ANATOMIE GÉNÉRALE, APPLIQUEE A LA PHYSIOLOGIE ET A LA MEDECINE; Pii Xi y. B IC HA T. Médecin du Grand Hospice d’Humanité de Paris, Professeur d’Anatomie et de Physiologie. SECONDE PARTIE. TOME TROISIÈME. A PARIS, Chez Brosson, Gabon et CIC, Libraires, rue Sarrazin, n°. 6 r et place de VEcole-de-Médecine. A N X. ( 1801. ) PRÉCIS ANALYTIQUE DES MATIÈRES CONTENUES DANS LA SECONDE PARTIE. SYSTÈMES PARTICULIERS A QUELQUES APPAREILS. Considérations générales. Différences des systèmes particuliers à quelques appa- reils, d’avec ceux communs à tous.'—Caractères des pre- miers.—Leur distribution dans les appareils. Pages i -4 SYSTÈME OSSEUX. Remarques générales. 5 ARTICLE PREMIER. Formes du Système osseux. Division des os. 5 § Ier. Des os longs. — Rapport de leur position avec leurs usages généraux. — Formes extérieures du corps et des extrémités.—Formes intérieures. —■ Cavité médullaire. •— Sa situation, son étendue, sa forme. —Son usage. — Il disparoît dans les premiers temps du cal. —Il est moins long proportionnellement dans l’enfance. 5-1 o § II. Des os plats. — Rapports de leur situation et de leurs formes extérieures avec l’usage général déformer des ca- vités.— Formes intérieures. io-ii PRECIS ANALYTIQUE § III. Des os courts. —Position. •—Formes inférieures et extérieures, — Usages généraux. Pages iz-i3 g IV. Des éminences osseuses. —Leur division en celles , i°. d’articulation , 20. d’insertion , 3°. de réflexion, 40. d’impression.—Remarques sur chacune de ces divi- sions.— Rapports des secondes avec la force musculaire. —Comment ces dernières se forment. 13-17 g V. Des cavités osseuses. — Leur division en celles, i°. d’insertion, 20. de réception, 3°. de glissement , 4°. d’impression, 5°. de transmission, 6°. de nutrition. •— Remarques particulières sur chaque division. — Des trois espèces de c onduits de nutrition. 17-2O ARTICLE DEUXIÈME. Organisation du Système osseux• § Ier. Tissu propre au Système osseux. — Division com- mune de ce tissu. 2 1 Tissu celluleux.—Comment il se forme.—Quand il est formé/ — Des cellules et de leurs communications.—Ex- périences. 21-23 Tissu compacte. — Disposition de ses fibres. -— Leur forma- tion. — Expériences pour connoîire leur direction. — Les lames osseuses n’existent point. —Preuves. —In- fluence du rachitisme sur le tissu compacte. 23*27 Disposition des deux tissus osseux dans les trois espèces d'os, — Disposition du tissu compacte. — Deux espèces de tissus celluleux dans les os longs. — Proportion du tissu celluleux commun et compacte dans les os courts et larges. — Même proportion examinée dans lescavités et les émi- nences osseuses. 27-30 Composition du tissu osseux. — Il a deux bases principales. — De la substance salino - calcaire. — Expériences. —■ Nature de cette substance. — Expérienccspour constatée la substance gélatineuse. •—Rapports différons de cha- cune de ces substances avec la vitalité. 3o-34 § II. Parties communes à lorganisation du Système osseux. — Trois ordres de vaisseaux sanguins. — Disposition de chacun. •— Expériences. — Proportion suivant l’âge. — Communication. — Preuves de l’existence du tissu cellu- laire. 34*38 DES MATIÈRES. ARTICLE TROISIÈME.' Propriétés du Système osseux. Ig Ier. Propriétés physiques. — Élasticité. — Elle est en rai- son inverse de l’âge. Page 39 §11. Propriétés de tissu. — Divers exemples de contracti- lité et d’extensibilité.—Caractère de ces propriétés. 39-41 § III. Propriétés vitales. — Elles sont obscures. 41-42 Caractères de ces propriétés. — Lenteur de leur développe- ment. — Leur influence sur les maladies. 42-45 Sympathies. — Leur caractère est toujours chronique. — Remarque générale sur les sympathies. 40-46 Siège des propriétés vitales. — La substance calcaire y est étrangère. — Elles n’existent que dans la gélatineuse.— Expérience qui le prouve. 46-48 ARTICLE QUATRIÈME.' Des Articulations du Système osseux» si". Division des articulations. 49 Articulations mobiles. Considérations sur leurs mouvemens. — i°. Opposition; elle est vague ou bornée. — 2°. Cir- cumduction; mouvement composé de tous ceux d’oppo-» sition.—3°. Rotation; mouvement sur l’axe..— 40. Glis- sement. 4g-5a Articulations immobiles. —Elles sont à surfaces juxta-po-» sées, engrenées ou implantées. 5 a Tableau des articulations. 53 § II. Considérations sur les articulations mobiles; 54 Premier genre. — Situation. — Forme des surfaces. — La rotation et la circumduction sont en sens inverse à l’hu- mérus et au fémur. — Pourquoi. 54-57 Second genre. — Forme des surfaces. — Mouvemens. 57-59 Troisième genre. — Diminution des mouvemens. — Sens dans lequel ils ont lieu. 5g-61 Quatrième genre. — Mouvemens encore diminués. 6i-6a Cincjuième genre,^Obscurité remarquable des mouvemens. 6s-63 § III. Considérations sur les articulations immobiles. — Si- tuation , formes de chaque ordre. — Rapport de la struc- ture avec les usages. Pages 63-65 § IV. Des moyens d’union entre les surfaces articulaires. 65 Union des articulations immobiles. — Cartilages d’union. 65-66 Union des articulations mobiles. — Ligamens et muscles considérés comme liens articulaires. 66-68 PRECIS ANALYTIQUE ARTICLE CINQUIÈME. Développement du Système osseuæ, Remarques. 68 § 1er. Etat du Système osseux pendant l’accroissement. ibid. Etat muqueux. — Ce qu’il faut entendre par là. 68-70 Etat cartilagineux. — Epoque et mode de son développe- ment. — De cet état dans les os larges. 70-71 Etat osseux. Ses phénomènes. — Son époque. 71-74 Progrès de l’état osseux dans les os longs ; 1°. dans le mi- lieu; 2°. aux extrémités. 74 Progrès de l’état osseux dans les os larges. — Variétés sui- vant les os. — Formation des wormieiis, etc. 75*77 Progrès de l'état osseux dans les os courts. 77 § II. Etat du Système osseux après son accroissement en longueur.—Accroissement suivant l’épaisseur. — Com- position et décomposition après la fin de l’accroissement en épaisseur.—Expériences.—Etat des os chez le vieil- lard. 77-81 § III. Phénomènes particuliers du développement du cal. — i°. Bourgeons charnus. ■— 20. Adhérence de ces bour- geons. — 3°. Exhalation de gélatine , puis de phosphate calcaire. 81-84 §IV. Phénomènes particuliers du développement des dents. 84 Organisation des dents. 85 Portion dure de la dent. — Email. — Expérience qui le fait distinguer de l’os.— Son épaisseur. — Sa nature. —Ré- flexions sur son organisation. -—Portion osseuse. — Sa forme. — Cavité de la dent. 85-87 Portion molle de la dent. — Sa nature spongieuse. •— Sa DF. S MATIÈRES. vive sensibilité. — Remarques sur ses sympathies di- verses. Pages 88-90 Première dentition considérée avant l’éruption, -—• Follicule. — Membrane de ce follicule analogue aux séreuses. — Nature albumineuse de la rosée qui la lubrifie. — Mode de développement de la dent osseuse sur le follicule.— Nombre des premières dents.- 90-93 Première dentition à L’époque de l’éruption. — Mode d’érup- tion. — Accidens. — Leurs causes. 94-9S Deuxième dentition considérée avant l’éruption. — Forma- tion du second follicule. 95-97 Deuxième éruption, considérée à l’époque de l’éruption. — Chute des premières dents. — Poussée des secondes. , 97'98 Phénomènes suhséquens a l’éruption des secondes dents. —— Accroissement en longueur et en épaisseur. — Chute des dents , plus précoce que la mort des os. — Pourquoi.— Etat des mâchoires après la chute des dents. 98-100 § V. Phénomènes particuliers du développement des sésa- moïdes. 100 Disposition générale des sésamoïdes.—Situation.—Formes. IOQ-IOI Etat fibro-cartilagineux. 101-102 Etat osseux. >—Phénomènes delà rotule.—Usages des sé- samoïdes. 102-104 SYSTÈME MÉDULLAIRE. Division de ce Système. io5 Système médullaire des os plats, des os courts , et des extrémités des os longs. ARTICLE PREMIER § Ier. Origine et conformation. Il est l’épanouissement des vaisseaux du Second ordre. io5-io6 § II. Organisation. — Il n’y a pas de membrane médul- laire. — Entrelacement vasculaire. 106-107 § III. Propriétés. — Il u’y a que les organiques. — Expé- riences. 107 X § IV. Développement.—11 n’y a point d’huile médullaire dans l’enfance. — Preuves. — Expériences. Pages 108-109 PRÉCIS ANALYTIQUE ARTICLE DEUXIÈME. Système médullaire du milieu des os longs. § Ier. Conformation.—Ellè estcomme cellulaire. 109-110 § II. Organisation. — La membrane médullaire n’est pas une expansion du périoste. — Ses vaisseaux. 110-111 § III. Propriétés. — Propriéfés de tissu. — Propriétés vi- tales. — Sensibilité animale. — Vitalité plus active que dans les os. iii-ii3 § IV. Développement.—Comment la membrane médul- laire se forme.— La moelle de l’enfant est absolument différente de celle de l’adulte. —Preuves. 1 i3-i i5 § V. Fonctions. —La moelle s’exhale. — Ses altérations. — Ses rapports avec la nutrition de l’os. —Nécrose. —- La moelle est étrangère à la synovie. 116*118 SYSTÈME CARTILAGINEUX. Ce qu’on doit entendre par cartilage. 119 ARTICLE PREMIER. Des formes du Système cartilagineux. § Ier. Formes des cartilages des articulations immobiles.— surfaces interne et externe.—Rapports des deux carti- lages correspondans. — Caractères particuliers de ces car- tilages, dans chaque genre d’articulations immobiles. 120-124 § II. Formes des cartilages des articulations immobiles. 124-125 § III. Formes des cartilages des cavités. 125-126 ARTICLE DEUXIÈME. Organisation du Système cartilagineux. § Tfiï. Tissu propre. —Fibres. —Résistance remarquable du tissu cartilagineux à la putréfaction, à la niacéra- fion , etc. — Coction , dessiccation de ce tissu. — Ses al- téra tions diverses. Pages 126-128 )§ II. Parties communes. — Tissu cellulaire.'—Moyen de le voir.— Absence des vaisseaux sanguins — Vaisseaux blancs. — Leur coloration dans la jaunisse. I20«i3o DES MATIÈRES. ARTICLE TROISIÈME. Propriétés du Système cartilagineux. § Ier. Propriétés physiques. —Elasticité. — Elle paroît due à la surabondance de gélatine. — Preuves. i3o-i5a §11. Propriëte's de tissu. — Elles sont très - obscures. io2-i33 § III. Propriétés vitales. — Elles sont peu marquées , ainsi que les sympathies. i33-i 34 Caractères des propriétés vitales. —Tous les phénomènes auxquels elles président suivent une marche chronique. «—Remarques généralessur la réunion des parties. 134-137 ARTICLE QUATRIÈME. Développement du Système cartilagineux. § Ier. Etat de ce Système dans le premier âge. — Prédomi- nance de la gélatine dansles premiers temps. — Propriété qu’ont alors les cartilages de rougir par la macération. — Lames vasculaires entre le cartilage et l’os, — Cause qui arrête au cartilage les limites de l’ossification. — Développement des cartilages des cavités. 137-140 § II. Etat du Système cartilagineux dans les âges suivons. — Caractère différent que prend la gélatine.—Ossi- fication des cartilages chez le vieillard.— Ceux des ca« vités sont plus précoces à s’ossifier. 141-143 § III. Développement accidentel du Système cartilagineux. — Ce phénomène est contre nature. Tendance de la membrane de la rate à en devenir le siège. —Cartilages accidentels des articulations, 142-144 PRÉCIS ANALYTIQUE SYSTÈME FIBREUX. Considérations générales. Page 145 article premier. Des formes et des divisions du Systèmefibreux. Les formes fibreuses se rapportent à la membraneuse et à celle en faisceaux. 145-146 § 1er. Des organes fibreux à formes membraneuses.—Mem- branes fibreuses. — Capsules fibreuses. — Gaines fibreu- ses. — Aponévroses. J 46-148 §11. Organes fibreux en forme de faisceaux. — i°. Ten- dons.— 2°. Ligamens. 148-149 §111. Tableau du Système fibreux. —Analogie des organes divers de ce système. •— Le périoste est le centre com- mun de ces organes. 149-151 article deuxième. Organisation du Système fibreux. § Ier. Tissu propre. —Nature particulière du tissu fibreux. — Son extrême résistance. — Phénomènes de cette ré- sistance. — Elle peut être surmontée. — Différence des tissus fibreux et musculaire. — Expériences sur le tissu fibreux soumis à la macération , à l’ébullition, à la pu- tréfaction , à l’action des acides, des sucs digestifs, etc. i52-i 59 §IÏ. Parties communes.—Tissu cellulaire. —Vaisseaux sanguins. —Leurs variétéssuivantles organes. 159-160 ARTICLE TROISIÈME. Propriétés du Système fibreux. § Ier. Propriétés physiques. 160-161 § II. Propriétés de tissu. — Extensibilité.— Loi particulière à laquelle elle est soumise ici.— Contractilité.— Elle est presque nulle. —Quand elle se manifeste. 161-164 DES MATIÈRE S. §111. Propriétés vitales. — Sensibilité animale. — Mode singulier de la mettre en jeu par la distension. —Con- séquence de ce phénomène particulier au tissu fibreux. Pages 164-167 Caractères des propriétés vitales. —L’activité vitale est plus marquée dans ce système que dans les précédens. — Il paroît que le tissu fibreux ne suppure pas. 167-169 Sympathies. — Exemples de celles des propriétés animales et des organiques. 169-172 ARTICLE QUATRIÈME. Développement du Système fibreux. § Ier. Etat de ce Système dans le premier âge. — Les fibres manquent dans la plupart des organes fibreux du fœtus. — Mollesse de ces organes à cet âge. — Variétés de développement. — Remarques sur le rhumatisme. 172-175 § II. Etat du Système fibreux dans les âges suivons. — Phé- nomènes de l’adulte. — Roideur générale chez le vieil- lard. 175-176 § III. Développement accidentel du Système fibreux. — Di- verses tumeurs présentent des fibres analogues à celles de ce système. 176 ARTICLE CINQUIÈME. Des Jibreuses en général. § Ier. Formes des membranesfibreuses. —Leur double sur- face. — Ces membranes sont comme les moules de leurs organes respectifs. — Recherches sur celle des corps ca- verneux.— Expériences qui prouvent qu’elle diffère es- sentiellement du tissu spongieux subjacent. — Autres recherches sur celle du testicule. 177-18.1 § II. Organisation des membranes fibreuses. 181-183 § III. Du périoste et de sa forme. — Ses deux surfaces. — Leur adhérence avec les os. 182-185 Organisation du périoste. — Développement accidentel de ses fibres dans l’éléphantiasis. *— Ses connexions avec les corps fibreux dans l’enfance. 183-184 Développement du périoste. i85-i8£ Fonctions du périoste. —Enqueisens il sert à l’ossification.' — Il est autant relatif aux organes fibreux qu’aux os. Pages 186 1 88 § IV. Péricondre. — Expériences sur cette membrane. 188 PRÉCIS AXA LYTIQUE ARTICLE SIXIÈME. Capsules fibreuses. g Ier. Formes des capsulesfibreuses. —Elles sont très-rares.1 .— Disposilion des deux principales. — Canal entre elles et leur synoviale. 188-190 § II. Fonctions des capsules fibreuses. 190-191 ARTICLE SEPTIÈME. Gaines fibreuses. Leur division. g 1er. Gaines fibreuses partielles.—Leur forme. —- Leur disposition. — Pourquoi les tendons fléchisseurs en sont seuls pourvus. 191-195 g II. Gaines fibreuses générales. 190 ARTICLE HUITIÈME. Des Aponévroses. § 1er. Des aponévroses à enveloppe. — Leur division. 194 Aponévroses à enveloppe générale. ibid. Formes. — Elles sont accommodées aux membres , etc. 194-195 Muscles tenseurs. Organisation.—Exemples des muscles tenseurs. — Leurs usages relatifs aux aponévroses. — Analogie et différence avec les tendons. —Arrangement des fibres. 195-197 Fonctions. 197-198 Aponévroses à enveloppe partielle. — Exemples. —U&ages généraux de ces aponévroses. 198-19^ §11. Aponévroses d insertion. 200 Aponévroses d’insertion à surfaces larges. — Leur origine.’ — Leurs usages. — Leur identité de nature avec les ten- dons.— Expériences. 200-201 Aponévroses d’insertion en arcade.—Elles sont rares,— Elles existent là où passent des vaisseaux. ■— Elles ne les compriment pas. Pages 201-202 Aponévroses d'insertion à fibres isolées. 202 DES MATIÈRES. XV ARTICLE NEUVIÈME. Des Tendons. § Formes des Tendons. — Rapports des usages avec les formes. —Unionavec les fibres charnues. 2o3-2©5 § II. Organisation des tendons. — Manière cîe bien voir leurs fibres. — Ils paroissent dépourvus de vaisseaux san- guins. — Leur tendance à se pénétrer de phosphate cal- caire. 2o5-207 ARTICLE DIXIÈME. Des Ligamens. Leur division. 208 § Ier. Ligamens à faisceaux réguliers.— Disposition géné- rale. 208-209 Ligamens à faisceaux irréguliers. 209-21 o SYSTÈME FIBRO-CARTILAGINEUX: Organes qui le composent. 211 ARTICLE PREMIER. Formes du Système fi b ro-ca rtilagineux, Division en trois classes des organes de ce système. •— Ca- ractères de chaque classe. 211-212 ARTICLE DEUXIÈME. Organisation du Systèmefibro-cartilagineux. g Ier. Tissu propre. ■— II résulte, i°. d’une substance fibreuse, 20. d’une cartilagineuse. — Il doit sa résis- tance à la première, et son élasticité à la seconde.— Action du calorique, de l’air , de l’eau sur le tissu fibro- cartilagineux. — Il rougit parla macération. —Absence du péricon dre sur la plupart des fibro-cartilages. si 3-216 Parties communes, 217 PRÉCIS 'ANALYTIQUE ARTICLE TROISIÈME. Propriétés du Système fibro-cartilagineux. g 1er. Propriétés physiques. —Elasticité et souplesse réunies: Pages 217-218 g II. Propriétés de tissu.—Extensibilité. — Elley est assez marquée.—Contractilité. —Différences d’avec l’élasti- cité. 218-219 g III. Propriétés vitales. — Elles sont peu marquées. — In- fluence de l’obscurité de ces forces sur les propriétés des fibrocartilages. 219-221 ARTICLE QUATRIÈME. Développement du Système fibro-cartilagineux. g 1er. Etat de ce Système dans le premier âge. —— Mode de développement des trois classes. 222-223 g II. Etat de ce Système dans les âges suivans. — Rigidité générale de ces organes. — Conséquences. — Ossifica- tion assez rare des fibro-cartilages. 223 224 SYSTÈME MUSCULAIRE Différence des muscles de l’une et de l’autre vie. —Consi- dérations sur ceux de l’animale. 224 DE LA VIE ANIMALE. ARTICLE PREMIER. Des formes du Système musculaire de la vie animale. Division de ces muscles en longs , en larges et en courts. § 1er. Formes des muscles longs.—Lieu qu’ils occupent.— Leurdivisiou.—Leurisolementetleurréunion.—Formes particulières des muscles longs de l’épine. 225-2227 5 II. Formes des muscles larges. — Où ils sont situés. — Epaisseur. — Formes particulières des muscles larges pectoraux. 227*229 DES MATIERES. III. Formes des muscles courts, — Où ils se trouvent. — Leur disposition. Remarques sur les trois espèces de muscles. Pages 229-250 ARTICLE DEUXIÈME. Organisation du Système musculaire de. la vie animale. *§ Ier. Tissu propre à cette organisation,. — Disposition en faisceaux de ce tissu. — Sa division en fibres. — Longueur des fibres charnues, comparée à celle du muscle. — Leur direction. —Leux figure. —Leur mol- lesse. —Facilité de leur rupture dat;s le cadavre. — Dif- ficulté sur le vivant. 23o-235 Composition du. tissu musculaire. ' — Action de l’air dans la dessiccation et la putréfaction. — Action de l’eaù froide. — Macération et ses prçduits, — Facilité de la substance colorante à s’enlever. — Analogie du tissu restant avec la fibrine du sang. — Rapport des forces avec ce tissu, —d Action de l’eau bouillante. —Quelques phénomènes particuliers du bouilli ordinaire. — Rôtissage du tissu charnu. —Affinité singulièredessucs digestifs pour cette sorte de tissu. — Considérations générales. — Influence du sexe et des organes génitaux sur ie tissu charnu. 235-240 Sii. Parties communes u P organisation de ce Système. Tissu cellulaire. — Manière dont il enveloppe les fibres. —. Sesusagespourle mouvement musculaire. —Expérience. — Muscles graisseux, 240-247 Vaisseaux. —Arteres. —- Du sang des muscles. — De leur coloration. — Etat ’ihre et état combiné de la substance colorante. — Veines. — Remarques sur leur injection. 247-249 Iferfs. —Il n’y a presque que ceux de la vieanimale.—Leur différence dans les extenseurs et dans les fléchisseurs. — Manière dont les nerfs pénètrent les muscles. 2Ô0-252 ARTICLE TROISIÈME. Propriétés du Système musculaire de la vie animale. § Ier. Propriétés de tissu, 25 a Extensibilité, — Celte propriété e$> continuellement en action. •— Elle est proportionnée à la longueur des fibres.' — Son exercice dans les maladies. Pages 252-255 Contractilité. —Phénomènes des antagonistes. — Distinc- tion , dans ces phénomènes, de ce qui appartient aux pro- priétés vitales et à celles de tissu. — De la contractilité de tissu dans les maladies. — Etendue et vitesse des con- tractions. •— Elles subsistent après la mort. —■ Diffé- rences essentielles entre la contractilité de tissu et le ra- cornissement.— Leur parallèle. a55-263 §11. Propriétés vitales, 263 Propriétés de la vie animale. Sensibilité. — La plupart des agens ordinaires ne la développent pas. — Elle est mise en jeu par des contractions répétées. —Du sentiment de las- situde. — Sensibilité des muscles dans leurs affections. 263-266 Contractilité animale. —On doit la considérer sous un triple rapport. 266-267 Contractilité animale considérée dans le cerveau. — Le prin- cipe de c«tte propriété existe dans cet organe..—Preuves tirées de l’observation. — Preuves puisées dans les ma- ladies. — Preuves empruntées des expériences sur les animaux. — Des cas où le cerveau est étranger aux muscles. 267-273 Contractilité animale considérée dans les nerfs. — Influence de la moelle épinière sur cette propriété — Observa- tions'et expériences. — Influence des nerfs. — Observa- 1 ions et expériences.—Tous les nerfs ne transmettent pas également les diverses irradiations du cerveau. — Direc- tion de la propagation de l’influence nerveuse. 273-278 Contractilité animale considérée dans les muscles. — Con- ditions nécessaires dans le muscle pour se contracter. — Obstacles à la contraction. — Expériences diverses. 278-282 Causes qui mettent en jeu la contractilité animale. — Divi- sion de ces causes. — De la volonté. — Des causes in- volontaires. — Excitation directe. — Excitation sym- pathique. — Influence des passions. — Remarques sur les mouvemens du fœtus. 282-287 Permanence de la contractilité animale après la mort.— Expériences diverses. —Conséquences relatives à la res- piration. — Variété de la permanence de cette propriété. — Comment elle s’éteint* 288-292 PRÉCIS ANALYTIQUE Propriétés organiques.— Sensibilité organique et contrac- tilité organique, insensible. — Contractilité organique sensible. —Expériences diverses sur cette dernière pro- priété. — Phénomènes des irritations. —* Pour étudier cette contractilité, il faut annuler l’animale. — Com- ment on y parvient. — Divers modes de contraction. - Pages 292-296 Sympathies. — La sensibilité animale est la propriété spé- cialement mise en jeu par elles. — Remarques générales. — Sympathies de sensibilité animale. -— Ler propriétés organiques sont rarement mises enjeu. 296-299 aractère des propriétés vitales. — Remarques diverses sim C ce caractère. 299 3oi, DES MATIÈRES. ARTICLE QUATRIÈME* Phénomènes de Vaction du Système musculaire de la vie animale. § Ier* Force de contraction. — Différence suivant qu’ella est mise en jeu par les irritans ou par l’iniluence céré- brale. — Expériences. — Influence de musculaire sur la contraction. — Lois de la nature in- verses de celles de la mécanique dans la production des mouvemens. — Multiplication de forces. — Inexactitude du calcul sur ce point. Zoz-Zoy §11. Vitesse des contractions. — Variétés suivant les con- tractions , i°. parles stimulans , a°. par l’action ner- veuse. — Degrés divers de vitesse, suivant les individus. — Influence de l’habitude sur ce degré. 3û7-3io § III. Durée des contractions. 310-3 il § IV. Etat des muscles en contraction. -—Phénomènes di- vers qu’ils éprouvent alors. — Remarque essentielle sur les divers modes de contraction. 3ii-3i4 § V. Mouvemens imprimés par les muscles. 3i 4 Mouvemens simples, i°. dans les muscles à direction droite. — Comment on détermine les usages de ces muscles. — 2°. Dans les muscles à direction réfléchie. — 3°. Dans ceux à direction circulaire. 3i4-3i8 M ouvemens composés. — Presque tout mouvement est composé. — Comment. — Exemples divers des mou* vemens composés, ~ Antagonisme. 318-3ai XX PRÉCIS ANALYTIQUE § VI. Phénomènes du relâchement des muscles. — Ils sont opposés aux précédens. Page 021 ARTICLE CINQUIÈME. Développement des muscles de la vie animale. <5 Ier. État de ce Système chez le Fœtus. — Il contient peu de sang. — Peu de contractilité à cet âge. — Influence , sur ces phénomènes, du sang qui pénètre alors les muscles. — Ces organes sont grêles et foibles. 322-320 \\.Etat de ce Système pendant L’accroissement.—Effet subit du sang rouge qui pénètre dans les muscles , et des autres irritations qui lui sont associées. — Coloration des mus- cles. — Epoque de la plus vive coloration. ■»— Variétés de l’action des réactifs sur le tissu charnu des jeunes ani- maux. 3>6-53o g III. État de ce Système après l’accroissement. — L’é- paisseur augmente toujours. — Les formes extérieures se prononcent. — Couleur chez l’adulte. — Variétés sans nombre. • 330-33-4 g I V. Etat de ce Système chez le vieillard. — Augmenta- tion de densité. — Diminution de cohésion. — Phéno- mènes de la vacillation des muscles. — Muscles atro- phiés, 334-537 0 V. Etat du Système musculaire à la mort. — Relâche- ment ou roideur des muscles. 33y 33£ SYSTÈME MUSCULAIRE DE LA VIE ORGANIQUE, Considérations générales. 33gj article t r®e mi e St, Formes du Système musculaire de la vie orga- nique. Direction courbe des fibres. — Elles ne naissent point du système fibreux. — Variétés des formes musculaires, suivant les organes. 340-343 BÏS MATIÈRES. ARTICLE DEUXIÈME. Organisation du Système musculaire de la vie organique. Différence générale d’organisation avec les muscles précé- dens. Page 34a § Ier. Tissu propreu — Disposition générale de la fibre musculaire. — Analogie et différence avec la précé- dente. 343-345 § 11. Parties communes. — Tisstl cellulaire. — Vaisseaux sanguins. — Nerfs des ganglions et du cerveau.— Propor- tion de chaque classe. 345*347 ARTICLE TROISIÈME. Propriétés du Système musculaire de la vie or- ganique. § Ier. Propriété de tissu. Extensibilité. — Caractère par- ticulier de cette propriété dans les muscles organiques.’ •— Dans les anévrismes du cœur et dans la grossesse, ce n’est pas l’extensibilité qui est mise en jeu. .— Remar- ques à ce sujet. 347-353 Contractilité, —r Elle est proportionnée à l’extensibilité.—• — Les substances contenues dans les muscles creux sont leurs antagonistes. — Remarques. ’35a-354 §11. Propriétés vitales. Sensibilité.—De la lassitude des muscles organiques. —- Remarques sur la faim. 354-356 Contractilité animale. — Elle est nulle dans ces muscles. — Expériences diverses. — Observations. •— Des muscles en partie volontaires,en partieorganiques.—Expériences^ — Remarques sur la vessie, le rectum , etc. —- Absence de l’influence nerveuse sur les muscles organiques. 356-365 Propriétés organiques. —Remarques générales. 365 De 'la contractilité organique sensible, considérée sous le rapport des excitons. 366 Excitons naturels. —Observations diverses. —Remarques sur l’influence des fluides sur les solides. — Influence de la qualité et de la quantité des fluide* sur les muscle* creux. 366-36^ PRÉCIS ANALYTIQUE Excitans artificiels. — Action de ces excitans. — Différerss modes d’action. — Limites du racornissement et de la contraction vitale. Pages 369-373 De la contractilité organique sensible, considérée sous le rap- port des organes. 3y3 Première variété. Diversité du tissu musculaire, •— Chaque muscle est surtout en rapport avec telle ou telle subs- tance déterminée. — Application de ce principe aux fluides naturels et étrangers. 073-375 Deuxième variété. Age. — Vivacité de la contractilité dans l’enfance. —- Conséquences. *— Phénomène inverse dans le vieillard. 375-376 Troisième variété. Tempérament. — Différence des indi- vidus sous le rapport de la force musculaire organique. — Cette force n’est point toujours en rapport avec la force musculaire animale. — On ne peut l’accroître comme celle-ci par l’habitude. 376-378 Quatrième variété. Sexe. 378-379 ■ Cinquième variété. Saison et climat. 3'79 Contractilité organique sensible, considérée relativement à l’action des stimulons sur les organes. — Existence habi- tuelle d’un intermédiaire 'jour cette action. — Nature de cet intermédiaire. 379-382 Contractilité organique sensible, considérée relativement a sa permanence après la mort. — Diversité de cette perma- nence suivant le genre de mort. — Remarques. 382-384 Sympathies. — Sympathies du cœur. — Sympathies de l’estomac. — Remarques sur les vomissemens bilieux. — Considérations générales. — Sympathies des intes- tins , de la vessie , etc. 384 390 Caractère des propriétés vitales. —- Energie vitale très-pro- noncée dans ce système. —Ses affections portent sur sa force vitale prédo minante. — Rareté des affections qui supposent un trouble des propriétés organiques. 590-392 ARTICLE QUATRIÈME. Phénomènes de l’action du Système musculaire de la vie organique* g Ier. Force de contraction.— Différence d’avec la force de contraction du système précédent. — Cette force est DES MATIÈRES. plus grande dans les phénomènes vitaux que dans les expériences. — Inexactitude des calculs. Pages 392-395 § II. Vitesse des contractions. — Dans les expériences. — Pendant la vie. — Comparaison avec la vitesse des mus- cles précédens. 395-396 § IIP Durée des contractions. 396-397 § IV. Etat des muscles en contraction. — Différence sous ce rapport entrelecœur et les muscles gastriques. 397-398 § V. Mouvemens imprimés par les muscles organiques. 398-399 § VI. Phénomènes du relâchement des muscles organiques. — Différences de ce relâchement d’avec la dilatation active des muscles. — Preuves des phénomènes de cette dilatation. 399-403 ARTICLE CINQUIÈME. Développement du Système musculaire de la vie organique. / § Ier. Etat de ce Système chez le foetus, — Prédominance du cœur. — Etat des autres muscles. — Foiblesse de la contractilité organique à cet âge. 403*406 § I I. Etat du Système musculaire organique pendant l'ac- croissement. — Augmentation générale d’action à la nais- sance.— De l’accroissement en épaisseur et de celui en longueur.Leurs différences. 406-410 § III. Etat du Système musculaire organique après l’ac- croissement. 410-41 2 § IV. Etat du Système musculaire organique chez le vieil- lard. — Ce système survit pour ainsi dire au précédent* — Phénomène résultant de son affaiblissement. 412-414 SYSTÈME MUQUEUX. Des divisions et des formes du Système muqueux, § Ier. Des deux membranes muqueuses générales, gastro- pulmonaire et génito-urinaire. — Différence de ces deux membranes» >— Leur rapport». 4i5-4ao> ARTICLE PREMIER. §11. Surface adhérente des membranes muqueuses. — Ses rapports. — Elle est par-tout subjacenle aux muscles. — Tissu soumuqueux. —* Expériences, Pages 420-421 Jg III. Suiface libre des membranes muqueuses. — Des plis qu’elle présente. — i°. De ceux qui comprennent toutes les membranes. — 20. De ceux qui sont permanens sur la surface muqueuse. — 3°. De ceux qui dépendent de Pétat de vacuité des organes creux. — Expériences di- verses. — L’étendue dt$ surfaces muqueuses est toujours à peu près la même , quelque soit l’état de leurs organes. — Rapport de leur surface libre avec les corps extérieurs. — Leur sensibilité est accommodée a ce rapport. — Le mot corps étranger n’est que comparatif. 421-428 PRECIS ANALYTIQUE ARTICLE DEUXIÈME. Organisation du Système muqueux. g 1er. Tissu propre. — Ce qu'il présente à considérer. 428-429 Corion muqueux. — Son épaisseur variable. — Nature muqueuse de la membrane de l’oreille. — Conséquences pathologiques. — Mollesse du tissu muqueux. —Action de l’air, de l’eau, du calorique, des acides, des sucs digestifs sur le tissu muqueux. 429-437 Papilles muqueuses. ■— Leurs variétés de formes. —Leur nature nerveuse. —Preuves de cette nature nerveuse.—1 Leur influence sur la sensibilité des organes muqueux. 437-441 §,11. Parties communes. 441 Des glandes muqueuses et des fluides qu’elles séparent. —• Situation. — Formes. — Volume. —Texture. 442-440 Fluides muqueux. — Propriétés physiques. — Action de divers agens sur eux. —Leurs fonctions. — Parties où ils abondent et où ils sont en moindre proportion.-— Suscepti- bilité d’être augmentés par toute irritation portée sur leurs excréteurs. — Conséquences. — Remarques sur l’excita- tion des surfaces muqueuses dans les maladies. — Usages des membranes muqueuses sous le rapport de l’évacua- tion habituelle de leurs fin ides.—Remarquesgénéralessur les fluides secrétés, — Sentiment singulier né du séjour des fluides muqueux séjournant sur leurs surfaces respec- tives. Pages 443-453 P aisseaux sanguins. — Leurs variétés de proportion. — Leur position superficielle. — Conséquence. — Rougeur du système muqueux. — Il la perd souvent. — Expé- riences sur l’état des vaisseaux muqueux dans la pléni- tude et le resserrement de leurs organes creux. — Autres expériences sur l’influence des gaz sur la coloration du système muqueux.— Causes de sa rongeur. — Substance colorante, combinée et libre. 453-464 Exhalons. — Y a-t-il exhalation sur le système muqueux? — Exhalation pulmonaire. — Une grande partie de la perspiration pulmonaire vient de la dissolution des sucs muqueux.—Autres exhalations muqueuses.—Hémor- ragies. 464-466 Absorbons. — Preuves de l’absorption muqueuse. — Irré- gularité de cette absorption. — Cause de cette irrégula- rité. 466-468 Nerfs. — Ceux du cerveau. — Ceux des ganglions. — Leur distribution respective sur ce système. 468-469 DES MATIÈRES. XXV ARTICLE TROISIÈME. Propriétés du Système muqueux. § Ier. Propriétés de tissu. — Elles sont moindres qu’il ne le semble d’abord, — Cependant elles sont réelles. — Leur variété.—Les conduits muqueux ne s’oblitèrent point par contractilité de tissu quand ilssont vides. 469-471 § II. Propriétés vitales. " 471 Propriétés de la vie animale. —Vive sensibilité du système muqueux. —Influence de l’habitude sur cette propriété. — Conséquences de cette remarque. — Sensibilité mu- queuse dans les inflammations. 471-47O Propriétés de la vie organique. — La sensibilité organique et la contractilité insensible sont très-marquées ici.—< Pourquoi. — Conséquences pour les maladies. —« Va- riétés de ces propriétés. — Espèce de contractilité orga- nique sensible dans le tissu muqueux. 475-479 Sympathies. — Comment nous les diviserons. 479-460 Sympathies actives. — Exemple de ces sympathies pour chaque propriété vitale. 460-483 Sympathies passives.—Les prédominantes sont celles de con- tractilité organique insensible.— Pourquoi,. Pag. 483*486 Caractère des propriétés vitales. — Activité vitale de ce système. — Ses variétés. — Conséquences pour les ma- ladies. — Remarques sur les sympathies stomacales. 486-489 PRÉCIS ANALYTIQUE ARTICLE QUATRIÈME. Développement du Système muqueux. § Ier. Etat du Système muqueux dans le premier âge. — Il suit L’état des organes auxquels il appartient. — Finesse des papilles. — Le rouge muqueux est alors foncé. — Changement subit à la naissance. — Pourquoi. — Phé- nomène de la puberté. 489-490 §11. Etat du Système muqueux dans les âges suivans. — Ses phénomènes chez l’adulte. — Ses phénomènes chez le vieillard 495-495 SYSTÈME SÉREUX. Remarques générales. 4g5 ARTICLE PREMIER. De ïétendue, des J orme s et desfluides du Système séreux. Disposition générale de ses membranes. — De la surface séreuse considérée en général. — Toute membrane sé- reuse est un sac sans ouverture. 496-600 S Ier. Surface libre des Membranes séreuses. *— Elle est lisse et polie. — Cet attribut est étranger a la compres- sion. — Cette surface isole les organes auxquels appar- tiennent les surfaces séreuses. — Son influence sur la mouvement de ces organes. — Adhérences des surfaces séreuses. — Leur division. 5oo-5o7 5 11. Surface adhérente du Système séreux. — Moyen d’union.—Les membranes séreuses changent souvent de rapports avec leurs organes. — Cela est dû à la laxité des adhérences. — Adhérences plus serrées. 607 5o(> 5 III, Fluides séreux, —Leur quantité. »— Variétés de P F 5 MATIÈRES. cette quantité. — Expériences. — Variétés morbifiques. *—Nature de ces fluides. Pages 5o9*5i2 ARTICLE DEUXIÈME. Organisation du Système séreux. Les membranes séreuses n’ont qu’un feuillet. — Sa cou- leur. — Son épaisseur. 512-513 § Ier. Nature celluleuse du tissu séreux. — Preuves de cette nature celluleuse. -— Expériences par la macéra- tion, l’ébullition , la dessiccation , la coction , la putré- faction. — Différences entre les tissus cellulaire et séreux. 5i3 5i8 §11. Parties communes à l’organisation du Système séreux. Exhalons. .— Preuves diverses de l’exhalation séreuse. 518-519 Absorbons. — Preuves de l’absorption séreuse. — Expé- riences. — Mode d’origine des absorbans. 519*521 Vaisseaux sanguins. — Les membranes séreuses en ont peu. — Ceuxquileur sont subjacensne leur appartiennent pas.—Preuves. 521-522 § 111. Z7ariétés d organisation du Système séreux. —Exem- ples divers de ces variétés. — Conséquences pour les ma- ladies. —- Remarques sur le péricarde. — Caractères communs. 522-525 ARTICLE TROISÏÈ ME. Propriétés du Système séreux• § Ier. Propriétés de tissu. Extensibilité. —Elle est moins marquée qu’il ne le semble d’abord. —Pourquoi.—Usage des replis des membranes séreuses.— De leur déplace- ment. — Douleur de ces déplacemeus dans l’inflamma- tion. 5a5-527 Contractilité. —- Moindre qu’elle ne le paroît. —Cependant elle est réelle. 827-528 s IT. Propriétés vitales. —Elles jouissent de peu de sen- sibilité animale. — Pourquoi. — Expériences. — Les propriétés organiques sont très-sensibles.—Conséquences. 528-53o Sympathies. — Exemples divers. — Remarque sur les exlia* PRÉCIS ANALYTIQUE lafions sympathiques. — Remarque sur la sérosité cada- vérique. Rages 53o-53a ARTICLE QUATRIÈME. JDéveloppement du Système séreux. § Ier. État de ce Système dans le premier âge. — Exfréma ténuité des surfaces. — Quantité des fluides. — Qualité. — Changemens à la naissance. — Expériences. 552-534 § II. État du Système séreux dans les âges suivons. — Les surfaces séreuses suivent les lois de leurs organes respec- tifs. — Densité accrue chez le vieillard. — Ossification rare. 534-536 §111. Développement accidentel du Système séreux. Re- marques diverses. 536 SYSTÈME SYNOVIAL. Rapprochement et éloignement entre ce système ét le pré- cédent. Sa division. 537-538 ARTICLE PREMIER. Système synovial articulaire. § Ier. Comment la synovie fst sep orée de la. masse dusang. — Triple voie de séparation ouverte aux fluides qui éma- nent du sang. 55() La synovie est-elle transmise par secrétion aux surfaces articulaires ? — Preuves négatives. — Des prétendues glandes sjmoviales. — Expériences. 53q-54Z La synovie est-elle transmise par transsudation aux surfaces articulaires ? — Preuves négatives. — Autre opinion. 542-545 La synovie est-elle transmise par exhalation aux surfaces articulaires? — Preuves positives. —Analogie entre les fluides exhalés et la synovie. — Conséquences. 545-547 §11. Remarques sur la synovie. — Sa quantité. — Elle varie peu. — Altérations rares de cè fluide. — Sa diffé- rence d’avec les fluides séreux. 547-54g Des membranes synoviales. 54q Formes, — Elles représentent des sacs sans ouverture. — DES MATIÈRES. Différence d’avec les capsules fibreuses. —Ces capsules manquent dans le grand nombre des articulations. — Ex- périences. — Preuves de l’existence de la synoviale là oùt elle adhère. Pages 549*555 Organisation. -— Analogie avec les surfaces séreuses. —* Structure des prétendues glandes synoviales. 555-55y Propriétés. -— Propriétés de tissu. — Propriétés vitales. — Expériences. — Le système synovial reste étranger à la, plupart des maladies. 557*55^ Fonctions. — Elles sont étrangères à la solidité de l’articu- lation. — Elles n’ont rapport qu’à la sjmovie. 559-56q, Développement naturel. — État de la synoviale dans l’en- fant, l’adulte et le vieillard. 56o-56t Développement accidentel. — P«.emarques sur ce développe- ment. 56i-56a ARTICLE DEUXIÈME. Système synovial des tendons. Il se confond souvent avec le précédent. 562*56‘5 Formes, rapports ; fluide synovial. — Formes de sacs sans ouverture.—Variétés de ces formes. — Surfaces lisso et adhérente. — Rapport avec le tendon. — Augmenta- tion contre nature du fluide. 563-566 Organisation, propriétés , développement. — Leurs phéno- mènes sont analogues à ceux du système précédent. — Remarques sur les affections de ces sortes de synoviales. 566 568 SYSTÈME GLANDULEUX. Remarques générales. — Ce que c’est qu’une glande. ôô'o-Syo ARTICLE PREMIER. Situation > formes , division , etc. > du Système glanduleux. Position soucutanée et profonde, •— Rapport de la posi- tion des glandes avec leur excrétion. — Variétés des formes glanduleuses. — Distinction de ces variétés. — Surface externe des glandes, 570-574 acxæ PRECIS ANALYTIQUE ARTICLE DEUXIEME. Organisation du Système glanduleux. g Ier. Tissu propre à Vorganisation de ce Système. — La disposition fibreuse est étrangère aux glandes. — Peu de résistancedu tissu glanduleux. — Triple disposition de ce tissu. — Vague des recherches sur sa nature. — Expé- riences diverses sur ce tissu. — Dessiccation. — Résultat particulier de la coction. — Rôtissage. — Macération. — Action des acides , du suc gastrique. Pages 574-581 Des excréteurs, de leur origine, de leurs divisions, etc., des réservoirs glanduleux. — Origine. Trajet. —■ Divi- sion des glandes en trois classes , sous le rapport de la terminaison de leurs excréteurs. — Des réservoirs. —. Ce qui les remplace là où ils manquent. — Mouvement des fluides dans les excréteurs. 58i-584 Volume, direction, terminaison des excréteurs. — Remar- ques. — Tous les excréteurs s’ouvrent sur les systèmes muqueux, ou cutané. <— Observations sur le tube intes- tinal. 585-586 Remarques sur les fluides secrétés. •—Ils peuvent rentrer dans la circulation. — Expériences diverses à ce sujet. — Conséquences. 58q-5q5 Structure des excréteurs. — Membrane interne. — Tissu extérieur. 5q3-5p4 §11. Parties communes à l’organisation du Système glan- duleux. Tissu cellulaire. — Division des glandes en deux classes, sous le rapport de ce tissu. — Sérosité et graisse de ce tissu. —Des foies graisseux. 594.597 Vaisseaux sanguins. — Diverses manières dont ils pénè- trentjes glandes , suivant qu’elles sont ou non environ- nées de membranes. — Trajet des artères dans les glandes. — Veines. — Elles versent leur sang dans le sang noir général. — Reflux depuis le cœur jusque dans les glandes. 5gy-6oo Du sang des glandes. — Division de ces organes en trois classes , sous le rapport du fluide qui y pénètre. —Grande quantité de sang contenu dans le foie et le rein. — Va- riété suivant la secrétion. 6oi-6o3 Nerfs. — De ceux des ganglions et des cérébraux. — Leur des MATIÈRES. proportion. — Comment ils pénètrent les glandes.—• La secrétion est indépendante de l’influence nerveuse. Pages 6o3-6o6 Exhalans et absorbans, 606 ARTICLE TROISIÈME. Propriétés du Système glanduleux. § 1er. Propriétés de tissu. —- Elles sont peu marquées. — Preuves. — Nouvelle remarque sur le reflux du sang noir dans les glandes. 606-608 § 11. Propriétés vitales. — Propriétés de la vie animale. — Expériences sur la sensibilité animale. — Variétés des résultats. 608-610 Propriétés de la vie organique. —La contractilité insensible et la sensibilité correspondante sont les prédominantes.— • Leur influence sur la secrétion. — Variétés des fluides secrétés. —Affections organiques des glandes. — Re- marques. 610-614 Sympathies. 614 Sympathies passives. Exemples divers. — Sympathies dont les causes agissent à l’extrémité des excréteurs. — In- fluence des sympathies passives des glandes dans les ma- ladies. — Remarque sur celles de chaque glande. 614-619 Sympathies actives. — Remarques diverses. 619 620 Caractères des propriétés vitales. .620 Premier caractère. Vie propre à chaque glande. — Preuves de cette vie propre. — De son influence flans l’état de santé et de maladie. 620-623 Deuxième caractère. Rémittence de la vie glanduleuse. — Les glandes ont une espèce de sommeil. — Exemples divers. 623-625 Troisième caractère. La vie glanduleuse n'est jamais simul- tanément exaltée dans tout le système. — Application de celte remarque à l’ordre digestif. — Avantage de l’exci- tation artificielle des glandes dans les maladies. 626-627 Quatrième caractère. Influence du climat et de la saison sur la vie glanduleuse. — La sueur et plusieurs fluides secré- tés sont en sens inverse sous ce rapport. 627-629 Cinquième caractère. Influence du sexe sur la vie glandu- leuse. 629 PRECIS A N A L Y V IQÙÜ ARTICLE QUATRT V. M E. . Développement du Système glanduleux. g 1er. Etat de ce Système chez, le fœtus. — Les glandes sont très-prononcées à cet âge. — Cependant 1er secrétions ne sont pas si marquées. Pages 6'sg-63i g 11. Etat du Système glanduleux pendant l’accroissement. — Activité subitement accrue à la naissance. — Cepen- dant ce n’est pas le système glanduleux qui prédomine dans le premier âge. — Remarques sur ces maladies. — Le s glandes muqueuses et lacrymales sont le plus fré- quemment en action chez l’enfant. 631-635 § III. Etat du Système glanduleux après l’accroissement. — Époque de la puberté.—Son influence sur les glandes. .— Influence des glandes de la digestion à l’âge adulte. 1 635-637 § IV. Etat du Système glanduleux chez le vieillard. — Du changement dans le tissu des glandes par l’effet de l’âge. — Plusieurs glandes secrétent encore beaucoup de fluide chez le vieillard. — Rapport de ce phénomène avec la nutrition. 637-639 SYSTÈME DERMOÏDE. Remarques générales. 640 ARTICLE PREMIER. Formes du Système dermoide. § Surface externe du Système dermoïde. — Plis divers de cette surface. •— Leur nature différente. 641-644 § 11. Surface interne du Système dermoïde. —Ses rapports. — Absence du pannicule charnu chez l’homme. —Con- séquences. 644-646 ARTICLE DEUXIÈME. Organisation du Système dermoide. § Ier. Tissu propre à cette organisation. 646 Corïon. — Sou épaisseur daus les diverses régions. — Sa structure, — Manière de la voir. — Variété de cette structure suivant les régions. — Aréoles du chorion. — Fibres. — Leur nature. — Elle approche de celle du tissu fibreux. — Cependant elle eu diffère. — Le chorion est étranger aux fonctions de la peau relatives à la vie ani- male et à la vie organique. Pages 646-655 Du corps réticulaire. — Idée qu’on s’en est formée.— Ceqiti existe. — Réseau vasculaire. — Substance colorante. —■ Analogie avec la diversité des races. —Comment on doit considérer cette diversité. — Des cas où le sang pénètre dans le corps réticulaire. — Singulière propriété des vais- seaux delà face à en recevoir plusquelesautres. — Cause de ce phénomène. —Triple moyen d’expression des pas- sions. — Rapport de la tendance du système capillaire facial à recevoir du sang, avec les maladies. —• Double état du corps réticulaire. — Phénomènes à l’instant de la mort. — Expériences, 655-665 Papilles. Situations. — II ne faut pas prendre pour telles les saillies cutanées. — Expérience pour prouver la nature de ces saillies. — Leurs variétés. — Formes j structure nerveuse des papilles. 665-668 Action de différais corps sur le tissu dermoide; 668-66^ Action de la lumière. — Les hommes s’étiolent comme les plantes. — Exemples. 669-670 Action du calorique. — Effets qu’il produit sur la peau dans le vivant suivant ses divers degrés. — Effet du froid. —* Remarques générales sur la gangrène et sur les antisep- tiques. — Fausses opinions des auteurs. 670-676 Action de Pair. — Remarques sur l’influence de ce fluide sur la vaporisation de la transpiration. —• Il est étranger à cettë fonction elle-même. — Dessiccation de la peau par l’air. —- Sa putréfaction. 676-680 Action de l’eau. — Usages généraux des bains. — Leur usage est dans la nature. — Macération de la peau. —» Rtat pulpeux. — Coction de la peau. *— Mode de racor- nissement. Phlyctènes qui s’élèvent à l’instant où il a lieu. — Autres phénomènes de la coction. 68o-685 Action des acides, des alcalis, et d’autres substances.— Expé- riences diverses avec les réactifs. — Remarques. 685-687 §11. Parties communes à P organisation du Système der- moide. 687 Tissu cellulaire, —- Manière dont il se comporte. —< Re- DES MATIÈRES. précis A N a l y T i que marquessurle furoncle. —Quelquefois il est tout détruit. — Aspect que prend alors la peau. — Remarques sur les leucophlegmaties. Pages 687-689 Vaisseaux sanguins. — Manière dont ils se comportent. —* Dilatation des veines en certains cas. 689-690 Nerfs. — Mode de leur distribution. 690-691 Absorbons. — Preuves de l’absorption cutanée. — Absorp- tion des virus. — Tableau de cette absorption. — Va- riétés qu’elle éprouve. — Absorption de médicamens. — Expériences. — Caractère d’irrégularité des absorptions cutanées.—A quoi tient ce caractère. — Influence de la foiblesse sur cette absorption. 691-696 Exhalans.— Mode de distribution. —Exhalation cutanée. — Insuffisance des calculs sur ce point. — Rapport de cette exhalation avec les secrétions. — Rapport avec l’exhalation pulmonaire.—Expériencessurcettedernière exhalation. — Remarques sur les causes de plusieurs toux. — Défaut de vaporisation du flnide déposé sur les bronches. — Les exhalans cutanés varient. — Sont-ils sous l’influence nerveuse? — Cela ne paroît pas pro- bable. 696-704 Glandes sébacées. — Humeur huileuse de la peau. — Sa quantité. — Ses variétés. —• Ses sources. •— Nous avons peu de données sur les glandes sébacées. 704-707 ARTICLE TROISIÈME. Propriétés du Système dermoide. g 1er. Propriétés de tissu. — Elles sont très-marquées. — Souvent elles sont moindres qu’il ne le semble. — Phé* nomène de l’extensibilité et de la contractilité. 707-711 § 11. Propriétés vitales. 711 Propriétés de la vie animale. — Sensibilité. — Du tact. •—* Du loucher. — Ses caractères. — Ses différences des au- tres sens. — Siège de la sensibilité cutanée. — Mode.— Douleur propre à la peau. — Influence de l’habitude sur cette sensibilité. — Réflexions diverses. — Diminution de la sensibilité cutanée. 711-720 Propriétés de la vie organique. — Ce sont spécialement la sensibilité organique et la contractilité insensible quicom* posent ces propriétés. — Phénomènes auxquels elles pré- sident. — Division des maladies cutanées. —Excitans de le sensibilité organique cutanée. — La contractilité or- ganique sensible est peu marquée. Pages 720-724 Sympathies. 724-725 Sympathies passives. — Exemples divers et remarques sur les sympathies de chaleur. — Remarques générales sur les sensationsdechaud et de froid. — Influence des sym- pathies sur la sueur. 725-729 Sympathies actives. —Ces sympathies sont relatives à cha- cune des classes des maladies cutanées assignées plus haut. — Exemples divers. — Remarques générales. 729-735 Caractère des propriétés vitales. Premier caractère. La vie cutanée varie dans chaque région, — Variétés de sensibi- lité animale. — Variétés dans les propriétés organiques. 735-737 Deuxième caractère. Intermittence sous un rapport ; conti- nuité sous un autre rapport. — La vie propre de la peau est intermittente du côté des fonctions de relation. — Sa continuité du côté des fonctions organiques. 737-739 Troisième caractère. Influence du sexe. fâg Quatrième caractère, Influence du tempérament. 739-740 DES MATIERES. ARTICLE QUATRIÈME. Développement du Système dermoide. § Ter. État de ce Système chez lefœtus0 — Enduit gluant dans les premiers temps. — Absence de certaines rides chez le fœtus. — Laxité d’adhérence. — État des pro- priétés vitales de la peau chez le fœtus. — Ses fonctions à cet âge. 740-744 §11. Etat du Système dermoïde pendant l'accroissement. — Révolution subite à la naissance. —-Abord du sang, rouge à la peau. — Conséquences, — Etat des forces vitales cutanées dans l’enfance. — Etat du tissu cutané. 744-749 § ITT, État du Système dermoïde après l'accroissement. — Proportion croissante de la substance fibreuse, et décrois- sante de la gélatineuse. — Remarque sur les maladies et les affections de la peau, 749-752 § I V. État du Système dermoïde chez le vieillard. — Etat du (issu cutané. — Phénomènesauxquels il donne lieu.—■ Etat des forces vitales. —Etat des fonctions. 752-756, PRÉCIS ANALYTIQUE SYSTÈME ÉPIDERMOÏDE. Considérations générales. — Division. Page 757 ARTICLE PREMIER, De Vépiderme extérieur. § Ier. Formes, rapports avec le derme, etc. — Rides. ■—' Pores. — Adhérence à la peau. —• Moyens de détruire cette adhérence. — Disposition. , 768-762 §11. Organisation, composition, etc. —'Epaisseur uni- forme dans la plupart des parties. — Remarquable épais* seuraupied et à la main. — Conséquences de cette épais- seur. — Expériences sur la couleur des nègres. — Tissu épidermoïde. — Sa nature particulière. — Action de Pair, de l’eau, du calorique, des acides, des alcalis, etc., sur le tissu épidermoide. 762-770 § 111. Propriétés. — Extensibilité. — Les propriétés ani- males sont étrangères à l’épiderme. — Il paroît dépourvu aussi de propriétés animales. — Destruction continuelle de l’épiderme. >— Sa reproduction quand il est enlevé. 77°"77& § I V. Développement. — Etat de l’épiderme chez le fœtus, chez l’adulte et chez le vieillard. 77^“777 ARTICLE DEUXIÈME. Épiderme intérieur, Remarques générales sur cet épiderme. 777“77® § Rr. Epiderme de l’origine des surfaces muqueuses. — Il est très-distinct. •— Preuves de sou existence. — Sa repro- duction. — Sa nature. 77^“779 §11. Epiderme des surfaces profondes. —- Incertitude sur son existence. —Expériences. -— Membranes rejetées, au dehors. — Il parcit que ce n’est pas l’épiderme. 779-782 ARTICLE TROISIÈME. Des Ongles. § Ier. Formes, étendue ; rapports, etc. — De l’habitude de couper les ongles. — Portions antérieure, moyenne et postérveurede l’ongle.— Surtâcessupérieureenaférieure. — Du tissu qui soutient l’ongle. Pages 782-786 §11. Organisation , propriétés , etc. — Des lames qui for- ment les ongles.—De leur arrangement. — Leur aualo- gie avec l’épiderme. — Obscurité des propriétés vitales.) — Facilité de la coloration des ongles, de l’épiderme, etc,..., r 786-790 Développement. — Etat des ongles chez le fœtus , chez l’a— dulte et chez le vieillard. 79°'79* DES MATIÈRE S. SYSTÈME PILEUX. Considérations générales, 792'79^ ARTICLE PREMIER. Examen du Système pileux dans les diverses régions. § Ier. Système pileux de la tête. — Réflexions générales.' 79^-794 Des cheveux. — Leur longueur. — Leur situation. —Leurs limites. — Leur influence sur la physionomie. — Leurs variétés suivant le sexe. — Leurs usages. — Leur épais- seur. — Leurscouleursfondamentales.—- Leursuuances. -— Leur influence dans le tempérament. 794 800 Sourcils, — Leur disposition générale. •— Leurs mouve- mens. 8oo-8oa Cils. — Leur forme, leur disposition, etc. 80a Barbe. —Elle est l’attribut du mâle. —Ses rapports aveo la force. — De nos usages relatifs à la barbe. 8oa-8o5 § IL Du Système pileux du tronc. — Ses variétés suivant les régions. 8o5-8q(> § 111. Systèmes pileux des membres. >— Leurs variétés. — Ils manquent à la paume des mains et à la plante des pieds* 806 ARTICLE DEUXIÈME. Organisation du Système pileux, § Ier. Origine des poils. — Du canal membraneux qui ren- ferme cette origine, — Rapport du poil avec ce canal, —■*. PRÉCIS analytique df.s matières. Organisation de celui-ci. — Renflement du poil à son origine. — Son trajet jusqu’à l’extérieur. Pages 807-8iq §11. Enveloppe extérieure des poils, —Analogie de cette enveloppe avec l’épiderme. —Ses différences— Action des divers agens sur cette enveloppe. — Sa disposition extérieure. 810812 § I 11. Substance intérieure des poils. — Nous en ignorons la nature. — Capillaires des cheveux. — Leur substance colorante. — La substance intérieure des cheveux est es* sentiellement soumise à l’influence des phénomènes vi- taux. — Preuves de cette assertion. — Cela la distingue de l’enveloppe extérieure. 813-818 ARTICLE TROISIÈME. Propriétés du Système pileux. Il éprouve peu de racornissement. — De la frisure. — Les propriétés de tissu peu marquées. —-Les animales sont nulies. — Les organiques un peu plus caractérisées. 818-821 ARTICLE QUATRIÈME. Développement du Système pileux. § Ier. Etat de ce système dans le premier âge. —. Du duvet du fœtus. — L’accroissement des poils est alors inverse de celui des autres parties. — Leur accroissement après la naissance. — Leurs couleurs sont peu foncées dans l’en- fance. 821-822 § I f. Etat du Système pileux dans les âges suivons. —* Révolution à la puberté. —Des poils qui poussent alors, — Il y a peu de changemens dans les âges suivaris. 822-823 § IIT, Etat du Système pileux chez le vieillard. — Des poils qui meurent les premiers. — Delà blancheur qu’ils prennent alors. — Ils croissent encore dans cet état. —- Pourquoi. — Poussent-ils après la mort ? — Différences générales des corps vivans et bruts dans leur décrépitude. 820-827 § I V. Développement accidentel. — Développement sur les surfaces muqueuses. —Développement sur la peau, — Développement dans les kystes. 827-828 TIN DE LA TABLE. ANATOMIE GÉNÉRALE. SYSTÈMES PARTICULIERS A QUELQUES APPAREILS. Considérations générales. Xje premier volume de cet ouvrage a été consacre'à des recherches sur lessystèmes communsàjastructure de tous les appareils, sur les systèmes primitifs qui forment pour ainsi dire le parenchyme nutritif, la base de tous les organes, puisqu’il n’est presque aucun de ces organes où les artères, les veines, les exhalans, les absot'bans , les nerfs et le tissu cellulaire n’entrent pour partie plus ou moins essentielle. Chacun est tissu d’abord decesparties communes,puisd’autresparties propres qui les caractérisent spécialement. Les systèmes qui seront examinés dans ce volume ne sont point aussi généralement répandus dans l’éco- nomie animale. Ils n’appartiennent qu’à quelques appareils particuliers: ainsi les systèmes osseux, musculaire, animal, cartilagineux, fibreux , sont-ils spécialement destinés aux appareils de la locomo- tion; ainsi les systèmes séreux, muqueux, musculaire CONSI DÉ RATIONS organique, etc., entrent-ils surtout dans les appareils digestifs, respiratoires,circulatoires; ainsi le système glanduleux forme-l-il l’appareil des secrétions ; ainsi le système cutané entre-l-il principalement dans l’ap- pareil sensitif externe, etc. Tous les systèmes qu’il nous reste à examiner sont donc bien plus isolés , jouent un rôle bien moins étendu que ceux qui nous ont occupés jusqu’ici. Con- centrés dans quelques appareils , ils sont étrangers aux autres , ils ont une vie indépendante de la leur, au lieu que par-tout les systèmes primitifs mêlent leur mode de vitalité à celui des autres organes, dans la composition desquels ils entrent: la plupart ont un mode d’exister et des formes extérieures qui les dis- tinguent de ces derniers. Les differentes parties qui composent chacun, sont presque toujours isolées, ne tiennent point les unes aux autres: les os,les muscles de la vie animale et de la vie organique, les carti- lages, les fibro-cartilages, les organes médullaires , les glandes, les membranes séreuses, les poils , etc. pré- sentent cet isolement d’une manière remarquable. Chaque pièce appartenant à ces différens systèmes , a toujours entre elle et les pièces du même système une foule d’organes intermédiaires, qui sont dénaturé très-différente, et qui appartiennent par conséquent à d’autres systèmes. Il n’y a guère que les systèmes cutané, fibreux et muqueux, qui soient par-tout con- tinus dans leurs diverses parties : encore ce dernier n’a-t-il point de communication entre sa portion qui se déploie sur les appareils digestifs et respiratoires , et sa portion qui appartient aux organes urinaires et génitaux. G fi îi f R A L E S. Nous avons vu au contraire les systèmes primitifs être par-tout continus, ne point avoir entre eux d’in- terrupLion. Le cellulaire, l’artériel, le veineux , l’ab- sorbant , le nerveux, sont tellement disposés, que s’il étoit possible d’enlever tous les organes qu’ils pénè- trent , en les laissant seuls, on auroit un véritable tout diversement figuré suivant ces systèmes. Lesexhalans peuvent être aussi véritablement considérés comme se tenant par-tout, ainsi que nous l’avons vu. Sup- posez au contraire que les organes intermédiaires aux os, aux cartilages, aux fibro-cartilages, etc., soient enlevés; toutes les pièces de ces systèmes tombent aussitôt, et vous n’avez point un tout continu. L’ordre à suivre dans l’examen de ces systèmes est assez indifférent; nous les placerons les uns après les autres dans la série suivante , qui comprendra les systèmes iQ. osseux, 2r}. médullaire , 3°. cartila- gineux, 4°. fibreux, 5°. fibro-cartilagineux, 6°. mus- culaire animal, y0, musculaire organique, 8°. mu- queux, 9°. séreux, io°. glanduleux, n°. cutané, 12°. épidermoïde , i3°. enfin le système des poils. Remarquez que la nature ne s’astreint à aucun ordre méthodique , en distribuant ces systèmes dans les divers appareils ; elle n’a point égard aux grandes différences quelle a établies entre les fonctions. Cha- cun peut appartenir en même temps à des appareils de fonctions qui n’ont aucune analogie. Ainsi le fibro-cartilagineux, qui se trouve surtout dans les organes locomoteurs , dans la vie animale par consé- quent, entre-t-il aussi dans l’appareil respiratoire par la trachée-artère ; ainsi lesystème muqueux, pres- que par-tout destine aux organes de la vie interne , 4 CONSIDERATIONS GENERALES. appartient-il à la vie externe dans la conjonctive 7 dans les fosses nasales, etc. , à la génération dans les vésicules séminales, dans la prostate, etc.; ainsi le système glanduleux verse-t-il tour a tour des fluides sur les organes des deux vies, comme sur ceux de la génération; ainsi les surfaces séreuses se déploient- elles sur des parties que leurs fonctions ne rappro- chent nullement, sur le cerveau et l’estomac , par exemple, sur les cartilages articulaires et sur les pou- mons, etc.... Concevons donc les systèmes simples par abstraction, si je puis parler ainsi ; repre'sentons- nous-les d’une manière isolée, comme des espèces de matériaux distincts les uns des autres, quoiqu’assem- blés deux à deux, trois à trois , quatre à quatre, etc., pour former les édifices partiels de nos appareils, édi- fices dont résulte l’édifice général de notre économie. Chacun de ces appareils est destiné à exercer une fonction déterminée, et doit se classer par consé- quent comme les fonctions: c’est aussi de cette ma- nière que nous les distribuerons dans l’Anatomie descriptive. Mais les systèmes simples ne tendant à un but commun qu’autant qu’ils sont réunis en ap- pareils, on ne peut, en les considérant isolément, s’astreindre à aucune classification empruntée de leur destination. SYSTEME OSSEUX. C e système, remarquable entre tous les autres par la draeté et la résistance qui le caractérisent, reçoit de ce double attribut l’aptitude à servir à tous de base commune sur laquelle ils reposent, et autour de la- quelle ils se trouvent suspendus et fixés. L’ensemble des pièces qui le forment tiennent les unes aux autres, pour cet usage, au moyen de liens souples et résis- tans , qui composent de ces pièces un tout qu’on nomme le squelette. Ce tout osseux , placé au milieu de la foule des organes qu’il soutient, par-tout con- tinu dans ses diverses parties, n’a point cependant, comme lessystèmes primitifs, continuité de vie propre d’une de ses extrémités à l’autre. Les liens qui as- semblent ses pièces diverses, très-differens d’elles par leur nature et par leurs propriétés , y produisent un isolement de vitalité, que les différentes parties des systèmes ci-dessus ne présentent point, parce que dans leur continuité leur nature est par-tout la même. ARTICLE PREMIER. Des Formes clu Système osseux. CJ onsiderÉs sous le rapport de leurs formes, les os sont de trois sortes, longs plats et courts. Une seule dimension domine dans les premiers, la longueur; deux s’observent en proportion à peu près égale dans les seconds, la longueur et la largeur; ces deux dcr- 6 SYSTÈME nières dimensions, plus l’épaisseur,caractéi isentles os courts. Examinons chacun d’une manière générale. § Ier. Des Os longs. Les os longs appartiennent en général à l'appareil locomoteur, ou ils forment des espèces de leviers que meuvent les muscles en différentes directions. Tous son t placés dans les membres, où leur ensemble consti- tue une espèce de colonnecentrale, et mobile endivers sens. On les y voit successivement diminuer en lon- gueur et augmenter en nombre, en les examinant de la partie supérieure à l’inférieure , du fémur ou de l’humérus aux phalanges des orteils ou des doigts. Il résulte de celte double disposition opposée, que le haut des membres est caractérisé par l’étendue des mouvemens, et le bas parla multiplicité, la variété et les bornes étroites de ces mouvemens. Ces os ont tous une conformation analogue : épais et volumineux à leurs extrémités, iis sont plus minces et ordinairement arrondis dans leur milieu ou dans leur corps , comme le disent les anatomistes. Le volume des extrémités osseuses présente le double avantage, i°. d’offrir aux articulations de larges sur- faces et par conséquent plus de causes de résistance aux divers déplacemens, 2°. de concourir à la régu- laritédes formes du membreauquelilsappartiennent. Remarquez en effet que les muscles et les os sont juxta-posés en sens inverse dans les membres. Le milieu des premiers, qui est leur partie la plus grosse, correspond au milieu des seconds, qui forme leur portion grêle, tandis que les extrémités de ceux-ci suppléent par leur volume à la ténuité des tendons OSSEUX. 7 qui terminent les autres, et qui se trouvent placés à côté d’elles. L’augmentation de volume des extré- mités des os longs n’est point subite; elle commence insensiblement sur le corps. On observe sur ces ex- trémités diverses éminences, soit d’articulation, soit d’insertion. Le milieu ou le corps ne présente aucune émi- nence; seulement on y voit des lignes saillantes , tou- jours destinées à des implantations aponévrotiques , et qui, lorsqu’elles sont très-marquées ôtent à l’os sa forme cylindrique qu’il conserve cependant à l’in- térieur: ainsi le tibia est-il manifestement triangulaire au-dehors, quoique au-dedans son canal ait la forme de celui du fémur. En généi al ces lignes d insertion , toujours séparées entre elles par des surfaces planes, sont au nombre de trois sur chaque os long , comme on le voit à l’humérus, au cubitus, au radius , au tibia , au péroné , etc. J’ignore la raison de cette loi de conformation. Une autre observation, générale , c’est que le corps de presque tous les os longs est comme tordu sur lui-même; en sorte que la direction de sa partie supérieure n’est pas la même que celle de l’inférieure : en suivant de haut en bas une des lignes dont je parlois tout à l’heure , on peut faire cette remarque , qui du reste est plus sensible chez l’adulte que chez le fœtus. Ce changement de direc- tion n’a rien de général dans le sens qu’il affecte. Les formes intérieures des os longs se distinguent très-bien en sciantceux-cilongitudinalement. Le tissu celluleux les remplit aux extrémités ; il est, comme nous le verrons* plus mince et moins abondant dans le milieu qui offre le canal médullaire. SYSTÈME Ce canal n’existe point dans le premier mois du fœtus, et tant que l’os est cartilagineux ; l’état osseux eàt l’époque de sa formation. Toute la gélatine du milieu de l’os est alors absorbée, l’exhalation n’y en apporte point de nouvelle , excepté dans le tissu cel- luleux très-rare que renferme ce canal; cette fonction, par-là même quelle est nulle au centre, devient plus active à la circonférence de l’os. Ce surcroît d’acti- vité des exhalans externes favorise la formation du tissu compacte dont le développement se fait précisé- ment en même temps que celui du canal dont il forme les parois ; en sorte qu a cette période de l’ossifica- tion, l’exhalation et l’absorptionsemblentêtreen sens inverse dans les deux parties de l’os : l’une est très- énergique à l’extérieur pour apporter le phosphate calcaire dont s’encroûtele parenchyme déjà existant; l’autre est très-active à l’intérieur pour enlever la gé- latine dont 1 absence forme le vide d’où naît le canal médullaire. 11 n’y a de cavité médullaire bien caractérisée que dans l’iiumérus, le radius, le cubitus, le fémur, le tibia, le péroné et la clavicule, etc. Les côtes, les pha- langes, qui par leur forme se rapprochent de ceux-ci, ont dans leur milieu beaucoup de tissu celluleux or- dinaire, et presque jamais de ce tissu celluleux plus mince, qui occupe le centre des os ci-dessus indiqués , et qui ne se trouve que dans la cavité médullaire. Cette cavité ne s’étend point au-delà du corps de l’os : là où le tissu compacte commence à s’amincir, elle disparoît, remplacée par la grande quantité de tissu celluleux qui remplit l’extrémité de l’os. Sa forme est cylindrique, sa direction droite. Elle ne osseux, varie point dans sa forme , suivant les aspe’rités ou les lignes saillantes extérieures du corps de T os, qui prend seulement en ces endroits plus d’e'paisseur. Ses parois sont plus lisses dans le milieu, qu’aux extrémités , d’où se détachent déjà beaucoup de filets celluleux très-considérables. Elle est traversée dans plusieurs sujets par des cloisons osseuses , minces et horizon- tales, qui interrompent presque entièrement sa con- tinuité en cet endroit, et semblent la diviser en deux ou trois parties très-distinctes. Le canal médullaire sert non-seulement à loger l’organe médullaire, à le défendre , mais encore à donner plus de résistance à l’os : car on sait que de deux cylindres égaux par la quantité de matière qui les forme , mais dont l’un sera creux , et par consé- quent à plus grand diamètre que l’autre qui sera plein, le premier résistera plus que le second, parce qu’on le ploiera , et on le rompra par là même avec moins de facilité. Des cylindres pleins, égaux en diamètre aux os longs, eussent empêché, par leur pesanteur , les mouvemens des membres; tandis que d’autres cylindres de même pesanteur, mais sans ca- vité , eussent offert trop peu desurface pour les inser- tions musculaires. Réunir peu de pesanteur à une largeur suffisante dans lemilieu des os longs, est donc un grand avantage du canal médullaire. Ce canal disparoît dans les premiers temps de la formation du cal au niveau des fractures, parce que tout l’organe médullaire se pénètre en cet endroit de gélatine , et devient cartilagineux ; mais peu à peu cette gélatine, absorbée de nouveau, sans être rem- placée, favorise le développement d’une cavité nou- SYSTEM E velle ,et la communication se rétablit entre les parties supérieure et inférieure du canal. J’ai observé que , dans le premier âge, et tant que les extrémités de l’os sont cartilagineuses, le canal médullaire est moins long à proportion que dans l’a- dulte; il ne forme guère à la naissance que le tiers moyen de l’os , les deux tiers supérieur et inférieur étant formée d’abord par la portion cartilagineuse de chaque extrémité , puis par un tissu celluleux inter- médiaire à cette portion et au canal. A mesure qu’on avance en âge , sa proportion de longueur devient plus marquée. § II. Des Os plats. Les os plats ont, en général, peu de rapport à la locomotion, qu’ils ne favorisent guère que par les inseriions des muscles, qui vont de là se rendre aux os longs. La nature les destine surtout à former les cavités, telles que celles du crâne, du bassin. Leur conformation les rend très-propres à cet usage. Leur nombre varie suivant les cavités auxquelles ils con- courent : toujours plusieurs se réunissent pour en composer une, et c’est même cette circonstance qui en assure en partie la solidité. En effet, l’effort des coups extérieurs se perdant dans leurs jointures , les fracture avec moins de facilité. Si le crâne n’éloit que d’une seule pièce, ses solutions de continuité seroient beaucoup plus fréquentes qu’elles ne le sont d après son organisation naturelle. A mesure que les sutures s’ossifient chez les vieillards , il devient plus fragile. Dans lesenfans, où l’ossification n’est pas complète, où le nombre des pièces osseuses isolées est par con- OSSEUX. 11 sëquent plus considérable à la tête , au bassin , etc., la difficulté des fractures est extrême, parce que les liens mous qui unissent les parties solides cèdent, sans se rompre , aux corps extérieurs. Les os plats sont presque tous contournés sur eux- mêmes, concaves et convexes en sens opposé: ce qui a rapport à leur destination de former des cavi- tés. Leur courbure varie suivant l’endroit de la cavité où ils se trouvent: cette courbure est une cause de résistance très-puissante, lorsque celle indiquée ci- dessus n’a plus lieu. Ainsi, dans le premier âge , le crâne résiste en cédant; mais à mesure que les sutures deviennent plus serrées, qu’il tend à ne former qu’une pièce osseuse, c’est par le mécanisme des voûtes qu’il protège le cerveau. Tous les os plats offrent deux surfaces et une cir- conférence. Suivant que les premières servent à des insertions musculaires, ou se trouvent seulement re- couvertes par des aponévroses, des membranes, etc., elles sont raboteuses ou lisses. Vers le milieu l’os est plus mince ; il a toujours plus d’épaisseur à la cir- conférence , qui est ou à articulation ou à insertion. Dans le premier cas, cet excès d’épaisseur assure la solidité des jointures , qui se font alors par de plus larges surfaces, comme on le voit au crâne : dans le second il offre aux fibres plus de points d’origine , comme on l’observe à la crête de l’os iliaque et à la plus grande partie de sa circonférence. Les formes intérieures des os plats présentent peu de particularités; leurs deux lames externes laissent entr’elles un écartement que remplit le tissu celluleux. 12 SYSTÈME § III. Des Os courts. Les os courts sont places en general dans les parties ou doivent se trouver re'unies la mobilité et la solidité, comme dans la colonne vertébrale ? le tarse, le méta- tarse. Toujours peu volumineux, ils se trouvent ra- massés en assez grand nombre dans les régions qu’ils occupent ; ce nombre supplée à leur petitesse dans la formation des portions du squelette auxquelles ils concourent. C’est aussi ce nombre qui assure à ces portions la réunion desdeux attributs presque opposés dont nous parlions, savoir , la solidité, parce que les efforts extérieurs se perdent dans les liens nombreux qui les unissent,et la mobilité, parce que l’ensemble de leurs mouvemens isolés donne un mouvement gé- néral considérable. Rien n’est constant ni uniforme dans la confor- mation extérieure de ces os ; elle se modifie suivant le plan général du tout dont ils sont les pariies : ainsi les usages différens du carpe, du métacarpe , de la co- lonne vertébrale, déterminent des formes diverses dans leurs os respectifs. Ces os présentent toujours beaucoup de cavités et d’éminences sur leurs surfaces externes, nécessaires à leurs nombreuses articula- tions, à l’insertion des liens ligamenteux multipliés qui les unissent, et des muscles qui les font mouvoir. A l’intérieur , ces os n’ont rien de particulier que beaucoup de tissu celluleux qui les forme presque en totalité , et qui les expose à de fréquentes caries. Il ne faut point croire du reste que la nature s’as- servisse avec régularité à la division des os en longs, en plats et en courts.Ici comme ailleurs, elle se joue de nos méthodes de descriptions, et nous montre les os tantôt présentant et le caractère des os longs et celui des os courts, tantôt réunissant les attributs de ces den £ers et des os plats. L’apophyse basillaire et la partit» supérieure de l’occipital, le corps et les parties latérales du sphénoïde, mis en opposition, prou- vent cette assertion. Quelquefois par sa forme exté- rieure un os appartient aux longs , et doit se classer parmi les plats d’après son organisation intérieure comme les côtes en présentent un exemple,etc.,etc, § IV. Des Éminences osseuses. Les éminences osseuses portent en générallenom d’apophyses, elles sont épiphyses, lorsque le carti- lage d’ossification qui les réunit à l’os, n’est point encore encroûté de substance calcaire. On peut rapporter ces éminences à quatre grandes divisions; savoir, a celles iQ. d’articulation, 20. d’in- sertion , 3°. de réflexion, 4°» d’impression. i°. Les éminences d’articulation varient suivant que l’articulation est mobile ou immobile : je ne les considérerai point ici d’une manière générale, pour 11’être pas obligé de me répéter au chapitre des arti- culations. 20. Les éminences d’insertion sont extrêmement multipliées dans les os ; elles ne donnent jamais at- tache qu’à des organes fibreux, comme à desbgamens, à des tendons, à des aponévroses, à la dure-mère : tout organe différent de ceux-ci par sa structure, ne s’implante aux éminences osseuses et aux os en général, que par leur intermède : les muscles en sont un exemple remarquable. OSSEUX. SYSTÈME Ces éminences sont en général beaucoup moins prononcées chez la femme que chez l’homme, chez l’enfant que chez l’adulte, chez les animaux foibles que chez les carnivores qui vivent en attaqua jt et en détruisant leur proie. Toujours la saillie de » émi- nences d’insertion est un indice de la force, de la vigueur des mouvernens. Elles se développent d’au- tant plus, que les muscles sont plus prononces. Exa- minez comparativement le squelette d’un homme fort, sanguin, dont le système musculaire se dessi- noit avec énergie à travers les tégumens ,et celui d’un homme foible, phlegmatique, dont les formes arron- dies commechezlesfemmes,ne se prononçoient point au-dchors : vous verrez la différence. La forme de ces éminencesd’insertion varie prodi- gieusement : tantôt les muscles s’insèrent par une foule defibresaponévrotiquesisolées;elles sont petites alors, très-multipliées, et ne formenr presque que des aspé- rités imprimées sur une surface plus ou moins large: tantôt c’est par un seul tendon que le muscle tire son origine; alors assez ordinairement l’apophyse est très- saillante, et occupe peu de place. Quelquefois une aponévrose large donne naissance aux fibres char- nues : c’est alors une ligne osseuse, plus ou moins saillante, qui donne insertion. En général les éminences sont proportionnées aux muscles qui s’y fixent: par exemple, dans trois mus- cles égaux à peu près en masse, et dont l’un s’attache par des fibres isolées, l’autre par un tendon, l’autre par une aponévrose, on remarque que la somme des aspé- rités d’insertion du premier, l’apophyse isolée du se- cond, la ligne saillante du troisième, sont à peu près égales par la quantité de substance osseuse qui les forme; en sorte qu’en supposant que l’apophyse fût disséminée en aspérités, ou étendue en ligne, ou bien que les aspérités fussent réunies en masse , ou que la ligne se concentrât sur elle-même pour former l’apo- physe, cette quantité de substance osseuse se trou- yeroit à peu près la même. On conçoit tout l’avantage des éminences pour les insertions des muscles qu’elles éloignent du centre de l’os, dont elles diminuent le parallélisme avec son axe, et qu elles favorisent conséquemment dans leurs mouvemens d’une manière évidente. Sont-elles produites par les tiraillemens des muscles? Cette opinion , empruntée des lois de la formation des corps mous et inorganiques, ne s’accorde nul- lement avec les phénomènes connus de la vitalité, avec l’existence des éminences à insertion non mus- culaire , et qui souvent font plus de saillie que celle- ci, avec la disproportion qui existe entre l’alongement de certainesapophysesà implantation musculaire, de la styloïde, par exemple, et la force des muscles qui s’y attachent, etc. Les éminences à insertion ligamenteuse ontl’avan- tage, en éloignant un peu le ligament de l’articulation, de faciliter les mouvemens de celle-ci; ce qui est sur- tout remarquable pour les ligamens latéraux ducoude, du genou,etc. Quant aux autres éminences d’insertion, on ne peut guère considérer d’une manière générale leurs fonctions respectives. 2°. Les éminences de réflexion sont celles sous lesquelles passe un tendon, en se déviant de son trajet OSSEUX. 16 SYSTÈME primitif: tel est le crochet de l’apophyse ptérygoïde, l’extrémite malléolaire du péroné', etc. Presque toutes ces éminences présentent, dans un sens, une échan- crure ou excavation que complète en sens opposé un ligament ; ce qui constitue un anneau pour le pas- sage du tendon. 3°. Les éminences d’impression sont celles qui naissent, dit-on, lorsque divers organes creusent sur les surfaces osseuses des enfoncemens que séparent les éminences, lesquelles ne sont autre chose que l’os qui, en cet endroit, reste à son niveau ordinaire. Les impressions cérébrales, musculaires, sont données comme des exemples de cette disposition. Mais ces impression sont-elles en effet un résultat de la com- pressions des organes sur l’os, ou dépendent-elles des lois du développement osseux, lois qui donnent aux os des formes accommodées aux organes environ- nans ? J’adopterois plus volontiers la seconde, que la première de ces opinions qu’on a crue très-probable à cause de l’effet des anévrismes sur les os qui leur sont contigus, et qu’ils usent et détruisent peu à peu. Mais remarquons que si les muscles , le cerveau, les vaisseaux par leurs mouvemens de pression, avoient sur les os, dans l’état naturel, un mode d’action ana- logue à celui de l’anévrisme, l’état des parties de- vroit être le même que dans ce cas. La lame compacte devroit être détruite au niveau des enfoncemens, et laisser à sa place une surface inégale, raboteuse : or le contraire arrive; ce qui me fait penser que ce qu’on appelle communément impression d’organes, n’est qu’un effet naturel de l’ossification. OSSEUX. § Y. Des Cavités osseuses. Les cavite's osseuses sont très-nombreuses: celles seules qui se trouvent à l’extérieur des os vont nous occuper. On les divise, comme les éminences,en ar- ticulaires et en non-articulaires. Les premières seront examinées comme les éminences analogues, au cha- pitre des articulations. Parmi les secondes, il est des cavités, i°. d’insertion, 2°. de réception, dû. de glissement, 40. d’impression, 5°. de transmission , 6°. de nutrition. i°. Les cavités d’insertion donnent attache aux aponévroses des muscles, aux ligamens , etc. Elles ont l’avantage, i°. de multiplier les implantations des fibres, sans augmenter la largeur de l’os, puis- qu’une surface concave est évidemment bien plus étendue qu’une surface planequi occuperoitl’espace intercepté entre ses bords; 20. de laisser aux fibres musculaires plus d’espace, et par conséquent de leur donner plus de longueur que si elles naissoient d’une éminence , ce qui donne plus d'étendue aux rnouve- mens. Les cavités ptérygoïdes, digastriques, etc., offrent des exemples de cette disposition. 2°. Les cavités de réception sont celles qui servent à recevoir un organe,à le loger , à le garantir : telles sont les fosses des os du crâne, celles des os ilia- ques, etc. Ces cavités appartiennent tantôt à la tota- lité de l’os, dont la forme est concave , comme on le voit au coronal, tantôt se trouvent creusées sur une partie isolée, comme la dépression maxillaire de la mâchoire inférieure ; toujours elles sont destinées à une partie essentielle, à une glande, à un viscère, etc., système 3°. Les cavités de glissement se trouvent en général à l’extrémité des os longs. Ce sont des rainures plus ou moins profondes où glissent les tendons , pour se rendre à l’endroit où ils s’insèrent. Toutes sont revê- tues d’un cartilage, et complétées par un anneau liga- menteux très-fort. Les tendons,par leur frottement, creusent-ils ces cavités ? C’est l’opinion commune ; mais elle ne me paroît pas plus vraisemblable que la théorie des impressions musculaires, vasculaires, etc. Ces cavités devroient alors être d’autant plus pro- fondes , que les muscles se sont plus exercés ; elles ne devroient pas exister dans les sujets paralytiques de- puis leur enfance; elles ne devroient pas exister sur les cartilages d’ossification du fœtus dont les mem- bres ne se meuvent presque pas : or le contraire s’observe constamment. Envisageons donc toutes les configurations diverses des os , comme une consé- quencedes lois de l’ossification, lois d’après lesquelles les formes osseuses, toutes primitivement arrêtées, ne font que se développer.Le volume des extrémités des os longs favorise l’existence de ces diverses ca- vités , qui ne sauroient, à cause de cela , nuire à la solidité osseuse. 4°.'Les cavités d’impression correspondent aux éminences du même nom. J’en ai parlé plus haut. 5°. Les cavités de transmission sont spécialement destinées aux vaisseaux et aux nerfs. On en trouve beaucoup à la tète; elles affectent tantôt la forme de trou, tantôt clus marqués , plus énergiques. An contraire, à mesure que l’age entasse dans les os la substance saline, à mesure que dans certains animaux cette accumula- tion a lieu par les lois naturelles de l’ossification dans quelques portions extérieures du système à base cal- caire, comme dans les cornes de cerfs, dans les en- veloppes des crustacées , etc., la vie est, pour ainsi dire , successivement détruite dans les os ; elle finit par être nulle , quand cette portion calcaire vient à prédominer considérablement ; c’est ce qui arrive dans la nécrose qui détermine la chute des cornes , des enveloppes des crustacées , etc. D’ailleurs , ce qui mesure l’énergie vitale dans un organe, c’est la rapidité avec laquelle l’inflammation y parcourt ses périodes 9 et la fréquence de cette affec- tion , etc. Or, dans les os les inflammations sont d’au- tant plus rapides , qu’elles ont lieu lorsqu’ils con- tiennent plus de tissu cartilagineux : considérez les périodes de la formation du cal aux différens âges , périodes qui sont mesurées par la durée de l’inflam- mation nécessaire à cette formation, vous verrez que chezl’enfant elles sontcourtes et rapprochées,qu’elles sont beaucoup plus longues chez le vieillard, et que souvent même la consolidation ne peut se faire , tandis qu’elle s’opère avec facilité dans toutes les autres parties molles. Sans doute l’affoiblissement général qtù porte sur toutes les forces vitales par l’effet de l’âge, est une cause de cette lenteur et de 48 SYSTÈME cette rapidité du cal aux deux extrémités delà vie; mais les proportions diverses des substances gélati- neuse et calcaire y entrent aussi pour beaucoup : car , qu’on compare d’autres cicatrices à celle-ci, les cicatrices cutanées , par exemple ; l’âge y établit une différence infiniment moins sensible sous le rapport de cette rapidité ou de cette lenteur de la réunion , que dans le système osseux. Déjà les os ne vivent plus assez pour s’enflammer et se réunir,que la peau, lesmuscles présentent encore ce phénomène d’une ma- nière très-marquée. J’ai vu un vieillard dont le col du fémur fracturé, étoit resté depuis long-temps sans réu- nion, et chez lequel une plaie de la face fut agglutinée par premièreintension avec beaucoup de prom pt itude. Enfin , voici une expérience simple qu£ j’ai faite souvent, et qui prouve bien , comme les faits précé- dens , que c’est dans le cartilage de l’os qu’est vrai- ment sa partie animale. On sait qu’un des grands attributs des corps animalisés , c’est de brûler en se racornissant, en se resserrant : or, tant que l’os est pénétré de son sel terreux , il n’a point ce mode de combustion; privez l’en par un acide,le parenchyme cartilagineux qui reste brûle de cette manière. L’os plat chez l’enfant où ce parenchyme prédomine, offre aussi ce phénomène en brûlant ; il force la portion calcaire qui est en petite quantité à obéir à l’impulsion qu’il lui donne en se contournant en différons sens ; mais dans l’adulte où cette portion calcaire devient excédente, l’os reste immobile pendant que le feu le pénètre, et tout son cartilage lui est enlevé sans que ses fibres puissent obéir à leur tendance au racornis- sement que leur imprime la combustion. O S S E U X» ARTICLE QUATRIÈME. Des Articulations du Système osseux. rr\ ous les os sont unis entre eüx; leur assemblage forme le squelette. Lemode deleurunionvarie; mais quel qu’il soit, ou le désigne sous le nom général d’articulation. § Is*. Division des Articulations» Toutesles articulations serapportentà deux classes générales. La mobilité est le caractèrede la première, F immobilité celui de la seconde. Lfone appartient à tous les os qui servent à laloco- motion , à quelques-uns de ceux destinés aux fonc- tions intérieures, comme aux côtes, à la mâchoire inférieure, etc. L’autre se rencontre spécialement dans les os dont l’ensemble L rme des cavités desti- nées à garantir les organes, comme on le voit à la tête, au bassin , etc. Articulations mobiles. Considérations sur leurs * mouvement. Je divise les articulations mobiles en quatre genres dont les caractères sont empruntés des mouvemens divers qu’ils exécutent. Pour concevoir cette division, il faut donc préliminairement connoitre les mouve- mens articulaires en général. Ces mouvemens peu- vent se rapporter à quatre espèces qui sont, i°. l’op- position , 2°. la circumduction, 3e. la rotation, 4°* Ie glissement. SYSTÈME i°. Le mouvement d’opposition est celui qui se fait en deux sens opposés, parexemple, de la flexion à l’extension, de l’adduction à l’abduction, et réci- proquement. Ce mouvement est vague ou borne', vague lorsqu’il se faitdanstousles sens, d’abord dans les quatre énoncés ci-dessus, puis dans tous ceux qui leur sont intermédiaires; borné lorsqu’il n’a lieu que de la flexion à l’extension, de l’adduclion à l’abduc- tion , etc. Le fémur dans son articulation pelvienne jouit d’un mouvement vague d’opposition. Le tibia dans son articulation fémorale a un mouvement borné d’opposition. 2°. La circtimduction est le mouvement dans le- quel l’os décrit une espèce de cône dont le sommet est dans son articulation supérieure, et la base dans l’inférieure; en sorte qu’il se trouve successivement en flexion, en adduction, en extension et en abduc- tion , ou bien en abduction, en extension , en adduc- tion et en flexion, suivant le mouvement par lequel il commence, et que de plus il parcourt tous les sens intermédiaires à ceux-ci. D’où l’on voit que la cir- cumductiou est un mouvement qui est composé de tous ceux d’opposition , et dans lequel l’os, au lieu de se mouvoir d’un sens au sens opposé, comme dans le cas précédent, se meut d’un sens au sens le plus voisin, en décrivant ainsi par son extrémité un cercle qui est base du cône dont j’ai parié, et qui est d’autant plus grand, que l’os est lui-même plus long. Ou comprend facilement queparmi les os, ceux seuls dont le mouvement d’opposition est vague, jouissent de la circnmduction. 3°. La rotation est toute différente du mouvement OSSEUX. précédent. Dans celui-là, ily a voit locomotion, passage de l’os d’une place à une autre; ici il reste toujours au mêmelieu; il ne tourne que sur son axe. L’humérus, le fémur jouissent de ce mouvement qui est simple. 4°. Le glissement appartient à toutes les articula- tions. C’est un mouvement obscur par lequel deux surfaces se portent en sens opposé, en glissant pour ainsi dire l’une sur l’autre. Dans tous les autres niou- vemens, celui-ci se rencontre; mais souvent il existe sans eux. Il est facile de concevoir , d’après ces notions sur les nrouvemens articulaires , la division en genres de la classe des articulations mobiles. En effet, il est des articulations ou tous les mouvemens se trouvent réu- nis; dans d’autres, ily a de moins la rotation ; dans plusieurs , la rotation, lacircumductionmanquent, et l’opposition n’existe qu’en un sens; quelques-unes n’ont que la rotation. Enfin il en est où la rotation, la circumduction et l’opposition sont nulles, le glisse- ment restant seul. D’où l’on voit que la nature marche ici comme ailleurs par gradation, que des articulations les plus mobiles à celles qui le sont moins, il est divers degrés de décroissement, que la nature descend peu à peu aux articulations immobiles , quelle y arrive enfin réduite au seul mouvement du glissement, tel que celui qui existe au carpe, au tarse, etc. II est même encore un intermédiaire au glissement ei à l’immo- bilité; c’est l’articulation de la symphyse pubienne, qui peut être considérée avec celle de l’humérus comme formant les deux extrêmes de la série des articulations mobiles. 52 Toutes les articulations dont je viens de parler sont à'Surfaces contiguës; c’est le caractère général de celles qui sont mobiles. Cependant il y a une exception à cette règle ; c’est l’articulation du corps des vertèbres, où il y a continuité et mobilité. La symphyse pubienne est aussi en partie continue dans ses surfaces, et a cependant quelquefois des mouve- mensobscurs. De lànaît une division des articulations mobiles, en celles à surfaces continues, et en celles à surfaces contiguës. Articulations immobiles. Les articulations immobiles sont tantôt à surfaces engrenées, comme les os du crâne, où une foule d’as- pérités et d’enfoncemens se reçoivent d’une manière réciproque; tantôt à surfaces juxta-posées, comme dans l’articulation du temporal avec le pariétal, des deux os maxillaires supérieurs entre eux ; tantôt à surfaces implantées, comme dans les dents. Toutes les différentes divisions que je viens d’é- noncer se concevront facilement par le tableau sui- vant; il n’est pas le meme que celui que j’ai donné dans mon Traité des membranes; je crois qu’il pré- sente une classification un peu plus utile en ce qu’il offre pour caractère les deux choses essentielles à con- noître dans toutes espèces d’articulations mobiles, savoir, i°. le rapport des surfaces articulaires qui caractérise les ordres, 2°. le nombre des mouvemens de chacune qui distingue les genres. Il n’y a que des ordres dans les articulations immobiles, parce que, outre le rapport des surfaces, les articulations ne pré- sentent pas assez de différences pour les subdiviser* SYSTÈME 53 OSSEUX. Tableau clés Articulations» CLASSES. ORDRES. GENRES. Ier. Opposition vague , Circumduction et Rotation» I Ie. Opposition vague, et Circumduction. IIIe. Opposition bornée., IVe. Rotation. Ve. articulations# Ier. à Surfaces contiguës. I1*' Mobiles. IIe. à Surfaces continues.-- Glissement,, rr. à Surfaces juxta-posées. IIe, à Surfaces engrenées». IIIe. à Surfaces implantées. il*. Immobiles. Après avoir ainsidivisé les articulations, présentons sur chaque classe quelques considérations générales. Mais remarquons auparavant que le tableau précé- dent , considéré dans les articulations mobiles à sur- faces contiguës, indique parfaitement la disposition de ces articulations aux luxations, qui sont d’autans plus fréquentes que les mouvemens sont plus étendus» lie premier genrey est le plus exposé ,1e dernier en es& SYSTEME le moins fréquemment affecte ; les autres y sont cTatt- tant plus ou d’autant moins sujets, qu’ils sont plus ■voisins de Tun ou de l’autre , dans l’ordre indiqué. § II. Considérations sur les Articulations mobiles» La classe des articulations mobiles est la plus im- portante à considérer, parce que le mécanisme de celle-ci est le plus compliqué des deux ordres compo- sant cette classe, comme nous l’avons vu. Le dernier, ou celui des articulations à surfaces continues, ne nous occupera pas dans ces considérations générales r comme il ne comprend qu’une espèce de mouvement , celui des vertèbres , ce mouvement sera traité dans l’examen de l’épine. L’ordre des articulations mobiles à surfaces conti- guës renferme, comme nous l’avons dit, cinq genres caractérisés par leurs mouvemens respectifs. Premier genre. L’opposition vague , la circumduction et la rota- tion caractérisent, ce genre, le premier par l’étendue et le nombre des mouvemens. Les articulations sca- pulo-humerale et ilio-fértiôrale en sont des elles le composent même exclusivement. On conçoit pourquoi c’est à la partie supérieure des membres que la nature a placé ce genre. Un double avantage résulte de cette situation. D’un côté , très- éloigné de la partie du membre immédiatement en butte à faction des corps extérieurs, il échappe plus facilement aux luxations auxquelles le dispose son peu de solidité. D’un autre côté, il peut par cette si- tuation , imprimer au membre des mouvemens de 55 totalité qui suppléent à ceux des articulations infé- rieures , dont la solidité exclut la mobilité en tous sens. Par exemple, les deux articulations dont je viens de parier, sont non-seulement les articulations des os qui les forment , de l’humérus et du fémur, mais encore les articulations de tout le membre qu’elles dirigent en divers sens : aussi l’ankilose de ces articu- lations rend-elle le membre complètement inutile, tandis que celle des articulations inférieures en an- nulle seulement les mouvemens partiels. Le mode de mobilité de ce genre d’articulation nécessite une forme arrondie dans ses surfaces arti- culaires , soit qu’étant concaves elles reçoivent, soit qu’étant convexes elles soient reçues. Cette forme est en effet la seule qui puisse se prêter à l’opposition vague, à la rotation et à la eircumduction réunies : aussi est-ce celle des parties supérieuresderiiumérus avec l’omoplate, et du fémur avec l’os innommé. L’os qui se meut est à surface convexe celui qui sert d’appui est à surface concave. Il y a dans les animaux des exemples d’une disposition inverse ; c’est-à-dire qu’uneeoncavitésemeuten tous sens sur une convexi- té ; mais l’homme ne présente point celte disposition. Quoique les deux membres aient entre eux la plus grande analogie par leurs mouvemens, cependant il y a quelques différences relatives surtout à leurs usages respectifs , qui sont pour l’un de servir à saisir, à re- pousser les corps, pour l’autre d’être destines à la locomotion. La principale de ces différences , c’est que la rotation et la eircumduction s y trouvent en raison exactement inverse. La raison mécanique et les avantages de cette disposition sont faciles à saisir. OSSEUX. 56 Au fémur ,1a longueur du col qui est te levier de rotation, détermine beaucoup d’étendue dans Ge rnou>- vement, lequel supplée à la pronaliou et à la supi- nation qui manquent à la jambe ; en sorte que toute rotation du pied est un mouvement de totalité du membre. A l’humérus au contraire, le col très-court, rapprochant de l’axe de l’os le centre du mouvement , borne la rotation , qui est moins nécessaire , à cause de celle de l’avant-bras : le mouvement en dehors ou en dedans de la main, n’est donc jamais commu- niqué que par une partie du membre. Quant à la circumduction ou au mouvement en fronde ,1a longueur du col du fémur y est un obstacle. En effet, remarquons que ce mouvement est en gé- néral d’autant plus facile, qu’il est exécuté par un levier rectiligne, parce qu alors l’axe du mouvement est l’axe même du levier; qu’au contraire, si le levier est angulaire , le mouvement devient d’autant plus difficile, parce que L’axe du mouvement n’est pas celui du levier ; et en général, on peut dire que la difficulté du mouvement est en raison directe de la distance de ses deux axes. Gela posé, observons que l’axe du mouvement de circumduction du fémur est évidemment une lignn droite , obliquement dirigée de la tête aux condyles , et éloignée par conséquent en haut de l’axe de l’os , par tout le col. Or , d’après ce qui vient d’être dit , il est évident que la difficulté de la circumduction sera en raison directe de la longueur du col , et par con- séquent assez grande. A l’humérus au contraire , le col étant très-court, l’axe de l’os et celui du mouve- ment sont presque confondus : de là la facilité et lé- SYSTEME OSSEUX, tendue de la cîrcumduction. On pourroit fixer rigou- reusement le rapport de ces mouvemens par cette proportion : la cîrcumduction de l’humérus est à celle du fémur, comme la longueur du col de l’hu- mérus est à la longueur du col du fémur; ce qui nous mène à déterminer de combien la circumduction du fémur est plus difficile que celle de l’humérus. Il suffit en effet, pour le savoir, de connoitre l’excès de lon- gueur du col du premier sur la longueur du col du second. Il est facile cle sentir les avantages de cette éten- due très-grande dans la circumduction des membres supérieurs destinés à l’appréhension, et des bornes mises par la nature à celle des membres inférieurs destinés à la station et à la locomotion. On comprend aussi pourquoi les luxations sont plus faciles dans les premiers que dans les seconds. Le déplacement a presque toujours lieu, en effet, dans un des mou- vemens simples, dont la succession forme le mou- vement composé de circumduction , par exemple dans l’élévation ou l’abaissement, dans l’adduction ou l’abduction , etc. Or tous ces mouvemens étant portés bien plus loin à l’humérus qu’au fémur , les surfaces doivent plus facilement s’abandonner. Second Genre. Ce genre diffère du premier par l’absence du mou- vement de rotation. L’opposition et la circumduction s’y rencontrent seules. On en trouve des exemples dans les articulations temporo-maxillaire, sterno-cla- viculaire, radio-carpienne, métacarpo-phalangienne carpo-métacarpienne du pouce, etc. 58 SYSTÈME Le défait de rotation suppose évidemment,d’après ce qui a été dit plus haut, l’absence d’une tête osseuse dont l’axe fasse, comme dans le genre précédent, un angle avec l’axe du corps de l’.os. Aussi dans tous les os des articulations que je viensd’indiquer, la surface articulaire est à l’extrémité même de l’os , et non sur le côté; l’axe est le même pour tous deux. Ils forment un levier rectiligne, au lieu d’en représenter un an- gulaire. Les surfaces articulaires sont en général, comme dans le cas précédent, uniformes , sans éminences et enfoncemens réciproques ; ce qui gêneroit, empêche- roit même la circumduction.Pourl’osqui sertd’appui, c’est une concavité plus ou moins profonde; pour l’os qui se meut,c’est une convexité analogue.Lessurfaces correspondantes du temporal et de l’os maxillaire in- férieur, des os du métacarpe et des premières pha- langes, etc., sont des exemples de cette disposition* Ce mode articulaire est le plus favorablement dis- posé pour la circumduction, qui est, cemme nous l’avons vu , constamment en raison inverse de la ro- tation, et qui par conséquent offre la plus grande facilité possible quand le levier est rectiligne , cir- constance où la rotation devient nulle. Cependant dans plusieurs articulations de ce genre , la circum- duction est manifestement moins étendue qu’à l’hu- mérus et au fémur; mais cela tient à la disposition des puissances motrices qui, en beaucoup plus grand nombre dans les articulations de ces deux os , sup- pléent à la disposition désavantageuse pour la cir- cumduction des surfaces articulaires. Dans le genre d’articulations qui nous occupe, il osseux. y a toujours un sens où le mouvement d’opposition est plus facile que dans les autres ; par exemple, c’est l’élévation et l’abaissement dans la mâchoire, la flexion et l’extension dans les premières phalanges, dans le poignet, etc. En général il y a deuxligamens latéraux et la capsule dans le sens où les mouvemens sont plus bornés, la capsule seulement dans celui où ils s ont plus étendus. Troisième Genre. A mesure que nous avançons dans l’examen des genres articulaires , l’étendue de leur mouvement di- minue. Celui-ci a de moins que le précédent l’oppo* sition en plusieurs sens, et la circumduction qui sup- pose toujours une opposition vague. Ici cette opposi- tion est toujours bornée à un sens unique, à celui de la flexion et de l’extension, par exemple. On rencontre spécialement ce genre articulaire dans le milieu des membres, comme au coude, au genou, au milieu des doigts dans les articulations des phalanges. Quoique l’os qui les compose infé- rieurement ne Se meuve par lui-même qu’en un sens, cependant il emprunte des mouvemens vagues de l’articulation supérieure du membre, et peut par là se diriger de tous côtés. Les surfaces articulaires se trouvent ici, comme dans le genre précédent, à l’extrémité de l’os, ajant le même axe quejluhj mais elles diffèrent, i°. en ce qu’il y a plusieurséminences et cavités qui se reçoivent réciproquement, disposition qui , en permettant le mouvement dans un sens, l’empêche dans les autres. Assez ordinairement ce sont deux especes de saillies 60 SYSTÈME arrondies, nommées condyles, qui roulent d’avant en arrière, ou de dehors en dedans, etc., sur deux cavités analogues, et que sépare une éminence,laquelle est reçue dans l’écartement des condjdes, comme on le voit aux articulations fémoro-tibiale, phalangien- nes, etc. n°. La largeur des surfaces distingue aussi ce genre du précédent ; celte largeur assure sa soli- dité , prévient les luxations, qui du reste sont plus à craindre quand elles arrivent ici oii plus de ligamens sont rompus dans celte circonstance. Il y a toujours dans ce genre plus d’étendue de mouvement d’un côté, que de celui qui est opposé. En général toujours la flexion a des limites plus re- culées que l’extension , voyez en effet les condyles du fémur , des phalanges, etc., ils s’étendent beau- coup plus loin dans la première que dans la seconde direction: pourquoi ? parce que tous nos raouvernem principaux sont de flexion, et que les raouveraens d’extension ne sont pour ainsi dire que les modéra- teurs des premiers, n’ont pour but que de ramener le membre dans une position d’oü il puisse partir pour se fléchir de nouveau. Voilà pourquoi le nom- bre, la force des fibres sont plus grands dans les flé- chisseurs que dans les extenseurs; pourquoi les gros troncs vasculaires et nerveux sont toujours du côté de la flexion, comme on le voit à la cuisse, à la jambe, à l’avant-bras, aux phalanges, etc. 11 y a toujours quelque chose qui borne le mouvement du côté do l’extension, comme l’olécrane à l’articulation humé- ro-cubitale, les ligamens croisés dans rarticulaiion. fémoro-tibiale, etc. Quoique dans le genre qui nous occupe, il n’y aiê. OSSEUX. point de mouvement de circumduction caractérisé, cependant lorsque la jambe ou l’avant-bras sont en flexion, ils peuvent se mouvoir latéralement et même en forme de cône, mais d’une manière peu sensible. Dans l’extension cela est impossible, parce que les ïigamens latéraux très-tendus, ne prêtent point assez, pour laisser l’os s’incliner d’un côté ou de l’autre. Quatrième Genre. Toute espèce d’opposition et de circumduction disparoit dans ce genre , qui ne nous offre plus que la rotation isolée , comme on le voit dans les articu- lations cubito-radiale, atloïdo-axoïdienne. Tantôt c’est une surface concave roulant sur une convexe } comme au bas du radius, à l’apophyse odontoïde; tantôt c’est une surface convexe se mouvant sur une concave , comme au haut du radius : toujours il y a une espèce de ligament qui complète la surface con- cave , et qui forme ainsi un anneau tournant, sur l’os, ou dans lequel l’os tourne. Les luxations sont ici très-difficiles, parce que la rotation se faisant sur l’axe de l’os , les Ïigamens ne sont guère plus distendus d’un côté que de l’autre, et se rompent par là même difficilement, quelle que soit l’étendue du mouvement. La partie inférieure du radius fait un peu exception à cette règle, parce que c’est sur le cubitus, et non précisément sur son axe, que l’os tourne en cet endroit. La rotation ne se trouve point à la jambe comme à l’avant-bras, parce’que, comme nous l’avons vu, celle du fémur, qui est très-étendue, y supplée; ce que l’humérus ne feroit que difficilement par rapport 62 à l’avant-bras, comme on le voit dans les ankiloses de celui-ci. SYSTÈME Cinquième Genre. Toute espècederotation, d’opposition et decircum- ductionest nulle dans ce genre, qui est le plus nom- breux , et qui renferme les articulations du carpe, du métacarpe, du tarse et du métatarse, des vertèbres entre elles par leurs apophyses articulaires, de l’atlas avec l'occipital, des extrémités humérale de la clavi- cule, sternale des côtes, supérieure du péroné. Il n’y a qu’une espèce de glissement, plus ou moins obscur, et dans lequel les surfaces osseuses ne s’abandonnent presque pas.Ces surfaces sont presque toutes planes, très-serrées les unes contre les autres, unies par un nombre considérable de ligamens, et tellement forti- fiées dans leur rapport, que les luxations n y arrivent presque jamais. Une autre raison les rend d’ailleurs difficiles ; c’est que tout ce genre d’articulations appar- tient presque à des os courts : or on sait que le mou- vement imprimé à un os a une efficacité d’action qui est en raison directe de sa longueur, et inverse de sa petitesse ; par exemple, la même puissanceap- pliquée à l’extrémité tibiale du fémur, en luxera bien plus facilement son extrémité ischiatique, que si elle agit sur le milieu de cet os. Comme le mouvement isolé de chacune des arti- culations du cinquième genre est presque nul,, la nature en réunit ordinairement plusieurs dans le même endroit, afin de produire un mouvement gé- néral sensible , comme on le voit au carpe, au tarse, aux vertèbres, etc.: c’est encore là une raison de la difficulté des luxations de ce genre articulaire. En effet, quelque violens que soient les mouvemens gé- néraux, deux os pris isolément se meuvent peu l’un sur l’autre; or ce n’est que l’étendue du mouvement des deux.os isolés qui peut en produire le déplace- ment, osseux. § m. Considérations sur les Articulations immo- biles. Nous n’avons indiqué que des ordres dans cette classe, parcequeses variétés ne sont pas assez grandes pour y assigner des genres. i°. L’ordre des articulations immobiles à surfaces juxta-posées, se rencontre là où le seul mécanisme de la partie suffit presque pour assurer la solidité des os qui se trouvent seulement placés l’un à côté de l’autre, sans tenir par aucune engrenure, et n’ayant seulement entre eux qu’une lame cartilagineuse légère: ainsi les os maxillaires enclavés entre les pommettes, les unguis , l’etlimoide, les palatins, le vomer , le coronal, etc., sont soutenus plus par le mécanisme général delà face, que par les liens articulaires qui les unissent l’un à l’autre: ainsi la portion écailleuse du temporal soutient-elle le pariétal, plus par le mé- canisme des arcs-boutans, que par le mode d’union de leurs surfaces respectives. Otez ce mécanisme général de la partie, vous verrez bientôt toutes les articulations tomber comme d’elles-mêmes. 2°. L’ordre des articulations immobiles à surfaces engrenées, doit aussi en partie sa solidité au mé- canisme général de la région; mais ce mécanisme seroit insuffisant pour assurer cette solidité: aussi les 64 SYSTÈME os, au lieu de présenter des surfaces presque planes,of- frent-ils des aspérités et des enfoncernens très-sensi- bles qui s’engrènent les uns dans les autres, comme on le voit dans les articulations des pariétaux entre eux , avec le sphénoïde, l’occipital, le coronal, etc.: c’est ce qu’on appelle les sutures. Cet ordre articulaire se rap- proche tantôt duprécédent,commedansl’uniondupa- riétalet du coronalqui, appuyant réciproquement l’un sur'l’autre, se soutiennent par ce mécanisme, plus en- core que par leurs engrenures, et tantôt ont plus de rapport avec l’ordre suivant, comme dans l’articula- tion pariéto-occipitale, ou des engrenures très-pro- fondes assurent presque seules la solidité de l’union. Cet ordre ne s’observe jamais que sur les bords des os plats; l’engrenure de ces bords supplée à ieur peu de largeur, en multipliant les points de contact. Les éminences et enfoncernens composant l’engrenure, ont toujours une grandeur et une forme irrégulières. Ils sont exactement moulés les uns sur les autres, ne se ressemblent point dans deux os de même espèce, et tirés de deux sujets différens ; en sorte qu’on ne peut point unir à un pariétal gauche détaché, le pa- riétal droit d’un autre individu. On a beaucoup dis- puté sur la formation des sutures: elles sont un effet isolé des lois de l’ossification, effet dont nous ne pouvons pas plus rendre raison que de tous les autres, et que des phénomènes généraux de l’accroissement : nous verrons la marche qu’elles suivent dans cette formation. Cet ordre articulaire s’efface peu à peu avec l’âge, et les os se réunissent par l’ossification du léger cartilage intermédiaire. Il est plus rare que l’or- dre précédent disparoisse. J’ai vu cependant, dans osseux. 65 l'extrême vieillesse,diverses articulations de cet ordre cesser d’être sensibles, celles des os maxillaires entre eux spécialement. 3°. L’ordre des articulations à surfacesimplantées n’emprunte nullement sa solidité du mécanisme de la partie ; il la doit entièrement au rapport des sur- faces , qui sont tellement unies et embrassées les unes par les autres, que tout déplacement est impos- sible. Il n’y a qu’un exemple decet ordre articulaire, ce sont les dents avec les mâchoires. L’âgeja’efface point icil’articulatîon, et ne confond point par là même les deux os comme dans les ordres précédens, parce que le moyen d’union est la mem- brane palatine , qui appartient au système muqueux, et qui par cette organisation, n’a jamais de tendance à l’ossification ; au lieu que dans les cas précédens le cartilage intermédiaire a une disposition naturelle à s’encroûter de phosphate calcaire. § IV. Des moyens d'union entre les surfaces articulaires. Les surfaces articulaires s’abandonneroient bien- tôt, si divers organes ne les retenoient en place. Ces organes sont pour les articulations immobiles les car- nilages et les membranes, pour les articulations mo- biles les ligamens et les muscles. Union des Articulations immobiles. Les deux premiers ordres des articulations immo- biles, celles à surfaces engrenées, et celles à surfaces juxta-posées, ont des cartilages intermédiaires aux sur- faces osseuses, cartilages dont la largeur et l’épaisseur 66 SYSTÈME sont d’autant plus grandes, qu’on les examine dans un âge pl us voisin de l’enfance. Presque tous les os de la tète tiennent entre eux de cette manière , qui leur permet de céder un peu dans les efforts qu’ils essuient, et qui par conséquent prévient leurs fractures. Dans les articulations pelviennes, ily a , outre les cartilages, des ligamens; mais comme ces articula- tions exécutent en certains cas de légers glissemens, on peut les considérer comme intermédiaires aux ar- ticulations mobiles et aux immobiles, c’est pour cela qu’elles réunissent les deux genres d’organes spécia- lement destinés à affermir les surfaces articulaires de chacune de ces classes, savoir, les cartilages et les ligamens. Les articulations immobiles, à surfaces implantées, ordre qui ne comprend que les dents , n’ont pour moyen d’union entre les surfaces qu’une membrane muqueuse, la palatine. Voilà pourquoi, dans les en- gorgemens de celte membrane , dans les affections scorbutiques, à la suite de l’usage du mercure, etc., les dents deviennent vacillantes , etc. Union des Articulations mobiles. Les articulations mobiles à surfaces contiguës, ont spécialement pour moyen d’union les ligamensi que l’on rencontre dans les cinq genres, mais sous des formes différentes qui seront par la suite exa- minées. Ce genre d’organe réunit à beaucoup de souplesse une grande résistance, double attribut qu’il doit à sa texture particulière, et qui le rend très-propre à cette fonction. Remarquons cependant que ces deux propriétés sont en raison inverse dans O S S E U X. les deux âges extrêmes de ia vie, que la souplesse est l'apanage de l’enfant, que ia roideur, la résistance sont le caractère des ligamens des vieillards. De lk en partie la multiplicité des mouvemens dans un âge, leur lenteur et leur difficulté dans l’autre. Les cartilages ne sont point dans cet ordre articu- laire, commedans les précédens, moyens d’unions, mais moyens de mouvement par leurs surfaces lisses et polies. Quant à la membrane synoviale qui se rencontre exclusivement dans cet ordre, telle fest son extrême ténuité, qu’elle peut à peine être considéréecomme unissant les surfaces, et que son usage paroit être borné â l’exhalation de la synovie. Il n’en est pas de même des muscles; ils peuvent être en même temps considérés autour des articu- lations mobiles, comme des puissances pour la to- talité de l’os, et comme des résistances pour ses ex- trémités qu’ils empêchent de se déplacer, en formant autour d’elles des appuis dont l’efficacité est propor- tionnée aux efforts que font ces extrémités pour se déplacer. En effet, c’est dans les grands mouvemens que ces efforts sont les plus considérables : or alors les muscles voisins de l’articulation, fortement con- tractés , durs dans leurs contractions , bornent puis- samment la tendance de l'extrémité osseuse à aban- donner celle qui lui correspond. Dans le repos où les muscles relâchés offrent peu de résistance, l’effort à soutenir est nul. Un membre paralysé se luxeroit bien plus facilement qu’un autre, par l’influence des violences extérieures. L’ordre des articula dons mobiles à surfaces coati- 68 SYSTÈME guës, a pour moyen d’union une substance dont la nature est moyenne à celle des ligamens et à celle des cartilages. ARTICLE CINQUIÈME. Développement du Système osseux. Il n’est point de système dont les anatomistes aient suivi d’une manière plus rigoureuse qu’ils l’ont fait dans celui-ci, les étals divers , aux divers âges de la vie. La remarquable différence d’un os considéré dans les premiers mois ou la gélatine seule le compose presque, d’avec un os examiné chez l’adulte où la substance calcaire est prédominante , a spécialement fixé leur attention sur ce point. Examinons les phé- nomènes de l’ossification dans tous les âges j ces phénomènes peuvent se considérer pendant et après l’accroissement. En général , tant qu’il dure , il y a quelques portions non ossifiées dans le système osseux, comme le col du fémur , par exemple : l’os- sification 11’est bien complète, les os ne sont bien développés que vers l’âge de seize à dix-huit ans 9 quelquefois même plus tard. § 1er. Etat du Système osseux pendant T accrois- sement. On distingue communément trois états dans le développement des os ; savoir, l’étatmuqueux, l’état cartilagineux et l’état osseux. Etat muqueux. L’état muqueux peut se concevoir à deux époques ; OSSEUX. i°. dans les premiers jours du développement de l’embryon, époque à laquelle la totalité de ses organes ne forme qu’une niasse homogène et muqueuse, où il n’est possible de distinguer aucune ligne de démar- cation, et où les parenchymes de nutrition existent seuls. Tous les organes sont de même nature alors t l’os est en effet muqueux comme tous les autres organes, si par ce mot on entend un état où le tissu cellulaire existant seul avec les vaisseaux et les nerfs, est pénétré d’une si grande quantité de sucs, qu’il a la forme d’un mucilage, et en donne l’apparence à l’em- bryon. 2°. On peut entendre parce motétat muqueux, cette époque plus avancée delà nutrition osseuse, où les os se distinguent déjà, où ils se dessinent k travers la transparence que conservent lesautres par- ties du membre, où ils ont déjà une consistance bien supérieure à celle de ce qui les entoure: or, cet état n’est que le commencement de celui du cartilage ; car le parenchyme de nutrition prend le caractère carti- lagineux dès qu’il commence à se pénétrer de géla- tine, et il se pénètre en effet de cette substance dès qu’il prend plus de consistance, puisque c’est elle qui lui donne cette consistance , et par là même une exis- tence distincte des parties environnantes. Si, dans les premiers temps, ce cartilage est plus mou, s’il s’affaisse sous les doigts qui le compriment , si même il a une apparence en partie muqueuse, c’est que la gélatine n’y est pas encore en assez grande propor- tion, et que le parenchyme nutritif la domine encore.; à mesure qii’on avance, sa quantité augmente, et par là même la nature cartilagineuse se développa plus évidemment- 70 s y s t f- m. E Il suit de là que les os ont trois périodes dans leur développement : l’une leur est commune avec tous les autres organes; c’cst la période muqueuse: les deux autres les caractérisent spécialement ; ce sont les périodes cartilagineuse et osseuse. Examinons-en les phénomènes. Etat cartilagineux. Tous les os sont cartilagineux avant de prendre leur dernière forme. Cet état de cartilage commence à une époque qu'il est difficile de déterminer; c’est lorsque d’une part le système circulatoire commence àcharier de la gélatine et à la présenter aux organes , et que d’une autre part la sensibilité organique du parenchyme de nutrition des os s’est mise en rapport avec cette substance. Alors la consistance de l’os va toujours en croissant , parce que la gélatine va en s’y accumulant : or, elle s v accumule dans le même sens cpie dans la suite doit affecter le phosphate calcaire; c’est-à-dire que dans les os longs c'est au milieu du corps, que dans les os plats c’est au centre, et que dans les os courts c’est au centre aussi que s’exhale d’abord cette substance, laquelle se porte ensuite successivement et de proche en proche aux extrémi- tés des premiers, à la circonférence des seconds, et à la surface des troisièmes. J’observe cependant que l’on ne voit point, pendant la formation des os carti- lagineux , ces stries longitudinales dans les os longs, rayonnées dans les plats , irrégulièrement entrecroi- sées dans les courts, qui distinguent l’état osseux dans sa formation, et qui semblent indiquera l’œil le trajet du phosphate calcaire. OSSEUX. L’état cartilagineux présente une particularité qui le distingue de l’état osseux: c’est que tous les os unis par la suite au moyen de cartilages , tels que ceux du crâne, de la face, de la colonne vertébrale, du bassin , ne font qu’une seule et même pièce ; tandis que tous ceux qui ne doivent tenir que par des liga- mens, dont l'articulation est mobile par conséquent se trouvent très-distincts, comme le fémur, le tibia , la cla\icule , etc., etc. Les os larges, ceux du crâne spécialement, n’offrent pas d’une manière aussi distincte l’état cartilagineux. Leur apparence, à cette période de l’ossification, est même plutôt membraneuse. Voici à quoi cela tient; comme ils se trouvent interposés entre le périoste et la dure-mère, et que leur ténuité est extrême , on ne peut que difficilement les distinguera l'intérieur de ces deux membranes. Mais lorsqu’on dissèque les parties avec attention, on peut distinguer l’os encore mou de cette double enveloppe. L’état cartilagineux paroit dans la clavicule, l’omo- plate, les avant d’être distinct dans les autres os où il se manifeste ensuite. Lorsqu’on examine les os en cet état, on les trouve de consistance et de soli- dité différentes : là où l'exhalation de la gélatine a commencé, ils sont incomplètement cartilagineux; à mesure qu’on s’éloigne de ce point, ils participent encore plus ou moins à l’état muqueux. L’os cartila- gineux n’a point de cavité interne, point de système- médullaire, etc. Etat osseux. Lorsque tout l’os est cartilagineux , et meme quâ: SYSTÈME quelques points y paroisseut encore muqueux , l'ex- halation de la substance calcaire commence, et par là même l’état osseux se manifeste; voici comment: l'os devient alors plus dense, puis d’une couleur plus foncée, enfin d’un jaune très sensible dans son milieu, c’est-à-dire là où doit commencer l’ossifica- tion; peu à peu un point rougeâtre s y développe; ce sont les vaisseaux qui commencent à recevoir la por- tion rouge du sang, et non à s y développer, comme le prétendent certains anatomistes, à y être creusés, suivant leur expression, par la force d’impulsion du cœur. Us préexistent toujours; les sucs blancs les pénétroient seuls auparavant; alorslesglobulesrouges y sont aussi admis. En même temps les parties voisines s’encroûtent de substance calcaire. Cette période est donc remarquable par deux choses, savoir, par l’abord du sang dans les os cartilagineux, et par l’exhalation du phosphate de chaux. En général ces deux phéno- mènes sont toujours inséparables ; dès qu’il y a rou- geur dans une partie des carlilages , il y a aussi des points osseux: cela s’observe non-seulement dans U ossification ordinaire, mais encore dans celles qui ne sont pas dans les lois communes, telles que les ossifications des cartilages du larynx, des côtes, etc. Lorsqu’on examine les progrès de l’exhalation de la substance terreuse, on voit toujours dans les os, soit longs, soit plats , soit courts , une couche vasculaire très-rouge, intermédiaire au cartilage et à la portion des os ossifiée. Cette couche semble servir de pré- curseur à l’état osseux. Pourquoi les vaisseaux des os qui jusque-là n’admettoient que des sucs blancs, re- çoivent-ils alors des globules rouges ? Ce n’est nas, OSSEUX. 73 comme Boerhaave î’auroit dit s'il se fût occupé de l'ossification , parce que leur calibre augmente , mais Lien parce que la somme de leur sensibilité organique s’accroissant, ils se trouvent alors en rapport avec la portion rouge, qui jusque-là leur étoit étrangère. Leur calibre seroit triple, quadruple du diamètre des globules rouges, que ceux-ci ne s’y engageroient pas si le mode de sensibilité organique les repousse , comme le larynx se soulève contre un corps qui tente de s’y engager, quoique ce corps soit infiniment moindre que la glotte. C’est par un accroissement de sensibilité organique, qu’il faut aussi expliquer com- ment l’os , jusque-là étranger-à la substance calcaire , ne se trouvant en rapport qu’avec la gélatine, s’ap- proprie aussi la première de ces substances, et s’en pénètre avec facilité. J’observerai seulement qu’il y a cette différence entre l’exhalation de l’une et de l’autre, que la pre- mière vient toujours immédiatement de la portion rougedu sang, puisque par-tout où elle se dépose, il y a, comme j’ai dit, des vaisseaux sanguins; tandis que la seconde paroit immédiatement provenir des fluides blancs, puisque les vaisseaux des tendons, des cartilages, et des autres parties qui s’en nour- rissent, ne reçoivent sensiblement dans leur état na- turel aucun globule rouge, et que tout ce quiy circule paroit blanc. L’état osseux commence avec la fin du premier mois pour la clavicule, les côtes, etc.; il est un peu plus tardif dans les autres os: on ignore du reste son époque précise. Voici sa marche dans les trois espèces d’os. 74 SYSTÈME Progrès de l’état osseux dans les os longs. On distingue d’abord au milieu de ces os, un petit cylindre osseux, très-mince dans son centre, s’élar- gissant en s’avançant vers les extrémités , creux dans son intérieur pour les rudimens du système médul- laire, percé du trou nourricier dont la proportion de grandeur est alors très-manifeste , recevant aussi un très-gros vaisseau. Ce cylindre osseux , d’abord très-mince en comparaison des extrémités cartilagi- neuses de l’os, offre avec elles une disproportion manifeste sous ce rapport, est formé de fibres très- déliées , grossit et s’aîonge peu à peu, s’avance enfin jusque près des extrémités ou il est parvenu à l’époque de la naissance; alors la plupart de ces extrémités ne sont point encore osseuses. Quelque temps après, et à une époque qui varie pour les différens os, il se développe dans ces extrémités un point osseux qui commence au centre, et qui est toujours précédé ] ar le passage du sang dans les vaisseaux. Ces germes nouveaux croissent aux dépens du cartilage qui se rétrécit peu à peu entre le corps de l’os et l’extré- mité; au bout d’un certain temps, il ne reste plus qu’une cloison légère que l’ossification envahit aussi ; en sorte qu’aiorsl’os est tout osseux d’une extrémité à l’autre. Les points secondaires qui se sont dévelop- pés dans les diverses apophyses, se réunissent égale- ment; en sorte que sa substance est par-tout homo- gène. Ce n’est guère qu’à l’époque de seize à dix-huit ans, que la nature a complètement achevé ce tra- vail. OSSEUX. Progrès de T état osseux dans les os larges. O O Le mode d’origine de l’ossification varie dans cette espèce d’os. Ceux qui sont symétriques , ont toujours deux points ou davantage, qui se correspondent sur chaque côté de la ligne médiane ; en quelques cir- constances un d’eux se trouve sur cette ligne. Tou- jours, lorsque ces points d’ossification sont en nombre pair, ils se trouvent sur les côtés : l’un d’eux est sur la ligne , s’ils sont en nombre impair. Les os irréguliers n’en ont quelquefois qu’un, comme les pariétaux; d’autres fois plusieurs y pa- roissent, comme dans les temporaux; mais jamais ils 11’affectent alors de disposition parallèle entre eux: seulement ils correspondent à ceux de l'os opposé. Là où le premier point d’ossification survient dans un oslarge , on aperçoit d’abord des points rougeâtres, puis on voit le phosphate calcaire se répandre en rayonnant du centre à la circonférence de l’os. Les rayons osseuxsont très-sensibles sur les os du crâne. Des portions non ossifiées remplissent d’abord leurs intervalles , que complètent ensuite de nouveaux rayons. Tous se terminent d’une manière inégale, sans se toucher , de manière qu’en isolant alors de la portion membraneuse à laquelle elle tient, une portion ossifiée d’un os large, sa circonférence paroiî découpée comme l’extrémité d’un peigne : de là , comme nous le verrons, l’origine des sutures. La ténuité de ces os est extrême dans les premiers temps; ils n’ont point encore de tissu celluleux. A la naissance peu de centres osseux s’y sont encore réunis; des espaces cartilagineux et membraneux les S Y S T £ MJ? séparent; ces espaces sont plus grands au niveau des angles qu’au niveau des bords, et en général dans les points les plus éloignés des centres osseux, pri- mitifs. 5Les os à plusieurs points d’ossification sont formés de pièces isolées, plus ou moins distantes les unes des autres. Ceuxà un seul point n’en ont qu’une. Après la naissance ces os s’étendent de plus en plus; leur épaisseur et leur dureté augmentent ; ils se divisent en deux lames compactes , dont le tissu celluleux remplit le milieu ; peu à peu ils se touchent parleurs bords, et alors les sutures se forment au crâne; car il y a celte différence entre leurossification et celle des os longs, quelle se fait toujours du centre à la circonférence , et que de nouveaux points osseux ne se développent pas dans celle-ci pour venir à la rencontre des premiers. Quand cela arrive , alors la réunion ne se fait point comme aux os longs, mais des sutures se forment ; et c’est ce qui constitue les os wormiens , qui sont d’autant plus larges , que le point osseux s’est plutôt développé, parce qu’il a eu le tempsde s’étendre davantage, avant de rencontrer l’ossification générale de l’os. Lorsqu’un os plat se développe par plusieurs points , et que sur sa surface existe une surface articulaire, elle est ordinairement le centre où tous les points viennent se réunir à l’époque où l’ossification se ter- mine ; on le voit dans la cavité cotyloïde, dans le condyle de l’occipital, etc. Souvent il est dans les os plats deux périodes bien marquées pour leur ossification : c’est dans ceux qui, comme le sacrum, le sternum, se développent par un grand nombre de points. Ces points commencent OSSEUX. d’abord à se rénnir en trois ou quatre pièces prin- cipales qui divisent l’os ; c’est la première période : puis , à une époque beaucoup plus avancée , la réu- nion de ces pièces entre elles s’opère; c’est la seconde période. Progrès de T état osseux dans les os courts. Les os courts restent, en général, plus long-temps cartilagineux que les autres. Souvent à la naissance plusieurs le sont encore, ceux du tarse et du carpe en particulier. Le corps des vertèbres s’ossifie plutôt : un point se développe au centre, et s’étend à toute la surface. Ces phénomènes sont à peu près analogues à ceux de l’ossification des extrémités des os longs , aux- quelles les os courts ressemblent si fort. Après la naissance, toute la portion cartilagineuse est, pour ainsi dire , envahie par la substance calcaire qui se mêle à elle, et il ne reste enfin que les cartilages articulaires. 11 est des os qui, comme l’occipital, le sphénoïde, participent au caractère des os larges et des os courts; leur ossification est mixte, et suit le mode des uns ou des autres, suivant la partie de l’os où on l’examine. § II. État du Système osseuse après son accrois- sement. Lesos, devenus complètement osseux, continuent à éprouver divers phénomènes que les anatomistes ont trop négligés. L’accroissement général en hauteur est fini lorsque l’ossification est achevée; et même il paroît que le terme de tous deux est à peu près le S Y S T È M E mêmej mais celui en épaisseur continue encore long- temps : comparez le corps grêle et mince d’un jeune homme de dixshuit ans, au corps épais et bien pro- portionné d’un homme de quarante, et vous verrez la différence. Les os suivent la loi générale ; leur nutrition se prolonge suivant l’épaisseur, lorsque celle suivant le sens longitudinal ne se fait plus. Il paroît qu’alors les vaisseaux qui pénètrent par les trous du premier et du second-ordres , ne fournissent guère plus à cette nutrition qui puise spécialement ses ma- tériaux dans ceux du troisième : or comme on sait que ces vaisseaux très-superficiels s’arrêtent dans les fibres extérieures de l’os , et ne pénètrent point au- dedans, on conçoit, i°. comment , l’accroissement se faisant en dehors, l’os augmente en épaisseur ; 2°. comment cette augmentation porte spécialement sur le tissu compacte, dont l’épaisseur proportion- nelle est en raison directe de l’âge , comme il est fa- cile de s’en assurer par l’inspection comparée des différens os d’enfant, d’adulte et de vieillard. Cet accroissement extérieur a fait croire que le périoste y concouroit spécialement par l’ossification de ces lames; mais nous verrons à l’article de cette membrane ce qu’on doit penser sur ce point. C’est principalement à cette époque ou le travail delà nutrition semble disséminé à la surface osseuse, que les éminences diverses dont cette surface est parsemée se prononcent davantage; alors surtout toutes les apophyses d'insertion deviennent plus sail- lantes : il y a sous le rapport de ces éminences une différence remarquable entre le squelette de l’enfant et celui de l’homme fait. Dans le fœtus,, à peine existent-elles, comme oti le voit spécialement par les apophyses diverses des vertèbres , par les épineuses en particulier. Gomme ces éminences sont en général les parties les plus éloignées des centres osseux pri- mitifs , il paroît que c’est à cette circonstance qu’il faut attribuer la lenteur de leur formation , puisque l’ossification se fait toujours des points où elle a com- mencé, aux points les plus éloignés. Lorsque l’os a toutes ses dimensions, il continue toujours à être le siège d’une nutrition très-active; sans cesse l’exhalation y apporte les substances géla- tineuse et calcaire que reprend ensuite l’absorption; en sorte qu’il est sans cesse composé et recomposé. L’expérience de la garance prouve cette assertion d’une manière manifeste: si l’on nourrit quelque temps un animal avec cette plante, tousses os rou- gissent d’autant plus facilement,qu'il est plus jeune; en sorte qu’en lui amputant un membre au bout de quelque temps, ses os ont une apparence toute dif- férente de celle qui leur est naturelle : si, après cette amputation, on discontinue l’usage de la garance pendant un certain temps, et qu’on ampute ensuite un autre.membre, les os ont entièrement repris leur couleur habituelle : or ou sait que la substance cal- caire est le véhicule delà substance colorante, puisque tant que les os ne sont que cartilagineux, l’effet de la garance est absolument nulle sur eux. La substance calcaire est donc alternativement fournie et enlevée aux os. D’ailleurs la formation et la résolution des exostoses, le ramollissement et la friabilité des os , les phénomènes de la production du cal, etc., ne sont- ils pas aussi la preuve sensible de cette succession osseux. 80 d’exhalation et d’absorption de ce principe ? Il paroît manifeste que le système urinaire est la voie par la- quelle la nature se debarrasse de la substance calcaire, et même delà gélatineuse. Il seroit curieux de bien analyser l’urine des rachitiques, et celle des ma- lades attaqués du cancer : il est probable que la première de ces substances domine dans l’urine des premiers, et la seconde dans celle des autres : je ne connois là-dessus rien de bien positif en expériences. Peut-on, en donnant aux malades ou de la gélatine ou du phosphate calcaire, rendre à leurs os ou la sou- plesse ou la solidité qu’ils ont perdues ? Non , parce qu’il ne s’git pas seulement d’introduire ces subs- tances dans l’économie, mais encore de rendre aux os le mode de sensibilité organique qu’ils n’ont plus , et qui, les mettant en rapport avec elles, fait qu’ils se les approprient pour s’en nourrir. Le sang seroit surchargé de principes terreux et gélatineux , que les os repousseront ces principes, tant que leur mode de sensibilité ne sera pas en rapport avec eux. Le double mouvement de nutrition continue tou- jours dans les os, à mesure qu'on avance en âge ; mais ses proportions changent. La gélatine va toujours en y diminuant, et la substance calcaire en y aug- mentant. Enfin, dans l’extrême vieillesse, cette der- nière y domine tellement, qu’elle y étoufferoit la vie, si la mort générale ne prévenoit celle des os. C’est à cela qu’il faut attribuer la couleur grisâtre que prennent alors ces organes ; de là encore leur pesanteur toujours croissante; de là, par conséquent la difficulté des mouvemens des membres , puisqu’en même temps que la force des puissances musculaires SYSTÈME OSSEUX 81 diminue par l’âge , la résistance osseuse qu’elles on à vaincre augmente. A cette époque de la vie, la substance calcaire domine tellement dans l’économie, qu’elle se jette sur différens organes , tels que les artères, les car- tilages, les tendons, qui alors prennent le caractère osseux. On diroit qu’en accumulant dans nos parties celte substance étrangère à la vie, la nature veut in- sensiblement les préparer à la mort. En général, ce sont les organes dont la substance nutritive habituelle est la gélatine, qui ont le plus de tendance à se mettre en rapport avec la substance calcaire, et par conséquent à s’en encroûter.Voilà pourquoi les cartilages s’ossifient plus particulière- ment; pourquoi ceux des sutures disparoissant, les os du crâne deviennent continus; pourquoi le larynx est enfin presque tout osseux ; pourquoi les cartilages des côtes sont souvent aussi solides que les côtes elles- mêmes; pourquoi souvent plusieurs vertèbres unies entre elles forment alors une masse continue plus ou moins considérable. Jeremarquecependantquelesar* tères, qui ont tant de tendance à l’ossification, ne sont pas si manifestement gélatineuses que bien d’autres substances qui s’ossifientbeaucoup moins facilement, que les tendons par exemple. § III. Phénomènes particuliers du développement du Cal. Rien de plus'facile, d’après ce qui a été'dit jus- qu’ici sur la nutrition osseuse, que de concevoir la formation du cal. On sait qu’elle'présente trois pé- riodes, i°. le développement des bourgeons char^ 82 SYSTÈME nus, 2o. leur transformation en cartilage, 3°. le chan- gement de ce cartilage en os. Ce triple phénomène se passe dans un espace de temps qui varie suivant J âge, le mode de fracture, l’espèce d’os* etc., mais qui en général est plus long que celui des autres ci- catrices. Le développement des bourgeons charnus est un phénomène commun à toute espèce d’organe qui a éprouvé une solution de continuité, et dont les bords de la division ne sont pas en contactimmédiat.Ici ces bourgeons naissent de toutes les parties de la surface divisée, du périoste, des tissus compacte et celluleux, de celui-ci spécialement. Ceux d’un côté s’unissent à celui du côté opposé. Jusque-là la cicatrice osseuse ne diffère nullement de celle des autres parties. Cet état correspond à l’état muqueux de l’ossification natu- relle. Comme les bourgeons charnus ne sont que l’ex- tension du parenchyme nutritif, ils en ont les forces vitales; leur sensibilité organique suit les mêmes lois que dans la nutrition ordinaire; elle commence d’abord à se mettre en rapport avec la gélatine ; celle* ci y est donc exhalée : alors commence l’état cartila- gineux : alors la cicatrice osseuse prend un caractère propre, et qui la distingue de celle des autres or- ganes. Au bout d’un temps plus long, la sensibilité orga- nique s’accroît dans le parenchyme de cicatrisation que forment les bourgeons charnus : alors ceux-ci se trouvent en rapport avec la substance calcaire qui ar- rive à l’os, et que jusque-là.ils repoussoient ; ils l'ad- mettent donc, ainsi que la portoin rouge du sang qui la précède toujours dans toute espèce d’ossification. OSSEUX. 83 On voit par là que le cal est cellulaire et vasculaire dans la première période ; que dans la seconde il con- tient du tissu cellulaire et des vaisseaux , plus de la gélatine ; que dans la troisième il présente du tissu cellulaire, des vaisseaux, de la gélatine, plus de la substance calcaire. 11 n’a point les formes régulières de l’os sain, parce que le parenchyme de cicatrisation naissant irrégu- lièrement sur les surfaces osseuses, l’exhalation et l’absorption de la gélatine ne peuvent se faire d’une manière précise et uniforme. Le cal est d’autant plus gros que les bouts ont resté plus écartés, parce que les bourgeons charnus ayant eu plus d’espace à parcourir pour se rencontrer, se sont plus étendus, et par con- séquent ont absorbé plus de substance nutritive. Si le mouvement continuel des pièces fracturées empêche de l’un et l’autre côté les bourgeons, ou , ce qui est la même chose, les deux parenchymes de ci- catrisation, de se réunir, alors,malgré l’exhalation des substances nutritives dans chacun d’eux, l’os reste désuni ; et de là les articulations contre nature. Le cal est difficile quand les bouts divisés et mis à nu, viennent à suppurer avec les parties voisines, comme il arrive dans les fractures compliquées, parce que la formation du pus dépense les substances nu- tritives destinées à réparer la fracture. Les considé- rations ultérieures sur cette production singulière, appartiennent à la pathologie. Je n’ai point exposé dans ce chapitre les idées des anciens, qui croyoient que les os se formoient par l’endurcissement d’un suc osseux dont rien ne dé- montre l’existence; celles de Haller, qui voyoitlecœur SYSTÈME se creusant des routes artérielles dans la substance osseuse, par voie d’impulsion, et durcissant cette substance par le battement des artères ; celle de Du- hamel , qui taisoit tout de'pendre du périoste. Je ren- voie aux ouvrages divers qui ont mille fois exposé ces opinions. Sans en réfuter aucune en particulier, je remarque qu’elles ont toutes un vice fondamental, celui de con- sidérer la nutrition osseuse d’une manière isolée, de ne pas la présenter comme une division de la nutri- tion générale, d’admettre pour l’expliquer desraison- nemens uniquement applicables aux os, et qui ne dérivent point comme conséquences de ceux qui ser- vent à établir la nutrition de tous les organes. Ne perdons jamais de vue ce principe essentiel et sur lequel reposent tous les phénomènes de l’économie, savoir, qu’à une multitude d’effets, préside un très- petit nombre de causes. Défiez-vous de toute expli- cation qui est partielle, tronquée, qui circonscrit les ressources de la nature, suivant les bornes de notre foible intelligence. § IV. Phénomènes particuliers du développement des Dents. Les dents, différentes en partie par leur tissu, des autres os, ont aussi un mode particulier de nutrition que nous allons examiner. Mais comme sa connois- sance suppose celle de la structure générale des dents, il est bon d’exposer ici cette structure, en renvoyant leur description à l’examen des os de la face. O S S E U X. 85 Organisation des Dents. Les dents sont formées par deux substances,l’une extérieure,d’une nature particulière, et qu’on appelle l’émail, l’autre intérieure, qui en est comme la base, et dont la texture est la même que celle des autres os. De plus, elles ont une cavité moyenne qui ren- ferme une substance spongieuse encore peu connue. Portion dure delà Dent. L’émail de la dent ne se voit qu’autour de la cou- ronne: plusieurs anatomistes prétendent qu’il se pro- page aussi un peu sur la racine, fondés sans doute sur l’extrême blancheur qu’a souvent cette racine dans certaines dents détachées, et qui fait qu’on ne distingue aucune ligne de démarcation. Mais alors une expé- rience très-simple établit cette démarcation : elle con- siste à faire macérer la dent dans l’acide nitrique affoi- bli par une certaine quantité d’eau- Cet acide attaque aussitôt et la racine et la couronne qu’il ramollit ; mais l’une jaunit comme presque toutes les substances ani- males traitées par lui, tandis que l’autre garde sa cou- leur , devient même plus blanche. Cette expérience prouve aussi que leurs natures respectives diffèrent essentiellement. L’émail, épais à la partie libre de la couronne , s’amincit a mesure qu’il s’approche de la racine , dis- position que nécessite son usage, qui est de garantir la dent, de supporter principalement les efforts de la mastication, lesquels se passent spécialement sur la partie libre de la couronne. Celte substance dure, compacte surtout quanti 86 SYSTÈME elle a resté long-temps à l’air ne cédant qu'avec peine à l’action de la lime , est composée de fibres très-rap- prochées , dont on ne peut suivre la direction. L’huile médullaire ne par oit pas la pénétrer ; elle ne brûle point, mais s’éclate par l’action du feu , et se sépare ainsi de l’autre substance qui, exposée à la chaleur, noircit d’abord, puis brûle comme les autres os, et en répandant la même odeur. L’émail est-il organisé , ou n’est-il qu’un suc qui, suintant d’abord de la surface externe de la dent , s’y endurcit ensuite et s’y concrète? Cette question né me paroît pas facile à résoudre. L’émail a en effet désaltribuis qui semblent également favorables à ces deux opinions. D’un côté, il est sensible comme tout ce qui est organique; il nous donne bien plus mani- festement que les cheveux elles ongles, la sensation des corps qui le heurtent. Les acides affoiblis, ceux tirés des végétaux spécialement, exaltent tellement sa sensibilité, que le moindre contact devient très- douloureux, long-temps après leur usage. Les dents sontalors, comme on le dit, agacées. D’un autre côté, l’émail a une foule de caractères , qui semblent y dé- noter une absence d’organisation, i Il ne s’enflamme point, ne devient le siège d’aucune tumeur, d’aucune altération qui ramollisse son tissu; il n’éprouve au- cune altération qui, y exaltant la vie , la rende plus sensible que dans l’état naturel, comme il arrive par exemple aux cheveux qui, ordinairement inertes, prennent une activité vitale très-énergique dans la plique polonaise.