^/ :£*? V *«** ■î'^S H? /> * ■L^ , "11*' * *4 • -■ t^i »? ' "V <&>, %t^- » fy'v 'fË* " ' ^ -•; ■■ if? « *•■♦ Ji^., T.lvj* '(' -St^t=. — Surgeon Gcneral's Office ■-^Jj SI fts, \ .,aY.ii.M' JM?Q.û'ilpQ>QQ)Cw j-^ ifcj^^jJ^ W5* 1 > 7* Ne .*■ *^ s> iijî . a- -t^ - * X^^ r\ -sa i 1V^ : V A aivi\ r**>. •* As «il- < A, MÉMOIRES ET LETTRES ^ ^ /,/'*v ' .' /-' SUR LA •' ' -"W'V FIÈVRE JAUNlT^H ET LA FIÈVRE PALUDÉENNE, Par le docteur J. C. FAGET, Médecin des Asiles des Orphelins et des Orphelines, Membre da Comité Sani- taire Consultatif de 1864, élu Délégué à la 5ème Convention Nationale des Médecins des Etats-Unis, (The Fifth National Qaarantine and Sanitary Convention), qui doit se réunir à Phila- J ■ delphie ru printemps de 1865. ù Nothing can resist the authority of facts, and the good sensé of the public oi'ten takes the advance on the hésitations and sophisms of interest and science. Pariset traduit par Carpenter. _-- »-- NOUVELLE-ORLÉANS Imteimeeie du Propagateur Catholique, No. 122 rue de Chartes». '1864. "• \» . • ■» > ,•■ ^• WCK F 153», 1.864- i». a- •. ... y. » -i ». *. <->..; pt£^ w , IOW3, itt», S v AU DOCTEUR F. MELIER, MÉDECIN CONSULTANT DE l'eMPEREU3, Inspecteur général des Services Sanitaires, Membre de l'Académie Impériale de Médecine, du Comité Consultatif d'hygiène publique de France, et du Comité des Hôpitaux, Membre honoraire ou correspondant des Académies, de Belgique, de Cona- tantinople, de Wilna, Turin, Madrid, Valence, Lisbonne, Gènes etc., Commandeur de la Légion d'Honneur, Grand Officier de l'ordre de St. Stanislas, Commandeur des Saints Maurice et Lazare, de la Conceptioa, d'Isabelle la Catholique, Chevalier de St. Joseph, etc... Monsieur et illustre Confrère, La bienveillance que vous me montremme fait espérer que vous accepterez l'hommage de cette modeste collection de quelques frag- ments de mémoires et lettres sur la Fièvre Jaune et la Fièvre Palu- déenne. Dans des temps meilleurs, j'espère pouvoir compléter cette publication, et la rendre moins indigne de vous être offerte. Il m'a fallu des motifs sérieux pour l'entreprendre dès mainte- nant, au milieu de difficultés bien grandes, presque insurmontables je vous prie de m'en tenir compte. Mais je vous avoue que je fais mieux que de croire à votre indulgence ; je crois que vous vous inté- resserez à des Etudes, qui touchent à des questions, au sujet des- quelles vous avez été appelé à servir la science avec éclat. Recevez, je vous prie, Monsieur, l'assurance de ma haute considé- ration et de mon profond respect. Dr. J. C. FAGET. Nouvelle-Orléans, 20 décembre 1864. '(t M ■■h AYANT-PROPOS GENERAL. Je me suis décidé à réunir, dans une seule brochure, quelques fragments de plusieurs Mémoires et Lettres sur la fièvre jaune et la fièvre paludéenne, dont quelques-uns ont été déjà publiés dans différents journaux de médecine de Paris et de la Nouvelle-Orléans. lï m'a paru intéressant de les réunir ainsi, parce qu'ils se prêtent un mutuel appui, et parce qu'ils constituent, dans leur ensemble, comme Tune des mille pièces d'un grand débat scientifique, qui, longtemps encore, occupera le mon- de médical. Ce grand débat est celui qui a pour objet les questions de contagion ou non-contagion, d'importation ou non-importation de la fièvre jaune, questions difficiles et liées à bien d'autres dont l'étude est loin d'être achevée. Les difficultés de ces questions controversées tiennent, en grande partie, à ce qu'on mêle et confond entre elles des maladies qu'on devrait, avant tout, chercher à bien distinguer les unes des autres. Il est, par exemple, certain que la divergence extrême d'opinions, qui existe sur le — TI — compte de la fièvre jaune, vient surtout de ce que l'on comprend généralement sous ce nom plusieurs fièvres très distinctes. Dans les colonies françaises des Antilles. Devèze, Fu- gnet et Chervin ont autrefois, comme le font aujourd'hui encore la plupart des médecins américains, confondu avec elle diverses formes de la fièvre paludéenne ou Jiàvrc des marais, en particulier Informe bilieuse hémorrhagique. A la Nouvelle-Orléans, c'est Informe muqueuse hémor- rhagique de cette même fièvre qu'on a prise naguère pour la fièvre jaune, et, sur une grande échelle, pendant les épi- démies de 1853 et de 1858. En Angleterre, Graves de Dublin, en 1826, a aussi ap- pelé fièvre jaune une des manifestations les plus remarqua- bles du typhus, aujourd'hui connue sous le nom de fièvre à rechute (relapsing fever.J Enfin, dans ces dernières années, à Paris, M. le profes- seur Monneret a essayé de faire entrer dans le cadre de la fièvre jaune, en sus des autres fièvres que nous venons de rappeler, une maladie nouvelle, i'ictère grave, dont l'exis- tence, comme espèce morbide, n'est pas encore parfaitement assurée. Toutes ces confusions ont été possibles, parce que le diagnostic de la fièvre jaune est à faire. J'y travaille, pour ma part, depuis longtemps. Dans un mémoire intitulé : Diagnostic différentiel de la Fièvre jaune et de quelques autres Fièvres graves, accompagnées aussi de Jaunisse, de Vomissements noirs et d'autres hémorrkagies, j'espère, sinon atteindre le but, au moins en approcher. Il me faudra plusieurs années pour terminer ce grand travail. Mais entre toutes les fièvres qu'on prend tous les jours — VII — encore pour la fièvre jaune, celles de nature paludéenne ou ^"origine marécageuse sont les plus importantes à en net- tement séparer, surtout au point de vue du traitement. Une partie de cette tâche a déjà été accomplie, dans le3 Archives de Médecine, par M. Dutrouleau, dans son Mémoire sur la Fièvre bilieuse grave. De mon côté, j'ai commencé, dans le même but, une Mo- nographie sur la Variété hématémésique de la Fièvre mu- queuse paludéenne ou Fièvre catarrhale gastro-intestinale hémorrhagique de nature paludéenne. Dans cette brochure, je ferai à cette fièvre nouvelle une place aussi large que possible. Il peut paraître étrange que j'insiste autant sur Yincerti- tude du diagnostic de la fièvre jaune. A entendre quelques 11ns de nos confrères, rien au contraire ne serait plus facile que ce diagnostic. La preuve qu'ils se font illusion à cet égard, c'est ce qui est arrivé ici tous les ans depuis 1858. Depuis 1858/ en effet, tous les ans il s'est présenté à nous, pendant la saison de la fièvre jaune, des cas douteux, sur le compte desquels les médecins les plus expérimentés n'ont jamais pu s'entendre : pour les uns, c'était de la fièvre jaune; pour les autres, ce n'en était point. Il en résulte que quelques-uns restent persuadés qu'ils ont vu ici, tous les ans, pendant cette période, au moins quelques cas, à la vérité très rare?, de fièvre jaune sporadique, tandis que les autres sont d'opinion qu"il n'y a pas eu dans la ville de la Nouvelle-Orléans un seul cas de fièvre jaune, durant ces six dernières années. (1) Le diaguostic de la fièvre jaune, je ne puis trop le répé- ter, est donc à faire. Or, aussi longtemps qu'il ne sera point (1) C'était le 6 Septembre lSf» 1. que j'écrivai» ceci. — VIII — fait, il y aura impossibilité de rien décider sur une foule de questions du plus haut intérêt. Par exemple, la question de Vimporiation, ou de la non-importation, comment pourra- t-on la résoudre si l'on continue à prendre pour de la fièvre jaune des fièvres de marais, nécessairement liées au sol, puisqu'elles en naissent Pour ma part, après m'être bien appliqué à ne pas pren- dre pour la fièvre jaune certaines synoques éphémères de la saison chaude, avec embarras gastrique ou gastro-intestinal, quelques cas rares de purpura hémorrhagique fébrile, quel- ques cas assez rares aussi d'ictère grave et de typhus, d'au- tres cas plus communs de fièvre bilieuse grave, et surtout les cas si nombreux de fièvre paludéenne muqueuse hémor- rhagique que nous voyons chaque année, toutes maladies trop souvent mises ici sur le compte de la fièvre jaune, je reste convaincu que cette dernière fièvre ne se montre jamais à la Nouvelle-Orléans, qu'alors qu'elle y est impor- tée; car, dans mon opinion, elle y doit sa naissance toujours à des semences spéciales qui nous sont apportées dans la cale de certains navires. Si cette opinion est la vraie, il y aura moyen, quand on voudra, de protéger la Nouvelle-Orléans, à coup sûr, con- tre le fléau morbide le plus terrible qu'elle ait à redouter; et, ce qu'il y a d'admirable, c'est qu'on peut atteindre ce but sans porter d'entraves sérieuses au commerce et sans de grandes dépenses. Pour arriver à ce magnifique résultat, il suffirait, en effet, de mettre ici en pratique les mesures quarantenaires que M. Mêlier, l'inspecteur général des établissements sa- nitaire* de France, fait exécuter dans les ports où entrent Je, navires ^pect,. Dans nioa Mémoire au Comité sani- — IX — taire conëultaùf dont j'ai eu l'honneur dernièrement de faire partie, Mémoire qu'on trouvera dans cette brochure, j'ai essayé de donner une idée de ces mesures quarante- naircs. Mais, ce qu'il importe de bien remarquer, c'est qu'elles n'ont rien de commun avec les inutiles et barbares quaran- tain s d'autrefois. Celles-ci* étaient affreusement sévères et avec elles on ne se croyait sûr d'atteindre le but qu'en condamnant à la destruction, au feu même, le navire cou- pable. Au contraire, en adoptant les mesures efficacement appliquées à Saint Nazaire, en 1861, par M. Mêlier, on arrive à une sécurité parfaite, par la destruction, non plus des navires, mais des germes du fléau recelés dans la cate des navires. Les dépenses, par ces procédés nouveaux, ne peuvent pas être bien grandes, et les conditions imposées anx marchandises, aux voyageurs surtout, sont si légères qu'on peut dire que les entraves au commerce sont à peu près nulles. Or, nous le répétons, après ces mesures bien prises, la sécurité peut être complète. Le moyen de mettre la Nouvelle-Orléans à l'abri de la fièvre jaune existe donc ! Quelle perspective de prospérité pour l'avenir cette simple assurance laisse entrevoir ! On remarquera peut-être que, dans ces différents écrits sur la fièvre jaune et la fièvre paludéenne, je m'occupe peu du traitement de ces deuxiièvres. Cependant, la Médecine, n'est-ce point VArt de guérir ? Sans aucun doute. Mai?, quand on le peut, il y a quelque chose de mieux à faire que de guérir le mal, c'est de le pré- venir, c'est d'en détruire la cause. Or, le but principal — X — q .e je poursuis, dans mes études de ces deux fièvres, c'est do prouver que toutes deux peuvent être atteintes dans leurs causes, dans leurs principes morbifijices: la fièvre jaune, par des procédés particuliers d'assainissement, appliqués sur- tout aux cales des navires importateurs, là où en sont les germs ; la jiècre paludéenne, par la transformation de nos marais en pays salubres, et, en attendant, par la quinine, allant poursuivre le poison lui-même et le détruire, jusque dans les profondeurs de l'organisme. Si je ne me fais illusion sur ces deux points, les résultats auxquels on arriverait seraient immenses ; et, en vérité, quand on a devant soi un pareif but, il est bien permis de se passionner un peu. D'un autre côté, ceux qui me soupçonneraient de peu de foi dans lart de guérir jrroprement dit, se tromperaient J'y crois, comme y croyait ïïippoorate, notre maître à tous ; j'y crois, dans de sages limites. Au-delà ya prudente médecine expectante, il y a pour le médecin, ministre et interprète de la nature, pour le vrai mé- decin, un rôle actif dt des plus utiles, mais dangereux, s'il ne sait pas se modérer dans son intervention thérapeutique. Trop d'activité ne manque pas, en effet, de nuire, dans la conduite des maladies, des maladies aiguës surtout, celles où l'on est le plus entraîné à agir, quand il faudrait, le plus souvent se contenter de surveiller et de diriger. A me3 yeux, la scandaleuse réussite de Vhomœopathie cette prétendue médecine aux doses infinitésimes, a quelque chose de providentiel : la nature opprimée par Vart comme disait un de nos anciens, avait besoin que sa puis- sance fût encore une fois démontrée ; c'est le rôle qu'ac- compKt Fhomœopathe, sans s'en douter, je l'espère. I PREMIERE PARTIE. FIEYRE JAUNE. ^ à* PREMIER MEMOIRE. RÉS UT/1E DES CARACTÈRES PRINCIPAUX DE LA FIEVRE JAUNE, OBSERVÉE A LA NOUVELLE-ORLÉANS. Ce premier Mémoire, publié en 1863, dans la Bévue médicale do Paris, mais que je viens de refondre et d'augmenter, n'est qu'un abrégé condensé des faits que j'ai vus et des opinions que je me suis formées sur la fièvre jaune, après 19 années de pratique à la Nouvelle-Orléans. Les preuves de ces faits et de ces opinions se trouvent déjà en partie dans ce mémoire même, et dans ceux qui compo- sent avec lui la brochure actuelle ; mais c'est surtout dans un autre grand travail, depuis longtemps commencé, mais inachevé, que je donnerai les preuves complètes sur les- quelles je m'appuie. On y trouvera, avant tout, un exposé par la méthode numérique de faits particuliers appartenant à cinq épidémies de la Nouvelle-Orléans (1817,1819, 1839, 1853,1858), sur lesquelles je possède des matériaux suffi- sants. Dans ce premier Mémoire, je me contente de répondre aux questions suivantes : 1 ° .—Q'est-ce que la fièvre jaune ? 2 ° .—Le diagnostic en est-il établi ? 3 o m—gi c'est une espèce morbide bien distincte, quels en sont les traits caractéristiques ? 40 .—Est-elle épidémique ou endémique à la Nouvelle- Orléans? En d'autres termes: y est-elle importée, ou y naît-elle du sol ? -4- 5°._S'y montre-telle quelquefois à l'état sporadique4? G ° .—Si elle y e.-t importée, comment s'y développe-t- elle, et comment y disparaît-elle ? 7 ° .—Les moyens de s'en mettre à l'abri, à la Nouvelle- Orléans, existent-ils ? 1 ° . QU'EST-CE QUE LA FIEVRE JAUNE 1 Dans l'état actuel de la science, pour répondre à cette question, il n'y a plus lieu de discuter, si c'est une gastrite ou une gastro-entérite (Broussais), si c'est le plus haut degré des fièvres-bilieuses (gastro-hépatite—(Tommasini), ou bien enfin, si c'est une affection spùcirûc du foie—(M. Louis). Mettant de côté le système e/es localisations, l'immense majorité des médecins reconnaît aujourd'hui dans la fièvro jaune un empoisonnement, une intoxication du sang. Mais, ce n'est pas tout : la fièvre jaune reconnue ainsi simple pyrexie, (naguère on eut dit fièvre essentielle), à quelle famille des fièvres appartient-elle ? Ici, trois écoles se présentent pour répondre à cette question. Il y a d'abord l'école infectioniste, (qui serait mieux nommée école paludéenne), dont les trois principaux repré- sentants, Devèze, Pugnet et Chervin, font les réponses sui- vantes : 1 °. " Quand la fièvre jaune règne aux Antilles, les ha- " bitants de ces îles sont exposés aux intermittentes, aux *' rémittentes bilieuses, aux dyssenteries et au typhus. " Elle peut se clianger en ces maladies, comme ces maladies " peuvent se changer en die. Enfin, quoiqu'elle prenne ha- " bituellement le type rémittent, elle peut cependant re- u vêtir le type continu, et même le type intermittent."— (Devèze, p. 196.) 2°. "Quand je traitais des sujets malades de la fièvre " jaune, je les considérais comme étant atteints d'une fièvre " de marais très pernicieuse."—(Pugnet, p. 365.) — 5 — 3 ° . Enfin : " de Vidcntité de nature des fièvres d'origine " paludéenne de différent* types " ; tel est le titre d'un mé- moire de Chervin, qui a eu devant l'Académie trop de re. tentissemont, pour qu'on ait pu l'oublier. D'après cette première école, il est clair qu'en réalité la fièvre jaune n'existe point, comme espèce morbide ; née des sols palustres, qu'elle ne peut abandonner, elle n'est que la fièvro paludéenne elle-même ; et, par conséquent, (triomphe do Chervin) les quarantaines seraient inutiles et ridicules, ridicules là où les conditions palustres n'existent pas, et inutiles, dangereuses même, là où elles existent. Secondement, par opposition, il y a l'école contagioniste avec Pariset à sa tête, qui reconnaît dans la fièvre jaune une pyrexie suî generis, due à un poison spécial, et, ce poison transmissible non-seulement par les navires, les marchan- dises, etc., mais transmissible, même et surtout, par ks malades. Troisièmement, enfin, une dernière école, d'origine irlan- daise, celle de Graves, et qui vient de recevoir un grand éclat de l'adhésion de Monsieur le professeur Monneret, admet encore l'existence de la fièvre jaune aVAmérique, mais en agrandit le cadre au point d'y faire entrer non- seulement les fièvres paludéennes des pays chauds, ou leur grande endémique, (lesquelles constituent un genre), mais aussi certains typhus de la Grande-Bretagne, connus sous le nom de fièvre à rechute, (relapsingfever), les fièvres bilieuses graves, et, par-dessus tout, l'ictère-grave, ou ictère-hémorra- gique. Pour le professeur Monneret, " la fièvre bilieuse înter- " tropicale, la fièvre jaune d'Amérique, l'ictère-hémorragi- " que sont, sinon de simples variétés d'une même espèce "morbide, du moins trois espèces rfun même genre.' (Page 31 de la Brochure sur l'ictère-hémorragique. Comme on le voit, dans cette troisième école, à force d'étendre le cadre de la fièvre jaune, ou plutôt, à force d'y faire entrer d'autres espèces morbides, ou même d'autres Genres, on l'y fait disparaître elle-même complètement. En définitive, la lièvre jaune n'existerait donc réelle- ment que pour l'école contngionipte. Eh bien ! quelque légitimes que soient les déductions précédentes, j'avoue que la contagion de la fièvre jaune, dans le sens rigoureux de co mot, c'est-à-dire sa transmissi- bilité par les malades eux-mêmes, séparés de leurs effets contaminés, en dehors do tout milieu contaminé aussi, ne me paraît pas démontrée jusqu'à cette heure ; et, d'un autre côté, son existence, comme individualité morbide, comme espèce, aussi distincte que le choléra ou la peste, est à mes yeux la chose la plus certaine. Pour moi, donc, la fièvre jaune existe, comme fièvre sut generis, importable par les navires, d'après les faits les pins irrécusables sans être pour cela transmissible par les ma- lades, c'est-à-dire sans être contagieuse. (Voir ma seconde lettre de novembre 1859.) Mais d'où viennent donc les obscurités qui enveloppent cette étude si importante de la fièvre jaune ? D'où vien- nent les contradictions qui en rendent l'histoire inextrica- ble? Elles vienuont do coque le diagnostic n'en est pas suffisamment établi. De là ma seconde question : 2°. LE DIAGNOSTIC DE LA FIEVRE JAUNE EST-IL ETABLI! Il ne l'est pas. On a d'abord admis que le vomissement noir en était le signe pathognomonique ; puis, à ce symptôme on en a ajouté d'autres, la jaunisse, les hémorrhagies passives, et, dn moins ce groupe de symptômes a paru un signe pathognomonique. Il ne l'est pas davantage. 1 °. Pendant nos épidémies de la Nouvelle-Orléans, la plus grande partie des faits se passe, même sans un seul des symptômes du groupe prétendu pathognomonique, et, à plus forte raison, sans ce groupe lui-même. 2 °. A la Nouvelle-Orléans, comme à Paris, comme en Angleterre, on voit des fièvres qui réunissent ce même groupe complet de symptômes (vomissements noirs, jaunisse, hémorrhagies passives), et qui ne sont pas la fièvre jaune. Comment donc sortir de ces difficultés ? Pour mon compte, voici par quelle voie je suis arrivé au point où j'en suis : 1 °. J'ai étudié à fond six grandes épidémies de la Nouvelle-Orléans, reconnues par tous épidémies de vraie fièvre jaune ; sur ces six grandes épidémies, plus ou moins simples ou compliquées, j'en ai vu trois (1847, 1853,1858), et les trois autres (1817, 1819 et 1839), je les ai soumises' à une analyse rigoureuse, par la méthode numérique, en mettant à contribution trois mémoires publiés par des so- ciétés de médecine de la Nouvelle-Orléans. 2 °. J'ai étudié ensuite une épidémie sur le Golfe du Mexique, à bord du Gomer, décrite par notre ancien confrère le docteur Joubert, puis quelques-unes de celles des Antilles, et enfin celles de Barcelone et de Gibraltar. Qu'on remarque bien que ce ne sont pas les auteurs que j'ai étudiés, mais les faits produits par eux ; or, il est in- contestable que l'immense majorité de ces faits, sinon tous, sont des faits de fièvre jaune. Cela posé, je commencerai par exposer une série de pro- positions qui seront comme la substance extraite des faits de la Nouvelle-Orléans. L'entité pat/iologique réelle, Vespèce, qui ressort pour moi de ces faits observés ici, pourra ensuite être comparée aux faits observés sur le Golfe, aux Antilles, en Espagne, au Portugal, en Italie et au Brésil. Alors, il ne restera plus qu'à mettre en parallèle le ta- bleau général ainsi obtenu de la vraie fièvre jaune, avec les différentes fièvres, o\i affections, qu'on veut confondre avec elle: fièvres paludéennes, fièvre à rechute, ictère-grave, etc., etc. Ce parallèle servira donc à établir le diagnostic diffé- rentiel de la fièvre jaune. Après ce parallèle, j'aurai à esquisser rapidement les traits qui ia caracicnseï:1: r>, et c: que l'observation nous — 8 — apprend sur son mode d'origine et do développement dans notre ville. Enfin, j'indiquerai, en passant, la théorie qui me paraît la plus probable sur sa cause intime, et, pour terminer, les moyens de s'en mettre à l'abri à la Nouvelle-Orléans. Propositions sur la Fièvre Jaune de la Nouvelle-Orléans, EXTRAITES DE TABLEAUX ANALYTIQUES, REPRODUISANT SOUS FORME ABRÉGÉE, MAIS AU COMPLET, PLUS DE 175 FAITS PARTICULIERS, RECUEILLIS PENDANT CINQ GRANDES ÉPIDÉMIES. Mon travail numérique n'étant encore parvenu qu'à la troisième de ces épidémies, je me vois forcé, pour le mo* ment, de n'employer encore que des formules d'à peu près, au lieu de m'appuyer sur des chiffres. 1 °. A d'infiniment rares exceptions près, dans tous les cas, la fièvre jaune a éclaté soudaine et violente, sans pro- dromes, et surtout sans période prodromique. 2 °. De même, presque sans exception, la fièvre, arec ou sans frisson, a été ardente au début, avec injection rouge, superficielle, générale, mais remarquable surtout à la face, et en particulier aux yeux qui étaient très brillants, souvent larmoyants et sensibles à la lumière. 3°. De même, presque sans exception, des douleurs lombaires et une céphalalgie, frontale ou sus-orbitaire s'étaient emparées brusquement des patients, en même temps que la fièvre. 4°. Dans presque tous les cas, (78 fois sur 82), le pouls était, le premier jour, au-dessus de 100, variant entre 100 et 120 ou 130. (Voir ma septième lettre de janvier 1860). 5°. Dès le second jour, au plus tard le troisième, le nombre des pulsations artérielles décroissait régulièrement et rapidement, quel que fût le traitement, et, le quatrième ou cinquième jour, même dans ks cas graves, il y avait — 9 — apyrcxie définitive. Les complications mises à part, c'était là une règle à peu près générale. (Voir les tableaux des pulsations artérielles.) G °. A mesure que le nombre des pulsations artérielles baissait, les douleurs de la tête et des reins diminuaient, et la rougeur de la face et des yeux s'effaçait. première conclusion : La fièvre jaune, à la Nouvelle- Orléans, est donc, par sa marche, un type de fièvre continue continente aiguë, à marche décroissante rapide et régulière. Cette chute précoce, rapide, régulière, d'une réaction générale, d'apparence inflammatoire, des plus violentes qu'on puisse constater, en est un des traits les plus frappants. 7 ° . Ce que nous venons d'exposer appartient aussi bien aux cas légers qu'aux graves. Il est impossible d'ailleurs, le plus souvent, pendant les premières 48 heures, de de- viner si un cas sera léger ou grave. Les auteurs n'ont guère tenu compte que des cas graves ; de là', selon nous, uno foule d'impressions fausses sur la fièvre jaurîe. 8 ° . Il va sans dire que, par des nuances insensibles, les cas légers se relient aux graves, par des cas mixtes. 9°. Mais, ce qui ne peut manquer d'étonner, dans l'étude do la fièvre jaune, c'est de voir, toutes choses égales d'ailleurs, le même principe morbifique produire, pendant uno même épidémie, chez les uns (et, par bonheur, c'a été le plus grand nombre dans nos dernières épidémies, même les plus meurtrières) chez les uns une fièvre éphémère des plus simples, et, chez les autres entraîner à sa suite le cor- tège morbide le plus effroyable qu'on puisse imaginer. Ce peu de gravité de la majorité des cas, même dans nos plus mauvaises épidémies, et à plus forte raison dans les bénignes, (car il y en a), explique les illusions de plusieurs qui, maintes fois, ont cru avoir trouvé des moyens héroïques de traitement. 10 °. En effet, non-seulement les cas particuliers, mais o — 10 — les épidémies cllcs-mf'mca diffèrent grandement entre elles par leurs degrés de gravité. Sur les six épidémies de la Nouvelle-Orléans que j'ai étudiée?, il y en a ou deux légères (1839 et 1847) et quatre graves (1817, 1819, 1853, 1*5$). En 1839 et 1817, il mourait un malade sur 12 ou 15 ; en 1853 et 1S5S, 1 sur 5___et, en 1817 et 1819, peut-être 1 sur 3 ou 1. 11°. Dans les cas légers, tout se borne à une fièvre éphémère, mais ardente, accompagnée de douleurs violentes, aux reins et à la tête, avec injection vive des yeux et des téguments, mais fièvre éphémère qui tombe régulièrement et rapidement avec les douleurs, en sorte que dès le troi- sième jour, en général, la convalescence est assurée. ' Pendant ce temps, il y a eu quelquefois des nausées, des vomissements même, ordinairement bilieux ou muqueux, de la sensibilité épigastriquo, quelquefois avec langue plus on. moins saburrale, et constipation ; les urines ont pu être rares, plus ou moins foncées en couleur ; quelques épistaxis légères se déclarer---; et, c'est tout. Dans la plupart de ces cas légers, la fièvre tombe au milieu d'une grande transpiration, laquelle dure plusieurs jours ; et, plus d'une fois, le septième jour, alors que la con- valescence était confirmée, j'ai constaté des dépois critiques dans les urines. 12 ° . Les cas mixtes s'interposent, avec des nuances in- sensibles, entre les cas légers et les graves. 13°. ce qui va suivre ne s'applique qu'aux cas graves.—Quand le mouvement fébrile s'apaise, dans les cas graves, il y a quelquefois, avant que les symptômes malins se déclarent, il y a quelquefois un moment de rémis- sion générale très trompeuse ; les malades, les parents, les médecins même s'y laissent prendre. 14° . DE LA GASTRITE DANS LA FIEVRE JAUNE.—La dm- leur épigastrique, dans les cas graves, comme dans les cas légers, est souvent nulle, même à la pression, pendant la réaction jébnlc du début ; quand elle existe alors, c'est une — 11 — sorte de douleur nerveuse ou névralgique, comme celle des lombes, irradiant peut-être du plexu3 solaire, et qui ne se rattache point à un état gastrique, ou du moins, pas du tout à uno gastrite ; l'état de la langue, à cette période, le prouve, et, des vomissements bilieux ou muqueux ne témoignent pas davantage d'une gastrite. Au contraire, la douleur épigastrùjue qui se développe quelquefois, à mesure que s apaise le mouvement fébrile, est vraiment une douleur gastrique ; elle est due à Vacidité acre que présentent alors les exhalations de l'estomac. Les vo- missements, dans ces cas, à mesure qu'ils deviennent plus fréquents sont plus acides, comme le disent les malades, et comme le montre la couleur de plus en plus rouge que prend le papier de tournesol trempé dans les liquides re- jetés. Cette acidité des liquides vomis devient quelquefois telle, qu'ils rougissent et enflamment à leur passage la muqueuse du pharynx ; quelquefois les lèvres en sont excoriées. Pendant ce temps, de la chaleur se développe dans l'es- tomac lui-même, qui devient de plus, en plus douloureux ; c'est alors que la langue, humide au début, souvent natu- relle, mais ordinairement saburrale, se sèche, rougit, devient même écarlate ou brunâtre. Voilà bien des signes d'une gastrite, mais d'une gastrite secondaire, sans réaction fébrile, souvent avec refroidisse- ment. seconde conclusion : La fièvre jaune, sans même parler des cas légers, n'est point causée par une gastrite, puisque pendant la période de la réaction fébrile, il n'y a point de signes de l'inflammation de l'estomac, et que, quand ces signes de gastrite surviennent plus tard, (on peut dire ex- ceptionnellement), la fièvre est déjà éteinte, et ne so rallume plu^- 15° . DES VOMISSEMENTS NOIRS ET DES HEMORRHAGIES.— Les vomisseiu.M.L3 bilieux, ou aqueux, inodores, mai? surtout acide* ne tardent pas, dans les c- graves, à entraîner arec des •rrumraux noirs: ces grumeaux noire, i des a eux — 12 — d'autres d'une couleur brune ou chocolat, sont do petits caillots do sang exhalé goutte à goutte à la surface de l'es tomac et rendu noir par son contact avec les acides gas- triques. En se multipliant les petits grumeaux noirs consti- tuent le vrai vomissement noir, marc de café. II ne faut pas confondre ce vrai vomissement noir avec d'autres vomissements noirs qui sont dus aussi à du sang rendu noir par les mêmes acides de l'estomac, mais exhalé ou extravasé ailleurs, dans les fosses nasales, par exempld ou dans la bouche, puis avalé. Tandis que le vrai vomissement noir est un signe de mort à peu près certain, les autres, les pseudo-vomissements noirs, peuvent n'être pas d'un pronostic trop fâcheux. Des vomissements de sang, reconnaissable encore par sa couleur rouge, doivent être très rares dans notre fièvre jaune; je n'en ai jamais vu. Les hémorrliagies intestinales y sont assez rares aussi, bî l'on veut bien faire attention que le sang rendu par l'anus ne vient pas toujours de l'intestin; il provient sou- vent des fosses nasales, ou de la bouche. Des ecchymoses sous-cutanées, pendant la vie, y sont très rares, et des pétechies sous forme de morcures de puces plus rares encore. Les hématuries y sont tout à fait exceptionnelles. Sur je ne sais combien de centaines de malades, j'ai vu une Mmorrhagie par le conduit auditif externe; c'était pen- dant l'agonie. En définitive, les hémorrbagies nasale et buccale y sont les plus communes de toutes. . 16°. De la jaunisse.—La disparition de la rougeur de la peau, dans les cas légers, n'est qu'une sorte de déco- loration; dans les cas graves, elle est suivie d'une vraie coloration en jaune, laquelle commence aux conjonctives et de là descend à la face, au col, et, de haut en bas, au reste du corps. Rare, à la Nouvelle-Orléans, avant le troisième jour la jaunisse indique une gravité d'autant plus grande qu'elle ;>araît plus tôt. - 13 — Si, au moment de son apparition, on verse un peu d'acide azotique dans l'urine, un nuage d'albumine, plus ou moins épais, s'y développe aussitôt, 'mais aucune coloration verte ne s'y trahit; à cette période là, la jaunisse des malades n'est donc pas un ictère. L'albumine a du reste été consta- tée dans l'urine, sans qu'il y eût jaunisse, dans de3 cas qtii sont restés très légers. Plus tard, au contraire, beaucoup plus tard, dans des cas relativement peu nombreux, (le temps me manque pour vérifier les chiffres) l'acide fait apparaître la coloration verte qui est le signe du véritable ictère. Le véritable ictère, très rare dans l'épidémie de 1858, ne m'a pas du reste paru aussi favorable qu'il l'a paru à d'au- tres; les malades qui l'ont présenté sont morts dans la proportion de 2 sur 3; à la vérité, ceux qui sont morts, avec le véritable ictère, avaient résisté longtemps. Mais si la jaunisse, sans ictère, n'a pas été c onstante^ pendant la vie, même dans les cas graves, elle l'a été tou. jours après la mort : je ne crois pas avoir jamais vu un cadavre de malade mort de la fièvre jaune qui ne fût de- venu jaune. 17 °. Supprbssion des urines.—C'est un signe presque aussi grave que le vomissement noir; dans certaines épidé- mies on le constate souvent, dans d'autres rarement; il n'a rien à faire avec le diagnostic. 18 °. Troubles nerveux.—Mais, si même la jaunisse et les vomissements noirs ne sont pas des symptômes patho gnomoniques, dans la fièvre jaune, ceux dont il nous reste- rait à parler le sont bien moins encore. Parmi ceux du système nerveux, s'il y en a un de quelque valeur, c'est celui fourni parte faciès; symptôme qui échap- pe à la description, mais qui montre clairement que, dans la fièvre jaune, le système nerveux est profondément frappé. Le délire, assez fréquent dans les cas graves, surtout à la fin, est très variable dans ses manifestations; on peut dire, qu'en général, l'intelligence reste nette. Lo coma n'appartient guère-qu'aux dernières heures: les — 11 — soubresauts de 'mdjns, le hv/uct s'obforvent, mais assez rarrtuiMit ici. On a bien voulu voir aussi un signe pathognomonique dans je ne sais quels battements du tronc cœliaquel Je pense que ce phénomène doit avoir la même valeur diagnostique qu'un certain enduit gencival, dit fausse-membrane, qui a eu aussi les honneurs du signe pathognomonique; il est probable qu'il ne les mérite pas plus.qu'un autre enduit gencival analogue, qu'un médecin d'Orléans a naguère cru découvrir comme signe pathognomonique d'une autre fièvre la fièvre typhoïde. Ces enduits blancs des gencives se mon- trent dans beaucoup de fièvres, pas même graves; ils ne sont pas rares dans nos fièvres paludéennes. 19 °. Du traitement.—Dans les cas légers, la médecine expeetank- suffit; dans les graves, il y a, comme toujours, à aider la nature, suivant les indications. Malheureusement, c'est au début qu'il faudrait agir éner- giquement, et, au début il est presque toujours difficile de décider jusqu'à quel point sera redoutable l'ennemi qu'il s'agit d/e combattre. Daus certaines épidémies, ce sont les purgatifs qui sem. blect avoir le mieux réussi. Mais, le fait que je tiens le plus à proclamer, à propos du traitement, c'est celui-ci : Le sulfate de quinine n'a aucune action sur la marche régulière de la fièvre jaune. Si, dans quelques épidémies, il a réellement été utile, c'est que, suivant toutes les probabilités, il y avait complication pa- ludéenne. Il en a été ainsi certainement pour les deux grandes épidémies de 1853 et 1858, surtout pendant leur dernière période; alors, le sulfate de quinine est devenu éminemment utile aux malades, même de la fièvre jaune, parce qu'il y avait complication paludéenne. — 15 — Cotnparatton de ta Flerrr Jfanir a fa JYot*terir (trifans, et dam ifantirt patjt. Je donnerai plus tard à cette comparaison tout le dévelop- pement qu'elle mérite, en commençant par celle du Gomcr sur lç Golfe du Mexique, intermédiaire entre les nôtres et celles des Antilles; puis je passerai à celles des Antilles pour terminer par colles de l'Europe. Pour le moment, qu'il me suffise de dire que mes lectures m'ont convaincu que la fièvre jaune, à part des variétés assez importantes, est partout la même. Le typhus amarile est une création de l'imagination de Rochoux. Pourtant, je ferai ici une remarque : avant d'étudier les faits de Gibraltar, dus à M. Louis, j'avais cru que, si Pari- set et Audouard n'ont constaté à Barcelone qu'une réaction fébrile médiocre, c'était qu'ils n'avaient vu leurs malades dans les hôpitaux (et c'est un fait) que plusieurs jours après le début, alors que la réaction initiale, si vive ici, était déjà tombée; après l'étude des faits de Gibraltar, je suis porté à croire que la réaction fébrile, même au début, était bien moindre en Espagne, qu'elle ne l'est à la Nouuellc-Orléans. Ce serait donc là une différence assez importante, dans la symptomatologie, entre la réaction fébrile en Amériquo et la réaction fébrile en Europe, dans la même fièvre. Diagnoutic JDIfferetifiel. Qn'en pleine épidémie de fièvre jaune, le diagnostic en soit ordinairement aisé, je l'admets. Et encore... pas toujours: En 1853 et. 1858, en pleine épidémie de fièvre jaune, à la Nouvelle-Orléans, des milliers d'enfants, a ^-dessous de cinq ans, qui vomissaient noir, passaient pour l'avoir, qui ne l'avaient pas. Mais, en dehors des épidémies, il est impossible de croire que le diagnostic en soit aussi facile que l'affirment quelques médecins, trop préoccupés peut-être, de leurs souvenirs des temps d'épidémies. La preuve de cette difficulté de dia- — 1G — gnostic. r> f le fait qun nous avons déjà rappolé, ce fait que. tous les ans, quand la saison do la fièvre jaune est venue, des praticiens, réunis ;Y propos d'un même cas dou- teux, ne réussissent pas à s'entendre. En serait-il ainsi, je le répète, si le diagnostic de la fièvre jaune était établi? Evidemment non. Au point où en sont les choses, voici ce qu'on peut dire, pour la Nouvelle Orléans, en séparant les cas légers des cas graves. 1°. cas Lia:ers.—H y a jusqu'ici impossibilité do les affirmer, en dehors des épidémies. Presque tous les ans, on voit des étrangers, non-accli- matés, faire une fièvre éphémère, présentant toutes les apparences de la première période de la fièvre jaune ; mais on voit aussi, dans le même temps, des personnes ayant eu la fièvre jaune grave, pendant une épidémie, faire aussi cette fièvre éphémère, avec douleurs des reins, céphalalgie, etc., laquelle simule le début de la fièvre jaune, ou de la variole. Cette fièvre là est-elle, pour les étrangers qui ar- rivent, et qui la font, dans la saison de la fièvre, jaune, mais en son absence, est-elle un premier pas vers Vacclimatation ? Cela peut-être ; mais c'est un premier pas qui est loin de ;^:{ïïre pour tous: Combien qui l'ont fait et qui ont succombé, l'épidémie suivante, à la vraie fièvre jaune ! Au contraire, les cas légers en pleine épidémie, qui ne sont en apparence que cette fièvre éphémère, sont bien des cas de vraie fièvre jaune, puisqu'ils acclimatent définitive- ment, c'est-à-dire mettent à l'abri de la fièvre jaune, à coup sûr et pour toujours, dans l'immense majorité des cas. A ce propos, disons un mot de Vacclimatement, à la fièvre jaune, en dehors de celui qu'on obtient par le fait de cette fièvro même. Règle générale : Les étrangers qui ont passé plusieurs années entières à la Nouvelle-Orléans, avant l'épi- démie qu'ils traversent, qu'ils aient fait ou non la fièvre éphémère, sont d'autant moins malades, s'ils le sont, que leur séjour ici a été plus prolongé. C'est ce que l'on voit, in- varablcmcnt, sur une grande échelle, dans nos épidémies se- parées dés précédentes par plusieurs années sans fièvro jaune, années pendant lesquelles l'organisme a eu le temps de subir de profondes modifications, par le seul fait du climat. Il est bien entendu, en effet, lorsqu'on parle d'accli- matement à propos de fièvre jaune, qu'il ne peut pas être question d'une sorte d'accoutumance à un poison supposé absent. En d'autres termes : Plus les modifications de l'organisme par les influences du climat ont été profondes, par un long séjour ici et moins le principe morbifique de la fièvre jaune a d'action, quand il arrive ; voilà tout ce que nous voulons dire. 2 ° . cas graves.—Le diagnostic est possible pour les cas graves. Mettons rapidement en parallèle ces cas graves de la fièvre jaune, avec les différentes affections que l'on confond trop souvent avec elle. 1*. ictère grave.—Il n'y a pas moyen de confondre la fièvro jaune, la fièvre jaune épidémique, avec l'ictère grave, affection essentiellementjsporadique. J'ai déjà es- quissé ce diagnostic différentiel dans une de mes lettres (voir ma VII lettre, de novembre 1860), dont voici, les conclusions : " 1 ° . L'ictère grave est essentiellement un ictère, avec " coloration verte dans les urines, par l'acide azotique, dans " tous les cas; l'élément fébrile y est à peu près nul. " " 2 ° . La fièvre jaune est essentiellement une fièvre ou " pyrexie (et des plus ardentes à la Nouvelle-Orléans) et " comme le type des continues continentes ; l'ictère véritable " y est exceptionnel. " 2 ° . PURPURA HEMORRHAGIQUE FEBRILE.—Ici Ce SOnt les ecchymoses sous-cutanées qui sont le signe de l'espèce ; ces ecchymoses sont rares dans notre fièvre jaune. Le reste des symptômes et surtout la inarche différente des deux affections les différencient suffisamment. 3°. FIEVRE A RECHUTE DE LA GRANDE-BRETAGNE.— C'est une fièvre épidémique, à la vérité, mais dont la marclie à rechute fait un si grand contraste avec celle de la fièvre jaune, laquelle ne connaît môme point de récidives. — 18 — qu'il n'y a pas moyen de les confondre. Inutile d'entrer ici dans de plus amples détails. 4 ° . ENFIN, J'ARRIVE AUX FIEVRES PALUDEENNES.—1 ° . La fièvre jaune, pure, dégagée d'influences étrangères ou palustres, est une continue continente, à marche régulière, décroissante, rapide ; elle n'obéit point à la quinine. (V. Etude médicale de 1859, de la page 84, à la p. 97.) Je ne saurais trop fortement appeler l'attention de mes confrères sur le fait général que j'ai signalé à la page 84 de cette Etude, le fait général de la décroissante du pouls, du premier ou second, au quatrième ou cinquième jour, dans la vraie fièvre jaune ; c'est là, à mes yeux, le caractère prin- cipal de la fièvre jaune. 2 °. Les fièvres paludéennes, en général, même les plus continues en apparence, sont des pseudo-continues, et, la qui- nine agit sur elles le plus souvent efficacement, quand elle est convenablement administrée. Ces quelques mots devraient suffire, ou il faudrait entrer dans des développements qui me sont interdits daûs ce court résumé; Pour y suppléer, je renvoie d'abord à mon Mé- moire sur findemie paludéenne compliquant l'épidémie de 1858. Dans ce mémoire, de la page 68 à la page 80, on trouvera des extraits du travail de M. Dutrouleau sur la fièvre bilieuse grave, comprenant Vaccès jaune de Mada- gascar ou pernicieuse ictérique, la bilieuse typhoïde du Caire, la fièvre hématurique des Antilles, ou fièvre jaune des accli- matés et des Créoles, etc---Ce3 extraits peuvent être utiles pour donner une idée du diagnostic qui nous occupe. Pour suppléer encore aux développements dans lesquels il faudrait entrer ici au sujet du diagnostic de la fièvre jaune, qu'on me permette de renvoyer aussi au Mémoiie qui renferme des extraits d'observations particulières de la fièvre paludéenne hémorrhagique. Je signalerai, en particulier, les extraits de deux de ces observations, la première publiée en entier dans le X = . de février 1860, de notre journal et — 19 — la seconde dan3 le N ° . de novembre de la même année 1860. Comme exemples encore de ces paludéennes mise8 sur le compte de la fièvre jaune, je citerai le fait»que j'ai présenté brièvement à la page 18 de mon Etude médicale de 1859, et aussi les faits de fièvre bilieuse grave de 1864. Ce sont, en effet, des fièvres de cette nature, du moins dans mon opinion, qui ont fait croire à. la fièvre jaune des campagnes de la Louisiane, et même de tout le Sud de l'Amérique du Nord, en pleines pinière3, à de grandes dis- tances des côtes de la mer, jusque dans l'Etat central du Kcntucky ; ce sont encore ces mêmes fièvres qui ont été prises pour des fièvres jaunes chez les nègres de nos plan- tations. (1) Enfin pour le diagnostic différentiel de la fièvre paludéenne hémorrhagique, déforme catarrhale qu'on a confondue avec la fièvre jaune, à la N-Orléans en 1853 et 1858, et qui y a moissonné nos petits enfants, pendant plusieurs mois de ces deux années, (il en mourait 100 par semaine, (en 1858) au- dessous de 5 ans), je renvoie encore à mon mémoire de 1859, de la page 32 à la page 68. Mais ce qui devra lever tous les doutés, ce sera la lecture attentive des faits particuliers re- cueillis, par plusieurs de nos confrères, les docteurs Beugnot, Borde, Daquin...., de 1858 à 1864. Ces derniers faits sont d'autant plus probants, qu'ils ont été observés pendant une période de 6 années tout à fait exempte de.fièvre jaune, malgré la présence de nombreux étrangers, qui encom. braient la ville, en plein été, plus que de coutume. 3«>. CARACTERE DE LA FIEVRE JAUNE. I^a fièvre jaune une fois nettement séparée des maladies avec lesquelles on veut la confondre, les propositions sui- vantes, établies par l'observation traditionnelle, sont toutes incontestables : (1) A ce propos, voici ce qu'on lit dans un journal de New York, du 24 Septembre, de cette année 1864: " L'apparition soudaine de " la fièvre bilieuse congestive, à Newbern, (C. du Xord) a fait partir " toutes les personnes de passage, y compris beaucoup de gens du '' pays qui ont cru que c'était la fièvre jaune." La mémo chose se passe en ce moment à la N-Orléans. (Oct. 1864) — 20 — . 1 ° . Très bénigne pour les enfants, elle ne touche même pas à ceux au-dessous de 5 ans. (Voir les chiffres de Lis- bonne de 1S57, dans ma quatrième lettre d'avril 1860). ' /*v* •& ^ ° . Elle est peut-être moins mauvaise pour la vieillesse • Ui*9**f~, quc I)0ur l'âge moyen ; elle l'est certainement moins pour i%\ ffcwlh!) les femmes que pour les hommes. ié* t***~ ^ 3°. C'est surtout dans la race caucasique qu'elle choisit . *'/fy , x eu une forte glace, v *•*Jffli/%jT"Jj^9'h^ r. 'rfL-*~ £- /"''**■ ^"^ — 40 — Je reste donc persuadé que si l'on pouvait mettre à exécu- tion, dans ce moment, (juin 1863), les procédés de préserva- tion mis en pratique déjà avec succès par M. Mêlier, à St-Nazaire. en 1861, ceux de l'isolement, du déchargement et de l'assainissement des navires suspects, nous n'aurions pas d'épidémie, même cette année 1863, où les conditions locales et atmosphériques, demeurent, comme toujours, si effroyablement favorables à I'éclosion du fléau. M. Mêlier nous a en effet appris, et pratiquement, de quelle façon il faut s'y prendre pour assainir un navire infecté par la fièvre jaune. Son enseignement sur ce point restera un admirable modèle; je serais heureux de pouvoir le faire con- naître aux autorités de notre malheureuse ville, si éprouvée depuis quelques années, et pour laquelle une nouvelle épi- démie de fièvre jaune serait encore un désastre, comme par surcroît. Nouvelle-Orléans, juin 1863. y*>* ., \.) EXTRAITS DE QUELQUES UNES DES LETTRES SUR Lfi. FIEVRE J_A_TJ]SrE, Publiées dans le Journal de la Société Médicale de la Nouvelle-Orléans. ê ■ PREMIERE LETTRE SUR LA FIEVRE JAUNE, LUE A LA SOCIÉTÉ MÉDICALE DE LA NOUVELLE-ORLÉANS, Dans la séance du 15 Juillet 1859. Messieurs, Avec la peste de l'Egypte et le choléra de Vlnde, la fièvre jaune, ou typhus d'Amérique, est un des grands fléaux épidémiques des temps modernes. Aucun de nous, je crois, n'a vu la peste ; d'ailleurs, son histoire est très obscure. Nous nous sommes tous, au contraire, plus ou moins, trouvés en présence des deux autres fléaux, et nous avons pu les examiner de près ; voyons un peu s'ils sont aussi nettement définis l'un que l'autre. Le choléra asiatique a peut-être une origine très an- cienne, mais il n'a été scientifiquement étudié que. depuis une trentaine d'années. Bien avant 1830, le gouverne- ment français était préoccupé de la possibilité de son ar- rivée en Europe ; on savait qu'il avait quitté les bords du Gange, fait déjà quelques excursions dans l'Océan indien, et, du côté du continent, suivi les caravanes, pénétré en Russie ; d'un moment à l'autre, on s'attendait à le voir ar- river jusque dans les Etats de l'Occident ; il n'y a pas manqué, et même, il n'a pas tardé à traverser l'Atlantique ; en sorte que, il a fait le tour du monde.... ____Pour la fièvre jaune, les faits sont moins tranchés, mais analogues : son apparition en Europe est plus an- tienne, à peu près d'un siècle, que celle du choléra indien ; aussi, est-on moins sûr de son point de départ ; d'ailleurs, elle ne s'est montrée que dans certains Ports, et sous cer- taines latitudes; de plus, en tenant compte de tous les points divers, européens ou américains, où elle a sévi jusqu'ici, son domaine accidentel, ou possible, n'a pas dé- 4 PREMIERE LETTRE. passé encore une surface évaluée au quart tout au plus de la surface du globe..................... Comme le choléra, la fièvre jaune est un empoisonnement. Voilà un premier point sur lequel il n'y aFplus de contesta- tion: tous nous pensons que les grandes épidémies sont dues à la présence dans le sang des malades d'un principe morbi- fique quelconque, quelle que soit la voie par laquelle il y a pénétré, l'atmosphère en ayant été le véhicule très probable- Quant à la fièvre en elle-même, dans tous ces cas, nous re- connaissons qu'elle n'est pas autre chose qne la réaction de l'organisme, destinée à lutter contre les effets du principe morbifique : molimen vitœ conantis mortem depellere (Stoll); c'est l'effort de la vie, ou nature médicatrice, qui lutte pour éloigner la mort................ Ainsi, Messieurs, dès nos premiers pas dans l'étude de la fièvre jaune, nous voilà ramenés aux bases de la médecine traditionnelle, de la médecine hippocratique ; nous sommes tous d'accord sur ces bases fondamentales. Mais, ce n'est point cette remarque importante que j'ai en vue, quand je constate que nous pensons tous que la fièvre jaune n'est qu'un empoisonnement ; mon but est surtout de nous déli- vrer de suite de discussions oiseuses, naguère capitales, sur les questions de savoir si la fièvre jaune est une gastro- entérite (Broussais), si c'est une gastro-hépatite (Tomassini) si c'est le maximum des fièvre bilieuses (Jackson), si c'est, une altération particulière du foie, caractérisée par une décoloration particulière de cet organe (M. Louis), etc., etc. ; mon but est ainsi de nous faire éviter les impasses où l'organicisme ne manquait jamais naguère de fourvoyer nos prédécesseurs, en leur persuadant qu'on arriverait de la sorte à déterminer la nature ou Vessence de telle ou telle fièvre ; en un mot, le système de la localisation des fièvres a fait son temps. Je le répète donc : nous sommes d'accord sur ce premier point que la fièvre jaune n'est qu'un empoisonnement. Mais est-ce un empoisonnement spécial, du à\in principe toxique sui generis, toujours le même, venant d'une seule et même JUILLET l&V.L 5 source, et produisant toujours les mêmes effets ? ou bien, est-ce un empoisonnement, moins nettement tranché, dû à un poison variable et dans sa source et dan3 se3 effets ? C'est ici que commencent les divergences. Pour aller vite, arrivons de suite, Messieurs, à la lutte célèbre qui eut lieu en France, pendant les dernières années de la llestauration, entre les contagionistes et les infec- tionistes, au sujet de la fièvre jaune. Comme on le conçoit, quand le fléau nouveau apparut pour la première fois, vers le milieu du siècle dernier, dans quelques ports d'Espagne, (Malaga, Cadix), il fut difficile de ne pas croire qu'il y était importé des Indes Occiden- tales, où l'on savait qu'il régnait déjà ; aussi n'y eut-il d'abord qu'une opinion parmi les médecins : ce fut celle de la contagion. Il faut arriver à Devèze, médecin français de premier ordre, qui avait longtemps pratiqué à St-Do- mingue, et qui se trouva à Philadelphie pendant l'épidémie de 1793, pour voir nettement établie, à propos de la fièvro jaune, la théorie de l'infection; mais ce n'est qu'en 1820, je crois, que fut publié l'ouvrage do Devèze ; aussi, lorsque la mémorable épidémie de Barcelone éclata, en 1821, il n'y avait guère que des contagionistes, parmi les médecins français du moins ; c'est donc avec l'idée préconçue que la fièvre jaune est contagieuse que la 'commission française, composée de Bally, François et Pariset, arriva à Barcelone pour étudier la contagion ou non-contagion de là fièvre jaune. Pendant ce temps, Chervin, qui, suivant les probabilités, dut connaître Devèze, ou du moins ses idées, Chervin était en Amérique, occupé à rassembler la masse imposante de ses fameux documents en faveur de l'infection, c'est-à-dire de la non-contagion de la fièvre jaune ; quand il fut de retour en Europe, la fièvre jaune n'était plus en E?pagne ; il n'en partit pas moins pour Barcelone, dans le but avoué d'y aller chercher des arguments, contre la commission française, qui en était revenue, chargée de preuves entraînantes en faveur de la contagion. f) PREMIERE LETTRE. Je .vous rappelle ces faits, Messieurs, qui sont sans doute présents à la mémoire de tous, pour que nous remarquions bien que des discussions médicales, engagées avec de tels sentiments, ne peuvent que nuire à la science, parce que la passion les domine, et qu'on s'y laisse inévitablement aller aux exagérations les plus flagrantes^ les pi us déplorables. Ainsi, avec une bonne foi incontestable de part et d'autre, on vit, d'un côté, les contagionistes montrer, en faveur des preuves qu'ils cherchaient, une crédulité merveilleuse, et de l'autre, les infectionistes soutenir, d'une manière absolue, l'origine locale de la fièvre jaune, même en présence de faits évi- dents d'importation. En 1828, à Gibraltar, Chervin soutint obstinément que la fièvre jaune était due aux égouts de la ville : MM. Louis \ et Trousseau, sous leur extrême, mais transparente réserve, sans vouloir se prononcer, laissèrent assez voir qu'ils pen- chaient pour l'importation. Quoi qu'il en soit, après 1830, l'opinion infectioniste de Chervin prévalut incontestablement en France, et, à l'heure qu'il est encore, si je ne me trompe, généralement on n'y croit plus guère à la contagion, ni même à la possibilité de l'importation de la fièvre jaune. Avant de mourir, Cher- vin après avoir reçu le grand prix de 10,000 francs de l'Institut, eut la gloire et la consolation de voir apporter des adoucissements considérables aux règlements des laza- rets de France. En Amérique, la fluctuation des idées fut plus grande en- core : les médecins y commencèrent en masse par croire à la contagion, et, au contraire, à l'époque où Chervin visita les principaux ports du littoral des Etats-Unis, à part quelques vieux praticiens attardés, il ne trouva guère d'opposition réelle que chez le docteur Hosack de New- York. Depuis, l'école d'Hosack semble vouloir triompher de nouveau de ce côté de l'Atlantique, car, aujourd'hui, il me paraît probable que la majorité des médecins améri- cains du Nord est contagioniste. Quant à notre ancienne So- ciété de la Nouvelle-Orléans, vous vous rappelez son admi- JUILLET 1850- i ration pour Chervin, et son enthousiasme anti-contagionistc; à l'heure qu'il est, notre jeune Société, destinée à la rem- placer, est sans doute très partagée sur le compte des mêmes questions. Si maintenant, de l'examen de l'opinion des corps médi- caux, nous passons à celui des opinions individuelles, nous trouverons les mêmes revirements : Rush, de Philadelphie, d'abord contagioniste, finit par être un infectioniste décidé, bien qu'on ait voulu soutenir qu'il était redevenu partisan de la contagion avant de mourir ; Bally, infectioniste en Amérique, fut contagioniste en Espagne ; Gérardin, avocat de l'origine locale, pendant qu'il était à la Nouvelle Orléans, se déclara, à Paris, antagoniste de Chervin, au grand scan- dale de notre ancienne Société, et en particulier de son se- crétaire, notre regretté tonfrère le .docteur Thomas. Guyon, infectioniste aux Antilles, devint contagioniste à Gibraltar ; Lefort, d'abord contagioniste, reconnut bientôt son erreur ; etc., etc.... De telles variations dans les opi- nions des individus montrent combien peu d'importance il faut leur accorder, et en même temps, combien la question qui nous occupe est difficile. Mais revenons, Messieurs, à l'étude des deux grands partis des infectionistes et des contagionistts, pour voir jus. qu'à quelles conséquences extrêmes ils ont été" forcément amenés, quand il s'est agi de se décider sur le fond même de la fièvre jaune, sur sa nature intime. Les premiers, reconnaissant, comme source de la fièvre jaune, des foyers d'infection très divers, n'ont pas dû se montrer très difficiles, ni sur la variété des principes mor- bifiques qui, selon eux, peuvent engendrer la fièvre jaune, ni sur la variété des phénomènes eymptomatiques qui doi- vent la manifester à leurs yeux. " Quand la fièvre jaune règne aux Antilles, dit Devèze, " (p. 196), les habitants de ces îles sont exposés aux inter- " mittentes, aux rémittentes bilieuses, aux dyssenteries et " aux typhus. Elle.peut se changer en ces maladies, comme " ces maladies peuvent se changer en elle. Enfin, quoiqu'elle 8 ' PREMIERE LETTRE. '' prenne habituellement le type rémittent^ elle peut cependant " revêtir k type continu, et même le type intermittent. "—Et même : '' il n'y a que des degrés des intermittentes et des *' rémittentes à la fièvre jaune, qui n'en serait ainsi que le " maximum. " Pugnet, dans un Mémoire sur les maladies de Ste-Lucie, avait été plus catégorique encore : (Page 365). " Quand je traitais des sujets malades de la " fièvre jaune, je les considérais comme étant atteints " d'une fièvre de marais très pernicieuse.... " (Page 379). " La fièvro jaune a toujours le caractère " essentiel des double-tierces ; mais ce caractère ne frappe »' pas toujours aussi sensiblement ; il est très difficile à " saisir quand elle tend à la continuité ; il est un peu " moins obscur, quand elle marche avec des rémissions ; " il est manifeste quand elle retient son type élémen- "taire...." Ainsi, Pugnet admet une fièvre jaune intermittente, une rémittente et une continue. Puis à la page 380 : " J'ajoute maintenant que les indi- " gènes la contractent ordinairement sous son mode terçaire, " les étrangers d'un tempéramment faible sous «son mode " rémittent, et les nouveaux débarqués robustes avec tout " son appareil de continuité. " " Ces fièvres ne sont donc pas, comme on l'a cru jusqu'à ce " jour, des maladies spécifiquement différentes, mais seule- " ment des modifications qui reconnaissent une même cause, " offrent les mêmes caractères essentiels, et cèdent aux (i mêmes moyens curatifs. " Enfin, page 372 : " Ce quj étonne plus encore, c'est " 'qu'on ne veuf reconnaître la fièvre jaune, ni dans ces 11 fièvres rémittentes malignes, ni dans ces intermittentes " pernicieuses, lors même qu'elles s'accompagnent du vomis- 41 sèment noir et de l'ictère ; ou du moins elle n'est alors " avouée que comme complication d'une maladie dis- " tincte................» Chervin, dans sa célèbre brochure intitulée : " De l'iden- JUILLET 1859. 9 " tilt de. nature des fièvres d'origine paludéenne de diffé- " rents types, " n'est pas moins explicite, pas moins positif que Pugnet : pour lui, la fièvre jaune est une fièvre-palu- déenne ; voici des extraits qui ne peuvent laisser aucun doute à cet égard : Page 64 : " D'après l'opinion formellement émise par nos " savans collègues, " MM. Bouillaud et Rochoux, et par M. " Gérardin, l'Académie sentira combien il importe aux in- " térêts de l'humanité, de là science, et aux relations des " peuples entre eux, de savoir si la fièvre jaune n'est que le 1 plus haut degré des fièvres intermittentes et rémittentes, 4 ou si elle est, au contraire, une maladie sui generis, pro- ,k duite par des causes spéciales, et soumise à des lois parti- " culières, dans son mode de développement et dans sa " propagation. Nous pouvons affirmer, sans crainte de nous " tromper, qu'il n'y a pas de ïquestion en médecine qui soit " plus digne de fixor l'attentiou des corps savans que celle " que M. Rufz a soulevée dans son Mémoire. " Puis, à la page 95, après avoir exposé onze analogies qu'il trouve pour sa part, entre les fièvres périodiques et la fièvre jaune, il continue ainsi : '• Si l'on compare une fièvre rémittente légère à une fièvre " jaune très intense, on trouvera sans aucun doute des diffe- " rences bien notables dans les -symptômes des deux affec- " tions ; si l'on met en présence d'une fièvre rémittente un " peu intense, une fièvre jaune bénigne ou de moyenne gra- " vite, on n'en rencontrera plus aucune ; car, comme le dit " le docteur Refey : il est un terme où ces fièvres se eonfon- " dent tellement, qu'elles ne font plus qu'une seule et même " maladie ; ou pour mieux dire, elles ne sont plus que la " même affection sous des formes différentes et à des degrés " variés. " " lies considérations auxquelles nous venons de nous " livrer, établissent aussi solidement qu'il est possible de le " faire dans un simple rapport, que les fièvres d'origine pa- " ludeenne sont de même nature, quel que soit le tvpe sous 7 10 PREMIERE LETTRE " lequel elles se présentent, et que la fièvre jaune se monter '' avec les types continu, rémittent, et même intermittent. " Enfin, à la page suivante, Chervin ajoute encore : " Au surplus, les faits nombreux que nos honorables " confrères de l'Algérie ont recueillis depuis 12 ans, vien- " nent tout à fait à l'appui de la doctrine que nous soute- " nons : de Yidentité de nature des fièvres d'origme palu- " déenne, sous quelques formes qu'elles se présentent ; là " aussi les transformations de types sont fréquentes, et le " sulfate de quinine est administré avec succès. C'est la na- 'l ture de la maladie qui doit fixer particulièrement l'atten- " tion du médecin-praticien ; le type ne doit être porr lui " qu'un objet secondaire. " La brochure de Chervin, à laquelle nous veuons de faire ces emprunts, est la reproduction d'un simple rapport devant l'Académie, sur deux mémoires de M. Rufz et une note de M. Dutroulau, au sujet de deux épidémies de la Martinique (de 1838 et 1840), qui avaient sévi sur les créoles aussi bien que sur les étrangers ; nous aurons un peu plus tard à revenir sur ces deux épidémies, qui ont dû présenterj de grandes analogies avec les nôtres de 1853 et de 1858 (1). Je ne sais pas quelles sont aujourd'hui les idées de M. Rufz sur la fièvre jaune des créoles, mais j'ai vu avec d'autant plus de plaisir, M. Dutroulau, après 10 ou 15 années de plus de pratique aux colonies, revenir sur le compte de ses opinions de 1840, que c'est précisément, en s'appuyant sur les travaux de ce dernier observateur, que les auteurs du (1) Or, pendant que j'écrivais ceci, en juillet 1859, voici ce que publiait la Presse de Pons, dans une correspondance datée de la Guadeloupe, 12 août 1859; " Les pluies d'hivernage et les variations " atmosphériques ont accru dans ces derniers temps l'intensité d'une " épidémie do fièvre pernicieuse, ayant le caractère du vomito nesroet " qui fait de nombreuses victimes parmi les enfants....."—Je dois cette note à l'obligeance du docteur Huard qui l'a extraite de la Presse, danc le temps même où il lisait, à Pari-, nia brochure sur l'endémie paludéenne qui avait décimé nos enfanta en 1858, eV il sj »utait.- " Otte fièvre ne aerait-elle pua la fièvre décrite rmr là D, «. teurFugefc?" * c0 • JUILLET 1859. 11 Compendium de Médecine ont admis la fièvre jaune du type intermittent. Aujourd'hui, cette opinion de l'école infectioniste, que la fièvre jaune est le plus haut degré des fièvres paludéennes, est complètement abandonnée, du moins aux Etats-Unis. Malheureusement, un grand nombre de, médecins, en Amérique surtout, se sont laissé entraîner dans l'exagéra- tion diamétralement opposée, qui consiste à confondre avec la fièvre jaune une foule de fièvres paludéennes. Si je no me trompe, ce sont les sourdes exigences de la théorie contagioniste, aidées do quelques autres influences plus larges et plus élevées, qui en ont conduit quelques-uns dans cette exagération opposée. Voici, pour ma part, comment je m'explique le succès de l'erreur nouvelle, acceptée et propagée, surtout dans le sud des Etats-Unis. Les maladies contagieuses, au degré où le sont la scarlatine et la rougeole, sont des affections spé- cifiques nettement dessinées, avec des signes caractéristiques) si donc la fièvre jaune appartient à cette classe des affec- tions contagieuses, elle doit avoir ses symptômes pathogno- moniques ou spécifiques. On n'a pas manqué de les lui trouver et ces symptômes pathognomoniques ont fait une telle fortu- ne, que les deux partis les ont acceptés comme tels, sans exa- men et sans restriction : le vomissamnt noir, surtout accom- pagné d'autres hémorrhagies passives, a passé et passe en- core aux yeux do plusieurs, pour un symptôme pathognomo- nique, caractéristique, spécifique de la fièvre jaune. Il n'en fallait pas tant pour amener la confusion dont nous nous plaignons : toutes les fièvres avec vomissement noir ont alors été prises pour la fièvre jaune, même ks plus intermit- tentes ; or, les fièvres paludéennes de tous les types, avec vomissement noir et jaunisse, sont très communes dans les régions tropicales, et dans le sud des Etats-Unis, comme en Afrique, comme en Grèce.......................- C'est du reste un peu la faute de notre Ecolc-mèro, l'illus- tre Ecole de Paris, si les choses en sont venues au point où 12 PREMIERE LETTRE. nous les voyons. Dans un but très louable de généralisa- tion, cette Ecole a réussi, de nos jours, à faire englober sous une même dénomination toutes les fièvres que distin- guait soigneusement les unes des autres la génération de Pinel : la similitude de quelques lésions anatomiques, do quelques éruptions intestinales, plus ou moins constantes. plus ou moins variables, a suûi à l'établissement du typhoï- disme. Pourquoi les médecins des Antilles, et du sud des Etats-Unis, ne confondraient-ils pas sous le même nom assez vague de fièvre jaune, toutes les fièvres avec hémorrhagies? Ce sont là, messieurs, les fruits do l'école sensualiste. Mais l'Ecole de Paris a quelque peu secoué le joug du sen- sualisme. A l'avènement du Juste-milieu en France, une au- tre doctrine philosophique, plus en harmonie avec lui, a su s'imposer à l'opinion ; je veux parler de Y Eclectisme. L'en- seignement médical ne pouvait pas tarder à en subir l'in- lluence ; le brillant et spirituel Réveillé-Parise en fut l'avo- cat auprès de ses confrères. Il faut convenir que cette doctrine a bien quelques côtés séduisants, pour les esprits modérés, prudents, amis de la paix et du repos ; elle est extrêmement conciliante. Voyons un peu son application aux questions ardues que nous étudions ; pour elle, les difficultés ne sont pas grandes. Par exemple : La fièvre jaune est-elle contagieuse ? Si vous êtes éclectique, vous pouvez répondre qu'elle l'est, et qu'elle ne Test pas ; qu'elle ne l'est pas ordinairement, pas plus qu'une simple fièvre intermittente, mais qu'elle peut le de- venir autant que la scarlatine et la rougeole. Secondement : La fièvre jaune est-elle due à l'infection? Ordinairement, elle a besoin d'un foyer d'infection pour être engendrée et propagée ; ce foyer est même limité ; d'autres fois, au contraire, il est mobile et sans limites ; d'autres fois même il est nul, car on voit des épidémies de fièvre jaune sans qu'on puisse soupçonner des communications suspectes! ni l'infection d'aucune manière. —(Exemple : Epidémie de Wood ville.) Enfin, la fièvre jaune naît-elle à la Nouvelle-Orléans, ou JUILLET lSÔ'.r. 13 y vient-elle du dehors? Il y a de fortes raisons de croire qu'elle naît à la Nouvelle Orléans, et des raisons tout aussi solides de penser qu'elle y est introduite ; et ainsi à l'ave- nant pour le reste. Voilà, certes, une doctrine très com- mode et très accommodante; malheureusement, on peut lui faire des reproches sérieux : elle est évidemment trop facile sur les preuves ; elle tend à paralyser les efforts des travail- leurs, en cherchant à persuader qu'on en sait assez, ou qu'on n'en saura jamais davantage ; une indifférence universelle et mortelle doit en être la conséquence. On ne peut donc admettre une pareille doctrine qu'en l'absence, ou même qu'en désespoir de toute conviction................. Ce qui résulte de plus clair, Messieurs, de tout ce que j'ai eu l'honneur de vous exposer dans cette première lettre, c'est qu'il règne parmi les médecins une grande confusion sur ce qu'il faut entendre par fièvre jaune, et que le plus sûr est, sans doute, de se tenir entre les deux partis que je vou3 ai signalés, l'un soutenant que la fièvre jaune est une fièvre paludéenne, l'autre qu'une foule de fièvres paludéennes sont la fièvre jaune. Parmi les auteurs qui ont écrit sur ce sujet, Audouard me paraît être celui qui s'est le plus approché de la vérité quand il a étabi sa distinction du typhus nautique et du ty- phus paludique; rien ne me semble devoir jeter sur l'étude que nous avons entreprise plus de lumière que cette remar- quable distinction ; elle nous servira à démêler un peu ce qu'on a trop embrouillé, trop confondu, jusqu'ici, sous ce nom de fièvre jaune. Si je ne me trompe, il y aurait plus de profit à entrer dans cette voie, qui a été peu étudiée, qu'à demeurer tou- jours sur celle de la contagion et de l'infection qu'on a fouillée, creusée, retournée en tous sens, chaque fois qu'il s'est agi de Y importation, et tout cela sans grand résultat pour la science. C'est à tort, en effet, qu'on veut établir un lien nécessaire entre la contagion et Yimportation ; pour moi, je ne crois pas à la contagion de la fièvre jaune, mais 14 PREMIERE LEÏMÏi:- -JUILLET 1859. je crois à son importation' dans de certains foyers, pourvu ()ue les conditions indispensables à son développement s'y trouvent réunies. Malheureusement, la Nouvelle-Orléans, est, sous ce rapport, un des foyers les mieux préparés qu'on puisse imaginer. Ce sera là, Messieurs, si vous voulez bien m'y encourager, le sujet d'une prochaine communication de ma part. Recevez, etc. D E U XI E M E LETTRE SUR LA FIEVRE JAUNE, LUE A LA SOCIÉTÉ MÉDICALE DE LA NOUVELLE ORLÉANS, £)uus la Séance du 2 Septembie 1859t Omnes homines qni de rébus dubiis consultant, ab odio amicitià, ira atque misericordiâ, vacuos esse decet--- Salluste, cité par Ucsgentttes, à propos de discussions sur la Fièvre Jaune. Messieurs, C'est une erreur d'imaginer qu'on a démontré l'impossi- bilité de Y-importation de la fièvre jaune, et par conséquent l'inutilité contre elle, au moins de mesures quarantenaires, quand on croit avoir prouvé que cette fièvre n'est pas con- tagieuse. Le .célèbre Chervin a pourtant consacré toute une belle vie do dévouement et de travail à cette déplorable erreur. Voici, à cet égard, toute sa pensée, exprimée caté- goriquement, à la page 132 de son Examen des principes de l'administration en matière sanitaire: " Toutes les entraves qu'on impose aujourd'hui au com- '' merce, dans la vue de nous préserver de la fièvre jaune '' doivent cesser dès le moment qu'il sera démontré que '' cette maladie n'est pas contagieuse, et que par conséquent " nous n'avons rien à craindre de son importation. " Il soutenait, comme on sait, que la fièvre jaune est duo toujours à des foyers d'infection; il expliquait les épidé- mies par la multiplication de foyers locaux ; mais il re. connaissait que les bâtiments de mer peuvent aussi en être la source; bien plus, il a discuté, et, après une critique sévère, il a admis des faits où l'on voit clairement des bâti- ments infectés, vrais foyers ambulants, venir constituer un point d'où certaines épidémies de fièvre jaune ont rayonné, pour s'étendre de là, plus ou moins loin, sur les habitations voisines. ') DEUXIEME LETTRE. Malgré tout cela, il lui suffit de pouvoir dire : " Ccsbâti- " ments ne coatenaient pas la fièvre jaune, mais seulement " sa cause, et par conséquent ce ne sont pas là des faits de " contagion, mais au contraire d'infection", pour qu'il se persuade qu'on n'en peut tirer aucun argument en faveur de mesures quarantenaires. Mais, en vérité, que la maladie soit introduite, en acte, ou seulement en puissance, elle n'en est pas moins introduite; qu'après cela, elle se propage par simple développement du foyer primitif, ou par contagion, l'épidémie dans ces cas n'en est pas moins due originairement à l'importation. Je vais donc résumer devant vous, Messieurs, quelques faits incontestables d'importation, et après avoir ainsi mon- tré que la fièvre jaune, contagieuse ou non, est importable, et que par conséquent des barrières sanitaires sont néces- saires contre elle, partout où elle est possible, j'essaierai de faire voir que pour la Nouvelle-Orléans-Orléans en parti- culier, malgré son état de saleté et d'insalubrité effroyable, il y a plus de probabilités en faveur de l'importation qu'en faveur de l'origine locale de ses épidémies d'î fièvre jaune, et qu'ainsi il va lieu de continuer, ou plutôt de perfection- ner, les mesures de préservation dont l'essai est déjà com- mencé. Je reconnais qu'il serait désirable que nous pussions nous renfermer dans l'étude de faits recueillis à la Nouvelle- Orléans même ; mais, Messieurs, dans les grandes villes, les faits de cette nature sont enveloppés de complications inex- tricables, et il est extrêmement difficile, presque impossible, de savoir à leur sujet tonte la vérité et rien que la vérité, même à l'aide d'enquêtes consciencieuses et sévères; dans les petites localités, au contraire, les faits se présentent avec plus de simplicité, et, sans trop d'efforts, il est possible de les approfondir assez pour que rien d'important n'échappe aux investigations. Cherchons donc dans les annales de la science si nous ne trouverons pas quelque histoire d'épidé- mie de fièvre jaune, bien authentique, bien complète, surtout pour ce qui en regarde l'origine, et cela parce qu'elle aura SEPTEMBRE 18'9. 3" été écrite sur un petit théâtre, où tout aura pu être su. ^ WÊ connu, vérifié, établi de la manière la plus incontestable, et M par des hommes compétents. j & Sous tous ces rapports, l'épidémie du Port-du-Passage, en Il r* 1823, me paraît la plus remarquable et la plus intéressante ^% qu'on puisse citer ; or, elle présente un fait d'importation ^Ê de fièvre jaune si positif, si évident, qu'il a été forcément '\ accepté par tous, même par Chervin, .... à la vérité taci- tement. Mais un fait positif vaut plus que tous les faits négatifs du monde ; ce n'est donc pas perdre son temps que I de s'arrêter un peu à étudier l'épidémie du Port-du-Passage, .. J de 1823, épidémie d'ailleurs peu connue, ou trop oubliée. r ' i Le Port-du-Passage est un village maritime de la côte P nord d'Espagne, tout près de Bayonne ; il est habité par L $ des pêcheurs principalement, et sa population, de mille à r* • douze cents âmes, en temps ordinaire, était plus que dou- blée au mois d'août 1823, par suite du siège de St.-Sébastien Ê par l'armée française. C'est à ce moment là quo la fièvro jaune y éclata pour la première fois; depuis elle n'y aja- f mais reparu, que je sache. Si donc il y a là des causes lo- cales de fièvre jaune, elles no paraissent pas y jouir d'une F* grande activité, puisqu'elles ne se seraient exercées qu'une seule fois. Le Port-du-Passage et ses environs sont d'ail- leurs très salubres; la circulation de l'air y est très facile ; le rivage n'y est jamais couvert de plantes marines, ni d'in- sectes, et les eaux stagnantes ne s'y voient nulle part. Le 2 août 1S23, un brick, le Donostiarra, entra au Port- du-Passage, et vint s'amarrer à quelques toises de la place la Piedad, du bourg St-Jean ; ce fut le seul bâtiment qu'il y eût alors sur rade, et il n'en vint pas d'autre cette année là ; par conséquent aucune confusion ne fut possible. Vers le 15 août, le déchargement du brick était à peu près achevé, quand le douanier mis à bord tomba malade, et mourut le 17 ; le 20, un des charpentiers occupés au ca- rénage du navire tomba malade, et mourut le 22 ; dès co moment, jusqu'au 1er septembre, plusieurs autres ouvriers, chargés denlovcr les madriers pourris de la carène, furent . ° 8 4 DEUXIEME LETTRE. frappés à leur tour, ainsi qu'un chocolatier et deux bateliè- res qui étaient venus à bord ; or, tous ces individus pré- sentèrent les mêmes symptômes : ils vomirent des matières noires et devinrent jaunes avant de mourir. Dans la première semaine de septembre, il y eut aussi plusieurs victimes dans des maisons de la place la Piedad, et parmi elles quelques-unes qui n'étaient pas venues à bord du brick. H n'en était pas moins évident que la source première de l'épidémie se trouvait dans ee bâtiment ; aussi le 6 septembre, par ordre de l'autorité, il fut emmené à plusieurs milles, de l'autre côté du bras de mer qui sépare le bourg St-Jean du bourg St-Pierre ; et là ses agrès furent brûlés, et le 19 le Donostiarra tout entier subit le même sort que ses agrès. "V oici en quelques mots l'histoire de ce brick : Il avait servi à la traite des nègres et n'avait point été réparé depuis; au commencement de juin 1823 il était parti de la Havane, et après dix jours de mer il avait perdu un matelot dont la mort rapide fut plus tard mise, par lo capitaine, sur le compte d'une indigestion ; vingt-cinq jours plus tard, et sans avoir eu d'autres malades, le Donostiarra relâchait à la Corogne, côte ouest d'Espagne, où on lui fit faire dix jours de quarantaine ; enfin, après avoir mouillé à Santander, il arriva le 2 août au Port-du-Passage, où il ne fut plus soumis à aucune mesure sanitaire, puisqu'il avait fait quarantaine à la Corogne et n'avait point eu de- puis de malade à son bord. Du 2 au 15, des centaines de personnes vinrent à bord, les marchandises furent débar- quées et ce n'est que quand le navire fut vide que le doua- nier mis à bord tomba malade. Dès ce moment nous avons vu que les charpentiers occupés à ouvrir la cale du navire tombèrent les uns après les autres. Un détail curieux, c'est que le Donostiarra eut un moment la chance d'aller à Bayonne où à Bordeaux pour ses réparations ; mais le pro- priétaire ayant trouvé des prix plus favorables au Port-du- Passage, ce chantier fut préféré à ceux de la France, qui dut, peut être à cette petite cause, de voir uue de ses villes SEPTEMBRE 1859. 5 maritimes de l'ouest échapper ainsi au typhus d'Amé- rique. Revenons à l'épidémie du Port-du-Passage. Du 6 au 15 septembre, le nombre des malades alla tou- jours croissant, et cependant la source du mal, le Donos- tiarra, n'était plus là pour l'alimenter ; ainsi, séparée de sa source, l'épidémie avait pu continuer et même prendre plus de force et d'extension. C'est dans ces circonstances qu'Au- • douard, alors médecin en chef du 5ème corps de l'armée d'Espagne, devant Pampelunc, fut envoyé au Port-du- Passagc pour aviser aux moyens d'arrêter l'épidémie s'il se pouvait, ou tout au moins d'en préserver l'armée française. Les détails que lui donnèrent les médecins français, Poutau et Sanson-Ouin, ainsi que le docteur Arruti, espagnol, no laissèrent dans son esprit aucun doute sur la nature du mal. Depuis, ces médecins, auxquels il avait apporté des exemplaires de sa Relation historique et médicale de la fièvre jaune de Barcelonne de 1821, lui ont dit que la des- cription de l'épidémie de Barcelonne pourrait être prise à la lettre pour peindre celle du Passage. Dès son arrivée aux environs du village infecté, et autour duquel on avait, avec l'aide des soldats français, tracé un vaste cordon sanitaire, Audouard ordonna la dispersion des malades dans des maisons de campagne, ainsi transfor- mées en lazarets. A la vérité, ses ordres ne furent exécu- tés que le 25 septembre, et déjà' le mal était sur son déclin; il n'en est pas moins remarquable que depuis ce jour il n'y eut plus de morts ni de nouveaux malades ; neuf de ceux qui furent transportés dans les lazarets de la campagne, dans un état très grave, ce même jour, 25 septembre, se relevè- rent rapidement.—Ainsi l'épidémie avait duré une quaran- taine de jours. Tel, est, Messieurs, en substance, l'historique exact de l'épidémie de fièvre jaune du Port-du-Passage, en 1823 ; c'esk principalement au mémoire d'Audouard que je l'ai emprunté, .mémoire publié dans le volume 3ème de la Bévue Médicale, pour l'année 1821. t) DEUXIEME LETTRE. Avant de faire ressortir quelques-unes des conséquences qui découlent du fait que je viens de résumer devant tous, permettez-moi, Messieurs, de mettre en regard les couleurs opposées sous lesquelles ce même fait, si simple, a été pré- senté dans les camps contraires des contagionistes et des infectionistes. En voici d'abord le tableau, tracé à grands traits, devant la chambre des députés, en 1820, sous l'inspiration de Pariset peut-être, par M. de Boisbcrtrand, chef politique. des contagionistes de l'époque, en sa qualité de-directeur de l'administration générale des établissements d'utilité publique : " Au Port-du-Passage, la fièvre jaune vient, portée par un " bâtiment qui en recèle le foyer dans ses flancs. Ce bati- " ment ayant besoin de réparations, on fit venir des char- " peutiers ; à peine ces malheureux ouvriers ont-ils mis la " hache dans la carcasse du vaisseau, qu'une odeur infecte " en sort et va se porter jusque dans les maisons voisines " du port. Les ouvriers tombent subitement malades; on " les remplace par d'autres qui éprouvent le même sort. " D'autres succèdent à ces derniers et sont frappés comme " eux. Bientôt la maladie se répand dans la ville..... " Enfin, elle se répand dans la campagne avec les familles ".qui ont quitté la ville; et elle ne s'arrête que devant le '• cordon sanitaire. " Voici maintenant la réfutation de Chervin, le chef do l'école infectioniste : '' Je ferai d'abord observer que la fièvre jaune ne fut " point apportée au Port-du-Passage dans les flancs du " brick Donostiarra, mais seulement sa cause ; ce qui est " très différent. ..." Puis, après avoir montré que cette cause ne résidait ni dans les personnes, ni dans leurs effets, ni dans les marchandises, Chervin continue ainsi : " Où se " trouvait-elle donc ? Dans la cah même du bâtiment ; et " c'est quand on ouvre à coups de hache cette nouvelle " boîte de Pandore, qu'une odeur infecte en sort, et va se " porter jusque dans les maisons voisines du port.. . . mais, '' qui avait pu infecter ainsi la cale du Donostiarra?..... SI.I'TF.MBRE 1859. i " apparemment des substances putréfiées, c'est-à-dire un " foyer d'infection.....Ainsi M. de Boisbcrtrand, tout en " niant l'infection, nous eu fournit un des cas les plus " concluants. " " La fièvre jaune, une fois développée au Port-du-Passage, "poursuit Chervin, s'y est-elle propagée par contagion? " M. le Directeur-général l'affirme sans hésiter; mais le " docteur Jourdain, envoyé sur les lieux par le ministre de " la guerre, fait remarquer que sur deux cent dix maisons " dont se compose le bourg du Passage, il n'y eut de ca3 " de fièvre jaune, malgré la liberté des communications, " que dans trente et quelques, toutes situées à très peu de " distance du bâtiment infecté, et sous l'influence directe des " émanations qui en provenaient. " A propos de cette dernière assertion, il faut nous rappe- ler Messieurs, que depuis le 6 septembre le Donostiarra avait été éloigné du bourg infecté de toute ïa largeur du bras de mer qui le baigne, c'est-à-dire de plusieurs milles et que, par conséquent il est impossible d'admettre que les nouveaux et derniers malades, frappés chaque jour, jusqu'au 25, aient pu Têtre, sous l'influence directe des émanations qui en pvovenaient. Quant 'au dernier fait affirmé par M. de Boisbertrand, à savoir que " la maladie se répandit dans les campagnes '• avec les familles qui quittèrent la ville, et qu'elle ne s'ar- " rêta que devant le cordon sanitaire, " ce fait n'a pu exis- ter que dans l'imagination de M. le Directeur-général, car il est nié positivement par tous les médecins témoins de l'événement, et qui l'ont relaté dans les écrits que Chervin a pu consulter. Ainsi, le docteur Arruti affirme " qu'il n'y »• eut pas un seul cas de fièvre jaune à la campagne, excepté " chez quelques personnes qui l'avaient contractée dans le 11 lover d'infection. " (Page 36.) Audouard,lui aussi, contagioniste pourtant, a constaté que " ceux qui moururent hors du cordon, et dans des maisons '• de campagne, séparées de toute autre habitation, ne conj- ■• forniquèrent rion aux personnes qui s'en approchèrent. " (Page 30). 8 DEUXIEME LETTRE. Enfin, ajoute Chervin, " M. le docteur Jourdain déclare " positivement qu'il n'y eut dans la fièvre jaune du Passage '' aucun exemple de transmission de cette lièvre de l'homme " malade à l'individu sain, malgré les contacts les plus ré- >' pétés et les plus immédiats. M. le docteur Montés, qui " fut envoyé sur les li3ux par la junte provinciale de Gui- *• pazcoa, dit absolument la même chose. " (Page 37). Après cette réfutation, Chervin tire des conclusions qui sont bien instructives ; les voici : 44 II reste évidemment démontré, dit Cliervrn, premiôre- " ment, que la fièvre jaune ne fut point propagée par con- " tagion dans le bourg du Passage, en 1823 ; secondement, " qu'elle ne se répandit point dans les campagnes et les 4< villages environnants; troisièmement, enfin, que sanon-pro- " pagation par contagion, tant à la ville qu'à la campagne, " ne fut point le résultat de prétendues mesures sanitaires, " comme l'affirme M. le Directeur-général. " Mais, avant do se propager, comment et où donc était-elle née, cette fièvre jaune du Passage ? Chervin se garde bien d'aborder cette question, parce qu'il ne veut pas y répondre. Ou plutôt, il croit s'en être débarrassé en disant : ce n'était pas la fièvre jaune, mais seulement sa cause que le Donos- tiarra portait dans ses flancs. Soit ; ma*is, si ce brick, au lieu d'une quarantaine illusoire à la Corogne, eût été soumis, après déchargement complet, à une désinfection réelle, dans un établissement quarantenaire convenable, n'eût-on pas évité l'épidémie du Passage ? Ne l'eût-on pas anéantie ainsi dans sa source, dans son germe, en détruisant le prin- cipe morbifique, ou la cause que recelait la cale de ce mal- « heureux brick? Il est impossible de ne pas répondre affir- mativement à ces questions. Mais, y répondre, c'est avouer qu'il y a lieu de prendre, contre les navires suspects, cer- taines mesures de préservation ; c'est avouer que les éta- blissements quarantenaires ne sont pas inutiles. Et voilà ""pourquoi Chervin de très bonne foi, s'est tu ; et voilà pourquoi sa seconde conclusion est devenue la première celle-ci étant complètement passée sous silence ; c'est qu'il y allait du fruit des travaux de toute sa vie ! SEPTEMBRE 1859. 9 Si le temps nous le permettait, il y aurait de l'intérêt à étudier les moindres circonstances de cette épidémie du Port-du-Passage, et, entre autres, les conditions où se trou- vait le Donostiarra, qui en a été la source incontestée. Cette particularité que ce brick avait servi naguère à transporter des cargaisons de nègres de la côte d'Afrique à l'île de Cube, explique comment il était devenu un foyer ' d'infection si dangereux. Il y aurait ici, Messieurs, de graves réflexions à faire, et peut-être d'une opportunité trop réelle, sur les liens très probables qui existent entre la traite et la fièvre jaune ; mais j'ai hâte d'appeler votre attention sur une remarque, sinon plus importante, du moins plus pratique, au point de vue des mesures quarante- naires. Voilà un navire parti de la Havane il est vrai, mais sans qu'on puisse affirmer que la fièvre jaune y régnât quand il en était sorti ; un matelot y meurt pendant la tra- versée, après une courte maladie, mais le capitaine déclare qu'il est mort d'indigestion ; depuis ce matelot, plu3 de ma- lades ; cinq ou six semaines plus tard il subit une quaran- taine de dix jours, et aucune maladie ne se déclare à son bord ; il relâche dans un autre port encore, et si sa patente avait dû être purgée, elle reste nette ; enfin il arrive au Port-du-Passage, et ce n'est que quinze jours plus tard, quand il a pu être déchargé impunément, que des morts foudroyantes éclatent chez ceux qui ont respiré l'air qui se dégage de sa cale. Je vous le demande : un bâtiment de commerce qui se présenterait à la quarantaine du Mississipi, dans de telles condition!, y serait-il longtemps retenu ? Voici la réponse : "L'EKzabeth Ellen, capitaine Straigg, après deux mois " de séjour à St-Thomas, où la fièvre jaune faisait de <' grands ravages, met à la voile le 8 mai (1858) pour la " Nouvelle-Orléans ; pendant la traversée, plusieurs cas, " d'une fièvre suivie do jaunisse et d'abcès, se déclare à " bord, et l'un des matelots vomit noir et meurt, le 24 mai, ' après une agonie accompagnée de cris, etc... •'' Eh bien ! " ce navire arriva à la quarantaine le 4 de juin, fut visité, 10 DEUXIEME LETTRE. " fumigé et an >o ri se à «e rendre à la Nouvelle-Orléans le " même jour ! '* (Docteur Chaillé, traduit par le docteur Deléry, dans son Précis Historique, pages 28 et 29). / On avouera qu'après ce fait, la quarantaino du Mississipi / ne paraît pas appelée à rendre de grands services^ à mons, T queses règlements ne soient profondément modifiés. JI est ■^"""cTânTen effet qu'elle sera souvent prise en défaut si elle doit d'ordinaire être aussi expéditive qu'elle l'a été dans cette occasion. Puisqu'elle a livré à la libre pratique, après uno simple fumigation, 1 EUzabcth Ellen, transformée en infir- merie de fièvre jaune, en acte, comment ne laisserait-elle point passer, même sans fumigation, quelque vieux négrier qui, comme le Donostiarra, ne recèlerait que la fièvre jaune en puissance, et au fond de sa cale ? car, sommes-nous bien sûrs, Messieurs, qu'il ne se glisse pas souvent, parmi nos bâtiments marchands, de ces négriers dont la cale, devenue un vrai cloaque, peut rester longtemps encore un foyer puissant de fièvre jaune, et foyer d'autant plus dangereux qu'il est plus profond, plus caché et moins soupçonné (1) ? Bien plus, une fois entré dans un port, comme celui de la Nouvelle-Orléans, il peut arriver qu'à l'ouverture des écou- tilles d'un pareil navire, la fièvre jaune éclate, non pas à son bord, mais à bord de ses voisins. Dan3 de telles cir- constances qui va être soupçonné ? Qui va être l'objet des investigations ? Ce va être, non pas la source première du j ;__jnal, mais lésina vires d'alenlour, _snr lesquels les premiers / malades auront été dénoncés ; et ainsi, dès le début, l'en- . quête aura perdu la vraie piste, It nécessairrement elle va y faire fausse route. Il paraîtrait cependant que l'année dernière le présidont du Bureau de Santé, le docteur Axon, a pu arriver à la (1) Voici ce qu'on lit dans l'Aide du 8 novembre 1859 : " Boston, 7 novembre.