ANATOMIE GÉNÉRALE. ANATOMIE GÉNÉRALE, APPLIQUÉE A LA PHYSIOLOGIE ET A LA MÉDECINE 5 Par Xav. BICHAT, Médecin du Grand Hospice d’Humanité de Paris ? Professeur d’Anatomie et de Physiologie. PREMIÈRE PARTIE. TOME PREMIER, A PARIS, Chez- Bros son, G abon et C.ic, Libraires, rue Pierre- Sarrazin, n°. 6 , et place de VEcole-de-Médecine. AN X. ( iBoi. ) Nous prévenons les contrefacteurs et les débitais s. de contrefaçons, que nous userons de tous nos droits. PRÉFACE. L’ouvrage que j’offre au public, lui paroîtra , je crois , nouveau sous le triple rapport du plan qui y est adopté, de la plupart des faits qu’il renferme-, et des principes qui en constituent la doctrine* Le plan consiste à considérer isolément, et à présenter, avec tous leurs attributs, chacun des sys- tèmes simples qui, pàr leurs combinaisons diverses, forment nos organes. La base de ce plan est anato- mique; mais les détails qu’il embrasse appartiennent aussi à la médecine et à la physiologie. Il n’a que le nom de commun avec quelques idées mises en avant, dans ces derniers temps, sur l’anatomie'dessystèmes. Mon Traité des Membranes en a offert l’esquisse. Les faits et les considérations qui, dans cet ou- vrage , ajoutent à ce qui étoit connu, forment une très-nombreuse série. Je n’en présenterai point ici le tableau. Le lecteur y suppléera facilement dans chaque article, pour peu qu’il connoisse les livres qui ont eu l’anatomie et la physiologie pour objet. Expé- riences sur les animaux vivans , essais avec divers réactifs sur les tissus organisés, dissections, ouver- tures cadavériques, observation de l’homme en santé et en maladie : voilà les sources ou j’ai puisé ; ce sont, PRÉFACE. celles de la Nature. Je' n’ai point négligé non plus celles des auteurs, de ceux surtout pour qui la science de l’économie animale a été une science de faits et d’expériences. Je ne ferai qu’une remarque sur les expériences con- tenues dans cet ouvrage. Parmi elles se trouve une suited’essais sur les tissus simplesque j’ai toussucces- sivementsoumis à la dessiccation, à la putréfaction, à la macération, à l'ébullition, à la coction, à fac- tion des acides, des alcalis, etc., etc. Or on verra faci- lement que ces essais n’ont point pour but d’indiquer a composition , de fixer les élémens divers , d’offrir par conséquent l’analyse chimique des tissus simples. Sous ce rapport, ils seroient insuffisans. Leur objet est d’établir des caractères distinctifs pour ces divers tissus, de montrer que chacun a son organisation particulière comme il a sa vie propre, de prouver, par la diversité des résultats qu’ils donnent, que la division que j’ai adoptée repose, non sur des abstrac- tions; mais sur les différences de structure intime. Les divers réactifs que j’ai employés n’ont donc vrai- ment. été pour moi qu’un supplément à l’insuffisance du scalpel. Sous ce second rapport, je présume que mes expériences pourront avoir quelque influencé en anatomie. La doctrine generale de cet ouvrage ne porte précisément l’empreinte d’aucune de celles qui rè- PRÉFACE. gnent en médecine et en physiologie. Opposée à celle de Boerhaave , elle diffère et de celle de Stahl, et de celles des auteurs qui, Comme lui, ont tout rapporté, dans l’économie vivante, à un principe unique,prin- cipe abstrait, idéal et purement imaginaire , quelque soit le nomd'ame , àeprincipe vital, à'archée, etc. sous lequel on le désigne. Analyser avec précision les propriétés des corps vivans ; montrer que tout phénomène physiologique se rapporte en dernière analyse à ces propriétés considérées dans leur état naturel , que tout phénomène pathologique dérive de leur augmentation, de leur diminution ou de leur altération, que tout phénomène thérapeutique a pour principe leur retour au type naturel dont elles étoient écartées ; fixer avec précision les cas ou chacune est mise en jeu ; bien distinguer, en phy- siologie comme en médecine , ce qui provient de l’une, de ce qui émane des autres; déterminer par conséquent d’une manière rigoureuse, ceux des phé- nomènes naturels et morbifiques auxquels président les animales , et ceux que produisent les organiques ; indiquer quand la sensibilité animale et la contrac- tilité de même espèce, quand la sensibilité organique et les contractilités sensible ou insensible qui lui cor- res pondent sont mises en jeu ; voilà la doctrine gé- nérale de cet ouvrage. En le parcourant, ou se con- vaincra facilement que l’on ne pouvoit bien préciser l’influence immense des propriétés vitales dans le VIII P R à F A c Et sciences physiologiques , avant d’avoir envisagé ces propriétés sous le point de vue sous lequel je les ai présentées. On dira peut-être que cette manière de voir est encore une théorie ; je répondrai que c’est donc aussi une théorie dans les sciences physiques, que la doctrine qui montre la gravité , l’élasticité, l’affinité , etc. comme principes primitifs de tous les faits observés dans ces sciences. Le rapport des pro- priétés comme causes, avec les phénomènes comme effets, est un axiome presque fastidieux à répéter au- jourd’hui en physique, en chimie, en astronomie,etc. Si cet ouvrage établit un axiome analogue dans les sciences physiologiques, il aura rempli sont buU PRÉCIS ANALYTIQUE DES MATIÈRES CONTENUES DANS LA PREMIÈRE PARTIE. C ONSIDÉRAT1 O N S GÉNÉRALES. D e s êtres vivans et inertes. — De leurs lois. — Des sciences qui traitent de leurs phénomènes. Page xxxvj § Ier. Remarques générales sur les sciences physiologiques et physiques. — Ces différences dérivent des propriétés qui président aux phénomènes de ces sciences. — Nécés- . sité d’enchaîner toujours les seconds aux premières. -— Epoques où cette marche a commencé dans les sciences physiques. — Fausses applications faites aux sciences physiologiques. Nécessité de suivre dans Celle - ci la même marche que dans les autres. xxxvj-xl § II. Des propriétés vitales, et de leur influence sur les phé- nomènes des sciences physiologiques et physiqûes. ■— Pro- priétés vitales considérées dans la série des êtres vivans. — De celles qui animent les plantes. — Conséquences pour leurs maladies. — De celtes qui appartiennent aùx animaux.—Conséquencespourleurs maladies.—Examen de chaque propriété vitale sous le rapport des maladies auxquelles elle préside. — Nécessité de rapporter à ces propriétés l’action des médicamens, — Incertitudes de la matière médicale. — Chaque propriété vitale a une classe particulière de médicamens qui agissent sur elle. >— Preuves. — Inconvéniens d’envisager les phénomènes morbifiques et ceux des médicamens d’une manière trop générale.— Conséquences des remarques précédentes. xl-lij § III. Caractères des propriétés vitales , comparés aux ca- ractères des propriétés physiques. —• Variabilité extrême des unes, invariabilité des autres. —Conséquences de ceprincipepour les phénomènes. — Une peuty avoir de maladies que là où il y a des propriétés vitales. —Pour- quoi. — Marche toute différente des sciences physiolo- giques et des sciences physiques sous ce rapport. — Con- sidérations générales sur les théories médicales. —Diffé- rences entre les solides et les fluides vivans , et les solide- et les fluides inertes. — Les propriétés vitales s’épuisent s et non les physiques. —- Conséquences. — Les premières seulessont inhérentes à la matière; les autres ne font qu’y passer. — Remarques générales sur l’énumération des différences des corps vivans et des inertes. — Remarque particulière relative aux sympathies. *— Leurs phéno- mènes généraux. Pages lij-loc § IV. Des propriétés vitales et de leurs phénomènes consi- dérés relativement aux solides et aux fluides, — Division des fluides en ceux de composition et en ceux de décompo* 6ition. — Les propriétés vitales siègent essentiellement dans les solides. — Ceux-ci sont le siège de presque tous les symptômes morbifiques. — Cependant les fluides peuvent s’affecter. —'Attributs différensdes fluides de composition et de ceux de décomposition dans les ma- ladies, — Comment les altérations des premiers peu- vent arriver. — De celles des seconds. — Des cas où les solides et les fluides sont affectés primitivement. — Di- vision des maladies sous ce rapport. — Il faut nécessai- rement envisager la question sous plusieurs points de vue. •—Cequi est vrai d’un côté ne l’est pas de l’autre. — De la vitalité des fluides. — Ce qu’elle est. — Leurs altéra- tions troublent cette vitalité. — Preuves nouvelles de ces altérations. — Comment les fluides s’assimilent et s’al- tèrent. Ixj-lxxij § V. Des propriétés indépendantes de la vie. — Propriétés de tissu. — De la contractilité par racornissement. — Des agens qui la mettent en jeu. — Elle est de deux espèces. — Caractères de chacune. — Leurs différences. — Presque ious les solides se racornissent. — Quelques élémens des fluides offrent aussi cette propriété. — Phé- nomènes du racornissement. — Condition qu’il exige. — Du racornissement pendant la vie et après la mort. — Différence de cette contractilité d’avec les autres. — Re- marques générales. Ixxij-lxxix § VI. Considérations générales sur l’organisation des cm- PRECIS ANALYTIQUE DKÏ M A T I È Ti F, 5. fnaux. — Des systèmes simples. — Nécessité de lescon- sidérer abstraclivemeuf. — Leur différence de formes. — Leur variété d’organisation, i°. dans le tissu propre, 2°. dans les parties communes. -— Manière de connoître ces différences. — Différence des propriétés vitales et de tissu. — De la vie propre. — Elle ne doit pas s’en- tendre des organes composés, mais des systèmes simples. — Exemptes qui prouvent cette assertion dans les divers organes. Pages Ixxix-lxxxv § VII. Conséquences des principes précédens relativement aux maladies. — Chaque tissu peut être isolément altéré dans un organe. — Cela arrive même presque toujours. — Preuves diverses de cette assertion. —• Observations sur diverses maladies. — Les sympathies n’ont pas lieu dans un organe en totalité, mais dans tel ou tel tissu de cet organe. — Pourquoi. — Des fièvres concomitantes. — Les diverses inflammations varient Suivant chaque tissu. — Phénomènes des virus variables par la même cause. — Cependant les tissus divers du même organe sont dans une certaine dépendance les uns des autres. — Preuves. —Maladies chroniques et aiguës. —Différences des maladies dans chaquesystème simple. —Deuxclasses de symptômes dans les affections locales. —Leur diffé- rence. — Variétés de la douleur, de la chaleur, etc., sui- vant 1res systèmes. — Ce qu’il faut entendre par affection aigue et par affection chronique dans les systèmes sim- ples. — Influence de ces considérations sur l’anatomie pathologique. —Vice des anciennes divisions.—Ma- nière nouvelle d’envisager cette anatomie. Ixxxv-xcix § VIII. Remarques sur la classification des fonctions. —• Tableau de cette classification. xcix-cxij SYSTÈMES GÉNÉRAUX. A TOUS LES A T PAU F IL S. Considé) citions générales. Division des systèmes, —Systèmes généraux à tous les ap» pareils. —Leurs caractères. — Us forment le parenchyme nutritif des organes. —Remarques sur la nutrition.— Diversité des substances nutritives. i*io PRECIS ANALYTIQUE SYSTÈME CELLULAIRE. Remarques générales. —*• Division. Pages n-ii ARTICLE PREMIER. Du Système cellulaire considéré relativement auoc organes. <5 Ter. Du Système cellulaire extérieur a chaque organe* — Division des organes relalivement au tissu voisin, i 2-ï3 Du Système cellulaire qui ne correspond aux organes que d’un côte'. i o Tissu cellulaire soüscutanè. -—Disposition de ce tissu, i°.sur la ligne médiane, z°. dans les diverses régions du corps. — Variétés de densité et de laxité. — Usages du tissu soucutané.—Ses fluides. 10-17 Tissu cellulaire soumuqueux-, — Différence de texture avec le précédent. Densité de celui-ci. — Conséquences. 17-18 Tissu cellulaire souséreux. — Il est en général lâche et abon dant. — Pourquoi. — Endroit où il est dense. 19-20 Tissu cellulaire extérieur aux artères. — Sa nature particu- lière est analogue à celle du tissu soumuqueux. — Ses rapports avec les fibres artérielles. 20 Tissu cellulaire extérieur aux veines. — Il est analogue au ' précédent, seulement moins épais. — Remarques. 20-21 Tissu cellulaire extérieur aux conduits excréteurs. — Mêmes structure et disposition que dans les précédées. 21-22 Du Système cellulaire considéré relativement aux organes qu’il entoure de tous côtés. — Atmosphère cellulaire. —■ Fluides de celte atsmosphère.— Isolement de la Vitalité des organes. —De cette atmosphère considérée comme moyen de propagation des maladies. — Elle favorise le mouvement des parties. 22-29 $ H. Du Système cellulaire intérieur ci chaque organe. — Disposition de ce tissu. —Ses usages. -—Ses proportions diverses. 3o-5a article Deuxième. Du Système cellulaire considéré indépetidam- ment des organes. S Ier. Du Système cellulaire de la tête, 02 53 3Fissu cellulaire crânien. — Il est presque nul au dedans. — Ses communications. — Conséquences de ces communi- cations. -TT- Il est plus abondant au dehors. Pages 33-35 Tissu cellulaire facial. — Jl est en grande proportion. — Ses usages. — Ses communications, etc. 35-36 § II. Du Système cellulaire du tronc. 36-37 Tissu cellulaire vertébral. — Il est peu abondant dans la cavité. — A l’extérieur, il est rare en arrière , en grande proportion antérieurement. — Conséquences. 3y-38 Tissu cellulaire cervical. — 11 est abondant. —Ses commu- nications. — Conséquences. 38-3gi Tissu cellulaire pectoral.—-Il se trouve surtout sur la ligne médiane. —r Ses communications. — Tissu extérieur. 39-40 Tissu cellulaire abdominal. — Des parties où il est en grande . proportion. — Ses communications. 4°*4I Tissu cellulaire pelvien. -— Il est extrêmement abondant. — Pourquoi. — Conséquences. — Ses communications. 41-43 § I 11, Du Système cellulaire des membres. — Ses pro- portions diverses dans les supérieurs et les inférieurs. 43*4,4 ARTICLE TROISIÈME. Des formes du Système cellulaire, et des flaides qu il contient. § Ier. Des cellules. —Leur forme. — Leur capacité. Leur communication.— Expériences. — De la perméa- bilité cellulaire. — En quel sens il faut l’entendre. 44-48 § IL De la sérosité cellulaire. — Preuve de son existence. — Sa vaporisation. -7- Elle varie suivant les régions. — Manière d’en constater les proportions. — Expériences. — Nature de ce fluide. — Expériences. 4^-51 g III. De la graisse cellulaire. 5 I Proportions naturelles de la graisse. — Variétés de ses pro- portions suivant les régions, les organes, les systèmes, etc. — Sa disposition particulière chez l’enfant. —Variétés suivant les autres âges. 5 1-04 Proportions contre nature de la graisse. — Son abondance contre nature indique la faiblesse. —. Preuves diverses. D E S MATIÈRES. XIII PRÉCIS ANALYTIQUE .— Des causes delà diminution de la graisse.'—Remarque sur cette diminution. Pages 54.—5q États divers de la graisse. —Son degré de fluidité n’est pas pendant la vie proportionné à la température. — Sa con- sistance chez les jeunes animaux. — Conséquences. — Ses altérations par l’âge , les maladies, etc. 5g 61 Exhalation de la graisse. —Opinions diverses.— La graisse s’exhale. — Preuves. — Nature de ce fluide. —Rapport de ses usages avec les endroits où elle existe et avec ceux qui en manquent. 6i-63 ARTICLE QUATRIÈME. Organisation du Système cellulaire. Tissu propre à l’organisation du Système cellulaire, — Filamens et lames dont il résulte. — Manière de bien les voir. — Leur nature. — Différence essentielle dans l’organisation cellulaire. — Il y a deux espèces de tissu cellulaire. 6468 Composition du tissu cellulaire. — Expériences sur ce tissu. .— Action de l’air, de l’eau , du calorique, des sucs gas-*,. triques. •— Expériences. — Des gaz développés quelque- fois dans le tissu cellulaire. 68-73 IL Parties communes à l'organisation du Système cellu- laire. Vaisseaux sanguins. — Inexactitude des injections pour les démontrer. 73*74, Exhalons. — Des exhalations cellulaires. — Preuves et phénomènes de ces exhalations. 74-75 Absorbons. — Absorptions cellulaires. — Preuves. — Le tissu cellulaire n’est pas tout formé d’absorbans. 78-76 Nerfs. 76-77 ARTICLE CINQUIÈME. Propriétés du Système cellulaire. § pr. Propriétés de tissu. 77 Extensibilité.— Exemples des diverses distensions. — Ca- ractère distinctif de l’extensibilité cellulaire. —Ses phé- nomènes. — Kilo devient nulle dans l’inflammation , les engorge mens chroniques , etc. 77-80 Contractilité. — Exemples divers de celle propriété mùe en DES MATIÈRES. action. — Ses variétés suivant les âges. —Remarques générales. Page 80 §11. Propriétés vitales. — Les animales sont peu mar- quées. — Les sont très-prononcées, excepté la contractilité sensible, quiy existe cependant jusqu’à un certain point. 80 82 Sympathies. — Il faut les distinguer des phénomènes de juxta-position. — Exemples divers. — Considérations générales. —Propriétés vitales mises en jeu par les sym- pathies. 82-86 Caractère des propriétés vitales. —L’activité vitale est très- prononcée dans le tissu cellulaire. — Preuves diverses» — Remarques sur l’espèce. :—• Différence de vitalité entre les deux espèces de tissu cellulaire. 86-88 § I 11. Propriétés de reproduction. 88 Influence du tissu cellulaire sur la formation des cicatrices. — Division des périodes des cicatrices. 88-89 Première période. —- Inflammation. — Comment elle arrive. — Ses avantages. 89-90 deuxième période. — Bourgeons charnus. — Expériences. — Membrane provisoire des cicatrices. — Ses usages. —• Phénomènes généraux des cicatrices intérieures. —Na- ture celluleuse de cette membrane et des bourgeons.—• Opinions diverses. 90-94 Troisième période. — Suppuration. — Ce qui lui correspond dans les cicatrices intérieures. — Analogie de ces cica- irices avec les externes. ' / 94-97 Quatrième période. — Retour des bourgeons charnus sur eux-mêmes. — Adhérences. — Conséquences des prin- cipes précédens. — Des réunions par première intension. 97-99 Influence du tissu cellulaire sur la formation des tumeurs. — Nature celluleuse de toutes les tumeurs qui croissent, végètent, etc. — Preuves. —> Mode de développement de ces tumeurs. — De leurs différences mutuelles, etavee les engorgemens divers, aigus ou chroniques. 99-100. influence du tissu cellulaire sur la formation des kystes.— Ce que c’est qu’un kyste. — Son analogie avec les sur- faces séreuses. — Sa structure celluleuse. — Mode de son développement. 109 108 XV PRÉCIS ANALYTIQUE ARTICLE SIXIÈME. Développement du tissu cellulaire. § Ier. État du Système cellulaire dans le premier âge. *— Masse muqueuse représentée par le tissu cellulaire du fœtus. — Surabondance de fluide. — Ce qu’est alors l’hu- meur cellujeuse. —- Difficulté des emphysèmes chez le foetus. — Etat du tissu cellulaire dans l’enfance et la jeu- nesse.—Son énergie vitale. — Conséquences. P. 108-112 § 11. État du Système cellulaire dans les âges suivons. ~~r~ Disposition du tissu cellulaire dans l’adulte. — Diffé- rences suivant le sexe.—Dégénérescence de ce tissu chez le vieillard. •— Flétrissement qu’il éprouve. — Consé- quences. il2-114 SYSTÈME NERVEUX. DE LA VIE ANIMALE. Division des nerfs en deux systèmes. — Différences de ces deux systèmes. — Disposition générale de celui de la vie animale. — Sa symétrie. — Rapport de volume entra les nerfs et le cerveau. ii5-ii& A R T I C L E P R-E M I E R* Formes extérieures du Système nerveux de la vie animale. § Ier. Origine des Nerfs cérébraux. — En quel sens il faut entendre cette origine. — Elle a lieu , iQ. dans le cer— veau , 2°. dans la protubérance annulaire et ses dépen- dances, 3°. dans la moelle épinière. — Mode de cette triple origine. —- De l’entrecroisement des nerfs. — Phé- nomènesdes paralysies sous ce rapport.—Disposition par- ticulière des membranes cérébrales à l’origine des nerfs. — Etendue, direction , forme des nerfs à cette origine. 118-125. §11. Trajet des nerfs cérébraux. Communication des nerfs cérébraux à la sortie de leur cavité osseuse. — Il n’y en a point entre les nerfs du cerveau proprement dits. — Eesu DES matières. communications commencent dans ceux de la protubé- rance.—Elles sont irès-multipliées dans ceux de la moelle épinière. — Disposition des plexus qui en résultent. — Conséquences pour la névrologiedescriptive. P. 125-127 Communications intérieures des cordons nerveux. —Mode de ces communications. —Plexus intérieur à chaque nerf. —Conséquences. — Différences d’avec les anasto- moses. 127-129 Troncs nerveux. — Leur trajet. •— Leur forme. — Leur longueur, etc. 129-100 Branches , rameaux, ramuscules nerveux, etc. — Mode d’o- rigine. — Longueur. — Trajet , etc. i3o-i3i § III. Terminaison des nerfs. — Ce qu’il faut entendre par là. — Triple mode de terminaison. i31-102 Anastomoses avec le même Système. —Ce qu’il faut enten- dre par anastomoses. —Elles sont rares dans se système. <—Elles peuvent se rapporter à trois classes. 132-134 Anastomoses avec le Système de la vie organique. 134 Terminaison aux organes.—Mode de cette terminaison. — Division des organes sous ce rapport. 134-135 ARTICLE DEUXIÈME. Organisation du Système nerveuæ de la vie animale. g 1er. Tissu propre à cette organisation. — Disposition des cordons nerveux. — Leurs variétés. — Chaque nerf a son organisation propre. — De la structure des filets ner- veux. i35-i3y Du névrilème et de son origine. — Comment on peut voir cette origine. — Sa triple disposition au cerveau, à îa protubérance annulaire et à la moelle épinière, —- Dis- position particulière du nerf optique.— Remarques sur la pie-mère.—Trajet du névrileme. 137-141 Action de certains corps sur le ne'vrilème ; sa re'sistance, etc. — Action des acides, de l’eau, du calorique, des a ica! is. — Résistance du névrilème. 141-143 Substance médullaire; son origine, sa disposition. — Ses proportions. 1 Parallèle des substances médullaires du cerveau et des nerfs. XVIII PRÉCIS ANALYTIQUE — Effet de la dessiccation sur l’une et l’autre.—Putréfac- tion et ses phénomènes.—Absence de racornissement dans l’une et l’autre substance. —Action de l’eau sur toutes deux.— Action des acides, des alcalis, des sels neutres, des sucs digestifs. — Différence de la pulpe ner- veuse dans chaque partie. Pages 144-162 § II. Parties communes à L'organisation du Système nerveux de la vie animale. i5a Tissu cellulaire. — Les nerfs en manquent dans le crâne et l’épine. —Ailleurs ils en présentent entre leurs filets et cordons. — Graisse cellulaire. i 52-i 54 Vaisseaux sanguins. —Leur disposition. — Remarques sur les veines. — Dusang. — Desnerfs. — Actioude ce fluide sur eux. 164-156 Exhalans et absorbons. —Examen de l’opinion sur l’exha- lation et l’absorption du névrilème. •—Considérations diverses. i56-i59 Nerfs. 159 ARTICLE TROISIÈME. Propriétés clu Système nerveux de la vie animale. § Ier. Propriétés de tissu. — Elles sont très - peu marquées. —Remarques sur les distensions nerveuses. 169* 161 II. Propriétés vitales. 1 61 Propriétés de la vie animale. ibid. Sensibilité animale inhérente aux nerfs. — Expériences di- verses sur cette sensibilité.—Remarques sur celle du cerveau. — Phénomènes des expériences sur les nerfs. — Caractère de la sensibilité animale.nerveuse. — Des névralgies. — Autre caractère de cette sensibilité. — Ex- périences. — Conséquences. 161-167 Influence des nerfs sur la sensibilité animale de tous les or- ganes. — Distinction des sensations , sous ce rapport, en externes et en internes. — Subdivision des externesen gé- nérales et en particulières. — Rôle que jouent les nerfs dans chacune. — Sensationsinternes. — Incertitudes sur l’influence nerveuse dans les sensations.—Différences entre la sensibilité et la contractilité animale. — De l’at- mosphère nerveuse. — Vague de cette opinion. 167' 174 Contractilité animale. Influence des nerfs sur celle des autres parties, — Comment les nerfs sont les agens de cette DES MATIÈRES. propriété. — Opinions diverses sur l’action des nerfs. — Vague de ces opinions. — Considérations générales. Pages 174-175 Propriétés de la vie organique; considérées dans les nerfs. —• Elles sont peu marquées. —Accroissement de volume des nerfs dans les affect ions de certaines parties. —Expé- rienceset observations diverses. 175-177 Influence des nerfs cérébraux sur les propriétés organiques des autres parties. — Ils sont étrangers à ces propriétés.', — Ils n’ont par là même aucune influence connue , i°. sur la circulation capillaire , a°. sur l’exhalation y 5°. sur la secrétion , 40. sur l’absorption , 5°. sur la nu- trition.— Preuves diverses de ces assert ions. — Remar- ques sur les maladies qui troublent la vie animale , et sur celles qui affectent l’organique,. —Vague de l’expression influence nerveuse. 177-183 Sympathies. 183 Sympathies propres aux nerfs. — Phénomènes différens de ces sympathies. — Sympathies, i°. entre deux nerfs d’une même paire, 20. entre deux paires du même côté , 3Q. entre lesbranches delà même paire, 4°. entre les nerfs et des organes différens. —Exemples divers de ces sym- pathies. 184-186 Influence des nerfs sur les sympathies des autres organes. — Opinions diverses sur les sympathies. —Vague de ces opinions. — Division des sympathies fondée sur celle des propriétés vitales. — Influence différente des nerfs sur chaque espèce de sympathies.—Des cas où elle est réelle. — De ceux où elle est nulle. i86-iq5 § III. Propriétés de reproduction. —Phénomènes des cica- trisations nerveuses. —Leur analogie avec les autres ci- catrisations. 195-10)7 ARTICLE QUATRIÈME. Développement dit Système nerveux de la vie animale. § 1er, Etat de ce Système chez le fœtus. — Il est frès-déve- loppé. —Remarques générales.—Inactivité du cerveau , malgré son développement. — Sa mollesse. — Action des alcalis sur cet organe. — Les nerfs cérébraux sont XIX développés à proportion.—Phénomène particulier de leur développement. — Ce phénomène est opposé à celui des artères. — Conséquence qui en résulte. Pages 197-203 § II. Etat du Système nerveux pendant l’accroissement. — Phénomènes à la naissance. —Influence du sang rouge. — Prédominance du système nerveux pendant l’enfance. — Conséquences relatives aux sensations, auxmouve- mens et aux diverses affections. 2o3-2q8 §111. Etat du Système nerveux après P accroissement. — Phénomènes de la puberté. — Phénomènes des âgessui- vans. 208 209 § IV. Etat du Système nerveux chez le vieillard.—Son action est peu marquée. —Etat du cerveau à cette époque. — In- fluence de cet état sur la sensibilité. — Phénomènes des sensations et du mouvement du vieillard. 209-212 PRÉCIS ANALYTIQUE SYSTÈME NERVEUX DE LA VIE ORGANIQUE. Considérations générales» Comment il faut concevoir ce système. •—Le grand sympa- thique n’existe pas. — Chaque ganglion forme un Sys- isolé. — Ce système appartient à la vie organique. Il présente beaucoup d’irrégularités. — Son mode des- criptif. 213-218 ARTICLE PREMIER. Des ganglions. § Ier. Situation, formes, rapports, etc. — Ganglions cons- tans. — Ganglions accidentels. 218-220 S II. Organisation. — Couleur.— Différence du tissu des ganglions avec celui du cerveau. — Expériences compa- ratives. — Ce tissu n’est point fibreux. — ïl diffère essen- tiellement Je celui des nerfs. — Ses lésions organiques sont rares. — Parties communes de ce tissu. 220-227 § Ilf. Propriétés. — Les ganglions ont les organiques.—Les animales y paroissent peu marquées, —Expériences. — DES MATIÈRES. Sympathies. — Affections nerveuses des ganglions. — Mode de douleur de ce système. —Remarquesgénérales. Pages 227-230 § IV. Développement. —II ne suit point celui du cerveau. — Influence de ce fait sur les maladies de l’enfance. — A utre diff érence entre les ganglions et le cerveau. 23o-23a § V. Remarques sur les ganglions vertébraux. — Leur dis- position. — Obscurité qu’ils jettent sur les fonctions de ce système. " 232-233 ARTICLE DEUXIÈME. Des nerfs de la vie organique» § Ier. Origine. — Mode de cette origine.—Manière de lavoir. 253-234 § II. Trajet, terminaison ; plexus.—Des branches qui vont aux nerfs cérébraux. — De celles qui vont anx ganglions voisins. —De celles qui gagnent les muscles.—De celles qui forment les plexus.— Disposition de ces derniers. — Des filets qui en partent. — Leur double disposition sur les artères. 234-240 § III. Structure, propriétés, etc. —Analogie avec les nerfs précédens pour le tissu. — La sensibilité animaley paroît moindre. — Expériences. — Sympathies de ces nerfs. — Remarques générales. 240-244 SYSTÈME VASCULAIRE A SANG ROUGE. Remarques générales sur la circulation. 24^ ARTICLE PREMIER. § Ier. Division de la circulation. ihid Circulation du sang rouge. —. Organes généraux. —- Direc- tion. 245-246 Circulation du, sang noir. — Organes généraux. —■ Direc- tion. 246-247 Différences des deux circulations.—Leur isolement est com-* plet„—Opposition du poumon avec toutes les parties. 347-249 PRÉCIS ANALYTIQUE XXII Phénomènes mécaniques généraux des deux circulations. —** Forme en cône des appareils circulatoires. — Ily a deux cônes pour chaque circulation. — Le cœur est placé à leur réunion comme un double agent d’impulsion. — Son inégalité sous ce rapport. Pages 249-253 § II. Réflexions sur les usages généraux de la circulation. 253 Usages généraux de la circulation à sang rouge. —Elle four- nit les matériaux des secrétions, des exhalations, des ab- sorptions , etc. — Tous les grands phénomènes de l’éco- nomie en dérivent. 253'2Ô4 ZJsages généraux de la circulation à sang noir. — Elle ré- pare les pertes faites par la précédente, par les substances qu’elle reçoit.—Attributs généraux et inverses des deux systèmes sanguins. 254-257 * A R X I C Xi B DEUXIÈME. Situation, formes, disposition générale du Système vasculaire à sang rouge. —Des deux portions de ce système. — Do leur réunion.—Position de l’agent d’impulsion comparée à tout le corps. 257 2.5g g Ier. Origine des artères. 259 Origine de l’aorte. —Disposition anatomique particulière de cette origine. 259-26 ï Origine des troncs , des branches , des rameaux, etc. — Nombre des divisions artérielles. — Angles d’origine. — Proportion des divisions. 261-265 II. Trajet des artères. 265 Trajet des troncs et des branches.—Leni* position. — Leurs rapports.—Leur direction. — Mouvemens qu’ils com- muniquent. 265-266 Trajet des rameaux, des ramuscules , etc. — Position. — Rapports. — Flexuosités. — Ces flexuosités n’influent pas sur le mouvement du sang. — Preuves. — Usages de ces flexuosités. 266-271 Anastomoses des artères dans leur trajet. — Des deux modes d’anastomoses. —Triple mode de celles où deux troncs finissent. — Anastomoses à troncs inégaux. — Remarques générales sur les anastomoses. 271-274 Formes des artères dans leur trajet. — Dans quel sens elles sont coniques. — Rapport des capacités. 274-276 5 III. Terminaison clés artères.—Elle a lieudanslesyslème capillaire.—Ses variétés suivant lesorganes. 276-277 ARTICLE TROISIÈME. Organisation du Système vasculaire à sang rouge. § Ier. Tissu propre à cette organisation. —Deux membranes principales le forment. 277-278 Membrane propre des artères. — Épaisseur. —Couleur. — Expériences. —Variétés dans les artères cérébrales. — Fibres at térielles. — Disposition de ces fibres à l’origine desrameauxt — Leur nature n’est point musculaire. — Leur fragilité. — Leur résistance.—Conséquences gé- nérales. 278-286 Action des divers agens sur le tissu artériel.—Dessiccation. — Putréfaction. — Macération. — Coction. — Action des acides , des alcalis, etc. 280-289 Membrane commune du Système à sangrouge. — Sa dispo- sition générale. — Ses différences dans les diverses ré- gions.— Du fluide qui l’humecte.— Ses rapports.— Sa nature.— Sa disposition singulière à l’ossifrcation.— Phénomènes et lois particuliers de cette ossification. — Conséquences pathologiques. 289-298 § III. Parties communes à l'organisation du Système vascu- laire à sangrouge. Vaisseaux sanguins. —Leur disposi- tion. — Ils ne paroissent pas aller jusqu’à la membrane interne. 296-297 Tissu cellulaire. — Ilyena deux espèces. — De celui qui unit l’artère aux organes voisins. — De celui qui lui est propre , et qui a une nature particulière. — Les fibres artérielles sont remarquables par l’absence de ce tissu entre elles. — Conséquences. 297-301 Exhalans et absorbans. — II ne paroît passe faire d’absorp- tion dans les artères. — Expériences. 3oi-3oa. Nerfs. — Des cérébraux. —Des organiques.-—Leur pro- portion. — Leur trajet, etc. 3oa ARTICLE QUATRIÈME. Propriétés du Système vasculaire à sang rouge. § Ier. Propriétés physiques. —- Elasticité remarquable. — Son usage. — Ses différences d’avec la contractilité de tissu. . 3u5-3oû' DES MATIÈRE S, § IL Propriétés de tissu. Extensibilité. — i°. De celle sui- vant l’axe, 2°. de celle suivant lediamètre. Pag. 3o6-3o7 Contractilité.,— De celle suivant l’axe. — De celle suivant le diamètre. — Ses différences d’avec l’irritabilité. —- Remarques sur cette contractilité. — Conséquences pra- tiques. 3o7~3ii § II i. Propriétés vitales. Propriétés de la vie animale. Sen- sibilité. •— Expériences sur cette propriété. 311-31 a Contractilité. — Elle est nulle. 3i2-3i3 Propriétés de la vie organique. Contractilité organique sen- sible. — Elle est nulle. — Expériences diverses pour le prouver. — Méprises sur celte propriété. 3i3-3i6 Contractilité organique insensible. — Comment il faut con- cevoir son influence.—L’activité vitale est peu marquée dans les artères. — Conséquences générales. 316-319 Remarques sur les causes du mouvemen t du sang rouge. — Ces causes paraissent étrangères aux artères. 3 iq-320 Infl uencedu cœur sur le mouvement du sang rouge.—Preuves diversesde cette influence.—Phénomènes morbifiques.— — Expériences diverses. —Observations. — Conséquen- ces générales. 320-327 Des limites de l'action du cœur. — Elles paraissent être à l’endroit du changement du sang rouge en noir. — In- fluence croissante des artères sur le sang rouge aux envi- rons des capillaires. 327-330 Phénomènes de l’impulsion du cœur. — Le mouvement du sang rouge est subit, instantané. — Preuves. — La con- traction des artères ne pousse pas le sang. — D’où elle résulte. — Les causes de retardement sont nulles. — Re- marques générales. 33o-335 Remarques sur le pouls.— La locomotion artérielle y est pour beaucoup.—Des causes accessoires. — Des variétés du pouls. — Réflexions générales. 335-340 Sympathies. <— Elles sont en général rares dans les artères. — Pourquoi. 340-542 ARTICLE CINQUIÈME. Développement du Système vasculaire à sang rouge. § 1er. Etat de ce Système chez, le Jœtus. — Les deux sj’s- PRECIS ANALYTIQUE tèmes sont alors confondus. — Il n’y a qu’une espèce de sang Comment le fœtus peut vivre avec du sang noir seul. —Mode circulatoire particulier au fœtus. — Con- séquences qui en résultent. — Changement insensible de ce mode circulatoire. — Comment il arrivée — Grand développement des artères chez le fœtus. Pages342-355 § TE Etat du Système vasculaire à sang rouge pendant [ac- croissement. — Formation subite du sang rouge à la nais- sance.—Changemens dans le cours de ce fluide.—Phéno- mènes et causes de ces changemens. — Prédominance des artères pendant la jeunesse. 355-364 § III. Etat du Système vasculaire à sang rouge, après [ac- croissement. — Influence des organes génitaux. — Va- riétés de l’influence dusang rouge suivant lesâges. 364-367 § IV. Etat du Système vasculaire à sang rouge pendant la vieillesse.—Diminution des ramuscules artérielles.— Le sang rouge est moins abondant. — Les artères se con- densent. — Phénomènes du pouls. — Du pouls des der- niersinstansdela vie. —Expériencesà cesnjet. 367-372 § V. Développement accidentel du Système à sang rouge.— Il y en a de deux sortes. —1°. Dilatation par obstacle.— 20. Dilatation par une tumeur quelconque. 372-573 DES MATIERES. XXV SYSTÈME VASCULAIRE A SANG NOIR. Remarques générales. 074 ARTICLE PREMIER. Situation, formes, division, disposition générale du Système vasculaire à sang noir. § Ier. Origine des veines. Moue de cette origine.—Deux ordre des veines. 374*376 g II. Trajet des veines. — Examen de ce trajet à l’extérieur et à l’inférieur. 376 S III. Proportion de capacité entre les deux Systèmes à sang noir et à sang rouge. — Remarques sur les variétés de capacité veineuse. — Parallèle entre les deux appareils vasculaires à sang rouge et à sang noir sous ce rap- précis Analytique port. — Conséquences générales. — La vitesse est en raison inverse de la capacité , etc. Pages 378-385 Eamuscules, rameaux , branches , angle de réunion, etc.■ 385*387 Forme des veines. — En quel sens ces vaisseaux sont coni- ques. — Rapports entre les branches et leurs divisions. 387-390 Anastomoses. -—Elles sont très-fréquentes. — Pourquoi. — Communication entre l’ordre extérieur et l’ordre inté- rieur. — Conséquences. — Divers modes d’anastomoses. — Leur nécessité par rapport aux causes de retardement. — De ces causes. 390-390 §IV. Terminaison des veines. —- Mode de terminaison au cœur. — Des deux cônes veineux supérieur et infé- rieur. — De leur communication par l’azygos. 395*398 ARTICLE DEUXIÈME. Organisation du Système vasculaire à sang noir• g 1er. Tissu propre à cette organisation. 398 Membrane propre aux veines. — Manière delà voir. — Ses fibres longitudinales.— Variétés de ces fibres. —Leur nature. — Disposition particulière des sinus cérébraux. 398-403 Membrane commune du sang noir. — Ses différences d’avec celle du sang rouge.—Plus d’extensibilité. — Moins d’é- paisseur.— Aucune disposition à s’ossifier. — Consé- quences. 403*40 4 Des valvules veineuses. — Leur forme. —Leur situation. — Veines qu’elles occupent. — Leur grandeur.—Re- marques sur leurs rapports avec le calibre des veines. — Leur variété. — Leur nombre. 404-409 Action des réactifs sur le tissu veineux. — Action de l’air, de l’eau , du calorique, des acides, etc. 409-410 g II. Parties communes à l’organisation du Système vascu- laire à sang noir. Vaisseaux sanguins. 410 Tissu cellulaire. — De celui qui unit les veines aux parties voisines. — De celui qui leur est propre. 410-41 * Exhalans, absorbons. — Expériences sur l’absorption vei- neuse. 411-412 Nerfs, •—Us sont très-rares. 412-410 DES MATIÈRES. ARTICLE TROISIÈME. Propriétés du Système vasculaire à sang noir. § Ier. Propriétés de tissu. Extensibilité. — Elle est très- marquée. — Cependant il y a des ruptures veineuses. — Exemples divers. — Ces ruptures sont peu connues dans leur cause. Pages 414-416 Contractilité. — De cette propriété dans les sens longitudi- nal et transversal. 416-417 § II. Propriétés vitales. Propriétés de la vie animale. — Résultat des expériences sur la sensibilité.—Point de contractilité. 417-419 Propriétés de la vie organique. Contractilité sensible.—Elle paroît peu marquée. — Remarques générales. 419-421 Du pouls veineux. — De sa cause. — C’est un reflux. — Double cause qui le produit. 421-425 Contractilité insensible. — Elle paroît très-réelle. — L’ac- tivité vitale est plus prononcée dans les veines que dans les artères. — Conséquences. 423-425 Remarques sur le mouvement du sang noir dans les veines. —• Il n’y a point depoulsanalogueàcelui des artères.—Agent d’impulsion du sang veineux.—Causes de retardement.— Causes accessoires de mouvement. — Rapprochement entre le mouvement des veines et celui desart ères.420-431 Sympathies des veines. — Elles sont très-obscures. 401 ARTICLE QUATRIÈME. Développement du Système vasculaire a sang noir. § Ier. Etat de ce Système chez le fœtus. — Les veinessont moinsdéveloppées à proportion , que les artères.—Pour- quoi.— Remarques. 431-434 § IL Etat de ce Système pendant l'accroissement et au-delà. — Phénomènes divers de l’enfance, de l’âge adulte, etc. 434-435 g III . Etat de ce Système che les synoviales avec les cartilages et les capsules fi- breuses , l’arachnoïde avec la dure-mère nous offrent des exemplesdecettedispositionquiconstitue,lorsque c’est avec une membrane fibreuse que se fait l’adhé- rence , les membranes séro-fibreuses. 20 SYSTÈME Tissu cellulaire extérieur aux artères. Il j a autour de chaque artère une couche extrê- mement dense, serrée et résistante, qui au premier coup d’œil paroit être une membrane propre, mais qui appartient évidemment au système cellulaire. Elle a la plus grande analogie avec celle qui est sous les membranes muqueuses. Jamais elle ne devient le siège d’infiltrations séreuses. Jamais la graisse ne s’y accumule. L’inflammation paroit ne l’attaquer que difficilement. Elle naît pour ainsi dire d’une manière insensible du tissu cellulaire voisin, qui se condense peu à peu, et s’entrelace enfin tellement , qu’ori peut le détacher en totalité, et de manière à ce qu’il représente une espèce de canal correspondant à celui de l’artère qu’il embrasse et qu’il soutient. Les fibres artérielles s’implanten t-ellesdans ce tissu serré,comme les fibres musculaires de l’estomac, des intestins dans le tissu soumuqueux ? Je ne le présume pas : car si cela étoit, on n’enlèveroit pas aussi facilement le cylindre cellulaire qui entoure les artères ; les fibres artérielles paroissent parcourir des cercles entiers, ne point avoir par conséquent, comme les musculaires, deux extrémités implantées. Cependant, quelques- unes de ces fibres restent toujours adhérentes à la couche celluleuse la plus profonde, lorsqu’on enlève celle-ci ; on les distingue par leur direction et par leur couleur jaunâtre. Tissu cellulaire extérieur aux veines. Les veines ont une enveloppe extérieure analogue à celle des artères, mais qui est en général beaucoup CELLULAIRE. moins dense, beaucoup moins épaisse. On ne peut point l’enlever en un cylindre entier, aussi facilement qu’aux artères. Du reste, elle ne contient point de graisse, renferme peu de sérosité, ne s’infiltre jamais dans les hydropisies, et conserve constamment dans toutes les affections son état primitif. Lorsqu’on en- lève par couches ce tissu extérieur aux parois vei- neuses, on s’aperçoit facilement qu’il est plus sec que dans toutes les autres parties; j’ai été même sou- vent tenté de croire qu’ainsi que celui des artères des excréteurs et des surfaces muqueuses, il n’exhale point de ce fluide albumineux qui lubrifie les autres parties du système cellulaire. Nous verrons que son organisation, toute différente, fait une exception ma- nifeste dans ce système. En examinant le cylindre celluleux des veines et des artères, celui de celles-ci surtout, il est essentiel de ne pas confondre avec ses filamens, les nombreux filets nerveux venant des ganglions, et qui forment autour d’elles un entrelacement très-multiplié. Le tissu cellulaire est plus blanc; les nerfs sont plus gri- sâtres ; cela devient apparent surtout au bout de quelques jours de macération. Je ne parle point du tissu extérieur aux absorbans ; sans doute qu’il y en a un comme aux veines : mais telle est la ténuité de ces vaisseaux, qu’on ne peut dire sur lui rien de fondé sur l’expérience et la dis- section. Tissu cellulaire extérieur aux conduits excré- teurs. Tous les excréteurs,les salivaires,urinaires etdéfb? SYSTÈME rensj’hépatique, le pancréatique, etc., sont manifes- tement entoures d’une couche analogue aux précé- dentei, entièrement distincte du tissu environnant, et qui y paroît plongée sans participer à sa nature ; elle fait un corps à part par sa densité, par sa forme et par sa texture. Les filamens qui la com- posent n’étant écartés dans leurs intervalles par au- cun fluide, restent appliqués les uns sur les autres ; en sorte que leur ensemble fait véritablement une membrane en forme de canal, que l’on peut facile- ment enlever, comme celui qui environne les artères : il est en effet plus épais qu’aux veines. Du Système cellulaire considéré relativement aux organes quil entoure de tous côtés. Excepté les organes dont nous venons de parler, toutes les parties du corps sont environnées de tous côtés d’une couche celluleuse plus ou moins abon- dante , qui leur forme, selon l’expression heureuse de Bordeu , une espèce d’atmosphère particulière , atmosphère au milieu de laquelle ils se trouvent plongés, et qui sert à les isoler des autres organes , à interrompre jusqu’à un certain point les commu- nications qui lieroient d'une manière intime, qui identifieroient, pour ainsi dire, l’existence des uns avec celle des autres, si leur juxta - position étoit immédiate. La vapeur séreuse dont l’atmosphère cellulaire de chaque organe est habituellement pénétrée, la graisse qui y nage en plus ou moins grande abondance, servent aussi puissamment à cet isolement de vitalité; toutes deux forment aux divers organes un intermé- CELLULAIRE. diaire qui, comme fluide, jouit à un degré bien moindre qu’eux des forces de la vie, qui, sous ce rapport, n’est point à leur niveau, si je puis m’ex- primer ainsi, et qui par conséquent est très-propre à rompre jusqu’à un certain point les communica- tions vitales qu’ils pourroient avoir. La différence essentielle qu’il y a entre la vie propre du tissu cellu- laire , et celle des autres organes , le rend aussi très- susceptible de remplir lui seul, comme solide, un usage analogue, indépendamment des fluides qu’il contient. C’est à cet isolement de la vitalité des organes , par leur tissu cellulaire environnant , qu’il faut en partie rapporter celui des maladiesqui ne sont qu’une altération de cette vitalité. Chaque jour nous voyons une partie affectée être' contiguë à une saine, sans lui communiquer sa maladie. La plèvre intacte re- couvrant un poumon tuberculeux, ou ulcéré dans les phthisies; le péritoine enflammé correspondant à des intestins , à un estomac, à un foie , à une rate restés dans leur état naturel ; les membranes mu- queuses affectées de catarrhes, avoisinant sans danger les parties nombreuses qu’elles tapissent; les organes soucutanés demeurés étrangers aux innombrables éruptions dont la peau est le siège ; l’arachnoïde en suppuration enveloppant un cerveau sain , et mille autres faits semblables , voilà des phénomènes que l’ouverture des cadavres offre sans cesse. Parlerai-je des tumeurs diverses développées au milieu des or- ganes sans qu’ils s’en ressentent, des excroissances nombreuses qui végètent à côté d’eux sans qu’ils y participent ? Disséquez un muscle au-dessous d’une SYSTÈME plaie cutanée en suppuration, de 1* ulcère même le plus rebelle; le plus souvent vous ne le trouverez point différent des autres ; la peau seule a été affectée. Sans doute que la différence de vitalité entredeux organes voisins est une cause essentielle de l’isolementde leurs maladies ; mais l’atmosphèrecellulaire qui les garantit en est une aussi très-réelle. Aussi lorsqu’un organe envoie des prolongemens dans un autre, il lui com- munique bien plus facilement ses maladies , que si une épaisse couche celluleuse les sépare : par exem- ple , les affections du périoste et de l’os s’identifient bientôt, comme on le sait. N’exagérons pas cependant cette idée, en envisa- geant l’atmosphère cellulaire comme une barrière in- surmontable aux maladies. La pratiqueviendroitsou- Tent nous démentir, en nous montrant les maladies passant d’un organe dans le tissu qui l’entoure, et de ce tissu dans les organes voisins; en sorte que , pour ainsi dire, nous le voyons être tantôt un obstacle, tantôt un moyen propre à leur propagation. L’atmo - sphère qu’il forme est dans divers cas susceptible de se charger de toutes les émanations qui s’élèvent de l’organe,ou, pour parler un langage plus médical et plus physiologique, les forces vitales d’un organe étant altérées, celles du tissu environnant s’altèrent aussi souvent par communication, et de proche en proche celles des divers organes voisins. Ce moyen d’in- fluence , que les organes exercent les uns sur les autres, doit être soigneusement distingué des sym- pathies où, une partie étant malade, une autre s’af- fecte sans que les intermédiaires soient dérangées dans leurs fonctions. Ici il y a constammant dans la CELLULAIRE. communication des maladies, le même ordre que dans la juxta-position des organes. Un grand nombre d’affections locales nous offre ’ des exemples de cette dépendance où sont d’un or- gane malade, et le tissu qui l’entoure, et par suite les organes qui l’avoisinent. Dans le phlegmon, un engorgement plus ou moins considérable se répand autour de l’endroit rouge et enflammé : le rhuma- tisme qui affecte les parties blanches placées au poi- gnet, aux doigts, etc.,détermine autour de ces parties un gonflement douloureux : une tuméfaction consi- dérable autour du genou est presque toujours le ré- sultat des maladies articulaires qui n’affectent que les ligamens, etc. Beaucoup de tumeurs nous offrent ainsi autour d’elles une atmosphère malade, atmo- sphère qui s’étend plus ou moins loin, qui existe tou- jours dans le tissu cellulaire, et même qui participe constamment de la nature de la tumeur. Si elle est aiguë, comme dans le phlegmon, c’est un simple boursouflement qui, à la mort, disparoît presque en entier, comme je l’ai vu souvent sur des cadavres dont une partie enflammée, très-grosse pendant la vie, a voit presque repris, par la chute des forces vi- tales , son volume ordinaire. La tumeur est-elle chro- nique , c’est une induration plus ou moins marquée, qui envahit souvent au loin les environs de la partie affectée, comme on le voit dans la plupart des cancers. Non-seulement cette atmosphère d’affection se dé- veloppe autour de l’organe malade , mais elle em- brasse aussi les organes voisins.Les inflammations de la plèvre se propagent aux poumons, celles de la sur- face çonvexe du foie au diaphragme ; le péricarclitis SYSTÈME en influençant les fibres charnues du cœur, détermine dans cet organe les mouvemens irréguliers du pouls intermittent: le péritonitis , explu'si.nement réservé au péritoine dans le principe, finit, lorsqu’il devient chronique, par affecter les intestins subjacens ; ce qui forme l’entérite chronique, etc. . Il est à remarquer cependant, que la simple conti- guïté suffit souvent , sans tissu cellulaire, pour com- muniquer les maladies : par exemple, une dent cariée altère sa voisine ; la portion enflammée d’une mem- brane séreuse, eœ’contact avec les portions saines, les enflamme bientôt; c’est ainsi que, pour peu que l’inflammation ait duré, quoique la douleur n’ait pri- mitivement annoncé qu’un point affecté, toute la surface se trouve attaquée. Je suis persuadé que ce ne sont pas seulement les maladies que l’atmosphère cellulaire des organes sert à propager, mais qu’elle est encore un moyen de com- munication des effets médicamenteux. Pourquoi un vésicatoire appliqué très-loin est-il inu tile souvent dans le rhumatisme, tandis que placé sur la peau qui recouvre le muscle ou l’organe fibreux malade, il pro- duit souvent un effet subit ? Pourquoi un cataplasme appliqué sur le scrotum a-t-il souvent une influence réelle sur le testicule malade, quoique entre l’organe cutané et cette glande il n’y ait aucun rapport de vi- talité ? Pourquoi divers autres médicamens appliqués aussi sur la peau ,exercent-ils une action sur les par- ties subjacentes? C’est certainement le tissu cellulaire qui est alors moyen de communication; comme en- core dans diverses applications faites sur les mem- branes muqueuses. Un gargarisme agit avantageuse- CELLULAIRE. 27 ment dans l’inflammation de l’amygdale; un lave- ment émollient tempère celle du péritoine, etc.: or ces moyens ne sont pas directement appliqués sur l’organe affecté; leurs effets sont transmis par le tissu soumuqueux. Cependant on a exagéré de beaucoup les avantages de ces applications,soit sur les surfaces cutanées, soit sur les muqueuses, pour agir sur des organesà vitalité differente ,et quisontsubjacensà ces surfaces.La pratique ne prouve que trop souvent que celles-ci peuvent être excitées, irritées d’une manière quelconque, sans qu’il en résulte rien pour l’organe contigu , parce que la vie de cet organe et la leur ne se ressemblent ni ne se correspondent point, que l’une est indifférente aux affections de l’autre, quoi- que les parties soient contiguës. Qui ne connoît le peu d’effet des topiques émolliens , résolutifs, etc., sur les tumeurs du sein, sur celles des glandes de l’aine , de l’aisselle, etc.? Qui ne saitfjue souvent elles guériroient sans nos applications, comme avec leur usage? Autrefois.dès qu’une tumeur faisoit sailliesous la peau ,fût-elle dans les viscères abdominaux, sépa- rée de l’organe cutané par conséquent, par une foule d’intermédiaires à vitalité différente et même oppo- sée, onia recouvroitd’un cataplasme. On a reconnu dansîa chirurgie moderne l’inutilité des applications faites de cette manière, et on se borne presque à agir par elles sur les organes les plus soucutanés. Peut-être un jour connoilra-t-on assez le mode de vitalité de chaque organe , pour savoir quand le tissu cellulaire peut être moyen de communication des effets médi- camenteux, entre deux organes contigus, à struc- ture et à propriétés différentes; et quand il est une 28 SYSTÈME barrière où s’arrête la communication de ces effets. Jusque-là nous allons presque toujours en tâtonnant. Souvent une application cutane'e agit par sympa- thie sur des organes très-éloignés, tandis qu’elle est nulle pour les organes voisins, avec lesquels elle n’a aucun rapport: par exemple, le bain calmera un vomissement spasmodique, tandis qu’il ne produira aucun effet sensible pour appaiser des douleurs ayant leur siège immédiatement dans des organes soucu- tanés. En général, les forces vitales d’une partie organi- sée quelconque , sont spécialement altérées , et par conséquent ses lésions sont produites de trois ma- nières, i°. par une irritation directe, comme lorsque la conjonctive s’enflamme sous l’impression de l’air frais , ou chargé d’exhalations irritantes ; 2°. par sympathie, comme lorsqu’un œil étant malade , l’autre le deviejjjt aussi sans cause matérielle appa- rente; 3°. par communication celluleuse, comme quand la carie existant dans un os , la peau qui le recouvre devient terne, livide et engorgée. Pourquoi le tissu cellulaire est-il, en certains cas , un moyen dont se sert la nature pour garantir les organes de l’influence de celui qui est malade, tandis que dans d’autres il sert à propager les affections mor- bifiques? Bornons-nous sur ce pointa l’exposé des faits; la recherchedescauses ne seroit queconjectures. L’atmosphère cellulaire de chaque orga,ne a non- seuîement rapport aux phénomènes immédiats de sa vitalité,mais encore auxmouvemens divers que cet organe exécute : aussi est-il d’autant plus abondant, que ces monvcmens sont plus étendus. On fait cette observation en comparant celuiqui est en masses con- sidérables autour du cœur, des gros troncs artériels, de l’œil, delà matrice, de la vessie, des grandes arti- culations, commedel’aisselleet de l’aine, etc., à celui qui est extérieur aux tendons, aux aponévroses, aux os, etc., lequel est en général très-rare. L’extension et le resserrement dont ses cellules sont susceptibles , le rendent très-propre à s’accommoder aux grands mouvemens des organes, à ceux surtout de dilatation et de contraction, que favorisent d’ailleurs les fluides qu’il contient. Les organes, à la surface externe des- quels peu de tissu cellulaire se rencontre, et qui ce- pendant exécutentbeaucoup demouvemens, comme l’estomac, les intestins, le cerveau, etc., ont pour y supple'erdes membranes séreuses qui les enveloppent. Ces membranes et le tissu cellulaire sont en effet les deux grands moyens, et même les deux seuls que s’est ménagés la nature autour des organes , pour fa- voriser leurs mouvemens. II est diverses parties organisées à mouvemens peu marqués, et qu’environne cependant beaucoup de tissu cellulaire : les reins en sont un exemple remar- quable. Le testicule et ses membranes sont également plongés dans une grande quantité de ce tissu ; la glande thyroïde en a beaucoup autour d’elle ; le pan- créas, les salivaires, ont en lui d’épaissës limites.qui les isolent des organes voisins. En général, presque toutes les parties non mobiles , mais un peu impor- tantes, et qui ne se trouvent pas isolées des autres par les surfaces séreuses, comme le sont presque tous les vicèresthorachiques et abdominaux, sont par-tout avoisinées par un tissu cellulaire abondant. CELLULAIRE. 29 SYSTÈME 5 II. Du Sytème cellulaire intérieur à chaque organe. Après avoir enveloppe les organes, le tissu cellu- laire entre par-tout dans leur structure intime : il en forme un des élémens principaux. Dans les appareils qui sont l’assemblage de plusieurs systèmes, chacun de ces systèmes est uni aux autres par lui : ainsi à l’es- tomac, aux intestins, à la vessie, etc., diverses cou- ches qui lui appartiennent séparent les membranes séreuses, musculeuses et muqueuses de ces divers organes creux. Au poumon, entre la surface séreuse et le parenchyme pulmonaire, entre celui-ci et les divisions des bronches, entre celles-ci et leurs surfaces muqueuses, il nous offre une foule de prolongemens plus ou moins serrés. Dans les systèmes organiques, le tissu cellulaire accompagne d’abord et entoure, dans tout leur trajet, les prolongemens vasculaires et nerveux qui entrent dans leur composition ; puis il réunit les différentes parties homogènes qui composent chacun d’eux. Chaque faisceau de muscle, chaque fibre musculeuse, chaque filet nerveux, chaque portion d’aponévroses, et de ligamens, chaque grain glanduleux, etc., sont environnés d’une gaine, d’une couche celluleuse particulière cfui, par rapport à ces parties, est des- tinée aux mêmes usages que l’enveloppe plus grande dont nous venons de parler remplit à l’égard de l’or- gane entier. Ainsi la vie de chaque fibre est-elle isolée par cettecouche qui,comme celle de l’organe entier, forme autour d’elle une espèce d’atmosphère destinée à la garantir, la protéger, qui peut être cependant, C E U U t A I R E,' comme la couche générale, et plus encore qu’elle , à cause de la plus grande juxla-position, un moyen de communication des maladies d’une fibre à l’autre. Le mouvement de chacune de ces fibres est singuliè- rement favorisé par le tissu cellulaire : aussi les or- ganes qui, comme les.muscles, sont un mouvement très-apparent dans chacune de leur partie prise iso- lément, en renferment-ils bien davantage au-dedans que ceux qui, comme les tendons, les ligamens, les glandes, n’ont de mouvement sensible que celui qui leur est communiqué. Le tissu cellulaire intérieur à chaque organe ne prend que peulecaractère devitalité qui distinguecetorgane; il conserve preque toutes ses propriétés générales : il est, dans la structure des diverses parues, un ma- tériaux qui unit les autres sans leur ressembler. On le voit insensible dans le nerf, sans contractilité dans le muscle, et étranger à la secrétion dans la glande. Aussi est-il souventseul affecté sans que l’organepar- ticipe à l’état où il se trouve. Dans beaucoup d’affec- tions organiques du foie, on rencontre des tumeurs stéatomateuses, qui donnent à cet organe une forme bosselée, inégale, et qui,occupant uniquemenile tissu cellulaire, laissent intact le tissu glanduleux qui sé- pare , comme à l’ordinaire, la bile, laquelle n’ éprou ve aucune altération dans son cours. C’est un phéno- mène très-remarquable, que ces désordres souvent énormes de structure, sans lésion de la secrétion de la bile. On peut les comparer à ceux non moins re- marquables qu’éprouve le poumon dans la phthisie, dans laquelle cependant la respiration se fait presque aussi exactement que dans l’état ordinaire. 32 SYSTEME Il est divers organes où le tissu cellulaire est très-peu apparent,tantleur texture est serrée ;quelquesauteurs ont e'tè même tentés d’en nier l’existence. Mais dans plusieurs de ces organes, la macération, en pénétrant leurs fibres d’eau d’une manière insensible, les écarte peu à peu , et rend apparent le tissu cellulaire qui les sépare, comme on le voit surtout dans les tendons, dans les membranes fibreuses , etc. L’ébullition qui enlève à certains leur substance nutritive, la gélatine par exemple, laisse un résidu membraneux , qui est évidemment cellulaire. Dans tous, même dans les os, dans les cartilages, etc., la production des bourgeons charnus qui, comme nous le verrons,sont essentiel- lement de nature celluleuse, prouve l’existence de ce tissu intérieur, dont ils ne sont quedes prolongemens. Il en est de même du ramollissement, de la carnifica- tion des os, des tumeurs fongueuses des autres sys- tèmes, maladies où ce tissu devient très - apparent , parce que l’organe perd par elles sa texture serrée, pour en prendre une plus lâche, plus spongieuse, et qui met moins difficilement à nu celui placé dans Tinter- valle des fibres. ARTICLE DEUXIÈME. Du Système cellulaire considéré indépen- damment des organes. Àr aÈs avoir considéré le système cellulaire relati- vement aux organes, faisonsabstractionde toutes les parties qu’il enveloppe et qu’il pénètre, pour l’en- visager comme un corps continu de tous côtés , se CELLULAIRE.1 33 tenant par-tout dans les intervalles des organes qu’il remplit, étant analogue sous ce point de vue à presque tous les autres systèmes primitifs. Suivons le àla tête, au tronc et aux membres. § Ier. Du Système cellulaire de la Tête. Le crâne et la face ont une disposition inverse par rapport au tissu cellulaire : peu abondant dans le pre- mier , il est en grande quantité dans la seconde. Tissu cellulaire crânien. L’intérieur du crâne contient fort peu de tissu cel- lulaire; il en manque même en apparence. Cependant si on soulève l’arachnoïde dans les endroits où pé- nètrent les vaisseaux, et dans ceux d’où partent les nerfs, on en trouve une petite quantité, qui est re- marquable par son extrême finesse et par sa transpa- rence. La pie-mère est principalement formée par ce tissu, qui de cette membrane paroît se continuer avec celui du cerveau , lequel, du reste, est extrêmement difficile à démontrer, ne peut nullement être mis en évidence par la macération, et ne se voit guère que dans les tumeurs fongueuses. Les communications du tissu cellulaire de l’inté- rieur du crâne sont très-multipliées. i°. En devant il pénètre dans l’orbite par le trou optique et par la fente sphénoïdale : de là la rougeur, l’ardeur de l’œil dans la paraphrénésie, dont l’in- fluence se propage par ces communications, comme aussi par la continuité des membranes. 11 entre dans les narines par les trous de la lame criblée, etc. ; à cela 34 SYSTÈME tiennent peut-être la pesanteur, les douleurs de tète dans le coryza, etc. 2°. En bas , les trous nombreux de la base du crâne font communiquer avec la face le tissu cellulaire céré- bral, spécialement avec le haut du pharynx, avec la fosse zygomatique , etc. Dans plusieurs cas où les angines s’accompagnent de douleur , de pesanteur cérébrales, d’étourdissement, etc., je suis persuadé que ces communications jouent un rôle essentiel, quoique dans beaucoup de cas tout cela soit purement sympathique. 3°. En haut et en arrière, le tissu cellulaire cérébral se continue aveccelui des parties correspondantes de la tète par les trous assez multipliés, mais peu volumi- neux, des sutures j il accompagne les vaisseaux qui de la dure-mère vont au péricràne, et devient probable- ment quelquefois le moyen des communications qu’on remarque si fréquemment entre ces deux membranes, lorsque l’une est enflammée : de là l’affection souvent subite de la dure-mère, de l’arachnoïde, par un coup de soleil sur les tégumens du crâne, etc. Plus abondant à 1 extérieur du crâne , le tissu cel- lulaire n’y est pas cependant en très-grande quantité, sans doute à cause du petit nombre et du peu d’e- paisseur des muscles qui s’y trouvent. Ses communi- cations avec la face sont évidentes, surtout en devant, sur le front : aussi à la suite des érysipèles du crâne, rien de plus fréquent que de voir les paupières rece- voir le pus qui s y est formé, efc abondant en haut ; il y entoure les mamelles où il concourt en partie à ces formes arrondies qui nous charment chez la femme , à ces formes prononcées et saillantes que nous admirons chez l’homme bien conformé. On en voit sous les pectoraux une grande quantité; en bas, il diminue d’une manière très- sensible à proportion d’en haut. 40 SYSTÈME Tissu cellulaire abdominal. L’abdomen contient, proportionnellement, un peu plus de tissu cellulaire que la poitrine. Considéré dans l'intérieur de cette cavité, ce tissu se trouve surtout ramassé dans les endroits où les gros vaisseaux arté- riels et veineux pénètrent les organes gastriques, comme à la scissure du foie, au mésentère , etc. 11 est peu abondant entre le péritoine et les parois anté- rieures et latérales de l’abdomen ; mais il se trouve très-abondamment répandu dans la partie postérieure de cette membrane , aux environs du rein spéciale- ment. Ce tissu intérieur communique d’abord avec celui du bassin tout autour du péritoine, puis avec Celui des membres inférieurs, par diversesouvertures, par l’anneau inguinal et par 1 arcade crurale parficu- CELLULAIRE, lièrement. La première de ces ouverturesétabiit aussi des correspondances cellulaires entre le ventre et les parties génitales, surtout chez l’homme. On peut fa- cilement mettre en évidence ces communications en injectantun fluide quelconque dans le tissu cellulaire abdominal d’un cadavre. Ce fluide va spontanément infiltrer les membres inférieurs , tandis qu’il ne par- vient aux supérieurs qu’à l’aide d’une impulsion très- long-temps continuée.Tous les praticiens savent qu’il n’est presque aucune lvydropisie ascite qui ne soit accompagnéedel infiltration des membres inférieurs, tandis que les supérieurs restent intacts. C’est donc avec le tissu cellulaire abdominal que celui desmem- bres inférieurs a spécialement des rapports, comme c’est avec le pectoral que celui des supérieurs corres- pond d’une manière particulière, ainsi que Bordeu. et le cit. Portai l’ont très-bien observé. Cependant il est à remarquer que les premiers s’affectent bien plus facilement dans les maladies de l'abdomen, que les seconds dans celles de la poitrine. Tissu cellulaire pelvien. Il est peu de parties où l’organe qui nous occupe soit plus abondamment distribué que dans le bassin. Autour de la vessie , du rectum et de la matrice, il y efi a une quantité si grande , que nulle part on n’en trouve davantage. Cela me paroît tenir à la cause suivante: comme d’une part ces trois organes sont sujets à de très-grandes dilatations, et que de l’autre part les parois osseuses du bassin ne sont nullement susceptibles de se prêter pour obéir à ces dilatations , ainsi qu’il arrive aux parois abdominales, il faut bien 42 SYSTÈME que quelque chose y supplée de manière à ce que, dans quelque état que soient les organes précédens, la cavité pelvienne se trouve toujoursremplie. Or c’est là l’usage auquel est destinée cette grande quantité de tissu cellulaire. Si les mouvemens du cerveau eus- sent, comme ceux-ci, alternativement augmenté et diminué le volume de l’organe, la nature, à cause de la cavité osseuse du crâne, y eût aussi entassé sans doute beaucoup de tissu cellulaire. Au reste, on connoît l’influence de cette proportion considérable de tissu cellulaire pelvien dans les dépôts qui avoisinent l’anus, dans les infiltrations urineuses qui accompagnent les crevasses de l’urètre et de la vessie, etc. On sait avec quelle facilité le pusou l’urine s’étendent dans cet endroit, et produisent de grands ravages. Ce tissu communique avec celui des membres in- férieurs par l’échancrure ischiatique , par l’arcade du pubis ,, etc. Divers auteurs citent des fusées de pus , des infiltrations urineuses se propageant inférieure- ment par ces communications. On remplit toujours le bassin d’air en soufflant ce fluide dans les mem- bres inférieurs, surtout dans leur tissu intermuscu- laire. L’extérieur de la cavité pelvienne contient aussi beaucoup de tissu cellulaire, moins en arrière cepen- dant quesur le côtés, et spécialement qu’en devant ou les parties génitales présentent, dans l'homme comme dans la femme , des amas celluleux très-considérables surtout dans les grandes lèvres et dans iedartos* CELLULAIRE. 