- Souvent en effet nous jugeons de la vitalité des organes plus par leurs alléiations mor- bifiques, que parleur état naturel. 2°. Il paroît qu’il OSSEUX. ne se fait point dans l’e'mail d’exhalation et d’absorp- tion alternatives des matières nutritives, ou du moins sensiblement. Le frottement use cette substance sans qu’elle se répare de nouveau ; cela est remarquable dans les vieillards, dans les gensqui grincent souvent les dents. On sait qu’on lime l’émail comme un corps inorganique, et qu’il ne se reproduit point, tandis que les cheveux, les ongles croissent manifestement lorsqu’ils sont coupes. Limez, l’extrémité sciée d’un os long dans une amputation ; bientôt des bourgeons charnus naîtront de la surface limée ; l’action de l’ins- trument sera un aiguillon qui y développera les phé- nomènes vitaux. La portion osseuse delà dent en compose toute la racine et le dedans de la couronne; elle n’cst formée que par du tissu compacte, très-dense, très-analogue à celui du rocher. Le tissu celluleux lui est étranger. Ses fibres, très-serrées les unes contre les autres , ont des directions variées , difficiles à saisir, mais qui en général suivent le même sens que les racines ; il faut, pour bien voir cette direction, faire ramollir les dents dans un acide. Chaque dent présente une cavité , située dans la couronne , de même forme qu’elle , diminuant tou- jours de diamètre à mesure que l’on avance en âge, communiquant en dehors par de petits conduits dont le nombre égale celui des racines distinctes de la dent, et qui s’ouvrent au sommet de ces racines. Cette ca- vité est tapissée d’une membrane très-mince où sc ramifient les vaisseaux et qui par sa face revêt la pulpe. 88 SYSTÈME Portion molle de la Dent. Celle - ci est une substance spongieuse, qui paroît formée par l’entrelacement des vaisseaux et des nerfs propres à chaque dent, mais dont la nature n’est point encore bien connue j seulement on sait qu’elle jouit d’une sensibilité animale très - prononcée, égale au moins à celle de l’organe médullaire. Cela est prouvé, i°. par les douleurs des dents cariées ou la pulpe est à nu, et qui sont, comme on le sait, extrêmement vives ; 2°. par l’introduction d’un stylet dans l’ouverture de la carie, introduction qui, insensible d’abord, devient cruelle lorsque l’instrument arrive à la pulpe j 3°. par l’ouverture d’une alvéole dans un très-jeune animal dont la pousse des dents est encore éloignée. A cet âge la pulpe est très-considérable, et la dent petite à proportion est facile à enlever de dessus sans l’inté- resser , parce qu elle n’a point encore de racine, et que l’ouverture de la base de la couronne est très-large. Si on enlève donc la dent, et que la pulpe ainsi mise à découvert, soit irritée d’une manière quelconque, l’animal donne les marques de la plus vive douleur. J’ai fait plusieurs fois cette expérience, toujours très- facile à cause du peu d’épaisseur des lames osseuses, qui forment alors les alvéoles. Les dents ont des sympathies remarquables, et qui portent non sur leur portion solide , mais sur la pulpe. Comme celle-ci est beaucoup plus grosse pro- portionnellement dans le premier âge, qu’elle est presque la partie dominante dans la dent, ces sym- pathies sont alors et plus nombreuses et plus mar- quées. Dans ces sympathies, tantôt ce sont les pro- osseux. priétés animales, tantôt les organiques, qui sont mises en jeu. Les sympathies de sensibilité animale se manifestent dans les douleurs dont les dents deviennent le siège par l’action du froid ou de l’humidité sur le système cutané ; dans celles produites à la face, à la tête par la carie d’une dent. Fauchart cite l’exemple d’une mi- graine rebelle depuis long-temps, et que l’extraction d’une dent fit disparoitre sur-le-champ. La sensibilité de l’oreille, des yeux, est altérée dans certaines odon- talgies violentes, etc. La contractilité animale est aussi mise en jeu dans les sympathies dentaires; rien de plus fréquent dans la dentition, que les convul- sionsdesmuscles volontaires.Tissotparled’unspasme des muscles de la mâchoire, qui fut guéri par l’ex- traction de deux dents cariées , et d’une convulsion aux muscles de la gorge qui occasionna la mort, et dont la source primitive étoit dans une dent gâtée, etc., etc. Les sympathies ne sont pas moins sou- vent déterminées par les affections des dents. Les vomissemens spasmodiques, les diarrhées, la fré- quence du pouls, souvent les évacuations involon- taires de l’urine, phénomènes auxquels préside la contractilité organique sensible de l’estomac, des in- testins, du cœur, de la vessie, sont les fréquens effets des dentitions, de la première surtout, des douleurs violentes de dents, etc. La contractilité organique insensible, la sensibilité organique sont mises sim- pathiquement en activité dans les engorgemens de la parotide, dans le gonflement général de la face, dans la secrétion augmentée de la salive, quelquefois SYSTÈME dans les érysipèles qui se manifestent par une affec- tion aiguë des dents. Souvent les sympathies dentaires ont lieu entre , les dents correspondantes de la même rangée ou des deux rangées. J’ai la première grosse molaire supé- rieure du côté gauche, un peu cariée; de temps à autre elle me fait beaucoup souffrir: or, toujours alors la première molaire du côté droit devient aussi dou- loureuse, quoiqu’intacte.Ilest d’autrescasoù unedent souffrant enbas, des douleurs sympathiques se mani- festent dans celle qui est au-dessus, et réciproquement! La structure des dents étant exposée, voyons com- ment leurs diverses.substances se développent. Ce point de la nutrition osseuse me paroit avoir été exposé peu clairement par tous les auteurs. Je vais tâcher de mieux le développer. I! y a deux denti- tions, l’une est provisoire et se borne au premier âge, l’autre appartient à toute la vie; chacune doit se considérer avant, pendant et après l’éruption. Première Dentition cbnsicîcrée avant Véruption. Les phénomènes de la dentition sont ceux-ci avant l’époque de l’éruption: les mâchoires du fœtus sont fermées tout le long de leur bord libre; elles parois- sent homogènes au premier coup d’œil ; mais exa- minées dans leur intérieur, elles présentent une ran- gée de petits follicules membraneux, séparés par de minces cloisons, logés dans des alvéoles, arrangés comme les dents auxquelles ils doivent servir de germe, et ayant la disposition suivante: La membrane qui sert d’enveloppe au follicule forme un sac sans ouverturequi tapisse d’abord toutes O S S E U X. les parois de l’alvéole, auxquelles il tient par des prolongemens. Arrivé à l’endroit ou pénètrent les vaisseaux et les nerfs, ce sac abandonne l’alvéole, devient libre, se replie , forme un canal qui accom- pagne le paquet vasculaire et nerveux, et s’épanouit ensuite sur la pulpe de la dent qui termine le paquet. 11 résulte de là que cette membrane a la confor- mation générale des membranes séreuses, celle, comme on le dit, de ces espèces de bonnets dont on enveloppe la tête pendant la nuit. Elle a deux portions, l’une adhérente et tapissant l’alvéole, l’autre libre et recouvrant la pulpe , comme, par exemple, la plèvre a une portion costale et une pulmonaire. La pulpe et les vaisseaux, quoique renfermés dans'sa duplicature, se trouvent donc vraiment hors de la cavité, qu’une simple rosée lubrifie. J’ai trouvé que cette rosée étoit comme celle des membranes séreuses, de nature es- sentiellement albumineuse; l’action de l’acide ni- trique , celle de l’alcool, celle du feu, le prouvent in- contestablement. Soumise à l’action d’un de ces agens, surtout du premier, la membrane blanchit tout à coup. La couche d’albumine qui la recouvre devient con- crète et coagulée, comme quand on fait une sem- blable expérience sur une surface séreuse. La pulpe, très-grosse à cet âge, se trouve suspen- due, comme une grappe de raisin, à l’extrémité des vaisseaux et des nerfs. C’est sur la portion pulpeuse de la membrane du follicule, et à la surface de son extrémité flottante, que se développe le premier point osseux ; il s’étend bientôt, et prend exactement la forme du sommet de la couronne que parla suite il doit former, c’est-à-dire SYSTÈME qu’il est quadrilatère sur les molaires, pointu sur les canines, taillé en biseau sur les incisives. Développé d’abord du côté des gencives, il s’étend ensuite du côté du pédicule vasculaire et nerveux , se moule sur lui en s’avançant vers l’endroit de l’alvéole où il pénètre; en sorte qu’il présente de ce côté une surface concavequi embrasse la portion pulpeuse de la mem- brane , ety tient par divers prolongemens vasculaires ; et comme cette portion est flottante, le premier ru- diment de la dent flotte aussi dans la cavité de la membrane, comme on le voit très-bien en incisant la portion alvéolaire de cette membrane, après avoir détruit la paroi correspondante de l’alvéole. Les conséquences suivantes résultent de ce mode de développement: i°. La couronne est la première formée, et la racine n’est produite qu’à mesure que l'ossification suivant la longueur s’avance sur la por- tion de membrane tapissant le paquet vasculaire et nerveux. 2°. Comme tous les vaisseaux qui arrivent à la dent pénètrent par sa surface interne, puisque l’externe est entièrement libre dans la cavité de la membrane, l’ossification suivant l’épaisseur se fait spécialement aux dépens de la cavité interne qui va toujours en se rétrécissant, ainsi que la pulpe, dis- position inverse de celle des autres os, dont l’ossifi- cation commence par un point placé au centre du cartilage, et qui d’abord solides au milieu, devien- nent ensuite creux pour les cavités celluleuse et médullaire, qui vont toujours en s’agrandissant. 3°. Après l’ossification de la dent, la portion delà membrane du follicule qui tapissoit l’alvéole , reste la meme, tandis que sa portion correspondant à la OSSEUX pulpe, libre primitivement de l’autre côté , devient de ce côté adhérente à toute la cavité dentaire quelle tapisse, dont elle forme la membrane indiquée plus haut à l’article delà structure des dents, et qui se trouve ainsi intermédiaire à la pulpe et à la substance osseuse.4°* La pulpe de la dent est la première partie formée, et la plus considérable dans les premiers temps. Il paroît que c’est la substance osseuse qui se forme la seconde, et que l’émail naît ensuite à l’exté- rieur de celle-ci. Je n’ai point pu encore rendre sen- sible le mode de son origine. L’époque à laquelle le follicule membraneux se forme est difficile à saisir ; celle de la première os- sification paroît être du quatrième au cinquième mois. Au terme de la naissance, on trouve les vingt dents delà première dentition déjà avancées; toute la couronne en est formée ; le commencement de la ra- cine se présente aussi sous la fome d’un tuyau large, à parois extrêmement minces, et qui va toujours en s’alongeant et en épaississant; lorsqu’il est arrivé au fond de l’alvéole, celle-ci est trop étroite pour con- tenir la dent qui se fait jour au-dehors. Le nombre des dents , moindre dans la première que dans la seconde dentition, donne une forme par- ticulière aux mâchoires du fœtus et de l’enfant, sur- tout à l’inférieure , qui est moins alongée en devant, et par conséquent plus large proportionnellement que chez l’adulte, où pour recevoir toutesles dents, le re- bord alvéolaire doit être nécessairement plus étendu» Cette disposition de la mâchoire inférieure influe beaucoup sur l’expression de la physionomie. SYSTEM E Première Dentition considérée à l’époque de Véruption. On observe les phénomènes suivansà l’époque du sixième ou septième mois de la naissance, très-rare- ment avant, plus rarement encore pendant la gros- sesse, ce qui n’est pas cependant sans exemple, comme l’histoire de Louis xiv en est la preuve. On voit d’abord paroître, tantôt simultanément, tantôtisolé- ment, les deux petites incisives de la mâchoire infé- rieure. Bientôt après les incisives correspondantes de la mâchoire supérieure se font jour. Un mois ou deux après, les quatre autres incisives sortent. A la fin de la première année, paroissent ordinairement les quatre canines. A la fin de la seconde , ou souvent plus tard, on voit sortira chaque mâchoire deux molaires que deux autres suivent bientôt. C’est presque toujours par la mâchoire inférieure que commence chaque éruption. A l’âge de quatreans , quatre ans et demi, quelquefoisde cinq ou six ans, toujours à une époque assez variable, se manifestent en bas , puis en haut, deux autres molaires qui complètent le nombre de vingt-quatre dents formant la première dentition ; toutes en effet tombent , et sont remplacées par de nouvelles. Le mécanisme' de cette première dentition est celui-ci : l’ossification faisant toujours des progrès vers la racine, la dent ne peut plus être contenue dans l’alvéole ; elle perce et la portionalvéolaire delà membrane, et la membrane muqueuse de la bouche, et un tissu pulpeux intermédiaire qui les sépare, avec d’autant plus de facilité, que cette triple couche s’a- OSSEUX. 95 mincit peu h peu à mesure que l’éruption approche. Ce phénomène est-il dû uniquement à Ja pression mécanique de la dent? Je crois qu’il y a une autre causej car observez qu’ici les membranes sont très- peu soulevées avant de se rompre ; tandis que dans les polypes et autres tumeurs qui naissent quelquefois sous la membrane gengivale, elles est infiniment plus tiraillée, et cependant, alors elle ne se déchire pas, mais se soulève seulement. Le mécanisme de l’ou- verture des gencives n’est pas plus connu que le principe des accidens terribles qui se manifestent quelquefois alors. Le sac que formoit la membrane primitive du follicule se trouvant ainsi ouvert, sa portion qui tapisse l’alvéole s’unit à la membrane de la bouche, lui devient continue, se colle en meme temps au collet d’une manière très-intime; et comme pendant Je développement de la racine, la face interne de cette portion membraneuse, libre d’abord , ainsi que nous avons vu, a peu à peu contracté des adhé- rences avec elle, il s’ensuit que cette racine se trouve enchâssée entre la portion alvéolaire qui tapisse son extérieur, et la portion pulpeuse qui revêt son in- térieur: c’est ce qui assure sa solidité. A mesure que les adhérences delà membrane augmentent, on peut moins facilement la distinguer. Il est rare que dans cette première dentition la formation de la ra- cine s’achève aussi complètement que dans la se- conde; sa cavité interne reste aussi très-large, èt la pulpe est plus développée. Deuxième Dentition considérée avant Véruption* Il faut, comme dans le cas précédent, distinguer 96 SYSTÈME les phénomènes nutritifs en ceux qui ont lieu avant, pendant et après l’éruption. A vant l’éruption, on ob- serve, en ouvrant la mâchoire, une rangée de folli- cules dentaires, correspondant à la rang«e des dents déjà formées, situés au-dessous ou à côté, et séparés d’elles par de petites cloisons, dont l’épaisseur est d’autant plus grande, qu’on l’examine dans un âge plus voisin de la première enfance. Ces follicules ont exactement la même disposition que ceux de la première dentition ; comme eux ils forment des sacs sans ouverture dont la portion al- véolaire est adhérente, et dont la pulpeuse libre se revêt à sa surface des premières couches osseuses pour la couronne. L’accroissement est le même dans son mode; c’est-à-dire qu’il a lieu de l’extérieur à l’in- térieur, à l’inverse des autres os; disposition qui fait que la partie delà dent, immédiatement en contact avec les corps étrangers, étant la première formée, a plus le temps d’acquérir la solidité nécessaire à ses fonctions. A mesure que les dents secondaires croissent, on voit leur système vasculaire se prononcer davantage, et celui des anciennes dents diminuer; ce qui tient à ce que la sensibilité, affoiblie dans celles-ci, n’appelle plus le sang, tandis qu’exaltée dans l’autre, elle l’at- tire avec force. On remarque aussi que la cloison des alvéolesdiminue en épaisseur, et que la racine des pre- mières se détruit. Ce double phénomène ne paroît point tenir à la pression exercée par la nouvelle dent, puisqu’alors la racine s’élargiroit, s’aplaliroit seule- ment ; ou si elle éprouvoit une destruction réelle, on en trouveroit les débris; ce qui n’arrive point. Il est donc probable que c’est par l’absorption du phos- phate calcaire que la cloison et la racine disparoissent, à peu près comme nous avons dit que les cavités internes des os cartilagineux se forment. On voit, d’après cela, que l’ossification des racines des premières dents est d’assez courte durée; elle commence la dernière, et finit la première. Lors- qu’elle n’a plus que peu d’étendue, les dents com- mencent à vaciller, faute d’insertion. La disparition de la cloison augmcnteleur mobilité. C’est à peu près à l’âge desix ou sept ans que commence leur chute : cette chutesefaitsuivant l’ordredeleur éruption, c’est-à-dire que les incisives, puis les canines , puis les molaires , se détachent. Remarquez cependant que la dernière , celle qui a paru à quatre ans, n’est point renouvelée. OSSEUX. 97 Deuxième Dentition considérée à ï époque de Véruption. Pendant 1*éruption des secondes dents, on les voit sortir à mesure et dans le même ordre que celles qui leur correspondent se détachent. iQ. Les huit inci- sives, 2°. les quatre canines se manifestent. 3°. A la place de la première molaire , deux nouvelles se dé- veloppent; ce sont celles qui, dans la suite, portent le nom de petites molaires. 40. La seconde molaire reste, comme nous venons de le dire; c’est la pre- mière des grosses. 5°. A huit ou neuf ans , deux secondes molaires paroissent a chaque mâchoire. 6°. Enfin à dix-huit, vingt, trente ans, quelquefois plus tard, il se développe encore une troisième mo- laire; c’est ce qu’on appelle la dent de sagesse. Alors il y a à chaque mâchoire seize dents, dont SYSTÈME quatre incisives, deux canines, deux petites mo- laires, et trois grosses. Quelquefois, pendant qu’elles se forment, les dents secondaires, au lieu de s’approprier la substance nu- tritive des racines des premières et de leur cloison, les laissent intactes; ni les unes ni les autres ne se dé- truisent, et l’éruption des secondes dents se fait à côté des premières restées en place. Ce phénomène 11’arrive ordinairement qu’à une dent isolée; quel- quefois cependant plusieurs et même toutes le pré- sentent ; et alors il y a une double rangée. En général les dents secondaires n’ont de la tendance à sortir que du côté des gencives. Lorsque, très - obliquement placée par un vice de conformation , leur couronne regarde en devant ou en arrière, au lieu de percer la mâchoire, elles restent ensevelies pour toujours dans leurs alvéoles. Phénomènes subséquens à l’éruption des seconde!i Dents. Après l’éruption, les dents croissent manifeste- ment, ip. suivaht lalongueur, 2°. suivant 1’épaisseur. Il n’y a que la racine qui s’alonge dans le premier sens; la couronne garde toujours ses mêmes dimen- sions; et si, dans les vieillards, elle paroit plus longue, c’est que les gencives se sont affaissées ; phénomène que d’ailleurs on observe très-souvent dans les personnes qui maigrissent, dans celles qui ont fait usage du mercure, etc. L’accroissement dans le second sens ne se fait point en dehors; il n’a lieu qu’en dedans: le canal de la racine et la cavité du corps vont toujours en se OS S E U X. rétrécissant; ils finissent enfin par s’oblitérer. Alors îe sang ne pénétrant plus dans la dent, les nerfs n’y portant plus leur influence, elle meurt, et tombe. Mais cette mort paroît aussi déterminée par l'accu- mulation dans la substance osseuse, d’une très-grande quantité de phosphate calcaire qui y devient telle- ment prédominant sur la gélatine, que le principe de vie est entièrement étouffé; en sorte que, sous ce rapport, la chute des dents présente un phénomène analogue à celui de la chute des cornes des herbi- vores , de l’enveloppe calcaire des crustacées, etc. Pourquoi la nature a-t-elle marqué à la vie des dents un terme plus court qu’à celle des autres os, qui ne finissent d’exister qu’avec tous les autres organes, tandis qu’elles meurent long-temps avant? Est-ce parce que l’estomac s’affoiblissant avec l’âge, les ani- maux se trouvent forcés par là de ne se nourrir, dans leur vieillesse, que de substancesmolles, accommodées à l’état de langueur de leurs forces gastriques? Sans doute que chez l’homme mille causes, nées surtout de la nature des alimens, de leur degré de chaleur , de froid,de leur coction,de leurs qualités infiniment variées, accélèrent l’époque naturelle de la mort et de la chute des dents, parce qu’en excitant sans cesse , en agaçant ces organes, elles les entretiennent dans un état d’activité habituelle qui épuise leur vie plus tôt qu’elle ne devroit finir. Ainsi mille causes, nées de la société, mettent-elles à la vie générale un terme bien antérieur à celui fixé par la nature. Mais, en général, dans tous les animaux, la mort des dents précède celle des autres organes, quoiqu’ils ne soient point sous l’influence sociale, que leur mastication ne SYSTEME s’exerce par conséquent que sur des alimens destinés paf la nature, à être en contact avec leurs dents. Les mâchoires, dépourvues de dents chez le vieil- lard , se resserrent; les alvéoles s’effacent ; le tissu des gencives se raffermit, et la mastication continue, quoiqu’avec plus de peine. Dans ce changement de conformation, le bord alvéolaire se rejette en arrière : de là la saillie du menton en devant. 11 diminue en hauteur: de là le rapprochement de cette partie près du nez, phénomène qui tient aussi spécialement à l’absence des dents. § V. Phénomènes particuliers du développement des Sésamoides. Les sésamoides offrent une exception, moins mar- quée que celle des.dents, mais aussi réelle cepen- dant aux lois générales de l’ossification. Disposition générale des Sésamoides. Ces petits os,de forme communément arrondie, de grosseur variable, n’excèdent guère communé- ment celle d’un pois, excepté la rotule cependant ; ils ne se trouvent en général que dans les fnembres ; le tronc n’en présente jamais. Dans les membres supérieurs on n’en voit guère qu’à la main où l’articulation du pouce avec le pre- mier os métacarpien en présente toujours deux, et où quelquefois l’articulation analogue du doigt indi- cateur, très-rarement celle du petit doigt, et l’arti- culation plialangienne du pouce, en offrent aussi. Dans les membres inférieurs au contraire, ils sont nombreux et surtout beaucoup plus prononcés. Deux OSSEUX. s'observent sur chaque condyle du fémur, dans les tendons des jumeaux, derrière le genou; au-devant est la rotule. Dans le pied , le tendon du jambier postérieur près son insertion à la tubérosité du sca- phoïde, celui du long péronier à son passage sous îe cuboïde, offrent aussi des sésamoïdes. On en voit constamment deux sous l’articulation métatarso-pha- langienne du gros orteil ; sous la plupart des articula- tions analogues des autres doigts, il s’en trouve aussi quoique ceux-ci soient plus variables. Dans les arti- culations phalangiennes, j’en ai vu aussi plusieurs fois. En général, les os sésamoïdes n’existent que dans le sens de la flexion, qui est celui où les plus grands efforts sont à supporter. Dans le sens de l’ex- tension je ne connois que la rotule. Ces petits os n’ont point comme les autres une existence isolée; ils se développent toujours dans un organe fibreux,soit dans un tendon, comme ceux des jumeaux, du péronier, du jambier postérieur, comme aussi la rotule; soit dans un ligament, comme tous, ceux placés au-devant des articulations métacarpo- phalangiennes, métatarso-phalangiennes ou plialan- giennes, lesquels ont pour base le faisceau fibreux, considérable et transversal, que nous avoijs appelé ligament antérieur de ces articulations. État fibro-cartilagineuæ. Les deux bases primitives des sésamoïdes restent long-temps sansen offrir les rudimens, et sont telles, à l’endroit où ces os doivent exister, qu’elles sont par-tout ailleurs. Leur organisation est généralement, uniforme. Quelque temps après la naissance> un pei& 102 SYSTEME plus de gélatine que n’en contiennent, pour leur ùu- tririori propre cesdeux corps fibreux ,commenceà s’y exhaler à l’endroit où un jour, osseux, ils offriront les sésamoïdes: alors naissent des cartilages essentielle- ment diffêrens des cartilages d’ossification ordinaire, lesquels sont à peu près de même nature que ceux des extrémités des os longs des adultes, tandis que ceux ci appartiennent vraiment à la classe des subs- tances fibro-cartilagineuses. Ils ressemblent par leur nature aux fibro-cartilages interarticulaires, à ceux des coulisses tendineuses, etc. Ce ne sont pas des cartilages, mais des fibro-cartilages d’ossification, dont ou distingue d’autant mieux la base fibreuse, qu’on est plus près du temps de leur développement. Etat osseux. Peu à peu les vaisseaux de ces fibrocarlilages qui ne charioient que des sucs blancs, se mettent en rap- port de sensibilité avec le sang; ce fluide les pénètre; en même temps le phosphate calcaire commence à s’y déposer: alors le tissu celluleux s’y forme à l’in- térieur par un mécanisme analogue à celui des autres os; une légère couche compacte se développe à l’ex- térieur. Mais au milieu de cet os nouveau la base fibreuse reste toujours ; les fibres du tendon, supé- rieures au sésamoïde , se continuent pour ainsi dire à travers sa substance avec les inférieures: aussi les cicatrices de ces os, lorsqu’ils sont fracturés, prennent- elles un caractère particulier et distinctif; c’est leur base fibreuse qui, en s’étendant pour la réunion, éta- blit cette différence. On sait que le cal de la rotule n’est pas le même que celui des autres os. Souvent, OSSEUX. lorsque l’appareil n’a pas été exactement maintenu , il reste entre les deux fragmens un tissu fibro-carti- lagineux pour moyen d’union : or, ce tissu c’est le développement non-seulement de la portion cartila- gineuse de l’os , mais encore de la portion du tendon des extenseurs, qui fait partie de l’organisationde cet os. La vie des sésamoïdes participe presque autant à celle du système fibreux qu’à celle du système osseux. A mesure qu’on avance en âge, ces petits os crois- sent et deviennent plus caractérisés dans l’économie animale; souvent il s’en développe très-tard, à l’âge de vingt, trente et même quarante ans. Chez cer- tains vieillards, ils ont au pied un volume très-mar- qué. J’ai vu sur deux cadavres de personnes attaquées de la goutte, qu’ils s’étoient développés au point de gêner probablement la progression. Y auroit-il quel- que rapport entre eux et cette cruelle affection? Je n’ai là-dessus que ces deux faits. Les sésamoïdes éloignent leurs tendons du centre du mouvement, facilitent leur glissement sur les os , garantissent leurs articulations, concourent même à leurs mouvemens. Tous ceux développés dans les li- gamens antérieurs des articulations métacarpoet mé- tatarso-phalangiennes, des phalangiennes elles-mêmes, concourent aussi au mouvement de ces articulations. Une portion de la synovialese déploie sur leur face qui y correspond, et qui reste légèrement cartilagi- neuse. La formation des sésamoïdes ri’est point un effet mécanique de la pression des tendons ou des liga- mcns contre les os, comme on l’a mais SYSTÈME OSSEUX. bien un résultat des lois de l’ossification. En effet, dans la première supposition, pourquoi toutes les articulations de la main et du pied , autres que celles indiquées plus haut, étant exposées à peu près à un mouvement égal au mouvement de celles-ci, ne se- roient-elles pas pourvues de ces os? SYSTEME MEDULLAIRE. {Quoique le système médullaire ne se rencontre que dans les os, quoique ses usages principaux leur paroissent absolument relatifs, cependant ses pro- priétés et sa vie diffèrent tellement de la vie et des propriétés de ces organes, qu’on ne peut s’empêcher de l’examiner d’une manière isolée. On distingue deux espèces de systèmes médul- laires : l’un occupe le tissu celluleux des extrémités des os longs, de tout l’intérieur des os courts et plats ; l’autre se trouve seulement dans la partie moyenne des premiers: examinons-leschacun sépa- rément. ARTICLE PREMIER. Système médullaire des os plats , des os courts , et des extrémités des os longs. Ce système paroît être l’épanouissement des vais- seaux qui pénètrent dans les os par les trous du se- cond ordre, c’est-à-dire, par ceux qui vom se rendre dansle tissu celluleux commun. Ces vaisseaux arrive's à la surface interne des cellules, s y divisent à lin- fini, et s’y anastomosent de mille manières. Leur en- trelacement donne à l’intérieur du tissu celluleux cet aspect rouge qui le caractérise, et qui est d’autant § Ier. Origine et conformation. 106 SYSTÈME plus marqué qu’on l’examine dans un âge plus voisin de l’enfance , parce qu’en effet le système vasculaire qui y est très-prononcé h cette époque, se rétrécit et s’efface à mesure qu’on s’en éloigne. Ce sont ces vaisseaux qui, dans la section des os du crâne par le trépan, dorment à la sciure la rou- geur qu’on lui observe. Ce sont eux qui produisent le même phénomène dans l’amputation de l’extré- mité des membres. Quoiqu’en général ils restent gorgés de beaucoup de sang, à l’instant de la mort, cependant on peut, comme je l’ai fait souvent, y en accumuler encore plus par des injections lines qui poussent devant elles celui qui se trouve dans les vais- seaux, et le concentrent à leur extrémité : alors le tissu spongieux de l’adulte est presque aussi rouge que celui de l’enfant qu’on n’a point préparé. II. Organisation. Les auteurs admettent une membrane fine qui ta- pisse l’intérieur de toutes les cellules osseuses, et qu’ils considèrent comme l’organe exhalant du suc médullaire. Je n’ai jamais pu, quelque nombreuses qu’aient été mes recherches, découvrir une sembla- ble membrane. On ne voit que les prolongerons vas- culaires dont je viens de parler, lesquels , prodigieu- sement multipliés , paroissent en effet former une membrane, maisqui, attentivement examinés, sont très'distincts les uns des autres, nullement continus, si ce n’est à l’endroit des anastomoses, et laissent une foule de petits espaces où l'os est immédiatement à nu, et en contact avec le suc médullaire. L’exhalation decesucparoit donc uniquement pro- MÉDULLAIRE. 107 venir de cet entrelacement vasculaire,et souscerap- port elle est analogue à celle de la substance com- pacte, qui évidemment ne contient point de mem- brane, et dont les pores cependant se trouvent rem- plis de ce suc médullaire , comme le prouvent la combustion du tissu compacte et son exposition au soleil ou à une chaleur artificielle. § ITI. Propriétés» Cet entrelacement vasculaire ne jouit que de la sensibilité organique et de la contractilité organique insensible nécessaires à ses fonctions ; et c’est ce qui le distingue spécialement du système médullaire de la partie moyenne des os longs, dont la sensibilité animale est, comme nous le verrons , extrêmement pronon- cée. Irritez sur un animal vivant l’intérieur d’un os court, plat, etc., ou l’extrémité d’un os long, aucun signe de sensibilité animale ne se manifeste. La sciure du trépan, celle des condyles du fémur, de la tête de l’humérus ne sont point douloureuses. Les lésions de ce système , lorsqu’elles sont très- considérables , peuvent déterminer la nécrose de l’os, et la formation d’une substance osseuse nouvelle aux dépens du périoste ; mais si une petite portion est seulement intéressée, ce phénomène ne s’observe point. J’ai percé plusieurs fois transversalement avec une vrille l’extrémité d’un os long sur un animal, et un fer rouge a été ensuite passé par l’ouverture : l’a- nimal a toujours guéri sans nécrose; seulement l’ar- ticulation est restée engorgée, très-gênée dans ses mouvemens, et diverses esquilles s’en sont échappées pendant la suppuration. SYSTÈME § IV. Développement. Le reseau vasculaire, qui forme ce système mé- dullaire, existe dans l’état cartilagineux ; mais alors, d’une part, il n’admet point la portionrouge du sang ; de l’autre part, les interstices de ses mailles se trou- vent tellement remplies par la gélatine, que le carti- lage paroît homogène. A l’époque de l'ossification, le sang rouge pénètre d’un côté dans les vaisseaux, tandis que , d’un autre côté, ces vaisseaux restent à nu par l’absorption de la gélatine, à l’endroit des cel- lules , sur la surface interne desquelles ils rampent. Dans le foetus et dans le premier âge, ce système médullaire offre une disposition remarquable. Il ne contient presque point de ce suc huileux, dont il em- prunte son nom, et qui, dans la suite, remplit en si grande proportion les interstices du tissu celluleux des divers os : en examinant ces organes comparati- vement dans les divers âges, je m’en suis facilement convaincu. i°. Exposé à un degré de chaleur un peu considérable, le tissu celluleux des os d’adulte laisse écouler en abondancece suchuileux qui se fond. De la même expérience résulte , seulement dans le fœtus , la dessiccation de ce tissu par l’évaporation des fluides; qui le pénètrent. 2°. Si on brûle l’extrémité d’un os long d’àdulte, la combustion est spontanément en- tretenue par le suc huileux qui s’échappe des pores de la seconde espèce, et qui donne de la flamme jusqu’à ce qu’il soit épuisé. Dans le fœtus, l’os cesse de brûler dès qu’on le retire du feu , parce que les fluides qu’il contient n’entretiennent point sa com- bustion. 5°. Rien n’est plus difficile que de conserver francs les os d’adulte, parce quel’huile qui en pénètre les intervalles, les jaunit toujours un peu. Dans le fœtus et l’enfant où cette cause n’existe pas, la blan- cheur des os est facile à obtenir. 40. Par l’ébullition , on n’extrait point ou presque point d huile du tissu celluleux dans le premier âge ; beaucoup nage à la surface de l’eau où on a mis bouillir ce tissu dans les âges suivans. En général le fœtus paroît absolument manquer d’huile médullaire ; elle se forme après sa naissance, et sa proportion va toujours en augmen- tant , jusqu’à l’entier accroissement. Quel fluide rem- place celui-ci dans les premières années ? D’abord beaucoup de sang ; car en général la rougeur du sys- tème médullaire est en raison inverse de l’huile qui s’y trouve; mais les intervalles des cellules paroissent de plus être humides d’un autre fluide qu’on ne con- noît pas, et qui s’évapore , comme j’ai dit, lorsqu’on présente au feu l’os d’un fœtus. MEDULLAIRE. ARTICLE DEUXIÈME. Système médullaire du milieu des os longs. C, système diffère essentiellement du précédent par sa nature, ses propriétés, ses fonctions , etc. Il occupe le centre des os longs, dont il remplit la grajide cavité. § Ier. Conformation. Chacun des organes de l’ensemble desquels il ré- sulte , se présente sous la forme d’une membrane mince , tapissant toute la cavité , se repliant sur elle- même un grand nombre de fois, donnant naissance S Y S T È M E à une foule de prolongemens, dont les uns enve- loppentles filets déliés du tissu celluleux qui se ren- contrent dans cette cavité, les autres passent , sans adhérer à aucune portion osseuse , d’un côté de la membrane à l’autre, et dont tous forment des cel- lules nombreuses où se trouve contenue la moelle. On peut donc se former de'cet organe une idée analogue à celle que nous présente l’organe cellulaire} savoir, celle d’un corps spongieux , à cellules com- municantes. La place qu’il occupe donne à son en- semble une forme cylindrique. Il paroîl qu’aux deux extrémités du canal, les cel- lules ou membranes ne s’ouvrent point dans celles du tissu celluleux , et que le suc médullaire du système précédent ne communique nullement avec la moelle de celui-ci. En effet, la ligne de démarcation qui les sépare est sensible ; ils ne se confondent point d’une manière graduelle. L’air injecté d’un côté du cylindre médullaire, ne pénètre qu’avec peine et en déchirant les membranes , dans le tissu celluleux de l’extrémité opposée de l’os : cependant, malgré ces considéra- tions , j’avoue que la question n’est point exactement résolue. Les transsudations cadavériques sont nulles pour la décider, à cause de la perméabilité que nos parties acquièrent après la mort. §11. Organisation. La texture de la membrane médullaire est très-peu connue, parce que son extrême ténuité la dérobe à nos recherches; car ce n’est que dans les os des rachi- tiques que son augmentation morbifique en épaisseur m’a permis d’en poursuivre exactement le trajet. Elle MÉDULLAIRE. a l’apparence du tissu cellulaire; cependant ses pro- priétés, et par là même sa nature, sont très-diffé- rentes de celles de ce tissu : elle ne peut se rapporter à aucune des trois classes des membranes séreuses, fibreuses ou muqueuses. Quelques-uns ont prétendu qu’elle étoitune expansion du périoste, qui s’insinue par les trous nombreux dont l’os est percé, et pénètre dans la cavité médullaire; mais le moindre parallèle établi entreces membranessuffitpour faire voir qu’es- sentieilement différentes par leurs fonctions, leurs forces vitales, etc., elles rie peuvent avoir la même tex- ture. Un vaisseau principal pénètre la membrane médullaire; c’est l’artère qui entre par le trou unique, mais très-marqué, qui se voit sur le corps des os longs : les deux branches de cette artère, et celles de la veine correspondante, se ramifient en sens opposé sur le cylindre médullaire,et par l’innombrable quan- tité de leurs rameaux, lui donnent une couleur rou- geâtre très-marquée , et qui disparoît avec l’âge. Les extrémités empruntent leurs vaisseaux de ceux du tissu celluleux voisin.On ne peut y suivre aucun nerf. Telle est quelquefois l’abondance des fluides qui pé- nètrent cette membrane , et son extrême ténuité, qu’on diroit vraiment qu’elle n’existe pas. Pour vous convaincre de son existence , exposez le cylindre qu’elle forme à l’action très-intense du calorique; elle se resserre, se racornit aussitôt comme tous les so- lides , et devient ainsi plus apparente. 111 § III. Propriétés. Les propriétés de tissu sont très-caractérisées dans l’organe médullaire. i°. Le spina-ventosa ou cet oi- SYSTEME 112 gane se distend d’une manière très-sensible avec le corps de l’os , prouve son extensibilité. a°. Sa con- tractilité de tissu est caractérisée parle retour des cel- lulessLirelles-mèmes, après l’amputation de la partie moyenne d’un os long , retour qui empêche l’écoule- ment de la moelle, qui sans cela seroit inévitable, à cause de la communication de ces cellules. Il est probable que la contractilité organique insen- sible * dont l’exercice est déterminé alors par le con- tact de l’air sur cette membrane qui se crispe sous son irritation, influe aussi sur ce phénomène : car ce mode de contractilité, ainsi que la sensibilité corres- pondante , est évidemment le partage de cette membrane. La sensibilité animale y est développée d’une ma- nière exquise dans l’état naturel : les douleurs les plus aiguës sont le résultat de l’action que la scie exerce sur elle dans l’amputation, de l’introduction d’un stylet, de l’injection d’un fluide irritant dans la cavité médullaire , ou de tout autre moyen qui l’excite très- vivement. Je ne parle pas des douleurs osseuses dans le spina-ventosa, la vérole, etc. : comme la membrane n’est point alors dans son état naturel, on ne peut en tirer des conséquences pour juger du mode des forces vitalesdont elle est naturellement douée. J’ai observé que sa sensibilité est d’autant plus marquée, qu’on approche davantage du centre précis de l’os avec le stylet qu’ony pousse dans les animaux vivans. A l’ex- trémité du canal médullaire , cette sensibilité est peu marquée ; au milieu , la section de l’os est extrême- ment douloureuse. D’où dépend celle inégalité de force sensitive , ce décroissement du centre aux ex- MEDULLAIRE. trémités? Je l’ignore. La contractilité animale et la contractilité organique sensible sont manifestement étrangères au système médullaire. Il est évident, d’après cet exposé des forces vitales qui animent ce système, que la vie y est beaucoup plus active que dans le système osseux, que les phé- nomènes vitaux doivent y être par conséquent plus rapides, s’écarter de cette marche chronique qui ca- ractérise toutes les maladies des os , répondre avec plus de promptitude aux excitations sympathiques des autres organes. Je suis persuadé que beaucoup de douleurs vagues qu’on rapporte ordinairement aux os dans les maladies, ont plutôt leur siège dans le système médullaire , dans celui du milieu des os longs surtout : remarquez en effet que la plupart de ces douleurs sont fixées au milieu des membres , qu’elles existent vraiment dans le sens de ce système. Le système médullaire des extrémités des os longs , des os plats et courts, jouit certainement aussi de plus d’énergie vitale que le tissu osseux lui-même ; l’inflammation y est plus facile à se développer; ses effetssont plus prompts à se manifester. Qui ne sait que la carie est d’autant plus rapide, que plus de tissu celluleux existe dans les os ? Ce n’est pas ce tissu qui, par sa nature , influe sur ce phénomène ; mais c’est que plus il est abondant, plus le système médullairey prédomine : or comme celui-ci participe à toutes ses affections, il leur imprime une rapidité quelles n’ont point dans le tissu compacte ou il n’existe pas. § IV. Développement* Cette'membrane existe dans l’état cartilagineux de SYSTEM E la partie moyenne des os longs; mais alors elle sert de parenchyme nutritif à la gélatine qui s’y exhale , et qui, accumulée en très-grande quantité dans ses cellules, rend l’os homogène en apparence , et em- pêche de la distinguer. Quand l’ossification se fait, cette substance est absorbée; la cavité médullaire se forme ; la membrane médullaire reste à nu; le sang pénètre dans ses vaisseaux , jusque-là accessibles seulement à des fluides blancs , parce que son mode de sensibilité-organique change. Au lieu de recevoir de la gélatine dans ses cellules, c’est la moelle ou un autre fluide quelle y admet, phénomène également dépendant dece changement de sensibilité organique. De là une forme extérieure toute nouvelle , un or- gane nouveau formé en apparence , tandis qu’en réalité ce n’est pas l’organe qui change, mais le fluide qui s’y sépare. Le même phénomène s’observe à peu près dans la formation ducal, où la portion de mem- brane médullaire correspondant à la fracture est d’abord cartilagineuse, puis osseuse, et redevient enfin ce qu’elle étoit primitivement.. Cependant l’exhalation de la moelle ne commence pas dès que le sang aborde dans le canal médullaire, ou plutôt elle commence bien ; mais j’ai trouvé qu’elle est toute différente de ce qu’elle sera chez l’adulte. La proportion de la substance huileuse y est presque nulle, ainsi que nous l’avons vu dans le suc médul- laire. i°. Elle se présente sous un aspect mucilagi- neux et rougeâtre : pressée entre les doigts , elle n’y laisse point une huile comme chez l’adulte, mais un fluide comme gélatineux. 2°. En comparant l’eau qui a servi à l’ébullition de la moelle dans ces deux âges , M JtDÜILA I R E. ürt ne voit point dans le premier , comme dans le suivant, surnager une foule de gouttelettes huileuses. 3o. Exposé à l’action du feu , le milieu d’jun os long laisse tomber une infinité de gouttelettes enflammées* d’une teinte bleuâtre, très-agréables à Tœd^et qui sont fournies par la moelle qui brûle après s’être fondue. Rien de semblable ne s’observe dans le fœtus. 4°. On sait que le goût de la moelle est bien différent dans les jeunes animaux, dans le veau, par exemple, de ce qu’il est dans les animaux adultes. Elle est fade* peu agréable , peu recherchée dans les premiers. 5o. J’ai observé que la moelle des enfansse putréfie avec promptitude , devient verdâtre, puis noirâtre , pour peu que leurs os frais aient été gardés pendant quelque temps à l’air. L’odeur de cette moelle putré-. fiée est très-fétide. Conservez au contraire pendant un certain temps des os d’adulte dépouillés, vous observerez que leur moelle rancit, devient d’un jaune foncé , comme toutes les graisses qui ont été gardées. En général l’action de l’air est toute différente sur l'organe médullaire dans le premier âge et dans les suivans. Quel est le fluide que sépare spécialement cet organe dans le fœtus et l’enfant, et qui remplace alorsla substance huileuse? C’est un objet intéressant de recherches. Est-ce que le vulgaire, qui allie l’idée de graisse à celle de moelle, connoît ce phénomène , quand il dit que les en fans n’ont pas encore de moelle dans les os ? Cette absence de graisse médullaire dans le fœtus, distingue essentiellement la moelle de la graisse ordinaire qui ? à cet âge, est déjà très-abon- dante. SYSTEME Fonctions. Le premier et principal usage de l’organe méduî- laire, est de séparer la moelle de la masse du sang par voie d’exhalation , car elle n’a point de glandes, et de l’y réintroduire ensuite par absorption, dès qu’elle a séjourné pendant un certain temps dans son réservoir. Ce double phénomène est très-analogue à celui qui a lieu pour la graisse: d’où l’on voit que deux ordres de vaisseaux distincts des sanguins, entrent de plus dans son tissu ; il n’est pas possible cepen- dant de les y démontrer anatomiquement. L’activité de l’exhalation varie-t-elle suivant l’exer. cice ou le repos, la chaleur ou le froid , l’embonpoint ou la maigreur? Nous n’avons sur ce fait aucune ex- périence précise, quoiqu’on ait fait là-dessus une foule de conjectures. Mais ce que nous savons, c’est que dans la phthisie, l’hydropisie et le marasme , et en général dans tous les états du corps où la débilité générale est portée à l’extrême par la perte lente et graduée des forces,la moelle comme les autres fluides, comme les solides aussi, se dénature, perd ses carac- tères essentiels, sa consistance, et prend une appa- rence toute différente , sans que cependant la mem- brane médullaire éprouve de lésion organique , sans qu’elle s’épaississe. Je n’ai encore observé cette lésion que dans le rachitisme. L’aspect de la moelle dans ces maladies est mucilagineux , gélatineux , sembla- ble pour ainsi dire à celui qu’elle nous offre dans le fœtus, à la différence près de la rougeur que déter- mine dans le premier âge , le grand nombre des vais- seaux sanguins. MÉDULLAIRE. La membrane me'dullaire a un rapport direct avec la nutrition de l’os, rapport qui a été mis en évidence par les belles expériences de Troja , desquelles il ré- sulte que la destruction de cette membrane entraîne la mort de l’os, qui se nécrose et qui est remplacé par un os nouveau, auquel le périoste sert de parenchyme nutritif. Ces expériences se font ordinairement en sciant un os longà son extrémité, et en introduisant dans la cavité médullaire un stylet rougi au feu, qui désorganise tout. Bientôt après le périoste se gonfle, s’enflamme et devient d’une extrême sensibilité an contact extérieur. Peu à peu cette sensibilité s’é- mousse; l’inflammation disparoît. Beaucoup de gé- latine pénètre les lames internes de cette membrane, qui devient un sac cartilagineux dont l'os est enve- loppé. Au bout d’un temps qui varie suivant la classe des animaux soumis à l’expérience, suivant leur âge, leur tempérament, et suivant d’autres causes, le système vasculaire, détruit au-dedans du canal, et replié en totalité sur le périoste, y dépose le phos- phate calcaire destiné à l’os. Au cylindre cartila- gineux succède alors un cylindre osseux. L’os au- dedans est un corps étranger à la vie qu’un corps vivant entoure de toutes parts. U y a donc dans les os- sifications artificielles trois périodes bien distinctes, i°. gonflement et inflammation du périoste, 2°. état cartilagineux des lames internes de cette membrane, 3°. état osseux. Au reste, ces deux derniers états ne sont point aussi réguliers et distincts, ni aussi faciles à observer que dans l’ossification naturelle. La membrane médullaire sert-elle indirectement à fournir une partie de la synovie par la tfanssuda- SYSTÈME MEDULLAIRE, tion de la moelle à travers l’extrémité des os longs ? La plupart des auteurs l’affirment.On sait aujourd’hui ce qu’il faut penser de ces transsudations mécaniques qu’on observe dans les cadavres, mais qui répugnent aux phénomènes connus de la vitalité; d’ailleurs, l’expérience suivante ne laisse aucun doute sur ce point. J’ai ouvert sur les côtés deux os longs d’un des membres postérieurs d’un chien, de manière à y faire parvenir un stylet rougi , qui ayant été porté à plusieurs reprises, a détruit complètement les deux systèmes médullaires: la nécrose a été le résul- tat assez prompt de cette expérience, et cependant l’articulation intermédiaire aux deux os nécrosés, a continué comme à l’ordinaire à recevoir la synovie, circonstance qui neseroit pas arrivée, si la transsu- dation de la moelle étoit nécessaire à la production de ce fluide. Qui ne sait d’un autre côté que dans les maladies des articulations où la synovie est altérée , viciée, la moelle des os correspondais est presque toujours dans un état d’intégrité parfaite, et que ré- ciproquement dans les maladies qui attaquent l’or- gane médullaire , la synovie n’est point altérée dans sa nature comme le fluide que cet organe renferme dans ses cellules? SYSTEME CARTILAGINEUX. T i e mot de cartilage est trop vaguement employé'» Il désigne, dans l’acception commune, des corps dont l’organisation diffère essentiellement. Certainement les cartilages du nez et ceux des surfaces articulaires non entre eux qu’une analogie très-indirecte; il faut donc établir dans ces généralités une ligne de dé- marcation. J’ai tâché de le faire en formant deux systèmes de celûi-ci ; l’un comprend les cartilages proprement; dits, l’autre les substances fibro-cartilagi- neuse's, telles que celles qui sont entre les vertèbres , celles du milieu deccrtaines articulations,etc.Comme celui-ci est un composé des systèmes cartilagineux et fibreux, je n’en traiterai qu’après avoir parlé de ce dernier. En rétrécissant ainsi le sens du mot cartilage, il nous présente l’idée d’une substance dure, élastique blanchâtre, ayant une apparence inorganique, quoi- que son organisation soit très-réelle. On trouve cette substance animale en différentes parties du corps ; elle se rencontre spécialement, aux extrémités ar- ticulaires des os mobiles, 2°. aux surfaces articu- laires des os immobiles, 3°. dans les parois de cer- taines cavités qu’elle concourt spécialement à for- mer: tels sont les cartilages de la cloison nasale, des côtes, du larynx, etc. De là trois classes différentes qui présentent des variétés dans leurs formes, dans leur organisation, etc. 120 SYSTÈME ARTICLE PREMIER. Des Formes du Système cartilagineux. Les formes cartilagineuses varient suivant la classe à laquelle appartient le cartilage. § Ier. Formes des Cartilages des Articulations mobiles. Dans toute articulation mobile, il y a à chaque extrémité osseuse, un cartilage qui encroûte cette extrémité, qui facilite par sa souplesse le mouvement des deux os dont la substance trop dure éprouveroit, en se frottant, un choc trop fort, qui réfléchit, en se comprimant d’abord et en revenant ensuite sur lui- même, une partie considérable du mouvement devenu par là plus étendu, qui amollit, en cédant un peu, l’effet des violentes secousses qu’éprouvent les membres, et qui rend ainsi ces secousses moins dangereuses. Le caractère général de conformation intérieure propre à ces cartilages, est d’être toujours beaucoup moins épais que large, d’avoir cependant une épais- seur qui est en raison de sa largeur j en sorte que les cartilages des grandes articulations excèdent deux, trois, quatre fois même, sous ce rapport, ceux des ar- ticulations peu étendues, de se mouler sur les formes articulaires, de présenter deux faces et une circon- férence. L’une des faces est adhérente à l’os ; elle y tient d’une manière si intime , que la fracture arrive plutôt en tout autre endroit qu’à celui ci. Le moyen d’union CARTILAGINEUX, 121 n’est pas exactement connu ; ce qu’il y a de certain , c’est que le cartilage n’est pas un prolongement, une suite du parenchyme cartilagineux de l’os; les libres de ce parenchyme ne sont point continues avec celles des cartilages. Si cela e'toit en effet, en enlevant à un os long, frais et revêtu de son cartilage, le phosphate calcaire qui le pénètre: on devroit voir cette conti- nuité, l’os et le cartilage ne devroient plus différer: or j’ai constamment observé dans celte expérience , que l’action de l’acide fait détacher le cartilage de dessus l’os, soit parfragmens, soit en totalité. On voit les fibres cartilagineuses de l’os privé de sa base sa- line, se terminer manifestement à la surface convexe qu’embrasse le cartilage; il n’y a point eu de solution de continuité. En général l’aspect du parenchyme cartilagineux, isolé de sa portion calcaire, est tout différent de celui d’un véritable cartilage. Je présume que cette différence tient à la quantité de gélatine , qui est plus grande dans le second que dans le pre- mier. L’action des acides, du nitrique surtout, est le moyen le plus avantageux pour séparer un cartilage de sa tète osseuse ; la macération ne produit ce phé- nomène qu’à la longue; dans l’ébullition, comme la gélatine se fond, il est moins apparent. La surface du cartilage opposée à l’os, est inti- mement unie à la synoviale de l’articulation. Elle en emprunte le poli qui la distingue ; car par-tout où ces substances ne correspondent point àcettemembrane, elles perdent ce caractère , comme on le voit au la- rynx, au y cartilages costaux , etc. Ici le moyen d’ad- hérence est un tissu cellulaire extrêmement serré, que la macération ni la dissection ne peuvent enlever 122 SYSTÈME parlâmes. Comme la synoviale est toute formée de ce tissu , il paroît que sur le cartilage elle n est qu’un prolongement de celui qui, après avoir concouru à la contexture de cet organe, se condense à sa surlace , et s’y organise en membrane. La circonférence des cartilages qui nous occupent se termineinsensiblement sur la surface osseuse; elle y cesse comme en mourant, à l’endroit ou la syno- viale abandonne l’os pour se réfléchir. Les deux cartilages correspondans d’une articula- tion mobile, sont tellement disposés et moulés l’un sur l’autre, que dans la position moyenne de l’arti- culation, ils se touchent exactement par tous leurs points: or on sait que la position moyenne d’une ar- ticulation est celle où l’os n’incline pas plus dans un sens que dans un autre, ou tous les muscles unifor- mément contractés et se faisant entre eux une égale résistance, le forcent à s’éloigner également de l’ex- tension et de la flexion , de l’adduction et de l’abduc- tion , etc., etc., et «à tenir le milieu précis. C’est cette position qu’affectent les membres.lorsque la volonté ne dirige point l’effort musculaire, comme, par exemple, chez le fœtus, dans le sommeil, dans le repos, etc.; c’est elle que déterminent certaines con- vulsions où tous les muscles d’un membre sont agités avec un effort égal, par l’influx extraordinaire des nerfs, etc. Dâns toute autre position , jamais le con- tact de deux cartilages articulaires ne se fait par tous leurs points; toujours une portion de la surface de chacun pousse avec plus ou moins de force les par- ties environnant l’articulation, et les distend. La: mol- lesse du tissu cartilagineux rend moins pénible cette CARTILAGINEUX. pression, dont le sentiment seroit douloureux dans les grands mouvemens, si les os gardoient leur du- reté à l’extrëmité du levier qu’ils représentent. Les formes cartilagineuses qui nous occupent, outre ces caractères communs, en ont de particu- liers à chaque genre d’articulations mobiles. i°. Dans le premier genre , la croûte convexe qui recouvre la tête osseuse, présente de l’épaisseur au centre, mais très-peu à la circonférence. Une dispo- sition inverse se remarque à l’encroûtement concave qui reçoit cette tête ; souvent même , comme à l’hu- mérus, au fémur , l’épaisseur de cet encroûtement est augmentée à sa circonférence par un bourrelet fibro-cartilagineux. De cette manière, l’effort est supporté inégalement par l’un et l’autre cartilage, dans leurs diverses parties; mais l’uniformité du contact est assurée. 2°. Dans le second genre, qui diffère du premier par l’absence du mouvement de rotation , comme en général une convexité est aussi reçue dans une con- cavité, la disposition est à peu près la même pour les deux cartilages. Cependant si deux surfaces con- vexes glissent l’une sur l’autre, comme le condyle de la mâchoire et l’apophyse transverse nous en offrent un exemple, alors le cartilage va toujours en s’amin - cissant à la circonférence de chacune; mais alors un cartilage interarticulaire, épais à sa circonfé- rence , mince au milieu, supplée à cette disposi- tion , et établit sur tous les points un contact qui sans lui ne s’exerceroit qu’au centre. 5°. Dans le troisième genre, la croûte cartilagi- neuse qui tapisse les saillies et les enfoncemens qui SYSTÈME se reçoivent réciproquement sur les extrémités des deux os, présente à peu près une épaisseur uniforme, comme on le voit au coude, au genou, etc.; en sorte que la pression se répartit également sur toute la surface articulaire. 4°. Dans les quatrième et cinquième genres, les encroûtemens cartilagineux moulés sur la forme des surfaces osseuses, ont aussi une épaisseur à peu près uniforme dans tous leurs points : j’ai trouvé sur les os d’un adulte , que cette épaisseur est d’une ligne et demie dans les articulations radio-cubitale, atloïdo- axoïdienne , d’une ligne dans les articulations car- piennes, métacarpiennes , etc. §11. Formes des Cartilages des Articulations immobiles. Les cartilages ne se rencontrent que dans deux genres des articulations immobiles, savoir, dans celles à surfaces juxta-posées, et celles à surfaces engrenées. Ils forment dans toutes une couche extrê- mement légère, continue aux deux os qui s’arti- culent ensemble, naissant de leur portion osseuse, comme ceux décrits précédemment, étant de même nature qu’elle, et formantun lien d’autant plusserré, qu’on avance plus en âge. A la tête, ces sortes de cartilages sont très-mùlti- pliésj ceux du crâne ont plus d’épaisseur du côté de sa convexité que du côté de sa concavité : de là la disparition plus prompte des sutures dans le dernier que dans le premier sens. Par-tout ou ils se trouvent, ils concourent à unir des os qui forment des cavités : de là, comme nous 125 l’avons dit, moins de danger pour celles-ci de la part des corps extérieurs, puisque le mouvement perdu alors en partie dans leur tissu mou, produit un effet bien moindre que si la cavité étoit d’une seule pièce osseuse. Il paroît que ces cartilages ont beaucoup plus d’affi- nité avec le phosphate de chaux, que ceux des arti- culations mobiles qui s’ossifient rarement, tandis qu’à un âge avancé ceux-ci deviennent toujours osseux , comme le crâne nous en fournit surtout des exem- ples. Je remarque cependant que les cartilages des surfaces engrenées ont plus de tendance à l’ossification que ceux des surfaces juxta-posées. Au moins est-il plus commun de voir les pariétaux soudés entre eux avec l’occipital, le coronal, que de voir la réunion des maxillaires, des os palatins, etc. CARTILAGINEUX. § III. Formes des Cartilages des Cavités. Les cartilages des cavités affectent deux formes differentes, suivant les parties qu’ils concourent à former. Ils sont, i®. longs comme aux côtes, 2°. plats comine au larynx, à la cloison nasale, etc. Tous sont tapissés à l’extérieur d’une membrane fibreuse identique au périoste, et.à laquelle s’implan- tentdifférensmuscles.Pourbien voircette membrane, il faut faire macérer pendant un jour ou deux le carti* lage : elle blanchit alors sensiblement, devient par là très-manifeste dans son épaisseur, dans la direction de ses fibres, etc. Les cartilages des cavités ne pré- sentent point les trous nombreux qu’on remarque sur les os, parce que les vaisseaux sanguins ne les pé- nètrent point. Peu d’éminences s’y observent} des enfoncemenss’y trouvent rarementereusés. Àu reste* on ne peut guère considérer leurs formes d’une ma- nière générale , parce que, destinés chacun à des usages très-différens, ils ont entre eux peu d’analogie de conformation. SYSTEM Ë ARTICLE DEUXIÈME. Organisation du Système cartilagineux. A voir un cartilage dans son intérieur , il est diffi- cile d y reconnoître une texture organique ; elle y est très-réelle cependant, et se compose d’un tissu pro- pre et de tissus communs. § Ier. Tissu propre au Système cartilagineux. Le tissu cartilagineux propre présente un entrela- cement de fibres tellement serrées, qu’il paroît au premier aspect, absolument homogène, et formé d’un amas de gélatine, sans ordre et sans direction parti- culière. Cependant, avec un peu d’attention, on dis- tingue des fibres longitudinales, que d’autres trans- versales et obliques coupent en sens inverse. Ces fibres sont plus apparentes dans les cartilages des extrémités osseuses mobiles,que dans les autres. Elles ont infiniment moins de souplesse que les fibres des substances fibro-cartilagineuses : aussi celles-ci plient-elles sans se rompre, tandis que les premières cassent dès qu’on veut les courber un peu fortement j l’endroit de la rupture est net, avec peu d’inégalités. Le tissu cartilagineux est remarquable par une foule de caractères qui le distinguent des autres. CARTILAGINEUX, Après le tissu osseux, aucun ne résiste autant à la putréfaction, à la macération. Au milieu d’un cada- vre tout putréfié, on trouve ce tissu presque intact, conservant son apparence, sa texture, souvent même sa blancheur naturelle. Les membres gangrenés nous offrent fréquemment sur le vivant une semblable disposition. J’ai conservé pendant très-long-temps dans l’eau des substances cartilagineuses qui rfy ont nullement été altérées, excepté un peu dans leur couleur, comme je le dirai. Il faudroit peut-être plus d’un an pour les réduire à cette pulpe mollas- se, muqueuse, fluente, ou la macération amène la plupart des organes. Le tissu cartilagineux se crispe sous l’action très- concentrée du calorique comme tous les autres tis- sus; cependant ce phénomène n’est point apparent sur le thyroïde à cause de son épaisseur, sur les car- tilages qui encroûtent les os à cause de leur adhé- rence à ces os. Mais si on coupe l’un par lames minces , si on détache aussi les autres par tranches, et qu’on les plonge dans l’eau bouillante, ils revien- nent tout de suite et avec force sur eux-mêmes. Exposé à la dessiccation, le tissu cartilagineux devient jaunâtre, prend une demi-transparence ana- logue à celle des tendons, des lîgamens desséchés ; il devient dur, se resserre, diminue de volume, perd son élasticité à mesure qu’il se durcit. L’ébullition lui donne aussi d’abord une couleur jaunâtre, puis sur les extrémités articulaires elle le fait gercer , fendre en différons endroits, et enlever par plaques qu’elle ramollit, et qu elle fond enfin presque complètement, à un petit résidu près, SYSTÈME qui ne paroit pas gélatineux. Le ramollissement du tissu cartilagineux dans l’eau bouillante le rend beau- coup plus propre, qu’il ne l’est naturellement, à être dissous par les sucs digestifs. Avalés crus, les carti- lages resteroient long-temps dans l’estomac, tandis qu’ils sont digérés très - promptement étant cuits ; c’est là un des grands avantages de la coction des viandes. Dans différentes expériences faites sur la digestion, j’ai trouvé des portions de cartilages en- core intactes dans l’estomac des chiens, tandis que déjà les chairs étoient réduites en pulpes. Dans certains cas, le tissu cartilagineux s’altère singulièrement. Dans les maladies de l’articulation de la hanche, il prend un aspect tout différent; c’est une substance molle, comme lardacée, à vais- seaux très-distincts, à fibres quelquefois très-sensi- blesjprésentant un volume double, quadruple même du naturel, et remplissant la cavité cotjloïde. Alors j’ai observé qu’ils ne jaunissent point, ne se fondent point par l’ébullition, ne sont plus gélatineux par conséquent. Dans les mêmes maladies, j’ai trouvé le tissu cartilagineux, sur le fémur et sur l’os ilia- que, non-seulement ossifié , mais changé en une substance exactement analogue à l’ivoire : je con- serve deux pièces analogues. Lorsque les cartilages deviennent osseux, il se dé- veloppe dans leur milieu un tissu analogue au tissu celluleux des os, ou les fibres entrecroisées laissent entre elles des espaces très-distincts, et où se dépose même une espèce de suc médullaire. Cette observa- tion est surtout applicable à ceux des cavités, du larynx, de la poitrine, etc. CARTILAGINEUX. § II. Parties communes à V Organisation dit. Système cartilagineux. 11 y a du tissu cellulaire dans les cartilages , quoique le défaut d’interstice entre leurs fibres le rende très- difficile à distinguer dans l’e'tat ordinaire : en effet le développement des bourgeons charnus surlesplaies qui les intéressent , l’ébullition qui, après avoir en- levé la gélatine, laisse un résidu membraneux et cel- luleux, prouvent assez l’existence de ce tissu, qu’on voit d’ailleurs d’une manière très-manifeste dans cer- tains états pathologiques, ou la gélatine moins abon- damment séparée dans les cartilages, cesse de leur donner la dureté qui leur est habituelle , et y laisse un tissu mou, souvent comme spongieux. On n’y distingue point de vaisseaux sanguins. Le système exhalant n’y charie que des sucs blancs; mais comme ce système est continu aux artères des parties voisines , dès que la sensibilité organique y est exaltée par lesirritans maladifs, etqu’ainsiilse trouve en rapport avec les globules rouges du sang, ces glo- bules y passent avec facilité, et de là la rougeur que prennent alors les cartilages , comme.on le voit,dans leur inflammation, dans leurs plaies, etc. C’est ce même phénomène qu’on observe sur la conjonctive enflammée, etc. Quand la cause irritante a cessé , la sensibilité reprend son type naturel, les globules rouges deviennent par là même hétérogènes au car- tilage qui reprend sa blancheur. On ignore la nature des fluides blancs qui circulent ordinairement dans le système vasculaire des carti- lages. Ces fluides sont très-susceptibles de devenir le véhicule de la bile , ou au moins de sa substance colorante, lorsqu’elle se répand dansléconomie ani- male par la jaunisse. On observe presque constam- ment que , dans cette maladie , les cartilages sont colorés en jaune comme toutes les autres parties; la coloration est plus manifeste à leur surface que dans leur tissu, où elle est cependant très-réelle. En ou- vrant une articulation mobile, l’aspect bilieux y est communément aussi marqué que sur la peau. Au reste, toutes les parties qui, comme eux, ne reçoivent que peu ou même point de globules rouges dans l’état or- dinaire,se trouvent aussi très-manifestement colorées. Les tendons, la conjonctive, la membrane interne des artères , etc., en offrent des exemples. J’ai remarqué dans deux sujets dont les cartilages thyroïdes étoient ossifiés au milieu , que le jaune étoit beaucoup plus vif dans la portion osseuse que dans la portion carti- lagineuse. Je ne sache pas qu’on ait jamais suivi de nerfs dans les cartilages. SYSTÈME ARTICLE TROISIÈME. Propriétés du Système cartilagineux. § Ier. Propriétés physiques. L’élasticité est une propriété généralement répandue dans tous les corps organiques et inorga- niques. Parmi les premiers, il paroit que les végétaux en sont doués dans un plus grand nombre de leurs organes, que les animaux , dont presque toutes les parties sont molles, et dont quelques-unes seulement CARTILAGINEUX. reviennent sur elles-mêmes après avoir été ployées ou comprimées. Parmi celles-ci,les cartilages tiennent un des premiers rangs chez l’homme. Leur élasticité est extrêmement prononcée, surtout dans 1 âge adulte, où leur consistance est moyenne entre la mollesse qui les caractérise dans l’enfance, et la dureté qui est leur apanage dans les vieillards. Ces deux dernières propriétés ne sont en effet guère favorables à la force élastique. Si on enfonce dans un cartilage une lame de scal- pel , les bords de la division réagissent sur elle , et l’expulsent. Pressée contre un corps résistant, l’ex- trémité cartilagineuse d’un os long s’aplatit, et re- prend sa forme dès que la compression Cesse. Coupé longitudinalement dans l’opération de la bronchoto- mie, le thyroïde se rapproche subitement dans ses deux parties divisées. La section de l’anneau cricoï- dien offre le même phénomène. Enfoncés du côté de l’abdomen , les cartilages des dernières côtes re- viennent d’eux-mêmes en dehors,etc., etc. Tous ces phénomènes sont un résultat manifeste de la force élastique. Aussi la nature a-t-elle placé les cartilages par-tout où , pour produire ses phénomènes , elle a besoin d’associer cette force physique aux forces vi- tales, comme au larynx, à la cloison nasale pour éprouver une sorte de vibration dans le passage de l’air , à l’extrémité des côtes pour être le siège d’une espèce de torsion nécessaire a la respiration méca- nique , aux extrémités articulaires pour amortir les coups, etc.... Il paroît que l’activité vitale rend plus énergique celte propriété, qui reste cependant extrêmement SYSTÈME apparente après la mort. Je présume que les carti- lages la doivent à la grande quantitéde gélatine qu’ils contiennent. i°. On sait que cette substance en jouit à un haut degré , comme le prouvent le tremblement de gelées qui se prennent par le froid, l’examen des différentes colles animales, etc. 2Q. Si par l’ébullition on enlève cette substance aux cartilages, le paren- chyme nutritif reste flasque et mou. 5°. A mesure que dans nos organes la gélatine diminue, l’élasticité y est moindre, comme on le voit en examinant le décroissement de cette propriété des cartilages où elle prédomine, aux organes fibro-cartilagineux où elle est enpluspetite proportion, et aux corps fibreux où elle est encore moindre. Il faut avouer cependant que beaucoup de corps très-gélatineux par leur na- ture, offrent des traces peu sensibles d’élasticité : la peau en est un exemple-; les tendons offrent aussi cette disposition. Commentla même substance peut- elle, suivant qu’elle est diversement travaillée par les lois organiques, être le siège de propriétés toutes dif- férentes ? §11. Propriétés de tissu. Les cartilages sont peut-être de tous les organes ceux où l’extensibilité et la contractilité de tissu sont le moins développées. On les voit rarement se distendre ,s’alonger;ilsrompent plutôt. Les maladies ne nous offrent point dans le larynx, ces dilatations si communes aux autres cavités, même osseuses. Loin de s’écarter, comme dans la peau, dans un muscle, etc. ,les bords de leur section se rapprochent, ainsi que nous l’avons vu? par l’effet de l’élasticité: CARTILAGINEUX. on diroit que cette dernière propriété y a été accu- mulée aux dépens de celles de tissu. § III. Propriétés vitales. Les propriétés vitales y sont aussi assez obscures. Jamais de sensibilité animale dans l'état naturel; ce n’est que lorsque l’inflammation ou une autre cause exalte leur sensibilité organique, sensibilité que sup- posent nécessairement les fonctions qui s’y exercent, ce n’est, dis-je, qu’alors quele cerveau perçoit doulou- reusementles irritations diversesdont cesorganes sont le siège. Ceci devient manifeste, surtout par les corps étrangers formés dans les articulations, lesquelles souffrent de leur présence ou y sont insensibles, suivant que par leur position ils irritent ou n’irritent pas les extrémités cartilagineuses.Point de contracti- lité animale ni organique sensible dans les cartilages; l’organique insensible ou tonicité y existe seule; en- core y est-elle à un degré assez obscur. Les sympathiessontobscures,presquenulles dans le système cartilagineux. Je ne sache pas que dans les affections aiguës des divers organes, on observe des phénomènes sympathiques de sensibilité ou de contractilité dans ceux-ci. Ils restent tranquilles au milieu du trouble général qui affecte les autres sys- tèmes dans ces sortes de maladies. Dans les affec- tions chroniques mêmes, ils éprouvent peu d’altéra- tion : par exemple, examinez comparativement le cadavre d’un homme péri d’une mort violente qui a laissé ses organes intacts, et celui d’un phthisique, d’un hydropique, d’un cancéreux, etc., vous verrez entre presque fous les organes de l’un et de l’autre une SYSTÈME différence frappante; l’aspect des muscles, des sur- faces muqueuses et séreuses, des vaisseaux, des nerfs, etc., est entièrement changé par l’altération lente qu’ils ont éprouvée dans le second : eh bien! au milieu de ces altérations, les cartilages n’en ont presque pas subi; leur aspect est presque le même que dans l’état naturel. Caractère des Propriétés 'vitales. D’après ce qui vient d’être dit, on conçoit que la vie cartilagineuse doit être très-peu active, que tous les phénomènes maladifs doivent être caractérisés dans ces organes par une lenteur particulière, que l’inflammation, par exemple, doit y affecter toujours, comme dans les os, une marche chronique ; c’est ce que l’expérience suivante rend très-évident. Mettez un cartilage à découvert, faites-y une solution de continuité, et établissez ensuite un contact entre lui et une portion d’un muscle, delà peau, etc., aussi intéressés à leur surface ; la réunion ne s’opérera pas, ou du moins elle n’aura lieu qu’au bout d’un temps très-long. Pourquoi? parce que la vie du muscle ou de la peau étant beaucoup plus active que celle des cartilages, l’inflammation des premiers organes sera bien plus rapide que celle des seconds, que par consé- quent la première période inflammatoire des uns cor- respondra à la dernière des autres. Or la réunion est d’autant plus facile, que les périodes inflammatoires se correspondent plus exactement dans les deux par- ties divisées et en contact. Voilà pourquoi deux parties du même organe se réunissent bien plus facilement que deux surfaces appartenant à des organes diffé- CARTILAGINEUX. rens. Voilà pourquoi plus la vie de deux organes a d’a- nalogie, moins leur réunion offre de difficultés; pour- quoi les difficultés croissent à mesure que les diffé- rences de la vie deviennent plus marquées. Deux sur- faces osseuses en contact restent trente à quarante jours à se réunir; les deux bords d’une division cu- tanée offrent le même phénomène accompli en deux ou trois jours. Si vous voulez rendre continus deux organes aussi disparates par leur mode de cicatrisa- tion, en les mettant en contact, vous ne réussirez jamais que lentement. Recouvrez avec la peau l’ex- trémité osseuse du moignon amputée; déjà celle-ci suppurera, que l’os commencera à peine à se ramollir: aussi les bons praticiens ont-ils renoncé à ces pré- tendues réunions par première intension, si vantées à la suite de l’amputation à lambeaux. Sans doute elles auroient lieu ces réunions, si la vie des organes qui entrent dans la composition des lambeaux étoit la meme. Mais avec la diversité de ces organes mus- culaires, osseux, tendineux, cellulaires, nerveux, etc., il faut un temps toujours assez long, pour que toutes leurs viesse mettent pour ainsi dire en équilibre, et que ces organes s’agglutinent à leurs extrémités divisées. J’ai déjà observé que la division des inflammations en aiguës et en chroniques présente à tous les médecins une idée inexacte; car la durée des phénomènes in- flammatoires dans les organes est absolument rela- tive au mode de leur vie. Une inflammation du tissu cellulaire, de la peau, est aiguë quand elle n’est que de quelques jours ; elle est chronique lorsqu’elle passe quarante ou cinquante jours : eh bien! dans un car- tilage, ce dernier terme peut être celui d’une inflam- SYSTÈME mation aiguë, tandis qu’une durée de plusieurs mois est nécessaire pour qu’elle devienne chronique,comme les maladies articulaires en offrent de si fréquens exe mules. Les fonctions naturelles, comme les affections maladives, se ressentent de cette lenteur des phéno- mènes vitaux des cartilages. Le mouvement habituel de composition et dedécompositionqu’y suppose leur nutrition est. très-peu rapide. 11 faut long-temps aux substances nutritives pour se combiner avec eux. Je suis persuadé que dans les animaux qui meurent rapi- dement du charbon, et dont les muscles, les glandes , les membranes, etc., presque tout à coup pénétrés des principes contagieux par le mouvement nutritif de composition, offrent un aliment si funeste, je suis , dis je, persuadé que, cesprincipes contagieux n’ayant point encore pénétré les cartilages, ceux-ci pourroient être digérés sans danger. C’est à la lenteur du mouve- ment de décomposition, qu’il faut attribuer celle de la résolution des engorgemens cartilagineux; car les tumeurs se résolvent par les mêmes lois que nos or- ganes se décomposent, comme elles se forment par les lois qui président à leur composition. Les cartilages et les organes analogues, sont aux autres parties de l’économie, par rapport à leur mode de vitalité, ce que lés zoophytes et autres animaux à circulation capillaire seule, sont aux animaux mieux organisés, aux animaux à circulation générale, aux animaux qui ont un cœur à double ventricule. Autant la vie considérée en général dans la série des êtres qu’elle anime, présente de différence dans son acti- vité, autant elle diffère sous le même rapport, exa- CARTILAGINEUX. minée en particulier dans les organes de chacun de ces êtres. ARTICLE QUATRIÈME. Développement du Système cartilagineux. Les systèmes osseux et cartilagineux sont confon- dus dans l’embryon; à mesure que le premier se dé- veloppe, le second se rétrécit : celui-ci a bien mani- festement pour base principale la gélatine ; je ne reviendrai pas sur les preuves qui l’ont démontrée dans le système osseux. J’ai montré, en parlant de ce système, comment le parenchyme cellulaire et vasculaire, existant d’abord seul et constituant l’état muqueux, se pénètre ensuite de cette base; ce qui forme le cartilage. Le mode primitif de formation de ce système d’organes est donc déjà connu. Voyons comment son développe- ment continue. § Ier. État du Système cartilagineux dans le premier dge» A mesure que l’ossification envahit l’os, que la gé- latine s’y porte par conséquent en moindre quantité, il semble quelle afflue plus abondamment aux sur- faces articulaires car les cartilages qui s’y trouvent perdent alors leur mollesse primitive , et prennent une consistance toujours croissante. Cependant bien plus degélatine disparoît de dedansles os,qu’il ne s’en introduit dans les cartilages ; en sorte qu’on peut dire que cette substance va toujours en diminuant, pro- portionnellement aux organes, à mesure qu’on avance système en âge. On sait que ce sont spécialement les parties des jeunes animaux qu’on choisit pour faire les colles , les gelées, etc. Les cartilages articulaires à celte épo- que présentent un phénomène que j’ai fréquemment constaté dans mes expériences : quand on les met macérer dans l’eau pendant deux ou trois jours , ils prennent une couleur rouge extrêmement marquée. Cette couleur ne pénètre pas profondément ; mais si on coupe en plusieurs endroits le cartilage de ma- nière à mettre aussi son intérieur en contact avec le fluide, ilrougit en totalité.Les cartilages d’ossification présentent le même phénomène , qui devient moins sensible à mesure qu’on avance en âge j en sorte que chez la plupart des adultes , les cartilages conservent leur couleur blanche par la macération. Chez quel- ques-uns cependant ils prennent encore une teinte rosée, qui du reste est toujours infiniment moins vive que dans le fœtus. D’où naît ce phénomène? L’eau donne-t-elle au cartilage la cause de sa colora- tion, ou lui enlève-t-elle par dissolution certaines substances qui empêchoient cette coloration de se développer? Quoi qu’il en soit, aucun des organes de l’articulation ne rougit ainsi ; tous au contraire , la synoviale, les ligamens, etc., deviennent plus blancs. Il n’y a ordinairement aucune démarcation sen- sible entre le cartilage qui doit devenir os, et celui qui doit rester tel j quelquefois cependant d’un côté on remarque une couleur plus terne à l’extrémité des os, tandis que d’un autre côté jamais on n'y découvre les stries rougeâtres , qu’il est si fréquent de voir irrégulièrement disséminées dans les carti- lages d’ossification. CARTILAGINEUX. Tant que l'ossification dure, il y a entre le car- tilage et la portion osseuse déjà formée, une couche vasculaire très-sensible, et il est extrêmement facile de séparer ces deux portions, qu’une très-foible ad- hérence unit l’une à l’autre. On remarque aussi sur la surface de chacune, lorsqu’elles sont isolées, di- verses inégalités, des saillies et des enfoncemens qui se reçoivent réciproquement. C’est le défaut d’adhé- rence des deux portions osseuse et cartilagineuse, avant la complète ossification, qui a sans doute donné lieu à tout ce qu’on a écrit sur le décollement des épiphyses, décollement que les observations des chi- rurgiens de nos jours ont rarement constaté. A mesure que la substance calcaire arrive aux ex- trémités de l'os, les vaisseaux disparoissent peu à peu , et les adhérences vont en croissant. Enfin l’os- sification étant achevée, d’un côté il n’y a plus de réseau vasculaire sensible entre le cartilage et l’os ; d’un autre côté leur union est telle , que toute rup- tureestpresqueimpossible entre eux. Ces deux carac- tères distinguent spécialement le rapport du cartilage d’ossification avec l’os, d’avec le rapport du cartilage réel avecle même os. J’ai remarqué aussi que presque toujours au-dessus de son union avec la portion os- seuse, le cartilage d’ossification présente une blan- cheur moindre, une teinte plus foncée, qui s’étend l’espace de deux ou trois lignes, et dont la différence est souvent très-marquée; c’est le prélude de l’abord du sang. Cette disposition est étrangère au cartilage d’encroûtement chez l’adulte. On attribue communément aux mouvemens arti- culaires, le défaut d’ossification des cartilages des SYSTÈME articulations mobiles ; mais je crois que cela dépend uniquement des lois de la nutrition osseuse. La na- ture borne là l’exhalation du phosphate calcaire, comme elle borne à l’origine d’un tendon l’exhala- tion de la fibrine du muscle qui lui correspond: c’est parcequele mode de sensibilité organique change, et que les vaisseaux du cartilage ne sont plus en rap- port ni avec la partie rouge du sang, ni avec la subs- tance calcaire. En effet, en supposant vraie l’hypo- thèse précédente, pourquoi les cartilages des articula- tions immobiles existent-ils? Pourquoi le mouvement qui favorise ailleurs les exhalations et les secrétions, empêcheroit-il ici le§ premières? Pourquoi les ossifi- cations contre nature se font-elles dans les partiesles plus mobiles,comme les artères nous en fournissent un exemple? Pourquoi dans plusieurs ankiloses ou les surfaces articulaires s’unissent, et où le mouve- ment se perd, les cartilages ne disparoissent-ils pas? Les cartilages des cavités ont un mode d’origine, de développement et de nutrition, parfaitement ana- logue à celui des cartilages articulaires. J’observe que leur tissu diffère, ainsi que le tissu de ceux-ci, de celui des cartilages d’ossification, en ce que ces der- niers sont parcourus par diverses lignes grisâtres , qu’ils ne présentent point. Lorsqu’on coupe les carti- lages d’ossification dans un sens quelconque , leurs surfaces divisées offrent différens petits points qui sont les extrémités coupées deces lignes, lesquelles paroissent être des vaisseaux qui, sans charier en- core du sang , contiennent cependant un fluide plus foncé que le tissu cartilagineux. CARTILAGINEUX. 141 § II. Etat du Système cartilagineux dans les âges suivans. A mesure qu!on avance en âge, les cartilages de- viennent plus durs, plus forts, moins e'Jastiques. La gélatine qui les nourrit prend un caractère particu- lier; car on sait que les colles tirées des jeunes ani- maux , diffèrent essentiellement de celles que four- nissent les vieux. Les cuisiniers savent très-bien faire la différence d’un pied de veau et d’un pied de bœuf pour les gelées qui entrent dans leurs assaisonnemens. Cette différence dansla substance qui compose essen- tiellement les cartilages, et qui est sans doute leur ma- tière nutritive, indique manifestement qu’elle ne reste pas toujours dans ces organes, mais qu’elle y est habituellement exhalée et absorbée, comme le phosphate calcaire dans les os, la fibrine dans les muscles , etc., etc. Dansles dernières années de la vie , l’ossification s’empare de tous les cartilages; mais elle commence d’une manière inverse dans ceux des cavités et dans ceux des articulations. Dans les premiers c’est par le centre ,dans les seconds c’est par leur surface qui correspond à l’os, qu’elle se fait d’abord ; en général elle est beaucoup plus tardive dans ceux-ci , et parmi eux, elle est plus tardive dansles articulations mo- biles que dans les immobiles. Les cartilages du larynx et des cotes sont osseux dans leur centre dès l’âge de trente-six à quarante ans, et même bien avant : ils le deviennent ensuite de plus en plus : c’est ce qui rend la section du thy- roïde très-difficile dans les derniers temps de la vie. Dans le grand nombre d’opérations que j’ai fait ma- nœuvrer aux élèves, j’ai toujours eu occasion de me convaincre qu’au-delà de soixante ans , le bistouri à trempeordinaire est presque toujours-insuffisant pour cette section ; il faudroit une trempe beaucoup plus forte. C’est l’ossification des cartilages costaux qui fait que les vieillards ne sont plus susceptibles de ces grands efforts d’inspiration si communs aux jeunes gens; chez eux le diaphragme agit spécialement. J’at- tribue aussi à cette ossification précoce des cartilages des cavités, ossification qu’accompagne toujours le développement du système vasculaire , la fréquence bien plus grande de la carie dans ces sortes de car- tilages que dans tous les autres. Je ne sais pourquoi au larynx les arythénoïdes sont les plus exposés à cette affection; mais dans les ouvertures de ca- davres, c’est un fait constant : toutes les phtbisies laryngées avec carie, que j’ai observées sur le ca- davre , me font présenté. SYSTÈME § III. Développement accidentel du Système cartilagineux. Le système cartilagineux, comme le système os- seux , se développe souvent dans des organes aux- quels il est naturellement étranger. Mais il y a cette différence, que ce phénomène paroit être un effet de l’âge pour le premier, au lieu qu’il n’est jamais pour le second qu’un effet maladif. Rien de plus com- mun que de trouver des noyaux cartilagineux dans les tumeurs squirreuses, cancéreuses,etc., au milieu de ces productions morbifiques si fréquentes, où nos parties prennent un aspect lardacé dans le poumon , dans le foie engorgés,etc. Je ne sais pourquoi la mem- brane propre de la rate a une tendance extrême à s’en- croûter de gélatine : c’est peut-être de tous les or- ganes celui où les cartilages accidentels sont les plus fréquens. Ordinairement c’est par plaques irrégu- lières que le développement cartilagineux s’y mani- feste; quelquefois il envahit toute la membrane,qui présente alors une surface convexe analogue aux sur- faces convexes des articulations mobiles, et que le péritoine revêt, comme celles-ci sont recouvertes par la synoviale. La rate ainsi cartilagineuse au-dehors, peut-ellese prêter aux changemens de volume qu’elle éprouve souvent ? Je l’ignore. On connoît les productions cartilagineuses mobiles et souvent libres dans les articulations. Viennent-elles de l’ossification d’une portion de la synoviale ? Je le présume ; car souvent on les a vues tenir au cartilage par des expansions membraneuses. J’ai observé, l’an passé, sur un cadavre la portion de synoviale allant du paquet graisseux qui est derrière la rotule, à l’en- foncement qui sépare les condyles du fémur, presque toute cartilagineuse. Si pendant la vie elle se fût dé- tachée par l’effet des mouvemens,celaauroitformé un de ces cartilages mobiles et libres. Au reste , comme je n’ai que ce fait qui me soit propre sur ce point-, je ne puis qu’offrir des conjectures, d’autant plus qu’on sait que la synoviale et les membranes séreuses sont de même nature , et que cependant ces dernières ne deviennent presque jamais cartilagineuses. Au reste , ces sortes de productions suivent abso- lument la marche ordinaire de l’ossification. D’abord cartilagineuses et sans vaisseauxsanguins ? elles pré- CARTILAGINEUX. sentent bientôt, pour peu quelles soient anciennes, un centre rouge, puis osseux;, qui s’étend du centre à la circonférence, et qui finit quelquefois par en- vahir tout le cartilage j en sorte que ce sont de veri- , tables os. Cette dernière circonstance est cependant assez rare. L’état où on a trouvé le plus communé- ment ces productions, est celui où elles sont osseuses au milieu, et cartilagineuses à la circonférence. J’en ai rencontré une dans l’articulation du pisiforme avec le pyramidal , qui avoit le volume de la tête d’une grosse épingle , et qui, dans toute son épais- seur, éloit plus dure que l’ivoire. SYSTÈME CARTILAGINEUX. SYSTEME FIBREUX. Les organes fibreux n’ont point été considérés par les anatomistes d’une manière générale ; personne n’en a encore fait de système. Isolément décrits pàrmi les parties où ils se trouvent, ils ne peuvent offrir dans l’état actuel de la science, aucune de ces vues grandes et si utiles à la pratique de la médecine, qui nous montrent chaque appareil organique résultant dp la combinaison de différens systèmes dont nous re- trouvons les analogues dans les autres appareils; en sorte que j quoique très-différens par rapport à leurs fonctions , ces appareils sont cependant sujets aux mêmes maladies, parce que des systèmes semblables entrent dans leur structure. J’ai présenté, il y a deux ans, sur les membranes fibreuses, divers aperçus généraux qui ont ouvert la.voie'; mais ces membranes ne sont qu’une division du système fibreux qu’il faut ici considérer plus en grand. ARTICLE PREMIER. Des Formes et des Divisions du Système fibreux. {Quoique tous les organes fibreux aient une nature absolument identique, quoique la même fibre entre dans la composition de tous, cependant les formes qu’ils affectent sont extrêmement variables: c’est S y ST li M E même cette variété de formes, jointe a celle de leur position et de leurs fonctions, qui les*a fait diffé- remment dénommer, qui les a fait désigner sous les noms de tendons, d’aponévroses, de ligamens , etc. ; car il rfy a point .ici de dénomination générale pour tout le système, de mot qui réponde par exemple à ceux de muscle, de nerfs, etc., lesquels ,dans les sys- tèmes musculaire, nerveux, etc., donnent 1 idée de l’organisation, quelle que soit la forme de l’organe. Je ne créerai point ce mot, on m’entendra facile- ment sans lui. Toutes les formes fibreuses peuvent se rapporter à deux générales ; l’une est la membraneuse, l’autre est celle en faisceaux. L’organe est large et mince dans la première; il est a'ongé et plus épais dans la se- conde. Ainsi les muscles, les nerfs, les os eux-nièmes présentent-ils alternativement cette disposition dans leur conformation, comme on le voit dans la rétine comparée aux nerfs en cordon, dans les couches musculeuses de l’estomac, des intestins, comparées aux muscles locomoteurs, dans les os du crâne com- parés à ceux des membres. § Lr. Des Organes fibreux à forme membraneuse. Les organes fibreux disposés en membranes sont , i°. les membranes fibreuses proprement dites, 2°. les capsules fibreuses , 5°. les gaines tendineuses, 4°*les aponévroses. i°. Les membranes fibreuses comprennent le pé- rioste, la dure-mère, la sclérotique, l’albuginée, les membranes propies du rein, de la rate, etc., etc. Elles sont en général destinées à former l’enveloppe de certains organes, dans la texture desquels elles entrent. FIBREUX. 147 2°. Les capsules fibreuses, très-distinctes, comme nous le verrons, des surfaces synoviales, sont des es- pèces de sacs cylindriques qui se trouvent autour de certaines articulations , spécialement à celles de l’hu- mérus et du fémur, dont elles assurent les rapports avec l’omoplate et l’iliaque, en embrassant Tune et l’autre surface de l’articulation par leurs deux extré- mités. 3°. Les gaines fibreuses sont destinées à assujettir les tendons à leur passage sur les os, dans les endroits de leur réflexion , par-tout en général où par la con- traction musculaire ils pourroient éprouver une dé- viation, et par là ne transmettre qu’avec difficulté aux os, le mouvement qu’ils reçoivent des muscles'. Oa peut les diviser en deux espèces: les unes en effet reçoivent et transmettent les tendons réunis de plu- sieurs muscles, comme celles qu’on observe au poi- gnet, au coude-pied, etc. ; d’autres, comme celles des doigts, sont destinées à un tendon isolé, ou à deux seulement. 4°. Les aponévroses sont des espèces de toiles fibreuses, plus ou moins larges, entrant toujours dans le système locomoteur, et disposées de manière que tantôt elles forment des enveloppes à diverses parties, tantôt elles fournissent aux musclesdespoints d’insertion. De là les aponévroses d’enveloppe et les aponévroses d’insertion : chacune d’elles se divise en espèces. Les aponévroses d’enveloppe sont placées tantôt autour d’un muscle, auquel elles forment comme une gaine générale ainsi qu’on le voit àla cuisse, à l’avant- bras, etc., tantôt sur certains muscles qu’elles retien- nent partiellement dans leurs places respectives, comme celle qui du petit dentelé postérieur et supé- rieur, va au petit dentelé postérieur et inférieur , comme l’aponévrose abdominale, comme celle située antérieurement au soléaire, derrière les muscles pro- fonds de la jambe, etc. Les aponévroses d’insertion sont tantôt k surfaces plus ou moins larges, comme dans les attaches du triceps crural, du droit antérieur, des jumeaux, etc.; tantôt à fibres isolées les unes des autres, et donnant attache par chacune de ces fibres à une fibre charnue, comme à l’insertion supérieure de l’iliaque, du jam- bier antérieur, etc.; tantôt enfin en forme d’arcades, et alors en même temps qu’elles offrent aux muscles des points d’insertion, elles laissent passer au-des- sous d’elles des vaisseaux, comme au diaphragme, au soléaire, etc. SYSTÈME § II. Des Organes fibreux à Jorme de faisceaux. Les organes fibreux disposes en faisceaux sont , iQ. les tendons, 20. les ligamens. 1 Les tendons se trouvent à l’origine, à l’insertion ou au milieu des muscles. Ils sont ou simples, en forme de cordes alongées comme aux péroniers , aux jambiers, et à presque tous les muscles, ou composés, comme au droit antérieur, aux fléchisseurs, etc. 2°. Les ligamens affermissent les articulations os- seuses ou cartilagineuses, autourdesquelles ils se trou- vent. Ils sont à faisceaux réguliers, comme les liga- mens latéraux du coude, du genou, de la mâchoire, F I B R E U X... tte., on à faisceaux irréguliers, comme ceux du bassin. § III. 'Tableau du Système fibreux. On peut, dans le tableau suivant, se repre'senter sous un simple coup d’œil, la classification que je \iens d’indiquer pour les organes fibreux. Membranes fibreuses, Capsules fibreuses. Gaines fibreuses, Partielles. Générales. à Forme membraneuse. organes fibreux, à enveloppe, Partielle. Générale. Aponévroses, à Surface large, en Arcade, à Fibres isolées. d’insertion, Tendons , Simples. Composés. à Forme de faisceaux. Ligamens , [ à Faisceaux Téguliers. i à Faisceaux irrréguliers. Quoique les nombreux organes qui entrent dans cette classification, appartiennent à des appareils SYSTÈME très-différens , quoiqu’ils semblent être disséminés cà et là dans l’économie, sans tenir aucunement en- semble, quoique tous paroissent isolés ; cependant tous sont presque continus, tous se tiennent ; eu sorte qu’on pourroit considérer le système fibreux comme les systèmes vasculaire et nerveux cérébral, c’est-à-dire comme ayant un centre commun d’oii partent tous les organes divers qui forment ses di- visions. Ce centre commun du système fibreux me paroît être le périoste , non que je prétende que, comme le cœur ou le cerveau , il exerce des irradiations sur les organes qui en partent, mais parce que l’inspec- tion anatomique nous montre tous les organes fibreux liés étroitement avec lui, et communiquant ensemble par son moyen : les observations suivantes en sont la preuve. iQ. Parmi les membranes fibreuses , celle du corps caverneux s’entrelace avec le périoste au-dessous de l’ischion; la dure-mère se continue avec lui à tra- vers les trous de la base du crâne; en s’unissant par la lame qui accompagne le nerf optique avec la sclé- rotique, elle joint à lui cette membrane, et leur sert d’intermédiaire. 2°. Toutes les capsules fibreuses s’entrelacent en haut et en bas de l’articulation avec le périoste. 5°. Par-tou tou existent des gaines fibreuses, leurs fibres s’entremêlentaux siennes. 4°* Toutes les aponévroses, soit d’enveloppe, soit d’insertion, offrent un semblable entrelacement. 5°. Par-tout les tendons en s’épanouissant, se confondent aussi avec cette membrane. 6°. Aux deux extrémités desliga- niens elle unit aussi ses fibres aux leurs. Il n’est guère FIBREUX. que l’albuginée, le périchondre du larynx, les mem- branes de la rate et du rein , qui fassent exception à cette règle générale. Le système fibreux doit donc être conçu d’une manière ge'nérale, c’est-à dire, se prolongeant par- tout, appartenant en même temps à une foule d’ap- pareils organiques, distinct dans chacun par sa forme, mais se continuant dans le plus grand nombre, ayant par-tout des communications. Celte manière de l’en- visager paroitra plus naturelle encore, si on consi- dère que le périoste, aboutissant général des diverses portions de ce système, est lui même par-tout con- tinu, et qu’à l’endroit où les articulations le sépa- rent, les capsules fibreuses et les ligamens servent, ainsi que nous l avons dit, à le réunir. • On conçoit d’après cet usage du périoste par rap- port au système fibreux, quel est l’avantage de sa situation sur les os qui lui offrent un appui solide , et par là même aux organes dont il est l’aboutissant. ARTICLE DEUXIÈME. Organisation du Système Jibreux A. u milieu des variétés de formes que nous venons d’examiner, l’organisation générale des organes fi- breux est toujours à peu près la même. Je vais con- side'rer ici cette organisation; je traiterai ailleurs des varie'tés qu’elle éprouve dans chaque partie. Elle ré- sulte ae l’assemblage d’un tissu propre et des sys- tèmes vasculaire, cellulaire, etc. SYSTÈME § Ier. Du Tissu propre à V Organisation du Système fibreux. Tout organe fibreux a pour base une fibre d’une nature particulière, dure, un peu élastique, insen- sible, presque pas contractile, tantôt juxta-posée et parallèlement assemblée, comme dans les tendons» les ligamens, tantôt entrecroisée en divers sens, comme dans les membranes, les capsules , les gaines fibreuses, etc., mais par-tout la même, par tout d’une couleur blanche ou grise, d’une résistance très-marquée. i Cette résistance du tissu fibreux rend tous les or- ganes qu’il compose propres à soutenir les plus grands efforts. Aussi ces organes sont-ils tous destinés à des usages qui y nécessitent cette faculté. Les liga- mens retiennent avec force les surfaces articulaires en rapport. Les aponévroses brident les muscles et résistent à leur déplacement. Les tendons sans cesse eu butte à la contraction de ces organes, se trouvent à chaque instant placés entre la puissance énergique qu’ils représentent et les résistances plus ou moins considérables situées à l’extrémité des muscles, etc. Telle est cette résistance, que souvent elle est supé- rieure à celle des os eux-mêmes. On sait que dans les efforts musculaires , la rotule, l’olécrâne et le cal- canéum se fracturent quelquefois : or;, cela ne pour- roit avoir lieu si les tendons extenseurs qui corres- pondent à ces divers os offroient aux contractions un tissu plus facile à déchirer. C’est à cette résistance qu’il faut attribuer les phé- nomènes suivans : i°. on éprouve les plus grandes FIBREUX. difficultés à faire des luxations sur le cadavre, principalement dans les articulations communément nommées énarthrodiales ; 2°. sur le vivant les efforts extérieurs suffisent rarement pour les produire *£ il faut que l’action efficace des muscles y soit jointe. 3°. Le supplice autrefois usité, par lequel on tiroit à quatre chevaux les membres des criminels, étoit d’autant plus affreux, que la résistance des ligamens Je faisoit durer plus long-temps : presque toujours les chevaux étoient impuissans pour produire l’arrache- ment des membres ; il falloit que l’instrument tran- chant aidât à leurs efforts. 4°. Des poids suspendus à un tendon , ne le rompent que lorsqu’ils sont énor- mes : aussi les meilleurs liens à employer dans les arts seroient-ils ceux tissus avec des organes fibreux, si la dessiccation n’enlevoit à ces organes leur mol- lesse et leur flexibilité, si l’humidité ne les alté- roi.t, etc. 5°. On ne peut qu’avec des efforts extrê- mes déchirer une aponévrose, celles qui sont un peu épaisse spécialement, comme le fascia lata, l’albu- ginée, la dure-mère, etc. Cependant cette résistance est quelquefois sur- montée dans le vivant, et la pratique chirurgicale offre en quelques cas la rupture des tendons du so- léaire , du plantaire grêle, des extenseurs de la cuisse, etc. Alors, comment se fait-il que le tissu du muscle plus mou, ne cède jamais, tandisque celui du tendon beaucoup plus dense, se rompt? C’est que toujours dans ces cas les fibres charnues sont en contraction ; par conséquent loin d’être distendues, comme le sont les fibres tendineuses qui se trouvent alors, pour ainsi dire, passives; leurs portions diverses font effort SYSTÈME pour se rapprocher, et se rapprochent en effet ; ce qui donne au muscle une densité et une dureté égales, et même en certains cas, beaucoup supérieu- res à celles de leur tendon, comme on peut le voir en appliquant la main sur un muscle en contraction. Une preuve que ces sortes de ruptures tiennent à la cause que j’indique, c’est que si dans un cadavre on suspend un poids à un muscle détaché de l’os par une de *ses extrémités , ce sera la portion charnue, et non la tendineuse, qui se rompra. Le (issu fibreux a été considéré par quelques ana- tomistes, comme étant d’une nature approchant de celle du tissu musculaire, et même comme en étant quelquefois la continuation. Ainsi ont-ils dit que le tendon ne résultoit que d’un rapproche ment des libres charnues qui, sans changer de nature, perdoient seu- lement leur rougeur. Ainsi les aponévroses d’enve- loppe ont-elles été envisagées comme un effet de la pression des corps environnans sur les fibres char- nues les plus extérieures. Pour faire voir combien peu de fondement a celte opinion, il suffit de remar- quer,' i°. que la dure-mère, la sclérotique, le périoste, les ligamens , sont évidemment de même nature que les tendons elles aponévroses, et que cependant ils diffèrent totalement du tissu musculaire; 2°. que la composition chimique, les propriétés vitales, la tex- ture apparente, sont entièrement différentes dans la fibre tendineuse et dans la musculeuse ; 3°. qu’il n’y a aucun rapport entre les fonctions de l’une et de l’autre. "y a certainement moins d’analogie entre le muscle et le tendon qui reçoit son insertion , qu’entre celui-ci et l’os qui lui fournit une attache, et dont la F 1 B R E U X. portion cartilagineuse se rapproche par sa nature. Un muscle et son tendon forment un appareil organique, et non un organe simple. Quelle est la nature du tissu fibreux? On l’ignore, parce qu’on ne lui cormoît pas de propriétés bien caractérisées ; il n’en a que de négatives de celles du tissu musculaire que caractérise la contractilité, et de celles du tissu nerveux que distingue la sen- sibilité. On la voit toujours dans un état passif; elle obéit à l’action qui lui est imprimée, et n’en a guère qui lui soit propre. Elle établit une grande différence entre les organes où elle existe, et la peau, le tissu cellulaire, les car- tilages , les membranes séreuses, etc. : aussi a-t-on eu tort de rapporter toutes ces parties à une même classe désignée sous le nom d’organes blancs, mot vague qui ne port» que sur les apparences extérieures, sur des rapprochemens d’analyses encore incomplets,et nul- lement sur la texture, les propriétés vitales , la vie, les fonctions des organes. Le cit. Fourcroy a bien pressenti que cette division extrêmement générale , devoit être subordonnée aux expériences ultérieures. Quoi qu il en soit, voici les résultats que donne le tissu fibreux soumis à la macération, à l’ébullition , à la dessiccation , à faction des acides, etc. Exposé à la macération dans une température moyenne, le tissu fibreux y reste long-temps sans y éprouver d’altération ; i! conserve son volume , sa forme, sa densité ; pa.i à peu cette densité diminue; le tissu se ramollit ; mais il ne se dilate point, ne se boursoufle point, comme on l’a dit ; ses fibres alors peuvent s’écarter les unes des autres; on voit dis- SYSTEME tinetement entre elles le tissu cellulaire qui lès unit» Enfin, au bout d’un temps très-long, elles finissent parsechanger en une pulpe mollasse, blanchâtre, qui paroît homogène. Tous les organes fibreux ne se ra- mollissent pas de celte manière aussi vite les uns que les autres. Les tendons sont les premiers à céder à la macération. Viennent ensuite les aponévroses ; parmi celles-ci, celles qui sont formées par l’épanouis- sement d’un tendon, se ramollissent plus vite que celles destinées à envelopper les membres, que le fascia lata par exemple. Les membranes fibreuses, les capsules et les gaines de meme nature sont plus résistantes» Enfin ce sont les ligamens qui cèdent le plus tard à l’action de l’eau qui tend à les ramollir; cependant , lorsqu’ils viennent primitivement d un tendon, comme le ligament inférieur de la rotule, ils sont plus prompts à être macérés. J ai fait com- parativement des expériences sur tous ces.organes ; elles donnent le résultat que j’indique : Tout organe fibreux plongé dans l’eau bouillante, ou exposé à un calorique très-vif, se crispe, se res- serre comme la plupart des autres tissus animaux; il se ramasse en un volume moindre que celui qu’il oc- cupoit : par là il devient plus solide, prend une élas- ticité qui lui est étrangère dans l’état naturel, et qu’il perd ensuite en se ramollissant pour passer à l’état gé- latineux. En mettant toutes les parties de ce système en même temps dans une eau qu’on fait bouillir par degré, on voit que ce ramollissement survient dans toutes au même degré , et avec à peu près la même force. Cette force qui tend alors à faire contracter les fibres de ce système, est très considérable; elle suffit pour rompre à l’endroit de leurs attaches, celles du périoste qui s’enlève, par ce mécanisme, de dessus tous les os bouillis un peu longuement; pour faire détacher les ligamens interosseux, la membrane ob- turatrice, etc., lorsqu’on les plonge dans l’eau bouil- lante, avec les os auxquels iis adhèrent; pour serrer si fortement les surfaces articulaires les unes conlre les autres, qu’on ne peut plus les remuer, lorsqu’on les a exposées, entourées de leurs ligamens, à Uaclion concentrée du calorique. Peu à peu le tissu fibreux se ramollit dans l’eau bouillante, devient jaunâtre, demi transparent, et enfin se fond en partie. En mettant bouillir ensemble toutes les parties du système fibreux, j’ai observé que les tendons se ramollissent d’abord , puis les .aponévroses, puis les membranes, capsules et gaines fibreuses, et enfin 1rs ligamens , qui sont, comme dans la macération, ceux qui cèdent les derniers.Plu- sieurs ont déjà fait cette remarque, à laquelle j’ajoute que tous les ligamens ne résistent pas également. Ceux placés entre les lames des vertèbres sont les plus tenaces ; ils ne prennent point cette couleur jau- nâtre, cette demi-transparence, communes à tout le système fibreux bouilli; ils restent blancs, coriaces; ils paroissent contenir beaucoup moins de gélatine, et être entièrement différens par leur nature. Exposé à l’action de l’air, le système fibreux perd sa blancheur par l’évaporation des fluides qu’il con- tient; il se racornit, jaunit, devient en partie trans- paient, se lompt avec facilite. Quelques jours après avoir été séché, si on le replonge dans l’eau, il re- prend sa blancheur, sa mollesse et presque son ap- FIBREUX. SYSTÈME parence primitive ; en sorte qu’on diroit véritable- ment qu’à l’eau seule est due cette couleur blanchâtre: ce phénomène a lieu surtout dans les tendons. J’ai observé aussi sur ces derniers un autre phénomène remarquable; c’est que quand ils ont macéré pendant quelque temps, et qu’on les expose ensuite à la des- siccation, ils ne prennent plus en séchant de couleur jaune, mais restent d’un blanc très-marqué. Sans tout le système fibreux se comporte de même. L’action des acides sulfurique et nitrique ramollit promptement le tissu fibreux, et le réduit en une espèce de pulpe noirâtre dans l’un, jaunâtre dans l’autre : à l’instant où on plonge ce tissu dans l’acide, il se crispe, se resserre comme dans l’eau bouillante. Le tissu fibreux résiste en général moins à la pu- tréfaction que le cartilagineux; mais il y cède plus’ difficilement que le médullaire, le cutané, le mu- queux, etc. Au milieu de ces tissus pourris et désor- ganisés dans nos cadavres des amphithéâtres , on trouve celui-ci encore intact; enfin il finit par s’al- térer aussi. L’eau dans laquelle il a macéré donne une odeur moins infecte que celle qui a servi à la macération de la plupart des. autres systèmes. Plus digestible que les cartilages et que les fibro- cartilages, le tissu fibreux l’est moins que la plupart des autres. Les expériences de Spallanzanietde Gosse l’ont prouvé. Il paroit qu’il cède à faction des sucs di- gestifs dans le même ordre qu’à la macération, à l’é- bullition : ce sont, i°. les tendons, 2°. les aponévroses, 3°. les diverses membranes fibreuses, 4°* les liga— mens, lesquels sont les plus indigestes. Je remarque tependant qu’une fois que la coction a ramolli le tissu fibreux, il se digère à peu près uniformément. Ainsi les cartilages sont-ils d’aussi facile et même de plus facile digestion que les tendons, quand ils sont de- venus gélatineux, comme Spalianzanila expérimenté sur lui-même, quoiqu’étant crus ils soient bien plus indigestes. * FIBREUX. § 11. Des Parties communes qui entrent dans V Organisation du Système fibreux. Le tissu cellulaire existe dans tous les organes fi- breux; mais il est plus ou moins abondant, suivant que leurs fibres sont plus ou moins rapprochées. Dans certains ligarnens , il forme auxfaisceaux fibreux des gaines analogues à celles des muscles; dans d’autres , dans les tendons , les apouëvroses, etc., on l’aper- çoit avec peine ; mais par - tout il devient très-sen- sible par la macération, par les affections maladives, comme, par exemple, par lesfongus de la dure-mère , par le carcinome du testicule qui a envahi l’albuginée, par certains engorgemens du périoste, etc. Dans tous ces cas le tissu fibreux relâché, ramolli , dénaturé, devenu comme spongieux, laisse ses fibres s’écarter, et l’organocellulaire paroître t rès à nu.Le développement des bourgeons charnus, la nature mollasse que pren- nent ces bourgeons dans certaines plaies qui intéres- sent l’organe fibreux, y prouvent encore l’existence de l’organe cellulaire, qui du reste y est en général en petite quantité; ce qui ne contribue peu à pro- duire la résistance et la force des organes qui lui appar- tiennent. Ce tissu cellulaire Contient-il de la graisse? Au premier coup d’œil on n’en observe point , puis- qu’à peine peut-on distinguer ce tissu. Cependant j’ai observé plusieurs fois qu’en soumettant à la dessicca- tion des portions d’aponévroses, de périoste, de dure- mère , etc., exactement dépouillées de toute partie étrangère, lorsque tous ces fluides s’étoient évaporés, et que l’organe avoit pris cette apparence de parche- min qu’on y remarque alors , une exsudation grais- seuse restoit en divers endroits de sa surface. L’existence des vaisseaux varie dans le système fibreux :très-développésdanscertainsorganes, comme dans la dure-mère, le périoste, etc., ils le sont moins dans d’autres, comme dans les aponévroses, et nul- lement dans certains, comme dans les tendons. J’ob- serve en général que c’est dans ceux où ils sont le plus prononcés , que les inflammations ainsi que les diverses espèces de tumeurs sont le plus fréquem- ment observées. Les affections de la dure-mère , du périoste, etc, comparées à celles des tendons, en sont une preuve remarquable. Je ne sache pas qu’on ait suivi de vaisseaux absor- bans dans le système fibreux. Les nerfs lui paroissent également étrangers, mal- gré ce qu’on a écrit sur ceux du périoste, -de la dure- mère, etc., etc. SYSTÈME ARTICLE TROISIÈME. Propriétés du Systèmefibreux. § Ier. Propriétés physiques. *La e système fibreux n’a qu’une très-foible élasticité dans l’état naturel ) mais lorsque, extraiis du corps, TIBÎIEUX. ses divers organes sont soumis à la dessiccation, ils en acquièrent une très-manifeste : aussi les tendons , les lambeaux aponévrotiques, etc., qui ne seroient dans l’état frais susceptibles d’aucune vibration, se trouvent-ils susceptibles de résonner dans les ins- trumens lorsqu’ils sont très-secs. § II. Propriétés cle tissu. Les propriétés de tissu sont sensibles dans le sys- tème fibreux; mais elles s’y trouvent moins pronon- cées que dans plusieurs autres. L’extensibilité se manifeste pour la dure-mère dans l’hydrocéphale, pour le périoste dans les divers en- gorgemens dont les os sont susceptibles, pour les aponévroses dans le gonflement des membres, dans la distension des parois abdominales qui, comme on le sait, sont autant aponévrotiques que charnues , pour les capsules fibreuses dans les hydropisies ar- ticulaires, pour la sclérotique et l’albuginée dans la tuméfaction de leurs organes respectifs. Cette extensibilité du système fibreux est soumise à une loi constante et qùi est étrangère à l’extensi- bilité de la plupart des autres systèmes: elle ne peut s’opérer que d’une manière lente, graduée, insen- sible. Aussi, quand elle est trop brusquement mise en.jeu, il arrive deux phénomènes différens , qui supposent également l’impossibilité de s’étendre tout à coup, comme le font, par exemple, un muscle, la peau , le tissu cellulaire, etc. i°. Si l’organe fibreux qui se trouve distendu est supérieur par sa résistance à l’effort qu’il éprouve, alors il ne cède point, et différens accidens en résultent. On en a 162 SYSTÈME des exemples dans les engorgemens inflammatoires qui se manifestent sous les aponévroses des membres , sous celles du crâne, au-dedans des gaines fibreuses des tendons, etc. Alors ces divers organes fibreux ne pouvant se distendre avec la même rapidité que les parties subjacentes qui se gonflent, compriment douloureusement ces parties tuméfiées, les exposent même quelquefois à la gangrène: c’est ce qui arrive dans ces étranglemens si fréquens dans la pratique chirurgicale, et qui nécessitent diverses opérations pour les débrider. 20. Si l’organe fibreux est infé- rieur par sa résistance à l’effort subit qu’il éprouve, il se rompt au lieu de céder: de là la rupture des tendons, la déchirure des capsules fibreuses et des ligamens dans les luxations, celle des aponévroses dans certains cas assez rares rapportés par divers au- teurs, etc., etc. On conçoit facilement que la grande résistance dont se trouve doué le tissu fibreux, est principalement due à celte impossibilité de céder subitement à l’impulsion qui lui est donnée. Dans l’extension lente et graduée, à laquelle se prêtent les organes fibreux, on observe que souvent loin de s’amincir, de s’élargir aux dépens de leur épaisseur, ils augmentent au contraire en cette di- mention. L’albuginée d’un testicule squirreux, la sclérotique d’un œil hydropique ou cancéreux, le périoste d’un os rachitique, etc., nous présentent ce phénomène, dont l’inverse est quelquefois observé, comme dans les distensions des aponévroses abdo- minales produites par la grossesse, par l’hydropisie ascite, dans l’hydrocéphale, etc. La contractilité de tissu est accommodée, dans le ï ï u e ü x. 163 système fibreux, au mode de son extensibilité; de même qu’il ne peut tout à coup se distendre, il ne sauroit revenir subitement sur lui-même quand il cesse d’être distendu. Ce fait est remarquable dans la section d’un tendon, d’une portion aponévrotique, d’un ligament mis à nu sur un animal vivant, dans l’incision de la dure-mère, pour donner issue au sang épanché sous elle lors de l’opération du trépan, etc. Dans tous ces cas, les bords de la division ne subissent qu’un écartement à peine sensible: aussi dans la rupture des tendons, l’écartement étant pro- duit, non par le retour sur elles-mêmes des extré- mités divisées, mais seulement par les mouvemens du membre, le contact s’obtient par la position où dans l’état naturel ce tendon n’est point tiraillé ; tandis que dans un muscle divisé, il faut non-seule- ment cette position, mais celle où le relâchement est le plus grand possible, et encore souvent le contact ne s’obstient-il pas. Si, pendant qu’un muscle est dis- tendu , on coupe son tendon sur un animal vivant, le bout tenant aux fibres charnues s’écarte un peu de l’autre par la rétraction de ces fibres; mais celui qui tient à l’os reste immobile; en sorte qu’il n’y a alors qu’une cause d’écartement, au lieu qu’il y en a deux dans une portion charnue divisée. Si on coupe un ten- don quand le muscle est relâché , ses bouts restent affrontés. La contractilité de tissu se manifeste cependant au bout d’un certain temps dans le système fibreux, surtout lorsque l’organe a été préliminairement dis- tendu; car, lorsqu’il est divisé dans son état naturel, elle est toujours presque nulle. La sclérotique après SYSTEME la ponction à l’œil ou après l’amputation de la moitié antérieure de cet organe et l’évacuation de ses hu- meurs, l’albuginée, la tunique propre de la rate et celle du rein, après la résolution d’une tumeur qui avoit distendu leurs organes respectifs, les capsules fibreuses après l’écoulement du fluide des hydropi- sies articulaires, les aponévroses abdominales après le premier et même le second accouchement, le pé- rioste à la suite de la résolution des exostoses, etc. , reviennent peu à peu sur eux-mêmes, et reprennent leurs formes primitives. § III. Propriétés vitales. Il n’y a jamais dans le système fibreux ni contrac- tilité animale, ni contractilité organique sensible. La sensibilité organique et la contractilité organique in- sensible s’y trouvent comme dans tous les autres or- ganes. La sensibilité animale y existe dans l’état naturel; mais elle s’y présente sous un mode particulier, dont aucun système de f économie n’offre, je crois, d’exem- ple, et que personne n’a encore exactement indiqué. Les agens ordinaires qui la mettent en jeu, tels que les irritans divers, mécaniques, chimiques, etc., ne sauroient ici la développer, à moins que l’organe ne soit dans un état inflammatoire. Les tendons, les apo- névroses, les membranes fibreuses, les ligamens, etc., mis à découvert dans les opérations, dans les expé- riences sur les animaux vivans, et agacés de diffé- rentes manières, ne font éprouver aucune douleur. Ce qu’on a écrit sur la sensibilité du périoste, de la dure-mère, etc., prise dans ce sens, est manifestement FIBREUX. contraire à l’observation. Mais si les organes fibreux sont exposes à une extension violente et subite, alors la sensibilité’ animale s y manifeste au plus haut point: ce fait est surtout remarquable dans lesligamens,les capsules fibreuses, les aponévroses, etc. Mettez à de'couvert une articulation sur un chien* celle delà jambe, par exemple; disséquez avec soin les organes qui T entourent; enlevez surtout exac- tement les nerfs,, de manière à ne laisser que les ligamens; irritez ceux-ci avec un agent chimique ou mécanique: l’animal reste immobile, et ne donne aucun signe de douleur. Distendez après cela ces mêmes ligamens, en imprimant un mouvement de torsion à l’articulation, l’animal à l’instant se débat r s’agite, crie, etc. Coupez enfin ces ligamens de manière à laisser seule la membrane synoviale qui existe ici sans capsule fibreuse, et tordez ces deux os en sens contraire; la torsion cesse d’être doulou- reuse. Les aponévroses, les tendons même mis à découvert et tirés en sens opposé, produisent le même phénomène. J’ai fréquemment répété ces ex- périences qui prouvent incontestablement ce que j’ai avancé, savoir, qu’incapable d’être mise en jeu par les moyens ordinaires, la sensibilité animale du sys- tème fibreux se prononce fortement dans les disten- sions dont il est le siège. Remarquez que ce mode d’être excité est analogue aux fonctions qu’il rem« plit. En effet, écarté par sa position profonde de toute excitation extérieure qui puisse agir sur lui chimi- quement ou mécaniquement, il n’a pas besoin y comme le système cutané, par exemple, d’une sen- sibilité qui en transmette l’impression; au contraire* 166 SYSTÈME la plupart de ces organes, tels que les ligamens, les capsules fibreuses, les tendons, etc., étant très-sujets à être distendus, tiraillés, tordus dans les violens inouveniens des membres, il éloit nécessaire qu’ils avertissent Famé de ce genre d’irritation, dont l’excès auroit pu sans cela devenir funeste aux articulations ou aux membres. Voilà comment la nature accom- mode la sensibilité animale de chaque organe, aux excitations diverses qu’il peut éprouver, à celles sur- tout qui deviendroient dangereuses, si lame n’en étoit prévenue; car cette force vitale est l’agent es- sentiel par lequel l’animal veille à sa conservation. C’eSt à ce mode de sensibilité du système fibreux, qu’il faut principalement attribuer, i°. les douleurs vives qui accompagnent la production des luxations; 2°. celles plus cruelles qu’on fait éprouver aux ma- lades dans les extensions propres à les réduire, sur- tout lorsque, comme dans les anciens déplacemens , on est obligé d’employer des forces considérables, 5®. les intolérables souffrances du supplice qui consis- toit à tirer un malheureux à quatre cheraux;4°- le sentiment pénible que font naître toutes les entorses que détermine une distension forcée de la colonne épinière et par conséquent de ses ligamens, un mou- vement trop brusque pour détourner la tète, etc. j 5°. la douleur aiguë qu’éprouvent immédiatement avant l’accident, ceux qui se rompent un tendon douleur que la rupture elle-même fait en partie cesser; 6°. celle moins sensible que nous ressentons lorsqu’un tendon quelconque, celui d’Achille par exemple, se trouve, par une mauvaise position, un peu fortement tiraillé; 7°. le surcroît considérable FIBREUX. 167 de douleur qu’on ressent, lorsque dans un engorge- ment subjacent à une aponévrose, celle-ci ne pou- vant prêter, se trouve très-fortement soulevée; 8e*.le sentiment pénible qu’on éprouve derrière le jarret, lorsqu’on veut forcer l’extension delà jambe, etque par là on tiraille les deux ligamens obliques destinés à borner cette extension, etc., etc... C’est sans douteà l’insensibilité des organes fibreux pour un mode d’excitation, et à leur sensibilité pour un autre mode, qu’il faut rapporter les résultats con- tradictoires qu’ont offerts les expériences de Haller d’une part, de ses antagonistes de l’autre, sur la membrane dure-mère. Caractère clés Propriétés vitales. L’activité vitale commence à devenir Lien plus prononcée dans le système fibreux, que dans les sys- tèmes osseux et cartilagineux. Cela est prouvé très- manifestement, i°. par le mode de sensibilité ani- male quenous venonsd’y observer, etqui est étranger aux deux autres ;2°. par la disposition beaucoup plus grande de ce système à devenir le siège de douleurs plus ou moins fréquentes, et spécialement de l’in- flammation , etc.; 3°. par le caractère bien plus aigu qu’y prend cette affection, comme on peut le voir dans les rhumatismes aigus, lesquels affectent princi- palement les parties fibreuses des grandes articulations de l’aisselle, de la hanche, du genou, du coude, etc., les parties apone'vrotiques des muscles, etc. ; 4°. de plus, par la grande mobilité des douleurs rhumatisan- tes, qui passent avec une promptitude étonnante d’un endroit à l’autre, qui supposent par conséquent une 168 SYSTEM E grande promptitudedans l’altération des forces vitales des différentes parties de ce système; 5°. par la rapidi té plus grande de sa cicatrisation: ainsi, en mettant à découvert des fractures faites exprès sur des animaux, j’ai constamment observé que déjà les bourgeons charnus provenus du périoste et de l’organe médul- laire, sont tous formés, qu’à peine ceux fournis par l’os lui-mèmeont pris naissance. J’observe à l’égardde celte cicatrisation, que les parties du système fibreux ou pénètrent le plus de vaisseaux sanguins, comme le périoste, les membranes fibreuses, les capsules, etc., sont les plus susceptibles de ce phénomène, qui est bien plus difficile dans ceux ou peu et même presque pas de sang aborde, comme dans les tendons, dont les bouts se réunissent avec peine. 6°. On peut enfin se convaincre de la différence de vitalité du sys- tèmefibreux d’avec celle des précédons, par la marche d’une exostose comparée aux progrès bien plus rapides d’une périoàtose, d’un engorgement à la dure-mère r etc. Cependant il y a encore sous le rapport de la vitalité une lenteur remarquable dans ce système. On le voit surtout dans certaines affections des membres ou la gangrène se manifeste, et fait, ainsi que l’in- flammation qui la précède, de rapides progrès dans le tissu cellulaire, les muscles, etc., tandis que, comme je l’ai dit, les tendons qu’elles ont mis à découvert ne s’altèrent que quelque temps après, et sont remar- quables par leur blancheur au milieu de la noirceur ou de la lividité générale. Le système fibreux présente un phénomène re- marquable; c’est que presque jamais il ne sb prête à la formation du pus. Je ne sache pas qu’à la suite FIBREUX. des inflammations de ce système , on ait observé des collections purulentes. Le rhumatisme qu’on range dans les phlegmasies, n’est jamais accompagné de ces collections ; quelques extravasions gélatineuses ont seulement été trouvées autour des tendons. Ce qu’on prenoit autrefois pour une suppuration de la dure- mère dans les plaies de tête, est bien évidemment un suintement purulent de l’arachnoïde, analogue à celui de toutes les autres membranes séreuses. Pour- quoi ce système se refuse-t-il, ou se prête-t-il si diffici- lement à produire le pus, ou au moins n’y est-il pas autant disposé que la plupart des autres ? Je l’ignore. Je ne sache pas non plus qu’au milieu des cartilages on ait trouvé des collections de ce fluide. Les inflam- mations du système cartilagineuxsont remarquables, parce qu’elles se terminent rarement ou presque ja- mais par la suppuration, Sympathies. Toutes les espèces de sympathies se font observer dans le système fibreux. Parmi les sympathies ani- males, en voici quelques-unes de sensibilité. i°. Dans certaines périosloses qui n'occupent qu’une petite surface, la totalité du périoste de l’os resté sain , de- vient douloureuse. 2°. A lasuiled’une piqûre, d’une meurtrissure du périoste, souvent la totalité du mem- bre se gonfle, et devient douloureuse. 5°. Dans les affections de la dure-mère, souvent l’œil s’affecte, et ne peut supporter le contact de la lumière, phéno- mène qui peyt aussi dépendre de la communication du tissu cellulaire, comme je l’ai dit, mais qui cer- tainement est quelquefois sympathi ;ue. À0. Dans le 170 SYSTÈME temps ou on fait les extensions pour réduire une luxa- tion, et que les ligamens articulaires souffrent par conséquent, le malade se plaint souvent de douleur dans un endroit du membre très-éloigné, etc., etc. Lfl contractilité est aussi mise en jeu dans les sym- fathiesanirnalesdusystème fibreux. i°. La piqûre du centre phrénique cause, dit-on , dans les muscles fa- ciaux, une contraction d’où naît le rire sardonique. 20. La lésion des aponévroses, la distension des dans les luxations du pied, la déchirure des tendons, sont fréquemment accompagnées demouvemens con- vulsifs des mâchoires , du tétanos même caractérisé. 3°. Une esquille fixée dans la dure-mère détermine des contractionsen divers muscles de l’économie. 4°*Dans les lésionsde l’albuginée,des aponévroses extérieures, on observe souvent de semblables phénomènes. Dans les sympathies organiques du systèmefibreux, tantôt c’est la contractilité organique insensible qui est mise en jeu , tantôt c’est la contractilité organique sensible : voici des exemples du premier cas. i°. La dure- mère étant enflammée , l’inflammation qui sup- pose toujours un accroissement de forces toniques ou de contractilité organique insensible, se manifeste souvent au péricrâné, et réciproquement. 20.L’irri- tation d’une étendue un peu considérable du périoste enflamme souvent et fait suppurer l’organe médul- laire. 3°.Les ligamensarticulairesétantdistendusdans une entorse, toutes les parties voisines, et souvent tout le membre, se gonflent et deviennent un centre d irritation où toutes les forces de la vie* la contrac- tilité insensible en particulier, se trouvent beaucoup plus exaltées qu’.à l’ordinaire, etc. fibreux. 171 D7autres fois c’est la contractilité organique sen- sible qui entre en action. i°. On observoit souvent dans l’opération de la cataracte par abaissement, que la lésion de la sclérotique donnoit lieu à desvomis- semens sympathiques , à des soulèvemens de l’es- tomac , des intestins , etc. 2°. Une forte douleur née dans une partie quelconque, dans le système fibreux en particulier., augmente beaucoup la contractilité organique sensible du coeur, et fait ainsi naître sym- pathiquement une accélération dans le mouvement qu’il imprime au sang. 3°. J’ai vu un homme à qui Desault réduisoit une luxation, et qui, pendant que les ligamens fortement distendus lui occasionnoient les plus vives douleurs, ne put s’empêcher de rendre ses excrémens, tant étoit grande la contraction du rectum. On voit que dans ces sympathies, tantôt c’est le système fibreux qui exerce son influence sur les au- tres, tantôt ce sont les autres qui exercent sur lui leur action. G’est principalement lorsqu’il est tiraillé, lors- que le mode particulier de sensibilité animale dont il jouit, y est fortement mis en jeu , qu’il détermine dans toute l’économie un trouble sympathique re- marquable. Je présume que les anciens considéroient comme des nerfs toutes les parties blanches , les liga- mens, les tendofls, etc., à cause des accidens très- graves qu’ils avoient observés résulter de leur disten- sion dans les entorses, dans les luxations compli- quées du genou, du coude, du coude-pied, luxations qui ne peuvent être produites sans un violent tirail- lement d’une foule de ligamens, de parties aponé- vrotiques, tendineuses, etc. Un coup de sabre qui 172 S Y S T E M E divise les ligamensdu tarse , un corps qui les meur- trit , produisent des accidens bien moins graves qu’une fausse position qui les distend. Ceci nous mène à une belle considération générale, dont l’exa- men des autres systèmes constate aussi la réalité: savoir, que c’est le mode de propriété vitale domi- nante dans un système, qui est mis spécialement en jeu parles sympathies. Comme le mode de sensibi- lité animale, susceptible de répondre aux agens de distension, est ici le plus caractérisé, c’est lui qui joue le rôle principal dans les sympathies fibreuses. ARTICLE QUATRIÈME. Développement du Système Jibreux. § ïîr. État du Système fibreux dans le premier âge. .A. u milieu de l état muqueux de l’embryon, on ne distingue point encore les organes fibreux. Tout est confondu: ce n’est que lorsque déjà plusieurs autres organes sont formes , qu’on en aperçoit les traces. Ceux en forme de membranes se présentent d’abord sous l’aspect de toiles transparentes; ceux disposés en faisceaux paroissent être un corps homogène. En général les fibres ne sont point distinctes dans le premierâge: lesaponé vroses, les membranes fibreuses, les tendons, etc., ne m’en ont offert aucune trace; tout alors semble être uniforme dans la texture des organes fibreux. Dans le. fœtus de sept mois, on com- menceày distinguer insensiblementlesfibres blanches. Rares d’abord, et écartées les unes des autres , elles F I ü R E U x. 173 se rapprochent peu à peu après la naissance, sc dis- posent parallèlement, ou s’entrecroisent en divers sens , suivant l’organe qu’elles finissent enfin par en- vahir entièrement à un certain âge, si je puis me servir de cette expression. C’est surtout au centre phrénique du diaphragme , sur la dure - mère, sur l’aponévrose de la cuisse , qu’on fait facilement ces observations. A mesure que les fibres se développent dans les organes fibreux , ils prennent plus de résistance et de dureté. Dans le fœtus , et dans les premières an- nées, ils sont extrêmement mous, cèdent facilement. Leur blancheur a une teinte toute différente de celle qu’ils affectent à un âge plus avancé : ils sont d’un blanc perlé. Ce n’est que peu à peu qu’ils parviennent à ce degré de force qui caractérise spécialement leur tissu. C’est à cette mollesse , à ce défaut de résistance du système fibreux dans les premières années, qu’on doit attribuer les phénomènes suivans : i°. les arti- culations se prêtent à cet âge à des mouvemens que la roideur des ligamens rend impossibles dans la suite; toutes les extensions peuvent alors se forcer au delà de leur degré naturel. On sait que c’est à cette époque que les faiseurs de tours commencent à s’exer- cer; jamais ils ne pourroient parvenir à exécuter les mouvemens extraordinaires qui nous frappent, si l’ha- bitude n’entretenoit chez eux depuis l’enfance la fa- culté de ces mouvemens. 2°. Les luxations sont en gé- néral rares dans le premier âge, parce que les capsules fibreuses cèdent et ne se rompent pas. 3°. Les entorses ont alors des suites moins funestes. 4°* Les engorge- 174 S Y s T £ m. E mens inflammatoires subjacens aux aponévroses sont rarement susceptibles de ces étranglemens souvent funestes dans un âge adulte. 5°. Cette mollesse du système fibreux s'accommode aussi dans les tendons, les ligamens, les aponévroses, etc., d’uné part à la multiplicité et à la fréquence, de l’autre au peu de force des mouvemens de l’enfant. Je remarque que, quoique le système fibreux ait dans le premier âge une mollesse de texture à peu près uniforme dans toutes les parties qui appar- tiennent au même ordre , il est cependant plus ou moins développé, suivant les régions où il se trouve. En général , quand il appartient à des organes pré- coces dans leur développement, comme au cerveau par la dure-mère, aux yeux par la sclérotique , etc., il a plus de volume, plus d’épaisseur proportion- nellement ; mais ce n’est que sur ses dimensions, et non sur son organisation intime, que portent alors ces différences. Il est vraisemblable que ce mode d’organisation du système fibreux influe, à l’époque qui nous Oc- cupe , sur son mode de vitalité, et par conséquent sur ses maladies. On sait que le rhumatisme, qui pa- roît assez probablement affecter ce système, est rare- ment l’apanage des enfans du premier âge ; que sur cent malades affectés de ces sortes de douleurs, il en est quatre-vingt-dix au moins au-dessus de l’âge de quinze à seize ans. Soumis à l’ébullition , dans le fœtus et dans l’en- fant , le système fibreux se fond avec facilité, mais ne prend point cette couleur jaunâtre, qui est son ■attribut constant, lorsqu’on le fait bouillir dans l’âge fibreux. adulte ; on sait que les gelées des jeunes animaux sont beaucoup plus blanches que celles des animaux avancés en âge. §11. État du Système fibreux dans les âges suivansé A mesure qu’on avance en âge, le système fibreux: devient plus fort, plus dense : il reste , dans l’âge adulte ,comme stationnaire, quoique cependant l’ab- sorption et l’exhalation alternatives des substances nutritives continuent toujours. Ces deux fonctions se distinguent difficilement dans l’état ordinaire ; mais la première est très-apparente, lorsque, par une contusion ou une cause interne quelconque , le pé- rioste, les capsules fibreuses, les ligamens, etc. se gonflent, s’engorgent, etc. La seconde à son tour devient prédominante, lorsque le dégorgement et la résolution surviennent. Dans les vieillards, le système fibreux devient de plus en plus dense et serré ; il cède bien plus difficile- ment à la macération et à la putréfaction. Les dents desanimaux qui s’en nourrissent le déchirent avec plus de difficulté; les sucs gastriques l’attaquent moins facilement. Spallanzani a observé que les tendons, les aponévroses des vieux animaux, étoientbeaucpup plus indigestes que ceux des jeunes. Avec l’âge , la force du tissu fibreux augmeftte; mais sa mollesse diminue : de là la difficulté des mouvemens, leur roideur. Les ligamens , les capsules fibreuses ne per- mettent qu’avec peine aux surfaces articulaires de s’écarter les unes des autres; les tendons ne se plient puisque chaque fibre a sa place propre : on en voit un exemple dans la partie supérieure de l’iliaque , du jambier antérieur, du temporal, etc. Si tous les muscles s’insëroient de cette manière, dix fois plus de surface dans le squelette ne suffiroit pas pour les recevoir. FIBREUX. ARTICLE NEUVIÈME. Des Tendons. TjES tendons sont des espèces de cordes fibreuses , intermédiaires aux muscles et aux os, transmettant aux seconds le mouvement des premiers, et jouant dans cette fonction un rôle absolument passif. § Ier. Forme des Fendons. Communément situés aux extrémités du faisceau charnu , ils en occupent cependant quelquefois le milieu, comme on le voit au digastrique ; presque toujours c’est à l’extrémité la plus mobile qu’ils se rencontrent, celle qui sert d’appui ayant des aponé- vroses pour insertion, comme onle voit spécialement à l’avant-bras et à la jambe, dont tous les muscles implantés en haut sur de larges surfaces osseuses ou aponévrotiques, se terminent en bas par un tendon plus ou moins grêle* De cette disposition résultent i°. peu d’épaisseur à l’extrémité des membres, et par conséquent la facilité de leurs mouvemens; 2°. beau- coup de résistance aux pressions extérieures très- fréquentes en cet endroit, le tissu fibreux étant, comme nous l’avons dit, extrêmement résistant ; 3°. la concentration de tout l’effort d’un muscle sou- vent très-épais sur une surface osseuse très-étroite , et par là même l’étendue, la force des mouvemens de l’os, etc. Les formes tendineuses sont ordinairement arron- dies , sans doute parce que ce sont celles où sous le moins de volume entre le plus de matière. Quel- quefois cependant, comme aux tendons des ex- tenseurs de la jambe, de l’avant-bras, elles sont aplaties. Parfois bifurqués ou divisés en plusieurs prolon- gerons secondaires, les tendons s’implantent aux os, ou bien reçoivent les fibres charnus en deux ou plusieurs points différens. Tous sont recouverts d’un tissu lâche qui leur permet de glisser facilement les uns sur les autres , ou sur les parties voisines. Quel- quefois ce tissu manque , et alors des capsules syno- viales les entourent pour favoriser leurs mouvemens. Leur extrémité où se fixent les fibres charnues re- çoit ces fibres différemment. Quelquefois c’est d’un seul côté qu’elles s’y rendent ; de là les muscles demi- penniformes : d’autres fois c’est des deux côtés en même temps; ce qui constitue les penniformes. Sou- vent le tendon enfoncé dans leur épaisseur ne peut être mis à découvert, que par leur section longi- tudinale. L’adhérence est extrême entre la fibre charnue et la tendineuse. Cependant, en les faisant long-temps macérer, en les soumettant à l’ébullition, elles s’isolent peu à peu l’une de l’autre. J’ai remarqué que dans les jeunes sujets l’union étoit beaucoup moins intime: aussi en raclant à cet âge le tendon avec un scalpel, on en enlève le muscle , sans qu’ensuite il y paroisse ; le poli est presque le même là où s’implantoient les fibres, que là où elles manquent naturellement. L’ex- trémité du tendon fixée à l’os, s’entrelace avec le périoste en s’y épanouissant ordinairement; en sorte que c’est avec cette membrane , et non avec l’os lui- même, que le tendon fait corps, parce qu’en effet SYSTÈME FIBREUX. ce n’est qu’à elle qu’il est identique par sa nature, aussi s’il trouve une membrane analogue, il s’y fixe également, comme on le voit dans l’insertion des muscles droits et obliques à la sclérotique, des ischio et bulbo-caverneux à la membrane du corps caver- neux, etc. En général jamais les tendons ne s’unis- sent qu’aux membranes fibreuses; les séreuses, les muqueuses, tout organe en un mot étranger au sys- tème fibreux leur est aussi hétérogène. § il. Organisation des Tendons. Le tissu fibreux est extrêmement serré dans les tendons; plusieurs paroissent homogènes au premier coup-d’œil; mais en les examinant avec soin, on y distingue bientôt des fibres que réunit un tissu cellu* laire serré et en général très-peu abondant. L’ébullition rend très-sensible ces fibres; lorsqu’on plonge tout à couple tendon dans l’eau bouillante à l’endroit où il a été coupé transversalement, elles prennent un peu plus d’épaisseur à celte extrémité divisée, se renflent pour ainsi dire, et deviennent ainsi très-apparentes. A l’en- droit où elles s’épanouissent pour former une aponé- vrose ou s’unir au périoste, ces fibres se montrent distinctement sans nulle préparation. D’un autre côté, comme on peut toujours, ainsi que je l’ai dit, réduire artificiellement en aponévrose un tendon macéré, et que dans cet état de macération, mou et lâche* il se prête à toutes les formes qu’on veut lui donner, c’est encore un excellent moyen de bien distinguer les fibt *es tendineuses. Dans cette expérience très-simple à répéter, je n’ai jamais vu la forme en spirale des cy- lindres tendineux, dont quelques auteurs modernes SYSTÈME ont parle. Ces fibres sont dans le tendon comme à l’endroit où elles s’en écartent pour former une apo- névrose, c’est-à-dire en ligne droite. Le sang n’aborde presque [oint dans le système vasculaire des tendons; mai s dans cenainesinflamma- tions, ils en sont tout pénétrés. J’ai vu un de ceux des extenseurs, mis à découvert dans un panaris, par un chirurgien de‘campagne, tellement rouge, qu’il avoit l’apparence d’un phlegmon. Cependant je remarquai que cette couleur n’étoit point, comme dans plusieurs autres organes enflammés, dépendante de beaucoup de petites stries rougeâtres, indices des exhalans rem- plis de sang; mais elle étoit uniforme, comme par exemple un corps teint en rouge. En général, il paroît que de tout le système fibreux, ce sont les tendons qui ont le mode de vitalité le moins énergique, et les forces vitales les plus obscures. En les disséquant sur un animal vivant, j’ai trouvé qu’ils avoient exactement la même disposition que sur le cadavre: les sucs blancs qui les pénètrent, ne coulent point sous le scalpel; ils sont secs, s’enlèvent par couches. Ils ne paroissent avoir à eux qu’une température très-foible ; car, en général, le degré de chaleur d’un organe est propor- tionné àla quantité de vaisseaux sanguins qu’il reçoit. Si dans le corps ils sont à la température générale, ce ne peut être que parce que les organes voisins leur communiquent la leur. Il ne se dégage pas dans leur tissu de calorique. Les tendons ont une affinité remarquab’e avec la gélatine, et même avec le phosphate calcaire : là où ils glissent sur un os, et où ils souffrent un grand frottement, ils présentent un endurcissement que les FIBREUX. 