—Des nouvelle» ont été reçues de Ste-Iïélène, 41 en date dn 13 septembre, annonçant que deux bâtiments, faisant la «' traùe des nègres, ont été captures sur la côte d'Afrique et condamnés. " Un des batimeuts est le Stephen T. Townsend,do la Nouvelle-Orléans. " Ou ne counaît pas le nom de l'autre. " SEPTEMBRE 1859- H source première de l'épidémie, qui s'est trouvée être préci- sément YElizabeth Ellen, dont nous venons de parler. Dans notre premier Mémoire, page 27, nous avons, en effet, déjà vu que l'épidémie de 1858 a eu sa source pre- mière dans ce bâtiment. Sans doute, les faits d'importation de la fièvre jaune, aussi incontestables, aussi évidents, aussi complets que celui du Passage, ne sont pas très communs ; cependant, il y en a bien d'autres très probants ; je puis vous en signaler deux encore dans le même ouvrage de Chervin, l'un à la quaran- taine do Mahon, à la Cala- Tentera, l'autre à la quaran- taine de Marseille, à Pomègue, tous deux en 1S21. En exposant le3 détails du premier fait, il a échappé à Chervin une expression remarquable : il attribue cette épidémie à des causes locales, mais ces causes locales, il les divise en stationnaircs et en flottantes ; or, il est clair que ces causes flottantes, qui n'étaient autres que quarante-trois bâtiments infectés, venus de Barcelonne, Malaga et d'ailleurs, pour être purifiés à Cala-Teulera, conformément aux lois sani- taires, ont eu, dans la production de l'épidémie, une telle part, qu'aucun artifice de langage ne pouvait les faire mé- connaître. Dans le second fait, celui de Pomègue, le rôle d'une cause flottante, de la même espèce, eût été plus difficile encore à obscurcir ; voici le récit de Chervin : "Le capitaine danois, Mold, commandant le Kicolino, «' partit de Malaga, sur lest, le 2(5 août 1821, ayant à bord " un matelot-malade, et fit voile pour Marseille. ' Ce ma- " telot mourut le 29. suite de l'ivresse et de la fatigue, " suivant la déclaration du capitaine, et son cadavre fut " jeté à la mer, ainsi que les matelas et les hardes qui lui « avaient servi pendant sa maladie. " " Le 1er septembre, un autre matelot tomba malade, «• mais guérit____Ce bâtiment arriva au port de Pomègue " le 7 du mémo mois ; le S, le capitaine en fit ouvrir les 11 écoutilles ; et, suivant le docteur Robert, médecin du " lazaret, la vapeur délétère qui s'en exhala répandit à i) 12 DEUXIEME LETTRE. " l'instant la contagion sur les hâtiments qui étaient à ser " cotés ; do sorte que, du 11 septembre au\Q octobre, vinq- " cinq individus, appartenant à six bâtiments qui se trou- " voient en quarantaine, tout près du Nicolino, furent " atteints d'une maladie que les médecins du lazaret de **■ Marseille disent être identique à la fièvre jaune d'Amé- " rique, et à laquelle quinze- succombèrent. " On avouera qu'il est étrange de voir jeter à la mer les matelas et les hardes d'un ivrogne qui meurt de fatigue ! Une autre particularité de cette traversée du capitaine Mold, rappelée par Audouard, c'est que les écoutilles res- tèrent fermées pendant tout le voyage, et que l'équipage demeura sur le pont ; quand on ouvrit ces écoutilles, plu- sieurs hommes de l'équipage danois tombèrent malades comme ceux des navires voisins. Est-il probable qu'on eût vu de la fièvre jaune à Pomègue en 1821, si le Nicolino n'y fût point venu ? Enfin, Messieurs, pour fermer la petite liste des faits au- thentiques d'importation que je désirais faire passer sous vos yeux, en voici un dernier qui me paraît encore très concluant : " On sait que l'île do l'Ascension est un rocher volcani- " que, situé dans l'Océan Atlantique, à quatre ou cinq cents »' lieues du littoral de l'Ancien et du Nouveau Monde, •' presque entièrement dépouillé de végétation, privé d'eau, *' battu par les vents, situé hors de la sphère des émana- '' tions des continents, et n'ayant ni marais, ni population «' condensée, ni aucune des causes locales auxquelles la fièvre " jaune est communément attribuée. Le sloop de guerre, " le Bann, parti de Sierra-Leone dans les derniers jours de " mai 1823, ayant communiqué avec la Caroline, qui avait " perdu tout son équipage de la fièvre jaune, se trouva " infecté lui-même, et, sur cent dix-sept Européens dont se u composait l'équipage, quatre-vingt-dix-neuf furent frappés " de la maladie et trent-trois moururent. Des vingt-sept li nègres qui étaient sur le bâtiment, aucun ne fut malade. " Peu de jours après l'arrivée du Banh à l'île de YAscen- SEPTEMBRE 1859- 13 u sion, la fièvre jaune se déclara tout-à-coup dans la garni- " son anglaise, composée de vingt-huit hommes____Il est " extrêmement remarquable qu'elle ne se communiqua point " à un poste de six hommes placé dans une autre partie de u l'île, et n'ayant point de communication avec le débarca- " dère, tandis qu'elle se répandit par des relations immt- " diates avec le navire qui en étiit infecté, non-seulement " dans la garnison, mais encore à bord du bâtiment le *' Driver, qui vint relâcher sur ces entrefaites à l'Ascen- " sion... !" (Revue Médicale, page 314 du quatrième volume de l'année 1824). Ces quelques faits, auxquels on pourrait sans doute en ajouter beaucoup d'autres, tout aussi probants, me parais- sent plus que suffisants pour établir que la fièvre jaune est importable ; mais ce serait me faire dire plus que je ne veux d'ajouter, que dans mon opinion, la fièvre jaune est toujours importée, partout où on la voit régner épidémiquemcut. J'avoue pourtant que, pour ma part, je ne connais, pour aucun pays, aucune preuve directe de l'origine locale de la fièvre jaune, du moins aussi positive, que celle que je viens de donner de la réalité de son importation. Il ne me paraît donc pas prouvé que la fièvre jaune soit nulle part endémi- que, dans le sens propre de ce mot. Mais, si la fièvre jaune, le plus souvent, n'est point due à des causes locales, si c'est épidémiquement qu'elle appa- raît, dans la plupart des pays qu'elle visite, comment se rendre compte de sa propagation, après avoir admis sa source dans l'importation, sans croire à la contagion ? Pour plus de clarté, revenons au fait du Passage. Dans cet exemple, il est évident que les principes morbifiques de l'épidémie ont été introduits dans le Port par le brick qui les recelait dans sa cale ; aussi, le premier malade a-t-il été le douanier qui était de garde à bord, nuit et jour ; après lui, sont venus les .charpentiers qui ont ouvert les flancs du navire, et ces premières victimes ont été empoi- sonnées à hautes doses. Plus tard, des habitants des maisons voisines de la plage ont été frappés sans être venus 14 DEUXIEME LETTRE. à bord ; l'atmosphère infectée de la cale du brick avait donc fait irruption au dehors et rayonné déjà assez loin ; mais, plus tard encore, après le 6 septembre, quand déjà le Donostiarna était à une distance de plusieurs milles, de nouveaux malades ont continué à tomber chaque jour ; comment expliquer la propagation de l'épidémie en l'absence du foyer primitif? Uinfeclionixte quand même, Chervin, a glissé sur la dernière circonstance que nous signalons, et il s'est contenté de répéter, avec M. Jourdain, " qu'il n'y eut, " au Port-du-Passage, des cas de fièvre jaune que dans les s-t maisons situées à très peu de distance du bâtiment infecté, . «' et sous l'influence directe des émanations qui en prove- i " naient. " C'est une manière commode, mais peu habile, de se tirer d'affaire que de ne pas tenir compte des faits les plus pa- tents. Or, il est certain qu'au Port-du-Passage l'épidémie a continué sa marche progressive, après l'éloignement, et même après la destruction de. l'unique foyer qui avait pu lui donner naissance. Encore une fois, comment expliquer cette propagation de l'épidémie en l'absence du foyer? Les contagionistes ne sont pas embarrassés pour répondre : à leurs yeux, en effet, chaque malade étant la source de nou- veaux germes, la propagation de l'épidémie est duo à la transmission de la maladie, des malades à ceux qui ne le sont pas encore. Les éclectiques ne le sont guère non plus : pour eux, ils imaginent que la réunion de plusieurs malades constitue un petit foyer, et que plusieurs petits foyers en ont bientôt formé un grand, et ainsi ils pensent avoir satisfait tout ensemble et à la théorie infectioniste et à la théorie contagioniste. Au lieu de toutes ces hypothèses, il serait pourtant plus sûr de s'en tenir purement et simplement aux faits, à l'ob- servation. Par exemple, au Port-du-Passage, il a été évi- dent que les principes morbifiques ont été introduits par le Donostiarra, qui en était la source ; puis, il n'a pas été moins évident que, cette source détruite, les principes mor- bifiques ont continué leur œuvre, en rayonnant, plus ou SEPTE'icr.r. 1859.* '15 moins loin, autour de leur point, de départ ; il est même clair que si le milieu où ils agissaient eût été plus conve- nable, si la population eût été plus considérable, plus agglomérée, etc., etc., l'épidémie eût duré plus longtemps. Mais il n'est pas moins certain aussi qu'il n'y a pas eu un seul fait de contagion constaté par l'oi:si:rvation dtrecte an Port-du-Passage : tous les médecins de l'épidémie ont reconnu, au contraire, que les malades, transportés hors du foyer, n'ont communiqué leur maladie à personne. C'est donc par le raisonnement, je m'exprime mal, c'est en faisant des hypothèses que les contagionistes ont trouvé des preuves de contagion au Port-du-Passage. Par exemple M. Collineau, de l'Académie, après avoir étudié les diffé- rentes relations dès médecins qui étaient sur les lieux, dé- cide que, " après toutes les suppositions possibles, pour expli- " quer la propagation de l'épidémie après la disparition du " foyer, il faut en arriver aux malades eux-mêmes, et que, " par conséquent, c'est par contagion que cette propagation " avait lieu. " Audouard fait à peu près le même raisonnement : " Faut- " il supposer, dit-il, que les miasmes, qui étaient sortis du " navire, existèrent plus ou moins longtemps clans les mai- " sons où il y eut de nouveaux malades? C'est ce qu'il est " difficile d'admettre, lorsqu'on sait que le quartier en " question est à l'entrée d'une gorge de montagnes, où il y " a un courant d'air continuel et rapide; et, l'on pourrait ac- " corder encore moins que ces miasmes restèrent sans " action pendant dix, douze ou quinze jours, dans l'écono- " mie vivante, après avoir été absorbés. Il est donc proba- " ble que la maladie régénéra la maladie, et que les premières " personnes atteintes produisirent les causes des atteintes " subséquentes, par une sorte de succession locale. " A la bonne heure ! Mais il ne faut pas oublier qu'en dehors du foyer, il n'y eut pas uu seul cas de contagion, de l'aveu d'Audouard lui-même. .... Pendant que nous sommes en frais de suppositions, il serait possible d'en faire bien d'autres ; entre mille, en 16 DEUXIEME LETTRE. voici une : Qui peut prouver que les principes morbifiques de la fièvre jaune, comme ceux du choléra, et d'autres fléaux encore, ne sont point des êtres animés microscopi- ques ? Cette opinion est soutenue par des hommes très compétents. Cela posé, un essaim de ces animalcules étant introduit dans un milieu convenable, pourquoi ne pourraient- ils pas se suffire à eux-mêmes, pour leur reproduction dans ce milieu, sans avoir besoin d'être régénérés dans le sein des malades ? Mais voilà assez de suppositions et d'hypothèses, -ou plutôt en voilà trop ; revenons aux faits et à leurs consé" quences pratiques. Je vais tâcher de ne pas m'en écarter, en essayant maintenant de montrer qu'il y a plus de pro- babilités en faveur de l'importation, que de l'origine locale de la fièvre jaune, pour la Nouvelle-Orléans. D'après ce que j'ai dit, en commençant, des difficultés inextricables des enquêtes, sur les faits particuliers d'impor- tation de la fièvre jaune, dans les grandes villes, je ne m'arrêterai même pas à discuter ceux de nos dernières épidé- mies qui ont été cités et controversés, plus ou moins sérieu- sement, et dernièrement encore, dans les journaux de mé- decine américains; je me contenterai de vues générales sur les points de départ et sur la marche des deux principales épidémies que j'ai étudiées, particulièrement de la dernière, dont les souvenirs sont plus présents. Ces deux épidémies (de 1853 et de 1858), sont nées de points limités, et ces points, comme partout où l'on a pu remonter aux sources, se_sont trouv^dans le port, sur un rouglûsiéurs navires soupçonnas, de bonne heure. . On a pu disputer sur les détails, chicaner sur les dépositions, citer ensuite quelques cas isolés, plus ou moins authentiquesi dans d'autres quartiers éloignés; mais, ce qui reste incontes- table c'est que le noyau épidémique est bientôt devenu ma- nifeste, évident aux yeux de tous, là où les premiers soup- çons s'étaient portés. En 1853, le noyau épidémique s'est nettement dessiné de bonne heure autour d'un point cir- conscrit du port, à Lafayette, là précisément où l'on avait SEPTEMBRE 1859. 17 constaté les premiers cas certains de fièvre jaune, à bord de quelques bâtiments; en 1858^10 noyau épidémique s'est d'abord trahi encore sur le port, à l'extrémité de la rue du Quartier, versTe poteau N "®~33, et tout autour d'un ou de plusieurs bâtiments que la rumeur publique accusait, depuis déjà plusieurs semaines, d'être le théâtre de la fièvre jaune; et, les enquêtes ont prouvé depuis que c'était avec raison. Maintenant, il va sans dire que du moment que le foyer existe, du moment qu'il s'est dilaté un peu autour de son centre initial, il doit arriver qu'un grand nombre de ceux qui sont susceptibles de prendre la fièvre jaune, venant se plonger dans l'atmosphère de ce foyer, y puisent le principe morbifique, et vont ensuite faire leur fièvre jaune chez eux, dans des quartiers différents, et plus ou moins éloig»é» les nns des autres ; il en résulte que bientôt il y a des malades un peu partout ; néanmoins le foyer épidémique n'en reste pas moins distinct, à partir de son point de formation, et là, bien reconnaissable par le nombre d'enterrements qu'on y rencontre à toute heure; bientôt, et quelquefois avec des temps d'arrêts, on le voit s'avancer de proche en proche, d'îlet en îlot, jusqu'à ce qu'il parvienne enfin graduellement à ses dernières limites ; car il a dos limites, quoiqu'on en dise, et des limites qu'il ne franchit jamais : ce sont celles de la ville; et comme la Nouvelle Orléans n'a point de bar- rières fixes, comme c'est insensiblement qu'elle se lie et qu'elle se confond avec les campagnes environnantes, le foyer épidémique lui aussi s'éteint insensiblement, en jetant quelques poussées jusqu'aux extrémités des faubourgs, mais jamais là où il rencontre de vastes jardins, des espaces vides, et surtout de grands enclos, plantés de grand* ar- bres. Les lièvres paludéennes, au contraire, avec vomisse- ments noirs, jaunisse, etc., sont très communes dans nos faubourgs, comme dans les environs de la ville, et précisé- ment dans les saisons où la lièvre jaune nous visite d'ordi- naire ; aussi n'est-il pas rare anx extrémités de la ville, de rencontrer, en temps d'épidémie de fièvre jaune, des cas_ "mixtes (fièvres proportionnelles de Torti), dans lesquels IT 1^ DEUXIEME LETTRE. est t-ès difficile de faire la part de l'élément paludéen et do celui de la lièvre jaune, v^ En preuve de la marche*envahissante, et ininterrompue, mais lente de la fièvre jaune épidémique', on peut citai* ce qui a été remarqué, pour plusieurs établissements publics, pendant le règne du dernier fléau. A l'Asile Français de Bienfaisance, pendant le mois de juillet, la gravité des ca3 de fièvre jauna était moyenne, tandis que, dans le même temps, elle était excessive dans le voisinage du port du même district ; un mois plus tard, toutes choses égales d'ail- leurs, la mortalité y doviut incomparablement plus consi- dérable. Xe serait-ce pas que cet établissement avait été atteint en août par le foyer, tandis qu'en juillet il était en- core au-delà de ses limites ? Autre fait : La prison du Second Distrit s'est fait remar- quer par uae sorte de privilège d'immunité, pendant bien des semaines, au commencement de l'épidémie ; à la fin son tour est pourtant venu. Ne serait-ce point qu'à la fin, elle a été gagnée aussi, enveloppée par le foyer épidémique? J'ai déjà fait remarquer ailleurs qu'en 1853 et en 1858, la marche de l'épidémie, entre le Premier et le Second Dis- trict, séparés par la rue du Canal, ■ s'était faite régulière- ment, mais en sens inverse, de l'un à l'autre : en 1853, de haut en bas et lentement, et en 1858, de bas en haut et lentement aussi, eh sorte qu'elle s'éteignait d'un côté quand elle était de l'autre dans toute sa force. Au reste, cette marche du foyer épidémique, particulière à la fièvre jaune, a été signalée dans bien des occasions : en 1821, c'est dans le port de Barcelonne que le foyer s'était formé ; puis il avait gagné Barcelonnette, et enfin n'était parvenu qu'assez tard dans Barcelonne même. " On a vu la fièvre jaune, dan3 presque toutes les épidé- " mies, dit Audouard, attaquer une ou plusieurs rues seule- " ment, en parcourant les maisons dans un ordre successif, " et s'arrêtant lorsqu'une place publique, une rue spacieuse, " ou un jardin, mettait un terme à cette progression vi- " cinale. '" SEPTEMBRE 1859. 19 J'insiste, Messieurs, sur cette marche régulière, uniforme, tans interceptions, si je puis ainsi dire, de la fièvre jaune' épidémique, parce que deux conséquences importantes me paraissent en découler: la première, que la fièvre jaune n'est point due à des causes locales ; la seconde, qu'elle ne se propage point par contagion, mais par simple extension du noyau primitif. En effet, 1 °. Si elle était due aux causes locales, ces causes étant sensiblement les mêmes, dans tous les quartiers, on la verrait naître à peu près en même temps dans tous les quartiers à la fois ; 2 ° . Si elle se propageait par con- tagion, chaque malade qui a été chercher la fièvre jaune à la source première, revenaut dans son quartier et y deve- nant un petit centre (je contagion, do petits foyers multi- ples ue devraient pas tarder à exister et à se dessiner nettement ; au lieu donc d'un foyer unique, s'étendant len- tement et do proche eu proche, niais iudéliniment, et déjà presque éteint au point d'origine, quand il touche aux ex- trémités, on devrait voir des foyers séparés, marchant à la rencontre les uus des autres, se confondant bientôt, et alors, la ville ne devrait pas tarder à être enveloppée toute entière dans ce foyer généra], qui ensuite s'éteindrait à peu près partout en même temps. Vous savez si les choses se passent autrement. Mai-;, Messieurs, je ne veux pa> fatiguer davantage votre attention ; d'ailleurs le temps et 1 espace m'obligent à con- clure. Les conclusions à tirer de ce travail en découlent da reste d'elles-inême^; je me contenterai de les indiquer : 1 ° . Si la fièvre jaune n'est pas contagieuse, elle n'en est pus moins importable, dans sa cause, dans son germe, dans ses principes morbifiques ; 2°. Il y a donc lieu d'exercer me surveillance active contre l'introduction de ces principes morbifiques ; or, si dans les pays où le développement de la fièvre jaune est facile, il y a lieu de tenir pour suspects, sous ce rapport, de3 bâtiments porteurs de simples fovers d'infection quelconques, 10 20 DEUXIEME. LETTRE—JUILLET 1859. à plus forte raison faut-il être sévère contre ceux qui vien- nent de ports où la fièvre jaune régnait au moment de leur départ, surtout si, dans leurs traversées ils ont eu des ma- lades ; 3°. Les mesures quarantenaires doivent avoir pour but la destruction des principes morbifiques ; or, ce n'est point là une question de temps ; c'est une question d'action immé- diate, par tous les moyens de désinfection possibles : cou- rants d'eau et d'air, immersions, réfrigérations, fumigations avec le chlore, etc., et tout cela après le déchargement com- plet du navire ; 4 °. Les marchandises paraissent réclamer des moyens de purification très simples et très rapides ; 5 ° . Les passagers ne doivent pas appeler sur eux une grande sévérité, et peuvent être laissés libres immédiate- ment ; c'est surtout contre leur linge et leurs malles qu'il faut employer des moyens de purification. G ° . Quand une épidémie de fièvre jaune éclate quelque part, au lieu de séquestrer le quartier envahi, au lieu de l'enfermer dans un cordon sanitaire, ce qu'il y aurait de vraiment utile et humain à faire, ce serait d'en disperser les habitants autant que possible, et de prendre des mesures immédiates pour recevoir les malades au plus tôt dans de3 lazarets ruraux. QUATRIEME LETTRE SUR LA HATBRE IBïiME. L'BRISÏÎÎE ET LES CARACTERES DE LA FIEVRE JAUNE, LUE A LA SOCIÉTÉ MÉDICALE DE LA NOUVELLE-ORLÉANS, En Avril 1&«8. Messieurs, Dès ma première lettre, j'ai senti la nécessité de discuter devant vous ce qu'il faut entendre par les mots de fièvre jaune, mais je n'ai pu qu'indiquer cette discussion ; aujour- d'hui, avant d'aborder l'étude du diagnostic du redoutable fléau, j'ai besoin de revenir sur mes pas, et de déterminer, plus nettement que je ne l'ai fait encore, quelles sont nos opinions diverses sur la nature intime de la fièvre jaune, son origine et ses caractères. En définitive, à l'heure qu'il est, quand on s'efforce d'aller au fond des choses, et de les démêler un peu, on ne trouve plus en présence, sur le compte de la nature intime de la fièvre jaune, que deux opinions franchement dissinées : celle qui n'en veut faire qu'une simple branche de la grande fa- mille des fièvres paludéennes, et celle qui la proclame fièvre sut generis, due à un principe morbifique spécial. La pre- mière opinion, vous vous le rappelez, a eu pour principaux représentants Devèze, Pugnet, Chervin, les chefs de l'école infectioniste, qui est née et s'est toujours renouvelée, dans les régions iutertropicales de l'Amérique, régions chaudes et marécageuses par excellence ; l'autre opinion, représen- tée par Audouard, Pariset, etc... et, d'une manière générale par les médecins qui n'ont vu la fièvre jaune qu'en Europe, a été soutenue surtout par l'école contagioniste. Sans doute, cette dernière école, si durement menée par 2 QUATRIEME LETTRE. Chervin, se relèvera difficilement, et ne retrouvera qu'à grand' peine des partisans, à moins que ce ne soit parmi les éclectiques, qui d'ailleurs ne peuvent jamais être que des partisans à demi. Mais la fièvre jaune, sans être de sa na- ture contagieuse, peut fort bien être uns fièvre sut generis, due à un principe morbifique spécial, prenant sa source ailleurs que dans les marais des pays chauds. Il est donc permis de ne pas admettre Yidendité de nature de la fièvre ja'me et des fièvres d'origine paludéenne, et permis en môme temps de rester étranger à l'école contagioniste ; pour ma part, c'est ce que je fais. / Je crois que la fièvre jaune est une espèce morbide réelle | distincte de toutes les autres, ayant droit par conséquent \ d'occuper, dans les cadres nosologiques, une place aussi nettement marquée que celles qu'on accorde, par exemple, Là la variole, à la peste, au choléra, au typhus, etc____Ponr mériter une-telle place, elle doit présenter certains traits caractéristiques, assez tranchés pour qu'on ne doive pas la confondre avec d'autres espèces morbides, plus ou moins rapprochées d'elles, mais pourtant différentes. Ses principaux traits de caractère, si je puis m'exprimer ainsi, à quelques-uns desquels je m'arrêterai dans cette ra- pide esquisse, sont les suivants : elle épargne très générale- ment l'enfance, et surtout la première enfance ; elle est moins mauvaise pour la femme que pour l'homme ; elle fait des différences encre les races humaines ; dans les villes où elle a, en quelque sorte, élu domicile, depuis un temps assez long, elle ne frappe que les étrangers ; elle les frappe pres- que tous, mais, à d'infiniment rares exceptions près, elle no les frappe qu'une fois ; elle ne se propage jamais dans les campagnes ; et même, pour qu'elle règne dans une ville, il faut que cette ville soit en communi ation, plus ou moins directe avec des bâtiments de mer ; elle n'a jamais, dépassé certains degrés de latitude ; son vrai domaine, son point d'origine ineontestablemVnt, c'est la zone intra et juxta tropicale du vaste bassin de l'Atlantique ; tandis que le froid la fait disparaître, le chaud en favorise le développe- AVRIL 1860. 3 ment; elle ne résiste nulle part à la glace, pas même, le plus souvent, aux premières gelées blanches ; au contraire, plus la chaleur est vraiment tropicale, et plus elle se déve- loppe avec facilité. Certes, s'il existe une espèce morbide, une maladie, une fièvre, qui présente de pareils traits, elle mérite une place à part. Mais j'entends l'objection que l'on ne peut manquer de m'adresser ici: "Vous admettez-là, me dira-t-on, précisé- ment tout ce qui est contesté ; vos adversaires soutiennent, en effet, que la fièvre jaune frappe les enfants comme les adultes, les nègres comme les blancs, les indigènes comme les étrangers, les campagnes comme le3 villes, l'intérieur des terres comme le littoral de la mer, etc.... "' Je sais tout cela ; mais déjà j'ai combattu ailleurs ces propositions de nos adversaires ; de plus, à mesure que nous avancerons, j'espère ajouter aux arguments que j'ai déjà présentés. L'erreur capitale de ceux qui nous contre- j disent, c'est de confondre avec la fièvre jaune d'autres ma- / ladies, et principalement certaines variétés de fièvres palu- X déennes. Il en résulte que ces propriétés qu'ils accordent / à la fièvre janne, contrairement à l'expérience antérieure- ment acquise, ici même, ces propriétés de sévir sur les enfants comme sur les adultes, sur les indigènes comme-sur les étrangers, dans les campagnes comme dans les villes, etc____, au lieu de lui appartenir, appartiennent surtout à certaines fièvres paludéennes, prises pour la fièvre jaune. Quand nos dissentiments ont commencé, en 1853, lors des premières apparitions épidémiques de fièvres avec vomisse- ments noirs chez nos enfants de la ville, et même encore au "\ début de l'épidémie de 1858, la valeur pathognomonique du J vomissement noir n'était que diminuée aux yeux du grand I nombre; quelques-uns, les médecins américains à l'unani- \ mité, je crois, l'admettaient sans conteste et sans restric- tion ; de plus, si au vomissement nûir s'ajoutaient la jau- nisse et les himorrhagies passives, la majorité déclarait que le doute n'était plus permis : il n'y avait, disait-on, que la / 4 QUATRIEME LETTRE. fièvre jaune qui présentât ce groupe de symptômes; j'en appelle ici, Messieurs, aux souvenirs de plusieurs de ceux qui m'écoutcnt. Cependant, dès lors, j'objectais que ce groupe de symptômes s'était souvent présenté dans des fièvres franchement intermittentes, tierces, doubles-tierces quotidiennes.—" Eh bien 1 me répliquait-on, c'étaient là des " fièvres jaunes intermittentes ; la forme intermittente de la " fièvre jaune avait été observée, décrite, admise, disait-on, " aux Antilles. " Ce n'est pas tout, Messieurs ; ces mêmes médecins ad- mettaient, et admettent je pense encore, que la fièvre jaune, non-seulement règne parfois dans nos campagnes, mais y nuit et s'y développe, même au cœur des solitudes des pi- nières, loin do tout point de communication avec les centres de population, et par conséquent là où il ne peut y avoir que des foyers d'infection d'origine végétale et terrestre c'est-à-dire paludique, et nullement nautique et maritime. Vous voyez donc,. Messieurs, que ceux qui veulent mettre , sur le compte de la fièvre jaune, des fièvres intermittentes { parfaitemdnt franches, et à plus forte raison, les rémittentes et les exacerbantes des foyers palustres de la Basse-Loui- siane, pour ne rien dire.de nos pseudo-continues paludiques, à cause de cela seulement qu'elles s'accompagnent quel- quefois de vomissements noirs et d'autres hémorrhagie3 passives, et alors qu'elles viennent évidemment de foyers essentiellement palustres, devraieut soutenir, s'ils étaient bons logiciens, la thèse assez séduisante de Chervin et de Pugnet, celle de Y identité de nature des fièvres d'origine paludéenne, c'est-à-dire de la fièvre jaune et des fièvres de marais. Ce seraient eux par consé juent, qui devraient, par une marche inverse, arriver à soutenir, avec Chervin, que la fièvre jaune et les fièvres paludéennes sont une seule et mime affection ; c'est-à-dire que la fié or s jaune est un mythe. Mais jo sais qu'ils ne consentent pas à être conséquents avec eux-mêmes jusqu'à cette- exagération • la plupart font de l'éclectisme, et c'est ce qui jette le plus d'obscurité dans nos discussions. AVRIL 1800. 5 Pour ma part, avant d'entamer le diagnostic de la fièvre « jaune, je vais tâcher d'exposer le plus brièvement, et le plus clairement possible, les idées quo je m-3 suis formées sur elle, d'après mes lectures, et mou observation particu- lière. Afin do pouvoir plus tard discuter avec fruit les questions qui se présenteront, il faudrait que chacun de nous voulût bien, avant tout, en faire autant : se former d'abord une idée nette de ce qiril entend par fièvre jaune, puis l'exprimer franchement, sans crainte de se compro- mettre. Entre les deux opinions qui restent en présence, celle qui ne reconnaît dans la fièvre, jaune que Y une des manifesta- talions de l'empoisonnement paludique des pays chauds, à son maximum, et celle qui soutient qu'elle est due à un em- poisonnement spécial, sinon spécifique, à un empoisonne- ment sut generis, jo n'hésite pas ; je l'ai déjà dit, c'est la seconde que j'adopte. Un premier fait historique, Messieurs, auquel on n'ac- corde pas assez d'attention, c'est'qu'il s'écoula près de deux siècles entre la découverte de l'Amérique et la première ; apparition du génie morbide particulier que nous étudions. Pendant ces deux siècles, des maladies endémiques, dues au sol et au climat, firent pourtant de grands ravages parmi les émigrants enropéens, ces premiers chercheurs d'or, qui J s'aventurèrent dans le Xouveau Monde. Vous devez vous rappeler ces quelques compagnons do Christophe Colomb qui, à leur retour en Europe, après plusieurs mois de ma- ladie, conservaient encore une remarquable coloration jaune . de la peau ; coloration jaune d'or, disent les historiens du temps, en lui donnant l'interprétation la plus bizarre. A ce sujet, Audouard fait remarquer que la couleur jaune de , la peau, après la fièvre jaune, disparaît rapidement pendant la convalescence, tandis que celle qui accompagne la cachexie paludéenne peut durer au contraire très long- temps. Il est, en effet, plus que probable que les maladies dont eurent à souffrir les premiers colon i de l'Amérique furent 6 QUATRIEME LETTRE. ces fièvres graves des pays chauds, avec hypersécrétion bilieme et atra-bilieuse, connues de toute antiquité, et qui sont décrites dans les livres Hippocratiques, sous le titre do Camus; or, les travaux les plus récents des pyrétolo- gistes de notre époque, tendent à prouver, de plus en plusj que ces fièvres graves, englobées sous le titre de grande endémique des pays chauds, appartiennent à la classe,, ou plutôt au Genre, des paludéennes. Quoi qu'il en soit, ce n'est que dans la seconde moitié du dix-septième siècle que les Indes Occidentales connurent le fléau nouveau, assez nouveau alors pour mériter une déno- mination nouvelle, celle de mal de Siam. D'après les rela- tions les plus authentiques, un vaisseau français, Y Oriflamme, en fut le premier théâtre ; de ce vaisseau, il passa à d'au- tres, dans le port de Fort-Royale, et de là à toute la ville. Or, ce vaisseau venait de Siam ; doue, pensa-t-on, le mal qu'il portait avec lui venait aussi de Siam ; et de la sorte c'est l'Asie qui fut accusée^ de la première importation de S- fièvre jaune en Araérique./LUne petite circonstance qui fut alors à peine remarquée, et dont l'importance est peut-être capitale, c'est que Y Oriflamme, battu par les tempêtes, et L tenant depuis longtemps la mer, avait à son bord une pro- vision de viandes salées en putréfaction^ Je dis, Messieurs» que c'est là une petite circonstance peut-être capitale, parce que, après l'examen analytique de toutes les conditions qui peuvent contribuer à l'éclosion du poison producteur de la fièvre jaune, on arrive par voie d'exclusion, aux trois sui- vantes, comme nécessaires et suffisantes: des matières orga- niques en putréfaction, un foyer maritime lié à VAtlantique _ une température tropicale, h'Oriflamme, parti de Siam sans aucun germe de maladie, a très bien pu, après une longue traversée, et en approchant des Antilles, se trouver soumis aux trois conditions voulues. Pour citer d'autres exemples du même genre, et ayant encore plus de valeur, parce qu'ils sont plus rapprochés de nous, et présentés avec plus de détails, je vous en rappèlerai trois, qui me paraissent très instructifs : deux se trouvent avril 1860. 7 dans Devèze, aux pages 159 et 160, le troisième dans le second Mémoire du docteur Rancé, publié dans le numéro quatre du Journal de notre Société. Permettez-moi de faire repasser soui vos yeux le résumé de ces faits, afin que nous puissions y remarquer ensemble ces conditions productrices de la fièvre jaune, qui me paraissent nécessaires et sufi- santes. Premier fait.—" Ea 1799, la frégate le Général Green, " partie de New-Port (Rhode-Island) pour la Havane, ayant " essuyé une tempête qui dura plusieurs jours, fit beaucoup " d'eau, quoique neuve ; une grande chaleur survint, et les • '• provisions se corrompirent. Malgré toutes le3 mesures " prises immédiatement pour la salubrité, la fièvre jaune se " Uèô'ara,avant même quele vaisseau eût touché au port de " la Harane, oit, du reste, la maladie n'existait pas. " Second fait.—"En 1S08, le Hibbert, navire anglais à " trois ponts, partit sur son lest de Portsmouth en Angle- " terre, et arriva le 3 juillet à New-York, où il avait ordre " de prendre du bois de pin pour la baie d'Honduras. Les " ouvriers chargés de l'approprier trouvèrent que le lest, l% composé de sable, n'avait pas été changé depuis nombre " d'années et que la charpente ainsi que les ponts étaient 11 couverts de matières excrémentitielles. On enleva tout " ces cm'res de putréfaction ; mais plusieurs des ouvriers " occupés à ce travail éprouvèrent dos hémorrhagies, la " fièvre jmtue, et quelques-uns périrent très promptement... " On ne pouvait s'imaginer qu'un vaisseau parti d Angleter- re portât des principes raorbifiq aes aussi violents; cepen- " dant, après les plus grandes recherches, M fut prouvé que 11 le Hibbert, employé en 1 >01, à transporter les soldats de " Portsmouth à Halifax, avait de la servi à transporter un " autre régiment à J\"issau, aux îles ds Buhames, d'où il •' était revenu à Pirtsmouth avec ua troisième régiment ; " que, dans ce triple v>yage ainsi qu3 dans colui qu'il avait " fait pour arriver à New-York, il avait toujours conservé " son mîmz lest, et qu'il anait été cxvinl de toute ma- 11 ladie. " 11 8 QUATRIEME LETTRE. Parti de New-York, incomplètement désinfecté, le Hibbert perdit plusieurs matelots dans sa traversée à Hon- duras, et là il fut encore cause de la mort d'un grand Nombre de personnes. " Toutefois, ajoute Devèze, la ma- " ladie se borna strictement à ceux qui étaient allés s'in- '' fecter dans le vaisseau, " (p. 161). Troisième fait.—En 1852, la barque Flora était venue directement de Bordeaux à la Nouvelle-Orléans, mais avait dû nécessairement toucher à la zone tropicale de l'Atlanti- que ; or, il lui a suffi après cela de receler un foyer de ma- tières organiques subissant la fermentation putride, sous l'action de nos chaleurs de la fin d'août, pour devenir une source très limitée de fièvre jauue, limitée même à l'un de ses compartiments. (Revoyez pour les détails, la narration du docteur Rancé.) Il résulte de ces faits que la fièvre jaune peut éclore sur des navires, même en pleine mer, sans qu'il soit nécessaire * d'aller chercher ailleurs quoi que ce soit d'étranger à leur bord ; de plus, on voit, par les deux dernières histoires qu'il y a des années où de pareils navires, devenus porteurs de foyers de fièvre jaune, peuvent entrer dans un port, ca- pable de la fièvre jaune, y séjourner, y être déchargés et re- chargés, sans que cette fièvre s'y développe épidémiquemenV. en 1803, à New-York, comme en 1852 à la Nouvelle- Orléans, il n'y eut (s'il y en eut) qu'un nombre- très limité de cas de fièvre jaune ; il n'y eut point d'épidémfe. Pour qu'une épidémie éclate, il faut donc plus qu'un foyer de fièvre jaune; il f^it, sans doute, encore une constitution atmos- phérique parti-ulière, et peut-être d'autres conditions loca- les inconnues ; mais réciproquement, les conditions locales peuvent exister et le germe de la fièvre jaune être absent; alors, même des cas sporadiques ne se montreront pas. ' Maintenant, Messieurs, abordons une autre question, au sujet de l'origine de la fièvre jaune, question à laquelle il paraît difficile de répondre, mais qui n'en est pas moins intéressante : comment se fait-il que la fièvre jaune appar- tienne particulièrement au bassin de l'Atlantique? Car i AVRIL 1S00. 9 enfiu, c'est là surtout qu'on a constamment l'occasion de l'observer; et il est même plus que douteux qu'on l'ait jamais vu éclore soit dans l'Océan Indien, soit dans l'Océan Pacifique, où les foyers maritimes d'infection, et, sur beau- coup de points, une chaleur torride ne peuvent assurément pas faire défaut. Je le répète donc : comment expliquer que la fièvre jaune appartienne en quelque sorte à l'Atlan- tique, et, par suite, au golfe du Mexique, ainsi qu'à l'entrée w<> de la Méditérannée? Avec les idées d'Audouard, on peutyLpiques. M. Pasteur, dans un mémoire sur la fermentation, mémoire auquel vient d'être décerné par l'Institut le prix de physio- logie expérimentale, M. Pasteur a démontré que " le fait de " la fermentation se rattache, non plus à l'action obscure " d'une substance hypothétique appelée f rmcnl, mais à une " action vitale des produits micodermiques de la levure. " (V. Gazette hebdomadaire, février 1860.) Il y aurait peut-être lieu ici, Messieurs, d'entrer dans quel- ques considérations sur la prétendue génération spontanée de certains animalcules; or, des expériences toutes récentes du même M. Pasteur, viennent de prouver " qu'il y a constam- " ment dans l'air^ en quantités variables, des corpuscules " dont la forme et la structure annoncent qu'ils sont orgu,- 1 nisés.....La démonstration de l'existence de ces germes '* aériens microscopiques est le premier fait, vraiment scien- '" tifique, qui combatte directement la génération spontanée. " (FFiguœr.) Il y aurait aussi lieu de parler de ces métamorphoses qui peuvent faire d'êtres vivants transformables, d'autres êtres en quelque sorte nouveaux; mais ces considérations, si importantes qu'elles puissent être en vue des questions que nous étudions, nous mèneraient trop loin. D'ailleurs, ce que j'ai dit suffit pour faire nettement con- naître mon opinion sur la nature et l'origine de. la vraie fièvre jaune ; c'est à très peu près celle d'Audouard. En l'adoptant, on s'explique facilement plusieurs faits qui, sans elle, sont bien difficiles à interpréter. Ainsi, ce fait que les différents pays qui sont le théâtre habituel de la fièvre jaune se renvoient réciproquement le reproche d'en être la source première, ce fait devient tout simple. puisque, dans notre opinion, la fièvre jaune peut fort bien naître dans un navire, entre deux ports. Cet autre fait qu'il y a des villes où on ne l'a vue qu'une fois, deux fois tout au p'us, Livourne 1804, Port-du-Passage 1823, Lis- 12 QUATRIEME LETTRE. bonne 1357 (1), etc. ... se conçoit très bien avec l'idée d'une importation spéciale; dans l'hypothèse de l'origine locale, il est inexplicable ; car des fièvres dues aux localités peuvent bien ne se m mtrer que de loin en loin, mais ne se montrer qu'une fois, elles ne le peuvent pas. Par opposition, il y a pourtant d'autres villes où la fièvre jaune règne en permanence. Cela prouve que le germe pro- ducteur, une fois introduit dans un milieu favorable, peut s'y conserver et s'y reproduire indéfiniment, pourvu que les circonstances le permettent ; mais il faut ce milieu favora- ble ; il faut surtout un milieu où le thermomètre ne des- cende jamais au dessous de zéro. Remarquons seulement qu'entre les villes où, tou3 les ans, l'hiver est très froid, et celles où il n'y a jamais d'hiver, il existe de3 villes, comme la Nouvelle-Orléans, où tantôt il y a un hiver assez rigou- reux, et tentôt il n'y en a pas; pour ces villes-là, tantôt une nouvelle importation sera nécessaire, pour une nouvelle épidémie, et tantôt l'importation précédente suffira, selon qu'il y aura eu ou non un hiver intermédiaire, avec glaces assez persistantes. Dans l'hypothèse de principes morbifiques vivants pour la fièvre jaune, comme je l'ai fait remarquer dans ma seconde lettre, le simple développement d'un foyer initial fluffit pour concevoir l'extension indéfinie des plus grandes épidémies, sans qu'il soit besoin de faire jouer aucun rôle à la conta- gion, dont il n'existe d'ailleurs pas un seul exemple incon- testable. Quant à la possibilité, pour ce3 germes reproduc- teurs, de se conserver simplement vivants, n'ayant que la vie en puissance, pendant un temps très long, dans certains milieux, jusqu'à ce que des conditions favorables viennent permettre leur éclosion et leur multiplication, cette possi- bilité me paraît maintenant établie, aussi bien que ['analogie (1) D'après le pf-tit extrait suivant, l'épidémie de Lisbonne de 1857 en eiait p»ut-ètre la seconde épidémie : " In Hurope its first appeamice " wa3 at Lisbon io 1723 probably brought trom Brczil, and it haa " never appeared there.—G. Blane. '' AVRIL 18G0. 13 peut le permettre. Si vous voulez bien lire les faits positifs que vient de publier le professeur Gavarret, sur la vitalité vraiment chaînante de certains animalcules 0 à 60 ont été passés sous silence. Nous pouvons donc dire que 'pendant l'épidémie de Lis- bonne, sur 4000 morts au moins, il n'y > en;.eut qu'une dizaine parmi les enfants au-dessous de 11 ans. Comparez ce résultat à celui des relevés de nos cimetiè- res, publiés par nos journaux, pendant l'épidémie de lï5S : d'après les certificats de l'immense majorité de nos méde- cins, pendant le mois d'octobre, par exemple, sur 100 morts par semaine, attribuées à la fièvre jaune, il y en avait 100 pour les enfants au-dessous de 5 ans ! Or, si à Lisbonne il y a eu 8 morts d'enfants au-dessous de 11 ans, nous pouvons bien dire qu'il n'y en a eu que 1 au-dessous de 5 ans; donc à Lisbonne, en 1857, la mortalité par la fièvre jaune a été, pour les enfants au-dessous de 5 ans, de 1 sur 1000, tandis qu'à la Nouvelle-Orltans, eu 1SÔS, ;elle aurait été de 1 12 16 QUATRIEME LETTRE. Or, à Lisbonne, en 1857, il n'y avait que la fièvre jaune ; à la Nouvelle-Orléans, en 1858, il y avait en outre de la fièvre jaune, une fièvre paludéenne, plus particulière aux enfants qu'aux adultes, souvent accompagnée de vomisse- ments noirs, et dont nous avons pu tous, pendant cette épi- démie, comme avant et depuis, observer des cas plus ou moins nombreux. On veut prétendre aujourd'hui que ce n'est pas cette fièvre paludéenne là, avec vomissement noir, qui a fait croire à la-fièvre jaune de nos enfants créoles de la ville; mais c'est en vain. N'est-il pas évident, en effet, que ce qui a produit l'énorme différence que nous venons de voir pour la mortalité des enfants au-dessous do 5 ans, pendant les épidémies de Lisbonne et de la Nouvelle- Orléans, c'est précisément cette fièvre paludéenne qui a tué ici beaucoup d'enfants, tandis qu'à Lisbonne elle n'existait pas. Vit-on jamais la scarlatine, la rougeole, ces fièvres qui sont en quelque sorte l'apanage de l'enfance, les vit-on jamais, dans certaines épidémies exceptionnelles, porter leurs ravages dans les rangs des adultes, plus même que dans ceux des enfants, et dans la proprtion que nous venons de voir? C'est pourtant une exception de cette force, mais en sens inverse, qu'il faudrait admettre pour la fièvre jaune de la Nouvelle-Orléans en 1858, s'il était vrai que sur 400 morts par semaine, il fallût en mettre 100 pour les enfants au-dessous de 5 ans. Car, de tout temps, tous les auteurs qui ont écrit sur la fièvre jaune ont reconnu qu'elle épargne la première enfance ; d'ailleurs, parcourez les observations particulières, relatées dans les monogra- phies spéciales; si vous en trouvez une appartenant à un enfant au-dessous de 5 ans, vous aurez, été plus heureux que moi ; et, à la Nouvelle-Orléans, il en serait mort cent par semaine, pendant l'épidémie de 18581 II y a là évidem- ment une erreur. Pour la différence des sexes, la statistique de Lisbonne vient confirmer aussi ma seconde proposition, à savoir que la fièvre jaune est moins mauvaise pour la femme que pour l'homme. En effet, sur les 3003 morts de |11 à avril 1860. 17 30 ans, il y a 2512 hommes, et 401 femmes seulement. Mais, aux extrémités de la vie, les différences'dues'aux sexes sont bien moins sensibles que dans l'âge moyen ; aussi, dans la même statistique, on peut remarquer les chif- fres suivants : sur 31 malades au-dessous de 11 ans, il y a eu 19 garçons et 12 filles ; et, sur 253 morts, au-dessus de 60 ans, il y a eu 148 hommes et 105 femmes. —J'arrive enfin à ma troisième proposition : la fièvre jaune fait des différences entre les races humaines. Pour celle des nègres, si vous n'admettez pas tous avec moi, qu'elle est excessivement exceptionnelle, vous accordez au moins qu'elle est beaucoup moins dangereuse que celle des blancs. Il paraîtrait même que le vomissement noir y est très rare, puisque, dans l'une de nos dernières séances, les docteurs Daret et Lewis, qui certes ont traversé bien des épidémies de fièvre jaune, dans leur pratique de plus de 25 années à la Nouvelle-Orléans, déclaraient qu'ils n'avaient vu chacun qu'wn seul vomissement noir chez le nègre ; pour moi, après 15 ans do pratique, c'est un phénomène que je n'ai pas encore vu. Mais j'ai dit, Messieurs, que la fièvre jaune fait des diffé- rences, entre les races humaines; il faut, en effet, admettre cette proposition, dans des termes aussi larges, si les obser- vations qu'a pu faire à la Havane, un de nos anciens confrères de la Nouvelle-Orléans, le docteur Dupierris, viennent à se confirmer sur une échelle suffisante. D'après ce médecin, dont j'ai eu l'honneur de faire la con- naissance, pendant un trop court séjour qu'il vient de faire parmi nous, les Chinois ne seraient pas plus que les nègres sujets à la fièvre jaune. Notre honoré confrère, par suite de circonstances particulières, a pu avoir des rapports de tous les jours, depuis bien des années, avec des masses de ces coolies chinois, qu'on emmène en grand nombre aujour- d'hui dans l'île de Cube, pour y renforcer et peut-être rem- placer les nègres, à titre d'engagés ; en observateur habile et expérimenté, il a donc pu étudier avec soin leurs ma!a- 18 QUATRIEME LETTRE. — AVRIL 1860. dies, et il se propose de publier bientôt, dans différentes monographies, les particularités qu'elles présentent. Voici déjà une induction qu'on peut tirer de l'intéres- sante communication qu'il a bien voulu me faire : la race mongoliquc, comme Vafricaine, serait à peu près exempte de la fièvre jaune Cette terrible fièvre resterait donc l'apa- nage exclusif de la race caucasique Je m'arrête là, Messieurs, parce que je n'ai rien à ajou- ter, pour le moment, aux preuves qui sont données partout, sur les autres caractères de la fièvre jaune, comme de ne frapper que les étrangers, de ne les frapper qu'une fois, de disparaître après les premières gelées blanches, etc., etc. . . A mesure que les besoins de la discussion en feront sentir la nécessité, nous reviendrons sur le compte de ces carac- tères si tranchés de la fièvre jaune; et l'on verra qu'ils sont établis de la manière la plus solide. SEPTIEME LETTRE SUR LA FIEVRE JAUNE, LUE A LA SOCIÉTÉ MÉDICALE DE LA NOUVELLE ORLÉANS Dans la Séance du 2 Novembre 1860- 6 i \ Messieurs, J'en étais arrivé au diagnostic de la fièvre jaune, quand il m'a fallu interrompre ma série régulière d'études sur cette maladie, pour prendre part à une bien inutile polémi-A que, au sujet de ce que quelques-uns appellent fièvre jaune (i J . des Créoles de la ville, fièvre jaune des nègres et fièvre ) ' S'**. jaune des campagnes. Comme on devait s'y attendre, les ■* /:.