43 . § III. Du Système cellulaire des Membres. Dans les membres supérieurs et inférieurs, la quan- tité de tissu cellulaire va toujours en décroissant delà partie supérieure à l’inférieure. Aux environs de cha- cune des deux articulations supérieures, il est extrê- mement abondant. Le creux de l’aisselle , auquel répond en haut la tête de l’humérus , et qui offre beau- coup de capacité, en est presque entièrement rempli. Le pli de l’aine en contient aussi beaucoup, quoique cependant il s’en trouve moins qu’à l’aisselle. Le bras et la cuisse ont entre leurs muscles de grands inter- valles qui sont cellulaires. Au coude on en trouve à proportion beaucoup moinsqu’au jarret, dont lecreux très-profond en offre un amas considérable; disposi- tion qui est par conséquent inverse de celle de l’ais- selle comparée à celle de l’aine. A l’avant-bras et à la jambe, les muscles se rap- prochent d’une manière très-sensible, leurs couches celluleuses sont beaucoup plus serrées : tout le sys- tème cellulaire est moins abondant. Vers la partie inférieure de ces deux portions des membres , ou tout est presque tendineux et fibreux, à la main et au pied , le tissu cellulaire diminue en- core , et devient, à proportion des mouvemens , très» peu sensible. Cependant le pied, surtout à sa plante> en contient bien plus que la main dans sa paume, ou on n’en voit presque pas. Ce décroissement successif du tissu cellulaire des membres est accommodé aux usages de leurs diverses parties. En effet l’étendue des mouvemens, qui do- mine en haut, exigeoit dans les muscles une laxité S T S T È M E qu’ils empruntent de la quantité du tissu cellulaire qui les entoure. En bas , la multiplicité et en même temps le peu d’étendu des mouvemens de la main et du pied , de la main surtout qui est destinée à se mouler à la forme des corps extérieurs, nécessitent dans les organes de ces deux parties une juxtapo- sition serrée, qu’ils doivent au peu de cellulosité qui s’y trouve. ARTICLE TROISIÈME. Des Formes du Système cellulaire , et des Fluides qu’il contient. § 1er. Des Cellules. a conformation générale du tissu cellulaire n’est pas par-tout h même. Les intervalles ou cellules que laissent entre elles ses lames diverses sont plus ou moins larges : c’est surtout aux paupières et au scro- tum que cette largeur est remarquable, de même en général que par-tout où la graisse est nulle ou peu abondante. Au reste, la capacité de ces cellules est extrêmement variable; comme elles sont susceptibles de se resserrer ou de s’étendre, on ne peut avoir sur ce point aucune donnée. Lorsque la graisse ou la sérosité les remplit, elles sont doubles, triples, qua- druples même de ce qu’elles se trouvent être dans l’état de vacuité. Ce sont ces variations de capacité dans les cellules du système dont nous parlons , qui déterminent toutes les différences du volume général du corps dans l’embonpoint ou la maigreur, double V * 45 état dans lequel la grosseur de chaque fibre nerveuse, tendineuse, etc., reste toujours à peu près la même , et ou ce système seul varie. Il nous présente dans la leucophlegmatie, comparée àl état ordinaire du corps, la même variation. * La figure des cellules est aussi tellement variable, qu’on ne peut la déterminer d’une manière générale. Les formes arrondies, quadrilatères, exaèdres , ova- laires, s’y trouvent diversement mêlées. La meilleure manière de lesreconnoître,c’est d’exposer un membre infitré à la congélation : une foule de petits glaçons se forment alors, et indiquent par leur figure celle des cellules qu’ils remplissoient. L’emphysème artificiel est encore un moyen utile : souvent j’ai vérifié par lui, dans nos boucheries où l’on souffle les viandes, les formes cellulaires. L’injectionde la gélatine fondue dans les cellules peut aussi être employée ; mais les résultats sont moins assurés , parce qu’en passant d’une cellule à l’autre, elle en rompt le tissu; et d’ail- leurs, après qu’elle s’est coagulée, il est difficile d’iso- ler chaque portion contenue dans une cellule. Toutes les cellules communiquent entre elles; en sorte que le tissu cellulaire est réellement perméable dans toute l’étendue du corps, depuis les pieds jus- qu’à la tête. Une foule de preuves établit cette per- méabilité : tels sont, i°. l’emphysème spontanément produit; 2°. celui qu’on détermine artificiellement dans un animal vivant, en soufflant de l’air sous une portion quelconque de l’organe cutané, opération qui n’altère nullement la vie , ni même la santé de l’ani- mal, quoique souvent la totalité du corps se bour- soufle. On sait que certains mendians ont employé ce CELLULAIRE. 46 moyen sans danger, pour exciter la commisération. 3°. Si on fait une ou deux mouchetures à un membre infiltre', il se dégorge quelquefois entièrement par cette voie. 4°* Souvent il en arrive autant par quelques crevasses survenues spontanément à cesmêmesmem- bi es.5°. La compression exercée sur eux fait remonter ou descendre ce fluide, suivant le sens dans lequel on l’exerce. 6°. Une crevasse de la vessie ou de l’urètre donne lieu à une infiltration urineuse, qui s’étend quelquefois jusque sur les côtés de la poitrine. 70. L’in- jection d’un fluide quelconque dans le tissu cellulaire d’un cadavre produit une leucophlegmatie artificielle. On a exagéré la perméabilité du tissu cellulaire , ou plutôt on l’a présentée sous un point de vue tout différent de celui sous lequel la nature nous la montre. C’est ainsi que plusieursmédecins, jugeant qu’il pou- voit être indifféremment parcouru par tous les fluides de l’économie animale, ont cru que ces fluides y for- moicnt des courans en différentes directions plus ou moins irrégulières. Ainsi la sueur a-t-elle été regardée comme la transmission par la peau du fluide albumi- neux du tissu cellulaire , qui, suivant quelques mo- dernes, est entraîné au-dehors avec le calorique qui se dégage habituellement. Ainsi a-t - on cru trouver dans la perméabilité de ce tissu la voie du transport si rapide des boissons à la vessie. Ainsi a-t-on encore expliqué par elle la promptitude avec laquelle les sueurs sont déterminées par les boissons chaudes, etc. Toutes ces théories, que l’inspection ne prouva jamais, répugnent aux lois connues de notre écono- mie ,lois qui nous montrent les fluides circulant cons- tamment dans des vaisseaux , en vertu des forces SYSTÈME CELLULAIRE. vitales, delà sensibilité organique et delà contractilité de ces mêmes vafsseaux, et non s’extravasant ainsi pour se mouvoir irrégulièrement dans le tissu cellu- laire. D’ailleurs jamais je n’ai trouvé aucune portion de boisson dans le tissu cellulaire des animaux très- immédiatement après leur en avoir fait prendre. J’ai soumis plusieurs chiens à ces expériences, après les avoir privés pendant quelque temps de boisson, pour les forcer à boire beaucoup. Le tissu cellulaire des environs de l’estomac et des intestins, celui surtout qui, placé derrière le mésentère, va communiquer avec le bassin ou se trouve la vessie, ayant été atten- tivement examiné, ne m’a paru renfermer aucun fluide ; il étoit exactement analogue à celui des autres parties du corps. D’ailleurs, comme on le verra par la suite , ces phénomènes peuvent s’expliquer d’une manière plus naturelle. Le tissu cellulaire n’est donc perméable qu’à la graisse et à la lymphe; encore paroît-il que cette per- méabilité ne s’exerce que très-peu, dans l’état ordi- naire, pour ces deuxfluides, qui demeurent dans leurs cellules jusqu’à ce que la résorption les y ait repris : on ne les voit point passer des unes aux autres ; ils y stagnent, pour ainsi dire. Ce n’est que dans les infil- trations séreuses , dans les fusées de pus, dans l’état pathologique en un mot, que la perméabilité cellulaire devient apparente. On ne peut donc réellement con- sidérer le tissu cellulaire que comme le réservoir où se forment la sérosité et la graisse. Après la mort, le tissucellulaireselaisse par tout pénétrer parlesfluides, qui passent non-seulement à travers les ouvertures de communication de ses cellules , mais encore par les 48 SYSTÈME porosités dont il est perce, comme tous les solides : de là l’infiltration des tégumens du dos dans les ca- davres qui ont resté long-temps à la renverse;le pas- sage de la bile à travers le tissu qui sépare la vésicule du fiel du duodénum , pour aller colorer cet intes- tin, etc. etc. Mais ces phénomènes n’ont rien de commun avec ceux qui se passent sur le vivant. § IL De la Sérosité cellulaire. Le premier des deux fluides cellulaires paroît être le même que celui que fournissent ailleurs les exhalans, et que reprennent les absorbans. Les premiers le dé- posent dans les organes; les seconds ly reprennent. Aussilorsqu'on exposeà l’air condensé par le froid une partie quelconque du tissu cellulaire dans un animal récemment tué et conservant encore sa chaleur, on voit s’en élever une vapeur qui résulte de la dissolu- tion de la sérosité par cet air, vapeur parfaitement analogue au nuage que produisent en hiver la resi ira- lion et la transpiration , ou même à Celui qui s’élève d’un fluide aqueux quelconque, exposé chaud et dans une large surlace à l’action de l’air frais. Lorsque l’air atmosphérique est chaud, la dissolution a lieu de 'a même manière ; mais comme la vapeur ne se con- dense pas, il n’y a point de nuage apparent. La sérosité cellulaire varie en quantité dans les di- verses régions. Dans celles où il n’y a point dégraissé, comme au scrotum , aux paupières, au prépuce, etc., il paroît qu’elle est un peu plus abondante que dans les autres. On voit aussi que ces parties sont beau- coup plus disposées aux diverses infiltrations. Sous ce rapport, le scrotum paroît tenir le premier rang; CELLULAIRE. viennent ensuite les paupières, puis le prépuce , etc. Remarquez à ce sujet que le tissu cellulaire extérieur aux surfaces muqueuses, aux artères, aux veines et aux excréteurs, tissu qui, par l’absence de la graisse, se rapproche de celui-ci, s’en éloigne sous celui de la sérosité qui, comme je l’ai dit, ne s’y infiltre point. J’observe qu’il ne faut point juger de la quantité de sérosité cellulaire par les observations faites sur le cadavre, où la laxité des parties laisse transsuder de tous les vaisseaux qui passent à travers le tissu cel- lulaire , les fluides qui s’y trouvent, et qui pénètrent alors les cellules. Pour bien apprécier l’humidité cel- lulaire, je rends d’abord un animal emphysémateux au-dessous de la peau; je fais une large incision à celle-ci : peu de sang s’échappe en général, parce que le boursouflement écarte les vaisseaux du tranchant de l’instrument. Par ce moyen, le tissu cellulaire étant découvert, je me suis souvent convaincu qu’il y a en général beaucoup moins de sérosité dans ce tissu qu’on ne le croit communément. Je n’ai pas vu que, pendant la digestion, à la suite du sommeil, pendant qu’ily a beaucoup de sueur exhalée par l’organe cutané , triple circonstance dans laquelle j’ai répété ces expé- riences, la sérosité cellulaire augmente ou diminue d’une manière sensible. Ce fait coïncide très-bien avec celui que j’ai indiqué dans mon Traité des Mem- branes, sur le fluide qui lubrifie les surfaces séreuses et dont la proportion est toujours à peu près égale. On sait que, dans la leucophlegmatie, la quantité de sérosité cellulaire augmente beaucoup, qu’elle devient nulle dans l’inflammation,etc. La nature de ce fluide paroît être essentiellement SYSTÈME albumineuse:les expériences faites sur celui des leu- cophlegmatiquesy prouvent évidemment l’albumine ; mais la maladie n’a-t-elle point alors altéré sa nature? Pour m’assurer de ce fait, j’ai rendu d’abord emphy- sémateux un animal mort, afin de distendre les cel- lules, et d’y faire plus facilement pénétrer l’alcool que j’y ai ensuite injecté avec une seringue. Quelques momens après, la peau ayant été enlevée, le tissu subjacent a présenté çà et là divers flocons blan- châtres. En plongeant dans l’acide nitrique affoibli une portion celluleuse du scrotum d’un cadavre sain, ou, ce qui vaut encore mieux, une portion celluleuse prise à l’instant sur un animal vivant, on fait la même observation. Il paroit donc que dans l’état de santé, comme dans celui de maladie, l’albumine est un des principes essentiels du fluide du tissu cellulaire. J ai extrait beaucoup de ce tissu du scrotum de plusieurs cadavres, afin de l’avoir isolé de graisse, et je l’ai fait bouillir comparativement en même temps qu’une masse à peu près égale de portions tendineuses : à l’instant de l’ébullition, beaucoupd’écume blanchâtre s’est élevée à la surface de l’eau qui le contenoitj très- peu a paru dans le vase qui renfermoit les tendons bien isolés. La nature du fluide cellulaire est-elle la même que celle de la lymphe qui circule dans les absorbans ? On ne sauroit douter d’abord que ce genre de vais- seaux ne reprenne ce fluide dans les cellules ; mais il est possible qu’il s’y mêle d’autres substances , celles surtout provenant de la nutrition, lesquelles peuvent en changer la nature. L’analyse chimique offre un vide sur ce point. 51 Cellulaire* § III. De la Graisse cellulaire. La graisse estle second des fluides auxquels le tissu Cellulaire sert de réservoir* Proportions naturelles de la Graisse. Très-abondante sous la peau, autour des surfaces séreuses, des organes à grands tnouvemens, etc., elle manque, comme nous l’avons dit, à la verge, au pré- puce , au scrotum, etc., sous les surfaces muqueuses, autour des artères, des veines , etc. Considérée dans l’intérieur des systèmes organiques, la graisse Varie en quanlité. Elle est nulle dans l’intervalle des tu- niques artérielles et veineuses. Les glandes lympha- tiques ne paroissent point en contenir. Le cerveau et la moelle épinière en sont dépourvus. On en trouve toujours dans les intervalles des fibres nerveuses : le plus souvent elle n’y est pas très-sensible ; mais en se desséchant, cesfibres laissent échapper unsuintement huileux, qui est constant, et qu’elle fournit évidem- ment. Elle est en général en assez grande quantité dans les fibres musculaires , surtout dans celles des muscles de la vie animale ; car on en voit très-peu dans ceux de la vie organique. Dans les os, où elle est nulle, elle est remplacée par le suc médullaire j les cartilages , les corps fibreux , les fibro-cartilages, en sont presque entièrement dépourvus. Le système glanduleux en contient quelquefois, comme on le voit dans les parotides, autour des bassinets des reins j d’autres fois,comme dans le foie, dansla prostate, etc., on n’y en trouve aucun vestige. Les systèmes séreux et cutané ne sont jamais graisseux, quoique beaucoup 52 SYSTÈME de graisse les entoure. Il en est de même du mu- queux : ce fluide est constamment étranger à l’épi- derme et aux poils. D’après cet aperçu rapide, on voit que l’intérieur des systèmes organiques contient en général très-peu de graisse. Les appareils eux-mêmes ne la présentent qu’en petite proportion entre leurs diverses parties. C’est ainsi qu’entre les tuniques de l’estomac, des intestins, de la vessie, etc, entre le périoste et l’os, entre celui-ci et le cartilage, entre le muscle et le tendon, etc., ce fluide est le plus souvent presque nul. Il suit de là que c’est principalement dans les inter- valles que les divers appareilslaissent entre eux, que la graisse s’accumule et trouve ses réservoirs cellu- laires. Or en l’examinant, sous ce rapport, dans les diverses régions, on voit, i°. qu’à la tête, le crâne et la face offrent une disposition inverse; que très-abon- dante dans la seconde, elle manque dans le pre- mier, surtout à l’intérieur; 20. que le cou en contient une proportion assez marquée ; 3°. que dans la poi- trine, on en voit très-peu autour des poumons, beau- coup aux environs du cœur; qu’à l’extérieur de cette cavité, sa partie supérieure en présente autour des mamelles un amas considérable ; 40. que dans l’ab- domen , elle abonde spécialement à sa partie posté- rieure, au voisinage du rein, dans le mésentère, dans l’épiploon ; 5°. qu’au bassin elle est en grandepropor- tion près de la vessie, du rectum; 6°. qu’aux membres, elle se trouve, comme le tissu cellulaire, d’autant plus abondante, qu’on examine ceux - ci plus supérieu- rement , et au voisinage de leurs grandes articula- tions, etc. CELLULAIRE. On remarque que chez l’enfant la quantité de graisse est en proportion beaucoup plus considérable sous la peau que par-tout ailleurs, surtout que dans l’abdo- men dont les vicères celluleux, l’épiploon en par- ticulier, n’en contiennent pas àcetâge. J’ai vérifié ce faitsur un grand nombre de sujets. Il ny a jamais que quelques flocons de graisse autour du rein, encore souvent sont-ils à peine sensibles. Tout le reste delà cavité abdominale en est dépourvu. La cavité pecto- rale n’en contient guère plus, et toujours beaucoup moins à proportion que dans la suite. J’ai observé aussi que le tissu intermusculaire en est presque par- tout privé. On diroit que tout ce fluide est alors con- centré sous la peau , au moins tant que le fœtus est bien portant. Cette surabondance de la graisse sou- cutanée remplit-ellequelque usage important?a-t-elle quelque rapport avec le volume alors très-gros du foie? Je l’ignore. Elle est un phénomène digne de fixer l’attention des physiologistes , surtout si on la compare à l’absence de la graisse dans presque toutes les parties où elle doit parla suite s’accumuler. Vers l’âge adulte, la graisse abdominale est à pro- portionbeaucoupplusconsidérablequelasoucutanée. La bouffissure extérieure est aussi rare vers la qua- rantième année, qu’elle est commune jusqu’à la qua- trième ou cinquième, époque à laquelle toutes les formes musculaires étant cachées par la surabondance graisseuse , le corps est sensiblement arrondi. Est-ce que la proportion considérable de graisse abdominale vers l’âge adulte a quelque rapport avec la fréquence des maladies dont cette région est alors le siège? Au reste, les proportions de graisse relatives aux 54 SY STE ME âges, ne sont point tellement générales, que souvent on y trouve des exceptions. Dans la vieillesse, toute la graisse se fond presque etdisparoît; le corps se ride, se racornit, devient grêle , etc. Proportions contre nature de la Graisse. Souvent la graisse s’accumule en très-grande quan- tité dans le tissu cellulaire. Je ne citerai point d’exem- ples de ces énormes collections, dont divers auteurs rapportent un grand nombre de cas : ce seroit des détails superflus. J’observerai seulement que cet état d’embonpoint extraordinaire, loin d’être un signede santé, indique presque toujours l’affoiblissement des absorbans destinés à reprendre la graisse, et que, sous ce rapport, il a plus d’analogie avec les infiltrations séreuses qu’on ne le pense communément. Différens faits établissent cette assertion. i°. Toute espèce d’embonpoint extraordinaire est accompagnée d’un affaiblissement dans lesforces musculaires, d’un état de langueur et d’inertie dans l’individu qui en est le siège. 2°. Dans l’homme où la force et la vigueur pré- dominent , on ne voit point cette bouffissure grais- seuse qui dérobe les saillies musculaires : celles-ci se prononcent avec force. Sous ce rapport, il faut soi- gneusement distinguer le volume du corps qui est dû à la dilatation par la graisse cellulaire, de celui que produisent le développement et la nutrition bien prononcés des organes. 3°. Souvent les causes qui affaiblissent évidemment les forces de la vie, pro- duisent un amas graisseux considérable : tels sont l’inertie, le repos, les grandes et longues hémorragies, CELLULAIRE. 55 la convalescence de certaines maladies aiguës, oii les forces languissent encore, que déjà la graisse abonde. 4°« L’état graisseux des muscles est pour eux un état d’affoiblissement sensible. 5°. Je me suis quelquefois convaincu, en examinant certains membres atro- phiés, que le peu de volume qu’ils conservent estdu en partie à la graisse qu’ils contiennent, et qui est en pro- portion presque égale à celle des membres restés sains, tandis que toutes les autres parties sont retirées et racornies sur elles-mêmes, les muscles en particulier. 6°. La castration, qui ôte aux forces vitales une partie deleuractivité,àla nutritionune partie deson énergie, est très-fréquemment marquée par un excès d’em- bonpoint. 7°. D’un autre côté, comme pour la géné- ration il faut un certain degré de développement dans les forces vitales, les individus trop gras où ce degré manque sont en général peu propres à cette fonction. Chez la femme ce fait est remarquable; il ne l’est pas moins chez l’homme. Dans les animaux, on fait la même observation. A mesure qu’on en- graisse les poules pour nos tables, elles deviennent de plus en plus impropres à pondre. La plupart des ani- maux domestiques sont soumis à la même loi.Ondiroit qu’il y a un rapport constant et rigoureux entre la se- crétion delà semence et l’exhalation de la graisse, que ces deux fluides sont en raison inverse l’un de l’autre. Concluons de tous les faits exposés ci-dessus , que si l’exhalation modérée de la graisse indique la force, sa surabondance est presque toujours un signe de foiblesse, et qu’il y a, sous ce rapport, une espèce de connexion entre les infiltrations graisseuse et séreuse, comme je l’ai annoncé plus haut. Cependant remar- 56 SYSTEME quons que presque toujours les leucophlegmaties pro- viennent d’un vice organique dans un viscère quel- conque, spécialement dans le cœur, le poumon, le l'oie, la matrice et la rate : d’où il résulte qu elles ne se résolvent guère, et que la mort, déterminée non par elles, mais par le vice organiquelui-même,les termine presquetoujours.Aucontraire,ilest rare iciqu’un vice semblableaccompagtie la surabondance graisseuse,la- quelle peut se concilier avec une longue vie. S’ilyavoit des leucophlegmaties sans autre altération que la foi- blesse cellulaire , je suis persuadé qu’elles pourroient s’accorder de même avec la régularité des fonctions. Les collections graisseuses considérables sont sou- vent un effet presque subit de quelques circonstances, de l’influence atmosphérique , par exemple. C’est ainsi que, dans ving-quatre heures , un brouillard engraisse les grives, les ortolans, les rouges-gor- ges , etc., au point qu’à peine peuvent-ils se dérober au fusil du chasseur.Ce phénomène, qui est surtout fréquent dans l’automne, n’est aussi frappant chez l’homme en aucun cas. La diminution de la graisse est aussi fréquente que son augmentation , et même on peut dire qu’il y a bien plus de maigreurs extrêmes que d’embonpoints extraordinaires. Les causes qui diminuent ce fluide sont celles-ci : i°. une longue abstinence , comme les jeûnes forcés et le sommeil des animaux dormeurs nous en offrent un exemple; en sorte que, sous ce rapport, la graisse est une nourriture de réserve que la nature s’est ménagée, lorsque celle qui est ordinaire vient à manquer ; 2°. toute affection organique un peu long-temps prolongée, comme les phthisies, les CELLULAIRE. cancers au pylore, à la matrice, les maladies du foie, du cœur, etc. : aussi ceux qui ont l’habitude d’ouvrir les cadavres savent - ils, par l’aspect extérieur, et sans connoître la maladie antécédente, juger si l’or- ganisation d’une partie essentielle est altérée. En gé- néral, dans les affections organiques, il y a non-seule- ment maigreur, mais encore altération de la nutrition des organes; ils sont plus grêles que de coutume. Au contraire, à la suite d’une fièvre aiguë qui n’a duré que peu de jours, la maigreur seule s’observe : la nu- trition , fonction qui s’altère comme elle s’exerce, c’est-à-dire lentement, n’est presque point encore sensiblement troublée. Il y a , sous ce rapport, une grande différence entre deux cadavres également mai- gres : il suffit,dans presque tous les cas,de disséquer un membre dans l’un et l’autre, sans voir les viscères internes, pour savoir si la mort a été l’effet lent d’un vice organique, ou le prompt résultat d’une fièvre bi- lieuse, putride, etc. Aux causes déjà indiquées, il faut ajouter, 3°. toute collection purulente un peu con- sidérable, surtout celles qui dépendent d’une affecl ion chronique; 4°* La leucophlegmatie, quoique cepen- dant il ne faille pas croire que la graisse et la sérosité s’excluent mutuellement, puisqu’on remarque encore le plus souvent beaucoup de graisse soucutanée dans des sujets très - infiltrés ; 5°. toutes les affections tristes del’ ame qui portent spécialement leur influence sur la vie intérieure,et quien affectent les organes plus particulièrement que ceux delà vie extérieure; 6°.les contentions d’esprit longues et soutenues , oü le cer- veau est surtout tendu , où la première influence se porte par conséquent sur la vie animale , quoique s Y S T È M* E cependant j’observe que la lésion des fonctions de cette vie influe moins sur l’embonpoint que celle des fonctions de l’autre ; j°. toutes les évacuations aug- mentées contre nature, commecellesdelabile,de l’u- rine , de la salive, etc.; comme les émissions trop fré- quemment répétées de l’humeur spermatique ,etc.,les catarrhes , ceux surtout qui ont lieu sur de larges sur- faces, comme les pulmonaires, ceux des intestins, etc. 8°. les chaleurs longues et prolongées de l’été , com- parées aux froids de l’hiver, qui sont en général plus favorables à l’amas de la graisse ; 90. les courses, les travaux pénibles, les fatigues de toute espèce; io°.les longuesmaladies,cellessurtoutoiilafaimspécialement altérée , ne permet que d’user de foibles alimens, ou même force à ne point en prendre de long-temps ; ii°. Les veilles long-temps continuées, le sommeil trop prolongé produisant un effet tout contraire, celui de beaucoup engraisser ; 120. l’usage immodéré des liqueurs spiritueuses , etc., etc. ; i5°. l’habitude de certains alimens âcres et épicés , de ceux qui ont des propriétés opposées aux farineux, etc., etc. Je ne cite pas un plus grand nombre de causes d’a* maigrissement ; d’après celles-ci, on concevra facile- ment celles que j’omets. Je remarque seulement que toutes se rapportent presque à deux chefs principaux; savoir, i°. à un affoiblissement général des forces, affaiblissement qui porte sur le système cellulaire comme sur tous les autres, et y produit ce phéno- mène ; 2°. à un affoiblissement partiel de celui - ci, affaiblissement provenant de l’affection d’un organe quelconque, dont l’action semble s’accroître aux dé- pens de celle du tissu cellulaire. CELLULAIRE. 59 État divers de la Graisse. La graisse est presque toujours solide et figée dans les cadavres , mais sur le vivant, elle s’approche plus de Fëtat liquide, au moins dans certaines parties, comme aux environs du cœur, des gros vaisseax, etc. Sous la peau , elle est constamment plus consistante. En général, dans beaucoup d’expériences où j’ai eu occasion d’ouvrir des animaux vivans à sang rouge et chaud , jamais je ne l’ai trouvée aussi exactement coulante que la fusion nous la présente , quoique plusieurs auteurs l’aient prétendu , fondés sur ce que la chaleur vitale doit la fondre. Il est hors de doute qu’un degré de calorique égal à celui de notre tempé- rature , agissant sur la graisse extraite du corps, la rendra bien plus fluide qu’elle ne l’est sur le vivant. D’ailleurs on sait que la température est à peu près uniforme, et que cependant les degrés de consistance de la graisse varient singulièrement. Il y a une re- marquable différence entre celle de l’épiploon, qui est une des plus fluides de l’économie, et celle des environs des reins, de la peau, qui est beaucoup plus ferme. Beaucoup d’animaux à sang rouge et froid ont la graisse coulante, etc. En général, il paroît que la nature et l’état de ce fluidene sont point les mêmes dans toutes le régions ; que les graisses abdominale, pectorale et cérébrale , différent entre elles, quoique cependant on n’ait sur ces différences aucune donnée positive et exacte. Dans les jeunes animaux,la graisse est blanchâtre et très-consistante après la mort. C’est cette consistance qui donne à l'enveloppe extérieure du fœtus humain 60 SYSTÈME une fermete' et une espèce de condensation remar- quables, tandis que chez l’adulte la peau d’un cadavre, flasque et lâche , cède au moindre mouvement com- muniqué, à cause de l’état de la graisse soucutanée. Cette graisse est ramassée chez le fœtus en petits globules plus ou moins arrondis; ce qui donne à son ensemble un aspect granulé. Souvent même il se fait des amas assez considérables : par exemple, il y a presque toujours à cetteépoque, entrelebuccinateur, le masseter et les tégumens, une espèce de boule graisseuse qui fait un corps isolé de la graisse envi- ronnante, et qu’on extrait en totalité. Elle contribue beaucoup à la saillie remarquable que les joues font à cette époque de la vie. La graisse jaunit à mesure que l’on avance en âgç, prend une odeur et une saveur particulières. En com- parant celle du veau à celle du bœuf, on saisit faci- lement la différence sur nos tables. Dans les amphi- théâtres , cette différence n’est pas moins marquée entre un sujet de dix ans et un de soixante. Au lieu de graisse , on trouve souvent autour du cœur des hydropiques, des phthisiques , et de tous ceux qui ont péri d’une maladie où ily a eu aüoiblisse- ment constant et prolongé, une substance jaunâtre, transparente et fluide, ayant un aspect gélatineux, et qui cependant, par sa nature, se rapproche beaucoup du caractère albumineux. Cette substance occupe aussi, dans des cas semblables, différentes autres ré- gions; mais elle y est moins fréquente. Elle paroit être gélatineuse plutôt que huileuse. CELLULAIRE. 61 Exhalation de la Graisse. Différentes hypothèses ont été proposées sur la manière dont la graisse se sépare du sang. Malpigi admettoit des glandes et des conduits excréteurs qu’aucun anatomiste n’a vus depuis lui, et auxquels on ne croit plus à présent.Haller supposoit la graisse toute formée dans le système artériel, circulant avec le sang,et nageantàl’extérieurde la colonne sanguine à cause de sa légèreté spécifique. Cette graisse ainsi circulante s’échappe, selon lui, par les porosités arté- rielles , et suinte de toute part dans le tissu cellulaire voisin. Cette opinion suppose donc deux choses : i °. l’existence de la graisse toute formée dans le sang artériel, existence qu’aucun fait positif ne prouve, dont jen’ai jamais pu me convaincre par l’inspection du sang rouge sorti de ses vaisseaux, et qui cependant, si elle avoit lieu, ne manqueroit pas de produire une foule de petites gouttelettes nageant à la surface du liquide à l’instant où on le tire. Dans mes expériences sur la coloration du sang, j’ai vérifié ce fait plusieurs fois j je l’ai remarqué aussi sur le sang des maniaques auxquels on pratique à l’Hôtel - Dieu l’artériotomie. 2°. L’opinion de Haller roule sur une transsudation vé- ritablement mécanique, transsudation que l’on déter- mine avec facilité dans les cadavres, mais qui n’a point lieu dans le vivant. En effet, si on met sur un animal une artère à découvert, qu’on l’isole exactement de tous côtés, et qu’on examine cette artère pendant long- temps, onne voitaucunsuintementgraisseuxsefaireà travers ses parois, quoique le sangy circule comme à l’ordinaire. Il est une infinité d’artères qui serpentent SYSTÈME dans le tissu cellulaire, sans y jamais laisser transsuder la graisse, comme on le voit au scrotum , aux pau- pières , etc. : or dans ces endroits, d un côté les artères sont organisées comme ailleurs, d’un autre côté il doit y avoir également de la graisse toute formée dans le sang qu’elles chaînent; donc, dans l’opinion de Haller, la graisse devroit venir aussi s’y déposer. D' ailleurs , nous verrons à l’article des exhalations , que cette transsudation par les pores artériels, quel que soit le fluide qu’on suppose transsudé, répugne évidemment aux lois de l’économie animale. Je ren- voie donc à cet article, pour établir le peu de fonde- ment de l’opinion de Haller ; nous verrons aussi à ce même article, que la graisse se sépare par une exhala* tion purementanalogue àcelledetous les autres fluides exhalés, c’est-à dire, par des vaisseaux d’un ordre particulier, qui sont intermédiaires aux extrémités artérielles et au tissu cellulaire. Quelques auteurs ont cru voir des vaisseaux chariant la graisse., et ils les ont désignés sous le nom d’adipeux ; mais il paroît que , comme tous les autres exhalans, ceux-ci se dé- robent toujours à l’inspection, et ne peuvent être éta- blis que par une suite de raisonnemens, qui du reste en‘démontrentrigoureusement l’existence. On pourra faire aux exhalans graisseux l’application de ce que nous dirons du système exhalant en général. Je ne m’occuperai point de la nature chimique de la graisse, de l’acide qu’elle renfeme , des altérations particulières qu elle subit en diverses circonstances, de celle par exemple qu’elle éprouve lorsqu’on laisse long-temps macérer dans l'eau les substances anima- les qui en contiennent, comme la peau, les muscles, etc. 63 Cela m'entraîneroit dans des details étrangers à cet ouvrage. D’ailleurs, je ne pourrois rien ajouter à tout ce qu’ont dit sur ce point les chimistes modernes. Je terminerai cet article par une remarque essen- tielle : c’est que dans les parties que la nature a privées de graisse,l’existence de ce fluide n’auroit pu se prêter aux fonctions de ces parties. La verge augmentée de volume par lui, n’auroit plus été en rapport avec le vagin. Les paupières graisseuses n’auroient pu se re- lever que difficilement. Accumulée dans le tissu sou- muqueux , la graisse eût rétréci la cavité des organes que tapissent les surfaces muqueuses. Répandue dans celui qui environne les artères, les veines et les excré- teurs, elle eût également obstrué le calibre de ces vaisseaux ; et observez ici que son absence constante du tissu sousartériel est une preuve de plus contre l’opinion de Haller sur sa transsudation. Accumu- lée dans la cavité cérébrale, elle eût compriméle cer- veau à cause delà résistance des parois osseuses du crâne, etc.qui ne cèdent point comme celles de l’ab- domen quand les viscères gastriques se remplissent de graisse. Dans la poitrine, le diaphragme peut s’a- baisser , et d’ailleurs les poumons peuvent, sans dan- ger pour eux, occuper moins de place quand beau- coup de graisse s’exhale dans le piédiastin. Cette remarque applicable aussi à la sérosité, explique un phénomène important dans les maladies, savoir, qu’une très-petite quantité de fluide épanchée dans l’arachnoïde suffit pour troubler les fonctions du cer- veau , tandis qu’un grand épanchement est sans dan- ger actuel dans l’abdomen ou dans la poitrine. CELLULAIRE. SYSTÈME ARTICLE QUATRIÈME. Organisation du Système cellulaire. Xj e système cellulaire est, comme presque tous les autres, composé d’un tissu propre et de parties com- munes. § 1er. Tissu propre à l’Organisation du Système cellulaire. Ona beaucoupécritsurlanaturede ce tissu jBordeu a donné sur elle quelques idées vagues et point d’ex- périences. Fontana a fait des recherches qui mènent à peu de résultats sur son intime structure et sur les cylindres tortueux dont il est l’assemblage selon lui. Ecartons toute hypothèse que l’inspection ne dé- montre pas ; suivons la nature dans les phénomènes de structure qu’elle nous présente, et non dans ceux qu’elle a voulu nous dérober. Or ,en considérant ainsi le tissu cellulaire, nous voyons qu’il est bien diffé- rent de l’espèce de glu à laquelle on a voulu le com- parer. C’est un assemblage d’une foule de filamens blanchâtres, traversant le plus souvent des espèces delames minces, qui forment les cellules avec ces fila- mens. Pourbien voir cette organisation,ilfaut prendre une portion celluleuse du scrotum où la graisse ne se rencontre jamais, et dont le tissu ne peut par conséquent être caché par ce fluide : on étend cette portion en une espèce de membrane, et on la regarde au grand jour. Alors on y distingue bien manifeste- ment , i°. une toile transpareni e, disposée par lames , qui en fait le fond pour ainsi dire, et dont la ténuité CELLULAIRE.' 65 est telle qu’on peut vraiment la comparer, comme Ta fait un physiologiste, à l'enveloppe des vésicules que présente l’eau de savon oii on a poussé de l’air avec un chalumeau. Il est imposible de distinguer à l’œil nu aucune fibre dans le tissu de ces lames : touty est uniforme.2°,Elles sont très-manifestement traversées par une foule de filamens qui ne suivent aucune di- rection, qui s’entrecroisent dans tous les sens , qui se touchent tous quand le tissu cellulaire est rassemblé en paquet, mais qui, lorsqu’on le distend, laissent voir entre euxd’une manière très-manifeste les lames dont je viens de parler. Plus on étend le paquet cel- lulaire, plus par conséquent il forme une large mem- brane, plus ces filamens laissent de grands intervalles entfe eux,et par làmêmeplus leslarnes intermédiaires deviennent apparentes. Quelle est la nature de ces filamens ? Je présume que les uns sont des absorbans, les autres des exha- îans, et que plusieurs sont formés dans les endroits oiideslames s’unissent les unes avec les autres pour la formation des cellules. En effet,plus d’épaisseur résul- tant de cès unions, on les distingue par des lignes plus marquées sur le tissu cellulaire étendu en membrane. Ce qui me fait croire cela, c’est que quand, au lieu d’examiner le tissu cellulaire sur une portion extraite du scrotum, etétendue comme je l’ai dit, on le consi- dère dans un emphysème artificiel, comme dans celui des boucheries, par exemple , alors on ne distingue sur l’enveloppe de chaque'cellule, que les lames non- filamenteuses dont j’ai parlé, sans aucun de ces fila- mens qui la traversent dans le procédé précédent. Ces lames n’ont pas la même épaisseur dans tous 66 SYSTEME les cas : assez denses quand le tissu cellulaire est con- tracté sur lui-même, elles deviennent, quand on le distend par l’air ou par tout autre moyen, si minces et si tenues, que l’esprit se refuse à concevoir quelque chose d’organique dans cette espèce de souffle ou de vent, si je puis parler ainsi. Cependant l’organisation yest très-réelle, quoiquequelques-uns l’aient révoquée en doute. Qu’est-ce en effet qu’un tissu qui se nourrit, s’enflamme et suppure, qui est le siège de fonctions vitales très-marquées, qui vit très-sensiblement,sinon un tissu organique? Toutes ces idées vagues de sucs concrets, de glu non-organisée, de suc figé, qu’on a appliquées au tissu cellulaire , n’ont aucun fonde- ment solide, ne reposent sur aucune expérience, sur aucune observation , et doivent être bannies d’une science où l’imagination n’est rien, et où les faits sont tout. Le tissu cellulaire présente des différences essen- tielles d’organisation : par-tout où il y a de la graisse ou de la sérosité accumulées, on voit de véritables cellules qui offrent de petites poches communi- quant ensemble, lesquelles forment des réservoirs dont les parois sont composées des lames transparen- tes et non filamenteuses dont nous avons parlé j c’est dans ces poches que se font les infiltrations séreuses et graisseuses. Au contraire, dans le tissu soumu- queux , dans celui qui forme la membrane externe des artères, des veines et des excréteurs, il n’y a point de ces poches, point de cellules à proprement parler, point de ces lames qui les forment. Lorsqu’on en- lève avec précaution ce tissu , en le soulevant de dessus la surface surlaquelle il est appliqué, et en le CELLULAIRE. tiraillant même un peu pour mettre leur texture à découvert, on voit très-distinctement une foule de filamens s’entrecroisant dans tous les sens, formant un véritable réseau, des mailles, si je puis m’ex- primer ainsi , mais non des poches, des cavités. L’air distend bien ce réseau quand on le pousse avec force dans le tissu voisin; mais aussitôt qu’on fait une ouverture aux environs , il s’échappe et le tissu s’affaisse ; au lieu que celui accumulé dans le tissu ordinaire, dans le soucutané, dans l’intei mus- culaire , etc., séjourne dans les cellules , malgré qu’elles aient en partie été mises à nu , sans doute parce que les ouvertures de communication qui exis- tent entre elles, sont très-petites. Ce fait est remaiv quable dans toutes les boucheries, où l’on .voit le tissu à cellules très-boursouflé autour des chairs dépouil- lées. Il paroit que lesfilamcns entrecroisés en tous sens., qui forment autour des vaisseaux et sous les surfaces muqueuses, un réseau cellulaire, sont absolument de même nature que ceux parsemés en diverses di- rections dans les lames membraneuses d’où résultent les cellules ; seulement ils sont plus rapprochés, et ils existent seuls. D’après ce que je viens de dire, il est évident qu’il j a deux choses dans le tissu cellulaire ordinaire : i°. yne foule de lames fines, transparentes, exis- tant par-tout où le tissu est lâche, susceptible de céder subitement aux diverses distentions, de re- tenir les fluides que renferment ses cellules, etc.; 2°. des fila mens entremêlés à ces lames là où elles se trouvent, mais existant seuls en certains endroits. 68 SYSTÈME Ces lames et ces fiiamens celluleux ont une singu- lière tendance à absorber l’humidité atmosphérique. Ont e voit dans les amphithéâtres où un sujet sec et facile à disséquer le matin , est. souvent comme in- filtré le soir, si le temps a été humide : or cette infil- tration a lieu dans le système cellulaire, qui est alors un véritable hygromètre. Composition du Tissu cellulaire. Les chimistes ont placé ce tissu dans la classe gé- nérale des organes blancs, dans ceux qui fournissent une grande quantité de gélatine. Il en donne en effet, et on obtient, par une dissolution detan,un précipité remarquable de l’eau dans laquelle ce tissu a bouilli sans organes étrangers que les vaisseaux qui le par- courent , comme est par exemple celui du scrotum. J’ai fait cette expérience. Mais cependant divers réactifs agissent sur ce tissu bien'différemment que sur les tissus fibreux, cutané, cartilagineux, etc. Exposé à l’action de l’air, le tissu cellulaire se sèche avec promptitude, mais sans prendre la cou- leur jaunâtredu tissu fibreux: il reste blanc. Lorsqu’on le fait sécher par plaques un peu considérables, ses cellules se collent les unes aux autres, et ces.plaques étant un peu distendues pour faciliter la dessiccation, représentent, lorsqu’elle est achevée, une véritable membrane séreuse, qu’il seroit impossible de dis- tinguer d’un lambeau des véritables séchées aussi. Dans cet état , le tissu cellulaire est souple ; on le ploie dans tous les sens avec une extrême facilité ; il n’a point la roideur du tissu fibreux desséché ; quand on le replonge dans l’eau, il ne reprend qu’im- CELLULAIRE. parfaitement son apparence primitive -, ses cellules se décollent avec peine. Exposé à la putréfaction parmi les autres substances animales, il y cède moins vite que plusieurs d’entre elles, par exemple, que les organes glanduleux et musculaires ; infiltré des sucs de la putréfaction, il n’est réduit par eux eu un putrilage que quelque temps après ces parties. Ce fait est surtout remar- quable dans le tissu soumuqueux, dans celui qui en- toure les vaisseaux ; les filamens qui le composent résistent beaucoup plus que les autres portions du système cellulaire au mouvement putréfattif. Il en est de la macération comme des phénomènes préce'dens. A voir un tendon et du tissu cellulaire, qui ne croiroit que l’action de l’eau doit ramollir le premier bien plus vite que le second? et cependant déjà l’un est mou et comme fluidifié, que l’autre est encore presque intact. Au bout de trois mois de sé- jour dans l’eau, à la température des caves, le tissu extérieur aux artères ne m’a paru avoir subi aucune altération. Le soucutané, le sousércux , l’intermus- culaire, etc., s’altèrent plus vite, mais moins à pro- portion que celui de beaucoup d’autres organes. Je conserve depuis six mois, dans un bocal, desmerfs qui, comme nous le verrons, ne s’altèrent presque pas par l’eau ; le tissu qui en sépare les faisceaux est aussi ferme et aussi distinct qu’auparavarit. Cette.ré- sistance à l’action de l’eau est moindre quand on fait macérer le tissu cellulaire avec des organes qui, y cédant promptement, le résolvent en putrilage, que quand on l’y expose seul. Cette résistance est d’au- tant plus remarquable, que ce tissu, plus mince, est s Y S T È M F accessible par un plus grand nombre de points au contact du fluide. Si le tissu des tendons, des car- tilages , des aponévroses, de la peau , etc., étoit dis- posé par lames aussi fines et aussi écartées, je suis persuadé que troL ou quatre jours de macération suffiroient pour les réduire en putrilage. J’en dirai autant de l’ébullition : peu d’instans se- roient suffisans pour faire disparoître et pour fondre en gélatine la plupart des tissus blancs , s’ils étoient disposés en lames aussi minces que le système cellu- laire : cependant celui-ci résiste long-temps; diverses lames se voyent encore entre les fibres des muscles bouillis. La graisse qui reste encore par paquets au milieu des faisceaux charnus, après la coction, s’é- couleroit, si elle n’étoit contenue dans des cellules restées intactes ; d’ailleurs on peut facilement s’as- surer de l’existence des lames dans ces paquets grais- seux. C’est surtout sur-le tissu extérieur aux artères, aux excréteurs, etc., que l’action de l’eau bouillante est très-longue à agir. Du reste, le tissu cellulaire qui bouillit éprouve des phénomènes analogues aux autres organes traites de la même manière. i°. Jusqu’à l’instant où une écume albumineuse s’élève de l'eau qui le contient, il reste mon , et à peu près tel qu il étoit. 2°. Quand cette écume se forme, il se racornit, se crispe et prend un volume plus petit. Le racornissement augmente jusqu’à l’ébullition , qui arrive presque tout de suite. Danscct état ,1e tissu est plus ferme; il est devenu élas- tique; si on le tire en sens opposé, il revient tout à coup sur lui-même, ce qu il ne faisoit pas auparavant. 5°. L’ébullition continuant,il se ramollit peu à peu, perd CELLULAIRE. 71 son racornissement : alors son extensibilité devient presque nulle : on l’alongeoit beaucoup sans le rompre dans l’état naturel ; sa rupture est alors l’effet du moindre effort. 4°. Enfin par l’action continuée de l’eau bouillante, il se fond peu à peu. J’ai remarqué que dans aucune période de l’ébullition , il ne prend cette teinte jaunâtre qui se répand sur tout le sys- tème fibreux bouilli. D’après les phénomènes que nous présente le tissu cellulaire exposé aux actions de l’air sec, de l’air hu- mide, de l’eau froide et de l’eau bouillante, etc., je présume qu’il .est moins facilement altérable par les sucs gastriques que beaucoup d’autres, que le tissu musculaire , par exemple; d’ailleurs les faits suivans le prouvent, i°. Le goût, indice presque toujours certain que nous donne la nature pour juger des ali— mens digestifs, est bien moins vif pour les amas cel- lulaires entremêlés aux*chair$ cuites, que pour ces chairs elles-mêmes. 2°. J’ai fait sur moi-même cette expérience : quand mon estomac contient une suffi- sante quantité d’alimens,je vomis à volonté près d’une heure après le repas ; lorsqu’il n’en renferme que peu , je ne puis point vomir ainsi, mais en le remplissant d’un fluide chaud , je rejette celui-ci , et avec lui les alimens qu’il contient. Or je me suis fré- quemment assuré par ces moyens, surtout par le dernier, que les pelotons cellulaires qui se trouvent avec les fibres charnues du bouilli, sont plus long- temps à être altérés que ces fibres elles-mêmes : déjà celles-ci sont pulpeuses, que les autres restent presque enepre intacts. La graissequi, en général, remplit ccs pelotons cellulaires, peut bien influer SYSTÈME aussi un peu sur ce phénomène. 3°. J’ai fait la même observation sur des chiens que j’ouvrois aux différente s époques de la digestion pour constater les différences de la bile dans les canaux cystique et hépatique, dif" férences dont j’ai déjà en partie rendu compte. Comment le tissu cellulaire peut-il allier à la mol- lesse et à la finesse qui le caractérisent, une résistance proportionnellement plus forte aux différens réactifs, que celle des différens tissus beaucoup plus solides? On sait que chez les noyés une grande quantité de gaz dégagée de différens organes, de ceux spé- cialement qui contiennent beaucoup de sang, comme des muscles , des glandes, etc., remplit le tissucel- lulaire , le rend emphysémateux et fait surnager rani- mai. Ce phénomène.n’a point lieu si souvent à l’air nu , où la putréfaction arrive tout de suite, avec noir- ceur et désorganisation des parties. Les tendons, les aponévroses, les cartilages-, les os , etc., ne m’ont point paru , dans des animaux noyés exprès, con- courir à la production de ces gaz. Le tissu cellulaire lui-même y a, je crois, moins de parL que les organes indiqués. Du reste, il seroit facile de savoir l’espèce de gaz que rend chaque système organique, en fai- sant macérer isolément ces systèmes dans des vais- seaux clos , disposés de manière à recueillir ces pro- ductions aériformes. Si chacun a son mode de putré- faction et degangrène, etc., si dans cet état leur aspect n’est pas le même, il est à présumer que les produits qui s’en échappent sont différens. Dans les cadavres enfouis et hors du contact de l’air, le boursouflement emphysémateux survient souvent, et il est quelquefois assez fort, comme je CELLULAIRE. l’ai observé dans un cimetière, pour déclouer la planche qui est au-dessus delà bierre, quoique celle-ci soit chargée d’un demi-pied de terre, qui s’élève alors au-dessus du niveau de la terre qui recouvre les autres cercueils. § II. Parties communes à VOrganisation du Sys- tème cellulaire. Vaisseauoc sanguins. Il ne faut point juger des vaisseaux du tissu cel- lulaire par les injections. Lorsqu’elles sont fines et qu’elles ont bien réussi, mille filets divers entrelacés dans tous les sens, lui font pour ainsi dire perdre sa couleur blanchâtre, et le transforme en un lacis vasculaire; souvent même il y a extravasation. L’as- pect d’un cadavre ainsi injecté est mensonger : il dé- pend de ce que les exhalans ont admis lefluide circu- lant par impulsion dans les artères, tandis que leur mode de sensibilité repoussoit le sang dans l’état or- dinaire. En disséquant sur un animal vivant le tissu cellulaire, on voit qu’il est blanchâtre comme sur le cadavre , que de gros troncs qui lui sont étrangers y laissent en le traversant diverses branches et rami- fications qui s’y perdent manifestement. En écartant la peau .des organes subjacens , le tissu soucutané se distend, et on distingue très-bien dans son milieu diverses petites branches qui y finissent ; cela est re- marquable sur les chiens. En rendant préliminaire- ment le tissu cellulaire emphysémateux,î’expérience réussit encore mieux. On voit très-bien aussi de cette manière le sang varier dans ces vaisseaux ; sou- vent au bout de quelque temps d’exposition à l’air, il y en paroît un nombre doublede celui quiexistoit 74 s Y S T £ m É à 1 instant de la dénudation. Toujours il y a des varia- tions remarquables, pour peu que l’on examine long- temps l’endroit mis à découvert ; c’est le sang qui s’engage dans les exhalans, et qui paroît multiplier ainsi le nombre des petites artères. Eochalaris. L’existence des -exhalans est rendue manifeste , i°. par l’expérience précédente qui est une manière naturelle de les injecter; 2°. par les injections artifi- cielles qui , comme je l’ai dit, montrent beaucoup plus de vaisseaux qu’il n’y en a à l’ordinaire ; 5°. par les transsudations qui arrivent quelquefois dans les cellules , lorsque ces injections sont poussées avec beaucoup de force, transsudations qui forment véritablement une exhalation artificielle ; 4°* Par l’exhalation naturelle qui s’y fait continuellement , et qui a pour matériaux, la graisse d’une part, la sé- rosité de l’autre; 5°. par les exhalations accidentelles qui y ont lieu quelquefois, comme quand le sang s'y répand et colore en rouge les infiltrations sé- reuses , etc., etc. En général, peu de systèmes dans ]’économie vi- vante sont parsemés par un plus grand nombre d’ex- balans; je ne parle pas de ceux qui servent à sa nu- trition , et qui s’y trouvent par conséquent comme dans tous les autres organes. La surabondance de ces vaisseaux est relative surtout à l’exhalation habi- tuelle qui s’y fait. C’est cette surabondance qui rend, comme nous le verrons, l’inflammation d’autant plus fréquente dans une partie, que le tissu cellulaire y est en plus grande proportion; c’est elle qui l’expose G ELLULA I R I£. àcettefouled’altéiations ou son tissu, commeétouffê par les substances variées qui s’exhalent, présente un aspect tout solide, et offre tantôt une matière larda- cée, tantôt une matière comme gélatineuse , quel- quefois une espèce de squirre, etc. Absorbans. Les absorbans répondent auxexhalans dansle sys- tème cellulaire; l’œil ne peut les suivre, les injections ne sauroient les atteindre. Mais leur existence y est prouvée, i°.par l’absorption naturelle et permanente de la graisse et delà sérosité, 20. par celle plus mani- feste qui produit la résolution des infiltrations sé- reusesdans les hydropisies,sanguines dans les ecchy- moses, purulentes dans les diverses espèces de ré- sorptions ; 3°. par la disparition des fluides doux injectés dans les cellules, disparition qui ne peut avoir pour agens que ces vaisseaux, 40. par la réso- lutiondes emphysèmes naturels et accidentels dans lesquels l’air, ou du moins les principes qui le cons- tituent, n’ont point d’autres voies pour s’échapper. Cela est manifeste quand l’emphysème dépend d’une rupture à une cellule bronchique , et quand en fai- sant une très-petite ouverture à un animal, on la rebouche exactement après qu’elle a servi à pousser l’air dans le tissu soucutané, comme je m’eri suis souvent assuré. 5°. Le dessèchement des ulcères ex- térieurs dépend des absorbans cellulaires. Souvent dans la phthisie, les foyers se vident tout à coup, et on ne rencontre sur le sujet, qui ne tarde pas aiors à mourir, que la place qu’occupoit le pus ou la sanie : deux malades me sont déjà pérs ainsi par une ré- S.Y S T È M E sorption presque subite, et exactement analogue à celle des ulcères extérieurs. 6°. Là ou il a y le plus de tissu cellulaire, on rencontre le plus d’absorbans et le plus de ces. espèces de corps à apparence glandu- leuse, où se ramifient ces vaisseaux. Là oiile tissu cel- lulaire est presque nul, comme au cerveau , on ne voil que difficilement le système absorbant, etc. Onpeutdoncconsidérerle systèmecellulaire comme l’origine principale des absorbans, de ceux surtout qui servent à charier la lymphe. Ces vaisseaux et les exhalans paroissent spécialement concourir à sa tex- ture. Plusieurs ont cru même qu’il en étoit exclusi- vement formé; mais on n’a sur ce point rien de fonde sur l’observation et la dissection. Nous voyons un tissu transparent, filamenteux, et rien de plus. Chaque cellule est un réservoir intermédiaire aux exhalans qui s’y terminent, et aux absorbans qui en naissent. Elles sont en petit ce que les poches sé- reuses sont en grand. On ne voit l’orifice ni des uns ni des autres vaisseaux. Nej'fs. On voit beaucoup de nerfs parcourant le tissu cel- lulaire. Mais leurs filetss’y arrêtent-ils? La dissection ne montre rien là-dessus : cela vient peut-être de ce que ces filets,blanchâtres comme ce tissu, ne peuvent s’en distinguer aussi bien à leur terminaison, que les filets artériels, que leur couleur rend très-apparens lorsqu’ils sont parcourus par le sang rouge. CELLULAIRE. 77 ARTICLE CINQUIÈME. Propriétés du Système cellulaire. § 1er. Propriétés de tissu. Ij e s propriétés de tissu sont très-caractérisées dans le système cellulaire. Extensibilité. L’extensibilité y est mise en évidence dans une foule de cas, comme dans l’œdème, dans les amas de graisse, et dans les différentes tumeurs , où ses cel- lules sont extrêmement écartées, et où ses men> branes se trouvent singulièrement alongées. Tous les mouvemens naturels supposent cette extensibilité: le bras ne peut s’élever sans que le tissu de l’aisselle n’acquière une étendue double, triple même de celle qu’il a dans l’abaissement. La flexion et l’extension de la cuisse, du cou, et de presque toutes les parties, présentent des phénomènes analogues, à des degrés différens. Si on écarte un organe quelconque de ceux auxquels il est contigu, le tissu intermédiaire s’a- longe considérablement. Les degrés de l’extensibilité du tissu cellulaire varient. Dans le soucutané, le souséreux, Pintermus- cuîaire, etc., cette propriété a des limites bien plus reculées que dans la couche soumùqueuse, dans celle extérieure aux artères , aux veines et aux excréteurs. Elle est réelle cependant dans celle-ci, comme le prouvent les dilatations des viscères gastriques , les anévrysmes, les varices, etc. Mais ces phénomènes SYSTÈME eux-mêmes attestent la difficulté' plus grande de s’é- tendre dans celte espèce de tissu : par exemple, le tissu ordinaire seroit incapable de résister à l’impul- sion du sang après la rupture des tuniques artérielles. 11 y auroit une dilatation subite, énorme et bientôt mortelle, si les artères n’étoient environnées que par lui. C’est la densité de celui qui les entoure, qui assure les progrès lents et successifs de ces tumeurs. C’est en effet un caractère essentiel de l’extensibi- lité de presque tout le système cellulaire ou les lames et conséquemment les cellules se rencontrent, de pouvoir toujours être mise en jeu subitement, d’une manière instantanée. On a un exemple de ce mode d’extension dans les emphysèmes arti- ficiellement produits , et qui font passer tout à coup ce tissu d’un état complet de resserrement à la plus grande extension dont il est capable. L’injection ar- tificielle des fluides divers présente le même phé- nomène. On l’observe encore à la suite des fractures , des contusions des membres, où l’on voit quelquefois d’énormes engorgemens se développer d’une ma- nière presque subite. Le tissu cellulaire est le siège évident dè ces engorgemens qui ont lieu dans celui qui est soucutané, et non dans celui subjacetu aux .aponévroses, parce que l’extensibilité de ces membranes n’étant point susceptible de se mettre ainsi en jeu d’une manière subite, résiste à toute dilatation qui n’est point successivement amenée. Beaucoup d’autres organes, comme les tendons, les cartilages, les os, etc., quoique jouissant, comme le tissu cellulaire , de l’extensibilité de tissu , en diffèrent cependant, ainsi que les aponévroses, par l’impossi- CELLULAIRE. bilitéde se distendre ainsi subitement.En général, la mollesse de la trame primitive paroit influer beau- coup sur cette modification de l’extensibilité. Trop distendu, le tissu cellulaire s’amincit d’abord sensiblement,et finit enfin par se rompre. Dans l’état naturel, aucun mouvement de l’économie n’est sus- ceptible d’être poussé assez loin pour occasionner cette rupture: par exemple, j’ai remarqué qu’en prenant du tissu cellulaire sous l’aisselle, il faut l’é- tendre au moins trois fois plus qu’il ne l’est dans l’élévation du bras, pour occasionner ce phénomène. D’ailleurs, ce qui s’oppose encore à cette rupture , c’est l’espèce de locomotion qu’il est susceptible d’é- prouver; en sorte que trop fortement tiraillé, il dé- place celui qui lui est contigu, l’attire et se trouve ainsi moins distendu. On voit ce phénomène d’une manière remarquable dans les engorgemens du tes- ticule, dans l’hydrocèle volumineux. Alors tout le tissu environnant celui de la partie inférieure du ventre, du haut des cuisses et du périnée, tiraillé par celui qui recouvre la tumeur immédiatement, vient aussi s’appliquer sur elle. J’ai remarqué que le tissu cellulaire enflammé per- doit en partie celte propriété, et que sur le cadavre lise rompt avec une très-grande facilité. C’est ce qui arrive aussi surtout dansles indurations diverses dont il est le siège. Par exemple, celui qui environne la matrice devenue cancéreuse, étant engorgé et tumé- fié, a perdu toute faculté de s’étendre; il est même fra- gile, si je puis me servir de ce mot; le moindre ef- fort suffît pour le rompre et le briser. Ce fait est cons- tant dans toutes les affections cancéreuses un peu 80 SYSTÈME avancées de la matrice, et dans celles de beaucoup d’autres organes. Contractilité. La contractilité de tissu est mise en jeu dans le système cellulaire toutes les fois que l’extension où il se trouvoit cesse. Ainsi dans l’amaigrissement, dans la résolution des œdèmes et des tumeurs, les cel- Iules se concentrent sur elles-mêmes et perdent une grande partie de la capacité quelles avoient acquise ; dans une plaie qui a intéressé le tissu cellulaire avec la peau, les bords s’écartent, et un intervalle reste entre eux par le resserrement des cellules. A mesure que l’on avance en âge, cette contrac- tilité de tissu devient moins facile à s’exercer ; la jeunesse est l’époque de son plus d’énergie : aussi à la suite des grands amaigrissemens qui surviennent aux vieillards,la peau est flasque et plissée enplusieurs sens, parce que le tissu cellulaire subjacent ne s’étant point resserré sur lui-même, l’enveloppe cutanée est restée éloignée des organes externes, et n’a pu se coller à eux. Au contraire, dans un jeune homme devenu irès-maigre, la peau est exactement appliquée aux organes; elle conserve sa tension, parce qu’en se contractant, les cellules la ramènent de toutes parts contre les parties ; celles-ci font des saillies exté- rieures. Il faut bien distinguer ces saillies , qui dans la face forment ce qu’on nomme traits effilés , d’avec les replis cutanés. § II. Propriétés vitales. Les propriétés animales ne sont point l’attribut du CELLULAIRE. tissu cellulaire : dans l’état ordinaire , on peut impu- nément le couper avec l’instrument tranchant, le ti- railler en divers sens, le distendre avec les gaz. L’animal soumis à ces expériences ne donne aucune marque de sensibilité. Si quelques douleurs se font sentir, cela dépend des filets nerveux qui le traversent et qui peuvent être irrités par hasard. Dans l’état ma- ladif, au contraire , la sensibilité s’y exalte à un tel point, qu’il peut devenir le siège des plus vives dou- leurs ; le phlegmon en est une preuve. Les propriétés organiques sont très-marquées dans le tissu cellulaire; la graisse et la sérosité n’y seroient point absorbées si elles ne faisoient sur lui une im- pression qui met en jeu la sensibilité organique. J’ob- serve à l’égard de cette propriété considérée dans le système cellulaire, que toutes les substances ne sont point en rapport égal avec elle : parmi les fluides ani- maux, le sang, la lymphe et le lait, ne l’exaltent point assez lorsqu’ils s’y épanchent, ou qu’on les y injecte, pour empêcher l’absorption qui a lieu pour eux comme pour lagraisse et pour lasérosité.Au contraire, cette sensibilité est tellement altérée par le contact de l’urine, de la bile , de la salive et des autres fluides - destinés à être rejetés au-dehors, que souvent l’in- flammation est consécutive à leur contact, lequel n’en détermine point l’absorption. Parmi les fluides étrangers, l’eau injectée est absorbée. Le vin et pres- que tous les autres fluides irrilans excitent des dé- pôts, et sont rejetés au-dehors avec le pus qui en résulte. On sait que dans l’opération de l’hydrocèle, des abcès au scrotum sont toujours le résultat du passage accidentel de l’injection dans le tissu cel- 82 SYSTÈME lulaire , passage qui est dû à une déviation de la ea- nul du trois-quarts. Les expériences sur les animaux vivans s’accordent parfaitement avec ce fait; tout autre fluide irritant, les acides affoibüs , les dissolu- tions alcalines, etc., produisent le même phénomène. La contractilité organique insensible est évidem- ment prouvée dans le tissu cellulaire,par l’exhalation et par l’absorption qui s’y opèrent. Il jouit jusqu’à un certain point de la contractilité organique sensible. On sait que l’impression seule du froid suffit pour resserrer le scrotum d’une manière très-marquée; que suivant qu’elle est irritée ou qu’elle se trouve dans l’état naturel, cette partie passe par des degrés très-différens de contraction et de relâ- chement : or elle ne paroît contenir sous la peau que l’organe cellulaire, dont les filamens, il est vrai, pré- sentent un aspect particulier, et semblent différer par leur nature des filamens des autres portions de ce système. Sans doute cette contraction n’est poiut à comparer à celle des muscles , mais elle en est cer- tainement le premieè degré; elle est de même nature, ou plutôt elle tient le milieu entre la leur et ces os- cillations impossibles à saisir, que nous désignons sous le nom de contractilité organique insensible , que d’autres appellent tonicité , etc. Sympathies. Les rapports du système cellulaire avec les autres systèmes, sont très-nombreux et très-multiplies, mais souvent il n’est pas facile de bien les apprécier. En effet, comme il est disséminé dans tous les organes , et qu’il concourt à la structure de tous, on a souvent 83 beaucoup de peine à distinguer ce qui lui appartient d’avec ce qui est* l’attribut des parties où il se trouve. Cependant, ces rapports deviennent manifestes en plusieurs circonstances : dans les affections aiguës, comme dans les maladies chroniques, il est très-sus- ceptible d’être influencé par les affections des or- ganes. Je ne parle pas ici des altérations nées de la juxta-position et de la continuité,altérations si com- munes, comme nous avons vu : je n’entends parler que de celles produites dans des endroits du tissu cellulaire qui n’ont aucun rapport connu avec l’or- gane affecté. Dans les maladies aiguës qui ont leur siège dans un organe particulier, dans le poumon, l’estomac, les intestins, etc., souvent le tissu cellulaire s’affecte sym- pathiquement; il devient le siège d’inflammation, de foyers purulens, etc. La plupart des de'pôts critiques dépendent de ce rapport réel, quoique inconnu, exis- tant entre l’organe affecté et le tissu cellulaire.Souvent c’est l’exhalation où l’absorption naturelle à ce tissu qui est altérée dans les affections aiguës : de là les bouffissures, les œdèmes qui surviennent quelquefois subitement. J’ai soigné à la salle Saint-Charles un homme qui, par l’effet d’une forte terreur, éprouva un resserrement subit à l’épigastre; une teinte jau- nâtre , indice de l’affection du foie par l’émotion, se répandit peu d’heures après sur !e visage. Le soir il avoit un œdème remarquable dans les membres inférieurs , œdème produit sans doute sympathique- ment par l’influence du foie sur le tissu cellulaire. Cette influence des organes principaux sur ce sys- tème devient surtoutremarquable dans les affections CELLULAIRE. SYSTÈME chroniques, dans les alterations de tissu qu’ils éprou- vent. On sait que la plupart des maladies lentes du cœur, du poumon, de la rate, de l’estomac, du foie, de la matrice, etc., ont pour symptômes , dans leurs dernières périodes , une leucophlegmatie plus ou moins générale, laquelle ne dépend que del’af- foiblissement né dans le tissu cellulaire. L’art doit beaucoup au cit. Corvisart, pour avoir un des pre- miers fait sentir que presque toutes les infiltrations sont symptomatiques, que presque toutes dépendent par conséquent de l’influence exercée par l’organe affecté sur le tissu cellulaire. Il arrive alors d’une manière lente, ce qui est survenu presque tout à coup dans le malade dont je viens de parler. INous voyons dans toutes les maladies aiguës , la peau ressentir avec une extrême facilité l’influence sympathique des organes malades , être plusieurs fois alternativement sèche ou humide de sueur dans la même période , souvent dans le même jour. Je suis persuadé que le tissu cellulaire éprouve les mêmes altérations que la peau , et que, si nous pou- vions voir ce qui s’y passe, nous découvririons ces cellules plus ou moins humides, plus ou moins sè- ches , suivant le mode d’influence qu’il reçoit : c’est même à cela qu’il faut rapporter l’état différent des cadavres morts de maladies aiguës, lesquels présen- tent des variétés sans nombre dans leur sérosité cel- lulaire. La plupart des médecins considèrent d’une ma- nière trop générale une foule de symptômes qui ne dépendent point, à proprement parler , comme ils le pensent, de la maladie, mais uniquement de l'affection CELLULAIRE. 