207 auteurs attribuent à la pression, en le comparant à l’endurcissement calleux de la plante des pieds, mais qui est dû évidemment à une exhalation dans le tissu tendineux des deux substances pre'cédentes, ex- halation que détermine le mouvement, et d’où naît une ossification véritable. C’est ainsi, comme nous l’avons dit,que se forment les différens sésamoïdes, et la rotule en particulier, os dont le tissu diffère manifestement de celui des autres, parce qu’au milieu de la gélatine et du phos- phate calcaire qui le pénètrent, il lui reste une partie de tissu fibreux , qui n’est point envahie par ces subs- tances , et qui est assez considérable pour que son mode de vitalité et d’organisation tienne autant et plus de celui du système fibreux, que de celui du système osseux. Au reste, si on détache la rotuleou un os sésamoïde quelconque, en y laissant une portion tendineuse de chaque côté, et qu’on les expose à l’action d’un acide, cette substance calcaire est enlevée, les fibres de l’os restent à nu, et on voit qu’elles sont une continuation de celle du tendon qui est alors ramolli. Les muscles de la vie organique ,1a plupart de ceux qui dans la vie animale forment des sphincters, sont dépourvus des tendons. Ce tissu blanc, ces cordes ar- gentées qu’on trouve dans le cœur, n’ont nullement îa nature des tendons des membres. SYSTÈME ARTICLE DIXIÈME. Des Ligamens. N ou s avons distingué les ligamens en ceux à fais- ceaux réguliers, et en ceux à faisceaux irréguliers. § Ier. Ligamens à faisceaux réguliers. Ils se rencontrent en général dans presque toutes les articulations mobiles, sur les côtés spécialement : de là le nom de ligamens latéraux sous lequel la plupart sont désignés. Quelques-uns cependant sont étrangers aux articulations, comme on en voit un exemple dans celui tendu entre les apophyses cora- coïde et acromion, dans ceux qui complètent les di- verses échancrures osseuses, l’orbitaire par exemple. Ces organes forment des faisceaux tantôt arrondis, tantôt aplatis, fixés ou plutôt entrelacés au périoste par leurs deux extrémités, faciles à enlever avec lui dans l’enfance, tenant à l’os dans l’adulte par l’ossi- fication des lames internes de cette membrane. Leur analogie avec les tendons est très-marquée : la différence extérieure est qu’ils tiennent au périoste des deux côtés, tandis que d’un côté les tendons se continuent aux muscles. On voit quelquefois le même organe être tendon à un âge, et ligament à un autre. Cette disposition est remarquable dans le ligament inférieur de la rotule. Cependant il y a, comme nous l'avons remarqué , des différences de composition entre les uns et les autres. Tous résultent d’un assemblage de fibres parai- lèles au milieu, divergentes aux extrémités, unies par un tissu cellulaire plus lâche que celui des tendons, et qui souvent contient quelques flocons graisseux. Cette substance s’y porte quelquefois si abondam- ment, qu’ils prennent un aspect analogue à celui des muscles graisseux : j’ai fait cette observation aux liga- mens du genou d’un sujet d’ailleurs très-maigre. Il y a quelques vaisseaux sanguins dans les liga- mens. Dans certaines maladies des articulations, leur système vasculaire se développe d’une manière très- remarquable, et ils sont pénétrés d’une grande quan- tité de sang : aucun nerf n’y est sensible. Quelquefois le tissu ligamenteux se transforme en une matière lardacée ou toute espèce de fibres dispa- roît, qui revient rarement à son état primitif, et qui se rencontre presque toujours dans des affections or- ganiques, mortelles pour le malade. Les ligamens unissent fortement les surfaces os- seuses , empêchent leur déplacement, et cependant permettent de faciles mouvemens ; double fonction qu’ils remplissent en vertu d’une double propriété, de leur résistance d une part, de leur mollesse et de leur flexibilité d’autre part : quelquefois en dehors ils servent à quelques insertions musculaires. F I B Fi EUX. § II. Des Ligamens à faisceaux irréguliers. Ce sont des fibres irrégulières, parsemées çà et là sur les surfaces osseuses, sans aucun ordre, entre- croisées en divers sens entre le sacrum et l’os iliaque, sur le sommet de l’acromion, etc. On voit plusieurs de ces fibres, qui se trouvent aussi çà et là,autour de plusieurs articulations mobiles ; beaucoup de tissu 210 SYSTÈME FIBREUX. cellulaire les sépare. Elles ne peuvent offrir aucune considération générale. En général, le système fibreux n’ést point aussi ré- gulièrement organisé dans les ligamens qu’il l’est dans les tendons , que le système musculaire l’est dans les muscles, etc. Dans les ligamens, même à faisceaux réguliers, on voit souvent des fibres se porter en dif- férentes directions , s’écarter du faisceau principal, sans aucun ordre bien distinct. SYSTÈME FIBRO-CARTILAGINEUX. T j e système fibro-cartilagineux se compose de divers organes que les analomiste§ ont tantôt placés parmi les cartilages, et tantôt parmi les ligamens, parce qu’en etfet ils participent de la nature des uns et des autres. J’en fais un système moyen aux deux prçcé- dens , dont l’intelligence facilitera celle de celui-ci. ARTICLE PREMIER. Des Formes du Système fibro-cartila- gineux. O n peu distribuer dans trois classes les organes fibro-cariilagineux. La première comprend ceux qui occupent les oreilles, les ailes du nez, la trachée-artère, les pau- pières, etc. Ils sont très minces, comme membraneux, tantôt disposés en un plan uniforme, tantôt recourbés sur eux-mêmes en dilférens sens. Comme leur posi- tion ni leurs fonctions n’ont rien de commun , nous n’en emprunterons point leur dénomination, qui sera tirée de leurs formes. On peut désigner ces subs- tances sous le nom de fibro-cartilages membraneux. Au reste , c’est non - seulement par sa forme , mais encore par sa nature , que cette classe dilfère des autres, comme nous le verrons. 212 SYSTÈME Dans la seconde classe se rangent les substances interarticulaires, qui occupent l’intervalle des arti- culations mobiles , soit que libres en partie dans la cavité', comme celles du genou , de la mâchoire inté- rieure, etc., elles se portent, suivant les mouvemens, en différens sens, soit que, comme celle du corps des vertèbres, elles se fixent d’une manière solide, quoi- que mobile, sur les surfaces osseuses. Ces organes sont en général plus épais que’les précédons, singulière- ment variables dansleur forme, représentant commu- nément des espèces de lames, quelquefois percés à leur milieu dans les cavités articulaires , disposés en faisceaux très-épais, et figurés comme le corps des ver- tèbres à la colonne vertébrale. On peut les désigner sous le nom de fibro-cartilages articulaires. Je rapporte à la troisième classe certaines portions: du périoste ou cette membrane change entièrement de nature, se pénètre de gélatine , et offre un aspect d’abord analogue à celui des cartilages , mais où il est facile cependant de distinguer le tissu fibreux. Ces portions se trouvent dans les gaines tendineuses , où elles facilitent le glissement des tendons, et garantis- sent les os de leur impression. On peut les nommer fibro-cartilages des gaines tendineuses. Ces trois classes de fibro-cartilages, quoique très- analogues, n’ont exactement ni la même structure, ni les mêmes propriétés vitales, ni la même vie; en sorte que le système qu’elles forment n’est point aussi homogène dans ses diverses divisions, que les sys- tèmes osseux, musculaire, animal, etc., etc.' F IBRO-CA RT I LAGI.ÏTEUX» ARTICLE DEUXIÈME. Organisation du Système fibro - cartila- gineuse. § Ier. Tissu propre à VOrganisation du Système- fibro-cartilagineuæ. Le tissu propre à l’organisation du système fibro cartilagineux est composé, comme son nom l’indi- que, d’une substance fibreuse, plus, d’un "véritable cartilage. La substance fibreuse est comme la base de l’or- gane. On distingue cette base d’une manière très- manifeste dans les fibro-cartilages des coulisses ten» dineuses et désarticulations, dans ceux surtout du corps des vertèbres; elle est bien moins apparente dans les fibro-cartilages membraneux. Elle se trouve tantôt entrelacée, tantôt parallèlement disposée. Ea général sa nature est absolument la même que dans le système fibreux, dure, résistante, dense et serrée, de là la force très-grande qu’ont en partage les diffé- rens organes de ce système ; de là, i°. la solidité avec laquelle les vertèbres sont maintenues entre elles 2°. la difficulté de rompre, de déchirer les fibro-carti-- lages du genou , de la mâchoire, de la clavicule, etc. ; 5°. la résistance qu’oppose celui du cubitusaux luxa- tions inférieures de cet os, luxations qui dans les pronations forcées ont beaucoup de tendance à se faire, et qui ne sauroient avoir lieu sans la rupture de ce fibro-cartilage. J’ai vu un exemple d’un dépla-- SYSTÈME cernent semblable non réduit: le fibro-cartilage avoit entièrement disparu. 4°. En ployant les véritables cartilages , ils se cassent à peu près comme une rave: ces organes au contraire se ployent en tous sens, ré- sistent aux agens qui les distendent. 5°. On voit des hommes imprudens soulever des enfans par les pa- villonsdesoreilles, dont les fibro-cartilages supportent avec facilité le poids de tout le corps. Je suis persuadé que c ux du nez pourroient remplir la même fonc- tion. 6°. On sait que dans les anévrismes de l’aorte pectorale ou ventrale, les corps même des vertèbres sont beaucoup plus tôt usés, résistent moins par con- séquent que les substances qui les unissent. La portion cartilagineuse paroît être comme inter- posée dans les fibres , dont elle remplit les intervalles# Elle est très-manifeste surtout dans les fibro-cartilages articulaires et dans ceux des coulissesrc’ est d’elfe qu’ils empruntent la couleur blanchâtre qui les caractérise, l’apparence inorganique que leur section offre en plu- sieurs endroits, l’élasticité qu’ils ont spécialement en partage.Soumis à l’ébullition, les fibro-cartilages arti- culaires, comme ceux des coulisses tendineuses, de- viennent jaunâtres, transparens, se fondent en géla- tine, quoiqu’avec plusde peine que lesvraiscartilages. Quantaux fibro-cartilages membraneux de l’oreille, du nez, de la trachée-artère, de l’épiglotte, des pau- pières, leur composition paroît être très-différente. L’action de l’eau bouillante ne les réduit point à l’état gélatineux , au moins d’une manière sensible;ils res- tent blanchâtres, se ramollissent peu, présentent un aspect tout différent de celui d’un organe fibreux ou des autres organes fibro-cartilagineux bouillis, qui se FIBRO-CARTILAGINEUX. 215 liquéfient, après être devenus jaunâtres et demi-trans- parens. L’inspection des oreilles des animaux qu’on sert sur nos tables le prouve manifestement: jel’ai fré- quemment constaté dans mes expériences. Je connois peu de tissus qui dans l’économie ressemblent à ce- lui-là. Quand il a bouilli un peu long-temps, l’espèce de périoste qui l’enLoure, s’en détache; lui-même se rompt, éclate en plusieurs endroits: les arineauxde la trachée-artère nous offrent surtout un exemple de ce dernier phénomène. Exposé quelques jours à la macération, ce tissu, de blanc qu’il étoit, devient d’un rouge très-apparent. Cette couleur est plus foncée que celle qu’acquièrent dans l’eau les cartilages d’ossification : tient-elle aux mêmes causes? Je l’ignore. Lorsqu’on fait macérer les fîbro-cartilages inter- vertébraux, leurs lames fibreusesprennentaussi cette teinte rougeâtre que je n’ai point vue se manifester dans les autres fibro-cartilages articulaires, notam- ment dans ceux du genou. La dessiccation rend durs et cassans, les fibro-car- tilages membraneux: ils ne prennent point non plus alors la couleur jaunâtre des tendons , des aponévroses desséchés; ils ont un aspect particulier. Soumises à cette expérience, les substances inter- vertébrales prennent une transparence remarquable, diff érente aussi de celledusystème fibreux, sans teinte jaunâtre. Dans les premiers jours de leur macération, ces substances, lorsqu’elles ont été détachées entiè- rement de leurs vertèbres , se gonflent, s’élèvent en formant une espèce de cône creux dont le sommet est représenté parle milieu qui se boursoufle surtout, et SYSTEME la base par la circonférence qui reste à peu près dans l’état naturel. La plupart des fibro-cartilages manquent en général de péricondre: cela est manifeste dans ceux des cou- lisses tendineuses où l’os d’un côté, la membrane sy- noviale de l’autre, revêtent l'organe, dans ceux des articulations que cette membrane entoure des deux côtés ,, dans ceux des vertèbres auxquels correspon- dent seulement les ligamens vertébraux antérieurs et postérieurs. Quantaux fibro cartilages membraneux, il y a sur eux un tissu fibVeux extrêmement distinct ; il est épais, intimement adhérent au tissu propre de l’organe, facile à être bien vu par la macération qui la blanchit d’un manière très-sensible, et qui par là le différencie totalement du tissu fibro-cartilagineux qui est au milieu. En fendant un fibro-cartilage de l’oreille, du nez, celui de l’épiglotte, etc., après qu’ils ont séjourné dans l’eau, ce fait devient très-évident, surtout pendant l’époque où ils ont la rougeur que j’ai indiquée. Le système fibro-carlilagineux paroît avoir à peu près les mêmes rapports avec les sucs digestifs, que les systèmes fibreux et cartilagineux de la nature des- quels il participe; il est difficilement altéré par ces sucs dans l’état de crudité. La coction, en le ramol- lissant, donne plus de prise à leur action: il devient alors plus digestible. En général, il donne un aliment moins propre à la nutrition, que celui fourni par beaucoup d’autres systèmes. Fl BRO-CÀRT IL ÀGI5TEUX. 217 §11. Parties communes à VOrganisation du Sys- tème fibro-cartilagineuoc. Les organes communs des fibro-cartilages sont assez peu prononces; le tissu cellulaire y est en petite proportion, et s y trouve tellement serré, qu’à peine peut-on le distinguer : la macération le rend cepen- dant apparent. Peu de sang pénètre leur système vasculaire dans l’état ordinaire : je m’en suis assuré en disséquant un animal tué exprès par l’asphyxie, maladie ou le sang s’accumulant dans les capillaires intermédiaires aux. artères et aux veines, vers la tête surtout, rend cesca- pillaires extrêmement apparensjmais dans F inflamma- tion, qui du reste est rare dansles libro-cartiiages, ils sont extrêmement injectés. On n’y suit point de nerfs. ARTICLE TROISIÈME. Propriétés du Système fibro-cartilagineux. § 1er. Propriétés physiques. L’élasticité appartient essentiellement à ce sys- tème. Cette propriété est très-manifeste, i°. dans les fibro carlilages des oreilles, lorsqu’on les ploie sur eux- mêmes; 2°. dans ceux du nez, lorsqu’on les tord e11 divers sens; 3°. dans ceux de la trachée-artère, lors- qu’on vient à les comprimer, ou qu’aprèsles avoir coupés longitudinalement, on écarte les bords de la division, comme on le pratique dans la trachéotomie, dont le but est l’extraction d’un corps étranger. Elle remplit un usage important dans l’espèce de vibra- 218 système tion qui se fait dans les premiers lors de la perception des sons , dans les seconds lors de la production de la voix. 4°. C’est en vertu de leur élasticité, que les fibro cartilages articulaires servent comme d’espèces de coussins qui favorisent, en se comprimant, et en revenant ensuite sur eux-mêmes , le mouvement des surfaces osseuses auxquelles ils correspondent, 5°. que ceux des vertèbres en particulier, affaissés pendant le jour, réagissent durant le repos, et ren- dent ainsi la stature du matin supérieure de quel- ques degrés à celle du soir. 6°. Enfin dans le glisse- ment des tendons sur leurs fibro-cartilages, l’élasti- cité de ces derniers favorise le mouvement d’une manière manifeste. Cette élasticité des fibro-cartilages est réunieeneux a une souplesse remarquable; ils se ploient dans tous les sens sans se rompre. Par la première propriété; ds tiennent surtout au système cartilagineux; par celle- ci , ils se rapprochent du système fibreux. Il n’est pas étonnant qu’étant intermédiaires à ces deux systèmes par leur texture, ils le soient aussi par leurs propriétés. § II. Propriétés de tissu. L’extensibilité est assez souvent mise en jeu dans le système fibro-cartilagineux. J’ai vu un polype qui avoit tellement dilaté les ouvertures antérieures, et par conséquent les fibro-cartilages des narines, que leur diamètre étoit au moins triplé en étendue. L’ex- trémité externe et cartilagineuse du conduit auditif présente souvent, par la même cause, une distension analogue. Dans les torsions diverses de la colonne ver- tébrale,la portiondes fibro cartilages correspondante FIBRO-CARTILAGINEUX. à la convexité des courbures, s’alonge bien manifes- tement, tandis que la portion opposée se déprime, etc. Cette extensibilité est au reste soumise, dans beau- coup de cas, à la même loi que dans le système fi- breux, c’est-à-dire qu’elle ne peut être mise en acti- vité que d’une manière lente et insensible. La contractilité de tissu s’observe lorsque, dans les cas dont je viens de parler, la cause de distension disparoît. Ainsi après l’extraction du polype cité, la narine reprit peu à peu son diamètre naturel. J’ai enlevé dans un chien un tendon de sa coulisse, en le coupant à uneextrémité, et en le tirant par l’autre, de manière à laisser intacte et vide la gaine qui le conte- noit : cette gaine et le fibro-cartilage sont peu à peu revenus sur eux mêmes, et la cavité a disparu. Dans le carcinome de l’œil, où on n’enlève pas les pau- pières, les tarses qui s’étoient très-alongés avec ces voiles mobiles, reviennent peu à peu sur eux-mêmes, et reprennent leurs dimensions, après l’extirpation de la tumeur qui les distendoit. Au reste, il faut bien distinguer ces phénomènes de ceux qui sont le'fîro- duit de l’élasticité : ces derniers sont prompts, subits ; fortement distendu, le fibro-cartilage de l’oreille cède un peu , et revient tout à coup sur lui-même: les autres, au contraire, sonl caractérisés le plus sou- vent par une lenteur remarquable. § III. Propriétés vitales. Toutes les propriétés vitales sont très-peu caracté- risées dans les fibro-cartiiages; point de sensibilité ni de contractilité animales dans l’état naturel : la prernièrese développe cependant par l’inflammation. 220 SYSTÈME La sensibilité organique et la contractilité insensible ne sy trouvent qu’au degré nécessaire à la nutrition. Jamais il n’y a de contractilité organique sensible. Cette obscurité dans les propriétés vitales, imprime à tous les phénomènes de la vie des organes qui nous occupent, unelenteurremarquable. J’aiobservé qu’en faisant aux oreilles d’un chien une section longitu- dinale, et en réunissant ensuite les bords de la plaie par un point ou deux de suture, la peau , au bout de peu de jours, est exactement recollée; mais ce n’est qu’au bout d’un temps bien plus long, que la réunion du cartilage s’opère au-dessous, comme on peut le voir en examinant les parties après la réu- nion des tégumens. Je présume que la meme chose arrivoit dans l’opération autrefois usitée de la tra- chéotomie, ou les parties molles formant d’abord la cicatrice, maintenoient en contact les demi-anneaux cartilagineux, qui fmissoient enfin par s’agglutiner entre eux. C’est encore à cette obscurité des propriétés vitales des fibro-cartiîages, à leur peu d’énergie, qu’il faut rapporter sans doute aussi la rareté des maladies de ces organes. Je connois peu de systèmes organiques, dans l’économie animale, qui soient plus rarement affectés que celui des fibro-cartilages du nez, des oreilles, de la trachée-artère, etc. La gangrène les attaquent difficilement; ils ne sont presque pas al- térés par elle, tandis que les parties molles qui les entourent sont déjà toutes noires. On connoit peu l’espèce de fluide qu’ils rendent dans leur suppura- tion. La formation du pus paroit même y être très- rare, vu leur peu d’activité vitale. F I li R ü -C ARTIL A GINEUX. 221 Comme ces organes ne sont presque jamais ma- lades, on ne peut que difficilement connoître leurs sympathies: je n’en puis citer aucun exemple. ARTICLE QUATRIÈME. Développemejit du Système fibro-ccirtila- gineux. § Ier. État de ce Système dans le premier dge« D a n s les premiers temps de l’existence, les fibro- cartilages articulaires sont assez, développés, ce qui paroît être l’effet de la largeur des articulations à cette époque. En effet, comme les extrémités des os sont plus grosses à proportion, pendant qu’elles sont cartilagineuses,quelorsquel’étatosseuxlesaenvahies, les articulations sont aussi proportionnellement plus larges, et les organes qu’elles renferment plus marqués. Les fibro-cartilages des coulisses, qui se trouvent presque tous , comme on sait, situés aux extrémités des os longs, ne sont point, dans le premier âge, distincts des cartilages d’ossification, qui forment alorsces extrémités. Confondus avec eux, ils n’offrent aucune ligne de démarcation lorsqu’on coupe l’os à leur niveau. Cet état subsiste jusqu’à l’entière ossifi- cation; alors les fibro-cartilagesdes coulisses restent isolés comme les cartilages des extrémités osseuses. La portion gélatineuse interposée paroît prédo- miner , chez, l’enfant, sur la portion fibreuse dans les fibro-cartilages articulaires et dans ceux des coulisses. Cela est remarquable dans les substances interverté- braies, où cette espèce de mucilage qui occupe le centr e, est en raison inverse de 1 âge pour la quantité, et où les fibres se prononcent aussi toujours davan- tage. Au pubis, tout est presque homogène chez le fœtus ; les fibres transversales ne deviennent bien ap- parentes que dans un âge plus avancé. Les articula- tions du genou, de la mâchoire, etc., nous présentent, dans hurs fibro-cartilages ,1a même disposition. L’é- bullition en extrait alors une quantité beaucoup plus grande de gélatine ; ils ont plus l’aspect lisse des car- tilages. Les fibro-cartilages membraneux se développent en général de bonne heure, ceux de l’oreille, des jeux et du nez spécialement. On les voit très-pro- noncés dans le fœtus. J’ai observé sur deux acéphales, que, comme toutes les autres parties de la face, ils avoiemun volume extrêmement remarquable, et bien supérieur à celui de l’état ordinaire. Au reste , tout le système fibro cartilagineux est, dans le fœtus, ex- trêmement mou , souple et peu résistant. 222 SYSTÈME § II. Etat du Système fibro-cartilagineux dans les âges suivans. Ce système se fortifie à mesure qu’on avance en âge : dans le vieillard , il devient dur, difficile à céder par la nature particulière que prennent ses substances nutritives.C’està cet tecirçonstance qu’il faut attribuer i°. la roideuret l'inflexibilitéde la colonne vertébrale, dont lesfibro cartilages maint iennent toutes les pièces dans une espèce d’immobilité ; 2°. une partie des dif- ficultés que le vieillard éprouve à entendre les sons , la conque ne pouvant plus vibrer et les réfléchir aussi HBR O-C ARTILAG1NEUX. bien j 3Q.la moindre susceptibilité de ses narines pour se dilater, leurs fibro-cartilages cédant moins à l’effort musculaire qui,du reste , est aussi moindre;4°» les difficultés du glissement des tendons, leurs coulisses étant beaucoup moins souples, etc. Les fibro-cartilages ont , en général, beaucoup moins de tendance à s’ossifier chez le vieillard , que les cartilages proprement dits. Les membraneux ne m’ont jamais offert ce phénomène : peut-être cela tient-il chez eux à cette texture particulière, et même à la différence des principes qui entrent dans leur composition, à la petite quantité de gélatine qu’on y trouve. Parmi les articulaires, il n’y a guère que ceux des vertèbres qui quelquefois se pénètrent de phos- phate calcaire; ce qui est rare cependant. Ceux des coulisses sont comme les cartilages des articulations mobiles, ils gardent constamment leur nature ; seule- ment dans l’extrême vieillesse , leur épaisseur paroît un peu diminuer par l’ossification de leurs lames qui correspondent à l’os; ce qui du reste, est très-peu sensible. SYSTEME MUSCULAIRE DE LA VIE ANIMALE. Ij e système musculaire général est bien manifes- tement divise en deux grandes sections, différentes essentiellement l’une de l’autre, par les forces vitales qui les animent, par leurs formes extérieures, par leur mode d’organisation , et surtout par les usages qu’ils remplissent, les uns dans la vie animale, les autres dans la vie organique. Nous né les considére- ronsdonc pointensemble. Commençons par l’examen des muscles de la vie animale : ceux-ci sont répandus en très-grand nombre dans le corps humain. Aucun système ne forme, par son ensemble, un volume plus considérable ; aucun n’occupe plus dé place dans l’économie. Outre les régions nombreuses que rem- plissent les muscles, ils forment un plan généralement répandu sous la peau , qui partage, pour ainsi dire, les fonctions de cet organe , protège comme lui les parties subjacentes, essuie impunément comme lui l’action des corps extérieurs, peut même être divisé dans une étendue plus ou moins considérable, sans que les fonctions générales de la vie en souffrent sen- siblement; ce qui le rend très-propre à défendre les organes plus profonds, dont la lésion seroit funeste. SYSTÈME MUSCULAIRE, 6tC. ARTICLE PREMIER. Des Formes du Système musculaire de la Vie animale. Sous le rapport de leurs formes extérieures, les muscles peuvent se diviser, comme les os, en mus- cles longs, larges et courts. Leur disposition varie suivant ces trois formes générales. § 1er. Formes clés Muscles longs. Les muscles longs occupent en général les mem- bres, à la conformation desquels la leur est accom- modée. Séparés de la peau par les aponévroses, de l’os par le périoste, ils se trouvent comme dans une espèce de gouttière fibreuse qui les retient fortement, et où ils sont disposés par couches plus ou moins nombreuses, dont les profondes se trouvent assujet- ties dans leur place par les superficielles , qui, à leur tour, ont les aponévroses pour les maintenir. Ils sont très-longs dans celles-ci; communément ils y appar- tiennent aux mouvemens de trois ou quatre os, et même davantage, comme le couturier, îês demi-ten- dineux et membraneux, le biceps, les fléchisseurs, les extenseurs, nous en offrent des exemples. A mesure qu’ils deviennent plus profonds, ils sont aussi plus courts et presque toujours destinés seulement aux mouvemens de deux os, comme le brachial antérieur, les adducteurs, le pectiné,etc. en sont la preuve. Des couches celluleuses les séparent; elles sont lâches là où s’exercent de grands mouvemens, plus 226 SYSTÈME MUSCULAIRE serrées là où ces mouveraens sont moindres, très- épaisses là où des vaisseaux et des nerfs glissent entre les faisceaux musculaires. Souvent des espaces plus ou moins larges, remplis de tissu cellulaire, éloignent ces faisceaux les uns des autres. Ondistingue les mus- cles longs en simples et en composés. Ils sont simples quand un seul faisceau entre dans leur formation, composés quand ils résultent de l’assemblage de plu- sieurs. Ces faisceaux se comportent alors de deux manières différentes : tantôt en effet c’est en haut du muscle qu’est sa division , comme on le voit aux biceps brachial et fémoral; tantôt c’est inférieurement du côté le plus mobile que cette division se ren- contre, comme aux muscles fléchisseurs et exten- seurs de la jambe et de l’avant-bras. Souvent isolés les unsdes autres, les muscles longs tiennent quelquefois ensemble par des aponévroses moyennes, qui confondent une portion plus ou moins considérable de deux, trois et même quatre de ces organes voisins. L’origine des muscles des tubérosités interne etexterne de l’humérus présente cettedispo- sition, d’où résulte un avantage essentiel dans les mouvemensgénéraux du membre.- Alors en effet la contraction de chaque muscle sert, et à faire mouvoir en bas le point mobile auquel il s’attache, et à affermir en haut le point fixe des muscles voisins qui se con- tractent en même temps que lui. Tout muscle long est en général plusépais dans son milieu qu’à ses extrémités , forme qui tient au mode d’insertion des fibres charnues, lesquelles naissant en haut et se terminant en bas, successivement les unes au-dessous des autres, sont d’autant moins nom- breuses qu’on les examine plus près de chaque ex- trémité, tandis qu’au milieu elles se trouvent toutes juxta-posées. Le droit antérieur, le long supinateur, les radiaux externes, etc., présentent d’une manière manifeste cette conformation. Il est une espèce particulière de muscles longs, qui n’a aucune analogie que l’apparence extérieure, avec celle des muscles des membres. Ce sont ceux couchés en avant et surtout en arrière de l’épine. Quoique simples au premier coup d’œil, ces muscles présentent autant de faisceaux distincts qu’il y a de vertèbres. Le transversaire épineux, le long du cou ; le sacro-lombaire, etc., représentent bien un faisceau alongé comme le couturier , le droit antérieur de la cuisse, etc.; mais la structure de ce faisceau n’a rien de commun avec celle de ces muscles ; c’est une suite de petits faisceaux, qui ont chacun leur ori- gine et leur terminaison distinctes, et qui ne parois- sent confondus en un seul muscle que parce qu’ils sont juxta-posés. DE LA VIE ANIMALE. § II. Formes des Muscles larges. Les muscles larges occupent en général les parois des cavités de l’économie animale , celles de la poi- trine et du bas-ventre spécialement. Ils forment en partie ces parois, garantissent les organes internes, en même temps que par leurs môuvemens ils aident à leurs fonctions. Leur épaisseur est très-peu marquée; la plupart représentent des espèces de membranes musculeuses, tantôt disposées par couches, comme à l’abdomen, tantôt appliquées sur des muscles longs,comme dan;> SYSTÈME MUSCULAIRE. le dos : ils sont, dans le premier cas , d’autant plus étendus qu’on les examine plus superficiellement. Toutes les fois qu’un muscle large naît et se ter- mine sur une des grandes cavités, il conserve par- tout à peu près sa largeur, parce qu’il trouve pour ses insertions de grandes surfaces. Mais si d’une ca- vité il se porte à un os long, à une apophyse peu éten- due , alors ses fibres se rapprochent peu à peu ; il perd de sa largeur, augmente en épaisseur, et se termine par un angle auquel succède un tendon, qui concentre en un espace très-petit des fibres largement disséminées du côté de la cavité. Les grands dorsal et pectoral nous présentent un exemple de cette disposition, que l’on rencontre aussi dans l’iliaque, le moyen, le petit fessiers, etc. Les muscles larges de la cavité pectorale ont une disposition particu- lière que nécessitent les côtes; leur origine se fait par des languettes fixées à ces os, et séparées par les in- tervalles qui se trouvent entre eux. Les muscles larges sont le plus souvent simples; rarement plusieurs se réunissent pour former des muscles composés. Diverses couches celluleuses les séparent, comme les muscles longs; mais ils ne sont presque jamais comme eux recouverts par des apo- névroses; le plus grand nombre est simplement sub- jacent aux tégumens : la raison en est que leur forme les met naturellement à l’abri de ces déplacemens dont nous avons parlé à l’article des aponévroses, et qui, sans ces membranes, seroierit si fréquens dans les muscles longs. Je ne sache pas qu’on ait jamais observé la crampe dans ceux qui nous occu- pent. Lorsque les muscles abdominaux sont à dé- D J5 LA VIE ANI1ALE, couvert par des incisions faites aux tégumens d’un animal vivant, j’ai remarqué qu’en se contractant, la masse de chacun conserve la même place. § III. Formes des Muscles courts. Les muscles courts sont ceux dont les trois di- mensions à peu près égales, offrent une épaisseur proportionnée à leur largeur et a leur longueur. Ils se trouvent en général dans les endroits où il faut, d’un côté, beaucoup de force, de l’autre, peu d’é- tendue de mouvement ; ainsi autour de l’articula- tion lemporo-maxillaire le masseter et les ptérygoï- diens, autour de l’ischio-fémorale le carré, les ju- meaux , les obturateurs même , etc., autour de la scapulo-humérale les susépineux et petit rond , dans la main les muscles des éminences thénar et hypo- tbénar, au pied divers faisceaux charnus, à la co* lonne vertébrale les interépineux , à la tête les pe- tits et grands droits antérieurs, postérieurs et laté- raux , présentent plus ou moins régulièrement la forme qui nous occupe, et remplissent le double but que je viens d’indiquer, d’un côté par le nombre très-considérable, de l’autre parla brièveté de leurs fibres. Lesmuscles courts sont, plus souvent que les larges, unis les uns aux autres , soit dans leur origine, soit dans leur terminaison , comme on le voit au pied et à la main. Tantôt ils affectent la forme triangulaire, comme dans ces deux parties; tantôt ils s’approchent de la forme cubique , comme le masseter, les pléry- goidiens nous en présentent un exemple. En général, ils sont rarement recouverts par des aponévroses , SYSTÈME MUSCULAIRE. sans doute parce que la brièveté de leurs fibres les rend peu susceptibles de grands déplacemens. Au reste, la division des muscles en longs,en larges et en courts, est, comme celle des os , sujette à une infinité de modifications. En effet, plusieurs de ces organes affectent des caractères mixtes : ainsi le sou- scapulaire , le sonsépineux sont-ils intermédiaires à la forme large et à la forme courte ; ainsi le crural , les jumeaux de la jambe , etc., ne peuvent-ils préci- sément se rapporter ni aux muscles longs, ni aux muscles larges. La nature varie , suivant les fonctions des organes, la conformation des agensde leurs mou- vemens, et sa marche ne nous permet que d’établir des approximations dans nos divisions anatomiques. ARTICLE DEUXIÈM E. Organisation du Système musculaire de la Vie animale. Xj a partie propre au muscle est ce qu’on nomme communément la fibre musculaire; les vaisseaux, les nerfs, les exhalans et absorbons, le tissu cellu- laire, qui est très-abondant autour de cette fibre, forment ces parties communes. § Ier. 'JTissu propre à lorganisation du Système musculaire de la Vie animale. La fibre musculaire est rouge , mollasse, d’une grosseur uniforme dans les grands et dans les petits muscles , tantôt disposée en faisceaux f rès-apparens et isolés les uns des autres par des sillons remar- DE LA VIE ANIMALE. quables, comme au grand fessier, au deltoïde , etc., tantôt plus egalement juxta-poséc , comme dans la plupart des muscles larges , toujours réunie à plu- sieurs autres fibres de même nature qu’elle, facile par cette réunion à être distingue'e à l’œil nu , mais se deVobant même aux recherches microscopi- ques lorsqu’on veut l’examiner d’une manière iso- lée, tant est grande sa ténuité. Malgré cette ténuité extrême, on a fait dans le siècle passé une infinité de recherches pour déterminer avec précision le vo- lume de cette fibre. On peut lire sur ce point le ré- sultat des travaux de Leuwenoek, Muysk , etc. Je n’exposerai point ici ce résultat, parce que la science ne peut en tirer aucun parti, et qu’on ne sauroit compter sur son exactitude : que nous importe d’ail- leurs le volume précis de la fibre musculaire ? sa connoissance n’ajouteroit rien aux notions physio- logiques sur le mouvement des muscles. Toute fibre musculaire parcourt son trajet, sans se bifurquer ni se diviser en aucune manière, quoi- que plusieurs l’aient prétendu ; elle se trouve seule- ment juxta-posée à celles qui l’avoisinent, eL non en- trelacée, comme il arrive souvent dans le système fibreux : disposition qui étoit nécessaire aux rnouve- mens isolés quelle exécute ; car la contraction gé- nérale d’un muscle est l’assemblage d’une foule de contractions partielles , toutes distinctes et indépen- dantes les unes des autres. La longueur des fibres charnues varie singulière- ment. Si on examine en général la masse qu’elles forment par leur ensemble, on voit que cette masse a tantôt beaucoup plus d’étendue quela portion tcn- SYSTÈME MUSCULAIRE dîneuse du muscle, comme au biceps, au coraco- brachial, au droit interne de la cuisse ; que tantôt elle lui est bien inférieure en longueur, comme aux plantaire et palmaire grêles , etc.; et que quelquefois elle est en proportion presque égale,comme aux ra- diaux externes, etc. Si de l’examen de la masse char- nue , on passe à celui des fibres isolées qui la compo- sent , on voit que la longueur de la première est rarement la même que celle des secondes. Il n’y a guère que le couturier et quelques muscles analogues, ou les fibres parcourent toute l’étendue de la masse charnue ; dans presque tous les autres , elles se trou- vent obliquement disposées entre deux aponévroses, ou entre un tendon et une aponévrose; en sorte que, quoique chacune d’elles soit assez courte , leur en- semble est très-long, comme on le remarque au droit antérieur de la cuisse , au demi-membraneux f etc. Cette disposition peut aussi résulter de diverses in- tersections tendineuses qui coupent à différentes dis- tances la longueur des fibres. En général, les muscles qui doivent leur longueur à de longues fibres , ont beaucoup d’étendue et très-peu de force de mouve- ment; tandis que ceux à fibres courtes, mais multi- pliées de manière à assurer beaucoup de longueur à leur totalité , sont remarquables par une disposition opposée. En voici la raison : toutes les fibres étant également grosses , quelle que soit leur longueur , ont le même degré de force : donc il est évident que cette force considérée dans un muscle en totalité , est mesurée par le nombre de ses fibres. D’un autre côté, plus une fibre est longue, plus elle se raccourcit danssa contraction: donc, en se contractant, un muscle DE L A VIE ANIMALE. rapproche d’autanl plus Tune de l’autre ses deux at- taches, que ses fibres sont plus longues. Toutes les fibres des muscles volontaires sont droites, celles des sphincters exceptées. Elles se trou- vent ou parallèles, comjne dans les rhomboïdes, ou obliquement situées les unes par rapport aux autres, comme dans le grand pectoral. Quelquefois dans le même muscle plusieurs plans se croisent suivant des directions différentes,comme le masseter en offre un exemple; mais cet entrecroisement est tout différent de celui des muscles involontaires où il y a de plus entrelacement de fibres, tandis qu’ici on ne voit que des faisceaux à direction différente , juxta-posés les uns aux autres. Je ne parlerai point ici delà figure cylindrique selon les uns, globuleuse selon les autres, de la fibre char- nue; l’inspection ne nous apprend rien sur ce point : comment donc a -t-on pu en faire un objet de recher- ches, et émettreuneopinionquinepeutavoiraucune hase réelle. Disons-en autant de la nature intime de cette fibre, sur laquelle on a tant écrit. Elle nous est inconnue, et tout ce qu’on a dit sur sa continuité avec les extrémités vasculaires et nerveuses, sur la cavité dont on l’a prétendue creusée, sur la moelle qui, selon quelques-uns, la remplit, etc., n’est qu’un assem- blage d’idées vagues, que rien de positif ne confirme, et auquel un esprit méthodique ne sauroit s’arrêter. Commençons à étudier la nature là où elle com- mence à tomber sousnos sens. Je compare les re- cherches anatomiques sur la structure intime des organes, aux recherches physiologiques sur les causes premières des fonctions. Dan'» les unes et les autres, SYSTÈME MUSCULAIRE nous sommes sans guides, sans données précises et exactes : pourquoi donc nous y livrer? Tout ce que nous pouvons savoir sur la nature de la libre musculaire, c’est qu’elle est particulière, qu’elle n est identique ni à celle des nerfs , ni à celle des vaisseaux , ni à celle des tendons ou du tissu cel- lulaire ; car ou il y a identité de nature, il doit y avoir identité de propriétés vitales ctde tissu.Or nous verrons que tous ces systèmes diffèrent essentielle- ment, sous ce point de vue,les uns des autres: donc il ne peut y avoir entre eux d’analogie sous le rapport de la nature, d’ou dérivent toujours les propriétés. Le tissu musculaire est remarquable par sa mol- lesse, par son peu de résistance. C’est par là qu’il est essentiellement différent du tissu fibreux. Il se rompt avec facilité sur le cadavre. Sur le vivant, cette rup- ture est rare, parce que la contraction où il se trouve dans tous les efforts vioIens,lui donne une densité dont il emprunte un surcroît énorme de résistance , mais qu’il perd dès qu’il n’est plus dans cet état de contraction. Cependant il est des exemples de rup- tures musculaires : c’est principalement aux muscles droits et carrés de l’abdomen qu’on en a observé. J’en ai vu une à ce dernier. Remarquez que lui et tous ceux placés entre les côtes et le bassin, sont très- disposés, parleur position , à ces ruptures. En effet, quand le bassin et la poitrine sont portés en sens in- verse, ces muscles S'ont d’autant plus violemment tendus, que dans ces mouvemens toute la partie supé- rieure du corps représente, avecla poitrine, un grand levier qui se meut en sens opposé d’un autre grand levier que forment le bassin et toutes les parties infé- D E L A VIE ANIMALE. rieures : or, par leur longueur, ces leviers sont sus- ceptibles de recevoir un très-grand mouvement, de le communiquer par conséquent aux muscles abdomi- naux qui sont étendus entre eux deux, et qui servent à les unir. Voilà comment, dans une violente incli- naison à droite, le carré du côté gauche peut être déchiré, etc. Observez que peu de muscles dans l’é- conomie se trouvent entre deux leviers aussi grands, sont susceptibles par conséquent d’être autant dis- tendus, et surtout de l’être avec une force plusgrande que celle de leur contraction :car toute rupture mus- culaire suppose l’excès du mouvement extérieur qui distend , sur celui des libres charnues qui se res- serrent pour s'opposer à la distension. Si les efforts extérieurs se concentroient sur un muscle seul, ils pourroient plus souvent en vaincre la résistance; mais presque toujours plusieurs partagent et l’effort à sup- porter , et la résistance à oppposer. Composition du Tissu musculaire. Le tissu musculaire a été, pour les chimistes, un objet de recherches plus spécial que la plupart des autres tissus organiques. Ils l’ont examiné sous tous les rapports. Je renvoie à leurs ouvrages , à celui du cit. Fourcroy surtout , pour tout ce qui n’est pas strictement relatif à la nature de ce tissu, pour tout ce qui regarde les conséquences non applicables à la physiologie, qu’on peut tirer de la connoissancc des principes qui entrent dans sa composition. Exposé à l’action de l’air, le tissu musculaire s’y comporte de deux manières : i°. il se dessèche , si on le coupe en tranches minces et susceptibles d’une SYSTEME MUSCULAIRE prompte évaporation des fluides qu’il contient. Alors, son aspect est d’un brun obscur; ses fibres se serrent les unes contre les autres ; il s’amincit, devient dur et cassant. Si on le replonge dans l’eau quelques jours, et même quinze ou trente jours après sa dessiccation, il reprend sa mollesse et sa forme primitives, offre une teinte moins foncée. L’eau qui a servi à ce ramollis- sement est plus ou moins fétide, et semblable à celle des macérations. 2°. Laissé en masses trop épaisses au contact de l’air , le tissu musculaire ne peut se des- sécher , il se pourrit. Aussi pour préparer les pièces anatomiques par dessiccation, a-t-on soin de diminuer l’épaisseur des plans charnus, ou de les disposer de manière à ce que l’air puisse les pénétrer par-tout. La putréfaction est inévitable si l’air est humide, si l’évaporation des fluides n’est pas assez prompte pour produire la dessiccation. En se putréfiant, le muscle prend une couleur verte, livide; il exhale une odeur infecte. Sous l’influence des mêmes circonstances, il se pourrit beaucoup plus vite que les systèmes fibreux, cartilagineux, fibrocartilagineux. L’odeur qu’il exhale alors est aussi très-différente de celle de ces systèmes: souvent une lueur phosphorique s’en échappe. Un putrilage épais , oh toutes les fibres ont presque dis— pawu, remplace le muscle , lorsque la putréfaction est avancée. Peu à peu ce putrilage s’évapore* en partie, et il reste un résidu brun-noirâtre qui se dessèche et devient dur et cassant, à peu près comme le muscle desséché dans l’état ordinaire, quoique cependant l’aspect soit bien différent. Exposé à l’action de l’eau, le muscle éprouve des phénomènes différons, suivant qu’elle est chaude ou roide. L’eau froide lui enlève d’abord sa couleur rouge, dont elle paroit dissoudre le principe. Pour obtenir promptement ce phénomène , il faut exposer la chair, d’abord par couches minces, à l’action d’une eau qu’on renouvelle souvent, en plaçant par exemple cemusclesous le robinet d’une fontaine, au courant d’une rivière, ou, ce qui vaut encore mieux, en le traitant par l’expression souvent répétée de l’eau dont on l’imbibe ; car si on le garde dans un bocal, son exte'rieur seul blanchit un peu , l’intérieur con- serve sa couleur. L’eau qui a servi à laver un muscle est rougeâtre, et ressemble à du sang étendu de ce fluide: elle contient la substance colorante, plus un peu de substance extractive, de la gélatine, etc. Je crois que, de tous les organes, le muscle est celui auquel on enlève le plus facilement sa couleur par les mé- thodes artificielles. Devons-nousnousétonner, d’après cela, si la nature fait varier si manifestement et si fréquemment cette couleur par les phénomènes de la nutrition, comme nous aurons bientôt occasion de le faire remarquer ? Conservé dans l’eau à une tempé- rature modérée,le tissu musculaire reste long-temps k s’y ramollir ; il en vient enfin là, et se change succes- sivement couche par couche en une espèce de pu- trilage, très-différent cependant de celui qui se forme à l’air libre, comme je l’ai fréquemment observé en mettant macérer les muscles dans une cave dont la température est uniforme. D’autres fois, au lieu de se putréfier ainsi, le muscle se change, comme la remarqué le cit. Fourcroy, en une substance analogue au blanc de baleine: alors sa fibre est dure, solide. Mais il s’en faut de beaucoup que tous les muscles DE LA VIE ANIMALE, conservés dans l’eau présentent ce phénomène. Quand il a lieu, très-souvent une espèce de produit rougeâtre, disséminé d’espace en espace sur la surface du muscle , et qui est un effet manifeste de la décomposition , annonce et ensuite accompagne cet état, sans lequel il a aussi souvent lieu. Les macérations des amphi- théâtres présentent souvent ce produit. Lorsqu’on a enlevé aux muscles leur substance colorante par des lotions répétées, il reste un tissu blanc fibreux, dont on peut extraire encore par l’é- bullition de l’albumine qui s’élève en écume, de la gélatine qui se prend par le refroidissement, une por- tion de matière extractive qui offre une couleur foncée en se concentrant, et quelques sels phospho- riques. Quand toutes ces substances ont disparu, le résidu du muscle est une substance fibreuse, grisâtre, indissoluble dans l’eau chaude, dissoluble dans les acides foibles, donnant beaucoup d’azote par l’action de l’acide nitrique, et présentant tous les caractères delà fibrine du sang. Il paroît, comme l’a remarqué le cit. Fourcroy, que cette substance est vraiment la substance nutritive du muscle, celle qui, exhalée et absorbée sans cesse, concourt à ses phénomènes nutritifs plus que toutes les autres : elle compose l’es- sence du muscle, le caractérise spécialement, comme le phosphate calcaire est la matière nutritive caracté- ristique des os. Cette substance est-elle formée dans le sang, et de là portée dans le muscle, ou bien est-elle formée dans le muscle par la nutrition, et de là re- portée dans le sang? Je l’ignore. Quoi qu’il çn soit, elle paroit éprouver de très-grandes variétés dans son exhalation et dans son absorption,, L’état de laxiie, SYSTEME MUSCULAIRE DELA VIE ANIMALE. de cohésion, les apparences mille fois variées du tissu musculaire, paroissent tenir en partie à ces variétés de proportion. Ainsi le phosphate calcaire ou la gé- latine, diminués par la nutrition , donnent-ils aux os de la mollesse ou de la friabilité. C’est dans cette portion fibreuse et essentielle du muscle, que réside essentiellement la faculté de se crisper par Faction du calorique, soit en plongeant un muscle dans l’eau bouillante, soit en l’approchant du feu; car cette crispation est aussi sensible dans le muscle privé de sa substance colorante , de sa gélatine, de son albu- mine, et même d’une portion de sa substance extrac- tive, que dans le muscle ordinaire. Il y a en général un rapport constant entre la quantité de cette subs- tance fibreuse contenue dans les muscles, et la quan- tité qu’en renferme le sang. Dans les tempéra mens forts , vigoureux, sanguins, comme on ledit, les muscles sont épais et bien plus fibreux. Dans toutes les cachexies lentes où le sang est appauvri, où le pouls est petit, foible, et où la nutrition musculaire a eu le temps de se ressentir du peu de fibrine du sang, les muscles sont petits, foibles, mous, etc. En général, les muscles et le sang sont toujours en rapport constant, tandis que d’autres systèmes pré- dominent souvent, pendant que ce fluide semble être dans Féconomie en moindre quantité. Exposé longuement à l’ébullition, comme dans le bouilli ordinaire, le tissu musculaire, uni encore aux organesadjacens, à ses parties communes, donne, i°. une écume albumineuse qui paroît dépendre plus delà lymphe des cellules que du muscle lui-même; z°. beaucoup de gouttelettes graisseuses provenant SYSTÈME MUSCULAIRE 240 aussi spécialement du tissu cellulaire.,, presque étran- gères au tissu du muscle par conséquent, et qui nagent à sa surface; 3°. de la gélatine formée surtout par les intersections aponévrotiques; 4°- mie substance ex- tractive qui colore en partie le bouillon, lui donne un goût particulier, et reste en partie adhérente à la chair à laquelle elle communique une teinte foncée toute différente de celle des chairs crues, teinte qui dépend aussi de la substance colorante du muscle, et qui du reste se change, lorsque le bouillon refroidit, en une teinte moins foncée , et même comme blan- châtre ; 5°. differens sels qui concourent beaucoup à la saveur du bouillon, etqueles chimistes ont assignés. Yoilàlesphénomènesnaturelsderébullitiondu muscle. L’analyse plus étendue du bouilli n’est pas de mon ressort; mais ce qui ne doit pas nous échapper ici, ce sont les phénomènes dont la libre est le siège pendant que les produits précédons sont extraits, soit d’elle, soit des tissus environnans. Ces phéno- mènes peuvent se rapporter à trois périodes. i°. Tant que l’eau n’est que *ède, et même un peu au-dessus de la température du corps, elle laisse le tissu mus- culaire dans le même état, le ramollit même un peu. 2Û. Quand elle approche du degré d’ébullition , qu’elle commence à se charger d’écume albumineuse, il se crispe, se condense, se resserre, donne au mus- cle une densité très-supérieure à celle qui lui est na- turelle, et augmente beaucoup sa résistance. J’ai ob- servé que les muscles dans cet état supportent des fardeaux bien plus pesans que dans l’état naturel. Ils se rapprochent pour ainsi dire de cet te densité remar- quable qui les caractérise pendant qu’ils se contractent DE LA VIE ANIMALE. sur le vivant, et qui s’oppose si efficacement à leur rupture. Cette condensation du tissu musculaire, qui est prompte, subite, augmente un peu jusqu’à l’instant de l’ébullition où elle est à son plus haut degré; elle s’y tient pendant un certain temps. 3°. Peu à peu elle diminue, les fibres se ramollissent, de- viennent plus faciles à se déchirer que dans leur état ordinaire. Ce ramollissement, à l’opposé de l’endur- cissement qui précède, se produit lentement et par gradation. Quand il est à un certain degré, la coction est suffisante pour nos tables. Remarquez qu’alors le muscle n’est point revenu à l’état où il se trouvoit avant son endurcissement; entre autres phénomènes qui l’en distinguent, en voici un essentiel: il a perdu la faculté de se crisper, de se racornir, soit dans les acides très-concentrés, soit dans l’acool, soit surtout sous l’action vive du calorique auquel on l’expose de nou- veau. Il se pourrit en général plus difficilement. Sa pu- tréfaction ne donne point la même odeur. On sait com- bien sa saveur diffère. Les priucipesqu’il a perdus sont sans doute une des grandes causes de ces différences. Quand le muscle est exposé à un feu nu , comme dans le rôtissage, l’albumine s’y condense, la géla- tine se fond, la fibrine pénétrée de sucs s'attendrir, la substance extractive s’écoule en partie avec la gélatine et avecdessels tenus en dissolution: c’est ce qui forme le jus qui est, comme on sait, très-différent de la graisse fondue. L’extérieur de la viande reste plus dense que l’intérieur; il.est coloré par la substance extractive. L’intérieur perd en partie sa couleur naturelle; sa con- sistance, son goût, sa composition même changent entièrement.Lesfibresont,commedansl’ébullition , SYSTÈME MUSCULAIRE. perdu la faculté de se resserrer , de se crisper par les forts excitans et surtout par le feu. Aucune partie dans l’économie animale n’est plus altérable par les sucs digestifs que les muscles. Pres- que tous les estomacssupportent le bouilli, tandis que plusieurs répugnent à d’autres organes cuits. Les ani- maux carnassiers se jettent de préférence sur les muscles de leur proie, que sur les viscères pecto- raux et gastriques. La chair musculaire est pour la plupart des peuples, l’aliment le plus fréquent, celui dont ils ne se dégoûtent jamais ; elle paroit être le plus nourrissant de tous ceux que fournissent les tissus divers des animaux : est-ce, comme on le dit, parce qu’il contient le plus d’azote? Quelle qu’en soit la rai- son c’est une observation remarquable que ce rôle gé- néral que joue le système musculaire dans la digestion de tous les carnivores, de l’homme en particulier. Ce- pendant toutes les parties de ce système ne paroissent pas également propres à flatter le goût des animaux. Par exemple, c’est une observation singulière, que les cadavres apportés dans nos amphithéâtres, et que les rats ont attaqués dans les cimetières, se trouvent tou- jours presque exclusivement rongés dans les muscles de la face. Observez, à l’égard de cet usage des muscles dans la digestion, que c’est la portion du système fibreux qui est adhérente aux muscles, et qui fait, pour ainsi dire, corps avec eux, je veux dire les tendons» qui est la plus altérable par la macération, par l’ébul- lition , et sans doute par les sucs digestifs. Remar- quez encore que la grande masse que représentent les muscles dans le corps de tous les animaux dont DE LA VIE ANIMALE, ils forment plus du tiers, offre aux espèces carni- vores d’amples mate'riaux à leur nutrition; ainsi la nature, en multipliant ces organes pour les besoins de l’individu qu’ils meuvent,semble-t-elle les multi- plier aussi pour ceux des individus que celui-ci doit un jour nourrir. En les formant dans chaque espèce, elle travaille pour les autres espèces autant que pour celle-là. Qui sait si ce but général que l’observation nous présente dans la série de tous les animaux, n’est pas la cause de cette pt édominance.remarquable que les muscles présentent sur les autres systèmes? Qui sait si la nature n’eût pas diminué les puissances de la mécanique animale qui sont et si nombreuses et si compliquées encomparaisondecellesdenos machines artificielles, qui sait si elle n’eût pas simplifié les moyens en laissant les mêmes résultats, si les mou- vemens des animaux avoient été l’objet unique de la formation des muscles? Le sexe influe beaucoupsurla qualitédela chair des animaux. Jenecrois pas qu’on aitaucunedonnée sur la nature de l’influencequ’exercent sur elle les partiesgé- nitales; mais voici à ce sujet plusieurs faits remarqua- bles. Les muscles des mâlevS, plus forts, mieuxnourris, ont plus de saveur, résistent plus long-temps à la coction, sont plus fermes , etc. L’eau bouillante al- tère au contraire plus vite le tissu des femelles; il est plus tendre, donne au bouillon une saveur moins forte. Dans la saison du rut, le système musculaire des premiers se pénètre d’une odeur particulière, qui même souvent le rend désagréable au goût. C’est une observation facile à vérifier dans les quadrupèdes, les oiseaux, les poissojis même qu’on sert sur nos tables. SYSTEME MUSCULAIRE Sans prendre une odeur aussi marquée, les chairs des secondes deviennent à cette époque mollasses, flasques et peu savoureuses. § II. Parties communes à i Organisation du Système musculaire de la Vie animale. Tissu cellulaire. Le tissu cellulaire et très-abondant dans le système musculaire: je ne connois pas même de système qui en soit pourvu en proportion plus grande. Ce tissu forme une couche extrêmement marquée autour de chaque muscle. Cette couche est le plus communé- ment lâche, remplie de graisse, facile à être distendue par l’air dans les emphysèmes, par la sérosité dans l’anasarque. D’autres fois elle est plus dense, plus serrée , véritablement disposée en membrane. Telle est, par exemple, celle qui recouvre le grand oblique de l’abdomen, dont la dissection est, à cause de cela, difficile pour les commençans. Les autres muscles ab- dominaux, le trapèze, le grand dentelé et le grand dorsal présentent aussi cette disposition. On diroit que par elle la nature supplée aux aponévroses qui manquent sur les muscles larges du tronc. Au reste cett couche n’a que l’apparence membraneuse, elle n'en a nullement l’organisation; elle disparoît dans les infiltrations ou toutes les membranes vérilables restent. Outre cette enveloppe générale du muscle, chaque faisceau a une enveloppe moindre, chaque fibre une enveloppe encore moins considérable, chaque fibrille une gaine presque insensible, quoique réelle. On peut DE LA VIE ANIMALE, donc se repre'senter le tissu cellulaire des muscles, comme formant une série d’enveloppes successive- mentdécroissantes. Cesenveloppesfavorisent, lemou- vement des fibres qu’elles isolent, soit par la sérosité des cellules, soit par la graisse qui s y trouve, double fluide qui, en lubrifiant, rend plus facile leur glisse- ment mutuel. Souvent, entre ces fibres, le tissu cellu- laire paroît former des espèces de traverses qui les coupent à angle droit. On voit surtout cette disposi- tion dans l’extenseur propre du gros orteil, dans l’ex- tenseur commun, dont les faisceaux charnus sont larges et minces lorsqu’on les distend. Dans la plupart des muscles épais, rien de semblable ne s’observe. La quamiîé de tissu cellulaire intermusculaire est singulièrement variable. En général dans tous les muscles larges , dans les grands muscles longs, il est très-abondant. Il est moindre proportionnellement entre les fibres de ceux des gouttières vertébrales. Derrière le cou, les splénius, les complexus, etc., en ont moins que beaucoup d’autres, surtout dans les espaces qui les séparent. Quelquefois des proîongemens cellulaires assez considérables se trouvent au milieu des muscles,.et semblent les partager en deux, tel est celui qui sé- pare la portion claviculaire du grand pectoral; cela a même embarrassé quelquefois les anatomistes sur la division de ces organes. Eu général le tissu cellulaire fixe les muscles dans leur position : l’art de la dissection le prouve. Les fusées de pus qui souvent font l’office du scalpel, rendent aussi très-sensible cet usage, lequel n’exclut point la mobilité en tous sens à laquelle se prête la grandeexlensibilitédu tissucellulaire.INon-sculomoni le tissu cellulaire fixe les muscles les uns aux autres, mais encore il attache chacune de leurs libres aux libres voisines; il s’affaisse dans leur contraction, s’alonge dans leur distension ; si elles en sont privées, leurs mouvemens deviennent irréguliers et vagues. J’ai plusieurs fois isolé parle scalpel un muscle mis à découvert sur un animal vivant, en plusieurs petits faisceaux; en faisant ensuite contracter ce muscle par l’irritation de la moelle, au moyen d’un stylet introduit dans son canal, j’ai remarqué d’une manière mani- feste cette irrégularité de mouvement. Fendez longi- tudinalement un muscle d’uri membre depuis son tendon supérieur jusqu’à l’inférieur, de manière à le diviser en deux ou trois portions entièrement isolées ; irritez ensuite une de ces portions, l’autre ou les deux autres resteront presque toujours en repos, tandis qu’une seule libre irritée dans un muscle sain, met en mouvement la totalité de ce muscle. La section des vaisseaux, des nerfs, peut sans doute influer un peu sur ce phénomène; mais certainement celle du tissu cellulaire y concourt aussi. Souvent dans les hydropiques, la sérosité du tissu iutermusculaire est rougeâtre; c’est un phénomène ca- davérique qui dépend de ce que cette sérosité a agi après la mort sur la substance colorante. Je crois que l’effet de cette lotion ne peut avoir lieu pendant la vie que difficilement. La graisse surabonde quel- quefois dans ce tissu, au point que les fibres char- nues étouftées par elle pour ainsi dire, disparoissent et la laissent voir uniquement; mais souvent aussi on prend pour cet état graisseux des muscles, l’aspect SYSTÈME MUSCULAIRE DE LA VIE ANIMALE. jaunâtre de leurs fibres, aspect produit par l’absence de substance colorante. Je n’ai, vu le premier état que rarement; le second est extrêmement fréquent; on s’y méprendroit quelquefois au premier coup d’œil. Mais l’ébullition et la combustion prouvent facile- ment que la graisse est absolument étrangère à cette décoloration des muscles examinés dans cet état. Les artères des muscles sont très-apparentes ; elles viennent des troncs voisins , pénètrent par toute la circonférence de l’organe, plus cependant vers son milieu que vers ses extrémités. Elles rampent d’a- bord entre les faisceaux principaux, se divisent en- suite et se portent par leurs divisions entre les fais- ceaux secondaires, se subdivisent et serpentent en- tre les fibres, deviennent enfin capillaires et accom- pagnent les «fibrilles où elles déposent par le système exhalant la matière nutritive. 11 est peu d’organes qui aient, à proportion de leur volume, plus de sang que les muscles. Ce sang est essentiellement nécessaire à entretenir leur excitation, comme nous le verrons : c’est lui qui colore le tissu musculaire, mais non, comme il le semble d’abord, en circulant dans ce tissu. La portion circulante ou libre n’y concouit que peu. C’est la portion combinée avec le tissu musculaire , celle qui concourt à sa nutrition, qui lui donne sa couleur; en voici les preuves : i°. les fibres des intestins sont aussi et même plus pénétrées du sang circulant, que celles des muscles de la vie animale, et cependant leur tissu est manifestement blanchâtre Vaisseaux. SYSTÈME MUSCULAIRE là où ces vaisseaux ne se trouvent pas. 20. Plusieurs animaux à sang rouge et froid, les grenouilles en particulier, ont des muscles presque blancs, et ce- pendant beaucoup de vaisseaux rouges parcourent ce tissu blanc. 3°. J’ai observe que dans les animadx asphyxies, la substance colorante ne change point de couleur, sans doute parce qu’elle est lentement com- binée avec le muscle par la nutrition; qu’au con- traire, si on coupe alors un muscle dans les derniers înstans de la vie, pendant que le sang veineux cir- cule encore dans le système artériel, ce sang s’écoule par des jets noirs des artères musculaires , le tissu musculaire lui-même restant rouge. Cette expérience curieuse, que j’ai indiquée dans un autre ouvrage , se fait en asphyxiant exprès un animal par une com- pression sur la trachée-artère, ou par tout autre moyen d’intercepter l’air dans ce conduit, pendant qu’on examine le système des muscles. Lorsqu’un muscle a resté exposé pendant quelque temps au con- tact de l’air, à celui de l’oxigène spécialement, sa couleur rouge devient sensiblement plus brillante. Les vaisseaux musculaires laissent dans certaines circonstances échapper le sang qu’ils contiennent : de là diverses espèces d’hémorragies remarquables sur- tout dans les scorbutiques, quelquefois dans les fiè- vres putrides, rarement et même jamais dans les maladies que l’accroissement de vitalité caractérise. Infiltrés de sang dans les hémorragies accidentelles, spécialement dans les anévrismes faux par diffusion, les muscles perdent en partie leur mouvement ; cela arrive aussi dans les contusions, où de semblables infiltrations s’observent. DE LA VIE A Kl MALE. Les veines suivent par-tout les artères dans les muscles ; elles ont les mêmes distributions, et reçoi- vent des contractions de ces organes un secours es- sentiel à leur action.Le jet de sang est plus fort quand le malade qu’on saigne contracte ses muscles, que quand il les relâche; il y a pour ainsi dire expression du fluide, comme d’une éponge humide qu’on serre. La circulation artérielle ne présente point ce phéno- mène. J’ai observé que si on ouvre l’artère du pied d’un animai, et qu’on fasse contracter fortement, par l’irritation des nerfs, les muscles de la jambe et de la cuisse à travers lesquels cette artère passe avant d’arriver au pied, le jet n’est pas plus fort que pen- dant le relâchement. J’ai plusieurs fois injecté les veines des muscles de la vie animale, avec facilité, des troncs vers les branches; ce qui me fait croire, malgré ce qu’a dit Haller que dans ces organes , comme dans le cœur, les valvules sont moins nombreuses que dans plusieurs autres. Sans doute que les secours que les veines empruntent de leurs organes environnans, suppléent à ces replis, ou plutôt les rendent inutiles, le poids de la colonne de sang ne faisant pas un grand effort contre les parois veineuses. Les varices des veines musculaires sont, comme on le sait, ex- trêmement rares. Ces veines sont des deux ordres : les unes accompagnent les artères et suivent le même trajet, les autres rampent superficiellement à la sur- face de l’organe, sans avoir d’artères correspondantes. «y a des absorbans et des exhalons dans les mus- cles; mais on ne peut que difficilement suivre les premiers, et les seconds ne s’aperçoivent point. SYSTÈME MUSCULAIRE Nerfs. Les nerfs des muscles de la vie animale viennent presque tous du cerveau; les ganglions eniournissent peu : quand cela arrive, comme au cou, au bassin , etc., outre les filets provenant de ces centres nerveux , il j a toujours des filets de nerfs cérébraux; sans cela ces muscles seroient involontaires. Peu d’organes reçoivent plus de nerfs à proportion de leur volume, que les muscles. En général les extenseurs paroissent en avoir un peu moins que les fléchisseurs ; mais la différence est très-peu sensible. Il est vrai que tous les gros troncs nerveux sont dans.Ie sens delà flexion; que dans celui de l’extension il n’y a que des branches ou des rameaux, comme on le voit à la partie posté- rieure du bras , de l’avant-bras , de la colonne verté- brale, etc. Il est vrai aussi que cette remarque est encore applicable à l’existence des vaisseaux, qui sont et plus gros et plus nombreux dans le premier que dans le second sens ; mais ce nombre plus grand de vaisseaux et de nerfs, vient de ce qu’il y a bien plus de fléchisseurs que d’extenseurs , de ce que les premiers sont plus forts, à fibres plus multipliées; en sorte que chacune de ces fibres ne reçoit guère plus de filets nerveux ou vasculaires dans les uns que dans les autres muscles. Je crois peu fondé ce qu’on a dit sur’la différence de force des fibres des fléchisseurs et des extenseurs, sur la prédominance des premiers, etc. Si ceux-ci remportent, c’est qu’ils sont ou plus nombreux, comme au pied, à la main, etc., ou plus avantageusement disposés, comme au tronc sur lequel les muscles abdominaux' agissent très-loin DE LÀ VIE ANIMALE. du point d’appui pour fléchir l’épine, landis que pour l’étendre les muscles dorsaux exercent leur ac- tion immédiatement à côté de ce point d’appui, comme encore au cou où les muscles qui abaissent la mâchoire inférieure et la tête lorsque cetosest fixe, sont bien plus éloignés des condyles occipitaux, que les muscles qui agissent pour produire l’extension. Quelle que soit la cause de la supériorité des fléchis- seurs,on nepeutlarévoquerendoute. i°. Dans les con- vulsions hystériques, dans celles des enfans, etc., dans tous les rnouvemens spasmodiques où la volonté est nulle, les contractions ont lieu bien plus dans le sens de la flexion , que dans celui de l’extension, ce qui arrive cependant. 2°. Chez les vieillards les fléchis- seurs finissent enfin par l’emporter sur les extenseurs : par exemple les doigts se courbent presque constam- ment au pied et à la main. 5°. Dans tous les mouve- mens la force est toujours du côté de la flexion. En pénétrant les muscles, les nerfs les coupent aux membres à angle très-aigu, parce que les troncs ner- veux sont dans la direction naturelle de ces organes. Au tronc au contraire, les nerfs sortant de l’épine, les cervicaux surtout, pénètrent leurs muscles à angle presque droit ou moins sensiblement aigu : cette circonstance est indifférente. Chaque branche ar- rivée dans les fibres charnues, se divise d’abord et se subdivise dans leurs interstices, puis se*perd dans leur tissu. Chaque fibre reçoit-elle une ramuscule nerveuse? On seroit porté à le croire, d’après cette observation que la branche principale étant irritée, toutes les fibres entrent en action, aucune ne reste inerte. Mais d’un autre côté, si on en irrite une, SYSTÈME MUSCULAIRE toutes se meuvent aussi, ce qui est certainement un phénomène sympathique ou dépendant des commu- nications celluleuses. Les nerfs se dépouillent-ils de leurs enveloppes cellu- leuses,deviennent-ils pulpeux en entrant dans les mus- cles? La dissection ne m’a montré rien de semblable. ARTICLE TROISIÈME. Propriétés du Système musculaire de ' la Vie animale. Il est peu de systèmes dans l’économie où les pro- priétés vitales et de tissu se trouvent à un degré aussi énergique et aussi prononcé que dans celui-ci. C’est dans les muscles qu’il faut choisir des exemples de ces propriétés, pour en donner une idée précise et exacte. Les propriétés physiques au contraire y sont peu marquées; une mollesse remarquable les carac- térise ; point de force élastique dans leur tissu ; très- peu de résistance de la part de ce tissu dans l’état de mort : ce n’est que de la vie qu’il emprunte la force qui le caractérise dans scs fonctions. 5 1er. Propriétés de tissu. Extensibilité. L’extensibilité se manifeste dans le système mus- culaire animal, en une foule de circonstances. Les mouvemens divers de nos parties rendent évidente cette propriété'. Telle est en effet la disposition du système musculaire, qu’une de ses portions ne peut être contractée sans que l’autre ne soit distendue. La cuisse fortement fléchie , alonge les demi-nerveux > demi-tendineux et biceps. Le bras porté en dehors met en extension le grand pectoral; élevé, il distend le grand dorsal et le grand rond. Toutes les grandes flexions mettent en jeu cette propriété dans les exten- seurs; toutes les extensions la rendent sensible dans les fléchisseurs. Un muscle qui est étendu par son antagoniste, est dans un état purement passif; il est pour ainsi dire momentanément abandonné de sa contractilité, ou plutôt il la possède, mais elle n’y est point en action; il ne fait qu’obéir au mouvement qui lui est communiqué. Remarquez que dans ces cas la distension porte exclusivement sur la portionchar- nue,que le tendon y est étranger; il reste le même, quelle que soit la distance des points d’attache, que ces points s’éloignent ou se rapprochent dans les di- versesextensionsauxquellesles muscles sont exposés; les plus longs sont les plus susceptibles de s y prêter. Le couturier, les muscles postérieurs de la cuisse, etc., présentent ce phénomène d’une manière sen- sible : aussi leur position y est-elle accommodée. En général tous les muscles remarquables par leur lon- gueur sont superficiels, et passent le plus communé- ment sur deux articulations , quelquefois même sur trois ou quatre, comme aux membres. Or le nombre de ces articulations rend susceptible de très-grandes variations l’espace compris entre les deux points d’at- tache, variat ions auxquelles se prête la grande ex- tensibilité de ces muscles. On conçoit, d’après ce qui a été dit plus haut, que c’est à la longueur des fibres charnues, et non à la longueur totale du mus- cle , que sou degré d’exteusibilité est relatif. Ceux auxquels beaucoup d’aponeyroses sont entremêlées, DE LA VIE ANIMALE. SYSTÈME MUSCULAIRE et qui emprunte en partie de ces membranes ou des tendons leur étendue , jouissent moins de cette pro- priété. Voilà pourquoi,dans les mêmes mouvemens, des muscles de même longueur totale deviennent plus ou moins courts, plus ou moins alongésdans leur portion charriue. Observons cependant que quand la portion tendineuse prédomine beaucoup d’une part, et que de l’autre elle est très mince, elle prête un peu de son coté, comme on le voit aux plantaires et aux palmaires grêles. Sidei’état naturel nous passonsàl’état pathologique, nous voyons l’extensibilité musculaire se manifester à un degré bien plus sensible encore. A la face, l’air accumulé dans la bouche , la gonfle en alongeant les buccinateurs ; les tumeurs diverses de cette cavité, les fongus, les sarcomes distendent souvent les petits muscles faciaux d’une manière qui nous frapperoit, si nous avions égard, dans ce phénomène, au peu d’é- tendue naturelle de ces muscles qu’ils triplent et qua- druplent même. Les muscles des paupières et de l’oeil dans les carcinomes volumineux de cet organe , ceux de la partie antérieure du cou dans les grands engor- gemens de la thyroïde, le grand pectoral dans les ané- vrismes considérables ou dans les autres tumeurs de l’aisselle, les muscles abdominaux dans la grossesse , dans l’hydropisie, dans les tumeurs diverses du bas- ventre , etc., les muscles superficiels et larges du dos dans certains lipomes qui leur sont subjacens, nous présentent ces phénomènes de distension d’une ma- nière remarquable. Les muscles des membres y sont moins sujets, parce que d’un côté moins de causes dé- veloppent des tumeurs au-dessous d’eux, et que d’un DE LA VIE ANIMALE. autre côté les aponévroses ne se prêteroient point aussi aisément à ces phénomènes. Contractilité de tissu La contractilité cîe tissu est portée au plus haut point dans les muscles. Ces organes sont dans une tendance continuelle à la contraction, surtout quand ils ont dépassé, en s’alongeant, leur grandeur natu- relle. Cette tendance est indépendante de l’action des nerfs, et de la propriété irritable du tissu musculaire. Elle est influencée par la vie , mais elle n’y est pas spécialement liée : c’est de la structure des muscles qu’elle dépend essentiellement. Le phénomène re- marquable des muscles antagonistes en résulte. Voici ce phénomène Chaque point mobile de la charpente animale est toujours entre deux forces musculaires opposées , entre celles de flexion et d’extension, d’élévation et d’abaissement, d’adduction et d’abduction , de rotation en dehors et de rotation en dedans , etc. Cette opposition est une condition essentielle aux mouvemens ; car pour en exercer un , il faut que le point mobile soit dans le mouvement opposé ; pour se fléchir, il faut qu’il soit préliminairement étendu , et réciproquement. Les deux positions opposées , que prend une partie mobile, sont alternativement pour elle , et le point de départ et le point d’arrivée; les deux extrêmes de ces positions sont les deux bornes entre les quelles elle peut se mouvoir. Or entre ces deux bornes il y a un point moyen ; c’est le point de repos de la partie mobile: quand elle s’y trouve, ses muscles sont dans leur état naturel ; dès qu’elle le SYSTÈME MUSCULAIRE.' franchit, les uns sont tendus , les autres contractes; et telle est leur disposition ,que la contraction et l’ex- tension qui ont lieu en sens opposé , sont exactement en raison directe. D’après cela , dans l’influence ré- ciproque que les muscles exercent les uns sur les au- tres , ils sont donc alternativement actifs et passifs, puissance et résistance , organes mus et organes qui font mouvoir. L’effet de tout muscle qui se contracte n’est donc pas seulement d’agir sur l’os auquel il s’im- plante , mais encore sur le muscle opposé. Souvent même entre deux muscles ainsi opposés, il n’y apoint d’organes solides intermédiaires , comme aux lèvres , sur la ligne blanche , etc. Le muscle d’un côté agit alors directement sur celui qui lui correspond, pour le distendre. Or cette action des muscles les uns sur les autres est précisément le phénomène des anta- gonistes: deux muscles sont tels, quand l’un ne peut pas se contracter sans que l’autre ne s’alonge, et réci- proquement. Examinons dans ce phénomène le rôle de la contractilité de tissu : il faut bien distinguer son influence de celle des forces vitales, ce qu’on n’a point fait assez jusqu’ici. Un muscle une fois placé dans sa position moyenne, ne peut s’en éloigner que par l’influence des forces vitales , que par la contractilité animale ou par l’or- ganique sensible, parce que dans celte position la con- tractilité de tissu de son antagoniste fait équilibre à la sienne, et qu’il faut par conséquent une force ajoutée à celle-ci, pour surmonter celle qui lui est opposée. Mais si ce muscle se trouve dans une des deux posi- tions extrêmes de la précédente , par exemple dans l’adduction,l’abduction,la flexion, l’extension, etc., DE LA VIE ANIMALE. alors il y aura inégalité d’action dans les antagonistes, sous le rapport de la contractilité de tissu; le plus tendu fera pour se contracter un effort bien plus grand que celui qui est déjà raccourci. Pour maintenir l’é- quilibre, il faut donc que les forces vitales continuent à influencer les muscles contractés. Aussi toute po- sition extrême des membres, et d’une partie mobile quelconque , ne peut dans l’état ordinaire, être main- tenue que par l’influence des forces vitales. Que ces forces cessent d’être en action, aussitôt la con- tractilité de tissu du muscle alongé, qui tendoit à s’exercer, mais qui en étoit empêchée, s’exerce en effet, devient efficace, et ramène la partie mobile à sa position moyenne, position où l’équilibre se rétablit. Voilà pourquoi dans tous les cas ou l’influence céré- brale est nulle sur les muscles, où ils ne sont point irrités par des stimulans, les membres se trouvent constamment dans une position moyenne à l'exten- sion et à la flexion, à l’abduction et à l'adduction, etc. C’est ce qui arrive dans le sommeil, chez le fœtus, etc. J’ai montré ailleurs comment la disposition osseuse de chaque articulation est accommodée à ce phéno- mène, comment toute espèce de rapport entre les sur- faces articulaires, autre que celui de cette position moyenne, présente un état forcé ou certains ligamens sont nécessairement plus tiraillés que les autres, et où jamais les surfaces ne sont en contact aussi général que dans cette position. Dans certaines fièvres qui portent sur la vie et la texture musculaires une in- fluence comme délétère, la prostration horizontale Iet l’extension des membres ne viennent croît d’action des extenseurs, mais du peu d’énergie SYSTÈME MUSCULAIRE des fléchisseurs qui nom point la force de surmonter le poids du membre: aussi remarquez que toute atti- tude analogue coïncide toujours avec des signes de foi- blesse générale; c’est celle des fièvres putrides, etc. La section d’un muscle vivant nous offre deux phénomènes qui sont manifestement le produit de la contractilité de tissu. i°. Les deux bouts se rétractent en sens opposé; il reste entre ces bouts divisés un intervalle propor- tionné à la rétraction. Cette rétraction n’est pas mesurée, comme on l’a cru, par les degrés des con- tractions du mucle; si cela étoit, il suffiroit dans une plaie transversale de mettre le membre dans le plus grand relâchement possible , pour affronter les bouts divisés : or souvent, dans ce cas, ces bouts res- tent encore écartés; donc la rétraction est souvent supérieure à la plus grande contraction du muscle considéré dans son état naturel. 2°. L’antagoniste du muscle coupé qui n’a plus d’effort à surmonter, se contracte et fait pencher de son côté la partie mobile, s’il n’y a pas d’autres mus- cles qui, agissant dans le sens du premier , suppléent à ses fonctions. Ce dernier phénomène a lieu aussi jusqu’à un certain point dans les paralysies de la face. La bouche se tourne alors du côté sain. J’ob- seFve cependant à cet égard que cette déviation n’est jamais aussi sensible qu elle le seroit par la section du muscle devenu paralytique, lequel a conservé sa contractilité de tissu. Cette contractilité restante fait en partie équilibre avec celle des muscles du côt(j sain, pendant l’absence des mouvemens: aussi la déviation ne devient très-marquée que lorsque les DE LA VIE ANIMALE. malades veulent parler, que lorsque par conséquent les forces vitales mettent en jeu les muscles sains, auxquels les autres ne peuvent s’opposer. La para- lysie du sterno-masloïdien présente pour toute la tète un phénomène analogue à celui que les muscles pré- cédais inactifs déterminent sur la bouche. Souvent le strabisme tient encore à cette cause. En général, dans tous ces phénomènes, il faut bien distinguer ce qui appartient aux forces vitales, de ce qui dépend de la contractilité du tissu. Les muscles sont antagonistes sous le rapport de ces forces, comme sous le rapport de cette contractilité : or, comme la contraction dépendante de l’influence I nerveuse ou de l’irritabilité, est bien plus marquéeque celle provenant du tissu organique, les phénomènes des antagonistes sont bien plus frappans dans la para- lysie, lorsque les muscles sains sont mis en jeu de la , première manière. Il paroît que dans beaucoup de pa- ralysies , la contractilité de tissu est aussi un peuallérée du côté affecté ; mais jamais elle n’est totalement dé- truite, de manière à ce que dans l’amputation d’un membre paralysé , il n’y ait point de rétraction mus- culaire. J’ai fait cette expériencesurunchien: les nerfs ayant été coupés dix jours auparavant, et le membre étant resté immobile depuis celte époque, la section des muscles produisit un écartement manifeste entre leurs bords; et même, en coupant ensuite compara- tivement le membre resté sain, je ne trouvai aucune différence. C’est surtout lorsque les muscles ont été prélimi- nairement distendus, et qu’on fait cesser leur disten- sion, que la contractilité de tissu se prononce. La ponction dans l’ascite et l’accouchement pour les mus- cles abdominaux, l’ouverture des dépôts profonds pour ceux du tronc, l’extirpation d’une tumeur située sous un muscle quelconque, etc., nous montrent cette propriété en action d’une manière extrêmement mar- quée. Il esL cependant une observation à cet égard ; savoir, que si l’extension a été de longue durée, ou bien si elle s’est fréquemment répétée, la contrac- tion consécutive est bien moindre, parce que le tissu musculaire a été affoibli par l’état pénible ou il s’est trouvé : de là, i°. la flaccidité du ventre à la suite des grossesses multipliées; 2°. la laxité du scrotum après la, ponction d’un ancien hydrocèle. 3°. J’ai vu chez. Desault un homme opéré en Alle- magne d’un fongus de la bouche , et qui a voit con- servé du côté où étoit la maladie des rides remar- quables , dépendantes de f étendue plus grande du plan charnu de ce côté, qui ne pouvoit plus se con- tracter comme l’autre; la mastication ne se faisoit à cette époque que du côté sain.4°« Quand les femmes ont fait beaucoup d’enfans, le diaphragme s’affoiblit par des pressions répétées, et de là en partie la mo- bilité plus grande des côtes qui suppléent plus chez le sexe, au défaut d’action de ce muscle. Je crois que dans diverses affections chroniques de poitrine , et de bas-ventre, où il y a distension prolongée de ce muscle, les médecins devroient, plus qu’ils ne le font, avoir égard à cette cause de la difficulté de respirer, lorsque le principe de la distension n’existe plus, comme à la suite de l’évacuation des hydro- pi sies, etc. L’étendue de la contractilité de tissu est dans les SYSTEME MUSCULAIRE DE LA VIE ANIMALE. 261 muscles, proportionnée à la longueur des fibres: voilà pourquoi, dans les amputations, le plan superficiel se rétracte davantage que le profond ; pourquoi, dans le sommeil, les phénomènes de contractilité de tissu sont très-apparens dans les membres dont les muscles sont très-longs j pourquoi, dans les antagonistes, la nature a opposé, en général, l’un à l’autre, des mus- cles proportionnés ; pourquoi, par conséquent, un muscle à longues fibres a rarement pour l’équilibrer un muscle à fibres courtes, et réciproquement. Les fléchisseurs et les extenseurs du bras, de l’avant- bras, de la cuisse, de la jambe, sont à peu près de même étendue ; les rotateurs en dehors et ceux en dedans de l’humérus, implantés les uns dans la fosse sousépineuse, les autres dans la souscapulaire, so ressemblent aussi sous ce rapport. La proportion entre les antagonistes,est encore plus remarquable à la face où les mêmes muscles agissent le plus com- munément en sens inverse de chaque côté de la ‘ligne médiane. La vitesse des contractions, née de la contractilité de tissu, n’est point comme celle produite par la contractilité animale, ou par l’organique sensible, qui sont constamment plus ou moins marquées, suivant que l’influence nerveuse ou le stimulant agissent plus ou moins fortement. Tout mouvement dépendant de la contractilité de tissu est lent, uniforme, régu- lier; ce n’est que quand le tissu musculaire est affoibli qu’il diminue; il n’augmente que quand ce tissu est plus prononcé : d’où il suit que les variétés de vitesse ne peuvent s’observer que dans différens individus, eu sur le même à différentes époques, et non, comme SYSTÈME MUSCULAIRE dans l’exercice des forces vitales, d’un instani à l’autre. C’est là une grande et remarquable différence entre l’une et l’autre espèce de propriétés. La mort affoiblit la contractilité de tissu, mais elle ne l’anéantit point: un muscle étant coupé, se rétracte long-temps après que la vie ne l’anime plus. La putréfaction seule met un terme à l’existence de cette propriété. 11 en est de même de l’extensibi- lité. J’observe cependant que tant que la chaleur vi- tale pénètre encore les muscles, ils sont plus rétrac- tiles que quand le froid de la mort s’en est emparé. Haller place sur la même ligne, et fait dériver des mêmes principes, les phénomènes résultant de la contractilité de tissu qui, à certaines différences près, répond à sa force morte, et ceux produitsptfr l’action drs acides concentrés, de l’alcool, du feu, etc. sur les substances animales qui se crispent,se resserrent, se racornissent par l’effet de ces différens agens. Mais voici plusieurs différences qui isolent essentiellement les uns des autres ces phénomènes. i°. La contracti- lité de tissu est très-peu prononcée dans des organes ou la faculté de se racornir est très-sensible, par exemple, dans tous les organes des systèmes fibreux, fibro-cartilagineux, séreux, etc., etc. 2°. La contrac- tilité de tissu est répandue, à des degrés très-variables, dans les parties: depuis les muscles et la peau, qyieri jouissent au plus haut degré, jusqu'aux cartilages qui en semblent dépourvus, il est une foule de variations ; la faculté de se racornir par les agens indiqués est, au contraire, presque uniformément distribuée, ou au moins ses différences sont bien moins sensibles. 3°. L’une devient nulle dans les organes desséchés, D E LA Y I E ANIMALE. 263 l’autre s’y conserve manifestement après des années entières , comme le parchemin en est la preuve. 4°. La première reçoit d’une manière évidente lin surcroît d’énergie de la vie, surtoutdans les muscles; la seconde ne paroît presque pas être modifiée par elle. 5°. Celle-ci offre toujours des effets subits, des contractions rapides. Sentir le contact du feu , des acides ou de l’acool concentrés, et se racornir, sont deux phénomènes que la même seconde rassemble dans les parties animales; au contraire, la contracti- lité de tissu ne s’exerce que lentement, comme nous avons dit. 6°. Cette dernière rie peut jamais donner aux parties, aux muscles spécialement, cette remar- quable densité qu’ils nous offrent dans leur racor- nissement. 70. Le défaut d’extension des fibres est la seule condition nécessaire à la contractilité de tissu qui tend sans cesse à entrer en activité; il faut au contraire pour crisper les fibres , qu’il y ait contact d’un corps étranger sur elles. Je pourrois ajouter beau- coup de preuves à celle-ci, pour établir une démarca- tion essentielle entre des phénomènes confondus par l’illustre physiologiste d’Helvétie. § II. Propriétés vitales. La plupart de ces propriétés jouent un rôle très- important dans les muscles. Nous allons d’abord exa- miner celles de la vie animale; nous traiterons en- suite de celles de la vie organique. Propriétés de la vie animale. Sensibilité. La sensibilité' animale est celle de toutes les pro- SYSTEME MÜSCUtUBE priétés vitales qui est la plusobscuredanscesorgancs, au moins si on les considère dans l’état ordinaire. Coupés transversalement dans les amputations , dans les expériences sur les animaux vivans, ils ne font éprouver aucun sentiment pénible bien remarquable : ce n’est que lorsqu’un filet nerveux se trouve inté- ressé , que la douleur se manifeste. Le tissu propre du muscle n’est que très-peu sensible ; l’irritation par les stimulans chimiques n’y montre pas plus à décou- vert la sensibilité. Cependant il est un sentiment particulier qui, dans les muscles, appartient bien évidemment à cette pro- priété ; c’estceluiquonéprouveaprèsdescontractions répétées, et qu’on nomme lassitude. A la suite d’une longue station, c’est dans l’épais faisceau des muscles lombaires que ce sentimentse rapporte surtout. Après la progression, la course, etc., si c’est sur un plan horizontal qu’elles ont eu lieu, ce sont tous les muscles des membres inférieurs ; si c’est sur un plan ascen- dant, ce sont surtout, les fléchisseurs de l’articulation ilio-fémorale ; si c’est sur un plan descendant, ce sont les muscles postérieurs du tronc qui se fatiguent plus particulièrement. Dans les métiers qui exercent surtout les membres supérieurs,souvent on y éprouve ce sentiment d’une manière remarquable, lequel sentiment n’est certainement pas dû à la compres- sion exercée par les muscles en contraction sur les petits nerfs qui les parcourent. En effet, il peut avoir lieu sans cette contraction antécédente, comme on l’observe dans l’invasion de beaucoup de mala- dies où il se répand en général sur tout le système musculaire , et où Içs malades sont, comme ils di- X> E LA VIE ANIMALE. 265 sent,fatigués, lassés, demêmequ’àlasuited’une lon- gue marche. Ce sentiment paroit dépendre du mode particulier de sensibilité animale des muscles, sensi- bilité que les autres agens ne développent point, et que la permanence de contraction rend ici très-apparente. Ainsi le système fibreux , sensible seulement aux moyens de distensions qui agissent sur lui, ne reçoit- il point une influence douloureuse des autres agens d’irritation. Remarquez que ce sentiment pénible, qu’un mouvement tro?p prolongé fait naître dans les muscles, est un moyen dont se sert la nature pour avertir l’animal d’y mettre des bornes, sans quoi il finiroit par lui devenir funeste. Ainsi le sentiment particulier que font naître les ligamens distendus, est-il destiné à prévenir l’animal de mettre des bornes à leur extension. Voilà comment chaque organe a son mode propre de sensibilité ; comment on auroit une fausse idée de l’existence de cette propriété, si on ne la jugeoit que d’après les agens mécaniques et chimiques ; comment surtout la nature accommode aux usages de chaque organe son mode de sensibilité animale. Dans les phlegmasies du tissu musculaire propre, souvent la sensibilité animale s’exalte à un point très- marqué; le moindre contact sur la peau devient dou- loureux; à peine le malade peut-il supporter le poids des couvertures : souvent la moindre secousse qui le fait vaciller lui cause dans les’ membres les plus vives douleurs. Mais en général ces douleurs-là sont toutes différentes du sentiment pénible que nous nommons lassitude : ainsi la douleur d’un ligament distendu dans l’état sain, n’est-elle point celle qui naît d’un S Y S T E M £ MUSCULAIRE ligament ou de tout autre organe fibreux enflammé. J’ajoute à ce que j’ai ditplus haut sur ce sentiment, que quelques organes se fatiguent comme les mus- cles, par la durée trop prolongée de leurs fonctions: tels sont les jeux par le contact de la lumière , les oreilles par celui des sons, le cerveau par les médi- tations , etc., et en général tous les organes de la vie animale; c’est même cette lassitude générale qui amène le sommeil, comme je l’ai prouvé dans mes Recherches sur la vie. Mais remarquez que le senti- ment que font éprouver l’œil, l’oreille, le cerveau,et tons les organes externes ainsi fatigués, n’est point le même que celui des muscles qui ont beaucoup agi : autre preuve du mode particulier de sensibilité de ceux ci, et en général de toute partie vivante. Contractilité animale. Cette propriété animale, sur laquelle roulent tous les phénomènes de la locomotion et de la voix, qui aide à beaucoup de ceux des fonctions intérieures et extérieures, a exclusivement son siège dans le système musculaire animal ; c’est elle qui le distingue de l’or- ganique, et mêmede tous les autres. Elle consiste dans la faculté de se mouvoir sous l’influence cérébrale, soit que la volonté, soit que d’autres causes déter- minent cette influence. La contractilité animale porte donc, comme la sensibilité de même espèce,un carac- tère propre et distinctif des deux contractilités orga- niques, caractère qui consiste en ce que son exercice n’est pas concentré dans l’organe qui se meut, mais qu’il nécessite encore l’action du cerveau et des nerfs. Le cerveau est le principed’oii part, pour ainsi dire, DE LA VIE ANIMALE. cette propriété , comme il est celui où arrivent toutes les sensations : les nerfs cérébraux sont les agens qui la transmettent, comme ils sont, quoiqu’en sens opposé, les conducteurs des phénomènes sensitifs. D’où il suit que pour bien concevoir cette propriété, il faut l’examiner dans le cerveau, dans les nerfs, et dans le muscle lui-même. Contractilité animale considérée dans le Cerveau, Tout dans les phénomènes de contraciililé animale annonce l’influence du cerveau. Dans l’état ordinaire, si plus de sang est porté à cet organe, comme dans la colère ; si l’opium pris à dose modérée, l’excite légèrement ; si le vin produit le même effet., l’actioh musculaire accroît en énergie à proportion que celle du cerveau est aussi accrue. Si la terreur, en ralentissant le pouls, en diminuant la force du cœur, et par là même , la quantité de sang poussée au cerveau, le frappe comme d’atonie; si les narcotiques divers, portés à l’excès , produisent le même effet; si le vin empêche son action par sa quan- tité trop grande, alors voyez ces muscles languir dans leur mouvement, éprouver même une intermittence remarquable. Si le cerveau est tout concentré dans ses rapports avec les sens, ou dans ses fonctions in- tellectuelles, il oublie les muscles pour ainsi dire ; ceux-ci restent inactifs : l’homme qui regarde ou en* tend avec attention, ne se meut point ; celui qui con- temple, médiie, réfléchit, ne se meut point non plus. Les phénomènes de l'extase, l’histoire des études des philosophes , nous présentent fréquemment ce fait important, cette inertie musculaire, dont le principe 268 SYSTEME MUSCULAIRE est dans la distraction de l’influence cérébrale qui n’augmente dans d’autres fonctions, qu’en diminuant dans la locomotion. Dans les maladies, toutes les causes qui agissent fortement sur le cerveau , réagissent subitement sur le système musculaire animal : or cette réaction se manifeste par deux états opposés, par la paralysie et par les convulsions. Le premier est l’indice de l’éner- gie diminuée, le second celui de l’énergie augmentée : l’un a lieu dans les compressions par du pus, par du sang épanché, par des os enfoncés au-dessous de leur niveau naturel , par les suites de l’apoplexie j il se montre dans l’invasion de la plupart des hémiplégies, invasion subite dans laquelle le malade tombe , perd connoissance, et a tous les signes d’une lésion céré- brale. Cette lésion disparoît, mais son effet reste , et cet effet est l’immobilité d’une division du système musculaire. L’autre état ou le convulsif, dépend des irritations diverses de l’organe cérébral par des es- quilles osseuses enfoncées dans sa substance, par son inflammation ou par celle de ses membranes, par les tumeurs diverses dont il peut être le siège , par les lésions organiques qu’il peut éprouver, lésions que j’ai rarement observées dans l’adulte, mais que l’en- fance offre quelquefois, par les causes même de com* pressions ; car souvent nous voyons coïncider cet état convulsif avec les épançhemens divers, avec l’hydro- céphale, etc. L’état du système musculaire animal est vraiment ie thermomètre de l’état du cerveau ; le degré de ses mouvemens indique le degré d’énergie de cet organe. Ceux qui font la médecine dans une salle de fous, DE LA Y1E A ÎT I MALE. ont l’occasion de consulter souvent ce thermomètre. A côtédu furieux dont la force musculaire est dou- blée, triplée même, est un homme dont tous les mouvemens languissent dans une inertie remarqua- ble. Mille degrés divers s’observent dans ces mou- vemens : or ces degrés ne dépendent pas des muscles ; le fou le plus furieux est souvent celui dont les for- mes extérieures les plus grêles indiquent la plus foible constitution musculaire ; comme le plus automate est parfois celui dont les muscles sont les plus énergi- quement développés. Les muscles sont au cerveau ce que les artères sont au cœur. Le médecin reconnoit par ces vaisseaux l’état de l’organe central de la cir- culation qui leur communique l’impulsion ; par les muscles de la vie animale, il reconnoît comment est l’organe central de cette vie. Voyez, les malades dans une foule de fièvres essentielles : le matin il y avoit prostration, le soir vous trouvez une agitation ex- trême dans les muscles. Or quel est le siège de cette révolution? ce ne sont pas les muscles; c’est le cer- veau. Il y a eu transport à la tête , comme on le dit vulgairement. Si du lit des malades nous nous transportons dans le laboratoire des physiologistes, nous voyons ces ex- périences parfaitement d’accord avecles observations précédentes. La ligature de toutes les artères qui vont au cerveau, interrompt tout à coup les mouve- mens de cet organe, mouvemens nécessaires à son action, fait cesser subitement la motilité volontaire , etensuiteîa vie. En injectant par la carotide et vers la tête, de l’encre, des dissolutions de sels neutres, d’aci- des, substances dont le contact est funeste à l’action SYSTEME MUSCULAIRE cérébrale, j’ai tou jours vu périr l’animal avec des mou- vernens convulsifs préliminaires. L’injection de l’eau ne produit point cet effet; elle peut impunément pour la vie du cerveau être introduite dans le sang arté- riel, si elle est injectée modérément; mais poussez-la avec force, vous irritez vivement cet organe, et à l’instant l’animal est pris de violentes agitations; ra- lentissez l’impulsion, le repos succède. J’ai déjàrap- porléailleurs cette expérience. Si on met à découvert la masse céphalique, et qu’on l’irrite avec un agent mécanique ou chimique, etc., à l’instant le système musculaire animal entre en action. Cependant il est à observer que dans ces expériences la convexité de l’organe paroîtbien moins liée aux mouvemens, que sa base. Bornée à la substance corticale, aux couches superficielles de la médullaire, l’irritation est presque nulle ; ce n’est que quand on arrive vers les couches inféricuresquelesconvulsionssurviennent. J’ai voulu essayer plusieurs fois de déterminer avec précision l’endroit où l’irritation devient une cause de con- vulsion, mais cela m’a paru toujours très-difficile, et les résultats ont été infiniment variables. Je crois qu’on ne peut guère établir qu’une donnée générale, savoir, que plus on se rapproche dans les expériences de la protubérance annulaire , et en général de la base cérébrale, plus les phénomènes convulsifs sont appa- rens; ils sont d’autant moindres, qu’on s’en éloigne davantage; ils sont nuis à la surface convexe. Remar- quez que c’est du côté de sa base, c’est-à-dire du côté de sa partie essentielle, que le cerveau reçoit les nom- breux vaisseaux qui y portent l’excitation et la vie, soit par le mouvement qu’ils lui communiquent, soit DE LA VIE ANIMALE. par la nature du sang rouge qu'ils lui apportent , comme mes expériences publiées l’an passé l’ont, je crois, démontré. Ajoutez à ces expériences celles des commotions artificielles. Les muscles du bœuf vacillent, et. cessent de se soutenir, dès l’instant du coup qui lui est porté. D’autres fois les animaux expirent en agitant con- vulsivement leurs membres sous le coupqui les frappe à l’occipital : les lapins offrent souvent ce phénomène. Les pigeons meurent avec des mouvemens convulsifs des ailes. Toujours des agitations irrégulières déter- minées par un influx irrégulier du cerveau, précèdent l’instant de la mort que la commotion a produite. Concluons de toutes ces expériences, et des obser- vations qui les précèdent, que l’action du système musculaire animal est toujours essentiellement liée à l’état du cerveau, que quand il augmente ou di- minue cette action, il y a presque toujours augmen- tation ou diminution de l’action cérébrale. N’exagérons pas cependant le rapport qui lie aux phénomènes cérébraux les phénomènes musculaires : l’observation nous démentiroit. Il est divers exem- ples de congestions aqueuses , sanguines, purulentes même dans le cerveau, sans que le mouvement mus- culaire en ait été altéré. Diverses tumeurs, des vices divers de conformation , ont donné lieu au trouble ides fonctions intellectuelles, sans troubler celles des muscles : combien de fois le cerveau n’est-il pas dé- rangédans les diverses espècesd’aliénations; combien de fois l’intelligence , la mémoire, l’attention, l’Ima- gination n’indiquent-elles pas ces dérangemens ,par leurs irrégulières aberrations, sans que le système SYSTÈME MUSCULAIRE musculaire s’eu ressente! Le sentiment extérieur n est-il pas souvent altéré , sans que lemouvement le soit? En général le cerveau a trois grandes fonctions. i°. Il reçoit les impressions des sens externes ; il est sous ce rapport le siège de la perception. 2°. 11 est le principe, le centre des mouvemens volontaires qui ne s’exercent que par son influence. 3°. Les phéno- mènes intellectuels sont essentiellement liés à la ré- gularité de sa vie ; il en est pour ainsi dire le siège. Or il peut être dérangé pour Tune de ces fonctions, et rester intact pour les autres, être un principe régu- lierdes mouvemens, et un centre irrégulier des phé- nomènes de l’intelligence, ne point communiquer avec les objets extérieurs par les sens, et déterminer des mouvemens, ou présider aux fonctions intellec- tuelles , comme il arrive dans le sommeil qu’agitent les rêves, etc. On conçoit d’après ce qui vient d’être dit, que les fœtus complètement acéphales nesauroient vivrehors du sein de leur mère. Gomme la vie animale est nulle chez le fœtus, que la respiration ne s’y fait pas, que les fonctions sont bornées à la grande circulation, aux secrétions, aux exhalations et à la nutrition, les acéphales peuvent vivre dans le seul de leur mère, y prendre même des dimensions très marquées ; mais à la naissance, ils ne sauroient respirer, les intercos- taux et le diaphragme ne pouvant agir. Les viscères gastriques ne reçoivent aucune influence de leurs pa- rois musculaires ; tous les membres sont immobiles. La vie animale, qui commence pour les autres à la naissance, ne peut commencer pour eux, parce qu’ils n’ont point le centre de cette viej ils ont des sens, niais rien pour recevoir leur impression; des muscles, mais rien pour les faire mouvoir; ils ne peuvent que continuer un peu à vivre en eux-mêmes, sans com- mencer à vivre au-dehors. Mais comme en général il paroît que dès que l’enfant quitte la matrice, le sang rouge lui devient nécessaire, qu’il faut, pour l’avoir, qu’il respire, et que cette fonction ne peut commencer, ilperdlavieintérieurequ’ilavoitdansleseindesamère. Il est des acéphales qui ontà l’origine des nerfs un petit renflement médullaire; chez d’autres la moelle est plus prononcée. Si cesrenflemens médullaires, si la moelle épinière par sa texture particulière, remplacent le cerveau, la vie peut avoir lieu, et c’est comme cela qu’on pourroit expliquer quelques exemples d’acé- phales qui ont vécu un certain temps. Mais certaine- ment un acéphale organisé comme nous, et chez qui rien ne remplace le’cerveau, ne peut vivre. Aussi presque tous les exemplesde cette monstruosité, rap- portés par les auteurs, par Haller surtout, ont-ils offert la mort de l’individu à sa naissance. DE LA VIE ANIMALE* Contractilité animale considérée dans les Nerfs*. Éloigné de presque tous les muscles, le cerveau communique avec eux par le système nerveux, et leur transmet par eux son influence : or cette com- munication se fait de deux manières. i°. 1! est des nerfs qui vont directement du cerveau aux muscles delà vie animale. 2°. Le plus grand nombre ne part point de cet organe même, mais de la moelle épinière. Presque tous les muscles du cou, tous ceux de la poi- trine, de l’abdomen et des membres, reçoivent leurs nerfs de cette dernière source. La moelle épinière est, SYSTÈME MUSCULAIRE pour ainsi dire, un nerf général, dont les autres ne sont que des divisions et des branches principales. Toutes les lésions de ce nerf principal sont ressen- ties par les muscles qu’il a sous son influence ; les compressions qu’il éprouve par une fracture des ver- par un déplacement quelconque, par un épan- chement de sang, de sérosité,de pus,etc., dans le ca- nal vertébral, les commotions qui arrivent par un coup violent reçu sur toute la région de l’épine, par une chute sur les lombes, sur la partie supérieure du sa- crum , sont suivies d’un engourdissement, d’une paralysie des muscles subjacens. Coupez la moelle, en introduisant un scalpel dans le canal, tout mou- vement cesse aussitôt au-dessous de la section. Vou- lez-vous au contraire faire naître les convulsions 9 introduisez un stylet dans le canal; irritez la moelle, soit avec ce stylet, soit avecdifférensagens chimiques que vous y porterez par son moyen ; aussitôt vous verrez frémir, s’agiter tout ce qui est inférieur dans le système musculaire animal. Plus la lésion de la moelle est supérieure, plus elle est dangereuse. Dans la région lombaire, elle ne porte son influence que sur les membres inférieurs , et sur les muscles du bassin; au dos elle paralyse et ces muscles, et ceux de l’abdomen : or comme ces derniers concourent indirectement à la respiration, cette fonction commence à devenir gênée; si la lésion est au-dessus de la région dorsale, elle devient en- core plus pénible, parce que les intercostaux perdent leur action : seul alors, le diaphragme en continue les phénomènes, parce que le nerf diaphragmatique, reçoit et transmet encore l’influence cérébrale. Mais DE LA VIE ANIMALE. que la lésion arrive au-dessus de l’origine de ce nerf ; alors plus d’action du diaphragme, plus de contrac- tion des intercostaux, ni des muscles abdominaux : la respiration cesse ; par là même la circulation s’in- terrompt : le sang n’étant plus porté au cerveau , l’action de cet organe s’anéantit. Voilà pourquoi les luxations de la première vertèbre sur la seconde sont subitement mortelles, quand le déplacement est très- grand ; pourquoi les chirurgiens instruits n’osenfi quelquefois pas courir les hasards de la réduction, quand elles sont incomplètes , de peur de les rendre complètes, et de voir périr entre leurs mains le ma- lade qu’ ils veulent secourir ; pourquoi, quand on veut assommer un animal, c’est toujours à la partie supé- rieure et postérieure de l’épine qu’on porte le coup ; pourquoi un stylet enfoncé entre la première et la seconde vertèbre tue tout à coup, etc. On voit surtout très-bien l’influence successivedes diverses parties de la moelle sur les muscles et sur la vie générale, en introduisant une longue tige de fer dans la partie inférieure du canal vertébral d’un ani- mal, d’un cochon-d’indepar exemple, et en la faisant remonter par ce canal jusque dans le crâne, à travers la moelle épinière qu’elle déchire. On observe sen- siblement à mesure qu’elle monte, d’abord les convul- sions des membres inférieurs, puis celles des muscles abdominaux, puis le trouble de la respiration , puis sa cessation, puis la mort qui en est le résultat. D’après tous cesfaits, on ne peut, je crois, révoquer en doute l’influence de la moelle épinière sur le mou- vement, dont elle reçoit du cerveau le principe quelle transmet ensuite aux nerfs. Ces derniers portent sur les muscles ce principe qu’ils ont reçu, ou par l’in- termède de la moelle, comme dans presque tous ceux du tronc et des membres, ou directement du cerveau, comme dans ceux de la face, de la langue, des yeux, etc. Mêmes preuves pour celte influence ner- veuse que pour celle des organes sensitifs précédons. La 1 igature, la section , la compression d’un nerf pa- ralysentlemusclecorrespondant.Irritezavecunagent quelconque un nerf mis à découvert sur un animal, aussitôt des contractions convulsives se manifestent dans le muscle. Ces expériences ont été tant et si exactement répétées par une foule d’auteurs , que je crois inutile d’en présenter avec étendue le détail , que le lecteur trouvera par-tout. L’irritation conti- nuée quelque temps sur un point du nerf, épuise son influence sur le muscle; celui-ci reste immobile ; mais il se meut de nouveau, si on transporte l’irri- tation sur une partie plus inférieure du nerf. Si on lie celui-ci, le mouvement cesse, en irritant au-des- sus delà ligature; il revient lorsqu’on le détache, ou qu’on l’irrite au-dessous. Je remarque que tous les nerfs de la vie animale ne paroissent pas aussi susceptibles les uns que les autres de transmettre aux muscles les diverses irra- diations du cerveau. En effet, tandis que dans les maladies, dans les plaies de tête, dans nos expé- riences , etc., les muscles des membres entrent en convulsion ou sont paralysés avec une extrême faci- lité, ceux du ventre, du cou, et surtout de la poitrine, ne présentent ces phénomènes que quand les causes d’excitation ou d’affoiblissement sont portées au plus haut point. Rien de plus fréquent que de voir le SYSTÈME MUSCULAIRE T) E LA VIE ANIMAL E. 277 rentre, la poitrine dans leur degré ordinaire de con- traction musculaire, tandis que les membres ou la face sont agités de mouvemens convulsifs. Récipro- quement examinez la plupart des hémiplégies; la bouche se tord, le membre supérieur et le membre inférieur d’un côté deviennent immobiles, et cepen- dant les mouvemens pectoraux et abdominaux con- tinuent. Ceux du larynx sont plus faciles à s’inter- rompre que ceux-ci, dans les paralysies ; de là les lé- sions diverses de la voix. On pourroit faire une échelle de la susceptibilité des muscles pour recevoir l’in- fluence cérébrale, ou des nerfs pour la propager (car il est difficile de déterminer à laquelle de ces deux causes est duce phénomène); on pourroit, dis je, faire une échelle, au haut de laquelle on placeroit les mus- cles des membres, puis ceux de la face, puis ceux du larynx, ensuiteceuxdubassinet du bas-ventre, enfin les intercostaux et le diaphragme. Ces derniers sont, de tous, ceux qui entrent le plus difficilement en con- vulsion et en paralysie. Observez combien cette échelle est. accommodée à celle des fonctions. „%ue seroit devenue la vie, qui est toujours liée à l’intégrité de la respiration, si toutes les lésions cérébrales étoient aussi facilement ressenties par le diaphragme et les intercostaux , que parles muscles des membres? La paralysie, dans ces derniers, n’ôte à l’animal qu’un moyen de communication avec les objets extérieurs; dans les autres elle interromprait tout à coup, et sa vie interne, et sa vie externe. L’inlluence nerveuse ne se propage que de la partie supérieure à l’inférieure, et jamais en sens in- verse. Coupez un nerf en deux, sa partie inférieure SYSTÈME MUSCULAIRE irritée fera contracter les muscles subjacens; on a beau exciter l’autre, elle ne détermine aucune con- traction dans les muscles supérieurs; de même la moelle, divisée transversalement et agacée en haut et en bas, ne produit un effet sensible que dans le second sens. Jamais l’influence nerveuse ne remonte pour le mouvement, comme elle le fait pour le sentiment. Contractilité animale considérée dans les Muscles. Les muscles essentiellement destinés à recevoir l’influence cérébrale par le moyen des nerfs, ont ce- pendant une part active à leur contraction propre. Il faut qu’ils soient dans l’état d’intégrité pour exercer cette propriété, pour répondre à l’excitation du cer- veau.Dès qu’une lésion quelconque affecte leur tissu, que ce tissu n’est plus comme à l’ordinaire, le muscle reste immobile, ou se meut avec irrégularité, quoi- qu’il reçoive un influx nerveux régulier. Voici di- verses circonstances relatives au muscle, lui-même, qui empêchent ou altèrent ses contractions. i°. Un muscle enflammé ne se contracte point ; lè sang qui l’infiltre alors et qui pénètre ses fibres, fé'fétliismeoù elles setrouvent, l’accroissement deses forces organiques, ne lui permettent point d’obéir à l’excitation qu’il reçoit. Dans les esquinancies , la déglutition est empêchée autant par l’inaction des muscles, que par l'inflammation de la membrane muqueuse. On sait que l’inflammation de la vessie est une cause de rétention d’urine; celle du dia- phragme rend très-pénible la respiration qu’exécu- tent presque seuls les intercostaux, etc, etc. 2°. Tout ce qui tend à affaiblir, à relâcher le tissu DE LA VIE ANIMALE. musculaire,comme lescoups extérieurs, les meurtris- sureSjles contusions,les infiltrations de sérosité dans les membres hydropiques, la distension long-temps continuée par une tumeur subjacente , altère , déna- ture , peut même annihiler la contractilité animale. 3°. Toutes les fois que le sang cesse d’aborder aux muscles parles artères, ces organes restent immo- biles. Sténon a observé, et j’ai toujours vu, qu’en liant l’artère aorte au-dessus de sa bifurcation en iliaques primitifs, la paralysie des membres inférieurs sur- vient tout à coup. On sait que dans l’opération de l’anévrisme, un engourdissement plus ou moins mar- qué suit presque toujours la ligature de l’artère. Cet engourdissement dure jusqu’à ce que les collatérales suppléent à l’artère qui n’apporte plus de fluide. Le mouvement intestin né dans le muscle par l’abord du sang, est donc une condition essentielle à la con- traction musculaire. Ainsi le mouvement habituel imprimé à tous les autres organes, et spécialement au cerveau, entretient-il leur excitation et leur vie. 4°. Non-seulement il faut que pour obéir à l’in- fluence cérébrale le muscle reçoive le choc du sang, mais encore du sang rouge, du sang artériel. Le sang noir ne peut, par son contact, entretenir le mouve- ment. Une foiblessegénérale, la chute de l’animal, sont les premiers symptômes de l’asphyxie, maladie dans laquelle ce sang noir pénètre dans toutes nos parties. Je ne retracerai pas ici les preuves de cette assertion, que mes Recherches sur les diverses espèces de mort me paraissent avoir amplement démontrée. Je renvoie à mon ouvrage sur ce point. 5°. Un fluide différent du sang, l’eau , les fluides 280 SYSTÈME MUSCULAIRE huileux, albumineux,etc., à plus forte raisonlesfluides âcres irritans , l’urine , les dissolutions des acides , des alcalis, etc., ne sont point propres à entretenir l’action musculaire ; ils la paralysent au contraire : injectes par les artères crurales dans un animal vivant, on place du sang qu’on arrête en haut par une liga- ture, ils affoiblissent, anéantissent même les mouve- mens, comme je m’en suis fréquemment convaincu. Le résultat varie dans ces expériences, suivant le fluide qu’on emploie pour les faire ; la rapidité de la cessation des mouvemens est plus ou moins marquée ; ils sont ou affoiblis, ou totalement suspendus ; mais il y a tou jours une différence frappante de l’état naturel. 6°. Le contact des différens gaz sur les muscles modifie-t-il leurs contractions? Depuis la publication de mon Traité des Membranes , je n'ai fait sur ce point aucune expérience. Celles qui y sont consignées offrent les résultats suivans : les grenouilles et les cochons d’inde rendus emphysémateux par l’insuffla- tion dans le tissu soucutané , de l'air qui pénètre en- suite les interstices cellulaires, et se met par-tout en contact avec le système musculaire, se meuvent pres- que comme à l’ordinaire. Si on emploie de l’oxigène pour l’insufflation, les mouvemens de l’animal em- physémateux ne sont pas plus accélérés : ils ne sont pas diminués si on le souffle avec du gaz acide car- bonique, avec de l’hydrogène, etc. En général, tous les emphysèmes artificiels que j’ai faits sur les deux espèces indiquées, pour avoir un exemple dans chaque classe des animaux à sang rouge et froid, et de ceux à sang rouge et chaud, réussissent très-bien , ne pa- roissent causer aucune gène sensible à l'animal, qui DE LA VIE ANIMALE. 281 en est peu à peu debarrasse'. L’emphysème avec le gaz nitreux est constamment mortel ; le contact de ce gaz semble presque subitement frapper les muscles d’atonie. 7°. Si au lieu de souffler des gaz dans le tissu cel- lulaire d’un animal vivant, on y fait passer différentes substances fluides, elles produisent des effets différens sur les muscles, suivant leur nature, leurs qualités âcres, douces, stypliques, etc., Aucune injection ne produit un effet plus prompt, plus frappant que celle de l’opium étendu d’eau, ou que celle de ses diverses préparations : dès que les muscles en ressentent le contact,leurs mouvemens cessent; ils tombent comme en paralysie. En général, j’observe qu’il Vaut infiniment mieux faire les expériences du contact des gaz et des fluides divers sur les muscles, en soufflant les uns, ou eu injectant les autres dans le tissu intermusculaire d’un animal vivant, qu’en arrachant un muscle, et en le plongeant ensuite tout pénétré de vie dans les uns ou les autres , comme ont fait beaucoup d’auteurs; ou bien en mettant un muscle à découvert, pour diriger sur lui le courant d’un gaz, ou pour l’humecter d’un fluide, afin d’observer les phénomènes du contact. Il résulte de tout ce que nous venons de dire, i°. que pour répondre à l’excitation cérébrale en se contractant, le muscle doit être en général dans un état déterminé par les lois de son organisation; que hors de cet état il n’est plus susceptible de contrac- tions , ou du moins qu’il n’en exerce que de foibles et d’irrégulières; 2°. que le contact des différentes subs - tances étrangères produit sur le muscle un effet très- SYSTEME MUSCULAIRE variable. Au reste, beaucoup de causes, autres que celles exposées plus haut, me paroissent encore altérer les contractions, en agissant directement sur les mus- cles ; tel est l’usage du mercure pris en friction pour la maladie vénérienne, l’influence de ce métal, du cuivre et du plomb, sur les ouvriers qui y travaillent y l’action du froid, celle de certaines fièvres, etc. Le tremblementmusculaire, né de ces différentes causes, ne paroît point provenir du cerveau ; cet organe au moins ne donne le plus communément aucun signe d’affection dans ce cas : cependant j’avoue que dans ces diverses espèces de tremblemens, il n’est point facile de bien assigner ce qui tient à l’affection propre du muscle, d’avec ce qui dépend de celle des nerfs: peut-être ceux-ci sont-ils affectés spécialement, mais certainement le cerveau n’y est pour rien. Causes qui mettent en jeu la Contractilité animale* Nous venons de voir que dans l’état naturel cette propriété exige constamment trois actions, i°. celle du cerveau, 2,0. celle des nerfs, 5Q. celle des muscles • que c’est du cerveau que part le principe du mouve- ment qui se propage parles nerfs, et que les muscles reçoivent. Mais il faut qu’un agent quelconque ébranle le cerveau pour le déterminer à exercer son influence. En effet, la contractilité animaleétant essentiellement intermittente dans son exercice, chaque fois qu’après s’être exercée elle a été suspendue, il est nécessaire qu’une cause nouvelle la remette en activité : or cette cause agit d’abord sur le cerveau dans l’état naturel. Je rapporte à deux classes les causes qui excitent le cerveau pour produire la contractilité animale. DE LA VIE ANIMALE. Dans la première est la volonté , dans la seconde sont toutes les impressions que reçoit cet organe , et qui échappent à l’empire de l’ame. Le cerveau n’est qu’un intermédiaire à l’ame et aux nerfs , comme les nerfs le sont aux muscles et au cerveau ; le principe qui veut, agit d’abord sur cet organe, lequel réagit ensuite. Quand ils sont ainsi produits,nos mouvemenssont tantôt précis et régu- liers; c’est lorsque les fonctions intellectuelles sont in- tactes, lorsque la mémoire, l’imagination, la percep- tion s’exercent pleinement, que le jugement étant droit, dirigeavec régularitélesactesdela volonté tan- tôt ils sont irréguliers, bizarres ; c’est lorsque les lonc- tions intellectuelles, troublées agitées en divers sens , font naître une volonté bizarre et irrégulière, comme dans les diverses aliénations mentales, dans les rêves, dans le délire des fièvres , etc. Mais dans tous ces cas , ce sont toujours des mouvemens volontaires ; ils partent du principe immatériel qui nous anime. Dans la seconde classe de causes qui influencent le cerveau , la contractilité animale devient involon- taire ; elle s’exerce sans la participation du principe intellectuel, souvent même contre son gré. Voyez l’a- nimal dont on irrite artificiellement le cerveau dans les expériences; il veut se roidir pour empêcher les contractions , elles arrivent malgré lui : piquez un nerf dans une opération, le muscle se contracte su- bitement au-dessous, sans que lame participe à ce mouvement; le malade n’en apas même la conscience; il n’a que celle de la douleur. Que beaucoup de sang afflue au cerveau dans le transport des fièvres inflam- matoires , cet organe excité par le fluide , réagit aus- s Y S T È M E MUSCULAIRE sitôt sur les muscles , sans que la volonté y soit pour rien. Tous les phénomènes de contraction ou de re- lâchement, nés des accidens divers qui accompagnent les plaies de tête, les inflammations cérébrales , etc., sont également involontaires, quoiqu’ayant leur siège dans des muscles que la volonté dirige habituellement. Voilà différentes circonstances où l’action d’un agent quelconque sur le cerveau est directe et immédiate , où il y a une cause mécanique appliquée sur cet organe. Dansd’autrescirconstancesle cerveau n’est affecté que sympathiquement. Dans une foule d’affections ai- guës, ce qu’on appelle transport au cerveau ne vient point de ce que plus de sang s’y porte ; le pouls n’est pas plus plein, la face pas plus colorée; souvent même ily a des signes de ralentissement dans l’action du sys- tème vasculaire. Le cerveau s’affecte comme tous les autres organes, par sympathie, mot heureux qui sert de voile à notre ignorance sur les rapports des organes entre eux: le cerveau s’affecte donc comme le cœur, le foie, etc. Soit par exemple unepéripneumonie;le pou* mon est alors l’organe lésé essentiellement; de cette lé. sion essentielle et locale, ennaissent une foule de sym- pathiques plus ou moins fortes Si le foie est sym- pathiquement affecté, des symptômes bilieux se joignent aux symptômes de l’affection principale; si c’est l’estomac , ce sont des symptômes gastriques qui se manifestent. Le cœur est toujours agité; de là la fièvre. Quand l’influence sympathique se porte sur le cerveau , il y a transport , convulsions , etc. ; car , comme je l’ai dit , l’état des muscles est l’in- dice de l’état de cet organe : or, dans cette dernière circonstance, la volonté est nulle pour la contractilité animale en exercice; le malade ne pourroit s’empê- cher d’agiter convulsivement ses muscles; F irritation sympathique du cerveau est plus forte que l’influence de la volonté. Cet exemple d'affection cérébrale dans une péripneumonie, quoique plus rare que dans d’autres affections,peut nous donnercependant l’idée de ce qui arrive dans tous les autres cas où les mus- cles s’agitent convulsivement par la lésion d’un organe quelconque, par celle du système fibreux distendu, des ligamens , des aponévroses spécialement, par le travail de la dentition, par les douleurs violentes fixées dans les reins, dans les salivaires ou le pan- créas, à l’occasion d’une pierre, par les lésions du diaphragme , des nerfs, etc. Dans tous ces cas, il y a un point affecté dans l’économie; de ce point partent des irradiations sympathiques qui atteignent surtout le cerveau; celui-ci irrité par elles, entre en action, excite les muscles ; leur contraction arrive, et la vo- lonté y est étrangère. Voilà encore comment les passions qui portent spé- cialement leur influence sur les organes intérieurs, qui affectent surtout ceux placés autour du centre épigastrique, le cœur, le foie, l’estomac, la rate, etc., impriment à nos mouvemens une impétuosité dont la volonté ne peut plus nous rendre maîtres. L’or, gane intérieur affecté réagit sur le cerveau, celui-ci excité stimule les muscles; ils se contractent, et la volonté est presquenulle pour cette contraction. Voyez l’homme que la jalousie, la haine, la fureur, agitent au plus haut point : tous ses mouvernens se succèdent avec une impétuosité que le jugement réprouve, mais DE LA VIE ANIMALE. SYSTÈME MUSCULAIRE que la volonté ne peut modérer, tant prédomine sur son influence celle de l’affection sympathique du cer- veau. D’autres fois, les passions présentent un phéno- mène opposé.Elles sont marquées par un affoiblisse- ment général de tous les mouvemens musculaires. Dans l’étonnement que le chagrin accompagne, dans celui auquel se mêle une vive joie, les bras vous tombent comme on le dit vulgairement; l’influx cérébral cesse presque entièrement, et cependant ce n’est pas au cer- veau que s’est portée l’influence delà passion, c’est au centre épigastrique, comme le prouve le resserrement subit qui s’y est fait sentir. Un des organes épigastri- ques a été affecté; il a réagi sur le cerveau; celui-ci a été interrompu en parlie dans ses fonctions; les muscles s’en sont ressentis; ils ont cessé la leur. Dans la crainte où ce même phénomène s’observe, comme la pâleur du visage indique le ralentissement du système circula- toire, il peut se faire que l’inaction cérébrale et mus- culaire dépende en grande partie de ce qu’il ne reçoit point une impulsion suffisante du cœur sur lequel se porte la première influence de la passion, et qui par celte influence est ralenti dans ses mouvemens. La crainte, dit-on , ôte les jambes, elle pétrifie, etc. : ces expressions empruntées du langage vulgaire, in- diquent l’effet de cette passion sur les muscles; mais cet effet n’est que secondaire : la première influence a été portée sur le cœur, la seconde sur le cerveau; ce n’est qu’en troisième ordre que les muscles s’af- fectent. Voilà comment certains animaux restent im- mobiles à la vue de celui qui va se saisir d eux pour en faire sa proie. C’est encore à l’influence sympathique desorganes internes sur le cerveau, qu’on doit attribuer les roou- vemens du fœtus,mouvemensquela volonté ne dirige point; car la volonté n’est qu’un résultat des phéno- mènes intellectuels : or ces phénomènes sont encore nuis à cette époque de la vie. Les fonctions intérieures, très-actives alors, supposent une grande action dans le foie, le cœur, la rate, etc. : or ces organes in- fluencent par là efficacement le cerveau, et celui-ci met à son tour les muscles en mouvement ; en sorte que la contractilité animale n’est aucunement volon- taire chez le fœtus; elle ne commence à devenir telle, que lorsque les sensations ont mis en jeu les phéno- mènes de l’intelligence; jusque-là, il faut les com- parer à tous ceux dont nous venons de parler plus haut. D’après tout ce que je viens de dire, on concevra sans peine, je l’espère , comment la contractilité ani- male peut être ou n’être pas soumise à l’influence de la volonté. Dans l’un et l’autre cas, la série des phé- nomènes qu’elle nécessite est toujours la même; il y a toujours excitation par le cerveau, transmission par les nerfs,exécution parles muscles, ou inactivité successive de ces trois organes. La différence n’est que dans la cause qui produit l’excitation cérébrale : or cette cause peut être, i°. la volonté,' 2°. une irri- tation immédiatement appliquée, 3°. une irritation sympathique. Il est essentiel de se former des idées précises et rigoureuses sur cette force vitale qui joue un si grand rôie dans l’économie vivante. D £ LA VIE ANIMALE. SYSTÈME MUSCULAIRE Permanence de la Contractilité animale après la Mort. La différence des causes qui agissent sur le cerveau dans la contractilité animale, pour le déterminer à exciter les muscles, paroît surtout d’une manière remarquable à l’instant delà mort. Quelle que soit la manière dont elle arrive, les fonctions intellectuelles sont toujours les premières à cesser ; c’est même àceîa que nous attachons surtout l’idée de l’absence de la vie. D’où il suit que le premier phénomène de celte ab- sence doit être le défaut de la contraction musculaire soumise à l’influence de la volonté, qui est le résultat de ces fonctions intellectuelles. Tout reste donc im- mobile dans le système musculaire, si aucune autre cause n’agit sur le cerveau ou sur les nerfs; mais ces deux organes sont, pendant un temps encore assez long,snsceptibIesderépondreauxexcitationsdiverses des irri tans. Stimulez d’une manière quelconque le cer- veau, la moelle ou les nerfs d’un animal récemment tué; à l’instant ses muscles se contractent convulsive- ment; c’est le même phénomène que celui obtenu pendant la vie de la même cause. Souvent même tout de suite après la mort ce phénomène est encore plus apparent que pendant la vie : je m’en suis très-fré- quemment assuré dans mes expériences. Si pendant la vie on irrite un nerf quelconque, souvent la con- traction est presque nulle, parce que la volonté agis- sant par d’autres nerfs sur le même muscle, ou au moins sur ceux du membre, détermine des contrac- tions opposées à celle que tend à produire l’irritation. J’ai plusieurs fois observé que les phénomènes galva- niques sont aussi infiniment plus faciles à produire un instant après la mort, même sur les animaux à sang rouge et chaud , que pendant la vie; souvent dans ce dernier cas on n’en obtient presque aucun résultat, parce que leur influence est contrariée par J’influence cérébrale née delà volonlé.Quand l’irritation est di- rectement appliquée sur lecerveau ou sur la partie su- périeure de l’épine, alors elle l’emporte sur la volonté; elle est plus forte dans l’animal qui vit; mais sur un nerf isolé, souvent elle a le dessous; non que la vo- lonté agisse par le nerf irrité; dans celui-là son in- fluence s’arrête à l’endroit qu’on stimule; mais elle s’exerce par les nerfs adjacens. C’est à la susceptibilité du cerveau et des nerfs pour transmettre encore le principe du mouvement après la mort , qu’il faut rapporter tous les phénomènes que nous présentent les divers genres de décollation. Les canards, les oies et autres animaux de cette fa- mille meuvent encore assez régulièrement leurs mus- cles volontaires, après que leur tête est séparée , pour courir, sauter, faire divers bonds, etc. Quelque temps après le supplice de la guillotine, les membres infé- rieurs et les supérieurs sont encore le siège de di- vers frémissemens; les muscles du visage se sont même contractés quelquefois de manière à donner à cette partie l’expression de certaines passions, ex- pression faussement rapportée au principe sensitif resté encore quelque temps au cerveau. Les mêmes phénomènes s’observoient autrefois dans le supplice qui consistoit à trancher la tète avec une hache. J’ai eu l’an passé une preuve douloureuse de ces faits sin- guliers : un cochon d’inde à qui je venois d’enlever DE L A. VIE ANIMALE. le cœur, m’enfonça profondément dans un doigt les quatre dents saillantes qui distinguent cette espèce. Tous ces phénomènes ne sont que le résultat de l’ir- ritation produite, soit par l'instrument qui a coupé, soit par l'air, sur les deux extrémités divisées de la moelle : cela est si vrai, qu’en augmentant l’irritation par un instrument piquant, tranchant, etc., par un agent chimique appliqué sur ces extrémités, on aug- mente beaucoup les mouvemens. bien de plus facile que de s’assurer de ce fait sur un animal.: je l’ai vé- rifié plusieurs fois sur des guillotinés, sur lesquels on m’avoit autorisé à faire des expériences pour le gal- vanisme. Voilà encore comment les mouvemens al- ternatifs de la respiration peuvent continuer pendant quelques inslans, après que le cerveau a été détruit, après une plaie de tête où sa masse a été écrasée, après une luxation de la première vertèbre où le commen- cement de la moelle a été comprimé au point d’ar- rêter tout à coup la vie, après l’injection d’un fluide très-irritant par la carotide, etc., etc. Dans cette permanence de contractilité animale après la mort, les muscles sont absolument passifs ; ils obéissent, comme pendant la vie, à l’impulsion qu ils reçoivent des nerfs : c’est ce qui la distingue essentiellement de la permanence de l’irritabilité, propriété par laquelle, après la mort comme pendant la vie, le muscle a en lui le principe qui le fait mou- voir. La permanence est plus ou moins durable suivant la classe des animaux : ceux à sang rouge et froid gar- dent plus long-temps cette propriété que ceux à sang rougeetebaud; parmi ceux-ci, les oiseaux de la famille 290 SYSTÈME MUSCULAIRE des canards sont, comme je l’ai dit, remarquables par ce phénomène, qui est bien plus rapidement éteint dans les autres et dans les quadrupèdes. Dans la première classe, il y a aussi des variétés parmi les repiiles, les poissons, etc. En general, j’ai constamment observé que la con- tractilité animale cesse après la mort, d’abord par le cerveau, puis par la moelle,, et enfin par les nerfs. Déjà les muscles ne se meuvent plus en irritant le premier de ces organes, qu’ils entrent encore en con- traction en agaçant les autres. Les nerfs irrités peu- vent encore communiquer un mouvement, que déjà la moelle ne présente plus ce phénomène. Je n’ai pas observé que la partie supérieure du nerf fût plus prompte à cesser de transmettre le mouvement, que la partie inférieure. Mais ce qu’il y a de remarquable, c’est que certains nerfs , sous l’influence de la même irritation, font plus fortement contracter leurs mus- cles que d’autres ; tel est par exemple le diaphragma- tique. Déjà tous les muscles cessent d’être mobiles par l’excitation artificielle de leurs nerfs, que le dia- phragme se meut encore par ce moyen. Tandis que les expériences languissent ailleurs , elles sont dans toute leur force sur ce muscle ; ce qui est d’autant plus frappant, que pendant la vie c’est précisément lui qui se ressent le moins de l’état du cerveau et de la moelle : la paralysie et les convulsions ne le frap- pent presque jamais, comme nous avons vu. Au reste, en comparant ainsi la permanence de contractilité animale, il faut toujours se servir du même irritant; car suivant ceux qu’on emploie, les effets sont plus ou moins marqués. Déjà tout le cer- DE L A VIE ANIMALE. veau et les nerfs ne sont plus sensibles aux agens mé- caniques ni chimiques, qu’ils obéissent encore avec une force extrême aux impulsions galvaniques. L’ir- ritation des métaux est, de toutes, celle qui jusqu’à présent offre le moyen le plus efficace de perpétuer la contractilité animale quelque temps après la mort. SYSTÈME MUSCULAIRE Propriétés organiques. La sensibilité organique est le partage manifeste des muscles qui nous occupent : sans cesse mise en jeu chez eux par la nutrition, l’absorption et l’exhalation, elle y devient encore plus apparente, lorsqu’on porte un point d’irritation sur les muscles mis à décou- vert j ils ressentent cette irritation, et la motilité dont nous allons parler est un résultat de ce senti- ment qui se concentre dans le muscle, et qui ne se rapporte point au cerveau. La contractilité organique insensible est l’attribut de ce système musculaire, comme de tous les autres, La contractilité organique sensible y est très-évi- dente. Si on met un muscle à découvert sur un ani- mal vivant, et qu’on l’irrite avec un agent quelcon- que, il se crispe, se resserre, s’agite. Une portion musculaire détachée présente pendant quelques ins- tans le même phénomène. Tout est excitant pour le muscle mis à nu , l’air, l’eau, les sels neutres, les acides, les alcalis, les terres, les métaux, les substances animales, végétales, etc. Le simple contact suffit pour déterminer la contrac- tion. Cependant, outre ce contact, ily a encore quel- que chose qui dépend de la nature desexcitans, et qui fait varier l’intensité des contractions. Une poudre DE IL À VIE ANIMALE. de bois, de charbon, de me'tal, etc., répandue sur les muscles d’une grenouille, n’y détermine que de légers mouvemens ; versez-y un sel neutre en poudre, le sel marin par exemple, aussitôt des agitations ir- régulières , mille oscillations diverses s’y manifestent. Chaque corps est par sa nature susceptible d’irriter différemment les muscles, comme, suivant les indi- vidus, les âges, les tempéramens, les saisons, les cli~ mats, etc., les muscles sont susceptibles de répondre différemment aux excitations déterminées sur eux. Il n’est pas besoin d’irriter la totalité du muscle pour obtenir sa contraction ; deux ou trois fibres seu- lement piquées mettent en action toutes les autres. Souvent même, lorsqu’on fait ces expériences sur un animal vivant, la contraction se communique d’un muscle à l’autre. En général, j’ai constamment re- marqué que pendant la vie ces expériences sont moins faciles, et donnent des résultats beaucoup plus variables, ainsi que nous l’avons déjà indiqué pour la contractilité animale. Mettez un muscle à décou- vert, irritez-le à plusieurs reprises; tantôt il ne donne pas le moindre signe de contractilité; tantôt il se meut avec force : cela varie d’un instant à l’autre. Au lieu que si c’est sur un animal récemment tué que se font les expériences, les résultats sont toujours à peu près les mêmes dans un temps donné, aux différences près cependant de l’affoiblissement que subissent les contractions à mesure qu’on s’éloigne de l’instant de la mort. Jamais il n’arrive de voir le muscle obstiné- ment immobile sous les excitans , comme cela n’est pas rare dans un animal qui vit. Cette différence essentielle, que les auteurs n’on t point assez indiquée, SYSTÈME MUSCULAIRE et que j’ai fréquemment vérifiée sur divers animaux, dépend de ce que, pendant la vie, les effets de l’in- fluence nerveuse contrarient ceux des excitans : par exemple, si l’animal étend avec force sa cuisse par les muscles postérieurs, on a beau irriter les antérieurs mis à nu, on ne peut déterminer la flexion par cette irritation. L’exci'ation cér ébrale dans les extenseurs étanl plus forte que l’excitation mécanique dans les fléchisseurs, l’emporte. Souvent, pendant qu’on ap- plique le stimulant, le cerveau agit avec force sur le muscle, et l’effet qu’on obtient est alors bien supé- rieur à l’excitation qu’on détermine.On eneslétorméj mais l’étonnement cesse si on a égard au concours des deux excitations, de celle de l’agent externe, et de celle du cerveau. En général, ceux qui ont fait des expériences n’ont point fait assez d’attention à ce concours des deux forces sur un animal vivant. Pour bien estimer la contractilité organique sen- sible, il faut rendre nulle l’animale. Tant que l’une et l’autre se heurtent, se choquent, se contrebalan- cent, on ne peut bien les apprécier, discerner ce qui appartient à chacune, et ce qui leur est commun. Or on rend nulle la contractilité animale sur le vivant, en coupant tous les nerfs d’un muscle ou d’un mem- bre, qui deviennent alors paralysés. Le cerveau ne peut plus agir sur eux , et tout ce qu’on obtient de résultats par les stimulans , appartient à la contrac- tilité organique sensible. La permanence de cette dernière propriété, après l’expérience que j’indique, prouve bien que les nerfs lui sont absolument étrangers , qu’elle résidé essen- tiellement dans le tissu musculaire, qu’elle lui est DE LA Y I E ANIMALE. inhérente, comme le disoit Haller. Aussi tandis que dans les paralysies diverses les muscles perdent la faculté d’obéir à l’influence cérébrale, ou plutôi que cette influence devient nulle, ils conservent celle de se contracter sous les stimulans d’une manière sen- sible. Cette contraction des muscles de la vie animale par les stimulans, se présente sous deux modes très- différens. i°. La totalité du muscle peut se contrac- ter , et se raccourcir de manière à rapprocher l’un de l’autre les deux points d’insertion. Cela arrive en général quand la mort est récente, quand le muscle est encore tout pénétré de sa vie. 2°.Ce sont souvent des oscillations multipliées des fibres ; toutes sont en action simultanée : or cette action n’est peint une contraction, mais une véritable vibration, un tré- moussement, lequel n’a point un effet sensible sur la totalité du muscle qui, ne se contractant point, ne sauroit rapprocher ses points mobiles. Lorsque la vie est près d’abandonner totalement le muscle, c’est comme cela qu’il se meut. La diversité des excitans donne lieu également à ce double mode de contrac- tion. Promenez un scalpel sur un muscle bien vivant, c’est une contraction de totalité qui en résultera ; sau- poudrez ensuite le même muscle d’un sel neutre, quel- quefois il y a contraction analogue; maissouveqtcene sont que des oscillations , des vibrations semblables à celles d’un muscle que la vie abandonne. Pendant la vie de l’animal, sa contractilité orga- nique sensible est rarement en action, parce que les m uscles n’ont point d’agens qui agissent sur eux d’une manière sensibleau (moins. Pourquoi donc cette pro- SYSTÈME MUSCULAIRE priété y est-elle si développée ? Je ne puis le déter- miner. Tous les muscles ne la possèdent pas au même degré : le diaphragme et les intercostaux sont les plus irritables; ils sont aussi ceux dont la contractilité or- ganique est la plus permanente après la mort.Remar- quez que ceci contraste , comme leur susceptibilité , pour recevoir l’influence nerveuse par l’irritation de leurs nerfs, surtout du diaphragmatique, avec le peu de disposition qu’ils ont à se ressentir pendant la vie des convulsionsou delà paralysie. Aprèseux , je crois que le crotaphyte , le masseler, le buccinateur, etc., sont les plus irritables. Certainement il y a sous lerap- port de l’irritabilité une grande différence entre eux et les muscles des membres, qui sont tous à peu près également susceptibles de répondre aux excitations. Au reste, ce n’est que sur un grand nombre d’expé- riences qu’on peut établir des données générales; car rien n’est plus fréquent que de trouver des inégalités entre deux muscles analogues, et même entre les correspondans des deux moitiés du corpus. Sympathies. Le système musculaire animal joue un rôle très- important clans les sympathies. On le voit très-fré- quemment agité de mouvemens irréguliers dans les affections diverses de nos organes, surtout chez l’en- fant où toute impression un peu vive portée sur un organe quelconque est presque toujours suivie de mouvemens spasmodiques et convulsifs dans les mus- cles de la vieanimale. Remarquez en effet quec’estla propriété vitale prédominante dans ce système ? c’est- DE LA VIE ANIMALE. 297 à-dire la contractilité animale, qui y est le plus souvent mise en jeu sympathiquement, par les influences que les organes exercent les uns sur les autres. En général, il paroît que lorsque la sensibilité ani- male se développe fortement dans un organe, ce sys- tème tend aussitôt à se contracter. Les douleurs vives que déterminent les pierres dans les reins, dans l'ure- tère , dans l’urètre même, les distensions des îiga— mens, des aponévroses, la dentition, les opérations chirurgicales où le malade a beaucoup souffert, etc., donnent lieu à des convulsions sympathiques très- nombreuses et très fréquentes. Je sais bien qu’il y a des douleurs très-vives sans mouvemens convulsifs sympathiques; mais il est assez rare que vous obser- viez des mouvemens convulsifs de eette nature , sans que l’organe d’où partent les irradiations sympathi- ques, ne soit très-vivement affecté , 11e soit le siège d’une sensibilité animale très-développée. Remarquez au contraire que la plupart des sympa- thies qui développent très-fortement dans une partie la contractilité organique insensible , ou la contracti- lité organique sensible , 11e sont point marquées par ces douleurs vives dans l’organe affecté d’où part l’ex- citation : par exemple, les sueurs,les secrétions sym- pathiques, les contractions intestinales et gastriques, sont rarement produites par des affections qui portent le caractère de celles d’où naissent les sympathies de contractilité animale. Le cerveau est toujours préliminairement affecté dans cette dernière espèce de sympathies où les muscles sont, pour ainsi dire , passifs , comme déjà nous l’avons vu ; et où ils ne font qu’obéir à l’impul- 298 SYSTÈME MUSCULAIRE sion qu’ils reçoivent. L’organe affecté agit d’abord sur le cerveau, puis celui-ci réagit sur les muscles. Les auteurs ont considéré les sympathies d’une manière trop vague. Les uns ont admis, les autres ont rejeté l’intermédiaire du cerveau; quelques-uns n’ont point prononcé. Tous seroient d’accord si , au lieu de vouloir résoudre la question d’une manière géné- rale , ils avoient distingué les sympathies comme les forces vitales dont elles ne sont que des aberrations, des développemens irréguliers ; ils auroient vu que dans les sympathies animales de contractilité , l’action cérébrale est essentielle ; car on ne conçoit aucune contractilité de cette espèce, sans la double influence cérébrale etnerveuse sur les muscles ; qu'au contraire, dans les sympathies organiques de contractilité, l’ac- tion du cerveau est nulle, l’organe affecté agit directe- ment et sans intermédiaire, sur celui qui sc contracte sympathiquement. Quand le cœur, l’estomac, les in- testins, etc., se meuvent, quand la glande parotide et les autres augmentent leur action par l’influence sym- pathiqued’un organe affecté, certainement cet organe n’agit point préliminairement surlecerveau ;car iifau- droit alors que celui-ci réagit sur ceux qui se contrac- tent : or il ne pourroitles influencer que par les nerfs, puisque ce n’est que par eux qu’il leur est uni ; mais toutes les expériences, tous lesfails prouvent, comme nous verrons, que le cerveau n’a, par ce moyen, au- cune influence sur les organes à mouvemens involon- taires : donc faction est directe , donc il n’y a point d’intermédiaire. Il en est des mouvemens sympa- thiques comme des naturels ; les contractilités insen- sible et sensible sont constamment mises enjeu dans DE L A VIE ANIMALE. 