-*• excès de cette polémique en ont bientôt rendu impossible "^ y,- la continuation. Je reprends donc maintenant mon travail, *-* ^l^ " là^où je l'avais laissé, au diagnostic de la fièvre jaune. Rien ne paraissait plus facile autrefois, rien n'est devenu plus difficile aujourd'hui que ce diagnostic. Autrefois, le vomissement noir était généralement regardé 'comme un symptôme pathognomonique de la fièvre jaune ; et der- nièrement encore, c'était une opinion soutenue parmi nous, qu'il n'y a [que dans cette fièvre qu'on trouve réunis le vo- . missement noir, la jaunisse et les hémorrhagies passives. Une pareille opinion, si elle était vraie, rendrait, sans doute, très facile le diagnostic de la fièvre jaune, et, de plus, établirait définitivement l'existence de la fièvre jaune de nos campagnes, de celle des nègres, et de celle des Créoles de la Nouvelle-Orléans, car, comme je l'ai reconnu dans ma brochure de 1859, •' non-seulement les vomisse- " ments noirs, mais, avec eux, la jaunisse et les hémorrha- " gies passives, ont été observés plus ou moins fréquemment '• depuis 1853. et dans les campagnes, et chez les nègres, et / 2 SEITIEME LETTRE. " chez nos enfants de la ville. " J'ai donc dû, avant tout, dans cette brochure, établir que " même l'association du «* vomissement noir avec la jaunisse et les hémorrhagies " passives se montre dans d'autres fièvres que la fièvre " jaune, " et, parmi ces fièvres autres que la fièvre jaune, j'ai cité principalement certains typhus de la Grande- Bretagne, Yictère grave de Paris, les fièvres bilieuses inter- tropicales, etc.... Mais voilà qu'une brochure de M. Monneret vient de nous arriver, dans laquelle ce médecin distingué cherche à confondre toute ces maladies avec Yictère grave, qu'il ap- pelle ictère hémorragique; ou du moins, pour lui, toutes ces affections ne sont que des espèces d'un même genre. En particulier, pour la fièvre jaune, voici comment il s'exprime, dès la page 2 : " Nous développerons plus loin les raisons " qui nous font regarder Yictère hémorragique comme " étant tout à fait identique avec la fièvre jaune intra- " tropicale. " La première chose à faire en ce moment est donc pour nous d'examiner si ces typhus de la Grande-Bretagne, avec exhalations mélaniques et jaunisse, si l'ictère grave, si les fièvres bilieuses intra-tropicales de M. Dutroulau, etc., doivent être confondus avec la fièvre jaune et entre eux ; ce sera, si .vous le voulez bien, Messieurs, le but de notre travail actuel. Je commencerai par Yictère grave, parce qu'il est l'objet de la monographie de M. Monneret, et aussi, parce qu'il n'y a point£d'affection, à ce qu'il paraît, où la jaunisse, les hé- morrhagies passives, et avec elles les vomissements noirs, se montrent à un plus haut degré. Pour M. Monneret, Yictère grave qu'il nomme ictère hé- morragique essentiel, est uneS entité pathologique réelle, distincte par conséquent de toutes les autres, et voici en quels termes il pose les conditions de son existence : " L'ictère hémorragique essentiel est une affection géné- " raie qui donne lieu, d'une manière constante, à un ictère " intense et à des hémorragies qui s'effectuent par divers novembre 1859. S " organes, plus spécialement par les membranes muqueuses " des voies respiratoires, gastro-intestinales et urinaires. " U faut donc, pour constituer cette entité pathologique, et " la distinguer de toutes les autres, qu'il existe en même " temps, et à un degré intense, un ictère et une ou plusieurs " hémorragies. " (Page 2). Si vous voulez bien peser les termes de cette définition! Messieurs, il vous sera impossible de ne pas mesurer de suite la distance immense qui sépare l'ictère grave de la fièvre jaune. Et d'abord il faut mettre de côté ce nombre considérable de cas de fièvre jaune, qui se montrent dans le cours de joute épidémie, et où même la jaunisse (je ne dis pas Yic- tère véritable), et les hémorrhagies passives ne se montrent pas, parce que là maladie est jugée dès la première période, avant que n'éclatent les symptômes malins qui dépendent de l'altération du sang. Ce n'est donc qu'aux cas les plu9 graves et les plus complets de la fièvre jaune, cas heureu sèment assez rares dans certaines épidémies, qu'il est per mis de comparer Yictère grave, affection essentiellement sporadique. Pour faire avec exactitude cette comparaison, restreinte dans les limites que nous venons de dire, passons en revue successivement les différents symptômes qui leur sont communs, et commençons par la jaunisse ou ictère. L'ictère, c'est-à-dire la présence dans le sang de certaines parties constituantes de la bile, constatées dans les urines, à l'aide de l'acide nitrique, par une coloration verte, Yictère véritable est la condition essentielle, sine quà non, de Yictère grave. Voici, en effet, ce qu'on lit à la page 16 : " L'ictère *' est le premier symptôme qui en marque positivement le " début.... Le premier jour, il est, comme tous les ictères, '* plus visible sur les sclérotiques que partout ailleurs; «« mais, le lendemain, toute la peau est colorée en un jaune " qui tire sur la nuance orangée ou verdâtre, surtout dans '• les derniers jours.... " Touts les liquides de- Véconomie sont fortement imprê- " "-nés de la matière colorante de la bile. Elle donne à 1 SEPTIEME LETTRE. " l'urine une couleur jaune foncée qui la fait ressembler a " du vin de Malaga ; d'autres fois elle prend une teinte "verte. Dans tous les cas, l'acide nitrique y fait pa- " raitre la matière colorante de la bile." En est-il ainsi dans la fièvre jaune, Messieurs ? Vous savez tous le contraire. Je croyais même qu'on enseignait depuis longtemps à Paris que la jaunisse, dans la fièvre jaune, n'est pas un véritable ictère. C'est du moins une manière de voir que le Compendium de MM. Monneret et Fleurv, année 1844, est loin de rejeter. Après avoir donné avec détails l'opinion d'Audouard et de Desmoulins, d'après lesquels : " La couleur jaune de la " peau, dans la fièvre jaune, n'est pas due à la présence de " la matière jaune de la bile qui produit l'ictère, mais au " principe colorant jaune du sang qui pénètre dans les " tissus...." d'où il suit que " cette coloration jaune n'est " réellement qu'une sorte d'ecchymose générale, " les auteurs du Compendium ajoutent, page 482, tome V : " Cette opi- " nion compte en sa faveur des expériences directes et de •' puissantes analogies. " Pour ma part, Messieurs, pendant l'épidémie de 1858, en cherchant par des ej périences directes, c'est-à-dire à l'aide de l'acide nitrique, Yalbumine dans les urines de mes mala- des, je n'y ai constaté la présence de la matière verte de la bile, qu'une fois sur six, en ne tenant compte que des malades qui étaient jaunes. Or, pour Yictère hémorragique, M. Mon- neretvient de nous dire : " Dans tous les cas, l'acide ni- " trique y fait paraître la matière colorante de la bile. " (Page 16.) En résumé, donc, dans la fièvre jaune nostras de Paris, l'ictère véritable et même l'ictère intense, est constant; dans la vraie fièvre jaune, même la jaunisse est loin d'être cons- tante, et quant au véritable ictère, il y est rare, on peut dire exceptionnel. Ces propositions peuvent d'ailleurs être exprimées en chiffres, si l'on adopte ceux précisément que donne le Com- pendium, à la page 492 du tome V. NOVEMBRE 1860. Û (Pour l'épidémie de 1K40 et 1841, à la Martinique, M. Dutrouleau a observé que sur 30 cas, 19 seulement étaient passés à la seconde période ; ) par conséquent, sur 30 cas, en voilà déjà 11 sans jaunisse du tout; (sur les 19 cas pas- sés à la seconde période, il y a eu 17 jaunisses), or, pendant l'épidémie de 1858 à la Nouvelle-Orléans, je n'ai trouvé, dans les cas de jaunisse, qu'une fois sur six l'ictère véritaJie, c'est-à-dire la matière verte dans les urines, par l'acide; donc, si ces symptômes se sont montrés dans les mêmes proportions à la Martinique et à la Nouvelle-O.iléans, aux deux époques indiquées, Yictère véritable se montrerait 3 fois pur 30, ou une fois sur nix, dans la vraie fièvre jaune, tau- dis qu'il est constant dans la fièvre jaune de Paris. Maintenant, ce symptôme, constant dans la fiAvre jaune de Paris " s'y montre dès le premier jour, et, dès le tende- " main, toute la peau est colorée en un jaune qui tire sur la " nuanco orangée ou verdâtre, " (page 16); dans notre fièvre jaune, au contraire, la coloration jaune n'apparaît guère avant le quatrième jour, et, quant au véritable ictère, d'ailleurs rare, il ne se montre jamais que tard, alors, on peut le dire, que la maladie se termine. Cyanose.—A côté delajaunisso, il est bon de noter un autre symptôme constant dans la maladie de Paris, et qui, d'ordinaire du moins, n'est pas même signalé dans les des- criptions de la fièvre jaune ; je veux parler do Ja cyanose. Voie! ce-qu'en dit M. Monneret, page 22 : " Si la maladie " affecte une marche aigiie et foudroyante, et, dans tous les " cas, vers les derniers jours, les mains, les pieds, les sclé- " rotiques, les lèvres mêmes se cyanosent ; toutes ces parties " acquièrent une "teinte violacée, brunâtre même, et en< " même temps la température s'y abaisse d'une manière " sensible. " Or, ce symptôme doit être bien rare dans la fièvre jaune de la Nouvelle-Orléans ; pour ma part, je ne l'ai jamais ob- servé, et, dans les descriptions si exactes et si complètes de M. Beugnot, il n'en esv pas fait mention ; pas plus, au reste, que dans les auteurs que jo connais, 13 6 SEPTIEME LETTRE. Hêmorrhagies.—" Dan9 l'ictère grave, d'après AI. Mon- " neret, sur la même ligne que l'ictère, se placent dans l'or- " dre d'évolution, comme suivant le degré d importance, les " hémorragies. . . " (page 16.) Dans la fièvre jaune, les hêmorrhagies ont certainement plus d'importance que l'ictère, puisque ce prétendu ictère même n'est qu'un symptôme étroitement lié à l'altération du sang et à sa tendance à s'extravaser.....; cependant même les hêmorrhagies, contrairement à l'opinion de M. Monneret, y sont moins importantes et moins constantes que dans l'ictère grave. D'abord, elles sont loin d'y être constantes ... et ici, je pourrais répéter ce que j'ai dit plus haut de la jaunisse : dans les épidémies, les cas sans hê- morrhagies sont nombreux, et de plus, quand les hêmor- rhagies se montrent, ce n'est que tard, etc. . . . En particulier, celles des organes respiratoires, sont très communes dans l'ictère grave : " Depuis l'ecchymose jusqu'à " l'apoplexie pulmonaire, elles se présentent sous le scapel " de l'anatomiste (page 25). " Dans deux cas, où le sang était vomi en grande quan- " tité, pur et vermeil, M. Monneret s'est assuré que le sang " provenait une fois des voies respiratoires, l'autre fois " des fosses nasales (page 17).—Il est probable que les cra- " chats rapporteraient avec eux du sang, si les malades ne " tombaient pas dans un3 prostration si grande que l'ex- " pectoration e3t difficile ou impossible. " —Rien de semblable dans la fièvre jaune. —L'hématémèse aussi, sans parler de mélanhématêmèse, ni d'hémorrhagies provenant des voies respiratoires, paraît avoir été observée assez souvent dans l'affection de Paris, tandis qu'on sait qu'elle est rare dans la fièvre jaune, con- trairement il est vrai à l'assertion de M. Monneret, qui dit, page 17 : " La fièvre jaune intertropicale donne lieu, d'une " manière presque constante, au vomissement d'un sang pur '' et abondant. " A ce sujet, voici comment s'est exprimé M. Beugnot dans une de ses lectures, page 171, No. de Janvier 1860 de no- tre journal. NOVEMBRE 1860. 7 "" Indépendamment de Texhahtion lente du sang à la sur- " face de la muqueuse de l'estomac, et de l'altération immé- u diale de ce liquide, il arrive, dans quekjues cas rares, " qu'une abondante hémorrhagie a lieu dans ce viscère, et 4i forme la matière de véritables vomissements de sang non " altéré, et pourvu de la plupart de ses propriétés pliysi- " , chez 52 de 1858*; au total, chez 82 malades. Or, chez ces 82 malades, le pouls ayant pu être, compté le premier jour% on a trouvé que, ce premier jour, chez 64 malades, il était au-de^us de 100, chez 14 à 100, et enfin, chez 4 seule. ment au-dessous de 100. Voici un tableau qui reproduit le nombre de pulsations donué, le premier jour, par ces 82 malades : 12 SEPTIEME LETTRE. 1839. 1853. 1858. 88 120 100 124 104 110 100 80 130 120 130 120 100 110 6° ci 7 3 14 120 135 128 100 100 120 110 135 112 120 100 128 120 120 116 110 120 128 140 110 100 120 108 loo 110 . 104 108 120 In 140 108 108 |° 125 108 120 112 108 110 110 156 120 116 115 110 112 104 100 136 10Q 112 120 16 17 17 100 84 100 120 . !20 ?n 108 r^ 111 5 108 ® ï20£ 140 -3 120 P 120 l 120^ 96 a 110 « 118 3 100 100 18 oc Ainsi, Pariset a cru avoir le droit d'affirmer que dans la fièvre jaune, le pouls n'atteint jamais 100 pulsations, et sur 82 malades, en voilà 78 -chez lesquels il a atteint, ou plutôt dépassé de beaucoup 100 pulsations! Si maintenant l'on compare les observations particulières publiées par Pariset et par Audouard, dans leurs relations de l'épidémie de 1821, à celles recueillies par les médecins de la Nouvelle-Orléans, pendant les épidémies de 1839, 1853, et 1858, il est impossible de ne pas reconnaître la même maladie, et la même maladie présentant la similitude la plus complète sous tous les autres rapports importants. Comment dont expliquer l'assertion erronée de Pariset? Voici l'explication qui me paraît la plus acceptable : Pari- set n'a guère vu de malades que dans le grand hôpital de Bercelonne, où il avait établi son champ d'observation • les médecins de la Nouvelle-Orléans, au contraire, visitaient leurs malades à domicile ; il en résulte qu'ils ont pu les voir NOVEMBRE 1VG0. 13 dès le premier jour, dans bien des cas, tandis que Pariset n'a dû voir les siens, très-souvent, qu'après 2, 3 et 4 jours de maladie ; or, dans la fièvre jaune, la décroissance du pouls est si rapide, qu'un médecin qui ne verrait !es malades que le troisième ou le quatrième jour, après le début de la fièvre, pourrait très bien, après avoir fréquemment étudié If pouls, la montre à la main, se croire en droit d'affirmer qu'il n'at- teint pas 100 pulsations. Je n'ai pas sous la main le livre de Pariset, pour în'assurer de la valeur de mau explication, mais je viens de parcourir les observations d'Audouard, pour la même épidémie, et j'ai constaté qu'à part deux ou trois cas, Audouard, qui lui aussi recueillait ses notes dans un grand hôpital, n'a vu les malades qu'au troisième, qua- trième et même <. inquième jour de leur maladie. Avec la grande élévation du nombre des pulsations arté- rielles, au début de la fièvre jaune, coïncide une grande chaleur de toute la surface du corps ; cette chaleur quelque- fois humide, est très souvent sèche : " elle est acre, dit M*. '• Beugnot (page 163), mordicante, et fait éprouver une sen- " sation pénible à la main de l'explorateur. " Ensuite, il est bien vrai que, comme le nombre des pulsa- tions artérielles, cette chaleur tombe rapidement, en sorte que, dès le troisième ou quatrième jour, très souvent, la peau a repris sa températnre normale ; mais, même dans les cas où sa température s'abaisse notablement, dans les dernières heures, jamais il n'est vrai de dire qu'il y a cyanose et algidité comme dans le Choléra ; or, si j'ai bien compris M. Monneret, c'est le cas ordinaire dans l'ictère irrave : . les malades de Yictère hémorragique sont morts cyanoses et algides, comme dans le choléra. Le faciès aussi paraît très différent dans les deux affec- tions : c'est le faciès erecta, sigualé par Laènnec dans les acéphalocystes du foie, que Ml Monneret a observé dans l'ictère grave, c'est-à-dire, " une figure épanouie, souriante, " ouverte, qui exprime le contentement (page 22) " ; dans la fièvre jaune, au contraire, d'après le Compendium, " Yhelé- " tude et Voir d'àtonn'inmt qui se peignent sur le visage, 14 14 Septième lkttxe. " sont des signes importants de la maladie " ( Ire période page 488); et : " la physionomie peint, la stupeur et l'abat- " tcment " ( 2de période, page 48U ). — D'après le docteur Beugnot : '' l'expression de la face est celle de Yanxiété la " plus vive...." (page 165.) Sous le rapport de l'état général des forces, le contraste est encore plus frappant : " Dans l'ictère grave, dit M. Monneret, (page 22), " Les " symptômes généraux, particulièrement ceux qui dénotent " une adynamie profonde, l'emportent sur tous les autres '• accidents. Obligés de prendre le lit presque au début de " l'affection, les malades s'affaissent très rapidement. . . " Et à la fin, leur faiblesse est si grande, '' qu'ils se soutien- " nent difficilement quand on les asseoit sur leur lit. " Déjà M. Monneret nous avait dit : " . .. . Les crachats " r:.,«porteraient avec eux du sang, si les malades'ne tom- " baient pas dans une prostration si grande que l'expecto- ' ' ration est difficile ou impossible. " Ecoutons maintenant le docteur Beugnot sur la fièvro jaune : '' Les malades conservent leurs forces presque jus- " qu'au dernier moment. A de rares exceptions près, on " n'observe jamais d'adynamie proprement dite dans le " cours de la fièvre jaune, et les malades peuvent presque " toujours se lever sans aide et se promener jusqu'à la fin " dans leur chambre, et même d'une chambre à l'autre- " (Page 165.) Et page 173 : " Jamais les malades n'éprouvent une " chute complète des forces; ils peuvent, au contraire, jus- " qu'au dernier moment, se remuer et se lever sans aide " pour changer de position et même^de lit. " En tout cela, le docteur Beugnot est d'accord avec tous les auteurs, et presque avec le Compendium, qui dit, p. 480 t. V ; " Quelquefois les forces musculaires se soutiennent " assez pour que les malades puissent aller à la garde-robe " sans le secours de personne. " Voilà, Messieurs, quelques-unes des oppositions qui se présentent quand on analyse un à un les symptômes princi- novembre 1x00. 15 paux de ces deux affections, au point de vue des organiciens et à celui des vitalistes; ce qui n'a pas empêché M. Monne- ret d'écrire, dès sa première page : '• On sait déjà qu'un certain nombre de maladies propres " à une localité peuvent se rencontrer dans une région " toute différente : telle est, par exemple, l'affection qui a " reçu le nom d'ictère grave, et qui ressemble trait pour " trait à la fièvre jaune d'Amérique. " Dans ce qui précède, je n'ai analysé au point de vue, or- ganicien, que ce qui regarde surtout Yictère et les hêmorrha- gies; il y a pourtant dans Yictère grave tout un autre ordre de phénomènes d'une très haute importance, c'est celui qui résulte des manifestations du système nerveux : en effet, outre le délire et le coma, qui éclatent souvent peu de temps après l'ictère et les hêmorrhagies, il y a aussi des convulsions et des paralysies qui impriment à cette affection un cachet tout particulier ; des congestions et des épanchements de sang intra-crâniens viennent, à l'autopsie, en donner l'ex- plication. Maintenant, Meseieurs, si nous comparions synthétique- ment les deux maladies, c'est-à-dire l'ensemble de l'une à l'ensemble de l'autre ; si nous étudiions l'ordre d'évolution des phénomènes qui les constituent, des différences, des op- positions non moins tranchées viendraient nous frapper. Cette lettre est déjà trop longue pour que je puisse entrer dans cette étude nouvelle; mais il ne vous faudra pas beaucoup de temps pour parcourir les six observations qui accompagnent le travail de M. Monneret, et vous convain- cre que je ne dis rien de trop. Dans ces six observations, une exceptée, on voit que le mal a eu un début insidieux, et qui constitue une sorte de période prodromique, laquelle varie de trois à quatre jours jusqu'à quinze jours ; une faiblesse extrême qui oblige à prendre le lit, des courbatures, un état gastrique bilieux, quelquefois un petit mouvement fébrile, plus marqué le soir, ont signalé ce début ; jusque là, en général, on ne consulte ' pas le médecin.... 10 SEPTIEME LETTRE. Puis arrive Yictère. .. . ; cet ictère se montre pourtant quelquefois comme phénomène initial, avec l'embarras gas- trique bilieux, et des douleurs à l'épigastre et dans I hypo- condrc droit ...;mais rien encore ne prouve qu'on n'ait pas affaire à nn iclère béuin___ Pourtant, d'après M. Blachez (Thèse pour l'agrégation 1860), si avec un ictère, eu apparence bénin, le pouls vient à s'accélérer, il faut se tenir sur ses gardes : un ictère grave est imminent. Enfin, si c'est un ictère grave, Yictère augmente rapide- ment d'intensité ; souvent il tourne au vert, et avec lui éclatent simultanément des hêmorrhagies et des troubles ner- veux qui emportent le malade avec une rapidité effrayante. Mais, quand le pouls vient à s'élever, à mesure que se suc- cèdent les accidents graves, dus aux congestions encéphali- ques et pulmonaires, n'allez pas croire que la fièvre s'allume : au contraire, la peau se refroidit de plus en plus ; elle se couvre d'une sueur visqueuse, se cyanose, se laisse soulever en plis qui persistent, comme dans le choléra, à me- sure que les yeux s'excavent et que des crampes se font sentir dans les membres. Tel est, Messieurs, en raccourci, le tableau le plus exact qui ressort de l'étude de l'ictère grave. Des six observations publiées par M. Monneret, la plus remarquable, à mon sens, est la sixième ; parce que le fait qu'elle présente a manqué de la période prodromique, parce qu'il est particulièrement déclaré fiait de fièvre jaune par M. Monneret, et enfin parce que c'est la seule des six où il y ait eu guérison ; comme elle est courte, j'en puis donner un extrait : '•Le 4 juillet 1852, les signes d'un embarras gastrique, " avec ictère léger, engagent le malade à prendre une bou- '.' teille de limonade magnésienne ; elle procure des vo- " missemeuts de bile. Plus tard, sous l'empire du tartre " stibié, le malade finit par rendre, par la bouche, un liquide " noir et comme oléagineux. Presque en même temps, les '' selles contractent la même couleur, ainsi que l'urine.— " Douleurs vives à l'hypocoadi c droit et à l'épigastre. Vo- " uiissouients continuels. '' novembre 1,^60. 17 " Potion calmante, glace, quinze sangsues à l'épigas- tre. " Second jour.—5. " Ecchymose de la largeur de la main " sur l'hypocondre droit et autour des piqûres de sangsues ; " vomissements plus rares ; selles et urines sanglantes; '* pouls, 110 ; peau fraîche ; intelligence présente ; grande " prostration ; quelques crampes dans les jambes. " — " Boissons glacées. " Troisième jour.—6. " La face est profondément altérée, " grippée; les yeux sont excavés ; la peau froide et les ex- " trémités cyanosées ; la conjonctive injectée, très jaune ; " la faiblesse si grande, que le moindre mouvement déter- " mine la défaillance ; une seule selle, formée par du sang " noir ; un litre au moins de sang liquide, mêlé à de gros l< caillots noirâtres est sorti de la vessie.... intelligence li toujours nette; insomnie, agitation. Nous voyons pour " la première fois le malade; notre diagnostic ne pouvait 11 être un instant douteux.... Nous constatons l'exis- " TENCE D'UNE FIEVRE JAUNE. "Traitement.—Limonade sulfurique. vin de quinquina, " bouillon, glace sur le ventre, trente grains de sulfate de " quinine en lavements avec vingt gouttes de lauda- " num...." Dès le lendemain, une notable amélioration se dessine et la convalescence s'établit promptement. Le mois suivant, M. Siphnaios, étudiant en médecine. Grec, si rapidement rétabli, prenait sa propre observation pour texte de sa thèse inaugurale, et la soutenait sous ce titre : . " Essai^sur la fièvre jaune sporadique, dissertation inau- " gurale, août 1852, Paris. " Je m'adresse, Messieurs, à des pratieiens habitués à la fièvre jaune d'Amérique ; je m'abstiendrai donc de tout commentaire sur le diagnostic précédent. Pour se l'expliquer, il faut savoir sous quels traits M. Monneret se représente aujourd'hui la fièvre jaune; le voici, page 30 de la brochure de 1859 : 18 SEPTIEME LETTRE. "____Une courte exposition des symptômes de la fièvre "jaune mettra le lecteur à même de saisir les analogies et '• les différences (entre l'ictère hémorragique et la fièvre "jaune). La céphalalgie, la chaleur fébrile, la courbature, " l'injection de la conjonctive, en marquent le début. Les " malades éprouvent bientôt des douleurs vives à l'épigastre " et dans la région lombaire ; elles s'étendent dans les " hypocondres. A ces symptômes succèdent les nausées et " les vomissements de matière blanchâtre, puis d'une quan- * tité considérable de sang. La nature des jelles est la li même : elles sont noirâtres. En même temps toute la " peau se colore en un jaune d'ocre des plus intenses ; un " écoulement sanguin a lieu par le nez ; des pétéchies, do " larges ecchymoses se développent sur différentes régions " du corps ; on trouve aussi* en plusieurs points, des pla- " ques gangreneuses. Les malades tombent rapidement " dans un état ataxo-adynamique très marqué, au milieu " duquel ils succombent. L'accélération du pouls est nulle " ou faible ; l'appareil fébrile en général peu marqué ; aussi " le nom de fièvre jaune ne convient-il que médiocrement à " la plus grande partie des cas, même • dans les épidémies " les plus meurtrières. " , " Si l'on place en regard de ces symptômes ceux- de l'ic-' " tère hémorragique, on sera frappé sur le champ de la " grande analogie qu'ils ont ensemble : mêmes douleurs ah- " dominâtes, même ictère, mêmes hémorragies, même " prostration.... " Voici maintenant quelques différences. L'hématémèse " n'est ni aussi fréquente ni aussi copieuse dans l'ictère que " dans la fièvre jaune ; les selles sanglantes y sont égale. " ment beaucoup plus rares ; les vomissements moins 44 constants, moins opiniâtres.... " ".... Quant à la lésion " du foie, signalée par M. Louis dans la fièvre jaune, Cher- 4< vin et M. Rufz, et bien d'autres, ne l'ont pas rencontrée 41 dans tous les cas.... " Telles sont les raisons que nous a annoncées M. Monne- ret dès sa seconde page, et qui " lui font regarder Yictère NOVEMBRE 1860. 1? ,l hémorragique comme étant tout à fuit identique à la " fièvre jaune intcr-tropicale. " Par bonheur, M. Monneret ajoute dans l'alinéa suivant de la même page 2 : " L'expression de fièvre jaune nostra*, " qui a été proposée par plusieurs médecins, pourrait servir " à désigner l'ictère hémorragique ; mais, outre qu'il y a c' inconvénient à employer des dénominations qui ne repo- «' sent que sur une assimilation plus- ou moins contesta- " ble, cette idée de fièvre n'est pas celle qui saisit le " plus fortement l'esprit de l'observateur. L'élément fé- " brile est loin de prédominer pendant le cours de la ma- ladie." C'est en effet ce que nous avons remarqué ; et, ces der- nières paroles de M. Monneret nous font espérer que nous sommes quelque peu excusable d'avoir contesté l'assi- milation qu'il voudrait établir entre l'ictère grave et la fièvre jaune. Je ne sais, Messieurs, si l'avenir confirmera l'existence de Yictère grave comme entité pathologique réelle et dis- tincte de toutes les autres ; pour le moment, il constitue tout au moins une question à l'étude. Ses points de contact avec la fièvre jaune sont assurément fort intéressants. Nous avons vu que pour les symptômes, dont le groupe a été regardé, il y a peu de temps, comme caractéristique de la fièvre jaune, je veux dire la jaunisse, le vomissement noir et les hêmorrhagies passives, non seulement il les pré- sente, mais c'est parce qu'il les présente en excès, qu'il s'éloigne de la fièvre jaune. De plus, d'autres symptômes, encore, et des plus graves, sur lesquels je n'ai pas eu le temps de m'arrêter dans le cours de ce travail, se montrent également et dans l'ictère hémorrhagique et dans la fièvre jaune : je veux parler de Yalbumine dans les urines, du hoquet et des parodides, etc. Ai-jo besoin de rappeler que ces symptômes appartien- nent aussi à plusieurs autres de ces grands empoisonnements qui constituent essentiellement les pyrexies ? L'étude de l'ictère grave a pour nous, Messieurs, un dou- 20 SEPTIEME LETTRE. ble intérêt : il s'agit de savoir, en effet, lo si c'est la même chose que la fièvre jaune ; et, 2o dans le cas où ce ne se- rait pas la même chose, à quels signes on peut les distin- guer. Tout bien pesé, qui sait si l'ictère grave ne s'est pas déjà présenté à la Nouvelle-Orléans, et s'il n'y a pas été confondu souvent avec la fièvre jaune......? Après les développements dans lesquels je suis entré dans cette lettre, je me crois autorisé à tirer les conclusions suivantes : lo. L'ictère grave est essentiellement un ictère avec co- loration verte dans les urines par l'acide nitrique, dans tous les cas ; l'élément fébrile y est à peu près nul ; 2o. La fièvre jaune est essentiellement une fièvre ou pyrexie, et des plus ardentes, et comme le type des conti- nues continentes ; l'ictère véritable y est exceptionnel. APPENDICE AUX LETTRES. Comme on le voit, j'avais commencé l'étude du diagnos- tic différentiel de la fièvre jaune, devant notre Société Mé- dicale. Après l'examen de Yictère grave, je comptais passer à celui de la fièvre à techute, puis à celui du purpura hémorrhagique fébrile, et., etc___Malheureusement, une nouvelle polémique a éclaté dans le sein de notre Société, et en a entraîné la dissolution. C'est alors que j'ai entrepris, pour mon propre compte, mon grand travail sur le diagnos- tic différentiel de la fièvre jaune ; il me sera impossible de le terminer de longtemps. En attendant, je vais produire ici un document qui me parait avoir, en vueidcce diagnos- tic, quelque valeur : c'est une série de tableaux, représen- tant les nombres des pulsations artérielles, comptées jour par jour, chez cent trente sept malades, pendant trois grandes épidémies, celles de 1839, 1853, 1858, et par neuf observateurs différents. Il faut bien remarquer que, pour cette collection des chiffres du pouls dans la fièvro jaune, je n'ai poiut fait de choix ; je reproduis là les chiffres de toutes les observa- tions que j'ai pu nie procurer, do toutes les observations où l'on o donné les chiffres des pulsations artérielles. Les auteurs des Mémoires de 1817 et 1319 ne* comptaient pa-? le pouls de leurs malades ; ils se contentaient de dire s'il était fréquent ou lent. La meilleure garantie de diagnostic pour les cent trente sept observations, où le pouls a été compté, c'est que toutes ont été recueillies en ville, pendant de grandes épidémies. Néanmoins ce n'est pas une raison pour que quelques-unes n'en restent douteuses, mais eu très petit nombre ; l'im- mense majorité en appartient à la vraie fièvre jaune. L'intervention de l'élément paludéen est ordinaire à la Nouvelle-Orléans, dans la plupart de nos fièvres, surtout à partir du mois d'août à celai de novembre, tous les ans, et très particulièrement en 1S53 et 135S, deux années remar- quables par des circonstances 3péo;^->m::it favorable an 15 ù> / développement des effluves palustres. (Voir mon Etude Je l endémie de 1858, aux pages 102 et 103.) Ce qui étonne c'est que l'influence paludéenne n'ait pas été plus marquée dans les tableaux ci-joints. C'est une preuve du*caractôre décidé du pouls dans la fièvre jaune : ce caractère, c'est celui de la continuité, mais d'une continuité rapidement décroissante, et décroissante avec une grande régularité. Il m'a tellement frappé que, dans ma brochure de 1859, je n'ai pas hésité à y voir le véritable caractère de la fièvre Jaune : " Je ne sache pas, en '■' effet, y disais-je, page 84, qu'il existe une autre maladie _!ijajgiujjgravc, dont la réaction fébrile tombe de si bonne u heure, si rapidement, et avec une ïe\\e régularité.'' J'aurais •pu ajouter : après avoir été aussi précoce, et aussiviolente dès le début. De la sorte, ce caractère du pouls dans la fièvre jaune, pourrait servir à la différencier non-seulement des paludéennes, dont la marche est si caractéristique, depuis l'intermittence la plus franche jusqu'à la pseudo continuité la plus trompeuse, mais aussi pourrait servir à la nette- ment séparer, et de Victère grave, et de la fièvre à rechute^ et du purpura hémorrhagique fébrile,.... de toutes les affections enfin qui s'accompagnent comme elle, de vomisse- ments noirs et d'autres hêmorrhagies variées, et que l'on a bï souvent confondues avec elle, ici comme ailleurs. Mais ce n'est pas seulement pour le diagnostic, c'est aussi pour le pronostic de lu fièvre jaune que mes tableaux du pouls peuvent être vraiment utiles. Il suffit, en effet, do 1 îs parcourir des yeux, pour reconnaître de suite que c'est dans les cas légers surtout que la règle de la décroissance rapide et régulière du pouls est à peu près'constante. En sorte que, l'intervention paludéenne mise de coté, laquelle peut toujours être efficacement combattue par la quinine, quand on voit dans la fièvre jaune le pouls ne pas décroître des le second ou troisième jour, quand on le voit se main- tenir haut et irrégulier, au troisième et surtout au qua- trième jour, ou peut être assuré de la malignité du cas, à moins i,ue quelque complication], intercurrent* n'explique — s — cette irrégularité des choses. Il va sans dire que dans des cas extrêmement graves, la décroissance rapide et régulière du pouls se constate aussi très souvent. Il est certain que le pronostic de la fièvre jaune restera toujours très trom- peur ; c'est pourquoi il faudra toujours, avant de se pro- noncer sur ce sujet, non-seulement interroger la marche de la fièvre, mais tout l'ensemble des autres symptômes et ausâ l"ur ordre d'apparition. Il va sans dire que ce n'est pas en étudiant les chiffres du pouls dans la fièvre jaune, séparés ainsi du reste des obser- vations dont ils sont extraits, qu'on peut en tirer tout le fruit véritable ; c'est quand je pourrai donner avec eux, les tableaux analytiques complets auxquels ils appartiennent, qu'ils pourront être complètement fécondés. Néanmoins, même dans leur isolement, il me semble qu'ils ne sont pas dépourvus jd'intérêt, et voilà pourquoi je n'ai pas voulu tarder davantage à les soumettre à l'examen de mes con- frères. ÉPIDÉMIE DE 1839. Observations recueillies par hs docteurs Bahier, Fortin, Landreaur, Sibin-Martin. 1 ° . CAS LÉGERS.^ 1er jour Nu. 1. fréqtipnt. Vo. 3 ^o. 4!No. 7 No. 8 No. 9. No. 10. 124 i 101 110 2e '• 70 116 116 108 80 106 3e " 96 1 104 118 76 84 4e " 92 ' Apyr. 100 78 5e " 76 { 56 6e " 1 1 52 2 ° . CAS MIXTES. 1er jour No. 1. No. 3. No. 5. 100 130 120 2d " 60 137 3e " 55 100 4i " 75 106 45 5e u 82 40 6e " 64 60 • 7e " 65 ÉPIDÉMIE DE 1839. Observations recueillies par Dard. f A S LÉGERS. — PREMIER TABLEAU 1er jour 2e " 3e " 4o " 5e « 6« " No. 1 No. 2. No. 3. 96 No. 4. No. 5. No. 6. No. 7. No. 8 112 100 100 120 110 96 100 100 88 90 100 96 . 100 72 72 72 72 72 72 72 64 No. 9iNo. 10 120 8A 80 84 80 SECOND TABLEAU. "I No 11 No 12 No 13 \T0 14. No 15. No 16. 88 No 17. 104 No 18. 80 No 19. 120 No 20. 100 No 21. ! 1er jour 88 104 120 88 130 i'e " 80 90 116 80 76 80 112 80 84 84 | J« " 84 72 72 90 72 72 72 88 116 72 4e " 72 88 72 72 72 72 76 «e " 60 / €e " i ~j a. w *k w to "-1 a Q> CD Q> Q> CD CD ►1 +t y !—• »-i o O) Cï> CJ5 tO N) tO O 0 0 0500 4*. t en oo to ^ o 4- to o 3 o Ol i " ^ ►—• ►- o ^ï - o to O» -D -1 y o 00 to to O O Oï 9° 'y t^. o -J to — to Oi o to * 4- TROISIEME TABLEAU. No 22. No 23. No 24.'No 25. No 26. i No 27.,No 28 No 29. No 30. No 31 1er jour 96 120 j 108 70 100 100 100 108 92 2e « 80 84 1 7C 100 84 76 100 84 104 3e u 120 i 80 70 80 88 72 72 104 4e u 100 80 72 72 72 5e « 84 , 88 6e u 1 72 + 2 P3 C M CAS MIXTES. CAS GRAVES. No 1. No '2. No 3. No 4 l oi ** c*j jo •— n et a cd

-> p ■^ ~* -J -~» o o to os to Si O 00 y > i C o to O s 00 O O co 00 o OXOtC'»^ ,1 y ? ÉPIDÉMIE DE 1858. Observations recueillies à l'Asile Français de Bienfaismce. PAR F. ALLAI.V ET LE DOCTEUR F. FAGET.--PREMIER ÏABLKAU. 1°. CAS SUIVIS DK GUKRI-0N. 1 cr jour 3e « 4e Cl 5e ci 6e Cl 7e II No. 1. No. 2. No. 3. No. 4. t No. 5 100 110 115 90 108 92 96 92 104 100 84 84 100 80 88 76 80 84 68 64 80 76 76 60 68 No. 0.:No. 7. loi 80 120 112 No. 8. No. 9. 104 100 84 76 68 15 1 12 92 88 84 80 76 No. 10. 120 84 76 80 80 SECOND TABLEAU. 1er jour No 11. No 12. No 13. No 14..No 15. No 16. No 17. No 18. i No 19. 100 116 120 112 128 120 112 2e « 128 84 104 84 100 104 112 96 100 3e (C 80 78 100 76 80 100 90 80 84 4e t! 96 80 96 84 72 80 5e U 80 96 72 72 72 6e u 76- • 84 72 60 72 7e u 56 80 50 76 8e Cl 50 72 65 48 68 9e It 48. 60 48 -- 9 — ÉPIDÉMIE DE 1858. Suite des observations recueillies à l'Asile Français. SECOND TABLHAU DBS CAS SUIVIS DE MORT. 1er jour No. 9. No 10. No 11. No 12. No 13. i No 14. No 15. 140 100 136 112 2e i< 112 100 128 112 100 108 96 3e (C 100 112 120 88 104 104 80 4e ce 104 104 120 84 92 84 84 5e (C 1E0 104 74 72 6e (( 76 80 7e ce 76 8e II 76 Observations recueillies en ville, pendant la même épidémie de 1858, par le docteur Faget. TABLEAU DES CAS 6UIVIS DE GUÉRISON. 1er jour 2e " 3e " 4e " 5e " 6e « 7e u No. l.No. 2. No. 3. No. 4. No. 5. 112 96 80 120 108 100 80 100 80 60 80 72 60 72 72 70 66 66 108 96 96 84 90 84 80 TABLEAU DES CAS SUIVIS DE MORT. 1er jour Nol No 2 135 No 3 No4,No5 No 6 No 7 No 8 No 9 No 10 135 96 120 2e Cl 108 112 120 120 96 120 120 120 3e II 84 92 108 84 72 110 100 130 84 4e Cl 76 80 96 108 96 72 96 84 72 5e ce 80 100 80 100 72 68 6e IC 84 96 80 60 7e ce 84 84 8e ce 88 80 9e ce 96 ^_____^ 16 h\ CONSIDERATIONS GENERALES SUR LES MESURES A PREliDRE POUR «ETIRE LA NOUVELLE-ORLEANS A L'ABRI DE LA FIEVRE JAUNE. AVANT-PROPOS. Le major-général Baaks; commandant le département du Golfe du Mexique, pour les Etats-Unis, ayant constitué une commission consultative de trois médecins, dans le but d'être éclairé sur les questions qui touchent à la santé pu- blique, et m'ayant nornmé un de ces trois médecins, j'ai ré- digé le "Rapport suivant, sur la fièvre jaune. Ce rapport, après traduction en anglais, a été adopté, à v peu près intégralement, par mes deux collègues de la com- mission sanitaire de cette année, le Dr Smith de Boston (chairraan), et le Dr Holliday de la Louisiane , puis, il a été transmis officiellement aux autorités fédérales à la Xou- velle-Orléans. Comme on le voit, le vœu que je formais, à la fin de mon travail de 1863, a été exaucé en 1864 : il m'a été permis de faire parvenir jusqu'à l'autorité supérieure l'enseignement de Monsieur Mêlier sur les mesures quarantenaires qui sont appelées, par suite des progrès de la science moderne, à remplacer partout les quarantaines d'autrefois, célèbres / . / par leurs affreux lazarets « leurs tyranniques sévérités. •. RAPPORT PRÉSENTÉ A LA COMMISSION SANITAIRE DE 1864. Dans Pétude de l'origine et du développement de toute maladie épidémique, il y a surtout deux choses à considérer : 1 ° le germe ou principe de la maladie ; 2 ° la localité ou sphère dans laquelle elle est appelée à se répandre. Pour la fièvre jaune, en particulier, il y a lieu aussi de tenir un très grand compte de la température. Un froid au-dessous de zéro détruit certainement le germe de la fiè- vre jaune ; une gelée blanche a toujours suffi à la Nouvelle- Orléans pour arrêter court nos épidémies de fièvre jaune. Mais, remarquons le bien, à quelques dégrés, (3 ou 4) au-dessus de zéro centigrade, le germe du principe morbifi- que résiste encore, et, par conséquent, ce principe peut naître et se propager dans une atmosphère assez froide : on a vu, à la Nouvelle-Orléans, des épidémies reprendre de la vigueur, à la fin de novembre, par un vent de nord très vif, c'est-à-dire à une température de très peu au-dessus de zéro. Donc, il est prudent ici de prendre ses précautions con- tre la fièvre jaune, de très bonne heure, dès le mois d'avril, et de les continuer tard, jusqu'en novembre inclusivement. Autrefois, on ne la voyait pas ici avant juillet et même août ; mais en 1853 et 1858, les premiers cas s'en sont montrés en mai et juin'. Rien ne prouve qu'elle ne puisse pas nous arriver plu3 tôt. Pour mettre de l'ordre dans ce que nous avons à dire, parlons séparément des localités favorables à la fièvre jaune, et de son germe ou principe. — 6 — 1.° LOCALITÉS FAVORABLES AU DÉVELOPPEMENT DE LA FIEVRE JAUNE. L'examen des lieux, capables de la fièvre jaune, si l'on peut s'exprimer ainsi, mérite la plus sérieuse attention. L'élévation au-desus du niveau de la mer parait avoir de l'importance : il ne semble pas que la fièvre jaune soit pos- sible au-de-là d'une certaine hauteur ; elle se développe au contraire d'autant mieux que le sol est plus bas. Sous ce rapport, la Nouvelle-Orléans lui est donc particulièrement favorable, puisqu'elle n'est que de quelques pieds au-dessus du niveau de la mer, et que certaines parties de ses fau- bourgs, inondées à chaque averse, sont même au-dessous de ce niveau. Maintenant, il est certain que toutes les conditions qui ( d'ordinaire favorisent l'éclosion et le développement des épidémies et endémie3, en général, doivent favoriser aussi l'éclosion et le développement de la fièvre jaune. Entre toutes ces conditions, l'encombrement est peut-être la plus importante. Il faudra donc, autant que possible, éviter les réunions d'hommes dans un espace trop étroit, et après leur avoir fourni l'espace et l'air indispensables, veiller à ce que cet air soit renouvelé, et ne soit jamais chargé des émanations délétères qui ne manquent jamais de se produire, dès que les soins ordinaires de propreté ne sont pas observés. Sous ce rapport, dans l'intérêt général, mais particuliè- rement dans l'intérêt des soldats, nous ne saurions trop for- tement demander que les grands-hôpitaux militaires qui se multiplient de toutes parts, soient éloignés du centre de la ville. Pendant la saison chaude, il est parfaitement certain que les soldats malades et blesssés seraient infiniment mieux sous la tente, et en plein air qu'ils ne peuvent l'être dans des établissements où toutes sortes de foyers d'infection prennent naissanee, sans cesse, et sans qu'on puisse l'empê- cher. Le changement que nous suggérons amènerait, à — 7 — coup sûr, une diminution énorme dans la mortalité qui les frappe. Les Bateaux-hôpitaux, Hospital-Boats, sur le fleuve, ces hôpitaux militaires ambulants et sans voisinage, qu'on a eu la bonne idée d'établir à l'ancre, au milieu du Mississipi, nous paraissent remplir encore mieux le but indiqué ici ; il n'y aurait qu'à les multiplier. Mais, si l'encombrement est une source d'empoisonnement pour l'homme, à ce point qu'il y a toute une famille de ma- ladies qui se nomment nosocomiales, il est vrai aussi, par opposition, que le meilleur moyen d'arrêter court certaines épidémies, daûs leur développement, c'est de disperser les malades. En particulier pour la fièvre jaune, quand elle éclate quelque part, au lieu décerner les quartiers où elle se mon- tre, au lieu d'établir des cordons sanitaires, il faudrait, au- tant que possible, faire sortir les malades des centres popu- leux, et les transporter dans les campagnes, l s y disperser. C'est par ce moyen qu'Audouard, médecin en chef de l'ar- mée française en Espagne, en 1823, a mis fin presque ins- tantanément à l'épidémie de fièvre jaune qui ravageait le Port du Passage. Et, en effet, une particularité digne de remarque dans l'histoire de la fièvre jaune c'est la nécessité d'une certaine agglomération de population, pour qu'elle puisse se répan- dre, se développer. Il suit de cette particularité que la fièvre jaune ne sévit nulle part endémiquement dans les campagnes. S'il en était autrement en Louisiane, ce serait une nouveauté, uue excep- tion singulière. Autrefois, on a vu bien souvent des personnes, parties de la Nouvelle-Orléans, en pleine épidémie, avec le germe de la fièvre jaune dans le sang, aller faire leur fièvre jaune à la campagne, sur des plantations ou habitations, au milieu de personnes sujettes aussi à la fièvre jaune, et, il n'y avait jamais eu d'exemple que la fièvre jaune se fût propagée à la campagne. — 8 — Si, dans ces dernières années, on a cru à h fièvre jaune des campagnes, c'est qu'on a pris pour elle des fièvres qui lui ressemblent, des fièvres avec vomissement noir et jaunis- se, mais qui ne sont pas elle ; ces fièvres là sont des fièvres de marais, des fièvres paludéennes, appelées q uelquefois fièvres bilieuses graves, parce qu'elles présentent de la, jaunisse et des hêmorrhagies passives, au milieu de leurs autres symp- tômes; mais, on ne saurait trop le répéter : ces fièvre* là ne sont pas lafèvre jaune. C'est au moins ce que je croin avoir prouvé, dans mon mémoire sur l'endémie paludéenne qui est venue compliquer l'épidémie de fièvre jaune de 1858. — Passons maintenant à l'examen des personnes qui se trouvent sur le terrain exposé à la fièvre jaune.— La fièvre jaune, une fois établie sur un terrain quelconque, fait des distinctions entre les personnes : 1 ° Elle épargne les jeunes enfants en général, et à peu près complètement ceux au-dessous de cinq ans, de quelque origine qu'ils soient. 2 ° Elle épargne également les nègres; les gens de cou- leur aussi, et ces derniers d'autant plus que/a dose de sang africain est plus forte dans leur sang mêlé. 3. ° Il parait qu'elle épargne aussi la race mongolique : Je tiens du Dr Dupieris, qui a eu occasion de voir, à la Havane, un grand nombre de Chinois, connus sous le nom. de Coolies, qu'ils ne sont pas sujets à la fièvre jaune. 