85 Sympathique exercée par l’organe malade sur les or- ganes sains, lesquels, suivant qu’ils sont affectés, pro- duisent différens phénomènes vraiment étrangers à la maladie, qui la compliquent quelquefois, mais n’en font point essentiellement partie ; ils peuvent arriver comme ne pas survenir, la maladie restant la même. Remarquez que ce sont presque toujours la sensi- bilité organique et la contractilité de même espèce , qui sont mises en jeu dans les sympathies cellulaires, parce que ce sont les deux forces vitales essentielle- ment prédominantes dans ce système. Ainsi la con- tractilité organique sensible ou laconlractilitéanimale sont-elles spécialement en exercice dans les sympathies musculaires, suivant que le système des muscles or- ganiques ou celui des muscles de la vie animale, re« çoivent l’excitation sympathique. Le système cellulaire reçoit non-seulement l’in- fluence des autres organes dans ses sympathies, mais il en exerce encore sur eux. Dans le phlegmon qui est le mode inflammatoire de ce système, si la tumeur est un peu considérable, souvent diverses altérations se manifestent dans les fonctions du cerveau, du cœur , du foie , de l’estomac , etc. Les vomissemens sympathiques,ce qu’on nomme débordemens de bile, les transports cérébraux, etc. , sont des phénomènes qui, dans les grands phlegmons, se manifestent sou- vent , sans appartenir à la maladie elle-même. L’art se sert de l’influence du système cellulaire affecté sur les autres organes , dans l’application des sétons. Sou- vent, dans les maladies desyeux, un séton produit un effet qu’on n’a pu obtenir d’un vésicatoire: pourquoi? Parce que le rapport qui existe entre le tissu cellu- 86 SYSTÈME laïre et Pœil, est plus actif alors que celui qui lie ce dernier aux tégumens. Caractères des Propriétés vitales. D’après ce que nous venons de dire, on voit que l’activité vitale est assez prononcée dans le système cellulaire. Sous ce rapport il est bien supérieur aux autres organes qui sonL blancs comme lui, et parmi lesquels on l’a rangé, tels que les aponévroses , les tendons, les cartilages, les ligamens, etc., organes remarquables par l’obscurité de leurs forces vitales, et par la lenteur de leurs fonctions. Aussi les phé- nomènes inflammatoires parcourent-ils leurs di verses périodes avec bien plus de promptitude dans ce sys- tème. Leur marche est très-rapide, comparée à celle des diverses tumeurs qui se manifestent dans les systèmes dont je viens de parler. La suppuration se forme ici avec unerapidité dont peu d’organes nous offrent des exemples. Tout le monde connoit lé fluide qui résulte de celte suppura- tion. Sa couleur, sa consistance,toutes ses qualités ex- térieures.sont devenues le typeauquel nous rapportons les idées que nous nous formons du pus ; en sorte que tout ce qui ne lui ressemble pas , est communément jugé pus de mauvaise nature,ou, comme on le dit, sanieux. Cette opinion est fausse. Certainement le pus qui s’écoule d’un os, d’un muscle', de la peau dans l’érysipèle, des membranes muqueuses dans les ca- tarrhes, est de très-bonne nature toutes les fois que l’inflammation parcourt régulièrement ses périodes ; et cependant il est totalement différent du pus cel- lulaire. Comme celui-ci est le plus fréquemment C E L L U L A I R E. observé, surtout en chirurgie, nous nous sommes fait line idée générale du pus louable, comme du pus sanieux. Le pus cutané,le pus muqueux, le pus os- seux, etc., etc., ont chacun leur sanie propre ou leur dégénérescence, qfii diffèrent entr’elles comme les altérations vitales de l’organe dont elles émanent. De même que le pus de chaque système diffère de celui des autres systèmes, de même les altérations dont il est susceptible sont différentes de leurs altérations purulentes. Le tissu cellulaire prend-il des modifications vi- tales particulières , dans les organes à la structure des- quels il concourt ? D’après ce qui a été dit plus haut, cela neparoit guère probable. Tout ce que je viens de dire s’applique à ce système considéré seul dans l’in- tervalle des organes , et abstraction faite de toute combinaison de structure avec eux. Il est possible cependant que son activité vitale se ralentisse dans les cartilages , les tendons , etc., qu’elle s'accélère un peu dans la peau, que sa vie tende, en généra], à se mettre en équilibré avec celle des parties où il se trouve : mais ce sont des conjectures que rien de positif ne confirme. Ce qui ne doit pas nous échapper ici, c’est la diffé- rence manifeste de vie qui existe entre le tissu à la- mes et à filamens presque par-tout répandu, et le tissu uniquement filamenteux qui est extérieur aux sur- faces muqueuses, auxvaisseaux sanguins et aux excré- teurs, différence d’où résulte la rareté des inflamma- tions et des tumeursdiverses de celui-ci. Il est souvent une véritable barrière où s’arrêtent les affections du premier, barrière qui protège l’organe qu’il enveloppe» SYSTÈME Ainsi j’ai plusieurs fois observé dans l’ouverture des cadavres, que tandis que le tissu ordinaire où sont plongées les artères,est tout en suppuration , comme à l’aisselle par exemple, tandis que par le séjour du pus il est comme qui forme la tunique externe des vaisseaux reste intact ; il n’a pas subi la moindre altération.’ J’ai vu le même phé- nomène pour le tissu exle'rieur à l’urètre dans des dépôts aux lombes, etc. § III. Propriétés de reproduction. Le tissu cellulaire est distingué des autres organes par la faculté qu’il a de pousser des espèces de vé- gétations, de s’alonger, de se reproduire , de croître, lorsqu’il a été coupé ou divisé d’une manière quel- conque. C’est de cette faculté que dépend la forma- tion des cicatrices, des tumeurs, des kystes, etc. Influence du Tissu cellulaire sur la formation des cicatrices. Les cicatrices peuvent se considérer sous deux rapports, i°. dans les organes extérieurs, dans le tissu soucutané et dans la peau spécialement ; 20. dans les organes intérieurs.Suivons-Ies d’abord au-dehors. Toute plaie qui suit ses périodes ordinaires, pré- sente entre l’époque de sa formation et celle de sa cicatrisation, les phénomènes suivans : i°. elle s’en- flamme ; 2°. des bourgeons charnus se développent sur sa surlace; 3°. elle suppure; f. elle s’affaisse; 5°. elle se recouvre d’une pellicule mince, rouge d’abord et qui devient ensuite blanchâtre. Parcourons ces di- verses périodes. CELLULAIRE. 89 Première Période. Le temps de T inflammation commence à l’instant ou une plaie est faite. Celle-ci estle prompt résultat de l’irritation qu’a causée l’instrument, de celle que dé- terminent le contact de L’air, les pièces d’appareil ou les objets environnans. Jusqu’alors à l’abri de ce contact, la plupart des parties comprises dans la so- lution de continuité, ne jouissoient que de la sen- sibilité organique ; mais dès-lors ces memes parties concourant à former la surface du corps, doivent jouir delà sensibilité animale, de celle qui transmet au cerveau les impressions reçues. Or l’effet de l’in- flammation sur les organes doués seulement de la première espèce de sensibilité,est de l’exalter à un point tel, qu’elle se monte au même degré que la seconde, et peut, comme elle, transmettre au cerveau les im- pressions senties ;en sorte que par là des parties di- visées par une plaie, deviennent propres à remplir les fonctions des tégumens. C’est là sans doute le premier avantage de cette période inflammatoire de la cicatrisation. Un autre avantage de cette période , c’est de dis- poser les parties au développement des bourgeons charnus. En effet, l’inflammation précède toujours ce développement : or le surcroit de vie qu’elle déter- mine dans nos organes, paroit. nécessaire pour animer les parties qui vont se reproduire : par elle le tissu cel- lulaire où doivent éclore les bourgeons , se pénètre de plus de sensibilité et de plus de contractilité insen- sible ; il s’élève à une température supérieure à* celle des organes voisins ; il devient le centre d’un petit SYSTÈME système circulatoire indépendant de celui du cœur. C’est au milieu de ce déploiement de forces que nais- sent et croissent les bourgeons charnus, pour la pro- duction desquels les forces naturelles auroient été insuffisantes. De là la pâleur, la flaccidité de ces pro- ductionsjlorsque ces diverses fonctions s’affoiblissent ou cessent. Deuxième Période. La production des bourgeons charnus succède à l’inflammation. Elle offre les phénomènes suivans : de petits corps rougeâtres s’élèvent en tubercules inégaux et irrégulièrement disposés, sur la surface de la plaie; ils ne sont point charnus, comme le nom qu’on leur a donné, sans doute à cause de leur couleur, sembleront l’indiquer; ce ne sont que de petites vésicules cellulaires, pleines d’une subs- tance épaisse, comme lardacée, que l’on ne connoit point encore, et qu’il seroit bien essentiel d'analyser. Cette substance remplit tellement les cellules, qu’en soufflant del’airdans le tissu subjacentà une plaie,soit dans un animal vivant, soit sur un cadavre , ce fluide ne pénètre nullement les bourgeons; leur masse se soulève en totalité, mais aucun deux ne se déve- loppe, ni ne se distend, comme les cellules que cette substance ne remplit point ; les bourgeons restent les mêmes au milieu du boursouflement général. J’ai fait souvent ces expériences sur des animaux que j’avois blessés exprès. A mesure que les bourgeons se développent sur une surface cellulaire mise à découvert, on les voit s’unir ensemble, se.coller pour ainsi dire, et former CELLULAIRE. par leur réunion une espèce de membrane provisoire , qui empêche absolument le contact de l’air sur les parties subjacentes, pendant que la cicatrice véri- table , celle qui doit toujours rester, se forme. Cette membrane provisoire des cicatrices, cette espèce d’é- piderme destinée à garantir les parties pendant le tra- vaildela cicatrisation', diffère des membranes séreuses ordinaires , en ce que celles-ci s’ont lisses et par-tout uniformes, tandis que les bourgeons produisent ici une surface inégale et raboteuse. Cette inégalité des bour- geons et leur isolement apparent semblent d’abord s’opposer à la manière que j’indique,de concevoir le premier état des cicatrices; mais l’expérience suivante ne laisse aucun doute là-dessus. Jai fait une large plaie sur un animal, et je lui ai laissé parcourir ses premières périodes;l’animal a ensuite été tué : c’éloit un chien. J’ai enlevé la portion de chair sur laquelle les bourgeons s’étoient développés; je l’ai distendue par un corps saillant, placé du côté opposé aux bour- geons , de manière à rendre la surface bourgeonnée très-convexe, de concave qu’elle étoit : les tubercules se sont alors effacés; la pellicule provisoire tiraillée est devenue très-sensible ; on l’auroit prise pour une membrane séreuse enflammée. Il suit de là que dès que les bourgeons sont réunis, tout accès est fermé à l’air, et que ce qu’on dit com- munément du contact de ce fluide, est inexact et contraire aux dispositions de la nature qui sait, mieux que nous ne pouvons le faire par nos appa- reils, metire à l’abri la partie divisée, pendant le temps où se prépare et s’opère le travail de la cicatrice. SYSTÈME Voilà les phénomènes generaux que présentent les cicatrices cutanées dans les deux premières périodes de leur formation. Les cicatrices intérieures offrent, à quelque chose près , le même état. Or, il est facile de prouver qu’ici le système cellulaire joue un rôle im- portant, exclusif même, et que tous ces phénomènes se passent dans son tissu ou dans ses cellules. Les observations suivantes établissent, d’une manière positive, la nature celluleuse et des bourgeons et de la pellicule provisoire qui en.résulte. i°. Là où le système cellulaire est le plus abondant, comme aux joues, les bourgeons charnus sont plus faciles à naître, et les plaies plus promptes à se cicatriser. 2°. La peau trop dénudée de tissu cellulaire , se recouvre diffici- lement de ces sortes de productions , et se recolle avec peine aux parues voisines : de là le précepte tant recommandé en chirurgie, de ménager ce tissu dans la dissection des tumeurs , dans l’extirpation des loupes , des kystes, etc. 3°. La macération ra- mène toujours à cette première base les surfaces des plaies bourgeonnées, quand on expose un cada- vre qui s’en trouve affecté à cette expérience fa- cile. 4°. La nature des bourgeons charnus est par- tout la même , quel que soit l’organe qui les produit, que ce soit un muscle, un cartilage, la peau, un os, un ligament, etc.; seulement ils sont plus ou moins tardifs, suivant que la vie de chaque organe est plus ou moins active , plus ou moins prononcée , et que les forces vitales s’y trouvent à un de- gré plus ou moins marqué : ainsi ils paroissent au bout de quatre ou cinq jours sur la peau , et sont beaucoup plus long-temps à se manifester sur les os; CELLÜLA I R E. mais ieur texture, leur apparence extérieure, leur nature, sont toujours les mêmes : donc ils sont l'ex- pansion, la production d’un organe qui $e rencontre dans tous les autres : or, cet organe commun à tous, cette base générale de toute partie organisée, c’est le tissu cellulaire. La couleur rougeâtre des bourgeons charnus a fait croire qu’ils étoient une expansion vasculaire j mais leur développement est étranger à toute production de vaisseaux sanguins. Voici à quoi il tient : d’un côté nous avons vu que le tissu cellulaire contient une foule d’exhalans, ainsi que d’absorbans , dans son tissu, et qu’il en paroît presque tout formé : d’un autre côté nous verrons que dans l’inflammation, il y a constamment passage du sang rouge dans ce genre de vaisseaux : donc , comme d’une part les bour- geons charnus sont cellulaires, qu’ils ont par consé- quent la nature de ce système ; comme d’une autre part ils se trouvent toujours dans un véritable état inflammatoire, on conçoit que leur rougeur est la même que celle de la plèvre enflammée , du tissu cellulaire devenu le siégé d’un phlegmon, de la peau érysipélateuse , etc., rougeur qui ne suppose point un alongement de vaisseaux sanguins, mais seulement un passage du sang dans ceuxqui ordinairement charrient des fluides blancs. Gela est si vrai , que lorsque l’in- flammation est passée , le sang cessant d’aborder à ces vaisseaux, la membrane reprend sa couleur natu- relle ; de même les bourgeons, après la formation de la cicatrice qui résulte de leur rapprochement, blanchissent parce que le sang ne les pénètre plus. Or, s’il y ayoit production nouvelle de vaisseaux, SYSTEM E ils continueroient à exister et à remplir leurs fonc- tions. D’ailleurs comment supposer un développe- ment de vaisseaux sanguins, là où primitivement ils n’existent pas , comme sur les tendons , les car- tilages , etc., lesquels présentent, ainsi que les autres organes, des bourgeons charnus dans leurs solutions de continuité ? Concluons de ces diverses considérations, que le système artériel est étranger à la formation des bour- geons charnus; que le cellulaire seuly participe,parce que, seul,il est doué dç la faculté de s’étendre, de croître et de se reproduire. Voici donc ce qui arrive dans le Second temps de la cicatrisation des plaies : le tissu cellulaire en vertu de l’accroissement de force qui s’est développé dans la première période, s’élève en vésicules irrégulière- ment disposées , qui exhalent une substance blanche peu connue, s’unissent à leur superficie et forment une membrane provisoire. Mais comment cette mem- brane se transforme-t-elle en celle de la cicatrice ? Suivons la nature qui arrive à ce temps par ceux de la suppuration et de l'affaissement. Troisième Période. Le temps de suppuration n’existe point dans la cicatrice des os , dans celles des cartilages rompus , des muscles déchirés , et en général dans la réunion de tous les organes divisés sans plaies extérieures. Il faut donc démontrer d’abord quel rapport se trouve entre ces cicatrices et celles des organes externes ; car un principe commun préside à toutes les opérations delà nature , quoiqu’elles paroissentdiverses en ap- parence. Lorsqu’un os est divisé, les deux premières pé- riodes de sa réunion sont les mêmes que celles des organes extérieurs , les bouts s’enflamment, puis se couvrent de bourgeons cellulaires. Dans le troisième temps, ces bourgeons préliminairement réunis, de- viennent une espèce d’organe secrétoire, ou plutôt exhalant,qui sépare d’abord de lagélatinedont il s’en- croûte, ce qui donne au cal une nature cartilagineuse, puis du phosphate calcaire, ce qui complète la dispo- sition osseuse. Dans la cicatrice des cartilages, la gé- latine seule est exhalée; dans les muscles divisés, c’est la fibrine, etc.: en un mot le tissu cellulaire est la base commune de toutes les cicatrices des organes in- térieurs , puisque les bourgeons charnus sont les mêmes sur tous ; elles se ressemblent toutes par cette base; ce qui établit ent'r’elles des différences, c’est la matière qui se sépare et qui reste dans le tissu cel- lulaire. Cette matière est en général la même que celle qui sert à la nutrition de l’organe, que celle qui y est habituellement apportée et exportée par le tra- vail de cette fonction. Or, comme chaque organe de systèmes différens a sa matière nutritive propre, chacun a son mode particulier de réunion : nous con- noîtrions les cicatrices des différens organes, tout aussi bien que celles des os , si les substances qui nourrissent ces organes nous étoient aussi connues que la gélatine et le phosphate calcaire. Le mode de développement des cicatrices intérieures est en géné- ral analogue à celui de la nutrition, ou plutôt il est le même, avec la seule différence que Je tissu cellu- CELLULAIRE. 96 SYSTÈME laire s’élevant en bourgeons irréguliers sur les sur- faces divisées, ne fournit point à la cicatrice une base moulée sur la figure de l’organe : de là l’inégalité du cal 4 etc. Voilà donc en général ce qui se passe dans le troisième temps des cicatrices des organes internes; à l’extérieur, il se manifeste des phénomènes à peu près analogues. La membrane qui recouvre les bour- geons charnus, devient aussi une espèce d’organe exhalant qui sépare du sang un fluide blanchâtre qu’on appelle pus. Mais il y a celte différence , qu’au lieu de rester dans le tissu des bourgeons, de pénétrer et d’encroûter ce tissu, comme le phosphate calcaire et la gélatine pénètrent les os, il est rejeté au-dehors, et devient étranger àla réunion ; en sorte que dans les cicatrices internes il y a exhalation, puis encroû- tement du fluide exhalé, et dans les cicatrices exter- nes exhalation , puis excrétion de ce fluide. Au reste, une plaie intérieure qui intéresse le tissu cellulaire et qui suppure, me paroissant ressembler en tout aux surfaces séreuses, lesquelles se recouvrent, à la suite de leur inflammation, d’uneexudation puru- lente. La pellicule mince qui tapisse les bourgeons est de même nature que la plèvre ou le péritoine en- flammé, c’est-à-dire essentiellement cellulaire. Le pus est dans l’un et l’autre cas presque de même na- ture, et analogue à celui du phlegmon , parce qu’il vient d’organes semblables ; tandis que si la peau seule est intéressée ; ce fluide est d’une nature toute différente, comme on le voit dans l’érysipèle. L’exhalation du pus sur la surface de la cicatrice et des membranes séreuses, me paroit avoir aussi beaucoup d’analogie avec celui de la matière blan- châtre de certains kystes. CELLULAIRE. Quatrième Période. La suppuration ëpuise peu à peu la substance blan- châtre qui remplit les bourgeons; alors leurs cellules d’abord très-gonflées, diminuent insensiblement de volume; elles se resserrent en vertu de leur contracti- lité de tissu ; peu à peu elles adhèrent entre elles , et de leur adhérence résultent divers phénomènes que voici. i°. Tous les tubercules charnus disparoissent, et une surface uniforme les remplace. 2°. Cette sur- face est une membrane mince,parce que l’épaisseur des bourgeons dépendoit, non des cellules , mais de la substance qui les pénétroit, etqui ayant alors disparu , les laisse toutes seules. 3°. Cette membrane offre in- finiment moins de largeur que la pellicule primitive qui æcouvroit Jes bourgeons, parce que les cellules , en revenant sur elles-mêmes., tiraillent de la circon- férence au centre les bords delà division; ceux-ci se rapprochent; la largeur de la plaie diminue; ces mêmes bourgeons qui dans le commencement occu- poient souvent un espace d’un demi-pied de diamè- tre , comme par exemple dans l’opération du cancer, se trouvent alors condensés dans l’espace d’un pouce ou deux. Quand l’adhérence est complète entre toutes les cellules qui formoient primitivement les bourgeons charnus, la membrane de la cicatrice existe, résultat de cette adhérence. Voilà comment toutes ces chairs dont le développement nous étonnoit, et qui parois- soient amplement réparer la perte de substance, ne 98 SYSTÈME sont plus qu’une pellicule, rougeâtre tant que les exhalans sont pleins de sang, mais ensuite blanchâtre par le retour de ce fluide dans ses vaisseaux. D’après cemoded’originedescicatricesextérieures, il est facile de concevoir , i°. pourquoi elles adhèrent intimement aux endroits oii elles se trouvent, et n’ont jamais la laxitè des tègumens; 2°. pourquoi la peau se rapproche de toutes les parties voisines pour recouvrir la plaie ;3°. pourquoi elle se ride en se rap- prochant ; 40. pourquoi là où elle prête le plus,la cica- trice a le moins d’étendue, comme aux bourses, aux aisselles, etc. ; pourquoi au contraire elle en a davantage là où elle cède difficilement, comme sur le sternum, sur le crâne, sur le grand trochanter, etc. ; 5°- pour- quoi l’e'paisseur de toutes les cicatrices est constam- ment en raison inverse de leur largeur; en effet, comme il n’y a toujours que la même quantité de bourgeons cellulaires pour les former, il faut que ce qu’elles gagnent dans un sens, elles le perdent dans un autre : de là dans celles qui sont larges , beaucoup de facilité à se déchirer ; 6°. pourquoi elles n’ont point d’organisation régulière, ne partagent point les fonc- tions de l’organe cutané qu’elles remplacent, et pour- quoi leur texture est absolument différente de celle de cet organe. La cicatrisation des plaies livrées à elles-mêmes, surtout de celles avec perte de substance, diffère es- sentiellement de leur réunion par première intension, qu’on détermine par l’agglutination de leurs bords. Cette différence porte sur ce que dans cette dernière il n’y a ni la deuxième période, celle des bourgeons charnus, ni la troisième, celle de la suppuration , ni la quatrième, celled’affaissement. La réunion succède tout de suite à la première, savoir, à celle d'inflam- mation. On voit, d’après tout ce qui vient d’être dit, que le tissu cellulaire est l’agent essentiel de la production de toutes les cicatrices, qu’il forme leur base et leur principe, que sans lui elles ne pourroient point avcir Heu, et qu’ elles dépendent surtout de la propriété qu’il a de s’étendre et de croître. Influence du Tissu cellulaire sur la formation des tumeurs. Dans la formation des cicatrices, le tissu cellu- laire ne s’accroît guère que de quelques lignes au- dessus du niveau de la division; les cellules qu’il forme dans sa reproduction ont en général peu de volume. Il n’en est pas de même lorsqu’il vient à s’écarter des lois ordinaires de la cicatrisation, lors- que quelque cause accidentelle altère ses propriétés vitales : alors on le voit pousser des végétations très-étendues, et qui souvent contiennent beau- coup plus de ce tissu que les parties mêmes où elles sont nées. Toutes les excroissances diverses, dési- gnées sous le nom de chairs fongueuses, d’hypersar- coses, de chairs mollasses, de fongosités, etc., ne sont qu’un résultat de cet accroissement du système cellu- laire , devenu supérieur à ce qu’ildevroit être dans les lois ordinaires des cicatrices : aussi les cicatrices ne peuvent-elles se faire tant que ces productions irrégu- lières se manifestent; ce n’est qu’après qu’elles ont été réprimées que la consolidation s’opère. Mais c’est surtout darus les tumeurs diverses , qu’on CELLULAIRE. SYSTÈME voit ce développement, cette reproduction remar- quable du tissu cellulaire. Tous les fongus, espèce de production qui se développe exclusivement sur les membranes muqueuses , dans les sinus , aux fosses nasales, à la bouche, à la matrice spé- cialement, et qui diffèrent essentiellement des tu- meurs qui ont leur siège sur les membranes fibreuses, sur la dure-mère, par exemple, quoiqu’un nom com- mun les confonde, tous les fongus, dis - je, sont du tissu cellulaire, plus une matière particulière déposée dans ses aréoles , matière qui , plus ou moins abondamment séparée, laisse sa base primi- tive plus ou moins à nu. Les polv.pes soit muqueux , soit sarcomateux , espèces de tumeurs qui sont également l’attribut du système muqueux , ont aussi le tissu cellulaire pour base primitive de leur organisation. Tous les différens cancers le présentent d’une manière plus ou moins manifeste , dans le gonflement des parties auquel ils donnent lieu. Il faudroit passer en revue presque toutes les tumeurs , pour in- diquer toutes celles que le tissu cellulaire concourt à former. On peut donc le concevoir comme formant la base générale, le parenchyme de nutrition de presque toutes ces excroissances.' Il pousse, il croît d’abord sur la partie ou la tumeur doit se développer ; puis il s’encroûte de diverses subs- tances étrangères , et dont la nature différente constitue la diversité des tumeurs. Ces phénomè- nes sont exactement analogues à ceux de la nu- trition ordinaire. En effet , tous les organes se CELLULAIRE. 101 ressemblent par leur base nutritive, par leur paren- chyme de nutrition, qui est vasculaire et cellulaire; ils diffèrent par les substances nutritives déposées dans ce parenchyme. De même toutes les tumeurs sont cellulaires; c’est leur caractère commun. Leur caractère propre se tire des substances que sépare le tissu , suivant que les alterations morbifiques dont il est le siège, modifiant différemment ses forces vitales , le mettent en rapport avec telle ou telle subs- tance : ainsi, comme nous l’avons dit, toutes les cicatrices internes sont-elles semblables dans la pre- mière période, dans celle des bourgeons charnus, et présentent-elles des différences à mesure que la substance nutritive de l’organe auquel elles appar- tiennent, vient à les pénétrer. On voit, d’après ces principes, comment la nature est la même dans ses opérations, comment une loi uniforme préside à toutes, et comment les applica- tions seules de cette loi diffèrent entre elles. Par- tout oii il y a nutrition naturelle , ou modification accidentelle de cette fonction, le tissu cellulaire joue un rôle essentiel : or ce rôle important , il le doit, dans la cicatrisation etdans la formation des tumeurs, à la propriété singulière qu’il a de s’étendre, de se dilater, de croître. Examinez toutes les tumeurs dé- veloppées sur les muscles,les tendons,les cartilages, etc. ; vous rfy verrez jamais une expansion des fibres charnues, tendineuses,de la substance cartilagineuse, etc. ; le tissu cellulaire seul part de l’organe et se répand dans la tumeur .- ainsi les fibres des os, des muscles , des substances fibreuses divisées dans les solutions de continuité, ne se prolongent-elles point au-delà du 102 SYSTÈME niveau de la plaie, comme le fait le tissu cellulaire de la partie, pour la production des bourgeons. Les tumeurs dont je parle n’ont rien de commun, comme on le conçoit, avec les tuméfactions aiguës qui constituent les phlegmons, ni avec cet engorge- ment qu’éprouvent les membres où il y a eu une violente irritation , comme une fracture ou une luxa- tion compliquées, un panaris, une piqûre avec un instrument venimeux, etc., engorgement qui se dé- veloppe en général autour de toute partie extérieure vi- vementaffectée,qui a une invasion quelquefoispresque subite, qui n’est poin t réellement inflammatoire quoi- qu’il offre tension, douleur , etc., et qui mérite plutôt le nom de boursouflement que celui d’engorgement. Il ne faut pas non plus confondre ces tumeurs ayec certains engorgemens chroniques où, sans croître , sa is végéter, le tissu cellulaire s’infiltre, se pénètre de différentes substances qui en changent la nature : tels sont ceux qui surviennent dans les maladies des articulations; telles sont les callosités des fistules,etc., la matière lardacée qu’on trouve dans certaines tu- meurs , etc..,. Dans tous ces cas il n’y a point d’ac- croissement ni de végétation , comme dans un po- lype , un fongus etc....; c’est une substance plus solide que la sérosité, infiltrant le tissu cellulaire, et envahissant ses lames au point de les faire dis- paroître, et de présenter un-tout en apparence homogène. Au reste, il y a à l’instant de la mort une grande différence entre une tumeur aiguë et une tumeur chronique, que celle ci soit produite par végétation ou par infiltration. En effet elle reste la même et conserve jusqu’à la putréfaction son volume, sa forme, sa densité, comme tous les organes. La première, au contraire s’affaisse, comm,e je l’ai indiqué, par la chute des forces vitales. Cet affaissement varie : si la tu- meur n’est autre chose que le boursouflement cellu- laire dont je viens de parler, et qui est si commun dans les lésions extérieures, elle disparoît entière- ment j si, outre ce boursouflement, il y a accumu- lation de sang, comme dans le charbon, le phleg- mon , etc., une portion de la tumeur reste, mais tou- jours elle diminue beaucoup de volume. En général, c’est sur ce boursouflement dont on ignore la cause immédiate,que porte d’une manière spéciale l’affais- sement. Passons à une fonction non moins impor- tante du tissu cellulaire, et qui est très-analogue à celle-ci. CELLULAIRE. Influence du Tissu cellulaire sur la formation des kystes. On appelle kyste, une membrane en forme de sac sans ouverture, qui se développe accidentellement dans nos parties , et qui, contenant des fluides de nature différente, a été sous ce rapport divisée en plusieurs espèces. Or les kystes sont essentiellement formés aux dépens du tissu cellulaire ; ils naissent dans ses cellules, s’agrandissent en tous sens au mi- lieu déliés, et en portent tous les caractères. Pour se convaincre de l’influence du système cel- lulaire sur la formation des kystes, il suffit de prouver que entre eux et les membranes séreuses, ily a la plus grande analogie , et même presque identité car nous SYSTEME verrons que ces sortes de membranes sont essentiel- lement cellulaires. Or voici quelles sont les analogies de ces deux espèces de productions, dont l’une est naturelle et l’autre accidentelle. i°. Analogie de conformation. Les kystes forment tous des espèces de sacs sans ouverture, renfermant le fluide qui s’en exhale, ayant une face lisse, polie et contiguë à ce fluide, une autre inégale, flocon- neuse et continue au tissu cellulaire voisin. 2°. Analogie de structure. Toujours formes d’un seul feuillet, comme les membranes séreuses, les kysfes ont tous, comme elles, une texture cellulaire que prouvent la macération et l’insufflation. Aussi naissent-ils constamment au milieu del’organe cellu- laire, ordinairement là où il est le plus abondant. Peu de vaisseaux sanguins les pénètrent ; le système exhalant y est très caractérisé. 3°. Analogie de propriétés vitales. Sensibilité ani- male nulle dans l’état ordinaire, très-prononcée dans l’inflammation ; sensibilité organique toujours très- manifeste; tonicité que caractérise une contraction lente et graduée, à la suite de l’évacuation artificielle ou naturelle des fluides contenus , etc. : voilà les caractères des kystes; ce sont aussi , comme nous l’avons vu, ceux des membranes séreuses. 4°. Analogie des fonctions. Les kystes sont évi- demment l’organe secrétoire , ou plutôt exhalatoire du fluide qui y est contenu. L’exhalation y devient surtout très-caractérisée, quand à la suite de l’évacua- tion de ces fluides on n’a pas soin d’emporter la poche membraneuse, ou d’y exciter une inflammation artificielle. L’absorption s’y manifeste dans la guéri- CELLULAIRE. son spontanée des bydropisies enkystées, guérison à laquelle peut seule concourir cette fonction. 5°. Analogie d’affections. Qui ne sait qu’entre l’hydropisie de la tunique vaginale et l’hydropisie enkystée du cordon, il y a la plus grande analogie , que les moyens curatifs sont les mêmes, que les ac- cidensne diffèrent point, que dans toutes deux l’in- flammation qu’onfait naître par l’injection d’un fluide étranger, du vin par exemple, est la même , et déter- mine par un semblable mécanisme la guérison? Qu’on ouvre deux cadavres attaqués .chacun d’une de ces deux affections, qu’on compare ensuite l’état des deux poches où le fluide est amassé ; l’aspect est exac- tement le même. Otez du kyste du mélicéris le fluide qui y est contenu, vous ne trouverez que peu de dif- férence entre lui, les kystes hydropiques et les mem- branes séreuses. Les considérations précédentes nous mènent à éta- blir une parfaite ressemblance entre les kystes et les membranes séreuses,dontiis partagent tous les carac- tères, et dans le système desquelles ils entrent essen- tiellement , ainsi que dans le système cellulaire par- conséquent. 11 est très-probable qu’il y a un rapport entre les unes et les autres, et que quand un kyste se développe et fournit une abondante exhalation , l’exhalation des membranes séreuses diminue : au reste, cecin’estpoint appuyé surdes preuves directes. Il se présente ici une question essentielle , celle de savoir comment se développent les kystes , comment une membrane qui n’existe point dansl’état naturel, peut naître, croître, et même acquérir un dévelop- pement très-considérable en certaines circonstances. 106 On résout communément ce problème delà manière suivante : il s’amasse d’abord un peu de fluide dans une cellule ; ce fluide augmente , dilate dans tous les sens la Cellule dont les parois se collent aux cellules voisines, et augmentent ainsi d’épaisseur. Peu à peu ce fluide séreux dans les hydropisies, blanchâtre et épais dans le stéatome, etc, augmente en quantité , presse en tous sens la poche qui le renferme,l’agran- dit, la comprime contre les organes voisins, et lui donne la forme sous laquelle elle s’offre à nous. Rien de plus simple, au premier coup d’œil, que cette ex- plication mécanique; cependant, rien de moins con- forme aux procédés de la nature. Les considérations suivantes serviront à le prouver. i°. Les kystes sont analogues sous tous les rapports, aux membranes séreuses : comment doncauroient-ils un mode diffé- rent d’origine que ces membranes, lesquelles ne se forment jamais, comme nous le verrons , par la com- pression du tissu cellulaire ? 2Q. Une origine aussi mécanique, où tous les vaisseaux pressés les uns contre tes autres doivent inévitablement s’oblitérer, ainsi qu’on le voitsur la peau devenue calleuse , s’ac- corde-! elle avec la fonction exhalatoire et absorbante des kysl es, avec leur mode particulier d’inflamma- tion ? 5°. Comment, si les cellules appliquées et col- lées les unes aux autres, forment ces sacs contre na- ture, le tissu cellulaire voisin ne diminue-t-il pas, ne disparoit-il pas même, lorsqu ils acquièrent beau- coup de volume ? 40. Si d’un côté les kystes seforment par la compression du tissu cellulaire; si d’un autre côté il est vrai, comme on n’en peut pas douter , que leur fluide soit exhalé par eux, il faut donc dire que ce SYSTÈME CELLULAIRE, fluide pre'existe à l’organe qui le séparé du sang. J’ai- merois presque autant assurer que la salive préexiste à la parotide, etc. Jecrois que la conséquence immédiate des reflexions précédentes, c’est que l’explication commune de la formation deskystes est essentiellement contraire à la marche générale que suit la nature dans ses opérations. Comment donc naissent et croissent ces sortes de poches ? comme toutes les tumeurs que nous voyons végéter au dehors, ou se manifester au dedans ; car il n’y a pour ainsi dire de différence entre ces deux sortes de productions contrenature, quedanslaforme que chacune affecte. La plupart des tumeurs rejettent par leur surface extérieure le fluide qui s’y sépare. Le kyste au contraire exhale ce fluide par sa surface interne, et le conserve dans sa cavité. Supposez, une tumeur fongueuse en suppuration, se transformant tout à coup en cavité, et la suppuration se transpor- tant de la surface externe sur les parois de cette ca- vité j ce sera un kyste. Réciproquement, supposez un kyste superficiel dont la cavité s’oblitère, et dont le fluide s’exhale à sa surface externe; vous aurez uiie tumeur en suppuration. Puis donc que la forme seule établit une différence entre les tumeurs et les kystes , pourquoi la forma- tion de ceux-ci ne seroit-elle pas analogue à celle des premières? Or, a-t-on jamais imaginé d’attribuer à la compression la formation des tumeurs extérieures ou intérieures ? 11 faut donc concevoir la production des kystes de la manière suivante : ils commencent d’abord à se développer et à croître au milieu de l’organe cellulaire , par des lois très - analogues à SYSTEME celles de l’accroissement général de nos parties, et qui semblent être des aberrations , des applications non naturelles de ces lois fondamentales que nous ne connoissous point. Quand le kyste est une fois carac- térisé 1 exhalation commence à s’y opérer : d’abord peu abondante , elle augmente ensuite à mesure qu’il fait plus de progrès. L’accroissement de l’organe ex- halant précède donc toujours l’accumulation du fluide exhalé , de même que, toutes choses égales d’ailleurs, la quantité de suppuration d’une tumeur est en raison directe de son volume. ARTICLE SIXIÈME. Développement du Tissu cellulaire. § Ier. État du Système cellulaire dans le premier dge. Dans les premiers temps de la conception, le fœtus n’est qu’une masse muqueuse, homogène en appa- rence , et ou le tissu cellulaire parôit presque exclu- sivement dominer. En effet lorsque dans cette masse les organes ont commencé à se développer , les in- tervalles qu’ils laissent entre eux sont remplis d’une substance qui, exactement semblable à celle qui for- moit auparavant la totalilé du corps, en peut être con- sidérée comme le reste , ou plutôt existe d’une ma- nière distincte , parce qu’elle n’a point été pénétrée d’une substance nutritive propre, comme celle qui forme le parenchyme de nutrition des organes, la- quelle, avant cette pénétration, lui ressembloit exac- tement. Cette substance intermédiaire aux organes, CELLULA IRE. et qui est le principe du tissu cellulaire , s’éloigne d’autant plus de l’e'tat fluide, qu’on avance de plus près vers le terme de 1 accouchement . D’abord elle forme un véritable mucus, puis une espèce de glu , puis la texture cellulaire commence à se manifester. Cet état primitif de l’organe cellulaire, celte appa- rence qu’il présente dans le principe, sont dus à la grande quantité de fluides qui le pénètrent à cette épo- que; elle ne dénote point une existence inorganique : on peut alors le comparer exactement au corps vitré qui paroit tout fluide au premier coup d’œil, parce que la transparence de ses lames ne permet point de les distinguer parmi l’humeur qui en pénètre les cel- lules : faites-j une ponction de manière à évacuer cette humeur; cellesœi se manifestent. Ainsi voit-on le tissu cellulaire extrêmement mince, véritablement transparent dant le premier âge , être masqué alors par l’humeur qui le remplit, et devenir de plus en plus sensible , à mesure que cette humeur y diminue avec l’âge. C’est un phénomène qui se re- produit quelquefois dans la suite, lors des diverses infiltrations séreuses , de celles surtout où le fluide .infiltré a une certaine viscosité. Quelle est cette humeur si abondante dans les premiers mois de la conception dans le système cel- lulaire ? Est-elle albumineuse, comme celle qui dans la suite doit le lubrifier? Cela est probable; mais je croirois aussi qu elle a beaucoup du caractère géla- tineux , caractère qui domine si fort, comme on le sait, dans les humeurs animales à cette époque de la vie : je ne connois aucune expérience sur ce point. Quelle que soit cette humeur, elle est beaucoup plus visqueuse et plus onctueuse que parla suite; le tact suffit pour s’en convaincre. C’est sa prédominance , jointe à la finesse des lames cellulaires, qui, dans les premiers mois, fait que toute tentative pour rendre le fœtus emphysémateux , en soufflant de l’air sous sa peau , est presque absolument inutile. A la naissance ,et quelque temps au-delà, la grande quantité de graisse soucutanée rend aussi très-difficiles ces emphysèmes artificiels : il ne paroit pas que le fœtus en éprouve jamais de naturel. La ténuité des lames et des filamens cellulaires est telle à cette épo- que , que l’imagination ne peut se la représenter : le tissu des cheveux est grossier en comparaison de celui-ci. Je présume que la boule graisseuse que j’ai dit exister presque toujours à la joue du fœtus, ne dépend que de la rupture de plusieurs lames, rupture d’oü résulte une grande cellule qui se remplit de graisse. Quelque temps avant la naissance , à cette époque et dans les années qui la suivent,l’humeur cellulaire va toujours en diminuant ; les cellules deviennent plus sèches , plus apparentes par conséquent ; la masse totale du système cellulaire diminue, parce qu’à mesure que les organes grossissent, leurs inter- valles deviennent plus rétrécis. Cependant ce système prédomine encore long-temps sur les autres : de là la rondeur des formes qui caractérise l’enfant, le peu de saillie de ses organes, qui sont comme masqués par celui-ci ; de là, en partie , la souplesse , la mul- tiplicité de ses môuvemens; de là encore les maladies fréquentes dont il est le siège à cet âge. Les lames conservent encore alors une extrême 110 SYSTÈME finesse, elles sont encore susceptibles de se rompre facilement. En faisant des emphysèmes sur des en fans très-maigres, j’ai remarqué que souvent il se forme en différens endroits des dilatations considérables , des espèces de poches où l’air s’accumule en masse, et qui ne dépendent que de cette rupture, tandis que dans la même expérience sur f adulte, f air se propage d’une manière uniforme, et infiltre constamment les cel- lules sans altérer leur intégrité. En comparant, dans nos boucheries, la chair des veaux soufflée , et celle desbeufs dans le même état, j’ai fait quelquefois une observation analogue. Dans l’enfance et dans la jeunesse, l’énergie vitale du tissu cellulaire est extrêmement marquée ; à cet âge les bourgeons charnus, essentiellement cellulaires comme nous l’avons vu , sont beaucoup plus prompts à naître , beaucoup plus rapides à parcourir leur pé- riode , que dans tout autre âge ; la réunion des plaies est plus facile; et toutes les tumeurs ont, dans leur développement et dans leur marche,un caractère de rapidité qui dépend spécialement du haut degré ou sont montées les forces vitales du système cellulaire dans l’enfant. C’est à la même cause qu’il faut rap- porter la facilité de la résorption du fluide séreux , qui infiltre quelquefois accidentellement les cellules, comme on le voit au scrotum, aux paupières, etc., la promptitude de la formation des kystes, etc. : alors les bydropisies sont beaucoup moins fréquentes. Quand elles arrivent, pourquoi les membres supé- rieurs en sont-ils presque aussi souvent affectés que les inférieurs, tandis que c’est presque toujours par ceux-ci que commence la lcucophlegmatiç des adultes? CELLULAIRE. 111 112 C’est même alors un phénomène remarquable, que la singulière tendance que les jambes ont à s’infiltrer comparativement aux bras. Cela ne dépendroit-il point delà station qui, forçant la lymphe à remonter contre son propre poids, affoiblit peu à peu les ab- sorbans , lorsqu’elle a lieu long-temps ? Ce fait se rapporte à celui des varices, bien plus fréquentes, comme on sait, inférieurement que supérieurement. § II. État du Système cellulaire dans les âges suivans. Dans l’adulte,le tissu cellulaire se condense et s’af- fermit ; ses lames prennent une texture plus serrée. Il paroit aussi diminuer en quantité, parce que les organes augmentant en épaisseur, leurs intervalles se rétrécissent. S’il n’y a pas une diminution réelle , au moins il y en existe une relative à l’état des organes. C’est à cette circonstance qu’il faut attribuer, en partie, la saillie de ceux-ci au-dessous des tégumens, l’énergie des formes musculaires, etc. Il paroît au reste que la quantité de tissu cellulaire varie sui- vant les tempéramens; que dans ceux qu’on nomme phlegmatiquesou lymphatiques, ilprédomine les au- tres systèmes ; que dans ceux au contraire qu’on appelle bilieux , que caractérise, comme on dit, la rigidité , la sécheresse de la fibre , il est en moindre proportion. Dans la femme, il paroît être en plus grande quantité que dans l'homme ; la douceur des formes est en partie , dans ce sexe , le résultat de sa prédominance. . Le mouvement d’une partie ne paroît pas dé- terminer une nutrition plus active dans son tissu SYSTEME fiELtÜt AIRE, Cellulaire, comme cela arrive pour les muscles, pouC les nerfs , et même quelquefois pour les vaisseau#.* Dans le vieillard, ce tissu se condense et se resserre; il prend beauco ,pde consistance et de dureté. La dent le déchire difficilement parmi les chairs bouillies des vieux animaux; il est coriace comme elles : il faut une très-longue ébullition pour le fondre. Beaucoup moins de fluide s’y exhale : de là une sorte de sécheresse et de rigidité , qui rend difficiles les mou- vemens du dernier âge. JL’espèce de flétrissement qu’il éprouve concourt spécialement à la diminu- tion générale que le corps subit alors. Il perd ses forces vitales : de là sa laxité et son relâchement,qui ne lui permettent plus de soutenir la peau comme à l’ordinaire. Celle-ci devient par-tout lâche, pen- dante même aux endroits où elle forme des plis. Le scrotum n’a plus cette faculté de se resseirer qui le caractérisoit, et qu’il empruntoit des forces du système cellulaire. Cette laxité générale, cette sorte de flaccidité sont constamment l’apanage de la vieillesse, chez les individus mêmes dont les excès en tous genres, ou bien la disposition primitive, ont rendu le dernier âge très-précoce. J ai vu, à la Société de Médecine, un nain de seize ans , qui n’avoit guère que deux pieds et quelque chose; il commençoit déjà à vieillir; et son tissu soucuiané présentoitcette laxité qui est constamment étrangère à cet âge. La décrépitude précoce du nain du roi de Pologne présenta le même phénomène. Deux personnes qui ont vécu long-temps avec lui, m’ont rapporté qu’à sa mort, il présentoit dans son habi- tude extérieure, ce relâchement et cette flaccidité SYSTÈME CELLULAIRE» des te'gumens, dont le tissu cellulaire subjacenl paroît être le siège essentiel. Il est rare que dans le dernier âge il se fasse des incrustations osseuses dans le tissu cellulaire. Dans le grand nombre de vieillards que j’ai déjà eu occasion de disséquer ou de faire disséquer ; je ne me rappelle que d’en avoir vu une quioccupoit la partie posté- rieure du mésentère. J’en ai observé quelques autres chez les adultes , surtout chez les femmes, ou elles se rencontrent assez fréquemment dans le tissu cel- lulaire qui sépare la matrice d’avec le rectum ; j’en conserve divers exemples. SYSTÈME NERVEUX DE LA VIE ANIMALE. Tous les anatomistes ont considère' jusqu’ici lé système nerveux d’une manière uniforme; mais pour peu qu’on rèfle'diisse aux formes, à la distribution , à la texture , aux propriétés et aux usages des bran- ches diverses qui le composent, il est facile de voir qu’elles doivent être rapportées à deux systèmes généraux, essentiellement distincts l’un de l’autre, et ayant poür centres principaux , l’un le cerveau et ses dépendances, l’autre les ganglions. Le premier appartient spécialement à la vie animale; il y est, d’une part, l’agent qui transmet au cerveau les im- pressions extérieures destinées à produire les sen- sations ; de l’autre part, il sert de conducteur aux ■voûtions de cet organe-, qui sont exécutées par les muscles volontaires auxquels il se rend. Le se- cond, presque par-tout distribué aux organes de la digestion , de la circulation , de la respiration , des secrétions, dépend d’une manière plus particu- lière de la vie organique, où il joue un rôle bien plus obscur que celui du précédent. Chacun n’tSÉ point strictement bornéaux organes de l’uneet l’autre yie. Ainsi les nerfs cérébraux envoient - ils quelques prolongemens dans les glandes, aux muscles involon- taires, etc.; ainsi lesystèmenerveuxdesgangiions a-t-il quelques rameaux dans les muscles volontaires. C’est sur la disposition générale, et abstraction faite de ces 116 exceptions particulières, qu’est fondée la division des deux systèmes nerveux, entre lesquels je n’établis point ici de parallèle pour faire sentir leur différence, parce que l’exposition de chacun suffira pour con- vaincre de cette différence. SYSTÈME NERVEUX Le système nerveux de la vie animale est exacte- ment symétrique , comme tous les organes de cette vie. Le cerveau et la moelle épinière, qui sont la double origine de ce système , portent éminemment ce caractère. Des nerfs exactement semblables par- tent de l’un et de l’autre ; de là le nom de paire, par lequel on a désigné le double tronc correspondant, nom qu’on nesauroit le plus communément employer dans le système des ganglions. Il y a donc réellement deux systèmes nerveux de la vie animale, l’un à droite , l’autre à gauche; c’est la ligne médiane qui les sépare. Leur distinction devient apparente non- seulement parla dissection , mais encore par les ma- ladies. Tantôt la moitié latérale du corps est exac- tement privée de mouvement, et tout un système nerveux latéral reste passif, l’autre étant comme à l’ordinaire en activité; tantôt le système d’un côté prend seul une énergie contre nature, et devient le siège de convulsions , tandis que l’autre reste calme. Dans l’un et l’autre cas, quelquefois le phénomène est général ; souvent il se borne à un plus ou moins grand nombre d’organes latéraux; mais toujours il établit une démarcation tranchée entre les deux sys- tèmes nerveux, droit et gauche. L’espèce de para- lysie partielle dont je viens de parler , et dont le caractère principal résulte delà symétrie du système nerveux de la vie animale, est toute différente, sous le rapport de ce caractère, de celle où la moitié infé- rieure du corps se trouve privée du mouvement par l’effet d une chute sur le sacrum, ou par toute autre cause analogue. Les rapports de volume du système nerveux avec le cerveau sont en sens inverse chez l’homme et chez la plupart des quadrupèdes , comme l a observé Sœmmering. Chez le premier le cerveau est beaucoup plus volumineux que chez les autres, qui ont leurs nerfs bien plus remarquables par leur grosseur que les siens. Dans tous les animaux communément soumis à nos expériences, il est facile de vérifier cette observation : c’est même pour cela que des chiens très-petits se prêtent, à cause du volume de leurs nerfs , à des expériences très - délicates sur la sensibilité. Cette différence est un indice frappant de la supériorité de l’homme sous le rapport des phé- nomènes intellectuels, lesquels se rapportent tousà la masse encéphalique. Au contraire, beaucoup d ani- maux lui sont supérieurs sous le rapport des mou- vemens et sous celui des quatre sens, du goût, de l’odorat, de l’ouïeetde la vue. Cependant remarquez qu’il les efface aussi tous par la perfection du cin- quième sens, du toucher. Pourquoi? Parce que ce sens est tout différent des autres, qu’il leur est consécutif, et qu’il rectifie leurs erreurs. Nous touchons, parce que nous avons vu, entendu , goûté et senti lesobjets. Ce sens est volontaire; il suppose une réflexion dans l’animal qui l’exerce, au lieu que les autres n’en exigent aucune. La lumière, les sons, etc., viennent frapper leurs organes respectifs sans que l’animal s’y attende; tandis qu’il ne touche rien sans un acte DE LA YI E ANIMALE. SYSTEME NERVEUX préliminairedes fonctionsintellectuelles. Il n’est donc pas étonnant que la perfection desorganes du toucher, et le grand développement du cerveau , soient chez l’homme dans la même proportion, et que chez les animaux, où le cerveau est plus rétréci, le toucher soit plus obtus et scs organes moins parfaits. ARTICLE PREMIER. Fojmies extérieures du Système nerveux de la Vie animale. Je considérerai ces formes,i°. à l’origine, 2°. dans le trajet, 3°. dans la terminaison des nerfs cérébraux. § Ier. Origine des Nerfs cérébraux. Le mot origine ne doit s’entendre que relative- ment à la disposition anatomique. En effet, d’un côté les nerfs sont formés en même temps que le cerveau; ils sont plutôt des organes de communi- cation avec ce viscère que ses prolongemens réels. D’un autre côté, si on a égard aux fonctions d’une pa rtie du système nerveux, à celle qui est relative aux sensations, on verra que la terminaison est au cerveau , et l’origine à l’extérieur. Ne dit-on pas que les nerfs marchent vers telle ou telle partie, que les artères se dirigent, serpentent, etc.? Ce sont autant d’expressions métaphoriques dont la moindre ré- flexion rectifie le sens. Les nerfs de la vie animale tirent leur origine de trois portions principales de la masse encéphalique; ï°, du cerveau ;2°. de la protubérance annulaire et de ses prolongemens ; 5°. de la moelle épinière : le cerveletn’en fournit aucun.Cette circonstance, qu on ne doit pas perdre de vue dans l’examen des fonctions de chaque partie du cerveau, et éclairera peut- être un jour sur la différence de ces fonctions, suffit sans doute pour faire apprécier l’opinion de plusieurs médecins du siècle passé , qui plaçaient daus le. cer- velet la source des mou vemens involontaires, et qui attribuoient les volontaires au cerveau. Le cerveau ne fournit que deux nerfs , l’olfactif et l’optique; tous deux sont remarquables, i°. en ce que leur adhésion est très-marquéeàcetteorigineavec le cerveau , et qu’en enlevant la pie-mère, jamais on 11e peut les emporter ; 20. en ce que leur mollesse est plus grande que celle de la plupart des autres nerfs. La protubérance annulaire et ses prolongemens, tant ceux qui vont au cerveau, que ceux quise rendent au cervelet, et que celui qui commence la moelle de l’épine, fournissent les nerfs moteurs communs des muscles de l’œil, les pathétiques dont l’origine, quoique postérieure, est visiblement dépendante de la protubérance, les trijumeaux, le moteur ex- terne de l’œil, le facial, l’auditif, le nerf vague , glosso-pharyngien et le grand hypoglosse. Tous ces nerfs sont remarquables par differens caractères. i°. Comme la substance médullaire est par-tout rieureaux éminences diverses desquelles ils naissant, tous paroissent manifestement se continuer avec cette substance. 20. Presque tous commencent par plu- sieurs filets isolés les uns des autres ; quelque fois, comme aux trijumeaux et aux nerfs vagues, ces filets sont en très-grand nombre. Au contraire, les pr£- DE LA VIE ANIMALE. SYSTÈME NERVEUX cédens naissent, l’un par un seul filet, et l’autre par deux. 3°. Excepté le nerf auditif, tous ont une consistance, dès leur origine, beaucoup plus mar- quée que les 'précédons. 40. Ils adhèrent très-peu avec la portion cérébrale coi respondante, au point même qu’on les enlève presque toujours en détachant le pie-mère: aussi il faut de grandes précautions pour ne détacher du cerveau aucun de ces nerfs en le soulevant de dedans sa boîte osseuse. Ce sont surtout les pathétiques, les moteurs communs et le facial, dont l’adhésion est très-foible. On diroit presque, si on n’examinoit les choses que légèrement, qu il n’y a que contiguïté. La moelle épinière donne naissance à trente ou trente et une paires de nerfs , désignés sous les noms de cervicaux, au nombre de huit, de dorsaux , au nombre de douze, de lombairçs, au nombre de cinq, de sacrés, au nombre de cinq ou six et de plus, au nerf qui remonte dans le crâne pour en sortir ensuite sous le nom de spinal. Les caractères de ces nerfs , à leur origine, sont ceux-ci. i°. Ils sont continus , ainsi que les précédens , à la substance médullaire. ;?.0, Ils naissent tous par deux cordons, l’un anté- rieur, l’autre postérieur. Ces deux cordons tirent eu v-mèmes leur origine par plusieurs filets placés les un:* au-dessus des autres , le plus souvent isolés et touj ours n ès-distincts entre eux. 3°. L’adhérence est bea ucoup plus forte à l’origine de ces nerfs qié a celle des précédens , circonstance qui dépend d’une cause que , îous indiquerons bientôt.40. La consistance des ne»is spinaux est aussi déjà très-manifeste dans leur quai. D’après ce que nous venons de dire, il est évi- dent que les nerfs ne naissent point dans la pro- fondeur de la substance cérébrale , d’une manière apparente au moins , mais leur origine de la su face externe de cette substance. Cependant plusieurs physiologistes ont admis une origine plus éloignée que celle que montre l’inspection. Ils ont cru que les nerfs d’un côte naissent du côté opposé , et qu’il y a entrecroisement dans chaque paire, non- seulement au cerveau , mais encore à ld moelle épi- nière. Cette opinion est fondée sur un phéuomènesin- gulier, savoir, sur ce que la paralysie survient presque toujours du côté opposé à celui du cerveau qui est comprimé, phénomène que les maladies présentent fréquemment, et que les expériences rendent éga- lement sensible, comme Lorry s’en est assuré. On dit que les convulsions surviennent, au contraire , du côté du cerveau qui est lésé; mais ce fait est infiniment plus incertain que celui de la paralysie , lequel est incontestable. Je ne crois pas qu’avec nos connoissances actuelles nous puissions rien dire qui explique ce dernier, et l’opinion anatomique indi- quée plus haut, est manifestement contredite par le premier coup d’œil. Je ferai seulement une observation à l’égard de ce phénomène singulier; c’est qu’il porte spécialement sur les nerfs moteurs : les nerfs sensitifs ne l’éprou- vent presque jamais. En effet, misait que dans les plaies de tête, qu’à la suite des apoplexies, etc,, un œil, une oreille, uncôtéde la langue, une narine ne se refusent point auxsensations, comme les muscles d’un côté cessent de se mouvoir. On 11e devient point tout à DE LA VIE ANIMALE. 121 coup paralytique d’un côté pour le sentiment, comme cela arrive pour le mouvement dans les hémiplégies. Ues expériences nejaeuvent guère nous éclairer ici, puisque nous ne pouvons découvrir aussi bien les altérations de sensibilité que cellesde motilité. Cepen- dant, en comprimant le cerveau à deux chiens , et en les rendant ainsi paralytiques d’un côté , puis en leur fermant l’un et l’autre œil isolément et alterna- tivement, pour voir s’ils distinguoient les objets, et en présentant ensuite tour à tour à chaque narine, de l’ammoniaque ou tout autre fluide à fortes émana- tions , je n’ai pas vu , dans la première propriété * une altération correspondante à celle qu’éprouvoit la seconde. On observe bien souvent une discordance dans les organes des sens de l’homme. Une oreille entend mieux que l’autre, un œil voit de plus loin que son semblable, etc.; de là l’ouïe fausse, de là une espèce de strabisme, etc. ; mais la cause de ces discordances paroît résider dans l’organe même , et être étrangère au cerveau. Au reste il ne paroît pas que chaque hémisphère corresponde toujours, d’une manière nécessaire , avec les nerfs moteurs qui lui sont opposés. En effet, sou- vent on a obsprvé à droite des épanchemens ou des lésions de la substance cérébrale, sans altération des mouveinens à gauche , et réciproquement. A l’origine des nerfs, voici comment les mem- branes cérébrales se comportent : i°. la dure-mère leur forme une espèce de canal dans le trou ou la scissure qui les transmet au dehors, puis elles les abandonne entièrement, se perd en partie dans le tissu cellulaire, et se réfléchit en partie sur les bords SYSTEME NERVEUX DE LA VIE ANIMALE. 123 de l’ouverture pour se continuer avec le périoste. Le nerf optique seul fait exception à cette règle; il est accompagné dans tout son trajet pas’ un canal fibreux qui va jusqu’à la sclérotique, laquelleparson moyen communique avec la dure mère ; 2 . L'arach- noïde entoure chaque origine de nerfs d’un repli dis- posé le plus souvent en entonnoir , dont la partie la plus large est du coté de l’origine. En soulevant le cerveau avec précaution, ou en ouvrait; légèrement la dure-mère du canal de l’épine, on distingue très- facilement ce repli qui va jusqu’à l’ouverture osseuse, par où s’introduit la dure-mère, puis se réfléchit sur la surface de cette membrane correspondante au cerveau , en formant un cul - de - sac entre elle et le nerf. Quelquefois, comme au nerf optique et au moteur externe, elle péuètre dans le canal fibreux delà dure-mère, en accompagnant le nerf, qu’elle n’abandonne qu’au milieu de ce canal, lequel par sa réflexion, se tr ouve ainsi en partie tapissé par l'arach- noïde , et en partie répondant à du tissu cellulaire. 5Q. La pie-mère se comporte d’une manière qu’il est plus difficile de déterminer, et qu’on n’a point encore bien expliquée. Je parlerai de son mode de conti- nuité sur les nerfs, en traitant de la membrane pro- pre de ceux-ci. Les nerfs parcourent un trajet plus ou moins con- sidérable avant de sortir du crâne ou du canal de l’épine. i°. Les deux qui viennent du cerveau sont beaucoup plus longs au dedans qu’au dehors.20 Parmi ceux de la protubérance annulaire et de ses dépen- dances , il n’y a que les pathétiques qui restent îo.ig- temps dans le crâne avant d’en sortir ? et qui y pré-* 124 SYSTÈME KERVEUX sentent plus de longueur qu’extérieurement : tous les autres sortent presque sur-le-champ. 3°. Les nerfs de l’épine parcourent un trajetd’autantplusgrand, qu’on les examine plus bas. En haut, ils deviennent tout de suite extérieurs ; en bas, ils ont plus de six pouces dans le canal, et correspondent par conséquent à plusieurs trous de conjugaison avant d'atteindre le leur : d’où il résulte, comme l’a observé le cit. Jadelot, que si on se sert des apophyses épineuses , à cause de leur saillie’, pour juger de l’origine des nerfs dans l’appli- cation du moxa, il faut, pour agir dans le cou au ni- veau de l’origine d’un nerf quelconque, prendre pres- que l’apophyse épineuse de la vertèbrequi correspond numériquement à la paire que l’on a en vue, tan- dis qu’aux lombes, c’est beaucoup au-dessus de cette vertèbre que doit se faire l'application. La direction des nerfs à leur origine est aussi très- variable. Au cerveau et à la protubérance annulaire elle ne présente aucune disposition générale. Mais dans la série des nerfs spinaux, cette direction, pres- que perpendiculaire à la moelle au haut de la région cervicale, va toujours en devenant de plus en plus oblique jusqu’à la fin de la région lombaire. Ces trois choses , la longueur dans le canal , la grosseur et la direction oblique des nerfs de l’épi ne,vont en augmen- tant successivement de haut eu bas d’une manière graduée, à quelques exceptons près pour la grosseur. Chaque paire de nerfs, en sortant du cerveau, de la protubérance ou de ses dépendances, et de la moelle épinière, diverge dans les deux troncs qui la forment. Il n’y a que les olfactifs qui convergent l’un vers l’autre, elles spinaux qui montent à peu près parallèlement. 3D E LA VIE ANIMALE. 125 § II. Trajet des Nerfs cérébraux• A la sortie des cavités osseuses qui renferment leur origine, lesnerfs présentent différentes dispositions. Communication des Nerfs cérébraux à la sortie de leurs Cavités osseuses. i°. Les deux nerfs du cerveau vont, sans com- muniquer avec aucun autre, à leur destination res- pective. 2°. Ceux de la protubérance annulaire et de ses dépendances , commencent à avoir des com- munications, lesquelles sont d’autant plus marquées qu’on les examine plus inférieurement. Ainsi lesnerfs vagues, les grands hypoglosses envoient-ils en sortant de leu rs trous respect! fs de nombreux filets aux organes voisins, tandis qu’en haut les moteurs communs,les pathétiques, les trijumeaux même , présentent bien moins sensiblement cette disposition : le nerf auditif ne communique avecaucun autre. 