299 ceux-ci par un stimulus direct appliqué sur l’organe , tandis que la contractilité animale n’entre jamais en exercice que par le stimulant cérébral, qui lui-même exige une cause, soit sympathique, soit directe, pour agir sur les muscles. Après la contractilité animale, c’est la sensibilité de même nature qui est le plus souvent mise en jeu sympathiquement dans le système musculaire animal. Les lassitudes, lesdouleurs vagues, le sentiment de pesanteur, les tiraillemens qu’on éprouve dans les membres au début d’une foule de maladies, sont des phénomènes purement sympathiques, où cette pro- priété entre en action dans les muscles. Aux périodes avancées de plusieurs autres affections, ces troubles sympathiques sont aussi très-remarquables, mais moins en général qu’au début. Les propriétés organiques sont en général rarement en action sympathiquement dans l’espèce de muscles qui nous occupe. Au reste, si elles le sont, nous ne pouvons guère en juger, paree qu’aucun signe ne nous l’indique. La sueur dans la peau, les fluides secrétés dans les glandes, les fluides exhalés sur beaucoup de surfaces, sont des résultats généraux qui nous indi- quent les troubles sympathiques de Insensibilité orga- nique, et de la contractilité insensible de même es- pèce. Dans les muscles, nous n’avons point le même moyen de connoîlre ces altérations. Caractères des Propriétés vitales. D’après ce que nous avons dit jusqu’ici sur les pro- priétés et sur les sympathies musculaires, on conçoit facilement que l’activité vitale doit être en général SYSTEME MUSCULAIRE beaucoup plus active dans les muscles que dans les organes précédemment examinés dans ce volume ‘ aussi toutes leurs affections commencent - elles à prendre un caractère particulier qui les distingue de celles de ces organes; elles sont beaucoup plus promptes, plus rapides. Cependant remarquons que toutes les altérations de fonctions qu’ils nous pré- sentent ne doivent pas servir à nous faire estimer cette activité vitale. En effet, plusieurs de ces altéra- tions ne résident point essentiellement dans le tissu musculaire, n’y ont point leur cause : tels sont par exemple tous lés mouvemens convulsifs où, comme nous avons vu, les muscles agissent en obéissant ? mais n’ont point en eux le principe d’action. Ils sont alors les indices des altérations cérébrales : ainsi les artères qui nous présentent desi nombreuses variétés dans l’état du pouls, ne sont-elles, pour ainsi dire, que passives, ne servent-elles le plus souvent qu’à nous indiquer l'état du cœur par leur mouvement, tandis que les veines qui n’ont point à l’origine de leur circulation un agent d’impulsion analogue, ne présentent que des variétés très-rares, quoique cepen- dant leur tissu soit pénétréd’autant de forces vitales, quoiqu’il vive aussi et peut-être plus activement que celui des artères. Une preuve que le tissu même du muscle est moins souvent altéré qu’il ne le semble d’abord, en consi- dérant la fréquence des affections de ces organes , c’est la rareté de leurs lésions organiques. Ces lésions y sont même moins communes que dans les os. On n’y voit point de ces squirres, de ces engorgemens, de ces changemens de texture en un mot, qu’il est DE LA VIE A II H A L E, si ordinaire de rencontrer dans les autres organes. Parmi le grand nombre de sujets que j’ai eu occasion de disséquer ou de faire disséquer , je ne me rappelle point avoir vu dans les muscles de la vie animale d’autres alterations que celles de leur cohésion, de leur densité, de leur couleur. C’est un phénomène qui les rapproche de ceux de la vie organique ou l’on rencontre rarement des changemens de lissu , comme le cœur, l’estomac, etc. en offrent des exemples. Le tissu musculaire de la vie animale suppure rare- ment : aussi connoît on très-peu son mode de suppu- ration. En général, il paroit que l’inflammation s y termine presque toujours par résolution. L’indura- tion, la gangrène et la suppuration, triple issue que cette affection présente souvent dans les autres par- ties , sont étrangères à celle-ci dans le plus grand nombre des cas. ARTICLE QUATRIÈME. Phénomènes de Faction du Système mus- culaire de la Vie animale. Jusqu’ici nous n’avons parlé que de la motilité musculaire, abstraction faite des phénomènes qu’elle présente dans lesmuscles, lorsqu’elle y est en exercice. Ces phénomènes vont à présent nousoccuper. Ils sont spécialement relatifs à la contraction, qui est l’état essentiellement actif du muscle, le relâchement étant toujours un état purement passif. Nous concevrons facilement les phénomène» de celui-ci, lorsque ceux SYSTÈME MUSCULAIRE de l’autre dont ils sont l’inverse, nous seront connus. g fer. Force de la Contraction musculaire. La force de la contraction des muscles de la vie animale varie beaucoup, suivant qu’elle est mise en jeu par les irritons , ou par l’action cérébrale. Tout irritant porte' sur un muscle mis à découvert, ne détermine qu’un mouvement brusque, rapide, mais en générai peu énergique. Je me suis fréquem- ment convaincu dans mes expériences qu’il est im- possible d’approcher même de très-loin par ce moyen de l’extrême énergie que communique le cerveau aux muscles de la vie animale. Le système musculaire organique que les excitans immédiatement appliqués mettent principalement en mouvement, n’a jamais des exacerbations de force correspondantes à celles que la contractilité animale nous présenteà un si haut point en certaines circonstances. C’est donc spécia- lement quand les muscles se meuvent en vertu de cet te dernière propriété, qu’il faut considérer la force de leur contraction. Or cette contraction peut, comme nous avons vu, être déterminée, i°. en agaçant le cerveau dans les expériences, 2°. lorsque son exci- tation a lieu dansl état naturel par la volonté, ou par sympathie. Dans le premier cas, la force de contrac- tion n’esi jamais très-énergique, quel que soit l’ex- citant que l’on emploie, soit sur le cerveau, soit sur les nerfs mis à découvert. J’ai constamment observé un mouvement convulsif très rapide, assez analogue à celui qu’on obtient en excitant les muscles eux- mêmes, mais jamais aussi fort que celui qui est le résultat de l’action vitale. Malgré ce qu’ont écrit cer- DE LA. VIE ANIMALE. tains physiologistes , jamais , en irritant les nerfs des fléchisseurs, on ne peut imprimer à ceux-ci une éner- gie d’action comparable à celle que la volonté peut leur donner. Irritez par exemple le nerf sciaticjue dans un membre inférieur qui vient d’être amputé, jamais les orteilles ne se fléchiront avec la force qu’ils offrent en certains cas dans l’état naturel. J’ai fait deux fois cette expérience dans des amputations pratiquée s par Desault. Etranger encore à la physiologie, j’avoisété vivement frappé de ce phénomène. Dans l’excitation cérébrale dans celle de la moelle, on ne peut aussi bien apprécier la force des contractions qui en résultent, que quand on agace un nerf isolé : en effet, tout le système entrant alors en action convulsive , les extenseurs détruisent en partie l’effort des fle'chisseurs,et réciproquement. Les muscles simultanément en action, se contrebalan- cent, se heurtent et se nuisent. L’excitant qui im- prime le plus de force aux contractions, m a toujours paru être le galvanisme. Dans l’état de vie, la force de contraction muscu- laire dépend de deux causes , i°. du muscle, 2°. du cerveau. Ces deux causes sont en proportion varia- ble ; il faut les considérer isolément. Sous une influence cérébrale égale, le muscle bien nourri, qui se dessine avec énergie à travers les té- gumens , qui a des formes très prononcées parce que ses fibres sont très-grosses , se contractera bien plus fortement que celui qui est grêle, mince , à fibres lâches, pâles, peu prononcées, et qui ne fait sous les légumens qu’une saillie légère. Dans notre manière ordinaire de concevoir la force musculaire, c’est à cet SYSTÈME MUSCULAIRE état du muscle que nous nous arrêtons surtout. Les statuts qui nous peignent la force et la vigueur, ont toujours pour attribut le développement énergique des formes musculaires. Quand le cerveau agit sur ces muscles-là avec énergie, ils sont susceptibles de mouvemens extraordinaires. Je ne rapporterai point d’exemples des efforts étonnans dont ils sont‘alors susceptibles. Haller et d’autres en ont cité une foule, soit dans les muscles du dos pour porter des far- deaux, soit dans les muscles des membres supérieurs pour lever des poids considérables, soit dans ceux des membres inférieurs pour faire des sauts, pour conserver des attitudes qui supposent d’énormes ré- sistance à surmonter. C’est surtout l’influence cérébrale qui augmente beaucoup la force de contraction musculaire. La vo- lonté peut élever très-haut cette force; mais les dif- férentes excitations qui lui sont étrangères, l’exaltent infiniment plus. On connoît la force qu’acquiert un homme en colère, celle des maniaques, celle des in- dividus dans le transport cérébral d’une fièvre essen- tielle, etc. Dans tous ces cas l’impulsion communiquée par le cerveau , est telle quelquefois , que les muscles les plus grêles de la femme la plus foible surpassent en énergie ceux de l’homme le plus vigoureux con- sidéré dans l’état ordinaire. La force de contraction musculaire est donc en raison composée et de la force d’organisation du tissu des muscles, et de la force d’excitation cérébrale. Si toutes deux sont peu marquées, les mouvemens sont presque nuis; si toutes deux sont au plus haut point, il est difficile de concevoir jusqu’où peuvent aller les DE I» A VIE ANIMALE. effets qui en résultent : un maniaque à muscles épais et prononcés est capable d'efforts que vainement on essaieroit de calculer. Si la force nerveuse est très- énergique, et le tissu musculaire peu prononcé, ou que l’état inverse se remarque, les phénomènes de contraction sont moindres. En général la nature a presque toujours réuni ces deux choses de cette der- nière manière. Les femmes et les enfans que carac- térise la foiblesse du tissu charnu, ont une motilité nerveuse très-grande; les hommes au contraire, ceux surtout à formes athlétiques, moins faciles à s’é- mouvoir dans leur système nerveux, en reçoivent des causes plus rares d’une forte influence sur leurs muscles. Quel que soit le point de vue sous lequel nous con- sidérions la force des contractions du système mus- culaire de la vie animale, ejle est toujours extrême- ment considérable, à proportion de l’effet qui résulte de ces contractions. La nature dans l’économie suit une loi inverse de celle du mouvement de nos ma- chines ordinaires, dont le grand avantage est d’aug- menter beaucoup les puissances motrices, de pro- duire un grand effet avec peu de force. Ici il y a toujours grand déploiement de forces pour peu d’effet; ce qui tient aux causes nombreuses tendant à détruire l’effet de ces forces. i°. Les muscles agissent presque toujours sur un levier très-défavorable, sur celui où la puissance qu’ils représentent, est plus près du point d’appui que la résistance. 2°. Tousontà vaincre, en se contractant,la résislancedesantagonistes.3Q. Comme dans chaque mouvementjl y a.loujours un point fixe, l’effort qui, d’après la contraction, se porte sur ce SYSTÈME MUSCULAIRE point fixe, est perdu entièrement.40. Les frottemens divers nuisent aussi au mouvement. 5°. L’obliquité de l’insertion des muscles sur les os, obliquité bien plus voisine en général de la direction horizontale que de la perpendiculaire, l’obliquité non moins remar- quable des attaches charnues sur le tendon ou l’apo- névrose, offrent une double cause d’affoiblissement. Toutes ces raisons et plusieurs autres qu’on pourroit y ajouter avec Borelli, qui a été le premier à faire ces remarques importantes sur le mouvement mus- culaire, prouvent que la force absolue ou réelle des muscles, est infiniment supérieure à leur force effec- tive. Cependant tous ne sont pas aussi défavorable- ment disposés : dans les ups, comme au soléaire, l’in- sertion est perpendiculaire à l’os; dans d’autres, comme aux muscles qui.agissent sur la tête, on ob- serve qu’ils sont puissances d’un levier du premier genre. En général, pour estimer la force d’un muscle isolé,du deltoïde, par exemple, il faut surtout avoir égard à la distance de leur insertion au point d’appui, au degré d’ouverture des angles formés par les fibres charnues sur le tendon, et ensuite par le tendon sur l’os, au partage des forces entre le point fixe et le point mobile. Quelques avantages semblent compenser légèrement dans certains muscles leur disposition peu propre à la force du mouvement : tels sont, i°. les sésamoïdes, la rotule,les éminences diverses d’insertion, le gonfle- ment des os longs à leurs extrémités, etc., qui éloi- gnent les fibres des points mobiles; 2°. la graisse in- termusculaire, celle qui est aux environs des mus- cles, le fluide des gaines synoviales, qui facilitent les mouvemens en lubrifiant les surfaces qui les exécutent; 3°. les toiles aponévrotiques qui répercutent les mou- vemens sur les membres; 4°* ces mouvemens eux- mêmes , ceux de flexion par exemple, qui, à mesure qu’ils ont lieu, diminuent l’obliquité de l’insertion des fléchisseurs, la rendent même perpendiculaire, comme l’a très-bien observé un auteur moderne. On a beaucoup fait de calculs sur le déchet du mouvement musculaire, sur l’effort d’un muscle qui se contracte, comparé à l’effet qui en résulte. Ils n’ont jamais pu être précis, parce que les forces vitales varient à l’infini, qu’elles ne sont point les mêmes dans deux individus, que l’influence cérébrale et la force d’organisation musculaire ne sont jamais en proportion constante dans le même sujet. C’est le propre des phénomènes vitaux d’échapper à tous les calculs, et de présenter, comme les forces dont ils émanent, un caractère d’irrégularité qui les distingue essentiellement des phénomènes physiques. Con- cluons seulement des observations précédentes, que l’effort musculaire porté au plus haut point par l’ex- citation cérébrale, peut produire des effets étonnans , et qui supposent une force de contraction qu’à peine nous concevons: telle est la rupture des forts tendons, delà rotule, del’olécrâne, etc.; telle est encore la ré- sistance souvent opposée par les muscles aux énormes distensions qu’on emploie pour les luxations, pour les fractures, etc. D E LA VIE ANIMALE. § II. Vitesse des Contractions. Les contractions doivent être considérées sous le rapport de leur vitesse comme sous celui de leur force. SYSTÈME MUSCULAIRE i°. Si c’est paries stimulans qu’elles sont produites, en mettant un muscle à découvert et eri agissant di- rectement sur lui, elles varient suivant l’état de vita- lité du muscle’, et suivant le corps qui stimule. Dans les premiers rriomens de l’expérience, elles se suc- cèdent avec rapidité, s’enchaînent quelquefois avec une vitesse que l’œil peut suivre difficilement. A me- sure que le muscle languit, ses contractions devien- nent moins promptes; elles cessent au bout d’un certain temps. On les ranime en employant un sti- mulant très-actif ; les fibres finissent enfin par y être aussi insensibles. 2°. Si c’est en irritant le nerf que l’on fait con- tracter un muscle volontaire, ou détermine une vitesse de contraction plus grande encore qu’en aga- çant le muscle lui-même. La course seroit d’une ra- pidité presque incommensurable, si chaque contrac- tion qu’elle nécessite e'toit égale à celles qu’on ob- tient alors, surtout lorsqu’on agit d’une part sur des animaux très-vivaces, d’une autre part avec des sli- mulans très-actifs, avec le galvanisme par exemple. J’ai fait à cet égard une remarque; c’est que la vitesse ni la force des contractions ne sont pas communément plus augmentées si on irrite en même temps tous les nerfs qui vont à un muscle, que si on n’en agace qu’un seul. 5°. Quand c’est la volonté qui règle la vitesse des contractions musculaires, cette vitesse a des degrés infiniment variables; mais toujours il en est un au- delà duquel on ne peut aller. Ce, degré n’est pas le même pour tous les hommes; ily a même entre eux , sous ce rapport* de très-grandes différences, les- DE LA VIE ANIMALE. quelles sont étrangères à la force d’organisation des muscles; il est rare même que les individus à sys- tème musculaire très-prononcé, soient les meilleurs coureurs. Je ne sache pas qu’on ait encore observé une habitude extérieure du corps qui indique la vi- tesse des contractions, comme il en est une qui dé- note leur force relie doit exister cependant. Les ani- maux sont comme les hommes; le degré de rapidité auquel chacun peut atteindre, est infiniment variable», Je ne citerai pas dos exemples de courses rapides, de mouvemens analogues imprimés par les membres su- périeurs , comme ceux des doigts dans le jeu de cer- tains inslrumens, du violon, de la flûte, etc. : une foule d’auteurs en rapportent d’étonnans; on pourra les lire dans ces auteurs. Je remarque seulement qu’il est peu de mouvemens qui nous donnent plus l’idée de cette vitesse, que les contractions brusques et ra- pides qui, dans les membres inférieurs, déterminent le saut, ou la forte prépulsion de ces membres quand on donne un coup de pied; qui dans les supérieurs, servent à la projection des corps qui dans les, mêmes membres concourent à repousser le tronc en arrière, lorsqu’on les appuie contre un point résis- tant, et qu’on les étend ensuite tout à coup pour pousser en avant ce point, lequel ne cédant pas, répercute le mouvement sur le tronc; qui président à l’action de donner un coup de poing; qui dans les doigts produisent le mouvement subit d’où résulte ce qu’on nomme une chiquenaude, etc.,etc. Je con- fonds tous ces mouvemens presqu’entièrement ana- logues au saut, et qui n’en diffèrent que par les effets plus ou moins manifestes qu’ils produisent. T -m. SYSTÈME MUSCULAIRE teurs, pourle dire en passant, n’ont pas assez établi de rapprochemens entre ces diverses contractions brus- ques et rapides; ils ont considéré le saut trop isolé- ment. Mais revenons. Le degré de rapidité des con- tractions musculaires est puissamment subordonné à l’exercice. L habitude de faire agir certains muscles nous rend plus prompts dans leur contraction : par exemple, la marche qui nous habitue à contracter alternativement les extenseurs et les fléchisseurs des membres inférieurs, nous dispose singulièrement à la vitesse de la course. Pour peu que chaque homme selivreà cedernier exercice, il a bientôt atteint le plus haut point de rapidité dont soit capable son système musculaire. An contraire,les mou vemens d’adduction et d’abduction étant plus rares dans l’état ordinaire, ii faut un long apprentissage pour apprendre aux dan- seurs à portera vec rapidité leurs jambes en dehors et en dedans afin d’exécuter les pas où ils les croisent alter- nativement.En général, l’habitude modifie beaucoup plusla vitesse quela force des contractions. Cependant il est toujours un terme qu’on ne dépasse jamais, quel que soit l’exercice qu’on ait donné aux muscles: ce terme dépend de la constitution; chaque homme est par elle, sauteur et coureur plus ou moins agile. § III. Du rce des Contractions. Il y a sous le rapport de la duree des contractions une différence remarquable dans les muscles, sui- vant qu’on excite artificiellement ou naturellement ces contractions. Que sur un animal vivant ou sur un récemment tué, on excite le muscle lui-même, ou qu’on agace DE IA VIE AN I M ILE, ses nerfs, le relâchement succède à la contraction, presque subitement : jamais ni l’un ni l’autre état ne sont durables, quoiqu’on fasse durer long-tempsl’ac. tion du stimulant ; l’effet qu’il a produit s’épuise tout de suite. Que le galvanisme, que les agens mécani- ques ou chimiques, servent à nos expériences, c’est le même phénomène. Au contraire, quand la volonté dirige la contrac- tion, elle peut la soutenir pendant un temps très- long. Le support des fardeaux, la station, etc., prou- vent ce fait manifestement. Lors même que pendant la vie, une irritation morbifique est dirigée sur les nerfs,la contractionpeutêtretrès permanente comme le tétanos nous en présente de si terribles preuves. La permanence de lacontractionmusculairefatigue beaucoup plus le muscle qu'un relâchement et une contraction alternatifs. Voilà pourquoi,lorsque nous sommes long-temps debout, nous faisons tour à tour porter le poids du corps plus sur un membre que sur l’autre. § IV. État du Muscle en contraction, Les muscles qui sc contractent présentent divers phénomènes que voici : i°. Ils durcissent sensiblement, comme on peut s’en assurer en plaçant la main sur le masseter, le tem- poral, ou sur un autre muscle superficiel quelconque en contraction. 2°. Ils augmentent en épaisseur : de là la saillie plus grande de tous les muscles soucutane's pendant que le corps est dans une violente action. Les sculp- teurs commissent très-bien cette différence. L’homme SYSTÈME MUSCULAIRE en repos et l’homme qui se meut, ont dans leurs statues un extérieur tout différent. 3°. Les muscles, lorsqu’ils ne sont pas bridés par les aponévroses, éprouvent quelquefois un léger déplacement. 4°. Ils diminuent en longueur , et par là même ils rapprochent les deux poinis auxquels iis se fixent. 5°. Leur volume reste à peu près le même. Ce qu’ils perdent du côté de la longueur, ils le gagnent à peu près en épaisseur. La proportion est-elle bien exacte? Que nous importe? cette question isolée à laquelle, depuisGlissop, on a attaché del importancc, n’en mérite aucune. 6°. Le sang contenu dans les vaisseaux des mus- cles, dans les veines surtout, en est exprimé en partie : l’opération de la saignée le prouve; on aug- mente le jet du sang par les mouvemens du bras. 7°. Cependant le muscle ne change pas de cou- leur ; c’est que ce n’est pas la portion colorante du sang circulant avec lui dans les vaisseaux muscu- laires qui colore les muscles, mais, comme je l’ai dit, celle qui est inhérente à leur tissu et combinée avec ieurs libres : or cette substance colorante com- binée reste la même dans le relâchement et la con- traction. Le cœur de la grenouille pâlit en se con- tractant; mais c’est que le sang qu’il contenoit s’éva- cue, et que la transparence de ses parois rend ce phé- nomène sensible. 8°. En se contractant, les muscles deviennent le siège d’une foule de petites rides transversales , sen- sibles surtout dans les contractions d’oscillation, moins apparentes dans celles de totalité, presque DE LA VIE ANIMALE. tulles même lorsque, un muscle étant à découvert (ur un animal vivant, celui-ci le contracte avec un peu de force. g°. Tous les auteurs considèrent la contraction d’une manière trop uniforme : ils en ont décrit les phénomènes comme si dans tous les cas le muscle se contractoit de même; mais il est évident qu’il y a de nombreuses différences dans l’état ou il est alors. i°. Il y a la contraction lente et insensible détermi- née par la contractilité de tissu , lorsqu’on coupe un muscle, ou que son antagoniste est paralysé ; 2°. la contraction brusque et subite, produite par la volonté, ou par l’excitation d’un nerf; mode de mouvement qui a lieu le plus communément, soit dans l’état or- dinaire, soit même dans les convulsions; 3°.l’espèce d’oscillation dont j’ai déjà parlé , et qui, affectant chaque fibre dans un muscle, ne produit cependant aucun effet bien sensible sur sa totalité, le raccourcit peu, ne rapproche presque pas , par conséquent, ses points mobiies : c’est le mode de mouvement qui a lieu dans les tremblemens produits par le froid, par la crainte , par le début des accès de fièvres in- termittentes , etc. En mettant à découvert un muscle sur un animal que l’appareil de l’expérience fait fris- sonner , on -voit que cette espèce de contraction res- semble entièrement à celle qu’on produit en versant du sel en poudre sur une partie du système muscu- laire. Alors, quojqu’ily ait dans tous les muscles un mouvement intestin infiniment plus sensible que dans les grandes contractions, cependant les mem- bres se déplacent peu, il n’y a presque point de raou- vemeas de totalité ; ce nesom que de légères secousses. SYSTÈME MUSCULAIRE 4°. Il est encore d’autres modes de contraction moins sensibles que ceux-ci, mais qui présentent cependant des différences. En général, à chaque espèce de mou- vement du muscle est adaptée une manière particulière de se contracter ; pour peu qu’on ait fait d’expériences sur les animaux vivans , on se convaincra facilement combien les auteurs les plus judicieux se sont mépris sur ce point. Souvent deux modes de contraction sont combi- nés : par exemple, quand on coupe un muscle en tra- vers sur le vivant, il y a d’abord une contraction lente de totalité, produite par la contractilité de tissu, en- suite des oscillations partielles dans toutes les fibres divisées; or ces oscillations sont étrangères à la ré- traction qui a lieu sans elles, souvent sur le vivant et toujours sur le cadavre. De même ies oscillations peuvent se combiner avec la contraction subite née de l’influence nerveusepar l’acte de la volonté, comme dans les derniers momens de l’exrstence , ou bien ne pointlui être associées, comme cela arrive presque tou- jours quand l’animal jouit de toute sa vie. On peut se convaincre de ce dernier fait sans le secours des ex- périences , en plaçant la main sur le muscle masseter ou sur le biceps d’une personne maigre, pendant qu’ils se contractent ; on n’y sent à travers la peau aucun mouvement analogue à ces oscillations. § V. Mouvemens imprimés par le Muscle. Tout mouvement musculaire est ou simple, ou combiné. Parlons d’abord du premier; il nous fera comprendre le second. DE E A Y I E ANIMALE. Mouvement simple. Il faut le considérer , i°. dans les muscles à di- rection droite ; 2°. dans ceux à direction réfléchie ; 3°. dans ceux à direction circulaire. Dans les premiers, comme dans ceux des membres, du tronc , etc., s’ils sont à forme alongée, et qu’ils se terminent par un tendon, chaque fibre se contractant tire ce tendon de son côté : d’où il résulte que toutes sont congénères pour le rapprocher du centre du muscle , mais qu’en même temps elles tendent à lui donner chacune une autre direction, et sous ce rapport elles sont antagonistes.Le mouvementcommun reste; l’opposé est détruit. Tout l’effort de la contraction dans les muscles longs se concentre sur un seul point, sur le tendon. Dans la plupart des muscles larges, au contraire, les attaches se faisant des deux côtés par des points diffé- rens , toutes les fibres ne concourent point au même but. Aussi les parties diverses du même muscle peu- vent-elles avoir des usages très différens, et même opposés : ainsi la portion inférieure du grand dentelé n’agit point comme la supérieure; souvent même les portions diverses du même muscle se contr actent en des temps différens. Dans un muscle long, au con- traire, comme toutes les fibres concourent à produire le même effet, elles agissent toujours simultanément. Pour estimer l’effet que produit un muscle à direc- tion droite sur les os auxquels il s’implante , on a employé différens moyens. Un très-simple meparoît être celui-ci qui, je crois , n’a pas élé indiqué. Il con- siste à examiner la direction du muscle depuis son SYSTÈME MUSCULAIRE point fixe jusqu’à son point mobile, et à prendre l’in- verse de cette direction; ce dernier sens est toujours celui,du mouvement. Voulez-vous savoir comment le radial anterieur agit sur le poignet ; prenez-le à son insertion aucondyle, suivez de làsa direction en bas et en dehors ; vous verrez qu’il porte la main en haut et en dedans , qu’il la fléchit et la met un peu dans l’adduction. Le jambier antérieur dirigé en bas et en dedans élève le pied et le porte en dehors. Le droit antérieur de la cuisse directement dirigé du bassin vers la rotule , relève la jambe sans la faire dévier. Tous les autres muscles vous présenteront cette dispo- sition. Quelle que soit l’attache qui leur serve de point fixe ou de point mobile , toujours ils agissent en sens inverse de leur ligne de direction supposée partie du premier point; et comme chaque attache peut être alternativement mobile et fixe, les deux os qui en servent sont portés en sens opposé : le coraco-brachiai, dirigé en bas .et en dehors de l’épaule vers le bras , porte ce dernier en haut et en dedans; dirigé de bas en haut et de dehors en dedans du bras vers l’épaule, il meut celle-ci en bas et en dehors. D’après cette règle générale, il suffit de voir un muscle sur le ca- davre, pour prononcer sur ses usages. Lorsque tout un muscle large se réunit sur un point commun, comme le deltoïde qui ayant une foule de points d’attache en haut, se fixe en bas à un unique, la ligne de direction moyenne à celle de toutes ses fibres doit être prise pour estimer ses usages. Quand un muscle s’attache par ses deux extrémités sur plusieurs points , que par conséquent les fibres qui le composent forment plusieursfaisceaux à direc- 317 îion differente et à mouvemens isolés, il faut examiner la ligne de direction de chaque faisceau pour estimer faction du muscle. C’est ainsi que doitVétudier celle du trapèze , du grand dentelé , du rhomboïde, etc. Dans les muscles à direction réfléchie , comme le grand oblique de l’œil, les péroniers latéraux, le péri- staphylin externe , etc., faction du muscle ne doit s’estimer que du point de la réflexion ; ainsi le grand oblique porte-t-il l’œil en dedans, quoiquesa portion charnue se contracte de manière à porter le point mobile en arrière. Les muscles orbiculaires , ceux placés autour des lèvres, des yeux , de l’anus , etc., n’ont pas en gé- néral de point fixe, ni de point mobile ; ils ne sont point destinés à rapprocher deux parties l’une de l’autre , mais seulement à rétrécir l’ouverture autour de laquelle ils sont situés. L’anus est fermé par son sphincter, tant que les excrémens ne le dilatent point. La bouche.reste close, tant que.les abaisseurs,îesélé~ vateurs ou les abducteurs des lèvres sont inactifs. L’œil est fermé , tant que l'élévateur de la paupière supérieure est relâché. (Je remarque à ce sujet que la paupière inférieure n’ayant point d’abaisseur , c’est principalement l’autre qui concourt à fermer ou à ouvrir l’œil; et comme son muscle ne peut être en contraction permanente ; les alternatives de ses relâ- chemens déterminent ces clignotemens continuels qui ont lieu pendant que l’œil est ouvert; ils sont à l’œil ce qu’est aux membres inférieurs le transport alternatif du poids du corps d’une jambe à l’autre pen- dant une station immobile. A chaque instant le muscle se relâche ; le sphincter agit aussitôt; puis il se con- DE LÀ VIE ANIMALE, SYSTÈME MUSCULAIRE tracte et distend le sphincter : le clignotement est donc une lutte habituelle enire le releveur de la pau- pière et l’orbiculaire. Dans le sommeil, ce n’ est pas par la contraction de celui-ci que l’œil se ferme ; il est relâché comme tous les muscles : c’est parce que le précédent étant inactif , la paupière tombe par son propre poids sur l’œil : elle communique pour ainsi dire le mouvement à l’orbiculaire qu’elle renferme, tandis que , pendant le jour , c’est au contraire l’or- biculaire qui lui communique ce mouvement. Mouvemens composés. Il estpeudemouvemensdans l’économie qui soient simples , peu de muscles qui puissent se contracter isolément. Presque toute sorte de contraction en sup- pose une autre, et voici pourquoi : les deux points auxquels se fixe ordinairement un muscle, sont tous deux susceptibles de se mouvoir; si un d’eux n’étoit retenu, tous deux se mettroient donc en mouvement quand le muscle se contracte : ainsi dans la contrac- tion de ses extenseurs, la jambe seroit rapprochée du pied presqu’autant que le pied de la jambe , si celle-ci n’étoit fixée : or elle ne peut l’être que par desTrtuscles qui agissent en sens opposé de l’effet que les exten- seurs tendent à produire sur elle ; donc toutes les fois que les deux attaches d’un muscle sont mobiles , le mouvement isolé de l’une d’elles suppose la contrac- tion de divers muscles pour fixer l’autre. Il n’v a que les muscles attachés d’une part à un point fixe , de l’autre à un point mobile, comme ceux de l’œil, la plupart de ceux de la face, qui puissent se mouvoir d’une manière isolée, et sans nécessiter un DE LA VIE ANIMALE. mouvement dans d’autres muscles.Remarquons ce- pendant qu’en général les contractions destinées à fixer le point qui doit être immobile dans les mouve- mens ordinaires, sont moins grandes qu’il ne lesemble d’abord. En effet, dans ces mouvemens ordinaires, le point qui se meut est toujours le plus mobile ; celui qui reste sans mou vement l’est le moins : par exemple, il faut bien plus d’effort aux fléchisseurs pour incliner le bras sur l’avant-bras, que pour fléchir les phalanges surcelui-ci,etcelui-cisurlebras.En supposant mobiles leurs deux attaches, les jumeaux agiront bien plus efficacement sur le pied que sur le fémur, etc. Dans les membres , le point supérieur est toujours plus mobile que l’inférieur : or c’est celui-ci qui se meut presque toujours, l’autre étant fixé : donc , comme il offre plus de résistance par sa position, il faut moins d’effort aux puissances musculaires pour le retenir. Ce n’est que dans les mouvemens un peu violens que la contraction préliminaire des muscles destinés à fixer un des points d’insertion est très-pénible. C’est ce qui arrive à la poitrine lorsque le trapèze, le grand dentelé , le grand pectoral se contractent avec force : alors tous les autres muscles de cette cavité se contrac- tent fortement pour la mettre dans la dilatation , et offrir ainsi une attacheplusîargeetplusfixeà ces mus- cles, qui meuvent l’épauledans lesupporL des fardeaux, ou dans tout autre effort analogue. Le diaphragme se contracte aussi; de là les hernies, les descentes qui arrivent par contre-coup dans ces mouvemens qui, au premier coup-d’œil, n’ont aucune analogie avec la cavité abdominale. Lorsque dans une position hori- zontale du corps on relève la tête, les muscles droits 320 SYSTÈME MUSCULAIRE abdominaux se contractent pour fixer la poitrine, et offrir un point solide au sterno-inasloïdien, elc. Onappelle spécialement mouvementcomposé celui que deux ou plusieurs muscles, agissant sur le même point, concourent simultanément à produire. Dans ce cas, le point mobile ne suit la direction ni de l’un ni de l’autre muscle, s’il y en a deux , mais la diago- nale de leur double direction. C’est ainsi que l’œil se meut en dehors et en haut, en dehors et en bas, etc. ; que la tète s’abaisse, qu’elle se porte de côté, et que le bras s’applique contre le tronc , etc. En général , la nature n’a distribué les muscles que dans quelques sens principaux autour d’un point mobile , par exemple autour de l'œil, dans ceux de l’élévation, de l’abaissement, de l’adduction et de l’abduction; la combinaison de ces mouvemens simples produit les composés. Si l’adducteur et l’abaisseur se contractent également, l’œil sera exactement porté dans une di- rection moyenne; si l’un agit avec plus de force que l’autre, il se rapprochera un peu plus du premier ; eu sorte que les quatre muscles, en se mouvant isolé- ment , ou deux à deux d’une manière égale , portent déjà l’œil en huit sens di fie rens. Dans tous les sens in- termédiaires, il y a aussi action simultanée de deux muscles, mais toujours supériorité d’action de fun d’eux. Ainsi s’opèrent presque tous les mouvemens de çircumduction. Quand deux muscles opposés se contractent, le point mobile ne se meut pas; il y a antagonisme par- fait. Quand deux muscles qui se contractent simulta- nément sont placés dans le même sens, il n’y a pas de perte de force : c’est ce qui arrive quand le génio- hyoïdien et le milo-hyoïdien abaissent la mâchoire ou élèvent l’os hyoïde: ces muscles sont complètement congénères. Mais quand deux muscles sont en partie opposés et en partie dans le même sens , comme les sterno-mastoïdiens, une portion des forces se détruit et l’autre reste. L’action par laquelle les sterno-mastoï- diens tendent à porter la tête à droite ou à gauche, est nulle ; celle seule par laquelle ils la dirigent en bas pro- duitson effet qui estdouble, vul’actiondes deux mus- cles, lesquels sont ainsi en même temps congénères et antagonistes. On voit d’après cela que ces mots s’ap- pliquent non-seulement au mouvement produit par la contractilité de tissu, mais aussi très-souvent à ceux que détermine la contractilité animale. DE LA YI E ANIMALE. 321 s vi. Phénomènes du relâchement des Muscles. Quand un muscle cesse de se contracter, il devient le siège de phénomènes exactement opposés aux pré- cédens, qu’il suffit de connoitre pourconcevoir ceux- ci. Le muscle s’alonge et se ramollit; ses diverses rides disparoissent : il revient exactement de l’état où il se trouvoit. Il est inutile de présenter la série de ces phénomènes. Je remarque que dans l’état de relâchement des muscles, les parties exécutent souvent des mouve- mens qu’ellesnedoivent qu’à leur propre poids: telles sont la flexion de la tête en devant dans le sommeil, la chute de l’avant-bras et du bras dans le même cas. Alors la pesanteur s’oppose souvent à ce que les membres, qui ne sont pas soutenus, restent dans leur position moyenne. On. voit spécialement ces sortes de phénomènes dans les paralysies. SYSTÈME MUSCULAIRE ARTICLE CINQUIÈME. Développement du Système musculaire de la Vie animale. Le système musculaire présente de grandes diffé- rences, suivant qu’on l’examine avantl’accroissement complet, ou dans les âges qui suivent celui où cet accroissement se termine. § Ier. Etat du Système musculaire chez le Fœtus. Dans le premier mois du Fœtus, ce système est, comme les autres, confondu en une masse muqueu se homogène, où l’on ne distingue presque aucune ligne de démarcation. Aponévroses, muscles, tendons, etc., tout a la même apparence. Peu à peu les limites s’é- tablissent, le tissu musculaire se prononce en prenant d’abord une teinte plus foncée, par le sang qui y aborde. Cependant cette teinte est d’abord bien moins marquée que dans l’adulte $ elle reste même telle jus- qu’à la naissance. Si on se sert des os pour terme de comparaison, cela devient frappant. Dans l’adulte, le dedans des os est moins rouge que le tissu mus- culaire ; la différence est même tranchante. C’est le contraire dans le fœtus ; beaucoup plus de sang pé- nètrela portion déjà ossifiée des os, que l’intérieurdes muscles. La nature distribue le sang d’une manière inverse à ces deux époques de la vie dans l’un et l’autre système. Je présume que ce phénomène dépend principale- ment de l’espèce d’inertie dans laquelle restent les muscles avant la naissance. Remarquez, en effet que malgré que quelques mouvemens annoncent dans les derniers mois la présence du fœ us dans le sein de sa mère, cependant ces mouveniens sont infiniment moins marqués qu ils ne doivent i’être par la suite. La preuve en est dans la position constante qu’af- fectent les membres et le tronc dem -fléchis, dans le peu d’espace qu’il y auroit pour exécuter ces mou- vemens, surtout dans les derniers temps où les eaux sont singulièrement diminuées. Aux premières épo- ques de la grossesse, quoique l’espace soit plus grand, en ouvrant les femelles d’animaux, on trouve cons- tamment le fœtus couché sur lui-même, et dans une attirude comme immobile. Plusieurs physiciens estimables ont trouvé les muscles du poulet dans sa coquille bien moins irri- tables qu’après la naissance, soit par les agens or- dinaires, soit par l’influence galvanique. J ai fait les mêmes expériences sur des petits cochoris-d’inde qui n’avoient pas vu le jour, en irritant directement leurs muscles, ou en agaçant leurs nerfs, leur moelle épinière et le cerveau. Plus on se rapproche du terme de la conception, moins on obtient par là de mouvemens. Ce qu’il y a surtout de remarquable, c’est la rapidité avec laquelle, dès que le fœtus est mort, les muscles perdent leur irritabilité; l’instant qui éteint la vie, semble étouffer cette propriété. Dans les derniers temps qui précèdent l’accouche- ment , elle est un peu plus permanente , et plus sus- ceptible d’être mise en jeu, mais toujours moins qu’après la naissance. Nous ne pouvons donc guère douter que les mouvemens ne soient moindres à cet DE LA VIE ANIMALE. SYSTÈME MUSCULAIRE âge, quoiqu’ils existent cependant. Nous verrons que ia nutrilion, le volume et la rougeur des muscles, sont en général dans l’adulte proportionnes au nom- bre des mouvemens qu’ils exécutent ; il n’est donc pas étonnant que moins de sang les pénètre dans le fœtus. Au reste, plus on se rapproche de l’époque de la conception, moins ce fluide y est abondant, jl’aieu occasion de faire cette remarque sur des co- chons-d’inde tués à différentes époques de la gesta- tion. Dans les premiers temps, des petits ressemblent vraiment à ceux des grenouilles ; blan- châtres comme eux, ils sont parcourus par des lignes rougeâtres, qui indiquent le trajet des vaisseaux. Je présume aussi que l’espèce de sang qui circule à cet âge dans les artères, et qui pénètre les mus- cles, est moins propre à entretenir et à développer leur motilité. En effet, c’est du sang noir qui aborde alors aux muscles par les vaisseaux. Or on sait que dans l’adulte, toutes les fois que ce sang circule dans le système artériel accidentellement, la vie s’altère, le mouvement musculaire s’affoiblit, et bientôt l’as- phyxie survient. C’est à la nature et à la couleur du sang du fœtus, qu’il faut attribuer la teinte livide et souvent même foncée que ses muscles présentent j car -c’est encore un caractère qui les distingue de ceux de l’adulte. Non-seulement leur coloration est moins marquée, ils sont plus pâles, mais leur teinte est toute différente ; et cette teinte a constamment le caractère que j’indique avant que le fœtus ait respiré. Les muscles sont grêles, peu prononcés chez le fœtus. Leur développement est infiniment moindre que c.elui des muscles de la vie organique. Le volume DELA VI* ANIMALE. desmembres vienlsurtout de leur graisse soucutanée* Lorsque cette graisse est peu abondante, et qn’oa compare les membres au tronc, ils sont bien moirv dres à proportion de celui ci, qu’ils ne le seront dans la suite. Chez les fœtus qui ont beaucoup de graisse cutanée, dont on enlève toute la peau et dont on fait par conséquent des écorchés, on observe éga- lement celte disproportion de volume. On sait qu’à cetâgetouteslescavités d’insertionmusculaire, toutes les apophyses destinées au même usage, sont presque milles. Les parois de la fosse temporale, par exemple, plus déjetées en dehors , agrandissent l’espace céré- bral, et rétrécissent celui que remplit le crotaphyte». C’est un petit fait anatomique qui est la conséquence d’une grande loi de la nutrition, savoir, de la prédo- minance du système nerveux auquel appartient le cerveau, sur le musculaire animal, sous le rapport du développement. Remarquons que cette prédomi- nance , d’oü naît à cet âge une disproportion sensible entre les deux systèmes musculaire et nerveux, re- lativement à ce qu’ils seront par la suite, prouveroi t seule que les muscles ne sont pas , comme on l’a dit, une terminaison et un épanouissement des nerfs : en effet deux espèces d’organes dont le développement est inverse, ne sauroient appartenir à un même système. Plusieurs auteurs ont prétendu que la portion charnue étoit proportionnellement bien plus déve- loppée chez le fœtus que la tendineuse, que celle-ci même n’existoit pas. Je ne puis présumer d’oii a pu naître celte opinion. Qu’on ait cru que les aponévroses des membres manquent dans les premiers mois, cela se conçoit : en effet j’ai constamment observé qu’alors SYSTÈME MUSCULAIRE elles n’ont point cette couleur blanche qui les carac- térise dans la suite, couleur quelles ne prennent que quand leurs fibres se développent; elles sont transparentes, comme une membrane séreuse, et peuvent au premier coup d’œil ne pas s’apercevoir. Mais les tendons ont une couleur blanchâtre très- prononcée, on les distingue très-bien; ils sont tout aussi gros et tout aussi longs proportionnellement qu’ils le seront par la suite. § II. Etat clu Système musculaire pendant Vaccroissement. A la naissance, le système musculaire delà vie animale éprouve, ainsi que tous les autres, une ré- volution remarquable. Jusque-là le sang noir seul pénétroit ses artères : alors le sang rouge y aborde tout à coup; car ce sang $e forme dès que la respira- tion a lieu; or elle a lieu dans presque toute sa plé- nitude au même instant où le fœtus sort du sein de sa mère. On voit d’ailleurs manilestement la teinte livide de la peau être remplacée presque tout à coup par une couleur rosée, qui ne vient que de cette dif- férence du sang. Ce fluide nouveau, abordant aux muscles, est une cause nouvelle d’excitation, et par là même de mouvemens. Ajoutez à cette cause l’ac- croissement subit de l’action cérébrale. Jusque-là, pénétré de sang noir , le cerveau e'toit comme dans une espece d’inertie qni lenoit aussi principalement à l’ab- sence de sensations, comme je l’ai prouvé ailleurs. Tout à coup le sang rouge y aborde; il le stimule, soit par les principes qu’il contient, soit par la raison seule qu’il est différent de celui qui y pénétroit; car telle est la nature de la sensibilité', qu’elle est suscep- tible de s’affecter dans un organe, par là même qu'un excitant qui y est applique, est nouveau pour lui. Su- bitement excité par le sang rouge, le cerveau réagit sur les muscles, et les détermine à se contracter» Cette cause, jointe à la précédente, me paroît être une de celles qui influent le plus sur le passage subit de l’espèce d’inertie où étoit le fœtus , ou du moins du peu de mouvement qu’il exécutoit, à l’agitation générale de ses membres, de son ventre , de sa poi- trine, de sa face, etc.; car aussitôt après la naissance, presque tous les muscles se meuvent plus ou moins fortement. Gardons-nous cependant d’exagérer les influences d’une cause qui n’est certainement pas unique : par exemple les mouvernens du diaphragme et des mus- cles pectoraux sont certainement antérieurs à l’abord du sang rouge au cerveau , puisque leur action est nécessaire à la production de ce sang rouge. Ces mus- cles entrent en action, parce que l’excitation par l’air de toute l’habitude du corps, des membranes mu- queuses en contact avec ce fluide, stimule le cerveau qui est le centre de toute sensation. Emu par cette excitation, cet organe réagitsur les muscles, etcom- mence à les faire contracter. Les contractions aug- mentent, quand, à cette excitation extérieure et in- directe, se joint l’excitation intérieure et directe dont nous venons de parler. Cette seconde excitation n’est pas pour le foetus d’une nécessité absolue ; car souvent on voit des enfans restés livides quelques instans après la naissance, se mouvoir très-bien ; mais en général les mouvernens 11e sont point aussi rnar- DE U VIE ANIMALE. SYSTÈME MUSCULAIRE qués que quand la coloration en rouge de la peau indique l’abord du sang artériel qui a subi l’influence de la respiration. L’abord du sang rouge dans les muscles ne leur donne pas tout de suite la couleur qu’ils conservent dans la suite. Pendant quelque temps après la nais- sance, iis gardent encore une teinte foncée, comme les dissections le prouvent d’une manière manifeste, parce que, comme je l’ai dit, leur couleur ne vient pas de la portion colorante circulant dans leur tissu, mais bien de celle combinée avec ce tissu. Or la nu- trition seule produit la combinaison ; mais cette fonc- tion ne s’opère que peu à peu ; elle est véritablement une fonction chronique, en comparaison de l’exha- lation, de l’absorption,de la circulation, qui affectent manifestement une marche aiguë. A mesure qu’on avance en âge, les muscles pren- nent une teinte de plus en plus rouge; plus de sang les pénètre; ils se nourrissent à proportion plus que divers autres organes : cela est remarquable surtout dans ceux des membres inférieurs. Je remarque ce- pendant que tant que l’accroissement dure, c’est spé- cialement sur la longueur et non sur l’épaisseur des muscles, que porte l’énergie de la nutrition. Voilà pourquoi ils se prononcent peu sous, les tégumens,et n’y font presque pas de saillie ; pourquoi les formes sont plus arrondies, plus gracieuses, mais moins mâles à cet âge. L’exterieur du jeune homme est sous ce rapport fout différent de celui de l’adulte, en considérant l’un et l’autre, abstraction faite de toute cause qui puisse influer sur leur conforma- tion. L’habitude extérieure de l’enfant et du jeune DE LA VIE ANIMALE. * homme est, en général, assez analogue, à celle de la femme. Quoique nous ne connoissions pas aussi bien la dif- férence des substances qui pénètrent les muscles dans les premières années et dans l’âge adulte, que nous la connoissons pour les os où l’addition du phos- phate calcaire à la gélatine offre un phénomène nu- tritif si tranchant, cependant nous ne pouvons douter que ces différences n’existent d’une manière réelle. Traitée par l’ébullition, la combustion, la macération, etc., la chair du foetus ne donne point les memes résultats que celle de l’adulte. Le bouillon fait avec les muscles d’un jeune animal contient beaucoup plus de gélatine, substance qui prédomine si fort à cet âge de la vie. Il a beaucoup moins de saveur que celui desanimaux adultes. La subs- tance extractive paroît être moindre par conséquent dans le système musculaire. Un goût fade, nauséa- bond même pour certaines personnes , caractérise les bouillons de veau. La différence des principes qu’ils contiennent influe même sur les organes gastriques dont ils excitent la contraction; ils lâchent le ventre, comme on le dil, phénomène étranger aux bouillons ordinaires. 11 ne paroît pas que la fibrine soit en aussi grande proportion dans les muscles à cet âge de la vie : les considérations suivantes me le font penser. i °. Au lieu de cette substance, le cit. Fourcroy n’a trouvé dans le sang du fœtus qu’un tissu mollasse, sans consistance, et comme gélatineux : or le sang paroît être le réservoir de la fibrine. 2°. La force et l’énergie des contractions sont en général en propor- tion de la quantité de ce principe contenue dans les S Y S T E M#E MUSCULAIRE muscles : or cette énergie est peu marquée dans le premier âge. 5°. Les muscles brûlent alors, en se crispant et en se resserrant moins sensiblement que dans l’adulte. J’ai vu même deux ou trois fois leur tissu , lorsqu’on le place sur des charbons ardens, être le siège d’une espèce de boursouflement analogue à celui de la gélatine traitée de la même manière. En général, il paroît que cette dernière substance occupe en partie dans les muscles la place que doit, parla suite y tenir la substance fibreuse. Ceux qui fréquentent les amphithéâtres ont remarqué sans doute que, toutes choses égales d’ailleurs, les muscles de jeunes sujets se putréfient moins promptement que la plupart des autres substances,et qu’en se putréfiant ils donnent une odeur moins fétide. On sait que le bouillon de veau passe à l’aigre plus facilement que celui deboeuf.il est toujours blanchâtre, n’a jamais cette couleur foncée du bouillon fait avec le dernier. 11 se prend en gelée beaucoup plus facilement. Le rô- tissage des viandes dans le premier âge et dans l’âge adulte, présente aussi de grandes différences. J oute espèce de coction, soit à feu nu, soit dans un fluide quelconque , est beaucoup plus prompte , beaucoup plus facile dans le premier âge. Le jus qu’on extrait alors des muscles présente un caractère essentielle* ment différent; il est moins fort. Les effets de la ma- cération sont aussi plus rapides; on obtient plutôt cette pulpe muqueuse, à laquelle l’action de l’eau finit enfin par réduire presque toutes les substances animales. DE E A VIE ANIMALE. 331 § III. État du Système musculaire après V accroissement. Après que l’accroissement général est fini en lon- gueur, nos organes croissent encore en épaisseur; et c’est surtout dans les muscles que ce phénomène est remarquable. Au corps grêle , mince et à formes'ar- rondies de l’adolescent et du jeune homme, succède un corps gros, fort, épais et à formes prononcées. Les muscles se dessinent à travers les tégumens, des bosses et des enfoncemens s’observent sur ceux-ci; diverses lignes déprimées servent délimités à diverses lignes saillantes. Lesystèmemusculaireanimal ressort mieux alors dans l’état de repos , qu’il ne se prononce dans l’adolescent lors de ses plus grands mouvemens. Les peintres et les sculpteurs ont étudié, plus que les anatomistes, les degrés divers du développement des muscles. L’époque où les poils croissent, celle où les parties génitales commence à entrer en activité, est prin- cipalement celle oùlesmusclescommencent à devenir saillans chez l’homme. Chez la femme, cettedernière époque n’offre point un semblable phénomène: les muscles conservent leur rondeur primitive; ils ne la perdent même presque pas. Dans ce sexe* l’arrondis- sement desmembres,leurs formesdouces,contrastent avec l’espèce de rudesse de ceux de l’homme. L’accroissement en épaisseur dans les muscles pa- roît porter bien plus sur la portion charnue que sur la tendineuse, et surtout que sur raponévrotique. Les aponévroses intermuscuîaires principalement, ne paroissent pas croître à proportiondes fibres qui s'y SYSTEME MUSCULAIRE i tu piaulent ; en sorte que celles-ci font saillie , et qu’à l’endroit de l’aponëvrose est une dépression. C’est ce qu’on voit surtout très-bien dans les muscles coupés pour leurs insertions par beaucoup de ces toiles fi- breuses, dansledeltoïde en particulier. Non-seulement la saillie à travers la peau de la totalité du muscle, fait ressortir les dépressions qui le séparent des autres, mais encore chaque plan charnu fait une saillie que sépare unerainure; ce qu’on ne distingue, il est vrai, que sur les sujets un peu maigres. A mesure quele muscle accroît en épaisseur, il aug- mente en densité. Tl devient plus ferme, plus résis- tant. Si on place comparativement la main sur deux muscles semblables d’un adulte et d’un enfant, pen- dant qu’ils sont en contraction , on sent une diffé- rence sensible dans leur dureté. Des poids suspendus comparativement à des muscles des deux âges, pris dans les cadavres, prouvent le degré différent de leur résistance. Le tissu musculaire des adultes cède plus lentement à tous les réactifs. La couleur des muscles continue à être rouge dans l’adulte; mais eu général, et toutes choses égales sous le rapport des causes qui font varier cette couleuF, elle commence à devenir d’un rouge moins vif au- delà de la trentième année. C’est en général dans les dernières années de l’accroissement, et même de la dixième à la vingtième, que le rouge est le plus bril- lant , le plus rutilant. Dans l’adulte, cette cquleur présente un phéno- mène bien remarquable. Tous les hommes ont leurs muscles rouges, mais à peine deux offrent-ils la même nuance. Ceux qui ont fait beaucoup d’ouvertures de DE LA VIE ANIMALE. cadavres ont pu s’en convaincre; le séjour des amphi- théâtres prouve cette assertion. Mille cause peuvent influencer cette couleur : le tempérament estla princi- pale. L’ habitudeextérieuredel’écorché indique le pérament, aussi bien que les tégumenspar leurs nuan- ces de couleur. Les maladies la font aussi prodigieuse- ment varier. Toutes celles qui affectent une marche chronique l’altèrent singulièrement; elle pâlit alors et devient terne, etc. Les hydropisies la blanchissent, pour ainsi dire , quand elles sont très-anciennes. En général, tout ce qui porte sur les forces de la vie une influence lente et affaiblissante, diminue la vivacité de cette couleur.Les maladies aiguës, quelle que soit leur nature, la changent peu. Les fièvres, avec la pros- tration la plus marquée, si elles déterminent tout à coup la mort, la laissent intacte, parce que cette cou- leur ne peut changer que par la nutrition : or comme cette fonction est lente dans ses phénomènes , elle n’est que peu troublée par les maladies très-aiguës; ce n’est qu’au bout d’un certain temps qu’elle se res- sent des affections régnantes dans l’économie. Je remarque que les variétés de couleur qu’on ob- serve dans les muscles des adultes, même dans l’état sain, les distingue spécialement de ceux des fœtus, lesquels ont en général une pâleur uniforme. Cette différence tient à ce que , dans le premier âge, nous ne sommes point sujets à l’action de cette foule d’a- .gens qui modifient, d’unemanière infiniment variable dans les âges suivans, les grandes fonctions, et par là même la nutrition qui en est le terme. C’est dans ces variétés de couleur du système musculaire de l’adulte, qu’on distingue bien que le sang circulant SYSTÈME MUSCULAIRE dans les artères, y est absolument étranger : en effet il est uniforme, et ne participe jamais a ces variétés de coloration , quelles quelles soient. Beaucoup de circonstances chez l’adulte font va- rier la nutrition musculaire: le mouvement est la principale. L’homme qui passe sa vie dans le repos, est remarquable par le peu de saillie de ses muscles, surtout si on compare cette saillie à celle des muscles de l'homme qui prend un grand exercice, Non-seu- lement le mouvement général offre ce phénomène, mais encore le mouvement local, comme on le voit dans les bras des boulangers, dans les jambes des dan- seurs , dans le dos du portefaix, etc. § IV. État du Système musculaire chez le Vieillard. Dans le vieillard, le tissu des muscles change sin- gulièrement ; il devient résistant et coriace : ladent le déchire avec peine. Cette densité trop grande nuit à ses contractions, quine peuvent plus se faire qu’avec lenteur; l'action du cerveau devient moindre sur les muscles; la durée de leurs mouvemens n est plus aussi prolongée: ils se fatiguent plus vite. Je remarque que la densité des muscles ne doit point se confondre avec leur cohésion. Elle dépend des substances qui entrent dans la composition du muscle. La cohésion paroit tenir au contraire à l’in- fluence vitale, dont l’effet se conserve après la mort. Disséqut zles muscles d’un adulte foi tet vigoureux; la masse charnue est ferme ; elle reste dans sa place ; elle se soutient par elle-même, quoique le scalpel l’ait isolée de toutle tissu environnant. Au.contraire, dans 335 un cadavre mort de maladie chronique, dans un hy- dropique, un phthisique, etc., les muscles sont lâches, ne peuvent se soutenir; les rapports se perdent dès que le tissu environnant est enlevé. Autant les premiers sujets sont avantageux à la dissection de la myologie, autant ceux-ci y sont peu propres. Le tissu muscu- laire est, chez les vieillards, à peu près comme chez ces derniers, flasque et lâche : on sent cette flaccidité" sous la peau , dans le soléaire , les jumeaux , le bi- ceps, etc.; elle n’empêche pas que chaque fibre ne soit dense, coriace, etc. En général, la cohésion mus- culaire est en raison inverse de l’âge : les muscles du jeune homme sont fermes , serrés ; ils ne sont point mobiles sous la peau. Vers la quarantième année et au-delà , on commence à apercevoir plus de laxité : les gras de jambes vacillent dans les grands mou ve- inons ; les fessiers, et en général tous les membres saillans , présentent aussi déjà cette vacillation , sur- tout si l’individu est maigre. Les muscles deviennent de plus en plus susceptibles de se mouvoir ainsi , à mesure qu’on approche de la vieillesse, époque où le moindre mouvement fait vaciller tout le système musculaire.Pourquoi ? Parce que le muscle n’est plus en contraction suffisante ; il est, pour ainsi dire, trop long pour l’espace qu’il remplit. Cela paroît tenir à ce que la contractilité de tissu a diminué dans le der- nier âge; on peut s’en convaincre en coupant trans- versalement un muscle dans le vieillard et le jeune homme comparativement : il se retire plus en effet en sens opposé dans le second que dans le premier. Cette contractilité de tissu rapprochoil toutes les mo- lécules du muscle pendant son repos ; elle ne peut D E LA VIE ANIMALE. SYSTÈME MUSCULAIRE plus produire ce rapprochement ; il reste lâche. Les auteursn’ont point assez observé ce phénomène re- marquable qu’éprouve le système musculaire par les progrès de l’âge , phénomène qui est réellement l’in- dice de son degré de force contractile. Le vieillard présente fréquemment dansletissumus- culeux une altération telle, que celui-ci a perdu sa couleur, pour prendre un jaune peu foncé, et une ap- parence graisseuse, quoique cependant cette couleur ne dépende point de la graisse, mais de l’absence de la substance colorante du sang. J’ai souvent fait cette remarque. Si on dépouille de toute graisse environ- nante ces prétendus muscles graisseux, et qu’onne leur laisse que leur tissu , la combustion ou l’ébullition n’en retirent point d’huile animale; ils sont dans leur e'tat fibreux comme à l’ordinaire ; la couleur seule est différente. J’ai remarqué que les muscles profonds du dos , ceux placés dans les gouttières vertébrales , sont beaucoup plus sujets que tous les autres à perdre leur couleur et à se présenter sous cet aspect jaunâtre ; aspectquines’observe presque jamais sur tout le sys- tème, mais seulement sur quelques muscles isolés. Les adultes sont sujets, comme les vieillards, quoique moins fréquemment cependant, à cette altération. Plu- sieurs fois, dans des membres atrophiés, on a trouvé que leur aspect est à peu près analogue. Dans les paralysies récentes, dans celles même qui datent de trois, quatre et six mois, il n’y a en général rien de changé dans les membres ; les muscles conservent et leur couleur et leur volume; mais au bout d’un tempsplus long, l’absence du mouvement, peut-être aussi le défaut de l’influx nerveux, finissent par altérer la nutrition restée long-temps intacte sans cet influx , et alors les muscles se décolorent, se resser- rent , diminuent. Mais ce phénomène n’est pas même toujours constant, et il y a à 1 Hôtel-Dieu des hé- miplégies , de six , sept et même dix ans , sans que le membre du côté sain prédomine par sa nutrition sur celui du côté malade. Les pressions extérieures long-temps continuées sur un muscle, produisent à peu près le même effet que l’atrophie; elles le décolorent et le blanchissent en y empêchant la circulation. Ceux qui se servent de bretelles habituellement passées sous les bras , qui portent constamment des ceintures autour de l’ab- domen , qui soulèvent des fardeaux , ont souvent les muscles correspondansaux pressions habituelles qu iis éprouvent, dans l’état de ceux des vieillards. Je re- marque que ces muscles se contractent cependant ; ce qui prouve bien que la substance colorante n’est pas d’une nécessité absolue à Faction musculaire. Le sang se porte en général en beaucoup moindre quantité dans les muscles des vieillards; leurs vais- seaux s’obstruent en partie; c’est ce qui les dispose à l’état dont je viens de parler. DE Ii A VIE ANIMAL F. § Y. Etat du Système musculaire à la mort. A l’instant de la mort, les muscles restent dans deux étatsdiflérens : tantôt ils sont roides et inflexi- bles; tantôt ils laissent exécuter aux membres des mouvemens assez faciles. Ilfaut quelquefois beaucoup d’effort pour ployer la cuisse d’un cadavre; d’autres fois la moindre secousse la fait fléchir, comme par exemple dans les asphyxies par le charbon. Ces étais 338 SYSTÈME MUSCULAIRE, etC. de rigidité ou de relâchement, ont des degrés infinis. L’un est porté quelquefois au point que, relevé contre un mur, le sujet reste debout ; d’autres fois il est nul. Certains muscles sont roides sur des sujets , tandis que d’autres restent lâches. Il paroît que ces états divers dépendent de l’espèce de mort, des phé- nomènes qui accompagnent les derniers soupirs.Mais comment arrivent-ils précisément ? C’est un objet de recherches intéressant. J’ai remarqué que les muscles restés roides à l’instant de la mort, se déchirent sou- vent avec facilité , pour peu qu’on force les mouve- mens des membres auxquels ils vonfse rendre; que la déchirure n’arrive au contraire presque jamais dans ceux restés souples, quelles que soient les impulsions communiquées à leurs points mobiles; il faut les ti- railler directement, y suspendre des poids, etc., pour produire ce phénomène qui alors est facile. Le tissu musculaire ne se développe jamais acci- dentellement dans les divers organes où la nature ne l'a point primitivement placé,comme cela arrive aux tissus osseux , cartilagineux et même fibreux. Il s’y développeroit, qu’il n’appartiendroit point à la vie animale, mais à l’organique : car pour dépendre delà première, les nerfs^cérébraux sont essentielle- ment nécessaires, le muscle n’étant que l’agent des mouvemens que ceux-ci communiquent. SYSTEME MUSCULAIRE DE LA VIE ORGANIQUE. C e système n’est point aussi abondamment répandu dans l’économie que le précédent. La masse totale qu’il représente, comparée à la masse totale de celui- ci, qui forme plus du tiers du corps, offre sous ce rap- port une différence très-remarquable.Sa position est aussi différente : il est concentré, i°. dans la poitrine où le cœur et l’œsophage lui appartiennent , 2°. dans le bas-ventre où l'estomac et les intestins sont en partie formés par lui, 3°. dans le bassin où il concourt à former la vessie et même la matrice, quoique celle- ci appartienne à la génération , qui est une fonction distincte de la vie organique. Ce système occupe donc le milieu du tronc, est étranger aux membres, et se trouve loin de l’action des corps extérieurs , tandis que l’autre superficiellement situé , formant presque seul les membres, semble, comme nous l’a- vons dit, presque autant destiné, dans le tronc,à pro- téger les autres organes, qu’à exécuter les divers mouvemens de l’animal. La tête ne renferme point de division du système musculaire organique ; cette région du corps est toute consacrée aux organes de la vie animale. 340 SYSTÈME MUSCULAIRE ARTICLE PREMIER. Des Formes du Système musculaire de la Vie organique* Tons les muscles du système précédent affectent en général une direction droite. Ceux-ci sont tous au contraire recourbés sur eux-mêmes; ils représen- tent tous des poches musculaires différemment con- tournées, tantôt cylindriques comme aux intestins , tantôt coniques comme au cœur, tantôt arrondies comme à la vessie, quelquefois très - irrégulières comme à l’estomac. Aucun n’est attaché aux os; tous sont dépourvus de fibres tendineuses. Les fibres blan- ches naissant de la surface intérieure du cœur, et allant se fixer aux valvules de ses ventricules , n’ont nullement la nature des tendons.- L’ébullition ne les réduit point facilement en gélatine ; la dessiccation ne leur donne point l’aspect jaunâtre de ces organes; ils résistent plus qu’eux à la macération. C’est en général un grand caractère qui distingue le système musculaire organique d’avec celui de la vie animale, de ne point naître des organes fibreux , de ne point se terminer à eux. Toutes les fibres de celui-ci sont continues ou avec des tendons, ou avec des aponévroses, ou avec des membranes fi- breuses. Presque toutes celles du premier partent, au contraire, du tissu cellulaire, et viennent s y rendre de nouveau après avoir parcouru leur trajet. J’avois cru d’abord que la couche dense et serrée qui est entre la membrane muqueuse et les libres char- DE LÀ VIE ORGANIQUE. nues des intestins, de la vessie, de l’estomac, etc., e'toit l’assemblage et l'entrecroisement d’une foule de petits tendons correspondant à ces fibres, et entre- croisés en forme d’aponévroses : la densité de celte couche m’en «voit imposé au premier coup d’œil. L’ébullition , la macération, la dessiccation m’ont ap- pris depuis que , complètement étrangère au système fibreux, cette couche devoit être, ainsique Haller l’a dit, rapportée au cellulaire, qui est plus dense seulement et plus serré là qu’ailleurs. C’est cette couche que j’ai désignée, dans le système cellulaire, par le nom de tissu soumuqueux. Plusieurs fibres du système qui nous occupe, paroissent former une courbe entière, et qui n’est traversée par aucune in- tersection cellulaire ; quelques plans du cœur offrent celte disposition, laquelle est, en général, très rare; en sorte qu’il y a presque toujours origine et termi- naison des fibres, sur un organe de nature différente de la leur. On ne peut guère considérer d’une manière géné- rale les formes du système qui nous occupe; chaque organe lui appartenant se moule sur la forme du vis? cère à la formation duquel il concourt. En effet, les muscles organiques n’existent point en faisceaux isor le's, comme ceux de la vie animale; tous, excepté le cœur, ne sont que pour un tiers, un quart, souvent même pour moins, dans la structure d’un viscère. Le plus grand nombre est à forme mince, plate et membraneuse. Ce sont des couches plus ou moins larges, et presque jamais des faisceaux caractérisés. Placées les unes à côté des autres, les fibres sont très-peu superposées : de là vient qu’occupant une SYSTÈME MUSCULAIRE très-grande étendue, ces muscles ne forment cepen- dant qu’un très-petit volume. Le grand fessier seul seroit plus considérable que toutes les fibres de l’es- tomac, des intestins et de la vessie, si elles étoient réunies comme lui en un faisceau épais et carré. ARTICLE DEUXIÈME. Organisation du Système musculaire de la Vie organique. T /organisât ion des muscles involontaires n’est point aussi uniforme que celle des précédens. Aux différences près , dans ceux-ci, de la proportion des fibres charnues sur les tendineuses, de la longueur des premières, de la saillie de'leur faisceau, de leur assemblage en muscles plats, longs ou courts, tout y est exactement semblable; en quelqu’endroit qu’on les examine, leurs variétés portent sur les formes et non sur la texture. Ici, au contraire, il y a dans cette texture des différences marquées ; le cœur comparé à l’estomac, les intestins mis en parallèle avec la vessie, suffisent pour en convaincre. C’est en vertu de ces différentes textures, que la contrac- tilité et la sensibilité varient, comme nous le verrons, dans chaque muscle, que la force de contraction n’est pas la même , que la vie est différente pour chacun, tandis qu’elle est uniforme pour tous ceux de la vie animale. Nous allons cependant considérer d’une manière générale l’organisation des muscles involontaires. DE LA VIE ORGANIQUE. 343 § Ier. Tissu propre à VOrganisation du Système musculaire de la Tie organique. La fibre musculaire organique est en general beau- coup plus mince et plus déliée, que celle du système précédent; elle n’est point assemblée en faisceaux aussi épais. Très-rouge dans le cœur , elle est blan- châtre dans les organes gastriques et urinaires. Au reste, cette couleur varie singulièrement. J’ai observé que quelquefois la macération la rend d’un brun foncé sur les intestins. Jamais cette fibre n’est à direction unique, comme celle des muscles précédons ; elle s’entrecroise tou- jours, ou se trouve juxta-posée en divers sens : tantôt c’est à angle droit que se coupent les f aisceaux, comme dans les fibres longitudinales et circulaires des tubes gastriques; tantôt c’est sous des angles plus ou moins obtus ou aigus , comme à l’estomac , à la vessie, etc* Au cœur, cet entrecroisement est tel dans les ven* tricules, que c’est un véritable réseau musculaire. De ces variétés de direction, résulte un avantage pour les mouvemens de ces sortes de muscles qui, étant tous creux , peuvent en se contractant diminuer sui- vant plusieurs diamètres l’étendue de leur cavité. Toute fibre musculaire organique e$J. en général courte; celles qui, comme les longitudinales de l'oeso- phage, du rectum, etc., paroissent parcourir un long trajet, ne sont point continues ; elles naissent et se terminent dans de courts espaces, pour renaître et se terminer ensuite suivant Ja même ligne : aucune n’est comparable à celles du couturier, du grêle in- terne, etc., sous le rapport de la longueur. SYSTEME MUSCULAIRE INous ne connoissons pas mieux leur nature que celle des libres de la vie animale ; mais du reste elles se comportent à peu près de même sous l’action des diflérens réactifs. La dessiccation , la putréfaction , la macération , l'ébullition y présentent les mêmes phé- nomènes. J’ai observé au sujet de cette dernière , qu’une fois bouillies , les fibres de l’un et de l’autre* système sont beaucoupmoinsaltérables parles acides suffisamment affoiblis. Après un certain séjour dans le sulfurique, le muriatique, le nitrique , étendus d’eau, elles se ramollissent bien un peu , mais gardent leur forme primitive, et ne se changent point en celte pulpe à laquelle se réduisent toujours dans la même expérience les fibres crues. Le dernier de ces acides les colore en jaune comme avant l’ébullition. J’ai fait aussi une observation a l’égard du racor- nissement qui est produit à l’instant où commence l’ébullition; c’est qu’il est constamment le même, quelle que soit la dilatation ou le resserrement anté- cédent des fibres. L’estomac resté assez dilaté à la mort pour contenir plusieurs pintes de liquide, se réduit au même volume, toutes choses égales , que celui resserré au point de 11’être pas plus gros que le cæcum. Les maladies influent un peu sur le racor- nissement.*Le cœur d’un phthisique rn’a présenté dans la même expérience , bien moins sensiblement ce phénomène , que celui d’un apoplectique. La résistance de la fibre musculaire organique est à proportion plus grande que celle des fibres du sys- tème musculaire animal. Quelle que soit l’extension des muscles creux par le fluide qui les remplit pen- dant la vie, il ne s’v fait presque jamais de ruptures. DE LA VIE ORGANIQUE. La vessie seule présente quelquefois ce phénomène, qui du reste y est très-rare. Dans les grandes réten- tions d’urine , où il se fait des crevasses, c’est pres- que toujours l’urètre qui se rompt, la vessie restant intacte. IIy a dans la pratique cent fistules au périnée, venant de la portion membraneuse pour une au- dessus du pubis. On trouve dans les auteurs béai- coup d’exemples de rupture du diaphragme; on en connoît peu de déchirure à l’estomac, aux inte:- tins et au cœur. § II. Parties communes à l’organisation du Sys- tème musculaire de la Vie organique. Le tissu cellulaire est en général beaucoup plus rare dans les muscles organiques que dans les autres. Les fibres du cœur sont juxta-pose'es, plutôt qu’unies pr.r ce tissu. 11 est un peu plus marque dans les muscles gastriques et urinaires. Il est presque nul dans la rai- trice: aussi ces muscles ne s’infiltrent ils point comme les prëcédens, dans les hydropisies; jamais ils nepré- sentent cet état graisseux dont nous avons parlé, et qui étouffe pour ainsi dire quelquefois les fibres. Je n’ai point observé non plus dans ces muscles la teinte jaunâtre que les fibres des autres prennent souvent, dans les gouttières vertébrales surtout. Les vaisseaux sanguins sont très-multipliés dans ce système; ils s’y trouvent même à proportion plus abondans que dans l’autre : plus de sang les pénètre par conséquent. Ce fait est remarquable, surtout aux intestins ou pour un plan charnu extrêmement mince, les mésentériques distribuent une foule de rameaux. Mais je remarque que celte apparence est jusqu’à un SYSTEME MUSCULAIRE certain point illusoire, attendu que beaucoup de ces vaisseaux ne faisant que traverser le plan charnu, vont à la membrane muqueuse. Dans l’état ordinaire, ils donnent aux viscères gastriques une teinte rosée, qu’on rend à volonté livide, et qu’on ramène ensuite à son aspect primitif, en fermant et en ouvrant en- suite le robinet adapté à la trachée-artère, dans mes expériences sur l’asphyxie. Les absorbans et les exhalans n’ont rien de parti- culier dans ces muscles. Les nerfs leur viennent de deux sources, i°. du système cérébral, 20. de celui des ganglions. Excepté dans l’estomacoùse distribue la paire vague, lesnerfsdes ganglions prédominent par-tout.Au coeur, ils sont les principaux; aux intestins, ils existent seuls; àl’extrémité du rectum et de la vessie, leur proportion est supérieure à celle des nerfs venant de 1 épine. Les nerfs cérébraux, s’entrelacent avec ceux-ci, en pénétrant dans les muscles organiques. Les plexus cardiaque, solaire, hypogastrique, etc., résultent de cet entrelacement qui paroît avoir une influence sur les mouvemens, quoique nous ignorions la nature de cette influence. Tous les nerfs des ganglions qui pénètrent dans les muscles organiques, ne leur paroissent pas exclu- sivement destinés. Un grand nombre de filets n’ap- partient qu’aux artères : tel est en effet leur entre- lacement, qu’ils forment, comme nous l’avons vu, autour de ces vaisseaux une véritable membrane nerveuse, surajoutée aux leurs, et exclusivement destinée à eux. Je compare cette enveloppe nerveuse à l’enveloppe cellulaire qui se trouve aussi autour DE E A VIE ORGANIQUE. des artères , et qui est absolument distincte du tissu cellulaire environnant : ainsi celle-ci n’a-t-elle que des communications avec les nerfs des muscles organi- ques, sans se distribuer dans ces muscles. Au reste, comme les nerfs des ganglions y sont toujours les plus nombreux et les plus essentiels , et que leur ténuité est extrême , la masse nerveuse destinée à chacun , est infiniment inférieure à celle qui se trouve dans les muscles volontaires.Le cœur et le deltoïde, comparés ensemble, offrent sous ce rapport une remarquable différence. ARTICLE TROISIÈME. Propriétés du Système musculaire de la Vie organique. Sous le rapport des propriétés, ce système est en partie analogue au précédent, et en partie très-dif- férent de lui. g 1er, Propriétés de tissu. Extensibilité. L’extensibilité est dans les muscles organiques. La dilatation des intestins et de l’estomac par les alimens, par les gaz qui s’y développent, par les fluides qui s’y rencontrent, celle de la vessie par l’urine , par les injections qu’on y pousse, etc., dé- rivent essentiellement de cette extensibilité. Cette propriété est caractérisée ici par deux attri- buts remarquables, i°. par la rapidité avec laquelle elle peut être mise en jeu , 2°. par l’étendue très- grande dont elle est susceptible. L’estomac, les intestins passenten un instant d’une SYSTÈME MUSCULAIRE vacuité complète à une grande extension. Artificiel- lement distendue, la vessie prend tout de suite un volume triple, quadruple même de celui qui lui est naturel. Cependant quelquefois elle résiste, mais cela ne prouve point son défaut d’extensibilité; c’est que le fluide injecté l’irrite et la fait contracter; la con- tractilité organique en exercice , empêche alors le développement de l’extensibilité, comme elle-même ne peut quelquefois être mise en jeu par les irri- tans sur un muscle mis à découvert dans un animal vivant, parce que la contractilité animale en exer- cice dans ce muscle, y forme obstacle. Les muscles de la vie animale ne sont jamais susceptibles de cetté rapidité dans leur extensibilité, soit parce qu’ils sont entrecoupés par de nombreuses aponévroses qui ne se dilatent que lentement , soit parce que leurs plans de fibres sont trop épiais , double circonstance qui n’existe point dans les muscles de la vie orga- nique. De là un phénomène remarquable que j’ai observé dans toutes les tympanites. Lorsqu’on ouvre le bas-ventre des sujets morts en cet état , sans in- téresser les intestins boursouflés, aussitôt ceux-ci font irruption au dehors , se gonflent davantage , et occupent un espace double de celui ou ils étoient resserrés dans le bas-ventre : pourquoi ? Parce que les parois de l’abdomen n’ayant pu céder en pro- portion de la quantité des gaz qui se sont développés, ceux-ci ont été comprimés dans les intestins pendant la vie , et reviennent tout de suite par leur élasticité , lorsque la cause décompression cesse. Dans les hy- dropisies ou la distension est lente, les parois abdo- minales s’agrandissent beaucoup plus que dans la tympanite. Le volume du ventreseroit double dans celle-ci, si l’extensibilité de ses parois étoit propor- tionnée à celle des intestins. Quant à l’étendue du l’extensibilité des muscles or- ganiques , on peut s’en former l’idée en comparant l’estomac vide qui souvent n’est pas plus gros que le cæcum dans son état ordinaire, à l’estomac con- tenant quelquefois cinq, six, huit pintes même de fluide; la vessie retirée sur elle-même et cachée der- rière le pubis, à la vessie pleine d’urine dans une rétention remontant quelquefois au-dessus de l’om- bilic; le rectum vide, au rectum remplissant une partie du bassin chez les vieillards où les excré- mens s’y sont accumulés; les intestins contractésf aux intestins fortement météorisés, C’est à l’étendue d’extensibilité des muscles orga- niques et aux.bornes mises à celle des parois abdo- minaleSjqu’ii faut rapporter un phénomène constant qu’on observe dans les viscères gastriques ; savoir, que dans la série naturelle de leurs fonctions, ils ne sont jamais tous distendus en même temps : les intestins se remplissent quand les matières contenues dans l’es- tomac s’évacuent; la vessie n’est pleine d’urine dans l’ordre digestif,que quand les autres organes creux se vident, etc. En général, c’est un ordre contre nature, que celui ou tous les organes sont distendus à la fois. II est pour les muscles organiques un mode d’ex- tensibilité tout différent de celui dont je viens de parler; c’est celui du cœur dans les anévrismes, de la matrice dans la grossesse. Le premier prend, par exemple, un volume double, triple même quelquefois dans sa partie gauche, et cependant il croît en même DE LA VIE ORGANIQUE. SYSTÈME MUSCULAIRE temps en épaisseur. Ce volume n’est pas dû à une distension, mais bien à un accroissement contre na- ture. Le cœur anévrismatique est au cœur ordinaire, ce que celui-ci est au cœur de l’enfant ; c’est la nutri- tion qui a fait la différence, et non la distension : car toutes les fois que celle-ci agit, elle diminue en épais- seur ce qu’elle augmente en éte'ndue ; il n’y a pas ad- dition de substance. D’ailleurs le cœur anévrisma- tique n’a souvent point de cause qui le distende, car communément dans ce cas les valvulves mitrales lais- sent un libre passage au sang; tandis que lorsqu’elles sont ossifiées, le ventriculegauche reste souvent dans l’étatnaturel. D’ailleurs, la marche lente de la forma- tion de l’anévrisme prouve bien que c’est une nutri- tion contre nature qui a présidé à cet accroissement du cœur. Vous auriez beau vider alors cet organe du sang qu’il contient, il ne reviendroit point sur lui-même et nereprendroit point ses dimensions, commel’in- testin météorisé qu’on pique pour en faire sortir l’air. Dans la matrice, il y a deux causes de disten- sion: i°.les sinus largement développés, et conte- nant beaucoup de sang; 2°. une addition de subs- tance, un véritable accroissement momentané des fibres de l’organe qui reste aussi épais et même plus qucdansl’état naturel. Al’époque de l’accouchement, les sinus s’affaissent tout à coup par la contraction des fibres : de là le resserrement subit de l’organe. Mais comme d’un côté la nutrition seule peut enlever parla décomposition les substances ajoutées aux fibrespour les grossir, et que d’nn autre côté, cette fonction s’exerce lentement, après que la matrice a éprouvé le resserrement subit dû à l’affaissement des sinus, elle DE LA VIE ORGANIQUE. nerevientquepeuàpeu etau boutd’uncertain temps, à son volumeordinaire.L’extensibilitén’est donc point mise en jeu dans la matrice remplie par le fœtus, et dans le cœur anévrismatique : ces or ganes deviennent vraiment alors le siégéd’unenutrition plus active: ils croissent accidentellement, comme ils ont cru naturel- lement avecles autres organes; mais ceux-ci n’éprou- vant point alors un phénomène analogue, ils devien- nent monstrueux comparativement. La matrice dé- croît parce que le mouvement de décomposition pré- domine naturellement sur celui décomposition après l’accouchement,tandis qu’avant cette époque c’étoit l’inverse. Le cœur anévrismatique reste toujours tel. C’est ici le cas de bien distinguer ces dilatations du cœur, de celles produites réellement par l’exten- sibilité, comme dans l’oreillette et le ventricule droit, par exemple, qui se trouvent pleins de sang à l’ins- tant de la mort, parce q de poumon qui s’affoiblitne permettant plus à ce fluide de le traverser, le force de refluer vers l’endroit d’où ilvient.il est peu de cœurs qui ne présentent à des degrés très-variables, ces dilatations qu’on est maître, sur un animal vivant , d’augmenter ou de diminuer à volonté, suivant l’es- pèce de mort dont on le fait périr. Deux cœurs ne présentent presque jamais le même volume dans les cadavres : une foule de variétés se rencontrent, et ces variétés dépendent du plus ou du moins de difficul- tés qu’a le sang, dans les derniers momens, à traverser le poumon. Voilà pourquoi, dans les affections du cœur, on manque d’un type auquel on puisse com- parer le volume maladif, surtout si on examine l’or- gane en totalité. En effet la distension du côté droit SYSTÈME MUSCULAIRE peut lui donner une apparence anévrismatique, et un volume même supérieur à celui de certains anévris- mes. Si on considère isolément le côté gauche, l’er- reur est, dans cette maladie, plus facile à vérifier, pa rce que ce côté est sujet à de moindres variations. Mais la différence principale consiste dans l’épais- seur. La vigueur de contraction paroîlcroître en pro- portion de cette épaisseur qui naît de la substance ajoutée par la nutrition. C’est cette vigueur qui dé- termine les battemens si prononcés qui se font sentir sous les côtes , la force du pouls, etc. Contractilité. Elle est proportionnée à l’extensibilité. Souvent elle est mise en jeu dans l’état ordinaire. C’est en vertu de cette propriété, que l’estomac, la vessie, les intestins, etc., se contractent, sc resserrent sur eux-mêmes, et offrent un volume si petit en com- paraison de celui qu’ils présentoient dans leur pléni- tude. En général, il n’y a aucun muscle dans la vie animale, qui soit susceptible d’avoir des extrêmes aussi éloignés de resserrement et de contraction, que ceux de la vie organique. Il faut remarquer que la vie, sans avoir la contrac- tilité sous sa dépendance immédiate , puisque les in- testins, l’estomac et la vessie se resserrent après la mort lorsqu’on fait cesser leur distension, la modifie cependant d’une manière très-sensible. Les causes mêmes qui altèrent ou diminuent les forces vitales influent sur elles : de là l’observation suivante que tous ceux habitués à ouvrir des cadavres ont pu faire. Quand le sujet esî mort subitement, et que l’estomac D E LA YIE O RG AN QUE. /est vide, ii est très-resserré par lui-même; quand au contraire la mort a été précédée d’une longue ma- ladie qui a affaibli ses forces, l’estomac, quoique vide, reste flasque et se trouve très-peu revenu sur lui-même. On doit considérer les substances contenues dans' les muscles creux de la vie organique, comme les véritables antagonistes de ces muscles; car ils n’ont point de muscles qui agissent en sens opposé du leur. Tant que ces antagonistes les distendent, ils n’obéissent point à leur contractilité de tissu ; dès qu’ils cessent de les remplir , elle se met en jeu. Ce n’est point cependant sur cette propriété que roule le mécanisme de l’expulsion des matières hors de ces organes , comme des alimens hors de l’estomac et des intestins, de Furine hors de la vessie, du sang hors du, cœur, etc. C’estla contractilité organique qui préside à ce mécanisme. Il est facile de distinguer ces deux propriétés en exercice. L’une occasionne un resserre- ment lent et gradué , qui est sans alternative de relâ- chement ; l’autre , brusque etprompte, consistant en une suite de relâchemens et de contractions, produit les mouvemens péristaltique, de systole, dediastole* etc. Cesi après que la contractilité organique a pro- curé l’évacuation des muscles creux, que la con«J tractilité de tissu les resserre. Dans les morts par hémorragie d’une grosse artère , le côté gauche et même le côté droit du cœur chassent tout le sang qu’ils contiennent; vides ensuite, ils reviennent for- tement sur eux-mêmes, et l’organe est très-petit. Au contraire, il est très-gros quand beaucoup de sang festé.dans ses cavités le distend , comme dans l’as- 354 SYSTÈME MUSCULAIRE phyxie. Ce sont là les deux extrêmes. 11 est, comme je l’ai dit, une foule d'intermédiaires. La contractilité de tissu est, dans le système qui nous occupe , proportionnée au nombre des fibres charnues. Ainsi, toutesclioses égales, lerectum étant vide , est retiré avec bien plus de force sur lui-même quelesautres gros intestins ; la rétraction des ventri- cules estbien supérieure à celle des oreillettes, et celle de l’œsophage est bien plus grande que celle du duo- dénum, etc., etc. §11. Propriétés vitales. Elles sont presque en ordre inverse de celles du système précédent. Propriétés de la Vie animale* Sensibilité. La sensibilité animale est peu marquée dans les muscles organiques. On connoit l’observation rap- portée par Harvey sur une carie du sternum qui a voit mis le cœur à découvert : on irriloit, sans que le ma- lade s en aperçût presque, cet organe qui se contractoit seulement sous l’irritant. Enle\vezle péritoine derrière la vessie d’un chien vivant, et irritez la couche mus- culeuse subjacente, l’animal donne peu de marques de douleur. Il est difficile de faire ces expériences sur les intestins et l’estomac ; leur couche musculaire est si mince, qu’on ne peut agir sur elle sans agacer en même temps les nerfs subjacens. Il paroît que les muscles organiques sont beaucoup moins susceptibles du sentiment de lassitude dont les précédensdeviennentlesiégeaprèsun grand exercice. Je ne sais 'cependant si dans ceuxoii se rendent be^u- coup de nerfs cérébraux il n’a point lieu: par exem- ple, quand l’estomac a été long-temps resserré sur lui-même, il est probable que la lassitude qui s’em- pare de ses fibres, détermine en partie le sentiment pénible que nous éprouvons alors , et que nous nom- mons la faim , sentiment qu’il faut bien distinguer de l’affection générale qui lui succède, et qui devient véritablement une maladie, lorsque l’abstinence est trop prolongée. On sait que des substances non nu- tritives appaisent alors ce sentiment sans remédier à la maladie, quand on en remplit l’estomac. Je rap- porte au même mode de sensibilité l’anxiété etla gêne qu’éprouvent les malades dont on entretient la vessie en contraction permanente par une sonde ouverte qui séjourne dans l’urètre, et qui transmet les urines à mesure qu’elles tombent des uretères. Ce sentiment ne ressemble pas à celui de Ja faim, parce que la sen- sibilité de la vessie et celle de l’estomac étant diffé- rentes,leurs modifications ne sauroient être lesmêmes. Ainsi chacun de ces deuxsentimens est-il différent de celui dont lés muscles de la vie animale, long-temps contractés , deviennent le siège. Je ne crois pas que la sensation de la faim tienne uniquement à la cause que j’indique, et dont on n’a point parlé; mais on ne sauroit disconvenir quelle n’y ait beaucoup de part. Qui sait si, après une lièvre ou faction du cœur a été long-temps précipitée, la l'oiblesse du pouls qui accompagne la convalescence, n’est pas un signe de la lassitude où se trouvent ses fibrescharnues, à cause du mouvement antécédent? On connaît le sentiment pénible de fatigue qu’éprouve l’estomac après les con- tractions du vomissement. « DE E À VIE ORGANIQUE. 356 SYSTÈME MUSCULAIRE Contractilité. La contractilité animale est étrangère aux muscles de la vie organique. Pour nous en convaincre, rap- pelons-nous que d’un côté cette contractilité suppose toujours l’influence du cerveau et des nerfs, pour mettre en jeu l’action du muscle; que d’un autre côté le cerveau, pour exercer cette influence, doit être excité par la volonté, par les irritans ou par les sympathies. Or aucune de ces trois causes n’agissant sur le cerveau, ne fait contracter les muscles orga- niques. Tout le monde sait que ces muscles sont essen- tiellement involontaires. Si quelques hommes ont eu jamais la faculté d’arrêter les mouvemens du cœur , ce n’est pas sur cet organe que le cerveau a agi; fac- tion du diaphragme et des intercostaux a été sus- pendue d’abord; la respiration a cessé momentané- ment; puis par contre-coup, la circulation. Si on irrite le cerveau avec un scalpel ou un exci- tant quelconque, les muscles de la vie animale entrent en convulsion; ils se paralysent si on comprime cet organe. Ceux de la vie organique, au contraire, con- servent leur degré de mouvement naturel dans l’un et l’autre cas. Le cœur continue encore à battre, les intestins et l’estomac se meuvent quelque temps après que la masse cérébrale et la moelle épinière ont été enlevées. Qui ne sait que la circulation se fait très-bien chez les fœtus acéphales; qu’après le coup qui a as- sommé un animal, et rendu tout son système mus- culaire volontaire immobile, le cœur s’agite encore long* temps ; la vessie rejette l’urine, le rectum expulsa T> E LA Y I E ORGANIQUE. les excrémens , etc., l’estomac même vomit quelque- fois les alimens ? L’opium, qui engourdit toute la vie animale, parce qu’il agit spécialement sur le cerveau qui en est le centre, qui paralyse tous les muscles vo- lontaires , laisse intacts les autres dans leurs contrac- tions. L’ivresse produite par le vin présente le même phénomène. L’homme chancelle après la boisson; ses membres refusent de le porter, et cependant son cœur bat avec force ; souvent son estomac se soulève, et re- jette le superflu des fluides qui le remplissent. Toutes jes substances narcotiques produisent aussi cet effet. Si des expériences nous passons à l’observation des malades, nous voyons toutes les affections cérébrales étrangères au système musculaire organique. Les plaies de tête avec enfoncement, les fongus du cer- veau , lesépanchemens de sang, de pus et de sérosité, les apoplexies, etc., portent entièrement sur les mus- cles volontaires, dont elles exaltent, affaiblissent ou rendent nulle l’action. Au milieu du bouleversement général de la vie animale, l’organique est alors intacte. Les accès de manie, ceux de fièvre maligne, prou- vent également ce fait. Qui ne sait que dans ces der- nières le pouls n’est souvent presque pas changé, que quelquefois même il est plus ralenti ? Souvent, dans les maux de tête, il y a des vomisse- mens spasmodiques ; le cœur précipiteson action dans les inflammations cérébrales, etc. Mais ee sont là des phénomènes sympathiques qui arrivent dans les mus- cles organiques, comme ils surviennent dans tous les autres systèmes; ils peuvent ne pas se comme être développés;mille irrégularités s’observent dans leur marclie. Au lieu que la contraction des mus* SYSTEME MUSCULAIRE clés de la vie.animaie, par les affections du cerveau , est un phénomène constant, invariable, que rien ne trouble, dont rien n’empêche le développement,parce que le moyen de communication est toujoursleinême entre l’oi gane affecté et celui qui se meut. Si dans l’examen des phénomènes relatifs à l’in- fluence cérébralesur les muscles organiques > nous sui- vons un ordreinverse, c’est-à-dire que, dans les affec- tions de ces muscles , nous examinions l’état du cer- veau, nous observons la même indépendance: considé- rez la plupart des vomissemens,lesmouvemens irrégu- liers des intestins qui ont lieu dans les diarrhées, ceux surtout qui forment les volvulus, etc. : voyez le cœur dans les agitations des fièvres, dans les palpitations irrégulières, dont il devient le siège fréquent, etc.: dans tous ces troubles des muscles organiques, vous ne trouverez presque jamais des signes de lésions à l’organe cérébral : il est calme, tandis que tout est bouleversé dans la vie organique. Cullen a cru que, dans les syncopes, l’action du cerveau cessoil d’abord, et que celle du cœur étoit ensuite suspendue consé- cutivement. C’est précisément l’inverse dans le plus grand nombre de cas. Le cœur, d’abord affecté, cesse d’agir : or son action étant essentielle à celle du cer- veau, soit par le mouvement qu’il lui communique , soit par le sang rouge qu’il y pousse, ce dernier inter- rompt tout à coup ses fonctions, et toute la vie ani- male cesse. Cela est remarquable surtout dans les syncopes qui naissent des passions, dans celles pro- venant des hémorragies, des polypes, des grandes évacuations, etc. Je renvoie du reste sur ce point à mon Traité de lu vie et de la Mort. Si de Vinfluence du cerveau nous passons à ceile des nerfs, nous trouvons de nouvelles preuves de l’absence de contractilité' animale des muscles orga- niques. La plupart de ces muscles reçoivent, comme nous avons vu, deux espèces de nerfs, les uns céré- braux, les autres des ganglions. Le cœur, l’estomac, le rectum et la vessie, sont manifestement pénétrés par la première espèce de nerfs : or en coupant, en irritant d’une manière quel- conque Jes filets cardiaques delà paire vague, le cœur n’eu éprouve aucune altération; iln’est ni ralenti, ni précipité dans son mouvement. La section des deux nerfs vagues est mortelle , il est vrai, mais seulement au bout de quelques jours ; et je doute que ce soit par le cœur que commence la mort dans cette circons- tance. Les principaux phénomènes, suite de cette section, annoncent un très-grand embarras dans le poumon, une grande difficulté' de respiration; la cir- culation paroîtn’être troublée que consécutivement.. Les mêmes nerfs se distribuant à l’estomac, la même expérience sert à constater l’influence céré- brale sur ce viscère. Or la section de celui d’un côté est ordinairement nulle sur lui; celle de tous les deux y détermine bientôt un trouble remarquable.. Mais ce trouble est tout différent de celui qui suit la section du nerf d’un muscle de la vie animale, lequel devient subitement immobile, tandis qu’au contraire l’estomac ne communiquant plus avec le cerveau par les nerfs vagues, semble acquérir mo- mentanément un surcroît de force:il se contracte, et de là les vomissemens spasmodiques qui s’observent presque toujours pendant les deux ou trois jours ou DE IA VIE ORGANIQUE. SYSTEME MUSCULAIRE l’animal survit à l’expérience, vomissemens que j’ai constamment remarqués sur des chiens, et que déjà Haller et Cruiscank avoient indiqués. 11 paroîtdonc, d’après cela, que quoique le cerveau ait une influence réelle sur l’estomac , cette influence est d’une nature toute différente de celle qu’il exerce sur les muscles volontaires. Je remarque cependant que l’irritation d’un des nerfs vagues, ou de tous les deux, fait tout de suite contracter l’estomac, commecela arrivepour un muscle volontaire dont on irrite le nerf. Il faut, pour faire cette expérience, ouvrir l’abdomen d’un animal vivant, et irriter ensuite la huitième paire dans la région du cou, afin d’avoir sous les yeux l’organe que l’on fait contracter. La vessie cl le rectum paroisentplus se rapprocher des muscles volontaires ,dans leur rapport avec le cer- veau, que l’estomac et le cœur. On sait que les chutes sur le sacrum, d’où naît une commotion de la partie inférieure de la moelle, déterminent la rétention d’u- rine, quelles frappent, pour ainsi dire, cet organe de la même paralysie que les membres inférieurs, qui alors cessent aussi de se mouvoir. Cependant comme la vessie est très-puissamment aidée dans ses fonc- tions par les muscles abdominaux, par le releveurde l’anus, et par d’autres muscles volontaires qui l’en- tourent, l'immobilité de ces muscles entre pour beau- coup dans le défaut d’évacuation des urines. Ce qui me le fait penser, c’est que, i°. l'irritation delà moelle vers sa partie inférieure qui met en mouvement tous les muscles volontaires des membres inférieurs et du bassin, ne produit aucun effet sur cette partie. Je me suis assuré de ce fait plusieurs fois sur des codions- DE LA VIE ORGANIQUE. d’inde et sur des chiens. 20. En irritant les nerfs ve- nanîdes trous sacrés et allant à lavessie, nerfs que sou- vent il est très-difficile de trouver,à cause du sang,dans un animal récemment tué, j’ai vu ce muscle rester immobile. Au contraire, tous ces nerfs ayant été cou- pés, l’injection d’un fluide un peu irritant le fait con- tracter avec force. 5°. Dans les expériences sur les animaux vivans , comme danslesopérations chirurgi- cales, la violence des douleurs qui met quelquefois tous les muscles de la vie animale dans des contrac- tions spasmodiques, déterminent fréquemment le jet involontaire des urines. Or dans ce cas ce n’est point lavessie qui est agitée de convulsions: car si c’est dans une expérience que ce phénomène a lieu , ouvrez les parois abdominales} à l’instant le jet de l’urine s’ar- rête, parce que d’un côté les muscles de ces parois ne peuvent agir sur les intestins et les presser contre la vessie, et que d’un autre côté le releveur de l’anus qui se contracte et relève cet organe, 11’a aucun point résistantcontrelequel il puisse le comprimer enhaut. Remarquez en effet que dans les jets un peu violens, la vessie est placée entre deux efforts opposés, l’un supérieur , ce sont les viscères gastriques pressés par le diaphragme et par les muscles abdominaux, l’autre inférieur, c’est spécialement le releveur de l’anus qui agit en se contractant de bas en haut, tandis que l’ef- fort opposé agit de haut en bas : or ces deux efforts sont manifestement sous l’influence cérébrale. J’ai eu une infinité de fois occasion d’observer la vessie pleine d’urine sur un animal vivant dont le ventre étoit ouvert; jamais je 11e l’ai vu se contracter assez vio- lemment pour expulser ce fluide. 362 SYSTÈME MUSCULAIRE Je ne disconviens pas que parles nerfs qu’elle reçoit des plexus sacrés, la vessie ne soit, jusqu’à un certain point, muscle volontaire ; mais je dis que c’est prin- cipalement par les forces accessoires aux siennes et nécessaires à ses fonctions, qu’elle est soumise à la volonté; que la contractilité animale est pour beau- coup plus dans ses fonctions que la contractilité orga- nique sensible. Comment donc les urines sont-elles retenues dans cet organe, ou expulsées de sa cavité à volonté ? Le voici : quand les urines tombent dans la vessie, qu’elles y sont depuis peu de temps d’une part,et de l’autre part en petite quantité, alors elles ne sont pas un irritant assez actif pour déterminer l’exercice de la contractilité organique sensible. L’ef- fort que fait la vessie est si peu considérable, qu’il ne peut surmonter la résistance de Y urètre qui, resserré sur lui-même par la contractilité de tissu, doit être dilaté par l’impulsion communiquée aux urines. Pour rendre ce fluide, il faut donc ajouter à la contraction de la vessie celle des muscles volontaires environnans; or le rnoindreelfort de ces muscles sm'fct pour vaincre la résistance de l’urètre. Mais si l’urine est en grande quantité dans la vessie, et que d’un autre coté elle y ait acquis, par un séjour prolongé, cette couleur forcée qui indique la concentration de ses principes, alors I m itation qu’elle détermine sur l’organe y met fortement en jeu la contractilité organique sensible; la vessie se contracte , et malgré l’animal, il y a éva- cuation d’urine. Dans le rectum, où les excrémens n’ont point un long canal, mais une simple ouverture à traverser, celle-ci est garnie d’un sphincter qui manque à l’urètre. DE LA VIE ORGANIQUE. Ce sphincter,habituellement resserré, doit être dilaté par l’impulsion communiquée aux excrémens. Tant qu’ils sont depuis peu et en petite quantité dans le rectum, la contractilité organique sensible n’y est point assez efficacement mise en jeu pour les expul- ser; il faut l’action des muscles volontaires voisins. Si cette action n’est pas déterminée par l'influx du cerveau , les excrémens restent dans l’intestin ; voilà comment, pendant un certain temps, nous les rete- nons à volonté. Mais qu’ils augmentent en quantité; que par leur séjour ils deviennent plus âcres, et par conséquent plus irritans, alors la contractilité orga- nique sensible, fortement mise en jeu, vide involon- tairement l’intestin.Silesphincter, qui est volontaire , est paralysé, il y aura incontinence, parce que nulle résistance n’est opposée à la tendance du rectum à se contracter, tendance qui, quoique foible tant qu’il est peu rempli, est toujours réelle cependant. D’après tout’ce que nous avons dit, on voit mani- festement que la vessie et le rectum, quoique recevant des nerfs cérébraux, sont cependant moins inlluencés par le cerveau qu’il ne leparoît au premier coup d’œil, et qu’il y a certainement une très-grande différence entre eux et les muscles volontaires. Ils ne sont pas mixtes, comme on le dit ; ils se rapprochent infini- ment plus des muscles organiques que des autres : je doute même que si aucune puissance accessoire n’agissoit avec eux et ne les comprimoit, famé pût, par les nerfs qui y viennent des plexus sacrés, les faire contracter à volonté. Je n’ai jamais vu un animal rendresfs excrémens, le ventre étant ouvert. Concluons de tout ce que nous avons dit jusqu’ici, SYSTÈME MUSCULAIRE que les nerfs cérébraux qui se portent aux muscles organiquesont sur eux uneinfluence qui ne ressemble aucunement à celle des nerfs cérébraux allant aux muscles de la vie animale. J’ignore du reste la nature de cette influence. Tous les muscles organiques reçoivent des nerfs des ganglions, soit les précédens qui sont pénétrés aussi par les cérébraux , soit les intestins grêles, le cæcum, le colon, etc., qui sont exclusivement par- courus par eux. Or, en coupant, en liant, en irri- tant d’une manière quelconque ces nerfs , en agaçant les ganglions dont ils partent, en les détruisant, en les brûlant avec un acide ou un alcali concentré , le muscle reste dans son état naturel : il n’est ni préci- pité, ni ralenti dans ses contractions. Je ne me suis pas contenté des agens ordinaires pour bien m’assurer du défaut d’action actuelle des nerfs sur les muscles organiques ; fait que tous les bons Dhysiologistes onL toujours admis , malgré les opinions hasardées de quelquesmédecins qui adaptent le mot vague d’influence nerveuse à des organes qui n’en sont nullement susceptibles. J’ai donc employé le galvanisme, et je me suis convaincu que ce moyen de mettre en jeu les con- tractions musculaires est très-peu efficace, presque nul dans la vie organique, tandis qu’il est le plus puissant de tous dans la vie animale. Je ne rapporte pas ici mes expériences sur cet objet ; on les lira dans mes Recherches sur la Mort. On peut conclure de tout ce qui précède, que Tin— fluence cérébrale et nerveuse sur les muscles orga- niques lie nous est nullement connue \ qu elle a agis DE Ii A VIE ORGANIQUE. point comme sur les muscles volontaires. Elle est ce- pendant réelle jusqu’à un certain point , puisqu’il faut bien que les nerfs qui entrent dans la composi- tion de ces muscles, servent à quelques usages; mais nous ignorons ces usages. Propriétés organiques. La sensibilité organique est très-caractérisée dans les muscles qui nous occupent. Avant que la con- tractilité' organique sensible s’y de'veloppe, il faut que celle-ci y soit mise en jeu. Mais comme ces deux propriétés ne se séparent point, comme elles se succèdent toujours dans leur exercice, ce que nou9 allons dire de la contractilité organique sensible se rapportera aussi à la sensibilité de même nature. La contractilité organique insensible, ou la toni- cité, existe dans le système musculaire, au degré nécessaire à sa nutrition; mais elle n’y offre rien de particulier. C’est la contractilité organique sensible qui est la propriété dominante dans ce système, dont toutes les fonctions reposent presque sur cette contractilité, comme toutes les fonctions du système musculaire précédent dérivent pour ainsi dire de la contractilité animale. Nous allons donc examiner plus en détail cette propriété essentielle, sur laquelle la physiologie doit tant à l’illustre Haller. On peut la considérer sous trois rapports, i°. dans les excitans, 2°. dans les organes, 3°. dans l’action des premiers sur les seconds. 366 SYSTÈME MUSCULAIRE De la Contractilité organique sensible , considérée sous le rapport des excitans. Les excitans sont naturels ou artificiels. L’action des premiers est continuelle pendant la vie : sur eux roulent en partie les phénomènes organiques ; ils mettent en jeu les muscles, qui sans eux seroient immobiles ; ils sont pour ainsi dire à ces organes ce que les balanciers sont à nos machines; ils donnent l’impulsion. Les seconds ne peuvent guère avoir d’effet qu’après la mort, ou dans 110s expé- riences. Eæcitans naturels. Ces excitans sont le sang pour le cœur, l’urine pour la vessie, les alimeus et les excrémens pour les organes gastriques. Tout muscle organique a un corps qui, habituellement en contact avec lui , entretient ses mouvemens, comme tout muscle animal, habi- tuellement en rapport avec le cerveau , emprunte de lui sa motilité. Les excitans naturels entretiennent leurs organes respectifs au même degré de motilité tant qu’ils restent les mêmes. Toutes choses égales du côté des organes, le pouls ne varie point, les pé- riodes digestives durent le même temps, les inter- valles de l’excrétion de l’urine sont uniformes, tant que le sang, le chyle ou l'urine, ne présentent point de différences. Mais comme ces substances éprouvent une infinité de variétés, les organes conservant le même mode de sensibilité organique , éprouvent ce- pendant de fréquens cliangemens dans leurs mou- vemens. DE LA VIE ORGANIQUE. A l’instant ou le chyle pénètre dans le sang, pen- dant la digestion, le pouls change , parce que le cœur est différemment irrité. On observe le même phéno- mène , mais avec des différences, i°. dans les ré- sorptions où le pus passe dans la masse du sang; 2°. dans l'injection de différeras fluides dans les veines , injections si fréquemment répétées dans le siècle passé, à l’époque des expériences sur la trans- fusion, et que j’ai eu occasion devfaire aussi par d’autres vues que j’indiquerai; 5°. dans l£s maladies inflammatoires où le sang prend un caractère parti- culier encore peu connu, et qui donne lieu à la for- mation de la couenne pleurétique ; 4°« dans diverses autres affections, où la nature de ce fluide est singu- lièrement altérée; 5°. dans le passage du sang rouge dans le système à sang noir. J’ai remarqué qu’en adap- tant , sur un chien un peu gros, un tube recourbé à la carotide d’un côté, et à la jugulaire du côté opposé, de manière à ce que l’une pousse du sang dans l’autre, le passage du sang rouge dans les veines n’est point mortel comme celui du sang noir dans les artères; mais il y a presque constamment dans les premiers instans une accélération des mouvemens du cœur. On a sans doute exagéré l’influence de la dégéné- rescence des fluides dans les maladies : on a placé dans cette portion de l’économie , une source trop fréquente des dérangemens morbifiques. Mais on ne sauroit nier que, suivant les altérations diverses que ces fluides présentent, ils ne soient susceptibles d’ex- citer différemment les solides qui les contiennent. On sait que dans le même individu, et avec la même masse d’alimens, la digestion varie d’un jour à l’autre 368 SYSTÈME MUSCULAIRE dans la durée de ses périodes ; que tels alimens la pro- longent, tels autres l’accélèrent ; que certains restent très-long-tempssur l’estomac, comme on ledit,et que d’autres ne font pour ainsi dire qu’y passer. Or, dans tous ces cas, l’organe reste le même, le fluide seul varie. Suivant que le rein sépare des urines plus ou moins ticres, plus ou moins irritantes par consé- quent,la vessie les retient plus ou moins long-temps. Telles sont souvent leurs qualités stimulantes, qu’à l’instant oh elles tombent dans cet organe , il se sou- lève et les rejette involontairement. Parlerai-je des effets de l’émétique et des évacuans par le tube in- testinal , dont les effets sont si variables ? On sait que ces mots drastiques, purgatifs, minoratifs, laxatifs, etc., indiquent des degrés divers des qualités stimu- lantes queprésentenl certaines substances introduites dans les voies alimentaires, degrés qui doivent être considérés abstraction faite de ceux de la sensibilité des organes : celle-ci en effet peut être telle , qu’un laxatif produise des effet s plus grands qu’un drastique. Non-seulement la qualité, mais encore la quan- tité desfluides contenus dans les muscles organiques , influent surla contractilité de ceux-ci. i°. Lemotde pléthore est certainement trop vaguement employé en médecine ; mais on ne sauroit douter que l’état qu’il exprime n’ait lieu quelquefois : or, alors plus de sang abordant au cœur, celui-ci accélère ses con- tractions. 2°. J’ai eu occasion de faire plusieurs fois la transfusion sur les chiens, soit pour elle-même, soit pour des recherches relatives à la respiration et à la circulation. Or, j’ai toujours observé qu’en n’ou- vrant point une veine, pour vider du sang à mesure, que sa jugulaire externe en reçoit ( car c’est toujours celle-ci que je choisis pour l’expérience), en détermi- nant ainsi par conséquent une pléthore artificielle, j’ai, dis-je , toujours observé que le mouvement du cœur étoit accéléré. J’ai même vu, dans un chien, l’œil devenir ardent et comme enflammé ; dans les autres, ce phénomène ne s’est point fait remarquer. 3°. On sait que dans la course , où tous les muscles en contrac- tion expriment de tous côtés le sang veineux contenu dans leur tissu , celui-ci qui aborde au cœur en abon- dance, le fait palpiter avec force. 4°* Il est hors de doute que la quantité d’urine et d’excrémens, autant et plus que leur qualité, est pour la vessie et le rec- tum , une cause de contraction involontaire. 5°. On connoît les effets funestes de l’émétique , des purga- tifs donnés à trop fortes doses. 6°. Un verre d’eau tiède ne provoque souvent pas.le vomissement qu’une pinte détermine avecénergie, etc., etc. DE LA VIE ORGANIQUE. Excitans artificiels. Les excitans artificiels sont en général tous les corps de la nature. Telle est en effet l’essence de la contractilité organique , que par là même qu’un muscle est en contact avec un corps dont il n’a pas l’habitude, il se contracte à l’instant. Si les muscles ne sont pas irrités par les organes qui les entourent, et avec lesquels ils sont en rapport, c’est que l’habi- tude a émoussé le sentiment qui naît de ce rapport. Mais que ces organes changent de modifications, qu’extraits du corps de l’animal, ils se refroidissent , et soient ensuite appliqués sur les muscles organiques mis à nu, ils les feront contracter. Le calorique, par son absence qui constitue lé froid, comme par sa présence d’où naît le chaud, peut également exciter les muscles et, en général, tous les organes. A l’instant où on ouvre la poitrine et le péricarde d’un animal vivant, le cœur s’agite avec une force subitement accrue : c’est que l’air agit sur lui, et qu’il passe de la température du corps à une autre qui est différente. Tous les fluides aéii- formes, la lumière, tous les liquides, etc., sont exci- tans des muscles. Si nous voyons le cœur vide de sang, l’estomac et les intestins privés des substances qui les pénètrent ordinairement, se contracter avec plus ou moins de force lorsqu’ils ont été extraits du corps , c'est que le milieu environnant, et les subs- tances dont il est chargé, concourent à produire cet effet : iis sont alors les excitans de ces organes. En général, les excitans artificiels agissent de dif- férentes manières, i°. par leur simple contact ; 2°. en déchirant ou en coupant mécaniquement les fibres; 5°. en tendant à se combiner avec elles. 4°* H en est dont on ignore complètement le mode d’action : ‘telle est, par exemple, l’électricité. Lorsque les excitans n’agissent que par le simple contact, les fluides sont, toutes choses égales, plus efficaces que les solides , parce qu’ils stimulent par un plus grand nombre de points; qu’ils agacent lion seulement les surfaces de l’organe, mais pénè- trent encore l’interstice des fibres. Les solides produisent un effet proportionné à l’étendue de leur excitation, à la pression plus ou moins mar- quée qu’ils exercent, à leur densité, à leur mol- lesse, etc. Ce sont presque toujours des substances SYSTÈME MUSCULAIRE DE LA VIE ORGANIQUE. fluides que la nature emploie pour excitans dans 1 état ordinaire. Le déchirement est un mode d’excitation plus actif que le contact. Le coeur, les intestins , inertes souvent lorsqu’ils sont touchés seulement par le scal- pel, se contractent avec forcé lorsque la pointe de celui-ci les excite. La section produit un effet moins sensible que le déchirement. Coupées transversale- ment, les fibres oscillent et frémissent seulement par la contractilité organique sensible, pendant que par la contractilité de tissu elles éprouvent une rétraction manifeste. L’excitation chimique est, dans le plus grand nombre de cas , la plus avantageuse ; mais ici il faut bien distinguer ce qui appartient au racornissement, de ce qui est l’effet defirritabilitémiseenjeu. i°.Plon- gez une grenouille écorchée et vivante dans un acide très-concentré : à l’instant tout est presque désorga- nisé; le réactif agit si fort, qu’on ne peut distinguer ni racornissement, ni contractilité. 2°. Affoiblissez un peu l’acide et plongêz-y une autre grenouille, par ses membres inférieurs seulement : à l’instant iis se roidissent par la contraction des extenseurs , qui l’emportent sur les fléchisseurs; car, dans cette ex- périence, c’est un phénomène presque constant : retirez l’animal; ses cuisses restent immobiles; la vie y a été éteinte; la contraction qui est survenue est un racornissement, et non un phénomène vital. Plongée dans la même liqueur, une grenouille morte éprouve le même phénomène. 3°. Affoiblissez encore l’acide; à l’instant que l’animal y est plongé ses membres se contractent; mais aux contractions suc- SYSTÈME MUSCULAIRE cède le relâchement; il y a des mouvemens alter- natifs : c’est l’irritabilité' qui commence à être mise en jeu. Cependant si l’acide n’est pas très-affoibli , quelques marques de racornissement restent encore, et l’animal conserve une gêne des mouvemens des membres inferieurs, re'sultat évident du premier de- gré' de ce racornissement. 4°* Enfin si l’acide est très- affoibli , il devient un simple irritant qui met en jeu la contractilité organique sensible, sans altérer le tissu des fibres; l’animal sorti du fluide, conserve la même force de mouvement. Ces expériences qu’il seroit facile de multiplier sur les animaux à sang chaud, mais que je n’ai point ten- tées sur eux, montrent évidemment ce qui appar- tient au racornissement, d’avec ce qui est l’effet de la contraction vitale. Cependant il n’y a pas une limite rigoureuse entre eux, et il est un degré d’af- foiblissement de l’acide, où ces deux causes de mou- vemens se confondent. Il est un mode d’excitation auquel les auteurs n’ont point fait attention ; on peut l’appeler négatif : c’est celui dont je parlois tout à l’heure au sujet du calori- que, dont la privation est un excitant souvent très- vif. Dans les diverses expériences que j’ai eu occa- sion de faire , cela m’a souvent frappé. Appliquez; un excitant sur un muscle, il se contracte ; mais au bout d’un certain temps le mouvement cesse, quoi- que le contact continue : enlevez l’excitant, souvent le mouvement revient à l’instant. En général, rien de plus commun dans le cœur, les intestins, etc., que les contractions cessant sous l’action continuée d’un excitant ? et revenant momentanément par son ab- T> E LA VIE ORGANIQUE. sence. J’avoue que ce phénomène n’est pas aussi in- variable , aussi constant que celui de la contraction déterminée par l’application du stimulus qui suc- cède à l’état de non-excitation ; mais cela arrive très- souvent. On diroit que la sensibilité organique est, dans ces cas , comme l’animale; que tout état nou- veau pour elle l’affecte, que cet état soit positif ou négatif. Le passage de la non-excitation à l’excitation est plus vif; mais le passage inverse n’est pas moins ressenti lorsqu’il est brusque. Au reste, cette manière d’envisager la contractilité organique sensible en exercice, mérite des expériences ultérieures. De la Contractilité organique sensible , consi- dérée par rapport aux organes. Considérée dans l’organe où el'e a son siège, la contractilité organique sensible présente de nom- breuses variétés qui sont relatives, i°. à la diversité de tissu, 2q. à l’4ge, 5°. au sexe, 4°* au tempéra- ment , etc. Première Variété* Diversité du tissu musculaire. La contractilité animale est par - tout la même dans les muscles volontaires, parce que leur organi- sation est uniforme. Toutes choses égales du côté du nombre et de la longueur des fibres, les phéno- mènes de contraction sont exactement les mêmes par-tout : ici, au contraire, les variétés de tissu en déterminent inévitablement dans les propriétés vi- tales. Chaque muscle involontaire est d’abord spéciale- ment en rapport avec le fluide qui lui sert ordinal SYSTÈME MUSCULAIRE remeiit d’excitant. Le sang seul peut régulièrement entretenir les mouvemens du cœur.Que ce fluide soit altéré d’une manière quelconque,les contractiousde- viennent irrégulières. Toutes substances étrangères poussées dans les veines, produisent ce phénomène. L’urine qui entretient avec harmonie les mouvemens de la vessie, troubleroit ceux du cœur, si elle cir- culoii dans ses cavités. Le sang, plus doux en appa- rence que l’urine, peut agiter convulsivement la vessie, lorsqu’il vient a y tomber. J’ai soigné avec Desault un malade al’leclé depuis long temps de ré- tention d’urine, et qu’il avoit taillé pour une très- grosse pierre. A la suite de l’opération, les urines stag- noient dans la vessie, tant qu’elles étoient seules; mais dès qu’un peu de sang pénétroit dans cet or- gane, il se conlractoit involontairement, et les urines sanguinolentes étoient évacuées. Les excrémens qui séjournent pendant un certain temps dans le rectum , sans le faire contracter, feroient à l’instant soulever l’estomac , etc. Tous ces phénomènes se rallient aussi aux variétés de sensibilité des membranes mu- queuses , variétés sur lesquelles nous reviendrons, lis prouvent manifestement que chaque muscle a un degré de contractilité organique qui lui est propre, et que tel ou tel fluide de l’économie peut exclusive- ment, dans l’état naturel, mettre en exercice d’une manière régulière. Les fluides étrangers offrent le même résultat : l’émétique qui fait contracter l’estomac, est impu- nément poussé dans la vessie par les injections : les purgatifs ne font -point vomir, etc. Ce rapport des fluides étrangers avec la contractilité organique sen- DE LA VIE ORGANIQUE. sible a lieu, soit que, comme dans le cas précédent, ces fluides soientappliquéssur les surfaces muqueuses correspondantes aux muscles, soit, qu’elles parvien- nent à ces muscles par la circulation, comme l’ont prouvé les expériences faites dans le siècle passé sur les infusions médicamenteuses dans les veines : expé- riences dont Haller a recueilli un grand nombre de résultats. On a vu dans ces expériences la circula- tion présenter à tous les organes tantôt l’émétique, et l’estomac seul se contracter, tantôt les purgatifs, et les intestins seuls entrer en action, etc. Prises'par voie d’absorption cutanée, les substances médicamen- teuses donnent lieu au même phénomène. Appliqués en frictions, les purgatifs, les émétiques, etc., font contracter, non tous les muscles organiques, quoique la circulation les présente à tous, mais ceux avec les- quels leur sensibilité est en rapport. Dans les affections diverses dont ils sont le siège , on voit les muscles organiques avoir aussi chacun un mode d’irritation particulier répondre à un excitant, et rester sourd, pour ainsi dire , à la voix des au* très, etc. Deuxième Variété. L’âge modifie singulièrement la contractilité orga-. nique sensible.Dans l’enfance elle est très prononcée; les muscles répondent avec une extrême facilité aux excitans ; la vessie garde difficilement burine ; les enfans la rendent dans le sommeil involontairement; le cœur se contracte avec une rapidité dont le pouls nous donne la mesure ; tous les phénomènes digestif* sont plus prompts; de là moins d’intervalle dans le SYSTÈME MUSCULAIRE retour de la faim. C’est un phénomène analogue à celui des muscles volontaires, où la rapidité des mou- vemens se trouve , dans le premier âge, alliée avec leur peu de force. Au-delà de l’enfance, la susceptibilité des muscles pour répondre à leurs excitans, va toujours en dimi- nuant : aussi tous les grands phénomènes de la vie or- ganique vont-ils toujours en se ralentissant. Le nom- bre des pulsations, la durée de la digestion ,leséjour des urines, etc., sont le thermomètre de ce ralentissement. Dans le vieillard tout s’affoiblit ; l’action des mus- cles organiques diminue peu à peu. Ceux de la vessie et du rectum sont les plus exposés à perdre leur fa- culté contractile : de là les rétentions d’urine, ma- ladie qui est l’apanage si fréquent de la vieillesse; de là encore les amas de matières fécales au-dessus de l’anus, maladie presque aussi commune que la première à cet âge de la vie, quoique les praticiens aient fixé sur elle moins d’attention. Les gens riches et accoutumés au luxe de la table ,y sont surtout sujets. J’en ai vu beaucoup, et même autant que de réten- tions d’urine, dans la dernière année de la pratique deDesault.Les intestins et l’estomac languissent plus tard dans leurs fonctions. C’est le cœur qui résiste le plus : il est l'ultimum moriens, comme il a été le pre- mier en exercice ; la durée de ses battemens mesure • exactement la durée de la vie organique. Troisième Variété. Tempérament, Le tempérament modifie d’une manière remar- quable la contractilité organique. On sait que chez les uns les pulsations sont plus fréquentes, les phé- DE LA VIE ORGANIQUE. ïiomcnes digestifs urinaires plus rapides; que chez d’autres tout est marqué par plus de lenteur dans la vie organique : or ces variétés ont évidemment leur source primitive dans les variétés de contractilité du cœur, de l’estomac, des intestins, etc., lesquel- les ont sous ce rapport une grande influence dans la différence des tempéramens. A cet égard il y a deux observations essentielles à faire : i°. Les variétés de force des muscles organiques ne coïncident pas toujours avec celles des muscles de la vie animale. Ainsi voit-on tel individu remarquable par des formes extérieures peu marquées, par une foi* blesse évidente dans les muscles des membres, tandis que l’activité de la digestion, des évacuations uri- naires, etc., annonce la plus grande énergie dans la contractilité organique sensible. Je remarque à cet égard que le coeur est plus fréquemment en rapport de force avec les- muscles extérieurs, que l’estomac, les intestins et la vessie. Un pouls plein, bien déve- loppé, coïncide ordinairement avec la constitution athlétique; tandis que souvent cette constitution est réunie sur le même sujet à un système gastrique foible, et que surtout la force de ce système gastrique est souvent alliée à la foiblesse extérieure. Ce fait, que les divers tempéramens nous démontrent dans l’homme, est évident dans la série des animaux. Ceux qui, comme les carnivores, ont un système musculaire animal très - énergique, ont les parois des cavités gastriques comme membraneuses. Ces parois se fortifient dans les classes herbivores : elles devien- nent très-prononcées dans les gallinacées. En général* la mastication à laquelle préside toujours la coniracti- S Y S T è M E MÜSCU L AIRE lité animale, est dans les animaux en raison inverse de la force de trituration de l’estomac, qui est pré- side'e par la contractilité organique sensible. 2°. Les variétés de cette propriété, relatives aux lempéramens, présentent un autre phénomène pres- que toujours étranger au système musculaire animal. En effet, dans celui-ci ces variétés sont toujours gé- nérales; nous pouvons bien par l’exercice fortifier telle ou telle région musculaire, mais les différences de forces qui sont naturelles, portent toujours sur tout le système. Les bras et les jambes, la poitrine et le bas-ventre, sont uniformément contractiles dans les différentes divisions des muscles qui leur appar- tiennent. Au contraire, il est rare de voir cette uni- formité dans les muscles involontaires. Presque tou- jours l’un prédomine sur les autres : tantôt c’est ,1e cœur, tantôt l’estomac, quelquefois la vessie. Sou- vent même .les viscères gastriques ne sont pas tous au même niveau de force. L’estomac languit que les intestins conservent leur action ordinaire; récipro- quement les intestins trop contractiles expulsent lout de suite les matières fécales, et déterminent la diarrhée, quoique l’estomac fasse bien ses fonctions. Celle différence essentielle entre les deux systèmes musculaires tient à ce que la contractilité de l’un dé- pend d’un centre commun, du cerveau; que celle de l’autre au contraire a son principe isolé dans chaque organe où elle existe. Quatrième Variété. Sexe. Les femmes se rapprochent en général des enfans par les phénomènes de contractilité organique sen- DE LA Y I E O R G A U 1 QUE. iSÎble. La foiblesse des mouveinens coïncide avec leur plus grande rapidité chez ce sexe, dont tous les mus- cles intérieurs sont, comme les extérieurs, plus grêles et à formes moins prononcées que chez l’homme. On diroitquelaforce contractile delà matrice a été prise, chez lui, aux dépens des forces de tous les autres organes. Dans les expériences, les femelles donnent des résultats bien moins marqués, et toujours bien moins durable s que les mâles. Le cœur, l’estomac, les intestins, etc., cessent plus vite leurs mouvemens; ces rnouvemens sont moindres; il faut pour les dé- terminer de plus forts excitans, etc. Cinquième Variété. Saison et Climat. Dans l’hiver et dans les climats froids, où l’organe cutané, resserré et comme racorni par l’impression de l’air environnant, est dans une foible action, toutes les fonctions intérieures plus actives, néces- sitent plus d’énergie dans les forces qui y président ; tous les phénomènes digestifs , urinaires , et circula- toires même, sont plus marqués. Je ne sache pâs qu’on ait fait encore des expériences comparatives sur l’ir- ritabilité dans les saisons diverses, mais je suis per- suadé qu’elles donneroient des résultats différens. Contractilité organique sensible, considérée rela- tivement à Faction des stimulans sur les organes. Nous venons d’envisager isolément l'excitant et l’organe excité; chacun étant isolé, est nul pour la contractilité organique sensible; de leur concours seul résulte l’exercice de cette propriété. Qu’arrive-l-il SYSTEME MUSCULAIRE dans ce concours? Nous l’ignorons. Vouloir le con- noitre, ce seroit vouloir savoir comment un corps en attire un autre, comment un acide se combine avec un alcali, etc. Dans l’attraction , l’affinité et l’irrita- bilité, nous ne pouvons suivre les phénomènes que jusqu’à l’action des corps les uns sur les autres. Cette action est le terme de nos recherches. Mais ce qui ne doit pas nous échapper ici, c’est que, dans cette dernière propriété, l’action n’est ja- mais immédiate. 11 y a toujours entre l’excitant et l’organe un intermédiaire qui reçoit l’irritation; cet intermédiaire est une membrane fine et continue à celle des artères pour le cœur; c’est une surface mu- queuse pour les viscères gastriques et pour la vessie. Cet intermédiaire est plus susceptible de recevoir l’excitation que le muscle lui-même. J’ai constam- ment observé qu’en irritant la surface interne du cœur, ses contractions sont plus vives qu’en met- tant son tissu à découvert à l’extérieur par l’enlève- ment de son enveloppe séreuse, et en l’agaçant en- suite. 11 en est de même pour les muscles organiques de l’abdomen. Y a-t-il entre l’intermédiaire excité et l’organe qui se contracte, quelques communications nerveuses qui transmettent l’impression? Je ne le crois pas : le tissu cellulaire suffit. En effet, les surfaces séreuses n’ont entre elles et les muscles organiques, que ce tissu pour moyen d’union. Leur vie n’est nullement liée à la leur, puisque souvent elles les abandonnent, comme nous le verrons, et cependant elles peuvent leur servir à transmettre l’excitation. Le péricarde et le péritoine, irrités dans leur portion correspondante DE LA VIE ORGANIQUE. il l’organe qu’on veut faire mouvoir , y déterminent une contraction. Ce fait est connu de tous ceux qui ont fait la moindre expérience; c’est même presque tou- jours de cette manière qu’on stimule le cœur , l’es- tomac, les intestins, la vessie, etc. En ne promenant l’excitant sur la surface séreuse, que très-légèrement et de manière à ce que le mouvement ne se commu- nique nullement aux fibres charnues, on obtient un résultat. Cependant le simple contact ne suffit pas pour transmettre l’irritation : par exemple, en lais- sant le feuillet externe du péricarde appliqué sur le cœur, et en l’irritant ensuite, l’organe reste immo- bile. Si on décolle le péritoine de dessus la vessie, qu’on rompe toutes les adhérences celluleuses, qu’on le réapplique ensuite , et qu’on l’agace, la même im- mobilité s’observe. Quand l’intermédiaire qui reçoit l’excitation est malade, la con tractilite est constamm t altérée. Le même excitant détermine des contractions lentes ou rapides, suivant que l’affection exalte ou diminue la sensibilité de cet intermédiaire. La phlogoselégère de l’extérieur de la vessie, détermine une espèce d’incontinence d’urine; celle des intestins cause le dévoiement, etc., etc. Au contraire, les vieux ca- tarrhes de vessie, les affections où la foiblesse de la surface muqueuse de cet organe prédomine, sont des causes fréquentes de rétention , etc. J’observe que c’est une remarquable différence entre la contractilité organique sensible et l’insen- sible, que l’existence de cet intermédiaire, lequel n’a point lieu dans cette dernière , où le même sys- tème reçoit l’impression et réagit sur le corps qui la 382 SYSTÈME MUSCULAIRE détermine : par exemple, dans les systèmes glan- duleux, séreux, cutané, etc. , le fluide qui aborde pour la secrétion ou l’exhalation , y produit la sen- sation, laquelle est à l’instant suivie de la réaction. Hans la contractilité sensible, au contraire, un sys- tème perçoit, et l’autre se meut. Ce mode de motilité s’éloigne moins de celui de la vie animale, où les organes des sens et ceux du mouvement totalement difterens ,sont très-éloignés les uns des autres. Contractilité organique sensible, considérée rela- tivement à sa permanence après la mort. Cette permanence est plus durable que celle de la contractilité animale. Déjà en irritant la moelle , les muscles extérieurs restent immobiles, que les in- ternes sont encore en activité. On a cité tant d’exem- ples de cette permanence, Haller a tellement mul- tiplié, sur ce point,les expériences , que je n’ai pas besoin de rapporter ici des preuves d’un fait dont on ne doute plus. A cette permanence sont dues les éva- cuations de matières fécales et d’urine , qui survien- nent souvent un instant après la mort; les vomis- semens qu’on observe dans quelques sujets, sinon d’une manière aussi marquée que pendant la vie, au moins suffisamment pour faire remonter les alimens jusque dans la bouche du cadavre, qui souvent s’en trouve touteremplie, comme je l’ai fréquemment observé. Il faut, sous le rapport de cette permanence , comme sous celui de la durée de la contractilité ani- male, distinguer deux espèces de mort, i°. celle» DE LA VIE ORGANIQUE. 383 qui arrivent subitement, 2°. celles qu’amène une longue maladie. Dans toute mort subite , déterminée , soit par une lésion violente du cerveau , comme dans l’apoplexie, la commotion, la compression, l’épanchement, etc. ; soit par une affection du cœur, comme dans une grande syncope , une plaie , un anévrisme rompu ; soit par une cessation d’action des poumons , comme dans l’asphyxie par les gaz délétères , par le vide , par la submersion , etc., la permanence de contrac- tilité est très-sensible ;la mort générale survient d’a- bord; puis les organes meurent partiellement; chaque force vitale s’éteint ensuite successivement pour ainsi dire. Dans toute espèce de mort lentement produite , dans toutes celles surtout qu’une maladie de langueur a précédées, c’est la mort partielle de chaque organe qui précède; chaque force vitale s’affoiblit et s’éteint peu à peu , avant que la cessation de leur ensemble, qui constitue la mort générale , ne survienne ; quand cette mort arrive, aucune des vies propres à chaque organe ne reste, tandis que la plupart de ces vies durent plus ou moins long-temps après la mort subite. On ne peut faire des expériences sur les cadavres que l’on n’a guère dans les hôpitaux que quinze heures, et plus, après la mort; mais en faisant périr des chiens de faim , laquelle, trop prolongée , dégénère en une véritable maladie qui dure chez ces animaux huit , dix, douze jours même, j’ai vu lacontractiiité entièrement éteinte à l’instant de la mort. On m’a amené souvent des chiens affectés de différentes ma- 384 SYSTÈME MUSCULAIRE ladies , surtout il y a trois ans ou il y eut une espèce d’épidémie sur ces animaux : or, en les ouvrant à l’instant de la mort, enles tuant même quelque temps ■avant,et en déterminant ainsi une mort subite,Lien différente de celles qui arrivent dans l’état sain où toutes les parties sont intactes dans leurs fonctions, et par conséquent dans leurs forces vitales, j’ai tou- jours vu une absence constante de contractilité, ou du moins un affaiblissement tel, qu’elle paroissoit nulle. Plusieurs physiologistes ont parlé d’une convulsion générale qui survient dans les muscles organiques à l’instant de la mort, d’un soulèvement du cœur, de l’estomac, des intestins, etc. Cet excès d’action est réelquelquefoisdanslesmorts subites , dans celles surtout que nous déterminonspournosexpériences; elle est très - rare dans les morts précédées d’une longue maladie dans laquelle le malade s’éteint pour ainsi dire, insensiblement, et passe, par gradation , de la vie à la mort. C’est un défaut commun à pres- que tous les auteurs , d’avoir trop généralisé les faits observés dans certaines circonstances. Une foule de fausses conséquences sont résultées de là. Sympathies. Aucun organe ne reçoit plus facilement les in- fluences des autres, que les muscles organiques : tous cependant n’en sont pas egalement susceptibles. Le cœur occupe le premier rang sous ce rapport; vien- nent ensuite d’abord l’estomac, puis les intestins, et enfin la vessie. C’est dans cet ordre que nous al- lons examiner ces influences. C’est un phénomène remarquable , que toute es- pèce d’affection un peu forte, née dans l’économie, altère tout de suite les mouvemens du cœur. La moin- dre plaie , la douleur souvent la plus légère , suffisent pour y produire des dérangemens ; or ces dérange- mens sont de deux espèces: tantôt son action esl ar- rêté momentanément ; de là les syncopes , mode de dérangement qui arrive surtout dans les douleurs vio- lentes et subites. L’expression vulgaire, Je cœur me manque, etc., qu’on emploie dansces cas, est de toute vérité. Tantôt, et c’est le cas le plus ordinaire , cette action est accélérée ; delà les mouvemens fébriles si fréquens dans toutes les affections locales , mouve- mens purement sympathiques , et qui cessent quand l’affection disparoît. Dans une foule d’inflammations locales, le mal est trop circonscrit pour admettre un obstacle au cours du sang, obstacle qui, selon Boer- haave, force le cœur à redoubler son action pour le surmonter; d’ailleurs, quand il n’y a point.engor- gement % mais seulement douleur dans une partie, et que le mouvement fébrile survient, c’est bien là un phénomène sympathique. L’accroissement d’action du cœur peut dépendre sans doute d’une substance étrangère, qui, mêlée au sang, l’altère et le rend plus irritant ; il peut tenir à une affection de la subs- tance de l’organe qui la dispose à être plus irritable j mais certainement il est très-souvent sympathique, et dépend de ce rapport inconnu qui lie les uns aux autres tous nos organes, de ce consensus qui en- chaîne toutes leurs actions, et les met dans une dé- pendance réciproque. J’en dirai autant de l’estomac ; quoique sa réaction DE LA VIE ORGANIQUE. SYSTÈME MUSCULAIRE sympathique ne soit pas tout-à-fait aussi fréquente que celle du cœur, cependant elle devient très-mar- quée dans une foule de circonstances. La plupart des affections locales , des inflammations spécialement, sont accompagnées de vomissemens sympathiques. Diverses fièvres présentent, dans leur début, de sem- blables vomissemens. C’est dans les hôpitaux sur- tout qu’on observe fréquemment ces phénomènes-. Plusieurs médecins n’ont point considéré ces vo- missemens comme de simples sympathies, mais comme l’indice d’une affection bilieuse, fondés sur ce quel’on rend presque toujours alors delà bile. Mais dans tous les animaux que j’ai ouverts, j’ai presque toujours vu l’estomac vide contenir une Cerlainequan- tité de ce fluide qui avoit reflué du duodénum : d’au- tresauteurs ont.faitausside semblables observations ; en sorte qu’il paroît que dans l’état de vacuité, l’exis- tence delà bile stomacale est un phénomène naturel. D’après cela, il n’est pas étonnant que dans le début des maladies, dans leur cours môme, l’estomac étant excité sympathiquement, et devenant par là le siège du vomissement, on rende plus ou moins de ce fluide. On le rejetteroit de même dans l’état de santé si on provoquoit alors le soulèvement de l’estomac par l’émétique; c’est même ce qui arrive quelquefois le matin quand on est à jeun, et que quelque cause étrangère à toute affection du foie, comme la vue d’un objet dégoûtant, détermine le vomissement: la bile sort alors comme tout ce qui est contenu dans l’estomac. Je ne dis pas que souvent le foie étant sympathiquement excité dans le début des maladies, ne fournisse plus de bile, que cette bile surabon- DE IL A VIE ORGANIQUE. dame, refluant dans l’estomac, ne fasse contracter ce viscère; mais certainement ce n’est pas là le cas le plus ordinaire : pn vomit de la bile comme on en rejette par l’anus, parce qu’elle se trouve dans l’es- tomac et dans les intestins , et non parce qu’elle est surabondante. Si le vomissement e'toit une fonction naturelle, les évacuations bilieuses supérieures se- roient aussi naturelles que la teinte verdâtre des ex- crémens, qui se rencontre toujours dans l’état de santé. On voit donc , d’après cela, que les vomisse- mens bilieux sont, dans beaucoup de cas, une chose purement accessoire, et que le phénomène essentiel, c’est la contraction sympathique de l’estomac. Dans le cas dont je viens de parler , il est évident qu’il n’y a aucun embarras gastrique; l’altération sympathique de l’estomac ne porte que sur les fibres charnues. Mais le plussouvent cet embarras gastrique se manifeste au début des maladies où il y a affec- tion locale; on vomit des matières saburrales, comme on ledit : c’est qu’alors l’organe essentiellement af- fecté , le poumon par exemple, si c’est dans une péripneumonie, a agi sympathiquement non seule- ment sur les fibres charnues, mais encore sur la mem- brane muqueuse. Celle-ci excitée, augmente sa se- crétion; de là ces matières saburrales,-qui ne sont autre chose que des sucs muqueux mêlés à des sucs gastriques et à delà bile ; or , la présence de ces ma- tières suffit souvent pour faire contracter l’estomac, et pour produire .le vomissement qui les expulsé. D’après cela, il est évident qu’il peut y avoir vomissemenssympathiques sans embarras gastrique, et embarras gastrique sympathique avec un vomis- SYSTÈME MUSCULAIRE sement produit immédiatement. Dans le premier cas, ce sont les fibres charnues qui ressentent l’influence sympathique de l’organe affecté; dans le second, c’est la memblfene muqueuse. Mais comment, le pou- mon , la plèvre, la peau, etc., étant affectés, l’es- tomac entre-t-il en action? Je l’ai dit, le mot de sympathie n’est qu’un voile à notre ignorance sur les rapports des organes les uns avec les autres. Les vomissemens produits par l’érysipèle, le phlegmon, la pleurésie, la péripneumonie, etc. sont donc, le plus souvent, un effel absolument analogue à l’aug- mentation d’action du cœur, qui détermine la fièvre. Ils ressemblent au trouble cérébral d’où naît le délire, trouble qui est bien plus rare, etc. Tous ces phéno- mènes indiquent que les autres organes se sont res- sentis par contre-coup de l’état de celui qui est af- fecté,etc. Les médecins qui n’ont point envisagé tous ces phénomènes d’unemanièregrande et générale, ont rétréci leur traitement dans des bornes trop étroites. Autrefois on avoit beaucoup égard au trouble sym- pathique du cœur, et on saignoit beaucoup dans l’invasion des maladies; depuis quelques années on a spécialement égard au trouble sympalîiique de l’es- tomac , et on émétise fréquemment : peut-être, dans quelque temps, on fera plus d’attention aux pesan- teurs de tête, aux douleurs de cette région, à l’in- somnie,-aux somnolences, etc., qui sont des sym- ptômes sympathiques très-communs, et on dirigera le traitement du côté du cerveau. Dans ces variétés, les médecins judicieux envisageront tous ces phéno- mènes d’une manière générale; ils verront dans tous une preuve de cet accord général qui coordonne I> E LA VIE ORGANIQUE. toutes les fonctions les unes aux autres, qui les enchaîne toutes , et qui par là même enchaîne leurs dérangemens ; ils verront chaque organe se soulever* pour ainsi dire, contre le mal qui s’est introduit dansTéeouomie, chacun réagir à sa manière ; ils ver- ront ces réactions produire des effets tout différens , suivant l’organe réagissant, la fièvre naître de la réac- tion du cœur, le délire, l’assoupissement, l’insom- nie, les convulsions, etc., de celles du cerveau, le vo- missement de celle de l’estomac, la diarrhée de celle des intestins, les embarras gastriques et intestinaux, les saburres de la langue de celles des membranes muqueuses, les uébordemens de bile de celle du foie, etc. Ainsi dans une machine où tout se tient où tout se lie, si une pièce est dérangée, toutes les autres se dérangent aussi. Nous ririons du machiniste qui ne s’attacheroit qu’à raccommoder une de ces pièces, et qui négligeroit de réparer le dérangement loçal d’où naissent tous ceux que présente la ma- chine. INe rions pas du médecin qui ne combat qu’un symptôme isolé, sans attaquer la maladie dont il ne connoît souvent pas le principe, quoiqu’il sache que ce principe existe; mais rions de lui, s’il attache à son traitement une importance qui est nulle, com=. parée à celle du mal. Après l’estomac, ce sontles intestins qui sont le plus souvent affectés sympathiquement dans les maladies». La vessie est le muscle organique qui ressent le moins facilement les influences qui partent de l’organe ma- lade : cela arrive quelquefois cependant. Dans les fièvres, on sait que les rétentions d’urine par para-* lysie sympathique et momentanée, ne sont pas très.