4. ° Au contraire, la fièvre jaune réserve toutes ses fu- reurs pour la race blanche ou Caucasique, et dans cette race elle s'attaque de préférence aux hommes, et surtout aux plus vigoureux, aux plus sanguins, à ceux qui sont dans la force de 1 âge, de 15 à 45 ans, et pardessus tout aux hommes du l\ord. Entre tous, ce sont donc les soldats des Etats-Unis, casernes dans notre ville, qui auraient les plus grandes chances d'en être les victimes, si on lui permettait de faire une nouvelle apparition parmi nous. i 7, Uû .aUtrG fait encore' Parfaitement démontré, c'est que la fièvre jaune ne frappe qu'une fois. — 9 — Le meilleur acclimatement c'est donc d'avoir eu la fièvre jaune, même très légère, mais pendant une épidémie. Quant à ces fièvres éphémères, avec céphalalgie, douleurs des reins, etc .. . qui représentent assez bien les cas légers en temps d'épidémie, et même la première période des cas graves,fièvres éphémères que les étrangers ont quelquefois, plus même que les personnes acclimatées, pendant la saison de la fièvre jaune, mais en l'absence de la fièvre jaune, ces fièvres éphémères là, qu'on a espéré quelquefois être des fièvres d'acclimatement, ne mettent pas le moins du mon- de à l'abri de la fièvre jaune. L'expérience ne m'a que trop bien instruit à cet égard. Je n'en crois pas moins à une acclimatation progressive qui, à la longue, après une modification fente du sang, fait que les personnes qui ont subi cette modification lente du sang, sont moins sujettes à la fièvre jaune que celles qui vien- nent d'arriver, et, de plus, ont la fièvre jaune moins grave- ment, quand elles l'ont. Plus le séjour en ville, pendant. l'été, aura été prolongé et se sera renouvelé, et plus ' l'accli- matation sera avancée. Quant aux personnes qui ne passent que les hivers à la Nouvelle-Orléans, il est clair qu'elles ne s'acclimatent jamais. Lofait que les enfants au-dessous de cinq ans n'ont pria la fièvre jaune, le fait ensuite de T acclimatation progressive, me paraissent expliquer un troisième fait, celui-ci tout à fait incontestable, sans exception jusqu'ici ; je veux parler de l'immunité contre la fièvre jaune, dont jouissent toute leur vie, les personnes qui ont passé leur première enfance dans la ville de la Nouvelle-Orléans, sans s'absenter l'été. Ces personnes là ne perdent jamais leur immunité contre la fièvre jaune, même après une très longue absence, delà, de 20 années, et davantage, passées dans les régions tem- pérées ou froides, après l'âge de 10 ans : il va sans dire qu'elles portent avec elles cette immunité, dans tous les pays à fièvre jaune, parce que la maladie est partout la même: ainsi, un créole de la ville de la Nouvelle-Orléans ne B — 10 — court pas plus de risques, à la Havane ou àla Vera-Cruz, de prendre la fièvre jaune, qu'à la Nouvelle-Orléans même. Disons maintenant quelques mots des conditions de sa- lubrité générale qui regardent la ville. Il est clair que la plus grande propreté est requise et dans les cours, et dans les rues, et surtout dans les marchés, les boucheries etc .. . Il est inutile d'entrer dans des détails sur tous ces sujets. Le nettoyage des rues, l'enlèvement des ordures, auxquels on procède en plein soleil, auraient moins d'inconvéneints opérés la nuit, alors que la chaleur est moindre et les habitations partout fermées. Je tiens du Dr Hedgewish qu'à la Vera-Cruz cet usage, adopté par l'autorité,à sa suggestion, y a été suivi d'excellents résultats. La chose la plus importante serait de répandre des cou- rants d'eau vive dans toutes les directions, et dans toutes les parties de la ville ; ce qui parait à priori fort aisé, dans une riche et populeuse cité, assise à 12 ou 15 pieds au- dessous des niveaux élevés de l'un des plus grands fleuves du monde ; c'est pourtant ce qu'on n'a jamais su réaliser. Quand le fleuve est haut, la chose pourrait se faire à bien peu de frais... t Dans tous les temps, on pourrait obtenir ces courants d'eau, à l'aide dé machines à vapeur, Water-Works, ou Pompes à feu. Plus il y en aurait, plus les réservoirs en seraient vastes et les machines puissantes, et mieux ce serait évidemment ; mais, en même temps, il faut veiller à ce que tous les canaux ou grands-fossés ou bayous, placés entre la ville et le lac Ponchartrain, canaux dans lesquels se rendent toutes les eaux de la ville, soient tenus en bon -état, et avec une profondeur suffisante. Les eaux qui viennent du Mis- sissipi et qui traversent la ville, déposent une si grande quantité de matière solide, dès qu'elles ne sont plus couran- tes, qu'il y a lieu de refouiller souvent ces canaux ou réser- voirs de déchargement. Seulement, une précaution impor- tante, qui n'a pas toujours été observée, mémo l'année der- nière, c'est de ne point attendre la. saison chaurle, la saison la plus favorable aux fièvres paludéennes, pour faire ces — 11 — fouilles sur une grande échelle. Il est vrai qu'on a sou- vent déjà négligé cette précaution et cela impunément; rien ne prouve qu'on serait toujours aussi heureux dans l'avenir. A mesure qu'on multipierait les Watev-Woiks du côté du fleuve, il va sans dire qu'il faudrait multiplier proportionnel- lement les machines à dessèchement du coté du lac. Quant à la question des cimetières, elle ne me paraît pas avoir toute l'importance qu'y attachent certaines personnes. Sans aucun doute, des cimetières au milieu d'une ville sont une chose déplorable, et à laquelle il faut remédier le plus efficacement possible ; sous ce rapport notre ville réclame une amélioration très désirable ; toutefois, il faut apporter dans la solution de cette difficile question de mures ré- flexions, et par conséquent, le temps nécessaire même à ces réflexions. Ces quelques considérations, sur les conditions locales de cette ville montrent assez quel terrain favorable elle offre au développement de toutes sortes d'épidémies et d'endémies, en particulier au développement de la fièvre jaune. Il s'en suit que les précautions que nous allons avoir à indiquer pour nous mettre à l'abri de la fièvre jaune, pour empêcher l'introduction de son germe, de son principe mor- bifique, considéré isolément, doivent être ici bien plus sévè- res qu'ailleurs. TellesJ précautions qui, sous ce rapport, pourraient être tout à fait suffisantes à Boston ou à New-York, pourraient bien ne l'être pas à la Nouvelle-Orléans. Cette réflexion mérite une attention toute particulière. Passons, maintenant, à l'étude du germe ou principe mor- bifique de la fièvre jaune, ou plutôt à l'étude de son impor- tation. 2. ° De l'importation de la fièvre jaune. 11 n'y a aucune preuve positive de l'origine locale ou indigène de la fièvre jaune à la Nouvelle-Orléans; il ne peut y avoir à ce sujet que des présomptions. D'ailleurs, les considérations dans lesquelles nous venons — 12 — d'entrer, en étudiant les conditions locales, favorables à la fièvre jaune, et les moyens d'y remédier, sont suffisantes pour ceux qui admettent cette origine locale. Pour ceux, au contraire, qui, avec nous,, croient non seulement à la possi- bilité, mais même à l'extrême probabilité de cette importa- tion, pour ne pas dire plus, il y a lieu d'étudier aussi les moyens de s'en mettre à l'abri. Quelques mots d'abord des preuves de l'importation ; c'est une simple question de faits. Entre les faits bien connus, bien authentiques, choisissons en quelques uns, observés dans de petits ports de mer, là où aucun détail ne pouvait échapper, où les preuves de l'im- portation ont pu être saisies au moment de l'éclosion de l'épidémie, et suivies pas à pas ; en sorte que, pour ces faits là, le doute n'est pas permis. Je rappellerai d'abord l'épidémie du Port du Passage, en 1823. C'est un petit port dev la côte nord d'Espagne, où la fièvre jaune n'avait jamais été vue auparavant, et où elle n'a plus jamais été vue depuis ; la fièvre, jaune y fut apportée, dans la cale du Dona-Stierra, brick venant de la Havane (Voyez ma deuxième lettre de Septembre 1859). Une épidémie plus remarquable encore est celle de l'île de l'Ascension, rocher volcanique, en plein océan Atlanti- que, vers la même époque. La fièvre jaune y fut apportée par le Bonn, sloop de guerre anglais. Les faits de la quarantaine de Mahon à la Cala-Téleura, ceux de Marseilles en 1821 aussi, sont également très pro- bants. A la Cala-Téleura, Chervin lui-même, le grand ennemi des quarantaines, Chervin lui-même, outre les causes loca- les, a admis des causes flottantes, ce sont ses expressions, causes flottantes, qui n'étaient autres que 40 bâtiments in- fectés, venus de Barcelone, Malaga, et autres lieux, où ré- gnait la fièvre jaune, pour être purifiés à la Cala-Téleura. Pour finir, je citerai, à cause de son intérêt tout particu- lier, et aussi à cause du lumineux rapport dont il a été l'oc- cassion de la part de M. Mêlier, je citerai le fait le plus — r.i — récent et le plus décisif d'importation, celui de St Nazairei en 1861. En* lisant le rapport de M. Mêlier on voit, de la ma- nière la plus claire, un navire de Nantes, l'Anne- J faric, in" fecté à la Havane, pendant l'épidémie de 1801, perdre des . malades en traversant l'Atlantique, et, arrivé à l'embouchure de la Loire, après plusieurs semaines de mer, répandre la fiè- vre jaune, d'abord dans les navires, ses voisins, dan3 le port de Nazaire, puis lancer en quelque sorte, par l'intermédiaire de l'atmosphère, lesgermes échappés de sa cale,jusque chez un ouvrier, en plein air, un tailleur de pierres, séparé de lui par un bassin de 300 mètres. Ce n'est pas tout : un méde- cin de campagne, à plusieurs lieues dans l'intérieur des terres est mort de la fièvre jaune aussi, après avoir donné des soins assidus à l'un des ouvriers employés au déchargement de l'Anne-Marie, et qui était venu faire sa fièvre jaune dans le village de Montoir, où pratiquait ce médecin. Ce fait remarquable a été accepté non seulement comme preuve d'importation, mais même de contagion. .Mais, n'est- il pas possible que le médecin de Montoir ait pris sa fiè- vre jaune non pas du malade, mais des vêtements que por- tait le manœuvre pendant qu'il travaillait dans la cale de VAnne-Martel Cela est d'autant plus possible qu'à St-Na- zaire même, il y a eu des victimes qui n'avaient eu de rap- ports qu'avec des matelots en parfaite santé, des matelots de VAnne-Marie, dont les vêtements avaient été infectés ou souillés par l'air du navire. Si notre supposition est fondée, le cas de Montoir appartient encore à l'importation et non pas à la contagion. Quoi qu'il en soit, ce qui ressort invincible ment de ces faits divers, dont ïa liste pourrait être facilement augmentée, c'est la certitude de l'importation de la fièvre jaune dans des lieux où, les conditions locales, invoquées ailleurs com- me source première et unique de la maladie, n'existent mê- me pas. *— Depuis le mois de mai, depuis que ce rapport a été écrit, un fait d'importation de fièvre jaune a été observé, là je 14 — crois où l'on n'avait pas encore signalé cette maladie, au Canada, à Québec. La fièvre jaune a donc été possible sur le 47èrae ou 48ème d.*gré de latitude nord! c'est dans le Courrier du Canada du 2 septembre 1864, que se trouve relaté le fait qui nous occupe ; je ne saurais trop remercier Monsieur Dumez, l'un des habiles rédacteurs de la Renais- sance, de l'obligeance qu'il a eue de me communiquer ce journal deQuébee. Voici, en quelques mots, la substance du fait, et quelques unes des reflexions qu'il suggère : L'observation de McClusky de Québec, âgé de 17 ans e't tombé malade le 15 août 1864, est donnée avec trop de détails par le médecin qui l'a soigné, le Dr Wherry, pour qu'il puisse rester le moindre cloute sur le diagnostic de la mala- die ; c'est un cas incontestable de fièvre jaune. Quant à son origine, elle a été bien évidente. " McClusky vivait et " est mort dans une maison située à quelques pas seulement ■^ de l'endroit où vint s'amarrer le Montgomery___Le " ,Montogmery, capitaine Hosking, venait de Nassau où rè- " gnait la fièvre jaune à son départ......Arrivé au Bio, le " capitaine Hosking dit à qui veut l'entendre que sa femme " et deux hommes de son bâtiment sont morts, durant la " traversée, de la fièvre jaune." Du reste, McClusky n'a pas été la seule personne at- teinte â Québec par l'air du Montgomery : Le docteur LaRue, professeur à Y Université Laval, et auteur de l'ar- ticle que nous analysons, s'exprime ainsi dans une partie de son récit : " Bref, plusieurs cas se présentent d'une maladie " étrange, inconnue, et dont quelques personnes meurent f " en peu de temps." V J'ajoute maintenant que je partage l'avis du professeur I LaRue, quand il dit ailleurs : " Je suis parfaitement con- •*\ " vaincu qu'il y a eu de la fièvre jaune à Québec, parfaite- l *' ment convaincu que le cas dont parle le Dr Wherry est \ " bien mort de cette maladie, et j'ai tout lieu de croire que u si le Montgomery au lieu d'arriver à Québec en août, u lorsque les nuits commencent à devenir fraîches, fût ar- — 15 — M rivé dans notre port durant les grandes chaleurs du mois \ " de juin et de la première partie de juillet, j'ai tout lieu dG > " croire, dis-je que Québec aurait eu à souffrir d'une épidé- j " mie des plus meurtrières." ! Ne pouvons-nous pas dire la même chose pour la Nouvelle- Orléans, cette année? Si les faits du Naval Hospital au lieu de se présenter dans la seconde moitié de septembre, et en octobre, étaient arrivés en juin et juillet, nos chances d'é- ' pidémie de fièvre jaune, en 1861, n'auraient-elles pas été ^rès grandes ? Il est positif que sur le rocher volcanique qui constitue l'île de l'Ascension, en plein océan Atlantique, il est posi- i tif que, même dans les bassins de St Nazaire, et surtout à Montoir, les conditions locales,supposée8 ailleurs suffisantes pour l'éclosion de la lièvre jaune, n'existent pas. A plus forte raison, donc, là où les conditions locales sont éminemment favorables à son éclosion, l'importation est- elle possible, est-elle facile. Or, on ne peut pas imaginer un terrain plus favorable à la fièvre jaune que la ville de la Nonvelle- Orléans : sol bas, marécageux, partout imprégné d'eau, comme une sorte d'é- ponge, presque horizontal, sans pente suffisante, favorisant par conséquent le croupissement de toutes les eaux venant de la ville, ménagères et autres, qui vont séjourner sta- gnantes dans dcr: Mexique et là était tombeau pouvoir d'un bâtimen vdéral qui l'eneoya à Key West en mars • - et de Key West à New-York.—A New-York, il fut z; ur e dock,et là transformé en gun-boat, au service des hitats-Unis. Le fond de la cale fut mis à nu, mais les flancs du navire qui est en fer, ont double muraille, et l'intervalle qui existe entre les parois de cette double muraille, et qui est en communication inférieureraent avec la cale, n'-djama}.- pu être nettoyé. Aussi, lorsqu'il fut remis en mer 7V eau qui ve- — 11 — nuit do la cale était si épaisse, et si sale, que les pompes ne pouvaient pas jouer. .Nous tenons ce détail, le Dr. d'Aquin et moi de notre malade de la fièvre jaune, l'officier du Virginia. Dans l'été de 1863, le Virginia resta plusieurs mois à l'uncre dans le Mississippi, devant la ville, et n'eut point de malades à son bord, tandis qu'il y eut de la fièvre jaune sur plusieurs des autres gun-boats, en station avec lui, devant la Nouvelle-Orléans. On remarquera seulement que sa cale était restée remplie d'eau de mer, et qu'ainsi l'inter- valle des murailles ne communiquait pas avec la cale, ni pas conséquent avec l'air extérieur.. L'hiver dernier, il fut envoyé en croisière sur la côté du Texas, et, l'état sanitaire de son équipage demeura toujours excellent. Enfin au mois de mai de cette année 1864, il revint dans le Mississipi ; il y est resté à l'ancre devant la ville, depuis ce moment, et pendant tout l'été, la santé de l'équipage s'est conservée très bonne. , Mais voilà qu'au mois de septembre dernier, il a été rap- proché du rivage pour réparations, et là sa cale a été vidée le mieux possible, et même son arrière à été soulevé hors de l'eau avec les machines convenables ; il en est résulté que cet arrière du navire a été mis complètement à sec, et que l'intervalle des murailles qui était toujours resté sépa- ré de l'air ambiant par l'eau de la cale, a été mis en com- munication directe avec l'atmosphère. C'est le capitaine lui-même qui donne ces explications, et, c'est par elles que lui-même se rend compte des fièvres qui n'ont pas tardé à se montrer parmi ses hommes, tous bien portants jusque là: Dès les premiers jours d'octobre, en effet, la fièvre jaune a fait son apparition à bord de cet ancien négrier, et dès lors, il n'a pas cessé d'envoyer des malades au J\aval Hos- pital ; comme nous l'avons vu, l'officier de ce gun-boat, qui est venu faire sa fièvre jaune, et en mourir, rue Bourbon en avait été pris à^bord le 11 octobre. 17 octobre.—Fort de ces renseignements, je suis allé hier dimanche, 16 octobre, trouver Monsieur le Bindeur - 12 — médical de l'armée fédérale à la Nouvelle-Orléans, duquel relevait la commission sanitaire consultative, qui lui avait soumis notre rapport, et j'ai remis sous ses yeux la der- nière recommandation de ce rapport, ainsi formulée : " L'isJement, le déchargement et l'assainissement seront " subis par tout négrier, même n'ayant plus servi à la traite " depuis plusieurs années, même revenant d'un port du " Nord. 3 ° . ".... By every ship once used as a slaver, even " though years hâve elapsed, and she should corne from a . " northern port. " Voici la réponse de Monsieur le Directeur médical : " Mon contrôle n'a pu s'exercer que sur la marine mar- " chande ; il a été nul sur la marine militaire ".......... .... Du reste, l'année dernière déjà, la fièvre jaune a existé à bord de la flotte, en face de la ville, et, elle n'est point passée dans la ville, bien que les malades en fussent envoyés à terie, au St-James Hospital, on peut dire an cœur de la cité. Cette année (1864), elle sévit encore sur les marins de cette même flotte, et, bien que leurs communi- cations avec la ville, n'a'ient été nullement gênées, il n'y en a point en ville. Avant hier, le 15 octobre, l'un des directeurs de l'hôpital civil, le docteur Holliday, m'assurait qu'il n'y en avait pas encore un seul cas dans cet Hôpital. Or, quand il n'y en a pas à la Charité, c'est qu'il n'y en a pas en ville. Voilà donc encore une fois la fièvre jaune dans le port, et depuis un mois, sans qu'il y en ait en ville. Ce fait n'est pas nouveau : dans ma lettre d'avril 1860, on peut en trouver un exemple remarquable, celui de la barque Flora de Bordeaux (1852). Du reste, pour éclairer les faits qui se passent en ce moment, je ne puis mieux faire nue de demander qu'on veuille bien relire cette quatrième lettre, d'avril 1860. ?i une épidémie de fièvre jaune existait déjà, en ce mo- ment, 17 octobre, certes ce n'est pas le temps frais que nous avons déjà qui pourrait suffira pour l'enrayer; mais on peut — 13 — espérer que les conditions atmosphériques actuelles sont suffisantes, au moins pour ne pas favoriser l'éclosion et le développement d'une épidémie. Si, par malheur, elle arrivait, car elle n'est pas impossi- ble, il n'en resterait pas moins démontré que son origine devrait remonter aux bâtiments de guerre exemptés de la quarantaine. Du reste, c'est toujours dans les bâtiments du port, que toutes nos épidémies ont commencé ; c'est là un fait............................................... On dit que ce n'est point du Virginia que sont venus les premiers cas de fièvre jaune, cette année ; il y en aurait eu au Naval Hospital, dès le 12 septembre ; mais les premiers cas sont venus des gufirboatsde la flotte fédérale; voilà le fait acquis déjà. Quant à son origine première dans la flotte, nous en sau- rons le commencement, un peu plus tard ; Monsieur le Directeur médical m'a promis tous les renseignements possibles sur ce sujet. Le premier foyer a fort bien pu être un autre gun-boat se suffisant à lui-même, comme le Virginia en 1864, comme la barque Flora en 1852. (Voir la qua- trième lettre). Il est très possible aussi que le premier foyer, sur le Mississipi, ait été en communication plus ou moins directe, avec Key West, station militaire des Etats-Unis, à l'entrée du Golfe, et où la fièvre jaune a régné tout Pété. Pour connaître l'origine de l'épidémie de 1853, que j'ai indiquée, dans mon premier mémoire, de la page 23 à la page 28, il m'a fallu attendre la brochure du docteur Fenner ; pour celle de 1858, j'en étais réduit encore, dans ma brochure de 1859, à des rumeurs qui en rattachaient la source, dans le port, à des navires stationnés à l'extrémité de la rue du Quartier. (Voir page 36 de cette brochure); jl m'a fallu attendre la publication du rapport du docteur Axon à la Législature, pour voir ces rumeurs se transfor- mer en fait démontré.... (Voir page 27 du premier Mé- moire). 18 octobre.—Aujourd'hui, j'ai été conduit par le doc- — 14 — docteur Holliday, auprès d'un malade devenu jaune depuis la veille, et qui en était à son troisième accès de fièvre. Il avait eu de plus un commencement d'épistaxis, et avait le liseré blanc gencival très bien marqué. Il habite les bords du canal Melpomène, non loin de la cyprière, et, il n'y a que peu de mois qu'il est revenu de la côte du Mexique, avec des fièvres en frisson. Le docteur Holliday m'apprend en outre qu'un Monsieur de la ville, non acclimaté, et qu'il a vu mourir, tout derniè- rement de la fièvre jaune, al lait fairedes visites,presque tous les jours à bord des gun-boats,à l'ancre en face de la ville —Autre cas.—Un ouvrier de la ville, qui allait aussi tous les jours travailler à bord de ces gun-boats, est mort de la fièvre jaune, soigné par ce même médecin distingué. Ce même jour, 18 octobre, j'ai été convoqué par le docteur Huard, médecin de la ville, pour voir, avec plu- sieurs autres confrères, les docteurs Borde, Rouanet, Sabin Martin, un malade entré à la prison le 15, et parvenu à son quatrième jour de fièvre ; le diagnostic ne pouvait être dou- teux pour personue ; c'était un cas incontestable de fièvre jaune. Mais, ce malade demeurait à un îlet, c'est-à-dire à cent mètres du JVaval Hospital, où l'on débarque depuis un mois les cas de fièvre jaune de lafiott'e. Ainsi, voilà un mois qu'un foyer de fièvre jaune est en- tretenu dans la ville, et, aussi loin que puissent aller mes informations, il ne s'est pas encore étendu au delà d'un îlet. Il est probable qu'en juin, et même en août, son développe- ment eût été plus facile. Espérons que la première gelée blanche n'est pas loin. 19 octobre.—L'autopsie du malade delà prison s'est faite aujourd'hui à l'Hôpital de Charité, où il avait été transporté la veille. Le foie, dans toute son épaisseur, était de cou, leur café au lait clair, à reflet jaunâtre.... La vessie était parfaitement vide.... L'estomac, tout rempli d'un liquide noir, marc de café, avait sa muqueuse ramollie, mais sans fuUiades muqueux apparents, pas même autour du pylore pas même du côté du duodénum. — 15 — Si la fièvre jaune est contagieuse, la prison et l'hôpital, restés intacts jusqu'ici, viennent d'avoir une belle occasion d'être contagiés. 26 octobre.—Autant que je puis le savoir, il n'y a pas encore eu de fièvre jaune à la Charité, ni à la Prison, de- puis le malade dont nous venons dé parler. 30 octobre.—Il n'y a pas eu d'autre cas, ni à la Prison, ni à l'Hôpital, jusqu'à ce jour ; ni en ville, autant que je puis le savoir. Je n'entends plus parler du Naval Hos- pital. 21 novembre.—Si je suis bien informé, c'est le 8 novem- bre que le dernier cas de fièvre jaune a été observé au Naval Hospital.—Espérons que ce sera le dernier de cette année.—Il n'y a pas encore eu de gelée blanche. REVUE — ET — CONCLUSIONS GENERALES. Afin d'être lu, même par l'autorité, et parce que le temps pressait, j'ai dû, dans mon premier rapport, être aussi bref que possible, et ne toucher qu'aux points pratiques. C'est pourquoi, en commençant, j'ai tout de suite divisé mon sujet, entre l'étude rapide de la sphère où la fièvre jaune peut se répandre, et l'étude, plus rapide encore, du germe morbifique, ou plutôt de son introduction dans cette sphère. . Mais, cette sphère épidémique se compose, et du terrain sur lequel le germe peut se développer, et de l'atmosphère qui enveloppe ce terrain. Il en est de même, au reste, dans toute étude zoologique ou botanique où l'on s'occupe du développement de se- mences : il faut y tenir compte, de ces semences d'abord, puis du terrain, et enfin de l'atmosphère. Afin de mieux apprécier les faits accomplis cette année 1864, et aussi afin d'en tirer tout l'enseignement possible passons les rapidement en revue, sous ces trois rapports, de l'atmosphère, du terrain et de l'introduction de la se- mence. 1 ° . Atmosphère.—Les phénomènes qui se passent dans l'air embrassent toute la météorologie : phénomènes ther- mométriques, barométriques, hygrométriques, électriques, lumineux, etc....Or, ce sont tous ces phénomènes là qui échappent le plus à la direction humaine ; dans leurs rapports, avec l'étude de la fièvre jaune, surtout au point de vue des mesures sanitaires, il y a donc fort peu de con- sidérations pratiques. Il est reconnu pourtant qu'une température élevée favo- rise le développement de la fièvre jaune, tandis que le froid, au contraire, y met obstacle; il est même d'observationt pour la Nouvelle-Orléans, que la fièvre jaune ne s'y est jamais montrée avant avril, ni après novembre. Cette re- marque était importante pour pouvoir fixer la durée qu'il faut donner aux mesures quarantenaires ; nous avons eu soin de la faire. Nous avons fait remarquer aussi, en passant, combien le peu d'élévation du sol de la Louisiane, est favorable à la lièvre jaune. 11 parait prouvé de plus, que la grande humidité de l'at- mosphère favorise le développement des épidémies de fièvre jaune. Sous ce rapport, la Nouvelle-Orléans sera toujours bien préparée pour le fléau ; car, même alors que nous res- tons longtemps sans pluies, la nature du sol de la Louisianei à peine échappé des eaux, sillonné par le grand fleuve, par- tout entrecoupé de lacs, de lagons et de bayous, cette na- ture du sol est telle que l'atmosphère y est toujours saturée d'humidité ; assez du moins pour que la fièvre jaune y soit possible toujours, même pendant nos sécheresses relatives. De ce côté là, l'homme ne pourra donc jamais rien. Du côté des phénomènes électriques, lumineux, etc., dans leurs rapports avec la fièvre jaune, notre ignorance est grande, et notre impuissance restera sans doute toujours absolue. Ainsi, en nous élevant peu à peu, dans nos recherches étiologiques, à propos des fléaux épidémiques, sans même nous arrêter aux considérations astronomiquss, nous arri- vons bien vite au quid divinum d'Hippocrate, à cette in- connue, à cette X, quo Dieu se réserve dans ses desseins se- crets, mais sur lesquels il ne nous défend pas de méditer; au contraire,.... pourvu ,que ce soit avec respect et humi- lité. Pour ma part, il m'est difficile, je l'avoue, de ne pas entrevoir un certain lien providentiel entre la traite des nègres et lefiéau qui s'appelle fièvre jaune. On connaît les décisions de l'église catholique sur ce sujet de la traite% qu'il ne faut pas confondre avec celui de l'esclavage. Mais descendons à des considérations moins élevées, et T — is — occupons nous de choses où l'intervention humaine est ma- tériellement requise, et peut s'exercer avec quelque effica- cité. . 2°. Terrain.—Tout ce qui pouvait être fait, dans les circonstances présentes, pour l'amélioration et le bon en- tretien des lieux, des conditions locales enfin, a été fait, je crois, cette année. On y a dépensé des sommes énor- mes. Mais ce n'est qu'avec le temps, et dans des circonstances meilleures, qu'on pourra obtenir les grands résultats que l'avenir laisse entrevoir, et du côté de la multiplication des courants d'eau vive par toute la ville, avec leur écoulement prompt et facile dans des canaux suffisants du côté du lac, et le pavage en pierres cubiques de toutes les rues, et l'éloi- gnement des cimetières, etc. Espérons aussi que le temps n'est pas éloigné où l'on comprendra les idées que M. To- raassi a cherché à populariser parmi nous, il y a quelques années, et qu'alors on travaillera, non plus à dessécher, ce qui est absurde, mais à exhausser, par inondations réglées* les cyprières et marais des deux bords du Mississipi. Pour cela il s'agit tout simplement de diriger avec intelligence des courants d'eau du fleuve là où l'on veut qu'ils déposent, par le repos, le riche limon dont ils sont chargés, et dont la fertilité peut rivaliser avec celle des limons du Nil. Alors, à la place de nos cyprjères pestilentielles et stériles, on verra les champs les plus salubres du monde s'élever et se couvrir de plantureuses récoltes. Malheureusement, toutes ces améliorations et métamor- phoses n'auront jamais une grande importance, pour ce qui touche aux sources de la fièvre jaune; mais elles en auront une immense pour faire disparaître nos fièvres endémiques, nos fièvres paludéennes, fièvres d'origine vraiment locale celles-là, et qui intéressent les personnes du pays, encore plus peut-être que les étrangers. 3 ° . Introduction de la semence épidémique de la fièvre jaune. Voilà enfin la condition nécessaire, mais point suffisante de uo> épidémies le lièvre jaune. i — 19 — 1°. Cette condition cs.f nécessaire.—/Toutes nos épidé- mies, (on l'a reconnu chaque fois qu'on a pris la peine de remonter à leurs sources premières), toutes nos épidémies sont parties du port, et, dans le port, de navires, venant, plus ou moins directement, des régions maritimes des tro- piques, soit avec des foyers d'infection particuliers, soit, le plus souvent, avec le germe de la fièvre jaune tout formé, et apporté dans leurs cales, par l'air de lieux où régnait déjà la fièvre jaune. Depuis la première épidémie de la Nouvelle-Orléans, en 17(.)f>, après soixante quinze années environ d'existence, sans fièvre jaune, jusqu'à 1844, temps où Carpenter écrivait sa brochure, il y a eu vingt épidémies de fièvre jaune dans x^ette ville. Sur ces vingt épidémies, en quarante huit années, il n'y en a eu que sept pour lesquelles cet auteur n'affirme pas, ou plutôt ne prouve pas l'importation. Pour celle de 1S 11, en particulier, je trouve dans un des écrits de M. Beugnot, non-seulement la preuve la plus évi- dente de son importation de la Havane, cette année là, mais aussi la preuve do l'envahissement progressif de la ville, comme'je l'ai constaté en 1853 et 1858. "Lafièvre jaune, •' dit M. Beugnot, en 1841, marcha sur la ville en deux " courants contraires : l'un de haut eu bas, partant de La- " fayette, et l'autre de bas en haut, partant du faubourg " Marigny. " (Page 22 du numéro de juillet 1859 du Jour- nal do la Société Médicale de la Nouvelle-Orléans). Je le redemande : en serait-il jamais ainsi, dans l'hypothèse de rorigine locale de la* fièvre jaune à la Nouvelle-Orléans? De 1844 à 1864, j'ai pratiqué la médecine à la Nouvelle- Orléans, et, pendant ces vingt années, il n'y a eu que quatre épidémies : une petite en 1S.">4, et trois grandes, en 1847 1S53 et 1858. Les preuves de l'importation pour 1847 se trouvent dans la brochure du docteur Fenner, pour cette année là ; pour 1854, dans celle du docteur Deléry de 1859, page 63 ; pour 1853 et 1S5S. dans mon premier mé- moire, page 23 et 27, d'après des faits rapportés par le docteur Fenner en 1853. et par le docteur-Axon en 1858. — 30 — Pendant ces vingt années, j'ai traversé nécessairement vingt saisons de fièvre jaune, de 1845 inclusivement à 1864 inclusivement aussi ; or, pendant ces vingt saisons de fièvre jaune, je n'ai jamais vu un seul cas sporadique de fièvro jaune, sporadique, et d'origine locale. Cette année, 1864, année non-épidémique, j'ai vu, pour la première fois, deux cas de fièvre jaune qu'on pourrait appeler sporadiques, puisqu'il n'y a pas eu d'épidémie;' mais tous deux étaient d'origine exotique: le premier venait d'un ancien négrier dont la cale était un foyer se suffisant à lui-même ; le second, l'homme de la prison, venait de l'îlet où est établi le Naval Hospital, c'est-à-dire venait de moins de cent mètres de l'hôpital où l'on recevait cette année, les malades de fièvre jaune débarqués de la flotte. Je ne sache pas qu'aucun médecin ait constaté dans la ville, cette année, un seul cas incontestable de fièvre jaune qui ne se rattachât pas au Naval Hcspital, ou aux navires mêmes de la flotte. 2 °. Cette condition d'introduction du germe de la fièvre jaune à la Nouvelle-Orléans, est donc nécessaire, mais elle n'est pas suffisante. Ce qui s'est passé cette année le montre parfaitement ; les faits que j'ai,cités, de 1852 et 1863, le montrent égale ment. Ensuite, pour peu qu'on y réfléchisse, on recon- naîtra que, bien des fois, alors qu'il n'y avait pas ombre de quarantaine ici, et, certaines années»où le port recevait un grand nombre de navires venant des régions tropicales, le germe de la fièvre jaune a dû bien souvent y être introduit sans qu'il y ait eu d'épidémie ces années là ; des faits isolés ont pu se montrer alors, mais comme cette année, faits isolés, et t( ujours 'd'origine exotique. La conséquence à tirer de tous* ces faits c'est donc que la fièvre jaune peut être importée à la Nouvelle-Orléans, sans qu'une épidémie s'en suive, et que le développement de nos épidémies de fièvre jaune est donc loin d'être aussi facile qu'on pourait le croire à priori. Je n'imagine pas de réflexion plus encourageante pour — 21 ceux qni espèrent qu'on peut mettre la Nouvelle-Orléans à l'abri de la fièvre jauue. Enfin, pour terminer, je vais tirer encore deux conclu. Bions qui me paraissent ressortir tout aussi clairement des* faits présentés dans ce travail : 1°. Les mesures quarantenaires sont nécessaires à la Nouvelle-Orléans ; 2° . Elles peuvent suffire pour la mettre à l'abri de la fièvre jaune. lo. Des mesures quarantenaires sont nécessaires à la Nouvelle-Orléans, contre la fièvre jaune. L'importation de la fièvre jaune sur les bords de la Loire à St Nazaire, en 1861, et en 1864 sur les bords du St Laurent à Québec, presque sur le même degré de lati- tude Nord, le 47ème ou 48ème, a certainement été un dan- ger d'épidémie pour ces deux villes. L'importation, suivie d'épidémie, au Port du Passage, en 1823, là où les causes locales sont nulles, sur le 42ème degré, la même latitude à peu près que Boston, New-York, et Philadelphie, où les épidémies de fièvre jaune ont été si terribles autrefois, avant que des mesures* quarantenaires n'y fussent observées avec rigueur, montre à quelle énor- me distance des tropiques la fièvrejaune importée en germe peut, pendant l'été, se développer et devenir épidémique. La possibilité, la facilité même d'épidémies de fièvre jaune, par importation à la Nouvelle-Orléans, sur le 30ème deoré, et là où les conditions locales sont les plus favorables qu'on puisse imaginer, cette possibilité est donc au-dessus de toute contestation. Aussi, les adversaires des quarantaines, ^réduits au si- lence sur ce terrain, ne peuvent que revenir à leur vieille opinion de l'origine locale' et dire: c'est précisément parce que la fièvre jaune n'est que trop facile à la Nou- velle-Orléans, c'est surtout parce que les causes locales mêmes y suffisent à son développement que les barrières , quarantenaires y sont inutiles. Que les conditions locales suffisent au développement de — 22 — !a fiè\re jaune à la Nouvelle-Orléaus, personne ne îo cou. teste ; mais avant son développement, il s'agit de sa nais. atni'sr ; je voudrais pouvoir dire sa conception ; or il n'y a aucune preuve de sa naissance ici. Tout, au contraire, nous l'avons vu, tout concourt à prouver qu'elle y est importée toujours, au moins dans ses germes, et que les épidémies n'en sont que le développement. Bien pus, pour les cas sporadiques, même pour les cas sporadiques vrais, quand ils y en a, comme cette année, comme l'année dernière, comme en 1852, on peut toujours remonter à leur source exotique, dans des bâtiments de mer. Ensuite, le fait qu'il y a ici des séries d'années sans épidémies, sans même de cas sporadiques, alors que la pâ- ture étrangère abonde, et que les conditions locales sont toujours favorables, ce fait, à lui seul, prouve la nécessité de mesures quarantenaires en permanence, pendant les six ou sept mois, durant lesquels elle est possible ici. En effet» dans le cours de ces années d'immunité, l'importation au- rait très bien pu suffire pour donner naissance à des épidé- mies qui n'ont pourtant pas eu lieu. Cela est évident, puis- que bien des fois des épidémies ont été observées là où les causes locales n'existent pas. Que de fois ici la semence seule a dû manquer ! Quand il n'y a pas d'épidémie, on peut même dire que c'est la semence seule qui manque ; car les causes locales favorables ne manquent jamais. Si d'autres fois, la semence a été là, sans qu'une épidémie s'en soit suivie, corn. me cette année, comme l'année dernière, le danger n'en a pas moins été réel ; c'était donc un devoir de nous l'éviter. 2o. Des mesures quarantenaires bien prises, peuvent suf- fire, pour mettre la Nouvelle-Orléans à l'abri de la fièvre jaune. lo. J'accorde que s'il y avait lieu de nous garantir, de nous protéger contre l'introduction de la fièvre jaune, ve- nant de nos campagnes et de nos petites villes de l'intérieur il faudrait y renoncer ; car il y aurait lieu de garder tou- tes les voies d'introduction par terre ; ce qui serait impossible. D'ailleurs ce serait la preuve de l'origine locale do la fièvre jaune. Mais avant de parler de pareils dangers, il faudrait d'abord prouver leur réalité : il faudrait prouver d'abord l'existence de la fièvre jaune des campagnes et des villes de l'intérieur, sans qu'elle y soit venue de la Nou- velle-Orléans. 2o. J'ai reconnu sans doute, la possibilité de l'importa- tion du principe morbifique de la fièvre jaune, dans des boîtes ou ballots de marchandises fermés dans l'air d'un lieu en proie à la fièvre jaune ; or, pendant les épidémies de Mobile, ou de Pensacole, ou même de Charleston, de pareils ballots ou boîtes, pourraient nous arriver par terre. Mais en vérité voilà une possibilité très peu prohable, et si nous n'avons pas d'autres épidémies à craindre que celles qui nous menacent par ces voies là, par ces voie? de terre, très détournées.plusieursgénérationspourraient bien se pas- seravantqu'on eût à en subir l'épreuve. Du reste que Mobile, Pensacole, Charleston,fassent comme la Nouvelle-Orléans ; qu'elles ne permettent plus l'introduction de la fièvre jaune du dehors, et elles en seront exemptes aussi. 3o. Par les goélettes du lac et les remorqueurs du bas du fleuve, nous avons vu des faits d'introduction de la fiè- vre jaune à la Nouvelle-Orléans ; mais, en même temps, nous avons reconnu qu'il est aisé de se défendre de ces deux côtés là. D'ailleurs, de pareils faits ont été rares : Carpenter n'en cite que deux exemples, un en 1822, par le lac, un autre en 1824, par les remorqueurs. 4o. Reste donc la grande, mais à peu près l'unique voie d'introduction de la fièvre jaune à la Nouvelle"Orléans, celle du Golfe du Mexique, par le fleuve. Quand celle-là se- ra fermée, mais bien fermée, et tout le temps nécessaire, il ne sera plus question de fièvre jaune à la Nouvelle-Or- léans. SYSTEME QUARANTENAIRE DB CARPENTER. D'après Carpenter, devront être soumis à laquurantaine, au moins anssi bas que le détour des Anglais, et sur la rive droite, du 1er mai au 1er novembre, non-seulement les - 24 - bâtiments venant de ports ou régnait la fièvre jaune au mo- ment du départ, porteurs ou non de malades, mais de plus tous les navires venant, pendant ces mêmes six mois, de tout port au sud du 25ème degré de latitude,,i\ue la fièvre jaune y régnât ou non, au moment du départ. Les mesures quarantenaires pour Carpenter se bornent au déchargement pur et simple des navires suspects, sur le terrain de la quarantaine ; dans son système, il n'est point question d'assainissement des navires. Après trois jours de ventilation, il permet, à moins de raisons particulières dont l'officier de la quarantaine reste juge, il permet l'introduc. tion des marchandises dans la ville, mais par l'intermé- diaire de bateaux adhoc, lesquels doivent prendre les mar- chandises à la quarantaine, sans jamais avoir de rapports avec les navires qui les ont apportées. Après une semaine de retenue au Lazaret, il permet aux passagers aussi de monter en ville. Quant aux navires eux-mêmes, il ne leur est jamais accordé de franchir les limites de la quarantaine, pendant les six mois de rigueur. Il faut qu'ils y attendent | eur fret, et, ce fret leur sera apporté de la ville à la qua- rantaine, par les mêmes bateaux adhcc, qui auront déjà ser- vi à transporter leur première cargaison de la quarantaine. à la ville. Mais les six mois de rigueur une fois écoulés, toutes les barrières sont levées, le 1er novembre. Carpenter ne croyait donc pas, il y a vingt ans, à l'a*. sainissement possible des navires infectés. Il cite en preuve de cette impossibilité deux exemples, celui du Diana et ce- lui de VEnterprise. Le Diana, parti de la Nouvelle-Orléans en juin, pendant l'épidémie de 1823, infecta Brooklyn, après 30 jours de quarantaine, (page 36.) Cet exemple ne prouve rien, puisque la temporisation seule ne peut pas évi- demment être un moyen d'assainissement. L'exemple de l'Enterprise serait plus décourageant, si l'on ne pouvait pas faire mieux que ce qui a été fait alors. Ce navire, ar rivé de la Havane à la quarantaine de New-York en juillet 1822, avec la fièvre jaune à son bord, mais parfaitement propre, d'ailleurs sans mauvaise odeur, non-seulement fut nettoyé et ventilé, mais de plus fut hré à la choux et saupoudré de chaux.—Après tout cela, il était resté un foyer de fièvre jaune des plus dangereux—"yet after this purifi- cation she retained the infection, and communicatcd vellow fever foo those who aftcrward< went on board, ofwhom five out of elcven died." ();i recommença les moyens de purification—"artificial ventilation with windsuls was constantly perfonned__ xaiter wasdady iet in,to thedepth of several feet, undpump. e l o-it a gain ; limwx* strewed in the hold.and her timbers thoroughly whitewashed......" Tout fut inutile, "and still the infection was not destroyed, until the cold weather" jusqu'à la saison froid-. Ces détails (p. 38) sont empruntés au Dr. Bayley, dans le (N. Y. Med. Journal vol. I, page 426-7.) C'e^t ce fait qui amène Carpenter à.diro, un peu plus loin, que le froid seul mérite confiance comme agent de purification de vaisseaux infectés ; "as far as we know low température is the only agency that can be relied on safely to dostroy the infection ofthis disease" (p. 53.) Le froid de New-York, le 1er Novembre, à la bonne heure , mais le froid de la Nouvelle-Orléans, pas plus tard que le 1er novembre, ne peut pas évidemment toujours pro- mettre sécurité. J'accorde pourtant qu'après le 1er novem- bre, il n'y aurait plus ici de chances d'épidémies; des casspo. radiques seuls y seraient encore à craindre; mais c'est troo. DÉCHARGEMENT SANITAIRE DE M. MELIER. Le progrès véritable de notre époque c'est donc l'assai- nissement d^s navires, le déchargement sanitaire de M. Mêlier, à l'aide de substances chimiques, plus puissantes que la chvix simple. Il est évident que la substitution du chlorure de chaux à la chaux simple est une idée très heu- reuse. L'agent purificateur devient alors le chlore lui- même, le désinfectant par excellence, efficacement appliqué. D'ailleurs, M. Mêlier no s'est pas contenté de la purification par le chlore ; profitant des fortes marais de la côte ouest — 26 — de France, il a fait pratiquer des ouvertures dan3 les flancs du navire, sur le lieu do Y isolement, on sorte que, à chaque marée, le navire s'emplissait de l'eau de mer, et se vidait chaque fois que cette eau se retirait; il est impossible d'ima- giner un plus parfait lavage àl'eau salée; c'est le sabordvinent. Dans le Mississipi, et même sur les côtes du Golfe du Mexique, les marais sont trop peu sensibles pour que ces procédés soient possibles.—Mais au moyen de dry-docks, ces chantiers flottants, où, à l'aide de la vapeur, on met complè- tement à sec, les navires les plus grands, et dans lesquels on fait refluer l'eau à volonté, il est clair qu'on peut ache- ver l'assainissement des navires de la manière la plus par- faite. Les navires, mis à sec, dans des dry-docks, les autres procédés chimiques ou physiques, le chlore, le gaz sulfu- reux, la glace, etc., seraient plus facilement applicables. De plus, ces dry-docks, pourraient être tenus dans une des bou" ches du Mississipi, réservée à l'assainissement des navireSi infectés ; en sorte que les autres navires h patentes nettes qui se présenteraient aux embouchures, pourraient être re- morqués à la NouveUe-Orléans sans mSmo passer dans le voisinage dangereux des bâtiments infectés, et soumis à l'isolement et à l'aasdirdsserr.ent. Tout bien pesé, et sous b rapport de la dépense, et à cause des inconvénients possibles des substances chimiques, pour les marchandises surtout, et aussi pour les machines des steamers, quand on pourra faire artificiellement de la glace, à bon marché, à bord des dry-docks eux-mêmes, je me figure qu'on aura un moyen très simple de soumettre les cales de navires à une température de 0 ° , et qu'ainsi on réussira très sûrement et très économiquement à les délivrer des germes de la'fièvre jaune. On pourrait d'ailleurs combi- ner les différents procédés. En résumé, le système quarantenaire de Carpenter, à la rigueur, pourrait suffire. Ma conviction est que si, depuis 20 ans qu'il l'a proposé, on l'avait misen pratique, à la Nou- velle-Orléans, la génération médicale à laquelle j'appartiens ne connaîtrait la fiôvre jaui? que pir tradition. Le décharg< nmt sanitaire de M. Mêlier est un progrès immense: avec lui, la sûreté contre la fièvre jaune est com- plète ; sans de grandes dépenses, les navires le3 plus infec- tés peuvent être rendus immédiatement au commerce. Il a été mis à l'épreuve, et le résultat a parfaitement répondu aux espérances de son auteur. Quant aux quelques idées que je viens de hazarder, c'est comme simples suggestions aux hommes spéciaux que je me suis permis de les émettre ; c'est aux chimistes, aux physi- ciens, aux ingénieurs, etc., à juger ce qu'elles peuvent avoir de valeur pratique. QUELQUES REMARQUES POUR FINIR. La quarantaine n'a existé cette année, 1864, que contre la marine marchande ; elle a été nulle pour la ma- rine militaire. Or, la marine militaire seule a eu à souffrir de la fièvre jaune, cette année : à part quelques personnes en rapport avec les bâtiments de guerre, ou avec l'hôpital nival, il n'y a eu de fièvre jaune que parmi les marins des Etats-Unis. Dés les premiers casa bord delà flotte, on aurait dû faire partir les bâtiments infectés pour uu lieu isolé, et là les désinfecter, les assainir. La prudence commandait de ne pas débarquer les ma- lades dans la ville, mais de les transporter à terre, hors de la ville, à la campagne et de les disperser là, autant que possible. (Consultez la page 7 de notre Rapport offi- ciel.) • Quelques circonstances expliquent, jusqu'à un certain point, comment la lièvre jaune, introduite dans la ville, ne s'y est pas développée cette année : Il était heureusement déjà tard, lors de l'apparition des premiers cas ; c'était dans là seconde moitié de septembre et dans le commencement d'octobre ; les nuits étaient dé- jà fraîches. Les quelques bâtiments infectés étaient à l'ancre au mi- __ -2^ . - lieu du fleuve, ou à peu près isolés, près de ses bords. Le Virginia, par exemple, rapproché du bord seulement pen- dant ses quelquesjours de réparations, était dans un endroit du port, peu fréquenté, où les maisons du quai .