3°.Ce sont lesnerfs de l’épine, dont les communications à leur sortie sont les plus marquées, surtout dans leur portion anté- rieure. Les plexus cervical profond , brachial, lom- baire et sciatique résultent de ces communications , que lesnerfs intercostaux présentent d’une manière moins sensible. Ces sortes de plexus offrent une disposition par- ticulière. Ils sont formés de la manière suivante : à sa sortie du trou , chaque nerf envoie une branche en haut et en bas , puis il en reçoit; en sorte que les cordons qui succèdent à ceux sortant des- trous naissent de deux ou trois de ceux-ci. Ces seconds cor- dons; en se divisant, envoient des branches en haut SYSTÈME lî E R V E Ü X et en bas, en reçoivent, et forment de troisièmes cor- dons; de sorte que dans le plexus brachial, par exemple, quand les n>rfs cessent de communiquer ainsi, et qu’ils se divisent en troncs isolés pour aller chacun à leur destination, on ne sauroit dire vraiment de quelles paires ils naissent. Il faudroit une dissection extrêmement longue pour déterminer avec précision de quelles paires viennent le médian , le cubital, etc. C’est cette considération qui m’a engagé jusqu’ici à ne point décrire les nerfs de l’épine comme on le fait ordinairement , c’est à dire, comme partant de telles ou telles paires. Je décris d’abord dans chaque région le plexus que les nerfs y forment en sortant dé l’épine : ainsi, j’expose avant les net fs cervicaux l’ensemble du plexus cervical piofond, avant les bra- chiaux le plexus brachial, avant les lombaires et les sacrés les plexus de même nom. La disposition gé- nérale , la forme, les rapports de ces plexus étant connus , je passe à la description des nerfs qui en partent en devant, en ar rière,en dehors, en dedans, etc., sans avoir egard aux paires qui sortent par les trous de conjugaison. Cette méthode m’a paru d’ail- leurs extrêmement commode pour les élèves. Par exemple, rien n’est plus compliqué que la descrip- tion des nerfs cervicaux, en les rapportant aux paires qui les fournissent primitivement. Mais connoissez d’abord bien le plexus profond, résultant de l’anas- tomose de ces paires à leur sortie; classez ensuite les nerfs, i°. en internes , qui vont au grand sympathi- que; 2°. en externes, qui se distribuent sur l’acro- mion , et dans l’espace triangulaire, borné en devant par le sterno-mastoidien, et en arrière parle trapèze ; 3°. en anterieurs, qui, se recouibant sur le sterno- mastoïdien,y forment avec les branches du facial,une espèce de plexus superficiel; 40. en postérieurs, qui vont soit sur l’occipital, soit dans les muscles posté- rieurs du cou; 5Q. en ceux qui se rendent inférieure- ment , comme le diaphragmatique , comme ceux qui communiquent avec l’anse nerveuse de l’hypo- glosse, etc., etc. De cette manière, vous retiendrez avec facilité toutes les distributions nerveuses, parce que vous aurez un point unique, auquel votre mé- moire pourra les rapporter tous, et.non pasautantdo centres qu’il y a de paires. Communications intérieures des Cordons nerveux. Ce n’est passeulement à leur sort ieque les nerfs spi- naux communiquent ainsi. Les différens cordons qui forment chacun,présentent absolument la même dis- position , que du reste il est très-facile devoir dans les gros troncs,comme dans le médian, le cubital,leradial, le sciatique surtout, etc. En isolant les différens cor- dons de ces nerfs,on voit qu’ils ne sont point seulement juxta-posés dans leur longueur, mais qu’ils s’envoient defréquens rameaux les uns aux autres. Ces commu- nications ne ressemblent pointa celles des artères, où il y a toujours continuité entre les branches qui com- muniquent. Ici, il n’y a que contiguïté , et voici com- ment , chacun des cordons formant un tronc ner- veux est, comme nous le verrons, composé de filets; or ce sont ces filets qui , se détachant fréquemment du cordon auquel ils appartiennent, vont au cor- don voisin ; en sorte qu’après un trajet un peu long, les cordons qui commencent le nerf, ne sont point DELA. VIE ANIMALE. 127 128 SYSTÈME If ERVEUX* composés des mêmes filets que ceux qui le finissent i tout s’est entremêlé dans le trajet. Ainsi les cor- dons des branches du plexus brachial, à son origine, nt son t-ils point disposés comme ceux des branches qui le terminent.Car ily a celte différence entre les plexus très-apparens formés par les nerfs eux-mêmes, et les plexus moins sensibles formés pendant leur trajet dans leur intérieur même , que dans les premiers , ce sont les cordons qui, en se détachant , composent l’entrelacement, au lieu que dans les seconds, ce sont les filets. Je me suis amusé un jour à suivre attenti- vement tous les filets du sciatique dans un espace un peu long; or ceux qui en haut composoient les cordons extérieurs , se trouvoient pour la plupart en bas dans les cordons du centre. Cette remarque prouve qu’il n’y a pas des cordons nerveux destinés au sentiment et d’autres au mouve- ment , et que si les mêmes nerfs 11e servent pas à ce double usage, la différence est dans les filets , et non dans les cordons. Dans l’intérieur du canal vertébral, où les cordons nerveux sont très-isolés, par le défaut du tissu cellu- laire, les filets qui les composent 11e communiquent point ainsi de l’un à l’autre; il n’y a pas, comme au dehors, de plexus intérieur au nerf. On fait sur- tout cette remarque à l’extrémité de ce canal, où les nerfs parcourent un long trajet, commp je l’ai dit. La communication des nerfs à la sortie de leursca- vi'tés osseuses est si générale , que sous ce rapport on peut dire qu’ils forment de chaque coté une espèce d’organe par- tout continu,organe auquel h s optiques, les olfactifs et les auditifs sont seuls étrangers. Au reste, ces sortes de communications, qui se font toutes par juxta-position, ne paroissent pas in- fluer beaucoup sur les fonctions des nerfs. Chacun de leurs cordons , quoique appartenant dans son trajet à plusieurs troncs différens, peut très-bien remplir ses fonctions d’une manière isolée, comme aussi chaque filet peut le faire, quoique concourant dans sa marche à former plusieurs cordons du même nerf. J’observe à cet égard, faut bien distinguer ces communications des anastomoses dans lesquelles deux filets nerveux venant en sens opposé, se confon- dent et s’identifient l’un avec l’autre, comme on l’ob- serve entre ceux du facial, du sousorbitaire, du mentonnier, etc. Troncs nerveux• Après avoir ainsi communiqué à leur sortie , les! nerfs se séparent les uns des autres, et se portent vers les différens organes. Ils forment d’abord des troncs considérables qui parcourent les grands interstices cellulaires pendant un trajet plus ou moins long. La forme de ces troncs est quelquefois aplatie comme dans le sciatique ; mais le plus communément elle est arrondie, quoique cette forme soit absolument indif- férente à l’action nerveuse, puisque, aplatis par une tumeur,les nerfs qui sont ronds naturellement rem- plissent leurs fonctions comme à l’ordinaire. En gé- néral , toutes les fois que cela ne nuit pas à son but , ce sont les formes arrondies que la nature choisit pour les organes des animaux. J’observe même à cet égard, que ces formes nécessitent un système généralement répandu et destiné à remplir les vides DE LA VIE ANIMALE. SYSTÈME KERVEUX qui doivent nécessairement résulter de la juxtaposi- tion de ces organes arrondis : ce système est le cel- lulaire. Il seroit infiniment moins nécessaire, si les formes carrées étoient celles de nos organes , parce que moins d’espace resteroit entre eux. Les troncs nerveux sont de longueur différente. Ceux des membres tiennent le premier rang sous ce rapport, parce que les extrémités étant très-éloi- gnées de l’origine des nerfs , il faut que ces troncs parcourent un certain trajet avant d’y distribuer leurs filets. Au tronc et à la tête, au contraire , comme les organes s’offrent tout de suite aux nerfs qui doivent les pénétrer, la division en branches est prompte, et les troncs sont très-courts. Les troncs nerveux sont tantôt accompagnés d’un tronc artériel et d?un veineux correspondant, comme les troncs brachiaux , cruraux ; d’autres fois, comme les sciatiques, ceux des nerfs vagues, etc., ils mar- chent isolés. Branches , rameaux , ramuscules nerveux , etc* A mesure que les troncs avancent, ils fournissent çà et là diverses branches j celles-ci donnent des ra- meaux , lesquels produisent des ramuscules , dont naissent les dernières divisions. Toutes ces diverses divisions naissent sous des angles très-variables. L’angle aigu est le plus commun. Ce n’est point une origine véritable, mais une simple séparation de plu- sieurs cordons réunis pour les branches, d’un ou de deux pour les rameaux, d’un seul cordon pour les ramuscules, de filets isolés pour les dernières divi- sions. Aussi «etle séparation se fait-elle plus ou DE L A VIE ANIMALE* 131 moins haut, suivant les divers sujets. L’endroit où elle arrive n’est jamais rigoureusement déterminé. D’après ces divisions, les filets qui composent les cordons de chaque nerf et ces cordons eux - mêmes, sont de longueur différente ; les plus courts se sé- parent les premiers, puis les moyens ; enfin les filets les plus longs de tous parcourent toute l’étendue du nerf, et ne se terminent que là où il finit. Les nerfs brachiaux et cruraux présentent cette disposition d’une manière remarquable. Les branches nerveuses sont presque toutes ac- compagnées par une artère et une veine, dans les membres surtout ; car au tronc il y a des exceptions à cette règle : au cou, par exemple, les artères coupent souvent les nerfs à angle, au lieu de les accompagner dans leur direction. A la tête, beaucoup de branches artérielles se trouvent aussi isolées des nerveuses. Cette circonstance suffit pour nous faire attacher moins d’importance que quelques auteurs n’ont voulu y en attribuer à cette juxta-position fréquente de» systèmes nerveux et sanguin. D’ailleurs , si cette juxta-position étoit si essentielle , les rameaux et ramuscules la présenteroient aussi ; or c’est ce qui n’arrive presque jamais. § III. Terminaison des Nerfs. J’appelle ainsi l’endroit où finit chaque filet, et non pas seulement celui où le tronc total des nerfs se termine; en sorte que le sciatique se termine à la cuisse, à la jambe et au pied , et non uniquemei t à l’extrémité de celui-ci. En effet, d’après ce que j’ai déjà dit et ce que je dirai encore, la réunion des SYSTEME NERVEUX filets en cordons et celle des cordons en troncs, ne sont qu’une disposition étrangère à leurs fonctions, et chaque filet doit être isolément examiné. D’après cela, les filets d’un nerf ont trois terminaisons diffé- rentes. Ils se continuent, i°. avec d’autres filets du même système , 2°. avec les filets du système desgan- gfions ; de là résultent les anastomoses* 5°. Ils se perdent dans les organes. Anastomoses avec le même Système. J’ai déjà observé qu’il falloit bien distinguer les anastomoses véritables, de la jonction d’un cordon qui passe à un nerf plus ou moins éloigné de celui au- quel il appartenoit, et qui se place simplement à côté des filets de celui-ci, de manière à concourir avec eux aux cordons nerveux. Ainsi il n’y a pas d’anasto- moses dans le plexus, dans l’union de la corde du tympan avec le nerf lingual, etc. De même, quoique les filets des divers cordons d’un nerf passent fré- quemment des uns aux autres, de manière à donner au nerf une texture véritablement plexiforme , et non, comme le disent les anatomistes , une simple texture filiforme , cependant on ne peut pas dire que les cordons d’un même nerf s’anastomosent les uns avec les autres : il n’y a que j uxta-posilion. Aucontrai r e, la communication du grand hypoglosse avec les paires cervicales d’où résulte l’anse nerveuse, etc., forme une véritable anastomose, parce qu’il y a continuité et non pas seulement contiguilé des filets nerveux. Si les médecins qui ont considéré les anastomoses tomme les causes exclusives de toute sympathie , «voient réfléchi combien elles sont peu nombreuses T> E LA VIE ANIMALE. en comparaison de ce qu’elles paroissent au premier coup d’œil, ils auroient été conduits par cette simple réflexion à une opinion différente. En effet, il est bien évident que, quoiqu’un filet se joigne à un tronc, il n’a pas plus de rapport avec les filets de ce tronc, que les filets en ont entre eux ; c’est-à-dire , qu’il n’a de commun que l’enveloppe celluleuse. Les anastomoses artérielles et veineuses sont infiniment plus nombreuses queles nerveuses. Je croisque celles- ci peuvent jouer un rôle dans les névralgies, dans quelques sympathies même,rôle étranger aux simples communications des filets. On peut en général rapporter les anastomoses à trois classes. i°. Deux branches appartenant à des nerfs diffère ns, se continuent, comme dans l’exemple cité ci-dessus du grand hypoglosse, comme encore les rameaux du facial avec ceux du sousorbitaire, les occipitaux avec les frontaux, etc. 2°. Les bran- ches du même nerf peuvent se réunir comme celles des trois portions des nerfs trijumeaux. 3°. Quelque- fois les deux nerfs de la même paire, ou ceux de deux paires différentes, mais de chaque moitié du système nerveux, se réunissent sur la ligne médiane, comme on en voit quelques exemples dans les nerfs superficiels du cou , dans ceux du menton, etc. Cette réunion n’a point lieu à l’abdomen , où la ligne mé- diane, toute aponévrotique, n’offre aucune branche nerveuse dans son tissu. C’est peut-être par ces anas- tomoses qui ont lieu sur la ligne médiane, qu’on doit expliquer comment certains mouvemens peuvent subsister encore dans une partie affectée de paralysie. Au reste , ces sortes d’anastomoses sont en général SYSTÈME NERVEUX assez rares. Aux membres, il est évident qu’elles ne peuvent exister; au tronc, on n’en voit presque pas en arrière; assez peu s’observent en devant. Si chaque paire de nerfs les pre’sentoit, il est évident que les hémiplégies n’auroient presque pas lieu, puisque le côté sain du cerveau ou de la moelle pourroit in- fluencer par elles les nerfs du côté malade. Anastomoses avec le Système de la Vie orga- nique• Cette terminaison a beaucoup d’analogie avec la précédente, puisque ce sont deux nerfs qui se rencontrant par leur extrémité , se confondent de telle manière, qu’on ne peut pas dire où l’un com- mence et où l’autre finit. J’en traiterai dans le sys- tème suivant. Terminaison aux Organes. L’exposition des systèmes suivâns nous en mon- trera de différentes espèces sous le rapport des nerfs. 3L°. Dans les uns il y en a beaucoup, comme dans les systèmes muqueux, dermoide , musculaire de la vie animale et organique. 2°. Dans d’autres on en trouve moins, comme dans le cellulaire , le glanduleux, etc. 5°. Quelques-uns ont besoin d’un examen plus attentif que celui qu’on a fait jusqu’ici sur leurs nerfs, qui sont peu connus, comme le séreux, le médullaire, une portion du fibreux, etc. 4°* Enfin plusieurs, comme le cartilagineux, le fibro - cartilagineux , le pileux, l’épidermoide , les tendons du fibreux, etc., sont évidemment dépourvus de nerfs. On ignore comment chaque filet se comporte à son extrémité : se dépouille-t-il du névrilème ? la pulpe seule pénètre-t-elle l’intérieur des fibres ? Au nerf optique cette dernière disposition est évidente. Le névrilème finit à l’entrée de l’œil, et la pulpes’épa- nouit pour former la rétine. Un semblable épanouis- sement paroit avoir lieu pour l’olfactif et l’auditif* Mais pour tous les autres rien n’est connu. ARTICLE DEUXIÈME. Organisation du Système nerveux de la Vie animale, § Ier. Tissu propre à cette organisation. Chaque nerf est formé, comme je l’ai dit, d’un nombre plus ou moins considérable de cordons juxta- posés les uns aux autres. Ces cordons résultent de filets également juxta-posés et unis entre eux, comme les cordons, par du tissu cellulaire. J’ai dit déjà com- ment les uns et les autres s’entrelacent dans l’inté- rieur du nerf, de manière à y former une espèce de plexus qui ne diffère des plexus véritables, qu’en ce que les branches appliquées les unes contre les autres, ne laissent point voir, au premier coup d’œil, leur entrelacement. La disposition générale des cordons nerveux varie beaucoup. i°. Leur grosseur n’est pas toujours là même. Ceux du sciatique et du crural sont plus dé- liés que ceux des nerfs brachiaux, si on en excepte cependant le médian. 2°. Quelques nerfs, comme le vague, sont formés d’un seul cordon divisé par beau- coup de sillons. Quelquefois des filets forment autour t> E LA VIE ANIMALE. SYSTÈME NERVEUX de lui un réseau, une espèce de plexus très - délie’. 5°. Le même nerf réunit quelquefois de gros et de petits cordons; dans plusieurs ils sont tous égaux, comme au sciatique. 40. Le nerf optique, quoique canaliculé dans toute l’étendue qu’il parcourt, depuis la commissure jusqu’à l’œil, ne paroît point avoir dans son intérieur cet entrelacement que les autres présentent d’unemanière évidente. 5°.Dans la partie postérieure de ce nerf, et dans le tronc de l’olfactif, les cordons ne sont point distincts. 6J. La plupart des nerfs sont isolés à leur origine dans leurs filets ; les trijumeaux, au contraire, présentent une portion pulpeuse commune, où tous les leurs semblent s’im- planter, etc. Il résulte de toutes ces considérations et de plu- sieurs autres que nous devons surtout à Reil, que la disposition intérieure des nerfs varie' singulière- ment , que chacun présente presque une texture dif- férente, que sous ce rapport ils ne ressemblent point aux artères et aux veines, qui sont par - tout les mêmes, quels que soient leur volume, leur trajet, etc. Au reste, ces variétés n’atteignent point la structure intime. C’est cette structure intime qu’il s’agit d’in- diquer avec exactitude dans les derniers filets qu’on peut séparer. Reil me paroît avoir jeté un grand jour sur ce point. J’ai répété avec exactitude ses expé- riences; elles m’ont donné des résultats très-analo- gues aux siens. Quelques - unes seulement m’ont paru si difficiles, que je n’ai pas même tenLé de les entreprendre. J’ai ajouté à ses recherches une foule de faits nouveaux, comme on le verra facilement en comparant son ouvrage à cet article} où on ne trouvera DE LA YI E ANIMALE. d’exposé que ce qui est fondé sur la stricte observa- tion; j’en ai retranche tout ce qui tient aux idées théo- riques que Reil a jointes aux faits qu’il présente. On distingue deux choses dans chaque filet ner- veux, i°. une membrane extérieure en forme de canal, où est contenue la moelle; 2°. la moelle nerveuse elle-même : je vais traiter isolément de chacune. Du Né unième et de son origine. Cette membrane forme à chaque filet nerveux un véritable canal qui contient dans son intérieur la moelle; comme les veines, les artères renferment le sang, avec la différence que cette moelle stagne, au lieu que le sang circule. L’origine du névrilème est très - manifeste à la moelle épinière. Il se continue avec la membrane dense et serrée qui enveloppe la substance blanche de celle-ci, et qu’on nomme la pie-mère, quoiqu’elle ne ressemble nullement à la membrane de même nom qui entoure les circonvolutions cérébrales. Pour bien voir celte origine, il faut fendre longitudinalement, en avant ou en arrière, cette membrane spinale. La moelle paroît alors blanchâtre, molle et facile à enle- ver. Si on l’enlève en effet, en raclant avec un scalpel ou avec tout autre instrument, on a ainsi l’enveloppe immédiate de la moelle épinière, exactement isolée de l’un et l’autre côté, surtout si on a la précaution de la laver. On pourroit l’avoir sous forme de sac, en coupant un morceau de moelle d’une certaine étendue, puis en faisant sortir par pression fa subs- tance médullaire par les deux bouts. Dans cette SYSTÈME, NERVEUX double expérience , les nerfs restent attachés à la membrane séparée de sa substance parce que leur névrilème se continue avec elie. (J est exac- tement comme si une foule de petits filets artériels partoient de l’aorte : les parois de cette artère seroient à celle de ces filets , ce que la pie - mère de la moelle épinière est au névrilème des nerfs qui en partent. Seulement les nerfs sont blancs , parce que leur moelle les remplit; au lieu que le canal auquel ils tiennent est transparent, parce qu’il est privé de la sienne. Je ne prétends pas cependant qu’il y ait iden- tité parfaiteentre ces deux membranes, puisqu’on ne connoit exactement la nature de l’une ni de l’autre; j’indique seulement la disposition anatomique. Quanta l’origine des nerfs contenus dans la boîte osseuse du crâne, ceux venant de la protubérance et de ses dépendances , c’est-à-dire, des prolonge- mens qu’elle reçoit du cerveau et du cervelet, pré- sentent une disposition assez analogue à celle des nerfs de l’épine. Cependant la différence d’épaisseur et de densité de la pie-mère établit des différences. En effet, la pie-mère qui enveloppe ces parties est différente de celle qui sert de canal à la moelle épi- nière ; elle est beaucoup plus molle, moins adhé- rente ,se déchire avec plus de facilité et paroit assez analogue à celle qui revêt la substance corticale du cerveau. Le névrilème des nerfs de la protubérance , qui se continue manifestement avec cette portion de la pie-mère, présente en partie ce caractère. A l’en- droit de leur union, il est plus mou que dans le canal, de là l’extrême facilité avec laquelle , comme je l’ai observé, l’origine de ces nerfs se rompt. Du DE LA VIE ANIMALE. reste, la continuité avec Ja pie - mère est prouvée par la facilité d’enlever les nerfs en enlevant cette membrane : presque toujours l’un et l’autre se dé- tachent ensemble. Quant aux nerfs du cerveau, l’olfactif, recouvert par la pie-mère d’une manière lâche, ne paroît point avoir de névriième. L’optique en est évidem- ment dépouvu depuis son origine jusqu’à sa jonc- tion avec celui du coté opposé. Là il commence à en être entouré; il en résulte des canaux que la substance médullaire remplit , et qui se prolongent jusqu’à la rétine. Au reste, ce nerf diffère singuliè- rement desautres, i°. parce qu’il a une espèce d’en- veloppe névrilématique générale ; 2°. parce que sa substance médullaire est plus abondante et plus facile à obtenir , ses canaux étant plus larges ; 3°. parce que ces canaux, pressés les uns contre les autres, lui donnent l’apparence, à son intérieur, d’un corps con- tinu; mais en le fendant longitudinalement, il est facile de voir que la substance médullaire y est sé- parée par des cloisons. Le nerf auditif a aussi une texture toute particulière. D’après ce que nous avons dit, il est évident que la pie-mère est celle des membranes du cerveau qui a le plus d’analogie avec le névriième : on pourroit dire presque qu’il y a identité dans le canal de l’épine. Remarquez en effet que cette membrane , que per- sonne n’a encore bien décrite,'présente évidemment trois grandes modifications, suivant qu’on l’exa- mine, i°. sur la substance grise qui entoure tout le cerveau et le cervelet, où elle est rougeâtre, extrême- ment vasculeuse, lâche, peu résistante et très-facile à SYSTÈME NERVEUX enlever; 2°. sur la substance blanche qui revêt an- térieurement et postérieurement la protubérance an- nulaire , et les quatre grands prolongemens qu’elle reçoit du cerveau et du cervelet, où elle est moins rouge et où elle commence àdevenir.plus ferme, plus adhérente, moins facile à déchirer; 3°. sur toute la moelle épinière, et même sur le renflement des émi- nences pyramidales et olivaires qui la commencent. Elle.s’épaissit et se condense au niveau du sillon qui sépare ces éminences de la protubérance, puis frois- sant en densité plus inférieurement, devenant blan- châtre, résistante, etc., elle offre un aspect absolu- ment différent de celui qu’elle avoit dans le crâne. On diroit que c’est une membrane toute différente. Elle a une épaisseur quadruple de celle de l’arachnoïde. Dans la plupart des sujets que j’ai examinés , elle est très-tendue, comprime, pour ainsi dire, la subs- tance médullaire à laquelle elle sert de canal ; en sorte que quand on y fait une petite ouverture , celle-ci sort tout de suite. Mais je présume que pen- dant la vie elle est plus lâche. Au reste , cet état de compression est beaucoup moins sensible vers la partie supérieure que vers la moyenne et l'inférieure, à cause de la différence d’épaisseur. Je remarque que la densité de la pie-mère de l’épine est nécessaire pour empêcher les lésions de la substance médullaire, qui est très-molle d’une part, et qui offre , de l’autre part, moins de volume que le canal n’a de diamètre; en sorte qu’elle peut, pour ainsi dire., y balloter : dis- position toute différente de celle du cerveau, qui remplit exactement le crâne. INéde la manière que nous venons de l’indiquer, DE U VIE AMI MALE. le névrilème des nerfs traverse avec eux la cavité du crâne et celle de l’épine. 11 est très-distinct dans ces cavités, parce qu’il n’y est point environné de tissu cellulaire, mais seulement de l’arachnoïde, qu’on en soulève avec une extrême facilité : aussi au lieu d’em- ployer les diverses préparations queReil indique pour séparer le névrilème du tissu cellulaire des nerfs, il est infiniment plus commode d’examiner cel te mem- brane dans les derniers nerfs de l’épine , qui y pré- sentent, comme nous l’avons vu, mie longueur re- marquable. Action de certains corps sur le Névrilème ; sa résistance 9 etc. Audehorsdes cavités osseuses, le névrilème plongé dans la portion celluleuse, lui adhère d’une manière très-forte, mais paroîi évidemment de même nature que dans l’intérieur. On ignore quelle est cette na- ture , si elle est identique à celle de la pie-mère, de la moelle, de la protubérance annulaire et de .scs dépendances. Il paroît qu’elle a beaucoup de rapport avec le tissu cellulaire. Elle est transparente, étran- gère par conséquent à la couleur des nerfs : voilà pourquoi, lorsque ceux-ci ont été privés, par les al- calis, de leur pulpe, ils perdent en grande partie leur blancheur. Le névrilème est une des parties de l’économie animalequi se racornissent avec la plus grande facilité, surtout à F instant où l’on plonge les nerfs dans un acide un peu concentré , dans le nitrique et le sul- furique spécialement. Je n’ai observé dans aucun autre tissu ce phénomène d’une manière aussi mar- SYSTÈME NERVEUX quée; le nerf diminue tout à coup de volume et se tortille en divers sens : or nous verrons que la subs- tance médullaire est complètement étrangère à ce phé- nomène. L’action de l’eau bouillante produit un effet analogue; par elle le nerf se crispe, se resserre et se durcit; puis , quand l’ébullition a continué pendant un certain temps, il se ramollit peu à peu, et change sa couleur blanchâtre en une espèce de teinte jau- nâtre très-différente de celle d’un tendon ou d’une aponévrose bouillis. L’action des acides continuée pendant quelque temps , produit un effet analogue à celui de l’ébullition. Au racornissement et à l’endurcis- sementsubits qui ont lieu plonge un nerf, succède bientôt un ramollissement tel, qu’au haut de peu de temps il dilflue sous le doigt, et qu’en- suite il est en partie dissous. Les alcalis ne racornissent point le névrilème, non plus qu’aucun tissu de l’économie vivante ; ils ne l’at- taquent pas non plus par dissolution. Voilà pourquoi sans doute Reil ayant fait macérer pendant quelque temps, dans la lessive des savonniers, une portion de nerf, a pu isoler exactement le canal névriléma- tique de sa substance médullaire. L’action de l’eau sur le névrilème produit un phé- nomène que peu d’autres tissus animaux présentent. Loin de se ramollir d’abord et de se réduire ensuite en pulpe, il semble, dans les premiers temps aug- menter sa consistance. Un nerf trempé dans l’eau y devient plus dur, plus résistant, et cet état, à la température ordinaire des caves, dure pendant un mois et demi, deux mois même. Ce n’est qu’au bout de ce temps, souvent même au-delà, que le tissu névr.le'matique se ramollit peu à peu, se rompt, et Unit enfin par diffluer comme les autres tissus ma- cérés. Je n’ai point répété dans une température très- chaude cette expérience, qui y a toujours réussi à celle de l’hiver et du printemps. Le canal névrilématique desfilets nerveux présente une très-grande résistance, parce qu’il est, à proportion de la substance médullaire qu’il renferme, infiniment plus épais que le canal membraneux de la moelle épi- nière. C’est ainsi que la proportion existante entre l’épaisseur des parois vasculaires et les fluides qu’elles renferment, est infiniment moindre dans les gros troncs que dans les petits rameaux ; le fluide surpasse de beaucoup le solide dans les premiers; ily a au moins égalité dans les seconds. Aussi un nerf très-petit sup- porteroit des poids beaucoup plus considérables que la moelle épinière. Je crois que parmi les tissus qui sont disposés en filamens ou en tubes alongés, celui- ci et l’artériel sont, après le fibreux, les plus résis- tans; ils surpassent le veineux, le musculaire, le séreux, etc. Substance médullaire ; son Origine. Cette substance occupe l’intérieur du canal névri- lématique, exactement comme la substance de la moelle épinière remplit le canal que lui forme la pie-mère. Cette substance médullaire est blanchâtre, comme celle du cerveau et de la moelle; c’est elle qui donne au nerf sa couleur. Elle est en proportion beaucoup plus grande dans le nerf optique que dans tous les autres; elle se trouve exclusivement dans la partie de ce nerf, postérieure à h réunion des deux ? DE LA VIE ANIMALE. SYSTÈME NERVEUX ainsique dans l’olfactif. Elle est aussi en quantité' très» grande dans l’auditif, qu’elle- paroît former en grande partie. En général, je crois qu’à l’origine dans les ca- vités osseuses,eüe prédomine sur le névrilème, tandis que dans le trajet, c’est le névrilème qui lui est supé- rieur. De là l’excès de résistance des nerfs consi- dérés dans le second, sur celle qu’ils ont à la pre- mière. Celte substance paroît continue avec la médullaire du cerveau, de la protubérance etde ses dépendances, et de la moelle épinière. On ne sauroit nier, je crois , cette continuité à l’origine des nerfs optique et ol- factif, où cette substance médullaire se trouve uni- quement. A l’auditif cela est aussi très-apparent; dans la moelle épinière, en raclant sa substance blanche à la surface interne de la pie-mère, de manière à laisser les nerfs adhérens à cette membrane, on voit mani- festement à l’endroit d’où ces nerfs partent, qu’il y a un prolongement s’enfonçant dans leur névrilème. Parallèle des Substances médullaires du Cerveau et des Nerfs. Quelle est la nature de la substance médullaire des nerfs? J’ai cherché à établir une comparaison entre elle et la substance cérébrale : il y a beaucoup d’ana- logie sous certains rapports ; on trouve des diffé-* rences sous d’autres. i°. Soumis à la dessiccation à l’air libre et par tranches minces pour que la putréfaction ne s’en empare pas , la substance blanche du cerveau jau- nit, et prend une certaine consistance. Le nerf des- séché jaunit aussi, devient roide, se resserre sur ï> E Ii A VIE A Jî I M À L £. lui-même. Ces changemens sont dus sans doule en partie, chez lui, au nêvrilème. La preuve en est que si on fait sécher l’enveloppe que la pie-mère fournit à la moelle épinière, enveloppe qui a tant d’analogie avec le nêvrilème, les qualités nouvelles qu’elle acquiert sont très-analogues à celles des nerfs desséchés. Mais cela n’empêche pas que la substance médullaire du nerf -ne concoure aussi à la couleur jaunâtre, par l’évaporation de sa portion aqueuse. Je ferai, à cet égard, une remarque générale qui me paroît intéressante; c’est que l’eau influe sur la blan- cheur d’une foule de tissus qui deviennent jaunes ou grisâtres par sa soustraction, et blanchissent de nou- veau par son addition. Ainsi, est-on maître de jau- nir par la dessiccation tous les organes fibreux , là peau, etc., et de leur rendre ensuite leur couleur primitive. Ainsi grisâtres après être desséchés, les surfaces séreuses, le tissu cellulaire,etc., reprennent- ils leur blancheur quand on les plonge dans l’eau, à moins que la dessiccation ne soit très-ancienne. L’épi- derme de la plante des pieds et de la paume des mains change son gris naturel en blanc quand il est un peu long-temps plongé dans l’eau. 2°. La substance cérébrale et celle delà moelle se putréfient avec une extrême facilité quand on les soumet à l’action réunie de l’eau et de l’air; elles prennent alors une couleur verdâtre, et cependant acquièrent de l’acidité et rougissent le papier bleu. Ce sont même , je crois , parmi les substances ani- males , celles qui présentent le plus vite ce phéno- mène. La substance médullaire nerveuse paroît au contraire résister beaucoup plus à la pourriture. Les SYSTÈME NERVEUX nerfs sont mêmeunedes parties de l’économie animale les moins putréfiables. Pendant la vie on les trouve souvent intacts dans un membre gangrené, au milieu d’un dépôt, etc. Sur le cadavre qui se pourrit, ils gardent leur blancheur et leur consistance au milieu de la noirceur et du ramollissement généraux. J’ai ob- servé que l’eau de la macération du système nerveux donne très-peu d’odeur, tandis que celle du cerveau est fétide. Ces phénomènes n’auroient pas lieu évidem- ment, si la substance médullaire du nerf étoit aussi putréfiable que celle du cerveau. Cependant il est ma- nifeste que c’est spécialement au névrilème que les nerfs doivent cette espèce d’incorruptibilité ; car j’ai observé que l’optique où la substance médullaire pré- domine, que l’olfactif et l’auditif qui en paroissent dépourvus, se pourrissent plus facilement que les autres. J’ai remarqué aussi constamment que tandis que la substance blanche de la moelle épinière se pourrit, son enveloppe reste intacte. 5°. La substancemédullaire desnerfs, comme celledu cerveau et celle de la moelle épinière, paroissent n’ être susceptibles d’aucune espèce de racornissement. Cela est très-manifeste quand on plonge les deux dernières dans l’eau bouillante, dans un acide concentré , etc. Pour la première, on s’en assure en soumettant à la même expérience les nerfs mous et à névrilème peu dis. tinct. C’est à cela aussi qu’il faut rapporter le phéno- mène suivant : quand on plonge la partie antérieure de l’optique dans l’eau bouillante, le névrilème se crispe, ses canaux se rétrécissent, et la substance médullaire, ne se resserrant point en proportion, reflue vers les extrémités qui se renflent. Comme dans les autres X) E Ij a vie animale» nerfs celte substance est en moindre proportion, ce phénomène y est moins apparent ; il a lieu cepen- dant , et c’est à cela qu’il faut rapporter le petit tuber- cule arrondi et renflé que présente chaque bout des filets nerveux bouillis; c’est la substance médullaire qui forme ces renflemens. Ce phénomène est extrê- mement manifeste dans la moelle, qui, plongée dans l’eau bouillante, laisse échapper sa substance com- primée , par ses extrémités ou par les ouvertures qu’on fait dans une partie quelconque de son enveloppe. Ainsi, lorsqu’on fait bouillir une tête , la dure-mère, détachée du crâne, se resserre fortement en se racor- nissant, comprime la substance cérébrale qui ne 6e resserre point comme elle , et qui la fait rompre quel- quefois, de manière qu’elle se répand dans l’intervalle que la dure-mère a laissé entr’elle et les os du crâne, dont l’ébullition l’a détachée. 4°. Lorsqu’on agite la substance cérébrale dans l’eau , elle s’y suspend en forme d’émulsion, comme l’a observé le cit. Fourcroy, puis se précipite au fond du vase. On fait unesemblable émulsion avec les nerfs olfactifs, avec la partie postérieure des optiques, etc* Lorsquç la partie antérieure de ceux-ci, où le ne'vri- lème est très-apparent, a trempé quelque temps dans l’eau, ordinairement même sans cette précaution pré- liminaire, on en fait suinter par pressionbeaucoupde substance blanchâtre, qui est évidemment analogue à la médullaire du cerveau,et qui colore l’eau qui la re- çoit. Dans les autres nerfs, où la substance médullaire estbeaucouprnoins abondante,on la fait aussi souvent sortir, par pression, des bouts coupés des filets,surtout s’ils ont macéré auparavant dans une lessive alcaline. SYSTÈME IERVEüX 5°. La coction durcit le cerveau et lui donne une teintegrischre et terne qui ressemble assez bien à celle qu’on y observe dans les fièvres ataxiques. Même phénomène dans les nerfs mous. Dans les autres , le ïiévrilème est en proportion trop grande sur la subs- tance médullaire, pour qu’on puisse observer ce qui arrive alors à celle-ci. C’est à la propriété qu’a le cei - veau de se coaguler par le calorique, qu’il faut rap- porter le précipité floconneux qu’on obtient dans une émulsion cérébrale chauffée. 6°. Tous les acides, s’ils sont très - concentrés, durcissent le cerveau d'une manière très-sensible , à l’instant même où on les y plonge. Le sulfurique le ramollit ensuite, et fiuiroit par le réduire en pulpe , si on ne l'affoiblissoit pas. Le nitrique le jaunit seu- lement en le durcissant. Le muriatique a moins d’ac- tion sur lui. Les phénomènes des acides sur les nerfs sont assez analogues pour les mous. Pour ceux à né- vrilème très-distinct, le racornissement dont cette en- veloppe est le siège, masque tous les phénomènes subits relatifs à la substance médullaire. Quand le névrilème se ramollit et se fond, cette substance m’a paru diminuer aussi de consistance et s alières par les acides, au lieu que celle du cerveau reste toujours au même degré d’endurcissement, pourvu que la concentration ne soit pas trop forte. Tout le monde connoît l’action de l’alcool sur le cerveau , qu’il durcit aussi. Cet endurcissement , ré- sultat des acides, de la coction et de l’alcool, est un phénomène que l’anatomiste peut mettre à profit pour donner aux parties qu’il dissèque une consistance qui lui permette de bien les examiner. Il rapproche la DE LA TIE ANIMALE. substance cérébrale des fluides albumineux. Je dis, qu’il l’en rapproche, car il y a encore entr’euxde très- grandes différences que nous connoissons, je crois, assez peu. 70. Les alcalis ont sur la substance cérébrale une action exactement opposée à celle des acides. Ils la fluidifient ,1a dissolvent même complètement au bout d’un certain temps. J’ai observé à cet égard que la substance grise est infiniment plus altérable par eux que la blanche, qui se ramollit beaucoup , disparoît en partie, mais-laisse toujours une portion assez con- sidérable non dissoute. Quel que soit l’endroit où l’on prenne ces deux substances pour les soumettre aux alcalis, ce résultat est constant. Les alcalis agissent aussi manifestement sur la substance médullaire des nerfs. Cette action a même puissamment servi à Reil dans ses expériences, comme je l'ai dit. 8°.Lescit. Thouretet Fourcroy ont fait connoître la singulière propriété qu’ont les cerveaux enfouis de se changer, après s’être concentrés en une beaucoup plus petite masse que celle qu’ils offroient, en une substance cassante, susceptible de se ramollir sous le doigt, de se délayer dans l’eau, exhalant une odeur fade, présentant les caractères d’un savon ammonia- cal, et se rapprochant infiniment, par sa nature, du blanc de baleine. Les nerfs éprouvent-ils une sem- blable altération dans leur substance médullaire? On 11’a encore aucune donnée sur cette question. g°. Le muriate de soude dont on saupoudre des tranches de cerveau et les nerfs pulpeux, augmente leur consistance. io°. Les sucs digestifs altèrent en général assez SYSTÈME NERVEUX bien la substance médullaire du cerveau. Je crois ce- pendant qu’ils auroient sur elle une action plus effi- cace dans l’état de crudité que dans celui de coction ; car en général tous les réactifs sont plus puissans sur le cerveau dans le premier de ces états. On sait que pour beaucoup d’animaux carnassiers , la substance cérébrale est un met friand. Ceux qui se nourrissent d’oiseaux dont les parois du crâne peu résistantes se rompent sans peine, mangent presque toujours le cerveau en premier lieu. La belette, la fouine, etc. en offrent des exemples. Pour l’homme, le cerveau est aussi une des portions les plus savoureuses de l’éco- nomie. Les nerfs sont beaucoup moins digestibles : mais cela dépend uniquement du névrilème, qui ne cède pas à la coction autant que beaucoup d’autres parties. Par exemple, les tendons, aussi et plus durs que les nerfs dans l’état de crudité, deviennent beau- coup plus ramollis dans la coction. On sait qu’on dis- tingue très-bien parmi les chairs bouillies l’unet l’autre organes.Le premier, dans son état gélatineux, est plus agréable et plus digestible, il?. La substance médullaire cérébrale est très- différente dans le cerveau, la protubérance , ses pro- longemens ,et la moelle épinière. Pour peu qu’on l’examine attentivement, on est frappé de ces dif- férences, qui portent sur la couleur, sur la consis- tance, surla dureté, sur l’humidité, etsans doute aussi sur la nature, quoique nos connoissances ne soient pas encore assez avancées pour prononcer sur ce der- nier point. La substance médullaire nerveuse offre- t-elle des différences analogues ? Je crois que dans le même nerf elle se ressemble, mais qu elle diffère dans DE LA VIE ANIMALE. les différens nerfs suivant leurs usages. En effet , puisque la disposition intérieure des cordons et des filets qui constituent le nerf, varie tant, puisque le né- vrilème éprouve aussi des différences , pourquoi la substance médullaire seroit-elle par-tout de même nature? Certainement la couleur et la consistance de celle qui compose l’olfactif sont toutes différentes de celle qu’on fait suinter par pression de la partie an- térieure de l’optique. Celle de l’auditif ne ressemble pas à celle des trijumeaux, etc. Nous avons vu que chaque organe des sens a sa sensibilité propre qui le met exclusivement en rapport avec un corps parti- culier de la nature, celle de l’œil avec la lumière, celle de f oreille avec les sons, etc. Je crois bien que ces différences de sensibilité dépendent de la diffé- rence des organes; mais je suis persuadé que l’orga- nisation des nerfs y influe beaucoup, et que l’optique seroit impropre à transmettre les saveurs, l’auditif à propager les impressions faites par la lumière, etc. Pour peu qu’on examine attentivement les objets, on voit une différence essentielle de structure entre le nerf de l’œil, celui des narines, celui de l’oreille et celui destiné aux saveurs sur la langue, qui se rap- proche, par la densité, des nerfs moteurs. Quant aux nerfs qui président au toucher, ils n’ont pas besoin d’une texture particulière; car je prouverai ailleurs que ce sens n’exige point un mode particulier de sensibilité animale, mais que cette propriété géné- rale lui suffit, puisque c’est de la forme mécanique de la main que dépend surtout sa précision. Pour les nerfs qui vont aux muscles volontaires , comme ces muscles sont par-tout analogues et remplissent SYSTÈME NERVEUX des fonctions semblables, je crois que leur substance médullaire ne diffère pas. Mais dans le nerf vague, dont la destination est si différente, pourquoi des va- riétés d’organisation interne ne coïncideroient - elles pas avec celle de texture qu’on distingue en dissé- quant ce nerf? J’en dirai autant de plusieurs nerfs qui vont à des parties dont la sensibilité présente une modification toute différente. Voilà un parallèle entre la pulpe cérébrale et la substance médullairedes nerfs, qui peut jeter quelque jour sur leur différence et sur leur analogie. Je n’y ai point employé tous les détails des expériences chi- miques faites avant moi sur le cerveau ; je n’ai pré- senté que les phénomènes principaux de l’action des différens réactifs, phénomènes que j’ai tous exacte- ment vérifiés plusieurs fois. La substance médullaire des nerfs n’est point dis- posée par filamens. Elle paroit être analogue à la subs- tance blanche delà moelle épinière qui est une véri- table bouillie, stagnante dans le canal de la pie-mère , qui lui sert de réservoir. D’ailleurs l’inspection prouve celte assertion dans les nerfs optiques, auditifs, olfac- tifs, etc. En général je crois que cette substance, ainsi que la cérébrale, abstraction faite des vaisseaux qui les parcourent, devroient être plutôt rangées parmi les fluides que parmi les solides, ou , si on veut,elles for- ment véritablement la'transition des uns aux autres. § II. Parties communes à l Organisation du Système nerveux de la Vie animale. 'l'issu cellulaire. Les nerfs sont absolument dépourvus de ce tissu DE L A VIE ANIMALE. dans l’intérieur du crâne et de l’épine; mais au dehors ils en présentent une grande quantité. Une couche extérieure, abondante , les revêt d’abord et les unit aux parties voisines. Cette couche est plus lâche que celle qui entoure les artères. Souvent de la graisse s’y accumule; quelquefois, mais rarement , elle s’infiltre dans les leucophlegmaties. De cette couche commune se détachent en dehors divers prolongemens qui vont communiquer avec le tissu cellulaire des organes voisins, et qui forment le moyen d’union du nerf avec ces organes. En dedans, d’autres prolongemens partent aussi pour se placer entre les cordons nerveux, qu’ils séparent les uns des autres, et auxquels ils forment des espèces de canaux. Lorsqu’un nerf a macéré pendant quelque temps dans l’acide rjitrique affaibli, les cordons de- viennent isolés de lëqr gaine, qui est à leur égard ce que la couche dont nous parlions et à la totalité du nerf. Ces canaux cellulaires contiennent aussi souvent de la graisse dans les gros nerfs; dans le scia- tique il y en a toujours. Voilà pourquoi, lorsqu’on fais sécher ces organes, presque toujours il se fait à leur surface une exhalation graisseuse, comme je l’ai observé ; pourquoi, lorsqu’on les plonge dans une lessive alcaline quelconque, ils présentent d’une ma- nière sensible un enduit onctueux et véritablement savonneux. Enfin de [nouveaux prolongemens partant des ca- naux cellulaires qui embrassent les cordons , entou- rent les filets de canaux encore plus petits. Ici jamais il n’y a de graisse ni de sérosité, et le tissu cellulaire prend en partie cette nature particulière qui carac- SYSTEME NERVEUX rérise le tissu sousartériel, souveineux, etc.; peut- être même le névrilème n’esl-il autre chose que ce tissu un peu plus condensé. Au reste le tissu cellu- laire unit tellement, les uns aux autres, les cordons des nerfs et les filets de ces cordons, qu'aucun mou- vement ne peuL y avoir lieu. Vaisseaux sanguins. Chaque nerf reçoit ses vaisseaux des troncs envi- ronnans,lesquels y envoient des rameaux qui pénè- trent de tous côtés dans leur intéri r. L’optique fait exeption à cette règle : la membrane qui 1 entoure fait que les vaisseaux ne peuvent point y parvenir ainsi latéralement. Une artère le traverse suivant son axe, et y laisse différentes branches. Dans les autres nerfs les artères rampent d’abord dans le tissu cellulaire intermédiaire aux cordons, et y ont un volume plus ou moins considérable, suivant les troncs nerveux. Quelquefois ce volume augmenteconsidérablement.Par exemple,dans l’ané- vrisme poplité, on a vu l’artère du nerf sciatique avec un calibre plus que triple de l’état naturel. Des artères rampant entre les cordons, se déta- chent une foule de petites branches qui se portent dans tous les interstices des filets. Enfin de celles-ci viennent de petites artères capillaires qui se répandent sur le névrilème,y serpentent, le traversent, et se continuent avec les exhalans de la substance médul- laire. On voit très-bien sur la moelle épinière cette disposition vasculaire. Une foule de ramifications se répandent d’abord sur la pie-mère, dense et serrée , qui y tient lieu de névrilème ; mais elles s’enfoncent. DE L A VIE ANIMALE. dans la substance médullaire, el s’y perdent en se continuant avec les exhalans. Les veines suivent dans les nerfs un trajet ana- logue aux artères ; cependant, en disséquant avec soin plusieurs gros troncs nerveux, je me suis assuré que, le plus communément, leurs branches ne sor- tent point des nerfs au même endroit oii entrent les al tères. Cette disposition est analogue à celle du cer- veau, où celles-ci pénètrent inférieurement, et ou les autres s’échappent supérieurement. Beaucoup d’auteurs, Reil en particulier, ont exagéré la quantité de sang qui aborde aux nerfs, pa rce que pour en juger ils ont employé des injec- tions lines qui ont pénétré le système capillaire, qui ordinairement ne contient point de sang rouge. Je me suis convaincu combien ce moyen est infidèle ici comme par-tout ailleurs, en disséquant les nerfs sur les animaux vivans , seul moyen d’avoir une idée exacte de ce qui a lieu dans l’état naturel. Le sang qui pénètre les nerfs est, comme celui qui arrive au cerveau, un excitant qui entretient leur action. Quand cet excitant augmente , l’excitabilité nerveuse s’accroît, comme Reil s’en est assuré en frottant les nerfs d’une grenouille, de manière à les rougir en y attirant plus de sang. Est-ce que , porté en très-grande quantité sur le système nerveux, ce fluide en interrompt quelquefois les fonctions, comme il arrive au cerveau dans les apoplexies sanguines? Je n’ai pas eu occasion de faire encore cette obser- vation d’une manière bien manifeste, dans le grand nombre de cadavres que j’ai ouverts. Seulement les nerfs sont un peu plus rougeâtres dans certains cas que dans d’autres. Ges cas coïncident-ils avec c rtaines maladies déterminées? Je n’ai encore aucun aperçu sur ce point. Quant à la prétendue compres- sion de l’origine des nerfs, par le sang qui se porte au cerveau et dans la moelle,quiconque a examiné les rapports des ne. fs avecles vaisseaux, à la base du crâne, ne peut concevoir une semblable compression. D’ailleurs la plupart des trous par lesquels les petites artérioles pénètrent dans l’intérieur même de ce vis- cère , ont un calibre évidemment supérieur au leur $ en sorte que, quelque pleins qu’ils soient, ils ne peuvent faire effort sur leurs parois.On ne conçoit de compression à l’origine des nerfs, que dans les épan- chemens à la base du crâne. SYSTÈME NERVEUX EæhaLans et Absorbans. On ne peut apprécier ces vaisseaux dans les nerfs; mais la nutrition les y suppose. Il paroît que cette fonction s’opère de la manière suivante : les exhalans reçoivent des artères auxquelles ils sont continus, la substance médullaire qu’ils déposent dans le canal du névrilèrne, qui est, si je puis m’exprimer ainsi, le réservoir de cette substance que les aborbans re- prennent ensuite. Plusieurs pensent que le névrilèrne est l’organe secrétoire de cette subslance médullaire, qui suinte pour ainsi dire de ses parois pour séjourner ensuite dans sa cavité. Je ne le crois pas, i°. parce que le nerf olfactif ne pourroit point alors se nourrir, non plus que la portion postérieure de l’optique. 2°. Les membranes cérébrales sont étrangères à la secrétion de la pulpe du cerveau; elles laissent seulement passer DE L A VIE ANIMALE, les vaisseaux qui vont dans cet organe pour l’y dé- poser. 5°. Même disposition à la moelle épinière dont la pie-mère a tant d’analogie avec lenévriîème. Les vaisseaux traversent cette membrane, puis se perdant, comme je l’ai dit, dans la substance médul- laire, la renouvellent habituellement; en sorte que s’il étoit possible d’enlever cette substance sans tou- cher aux vaisseaux, ceux-ci flotteroient libres par leurs extrémités dans le canal de la pie-mère. Ainsi, dans certains fongus très-mous, les vaisseaux tra- versent-ils çàet là la substance qu’ils déposent dans leurs intervalles, et ils formeroient une végétation en forme de réseau , si on pouvoit enlever cette subs- tance en les laissant intacts. 4°» b)ans le nerf optique les vaisseaux ne se bornent point évidemment au névrilème; ils pénètrent encore dans les canaux qu’il forme , et y déposent la substance médullaire. Tout paroît donc prouver que lenévriîème n’est pas plus l’organe secrétoire de la substance nerveuse, que la pie-mère est celui des substances cérébrales ou de la moelle épinière. Il peut avoir des usages que nous ignorons; mais le principal est certaine- ment de servir d’enveloppe : il est la partie passive du nerf, la moelle étant la portion essentiellement active. D’après cette manière d’envisager la production de la substance médullaire nerveuse, il est évident qu’elle ne provient point du cerveau, qu’elle se forme dans chaque nerf par le moyen des vaisseaux voisins. Voilà pourquoi lapOrtioninférieured’unnerf coupé ne se flétritpoint;pourquoi uneligatureen interrompant les communications cérébrales, n’empêche pas la nu- SYSTEME NERVEUX trition nerveuse; pourquoi dans la plupart des para* lysies où le système nerveux cesse de correspondre avec cet organe, il se nourrit comme à l’ordinaire. D’après cela et d’après d’autres considérations , Reil regarde les nerfs comme ayant une existence exactement isolée, comme étant des corps à part, communiquant seulement d’un côté avec le cerveau, de l’autre avec les diverses parties. Cette assertion est vraie sous le rapport de la nutrition ; sous celui des fonctions elle est en partie fausse; car bien évidem- ment les nerfs ne sont que des conducteurs; c’est du cerveau que part le mouvement; c’est à lui qu’arrive le sentiment. Dans les animaux à sang blanc, et même dans ceux à sang rouge et froid, ces fonctions dans le cerveau, concentrées chez l’homme et les espèces voi- sines , sont,il est vrai, plus généralement répandues dans le Système nerveux : de là vient sans doute qu’on peut enlever le cerveau, le cœur et le poumon, sans que la vie soit immédiatement détruite chez les rep- tiles , etc. ; c’est même pour cela que j’ai remarqué , dans mes Recherches surla Mort, qu’il ne faut jamais seservir,danslesexpériences,d’animaux à sang rouge et froid, pour en tirer des inductions relatives à ceux à sang rouge et chaud. Mais dans ceux-ci et dans l’homme surtout, il est incontestable , i°. que le cer* veau est le centre de la vie animale, qui cesse dès que l'action de ce viscère est anéantie, comme le prouvent les apoplexies, les asphyxies, etc.; 2°.qu’il a aussi sous sa dépendance immédiate la vie organique, quoique d’une manière indirecte, c’est-à-dire en pré- sidant aux fonctions mécaniques de la respiration, qui en cessant font cesser les chimiques, puis la D E LA VIE ANIMALE. circulation, puis les sécrétions, etc., en sorte que îa permanence des deux vies, et une lésion grave du cerveau , sont deux choses absolument incompa- tibles. En général les auteurs qui ont écrit sur la vie, sur le système nerveux, etc., les ont considérés d’une manière trop générale. Les rapports des fonctions sont absolument différens dans les animaux à sang froid et dans ceux à sang chaud : ce qui est vrai pour les uns, ne l’est nullement pour les autres. Nerfs. Le névrilème reçoit-il de petits rameaux nerveux? Ces petits rameaux pénètrent-ils dans les nerfs, comme les artérioles rampent da'ns les parois des grosses artères? L’inspection anatomique ne montre rien de semblable. ARTICLE TROISIÈME. Propriétés du Système nerveux de la Vie animale. §Ier. Propriétés de tissu, Peu de systèmes présentent ces propriétés à un degré plus obscur que celui-ci. Si on tiraille un nerf en sens oppose, sur un animal vivant, il s’étend très- difficilement, résiste beaucoup, et ne prend qu’un excès de longueur très-peu supérieur à celui qui lui est naturel : ce qui paroît dépendre spécialement du névrilème. Lasubstancemédullairecécleroilbeaucoup plu>. On sait combien celle du cerveau s’étend dans fhydropisie des ventricules. Si un gros tronc est dis- SYSTÈME NERVEUX tendu par une tumeur subjacente, comme par l’ané- vrisme poplité, par un gonflement à l’aisselle , etc., il s’aplatit en manière de ruban ; ses filets s’écartent et se placent les uns à côté des autres; il s’élargit beaucoup par conséquent. Ainsi distendus, c es filets peuvent encore quelquefois transmettre le sentiment et le mouvement ; d’autres fois, ces deux fonctions y sont anéanties. En général, unedistention subite les interromptbien plu s efficacement que celle qui est amenée lentement. Voilà pourquoi la tête de 1 humérus cause souvent, dans les luxations du bras, des paralysies, tandis que dans les tumeurs chroniques très-volumineuses de l’aisselle celaarrive très-rarement. Les luxations spon- tanées des vertèbres qui suivent toujours une marche chronique sont rarement accompagnées de paralysie, accident qui est toujours le résultat de celles qui sur- viennent par une violence extérieure. C’est ainsi qu’au cerveau, des tumeurs osseuses, desfongus volumineux qui croissent lentement, troublent peu ses fonctions, que la moindre dépression des os du crâne boule- verse , lorsqu’elle succède à une fracture. Voilà encore comment,dans l’hydrocéphale, une grande collection de sérosité n’altère souvent que très-peu le sentiment, qui est presque anéanti lorsqu’un peu plus de ce fluide qu’à l’ordinaire est tout à coup exhalé dans les ventri- cules, comme il arrive dans certaines apoplexies. Quand une région considérable est distendue, comme l’abdomen , les s y trouvent cèdent en partie parce que leurs flexuosités disparoissent, en partie parce qu ils[sont réellement'alongés ; de plus , il reste davantage d’écartement entr’ eux. Ï>E IA VIE ANIMALE. La contractilité de tissu est encore moins marquée 3[ue l’extensibilité. Coupé transversalement, un nerf ne se rétracte presque pas par ses deux bouts, lesquels restent affrontés comme ceux d’un tendon. Dans Pamputation, le bout du nerf demeure plus long que ceux des muscles, de la peau, etc. C’est même quel- quefois une cause de pression douloureuse de la part des pièces d’appareil. § II. Propriétés vitales* Elles sont moins marquées dans les nerfs, qu’il ne le sembleroit d’abord,d’après l’opinion d’une foule de médecins qui font jouer à ces organes un rôle presque général dans les maladies. Propriétés de la Vie animale» Il faut considérer les nerfs, par rapport à la sensibi- lité ,gue à celui des expériencesrelatives à la contractilité animale des muscles, expériences connues de tous les physiolo- gistes. La sensibilité animaledes nerfs a un caractère pai - ticulier qui la distingue de celle de tous les autres systèmes. C’est ce caractère qui en imprime un dis- tinctif à la douleur née dans ces organes, laquelle ne ressemble nullement à celle qui a son siège dans la 164 SYSTÈME NERVEUX peau, dans les surfaces muqueuses , etc. Ce qui a sur- tout fixé mon attention sur la diversité de la douleur dont chaque système est le siège, c’est la question d’un homme de beaucoup d’esprit et de sang-froid, à qui Desault avoit amputé la cuisse , et qui me de- manda pourquoi la douleur qu’il éprouvoit à l’instant où l’on coupoit la peau, étoit toute différente du sen- timent pénible qu’il ressentit lorsqu’on fit la section des chairs, où les nerfs parsemés çà et là , étoient in- téressés par l’instrument, et pourquoi ce dernier sen- timent différoit encore de celui qui eut lieu lorsqu’on fit la section de la moelle. Gela m’embarrassa beau- coup alors, où tout occupéde chirurgie, j’avois encore peu étudié la physiologie; mais j’ai vu depuis que cela tient à ce principe générai dont j’ai déjà parlé, et qui fait que, de même que chaque système a son mode de sensibilité animale propre dans l’état natu- rel, il l’a aussi dans l’état morbifiquec’est-à-dire, dans la douleur. Une preuve bien manifeste de cette assertion pour les nerfs de la vie animale ,• c’est le mode particulier de douleur qu’on éprouve dans le tic douloureux, mode qui ne ressemble à celui d’aucun autre sys- tème. On a confondu souvent la douleur sciatique , qui siège dans le nerf du même nom, avec le rhu- matisme, qui affecte les muscles ouïes parties tendi- neuses; mais la diversité delà douleur suffiroit seule pour les faire distinguer. Le cit. Ghaussier a très-ju- dicieusement pris pour premier caractère de la né- vralgie , la nature même de la douleur. Tout le monde connoît le sentiment particulier d’engourdissement et ensuite de picotement, qu’on éprouve lorsqu’un DE LA VIE ANIMALE. nerf superficiel, comme le cubital, le péronier, etc., est comprimé. Aucun autre organe, dans l’économie, ne donne la même sensation sous l’influence delà même cause. La sensibilité animaledes nerfs a un autre caractère particulier, qui consiste en ce qu’une irritation lo- cale d’un tronc fait souvent souffrir dans toutes les branches. i°. On sait que lorsque le cubital est comprimé au coude, la douleur se distribue dans tout son trajet ; qu’elle se répand sur toute la partie externe de la jambe, lorsque c’est le péronier qui souffre. 2°. Dans le tic douloureux de la face , dans la douleur sciatique, et en général dans toute cette classe d’affections dont le cit. Chaussier a présenté le tableau sous le nom de névralgies, on fait une obser- vation analogue. 3°. Lorsqu’on intéresse, sans la cou- per, une des branches.des saphènes, du cutané interne* ou du musculo-cutané , dans l’opération de la sai- gnée, souvent toute la partie subjacente s’engourdit, devient douloureuse et tuméfiée ; le point irrité est un centre d’où partent, pour tout le trajet du nerf, des irradiations funestes, et dont on ne peut même prévenir souvent les suites qu’en coupant en totalité le tronc irrité. Ainsi, dans le tic douloureux, la sec- tion du nerf a-t-elle fait cesser souvent les accidens, quoiqu’on réussisse moins alors par ce moyen, que dans le cas précédent où il y a affection locale, tandis qu’ici la maladie est souvent dans tout le trajet du nerf. 4°. J’ai irrité sur un chien , avec l’acide nitrique, le nerf sciatique : toutle membre étoit gonflé et doulou- reux le lendemain. Dans ce moment, j’en ai un autre dont toutle membre antérieur est tuméfié,parce que SYSTEME NERVEUX j’ai traverse , il y a deux jours , avec une épingle un de ses nerfs antérieurs, avec la précaution d’intéres- ser les filets médullaires. Cette précaution est essen- tielle ; car ayant ainsi fixé une épingle à travers le tissu cellulaire qui sépare les filets du sciatique, je n’ai ob- tenu aucun résultat. Je dois direcependantque ces di- verses expériences ne réussissent pas toujours,etqu’en irritant un nerf dans un point quelconque , je n’ai quelquefois déterminéaucun accident apparent.5Û-La ligature des nerfs est rarement suivie de ces accidens, parce qu’on interrompt la communication avec le cerveau , par le moyen même qui irrite, que d’ail- leurs on affaisse la substance médullaire dont on dé- truit la sensibilité. Cependant il est arrivé souvent des accidens en liantlenerf dans l’opération de l’ané- vrisme, et quoiqu’il n’y ait pas de danger réel à pra- tiquer cette ligature , cependant tous les bons .pra- ticiens recommandent de l’éviter. Ces diverses considérations établissent, d’une ma- nière positive, l'influence qu’exerce une portion d’un nerf irrité, sur la sensibilité animale de toutes les ramifications subjacentes. Les médecins ne font pas assez d’attention à cette cause des douleurs qui se développent dans une étendue souvent considérable, sans aucune lésion apparente. Un nerf irrité dans une fracture de côte, dans celle d’un membre, dans une plaie, dans une tumeur, etc, peut produire au loin une foule de phénomènes dont la cause nous échappe s ouvent, et que nous trouverions bientôt si nous ré- fléchissions à la distribution des branches provenant du tronc qui a pu être intéressé. Pourquoi, dans ces phénomènes, la sensibilité ani- DE L A Y I E ANIMALE. male du nerf s’exalte-t-elletoujours au dessous de la partie affectée? Pourquoi ce phe'nomènc n’a-t-il jamais lieu du côté du cerveau , quoique cependant ce soit dans ce dernier sens que le sentiment se porte dans l’état naturel ? Je l’ignore. Aucun autre système, parmi ceux dont toutes les parties se tiennent comme celles du système ner- veux , ne présente le même phénomène. Jamais l’ar- tériel, le veineux, l’absorbant ne ressentent ainsi, dans leurs ramifications diverses, les affections d’une part’.e quelconque de leur tronc. Le cellulaire ne s’a- fecte,>point au loin dans les maladies d’une de ses parties. Dans le muqueux qui est continu, unepartie étant irritée, souvent d’autres s’affectent bien aussi, comme quand une pierre de la vessie fait souffrir au bout du gland : mais il y a toujours alors une portion intermédiaire, plus ou moins considérable, quLreste sans être douloureuse: c’est une véritable sympathie; au lieu qu’ici, depuis l’endroitaffecté jusqu’aux extré- mités nerveuses, toutsouffredansle tronc nerveux. Influence des Nerfs sur la Sensibilité animale de tous les organes. Après avoir considéré la sensibilité animale dans le système nerveux lui-même, il faut examiner le rôle que joue ce système dans cette propriété envi- sagéerelativement à tous les autres organes , où il est souvent le moyen de transmission entre l’organe qui reçoit l’impression de la sensation , et le cerveau qui perçoit cette impression. Lors même qu’un point quelconque du système nerveux souffre,comme dans les cas précédons ? la portion du nerf qui est inter- SYSTÈME KERVEUX médiaire à ce point et au cerveau , sert de conduc* teur à l’impression. Ainsi dans la contractilité anî* male, les nerfs sont - ils touj*ours intermédiaires au cerveau, qui est le principe du mouvement, et au muscle qui exécute ce mouvement. Il y a cependant plus de difficulté pour le premier mode de trans- mission que pour celui, qui, pour être exposé avec précision, exige qu’ondistingue deux espèces de sen- sations perçues par le principe sensitif intérieur y. i°, les externes, 2°. les internes. Les sensations externes sont de deux ordres, ïQ.les générales, 2°, les particulières. Les sensations générales dérivent du tact, comme nous le verrons; elles indiquent la présence des corps qui sont en contact avec les organes externes; elles donnent les impressions générales de chaud et de froid , d’humide et de sec, de mou et de dur, etc. ; elles produisent un sentiment douloureux lorsque Jes organes exté» rieurs sont déchirés , piqués, agacés par un agent chimique, etç. Ces sensations peuvent naître sur la peau, l’œil, l’oreille, la bouche, les narines, sur le commencement de toutesles surfaces muqueuses,etc.; tous les corps de la nature sont susceptibles de les pro- duire, comme tous les organes extérieurs peuvent les percevoir. 2°. Les sensations particulières sont rela-r tivesà certains corps extérieurs déterminés, ou à des émanations spéciales des corps environnans. Ainsi l’œil perçoit exclusivement la lumière , le nez les odeurs, l’oreille les sons, la langue les saveurs, etc. Ces sensations particulières sont jusqu’à un certain point indépendantes des générales; ainsi l’œil peut cesser de voir, le nez de sentir, l’oreille d’entendre, DE L A VIE ANIMALE. la langue de goûter , et cependant ces dif’fe'rens or- ganes peuvent conserver la faculté de percevoir les attributs ge'néraux de chaud et de froid , d’humide et de sec,etc., peuventêtrele siège d’une douleur réelle. Tous les jours nous voyons les malades affectés de goutte sereine souffrir de Tœil , ceux affectés de surdité avoir des mauxd’oreille, etc. J’ai vuunhomme privé de l’odorat à la suite de l’usage du mercure, et chez qui l’irwtation de la pituitaire éloit très-péni- ble , etc. Il faut donc bien distinguer * dans les organes des sens, ce qui appartient au tact général, d’avec ce qui est dépendant du mode particulier de sensibilité que chacun a en partage. Si maintenant nous examinons le rôle des nerfs cérébraux dans ces deux espèces de sensibilité ani- male, ilparoit qu’ils sont également essentiels à l’une et à l’autre. i°.Cela est hors de doute pour les organes des sens : jamais la vue, l’ouïe, l’odorat ni le goût, n’ont subsisté après une lésion un peu grave des nerfs optiques, auditifs, olfactifs, gustatifs, etc. Je ne parle pas du toucher, qui n’a pas besoin, comme les autres sens, d’une modification particulière de Sensibilité animale, et qui n’exige que le tact général, plus une forme particulière dans les organes qui en $ont pourvus , pour pouvoir se mouler à la confor- mation des corps extérieurs. 