--. SYSTÈME MUSCULAIRE rares; lesincontinencesse remarquent moins souvent» Caractère des Propriétés Vitales. On voitj d’après ce que nous avons dit, que les propriétés vitales sont très-actives dans les muscles organiques, surtout sous le rapport de la contracti- lité. Ces muscles sont réellement, pendant la vie, en permanence d’action: ils reçoivent avec une extrême facilité les influences des autres organes. Leurs pro- priétés vitales s’altèrent avec la plus grande promp- titude, surtout celle que je viens d’indiquer; car la contractilité insensible y est rarement altérée, parce qu’elle n’y joue pas un rôle essentiel. Remarquez en effet que les dérangemens maladifs d'un organe por- tent toujours sur la force vitale dominante dans cet organe. La contractilité animale est fréquemment altérée dans le système précédent; dans celui-ci, c’est la contractilité organique sensible. Au con- traire, l’insensible ou la tonicité l’étant très-peu , les phénomènes auxquels elle préside restent toujours à peu près les mêmes; la nutrition est toujours uni- forme; les lésions du tissu musculaire sont rares; quand elles arrivent, c’est plutôt par communication, comme dans les cancers de l’estomac, où la maladie commence sur la surface muqueuse, et où les fibres chai nues ne s’affectent que consécutivement. Le coeur et la matrice sont les muscles les plus sujets à ces altérations morbifiques; encore dans le premier ap- partiennent-elles plus souvent à la membrane interne qu’aux fibres charnues elles-mêmes. Au contraire, dans les systèmes où la contractilité organique sen- sible est sans cesse en action, comme dans le cutané, le séreux, etc. où elle préside et à la nutrition et à l’exhalation,dansle glanduleux, le muqueux,etc.où elle détermine et la secrétion et la nutrition, etc., c’est elle spécialement qui est altérée.Deces de'rangemens naissent les altérations de tissu , les maladies organi- ques proprement dites, qui sont aussi communesdans ces systèmes, qu’elles sont rares dans ceux où la con- tractilité insensible, très-obscure, ne se trouve qu’au degré nécessaire à la nutrition. C’est à cela aussi qu’il faut rapporter la rareté des inflammations aiguës de ce système. Autant dans le cutané, le séreux, le muqueux, etc. ,cette affection est fréquente, autant celui-ci, dont les fonctions naturelles nécessitent peu de tonicité, la présente rarement.Ceux qui ouvrent beaucoup de cadavres , savent que presque jamais on ne trouve le tissu du cœur enflammé. Rien de plus commun que lesplileg- masies de la membrane externe ou séreuse, et de la membrane interne ou muqueuse de l’estomac, des intestins, etc.; mais rien de plus obscur, rien de moins observé que celle de leur luniquë charnue. Dans le rhumatisme il y a bien quelquefois, lorsque les douleurs cessent autour des articulations , des coliques violentes, des vomissemens spasmodiques même, indices peut-être d’une affection aiguë des fibres stomacales ou intestinales; mais on ne trouve jamais de traces de ces affections : on ne voit point le tissu musculaire présenter ce rouge vif des organes inuqueux, cutanés ou séreux enflammés ; au moins je ne fai jamais observé. Les médecins n’ont point fait assez attention à la différence des inflammations suivant la différence DE LA VIE ORGANIQUE. 392 SYSTEME MUSCULAIRE des systèmes ; mais surtout ils n'ont point assez re- marqué que cette différence s’accorde parfaitement avec celle de la tonicité ou contractilité organique in- sensible; que là où cette force vitale est la plus carac- térisée, les inflammations ont plus de tendance à se faire, parce que c’est elle qui préside à leur forma- tion; parce que ces affections supposent son exal- tation ;• comme les convulsions supposent l’exaltation de la contractilité animale, comme les vomissemens , les battemens accélérés du cœur, supposent celle de la contractilité organique , etc. Je ne saurois trop le répéter , les maladies les plus fréquentes à chaque système, mettent toujours en jeu, exaltent ou dimi- nuent la force vitale prédominante dans ce système. C’est un aperçu pathologique nouveau , qui peut être fécond en résultats. ARTICLE QUATRIÈME. Phénomènes de Vaction du Système mus- culaire de la Vie organique. Cks phénomènes sont, comme dans lesystème pré- cèdent, relatifs à l’état de contraction, ou à celui de relâchement. § 1er. Force des Contractions. Elle n’est jamais susceptible de s’exalter au point où.atteint quelquefois la force des muscles de la vie animale. Entre le pouls le plus fort et le pouls le plus foible, entre le jet affoibli qui précède certaines ré- tentions d’urine, et le jet de l’homme le plus vigou- reux, il J a bien moins de différence qu’entre la DE LA VIE ORGANIQUE. langueur des muscles volontaires de certaines femmes, et l’énergie de ceux d’un maniaque, d’un homme en colère, etc. Le cœur et le deltoïde sont à peu de choses prèse'gaux saus le rapport de leur masse char- nue : or que deviendroit la circulation, si le premier poussoit quelquefois le sang avec la force que le second emploie à élever le membre supérieur? Un accès de colère, de manie, etc..,suffiroit pour produire des ané- vrismes, etc. D’un autre côté les muscles organiques ne sont point atteints de ces prostrations de forces si communes dans les autres; les paralysies leur sont étrangères , parce qu’ils sont hors de l’influence cé- rébrale. H y a bien quelque chose qui répond aux convulsions : ce sont les agitations irrégulières qui déterminent tant de variétés dans le pouls des fiè- vres aiguës, agitations qu’il faut bien distinguer de celles produites par un vice organique du cœur; mais ces agitations sont imites différentes des spasmes des muscles volontaires: il n’y a même aucune ana- logie. 11 n’y a point dans la force de contraction des mus- cles qui nous occupent, les déchets.qui sont si remar- quables dans celle des autres muscles ; l’effort est à peu près proportionné à la cause agissante, et la dis- tinction de cette force, en absolue et en effective, ne sauroit s’appliquer ici : seulement il faut plus ou moins d’énergie contractile, suivant que le corps à expulser d’un muscle creux, est solide ou fluide. Voilà pourquoi les gros intestins sont pourvus de fi- bres longitudinales plus caractérisées que celles des in- testins grêles ; pourquoi le rectum surtout, ou les excré- mensont leur maximum de solidité, présente ces fibres SYSTÈME MUSCULAIRE d’une manière encore plus marquée que ie colon et le cæcum, quoique sous une fprme differente; pour- quoi dans les diarrhées la plus foible contraction suffit pour évacuer les intestins, tandis que pour rendre des excrémens très-solides, la contractilité organique sen- sible du rectum étant souvent insuffisante, il faut que les muscles abdominaux aident beaucoup à l’expul- sion; pourquoi quand un corps dur est introduit dans l’esiomac, et que les sucs gastriques ne le ramollissent pas, il y reste long-temps avant d’être expulsé, et y détermine un poids incommode, etc., etc. On sait avec quelle rapidité se fait le passage des boissons de l’estomac dans les intestins , combien au contraire les alimens solides séjournent dans le premier, etc. La force des muscles organiques est incomparable- ment plus grande dans les phénomènes de la vie, que dans nos expériences. Une fois mis à découvert, le cœur ne communique plus que des mouvemeus foi- bles, et le plus souvent irréguliers. Il n’y a aucune proportion entre la force nécessaire pour déterminer le jet, quelquefois de sept à huit pieds, qu’offre le sang sortant de la carotide ouverte dans un chien, et la force des contractions que déterminent les plus forts excitans appliqués sur le cœur extrait du corps. Rien n’égale dans nos expériences la force de contraction nécessaire au vomissement, etc., etc. On a multipliédanslesmusclesorgâniques; comme dans les précédens , les calculs sur la force de con- traction , et l’on a eu les mêmes variétés de résultats. Peut-on calculer en effet les degrés d'un phénomène que mille causes font à chaque instant varier, non- seulement dans les divers individus, mais encore DE LA Y I E ORGANIQUE. dans le même, que le sommeil, la digestion, l’exer- cice, le repos , le calme de l ame , l’orage des pas- sions, le jour, la nüit, tout, en un mot, modifie sans cesse ? Je ne sais si nous digérons deux fois dans la même période, si les urines séjournent deux fois le même espace de temps dans la vessie, avant d’en être expulsées, si leur jet est deux* fois exactement égal, etc. Souvent la force des muscles organiques reste dans son’degré ordinaire, augmente même ; tandis qu’un affaiblissement général s’empare des autres. La force du pouls, les vomissemens, les diarrhées, etc., coïn- cidant avec une prostration générale des muscles de la vie animale, ne sont point Un phénomène rare dans les maladies. § II. Vitesse des contractions. Elle varie singulièrement : très-rapides dans les expériences, lorsque la mort est récente et que les excitans sont très-forts, les contractions sont en gé- néral plus lentes dans l’état naturel; on diroit que c’est lin verse de la force : souvent à l’instant où l’on ouvre le péricarde, le cœur se meut avec une vitesse que l’œil peut à peine suivre, si on injecte surtout un fluide irritant dans ce sac séreux, un peu avant que de mettre l’organe à découvert, etc. Les contractions augmentent beaucoup de vitesse dans certaines ma- ladies : celles du cœur , par exemple, acquièrent alors dans l’adulte une rapidité souvent très-supérieure à celle qu’elles offrent dans le premier âge; cette vitesse est aussi dans ce cas entièrement distincte de la force des contractions; il est rare même que ces deux SYSTEME MUSCULAIRE choses se trouvent réunies au plus haut point. En general, quand la force du cœur est accrue, il y a bien un peu plus de vitesse ; mais très-souvent il y a diminution de force avec augmentation de vitesse , ou la force reste la même, la vitesse’étant beaucoup augmentée. Nous avons vu que les muscles volontaires avoient en general un degré de vitesse au-delà duquel iis ne peuvent aller, et que cette vitesse tient à la constitu- tion primitive. Le même phénomène ne s’observe- t-il point ici ? Souvent dans deux fièvres dont les symptômes sont les mêmes , dont le degré d’inten- sité semble être exactement uniforme, le pouls est infiniment plus fréquent dans un individu que dans un autre. Gela ne dénote pas toujours une différence dans la maladie, mais dans la constitution primitive, une aptitude de l’un des deux cœurs à se contracter beaucoup plus vite sous le même excitant. Qui ne sait que, dans les expériences, la rapidité contractile est in- finiment variable sous l’influence des mêmes causes? . Chaque muscle organique a son degré de vitesse ; le cœur , l’estomac, les intestins, la vessie, etc., dif- fèrent singulièrement sous ce rapport. § III. Duree des Contractions. Le cœur ne reste jamais en permanence de con- traction, comme cela arrive souvent aux muscles vo- lontaires. Quoique la faim semble prouver le contraire dans l’estomac et les intestins , cependant ce phéno- mène n’est point contradictoire : en effet, la con- traction permanente des viscères gastriques vides , est un résultat de la contractilité de tissu. Toutes DE LA VIE ORGANIQUE. 1rs fois que la contractilité organique sensible y est mise en jeu, il y a alternative de contraction et de dilatation; cette alternative caractérise même essen- tiellement cette dernière propriété, et la distingue de la contractilité animale et de celle de tissu , où l’état de contraction est souvent permanent. § IV. Etat du Muscle en contraction. Tous les phénomènes indiqués pour les muscles volontaires , sont presque applicables à ceux-ci, tels que l’endurcissement, l’augmentation en épaisseur, la diminution en longueur, l’expression du sang, etc., etc. Mais il y a quelques différences entre le cœur et les muscles gastriques, sous le rapport du mode contractile. En effet, on voit très-sensiblement dans le premier, î°. des contractions de totalité ana- logues à celles des muscles volontaires, contractions qui ont lieu dans l’état de santé, qui déterminent la projection du sang, et qu’on produit facilement dans les expériences, quand les animaux sont encore vi- vans ; 2°. des oscillations multipliées qui s’emparent des fibres, qui les agitent toutes sans produire-aucun effet sensible, sans resserrer la'cavité, sans projeter le sang par exemple. Ces oscillations s’observent à l’instant de la mort, quand le cœur va cesser d’être contractile : on a beau l’irriter alors, il n’v a plus de contractions de totalité ; quoiqu’une vibration • générale et extrêmement manifeste se soit emparée de ses fibres, cependant sa cavité n’est point rétré- cie ; le sangy stagne.Le cœur ressemble parfaitement, sous ce double rapport, aux muscles volontaires; il est agité , comme on le voit pour ces muscles dans le SYSTÈME MUSCULAIRE frisson, dans ce qu’on nomme horripilation, comme on l’observe encore dans certains muscles soucutanés chez quelques individus. J’ai déjà vu, par exemple, plusieurs personnes affectées d’un frémissement ha- bituel d’une portion du soleaire, frémissement très- sensible à l’œil à travers la peau, et qui n’avoit rien de commun avec la contraction nécessaire à l’fxten- sion du pied. Les muscles involontaires de l’abdomen ne pré- sentent jamais ce double mode de contraction. Au lieu des mouvemens brusques, subits et de totalité, on n’y voit qu’un resserrement lent, peu apparent même souvent; c’est une espèce de ramper; il n’y a pas même, à proprement parler, de contraction de totalité, comme celle du cœur où toutes les fibres d’une oreillette ou d’un ventricule se meuvent en même temps; chaque plan charnu paroît ici successi- vement agir. Placé à l’origine des gros vaisseaux, la vessie ou l’estomac seroient incapables de commu- niquer au sang ces mouvemens par saccades, que nous offre le jet d’une artère à chaque contraction. D’un autre côté, à l’instant où le mouvement finit dans l’estomac, les' intestins et la vessie, on n’y voit jamais ces oscillations, ces vibrations qui sont presque constantes dans le cœur et les muscles vo- lontaires , et qu’on peut même y faire naître à son gré. § Y. Mouvemens imprimés par les Muscles organiques. Il n’y a presque jamais de mouvemens simples dans ces muscles; l’entrecroisement divers de leur DÉ LA YIE ORGANIQUE. plan charnu fait qu’ils agissent presque toujours en trois ou quatre sens différens sur les substances qu’ils renferment. On ne peut rien dire de général sur ces mouyemens qui composent la diastole du cœur, l’agi- tation péristaltique du tube alimentaire, le resserre- ment de la vessie, etc. Chaque muscle a son méca- nisme qui appartient à l’histoire physiologique de la fonction à laquelle il concourt. § YI. Phénomènes du relâchement des Muscles organiques. Dans le relâchement des muscles organiques, il survient en général des phénomènes opposés aux pré- cédens.Il est donc inutile de les exposer; mais il se présente ici une question à examiner, celle de savoir quelle est la nature de cet état qui succède à la con- traction, et qui alterne avec elle. Dans les muscles de la vie animale, lorsque la con- traction cesse, ce n’est pas en général le muscle lui- même qui revient à son état antécédent d’extension, il y est ramené par son antagoniste : par exemple, lorsque le biceps s’est contracté pour fléchir l’avant- bras , et que sa contraction cesse, il devient passif; le triceps se mettant alors en mouvement, l’étend et le ramène à sa position naturelle, en agissant d’abord sur les os qui communiquent le mouvement à ce muscle. Chaque puissance musculaire de la vie ani- male trouve donc dans celle qui lui est opposée une cause de retour à l’état qu’elle avoit quitté pour se contracter. Il n’en est pas de même dans la vie orga- nique : ses muscles, qui sont tous creux, n’ont point d’antagonistes. Nous avons bien considéré jusqu’à un SYSTÈME MUSCULAIRE certain point comme tels, les substances contenues dans les muscles creux, substances qui s’opposent à l’effet de la contraction; mais incapables le plus com- munément de reagir après avoir etc' comprimées, à cause de leur défaut d’élasticité, ces substances ne sauroient faire le même office que les véritables anta- gonistes. La plupart des physiologistes ont. admis comme cause de dilatation , l’entrée des substances nouvelles qui remplacent, dans les cavités musculaires, celles expulsées parla contraction : ainsi l’abord d’un sang nouveau dans le cœur, des alimens dans les portions diverses du tube alimentaire, a t il été envisagé comme propre à dilater ces organes ; en sorte que dans cette opinion les muscles seroient purement passifs pendant qu’ils s’élargissent. Mais les considérations suivantes 9 dont quelques auteurs, et Grimaud en particulier, ont déjà présenté plusieurs, ne permettent point de considérer sous ce rapport la dilatation des muscles organiques, celle du cœur en particulier. i°. Lorsqu’on met un muscle creux à découvert, le cœur, l’estomac ou les intestins, etc., et qu’on le vide entièrement des substances qu’il contient, il se contracte et se dilate alternativement comme quand il est plein, si on vient à y appliquer un stimulant ex- térieur. 2°. Si on vide par des ponctions tous les gros vaisseaux qui vont au cœur, ou qui en partent, de manière à l’évacuer entièrement , ses dilatations et contractions alternatives continuent encore pendant un certain temps. 5°. Pour juger comparativement du degré de force delà contraction et de la dilatation, on peut extraire deux cœurs à peu près égaux en DE LA VIE ORGANIQUE. volume, de deux animaux vivans ; placeztoutdesuite les doigts d’une main dans les oreillettes ou les ven- tricules du premier, et embrassez avec l’autre main l’extérieur du second : eh bien ! vous sentirez que ce. lui-ci fait un effort aussi considérable en se dilatant , que l’autre en se contractant.Ce fait, déjà observé par Pechlin, est d’autant plus remarquable, que souvent l’effort de dilatation est supérieur à celui de contrac- tion. J’ai même observé, en répétant cette expé- rience, que quelque effort qu’on fasse avec la main, on ne peut empêcher l’organe de se dilater. 4°. L’ex- tensionet le resserrement alternatifs,d’ou naît le mou- vement vermiculaire des intestins , se voit pendant la faim , lorsqu’on ouvrele ventred’unanimal.5( .La dureté du tissu musculaire organique est aussi mani- feste pendant la dilatation que pendant la vacuité. 6°. J’ai observé plusieurs fois, à l’instant ou j’irritois le cœur avec la pointe d’un scalpel, qu’une dilatation en étoit le premier résultat, et que la‘contraction n’é- toit que consécutive à celle-ci. Il arrive en générai plussouvent que la contraction commence le mouve- ment dans les expériences; mais certainement, le muscle étant en repos, souvent c’est une dilatation qui se manifeste la première. Il paroît donc très-probable que la dilatation des muscles organiques est un phénomène aussi vital que leur contraction ; que ces deux états se tiennent d’une manière nécessaire; que leur ensemble compose le mouvement musculaire, dont la contraction n’est qu’une partie. Qui ne sait même si chacune ne peut pas être troublée isolément, si à une contraction ré- gulière ne peut pas succéder une dilatation irrégulière, SYSTÈME MUSCULAIRE et réciproquement? Qui sait si certaines altérations dans le pouls ne tiennent pas aux lésions de dilatation, et d’autres à celles de contraction? Je suis loin de l’assurer : car en médecine il ne faut pas des présomp- tions, mais des certitudes, pour fixernotre croyance; mais je dis qu’on peut faire de ce point un objet de recherches. Il paroît que quelquefois les muscles volontaires sont aussi le siège d’une véritable dilatation active. j°. Mis à découvert et extrait du corps, un muscle se contracte, et ensuite se dilate ,sans qu’aucune cause le ramène à cet état de dilatation. 2°. Dans une am- putation, on voit souvent sur le moignon le bout des fibres divisées s’alonger et se raccourcir alternative- ment; double mouvement qui paroît être également vital. 3°. Dans plusieurs espèces de convulsions ou les membres se roidissent, dans celles, par exemple,qui accompagnent la plupart des accès hystériques, il pa- roît qu’il y a une dilatation activetrès-prononcée : en plaçant en effet la main sur lesmusclesquidevroient alors être relâchés,d’après la disposition des parties, on sent une dureté aussi considérable qu’en tâtant les muscles contractés, etc. Il y a beaucoup de recherches à faire sur ce mode de dilatation de nos parties, mode qui n’est pas sans doute exclusivement borné au système musculaire, mais qui paroît appartenir encore à l’iris, au tissu spongieux des corps caverneux , aux mamelons, etc. Tous ces organes se meuvent en se dilatant très-ma- nifestement ; le resserrementy succèdeà l’expansion, comme dans les muscles ordinaires le relâchement à la contraction. C’est l’expansion qui est le* phéno- DE LA VIE ORGANIQUE. mène principal. Peut-êtreau^sique,comme quelques modernes l’ont dit, les gonflemens subits du tissu cellulaire, qui accompagnent les contusions, les meur- trissures , etc., sont un résultat de ce mode de mou- vement. ARTICLE CINQUIÈME Développement du Système musculaire de la Vie organique. Le système musculaire organique est absolument l’inverse du précédent, sous le rapport du dévelop- pement. Autant celui-ci est peu caractérisé dans les premiers temps, autant l’accroissement du premier est précoce. Suivons-le dans tous les âges. § Ier. État du Système musculaire organique chez le Fœtus. Dès les premiers jours de la conception, le cœur est déjà formé ; il offre le premier, comme on l’a dit, un point en mouvement, punctum saliens, Les re- cherches de divers auteurs, de Haller en particulier, ont mis en évidence les progrès successifs de son accroissement dans les premiers temps. Un peu plus tardifs à se former, les muscles de l’intérieur de l’ab- domen sont cependant développés bien avant ceux qui forment les parois de cette cavité. C’est le volume des intestins, de l’estomac, delà vessie,etc., presque autant que celui du foie, qui donne à la cavité où se trouvent ces viscères, la capacité remarquable quelle présente alors. SYSTÈME MUSCULAIRE Uniformes à peu près è cet âge, sous le rapport de leur proportion de volume, tous les muscles orga- niques ne le sont pas autant sous celui de leur tissu. Le cœur est manifestement plus ferme et plus dense que tous les autres ; sa texture est très-caractérisée. Molles et lâches, les fibres stomacales, intestinales et vésicales,ressemblentexactementàcelles des muscles de la vie animale : peu de sangles arrose à proportion de celui qui doit y pénétrer dans la suite. Au con- traire, denses et serrées , les fibres du cœur ont une énergie d’action proportionnée à celle que dans la suite elles doivent avoir. Leur rougeur est tout aussi marquée ; autant de sang les pénètre, et les nourrit par conséquent. Cette rougeur du cœur, analogue chez l’adulte à celle des muscles volontaires, contraste à cette époque avec la pâleurremarquable de ceux - ci. Au reste, elle présente, comme dans toutes les au- tres parties où elle existe, une teinte foncée, due à l’espèce de sang qui la produit. On conçoit facilement la raison de cette quantité de sang qui pénètre le cœur, puisque cet organe, très- actif alors dans ses mouvemens, a besoin de beaucoup de force, tandis que, presque immobiles, les autres en nécessitent peu. Cependant on a exagéré la contractilité organique sensible du cœur dans le fœtus et dans le premier âge, sans doute à cause de la rapidité extrême que la circulation présente alors. Cette rapidité dépend au- tant de l’activité des forces toniques du système ca- pillaire général, que de celle du cœur : car une fois parvenu dans le système capillaire, le sang est hors de l’influence du cœur, comme nous l’avons vuj U DE LA VIE ORGANIQU E. séjour qu’il y fait est absolument dépendant des forces de ce système lui-même: or très-actives alors, ces forcesy précipitent le cours du sang, et le rejettent dans le système veineux, d’où il arrive au cœur. L’excita- bilité de celui-ci seroit double, triple même, que si le sang ne lui abordoit qu’avec lenteur , il ne pourroit entretenir un pouls rapide et en même temps con- tinu. Haller s’est laissé entraîner à cette opinion par celle où ilétoit que le cœur est l’agent d’impulsion unique du sang circulant même dans les petits vais- seaux. D’ailleurs , il est hors de doute que la contrac- tilité organique sensible du cœur est moins facile à être mise en jeu chez le fœtus parles expériences , et qu’elle est aussi beaucoup moins durable. Alors les excitans les plus forts ont moins de prise sur elle un instant après la mort, que ceux qui ont le moins d’é- nergie n’en offrent sur le cœur d’un animal qui a vu le jour. J’ai vérifié plusieurs fois ce fait sur des fœtus de cochons - d’inde. Comparée à celle des muscles volontaires ,1a motilité ducœurestsans doute remar- quable chez le fœtus; mais comparée à ce qu elle sera après la naissance , elle est peu caractérisée. Il en est absolument de même de la contractilité de l’estomac, de la vessie et des intestins ; le plus com- munément on ne peut déterminer aucun mouvement dans'ces muscles par lesstimulans. Lecit.Léveillé a fait déjà ces observations importantes; il a aussi re- marqué que l’urine séjournoit dans la vessie, et le méconium dans les gros intestins , sans produire une contraction suffisante pour les expulser. Je ne crois pas cependant qu’il y ait pendant la vie une immobi- lité parfaite des viscères gastriques ? et voici pourquoi^ SYSTEME MUSCULAIRE le plus communément le méconium ne se rencontre que dans les gros intestins; il faut donc quil s’y forme, s’il y a immobilité des muscles gastriques: or il est beaucoup plus probable qu’il est un résidu de la bile, de tous les sucs muqueux, etc; que par con- séquent ii a été successivement poussé par une action lente de la partiesupérieure vers l'inférieure des voies alimentaires. La mollesse des muscles organiques rend leur ex- tensibilitéde tissu très'prononcée à cette époque. J’ob- serve cependant que le cœur des cadavres de fœtus ne présente point ces variétés sans nombre de volume que celui de l’adulte nous offre dans le côté droit, suivant les divers genres de mort. § II. État du Système musculaire organique pendant ï accroissement. Les premiers jours de l’existence sont marqués par unmouvementintérieur, aussi prompt àsemanifester que l’extérieur dont nousavons parlé. La succion du lait, l’évacuationdes urines, celle du méconium, etc., sont les indices de ce mouvement intérieur général, de cette agitation presque subite de tous les muscles, involontaires. Ce n’est pas le cerveau qui, entrant en action à la naissance, détermine la contraction de ces muscles, puisque, comme nous l’avons dit,ils échappent cons- tamment à son empire ; cela paroît dépendre, i°. de l’influence sympathique exercée sur leur systèmepar l’organe cutané qu’irrite le nouveau milieu où il se trouve; 2°. de l’excitation portée au commencement de toutes les surfaces muqueuses , et sur la totalité de celle du poumon, excitation qui réagit ensuite sur ces muscles; 3°. de celle produite par les fluides intro- duits dans l’estomac; 4°» de l’abord subit du sang rouge dans tous les muscles jusque-là pénétrés comme les autres de sang noir; cette cause est essentielle : l’irritabilité paroît en être en partie dépendante , ou du moins en emprunter un surcroît de force remar- quable. 5°. L’excrétion du méconium et de l’urine est aussi puissamment aidée par les muscles abdo- minaux , qui entrent alors en activité avec tout le système auquel ils appartiennent. Le mouvement intérieur général qui arrive dans les premiers momens de l’existence , et qui est dé- terminé par l’activité subitement accrue des muscles involontaires, remplit un usage important à l’égard des surfaces muqueuses, qu’il débarrasse des fluides qui les surchargent, et dont la présence devient pé- nible. Là oii les surfaces muqueuses n’ont point au- tour d’elles de plans charnus involontaires , comme aux bronches, aux fosses nasales, etc., ce sont des musclés de la vie animale, plus ou moins éloignés, qui remplissent cette fonction, comme, par exemple, le diaphragme et les intercostaux , qui débarrassent par la toux la surface bronchique, et par l’éternue- ment la surface pituitaire. En s’éloignant de l’époque de la naissance, les muscles organiques croissent en général moins pro- portionnellement que les autres ; ce qui rétablit peu à peu l’équilibre entre les deux systèmes. Je remarque cependant, à l’égard de la prédominance du premier, qu’elle est bien moins marquée dans le fœtus que celle du système nerveux-Le cerveau-* D E E À Y I E ORGANIQUE. SYSTÈME MUSCULAIRE par exemple, est proportionnellement beaucoup plus gros que le cœur. Il est probable que les muscles qui nous occupent présentent, à cette époque, les mêmes variétés de composition que les autres, que la gélatine y do- mine surtout, que la fibrine y est moindre, etc. Peut-être cette dernière substance existe-t-elle, dans les premiers temps, plus abondamment dans le cœur que dans les autres muscles de cette classe. Nous avons observé deux périodes irès-distinctes dans l'accroissement des autres muscles : l’une est achevée lorsqu’ils ont acquis leur longueur ; l’autre l’est lorsque leur épaisseur est complète. La pre- mière n’a point, dans le système organique, un terme aussi distinct : déjà la stature n’augmente plus y que les organes gastriques et urinaires , que le cœur s’alongent et croissent encore. O11 a considéré d’une manière trop générale l'ac- croissement. Chaque système a un terme différent dans ce grand phénomène. Les systèmes osseux, musculaire de la vie animale , et ceux qui en dépen- dent, comme le fibreux, le cartilagineux, etc., in- fluencent spécialement la stature générale du corps : ce sont eux qui déterminent telle ou telle taille; mais cette taille n’influe nullement sur la longueur des intestins, sur la capacité de l’estomac, du cœur, de la vessie, etc. Les systèmes glanduleux, séreux, muqueux, etc., sont également indépendans de la stature : aussi porte-t-elle, dans ses nombreuses va- riétés , bien plus sur les membres que sur l’abdomen, la poitrine, etc. Une grande taille indique la pré- dominance de l’appareil de la locomotion, mais nul- DE LA VIE ORGANIQUE. lement de ceux de la digestion, de la respiration, etc. La fin de l'accroissement en hauteur, que nous con- sidérons d’une manière générale pour tout le corps , n'est que la fin de l’accroissement des muscles, desos, et de leurs dépendances, et non de celui des viscères intérieurs, qui-s’épaississent et s’alongent encore. Il est facile de s’en convaincre, en comparant les mus- cles organiques d’un jeune homme de dix-huit ans, à ceux d’un homme de trente ou quarante. Les muscles organiques ne paroissent point sujets à ces irrégularités d’accroissement que les autres mus- cles et les os nous présentent fréquemment. On sait que souvent la taille reste stationnaire pendant plu- sieurs années, et que tout à coup elle prend des dimen- sions très-marquées en un court espacé : ce phéno- mène est remarquable, surtout à la suite des longues maladies. Or, malgré ces inégalités, le cœur et tous les autres muscles analogues croissent d’une ma- nière uniforme: la régularité des fonctions intérieures auxquelles ces muscles concourent spécialement, ne s’accommoderoit point avec ces aberrations qui ne sauroient troubler les fonctions des organes locomo- teurs. D’ailleurs, si elles avoient lieu, la circulation, la digestion, l’excrétion des urines, etc., devroient présenter des aberrations correspondantes : or, c’est ce qu’on n’observe pas. Le cœur et les muscles gas- triques, etc., grossissent toujours dans l’enfant dont la taille reste stationnaire ; ils ne grandissent point brusquement dans celui qui croît tout à coup : voilà pourquoi la poitrine et le ventre deviennent gros dans le premier cas, et restent rétrécis dans le second, à proportion des membres. SYSTÈME MUSCULAIRE D’ailleurs, ces deux systèmes ne sont jamais en rapport précis de nutrition et de force. J’ai déjà ob- servé que des muscles organiques très - prononcés coïncident souvent avec des muscles volontaires très- peu saillans, et réciproquement. ]Ne considérons donc point l’accroissement, ni la nutrition, d’une manière uniforme : chaque système se développe et s’agrandit à sa manière; jamais tous ne se rencontrent aux mêmes périodes de cette fonc- tion. Pourquoi ? parce la nutrition est, comme tous les autres actes auxquels préside la vie, essen- tiellement dépendante des forces vitales, et que ces forces varient dans chaque système. L’accroissement du système musculaire involon- taire n’est point uniforme dans tous les organes qui le composent. Chacun s’agrandit plus ou moins , ou se prononce différemment; l’un prédomine souvent sur les autres d’une manière manifeste : une vessie à fibres charnues lrès-marquées,à colonnes, comme on dit, se trouve souvent dans un sujet à estomac débile, à petits intestins, etc. ; réciproquement l’estomac, le cœur, etc., ont une prédominance souvent isolée. § III. État du Système musculaire organique après Yaccroissement. C’est vers l’époque de la vingt-quatrième à vingt- sixième année, que les muscles organiques ont acquis la plénitude de leur développement. Alors la poitrine et l'abdomen qui les contiennent sont parvenus au maximum de leur capacité. Ces muscles sont tels qu’ils doivent rester toute la vie ; ils ont une densité bien supérieure à celle de la jeunesse ; leur force s’esi DE LA VIE ORGANIQUE. accrue, leur couleur est plus foncée. En général cette couleur est sujette , dans le cœur, à de fréquentes variétés , lesquelles se rapportent assez aux variétés du système précédent. Les maladies aiguës et chroni- ques ont à peu près sur elle la même influence. Elle est également l’indice des tempéramens sanguin, lym- phatique , etc. , par les teintes diverses quelle pré- sente. La couleur des fibres stomacales, intestinales, vésicales, varie moins; leur blancheur, plus uni- forme, est rarement influencée par les maladies. Il ne dépend point de nous d’augmenter, par un exercice habituel, la nutrition des muscles organi- ques. Les alimens pris outre mesure, et faisant fré- quemment contracter l’estomac, l’affoiblissentaulieu de faire davantage prononcer ses fibres , comme il arrive par l’exercice constant imprimé à un membre supérieur ou inférieur. La vessie, sans cesse en action dans certaines incontinences, s’affoiblit aussi peu à peu, et perd son énergie. On diroit que ces deux sys- tèmes sont, sous ce rapport, en ordre inverse. Il paroît que la nutrition des muscles organiques, comme celle des autres, est sujette à de fréquentes variations; que dans certaines époques ils sont plus prononcés; qu’ils le sont moins dans d’autres. Les maladies influent beaucoup sur ce phénomène qui prouve, comme le ramollissement des os et leur re- tour à l’état naturel, la composition et la décomposi- tion habituelles dont les organes sont le siège. Nous trouvons dans les amphithéâtres une foule de diffé- rences sur les différens sujets, par rapport à la teinte, à la densité, à la cohésion des muscles. Or, ce que plu- sieurs nous présentent alors en même temps,le même if 12 SYSTEME MUSCULAIRE l’éprouve souvent successivement : le même homme a sans doute, suivant les influences diverses aux- quelles il est exposé, son cœur rouge, dense, gros et bien nourri à une époque de la vie, foible, pâle , peu volumineux à une autre ; caries organes intérieurs doivent éprouver les mêmes altérations que nous montrent les extérieurs. Or , on sait combien l’habi- tude extérieure change souvent pendant la vie. § IV. État du Système musculaire organique chez le V ieillard. A mesure qu’on avance en âge, le système mus- culaire qui nous occupe s’affoiblit comme tous les autres : cependant son action est plus durable ; elle survit, pour ainsi dire ,à cellede l’autre. Déjà le vieil- lard , presque immobile, ne se traîne qu’avec peine et avec ienteur, que son pouls, sa digestion, etc., ont encore de la vigueur. Cette différence des deux sys- tèmes est d’autant plus remarquable , que le temps d’activité du second est presque de moitié moindre que celui du premier; le sommeil retranche en effet presque la moitié de la durée des raouvemens volon- taires, tandis qu’il laisse les involontaires vraiment intacts. Ce phénomène de l’espèce de survivance des muscles organiques aux muscles volontaires dans les derniers temps de la vie, dérive en grand du même principe d’ou naît en petit la lassitude qui suit la con- traction dans un mouvement isolé. Il faut un mouve- ment moins durable pour fatiguer les muscles volon- taires, que pour fatiguer les involontaires : l’estomac vide reste long-temps contracté sur lui-même sans faire éprouver un sentiment pénible, tandis que si DE LA VIE ORGANIQUE. nous tenons serré fortement pendant unquart d’heure un corps entre nos doigts, tous les fléchisseurs sont bientôt douloureusement affectés. Après une convul- sion d’unedemi-heureoùtousles muscles locomoteurs ont été roides, tout le corps est rompu , comme on le dit; il ne peut se prêter à aucun mouvement; tandis qu’après un accès de fièvre de six ou huit heures ou le pouls a été violemment agité, souvent le cœur con- serve le type naturel de ses contractions; il faut des accès répétés pour l’affoiblir. Tous ces phénomènes des deux systèmes musculaires prouvent manifestement que celui de la vie animale se fatigue beaucoup plus tôt; c’est même ce qui détermine son intermittence. Est-il donc étonnant que, quoique moins souvent en exercice que l’autre, il épuise plus tôt la somme de force que lui a donnée la nature ? est-il étonnant que celui-ci survive plus long-temps ? La vie est un grand exercice qui use peu à peu les organes en mouvement, et qui nécessite enfin leur repos ; ce repos est la mort : or, chaque organe mobile y arrive plus ou moins tôt, suivant le degré différent des forces qu’il a à dépen- ser, suivant sa disposition plus ou moins grande à se lasser par ce grand exercice. Cependant les muscles organiques s’affoiblissent peu à peu.Le pouls se ralentit, les digestions s’alon- gent chez le vieillard ; la vessie et le rectum cessent d’abord d’agir; puis les intestins restent inactifs; l’es- tomac et surtout le cœur meurent les derniers. Long-temps avant la mort, la cohésion musculaire s’affoiblit dans cç système comme dans le précédent; le tissu charnu devient flasque : les parois du cœur se soutiennent d’elles-mêmes dans le jeune homme ; SYSTÈME MUSCULAIRE, etC. elles s’affaissent chez le vieillard. Le système gas- trique d’un jeune animal tué subitement pendant la faim est ferme, dense, resserré sur lui même ; chez un vieux, il est, dans la même circonstance, peu re- venu sur lui-même; l’estomac, les intestins restent beaucoup plus dilatés; ils sont lâches et mous : c’est le même phénomène que dans les muscles précédens, qui vacillent sous la peau, faute de cohésion. La vessie reste toujours ample, quoique vide d’urine, etc. ANATOMIE G É-N É R A L E. ANATOMIE GÉNÉRALE, APPLIQUÉE A LA PHYSIOLOGIE ET A LA MÉDECINE, Par X a y. BICHAT, Médecin du Grand Hospice d’Humanité de Paris Professeur d’Anatomie et de Physiologie. SECONDE PAR TIE. T OME QUATRIÈME. A PARIS, Chez Brosson, Gabon et Cie, Libraires, rue Pierre- Sarrazin , n° 6, et place de l’Ecole-de-Médecine. A K X. (1801), SYSTÈME MUQUEUX Ce système, dont j’emprunte le nom du fluide qui le lubrifie habituellement, et que fournissent de pe- tites glandes inhérentes à sa structure, se présente par-tout sous la forme membraneuse : celle à fais- ceaux lui est absolument étrangère. En parlant des organes muqueux, nous les désignerons donc pres- que toujours sous le nom de membranes. Leur étude est un objet nouveau de recherches. Le cit. Pinel, un des premiers, a bien senti la nécessité de les con- sidérer d une manière générale, relativement aux maladies. Je crois les avoir, le premier, envisagés généralement sous le rapport anatomique et physio- logique. Peu de systèmes méritent plus d’attention; sur lui se passent tous les grands phénomènes de la di- gestion, de la respiration, des secrétions, des excré- tions, etc. : il est le siège d’une foule de maladies. Lui seul, dans une nosographie où les maladies sont distribuées par systèmes, doit une place égale à celle de plusieurs. ARTICLE PREMIER. Des Divisions et des Formes du Système muqueux. L es membranes muqueuses occupent l’intérieur des cavités qui communiquent avec la peau par les diverses ouvertures que cette enveloppe présente à la surface du corps. Leur nombre, au premier coup SYSTÈME d’œil, est très-considérable; car les organes au dedans desquels elles se réfléchissent, sont très-multipliés. La bouche, l’estomac, les intestins, l’œsophage, la vessie, l’urètre, la matrice, les uretères, tous les excréteurs, etc., etc., empruntent de ces mem- branes une partie de leur structure. Cependant, si on considère que par-tout elles sont continues, que par-tout on les voit naître, en se prolongeant, les unes des autres, comme elles naissent primitivement de la peau, on concevra que ce nombre doit être sin- gulièrement limité. En effet, en les envisageant ainsi, non point isolément dans chaque partie, mais en même temps sur toutes celles où elles se continuent, on voit qu elles se réduisent à deux surfaces géné- rales, dont toutes les autres sont des portions, et qui, à cause des diverses parties où elles se distri- buent, peuvent se nommer, l’une gastro-pulmonaire, l’autre génito-urinaire. La première se rencontre à la tête , au cou et dans l’abdomen. Cette dernière cavité, et plus particulièrement le bassin, logent la seconde. Il y a encore u®e petite surface muqueuse isolée : c’est celle qui s’introduit parles ouvertures du ma- melon, et tapisse tous les conduitslactifères.Mais elle est si petite qu’elle mérite peu d’attention : d’ailleurs ce que nous dirons des deux autres, lui sera également applicable. Il est donc inutile de l’examiner d’une ma- nière générale. § Ier. Des deux Membranes muqueuses générales gastro-pulmonaire et génito-urinaire. La surface gastro-pulmonaire pénètre dans Tinté- MUQUEUX. 417 rieur par la bouche , le nez, et la face antérieure de l’œil. i°. Elle tapisse la première et la seconde deces cavités, se prolonge de l’une dans les conduits ex- créteurs des parotides , des glandes soumaxillaires, de l’autre dans tous les sinus, forme la conjonctive, s’enfonce dans les points lacrymaux , le canal nasal, le sac de même nom, et se continue dans le nez ; 20. descend dans le pharynx, et fournit un prolon- gement à la trompe d’Eustache, qui de là pénètre dans l’oreille interne, et la tapisse comme nous le verrons; 3°. s’enfonce dans la trachée - artère , et se déploie sur toutes les voies aériennes ; 40. pénètre dans l’œsophage et l’estomac; 50. se propage dans le duodénum où elle fournit deux prolongemens des- tinés, l’un au conduit cholédoque, aux rameaux nom- breux de l’hépatique, au cystique et à la vésicule, l’autre au pancréatique et à ses diverses branches ; 6°. se continue dans les intestins grêles et gros , et se termine enfin à l’anus où on la voit s’identifier avec la peau. La seconde membrane muqueuse générale, celle que nous avons nommée génito-urinaire, pénètre dans l’homme par l urèire , et de là se déploie , d’une part sur la vessie, les uretères, les bassinets, les calices, les mamelons et les conduits capillaires qui s’ouvrent à leur sommet; de l’autre part elle s’en- fonce dans les tubes excréteurs de la prostate, dans les conduits éjaculateurs, les vésicules séminales, les canaux déférens et les branches mille fois repliées qui leur donnent naissance. Chez la femme, cette membrane s’introduit par la vulve, et pénétrant d’un côté par l’urètre, secom- h. *7 418 SYSTÈME porte, comme dans l'homme, sur les organes uri- naires ; de l’autre côté, on la voit entrer dans le vagin , le tapisser ainsi que la matrice et les trompes, et se continuer ensuite avec le péritoine par l’ouver- ture de ces conduits. C’est le seul exemple, dans l’économie, d’une communication établie entre les surfaces muqueuses et les séreuses. Cette manière d’indiquer le trajet des surfaces muqueuses, en disant qu’elles se prolongent, s’en- foncent, pénètrent, etc., d’une cavité à l’autre,n’est point sans doute conforme à la marche de la nature, qui crée dans chaque organe les membranes appar- tenant à cet organe, et ne les étend point ainsi de proche en proche ; mais notre manière de concevoir s’accommode mieux de ce langage dont la moindre réflexion rectifie le sens. En rapportant ainsi à deux membranes générales toutes les surfaces muqueuses, je suis non-seulement appuyé sur l’inspection anatomique ; mais l’observa- tion pathologique me fournit encore et des points de démarcation entre elles deux , et des points de con- tact entre les diverses portions de membranes dont chacune est l’assemblage. Dans les divers tableaux d’épidémies catarrhales, tracés par les auteurs, ou voit fréquemment l’une de ces membranes être af- fectée en totalité, l’autre au contraire rester intacte; il n’est surtout pas rare d’observer une affection gé- nérale de la première, de celle qui se prolonge de la bouche, du nez et de la surface de l’œil, dans les voies alimentaires et dans les bronches. La dernière épidémie observée à Paris, dont le cit. Pinel a été lui-même affecté, portoit ce caractère; celle de 1761, décrite par Razou,le presentoit aussi ; celle de 1752 , décrire dans les mémoiresde la Société d'Edimbourg* fut remarquable par un semblable phénomène : or* on ne Toit point alors une affection correspondante dans la membrane muqueuse qui se déploie sur les organes urinaires et sur ceux de la génération. 11 y a donc ici, i°. analogie entre les portions de la pre- mière, par runiforroîté d’affection ; 20. démarcation entre les deux, par l’intégrité de l’une et par la mala- die de l’autre. On voit aussi que l’irritation d’un pointquelconque d’une de ces membranes, détermine fréquemment une douleur dans un autre point de la même mem- brane, qui n’est pas irrité. Ainsi le calcul dans la vessie cause une douleur au bout du gland, la pré- sence des vers dans les intestins une démangeaison au bout du nez, etc., etc Or, dans ces phéno- mènes purement sympathiques, il est assez rare que Firritation partielle de l’une de ces deux membranes affecte douloureusement une des parties de l’autre; il y en a des exemples cependant : tel est le singulier rapport qui existe, dans les hémorragies muqueuses, entrela membrane delà matrice et celle des bronches. Si le sang cesse accidentellement de couler de l’une pendant la menstruation, l’autre l'exhale fréquem- ment et supplée pour ainsi dire à ses fonctions. On doit donc, d’après l’inspection et l’observation , considérer, la surface muqueuse, en général, comme formée par deux grandes membranes successivement déployées sur plusieurs organes, n’ayant entre elles de communication que par la peau qui leur sert d’in- termédiaire, et qui, se continuant avec toutes deux, MUQUEUX. 419 420 SYSTÈME concourt ainsi avec elles à former une membrane générale par-tout continue, enveloppant au-dehors l’animal, et se prolongeant au-dedans.sur la plupart de ses parties essentielles. On conçoit qu’il doit exis- ter des rapports importans entre la portion intérieure et la portion extérieure de cette membrane unique : c’est aussi ce que des recherches ultérieures vont bien- tôt nous prouver. § II. Surface adhérente des Membranes muqueuses. Toute membrane muqueuse présente deux sur- faces, l’une adhérente aux organes voisins, l’autre libre, hérissée de villosités, toujours humide d’un fluide muqueux. Chacune mérite une attention par- ticulière. La surface adhérente correspond presque par-tout à des muscles , soit de la vie animale , soit de la vie organique. La bouche, le pharynx, tout le conduit alimentaire, la vessie ,1e vagin , la matrice , une por- tion de l’urètre, etc., présentent une couche mus- culeuse embrassantau-debors leur tunique muqueuse qui est en dedans. Cette disposition coïncide parfai- tement, dans les animaux à pannicule charnu , avec celle de la peau, qui d ailleurs se rapproche d’assez près, comme nous le verrons, de la structure des membranes muqueuses,et qui, comme nous l’avons vu, leur est par-tout continue. Cetie disposition des membranes muqueuses fait qu’elles sont agitées par des mouvemens habituels qui favorisent singulière- ment la secrétion qui sy opère, l’excrétion qui luj succède,et les diverses au très fonctions dontellessont MUQUEUX. le siège. L’insertion de cette couche musculeuse exté- rieure au système muqueux, se faitcomme nous l’avons vu , à ce tissu dense et serré que j’ai nommé soumuqueux. C’est de ce tissu plus compacte que le reste du système cellulaire , que la surface muqueuse emprunte sa force. C’est d’elle que l’organe qu’elle tapisse reçoit sa forme? c’est elle qui maintient et assujettit cette forme : l’expérience suivante le prouve* Prenez une portion d’intestin ; enlevez-lui dans un point quelconque cette couche, ainsi que la séreuse et la musculeuse j soufflez-la ensuite,après l’avoir liée inférieurement : l’air détermine en cet endroit une hernie de la tunique muqueuse. Retournez ensuite une autre portion d’intestin ; privez-la, dans un petit espace, de sa membrane muqueuse et de celle-ci t l’insufflation produira sur les tuniques séreuse et jrusculeuse le même phénomène que dans le cas pïécédent elle a déterminé sur la muqueuse: donc c’est à cette couche cellulaire soumuqueuse qu’iidoit la résistance qu’il oppose aux substances qu’il ren- ferme. Disons-en autant de l’estomac, de la vessie,, de 1 œsophage, etc* § III. Surface libre des Membranes muqueuses* La surface libre des membranes muqueuses# celle qu’humecte habituellement le fluide dont elles em- pruntent leur nom , présente trois espèces de rides ou de plis. i°. Les uns inhérens à la structure de tous les feuil- lets deces membranes, s’y rencontrent constamment* quel que soit leur état de dilatation ou de resserse-* SYSTÈME ment : tels sont ceux du pylore et de la valvulé'g# Bauhin. Çes plis sont formés non-seulement par la membrane muqueuse, mais encore par la tunique intermédiaire dont nous avons parlé, qui prend ici une densité et une épaisseur remarquables, et qui assure leur solidité. La tunique charnue entre même dans leur composition, et on voit à l’extérieur, sur la surface séreuse 3 un enfoncement qui indique leur présence. 2°* D’autres plis, uniquement formés par la sur- face muqueuse, existent aussi toujours dans l’état de vacuité ou de plénitude, sont moins sensibles cepen- dant dans celui-ci j ils dépendent de ce que la surface muqueuse est beaucoup plus étendue que celles sur lesquelles elle est appliquée, en sorte qu’elle se plisse pour ne pas parcourir un trajet plus long: telles sont les valvules conniventes des intestins grêles, dont q voit très-bien la structure en fendant longitudinale- ment un de ces intestins. Le bord de la section pré- sente le plan charnu et la surface séreuse droits dans leurs trajets, tandis que le plan muqueux décrit une ligne ressemblant à un filet tremblé. 3°. La dernière espèce de plis est pour ainsi dire accidentelle, et ne s’observe que pendant la con- traction de l’organe que tapisse la surface muqueuse qui en est le siège : tels sont ceux de l’intérieur de l’estomac , des gros intestins , etc. Sur le plus grand nombre des cadavres humains apportés dans nos am- phithéâtres , ces plis dont on parle tant pour l’esto- mac , n’y sont point susceptibles d’être parce que le plus communément le sujet est mort à la suite d’une affection qui a altéré en lui les forces muqueux. vitales, au point d’empêcher toute action de ce vis- cère ; en sorte que, quoiqu’il se trouve fréquemment en état de vacuité, scs fibres ne sont nullement con- tractées. Dans les expériences sur les animaux vi- vans, au contraire, ces plis deviennent très-sensibles,, et voici comment on peut les démontrer : faites co- pieusement manger ou boire un chien ; puis ouvrez-le à l’instant, et fendez l’estomac le long de sa grande courbure : aucun pli n’est alors apparent ; mais bien- tôt le viscère se contracte; ses bords se renversent; les alimens sortent ; toute la surface muqueuse se couvre d’une infinité de rides très-saillantes et qui ont pour ainsi dire la forme des circonvolutions céré- brales. On obtient le même résultat en arrachant l’es- tomac d’un animal récemment tué, en le distendant par l’air et en l’ouvrant ensuite, ou bien encore en îe fendant tout de suite dans son état de vacuité, et en le tiraillant en sens opposé par ses bords : il s’étend „ ses rides disparoissent, et si on cesse de le distendre* elles se reforment alors sur-le-champ d’une manière manifeste. J’observe, au sujet de l’insufflation de l’estomac , qu’en le distendant avec de l’oxygène, on ne détermine pas , par îe contact de ce gaz, des rides plus prononcées, et par conséquent une contraction plus forte, qu’en faisant usage pour le même objet du gaz acide carbonique. Cette expérience présente un résultat assez semblable à ce que j’ai observé en rendant des animaux emphysémateux par différent fluides aériformes. Il suit de ce que nous avons dit sur les replis des membranes muqueuses, que dans la contraction ordinaire des organes creux que tapissent ces membranes, elles ne subissent qu’une très-légère 424 SYSTÈME diminution de surface, qu’elles ne se contractent presque pas, mais se plissent au-dedans , en sorte qu’en les disse'quant sur un organe en contraction» onauroit une surface presque égale en étendue à celle qu’elles présentent pendant sa dilatation. Cette asser- tion , vraie pour l’estomac , l’œsophage et les gros in- testins, ne l’est peut-être pas lout-à-fait autant pour la vessie, dont la contraction montre au-dedans des rides moins sensibles; mais elles le sont assez pour ne point déroger à la loi générale. Il en est aussi à peu près de même de la vésicule du fiel ; cependant ici on trouve une autre cause. Alternativement observée dans la faim et pendant la digestion; la vésicule con- tient le double de bile dans le premier cas que dans le second, comme j’ai eu occasion de le voir une infinité de fois , dans des expériences faites sur cet objet ou dans d’autres vues. Or , lorsque la vésicule est en partie vide, elle ne se contracte pas , sur ce qui reste de bile, avec l’énergie de l’estomac lorsqu’il contient peu d’alimens, avec la force de la vessie lors- qu’elle renferme peu d’urine. Elle est alors flasque ; en sorte que sa distension ou sa non-distension n’in- fluent que légèrement sur les replis de sa membrane muqueuse. Au reste, en disant que les membranes muqueuses présentent toujours, à quelque différence près, la même surface dans l’extension et le resserrement de leurs organes respectifs , je n’entends parler que de l’état ordinaire des fonctions, et non de ces énormes dilatations dont on voit souvent l’estomac, la vessie et plus rarement les intestins, devenir le siège. Alors il y a? sans doute, une extension et une contraction MUQUEUX. réelles , qui dans la membrane coïncident avec celles de l’organe. Une observation remarquable que nous présente la face libre des membranes muqueuses , et que déjà j’ai indiquée, c’est que cette face est par-tout en con- tact avec des corps hétérogènes à celui de l’animal, soit que ces corps introduits du dehors pour le nour- rir ne soient point encore assimilés à sa substance, comme on le voit dans le tube alimentaire et dans la trachée-artère j soit qu’ils viennent du dedans , comme on l’observe dans tous les conduitsexcréteurs des glandes, lesquels s’ouvrent tous dans des cavités tapissées par les membranes muqueuses , et trans- mettent au* dehors les molécules qui, après avoircon- couru pendant quelque temps à la composition des solides, leur deviennent hétérogènes, et s’en sé- parent par le mouvement habituel de décomposition qui sefaitdans les corps vivans. D’après cette obser- vation, on doit regarder les membranes muqueuses comme des limites, des barrières, qui, placées entre nos organes et les corps qui leur sont étrangers, les garantissent de l’impression funeste de ces corps, et servent par conséquent au-dedans, aux mêmes fonc- tions que remplit au-dehors la peau, à l’égard des corps qui entourent celui de l’animal, et qui tendent sans cesse à agir sur lui. L’organisation du système muqueux et ses pro- priétés vitales sont accommodées à ce contact habituel des substances hétérogènes à l’économie vivante. Ce qui est corps étranger pour d’autres systèmes, pour le cellulaire, le musculaire, etc., ne l’est point pour celui-ci. Lessubstancessolides, lesmétaux, les pierres, SYSTÈME le bois, etc. qui, introduits dans nos parties,y excitent inévitablement une suppuration et une inflammation antécédente , parleur simple contact, traversent im- punément celui-ci, pourvu qtie leurs angles, leurs aspéritésne le déchirent pas ; seulement ils en aug- mentent un peu la secrétion, comme je le dirai. On avale une balle de plomb, de bois, etc., et on la rend par l’anus sans inconvénient. Tous les fluides irri tans sans êtrecaustiques, qu’on injecte dans les gros intes- tins par les lavemens , ou qu’on avale même , déter- mineroient des abcès , des foyers purulens, etc., s’ils étoient poussés dans le système cellulaire , etc. Les chirurgiens emploient le mot d e corps étrangers d’une manière trop générale : ce qui est tel pour un système ne l est point pour un autre. Étranger est, sous ce rapport, un terme de comparaison dont on ne doit se servir que d’après la connoissance de la sensibilité propre de chaque système, et non d’après cette pro- priété envisagée d’une manière vague. Non-seulement le système muqueux supporte sans danger la présence de tous les corps qui sont intro- duits dans l’économie, mais encore lorsqu’il sort au- dehors, il peut impunément être exposé aucontact des excitans extérieurs. Voyez ce qui arrive dans les chutes de matrice, où toute la membrane du vagin devient quelquefois extérieure, dans les renversemens du tube intestinal à travers les anus contre nature , dans les chutes du rectum, etc; alors les surfaces muqueuses servent véritablement de tégumens : or dans ce cas les corps environnans n’agissent guère plus douloureusement sur elles que sur la peau. Au contraire, à l’instant où une surface séreuse est mise muqueux. 427 à découvert, comme par exemple dans l’opération de la hernie, ou on laisse l’intestin au-dehors, à cause d’une ouverture malheureusement faite par la pointe du bistouri, cette surface s’enflamme inévitablement. Tout système cellulaire, musculaire, nerveux, glan- duleux, etc., mis à découvert, présente le même phé- nomène. Il n’y a aucun danger d’ouvrir la vessie sous le rapport du contact de l’air, tandis qu’il y en a beau- coup à laisser pénétrer ce fluide dans une cavité arti- culaire, dans une coulisse tendineuse, dans une poche séreuse , etc. On sait combien dans la taille au haut appareil, on craint d’intéresser le péritoine, combien l’empyème est peu sûr dans ses résultats à cause du contact de l’air sur la plèvre, etc. Les dangers de l’ac- tion de ce fluide sur ces surfaces ont été peut-être exagérés, mais ils ne sont pas moins réels. Si une fistule pénètre de l’extérieur du ventre dans les intestins, tout son trajet est hérissé de callosités. Ce sont ces callosités qui défendent le tissu cellulaire et les musles que traverse la fistule. Au contraire, rien de semblable ne s’offre sur la surface muqueuse intestinale, parce que son organisation seule suffit pour la protéger. Jamais les fluides urinaire, salivaire, lacrymal, ne s’échappent au dehors par des conduits artificiels creusés dans les organes voisins, sans que de semblables callosités ne se trouvent dans le trajet de ces conduits: au contraire, ils traversent im- punément les surfaces muqueuses. Faites dans un membre une ouverture longue et étroite avec un instrument piquant, et une sonde à de- meure; un canal calleux se formera par sa présence. Laissez au contraire séjourner une sonde dans l’u- 428 SYSTEME rètre; aucune altération de tissu n’en sera le résultat. Concluons de ces diverses considérations, que le système muqueux seul, avec le système cutané, est organisé de manière à supporter le contact de tous les corps extérieurs, à ne point s’affecter de leur pré- sence , ou du moins à n’en éprouver qu’une augmen- tation de secrétion, qui n’est nullement dangereuse. Aussi ces deux systèmes forment-ils deux limites, l’une interne, l’autre externe, limites entre lesquelles sont placés les organes étrangers, par leur mode de sensibilité et par celuideleur structure, aux corps ex- térieurs. Aceslimitess’arrêtel’excitation de cescorps : leur influence ne va point au-delà. Tant qu’ils ne font que passer sur ces limites, les autres organes ne les ressentent point. On diroit que la vive sensibilité dont chacune d’elles jouit, est une espèce de senti- nelle que la nature a placée aux«confins du domaine organique de l’ame, pour l’avertir de ce qui pourroit lui nuire. ARTICLE DEUXIÈME. Organisation du Système muqueux. § Ier. Tissu propre à cette organisation. Le système muqueux présente deux choses à con- sidérer dans son tissu propre, savoir, i°.une couche plus ou moins épaisse qui constitue principalement ce tissu, et que , par analogie avec le conon cutané, on peut appeler corion muqueux; 2°. une foule de petits prolongemens qui le surmontent, et qu’on nomme villosités ou papilles. Quant à f épiderme qui MUQUEUX. 429 le recouvre, j’en traiterai avec Pépiderrte cutané. Ce tissu n’a rien de semblable à la substance qui co- lore la peau , et qui est intermédiaire au corps papil- laire et à l’épiderme. On sait en effet que les nègres, comme les blancs, ont ce tissu d’un rouge vif, qu’il emprunte de ses vaisseaux. Corion muqueux. Cetteportiondu tissu muqueux , qui en est la plus importante , et qui en constitue l’épaisseur, la forme, et même la nature, se présente sous un aspect mollasse et spongieux. On diroit au premier coup d’œil que c’est une pulpe consistante, dont a été endui le tissu cellulaire extrêmement densequi estsubjacent. Cette mollesse est un caractère qui le distingue du corion cutané, lequel n’a du reste, par sa nature intime, que três-peu de ressemblance avec lui. Le corion muqueux présente de grandes variétés d’épaisseur ; il diffère dans chaque organe sous ce rap- port. Celui des gencives et du palais est le plus épais de tous. Viennent ensuite celui des fosses nasales et de Testomac, puis celui des intestins grêles et de la vésicule du fiel, puis celui des gros intestins, de la vessie urinaire , de l’urètre et des autres excréteurs, lequel commence à s’amincir au point de paroître transparent comme une surface séreuse lorsqu’on l’enlève avec précaution. Enfin le plus mince et le plus ténu , est celui des sinus de la face et du dedans de l’oreille; l’arachnoïde est souvent plus grossière. J’ai dit le tissu muqueux du dedans de l’oreille, quoique tous les anatomistes appellent périoste la membrane des cavités de cet organe. En effet, i°. on SYSTÈME la voit évidemment se continuer avec la membrane pituitaire, au moyen du prolongement de la trompe d’Eustache. 2°. Onia trouve habituellement humide d’un fluide muqueux que ce canal sert à transmettre au-dehors caractère étranger au périoste, qui, comme les membranes fibreuses, est toujours adhé- rent par ses deux faces. 5°. Aucune fibre ne peut s’y distinguer. 4°. Son apparence fongueuse, quoique blanchâtre et mollasse, la facilité avec laquelle elle cède au moindre agent dirigé sur elle pour la déchirer, sont des attributs évidens des membranes muqueuses. Tout prouve donc que la membrane de la caisse, celle de la trompe, etc.,appartiennent au système qui nous occupe. Aussi dans les catarrhes de la membrane pi- tuitaire, de celle de l’arrière-bouche,sent-on le plus souvent que l’oreille est embarrassée; aussi l’oreille est-elle, commé les surfaces muqueuses, lesiéged’hé- morragies ; aussi les polypesy prennent-ils naissance, comme dans le nez et à la surface de la matrice. On regarde comme le signe d’un dépôt dans l’oreille tout écoulement provenant de celte cavité. Mais comment, dans une partie où il n’y a presque pas de tissu cellu- laire, dans une partie toute osseuse, peut-on conce- voir un amas de pus ? D’ailleurs le système fibreux , auquelappartiendroit le périoste de la caisse ,ne sup- pure presque jamais , comme on le sait. Tout porte donc à croire que ces écoulement ne sont que le pro- duit d’un catarrhe auriculaire,catarrhe qui est tantôt aigu , tantôt chronique. J’ai d’ailleurs un fait récent et décisif sur ce point: le cadavre d’un homme exposé à ces écoulemens pendant sa vie, m’a présenté une épaisseur et une rougeur remarquables de la mena- MUQUEUX.’ brane du tympan , mais sans nulle trace d’érosion. L’oreille suppure commerurètre,commelevagin,etc.: ce n’est point un fluide nouveau qui est foimé par la suppuration; c’est celui qui descend naturellement par la trompe,qui augmente en quantitéetqui passe accidentellement par une ouverture de la membrane du tympan. Les maladies font singulièrement varier l’épaisseur de toutes les surfaces muqueuses. J’ai vu cette épais- seur être deplusieurs lignes dans un sinus maxillaire, de près d’un demi-pouce dans la vessie, etc. Dans les grandes extensions des sacs muqueux, cettê épais- seur diminue beaucoup; elle augmente dans leur contraction. L’estomac présente surtout ce phéno- mène dans ces deux états opposés. La mollesse du corion muqueux est aussi très- variable; aux fosses nasales , dans l’estomac et les in- testins, c’est véritablement une espèce de velours organisé. Le nom de membrane veloutée lui convient parfaitement. Au contraire, auxorigines du système muqueux, comme à la bouche, sur le gland, à l’entrée du nez, c’est un tissu plus dense, plus serré, et plus voisin par sa nature du corion cutané. Je suis très- persuadéque, comme celui-ci, il pourroit être tanné, et servir aux arts, s’il étoit en surfaces plus larges, tandis que je doute que l’action du tan puisse pro- duire uu phénomène analogue sur le tissu muqueux des organes profondément situés. La mollesse de celui-ci le rendroit incapable de servir de tégumens extérieurs. La moindre cause suffiroit en effet pour le rompre et le déchirer. Sa différence de structure d’avec le corion cutané fait que les boutons vario- SYSTEME liques ne s’y manifestent jamais, tandis qu’on voit souvent paroître ces boutons sur les surfaces mu* queuses voisines des ouvertures de la peau , spécia- lement sur la langue, le palais, et la surface interne des joues. Exposé à l’action de l’air sec, et de manière à ce qu’il puisse par-tout en être pénétré, le corion mu- queux se sèche, devient très - mince, mais conserve une certaine résistance. Dans les vessies soufflées et séchées,dans l’estomac, les intestins, etc., ainsi pré- parés , c’est ce tissu quisoutient cesorganes, et qui les empêche de s’affaisser, quoiqu’on permette à l’air de s’échapper j il oppose même une résistance d’oü naît une espèce de crépitation lorsqu’on veut les ployer en divers sens. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à faire sécher la surface muqueuse isolément de la sé- reuse et delà musculeuse qui lui correspondent: celles- ci séchées restent souples comme le tissu cellulaire, tandis que la première conserve une espèce de rigidité. Dans les organes où la rougeur du tissu muqueux est peu apparente, comme àla vessie,au rectum, etc., il devient transparent par la dessiccation. Là où il est très-rouge, comme à l’estomac, il prend une teinte foncée, qui devient même comme noirâtre s’il y a eu une inflammation antécédente qui y ait accumulé beaucoup de sang : d’où il paroît que c’est ce fluide qui est la cause de cette coloration. Ainsi desséchées, les surfaces muqueuses sont lisses j elles ont perdu leur viscosité, au moins en apparence; leurs replis s’effacent en se collant à la sur- face dont ils naissent : ainsi les valvules conniventes ne sont-elles marquées sur un intestin desséche, que 433 par une ligne rougeâtre , sans saillie apparente. Mais si on met macérer les intestins en cet état , les replis se forment et se prononcent de nouveau. Exposé à un air humide , ou laissé parmi d’autres chairs qui l’empêchent de sécher, le corion muqueux se putréfie avec une extrême facilité : l’odeur qu’il rend alors est très-fétide. Si l’abdomen des cadavres est si précoce dans sa putréfaction , je crois que c’est sans doute parce qu’il contient des substances déjà en putréfaction , mais que c’est aussi parce que les sur- faces en contact avec ces substances , et qui, par fac- tion vitale, résistoient auparavant à leur action, y cèdent alors avec facilité. Si ces substances étoient contiguës à des aponévroses, la putréfaction seroit bien moins rapide. En pourrissant , le système mu- queux prend d’abord une couleur grisâtre; et comme le tissu cellulaire dense, subjacent, est bien moins promet à pourrir, on peut alors enlever de dessus lui, par la moindre pression, le corion muqueux, réduit en une pulpe infecte , où toute trace d’organi- sation a disparu , et qui forme une véritable bouillie. Pendant la vie , la gangrène du tissu muqueux ar- rive en général moins fréquemment que celle du tissu cutané. Les suites des catarrhes, comparées à celles de h érysipèle , peuvent nous en convaincre: il est cependant des cas ou la mort se manifeste dans ce tissu , tandis que les autres environnans continuent à vivre, comme dans les angines gangréneuses. Exposé à la macération, le tissu muqueux y cède avec promptitude. Je crois même qu’après le cerveau, c’est lui qui s’altère le plus vite par faction de l’eau. Il se réduit alors en une pulpe rougeâtre très-diffe- MUQUEUX. 434 SYSTÈME rente de celle delà putréfaction à l’air nu.‘Lorsqu’on a mis macérer tout l’estomac, déjà cette pulpe s’est détachée , que le tissu soumuqueux et la membrane séreuse n’ont encore subi que peu d’altération. L’ébullition extrait d’abord du tissu muqueux une écume verdâtre très-différente de celle que donnent les tissus musculaire et cellulaire bouillis. Cette écume qui, mêlée à tout le fluide dans les premiers bouil- lons, le trouble et le verdit d’abord , s’élève ensuite à sa surface où elle offre peu de bulles d’air mêlées à sa substance j souvent même elle retombe au fond du vase par son poids. L’acide sulfurique en change la couleur en un brun obscur. Un peu avant que l’eau ne commence à bouillir, le tissu muqueux se crispe et se racornit comme les autres, mais cependant à un moindre degré; voilà pourquoi il se ride alors presque toujours en divers sens. En effet, le tissu soumuqueux sur lequfl il est appliqué, se raccourcissant alors beaucoup plus que lui, il faut bien qu’il se replie pour se proportionner à sa longueur : ainsi pendant la vie, quand le plan charnu de l’estomac se resserre, sa surface muqueuse ne se contractant point à proportion , produit les replis nombreux dont nous avons parlé. L’action d’un acide concentré crispant davantage le tissu soumuqueux que le muqueux lui-même, produit un phénomène analogue. Après avoir été long-temps séché , le tissu muqueux , comme au reste presque tous ceux de l’é- conomie animale, n’a point perdu la faculté de se racornir a l’instant où on le plonge dans l’eau bouil- lante ; il offre ce phénomène, soit qu’on ly expose sec, soit qu’on l’y présente après l’avoir préliminai- MUQUEUX. 435 rement fait ramollir dans l’eau froide. C’est meme un moyen de faire subitement reparoitre toutes les valvules conniventes qui avoient disparu par la des- siccation , et qui se reforment tout à coup à l’instant ou l’intestin se resserre. Cette expérience est très-cu- rieuse à voir. Lorsque l’ébullition a été long-temps continuée, le tissu muqueux devient peu à peu d’un gris extrê- mement foncé, de blanc qu’il etoit d’abord devenu. Il n’est pas plus mou que dans l’état naturel, mais il se rompt beaucoup plus vite : l’expérience suivante en est la preuve. Si on tiraille le corion muqueux, bouilli pendant peu de temps conjointement avec le tissu cellulaire subjacent, celui- ci résiste beaucoup plus j en sorte qu’il est intact, (pie déjà le corion mu- queux est divisé en plusieurs endroits. Jamais celui- ci ne prend l’aspect gélatineux du corion cutané, des organes fibreux, cartilagineux bouillis , et des autres qui donnent beaucoup de gélatine. Cependant, en mêlant une dissolution de tan à l’eau où a cuit ce sys- tème pris dans un adulte, j’ai vu un précipité mani- feste. L’action des acides réduit beaucoup plus promp- tement en pulpe le tissu muqueux que la plupart des autres. Pendant la vie, tous les caustiques agissent bien plus rapidement sur lui que sur le cutané , dont l’épiderme épais est un intermédiaire qui nuit à leur tendance à se combiner avec son corion. Aussi à l’instant où l’acide nitrique, substance que les gens du peuple choisissent presque toujours pour leur poi- son, comme le prouve la pratique de l’Hôtel-Dieu , à l’instant, dis-je, où l’acide nitrique est en contact SYSTEME avec les voies alimentaires, il les désorganise, il y forme une escarre blanchâtre qui, lorsque la mort ne survient pas tout de suite , comme cela arrive le plus souvent, s’enlève lentement, et se détache en forme de membrane. On sait que, frottées légèrement d’a- cide nitrique très—affoibli, les lèvres deviennent le siège d’un prurit incommode, tandis que souvent, quoique cet acide ait assez agi sur la peau pour en jaunir l’extérieur, on ne souffre point. La mollesse du corion muqueux me fait présumer qu’il est très-altérable par les sucs digestifs, non que je croie aux expériences de Humer , qui prétend que ces sucs peuvent ronger la tunique propre qui les a fournis, mais parce crue, en général, j’ai observé que les tissus qui, comme lui, sont très-faciles à céder à l’ac- tion de l’eau dans les macérations, se digèrent aussi très-facilement. Je n’ai, du reste, aucune expérience sur celui-ci, et on sait que dans l’économie animale , l’analogie n’est pas toujours un guide fidèle. Toutes les surfaces muqueuses, mais surtout celles de l’estomac et des intestins, jouissent delà propriété de cailler le lait, comme au reste une infinité de subs- tances, lesacidesspécialement.Est-ceàcettepropriété qu’il faut attribuer pendant la vie un phénomène qui est constant, savoir, la coagulation du lait dès qu’il est arrivé sur l’estomac pour la digestion? ou bien ce phé- nomène est-il dû au mélange de ce fluide avec ceux qui se séparent à la surface de cet organe ? Je crois que ces deux causes y concourent en même temps : toutes deux isolées produisent en effet ce phénomène. Spallanzani s’en est assuré pour les sucs gastriques. Tout le monde sait que desséchée, privée de ces sucs par conséquent, MUQUEUX. 437 la naem brane muqueuse conserve la propriété de cail- ler le lait. Le même Spallanzani s’est convaincu que les systèmes séreux et musculaire organique de l’es- tomac en sont dépourvus. Les aphthes sont-ils une affection du corion mu- queux? appartiennent-ils aux papilles? siégent-ils dans les glandes? sont ils une inflammation isolée de ces glandes, tandis que les catarrhes sont carac- térisés par une inflammation générale d’une éten- due assez considérable du système muqueux?'Tou- tes ces questions méritent d’être examinées. Le ciu Pinel a bien senti le vide de Vanatomie pathologique surce point» Papilles muqueuses* Le mode particulier de sensibilité dont la peau jouit, est, comme on le sait, attribué principalement à ce qu’on nomme corps papillaire * corps qu’il n’est pas communément facile de démontrer. La sensibilité I des membranes muqueuses, assez analogue à celle de la peau , me paroit tenir au même mode d’organisa- tion qui ici est infiniment plus facile à apercevoir. Les papilles de ce système ne peuvent être révoquées en doute à son origine, là où il s’enfonce dans les cavités, dans le commencement même de ces cavi- tés , comme sur la langue, au palais, à la partie in=n terne des ailes du nez, sur le gland, dans la fosse naviculaire , au-dedans des lèvres, etc. L’inspection suffit pour lesy démontrer. Mais on demande si dans les portions profondes de ce système, lés papilles existent aussi. L’analogie l’indique, puisque la sen- sibilitéy est aussi prononcée qu’à leur origine , quoi- 438 SYSTÈME qu’avec des variétés que nous indiquerons; mais Fins- pection le prouve d’une manière non moins certaine* Je crois que les villosités dont on les voit par-tout hérissées, ne sont autre chose que ces papilles. On a eu, sur la nature de ces villosités , des idées très-différentes: elles ont été considérées à l’oesophage et dans l’estomac, comme destinées à l’exhalation du suc gastrique, aux intestins, comme servant à l’ab- sorption du chyle, etc. Mais, i°. il est difficile de concevoir comment un organe, par-tout à peu près semblable , remplit en diverses parties des fonc- tions si différentes : je dis à peu près semblable, car nous verrons que ces papilles offrent des différences de longueur, de volume, etc., sans en offrir de tissu, ni de structure. 2°. Quelles seroient les fonctions des villosités de la membrane pituitaire, delà tunique interne de l’urètre, de la vessie, etc., si elles n’ont pas rapport à la sensibilité de ces membranes? 3°. Les expériences microscopiques de Leiberkuhn sur l’am- *poule des villosités intestinales, om été contredites par celles de Hunter, de Cruiscank, et surtout de Hewsson. Je puis assurer n’avoir rien vu de sem- blable à la surface des intestins grêles, à l'instant de l’absorption chyleuse; et cependant il paroît qu’une chose d’inspection ne peut varier. 4°» Il est vrai que ces villosités intestinales sont accompagnées par-tout d’un réseau vasculaire qui leur donne une couleur rouge très-différente de la couleur des papilles cuta- nées : mais la non-apparence du réseau cutané ne dé- pend que de la pression de l’air atmosphérique, et surtoutdela crispation qu il occasionne dans les petits vaisseaux. Voyez, en effet, le fœtus sortant du seiü M U Q U E U x. 439 de sa mère; sa peau est aussi rouge que les mem- branes muqueuses, et si ses papilles étoient un peu plus prolongées,elleressembleroitpresque exactement à la face interne des intestins. Qui ne sait, d’ailleurs, que le réseau vasculaire entourant les papilles cuta- nées, est rendu sensible par les injections fines, au point de changer entièrement leur couleur? Que dans l’estomac ce réseau vasculaire continu aux exhalans fournisse le suc gastrique; que dans les intestins il s’entrelace avec l’origine des absor- bans, de manière que ceux-ci embrassent les villo- sités , c’est ce dont on ne peut douter d’après les ex- périences et les observations des anatomistes qui se sont occupés, dans ces derniers temps, du système lymphatique. Mais cela n’empêche pas que la base de ces villosités ne soit nerveuse, et que celles-ci ne fas- sent sur les membranes muqueuses les mêmes fonc- tions que les papilles sur l’organe cutané. Cette ma- nière de les envisager en expliquant leur existence généralement observée sur toutes les surfaces mu- queuses, me paroît bien plus conforme au plan de la nature, que de leur supposer en chaque endroit des fonctions diverses et souvent opposées. Au reste, il est difficile de décider la question par l’observation oculaire. La ténuité de ces prolonge- mens en dérobe la structure, même à nos instrumens microscopiques , espèce d’agens dont la physiologie et l’anatomie ne me paroissent pas d’ailleurs avoir jamais retiré un grand secours , parce que quand on regarde dans l’obscurité, chacun voit à sa manière et suivant qu’il est affecté. C’est donc l’observation des propriétés vitales qui doit surtout nous guider : or^ SYSTÈME il est évident qu’à en juger d’après elles, les villosités ont la nature que je leur attribue. Voici une expé- rience qui me sert à démontrer l’influence du corps papillaire su r la sensibilité cutanée ; elle réussit aussi sur les membranes muqueuses. On enlève 1 épiderme dans une partie quelconque, et on irrite le corps pa- pillaire avec un stylet aigu; l’animal s’agite, crie et donne des marques d’une vive douleur. On glisse en- suite, par une petite ouverture faite à la peau, un stylet pointu dans le tissu cellulaire soucutané, et on irrite la face interne ducorion; l’animal reste en repos et ne jette aucun cri, à moins que quelques filets nerveux heurtés par hasard ne le fassent souf- frir. Il suit de là bien évidemment, que c’est à la sur- face externe de la peau que réside sa sensibilité, que les nerfs traversent le corion sans concourir à sa texture, et que leur épanouissement n’a lieu qu’au corps papillaire. Il en est absolument de même aux surfaces muqueuses. Remarquez que cette circons- tance coïncide très-bien avec les fonctions de l’une et l’autre surface qui reçoivent par leur portion libre l’action des corps extérieurs, auxquels elles sont étrangères par leur portion adhérente. Les papilles présentent de très nombreuses variétés. Sur la langue, aux intestins grêles , dans l’estomac et dans la vésicule du fiel, elles sont remarquables par leur longueur. L’œsophage, les gros intestins, la vessie, tous les conduits excréteurs en présentent de moins sensibles ; ces derniers surtout, et l’urètre en particulier, sont presque lisses dans toute leur surface muqueuse. A peine peut-on distinguer les papilles dans les siuus f rontaux, sphénoïdaux, maxillaires, etc. MUQUEUX. Ces petites éminences nerveuses sontassez distinctes et assez isolées sur la langue. Dans les fosses nasales, l’estomac, les intestins, elles sont si rapprochées et en même temps si minces., que la membrane présente au premier coup d’œil un aspect uniforme et comme lisse, quoiqu’elle soit hérissée de ces prolongemens. Chaque papille est simple : jamais de bifurcation ne s’observe à son extrémité. Toutes paroissent avoir une forme pyramidale, s’il faut en juger au moins par celles qui sont les plus sensibles. Sont-elles susceptibles d’une espèce d’érection? On r a cru pour celles de la langue, qui se redressent, dit-on, alin de percevoir les saveurs, pour celles du nez, qui reçoivent les odeurs plus efficacement dans cet état d’érection, etc., qui est en petit dans les phé- nomènes sensitifs, ce qu’est en grand le redresse- ment des corps caverneux. Je ne crois pas qu’aucune expérience rigoureuse puisse prouver ce fait. D’ail- leurs, il faudroit donc que les papilles intestinales, vésicales, etc., fussent en érection permanente, puis- qu’elles sont presque toujours en contact avec des substances étrangères. § II. Parties communes à Y Organisation du Système muqueux. Outre les vaisseaux sanguins, les exhalans et les absorbans, qui concourent à la structure de ce sys- tème comme à celle de tous les autres, il présente encore un organe commun, qui se trouve presque toujours isolé ailleurs, mais qui ici leur est spéciale- ment destiné. Cet organe commun est de nature glan- duleuse ; nous allons d’abord l’examiner. 442 SYSTÈME Des Glandes muqueuses et des Fluides quelles séparent. Les glandes muqueuses existent dans tout le sys- tème de ce nom. Situées au-dessous du corion, ou même dans son épaisseur, elles versent sans cesse, par des trous imperceptibles, une humeur mucila- gineuse qui lubrifie sa surface libre, et qui la garantit de l’impression des corps avec lesquels elle est en contact, en même temps qu elle favorise le trajet de ces corps. Ces glandes sont très - apparentes aux bronches, au palais à l’œsophage et aux intestins, où elles prennent le nom des anatomistes qui les ont dé- crites avec exactitude, et où elles font, en plusieurs endroits , des saillies sensibles sur la surface mu- queuse. Elles sont moins apparentes dans la vessie, la matrice, la vésicule du fiel, les vésicules sémina- nales,etc.j mais la mucosité qui en humecte les mem- branes, démontre irrévocablement leur existence. En effet, puisque d’une part ce fluide est analogue sur toutes les surfaces muqueuses , et que, d’une autre part, dans celles où les glandes sont apparentes, il est évidemment fourni par elles, il doit être séparé de même dans celles où les glandes sont moins sen- sibles. L’identité des fluides secrétés suppose en effet l’ideutité des organes secrétoires.ll paroit que là où ces glandes se cachent à nos yeux, la nature supplée par leur nombre à leur ténuité. Au reste , il est des animaux- où, aux intestins surtout, elles for- ment , par leur multitude, une espèce de couche nou- velle , ajoutée à celles dont nous avons parlé. Dans M U Q U E U X. l’homme ce fait est remarquable à la voûte palatine, dans les piliers du voile, à la surface interne des lèvres, des joues, etc., etc. Il y a donc cette grande différence entre les membranes muqueuses et les sé- reuses, que le fluide qui lubrifie les unes, est fourni par secrétion, tandis que celui qui humecte les autres, l’est par exhalation. Le volume des glandes muqueuses varie : celles du voile du palais, les buccales, etc., paroissent en offrir le maximum ; il devient insensible dans le plus grand nombre des surfaces muqueuses. J’ai disséqué deux sujets morts avec un catarrhe pulmonaire, et où ce volume n’avoit point augmenté dans celles de la tra- chée-artère et des bronches, qui sont assez apparentes, comme on sait : la membrane seule paroissoit affec- tée. Au reste, on ne connoit point encore les lésions de ces glandes, comme celles des organes analogues , qui sont plusapparens parleur masse. Elles affectent en général la forme arrondie, mais avec une foule de variétés. Aucune membrane ne paroîtles envelopper. Elles n’ont, comme les salivaires et le pancréas, que le tissu cellulaire pour écorce. Leur texture est plus dense et plus serrée que celle de ces dernières glandes ; peu de tissu cellulaire s’y trouve ; elles sont mollasses, vasculaires, et offrent à peu près, lorsqu’on les ouvre, l’aspect de la glande prostate. Je ne puis dire si des nerfs les pénètrent : l’analogie l’indique, car toutes les glandes principales en reçoivent. Fluides muqueuse. On connoît peu la composition des fluides mu- queux, parce que , dans l’état naturel, il est difficile 444 SYSTÈME de les recueillir, et que dans l’état morbifique, ou leur quantité augmente, comme dans les catarrhes par exemple, cette composition change probablement. On sait qu’en général ils sont fades, insipides, qu’ils sont peu dissolubles dans l’eau, dans celle même qui est élevée à un degré très-haut de température par la chaleur; ils se putréfient difficilement. En effet, ils restent long-temps intacts dans le nez, exposés au contact d’un air humide; dans les intestins, ils servent sans danger pour eux, d’enveloppe à des ma- tières putrides, etc. : extraits du corps et soumis à diverses expériences, ils donnent des résultats con- formes à ces faits. Tous les acides agissent sur eux, et les colorent différemment ; exposés à un air sec, ils s’épaississent par évaporation, se réduisent même souvent en petites lames brillantes. Le mucus nasal présente surtout ce phénomène. Le citoyen Four- croy a donné en détail l’analyse de ce mucus; il a indiqué aussi celle du mucus trachéal. Mais il ne faudroit pas appliquer rigoureusement aux fluides analogues nos connoissances sur la composition de ceux-ci. Il suffit, en effet, d’examiner un certain nombre de ces fluides , pour voir qu’ils ne sont les mêmes en aucun endroit, que, plus ou moins épais, plus ou moins constans, différens dans leur couleur, leur odeur même, etc., ils doivent varier dans les principes qui les constituent, comme les membranes qui les fournissent varient dans leur struc* ture, dans le nombre et le volume de leurs glandes, dans l’épaisseur de leur corion, la forme de leurs papilles, 1 état de leurs systèmes vasculaire et ner- veux, etc. Je suis loin d’assurer que le suc gastrique MUQUEUX. 445 soit un suc muqueux ; il est même probable que l’ex- halation le fournit, les glandes stomacales rejetant un fluide different par voie de secre'tion. Mais cette assertion n’est pas rigoureusement démontrée, et peut-être un jour prouvera-t-on que ce suc, si dif- férent des autres sucs muqueux, en est un cepen- dant, et que ses propriétés ne sont distinctes que parce que la structure de la surface muqueuse de l’estomac n’est pas la même que celle des autres sur- faces analogues. Les fonctions des fluides muqueux , dans l’écono- mie animale, ne sont pas douteu ses. La première de ces fonctions est de garantir les membranes mu- queuses de l’impression des corps avec lesquels elles sont en contact, et qui tous, comme nous l’avons observé, sont hétérogènes à celui de l’animal. Ces fluides forment sur leurs surfaces respectives une couche qui supplée, jusqu’à un certain point, à l’ex- trême ténuité, à l’absence même de leur épiderme. Aussi j, là oü cette membrane est très-apparente, comme sur les lèvres, sur le gland, à l’entrée du nez, et en général à toutes les origines du système mu- queux, ces fluides sont peu abondans. La peau n’a qu’une couche huileuse, infiniment moins marquée que la muqueuse qui nous occupe, parce que son épiderme est très-prononcé, etc. Cet usage des fluides muqueux explique pourquoi ils sont plus abondans là où les corps hétérogènes séjournent quelque temps, comme dans la vessie, à l’extrémité du rectum, etc., que là où ces corps ne font que passer, comme dans les uretères, et en général dans les conduits excréteurs. 446 SYSTÈME Voilà aussi pourquoi, lorsque l’impression de ces corps pourroit être funeste, ces fluides se répandent en plus grande quantité sur leurs surfaces. La sonde qui pénètre l’urètre,et qui y séjourne,l’instrument qu’on laisse dans le vagin pour y serrer un polype,, celui qui dans la même vue reste quelque temps dans les fosses nasales, la canule fixée dans le sac lacrymal pour le désobstruer , celle qu’on assujettit dans l’œsophage pour suppléer à la déglutition em- pêchée , déterminent toujours, sur les portions de la surface muqueuse qui leur correspond, une secrétion plus abondante du lluide qui y est habituellement versé, un véritable catarrhe. C’est là une des raisons principales qui rendent difficile le séjour des sondes élastiques dans la trachée-artère. L’abondance des mucosités qui s’y séparentalors, en bouchant les trous de l’instrument, nécessitent de fréquentes réintro- ductions, et même peuvent menacer le malade de suffocation, comme Desault lui-même l’a observé, quoique cependant il ait tiré de grands avantages de ce moyen, comme je l’ai exposé dans les Œuvres chirurgicales. Je dois même dire que depuis la pu- blication duTraitédes membranes, j’ai voulu essayer de fixer une sonde dans le conduit aérien d’un chien , et que l’animal est mortaubout de quelque temps, ayant les bronches pleines d’un fluide écumeux qui paroissoit l’avoir étouffé. Il paroît donc que toute excitation un peu vive des surfaces muqueuses , détermine dans les glandes cor- respondantes une augmentation remarquable d’ac- tion. Mais.comment cette excitation, qui n’a pas lieu immédiatement sur la glande, peut - elle avoir M U Q U K U X. sur elle une si grande influence? car, comme nous l’avons dit, ces glandes sont toujours subjacentes à la membrane, et par conséquent séparées par elle des corps qui l’irritent. Il paroît que cela tient à une modification générale de la sensibilité glanduleuse, qui est susceptible d’être mise en jeu par toute irri- tation fixée à l’extrémité des conduits excréteurs, comme je le prouverai dans le système des glandes. C’est à la susceptibilité des glandes muqueuses, pour répondre à l’irritation de l’extrémité de leurs conduits, qu’il faut attribuer les rhumes artificiels dont le citoyen Yauquelin a été affecté par la res- piration des vapeurs de l’acide muriatique oxigéné, l’écoulement muqueux qui accompagne la présence d’un polype,d’une tumeur quelconque dans le va- gin, de la pierre dans la vessie, etc., la fréquence des fleurs blanches dans les femmes qui font un usage immodéré du coït, l’écoulement plus abondant du mucus des narines chez les personnes qui prennent du tabac, etc. Dans tous ces cas, ilya évidemment excitation de l’extrémité des conduits muqueux. Je rapporte encore à cette excitation le suintement mu- queux que l’on obtient en agaçant, chez une femme qui n’allaile point, le bout du mamelon, les secré- tions abondantes que détermine le séjour d’un corps irritant dans les intestins, secrétions qui fournissent spécialement la matière des diarrhées,, les embarras gastriques qui succèdent à une indigestion qui a laissé séjourner sur la surface muqueuse de l’estomac des substances non digérées, irritantes par conséquent; ces embarras sont en effet de véritables catarrhes de la membrane stomacale, catarrhes' que le plus SYSTÈME souvent la turgescence bilieuse ne complique pas. Je pourrois ajouter une foule d’autres exemples des se- crétions muqueuses augmente'es par l'irritation por- tée sur la surface des membranes, à l’extrémité des conduits excréteurs; ceux - ci suffiront pour donner une idée des autres. Toutes cesexcitationsdéterminentuneespèce d’in- flammation dont le propre est de crisper d’abord , pendant quelque temps, les couloirs glanduleux , et d’arrêter la secrétion, qu’elles provoquent ensuite en quantité. Lorsque les fluides muqueux se sont écoulés abondamment pendant un certain temps , ils diminuent peu à peu , quoique la cause subsiste : ainsi le mucus de l’urètre sort-il en plus petite pro- portion, apiès un mois de séjour d’une sonde, que dans les premiers temps de ce séjour; mais presque toujours, tant que la cause subsiste, l’écoulement muqueux est plus grand que dans l’état naturel. On emploie beaucoup, en médecine, l’usage des vésicatoires sur l’organe cutané,pour détourner l’hu- meur morbifique, suivant les uns, pour faire cesser, suivant les autres,l’irritation naturelle par une arti- ficielle. Pourquoi, dans une foule de cas,n’irriteroit- on pas aussi les surfaces muqueuses? pourquoi n’agi- roit-on pas sur la pituitaire, sur le gland, sur la membrane de l’urètre, sur le pharynx, etc., sur la luette surtout, qui est si sensible? pourquoi, au lieu d’épispastiques sur le périnée, sur le sacrum, n’in- troduiroit-on pas une sonde dans l’urètre pour une paralysie de vessie? Au lieu d’agir, dans une hémi- plégie, sur l’organe cutané, j’ai déjà employé deux fois les moyens suivans: j’ai introduit une sonde dans l’urètre, une dans chaque fosse nasale, et eu même temps le chirurgien irritoit , par intervalle, la luette; les malades ont paru beaucoup plus excites que par des vésicatoires. Leslavemens purgatifs très- forts, les émétiques prouvent l’avantage de l’excita- tion des membranes muqueuses dans ce cas. Ne vaudroit.il pas mieux souvent, dans une ophtalmie, produire un catarrhe artificiel dans la narine du côté malade, que de placer un vésicatoire ou un séton à la nuque? Je l’ai tenté une fois; cela ne m’a pas réussi; mais l’ophtalmie était très-ancienne: je me propose de répéter ces essais à l’Hôtel Dieu sur un grand nombre de malades. Je crois , en général, qu’on pourroit, dans les maladies, suppléer souvent aux excitations cutanées par les excitations muqueu- ses, d’autant plus avantageusement que sur le sys- tème muqueux il suffit du contact d’un corps , et qu’il ne faut point produire, en enlevant l’épiderme, une espèce d’ulcère. Les membranes muqueuses, par la continuelle se- crétion dont elles sont le siège, jouent encore un rôle principal dans l’économie animale. On doit les re- garder comme un des grands émonctoires par lesquels s’échappe sans cesse au-dehors le résidu de la nutri- tion, et par conséquent comme un des agens princi- paux de la décomposition habituelle qui enlève aux corps vivans les molécules qui, ayant concouru pen- dant quelque temps à la composition des solides, leur sont ensuite devenues hétérogènes. Remarquez en effet que tous les fluides muqueux ne pénètrent point dans la circulation , mais qu’ils sont rejetés au de- hors ; celui de la vessie, des uretères et de l’urètre MUQUEUX. S Y S T È M E avec l’urine ; celui des vésicules séminales et des conduits déférons avec la semence; celui des narines par l’action de se moucher; celui de la bouche, en partie par l’évaporation, en partie par l’anus avec les excrémens; celui des bronches par l’exhalation pul- monaire qui s’opère principalement, comme je le di- rai , par la dissolution dans l’air inspiré , de ce fluide muqueux ; ceux de l’œsophage, de l’estomac, des in- testins, de la vésicule du fiel, etc., avec Les excré- m en s dont ils forment souvent, dans l’état ordinaire, une partie presque aussi considérable que le résidu des ali mens , et même qu’ils composent presque en entier dans certaines dysenteries, dans certaines fièvres, où la quantité de matières rendues est évidem- ment disproportionnée avec celle que l’on prend, etc. Observons à ce sujet qu’il y a toujours quelques er- reurs dans l’analyse des fluides en contact avec les membranes dont nous parlons, comme dans celle de l’urine, de la bile , du suc gastrique, etc., parce qu’il est très-difficile, impossible même d’en séparer les fluides muqueux. Si on se rappelle ce qui a été dit précédemment sur l’étendue des deux surfaces muqueuses géné- rales, qui est égale et même supérieure à l’étendue de l’organe cutané ; si on se représente ensuit e ces deux grandes surfaces rejetant sans cesse au dehors les fluides muqueux, on verra de quelle importance doit être , dans l’économie , cette évacuation, et de quels dérangemens sa lésion peut devenir la source. C’est sans doute à cette loi de la nature qui veut que tout fluide muqueux soit rejeté au dehors , qu’il faut at- tribuer , en partie, dans le fœtus, la présence du fluide MUQUEUX. onctueux dont est pleine ia vésicule du fiel, le mé- conium qui engorge ses intestins, etc., espèces de fluides qui ne paroissent être qu’un amas de sucs mu- queux, lesquels ne pouvant s’évacuer, séjournent, jusqu’à la naissance , sans être absorbés , sur les or- ganes respectifs où ils ont été secrétés. Ce ne sont pas seulement les fluides muqueux qui sont rejetés au dehors , et servent ainsi d’émonctoires à l’économie; presque tous les fluides séparés delà masse du sang par voie de secrétion, se trouvent dans ce cas : cela est évident pour la partie la plus consi- dérable de la bile ; vraisemblablement que la salive , le suc pancréatique et les larmes sont aussi rejetés avec les excrémens, et que leur couleur seule les em- pêche d’y être distingués comme la bile. Je ne sais même si, en réfléchissant à une foule de phénomènes, on ne seroit pas tenté d’établir en principe général que tout fluide séparé par secrétion ne rentre point dans la circulation, que ce phénomène n’appartient qu’aux fluides séparés par exhalation, comme ceux des cavités séreuses , des articulations, du tissu cel- lulaire, de l’organe médullaire, etc.; que tous les fluides sont ainsi ou excrémentiels ou récrémentiels, et qu’aucun n’est excrément-récrémentiel, comme l’indique la division vulgaire. La bile dans la vésicule, l’urine dans la vessie, la semence dans les vésicules séminales, sont certainement absorbées; mais ce n’est pas le fluide lui-même qui rentre en circulation ; ce sont ses parties les plus ténues, quelques-uns de ses principes que nous ne connoissons pas bien, vrai- semblablement la partie séreuse et lymphatique : cela ne ressemble point à l’absorption de la plèvre et au- SYSTÈME très membranes analogues, ou le fluide rentre dans le sang tel qu’il en est sorti. Ce qu’il y a de sûr au sujet de l’excrétion au de- hors des fluides secrétés , c’est que je n’ai pu par- venir à faire absorber la bile par les lymphatiques en l'injectant dans le tissu cellulaire d’un animal; elle y a donné lieu à une inflammation et ensuite à un dé- pôt. On sait que l’urine infiltrée ne s’absorbe pas non plus, et qu’elle frappe de mort tout ce qu’elle touche, tandis que les infiltrations de lymphe et de sang se résolvent facilement. Il y a, sous le rapport de la composition , une différence essentielle entre le sang et les fluides secrétés. Au contraire, sous ce rapport, les fluides exhalés , comme la sérosité, etc. s’en rap- prochent beaucoup. Utie autre preuve bien manifeste de la destination de tous les fluides muqueux à être rejetés au dehors, c’est que dès qu’ils ont séjourné un certain temps en quantité un peu considérable sur leurs surfaces res- pectives, ils y font nailre une sensation pénible dont îa nature nous débarrasse par divers moyens. Ainsi la toux , résultat constant de l’amas des sucs mu- queux dans les bronches, sert-elle a les expulser; ainsi le vomissement dans les embarras gastriques remplit-il le même usage à l’éganî des sucs entassés dans l’estomac, sucs dont la présence détermine un poids, et même une douleur, quoique les membranes ne soient pas affectées. Nous toussons à volonté, parce que c’est par le diaphragme et les intercos- taux que s'exécute cette fonction ; aussi on n’a cher- chée!) médecine aucun moyen propre à la provoquer. Mais comme nous ne vomissons pas à volonté, et que MUQUEUX. souvent la pre'sence des sucs muqueux, en fatigant beaucoup l’estomac, ne l’irrite pas assez fort pour oc- casionner une contraction, l’art a recours aux divers émétiques. On sait quel sentiment pénible de pesan- teur occasionne le séjour du mucus accumulé dans les sinus frontaux, maxillaires, etc., lors des rhumes d’uneportiondela pituitaire. La région delà vessie est, par la même raison, dans les catarrhes de cet organe, le siège d’un sentiment pénible et même douloureux. En général , le sentiment qui naît du séjour des sucs muqueux restés en trop grande abondance sur leurs surfaces respectives, varie parce que, comme nous le verrons, chaque partie du système muqueux a son mode particulier de sensibilité; en sorte que la douleur n’est point la même pour chacun, quoique la même cause lui donne lieu. J’observe seulement que ce sentiment ne ressemble point à celui qui naît delà déchirure , de l’irritation vive de nos parties; c’est un malaise, une sensation incommode, difficile à rendre. Tout le monde connoît celle qui naît du mucus entassé dans les fosses nasales, quand on reste long-temps sans se moucher, celle si pénible qui accompagne les embarras gastriques, etc. Ceux qui ont un affoiblissement du sac lacrymal oh les larmes, à cause de cela, s’accumulent pendant la nuit, se réveillent avec un sentiment de pesanteur, dont ils se débarrassent en évacuant ce sac par com} res- sion, si les points lacrymaux sont libres, etc. Vaisseaux sanguins, Les membranes muqueuses reçoivent un très- grand nombre de vaisseaux..La rougeur remarquable SYSTÈME qui les distingue, suffirent pour le prouver, quoique les injections ne le dëmontreroient pas ; cette rougeur nest pas par-tout uniforme. Elle est presque nulle dans les sinus de la face, dans l’oreille interne dont les membranes sont plutôt blanchâtres, et qui le paroissent surtout, parce que leur extrême finesse laisse très-bien distinguer l’os sur lequel elles sont appliquées. Dans la vessie, dans les gros intestins, dans les excréteurs, etc., cette couleur, quoique encore très-pâle, se prononce un peu plus; elle devient très- marquée à l’estomac, aux intestins grêles, au vagin, dans la pituitaire et dans la palatine. Dans la vésicule, on ne peut la distinguer, parce que la bile en colore toujours sur le cadavre la surface muqueuse. Cette couleur dépend d’un réseau vasculair# extrêmement multiplié , dont les branches, après avoir traversé le corion muqueux, et s’y être ra- mifiées, viennent s’épanouir en se divisant à l’infini sur sa surface, y embrassant le corps papillaire, et se trouvant recouvertes seulement par répiderme. C’est la position superficielle de ces vaisseaux, et par conséquent leur défaut d’appui d’un côté, qm les expose fréquemment à des ruptures dans les secousses un peu fortes, comme il arrive, sur la sur- face des bronches dans une grande toux, sur celle de l’oreille et du nez dans un coup violent porté à la tète. On sait que les hémorragies du système muqueux avoisinant le cerveau, sont un accident commun des commotionset des plaies Je tête. Voilà encore pourquoi le moindre gravier fait saigner souvent les urètres ; pourquoi un des signes de la pierre dans la vessie est le pissement de sang ; pourquoi la sonde mousse MUQUEUX. et portée avec ménagement, est retirée si souvent sanguinolente de l’urètre; pourquoi le moindre effort des instruirons portés pour les polypes, pour la fistule lacrymale dans les narines, y détermine des hémor- ragies. J’ai observé déjà qu’il falloit soigneusement distinguer ces hémorragies de celles qui sont fournies par les exhalans, et qui ne supposent aucune rupture vasculaire. C’est aussi la position superficielle des vaisseaux du système muqueux , qui fait que ses portions visibles , comme le bord rouge des lèvres, le gland , etc., servent souvent à nous indiquer l’état de la cir- culation. Ainsi dans les diverses espèces d’asphyxies , dans la submersion, la strangulation, etc., ces parties présentent une lividité remarquable, effet du passage du sang veineux qui n’a subi aucun changement à cause du défaut de respiration, dans les extrémités du système artériel. L’exposition long-temps continuée du système muqueux à l’air, lui fait perdre souvent cette rougeur qui le caractérise, et il prend alors l’aspect de la peau , comme l’a très-bien observé le cit. Sabatier, en traitant des chutes de la matrice et du vagin, qui, par celte circonstance, en ont imposé quelquefois et ont fait croire à un hermaphrodisme. Il se présente une question importante dans l’histoire du système vasculaire des membranes muqueuses, celle de savoir si ce système admet plus ou moins de sang, suivant diverses circonstances. Comme les organes au dedans desquels se déploient ces sortes de membranes, sont presque tous susceptibles de contraction et de dilatation, ainsi qu’on le voit à S Y S T È M E l’estomac , aux intestins, à la vessie, etc., on a cru que pendant la dilatation, les vaisseaux mieux dé- ployés , recevoient plus de sang, et que durant la contraction au contraire, repliés sur eux-mêmes étranglés pour ainsi dire, ils n’admettoient qu’une petite quantité de ce fluide, lequel reflue alors dans les organes voisins. Le cit. Chaussier a fait une application de ces principes à l’estomac , dont il a considéré la circulation comme étant alternative- ment inverse de celle de l’épiploon, lequel reçoit, pendant la vacuité de cet organe, le sang que celui-ci, lorsqu’il est contracté, ne peut admettre. On a aussi attribué à la rate un usage analogue depuis Lieutaud. Voici ce que 1 inspection des animaux ouverts pen- dant l’abstinence et aux diverses époques de la diges- tion, m’a montré à cet égard. i°. Pendant la plénitude de l’estomac, les vais- seaux sont plus apparens à l’extérieur de ce viscère, q ue pendant la vacuité. Au dedans, lasurface muqueuse n’est pas plus rouge , elle m’a paru même quelque- fois l’être moins. 2°. L’épiploon , moins étendu pen- dant la plénitude del’estornac, présente à peu près le même nombre de vaisseaux apparens , aussi longs , mais plus ployés sur eux-mêmes,que dans la vacuité. S’ils sont alors moins gorgés de sang, la différence n’est que trop peu sensible. J’observe à cet égard, qu’il faut, pour bien distinguer ceci, prendre garde qu’en ouvrant l’animal, le sang ne tombe sur l’épi- ploon qui se présente, et n’empêche ainsi de distin- guer l'état ou il se trouve. Ceci est au reste une consé- quence nécessaire de la disposition du système vascu- laire de l’estomac.En effet, la grande coronaire stoma- M TJ Q U E U X. chique e'ianl transversalement située entrelui et Vépi- ploon, et fournissant des branches à l’un et à l’autre, il est évident que lorsque l’estomac se loge entre les lames de l’épiploon en écartant ces lames, et que celui-ci en s’appliquant sur lui, devient plus court, il est, dis-je, évident que les branches qu’il reçoit de la coronaire ne peuvent également s’y appliquer aussi. Pour cela, il faudroit qu’elles se portassent de l’un à l’autre sans le tronc intermédiaire qui les coupe à angle droit: alors, en se distendant, l’estomac les ecarteroit comme l’épiploon, et selogeroit entre elles; au lieu qi/ii les pousse devant lui avec leur tronc commun, la coronaire stomachique, et les fait plis- ser. 3°. Je puis assurer qu’il u'y a pas de rapport tellement constant entre le volume de la rate et la vacuité ou la plénitude de l’estomac, que ces deux circonstances coïncident d’une manière nécessaire, et que si le premier organe augmente et diminue dans diverses circonstances, ce n’est point toujours précisément en sens inverse de l’estomac. J’avois d’abord fait, comme Lieutaud, des expériences sur des chiens pour m’en assurer: mais l’inégalité de grosseur, d’âge de ceux qu’on m’apportoit, mefaisant craindre de n’avoir bien pu comparer ieur rate, je les ai répétées sur des cochons-d’inde de la même portée, de la même grosseur, et examinés en même temps, les uns pendant que l’estomac étoit vide, les autres pendant sa plénitude. J’ai presque toujours trouvé le volume de la rate à peu près égal, ou du moins la différence n’étoit pas très-sensible. Cepen- dant,dansd’autres expériences, j’ai vu se manifester, en diverses circonstances, des inégalités dans le vo- S Y S T È M E lume de la rate, et .surtout dans la pesanteur de ce •viscère, mais c’étoit indifféremment pendant ou après la digestion. II paroît, d’après tout ceci, que si, pendant la vacuité de l’estomac, il y a un reflux de sang vers l’e'piploon et la rate, ce reflux est moindre qu’on ne le dit communément. D’ailleurs, pendant cet état de va- cuité, les replis nombreux de la membrane mu- queuse de ce viscère lui laissant, comme nous l’avons dit plus haut, presque autant de surface et par consé- quent de vaisseaux que pendant la plénitude, le sang doit y circuler presque aussi librement. 11 n’a alors d’obstacles réels que dans les tortuosités, et non dans le resserrement, la constriction et. l’étranglement de ces vaisseaux par la contraction de l’estomac : or, cet obstacle est facilement surmonté, ou plutôt il n’en est pas un, comme je l’ai prouvé dans mes Recherches sur la mort. Quant aux autres organes creux , il est difficile d’examiner la circulation des parties voisines pendant leur plénitude et leur vacuité , attendu que les vaisseaux de ceux-ci ne sont point superficiels comme dans l’épiploon, ou qu’eux mêmes ne se trouvent pas isolés comme la rate. On ne peut donc, pour décider la question, que voir l’état des membranes muqueuses à leur face interne: or, cette face m’a toujours paru aussi rouge pendant la contraction que pendant la dilatation. Au reste, je ne donne ceci que comme un fait, sans prétendre en tirer aucune conséquence opposée à l’opinion commune. Il est possible en effet que, quoique la quantité de sang soit toujours à peu près MUQUEUX. la même , la rapidité de la circulation augmente , et que par conséquent dans un temps donné, plus de ce fluide y aborde pendant la plénitude; ce qui paroît nécessaire à la secrétion plus grande alors des fluides muqueux, secrétion provoquée par la présence des substances en contact avec les surfaces de même nom. Par exemple, il est hors de doute qu’il y a trois, quatre fois même plus de mucus séparé dans l’urètre, quand une sonde le remplit, que quand il est vide; or il faut bien que le sang soit à proportion. La rougeur remarquable du système muqueux, l’analogie de la respiration où le sang coule à travers la surface muqueuse des bronches, l’expériencecon- nue d’une vessie pleine de sang et plongée dansl’oxi- gène où ce fluide rougit aussi, cmt fait penser que le sang n’étant séparé de l’air atmosphérique que par une mince pellicule sur certaines surfaces muqueuses, comme sur la pituitaire, sur la palatine, sur le gland, etc., y prenoit aussi une couleur plus rouge , soit en s’y débarrassant d’une portion de gaz acide carbo- nique , soit en s’y combinant avec l’oxigène de l’air, et que ces membranes remplissoient ainsi des fonc- tions accessoires à celles des poumons. Les expé- riences de Jurine sur l’organe cutané, expériences adoptées par plusieurs physiciens célèbres, semblent ajouter encore à la réalité de ce soupçon. Voici l’expérience que j’ai tentée pour m’assurer de ce fait. J’ai retiré par une plaie faite au bas-ventre une portion d’intestin que j’ai liée dans un point ; je l’ai réduite ensuite, en gardant au dehors une anse qui a été ouverte, et par où j’ai introduit de l’air 460 SYSTÈME atmosphérique qui a rempli toute la portion située en-deçà de la ligature. J’ai lié ensuite l'intestin au- dessous de l’ouverture, et le tout a été réduit. Au bout d’une heure, l’animal ayant été ouvert, j’ai com- paré le sang des veines mésentériques qui naissoient delà portion d’intestin distendue par l’air, avec le sang des autres veines mésentériques tirant leur ori- gine du reste du conduit. Aucune différence de cou- leur ne s’est manifestée; la surface interne delà por- tion d’intestin distendue n’étoit pas d’un rouge plus brillant. J’ai cru obtenir un effet plus marqué, en répétant avec l’oxigène la même expérience sur un autre animal; mais je n’ai aperçu non plus aucune variété dans la coloration du sang. Comme sur les membranes muqueuses qui sont ordinairement en contact avec l’air, ce fluide se renouvelle sans cesse , est agité d’un mouvement perpétuel, et que dans l’expérience précédente, il e’toit resté stagnant, j’ai essayéde produire le même effet dansles intestins. J’ai fait deux ouvertures à l’abdomen, et j’ai tiré par cha- cune une portion du tube intestinal ; ayant ouvert ces deux portions , j’ai adapté à l’une le tube d’un vessie pleine d’oxigène, à l’autrecelui d’une vessie vide; j’ai comprimé ensuite la vessie pleine, de manière à faire passer l’oxigène dans l’autre, en traversant l’anse d’intestin, restée dans le bas-ventre afin que la cha- leur y entretint la circulation. L’oxigène a été ainsi plusieurs fois renvoyé de l’une à l’autre vessie, en formant un courant dans l’intestin, ce qui, vu sa contractilité, est plus difficile qu’il ne Je semble d’a- bord. Le bas-venlre ayant été ouvert ensuite , je n’ai trouvé aucune différence entre le sang veineux reve- M U Q U E U X. nant de cette portion d’intestin, et celui qui s’écou- loit des autres. La position superficielle des veines mésentériques que recouvre seulement une lame mince et transparente du péritoine, leur volume, pour peu que l’animal soit gros, rendent très-faciles ces sortes de comparaisons. Je sens qu’on ne peut conclure de ce qui arrive aux intestins, à ce qui survient dans la membrane pituitaire, dans la palatine, etc., parce que , quoique analogue, l’organisation peut être différente. On ne peut ici, comme aux intestins, examiner le sang vei- neux revenant de la partie; mais, i°. si on considère que dans les animaux qui ont respiré pendant quelque temps l’oxigène, on ne voit point que la palatine ou que la pituitaire soient plus rouges ; 2°. si on réflé- chit que la lividité de diverses parties de cette mem- brane, dans ceux asphyxiés par le gaz acide carbo- nique, dépend, non du contact immédiat de ce gaz sur la membrane, mais du passage du sang veineux dans le système arte'riel ,* comme mes expériences l’ont, je crois, démontré; 3°. si onremarque enfin que dans ces circonstances le contact de i’air ne change point, après la mort, la lividité que donne le sang veineux aux membranes muqueuses, quoique la peau soit alors bien plus facilement perméable à toute es- pèce de fluide aériforme ; on verra qu’il faut au moins suspendre son jugement sur la coloration du sang à travers les membranes muqueuses, jusqu’à ce que des observations ultérieures aient décidé la question. Voici une autre expérience, qui peut jeter encore quelque jour sur ce point. J’ai gonflé la cavité péri- 462 SYSTÈME tonéale de divers cochons-d’inde avec du gaz acide carbonique, de l’hydrogène , de l’oxigèneet avec de l’air atmosphérique, pour voir si j’obtiendroisà tra- vers une membrane séreuse ce à quoi je nhivois pu réussir dans une muqueuse: je n’ai, à la suite de ces expériences , trouvé aucune différence dans la cou- leur du sang du système abdominal ; il étoit le même que dans un cochon-d inde ordinaire que je tuois toujours pour la comparaison. Je crois cependant avoir remarqué plusieurs fois, soit sur des grenouilles , soit sur des animaux à sang rouge et chaud, tels que des chats et des cochons- d’inde , que l’infiltration de l’oxigène dans le tissu cellulaire, donne, au bout d’un certaiti temps , une couleur beaucoup plus vive au sang, que celle que présente ce fluide dans les emphysèmes artificiels pro- duits par les gaz acide carbonique, hydrogène, etpar l’air atmosphérique , circonstances dans lesquelles la rougeur du sang ne diffère guère de celle qui est naturelle. Mais dans d’aufres cas l’oxigène n’a eu aucune influence sur la coloration du sang; en sorte que, malgré que beaucoup d’expériences aient été répétées sur ce point, je ne puis indiquer aucun ré- sultat général. Il paroît que les forces toniques du tissu cellulaire et des paroisjdes vaisseaux qui ram- pent çà et là dans ce tissu , reçoivent une influence très-variée du contact des gaz, et que, selon la na- ture de cette influence, les fibres se resserrant et se crispant plus ou moins, rendent ces parties plus ou moins perméables, soit aux fluides aériformes qui tendent à s’échapper du sahg pour s’unir avec celui de l’emphysème, soit à ce dernier fluide , s’il tend muqueux. 463 a se combiner avec le sang, ce qui détermine sans doute les variétés que j’ai observées. La couleur rouge du système muqueux est ana- logue à celle du système musculaire. Elle ne dépend point essentiellement du sang circulant dansles petites artères de ce système. Elle tient à la portion colorante du sang combiné avec le tissu muqueux, surtout dans la profondeur des organes; car, à l’origine des surfaces muqueuses, cette couleur paroît avoir prin- cipalement pour cause le sang en état de circulation : en effet, l’asphyxie ne rend pas aussi livides les sur- faces muqueuses profondes, que celles qui sont su- perficielles et en communication avec la peau. Le sang noir arrive tout de suite par les dernières artères dans celles-ci, et les teint ainsi que nous le voyons. Dans les syncopes ou le coeur affecté ne pousse plus de sang dans les artères , on sait que cette portion du système muqueux blanchit tout à coup. Au reste, la couleur rouge des portions plus pro- fondes, peut, comme celle des muscles, leur être enlevée par des lotions répétées et en changeant fré- quemment l’eau. Cependant l’eau de ces lotions n’est point aussi rouge que celle des muscles. A l’instant où on plonge une surface muqueuse dans l’eau bouillante, quelque rouge qu’elle soit, comme celle des intestins et de l’estomac, elle blan- chit tout à coup. L’action des acides nitrique, sulfu- rique et muriatique y produit également une blan- cheur subite. Cette couleur des surfaces muqueuses acquiert une intensité remarquabledans les inflammations. La rou- geur devient alors extrêmement foncée à cause de b 464 SYSTÈME quantité de sang qui s’accumule dans le système ca- pillaire. C’est surtout dans les dysenteries que la surface interne des intestins présente ce phénomène d’une manière remarquable. Je dois cependant faire observer à ceux qui font des ouvertures de cadavres, qu’il ne faut jamais perdre de vue la teinte primitive de la portion du système muqueux qu’ils examinent, puisque chacune des divisions de ce système présente dans ses nuances des différences remarquables. Si la membrane delà vessie, du rectum, etc., est aussi rouge que celle de l’estomacdans sonétat naturel, pro- noncez. qu’il y a eu inflammation; si la rougeur des sinus égale celle qui est naturelle à la vessie et au rectum , jugez aussi que l’inflammation y a existé. Il y a, comme je l’ai dit, une échelle de coloration pour le système muqueux. Il est donc essentiel d’a- voir dans une connoissance exacte de cette échelle, un type auquel on puisse rapporter l’état inflamma- toire dans les ouvertures. Exhalans. Se fait-il une exhalation sur les surfaces muqueuses ? L’analogie de la peau semble l’indiquer; car il est bien prouvéquela sueur n’est point une transsudation par les pores inorganiques de la surface cutanée, mais bien une véritable transmission par des vaisseaux d’une nature particulière, et continus au système artériel. Il paroît d’abord que la perspiration pulmonaire qui s’opère sur la surface muqueuse des bronches, qui a tant de rapport avec celle de la peau, qui augmente et diminue, suivant que celle-ci diminue ou augmente, et dont la matière est vraisemblablement de la même 465 nature; il paroit,dis-je,quela perspiration pulmonaire se fait au moins en grande partie par le système des vaisseaux exhalans , et que si la combinaison de l’oxi- gène de l’air avec l’hydrogène du sang concourt à la produire pendant l’acte de la respiration, ce n’est qu’en très-petite quantité, et pour la portion pure- ment aqueuse. D’ailleurs, cette dernière hypothèse des chimistes modernes, contradictoire à la produc- tion de toutes les autres humeurs rejetées par les sur- faces muqueuses, me paroît peu propre à rendre raison de la formation de celle-ci. Quand le.même phénomène se reproduit en beaucoup d’endroits , c% que l’explication qu’on en donne n’est applicable qu’à un seul, défions-nous de celte explication. Il faut au reste observer à l’égard de la perspira- tion pulmonaire, que la dissolution du fluide mu- queux qui lubrifie les bronches, dans l’air sans cesse inspiré et expiré, fournit une portion considérable de cette vapeur qui, insensible en été, est très-re- marquable en hiver, à cause de la condensation de l’air. Les sucs muqueux se dissolvent comme tout autre fluide ; car partoutou il y a air atmosphérique, chaleur et humidité , il y a vaporisation. Ici cette va- porisation est même un moyen dont se sert la nature pour se débarrasser , comme je l’ai dit, des sucs mu- queux. S’ils sont trop abondans, comme dans le rhume, alors la quantité d’air qui leur sert de véhi- cule, n’augmentantpas en proportion, il faut un autre mode d’évacuation ; c’est l’expectoration qui supplée à ce que l’air ne peut enlever par dissolution. Le suc intestinal que Haller a spécialement consi- déré, mais quipai oit être en beaucoup moindre quan- MUQUEUX. 466 SYSTÈME tité qu’il ne l’a estimé, les sucs œsophagien et gas- trique , ce dernier surtout que l’on croit distinct des sucs muqueux, sont probablement déposés par voie d’exhalation sur leurssurfaces muqueuses respectives. Mais en général il est très-difficile de distinguer avec précision ce qui appartient dans ces organes au sys- tème exhalant, de ce qui est fourni par le système des glandes muqueuses qui, comme nous l’avons dit, leur sont par- tout subjacerttes. Ainsi voit-on constam- ment les fluides muqueux de l’œsophage, de l’esto- mac et des intestins, se mêler avec les fluides œso- phagien , gastrique , intestinal, etc. Gomme d’une-part les vaisseaux sanguins rampent presque à nu sur les membranes muqueuses, et que d’une autre part ces vaisseaux sont toujours l’origine des exhalans, il est évident que ceux-ci, pour arriver à leurs surfaces, ont peu de trajet à parcourir : ce sont des pores plutôt que des vaisseaux distincts. Voilà pourquoi sans doute le sang a tant de tendance à s’échapper par les exhalans; pourquoi par consé- quent les hémorragies sans rupture sont si fréquentes sur le système muqueux; pourquoi cette affection peut même être classée dans les maladies de ce sys- tème, etc., etc. Aucun autre, parla disposition des artères, n’offre aux exhalans un aussi court trajet à parcourir entre leur origine et leur terminaison. Sou- ventmême, comme je l’aidit, on fait suinter sur le ca- davre le sang de ces vaisseaux à travers leurs exhalans. slbsorbans. L’absorption des membranes muqueuses est évi- demment prouvée, i°.parcel!esduehyleetdesboissons MUQUEUX. sur les surfaces intestinales, du virus véüéri'en sur le gland et sur le conduit de l ui être, du virus variolique dont on frotte les gencives, de la portion séreuse de la bile, de l’urine, de la semence, lorsqu’elles séjournent dans leurs réservoirs respectifs. 2°. Lorsque, dans la paralysie des fibres charnuesqui terminent le rectum, les matières s’accumulent à l’extrémité de cet intestin, ces matières prennent souvent une dureté, effet pro- bable de l’absorption des sucs quis’y trouvent arrêtés. 3°. On a diverses observations d’urine presque totale- ment absorbée par la surface muqueuse delà vessie, dans les obstacles insurmontables de l’urètre.4o» Si on respire , au moyen d’un tuyau, l’air d’un grand bocal chargé d’exhalaisonsde térébenthine , afin que ces va- peurs ne puissent agir que sur la surface muqueuse des bronches, les odeurs rendent l’odeur particulière qui naît toujours de l’usage de cette substance, dont les émanations ont été introduites dans le sang par l’absorption , etc. Quel que soit le mode de celte a bsorplion , il a- roit qu’elle ne se fait point d’une manière constante, non interrompue , comme celles des membranes sé reuses, oùles systèmes exhalantet absorbant sont dans uni.* alternative régulière et continuelle d’action. Iln’y a guère que l’absorption chyleuse, celle des bois- sons, celle de la portion aqueuse des. fluides secrétés séjournant dans un réservoir en sortant de leurs glandes, qui se fassent d’une manière continue. Rien n’est plus variable que toutes les autres absorptions. Sous la même influence, le gland prend ou laisse le virus variolique j la surface interne des bronch s tantôt accorde, tantôt refuse l’entrée aux miasmes 468 SYSTEME contagieux. Il y a plus de cas où dans les retentions l’urine n’est pas absorbée en totalité, qu’il y en a où cette absorption a lieu , etc., etc. Les variétés sans nombre des forces vitales des membranes muqueuses, variétés déterminées par celles des excitans avec les- quels elles sont en contact, expliquent ces phénomènes. Pour peu que ces forces soient exaltées ou diminuées, l’absorption s’altère, même celle qui est naturelle, comme celle du chyle. Prenez un purgatif; il crispe, fermemême les bouches absorbantes du tube intesti- nal; tantque l’irritation dure, toutes les boissons qu’on prend sont rejetées par l’anus ; au bout de quatre à cinq heures, les absorbans reprennent peu à peu leur ton naturel, etl’absorption recommence. Dans ces mé* dicamens, les premières selles évacuent seulement les matières intestinales ; les autres ne sont que les bois- sons copieuses qu’on a prises. Il est une foule de ma- ladies où, trop exaltée, la sensibilité des absorbans chyleux n’étant plus en rapport avec les alimens , ils n’en prennent qu’avec peine le résidu, etc. Le défaut d’action peut produire le même phénomène : il est en effet, dans l’absorption, un degrémoyen de sensibi- lité de l’organe qui la détermine, degré au-dessous et au dessus duquel elle ne peut avoir lieu. Tous les absorbans muqueux paroissent se rendre au canal thorachique. Nerfs. Je remarque qü’à toutes les origines du système muqueux, où la sensibilité animale est très-pronon- cée, où il nous met, comme la peau, en rapport avec les corps extérieurs , ce sont des nerfs cérébraux qui muqueux. se distribuent. La pituitaire,la conjonctive , la pala- tine , la surface muqueuse du rectum, du gland, du prépuce, etc., présentent ce fait d’une manière évi- dente. Il n’y a presque pas de filets nerveux venant des ganglions dans ces divers endroits. Au contraire jCettedernière espèce de nerfs est la prédominante aux intestins, dans tous les excréteurs, dans les réservoirs des fluides secrétés , etc., endroits ou la sensibilité organique est la plus marquée. ARTICLE TROISIÈME. Propriétés du Système muqueux# § 1er, Propriétés de tissu. L’extensibilité et la contractilité sont beaucoup moins réelles dans ce système qu’elles ne le paroissent au premier coup d’oeil, à cause des replis nombreux qu’il présente dans les organes creux pendantleur con traction , replis qui ne font que se développer pendant l’extension, comme nous l’avons vu. Cependant ces deux propriétés deviennent très-apparentes en cer- tains cas. Les excréteurs sont susceptibles de prendre une ampliation bien supérieure à celle qui leur est naturelle. Les uretères en particulier offrent ce phé- nomène. On les trouve quelquefois du volume d’un intestin.Le cholédoque, le pancréatique, offrent aussi souvent ces dilatations. L’uretère et les conduits sali- vaires paroissent moins extensibles que les autres. Pour peu qu’ils éprouventdes obstacles par des brides * des rétrécisscmcns, etc., ils se rompent plutôt quo- 470 SYSTÈME de se distendre j et de là les diverses fistules urinaires et salivaires. D’après cela , il y a , comme on le voit, plusieurs variétés dans les degrés d’extensibilité du système muqueux : il en est de même de la contractilité de tissu. Du reste, ces deux propriétés sont susceptibles d’y être mises rapidement en jeu. On sait que l’esto- mac, les intestins, la vessie, etc., passent dans un moment d’une grande amplitude à un grand resser- rement. Leurs fonctions supposent même cette rapi- dité, sans laquelle elles ne pourroient s’exercer. La palatine qui recouvre les joues , offre le même phéno- mène quand la bouche se remplit d’air,d’alimens, etc., qui en sont ensuite expulsés. Lorsque les conduits muqueux cessent d’être par- courus par les fluides qui leur sont habituels, ils restent dans une contraction pemanente : c’est ce qui arrive aux inlestins au-dessous d’un anus contre na- ture. J’ai vu dans ce cas le cæcum et le rectum réduits au volume d’une très-grosse plume. Cependant jl n’y a jamais alors oblilérationde leurs parois ,à cause de la présence des sucs muqueux, dont le malade rend toujours une certaine quantité. L’urètre , à la suite des opérations de taille ou les urines sont long- temps à passer parla plaie, et dans les grandes fistules au périnée ou au-dessus du pubis, les conduits sali- vaires dans les plaies qui les intéressent et qui don- nent issue à toute la salive,le canal nasal dans les fis- tules lacrymales, se resserrent aussi plus ou moins 9 mais ne s’oblitèrent jamais*. On sait que le conduit déférent est souvent très-long-lemps sans être par- couru par la semence, etqu’il reste cependant libre.Ce MUQUEUX. 471 phénomène distingue les conduits muqueux desartc’-. riels qui, dès que le cours du sang y est interrompu y se changent en des ligamens ou toute espèce de canal disparoît. On ne doit pas perdre de vue ce phéno- mène general à tout conduit muqueux ; il infirme la pratique de ceux qui, croyant au bout d’un certain temps à l'impossibilité dei établir, dans les fistules ,les voies naturelles, regardent comme nécessaire d’en pratiquer d’artificielles. Non-seulement les tubes muqueux jie s’oblitèrent point lorsqu’ils sont vides j mais même, étant enflam- més, ils ne contractent jamais d’adhérences dansleurs parois, comme cela arrive si souvent dans les cavités séreuses, dans le tissu cellulaire, etc. Remarquez combien ce fait est avantageux aux grandesfonclions de la vie : que seroient en effet devenues ces fonc- tions, si dans les catarrhes des intestins, de la vessie, de l’estomac, de l’œsophage, des excréteurs, etc. ,ces adhérences étoient aussi fréquentes qu’elles le sont dans la pleurésie, la péritonite , la péricardite, etc. ? § II. Propriétés vitales. Peu de systèmes vivent d’une manière plus active que celui-ci; peu présentent les forces vitales à un- degré plus marqué. Propriétés de la Vie animale». Sans cesse en rapport, comme les tégumens, avec les corps extérieurs, les surfaces muqueuses avoienfc besoin d’une sensibilité qui servît à l’ame à percevoir ces rapports, surtout à l’origine de ces surfaces.Aussi la sensibilité animale y est-elle très-développée». Elle? 472 SYSTÈME y est même, en plusieurs endroits, supe'rieure à celle de l’organe cutané, ou aucun sentiment n’est aussi vif que ceux qui naissent sur la pituitaire par les odeurs, sur la palatine par les saveurs, sur la surface du vagin, de T urètre, du gland, à l’instant du coït, etc. Mais sans parler de ces exagérations de sensibi- lité, si je puis m’exprimer ainsi ,tous les phénomènes naturels des surfaces muqueuses prouvent cette pro- priété d’une manière évidente : il est inutile de s’ar- rêter à ces phénomènes. Jeremarque seulement que cette sensibilité, comme cellede l’organe cutané, est essentiellement soumise à l’immense influence de l’habitude qui, tendant sans cesse à émousser la vivacité du sentiment dont elles sont le siège, ramène également à l’indifférence la douleur et le plaisir qu’elles nous font éprouver, et dont elle est,comme on sait, le terme moyen. x°. Je dis que l’habitude ramène à l’indifférence les sen- sations douloureuses nées sur les membranes mu- queuses. La présence de la sonde qui pénètre l’urètre pour la première fois, est cruelle le premier jour, pénible le second, incommode le troisième, insensible le quatrième. Les pessaires introduits dans le vagin, les tampons fixés dans le rectum, les lentes assujetties dans les fosses nasales, la canule placée à demeure dans le canal nasal, présentent à divers degrés les mêmes phénomènes. C’est sur cette remarque qu’est fondée la possibilité de l’introduction des sondes dans la trachée-artère pour suppléer à la respiration, et dans l’œsophagepour produire une déglutition artificielle. Celte loi de l’habitude peut même aller jusqu’à trans- former en plaisir une impressiond’abord pénible j MUQUEUX. l’usage du tabac pour la membrane pituitaire, de di- vers alimens pour la palatine, en fournissent de no- tables exemples. 2°. Je dis que l’habitude ramène à l’indifférence les sensations agre'ables ne'es sur les surfaces muqueuses : le parfumeur placé dans une atmosphère odorante, le cuisinier dont le palais est sans cesse affecté par de délicieuses saveurs , ne trou- vent point dans leurs professions les vives jouissances qu elles préparent aux autres. De l’habitude peut même naître la succession du plaisir à de pénibles sen- sations, comme dans le cas précédent elle ramène la peine au plaisir. J’observe au reste que cette influence remarquable de l’habitude ne s’exerce que sur les sensations pro- duites par le simple contact, et non sur celles que déterminent les lésions réelles, comme la déchirure, la distension forcée, la section, le pincement du sys- tème muqueux : aussi n’adoucit-elle pas les douleurs causées sur la vessie par la pression et même par les déchiremens que produit la pierre, sur la surface de la matrice, des fosses nasales , etc., par un polype, sur celle de l’œsophage, de la trachée-artère par un corps âpre et inégal qui y séjourne accidentelle- ment, etc., etc. C’est à ce pouvoir de l’habitude sur la sensibilité du système muqueux, qu’il faut en partie rapporter la diminution graduelle de ses fonctions, qui accom- pagne l’âge. Tout est excitant pour l’enfant, tout s’émousse chez le vieillard. Dans l’un , la sensibilité très-active des surfaces alimentaires, biliaires, uri- naires,salivaires, etc., concourt principalement à pro- duire cette rapidité avec laquelle se succèdent les SYSTÈME phénomènes digestifs et secrétoires ; dans l’antre,cette sensibilité émoussée par l’habitude du contact, n’en- chaîne qu’avec lenteur les mêmes phénomènes. N’est-ce point de la même cause que dépend cette remarquable modification de la sensibilité de ce sys- tème, savoir, qu’à ses origines , comme sur la pitui- taire, la palatine, l’œsophage, le gland, l’ouverture du rectum , etc., il nous donne la sensation des corps avec lesquels il est en contact, et qu’il ne procure point cette sensation dans les organes très-profonds qu’il tapisse, comme dans les intestins, les excréteurs, la vésicule du fiel, etc. ? Dans la profondeur des or- ganes, ce contact est toujours uniforme : la vessie ne connoîtque le contact de l’urine, la vésicule que celui de la bile, l’estomac que celui des alimens mâchés et réduits, quelle que soit leur diversité, en une pâte pulpeuse uniforme. Cette uniformité de sensation entraîne la nullité de perception, parce que, pour per- cevoir , il faut comparer, et qu’ici deux termes de comparaison manquent. Ainsi le fœtus n’a-t-il pas la sensation des eaux del’amnios; ainsi l’air, très-irritant d’abord pour le nouveau né, finit-il par ne pas lui être sensible. Au contraire, au commencement des mem- branes muqueuses, les excitans varient à chaque ins- tant : l’ame peut donc en percevoir la présence, parce qu’elle peut établir des rapprochemens entre leurs divers modes d’action. Ce que je dis est si vrai, que si, dans la profondeur des organes, 1q§ membranes muqueuses sont en contact avec un corps étranger et différent de celui qui leur est habituel, elles en trans- mettent la sensation à l’ame. L’algalie dans la vessie, les sondes qu’on enfonce dans l’estomac, etc., en sont M U Q U E U X. un exemple. L’air frais qui, clans une grande chaleur de l’atmosphère, est tout à coup introduit dans la tra- chëe-artère, promène sur toute la surface des bron- ches une agréable sensation; mais bientôt, l’habitude nous y rend insensibles, et nous cessons d’en avoir la perception. Cependant il est à observer que lorsque les instestins sortent au dehors dans le renversement des anus contre nature, jamais leur sensibilité ne d< - vient aussi vive que celle des surfaces palatines, pitui- taires , etc. L’absence des nerfs cérébraux influe sans doute sur ce phénomène. La sensibilité du système muqueux s’exalte beau- coup dans les inflammations ; les catarrhes aigus sont très-douloureux , comme on le sait. Le con- tact des corps est alors non-seulement ressenti, mais très-pénible. J’observe cependant que jamais alors la sensibilité ne se monte au point où elle arrive dans les systèmes cellulaire,séreux, fibreux, etc., enflammés. Un phlegmon, la pleurésie, etc., comparés à un catarrhe , suffisent pour en convaincre. On diroit que ce sont les organes les moins habitués à sentir dans l’état naturel, qui*dans les maladies éprouvent les plus vives sensations. Il n’y a point de contractilité animale dans le sys- tème muqueux. Propriétés de la Pie organique. La sensibilité organique et la contractilité insen- sible ou la tonicité , sont extrêmement marquées dans le système muqueux. Elles y sont sans cesse mises en jeu par quatre causes différentes; iQ. par la nutrition de ce système; 2°. par l’absorption qui y a lieu, soit SYSTÈME naturellement, soit accidentellement; 3°. par l'exha- lation qui s’y fait;4°. par la continuelle sécrétion de ses glandes. Ces deux propriétés sont les causes pri- mitives de toutes ces fonctions, dont l’augmentation ou la diminution sont véritablement les indices de l’état ou elles se trouvent. Comme mille causes agis- sent sans cesse sur les surfaces muqueuses, comme mille excilans divers les agacent continuellement, surtout à leur origine, cet état est sans cesse variable, ainsi que les fonctions qui en résultent. Le système muqueux diffère donc de la plupart des autres, i°. en ce que la sensibilité organique et la contractilité insensible y sont habituellement, plus exaltées, à cause des fonctions plus nombreuses aux- quelles elles y président; 2°. en ce qu’elles y varient sans cesse, à cause de la variété des excitans. Re- marquez en effet que dans les systèmes osseux, fibreux, cartilagineux, musculaire, nerveux, etc., d’un côté ces propriétés ne sont mises en jeu que par la nutrition ; d’un autre côté, aucun excitant n’étant en contact avec ces systèmes, elles restent toujours au même degré. D’après cela, il n’est pas étonnant que les maladies qui mettent spécialement en jeu la sensibilité orga- nique et la contractilité insensible de même espèce, soient aussi fréquentes dans les organes muqueux. Toutes les affections catarrhales, soit aiguës, soit chroniques, toutes les hémorragies , les tumeurs di- verses et nombreuses, les polypes, les fongus, etc., toutes les espèces d’excoriations, d’ulcères, etc., dont elles sont le siège, dérivent des altérations diverses dont leurs propriétés organiques sont susceptibles. MUQUEUX.3 477 C’est aussi à ces altérations qu’il faut attribuer un phénomène remarquable, savoir , les innombrables variétés que présentent les fluides muqueux dans les maladies. Prenez pour exemple ceux que rejette la sur- face interne des bronches, lluides qu’on rend par l’expectoration, et qu’on peut mieux examiner que les autres, attendu qu’ils ne sont mêlés à aucune subs- tance étrangère: voyez combien, dans les affections diverses de poitrine,ils diffèrent entre eux: tantôt ils ont une teinte jaunâtre et comme bilieuse ; tantôt ils sont écumeux dans le vase qui les reçoit; quel- quefois ils y adhèrent avec ténacité ; d’autres fois ils s’en détachent sans peine. Visqueux ou coulans, fétides ou sans odeur, grisâtres , blanchâtres, ver- dâtres, noirâtres souvent le matin, etc., iis se pré- sentent sous mille apparences extérieures qui y dé- notent évidemment des différences de composition, différences que les chimistesne nousontpoint encore indiquées. Je ne parle pas des cas où, comme dans la phthisie , l’hémoptysie , etc., il se mêle des subs- tances étrangères à ces sucs muqueux. Or, il est évident que toutes ces variétés dépendent unique- ment des variétés de sensibilité organique des glandes bronchiques ou de la membrane sur laquelle elles versent leurs fluides. Suivant que cette propriété est diversement altérée dans le système muqueux , celui-ci est en rapport avec telles ou tellessubstances, admet les unes ou rejette les autres. Le même or- gane, les mêmes vaisseaux , peuvent donc, suivant l’état des forces qui les animent, séparer de la masse du sang une foule de substances différentes, en re- jeter une aujourd’hui, l’admettre demain ? etc. SYSTÈME Voulez-vous d’autres preuves des variëte's sans nombre que les modifications diverses de la sensi- bilité' organique d- s membranes muqueusesdétermi- nent dans leurs fonctions? Voyez l’urètre: dans l'état ordinaire, il laisse librement passer l’urine ; dans l’é- réthisme où ses forces se trouvent lors de l’érection, sa sensibilité la repousse et n’admet que la semence. Qui ne sait que dans une espèce d’épiphora les voies muqueuses des larmes sont libres, et que la seule diminution de leurs forces vitales y empêche l’écou- lement de ce fluide? Souvent la sensibilité des surfaces muqueuses est altérée au point que leurs glandes refusent d’admettre toute espèce de fluide j c’est ce qui arrive dans le début de certaines péripneumonies, où les expectorations se suppriment entièrement, début toujours funeste , et même indice de la mort , si l’état de la sensibilité ne change pas, s’il ne se fait pas, comme on le dit si vaguement en médecine, une détente. En général, je crois qu’il est peu de systèmes qui méritent plus, que celui qui nous occupe, de fixer l’at- tention du médecin, à cause des innombrables alté- rations dont il est susceptible, altérations qui sup- posent presque toujours celles des propriétés vitales dominantes dans ce système, comme les altérations des systèmes musculaire, nerveux, etc., mettent le plus souvent en jeu les propriétés qui leur appar- tiennent plus particulièrement, savoir , la contracti- lité animale pour l’un, la sensibilité de même espèce pour l’autre. La contractilité organique sensible ne paroît pas être l’attribut dusystème muqueux; cependant elle y MUQUEUX. 