^ont à cinq ou six cents mètres du fleuve, et, ces maisons là sont des magasins vides cette année. Au lieu de la fourmilière de travailleurs qui s'agite sur nos quais, dans les temps de prospérité, c'était presque un désert, dans ces quartiers là. Le bagage des officiers et matelots apportés en ville, était fort léger, et ne venait point des cales des navires. En définitive, la transmission de l'air des cales des navi- res dans la ville n'était pas facile. Les deux faits particuliers, que j'ai pu voir, témoi- gnent d'ailleurs contre la contagion : l'officier du Virginia a été visité en ville, par ses amis de la flotte et de l'armée et n'a communiqué sa maladie à personne ; l'homme de la prison, venu du voisinage du Naval Hospital, a été soigné au milieu d'une infirmerie de la prison, remplie de malades, parmi lesquels certainement il y avait des personnes non- acclimatées ; ce même homme est allé mourir à la Charité- au milieu d'autres malades, dans les mêmes conditions, sans doute, que ceux de la prison, et, à l'hôpital civil,' pas plus qu'à la prison il n'y a eu d'autre cas de fièvre jaune que le sien. Si je suis bien informé, même dans les hôpitaux de l'armée de terre, il n'y a pas eu de fièvre jaune, cette année. Quoi qu'il en soit, les dangers d'une épidémie de fièvre jaune à la Nouvelle-Orléans, en 1864, ont été très réels. Remercions donc profondément la divine Providence de nous avoir épargnés, protégés, malgré tout, une fois de plus. m i SECONDE PARTIE. ••♦• FIEVRE PALUDÉENNE HEMORRHAGIQUE, I y ^ PREMIER MEMOIRE DE LA FIEVRE PALUDÉENNE HÉMORRHAGIQUE, OBSERVÉE A LA NOUVELLE-ORLEANS. C'est par leur élément hémorrhagique que les fièvres pa- ludéennes des pays chauds se rapprochent le plus de la fièvre jaune ; elles s'en rapprochent même par là, à ce point qu'il en est résulté une grande confusion dans l'étude de ces lièvres. Des hêmorrhagies s'y montrent, en effet, comme dans la fièvre jaune, à la surface de toutes les mu- queuses, mais surtout de la muqueuse gastro-intestinale ; elles y sont même fréquentes dans l'estomac ; là, le sang est aussitôt rendu noir, par le contact de l'acide gastrique, et alors il y a, comme dans la fièvre jaune, vomissement noir, blacfc vomit. Ainsi s'explique l'erreur de nos devanciers, et du plus grand nombre des médeeins nos contemporains, qui prennent encore toutes ces fièvres, avec vomissement noir, pour la fièvre jaune, parce qu'ils ne veulent pas re noncer à l'idée fausse que ce vomissement noir est le signe pathognomonique de cette fièvre. A la fin du siècle dernier, et au commencement de celui-ci Devèze, comme Pugnet et Chervin, comme la plupart des médecins des Ant.lles, Devèze confondit si bien la fièvre jaune avec la fièvre paludéenne, qu'on lit à la page 196 de son livre: "quoique la fièvre j in ne prenne habituellement " le type rémittent, elle peut cependant revêtir le type con- " tinu, et même le type intermittent. " (Voir mon premier Mémoire et ma première lettre, voir surtout les tableaux du pouls dans la fièvre jaune.) Mais ce n'est pas seulement avec la fièvre jaune que les médecins infectionistcs des Antilles confondaient certaiues ' formes de la paludéenne hémorrhagique des pays clmuds ; _ 4 — sous les formes diveiesde la paludéenne, ils ont vu aussi le typhus, la dyssenterie, avec les rémittentes bilieuses, sans se douter qu'au fond c'est toujours la même fièvre, la Palu- déenne, la Grande endémique des pays chauds et maréca- geux, qui, sous les manifestations symptomatologiques les plus variées, constitue à elle seule le Genre pyrétologique le plus riche de la Nosologie. " Quand la fièvre jaune règne aux Antilles, dit Devèze, " à la même page 196, les habitants de ces îles sont expo- " ses aux rémittentes, aux dyssenteries, au typhus. Elle " peut se changer en ces maladies, comme ces maladies peu " vent se changer en elle. " Or, toutes ces maladies, ou fièvres, qui peuvent se chan- ger ainsi, le<, unes dans les autres, ne peuvent être évidem- ment que des formes diverses d'une jnêm» maladie, d'une même fièvre. Donc, Devèze a observé aux Antilles les formes, fièvre typhoïde, dyssenterie, fièvre jaune de la Paludéenne des pays chauds et marécageux. S'il n'a pas vu la forme cho- léra, qui s'observe quelquefois à la Nouvelle-Orléans, c'est que cette variété séreuse de la paludéenne muqueuse, était probablement rare de son temps aux Antilles, de même que cette fièvre muqueuse elle-même. Comme on le sait, dans tous les pays du monde l'empoi- sonnement paludéen, plus ou moins, mais toujours, s'accom- pagne d'engorgement. ou simple congestion de la rate, en sorte que l'hypersplénotrophie en est le cachet anatomique universel. ' Mais de plus, cet empoisonnement, déjà si remarquable, dans les régions tropicales, par les hêmorrhagies de toutes sortes qui lui donnent là une couleur exotique spéciale, cet empoisonnement se caractérise encore, dans les pays chauds, par des congédions, ou engorgements, qui portent principa- lement sur li foie. Les médecins américain- ont fort bien saisi ce caractère congestif do* l'empoisonnement paludéen : les fièvres per ni. cieuscs, ils les appellent, d'une manière générale, fièvres congeslives, et les rémittentes bilieuses graves, si communes, pendant l'été, aux Etats-Unis, ils les appellent bilieuses congestives. De plus encore, dans les pays non-seulement chauds, mais r humides, ce n'est pas exclusivement sur la rate et le foie, après l'afflux du sang dans les vaisseaux des muqueuses, que portent les congestions ou engorgements de l'empoison" nement paludéen, c'est aussi, d'une uianiôre toute spéciale sur l'ensemble du grand appareil glandulaire ou plutôt folliculaire de ces muqueuses, et en particulier de la mu- queuse gastro-intestinale. De Va une famille ou espèce très intéressante du Genre paludéen, à y ajouter à l'esj>ra vie, il s'était engagé depuis 15 jours, à faire du bois dan.< la Cyprière, derrière les casernes du bas de la ville, et là, i: n'avait pas tardé à tomber ma- lade. Miné par des accès de fièvre, il s'était traîné en ville comme il avait pu, et avait été assez heureux pour venir tomber, dans la rue, à la port3 d'une personne charita- ble. "Je trouvai le malade en proie à une fièvre violente, en pleine trauspiration ; tout son corps était d'un jaune foncé ; J — 18 — il y avait sur la face des traces d'un saignement de nez récent. "Je prescrivis immédiatement 36 grains de sulfate de quinine à prendre de suite, de la limonade, de l'eau rongie. Le lendemain, on venait me chercher en toute hâte pour mon malade ; le saignement de nez s'était renouvolé avec une telle force qu'il semblait que le pauvre soldat allait passer dans une faiblesse. Je dus pratiquer immédiatement le tampounement de la fosse nasale droite d'où venait le sang. Pendaut l'opération, le malade se mit à vomir, et les matières vomies représentaient exactement le vomissement noir de lafièore jaune, le black vomit. C'était évidemment le sang- de l'épistaxis qui avait été avalé et était ainsi rejeté noir. Ce vomissement noir n'avait donc par lui-même aucune gravité ; le danger tenait tout entier à la faiblesse extrême du moribond. "Quoi qu'il en soit, le tableau offert dans ce moment par mon malade était le tableau complet de la fièvre jaune au déclin : il n'avait plus de fièvie, il était jaune sur"toute sa surface, il saignait du nez, il vomissait noir. Dans son urine, je constatai, par l'acide nitrique, de la matière verte tt de l'albumine. "Ce malade a néanmoins fort bien guéri, malgré son pseudo—vomissement noir; il a guéri, grâce à la quinine et au quinquina. La bonne nourriture et le vin lui ont été prodigués. "Or c'est vers le temps que jesoignais ce malade et voyais encore relui des Drs. Gaudet et Borde, premiers jours d'octobre, que j'ai appris, par un journal de New-York du 24 septembre, que "l'apparition soudaine d:< la fièvre bilieuse congestwek Newbern (N. C.) en faisait partir beaucoup de gens cjui croyaient que c'était la fièvre jaune ;" de là, ma note de la page 19 de mou Premier Mémoire, dont je corrigoais les épreuves dans ce moment là ; d'ailleurs je croyais que l'autorité supérieure avait dressé,contre l'intro- duction de la fièvre jaune, une barrière sérieuse au bas du fleuve, et je ne pouvais pas supposer que cette barrière ne devait pas exister pour la marine militaire. Aussi ai-je eu de la peine a admettre ce qui se passait au Naval Hospdal. — 19 — 7me oisskuvation. (Doctanr Huard.) Fièvre bilieuie—Vomateuae au tecond aceet-JMorl. u Le 22 octobre 1801, à sa visite du matin, le docteur •' ITuard trouve, dans l'une de ses salles, à la Charité, un " homme dans le Coma, et dont tout le corps était parfaite- " ment jaune. Pour le moment, le seul renseignement possi- •' ble apprenait qu'il avait été apporté la veille au soir à " l'hôpital, et qu'il n'était malade que depuis trois jours. " Le première idée du médecin fut que c'était un cas de " fièvre jaune in extremis. La jaunisse était très prononcée, " universelle, et le coma profond; le pouls petit et dépressi- " ble ne donnait que 44 pulsations; les pupilles étaient très 11 dilatées. Pendant la nuit, il y avait eu du hoquet: —il y 1 avait eu aussi des vomituritions de matières verdâtres, " épaisses, muqueuses, sortant même par le nez. — En per- " cuttant le bas-ventre, et en le pressant, de l'urine s'écoula " et l'on put en recueillir assez pour l'éprouver par lacnle " nitrique : on y constata ainsi de la matière verte en abon- M dance, et un nuage d'albumine. A 9 heures du matin, deux 14 heures plus tard, il était mort " Autopsie, le même jour à 2 heures. " Cadavre d'un jaune orange. Estomac.—Il est rempli d'un liquide verdâtre et muqueux. r Pas de follicules visibles, même dans le voisinage du py- « |or0<—Tjfl muqueuse est très congestionnée, mais point ra- " uiollie; avec la pince on obtient des lambeaux assez longs. " Duodénum.—La muqueuse est très congestionnée aussi, " mais point ramollie, et sans follicules apparents. " Foie.—Il est congestionné, mais présente son volume " normal; sa couleur est brunâtre acajou. " Vessie.—Elle est pleine d'urine. . " Rate.—Longeur 21 centimètres, largeur 16, circonféren- « ce 41—tissu désorganisé; boue splênique, ramollie, presque " diffluente. " Renseignements.—Voici maintenant les renseignements " qu'on a pu obtenir depuis : Ce cadavaviv était celui d un " gascon, vacher, du nom d'Eseande, et âgé de 20 ans. A " la Nouvelle-Orléans depuis 5 ans, il n'avait jamais eu la " fièvre jaune. Depuis un an, il avait souvent des fièvres " d'accès, coupées avec la quinine; il n'en avait pas m de- " puis deux mois, lorsqne, quatre jours avant sa mort, il lut " pris d'un frisson, suivi de fièvre. Le docteur Escoubas - 20 — " prescrivit un vomitif, puis de la quinine. Le surlendemain, " un second accès survint pendant lequel il tomba dans la " coma, et c'est alors qu'il fut apporté a l'hôpital. Réflexions.—En pleine épidémie de fièvre jaune, on ne se fut pas même donné la peine de prendre des renseigne- ments, et certainement ce cas eût été mis, à l'hôpital, au compte de la fièvre jaune. Or, l'autopsie, dans ce cas, serait venue établir trois phénomènes cadavériques en contradiction avec ce qui est le mieux établi dans l'étude de la fièvre jaune : 1° Absence complète de matière noire dans l'estomac* —Si je ne me trompe, la présence de matière noire dans l'estomac de tout individu mort de la fièvre jaune est aussi constante que la coloration jaune de la peau des cada- vres, après cette même fièvre. 2 ° Coloration en brun acajou du foie. — La décolora. tion du foie, signalée par M. Louis, dans l'épidémie de Gibraltar, est je crois très ordinaire, sinon constante, à la suite de la fièvre.jaune. A la vérité, je l'ai constatée, une fois dans toute l'épaisseur de l'organe, et deux ou trois fois sous forme de taches, dans des autopsies de fièvres pa- ludéennes. Elle n'en est pas moins très ordinaire dans la fièvre jaune; elle aurait manqué clans ce prétendu cas de fièvre jaune. 3° L'engorgement avec ramollissement de la boue splênique, qui ne doit pas ordinairement exister dans la fièvre jaune, à moins de complication paludéenne, aurait été uoté dans un cas de fièvre jaune. C'est ainsi que, trop souvent, la science s'encombre de faits erronés, monnaie fausse, dont on ne se défie pas assez. 2o Observations de Paludéenne hémorrhagique DE FORME MUQUEUSE. Cette forme muq'^uya, de la fièvre paludéeene hé- morrhagique, a où se montrer de tout temps en Loui- — 21 — Biane, pay3 chaud, éminemment marécogeux et humide; cependant, ce n'est que depuis 18Ô3 qu'elle y est devenue commune. En 1*53, pendant l'épidémie de fièvre jaune, j'en ai vu un bon nombre de cas; pendant celle de 1847, je n'en avais pas vu un seul; enfin, pendant l'épidémie de 1858, il y en a eu tant, à partir du 15 août, qu'on peut bien dire que l'épi" demie, dans le milieu de sa durée, fut double, se partageant alors entre la fièvre jaune et la ^fièvre paludéenne hémor- rhagique muqueuse.- Maintenant, pendant les quatre années, écoulées entre l'épidémie de 1853 et celle de 1*58, puis pendant les six années écoulées depuis notre dernière épidémie, celle de 1858, jusqu'à l'année présente 1864, tous nos confrères ont pu, en l'absence de la fièvre jaune, observer comme moi quelques cas sporadiques de la paludéenne hématémésique chaque année, dans toutes les saisons, mais surtout pendant la saison de nos paludéennes, de juillet à novembre. Cette saison des paludéennes étant aussi celle de la fièvre jaune pour la Nouvelle-Orléans, il n'y a rien d'étonnant que, les années épidémiques, il y ait eu rencontre des deux fièvres, sur une échelle plus grande qu'à l'ordinaire. Il est certain que les conditions locales et atmosphériques qui favorisent l'une favorisent aussi l'autre; il n'est donc pas surprenant que ce soit pendant les épidémies de fièvre jaune que la paludéenne muqueuse hématémésique frappe les créoles plua fortement que de coutume. La même remarque a été faite à la Gouadeloupe. " La "fièvre bilieuse hématurique des Antilles, dit M. Dutrouleau, 14 ne paraît guère qu'à l'époque des fièvres pernicieuses en- " démiques, de toutes formes, et s'observe pourtant un peu " plus fréquemment sur les créoles pendant les épidémies " de fièvre jaune qui frappent les Européens (page 407 des " Archives,Mémoire de M. Dutrouleau.) " Mais il est temps d'établir, par des faits, l'existence de la paludéenne hémorrhagique, de forme muqueuse, particu- lièrement dans sa variété hématémésique. Bien que je sois très riche de faits de cette variété, bien que mes cahiers de note? ne cessent de s'en remplir depuis onze ans, je me ser- virai de préférence de ceux de mes confrères ; ils doivent nécessairement avoir beaucoup plus de valeur. Je n'aurai recours aux miens qu'alors qu'il me sera impossible de faire autrement. Je ne donnerai même, autant que possible, que des faits recueillis pendant ces six dernières années, si remarquables par l'absence de la fièvre jaune, au moins épidémique, afin qu'on" reconnaisse, décidément, qu'il n'y a pas même de lien entre les deux fièvres qu'on veut confondre, et qu'ainsi, quand elles se sont rencontrées, ce n'a été qu'une affaire de coïncidence. Je commencerai cependant par deux observations re- cueillies par le docteur d'Aquin, pendant l'épidémie de 1858, afin de bien montrer que pendant cette épidémie aussi, c'était cette même fièvre qui frappait nos enfants créoles. 8me observation. (Docteur d'Aquin.) Jiecet quotidien»-Selle» muqueutet-Yuit vomittementt muquettx arecitrie» noire»- Selle» mnqnentet et noiret-.flort le Ame jour. " Le 12 septembre 1858, un petit mulâtre de 3 ans est " pris subitement d'une forte fièvre, dans la matinée; la " fièvre ne cesse que dans la nuit suivante, au milieu d'une u grande transpiration—Pendant ce premier accès, trois " selles blanches, contenant un paquet de matière glaireuse " épaisse. '4 Le 13, (second jour) deuxième accès, qui dure de sept heures du matin à trois, et se termine ausss par une grande transpiration.—Pendant ce second accès trois selles de même nature que les évacuations de l'accès nré- cèdent. r " Le 14 (troisième jour) le docteur d'Aquin est appelé et piescrit 10 grains de sulfate de quinine ; l'accès mai.quo. Le 15, (quatrième jour) au matin, l'enfant prend encore 10 grains de quinine, et ïapyrexie continue. Mais un peu „ P1"3 .ta™.< °n lui doniie du lait, et aussitôt il le vomit, et u trois faiblesses prolongées. En peu avant de vomir, il __ >)') __ " avait eu deux sell<3 glaireuses considérables contenant de " la matière grise. Depuis, il s'est plaint de coliques et de " douleurs epigastriques. A la visite de midi, l'enfant est 44 tranquille : peau fraîche, pouls à 90, respiration à 26.' 44 Prescription—1° 2 gros d'oxtrait sec de quinquina " et 10 grains de sulfate de quinine, dans une solution de " 4 onces;—cette solution pour lavemenis.— 2 ° 2 gros de " sulfate de quinine en solution dans 5 onces de véhicule, 41 pour frictions. '4 A deux heures, l'enfant avait pris en lavement, 3 cuil- " leiées à soupe de la première solution, et on avait fait '4 disparaître le quart de la seconde fiole en frictions, quand " la fièvre revint avec violence; bientôt, trois vomissements 44 coup sur coup de matières glaireuses, grises, épaisses, 14 contenant des stries foncées, presque noires; 2 selles glai- 44 reuses, épaisses, presque noires;—à 4 heures transpiration, 14 et peu à peu la fièvre cède, l'enfant reprend de la gaîté. " —Puis, tout à coup il tombe dans de violentes convul- 44 sions et meurt. " 9me observation. (Docteur dMquin.) Fièvre pteudo-eontinue; muent i pais et abondant dan» le» telle» et dan» le* matière» vomie»; telle» et vomittementt noirt.—•■Mlbuttêino ml »ang dant let uriuet.—Jttort. 44 Une petite fille de 5 ans, sujette aux fièvres en frisson, 44 après avoir eu les mains et les pieds froids pendant vingt 14 minutes, est prise, lo 16 septembre, de vomissements, puis 44 d'une fièvre chaude. Au quatrième ou cinquième vomis- 44 sèment, après que les aliments eurent été rejetés, on dis- 44 tingua dans les matières vomies la valeur d'une demi- 14 tasse à café de matière glaireuse grise. A'8 heures du 44 soir, 140 pulsations, 40 respirations, peau chaude, dou- " leurs dans les articulations, assoupissement.—Prescrip- u tion : une potion avec ~ô grains,de sulfate de quinine; " une solution avec 2 gros, pour frictions; —Dans la soirée " la fièvre diminua, mais la quinine ne fut pas gardée.—Les 14 matières vomies étaient une eau brunâtre, au fond de la- '" quelle on distinguait-unc .sorte de maix de café, dans un '• mucus filant épait. Dans la nuit, alternatives de frissons 14 et de chaleur; somnolence; continuation des mêmes vo- 14 missements; deux selles, dans l'une desquelles on décou- " vre une masse de mucus qu'on peut développer sous — 24 - " forme d'un large ht nbeau de fausse membrane, sorte de '' fibrine coagulée. Urine naturelle avec dépôt d'un mucus 44 épais et grisàtrp. 4 17 septembre, (second jour). — Le matin, peau modé- " renient chaude, pouls à 120, respiration à 2S; pas de dou- " lour épigastrique, ni abdominale. 1'] le n'a gardé que les 44 trois dernières cuillerées de la potion; l'oreille n'est point " dure—même prescription, et de plus vésicatoire sur l'épi- " gastre. " A midi, la fièvre a augmenté : pouls à 132, peau plus 14 chaude. Il y a eu deux vomissements : moins de mucus " gastrique; mais aussi du mucus bronchique, verdâtre qui '' surnage; il y a de la toux. Il y a eu une selle présentant 14 la valeur d'une cuillerée de mucus brunâtre. Très peu de " quinine est gardé; pas de dureté de l'ouie. On examine " l'urine de la nuit précédente : dans la partie liquide " nuage albumineux par l'acide nitrique; la partie solide, 14 muqueuse, lourde, se dissout dans l'acide, avec une légère " effervescence. " Le soir du second jour—il y a eu deux vomissements " de matières glaireuses, grises tirant sur le blanc, dans un " liquide clair; il y a eu aussi deux selles, au fond desquel- " les se trouve une sorte de fausse membrane d'un gris rou- " geâtre, plus mince que celle du matin. L'urine est claire, " avec un petit nuage de mucus; fort dépôt albumineux par 44 Y acide nitrique. La fièvre est aussi forte que le matin : 44 peau chaude, 134 pulsations, face vultueuse, yeux rouges, " langue sèche, rouge, comme recouverte d'un vernis; gran- 44 de appétence pour la glace. La quinine est mieux gardée; 44 on croit qu'il y a des bourdonnements d'oreilles.—Mêmes 44 prescriptions. •4 18 septembre (troisième jour).—La fièvre a été brûlante 44 toute la nuit, avec délire : l'enfant voulait sans cesse bat- " tre sa mère. Vers le matin, la fièvre était tombée : à 8 " heures, la peau était fraîche, le pouls à 120, la respiration " normale, mais les yeux toujours très rouges; quelques ef- " forts pour vomir.—Dans la nuit, il y avait eu aussi trois " vomissements aqueux, avec un peu de mucus grisâtre au ''fond; il y avait eu aussi trois selles semblables aux pré- 44 cédentes. On a recueilli, pendant la nuit, à peu près 4 44 onces d'urine : elle est rouge, légèrement sanglante, avec '' quelques grumeaux fibrineux; moins d'albumine par l'aci- 44 de nitrique.—L'enfant a prie les trois quarts du lavement 14 à la quinine et la moitié de la potion. — Pas d'effet qui- " nique.—La langue est rouge, mais humide. 14 Seconde visite à 3 heures.—Le corps de l'enfant est resté 14 froid, depuis le matin; elle est agitée, se jette de côté et " d'autre. La peau est froide, le pouls petit à 140, la tête 14 e*t chaude; quelques soupirs; dents sèches, fuligineuses; 44 pas d'effet quinique. <: Il y a eu 5 ou 6 vomissements : c'est un liquide brun à "fond muqueux noir, avec grumeaux noirs surnageant, au " milieu de mucosités bronchiques, aérées et tachetées '' " brun. Il y a eu aussi deux selles semblables aux [>'• 44 dentés—L'urine abondante présente au fond du vase >. 14 sang rouge; par l'acide, albumine et effervescence. . " Troisième visite à 5 heures et demie.— Peau fraîche 4i pouls petit à 140;—vomissements d'un liquide de //'■ en 44 plus noir, marc de'café;—agitation extrême;—uri. î du '4 sang presque pur.—Mort dans la nuit. " C'est surtout pendant l'épidémie de 1858 que j'ai recueilli beaucoup d'observations de la fièvre muqueuse fiémalénu- sique; je les réserve pour la monographie que je préparc sur cette fièvre. —année 1859.— Pour l'année 1859, je mettrai particulièrement à contri- bution les comptes-rendus de deux de nos séances de la Société Médicale de la Nouvelle-Orléans, celles du 5 et du 19 août, publiés dans le numéro d'août 1859 du Journal de la Société, pages 50 et suivantes. Séance du 5 août 1859. Présidence de M. Daret. " M. Faget, après avoir rappelé que l'année dernière (1858) la fièvre jaune régnait épidémiquement, depuis déjà plus de deux mois, quand on a commencé à observer des fièvres avec vomissemenrs noirs chez les enfants, et que c'est à co moment-là (milieu du mois d'août) que le fleuve a baissé rapidement, l'ait remarquer que cette année, 1859, ces mêmes fièvres se sont déjà montrées avant qu'il ne soit encore question de fièvre jaune. " En effet, cette année (1859) le fleuve a baissé dès la fin de juin ou le commencement de juillet, et dès ce moment là, on a eu l'occasion de revoir, chez des enfants surtout, un assez bon nombre de ces fièvres des créoles de la ville, avec K — 26 — vomissements noirs et sécrétions muqueuses exagérées : pour sa part, le docteur Faget en a vu 5 dans sa clientelle pendant le mois de juillet, 4 chez des enfants et 1 chez un adulte. Or, il n'y a pas eu encore un seul cas authentique- ment constaté de fièvre jaune, jusqu'à l'heure qu'il est (août 1859). 41 Conclusion : 1 ° Il n'y a aucune sorte de lien entre la fièvre jaune et les fièvres avec vomissements noirs de nos enfants. 2° Ces fièvres des enfants coïncident avec l'a- baissement des eaux du fleuve, c'est-à-dire avec le dessèche- ment estival des marais de la Louisiane. '* M. Beugnot. J'ai eu l'occasion d'observer tout récem- ment, sur un jeune enfant créole, une de ces fièvres perni- cieuses, de forme catarrhale, dont le docteur Faget vient de nous entretenir. " Voici le résumé du fait :. IOme observation. (Docteur Beugnot.) Itibnt intidieux de bronchite légère — Fuit lièvre violente ■— Courte intermittence — J'omittement» d'abord bilieux, pui» muqueux, pui» noir»—Selle» muqueutet fret remarquable!—Mtémittion d'une heure —mtfort en A3 heur et | " Il s'agit d'un enfant de quatre ans et demi, demeurant 44 à Lafayette et revenant, en parfaite santé, de Biloxi.... " —Le 20 juillet au soir, il tousse un peu, accuse de la las- " situde, et demande à dormir ... J'arrive par hasard, je 44 l'examine, l'ausculte et constate une très légère bronchite. " —Le lendemain matin, 21 juillet, on m'apprend que la 44 fièvre s'était déclarée violente deux ou trois heures aprè3 " ma visite, que l'enfant avait été très agité et altéré, pen- 44 dant la nuit, avec transpiration fort abondante. Déjà, la " veille au soir, j'avais été frappé de l'abondance de la " transpiration, dès le début. Pouls à 116; peau chaude, 44 sueur abondante; face animée, yeux modérément injectés; " langue saburrale, sans rougeur; soif ardente; toux nulle, " respiration bonne. 14 Premier jour. — Il n'y avait plus à se tromper ; j'avais 44 affaire à uns fièvre tout à fait indépendante de toute loca- 44 lisation. — Je prescrivis la quinine à la dose de 3 grains " de 3 en 3 heures. ;; Seconde visite à 11 heures.—Pouls à 142, très nerveux; " agitation extrême; sueur des plus abondantes; quelques 27 -- " nausées, mais ni vomissements, ni selles.—J'insistai sur la 44 quinine. 44 Troisième visite, à 3 heures. — Pouls descendu à 124; " agitation et soif moindres; mais vomissements bilieux; * l'enfant vomit tout. On donne la quinine en lavements; " six grains à la fois. 44 A 8 heures du soir, intermittence complète : pouls à 88. " —Pour la nuit, six grains de quinine, de 3 en 3 heures, 14 par la bouche ou en lavements. *4 Second jour, à minuit—Second accès.—Agitation, soif, 44 coliques; l'enfant rejette tout par haut et par bas. 44 A 6 heures du matin.—Pouls à 12U. peau chaude, cou- " verte de sueur, soif inextinguible; visage un peu terreux, 14 langue toujours saburrale, et un peu livide sur les bords. 14 —La matière des vomissements se composait de l'eau bue 44 et de quelques mucosités verdâtres; les évacuations alvi- " nos ressemblaient à de l'urine claire, contenant des muco- ° sites blanchâtres. " Il devint dès lors impossible de faire conserver à l'en- 44 faut un atome de quinine. Les vomissements toujours 41 composés d'eau presque limpide, ne tardèrent pas à pré- 41 senter en suspension d"s flocons de couleur de suie, dont la " quantité et la teinte noirâtre allèrent en augmentant jus- " qu'à 10 heures du matin. —Les urines se supprimèrent " complètement.—Les matières des selles se décolorèrent de " plus en plus, et les mucosités blanchâtres qu'elles conte- " naient devinrent plus abondantes, plus denses ; il me fut 44 possible d'en prendre sur un petit morceau de bois, et 44 d'en tenir en suspension en Y ah des flocons d'une longueur " dépassant un pied. 44 Vers 10 heures du matin, amélioration : Vomissements 44 moins fréquents, et les flocons couleur de suie disparaissent. " —vers midi ce n'était plus qu'une eau claire et quelques " mucosités décolorées.—Les selles s'arrêtèrent tout à fait. " Ce n'était pas une intermission complète, mais une ré- '4 mission; les lavements avec la quinine sont gardés, mais 44 aucun effet quinique n'est produit. 44 La rémission dura une heure à peine.—Alors, sauf les " selles qui ne se renouvelèrent plus, tous les symptômes u fâcheux reparurent avec une formidable intensité. Les 14 vomissements offrirent bientôt des flocons bruns en sus- " pension dans un liquide limpide; puis ces flocons devin- " rent plus foncés, en même temps que le liquide qui les " contenait prenait lui-même une teinte que je puis compu- " rer à l'eau de pruneaux, d'abord claire, puis de plus en " plus foncée.—Enfin les flocons et le liquide devinrent entiè- 44 rement bruns-noirâtres. 14 L'agitation ne tarda pas à devenir extrême, la soif plus " intense, le pouls plus fréquent, plus concentré, plus irré- " gulier; au milieu de tous ces désordres l'intelligence res- 4" tait parfaite.—Il survint bientôt des mouvements convul- " sil's. puis une vigoureuse et courte convulsion qui termina " tout !.... " " Le docteur Beugnot a fait suivre cette observation de la réflexion suivante qui me parait dictée par la prudence la plus judicieuse : " " Dans cette saison, il faut se défier de •' tous les états fébriles, quelque légers qu'ils soient, et " traiter, dès le début, tous ces états aussi énergiquement 44 que possible, en s'occupant exclusivement de l'élément "fièvre, sans faire attention aux localisations. " Séance du 19 août 1859. 44 M. P>eugnot.—Monsieur le Président, j'ai eu l'occasion 44 d'observer dans le cours de la quinzaine qui vient de s'é- " couler quatre nouveaux cas de fièvres pernicieuses de la ' nature de celle dont j'ai tracé l'histoire dans la séance " du 5 août. Comme la question du diagnostic différentiel " de cette maladie a été fortement controversée dans ces " derniers temps, et qu'il est de la plus haute importance '' de chercher à s'entendre, non seulement par l'accumula- 41 tion de recherches historiques, mais surtout par la cons. 44 ciencieuse et rigoureuse observation des faits, je vais, si ' la Société m'y autorise, faire succinctement l'exposé des 44 quatre cas pour lesquels mes soins ont été réclamés. 11 ME OBSERVATION. (Docteur Beugnot.) ut insidieux; put» violent accet. bientôt pernicieux-Rémittion — Fui» tecond accès avec romintement n»ii-G,,éri»on. ' Garçon de 15 ans, né à la Nouvelle-Orléans, de parents véol'.—Début, le 8 août, par quelques légers symptômes de gastro-eutérite, avec soif, langue peu rouge, quelques vomissement et un peu de diarrhée bilieuse, mais trans- piration plus qu'ordinaire: en sorte que le docteur Beu- " gnot «e défie, et prescrit :if> grains de sulfate do quinine '' t:; trois doses. — 29 — " Bien m'en a pris, continue M. Beugnot, parce que la " fièvre est devenue ardente après ma visite, et s'est com- 44 pliquée de délire, d'agitation et d'une soif très forte. '• .... Le soir, tous les symptômes de gastro-entérite " avaient disparu pour faire place à ceux d'une fièvre per- " uicieuse des mieux caractérisées : peau modérément chau- 14 de, pouls à plus de 120. visage irrégulièrement coloré, 44 yeux peu animés et déjà légèrement teintés de jaune; soif " des plus ardentes; grande agitation; aucune douleur ni " dans la tête ni dans les reins; langue un peu saburrale, 44 transpiration très abondante; aucun signe de_ saturation 44 quinique malgré '24 grains de quinine déjà pris. J'insistai " sur l'administration de ce médicament.—Dans la nuit, ré- " mission; pas d'effets quiniques. 2d. jour.—La rémission ne fut pas de longue durée ; elle 4t fut suivie d'un second accès, pendant lequel les yomisse- '• ments se déchirèrent et devinrent de plus enplus opiniâtres; " ces vomissements d'abord bilieux, ne tardèrent pas à se 44 décolorer puis à présenter d'abondants flocons de mucosi- 41 tés verdâtres, puis enfin à devenir noirs.—Il fallut dès lors " donner la quinine eu lavement.—Il prit de cette façon un " un gros de quinine dans l'espace de six heures. Ce second " accès fut suivi d'une rémission, pendant laquelle les vo- 44 missements s'arrêtèrent, en même temps qu'il survenait une 14 diarrhée extrêmement bilieuse, contenant de légères mu- " cosités.—Je laissai marcher cette diarrhée que je consi- " dérai comme critique.—En effet, à partir de ce moment, " tout alla de mieux en mieux, et dès le 4ème jour,,/e dé- 44 clarai le malade hors de danger. (Le2d cas de M. Beugnot est une jeune fille de 22 ans, née dans le pays, épuisée déjà par une diarrhée de six semaines et qui, le 9 août, fut prise tout à coup d'un accès pernicieux avec vomissements noirs, au milieu duquel elle succomba.) (Le 3ème malade était un Irlandais, dans te pays depuis " longues années, alité depuis 4 jours, pour une fièvre qui, 41 au dire du malade, augmentait et diminuait, sans.graude " régularité, et ne l'avait nullement inquiété jusque là. —ôème jour—1ère visite. "Visage pâle et terreux ; " langue livide ; conjonctives un peu jaunes ; fièvre ai dente, " pouls à*104 ; transpiration très abondante ; soifinextin- " guible ; vomissements muqueux et légèrement colorés en « vert.—" fQuinine en pilules et en lavements ; effets qui- " niques produits ) —6ème jour—Intermission presque algide : pouls — 30 — " très déprimé, peau humide et glaciale.—J'insistai sur " l'alcaloïde, mais bientôt la fièvre reparut, et avec elle des " vomissements, d'abord bilieux, puis de l'eau qu'il buvait, " puis enfin tout à fait de la couleur du marc de café.—11 ne '" nous resta dès lors que la ressource des lavements que le " malade ne conserva qu'avec une peine extrême, tourmen- ,4 té qu'il était par des coliques qui furent bientôt suivies de 44 selles composées d'un liquide presque inclore et inodore, et " contenant une énorme quantité de mucosités blanchâtres, " presque aussi denses que du blanc d'eeuf cuit. "Dans la soirée de ce sixième jour, il survint une rémis- " sion, pendant laquelle je voulus faire avaler au malade un 11 peu de quinine ; mais il la rejeta de suite par' un vomis- •4' sèment entièrement composé d'une matière bilieuse homo- " gène. Je considérai ce retour du foie à ses fonctions "comme un symptôme critique, et j'ordonnai de respecter " l'estomac, "En effet, malgré une nouvelle exacerbation qui smvvint " le 7ème jour, et pendant laquelle le malade vomit encore " noir, tout ne tarda pas à rentrer dans l'ordre, et le lende- 41 main la convalescence se déclara franchement." Après avoir relaté ces quatre ou cinq faits de fièvre per- nicieuse avec vomissements noirs, M. Beugnot fait un paral- lèle entre les symptômes qu'elles ont présentés et ceux de la fièvre jaune ; il en fait ressortir les différences ; il s'é- tonne qu'on puisse confondre des fièvres aussi disssembla- bles, et, il continue en ces termes : 44 Comme j'éprouve le besoin d'être éclairé sur ce sujet, ." (M. Beugnot était allé faire un voyage en France en " 1858, et ainsi n'avait point vu l'épidémie complexe de 44 cette année là,) je prends la liberté de demander au Dr. " Faget si les fièvres pernicieuses que je viens de décrire " sont bjen de la nature de celles qui, dit-on, ont été prises " et traitées comme des cas de fièvre jaune, pendant la der- 41 nière épidémie." M. Faget—"Sans aucun doute. Seulement, l'intermit- " tence, même la rémittence, dans les cas que vous venez " d'observer, était plus franche, parce que c'étaient des cas " sporadiques, tandis qu'en temps d'épidémie, ou plutôt " d'endémie, dansées fièvres, l'intermittence et même laré- " mittence peuvent être remplacées quelque fois par de la " pseudo-continuité ; ce qui rapproche encore davantage — 31 — 44 ces fièvres de la fièvre jaune, et rend plus facile leur " confusion." M. Daret.—"On fait quelquefois de ceriains mots un 41 abus qui a le grave inconvénient de jeter de la confusion '• dans les choses. Je voudrais bien savoir une bonne fois '.4 ce que l'on entend par une fièvre pseudo-continue. M. Faget.—"Les pyrétologistes modernes, et surtout 44 ceux qui ont pratiqué en Algérie, ont donné ce nom aux 44 fièvres paludéennes qui, tout en ayant Yapparence de la 14 continuité, ont de temps à autre des redoublements, sans 44 que ces redoublements soient jamais suivis d'une rémission "franche. Il y a alors état fébrile constant ; seulement, 44 celui-ci prend irrégulièrement plus de force et plus de 14 gravité apparente. M. Daret.—"Qui dit redoublement dit aussi diminution; 41 les fièvres pseudo-continues ne sont donc que des variétés 44 do la grande famille des rémittentes, et cette distinction 14 es]; d'autant plus futile que le traitement est le même." M. Beugnot.—"Tout cela prouve qu'il ne faut pas se 44 payer de mots, mais s'efforcer d'aller au fond des choses. 44 Au reste ce qui nous intéresse par dessus tout, eu ce mo- 4' ment c'est de chercher à faire disparaître la confusion 14 qui, depuis quelques années, parait exister entre lafièere " jaune et les fièvres pernicieuses catarrhales qui sont ve- 44 nues ajouter un élément destructeur à tous ceux qui dé- «4 cimaient autrefois notre malheureuse population." Dans la séance du 17 octobre suivant, le Dr. Delery li. sait une Dissertation sur la fièvre jaune des Créoles, et, dès la première page, voici ce qu'on y trouve, (page 135 du nu- méro d'octobre 1859 du Journal de la Société Médicale dé la Nouvelle-Orléans :) "Notre estimable confrère, le Dr. Beugnot, a fait part à " la Société, il y a quelque temps, de plusieurs observa- 44 tions habilement décrites et fort intéressantes, prises sur " des enfants qui ont vomi noir. Je ne trouve, pour mon 44 compte, qu'un rapport bien éloigné entre la maladie ob " servée par le Dr. Beugnot et la fièvre qui est l'objet de " cette discussion. Notre honorable confrère, en effet, a 44 constaté ,une rémission bien marquée que je n'ai jamais " rencontrée dans la fièvre épidémique des créoles. "J'ai eu moi-même l'occasion de traiter à Mandevile, au ---- >>-J ---- 44 mois d'août dernier, une jeune fille qui a présenté les " symptômes si scrupuleusement décrits par le Dr. Beugnot. " Je fus appelé à midi pour la voir ; elle avait une fièvre 44 intense ; la figure était rouge, les yeux assez fortement '4 injectés ; la gorge enflammée, les amygdales tuméfiées of- l\frant ça et là quelques parcelles de fausse membrane. Toute 44*fois la peau commençait à se couvrir d'une légère trans- 4t piration qui semblait annoncer la fin de l'accès. Les pa- 44 rents s'étaient hâtés d'administrer à la malade dix grains 41 de sulfate de quinine. J'en prescrivis dix de plus. 4Le soir, à huit heures, on m'appelait de nouveau, en me '4 disant que lajeune personne venait de yomir noir. Je me fis 44 présenter le vase dans lequel elle avait rejeté, et j'y aper- 41 çus une masse hétérogène de matière*, au milieu desquel- 44 les flottaient des grumeaux couleur chocolat. Ce qui me 14 rassura néaumoin-s, c'est que la fièvre avait presque en- k- tièrement cessé. Comme sa mère était en ville, je conseil- 44 laide lui ramener sa fille. Le lendemain, à huit- heures, 41 je m'embarquai pour la Nouvelle-Orléans, en compagnie 44 de la jeune personne qui n'offrait plus trace de fièvre. 44 Elle fut remise, en arrivant, entre les mains du médecin 44 de la maison, le Dr. Faget, qui pourrait au besoin nous 44 fournir dés renseignements ultérieurs. "Voici les renseignements que je puis donner : Je fis con- tinuer la quinine à doses décroissantes, et la convalescence a été parfaitement confirméo. Mais voici surtout ce que je tiens à ajouter : c'était un cas de récidive que le Dr. Deléry qui pense n'en avoir jamais vu, venait de constater. Cette même jeune personne, en effet, deux ans auparavant, en 1857, [année non-épidémique non plus,) je l'avais moi-mê- me déjà soignée de cette même fièvre, et, cette première fois, les vomissements, sous forme de masse hétérogène de ma- tières, n'avaient pas présenté seulement des grnmeaux cou- leur chocolat, mais aussi des grumeaux bien noirs, non- seule- ment aux yeux des parents et aux miens, mais aussi aux yeux d'Alain fils quej'avais mené voir notre petite malade. Voici, du reste, cette observation de 1857, où, en y regar- dant de plus près, on a facilemeit reconnu que la masse hétérogène de matières vomies était composée surtout de mucus stomacal, grisâtre et lourd. 12me observation. Yoiniitemenl» muqueux et noirs, de» le premier accé», pui» bilieux Guériton- " Mademoiselle G.....âgée de douze ans, était allée à — 33 — l'école, avec toutes les apparences de la santé, le matin du 21 septembre 1S57; à midi, elle eut des coliques, sui- vies d'une évacuation; à 3 heures elle était prise d'un fris- son violent, bientôt accompagné de vomissements : elle vomit d'abord les aliments du matin, puis des matières aqueuses et glaireuses. Quand on l'apporta chez elle, elle avait les extrémités froides, les lèvres bleues, le nez pincé; le frisson continuait. A 4 heures, comme elle commençait à se réchauffer, sa mère lui administra 10 grains de sulfate de quinine dans une infusion chaude de café. Ils furent rejetés immédiatement; à cinq heures et demie on lui en administra cinq autres qui furent gardés, à l'aide de la glace; à sept heures, dix autres, gardés aussi. 44 C'est alors que je vis la malade pour la première foid. La fièvre s'était allumée avec force : la peau était brû- lante, le pouls à 120. La malade se plaignait surtout do la tête; les douleurs du reste du corps cédaient avec la tr^" - piration.—Les matières vomies avaient été conservée- c'était l'infusion do café, dans laquelle on avait donné 1 • quinine, mais au fond de laquelle, surtout en décantant le liquide, on voyait une masse épaisse de mucus grisâtre et lourd.—La soif étaif ardente. 44 Je prescrivis 36 grains de sulfate de quinine et un grain d'extrait d'opium pour douze pillules, à prendre avant minuit, avec l'aide de la glace.—Si les vomissements con- tinuaient, on devait appliquer un large vésicatoire sur l'épigastre. " 22 septembre (second jour).—Visite du matin.—Jusqu'à dix heures du soir la veille, il n'y avait pas eu de vomis- sements ; 7 pilules avaient été gardées; à dix heures, il y eut un vomissement de matières brunes.— Les 12 pilules étaient prises quand, à minuit, la malade se mit encore à vomir, et si violemment d'abord que les draps du lit en furent couverts. Les matières vomies étaiet si noires que Madame G.... assure, qu'en s'approchant du lit, elle crut qu'on avait versé dessus un encrier; au dire de la jeune malade les matières vomies avaient le goût de jus de ré- glisse. Du reste dès la soirée, dès les premières pilules, il y avait eu des bourdonnements d'oreilles. — Pendant cette nuit, entre les vomissements, le sommeil fut bon; après minuit le calme fut complet, à part quelques vomis- sements. " La malade a uriné abondamment ; il y a de la soif; point de toux ; surdité;—aeeè-' à son déclin. ,: Matières vomies, et recueillies après minuit : c'est une L - .A — eau brunâtre tenant en suspension des grumeaux^ noirs qui sont bien de petits caillots de sang : la preuve, c'est qu'en penchant la cuvette on en voit adhérer aux parois de cette cuvette, puis quelques-uns se fendre; or, là où ils se fen- dent ainsi, la couleur rouge qui réunit les petits fragments rompus montre bien que ce sont de simples petits caillots de sang. De plus, il y a au fond du vase un mugma lourd, gris noirâtre, sorte de masse hétérogène, évidemment for- mée par du mucus stomacal épais, et combiné avec du sflng; rendu noir par les acides de l'estomac. 44 Prescription.—Je formule encore 36 grains de sulfate de quinine et un grain d'extrait gommeux d'opium, pour les 24 heures suivantes. 44 Seconde visite, à midi.—La petite malade est très cal- me, sans fièvre, mais sourde; elle a gardé 21 grains de quinine depuis le matin. 44 Troisième visite, dans l'après-midi.—A l'heure de l[ac- cès de la veille, vers 3 heures, il y eut une grande agita- tion : la petite malade voyait tout tourner autour d'elle ; elle fait des efforts pour vomir et rejette une gorgée de bile jaune; elle continue à être sourde et ne prend plus de quinine. — Le pouls est à 96, la peau fraîche et humide; constipation, urines naturelles. 44 Quatrième visite, à 9 heures du soir. — Pouls toujours à 96, peau bonne; un vomissement de couleur jaune serin; moins d'appétence pour la glace. — Dans la nuit elle de- vra prendre 4 pilules, si elle se réveille " 23 septembre (troisième jour) — Vers dix heures du soir, il y a eu la veille, un vomissement vert; à minnit au- tre vomissement vert, avec des grumeaux noirs, mais rares ; — à 3 heures urines abondantes. La dureté de l'ouïe diminue; cependant la malade dit entendre toutes sortes de charrettes et de tambours. 44 Cette troisième journée fut très bonne, la malade prit 15 grains de sulfate de quinine et les jours suivants des doses décroissantes.—Bouillon, eau rougie. 14 Le 24 septembre (quatrième jour) la convalescence est confirmée; plus de surdité du tout. " Je donnerai encore ici une de mes observations de 1859, recueillie quelques temps avant celles de M. Beugnot, de la même année, parce que c'est aussi un exemple de récidive, et de plus parce que j'ai pu montrer à un de nos confrères, — 35 — le docteur Borde, les matières des vomissements très remar- quables de ce cas. 13me observation. Fièvre tPaccet—Catarrhe ga»tro-intc»tinal hémorrhagique- Quiniue —Guériton Joseph P...., âgé de 9 ans, appartient à une famille créole nombreuse, dans laquelle j'ai observé depuis l'épidé- mie de 1853, un très grand nombre de cas de la paludéenne muqueuse hématémésique, avec récidives, et sous les formes thoracique et abdominale, les plus variées et les plus re- marquables. Pendant l'épidémie de 1853, j'ai failli perdre, au milieu des vomissements noirs les plus opiniâtres, Mada- me P ___elle-même, alors sur lo point d'accoucher, et qui d'ailleurs ne pouvait pas avoir la fièvre jaune. Depuis, presque tous les ans, j'ai soigné quelque membre de cette famille, avec des vomissements noirs. L'une des jeunes de- moiselles, en 1858, de juillet à novembre, à trois fois diffé- rentes, a été reprise de fièvres, avec/axions ou congestions, tantôt vers les bronches ou le larynx, tantôt vers le tube gastro-intestinal, mais toujours avec vomissements du mag- ma muquenx lourd et des grumeaux noirs caractéristiques; en sorte que, sans ce signe d-: l'espèce, on aurait pu croire au croup, à des catarrhes bronchiques, à la dyssenterie, etc.-. Avec le temps, la cachexie paludéenne commençait à se dessiner chez elle. Ce n'est qu'à force de préparations au quinquina, et au fer, à force de toniques de toutes sortes, aidés d'une nourriture substantielle, que nous avons réussi à la soutenir, et à lui faire prendre le dessus, sans en ve- nir a, un changement de climat que je commençais à croire nécessaire. Le jeune Joseph, son frère, à l'âge de 6 ans, en 1856, m'avait présenté un cas très remarquable de sub-intrante hématémésique. Ce cas est le sujet de l'uue des observations d'un petit Mémoire écrit en 1856, et que je donnerai j'es- père plus tard. t Voici sa seconde observation, celle de 1^59 - — 36 — " Le dimanche 3 juillet, il dîne dehors, mange trop de fruits de la Havane, et, dans la nuit, il a une indigestion. " Le lundi 4 (premier jour), je le trouve au matin avec de la fièvre, et un faciès quelque peu cholérique;—Diète et repos.—-Dans la journée la fièvre tombe. (Eu août, en sep- tembre surtout, j'aurais donné la quinine de suite.) '4 Le soir, second accès avec vomissement aqueux — Je prescris 15 grains de sulfate de quinine en pilules, avec un huitième de grain d'extrait gommeux d'opium. " Le 5, au matin, la fièvre continue; il n'a plus vomi, mais il a eu deux selles, ressemblant à du muco-pus, mêlé de sang. Je prescris 10 grains de quinine, avec un huitième . de grain d'extrait goinmeux et la diète.—Dans la journée la fièvre tombe. A 3 heures, il crie la faim et je lui accorde un peu de bouillon léger et de l'eau rougie. — Une heure après, vomissement aqueux, avec magma lourd de mucus au fond, et grumeaux noirs en masse, comme des aîles de mou- ches; je veux me persuader que c'est l'effet du vin. " A minuit, vomissement remarquable : c'est du muco-pus jaunâtre et rougeâtre, de la valeur de 4 grandes cuillerées, et rejeté ainsi presque à sec; puis la fièvre s'est rallumée très forte. 14 Le 6 au matin (troisième accès), la fièvre continue, le pouls est à 110, la peau modérément chaude. 44 Dans le moment des vomissements, ses traits se décom- posent ; au moment des selles il a des coliques ; mais le ventre est souple, généralement indolent, même à la pression; pas de soif vive ; langue blanchâtre à la base, et nette mais sèche à la pointe ; il se plaint de difficulté d'avaler et de douleurs au cou.—Facieç détestable, yeux cholériques, prcaves, éteints; teinte jaunâtre des conjonctives et blafarde ù>- ia peau. "Visite de 8 heures.—11 y a eu deux vomissements: c'est un liquide aqueux, incolore, acide au papier de tour- ne-ol, au fond duquel on aperçoit un magma brunâtre, et éaus lequel nagent des grumeaux noirs ; Madame P.,» as- pure en avoir vu de rouges qui sont devenus noirs. 