2°.Quant aux sensations générales , toutes les fois que les nerfs cutanés cessent d être totalement en action dans une partie quel- conque de la peau, elle devient aussi absolument in- sensible; on peut la pincer, l’irriter, la brûler , etc. ; elle ne ressent rien. Les paralysies complètes du sen- timent présentent chez l’homme ce qei’qq SYSTÈME NERVEUX peut produire à volonté chez les animaux en coupant ouen liant tous les nerfs qui vont se rendre à un mem- bre. Quand le tact général reste a la pituitaire après la perte de l’odorat, le nerf olfactif a été seul para- lysé j si les nerfs entrant par le trou sphéno-palatin > par les ouvertures antérieures et postérieures des narines, cessoient d’être aussi en action, le tact général se perdroit également. 11 en est de même pour les autres organes sensitifs. Je crois donc que les nerfs sont actuellement néces- saires aux sensations extérieures, quelle que soit leur nature. Aussi remarquez que tous les organes avec lesquels les corps extérieurs peuvent être en contact, comme le système dermoïde, toutes les origines du muqueux et'les organes des sens, sont pourvus plus ou moins abondamment de nerfs cérébraux : au- cun ne reçoit des nerfs des ganglions. Cette portion extérieure du système nerveux de la vie animale est très-considérable : réunie à la portion qui se rend dans les muscles volontaires, elle forme la presque totalité de ce système, qui n’a que de très-petites appendices dans les organes de la vie intérieure. Quant aux sensations intérieures , elles présentent des phénomènes beaucoup plus obscurs que les pré- cédens. 11 est hors de doute que le cerveau est le centre de ces sensations, comme de celles qui ont lieu au dehors : en effet, si on suspend l’action de cet organe par le vin, par l’opium , ou par tout autre moyen , de vives douleurs ont beau affecter les organes intérieurs , ceè douleurs ne sont point res- senties. Ainsi quand le cerveau est frappé de com- motion , quoique l’impression des sons, de la lu- DE LA VJE AN ALE. mière, des odeurs, se fasse comme à l’ordinaire sur l’oreille, l’œil et les narines restés intacts, cepen- dant on n’entend, on ne voit ni on ne sent point. Mais comment les impressions faites sur les organes intérieurs arrivent-elles au cerveau? Voici diftérens phénomènes qu’il est impossible de bien concevoir, en supposant que les nerfs sont chargés de trans- mettre ces impressions exactement comme celles qui sont éprouvées par les organes extérieurs. i°. Il y a des organes jouissant de la plus vive sen- sibilité sous le moindre contact, et qui cependant re- çoivent des nerfs très-peu apparens : telle est la mem- brane médullaire des os longs. 2°. Certains organes où les nerfs cérébraux pénètrent manifestement , comme le foie, le poumon, peuvent être impuné- ment irrités sur les animaux, sans que ceux-ci pa- roissent souffrir. 5°. Les muscles de la vie animale , dans la structure desquels entrent tant de nerfs, où les rameaux de ceux-ci jouent un si grand rôle sous le rapport de la contractilité animale, ne font pres- que pas éprouver de douleurs lorsqu’on coupe leur tissu sans intéresser les filets nerveux qui les pénè- trent. 4°. Les ligamens, qu’aucun nerf ne pénètre, font ressentir de vives douleurs lorsqu’on les distend, comme mes expériences l’ont prouvé. Il en est de même des tendons, des aponévroses, etc. 5°. Tous les organes à la structure desquels le système ner- veux est manifestement étranger, transmettent ce- pendant au cerveau les plusdouloureuses impressions lorsqu’ils sont enflammés, etc., etc. Jepourrois accumuler une foule d’autres faits, que les antagonistes de Haller ont recueillis avec soin, SYSTÈME NERVEUX mais ceux-là sont d’une évidence telle, qu’on ne peut se refuser de convenir que l’opinion de ce célèbre physiologiste ne sauroit être entièrement admise. Tout ce que nous savons sur les sensations inté- rieures , c’est que, i°. il y a un organe ou siège la cause du sentiment, 2°. que cet organe transmet au cerveau les modifications particulières qu’il éprouve dans ses forces vitales. Mais nous ignorons complè- tement le moyen de communication de l’un avec l’autre. Voilà pourquoi, dans ma division des forces vitales, j’ai évité toute base systématique. La distinc- tion des deux espècesde sensibilité, des trois espèces de contractilité , repose uniquement sur l’observation des faits. Telle est l’obscurité des phénomènes de la vie, quejedoute quenous puissions jamais établir des divisions, d’après la connoissance de lanature, de l’es- sence des forces vitales. Je remarque qu’ily a cette grande différence entre la sensibilité et la contractilité animales, que dans la première, les nerfs sont dans certains cas les agens évidensde communication des organes qui reçoivent l’impression avec le cerveau qui la perçoit, mais que , dans d’autres cas, nous ignorons le modede rapport ; tandis que toujours dans la seconde, c’est manifeste- ment par les nerfs que le cerveau communique avec les muscles, et que jamais les organes ne peuvent exé- cuter un mouvement volontaire sans l’influence des nerfs cérébraux. Bornons-nous à cet aperçu général, qui est de stricte observation ; abandonnons le raisonnement là où les expériences propres à lui servir de base nous manquent. Quelques auteurs modernes ont été moins DE LA VIE A Tf I M A L E* sages ; il ont admis une atmosphère nerveuse se propageant plus ou moins loin, et agissant à une dis- tance déterminée ; de manière que, quoiqu’un or- gane ne reçoive point de nerf, il suffit qu’il soit dans l’atmosphère d’un cordon nerveu pour être le siège des sensations. Cette idée ingénieuse de Reil est à placera côté du grand nombre de celles dont Bordeu a semé ses ouvrages, et qui prouvent plus le génie de l’auteur que son esprit exact, judicieux et ennemi de toute opinion à laquelle la rigoureuse expérience ne sert pas de base. En effet, qu’est-ce que c’est que cette atmosphère ? Est-ce une émanation qui se fait continuellement à l’extérieur des nerfs? Est-ce un fluide qui en est indépendant, et que la nature a placé autour de chaque cordon nerveux,comme elle a placé l’air autour de la terre? Est-ce une puissance qui a été donnée aux nerfs d’agir au loin sans corps intermédiaire? Certaines expériences galvaniques ont bien paru prouver quelque chose de semblable dansles nerfs; mais ces expériences n’ont aucun rap- port avec la transmission de la sensibilité animale. D’ailleurs,quand une douleur se développe au milieu d’un tendon très-épais , dans le centred’une articula- tion très-large, de celle du genou ,par exemple, etc., il faudroitdonc que l’atmosphère d’activité nerveuse s’étendît quelquefois jusqu’à un pouce. Pourquoi ne souffre-t on pas en irritant une partie insensible qui est à côté d’un nerf, ou même collée à lui, tandis que la douleur est très-vive dans une partie enflammée, quoiqu’elle soit très-loin de tout cordon nerveux?Les nerfs auroient donc aussi une sphère d’activité pour le mouvement? Mais pourquoi la comiguilé du nerf ne 174 SYSTÈME NERVEUX suffit-elle jamais pour le produire dans les muscles? Pourquoi en est-il de même du sentiment? Contractilité animale. Influence des Nerfs sur celle des autres parties. Le tissu des nerfs est absolument dépourvu de cette contractilité. Aucune espèce de mouvementsensible n’y est jamais observé: cependant ils jouent un rôle essentiel dans cette propriété, considérée relative- ment aux muscles de la vie animale. Nous verrons qu’ils sont les agens essentiels qui leur transmettent le principe du mouvement jen sorte qu<; la contrac- tilité animale suppose toujours trois actions successi- vement exercées, savoir celle du cerveau, des nerfs et des muscles. Ici l’opinion des physiologistes a été singulièrement partagée sur la manière dont l’influence nerveuse se propage. Les uns ont admis une'espèce de v ibration, les autres un fluide parcourant les canaux insensibles de ces organes. Cette dernière hypothèse est encore fort acci éditée. Que n’a-t-on pas dit sur la nature al- bumineuse, électrique, magnétique, etc. de ce fluide? L’article des nerfs,dans la plupartdes traités de phy- siologie, est presque uniquement consacré à l’examen de cette question , dont je ne m’occuperai point ici, parce que nous n’avons sur elleaucune donnée fondée sur l’expérience. D’ailleurs, ne pouvons-nous pas, sans connoitre le mode d’action nerveuse, étudier et analyser les phénomènes des nerfs? C’est le défaut de tous les physiologistes anciens, d’avoir voulu com- mencer par où il faudra un jour finir. La science étoit encore au berceau ? que loutes les questions dont on DELA VIE ANIMALE. s’y occupoit rouloientsur les causes premières desphé- nomènes vitaux. Qu’en est-il résulté ? d’énormes fa- tras de raisonnement, et la nécessité d’en venir enfin à l’étude rigoureuse de ces phénomènes, en abandon- nant celle de leurs causes, jusqu’à ce que nous ayons assez observé pour établir des théories. Ainsi a-t-on disputé, pendant des siècles, sur la nature du feu , de la lumière, du chaud, du froid , etc., jusqu’à ce qu’enfin, les physiciens s’étant aperçus qu’avant de raisonner il falloit avoir des bases pour le raisonne- ment , se sont mis à rechercher ces bases, et ont créé la physique expérimentale. Ainsi d’interminables dis- putes ont-elles agité les écoles sur la nature de l’ame, du jugement, etc., jusqu’à ce que les métaphysiciens aient vu qu’au lieu de vouloir connoître l’essence de nos facultés intellectuelles , il falloit en analyser les opérations. Chacune des sciences naturelles a presque eu deux époques; ic. celle des derniers siècles, où les causes premières étoient l’unique objet des discus- sions; époque vide pour les sciences; 2°. celle où elles ont commencé à se composer de l’étude des seuls phénomènes que l’expérience et l’observation dé- montrent. Eh bien! la physiologie a encore un pied dans la première époque, tandis que déjà elle en a placé un dans la seconde.C’est aux physiologistes ac- tuels à lui faire faire le pas tout entier. Propriétés de la Vie organique, considérées dans les Nerfs. Elles sont en général très-peu marquées dans ces organes. Ils manquent de contractilité organique sen- sible. L’insensible et la sensibilité organique n’y sont SYSTÈME K F, K V E Ü X qu'au degré nécessaire à la nutrition ;car ces proprie'* tés n’ont point d’autres fonctions à y entretenir. Aussi remarquez que toutes les maladies du système ner-* veux sont presque des lésions delà sensibilité anima- le, et que très-peu supposent un trouble dans l’organi- que.Presqucjamaisd’altérationdansIe tissu nerveux; point de tumeurs, de fongus, d’ulcérations, etc. , comme dans les systèmes où les propriétés organiques sont prédominantes. Aussi l’anatomie pathologique trouve-1—elle très-peu de quoi s’exercer dans les nerfs. Le mouvement habituel d’une partie augmente quelquefois un peu la sensibilité organique des nerfs qui s’y trouvent, y rend leur nutrition plus active, et leur volume plus apparent ; mais en général, ce phé- nomène y est infiniment moins sensible que dans les muscles. D’un autre côté , quoique les nerfs aient perdu la faculté de transmettre le sentiment et le mouvement, ce dernier surtout, ils conservent en- core long-temps le même degré de sensibilité orga- nique, et leur nutrition a lieu comme à l’ordinaire. J’ai examiné plusieurs fois comparativement les nerfs du côté sain et ceux du côté de l’hémiplégie ; je n’y ai trouvé aucune différence. Ce n’est que quand le membre finit par s’atrophier, ce qui n’arrive souvent qu’au bout d’un temps très-long, ce n’est, dis-je , qu’alorsquele nerf diminue de volume. J’ai recherché aussi souvent si, lorsqu’une partieoii il y a des nerfs a long-temps été le siège de sensations douloureuses noninterrompues,lanutrilion de ceux-ci est altérée,et par conséquent si leur sensibilité organi- queest troublée.J’aidisséquélescordonsstornachiques dans les cancers au pylore, les nerfs utérins dans ceux DE I* À VIE ANIMALE. de la matrice ; je n’ai point trouvé de différence très- sensible, excepté sur deux sujets où ils étoient un peu augmentés. Desault a trouvé aussi sur un cadavre af- fecté de carcinome aux doigts , le nerf médian très- Volumineux } niais ce phénomène n’est certainement point général ,commel’est par exemple, dans ces sortes de tumeurs, la dilatation des artères. Quant aux dou- leurs aiguës, comme celles du rhumatisme, des di- verses inflammations 9 etc*, quelque vives qu’elles soient, elles n’influent jamais sur la nutrition des nerfs qui peuvent servir à les transmettre* Lors même que la douleur siège dans le tissu nerveux lui-même, comme dans le tic douloureux, souvent il n’y a pas lésion organique. Au moins Desault a eu occasion d’ouvrir deux malades ayant eu#ce mal, et chez qui les nerfs étoient comme du côté opposé. Ceci mérite cependant des recherches nouvelles, et il se pourroit très bien que dans plusieurs cas, la substance intérieure des cordon* nerveux fût un peu altérée j car je conserve le nerfscia- tiqued’un sujet qui éprouvoit une douleur très-vive dans tout son trajet , et qui présente à la partie supé- rieure, une foule de petites dilatations variqueuses des veines qui le pénètrent. Influence des cérébraux sur les propriétés organiques des autres parties. Les nerfs cérébraux influent-ils sur la sensibilité organique des autres parties ? Je crois que non, et c’est là la différence essentielle qui la distingue de la sensibilité animale, que l’on ne conçoit que difficile- ment , surtout dans son état naturel et dans les sen- sations extérieures, sans l’influence nerveuse intermé- 178 SYSTÈME NERVEUX diaire au cerveau et à la partie qui reçoit l’impres- sion. Pour prouver cette assertion , examinons les fonctions qui dépendent de la sensibilité organique. Ce sont, i °. la circulation capillaire, 2°. la s< crétion , 3°. l’exhalation , 4°* 1 absorption , 5°. la nutrition. Dans tous les phénomènes d<“ ces fonctions, les fluides font sur les solides une impression dont nous n’a- yons point la conscience , et en vertu de laquelle ces solides réagissent. C’est par la sensibilité organique que le solide reçoit l’impression , c’est par la contrac- tilité insensible qu’il réagit : or, dans aucun de ces cas , les nerfs ne paroissent jouer un rôle essentiel. i°. La circulation capillaire se fait dans les carti- lages,les tendons, lesligamens,etc.,ou les nerfs de la vie animale ne pénètrent point, Lj’inflammatiori qui n’est qu’un vice , une exaltation de cette circulation ca- pillaire , survient dans ces organes, comme dans ceux qui sont le plus éminemment nerveux : que dis-je? là où il y a le plus de nerfs, ce n’est pas là où cette affection est plus fréquente : les muscles en sont un exemple. La langue, dont la surface reçoit à elle seule plusdenerfsque des portions quadruples, quin. tuples même de la surface muqueuse, la langue ne s’enflamme pas si souvent que le reste de ce sys- tème. La rétine ,qui est toute neBveuse ,est très-rare- ment enflammée. Rien de plus rare, comme je l’ai dit, que l’inflammation des nerfs eux-mêmes ; presque jamais la substance intérieure du cerveau ne s’en- flamme. D’un autre côté , examinez les surfaces sé- reuses, le tissu cellulaire, où infiniment peu de nerfs se trouvent : à tout instant la circulation capillaire y est activée, et l’inflammation survient. Dans les 33 E LA VIE ANIMALE, 179 membres des paralytiques , dans les animaux dont vous coupez, les nerfs pour rendre une partie insen- sible, la circulation capillaire ne continue-t-elle pas comme à l’ordinaire, là ou l’action nerveuse a cessé? Est-ce que jamais vous avez accéléré cette circulation dansun membre, est-ceque vousy avez fait naître une inflammation , en augmentant convulsivement, par irritation, l’action des nerfs de ce membre? Les phé- nomènes convulsifs et ceux des paralysies , sont tota- lementdistincts, n’ont aucune analogie avecceux des inflammations ; ce qui devroit exister cependant, si les nerfs cérébraux influoient sur ceux-ci. Dans les premiers phénomènes, c’est la sensibilité animale qui est altérée; dans les seconds, c’est l’organique: celle-ci est donc indépendante des nerfs cérébraux. 2°. L’exhalation est la seconde fonction à laquelle cette dernière propriété préside. Je renvoie au sys- tèmedermoïde , pour prouver que lasueur est indépen- dante des nerfs. J’observe seulement ici, que dans la synoviale, où il se fait une exhalation manifeste, il n’y a presque pas de nerfs ; que les surfaces séreuses et le tissu cellulaire, si remarquables par cette fonction, en sont presque privés , comme jel’ai dit ; que toutes les fois qu’il se fait des exhalations accidentelles, comme dans leskystes, dans les hydatides, etc., les nerfs sont évidemment sans nulle influence, puisque la tumeur en est constamment dépourvue ; qu’en agissant d’une manière quelconque sur le système nerveux , qu’en irritant les nerfs, le cerveau ou la moelle épinière , pour exciter ce système, qu’en liant ou en coupant les premiers, et en comprimant les seconds, pour anéan- tir ou affoiblir son action, jamais on ne trouble en au- cune manière les exhalations cellulaires, séreuses* synoviales ou cutanées ; enfin, que les maladies du système nerveux n’ont jamais sur cette fonction aucune autre influence que celle qui dérive des sym- pathies générales. 3°. J’en dirai autant de l’absorption. C’est pendant le sommeil que la peau absorbe souvent le plus facile- ment : or le système nerveux est alors, comme le cer- veau, enintermittence d’action. Celte intermittence à laquelle il estpériodiquement soumis, devroit en dé- terminer une dans toutes les absorptions séreuses, sy- noviales, médullaires, etc. : or cependant, elles ont lieucontinuellement.il en est de même de toutes les fonctions auxquelles préside la sensibilité organique ; elles sont essentiellement continues, quoique les ac- tions nerveuse et cérébrale soient essentiellement intermittentes. 4°. Même observation pour les secrétions, quoi qu’en ait dit Bordeu. Je renvoie du reste sur ce point au système glanduleux. 5°. La nutrition a lieu dans les parties qui ne re- çoivent manifestement aucun nerf, dans les carti- lages , les tendons, etc. ; elle se fait dans les membres paralysés; ses altérations sont toujours actuellement indépendantes de cellesdu système nerveux. Les per- sonnes où ce système est le plus exalté, qui sont les plus sensibles , ne sont pas celles où la nutrition est la plus active. Dans aucune expérience on n’a, je crois, jamais pu influencer la nutrition en agissant sur le cerveau , sur les nerfs ou sur la moelle épinière. Sans doute le marasme succède à toutes les maladies ner- veuses prolongées; mais c’est un phénomène com- SYSTEME NERVEUX DE LA YI E ANIMALE. mun à une foule de maladies. Dans les paralysies, le long repos, autant que le défaut d’action des nerfs, influe sur l’atrophie; car celle-ci reste très-long-temps sans se manifester. Qui ne sait que souvent au bout de deux , trois, quatre ans même, le membre ma- lade est exactement égal à celui qui est sain? D’ail- leurs , la nutrition naturelle obéit aux mêmes lois que les nutritions accidentelles, comme celles qui arrivent dans la formation des tumeurs fongueuses, sarcomateuses , dans les bourgeons charnus, etc. Or les nerfscérébraux sont bien manifestement étrangers à toutes ces productions; jamais elles n’en renfer- ment ; phénomène bien différent de celui que nous offre Je système artériel, lequel se développe presque toujours d’une manière remarquable dans ces tu- meurs. Enfin, nous verrons plus bas que les nerfs ne sont jamais en proportion d’accroissement avec les parties auxquelles ils se distribuent. D’après tout ce que nous venons de dire, il est évident que tous les phénomènes auxquels préside ce qu’on nomme communément les forces toniques , savoir, la sensibilité organique et la contractilité in- sensible, sont actuellement indépendantes de l’action nerveuse; que ces propriétés ne sauroient par consé- quent , comme celles de la vieanimale, nécessiter cette action. Chaque espèce de sensibilité a ses phéno- mènes maladifs auxquels elle préside. Les inflamma- tions , toutes les suppurations, la formation des tu- meurs, les hydropisies, les sueurs, les hémorragies, les vices des secrétions , etc., etc., tiennent à des altéra- tions de la sensibilité organique, tandisque tout ce qui est spasme 9 eonvuision , paralysie ; somnolence, tor- 182 SYSTÈME NERVEUX peur, lésion des fonctions intellectuelles, etc., etc., tout ce qui, en un mot, tend dans les maladies à rompre nos rapports avec les corps environnans, appartient à des altérations de sensibilité ou de contractilité ani- males, et suppose un trouble plus ou moins marqué dans le système nerveux. En général, les maladies qui troublent les fonctions de la vie animale sont d’une nature toute différente de celles qui rompent l’harmonie de la vie organique. Ce ne sont plus le même caractère, la même marche, les mêmes phénomènes. Mettez d’un côté les lésions des sens extérieurs, la cécité , la surdité , la perte du goût, etc. ; celles des sens internes, la manie, l’épi- lepsie, l’apoplexie, la catalepsie, etc. ; celles des mou- ■vemens volontaires, etc. : de l’autre côté , placez les fièvres, les hémorragies, les catarrhes , etc., et tomes les maladies qui troublent la digestion ,1a circulation, larespiration, la secrétion, l’exhalation , l’absorption , la nutrition , etc. j vous verrez quelle immense diffé- rence les sépare. Les médecins emploient trop vaguement le mot influence nerveuse. Si en médecine, comme en phy- siologie , on ne s’habituoit qu’à se servir d’expressions auxquelles un sens précis et rigoureux est attaché, celle-ci seroit infiniment moins employée. Il paroît que les nerfs ont quelque influence en- core peu connue sur la production de la chaleur ani- male. Voici différens faits qui se rapportent à cette influence. i°. Dans l’anévrisme, la ligature du nerf est souvent suivie d’un sentiment de torpeur et de froid général.dans le membre. 2°. Quelquefois,dans les hémiplégies, la partie affectée est inférieure en tempe'rature à celle qui est saine, quoique cependant le pouls soit aussi fort d’un côté que de l’autre, 3°. Un des caractères des fièvres ataxiques, dont le siège spécial est dans le cerveau, c’est souvent une irrégu- larité remarquable dans la température des diffé- rentes parties du corps. 4°* Les animaux à système nerveux très-caractérisé , comme les quadrupèdes et les oiseaux, sont de tous, ceux ou le degré de cha- leur naturelle est le plus marqué. 5°. Je connois une personne qui a eu le nerf cubital coupé par un mor- ceau de verre au - dessus du pisiforme, et dont le petit doigt et l’annulaire sont constamment restés plus froids. 6°. Souvent dans les luxations , la com- pression des nerfs par les tètes osseuses, produit’un effet analogue, etc., etc. Cependant il s’en faut de beaucoup que la chaleur augmente toutes les fois que le système nerveux ac- croît son action, ou qu’elle diminue lorsque cette action devient moindre; il y a même autant de cas où la chaleur paroît indépendante du système ner- veux , qu’il y en a où elle y semble liée ; en sorte que nous sommes bornés encore ici à recueillir les faits sans en tirer des conséquences générales» DE LA VIE ANIMALE^ Sympathies. Je divise ce que j’ai à dire sur les sympathies des nerfs, comme ce que j’ai dit sur leurs forces vitales; c’est-à-dire que je vais examiner d’abord les rapports que chaque nerf entretient avec les autres parties T qu’ensuite je parlerai de l’influence generale que le système nerveux exerce sur les sympathies* etduroiæ qu’il y remplit* SYSTÈME NERVEUX Sympathies propres aux Nerfs. Il n’est pas question, dans les rapports du système nerveux avec les autres systèmes, de ceux qu’il em tretient avec les muscles et avec le cerveau. En effet» ces rapports sont naturels; car les uns ne peuvent être affectés sans que les autres ne s’en ressentent. Ces trois organes n’en font, pour ainsi dire, qu’un sous ce point de vue. Ainsi le battement des artères est-il toujours enchaîné à l’action du cœur, etc. Toute idée de sympathie exclut celle d’un enchaînement naturel de fonctions. Barthez s’est trompé sur ce point. Je parle uniquement des rapports contre nature, des phénomènes qui surviennent entre un organe et une portion du système nerveux qui n’est point liée avec lui par l’ordre naturel delà vie : or, considérées ainsi, les sympathies nerveuses sont très-nombreuses. i°. Deux nerfs d’une même paire sympathisent sou- vent entre eux. On connoît en médecine les rapports qu’il y a entre les deux optiques : l’un étant troublé dans ses fonctions, souvent l’autre je devient aussi. Cela arrive plus rarement dans les oreilles, dans les narines, etc.; mais cela y a cependant lieu. Souvent dans la névralgie , mot que j’adopte bien volontiers , et qui manquoit dans la science pour exprimer une classe de maladies dont chaque genre porte presque un nom isolé, souvent, dis-je, dans la névralgie, un nerf souffrant, le correspondant devient douloureux sympathiquement. J’en ai un exemple dans ce mo- ment-ci ; c’est une femme qui depuis deux mois est attaquée d’une sciatique au membre gauche. Dans les chapgemens de temps, une douleur exactement B E T. A VIE ANIMALE. semblable se répand sur le trajet du nerf du côté op- posé. Je lui ai fait appliquer deux vésicatoires sur la cuisse primitivement malade; la douleur a disparu en même temps des deux côtés au bout de douze heures. Ainsi, pour guérir des douleurs fixées dans les deux yeux, suffit-il souvent d’agir sur un seul ,etc, 2°. Quelquefois deux nerfs du même côté sympa- thisent sans appartenir au même tronc. Ainsi une lésion du frontal a été plusieurs fois suivie d’une cécité subite par l’affection du nerf optique, etc. 3°. Dans'd’autres cas, ce sont les branches d’un tronc commun qui s’influencent réciproquement , comme quand un rameau des temporaux superficiels étant intéressé dans l’opération de toutela face, qui reçoit aussi ses nerfs de lacinquième paire, devient douloureuse, etc. 4°.D’autres foiscen’estpoint entre euxquelesnerfs sympathisent, mais bien avec d’autres organes; et alors, tantôt ils influencent, tantôt ils sont influencés. Je dis d’abord qu’ils influencent : ainsi un nerf étant irrité d’une manière quelconque, une foule de phénomènes sympathiques naissent dans l’économie. Les maladies présentent fréquemment ces faits. C’est ainsi que dans le tic douloureux et dans les maladies analogues, ou le tissu nerveux est spécialement affec- té, tantôt lasensibilité animale est exaltéedans diverses parties éloignées , et de là les douleurs qu’on éprouve souvent à la tête, dans les viscères intérieurs , dou- leurs qui cessent quandla cause qui les entretenoita disparu : tantôt c’êst la contractilité animale ; de là les convulsionsqui surviennent quelquefois dans des mus- cles différens de ceux qui reçoivent des branches du nerf affecté. Dans certains cas, c’est la contractilité or- ganique sensible qui est excitée sympathiquement par les affections nerveuses. Ainsi, dans les accès des dou- leurs névralgiques, souvent il y a des vomissemens spasmodiques, le cœur précipite son action , etc. On peut dans les expériences déterminer les memes phé- nomènes. Ainsi, en agissant sur les nerfs des mem- bres inférieurs ou supérieurs, en les irritant d'une manière quelconque , après qu’ils ont été mis à nu , j’aifréquemment occasionné des vomissemens,oudes convulsions dans des muscles absolument étrangers aux nerfs que j’irritois. En second lieu, les nerfs peuvent être influencés par les organes malades : c’est ainsi que, dans une foule d’affections aiguës et chroniques, des douleurs sympathiques se répandent sur le trajet de différens nerfs, aux membres surtout. Comme la sensibilité ani- male est la propriété dominante des nerfs, c’est pres- que toujours elle qui y est mise sympathiquementen jeu. Les médecins n’ont point distingué avec assez de précision ce qui, dans les douleurs des membres, appartient aux nerfs, d’avec ce qui a son siège dans les muscles , les aponévroses , les tendons, etc. SYSTÈME NERVEUX Influence des Nerfs sur les sympathies des autres organes. Les auteursont étéextrêmementdiviséssurla cause qui entretient les sympathies. Gomment un organe qui n’a aucun rapport avec un autre qui est souvent très-êloigné, peut-il l’influencer au point d’y produire des désordres très-graves,par la seule raison qu’il est affecté ? Ce phénomène singulier se présente souvent DE IA YIE ANIMALE, dans l’état de santé *, mais il est si prodigieusement multiplié dansies maladies, que si onôtoit de chacune les symptômes qui ne sont pas exclusivement dépen- dans du trouble de la fonction qui est spécialement al- térée , elles offriroient un étât de simplicité aussi facile pour leur étude, que peu embarrassant pour leur trai- tement. Mais à peine un organe est-il affecté, que tous semblent ressentir simultanément le mal qu’il éprouve, et que chacun paroit s’agiter à sa manière pour chasser la cause morbifique fixée sur l’un d’eux. La plupart des auteurs ont cru que les nerfs étoient le moyen général de communication qui lie les or- ganes les uns aux autres , et qui enchaîne ainsi leurs dérangemens. Les anastomoses ne leur ont paru des- tinées qu'à cet usage ; et dans cette opinion, les uns ont pensé que le cerveau étoit toujours intermédiai- rement affecté, les autres ont réjeté cet intermé- diaire. La communication des parties par le moyen des vaisseaux sanguins a paru aussi une cause de sym- pathies. D’autres ont admis la continuité du tissu cellulaire ; quelques-uns celle des membranes mu- queuses. Je ne m’attacherai point à réfuter en détail ces différentes hypothèses; j’observerai seulement que si aucune n’est applicable à tous les cas de sym- pathies , c’est qu’on a envisagé d’une manière trop générale ces aberrations des forces vitales : on a cru qu’unprincipe unique leur présidoit, etona recherché ce principe. Mais il faut nécessairement, pour dé- cider la cause qui entretient les sympathies , les divi- ser, comme je l'ai fait pour les propriétés vit aies : car de même que chacune de ces propriétés supposedes phé- nomènes différons ? de même les sympathies qui les 188 SYSTÈME NERVEUX mettent en jeu , diffèrent aussi. Pour bien faire saisir cette distinction des sympathies, supposons un or- gane malade , l’estomac par exemple: il devient alors un foyer d’où part une foule d’irradiations sympathi- ques , qui mettent en jeu , dans d’autres parties, tan- tôt la sensibilité animale, comme quand des douleurs de tête se manifestent alors ; tantôt la contractilité de même espèce, ce qui a lieu lorsque les vers de l’es- tomac donnent des convulsions aux enfans ; tantôt la contractilité organique sensible, qui, exaltée dans le cœur par certaines coliques stomacales, occasionne la lièvre; souventlacontractilité organique insensible et la sensibilité organique, comme quand les affections gastriques augmentent sympathiquement les secré- tions qui se font sur la langue, et y produisent un enduit muqueux. Il y a donc des sympathies de sen- sibilité et de contractilité animales , de sensibilité et de contractilité organiques. Gela posé, examinons la cause de chacune. i°. Quand la sensibilité animale s’exalte sympathi- quement dans une partie, cela ne dépend pas tou- jours des communications nerveuses ; car souvent l’organe oii est la cause matérielle de la douleur ne reçoit point de nerfs , comme les tendons, les carti- lages, etc.; donc il ne peut communiquer par eux avec celui où Ton rapporte cette douleur. D’un autre côté, nous avons vu plus haut qu’il est encore très- incertain que les nerfs soient les agens uniques qui portent au cerveau les sensations intérieures: donc on lie peut pas dire que l’organe affecté agit d’abord sur lui par leur moyen, et qu’il réagit ensuite sur la partie où l’on rapporte la douleur, par ceux qui s'y ÜÉI. i YIE ANIMALE. 189 rendent.Peul-onconcevoirquelelissu cellulaire soit un agent de communication de la douleur , lui qui est in- sensible? D’ailleurs, remarquez que les parties les plus abondamment pourvues de ce tissu , comme le scrotum, le médiastin , etc. , ne sbnt pas celles qui sympathisent le plus. J’en dirai autant des vaisseaux sanguins, qui, par leur nature , ne sont nullement propres à transmettre la sensibilité animale, et qui d’ailleurs n’existent pas dans tous les organes. 11 paroît que toutes les douleurs sympathiques ne sont autre chose qu'une aberrationdu principe sensi- tif interne, lequel rapporte à une partie une sensa- tion dont la cause existe sur une autre. Ainsi, quand l’extrémité du moignon fait souffrir le malade qui vient d’éprouver une amputation, le principe qui sent en lui éprouve bien la sensation, mais il se trompe sur l’endroit d’où elle part; il la rapporte au pied qui n’existe plus. 11 en est de meme quand, une pierre irritant la vessie , c’est l’extrémité du gland qui souffre. Aussi, toute sympathie de sensibilité animale est caractérisée par l’intégrité de la partie où nous rapportons la douleur , et par la cessation de cette douleur sympathique dès que la cause qui agit ailleurs a cessé. 11 est donc probable , quand une partie souffre sympathiquement, que celle qui est le siège delà cause matérielle de la douleur agit d’abord sur le cerveau, soit par les nerfs ,soit par un moyen que flous ignorons, et que quand celui-ci perçoit la sensation qui lui arrive , il se méprend sur cette sen- sation , et la rapporte à une partie d’où elle ne naît point; ou bien il la rapporte en même temps et à l’en- droit où elle naît, et à un autre où elle n’existe point, 190 S YS T È M E lîERYEÜX car cola arrive assez communément. La pierre, par exemple, fait en même temps souffrir et à la vessie et au bout du gland. Ces aberrations de sensibilité animale existent donc entièrement dans le cerveau ; c’est une irrégu- larité, un trouble dans la percepiion ; cette irrégu- larité présente d s phénomènes très - analogues à ceux-ci : on rapporte souvent à la peau un sentiment de chaleur, comme nous le verrons, quoique le ca- lorique ne s’y dégage pas en plus grande quantité. On sait que souvent la sensation de la faim et celle de la soif sont purement sympathiques, et que la cause qui les produit dans l’ordre naturel n’existe pointalors dans l’estomac ou les intestins. On connoît les illu- sions de la vision, de l’ouïe, de l’odorat même, etc. En général on n’a pas assezétudié les irrégularités de la perception ; on a analysé celles de la mémoire, de l’imagination, du jugement, etc.Celles-ci ont été pres- que oubliées. Elles jouent le plus grand rôle dans les sympathies de sensibilité animale. 2°. La contractilité animale suppose constam- ment l’action nerveuse, lorsqu’elle est mise en jeu sympathiquement. En effet, nous verrons que cette propriété ne peuts’exercer sans la triple action du cer- veau , des nerfs qui vont aux muscles qui se meu- vent, et des muscles eux-mêmes. Donc quand un muscle de la vie animale entre en action par l’irrita- tion d’un organe éloigné quelconque , par la déten- tion des ligamensdu pied, par exemple, cet organe agit d’abordsur le cerveau,qui réagit ensuite au moyen des nerfs sur les muscles volontaires qui entrent en convulsion. Voici d’ailleurs une expérience par la- DE LA VIE ANIMALE, 191 quelle je me suis assuré de la nécessité de l'influence cérébrale et nerveuse dans les sympathies qui nous occupent. J’ai coupé tous les nerfs du membre in- férieur d’un côté, dans différens animaux, et j’ai ensuite irrité de mille manières différentes des par- ties très-sensibles, comme la rétine, la pituitaire, lamoelle des etc. J’occasionnois de cette manière une foule de phénomènes sympathiques, tantôt de contractilité organique,comme des vomissemens ,des évacuations involontaires d’urine, de matières fé- cales , etc., tantôt de contractilité animale dans les muscles dont les nerfs éloient restés intacts. Or jamais les muscles dont ils avoient été coupés ne sont entrés en action. J’ai répété très-fréquemment ces expé- riences, qui auroient certainement produit des résul- tats, si lescommunicatipnsnerveuses l’intermède du cerveau, faire contracter les muscles de la vie animale. J’observe à ce sujet qu’on n’a point eu assez égard, dans les expériences sur la sensibi- lité, aux phénomènes sympathiques. Je ne sache pas même que ces phénomènes aient été l’objet d’aucun essai sur les animaux, avant ceux dont je donne ici les premiers résultats , et que je me propose de mul- tiplier encore sous d’autres points de vue. Il y a donc deux choses dans toute sympathie de contractilité animale, savoir, i°. action sur le cerveau de l’organe qui souffre, par des moyens que nous connoissons encore très-peu ; 2°. réaction du cerveau sur les mus- cles volontaires. Dans cette dernière période de la sympathie ,les nerfs delà vie animale sont des agens Constamment nécessaires. 3°. Les nerfs cérébraux , ainsi que le cerveau , sont SYSTÈME nerveux Lien évidemment etrangers aux sympahies qui met-* lent en jeu la contractilité organique sensible ou l’irritabilité. En effet, si cela avoit lieu, il fau- droit que l’organe affecté agît d’abord sur le cer- veau , et que celui-ci réagît sur le muscleinvolontaire : ainsi, quand le chatouillement fait vomir, il devroit y avoir double action delà peau sur ltfcerveau , et du cerveau sur l’estomac. Or jamais le cerveau n’exerce aucuneinfluencesurles muscles involontaires i quelle que soit l’irritation qu’on fasse éprouver aux nerfs qui s’y rendent, ils restent intacts. Donc, quoique le cerveauseroit sympathiquement affecté, ilneréagiroit point sur les muscles involontaires; donc les nerfs céré- brau x ne sont pour rien dans les sy mpatbies de con t rac- tililé organiqnesensible.Lacontinuitédesmembranes n’esfpas une cause plus réel !e:en voici la preuve.On sait qu’en irritant la luette on fait soulever l'estomac : or comme la surface muqueuse est la même pour l une et pour l’autre , on pourroit attribuer à cette cir- constance ce phénomène sympathique. J’ai donc fait une plaie à la partie latérale du cou d’un chien; j’ai saisi l’œsophage et je l’ai coupé transversalement ; la luette a été ensuite irritée ; eh bien ! le chien , malgré l’interruption de continuité, a fait comme aupara- vant des efforts pour vomir. Avouons donc que nous neconnoissonspoint la ciuse des sympathies de con- tractilité organique sensible. 40. J’en dirai autant des sympathies de sensibilité organique et de contractilité insensible. Nous avons prouvé que les nerfs n’ont aucune influence sur ces deux propriétés; qu’en agissant sur eux on ne les aug- mente ni on ne les diminue en aucune manière, que DE LA VIE ANIMALE. jamais leurs maladies ne troublent les fonctions aux- quelles ces propriétés président .Donc quand elles sont sympathiquement altérées , les nerfs paroissent étran- gers à ces phénomènes. Ainsi, i °. toute exhalation sy m- pathique, comme les sueurs des phthisiques,certaines infiltrations séreuses qui arrivent presque tout à coup etc., 2°. toute secrétion de même nature, comme celles qui arrivent dans une foule de maladies nous en offrent desexemples,etc., 5°. toute absorption analogue, triple fonction présidée parles propriétés précédentes, sont é vidcmmen t étrangères à l’influence nerveuse de la vie animale. J'en dirai autant des influences cellulaire , vasculaire, etc. Certainement on ne peut se fonder sur aucune donnée positive, pour expliquer comment ces moyens de communication font suer quand le poumon est affecté, font verser la salive dans la bou- che quand la membrane palatine est irritée, etc. De tout ce qui a été dit jusqu’ici, il résulte, i°. que les sympathies de sensibilité animale paroissent être dans le plus grand nombre des cas une aberration du principequi perçoit en nous, etquise trompe alors sur le lieu où agissent les causes des sensations; 2°. queles sympathies decontractilitéanimale exigent inévitable- ment l’intermède du cerveau , mais que nous ignc-» rons comment la partie affectée agit sur ce viscère, quoique nous sachions très-bien comment ce viscère sym pathiquement excité réagit sur les muscles pour h s faire contracter; 3°. que les causes des deux gei res de sympathies organiques sont absolument inconnues, et qu’un voile épais recouvre les agens de communi- cation qui lient, dans ce cas , l’organe d’où part l’in- fluence sympathique , à celui qui la reçoit. SYSTEME NERVEUX C’es! cette obscurité descaus. s sympathiques, quî a fait que j’ai entièrement négligé toute espèce d’opinion hypothétique, pour classer les sympathies dans cet Ouvrage où je les examine dans chaque système d’or- ganes. Je n’ai eu égard qu’ k la division naturelle, à celle qu’indiquent les forces vitales dont les sympathies ne sont qu’un exercice irrégulier. Or en s’en tenant k la p!us rigoureuse observation, il est évident que cette division est la seule qui soit susceptible d'être admise; et je crois qu’il n’y en a pas d’autre k employer, avant que nos connoissances soientassez étendues pour nous engager à les classer sur les causes qui les déterminent, et non sur les résultats qu’elles nous offrent. Au reste, je ne saurois trop recommander de bien distinguer ce qui leur appartient, d’avec ce qui tient à l’enchaînement naturel des fonctions. Voyez ce qui arrive dans la syncope,dansl’apoplexie et dans l’asphyxie: un organe est malade ; tous les autres cessent aussitôt d’agir. Eh bien , les sympathies ne sont pour rien dans ces phénomènes. Les médecins ont été très-embarrassés de classer ces affections qu’ils ont rapportées, tantôt aux nerfs, tantôt aux systèmes sanguins , etc. Voici ce qui arrive dans chacune. i°. Le cœur cesse le premier d’agir dans toute syncope, soit qu’elle soit due k une passion , k une odeur pénible , etc. La circulation étant arrêtée , le cerveau n’est plus excité par le sang ; il cesse son action, et toute la vie animale s’interrompt. La vie organiqueque le sang entretient ,estaussisubitement anéantie. 2°. L’asphyxie commence par le poumon. La respiration se trouble ;elle envoie au cerveau un sang qui ne peut l’exciter ; celui-ci cesse de corres- DE LA VIE ANIMALE. pondre avec les sens, de déterminer les mouve- mens involontaires, etc., etc. 3Q.C’est au cerveau que l’apoplexie a son premier siège ; aussi interrompt-elle toutde suite la vie animale; puis,quand elle est très- forte,le cerveau ne pouvantplusentretenirlesmouve- mens des muscles intercostaux, ces mouvemens s’arrê- tent; l’action mécanique, puis lachimiquedupoumon cessent ; la circulation ne peut se faire, et la vie or- ganique s’interrompt. On voit donc que dans tous les phénomènes de ces affections , la lésion d’un or- gane entraîne par une conséquence naturelle , la sus- pension d’action des autres. Cela est tout différent dans les sympathies. Ainsi les fonctions delà peau étant suspendues, ce sont tantôt les poumons, tantôt l’estomac, tantôt les in- testins, qui s’en ressentent et qui s’affectent: ces phénomènes sympathiques peuvent se manifester, comme ne point se développer ; au contraire, quelle que soit celle des actions cérébrale , pulmonaire ou cardiaque, qui soit troublée, il est impossible que les deux autres ne s’altèrent pas consécutivement. §111. Propriétés de reproduction. Les nerfs se reproduisent-ils quand ils ont été cou- pés? Les expériences de plusieurs anatomistes distin- gués le prouvent évidemment. Quel est le mode de cette reproduction? Pour peu qu’on examine le ré- sultat de ces expériences, il est facile de voir qu’il n’a rien de particulier pour le système nerveux, que c’est une simple’cicatrisa tion analogueau cal des os,à la cicatricede la peau ,etc. Quand un nerf a étécoupé, ses deux bouts s’enflamment, le tissu cellulaire qu’il con- 196 SYSTÈME NERVEUX tient,pousse des végétations par la propriété de repro- duction quenouslui avons reconnue. Ces végétations venant à se rencontrer, contractent ensemble des ad- hérencesquiréunissent lesdeüxbouts divisés du nerf. Comme le tissu cellulaire, moyen d’union, naît de l’extrémitécoupéedunévrilème, ainsi que deceluiqui est intermédiaire aux cordons, il participe à la nature névrilématique, et devient un parenchyme dénutri- tion dont le mode de sensibilité organique est ana- logue à celui des nerfs, et dont les vaisseaux vien- nent, pour cela, y déposer la substance médul- laire, laquelle donne une apparence nouvelle à la ci- catrice nerveuse , et la fait ressembler assez bien à la texture des nerfs eux-mêmes. Cependant comme les végétations nées des bouts divisés ne se font point d’une manière régulière, jamais dans l’endroit de la réunion il n’y a une disposition filiforme comme dans le nerf lui-même. Ainsi le canal d’un os long, quoique analogue à cet os, n’est-il jamais régulièrement dis- posé comme lui, en fibres longitudinales; ainsi une cicatrice cutanée a-t-elle toujours une irrégularité d’organisation qui tient au mode irrégulier que le parenchyme de cicatrisation a suivi dans son déve- loppement. La cicatrice des nerfs est donc analogue à celle desos. Pans le premier temps, inflammation; dans le second, végétation du tissu cellulaire qui doit servir de pa- renchyme nutritif; dans le troisième, adhérence de ces végétations; dans le quatrième, exhalation de la substance médullaire dans le parenchyme. C’est cette substance médullaire qui fait différer cette cica- trice de l’osseuse, où le phosphate calcaire et la gela. DE LA VIE ANIMALE. tine se déposent, de la musculaire que la fibrine pé- nètre, etc. Quelquefois il y a un renflement en forme de ganglion , à l’endroit de la réunion des nerfs; cela dépend de la végétation plus considérable du tissu cellulaire. Ainsi le cal est-il quelquefois renflé ; d’au- tres fois, si le contact a été exact,on n’aperçoit qu’une légère différence : ce sont là des variétés qui ne chan- gent rien à la nature de la cicatrisation. Il résulte de tout cela , que la régénération des nerfs,qui a été dans ces derniers temps l’objet de beau- coup de recherches , et que Cruikshank, Monro ,etc. ont surtout de'montrée, n’offre, comme je l’ai dit, rien de particulier pour le système nerveux; qu’elle n’est qu’une conséquence des lois générales de la cicatrisation, et une preuve de l’uniformité cons- tante des opérations de la nature , quoique ces opé- rations présentent au premier coup d’œil des résul- tats différens. Jamais un nerf, coupé dans tout son trajet, ne se reproduit comme l’ongle ou le cheveu, qui prennent une longueur, une forme, une apparence exactement égales à celles qu’avoit lapartiecoupée,etc. C’est sous le point de vue que nous les avons présen- tées , et non sous ce dernier, qu’il faut envisager les reproductions nerveuses. ARTICLE QUATRIÈME. Développement du Système nerveux de la Vie animale. § Ie v. État de ce Système chez le Fœtus• Le système nerveux de la vie animale est un da ceux dont.le développement est le plus précoce. Si 198 SYSTÈME NERVEUX le cœur est le premier en mouvement, le cerveau présente le premier un volume très-sensible. La dis- pio oriion delà tête avec les autres parliesest remar- quable dès les premiers temps de la conception; elle a un excès de grandeur qui est monstrueux quand on compare cette grandeur à celle des âges suivans. Or, il est évident que c’est le cerveau qui la déter- mine , que les os et les membranes qui l’entourent n’o il une étendue précoce qu’à cause de lui. On diroit qu’en créant d'abord le cœur et le cer- veau , et qu’en faisant que leur développement pré- cède de beaucoup celui des autres organes, la nature a voulu d’abord poser les fondemens del’organisalion des deux vies. Car d’un côté c’est le cerveau qui est le centre de l’animale; c’est à lui que se rapportent les sensations; c’est de lui que partent les mouve- mens volontaires. D’un autre côté , en poussant le sang vers tous les organes, le cœur préside évidem- ment à la circulation, aux sécrétions, aux exhalations, à la nutrition, etc., qui composent par leur ensemble la vie organique. Une fois que ces deux bases essen- tielles existent, la nature commence à bâtir, ou plutôt à développer autour d’elles le double édifice orga- nisé , qui doit d’une part faire communiquer l’ani- mal avec les corps extérieurs, de l’autre le nourrir. Malgré ce précoce développement, le cerveau n’est point comme le cœur dans une activité perma- nente; ses deux grandes fonctions, relatives au sen- timent et au mouvement, sont presque nulles. Par là même les fonctions intellectuelles ne sont que dans une action três-obscure ,si réellement elles ont com- mencé» Le cerveau est donc? pour ainsi dire x dans. DE LA VIE ANIMALE, l’attente de l’acte : il n’agit pas ; il faut que les corps extérieurs viennent l’exciter. Je ne dis pas cependant que son inactivité soit nécessairement complète. Il peut percevoir sans doute certains mouvemens in- térieurs qui se passent dans le corps et les douleurs surtout qui s y développent : car si des vices orga- niques se rencontrent dans le fœtus , s’il meurt sou- vent dans le sein de sa mère , pourquoi dans ses maladies ne souffriroit-il pas ? Peut-être le cerveau perçoit-il d’autant plus facilement la douleur, qu il n’est point distrait par les sehsextérieurs. En généra), c’est une question qui mérite d’être soigneusement approfondie, que la différence des sensations exté- rieures et des intérieures. INous avons vu que les premières sont constamment transmises parles nerfs, et que ce mode de transmission est incertain pour les secondes. D’un autre côté les phénomènes, le senti- ment , l’impression, etc., ne sont point les mêmes dans les unes et dans les autres; en sorte que l’exa- men de leurs rapports et de leurs différences est es- sentiel. Cet examen influera beaucoup sur la con- noissance de l’espèce de vie animale dont peut jouir le fœtus.Quoi qu’il en soit,on ne sauroit douter qu’elle ne soit infiniment plus rétrécie qu’après la naissance. La mollesse du cerveau est extrême chez le fœtus ; c’est véritablement une espèce de fluide mollasse que les artères, ou plutôt les exhalans qui en naissent, déposent dans leurs intervalles. Ces artères sont alors extrêmement nombreuses: aussi le cerveau a-t-il une teinte rougeâtre très - marquée. Lorsqu’on le coupe par tranches, une foule de stries de mêrfie couleur s’observent dans sa substance. Les deux portions SYSTÈME NERVEUX corticale et médullaire de cette substance sont infi- niment moins distinctes que par la suite, parce que la seconde est beaucoup moins blanche. L’alcali caus- tique les dissout à cette époque de la vie avec une extrême facilité. Son premier effet avant, la dissolu- tion complète, est de changer la substance cérébrale en une matière gluante, visqueuse, transparente, un peu rougeâtre cependant, et filant presque comme du blanc d’œuf. Rien de semblable ne s’est remarqué dans mes expériences sur le cerveau de l’adulte, traité par l’alcali caustique. Les acides coagulent la subs- tance cérébrale du fœtus, qui cependant ne parvient jamais par eux à un degré de dureté semblable à celui qu’iis produisent dans les âges suivant. L’extrême mollesse du cerveau rend extrêmement difficile sa dissection chez le fœtus. Les nerfs de la vie animaleontun développement proportionnel à celui du cerveau. Tous sont très- gros relativement aux autres parties : aussi le fœtus et l’enfant peu avancé en âge, sont-ils les plus propres à l’étude du système nerveux , que le moindre déve- loppement des autres systèmes rend plus apparent. Leur substance médullaire est, comme la cérébrale et celle de l’épine, extrêmement molle,diffluente même sous le doigt, ainsi qu’on peut le voir sur la partie antérieure de l optique, où elle est très-manifeste quoique renfermée dans sescanaux névrilémaliques, dans la partie postérieure de ce même nerf et dans rolfactif où elle existe isolément, dans l’auditif où elle prédomine, et enfin à l’endroit de l’origine de chaque paire, où sa proportion sur le névrilème est très-marquée. 200 DE I. A VIE ANIMALE. Dans tous les autres nerfs il est beaucoup plus difficile de bien examiner cette substance médullaire, parce quelenévrilème qui la contient est autant et même plus développé qu’elle , à proportion de ce qu’il sera par la suite. Voilà pourquoi les nerfs sont déjà très-durs et très-résistans chez le fœtus; pourquoi ils peuvent soutenir des poids proportionnellement très- considérables. La macération dans l’eau, aune tem- pérature modérée, augmente cette résistance comme chez l’adulte, rend le nerf plus dur, sans accroître son volume. On diroit que ce fluide agit d’abord sur le névrilème d’une manière opposée à l’action qu’il exerce sur les autres substances animales; enfin il le ramollit aussi, et il difflue. Les vaisseaux sont en proportion beaucoup plus considérables dans les nerfs du fœtus que dans ceux de l’adulte. Aussi ces derniers présentent-ils dans leur couleur blanchâtre, une teinte livide dépendante de l’espèce de sang qui les pénètre : c’est le même phénomène qu’au cerveau. Le développement des nerfs cérébraux dans le pre- mier âge présente un phénomène qui le distingue es- sentiellement du développement des artères.En effet, celles-ci suivent toujours l’accroissement des parties où elles vont se rendre. Ainsi, la face moins dévelop- pée proportionnellement chez le fœtus, a de moins grosses artères. 11 en est de même des viscères du bassin , dont les artères très-petites reçoivent peu de sang, lequel ne les pénètre et ne les dilate que quand les ombilicales sont fermées. Au contraire, le volume des artères cérébrales, gastriques, etc.,est très consi- dérable. Eli bien ? les nerfs sont absolument indépen* 202 SYSTEME NERVEUX dans , dans leur accroissement, de celui des parties auxquelles ils se distribuent. L’olfactif, dont l'organe est si rétréci chez le fœtus, a les mêmes proportions que l’optique et l’auditif, qui ont les leurs déjà si for- més. Il en est de même de tous les nerfs des mus- cles volontaires : leur proportion de développement est uniforme, quoique les muscles varient dans leur volume, suivant les régions. Si, abstraction faite des régions , on examine d’une manière générale et com- parativement les systèmes nerveux, cérébral et mus- culaire animal, on voit que le premier prédomine alors manifestement sur le second , tandis que dans l’hommeadulte ce sont les muscles qui,proportionnel- lement à ce qu’ils étoient chezle fœtus, l’emportent sur les nerfs qui viennent s’y rendre. Le nerf vague qui va se distribuer à des organes dont l’accroissement n’est point dans le même rapport, présente cependant la même proportion de volume que par la suite, dans ses diverses branches. Cette double disposition opposée des deux sys- tèmes artériel et nerveux cérébral, prouve d’une part le rapport immédiat du premier avec l’accroissement et la nutrition, d’une autre part le peu d’influence que le second exerce sur elles. Les nerfs sont, comme le cerveau principalement, inactifs avant la naissance, quoiqu’ils offrent un- grand développement. C’est à cela qu’il faut attribuer 1 ab- sence constante de leurs affections à cette époque. Ils existent invariablement dans le fœtus, au lieu que le dernier organe, et même la moelle de 1 épine, man- quent quelquefois; ce qui constitue les acéphales. Je dirai ailleurs comment le fœtus peut exister ainsi. Je DE îi A VIE ANIMALE. 203 remarque seulement iciquelecœur, le foie, et les au- tres viscères principaux de la vie organique, sont au contraire rarement de moins chezlefœtus. Pourquoi ? Parce que, pour croître , végéter et se nourrir , tous les organes essentiels de cette vie sont nécessaires, etqueces phénomènes peuvent très-bien s’opérer sans l’influence cérébrale qui est principalement destinée à présidera la vie animale, laquelle ne doit spécialement entrer en exercice qu à la naissance. §11. État du Système nerveux pendant ïac- croissement. A la naissance, le système nerveux animal éprouve une révolution remarquable par le sang rouge qui le pénètre. Jusque-là le sang noir seul circuloit dans ses vaisseaux. La différence subite qu’éprouve la circu- lation doit manifestement influer sur ses fonctions. En effet, la moindre substance étrangère, différente du sang rouge, que pendant la vie on pousse vers le cer- veau par la carotide, suffit poury produire un trouble remarquable, et souvent même la mort, comme je m’en suis tanfde fois assuré. Pourquoi? parce que ce n’est pas seulement comme véhicule de la matière nu- tritive , que le fluide poussé par les artères agit sur* le cerveau , mais encore comme excitant, comme sti- mulant. Le changement d’excitation qu’éprouve su- bitement le cerveau à la naissance, doit inévitable- ment augmenter son activité vitale, lui en donner une nouvelle, et le rendre propre à des fonctions qu’aupa- ravant il ne remplissoit pas, à celles de recevoir les sensations. L'asphyxie est réelle toutes les fois que le poumon 204 SYSTÈME JSTERVEUX ne se développé pas après la naissance, qu’il ne re- çoit pas l’air , et n’envoie pas par conséquent du sang rouge au cerveau. Quelques mouvemens des muscles peuvent sansdoulese faire; mais jamaisla vie animale ne commence dans toute sa plénitude, que quand les organes qui l’exécutent commencent à être influencés par le sang rouge. Ce sang est une cause générale d’ex- citation intérieure. Cette excitation directe agit simul- tanément avec la sympathique que le cerveau éprouve de la part de la peau et des surfaces muqueuses que les agens extérieurs agacent tout à coup au sortir du fœius hors de la matrice. Le poumon et le cerveau s’influencent donc réciproquement à cette époque, le premier en envoyant du sang rouge au second , celui- ci en mettant en jeu le diaphragme et les intercos- taux, qui font pénétrer dans l’autre l’air nécessaire à la production de ce sang rouge; d’où l’on voit que les autres excitations agissent avant celle de ce sang, puisque avant sa formation, le cerveau a déjà dû être un principe de mouvement. Au reste, le cerveau et tout le système nerveux sont d’autant plusvivement excités par les principes nou- veaux que le sang a empruntés de l’air, que, i°. leurs vaisseaux sont à proportion plus considérables et plus nombreux que par la suite; que, 20. toutes les artères cérébrales abordent du coté de la base du crâne , où d’un côté se trouve l’origine des nerfs , et qui de l’autre côté est, sans contredit, la partie la plus sen- sible de tout l’organe. Il y a certainement une très-grande différence entre l’asphyxie qui survient à l’adulte, et l’état où se trouve le fœtus > puisque, dès que la première est prolongée ? DE LA VIE ANIMALE. 205 la vie organique cesse, tandis que cette vie est en pleine activité chez le fœtus. Aussi le sang noir des artères des asphyxiés et celui des artères du fœtus ne se ressemblent nullement par leur composition. Cepen- dant ces deux états présentent une espèce d’analogie . surtout sous le rapport de la diminution remarquable de l’absence même de la vie animale, qui les caractéri- sent tous deux. Or ,en asphyxiant un animal à volonté par un robinet adapté à sa trachée-artère, j’ai toujours va cette vie s’anéantir àmesure que le sang noir pénètre le cerveau, et lorsqu’elle est en partie suspendue , se ré. veiller tout à coup, et reparoître quand , en ouvrant le robinet, je faisois parvenir du sang rouge au cerveau, dans les nerfs et dans toutes les parties. Ces expériences peuvent donc , jusqu’à un certain point, nous donner une idée de la part que le sang rouge prend, à l’époque delà naissance,au développement de la vie animale; je dis la part, car il s’en faut de beaucoup , comme nous le verrons , qu’il soit la seule cause qui la mette en jeu. Long-temps après la naissance, et même pendant presque tout l’accroissement, le système nerveux et le cerveau qui en est le centre, prédominent sur les autres systèmes par leur développement ; cependant cette prédominance n’est pas uniforme à toutes les époques ; elle va toujours en diminuant jusqu’à la pu- berté, ou le système nerveux se met en équilibre avec les autres, et où ce sont les organes génitaux qui lui succèdent dans la supériorité qu’il présentoit. Cette prédominance du système nerveux chez l’en- fant influe d’une part sur les sensations, de l’autre part sur les mouvemens volontaires. La première influence est très-marquée. L’enfance système nerveux est l’âge des sensations. Comme tout est nouveau pour l’enfant, tout fixe ses jeux, son oreille, son odorat, etc. Ce qui pour nous est un objet d’indif- férence , est pour lui une source de plaisirs. Tel , l’homme qui se trouve au milieu d’un spectacle qu’il ne connût pas, éprouve-t-il de vives jouissances,que l’habitude émousse bientôt, s’il y revient souvent. 1! éloit donc nécessaire que le système nerveux céré- bral fût accommodé, par son développement précoce, à la grande activité d’action ou il faut qu’il se trouve alors. En effet, tous les organes qui reçoivent les im- pressions extérieures , les nerfs qui les transmettent, et le cerveau qui les perçoit, sont vraiment pendant la veille en excitation permanente chez l’enfant , lequel au milieu des mêmes objets que l’adulte, fa- tigue deux et même trois fois plus ces organes , que celui- ci pour qui la plus grande partie des objets extérieurs sont indifférens, par là même qu’ils 1 ont autrefois excité. Aussi remarquez que les périodes d’activité de la vie animale sont bien plus courtes chez l’enfant qui fatigue ses organes en peu d’heures, chëz qui par conséquent le besoin de dormir revient plus souvent, et en qui cet état d’intermittence de la vie animale est plus profond. Il est rare que les enfans, dans les premiers mois, puissent passer toute la journée éveillés, surtout si beaucoup d’objets les ont frappés. On prolongeroit leur veille en les éloi- gnant de la lumière, des sons, etc. La multiplicité, la fréquence des sensations de l’enfant, l’entraînent nécessairement à une foule de rnouvemens, qui n’ont pas de force à cause de la foi b! esse des muscles, mais qui sont comme les sen- DI LA VIE A Kl MA LE. sations, extrêmement nombreux. Comme la vue présente sans cesse des objets nouveaux à l’enfant, il veut sans cesse toucher; ses petites mains sont dans une agitation continuelle, tout son corps est aussi sans cesse en mouvement. Il falloit donc que les nerfs qui servent à en transmettre le principe, fussent accommodés parleur développement, comme ceux des sensations, à faction continuelle ou ils se trouvent. Ces deux choses, le grand développement du sys- tème nerveux et la fréquence de son action, chez l’enfant, font que ses maladies sont les prédomi- nantes de cet âge. Telle est alors la susceptibilité du cerveau pour répondre aux excitations sympathi- ques, que pour peu que les douleurs soient vives dans une partie quelconque, elles déterminent tout de suite les convulsions , lesquelles sont au moins quatre fois plus fréquentes à cet âge que dans les suivans. Je remarque à ce sujet que les différons sys- tèmes sont plus ou moins disposés, dans les diffé- rons âges, à répondre aux sympathies., suivant que leur prédominance dans l’économie est plusou moins marquée. La même cause morbifique fixée dans un organe quelconque, et qui donne des convulsions à l’enfant en agissantsympathiquement sur le cerveau, pourroit donner à une jeune fille une suppression de menstrues, en influençant la matrice qui commence à prédominer,à un jeune homme fort et vigoureux une péripneumonie, à un adulte, chez lequel pré- dominent les viscères gastriques, une affection de ces viscères, etc. C’est ainsi que les mêmes passions qui donneroient à celui-ci une jaunisse, un engor- SYSTEME NERVEUX gementaufoie, etc., produisent plus particulièrement chez l’enfant une épilepsie qui attaque le cerveau. Non-seulement les fonctions nerveuses sont fré- quemment altérées par sympathie chezl’enfant, mais c’est spécialement à cet ége qu’on trouve le plus de maladies organiques dans le cerveau, la moelle épi- nière, les nerfs ou les organes qui en dépendent. Les fongus cérébraux, l’hydrocéphale , le spina bi- fida, etc., en sont la preuve manifeste. La grande quantité de sang qui arrive alors au système nerveux influe beaucoup sur ce phénomène : or cette quantité est elle-même appelée parla prédominance des forces vitales. A mesure que l’enfant grandit, son système ner- veux et le cerveau qui en est le centre perdent peu à peu la prédominance qui lés caractérisoit. Leurs maladies deviennent moins fréquentes. Ils se mettent enfin au niveau des autres systèmes. § III. État du Système nerveux après l’accrois- sement. A la puberté, l’empire du cerveau qui s’est in- sensiblement effacé, fait place à celui des organes génitaux , qui prennent un accroissement subit. Les nerfs cérébraux me paroisse nt avoir peu d’influence sur leur développement, comme sur celui de la plu- part des autres systèmes. Remarquez en effet que tous les phénomènes de la génération sont présidés par les forces organiques , lesquelles, comme nous l’avons vu, sont absolument indépendantes des nerfs. Aussi l’excitation vive des organes génitaux, d’où résultent le satyriasis, la nymphomanie, etc., n’ont !D X LA VIE À ÏT I M A I Et 209 aucune analogie avec les convulsions dont le prin- cipe est dans le cerveau , comme l’abolition de l’ap- pétit vénérien ept absolument étranger aux phéno- mènes des paralysies. Gela est si vrai, que souvent pendant celles qui affectent la moitié inférieure du corps par une chute sur le sacrum , ou par toute autre cause, la secrétion delà semence et les désirs véné- riens ont lieu comme à f ordinaire. Au-delà de la puberté et vers l’âge adulte, où l’équilibre général est à peu près établi entre les dif— férens systèmes , le nerveux n’éprouve plus que ceux dont nous avons eu occasion de parler en traitant de ce système. § IV. État, du Système nerveux chez le Vieillard: A cet âge de la vie, le système nerveux cérébral n’a que très-peu de fonctions à remplir. En effet, du côte' du sentiment, l’habitude qui a presque tout émoussé , fait que tous les corps extérieurs ne font plus que très-peu d’impression sur les organes des sens ; plusieurs de ceux-ci, surtout l’œil et l’oreille, se ferment souvent aux sensations avant la mort gé- nérale. Les nerfs ont donc peu à transmettre, et le cerveaua peu à percevoir. Du côté-du mouvement, le vieillard en exerce peu, parce qu’il sent peu ; car sentir et se mouvoir sont deux choses qui suivent en général la même proportion. Le cerveau et les nerfs sont donc encore presque inactifs sous ce rapport. Le premier n’est pas mis plus en action par les fonctions intellectuelles ; mémoire, imagination, jugement, attention , etc. , tout s’est affoibli, tout nes’exerce qu’avec obscurité. 