479 présente souvent quelque chose déplus que les oscil- lations insensibles qui composentl’autre contractilité organique.Par exemple, dans l’éjaculation du sperme, où il n’y a point un agent d’impulsion à l’extrémité de l’urètre, comme dans l’évacuation de l’urine, il est très-probable que celui-ci se contracte spasmo- diquement pour produire le jet, souvent assez fort, qui a lieu alors.Voici un phénomène que j’ai observé sur moi-mème, et qui me paroît tenir à la même cause. En bâillant, il s’échappe quelquefois delà bouche alors grandement ouverte, un petit jet de fluide, qui venant des parties latérales de cette cavité qu’il traverse , est projeté assez loin ; si une surface est alors au-devant de la bouche, comme quand on lit un livre, ce jet se répand en gouttelettes sur cette surface : c’est la salive que le conduit excréteur deStenon projette avec force. Or, d’un côté ce con- duit est presque tout muqueux, d’un autre côté il n’a point à sa partie postérieure d’agent musculaire d’impulsion. Peut-être les excréteurs qui versent leurs fluides dans la profondeur des organes, présentent-ils le même phénomène.On sait que le lait est aussi quel- quefois sujet à une espèce d’éjaculation, quand il est très-abondant, éjaculation qui suppose une vive con- traction des conduits lactifères. En général, ces di- vers mouvemeqs, analogues à celui du dartos, du tissu cellulaire, etc., paroissent tenir le milieu entre ceux de la tonicité et ceux de l’irritabilité. Sympathies. Il est peu de systèmes qui sympathisent plus fré- quemment avec les autres que celui-ci. Or , dans ses 480 SYSTÈME sympathies, tantôt c’est lui qui influence, tantôt c’est lui qui est influencé. Tissot nomme actif le premier mode de sympathie, et le second passif. Servons-nous ici de cette classification. Sympathies actives. Un point du système muqueux étant irrité, en- flammé, agacé dune manière quelconque, toutes les forces vitales peuvent entrer isolément en action dans les autres systèmes. Tantôt c’est la contractilité animale qui est mise en action sympathique : ainsi le diaphragme, les mus- cles intercostaux et les abdominaux , se contractent- ils pour produire ou bien l’éternuement dans l’irri- tation pituitaire, ou bien la -toux dans l’irritation de la membrane des bronches , dans celle même de la surface de l’estomac, ce qui produit les toux stoma- cales, lesquelles sont, comme on sait, absolument étrangères aux affections de poitrine. On connoit le spasme général qui s’empare de tous les muscles à l’instant ou un corps étranger s’engage entre les bords muqueux de l’épiglotte. Les pierres de la vessie , de l’uretère, en faisant contracter sympathiquement le crémasler, produisent la rétraction du testicule. Les médecins pourroient, je crois, mettre à profit la connoissance de ces sympathies muqueuses. Dans l’apoplexie, où les bronches se remplissent quelque- fois de mucosités que le malade ne peut évacuer, l’ac- tion de l’ammoniaque sur la pituitaire produit le dom ble effet, i°. de stimuler le cerveau, comme feroient les vésicatoires j 2°. de débarrasser, par la toux qu’il 481 occasionne, la surface des bronches qui, trop obs- truée, peut mettre obstacle au passage de l’air , etc. Tantôt c’est la sensibilité' animale qui est mise en jeu par une affection des surfaces muqueuses. La pierre qui irrite celle de la vessie, cause une déman- geaison au bout du gland. Celle des intestins étant agacée par les vers, il en résulte une espèce de prurit incommode au bout du nez. Whylt a vu un corps étranger , introduit dans l’oreille , affecter doulou- reusement tout le côté correspondant de la tête; un ulcère de la vessie déterminer , chaque fois que le malade urinoit, une douleur à la partie supérieure de la cuisse, etc., etc. Souvent *la contractilité organique sensible est ex- citée sympathiquement par les affections du système muqueux. Je pourrois d’abord rapporter à ce sujet ce que j’ai observé à l’égard des muscles organiques, qui se meuvent presque tous en vertu de l’excitation d’une surface muqueuse contiguë; mais c’est là un phénomène naturel ; il en est beaucoup d’autres ac- cidentels. Une pierre qui irrite la surface interne du bassinet détermine des vomissemens, lesquels sont toujours, comme on sait, produits à volonté par une irritation de la luette. A l’instant où la semence passe sur l’urètre dans le coït, le cœur précipite commu- nément son action. Tissot parle d’une pierre qui, engagée dans la surface muqueuse du conduit de Warthon, produisit un cours de ventre sympathi- que. Je vois à riiôtel-Dieu deux femmes qui, toutes les fois qu’elles ont leurs règles , que la surface muqueuse de la matrice est par conséquent en acti- vité, ne peuvent garder que très-peu de temps les MUQUEUX. urines dans la vessie, qui se contracte involontaire- ment pour les expulser dès qu’elles y sont tombées. Dans les temps ordinaires, il n’j a aucun change- ment dans l’évacuation de ce fluide. Quant aux sympathies de contractilité insensible et de sensibilité organique, elles ont lieu quand, une surface muqueuse étant irritée vers l’extrémité d’un conduit excréteur, la glande de ce conduit entre en action, quand, par exemple, la salive coule en plus grande abondance par l’action des sialagogues sur l’extrémité du conduit de Stenon. Toutes les fois qu’il y a un embarras gastrique, que la surface mu- queuse de l’estomac souffre par conséquent, la sur- face de la langue s’affecte sympathiquement ; les glandes situées sous cette surface augmentent leur action , et de là cet enduit blanchâtre et muqueux: qui détermine ce qu’on appelle vulgairement langue chargée, qui offre un véritable catarrhe sympathi- que, mais qui peut cependant exister idiopathique- ment. Ici encore se rapporte la remarquable influence du système muqueux sur le cutané : ainsi, pendant la digestion , où les sucs muqueux pleuvent de toute part et en abondance dans l’estomac et les intestins, où les membranes muqueuses des viscères gastri- ques sont par conséquent dans une grande action, l’humeur de l’insensible transpiration diminue nota- blement, selon l’observation de Santorius ;elle est en très-petite quantité trois heures après le repas; en sorte que l’action de l’organe cutané est visiblement moins énergique. Ainsi, pendant le sommeil où toutes les fonctions internes deviennent plus mar- quées el s’exécutent dans leur plénitude, où la sensi- SYSTÈME 483 bilité des membranes muqueuses est par conséquent très-caractérisée, la peau semble être frappée d’une espèce d’atonie ; elle se refroidit plus facilement ; elle laisse moins échapper de substances, etc. A ces sym- pathies se rapportent encore plusieurs phénomènes des hémorragies. On sait avec quelle facilité la sur- face muqueuse cessant, par une cause accidentelle quelconque, de rejeter du sang, comme cela arrive si souvent sur celle de la matrice, une autre s’affecte tout à coup et rejette ce fluide : de là les hémorragies du nez, de l’estomac, de la poitrine, etc., à la suite de la suppression des utérines, etc. MUQUEUX. Sympathies passives• Dans plusieurs cas, les autres systèmes étant irri- tes, la sensibilité animale de celui-ci est mise en jeu. Parmi les nombreux exemples de ce fait, en voici un remarquable. Dans une foule de maladies où des organes étrangers au système muqueux sont af- fectés, on éprouve un sentiment de chaleur brûlante dans la bouche, dans l’estomac, les intestins, etc., et ce- pendant la surface muqueuse, siégé de ce sentiment, ne dégage pas plus de calorique qu’à l’ordinaire; on peut s’en convaincre en plaçant les doigts dans la bouche. Cette sensation est de même nature que celle qu’on rapporte au glaner quand une pierre est dans la vessie, que celle qu’on éprouve au bout du nez dans les vers intestinaux, etc. Il n’y a pas de cause matérielle de douleur, et cependant on souffre. Ainsi dans les fièvres intermittentes éprouve-t-on un fris- son cutané, quoique la peau soit aussi chaude qu’à l’ordinaire; j’observe à cet égard que les membranes 484 SYSTÈME muqueuses ne sont presque jamais le siège d’un sen - liment analogue de froid sympathique, mais que presque toujours c’est une sensation de chaleur qu’y produisent les aberrations des forces vitales. D’ou vient cette différence entre elles et l’organe cutané ? je l’ignore. J’attribue aussi à une sympathie de sen- sibilité animalela soif ardente qui survient dans toutes les affections graves d’une partie quelconque. Dans toutes les grandes plaies, à la suite des opérations graves, des expériences sur les animaux vivans, etc., on observe cette soif qui dépend d’une affection sym- pathique de toute la surface muqueuse qui s’étend dans la bouche , l’estomac et l’œsophage. La contractilité animale ne sauroil être mise çn jeu sympathiquement dans le système muqueux, puisqu’elle n’y existe pas. Il en est de même de la contractilité organique sensible. Il est possible que quelquefois l’espèce de mouvement que nous avons indiquée, et qui se rap- proche de cette propriété, soit excitée sympathique- ment : je n’en connois aucun exemple. La contractilité organique insensible est ici très- fréquemment en activité sympathique. C’est surtout la peau qui exerce, sous le rapport de cette propriété, une grande influence sur le système muqueux. i°. Dans les hémorragies de la surface muqueuse de la matrice, des narines , etc., un corps froid appliqué dans le voisinage sur la peau, crispe celte surface et arrête le sang. 2°. Qui ne sait que la production, de la plupart des catarrhes est le résultat souvent subit de l’action du froid sur l’organe cutané? 3°. Dans diverses affections des membranes muqueuses , les muqueux. bains qui relâchent et épanouissent la peau, produi sent souvent d’heureux effets.40. Lorsque la température de l’atmosphère engourdit la tonicité cutanéecelle du système muqueux reçoit un accroissement d'é- nergie remarquable. Voilà pourquoi en hiver et dans les climats froids , où les fonctions de la peau sont singulièrement bornées , toutes celles de ce système s’accroissent en proportion. De là une exhalation pul- monaire plus marquée , des secrétions internes plus abondantes , une digestion plus active, plus prompte à s’opérer, et par conséquent l’appétit plus facile à être excité. 5°. Lorsqu’au contraire la chaleur du climat et de la saison vient à relâcher et à épanouir la surface cütanée, on diroit que la surface muqueuse se res- serre en proportion : en été , dans le midi, etc., il y a diminution des secrétions , de cellede l’urine sur- tout, lenteur des phénomènes digestifs par le défaut d’action de l’estomac et des intestins, appétit tardif à revenu*, etc. 6°. Dans diverses affections générales delà peau, certaines portions des membranes mu- queuses sont presque t oujours affectées. Dans la fièvre rouge, la gorge souffre presque toujours sympathi- quement. Ce phénomène est très-commun dans la variole.70. Dans les dernières périodes des lésions organiques des viscères, comme dans les phthisies, les maladies du cœur, les engorgemens du foie, les can- cers de matrice, etc., les membranes muqueuses s’af- fectent commeles surfacesséreuses. .L’espèce d’atonie oii elles tombent, y détermine un flux plus abondant de sucs muqueux qui s’altèrent alors, deviennent plus fluides, etc.: de là les diarrhées qu’on nomme: colliquativ.es, diarrhées qui sont alors aux surfaces SYSTÈME muqueuses, ce que les hydiopisies sont aux surfaces séreuses. 8°.C’est encore à cette atonie qu’il faut attri- buer les hémorragies pectorales qui arrivent si fré- quemment dans les derniers temps des maladies or- ganiques, dans celles du cœur spécialement. Depuis le peu de temps que je suis à l’Hôtel-Dieu , j’y ai déjà vu mourir et ouvert plus de vingt malades de ces affections presque oubliées, avant le cit. Corvisart, de tous les praticiens : or je n’ai observé que quatre exemples où des hémorragies passives du poumon n’aient pas été l’avant-coureur de la mort. Caractère des Propriétés vitales. D’après ce que nous avons dit jusqu’ici, il est e'vi- dent que ie système muqueux est, de toute l’écono- mie, un de ceux où la vie est la plus active. Sans cesse en contact avec des substances qui l’agacent et l’ir- ritent, il est pour ainsi dire, comme la peau, en permanence d’action. Cependant la vie n’est pas la même dans toutes ses parties ; elle subit dans chacune de remarquables modifications, lesquelles de'pen- dent sans doute de celles que nous avons indiquées dar\s l’organisation de ce système , dansia nature de son corion, dans la disposition de ses papilles, dans la distribution de ses vaisseaux et de ses nerfs, dans celle de ses glandes, etc.; car, comme nous avons vu, aucune de ces bases essentielles du système mu- queux n’est disposée par-tout de la même manière. Il y a une organisation générale au système, et une organisation propreté chacune de ses divisions. Il en est de même de la vie : il y a une vie générale au système, et autant déviés propres qu’ily a-de parties muqueux. où il se prolonge. On sait combien la sensibitité ani- male de la pituitaire diffère de celle de la palatine, combien la membrane du gland et de l’urètre est vive- ment stimulée par le passage de la semence qui ne feroit aucune impression sur toute autre surface mu- queuse. Il en est de même de la sensibilité organique et de la contractilité de même espèce. Chaque surface muqueuse , en rapport avec le fluide qui lui est habi- tuel , ne supporteroit les autres qu’avec peine. L’u- rine seroit un excitant pour l’estomac , et le suc gas- trique pour la vessie ; la bile qui séjourne dans la vésicule occasionneroit un catarrhe sur la membrane du nez , dans les vésicules séminales , etc. D’après ces variétés dans les forces vitales de chaque division du système muqueux , il n’est pas étonnant que les maladies de ce système soient aussi très-variables. Chacune porte bien un caractère gé- néral, mais ce caractère se modifie suivant chaque surface muqueuse. Il y a un ordre de symptômes communs à tous les Catarrhes ; mais chacun a ses signes particuliers ; chacun a ses produits différens. L’humeur rendue dans le catarrhe pulmonaire ne ressemble point à celle du nasal; celle provenant du catarrhe urétral, vésical, etc., est toute différente de celle du catarrhe intestinal, etc. Ces fluides présen- tent dans leurs changemens morbifiques les mêmes différences que nous avons indiquées dans leur com- position naturelle, différences qui dérivent, comme celles-ci , de la vitalité différente de chaque portion du système muqueux. C’est à ces variétés de vie et de forces vitales, qu’il faut rapporter aussi celles des sympathies. Chaque 488 SYSTEME portion de ce système a une action sympathique parti- culière sur les autres organes. La pituitaire seuleétant irritée, fait éternuer. Vous auriez beau exciter l’ex- trémité du gland , du rectum , etc., jamais vous ne feriez vomir comme en agaçant la luette , etc. C’est ici le cas de faire une remarque impor- tante par rapport à l’estomac. On sait qu’il n’est aucun organe qui joue un rôle plus marqué dans les sympathies, que celui-ci. La moindre affection de ce viscèreimportant,lemoindreembarrasgastrique, ré- pandent dans toute l’économie animale une influence pénible; toutes les autres parties s’en ressentent. Je ne crois pas même qu’il y ait un malaise plus fati- gant et plus, général, que celui qu’on éprouve alors dans certains cas. L’affoiblissement général qui dans la faim se manifeste presque tout à coup, est sympa- thique; l’altération de la nutrition n’a pas eu le temps de le produire. Il en est de même du surcroît subit de forces qui résulte du contact des alimens sur la surface muqueuse de ce viscère.,, surcroît qu'on ne peut attribuer au passage du chyle dans le sang, qui n’a pas eu encore le temps de se faire. Je crois que l’estomac doit principalement ce rôle important dans les sympathies, à sa surface muqueuse. En effet, i°. sa surface séreuse y est étrangère , puisqu’elle est là de même nature que dans tout le reste du péritoine, que d’ailleurs dans ce qu’on appelle inflammation de bas-ventre , et ou cette surface séreuse est spécialement affectée, ou ne remarque point des rapports sympathiques aussi nombreux. 20. La tunique charnue pareil être la même que celle de tout le tube intestinal : pourquoi MUQUEUX. 489 auroit-elle donc des influences différentes? 5°. Du côté des vaisseaux sanguins et des nerf des ganglious, l’estomac est à peu près organisé comme le reste des voies alimentaires. 4°* Il a déplus le nerf vague; mais ce nerf seul esl-il capable de produire de si nombreux phénomènes? 11 peuty contribuer; mais certainement les modifications particulières qu’il éprouve dans la surface muqueuse , la nature spéciale de cette mem- brane y concourent pour beaucoup. Aucune mem- brane n’est organisée comme celle de l’estomac. Quoique nous ne saisissions pas bien au premier coup d’œil ses différences organiques, unereilexion suffit pour nous en convaincre : c’est que d’une part aucune ne sépare une quantité aussi grande de fluide, et que d’une autre part aucune n’en fournit un d’uno nature analogue à celui du suc gastrique. ARTICLE QUATRIÈME. Développement du Système muqueux § Ier. État du Système muqueux dans le premier dgc. Le développement du système muqueux suit en général les lois de celui des organes auxquels il appar- tient. Précoce dans l’appareil gastrique, plus tardif dans le pulmonaire et dans celui de la génération, il semble, dans sa croissance, plutôt obéir à l’impul- sion qu’il reçoit, qu’en donner une à ce qui l’en- toure, disposition commune à presque tous les sys- tèmes qui concourent à former desappareils. Observer en effet qu’il y a toujours dans l'accroissement cer- SYSTÈME taincs parties auxquelles toutes les autres se rap- portent : ainsi dans l’appareil cérébral, le volume précoce du cerveau détermine-t-il celui des os du crâne, de la dure-mère, de la pie-mère, de l’arach- noïde et des vaisseaux : ainsi est-ce pour la moelle épinière, que le canal vertébral est si prononcé dans le fœtus : ainsi toutes les surfaces séreuses ont-elles un accroissement proportionnéà celui deleursorganes respectifs, etc., etc. Je remarque cependant que l’ac- croissement précoce des systèmes qui ne font que suivre celui des parties auxquelles iis sont destinés, ne porte que sur les dimensions de longueur, de largeur, etc. Le pluscommunëment l’épaisseurnecor- respond pas à ces dimensions. Ainsi les os du crâne, quoique plus larges à proportion que ceux du bassin chez le fœtus, ne sont-ils pas plus épais. L’étendue est proportionnellement plus grande dans la dure- mère, que dans l’albuginée qui appartient au même système; mais l’organisation n’est pas plus avancée. Dans le foetus, la finesse du tissu muqueux est extrême, les papilles sont à peine susceptibles d’être aperçues. Mais en promenant la main sur une sur- face muqueuse, on y sent un velouté extrêmement délicat, et tel que le velours le plus fin n’en offre pas d’exemple. La rougeur de ce système n’est point alors aussi marquée, sans doute parce que mains de sang y pénètre, attendu que les fonctions diverses qui doivent s’exercer un jour sur ces surfaces, comme la digestion, les excrétions, la respiration, etc., ne se trouvent qu’en foiblc activité, ou même sont entiè- rement nulles. A cet âge, la quantité de sang semble «tre en sens inverse dans la peau et dans ccs surfaces* MUQUEUX. 491 Le rouge muqueux est alors comme le musculaire , cTune teinte très-foncée, livide même souvent, à cause de la nature du sang circulant dans les ar- tères. Alors les adhérences du tissu muqueux au cel- lulaire subjacent, sont moindres; celles surtout de ce dernier avec les parties environnantes, se trouvent très-peu marquées: aussiilesttrès-faciled’extraire tout d’une pièce la portion interne des intestins du fœtus , de l’enveloppe extérieure qui ia contient, de manière à voir deux canaux cylindriques, dont l’un est mus- culaire et séreux, l’autre cellulaire et muqueux. Le tiraillement détruit dans cette expérience toutes les valvules conniventes, et les intestins grêles sont aussi lisses que les gros à l’intérieur, dans le canal extrait artificiellement. Si on soumet ce canal à l’ébullition, il s’en élève beaucoup plus d’écume que chez l’adulte : cette écume est blanchâtre, et jamais verdâtre. La crispation qui a lieu un peu avant les premiers bouil- lons, diminue plus proportionnellement la longueur du canal, et paroit être plus forte par conséquent. A la naissance, où la respiration et la digestion commencent subitement, et où les secrétions aug- mentent , le système muqueux prend un degré d’ac- tivité remarquable. Il est tout à coup fortement excité par la foule des substances nouvelles avec lesquelles il est en contact. C’est par lui et par le système cutané que les corps étrangers au nôtre le stimulent alors tout à coup, et d’autant plus efficacement, que la double surface qui reçoit les excitations n’y est point habituée. Alors le sang rouge qui vient à pénétrer le système muqueux, lui donne un surcroît d’énergie et de sensibilité, qui le rend encore plus propre à SYSTÈME recevoir les impressions. Aussi les sucs muqueux qui jusque-là stagnoient sur leurs surfaces respectives, sans les fatiguer et sans les irriter, sont subitement pour elles, vu leur accroissement de sensibilité, desi stimulans qui les agacent, et qui forcent les muscles subjacens à se contracter. Alors l’urine devient pour la vessie une cause qui en sollicite la contraction. Peu d’instans après la naissance, toutes les ouver- tures ou commencent les membranes muqueuses , s’ouvrent et laissent échapper le méconium, l’urine et tous les sucs muqueux. Cette secousse intérieure et générale qui vide toutes les cavités muqueuses, les rend propres à devenir le siège des grandes fonc* tions qui vont bientôt s y exercer. Une fois que toutes les fonctions intérieures sont bien en activité, les surfaces muqueuses n’éprouvent plus de changemens brusques , analogues à celuidont je viens de parler. Elles croissent comme les autres viscères, d’une manière lente et insensible : elles con- servent long-temps leur mollesse primitive, mollesse qui est remarquable,surtout dans le nez,l’estomac,etc., et qui, pendant la lactation, ne s’accommoderoit pas chez l’enfant, des substances solides dont l’adulte se nourrit. Cette mollesse est-elle la cause des affections muqueuses qui sont en général si communes à cet âge ? On sait qu’alors les sucs muqueux abondent; la pituitaire est plus humide; l’estomac, les intestins sont fréquemment affectés d’une espèce de catarrhe qui est la cause des dévoiemens qu’on a si souvent à combattre chez les enfans. La membrane des bron- ches est aussi fréquemment malade. Les deux âges extrêmes de la vie se ressemblent par l’abondance MUQUEUX. 493 des sucs muqueux séparés sur leurs surfaces respec- tives. Chez l’adolescent le système muqueux est dans une très-grande énergie d’action. Les hémorragies actives de ce système sont très-fréquentes à cet âge: celles duriez, des bronches, de l’estomac même, ont souvent lieu : celles des portions de ce système, subjacentes au diaphragme , sont alors moins com- munes. Remarquez à cet égard, que dans l’homme les hémorragies de la surface gastro-pulmonaire sont infiniment plus fréquentes que celles de la surface génito-urinaire, lesquelles, au contraire, sont bien plus multipliées chez la femme où il en est une na- turelle à une partie de cette surface, savoir la mens- truation. A l’époque de la puberté, le développement des parties génitales dans l’un et l’autre sexe, donne beaucoup d’activité à une partie de la surface génito- urinaire : alors la menstruation commence sur celle de la matrice; alors là sensibilité de l’urètre se monte au degré nécessaire pour ressentir vivement le pas- sage de la semence. Remarquez que ce surcroît d’é- nergie n’est point accompagné d’un affoiblissement dans d’autres parties, comme cela arrive dans une foule de cas; au contraire, tous les système-, tous les appareils semblent emprunter , de la force qu’ac- quièrent les parties génitales, une augmentation d’ac- tion. §11. État du Système muqueux dans Les âges suivans. Dans les années qui suivent l'adolescence, le sys- SYSTÈME tème muqueux continue à croître, à s’épaissir, et à devenir plus ferme. Son énergie vitale semble encore prédominer, pendant un certain temps, dans les surfaces supérieures, comme dans la pituitaire, la membrane des bronches , etc. : aussi les affections de ces parties sont-elles plus fréquentes jusqu’à la tren- tième année. Mais, à mesure que l’on avance en âge, Jes surfaces muqueuses abdominales paroissent pré- dominer sur les autres, comme en général tous les organes de cette région. Au reste, mille causes, dans lecours de la vie, font varier l’état du système muqueux. On ne le trouve point, sur deux sujets , avec la même nuance decou- leur, avec la même densité, avec la même appa-. rence extérieure. En prenant une surface quelconque sur plusieurs sujets, celle de l’estomac, par exemple, onsaisitfacilement ces différences, dont on est frappé, pour peu qu’on ait ouvert de cadavres.’ Le rouge du tissu muqueux est très-vif jusqu’à la trentième année.; au-delà ,il commence à s’aitérer.Ce tissu, dans le vieillard, devient de plus en plus pâle; le sang n’y aborde qu’en petite quantité ; il prend plus de consistance et de densité. Promenés dessus , les doigts n’y sentent plus cette mollesse, ce velouté si remarquables dans le premier âge. Ses forces , qui languissent, rendent difficile, dans les excréteurs, la sortie des fluides qui traversent ces conduits pour être rejetés au dehors. Cependant les glandes mu- queuses séparent encore en assez grande abondance leurs fluides. Souvent même ces fluides augmentent en proportion, ce qui constitue les affections catar- rhales, si communes dans la vieillesse. Mais ces af- Feclions portent alors le même caractère que les fonctions de tout le système; la secrétion s’opère lentement : la maladie affecte toujours une marche chronique; le plus souvent elle ne se termine qu’avec la vie. L’absorption muqueuse est, à cet âge, lente et difficile, comme toutes les autres : on gagne les con- tagions diverses avec beaucoup moins de prompti- tude , soit par les surfaces respiratoires, soit par le contact des miasmes contagieux avec les surfaces voisines de la peau. Le chyle lentement absorbé, détermine plus de longueur dans les périodes diges- tives, etc. MUQUEUX. SYSTÈME SÉREUX. Ce système, dont j’emprunte le nom, comme celui du précèdent, du fluide qui en lubrifie habituellement une des surfaces , est toujours, comme lui, disposé en membrane, et jamais en faisceaux, comme le sys- tème musculaire, ou en corps arrondis comme le glanduleux. 11 est formé par le péritoine, la plèvre, le péricarde , l'arachnoïde , la tunique vaginale, etc. Le mot de membranes séreuses me servira donc très- souvent à le désigner. Personne, je crois, avant la publication de mon Traité des Membranes, n’avoit envisagé d’une manière générale ces organes, qui jouent un rôle moins important que les muqueux, dans les fonctions, mais qui dans les maladies, sont presque aussi fréquemment affectés. Le cit. Pinel, quia bien vu l’analogie de leurs inflammations, a pris ce système pour caractère d’une des classes de ses phlegmasies. ARTICLE PREMIER. De T Etendue , des Formes, du Fluide du Système séreux. Le sÿslème séreux occupe l’extérieur de la plupart des organes dont le muqueux tapisse l'intérieur .-tels sont l’estomac, les intestins, la vessie, les pou- mons, etc. On le voit autour de tous ceux qui sont essentiels à la vie, comme autour du cerveau , du SYSTEME SÉREUX. 497 cœur, de tous les viscères gastriques, du testicule, delà vessie, etc. Il ne forme point, comme le système muqueux, unef surface par-tout continue sur les nombreux or- ganes où il se déploie. Mais on le trouve toujours isolé dans ses diverses divisions , lesquelles n’ont presque jamais de communication. Le nombre de ces divisions est assez considérabie. En envisageant sous un même coup d’œil toutes les diverses surfaces séreuses, on voit que leur totalité surpasse les faces muqueuses considérées aussi d’une manière gé- nérale. Une considération suffit pour en convaincre. Les surfaces muqueuses et séreuses s’accompagnent dans un très-grand nombre de parties, comme à l’es- tomac, aux intestins, au poumon , à la vessie, à la vésicule, etc., de manière à y présenter à peu près la même étendue. Mais, d’une part, les surfaces mu- queuses se prolongent là où les séreuses ne se ren- contrent point, comme aux fosses nasales , à l’œso- phage , à la bouche, etc., etc. ; d’une autre part, il est un très-grand nombre de surfaces séreuses exis- tant séparément des muqueuses, comme le péri- carde , l’arachnoïde, etc. Or, si on compare l’étendue des surfaces séreuses isolées, à celle des surfaces mu- queuses aussi ioslées, on verra que l’une est bien su* périeure à l’autre. Ces considérations, minutieuses en apparence , méritent cependant une attention spéciale, à cause du rapport de fonctions existantrentre ces deux sur- faces prises en totalité, rapport qui porte spéciale- ment sur l’exhalation des fluides albumineux opérée par l’une, et sur la secrétion des fluides muqueux,dont SYSTÈME l’autre est le siège. Au reste, en envisageant l’éten- due de chaque membrane séreuse en particulier , on voit de grandes variétés depuis le péritoine , qui a le maximum de surface, jusqu’à la tunique vaginale, qui est la plus petite. La surface séreuse prise en totalité, comparée à la surface cutanée, lui est aussi évidemment supé- rieure en largeur; en sorte que , sous ce rapport, la quantité des fluides albumineux, sans cesse exhalée au-dedans, paroît bien plus considérable que celle de l’humeur;: habituellement rejetée au-dehors par la transpiration insensible : je dis sous ce rapport, car diverses circonstances, en augmentant l’action de l’organe cutané, peuvent rétablir l’équilibre dans l’exhalation de ces deux fluides , dont l’un rentre par l’absorption, dans le torrent de la circulation , et dont l’autre est purement excrémentiel. Je ne sais même si les exhalations pulmonaire et cutanée réu- nies ne sont pas moindres que celles qui s’opèrent sur les surfaces séreuses. Toute membrane séreuse représente un sac sans ouverture , déployé sur les organes respectifs qu’elle embrasse, et qui sont tantôt très-nombreux, comme au péritoine, tantôt uniques , comme au péricarde, enveloppant ces organes de manière qu'ils ne sont point contenus dans sa cavité, et que, s’il étoit pos- sible de les disséquer sur leur surface, on auroit cette cavité dans son intégrité. Ce sac offre, sous ce rap- port, la même disposition que ces bonnets reployés sur eux-mêmes, dont la tête est enveloppée pendant la nuit; comparaison triviale, mais qui donne une idée exacte de la conformation de ces sortes de membranes* SÉREUX. D’après cette disposition générale, il est facile de concevoir que les membranes séreuses ne s’ouvrent jamais pour laisser pénétrer dans leurs organes res- pectifs les vaisseaux et les nerfs qui s’y rendent ou qui en sortent, mais que toujours elles se replient en les accompagnant jusqu’à l’organe, et en leur formant ainsi une gaine qui les empêche d’être contenus dans leurs cavités; ce qui prévient l’infiltration de la sé- rosité qui les lubrifie , infiltration qui auroit lieu à travers le tissu cellulaire voisin, surtout dans leur bydropisie, si, comme les membranes fibreuses, elles étoient percées de trous pour le passage de ces vaisseaux et de ces nerfs. Cette disposition, exclusive- ment remarquable dans les membranes qui nous oc- cupent, et dans les synoviales, est manifeste à l’entrée des vaisseaux des poumons, de la rate , des intestins, de l’estomac, des testicules , etc. On la voit très-bien dans l’arachnoïde, membrane essentiellement séreuse, comme je l’ai démontré ailleurs. D’après l’idée générale que nous avons donnée de ces membranes, il est encore facile de concevoir com- ment presque toutes sont composées de deux parties distinctes, quoique continues, et embrassant, l’une la surface interne de la cavitéoù elles se rencontrent, l’autre les organes de cette cavité: ainsi, il y a une plèvre costale et l’autre pulmonaire, une arachnoïde crânienne et une cérébrale , une portion de péritoine 1 eployée sur les organes gastriques, et l’autre sur les parois abdominales , une portion libre du pe'ricarde, et une adhérente au cœur. Même disposition dans le testicule, etc. Quoique les membranes séreuses soient isolées SYSTÈME cependant il existe quelquefois des communications entre elles; celle, par exemple, de la cavité épi- ploïque avec la cavité péritonéale, celle de la cavité arachnoïdienne avec la cavité de la membrane qui tapisse les ventricules par le canal que j’ai découvert, et dont l’orifice externe se voit au - dessous et à la partie postérieure du corps calleux; tandis que l’in- terne s’aperçoit au-dessus de la glande pinéale, entre les deux rangées de petits corps arrôndisqui se trou- vent ordinairement en cet endroit. Il n’est qu’un exemple de continuité entre les mem- branes séreuses et les muqueuses, celle qui , au moyen de la trompe de Falîope , existe entre le péri- toine et la surface utérine. Comment la nature res- pective des deux membranes change-t-elle ici ? , § Ier. Surface libre des Membranes séreuses. Toute membrane séreuse a l’une de ces deux sur- faces libre, par - tout contiguë à elle - même, l’autre adhérente aux organes voisins. La première est re- marquable par le poli qu’elle présente, et qui forme un caractère qui distingue spécialement ce système, ainsi que le suivant, de toutes les autres membra- nes. Tous les organes qui offrent cette disposition la doivent à l’enveloppe qu’ils en empruntent. Le foie cesse d’être uni et reluisant à son bord dia- phragmatique où le péritoine l’abandonne. 11 y a sous ce rapport une grande différence entre l’aspect de la face antérieure, et celui de la face postérieure de l’intestin cæcum. La vessie est rugueuse par-tout 4pu elle manque d’enveloppe péritonéale. Les carti- S É - R E U X. îages des côtes n’ont point le poli de ceux désarticu- lations qu’embrasse la membrane synoviale, etc. Cet attribut remarquable des membranes séreuses dépend-il de la compression exercée sur elles ? Leur situation dans des lieux où elles sont exposées à un frottement continuel, sembleroit le faire croire* Bordeu l’a prétendu, lorsqu’il dit que toutes les par- ties du bas-ventre sont primitivement enveloppées de tissu cellulaire qui, par la pression, s’est changé ensuite en membranes ; en sorte que le péritoine se forme partiellement sur chaque organe gastrique, et que ses parties diverses donnent naissance , en se réunissant, à la membrane générale. Cette explica- tion de la formation du péritoine est applicable , se- lon lui, à la plèvre, au péricarde et à toutes les membranes analogues. Mais si telle est la marche de la nature, i°. pourquoi, quel que soit lage auquel on examine le fœtus, trouve-t-on le péritoine et les membranes séreuses aussi développés à proportion, que leurs organes correspondans ? 2°. Comment se forment les replis nombreux de ces membranes, tels que le mésentère, l’épiploon, etc.? 3°. Pourquoi est-il des parties où elles n’existent pas , quoique ces parties soient exposées à un frottement égal à celui des parties où on les rencontre? Pourquoi, par exemple, la vessie en est-elle dépourvue sur les côtés, tandis que sa partie supérieure en est tapissée? 4°. Pourquoi ne se forme-t-il pas aussi des surfaces séreuses autour des gros vaisseaux du bras , de la cuisse, etc., qui impriment aux organes voisins un mouvement manifeste ? 5°. Pourquoi l’épaisseur des membranes séreuses n’augmente-t-elle pas là où la SYSTÈME mouvement est le plus fort, et ne diminue-t-elle pas là où il est le plus foible? Pourquoi, par exemple , l’épaisseur de la tunique vaginale égale-t-elle celle du péricarde? 6°. Comment, au dedans, le frottement peut-il produire un corps organisé , tandis qu’au de- hors il désorganise constamment i’épiderme?7°. Com- ment allier la texture toute vasculaire lympathique des membranes séreuses, avec la pression qui les produit? L’impossibilité de résoudre ces nombreuses questions, prouve que ce n’est point aune pression mécanique qu’il faut attribuer, et la formation des membranes séreuses , et le poli de leur surface ; que leur mode d’origine est le même que celui des autres organes j qu’elles commencent et se développent avec eux; que ce poli est un résultat manifeste de leur organisation , comme les papilles muqueuses dépen- dent de la texture des surfaces auxquelles elles ap- partiennent. Que diroit-on d’un système où ces pa- pilles seroient attribuées à la pression des alimens sur l’estomac , de l’urine sur la vessie, de l’air sur la pituitaire, etc.? La surface libre des membranes séreuses isole en- tièrement des organes voisins ceux sur lesquels ces membranes sont déployées; en sorte que ces organes trouvent en elles de véritables limites, des barrières , si je puis me servir de ce terme, ou , si l’on veut, des tégumens, bien différens cependant de ceux qui sont extérieurs. Remarquez en effet que tous les viscères principaux, le cœur, le poumon, le cerveau , les viscères gastriques, le testicule , etc., bornés par leur enveloppe séreuse, suspendus au milieu du sac qu elle représente, necommuniquent qu’à l’endroit où S É R E U X. pénètrent leurs vaisseaux avec les parties adjacentes : par-tout ailleurs il y a contiguïté , et non continuité. Cet isolement de position coïncide très-bien avec l’isolement de vitalité qu’on remarque dans tous les organes , et notamment dans ceux que nous venons d’indiquer. Chacun a sa vie propre, laquelle est le résultat d'une modification particulière de ses forces vitales, modification qui en établit nécessairement une dans la circulation, la nutrition et la tempéra- ture. Aucune partie ne sent, ne se meut, ne se nourrit comme une autre, à moins que celle-ci n’ap- partienne à un même système. Chaque organe exé- cute en petit les phénomènes qui se passent en grand dans l’économiej chacun prend dans le torrent cir- culatoire l’aliment qui lui convient, digère cet ali- ment , rejette au dehors, dans la masse du sang, la portion qui lui est hétérogène , s’approprie celle qui peut le nourrir : c’est la digestion en abrégé. Sans doute qu’ils vouloient donner une idée de cette vé- rité si bien développée par Bordeu, les anciens qui disoient que la matrice est un animal vivant dans un autre animal. C’est donc un usage bien important des membranes séreuses, que de contribuer, en ren- dant indépendante la position de leurs organes res- pectifs, à l’indépendance des forces vitales, de la vie et des fonctions de ces organes. doublions pas d’envisager sous le même point de vue l’atmosphère humide dont elles les environnent sans cesse, atmosphère analogue à celle que le tissu cellulaire forme à divers autres organes. Dans cette atmosphère vont pour ainsi dire se perdre toutes les émanations morbifiques de l’organe, sans que ces SYSTÈME émanations atteignent les autres. Nous avons vu cette atmosphère dans le système cellulaire, être quelque- fois le siège de phénomènes tout différens, et servir à transmettre les maladies d’un organe à l’autre. Or les membranes séreuses sont constamment une barrière bien plus insurmontable, parce qu’elles ne présentent point de filamens qui vont d’un organe à l’autre, qu’il ny a que contiguité , comme je l’ai dit, dans les organes qu’elles entourent. On ne voit que très-rarement dans l’abdomen une maladie du foie se communiquer aux intestins, une de la rate passer à l’estomac , etc. Le poli de la surface libre du système séreux fa- cilite singulièrement le mouvement des organes qu’il recouvre. Nous avonsdéjà observé que la nature s’est ménagé deux moyens principaux pour remplir ce but, savoir, les membranes et le tissu cellulaire. En distribuant au dehors le second de ces moyens, elle a spécialement destiné le premier aux mouvemens internes. Le poli, l’humidité dessurfaces séreuses leur sont singulièrement favorables. Ces mouvemens in- ternes nesont considérés ordinairement que d’une ma- nière isolée, que relativement aux fonctions del’organe qui les exécute, que par rapport à la circulation pour le cœur, à la respiration pour le poumon, à la diges- tion pour l’estomac, etc. Mais il faux les envisager aussi d’une manière générale; il faut les regarder comme portant dans toute la machine une excita- tion continuelle qui soutient, anime les forces exac- tion de tous les organes de la tête , de la poitrine et du bas-ventre, lesquels reçoivent moins sensiblement que les organes des membres, l’influence des mou- S É R E U X, venions extérieurs. Ce sont ces mouvemens internes qui excitent, entretiennent et développent au dedans les phénomènes nutritifs, comme au dehors les mou- vemens des bras, des cuisses, etc., favorisent la nutri- tion des muscles qui sy trouvent, ainsi qu’on le voit d’une manière sensible chez les boulangers, les méca- niciens et autres artistes qui exercent plus particuliè- rement telle ou telle partie. C’est ainsi que les mem- branes séreuses contribuent indirectement à la nu- trition et à l’accroissement de leurs viscères respec- tifs; mais jamais elles n’ont sur cette nutrition une influence directe, parce que leur organisation et leur vie sont différentes de la vie et de l’organisation de ces viscères. La surface libre du système séreux diffère essen- tiellement de celle du muqueux, en ce qu’elle con- tracte de fréquentes adhérences. La plèvre est, de tous les organes séreux, celui où ces adhérences sont plus marquées. Il y a presque autant de cadavres avec cette disposition, qu’on en rencontre sans elle. Après la plèvre, c’est le péritoine, puis le péricarde, puis la tunique vaginale, puis l’arachnoïde qui est, de toutes les surfaces séreuses, celle où les adhérences sont moinsfréquentes,quoique cependant j’en aie ob- servé. Ces adhérences offrent plusieurs variétés que l’on peutsurtout bien étudiersurla plèvre,etquevoici. i°. Quelquefois la portion costale et la pulmonaire sont tellement identifiées en plusieurs points ou dans ' leur totalité, qu’elles ne font qu’une seule membrane, et qu’elles se tiennent aussi bien que les deux bords de la lèvre inférieure dans le bec de lièvre opéré avec succès. 2°. D’autres fois l’adhérence se fait d’une SYSTÈME manière si lâche, que le moindre effort suffit pour la détruire. J’ai observé ce fait plusieurs fois dans le péricarde. Je l’ai vu une fois sur la tunique vagi- nale d’un homme opéré d’un hydrocèle par le moyen de l’injection, dans le temps que j’étois, à l’Hôtel- Dieu, chirurgienauxopérations. Isoléesaîorsl’uue de l’autre, les deux surfaces restent inégales ; elles ont perdu leur poli. 3°. Souvent entre la portion costale et pulmonaire de la plèvre , entre les surfaces du péri- toine, etc., il y a divers prolongerons plus ou moins longs , qui forment comme des espèces de brides lâches , traversant la cavité séreuse , ayant la même organisation, le même poli que la membrane dont elles paroissent être une espèce de repli, contenant dans leur intérieur uneespèce de petit canal, parce qu’elles sont formées par deux feuillets adossés, ressemblant très-bien à ce prolongement de la synoviale du genou, qui de la partie postérieure de la rotule va se rendre dans l’intervalle des condyles fémoraux, ayant aussi une apparence analogue à divers replis naturels du péritoine. On conçoit difficilement comment ces fila- mens si régulièrement organisés, puissent résulter d’une inflammation. Je soupçonne presque qu’ils sont dus à une conformation primitive. 4Q* Souvent entre les deux portions de la plèvre, on voit une foule d’au- tres prolongemens tout différens, qui ne sont point lisses, ne forment point des conduits, mais paroissent comme floconneux, et sont véritablement analogues aux lames cellulaires; en sorte que là ou ils existent, on diroit que la membrane s’est entièrement changée en ce tissu, qui du reste est, comme nous le verrons, la base essentielle de son organisation. 5°. Je lie parle SEREUX. pas des adhérences produites par les fausses membra- nes, par les flocons albumineux, intermédiaires à deux portions d’une surface séreuse, etc. Ces adhérences sont jusqu’à un certain point étrangères à ces surfaces. § II. Surface adhérente du Système séreux. La surface externe des membranes séreuses adhère presque par-tout aux organes voisins: il est rare en effet de voir ces membranes isolées des deux côtés. L’arach- noïde à la base du crâne, et quelques autres exem- ples, fontexception. Cette adhérence des membranes séreuses à leurs organes respectifs , est toute diffé- rente de celle des membranes fibreuses. Dans celle-ci , le passage des vaisseaux unit tellement les deux par- ties, que leur organisation semble commune, et que l’une étant enlevée, l’autre meurt presque toujours, comme on le voit dans le périoste par rapport aux os, etc... Au contraire, toute membrane séreuse est pres- que étrangère à l’organe qu’elle entoure; son orga- nisation n’est point liée à la sienne. En voici les preuves : i°. On voit très-souvent ces membranes abandon- ner et recouvrir tour è tour leurs organes respectifs : ainsi les ligamens larges, très-éloignés de la matrice dans l’état ordinaire, lui servent de membrane sé- reuse pendant la grossesse. L’intestin qui se distend emprunte du mésentère une enveloppé qui le quitte, lorsqu’il se contracte. L’épiploon est tour à tour, comme l’a très-bien observé le cit. Chaussier, mem- brane flottante dans le bas-ventre, et tunique de l’es- tomac. Souvent l’enveloppe péritonéale de la vessie l’abandonne presque en totalité, Le sac herniaire de SYSTÈME ces énormes déplacemens des viscères gastriques, n’a-t-il pas primitivement servi à tapisser les parois du bas-ventre ? etc.... Or, il est évident que puisque les divers organes peuvent exister isolément de leurs membranes séreuses, il n’y a nulle connexion entre leur organisation réciproque. 2°. C’est toujours un tissu lâche, facile à se distendre en tous sens, qui sert de moyen d’union, et jamais un système vascu- laire sanguin, comme dans la plupart des autres adhé- rences. 5°. L’affection d’un organe n’est point una conséquence nécessaire de celle de sa membrane sé-o reuse', et réciproquement souvent l’organe s’affecte sans que la membrane devienne malad’. Par exem- ple, dans l’opération de l’hydrocèle, le testicule reste presque constamment intact au milieu de l’inflam- mation de sa tunique vaginale. L’inflammation delà membrane muqueuse des intestins n’est point une suite de celle de leur enveloppe péritonéale j et réci- proquement dans les diverses affections catarrhales aiguës des organes à membranes muqueuse au dedans, et séreuse au dehors, on ne voit point celle-ci s’en- flammer, etc. En un mot, les affections des mem- branes muqueuses sont par-tout très-distinctes de celles des séreuses, quoique le plus communément toutes deux concourent à la formation du même organe. Il est évident qu’une ligne de démarcation.si réelle dans les affections, en suppose inévitablement une dans l’organisation. La vie des membranes sé- reuses est donc entièrement isolée de celle de leurs organes correspondais. Cependant il est des cas où ces sortes de mem- branes cessent de présenter leur laxité d’adhérence, SEREUX. et où elles deviennent tellement unies aux organes qu’elles tapissent, que le scalpel le plus fin ne sauroit souvent les séparer. Voyez la tunique vaginale sur l’albnginée, l’arachnoïde sur la dure-mère, et autres membranes qui forment ce que j’ai appelé les séro- fibreuses , etc-: telle est la connexion de ces diverses surfaces,que plusieurs ont été prises jusqu’ici pour une membrane unique. Il n’y a cependant pas plus d’identité d’organisation, que là où les membranes séreuses sont plus foiblement attachées à leurs organes respectifs, comme on le voit au péritoine, à la plè- vre, etc. Les maladies rendent quelquefois cette dif- férence très-sensible. J’ai vu l’arachnoïde d’un cadavre affecté d’une inflammation chronique, sensiblement épaissie à la surface interne de la dure-mère, sans que celle-ci eût éprouvé la moindre altération : on la détachoit sans peine, et elle se déchiroit avec une extrême facilité. § 111. Fluides séreux. Toute membrane sëreuse est humide à sa surface interne d’un fluide presque identique à la sérosité du sang. Les orifices exhalans le versent sans cesse, et sans cesse il est repris par les absorbans.Sa quantité varie. Simple rosée dans l’état naturel, il s’exhale en vapeur lorsque les surfaces séreuses mises à décou- vert, permettent à l’air de le dissoudre. Il est en général plus abondant dans les cadavres que sur Je vivant, parce que d’une part la transsudation qu’em- pêchoient les forces toniques, s’opère facilement alors parla chute de ces forces, et remplace l’exhalation vitale, en transmettant mécaniquement, par leur pe~ SYSTÈME santeur, les fluides des organes environnans aux di- verses cavités séreuses; parce que, d’une autre part, cette même chute des forces toniques s’oppose à toute espèce d’absorption : de là la stase, l’accumulation de ce fluide. On sait jusqu’à quel point augmente sa quantité dans les diverses hydropisies, notamment dans celle du bas-ventre. Cette quantiténe varie-t-elle pas suivantles divers e'tats des organes qu’enveloppent les membranes sé- reuses? On a dit, il y a long-temps, que la synovie s’exhaloit en plus grande abondance dans le mouve- ment des articulations, que dans leur état de repos. Je n’ai sur ce point aucune donnée fondée sur l’expé- rience; mais je puis assurer avoir plusieurs fois ob- servé sur les animaux vivans, que l’exhalation de la surface séreuse du bas-ventre n’augmente point pen- dant la digestion, ou du moins que si elle est plus grande, l’absorption devient plus active, et qu’ainsi la surface du péritoine n’est pas plus humide que dans un autre temps. J’ai ouvert la poitrine de plu" sieurs petits cochons-d’inde, après les avoir aupara- vant fait courir long-temps dans une chambre pour accélérer leur respiration, et je n’ai point remarqué non plus une humidité plus grande sur la plèvre. Cependant on ne sauroit douter, comme nous le ver- rons, que la quantité de fluides séreux ne soit très- variable dans les diverses maladies aiguës ; que les membranes séreuses n’en exhalent plus ou moins, suivant la manière dont elles sont sympathiquement affectés. Dans les premières périodes des inflammations, ou les exhalans des membranes séreuses sont pleins du SEREUX. sang qui s’y est accidentellement introduit ,1a sérosité ne suinte plus de leur face libre. Alors comme elles sont très-sensibles d’une'part, et très-sèches del’autre, les mouvemens des organes qu’elles recouvrent y sont singulièrement douloureux. C’est dans ces premières périodes que les adhe’rences surviennent. Si elles ne se forment pas, soit à cause du mouvement, soil par d’autres raisons, et si la résolution de l’inflam- mation ne se fait point, alors il arrive aux surfaces séreuses ce qui survient à une plaie non réunie ; elles suppurent : or, cette suppuration n’est jamais accompagnée d’ulcération et d’érosion de leur subs- tance. Quelque abondantes que soient leurs collec- tions purulentes, ces membranes restent toujours in- tactes ; leur tissu est seulement plus ou moins épaissi ; le pus est rejeté par elles, comme les fluides séreux naturels, c’est-à-dire par voie d’exhalation. On sait combien ce fluide varie en consistance depuis la séro- sité lactescente, jusqu’à la fausse membrane la plus épaisse et la plus adhérente à la surface qui en a exhalé les matériaux. La nature des fluides du système séreux est bien manifestement albumineuse. A l’instant ou l’on plonge une des membranes de ce système dans l’eau bouil- lante , j’ai remarqué qu’elle se reco.uvre d’une couche blanchâtre qui est l’albumine concrétée, et qui s’en- levant ensuite peu de temps après, laisse à peu près à la surface sa couleur primitive. Toutes les subs- tances qui coagulent l’albumine produisent une cou- che analogue sur les surfaces séreuses. Les expé- riences deHewsson, qui a recueilli quelques cuillerées de ces fluides dans de grands animaux, confirment 512 s Y S T È M E leur nature albumineuse. Rouelle et le cit. Fourcroy, qui ont analysé l’eau des hydropiques, y ont trouvé aussi l’albumine prédominante. Remarquez à ce sujet que tous les flocons blanchâtres nageant dans cette eau, que les fausses membranes qui s’y forment, que les fluides blancs qui la troublent de manière à lui donner l’apparence du lait, 11e paroissent être que de l’albumine qui se trouve à des degrés différons de consistance. On diroit que la chaleur de l’inflam- mation a produit le même phénomène pendant la vie, que le calorique ordinaire détermine sur le blanc d’œuf, sur l’eau des hydropiques, etc. Je 11e m’oc- cupe point des autres principes accessoires qui en- trent dans la composition des fluides séreux. ARTICLE DEUXIÈME. Organisation du Système séreux. Une couleur blanchâtre, reluisante, moins e'cla- tanteque celledes aponévroses ;une épaisseur variable, très-sensible sur le foie, le cœur , les intestins , etc., à peine appréciable dans l'arachnoïde, l’épiploon, etc. ; une transparence remarquable toutes les fois qu’on décolle ces membranes dans une étendue un peu con- sidérable, ou qu’on les examine là où elles sont libres parleurs deux faces, comme à l’épiploon; voilà leurs premiers caractères de structure. Toutes n’ont qu’un feuillet unique dont il est pos- sible, aux endroits , où il est épais, d’enlever des couches cellulaires, mais qu’on ne peut jamais net- tement diviser en deux ou trois portions; caractère S É R EUX. essentiellement distinctif de ceux des membranes muqueuses. L’action d’un vésicatoire appliqué sur leur surface externe préliminairement mise à nu, par exemple, sur une portion d’intestin fixée au dehors dans un animal vivant, n’y fait point, comme à la peau, soulever une pellicule laquelle s’amasse la sérosité. J’ai plusieurs fois fait cet essai. Quelle est la structure immédiate de ce feuillet unique des mem- branes séreuses? Je vais l’examiner. § Ier. Nature celluleuse du Tissu séreux. Tout système est en général, comme nous l’avons Vu jusqu’ici, un assemblage, i°. de parties com- munes qui sont spécialement du tissu cellulaire, des- vaisseaux sanguins, desexhalans Tdes absorbansetdes nerfs, qui en forment, comme nous avons dit, leca- nevas et la charpente , si je puis parler ainsi ; 2°. d’une fibre particulière formée par une substance qui se dé- pose dans ce canevas, par exemple, par la gélatinepour les cartilages par la gélatine et le phosphate calcaire pour les os, par la fibrine pour les muscles, etc. Ce qui rapproche les organes, ce sontdonc l organe cel- lulaire, les vaisseaux et les nerfs ; ce qui les distingue, c’est leur tissu propre , tissu qui dépend lui - même d’une matière nutritive propre. Un os deviendroit muscle, si, sans rien changer à sa texture , la nature lui irnprimoit la faculté de secréter la fibrine , et de s’en encroûter, au lieu de séparer du phosphate calcaire et de s’en pénétrer. Or le système séreux ne paroît point avoir à lui de matière nutritive dislincle, et par con- séquent de tissu propre. Il n’est formé que du moule, du canevas des autres, et n’est point pénétré d’une SYSTÈME substance qui le caractérise. Presque tout cellulaire, ilnediflère de ce système dans sa forme commune, que par un degré de condensation, que par le rap- prochement et l’union des cellules qui se trouvent écartées dans l’état ordinaire. , Voici sur quelles preuves repose la réalité de cette texture toute cellulaire, que j’attribue au système séreux. i° lly a identité, de nature là où se trouve identité de fonctions et d’aîfections : or, il est évi- dent que les usages de ces membranes et du tissu cellulaire, relativement à l'absorption et à l’exhala- lioncontinuelle delà lymphe, sont absolument les mêmes, et que les phénomènes des diversesliydro- pisies leur sont absolument communs, avec la seule différence de l’épanchement dans les unes, et de l’infiltration dans l’autre. 2°. L’insufflation de l’air dans le tissu subjacent à ces membranes , finit presque parles ramener à un état cellulaire, lorsqu’elle réus- sit et qu’on la pousse un peu loin ; expérience qui sou- vent est très-ddficile. 3°. La macération , comme l’a très - bien remarqué Haller, produit à la longue le même effet, mais d’une manière plus sensible encore. 40. les divers kystes, les hydatides, etc., dont l’as- pect, la texture, la nature même, sont absolument les mêmes que dans les membranes séreuses,comme nous l’avons vu, naissent toujours au milieu du tissu cellulaire, croissent à ses dépens, et en sont tout for- més. 5°. Aucune fibre ne se rencontre dans les mem- branes séreuses ; caractère distinctif des autres or- ganes , et analogue à celui du tissu cellulaire. Aces diverses preuves d’analogie, d’identité même, entre les systèmes cellulaire et séreux , nous pouvons S É R E U X. ajouter Faction des différons réactifs,qui donnent des résultats exactement semblables dans l’un et l’autre* i°. Toute membrane séreuse desséchée, devient transparente, ne jaunit point comme les membranes fibreuses, conserve une souplesse étrangère à ces membranes et aux muqueuses aussi desséchées, re- prend à peu près sou état primitif lorsqu’on la re- plonge dans l’eau. 2°. Elle se pourrit beaucoup plus dif- ficilement que les surfaces muqueuses , que les couches musculeuses, que les glandes, etc. Cela est re- marquable à l’abdomen, sur le périt oint'qui est sou vent presque intact, tout étant putréfié autour de lui, comme on peut le voir en l’enlevant ; car la transpa- rence vous feroit croire au premier coup d'œil qu’il est altéré, si vous l’examiniez sur les plans charnus et muqueux. 3°. La macération à la température ordi- naire des caves , ne réduit que très-difficilement en pulpe les membranes séreuses. La plus mince, la plus fine de ces membranes, l épiploon y a résisté pendant un temps très-long dans mes expériences. Ce phénomène est suriout frappant lorsqu’on le com- pare à la macération des tendons qui sont si résis- tans, et qui supportent de si grands efforts pendant la vie. Déjà ceux-ci sont pulpeux dans l’eau, que l’épi- ploon est intact. Même phénomène pour toutes les autres surfaces séreuses. Dans l’eau bouillant» , ces surfaces se racornissent commelesystème fibreux, mais fournissent infiniment moins de gélatine; elles ne jaunissent point alors comme lui. La plèvre dans les portions de poitrine d’animaux qu’on sert sur nos tables, a presqueson apparence ordinaire; seulement elle est plus terne, a perdu la faculté de se crisper s Y S T È M E -Sous l’action du calorique, n’est plus altérable de la môme manière par les acides, etc. Si elle étoit dénaturé fibreuse, elle auroit disparu en gélatine, à cause de sa ténuité. J’en dirai autant des membranes externes de la rate,du foie,des poumons, qui servent à différons mets. Comparez sur nos tables ces mem- branes bouillies avec les aponévroses inter musculaires, les tendons, etc., vous verrez qu’il est impossible de confondre, comme l’ont fait les chimistes, tous les tissus blancs les uns avecles autres, sous le rapport de leur nature. Si on compare les différons effets desagens les plus connus sur le système séreux, à ceux que nous avons observés sur le système cellulaire, on verra qu’ils sont absolument les mêmes ; que ces deux systèmes sont par conséquent analogues, et même identiques. En se putréfiant à l’air, le système séreux ne verdit point, comme la peau ; il devient terne et d’un gris très-foncé. Pendant la vie, au contraire,sa noirceur est très-manifeste dans la gangrène qui est le résultat, tantôt d’uneinflammation aiguë, tantôt de ces inflam- mations chroniques, avec productions d’une foule de petits tubercules blanchâtres, qu’il est si fréquent de trouver sur ces membranes. Cette différence tient à ce que sur le cadavre ces surfaces ne sont point pénétrées de sang au moment ou elles se putréfient; au lieu qu’elles en contiennent beaucoup sur le vivant, quand la putréfaction succède à l’inflammation qui en a rempli les exhalans. Beaucoup d’autres faits prou- vent-qtre plus le sang est en grande quantité dans une partie à l’instant de sa putréfaction, pluselle devient alors livide etnoire. Dans une foule de cadavres que SÉREUX, j’ai déjà ouverts , je n’ai encore observé de gangrène que dans le péritoine. La plèvre, l’arachnoïde, le pé- ricarde, la vaginale ne m’en ont jamais offert : sans doute elle y arrive aussi ; mais je crois avoir assez, ouvert de cadavres pour que mon observation sur ce point établisse en principe général, que Iepéritoiney est plus sujet que tous les autres organes analogues. Quoique les différentes considérations exposées ci- dessus, établissent beaucoup d’analogie entre le sys- tème cellulaire et le système séreux, ils présentent cependant des diff érences réelles. D’abord leur appa- rence extérieure n’est pas la même. Ensuite il y a quelque chose dans leur nature intime que nous ne connoissons pas , et qui diffère aussi ; car toutes les fois que deux organes sont identiques, ils'sont sujets aux mêmes affections : or il est une maladie des sur- faces séreuses, qu’on ne voit point dans le système cellulaire j ce sont ces inflammations lentes dont je parlois toute à l’heure, maladie qu’il faudrait plutôt ranger dans une classe cfutre que celle des phlegma- sies, et que la production des petits tubercules qui l’accompagnent, caractérise surtout. Les auteurs qui n’ont point assez fixé leur attention sur elle , l’ont dénommée entérite chronique dans le péritoine, in- flammation latente dans la plèvre, etc., quoique cepen- dantétrangèreà tout organesubjacent, excepté dans les derniers temps ou elle se propage par le tissu cellu- laire , elle ait exclusivement son siège dans les mem- branes séreuses , et soit une affection propre à ces- membranes, comme les é'ruptions miliaires le sont à la- surface cutanée, comme les aphthes le sont aux sur- faces muqueuses, e;c. Ajoutez à cette différence eelië SYSTÈME du pus que rendent le tissu cellulaire et lessurfacessé- reuses; ce fluide n’est pointl'e même dans les deux sys- tèmes. On neconnoît passa différence dénaturé; mais son apparence extérieure n’est nullement la même. 5 IL Parties communes à VOrganisation du Système séreux. Exhalans. Il se fait habituellement une exhalation très-mani- feste dans les surfaces séreuses. Un ordre particu- lier éàe vaisseaux est l’agent de cette exhalation dont la matière est le fluide exposé ci-dessus. Ces vais- seaux se démontrent très-distinctement dans ce système: c’est même le seul où l’œil de l’anatomiste puisse les suivre exactement. Voici les moyens de les voir: i°. sur un animal vivant, retirez un in- testin de l’abdomen -} il vous offrira une teinte rosée due aux vaisseaux subjacens à la couche séreuse , et presque pas de vaisseaux dans cettecouclie elle-même. Irritez-la , réduisez ensuite l'intestin en le fixant par mi fil, comme dans l’opération de la hernie avec gangrène, retirez-le au bout de trente six ou de qua- rante-huitheures j il vous offrira une foule de stries rougeâtres, parcourant cette surface séreuse, et y montrant à nu les exhalans qui étoient insensibles dans Pétât naturel, à cause de la transparence de leurs fluides. 2°. Les injections très-fines rendent en un instant toutes les surfaces séreuses couvertes d’une infinité de stries de la couleur du fluide injecté, stries qui sont évidemmentdes exhalans pleins de ce fluide. 3°. Dans ces injections on fait souvent pleuvoir une rosée extrêmement ténue de la surface lisse des mem- SEREUX. branes séreuses, rosée qui se fait sans rupture ni trans- sudation , èt dont les exlialans sont les sources. l\°. Si on met une surface séreuse à découvert sur un animal vivant, et qu’on l’essuie, elle se recouvre bientôt après d’une sérosité nouvelle, que les exlialans fournissent. Absorbans. D’après la texture des membranes séreuses, il est évident que le système lymphatique entre essentiel- lement dans leur formation, qu’elles ne sont même vraisemblablement qu’un entrelacement d’exhalans et d’absorbans ; car nous avons vu que l’organe cel- lulai re en est un assemblage. Mais cette assertion, que dicte l’analogie, est appuyée encore sur des preuves directes. i°. Le fluide des hydropisies des diverses cavités varie en densité et en couleur: or Mascagni a toujours observé que les lymphatiques de leur voi- sinage coutenoient un fluide exactement analogue. 2°. Deux cadavres, ayant un épanchement sanguin dans la poitrine, ont offert au même auteur les ab- sorbans du poumon gorgés de sang. 3°. Dans un homme devenu emphysémateux à la suite d’un em- poisonnement , ces vaisseaux étoient distendus par l’air. 4°* Injectés dans le bas-ventre ou la poitrine, des fluides colorés se retrouvent bientôt après, dit-on, dans les lymphatiques voisins, avec la même couleur. J’ai répété souvent cette expérience. Le fluide injecté a été bientôt absorbé, mais non la matière qui le co- loroit ; en sorte que cette matière, plus condensée après l’absorption , teignoit la surface séreuse, les lymphatiques étant transparens comme à l’ordinaire» 11 faut choisir, en général, l’abdomen pour ces sortes*. S Y S T È M E 520 d’expériences, parce que, très à nu sur le foie, les absorbans peuvent y être plus facilement examinés. Cette faculté absorbante se conserve quelque temps après la mort; mais on doit avoir soin, pour en obte- nir alors plus sûrement l’effet, de conserver l’animal, s’il est à sang chaud , dans un bain à peu près à sa température: j’ai eu plusieurs fois l’occasion de m’as- surer de cette vérité, et d’observer avec Cruisckan , que ce que dit Mascagni sur l’absorption des cadavres humains, quinze, trente, quarante-huit heures même «près la mort-, est au moins extrêmement exagéré. 5°. Voici une expérience qui me sert, chaque année, à démontrer les absorbans: je fais macérer, pendant cinq à six heures, le cœur d’un bœuf dans l’eau ; au bout de ce temps, la membrane séreuse de cet or- gane, qui ne laissoit apercevoir que difficilement ces vaisseaux, en paroît couverte. 6°. Lorsque les mem- branes séreuses s’enflamment, on voit les lymphati- ques subjacens distendus, comme elles, parles glo- bules rouges du sang , etc., etc. 11 paroît donc démontré, i°. que les absorbans s’ouvrent par une infinité d’orifices sur les membranes séreuses; 2°. que leurs racines mille fois entrelacées entre elles, et avec les orifices des exhalans , concou- rent spécialement à former leur tissu; 5°. que la dif- ficulté de distinguer les pores absorbans et exhalans sur leurs surfaces, n’est point une raison d’en nieç l’existence , cette difficulté tenant, et à leur extrême ténuité, et à la direction oblique avec laquelle ils s’ouvrent entre les lames de ces membranes: ainsi l’obliquité de l’insertion du conduit de Warthon, du cholédoque même, en rend-elle l’inspection très- S -k R E XJ X. 521 difficile, quoique ces conduits soient infiniment plus considérables; 40. que, d’après cette structure, il faut regarderies membranes séreuses, toujours dis- posées, ainsi que nous l’avons vu, en forme de sacs sans ouverture, comme de grands réservoirs inter- médiaires aux systèmes exhalant et absorbant, oü la lymphè, en sortant de l’un, séjourne quelque temps avant d’entrer dans l’autre, où elle subit sans doute diverses préparations que nous ne connoîtrons ja- mais, parce qu’il faudroit l’analysercomparativement dans ces deux ordres de vaisseaux, ce qui est pres- que impossible, au moins pour le premier, et où enfin elle sert à divers usages relatifs aux organes au- tour desquels elle forme une atmosphère humide. Vaisseaux sanguins. Entre-t-il des vaisseaux sanguins dans la structure des membranes séreuses? Ces vaisseaux sont très- nombreux autour d’elles, comme on le voit au péri- toine, au péricarde, à la plèvre, etc.; ils rampent sur leur face externeet s’y ramifient. Mais j’ai toujours douté que le plus grand nombre de ceux qui leur sont ainsi contigus, fît réellement partie de leur tissu, et même je suis convaincu du contraire. Les considé- rations suivantes appuient mon opinon. i°. Dans les cas ou ces vaisseaux sont injectés, on les enlève faci- lement avec le scalpel de la face externe de ces mem- branes, sans intéresser leur continuité, ce qu’il est impossible de faire jamais dans les fibreuses ou les, muqueuses. 20. En examinant ces membranes là oii elles sont libres par l’une et l’autre de leurs faces, aucun vaisseau sanguin n’y est sensible. L’arachnoïde Y S T È M E à la base du crâne en fournit un exemple. 5Q. Les vaisseaux changent fréquemment de rapport avec ces membranes. J’ai prouvé plus haut que lorsque l’épi- ploon s’applique sur l’estomac dans sa plénitude, les vaisseaux qu’il contient entre ses lames, ne re- montent point avec lui sur ce viscère, à cause de la grande coronaire stomachique qui s’y oppose. Lors- qu’on injecte des cadavres affectés de hernies volu- mineuses, on ne voit point les vaisseaux rampans, dans l’état ordinaire, sur la surface du péritoine qui correspond à l’anneau, se prolonger inférieurement, sur le sac herniaire. Certainement les vaisseaux que l’on observe dans les ligamens larges de la matrice, ne les suivent p>oint dans le déplacement considéra- ble qu’ils éprouvent lors de la grossesse, etc. Je crois donc assez probable que les membranes sé- reuses n’ont à elles que très peu de vaisseaux sanguins; que ce qu’on appelle artères du péritoine, de la plè- vre, etc., ne sont que des troncs rampans sur leur surface externe, susceptibles de l’abandonner lors- qu’elles se déplacent, leur étant pour ainsi dire étran- gers, n’entrant point immédiatement dans leur struc- ture, à laquelle les systèmes absorbant, exhalant et cellulaire, concourent presque seuls. Sans doute il existe des communications entre le système artériel et les membranes séreuses, au moyeu des exhalans; mais rien de précis n’est encore connu sur la nature , la disposition, et même jusqu’à un certain point, sur les fonctions de ces vaisseaux. § llï. Variétés d’organisation du Système séreux. Nous avons vu le système muqueux présenter dan:* S l' H E U X. chaque partie ou il se rencontre, de nombreuses dif- férences de structure, n’être le même dans aucune région et dans aucun organe. Le système séreux varie aussi, quoique moins que le précédent. i°. Chaque membrane a sa structure propre. Comparez, par exemple, l’arachnoïde et le péritoine : l’une fine, déli- cate et transparente, cède au moindre effort, n’a point de résistance, se déchire presque dès qu’on la touche, ne reste jamais intacte à la base du crâne, où elle est libre, pour peu qu’on soulève le cerveau, offre, lors- qu’on la presse entre les doigts, une mollesse remar- quable. Plus épaisse et plus dense, l’autre soutient, sans se rompre, tous les efforts imprimés aux vis- cèies abdominaux j on la tiraille impunément. Son tissu est tout différent. 2°. Les diverses portions des membranes séreuses ne sont point organisées de même; l’épiploon est par exemple une dépendance manifeste du péritoine, et cependant il ne lui res- semble point. J’ai observé que la portion intestinale de cette membrane est beaucoup plus fine que ses portions hépatique, mésentérique, etc. La moitié de tunique vaginale qui tapisse l’albuginée et s’iden- tifie avec elle , n’est point certainement la même que la moitié qui est libre du côté du dartos, etc. Je ne puis pas dire en quoi consistent précisément ces dif- férences; ruais l’apparence extérieure suffit pour les indiquer. Faut-il s’étonner, d’après cela, si toutes les surfaces séreuses ne sont pas également sujettes aux mêmes maladies; si l’inflammation les attaque à des degrés si différer! s; si elles arrivent dix fois sur la plèvre, tandis quelles se manifestent une seule sur l’arach* SYSTÈME noïde; si dans le péricarde, la tunique vaginale et le péritoine, elles n’offrent point les mêmes symptô- mes; si les hydropisies varient aussi singulièrement dans chacune; si les inflammations lentes les atta- quent différemment, etc.? Le péricarde est sujet à une affection que je n’ai vue sur aucune autre sur- face séreuse, et qui est cependant extrêmement fré- quente sur celle-ci : ce sont des plaques blanchâtres, plus ou moins larges, qui se forment à sa surface intérieure, qu’on croiroit, au premier coup d œil, inhérentes à son tissu , mais qu’on peut cependant enlever en le laissant intact. Je ne sais d’où provien- nent ces plaques : correspondent-elles aux fausses membranes de la plèvre? On ne doit pas s’étonner non plus de ce que nous avons dit des variétés que la même membrane offre dans ses maladies. Souvent le péritoine est malade en totalité, l’épiploon restant intact, et réciproque» ment, etc. Les plaques dont je viens de parler se montrent sur la portion cardiaque, et non sur la portion libre du péricarde , etc. Remarquez cependant que toutes les maladies de ce système portent un caractère commun qui dérive évidemment de l’analogie d’organisation. 11 est le seul, avec le synovial, où arrivent les collections séreuses en masses considérables, où se formcntles inflamma- tions lentes et tuberculeuses. La plupart deses modes d’adhérences n’appartiennent qu’à lui. L’inflamma- tion y a un caractère particulier et distinctif, carac- tère auquel participent tou tes les membranes séreuses, avec des modifications. On avoit classé l’inflamma- tion des méninges parmi les phlegmasies séreuses, SÉREUX. par l’analogie des symptômes, bien avant que je n’eusse démontré que l’arachnoïde, l’une de ces mé- ninges, appartient essentiellement au système séreux. C’est à cause de cette membrane, et non à cause de la dure-mère qui est de nature fibreuse , qu’on doit rapporter la phrénésie aux membranes dia- phanes, etc. ARTICLE TROISIÈME. Propriétés du Système séreux. § Ior. Propriétés de tissu. Extensibilité. Les membranes séreuses sont douées d’une extensi- bilité beaucoup moins étendue que ne semblent ie faire croire, au premier coupd’œil, les énormes dilatations dont elles sont susceptibles en certains cas. Le méca- nisme deleur dilatation leprouve évidemment.Ce mé- canisme tient à trois causes principales : i°. au déve- loppement des plis qu’elles forment, et c'est ici la plus influente des trois causes. V oilà pourquoi le péri toine, celle, de toutes les membranes de cette classe, qui est la plus exposée aux dilatations, à cause de la grossesse, des hydropisies ascites, des engorgemens viscériques, pins fréquens là qu’ailleurs; voilà , dis-je, pourquoi Iç péritoine présente un si grand nombre defces replis, tels que le mésentère, le mésocolon, le mésorectum, les deux épiploons, les appendices graisseuses, le re- pli de l’appendice cœcale, les ligamens larges de la ma- trice, les postérieurs de la vessie, etc., etc. Voilà en- core pourquoi on observe surtout ces replis autour SYSTÈME des organes sujets à des alternatives habituelles de contraction et de resserrement, comme autour de l’estomac, des intestins, de la matrice , de la vessie: très-manifestes dans le premier étal, ils sont peu ap- parens dans le second. 2°. L’ampliation des cavite's séreuses tient aux déplacemens dont leurs membra- nes sont susceptibles. Ainsi lorsque le foie grossit considérablement, sa membrane séreuse augmente en partie son étendue aux dépens de celle du dia- phragme, qui tiraillée se décolle et s’applique sur le viscère engorgé. J ai vu , dans un anévrisme du coeur, le péricarde qui n’avoit pu que très-peu céder, être détache çn partie de la portion des gros vaisseaux qu’il recouvroit. 3°. Enfin ces membranes subissent dans leur tissu une distension et un alongement réels. Mais c’est en général la cause la moins sensi- ble de l'ampliation de leur cavité; ce n’est même que dans les ampliations considérables , qu’elle a une in- 11 u en ce marquée; dans Jes cas ordinaires, les deux premières causes suffisent presque toujours. Je ferai une remarque importante au sujet des dé- placemcns dont les membranes séreuses sont le siège dans les mouvemens de leurs organes respectifs; c’est que ces déplacemens sont très-douloureux quand ces membranes sont enflammées. Lorsque les intestins dilatés écartent les deux lames malades du mésentère pour s’y loger, lorsque l’estomac se place entre celles des épiploons, etc., lors des inflammations du péri- toine, le malade souffre beaucoup. \oilà pourquoi les vents sont alors si douloureux, pourquoi il faut éviter de prendre alors tout à coup une grande quan- tité de boisson. On connoît les vives douleurs que SÉREUX. produit une grande inspiration dans la pleurésie : c’est qu’alors le poumon dilate la plèvre, et tend à se loger entre les replis qui accompagnent les gros vais- seaux pulmonaires, etc. Contractilité. Elle correspond à l’extensibilité ; elle est moindre par conséquent qu’elle ne paroît d’abord. Quand le péritoine se resserre par exemple, ses différons re- plis se reforment; il revient dans sa place, là où il avoit éprouvé des locomotions, etc. Mais on ne sauroit disconvenir que dans les grandes dilata- tions , ces deux propriétés ne soient très-sensibles: par exemple, dans f hydrocèle, à mesure qu’on éva- cue l'eau, la tunique vaginale se resserre sensible- ment. Le péritoine après la ponction, offre Je même phénomène. A l’instant de l’empyème, la plèvre ne l’éprouve pas aussi sensiblement, non par défaut de contractilité, mais parce que d’une part elle adhère aux côtes qui ne se resserrent point, et que d’autre part si l’épanchement est ancien, le poumon est sou- vent tellement affaissé par la pression, que l’air ne peut plus le dilater , en sorte qu’il reste un vide en- tre la portion costale et la pulmonaire, vide que l’air remplit. Un semblable vide resteroit aussi au mo- ment de l’opération, si onévacuoit la sérosi té de l’hy- drocéphale. Après de longues distensions, les membranes sé- reuses ne reviennent plus autant sur elles-mêmes; la tunique vaginale reste flasque après de fréquentes ponctions, le péritoine après de fréquentes gros- sesses, etc., etc. SYSTÈME § II. Propriétés vitales. Eloignées de l’a'ction des corps extérieurs, les sur- faces séreuses ne jouissent point, dans l’état naturel, des «propriétés qui mettent les organes vivans en rap- port avec les corps extérieurs j leur sensibilité ani- male est nulle , ainsi que leur contractilité de même espèce. Aussi elles seroient très-impropres à servir de tégumens extérieurs, ou à tapisser les organes que revêtent les membranes muqueuses : elles ne nous donneroient en effet aucune autre sensation que celle d’un tact obscur et peu distinct. Elles for- ment bien des enveloppes , des tégumens, aux or- ganes internes, mais non des enveloppes sensibles. Ou en a la preuve sur les animaux vivans ou l’on irrite impunément ces membranes. J’ai vu plusieurs fois des chiens auxquels j’avois laissé la rate hors de l’abdomen, pour en observer les phénomènes, dé- cliner eux-mêmes cet organe sans être dans un état de fureur, le manger même, et se nourrir ainsi de leur propre substance. Ils déchirent aussi souvent sans douleur l’extérieur de leurs intestins, quand dans les expériences ceux-ci sortent au dehors , et qu’on abandonne pendant quelque temps ces ani- maux à eux-mêmes. Lorsque les corps extérieurs sont en contact avec le système séreux, ils changent son état naturel; ils l’enflamment, comme on le voit sur le péritoine, dans la tunique vaginale mise à nu, comme on l’ob- serve encore toutes les fois qu’un corps étranger in- troduit dans nos parties agit sur elles. Les chirurgiens même emploient 7 comme on le pour procurer SEREUX. ces adhérences artificielles entre les parois de ces membranes, ce moyen auquel ils auroient inutile- ment recours dans les membranes muqueuses. Les diverses irritations morbifiques enflamment bien plus fréquemment les surfaces séreuses qui dans cet état acquièrent une sensibilité très-vive, supérieure même à celle des tégumens; en sorte que ces surfaces en- flammées seroient également impropres à servir de tégumens, parce que les corps extérieurs les excite- roient douloureusement. La contractilité organique sensible est nulle dans le système séreux; mais l’insensible et la sensibilité correspondante y sont mises en exercice permanent, i°. par l’exhalation et l’absorption habituelles qui s’y opèrent , 2°. par la nutrition. Ces deux propriétés sont donc celles qui dominent dans ce système : aussi est-ce sur leurs altérations que roulent toutes ses ma- ladies. Les inflammations aiguës, les inflammations chroniques à tubercules, les adhérences, les hydro- pisies,, les exhalations de pus, de sérosité lactes- cente, etc., etc., dérivent toutes d’un excès, d’un défaut ou d’une altération de ces deux propriétés du système séreux. Ce sont elles aussi que les sympathies y mettent presque seules en jeu ; en sorte que malades? soit idiopathiquement, soit sympathiquement, les membranes séreuses présentent toujours une série de phénomènes qui supposent tousun mouvement intes- tin accru, ou une perte de ressort dans les capillaires exhalans, absorbans, et dans le tissu propre de ces membranes; tandis que dans les systèmes musculaire animal, musculaire organique, etc.,ces affections do- minantes qui sc marquent par desconvulsionsetpardes SYSTÈME paralysies dans l’un, par des mouvemens irréguliers d’irritabilité dans l’autre, ne supposent point cette altération intérieure du tissu de l’organe malade. Voilà pourquoi ces deux derniers systèmes, quoique fréquemment troublés pendant la vie, présentent peu de changemens au médecin dans l’ouverture des ca- davres, tandis que le système séreux est un champ si vaste à parcourir pour l’anatomiste pathologique. Sympathies. Les surfaces séreuses sont très-susceptibles d être influencées par les affections des autres organes: ceci est très-manifeste dans les maladies organiques du cœur, du poumon , du foie , de la rate, de l’estomac, de la matrice, etc., organes qui , sans avoir aucune connexion connue de fonctions avec les surfaces sé- reuses, les influencent cependant au point que tous leurs vices morbifiques d’organisation s’accompa- gnent, dans les derniers temps, de diverses collections séreuses dans les grandes cavités, collections évidem- ment dues à un trouble des organes qui exhalent ha- bituellement ce fluide. Je ferai à cet égard deux ob- servations: la première est que les surfaces séreuses les plus voisines de l’organe malade, sont en général les plus susceptibles d’être influencées par lui. Ainsi dans les maladies du cœur et du poumon, les col- lections séreuses ont lieu surtout dans la poitrine, tandis que l’ascite est toujours le premier résultat des eugorgemens du foie, de la rate, etc., les plèvres et le péricarde ne se remplissant que consécutivement. On sait que la plupart des sarcocèles sont compliqués d hydropisies de la tunique vaginale ; d’ou résulte l’hydro-sarcocèle , maladie que les chirurgiens con- sidèrent isolement, mais qui est la mêmequé celles des cas précédens qu’on pourroit, sous ce rapport, appeler hydro-phthisie, hydro hépatite chronique, hydro carcinome de la matrice, etc. La seconde observation que j’avois â faire, c’est que toutes les fois que la sérosité s'amasse ainsi dans les cavités, consécutivement au vice organique d’un viscère étranger à la membrane, cette sérosité est limpide, transparente et probablement de même na- ture que celle qui circule dans.les vaisseaux lympha- tiques. Les exhalans qui la composent n’étant point alorsen effet malades, leur action n’étant augmentée, ou celle des absorbans n’étant diminuée que par sym- pathies , le fluide doit rester le même. Ainsi quoique Ton souffre au bout du gland par une pierre de la ves- sie , le gland est absolument sain, et le fluide mu- queux qui s’en échappe, est de même nature que dans l'état ordinaire. Au contraire, quand les hydropisies dépendent d’une maladie du tissu des surfaces sé- reuses, comme par exemple d’une inflammation tu- berculeuse, d’une inflammation aiguë même, qui a dégénéré , etc., presque toujours la sérosité épanchée est altérée; elle est lactescente, ou il y a des flocons albumineux, une fausse membrane, etc. J’ai fait presque sur tous les cadavres que j’ai ouverts, celte observation que je crois intéressante. Dans les maladies aiguës, les surfaces muqueuses reçoivent aussi également l’influencesympathique des organes affectés. Si nous pouvions les voir alors, nous les trouverions comme la peau, plus ou moins hu- mides, plus ou moins sèches, suivant les différentes SÉREUX. 531 532 époques de la maladie. Ce qui le prouve, c’est qu’à la mort qui suit la maladie, la sérosité de la plèvre, du péricarde, du péritoine, etc., varie singulière- ment. Tantôt elle est sensiblement augmentée, tantôt elle est presque nulle: cela dépend de l’instant où est mort le sujet. Si c’est pendant que l’exhalation est très-abondante, nous trouvons beaucoup de sérosité; elle est presque nulle , si la vie s’est assez prolongée pour que l’absorption ait eu le temps de se faire. Si l’air environnant ne dissolvoit pas la sueur, ou si la peau étoit disposée en forme de sac, comme les sur- faces séreuses, nous la trouverions avec des degrés très-variables d’humidité, suivant que les cadavres seraient morts en sueur, ou avec une suppression d’exhalation cutanée. SYSTÈME ARTICLE QUATRIÈME. Développement du Système séreuoc. § Ier. État de ce Système dans le premier âge* Toutes les surfaces séreuses sont d’une extrême tenuité chez le fœtus-En ouvrant la poitrine par la section longitudinale du sternum , et en examinant Ja plèvre dans le médiastin où elle est libre des deux côtés, on trouve qu’elle a moins d’épaisseur que la lame transparente de l’épiploon ou de l’arachnoïde chez l’adulte. Le péritoine est proportionnellement un peu plus épais, mais sa ténuité est encore très- marquée. Quant à l’épiploon et à l’arachnoïde, la comparaison des bulles de savon est presque insuf- fisante pour exprimer la finesse de leur tissu. SÉREUX. 533 A cette époque, le fluide qui lubrifie les surfaces séreuses est beaucoup plus onctueux et plus visqueux que par la suite; en promenant comparativement les doigts sur ces surfaces, dans les divers âges , on saisit facilement la différence. Ou diroit presque que les qualités tactiles des fluides séreux se rapprochent alors de celles de la synovie. J’ignore à quoi tient cette différence. Au reste la quantité de ces fluides ne paroit point être aussi grande proportionnellement que celle des fluides cellulaires, avec lesquels ils ont cependant tant d’analogie; ce qui tient probablement à ce que les mouvemens intérieurs étant moins nombreux, vu 1 inaction de la plupart des muscles organiques, moins de fluide éloit nécessaire pour lubrifier les surfaces. L’accroissement du système séreux est toujours proportionné à celui des organes qu’il reçoit. L’arach- noïde est plus large, à proportion, qu’elle ne le sera chez l’adulte; elle semble même, comme le cerveau, devenir alors le siège d’uri travail nutritif plus actif: aussi les maladiesy sont-elles plus fréquentes. L’aug- mentation d’exhalation y est plus commune que dans toutes les autres poches séreuses : de là les hydro- céphales. A la naissance, où les mouvemens intérieurs de- viennent tout à coup très-multipliés, à cause delà respiration, de la digestion et des excrétions, je pré- sume que les surfaces séreuses deviennent le siège d’une exhalation plus active. Au reste, comme très- peu de sang les pénètre, la production subite du sang rouge et son abord par le système artériel, où ii SYSTÈME succède au sang noir, produit sur elles moins de changemens, que sur les surfaces muqueuses, et que clans le système musculaire. Les membranes séreuses croissent comme les au- tres organes; long-temps minces et exactement dia- phanes , elles s’épaississent peu à peu à mesure que l’on avance en âge , et deviennent d’un blanc terne. Leur souplesse diminue à mesure que leur densité augmente; elles sont d’autant moins résistantes aux différens réactifs, que le sujet est plus jeune. Chez lesenfans, la macération et l’ébullition les réduisent bien plus promptement en une pulpe homogène. J’ai observé que dans le fœtus qui se putréfie, souvent il s’amasse différens gaz aériformes dans les cavités séreuses, comme on peut s’en assurer en ou- vrant sous l’eau ces cavités ; phénomène beaucoup moins sensible chez l’adulte, où le tissu cellulaire est souvent tout emphysémateux par le mouvement pu- tréfaclif, sans que rien ne s’échappe par la canule d’un trois-quarts qu’on enfonce dans la cavité péri- tonéale ou dans celle de la plèvre, comme je m’en suis plusieurs fois assuré. En général, il se dégage beaucoup plus de fluides aériformes des organes du fœtus, que de ceux de l’ad ulte, dans les expériences i. , » de macération. §11. État du Système séreuæ dans les âges suivans. Dans l’adulte , le système séreux reste long-temps sans éprouver aucun changement bien sensible ; ses membranes suivent seulement les lois des organes qu elles entourent. Ainsi dans l’âge voisin de la j^eu,- SÉREUX. nesse , les surfaces séreuses de la poitrine sont le siège plus fréquent des inflammations, deshydropisies,etc. ; tandisquedans l’âge voisin de la vieillesse les surfaces inférieures, comme le péritoine, sont plus souvent affectées. Chez le vieillard, le système séreux devient dense, serré; ses adhérences avec les parties voisines de- viennent plus marquées: aussi est-il moins suscep- tible des diverses locomotions dont nous avons parlé. Ses forces, qui s’affoiblissent, y rendent l’absorption moins facile : il est le siège fréquent de l’hydropisie. Lorsqu’il est affecté de quelques maladies, son dé- faut d’énergie leur imprime un caractère chronique remarquable. Il y a plusieurs vieillards à l’Hôtel- Dieu avec des inflammations tuberculeuses du péri- toine, qu’ils portent depuis très-long-temps, tandis que les jeunes gens succombent bien plus vite aux mêmes inflammations. Ainsi les cancers dans les per- sonnes âgées restent-ils souvent comme inertes, ne sont-ils pas même souvent douloureux, tandis que leurs périodes sont le plus souvent rapides chez les adultes. Les épanchemens séreux sont plus rares que les infiltrations du tissu cellulaire soucutané dans les vieillards ; mais ils arrivent plus communément que ceux du tissu intermusculaire. Le système séreux s’ossifie; mais ce n’est point comme l’artériel, le cartilagineux, etc., par l’effet naturel de l’âge. On ne trouve point habituellement ses membranes osseuses chez le vieillard ; et lorsque ce phénomène a lieu , il arrive à tout âge. C’est une maladie, une tumeur réelle, tandis que dans les ar~ 536 SYSTÈME SÉREUX. tères, les cartilages , il paroît tenir, à la série naturelle des fonctions. Je conserve une pièce où l’arachnoïde est manifestement osseuse en plusieurs points, et comme c’est sur la dure-mère que ces productions se sont formées , leur existence sert très-bien à prou- ver que l’arachnoïde en est distincte ; car à l’endroit où elles se trouvent, on l’en détache facilement. § III. Développement accidentel du Système séreux. Je ne répéterai pas ici ce que j’ai dit , en parlant du tissu cellulaire , sur la formation des kystes divers. Entièrement analogues aux membranes sèreusesna- turelles , ces kystes doivent être véritablement con- sidérés comme un développement accidentel de ces membranes dans l’économie; ils ont la même appa- rence et presque la même texture, fournissent leur fini Je suivant les mêmes lois, paroissent être le siège d’une exhalation et d’une absorption continuelles; puisque, on a beau les vider par la ponction, leurs fluides se reproduisent toujours , jusqu’à ce qu’on les ait emportés. Par exemple, comparez le kyste qui a cru accidentellement le long du cordon spermatique , à la tunique vaginale remplie d’eau dans l’hydrocèle. Si le volume de ces deux tumeurs qui souvent se ren- contrent ensemble, est le même, il est impossible d’y trouver aucune différence de forme, d’apparence, de texture, de propriété, de fonctions, etc. SYSTÈME SYNOVIAL. Je place ce système à côté du séreux , parce qu’il a la plus grande analogie avec lui, sous les rapports, i°. de sa forme, qui est dans chacun de ces organes celle d’un sac sans ouverture; 2°. de sa texture, qui paroît être esseni iellement cellulaire ; 3°. de ses fonc- tions , qui consistent dans unealternative d’exhalation et d’absorption. Ce qui établit entre ces deux systèmes une ligne réelle de démarcation, c’est que, i°. le fluide qui en lubrifie les membranes paroît différer dans sa com- position, quoique beaucoup d’analogie le rapproche. 2°. Dans les diathèses hydropiques qui affectent si- multanément le tissu cellulaire et toutes les surfaces séreuses du péritoine, de la plèvre, l’affection ne s’étend point aux membranes synoviales, ce qui nous indique une différence de structure, quoique nous ne commissions pas bien cette différence. 3Q.Ré- ciproquement , dans leshydropisies des articulations, affection en général assez rare , dans celles des cap- sules synoviales tendineuses , il n’y a pas affection concomitante des membranes des grandes cavités. 4°. Le fluide des hydropisiès articulaires ne ressemble point à celui qui remplit les grandes cavités dans la même maladie. 5°. Les membranes synoviales sont beaucoup plus rarement que les séreuses, le siège de ces inflammations lentes et tuberculeuses que les surfaces séreuses nous présentent si so uvent. J’en a 538 SYSTÈME vu cependant deux exemples sur la synoviale du genou. Je crois même que ces deux systèmes sont les seuls où s’observe cette maladie ; en sorte qu’elle est par son existence un caractère qui la rapproche, et par sa rareté ou sa fréquence , un attribut qui la distingue. 6°. Les divers genres d’adhérences dont j’ai parlé pour la surface séreuse, ne se rencontrent point dans les synoviales, où l’on ne voit que celui qui identifie ces deux surfaces adhérentes , mode qui a lieu fréquemment dans les enkiloses, lesquelles sont aussi souvent déterminées par lui., que par la roideur des parties environnant l’articulation. 7°. Les surfaces synoviales ne sont point aussi souvent que les sé- reuses , le siège de ces locomotions remarquables dont nous avons parlé ; ce qui dépend de ce que les organes articulaires ne sont point, comme la plupart de ceux enveloppés de surfaces séreuses, sujets à des dilatations et à des resserremens alternatifs. Le système synovial présente manifestement deux grandes divisions. A l’une appartient le système ar- ticulaire, à l’autre celui des coulisses tendineuses. Chacun va être examiné isolément. ARTICLE PREMIER. Système synovial articulaire. J F. crois avoir décrit le premier cette portion essen- tielle du système synovial. Je vais rapporter ici ce que j’en ai dit ailleurs. Je rechercherai d'abord com- ment il est séparé de la synovie j j’examinerai ensuite ce fluide ; puis je ferai connoitre l’organe qui le fournit» S Y N O T I A L. 539 § Ier. Comment la Synovie est séparée de la masse du Sang. Tout fluide différent du sang , ne peut s’en sépa- rer pour être ensuite transmis à un organe, que par l’un des trois modes suivans : i°. par secrétion, fonc- tion caractérisée par l’existence d’une glande inter- médiaire aux vaisseaux sanguins qui en apportent la matière , et aux vaisseaux excréteurs qui en exportent le résultat; 2°. par exhalation, fonction distinguée de la première, par l’absence de cette glande inter- médiaire, et par l’immédiate continuité du vaisseau sanguin et du conduit exhalant; 5°. par transsuda- tion, phénomène purement physique, presque tou- jours cadavérique , rarement observé pendant la vie, simple transmission d'un fluide par les pores d’un organe, vers lesquels il est mécaniquement déter- miné. Examinons quel est de ces trois modes , celui choisi par la nature pour déposer la synovie sur les surfaces articulaires. La Synovie est-elle transmise par secrétion aux surfaces articulaire ? Nous devons à Clopton Havers le système qui place dans les glandes les sources de la synovie. Plusieurs auteurs avoient confusément désigné avant lui ces organes dans les articulations; mais il en fit l’objet particulier de ses recherches, les décrivit dans les diverses articulations, lesdistingua efideux classes, l’une principale, l’autre accessoire, leur assigna des caractères si évidens, selon lui, qu’on ne peut les y niécounoitre.Pelotons rougeâtres, spongieux, for- S Y S T È M E mes de membranes reployées sur elles-mêmes, situes lanlôt en dehors, tantôt en dedans des articulations, toujours disposes de manière à être à l’abri d’une trop forte compression, versant par des conduits en forme de franges le fluide qu’ils séparent : tels sont les caractères tracés par Ha vers, caractères que tous les Anatomistes admirent d’après lui, et dont les auteurs les plus modernes et les plus distingués con- sacrèrent surtout la réalité dans leurs ouvrages. Quelques Anatomistes de ce siècle ont cependant jeté des doutes sur ces corps glanduleux. Lieutaud les confond avec le tissu cellulaire graisseux. Desault ne les en distinguoit point. Tout m’a confirmé dans la même opinion, qu’une foule de considérations paroissent établir d’une manière indubitable. Voici ces considérations : i°. Ces pelotons rougeâtres ne se rencontrent que dans certaines articulations. Il en est plusieurs où leur existence ne peut être établie que par supposition. 2°. Le plus grand nombre des synoviales des tendons n’en présentent certai- nement aucun, quoique Havers, Albinus, Junkeet le cit. Fourcroy les admettent dans toutes, fondés sans doute sur l’analogie, et non sur l’inspection. Cependant la synovie se sépare également dans ces deux cas, et lubrifie les surfaces des articulations et des gaines tendineuses : cette séparation est donc indépendante de l’action glanduleuse. 5°. Si on exa- mine les glandes synoviales les mieux caractérisées, telles que celle de la cavité cotyloïde, on n’y dé- couvre aucune trace de ce parenchyme inconnu dans sa nature, mais remarquable par sa structure , qui compose en général les glandes, et qui les distin- guant de toute autre partie , forme leur véritable caractère organique. 4°» Aucun conduit excréteur ne peut être démontré dans ces organes. Ceux en forme de franges, admis par Havers, sont imaginaires. Bertin lui-même a reconnu cette vérité, quoiqu'il attribuât à ces corps une structure glanduleuse. La transsudation des fluides injectés par les artères voi- sines de l’articulation, ne prouve pas mieux l’exis- tence de ces conduits, qu’elle ne l’établit dans les cavités des membranes séreuses où elle a lieu égale- ment , et où cependant il est bien prouvé qu’aucune glande ne verse l’humeur albumineuse qui lubrifie habituellement ces cavités. 5°. L’insufflation résout entièrement en tissu cellulaire ces pelotons grais- seux. La macération produit le même effet. Lors- qu’une ébullition long-temps continuée et amenée par degrés , en a enlevé toute la graisse, il ne reste qu’un amas de cellules affaissées les unes sur les autres, et semblables à celles du tissu cellulaire ordi- naire. 6°. Le caractère glanduleux se prononce dans certains cas pathologiques, par une tuméfaction, un endurcissement particuliers, dont les organes autres que les glandes, tels que les muscles , les tendons , etc., n’offrent jamais d’exemple. Le foie, les reins, les organes salivaires, toutes les glandes sensibles, sont remarquables par là. Telle est même la vérité de ce caractère, qu’il sert à indiquer des glandes que leur ténuité dérobe dans l’état naturel. Par exemple, l’existence des cryptes de l’estomac, de l’urètre et de plusieurs autres membranes muqueuses, est fondée d’abord sur l’analogie des autres membranes de cette classe, mais principalement sur le développement ac- SYNOVIAL. 542 SYSTÈME cidentel que ces cryptes acquièrent dans certaines maladies. Jamais, au contraire .les prétendues glandes synoviales n’offrent à l’observateur un semblable dé- veloppement. Toujours dans les maladies des articu- lations, un engorgement commun semble les iden- tifier au tissu cellulaire voisin. Elles n’ont point, comme les autres glandes, des affections isolées de celles de ce tissu, sans douteparcequ’elles n’ont point une vitalité propre, parce que,simples prolongemens du tissu cellulaire voisin, elles en partagent la nature, ics propriétés, et doivent par conséquent participer k tous les états ou il se trouve, comme lui à son tour doit immédiatement recevoir l'influence de leurs affections. Les considérations que je viens de présenter suc- cessivement , forment, je crois, une somme de don- nées suffi vantes pour résoudre le problème proposé ci-dessus , en établissant comme une proposition in- contestable, que la synovie n est point transmise pat sécrétion 9 aux surfaces articulaires. Passons au second mode de transmission indiqué par les auteurs. La Synovie est-elle transmise par transsudation aux surf aces articulaires ? C’étoit une opinion anciennement reçue, que la moelle des os longs suinte par les pores de leurs ex- trémités et par ceux des cartilages qui les terminent, pour lubrifier les surfaces articulaires.Havers renou- vela cette idee oubliée à l’époque où ilécrivoit, unit cette source de la synovie à celle qu’il avoit placée dans les glandes, et forma ainsi de celte humeur SYNOVIAL. un mélange composé de deux fluides différemment transmis à l’articulation. La plupart de ceux qui le suivirent, partagèrent son opinion sur ce point. Ceux même, tels que Desault, qui rejetèrent l’existence des glandes articulaires, et par là même la secrétion de la synovie, en admirent la transsudation, fondés sur les observations suivantes. i°. Un os long, dé- pouillé de ses parties modes, et exposé à l’air, laisse échapper par les porosités de ses cartilages un suin- tement graisseux qui ne cesse que quand le suc mé- dullaireest complètement épuisé. 2°.La compression mécanique de l’extrémité cartilagineuse d’un os long produit momentanément le même phénomène. Ces faits évidens pour l’os qui est mort, sont-ils aussi réels dans celui qui vit?Diverses considérations, que je vais exposer, me conduisent à penser le contraire. i°.Les forces vitales, dont l’effet est d’imprimer à tous les organes qu’elles animent un degré de ton suf- fisant pour résister à l’abord des fluides , laissent, en s’évanouissant, les fibres de ces mêmes organes dans une laxité qui les rend par-tout perméables. Aussi la transsudation n’est-elle presque plus aujourd’hui con- sidérée que comme un phénomène purement cada- vérique, qui, transformé ici en phénomène vital, offriroit une exception manifeste aux lois de la na- ture, que caractérisent surtout la simplicité et l’uni- formité. 2°. Le suintement graisseux a lieu dans l’ex- périence indiquée ci-dessus, non-seulement par les pores des cartilages , mais encore à travers ceux de toute la surface de l’os ; en sorte qu’en raisonnant d’a- près ce qu’on observe ici sur te cadavre, il est évident que pendant la vie l’os entier devroit être, pour 544 SYSTÈME ainsi dire, plongé dans une atmosphère de synovie; conséquence qui, prouvée fausse par la plus simple inspection, démontre la fausseté du principe dont elle découle. 3°. Les articulations des cartilages du larynx sont lubrifiées, comme celles des os, parle fluide synovial ; et cependant ici toute transsudation de moelle est impossible, puisqu’elle n’existe point dans la substance des cartilages. 4°- La moelle est presque toujours intacte dans les maladies qui, af- fectant les articulations, altèrent l’humeur qui les lu- brifie. Réciproquement la synovie ne prend point un caractère différent dans les affections de l’inté- rieur des os , qui portent sur l’organe médullaire leur influence spéciale. 5°. Enfin , l’expérience que j’ai faite, et qui a été exposée à l’article de la moelle, prouve bien manifestement la non-transsudation de ce fluide. Desault, pour expliquer la manière dont la syno- vie se sépare du sang, ajoutoit à cette prétendue transsudation de la moelle , un suintement fourni par toutes les parties contenues dans l’articulation, tels que les ligamens capsulaires et interarticulaires, les graisses internes, les cartilages, etc. Une comparaison suffira pour apprécier cette hypothèse. Que diroit-on d’un système où, pour expliquer la production de l’humeur séreuse du bas-ventre , on en placcroit la source dans le foie , la rate, les intestins, et en gé- néral dans tous les organes de cette cavité? Sans doute on répondroit qu’uu fluide identique par sa nature, ne sauroit être fourni par des parties de structure si différente, qu’il est bien plus simple d’en chercher la source unique dans l’unique membrane SYNOVIAL, 545 qui revêt tous les viscères gastriques. L’application est exacte ,et l’analogie complète pour la cavité arti- culaire. Nous pouvons, jecrois,sans crainte d’erreur,con- clure de tout ce qui a été dit ci-dessus, que la sy- novie nest point transmise par trans sudation auoc surfaces articulaires. Je passe au dernier mode indiqué pour la sépara- tion de la synovie. La Synovie est-elle transmise par exhalation aux surfaces articulaires ? La solution des deux problèmes précédens semble naturellement amener celle de la question que nous nous proposons ici. En effet, voici deux données sur la certitude desquelles on peut, je crois, compter : i°. La secrétion , l’exhalation et la transsudaLion sont les seuls moyens par lesquels un fluide différent du sang, peut être transmis à un organe. 2o. La secré- tion et la transsudation sont étrangères à la trans- mission de la synovie. Or , de ces deux données certaines , 11e peut-on pas tirer cette conséquence certaine aussi, l’exhalation est le mode par lequel la synovie est apportée aux articulations? Mais ajou- tons à ces preuves négatives, des considérations qui établissent positivement cette proposition. Les rapports les plus frappans s’observent entre la synovie et le fluide qui lubrifie les parois des mem- branes séreuses, io. Rapport de composition. G es deux fluides sont essentiellement albumineux. L’al- bumine prédomine dans tous deux , quoiqu’un peu différente dans l’un et l’autre , comme l’a démontré 546 SYSTÈME le citoyen Marguerron. Havers avoit déjà indique cette analogie ; ilsavoit que ces deux fluides sont coagulables par l’alcool , les acides et le-calorique, sans connoitre le principe auquel est due cette pro- priété. 2a Rapport de fonctions. Tous deux sont destinés à lubrifier des surfaces où s’exerce beau- coup de mouvement, à diminuer le frottement qui en est l’inévitable effet, à prévenir des adhérences funestes. Tous deux sont dans le même état, sur leurs surfaces respectives : c’est une rosée qui se ré- pand sur ces surfaces, et qui bientôt y est reprise. 5°. Rapport d’affections. L’inflammation tarit la source de l’un et de l’autre, et détermine des adhé- rences plus communes dans les membranes séreuses, plus rares dans les articulations où elles produisent l’ankilose. Tous deux sont sujets à des augmen- tations contre nature qu’un mot commun désigne, celui d’hydropisie. 40. Rapport, d’absorption. Le sys- tème lymphatique est, pour tous deux , la voie par laquelle ils rentrent dans la circulation, après avoir suffisamment séjourné sur leurs surfaces respectives. Ces divers rapprochemens qui, à quelques diffé- rences près dans la composition, associent si visible- ment la synovie à l’humeur des membranes séreuses, 11e nous mènent-ils pas à cette conséquence bien simple , savoir, que ces deux fluides étant analogues sous tous les autres rapports, doivent l’être aussi par la manière dont ils sont séparés de la masse du sang ? Or , c’est un point de physiologie aujourd’hui géné- ralement reconnu, que l’humeur des membranes sé- reuses y est apportée par exhalation : donc nous sommes évidemment conduits d’inductions en in- SYNOVIAL. ductions, à celle-ci qui répond à la question pro- posée ci-dessus : La synovie est transmise par exhalation aux surfaces articulaires. Cette conséquence précise, rigoureuse, tirée de fai! s palpables et constans, deviendra, je crois, une vérité démontrée, quand aux analogies précédemment éta- blies nous aurons ajouté celle de l’orgàne membra- neux , siège essentiel de l’exhalation de la synovie. §11. Remarques sur la Synovie. Ainsi séparée de la masse du sang, îa synovie se présente sous l’anpar'ence d’un fluide blanchâtre , visqueux et transparent. Elle file, comme certains si- rops, en s’écoulant des articulations. Cette disposition onctueuse la rend très-propre à lubrifier les surfaces articulaires qui se frottent, et à amortir leurs chocs trop fonts. Sa quantité varie : il est des articulations qui en contiennent beaucoup; celle du coude-pied m’atou- jours paru être celle ou on en trouve le plus. Viennent ensuitel’ilio fémorale,la scapulo-huméraîe, l’huméro- cubitale , etc. 11 en est d’autres où on n’en rencontre presque pas: telles sont la sterno-claviculaire , les sterno-costaleS, les costo-vertébrales etc. Ce n’est pas la petitesse des surfaces synoviales, qui occasionne dans ces articulations la sécheresse constante qu’on y observe; car les poches synoviales du larynx, bien plus petites, sont beaucoup plus humides. Du reste, la synovie ne varie point en quantité dans chaque articulation, comme la sérosité dans les mem- branes séreuses. Pour peu qu’on ait ouvert de péri- toines , de plèvres, de péricardes, etc., on voit qu’à 548 SYS T È M E peine deux sont semblables : tantôt c’est une simple rosée, tantôt un amas réel de fluide. Ici au contraire c’esttoujoursàpcu près la môme quaniitë : cela lient à ce que la synovialene ressent pas aussifacilernent que les surfaces séreuses, les influences sympathiques des autres organes malades. La synovie n’est point sujette aux diverses alte'ra- tionsque présentent les fluides séreux. Jamais je n’ai vu sur les surfaces articulaires ce que l’on nomme fausses membranes inflammatoires. Les amas contre nature de synovie ne contiennent jamais de ces flo- cons blanchâtres , si communs dans les collections séreuses. Je ne connois point-d’exemple de sérosité lactescente épanchée dans l’articulation. Une des plus fréquentes altérations de la synovie, c’est, je crois, celle ou elle prend la consistance d’une gelée comme rougeâtre , analogue ( qu’on me passe cette compa- raison ) à la gelée de groseille. Or cette altération est absolument étrangère aux fluides séreux. Ces différences essentielles que présentent la sy- novie et la sérosité dans leurs altérations , supposent manifestement une diversité de nature dans les prin- cipes qui les composent dans l’état naturel. La visco- sité de l’une, la fluidité plus grande de l’autre,l’an- noncent aussi, comme l’observe le citoyen Fourcroy. Cette diversité de nature paroit spécialement dé- pendre d’une substance particulière qui entre dans la composition delà synovie, que peu de fluides ani- maux présentent, que le cit. Marguerron qui l’a ob- servée, désigne sous le nom d’albumine d’une nature spéciale, et qui mérite d’être l’objet de nouvelles re- cherches. SYNOVIAL. Je ne présente point les détails de l’analyse de la svnoviej ils appartiennent à la chimie animale. § III. Des Membranes synoviales. Nous avons vu toutes les grandes cavités tapissées par des membranes séreuses qui forment par leurs replis des espèces de sacs sans ouverture desquelles embrassent et les organes, et les parois de ces ca- vités. Il existe dans toutes les articulations mobiles des membranes exactement analogues, dontles usages sont les mêmes, dont la nature n’est point différente, et que j’appelle synoviales, parce que leurs parois exhalent et absorbent sans cesse la synovie. Formes. On doit donc concevoir toute membrane synoviale comme une poche non ouverte , deploye'e sur les or- ganes de l’articulation, sur les cartilages diarthro- diaux , sur la face interne des ligamens latéraux et capsulaires, sur la totalité des ligamens interarti- culaires lorsqu’ils existent, sur les paquets graisseux: saillans dans certaines cavitésarticulaires, etc... C’est d’elle que ces divers organes empruntent l’aspect lisse, poli et reluisant qui les caractérise dans ces ca- vités, et qu’ils n’ont point ailleurs. De même qu’en disséquant exactement les organes gastriques, on pourroit enlever le péritoine, son sac restant intact , de même on concevroit la possibilité de séparer et d’isoler cette membrane, sans les intimes adhérences qu’elle contracte en quelques endroits. Toutes les. parties qu’elle embrasse sont hors de la cavité arù* SYSTEME cuîaire, quoique saillantes dans celte cavité , comme le‘poumon se trouve à l’extérieur du sac formé par la plèvre, le foie à l’extérieur de la poche périto- néale, etc., etc. On trouve la membrane synoviale dans toutes les articulations mobiles, dont le plus grand nombre n’a qu’elle et des ligamens latéraux. Ce qu’on ap- pelle communément capsule fibreuse, ne se rencontre qu’autour de quelques surfaces articulaires. Les con- nexions de l’humérus , du fémur et d’un ou de deux autresos doutlesextrémilésscjoignent parénarthrose, .en offrent seules des exemples. On voit dans ces articulations deux enveloppes très-distinctes. L’une fibreuseest extérieure, et se trouve disposée en forme de sac ouvert en haut et en bas, embrassant par ses deux grandes ouvertures les surfaces des deux os, et se confondant autour d’ciiesavec le périoste qui en- trelace ses fibres avec les siennes. L’autre celluleuse, qui est la membrane synoviale,'tapisse la première à l’intérieur, s’en sépare ensuite, lorsqu’elle arrive vers les deux cartilages diarthrodiaux , et se réfléchit sur eux, au lieu de s’unir au périoste. Le cit. Boyer a indiqué cette disposition pour le fémur. Danstoutesies articulations ginglymoïdales,comme dans celles du coude, du genou,des phalanges, de la main, du pied, etc., etc. la capsule fibreuse manque absolument. Les fibres, ail lieu de s’étendre et de s’entrelacer en membrane , se ramassent en faisceaux plus ou moins épaisquiforment lesligamens latéraux. On ne retrouve plus que le feuillet interne des arti- culations énarthrodiales , c’est-à-dire, la membrane synoviale, laquelle ne contracte non plus ici aucune s y o y i a r.. adhérence avec le périoste, niais se réfléchit sur les cartilages. En la prenant à l’endroit de cette réflexion , on peut la détacher assez avant, et se convaincre ainsi qu’elle offre une organisation externe toute différente de celle que présente d’abord à l’esprit l’idée d’une capsule articulaire.Cette disposition est extrêmement facile à apercevoir parla moindre dissection,an genou derrière le tendon du crural et le ligament inférieur de la rotule, au coude sous le tendon du triceps, aux phalanges sous celui de l’extenseur, etc. Toutes les arthrodies ont aussi une organisation analogue, comine on le verra dans l’Anatomiedescriptive;en sorteefu’on peut assurer que les capsules fibreuses n’existent que dans un très-petit nombre d’articulations, que presque toutes n’ont que despoches synoviales qui se déploient et se réfléchissent sur les surfaces osseuses, sans s’atta- cher autour d’elles, commel’ont écrit tous les auteurs. J’ai constaté cette remarquable différence des arti- culations par une foule de dissections. Quelques ana- tomistes étoient sur la voie de la découvrir, lorsqu’ils ont observé que diverses capsules paroissoient toutes formées de tissu cellulaire. C’est en effet Ja texture de la membrane synoviale, qui diffère essentiellement en cela des capsules fibreuses. Qu’on conserve, si l’on veut, le mode de capsule pour toutes les articulations; mais alors il faudra lui attribuer nécessairement des idées différentes. Comparez, par exemple, la cap- sule fibreuse du fémur à la capsule synoviale du genou; vous trouverez, d’un côté, i°. un sac cylin- drique à deux grandes ouvertures pour les extrémités osseuses, et à plusieurs-petites pour les vaisseaux;, z°, un entrelacement fibreux, semblable à celui des 552 SYSTÈME tendons, desaponévroses, etc.; 3°. un mode de sensibi- li té, analogue à celui de ces organes ; l’usage de re- tenir fortement en place les os articulés , qui n’ont que ce lien pour affermir leur union. D’un autre côté vous observerez, i°.un sac sans ouverture; 2°. une struc- ture celluleuse, identique à celle des membranes sé- reuses ; 3°. une sensibilité de même nature que la leur; 40. la simple fonction de contenir la synovie et de la séparer, les os étant assujettis par de forts îiga- mens. D’ailleurs les différens réactifs ont sur fes cap- sules fibreuses une influence toute différente de celle qu’ils exercent sur les synoviales. L’ébullition les jaunit, les rend demi-transparentes, les ramollit comme les tendons, et les fond peu à peu en gélatine. Les synoviales bouillies restent blanchâtres, et four- nissent peu de cette substance. J’observe même que la teinte jaunâtre et la demi-transparence des capsules fibreuses bouillies , sont un moyen certain de recon- noître les articulations où elles existent, et celles qui en sont privées. L’existence de la synoviale dans le plus grand nom- bre de s articulations où elle se trouve seule, est mise hors de doute par la plus simple inspection. Dans celles où elle est unie à une capsule fibreuse, on la distingue encore très-bien en différens endroits. Ainsi au fémur, on la dissèque sur le ligament interarticulaire, sur le peloton graisseux de la cavité cotyloïde, sur le col de l’os; aux endroits où elle abandonne la capsule fibreuse, pour se réfléchir sur les cartilages, etc.; mais son adhérence à ces cartilages et à la face interne de la capsule , pourroit élever quelques doutes sur sa disposition en forme de sac par-tout fermé, que nous. S Y 3T O V I A L. 553 lui avons attribuée : il est donc essentiel de présenter quelques considérations propres àdissiper ces doutes. i°. Quelque' fortes -que soient les adhérences de la membrane synoviale , on parvient à les détruire sans solution de continuité, par une dissection lente, ménagée avec soin, et commencée à l’endroit où la membrane se réfléchit du cartilage sur la capsule. La macération long-temps continuée permet aussi de l’enlever par lambeaux. 2°. A la suite de certaines inflammations, cette membrane prend une épaisseur et une opacité qui permettent de la distinguer de tous les organes voisins , de ceux même auxquels elle est le plus adhérente. 5°. Les bourses synoviales des tendons sont toutes aussi adhérentes que la syno- viale articulaire, aux cartilages de leur gaine et à cette gaine elle-même; cependant tout le monde leur reconnoît une existence isolée. 4°* H est des ar- ticulations à capsule fibreuse, où les fibres écartées laissent entre elles des intervalles par où la synovie s’échapperoit, si la membrane synoviale r.e les tapis- soit. Lorsqu’on pousse de l’air dans l’articulation,on voit celle-ci se soulever à travers ces espaces, et pré- senter une texture toute différente de celle delà cap- sule. Bertin a fait cette observation, mais il a cru que ces pellicules éloient isolées, et n’a point vu qu’elles dépendoient delà continuité de la membrane qui se prolonge sur toute l’articulation. 5®. Nous avons observé à l’article du systèmeséreux, quel’as- pect lisse et poli que présente la surface des organes, des cavités, leur est toujours donné par ces mem- branes, et que jamais ils ne l’empruntent de leur propre structure ; or, nous verrons que la mera* 554 SYSTÈME Liane synoviale a presque la même texture que les séreuses; donc il paroît qu’aux endroits ou les or- ganes articulaires présentent ce caractère, c’est d’elle qu’ils le reçoivent, quoiqu’on ne puisse pas la dis- tinguer aussi bien sur ces organes, que là où elle est libre. D’ailleurs les articulationsévidemment dépour- vues de cette membrane , ne pr ésentent point cet as- pect lisse et poli. Telles sont les surfaces de la sym- physepubienne et de la symphyse sacro-iliaque qui se trouvent, quoique contiguës,inégales, rugueuses,etc. 3N ous avons prouvé aussi que jamais cette forme orga- nique n’est due à la compression. D’après ces diverses considérations , on se con- vaincra facilement, je crois , que, malgré l’adhérence de la synoviale sur divers poinls, elle doit être envi- sagée d’une manière exactement analogue à celle des membranes séreuses, c’est-à-dire, comme une véri- table pophe sans ouverture, par-tout continue et dé- ployée sur tous les organes de l’articulation.D’ailleurs les membranesfibro-séreuses ne présentent elles pas de semblables adhérences , quoique l’existence isolée des deux feuillets qui les composent, soit générale- ment avouée ? D’après l idée que nous nous sommes formée de la membrane synoviale, il est facile de concevoir com- ment certains organes traversent l'articulation , sans que lasynovies’échappe par l’ouverture qui les reçoit, eu par celle qui les transmet au dehors. La mem- brane synoviale alors réfléchie autour de ces organes, leur forme une gaine qui les sépare du fluide et les isole de l’articulation. Ainsi le tendon du biceps n’est-il pas plus renfermé dans l’articulation du bras SYNOVIAL. 555 avec i’omoplate , que la veine ombilicale, l’oura- que, etc..., dans la cavité péritonéale. Avec la moin- dre attention , on parvient à l’isoler de la portion de membrane qui forme sa gaine. Les considérations précédentes nous mènent aussi à trouver une identité parfaite entre les capsules syno- viales des tendons et les synoviales articulaires. Dans l’exemple précédent, ces deux sortes de membranes sont évidemment continues ; car la capsule de la cou- lisse bicipitale est de même nature que celle des ten- dons qui en ont une isolée, comme les fléchisseurs, par exemple. Organisation. INous venons de voir que , par sa conformation extérieure, la synoviale se rapproche beaucoup de la classe des membranes séreuses; elle n’en est pas moins voisine par son organisation interne. Cette organi- sation est spécialement cellulaire, comme le prouvent la dissection, l’insufflation , et surtout la macération. La poche que forment les ganglions, n’est évidem- ment qu’une production de l’organe cellulaire : or, on sait que cette poche exhalé et contient un fluide semblable à la synovie. Par-tout où la membrane synoviale est libre, elle tient en dehors à cet organe et se confond avec lui d’une manière si immédiate, qu’en enlevant successivement ses différentes cou- ches, on les voit se condenser peu à peu et s’unir enfin étroitement entre elles pour la former. De même que dans les "membranes séreuses, aucune fibre n’y est distincte. Elle devient transparente lorsqu’on l’isole exactement des deux cotés, ce qu’il est aisé SYSTEME de faire au genou, dans une très-grande étendue. Je ne reviendrai pas sur les diverses preuves qui ont établi la structure celluleuse du système séreux j toutes ces preuves sont presque applicables à la syno- viale, qui paroit n’être qu’un entrelacement d’ab- sorbans et d’exhalans. D’après cela, il est facile de concevoir ce que sont les paquets rougeâtres et grais- seux disséminés autour des articulations. Ils remplis- sent à l’égard de cette membrane, les fonctions du tissu cellulaire abondant qui enveloppe le péritoine , la plèvre, etc., etc. C’est la que les vaisseaux san- guins se divisent à l’infini avant d’arriver à la mem- brane où leurs ramifications, successivement décrois- santes , se terminent enfin par les exhaians. Si une rougeur remarquable distingue quelquefois ces pelotons d’avec le tissu cellulaire , 'c’est que les vaisseaux y sont plus concentrés et plus rapprochés. Par exemple, à l’articulation de la hanche, dont la membrane synoviale, presque par-tout adhérente, ne correspond que dans l’échancrure de la cavité coty- loide à du tissu cellulaire, la nature y a entassé pres- que toutes les ramifications artérielles qui fournissent la synovie : de là la teinte rougeâtre du paquet cel- luleux qu’on y rencontre. Au contraire, au genou où beaucoup de tissu cellulaire entoure toute la face externe du sac synovial , les vaisseaux plus dissé- minés laissent à ce tissu la même couleur qu’a celui de la face externe des membranes séreuses, etc Cette rougeur de quelques prétendues glandes syno- viales, seul caractère qui les distingué, ne leur est donc pour ainsi dire qu’accidentelle ; elle n’indique pas plus leur nature glanduleuse, qu’elle ne la prouve dans la pie-mère, où elle dépend de la même cause. Quoique très-analogue aux surfaces séreuses, la synoviale doit présenter cependant des différences de tissu, puisque le fluide qu’elle exhale est un peu dif- férent. En effet, e*n l’examinant à l’articulation fé- moro-tibiale, où on peut en avoir des lambeaux con- sidérables , on trouve qu’elle est plus dense et plus ser- rée que les membranes séreuses. Son tissu n’a point la souplesse du leur ; desséché, il est beaucoup plus cassant; il se soutient roide, tandis que le tissuséreux se meut dans tous les sens sans le moindre effort. Il résiste plus à la macération, etc. SYNOVIAL. Propriétés. Les propriétés de tissu se prononcent dans les hy- dropisies articulaires, où les membranes synoviales sont d’abord très-distendues, et où elles reviennent ensuite sur elles-mêmes aprèsla ponction, opération au reste très-rare. Il paroît cependant que ces mem- branes ne sont susceptibles que d’une extension lente et graduée. On sait que subitement écartées dans les luxations, leurs parois se déchirent au lieu de s’alonger : elles se réunissent ensuite après la ré- duction. Parmi les propriétés vitales, la sensibilité orga- nique est le seul partage de ce système dans l’état ordinaire, comme me l’ont prouvé plusieurs essais sur les animaux vivans où ces surfaces ont été mises a nu et irritées par divers agens. Mais l’augmentation de vie qui détermine l’inflammation , en exaltant cette sensibilité, ‘la transforme en animale : c’est ce qu’on observe, i°. dans les plaies où ces membranes 558 SYSTÈME sont exposéesau contact de l’air; 2°. lors de l'irrita- tion prolongée qu’elles éprouvent de la part des corps étrangers accidentellement développés dans l’articu- lation ; 5°. dans les diverses affections des- surfaces articulaires, etc.... Ce mode de sensibilité des membranes synoviales sert à confirmer ce que j’ai déjà établi plus haut: savoir, que la plupart des articulations, les gingly- moïdales surtout, sont dépourvues de capsules fibreu- ses. En effet, j’ai fait observer que ces capsules, ainsi que les ligamens latéraux, ont un mode de sensibilité animale , qui se développe par les tiraillemens qu’on leur fait éprouver ; en sorte que si on enlève tous les organes voisins d’une articulation, excepté la syno- viale et les ligamens latéraux , et qu’on torde ensuite cette articulation, l’animal donne les signes de la plus vive douleur. Mais coupe-t-on ensuite les ligamens, en laissant seulement la synoviale, la Lorsion n’est plus sensible : donc il n’y avoit point de capsule fi- breuse jointe à la synoviale. Cette expérience , facile à répétersur les membres antérieurs ou postérieurs , peut servir ày reconnoître par-tout les articulations où existe une membrane synoviale seule , et celles où s’y trouve jointe une capsule fibreuse. Celle-ci étant de même texture que les ligamens latéraux, déter- mine les mêmes douleurs lorsqu’on la tiraille, comme le prouvent d’ailleurs des expériences faites sur les articulations revêtues de ces capsules. L’exhalation et l’absorption alternatives qui s opè- rent sur les surfaces séreuses,y prouvent la contrac- tilité insensible. . » - J’ai déjà observé que les surfaces synoviales ne jouent'qu’un très-foible rôle dans les sympathies, qu’elles nese ressentent que très-peudes affections des «autres organes. Tandis que dans les affections aiguës des viscères importans , la peau, les surfaces mu- queuses, le tissu cellulaire, les nerfs, etc., etc., sont dans un trouble sympathique plus ou moins marque’, toutes les synoviales restent calmes; elles ne devien- nent le siège ni de douleurs vagues, ni d’une exhala- tion plus active ou plus lente. Elles se rapprochent sous ce rapport des systèmes osseux, cartilagineux, fibreux même , etc. Aussi il ne faut pas que le mé- decin cherche dans le système synovial un siège fré- quent des symptômes accessoires dans les maladies, de cette classe de symptômes qui ne tient point à la lésion de l’organe malade lui-même, mais à ses rap- ports avec les autres parties. Dans les douleurs qui affectent les articulations, ily a certainement des cas où la synoviale est malade, et d’autres où les organes fibreux seuls sont le siège du mal. La distinction de ces cas est à rechercher. synovial. Fonctions. La synoviale paroît absolument étrangère à la so- lidité de l’articulation. Les capsules fibreuses et les ligamens latéraux remplissent seuls cet usage. La sur- fasse lisse que les extrémités articulaires empruntent de cette membrane, favorise leurs mouvemens; elle peut même, sous ce rapport, aider à l’action mus- culaire : ainsi les portions de synoviale qui se trou- vent au genou derrière le crural, au coude sous le triceps, aux phalanges sous les fléchisseurs, etc...., remplissent, à l’égard de ces muscles, les mêmes f'onc- S Y S T È M E tions que les bourses synoviales tendineuses. Elles sont à leurs tendons, ce à celui du psoas et de l’iliaque la poche cellulaire qui le séparé de l’arcade crurale, etc. Le principal usage delà membrane qui nous oc- cupe, est relatif à la synovie. Elle exhale par une foule d’orifices ce fluide qui y séjourné quelque temps , et rentre ensuite par absorpiion , dans la cir- culation. Ses parois-sont donc le siëge de l’exhala- tion, comme le rein, par exemple, est celui de la secrétion de l’urine. Le réservoir du fluide exhalé, c’est le sac sans ouverture qu’elle forme, comme la vessie est celui de l’urine venue du rein. Les vais- seaux excréteurs de ce même fluide , ce sont les ab- sorbans qui le rejettent dans la masse du sang, comme l’urètre transmet au dehors l’urine de la ves- sie. i‘y a sous cesdiversrapports plus d’analogie qu’il 11e semble d’abord, entre la secrétion et l’exhalation. Les phénomènes du séjour de la synovie dans ce réservoir membraneux , sont relatifs à elle-même , ou aux surfaces articulaires. Les premiers consistent dansunealtérationparticulière, mais inconnue,qu’elle subit entre les systèmes exhalant et absorbant. Les seconds concourent à faciliter les mouvemens articu- laires. L’enduit onctueux et glissant que les surfaces reçoivent de la synovie, est singulièrement propre à cet usage, comme je l’ai fait observer. Développement naturel. Dans le fœtus et l’enfance, la plupart des syno- viales sont bien plus larges proportionnellement que dans les âges suivons, parce que les surfaces arlicu- 561 laires ont plus d’étendue dans l7état cartilagineux, que dans l’état osseux; mais alors elles sont d’une extrême ténuité. La synovie n’est pas, comme les fluides séreux sont à cet âge, plus onctueuse et plus consistante; elle paroît même hêtre moins. Avant la naissance elle est peu abondante, sàns doute parce que les mouvemens sont peu marqués. Dans le vieillard , j’ai observé que la synoviale de- vient plus dense et plus serrée. Elle perd en partie sa couleur blanchâtre, devient grisâtre; moins de sy- novie s’en exhale. Elle n’est point, comme les sur- faces séreuses, exposée aux hydropisies. La rigidité quelle contracte, contribue à rendre pénibles les mouvemens. Elle ne s’ossifie jamais qu’accidentelle- ment. Le phosphate calcaire, qui envahit peu à peu le cartilage, 11e s’en empare point. Je ne connoispas d’exemple de vieillard où l’os ait paru être à nu dans l’articulation. SYNOVIAL. Développement accidentel. J’ai déjà observé à l’article des capsules fibreuses , que quand la tête d’un os reste déplacée dans une luxation, ce n’est point une membrane analogue à ces capsules qui se développe autour d’elle; c’est un véritable kyste lisse à sa surface interne, humide dé sérosité , formé aux dépens du tissu cellulaire, et of- frant, à un peu plus d’épaisseur près, l’aspect véri- table des membranes synoviales; c’est une synoviale accidentelle. Les mouvemens imprimés au membre déplacé, paroissent augmenter fexhalation séreuse dans cette membrane nouvelle : de là sans doute le grand avantage de ces mouvemens, pour rétablir en SYSTEME partie la motilité des os restés hors de leurs articu- lations. J’ai vu un danseur dont la tête de l’humérus, logée dans le creux de l’aisselle, à la suite d’une luxa- tion non réduite, y exerçoit des mouvemens très- variés. ARTICLE DEUXIÈME. Système synovial des Tendons. (je système, indiqué par plusieurs auteurs, décrit parFourcroy, Sœmmering, etc., est absolument de même nature que le précédent, dont il ne diffère que par sa situation; souvent même il se confond avec lui. Ainsi la synoviale du tendon du biceps est- elle continue à celle de l’articulation scapulo-hu- mérale; ainsi celles des jumeaux le sont-elles à la synoviale de l’articulation fémoro-tibiale; c’est la même membrane qui appartient en même temps et au tendon, et à l’articulation. On en voit encore un exemple remarquable pour les extenseurs de la jambe et pour le poplité,aux tendons desquels la même synoviale articulaire du genou sert de capsule, etc. On ne trouve que très-peu de synoviales tendi- neuses au tronc; presque toutes occupent les mem- bres où elles servent au glissement des tendons. Elles se rencontrent, i°. là où un tendon se réfléchit à angle sur u i os, comme autour de ceux du grand péronier latéral, du moyen péronier, de l’obturateur interne, du grand oblique de l’œil, etc.; 2°. là où un tendon glisse sur une surface osseuse sans se réfléchir, comme à l’extrémité de celui d’Achille, comme sous celui du grand fessier, des' psoas et iliaque réunis , etc. ; 5°. là où un tendon glisse dans une capsule fibreuse, comme dans ceux de tous les fléchisseurs, etc. Leur étendue est constamment pro- portionnée à celle des tendons sur lesquels elles se déploient. synovial. 563 Formes; Rapports ; Fluide synovial. Les synoviales tendineuses représentent, comme les articulaires , des sacs sans ouverture, déployés d’une part sur le tendon , de l’autre sur les organes voisins. Ces sacs sont différemment figurés suivant la disposition du tendon, mais leur conformation gé- nérale est variable. On voit d’après cela que toute synoviale tendineuse a deux faces , l’une qui forme l’intérieur du sac, qui est par-tout libre et contiguë à elle-même, l’autre qui tapisseles organes adjacens. La surface libre est constamment humide d’un fluide exactement identique à celui des articulations, fourni par exhalation ainsi que lui, et non, comme font dit les auteurs , par des corps rougeâtres situés aux environs , corps dont on ne voit le plus souvent aucune trace, et qui, là ou ils existent, réont rien de glanduleux. Ce fluide est en général beaucoup moins abondant qu’aux articulations, au moins sur le cadavre. Mais il y a des variétés dans les diverses poches synoviales: celles des tendons d’Achille, des psoas et iliaque réunis, de l’obturateur interne, etc., sont constamment plus humides que celles des ten- dons fléchisseurs, etc. Est-ce à l’absence de la synovie qu’il faut attri- buer l’espèce de crépitation que les tendons font en- SYSTÈME tendre quelquefois dans leurs mou vemens? Jel’ ignore. J’observe seulement que cette crépitation a quelque -analogie avec le craquement des articulations des doigts qu’on fléchit brusquement, craquement qui ne dépend pas, comme on pourroit le croire, du frottement des surfaces osseuses : en effet, une fois qu’il a été produit, on ne peut plus le déterminer, quoiqu’on excite un nouveau frottement. D’ailleurs on sait que ce craquement naît del’alongement forcé des phalanges , de l’éloignement de leurs surfaces articu- laires par conséquent, aussi-bien que de la flexion. L’augmentation du fluide des synoviales tendi- neuses forme une espèce d’hydropisie qu’on nomme ganglion , tumeur qui n’existe jamais dans les syno- viales des doigts, sans doute à cause du défaut d’ex- tensibilité des capsules fibreuses. Il ne faut pas croire cependant que toutes ces tumeurs , qu’on guérit en les crevant par une forte pression , et en faisant ainsi épancher leur fluide dans le tissu cellulaire , aient eu pour base une synoviale naturelle. Le plus souvent elles sont accidentelles ; ce sont deskystes qui se sont formés dans le tissu cellulaire. En effet, on trouve souvent ces tumeurs sur le trajet du grand exten- seur du pouce , où il n’y a point de synoviale. A la suite de douleurs rhumatisantes, j’ai vu un amas con- sidérable de fluide dans la petite synoviale du tendon d’Achille: il s’est peu à peu dissipé. J’en ai observé un autre analogue dans la poche du psoas d’un ca- davre. Le fluide étoit ■rougeâtre , et consistant comme de la gelée de groseille. L’action de l’acide nitrique l’a tout à coup coagulé en une masse blanchâtre, et analogue à du blanc d’oeuf durci. S Y N O V 1 A L. 565 La surface adhérente des synoviales tendineuses se déploie , i°. d’un côté sur les tendons, avec les- quels elle est plus ou moins intimement unie. On la détache facilement de dessus ceux de l’obturateur interne, du psoas, etc. Elle est intimement con- fondue avec ceux des fléchisseurs. 20. D’un autre côté , elle tapisse communément le périoste qui, en cet endroit, se pénètre de gélatine, et forme un fibro- cartilage. Son mode de rapporty est analogue à celui de la synoviale articulaire avec le cartilage de l’os. Quelquefois c’est sur une capsule fibreuse qu elle se réfléchit, après avoir tapissé le tendon: telles sont celles qui avoisinent l’articulation scapulodiumé- rale. Dans quelques cas elles remontent, après avoir tapissé le tendon, jusque sur les fibres charnues? comme à l’obturateur interne. 5°. En se réfléchis- sant du tendon sur les organes voisins, elles répon- dent en général à beaucoup de tissu cellulaire; mais dans les coulisses des fléchisseurs, ce sont les gaines fibreuses qu’elles revêtent. Dans tous les grands mouvemens, les synoviales tendineuses, tiraillées, plus ou moins, éprouvent di- verses locomotions, toujours moindres cependant que celles des surfaces séreuses. Les formes très-variées que présente le sac sans ouverture des synoviales tendineuses , peuvent se ré- duire à deux modifications générales. 10. Les unes offrent des poches arrondies , des espèces de vé- sicules: telles sont celles du surépineux, des psoas et iliaque, de l’obturateur interne, etc. Toutes ces membranes sont remarquables, en ce qu’elles n’en- vclopperu jamais le tendon en mais seule- SYSTÈME ment d’un côté; en ce qu’elles ne forment jamais de replis intérieurs; en ce qu’eiles ne sont jamais entou- rées de gaines fibreuses. 2°. Les autres, appartenant surtout aux fléchisseurs , et aux tendons divers qui traversent la plante du pied , forment d’abord une espèce de sac cylindrique qui tapisse le canal moitié fibreux, moitié cartilagineux dans lequel glissele ten- don ; puis elles se réfléchissent autour de lui, l’en- veloppent en totalité, et lui composent une véritable gaine qui l’empêche de baigner dans la synovie. Cette espèce de synoviale tendineuse représente donc véri- tablement deux canaux, aux extrémités supérieure et inférieure desquels se trouvent deux culs-de-sac qui les réunissent, et complètent le sac sans ouver- ture. On trouve fréquemment ici des replis intérieurs allant d’un canal à l’autre. Toutes les synoviales des fléchisseurs en ont un sous le tendon. Organisation ; Propriétés ; Développement. D'organisation des synoviales tendineuses est abso- lument analogue à celle des articulaires. Principale- ment celluleux, le tissu de ces membranes est sans aucune fibre apparente; sa mollesse est très-marquée; très-peu de vaisseaux sanguins s y distribuent, quoi- qu’on ait écrit le contraire ; les absorbans et les exha- lans y dominent surtout. Ceux-ci, remplis de sang dans l’inflammation, donnent a la membrane une teinte rougeâtre, plus ou moins foncée. Dans cet état, la synovie ne s’exhale point; il survient même quelquefois des adhérences, comme je l’ai observé sur un sujet où les gaines fibreuses et leurs tendons semblaient ne faire qu’un à l’indicateur et an doigt synovial. du milieu. Les phénomènes inflammatoires des sy- noviales tendineuses sont surtout remarquables dans les panaris, maladie dont une espèce qui a manifes- tement son siège dans la synoviale des doigts, est ana- logue à Pinflamination delà plèvre, du péritoine et à celle des articulations. Elle est plus dangereuse que l’inflammation des synoviales disposées en vésicules ou bourses, parce que la gaine fibreuse qui entoure la membrane enflammée, ne pouvant point se dis- tendre et se prêter au gonflement, comme le tissu cellulaire qui entoure ces bourses synoviales, produit de véritables étranglemens, qu’il faut souvent débri- der. Je ne sais si le tissu synovial des tendons est ex- posé aux inflammations lentes et tuberculeuses, com- munes aux systèmes séreux et synovial articulaire. Ses propriétés vitales et de tissu paroissent être abso- lument les mêmes que celles de ce dernier. Comme lui, il reçoit difficilement l’influence sympathique des autres organes; il est calme pendant le trouble qui s’empare des autres systèmes dans les maladies aiguës; il reste intact dans leurs altérations nées des affections chroniques. J’observe aussi que toutes ses affections sont presque locales. Par exemple, il n’y a point, comme dans le système séreux, des espèces de diathèse hydropique, c’est-à-dire de cas ou toutes les poches synoviales se remplissent en même temps. Fines et délicates chez le foetus et l’enfant, les sy- noviales tendineuses se prêtent avec facilité à cette foule de mouvemens qui se succèdent sans cesse h cet âge. Plus denses et plus serrées chez l’adulte, elles deviennent rigides chez le vieillard, exhalent moins de fluide, se sèchent, et ne concourent pas peu, par SYSTÈME SYNOVIAL.' l’état où elles se trouvent, à la lenteur géne'rale des rnouvemens que cet âge entraîne avec lui. Il y a plusieurs synoviales dont l’existence est va- riable : telle est, par exemple, celle du grand fessier, à la place de laquelle on ne trouve souvent qu’un amas cellulaire. Ces sortes de membranes sont en général très-sèches lorsqu’elles existent. A peine peut- on y distinguer delà synovie. Êlles ressemblent, sous çe rapport, aux synoviales articulaires des vertèbres, de la clavicule, etc. SYSTÈME GLANDULEUX. Cë système, l’un des plus importans de l’é.conomie animale, diffère de la plupart des autres en ce que le tissu qui lui est propre n’est point exactement identi- que dans tous les organes qui le composent. Les fibres d’un muscle de la vie animale pourroient également servir à la structure de tout autre muscle du même système. La-fibre tendineuse, les tissuscartilagineux, osseux, etc., sont aussi par-tout les mêmes. Au con- traire, le tissu du foie ne pourroit point servir à com- poser le rein;celui decedernier seroit hétérogène dans les salivaires. Le système glanduleux ne se ressemble donc, dans ses diverses parties, que par certains at- tributs géne'raux qui souffrent beaucoup d’exceptions. Les auteurs ont donné le nom de glandes à des or- ganes auxquels il ne convient nullement : tels sont la thyroïde, la pinéale,les glandes lymphatiques, celles surtout qui avoisinent les bronches, le thymus, les surrénales, etc. On ne doit appeler ainsi qu’un corps d’oii s’écoule, par un ou plusieurs conduits, un fluide que ce corps sépare du sang qu’il reçoit par les vais- seaux qui s’y rendent. i°. A la tête, les salivaires, la lacrymale, les glandes deMéibomius, l’amygdale, les cérumineuses de l’oreille ; 2Q. les mamelles sur la poitrine; 3°. dans le ventre, le foie, le pancréas, les reins; 40. au bassin , la prostate et le testicule; 5°. dans tout le tronc et à la face, l’ensemble très-nombreux des glandes muqueuses : voilà à peu près ce qui dé- 570 SYSTÈME pend du système glanduleux ; tous les autres organes qui lui appartiennent par ce nom, lui sont étrangers sous le rapport de leur texture, de leurs propriétés, de leur vie et de leurs fonctions. Sous ce point de vue, la division de Vicq-d’Azyr est inexacte. Les membres ne contiennent rien qui appartienne n ce système, sans doute parce que les fluides qu'il sépare servent presque tous aux fonctions organi- ques, tandis que tout est relatif aux fonctions ani- males dans les membres. ARTICLE PREMIER. Situation, Formes, Division, etc., du Système glanduleux• X-iEs glandes ont deux positions différentes. Les unes sont soucutanées, comme les mamelles, les sali- vaires, etc.; les autres profondément situées, comme le foie, les reins, le pancréas, et presque toutes les muqueuses, sont très-éloignées de l’action des corps extérieurs. Le plus grand nombre occupe des endroits où s’exerce habituellement beaucoup de mouvement, comme les salivaires à cause de la mâchoire, les muqueuses à cause du plan charnu voisin, le foie à cause du diaphragme, etc C’est ce qui a lait croire que ce mouvement extérieur à leurs fonctions, étoit destiné à déterminer l’excrétion de leurs fluides. Mais, i°. lesglandesdela voûte palatine, le pancréas, les testicules, les reins même, ne peuvent gnèi e em- prunter des secours accessoires, à cause de leur po- sition. 2°. On sait que la vue seule d’un inet agréabta GLANDULEUX. fait couler la salive. 3°. Les sialagogues produisent le même effet. 4°* Lorsque la vessie est paralytique, les sucs muqueuxy pleuvent comme auparavant, sou- vent même plus abondamment. 5°. La semence coule involontairement. 6°. L’excrétion des sucs muqueux est aussi facile dans la pituitaire que par-tout ailleurs, quoique le plan charnu, presque par-tout répandu sous le système muqueux, manque absolument ici, etc., etc. Mille autres faits analogues prouvent cette vérité mise hors de doute par Bordeu , savoir, que l’action vitale est la cause essentielle de toute excrétion. 