11 n'a .'ailleurs rien bu de rouge ou de brun ; il n'a point saigné du nez. ^ Quand il dort, le pouls est à 108 ; moiteur ; il a gardé 15 grains de quinine et est un peu sourd; on va continuer la quiuine. Les yeux sont toujours excavés, le teint blafard, la faiblesse extrême. " Le 7 (quatrième jour)—visite du martin. ' -Hier après-midi, a; rès ma visite, fue selle ayant l'ap- 37 parenre île muco-pus, mais ne présentant pas de sang. Le reste de la nuit point de selle. 44 II n'a vomi qu'une seule fois, vers le matin; les matières vomies sont toujours les mêmes : tin liquide incolore, acide au papier de tournesol, avec magma de mucus grisâtre au fond du vase, et tenant en suspension une foule de grumeaux noirs, faciles à reconnaître pour de petits caillots de sang. 44 11 n[a uriné qu'une fois ; l'urine est muqueuse ; je n'ai pas d'acide nitrique. " Le petit malade a gardé 15 grains de quinine, depuis hier soir ; l'oreille est dure, mais il assure n'y entendre aucun bruit. Faciès meilleur ; circulation capillaire plus active : peau moite, pouls à 108. Bouche sèche, soif; envies de vomir ; ventre indolent—15 grains de quinine de plus. 44 Visite du soir.—Jusqu'à 5 heures, la journée avait été excellente : il a gardé ses 15 grains de quinine ; n'a bu que de l'eau de seltz avec du sirop de groseilles framboise et glacé ; il a joué et paru gai. Il y a eu deux fois de l'urine ; cette urine est d'un jaune citrin, limpide, mais présente un dépôt blanchâtre, au fond du verre. Il y a eu aussi deux selles ; on m'en montre une qui est jaunâtre, bien liée, et répand beaucoup d'odeur. " Mais voilà qu'à 5 heures, tout à coup, le petit malade est pris d'un grand vomissement de sang et de mucus acide. Quand j'ai vu les matières vomies, une heure après le vomissement, voici co qu'elles étaient. Un liquide aussi noir qu'une infusion concert'rée de café, tenant en suspension une masse de caillots noirs ; quelques-uns des caillots étaient encore rouges, dans une moitié de • leur volume. Les ma- tières vomies rougissent rapidement le papier de tournesol. Un peu plus tard, il a encore vomi, et cette fois c'était une eau incolore, acide, tenant en suspension une masse de grumeanx noirs. Pendant qu'il vomissait, cette seconde fois,» il a été pris d'épistaxis. Ceci permettrait, à tort, de supposer que le vomissement de sang prérédent provenait d'une hémorrhagie des fosses nasales, dont le sang aurait été avalé ; il n'en était rien. " Le faciès est redevenu très mauvais : les yeux sont pro- forulémcut excaves ; les conjonctives dont le fond est jaunâtre, sont passivement congestionnées comme dans la période typhoïde du choléra. Un peu plus tard encore, un autre vomissement semblable au précédent. C'est le vomis- — 38 — sèment noir, avec caillots de sang que j'ai fait voir au doc- teur Borde quand je l'ai conduit auprès de mon petit ma- lade. Il était d'ailleurs sans fièvre à ce moment là, avait la peau fraîche et baignée do sueur, mais le pouls dé- pressible et fréquent. " Le 8 (cinquième jour.) Je le retrouve sans fièvre, mais les parents assurent que la peau s'est séchée et est redeve- nue chaude, pendant deux heures, vers la fin de la nuit; cette nuit a été agitée.—Il y a eu une fois de l'urine ; elle est ci- tri ae, avec un dépôt pulvérulent blanchâtre de deux lignes d épaisseur. Il y a eu aussi une selle : elle est plus liée et plus foncée en couleur que celle de la veille ; d'ailleurs très bilieuse. Pas de coliques ; ventre souple, aplati, indolent. Langue nette et humide, gencives propres—Pouls â 84— Faciès excellent—gaîté ;—demande du pain. Il a gardé 9 pilules de 3 grains, depuis hier soir, plus 15 grains dans les trois heures précédentes. On va lui en donner 3 d'ici à trois heures—Bouillons de poulet. 14 Le soir, le pouls est à 72, la peau fraîche. Journée excellente ; il pleure pour manger ; n'a pas eu d'envies do vomir ; de la salive abonde dans sa bouche ;—une selle meilleure; a uriné ;—a gardé 12 grains;—surdité diminuée. Le 9 juillet, (sixième jour), convalescence parfaite. —Année 1860.— Cette année là, presque, dans tous les mois, mais surtout en été, j'ai recueilli, comme en 1856, des faits de la paludéen- ne, offrant les formes les plus variées ; j'en ai déjà présenté deux en résumé, (la seconde et la troisième observation) ; voyez les plus haut. Trop restreint pour l'espace, je me vois forcé de me contenter ici de quelques notes. 14me observation.—Année 1860. (Docteur Faget.) Cat foudroyant de paludéenne, tout forme de catarrhe gatlro- intetfinal tur-aigu "(Le mardi, 7 février 1860, je suis appelé, à l'Asile dans la matinée, pour uu garçon de six ans, extrêmement fort, et qui, la veille, du moins selon les apparences, était en parfaite santé. Quand je le vis, il n'y avait que peu — 39 — d'heures qu'il était malade. Il avait été pris, à la fin de la nuit, tout à coup, do vomissements incoercibles, avec coliques affreuses et selles glaireuses. Après les aliments de la veille au soir, les matières vomies avaient été une sorte de muco-pus épais, grisâtre, lourd, qu'on ne peut mieux com- parer qu'à ce qu'on voit dans les crachoirs des phthisiques qui ont déjà de vastes cavernes. L'enfant était froid, pâle, les lèvres bleues, les yeux enfoncés dans les orbites ; on aurait cru voir un cholérique expirant. Il y avait quelques petits mouvements couvulsifs de la face ; le pouls était en- core perceptible, mais petit et très fréquent.) 14 On s'efforçait de provoquer la réaction, à l'aide de frictions stimulantes et de larges sinapisraes ; on s'efforçait aussi, mais en vain, de faire garder de bonnes doses de qui- nine, par la bouche et le rectum, à l'aide de la glace et du laudanum. Je fis ajouter un large vésicatorre sur l'abdo- men. Tout était inutile; 2 heures plus tard, il était mort. '" —Autopsie.—Le cadavre est blafard, mais point jaune du tout. Les lèvres sont bleuâtres ; de larges ecchymoses noires se remarquent surtout sur les parties déclives. 44 Lo foie, énormément hypertrophié est d'un rouge violet, sans tâches jaunâtres nulle part; il descend jusqu'à l'ombi- lic, et arrive dans l'hypocondre gauche, jusqu'au contact de la rate. t)elle-ci do couleur chocolat, avait 13 centimètres dans un sens et 9 dans l'autre; la bone splênique était dif- fluento. " L'estomac, petit, revenu sur lui-même, était vide, avec des parois épaisses. Sa muqueuse froncée sur elle-même for- mait de gros replis qui s'effaçaient par le glissement; elle était ramollie au point que l'ongle l'enlevait partout sans presser bien fort, après avoir raclé une couche épaisse de mucosités comparables à celles d'un vieux catarrhe bron- chique. De plus, cette muqueuse, depuis un plan passant à droite du cardia, perpendiculairement au grand axe, jusqu'à deux travers de doigt du pylore, cette muqueuse était le siège d'une congestion sanguine rouge-noiratre, sous forme de piquetés et d'ecchymoses; quelques heures de vie de plus, et cette surface congestionnée aurait donné du sang par suin- tement, et il y aurait eu vomissement noir. Le pylore était dé- coloré, et son orifice obstrué par des mucosités épaisses, qui rofluient du duodénum dans l'estomac. Point de follicules apparents du côté de l'estomac. Du côté du duodénum, au contraire, sur les 8 ou 10 pouces que j'ai enlevés, il y avait éruption confluentc de follicules, comparable à une éruption — 40 — de variole, et recouverte d'une couche épaisse de mucus, gri- sâtre, crémeux et lourd. Sous ee mucus la muqueuse duodé- nale était pale, grisâtre, sans congestion sanguine et totale- ment ramollie. " —année 1861.— . Cette année là j'ai fait moi-même une fièvre ataxique, avec délire, carphologie, etc., tout à fait comparable à celle de M. P. P...., en 1860, et grave au point de rendre néces- saire l'extrême-onction. Le début et la terminaison, avec ac- cès intermittents, de cette fièvre, à dégénérescence typhoïde, ont manifesté sa nature paludéenne. C'était en août et sep- tembre; aussi, pour cette année là, je n'ai pas de notes du tout. Je suis noureux de-profiter de cette occasion, pour re- mercier publiquement mes confrères, les docteurs Lambert, Boulin et Borde, des soins qu'ils m'ont prodigués dans cette dangereuse conjoncture, et mon ami le docteur Rancé, de sa généreuse hospitalité à Biloxi, pendant ma difficile con- valescence. —ANNEE 1862.— 1 Je me contenterai ici de quelques notes, qui montrent bien la mobilité des fluxions diverses dans la paludéenne muqueu- se; mobilité de fluxions, vers toutes les muqueuses, et vers la peau aussi, qui fait qu'on la confond quelquefois avec les fièvres éruptives, et même avec la diphthérie. 11 va sans dire d'ailleurs que ces affections diverses peuvent réellement co- exister, et alors, il devient quelque fois difficile de dire de laquelle d'entre elles les autres ne sont que des complica- tions. Ce qu'il y a d'important, à bien remarquer pour la Louisiane, c'est que sur ce terrain spécial d'observation, le plus ordinairement, ce ne sont que des formes diverses, sur un fond commun, le fond paludéen. 15eme observation. 44 Dans la nuit du 14 août 1862, le petit B____, bel en- fant de 2 ans, avait eu de la fièvre et avait toussé. —Dans — 41 - la nuit du 15, la fièvre était revenue, mais sans toux, et au contraire avec un dérangement muqueux, grisâtre, épais, très abondant. " Le 16 au matin j'ai trouvé cet enfant avec la fièvre en- core et le même dérangement intestinal, catarrhal; j'ai prescrit 12 grains de tannate de quinine, à prendre iminé- " diatement, et 6 grains de calomel le soir. " Le soir on me rappelait, en me faisant dire que l'enfant avait la scarlatine. Et en effet, toute la surface du corps était écarlato, sèche, brûlante, avec démangeaisons très vives. De plus, les yeux étaient larmoyants, très sensibles à la lumière; il y avait des éternuemeuts; deux fois l'enfant avait vomi du mucus stomacal, grisâtre et lourd. Je crus néanmoins à la scarlatine. 44 Le lendemain, 17, l'éruption'cutanée avait disparu et la fièvre avec elle. Je revins au tannate de quinine.—Dans la journée, petits redoublements de lièvre, avec alternatives de sueurs et de sécheresse de la peau. Lo soir, redoublement de lièvre très fort, toux violente, oppression très grande. Dans la journée, il avait eu trois selles jaunes, bien bilieuses, sans mucus du tout- — Je constate un ronchus énorme des deux côtés du dos, du haut en bas des deux poumons. — 15 grains de sulfate de quinine en solution avec sirop de Tolu. w< Le 18, la fièvre continue, mais moindre. Les bronches sont pleines de mucus. En prenant la potion quinique, il a« rejeté, et le liquide vomi qui est aqueux et bilieux, présente uno masse de mucus bronchique léger, bien aéré et qui sur- nage.—12 grains de sulfate de quinine, dans sirop de Tolu. 44 Dans la nuit du 18, il y a encore eu un redoublement de fièvre, mais beaucoup plus tard, et qui a duré moins. Dès que le redoublement de fièvre avait commencé, la toux et l'oppression étaient revenues avec force.—Encore 12 grains de sulfate do quinine dans sirop de Tolu. " Dès co moment ce n'est plus qu'une petite fièvre catar- rhale bronchique, facile à conduire. " Comme on l'a vu, d-.ins ce fait toutes les muqueuses, ex- cepté la vésicale peut-èttv, ont été prises les unes après les autres. L'éruption cutanée si fugitive, sous forme de scar- latine, a été très remarquable. Du reste, l'observation tra- ditionnelle a de tout temps constaté la coïncidence d'éry- thèmes de toutes sortes, dans le cours des fièvres muqueuse. Il m'est arrivé plusieurs fois d'être appelé eu consultation pour des fièvres éruptives anormales qui n'étaient pour moi m -« — 42 — que des érythèmes de la paludéenne muqueuse. C'est surtout pendant l'épidémie de 1858 que j'ai observé des faits de cette nature. —ANNEE 1863.— Je n'emprunterai à mon cahier de 1863 qu'une seule ob- servation ; je choisis celle là parce qu'elle a été suivie d'autopsie. Malheureusement, c'est encore un cas fou- droyant : 16me observation. Sorte de choiera tec. tforf foudroyante. Catarrhe congetlifgai tro- duodenalavec éruption folliculeute- " Le 27 auoût 1863,~le petit H. âgé de 7 ans, à l'Asile de" puis plusieurs années, habituellement bien portant, s'était couché après avoir soupe, et sans que rien pût faire suppo- poser qu'il fût souffrant. Vers les 3 heures du matin, le frère du dortoir l'entendit faire des efforts pour vomir ; mais il ne vomit pas. Un pen plus tard, les efforts pour vomir ayant continué, et des coliques avec crampes dans les membres s'étant emparées du petit malade, il fut transporté à l'in- firmerie. La sœur de l'infirmerie, trè3 intelligente et très expéri- mentée, constata que la peau était fraîche et humide, la ngure décomposée, avec lèvres bleuâtres ; un peu plus tard aux crampes se joignirent quelques mouvements con- vulsifs dans les membres, et bientôt des convulsions géné- rales emportaient le petit malade ; à 6 heures L2 il était mort, après 3 ou 4 heures de maladie. " (Autopsie) 7 heures après la mort.—Cadavre : Pâleur extrême de la face, avec quelques vergetures noirâtres. Une vaste ecchymose noire couvre toute la partie posté- rieure du corps, depuis la nuque jusqu'aux cuisses. L abdomen ouvert crucialemeut, ce qui frappe tout oVabord.c est 1 énorme volume du foie qui a envahi même 1 hvpocondre gauche ; sa couleur était lie de vin noirâtre • il était gorgé d un sang noirâtre. Sur la face convexe il y avait 3 ou 4 taches, d'un centimètre de surface, pénétrant (1 un millimètre le parenchyme, et rappelant pour la nuance la decjloratwn du foie dans la fièvre jaune. " L estomac était complètement caché sous le lobe gau- che du toie ; il était comme contracté, revenu sur lui mê no. — 13 — semblait vide, et, pressé entre les doigts, ses parois parais- saient hypertrophiées. Ouvert d'un coup de ciseaux, un liquide noirâtre s'en écoula en petite quantité ; ouvert plus largement on voit dans ce liquide une foule de grumeaux noirs. Lamuqueuse'épaissie formait d'énormes replis ou bour- relets qu'ondéplissaitaisément ; ces replis étaient recouverts d'un mucus épais gris-noiràtre que le dos du scapel enlevait aisément ; dans l'eau, ce mucus allait au fond du vase ; c'était bien le magma lourd caractéristique de h fièvre mu- queuse hématémésique. Au-dessous de lui la muqueuse af- paraissait congestionnée, sous forme de larges plaques rou- geâtres ; épaissie, elle n'était pas très ramollie, mais l'on- gle l'enlevait aisément. Elle ne présentait pas de follicules muqueux bien apparents, excepté vers le pylore oii ils com- mençaient â poindre. —Duodénum,—"Au-delà du pylore, c'était bien autre chose : là des milliers de follicules, sous la forme de petits curps arrondis, durs sous les doigts, simulanf^our l'œil une éruption confluentc de variole, quand les boutons s'arron- dissent. Cette éruption folliculeuse s'étendait à presque toute la longueur du duodénum. Pour la bien voir, il fallait enlever par le raclage et par le lavage la couche épaisse de mucus brunâtre et lourd qui la tapissait. Cette couche do mucus enlevée, on voyait la muqueuse duodénale très rouge, fortement congestionnée, mais peu ou pas ramollie. Je n ai )ourtant pas réussi à obtenir de lambeaux avec la pince ; 'ongle l'enlevait aisément. Le Dr. Borde auquel j'ai mon- tré une portion de co tube duodénal, quelques heures après l'autopsie, trouvait que l'aspect de ces gros follicules ag- glomérés, rappelait les grunulations du pancréas ou des glandes salivaries ; il avait raison.—Au-delà du duodénum, les follicules de Brunner hypertrophiés continuaient à être très nombreux, mais de moins en moins, à mesure qu'on approchait de l'iléon. A deux pieds environ de la valvule, iléo-cœcale, des plaques elliptiques de Peyer commençaient à se montrer, formant une saillie bien sensible à la vue et au toucher ; l'ongle les enlevait avec facilité ; là encore le mucus était abondant, épais et brunâtre. —Cocum.—"Dans le cœcuin il y avait des matières fécales commençantes, répandant beaucoup d odeur, au mi- lieu de débris d'aliments non digéré.', ; on y reconaissait du giromon, mangé au souper de ia veille au soir. La mu- queuse m'en a paru ramollie. —Rate.—"Mes deux mains appliquées 1 une à eôre de — 41 — l'autre ne la recouvraient pas : ainsi, plus de 15 centimè- tres en longueur : c'était donc un rate énorme pour un en- fant de sept ans I Elle était^l'une couleur ardoise, gorgée- desang ; la boue splênique était très ramollie, presque dif- fluente. " ANNEE 1864.—17ÈME OBSERVATION. (Docteur Borde.) Fièvre rémittente quotidi,nne au début— Exacerbante a partir du iccond accet, avec vomittement muqueux—au redoublement du troi- tieme jour, vomit tementt fnoirt— tiupprettion denurinet — Facie» Mippocratique— G ni ri ton âpre» quelque» accident» quinique» fugiiift. 44 Cora B____, petite fille de 6 ans, tempérament nerveux, 14 membres grêles et secs, se portant bien habituellement, " est sujette aux fièvres d'accès. Comme ces fièvres s'accom- 44 pagnent toujours chez elle de vomissements fréquents, 41 j'ai l'habitude de lui faire prendre la quinine en lave- 4< ments, et jusqu'ici je suis toujours parvenu à maîtriser " ainsi les accidents. •" Le 18 juillet 1864, je suis appelé le soir pour cette en- '4 faut. On me dit qu'elle a la fièvre depuis trois heures. '4 Comme je lui en trouve fort peu, et que toutes les fonc- t tions s'accomplissent bien, je ne prescris rien. 44 19 juillet.—Je ne la revois ce jour là qu'à 2 heures. La " fièvre a redoublé depuis le matin. L'enfant a vomi à deux 41 reprises et en abondance un liquide aqueux, pituiteux, au " milieu duquel se'trouvent des matières muqueuses, épais- 44 ses, en pelotons blanchâtres. La peau est chaude; le pouls " plein à 120; soif vive; visage abattu.— Je prescris deux " lavements avec 9 grains de sulfate de quinine chacun; ils 44 sont pris et gardés. Eau glacée pour toute boisson. 44 20 juillet.—L'enfant n'a pas dormi; elle a vomi 14 fois 41 depuis hier soir : mêmes vomissements. Agitation extrê- " me : ne cesse pas un instant de demander à boire; a uriné, 44 a eu une selle naturelle. Chaleur brûlante de la peau; '' pouls au-delà de 130. " Je fais administrer, dans le courant de la journée, qua- " tre clystères de 9 grains de sulfate de quinine, qui sont '" pris et gardés. Vésicatoire à l'épigastre. — Eau de SeItZv " glace, cognac- Donner à boire très peu à la fois. " 21 (troisième jour).—L'enfant a vomi une vingtaine de " fois depuis hier. Les derniers vomissements sont de Veau — 45 — *' d'un brun très foncé, tenant en suspension des pellicule* " noirâtres, comme des dîles de mouches, et, au fond, une " poudre noire, comme du café; il y a même un certain noin- 44 bro de caillots arrondis, plus gros que des têtes d'épin- " gles. Faiblt'fse. abattement extrême; nez pincé, yeux pro- '' fondement excavés. La malade se roule constamment dans " son lit, en se plaignant, en soupirant, en criant qu'on lui " donne à boire; chaleur très vive de la peau; pouls à 140. " L'intelligence reste nette : répond à toutes les questions; '' n'a pas de bourdonnements, ouïe parfaite; a uriné et a eu 41 une selle naturelle, la nuit précédente.—18 grains de sul- 44 fate de quinine, en lavements, pour la journée. " Le soir, le docteur Faget m'est adjoint- — Les vomisse- " mcnts bruns foncés ont continué en abondance—tendance 44 au refroidissement,—pouls petit, très fréquent, respiration 14 suspirieuse,—-faciès hippocratiqne,—pas d'urine depuis le " matin. Nous prescrivons 2 clystères, avec 9 grains de sui- " fate de quinine chacun; frictions avec un gros de sulfate " de quinine en solution dans 4 onces d'eau; potion avec 44 un demi-gros du même sel, en solution dans quatre onces '• d'eau à prendre parcuillerées à dessert, chaque demi-heure; 44 s'arrêter si la surdité est produite. 44 22 juillet (quatrième jour).—Vomissements moins fré- 44 quents; n'a vomi que deux fois, depuis 4 heures du matin. 44 Les matières vomies sont chocobit clair. L'enfant a gardé " les lavements et a vomi presque toutes les cuillerées de la 44 potion, peu de moment après les avoir prises. " Malheureusement, on ne s'est pas aperçu des-troubles '•' qui survenaient du côté de la vue et de l'ouïe et on a con- 44 tinué jusqu'à présent à donner la potion : l'enfant n'y voit " plus du tout: elle n'entend que lorsqu'on parle très haut " tout près de son oreille. La pupille est très largement di- 44 latée, immobile. 41 Soif bien moins vive; langue humide, bonne chaleur, 14 pouls à 130; faciès moins abattu. 44 Nous suspendons la quinine.—Lavement purgatif; lait; 44 beal-tea. Le soir, l'ouïe et la xnie sont revenues. L'enfant " a vomi le beaf-tea, a gardé le lait.—Mieux très prononcé. " 23 juillet (cinquième jour).—Convalescence. " — 16 — 18KME OBSERVATION. (Docteur Borde.) Fièvre rémittente — *tu 1er arrêt, premier ttade fret long, avec état comateux} réaction tardive; au 'id accet, qui rit exacerbant, vomit- lement de couleur chocolat —Convisltiont.—.tlort 41 Petite négresse de 4 ans, sujette aux fièvres intermit- " tentes; elle en a eu deux accès, il y a quinze jours. . 4l Le 18 octobre 1864, après avoir mangé et joué nomme 44 d'habitude, elle tombe de la première marche de l'esca- 44 lier, vers 1 heure de l'après-midi, et se frappe à la tête. " On la relève; elle n'a pas perdu connaissance, ne parait 44 pas souffrir, ne pleure pas, remonte gaîment l'escalier, " continue à parler et à s'amuser jusqu'à 2 heures. Alors, 44 elle parait s'endormir; comme ce n'est pas son habitude, 44 on lui donne du café et une cuillerée de teinture d'arnica 44 dans un verre d'eau. On la couche, et à partir de ce mo- 44 ment, elle tombe dans un état comateux, ne parle plus, 44 semble ne plus voir et ne plus entendre. Je suis appelé à 44 6 heures du soir. Je la trouve couchée sur le côté droit, 44 la main sous la tempe droite; impossible d'en tirer une 14 parole. Quand on la pince, elle retire le membre en criant. 44 Les pupilles sont larges et immobiles; il y a de l'écume 44 entre les lèvres, les mâchoires sont un peu serrées, mais 44 permettent encore de voir la langue qui est humide et 44 belle; il n'y a pas eu de vomissement, pas de selle non 44 plus depuis le matin. La peau a sa température ordinaire, 44 mais le pouls est lent, très inégal, très irrégulier, battant " de 60 à 80 fois. — 2 vésicatoires aux mollets; lavements 44 purgatifs; calomel et santonine, de chaque 3 grains. —44 Dans la nuit, l'enfant a une selle naturelle, reprend 44 connaissance, appelle sa maîtresse, demande à boire. 44 Le lendemain matin 19 octobre, l'enfant est encore as- 44 soupie, mais répond à toutes les questions : elle se plaint 14 beaucoup de la tête. Peau chaude, pouls à 120. 44 La première partie de la journée se passe bien ; l'enfant 44 parle de différentes choses......Mais à 2 heures (second 44 jour,) elle recommence à s'agiter ; la peau devient brû- 44 lante, nous dit-on. La petite malade change à chaque ins- 44 tant de position; elle appelle sa mère morte, elle délire, 44 elle louche par instants...... "Puis brusquement, à 3 heures lj2, elle commence à vo- 14 mir et inonde son drap d'un vomissement chocolat foncé. " Apre* avoir vomi, elle parait soulagée ; elle est plus cal- " me, s'assoupit mais se réveille souvent pour se plaindre. - 47 — 14 Le soir, elle est dans le même état de somnolence, mais " elle répond encore ; elle se plaint toujours de la tête. Plui 44 dejstrabisme, pupilles contractiles ; un peu d'écume à la 44 bouche ; mâchoire toujours un peu serrée ; langue hu- 44 mido, blanchâtre ; peau très chaude, pouls à 140 ; a été 44 à la selle et a uriné à 2 heures. Prescription : un lave- 41 ment avec 12 grains de sulfate de quinine, et une potion de 44 4 onces, avec 30 grains. —" Le soir à 11 heures, convulsions. —4" Le 20, [3ème jour,] je la trouve avec les yeux ha- 44 gards, sans pouls, la peau glacée, la face convulsée, gri- 44 maçante...... —" Morte à 9 heures du matin." " Cette année 1864, je n'ai vu que 4 ou 5 cas de vomisse- ments noirs chez des enfants, dans ma clientelle; je n'en &[ point perdu.—A l'Asile des orphelins, il n'y en a pas eu un seul cas ; à celui des orphelines, j'en ai vu 3 ou 4, qui ont guéri, mais de plus, j'y ai perdu une des religieuses qui a suc- combé à une fièvre de la forme dyssen'érique, avec vomisse. ments noirs. —Aujourd'hui 26 novembre, après 2 jours de glace, lo 22 et le 23, j'ai été appelé en consultation par le Dr. Borde, pour un enfant d'un an, qui, après 4 jours de fièvre rémit- tente avec vomissements muqueux incoercibles, a vomi des matières de couleur chocolat. Il est aujourd'hui, avec le fades quelque peu hippocratique, dans un état comparable à celui d'un cholérique, arrivé à la dégénérescence typhoïde. 11 y a cependant des chances de lo relever. —28 novembre.—Il est en convalescence. — 48 — Remarques. Si je ne'me trompe, les 15 ou* 20 faits dont je viens de donner des extraits suffisent pour montrer, comment on a été amené à admettre l'existence de la fièvre jaune de l'intérieur des terres, sans communication avec aucun foyer de fièvre jaune, et même sansaucuue cause locale d'infection; comment aussi on a été entraîné à croire à la fièvre jaune épidémique des enfants de la ville et des nègres des campagnes : c'est tout simplement qu'on a pris pour des cas de fièvre jaune des cas de la paludéenne hémorrha- gique. Comme on a pu le remarquer, c'est surtout en observant la marcÀe du mouvement fébrile qu'on peut arriver au dia- gnostic: dans la fièvre jaune, cette marche est régulière, continue, rapidement décroissante ; dans la fièvre paludé- enne, la plus continue en apparence, cette marche est plus ou moins rémittente ou exacerbante, ou même intermitt ente. Voici pourtant des exceptions, plus apparentes que réel- les : il y a de ces fièvres paludéennes congestives, bilieuses ou muqueuses, dans lesquelles l'action du poison est tell e- ment septique que la mort arrive au premier accès, quel- quefois même avant que la réaction ait eu le temps de se produire, plus souvent au plus fort de cette réaction, quel- que fois au déclin d'un premier accès ; mais ce dernier cas doit être très rare, puisque je ne l'ai jamais rencontré; l'ab- sence d'accès nouveaux, après le second je l'ai, au contraire, plusieurs fois constatée. Mais ce que j'ai vu très souvent, c'est le succès de la qui- nine, adininistrée à haute dose, dès le début, au milieu des vomissements noirs, aa plus fort de la réaction initiale; suc- cès tel, qu'au déclin du premier accès, la convalescence com- mençait, le mal étant ainsi jugulé; alors, il est tout simple que ce premier accès arrêté court dans sa marche, par le contre-poison, simule parfaitement la marche continue d'a- bord, puis régulièrement et rapidement décroissante de — 49 — notre fièvre jaune : en 1*53 et en 1S58, c'est un phéno- mène que j'ai constaté' un grand nombre de fois. Il y a plus: en opposition avec les faits, si graves qu'ils emportent les malades au milieu, ou au déclin d'un premier accèsjl paraît y avoir d'autres faits si légers,de la paludéenne muqueuse en particulier, que toi>t se borne à ce premier ac- cès, avec vomissements noirs, et que tout rentre dans l'ordre immédiatement, sans qu'on ait donné de la quinine. Je n'ai jamais pu voir de pareils faits, bien entendu, parce que dans de pareilles occasions, ma conscience me force à don- ner de la quinine tout de suite ; mais des confrères dignes de foi, et qui n'avaient pas mes convictions, ont pu être té- moins de faits de cette nature. Maintenant, en admettant que l'observation exacte de la marche du mouvement fébrile seule ne suffise pas toujours, pour établir le diagnostic, il est certain que dans les cas exceptionnels qui restent, l'ensemble des symptômes, leur or- dre d apparition, la marche enfin de la miladie entière, doi- vent suffire amplement pour montrer si l'on a affaire à la fièvre jaune ou à une fièvre paludéenne hémorrhagique. Quoi qu'il en soit, un fait certain, au-dessus de toute con- testation aujourd'hui, ressort de l'observation générale de nos épidémies des dix dernières années, et surtout de l'ob- servation de nos années intermédiaires, non épidéiniques, c'est l'existence d'une espèce muqueuse, du genre palu- déen, espèce parallèle à l'espèce bilieuse, et qui à elle seule embrasse une part très considérable des fièvres de ce pays. J'ai commencé depuis longtemps une' monographie, sur une des variétés, la variété hématémésique, dcècette espèce muqueuse paludéenne ; en attendant que je puisse l'ache- ver, je vais en donner au moins l'introduction. N MOI MEMOIRE. TammjmsdrmrMmEm-Wm\..^'m^3m^LM:m±2 Sur une des Variétés (la variété hématémésique) de U Fièvre Muqueuse Grave de certains pays chauds, marécageux et humides. Verùm.....omnia incassùm, amice lector, nisi simul naturam, species, différentiel», (aut varietates) febrium curandarum probe digno». cas, et, abinvicem, per 8ua«ignadi«crimmiiies. Tortus (auctor lectori suo) ■ ARTICLE I. Mfc ta Fièvre muqneute grave de certaint pay» chaud», marécageux et humide» Les Archives Générales de Médecine ont publié, en 1S58 un mémoire de M. Dutrouleau, sur la fièvre bilieuse des clL mats intertropicaux, souvent prise pour la fièvre jaune aux Antilles, et même en Louisiane; de mon côté, j'ai publié, en 1859, à propos de l'épidémie de la Nouvelle-Orléans de 1858, une brochure, dans laquelle j'ai tâché de montrer que cette épidémie de fièvre jaune s'est compliquée d'une endémo- épidémie paludéenne déforme catarrhede. Après six années de plus d'observation, je crois être en mesure d'exposer succinctement les principaux traits de Tune des variétés de cette fièvre paludéenne catarrhale, ou fièvre muqueuse grave, la variété gastro-intestinale hémor- rhagique, celle qui aété confondue à la Nouvelle-Orléans, avec la fièvre jaune, par la plupart de nos confrères, en 1858? comme elle l'avait été en 1853. Je me sers aujourd'hui de la dénomination de fièvre mu- icusc grave de certains pays chauds et marécageux, parce ; :o celle de fièvre bilieuse grave des climats intertropicaux ;;te parait passée dans la science, et qu'après tout, ces deux lièvres ne sont, à mes yeux, que deux sous-espéces principales d'un même genre, la bilieuse et la muqueuse du genre palu- déen. Selon toutes les probabilités, ce sont des conditions climatologiques, c'est à-dire de sol et de latitude nécessaire- ment variables avec les pays, qui amènent des manifesta- tions, en apparence si éloignées, dans les symptômes de cette même pyrexie, dite grande endémique. D'ailleurs, l'espèce muqueuse, en rapport avec d'autres genres que le paludéen, est une des espèces classiques des fièvres; et, sans parler de la fièvre pituiteuse des anciens, le célèbre traité de Rœde- rer et Wagler, De morbo mucoso, l'a définitivement établie dans la science, depuis le siècle dernier, sous cette dénomi- nation de muqueuse. §1 DÉFINIT) ON. J'entends par fièvre muqueuse grave de certains pays et en particulier de la Nouvelle-Orléans, une pyrexie du genre paludéen qui, sans considération du type, et pouvant les prendre tous, présente pour caractère distinctif une hyper- sécrétion morbide des muqueuses, très particulièrement de la muqueuse gastro-intestinale, avec éruption folliculeuse, et, pour symptômes graves, des phénomènes hémorrhagiques, ataxiques, cérébraux et autres. Cette fièvre muqueuse grave ou hémorrhagique, s'est montrée presque chaque année, à la Nouvelle-Orléans, depuis plus de 15 ans, et dans toutes les saisons, mais généralement sous forme sporadique; deux fois seulement, elle a régné épidémiquement, en 1853 et en 1858, dans l'une de ses variétés, la variété gastro-intestinale, et alors, du mois d'août à la fin d'octobre, saison ordinaire de nos paludéennes, elle s'est rencontrée avec nos deux grandes épidémies de fièvre jaune de ces années là, parvenues elles à leur apogée d jà, leur début datant de juin, c'e,-4-à-dire de deux mois plus tôt; toutes les autres aunéea en l'absence complète de la fièvre jaune, bien que sporadiques les cad s'en sont pourtant muUipliés sensiblement dans les mêmes mois d'août, septembre et octobre, saison toute particulière de nos paludéennes de tous les types. Les environs de la Nouvelle-Orléans, où j'ai rencontré aussi notre muqueuse grave, sont, comme notre ville elle- même, des lieux éminemment palustres; je pense du reste qu'elle ne peut pas exister, pas plus que la bilieuse grave, en dehors des lieux palustres. Bientôt nous verrons que- l'hypertrophie aiguë des follicules gastrointestinaux, avec développement de la rate, est le caractère anatomique de la variété qu'il s'agit d'établir dans ce Mémoire; mais, par analogie, j'admets que ce caractère doit appartenir aux autres variétés de la même espèce et du même genre, que je ne puis qu'indiquer main- tenant. Les symptômes graves, les phénomènes nerveux, hémor- rhagiques et autres, delà fièvre bilieuse intertropicale, M. Dutrouleau les attribue a une altération du sang par la bile. Il est incontestable que l'ictère, et les urines caractéristi. ques de cet état, montrent que certains éléments de la bile y sont passés dans le sang, et, par conséquent, l'hypothèse de M. Dutrouleau peut être soutenue ; mais ce n'est qu'une hypothèse. Dans la fièvre muqueuse grave, une hypothèse analogue n'est plus possible : il s'y produit bien des vomissements et des selles, où du mucus se montre en quantité plus ou moins grande, mais rien ne prouve que tous les éléments de ce mucus ne soient cxcrémentitiels ; ce mucus morbide, épais, onctueux, lourd, sur abondant, nullement récrémentù tiel, est donc le résultat de l'altération du sang, et n'y entre ou n'y rentre pour rien, comme cause des troubles fonc- tionnels. Cette hyperexcrétion muqueuse ne serait elle pas due, au contraire, à un mouvetneut critique de la nature nié- _. :,.i -__ dicatrice ? Soutenir cette idée, ce serait encore faire une hypothèse. Ce qui parait incontestable c'est que l'altération du sang remonte ici jusqu'au principe morbifique lui même. Nous allons, en effet, voir que ce principe morbifique est assez puissant, dans quelques cas, pour tuer presque subitement, et qu'ainsi il doit être le point de départ des accidents, en produisant un empoisonnement, une altération totius subs- tuntiœ. Des considérations précédentes, on peut déjà conclure que la fièvre muqueuse grave, de certains pays chauds et marécageux, n'est comme la bilieuse grave qu'une des formes de i'intoxication paludéenne aiguë, dans ces pays. Après avoir fait mon profit, pour ma brochure de 1859» du remarquable travail de M. Dutrouleau, publié dans les Archives en 1858, j'ai pu compter que ce savant confrère, si familier avec les maladies des Antilles, ferait suivre son mémoire sur la fièvre bilieuse grave d'un autre sur la fièvre muqueuse grave; mais depuis, il a publié son Traité des ma ladies des Européens dans les pays chauds, et la fièvre mu- queuse grave ne s'y trouve pas. . Serait-ce qu'elle est. à peu- près étrangère aux Antilles? Tout ce que je puis dire c'est qu'au contraire, la sous-espèce muqueuse de la Grande Endémique des pays chauds est la plus ordinaire, la plus commune ici, et, qu'elle me paraît jouer dans notre climat, si éminemment humide, marécageux et chaud de la Basse-Louisiane, justement le rôle que joue, dans la zone intratropicale, l'espèce bilieuse. Quant à cette dernière sous-espèce, elle n'est point étrangère à notre cli- mat, tant s'en faut, mais elle y est comparativement rare, du moins à la Nouvelle-Orléans. § I. DIVISIONS ET SUBDIVISIONS. L'étude et l'interprétation des faits de lafièvre paludéen. ne de l'espèce muqueuse, observés par moi à la Nouvelle- Orléans, pendant 20 ans, m'amèneraient, si je pouvais trai- ter ce sujet d'une manière complète, aux divisions sui van- ■ )•) tes : lo. la' fièvre muqueuse thoracique ; 2o. la fièvre mu- queuse abdominale, pour ne rien dire de la Céfiidlupie. La thoracique se subdiviserait en bronchùpie et broncho- pncumonique. Il n'y a pas de médecin, un peu au courant de notre clinique louisianaise, qui n'ait souvent rencontré, chez les enfants surtout, et particulièrement dans la saison des paludéennes, des bronchites graves, avec phénomènes inter- mittents, résistant aux moyens ordinaires, voire même aux larges vésicatoires sur le dos, et qni cèdent comme par en- chantement, au sulfate de quinine, pour unique médication. En 1857, à l'Asile des orphelins, dans le mois de septem- bre, j'ai eu une véritable épidémie, intra-muros, de fièvre paludéenne broncho-pneumon'ique : la rémittence fébrile, avec frissons, était régulière; les crachats étaient muqueux, rouilles, et même quelque fois jus de pruneaux ; l'ausculta- tion faisait percevoir, outre un râle muqueux ou sous-cré- pi tant généralement répandu, des deux côtés et du haut en bas, un véritable souffle tubaire par places ; or, tout ce cortège cédait rapidement à la simple administration du sulfate de quinine, pour toute médication. Cette épidémie catarrhale hémorrfuigique, en l'absence de la fièvre jaune, avait éclatéje puis dire par l'explosion de deux cas fou- droyants de la forme gastro-duodénale, les deux seuls qui aiont été mortels, et qui m'ont révélé, dès le début, par Yexamen cadavérique, à quel ennemi j'avais affaire. Sur une population, alors d'environ 300 enfants mâles, do 1 à 12 ans, et d'une vingtaine de religieux et religieuses, je n'ai jamais eu moins de 30 malades à l'infirmerie, pen- dant les quelques semaines qu'a duré cette épidémie ; une quinzaine de ces malades ont présenté la forme gastro- intestinale. Il va sans dire que, comme tous les médecins de la Nou- velle-Orléans, j'ai eu très souvent l'occasion, dans la prati- que civile, de rencontrer des cas sporadiques de cette palu- déenne broncho-pneumonique. Mais je ne puis qu'indiquer en passant la forme muqueuse thoracique. Quant à la fièvre muejueuse abdomimde, lès sub-divï- sions en seraient les suivantes : la dyssentérique, la ty- phoïde, la gastro-intestinale hémorrhagique (ou hématémé- sique,) et la cholérique. Les médecins étrangers aux pays chauds et marécageux ne manqueront pas, sans doute, pour la plupart, d'imaginer tout d'abord qu'il s'agit là simplement de dyssenteries, de fièvres typhoïdes, de fièvres jaunes, et de choléras ; ceux des pays de marais n'y verront peut-être que des formes variées de la fièvre paludéenne. Je fais comme ces derniers, mais je vais plus loin ' pour moi, toutes ces variétés diverses doivent être caractérisées anatomiquement par l'hypertrophie aiguë, ou plutôt par l'éruption des cryptes mucipares de la tunique gastro-intes tinale, et, doivent dépendre, en partie, sinon complètement de la région gastro-intestinale où se fait l'éruption de ces cryptes-mucipares. Est-ce dans le gros intestin, et surtout vers la fin du rec- tum, que se fait la fluxion folliculeuse, avec ténesme et glai- res sanguinolentes ? c'est la variété dyssentérique. Sont-ce principalement, les plaques de Peyer qui sont af- fectées, avec ou sans congestion hypertrophique du foie et de la rate ? c'est la variété typhoïde. Sont-ce plus particulièrement les follicules isolés gastro- intestinaux, et surtout gastro-duodênaux ? Vous avez enfin la variété fièvre jaune ou la variété choléra, selon que l'hypersécrétion morbide est mucoso-hémorrhagique ou mu- coso-séieuse. Je n'ai d'autopsies que pour la démonstration de ces deux dernières variétés, YMmorrhagique et la séreuse, au- trement dites Y hématémésique et la cholérique, les deux plus graves, celles que l'on confond souvent avec la fièvre jaune et le choléra ; je laisse à l'avenir le soin de fournir les preuves anatomiques des deux autres, car je ne doute pas qu'on n'y arrive. Et même, comme complication,*les lé- sions anatomiques des formes dyssentérique et typhoïde, ont été constatées dans plu-ieurs de nos autopsies. En attendant, Yanayogie permet de les admettre toutos quatre, et d'autant mieux que l'observation clinique mon. tre, non-seulement qu'elles se mêlent les unes aux autres, qu'elles marchent ensemble, mais qu'elles se transforment avec une extrême facilit ■, les unes dans les autres ; ce que ne peuvent faire évidemment que de simples variétés d'une même lièvre. Devèze a très bien vu aux. Antilles ce que nous disons là, mais il l'a mal interprété, surtout quand il s'est laisssé en- traîner à confondre même la vraie fièvre jaune, avec di- verses formes do la paludéenne abdominale bilieuse de3 pays chauds ; le passage suivant, page 196, de son traita de la fièvre jaune, en fait foi î "Quand la fièvre jaune règne aux " Antilles, les habitants de ces îles sont exposés aux inter- " mittentes, aux rémittentes bilieuses, aux dyssenterics et au 44 typhus. Elle peut se changer en ces fièvres, comme ces mala- 44 dies se changer en elle. Enfin, quoiqu'elle prenne habituel- lement le type rémittent, elle peut cepen lant revêtir le 44 type continu, et même lo type intermittent." Excepté la cholérique, Devèze a donc observé aux An- tilles la dyssentérique, la typhoïde, l'hématémésique, c'est- à-dire toutes les variétés de la paludéenne abdominale, moins une ; seulement, il a dû les observer plus particulièrement sous les formes de l'espèce bilieusr-hé morrhagique, l'espèce qu'a décrite M. Dutrouleau, la plus facile peut-être à confon- dre avec la fièvre jaune, quand elle prend la marche pseu do continu-, celle en effet que Devèze et Pugnet ont pri-v pour la fièvre jaune. Quoi qu'il en soit, je n'ai rencontré la cholérique, qu'à l'état sporadique ; mais plusieurs autopsies m'ont perur- d'en avoir la démonstration anatomique. Ici, j'ai besoin de présenter brièvement le résumé de quel- ques faits, pour montrer par quelles phases j'ai passé, et comment mon opinion s'est fixée sur ce sujet. Il y a p^us de 16 ans que j'ai observé mes premiers faits de paludéenne cholérique ; c'était en mars 1818.