210 SYSTÈME NERVEUX Des changemens de structure cr incident constam- ment avec ces changemens de fonction*. Le fœtus avoitle cerveau presque fluide ; le d 1 a exti eme- ment consistant. Cet organe a passe par une foule de gradations entre les deux âges extrêmes. O11 sait que les anatomistes choisissent toujours le cerveau du vieillard pour étudier ce viscère , dont toutes les parties se rompent avec moins le facilite. J observe à cet égard que ce qui est naturel à cet âge , indique chez le jeune homme une altération morbifique. En général on n’a point encore assez étudié l’anatomie comparéedes systèmes suivant lesdifférens âges, j >our en faire des applications à l’ouverture d< s cadavres. Les vaisseaux diminuent dans le cerveau à pro- portion que sa dureté augmente. Sous ce rapport il a encore une disposition inverse aux deux âges extrêmes de la vie. Sa coulur devient plus terne chez le vieillard. Il est rare qu’il s’ossifie : on en a quelques exemples cependant. Les phénomènes qu’il présente par l’action des différens réactifs, sont in- finiment plus tardifs à obtenir que chez l’adulte, et surtout chez l’enfant. La dissolution par les alcalis en est une preuve remarquable. On ne peut douter que cet état organique du cer- veau du vieillard n’influe beaucoup sur les phéno- mènes précédens ; c’est encore à lui qu’il faut rap- porter le peu de vivacité de la douleur à cet âge. One tumeur cancéreuse d’un vieillard, exactement ana- logue par sa position, sa forme, son volume et sa na- ture , à celle d’un adulte, lui cause de bien moindres souffrances. Les cancers de matrice, d’estomac, du sein, etc, en offrent des exemples. Toutes les causes locales de douleur la présentent aussi. Dans les expé- riences nombreuses que j’ai faites sur les animaux vivans, j’ai constamment observé que les jeunes donnent, quand on coupe les parties sensibles, les marques de la plus vive douleur ; tandis que les vieux en présentent infiniment moins l’expression dans la même circonstance. Je ferai aussi une observa- tion à cet égard : c’est que la race pâroit jusqu’à un certain point influer, chez les chiens , sur la vivacité deleur sentiment. Toutes les grosses espèces crient et s’agitent très-peu sous le scalpel qui coupe leur peau , leurs nerfs, etc. ; tandis que toutes les petites, quoique l’âge soit avancé, se débattent, s’agitent et témoignent pour la moindre cause, la plus vive sensibilité. 33 E L A VIE ANIMALE. Quant à l’influence de l’âge sur la douleur, il n’est pas étonnant que la sensibilité animale étant devenue très-obscure dans l’état naturel, conserve dans l’état morbifique le même caractère. Le vieillard souffre donc beaucoup moins que l’adulte , et surtout que l’enfant, sous l’influence des mêmes causes; c’est une compensation de la moindre vivacité de ses jouis- sances. L’enfant trouve dans tout ce qui le heurte, une cause de plaisir ou de douleur : aussi le rire et les pleurs se succèdent-ils cent fois par jour sur sa petite figure. Le vieillard au contraire reste toujours calme; l’indifférence est son état naturel. Les nerfs éprouvent les mêmes changemens que le cerveau ; ils durcissent peu à peu avec l’âge; cepen- dant leur proportion de dureté dans le premier et le dernier âges , est bien moins rnarquéeque celle de cet organe; ce qui dépend du névrilème; car ce rapport paroît être le même pour la substance médullaire, SYSTÈME NERVEUX DE LA VIE ANIM. Cette substance médullaire m’a paru moins abon- dante dans le nerf optique du vieillard; ailleurs la quantité est difficile à déterminer- La couleur des nerfs devient terne comme celle du cerveau. Ils re- çoivent moins de vaisseaux. Jamais ils ne s’ossifient. On dit quelquefois que les extrémités des nerfs deviennent calleuses : expression vague à laquelle on n’a jamais pu attacher le moindre sens. Quand le lan- gage médical ne sera-t-il plus l’indice du vide et de l’inexactitude des hypothèses qui composoient autre- fois la médecine ? La plupart de ces hypothèses sont passées, et cependant les noms auxquelles elles ont donné naissance sont presque tous restés. Souvent le système nerveux et le cerveau perdent d’avance , chez le vieillard , une partie de leur* fonctions: de là les hémiplégies, presque aussi fré- quentes à cet âge, que les convulsions qui leur sont opposées le sont chez l’enfant. Il faut bien distin- guer ces hémiplégies séniles de celles des adultes. Elles sont de même nature que les cécités, les sur- dités séniles; la différence n’est que dans la lésion du sentiment ou du mouvement. SYSTÈME NERVEUX DE LA VIE ORGANIQUE. Considérations générales. .Aucun anatomiste n’a encore considéré le système nerveux des ganglions sous le point de vue sous le- quel je vais le présenter. Ce point de vue consiste à envisager chaque ganglion comme un centre parti- culier, indépendant des autres par son action, four- nissant ou recevant ses nerfs particuliers comme le cerveau fournit ou reçoit les siens, n’ayant rien de commun , que par les anastomoses, avec les autres organes analogues ; en sorte qu’il y a celte remar- quable différence entre le système nerveux de la vie animale, et celui de la vie organique, que le premier est à centre unique, que c’est au cerveau qu’arrive toute espèce de sentiment, et que c’est delui que part toute espèce de mouvement ; tandis que dans le se- cond ily a autant de petits centres particuliers, et par conséquent de petits systèmes nerveux secondaires, qu’il y a de ganglions. On sait que tous les anatomistes, même ceux qui, sans attribuer à leur expression aucun sens rigou- reux , ont appelé les ganglions de petits cerveaux , les ont pris pour des dépendances , pour des renflemens des nerfs dans le trajet desquels ils se trouvent : et comme la plupart occupent le grand sympathique y ils les ont présentés comme un caractère distincti f de ce nerf. Mais d’après F idée générale que j’en viens de 214 SYSTEME NERVEUX donner des ganglions, il est évident que ce nerfn*existe réellement pas , et que le filet continu qu’on observe depuis le cou jusqu’au bassin, n’est autre chose qu’une suite de communications nerveuses, une série de branches que des ganglions placés les uns au-dessus des autres, s’envoient réciproquement, et non un nerf partant du cerveau ou de l’épine. Les premières considérations qui me firent penser que le grand sympathique n’est point un nerf comme les autres, mais une série d'anastomoses, furent les suivantes. i°. Souvent ces communications sont in- terrompues, sans aucun trouble, dans les organes auxquels le grand sympathique va se rendre. Il est des sujets, par exemple, où l’on trouve un inter- valle très-distinct entre les portions pectorale et lom- baire de ce prétendu nerf, qui semble coupé en cet endroit, parce que le dernier ganglion pectoral et le premier lombaire ne s’envoient rien l’un à l’autre. J’ai vu aussi souvent le nerf sympadiique cesser et renaître ensuite entre deux ganglions et par la même cause, soit dans les lombes, soit dans la région sacrée. a°.Tout le monde sait que le ganglion ophthaîmique, quelesphéno* palatin, etc. sont constamment isolés , et qu’ils ne communiquent par leurs branches qu’avec les nerfs cérébraux. Il arrive constamment entr’eux et ceux du grand sympathique, cc que l’on observe parfois entre ceux-ci, c’est-à-dire , un défaut absolu de communication. 3°. Dans tes oiseaux , comme l’a observé le cil.Cuvier, le ganglion cervical supérieur :sc trouve aussi constamment isolé ; jamais il ne com- munique avec f inférieur. Le filet qui dans les quadru- pèdes descend le long du cou , est de moins chez eux» Chez plusieurs autres animaux , on trouve fréquem- ment des interruptions dans cettesuite d’anastomoses des ganglions , qui composent ce qu’on nomme le grand sympathique.40. Les communications des gan- glions se font ordinairement par un seul rameau; mais quelquefois plusieurs passent d’un de ces organes à l’autre ; en sorte que si le grand sympathique ëtoit un nerf comme les autres, il présenteroit , sous ce rappport, une disposition toute différente de celle du système nerveux cérébral. 5°\ D’où naîtroit le grand sympathique? de la sixième paire? Mais tous les nerfs vont, en diminuant du cerveau , versles organes : or celui-ci présenteroit alors une disposition toute oppo- sée; il grossiroit en distribuant des branches. Naîtroit- il delà moelle épinière? mais alors les branches qu’il fournit dans une région viendroient donc des bran- ches qu’il reçoit de la moelle dans cette région. Ainsi le grand et le petit splanchniques naîtroient de cer- taines paires intercostales , or ils sont manifestement bien plus gros, le premier surtout, que la somme des branches dont ils tireroient leur origine. Aussi remar- quez que les anatomistes ont été tous d’opinion dif- férente sur l’origine du grand sympathique. Com- ment auroient-ils pu s’accorder sur une chose qui n’existe point? DE LA VIE ORGANIQUE. Ces diverses considérations me rendirent très-pro- bable l’opinion où j’élois depuis quelque temps, que le nerf grand sympalhique n’existe point réellement, que le cordon qu’il offre n’est qu’une suite de com- munications entre de petits systèmes nerveux placés les uns au-dessus des autres, que ces communications ne sont qu’une chose accessoire qui pourroit peut- SYSTÈME NERVEUX être ne pas exister, comme on le voit constamment entre le ganglion ophthalmique et le sphéno-palatin, entre celui-ci et le cervical supérieur , comme beau- coup d’animaux en fournissent aussi des exemples. Dès-lors je commençai à regarder chaque ganglion comme le centre particulier d’un petit système ner- veux, tout différent du cérébral et distinct même des petits systèmes nerveux des autres ganglions. En con- sidérant les fonctions des nerfs partant de ces centres , je me convainquis de plus en plus qu’ils n’apparie- noient nullement au système cérébral. En efféfc , ces nerfs ont des propriétés toutes différentes des leurs, comme nous le verrons : ils ne servent point aux sensations; ils sont constamment étrangers à la loco- motion volontaire; on n’en voit que sur les organes de la vie intérieure. Voilà pourquoi ils se trouvent concentrés dans le tronc, dans la poitrine et dans l’abdomen spécialement ; pourquoi on n’en rencontre presque pas à la tête , où tous les organes appartien- nent presque à la vie animale ; pourquoi on n’en voit point dans les membres, qui dépendent exclusive- ment de cette vie. Distribués presque par-tout aux organes de la vie intérieure les ganglions et leurs nerfs doivent en prendre le caractère j c’est en effet ce que l’on ob- serve. i°. Ils ne sont point symétriques : ainsi les nerfs de tous les plexus de l’abdomen , ceux des car- diaques,etc., présentent une irrégularité remarquable. 2°. 11 y a des variétés sans nombre dans la forme de ces plexus et dans celle des ganglions ; à peine deux sont-ils disposés de la même manière : c’est ainsi que, tautôi lenticulaire, tantôt triangulaire, tantôt divisé en plusieurs portions, celui qui est sous le diaphragme ne se présente jamais deux fois semblable. De là le vice de toute dénomination tirée de la figure; remar- que généralement applicable aux organes de la vie intérieure. O11 pourroit plutôt emprunter les noms des formes, dans la vie animale ou ces formes sont plus invariables. D’un autre côté l’existence de plu- sieurs ganglions varie ; tantôt il y.en a trois au cou, tantôt deux. Jamais la disposition d’un côté n’en- traîne une similitude du côté opposé. J’ai remarqué fréquemment que le nombre des filets naissant du ganglion cervical supérieur, est différent de beaucoup de ceux qui tirent leur origine du côté opposé. Il y a bien deux organes analogues de chaque côté; mais une foule d’attributs de structure rompent ce ca- ractère général de symétrie : c’est comme aux pou- mons et aux reins. On peut donc établir comme un caractère distinctif entre les deux systèmes nerveux, la symétrie de l’un et l’irrégularité de l’autre : or, ce caractère est un de ceux qui distinguenlaussi les deux vies, comme je l’ai dit ailleurs. DE E A VIE ORGANIQUE. D'après tout cela, il est manifeste qu’une ligne de démarcation tranchée sépare les nerfs des ganglions et ceux du cerveau, et que c’est une manière inexacte, que celle qui consiste aies regarder comme formant un nerf unique émané de ce dernier par une origine quel- conque. Leurs communications ne prouvent pas plus ce nerf général, que les rameaux qui passent de cha- cune des paires cervicale, lombaire ou sacrée, aux deux paires qui lui sont supérieures ou inférieures. En effet, malgré ces communications , on considère chaque paire d’une manière séparée, on ne fait point SYSTÈME NERVEUX un nerf de leur ensemble. De même chaque ganglion doit être envisagé à part, malgré les branches qu’il envoie aux autres. La .description du système des ganglions doit être analogue à celle des nerfs cérébraux. Par exemple, je décris d’abord le ganglion lenticulaire , comme on le fait pour le cerveau ; puis j’examine ses branches, parmi lesquelles le grand splanchnique ; car c’est une expression très-impropre que celle qui dé- signe ce nerf comme donnant naissance au ganglion. De même dans le cou, à la tête, etc., chaque ganglion est d’abord décrit; puis je traite de ses branches, parmi lesquelles se trouvent celles de communica- tion. Il y a donc presque autant de descriptions que de ganglions isolés. On nedoit point traiter, par exemple, de l’ophthalmique avec le nerf moteur commun ; pour s’en convaincre il suffit de voir combien les nerfs ci- liaires diffèrent des autres qui, appartenant à la vie animale , sont aussi contenus dans l’orbite. D’après tout ce que nous venons de dire, il est évident qu'il y a deux choses à examiner dans le système nerveux de la vie organique, i°. les gan- glions, 20. les nerfs qui en partent. ARTICLE PREMIER. Des Ganglions. § Ier. Situation > Forme 3 F\apports > etc. i jes ganglions sont de petits corps rougeâtres ou grisâtres, situes en differentes parties du corps, et formant comme autant de centres d’oü partent une infinité de ramifications nerveuses. Leur position la DE LA VIE ORGANIQUE. plus générale est le long de la colonne vertébrale , oii l’on voit sucessivement les uns au-dessous des autres, les cervicaux supérieur et inférieur , les in- tercostaux, les lombaires et les sacrés. Ce sont ceux- là dont les branches communiquantes forment spé- cialement le grand symphatique. Mais outre ces gan- glions placés, pour ainsi dire, à la file les uns des autres, on en trouve d’isolés dans diverses parties * comme les ophthalmiques, les sphénc-palatins , les maxillaires à la tête , comme encore les semi-lunaires au bas - ventre. A la poitrine il n’y en a pas ainsi d’isolés; quelquefois cependant on en voit un petit à la base du cœur. Outre les ganglions constamment observés , il y en a souvent d’accidentels, pour ainsi dire: tels sont ceux qu’on trouve quelquefois dans le plexus hypo- gastrique, dans le sole'aire même , à quelque distance du cbnsla partfe moyenne du cou , etc. D’unautre côté, souvent quelques-uns de ceux qu’on trouve ordinairement, 11e se rencontrentpoint, comme quelques lombaires, quelques sacrés, le maxillaire, etc.; ensortequ il paroit qu’il y a vraiment une différence essentielle entre les ganglions, sous le rapport de l’existence. Le cervical supérieur, le semi-lunaire, 1 ophthalmique, etc. , se trouvent toujours; ils pa- roissent essentiellement nécessaires à faction des or- ganes auxquels ils fournissent des nerfs. La plupart des autres peuvent manquerai! contraire, et être suppléés par ceux des environs , ou par d autres for- més contre l’ordre anatomique ordinaire. Tous les ganglions affectent en général une posi- tion profonde. Dépourvus d une enveloppe osseuse SYSTÈME NERVEUX analogue à celle du cerveau, ils ne sont pas moins efficacement protégés contre l’action des corps exté- rieurs. C’est celte position profonde qui les dérobe presque tous à nos expériences , à celles au moins qui nécessiteraient que l’animal vécût un certain temps après qu’elles ont été faites. C’est ce qui per- pétuera sans doute long-temps l’obscurité qui règne sur les fonctions de ces organes. La forme des ganglions est extrêmement irrégu- lière. En général ils affectent les formes arrondies J mais tantôt ils s’alongent, comme le cervical supé- rieur ; tantôt c’est une espèce de corps triangulaire à bords obtus et ronds, comme Pophthalmique J tantôt leur disposition est semi-lunaire, comme dans celui qui porte ce nom, etc. En général, toutes ces formes sont singulièrement variables, comme je l’ai dit; la plus constante celle du cervical supérieur. Plongés dans beaucoup de tissfc cellulaire , tous les ganglions sont séparés par lui des organes voi- sins. Presque tous se trouvent tellement disposés , qu’ils éprouvent peu de mouvemens de la part de ces organes, et qu’ils ne peuvent en recevoir aucun des vaisseaux qui y abordent. Ceux situés le long de la colonne vertébrale offrent surtout ce phénomène , très-différent, et de celui qui se passe au cerveau dont les fonctions sont liées essentiellement à l’agi- tationhabituelle que lui imprime le sangqui y aborde, et de celui qu’on observe dans les plexus des nerfs venant de ces mêmes gauglions. § II. Organisation. Les ganglions ont en general chez l’adulte une- DE LA VIE ORGANIQUE. 221 couleur rougeâtre très-différente de celle des nerfs ; quelquefois ils sont grisâtres. En les ouvrant, ils of- frent un tissu mou , spongieux , assez semblable, au premier coup d’œil, à celui des prétendues glandes lymphatiques. Ce tissu n’a rien de commun avec la substance cérébrale, ni avec celle qui occupt* L s canaux né- vrilématiques. Ces deux dernières devroient plutôt être rangées dans la classe des fluides, comme je l’ai dit; c’est une pulpe, une véritable bouillie. Aussi n’ont-elles aucune des propriétés des solides. Elles ne se racornissent point; l’espèce d’endurcissement, résultat du contact de l’alcool, des acides, du calo- rique , est tout différent du racornissement. Il est analogue à l’endurcissement du blanc d’œuf. Au con- traire, le tissu des ganglions se racornit d’une ma- nière très-manifeste, phénomène qui est caractéris- tique de tous les solides, excepté dans l’épiderme, les ongles et les poils , qui font une classe à part. Traités par les acides , les ganglions après s’être cris- pés , racornis et endurcis, se ramollissent peu à peu et deviennent diffluens. La coction produit un phénomène à peu près ana- logue : i°. racornissement et endurcissement â l’ins- tant où l’eau bouillit; 2°. permanence de cet état pen- dant une demi-heure; 3°. ramollissement graduelle- ment amené ; quand ce dernier est complet, la coction est finie. Dans cet état, les ganglions sont tous dif- férens des nerfs soumis à la même expérience. J’ai remarqué aussi sur le veau , qu’ils ont un goût très- distinct de celui des nerfs , mode de recherches qui n’est point à négliger pour bien connoîire la diffé- SYSTÈME KEUVEUX 222 rence de nature des organes. En effet, comme nous ne savons pas encore la diversité des principes qui entrent dans la composition de chacun, il faut bien s’en tenir aux différences des qualités. Les alcalis agissent un peu sur les ganglions qu’ils tendent à djssoudre, et qu'ils dissolvent en effet en partie, s’ils sont très-caustiques. Mais celte dissolu- tion est infiniment moins prompte et moins facile que celle de la pulpe cérébrale, par les mêmes réac- tifs. Les ganglions résistent autant et même plus que les nerfs à la putréfaction : c’est encore une diffé- rence bieu remarquable enir’eüx et la substance cé- rébrale. En général, on peut établir qu’il n’y a au- cune espèce d analogie entr’eux. L. tis.su cl sganglions ne paroît aucunement fibreux; toute a parence linéaire, filamenteuse, etc., y est absolument nulle à la simple inspection. Homogène pour ainsi dire dans sa nature , il présente par-tout un aspect uniforme quand on le coupe par tranches. Cependant le célèbre Scarpa a considéré les ganglions comme résultant d’une espèce d’épanouissement des nerfs en une infinité de filets extrêmement déliés , qui s’entrelacent les uns aux autres, et qui deviennent très-distincts par la macération. Je n’ai point répété toutes ses dissections, qui me paroissent d’une ex- trême difficulté. Je renvoie donc à son ouvrage et aux planches qu’il y a jointes. J’observe seulement qu’il y a certainement autre chose dans les ganglions, qu’une simple résolution du nerf en fils extrêmement ténus. En effet, le simple coup d’œil suffit pour éta- blir entr’eux la plus grande différence. Certainement il y a une démarcation aussi tranchée entre les gan- DELA VIE ORGANIQUE. glions et leurs nerfs , qu’entre ceux du cerveau et lui. ic. Différence de couleur; teinte rougeâtre ou grisâtre dans les uns, blancheur dans les autres ; 2°. différence de consistance , de qualités extérieures , etc. ; 5°. dif- férences de propriétés.Siles nerfs venant delà moelle ne faisoient que s’épanouir à leur passage par les ganglions , en filets ténus, ce ne seroit qu’une dif- férence de forme et non de nature ; les propriétés devroient être les mêmes. Pourquoi donc sont-elles si différentes , comme je le prouverai plus bas ? Pour- quoi , par là même qu’il sort d’un ganglion , un nerf necom nunique-t-il plus de mouvemens volontaires ? 4°. Pourquoi la nature n’a-t-elle pas placé les gan- glions dans les nerfs des membres comme dans ceux des autres parties ? S’il n’y a que résolution du nerf en filets plus petits, dans le ganglion, pourquoi n’y a-t-il jamais de proportion entre les filets qui entrent d’un coté, et ceux qui sortent du'côté opposé ? En effet , ceux qui pénètrent en haut dans le cervica 1 supérieur , ne faisant qu’épanouir leurs filets dans ce ganglion, et les réunir ensuite pour former ceux qui partent d’en bas, il devroity avoir égalité entre les uns et les autres sous le rapport du volume ; tous les ganglions devroient présenter ce rapport cons- tant entre les nerfs d’un côté et ceux du côté opposé : or, il suffit de les examiner pour voir que dans pres- que tous une disposition inverse s’observe. 6e. Les ganglions devroient être toujours proportionnés au volume des nerfs qui les forment en y épanouissant leurs fibres. Pourquoi donc les ganglions intercostaux sont-ils si petits, et les troncs qui les unissent, ou plutôt qui leur dolment naissance et qui en partent 224 SYSTÈME NERVEUX ensuite, suivant la manière de voir ordinaire, sont- ils si gros ? Pourquoi, au contraire , le ganglion cer- vical supérieur est-il si gros, et ses branches sont- elles si minces ? 70. Gomment expliquer les fréquentes interruptions entre les ganglions de l’homme , celles qui sont constantes dans une foule d’animaux, s’il y a continuité entre les filets nerveux qui entrent en haut dans lesganglions , et ceux qui en sortent en bas? 8Ù. Comment se fait-il que les ganglions et leurs nerfs ne suivent pas une exacte proportion de dé- veloppement avec les nerfs cérébi aux, si ceux-ci leur donnent naissance en s’y épanouissant ? g0. Pour- quoi la douleur ne porte-t-elle pas le même caractère dans l’une et l’autre espèces de nerfs? Je liai aucune opinion sur la nature ni sur les fonctions des ganglions, parce que je n’ai aucun fait pour m’appuyer j mais certainement il y a quelque chose de plus dans leur tissu , que l’épanouissement des filets nerveux. Scarpa admet une matière parti- culière qui sépare ces filets; mais cette substance de- vroit prédominer considérablement, puisque le gan- glion surpasse de beaucoup le volume des nerfs qui sont censés lui donner origine. Or, je n’ai jamais vu cette substance; je ne sais cequ’elle est : tout est so- lide quand on coupe un ganglion. Je crois donc qu’en admettant, jusqu’à un certain point, la disposition intérieurequecet auteur a observée dans les ganglions, on peut ne point envisager ces organes sous le point de vue sous lequel il les a présentés. On connoît très-peu les altérations que les maladies font éprouver au tissu des ganglions. J’ai examiné déjà plusieurs fois dans les maladies du cœur, du £>E LÀ VIE ORGANIQUE. foie, de l’estomac, des intestins, les ganglions qui envoient des nerfs à ces viscères; ils ne m’ont paru avoir subi aucun changement. Dans les cancers d’es- tomac portés au dernier degré, où tout le tissu cel- lulaire voisin est engorgé , et où les glandes lympha- tiques sont considérablement tuméfiées , j’ai trouvé toujours le ganglion semi-lunaire intact, excepté ce- pendant dans un cas où sou volume étoit accru, et où sa densité étoit un peu augmentée. Une autre fois j’ai trouvé ce même ganglion du volume d’une petite noix, avec un léger noyau cartilagineux dans son centre , sur le cadavre d’un homme amené à l’Hôtel- Dieu pour une manie périodique. Quelques médecins ont cru , et je le soupçonne aussi, que les accès hysté- riques, qui commencent par un resserrement à l’épi- gastre, dans lesquels la malade sent remonter ensuite une boule jusqu’au gosier, peuvent tenir à quelques lésions des ganglions semi-lunaires, du plexus soléaire et des communications qui, de ganglion en ganglion, vont jusqu’au cou. Cependant deux cadavres que j’ai ouverts dernièrement ne m’ont offert aucune altéra- tion , quoique pendant la vie les sujets eussent été fréquemment attaqués de ces accès ; mais ils peuvent évidemment partir des ganglions et des plexus épi- gastriques , sans que ceux-ci soient affectés dans leur structure, de même qu’une foule d’affections céré- brales ne laissent après elles aucune trace dans le cerveau. Ce point mérite un examen particulier* Ii ne paroît pas que le tissu des ganglions soit en- vironne d’une membrane propre. Le tissu cellulaire se condense seulement à leurs environs, puis il de- vient très-consistant et très*serré autour d’eux. Ily 226 SYSTÈME NERVEUX prend la nature des tissus soumuqueux, sousarté- riel, etc. : jamais il ne contient de graisse. Il y a donc vraiment autour des ganglions, comme autour des artères, sous les surfaces muqueuses, etc.,les deux espèces de tissu cellulaire dont nous avons parlé en traitant de l’organisation de ce tissu, et qui dif- fèrent si essentiellement l’une de l’autre par leur na- ture et même par leurs propriétés. C’est la seconde espèce, celle analogue au tissu sousarlériel, etc., qui forme la membrane propre admise par quelques auteurs. En examinant profondément l’intérieur des gan- glions , on voit aussi que très-peu de tissu cellulaire s’y rencontre. J’ai trouvé ce tissu constamment privé de graisse : aussi les alcalis ne forment-ils point un enduit savonneux autour d’eux, comme autour des nerfs cérébraux qu’on plonge dans leur dissolution. J’ai examiné de cette manière plusieurs ganglions, à cause de l’opinion de Scarpa, qui croit ces organes pénétrés de ce fluide, au moins chez les personnes grasses. « Les ganglions reçoivent beaucoup de vaisseaux sanguins. Ceux-ci les pénètrent de tous côtés, ser- pentent d’abord dans l’espèce d’enveloppe celluleuse qui les entoure, puis pénétrant dans leur tissu , s’y ramifient et s’y perdent par des anastomoses multi- pliées, et en se continuant avec les exhalans qui ap- portent la matière nutritive. Les injections fines montrent une très-grande quantité de vaisseaux dans ces petits organes. La nutrition y suppose les exha- lans et les absorbans. DE E A V I E O R G A K I Q U E. 227 § III. Propriétés. 11 est difficile d’analyser les propriétés de tissu dans les ganglions. Quant aux propriétés vitales, ils ne peuvent croître, vivre et se nourrir sans sensibilité organique, et sans contractilité insensible de même espèce. La contractilité animale et l’organique sensible n'y existent pas évidemment. Qant à la sensibilité ani- male, voici ce que j’ai observé sur ce point.Comme en ouvrant rabdomend’unanimal,d’unchien, par exem- ple , il vit très-bien pendant un certain temps , et reste mêmecalme après les premiers instans desouffrance, j’ai attenduce calme,qui succède àl’agi talion del'inci-, sion des parois abdominales, puisj’aimisle ganglion se. mi-lunaire à découvert, et je l’ai irrité fortement j l’ani- mal ne s’est point agité, tandis quedèsque j’agaçoisun nerf cérébral lombaire, pour comparaison, i!crioit,se soulevoitet sedébattoit. En général il paroîtquela sen- sibilitédes ganglions est infiniment moins marquéeque celle de beaucoup d’autres organes. Certainement la peau, le systèmemuqueux,lemédullaire,le nerveux delà vie animale, etc.,passentavanteuxsouscerapport. L’ignorance où nous sommes sur les maladies qui ont leur siëge dans les ganglions, l’éloignement de ces organes des excitations extérieures, font que nous ne pouvons avoir aucune donnée sur leurs sym- pathies. Je crois très - probable cependant que ces sympathies jouent un rôle réel dans les hystéries, dans certaines espèces d’épilepsies dont les accès commencent, comme ceux de l’hystérie, par une sensation pénible à l’épigastre, dans cette foule d’af- fections nommées nerveuses, et que le vulgaire con- 228 SYSTÈME NERVEUX fond sous le nom de vapeurs. Un des objets les plus importans de recherches dans les névroses, c’est de déterminer celles qui ont leur siège spécial dans le système nerveux cérébral, et celles qui affectent plus particulièrement le système des ganglions. Placez d’un côté la paralysie, l’hémiplégie, les convulsions des enfans, le tétanos, la catalepsie, l’apoplexie, la plupart des épilepsies, tous les accidens nombreux qui résultent des épanchemens,descompressionssur le cerveau lors des plaies de tête, les névroses de la vue, de l’ouïe, du goût, de l’odorat, etc., et toutes les affections dont la source est évidemment dans la tête ; de l’autre côté mettez l’hystérie, l’hypocondrie, la mélancolie, et toute cette classe nombreuse d’af- fections ou le ventre et la poitrine, mais le premier surtout, semblent être le foyer où siège tout le mal ; Vous verrez qu’il y a une différence essentielleetqueles symptômes portent un caractère tout différent. Je ne dis pas que le dernier genre de névroses affecte exclu- sivement les ganglions ; car trop d’obscurité règne sur ces affections pour prononcer rien d’affirmatif ni sur leur siège, ni sur leur nature. Sans doute même que les organes secrétoires , circulatoires, pulmonaires, etc., peuvent être alors spécialement affectés dans leur tissu propre, et indépendam- ment des nerfs qu’ils reçoivent ; mais certainement c’est un objet intéressant de recherches, et il y a trop de différence entre les phénomènes de l’un et l’autre ordre d’affections, pour que leur siège pri- mitif ne présente pas des différences. Il est difficile de croire que le système des ganglions n’ait pas beau- coup départ au dernier. DE LA VIE ORGANIQUE. Ce qui m’engage à penser que la différence des phénomènes que nous présente l’ordre général des névroses, tient spécialement à la différence des nerfs cérébraux et de ceux des ganglions, c’est que leurs phénomènes dans l’état de santé sont très-différens. Le ci t. Hallé a très-bien observé que les douleurs qu’ on éprouve dans les parties où se distribuent les nerfs venant des ganglions,'ont un caractère particulier, qu’elles ne ressemblent point à celles qu’on éprouve dansles parties où se distribuent des nerfs cérébraux. Ainsi Iesentiment pénible qu’on éprouve aux lombes dans les affections de matrice, par l’injection vineuse faite dans la tunique vaginale, etc., sentiment qui me paroît tenir àrinfluencesympalhiqueexercéeparl’or- gane affecté sur les ganglions lombaires, les douleurs des intestins, les ardeurs de l’épigastre, etc., etc., ne ressemblent point aux douleurs des parties externes : elles sont profondes, portent au cœur , comme on le dit. On sait qu’il y a des coliques essentiellement nerveuses, qui sont certainement indépendantes de toute affection locale des systèmes séreux, muqueux , et musculaire des intestins.Ces coliques siègent mani- festement dans les nerfs des ganglions semi-lunaires, qui se répandent dans tout le trajet des artères abdo- minales. Elles sont de véritables névralgies du sys- tème nerveux de la vie organique : or, ces névralgies n’ont absolument rien decommun avec le tic doulou- reux, la sciatique, et autres névralgies du système nerveux de la vie animale. Les symptômes, la marche, la durée, etc. , tout est différent dans l’une et l’autre espèce d’affections. Ce que je vieils de dire sur les lésions du senti- SYSTÈME NERVEUX ment, s’applique aussi à celles du mouvement. 11 n’jr a aucune espèce de comparaison à faire entreles con- vulsions des muscles qui reçoivent des nerfs de la vie animale , et les mouvemeus spasmodiques et irrëgu- lieis qui naissent dans tous les muscles qui reçoivent des nerfsdesganglions.Rien ne ressemblé au tétanos, dans le cœur , les intestins, la vessie, etc. Toutes ces considérations établissent des diffé- rences tranchantes entre les nerfs cérébraux et ceux des ganglions ; différences sur lesquelles je 11e puis présenter que des approximations, puisque nous n’a- yons aucune donnée sur les fonctions des derniers. § IV. Développement. Les ganglions diffèrent essentiellement du cerveau, dans les premiers temps, par leur développement, qui est proportionnellement bien moins avancé que le sien. Ils nejî sont qu’au niveau de tous les autres or- ganes, tandis que lui leur est infiniment supérieur sous ce rapport, ainsi que nous l’avons vu. En com- parant les ganglions cervical supérieur, semi-lu- naire , etc., dans le foetus et dans l’adulte, il est facile de faire cette remarque. Les ganglions reçoivent aussi dans le fœtus moins de vaisseaux,proportionnellement au cerveau. Ils ne suivent point la proportion croissement des organes auxquels ils envoient des nerfs. Ainsi,ceux qui fournissent aux organes géni- taux,quisont presque oubliés pendant les premières années de la nutrition générale , sont aussi volumi- neux proportionnellement, que ceux qui donnent au foie, à l’estomac, aux intestins, que leur accroissement précoce caractérise. Ces nerfs suivent,sous ce rapport la même loi que les ganglions , quoique la plupart se trouvent surdesartères, lesquelles sontplusou moins développées, suivant les organes qu’elles pénètrent. •r D E LÀ VIE ORGANIQUE. Le système nerveux de la vie organique étant moins précoce dans son développement que celui de la vie animale , doit être sujet chez l’enfant à moins d’affections ; c’est en effet ce qu’on observe. Les convulsions, et la plupart des névroses du second sont, comme nous l’avons vu , l’apanage spécial de l’enfance. Au contraire, l’ordre-particulierdes affec- tions nerveuses dont nous avons parlé, et où il paroit que le premier joue un rôle principal, est en général peu fréquent à cette époque. Toutes les maladies ner- veuses dont le foyer spécial semble être à l’épigastre, oùily aune si grande abondance des nerfs venant des ganglions, semblent être étrangères au premier âge. Autre différence qui distingue les ganglions du cerveau sous le rapport du développement : c’est que, chez le fœtus, ils ne sont point, comme lui, d’une extrême mollesse. Leur dureté ue le cède même pres- que pas à celle qu’ils offriront par la suite, dans i’âge adulte. A mesure que nous nous éloignons de l’enfance, le Système nerveux organique commence à devenir prédominant. C’est vers la trentième ou quarantième année qu’il parott être dans son maximum d’action : il va en diminuant à mesure qu’on s’avance vers la vieillesse; il se flétrit en partie à celte époque. Les nerfs deviennent grisâtres;des ganglions sont durs, résistans et plus petits. Les névroses qui paroissent leur appartenir sont infiniment plus rares. Au reste r l’obscurité répandue sur les fonctions de ce système 23a SYSTÈME NERVEUX ne me permet que d’indiquer vaguement les altéra- tions qu’elle éprouve dans les divers âges. § Y. Remarques sur les Ganglions vertébraux. Dans tout ce que j’ai dit jusqu’ici sur les ganglions, j’ai fait abstraction de ceux qui répondent aux trous de conjugaison, et que quelques-uns appellent gan- glions simples. On sait qu’à l’instant où chaque nerf sort de chacun de ces trous, il présente un renflement marqué , rougeâtre , pulpeux, analogue par son ap- parence à la plupart des ganglions. Je ne sais trop, je l’avoue, comment classer ces organes. On ne peut se dissimuler qu’ils n’aient la plus grande ana- logie de structure avec les autres. Un autre rapport les en rapproche même; c’est que les nerfs, en sor- tant de leur tissu , forment presque tout de suite des plexus que nous avons désignés sous les noms de cervical, brachial, lombaireet sacré, de même que les plexus soléaire, cardiaque, mésentérique ? etc., sont: formés par les nerfs de la vie organique , à l’instant où ils sortent de leurs ganglions respectifs. Cependant ces derniers nerfs sont les conducteurs de propriétés toutes différentes. Irritez sur un animal vivant le ganglion cervical supérieur, l’inférieur même, ce qui est plus difficile, quoiqu’on puisse y parvenir; les muscles auxquels ils envoient des nerfs resteront in- tacts : même phénomène en excitant ces nerfs eux- rnêmes. Au contraire, toute irritation d’un filet ve- nant des ganglions vertébraux , produit tout de suite des convulsions dans les muscles correspondans. La sensibilité est aussi toute différente dans l’une et l'autre espèce des nerfs. D’ailleurs, il n’y a aucune analogie entre la manière dont les nerfs partent en tous sens des ganglions vertébraux, et celle dont les autres ganglions fournissent les leurs. En attendant que des expériences ultérieures nous éclairent, con- tentons-nous d’indiquer ce qui est de rigoureuse observation. DE LA VIE ORGANIQUE. ARTICLE DEUXIÈME. Des Nerfs de la Vie organique. § Ier, Origine. (chaque ganglion est, comme nous l'avons vu, un centre d’où partent en difïérens sens, diverses bran- ches dont i’ensemble forme une espèce de petit sys- tème nerveux isolé. Le mode d’origine de ces bran- ches a très-peu de rapport avec celui des branches du cerveau et de la moelle épinière. Voici quelles sont les différences qui le distinguent. i°. L’adhérence est beaucoup plus forte; le nerf se rompt même plutôt ailleurs qu’à cette origine; ce qui est le contraire dans le système précédent. 2°. ilnepa- roît pasquela substance du ganglion secontinuedans le nerf pour en former la substance médullaire, puisque l’organisation de l’un et de l’autre est toute différente. Quelquefois cependant le ganglion se prolonge pen- dant un court trajet sous forme decordon. Cela arrive surtout au cervical supérieur, aux lombaires, au semi- lunaire, etc. Alorslaforme seuîeest différente; mais au moindre coup d’œil, il est facile de distinguer là où le ganglion finit et là où le nerf commence. 5°. Ce commencement se fait d’une manière subite; c’est 234 . SYSTÈME NE Pi VEUX comme un muscle qui s’implante dans un tendon* La meilleure manière de bien voir cette disposition est de fendre longitudinalement le ganglion cervical supérieur et le cordon qu’il envoie à l’inférieur : le changement de nature de l’un et l’autre paroit très- bien alors; ou bien, s’il faut concevoir le ganglion comme la résolution en filets multipliés des cordons nerveux, on distingue très-bien le changement subit queces filets éprouvent en passant du cordon au nerf* 4°. L’enveloppe cellulaire dense qui entoure le gan- glion se prolonge sur l’origine nerveuse, et lui donne un accroissement de consistance en cet endroit. Il faut l’enlever avec précaution avant de parvenir au nerf. On voit alors chaque filet distinct naître du ganglion. Après qu’il en est sorti, tantôt il reste isolé ; ce qui arrive au semi-lunaire, aux lombaires, à l’oph- thalmique, dont les prolongemens sont d’une extrême ténuité. Tantôt plusieurs deces filets se réunissent et forment un cordon, comme entre les deux cervicaux, comme aux nerfs splanchniques grand et petit, etc. Je n’ai pu parvenir par la macération, l’ébullition ou l’action des acides , à détruire l’adhérence du nert avec le ganglion, comme on détruit celle du muscle avec le tendon, de celui-ci avec l’os, etc. § II. Trajet; Terminaison ; Plexus. Sortis des ganglions, les nerfs se comportent de plusieurs manières différentes, que nous allons exa- miner. i°. Il yen a toujours qui vont tout de suite com- muniquer avec le système de la vie animale. Le gan- glion ophlhalmique envoie des rameaux aux moteurs DE IA VIE ORGANIQUE, communs et au nerf nasal. Le sphëno-palatin fournit des communications au nerf maxillaire supérieur; le cervical supérieur à tous les nerfs qui l’entourent,. savoir , en haut au moteur externe, en dedans au grand hypoglosse, au nerf vague, au glosso-pharyn. gien , au spinal, etc., enarrièreaux premières paires cervicales. Tous les ganglions situés les uns au-dessus des autres le long delà colonne vertébrale , jettent des communications dans chaque paire des trous de con- jugaison qui leur correspondent. Le nerf vague com- munique avecle semi- lunaire, etc. 11 n’est donc aucun ganglion isolé des nerfs de la vie animale: de là même l’expression habituelle qui indique chaque ganglion comme naissant de telle ou telle paire ou se trou- vant dans son trajet, expression très-inexacte. Ainsi i’ophthalmique n’est nullement dans le trajet du nerf moteur commun. L’un et l’autre s’envoient chacun un rameau qui se confond, ou plutôt ily a une branche de communication entre le ganglion et le nerf céré- bral. En général toutes ces branches de communica- tion avec le système de la vie animale, sont courtes, blanchâtres, et de même nature ou au moins de même apparence que les nerfs de ce dernier. Elles ne for- ment aucun plexus dans leur trajet, fournissent rare- ment des branches, et paroissent étrangères à tout autre usage qu’à celui d’établir des anastomoses entre les deux systèmes. 2°. Chaque ganglion envoie en haut et en bas des branches aux deux ganglions qui lui sont contigus* Nous avons vu l’ophthalmique et le sphéno-palatin exceptés de cette règle. Quelquefois aussi,comme j’ai dit, il y a des interruptions dans d’autres régions* 236 SYSTEME NERtEUX Quoiqu’il en soit} ces communications générales peuvent faire regarder les ganglions comme se tenant par-tout, et pouvant recevoir les uns des autres les diverses affections dont ils peuvent être primiti- vement le siège isolé. Ces branches de communica- tion sont droites comme les précédentes , quelquefois très-minces, comme entre les ganglions lombaires et sacrés , d’autres fois plus volumineuses , comme celle qui est intermédiaire aux deux cervicaux,supé- rieur et inférieur, en certains cas très-grosses , comme le grand splanchnique, qui est le véritable tronc de communication entre les intercostaux et le semi-lu- naire. Les nerfs qui nous occupent, le dernier sur- tout, ont comme les précédens, une disposition exactement analogue aux nerfs cérébraux; ils sont formés de cordons blanchâtres , qui eux-mêmes ré- sultent de filets. L’œil ne découvre entre eux aucune différence. 3». Plusieurs filets venant des ganglions, se jettent dans certains muscles cérébraux , comme dans le dia- phragme, dans quelques-uns de ceux du cou, etc. , d’autres vont gagner isolément les organes voisins. 4°. Le plus grand nombre sortant des ganglions par filets isolés, s’entrelacent en manière de plexus avec cepxdes ganglions contigus, au voisinage ou sur les gros vaisseaux. Le plus remarquable de ces plexus est le soléaire,que composent les innombrables branches venant des semi-lunaires; puis on voit l’hypogas- trique, le cardiaque Presque tous ces plexus ne sont point exclusivement formés par les nerfs de la vie organique ; ceux de l’animale leur en donnent aussi, comme le nerf vague en fournit un exemple DE LA VIE ORGANIQUE. pour le soléaire et le cardiaque, comme les nerfs sacrés en offrent un autre pour f hypogastrique, etç. Cependant ce-sont toujours les nerfs de la vie orga- nique qui prédominent dans ces plexus. Il n’y a que le pulmonaire où la paire vague domine spéciale- ment , tandis que les nerfs venant du ganglion cervi- cal inférieur ne sont pour ainsi dire qu’accessoires. Les plexus primitifs résultant de l’entrelacement des nerfs organiques à leur sortie des ganglions, for- ment un amas de nerfs irréguliers, plongés dans le tissu cellulaire, accommodés à la forme des organes voisins , et tout différens de ceux de la vie animale, comme du brachial, du lombaire, etc. En effet, à tout instant les filets, non-seulement se placent comme dans ceux-ci, les uns à côté des autres en changeant de rapports; mais encore leurs extrémités se conti- nuent; ils s’entrelacent les uns dans les autres, chan- gent à chaque point de direction, forment des anses, des réseaux, et se mêlent tellement, qu’il n’est pas possible de rien distinguer, qu’un millier de nerfs, qu’on diroit naître sous le linge qui essuie l’endroit où se trouve le plexus. Ces organes sont remarquables par leur couleur rou- geâtre ou grisâtre, par leur mollesse, par leur peu d’ap- parence , etc. ; souvent il est très-difficile de les distin- guer du tissu cellulaire. La meilleure manière de les rendre sensibles est de laisser macérer pendant un jour ou deux le sujet ouvert dans l’eau : ils blanchissent alors sensiblement, ne se ramollissent point, et pa- roissent même augmenter un peu de consistance, comme les cérébraux en pareil cas. Du reste, leur té- nuité est telle, qu’il est impossible de les soumettre 238 SYSTEME NERYETJX à aucune espèce de réactifs. Seulement, j’ai observe qu’ils possèdent éminemment la faculté de se racornir, et qu’ils ne le cèdent point aux cérébraux sous ce rap- port. Cette ténuité dépend de ce que tous les filets sont isolés les uns des autres, au lieu d’être , comme dans les précédens , rassemblés en cordons ; c’est ce qui fait aussi que ces nerfs sont si nombreux. Si tous les filets du plexus brachial étoient séparés comme le sont ceux du soléaire, iis présenteroient le même as- pect et le même nombre dans leur entrelacement. Les plexus primitifs formésparjesganglionsjouent- ils un rôle dans les fonctions nerveuses ? sont-ils des •centres auxquels se rapportent des phénomènes im- portuns? Que nVt-011 pas dit sur le plexus soléaire, à ce sujet! Mais rien , je crois, de tout ce qui a été avancé sur ce point, n’est fondé sur la stricte obser- vation. Les plexus de la vie organique se partagent bien- tôt en différentes divisions, qui se portent aux diffé- rentes parties , à celles surtout de cette vie. Ces divi- sions résultent d’une infinité de petits filets, qui mar- chent constamment isolés, quoique placés près les uns des autres,et qui ne se réunissent jamais en cordons, comme dans les précédens. Elles accompagnent près, que toutes les artères: ainsi, la rénale,l’hépatique,la splénique, la coronaire-stomaclnque, les mésentéri- ques, l’hypogastrique, la carotide et ses distributions, etc.,sont-elles entourées de filets venant des ganglions. Ces filets se comportent de deux manières. i°. Les uns accompagnent l’artère sans lui être collés; beaucoup de tissu cellulaire les en sépare; ils marchent dans son trajet sans s’entrelacer très-sensiblement entre eux. DE Ii A VIE ORGANIQUE. 2°* Les autres lui formentpour ainsi dire une tunique nouvelle, extérieure aux autres, qui lui adhèrent in- timement , et qui s’entrelacent tellement ensemble, qu’on les prendroil pour un véritable réseau entou- rant l’artère. Quand l’artère ne parcourt que peu de trajet, ces deux ordres de branches restent distincts les uns des autres jusqu’à l’organe, comme on le voit autour de la splénique, de l’hépatique ,de la rénale, etc. ; mais si ce trajet est plus long , les branches extérieures se jettent jpeuà peu dans le plexus artériel, et s’y perdenlentière- rnent. Ce plexus peut être suivi sur les gros troncs; il se partage à chaque branche, et on peut l’y voir encore, mais telle est sa ténuité sur les rameaux, qu’ily dispa- roît entièrement. La spermatique est une des artères où on le distingue Iepluslong-temps. Les artères des membres paroissent en être dépourvues. En général , c’est sur celles qui vont aux organes centraux de la vie intérieure, que ce réseau est le plus sensible. Lorsqu’on déduit de la somme des filets venant des ganglions, ceux par lesquels ils communiquent d’une part entre eux, de l’autre part avec les nerfs de la vie animale, on voit que tout le reste est presque destiné en dernier résultat à accompagner ainsi les artères. Cette disposition est toute différente de celle des nerfs cé- rébraux, dont les filets sont seulement juxta posés à ces vaisseaux. Ceux-ci en font presque partie inté- grante, tant l’adhésion est intime; ce qui suppose certainement un usage que nous ignorons, relative- ment à la circulation ou aux autres fonctions or- ganiques. Comme ces vaisseaux distribuent par- tout les matériaux de ces fonctions, des secrétions, SYSTEME N F, R VEUX des exhalations , de la nutrition, etc., sans doute que les nerfs or ganiques ont quelque influence sur elles/ L’expérience ni l'observation n’ont rien appris encore sur ce point. Les veines n’ont point autour d’elles d’aussi nom- breux accompagnemens des nerfs organiques. Il en est de même des troncs absorbans, qui marchent presque par-tout isolés de ce système. La constante union des artères avec les plexus organiques, union qui .offre une disposition toute différente de celle des ganglions, influe sans doute sur l’action de ces plexus, ou plutôt des nerfs qui en partent, par le mouvement que leur communique le sang. Il est à remarquer à ce sujet que de même que la nature a entassé une foule d’artères à la base du cerveau pour l’agiter d’un mouvement alternatif, elle a de même placé le plexus le plus considérable de tout le système organique sur un des endroits auxquels le sang rouge communique une plus forte impulsion , savoir, sur le tronc ce'liaque. § III. Structure, Propriétés, etc. D’après ce que nous avons dit plus haut, il est évi- dent que les nerfs partant des ganglions sont de deux sortes sous le rapport de l’organisation ; i°. ceux qui sont identiques ausystème cérébral, par leur couleur blanche, par la possibilité de diviser leurs troncs en cordons distincts, et ceux-ci en filets, lesquels pa- roissent névrilématiques et médullaires comme les précédens j 2°. ceux qui n’offrent que de petits filets isolés,grisâtresourougedires,mollasses,etquisevoient surtout en nombre prodigieux dalis lesplexus. Ceux-ci DE LÀ VIE ORGANIQUE.' ont-ils un névrilème, une substance médullaire? Il est impossible de le déterminer. Les propriétés de tissu sont difficiles à saisir dans les nerfs organiques. Quant aux propriétés vitales , il est hors de doute que la sensibilité animale n’est point aussi exaltée dans ces nerfs que dans ceux de la vie animale. J’ai mis souvent à découvert les plexus du bas-ventre ; puis en laisant reposer un instant l’ani- mal, et enlesirritantcomparativement avec les nerfs lombaires, j’ai constamment fait celte remarque. On sait que très-souvent la ligature immédiate de l’artère spermatique , n’est presque point douloureuse dans le sarcocèle, quoique des branches venant des gan- glions lui forment un plexus eu forme de réseau, qu’on ne peu t nullement en séparer. Si l’on ex trait une anse d’intestins par une petite plaie à l’abdomen , l’irritation de la couche soumuqueuse, du côté des vaisseaux, n’est presque pas ressentie quoique beau- coup de nerfs des ganglions se trouvent en cet endroit. J’ai eu une infinité d’occasions d’agir de différentes, manières sur la carotide , à laquelle le ganglion cer- vical supérieur fournit en haut des branches : or > tant que je ne touchois pas le nerf vague, l’animal res« toit calme. Je suis loin de croire cependant à l’insen- sibilité absolue des nerfs des ganglions; mais certai- nement , dans les memes circonstances que je viens de rapporter, les nerfs cérébrauxauroient causé beau- coup plus de douleur à l’animal. Je pense que dans l’état maladif cette sensibilité est susceptible de s’exalter beaucoup. On ne peut nier certainement que le plexus soléaire ne joue un grand rôle dans les diverses sensations que nous éprou- SYSTÈME NERVEUX vons à fepigastre : les douleurs très-vivesqui accom- pagnent souvent la formation des anévrismes, sont probablement dues en partie à la distension des filets nerveux qui entourent l’artère. J’ai déjà dit qu’il est très-probable que les nerfs organiques sont pour beau- coupdans les sensations diverses que nous font éprou- ver certaines névroses particulières.* Cesnerfsdonnentlieu à des sympathies manifestes en certains cas. C’est à cela qu’il faut rapporter les lésions diverses que Petit delNamur a déterminées dans l’organe de la vue, en irritant leurs brànches accessibles aux expériences. Le développement des nerfs des ganglions suit à peu près les mêmes lois que celui de ces organes dont ils émanent. Remarquons, en finissant ce système, qu’il n’en est point qui mérite de fixer davantage l’attention des physiologistes. Tous les autres offrent une série de phénomènes déjà très-connus. Dans celui-ci, à peine avons-nous quelques aperçus. 11 ne nous offre pour ainsi dire encore que des attributs de ceux négatifs du sy stème nerveux de la vie animale. Ainsi est-il hors de doute quelesnerfsorganiques ne jouent pointlemême rolequeles précédées, dans lasensibilitéanimalejqu’ils sont toujours étrangers à la contractilité de même espèce; qu’ils n’influent point directement sur l’or- ganique sensible, puisque , comme nous le verrons, on peut les couper ou les irriter sans anéantir ou sans précipiter le mouvement des muscles auxquels ils vont se rendre. Mais en connoissant les usages qu’ils ne rem- plissent pas, nous ignorons ceux auxquels ils sont réellement destinés. Je l’ai déjà observé, la difficulté de faire des expériences sur les ganglions et les plexus, DE LA VIE ORGANIQUE. 243 retardera de beaucoup les progrès de la science. A peine avons-nous quelques branches à l'extérieure, sur lesquelles nous puissions agir. Scarpa a rassemble' les opinions de tous ceux qui l’ont précédé, avec la sienne propre, sur les usages des ganglions. Je renvoie à ce qu’il a dit sur ce sujet. Comme le point de vue général sous lequel il a pré- senté ces organes, et celui sous lequel je les offre ici, diffèrent essentiellement, l’exposé que je viens de faire des nerfs de la vie organique porte nécessaire- ment uneempreinte générale toute différente de celle de son ouvrage, l’un de ceux au reste qui, comme tout ce que cet auteur a publié., honore le plus l’é- poque anatomique où nous nous trouvons. Je terminerai cet article par une réflexion impor- tante. Si les nerfs ne faisoient que se diviser dans les ganglions; si ceux-ci n’offroient dans leur intérieur que des différences de formes, qu’une division extrê- mement multipliée de leurs filets, pourquoi seroient- ils si constans dans les animaux? Une foule d’or- ganes manquent, varient, se présentent sous mille formes différentes dans leurs diverses classes; au con- traire les ganglions sont constans. Dans les espèces même ouïe système cérébral est imparfait, celui des ganglions est dans toute la plénitude de son organi- sation. La vie animale diminue et se rétrécit d’une manière sensible dans la plupart des insectes, dans les vers , etc., et en général dans les animaux sans vertèbres. Eh bien! le cerveau et ses nerfs deviennent moins bien prononcés à mesureque cette vieestmoins parfaite. L’organique est, au contraire, presque dans toute sa plénitude chez ces animaux. Eh bien! les SYSTÈME NERVEUX DE LA VIE ORG. ganglions et leurs nerfs restent aussi très-prononcés.' Cette remarque m’a frappé en lisant les recherches de divers auteurs sur l’anatomie des dernières classes d’animaux : or, si les ganglions n’étoient pas les centres de certaines fonctions importantes que nous ignorons, seroient-ils si invariables dans l’organi- sation animale? ANATOMIE GÉNÉRALE. ANATOMIE GÉNÉRALE, APPLIQUÉE A LA PHYSIOLOGIE ET A LA MEDECINE 5 Par Xav. BICHAT, Médecin du Grand Hospice d’Humanité de Paris, Professeur d’Anatomie et de Physiologie. PREMIÈRE PARTIE. TOME SECOND. A PARIS, Chez Brosson, Gabon et Cic, Libraires, rue Pierre- Sarrazin, n°. 6, et place de l’Ecole-de-Médecine, iï I. ( 1801.) SYSTEME VASCULAIRE A SANG ROUGE. ARTICLE PREMIER. Considérations générales sur la Circulation* 1 ous les auteurs ont considéré la circulation de la même manière,depuislacélèbre découvertedeHarvé» ils ont divisé en deux cette fonction : l’une a été ap- pelée la grande circulation, l’autre la petite ou la pul- monaire. Le cœur intermédiaire à chacune, est leur centre commun. Mais en présentant sous ce point de vue le cours du sang, il est difficile d’entrevoir tout de suite le but général de son trajet dans nos organes* La manière dont j’expose, dans mes leçons, ce phé- nomène important de l’économie vivante, me paroît infiniment plus propre à en donner une grande idée. § 1er. Division de la Circulation. Je divise aussi la circulation en deux : l’une porte le sang des poumonsà toutes les parties; l’autre le ra- mène de toutes les parties aux poumons. La pre- mière est la circulation du sang rouge, la seconde celle du sang noir. Circulation du Sang rohge. La circulation du sang rouge a son origine dans le système capillaire des poumons, où ce sang prend, par îemélanse des principes qu’ilpuise dans l’air, le carac^ SYSTÈME VASCULAIRE 1ère particulier qui le distingue du sang noir. De ce système, il passe dans les premières divisions, puis dans les troncs des veines pulmonaires; celles-ci le versent dans l’oreillette gauche du cœur, quiletrans- met dans le ventricule, lequel le pousse dans le système artériel : celui-ci le répand dans le système capillaire général, qui peut être considéré vraiment comme le terme de son cours. Le sang rouge est donc conti- nuellement porté du système capillaire du poumon, au système capillaire général. Les cavités qui le con- tiennent sont toutes tapissées d’une membrane con- tinue; cette membrane déployée sur les veines pul- monaires , sur les cavités gauches du cœur et sur tout le système artériel, peut être vraiment considérée comme un canal général et continu, dont l’extérieur est fortifié, aux veines pulmonaires par une mem- brane lâche, au cœur par un plan charnu, mince pour l’oreillette et épais pour le ventricule, au système artériel par une couche fibreuse , d’une nature par- ticulière. Dans ces variétés des organes qui lui sont ainsi ajoutés au dehors, cette membrane reste par- tout à peu près la même, ainsi que nous le verrons. Circulation du Sang noir. La circulation du sang noir se fait d’une manière in- verse à la précédente. Elle a son origine dans le système capillaire général; c’est dans ce système que son sang prend le caractère particulier qui le distingue du précé- dent; c’est là qu’il renaît pour ainsi dire,probablement parlasoustractiondes principes aériens qu’il s’étoit ap- propriés en terminant sa course au poumon. De ce système capillaire général, il entre dans les veines, A S À W G ROUGE. 247 lesquelles le transmettent aux cavités droites du coeur, qui l’envoient par l’artère pulmonaire au système ca- pillairedu poumon.Ce système est saterminaison véri- table,comme ilest le point du départ du sang rouge.Une membrane générale, par-tout commue, tapisse tout letrajet du sang noir et lui forme aussi un canal général et continu, danslequel il est habituellement portéde toutes les parties dans l’intérieur du poumon. A l’ex- térieur de ce grand conduit ,1a nature a placé une mem- brane lâche dans les veines, des fibrescharnuesdans le cœur, un tissu fibreux particulier dans l’artère pul- monaire; mais comme le canal précédent, il reste tou- jours à peu près uniforme, malgré cette différence des organes auxquels il est joint en dehor s. C’est cette membrane générale qui, en se reployant dans les veines, en compose les valvules. Elle concourt à for- mer toutes celles de la portion droite du cœur , dont elle tapisse les cavités, comme la précédente entre dans la composition des valvules delà portion gauche,qui en emprunte la membrane qui le tapisse. Différences des deux Circidations. D’après cette idée générale que je viens de don- ner des deux circulations, il est évident qu’elles sont parfaitementindépendantesrune de l’autre, excepté à leur origine et à leur terminaison , ou le sang rouge et le sang noir se transforment alternativement l’un en l'autre, et communiquent pour cela par lesj,, vaisseaux capillaires. Dans tout leur trajet, ils sont exactement isolés. Quoique les deux portions du cœur soient assemblées en un organe unique, cependant ©n peut les considérer comme constamment indépen- dantes dans leur action. Ilya vraiment deux cœurs, l’un à droite,l’autre àgauche.Tousdeux pourroient peut-être aussi bien remplir leurs fonctions, s’ils étoient séparés, qu’étant adossés comme ils le sont. Lors même que le trou ovale reste libre après la nais- sance, j’ai prouvé ailleurs que telle est la disposition des deux replis entre lesquels il se trouve, que le sang noir ne peut communiquer avec le sang rouge, et que les deux cœurs doivent également être considérés comme indépendans, au moins sous le rapport du cours du sang. Cet isolement entier des deux cir- culations est un de leurs caractères les plus tranchans; il prouve seul combien le point de vue sous lequel je présente la circulation en général est préférable à ce- lui où on la montre divisée en petite et en grande , lesquelles se confondent ets’identifient évidemment. SYSTÈME VASCULAIRE D’après ce quia été dit plus haut, l’origine et la terminaison de chaque circulation se font à deux sys- tèmes capillaires , qui sont pour ainsi dire les deux limites entre lesquelles les deux espèces de sang se meuvent* Le poumon répond lui seul , sous ce rapport, a toutes les parties. Le système capillaire qu’il renferme est en opposition avec celui de tous les autres organes, à une petite exception près, pour les parties d’où part le sang de la veine porte. Chaque système capillaire est donc en même temps origine et terminaison. Le pulmonaire est l’origine de la cir- culation du sang rouge, et la terminaison de celle du sang noir. Le général offre au sang rouge sa termi- naison , et au sang noir son origine. Observez que c’est encore là un grand caractère qui distingue les deux circulations. En effet, non-seulement le saiq* A SANG ROTI GE. prend un cours opposé à l’endroit où elles finissent et à celui où elles commencent; mais encore sa na- ture change entièrement, et sous ce rapport les deux systèmes capillaires, pulmonaire et général, nous offrent chacun un des phénomènes les plus importans de l’économie vivante, savoir, le premier la trans- formation du sang noir en sang rouge, le second celle du sang rouge en sang noir. La question générale de chacune des deux circu- lations nous présente donc évidemment trois choses à examiner, i°. l’origine, 2°. le trajet, 3°. la termi- naison de chaque espèce de sang. Dans l’origine et la terminaison, il y a d’une part les phénomènes mé- caniques de la circulation, d’une autre part les phé- nomènes de la transformation du sang. Dans le trajet du cours de ce fluide,il n’y a que les phénomènes mé- caniques de la circulation à observer. Phénomènes mécaniques généraux des deux Circulations. En examinant ces phénomènes d’une manière gé- nérale , on voit, i°. que le sang rouge partant du poumon va en se réunissant en colonnes d’autant plus considérables et moins nombreuses, qu’il appro- che plus des cavités du cœur ; que c’est dans ces cavités qu’il est en masses plus grandes, et que de- puis elles jusqu’au système capillaire général, il va toujours en se divisant en colonnes plus petites; 2°. que le sang noir partant du système capillaire général, va aussi en se réunissant successivement en colonnes d’autant plus grosses et plus rares, qu’il approche plus des cavités droites du cœur; que ce^ SYSTÈME VASCULAIRE cavités sont la partie du grand canal où il circule, qui le contient en plus grandes niasses , et que depuis elles jusqu’au cœur, il se divise successivement en colonnes plus p’fites. Les deux espèces de sang circulent donc des deux côtés, en filets d’autant plus petits, qu’ils sontplus loin du cœur ; et ils sont en colonnes d’autant plus grosses, qu’ils s’en trouvent plus voisins. Représentez-vous pour chacune des deux circulations, deux arbres adossés par leur tronc, et envoyant leurs branches l’un dans les poumons,l’autre dans toutes les parties. Chacune des deux parties du cœur est entre ces troncs, qu’elle sert pour ainsi dire à unir pour n’en faire que le même canal général dont nous avons parlé. Les auteurs considèrent communément les artères et les veines comme formant chacune, par leur as- semblage, un cône général dont la base est à toutes les parties, et le sommet au cœur. Cette manière de les envisager vient de ce que la somme des rameaux est plus considérable en diamètre, queles troncs dont ils naissent : or, en adoptant cette idée, il est évident que chaque moitié du cœur est au sommet de deux cônes , qui sans lui s’adosseroient. Les veines pul- monaires représentent l’un, et l’aorte l’autre pour le sang rouge ; pour le sang noir, ce sont d’une part les veines caves et coronaires, de l’autre l’artère pulmo- naire, qui forment les deux cônes. Dans chaquecircu- lation, l’un de ces cônes est remarquable par son peu ;d’étendue, c’est celui du poumon; l’autre par son grand trajet, c’est celui de toutes les parties. Placée entre ces deux cônes,chaque partie du cœur doit être considérée comme un agent d’impulsion qui A SA H G ROUGI. précipité le cours du sang, d’une part vers toutes les parties , de l’autre vers le poumon. En effet, si dans chaque circulation ces deux cônes s’abouchoient par leur sommet, il est évident que les parois des vais- seaux qui les composent seroient insuffisantes pour entretenir le mouvement, de la base de l’un d’eux à la base de l’autre, c’est-à-dire du système capillaire général à celui du poumon, et réciproquement de celui du poumon au général. En effet, le trajet cèt manifestement trop long, et les forces vitales des parois vasculaires sont trop peu actives pour que cet effet ait lieu ; de là la nécessité du cœur. Cette conséquence en amène une autre que voici. Comme le sang rouge a bien plus de trajet à parcourir du cœur au système capillaire général, que le sang noir n’en a du cœur au système capillairepulmonaire, il falloit que la portion de cet organe appartenant à la première espèce de sang, fût douée d’une force plus considérable que celle destinée à entretenir le mou- vement de la seconde. La nature a rempli ce but en composant le ventricule à sang rouge d’un nombre de fibres bien supérieur à celui des fibres du ventri- cule à sang noir. Quant aux oreillettes', comme elles ne font que recevoir le sang et le transmettre dans les ventricules, qui forment pour ainsi dire corps avec elles, leur épaisseur est à peu près uniforme. D’après cela , on voit, i». que le rôle que le cœur joue dans l’une et l’autre circulations, est absolument relatif aux phénomènes mécaniquesdu cours du sang, et que, s’il a quelque influence sur la composition , ce ne peut être que par le mouvement intestin qu’il lui communique; 2°. que si le trajet des deux circula- SYSTEME VASCULAIRE tions à sang noir et à sang rouge étoit moindre, elles pourroient se passer de cet agent d’impulsion inter- me'diaire. C’est précisément ce qui arrive dans le sys- tème à sang noir abdominal, dont les deux arbres, distribuant leurs branches, l’un dans les viscères gas- triques , l’autre dans le foie , se réunissent par leur tronc dans ce qu’on appelle le sinus de la veine porte, lequel occupe précisément la place du cœur dans le grand système à sang noir et dans celui à sang rouge» Il est donc possible de concevoir, i°. comment le cœur peut manquer, comme on en a quelques exem- ples, dans lesquels les deux grands systèmes circu- latoires ressembloient, jusqu’à un certain point, à l’abdominal ; 2°. comment le sang peut osciller d’un système capillaire à l’autre, pendant un temps encore très-long, quoique le cœur, malade, affoibli, désor- ganisé même en partie , ne puisse presque plus ac- tiver le cours de ce fluide; 3°. comment, cet organe ayant entièrement suspendu son battement dans la syncope, dans l’asphyxie , etc», il y a encore une os- cillation , une progression réelle du sang d’un sys- tème capillaire à l’autre, puisque, si on ouvre une artère ou une veine, il coule encore un peu par l’ou- verture.Certainement cette oscillation est très-foible ; elle ne sauroit même durer long-temps ; mais on ne peut disconvenir qu’elle ne puisse exister sans l’in- fluence du cœur , puisque le sang noir est bien porté, sans agent d’impulsion , des intestins au foie : d’où il résulte que la cessation du battement du cœurn’est pas une preuvede 1 immobilité du sang, comme quel- ques auteurs font prétendu. 