11 ne faut pas cependant rejeter entièrement les secours accessoires. En effet, dans les fistules sali- vaires, le malade rend manifestement plus de fluide pendant lamasticatioreque dans tout autre temps. Il estévident que dans l’excrétion de l’urine,les muscles abdominaux jouent le principal rôle. Lorsque la vési- cule du fiel se vide, je crois que les mouvemens voi- sins y sont pour beaucoup. En général, toutes les fois que les fluides se trouvent en masses un peu con- sidérables, si les parois des organes qui les contien- nent ne sont pas très fortes, comme celles du cœur, les mouvemens des organes voisins sont nécessaires pour surmonter la résistance qu’elles offrent. Au con- traire , dans les vaisseaux capillaires où les fluides sont en masses très-petites , l’organe qui les contient suffit par sa réaction , pour le mouvement. Il est des glandes impaires, comme le foie, Io pancréas, etc.; d’autres sont paires, comme les reins, les salivaires, les lacrymales, etc. Celles-ci se ressem- blent en général de l’un et l’autre côlés ; mais leur SYSTÈME ressemblance n’est jamais comparable pour sa préci- sion, à celle des organes pairs de la vie animale. L’un des reins est plus bas que l’autre; leurs artères, leurs veines et leursnerfs ne sont analogues ni par la lon- gueur, ni parle volume; souvent diverses scissures existent sur l’un et manquent à l’autre, etc. Même observation dans les salivaires. En général, les formes glanduleuses ne sont point arrêtées d’une manière fixe et invariable; elles pré- sentent mille modifications diverses dans leur vo- lume, leur direction et leurs proportions diverses; jamais elles n’ont la conformation précise et rigou- reuse des organes de la vie animale. Ce fait est incon- testable ppur qui a vu un certain nombre de cada- vres. Voici un moyen par lequel je l’ai mis dans la plus grande évidence. On ssrit que les organes va- rient beaucoup en grosseur, suivant les différens individus : or , dans ces variétés les proportions sont toujours rigoureusement gardées dans la vie animale, tandis qu’il est rare qu’on les observe dans la vie orga- nique. Prenons un organe pour exemple dans cha- cune des deux vies. J’ai toujours vu que dans un cerveau petit, les corps calleux, les couches des nerfs optiques, les corps cannelés, etc., sont proportionnés au volume total del’organe. Au contraire, rien déplus commun que de voir un lobe de Spigel volumineux avec un petit foie, et réciproquement un gros foie avec un petit lobe. Il n’est aucun anatomiste quin’ait eu occasion de faire fréquemment cette remarqua- ble observation. Unrein est plus volumineux, tantôt par sa partie supérieure, tantôt par f inférieure, etc. C’est sur l’ensemble de l’organe que portent ces va* xi et es de volume dans la vie animale ; souvent c'est sur ces parties isolées dans la vie organique. La rai- son me paroît en être que l’harmonie d’action est nécessaire , comme je l’ai démontré, pour les fonc- tions animales ; en sorte que si un côté du cerveau se développoit plus que l’autre côté , si un œil , une oreille,une pituitaire,etc., se prononçoient davantage que leurs organes correspondans , l’entendement, la vue, l’ouïe, l’odorat, etc., seroicnt inévitablement troublés; tandis que la secrétion delà bile, de l’u- rine,etc.,peuvent se faire également bien, quoiqu’une partie de ces glandes soit plus grosse ou plus petite que les autres parties. Dans ces variétés de formes , il est une remarque à faire pour les glandes, c’est que celles qu’enveloppe une membrane, comme le foie, le rein, le pan- créas même, y sont moins exposées que celles qui sont plongées dans le tissu cellulaire sans avoir au- tour d’elle une enveloppe membraneuse , comme les salivaires, les lacrymales, les muqueuses, etc. J’ai examiné souvent ces dernières dans la bouche et le long de la trachée-artère : jamais deux sujets ne se ressemblent. On sait que tantôt la parotide se pro- longe sur le masseter , et que tantôt elle le laisse à découvert, quelle descend plus ou moins sur le cou , qu’elle y est plus ou moins large , etc. Lorsqu’une glande paire manque ou devient ma- lade , quelquefois l’autre accroît considérablement de volume , comme je l’ai vu pour les reins. Lela arrive aussi dans le traitement par affaissement des fistules salivaires, traitement qui ne réussit pas toujours ce- pendant. Dans d’autres cas, la glancfc saine aug- GLANDULEUX. SYSTÈME mente son action et sépare plus de fluide sans accroî- tre en volume. L’extérieur des glandes non-revêtues de membra- nes, est inégal et bosselé : il répond à des muscles, à des vaisseaux, à des nerfs, etc., à des os même, comme la parotide qui est couchée sur la branche maxillaire. Moins de tissu cellulaire se trouve en général autour d’elles, qu’autour des organes à grand mouvement. Celui qui les touche immédiatement est plus dense, plus serré que celui des intervalles organiques. Il se rapproche beaucoup du tissu soumuqueux , de celui extérieur aux artères, aux veines, aux excréteurs, etc., tissu dont il n’a pas cependant la résistance. Il se charge difficilement de graisse , et forme une espèce de membrane qui, isolant jusqu’à un certain point la vitalité de la glande, remplit en grande partiesous ce rapport, les fonctions du péritoine autour du foie, de la membrane propre du rein, de la rate, etc. ARTICLE DEUXIÈME. Organisation du Système glanduleux• § 1er, Tissu propre à Y organisation de ce Système. Le tissu glanduleux est distinct de la plupart des autres, en ce que la disposition fibreuse lui est abso- lument étrangère. Les élémens qui le composent ne sont point* placés les uns à côté des autres, suivant des lignes longitudinales ou obliques, comme dans les muscles,, les corps fibreux, les os , les nerfs, etc. Ils se trouvent agglomérés, unis par du tissu cellu- GLANDULEUX. Iaire,et ne présentent qu’une très-foible adhérence. Aussi tandis que les organes à fibres distinctes ré- sistent beaucoup, surtout dans le sens de leurs fibres, ceux-ci se déchirent au moindre effort, et se rom- pent même avec facilité. Leur rupture est inégale, pleine de saillies et d’etifoncemens, différence qui les distingue du cartilage dont la rupture est en gé- nérale nette. Cotte rupture n’est pas aussi facile dans toutes les glandes. La prostate, l’amygdale , les mu- queuses , résistent beaucoup plus que le foie et les reins, qui offrent principalement ce phénomène. Le pancréas et les salivaires s’alongent bien un peu sans se rompre, lorsqu’on les distend ; mais ce n’est pas leur tissu qui est le siège de ce phénomène , c’est le tissu cellulaire abondant qui les pénètre : aussi leurs différens lobes s’écartent-ils alors, à proportion que les filamens qui leur sont intermédiaires, deviennent plus longs. Le tissu glanduleux qu’on appelle assez commu- nément parenchyme, est en général disposé de trois manières différentes. i°. Dans les salivaires, le pan- créas et la lacrymale, il y a des lobes isolés les uns des autres, séparés par beaucoup de tissu cellulaire, résultant de lobes plus petits et qui sont agglomérés entr’eux, composés encore de lobes eux-mêmes moin- dres, qu’on nomme grains glanduleux : le scalpel suit avec facilité, les première , seconde, troisième et même quatrième divisions. 2°. Dans le foie et le rein, on ne trouve aucune trace des premières de ces divi- sions, de celles en lobes principaux et même secon- daires. Les grains glanduleux tous juxta-posés, ayant entr’eux une égale quantité de tissu cellulaire, quantité SYSTÈME très-petite , comme nous le verrons, offrent un tissu uniforme sans inégalité , qui se rompt avec faci- lité, comme je l’ai dit, et dont la rupture présente des espèces de granulations.3°. La prostate, l’amyg- dale, toutes l.es muqueuses, offrent un parenchyme mou, comme pulpeux, sans apparence, ni de lobes principaux ou secondaires, ni mêmede grains glan- duleux, ne se cassent point, cédant beaucoup plus sous le doigt qui les comprime, que celui des autres glandes. Le simple aspect du système glanduleux suffiL pour saisir la triple différence que je viens d’in- diquer, et qui est essentielle. Les testicules et les mamelles ont une texture particulière, qui ne peut se rapporter à ces différences. Les auteurs se sont beaucoupoccupés delà structure intimedesglandes.Malpighy y a admis de petits corps qu’il a crus formés d’une nature particulière. Ruisch a établi qu’elles étoient toutes vasculaires. ISégligeons toutes ces questions oiseuses, ou l’inspection ni l’expé- rience ne peuvent nous guider. Commençons à étudier l’anatomie là où les organes commencent à tomber sous nos sens. La marche rigoureuse des sciences dans ce siècle ne s’accommode point de toutes ces hypo- thèses, qui ne faisoient qu’un roman frivole de l’ana- tomie générale et de la physiologie dans le siècle passé. 11 est hors de doute que les excréteurs communi- quent avec les artères qui pénètrent les glandes. Les injections faites dans celles-ci s’échappent avec une extrême facilité par les premiers, sans qu’il y ait au- cune trace d’extravasation dans la glande. Le sang coule souvent en nature par les excréteurs, et déter- mine tantôt les pissemens sanguinolens, tantôt une GLANDULEUX. salivation rougeâtre, etc.Mais ces faits prouvent-ils qu’il nya que des vaisseaux dans les glandes, que le parenchyme particulier dont elles résultent ne dépend pas d’une matière qui leur est propre ? Les glandes, comme tous les autres organes, comme les muscles, les os, les membranes muqueuses , etc., ont leur tissu qui les caractérise spécialement, qui n’appartient qu’à elles, tissu dans lequel les artères communiquent,et avec les veines , et avec les excréteurs. Ne poussons pas nos recherches au-delà j nous nous engagerions inévitablement dans la voie des conjectures. Bornons- nous à examiner quels phénomènes distinguent ce tissu detouslesautres,lorsqu’onle soumet aux différons réac- tifs. C’ est déjà beaucoup que de connoîtreles attributs caractéristiques du système glanduleux, sans chercher quelle en est lanaîureintime, nature qu’un voile épais recouvre , ainsi que celle de tous les autres systèmes. Séché à l’air après avoir été coupé par tranches, le parenchyme glanduleux perd sa couleur primitive , prend une teinte foncée, noirâtre même dans le foie et dans le rein, où il la doit spécialement au sang qui pénètre ces glandes, puisque si on les fait sécher après les en avoir privées par de lotions répétées, elles res- tent grisâtres après leur dessiccation. Aucun système ne devient plus dur et plus cassant que celui-ci dans cette préparation. Il diminue alors moins de volume que la plupart des autres. Quand on le replonge dans 1 eau ainsi desséché, il se ramollit, reprend en partie son aspect primitif, et sa tendance à la putréfaction, qui s’en empare tout de suite si on le laisse a l’air nu. Exposé à l’air de manière à ce qu’il ne se dessèche pas, le tissu glanduleux se putréfie très-promptement > SYSTÈME donne une odeur plus infecte que la plupart des autres. Plus d’ammoniaque paroît s’en dégager. C’est surtout le foie qui produit une odeur insuppor- table dans sa putréfaction. Je ne connois aucun or- gane qui, conservé dans un bocal plein d’eau pour le faire macérer, laisse échapper des émanations plus désagréables. Le rein est bien moins prompt dans sa putréfaction ; ce qui varie un peu cependant. Lors de sa coction , le tissu glanduleux fournit dans les premiers momens de l’ébullition , une grande quantité de substance grisâtre, qui se mêle d’a- bord exactement à toute l’eau qu’elle trouble, puis se ramasse en écume abondante â la superficie de ce fluide. C’est ce tissu, le charnu , le muqueux et le cellulaire,qui donnent le plus d’écume en bouillant, comme c’est le cartilagineux, le tendineux, l’apo- névrotique , le fibro-cartilagineux , etc., qui en don- nent le moins. 11 ne faut pas croire, au reste, que ce premier produit de la coction soit uniforme dans sa nature : il varie dans chaque système, en qualité comme en quantité. Au moins j’ai observé que sou apparence n’est jamais la même, qu’il n’a de constant que son état mousseux , qui encore varie beaucoup, qui même est presque toujours nul dans le système muqueux, etc. Le bouillon qui résulte de la coction est ici très- chargé en couleur, et paroît contenir beaucoup plus de principes que celui fait avec les organes blancs. Ce seroit un objet bien curieux de recherches, que l’ana- lyse exacte des bouillons que donne chaque système. J’ai trouvé que dans presque tous l’apparence, la saveur et la couleur étoient différentes. GLANDULEUX. Les glandes éprouvent en cuisant un phénomène qui les distingue spécialement. Elles durcissent à 1 ins- tant delà premièreébulli lion, et se racornissent d’abord comme tous les autres systèmes; mais tandis que la plupart de ceux-ci se ramollissent de nouveau par une coction long-temps continuée, au point même de de- venir pulpeux, les-glandes vont toujours en durcis- sant davantage , en sorte qu’après cinq ou six heures d’ébullition, elles ont une dureté triple, quadruple même de celle qui leur est naturelle. J’ai fait très- souvent cette expérience, qui du reste est très-çonnue dans nos cuisines, où lorsqu’on emploie une glande, on a soin de ne pas trop faire durer sa coction. Le rein du bœuf finit par se ramollir; ceux du mouton et de l’homme restent durs pendant beaucoup plus long-temps. Us se ramollissent cependant plus que le tissu du foie, qui est de toutes les glandes celle qui présente l’endurcissement au degré le plus marqué. Un autre phénomène qui distingue spécialement l’ébullition du système glanduleux, c’est que lors- qu’on le retire à l’instant où il vient d’éprouver le racornissement subit, commun à presque tous les so- lides animaux plongés dans l’eau bouillante il n’a point, comme les autres, acquis de l’élasticité. Tirez en sens opposé un tendon, une membrane séreuse ou muqueuse,un muscle racornis, etc.,ils s’alongent, et reviennent ensuite sur eux-mêmes d’une manière subite, à l’instant où l’extension cesse : au contraire, une tranche de foie devenue racornie, se rompt quand on la distend , et jamais ne revient sur elle-même. Le tissu de la prostate paroit plus susceptible de prendre alors un peu d’élasticité. La dispositionrion- fibreuse des glandes paroît influer beaucoup sur ce phénomène. Exposé à l’action subite d’uti feu nu très - vif, comme dans le rôtissage, le tissu du foie et des autres glandes se crispe et se resserre à l’extérieur. Il en ré- sulte à la surface une espèce d’enveloppe imperméable en partie aux sucs contenus dans l’organe, qui de cette manière cuit dans ces sucs qui le ramollissent intérieurement. Ce phénomène est du reste commun à tous les solides. Voilà pourquoi on a le soin d’ex- poser d’abord le rôti, soit musculaire, soit glandu- leux, à l’action d’un feu très-vif ; ensuite lorsque le racornissement de sa surface a été produit, on le di- minue, et l’organe cuit à petit feu, comme on dit. Mises dans l’eau en macération, les glandes cèdent diversement à son action. Le foie y résiste plus que lereinqui,au bout de deux mois d’expériences faites dans des vaisseaux placés dans des caves, a été ré- duit en une bouillie rougeâtre nageant dans l’eau : tandis que le premier conservoit à la même époque et un peu plus tard,sa forme,sa densité, et avoit seu- lement changé sa couleur rouge en un brun bleuâtre , caractère opposé à celui du rein, qui reste dans la ma- cération tel qu’il est. Les salivaires contiennent beau- coup de cette substance blanchâtre, onctueuse et assez dure, que présentent toutes les parties celluleuses long-temps macérées.Ce n’est pas le tissu glanduleux qui a changé , mais uniquement la graisse contenue dans la cellulosité ici très-abondante. Les acides agissent à peu près sur le tissu glandu- leux, comme sur tous les autres. Ils le réduisent en une pulpe qui varie dans sa couleur , dans la promp- SYSTÈME GLANDULEUX. 581 titude de sa formation, suivant celui qu’on emploie. Le sulfurique est constamment le plus efficace pour produire cette pulpe qu’il noircit , tandis que le nitrique la jaunit. Dans l’etat de coction, tous les acides agissent beaucoup plus difficilement sur le tissu glanduleux que dans l’état de crudité. Mes essais m’ont même prouvé que peu de systèmes offrent cette différence d’une manière plus remarquable. Les glandes sont un aliment moins digestible en général.que beaucoup d’autres substances animales, surtout dans l’état de coction, lequel produit sur elles, sous ce rapport, un effet tout opposé à celui qu’il détermine sur les cartilages, sur les tendons et sur tous les organes fibreux, qui par lui perdent leur densité, deviennent mous, gélatineux, visqueux même, et sont plutôt dissous par le suc gastrique. Je crois en général que nous digérerions beaucoup mieux les glandes en les mangeant crues. Tout le monde sait que plus le foie est cuit, plus il est indigeste. Cela m’a engagé à faire une expérience comparative sur cet organe cuit et cru : déjà une portion restée dans le second état etoit réduite en pulpe dans l’esto- mac d’un chien, que l’autre portion avalée en même temps dans le premier état commençoit seulement à s’altérer. Des Excréteurs, de leur Origine, de leurs Divisions , etc. Des Réservoirs glanduleux. Toutes les glandes ont des conduits destines à re- jeter au dehors le fluide qu’elles séparent de la masse du sang : or comme ils ne se trouvent que dans les glandes, on doit les considérer avec le tissu propre de- SYSTEM E ccs organes. L’origine de ces conduits est uniforme dans toutes les glandes. Ils naissent, comme les veines, par une infinité de capillaires , qui forment les der- nières ramifications d’une espèce d’arbre. Ces rami- fications paroissent commencer à chaque grain glan- duleux , là où ces grains existent ; en sorte que pour chacun , il y en a une , une artère et une veine. Nés ainsi de tout l’intérieur de la glande, ces conduits se réunissent bientôt les uns aux autres , et forment des conduits plus considérables, lesquels traversent ordinairement en ligne droite le tissu glanduleux, convergent les uns vers les autres, se réunissent à d’autres conduits encore plus gros, se terminent dif- féremment. Sous le rapport de cette terminaison, il faut distin- guer les glandes en trois classes. i°. Les unes trans- mettent leurs fluides par plusieurs conduits, dont chacun est 1 assemblage de conduits plus petits, s’ou- vrant les uns à côté des autres, mais tous exactement distincts, et sans communication. Tantôt à l’endroit oit se terminent ces conduits, on remarque une saillie plus ou moins marquée , comme au sein , comme encore à la prostaLe, dont le vérumontanum est une espèce de mamelon. Tantôt c’est une dépression , une sorte de cul-de-sac qui se trouve à l'endroit des orifices, comme dans l’amygdale,sur lalangue au trou borgne, etc. Quelquefois la surface où s’ouvrent les conduitsdivers d’une glande,est lisse etégale,comme pour ceux de la glande lacrymale , de la sublinguale , de presque toutes les muqueuses, etc. 2°. D’autres glandes versent leur fluide par un seul conduit, comme les parotides, le pancréas, les sublingua- les, etc. Cette disposition n’est qu’une modification de la précédente : là où s’ouvre le conduit, on ne distingue ordinairement aucune inégalité, la surface est lisse. 3°, Il est des glandes qui , avant de rejeter leur fluide au dehors par leur excréteur , le déposent un certain temps dans un réservoir où il séjourne pour être ensuite expulsé: tels sont les reins, le foie, le testicule, etc. Il y a toujours ici deux excréteurs , l’un qui va de la glande au réservoir, l’autre du réservoir au dehors. Ces réservoirs font évidemment système avec leur conduit excréteur. Quoique la première et la seconde espèce de glandes n’aient point de réservoir, cependant on peut jusqu’à un certain point considérer comme tels , les diverses ramifications de leurs excréteurs. En effet, ces rami- fications, ainsi que celles des excréteurs des glandes à réservoir, sont habituellement pleines du fluide qui est secrété dans ces organes. Quelle qu’ait été l’es- pèce de mort, on fait suinter toujours le fluide pros- tatique en comprimant la glande; souvent même j’ai déterminé par compression un jet très-sensible. Les mamelons du rein versent aussi constamment l’u- rine par pression. Le foie coupé par tranches laisse échapper des divisions de l’hépatique la bile en na- ture. La semence se rencontre constamment dans les tortuosités du conduit déférent. Les vaisseaux lacti- lères gardent le lait dans leur cavité, jusqu’à ce qu’il soit évacué, et même il n’a pas d’autre réservoir. Le volume plus ou moins considérable du sein pendant la lactation, ne dépend que du plus ou du moins de plénitude de ces vaisseaux, etc. C’est même à cette circonstance qu’il faut rapporter le goût particulier GLANDULEUX. 583 SYSTÈME de chaque tissu glanduleux , qui emprunte toujours quelques particules sapides du fluide qu’il sépare. Ou sait que le rein a constamment une odeur urineuse, surtout dans les animaux un peu vieux, etc. C’est k cela aussi que je rapporte la différence de putréfac- tion que j’ai observée entre cet organe et le foie. On sait que la bile subit plutôt la fermentation putride que l’urine; celle-ci, lorsqu’elle est très-acide, peut même préserver jusqu’à un certain point de la putré- faction : or exposez-y comparativement le foie et le rein, celui-ci sera presque toujours le dernier à pour- rir , comme je l’ai dit. II paroit en général que le trajet des fluides dans les excréteurs est beaucoup moins rapide que celui du sangdansles veines , et mêmeque celui de la lymphe dans les absorbans; cela est même mishorsdedoute par les considérations suivantes. L’urine coule conti- nuellement parles uretères, comme les fistules aux lombes le prouvent manifestement : or, pendant le temps où la vessie se remplit parcet écoulement non- interrompu, il couleroit, par une veine égale à l’ure- tère en diamètre, une quantité de sang dix fois plus grande, et par le canal thorachique bien plus de lym- phe. Cependant cette rapidité de mouvement est su- jette à beaucoup de variétés : dans la rémittence des glandes, elle est deux fois moindre que dans leur période d’activité; les fistules salivaires en sont une preuve. On sait combien les uretères transmettent promptement l’urine de la boisson > etc. GLANDULEUX. 585 Volume, Direction , Terminaison des Excré- teurs. Le volume des excréteurs varie. i°. Ceux qui sor- tent en certain nombre d une même glande, sont très- petits, souvent même à peine perceptibles. Ils par- courent communément leur trajet en ligne droite, n ont entr’eux aucune anastomose, etts’ouvrent tout desuite en sortant de la glande. 2°. Ceux qui sont uniques , sont plus gros , toujours proportionnés au volume de leur glande, excepté cependant l’hépatique qui est manifestement très-petit en comparaison de la sienne. Ils parcourent leur trajet hors de leur glande,, naissentdeconduitsaussigrosquelesont ceuxdes pré- cédentes; en sorte que si un tronc unique naissoit des excréteurs isolés de celles-ci, elles ressembleroient en tout aux autres. Elles n’en diffèrent qu’en ce que leurs excréteurs secondaires s’ouvrent tout de suite à leur surface, au lieu qu’ils se réunissent en un tronc commun dans les autres. Le pancréas est le seul où ce tronc commun marche caché dans la glande même. 11 n’y a que dans le testicule où il décrit des tortuo- sités, et où , à cause de cela, il est plus long que le trajet qu’il parcourt. Quelle que soit leur disposition, les excréteurs ver- sent tout leur fluideoù à rextérieur, comme l’urètre et les uretères, les lactifères, les conduits des glandes sébacées, etc.; ou à l'intérieur des membranes mu- queuses, comme les excréteurs muqueux, salivaires, pancréatique, prostatique et hépatique. Les deux surfaces cutanée et muqueuse sont donc les seules où se terminent les excréteurs, les seules que leurs SYSTEME fluides humectent. Jamais on ne voit ces conduits s’ouvrir sur les surfaces séreuses ou synoviales. Les excréteurs des prétendues glandes articulaires se- raient, s’ils existaient, une exception aux lois de l’or- ganisation générale. Jamais les excréteurs ne s’ou- Yrent dans le tissu cellulaire : si cela arrive acciden- tellement, ou des dépôts surviennent par l’irritation qui en résulte, comme dans les fistules urinaires, ou des callosités se forment dans le trajet du fluide excrété, et garantissent ainsi le système cellulaire d’une infiltration funeste. D’après cela, on doit considérer le tube muqueux des intestins comme une espèce d’excréteur général ajouté aux excréteurs hépatique, pancréatique, etc., et qui rejette en masse au dehors tous les fluides qui sont isolément versés par ces conduits dans son intérieur. En effet, tous les fluides secrétés parois- sent, comme je l’ai dit, être destine’sà sortir du corps. Séparés de la masse du sang, ils lui sont hétérogènes, et n’y entrent point dans l’état naturel. Quoique con- tenus encore dans les cavités à surfaces muqueuses , on peut les considérer vraiment comme hors de nos parties. En effet, cessurfacessont de véritables tégu- mens intérieurs , destinés à garantir les organes du contact des substances qu elles contiennent, contact qui leur seroit inévitablement funeste. Pxemarques sur les Fluides secrétés. La dcstinationdesfluidessecrétésàsortirau dehors, destination qui est incontestable dans l’urine, dans îa bile qui colorelesexcrémens, dans la salive, etc., m’a fait croire pendant long temps que l’introduction de ces GLANDULEU X. fluides clans le système sanguin, devoit produire les accidens les plus- funestes. J’ètois d’ailleurs fondé, i°.sur mes expériences, où j’ai toujours vu, commeje l’ai dit, l’urine, la bile, etc., injectées dans le tissu cellulaire, n’être point absorbées', mais occasionner des dépôts; 2°. sur les infiltrations accidentelles de l’urine dans les environs de la vessie, d’ou naissent toujours des dépôts; 3°. sur les suites funestes de l’épanchement de ce fluide dans le péritoine lors de la taille au haut appareil, de la bile sur la même sur- face dans certaines plaies pénétrantes, double cir- constance où ces fluides ne rentrent jamais dans le sang par voie d’absorption, comme la sérosité péri- tonéale, mais occasionnent presque toujours la mort; 4°. sur une expérience où j’avois vu périr un chien peu après l’injection de l’urine dans la jugulaire. Toutes ces considérations m’avoient fait soupçonner que réintroduits dans la masse du sang, les fluides secrétés étoient toujours mortels au bout d’un cer- tain temps, et que , comme l’ont cru des médecins dont l’opinion est d’un grand poids, tout ce qu’on dit de la bile épanchée dans le sang dans les maladies bilieuses, n’est qu’une suite d’idées vagues dont rien ne prouve la réalité. Cependant l’intérêt de cette question, pour les théories médicales, m’a engagé à la résoudre parles expériences, d’une manière qui ne laissât aucun doute. J’ai donc injecté par la veine jugulaire de plusieurs chiens, de la bile prise dans la vésicule d’autres chiens que j’ouvrois en même temps. Pendant les premiers joursils étoient fatigués, ne mangeoient point, étoient très-altérés, avoient les yeux ternes, restoient cou- 588 S Y S T È M E chés; mais après un certain temps, ils reprenoient peu à peu leur vigueur primitive. Je me suis servi ensuite pour ces expe'riences de la bile humaine ; elles ont eu fe même résultat, excepté que dans plusieurs circonstances l’animal éprouvoit des hoquets et des vomissemens quelque temps après l’injection. Une seule fois le chien est mort trois heures après l’expé- rience; mais c’est que j’avois employé ce fluide d’un noir extrêmement foncé, qu’on trouve quelquefois dans la vésicule au lieu de bile , qui a l’apparence d’une encre épaisse, et qui paroît être pour beau- coup dans les vomissemens de matière noire qu’on rend en certains cas. Ces premières expériences m’ont engagé à en ten- ter de nouvelles avec la salive : j’en ai obtenu le même résultat; seulement l’état de langueur qui a succédé à l’injection a été moins sensible. J’ai ensuite em- ployé le mucus nasal suspendu dans une suffisante quantité d’eau , car il ne s’y dissout presque pas. Enfin l’urine elle-même a été injectée plusieurs fois, non celle de la boisson qui n’est qu’aqueuse, mais celle de la coction. Les chiens ont été plus malades , mais ne sont point morts, excepté un qui a péri au septième jour dans cette dernière expérience. Je l’ai répétée plusieurs fois, à cause de celle que j’avois faite il y a trois ans; le même résul at a toujours eu Jieu, ce qui m’a fait présumer que peu habitué en- core alors aux expériences, j’aurai par mégarde in- troduit une bulle d’air avec la seringue, ce qui aura produit la mort de l’animal. Voilà donc une question évidemment résolue par 1*expérience. Les fluides secrétés, quoique destinés à être rejetés au dehors dans l’état naturel, peuvent rentrer dans le torrent circulatoire, sans causer la mort de l’animal qui en ressent seulement un trouble plus ou moins grand, suivant la nature du fluide in- jecté. D’après cela, que la bile circule ou non avec le sang dans les fièvres bilieuses, c’est ce que je n’examine point; mais certainement elle peut y cir- culer après avoir été absorbée dans ses canaux. Je ne doute pas que dans les résorptions purulentes, le pus ne circule en nature dans le système sanguin ; j’avoue que je n’ai point fait d’expérience sur l’injection de ce fluide, mais je m’en occuperai incessamment. Nous exagérons tout. Sans doute les-solides aux- quels les forces vitales sont surtout inhérentes, se trouvent spécialement affectés dans les maladies; mais pourquoi les fluides nele seroient-ils pas aussi ? Pour- quoi n’y chercherions-nous pas des causes de maladies comme dans les solides? Il est des cas ou ceux-ci sont primitivement af- fectés, et ou les fluides nele sont que consécutive- ment : ainsi dans le cancer, dans les affections du foie, de la rate, etc., dans la plupart des lésions or- ganiques, les diverses nuances jaunâtres, grisâtres, brunâtres, verdâtres même, etc., qui se répandent sur la face, sont un indice des altérations consécu- tives que les fluides ont éprouvées dans leur couleur, et par conséquent dans leur nature. Dans d’autres cas, l’affection commence par ceux- ci; comme quand le venin de la vipère est introduit dans le sang, comme dans les résorptions du pus des dépôts, extérieurs, de celui des foyers des phthisies, comme dans l’absorption des divers prin- GLANDULEUX. SYSTÈME cipes contagieux. 1! est hors de doute que les diverses substances qui peuvent s’introduire avec le çhyle dans le sang, sont la cause de diverses maladies. 3N’est-ce pas le sang qui porte au cerveau les prin- cipes narcotiques qui font dormir? n’est-ce pas lui qui porte aux reins la térébenthine et les cantharides, aux salivaires le mercure, etc.? Injectez dans les veines de l’opium, du vin, etc., vous assoupirez l’ani- mal comme si vous les lui donniez par la digestion. On s’est beaucoup occupé dans un temps des in- fusions médicamenteuses dans les veines vivons. Onfaisoil circuler par ces infusions des pur- gatifs, des émétiques, et mille autres substancesétran- gères dont le sang supportoit le contact, sans causer d’autresaccidensà l’animal que celui des vomissemens et des évacuations alvines si c’étoient des purgatifs ou des émétiques, et un trouble général plus ou moins grand si c’étoient d’autres substances étrangères qui n’eussent d’affinité avec aucun organe déterminé. Les caustiques,comme l’acide ni trique, le sulfurique et autres substances très-irritantes, ont seuls causé la mort dans ces curieuses expériences dont Haller a présenté le tableau, et qui prouvent que diverses substances absolument hétérogènes au sang peuvent y circuler, qu’il est un torrent commun où se meu- vent confondus une foule de principes différens les uns des autres, mais qui ne doivent pas toujours être essentiellement les mêmes. On a négligé dans ces ex- périences la partie la plus importante, celle de l’in- fusion des diversfluidesanimaux, des fluidessecrétés en particulier, et plus encore des fluides produits acci- dentellement dans les maladies. Je pense que les dif- GLANDULEUX. ferentes résorptions pourront être très-éclairées par l’infusion des diverses espèces de pus, de sanie, etc. Mais nous avons déjà assez de faits pour assurer que les fluides et surtout le sang , peuvent être malades; que diverses substances hétérogènes se mêlant à lui, peuvent agir d’une manière funeste sur les solides. En effet, toute matière âcre, irritante sans être mor- telle, précipite l’action du cœur, et donne une ve'ri- tabîe fièvre si on l’injecte dans les veines. Dans tous ces cas , il faut bien toujours que les solides agissent; car tous les phénomènes maladifs supposent presque leurs altérations, mais le principe de ces altérations est dans les fluides. Ils sont les excitans, elles solides les organes excités. Or, s’il rfy a point d’excitans, l’excitation est nulle, et les solides restent calmes. Enfin il est des cas où toute l’économie semble simultanément affectée et dans ses solides et dans ses fluides: telles sont les fièvres adynamiques , où en même temps qu’une prostration générale s’empare des premiers , les seconds semblent véritablement se décomposer. N’exagérons donc point les théories médicales ; voyons la nature dans les maladies, comme elle est dans l’état de santé où les solides élaborent les fluides, en même temps et par là même qu’ils sont excités par eux. C’est un commerce réciproque d’action, où tout se succède, s’enchaîne et se lie. N os abstractions n* exis- tent presque jamais dans la nature. Nous adoptons ordinairement un certain nombre de principes géné- raux en médecine, et nous nous habituons ensuite à déduire de ces principes, comme des conséquences nécessaires, toutes les explications des maladies. Il y a dans les phénomènes physiques une régularité, une uniformité qui ne se trahissent jamais. Dans la morale même, il est un certain nombre de principes avoués de tous les hommes, qui les dirigent et qui règlent leurs actions : de là une uniformité constante dans notre manière d’envisager les phénomènes mo- raux et physiques; delà ,'habitude de partir toujours des mêmes principes en raisonnant sur eux. Nous avons transporté cette habitude dans l’étude de l’é- conomie vivante , sans considérer qu’elle varie sans cesse ses phénomènes, que dans la même circonstance ils ne sont presque jamais les mêmes, qu’ils s’exaltent et diminuent sans cesse, et prennent mille modi- fications diverses. La nature semble à tout instant bizarre, capricieuse, inconséquente dans leur pro- duction, parce que l’essence des lois qui président à ces phénomènes , n’est point la même que celle des lois physiques. Je remarque que les expériences dont je viens d’indiquer le résultat pour les fluides excrétés, con- trastent avec celles que j’ai publiées l’an dernier,et dans lesquelles ces mêmes fluides ont été toujours mortels à l’instant ou on les poussoit du coté du cerveau par la carotide. C’est là un phénomène général à tous les fluides irri tans, soit tirés de l’économie, soit étrangers; ils frappent de mort dès qu’ils parviennent à l’organe cérébral, sans avoir subi d’altération et par une injec- tion immédiate, tandisqu’on peut les injecter impuné- ment dans les veines, comme l’ont prouvé les expé- riences des médecins du siècle passé. On peut même sans danger, comme je l’ai observé , les introduire dans le système artériel, du côté opposé au cerveau, SYSTÈME comme dans la crurale, par exemple. Les fluides mêlés au sang noir se débarrassent-ils de quelques principes , par la respiration, avant d’arriver au cer- veau , ou bien le phénomène précédent tient-il à d’autres causes ? Je l’ignore. J’observe seulement que tout ce qui n’est pas sang artériel, le sang noir et la sérosité même, fait périr quand on le pousse par la carotide. L'eau seule est impunément injectée. Quand les principes irritans sont très-délayés dans ce iluide , leur contact est moins funeste. J’ai vu l’u- rine peu colorée ne pas produire la mort. GliANDUIitîUX. Structure des Excréteurs. Tous les excréteurs ont une membrane intérieure qui est muqueuse, laquelle est une continuation des surfaces muqueuse ou cutanée, sur lesquelles ils se terminent. Mais outre cela, tous présentent une enveloppe extérieure qui forme comme l’écorce de ce canal muqueux. Cette écorce est très-épaisse dans le conduit déférent, où elle présente une texture peu connue. Dans l’urètre elle est de naturespongieuse et aréolaire , remplie de beaucoup’de sang , et analogue au gland qui en est une continuation. Dans les ure- tères, dans les conduits hépatique, salivaires, etc., c’est ce tissu cellulaire extrêmement dense et serré dont nous avons parlé , qui par sa texture , se rap- proche de celle du tissu cellulaire artériel, veineux , etc., et qui diffère essentiellement du tissu cellulaire ordinaire, comme de l’intermuscülaire, etc. Il ne pa- roit pas qu’il y ait dans ces conduits de membrane différente dece tissu dense et delà surface muqueuse. Chaque excréteur a ses vaisseaux. Les uretères re- SYSTÈME coivent manifestement des branches artérielles , des rénales, des spermatiques , etc., etc. L’hépatique en donne au conduit cholédoque; la transversale de la face au conduit de Stenon, etc., etc. Divers nerfs venant des ganglions accompagnent les artères et les veines correspondantes. Cependant j’ai constamment observé que jamais il n’y a autour de ces conduits, un plexus aussi marqué qu’autour de la plupart des artères.. Les excréteurs ont principalement les propriétés vitales du système muqueux qui les forme en grande partie. Leurs sympathies sont aussi â peu près de même nature. § II. Parties communes à V Organisation du Système glanduleux. Tissu cellulaire. Les glandes different beaucoup par le tissu cel- lulaire qui entre dans leur structure. On peut même en faire deux classes sous ce rapport. Dans toutes les salivaires, dans le pancréas, dans la lacrymale , dans toutes les glandes à parenchyme granulé et blanchâtre, il est très-abondant. Chaque corps glanduleux est divisé en lobes très-distincte- ment isolés par des rainures que remplit ce tissu , et qui déterminent la forme bosselée à l’extérieur de cette espèce de glande : non-seulement chaque lobe, mais encore chaque lobule, chaque grain glandu- leux même , a aussi pour limite le tissu cellulaire. Sous ce rapport , cette sorte de glandes est vérita- blement un assemblage de petits corps distincts , qui, isolés les uns des autres rempliroient aussi bien leurs fonctions. C'est ce qu’on voit aux parotides, où di- verses glandes accessoires se rencontrent souvent sur le trajet du canal de Stenon, et sont parfaitement indépendantes de la glande principale. Tantôt il y a continuité, tantôt isolement entre la soumaxillaire et la sublinguale, etc. Le tissu cellulaire est sou- vent chargé de beaucoup de graisse dans celte espèce de glande. Cela est remarquable surtout dans le sein , dont le volume tient tantôt au tissu glanduleux, comme dans les jeunes personnes ou ce tissu pré- domine sur la graisse , tantôt à la prédominance de ce fluide, comme on le voit au-delà de la quaran- tième année, lorsque celte glande conserve un volume considérable. Le tact reconnoît aisément la diffé- rence par la mollesse et la flaccidité de l’organe dans le second cas, par sa résistance et sa fermeté dans le premier. Souvent dans l’âge de la puberté, c’est aussi le tissu cellulaire graisseux qui augmente le volume de cet organe. Voilà comment d’une mamelle très- grosse jaillit souvent peu de lait, tandis que d’une plus petite s’en écoule beaucoup. Dans les sensations voluptueuses que nous éprouvons à la vue de cet or- gane, nous distinguons très-bien, sans le savoir, le sein dont la*saillie est réelle, d’avec celui où elle n’est que fictive, et où la graisse soulève seulement la peau de la mamelle. Il est rare que dans les sali- vaires, le pancréas, etc., le tissu cellulaire prédomine autant, que la graisse sy accumule surtout en quan- tité aussi considérable. J’ai vu cependant des cas où la parotide ressembloit à un muscie graisseux ; mais il n’y avoit point augmentation de volume. GtANDULEUX, 596 Dans le testicule dont les portions parenchyma- teuses sont isolées comme dans les précédentes, il n’y a point de tissu cellulaire pour moyen d’union. On trouve entre chaque grain des espèces de fils qui pa- roissentêtre des excréteurs, et non de véritables lames celluleuses. Dans les glandes à parenchyme serré, comme le foie, le rein, la prostate, les muqueuses, etc., etc., il y a très-peu de tissu cellulaire : en les déchirant en divers sens, elles se rompent sans montrer des lames intermédiaires. Jamais on ne trouve de graisse accu- mulée dans leur parenchyme. L’état graisseux du foie qui arrive dans une foule de maladies, et qui n’est point, comme on l’a cru, une affection essentielle- ment concomitante des phthisies ,offre un phénomène tout différent du sein et des salivaires devenus grais- seux. La graisse entre alors comme élément dans la texture de l’organe; elle est à son égard, ce qu’étoit sa substance colorante, qu’elle a pour ainsi dire remplacée : elle ne se trouve point dans des cel- lules. Du reste on peut l’extraire par l’ébullition, et j’ai observé qu’il ennage beaucoup à la surface de l’eau où l’on met bouillir de semblables foies. Le rein a aussi de la graisse dans son intérieur ; mais c’est au- tour du bassinet et non dans son parenchyme propre. L’amygdale, la prostate, les glandes muqueuses, etc., n’en offrent jamais. La sérosité ne s’épanche point non plus dans le tissu des glandes à parenchyme serré. La leucophlegmatie la plus complète, les laisse in- tactes sous ce rapport. SYSTÈME Cependant on ne sauroit douter que le tissu cel- ulaire n’existe dans ces glandes : la macération l’y dc- GLANDULEUX. montre. Dans les tumeurs fongueuses qui en naissent on en trouve beaucoup. C’est principalement autour des vaisseaux qu’il se rencontre: la capsule de Glisson en est un exemple. Il arrive même souvent, comme je l’ai fait observer, que ce tissu devient malade,le tissu de la glande restant sain. Ainsi voit-on se dé- velopper des stéatômes dans le foie, des kystes séreux dans le rein, des hydatides dans tous deux, diverses productionsdans les autres, sans que la secrétion soit nullement troublée. C’est dans le foie surtout qu’on fait bien ces observations : son volume est triplé, qua- druplé même souvent par des tumeurs intérieures * sans que son tissu se soit accru ; ce tissu dilaté forme* entre ces tumeurs, des espèces de cloisons où la bile se sépare comme à l’ordinaire.La même chose arrive dans le rein, où se trouvent des kystes séreux. Quel- quefois ces kystes s’y agrandissent au point que tout le tissu glanduleux est détruit > et qu’il ne reste a sa. place qu’une grande poche séparée par des cloisons membraneuses, et remplie de sérosité. Je conserve trois reins de cette espèce. Vaisseaux sanguins. Toutes les glandes qu’une membrane n’enveloppe point, reçoivent de tous côtés leurs artères. Une foule de ramuscules venant des vaisseaux voisins 3 pénètre par toute la superficie des salivaires, du pan. créas, des lacrymales, etc. Ces artères serpentera d’abord dans l’intervalle des lobes , se ramifient en- suite entre les lobules, et pénètrent enfin dans les grains. Chacun d’eux a la sienne ; toutes communi- quent ensemble j en sorte que cellps de la soumaxil* 598 s Y S T È M K laire et de lasubiinguale se remplissent par une injec- tion isolée faite au moyen de petits tubes dans la sou- mentale , dansla maxillaire externe prise au-dessusdu bord maxillaire, ou dans la linguale, tout aussibien que par l’injection du tronc même de la carotide externe. Dans les glandes environnées d’une membrane, comme le foie, le rein, le testicule, etc., les artères ne pénètrent que d’un côté, ordinairement dans une scissure plus ou moins profonde, et par un seul tronc qui est très considérable, et qui se partage quelquefois eri plusieurs branches plus ou moins volumineuses. Cette partie delà glande où pénètre l’artère , est tou- jours la plus éloignée de l’action des corps extérieurs, remarque commune à tous les organes importans; comme le poumon, les intestins , la rate, etc-, qui présentent toujours au dehors leur surface convexe, celle où les vaisseaux sont le plus ramifiés ; en sorte que l’endroit où leur lésion peut arriver , est celui où l hémorragie est le moins à craindre. Une fois par- venue dans la glande, l’artère principale s’y divise bientôt en diverses branches qui s’écartent et se sub- divisent à mesure qu’elles s’approchent de la con- vexité. Elles laissent dans leur trajet beaucoup de rameaux dans le corps même de la glande, puis se terminent par un grand nombre de capillaires à la con- vexité. Souvent même elles percent l’organe, et se ra- mifient entre lui et la membrane qui le recouvre* Par exemple, en injectant l’artère hépatique, si le foie est à nu , on voit tout à coup paroître sur sa con- vexité une foule de petites stries noirâtres, qui tien- nent à cette cause. Le meilleur moyen de bien voir le système artériel glanduleux, est d’injecter un rein G ïi i N D ïï L E ü X. avec une substance solide, d’en détruire ensuite le pa- renchyme par la macération ou par tout autre moyen* L’arbre artériel reste alors à nu et exactement isolé. Le& cabinets contiennent beaucoup de ces préparations. Lesgrostroncsartérielsserpentant dansles glandes, leur communiquent un mouvement intestin très-fa- vorable à leur fonction. Ce mouvement est d’autant plus marqué,que presque tous ces organes très-rap- procbés du cœur par leur position au tronc, sont pour ainsi dire sous le choc immédiat de ses contractions*. Les salivaires, les muqueuses de la bouche et la la- crymale d’une part, le testicule, la prostate et les muqueuses des parties génitales de l’autre, offrent les extrêmes de cette position. Une autre cause qui favorise le choc des glandes par l’abord du sang, c’est que presque toutes les artères qui s’y rendent, ne parcourent qu’un très-court trajet poury arriver. La spermatique seule fait exception à cette règle : aussi tout, dans la secrétion de la semence, semble-t-il être caractérisé par une lenteur remarquable. A ce mou- vement habituel imprimé aux glandes par l’abord du sang, doit être ajouté celui qui leur est communiqué par les organes voisins, et qui les entretient dans une excitation habituelle qui est plus nécessaire encore à leur secrétion qu’à leur excrétion. On a trop négligé d’avoir égard dans l’action des organes, aux mouve- mens habituels dont ils sont agités. L’exemple du cerveau auroit du cependant fixer sur ce point l’at- tention des physiologistes. Les veines par-tout continues aux artères, suivent dans le système glanduleux la même distribution , elles les accompagnent presque par tout, On. ne voit 600 SYSTÈME point un plan superficiel et un profond, comme dans beaucoup d’autres organes. Le foie est le seul exem- ple ou le sang rouge pénétré par un côte, et où le sang noir sorte par le côte' oppose'. Le plus grand nombre des veines du système glan- duleux versent leur sang dans le système à sang noir general, et comme plusieurs glandes sont très-voi- sines du cœur, le reflux que ce système éprouve souvent, se fait sentir jusqu’à elles. Ce phénomène est surtout remarquable dans le foie', ou les veines hépa- tiques s’ouvrent très-peu au-dessous de l’oreillette droite. Voilà pourquoi toutes les fois que cette oreil- lette est considérablement distendue, comme dans les asphyxies et dans les morts ou le poumon embarrassé oppose un obstacle au sang, le foie est gorgé d’une quantité beaucoup plus grande de ce fluide. J’ai fait constamment cette observation. Pesez comparative- ment cet organe quand l’oreillette est pleine,et quand elle est vide sur le cadavre, après avoir préliminai- rement lié tous ses vaisseaux; vous trouverez une très-grande différence. Par la même raison, vous ob- serverez un rapport constant entre la pesanteur du foie et celle du poumon, pourvu toutefois qu’une alté- ration morbifique de tissu dans l’un d’eux ne soit pas cause de la mort. Les veines de plusieurs glandes, comme celles des muqueuses de l’estomac, des in- testins , comme celles de la prostate, etc., versent leur sang dans le système à sang noir abdominal. Il n’y a guère dans le système qui nous occupe, que ces veines, celles surtout des glandes placées dans le bassin, qui deviennent variqueuses. Les varices de la prostate sont fréquentes, comme on sait. GLANDULEUX. Du Sang des Glandes. La quantité de sang qui se trouve habituellement dans les glandes, varie singulièrement ; on peut même sous ce rapport les diviser en trois classes. i°. Dans les salivaires , la lacrymale , le pancréas, etc., on en trouve assez peu. Il ne fournit point de matière co- lorante à ces organes qui sont blanchâtres, et qui dans la macération ne teignent que deux ou trois eaux en rouge. aQ. Dans les glandes muqueuses, la prostate, le testicule et l’amygdale, on en trouve un peu plus. 5°. Le foie et le rein en renferment une si grande quantité, qu’il n’y a sous ce rapport aucune proportion entr’eux et le reste du système glanduleux. Cela dé- pend unpeu dans le premier de la cause indiquée plus haut: aussi en contient-il souvent plus que le second, mais ce n’en est pas la cause essentielle. Après les morts par hémorragie où il n’y a point de reflux, dans le foie ou le rein subitement extraits d’un animai vivant, etc., on fait la même observation. En faisant macérer ces glandes, il faut renouveler au moins douze fois l’eau avant qu’elle cesse d’être sanguinolente. Voilà pourquoi, quand on les conserve dans l’alcool pour une maladie organique dont elles sont le siège, il faut les faire long-temps macérer auparavant; sans cela, la liqueur est bientôt troublée par le sang. C’est cette quantité de sang qui donne à ces glandes un poids proportionnellement plus grand que celui des autres parties. C’est d’elle que leur vient leur rouge, couleur qu’aucune autre ne présente au même degré, mais qui n’est pas plus fortement inhérente à leur tissu, que celle des surfaces muqueuses ou des muscles. SYSTÈME En effet, on l’enlève avec la même facilité par des lotions répétées. Alors le foie se présente sous un as- pect grisâtre, qui paroît être la couleur inhérente à son tissu, comme le blanc est celle de la fibre char- nue. Le rein semble un peu moins emprunter sa cou- leur du sang. Ilresteen partie rouge dans les macéra- tions; la pulpe même qui en est le produit, après quelques mois rie séjour dans l’eau , qu’on a changée souvent, présente encore en partie cette couleur, bien moindre cependant que dans l’état naturel. Est-ce que l’état des secrétions fait varier la quan- tité du sangglanduleux? Plus de ce fluide aborde-t-il au rein pendant qu’il fournit beaucoup d’urine, que pendant qu’il en sépare peu, ou bien la même quan- tité arrivant par les artères, est-ce qu’il en revient moins par les veines dans le premier que dans le se- cond cas? C'est un objet intéressant d’expériences. Le sang change-t il de nature eu arrivant aux glandes? Prend-il une composition particulière avant de pénétrer chacune ? On parle beaucoup de ce changement, nécessaire, dit-on, à la secrétion; mais pour qu’il ait lieu , il faut qu’une cause le pro- duise : or ici quelle seroit cette cause ? Le sang ne cir- cule-t-il pas dans les troncs qui vont aux glandes, comme dans les autres? Il faudroit donc que la glande fût entourée d’une atmosphère qui agît sur le sang à à une certaine distance du lieu ou elle se trouve ; idée vague, qui n’est fondée sur rien de solide, et qu’on ne lit que dans les livres de ceux qui ne font point d’ex- périences. J’ai tiré du sang de la carotide, de la sper- matique, de l’hépatique, de la rénale, etc.; il est également rouge , rutilant et coagulable. Dans le GLANDULEUX. même animal ,il est impossible que les sens saisissent la moindre différence. J’observe que la secrétion diffère essentiellement de la nutrition, en ce qu’elle puise toujours les ma- tières de ses fluides dans le sang rouge, au lieu que la seconde prend souvent les siens dans les fluides blancs, comme on le voit pour les tendons, les car- tilages, les poils, etc. Nerjs. Les glandes reçoivent deux espèces de nerfs. i°. Les cérébraux se trouvent presque exclusivement dans les lacrymales, les salivaires, l’amygdale, etc. 2°.Les testicules, la prostate, le foie, en reçoivent du cer- veau et des ganglions en proportion presque égale. 3°. Le rein et le plus grand nombre des glandes mu- queuses , etc-., ne s ont presque pénétrés que par ceux des ganglions. Cet aperçu sur les nerfs ne doit s’en- tendre que de ceux qui sont libres et indépendans des artères ; car chaque tronc artériel, pénétrant une glande, est entouré d’un réseau nerveux appartenant au système des ganglions , qui est très-marqué dans les grosses glandes , comme dans le foie et le rein où ce réseau vient du ganglion semi-lunaire, dans les salivaires où il vient du cervical supérieur, dans le testicule où il vient des ganglions lombaires, etc. Comparés au volume des glandes, les nerfs sont en petite proportion, quoi qu’en ait ditBordeu. Une faut point en effet juger de celte proportion par ceux de la parotide et des soumaxiîlaires, lesquels ne font que traverser ces glandes sans s’y arrêter, et en y laissant seulement quelques rameaux. Par exemple, SYSTEME il n’y a certainement pas d’organe dans l’économie , parmi ceux qui reçoivent des nerfs, qui, à proportion de son volume, en admette moins que le foie. Au reste, les nerfs pénètrent à peu près dans les glandes, comme les vaisseaux, c’est-à-dire, i°. de tous les côtés pour celles qui n’ont point de mem- brane , 2°. par un sillon seulement pour celles qui en sont revêtues. Ils se divisent et se subdivisent dès qu’ils y sont parvenus, et bientôt on les perd entièrement de vue. Jamais il n’existe de ganglions dans l’intérieur même des glandes. Les nerfs influent-ils sur les secrétions ? Cela est probable, puisque toute glande en est pourvue ; mais il s’en faut de beaucoup qu’ils exercent sur cette fonc- tion une influence aussi immédiate que beaucoup de médecins le prétendent. i°. On dit qu’on a coupé les nerfs delà parotide, et que la secrétion delà salive a été supprimée. Cette section est manifestement impossible , puisqu’il faudroit extirper la glande avant d’enlever ses nerfs. 2°. J’ai divisé les nerfs du testi- cule d’un cliien, seule glande où l’on puisse faire cette expérience. Je n’ai pu avoir de résultat, parce que l'inflammation de la glande est survenue, et qu’elle est tombée en suppuration: mais cette sup- puration même suppose que l’influx nerveux n’est pas actuellement nécessaire pour la secrétion, puis- que la suppuration se fait par un mécanisme analogue à celui de cette fonction. Tous les médecins savent qu’un membre paralysé peut s’enflammer et suppu- rer. 30. L’érection et l'éjaculation de la semence ont lieu dans la paralysie de la moitié inférieure du corps, où au moins les nerfs de la prostate sont entièrement GLANDULEUX. paralysés. Le cit. Ivan m’a rapporté l’exemple d’un militaire qui avoit gagné une gonorrhée en cet état, 4°. On sait que la vessie étant complètement paraly- sée, ses nerfs n’ayant plus aucune action, ses glandes muqueuses continuent toujours à secréter leur fluide au point même de produire un catarrhe. 5°. La na- rine du côté malade dans l’hémiplégie est aussi hu- mide qu’à l’ordinaire. L’oreille de ce côté se remplit également de cérumen. 6°. Dans les paralysies de la luette, ses glandes ne cessent pas leur action, y0. En coupant la huitième paire d’un côté à un chien, on trouve quelques jours après les bronches de ce côté tout aussi humides de mucosités. 8Q. Pendant les convulsions des diverses parties où il y a des glandes, quand les nerfs de ces glandes sont plus excités par conséquent, leur secrétion n’augmente point. 90. Si on pèse les preuves données par Bordeu sur l’in- fluence des nerfs sur les secrétions, on verra qu’elles sont ou appuyées sur des faits faux, comme ceux de la section, du sommeil, etc., ou sur des données va- gues. En général les médecins n’attachent point d’idée assez précise au mot influence nerveuse : l’habi- tude des expériences montre combien on en a abusé. Toutes les fois qu’un nerf étant coupé, paralysé, ou irrité d’une manière quelconque, l’organe qui le reçoit n’en ressent aucun trouble dans ses fonctions, certainement nous ne pouvons apprécier l’influence nerveuse sur cet organe. Je ne dis point qu’elle n’existe pas, mais je soutiens que nous ne la connoissons nullement, et qu’on ne doit pas employer au hasard un mot auquel on ne sauroit attacher de sens précis. Quel mot emploierez-vous donc pour exprimer l’in- 606 SYSTÈME fluence des nerfs sur les organes des sens, sur les muscles volontaires, etc., si le même vous sert à ex- primer une action qui n’a aucun rapport avec celle-là, et qui peut-être même n’existe pas? Exhalans et Absorbons. Ce genre de vaisseaux est peu connu dans l’inté- rieur des glandes où il ne remplit que les usages de nutrition. ARTICLE TROISIÈME. Propriétés du Système glanduleux. § Ier. Propriétés de tissu. Cjes propriétés sont en général très-peu marquées dans ce système: la raison me paroît en être spécia- lement dans sa texture non-fibreuse. En effet, pour s’alonger et se raccourcirensuite en conservantleur in- tégrité, il faut que les molécules d’un organe jouissent dune certaine adhérence, d’une certaine cohésion: or, c’est à la fibre qu’appartient spécialement ce dou- ble attribut. Remarquez au resteque le système glan- duleux est soumis à des causes bien moins fréquentes de distension et de resserrement, que les systèmes à fibres distinctes. Ce n’est guère que quand des dé- pôts, des collections séreuses, stéatomateuses, etc., se forment dans son intérieur, comme il arrive sou- vent au milieu du foie, du rein, etc. ; ce n’est qu’alors qu’il se trouve distendu : or , dans ce cas, il ne prête point, comme la peau, les muscles, elc.j ses molécules s’écartent; c’est le tissu cellulaire dans lequel elles sont plongées qui se dilate uniformément : le tissu glanduleux se détruit même bientôt. Gela est très- manifeste lorsque les collections se forment près la convexité des glandes ; pour peu que la tumeur soit volumineuse, le tissu de l’organe a disparu: il ne reste plus qu’un kyste cellulaire et membraneux. Le£ bydatides si fréquentes à l’extérieur des reins nous en offrent des exemples. Si c’est au milieu de la glande que le kyste s’est formé, la destruction est réelle aussi, mais elle est beaucoup moins sensible. Une preuve manifeste du peu d’extensibilité des glandes, c’est ce qui arrive au foie dans les cadavres. J’ai dit plus hautqu’ilest plus ou moinsgorgé desang, suivant que le système à sang noir a été plus ou moins embarrassédans les derniers momens. Or, quelleque soit la quantité de fluide qu’il contienne, son volume reste à peu près le même ; seulement son tissu est plus ou moins comprimé par les vaisseaux, tandis qu’au contraire le volume plus ou moins considérable du poumon , qui est très-apparent, indique toujours son état d’engorgement ou de vacuité. Il est probable même que c’est cette différence qui a fait négliger à tous les médecins les états infiniment variables d’en- gorgement où le foie peut se trouver a la mort, tandis qu’ils ont spécialement eu égard aux variétés du poumon. Plus éloignées du cœur, les veines du rein sont moins exposées que celles du foie au reflux qui arrive dans les derniers momens où le sang noir éprouve des obstacles à traverser le poumon. Cependant il a encore lieu, et on voit de très-grandes variétés dans GLA If X> U L E U X. 608 SYSTEME la quantité de sang gorgeant les gros vaisseaux ré- naux , quantité indépendante de celle qui se trouve habituellement dàns l’organe, et qui est très-consi- dérable comme je l’ai dit. Or, le volume de celui-ci ne correspond presque jamais à ces variétés , parce- que son extensibilité est presque nulle. Quant aux glandes situées aux deux extrémités, comme le testicule d’une part, les salivaires de l’au- tre, on ne peut guère y observer la stase sanguine, parce que le reflux n’est pas assez manifeste. On ne peut donc, sous ce rapport, juger que par analogie de leur extensibilité et de leur contractilité. Cependant les engorgemens au testicule, consé- cutifs à la gonorrhée, les tuméfactions diverses des parotides prouvent que ces propriétés y sont réelles jusqu’à un certain point. Le foie, le rein et autres glandes intérieures sont-ils sujets à ces tuméfac- tions aiguës que celles qui sont soucutanées nous présentent souventVCela est très-probable ; peut-être même les médecins n’ont-ils pas assez égard aux sym- ptômes accessoires qui peuvent naître momentané- ment de la pression de ces organes tuméfiés sur les parties voisines. Au reste, cette tuméfaction et le res- serrement qui en résulte, peuvent avoir lieu spéciale- mentdans le tissu cellulaire de la glande, et supposent par conséquent une extensibilité du tissu glanduleux moindre qu’il ne le semble d’abord. § II. Propriétés vitales. Propriétés de la Vie animale. La contractilité animale est nulle manifestement G L A jST D TJ ii E U X. dans le tissu glanduleux. La sensibilité de même es- pèce y existe-t-elle? Voici quelques faits sur ce point. i°. Une compression sur la parotide est jusqu’à un certain point douloureuse. J’ai été même, dans un cas particulier, obligé de renoncer à la méthode d’af- faissement que Desaultavoit conseillée dans une fistule salivaire j>à cause des douleurs que le malade éprou- voit ; mais les nerfs nombreux qui traversent cette glande peuvent être la cause de ces douleurs, 2°. On sait qu’à l’instant où le lithoîome coupe la prostate, ou que la pierre et les tenettes la traversent , le malade souffre beaucoup. 3°. Les pierres logées dans les reins causent souvent d’atroces douleurs . 4°. La compression un peu forte du testicule est extrême- ment pénible, etc. D’un autre côté, on intéresse le tissu du foie sans que l’animal donne aucun signe d’affection. Haller, à la suite de beaucoup d’expériences, a rangé les glandes parmi les parties insensibles. Que conclure delà ? Que la sensibilité animale , modifiée sous mille formes, paroit exister dans une foule d’organes oii certains agens ne sauroient la mettre en jeu , et où d’autres la développent singulièrement. On sait que les diverses altérations morbifiques la rendent très- manifeste dans les glandes. La douleur inflammatoire porte même dans ces organes un caractère particu- lier; elle est obtuse et sourde dans le plus grand nom- bre des cas* Jamais on n’y éprouve ce sentiment si aigu qui caractérise l’inflammation cellulaire, cette douleur acre et mordicante dont la peau est le siège fréquent, etc., etc. 610 système Propriétés de la Vie organique. Parmi les propriétés de la vie organique , la con- tractilité sensible est nulle dans le système glandu- leux. Mais les deux autres propriétés y sont déve- loppées au plus haut période. Elles y sont dans une activitécontinuelle. Sans cessela secrétion,l’excrétion et la nutrition lesy mettent en jeu. C’est par sa sen- sibilité organique que la glande distingue, dans la masse du sang, les matériaux qui conviennent à sa secrétion. C’est par sa contractilité insensible , ou par ses, forces toniques, qu’elle se resserre et se soulève , si je puis parler ainsi, pour rejeter de son sein celles qui sont hétérogènes à cette secrétion. La première est en petit pour chaque glande, ce qu’est en grand la sensibilité animale de la langue et des narines, qui ne permet; qu’aux alimens convenables à l’estomac de s’introduire dans sa cavité; l’autre fait d’une ma- nière insensible, ce que la glotte opère d’une manière si évidente, lorsqu’elle se soulève convulsivement contre un corps étranger qui veut s’y introduire. Le sang contient les matériaux de toutes les secrétions, de la i mtrition de tous les organes, et de toutes les ex- halations. Chaque glande puise dans ce réservoir commun ce qui est. nécessaire à sa secrétion, comme chacune organe ce qui convient à sa nutrition, comme chat lue surface séreuse'ce qui est propre à son exha- lation. Or c’est par son mode de sensibilité organique que chaque partie vivante dans le corps, distingue ainsi ce que nécessitent ses fonctions. Lorsque les fluides abordent aux petits vaisseaux de la /glande, cette sensibilité est la sentinelle qui GLANDULEUX, avertit, et la contractilité insensible est l’agent qui. ouvre ou ferme les portes de l’organe, suivant les principes qui se présentent. Qu’on me passe cette comparaison, elle donne une idée de ce qui se passe alors. Toute l’action glanduleuse roule donc spécia- lement sur ces deux propriétés % et comme celte ac- tion est presque permanente, elles sont donc sans cesse en exercice. D’après cela il est évident que toutes les maladies glanduleuses doivent supposer un trouble dans ces propriétés ; car, comme nous l’avons souvent vu, ce sont les propriétés dominantes d’un organe, celles qui en exercice constituent sa vie propre, qui déter- minent spécialement ses maladies, par leur altéra- tion. C’est en effet ee que l’observation nous montre. Ici nous voyons ces propriétés augmentées ou. dimi- nuées, produire tan tôt uneaugmentation de secrétion, comme dans le diabètes, la salivation mercurielle, les flux immodérés de bile, etc.; tantôt une diminution une suspension même de cet te fonction, comme dans les maladies aiguës où tous les couloirs se ferment pour ainsi dire momentanément , comme dans la sup- pression d’urine, dans la sécheresse de la bouche, etc. Là ce sont des altérations dans la nature même de la sensibilité glanduleuse qui s’y met en rapport avec des fluides hétérogènes aux glandes dans l’état naturel : de là les variétés sans nombre que les fluides secrétés présentent surtout dans les maladies. J’ai parlé de ces variétés pour les* fluides muqueux. Le foie, le rein surtout, n’en éprouvent pas de moins nombreuses. La saveur, la couleur \ la consistance et l’odeur de la bile cystique, se présentent dans mille SYSTÈME états différens sur les cadavres. Qui ne connolt les innombrables altérations dont l’urine est suscep- tible? La salive est moins variable; mais dans les maladies, combien n’est-elle pas différente de ce quelle s’offre naturellement à nous! II suffit d’avoir observé pendant un certain temps les évacuations di- verses dans les maladies, pour voir decombien de mo- difications elles sont susceptibles. Rien ne ressemble moins à l’urine et à la bile, que les fluides rejetés quel- quefois par la vessie et par le foie : or d’où viennent toutes ces variétés? De ce que la sensibilité orga- nique variable, met l’organe en rapport avec des subs- tances auxquelles il étoit étranger dans l’état naturel ; de ce que la contractilité insensible laisse pénétrer dans l’organe des substances auxquelles auparavant elle fermoit la porte, comme je l’ai dit. La même glande sans changer de tissu, en changeant seulement de modifications dans ses forces vitales , peut donc être la source d’une infinité de fluides différens : je crois même que cela peut aller au point que le rein, prenant une sensibilité analogue à celle du foie, sé- pare la bile en nature. Pourquoi ne la secréteroit il pas, comme il sépare d’autres fluides si différens du sien? Dans la santé, chaque glande a un mode à peu près uniforme de sensibilité, mode qui change peu : aussi chaque fluide secrété a une apparence, une com- position et une nature toujours à peu près les mêmes. Mais dans les maladies, mille causes changent à chaque instant ce mode. L’accès hystérique frappe le rein : il repousse à l’instant tous les principes qui colorent l’urine, et celle-ci sort limpide; l’accès passe, l’organe GLANDULEUX. reprend son type de sensibilité, et l’urine revient à son état ordinaire. L’accès épileptique porte son in- fluence sur la sensibilité des salivaires : à l’instant une salive épaisse, abondante, écumeuse , toute dif-» férente de l’état naturel, sort de la bouche; au-delà de l'accès, l’orage sympathique se calme dans la glande, et la salive revient à son état. Qu’on me passe une comparaison. Les glandes sont dans les maladies* comme l’atmosphère dans les équinoxes, A ces épo- ques, les vents qui se succèdent et changent sans cesse, font souvent se succéder en peu de temps la pluie, la grêle, la neige, etc.; de même, sans cesse variables dans les maladies , les forces de la vie glanduleuse font rapidement varier les produits di- vers de la secrétion. Ce n’est pas seulement sur la secrétion que portent les altérations diverses de la sensibilité organique et de la contractilité insensible des glandes; ces altérations * lorsqu’elles se prolongent , influent aussi sur leur nu- trition ; elles en troublent les mouvemens: de là les changemens de tissu, les tumeurs de diverse nature* les désorganisations, etc., si fréquens dans le système glanduleux, l’un de ceux qui fournit la plus ample mois- son à l’anatomie pathologique. C’est une chose frap- pante dans les amphithéâtres, que la grande quantité de lésions organiques qu’il présente, comparée à celle de la plupart des autres. C’est lui, le système cutané * le muqueux, le séreux, le cellulaire, etc., qui tien- nent le premier rang sous ce rapport. Remarquez aussi que ce sont précisément eux où la sensibilité or- ganique et la contractilité insensible sont montées au, plus haut degré, parce que ce sont ceux-là seuls ois, SYSTÈME elles sont mises enjeu non-seulement par la nutrition, mais encore par diverses autres fonctions qui se pas- sent dans le système capillaire insensible, savoir, par l’exhalation, l’absorption et la secrétion. Sympathies. Peu de systèmes sont plus fréquemment le siège des sympathies que celui-ci. J’adopterai dans leur examen l’ordre admis pour le précédent. Sympathies passives. Le tissu glanduleux répond avec une extrême fa- cilité à toutes les excitations que les autres exercent sur lui. C’est ce qui constitue ses sympathies passives. Elles arrivent, i°. dans l’état naturel, 2°. dans les maladies. Je dis d’abord qu’il est certains cas dans l’état na- turel, où d’autres organes étant excités, le glanduleux entre en action. C’est ce qui est remarquable surtout pour le muqueux. Nous avons vu les conduits ex- créteurs se terminer presque tous sur les surfaces mu- queuses. Or dès .qu’une de ces surfaces est irritée au voisinage d’un excréteur , la glande de cet excréteur augmente son action. i°. La présence des alimens dans la bouche, détermine la saliVe à y couler plus abondamment. 2°. La sonde fixée dans la vessie , et irritant les ureteresouleur voisinage,augmente l’écou- lement de l’urine. 3°. Lirritation du gland et de l’ex- trémité de l’urètre lors du coït, détermine dans le testicule une espèce de spasme d’où naît la secrétion abondante de l’humeur séminale. 4°. Tout fluide GLANDULEUX. irritant appliqué soit sur la conjonctive, soit sur la pituitaire, occasionne un larmoiement plus ou moins sensible. 5°. En faisant des expériences sur l’état des viscères gastriques pendant la digestion et pendant la faim , j'ai observé que tant que les alimens sont seu- lement dans l’estomac, l’écoulement de la bile est peu considérable, mais que cet écoulement augmente quand ils passent dans le duodénum , en sorte qu’on en trouve beaucoup alors dans les intestins. JDans la faim, la vésicule du fiel est très-distendue ; peu de bile s’en écoule. A la lin et même au milieu de la digestion, elle contient la moitié moins de bile.Cepen- dant elle devroit d’autant plus facilement se vider dans l’abstinence, qu’alors le fluide qui s’y trouve est d’un vert foncé, très-amer, très-âcre, et par consé- quent très-irritant. Au contraire, dans le milieu ou à l’issue immédiate de la digestion, il est beaucoup plus doux , d’un jaune clair, et moins irritant. 11 faut doue qu’il y ait pendant la digestion un autre stimu- lus; or ce stimulus, ce sont les alimens passant à l’extrémité du cholédoque. J’ai indiqué dans une longue note du Traité des Membranes, le trajet de la bile cystique et hépatique. Concluons de çes nombreuses considérations, qu’un des moyens principaux qu’emploie la nature pour augmenter l’action des glandes, et pour déterminer celle deleursexcréteurs,c’est l’irritation sympathique de l’extrémité de ces conduits ou des environs du point de la surface muqueuse où ils viennent se rendre» C’est à cela qu’il faut rapporter aussi les catarrhes divers produits par un corps irritant séjournant sur une de ces surfaces. L’enfant en suçant ? en agaeasrk 616 SYSTEME le mamelon, fait secréter le lait, en même temps qu’il le pompe, etc. Dans l’état maladif les glandes sont aussi très-fré- quemment le siège de sympathies passives. Or c’est presque toujours alors la sensibilité organique et la contractilité insensible qui y sont mises en jeu. Il est rare qu’excitée par les sympathies , la sensibilité ani- male y détermine des douleurs. ÎSous avons dit quelles innombrables variétés les glaudes présentent dans les maladies, soit sous le rapport de la quantité, soit sous celui de la qualité des fluides qu’elles séparent. Or toutes ces variétés tiennent spécialement à des influences sympathiques. Voyez les salivaires humectant la bouche ou la lais- sant sèche , la remplissant d’une humeur visqueuse ou limpide, écumeuse ou coulante, les muqueuses de la langue fournissant tantôt un limon épais et blanchâtre, tantôt une croûte noirâtre, etc. Les mé- decins regardent l’état de la langue comme un in- dice constant de celui de l’estomac ; cela est vrai le plus souvent. La nature a établi un rapport sympathi- que tel entre ces deux parties, que dès que la surface muqueuse de celui-ci est malade, qu’elle est le siège de cette .espèce de catarrhe qu’on appelle embarras gastrique, plénitude, etc., celle de l’autre s’affecte aussi et fournit plus de sucs muqueux, lesquels altè- rent l’appétit, le détruisent, et empêchent ainsi de prendre des alimens que l’estomac ne pourroit di- gérer, et même qu’il refuseroit souvent de sup- porter. La langue est alors, comme dans l’état de santé, une espèce de sentinelle mise en avant de l’es- tpmac? pour refuser ce qui itn pujrnit, et admettre GLANDULEUX. ce qui lui convient. C’est là sans doute la cause de celte influence singulière que le dernier exerce sur elle dans les maladies. Mais aussi remarquons que quelquefois la langue est charge'e , l’estomac étant clans 1 état ordinaire. Ce phénomène est fréquent dans les hôpitaux ; il m’arrive très souvent. Réciproque- ment les dégoûts, les nausées ont lieu quelquefois sans catarrhe lingual. Parlerai-je des innombrables influences que reçoi- vent le foie, le rein, le pancréas? Dès qu’un organe est malade dans l’économie animale, aussitôt ceux-ci s’en ressentent; leur secrétion augmente, diminue, s’altère, et souvent même ce n’est pas sur ces fonc- tions que porte l’affection sympathique; elle déter- mine des inflammations , des suppurations , etc. On connoît les dépôts au foie dans les plaies de tête , etc. Exposerai-je les variétés sans nombre de l’écoulement des larmes dans les maladies aiguës , dans les lièvres inflammatoires , malignes , etc, ? Qui ne sait que l’œil est alors plus ou moins humide, que souvent il est cons- tamment larmoyant ? Or d’oü viennent ces variétés? des influences sympathiques que reçoit la lacrymale. Souvent la maladie elle-même lui est étrangère; mais le consensus inconnu qui les lie aux parties malades , fait qu’alors elles entrent en action. On pleure dans une foule de passions , dans le chagrin surtout: com- ment cela ? C’est que la passion a porté d’abord son influence sur un organe épigastrique , comme le prouve le saisissement qu’on y sent; et l’organe af- fecté a réagi sur la glande lacrymale. On pleure comme on a une sueur froide dans la crainte , comme on sa- live abondamment dans la fureur, phénomène que le 618 SYSTÈME vulgaire exprime par ces mots: écumerde rage , etc. Le testicule etla prostate reçoivent beaucoup moins souvent que les autres glandes des influences sympa-, thiques dans les maladies. Tandis que tout est boule- versé dans le système glanduleux , ils restent le plus souvent inertes et calmes. Pourquoi ? c’est qu’ils sont isolés des autres glandes par leurs fonctions. Les sali- vaires, le pancréas, les reins, le foie, presque toutes les muqueuses, concourent à un but commun, à la di- gestion. Ce but est lié àl’existence de la plupart des au- tres organes. Quand ceux-ci sont malades, il n’est donc pas étonnant que les glandes s’en ressentent. Au con- traire , uniquement destiné à la génération , entrant plus tard en action, finissant plus tôt d’agir que les autres glandes, ayant de grandes intermittences dans son action, le testicule, dans ses affections, ne sauroi t être aussi lié aux maladies des autres organes. Cela a lieu quelquefois cependant. On sait que certaines af- fections du poumon disposent aux plaisirs vénériens ; que dans l’état naturel, l’excitation un peu vive de cer- taines parties de la peau > de celle des fesses spéciale- ment, met en activité tout lesyslème génital, etc., etc* On connoît la remarquable sympathie qui met les mamelles sous la dépendance de la matrice. On sait que quand les règles viennent à chaque mois, les seins se gonflent un peu ; que les cancers se déve- loppent souvent à l’époque de la cessation de ce flux naturel j que la sensation voluptueuse du coït se propage quelquefois jusqu’au sein , etc. Tous les mé- decins ont observé ce rapport sympathique quiparoit être d’un ordre particulier, et dépendre de l’analogie des fonctions des deux organes sympathisans. GLANDULEUX. 619 A la suite des grandes maladies aiguës, des fièvres essentielles spécialement, souvent l’action glandu- leuse augmente beaucoup ; il y a de grandes évacua- tions : ce sont les crises; c’est l’humeur morbifique qui est expulsée , suivant le plus grand nombre. C’est un phénomène à examiner, et qui certainement dans une foule de cas ne dépend pas, comme je le prou- verai , delà cause à laquelle on l’attribue. Quoique j’aie considéré comme sympathiques beau- coup de de'rangemens secrétoires dans les maladies, je suis loin de penser qu’ils le sont tous. Certaine- ment dans une foule de cas , il y a une affection gé- nérale de tout le système , affection à laquelle parti- cipent les glandes, comme toutes les autres parties: c’est ce qui arrive dans les fièvres essentielles , etc. Mais quand un système est spécialement affecté, comme le cutané dans la petite vérole , la rougeole , la fièvre rouge , etc. , le séreux dans la pleurésie , la péritonite, etc., le cellulaire dans le phlegmon, le nerveux dans les convulsions, etc.; j’appelle sympa- thique , le trouble que les autres éprouvent, et qui ne dépend point d’une lésion de leur tissu. D’autres idées peuvent être attachées au mot de sympathies, mais ce sont celles que je lui associedans les maladies. Peu importe le mot, pourvu que l’on s’entende sur ce qu’il exprime. Sympathies actives. des sympathies sont moins frequentes queles précé- dentes. Dans les maladies du système glanduleux, on en observe cependant des exemples. L’histoire des in- flammations du rein, de la salivaire, du foie, etc., nous 620 SYSTÈME montre beaucoup de phénomènes naissant sympathi- quement dans les autres systèmes à l’occasion des ma- ladies de celui-ci. Je ne parle pasdutroubledela diges- tion, de la circulation, fonctions qui, enchaînées natu- rellementauxsecrétions, doiventêtre inévitablement troublées quand celles-ci se dérangent. Je parle desi organes qui n’ayant aucun rapport direct avec les glandes malades, s’affectent cependant, comme on le voit dans les convulsions , les spasmes, les douleurs vagues, ou fixes en différens endroits,les sueurs, etc. Le testicule dans l’état de santé exerce une in- fluence remarquable sur les organes de la voix. On sait qu’elle devient plus grave à l’instant ou il com- mence à entrer en action , qu’elle change quand on l’enlève dans la castration : ce phénomène est cons- tant et invariable. Barthez a cru qu’il soi toit des phénomènes sympathiques ordinaires: en effet, il paroît n’être qu’ unç modification particulière de cette influence générale que le testicule exerce sur toutes les forces vitales qui s’affoiblisscnt ou s’accroissent constamment, suivant que son action est débile ou énergique. Cependant il est certains organes plus dis- posés que les autres à se ressentir de ces affections. Le système muqueux pectoral en est un exemple. Les hémorragies passives de ce système sont le fréquent résultat des excès d’excrétion de semence: la phthisie même en est souvent la suite funeste. Caractères des Propriétés vitales. Premier Caractère. V ie propre à chaque Glande< La vie glanduleuse, résultat des forces précédentes considérées en exercice, n’est point uniforme dans tout le système, sans doute parce que sa texture dif- fère dans chaque glande, et qu’à chaque tissu est at- tribuée une modification particulière de vitalité. Une foule de phénomènes résultent de ces différences que Bordeu a bien observées. i°. Chaque glande a certaines substances avecles- quelles elle est exclusivement en rapport dans l’état naturel. Voilà pourquoi les salivaires ne séparent pas la bile , le foie laisse passer dans ses vaisseaux les matériaux de l’urine sans les séparer : la diversité des secrétions résulte de là. Voilà encore pourquoi les cantharides affectent exclusivement les reins; pour- quoi le mercure porte spécialement sur les salivaires; pourquoi certaines substances affectent d’une ma- nière particulière le testicule, augmentcntsa secrétion et même sollicitent l’excrétion de la semence ; pour- quoi certains alimens donnent plus de lait que d’au- tres. Je suis persuadé que certaines substances agissent sur les glandes muqueuses et les disposent à une se- crétion plus grande, etc. a0. Chaque glande a son mode particulier de sym- pathies. Nous avons vu le testicule sympathiser spé- cialement avec les organes pectoraux, le foie avec le cerveau. Le rein, devenu le siège d’une vive douleur, influence particulièrement l’estomac, qui se soulève pour le vomissement. Les mamelles et la matrice sont étroitement et particulièrement liées dans, les sympathies. 3°. Chaque inflammation glanduleuse porte un ca- ractère particulier. Celle du rein ne ressemble point k celle du foie ? du testicule, etc. La prostate en- G T. AND TJ LEUX. SYSTÈME flammée donne lieu à des symptômes tout différens de ceux du testicule, etc. Je ne parle pas des dif- férences résultant delà diversité des fluides, mais seulement de celles qui tiennent à la différence de tissu. 4°. Chaque glande a des maladies propres, ou au moins auxquelles elle est plus disposée que lesautres. On trouve assez souvent des hydatides près la con- vexité du foie; jamais je n’en ai observé dans les sali- vaires ni dans le testicule. Quoique la parotide soit aussi exposée à l’action des corps extérieurs que ce der- nier, il y a vingt sarcocèles pour un squirre de cette glande. Le foie seul présente cet état particulier qu’on nomme état graisseux : aucune glande n’est plus fré- quemment que lui le siège des stéatômes. Les mé- decins qui ont peu vu d’ouvertures de cadavres, em- ploient les mots vagues et insignifians d'obstruction ; d’empâtement, etc., pour toute espèce de tuméfac- tion glanduleuse. Mais remarquez que le plus com- munément ces tuméfactions n’ont entre elles de com- mun que l’augmentation He volume; leur nature est toute différente, çt cependant voyez où en est encore la médecine de plusieurs : on sent par le tact un em- pâtement au foie, et aussitôt les apéritifs, la terre foliée , etc., sont un moyen commun qu'on oppose et aux hydatides, et aux stéatômes , et aux squirres avec granulation comme marbrée, et aux foies grais- seux, et aux cent altérations diverses d’où peut naître l’augmentation de volwme, comme si c’étoit cette augmentation , et non l’espèce de tumeur qui la détermine, qu’on a à combattre. Donnez donc aussi des apéritifs quand le foie déplacé par un hydro- 623 thorax fait une sailliecontienature : vous serez pres- que aussi rationnel. 5°. Chaque glande offre des modifications parti- culières dans lese'vacuations nommées critiques, dont elle est quelquefois le sie'ge à la suite de longues ma- ladies , etc., etc. 6°. C’est encore à la différence de vitalité des di- verses parties du système glanduleux, qu’il faut rap- porter un phénomène que voici: certaines glandes entrent subitement en action, soit par une irritation directe, soit par une excitation sympathique, comme la lacrymale, par exemple , qui de l’état de rémit- tence passe tout à coup , dans les passions > à celui d’une abondante secrétion. Au contraire , il faut un certain temps pour exciter d’autres glandes , comme par exemple le rein, le pancréas, etc. qui ne sau- naient subitement verser leurs fluides, quelle que soit l’excitation qu’ils éprouvent. Le même excitant ap- pliqué sur la conjonctive, fait pleurer d’une part, et augmente d’autre part l’action des ‘glandes de Méi- bomius j mais le premier.effet devance de beaucoup le second. Jamais avec les excitans divers qu’on ap- plique sur les surfaces muqueuses , on ne peut déter- miner qu’au bout de quelque temps, un flux catarrhal. GLANDULEUX. Deuxième Caractère. Rémittence de la Vie glanduleuse. Le deuxième caractère de la vie glanduleuse, c’est d’être sujette à des alternatives habituelles d’augmen- tation et de diminution. Le sommeil porte spéciale- ment sur les fonctions animales : elles seules sont com- plètement suspendues dans l’état ordinaire, et c’est ce SYSTÈME qui forme le sommeil. Mais les glandes dorment aussi jusqu’à un certain point, quoique cependant jamais il n’y ait suspension complète, sinon dans les ma- ladies. Je compare le sommeil de la vie animale aux intervalles des fièvres intermittentes oùl’apyrexie est complète, et le sommeil des glandes à ceux des fièvres rémittentes ou l’accès est seulement modéré, mais où il continue toujours. La salive pleut en abondance quand les alimens passent dans la bouche; elle humecte seulement cette cavité dans les autres temps. Pendant que le clryme passe dans le duodénum, le pancréas et le foie l’ar- rosent en abondance : ils sont aussi en action pendant la faim , mais infiniment moins. Je m’en suis assuré dans une foule d’expériences sur l’état comparé de la digestion et de la faim, expériences dont j’ai donné ailleurs le précis. On sait que c'est quelque temps après le repas que le rein entre surtout en exercice. Les intermittences d’action du sein sont presque aussi réelles que*celles des organesde la vie animale. Chaque glande muqueuse a ses temps de secrétion : cesontceuxou les surfacessurlesquelles serenaent ses excréteurs, sont en contact avec une substance quel- conquequi y séjourne,ou mèmequine fait qu’y passer. Il faut donc concevoir les glandes comme séparant sans cesse un fluide du sang, mais comme étant à certaines époques dans une plus grande activité , et fournissant plus de fluides par conséquent. Cetterémittencedesglandesparoît tenir à une cause assez analogue à celle du sommeil , qui, dans la vie animale, est produite par la lassitude qu’éprouvent les organes sensitifs et locomoteurs, après une action GLANDULEUX. un peu prolongée. L’espèce de lassitude que les glandes sont susceptibles d’éprouver, n’est point eu général marquée par un sentiment pénible , comme dans la vie animale; sa nature paroît être toute différente. Cependant après un allaitement un peu prolongé , les femmes sentent dans le scindes tiraillemens qui les avertissent de cesser. Le testicule devient le siège d’un sentiment pénible, quand l’émission de la se- mence a été forcée plusieurs fois, etc. Troisième Caractère. f ie glanduleuse n est jamais simultanément exaltée dans tout le Système. Les propriétés vitales des glandes ne sont jamais excitées simultanément dans toutes. Quand l’une est en action, les autres sont en rémittence. On diroit qu’il n’y a qu’une somme déterminée de vie pour toutes, et que l’une ne peut vivredavantage sans que les autres ne vivent moins. A celte loi est accommodé l’ordredigestif. Danslapremièrepériodelessalivaires fournissent d’abord beaucoup de fluides; dans la se- conde ce sont, les parois de l’estomac; dans la troi- sième où le chyme passe dans les intestins grêles, le foie et le pancréas sont principalement en action; dans la quatrième, ce sont les glandes muqueuses des gros intestins qui agissent surtout ; enfin le rein finit par entrer en action spéciale pour évacuer le résidu des fluides. Toutes les glandes ne sauroient agir en même temps : c’est comme dans les mouvemens ex- térieurs où certains muscles se reposent toujours pen- dant que les autres se contractent. Le temps le plus impropre au coït, c’est celui de la digestion, parce que 626 SYSTÈME nous faisons coïncider alors les secrétions muqueuses, hépatique,pancréatique, etc.,avec celle du testicule. Dans les maladies une glande n’augmente sa secrétion qu’aux dépens des autres. L’observation le prouve chaque jour. On pourroit, comme je l’ai dit,seservir de cette re- marque, en produisant dans diversesaffections glan- duleusesetautres,descatarrhes artificiels, maladieque nous sommes toujours maître de déterminer sur les surfaces muqueuses parle séjour d’un corps étranger. J’emploie beaucoup, depuis quelque temps, l’usage de l’ammoniaque respiré par le nez. Le cit. Pinel l’indique avant les accès d’épilepsie. Il est une infi- nité d’autres cas où il est très-efficace, comme dans certaines céphalalgies, danslesfièvres ataxiques, dans certaines apoplexies , dans les diverses affections co- mateuses, etc. Le vésicatoire n’agit qu’au bout d’un certain temps: il faut quatre, cinq, six heures même pour qu’il produiseune irritation. Qui ne sait même que souvent dans les maladies où les forces sont ex- trêmement prostrées, son action est nulle sur le sys- tème cutané? Au contraire, l’excitation de la pitui- taire par l’ammoniaque, est toujours subite d’une part ettoujoursefficacede l’autre. Soneffet, il est vrai,n’est qu’instantané, maisc’estlà précisément son avantage: car dans une foule de cas le vésicatoire n’est utile qu’à l’instant où il irrite la peau : de là l’usage de le faireséchertoutdesuite, et deleréappliquer. L’emploi de l’ammoniaque ou de tout autre fort excitant sur la pituitaire, peut se répéter tous les quarts d’heure, toutes les cinq ou six minutes , toutes les minutes même. Si l’habitude rend le malade moins sensible à son excitation, on le remplace par une autre subs- tance irritante, au lieu qu’on ne peut changer ainsi l’excitation cutanée par le vésicatoire. Ce que je dis de la surface pituitaire s’applique à celles du rectum, de l’urètre, de l’estomac, où l’on peut, dans une foule de cas, appliquer, pour les maladies, les excitations d’une manière plus avantageuse que l’on ne le fait sur la peau au moyen des vésicatoires. Aureste ,1e caractère de la vie glanduleuse qui nous occupe, n’est qu’une modification isolée d’un carac- tère général à toutes les propriétés vitales, caractère qui consiste en ce qu’elles s’affoiblissent dans un en- droit quand elles s’exaltent dans un autre. Yoilà pourquoi les grands foyers de suppuration, les tu- meurs considérables, les hydropisies sont accom- pagnés toujours d’un affoiblissement dans l’action glanduleuse. C’est sur ce caractère que repose l’usage des vésicatoires, des sétons, dumoxa, des cautères, etc., lesquels n’agissent point, comme on le disoit, en évacuant la matière morbifique, mais en faisant cesser l’irritation de la partie malade par celle qu’ils déterminent ailleurs. GLANDULEUX. Quatrième Caractère. Influence du climat et de la saison sur la Vie glanduleuse. C’est encore du caractère précédent que dérive un autre phénomène, qui peut être considéré aussi comme caractéristique du système glanduleux ; sa- voir, qu’en général il est dans une activité plus grande en hiver qu’en été, dans les climats froids que dans les pays chauds. En effet, la chaleur qui épanouit le sys- tème cutané augmente son action aux dépens de SYSTÈME celle des glandes , et réciproquement le froid qui le condense, empêchant l’exhalation habituelle qui s’y opère, force le système glanduleux à suppléer à cette action. Voilà pourquoi le même fluide, introduit dans l’économie, sort en hiver par les urines, en été par les sueurs; pourquoi, si on veut tout à coup uriner en été, il faut supprimer la sueur par l’application subite du froid à la surface de la peau, en descen- dant dans une cave, dans une grotte souterraine, etc : en sorte qu’en été on est maître, à la suite de la di- gestion , de rendre le produit des fluides par les urines ou les sueurs, suivant qu’on digère à tel ou tel degré de température de l’atmosphère; pourquoi les bois- sons théiformes et les diurétiques s’excluènt récipro- quement , et pourquoi un médecin qui les emploieroit en même temps connoîtroit peu les lois de notre éco- nomie; pourquoi la plupart des maladies qu’accom- pagne un flux immodéré de fluides secrétés, sont presque toujours caractérisées par unediminutiondes fluides exhalés; pourquoi dans certaines saisons les maladies ont plus de tendance à se juger par les sueurs, et dans d’autres à se terminer par des éva- cuations urinaires, muqueuses, etc. C’est à l’activité vitale, plus grande pendant l’hiver, du système glan- duleux, qu’il faut rapporter alors la fréquence des catarrhes, maladies dont la plupart supposent un ac- croissement contre nature de son action, la facilité plus grande des reins à être influencés par les can- tharides, etc. Les médecins doivent avoir spéciale- ment en vue ces considérations dans leurs traitemens. 11 faut agir plus sur le système glanduleux en hiver , plus sur le cutané en été, parce que chaque système 6LANDULE U X. est d’autant plus disposé à répondre aux excitations qu’on dirige sur lui, qu’il est actuellement en acti- vité plus grande d’action. Cinquième Caractère. Influence du Sexe sur la Vie glanduleuse. La vie du système glanduleux est-elle plus active chez l’homme que chez la femme? Du côté des glandes destinées à la digestion, à la secrétion des larmes, à l’évacuation des urines, etc., les deux sexes présentent peu de différences. Quant aux glandes génitales, l’homme a de plus les testicules et la prostate; la femme a les mamelles; en sorte que tout semble compensé. Remarquez cependant que l’influence des premiers sur l’économie, est bien plus grande que celle des secondes. C’est de la ma- trice que partent chez les femmes les irradiations qui correspondent à celles que le testicule envoie à tous les autres organes. ARTICLE QUATRIÈME, Développement du Système glanduleux*. Ier. État de ce Système chez le Fœtus. secrétions soient très-peu actives chea le iœlus, le système glanduleux est en général très- prononcé. Toutes les salivaires et le pancréas sont plus gros à proportion, que par la suite : le foie est énorme; les reins ont un volume proportionné bien supérieur à celui de l’adulte. Les glandes muqueuses partagent probablement la même disposition, quoi? SYSTÈME que je a'aie pas fait de recherches bien précises sur ce point. La forme est différente dans plusieurs : le rein est par exemple manifestement bosselé, tandis que par la suite sa surface est presque lisse. La couleur n’est pas non plus la même : cela est surtout frap- pant dans les salivaires et dans la lacrymale. Blan- châtres dans l’adulte, ces glandes sont remarquables alors par une extrême rougeur qu’elles perdent par la lotion, qui ne dépend point du sang circulant dans leurs vaisseaux, quoiqu’il y en ait beaucoup alors dans ces vaisseaux, mais qui est réellement inhérente à leur tissu. Cette couleur n’est jamais aussi pro- noncée sur le pancréas, quoique sa texture soit à peu près la même. La texture des glandes est extrê- mement molle et délicate à cet âge, disposition com- mune à toutes les parties. Elles se divisent, cèdent avec une extrême facilité, et leurs vaisseaux très- développés les pénètrent d’une très-grande quantité de fluides. Alors elles sont pour ainsi dire dans un état cor- respondant à celui de rémittence chez l’adulte : elles séparent même moins de fluide, quoique cependant elles paroissentêtreen permanence d’action. En effet, tous les réservoirs ne suffiroient pas pour contenir leurs fluides, si dans un temps donné, il s’en écouloit autant qu’après la naissance. Cela dépend-il de ce que le sang noir, qui alors aborde dans leur parenchyme, n’est point propre à fournir les matériaux des secré- tions ? Cela peut y influer, et même-je l’ai conjec- turé ailleurs d’après l’impossibilité où est ce sang de soutenir beaucoup d’autres fonctions. Mais la raison principale me paroit être que chez le fœtus le mou- GLANDULEUX. vement nutritif de composition prédomine manifes- tement sur celui de décomposition : celui-ci est peu marqué. Tout ce qui arrive aux organes y reste presque ety séjourne pour fournir les matériaux du rapide accroissement que le corps nous offre alors: or, les secrétions étant principalement destinées à rejeter au dehors le résidu de la nutrition, elles doi- vent être peu actives alors. D’ailleursladigestionn’introduitdanslesangaucun de ces principes qui, inutiles à la nutrition, doivent pour cela sortir comme ils sont entrés, c’est-à-dire sans avoir fait partie de nos organes : telles sont, par exemple, la plupart des boissons qui ne font que passer dans la masse du sang, et en sortent tout de suite par les urines. Les glandes du fœtus sont donc comme est le cer- veau à cet âge: quoique très-développées, elles res- tent inactives; elles sont dans l’attente de l’acte* §11. État du Système glanduleux pendant Vaccroissement. A la naissance , le système glanduleux accroît tout à coup en énergie; il prend une vie qui jusque-là lui étoit étrangère, et commence à verser plus de fluide. II doit ce changement, i®. à la différence du sang qui y aborde, et qui jusque-là noir et veineux par con- séquent, devient alors rouge et chargé par là même de principes qui lui étoient étrangers; 2°.à l’excita- tion générale et subite portée à l'extrémité de tous les excréteurs , par les alimens pour ceux qui s’ouvrent sur le canal (qui s’étend de la bouche à l’anus, par l’air pour les conduits muqueux des. surfaces bran?- 632 SYSTÈME chiques, pituitaires et pour la glande lacrymale, par les frottemens’divers de l’extrémité du gland, el même par l’air qui agit aussi sur lui, pour les reins et la vessie. Toutes les glandes sont d’autant plus sensibles à cette excitation'subite, qu’elles n’y sont nullement accoutumées. Leur sensibilité, jusqu’alors assoupie, se réveille: elles ressentent le contact du-sang qui y aborde , et qui jusque-là n’a voit fait sur elles qu’une foible impression. Ce sentiment est d’autant plus vif, que d’une part la sensibilité organique d.es glandes de- vient plus marquée, et que d’une autre part le sang rouge est un excitant plus fort que le sang noir : car, comme j’ai eu déjà souvent occasion de le faire ob- server , le sang qui arrive à un organey produit deux effets, don 11’un est de l’exciter, soi t par le mou vemen t qu’il communique, soit par le contact des principes qu’il contient, et l’autre d’y fournir leurs matières à diverses fonctions, comme à l’exhalation , à la secré- tion, à la nutrition, etc. Le premier effet est commun à tous les organes ou aborde du sang j le second est particulier à chacun. J’observe cependant que beaucoup de secrétions restent bien moins énergiques pendant les premières années, qu’elles ne le seront par la suite: telles sont celles des glandes salivaires, du foie, etc. Le rein étant destiné à rejeter au dehors le résidu de la diges- tion, autant et souvent plus que celui delà nutri- tion , il est dans une activité d’action proportionnée à la première fonction. L’enfant urine souvent , comme il rend fréquemment des excrémens. Ce n’est pas parce que beaucoup de substances, revenant des GLANDULEUX. organes qu’elles ont nourris, se présentent au rein, pour sortir au dehors par cette partie. Les affections du système glanduleux ne sont pas les dominantes dans les premières années. i°. Cène sont pas les parotides qui s’engorgent dans les tumé- factions fréquentes qui se voyent dans leur région ; ce sont presque toujours les glandes lymphatiques. 2°. On sait que les débordemens de bile , et que les affections qui en dépendent, sont très-rares alors. 5°. Toutes les secrétions relatives à la génération sont absolument nulles. 4°* Autant les affections orga- niques du foie et des reins sont communes chez l’adulte, autant elles sont peu fréquentes èhez l’en- fant. Alors c’est dans ce qu’on nomme si impropre- ment glandes lymphatiques, c’est dans le cerveau, etc., que l’anatomiste pathologique trouve surtout matière à ses recherches; car observez que les or- ganes qui sont spécialement en action dans un âge, sont ceux que les maladies aiguës et chroniques at- taquent le plus souvent à cet âge, et qu’au contraire elles semblent oublier ceux dans lesquels il se fait peu de travail. 5°. Les chirurgiens savent que les sarco- cèles, les hydrocèles par épanchement, les vari- cocèles et tout l’assemblage des maladies du testicule, sont aussi rares avant l’époque de la puberté, où il n’y a d’autre travail dans cette glande que celui de la nutrition, qu’elles sont communes dans les années suivantes. Il paroît que ce sont les glandes muqueuses qui sont le plus communément affectées alors, et par conséquent en plus grande activité. Les lacrymales sont aussi très-fréquemment en action. L’enfant 634 SYSTÈME pleure plus souvent que l’adulte ; on diroit que toutes les passions qui agitent cet âge n’ont qu’un mode uniforme d’expression, et que ce mode est le larmoiement. L’enfant souffre-t-il, il pleure ; est- il jaloux, il pleure; a-t-il peur, il pleure encore;est- il furieux , il pleure de n’être pas le plus fort. Cette influence des passions sur la glande lacrymale, dans les premières anne'es, semble avoir lieu aux dépens de l’influence exercée sur les autres glandes.il estrare que la crainte, que la frayeur, etc., donnent aux enfans une jaunisse subite, ou qu’elles excitent chez eux des secrétions bilieuses. A cet âge on n’urine point, et on ne rend point les excrémens par frayeur aussi souvent que dans les suivans ; on n’a point ces vomissemens spasmodiques que les passions des adultes nous pré- sentent si souvent; on ne pâlit et on ne rougit pas autant dans la fureur: aussi la figure n’est point autant le mobile tableau sur lequel se peignent les émotions de l’ame. L’œil n’étincelle point dans la colère, il n’est point expressif dans l’amitié , etc. C’est la glande lacrymale qui sert le plus souvent alors dans la face , à l’expression des passions. Remarquez que cette expression est celle de la foiblesse et de l’im- puissance , qu’elle est celle de la femme que tant de phénomènes rapprochent de l’enfant. Le cerf im- puissant oppose ses larmes aux chiens qui se jettent sur lui pour le dévorer. Le tissu glanduleux reste long-temps mou et délicat chez l’enfant. A la naissance, et chez le fœtus, le foie ni le rein n’ont point la singulière propriété de dur- cir par la coction. Ils restent, dans cette expériencer très-tendres et faciles à céder à la moindre impi es- GLANDULEUX. 635 sion. Quelque prolongée que soit la cuisson, jamais ils ne perdent ce caractère qui s'affoiblit peu à peu en avançant en âge, et qui à cette époque, rend ces glandes susceptibles de servir dans nos cuisines à des usages auxquels elles nesont plus propres dans l’adulte. § III. État du Système glanduleux après l'ac- croissement. La puberté se développe à peu près à l’époque où finit l’accroissement. Une glande jusqu’alors inactive chez l’homme, entre tout-à-coup en activité. La prostate la suit dans son développement. Chez la femme les seins se gonflent, s’écartent, et prennent, en un court espace, un volume que plusieurs années ne leur auroient pas donné, s’ils avoient crû selon les mêmes lois que dans l’état précédent. Loin de s’affoiblir, en proportion que celles-ci se fortifient, les autres glandes augmentent aussi leur action; elles deviennent plus fortes: alors elles perdent peu à peu la mollesse qui les caractérisoit dans l’enfance; elles deviennent aussi plus dures. Jusque-là la composition avoi.t prédominé sur la décomposition, dans le mouvement nutritif général. Alors presque autant de substance est habituellement rejetée de chaque organe , qu’il en entre dans son intérieur pour le nourrir. Or, comme les glandes sont le grand émonctoire qui rejette au dehors le résidu nutritif* elles versent alors plus de fluides à proportion qu’auparavant. Pendant la jeunesse ce sont les glandes génitales qui prédominent vraiment sur les autres : elles semblent être un foyer d’où partent des irradiations SYSTÈME qui animent toute la machine. On diroit le plus souvent qu’elles sont, dans le mécanisme de nos actions morales, le balancier qui met tout en mou- vement. A mesure qu’on s’éloigne de la jeunesse, l’in- fluence des glandes génitales s’afïoiblit, parce qu’elles son en moindre activité. Vers la trente - sixième ou quarantième année , ce sont spécialement les glandes destinées à la digestion qui prédominent sur les autres, et parmi elles le foie semble particuliè- rement être en activité. Alors les affections bilieuses sont prédominantes j alors les passions auxquelles semble nous disposer le tempérament bilieux, agitent plus fréquemment notre ame. L’ambition , la haine, la jalousie, sont les attributs souvent funestes de-cet âge. Ces passions sont alors plus durables. La légèreté de la jeunesse, les passions nées de l’influence des glandes génitales, qui prédominent à cet âge, avoient assoupi momentanément celles-ci , ou plutôt les avoient empêché de se développer. Alors elles restent seules, les autres s’étant échappées en fumée avec le feu de la jeunesse. Alors aussi l’influence des vives émotions de l’ame se porte spécialement sur les glandes et sur les viscères abdominaux*. Alors on ressent surtout ce resserrement à l’épigastre, effet si pénible des passions tristes ; lesjaunisses,que causent les chagrins sont plus fréquentes , etc. Cet âge est celui des affections organiques des glandes, de tous les changemens nombreux de tissu , de toutes les excroissances qui dénaturant pour ainsi dire ces organes, Jes transforment en des corps de texture différente. Dans l'enfance, les leucophlegma- GLANDULEUX. ties étoient le plus souvent produites par un engor- gement de ces pelotons lymphatiques quel’on nomme glandes j elles coïucidoient avec le carreau, aveclesen- gorgemens des glandes bronchiques,etc. Dans l’adulte au contraire , c’est avec les maladies du foie, delà rate , du rein , etc., quelles se rencontrent le plus souvent. § IY. État du Système glanduleux chez le Vieillard. Chez le vieillard, les glandes deviennent de plus en. plus consistantes et dures. Déjàmêmeavantleur vieil- lesse, les animaux ne nous offrent plus de mets pour nos tables dans leur système glanduleux. Le foie, le rein, la rate, etc. ne sont associés au tissu charnu , dans le bouilli ordinaire, que pour lui communiquer quelques sels, quelques principes savoureux étran- gers à ce tissu. On ne les mange pas , ou du moins ils sont peu agréables au goût. Le poumon qui con- tient une si grande quantité de glandes muqueuses, n’offre un aliment très-digestible que dans le veau: celui du bœuf est rejeté de nos tables , surtout lors- que l’animal est un peu vieux. Je remarque à ce sujet que les systèmes musculaire et glanduleux sont en ordre inverse pour la digestion, au moins dans l’état de coction où nous les réduisons pour nous en nourrir. En effet, le système glanduleux n’a une saveur agréable, n’est même bien digestible que dans les jeunes animaux , tandis qu’à cet âge le muscu- laire est fade, et qu’il ne devient un aliment savou- reux que vers le milieu de la vie. Dans l’extrême vieillesse , la couleur des glandes S T S T E ME change moins que celle de la plupart des autres or- ganes. On trouve le foie , le rein, etc., presque aussi pleins de sang que dans l’adulte; ils sont aussi rouges, tandis que pâles et décolorés, les muscles annoncent par leur nuance, que peu de sang y pénétroit dans les derniers temps. On diroit que ce fluide aban- donne d’abord la peau et les muscles de la vie ani- male qui dans le tronc lui sont subjacens, et qui dans les membres se trouvent très-éloignés du cœur, ou du moins qu’il diminue beaucoup dans les deux, systèmes, et qu’il se concentre dans les organes si- tués au voisinage du cœur: aussi les secrétions sont- elles très-abondantes encore chez les vieillards, tan- dis que les forces musculaires, nerveuses, etc., sont considérablement affoiblies. Les reins secrétent en- core beaucoup d’urine; le foie rejette beaucoup de bile, quoique ce dernier ait perdu en partie l’espèce de prédominance qu’il exerçoit dans l’économie vers la quarantième année. On sait que les catarrhes très- fréquens alors, indiquent un accroissement d’action des glandes muqueuses. Le testicule et les mamelles ont depuis long-temps cessé leurs fonctions. L’activité des glandes restantes en exercice, paroit dépendre de deux causes. i°. La décomposition étant très-marquée à cet âge, beaucoup de substances se présentent à ces glandes pour être rejetées au dehors. Le vieillard décroît par un phénomène opposé à l’ac- croissement rapide du fœtus, où le système glandu- leux ne rejetoit presque rien hors de l’économie. 2°. La peau racornie et resserrée, cessant en partie d’être un émonctoire des produits delà décomposi- tion, les glandes suppléent à ces fonctions. Les sys- GLANDULEUX. 639 tèmes cutané et glanduleux sont alors dans le même rapport qu’en hiver et que dans les pays froids, où nous avons vu que le second supplée constamment au premier. En général, le système glanduleux est un de ceux où la vie s’éteint le plus lentement. Dans les cadavres des vieillards on trouve encore la bile remplissant la vésicule, la vessie pleine d’urine, etc. Toutes les glandes comprimées, la prostate elle-même, laissent échapper de leurs excréteurs une quantité abondante de fluide. J’ai même observé que dans cette com- pression , on exprime constamment plus de fluide dans le vieillard que dans l’enfant. Plus les animaux sont vieux, plus leur rein, comme on sait, garde l’odeur urineuse. Le poumon, qui est si abondant en surfaces muqueuses, en glandes par conséquent, n’est point flétri ni racorni chez le vieillard; il rem- plit ses fonctions avec autant de précision que pen- dant la jeunesse. En général c’est un phénomène très-remarquable que tous les organes intérieurs principaux, le foie, le rein, la rate, le cœur, les poumons, etc., conser- vent encore une force vitale très-prononcée, tandis, que les organes sensitifs et locomoteurs déjà presque épuisés, ont rompu en partie les communications qui lient l’individu aux objets qui l’entourent. SYSTÈME DERMOÏDE. T ous les animaux se trouvent enveloppés d’une membrane plus ou moins dense, proportionnée en général par son épaisseur au volume de leur corps, destinée, et à garantir les parties subjacentes, et à re- jeter au dehors une portion considérable de leur ré- sidu nutritif et digestif, et à le mettre en rapport avec les corps extérieurs. C’est pour l’homme une limite sensitive, placée à l’extrémité du domaine de son ame, où ces corps viennent sans cesse heurter afin d’établir les relations de sa vie animale, et de lier ainsi son existence à celle de tout ce qui l’entoure. Cette enveloppe est le derme ou la peau. Nous ap- pellerons son ensemble Système dermoïde. ARTICLE PREMIER. Formes du Système dermoïde. Proportionnée aux parties extérieures qu’elle re- couvre, l’enveloppe que forme ce système s’applique sur ces parties, se moule à leurs grandes inégalités, en laisse prononcer les saillies extérieures les plus sensibles, mais nous en dérobe un grand nombre, à cause de leur peu de volume : aussi l’aspect de l é-' corché est-il très-différent de celui du cadavre. Par-tout continue, cette enveloppe se réfléchit à travers différentes ouvertures dans l’intérieur du corps, et va donner naissance au système muqueux. SYSTEME DERMOÏDE. 641 Les limites de l’un et de l’autre système sont cons- tamment marquées par une ligne rougeâtre; en de- dans de cette ligne est le muqueux, en dehors le dermoïde. Cependant la démarcation n’est pas aussi tranchée dans l’organisation, que dans la couleur. Tous deux se confondent d’une manière insensible. Au voisinage des ouvertures, de celles de la face spécialement, le dermoïde s’amincit. Au commen- cement de ces ouvertures, le muqueux emprunte plus ou moins, comme je l’ai dit, les caractères du premier. § Ier. Surface externe du Système dermoide. Par-tout contiguë à l’épiderme, cette surface est remarquable par les poils qui la couvrent, par l’hu- meur huileuse qui la lubrifie habituellement, par la Sueur qui s’y dépose, par le tact dont elle est le siège et auquel sa surface interne est étrangère. Nous fe- rons dans cet article abstraction de ces divers objets , pour ne considérer que les formes dermoïdes exté- rieures. On voit sur Cette surface différentes espècesde plis. i °. Les uns dépendent des muscles subjacens qui, intimement adhérens au derme, faisant presque corps avec lui, le rident lorsqu’ils se contractent. Telles sont les rides du front, que l’épicrânien produit ; celles en forme de rayons, que l’orbiculaire grave autour des paupières, etc.; celles dont les joues sont le siège, lorsque les grand et petit zygomatiques,, le ca- nin, etc., se contractent; celles dont l’orbicuiaire des lèvres environne la bouche, lorsqu’il la fronce en rétrécissant son ouverture, etc. Tous ces plis 642 SYSTEME dépendent de ce que d’un coté la peau ne peut se con- tracter comme les muscles, et que d’un autre côté il faut quelle occupe moins d’espace en longueur , à l’instantoii ceux-ci se raccourcissent. Ils sont de même nature que ceux dont les surfaces muqueuses , celle de l’estomac en particulier, devienneftt le siège dans la contraction du plan charnu qui leur est contigu» Aussi la direction de ces plis est-elle toujours per- pendiculaire à celle des muscles subjacens dont ils coupent les fibres à angle droit. Nos habitudes ont mis beaucoup d’importance à l’existence de ces rides dans l’expression des passions : sans doute parce qu’elles sont alors très-marquées. En effet, la largeur de la face de l’homme la rend très-propre a leur dé- veloppement, tandis que celle des animaux est mal conformée pour les produire. Aussi leur œil est-il, plus que les traits de leur figure, le tableau mobile que les sentimens divers de colère, de haine , de ja- lousie, etc., viennent à chaque instant dessiner dif- féremment. Les rides de la face humaine entrent pour beaucoup à cause de cela, dans l’expression de la figure; elles composent en partie la physiono- mie, et en marquent les nuances diverses. Les rides du scrotum sont analogues à celles-ci ; elles dépendent de la contraction du tissu cellulaire subjacent, ou quelques fibres charnues paroissent aussi exister. 2°. Il est d’autres rides qui tiennent aussi aux mou* veinens, mais non à ceux des muscles subjacens. Ce sont celles de la plante du pied, et surtout celles de la paume de la main. Il n’y a point là de muscle soucutané adhérent à la peau, excepté le petit muscle palmaire, lequel n’est pour rien dans ces rides qui ont lieu aux endroits ou la peau est habituellement plissée dans la flexion. Ainsi il y en a plusieurs au niveau de toutes les articulations des phalanges. Dans la paume de la main on en voit trois principales, l’une à la base du pouce , produite par le mouvement d’op* position, l’autre à la partie antérieure de la paume, 'déterminée par la flexion des quatre dernières pha- langes qui se fléchissent pour s’approcher du pouce, une autre existant au milieu de la paume. Le derme se replie entre ces lignes déprimées, dans les mouve- mens ou la main se creuse. Une foule d’autres petits plis correspondans à des mouvemens moins marqués et moins fréquens, coupent ceux - ci sous différens angles. Dans la région dorsale du pied et de la main , il y « beaucoup de rides au niveau de chaque articulation des phalanges, lorsqu’elles sont étendues. Elles dispa- roissent dans la flexion , et dépendent de ce que la nature, à cause des mouvemens, a rendu la peau plus lâche en cet endroit, et plus large à proportion des parties qu elle recouvre. Au niveau de la plupart des articulations, il y a des replis analogues , mais ils sont beaucoup moins marqués, parce que la peau est moins adhérente aux parties voisines. Sur tout le tronc, au bras, àïavant-bras, à la cuisse, à la jambe, on ne voit de dépressions que celles des saillies mus- culairess 5°. Il est une troisième espèce de rides, ou plutôt d’impressions cutanées, qui est très-peu marquée, que la plante du pied et la paume de la-main pré- sentent surtout, et qu’on y distingue très-bien des ï> E R ïï Ô ï D E. 643 644 precedentes : ce sont celles qui indiquent les rangées des papilles. La surface du tronc ne présente presque rien de semblable. -4°. Enfin, il y a les rides de vieillesse, qui sont de nature toute différente. La graisse soucutanée ayant en partie disparu, la peau se trouve trop large pour les parties quelle recouvre : or, comme elle a perdu avec l’âge sa contractilité de tissu , elle ne re- vient point sur elle-même , mais se plisse en divers sens. Aussi là où il y avoit le plus de graisse, comme à la face, ces rides sont plus marquées; elles ressem- blentàcelles qui se succèdent sur le bas-ventre à plu- sieurs grossesses consécutives, à l’hydropisie, etc. Dans les jeunes gens, si l’amaigrissement survient tout à coup, la peau revient sur elle-même, et au- cune ride ne se forme. SYSTÈME § II. Surface interne du Système dermoide. Cette surface répond par-tout à du tissu cellulaire qui est lâche sur le tronc, aux cuisses, aux bras, etc., et qui se condense au crâne , à la main, etc. Dans la plupart des animaux, un plan charnu nommé panni- cule , et analogue par sa forme à celui qui est presque par-tout subjacent au système muqueux de l’homme, isole la peau des autres parties, et lui communique difiérens mouvemens. Dans l’homme , le système dermoïde présente encore çà et là des traces de ce muscle interne, comme on le remarque au peaucier, aux occipitaux-frontaux et à la plupart des muscles de la face. La nature n’a rien placé de semblable au tronc, aux membres , etc. L’homme est autant infé- rieur sous ce rapport à la plupart des animaux, qu’il !D E R M O 1 T> E. 645 leur est supérieur par la disposition de ses muscles faciaux. Aussi remarquez que tandis que chez lui toutes les passions se, peignent pour ainsi dire sur la face, tandis que l’habitude extérieure du tronc, dans ces orages de l'ariae, reste pour ainsi dire calme et tranquille, toute cette habitude est agitée de mou- vemens chez l’animal. La crinière du lion se redresse, toute la peau du cheval frémit , mille agitations di- verses animent l’extérieur du tronc des animaux , et en font un tableau général où la nature vient peindre tout ce qui se passe dans l’intérieur. Tous distin- guerez par derrière, sur beaucoup d’animaux et en voyant seulement leur corps y si les passions les agi- tent; couvrez la face de l’homme, le rideau est tiré sur le miroir de son ame : aussi presque tous les peu- ples la laissent à nu. La physionomie est, pour ainsi dire, sous ce rapport, plus généralement disséminée à l’extérieur, dansles animaux à pannicule charnu. Outre le tissu cellulaire, le derme est presque par-* tout subjacent à des muscles dans le tronc; mais, étranger aux mouvemens de ces muscles, il n’en reçoit aucune influence sensible. Dans les membres il se trouve séparé des plans charnus par des toiles aponévrotiques. Beaucoup de vaisseaux rampent sous lui; de grosses veines se dessinent à travers son tissu ; une foule de ramifications artérielles serpentent à sa surface; beaucoup de nerfs marchent entre ces rami- fications.., 646 SYSTÈME ARTICLE DEUXIÈME. Organisation du Système dermoïdek § Ur. Tissu propre à cette Organisation. Cje tissu comprend, i°. le corion, 2°. ce qu’on, nomme le corps réticulaire, 3°. les papilles. Le corion est la partie essentielle du derme; c’est lui qui en dé- termine l’épaisseur et la forme. Le corps réticulaire en paroît peu distinct. Les papilles en,naissent aussi, mais sont plus manifestes. Corion. Le corion a une épaisseur très-variable. i°. Dans la tête, celui du crâne et celui de la face offrent une dis- position opposée. Le premier, très-épais est'de plus dense et serré, ce qu’il doit surtout aux poils nom- breux qui le traversent. Par-tout mince et délicat, le second est surtout très-fin sur les paupières et sur les lèvres. 2°. Le; corion du tronc a postérieurement et tout le long du dos, une épaisseur presque double de celle de sa partie antérieure, où il est à peu près, le même au cou, à la poitrine et à l’abdomen. J’en excepte cependant la verge , le scrotum, les grandes lèvres et le sein, où sa finesse est plus caractérisée que par-tout ailleurs. 3°. Dans les membres supé- rieurs, le corion est à peu près uniforme à l’épaule*, au bras et à l’avant-bras; à la main, il augmente un peu d’épaisseur, et plus dans la paume qu’au dos. 40. Cette épaisseur est généralement bien plus mar- quée à la cuisse et à la jambe, où i! y a plus de mua- X> E R M O ï D E. des à contenir, qu’au bras et à l’avant-bras. Au pied, elle augmente comme à la main, moins dans la ré- gion dorsale, que dans la plantaire qui est de toutes les parties du système dermoïde la plus épaisse ; ce qu’elle doit cependant principalement, dans l’état naturel, à la disposition de son épiderme. On voit d’après cela que, quoique par-tout continu, le co- rion est très-différent dans ses diverses parties. Le rapport de son épaisseur avec ses fonctions est facile à saisir à la main, au pied, au crâne, etc. Ailleurs on ne peut aussi bien concevoir la raison de ces dif- férences , qui sont constantes cependant. La femme a un corion généralement moins épais que l’homme; comparé dans toutes les régions, il présente dans les deux sexes une différence sensible : au sein surtout , il est bien plus délicat chez la femme. Cependant celui des grandes lèvres est proportion- nellement plus épais que celui du scrotum. Pour bien concevoir la structure intime du corion, il faut d’abord l’examiner à sa surface interne, après l’avoir exactement isolé du tissu cellulaire graisseux, auquel cette surface adhère plus ou moins intime- ment. On voit alors quelle est différemment disposée > suivant les régions. i°. A la plante du pied et à la paume de la main, on distingue une infinité de fibres blanchâtres, relui- santes comme les fibres aponévrotiques, qui se dé- tachent de cette surface interne, forment sur elle une espèce de plan nouveau, s'entrecroisent en tous sens, laissent entre elles, surtout vers le talon, une foule d’aréoles plus ou moins larges, que la graisse remplit,s'écartent déplus en plus.et senerd^Jir 648 SYSTÈME dans le tissu soucutané, à peu près comme Les fibres de l’aponévrose brachiale disparoissent insensible- ment dans le tissu cellulaire voisin. Voilà pourquoi lorsque l’on dissèque les tégumens palmaires et plan- taires ,. on e'prouve la plus grande difficulté à les isoler entièrement du tissu cellulaire qui s’entrelace avec ces fibres; voilà encore pourquoi ces surfaces n’ont point, sur les parties qu’elles recouvrent, la mobi- lité qu’une foule d’autres nous présentent. La densité du tissu cellulaire est aussi pour quelque chose dans cette disposition essentielle aux fonctions du pied et de la main, qui sont destines à saisir et à embrasser les corps extérieurs. 2°. Le derme des membres supérieurs et inférieurs, celui du dos, celui du cou, de la poitrine, de l’abdo- men, de la face meme, et par conséquent de presque tout le corps, sont distingués des précédens, d’abord en ce que les fibres y sont beaucoup moins distinctes; ensuite en ce qu’elles ne se perdent pas dans le tissu cellulaire en se confondant pour ainsi dire avec lui, d’où résulte une laxilé remarquable de la peau de ces parties, et la facilité très-grande de la disséquer; enfin, parce queles aréoles sont beaucoup plus étroites. Ces aréoles représentent une infinité de trous irrégu- lièrement placés les uns à côté des autres, logeant la plupart de petits paquets graisseux du tissu voisin, et offrant, lorsque ces petits paquets ont été exacte- ment enlevés, des vides très-sensibles. Les fibres qui les forment sont assez, rapprochées pour faire croire au premier coup d’œil que c’est une surface percée d’une infinité de trous, qui a été appliquée sous la peau. Au contraire, à la main et au pied, vers le D E R M O ï D E. 649 talon surtout, c’est un véritable réseau dont les espaces sont plus larges que les fibres qui les forment: c’est 1 inverse ici. Quoi qu’il en soit, ces aréoles delà sur- face interne du corion sont très-favorables à l’ac- tion du tannin, qui en pénètre infiniment mieux le tissu de ce côté que du côté opposé, parce qu’il s’in- sinue dans ces ouvertures multipliées. J’ai eu occa- sion de l’observer sur du corion humain que j’aitfait tanner exprès. Le cit. Chaptal a observé très-bien que l’épiderme est un obstacle réel kl’action du tannin, et que c’est sous ce rapport que le débourrement est uneopération préliminaire essentielleau tannage,puis- qu’il permet à la peau de se pénétrer des deux côtés ; mais même ainsi débourrée, elle reçoit bien plus fa- cilement le tannin du côté des chairs que du côté opposé. 3°. Le corion du dos de la main et du pied, ainsi que celui du front, etc.,ne présente pointées ouver- tures multipliées à sa surface interne; il est lisse, blanchâtre, surtout lorsqu’il a un peu macéré. Il en est absolument de même de celui du scrotum, du pré- puce, des grandes lèvres même. Le tissu en est plus serré ; aucun intervalle n’y reste; en sorte que, quoi- que plus mince que celui des membres et du tronc, il contient presque autant de substance. Quant au co- rion correspondant aux cheveux et à la barbe, on n’y Voit autre chose que les ouvertures nécessaires au passage des poils, et qui sont toutes différentes de celles dont j’ai parlé tout à l’heure, lesquelles forment de véritables culs-de-sac, et ne percent point le corion de part en part. Voilà donc trois modifications très-distinctes que SYSTÈME nous présente la face interne du corion dermoïde» La première et la dernière se voient dans une petite étendue, tandis que la seconde est presque générale, avec quelques différënces cependant au tronc , aux membres et à la tête. Au reste ces modifications ne supposent point une diversité de nature, mais seu- lement de formes. Très-écarté et disposé en fibres dans la première, le tissu dermoïde se rapproche, se condense un peu dans la seconde, et par cette con- densation rend les aréoles moins distinctes. Mais il est un moyen de bien les apercevoir par-tout, excepté cependant là où il n’y en a aucune trace: c’est la macération. Ce moyen est même celui qui nous montre le mieux la texture dermoïde.En effet, quand la peau a séjourné un peu long-temps dans l’eau, elle se ramollit, les fibres de son corion s’écartent, leurs intervalles deviennent plus distincts : alors on voit que les aréoles existent non-seulement à la sur- face interne, mais qu’elles se prolongent dans son tissu qui paroît véritablement criblé dans toute son épaisseur, tant sont nombreuses les espaces résul- tantes de l’entrecroisement des fibres. Ces aréoles ne se terminent point en culs-dc-sac vers la surface externe ; elles viennent s’ouvrir sur cette surface par une foule de trous qui sont extrême- ment apparens dans une peau qui a macéré pendant un mois ou deux, et qui, dans l’état ordinaire presque imperceptibles sur certains sujets, se distinguent assez bien sur d’autres. D’ailleurs pour les voir il faut enlever l’épiderme : or , comme pour produire tout de suite cet effet nous employons communément T action de l’eau bouillante ou du feu tissu ï> E R M O ï D E. dermoïde se racornit, et ils deviennent beaucoup moins apparens, au lieu que non-seulement la macé- ration ne racornit point la peau, mais 1 épanouit, la dilate, ce qui rend ces trous très-sensibles. Dans cer- taines parties de la peau et dans certains sujets, on y introduiroit alors la tête d’une épingle; dans d’autres ils sont moins sensibles. Ces trous ne percent jamais le derme perpendiculairement, tous s’ouvrent oblique- ment à sa surface; en sorte qu’une pression perpen- diculaire tend à les fermer et à appliquer leurs parois l’une contre l’autre. Je ne puis mieux comparer leur terminaison qu’à ceile des uretères dans la vessies voilà pourquoi les poils qui les traversent ne sont jamais droits, mais obliques à la peau. On parle mal quand on dit que les cheveux sont plantés oblique- ment: leur insertion dans le bulbe est droite; c’est à leur passage par le corion qu’ils changent de direc- tion. Au reste ces trous ne sont point des vaisseaux , ce sont de simples communications de l’intérieur à l'extérieur par où passent les poils, les exhalans, les absorbons, les vaisseaux sanguins et les nerfs qui vien* rient se rendre à la surface du derme : ainsi les aréoles subjacentes ne sont-elles quedes cellules oùse trou vent contenus.les vaisseaux des glandes et du tissu cellu- laire. Le tissu dermoide doit donc être conçu comme un véritable réseau, comme une espèce de tissu cel- lulaire dont les cellules très-prononcées au dedans, le deviennent moins dans la surface extérieure, avec laquelle toutes communiquent pour y transmettre divers organes. Le corion est donc le canevas, la charpente , si je puis parler ainsi ? de l’organe cutané. SYSTÈME il sert à loger dans ses aréoles, toutes les autres parties qui entrent dans la structure de cet organe, contribue à leur donner la forme qu’ils doivent y avoir, mais leur est absolument étranger. Quelle est la nature de ce tissu aréolaire, qui entre spécialement dans la composition du corion cutané? Je l’ignore j mais je crois qu’il a beaucoup d’analogie avec le tissu du système fibreux; voiei sur quelles considérations j’appuie cette analogie. i*\ Au talon, ou le tissu dermoïde a la forme fibreuse des ligamens irréguliers, il seroit presque impossible de l’en dis- tinguer, tant l’apparence extérieure est uniforme; il en a la résistance , la densité : on éprouve le même sentiment lorsqu’on le coupe avec le bistouri. 2°. Le tissu dermoïde devient jaunâtre, transparent comme le fibreux parla coction. 5°. Il se fond aussi peu à peu comme lui en gélatine. 4°* Comme lui, excepté les tendons cependant, il résiste beaucoup à la macéra- tion. 5°. Quelquefois ces deux tissus s’identifient; par exemple, les ligamens annulairesdu poignet en- voient manifestement des prolongemens au tissu der- moïde voisin. 6°. Ce tissu peut servir, comme le fibreux, d’insertion, aux muscles: on le voit à la face ou les fibres de la houppe , plusieurs de celles- de l’orbiculaire des lèvres et des paupières , presque toutes, celles des sourciliers trouvent dans les fibres du tissu dermoïde, de véritables tendons. Même disposition au palmaire cutané. Toutes ces considérations établissent évidemment- beaucoup de rapports entre les deux tissus dermoïde' et fibreux. Cependant il s’en faut'de beaucoup qu’il y ait identité cuire eux. Pour s’en convaincre il suffit» DERMOÏDE, d’observer combien leur mode de sensibilité diffère, combien leurs maladies sont aussi différentes : il ble méfne d’abord qu’il n’y ait aucune analogie entre eux sous ce double rapport. Cependant il s’en faut de beaucoup que la ligne de démarcation soit aussi réelle qu’il lé paroit.En effet, la vive sensibilité de la peau ne siège point précisément dans ce tissu blanchâtre, croisé de manière à laisser entreses mailles les vides dont nous avons parlé, et qu’on voit surtout à la surface adhérente à cet organe. L’expérience ex- posée à l’article du système muqueux, et où j’ai irrité l’organe cutané de dedans en dehors, le prouve évi- demment. G’est la surface où se trouvent les papilles* qui présente surtout cette propriété vitale. D’un autre côté l’anatomie pathologique prouve que la surface interne du derme, où se trouvent surtout le tissu et les aréoles dont nous avons parlé, est com- plètement étrangère à la plupart des éruptions cu- tanées. Gela est hors de doute pour la petite vérole , pour la gale, pour un grand nombre de dartres; je m’en suis assuré pour les boutons de vaccine, pour les éruptions miliaires, etc., etc. Il est certain que dans l’érysipèle, la surface externe seule du corion se co- lore par le sang qui pénètre dans les exhalans : aussi la pression la plus légère, faisant refluer le sang, pro- duit alors un blanc subit qui disparoît bientôt par le retour du sang dans les exhalans. C’est même ce qui différencie essentiellement l’érysipèle simpleduphleg- moneux, où non - seulement la face externe du co- rion, mais encore tout son tissu et le cellulaire sub- jacent sont enflammés. Dans la rougeole, dans la fièvre scarlatine, dans la fièvre rouge, la rougeur est SYSTEME aussi bien manifestement superficielle. Ces phéno- mènes coïncident avec ceux des injections j pour peii que celles-ci re'ussissent chez les enfans, la peau du vi- sage, moinssouventcclledes autres parties, noircissent presque entièrement. Or, cette noirceur est bien plus manifeste à la surface externe qu’à l’interne de la peau, sans doute parce queplusd’exhalanssetrouvent dans la première, que dans la seconde que les troncs artériels ne font que traverser. Les considérations précédentes prouvent évidem- ment que le tissu aréolaire de la surface interne du eorion, et même celui de son intérieur , ont une acti- vité vitale beaucoup moindre que celle de la surface externe ; que ce tissu est étranger à presque tous les grands phénomènes qui se passent sur la peau, à ceux surtout qui sont relatifs aux sensations et à la cir- culation ; que c’est aux papilles qu’appartiennent les premières, et dans le corps réticulaire que siègent les secondes; qu’il est presque passif dans presque toutes les périodes d’activité de cette double portion du derme. Ses fonctions, comme celles du tissu fibreux le supposent presque toujours dans cet état passif; elles sont uniquement de garantir le corps, de le pro- téger contre* l’action des corps extérieurs. C’est lui qui forme notre véritable tégument; aussi a-t-il des pro- priétés très-analogues à cet usage. Sa résistance est extrême. 11 faut des poids très-considérables pour dé- chirer des lanières très-étroites de eorion , auxquelles on suspend ces poids; tiraillées en divers sens, ces lanières se rompent aussi avec beaucoup de peine. Cependant cette résistance est beaucoup moindre que lorsque le tannin s’est combiné avec ie eorion. D E K m o ï n Ë. 655 On sait qu’ai nsi préparée, cette portion de la peau offre les liens les plus forts que nous ayons dans les arts. Je ne connois que deux tissus dans réconomie animale , qui allient à un si haut degré la souplesse et la résistance : c’est celui-ci et le tissu fibreux; et c’est là un nouveau caractère qui les rapproche. Nous avons vu qu’il falloit des poids très-considérables pour rompre un tendon, une lanière d’aponévrose, un li- gament pris sur un cadavre. Les tissus musculaire, nerveux, artériel, veineux, cellulaire, etc., cèdent in- finiment plus facilement. Si le tissu dermoïde avoit moins d’extensibilité, il remplaceroit très-avantageu*» sement les tendons, lesligamens, etc., dans laslruc» ture du corps» Puisque le corion est étranger à presque tous les phénomènes sensitifs et morbifiques de la peau, re- cherchons donc quelles parties du derme sont le siège de ces phénomènes. Ges parties existent bien ma- nifestement à la surface externe : or on trouve à cette surface externe, i°. ce qu’on nomme le corps réticulaire, 2°. les papilles. jDu Corps réticulaire. La plupart des auteurs se sont formé du corps ré- ticulaire l’idée d’une espèce d’enduit appliqué sur la Face externe de la peau entre le corion et l’épiderme, percé d’une infinité d’ouvertures à travers lesquelles passent les papilles. Je ne sais trop comment on peut démontrer cet enduit qui flue, suivant le plus grand nombre , lorsqu’on détache l’épiderme. J’ai employé pour le voir un très-grand nombre de moyens dont aucun ne m’a réussi. i°. Telle est l’adhérence de l’é- SYSTÈME piderme à la peau, que dans l’état d’intégrité on ne peut guère les séparer sans intéresser l’un ou l’autre» Cependant, en y mettant beaucoup de précaution, on ne voit rien de muqueux sur le corion resté à nu» 2°. Coupé longitudinalement, surtout au pied oùl’é- piderme est très-épais, un morceau de peau laisse voir très-distinctement sur le bord divisé les limites de celle-ci et du cofion : or rien ne s’échappe au ni- veau de la ligne qui les sépare. 3°. Dans l’ébullition où l’épiderme a été enlevé, rien ne reste sur sa sur- face interne, ni sut le corion. 4°* La macération et la putréfaction, celle-ci surtout, produisent sur ce der- nier une espèce d’enduit gluant à l’instant où l’épi- derme s’enlève. Mais cet enduit est absolument le produit de la décomposition. Rien de semblable ne se rencontre dans l’état ordinaire. Je crois, d’après toutes ces considérations , qu’il ny a point une substance déposée par les vaisseaux sur la surface du corion, extravasée, stagnant sur cette surface, et y représentant un enduit dans le sens suivant lequel Malpighy le concevoit. Je crois qu’on doit entendre par corps réticulaire., un lacis de vais- seaux extrêmement fins, et dont les troncs déjà très- déliés, après avoir passé par les pores multipliés dont le corion est percé , viennent se ramifier à sa surface , et contiennent différentes espèces de fluides. L’existence de ce réseau vasculaire est mise hors de doute par les injections fines qui changent entiè- rement la couleur de la peau au dehors, sans l’altérer beaucoup au dedans. C’est lui qui, comme je l’ai fait observer , est le siège principal des éruptions multi- DERMOÏDE. pliées dont la plupart sont réellement étrangères au corion cutané. On peut donc concevoir le corps réticulaire comme un système capillaire général, entourant l’organe cu- tané, et formant avec les papilles une couche inter- médiaire au corion et à l’épiderme. Ce système ne contient, chez la plupart des hommes, que des fluides blancs. Chez les nègres, ces fluides sont noirs. Ils ont une teinte intermédiaire chez les nations basa- nées. On sait combien les nuances varient dans les races humaines. D’après cela, la coloration de la peau ressemble à peu près à celle des cheveux,qui dépend bien manifestement de la substance existant dans leurs conduits capillaires : elle est analogue à celle des taches de naissance, qu’on nomme communément envies, et dans lesquelles jamais on ne voit une couche de fluides extravasés entre l’épiderme et le corion. Au reste, je crois qu’on a encore très-peu de don- nées sur cette substance, qui remplit une partie du système capillaire extérieur. Elle n’y circule point, mais paroîty séjourner jusqu’à ce qu’une autrela rem" place. Lorsqu’on examine la peau d’un nègre, on la voit teinte en noir, et voilà tout. Dans la macération, j’ai observé que tantôt cette teinte s’enlève avecl’épi- derme , et que tantôt elle reste adhérente au corion. Elle est bien manifestement étrangère et à l’un et à l’autre, puisque tous deux ont la même couleur chez les blancs et chez les noirs. Elle ne se reproduit point lorsqu’elle a été enlevée; car les cicatrices sont égale- ment blanches dans tous les peuples. Y a-l-il chez les blancs une substance blanche qu i,sé- journant dans le système capillaire extérieur, corres- ponde à celle des nègres, ou bien la couleur de leur peau ne dépend-elle que de l’épiderme et du co- rion ? Je serois assez tenté de croire que les blancs ont aussi une substance colorante, puisque l’action long-temps continuée d’un soleil vit les noircit sen- siblement. Cette circonstance a même fait croire que le blanc est naturel à tous les hommes, et qu’il n’y a qu’une race primitive qui a dégénéré suivant les divers climats. Mais pour s’assurer de la diversité des races, il suffit d’observer, i°. que la teinte de la peau n’est qu’un des caractères qui distinguent chaque race , et que plusieurs autres se joignent toujours à lui. La na- ture et la forme des cheveux, l’épaisseur des lèvres et du nez, la largeur du front, le degré d’inclinaison de l’angle facial tout l’aspect de la figure, etc., sont des attributs constans qui indiquent une modifica- tion générale dans l’organisation, et non une diffé- rence isolée du système dermoïde. 20. Les blancs se basanent dans les pays chauds; mais jamais ils n’ac- quièrent la teinte des peuples du pays. 3°. Trans- plantés dans les pays froids dès leur bas âge, nés dans ces pays, les noirs restent toujours tels; leur nuance ne change presque pas, malgré que les générations s’accumulent"sur eux. 40. Il s’en faut de beaucoup que la couleur suive exactement la température : on voit une foule de variétés dans les nuances des peu- ples qui vivent sous le même degré de latitude, etc. Tout prouve donc que la couleur de la peau n’est qu’un attribut isolé des différentes races humaines, quoique ce soit celui qui frappe le plus nos sens, et qu’on ne doit pas y attacher une importance plus SYSTÈME DERMOÏDE. grande qu’à une foule d’au très qui se tirent de la sta- ture, souvent très-petite, comme chez les Lapons, de la face élargie et aplatie, comme chez les Chinois , des dimensionsde la poitrine, du bassin, des mem- bres, etc. C’est sur les différences de l’ensemble, et non sur celles d’une partie isole'e, que doivent être prises Ieslignesde démarcation qui séparent les races. La face et les formes européennes sont en générai le type auquel nous comparons l’extérieur des autres nations. La laideur ou la beauté des races humaines sont, dans notre manière de voir, mesurées par la distance plus ou moins grande qui sépare ces races de la nôtre. Telle est en effet chez nous la force de l’habitude, que nous jugeons rarement d’une manière absolue, et que tout objet qui s’éloigne beaucoup de ceux qui frappent également nos sens, est pour nous désagréable , fatigant même quelquefois. • Au reste, la matière colorante du corps réticulaire cutané intéresse plus le naturaliste que le médecin. Ce qui doit surtout fixer l’attention de celui-ci, c’est la portion du système capillaire extérieur à la peau où circulent des fluides.En effet, outre la portion qui est le siège de la coloration, il y en a bien manifes- tement une que des fluides blancs parcourent habi- tuellement, où ils se meuvent avec plus ou moins de vitesse, et où ils se succèdent sans cesse. C’est de cette portion que naissent les pores exhalans qui four- nissent la sueur; c’est ce réseau vasculaire qui est le siège des érysipèles et de toutes les éruptions cu- tanées étrangères au corion. Le sang ne le pénètre point dans l’état ordinaire * mais mille causes peuvent à chaque instant le rem- 660 SYSTEME plir de ce fluide. Frottez la peau avec un peu de ru- desse ; elle rougit à l’instant. Si un irritant est appli- qué sur elle, soit qu’il agisse mécaniquement,comme dans l’urtication où les petites appendices delà plante pénètrent l’épiderme, soit qu’il exei ce une action chi- mique, comme dans les frictions avec l’ammoniaque, comme lorsqu’on tient une portion de la peau très- près d’un feu un peu vif, etc., à l’instant la sensi- bilité de ce réseau vasculaire s’exalte; il appelle le sang que précédemment il repoussoit: toute la partie rougit dans une surface proportionnée à l’étendue de Y irritation. Qu’une passion agisse un peu vive- ment sur les joues ; aussitôt une rougeur subite s’y ma- nifeste. Tous les rubéfians nous offrent de même une preuve de l’extrême tendance qu’a la sensibilité du système capillaire superficiel du derme à se mettre en rapport, pour peu qu’elle soit excitée, avec le sang qui lui est hétérogène dans l’état ordinaire. Les vésicatoires dépendent du même principe. Leur premier effet est de remplir de sang le système capil- laire cutané, là où ils sont appliqués, d’y produire un érysipèle subit, puis de déterminer une abon- dante exhalation séreuse sous l’épiderme soulevé. Ils opèrent en peu d’heure? ce que la plupart des érysi- pèles font en plusieurs jours; car on sait qu’ils se terminent la plupart par des vésicules ou phlyctènes qui s’élèvent sur la peau. Dans la combustion portée assez loin pour être plus que rubéfiante, et assez mo- dérée pour ne pas racornir , il y a aussi un accrois- sement subit d’exhalation sous l’épiderme soulevé. En général la production de toute ampoule cuta- née est toujours précédée d’une inflammation de la DERMOÏDE.1 surface externe de la peau. Ce phénomène n’est point exclusif pour ce système. Nous avons vu le séreux , aussitôt qu’il est mis à découvert M irrité un peu vivement, rougir en peu de le passage du sang dans ses exhalans; ce qui conlWtueune inflam- mation à laquelle succède souvent une exhalation abon- dante de sérosité lactescente, ou autre. Cette exha- lation ne séjourne pas sur la surface* et il y forme point de phlyctènes, parce que celle-ci n’a point d’é- piderme : c’est toute la différence d’un phénomène qui n’est point le même, au premier coup d’œil, pour les systèmes séreux et cutané. Ce n’est pas seulement l’irritation de l’organe cu- tané qui détermine le sang à passer dans le sys- tème capillaire extérieur. Toutes les fois que le cœur est vivement agité,qu’il précipite le cours de ce fluide* le passage tend à se faire : c’est ce qu’on voit manifes- tement, i°. à la suite d’une course violente, 2°. dans la période de chaleur d’un accès de fièvre, etc. A cet égard* je ferai une remarque qui me paroît très-importante : c’est que le système capillaire de la face est, plus que celui de toutes les autres parties de la peau, exposé à se pénétrer ainsi de sang. i°. Cela est évident dans les deux cas dont je viens de parler** et ou l’action du cœur est augmentée. 