—Un enfant, jouissant le matin delà meilleure santé, revient de l'école, dîne mal, et o bientôt, dans la soirée, sans aucun signe prémonitoire, tombe en proie aux accidents cholériques les plus formidables ; avant la fin de la nuit il était emporté dans une convul- sion. Quelques jours auparavant, un de ses jeunes frères était mort de la même manière. Au second mort, la famille épouvantée crut qu'on empoisonnait ses enfants, et m'ad- joignit plusieurs confrères pour l'autopsie. A ce momeut là, il n'était nulle part question de choléra à Ja Nouvelle- Orléans. Dans cette première autopsie, nous constatâmes cepen- dant toutes les lésions anatomiques du choléra, partout dé- crites, et par conséquent l'altération suivante, qui ne fixa point alors suffisamment notre attention, et dont je ne puis donner une meilleure idée qu'en reproduisant l'extrait sui- vant du compendium : 44.... Une altération qui a été constatée par tous les ob- 44 servateurs, (dans le choléra,) c'est la production de cor- ltj)uscules plus ou moins apparents____dans l'estomac, le 14 duodénum, le jéjunum, et surtout dans l'iléon, le ccecum 44 et l'intestin colon, qui peuvent à peine être distingués à 44 l'œil nu chez certains sujets; qui acquièrent, chez le plus " grand nombre, un volume égal à celui d'un grain de milr 44 de chenevis, ou d'une tête d'épingle; qui sont durs, opaques, 44 difficiles à écraser sous le doigt ; qui paraissent quelque- " fois, mais non toujours, percés d'un pertuis central ; qui " vus à contre jour au soleil donnent à l'intestin un aspect 44 granulé semblable à celui de la peau chez les sujets affectés 44 de la gale .... qui incisés paraissent formés d'un tissu "homogène, imbibé de liquide, et s'affaissent au point de 44 laisser à peine une petite élevure aplatie de la muqueuse, " au point qu'ils occupaient----" Nous restâmes tous con- vaincus que nous venions de faire une autopsie de choléra foudroyant. Deux années plus tard, dans le mois d'octobre 1«50, à quelques milles de la ville, sur les bords du fleuve, un enfant de 2 ans eut pendant le travail dentaire un accès de fièvre un jeudi, assez violent pour provoquer une convulsion; nuaiuî — .7.) — je vis l'enfant, la convulsion était passée, et la fièvre modé- rée. Comme nous étions encore en octobre, et*sur les bords du fleuve, je prescrivis du sulfate de quinine. Le samedi, on me rappelait pour ce même enfant : après ma viske du jeudi, il était allé de mieux en mieux, en sorte qu'on avait jugé à proposde ne lui administrer la quinine, ni le jeudi, ni le vendredi, comme je l'avais recommandé ; un second ac- cès, tierce par conséquent , était survenu ce 3ème jour, mais, ce second accès sous forme cholérique ; il était trop tard pour faire absorber la quinine par aucune voie ; mal- gré tous mes efforts, la nuit suivante, l'enfant ^succombait dans une convulsion. Pendant cette même nuit, une autre petite fille, sœur aî- née de la précédente, âgée de 4 ans, était prise subitement d'accidents cholériques, comme les enfants que j'avais vu mourir en 1848 ; on crut à une empoisonnement et on m'adjoignit le Dr. Natili. Eclairés par le cas précédent, nous fîmes tout ce qui était possible pour faire absorber de la quinine, par toutes les voies, mais inutilement : l'en- fant mourait le lendemain et les parents fortifiés dans leurs soupçons d'empoisonnement, demandèrent l'examen du ca- davre. Cette seconde autopsie m'a singulièrement éclairé. Nous constatâmes, Natili et moi, dans toute la lon- gueur du tube digestif, un ramollissement de la muqueuse, &vccaspect granulé, c'est-à-dire avec cette éruption decorpus. cules dont le compendium a donné une description si complète à propos du choléra,et, deplus,sur différents points delà mu- queuse de l'estomac et de l'intestin grêle, des plaques gra- nulées ou piquetées de noir, desquelles il semblait que le sang allait sourdre ; en sorte que, si l'enfant eût vécu quelques heures de plus, nous eussions vu des grumeaux noirs dans les matières vomies, et, des selles "noires avec du sung au- raient eu lieu. Quelques jours plus tard, danscette même famille, une troisième petite fille, de 7 ans, tombait en proie aux mêmes accidents cholériformes ; on réusssissait enfin, avec les plus grandes difficultés, à lui faire garder de bonne heure — 60 — de la quinine, et après de terribles dangers, elle était sau- vée. Vers le même temps, en ville, dans une autre famille dont les enfants ont présenté aussi, ce qui n'est pas rare ici, ce triste privilège d'une prédisposition toute paiiicu- lière aux affections paludéennes graves, j'ai eu la douleur d'en voir mourir plusieurs de cette maladie. Pour le troi- sième enfant, mieux averti, mieux éclairé, j'avais réussi à faire absorber de la quinine, dès le début, mais je n'obtins ainsi qu'une prolongation de la lutte il y eut dêjcnéresccn- se typhoïde et l'enfant mourut. Cette fois encore on crut à un empoisonnement, et nous pûmes, car ce n'est guère qu'alors qu'on obtient ici de faire des autopsies dans les fa- milles, nous pûmes ouvrir le cadavre. L'enfant avait résis- té plus de quinze jours. • Nous trouvâmes les tuniques intestinales, à peu près ex- sangues et translucides; la muqueuse qui nous parut très ramollie et amincie dans toute son étendue, présentait par- tout ces petites granulations, sur la nature desquelles j'étais loin d'être fixé alors. Les plaques de Peyer, surtout, étaient saillantes et ramollies. La famille à laquelle appartenait cette enfant n'a pu conserver qu'une petite fille; les autres enfants, 3 ou 4, sont morts de cette même affection; or, cette petite fille, plu- sieurs fois déjà, a failli mourir de cette même fièvre, tantôt sous la forme cfwlérique, tantôt sous la forme hématémési- que, et n'a été conservée que grâce à la quinine adminis- trée hardiment dès le début. L'enseignement que je devais tirer de ces faits divers était assez clair : ces faits appartenaient évidemment à Y empoisonnement paludéen de forme cholérique. Mais, je restais dans le doute sur le compte des corpus- cules ou granulations qui existaient k la surface de la mu- queuse gastro-intestinale des sujets ouverts. Il faut convenir que le Compendium, qui m'a d'abord servi de guide, ne jette sur eux qu'une lueur bien vague. Voici ce qu'il en dit : — fil — 44 11 y a eu discussion, endc les anatomo-p;tthîes, 44 sur la question de savoir si ces corpuscules Font simple4 44 ment des papilles intestinales i\&\\> un état de tuméfaction, " ou s'ils résultent du «ronflement des follicules pri tendus de 44 Brunner, dont M. Natalis Guillot a tout récemment nié 41 l'existence Quelques observateurs. M. Magendie et M. " Velpeau entre autres, prétendent que le développement de 44 ces cor}>v seul es a Uni chez des sujets ayant succombé à 44 toute autre affection que le choléra; que ce nVst point une 14.affection rare; ils pensent r/z/W/c est naturelle, que seule- 44 ment, toutes les maladies avec appel des fluides vers les 44 intestins l'augmentent. " (Page 213 du 2d volume.) Puis, un peu plus loin : Ces corpuscules ou tubercules ne seraient autre chose 44 que le dévrlop/irment d3 - été décrite? Il faudrait, pour répondre à cette question une érudition plus grande que la mienne. Tout ce que je puis dire c'est que les quelques recherches bibliographiques que j'ai pu faire jusqu'ici ne m'ont fait soupçonner, sinon reconnaître cette variété de fièvre grave que sur un seul point du globe, la Basse-Egypte, si semblable à la Basse- Louisiane : Prosper Alpin, dans le XVlème siècle, sous le nom de Dem-cl-Mouia, Pugnet, pendant la célèbre campa- gne d'Egypte en 1798, au Caire même, me paraissent avoir vu cette étrange maladie. Or. le Caire et la Nouvelle- Orléans, situés non loin des embouchures marécageuses des deux grands fleuves du monde les plus analogues, le Nil et le Mississipi, sont à égale distance de l'équateur, tous deux à peu près sur le 30me» degré de latitude, c'est-à-dire sur une même courbe isotherme, un peu irrégulière de l'hémis- phère boréal. La, fièvre bilieuse grave ou hémorrhagique a autrefois été confondue, aux Antilles, avec la fièvre jaune, par Devèze f Pugnet et Chervin; tout dernièrement encore sa variété hé- maturique était appelée à la Guadeloupe, fièvre jaune des créoles et des acclimaté >\ De même, la fièvre muqueuse grave (variété hématémé- sique, Y hématurie y étant remplacée par Yhématémèsc dans cette variété hématémésique), a été confondue à la Nouvelle. Orléans, avec la fièvre jaune, et,' par malheur très large- ment, pendant les épidémies de 1853 et de 1S58; c'est ce qui y a fait croire un moment, contre l'opinion tradition- nelle, à la fièvre jaune épidémique des enfants créoles de la J\lo u vette- Orléans. L'étude de cette variété hématémésique de la fièvre palu- déenne muqueuse est donc d'une très grande importance pratique; c'est d'elle que nous allous nous occuper. -■- f.l — AKTlCLi: 11. \*ariftt hétrtati >mitiqnf de ta paludéenne ;nuq%ten»€. DESCRIPTION ANALYTIQUE. Il y a, pour cette variété, une catégorie de cas légers; il ne sera ici question que des graves. Pour en faire la descriptio i. jo suis tivs riche do faits cliniques, très pauvre, au contraire dùfiits n'icroscopiques- Tandis que je n'ai pu faire qu'une douzaine d'autopsies, j'ai vu des malades par centaine-*, dans le cours des endémo-épi- démiesde 1853. et 1858 surtout; les années intermédiaires, et les suivantes, non épidémique-:, j'ai pu eaev)re prendre beau- coup de notes. Malheureusement, je suis loin d'en avoir pris sur tous les faits que j'ai vus; cependant, j'en ai sur plus de cent malades, recueillies pendant plus de dix années, et, c'est sur l'étude analyti |ue de ces notes et observations qu'est basée l'exposition qui va suivre. § ALTÉRATIONS ANATOMIQUES. Je n'ai pu faire d'autopsies qu'à l'Asile des orphelins; les lésions anatomiques que je vais tâcher de présenter succinc- tement n'ont donc été constatées que dans des cadavres d'enfants, généralement de 4 à 12 ans; j'en ai ouvert plus de 12; je n'ai de notes que sur 8. A l'extérieur, ces cadavres n'ont jamais présenté une véritable teinte jaune; c'était plutôt une teinte pfde et bla- farde, semîe çà et là de vergjtures violacées ou noires. Sur quelques rares cadavres cependant, en comptant ceux des enfants morts en ville, une teinte sub-ictérique très légère était incontestable; mais elle avait existé au même degré pendant la vie, était de nature bilieuse, due au tempérament dans ces cas exceptionnels, et surtout n'avait certainement pas augmenté après la mort, comme il arrive toujours dans notre fièvre jaune, où deviennent jaunes tous les cadavres, même ceux des malades qui pendant leur vie, n'ont point présenté de jaunisse du tout. — 65 — C'est sur les parties supérieures ou antérieures du cada- vre qu'on voit les vergetures noires dont j'ai parlé plus haut, à la face par exemple, avec lèvres bleuâtres; sur les parties déclives, au lieu de simples vergetures, ce n'est plus qu'une vaste ecchymose noire qui les envahit toutes; géné- ralement le dos et les lombes sont noirs, dans toute leur étendue. Une fois, l'un des deux avant-bras était noir dans tout son pourtour, en sorte qu'on eût dit qu'il était enfoncé dans un sombre gantelet; probablement cet avant-bras était resté pendant en dehors du lit. Il ne s'agit là d'ailleurs que d'un phénomène de congestion passive, mais qui suit la mort de très près; mes autopsies à l'Asile ont été faites très peu d'heures après la mort; une fois, trois heures seu- lement. Estomac—D'ordinaire peu développé, il était revenu sur lui-même, comme contracture. Le liquide contenu était va- riable quant à la couleur et à la consistance : c'était une eau brunâtre, ou vert de bouteille, ou chocolat, ou tout à fait noirâtre, ayant laissé déposer une masse de mucus lourd, et tenant en suspension des grumeaux noirs, bien reconnais- sablés pour de petits caillots de sang, noircis par les liqui- des de l'estomac, lesquels liquides étaient acides au papier de tournesol; une fois, il y avait de gros caillots de sang de- meuré rouge, et le papier de tournesol rougissait à peine. Un pareil liquide, dans ces nuances brunes, rejeté pendant la vie, constitue ce que les neuf-dixièmes de nos confrères appellent vomissement noir, black vomit. Les liquides contenus dans l'estomac, s'étant écoulés au dehors, la face interne de cet organe offrait à l'observation les choses les plus remarquables : la muqueuse toute plissée sur elle-même, par suite de la contructure de la musculeuse présentait desanfractuosités profondes et multipliées, surtout en approchant du pylore; ces anfractuosités et leurs bords étaient tapissés d'une couche épaisse et adhérente de mucus. Ce mucus m'a d'abord trompé, car j'ai commencé par le prendre pour la muqueuse elle-même réduite en putrilage. Enfin, le mucus enlevé par le lavage, ce qui m'a le plus i* — 66 -- vivement frappé, sous forme d'éruption, c'est l'apparition de follicules muqueux de l'estomac que je n'ai jamais vus que dans des autopsies de cette maladie là. Ces follicules, si bien nommés cryptes mucipares, sont en effet, si peu visibles dans l'estomac, à l'état normal que 14 M. le professeur Cruveilhier a longtemps douté de leur 44 existence, et qu'Haller ne les a vus qu'une fois ou deux : 14 neque rejici debeut, et sinon seni;ur possint ostendi. " Ainsi, de même que les follicules sébacés ne paraissent pas sur une peau saine, et qu'ils deviennent très apparents» quand cette peau est affectée d'acné, de même les cryptes mucipares de l'estomac, tout à fait cachés à l'état normal dans l'épaisseur de leur muqueuse, deviennent par une sorte de congestion hypertrophique, très visibles et tangiblesj dans la maladie qui nous occupe, et en constituent un des caractères anatomiques. C'est surtout dans la moitié pylorique de l'estomac que j'ai vu ces follicules muqueux sous forme de petits corps ar- rondis, aplatis, percés d'un trou central, et assez compa- rables aux boutons de la varicelle; quelquefois l'éruption en était discrète, d'autres fois confîuente au voisinage du pylore. Dans la région cardiaque, au grand cul-de-sac, une fois j'ai vu l'éruption folliculeuse, sous forme de petits points noirs agglomérés, reproduisant l'apparence d'un menton rasé depuis peu d'heure3. Il- était impossible de n'en pas conclure une grande différence entre les follicules de la ré- gion cardiaque et ceux de la région pylorique. Or, je viens de lire dans la Physiologie de M. Béclard que tous ces fol- licules de l'estomac sont des glandes en tubes, glandes de Lieberkuhn, mais de deux sortes : celles du grand cul-de- sac seraient les glandes du suc gastrique, les autres des glandes à mucus. Quant à la consistance de Ja muqueuse gastrique dans les autopsies que j'ai faites, à une température moyenne de 30 degrés centigrades, mais très peu d'heures après la mort, voici ce que je puis dire : j'ai essayé avec des pinces d'ob- — c: — tenir des lambeaux, et jamais je n'y ai réussi; avec l'ongle, d'un autre côté, il m'a toujours semblé qu'elle s'enlevait aisément. La couleur de la muqueuse état variable : d'une manière générale, je puis dire qu'après lavage, elle était d'un blanc grisâtre, avec plaques rouges ou noirâtres, saignantes sous la pression du scalpel, disséminées ça et là, et dues évidem- ment à de la congestion veineuse. Lorsque j'ai parlé de tuniques gastro-intestinales exsan- gues, dans les quelques mots que j'ai consacrés à l'anatomie pathologique, dans ma brochure sur cette fièvre paludéenne catarrhale, • c'était à mes autopsies de la forme séreuse ou cholérique que jo pensais alors, et, je m'exprimais ainsi pour faire contraste avec la turgescence veineuse habituelle des tuniques intestinales dans la fièvre jaune. Duodénum. — Dans la première partie du duodénum, celle qui fait suite au pylore, l'éruption folliculeuse était bien plus manifeste encore que dans l'estomac, et, n'a jamais manqué; là, c'était une véritable éruption, toujours confiuen- te; la couche de mucui qui la recouvrait était épaisse et adhérente. Audessous, on trouvait la muqueuse quelque fois grisâtre, d'autres fois très rouge, très congestionnée, et ramollie en ce sens que Yonfie y emportait pièce, et que la pince n'y pouvait pas détacher de lambeaux. Intestin grêle.—A mesure qu'on descendait dan3 le petit intestin, Y éruption folliculeuse devenait plus discrète et l'on ne rencontrait plus que quelques follicules isolés, de plus en plus rares. Très haut dans l'intestin grêle, j'ai quelque fois trouvé des plaques agminées, ou plaques elliptiques de Pcyer, bien dessinées, mais sans former saillie, et présentant à leur sur- face uno apparence de petits points noirs agglomérés; tan- dis qne dans le voisinage de la valvule iléo-cœcale il y en ■ avait à peine quelques unes dt visibles, et quelquefois sous forme arrondie. Plus souvent, c'est en approchant de cette valvule que les plaques agminées elliptiques étaien bien vi- sibles et nombreuses; elles étaient plus ramollies que les — Os — parties voisines de la muqueuse, à en juger par la facilité: de l'ongle à y emporter pièce. Ganglions raésentériques.—Ils m'ont paru avoir leur vo_ lume normal, mais quelquefois être plus rouges, plus engor. gés qu'à l'ordinaire. Gros intestin.—Là aussi les follicules isolés se sont mon- trés en grand nombre, et la muqueuse ramollie et recouverte d'une couche épaisse de mucus. Chez un enfant de 6 ans, mort le sixième jour de la ma- ladie, et chez lequel les valvules conniventes du jéjunum, comme infiltrées, étaient tapissées d'un mucus jaune safrané, il y avait dans l'S iliaque du mucus en masse, grisâtre, épais, recouvrant de très petits follicules lesquels rappelaient l'as- pect d'un menton fraîchement rasé, comme ceux du grand cul-de sac de l'estomac. Or, ces derniers seraient, dit-on, les glandes du suc gastrique. Est-ce qu'il y aurait donc dans l'S iliaque des glandes en tubes, analogues aux glandes du suc gastrique, et, pourrait-on espérer pour les lavements nutri- tifs quelque élaboration analogue à celle qui se fait dans l'estomac, par le suc gastrique ? Dans un des derniers cadavres que j'ai ouverts, j'ai trouvé dans le cœcum, après lavage, deux trico-céphales; leur long appendice, sous forme de cheveu et qui porte la tête, était enfoncé entre les tuniques intestinales, et parallèlement à ces tuniques, comme pourrait l'être une épingle introduite sous l'épiderme de la paume de la main, parallèlement au derme. Je n'y ai jamais trouvé d'autres vers, pas même de lom- brics et d'ascarides, si communs dans ce pays; on sait pour- tant que les complications vermineuses ne sont pas rares dans les fièvres muqueuses. Rate.—Chez l'enfant de 6 ans dont nous venons de par- ler la rate n'avait que 7 centimètres sur 5; mais en général, elle était très hypertrophiée : par exemple, chez un autre enfant de 6 ans, elle avait 13 centimètres en longueur sur 9 en largeur; chez nn autre de 10 ans, 15 sur 11; enfin, chez le dernier que j'ai ouvert, en août 1863, et qui avait 7 ans, -- fil! la longueur de la rate dépassait 16 centimètres. La boue splênique était toujours très ramollie, difïïuente et noire. En 1859, à la suite d'un cas foudroyant, dans la clientèle du docteur d'Aquin, dans une autopsie à laquelle j'assistais avec le docteur Borde, nous avons aperçu distinctement, au milieu de la boue splênique noire et diffiuente d'une rate hypertrophiée, une foule de petites granulations blanchâtres qui ne pouvaient être que les granulations ou vésicules de Malpighi, niées chez l'homme par M. Creveilhier, du moins pour l'état normal. Dans ce dernier cadavre aussi, l'érup- tion folliculeuse gastro-intestinale était très remarquable. Mc3 deux confrères déclaraient qu'ils n'avaient jamais rien vu de semblable auparavant. Foie.—H m'a paru 4 fois sur 8 avoir conservé son volume normal, 2 fois il l'avait dépassé un peu, et 2 fois de beau- coup. La coloration en était très variable et ne présentait rien de très particulier; une fois cependant la face inférieure était d'un gris de plomb. Le plus ordinairement, le foie était d'une couleur très brune, lie de vin foncée, et comme gorgé de sang. Mais ce qui m'a paru le plus digne d'être noté, et ce qui l'a été 5 fois sur 8, c'est la présence, sur la face convexe, de une, deux ou trois taches jaune pâle, de 2 à 3 centimètres de largeur et pénétrant de quelques millimètres dans l'épais. seur du parenchyme. Ces taches, qu'on peut je crois appeler taches anhémiques, rappelaient très bien la décoloration du foie dans la fièvre jaune. Dans un seul de ces foies, au lieu de simples petites taches superficielles, la décolaration an. hémique avait envahi le parenchyme hépatique dans toute son épaisseur, en sorte qu'il représentait exactement un foie de fièvre jaune, c'est-à-dire cette dégénérescence dite graisseuse jaune par les micrographes, et qu'on regarde déjà, sans doute un peu trop vite, comme la lésion anatomi- que spécifique et caractéristique de cette fièvre. Et tandis que l'un des enfants, dont le foie n'a présenté que une à deux taches, avait résisté près d'un septénaire, cet autre enfant, dont le foie était de ce jaune pâle dans toute son épaisseur, n'avait pas résisté un jour; il avait été foudroyé, et, dans l'estomac et le duodéimm, Y éruption folliculeuse était confiuente. ' Reins.—La seule chose que j'aie notée, deux fois, dans les reins, c'est la décoloration de la substance corticale. Vts-de.—Elle contenait ordinairement une très notable quantité d'urine; en sorte que la sécrétion urinaire, on peut le dire, non seulement n'avait pas été supprimée, mais, si quelquefois il y a eu rétention, elle n'avait pas même été diminuée. § II. MARCHE DU MOUVEMENT FÉBRILE. La fièvre muqueuse grave de la Nouvelle-Orléans, peut revêtir tous les types, c'est-à-dire l'intermittent, le rémittent et le continu des écrivains contemporains. A propos de ce troisième type, quelques remarques sont nécessaires. Que, dans des cas légers, même accompagnés des vomisse jïients muqueux caractéristiques, avec grumeaux noirs, on ait vu le mouvement fébrile suivre une marche soutenue, puis bientôt décroître régulièrement aussi, sans redouble. ments, sans paroxysmes, et disparaître, sans que la quinine ait été administrée, je n'ai pas le droit de le nier; mais, ces faits doivent être exceptionnels, parce que l'intermittence, règle générale, est d'autant plus marquée que la gravité du cas est moindre. La continuité du mouvement fébrile, au contraire, est d'autant mieux soutenue, toutes choses égales d'ailleurs que le cas doit être plus sérieux, et alors, si on n'administre pas la quinine, à hautes doses, dès le début, loin que ce soit une continuité régulière et décroissante qu'on observe, c'est plutôt une suite de redoublements; en sorte qu'au lieu de la rémittence ou de la simple continuité de la fièvre, c'est une série d'exacerbations qu'on constate. — 71 — Pour moi, dans des cas qui menaçaient d'être graves, si j'ai vu quelquefois le mouvement fébrile se soutenir un peu, puis décroître régulièrement et disparaître, sans redouble- ments subséquents, sans paroxysmes, j'sa pensé que tout sim- plement, dans ces cas là, la fièvre avait été jugulée, pour me servir de l'expression de Torti, jugulée par la quinine, ad- ministrée hardiment et à hautes doses, dès le début, sans attendre la moindre rémission. En jetant lc3yeux sur le Lignum Febrium de Torti, on voit qu'il a recouvert complètement de Yécorce {cortice, de l'écorce par excellence) les branches fébriles où l'intermittence est parfaite, incomplètement celles où il n'y a que de la remit- tence, et qu'enfin il représente sans écorce celles qu'il ap pelle continues continentes (quas jugulare nequit in dxL bratis). Do cette simple vue, il résulte que les continues continen- tes ne sont jamais des fièvres à qninquina pour Torti; les intermittentes franches, {quas jugulât cortex, in ramis cor tice tectis), sont seules jugulées par l'écorce, et, les intermé- diaires pour la marche fébrile, c'est-à-dire les rémittentes et les proportionnées, sont intermédiaires aussi pour le traitement, {média sorte fruuntur). Les paludéennes, ou fièvres à quinquina, les plus conti- nues en apparence, seraient donc toujours des pseudo-conti. nues, pour nous servir de l'expression de M. Maillot. En d'autres termes, il n'y aurait pas de vraie paludéene grave ou fièvre à quinquina des Italiens, vraiment continue, conti- nente. Tel est, pour moi du moins, l'enseignement de Torti. Co qui est positif, c'est que les faits de fièvre muqueuse grave, observés par moi à la Louisiane, pendant près de vingt ans, ne se partagent bien que sous deux tjpes, l'inter- mittent et le pseudo-continu. h'intermittent peut se subdiviser en intermittent propre- ment dit et rémittent; le pseudo-continu en sub-intrant et exacerbant. Sous lé type intermittent se rangent surtout des tierces et — 72 des doiddes-tierecs; sous le pseudo-continu, des quotidiennes ou plutôt des doubles, et même des triples et quadruples- tierces. PARALLELE DES DEUX FIEVRES ÉTUDIÉES DANS CE TRAVAIL. DERNIÈRES. CONCLUSIONS. La fièvre jaune et la fièvre paludéenne hémorrhagique, si semblables quelquefois dans leurs manifestations exté- rieures, présentent au fond les différences les plus réelles, les plus essentielles; je vais tâcher d'en résumer ici quelques unes, le plus brièvement possible. Comme toutes les pyrexie3 ou fièvres, celles-ci sont ducs à une intoxication du sang; mais le poison d'où émane cette intoxication, en d'autres termes le principe morbifique, est certainement dans l'une très différent de ce qu'il est dans l'autre; de là les oppositions profondes qui les séparent. La fièvre jaune, comme le choléra, comme la peste, est une fièvre, sut generis, toujours la même, constituant à elle seule une espèce morbide, ne relevant d'aucun genre plus gé- néral, mais ne renfermant pas non plus do sous-espèces. A peine peut-on arriver à des variétés de la fièvre jaune, sui- vant les pays où elle est transportée, ou, pour le même pays suivant les constitutions médicales des années épidéniiques où elle est observée. La fièvre paludéenne hémorrhagique, au contraire, est une espèce morbide qui, d'une part, relève d'un genre plus général, le paludéen, et de l'autre, se subdivise au moins en deux sous-espèces, la bilieuse et la muqueuse.... J'avoue que j'aimerais pourtant uufc premièr.e^rande-et triple division de la [paludéenne, comme de toutes les fiè- vres, en céphalique, thoracique et abdominale..,. Les formes de la paludéenne hémorrhagique sont d'ail- leurs tellement mobiles qu'elle peut simuler bien des mala- dies : la fièvre jaune, le choléra, la dyssenterie, la fièvre ty- Q — 2 — phoide et même le typhus, sans parler de la fièvre àrechûte> de l'ictère grave, du purpura hémorrhagique fébrile etc».... C'est cette mobilité de formes qui explique commeut Devèze a cru à la possibilité de métamorphoses de toutes ces maladies les unes dans les autres. Pour la fièvre jaune, quand on s'efforce de dissiper le3 obscurités de son berceau, ou arrive à une origine non seu- lement maritime, mais navale : il y a des exemples de fièvre jaune née à bord de navires, en pleine mer, sans communi- cation antérieure avec aucun autre foyer suspect; j'en ai cité deux dans ma quatrième lettre, celui du Général Green en 1799 et celui du Hibbert en 1808 (page 7)'. J'ai cité aussi deux autres faits analogues observés sur le Mississipi, celui de la barque Flora en 1852, et celui du Virginia en 1864. Sans se risquer beaucoup, on peut affirmer que tou- tes les épidémies de l'Europe, sont sorties de navires, et même de cales de navires, venant des mers tropicales. J'ose soutenir la même origine de la fièvre jaune pour toutes les épidémies du continent nord de l'Amérique, au dessus du 26ème degré de l'hémisphère boréal----Il est probable qu'il en doit être de même pour l'Amérique du Sud, à partir du degré correspondant de Fhémi-sphère austral---A la Havane et à Rio-Janeiro, si voisines l'une du tropique du Cancer, l'autre du Capricorne, les choses resteront long- temps douteuses.... Mais, aux Etats-Unis, dans les Etats du Sud les plus au sud, j'ai la conviction qu'on tiendra à distance la fièvre jaune, quand on voudra y mettre en pra- tique les mesures quarantenaires, dont l'épreuve a déjà été - faite- l'expérience acquise même par les Etats du Nord est assez encourageante déjà pour que ceux du Sud veuillent bien les imiter, surtout avec les perfectionnements quon ueut y apporter. Quant à la fièvre paludéenne hémorrhagique, sa source est dans les marais, dans les marais toujours, et particulière- ment pendant la saison la plus chaude. Pour les deux fièvres, les principes morbifiques provien- nent de la fermentation de matières orgfmupics, sous 1 ae- __ o__ Uon de la chaleur et de l'humidité, au contact de l'atmos phère; pour la paludéenne, les matières organiques en fer-' mentation sont surtout de nature végétale; pour la fièvre- jaune, peut-être de nature animale surtout. Le principe morbifique une fois existant, dans la cale d'un navire pour la fièvre jaune, dans un marais pour la paludéenne, il est clair que la manière la plus sure de l'ab- sorber, c'est de venir se plonger dans l'atmo3phère, dans l'air, soit de la cale, soit du marais. Mais cet air de la cale ou du marais, à l'aide des vents» peut lui-même voyager; il y a en effet des exemples certains de fièvre jaune et de fièvre paludéenne, à des distances plus ou moins grandes [de leurs foyers respectifs, plus grandes probablement pour la paludéenne que pour la fièvre jaune. Quand une endémo-épidémie paludéenne éclate dans une grande ville, plongée dans les marécages, comme la Nouvelle Orléans, les cas particuliers s'en manifestent à la fois dans tous les quartiers; au contraire, la fièvre jaune épidémique procède pas à pas, sans interceptions, lentement, d'un seul point s'il n'y a qu'un navire contaminé, de plusieurs s'il y en a plusieurs : en 1853 et en 1858, il a fallu des semaines au foyer épidémique pour pousser ses rayons aux extrémités opposées de notre ville, tandis que l'endémie paludéenne y était apparue partout à la fois. La question de contagion reste douteuse dans beaucoup d'esprits, pour la fièvro jaune; pour la paludéenne, elle ne l'est point : je ne sache pas qu'il y ait de médecin qui croie à la contagion de la paludéenne. La fièvre paludéenne, qui peut être portée par le vent à de plus grandes distances probablement que la fièvre jaune, ne parait pas pouvoir, comme celle-ci, être chargée à bord de navires, selon l'expression pittoresque de M. Mêlier; à plus forte raison ne peut-elle pas être portée dans des boîtes, dans des vêtements de laine surtout, comme la fièvre jaune paraît l'avoir été quelquefois. C'est ce dernier mode de trans. mission par intermédiaire, qui.peut le mieux en imposer -, 4 — pour de la contagion, même loin de la source première, et en dehors de l'atmosphère épidémique, si cet intermédiaire est porté sur le malade, comnio un vêiemsnt par exemple L'expérience que demandait Chervin ne lui aurait proba- blement paru complète, dans un fait de seconde main, qu'au- tant que la communication du mat n'aurait pu être possible que par le malade, par le malade dépouillé de tout objet, de tout vêtement, de laine surtout, provenant du foyer où lui- même avait puisé le mal. On se rappelle que Chervin était difficile; c'était son devoir de l'être. Nous avons énuméré plusieurs fois quelques uns des traits caractéristiques de la fièvre jaune; ceux de la paludénne hémorrhagique seraient presque des traits opposés. En nous nui:tant à la sous-espèce muqueuse que nous avons plus particulièrement étudiée, voici ce que nous pourrions dire : On ne tient pas assez compte des cas légers pour les deux fièvres, même en temps d'épidémie; "ce sont pourtant de beaucoup les plus nombreux : il y en a de légers pour la pa- ludét nne, même avec vomissements noirs, vomissements noirs provenant directement de l'estomac; tandis que dans la fièvre jaune, après de pareils vomissements, la mort est à peu près certaine. La paludéenne l'emporte aussi sur la fièvre jaune par l'exagération opposée : les cas foudroyants, comme dans le choléra, y sont infiniment plus communs que dans la fièvre jaune. « Tandis que c'est surtout parmi les forts que la fièvre jaune choisit ses victimes, c'est particulièrement aux faibles que la paludéenne s'attaque : aux enfants, aux vieillards, aux femmes, aux gens du pays dont le sang est le plus ap- pauvri, à ceux qu'elle a déjà plusieurs fois frappés; c'est la race caucacique qui lui résiste le mieux, comme au choléra; c'est le contraire pour la fièvre jaune. La paludéenne con- tinue à se montrer ici après le froid : il est plus que proba- ble, pour moi, que les fièvres qu'on prend encore pour des fièvres jaunes après la glace, lui appartiennent. Quant à moi, je n'ai jamais vu de fièvre jaune, après une simple ge- lée blanche. Enfin, pour terminer, j'insisterai sur la proposition sui- vante, dont les conséquences pratiques sont immenses : en face des deux terribles ennemis que nous venons d'étudier, l'homme'de l'art, le médecin, privilège bien rare, le médecin peut s'atttaquer A LA cause du mal, au principe morbifique lui-même. Pour la fièvre jaune, en Europe certainement, et dans toute l'Amérique du Nord selon les probabilités, l'art peut en détruire le principe morbifique, le poison, quel qu'il soit, avant tout contact avec les organismes susceptibles d'en * être atteints; il suffit pour cela de purifier, dans un lieu iso- lé, d'assainir les navires importateurs, leurs cales surtout. après déchargement; pour plus de sûreté, il est prudent d'user aussi de quelques précautions à l'égard des marchan- dises et même des passagers. Contre la fièvre paludéenne, dans le monde entier, l'art possède une arme des plus sures, et cette arme s'adresse en- core au principe morbifique lui-même, au poison, mais après qu'il a pénétré dans l'organisme, après que la lutte qui s'ap. pelle maladie ou fièvre, est commencée. Contre l'empoison- nement paludéen, l'art possède un spécifique, un vrai contre- poison, la quinine 1 Voici, pour moi, la preuve que la quinine dans l'empoi- sonnement paludéen, dans les fièvres paludéennes, agit en vrai spécifique : à l'état physiologique ou état normal, la quinine agit comme hyposihénisant, c'est-à-dire en déprimant les forces; M. Briquet l'a parfaitement démontré; à l'état morbide, elle agit sans doute encore de la même manière, pourvu que cet état morbide soit étranger à l'empoisonne. ment des marais; mais, pendant cet empoisonnement, elle est ou hypo ou hyper sthénisante, c'est-à-dire qu'elle déprime ou relève les forces, suivant les cas; ce qui ne peut s'expliquer qu'en admettant qu'elle s'adresse directement au poison, et ainsi délivre la force vitale, laquelle s'apaise alors si elle était trop excitée, ou se ranime si elle était trop accablée, sous le principe morbifique. Ce que je dis là n'est pas un effet de mon imagination; c'est le résultat d'une observation de 20 années, acquise au milieu do l'un des pays les plus marécageux du monde, le Delta du Mississipi. Qu'on veuille bien le remarquer, mon expérience est bien plus grande pour la fièvre paludéenne que pour la fièvre jaune. La fièvre jaune, je ne l'ai guère vue que 3 ou 4 fois, en vingt ans, à la vérité sur une grande échelle, au moins trois fois. Mais c'était au milieu du tourbillon de grandes épidémies; or, c'est surtout au sortir de ces épidémies que le premier aphorisme d'Hippocrate m'est revenu le plus fortement à l'esprit : {Vita brevis, ars hnga, OCCASIO vrm- ceps, experimentum periculosum, judicium difficile.) Uno grande épidémie qui emporte le praticien, nuit et jour, aux quatre coins d'une grande ville, en vérité co n'est que cela : occasio praceps, une occasion fugitive! Il faut y avoir passé, pour sentir à quel point cela est vrai. La fièvre paludéenne, au contraire, elle naît de notre sol, elle est toujours là en permanence, dans toutes les saisons, bien qu'elle ait la sienne bien marquée; tout comme nos orangers qui donnent leurs fruits vers novembre, mais les portent encore sur leurs tiges, de longs mois après l'hiver. Il est donc bien plus possible d'étudier ici la paludéenne avec calme, avec une longue patience, avec l'assurance que les occasions de la revoir ne manqueront pas. Aussi, m'est- elle plus familière que la fièvre jaune. Or, pour revenir au fait d'observation que je tiens à éta- blir, voici ce que je puis dire : Au début de nos pseudo- continues, ou [plutôt de nos exacerbantes paludéennes, au plus fort de la réaction initiale, en temps d'épidémie Ou d'endémie, j'ai donné la"quinine à hautes doses, coup sur coup, et, invariablement j'ai vu cette réaction excessive tom- ber comme par enchantement, pourvu que l'absorption de l'alcaloïde se fît; et, les effets physiologiques ne tardaient pas à s'en manifester, la dureté de l'ouïe surtout, qui me guidait pour les doses ultérieures. Ce résultat n'a rien qui doive surprendre M. Briquet : la quinine parait agir là comme hypo-sthénisante. Par opposition, pendant des accès pernicieux, de formes variées, cholériques, syncopales, diaplvoréliqnes, algides etc., alors que le pouls était à peine perceptible, la peau glacée, * inondée de sueurs gluantes, j'ai osé donner de même la qui- nine, à hautes doses, coup sur coup, la quinine à l'action physiologique hyposthénisante, et, sans aucune médication préparatoire, souvent sans autre adjuvant que l'opium, à mesure que l'absorption s'en opérait, j'ai vu le pouls se rele- ver, la peau se réchauffer, la réaction enfin se faire franche. ment, eh même temps que l'ouïe devenait dure et que la vue quelquefois se troublait momentanément. N'cst-il pas évident que dans ces ca?, le principe morbifi. que était neutralisé, et qu'à mesure qu'il l'était, la nature, la nature conservatrice ou médicatrice reprenait ses droits ? S'il y a une autre explication de pareils faits, j'avoue que je ne la trouve pas. Si la quinine est hyposthénisante à l'état physiologique) comme on n'en peut plus douter après les expériences de M. Briquet, et qu'elle doive l'être encore, chez l'homme em- poisonné par les marais, comment oser la donner, et la don- ner à hautes doses,' coup sur coup, à ce moribondi en proie à une fièvre pernicieuse, et dont le pouls s'en va, chez lequel la vie s'éteint 1 II faut donc alors, compter d'abord sur son action directe contre le poison, et ensuite compter aussi sur les ressources de la force conservatrice, délivrée de l'ennemi qui l'oppressait ! C'est ce que j'ai fait très souvent, et pres- que toujours'avec bonhenr. Mais, ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans des détails thérapeutiques; je me contenterai de quelques mots. Dès qu'on est assuré que c'est à l'empoisonnement palu- déen qu'on a affaire, si le cas est grave, et, le plus bénin en apparence peut quelquefois devenir en quelques heures excessivement malin, on ne doit viser qu'à un but, faire absorber de la quinine. La voie la plus directe, celle de l'estomac, est la plus sûre, après dissolution préalable de l'alcaloïde dans l'astrin- gent par excellence, l'acide sulfurique. Après l'estomac, vient le rectum, après le rectum, la peau----Impossible d'entrer dans les détails.... J'ajouterai que tous nos con- rères des pays de marais ont dû reconnaître que le meilleur adjuvant de la quinine, c'est l'opium___Qu'on se défie des saignées, des vomitifs, et même des purgatifs, dans l'empoi- sonnement paludéen....Après l'opium, ayez recours plu- tôt aux toniques, aux alcooliques, aux excitants diffusi- bles___N'oubliez pas que c'est contre un empoisonnement que vous luttez, et souvent des plus septiques.... Ce qui s'est passé peudant l'épidémie de 1858 surtout est venu montrer l'immense avantage du spécifique sur la méde- cine ordinaire, dans l'empoisonnement paludéen. Les médecins de notre ville étaient partagés en deux camps : d'un côté, ceux qui, en grand nombre, étaient per- suadés que nos petits enfants aux vomissements noirsi avaient la fièvre jaune, et leur donnaient peu ou point de quinine; de l'autrc,ceux qui, en petit nombre, reconnaissaient l'empoisonnement paludéen dans ces vomissements noirs des enfants et leur donnaient largement la quinine. Or, le doc- teur Alfred Mercier, représentant de la première opinion, dans un article publié dans la Gazette des .Hôpitaux, de Paris, du 4 décembre 1858, a écrit ceci : 44 Nous la traitions sans quinine (la fièvre des enfants " créoles), et elle guérissait, dans la même proportion que la "fièvre jaune.) " En évaluant à 1 sur 5 la mortalité par la fièvre jaune, dans l'épidémie de 1858, je crois être encore généreux. Eh bien! j'affirme n'avoir pas perdu 1 sur 40 des petits malades que j'ai soignés, en cette ville, pendant cette épidémie; grâce à la quinine bien entendu; et, si dès le début, j'avais donné les doses suffisantes auxquelles j'étais arrivé à la fin, peut-être n'en aurais-je pas perdu 1 sur 60! C'est au moins la proportion à laquelle j'arrive, depuis 1858, il est vrai en temps non-épidémique. Si ce n'est point là la preuve de l'action spécifique de la quinine dans ces fièvres, je ne devine pas quelle preuve il en faudrait donner. Contre la fièvre jaune en acte, au contraire, contre la fièvre jaune déclarée, il n'y a point de spécifique; la méde- — 9 — cine reste désarmée. Il faut convenir, en effet, que nos res- sources ordiuaires, contre un pareil ennemi, sont peu de chose : il faut se résoudre à voir mourir, en moyenne, 1 ma- lade sur 4 ou 5, quel que soit le traitement, dans le plus grand nombre des épidémies. C'est donc contre la fièvre jaune en puissance qu'il faut tacher d'agir :"c'est en s'attaquant à ses germes, avant leur éclosion, et surtout avant leur développement, qu'on peut espérer l'anéantir, et de la sorte sauver des villes entières, de la plus horrible dévastation. Je partage l'espoir de M. Mêlier, je crois qu'on réussira à faire disparaître un jour la fièvre jaune de la surface de la terre. Ce qui e3t certain pour moi, c'est qu'on peut, dès maintenant, diminuer le nombre des ports où elle se mon- tre, et la confiner en quelque sorte dans les mers intertropi- cales. En effet, partout où elle est importée, et elle l'est sans doute partout où il y a de la glace l'hiver, on peut effica- cement s'opposer à son retour. Si donc la fièvre jaune est toujoars importée à la Nou- velle-Orléans, comme j'ai essayé de le'prouver, elle doit l'être à plus forte raison dans tous les ports situés plus au nord qu'elle; et, par conséquent, on doit pouvoir défendre, con- tre la fièvre jaune, le littoral des Etats-Unis, à peu près dans toute son étendue. Pour obtenir cette protection efficace et complète, ce n'est plus aux quarantaines surannées d'autre- fois qu'il s'agit d'avoir recours, c'est à de simples mesures quarantenaires, à celles surtout dont M. Mêlier a établi la méthode, puisque sa modestie refuse de prétendre à plus. A ce propos, qu'il me soit permis de m'excuser auprès de * cet illustre savant des inexactitudes que j'ai dû commettre en le citant quelquefois; je ne connaissais jusqu'ici son Bapport à lAcadémie que par quelques extraits des jour- naux de médecine. Ce n'est que dans ces derniers jours que j'ai reçu la magnifique édition, si complète et si riche, de sa Relation de la Fièvre Jaune survenue à Saint-JVazaire, en 1861, qu'il m'a fait l'honneur de m'adrcsser. Je l'en re- mercie profondément, et compte bien en faire ultérieure- R — 10 — ment mon profit; elle m'est parvenue trop tard pour ma pu- blication actuelle. C'est surtout à la Nouvelle-Orléans que j'aurais à cœur de voir mettre en pratique les mesures conseillées par M. Mêlier. Point intermédiaire entre les villes du Nord et les régions tropicales, la démonstration de l'efficacité des mesu- res préventives, y serait plus complète que partout ailleurs. Malheureusement, l'hostilité de notre public contre tout ce qui réveille l'idée de quarantaine est extrême; cette hosti- lité vient de ce qu'on imagine que des mesures quarantenai- res ne peuvent qu'apporter des entraves ruineuses au com- merce, et nuire par conséquent au grand nombre; on ne se doute pas que c'est précisément le contraire qui est la vé- rité. , | En effet, " les mesures quarantenaires ont pour but de 44 faciliter les opérations du commerce; les restrictions " qu'elles peuvent apporter aux transactions ne sont que *4 temporaires, et n'atteignent que le petit nombre, tandis 44 qu'elles profitent à la communauté entière, d'une manière u permanente. " Tdle est l'opinion positivement formulée par Carpenter, médecin américain, parfaitement compétent dans de pareilles matières. 14 Quarantine is intended to facilitate the opérations of 44 commerce; and its restrictions, operating to the temporary 44 inconvenience ofbut a small number, hâve the effect of " permanently benefiting the whole. " (page 53.) Quand on discute les inconvénients de mesures quarante- naires pour le commerce de notre ville, on ne fait guère at- tention qu'aux pertes qui peuvent en résulter pour ceux qui trafiquent avec les Indes Occidentales; on ne réfléchit pas * assez aux pertes immenses que la communauté entière su. bit, dès que nos communications sont interrompues par mer avec New-York, Philadelphie, Boston et les autres ports du Nord qui jouissent, eux, de lois quarantenaires. Ces per- tes sont pourtant inévitables, chaque fois qu'on laisse entrer ici la fièvre jaune, et qu'elle y devient épidémique : Aussi- tôt, eu effet, nous sommes nous-mêmes mis en quarantaine — 11 — par le Nord, et, d'après Carpenter, il suit de là une perte plus sensilb à notre commerce dans son ensemble, que ne pourrait l'être pour nous la suspension entière et définiti- ve de toutes nos relations avec les Indes Occidentales. 44 Quarantine for New Orléans, by rendering the city 44 healthy would obviate the necessity which now exists of 4* enforcing quarantine against our vessels during the summ- 44 er, in New York, Philadelphia and other ports where 44 there are sanatory régulations. And thèse delays are more '! injurious perhaps to the commerce of this city than would 44 bc the entire destruction of our West India trade " (page 54.) L'homme réfléchi, ajoute Carpenter, ne peut réellement pas douter des avantages immenses qui résulteraient pour tous de la disparition définitive de la fièvre jaune de cette ville. 44 It can scarcely be doubted by the reflecting mind, that 44 the property and pecuniary interest of ail would be ad- '' vanced by the exemption of our city from the great 44 public distress, the irréparable disasters and horrors of 44 pestilence. " (page 54.) Enfin, ajoute Carpenter, les dépenses qu'entraîne une épidémie sont dix fois plus fortes que ne seraient celles de l'établissement quarantenaire le plus dispendieux du monde. 44 The amount paid in New Orléans alone, in yellow fever 44 cases, for physicians bills, medicines, and funeral expen- 44 ses, during an épidémie season, would ten times over 41 support the most expensive quarantine establishment in *4 the world. " (page 55.) Voilà de solides arguments, il me semble, et de nature à toucher les partisans les plus décidés du commerce avant tout. Il y a vingt ans qu'ils ont été présentés et l'on sait avec quel succès! 1847, 1853 et 1858 sont là pour répondre! Il y a cependant toujours eu parmi nous, au moins quel- ques rares médecins en faveur de mesures quarantenaires, même après le passage de Chervin dans notre ville. • — 12 — Une année avant la brochure de Carpenter, en 1843, le Conseil de Salubrité de la Nouvelle-Orléans, dans un mo- ment d'indécision, de désaccord peut-être entre ses mem- bres, écrivit à celui de New-York, afin d'obtenir quelques renseignements sur les mesures quarantenaires qui y réus- sissent si parfaitement depuis 1822. Voici un fragment de la réponse du Board of Health de New-York, que je retrouve dans un travail sur la fièvre jaune, publié par M. Beugnot, dans le N ° de juillet 1859 du Journal de notre dernière Société Médicale. ''....Les soussignés affirment qu'il est universellement 44 reconnu aujourd'hui que l'application des règlements sa- , 44 nitaires et l'établissement d'une quarantaine ont été une 4' source de profits incalculables pour New- York, en éloignant 44 la maladie de cette importante cité commerciale. Ils ont 44 en outre de puissants motifs de croire que cette ville a 14 quelquefois payé très chèrement, soit les imperfections 44 qui existaient primitivement dans notre code sanitaire, 44 soit la négligence que l'on apportait dans son application. " Depuis que notre code convenablement modifié est stric- 14 tement mis en vigueur, nous avons toujours eu le bonheur ' 11 dêtre exempts de Vépidémie, et, la fièvre jaune qui ne nous 44 a pas visités depuis 20 ans (1813), n'est aujourd'hui con- «' nue que de nom de notre jeunesse médicale. Nous devons 44 ajouter que presque tous les ans il arrive des cas de fièvre 44 jaune dans notre lazaret de Staten Island; ils sont soumis 44 à la discipline médicale par les officiers-médecins de cet 44 établissement, et grâce aux dispositions de notre code sa. 44 nitaire, ils n'en franchissent jamais l'enceinte, bien que la 44 maladie se soit quelquefois propagée aux individus qui 14 donnaient leurs soins aux malades...." < Depuis que ceci a été écrit, vingt années de plus se sont écoulées, et les médecins de New-York ne pourraient que j répéter les mêmes choses. Les mesures quarantenaires de New-York comptent donc déjà 40 années de succès non interrompu. J'avoue que je — 13 — ne devine pas ce qu'on peut objecter à une pareille expé- rience. Elu par mes confrères de la Nouvelle-Orléans, par ceux du moins qui ont compris que les questions scientifiques n'ont rien à faire avec les opinions politiques, choisi par ceux-là à l'unanimité, pour les représenter à la Convention Médicale qui doit se réunir à Philadelphie en 1865, j'ai pris au sérieux ce mandat. Certes, ce n'est pas que le résultat obtenu par le Comité Sanitaire Consultatif de cette année doive m'encourager beaucoup; c'est encore bien moins que j'aie la moindre pré- tention à la plus petite part d'influence dans la Convention de Philadelphie; mais j'y apporterai le fruit de mon expé- rience, acquise en Louisiane, par des études spéciales, pré- cisément sur quelques unes des questions qui devront l'oc- cuper, et ainsi je puis espérer n'y être pas complètement inutile. Est-il permis ensuite de croire que les décisions d'une as- semblée médicale nationale pourront avoir quelque poids au moins, auprès des gouvernements d'Etats?..........' Nous nous trouvons malheureusement au milieu des ter- ribles agitations de la guerre, et il n'est que trop certain que la voix de la science ne sera pas de longtemps écoutée. Mais enfin, ses travaux ne sont jamais perdus; le calme, la paix reviendront, et alors on saura bien les mettre à profit. Quant à moi, simple travailleur dans le champ médical, je continuerai à recueillir des faits, {nothing can resist the authority offacts), je continuerai à les étudier, à en tirer les conséquences, et même à les faire connaître de mon mieux et autant qu'il dépendra de moi, assuré d'obtenir tou- jours la meilleure des récompenses, celle que donne infail- liblement la conscience du devoir accompli. 4, !4hk -o*^ . ^'X*^ X ÇjvV^S K ■ "^ ^Br " ? -ternit. '^V NfeiÀ" ^"^■L' X v X*; X**j*- ^k/~ ); ^m' ^ë '/x \ "\^ ^y%^%.x ^ j^%t $S3jl '"^ikt^m.^. ,^% .^5&>-.^Ét X ■ ? 4, ~ 5J wKWÈmZ?'*m WkJ^^Ê Hm. *Êà ..X. *^ \Xs-^' y ■*.'N^* Wr*$ >v ■y m ** ' :*lF*.tÀ ■■ fi* -:v- $M:Ï~^ . -73 fcj .MF. 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