4°-On sait que, dans plu- sieurs animaux des dernières classes, le cœur n exista A SANG ROUGE. pas, quoiqu’il y ait des vaisseaux’distincts et des fluides circulans.' L’importance du rôle que le cœur joue dans l’éco- nomie animale n’est relative qu’à l’impulsion géné- rale qu’il communique à tous les organes, qu’à l’ex- citation habituelle dans laquelle il les entretient par cette impulsion. Ce n’est pas lui qui leur envoie les matériaux de la secrétion , des exhalations et de la nutrition ; il ne fait, sous ce rapport, que leur trans- mettre ce que lui-même reçoit du poumon. § II. Piéjlexions sur les usages généraux de la circulation. Ceci nous mène à quelques réflexions sur les dif- férences générales des usages des deux circulations, différences qui établissent bien la nécessité de préserÆ ter la fonction unique qui en résulte, sous le point de vuesouslequeljel’ai indiquée,etnonsousceluienusage dans les traités de physiologie. Voici ces différences. Usages généraux de la circulation à sang rouge« C’est la circulation à sang rouge qui fournit uni- quement la matière des secrétions, excepté celle* de la bile, fluide qui cependant mérite un examen ulté- rieur. C’est dans cette circulation que les exhalanssé- reux,cellulaires, cutanés, médullaires, etc.,puisent les fluides qu’ils transmettent sur leur surface respective* Tous les vaisseaux qui portent la matière de la nu- trition des organes sont aussi continus aux artères, et par conséquent leurs fluides proviennent du sang rouge. Dans les organes même auxquels le sang noir aborde , comme dans le poumon et dans le foie, il 254 SYSTÈME VASCULAIRE y a des vaisseaux à sang rouge manifestement des- tinés à la nutrition. C’est le sang roûge qui commu- nique aux organes de tout le corps cette secousse gé- nérale nécessaire à leurs fonctions, secousse si ma- nifeste au cerveau. La circulation à sang rouge est donc la plus importante, celled’eü dérivent les grands phénomènes de l’économie. Usages généraux de la circulation à sang noir. La circulation à sang noir au contraire, étrangère à toutes les fonctions, ne semble destinée, pour ainsi dire, qu’à réparer les pertes que le sang a faites dans la précédente. Remarquez, en effet qu une partie con- sidérable du sang rouge est dépensé pour les exhala- tions , les secrétionset la nutrition; Les principes cju’il a voit empruntés dans le poumon et qui lui donnoient une couleur rutilante , ont été laissés dans le système capillaire général. Il faut doncquele sang noir reçoive ce que l’autre a perdu : or, une foule de substances sont versées dans le grand canal qui le contient. Ces substances sont intérieures ou extérieures. i°. Les gros troncs des absorbans versent continuellement la lym- phe du tissu cellulaire etdessurfacesséreuses,lerésidu de la nutrition de tous les organes, la graisse, la syno- vie et la moelle surabondantes. Tout ce qui du dedans doit être rejeté au dehors, est préliminairement versé dans le sang noir. 20. Tout ce qui entre du dehors au dedans, est aussi reçu par lui. Le chyle, produit rie la digestion, est d’abord constamment porté dans le canal général, où il circule. En second lieu, c’est à lui que se mêlent les substances aériennes qui tra- versent le poumon dans l’acte respiratoire. Enfin , A SANG ROUGE. quand il se fait des absorptions cutanées ou mu- queuses, le sang noir est toujours le premier qui en reçoit le produit. Il résulte de là que la circulation à sang noir est pour ainsi dire , un réser voir général où est versé en premier lieu tout ce qui doitsortir du corps, ou tout ce qui y entre. Sous ce dernier rapport, elle joue un rôle essentiel dansles maladies : en effet ilesthors de doute, ip. que des substances nuisibles peuvent s’introduire avec le chyle dans l’économie , et y produire des ravages plus ou moins marqués encirculantavecnos humeurs. Pour cela, il suffit que la sensibilité organique des vaisseaux chyleux change : alors ils admettent ce qu’auparavant ils rejetoient ; comme par les changemens de leur sen- sibilité organique, les glandes séparent souvent des fluidesquileursont ordinairementétrangers.2°.Nous prouverons àl’article du système cutané, que souvent il est le siège de l’absorption des substances délé- tères. 3°. On ne sauroit douter qu’outre les principes qui colorent le sang, souvent il ne passe à travers le poumon des miasmes délétères qui causent des mala j dies, comme l’ont prouvé d’ailleurs mes expériences sur l’asphyxie. Les intestins , le poumon et la peau sont donc une triple porteouverte, dans beaucoup de cas , aux diverses causes morbifiques: or ces causes qui entrent ainsi dans l’économie sont toutes en pre- mier lieu reçues dans le sang noir : ce n’est qu’en se- cond lieu qu’elles passent dans le sang rouge. Une preuve manifeste de cette assertion, c’est qu’on produit des phénomènes exactement analogues i ceux qui en résultent, en versant artificiellement 256 SYSTEME VASCULAIRE dans le sang noir ces substances qui s’introduisent par les voies nat urelles. Ainsi une infusion purgati ve, émé" tique, faite dans les veines, etc., occasionne des éva- cuations alvines et des vomissemens , comme lorsque des substances de cette infusion sont introduites par la peau en frictions. Les expériences d’une foule de physiologistes ne laissent aucun doute à cet égard. Je me suis convaincu qu’il est possible de donner aux animaux des maladies artificielles en faisant circuler ayec leur sang diverses substances infusées parles veines. Je parlerai de ces essais à l’article du système glanduleux. Il me sulfit de les énoncer ici pour éta- blir que le sang noir est un réservoir général où une foule de substances peuvent aborder, soit naturelle- ment, soit accidentellement, et troubler ensuileles fonctions en passant dans tout le torrent circulatoire. On a exagéré sans doute la médecine humorale, mais elle a des fondemens réels ; et, dans une foule de cas, on ne peut disconvenir que tout doit se rapporter aux vices des humeurs. Concluons de tout ce qui vient d’ètre dit jusqu’ici, iQ. que le rôle essentiel que joue la circulation du sang noir dans l’économie, est de pénétrer ce sang de dif- férentes substancesnouvelles;2°. que celui du système à sang rouge est de dépenser, au contraire, les prin- cipes qui leconstiment. L’un va toujours en s’accrois- sant, l’autre toujours endiminuant : donner est l'attri- but du premier; recevoir, celui du second. Cetaperçu, qui est de toute vérité, et qui est fondé sur la plus simple observation , me paroît grand et bien propre à établir encore une démarcation sensible entre les deux divisions que j’ai adoptées pour la circulation générale* À S A K G ROUGE; La santé suppose un équilibre parfait entre les pertes qu’éprouve le sang rouge, et les recouvremens que fait le sang noir. Toutes les fois que cet équi- libre est rompu, il y a maladie. Si le sang noir re- çoit plus que le rouge ne dépense, la pléthore sur- vient.Cequ’on nomme appauvrissementdeshumeurs, se manifeste quand il sort du sang rouge plus de substances qu’il iVen entre dans le sang noir. Voilà, je crois, assez d’attributs caractéristiques des deux grandes divisions de la circulation géné: ale, pour justifier le point de vue étranger aux autres au- teurs, sous lequel je présente cette importante fonc- tion de l’économie animale. ARTICLE DEUXIÈME. Situation y formes , disposition générale du Système 'vasculaire à sang rouge. D’APKÈS l’idëe generale que nous avons donne'e de l’un et l’autre systèmes vasculaires, voici celle que Von doit se former de la position de celui à sang rouge dans l’économie animale. Le système capillaire du poumon donne nais- sance à une foule de ramuscules qui se réunissent bientôt en rameaux, puis en branches, et enfin en quatre gros troncs, deux pour chaque poumon. Ces troncs viennent s’ouvrir dansl’oreillette gauche,vers sa paroi supérieure. 2°. Celle-ci, distincte de la droite par le nombre moins considérable de ses co- lonnes charnues, par sa moindre capacité, par le 258 SYSTEME VASCULAIRE prolongement plus grand de son appendice , qui est plus étroite que celle de l’autre, etc., communique par une ouverture ovalaire garnie de valvules , avec le ventricule gauche , que l’épaisseur de ses parois, la disposition de ses colonnes charnues, etc., dis- tinguent du droit. 3°. De ce ventricule part, en se recourbant , l’artère aorte, tronc commun d’oü naissent tous ceux qui vont porter le sang rouge dans toutes les parties ou elles aboutissent au système capillaire général. Le premier arbre du système à sang rouge, le tronc du second et le cœur qui sert à les unir, se trouvent donc concentrés dans la cavité pectorale, tandis que les branches de ce second tronc sont ré- pandues parmi tous les organes de l’économie , et jusqu’à toutes ses extrémités. C’est à peu près entre le tiers supérieur du corps et son tiers inférieur, que se trouve l’agent d’impul- sion du sang rouge, ou le cœur. Cette position n’est pas indifférente; elle met sous une inlluence plus immédiate de ce viscère, les parties supérieures , la lêtespécialement,dont tous les organes, et surtout lecerveau,exigentinévitablement une excitalionhabi- tuelle très-vive delà part du sang, pour entretenir leurs fonctions en activité permanente. Aussi remarquez que dans la gangrène sénile, et dans les autres af- fections qui dépendent de ce que le sang n’est point poussé avec assez de force à toutes les parties, c’est l’extrémité du pied qui s’affecte la première, et que la tête et les mains ne deviennent que plus tard le siège de la mortification. En général, il y a une foule de différences entre les phénomènes qui se passent A SANG ROUGE.' dans les parties supérieures, et ceux qui ont lieu dans les inférieures. Nous verrons dans le système der- moïde , que la portion du système capillaire général, qui appartient auxpremières, est inliniment plus sus- ceptible de se pénétrer de sang, que la portion ap- partenant aux parties inférieures, comme leprouvent l’axphyxie, l’apoplexie r la submersion, les diverses éruptions cutanées , les injections mêmes , qui dans les jeunes sujets noircissent plutôt la face que les parties inférieures : or , cette différence tient mani- festement au rapport de position des parties supé- rieures et inférieures avec le cœur. Nous n’avons point de considérations générales à présenter ici sur le premier arbre et sur l’agent d’im- pulsion delà circulation à sang rouge.En effet,les con- sidérations appartenant au poumon et au cœur, seront exposées dans l’Anatomie descriptive. C’est doncspé- cialementlesecondarbre, ou l’arbre artériel, dont les formes vont nous occuper. Il faut dans cet article en examiner successivement l’origine, le trajet et la ter- minaison. § Ier. Origine des Artères. Cet article comprend l’origine de l’aorte au ven- tricule gauche, celle des troncs qui en naissent, puis celle des branches, rameaux etramuscules qui par- tent les uns des autres. Origine de V Aorte La plupart’ des auteurs ont décrit d’une manière inexacte le mode d’union de ce gros tronc artériel SYSTEME VASCULAIRE avec le cœur. Voici ce mode: la membrane interne du cœur à sang rouge, après avoir tapissé son ven- tricule, s’approche de l’ouverture aortique, s’y en- gage, forme en se repliant les trois valvules semi- se prolongeant ensuite dans l’artère, la revêt dans toute son étendue. C’est cette membrane interne qui est le seul mode d’union de l’artère avec le cœur. La membrane propre ou fibreuse ne s’iden- tifie point avecles fibres de celui-ci. Son extrémité est découpée en trois festons demi-circulaires, lesquels correspondent à chacune des valvules sigmoïdes qu’ils soutiennënt. Ces festons ne vont point jusqu’aux fibres charnues: il y a entr’eux et elles un intervalle de deux ou trois lignes que la membrane interne bouche seule: Entr’eux et par conséquent entre les valvules, on aperçoit trois petites espaces triangu- laires et que la membrane remplit aussi. Pour bien distinguer cette structure, il faut disséquer exac- tement l’origine de l’aorte en dehors, et la bien dé- pouiller du tissu graisseux qui l’environne. Alors en fendant celte artère et le ventricule, et en exami- nant contre le jour la réunion de l’une avec l’autre, après avoir préliminairement enlevé les valvules , on distingue très-bien par la transparence de la mem- brane interne et l’opacité des trois festons qui com- mencent l’aorte , la disposition que je viens d’indi- quer. 11 suit de là que si, l’artère étant exactement dis- séquée à l’extérieur, on vient à détacher de bas en haut la membrane interne qui forme le grand canal de la circulation à sang rouge, l’artère se sépare entièrement du cœur. Cet isolement entier des fibres aortiques d’avec celles du cœur, seroit déjà 261 une forte présomption pour penser que leur nature n’est pas la même , si une foule d’autres consi- dérations ne l’établissoient de la manière la plus évidente. Origine des Troncs , des Branches y des Ra- meauoc, eic. Ainsi née du ventricule gauche, l’aorte se divise presque aussitôt en deux portions, l’une ascendante, qui va gagner le cou, la têteet les membres supérieurs, l’autre descendante, qui se porte à la poitrine, au bas- ventre et aux membres inférieurs. La première, sub- divisée tout de suite en quatre troncs principaux, diffère sous ce rapport de la seconde, qui forme un tronc long-temps unique. Celle-ci, devant parcourir un trajet beaucoup plus long que l’autre, conserve plus efficacement, par cette disposition, toute la somme de mouvement qui est imprimée au sang par le cœur; ce Lfui n’empêche pas cependant que , vu la moindre distance, l’impulsion ne soit plus vive- ment ressentie par les organes supérieurs que par les inférieurs, comme je l’ai dit plus haut. A la partie su- périeure du bassin, l’aorte se divise en deux troncs secondaires. Bientôt après, les subdivisions commen- cent sous le nom de branches, et se multiplient ensuite sous celui de rameaux, ramuscules, etc.. Les anatomistes mathématiciens ont exagéré le nombre des subdivisions artérielles. Plusieurs l’ont porté à. cent pour une seule artère : Haller le réduisit à vingt, etmêmeàmoins. Pour s’assurer sur ce point de ce qui est dans la nature , il faut prendre les ar- tères à leur origine, et suivre leur cours souaunemem— A SA JS G ROUGE. 262 brane séreuse, sous Je péritoine par exemple, où eïfes son t par-tout très-apparentes : on ne voit point alors que les subdivisions surpassent le nombre fixé par Haller; je m’en suis souvent assuré. Au reste, Pinspeetion d’un animal vivant, dont l’abdomen est ouvert, est presque le seul moyen que l’on puisse employer ici sans crainte d’erreur. Trop grossières en effet, les in- jections ne remplissent pas tous les ramuscules : trop fines , elles peuvent passer dans les vaisseaux exha- lans , et communiquer à toute la surface séreuse une couleur qui ne lui est point naturelle. 11 est pres- que impossible d’atteindre, avec les injections, le point précis de la circulation naturelle. Pour vous en convaincre, injectez un chien, et ouvrez l’abdo- men d’un autre de même taille; vous verrez cons- tamment dans l’un, plus ou moins de vaisseaux in- jectés que l’autre n’en présente de pleins de sang. J'ai fait souvent cette expérience dans le temps où je m’occupois à démontrer l’insuffisance des injec- tions , soit fines, soit grossières, pour connohre la quantité de sang d’une partie quelconque. En se divisant, les artères forment enlr’elles des angles très-variables. Tantôt droits, comme aux in- tercostales moyennes, tantôt obtus, ce qui est plus rare, comme aux intercostales supérieures, ils sont le plus souvent aigus, particulièrement aux mem- bres. La naissance de l’artère spermatique offre l’ex- trême de ce dernier mode d’origine. On remarque en général que par tout où il y a deux divisions, l’une est plus volumineuse. Elle suit la di- rection primitive du tronc principal, dont l’autre s’é- carte plus ou moins. A l’intérieur une saillie formée SYSTÈME VASCULAIRE A SANG ROUGE. 263 par le repli de la membrane interne de l’artère, cor- respond à l’angle rentrant externe , et rompant la co- lonne de sang, favorise le changement de son cours. Cette saillie présente une disposition très-variable et qui dépend de l’angle d’origine. i°. Si cet angle est droit, elle a une disposition circulaire et se trouve également prononcée dans toute la circonférence. 2°. Si l’angle est aigu , comme à la mésentérique, alors cette saillie est très-prononcée entre la branche qui naît et la continuation du tronc; elle forme même une espèce d’éperon demi-circulaire; mais entre le tronc lui-même et la branche qui naît, à la réunion desquels est un angle obtus, cette saillie est peu mar- quée. Plus cet angle est obtus, et plus par conséquent l’opposé est aigu, moins cette seconde saillie est sen- sible: elle a comme l’autre une forme demi-circulaire, fait en se réunissant avec elle un cercle entier qui est oblique; de manière que la portion qu’elle représente est plus près du cœur que celle qui est représentée par l’autre saillie. 5°. Si l’angle d’origine est aigu , et par conséquent que celui formé par la branche avec la con- tinuation du tronc soit obtus, les choses sont disposées d’une manière inverse. 11 y a, à l’embouchure de l’ar- tère , un cercle oblique dont la moitié saillante est plus près du cœur, et l’autre moitié plus éloignée. L’origine des troncs artériels est en général assez; constante; mais celle des branches est tellement va- riable , qu’à peine deux sujets offrent-ils sous ce rap- port la même disposition. Prenez par exemple i’hypo- gastnque : il seroit impossible de vous former la moindre idée de ses branches , si, négligeant la ma- nière dont elles se séparent les unes des autres, vous 264 SYSTÈME VASCULAIRE n’aviez, pas uniquement égard à leur trajet et à leur distribution , pour vous en former une idée. Ces va- riétés sans nombre dans les formes, sont un carac- tère remarquable de la vie organique à laquelle les artères appartiennent. Il faut placer ce caractère à côté de l’irrégularité constante des artères. Leur dis- tribution générale ne présente aucune symétrie , comme la distribution des nerfs de la vie animale. Celles même des membres qui se correspondent dif- fèrent fréquemment par le mode d’origine et le trajet de leurs branches* Les branches, les rameaux, etc., naissent à des distances très-rapprochées les unes des autres. II n’y a guère que l’artère carotide, l’iliaque primitive, etc., qui parcourent un trajet un peu long sans rien fournir. Aussi les expériences ou il est nécessaire d’introduire des tubes dans les artères, de les ouvrir, etc., ne peu- vent guère se pratiquer que sur la première de ces ar- tères, les autres s’y refusant presque toujours,à cause des di visions qui en naissent et qui empêchent de les soulever dans une étendue un peu considérable. L’origine des troncs , des branches , des rameaux et ramuscules artériels, ne se fait point d’une manière graduée et nécessairement successive. Ainsi des ra- meaux, des ramuscules même, naissent également et des troncs et des branches; par exemple les artères bronchiques , thymiques, etc., partent de l’aorte, et cependant elles n’ont pas un volume aussi considé- rable que la plupart des divisions de la tibiale, la- quelle n’est elle-même qu’une troisième division de l’aorte. A SANG ROUGE. § II. Trajet des Artères* Dans leur trajet, les artères présentent des diffé- rences, suivant qu’on observe les troncs, les branches et les rameaux. Frajet des Francs et des Branches, Les troncs sont les premières divisions continues, aux deux grandes portions de l’aorte : telles sont en haut les carotides internes et les externes, les soucla- vières, etc.; en bas les iliaques , les hypogastriques, etc. En général ils sont logés dans des intervalles larges , fort celluleux, comme dans l’aine, l’aisselle, le cou , les côtés du bassin, etc. En se divisant, ils forment les branches que reçoivent des intervalles moins considérables, plus étroits, et qui sont par conséquent plus immédiatement exposées àl’influence des organes voisins. Les uns et les autres se trouvent recouverts presque par-tout par une épaisseur dépar- ties qui les met à l’abri des lésions extérieures. Outre cet abri que les parties voisines, et particulièrement les muscles, leur fournissent, elles y accélèrent encore la circulation du sang par leur action, et réciproque- ment le mouvement des troncs artériels , impriment aux organes voisins et même à tout le membre, un mouvement sensible , une secousse qui en entretient l’énergie vitale. Cette secousse, souvent difficile à observer, devient quelquefois très-sensible à la plus simple inspection. Lorsqu’on appuie lecoude sur une table, et qu’on tien! à la main un corps d’une certaine longueur, on voit son extrémité vaciller, s’élever et s’abaisser un peu à chaque pulsation. Si l’on croise SYSTÈME VASCULAIRE les jambes préliminairement fléchies sur les cuisses, on remarque un soulèvement spontané dans celle qui est soutenue. Ici se rapportent aussi le mouvement cérébral, celui qui est communiqué aux tumeurs qui se trouvent situées sur le trajet d’une grosse ar- tère ,etc., etc. Les troncs et les branches sont accompagnés de veines, et environnés en général de beaucoup de graisse, circonstance qui a paru favorable à l’opinion de ceux qui regardent ce fluide comme exhalé par les porosités des artères. Nous avons dit ce qu’il fal- loit penser de cette opinion. La direction varie dans les troncs et les branches. Ordinairement droite dans les troncs, comme dans les carotides, les iliaques primitives et abdominales, elle rend la circulation moins sensible. Lorsque ces troncs sont mis ànu sur un animal vivant, on n’y voit en effet aucune espèce de locomotion, comme là ou les courbures sont très-marquées. Il y a cependant quelques exceptions à cette règle pour la direction des troncs ; la crosse de l’aorte en est un exemple , comme encore la carotide interne qui offre de nom- breuses courbures , qu’on croit faussement néces- saires pour que le choc du sang ne produise point de dérangement dans la substance délicate du cer- veau. Plus flexueuse dans les cette direc- tion donne lieu à la locomotion artérielle qui constitue presque exclusivement le pouls , selon beaucoup de médecins. Trajet des Rameaux', des Ramuscules , etc. Tandis que les troncs occupent les grands inter- 267 valles que plusieurs organes laissent entr’eux, que les branches se logent dans les intervalles plus étroits qui séparent deux organes particuliers, les rameaux se trouvent placés dans l’intérieur de ces mêmes organes sans cependant entrer dans leur structure intime. Ainsi, aux muscles, ils sont interposés entre les fibres; au cerveau, dans les circonvolutions ; aux glandes, entre les lobes qui les formeQt, etc. Par eux, un mouvement intestin communiqué à tout l’organe, facilite ses foutions , en entretenant son activité par- tielle , comme le mouvement dont je parlois plushaut entretient l’activité générale de la partie. Au reste la cessation subite de la vie, quand le sang cesse d’é- branler le cerveau, prouve l’immédiate connexion qu’a ce mouvement intestin avec son énergie. Aussi remarque-t-on que la vie est bien plus active par-tout où les artères sont très-multi pliées, comme aux mus- cles , à la peau, aux surfaces muqueuses , etc. ; tandis qu’au contraire ses phénomènes sont moins forts et plus obscurs dans les organes peu vasculeux, comme dans les tendons, les cartilages, les as et les autres par- ties blanches. Dans les rameaux, les flexuosités sont beaucoup plus marquées que dans les branches. Les injections les rendent fort sensibles, surtout au cerveau; mais comme elles dépendent principalement du tissu cellulaire, elles disparoissent en partie, si on en isole le vaisseau de toutes parts. Ces flexuosités diminuent-elles la ra- pidité de la circulation, et la rectitude des artères augmente-t-elle cette rapidité autant que le disent les physiologistes ? Je crois qu’on a exagéré les effets de la direction des artères : en voici les preuves* A SANG ROUGE. 268 SYSTÈME VASCULAIRE i°. Si sur les animaux vivans ont met à découvert les organes creux,comme l’estomac ,les intestins, etc., alternativement dans l’état de plénitude et dans celui devacuité, j’ai remarqué que la circulation est presque également rapide dans l’un et dans l’autre cas , quoi- que cependant la plénitude rende presque droits les vaisseaux de ces organes , et que la vacuité, en les forçant à se replier, augmente leurs courbures. 2°. J’ai ouvert l’artère carotide d’un chien , et après avoir observé là force du jet sanguin, les deux côtés de la poitrine ont été intéressés; aussitôt les poumons se sont affaissés et par conséquent les flexuosités de leurs vaisseaux ont augmenté ; malgré cela aucune diminution dans la force avec laquelle le sang s’é- ciiappoit de l’artère, après avoir traversé le poumon , n’a été sensible sur-le-champ. Ce n’est que peu à peu que le jet s’estrallenti par l’influence des causes qu’il n’est pas de mon objet d’examiner. 3°. Si, chez un autre animal,une arlèreétant ouverte, onouvreaùssi la trachée-artère , et qu’avec une seringue adaptée à l’ouverture on pompe subitement tout l’air que con- tient le poumon, cet organe est réduit tout à coup à un très petit volume : les vaisseaux doivent donc être tout à coup très-repliéssur eux-mêmes , et cependant j’ai observé que dans ce cas le sang sort de l’artère ou- verte avec autant de force qu’auparavant, pendant mi temps encore assez long. 40. Enfin après avoir ou- vert l’abdomen d’un animal vivant, j’ai alternative- ment plissé et étendu le mésentère dont plusieurs ar- tères avoient été préliminairement ouvertes ; aucune différence 11’a été sensible pour le jet sanguin, dans, l’un ou l’autre cas* A SANG ROUGE* Concluons de tou tes cesexpériences, que l’influence de la direction des artères sur le cours du sang, est beaucoup moindre qu’on ne le croit communément, et que tous les calculs des médecins mathe'maticiens sur le retardement du sang né de cette cause, re- pose sur des fondemens peu solides. Sans doute lors- qu’on ploie fortement l’avant-bras, le pouls s’affoi- blit, s’arrête même, et c’est une précaution essen- tielle à prendre, que de tâter le pouls le membre étant étendu; mais ce phénomène ne dépend pas du coude que l’artère forme ; il tient à ce que les chairs qui la pressent, rétrécissent son calibreet l’oblitèrentmême. Cela est si vrai, que les diverses flexuosités de la ca- rotide interne sont beaucoup plus sensibles que la flexuosité unique que forme alors la brachiale, et que cependant la circulation s’j fait très-bien. D’ailleurs ouvrez une artère intercostale qui éprouve peu de courbures; le jet du sang ne sera pas plus fort que celui fourni par la radiale, etc. Si tout le système artériel étoit vide , et que le sang partant du cœur le rem- plît successivement, à mesure que ce fluide heurteroit contre lesflexuosités artérielles, il pourroit sans doute éprouver quelque retardement. C’est pour cela que dans nos injections une artère flexueusc se remplit moinspromptement;quelaspermatique,par exemple, reste souvent vide. Mais dans un assemblage de tubes pleins de fluide, cela est tout différent : le choc reçu au commencement de cet assemblage se propage subite- ment dans toutes les cavités qui le forment, et non par une progression successive, comme je le dirai bien tôt. Les flexuosités artérielles sont accommodées aux états divers où peuvent se trouver les organes. On 270 SYSTEME VASCULAIRE les voit très-marquëes dans ceux qui sont sujets a une dilatation et à un resserrement alternatifs, par exem- ple, aux intestins, aux lèvres et dans toute la face. Chez le fœtus, où le testicule est dans le bas-ventre, l’artère spermatique est très-flexueuse. Quand cette glande descend, l’artère se déplisse et prend la recti- tude qu’on lui trouve chez l’adulte. Dans les mouve- mens de la matrice, de la vessie , du pharynx, de la langue, etc., ces flexuosités jouent un rôle important pour l’intégrité de ces organes. Dans les fractures de la mâchoire inférieure , elles préviennent la rupture de i’artère qui traverse cet os, rupture que les déplace- mens détermineroient sans elle. Par elle , le système artériel est maintenu intact dans les mouvemens violens et souvent forcés qu’exécutent les membres. L’extensibilité des artères seroit insuffisante pour se prêter à ces mouvemens: en effet lorsqu’une artère longitudinale s’est étendue, son diamètre se rétrécit. En s’accommodant aux mouvemens de nos parties , les vaisseaux nuiroient donc à la circulation, parce quelles offriroient moins d’espace au sang pour se mouvoir. Voilà pourquoi au niveau de toutes les parties sujettes à des distensions et à des resserre- mens alternatifs, les artères constamment flexueuses peuvent, sans que leur extensibilité y soit pour rien, passera des degrés très-aifférens d’étendue. Je re- marque à ce sujet que la locomotion des artères, ob- servée par Veitbrecht, est infiniment plus sensible dans le temps de la contraction des organes creux, ou dans celui de la flexion des membres, que pendant la dilatation des uns ou l’extension des autres. J’ai fait constamment cette remarque sur les animaux A SANG ROUGE. vivans. On peut en vidant ou en distendant les in- testins, l’estomac, la vessie, etc., faire battre plus ou moins fort leurs artères, etc., etc. Anastomoses des Artères dans leur trajet. On nomme anastomoses la réunion de plusieurs branches qui confondent les colonnes de sang que chacune conduisoit. Il y a deux modes d’anastomo- ses; tantôt deux troncs égaux s’unissent, tantôt un tronc volumineux se joint à une branche plus petite. Le premier mode a trois variétés. i°. Deux troncs égaux se réunissent quelquefois à angle aigu, pour n’en former plus qu’un seul : c’est ainsi que chez le foetus le canal artériel et l'aorte se confondent; que les deux vertébrales donnent naissance au tronc ba- silaire, etc., etc. 2°. Deux troncs communiquent en certains endroits par une branche transversale: telles sont les deux cérébrales antérieures, avant de s’en- gager entre les hémisphères. 3°. Deux troncs s’a- bouchent en formant une : les mésentériques sont dans ce cas; alors les branches naissent de la convexité de cette arcade. On voit par là que des trois modes d’anastomoses entre des branches éga- les, il en est un où deux colonnes de sang, confon- dues en une seule, prennent une direction moyenne aux deux primitives; un autre dans lequel deux co- lonnes suivent toujours leur direction première, en communiquant seulement ensemble; enfin un der- nier dans lequel deux colonnes se heurtent par leurs extrémités en sens opposé, et où le sang s’échappe ensuite par les vaisseaux secondaires. Le second moded’anastomoses est celuides branches SYSTÈME VASCULAIRE 272 considérables avec d’autres plus petites : il est ex- trêmement fréquent, surtout aux membres; il n’a point de variétés. C’est presque toujours dans les régions éloignées du cœur que les anastomoses se rencontrent. On n’en trouve presque aucune dans les troncs qui naissent de l’aorte. Elles commencent à devenir fréquentes dans les branches, comme dans les mésentériques, les cérébrales, etc. Plus les rameaux se subdivisent, plus elles deviennent multipliées. Dans les derniers ramuscules, elles sont en si grand nombre, qu’il en résulte un réseau inextricable. Cette disposition est accommodée à la facilité de la circulation, que les anastomoses favorisent dans les endroits où le mou- vement du sang est sujet à éprouver des obstacles. C’est pour cela que dans les cavités où l’influence des parties voisines sur le mouvement est moins sensible, les anastomoses deviennent plus fréquentes, comme au cerveau, à l’abdomen, etc.; tandis qu’elles sont plus rares dans les interstices musculeux des mem- bres, etc. Ce n’est donc point un arbre à branches isolées, que forme le système artériel, mais un arbre dont toutes les parties communiquent d’autant plus fréquemment qu’elles s’éloignent da- vantage de l’origine. Le but principal des anastomoses, celui de sup- pléer aux obstacles que le sang éprouve dans son cours, est rempli dans une foule de cas. Ainsi après la ligature d’une artère blessée ou devenue anévris- matique, après l’oblitération spontanée d’un de ces vaisseaux , on voit les anastomoses entre des bran- ches minces, au-dessus et au-dessous de cette obli- îeration ou de cette ligature, continuer la circulation dans la partie. Ces collaterales augmentent alors sou- vent beaucoup de volume ; mais plus souvent encore, ce sont les vaisseaux capillaires qui presque seuls en- tretiennent le cours du sang. Les anastomoses supposent donc la vitalité des ar- tères. C’est parce que ces vaisseaux ne sont point inertes , mais qu’ils agissent eux-mèmes sur le fluide qu’ils contiennent, que les phénomènes circulatoires sont sujets à tant de variations, que souvent, et sur- tout par l’influence des passions, le spasme de leurs extrémités , principalement des capillaires, oblige le sang de refluer d’un autre côté, reflux que les anas- tomoses favorisent. Ce reflux est encore nécessaire dans les inflammations , dans les engorgemens divers de nos organes, etc. Comment la circulation pour- roit-elle se faire si tous les rameaux alloient, sans communiquerentr’eux, àleur destination respective? Le moindre embarras n’y occasiônneroit-il pas une stase funeste ? Je remarque à ce sujet que les anastomoses offrent la première preuve d’une vérité que nous démontre- rons bientôt plus en détail, savoir, que dans les gros troncs, le sang est spécialement influencé par le cœur, et qu’il l’est exclusivement par les parois vasculaires dans les capillaires. En effet, c’est parce que la vita- lité des artères est tout pour le mouvement des der- nières divisions, que les moindres altérations qu eiles éprouvent donnent lieu à une foule d’engorgemens qui nécessitent inévitablement les anastomoses, lesquelles sont précisément très-muhipliées à la fin de l’arbre ar- tériel. Au contraire, la vitalné des troncs n’influençant A SANG ROUGE, SYSTÈME VASCULAIRE presque pas le sang, celui-ci est sujet à éprouver de moindres obstacles en les traversant : il a donc moins besoin des anastomoses, qui en effet y sont plus rares. Si la moindre cause, la moindre irritation détermi- noient le spasme des troncs, comme elles produisent celui de leurs dernières divisions, il seroit nécessaire qu’ils communiquassent aussi fréquemment ensem- ble. Une texture charnue dans les grosses artères, et des propriétés vitales analogues aux muscles invo- lontaires , auroient inévitablement nécessité ces anas- tomoses multipliées, parce qu’une foule de causes influençant ces sortes de muscles, ils peuvent a tout instant augmenter d’une manière contre nature leur contraction, rétrécir leur calibre, et gêner la pro- gression des fluides qui les traversent. Forjnes des Artères dans leur trajet. Plusieurs médecins de ce siècle ont envisagé chaque artère comme formant un cône dont la base est du côté du cœur, et dont le sommet est tourné vers les extrémités. Mais si l’on en examine une prise entre l’origine de deux branches, soit après l’avoir injectée, soit en la coupant perpendiculairement dans son état de vacuité , soit en la mesurant lorsqu’elle est pleine de sang,on la trouve toujours cylindrique. Sans doute que, considérée dans toute son étendue, elle prend une forme conique, effet de sa diminution successive par les rameaux qu’elle fournit j mais dans ce sens c’est moins un cône, qu’une suite de cylindres suc- cessivement ajoutés les uns aux autres, et toujours décroissais. Considéré dans sa disposition générale, le système A SANG ROUGE. Artériel représente au contraire, comme je l’ai dit, un cône absolument inverse, c’est-à-dire ayant sa base à toutes les parties, et son sommet au cœur ; en sorte que l’aorte a un diamètre moins considérable proportionnellement, que celui de la somme de tous ses rameaux réunis. On en acquiert la preuve en comparant un tronc avec deux branches qui lui suc- cèdent : celles-ci le surpassent en diamètre, et le rapport étant toujours le même dans toutes les sub- divisions, on conçoit que la capacité du système artériel va toujours en augmentant. Ce rapport des troncs et des rameaux a été exage’ré cependant par les physiologistesmathématiciens,qui attribuoient aux derniers sur les premiers une pré- dominance beaucoup plus grande qu’elle ne l’est ef- fectivement. Une cause d’erreur sur ce point peut être de mesurer les artères à leur extérieur après les avoir injectées: en effet, le calibre des troncs est plus considérable , proportionnellement à leurs parois, que celui des rameaux isolément examinés; c’esi-à- dire que, toutes choses égales d’ailleurs, l’aorte a des parois moins épaisses, relativement à sa cavité, que l’artère cubitale;de là même sans doute et la rareté des anévrismes dans les branches, et leur f,équence dans les troncs , surtout quand ces maladies tiennent à une cause locale; car si elles sont l’effet d’un vice général , souvent les petites artères , la radiale spécia- lement, sont aussi affectées, comme j’en ai vu déjà deux exemples. Cette observation sur les proportions des parois artérielles, prouve l’impossibilité de juger les rapports de diamètre entre les uns et les autres, à moins de les examiner à leur intérieur. SYSTÈME VASCULAIRE Au reste, ces rapports sont nécessairement fort variables, selon que les forces vitales, qui varient elles-mêmes si prodigieusement, augmentent ou ré- trécissent le calibre des petites artères; et sous cepoint de vue, cet examen ne peut présenter l’importance qu’y attachoient les anciens , dont les ouvrages sont hérissés de calculs multipliés sur ce point. § III. Terminaison des Artères. Après s’être divisées , subdivisées, et avoir offert dans leur trajet les particularités que nous venons d’examiner, les artères se terminent dans le système capillaire général. Montrer ou ce système commence et oit les artères finissent, c’est chose difficile. On peut bien établir que c’est là où le sang cesse d’être entièrement sous l’influence du cœur, pour ne cir- culer que par l’influence de la contractilité orga- nique insensible des parois vasculaires; mais com- ment rendre sensible à l’œil celte ligne de démar- cation ? Les auteurs , en traitant de la terminaison des artères, ont considéré leur continuité avec les ex- créteurs, les exhalans, les veines, etc.; mais il est évident que le système capillaire général est inter- médiaire aux artères et à ces vaisseaux. Ainsi je trai- terai de leur origine en parlant de ce système, lequel est répandu dans tous les organes , mais présente des différences essentielles suivantles différens systèmes, sous le rapport de sa continuité avec les artères. En effet, i°. il est des systèmes où ces vaisseaux se dis- tribuent en grande quantité, et où le système capil- laire général contient beaucoup de sang par consé- A SANG ROUGE. quent : tels sont le glanduleux, le muqueux, le cu- tané, les musculaires animal et organique, etc. 2°. D’ autres systèmes ne reçoivent que peu d’artères, comme l’osseux, le fibreux, le séreux, etc., et n’ont par conséquent que peu de sang en circulation dans la portion du système capillaire général qui leur ap- partient. 3°. Enfin, les systèmes pileux, épidermoi- de , cartilagineux, etc.,dépourvus d’artères, ne con- tiennent que des sues blancs dans la division du sys- tème capillaire général qui y a son siège. ARTICLE TROISIÈME. Organisation du Système vasculaire à Sang rouge. 5 Ier» Tissus propres à son organisation. Le sang rouge circule, comme je l’ai dit, dans une membrane disposée en forme de grand canal , va- riable dans sa forme , ëtendue depuis le système ca- pillaire pulmonaire jusqu’au général, et offrant par- tout la plus grande analogie. A l’extérieur de cette membrane, la nature a ajouté une tunique fibreuse pour les artères, des fibres charnues pour le cœur, une membrane particulière pour les veines pulmo- naires. Je ne parlerai ici que de la tunique artérielle. Les fibres du cœur et la membrane des veines pulmo- naires seront examinées, les unes dans le système musculaire organique, l’autre dans le système à sang noir. Quant à la membrane interne des artères, qui est aussi celle de tout le système à sang rouge, nous l’examinerons d’une manière générale. SYSTEME VASCULAIRE Membrane propre des Artères% Cette membrane est dense,serrée, très-apparente sur les grosses artères, est moins sensible sur les der- nières divisions oii elle se perd insensiblement. Sa couleur est ordinairement par-tout uniforme. Si les rameaux paroissent rouges sur les animaux vivans , et les troncs jaunâtres, cela dépend uniquement de la transparence des uns qui laisse voir le sang, et de l’opacité des autres. La couleur de la fibre artérielle est jaunâtre; cependant elle prend, dans certains cas, un aspect grisâtre. J’ai observé souvent dans des artères exposées à la macération, qu’elle rougit d’une manièi e très-sensible au bout de quelques jours , ou plutôt, quelle prend une teinte roséer très-analogue à celle des cartilages du fœtus et des fibro cartilages de 1 adulte, soumis à la même expérience. Cependant ce résultat est moins constant dans les artères que dans ces deux systèmes où il ne manque jamais. Quelquefois la membrane interne rougit aussi, mais jamais l’externe ou la celluleuse; au contraire, plus celle-ci reste dans l’eau, plus elle devient blanche. Quand la tunique fibreuse des artères a resté pen- dant quelque temps avec cette rougeur , elle la perd peu à peu si la macération se prolonge. Ce phénomène est souvent plus sensible dans les rameaux que dans les troncs. Par exemple, les artères de la base du crâne deviennent très-souvent rouges sur le cada- vre, en séjournant dans les fluides dont est humide cette partie. On voit, en ouvrant le crâne, cette rougeur qui n’appartient point au sang resté dans les cavités artérielles, comme on peut s’en assurer* L’épaisseur de la membrane propre des artères est îrès-marquée dans les gros troncs. Elle va toujours en diminuant ; circonstance qui la distingue essentielle- ment de la membrane interne, que j’ai trouvée pres- que aussi épaisse sur la tibiale que sur l’aorte. On a cru que su r certaines artères, comme sur les cérébrales, la tunique fibreuse manquoit absolument. Il est hors de doute que sur la vertébrale et la carotide interne elle est moins épaisse à proportion, que sur des troncs égaux situés dans les interstices musculaires : mais en examinant attentivement ces artères, j’y ai manifes- tement distingué des fibres circulaires. La moindre épaisseur de leurs parois influe-t-eile sur les épanche- mens sanguins, si fréquens au cerveau , comme on le sait? Je l’ignore. Ces épanchemens se font unique- ment dans les capillaires ; jamais les troncs n’en sont le siège : or, il est impossible d’examiner ces capil- laires. J’ai voulu inutilement chercher par les injec- tions , les vaisseaux déchirés dans l’apoplexie. Au reste, cette hémorragie ne ressemble point à celle des membranes séreuses; ce n’est point un suintement à travers les exilai ans des ventricules; car ces cavités en sont très-rarement le siège unique. Presque toujours ces épanchemens arrivent dans la substance cén'bra e même, plus près en général du lobe postérieur que de l’antérieur. Le cervelet en est rarement affecté. Quand la protubérance annulaire le devient, souvent il s’y fait de petits épanchemens partiels , et séparés par des cloisons médullaires restées intactes. A SANG ROUGE. Quant aux artères des autres parties du corps, leur membrane propre présente en général une disposition assez uniforme. Cependant il m’a paru que dans Fin- SYSTÈME VASCULAIRE térieur des viscères, du. foie, de la rate, elle a un peu moins d’épaisseur que dans les espaces intermuscu- laires, et même dans les muscles. Cette membrane est composée de fibres très-dis- tinctes, adhérentes les unes aux autres, faciles à sé- parer cependant, disposées par couches, de telle ma- nière qu’aprèsavoir enlevé l’enveloppe celluleuse, on peut sans peine isoler les unes des autres ces couches diverses ; ce qui a fait croire à plusieurs auteurs que les grosses artères éloient composées d’un très-grand nombre de tuniques. Les fibres qui forment ces cou- ches sont circulaires ou à peu près: les plus extérieures paroissent s’attacher au tissu cellulaire dense qui est contigu. En effet, en enlevant celui-ci , un nombre plus ou moins considérable lui reste toujours attaché d’une manière intime. Quant à la membrane interne, elle ne paroit fournir aucune attache : on l’enlève avec une extrême facilité,sans emporter avec elle des fibres artérielles. Le mode d’adhérence de ces fibres avec le tissu dense voisin, me paroit avoir beaucoup d’ana- logie avec l’origine des fibres musculaires organiques, lesquelles se fixent, en un très-grand nombre d’en- droits, au tissu soumuqueux. Quand un rameau naît d’un tronc, les fibres cir- culaires de celui-ci s’écartent et forment de chaque coté un demi-anneau, d’oii résulte un anneau com- plet, lequel embrasse les petits anneaux que forment les fibres circulaires du rameau naissant. Ces fibres circulaires vont jusqu’à la saillie de la membrane com- mune , qu’on voit au dedans de la cavité artérielle et dont nous avons parlé; en sorte que toute l’épaisseur de la membrane propre leur sert de soutien à leur origine. Mais il n’y a que peu de continuité entre les deux espèces de fibres. Celles du rameau ne naissent point de celles du tronc; c’est la membrane interne qui sert à les fixer les unes aux autres, ainsi que quel- ques fibres de communication. La dissection montre avec laplusgrandfacilitéces rameaux enchatonnés,si je puism’exprimerainsi,à leur origine, dans l’anneau qui résulte de l’écartement des fibres circulaires. On fait cetteremarque à l’origine des intercostales et des lombaires sur l’aorte, etc. Quand deux troncs s’écar- tent avec uneproportion égale de grandeur,comme les iliaques, les dernièresfibres circulaires du tronc primi- tif qu’elles formoient s’entrelacent intimement avec l’origine de chacun des deux plans circulaires qui nais- sent au niveau de l’éperon qui sépare cette origine. Ainsi, les derniers anneaux de l’aorte ne peuvent-ils bien s’isoler des premiers de chaque iliaque. A SANG ROUGEc 11 n’y a point défibrés longitudinales dans les ar- tères. Quelle est la nature de la fibre artérielle ? Presque tous les anatomistes la croient identique à la muscu- laire. Mais pour peu qu’on examine attentivement les objets, il est facile de se convaincre de leurs dif- férences. Ce n’est pas sans doute le défaut de couleur rouge qui établit ces différences,puisque cliezl’homme lui-même, quelques parties réellement musculeuses, comme les intestins,manquent de cette couleur. Mais le tissu musculaire est mou , lâche et fort extensible; le tissu artériel, au contraire, ferme et solide, se rompt plutôt que de céder. On peut l’observer, en liant un peu fortement une artère. Les deux tuniques internes sont coupées : la celluleuse seule soutient SYSTÈME VASCULAIRE 1’efïort de la ligature, qui cependantlui est immédia- tement appliquée; on observe en ouvrant Tarière, une section correspondante au fil, exactement sem- blable à celle qu’auroit faite un instrument tran- chant. J’ai répété souvent cette expérience, indiquée par Desault, soit sur le cadavre, soit sur les animaux vivans :son résultat, qui est fort constant, explique la fréquence deshémorragies-à la suite de l’opération de l’anévrisme. 11 est hors de doutequ’il n’est aucun tissu aussi fragile, si je puis me servir de ce mot, que l’ar- tériel ) aucun,par conséquent, qui soit moins propre à être embrassé par les ligatures. Pourquoi faut-il que ce soit le seul où il est nécessaire deles appliquer ? Ce phénomène seul distinguent le tissu artériel du mus- culaire. En effet, l’expérience précédente, pratiquée sur une portion d’intestin, où les fibres sont dispo- sées comme les artérielles, produit un affaissement , un rapprochement de ces fibres, mais ne les coupe point. D’ailleurs , comparez les propriétés de tissu des artères à celles des muscles ; comparez leurs propriétés vitales , en rapprochant les articles où je traite de ces propriétés ; mettez en parallèle leur développement, et surtout les diverses altérations morbifiques aux- quelles tous deux sont sujets, vous verrez qu’il n’y a pas un seul rapport sous lequel ils présentent la moindre analogie. L’anévrisme du cœur et celui des artères n’ont absolument de commun que le nom. Dans l’un, rupture des fibres artérielles,dilatation de la tunique celluleuse ; dans l’autre , accroissement contre nature, développement réel des fibres muscu- îaîres, qui conservent leur apparence et leurs pro- priétés. A SANG ROUGE. Malgré la facilité avec laquelle se rompent, dans les cas d’anévrisme , les fibres artérielles, elles jouissent dans l’état naturel, d’une résistance et d’une force très- considérables ; autre caractère distinctif du tissu charnu. Voici les preuves de cette résistance, qui s’exerce et dans le sens transversal et dans le longi- tudinal. i°. Si on lie supérieurement l’artère caro- tide, et que l’on y pousse ensuite un fluide, il faut employer une force très-grande pour en rompre le tissu. La même chose arrive lorsqu’on pousse de l’air au lieu d’un liquide. Souvent l’effort d’un homme est insuffisant pour opérer la rupture: aussi jamais la force du cœur ne peut-elle la causer subitement : en sorte que la formation des anévrismes n’a lieu que par une action progressivement et longuement exercée sur les parois artérielles ; encore je doute que ces tumeurs puissent se former sans une altération préliminaire du tissu artériel, et par la seule force d’impulsion du sang contre les parois foibîes des ar- tères. 2°. La résistance de ces parois s’exerceaussi dans le sens longitudinal. Si l’on tire à contre-sens le,s deux bouts d’une artère et d’un muscle, on obtient plus difficilement la rupture de la première, quand le ca- davre est le sujet de cette expérience comparative. Mais sur le vivant l’effet est opposé; le vaisseau cède à une action très-forte exercée sur lui: il faudroit que cette action fût incomparablement plus grande pour diviser le muscle. Cette différence tient évi- demment aux propriétés vitales de celui-ci, qui se contracte violemment alors „ tandis que l’artère 11e SYSTEME VASCULAIRE peut résister plus que par la nature de son tissu. An reste cette résistance longitudinale à la distension, est moindre que la résistance latérale opposée à l’injec- tion : l’expérience le prouve, et cela tient sans doute à ce qu’aucune fibre , dans le premier sens, ne se trouve directement opposée à l’effort. Cette résistance du tissu artériel, si différente de celle du tissu veineux, est une conséquence néces- saire de la situation du cœur à l’origine des artères. En effet, cet organe poussant avec force le sang dans leurs tuyaux, devoit y éprouver une force capable de résister aux grands efforts dont il est susceptible, lorsque sa contractilité organique sensible s’exalte à un haut point. C’est là le grand avantage de la tex- ture artérielle. Que deviendroient la circulation et toutes les fonctions qui en dépendent, si la moindre cause qui augmente l’effort du sang pouvoit dilater leurs parois au-delà du degré ordinaire ? Il falloit que leur texture rendit, pour ainsi dire, ces parois indé- pendantes des degrés divers du mouvement du fluide qui y circule : d’où il suit qu’un cœur charnu et des artères résistantes , sont deux choses qui se suivent inévitablement. Si la nature eût doublé l’énergie du cœur, elle eût doublé aussi la résistance artérielle. Au contraire , les artères eussent été très-peu résis- tantes s’il n’y avoit point eu d’agent d’impulsion à leur origine : c’est précisément ce qui arrive dans la portion hépatique de la veine porte, qui,par sa distri- bution , est analogue aux artères. Pourquoi l’artère pulmonaire est-elle moins épaisse et moins résistante que l’aorte ? Parce que, moins charnu*, le ventricule droit est susceptible d’efforts moindres. A SANG ROUGE. D’après ce que nous venons de dire, la membrane artérielle externe se rapprocheroit desorganesfibreux, qu’une extrême résistance caractérise, comme nous le verrons. Mais si l’on observe d’un autre côté que cette membrane se rompt par parties, s’enlève par couches et par écailles, dans la dissection, quelle est élastique et même sèche, si je puis m’exprimer ainsi, tandis que dans lesorganesfibreux tout se tient, tout forme un corps solide, résistant, mais plus mou, plus difficile à revenir sur lui-même, on se convaincra que cette membrane externe est exclusivement pro- pre aux artères, qu’elle n’a aucun rapport avec les autres systèmes, et qu’elle forme un tissu distinct et isolé dans l’économie. La texture à fibres régu- lières est la seule circonstance qui puisse, selon moi, faire croire à la nature musculeuse des artères ; mais les ligamens sont fibreux aussi, les tendons le sont : qu’importent les formes à la nature intime ? Or , peut-on dire que cette nature est la même quand les propriétés physiques, quand l’extensibilité et la con- tractilité de tissu, quand la sensibilité et la contrac- tilité vitales, sont différentes? D’ailleurs l’action des diffe'rens réactifs sur le tissu artériel, prouve manifestement combien il diffère du iftusculaire.ily abienalorsdes phénomènes généraux communs à tous les solides ; mais divers phénomènes particuliers sont distinctifs. On pourra s’en assurer en comparant l’article suivant à celui qui lui corres- pond dans le système musculaire. Action des divèrs a gens sur le tissu artériel. L’action de l’air, en desséchant les artères 9 leur 286 SYSTÈME VASCULAIRE' donne une couleur d’un jaune rougeâtre , très-foncé,' etmême noirâtre dans les gros troncs, plus claire dans les troncs plus minces. Ainsi séché, le tissu artériel est presque aussi dur que les cartilages dans le même état, extrêmement fragile , se rompant dans les gros troncs, avec un craquement qu’aucun autre tissu des animaux ne présente. C’est surtout dans cette pré- paration , qu’on voit combien l’enveloppe celluleuse des artères diffère de leur tissu propre. Cette en- veloppe reste souple ; elle est blanchâtre lorsqu’on l’enlève isolément. Replongées dans l’eau, les artères reprennent en partie leur disposition naturelle. En se desséchant, le tissu artériel ne perd que très-peu de son épaisseur : c’est même un phéno- mènequi le distingue de la plupart des autres tissus. Cela dépend du peu de fluide qu’il contient entre ses lames, circonstance qui elle-même paroit tenir à l’absence du tissu cellulaire. G’est une remarque qui est frappante en ouvrant les lames artérielles, que l’espèce d’aridité qu’elles présentent, comparée à l’humidité où sont plongées les fibres musculaires. Exposées humides parmi les autres organes, à l’action de l’air , les artères se pourrissent avec beau coup de difficulté. Leur tissu se rapproche, sous ce rap- port, de celui des cartilages , desfibro-cartilages, etc.: il est pendant un certain tem ps presque incorruptible comme eux ; lorsqu’on le laisse pourrir isolément, il donne une odeur bien moins fétide comme j’ai déjà eu occasion de l’observer, l’identité d’affections suppose celle de nat ure. C’estlafréquence A SANG ROUGE. des ossifications de cette membrane dans le cœur du vieillard,qui rend extrêmement fréquente l’intermit- tence du pouls à cet âge. L’ossification de l’origine de l’aorte influeaussi sur la circulation,comme j’ai déjà eu occasion de m’en assurer ; mais celle des troncs, des ra- meaux , etc., n’y apporte pas le moindre dérangement. L’ossification de la membrane commune du sys- tème à sang rouge diffère essentiellement de celles qui surviennent dans les autres parties, en ce qu’elle est, pour ainsi dire , un phénomène naturel, au lieu que les autres sont accidentelles et souvent précédées d’inflammation et d’engorgement. Aussi ces ossifica- tions ne suivent-elles point les progrès de l’âge ; elles arrivent dans les jeunes gens et dans les adultes, aussi souvent que dans les vieillards. Avant la vieillesse, les ossifications de cette membrane s’observent bien aussi, mais infiniment plus rarement qu’à cet âge» Les maladies du cœur que* F ossification des valvules mitrales accompagne et souvent constitue unique- ment, en sont la preuve remarquable. Un phénomène m’a frappé plusieurs fois à ce sujet : telle ossification avec laquelle un vieillard vit très-bien , et qui rend seulement son pouls intermittent,produitchezl’adulte les plus fâcheux effets. J’ai déjà ouvert plusieurs sujets que la difficulté de respirer, les suffocations fréquentes, la toux, l’irrégularité du pouls, la nécessité de la recti- tude constante du tronc, et, dans les derniers temps,, l’infiltration, l’épanchement séreux du thorax, le cra- chement de sang, etc.,a voient affectés, et chez lesquels je n’aitrouvéqu’uneossificationauxvalvulesmitralesy moindre que celles que les cadavres de vieillards nous. offrent à chaque instant dans les amphithéâtres.. SYSTÈME VASCULAIRE J’avoue mêmeque cette dispositionnalurelle à l’os- îification dans la membrane commune du système à sang rouge, chez le vieillard, m’avoit fait croire qu’on exagéroit unpeu les cas oiicette ossification devient, et ch ez l’adulte, et même chez le vieillard lorsqu’ elle y est très-caractérisée,la cause de toute cette série de phé- nomènes dont l’assemblage forme l’asthme de la plu- part des médecins. Mais la pratique de l’Hôtel-Dieu. me montre chaque jour que ces cas d’ossification, ceux d’anévrismes et ceux des autres affections or- ganiques dont le cœur est le siège, forment une classe de maladies chroniques presque aussi nombreuse que celle des maladies chroniques du poumon, sur lequel onrejetoit en général tousles symptômes des maladies de poitrine, avant le cit. Corvisart. II. Parties communes à Vorganisation du tSys- tème vasculaire à sang rouge. Vaisseaux sanguins. Les parois des artères contiennent des artères secondaires destinées à leur nutrition. Ces artères viennent ordinairement des rameaux voisins , quel- quefois de l’artère elle-même, dont les divisions ca- pillaires s’arrêtent dans le tissu de ses parois. Le cœur présente cette disposition. A sa sortie l’aorte donne les coronaires qui se répandent dans le tissu de cet organe et sur l’origine de cette artère elle-même. Les bronchiques fournissent aux parois des veines pulmonaires. Dans le tissu artériel où il faut surtout examiner les artérioles, elles serpentent d’abord dans le tissu cellulaire extérieur à l’artère, s y ramifient A SANG ROUGE. 297 de mille manières les unes avec les autres, renvoient quelques divisions dans les organes voisins, mais en fournissent un grand nombre qui pénètrent dans la membrane propre , s’interposent dans ses lames, y laissent des filets, et se terminent avant la membrane interne. Je n’ai jamais vu , soit par les injections, soit en ouvrant sur un animal vivant une artère ou j’avois préliminairement intercepté le cours du sang en haut et en bas, comme, par exemple, la carotide, je n’ai, dis-je, jamais vu les artérioles pénétrer jusqu’à cette membrane interne. Pour bien distinguer, sans injection, les vaisseaux des artères, il faut d’une part choisir un gros tronc comme l’aorte, d’une autre part prendre ce tronc sur un jeune animal qu’on afait périr exprès d’asphjxie : toutes les artérioles sont alors extrêmement injectées par un sang très-noir. Exa- minez les artères du fœtus, surtout s’il est mort as- phyxié en naissant , vous serez frappé de la grande abondance de vaisseaux sanguins que contiennentses grossesartères,qui ensontquelquefois comme livides. Les veines accompagnent par-tout les artérioles dans les parois des troncs artériels ; elles suivent à peu près la même distribution. Je ne les ai point vues devenir variqueuses dans les parois des artères ané- vrismatiques, d’une manière aussi sensible,que dans les tumeurs d’une foule d’autres tissus de l’économie animale. Tissu cellulaire. Jjesartères ont autour d’elles deux espèces de tissus : l’un , qui est très-extérieur, lâche , grais- seux ,plein de sérosité; à lames distinctes, les unit 298 SYSTÈME VASCULAIRE aux parties voisines, favorise leurs mouvemens, n’est nullement distinct du reste du système cellulaire; l’autre , dense, serré , non graisseux , filamenteux , et non laminé , forme la première de leur tunique. Nous avons parlé , en traitant du système cellulaire» de cette couche particulière qui enveloppe les artères, que les auteurs nomment communément tunique celluleuse, que les anciens appeloient nerveuse, à cause de sa blancheur , et qui analogue en tout au tissu cellulaire soumuqueux, sousexcréteur , etc., diffère essentiellementdu précédent, comme il diffère de celui qui est dans l’intérieur, autour, ou dans les intervalles des organes. Ce sont ces deux espèces de tissu cellulaire, la dernière surtout, qui concourent spe'ciaiement à maintenir les plis des artères : aussi lorsqu’on a dis- séqué exactement la tunique propre, ces plis ont entièrement disparu. Cependant lorsqu’ils sont ex- trêmement marqués d’une part, et que d’une autre part ils ne sont point sujets à disparoitre fréquem- ment pour se prêter à l’alongement des parties , comme à la carotide interne dans son canal, j’ai ob- servé que les fibres artérielles sont accommodées à ces plis ; qu’elles sont plus nombreuses du côté de la convexité, et moindres du côté opposé ; en sorte que l’épaisseur de l’artère est exactement uniforme: ce qui ne seroit pas sans cette inégalité; car plus pressées du côté de la concavité , ces fibres donneroient plus f d’épaisseur en cet endroit à l’artère. Le tissu cellulaire forme la première membrane des artères, et offre, comme nous l’avons vu,des inser- tions au* fibres artérielles, mais ne se prolonge point A SANG ROUGE. dans les interstices de ces fibres; cest même ce qui distingue encore essentiellement les couches du tissu artériel, de celles des tissus musculaire, veineux, etc. Quelque moyen que j’aie employé pour y découvrir le tissu cellulaire, je n’ai pu parvenir à le rendre sensible. La macération dont Haller a tant parlé, ne montre rien desemblable. Lorsqu’au bout d’un temps très longlesartèresycèdentenfin,ellesn'offrent qu’une espèce de pulpe où rien n’a l’apparence cellulaire. En général, la résolution des organes en tissu cellulaire par la macération , présente un phéno- mène bien moins étendu qu’on ne le croit com- munément. C’est le tissu organique lui-même qui forme l’espèce de pulpe qu’on obtient alors. Aussi comme ce tissu varie dans chaque système, la pulpe de ces systèmes long-temps macérée varie également ; ce qui n’arriveroit pas sans doute si, comme l’a avancé Haller, le tissu cellulaire étoit la base unique à laquelle tous les organes sont ramenés par la ma- cération. Mais revenons aux artères. Non-seulement leurs fibres ne sont point formées de tissu cellulaire; mais, comme je l’ai dit, elles n’en contiennent point dans leurs interstices, caractère distinctif de tous les autres systèmes. La dissection la plus attentive n’en montre point. Lorsqu’on déta- che les fibres les unes des autres , on voit, ou qu’elles sont simplement juxta-posées, ou qu’elles tiennent par de petits prolongemens de même nature qu’elles. J’ai dit que cette absence de tissu cellulaire se remar- que aussi entre la membrane propre et la membrane commune des artères, quoique Haller ait prétendu le contraire. SYSTÈME VASCULAIRE Je crois que cette absence de tissu cellulaire con- court beaucoup à l’espèce de fragilité qui distingue spécialement le tissu artériel, et qui, comme je l’ai observé, le rend , de tous les tissus ani maux, le moins propre à supporter sans se rompre les ligatures. C’est a cette circonstance qu’il faut aussi rapporter la dif- ficulté, l’impossibilité même des dilatations arté- rielles, de la formation des kystes par les parois des artères; Jamais il n’y a des anévrismes vrais, comme on le sait, pour peu que ces sortes de tumeurs soient grosses; les deux membranes de l’artère se rompent, et la tunique celluleuse seule se dilate. De là la néces- sité de la structure particulière qui distingue le tissu cellulaire placé autour des artères, et lui donne une résistance qui lui est étrangère dans la plupart des autres parties. Les auteurs se sont étonnés de ces ruptures qui distinguent les dilatations des artères de celles de tous les autressystèmes. S’ils avoient com- paré le tissu des artères à celui des autres systèmes, ils auroient trouvé la raison de cette différence. On conçoit facilement, d’après ce que nous avons dit plusliaut, pourquoi il n’y a jamais de graisse dans le tissu artériel ; pourquoi il ne s’infiltre jamais dans les hydropisies; pourquoi il ne se développe point d’hydatides ni de kystes dans ses lames; pourquoi les tumeurs diverses auxquelles le tissu cellulaire sert de base, comme nous l’avons vu, sont aussi étrangères aux artères, etc. Quand une artère a été blessée, soit longitudinalement, soit transversalement, on n’ob- serve point de bourgeons charnus naître des bords de la section : je ne sache pas que les chirurgiens en aient vudans lesopérations d’anévrisme. Jamais,dans A SANG ROUGE. les cas nombreux où j’ai eu occasion de couper les artères , et de les laisser ensuite libres, après y avoir interrompu le cours du sang, sur les animaux, je n’ai rien observé de semblable. Si un tronc artériel est à découvert, la tunique celluleuse fournit souvent de ces bourgeons; mais on n’en observe jamais, si on a eu la précaution d’eulever cette tunique. Exhalans et Absorbans. Y a-t-il des exhalans dans les artères? Sans doute la nutrition y en suppose; mais il nvèst pas probable, comme je l’ai dit, qu’il y en ait qui viennent s’ouvrir à leur surface interne. Quant aux absorbans, j’ai cru pendant quelque temps que le de'faut de sang dans les artères, après la mort, vient de ce que leurs lymphatiques con- servant encore la faculté absorbante pendant un cer- tain temps, pompent la sérosité qui se sépare du caillot. Mais, depuis peu, les expériences m’ont détrompé. J’ai renfermé du sang, de l’eau, de l’hu- meur des hydropiques, etc., entre deux ligatures laites en haut et en bas de la carotide primitive, dont corps avoit été ménagé à l’extérieur pour ne pas rompre les vaisseaux qui pourroient venir s y rendre. Au bout d’un temps assez long je n’ai aperçu aucune espèce de diminution dans le fluide. Il n’y a donc point eu d’absorption. Je remarque qu’à cause du défaut des collatérales, la carotide est seule propre à ces expériences, et à une infinité d’autres analogues. On sait qu’en général les absorbans abondent là où il y a du tissu cellulaire, et qu’ils manquent assez ordinairement là où il n’y en a pas. Il est donc probable système vasculaire que l’absence de ce tissu dans les artères entraîne aussi celle de ces vaisseaux. Nerfs. i°. Le premier arbre du système à sang rouge reçoit presque exclusivement des nerfs cérébraux* On sait en effet que le nerf vague se répand sur toutes les veines pulmonaires, comme sur les vais- seaux voisins du poumon, qui en reçoivent à peine du ganglion cervical inférieur. 