20. Dans les passions , la peau reste la même dans les autres par- ties, tandis que celle-ci pâlit ou rougit subitement. 3°. On sait que le médecin interroge fréquemment l’état du système capillaire facial, qui se ressent près, que toujours de l’état des viscères intérieurs, qui se remplit ou se vide de sang, suivant qu’il est sympa- thiquement affecté. 4Û. Dans les diverses asphyxies* 662 SYSTÈME dans celles surtout produites par la submersion, par la vapeur du charbon, par la strangulation, etc., la l'ace est constamment violette par le passage du sang noir dans sonf|Ktème capillaire extérieur, ou il ar- rive par les arwres. Souvent le cou et le haut de la poitrine sont aussi livides; mais jamais il n’y a co- loration des parties inférieures. 5°. Dans une foule de maladies, où la mort arrive par une espèce d’as- phyxie, parce que c’est le poumon qui s’embarrasse le premier, les cadavres présentent une face violette et tuméfiée : c’est une observation que tous ceux qui ont l’habitude des amphithéâtres ont pu faire. 11 y a cent" sujets où la tête présente cette lividité , pour un seul où on l’observe dans les parties inférieures. 6°. La plupart des apoplexies déterminent la même lividité de la face. A quoi tient cette extrême susceptibilité du sys- tème capillaire facial pour admettre le sang? Je crois que trois raisons principales y concourent. i°. La route est déjà frayée à ce fluide, puisque la rougeur des joues y suppose nécessairement sa présence : il ne fait qu’y augmenter en quantité ; au lieu que, quand un autre endroit de la surface dermoïde rougit, tout • le sang qui y aborde est presque accidentel. 2°. La disposition anatomique du système capillaire y est plus favorable qu’ailleurs à ce passage ; car il paroit que les communications de ce système avecles artères du corion, sont plus libres. Ce qui le prouve, c’est que dans les injections, la face se colore avec une extrême facilité. 11 n’est aucun anatomiste qui n’ait «ans doute eu occasion d’être frappé de ce phé- nomène, surtout chez les enfans où, pour peu DERMOÏDE. que les injections grossières de nos amphithéâtres réussissent, la face devient toute noire, tandis que le fluide ne pénètre que très-peu dans les autres parties du système cutané. 3°. Il paroit qu’il y a une plus vive sensibilité a la face : en effet, le meme ir- ritant y appelle le sang , tandis qu’il ne le fait point affluer ailleurs. Par exemple, un coup égal à un soufflet ne rougit point la peau du bras, tandis qu’il enflamme tout à coup les joues. Le sang disparoît dans le système capillaire facial, comme il y aborde; en un instant les passions y font succéder, et le rouge vifd’un accès de fièvre, et le blanc delà syncope, et toutes les nuances intermédiaires. C’est même l’extrême facilité de ce fluide à pé- nétrer ce système, qui rend la face très-propre à servir d’une espèce de tableau, que les passions viennent peindre tour à tour de mille nuances qui s’effacent, reviennent, s’altèrent, se modifient, etc., suivant l’état de famé. J’observe à ce sujet que les passions ont à la face un triple moyen d’expression, i°. le système ca- pillaire, moyen absolument involontaire, et qui trahit souvent ce que nous voulons déguiser; 2° le mouvement musculaire, qui en fronçant ou en épa- nouissant les traits, exprime les passions tristes et sombresou lespassions gaies, et auquel appartiennent comme effets, les rides diverses dont nous avons parlé; 5°. l’état de l’œil, organe, qui, comme le re- marque Buffon, non-seulement reçoit les sensations, mais encore exprime les passions. Les deux derniers moyens sont, jusqu’à un certain point, volontaires. IXous pouvons au moins les simuler; au lieu que 664 SYSTÈME nous ne saurions mentir par le premier. L'acteur joue la colère, la joie, etc. , parce qu’on peut rendre ces passions en fronçant le sourcil, en dilatant la face parlerire, etc. Mais c’est le rouge de l’actrice qui joue la modeste pudeur; c’est en essuyant ce rouge, qu’elle rend la pâieitr de la crainte, du saisissement, etc. J’ajouterai encore une observation essentielle à l’égard du système capillaire facial: c’est qu’il paroît que sa tendance à recevoir le sang, le dispose à devenir le siège plus fréquent d’une foule d’af- fections, etc. On sait, i°. que les érysipèles de cette région sont beaucoup plus fréquens que ceux des autres parties; 2°. que les boutons varioliques s’y manifestent surtout; 3°. qu’une foule d’éruptions y sont plus abondantes qu’ailleurs, etc. D’api èstoui cequenous venonsdedire,ilestévident qu’il faut distinguer deux portions dans le système capillaire extérieur au corion. i°. L’une est remplie habituellement de la substance colorante de la peau , substancequi paroît stagner comme celle des cheveux, des poils, etc., qui n’est exposée qu’au mouvement lent et insensible de composition et de décomposition, et qui n’offre jamais ces augmentations et ces dimi- nutions subitesdonl nous venonsdeparler.2°.L’autre est habituellement parcourue par une foule de fluides qui s’y succèdent sans cesse, et qui s’en échappent continuellement par la transpiration, que le sang peut remplacer souvent, en s’insinuant dans celte portion du système capillaire. Ces deux portions sont absolument indépendantes, n’ont même probable- ment aucune espèce de communication. Il paroît qu’à l’instant, de la mort il reste une cer- DERMOÏDE. taine quantité de fluides blancs dans la seconde por- tion du système capillaire extérieur; voici une ex- périence qui le prouve , et que j’ai fréquemment répétée : en plongeant un morceau de peau dans l’eau bouillante, et en l’y laissant un instant, l’épi- derme se soulève, non en totalité comme dans le vésicatoire , mais par une infinité de petites vésicules ou phlyctènes qui se forment tout à coup à sa surface, et «qui contiennent une humeur séreuse, laquelle s’é- chappe à l’instant où ou ouvre ces vésicules. Papilles. On nomme ainsi de petites ëminences qui s’élèvent de la surface externe du corion, et qui, perçant le réseau capillaire dont nous venons de parler, de- viennent, par leurs extrémités , contiguës à l’épi- derme. Ces éminences sont très-marquées dans la paume de la main et à la plante des pieds, où elles affectent une disposition régulière, en forme de petiles stries recourbées suivant diverses directions. On les voit à travers l’épiderme, malgré son épais- seur en ces endroits. Mais on les distingue surtout lorsque celui ci a été enlevé d’une manière quelcon- que, par la macération, l’ébullition, etc.... Si on fend longitudinalement un morceau du corion du pied, adhérent à son épiderme, on voit entre eux, le long du bord divisé, une ligne en forme de filet tremblé, ligne qui résulte de ces petites éminences placées les unes à côté des autres. Dans quelques autres parties de la peau, on dis- tingue les papilles, d’une manière assez évidente; mais dans ungranda.ombrc, l’épiderme étant enlevé, 666 SYSTÈME on n aperçoit qu’une surface, un peu inégale par quel- ques pe tites saillies, surtout vers l’endroit des orifices par ou passent les poils et les vaisseaux , mais sans éminences régulièrement arrangées, sans papilles proprement dites. Il ne faut pas prendre pour telles, les saillies nom- breuses et très-sensibles, qui rendent la peau de certains sujets extrêmement rugueuse. Ces saillies sont formées par de petits paquets cellulaires , vas- culaires ou nerveux, par des glandes sébacées, etc., qui se trouvent près les petites ouvertures par les- quelles le corion s’ouvre sous l’épiderme, et trans- met communément des poils. Ces paquets, logés dans les petits canaux obliques qui se terminent à ces ouvertures, en soulèvent la paroi externe , et font ainsi saillie au dehors. Voici une expérience très- curieuse qui prouve cette disposition : lorsque la peau est macérée pendant deux ou trois mois, et même moins, d’un côté ces petits paquets où il y a presque toujours un peu de graisse, se changent en cette matière blanchâtre, épaisse, onctueuse et ana- logue au blanc de baleine , en laquelle la graisse long temps maintenue dans l’eau, se convertit tou- jours; d’un autre côté les trous s’élargissant, comme nous l’avons vu, et la peau se changeant en une espèce de pulpe, on peut facilement l’enlever tout autour de ces petites saillies, et voir qu’elles se con- tinuent avec la graisse qui remplit les mailles du corion subjacent, et qui est aussi changée en une matière endurcie. Les injections m’ont aussi manifestement prouvé qu’ily avoit des vaisseaux dans ces paquets celluleux 3 DERMOÏJ3E. et je m’en suis convaincu depuis quelque temps par la dissection de certains scorbutiques, dont les taches commencent par de très-petites ecchymoses, sem- blables pour ainsi dire à des piqûres de puces , et qui occupent ces petites éminences. Les pétéchies des fiè- vres adynamiques ont un aspect différent ; mais elles tiennent aussi à une extravasation de sang dans le tissu cellulaire, occupant les petits pores qui s’ouvrent à l’extérieur du corion pour y transmettre les vais- seaux , les poils , etc. Plus les éminences dont nous venonsde parler sont saillantes, plus la peau est iné- gale. En général elles sont plus fréquentes aux mem- bres et au dos, que sur la partie antérieure du tronc. Dans les membres, il y en a plus dans le sens de l’ex- tension, que dans celui de la flexion. Nous attachons l’idée d’une belle peau , à celle où ces petits tubercules ne se rencontrent point, et oii le corion est uni à sa surface externe. Les femmes ont communément cette dernière disposi- tion plus marquée que les hommes. L’épiderme qui recouvre ces éminences s’écaille très-souvent à leur niveau, surtout dans les frottemens un peu forts , ce qui contribue encore plus à rendre la peau inégale, ru- gueuse et âpre au toucher là où elles existent, ce qui même pourroit faire croire qu’elles sont formées par lui, quoiqu’il n’y soit jamais qu’accessoire. Là où il est très-épais, comme à la paume des mains et à la plante des pieds, il ne peut se soulever, et jamais on ne voit de ces petits tubercules cutanés. A la face où beaucoupdevaisseaux passentdu dedansau dehors, parles petits pores dont nous avons parlé, on n’en rencontre presque pas non plus. Les papilles SYSTEME parsemées parmi ces éminences, sont en général très- peu apparentes dans les endroits ou elles existent. Tous les anatomistes attribuent à ces dernières une structure nerveuse; ils les envisagent comme la ter- minaison de tous les nerfs qui vont se rendre à la peau, et qui s’épanouissent selon eux pour les former, cil abandonnant préliminairement leur enveloppe ex- térieure. Quelques-uns disent même avoir suivi des filets jusque dans ces papilles: j’avoue que cela m’a toujours été impossible. Dans l’état ordinaire, la densité du corion et l’extrême ténuité des filets qui le traversent, y mettent un obstacle évident. Dans l’état de macération prolongée, ou le corion devient pulpeux et où l’on pourroit par conséquent suivre ces filets, on ne peut l’apercevoir. Je ne nie pas cepen- dant la texture attribuée aux papilles. La vive sensi- bilité de la peau semble même la supposer; mais c’est une analogie et non une démonstration , qui établit ce fait anatomique: en effet tous les autressens,dont les organes sont si sensibles, ont leur portion qui re- çoit l’impression des corps continue à un nerf. Action de différens corps sur le Tissu dermoïde. Dans la plupart des autres tissus, nous n’avons considéré celte action que sur le cadavre, attendu que, pendant la vie, constamment éloignés des corps extérieurs , ces tissus ne peuvent être influencés par eux. Ici nous pouvons l’envisager sous un double rap- port , puisque la peau est sans cesse en contact avec presque tous les corps de la nature. DE R M O ï D E. Action de la lumière. La lumière agit évidemment sur le derme.Eloignés de son influence, les hommes s’étiolent pour ainsi dire comme les plantes. Comparez l’habitant des ■villes, qui vit toujours loin de l’ardeur du soleil, au campagnard sans cesse exposé à son influence, vous verrez quelle est la différence. Il paroît que c’est la lumière, etnon le calorique, qui produit cet effet dont j’ai déjà parlé; car les individus qui vivent dans une température chaude, mais loin de la lumière solaire , blanchissent comme ceux des pays froids. Ainsi on sait que certains hommes qui gardent constamment leur chambre très-échauffée, sontplusblancsque d’au- tres qui, vivant dans une atmosphère moins chaude, sont sans cesse exposés au soleil. On resteroit éter- nellement dans un bain égal en température aux sai- sons les plus chaudes, que la peau n’y noirciroit pas. Les cabinets d’étude et de travail qu’échauffent des poêles, et où tels hommes restent aussi long-temps que le laboureur à sa charrue, sont aussi chauds que l’atmosphère d’été, et cependant la peau n’y devient pas brune. D’ailleurs une preuve irrévocable , c’est que les vêtemens qui n’empêchent pas l’action du calorique sur la peau, et qui n’opposent une barrière qu’aux rayonslumineux,empêchent la coloration cu- tanée qui a lieu sur les parties que la lumière frappe immédiatement, comme sur les mains, la figure, etc. Je ne parle pas de l’influence solaire sur les forces vitales de la peau, comme dans les cas où les coups de soleil déterminent un érysipèle, comme lorsque la lumière est employée en médicament pour rap- SYSTÈME peler la vie dans une partie : ce n’est que relative- ment au tissu dermoïde que je considère son action Action du Calorique. L’action du calorique sur la peau présente , pen- dant la vie, des phénomènes très-différens, suivantes degrés auxquels il se trouve quand il lui est appliqué. i°. Une atmosphère chaude épanouit le tissu der- moïde, augmente son action, et détermine la plu- part des fluides qui forment le résidu de la nutrition et de la digestion , à s’évacuer par ses exhalans. 2°. Resserré et crispé par le froid, ce tissu refuse d’admettre ces fluides qui passent alors principale- ment par les urines. 3°. Le passage insensiblement amené de l’un à l’autre de ces deux étals, ne trouble point les fonc- tions. Lorsque ce passage est subit, presque toujours il y a des altérations dans divers organes, parce que les fluides destinés à sortir au dehors, ne peuvent pas varieraussi rapidement dans leur direction vers tel ou tel organe, que l’excitation cutanée produite par les changemens brusques du chaud au froid. 4°. La peau résiste h des degrés de température très-supérieurs à celui du corps ; elle oppose une bar- rière insurmontable au caloriqueextérieur, qui tend à se mettre en équilibre dans les corps vivans, comme dans les corps brutes. Aussi, tandis que ceux-ci se pénétrant de ce fluide dans un milieu plus chaud qu’eux, se mettent bientôt à la température de ce milieu , les corps vivans restent au même degré , quelque supérieure que la chaleur ambiante soit à la leur. Les expériences curieuses des médecins anglais DERMOÏDE. ont mis, pour l’homme, cette vérité hors de doute. 11 est inutile de rapporter le détail connu de ces expé- riences ou l’on a vu le mercure descendre dans le baromètre, lorsque la boule de celui ci étoil placée dans la bouche, la peau sercouvrir, dans une étuVe, des vapeurs aqueuses de l’air, que le froid propor- tionnel du corps condensoit à sa surface, etc. La con- sidération des animaux à sang froid, vivant dans les climats chauds, prouve la même chose. Je ferai même une observation remarquable à cet égard : c’est que la plupart des reptiles, dont la température est bien plusfroide que celle des mammifères et des oiseaux , qui se rapprochent plus qu’eux par conséquent de celle de l’hiver, ne peuvent cependant la supporter. Ils s’engourdissent, dorment dans des trous sou- terreins dont la chaleur reste à peu près uniforme comme celle des caves, et ne se réveillent que lors- que la température plus radoucie du printemps vient les stimuler. 5°. La peau, dans les climats semble être d’un autre côté un obstacle à ce que le calorique intérieur ne s’échappe tout de suite pour mettre le corps en équilibre avec le milieu environnant. Gela est manifeste dans les pays voisins du pôle. Je ferai même à cet égard une observation inverse de la pré- cédente : c’est que les cétacées habitent les mers dont la température est la plus opposée à la leur. On pêche surtout des baleines dans les parages du Groenland, du Spitzberg, etc. Pourquoi ces poissons à sang chaud se plaisent-ils dans les mers glacées, tandis que nos amphibies à sang froid recherchent l’ardeur brû- lante du soleil ? Je l’ignore. SYSTÈME Observons que la plupart des organes intérieurs étant mis à découvert dans les solutions de conti- nuité, n’ont point la faculté de conserver aussi bien que la peau, un degré de température indépendant. Ils se reli oidissenl ou s’échauffent plus tôt qu’elle, tant qn i!s sont sains. L’intestin sorti dans l’opération de la hernie, un muscle mis à nu , etc.,etc., présentent ce phénomène,, etc.: aussi pour leur donner alors celte faculté d’avoir une température indépendante, la nature les enflamme, et ils conservent par là cons- tamment leur chaleur, quelle que soit celle du milieu environnant. Après la peau , ce sont les surfaces mu- queuses qui résistent le plus à la température am- biante , comme on le voit dans les chutes du rectum, dans le renversement des anus contre nature, etc. Cette différence entre les divers systèmes tient pro- bablement à celle de leur structure. 6°. Quand l’action du calorique est poussée à un degré trop considérable, elle commence à agir sur la peau , et ses effets sont d’autant plus marqués qu elle est plus intense. i°. Le plus foible de ces effets c’est d’exciter une rougeur sensible, une espèce d’érysipèle : le calorique agit alors comme simple ru- béfiant. 2°. Le second est de rougir la peau, puis d’y produire différens phlyctèncs. 3°. Dans le troi- sième il y a un véritable racornissement, une cris- pation des fibres du corion qui se resserrent sur elles-mêmes, comme celles de tous les tissus animaux exposés à un degré de chaleur trop fort. 40. Dans le quatrième et dernier effet, le tissu dermoïde est brûlé, noirci ei réduit en un vendable charbon. Ces différens degrés des biülures ne tiennent qu’à des degrés aussi différens du calorique. Je remarque que dans les deux premiers effets, ce fluide agit sur les forces vitales , que ces deux effets ne peuvent avoir lieu par conséquent que pendant la vie. Les deux derniers ne s’exercent au contraire que sur le tissu de l’organe : aussi ils ont lieu après la mort exactement comme auparavant. Les cuisiniers font souvent usage du racornissement, pour donner à la peau une dureté et un cassaut nécessaires dans quelques assaisou- nemens. 70. Le froid porté à un haut degré agit aussi sur l’organe cutané , et produit différens effets, suivant son intensité. Le premier de ces effets est assez ana- logue au premier effet du» calorique un peu intense. 11 consiste en une espèce d’inflammation locale. Le bout du nez, des oreilles et des doigts, les joues, etc. , rougissent par un froid très-vif. Je n’ai pas exactement observé les autres effets intermédiaires à celui-ci et au dernier qui consiste en une privation subite de la vie. Mais il J a cette différence entre la gangrène qui arrive alors, et celle qu’un calorique très-intense détermine, que la noirceur est subite dans celle-ci y au lieu qu’elle n’est que consécutive dans l’autre.Re- marquez en effet qu’il y a dans la gangrène deux choses que les médecins ne distinguent point assez , i°. la mortification de la partie, 2°. sa putréfaction. La mortification est toujours antécédente ; elle est produite par mille causes différentes ; tantôt par la ligature d’une artère, comme dans l’anévrisme; tan- tôt par celle d’un nerf; souvent par une violente in- flammation ; quelquefoispar une contusion , une attri- tion, une meurtrissure, etc. Une fois qu'une partie D E R M O ï D E, SYSTÈME est morte au milieu de celles qui vivent, quelle que soit la cause de sa mort, elle se putréfie exactement, comme un cadavre que la vie a abandonné en tota- lité. La putréfaction est même alors plus précoce, parce que d’une part la chaleur naturelle du corps, de l’autre parti’humidité des parties environnantes, la favorisent singulièrement. Cette putréfaction varie suivant l’état où se trouvoit la partie à l’instant de la mort. Si beaucoup de sarfg l’infiltroit, comme quand c’est l’inflammation qui étouffe la vie, elle se putréfie avec beaucoup de promptitude, noircit tout à coup, laisse échapper une sanie infecte, et se nomme hu- mide. Si peu de sang se trouve dans la partie à l’ins- tant où elle meurt, sa putréfaction est moins prompte, elle pourrit d’abord, noircit ensuite, laisse échapper peu de sanie, etc. : c’est la gangrène sèche. Ainsi sur un cadavre entier, si une partie est très-gorgée de sang, comme la tète chez les apoplectiques, sa putré- faction est beaucoup plus prompte et plus humide , que celle des parties où ce fluide est en moindre abon- dance. Dans la gangrène qui succède à la mortifica- tion produite par le froid, souvent il y a sécheresse de la partie, parce que peu de sang s’y trouvoit à l’ins- tant de la mort. Combien une foule de méde- cins connoissent peu la marche de la nature , dans l’emploi de leurs antiseptiques, qu’Hs appliquent dans l’économie vivante, comme sur les chairs que la vie a abandonnées! De deux choses l’une, vous appli- quez les antiseptiques, ou pour empêcher quela partie ne meure, ou pour empêcher qu’elle ne se putréfie. i°. Si c’est danslapremièreintcntion, les antiseptiques doivent varier. Déliez l’artère d’un membre sur un DERMOÏDE, animal oil vous l’aurez étranglée; vous ferez une * opération antiseptique. La saignée, les applications émollientes qui calment l’intensité de l’inflammation dans un phlegmon , sont des antiseptiques. Un toni- que, comme le vin, tous les stimulans qui excitent les forces vitales dans une partie oü elles languissent à la suite d’une meurtrissure , sont des antiseptiques, etc. Ce mot est donc extrêmement impropre quand on l’applique à des rnédicamens destinés à empêcher la mortification des parties. Employez-vous les anti- septiques pour empêcher qu’une partie morte au mi- lieu des autres restées vivantes, ne se pourrisse : vous pourrez obtenir quelque effet; ainsi, en saupoudrant de quinquina, de muriate de soude, d’un sel neutre quelconque, en humectant de suc gastrique un mem- bre, une portion de peau, l’extrémité du nez, etc., dont la mort s’est emparée par une cause quelconque, vous arrêterez la putréfaction, comme sur un cadavre où ■Vous emploierez les mêmes moyens. Mais qu’en ré- sultera-t-il? un peu moins de fétidité pour les parties environnantes, un peu moins de danger pour elles, de recevoir l’influence des émanations de la partie morte; mais il faudra toujours que cellè-ci tombe; jamais les antiseptiques ne la rappelleront à la vie. D’après cela il est évident qu’il faut considérer ces moyens sous deux points de vue absolument dif/é- rens.Les uns préviennent la mortification, et il s varient singulièrement, quoiqu’ils aient pour but d’empêcher le même effet : ainsi nos moyens de guérir la réten- tion d’urine sont-ils très -variables, souvent même opposés, suivant la cause qui tend à produire cette rétention. Les autres antiseptiques empêchent la pu- SYSTÈME * ti éfaclion, sans rappeler les parties à la vie : or ceux- ci sont constamment les mêmes, quelle qu’ait été la cause de la mort locale. Action de Vair. L’air agit sans cesse sur l’organe cutané.Dans Tétât ordinaire, il enlève habituellement de sa surface la sueur qui s’en exhale. Le eit. Fourcroy, qui a fixé une attention particulière sur la dissolution du fluide transpiré par l’air ambiant, me paroît avoir beaucoup trop étendu l’influence de cette dissolution sur la transpiration. En effet, il y a deux choses très-dis- tinctes dans cette fonction; i°. l’action des exhalans qui rejettent le fluide au dehors; 2°. l’action de l’air qui le dissout et le vaporise. Or, la première de ces deux choses est absolument indépendante de l’autre. Que le fluide exhalé soit dissous ou non, un nouveau n’est pas moins fourni parles exhalans. Si la disso- lutionn’a pas lieu, le fluide s’accumule sur la peau qui reste humide ; mais cette humidité ne bouche pas les pores exhalans, n’empêche pas à une humidité nouvelle de s’y joindre. Une comparaison rendra ceci très-sensible. Dans l’état naturel, les fluides séreux sont sans cesse exhalés et absorbés ; les absorbans remplissent pour eux les fonctions de l’air qui dis- sout la sueur: or, quoique ces vaisseaux cessent leurs fonctions, comme dans les hydropisies, les exhalans continuent la leur; il survient seulement une collec- tion séreuse qui, appliquée sur les orifices exhalans, ne leur empêche pas de verser une sérosité nouvelle. La vessie a beau contenir de l’urine qui pèse sur l’embouchure des uretères, ces conduits n’y en ver- DERMOÏDE. 677 sent pas moins. Quoique les sucs muqueux stagnent sur leurs surfaces respectives , de nouveaux sucs sont cependant verse's sur ces surfaces. De même , quoique la peau reste humide par la non-dissolution de la transpiration, une transpiration .'nouvelle ne s’exhale pas moins. La dissolution est un phénomène physique, absolument étranger au phénomène vital de l’exhalation. Nous transpironsdans le bain comme dans l’air j seulement l’humeur qui en résulte se mêle à l’eau , au lieu d’être réduite en vapeur. L’humidité delà peau tientàdeux causes absolu- ment étrangères l’une à l’autre ; i°. à l’accroissement du fluide fourni par les exbalans cutanés : or ces exha- lans peuvent augmenter leur action par trois causes. D’abord , tout ce qui précipite le mouvement du cœur , comme la course, comme les accès de fièvres aiguës, etc., pousse à la peau , ainsi qu’on le dit vul- gairement. En second lieu , tout ce qui tend à relâ- cher et à épanouir l’organe cutané par une action di- recte, exercée sur lui par les corpsenvirotmans, accroît aussi l’action decesexhalans, commedans lesgrandes chaleurs de l’été, dans le bain et à la suite de celui- ci, dans une étuve, etc. En troisième lieu, dans une foule de cas la peau augmentesympathiquement d’ac- tion. Ici se classent les sueurs des phthisiques dont le poumon est la source; celles de la crainte , qui dé- pendent <$’ un organe épigastrique subitement affecté; celles d’une foule de maladies aiguës, etc. Or dans tous ces cas, quelque active que soit la dissolution de l’air, la peau sera toujours humide, parce qu’il s’y répend plus de fluide que l’air ne peut en dissoudre.. Ainsi dans les catarrhes du poutnorq où plus de sucs 8 Y S T E M E muqueux pieu vêtu danslesbronches, quel’air nepeut en emporter, il faut absolument qu’il y ait toux et expectoration pour rejeter le superflu. 2°. 11 est des cas ou i’humiditë de la peau ne dé- pend que de ce que la dissolution n’est pas suffisante. C’est cequi arrive dans la moiteur du lit où l’air n’est pas renouvelé, dans les temps humides, etc. Il n’y a pas alors plus de fluide exhalé; maislefluideordinaire devient sensible,parce qu’il n’estpasdissous.C’est sous ce point de vue qu’il faut envisager l’action de l’air sur l’organe cutané qm transpire. 11 n’enlève rien dans cet organe : il n'a sur lui aucune action réelle; il prend seulement ce que ses vaisseaux rejettent. La dissolu- tion est une chose purement accessoire, qui n’est ja- mais que cotisécutiv-'à l’exhalation , et qui n’a aucun rappoil avec elle. Dans la même journée où la tem- pérai uro n'a point varié, la peau est souvent sèche , en moiteur , humide et même mouillée de sueur. Si l’air agit sur la transpiration, c’est en crispant ou en relâchant les exhaians , et non en dissolvant cequ’ils rejettent. Si la peau formoit un sac sans ouverture , comme les sur faces séreuses, elle transpireroitloiudu contact de 1 air, comme sous ce contact. Pourquoi n’y arriveroit il pas en efiel ce qui a lieusurces surfaces ? Si on considère l’action de l’air sur la peau du ca- davre, on voit qu’elle y produit deux effets diffé* rens, suivant l étal ou celui-ci se trouve. $il la pé- nètre de tous cotés, ii la dessèche, et alors elle prend une sorte de transparence, comme les orgaqes fibreux, j* moins que du sang n y ait été accumulé à l’instant de la mort, cas dans lequel elle devient noirâtre ou d’un brun foncé» Ainsi desséchée, i°. elle est ferme et résistante., mais peut se ployer en divers sens sans se rompre, comme il arrive à une fouie de tissus aussi desséchés, tels que le cartilagineux, le musculaire, etc., etc, 2°. Elle est beaucoup plus inaltérable que la plupart des autres tissus en état dedessiccation. 3°.Elle absorbe moins facilement qu’eux l’humidité, quoique cependant, étant un peu long-temps plongée dans l’eau, elle reprenne enfin à peu près sa couleur pri- mitive et perde sa transparence. 4°« Elle n’exhale, point une odeur désagréable, comme plusieurs des autres tissus. Voilà pourquoi les peaux d’animaux , simplement desséchées, servent dans une foule d’arts ; pourquoi certains peuples barbares en font usage pour vètemens, etc. Les aponévroses, les membranes mu- queuses, les séreuses et les fibreuses ne seroient point propres à être ainsi employées. C’est encore à cela qu’il faut attribuer le peu d’altération de l’extérieur des momies, qui n’auroient pu jamais traverser les siècles, si un plan charnu, séreux, etc., les eût en- tourées. Lorsque la peau est laissée sur le cadavre, ou ex* posée à un air humide , elle se pourrit au lieu de sé-> cher. Alors elle prend une couleur d’abord terne , puis verdâtre, et enfin noirâtre. Elle exhale une fé- tidité très-grande, se gonfle et épaissit, parce que les gaz qui s’y dégagent remplissent le tissu cellulaire de ses aréoles. Un enduit muqueux se répand sur sa surface externe, qui se dépouille de l’épiderme. Rien de semblable à cet enduit ne se voit sur l’interne. Enfin, quand tous les fluides quelle contient se sont évaporés, il reste un résidu noirâtre, très-différent de celui que la combustion laisse après elle. DERMOÏDE. 679 SYSTEME Action de L'Eau. Celte action dans Félat de vie, est relative, ou aux substances qui se déposent à la surface de la peau, ou au tissu cutané lui-même. La sueur dépose sans cesse sur l’épiderme une foule de substances dont l’air enlève lès principales, mais dont plusieurs peu dissolubles par lui , comme les sels par exemple, restent à sa surface, et y adhèrent lorsque le frottement ne les emporte pas. Mêlées à l’humeur onctueuse qui suinte à cette surface , aux différentes molécules étrangères que l’air y dépose comme par-tout ailleurs, ces substances forment sur la peau un enduit qui ne'peut, comnfe la transpi- ration, disparoître par dissolution. Or l’eau entraine tou t cet enduit; voilà pourquoi les bains sont d’un usage vraiment naturel. Tous les quadrupèdes se baignent* Tous les oiseaux se plongent fréquemment dans l’eau j je ne parle pas de ceux dont ce fluide est pour ainsi dire l’élément. C’est une loi imposée à toutes les es- pèces dont la peau rejette beaucoup de substances au dehors. Toutes les races humaines observées jusqu’ici se plongent fréquemment dans les fleuves, les rivières ouïes lacs, le long desquels elles font leur séjour* Les pays que beaucoup d’eau arrose, sont ceux que les animaux habitent préférablement. Ils fuient ceux ou ce fluide manque, où même il n’est qu’en quantité suffisante pour leur boisson. Nous dénaturons tout dans la société. Dans la nôtre, des classes nombreuses n’usent presque jamais dq^bain: aussi cherchez sur- tout dans ces classes-là, les maladies cutanées. Nous avons vu que les sucs muqueux, séjournant trop long- temps sur leurs surfaces, les irritent, les stimulent, et y causent diverses affections. Est-il étonnant que le résidu de rexhalation cutanée que l’air n’enlève pas, occasionne diverses altérations sur la peau ? L’été, les bains sont plus nécessaires, parce que beaucoup d’ex- crétions se faisant par la peau , plus de substances sy déposent. En hiver, où tout passe par les urines, la surface cutanée se salit moins, et a moins besoin d’être nettoyée. A la suite des grandes maladies ou il y a eu des évacuations cutanées abondantes, un ou deux bains terminent avantageusement le traitement. Considérons donc l’eau comme agissant accessoire- ment à l’air sur la peau, comme enlevant à sa surface les substances que le premier ne peut dissoudre, subs’ tances qui, variant singulièrement comme celles qui composent l’urine, ont présenté aux chimistes les fluides transpiratoires , tantôt alcalins, tantôt acides, souvent salés, quelquefois chargés de substances odo- rantes , etc. L’eau est le véhicule général : quand elle s’évapore, elle laisse à nu les substances qui ne se vo- latilisent pas comme elle. C’est sous ce rapport que les frictions sèches sont aussi avantageuses : elles net- toient l’extérieur du corps. Quant à l’action du bain sur le tissu cutané, nous connoissons peu cette action pendant la vie. On dit bien en médecine qu’il relâche, qu’il ramollit ce tissu, gu’il le détend j langage vague, auquel aucun sens précis n’est attaché, et que sans doute on a emprunté du ramollissement que subit la peau des cadavres, ou même le cuir tanné, exposé dans l’eau. Le bain agit sur les forces vitales de la peau, les exalte ou les diminue, ainsi que je le dirai $ mais il laisse son tissu 13 Ê R M O ï D E. 682 dans le même e'tat: ce n’est que celui de l’épiderme qu’il altère, comme nous le verrons. Mise en macération dans l’eau à un degré moyen de température , par exemple à celui des caves qui ne varie pas, la peau humaine se ramollit, ne se gonfle presque point, blanchit sensiblement, reste long-temps sans éprouver aucune autre altération, qu’une putréfaction infiniment moindre que celle des tissus musculaire, glanduleux, muqueux, etc. Soumis à la même expérience, cette putréfaction qui enlève l’épiderme et qui parc.ît beaucoup plus mar- quée du côté de cette membrane, au bout de deux mois la peau n’a encore perdu que très-peu de sa consistance. Elle n’est point pulpeuse, comme le sont à cette époque les tendons et les muscles, etc. ma- cérés ; elle ne commence à se réduire en pulpe fétide qu’au bout de trois ou quatre mois. J’en conserve de< puis huit mois, quia encore sa forme primitive, mais qui flue sous les doigts dès qu’on la presse un peu. Dans l’état demi-putrilagineux , la peau conserve en- core la faculté de se crisper sous l’action du calorique? elle s’agite en brûlant sur les charbons , ou lorsqu’on la plonge dans l’eau bouillante. Une fois réduite en vrai putrilage, elle a perdu cette propriété. Exposé à l’ébullition, le tissu dermoide lorsqu’il es£ bien isolé du tissu cellulaire, fournit moins d’écume que le musculaire, que le glanduleux et le muqueux \ il* se rapproche sous ce rapport des tendons, sans doute parce que presque tout gélatineux, il contient peu d’albumine. En se racornissant un peu avant que l’ébullition ne commence, il se tord sur lui-même, et dans cette torsion devient constamment convexe SYSTEME du côté de l'épiderme , et concave du côté opposé. Voici pourquoi: les fibres du corion en se ressemant par le racornissement, se pressent les unes contre les autres; toutes les aréoles qui existent entre elles s'ef- facent ; or , comme ces aréoles sont très-larges dans le second sens; le tissu dermoïde y devient nécessai- rement plus étroit; tandis que dans le premier, les aréoles n’existant presque pas, tout étant presque so- lide, les fibres ont moins d’espace pour se resserrer, elles restent plus longues, et la surface demeure plus large. Dans l’état naturel le vide des aréoles, rempli par du tissu cellulaire, augmente la largeur de la sur- face interne: ce vide ayant alors disparu, cette sur- face est plus étroite. A l’instant ou cette espèce de torsion arrive à la peau, elle se couvre, comme je l’ai dit d’une infinité de phlyctènes remplies de sérosité, et qui forme l’épg derme. Comme cette membrane est très-épaisse à la plante des pieds et à la paume des mains, elle ne peut s’y prêter à leur formation, et on n’y voit rien de semblable. Cependant en l’enlevant de dessus des pieds bouillis, j’ai observé qu’elle contenoit entre ses lames beaucoup de petites vésicules , lesquelles étoient peu sensibles. Je n ai point analysé l’eau de ces phlyctènes ; je présume qu’elle est analogue à celle des vésicatoires. Du reste il s’en épanche une plus ou moins grande quantité, et les vésicules sont par conséquent plus ou moius grosses , suivant l’état ou se trouvoit le système capillaire extérieur à l’ins- tant de la mort. En se racornissant, la peau devient dure, élas- tique , très-résistante, plus épaisse, mais moins D E 31 M O ï D E. 683 SYSTÈME large. Bientôt elle prend une demi-transparence , et une couleur jaunâtre , comme les organes fibreux Bouillis. Alors la dureté qu elle avoit acquise à l’ins- tant du racornissement s’efface peu à peu ; elle se ramollit , cède beaucoup de gélatine à l’eau dans laquelle elle bouillit, ne diminue cependant point de volume, augmente même en épaisseur. Toute es- pèce de fibres, d’aréoles et d’organisation a disparu alors; c’est une masse membraneuse, homogène en apparence, demi-transparente et gélatineuse. Dans cet état de ramollissement elle ne perd point l’élas- ticité qu’elle avoit acquise en se racornissant, comme les tissus muqueux, séreux, cellulaire, etc. La grande quantité de gélatine qu’elle renferme, lui con- serve encore cette propriété. Le moindre mouvement qui lui est communiqué y excite un tremblement gé* itérai, une sorte de vibration de toutes ses parties, exactement analogue à celle des différentes gelées animales, prises à demi, et qui vacillent dans le vase% au moindre choc. ' Enfin l’ébullition continuant toujours, toute la gé- latine est presque dissoute, et il ne reste qu’un résidu comme membraneux et qui ne disparoit qu’avec une extrême difficulté : il faut même très-long-temps à l’eau bouillante ordinaire pour réduire la peau à ce résidu. Voilà les phénomènes de l’ébullition de la peau humaine tels que je les ai strictement observés. Les chimistes se sont occupés du tissu dermoïde de beaucoup d’autres animaux: ils se sont formé diverses idées sur sa nature; ils y ont admis deux substances, l une fibreuse , l’autre gélatineuse. Je renvoie à leurs ouvrages sur ce point,particulièrement aux travaux X> E II M O ï D E. tîu cit. Seguin , et à l’ouvrage du cil. Fourcroy j car je me dispense eu général de rapporter ce qui y est détaillé : ce seroient des répétitions inutiles. Action des Acides , des Alcalis et d’autres substances. Les acides sulfurique, nitrique et muriatique agissent sur la peau avec laquelle on les met en con- tact, comme sur toutes jesautres substances animales* Cependant j’ai remarqué que leur action est beaucoup plus lente, surtout du côté de l’épiderme, quoique cette membrane ait été préliminairement enlevée* Le premier la réduit assez facilement en une pulpe jioirâtre; les seconds l’amènent avec plus de peine à l’état pulpeux, même lorsqu’ils sont très-peu af- foiblis : l’acide muriatique oxige'né ne produit pres- que point d’effet sur elle. Quelques auteurs ont écrit que l’action de la pierre à cautère appliquée sur un cadavre, y produit les mêmes phénomènes-que sur un sujet vivant. J’ai -enveloppé dans un morceau de peau, comme dans un nouet, plusieurs fragmens de cette substance* de manière qu’ils étoient en contact avec l’épiderme : au bout d’un jour ils se trouvoient réduits en une espèce de bouillie d’un rouge jaunâtre, par l’humi- dité qu’ils avoient absorbée. Crispé et resserré, le tissu dermoide n’avpit point été percé ; il ne parois- soit pas même?endommag é à l’extérieur. En général l’action des alcalis paroit être toute différente pen- dant l’état de vie, et même suivant les degrés divers de vitalité leur action varie. On sait qu’on brûle plus difficilement les chairs flasques et fongueuses, que les SYSTÈME chairs rouges et vives. Il en est de même des acides Jamais , pendant la vie , ils ne prod uisent rien d’ana- logue à celte pulpe de couleur diffé rente suivant ceux qu’on emploie, qui est toujours après la mort le résultat de leur action. On sait qu’une lessive alcaline, mise en contact avec la peau, produit une espèce de tact onctueux et glissant, qui tient sans doute à la combinaison de l’alcali avec l’enduit huileux de la peau, d’oii résulte une espèce de savon. Je ne parlerai pas de la tendance du derme à se combiner avec le tannin, ni des phénomènes de cette combinaison : je ne pourrois que répéter ce qu’on a dit sur ce point. Je remarquerai seulement qu’il seroit très-important d’essayer le tannage des larges aponé- vroses soucutanées, dont lie tissu essentiellement gé- latineux a beaucoup d’analogie avec celui du derme , et qui par leur étendue et leur finesse, pourroient servir peut-être à des usages auxquels le tissu der- moïde tanné est moins propre. On sait que la peau tannée n’est plus ce qu’elleétoit dans l’état naturel, et que la substance dont elle est alors pénétrée lui donne une consistance artificielle. Si beaucoup de tannin a été combiné avec elle, elle a perdu entièrement la fa- culté de se racornir, elle est cassante; tandis que si peu de cette substance lui a été ajouté., elle conserve en partie et sa souplesse et la propriété de se crisper sons l’action du calorique. Je comparera peau tannée > l’os pénétré de son phosphate calcaire, et celle qui ne l’est pas, au parenchyme cartilagineux que les acides ont privé de ce phosphate. DERMOÏDE. 687 § II. Parties communes à VOrganisation du Sys- tème dermoide. Tissu cellulaire. Tout le derme est pénétré d’une grande quantité de ce tissu. Voici comment il s’y comporte : de l’extérieur de la couche cellulaire soucutanée, se détache une infinité de prolongemens qui pénètrent les aréoles contiguës du corion ,s’ introduisent ensuite dans celles qui sont plus extérieures , et enfin se ter- minent aux pores nombreux qui transmettent au de- hors les vaisseaux, ltes nerfs et les poils , lesquels ont préliminairement traversé ce tissu cellulaire. On peut donc concevoir le corion comme une cspèee d’é- ponge, dont les aréoles représentent les interstices, et que le tissu cellulaire pénètre de toute part ; en sorte que s’il étoit possible d’isoler par.ia dissection, ces aréoles du tissu cellulaire, et des organes qui s’y trouvent plongés,on auroit une espèce de crible percé en tous sens. L’art ne peut y-parvenir qu’avec peine à cause de la finesse des parties ; mais ce que ne fait pas la dissection, la nature l’opère souvent. Dans les furoncles j’ai observé que tout ce qui remplit les intervalles des fibres dermoides, disparoît par la sup- puration, et que ces fibres, écartées d’ailleurs par le gonflement des parties,présentent véritablementTes- pèce de crible d*ont je viens de parler, quand on les a lavées du fluide qui les humecte. Le furoncle diffère en effet cl’une foule d’autres éruptions cutanées, en ce qu’il attaque le tissu cellulaire des aréoles du corion, tandis quelles n’ont leur siège, comme je 688 l’ai dit, que sur le corps réticulaire. Je ne comtois aucune affection aiguë qui attaque le corion lui- même; toutes ont leur siège ou à sa surface, ou dans le tissu cellulaire de ses aréoles. Sa texture dense et serrée semble, comme celle des aponévroses, ne pou- voir s’altérer qu’à la longue. Dans l’éléphantiasis j’ai vu cette texture manifestement désorganisée. Le cit. Tliillaye m’a montré des portions de peau , extraites d’un cimetière, où tout ce qui remplissoit les aréoles dermoïdes avoit disparu ,ctoùces aréoles et leurs fibres desséchées formoient une véritable éponge membraneuse oùonvoyoit par-tout le jour. Il étoit ar- rivé dans ce cas l’inverse de ce qu’on observe dans nos macérations prolongées, où le tissu cellulaire grais- seux changé en une substance blanchâtre et solide, garde, comme je l’ai dit, la forme des aréoles qu’il remplissoit, tandis que les fibres dermoides réduites à l’état pulpeux, s’enlèvent facilement. Dans le pre- mier cas c’est le moule seul qui est resté; dans le se- cond c’est la y est contenue. Dans les leucophlegmaties prolongées, la sérosité soucutanée s’infiltre peu à peu par les proiongemens cellulaires des aréoles du derme , écarte leurs fibres, agrandit ces aréoles par conséquent, et pénètre quel- quefois jusqu’à l’épiderme qu’elle fait rompre en divers endroits, et par les crevasses duquel elle s’échappe. Dans ce cas, il n’y a pas résolution de la peau en tissu cellulaire, comme on le dit, mais écartement des fibres dermoïdes, qui restent toujours. Je ne présume pas que le tissu cellulaire du corion se prolonge jusqu’à sa surface externe, sous l’epi- derme; car quand celui-ci a été enlevé, il ne se SYSTÈME B E R M O ï B E. forme point de bourgeons charnus, or, danstoutes les parties où se trouve du tissu cellulaire,ily a production de ces bourgeons, quand elles sont mises àdécouvert. Vaisseaux sanguins. Les artères rampant dans le tissu cellulaire sou- cutané, fournissent une infinité de petites branches qui s’introduisent avec les paquets cellulaires dans les aréoles dermoides les plus internes, se glissent en- suite dans celles qui sont voisines, se rapprochent eu serpentant et en s’anastomosant mille fois entre elles à travers les aréoles de la surface externe du corion , passent enfin à travers les pores de cette surface, et viennent donner naissance à ce réseau capillaire ex- térieur dont nous avons parlé à l’article du corps réticulaire, et où dans l’état ordinaire très-peu de sang rouge parvient. Dans ce trajet à travers les aréoles dermoïdes, peu d’artérioles s’arrêtent dans les fibres du corion lui-même, comme les injec- tions fines le prouvent. Ces fibres ressemblent sous ce rapport à celles des aponévroses que beaucoup de vaisseaux traversent, mais qui en ont peu apparte- nant à leur tissu propre. Les veines suivent à peu près le mouvement des artères, mais dans un sens inverse. Après avoir tra- versé les aréoles dermoides et le tissu cellulaire qui les remplit, elles viennent se rendre dans de gros troncs soucutane's, qui parcourent un long trajet, forment, comme nous l’avons vu, un système tota- lement distinct par sa position de celui des artères , et.se dessinent souvent à travers les tégumens. In- sensibles dans l’état les ramifications vei- 690 SYSTÈME lieuses des aréoles se dilatent considérablement dans les tumeurs cancéreuses subjacentes, et font paroitre la peau qui recouvre ces tumeurs comme vergetée de lignes bleuâtres, qui grossissent toujours à mesure que la tumeur augmente. Toutes les fois qu’il y a distension considérable de l’organe cutané par un anévrisme, par la grossesse, par l’hydropisie, etc., cette dilatation arrive aussi, pourvu cependant que la cause de la distension suive une marche chronique ; car jamais on ne voit rien de semblable dans les af- fections aiguës , quelque boursouflement qui sur- vienne, comme dans les tuméfactions consécutives aux fractures, aux luxations compliquées, etc. Tout le sang noir formé dans la peau se rend dans le système veineux général : aucune portion n’appar- tient à l’abdominal. Nei'fs. Leur distribution est à peu près la même que celle des vaisseaux sanguins. Beaucoup de branches assez considérables, comme diverses divisions du musculo- cutané, du cutané interne, des lombaires, des saphè- nes, du tibial antérieur, des intercostaux, des cervi- caux, etc., forment une espèce de système nerveux soucutané, d’oü partent toutes les branches qui pé- nètrent dans le derme. Ces branches, en traversant les aréoles dermoïdes avec les artères et les veines, paroissent s’anastomoser souvent ensemble , passent à travers les pores qui terminent les aréoles à l'inté- rieur , et sans doute viennent former les papilles; Remarquez même qu’à la main ou les papilles sont très-sensibles, il y a, à proportion de la surface , bien plus de nerfs soucutanés que par-tout ailleurs. DE11MOÏDE. Absorbans. Une très-grande quantité d’absorbans rampe au- dessous de la peau : c’est même en cet endroit qu’on peut le plus facilement les étudier. Toutes les veines en sont entourées : divers faisceaux s’observent dans leurs intervalles; en sorte qu’un plan d’absorbans, disposé en forme de couche continue, semble sépa- rer, dans les membres, l’aponévrose et la peau. Il est hors de doute que l’origine de la plupart de ces vaisseaux existe dans le corion, qu’ils rapportent dans le sang et la graisse, et la lymphe cellulaire de ses aréoles, et la matière nutritive de ses libres. Mais un ordre particulier de branches s’ouvre-t-il à la surface de l’épiderme pour absorber en certains cas les substances étrangères ? Cette question ne peut être résolue par l’inspection anatomique. Mais voici diverses considérations qui me paroissent jeter sur elle un grand jour. . , i°. Les absorbans soucutanés, visibles par les in- jections , sont proportionnellement trop nombreux pour rapporter seulement la graisse et sérosité des parties voisines. 2°. Il est une fouie de médieamens qui paroissent être visiblement absorbés : tels sont le mercure dans lamaladie vénérienne,diversessubstances purgatives, émétiques, fébrifuges même, comme le quinquina, qui, appliqués en friction , ont produit leurs effets aussi bien que s’ilsavoient été introduitspar l’estomac, les cantharides qui portent souvent au rein, quand on en emploie la teinture en liniment, les substances narcotiques qui occasionnent quelquefois une pesan- teur de tète et un assoupissement quand elles ont été SYSTEM appliquées extérieurement, etc. Ces différens effets sont extrêmement connus, et une foule d’auteurs en cite des exemples. 3°. On connoit l’absorption des différens virus, de la rage, de la variole, du venin de la vipère, etc., absorption qui se fait, il est vrai, rarement sur l’é- piderme resté intact, mais qui a lieu constamment quand, celui-ci étant soulève, la matière se trouve placée sur le réseau capillaire extérieur dont nous avons parlé. Je remarque même que les divers genres d’inoculation de la variole, de la vaccine, etc., prou- vent manifestement et l’existence et l’importance de ce réseau , auquel jusqu'ici on n’a pas fait assez d’at- tention. 11 est beaucoup de principes contagieux qui s’absorbent à travers l’épiderme : tels sont celui de la peste que les vêtemens communiquent, ceux de différentes fièvres pestilentielles qui pénètrent par la peau plus que par la respiration. Je crois qu’on peut diviser, ainsi qu’il suit, les absorptions cutanées d’où naissent les maladies : i°. local, comme la gale, les dartres, la teigne, etc. etc.; 1°. Absorptions qui se font à travers l’épiderme , et qui produisent un effet 2°. général, comme les ma- ladies pestilentielles , les fièvres putrides gagnées dans un séjour malsain , etc. etc. • a°. Absorptions qui ne se font qu’en soulevant l’é- piderme 3 et d’où naît un effet i°. local, comme la vaccine, la variole, etc. etc. ; 2°. général, comme la rage, le venin de la vipère , la coupure, avec des instru- mens imprégnés de matière putride, etc. etc. DERMOÏDE. On voit dans ce tableau les absorbans chargés des substances nuisibles, tantôt ne les point transmettre au-delà delà partie, tantôt les porter dans le sang , qui lui-même les porte aux différens organes de l’éco- nomie.Quelquesauteurs ontcruque dans les cas où les effets de l’absorption deviennent généraux, ilj a plu- tôt action nerveuse et phénomènessympathiques, que transmission d’une matière nuisible dans le torrent cir- culatoire, que par conséquent les solides jouent un rôle presque exclusif dans ces maladies. Mais pour lever tout doute sur ce point, il suffit d’observer , i°. que , dans l’absorption de beaucoup de substances contagieuses , par exemple lors de la piqûre du doigt avec un scalpel imprégné de substances putrides , on sent une douleur, qu’il y a même une rougeur tout le long dutrajet des absorbans du bras, et que les glandes axillaires se gonflent ensuite ; 2°. qu’en transfusant dans les veines la plupart des substances qu’on appli- que en frictions , on produit des effets analogues à ceux qui ont lieu dans ces frictions. Ainsi transfusés ou absorbés, les purgatifs et les émétiques attaquent également, les uns les intestins, les autres l’estomac. Il me semble qu’on n’a point assez tiré parti des nombreuses expériencesfaitesdans le siècle passé sur les transfusions. En comparant leur effet à celui qui a lieu sur l’organe cutané, je crois qu’il est impossible de ne pas admettre un principe morbifique dans le sang, lors des maladies contagieuses. 3°. Après l’usage du mercure pris en frictions , les émanations de ce métal, qui se trouvent dans les fluides animaux, agissent évidemment sur l’argent qu’on place dans la bouche, le rectum , etc. Je suis 694 SYSTÈME persuadé même que le sang qui dans l’état naturel exerce sur ce métal très-peu d'action, l'altéreroit alors. Les accoucheurs savent que les eaux de l’amnios des femmes qui ont fait usage des frictions mercu- rielles présentent le meme phénomène. 4°. Plusieurs substances non - médicamenteuses peuvent être transmises dans le sang paf l’absorption cutanée. L’eau paroît y entrer par là, dans la rapide production de certaines hydropisies, dans certains cas rapportés par des voyageurs qui, manquant d’eau douce sur la mer , ont en partie étanché leur soif en s’entourant de linges mouillés, etc. Quand on im- prègne ses vêtemens d’huile de térébenthine , les urines prennent bientôt une odeur qu’elles ne doi- vent qu’aux principes transmis dans le sang par l’ab- sorption. Plusieurs physiciens estimables assurent avoiraugmenté de poids après la promenade du matin. J’ai observé qu’à la suite du séjour des amphithéâtres? les vents prennent fréquemment une odeur exacte- ment analogue à celle qu’exhalent lés cadavres en putréfaction. Or,voici comment je me suis assuré que c’est la peau , autant que le poumon , qui absorbe alors les molécules odorantes. Jai bouché mes narines ? et j’ai adapté à ma bouche un tuyau un peu long qui, traversant la fenêtre, me servoit à respirer l’air ex- térieur. Eh bien! mes vents, après une heure de séjour dans une petite salle de dissection , à côté de deux cadavres très-fétides , ont présenté une odeur à peu près semblable à la leur. J’ai observé aussi qu’ en touchant long-temps W matières fétides, les vents se pénètrent bien plus d’odeur, qu’en séjour- nant seulement dans un air chargé d’exhalaisons cadavéreuses. Donc les absorbans portent d’abord ces exhalaisons dans le sang, qui les transmet ensuite au dehors par la surface muqueuse des intestins. Ainsi quand l’urine est absorbée, la salive, les sucs muqueux, etc., présentent une odeur urineuse. Je pourrois accumuler une foule d’autres preuves de l’absorption cutanée; mais je n’ai choisi que les prin* cipales. On en cite beaucoup d’autres : Haller en par- ticulier,auquel je renvoie, en a multipliélesexemples. Je remarque cependant que les absorptions cuta- nées portent un caractère d’irrégularité remarquable; que sous la même influence apparente, tantôt elles ont lieu , et tantôt elles manquent. C’est ainsi que le plus souvent on n’absorbe rien dans le bain , qu’on laisse ou qu’on gagne les contagions, que la vaccine prend ou ne prend pas, que l’inoculation variolique est aussi souvent incertaine, etc. Nous ne nous eu étonnons pas. 11 faut un degré déterminé de sensibi- lité dans la peau pour l’absorption de telle ou telle substance : au-dessus ou au dessous de cé degré, les absorbans repoussent cette substance. Ainsi, dans le tube intestinal, si vous exaltez, par un purgatif, le degréde sensibilité ordinaire des absorbans lactés, aus- sitôt ils cessent momentanément de prendre les bois- sons , le chyle,etc. ,et tout passe par l’anus.Or, mile causes agissent sans cesse sur la peau ; mille irritans tour à tour appliqués sur elle, font à chaque instant varier le degré de sa sensibilité organique, l’augmentent, la diminuent, et la sortent de celui nécessaire à l’ab- sorption. Est-il étonnant d’après cela que cette fonc- tion y présente tant de variétés? Plusieurs physiciens modernes ont produit beaucoup de faits négatifs con- DERMOÏDE. 695 696 SYSTEME treelle.Queprouvenlcesfaits?Lesvariétésdesensibi- lite que j indique; mais ils ne détruisent pointla somme des faits positifs, généralement avoués, et dont l’en- semble forme une masse de preuves à laquelle on ne peut rien opposer. Ainsi avons-nous vu les surfaces muqueuses variables dans leurs forces vitales à cause de la variété de leurs excitans, varier aussi dans leur absorption. Si dans les membranes séreuses, dans le tissu cellulaire, dans le travail nutritif des organes, celle fonction est constante, c’est que , constamment en contact avec les mêmes corps, les surfaces où elle s’opère, ont un degré constant de sensibilité organique. Beaucoup de faits, relatifs surtout aux contagions, paroissent prouver que l’état de foiblesse est favo- rable à l’absorption cutanée. i°. Les enfans et les femmes absorbent plus facilement que les hommes forts et vigoureux. 2°. Plusieurs médecins ont ob- servé que .la nuit où l’organe cutané est en rémit- tence sous un rapport, vu qu’il n’est pas stimulé par lés objets extérieurs, on gagne plus facilement les maladies contagieuses. 3°. J ai remarqué que la plupart des élèves qui sont tombés malades pendant mes dissections, avoient emporté daus leurs chambres des morceaux de cadavres,dont les émanations avoient pu les atteindre pendant le sommeil. 40. O11 sait que les praticiens recommandent de ne pas s’exposer aux miasmes contagieux pendant la faim où les forces languissent , à cause de la vacuité de l’estomac. Kxhalans« Le système capillaire extérieur qui entoure le eo-* DE RM OÏDE. 697 rion et embrasse les papilles, paroît être l’origine de ces vaisseaux , comme il est la terminaison des artères des aréoles dermoïdes. Les exhalans y prennent leur fluide, qu’ils rejettent au dehors sur l’épiderme. On n’a aucune donnée anatomique sur leur forme , leur longueur, leur trajet et leur direction; maisleurexis- tence est irrévocablement prouvée , i°. par les injec- tions qui quelquefois ont plu de toute la surface cu- tanée; 2°. par l’exhalation sanguine qui a lieu dans certaines maladies où l’on sue véritablement le sang; 3Q. par la sifeur naturelle et la transpiration, qui ne peuvent évidemment avoir d’autres agens, quoique quelques auteurs aient admis de prétendues glandes pour séparer ces fluides. On a fait une infinité de calculs pour savoir la quantité de fluide que versent habituellement les exhalans cutanés. On est effrayé quand on lit le ré- sultat des travaux d’une foule de physiciens sur ce point, quand ou parcourt les calculs prodigieusement multipliés de Dodard , de Sànctorius ,/de Keil, de Robinson, de Rye, etc. A quoi ont abouti tous ces calculs, pour lesquels la vie d’un seul homme eût été peut-être insuffisante ? A nous prouver que quand on part d’un principe faux, toute la chaîne des con- séquences qu’on en tire est elle-même fausse, quoi- que ces conséquences soient rigoureusement déduites les unes des autres. En effet, la plupart de ces phy- siciens ont considéré la peau comme une espèce de fontaine à tubes capillaires et multipliés, rejetant tou- jours dans le même temps la même quantité de fluides, et pouvant par conséquent être soumise, comme les capillaires inertes qui versent des fluides, à des pro-; 698 SYSTÈME portions, à des calculs de quantité. Mais les résultats de ces calculs ont bientôt prouvé combien leurs au- teurs s’étoient mépris. Lisez ces résultats, et vous verrez qu’aucun ne s’accorde, que des différences sou- vent très-grandes les distinguent. Faut-il s’en éton- ner? Mille causes à chaque instant font varier la transpiration. Le tempérament, l’exercice, le repos, la digestion, le sommeil, la veille, les passions , etc. ? augmentent ou diminuent Faction des exhalans cu- tanés. Je ne parle pas de la différence des climats, des saisons, etc., qui est bien plus réelle encore. On a voulu savoir, même dans ces derniers temps , ce qui appartient à l’urine, à la transpiration, à la perspiration pulmonaire et aux excrémens, calculer le rapport qui existe entre les quantités des subs- tances rejetées par ces quatre voies : inutiles recher- ches. On obtiendroit par elles quelques résultats pour un homme, que ces résultats ne seroient point appli- cables aux autres. Aussi voyez si on a pu jamais faire une seule application solide à la physiologie ou à la pathologie, de tous ces immenses travaux sur la trans- piratiqji. Que diriez-vous d’un homme qui, pendant les jours d’équinoxe, ou l’état de l’atmosphère change d’une minute à l’autre , voudroit établir des propor- tions entre les quantités de pluie qui tombent pen- dant chaque quart d’heure, ou bien d’un homme qui chercheroit à établir des rapports entre les quan- tités de fluides qui se vaporisent dans des temps dé- terminés, à la surface d’un vase sous lequel on fait variera tout instant l’intensité dufeuquichauffel’eau ? Eh bien ! la comparaison est exacte. On pourra bien dire en général, au bout d’un temps donné, combien D E R M O ï B E. de livres de substances sortent à peu près du corps; et encore cela varie pour chaque homme. Mais vou- loir dire d’une manière générale ce que , dans cette quantité commune, les urines, la transpiration four- nissent isolément, c’est prouver qu’on ne connoît nullement la nature des forces vitales. Nous avons déjà observé que toutes nos connois- sances sur les variétés de transpiration , se réduisent à quelques données générales ; que, par exemple,dans les saisons et les climats froids,c’est principalement par les émonctoires intérieurs que sortent les résidus nutritifs et digestifs, tandis que dans les climats et les saisons chaudes, c’est l’organe cutané qui les re- jette principalement. La peau d’une part, le rein et la surface pulmo- maired’autre part, sont donc, sous ce rapport, dans une activité constamment inverse. Les médecins con- noissent très-bien cette différence pour l’urine et la sueur; ils savent que quand l’une augmente, l’autre diminue; que dans l’hiver l’urine-est trèschargée de principes , èt qu’en été la transpiration prend une saveur salée et d’autres caractères particuliers qu’elle doit à des substances qui lui sont étrangères dans la première saison. Mais ils n’ont pas si bien cherché le rapport de la transpiration avec la sueur ; cela m’a déterminé à quelques expériences, que voici : J’ai voulu connoître quel est pendant l’été, où l’on transpire beaucoup, et où tous les principes hétéro- gènes sortent par conséquent par la peau , l’état de l’humeur perspiratoire. Pour obtenir cette humeur qui s’exhale en vapeur insensible, j’ai plongé une bouteille vide et bien propre au milieu d’un seau SYSTÈME remp'i de glace et de muriate de soude, et j’ai long- temps respiré dedans avec la précaution de ne point y laisser tomber de salive. Les parois refroidies par la glace extérieure , ont fait condenser en petits gla- çons la vapeur de mon haleine , à la surface interne du vase. Quand j’en ai eu une certaine quantité , j’ai retiré celui-ci ; puis en le plongeant dans l’eau tiède , j’ai tout de suite fait fondre mes glaçons, et j’ai eu en état liquide ma respiration quiétoit précédemment en vapeur. Or j’ai été frappé dans cette expérience, de deux choses , i°. de la petite quantité de fluide que j’ai pu obtenir, malgré que j’aie respiré pendant une heure, et que j’aie fait ensuite respirer deux hommes, chacun aussi une heure consécutive; 2°.de ce que la plupart des réactifs n’ont eu aucune ac- tion sur ce fluide. Les acides nitrique, sulfurique et muriatique, la pierre à cautère, l’alcool, ny ont produit aucun effet par leur mélange. En en faisant évaporer une petite quantité sur la concavité d’un verre de montre*, aucun résidu n’est resté ; mis dans une cuiller sur la flamme d’une bougie, il n’a éprouvé, par le calorique, aucune altération. En un mot, j’ai été tenté presque de croire que ce n’étoit que de l’eau. J’avoue cependant queeet essai a besoin d’être répété avec soin. Le peu de fluide obtenu m’a fait croire que la forme du vase étoil peu favorable, parce qu’il n’offroitpas assez, de surface, et que la vapeur du poumon étoit en masse trop peu divisée. J ai donc pris le cylindre en spirale d’un petit alambic que j’ai entouré de glace dans un seau ; j’ai fait respirer un homme à travers ? et j’ai euen effet plus de fluide? mais infini-* T> E R M O ï T) E.' ment moins cependant que je ne m’y serois attendu, d’après le nuage considérable qui sort en hiver par la respiration. En une heure, il ne s’est condensé que deux onces de fluide , que j’ai pesé comparativement avec de l’eau, et où j ai trouvé, avec le même vo- lume , un petit excès de pesanteur sur celle-ci, preuve de quelques principes mêlés à sa portion aqueuse, et que je ne connois pas. Je suis persuadé qu’en hiver j’aurois eu beaucoup plus de vapeurs condensées: T inspection d’un animal qui respire le prouve même, comme je viens de le dire. Je suis persuadé aussi que comme l’urine, l’hu- meur perspiratoice est alors chargée de principes qui, pendant l’été, passoient par la peau , quoique ce- pendant je n’aie aucune donnée expérimentale sur ce point essentiel, que je me propose d’éclaircir l’hiver prochain. Je crois même que beaucoup de rhumes dépendent de là. En effet, plusieurs de ces principes rejetés par la surface muqueuse des bronches, ne pouvant être dissous par l’air, comme l’est leur véhicule aqueux, stagnent sur cette surface, l’irritent et pro- voquent la toux qui les chasse au dehors. Sous ce rapport, nous toussons beaucoup en hiver , comme nous avons souvent besoin de nous baigner en été où les substances salines qui s’amassent sur la peau par l’exhalation qui s’y fait, ne peuvent être vapori- sées par l’air. Voilà aussi comment dans une foule d’affections du poumon, où les glandes muqueuses etles exhalansbronchiquesn’augmententpasen quan- tité le fluide qu’ils versent habituellement, mais seu- lement séparent avec lui, à cause de leur changement de sensibilité organique, des substances que l’air ne SYSTÈME peut dissoudre , voilà, dis-je, comment dans ces af- fections il y a une toux habituelle ; car, comme je l’ai dit ,dès qu’une substance séjourne un peu long- temps sur le système muqueux , elle l’irrite, et il fait effort pour s’en débarrasser. Je crois que voilà un aperçu qui peut éclairer la cause de plusieurs toux , qu’on regarde comme nerveuses, à cause du peu de quantité d’expectoration, et qui 11e sont autre chose qu’un moyen qu’emploie la nature pour suppléer au défaut de vaporisation de l’air. Je crois que les physiologistes n’ont point fait assez d’attention, soit sur les bronches, soit sur la peau, à la partie qui peut être vaporisée, et à celle qui ne peut pas l’être. Certains animaux paroissent plus re- jeter que nous de ces principes non-vaporisables j voilà pourquoi on est obligé d’étriller chaque jour les chevaux, et même de les baigner souvent, pour nettoyer leur peau que l’air laisseioit sale. Les cit. Fourcroy et Vauquelki ont remarqué que jamais il n’y a de phosphate calcaire dans les urines de ces ani- maux : cette substance paroît passer parla sueur, et se cristalliser à la surface de la peau , où elle s’enlève par le frottement et par l’eau. Je ne conçois guère com- ment les poils peuvent en être les émonctoires; il me semble plus naturel de penser, par analogie, que c’est par la sueur qu’elle s’échappe. Je présume que la pluie , dans l’état naturel, est aussi nécessaire aux animaux qu’aux plantes. Les premiers ne la fuient point ; plusieurs s’y exposent même ; elle fait sur eux l’office du bain ; elle enlève les particules salines que l’air n’a pas dissoutes ; elle lave la peau. Les exhalans cutanés ne paroissent pas être par-tout D E R M O ï D E. 703 egalement abondans. La lace, la poitrine, en con- tiennent heaucoup; on sue facilement dans ces en- droits. Au dos, aux membres , il y en a moins. Il est rare qu'on sue à la paume des mains et à la plante des pieds. Au reste cela varie singulièrement, suivant les différens individus. Je connois deux sœurs,nëes d’une famille où la phthisie est fréquente, qui ont cependant la poitrine très-bien conformée, chez qui jamaisaucun signe d’affection des poumons ne s’est manifesté, et qui, dès qu’elles ont chaud , suent uniquement de la poitrine. On sait que chez les uns c’est la face, chez d’autres le crâne, où la sueur est la plus habituelle. Les nerfs ont-ils quelque influence sur l’exhalation cutanée ? Dans une foule de paralysies, on sue du côté malade comme du côté sain. J’ai traité , il y a deux mois, à l’Hôtel-Dieu, un homme qui, à la suite d’une apoplexie, eut une hémiplégie où toute la moitié gauche du corps e toit exactement immobile, et qui cependant ne suoit que de ce côté, au point qu’on voyoit une trace de démarcation sensible tout le long delà ligne médiane. D’un côté la peau étoit sèche, de l’autre elle étoit très-humide. Je sais qu’on rapporte des exemples où des phénomènes opposés ont eu lieu ; mais ils ne détruisent pas l’observation habituelle où une sueur égale se répand, et sur le - côté sain, et sur le malade. D’ailleurs, qui ne sait que l’action nerveuse étant anéantie dans un membre paralytique , le vésicatoire y prend comme à l’or- dinaire ? Est-ce que les convulsions, où l’action ner- veuse estsi exaltée, augmentent l’exhalation cutanée? Les états de sensibilité extrême, où tous les nerf$ cutanés sont si susceptibles de recevoir toutes les SYSTÈME impressions , ont-ils la moindre influence connue sur la sueur? Avouons donc que dans l’exhalation cu- tanée, comme dans la secrétion, nous ne connois- sons nullement la nature de l’influence nerveuse, si elle existe. Glandes sébacées. Outre la transpiration insensible et la sueur, qui sont rejetées par la peau, cet organe est habituellement lubrifié par une humeur huileuse, qui fait qu’en sortant du bain, l’eau avec laquelle elle ne s’unit point, se ramasse en gouttelettes sur le corps, qui graisse le linge lorsqu’il j’este long-temps appliqué sur la peau , qui, invisquant la poussière suspendue dans l’air extérieur , la fait séjourner sur la peau , et qui retient une foule de substances étrangères venant du dehors ou du dedans avec la sueur. Cette humeur est en général beaucoup plus abon- dante chez les nègres, dont la peau est désagréable à cause de cela, que chez les nations européennes où elle abonde, surtout dans les endroits pourvus de poils, au crâne spécialement. Pour peu qu’ils soient laissés sans apprêts, les cheveux deviennent gras, onctueux et reluisans ; il semble même que cette abondance de suc huileux est destinée à entretenir leur souplesse. Aussi l’art imite-t-il la nature dans leur préparation, et des substances grasses entrent presque toujours dans les apprêts de la toilette. Il paroît que dans les autres parties où il y a des poils , moins de ce fluide se rencontre. Il suinte en très- petite quantité de la plante des pieds et de la paume des mains, sans doute à cause de l’épaisseur de T) e R M OÏDE î’épiderme. Quand on lave ces dernières, l’eau se ra- masse en gouttelettes du côte de leur face dorsale,el non du côté de la palmairç, qui s’humecte sans peine et uniformément ; jamais il ne s’en dépose à la surface des ongles. Cette huile cutanée, retenue en certains endroits, comme sous l’aisselle, au périnée, dans les replis du scrotum, etc., s y mêle avec certains prin- cipes de la transpiration, et exhale souvent une féti- dité presque insupportable. Cette humeur huileuse, dont on connoit peu la na~ ture, n’est point, comme la transpiration ou comme la graisse, exposée à des augmentations ou à des di- minutions sensibles; on la trouve toujours à peu près dans la même proportion. Elle paroît entretenir la souplesse de la peau, en l’empêchant de se gercer. Les anciens vouloient sans doute imiter son action pour toute la peau , comme nous imitons par la pom- made ses fonctions relatives aux cheveux, en faisant sur le corps des onctions huileuses. On sait que cet usage étoit très en vogue chez les Romains. D’oii vient l’huile cutanée? Elle peut être fournie par trois sources , i°. par transsudation, 2°. par se- crétion , 3°. par exhalation. Quelques-uns ont pensé que la graisse soucutanée suinloit à travers les pores pour se former ; mais le scrotum qui n’a point de cette graisse, est une des parties les plus huileuses. La peau du crâne, qui l’est au plus haut degré, n’est presque pas graisseuse. Celle des joues, qui au contraire recouvre beaucoup de graisse, n’est presque pas etc. Dans la maigreur souvent la peau est aussi onctueuseque dans l’embonpoint ? ce qui n’a pas toujours lieu cependant. Enfin dans toutes les autres fonctions,la transsudation physique est évidemment prouvée nulle ; existeroit- elle donc ici isolément ? Ceux qui admettent la secrétion de l’huile cutanée (et c’est le plus grand nombre), en placent la source dans de petites glandes, qu’ils nomment sébacées, et qu’ils disent par-tout répandues sous la peau. On voit bien quelques petits tubercules sur la convexité de l’oreille, sur le nez , etc. ; mais , dans la plupart des autres parties, il est impossible de rien distinguer; on aperçoit seulement les petites éminences dont j’ai parlé, et qui forment la peau rugueuse : or elles n’ont rien de commun avec ces glandes, dont je ne nie pas l’existence, mais que j’avoue avoir inutilement cher- chées plusieurs fois. C’est ce qui m’a fait penser que peut-être il y a un ordre d’exhalans, destiné à séparer l’huile cutanée, et qui est distinct de celui des exhalans qui rejettent la matière transpiratoire. Il y a bien dans le tissu cellulaire des exhalans graisseux et des exhalans sé- reux. Certainement aucune glande n’y préside à la séparation de la graisse. Il en est de même de la moelle que les exhalans de la membrane médullaire fournissent. Je croisqu’ily a autant de probabilité pour l’exhalation, que pour la secrétion de l’huile cutanée. Au reste, il ne faut confondre cette huile, ni avec cette matière cérumineuse que versent certaines glandes surlebord des paupières,derrièrelesoreilles, et qu’on fait sortir, par pression, sous forme de pe- tits vers, ni avec cette substance blanchâtre qui se ramasse entre le gland et le prépuce, et que de petites glandes fournissent aussi manifestement. SYSTÈME D E H M O ï D E. ARTICLE TROISIÈME. Propriétés du Système dermoïde. § Ier. Propriétés de tissu. es propriétés sont très-dëveloppëesdans la peau. Les alternatives de maigreur et d’embonpoint dans lesquelles nos parties, les membres surtout, passent quelquefois d’un volume dëterminë à un volume double, triple même, et reviennent ensuite à leur état primitif, prouvent ces propriétés, comme en- core toutes les tumeurs diverses , les dépôts, les ané- vrismes extérieurs, les engorgemens subits qui ac- compagnent les grandes contusions , les collections aqueuses de l’abdomen , la grossesse, les squirres, les nombreuses affections qui augmentent le volume du testicule, l’hydrocèle , etc. On voit dans tous ces cas, la peau s’étendre d’abord et se dilater, puis re- venir sur elle même, quand la causedela distension a cessé, et occuper la place où primitivement elle étoit circonscrite. C’est de la contractilité de tissu que dépend l’é- cartement remarquable qu’éprouvent les deux bords d’une plaie faite avec un instrument tranchant. Cet écartement qui a lieu sur le cadavre, prouve ce que déjà nous avons souvent remarqué , savoir, que les propriétés de tissu, absolument inhérentes à la tex- ture organique, sont étrangères aux forces vitales dont elles empruntertt seulement un surcroît d’éner gie: aussi la rétraction cutanée est-elle bien plus forte SYSTÈME pendant la vie dans une plaie longitudinale ou trans- versale. Mais c’est surtout dans l’amputation que l’on remarque cet accroissement de contractilité, par Tac* tion vitale. Aucune partie, les muscles même, ne se rétractent autant que la peau : de là, le précepte tant recommandé dans cette opération, de ménager le plus possible les légumens ; de là les modifications essentielles qu’on a été obligé d’ajouter aux procédés anciens. La rétraction musculaire est plus prompte ; mais celle-ci plus durable finit par l’emporter; en sorte que dans le mode ancien d’amputation, où tout étoit coupé au même niveau, on avoit un moi- gnon conique dont l’os formoit le sommet, où l’on voyoit ensuite les muscleS, les artères , etc., et que la peau qui représentoù la base, terminoit du côté du membre. Cependant il est beaucoup de cas où l'extensibilité dermoïde est moindre qu’il ne le semble d’abord. Par exemple, dans les sarcocèles volumineux, la peau des parties voisines du scrotum étant tiraillée, s’applique sur la tumeur , et suppiée à l’extensibilité qui manque à la peau de cette partie .-celle de la verge surtout est presque toute employée à recouvrir la tumeur ; en sorte que cet organe disparoît. C’est aux bornes mises à l’extensibilité cutanée, qu’il faut aussi rapporter le phénomène suivant .-dans une plaie avec perte de substance, les bourgeons charnus, en se res- serrant par l’évacuation de la matière blanchâtre qui les remplit, tiraillent lÿ peau environnante, pour venir recouvrir la plaie : or ce tiraillement produit non-seulement une extension, mais une locomotiea véritable.Voilà pourquoi là où la peau, naturellement tendue et adhérente, ne peut se prêter à cette loco- motion, les cicatrices sont si difficiles, comme on le voit sur le crâne, sur le sternum , etc.; pourquoi au. contraire, au scrotum, au pli de l’aisselle, etc., elles* présentent si peude difficultés; pourquoi dans la dis- section des tumeurs, on recommande tant de ména- ger les tégumens sains, etc. Quand la peau s’étend, les fibres qui composent ses aréoles s’écartent les unes des autres, et ces aréoles s’agrandissent. Leur largeur devient surtout sensible à la surface interne du derme; car comme les pores de la surface externe percent tous obliquement son. tissu, la distension de ce tissu diminue seulement la longueur du petit conduit qu’ils représentent, mais n’en agrandit pas les orifices : aussi tandis que la sur- face interne est*parsemée d’intervalles considérables, celle-ci reste continue, mais laisse apercevoir ces intervalles, qui la rendent plus transparente là oii ils existent; de là cette apparence comme marbrée de la peau du ventre des femmes qui ont fait beau- coup d’enfans. Quand la peau se contracte, les aréoles internes se resserrent, et s’effacent même. La surface externe qui n’en présente point, ne peut diminuer autant de largeur, en sorte qu’il y a une disproportion de largeur entre sa surface interne et l’externe : de là, comme je l’ai dit, la convexité de celle-ci dans le racornissement produit par l’eau bouillante; de là encore les inégalités, les rugosités extérieures qui surviennent lorsque le froid agit fortement sur nous et qu’il fait crisper le tissu dermoïde. Au reste, ce phénomène n’a lieu que quand la contractilité se ma- DERMOÏDE. ni les te dans l’état ordinaire; car s’il y a eu distension antécédente, les cellules préliminairement agrandies reviennent seulement, en se resserrant, à leur état naturel, et il n’y a point de disproportion d’étendue entre les surfaces externe et interne de la peau. Dans la plupart des extensions, il y a diminution d’épaisseur du tissu dermoïde. Ce n’est que quand il se dilate par l’infiltration de l’eau dans ses aréoles , comme dans la leucoplilegmatie, qu’il augmente d'é- paisseur, en diminuant de densité. Dans l’inflamma- tion chronique , dans l’engorgement, et dans diverses altérations dont le tissu dermoïde est le siège, il perd en partie la faculté de s’étendre : il se rompt avec facilité lorsqu’il est distendu. C’est ce qui arrive dans certains anévrismes, dans ceux de l’aorte sur- tout qui ont percé le sternum. Une inflammation lente s’empare de la peau qui recouvre la tumeur, et elle se rompt à un degré de distension infiniment au-dessous de celui qu’elle supporte dans son état d’intégrité, si la mort du malade ne prévient pas cette rupture funeste, dont j’ai vu deux exemples à la salle des femmes blessées de l’Ifôtel-Dieu. Dans cet état d’inflammation, la distension est très-dou- loureuse, tandis qu’elle ne l’est nullement dans l’état ordinaire. La peau perd aussi sa faculté contractile dans la plupart des affections chroniques dont elle est le siège , et qui altèrent son tissu. Est-ce qu’il y a des jours ou la peau est plus res- serrée, et d’autres où elle reste plus lâche, plus épa- nouie? Je le croirois , d’après l’observation des traces restées à la suite de la petite vérole, et qui sont bien SYSTEME DERMOÏDE. plus apparentes et plus profondes certains jours que d’autres. § II. Propriétés 'vitales. Elles sont très-marquées dans ce système. On di- roit que la nature, en entassant un excès de vie dans l’enveloppe qu’il représente, a voulu établir une ligne tranchante de démarcation, et nous faire bien sentir la différence qu’il y a entre les corps inorganiques avec lesquels sa surface externe est en contact, et les tissus organisés que recouvre sa surface interne. Je considérerai ces propriétés vitales comme dans tous les autres systèmes : les unes appartiennent à la vie animale, les autres à l’organique. Propriétés de la Vie animale. La sensibilité animale est marquée au plus haut degré dans la peau. Elle y préside au tact, lequel y est plus fin, plus délié que dans la plupart des autres tissus. Elle y est aussi la cause du toucher, double fonction qui est très-différente. Le tact est la faculté de ressentir l’impression des corps environnans. Il nous donne les sensations de chaleur et de froid, d’humidité et de sécheresse,de dureté et de mollesse ,etc. Il a donc rapport, i°. à l’existence , 2°. aux modifications générales des corps extérieurs. Son exercice précède celui de tous les autres sens qui ne peuvent s’exercer que consécuti- vement à sonaction.il est nécessaire à la vue, à l’ouïe, à l’odorat et au goût, comme il l’est au toucher.il ne dépend point d’une modification particulière de la 712 SYSTÈME sensibilité animale ; il n’est autre chose que celte pro- priété considérée en exercice. Aussi lorsque les mo- difications spéciales de cette sensibilité qui président aux autres sens ont été détruites, lorsque l’œil est in- sensible à la lumière,l’oreille aux sons , la langue aux saveurs, la pituitaire aux odeurs, ces différens or- ganes conservent encore la faculté de percevoir, et la présence des corps, et leurs attributs généraux. Le toucher n’a rapport qu’à des modifications par- ticulières des corps; il est la source de nos notions sur leurs formes extérieures, leurs dimensions, leur volume, leur direction, etc. Il diffère essentielle- ment des quatre autres sens, i°. En ce qu’il ne nécessite* commeletaet, au- cune modification particulière de sensibilité. La main est bien un peu plus sensible que le reste de la peau ; mais il n’y a pas une grande différence, et nous toucherions presque également les corps, si celle du bas-ventre recouvroit les phalanges. Au contraire chaque sens a une sensibilité propre qui le met exclusivement en rapport avec un corps déterminé comme un linge qu’on y aui oii SYSTÈME trempé. Cependant les pores étoient sensibles comme auparavant, et la sueur pou voit s’opérer : je présume qu’elle se fait comme à l’ordinaire chez les sauvages qui se peignent la peau. Ainsi le linge qu’on plonge dans une teinture, n’a-t-il point ses pores bouchés par elle. Je puis me servir de cette comparaison, puisque l’épiderme et les ongles sont vraiment des espèces de corps inorganiques. Mettez un organe quelconque à découvert et peignez-le ainsi ; la couleur l’irritera, l’enflammera conjointement avec le contact de l’air, et la suppuration née de cette inflammation rejettera bientôt au dehors les molécules colorantes, qui le seroient d’ailleurs par la nutrition, si elles ne l’é- toient par l’inflammation. Il est cependant un moyen qui peut perpétuer la durée de la coloration, même sur des organes qui, très-sensibles comme la peau, sont habituellement sujets au double mouvement nutritif; c’est d’employer les couleurs avec un fer rougi. C’est ainsi que je me suis assuré que les lettres ou les figures colorées que la plupart des soldats se gravent, avec une épingle rougie, sur la peau qui les retient très-long-temps, ont leur siège non-seulement dans l’épiderme, mais aussi dans le corion lui-même. Dé veloppement. Les ongles ont déjà chez le fœtus une consistance très-marquée, que la peau est encore pulpeuse; mais leur ténuité est alors extrême. Ils épaississent et de- viennent plusconsistansà mesure que le fœtus grossit. A la naissance ils n’ont point une longueur propor- tionnée à celle que par la suite ils sont destinés à ac- quérir. Ils ne dépassent pas l’extrémité des doigts ÉPIDERMOÏDE. 791 qui souvent se prolongent plus loin; en sorte que ce n’est qu’après la naissance qu’ils acquièrent cet excès de longueur et cette disposition recourbée, qui sont inutiles dans le sein de la mère, puisque le fœtus n’y saisit rien, Leur transparence laisse manifestement voir, à l’instant de l’accouchement, d’abord la cou- leur noire du sang qui circuloit auparavant dans les artères, puis la couleur vermeille que lui donne presque subitement la respiration. A mesure qu’on avance en âge, les ongles croissent dans les mêmes proportions que l’épiderme, mais ne présentent du reste rien de particulier dans leur accroissement. Chez les vieillards ils deviennent extrêmement épais. Ces organes n’éprouvent pendant la vie que des maladies analogues à celles de l’épiderme. Ce sont des excroissances, des augmentations de volume , etc., et d’autres productions dont le tissu est absolument le même que celui de l’ongle, ou il n y a ni plus de sensibilité, ni plus de circulation, ni plus de cha- leur, ni plus de vie; caractère remarquable et dis- tinctif de ceux de3 tumeurs qui naissent sur les au- tres organes à vitalité très-active, comme sur la peau, sur les muscles, etc., tumeurs dont le tissu est très-distinct de celui des organes qui les ont pro- duites, et qui le plus souvent ont un mode de pro- priétés tout différent. Ainsi les excroissances épider- moïdes sont-elles en tout analogues à l’épiderme. SYSTÈME PILEUX. L’adjectif par lequel je caractérisé ce système, dé- rive du substantif latin qui exprime les organes dont il est composé. Les poils se trouventmoins généralement répandus sur l’homme quesur la plupart des animaux. Ils forment sur ceux ci une espèce de couche exté- rieure à la peau, qui, amortissant en partie le contact des corps extérieurs, fait que la sensibilité animalecu- tanée joue un rôle moins important, et établit des rap- ports moins nombreux entre ces corps et eux. La vie extérieure est donc, sous ce rapport, plus rétrécie chez eux, que chez l’homme où un épiderme mince et des poils rarement disséminés, séparent l’organe du tact des objets environnans, dont la moindre impression est ressentie, et qui tiennent, à cause de cela, dans une activité permanente la sensibilité animale : aussi l’homme est-il naturellement destiné à vivre plus au dehors qu’au dedans de lui. Les plaisirs relatifs à la reproduction et à la digestion composent exclusive- ment le bien-être des animaux. Celui de l’homme en est aussi en partie le résultat; mais un ordre de plai- sirs tout différens, purement intellectuels et unique- ment relatifs aux sensations extérieures, agrandit immensément par sa présence, ou rétrécit par son absence le champ de ce bien-être. Les poils de l’homme recouvrent spécialement le crâne, quelques parties de la face, le devant du tronc* les parties génitales, les membres, etc. Leur quantité SYSTÈME PILEUX. varie singulièrement, ainsi que leurs formes, leur lon- gueur, etc. Pour en avoir une idée exacte, nous allons les considérer isolément dans les diverses 1 égions j puis nous traiterons de leur organisation générale, de leurs propriétés et de leur développement. ARTICLE PREMIER. Examen du Système pileux dans les diverses régions. On peut envisager ce système à la tête, au tronc et aux membres. § Ier. Système pileux de la Tête. La tête est la partie du corps où ce système est pré- dominant : il recouvre tout le crâne et forme sur lui unecouchequiie défend contre l’impression des corps extérieurs, comme l’enveloppe pileuse générale des quadrupèdes garantit leur corps. Aussi celte partie est-elle celle qui est la moins susceptible d’exercer le toucher , soit par l’obscurité qui naît pour la sensibi* lité animale de cette couche pileuse, soit par sa forme convexe qui ne lui permet d’être en contact avec les corps que par une petite surface. La face est moins généralement recouverte de poils, quoiqu’ony en trouve encorebeaucoup, chez l’homme surtout. Cette partie, où dans un très-petit espace se trouve réuni le plus grand nombre de nos moyens de communication avec les objets extérieurs, savoir ? les organes du goût, de l’odorat, de la vue et de l’ouïe même, n’appartient que très-peu au sens da 794 SYSTÈME toucher, à cause de sa disposition villeuse. Sa forme même est peu favorable à ce sens. La bouche qui est aplatienepeuts’appliquerd’elîe-mêmeaux corpsexté- rieurs. Aussi,tandis que lemuseau quiestalongé dans la plupartdes quadrupèdes, remplitchezeuxladouble fonction de toucher d’abord tous les corps, de les tourner, de les retourner en divers sens pour connoitre leurs qualités tactiles, puis de les saisir pour s’en nour- rir, la bouchede l’hommenesert qu’à ce dernier usage ; ce sont ses mains qui sontdestinées au premier. Aussi voyez tous les animaux, même la plupart des clavi- culés, diriger presque constamment leur museau vers la terre , tandis que la bouche de l’homme est natu- rellement destinée à une attitude opposée. Des Cheveux. Ils occupent sur le crâne tout l’espace qui corres- pond à l’occipital, aux pariétaux, à la portion écail- leuse des temporaux, et à une petite portion du fron- tal. Les limites qui les circonscrivent ne varient point sur les cotés; elles correspondent toujours au-dessus de l’oreille. En arrière, elles se prolongent quelque- fois sur la partiesupérieure du cou ; d’autres fois,elles 11e dépassent pas la tête. En appliquant les vésica- toires a la nuque, on remarque, sous ce rapport, pres- que autant de variétés que de sujets. On sait combien ces limites sont variables endevant. Tantôt prolongées plus bas, tantôt établies plus haut, quelquefois dé- crivant une ligne courbe , d’autres fois un véritable triangle dont la pointe antérieure correspond à la ligne médiane,elles n’ont rien absolument de constant. Ce sont ces inégalités qui déterminent exclusive- PILEUX» ment la largeur ou le rétrécissement du front, tandis que ses degrés divers d’inclinaison appartiennent uni- quement à l’os qui le forme. C’est sous ce rapport que les cheveux contribuent un peu à l’expression de la ligure: je dis un peu , car c’est moins à la largeur du front qu’à sa direction approchant de la perpendicu- laire , que nous attachons les idées de majesté et de grandeur qui caractérisent les héros et les dieux. Les poètes ont célébré surtout, comme on le sait, le front du maître du tonnerre. Remarquez à ce sujet qu’il y a une grande différence entre ce qui exprime la majesté ou l’abjection dans la face, et ce qui y sert à l’expression des passions. Ce sont la structure osseuse de cette re'gion et le degré d’inclinaison résul- tant de cette structure, qui servent au premier usage: ce sont spécialement les mouvemens musculairesqui concourent au second. Pourquoi ? Parce que la ma- jesté, la grandeur, etc. s’allient spécialement à l’é- tendue de l’intelligence, que l’intelligence a son siège dans le cerveau, et que les capacités diverses du crâne, qui logent cet organe, et qui correspondent à ses degrés divers de développement, influent inévitable- ment sur les dimensionsdiverses delà face. Or,comme la structure osseuse est une chose constante et inva- riable , l’air de majesté ou d’abjection reste cons- tamment imprimé sur la face. Au contraire, les pas- sions qui affectent spécialement les organes épigas- triques , lesquels excitent ensuite les muscles faciaux, ont nécessairement une expression fugitive. Le nombre des cheveux est singulièrement variable sur la même surface. Chez les uns ils sont très-serrés et même ils se touchent tous ; chez d’autres, plus ra- s Y s T E M E rernent disséminés , ils laissent en partie voir la peau du crâne dans leurs intervalles, circonstance qui dé- pend, ou d’une conformation primitive, ou d'une maladie qui les a fait tomber en partie. Ils ont, comme les ongles, un accroissement déterminé qu’ils ne dé- passent point. Nous connoissons peu le terme de cet accroissement. Cependant on les a vus aller jusqu’à la ceinture , aux cuisses , aux jambes même, ce qui varie cependant. Il paroit que chez les femmes ils ont un plus grand accroissement : on diroit que la nature a donné à se sexe de ce côté ce qui lui manque sous le rapport des poils de plusieurs autres parties. Flottanssur les épaules, la poitrine, le tronc, etc., ils forment dans l’état naturel une espèce d’abri contre les injures de l’air et de la lumière. Leur étendue prouve évidemment la destination de l’homme à l’attitude bipède. En effet dans l’attitude quadrupède, ils traî- neroientde beaucoup à terre, et mettroient un obstacle aux mouvemens. Aucun animal, dans son attitude naturelle, n’a, je crois , les poils aussi gênans pour la progression, que l’homme auroit alors ses cheveux. L’homme, qui dénature tout, s’est fait une habi- tude ,dans la plupart des sociétés, de la section des cheveux, de la barbe, etc. Pour lexvulgaire c’est une affaire de mode; pour le médecin c’est un usage qui influe peut-être plus qu’on ne le croit sur les fonc- tions. En effet, dans l’état naturel une fois que le système pileux a acquis son accroissement, il ne pré- sente plus que le mouvement habituel de composi- tion et de décomposition. Au contraire, chez l’homme qui le coupe, il est habituellement le siège et de ce mouvement et de celui de l'accroissement. Cet usage PILEUX, perpétue donc les phénomènes qui s’y passent dans l’enfance, et y appelle par conséquent un travail plus actif, qui peut-être se fait aux dépens de celui de beaucoup d’autres parties. La différence de nature daAs les cheveux influe beaucoup sur leur longueur; ceux qui sont lisses et qui frisent peu , ont en gén éral le plus de longueur. Plus ils ont descaractères opposés,et plus ils se raccour- cissent, comme le prouvent ceux des nègres et ceux des blancs qui sont crépus comme les leurs, etc. La ténuité de ces organes est très grande ; cepen- dant ils offrent une résistance proportionnellement très-considérable. Il n’est aucune partie dans l’éco- nomie, pas même celles du système fibreux, qui soutienne un poids aussi fort, en proportion de son volume. Aussi des cordes tissues de cheveux offri- roient-elles une énorme résistance, si ceux ci étoient assez longs pour être employés à divers usages. La couleur des cheveux varie singulièrement, sui- vant les pays, les latitudes, les climats, les tempé- ratures, etc. Cette couleur est même, comme celle de la peau, un attribut caractéristique des races hu- maines. Les naturalistes s’en sont beaucoup occupés sous ce rapport. Je renvoie à leurs ouvrages. Dans nos climats les couleurs principales sont le noir, le blond et le rouge de feu. Ce sont pour ainsi dire trois types généraux auxquels se rapporte une foule de nuances particulières. Le noir a sous lui le brun, le châtain, etc. Le blond va d’un côté jusqu’au rouge de feu par la nuance qu’on nomme commu- nément blond hardi, de l’autre côté jusqu’au châ- tain clair. Le rouge de feu qui touche le blond par SYSTEME une de ses nuances extrêmes, va par la nuance opposée, jusqu’à la couleur naturelle à certaines flammes. Tous les médecins ont fait entrer la couleur des cheveux parmi les caractères des tempéramens. Le noir est l’expression de la force et de la vigueur. Une figure d’athlète avec des cheveux blonds seroit pres- que ridicule. Ces derniers sont l’attribut de la foi- Llesse et de la mollesse; ils flottent sur la tète des figures que les peintres ont rendues étrangères aux grandes passions, aux choses fortes et héroïques; ils se trouvent sur les figures des jeunes gens, dans les tableaux où les ris, les jeux, les grâces et la volupté président aux sujets qui y sont exprimés. Ces deux couleurs, le noir et le blond, ainsi que leurs nuances secondaires, se trouvent distribuées chez les femmes en proportion presqu’égale : or, réfléchissez à l’es- pèce de sentiment que ce sexe vous inspire suivant celle qu’il a en partage, et abstraction faite de toute autre considération : vous verrez qu’une femme blonde fait naître un sentiment que semblent dicter la beauté et la foiblesse réunies. Les épithètes que nous lui donnons expriment même ce double at- tribut. Au contraire, l’expression debrune piquante annonce, dans celle qu’elle désigne, un mélange de force et de beauté. La beauté est donp un don com- mun qui nous attire, mais qui, modifié diversement par les formes extérieures, nous attire en nous tou- chant, en nous intéressant, en nous agaçant, etc. Des yeux où se peint la langueur, sont fréquemment associés à des cheveux blonds ; tandis que des che- veux noirs se rencontrent presque toujours avec ceux PILEUX. dont la vivacité, le pétillant semblent annonper uu surcroît de vie qui cherche à se répandre. L’habitude qui use tout, change nos goûts pour la couleur des cheveux comme pour celle de nos habits. Les noirs, les blonds, et leurs nombreuses nuances, sont tour à tour en France un objet de mode; et comme l'organisation ne change pas ainsique nos goûts, nous avons imaginé les chevelures arti- ficielles; moyen heureux qui semble asservir à notre inconstance la marche invariable de la nature, et qui, changeant à notre gré l’expression que la physionomie emprunte des cheveux, peut à tout instant présenter l’homme sous des formes que le bon ton préconise aujourd’hui, et que le ridicule poursuit demain. Or parmi ces variations sans nombrequi sesuccèdent chest nous dans la mode des cheveux, jamais, ni ceux qui sont d’un rouge de feu, ni leurs diverses nuances, ne trouvent place. La plupart des peuples ont pour eux une aversion non équivoque. C’est presque, à nos yeux , un vice de conformation , que de naître avec eux. Cette opinion est trop générale pour n’avoir pas quelque fondement réel. Le principal me paroît être la connexion ordinaire de ces cheveux avec le tem- pérament, et par là même avec le caractère qui ré- sulte de celui-ci : or, l’espèce de caractère associée à ce genre de cheveux n’est pas communément la plus heureuse, quoiqu’il y ait beaucoup d’exceptions à ce principe passé en proverbe. Un autre motif d’aver- sion pour les cheveux couleur de feu, c’est que l’hu- meur huileuse qui les lubrifie exhale souvent une odeurfétide, étrangère auxautresespècesdecheveux. Quel est le rapport qui peut exister entre les che- 799 800 SYSTÈME veux et le caractère ? Les premiers influencent-ils le second ? Non: voici comment on doit concevoir la chose. Chaque homme a son mode d’organisation et de constitution. Ce mode forme le tempérament: or, à chaque mode sont attachées d’une part telle ou telle espèce de cheveux, de l’autre la prédominance de tels ou tels viscères intérieurs, laquelle nous frap- pant moins n’est pas moins réelle. Cette prédomi- nance dispose manifestement à certaines passions qui sont les attributs principaux du caractère : donc la couleur des cheveux et celui-ci, sont deux résul- tats divers d’une même cause, savoir, de la cons- titution; mais l’une n’influe point sur l’autre , etc. Les cheveux sortant de leurs pores cutanés, ont «ne direction telle, que ceux de la partie antérieure du crâne sont presque toujours obliques en devant, et tendent à tomber sur le front; ceux de la partie moyenne et postérieure percent la peau perpendi- culairement, et ceux de la partie postérieure et infé- rieure la traversent obliquement,de manière à tomber naturellement en bas le long de la partie postérieure du cou. Il en est de même de ceux des côtés, que leur direction, autant que leur poids, porte sur la ré- gion de l’oreille qu’ils recouvrent. Sourcils. Sur l’arcade qui borde en haut l’orbite, se trouve un assemblage de poils formant une portion de cercle plus ou moins marquée, qui ombrage l’œil et le ga- rantit de l’impression trop vive des rayons lumineux. Rapprochés chez les bruns , les poils des sourcils sont plus écartés chez les blonds. Plus nombreux en dedans, ils confondent quelquefois les deux sourcils sur la bosse nasale , et ombragent alors la racine du nez. Plus rares en dehors, ils y terminent le sourcil en pointe. Tous sont obliquement diriges du premier dans le second sens. Quelquefois vers le côté interne, ils se portent perpendiculairement en avant. Leur longueur n’est guère plus d’un demi-pouce ; ils ne dépassent cette longueur que dans quelques cas ex- traordinaires. Leur couleur est ordinairement la même que celle des cheveux, ce qui varie cependant. Ils sont plus fermes , plus résistans que ceux-ci ; ils ont plus de volume. S’ils se prolongeoient, ils friseroient comme les poils des parties génitales, à la nature desquels ils participent. Les sourcils jouissentde deux mouvemens mani- festes. i°. Ils s’abaissent et se portent en dedans, en formant sur l’œil une voûte très-marquée. 2°. Ils s’élèvent et s’écartent f un del’autre,en épanouissant le contour del’orbite. Le trajet décrit entre les extrêmes de ces deux mouvemens, est d’à peu près un pouce. Le premier mouvement a lieu pour garantir l’œil d’une vive lumière. 11 exprime aussi les passions tristes et sombres : de là vient sans doute que le même mot s’applique à l’état moral de l’ame, et à la rangée de poils qui nous occupe. Remarquez à ce sujet que les tempéramens sanguins et colériques, qui sont les plus disposés aux passions qui font froncer les sour- cils, sont ceux précisément où les poils qui les com- posent se trouvent en général les plus marqués. Le second mouvement nous sert à recevoir sur la région de l’orbite une grande quantité de rayons lumineux; il nous permet d’élever beaucoup la paupière supé. PILEUX. 802 SYSTÈME rieure pour ouvrir grandement l’œil, ce que le pre- mier empêche évidemment. Il exprime aussi les pas- sions gaies , celles qui dilatent la face. Les peintres ont étudié, plus que les anatomistes, les degrés divers d’élévation et d’abaissement des sourcils. Cils, Sur l'une et l’autre paupière existe une rangée de poils peu nombreux, un peu plus longs que ceux des sourcils, de même nature qu’eux, obliquement diri- gés en devant, s’entrecroisant les uns les autres lors- que les deux paupières sont rapprochées, et servant à garantir l’œil de l’impression des corpuscules vol- tigeant dans l’air. Ils ne frisent point en général; quand cela arrive, et qu’ils se tournent du côté de l’œil, une irritation en résulte, et il faut les couper. Quelquefois c’est une direction vicieuse qui est cause de cette irritation. Je remarque au sujet des cils, que toutes les ouver- tures de communication à l’intérieur, comme celles, du conduit auditif externe, du nez et de l’anus, comme encore souvent les orifices des conduits lactifères, sont environnées aussi d’un certain nombre de poils qui garantissent ces ouvertures des corps extérieurs A la bouche la barbe tient lieu des poils; l’urètre n’en a point; mais ils sont remplacés à son orifice par le prépuce. Barbe• Chez la plupart des animaux,les mâles sont dis- des femelles par quelques productions exté- rieures qu’ils ont de plus. La crête du coq , la crinière pileux. du lion, les bois du cerf, etc. sont un exemple de ces caractères distinctifs. Chez l’homme, c’est principa- lement la barbe qui est l'attribut du mâle. Elle oc- cupe tout le menton, les côtés de la face, l’une et l’autre lèvre et la partie supérieure du cou. Elle laisse les joues à nu ainsi que les environs de l’œil: aussi remarquez quec’est principalement là quesepeignent les passions dont l’expression nous eût été cachée par les poils, si le bas de la figure en avoit été le siège. La barbe, moins longue en général que les cheveux, l’est plus que tous les autres poils. Elle partage assez communément la couleur des premiers, est plus ra- rement blonde cependant, et tend plus qu’eux à prendre la teinte rouge de feu , laquelle coïncide souvent avec des cheveux blonds. La nature des poils de la barbe est la même que celle des poils des par- ties génitales , des sourcils, etc. Ils frisent, sont plus roides , plus résistons et constamment moins hui- leux que les cheveux. La quantité de barbe varie singulièrement chez les différens hommes. En général la force et la vigueur sont l’apanage de ceux où elle abonde et où elle est d’une teinte noire très-foncée. Remarquez aussi que les mâles les plus forts dans les diverses espèces d’ani- maux , sont ceux où la production extérieure qui les distingue des femelles, est la plus prononcée. On diroit que cette production caractéristique est l’in- dice de l’énergie ou de la foiblesse de leur constitu- tion. Une belle crinière n’appartient pas à un petit lion ; de grands bois, des cornes longuement contour- nées appartiennent toujours à un cerf ou à un bélier bien constitués. Observez qu’il n’en est point de SYSTÈME même des autres poils communs aux deux sexes» Souvent chez l’homme foible, ceux des bras, des cuisses, etc., sont aussi marqués, et même plus nom* breux , que chez le plus musculeux. L’habitude de couper la barbe comme la plupart des Européens , de la conserver comme les Asia- tiques, de la tresser en divers sens comme les Chinois, donne à la face une expression diverse et qui carac- térise les peuples. Une physionomie mâle, vigou- reuse , et qui exprime la force et l’énergie, ne peut être dépouillée de cet attribut extérieur sans perdre une partie de son caractère. Celle des Orientaux pré- sente une apparence qui coïncide avec la force de leur corps, et qui contraste avec la mollcssede leurs mœurs. Je ne sais si en consultant l’histoire des dif- férens peuples qui laissent croître leur barbe, et celle des nations qui la coupent, on ne seroit pas tenté de croire que la force musculaire est# jusqu a un certain point, liée à son existence, et que cette force diminue toujours un peu lorsqu’on s’en prive habituellement. Tout le monde connoît la vigueur des anciens, celle des peuples à barbe longue, celle même de certains hommes qui, parmi nous, laissoient croître leur barbe par les lois d’une institution monacale. Sans doute beaucoup de causes peuvent faire coïncider la foiblesse avec la barbe; mais, en aperçu général, je crois qu’ou peut admettre un certain rapport entre elle et les forces. Coupez à un coq la crête, qui est son attribut caractéristique de mâle, comme la barbe est celui de l'homme, il languira en partie. Je suis persuadé qu’on ôteroit au lion une partie de sa force en lui enlevant sa crinière. On connoît le résultat des expériences PILEUX. de Russel faites sur la castration des cerfs : leurs bois, après cette opération, ont végété d’une manière irré- gulière, ou même n’ont point poussé. Cet attribut ex- térieur du mâle danscetteespècc, semanifeste, comme on sait, à l’époque delà virilité,où les forces croissent. 11 en est de même de la barbe humaine. Cette coïn- cidence prouveroit seule que l’usage de cette dernière est de servir de caractère extérieur au sexe masculin. L’eunuque, dont les forces sont peu marquées, perd aussi souvent beaucoup de poils de sa barbe. Tels sont nos préjugés dansl’idéequenous nous for mons de la beauté, que nous attachons le ridicule au beau réel, au beau absolu : car ce qui indique la per- fection organique est certainement tel. Un paon mâle sans sa queue d’émeraudes,un bélier sans ses cornes, un cerf sans ses bois, nous déplaisent; pourquoi l’homme sans sa barbe ne nous choque-t-il pas ? §11. Du Système pileux du Tronc. Les poils du tronc sont singulièrement variables. Certains hommes paroissent pour ainsi dire velus, tan- dis que d’autres sont presque sans poils. En général il y en a plus dans la partie antérieure que dans la posté- rieure du tronc. C’est principalement le long de la ligne blanche et sur la poitrine, qu’on les observe chez l’homme. Cette dernière partie en est dépour- vue chez la femme, qui en a en général très-peu dans le tronc. L’un et l’autre sexe en présentent un amas assez considérable aux parties génitales. ïlsy sont., comme je l’aidit,de la naturedelabarbe.Moinssouventblonds que les cheveux, aussi fréquemment qu’eux de cou- SYSTÈME leur de feu, ils se trouvent le plus ordinairement noirs. Ils sont, api ès la barbe, les poils les plus longs. Leur directionn’est point généralement déterminée;chaque poil en a presque une différente. Peu d’animaux pré- sentent , comme l’homme, ce surcroît de poils sur les parties génitales. Chaque individu offrede grandes variétés pour leur quantité. Leur noirceur et leur abondance coïncident en général avec la force. § III. Système pileux des Membres. L’homme présente une foule de poils sur toute la surface de ses membres. La proportion du nombre est chez tous à peu près la même ; mais la longueur varie beaucoup chez les uns ce n’est véritablement qu’un duvet; chez d’autres ils sont un peu plus longs; chez quelques-uns ils ont près d’un pouce, ce qui fait que chez ceux-ci, i 1s se recouvrent les uns et les autres , et donnent aux membres un aspect velu. Au haut des membres supérieurs il y a , sous le creuxdel’aisselle, un amasdepoilsquisontpluslongs que les autres, et à peu près delà nature de ceux des parties génitales. Rien de semblable ne s’observe aux membres inférieurs. Le systèmepileux n’existe point à la partie interne du bras et de l’avant-bras chez beaucoup d’hommes, où on ne le voit qu’en arrière et sur les côtés. Il est plus uniforme aux membres inférieurs. Le dos du pied et celui de la main présentent constamment des poils. Jamais on n’en voit à la plante de l’un ni à la paume de l’autre; avantage essentiel à la perfection du loucher, PILEUX. 807 ARTICLE DEUXIÈME. Organisation du. Système -pileux. u el qu es variétés qui existent dans les formes,la grandeur et la disposition des poils, leur organisation est à peu près la même pour tous. Nous allons donc examiner cette organisation d’une manière générale. Chirac, Malpighy et tous les anatomistes d’après eux, ont indiqué assez bien, sous certains rapports, et très-mal sous d’autres, la structure des cheveux, qui est à peu près la même que celle de tous les autres poils. Voici ce que la plus scrupuleuse dissection m’a montré sur elle. § Ier. Origine des Poils. Les cheveux, et en général tous les poils, naissent au milieu de la graisse souculanée, ou dans le tissu cellulaire des parties qui sont prive'es de ce duide* Chacun est renfermé, à cette origine, dans une es- pèce de petit canal membraneux, dont la nature m’est parfaitement inconnue,et dont les parois transparentes laissent manifestement voir le poil, lorsque avec un scalpel très-fin on les a bien isolées des parties envi- ronnantes. Ce petit canal cylindrique accompagne le poil jusqu’au pore de la peau correspondant, s’in- sinue dans ce pore , le traverse, se prolonge jusqu'à l’épiderme, s’y confond avec le tissu de cette mem- brane et ne va pas plus loin. La longueur de ce canal et par conséquent du trajet que le poil parcourt sous et dans la peau , est d’à peu près cinq lignes pour les cheveux J1 n’y a’aucune adhérence entre lepoiletla sur- face interne de cenctit canal, excepté à la base renflée 808 SYSTÈME du premier, endroitpar où il paroit recevoir sa nourri- ture. Aussi, en ouvrant le canal en cet endroit et en y détruisant ses adhérences, le poil devient libre, et on le retire, avec une extrême facilité, de dehors en de- dans, en saisissant avec une petite pince son bout renflé. De cette manière, le conduit reste seul et se trouve isolé. J’ai disséqué et séparé ainsi, sur une surface de deux pouces, un très-grand nombre de ces conduits qui paroissent, lorsqu’ilne demeure rien autre chose qu’eux sur la surface interne de la peau , comme autant de petits prolongemens de celle-ci. Ar rive-t-il des vaisseaux et des nerfs à ce petit sac cylindrique qui contient l’origine des poils ? On voit, bien des prolongemens venir se rendre à sa sur- face externe, surtout vers son extrémité opposée à la peau : mais le scalpel n’apprend pas la nature de ces prolongemens. Je n’ai pu les poursuivre jusqu’à un vaisseau ou à un nerf voisin. Haller n’a pas été plus heureux , quoiqu’il parle d’auteurs ‘qui ont suivi des nerfs jusque dans l’origine des poils. Je présume cependant que ces prolongemens sont spécialement vasculaires. Y a-t-il un fluide entre l’origine du che- veu et son enveloppe ? En ouvrant celle-ci, il ne s’en échappe rien, quoique quelques auteurs aient prétendu le contraire. Au reste, si ce fluide est sous forme de rosée , comme sur les surfaces séreuses, on ne pourroit le distinguer. C’est au milieu du petit sac cylindrique , dont je viens de parler , que se trouve l’origine du poil. On voit à son extrémité un renflement souvent presque in- sensible, d'autres fois assez manifeste, quoique tou- jours bien moins réel qu’on ne l’a dit. Ce renflement PILEUX. 809 est de même couleur et de même nature que le poil lui-même. Ii adhère au conduit assez probablement par les vaisseaux et peut-être par les nerfs qu’il en re- çoit. Le poil qui s’en éf le traverse son canal sans adhérer, comme je l’ai dit, à ses parois, passe avec lui par le pore oblique du derme, l’abandonne à l’épiderme , et se porte au dehors. Tous les auteurs disent qu’à l’endroit de l’épi- derme, le poil ne le perce point, mais le soulève seu- lement , et s’en forme une gaine qui l’accompagne jusqu’à son extrémité. Cette assertion est inexacte ; en effet, i°. le poil est aussi épais dans son canal d’origine qu’il l’est au dehors. 2°. Ce canal étant ouvert à son extrémité opposée à la peau, on en retire, comme je l’ai dit , le poil tout entier avec une ex- trêmefacilité, et sans éprouver la moindre résistance ; ce qui devroit arriver cependant pour rompre le repli de l’épiderme. Il paroît que depuis le renflement de son extrémité, le poil est absolument sans nulle adhé- rence, ni dans le canal soucutané, ni à travers la peau, ni à son passage par l’épiderme. 3°. Si l’épi- derme cutané se soulevoit pour envelopper le poil, celui-ci auroit une épaisseur triple, à moins que cet épiderme ne s’amincit surlui prodigieusement.4°. On ne voit point ce soulèvement prétendu en tirant le cheveu; au contraire, une dépression existe à l’en- droit où celui-ci sort. L’épiderme cutané ne fournit donc rien aux poils, quoique la nature de ceux-ci soit en partie identique à la sienne, et il faut les consi- dérer comme absolument uniformes dans leur struc- ture, d’une de leurs extrémités à l’autre. Sous la peau, à travers celle-ci et au dehors, le SYSTÈME poil est composé de deux parties distinctes. L’une ex! terne, forme un canal qui s’étend depuis le renfle- ment de l’extrémité dermoïde jusqu’à l’opposée; l’autre moyenne , qui en compose comme la moelle, est d’une nature inconnue. §11. Enveloppe extérieure des Poils. L’enveloppe externe du poil paroit être de nature épidermoïde. En effet, elle a presque tous les attri- buts de l’épiderme. i°. Les cheveux brûlent exacte- ment comme cette membrane, donnent en brûlant une odeur analogue, laissent après la combustion un charbon qui ressemble au sien: or, c’est principale- ment à leur portion externe qu’ils doivent ces phéno- mènes. 2°. L’eau pénètre avec une extrême facilité les poils; de là un moyen de construire avec eux des hygromètres très-avantageux -* or l’épiderme présente la même disposition ; et les cheveux hu- mides dans les temps de brouillards, offrent, sous ce rapport, un phénomène analogue à celui de lé pi- derme ramolli, ridé et blanchi par le contact d’un cataplasme. 3°. C’est par leur enveloppe épidermoïde que les poils sont étrangers à la vie, qu’ils sont insen- sibles , qu’ils ne deviennent jamais le siège d’aucune espèce d’affection aiguë ni chronique. 4°- Cette enve- loppe est blanche, quelle que soit la couleur des poils. C’est dans la moelle intérieure qu’est la cause de coloration: ainsi, l’épiderme des nègres et celui des blancsdiflerent-ils très-peu. Voilà pourquoi, quand la substance intérieure du cheveu a disparu , le canal res- tant seul présente une blancheur plus ou moins mar- quée. 5°. Dans cet état, quoique l’intérieur du poil sois PILEUX. mort, rextérieur épidermoïde, qui en est indépen- dant, conserve le plus communément la faculté de croître quand on l’a coupé : ainsi l’épiderme cutané est-il véritablement étranger à toutes les maladies subjacentes de la peau. 6°. Je présume que c’est cette enveloppe qui donne aux cheveux la faculté de se con- server si long-temps intacts. Lorsqu’ils sont loin de l’accès de l’air, des siècles entiers s’accumulent sur eux sans qu’ils paroissent altérés; ils n’ont point en eux le principe de décomposition des autres subs- tances animales. Jamais ils ne pourrissent ni à l’air, ni dans l’eau. Ainsi avons-nous vu l’épiderme cutané rester toujours étranger à la putréfaction qui s’em- pare des parties subjacentes. Cependant il paroît que les poils sont plus inalté- rables que l’épiderme, et même qu’il y a entre eux une différence de nature. En effet, i°. là macération et l’ébullition, qui rendent l’épiderme extrêmement facile à se rompre, quoiqu’elles le ramollissent peu, laissent les cheveux avec leur résistance ordinaire , à moins qu’elles ne soient poussées à des degrés que je n’ai point éprouvés. En les mettant bouillir et macérer comparativement avec l’épiderme , on fait facilement cette observation.2°. Les acides agissent moins effica- cement sur les poils que sur celte membrane; mais les alcalis les dissolvent avec autant et même plus de fa- cilité que lui. 3°. A épaisseur égale, un fil d’épiderme seroit incomparablement moins résistant qu’un poil. 4°. Les poils sont, comme l’épiderme , susceptibles d’être peints de diversescouleurs; mais ils les conser- vent moins, et il faut, pour cela, les renouveler plus souvent. SYSTÈME Quelques auteurs modernesont dit qu’il se détaché de l’enveloppe extérieure des poils des espèces d’écail- les qui leurforment comme de petits rameaux. On ne voit point ces prolongemens. Cependant l’expérience indiquée parle cit. Fourcroy, et qui consiste en ce qu’en frottant un cheveu entre ses doigts , il s’élève toujours comme une espèce d’épi dans la direction de sa hase à sa pointe, cette expérience, dis je, paroit prouver l’existence de ces prolongemens insensibles , qui jouent encore un rôle essentiel dans l’adhérence des cheveux les uns aux autres , adhérence qui est telle lorsqu’on a resté long-temps sans les démêler, comme dans les grandes maladies,qu’on n’y parvient qu’avec une extrême difficulté. Quelquefois les poils se bifurquent d’une manière très-sensible à leur extrémité. C’est l’épaisseur plus ou moins grande de l’enve- loppe épidermoïde des poils, qui en constitue la na- ture différente. Epaisse et dense aux parties géni- tales, au menton, etc., elle est moins susceptible de se pénétrer d’eau, ety rend les poils plus élastiques , plus susceptibles de friser. Lâche et mince dans les cheveux, elle faitqu’ils sont plus lisses, ety rend plus sensible la propriété hygrométrique. C’est la nature particulière de cette enveloppe extérieure, qui donne aux cheveux et aux poils des nègres le caractère qui les distingue. D’après ce que nous venons de dire , il est évident que l’enveloppeextérieuredes cheveux estleur partie essentiellement inerte et étrangère à la vie. Il n’en est pas de même de leur substance intérieure. V ï L E U X. § III. Substance intérieure des Poils. Cette substance est la plus importante; c’est elle qui caractérise essentiellement les poils, que j’aurois rangés dans le système épidermoïde, s’ils n’avoient que leur enveloppe extérieure, comme il leur arrive lorsqu’ils blanchissent. Nous ignorons complètement la nature de cette substance intérieure. Il est seulement à présumer que ce sont des vaisseaux extrêmement déliés, renfermés dans l’enveloppe épidermoïde commune, et conte- nant la substance colorante, laquelle stagne dans ces vaisseaux, ou du moins y est soumise à un mouve- ment nutritif extrêmement lent. Parmi ces vaisseaux, y en a-t-il, comme à la peau, qui s’ouvrent au dehors pour rejeter des fluides ? Plusieurs physiologistes l’ont cru, et sous ce rapport ils ont présenté les poils comme de véritables émonctoires. Je ne crois pas que nous ayons sur ce point aucune donnée anatomique; mais la plique polonaise , maladie singulière dans laquelle le poil coupé verse du sang, prouve manifestement qu’il y avoit des exhalans dans l’état naturel, les- quels agrandis et dilatés alors, versent un fluide qu’auparavant ils refusoient d’admettre. Au reste il, est hors de doute que les exhalans pileux, infiniment moins actifs dans leur action que les cutanés, sont un émonctoire beaucoup moins abondant. Quant, aux absorptions que quelques-uns ont prétendu se faire par les vaisseaux des poils, je crois que rien ne peut les prouver. D’après ce que nous venons de dire sur la subs- tance intérieure des poils, il paroit quelle a une ans* S Y S T È M E logie véritable avec le corps réticulaire de la peau, et que , comme lui, elle résulte de deux sortes de vais- seaux, les uns où stagne la matière colorante, les autres qui donnent issue, en certains cas au moins, à des fluides, et où il se fait par conséquent une es- pèce de circulation. La substance colorante des poils présente quel- ques traits d’analogie avec celle de la peau. Ainsi, on remarque que la première comme la seconde sont en général d’autant plus noires , qu’on les examine dans des climats plus chauds et plus près de l’équa- teur; ainsi des cheveux roux coïncident-ils fréquem- ment avec ces taches de rousseur qui sont plus ou moins abondamment répandues sur la peau de cer- taines personnes, et qui siègent manifestement dans le corps réticulaire, comme je m’en suis assuré sur plusieurs malades qui avoient ces sortes de taches, et chez lesquels l’épiderme s’étoit soulevé, soit par un érysipèle, soit par un ve'sicatoire. Cependant les acides changent plus la couleur des poils que celle de la peau des nègres. Le muriatique blanchit d’a- bord les cheveux qui jaunissent en séchant ; le nitri* que les jaunit ; le sulfurique les laisse noirs. Ce qui nous importe surtout dans la substance in- térieure des poils, c'est la vitalité réelle dont elle jouit, et qui la distingue essentiellement de l en- véloppe extérieure. C’est à ce caractère qu'il faut rapporter les phénomènes suivans. i °. Les diverses passions de lame ont une influence remarquable sur la substance intérieure des poils. Souvent, dans un temps très-court, les chagrins la font changer de couleur , la blanchissent en procu,- PILEUX. rant sans doute la résorption du fluide contenu dans ies petits vaisseaux capillaires. Beaucoup d’auteurs ont rapporté de ces faits. Quelques-uns, Haller même, les ont révoqués en doute. Mais je comtois au moins cinq ou six exemples où la décoloration a été opérée en moins de huit jours. En une nuit une per- sonne de ma connoissance a blanchi presque entière- ment à la suite d’une nouvelle funeste. Dans ces ré- volutions, l’enveloppe épidermoïde reste la même, conserve sa texture, sa nature et ses propriétés; la substance intérieure seule varie. On dit que l’effroi fait dresser les cheveux; les peintres l’expriment même par cet attribut extérieur : je ne sais jusqu’où doit aller la croyance à ce phénomène que je n’ai point observe; mais c’est une opinion trop généralement reçue pour qu’elle n’ait pas un fondement réel. Or, si la crainte agit si efficacement sur les cheveux, si elle peut leur imprimer un mouvement réel, faut-il s’étonner de ce que le chagrin et la douleur chan- gent subitement les fluides qui s’y trouvent, et puis- sent même les priver de ces fluides? 2°. La plique polonaise dont je parlois tout à l’heure, où les cheveux deviennent, lorsqu’on les coupe ou même sans les couper, le siège d’une exha- lation sanguinolente, et où ils prennent un excès de vie remarquable, réside évidemment dans la subs- tance intérieure; l’enveloppe épidermoïde y est étrangère. Quelques auteurs disent même que cette substance intérieure prend quelquefois une nature comme charnue : alors leur enveloppe se soulève en écailles. 5°. On connoît le danger qu’il y a, à la suite de 816 SYSTEME plusieurs maladies aiguës, de couper les cheveux, J’en ai vu déjà un exemple funeste. Plusieurs mé- decins, le cit. Lanoix en particulier, en citent d’au- tres. Or , à quoi tiennent ces accidens? Ce n’est pas certainement au contact de l’air, dont les cheveux garantissent la tête ; car ces aecidens ont lieu, quoi- qu’on recouvre celle-ci. Cela ne peut dépendre que de ce que l’accroissement des cheveux coupés appelle sur ces organes une activité vitale dont les viscères in- térieurs se ressentent bientôt sympathiquement: de là les douleurs de tête, les maux d’yeux, etc. observés dans ce cas. C’est une espèce de sympathie active exercée par les cheveux sur les viscères : or, tout organe qui sympathise, a une vitalité réelle, jouit de propriétés vitales très-distinctes. Jamais l’épiderme n’entre pour rien dans les sympathies, parce qu’il est presque absolument inerte, qu’à peine il est organi- sé, qu’il n’est point au niveau des autres organes, qu’il ne sauroit par conséquent correspondre avec eux. Le danger de la coupe des cheveux à la suite de grandes maladies, me donne lieu d’observer qu’il est aussi dangereux souvent d’ôter tout à coup aux enfans la vermine qui s’empare de leur tête pendant ces maladies. J’ai vu trois ou quatre exemples d’ac- cidens survenus par cette cause. 4°. les poils influencent les au- tres systèmes, mais ils sont encore influencés par eux. C’est ce qu’on voit souvent à la suite des mala- dies aiguës, où les racines, sympathiquement affec- tées, repoussent les fluides qui viennent les nourrir, meurent, et laissent tomber les poils. Remarquez que ces chutes des poils coïncident très-rarement avec la desquamation de l’épiderme; ce qui prouve Lien que l’opinion généralement admise sur l’origine de l’en- veloppe extérieure des poils, est absolument fausse» et que, quoique très-analogue à l’épiderme, cette en- veloppe n’en naît point, ainsi que je l’ai dit. 5°. Beaucoup d’animaux perdent dans une saison de l’année leur enveloppe pileuse qui se reproduit en- suite : or, l’époque de sa régénération est souvent celle de beaucoup de maladies , et presque toujours d’un affaiblissement plus réel que dans les autres temps. On diroit que le travail nutritif qui appelle alors à l’exté- rieur beaucoup de forces vitales, diminue ces forces dans les autres régions. L’homme n’est point sujet à ces renouvellemens annuels des productions exté- rieures qui couvrent son corps , comme les oiseaux, beaucoup de quadrupèdes, les reptiles, etc.C’est une cause de moins de maladies. En effet, sans doute que mille causes diverses eussent troublé fréquemment , dans la société, ces renouvellemens, comme mille causes troublent l’évacuation menstruelle, etc.: delà diverses maladies que nous évite le défaut de ce re- nouvellement. L’homme est en général soumis à moins de causes de révolutions naturelles, que la plupart des animaux. 6°. Le froid et le chaud influent aussi souvent sur îa substance intérieure des poils. On sait que chez certains animaux, comme chez les lapins, les liè- vres, etc., ils blanchissent pendant l’hiver et repren- nent leur couleur primitive en été. 70. Peu de temps après s’être fait peindre en noir les cheveux, usage plus commun en France que dans les temps où on les poudroit, on éprouve souvent PILEUX. SYSTÈME des douleurs de tête, un gonflement du cuir chevelu, quoique la peau n’ait été nullement intéressée, qu’il n’y ait eu aucun tiraillement, et que le cheveu seul ait été affecté, 11 suit, de tout ce que nous venons de dire, que les poils analogues, par leur enveloppe extérieure, à l’épiderme, étrangers, pour ainsi dire, par lui, à la vie , lui appartiennent bien plus particulièrement par leur substance intérieure, substance encore peu con- nue dans sa nature, comme je l’ai dit. Ce qui prouve d’ailleurs manifestement cette assertion, c’est que les phénomènes dont je viens de parler, et auxquels je pourrois en joindre plusieurs autres, cessent de se manifester chez les personnes où les poils, devenus blancs,n’offrent plusque leur enveloppe épidermoïde, la substance intérieure ayant en partie disparu d’ob- servation particulière le prouve. Cependant il pour- roit se faire que dans ce cas la portion seule de cette substance intérieure , correspondant a la coloration , vînt à s’effacer, celle qui est le siège des exhala- tions continuant à vivre comme à l’ordinaire; et sous ce rapport., des cheveux blancs pourvoient éprouver des phénomènes vitaux, ce dont, je crois, on a peu d’exemples. Au reste, tout ceci est subordonné aux expériences ultérieures qui éclairciront sans doute un jour, plus qu’elle ne l’est, la structure pileuse. ARTICLE TROISIÈME. Propriétés du Système pileux. L es poils n'éprouvent qu’un très-foible racornisse- ment, lorsqu’on les expose à l’action du calorique. Ils sc contournent bien alors en divers sens, frisent, PILEUX. se tortillent; mais cela dépend d’une cause tonie différente de celle du racornissement-des autres or- ganes. Le calorique enlève alors l’humidité dont les poils sont habituellement pénétrés, et fait ainsi rappro- cher leurs molécules. Aussi, quand les brouillards de l’atmosphère , le bain , etc., humectent de nouveau les cheveux, leurs replis disparoissent, et ils tom- bent , comme on le dit. Les corps gras dont on les enduit pour la toilette, les entourant d’une couche immiscible à l’eau, soutiennent la frisure en empê- chant celle-ci de pénétrer les cheveux. Quelque temps après qu’on s’est lavé la tête, ceux-ci frisent davan- tage, comme on a occasion de l’observer depuis que les coiffures grecques sont en usage parmi nous. Gela paroît contradictoire au premier coup d’œil, mais ne l’est pascependant.En effet, en frottantalorsbeaucoup les cheveux , on leur enlève l’enduit onctueux qui les entoure toujours, ou bien cet enduit se combine avec le savon, si l’eau est chargée de celui-ci, comme cela arrive souvent dans celle dont nous faisons usage; par là elle pénètre facilement les cheveux, dont les pores restent libres, et en s’évaporant ensuite avec les fluides qui y étoient déjà, et que retenoit la couche onctueuse, elle laisse ces organes plus secs qu ils n’étoient, plus disposés à friser par conséquent. Une preuve que c’est l’enveloppe épidermoide des cheveux qui s’imbibe ainsi d’humidité qu’elle perd ensuite dans l’état lisse qui succède à la frisure, c’est qu’on peut de même faire friser l’épiderme détaché, en le contournant avec un fer chaud , et lui rendre ensuite sa souplesse en le trempant dans l’eau. La contractilité de tissu et l’exteiisibilitdsont très?- SYSTEM E peu marquées dans ics poiis ; cest ieur résistance qui prévient leur rupture : ils ne s’alongent presque pas. Ils n’ont point de sensibilité animale quand on les tiraille| la douleur qui en naît a spécialement son siège dans la peau qu’ils traversent. Aussi, en les tirant à contre-sens de leur direction, on souffre bien davan- tage qu’en les distendant dans le sens de leurs pores. Je ne nie pas cependant que les prolongemens qui fixent leur origine aux parties voisines ne puissent être aussi le siège de la douleur dans ces tiraillemeus. Ces organes n’ont point de contractilité animale. Les propriétés organiques existent certainement dans leur substance intérieure. Les révolutions qu’é- prouve cette substance ne peuvent dépendre que des altérations diverses qui affectent ces propriétés. La sensibilité organique et la contractilité insensible s’y exaltentsurtoutà un degré remarquabledanslaplique polonaise : or, pour y prendre ce degré d’énergie qu’elles ont alors, il faut qu’elîesy existent dans l’état naturel. Ce sont ces deux propriétés que les sympa- thies , dont nous avons parlé, mettent en jeu. La con- tractilité organique est nulle dans les poils. Cependant nous ne pouvons disconvenir que dans l’état naturel,ces organes ne soient, après l’épiderme et les ongles, ceux où la vie est la moins active , ceux qui ont les rapports les moins nombreux avec les autres organes. Tandis que tout est bouleversé dans la plupart des autres systèmes par les maladies, le plus souvent celui-ci ne s’en ressent point; il croît comme à l’ordinaire, et ne paroît nullement troublé: il a donc une manière d’être, d’exister, toute diffé- rente des autres» En général , les productions extérieures des ani- maux , comme les plumes, les poils, les écailles, etc., semblent faire une classe d’organes à part, étrangers à ia vie des organes intérieurs; c’est presque comme les di- verses espèces de mousses qui croissent sur les arbres, sans faire essentiellement partie de leur ensemble. PILEUX, ARTICLE QUATRIÈME. Développement du Système pileux. § Ier. État de ce Système dans le premier âge. D ans les premiers mois du fœtus, il n’y a point de poils sur la peau encore gélatineuse. C’est à l’epo- que où les fibres du tissu dermoïde se forment, qu’on commence à voir paroître à la tête un léger duvet, indice des cheveux qui vont naître. Ce duvet est blanchâtre, et caché par cette substance grasse et onctueuse, que nous avons dit se déposera la sur- face externe de la peau à cet âge. Bientôt ce duvet, qui ne paroît être que l’enveloppe extérieure des che- veux , laquelle est alors d’une extrême ténuité, com- mence à se colorer en noir ou en blond , suivant la teinte qui doit régner par la suite : c’est la substance intérieure qui le forme.La couleur reste pâle jusqu’au* delà de la naissance. A celte époque les cheveux ont souvent plus d’un demi-pouce. Sur tout le reste du corps il n’y a que le duvet, avant-coureur des poils : le visage surtout en présente beaucoup. Les cheveux devancent donc d’une période les autres poils, dans leur accroissement. Après la naissance les poils croissent beaucoup plus 822 S Y S T è m S rapidement qu’auparavant.C’estabsolument l'inverse de la plupart des autres parties, dont l’accroissement est plus prompt dans le sein de la mère. Pendant toute la jeunesse ce système conserve une teinte moins foncée que celle qu’il doit avoir. Le blond devient plus rapproché du châtain, celui-ci du noir, et les premières teintes du rouge de feu augmentent de plusieurs degrés, vers l’époque de la vingt-sixième à trentième année. L.es teintes peu foncées sont au système pileux, dans la jeunesse, ce que les formes peu prononcées sont au musculaire, au celluleux, etc. Souvent cequidoitètreun jour blond,approched’une teinte blanchâtre, laquelle dépend uniquement de la nature de la substance intérieure, et non de son ab- sence , comme chez le vieillard. Ainsi le blanc des Albinos dépend-il aussi de l’espèce particulière de cette substance intérieure. Beaucoup de poils man- quent encore sur le corps du jeune homme. §11. État du Système pileuæ dans les âges suivans. A la puberté, il se fait une révolution remarquable dans ce système qui accroît presque du double. Les poils des parties génitales se forment ; la barbe qui est, comme je l’ai dit, l’attribut caractéristique du male, dans l’espèce humaine, se développe aussi alors. On diroit qu’il y a le même rapport entre les poils des environs du testicule et ceux de la barbe, qu’entre les testicules eux-mêmes et les organes de la voix, qu’entre la matrice et les mamelles. La barbe est, sous ce rapport, le signe extérieur de la virilité. Quelque temps avant son éruption , on ob- PILEUX. serve sous la peau le sac qui contient l’origine des poils; il est déjà très-manifestement formé, et laisse voir le principe de l’organe qu’il doit contenir, comme je m’ensuis souvent assuré. Ainsile folliculedeladent existe-t-il long-temps avant la sortie de celle-ci. En même temps les poils des aisselles croissent aussi; ceux du tronc et des membres, qui étoient presque encore réduits à l’état de duvet,deviennent plus prononcés, prennent une couleur déterminée, et augmentent même beaucoup en nombre. Pourquoi la puberté occasionne-t-elle cet accrois- sement général dans le système pileux ? C’est de- mander la raison de tous les autres phénomènes qui se manifestent à cette époque. Je remarque seule- ment que les cheveux, les sourcils , les cils et les poils des ouvertures, sont ceux qui se ressentent le moins de cette révolution. Au reste cet accroisse- ment se fait par gradation: il faut au moins deux ou trois ans à la barbe pour se former comme elle doit rester toujours. Dans les âges suivans les poils éprouvent peu de changemens; ils croissent à mesure qu’on les coupe dans diverses parties, et sont ainsile siège d’un tra- vail extérieur habituel : or, remarquez que ce travail est plus prompt, et l’accroissement des poils plus ra- pide par conséquent, en été où l’organe cutané est spécialement en action, qu’en hiver où il est res- serré : preuve nouvelle de la vitalité re'elle des forces organiques de la substance intérieure des poils. § III. État du Système pileux chez le Vieillard. Vers la fin de la vie, le système pileux se ressent de 824 SYSTÈME l’oblitération générale qui arrive à presque tous les vaisseaux extérieurs : il cesse d’abord de recevoir la substance colorante. Sa substance intérieure meurt, l’enveloppe épidermoïde reste seule; les poils blan- chissent. INés les premiers , les cheveux cessent aussi les premiers de vivre. La barbe, les poils des parties génitales , puis ceux de toutes les parties du corps, meurent ensuite. Au reste, il y a parmi les hommes de très-grandes variétés pour l’époque ou les poils blanchissent : chez les uns ce phénomène commence vers la trentième année, et même plus tôt; chez d’au- tres c’est vers la quarantième, la cinquantième, la soixantième. Mille causes nées des passions de famé, des maladies, des alimens, etc., peuvent influer dans la société sur cette mort précoce,si commune chez une foule d’hommes,mais constamment réservée aux dernières années chez les animaux qui ne sont point exposés, par leur genre de vie, aux mêmes révolutions. Les poils restés blancs plus ou moins long-temps, finissent enfin par tomber ; alors le sac qui en revêt l’origine s’affaisse et disparoât entièrement. J’ai exa- miné plusieurs tètes chauves : la peau du crâne étoit exactement lisse à sa surface interne, quoiqu’on l’eût séparée du tissu cellulaire.On n’y voyoit aucune trace des innombrables appendices que forment les con- duits , après qu’on a retiré de dedans les poils qu’ils renferment. J’ai disséqué aussi un homme qui à la suite d’un fièvreputride étoitdevenu presque entièrement chauve. Il présentoit tous les petits conduits dans leur intégrité, et déjà même dans leur fond on voyoit le rudiment de nouveaux cheveux. Il y a donc cette différence entre la chute des poils des vieillards, et celle qui suit les maladies, que tout meurt chez les premiers, parce que les vaisseaux qui vont à la racint? cessent d’y transmettre des fluides; au lieu que dans le second cas le poil seul tombe ; son sac reste. C’est une opinion assez généralement reçue, que les poils, les ongles et l’épiderme continuent encore à croître après la mort. JNous avons, je crois, très- peu de données sur ce phénomène singulier. Cepen- dant je puis assurer avoir remarqué un alongement réel dans les poils du menton d’une tête exactement rasée, et que j’avois fait macérer pendant une hui- taine de jours dans une cave. Un garçon d’amphi- théâtre qui prépare beaucoup de têtes pour en avoir les os, m’a dit avoir fait souvent la même remarque, lorsque la putréfaction est empêchée pendant un cer- tain temps. Ce qu’il y a de certain aussi, c’est que l’accroissement delà barbe n’est point en raison di- recte des forces vitales, dans les maladies qui affectent ces forces d’une prostration générale ; elle croît autant que dans celles ou il y a une exaltation générale de ces forces. On fait cette remarque dans les hôpitaux , où à côté d’une fièvre inflammatoire s’en trouve sou- vent une putride, une lente nerveuse, etc. D’ailleurs, pourquoi ne resteroit-il pas encore assez de forces toniques aux cheveux pour croître quelque temps après la mort générale, puisqu’il en reste aux lym- phatiques pour absorber , etc. ? Les phénomènes divers que les poils , l’épiderme la peau, et en général tous les organes extérieurs, éprouvent par la succession de l’âge, dépendent uni- quement, comme ceux des organes intérieurs, des lois de la nutrition, et nullement de l’action des P I I. E U X. S Y S T È T.I E corps environnans. C’est là une différence essentielle filtre les corps organiques et les inorganiques. Ceux- ci s'altèrent peu à peu de deux manières, par le con- tact des corps extérieurs, qui agissent sur eux. i°. mécaniquement en frottant, déchirant, etc., etc.; 2°. chimiquement, en se combinant, comme par exemple l’air dont les principes divers éprouvent une foule de combinaisons qui changent et sa nature et celle des corps sur lesquels il est en contact. Tous les corps inorganiques vieillissent sous ce rapport. Au bout de quelque temps , ils n’ont plus l’extérieur qui les caractérisoit dans le principe. Voyez les mo- numens, les étoffes, les tableaux, les gravures, les terres, les métaux, les pierres, etc., etc., tout ce qui, dans les arts, le commerce , les sciences f dans les usages de la vie, dans les phénomènes de la nature , est lormé avec des corps inertes quelconques, soit que ces corps n’aient jamais vécu, soit qu’ayant joui de la vie, ils n’aient pu se garder après la mort, comme les portions solides des végétaux , les os, les cornes , les poils des animaux, etc., tout Unit enfin par porter l’empreinte ineffaçable du temps; tout vieillit; tout perd sa fraîcheur; tout change à l’extérieur dans les corps inertes , comme dans les organiques ; mais comme dans les premiers l’action des corps environ- nans a seule agi, le dedans est encore jeune, que le dehors est vieux, si je puis me servir de deux mots très-impropres. Ainsi le roc dont les années ont noirci la surface en s’accumulant sur lui, est-il dans l’intérieur, ce qu’il étoit quand il fut créé. Au con- traire les organes intérieurs s’usent, dans les ani- maux et dans les végétaux ? comme les extérieurs. 827 Les ans se gravent sur les viscères comme sur le front du vieillard. Les corps environnans agissent bien sur nous , usent bien pour ainsi dire la vie ; mais c’e’St comme excitans qu’ils exercent leur action ; c’est en épuisant la sensibilité et la contractilité , et non en se combinant ou en usant mécaniquement parle contact, le frottement. La langue devroit faire Sentir cette différence. On ne se sert pas de l’expres- sion de jeune en voyant l’extérieur d’un nouveau bâtiment, d’un habit neuf, d’un tableau récemment fai t ;pourquoi dit-on un vieux monument, une vieille étoffe, etc.? si c’est une métaphore, à la bonne heure; mais ce mot ne sauroit exprimer un état analogue par sa nature, à celui d’un vieil animal, d’une vieille plante, etc. pileux, § IV. Développement accidentel. Il j a trois cas principaux où les poils naissent accidentellement dans l’e'conomie. iQ. Quelquefois il s’en forme à la surface interne des membranes muqueuses: on en a vu dans la vessie, l’estomac, les intestins; divers auteurs en citent des exemples. J’en ai trouvé sur des calculs du rein. La vésicule du fiel m’en a offert aussi une fois une douzaine d’un pouce à peu près, et qui étoient ma- nifestement implantés sur sa surface. 2°. On en voit souvent sur la peau des amas contre nature, et qui sont un vice de naissance. Ces amas s’observent surtout sur quelques-unes de ces produc- tions ou excroissances irrégulières qu’on nomme envies. On montroit à Paris, il y a six ans, un mal- heureux qui aYoit, depuis sa naissance, le visage SYSTÈME PILEUX. couvert de poils presque analogues à ceux d’un san- glier, et à qui il etoit survenu, à l’dgede trente-six ans, cetLe espèce particulière d’éléphantiasis ou la peau du visage augmentée de volume, présente pour ainsi dire les traits du lion , espèce que j’ai eu depuis occasion d’observer sur une peau naturelle. Cette double circonstance donnoit à la figure de cet homme un air de férocité qu’il est impossible de rendre. Beaucoup de contes débités dans le vulgaire, sur des hommes à tète de sanglier, d’ours, etc., ne sont autre chose que des envies avec production de poils qui occupent la figure. 3°. Les poils se développent souvent accidentel- lement dans les kystes, dans ceux des ovaires spé- cialement. On en cite un très-grand nombre d’exem- ples. Haller en particulier en a recueilli beaucoup ; j’en ai observé deux. Voici ce qu’ils présentoient : une poche assez volumineuse contenoit une foule de petites boules très-distinctes, analogues à celles de lafieute des brebis, formées par une substance grasse, onctueuse, blanchâtre, très-diftérenteparsonaspcct de la graisse ordinaire. A la surface interne de cette poche étoient implantés beaucoup de poils, que le moindre mouvement suffisoit pour arracher, parce qu'ils ne pénétroient guère au-delà de la superficie. Ces poils étoient noirs. Plusieurs déjà détachés, se trouvoient entrelacés en divers sens dans les petites boules de matière grasse, comme adipocireusej car elle res- sembloit assez à la substance en laquelle la graisse se change par la macération. FIN DU DERNIER VOLUME*,