20. La portion moyenne de ce système, celle ou se trouve le cœur, em- prunte ses nerfs presque autant, et même plus, des ganglions, que du cerveau. 5°. Le grand arbre à sang rouge ou l’artériel, est presque exclusivement em- brassé par la première classe des nerfs. Nous avons dit comment ces nerfs se comportoient à son égard. Les cérébraux qui les accompagnent ne fournissent presque jamais de filets aux artères. Il y a simple- ment juxla-position, comme on le voit aux mem- bres, aux espaces intercostaux, etc. Je ne saurois trop le répéter, le rapport constant des artères avec le système nerveux des ganglions, mérite l’attention des physiologistes, parce qu’il est trop général pour ne pas tenir à quelque grand but des fonctions de l’économie, quoique ce but soit ignoré. ARTICLE QUATRIÈME. Propriétés du Système vasculaire à sang rouge. C e que nous avons à dire de ces propriétés, se rap- portera spécialement aux artères, ainsi que ce quo A SANG ROUGE. nous avons dit de son organisation. En effet, les parois charnues du cœur, et les parois membraneuses des veines pulmonaires, jouissent de propriétés seront examinées par la suite, et qui diffèrent de celles des artères, vu la différence de tissu. Quant à celles de la membrane commune, elles sont à peu près les mêmes dans tout le trajet du sang rouge, l’orga- nisation ne différant que très-peu. Je ne considérerai les propriétés des artères que dans le tissu artériel et dansla membrane commune ; car la tunique cellulaire appartenant au système de ce nom, en partage toutes les propriétés. § Ier. Propriétés physiques. L’élasticité, obscure dans la plupart des autres tissus animaux qu’une grande mollesse caractérise, est très-remarquable dans les artères ; c’est même ce qui les distingue spécialement des veines. Cette élas- ticité tient leurs parois écartées, quoiqu’elles soient vides de sang. Ce sont les seuls conduits, avec les cartilagineux, comme la trachée-artère, le conduit auditif du fœtus, etc., lesquels sont également doués d’élasticité , qui se tiennent ainsi ouverts d’eux- mêmes. Tous les autres ont leurs parois appliquées les unes contre les autres, lorsque le lluide qui les parcourt ne distend point ces parois. C’est à l’élasticité des parois artérielles qu’il faut rapporter leur retour subit sur elles-mêmes,lorsqu’on les a affaissées de manière à oblitérer leur cavité j. le redressement subit d’un tube artériel que l’on a courbé, etc. Cette propriété joue aussi un rôle évident dans l’espèce de locomotion que les artères éprouvent par l’abord du sang. En effet, mettez à découvert un tronc artériel flexueux dans un animal vivant, vous le voyez à chaque pulsation se soulever en totalité, quitter la place qu’il occupoit, et se redresser,surtout à i’endroit de ses courbures. A l’instant où l’injection pénètre un petit sujet très-maigre, on aperçoit aussi très-distinctement, à travers les tégumens, une locomotion de toutes les branches flexueuses de la face. Or , il est évident que si les artères n’étoient point d’un tissu ferme et élastique, elles ne pour- roient obéir ainsi au mouvement qui leur est im- primé; d’ailleurs voyez ce qui arrive dans l’injection des branches abdominales de la veine porte , qui, manquant de valvules, peuvent être injectées comme les artères. Jamais rien de semblable à la locomotion dont je parle ne s’y observe en poussant le fluide. J’ai fait souvent circuler dans les veines le sang ar- tériel par le moyen de conduits recourbés, adaptés aux vaisseaux d’un animal vivant, par exemple, en faisant communiquer la carotide et la jugulaire ex- terne : or , on observe bien dans les veines chariant du sang artériel, une espèce de pulsation isochrone au battement du cœur, un bruissement sensible, mais non une locomotion réelle. SYSTEME VASCULAIRE La locomotion des artères suppose trois choses, i°. un agent d'impulsion , qui communique un mou- vement plus ou moins fort au sang contenu dans leur intérieur ; 2°. une disposition flexueuse , qui fait que le sang en heurtant leurs parois peut les redresser; 5°. la fermeté, l’élasticité de ces parois, qui facilitent le redressement. D’un autre côté, À SANG R O U GE. Il ne faut pas que les parois soient trop fermes : ainsi je tissu cartilagineux seroit impropre à cette loco- motion. , • . L’élasticité des artères est aussi marquée après la mort que pendant la vie : il est essentiel de bien la distinguer de la contractilité de tissu. Il J a une foule de caractères voici les plus tranchans; iQ. la contractilité de tissu ne peut s'exercer que par le défaut d’extension des parois artérielles, c’est- à-dire , que parce que ces vaisseaux cessent de con- tenir le sang qui résiste à leur contraction , ou parce qu’ils sont coupés et abandonnés ensuite à eux- mêmes. Au contraire l’élasticité, pour s’exercer, exige une compression préliminaire , et se manifeste par Je retour subit des parties à leur état naturel. 2°. La contractilité de tissu est dans une tendance perma- nente à la contraction : on diroit que toutes les parties qui en jouissent sont dans un état forcé ; en sorte que, dès que cet état cesse, tout de suite la con- traction survient. Aucontraire, l’élasticité n’est point dans cette tendance habituelle à l’exercice. 3°. Tout mouvement élastique est brusque, soudain, aussi prompt à cesser qu’a être produit. Au contraire tout mouvement de contractilité de tissu est insensible , Jent, dure souvent plusieurs heuresetmêmeplusieurs jours, comme on le voit dans la rétraction des muscles amputés,etc.40. Tout organe ou il y a coutractilité de tissu, jouit nécessairement de l’extensibilité. Au con- traire, cette dernière propriété n’est point nécessai- rement associée à l’élasticité, comme on le voit dans les corps bruts , comme on l’observe dans les car- tilages des animaux, etc. 5°. L’élasticité est une pro- SYSTÈME VASCULAIRE priété purement physique. La contractilité de tissu , sans être vitale, n’est inhérente qu’aux organes des animaux. § II. Propriétés de tissu. Extensibilité. L’extensibilité des artères peut être considérée sous deux rapports, i°. dans le sens transversal, 2°.dans le longitudinal. Les artères ont peu d’extensibilité suivant leur dia- mètre.10. Quelques efforts qu’on fasse pour les dilater parles injections avec l’eau, l’air, les substances grasses, etc., elles ne prennent guère un calibre supérieur à celui qui leur est naturel. 20. J’ai dit que leur tissu est remarquable par une espèce de fragilité; que dès que le sang les distend un peu dans les ané- vrismes, ce tissu se rompt au lieu de céder, et que c’est uniquement la tunique celluleuse qui, par son extensibilité quelle partage avec le système dont elle dépend, est propre à former le kyste où le sang est contenu. C'est même ce qui distingue essentiellement les tumeurs anévris males des variqueuses. 3°. Si on lie supérieurement l’artère carotide d’un chien, le sang poussé de fort près contre cette ligature qui arrête son cours, réagit violemment sur les parois, et cependant la dilatation est à peine sensible. Il ne faut pas croire cependant que les artères ne puissent aucunement céder. Lorsque la cause de dilatation agit lentement, elle produit son effet jusqu’à un point déterminé, au-delà duquel il y a rupture. La preuve en est dans la dilatation si fréquente de la crosse de l’aorte, dans celle que les anévrismes vrais présentent dans les premiers temps 9 etc. A SANG BlOUGEü Dans le sens longitudinal, les artères sont plus sus- ceptibles d’alongement, que dans le précédent. On peuts’en assurer en tirantces vaisseaux pour en faire la ligature sur un moignon amputé. En coupant sur un cadavre une portion d’artère, et en la tirant en sens contraire, elle s’alonge manifestement. Il faut faire attention, dans ces expériences, d’avoir égard au développement des plis. En effet j’ai dit que ce développement des plis joue le rôle princi- pal dans l’alongement des artères situées dans les par- ties qui se dilatent. Il est évident que dans l’extensibilité suivant le sens transversal, ce sont les fibres circulaires de la membrane propre qui résistent spécialement; qu’au contraire dans l’extensibilité suivant le sens longitu- dinal, c’est la membrane commune qui oppose la résistance, puisqu’il n’y a point de fibres longitu- dinales. Il n’est pas étonnant d’après cela que le pre- mier mode d’extensibilité soit moins marqué que le second. Contractilité. Il faut la considérer aussi suivant le sens trans-f versai,et suivant le longitudinal. Envisagée sous le premier point de vue, la con- tractilité est beaucoup plus marquée que l’extensi- bilité. Dès que l’artère cesse d’être distendue par le sang, elle revient sur elle-même d’une manière ma- nifeste. C’est à ce retour qu’il faut rapporter les phé- nomènes suivans : i°. l’artère ombilicale et le canal artériel, deviennent des espèces de ligamens après la naissance 7 par l'adhérence de leurs parois qui se SYSTÈME VASCULAIRE sont resserrées. 2°. Si on fait une ligature a une artère, toute la portion comprise entre cette ligature et la première collatérale, présente bientôt le même phénomène, comme le prouve l’opération de l’ané- vrisme. 3°. Si on comprend une portion de la caro- tide entre deux ligatures * et qu ensuite onia vide par une ponction, elle perd tout à coup la moitié de son calibre. 40. Dans les chiens où je transfusois du sang pour faire une pléthore artificielle, j’observois dans les artères un diamètre presque double de celui que m’offroient ces vaisseaux, dans des chiens de même taille à qui je faisois éprouver une grande hémorragie. Deux animaux de même stature, péris l’un d’hémorragie, l’autre d’asphyxie, présentent la même différence. 5°. Ces expériences ont mis hors de doute, pour moi, la cause de la grandeur et de la petitesse du pouls, cause admise au reste par la plu- part des physiologistes. Certainement l’artère est plus ou moins grosse, suivant la quantité de sang qui la remplit. Il est un terme qu’elle ne dépasse pas pour l’extension j mais elle se contracte souvent faute de sang, au point de ne présenter pour ainsi dire qu’un fil. 6°.Pour peu que vous ayez ouvert de cadavres, vous avez été étonnés sans doute, qu’avec la même taille , les artères présentent souvent des diamètres très-différens. Cela dépend uniquement de l’instant delà mort. Si, faute de sang, les artères étoient depuis long-temps contractées sur elles-mêmes, elles restent en cet état,comme cela arrive au cœur dans la mort par hémorragie, etc. Cela est si vrai, que des artères à diamètres différens deviennent communé- ment égales par l’injection, qui les ramène au degré A SANG ROUGE. uniforme d’extension qu’elles ne peuvent dépasser. 7°. Dans une plaie longitudinale des artères, les bouts de leurs cercles fibreux coupés, s’écartant les uns des autres, un espace qui ne se réunit point reste entr’eux. La plupart des auteurs ont confondu la contrac- tilité de tissu des artères , avec l’irritabilité. Je n’ai pas besoin démontrer ici combien ils se sont trompés. Dans tous les cas précédons il ne faut point de stimu- lant appliqué sur le tissu artériel; la seule condition nécessaire est le défaut d’extension, caractère dis- tinctif de la contractilité de tissu. D’ailleurs il est évident que cette propriété se manifeste après la mort, quoique moins sensiblement que pendant la vie; au lieu que quelques heures après la cessation de la vie, toute espèce d’irritabilité a disparu. Je crois.que c’est spécialement dans le système artériel qu’on peut voir l’avantage de ma division des proprié- tés de nos organes. Lisez tous les auteurs sur ce systè- me, vous verrez qu’aucun ne s’entend , faute d’y avoir assigné les limites des propriétés vitales et de tissu. La contractilité de tissu dans le sens longitudinal, est à proportion moins marquée que dans le trans- versal ; elle est réelle cependant. i°. C’est ainsi que quand on coupe une artère entre deux ligatures, les deux bouts se rétractent aussitôt en sens inverse. 2°. Gette rétraction est manifeste dans l'amputation; cependant comme celle des muscles et de la peau est plus sensible, l’artère reste souvent un peu saillante». 3°. Coupée transversalement dans une portion de ses- parois, une artère présente souvent en cet endroit mne ouverture large, dépendante de la rétraction de«* SYSTÈME VASCÏÏIA IRI parties coupées, comme il arrive dans la plaie longi- tudinale dont je parlois tout-à-l’heure. 40. C’est surtout lorsqu’on tiraille fortement une artère, et qu’on l’abandonne ensuite subitement à elle-même, que sa rétraction est très-marquée. En faisant cette expérience sur un animal, le vaisseau s’enfonce sen- siblement dans les chairs. Yoilà comment, tiraillée par le poids du testicule, l’artère et le cordon sper- matiques remontent souvent dans l’abdomen après la section, lorsqu’on n’a pas soin de les retenir» C’est cette circonstance qui m’a fait proposer, pour l’opération du sarcocèle, une modification qui consiste , après avoir bien isolé le cordon à la suite de la section préliminaire, i°. à chercher d’abord le conduit déférent, que sa dureté rend extrême- ment facile à trouver dans le paquet vasculaire; 2°. à faire tenir ce conduit par un aide; 3°. à glisser le bistouri entre lui et le paquet vasculaire ; 4°* à couper d’abord ce paquet en laissant le conduit in- tact; 5°. à faire ensuite la Jigature de l’artère, que son jet de sang indique; 6°. puis, lorsqu’elle est faite, à couper aussi le conduit déférent. Il est évident que par cette section en deux temps, on obtient l’avan- tage de faire la ligature sans crainte de la rétraction de l’artère, puisque le conduit déférent auquel elle adhère, et qui n’est point coupé pendant qu’on la lie, suffit pour la retenir. Je n’ai point pratiqué le sarco- cèle; mais il est évident que rien ne s’oppose à l’exé- cution de ce projet opératoire, puisque les parties sont saines là où on les coupe. D’ailleurs j’ai toujours fait manœuvrer de cette manière les élèves avec fa- cilité. C’est surtout quand il faut couper le cordon très-près de l’anneau, parce qu’il est malade dans son trajet, que cette manière d’opérer en deux temps me paroîl avoir de grands avantages. A S A ir G ROUGE. Je crois que la rétraction dans les chairs des artères tiraillées, et ensuite leur contraction, jouent un rôle important dans le défaut d’hémorragie delà plupart des plaies par arrachement-, phénomène singulier et qui distingue spécialement ces plaies de celles par sec- tion, même lorsqu’un vaisseau considérable est com- pris dans leur trajet. Beaucoup d’auteurs ont rapporté des exemples de ces sortes de cas : on en trouve en particulier dans l’ouvrage du cit. Sabatier. § III. Propriétés vitales. Propriétés de la Vie animale. Sensibilité. La sensibilité animale existe-t-elle dans les artè- res? Voici, sur ce point, ce que les faits nous ap- prennent; i°.la ligature d’une artère détermine quel- quefois un sentiment douloureux, mais le plus sou- vent n’en cause point .C’est surtout dans la spermatique que la douleur est parfois sensible ; mais cela peut se rapporter aux nerfs. 2°. Je puis dire sans exagé- ration avoir fait sur plus de cent chiens des expé- riences ou la carotide m’a servi à pousser au cerveau différentes substances r or, jamais, de quelque ma- nière que je l’aie irritée parle scalpel, les acides , les alcalis, etc., les animaux ne don noient des marques de douleur. Une foule d’auteurs ont obtenu des résul- tats analogues. J’observe même que c’est une preuve de plus de l’espèce d’insensibilité dès nerf3 de la vie organique, lesquels se distribuent presque par-tout sur les artères, comme nous l’avons vu. 4°. Quant k l’irritation de la membrane commune du sangrouge, Voici ce que j’ai observé : l’injection d’un fluide doux, comme l’eau à la température de l’animal, est abso- lument indifférente ; mais un fluide irritant, comme l’encre, une dissolution d’acide , le vin, etc., produit une douleur très-vive, aussi forte que celle résultant de l’irritation des parties les plus sensibles, s’il faut au moins s’en rapporter aux cris, à l’agitation de l’ani- mal à l’instant où les fluides entrent dans la carotide. SYSTEME Contractilité. La contractilité animale est absolument nulle dans les artères. En effet, cette contractilité ne pourroit dépendre que d’un rapport entre ces vaisseaux et le cerveau , par le moyen des nerfs : or i°. une irritation quelconqueproduitesurce dernier viscère,en donnant lieu aux convulsions des organes soumis à la volonté, n’a sur les artères aucune influence. 2°. L’opium qui, à une certaine dose, paralyse pour ainsi dire les mêmes organes, laisse le mouvement artériel parfaitement intact. 5°. Si on met la moelle à dé- couvert, et qu’on l’irrite ou qu’on la comprime, les artères n’augmentent ni ne diminuent d’action ; tandis que les muscles volontaires sont le siège des convulsions ou de la paralysie. 4°» Même nullité d’effet sur les artères par les irritations diverses, soit des nerfs du système cérébral, qui accompagnent les vaisseaux sans leur donner de filets apparens, soit des nerfs du système des ganglions, qui se distribuent irrégulièrement, et en très-grand nombre, sur leur surface externe. 5°. Pour lever tout doute à cet égard , A SAÜSTG ROUGE. j’ai choisi le mode d’excitation le plus puissant, le galvanisme. En vain arme-t-on d’un côté les nerfs cérébraux, de l’autre les artères qui leur sont jointes» le contact des deux armatures ne produit point sur les artères le mouvement qu’il excite sur les muscles où ces nerfs vont se répandre. L’effet est le même dans les expériences où l’on agit sur les nerfs des ganglions. J’ai armé d’une part le haut du plexus mésentérique, d’autre part les artères du même nom, préliminairement dépouillés de leur enveloppe sé- reuse et celluleuse : le contact a été absolument nul. Le système artériel ne jouit donc point de cette motilité que l’action du cerveau est susceptible de déterminer. Tout ce qu’ont écrit divers auteurs, Cullenen particulier, sur la puissance nerveuse, sur l’action du cerveau dans le système artériel, est vague, illusoire et contraire à l’expérience. Propriétés de la Vie organique. Contractilité organique sensible. La contractilité organique sensible manque bien manifestement clans le système qui nous occupe. Quelle que soit la manière dont on irrite l’artère sur un animal vivant, elle reste constamment immobile. i°. Si on stimule sa surface externe avec un scalpel ou un autre instrument quelconque, il est facile de faire cette remarque. 2°. Même observation en excitant la surface interne, expérience que j’ai faite souvent, parce qu’on sait que le cœur est plus irritable au dedans qu’au dehors. 3°.Coupe'e longitudinalement sur un animal vivant, une artère ne se renverse point SYSTÈME VASCULAIRE par ses bords comme les intestins en pareille circons- tance. 4°. Extrait du corps, jamais un tube artériel n’a donné aucune marque de contractilité, comme les intestins, le cœur , etc. 5°. Si on enlève les lames artérielles, couches par couches, sur un animal vivant, ou sur un récemment tué, on n’y sent au- cune (race de ce frémissement, de cette palpitation que les fibres des muscles organiques offrent en pa- reille circonstance; au contraire, on y remarque une espèce d inertie très-analogue à celle des fibres tendineuses, aponévrotiques , etc. 6°. On dit qu’en plaçant le doigt dans une artère,on sent un resser- rement. J’ai fait souvent cet essai; le resserrement est infiniment moins sensible qu’on ne l’a annoncé; d’ailleurs il est le produit manifeste de la contractilité de tissu. 7°. Lamure dit qu’ayant intercepté du sang entre deux ligatures, dans une artère, les parois de celle-ci ont continué à se contracter, quoique privées de l’influence du cœur : ce fait est absolument inexact. Il étoit trop important pour que je ne l’aie pas exa- miné moi-même. J’ai donc répété au moins dix fois cette expérience sur la carotide; elle m’a toujours donné le résultat suivant : le tube compris entre les deux ligatures, et rempli de sang ,est bien agité d’un mouvement réel, mais c’est un mouvement de loco- motion commun , qu’il partage avec toute l’artère, et qui dépend du choc du sang contre la ligature cor- respondante au cœur. Pour s’en convaincre , il n’y a qu’à mettre dans une étendue un peu considérable cetteartèreà découvert; on voit évidemment que tout le tube, soit la portion voisine ducœur,soitcellecom» prise entre les ligatures, soit celle qui est au-delà, est A SANG ROUGE. agité d’un mouvement commun. 8°. A la place du sangj’ai intercepté différens fluides irritansdans une portion d’artère : même inertie, même défaut de contraction dans les parois; mais,même mouvement de locomotion générale. 9e. Plusieurs auteurs ont ob- tenu une contraction de la part des artères , en les stimulant avec le£ acides concentrés. Gela est vrai, et j’ai produitaussi cet effet ; mais ce n’est point là un résultat de la contractilité , c’est un racornissement. Aussi observez que jamais le tissu artériel ne revient à son état primitif après une semblable contraction; que jamais les alcalis, qui sont aussi irritans que les acides, lorsque ce sont les forces vitales qui sont excitées , n’ont ici aucun effet : c’est le même phé- nomène pendant la vie, que celui que nous avons indiqué après la mort. On ne peut, je crois, douter d’après cela que les artères n’exercent,pendant la vie, aucune espèce de contraction par elles-mêmes, et sous l’influence vi- tale. Tout ce qu’on a dit sur ce point est un effet manifeste de la contractilité de tissu. Ainsi lors- qu’on ouvre une artère entre deux ligatures , elle se vide du sang qu’elle y contient ,011 du fluide qu’on y a poussé accidentellement : même phénomène quand on place seulement une ligature qui intercepte l’in- fluence du cœur,etc. Il est si vrai que tous ces phé- nomènes et d’autres semblables,dépendent des pro. priétés de tissu , qu’ils ont lieu sur le cadavre, tant que l’artère n’est pas putréfiée. Remplissez une por- tion quelconque du système artériel; ouvrez ensuite un de ses tubes : elle se vide aussitôt en se contrac- tant. La contraction produite par le défaut d’ex- SYSTÈME VASCULAIRE tension , est ce qui caractérise la contractilité de tissu. L’irritabilité ou contractilité organique sen- sible, suppose constamment au contraire l’applica- tion d’un stimulus. Contractilité organique insensible. La contractilité organique insensible ou la existe bien manifestement dans les artères. Dans les gros troncs et par-tout où le battement est sensible, ses fonctions se bornent exclusivement à la nutrition et à l’exhalation s’il s’en fait une à l’intérieur des artères, ce que je ne crois pas. Mais dès que l’in- fluence du cœur cesse sur le sang contenu dans ces vaisseaux, ce qui a lieu au commencement du système capillaire, alors la tonicité commence à influer non- seulement sur la nutrition des parois vasculaires , mais encore sur la circulation qui s’y opère ; c’est même uniquement en vertu des forces toniques que s’exerce, comme nous le verrons, la circulation des petits vaisseaux le cœur n’y est absolument pour rien. Je traiterai de cette propriété dans le sys- tème capillaire général : ici elle ne joue qu’un très- foible rôle. Quant à la sensibilité organique, elle existe mani- festement dans les artères, puisqu’elle ne se sépare jamais de la contractilité précédente; elle y est comme elle à un degré obscur dans les grostroncs, qui n’ont que celle nécessaire à leur nutrition. D’après ce peu de développement des forces or- ganiques du tissu artériel, il est évident que ce tissu doit être rarement le siège des affections auxquelles: A SANG B. OU GE. 317 ces propriétés président spécialement. C’est aussi ce que l’observation démontre. i°. Les affections aiguës sont rarement observées dans les artères. Parmi tous les cadavres que j’ai ouverts, je n’en ai trouvé que très-peu qui eussent des traces d’inflammation dans le tissu artériel. J’ob- serve àcet égard qu’il faut, bien distinguer la rougeur, qui est,comme nous l’avons dit, l’effet delà macéra- tion, et qui même se manifeste spontanément dans le cadavre quelque temps après la mort, surtout dans les artères cérébrales , qu’il faut, dis-je, bien distin- guer cette couleur de celle qui tient à l’inflamma- tion. Dans l’une les fibres artérielles sont vraiment rouges ; dans l’autre, elles ne paroissent telles que parl’injectionde leurs vaisseaux. La membrane com- mune des artères est-elle enflammée dans la fièvre in- flammatoire ? Je l’ignore entièrement. Ces fièvres simples sont si rares, surtout dans les hôpitaux, qu’on n’a guère occasion d’ouvrir des sujets morts consécu- tivement à elles. Mais en supposantque cette inflam- mation aitlieu,la rareté decesfièvres considérées dans leur étatsimple, prouveroitmême combien lesartères sont peu disposées à s’enflammer. 2°. Les artères n’offrent pas plus souvent des affections chroniques. Exceptez d’une part l’anévrisme , où le tissu artériel n’est presque pas altéré, mais où il est seulement rompu ret où sa sensibilité organique ne joue qu’un petit rôle par conséquent, de l’autre part, les in- crustations osseuses, la plupart des altérations qui sont si fréquentes dans les autres tissus, ne se remar- quent point dans celui-ci. Il faut vraiment placer ce tissu à côté du cartilagi- SYSTÈME VASCULAIRE neux, du fibro-cartilagineux, du fibreux , du muscu- laire même, etc., sous le rapport de la rareté des altéra- tions organiques. Ces tissus offrent de ce côté, un phé- nomène opposé à celui des systèmesséreux,muqueux, glanduleux, dermoïde, etc., que la fréquence de ces altérations caractérise surtout. Eh bien ! comparez les propriétés organiques, la sensibilité et la contractilité insensible dans l’une et l’autre classes de tissus : vous les verrez très-peu prononcées dans la première où, dans l’état naturel, elles ne président qu’à la nutri- tion ; vous observerez , au contraire , qu’elles sont très-caractérisées dans la seconde, parce qu’elles y président à la nutrition , à l’exhalation, à l’absorp- tion , à la secrétion , etc. La difficulté du tissu artériel à s’enflammer, et à participer aux diverses altérations des organes voi- sins, assure l’intégrité de la circulation dans une foule de cas. Que deviendroit cette fonction , si les artères recevoient aussi facilement que d’autres tis- sus, l’influence des maladies environnantes? Placées atout instant à côté des parties enflammées , suppu- rantes,engorgées,etc., si elles s’altéroient par le voisi- nage, surtout dansles gros troncs, un bouleversement général seroit bientôt ressenti dans le mouvement du sang. Disséquez les artères dans les affections orga- niques de l’estomac, du foie, de la rate, etc. : elles sont intactes, et seulement un peu augmentées de volume ; tandis qu’un engorgement général semble confondre en une masse nouvelle tous les tissus voisins. Les caillots de l’anévrisme adhèrent quelquefois si intimement à la membrane commune, qu’on est A SANG ROUGE. obligé de les enlever avec un instrument quelconque. Mais cette adhérence est entièrement inorganique, c’est une espèce d’agglutination qui supposeroit même plutôt le peu de vie de cette membrane commune , comme la facilité qu’ont les couleurs de prendre sur i’épiderme, le suppose pour ce dernier organe. Remarques sur les causes du mouvement du Sang rouge. Le sang rouge se meut dans le cœur par un mé- canisme sur lequel il ne s’élève aucune difficulté. Mais une question importante reste à décider sur son mouvement dans les artères : ces vaisseaux sont-ils actifs ou passifs dans ce mouvement ? Quand le mé- decin examine les différens états du pouls, est-ce l’e'tat du cœur ou celui du système artériel qu’il explore? D’après l’absence de contractilité' organique sensible, que nous avons observée dans le tissu , il est évident que son rôle doit être spécialement passif, que le mouvement dont il est le siège lui est communiqué, que le cœur est le grand agent du battement des ar- tères, que c’est lui qui donne l’impulsion à laquelle ces vaisseaux ne font qu’obéir, et que par consé- quentdans presque tous les cas l’état du pouls est l’in- dice de l’état où se trouvent les forces vitales du cœur, et non de l’état du système artériel, dont la vie n’est pas plus exaltée dans les mouvemens pulsatoires les glus grands et les plus fréquens, que dans ceu* qui sont les plus foibles et les plus rares. Ainsi, dans les convulsions dont le principe est une plaie, une irri- tation du cerveau , etc., les nerfs, quoique conduc- teurs , sont-ils pour ainsi dire passifs. 320 SYSTÈME VASCULAIRE Je vais examiner en détail cette question impor- tante que beaucoup de médecins ont considérée sous un sens tout différent. Influence du Cœur sur le mouvement du Scuig rouge. i °. La première raison qui me porte à croire que le cœur est presque tout, et que les artères sont spécia- lement passives du côté de la vitalité dans le mouve- ment du sang rouge, c’est la comparaison des forces vitales de ces deux organes, l’étonnante activité de la contractilité organique du cœur, et la nullité de cette propriété dans les artères. En effet, pour se mouvoir de lui-même, il faut qu’un organe ait le prin* cipe du mouvement, c’est-à-dire l’une des deux con- tractilités vitales à effet sensible; l’organique ou l’ani- male; car on neêonnoit point d’autres forces vitales dans les organes animaux, et on ne peut pas dire que la nature en ait créé une spécialement destinée aux artères. Grimaud admettoit bien une dilatation active dans les vaisseaux, qui s’ouvroient d’eux-mêmes, sui- vant lui, pour recevoir le sang, et n’étoient point ouverts par son impulsion. Nous verrons que ce mode de mouvement est réel, jusqu’à un certain point, et dans le cœur et dans les muscles organi- ques. Mais ici c’est tout différent : le cœur se dilate de lui-même lorsqu’il est vide, comme on le voit en l’arrachant du sein d’un animal vivant et en l’éva- cuant ensuite du lluide qu’il contient, parce qu’il a en lui la cause de sa dilatation. Mais en aucun cas je n’ai vu les artères soumises ainsi à un mouvement A SANG ROUGE. alternatif, lorsqu’elles sont vides. Elles se trouvent constamment contractées sur elles-mêmes. 2°. Si les artères produisent le pouls par leur con- traction vitale, il doit y avoir irrégularité des batte- mens au-dessous d’une tumeur anevrismale, puisque le tissu artériel étant dénaturé, doit perdre en partie sa contractilité, ou du moins cette propriété doit être altérée. Or, on observe précisément le contraire. D’un autre coté, toute maladie organique du cœur trouble inévitablement le pouls. Y a-t-il augmentation des fibres charnues, commedans lesanévrismes ou le ven- tricule gauche est si épais ; il devient fort : il est irré- gulier, si des obstacles se trouvent aux valvules mi- trales, ou aortiques. Si dans le vieillard,.l’ossification occupe seulement les artères,la circulation est intacte: se trouve-t-elle à l’origine de l’aorte ou dans le cœur, elle est irrégulière. Une artère formeroit un canal osseux que le sang y circuleroit comme à l’ordinaire, avec la différence seule de la pulsation. Ce que j’ai dit des affections chroniques du cœur, il faut le dire de ses affections aiguës. La syncope arrête son mou- vement ; eh bien ! elle arrête aussi le pouls. Certai- nes passions, la colère, la crainte, etc., semblent être pour lui un stimulant ; eh bien ! elles précipitent le mouvement artériel. Toute inflammation du péri- carde altère le pouls. Souvent celte membrane ad- hère au cœur à la suite de l’inflammation, et en même temps la plèvre lui adhère aussi de l’un et de l’autre côtés; en sorte qu’on diroit alors que le poumon et le cœur ne font qu’un. J’ai vu quatre exemples de cet état pathologique, où les mouvemens de ce dernier dévoient être très-gênés ; eh bien! le pouls étoit dans SYSTÈME VASCULAIRE. tous petit, irrégulier et intermittent. Plus je fais d’ou- vertures de cadavres, plus je me convaincs que lors- que l’irrégularité du pouls est constante pendant un temps un peu long, il y a presque toujours affection organique au cœur : d’où l’on est fondé à croire que les irrégularités du pouls qui sont aiguës, si je puis me servir de ce terme, dépendent d’une altération, non dans le tissu, mais dans les forces vitales de cet organe, et que les artères y sont presque étrangères. On sait combien, dans les maladies aiguës, ces irré- gularités sont fréquentes. Puisque donc toute altéra- tion du cœur trouble essentiellement le pouls, et qu’au contraire celles des artères le laissent intact, certainement nous devons en conclure que l’un est essentiellement actif dans ce grand phénomène , et que les autres sont au contraire presqiie passives. 3°. Il est hors de doute qu’à l’instant où une liga- ture empêche une artère de recevoir l’influence du cœur, elle cesse de battre. Tous les phénomènes des anévrismes, traités par la compression ou par la ligature, établissent ce fait. Si le contraire a été ob- servé quelquefois, cela tient uniquement aux anasto- moses, comme je le dirai; et alors, c’est également le cœur qui fait battre l’artère au-dessus et au-des- sous delà ligature. Il est absolument faux, comme je l’ai dit, qu’une artère batte jamais entre deux liga- tures. Souvent dans l’anévrisme, l’artère étant com- primée au-dessous de la tumeur, celle-ci bat beau- coup plus fort qu’auparavant. 4°. Coupez le bras d’un cadavre, et rendez-le souple en le laissant, pendant un certain temps, dans un bain tiède. Adaptez ensuite à l’artère bra- chiale un petit tube; placez l’autre extrémité de ce tube dans 1 a carotide ouverte d’un gros chien vivant; aussitôt le cœur de l’animal poussera du sang dans le bras du cadavre. Eh bien ! l’artère éprouvera une espèce de battement, moindre sans doute que dans l’état naturel, mais suffisant pour être senti, même à travers les tégumens. J’ai répété souvent cette cu- rieuse et singulière expérience, dont j’aurai occasion de parler encore. Elle m’a été suggérée par une autre, dont j'ai rendu compte dans mon traité des Mem- branes, et qui consiste à faire circuler le sang rouge dans les veines , sans mouvement de locomotion , il est vrai,mais avecun bruissement sensible au doigt, et avec une vitesse presque égale à celle des artères. Cette dernière expérience prouveroit seule que le cœur est presquel’unique agent d’impulsion du sang circulant dans les artères : en effet, tout jet de sang venant des veines est uniforme, parce que le système capillaire verse sans secousse ce fluide dans ces vais- seaux. Au contraire tout jet artériel est éfvecsaccades lesquelles sont produites par la contraction du cœur* Or si vous ouvrez une veine où vous aurez fait circuler du sang rouge par un tuyau recourbé, le jet se fera! aussi par saccades, qui correspondront aux contrac- tions du cœur. A la différence prèsde la locomotion, une veine présente, pour la circulation du sangrouge les mêmes phénomènes qu’une artère. Faites au con- traire une expérience inverse, c’est-à-dire, adaptez un tuyau recourbé à une veine et à une de manière que le sang de la première coule dans la seconde; celle-ci perdra aussitôt son mouvement pul- satoire, à moins qu’il ne soit entretenu par les çol-; A SANG ROUGE* latérales; ce qui n’a pas lieu si on choisit de gros troncs, par exemple, la crurale et la veine corres- pondante. 11 est évident que toutes ces expériences , que j’ai fréquemment répétées, devroient donner un résultat absolument inverse , si les artères prenoient une part active à la circulation,par leurs propriétés vitales. 5°. La force du cœur fait circuler le sang par des tuyaux inertes, adaptés aux artères dans un trajet Si on coupe un pouce de l’artère carotide, et qu’on substitue un tuyau engagé dans les deux bouts ouverts de celte artère, le sang traversera ce tuyau , et la fera battre comme à l'or- dinaire au-dessus. Je ne puis concevoir ce qui a pu en imposer à ceux qui ont obtenu des résultats différens. 6°. Prenezdeux chiens ; adaptez le bout d’un tuyau à la carotide de l’un, du côté du cœur, et l’autre bout de ce même tuyau à la crurale, ou à la carotide de l’autre, du côté opposé à cet organe : constamment le cœur du prÊmier fera battre les artères du second , en y poussant du sang. Toutes mes expériences sur la mort, expériences déjà publiées, m’ont présenté ce phénomène. D ailleurs dans l’anévrisme ,1ebatte- ment a lieu au-dessous de la tumeur; et cependant à son niveau , les deux bouts de l’artère rompue sont séparés ; la membrane celluleuse seule sert à les unir, en formant le kyste. Le sang passe donc par un corps intermédiaire qui n’est pas artériel. 7°. Adaptez un tube à une artère , et qu’à l’autre extrémité de ce tube il y ait une poche quelconque de peau, de taffetas gommé, et le sang la remplira aus- sitôt; puis à chaque contraction du cœur, elle vous SYSTÈME VASCULAIRE A SANG ït 0 TT G 3?. 325 présentera une espèce de battement. C’est ainsi que bat la tumeur anévrismale, quoiqu’étant cellulaire. Quelque fût l’organe qui concour ût à former lekyste, celui-ci battroit-de même pourvu qu’il reçût parle sang l’impulsion du Gœur. 8°. Je demande si la dilatation active des artères seroit suffisante pour soulever le cerveau, pour im- primer un mouvement à la jambe qui est croisée sur celle du côté opposé, pour surmonter l’effort des tumeurs situées sur leur trajet, et qui se soulèvent à chaque pulsation. Il faut évidemment un organe plus puissant pour produire ces phénomènes: or cet or- gane est le cœur. g°. Comment la pulsation de toutes les artères est- elle simultanée, si uii centre unique ne préside pas à cette pulsation? Tout le système artériel, frappé subitement du même coup, se soulève et bat en même temps. N’est-il pas évident que si les artères se con- tractaient par elles-mêmes , le moindre dérangement dans une partie, la moindre pression, etc., occa- sionneroient une discordance dans les mouvemens? i oe. Aucun animal n’a des battemens artériels, s’il n’a un cœur, ou bien un vaisseau charnu, noueux, et coupé par des étranglemens comme plusieurs in- sectes; encore a t on bien observé les battemens de ce vaisseau qui remplace le cœur? C’est ainsi que jamais le système de la veine porte ne présente des pulsations, quoique sa moitié hépatique soit disposée comme les artères. ii°. Les deux bouts d’une artère coupée versent du sang; mais c’est là un effet des anastomoses, et non de la réaction du bout opposé au cœur, comme 326 SYSTÈME VASCULAIRE je l’ai cru moi même pendant un certain temps. C'est par la même raison qu’une artère peut battre quel- quefois au-dessous de la ligature. 12°. Je crois bien que sans le cœnr, le sang rouge pourroit avoir, dans son grand canal, une espèce de mouvement ; mais ce mouvement ressembleroit à la circulation de la veine portej il seroit absolument sans pulsation. i3°. On cite des observations où le mouvement des artères avoit lieu comme à l’ordinaire, quoiqu’il n’y eût point de sang. J’avoue que je ne sais trop com- ment on a pu s’assurer de ce fait. Mais fût-il réel, il faudroit le placer à côté de celui du soldat qui ar- rêtoit le mouvement de son cœur à volonté. Que peut-on conclure d’un phénomène isolé, qui est con- tradictoire à tous ceux que la nature nous présente journellement? Il n’est pas inutile , je crois, de re- marquer a cet égard, que depuis que la saine phy- siologie fait des progrès, qu’on l’étudie avec un es- prit méthodique, ami du vrai, et jaloux uniquement de rassembler des faits, on ne présente plus de ces cas extraordinaires cù la nature semble sortir des lois qu’elle-même s’est imposées. De tout ce que je viens de dire, il résulte, je crois, bien évidemment, que dans le battement des artères , le cœur est presque la seule puissance qui mette le fluide en mouvement ; que les vaisseauxsont alors pour ainsi dire passifs; qu’ils obéissent au mouvement qui leur est communiqué, mais qu’ils n’en ont point par eux-mêmes de dépendant au moins de la vitalité. Aussi la nature a-t-elle choisi pour tissu artériel, un de ceux de l’économie où la vie est la moins pro- 327 noncée : autant le cœur est remarquable par ses pro- priétés vitales, autant les artères le sont peu sous ce rapport. 11 faut les mettre avec les tissuscartilagineux, fibreux, fibro-cartilagineux, etc. C’est pour qu’elles ne troublassent point l’unité d’impulsion par leurs mouvemens, que la nature a rendu telles les artères. Supposez qu’elles eussent les mêmes forces vitales que les intestins; que deviendroit la vie? La moindre con- traction convulsive, un peu trop forte dans l’aorte ou dans les gros troncs, en rétrécissant trop leur calibre, arrêteroit la circulation, et produiroit les effets les plus funestes en agissant en sens opposé du cœur. Dans le tube intestinal, ce phénomène ne produit que le vomissement. Il produiroit la mort subitement dans le système artériel. Plus on examinera attenti- vement les choses, plus on se convaincra de la né- cessité qu’il n’y ait qu’un seul agent d’impulsion pour le système artériel, et que toujours inerte, ce sys- tème ne puisse nullement arrêter la marche du fluide# A SANG ROUGE. Je ne dis pas que dans aucun cas, les artères 11e puis- sent se contracter sous l’influence vital : la peau qui n’est pas irritable, se ride bien par le froid. Mais ces cas doivent être infiniment rares. Quand ils existent, ils causent l’inégalité de pulsation de l’un et de l’autre côtés, inégalité rarement observée dansles maladies. Des Limites de T a ction du Cœur» Le cœur est donc la cause essenlielledu pouls; c’est Jui qui met- tout en jeu dans ie mouvement artériel. Beaucoup d’auteurs ont exagéré son influence ; ils ont cru que son impulsion suffisoit pour produire, non-seulement le mouvement artériel, mais encore 328 SYSTÈME VASCULAIRE celui du système capillaire général, et même celui des veines ; en sorte que la seule contraction du ven- tricule gauche est la cause, selon eux, de ce long trajet que le sang parcourt depuis lui jusqu’au ven- tricule droit. Mais une foule de preuves établissent incontestablement, comme nous le verrons, que ce fluide une fois arrivé dansle système capillaire général, est absolument hors de l’influence du cœur, et qu’il ne se meut plus que par celle des forces toniques des petits vaisseaux, et qu’à plus forte raison toute l’in- fluence du ventricule gauche est nulle dans le système veineux. C’est sous ce rapport que les auteurs dont je parle ont erré, et non sous celui de l’impulsion qu’ils ont admise dans le système arlérieldelapartdu cœur. Nous pouvons, je crois, fixer à peu près les li- mites de l’influence du cœur sur le sang, en les éta- blissant là où ce fluide se transforme de rouge en noir dans le système capillaire général. A mesure qu’il s’a- vance dans les petits vaisseaux, sans doute l’impul- sion reçue s’affoiblit, et ces petits vaisseaux y sup- pléent par leur contractilité organique insensible; mais je crois que le mouvement reçu du cœur, n’est entiè- rement perdu qu’à l’endroit du changement en sang noir; en sorte qu’on peut établir en principe géné- ral , i°. que dans les gros troncs , dans les branches, et même dans les rameaux, le cœur est presque tout pour le mouvement du sang ; 2°. que dans les ramus- cules, c’est en partie cet organe et en partie l’action vitale des artères, qui concourent à ce mouvement; 3°. qu’enfin cette action vitale vasculaire est unique dails le système capillaire général. Le pouls n’a donc lieu dans sa plénitude, que dans A SANG ROUGE. 329 le troncs, les branches et les rameaux. Il s’affoiblit sensiblement dans les ramuscules ; il devient nui dans le système capillaire. Sans doute le tissu artériel des gros troncs est pourvu, ainsi que nous l’avons vu , de contractilité insensible. Mais l’impulsion reçue par le cœur est si forte d’une part, et la colonne de sang est si grosse, que l’influence de cette espèce de contractilité est absolument nulle.La seule irritabilité pourroit avoir de l’influence ;orelle if existe pasdans les artères. Au contraire, dans les petits vaisseaux, d’une part le choc imprimé parle cœur s’est affoibli insen- siblement," de l’autre part les filets de sang étant très- ténus , n’ont besoin, p'our leur mouvement, que d’une espèce d’oscillation, de vibration insensibles des parois vasculaires. C’est là même ce qui distingue es- sentiellement les deux espèces de contractilités organi- ques. L’une ne s’exerce que sur les fluides en masse, comme sur le sang, les alimens, l’urine, etc. L’autre fait mouvoir les fluides divisés en petits filets j elle préside à la circulation capillaire, à l’exhalation età la secrétion. L’influence de la première est donc spé- cialement réelle par-tout où il y a une grande cavité, comme l’estomac, la vessie, les intestins ; celle de la seconde na lieu que sur les petits vaisseaux. Tant que le sang est en masse un peu considérable , il est donc inévitable que le cœur soit son agent d’impul- sion , les artères ne pouvant l’être , vu leur défaut d irritabilité. Quand il est en filets très-petits , alors il se meut parla contractilité insensible des vaisseaux. Voici donc le rôle que joue cette dernière dans le système à sang rouge : i°. elle existe dans les troncs, les branches et les rameaux ; mais son effet est nul, tant celui du cœur est marqué. 2°. Ce dernier s’affoi- blissant dans les ramuscules, le sien commence à avoir de l’influence. 3°. Enfin le cœur cessant d’agiter le sang dans le système capillaire général, la contractilité organique insensible ou la tonicité, reste seule pour cause de mouvement. SYSTEME VASCULAIRE Phénomènes de Vimpulsion du Cœur. Quel rôle lesarlèresjouent-elles doncdanslepouls? Voici ce qui arrive dans ce grand phénomène : comme les artères sont toujours pleines de sang, le choc qu’y reçoit le sang du ventricule gauche, est ressenti à l’instant dans tout le système et jusqu’à ses extré- mités. Représentez-vous une seringue dont le tube donne naissance à une infinité de branches qui don- nent ensuite origine successivement à une foule d’au- tres très-petites : si quand vous poussez le piston de la seringue, son corps et toutes les branches et ra- meaux naissant de son tube, se trouvent déjà pleins de fluide , il est évident qu’à l’instant même où le piston poussera le fluide dans le corps, il sortira de tous côtés par les rameaux ouverts. Maintenant,supposez qu’au lieu de piston, vous puissiez faire resserrer su- bitement les parois du corps de la seringue. Eh bien! le fluide à l’instant de la contraction jaillira de tous côtés de ces rameaux ouverts. Une autre comparai- son rendra ceci plus sensible : frappez au bout d’une longue poutre, le mouvement sera subitement res- senti à son extrémité opposée. On peut se former une idée, d’après cela, de ce qui se passe à l’instant de la contraction du ventricule gauche. On a parle d’une ondée de sang sepropa- A S A ]ST G ROUGE. géant dans tout le système artériel, et étant formée par les deux onces de sang versées à chaque con- traction dans les artères. C’est ainsi qu’il faudroit concevoir le mouvement artériel, si les artères étoient vides à l’instant de la contraction ; mais dans leur état de plénitude le choc est généralement et subitement ressenti, et avec presque autant de force aux extré- mités qu’à l’origine des artères; ce n’est que dans les ramusculesoùlemouvement s’affoiblit un peu. Rem- plissez d’eau les artères d’un cadavre, et adaptez une seringue pleine à l’aorte : à l’instant même où vous pousserez le piston , l’eau jaillira de la tibiale, ou de toute autre artère, si vous lâchez en même temps une ouverture que vous y aurez préliminairement faite. L’idée que l’on se fait communément du mouve- mentprogressifdusang,est donc absolumentinexacte. On conçoit ce fluide coulant presque dans les artères comme l’eau dans les ruisseaux. Ce n’est point cela. A chaque contraction du ventricule, il éprouve subi- tement un mouvement général qui se fait ressentir à ses extrémités. Voulez-vous encore une comparaison ? Supposez un seringue au tube de laquelle est adaptée une suite de conduits élastiques naissant les uns des autres : poussez le piston; vous verrez tous ces con- duits s’enfler simultanément, se redresser,etlefluide couler en même temps aux extrémités si elles sont ouvertes. Ce n’est point la contraction des artères qui pousse le sang àleurs extrémités. Cela est si vrai, que, si vous ouvrez un de ces vaisseaux loin du cœur, chaque sac- cade que fera le sang en sortant, correspondra à chaque contraction du ventricule. Or? si les artères SYSTÈME VASCULAIRE poussoient le sang à toutes les extrémités , en se con- tractant, leur contraction et leur relâchement alterne- roient avec ceux du cœur : mais si cela éloit ainsi, chaque saccade du jet artériel devroit correspondre à chaque relâchement du ventricule; ce qui est le con- traire, comme je viens de le dire. D’aprèscela,onvoitcombienpeuest exacte l’opinion commune que j’ai moi-même professée plusieurs an- nées, savoir,que les oreillettesse contractent en même temps que les artères , et les veines en même temps que les ventricules. On explique ainsi la circulation du sang rouge: i°. les veines pulmonaires poussent le sang dans l’oreillette gauche. 2°. Celle-ci, en se con- tractant, le chasse.dans le ventricule qui se dilate pour le recevoir. 3°. Ce dernier se contracte ensuite , l’envoie dans l’aorte qui se dilateà l’instant de la con- traction; 4°. puis elle se contracte pourle pousser dans toutes les parties. Ce dernier temps n’existe point ; je vous défie de l’observer jamais, comme les précé- dons,sur un animale vivant. Examinezleplusprès pos- sible unegrosseartèremiseà découvert;ellese soulève, mais ne se dilate presque point dans l’état ordinaire : elle ne se contracte presque pas non plus. Contraction du ventricule gauche ; mouvement général de tout le sang artériel; entrée de ce sang dans le système capil- laire, sont trois choses que lemême instant assemble. C’est commelechoc delà poutre,qui estéprouvépar un bout, en même temps qu’il est reçu par le bout opposé. On peut prendre une idée extrêmement exacte de la circulation, en examinant les artères mésentériques à travers le péritoine, après avoir ouvert le ventre d’un animal: à chaque pulsation , vous les voyez toutes simultanément s’élever et battre à leur extré- mité comme à leur origine. II est impossible de se faire jamais une idée du mouvement artériel, en considérant l’ondéedesang se répandant à chaque contraction dans les artères, et arrivant ensuite successivement jusqu’aux extré- mités. Lisez, tous les auteurs sur la circulation; vous verrez qu’il n’est aucun point plus souvent et plus longuement traité, que celui du cours du sang arté- riel, et que cependant il n’en est point qui vous laisse plus de doutes et d’obscurité. Pourquoi? Parce que tous sont partis d’un principe faux, et que toutes les conséquences sont inexactes, là où le principe n’est pas exact lui-même. Ce n’est pas fondée de sang sortant du ventricule, qui est poussée à chaque contraction dans le système capillaire; c’est la portion de ce fluide qui se trou voit la plus voisine de ce système, comme dans la serin- gue, c’est la portion qui est dans le tube que le piston fait sortir, et non celle avec laquelle il est en con- tact : d’où il résulte que cen’est qu’au bout d’un cer- tain temps que le sang arrive du cœur au système capillaire général, qu’il séjourne pendant un certain nombre de contractions dans les artères, et qu’il n’est que successivement expulsé; ce qui favorise le mé- lange des différens principes qui le composent. D’après cette manière de concevoir le mouvement artériel, qui est la seule réelle, la seule admissible, il est évidemment impossible que les flexuosités nui- sent à ce mouvement; ce que beaucoup de faits nous ont d’ailleurs prouvé. Je regarde aussi comme dépourvu de toute espèce A SANG ROUGE. 334 SYSTÈME VASCULAIRE de fondement tout ce qu’on a dit dans les livres de physiologie, sur les causes du retardement occa- sionne' dans le cours du sang, iQ. par son passage d’un lieu plus étroit dans un plus large, et par la forme conique du systèmeartérielgénéral, 20. par le frotte- ment , 3°. par les angles, 4°* par les anastomoses où il y a un choc opposé, etc., etc. Tout cela seroit vrai si les artères étoient vides à l’instant de la contrac- tion, parce que le sang y auroit véritablement alors un mouvement progressif. Mais dans le choc général et instantané que la masse totale répandue dans le système artériel éprouve, toutes ces causes sont évi- demment nulles. J’en reviens toujoursàla comparaison triviale, mais très-exacte, de la seringue. Supposez qu’ un tube contourné de mille manières,avec une foule d’angles, d’inégalités, de saillies intérieures,etc.,lui soit adapté : si le tube et le corps sont pleins à l’ins- tant où l’on pousse le piston, l’eau s’échappera su- bitement de l’extrémité de ce tube avec autant de force que s’il étoit droi t et court. Il est si vrai que toutes les causes de retardement, qui auroient quelque effet si les artères étoient vides à l’instant où le sang y est poussé, n’en ont aucune dans leur état ordinaire, qu’une foule d’observateurs judicieux, qui même ad- mettoient le retardement, ont vu dans leurs expé- riences que le mouvement étoit par-tout égal, dans les rameaux comme dans les troncs. Comment cela ne leur a-t-il pas ouvert les yeux? On sait que le pouls est le même dans toutes les parties du système artériel: comment cela pourroit-ilêtre avec ce retar- dement? Ce qui a nui beaucoup aux progrès de la physiologie sur la circulation, c’est l’idée qu’on at-4 335 tache à la vitesse du cours du sang rouge. Cette vitesse ne peut véritablement s’estimer, parce que le mou- vement n’est point successif , parce que le sang ne coule point, à proprement parler; il est poussé subitement par un choc général où on 11e peut rien calculer. Les physiciens ont beaucoup calculé le mouvement des fluides lorsqu’il y a déplacement successif de leurs molécules, comme dans le cours d’un fleuve ; mais ils ont eu moins égardàcemouvementbrusquede totalité ou de masse, si je puis m’exprimer ainsi, qu’ils éprou- vent dans des canaux où ils se trouvent enfermés de tous côtés, et où ils sont préssés par un bout. A SANG ROUGE. Remarques sur le Pouls. Voilà déjà deux choses bien manifestement prou- vées, savoir, i*. que le cœur est l’agent spécial du mouvement artériel, et que les artères sont presque passives dans ce mouvement; 2<>. qu’il consiste en unchocgénéral subitement éprouvépar toute lamasse à sang rouge, ressenti en même temps aux extrémi- tés que dans les troncs , et non en une progression successive de fondée qui part du ventricule gauche. 11 me reste à examiner comment le cœur produit le pouls par ce mouvement brusque et instantané. Or, nous avons encore sur ce point beaucoup d’obscurité à éclaircir ; mais on ne sauroit disconvenir que la loco- motion du système artériel 11e soit pour beaucoup dans ce phénomène. A l’instant où la masse sanguine est poussée ainsi du cœur vers les extrémités par un mouvement de totalité, pour ainsi dire, elle tend inévitablement à redresser les artères, surtout quand 336 SYSTÈME VASCULAIRE elles sont flexueuses. Ce redressement y détermine nécessairement une locomotion, laquelle produit le battement de l’artère. Quant à la dilatation, elle est presque nulle dans l’état ordinaire; cependant si vous appuyez un peu sur l’aitère, le sang fait effort pour la dilater, et cet effort augmente le sentiment du pouls; Jadelot a cru même qu’il le consliluoit seul. D’un autre côté, si beaucoup de sang entre dans le système artériel à l’instant de la contraction du cœur; si une résistance se trouvedanslesystèmecapillaire général, les artères peuvent être aussi dilatées; mais ce n’est jamais alors leur retour sur elles mêmes qui chasse le sang dans les capillaires, ce retour n’est que consécutif. En effet, à l’instant même de ta contraction, le sang entre d’une part dans les artères en .sortant du ventricule, et en sort de l’autre part pour entrer dans le système capil- laire: ces deux phénomènes se font en même temps, puisqu’ils dépendent de la même impulsion. Donc* lorsqu’il y a contraction dans l'artère, mouvement qui n’est que la contractilité de tissu mise en action, cette contraction ne chasse pas le sang ; mais elle arrive parce qu’il a été chassé dans le système capillaire à l’instant de la contraction : c’est parce que l’artère cesse d'être distendue , qu’elle revient sur elle-même, et non parce qu’elle est actuellement distendue. Voilà comment la contraction artérielle peut alterner avec celle du ventricule gauche ; mais ce n’est point dans le sens que les auteurs l’ont entendu. 11 y a alors deux temps dans le mouvement du sang rouge ; i°. contraction du ventricule ; dilatation légère du système artériel par le sang qui y entre; locomotion A SANG 11 O Ü G E. generale ; passage dans le système capillaire d’une portion de ce sang rouge : tous ces phénomènes se passent dans le même instant; c’est le temps où le pouls vient frapper le doigt, celui de la diastole. 2°. Dans le temps suivant, le ventricule se relâche pour se remplir de nouveau; moins pleines de sang, les artères reviennent un peu sur elles-mêmes; toutes reprennent la place qu’elles avoient perdue pendant la locomotion : c’est le temps de la systole, temps purement passif, tandis qu’on le croit très-actif pour les artères. Gomme peu de sang est poussé à chaque pulsation hors du ventricule qui ne se vide pas tout, et que d’un autre côté, en même temps qu’il en entre dans les artères, il en sort du côté opposé au cœur, la dilatation artérielle et par conséquent la contraction sont presque nulles : aussi ne peut-on point les aperce- voir. D’ailleurs la contraction auroit lieu réellement, quelle ne seroit presque pas apparente : car quand c’est la contractilité de tissu qui est en action , elle produit un mouvement lent, insensible, un resserre- ment véritable ; au lieu que la contraction, effet de l’irritabilité, est brusque, instantanée, et cause un, mouvement que l’œil distingue toujours. Je ne saurois trop insister sur ce fait qui est positif, savoir, que s’il y a un peu de resserrement dans les artères à l’instant où le pouls cesse de battre , ce n’est pas qu’elles se resserrent pour chasser le sang, mais c’est qu’elles se resserrent sur elles-mêmes,' parce que le sang qui a passé dans le système capil- laire ne les dilate pas assez ; c’est la contractilité par- défaut d’extension. Voilà comment les saccades du 338 sang artériel, sortant d’une artère ouverte, corres- pondent à la dilatation de ces vaisseaux, et l’affoi- blissement du jet à leur resserrement, ce qui devrait être absolument tout le contraire dans l’opinion commune. SYSTÈME VASCULAIRE La dilatation etle resserrement des artères étant peu de chose, et même presque nuis dans l’état ordinaire, il paroît que la cause spéciale du pouls est, comme l’a très-bien observé Weitbreck , dans la locomotion des artères, locomotion qui est générale et instan- tanée pour tout leur système, et non point consécu- tive comme cet auteur l’a entendu. Je ne rapporte- rai point ici les preuves de cette locomotion; on les trouvera par-tout. J observe seulement qu’elle est si manifeste sur les animaux vivans, que quand on a examiné souvent la circulation, par leur moyen, il est impossible de se refuser à sa réalité. Au reste diverses causes peuvent faire varier le pouls; ces causes sont, i°. relatives au cœur, agent presque unique d’impulsion : ainsi sa contractilité or- ganiquesensibîe, augmentée, diminuée, altérée sym- pathiquement ou d’une manièrequelconque,peut faire qu’avec le même stimulant, il se contracte plus vite, plus lentement, plus irrégulièrement que de coutume: ainsi les vices de son organisation altèrent inévitable- ment son mou vement. 2°. Le sang chargé de diverses substances naturelles ou morbifiques, est un excitant plus ou moins susceptible de mettre en jeu le mouve- ment du cœur. 5*’. Le système capillaire général, suivant qu’il reçoit une plus ou moins grande quan- tité de sang, qu’il refuse celui que les artères y poussent, etc., produit nécessaiicment une foule de A S AK 6 ROUGE. variétés dans le pouls. U est peu de causes relatives aux artères elles*mêmes. Si maintenant on considère la quantité presque innombrable de causes qui se rapportent à ces trois chefs principaux , on cessera de .s’étonner des pro- digieuses variétés que le pouls nous présente en santé, et surtout dans les maladies. Au reste je ne traiterai point ici dans toute son étendue la question du pouls: il me suffit d’avoir énoncé les principes; j’en développerai ailleurs les conséquences, qui sont pour le médecin d’une extrême importance, comme on le sait. On voit seulement par les divers aperçus que j’ai présentés, combien presque tous les auteurs ont envisagé d’une manière fausse le mouvement du sang, et quelles idées inexactes ils s’en sont faites. Les expériences n’ont presque servi ici qu’à em- brouiller; c’est un travail qui exige d’être entière- ment refait, soit avec les matériaux qu’ont déjà ra- massés une foule d’auteurs estimables,surtout Haller, Spallanzani, Weitbreck, Lamure, Jadeîot, etc., soit avec des faits'nouveaux. Je viens de présenter les premières bases de ce travail. INous avons vu combien la structure ferme et élas- tique du tissuartériel est favorableà la locomotion des artères, et comment les flexuosités de ces vaisseaux influent sur elle. J’ajouterai que l’union lâche qu’ils contractent avec les parties voisines, et que leur po- sition constante dans le tissu cellulaire, favorisent singulièrement cette locomotion. Si le sang rouge couloit dans les veines , nous éprouverions sous le doigt une espèce de bruisse- ment , au lieu du mouvement du pouls : c’est ce qui 340 SYSTÈME VASCULAIRE. arrive dans l’anévrisme variqueux. 11 n’y auroit point de locomotion si les parois artérielles étoient formées avec les tissus dermoïde, muqueux, séreux , etc. : il y auroit des phénomènes différons avec l’impulsion commune. Il y a donc deuit choses dans le pouls : iQ. impulsion du sang, mouvement subit et général de sa masse par la contraction du cœur; a0. locomotion des artères, effet produit par ce fluide sur les parois artérielles qui le transmettent. La première chose est la plus es- sentielle; quant à la seconde , elle varieroit si le tissu artérielquila détermine cessoit d’être le même; elle dé- pend de cetissu,et n’est pas essentielleàla circulation. Quand une artère est coupée au bout de son tronc, la locomotion est beaucoup moins sensible dans ce tronc, parce que moins de résistance y est opposée au cours du sang. Si une artère est ouverte latéralement, il se fait deux courans de sang en sens opposé, qui sont poussés vers l’ouverture , et qui se réunissent en un jet. L’un de ces courans est l’autre dépend des anastomoses. C’est comme quand , une artère étant coupée, le sang coule par les deux bouts. Si une artère est divisée en totalité, plus de sang s’en écoule en un temps donné, qu’il n’y en avoit aupa- ravant qui la traversoit dans le même temps pour aller au système capillaire lequel résistoit plus. Il ne faudroit donc pas prendre pour mesure de la vitesse du sang , le jet des artères ouvertes. Sympathies. {Nous avons vu les artères être rarement le siège A SANG ROUGE. 341 d’affections,soit aiguës , soit chroniques, h cause de l’obscurité de leurs propriétés vitales. Elles ne sau- roient donc exercer qu’une très-foible influence sur les autres organes : aussi, à part quelques douleurs sympathiques que l’on éprouve dans l’anévrisme, cette influence du tissu artériel sur les autres sys- tèmes est presque nulle. Dans deux ou trois cas j’ai vu des mouvemens convulsifs produits par l’injec- tion d’un fluide très-irritant, dans les artères. 11 est facile de distinguer ces mouvemens sympathiques, de ceux que la douleur arrache à l’animal qui s’agite pour se débarrasser : ce sont des tremblemens violens ou des roideurs comme tétaniqnes. On conçoit que ces expériences ne doivent point être faites dans les carotides, parce qu’irrité par les fluides injectés, le cerveau détermineroit des convulsions dépendantes du stimulant qui lui seroit directement appliqué , et non d’un rapport sympathique. Au reste, la mort seroit tout de suite le résultat de l’expérience, si on employoit la carotide. D’un autre côté, comme les artères n’ont point de contractilité organique sensible, presque point de sensibilité animale, peu de tonicité, les autres or- ganes ne sauroient que difficilement y développer des sympathies par leur influence; car pour qu’une pro- priété vitale soit mise sympathiquement en jeu dans une partie , il faut qu’elle y existe , et même qu’elle y soit prononcée. Aussi les innombrables variations du pouls , qui sont le produit des sympathies, ont toutes essentiellement leur siège dans le cœur ; les artères y sont étrangères. Or les sympathies font con- tracter le cœur ou arrêtent son mouvement, comme SYSTEME VASCULAIRE les stimulans ou les sédatifs directement applique's sur lui, c’est-à-dire en agissant sur sa contractilité orga- nique sensible. Quand un anévrisme se romptdansun accès de colère, ou dans le coït, comme j’en ai vu un exemple avecDesault, c’estle mouvementdusangqui étant subitement augmenté en est la cause : ce n’est pas le tissu artériel qui a été influencé par la passion. D’ailleurs, sur quoi agiroient les sympathies dans les artères ? Ce ne pourroitêtre ni sur l’élasticité, ni sur la contractilité de tissu , seules propriétés cependant capables de resserrer ces vaisseaux. Remarquez en effet que les sympathies ne mettent jamais en jeu qu’une des propriétés vitales, parce qu’elles sont elles- mêmes un phénomène purement vital. Toute pro- priété physique ou de tissu ne sauroit s’exercer sous leur influence : c’est une observation importante. D’ailleurs, comme les artères sont par-tout répan- dues dans les organes, qu’elles forment pour ainsi dire corps avec eux , ilseroit difficile de distinguer ce qui leur appartient, surtout pour la sensibilité, d’avec ce qui est propre à ces organes. ARTICLE CINQUIÈME. Développement du Système vasculaire à Sang- rouge. § Ier. jÉtat de ce Système chez le Fœtus. Le fœtus diffère essentiellement de l’enfant qui a respiré, en ce que ses deux grands systèmes vascu- laires n’en font véritablement qu’un, puisque le trou hotal d’une part et le canal artériel de l’autre, établis- sent une communication immédiate entre l’un et l’antre. Cette communication est d’autant plus mar- quée, qu’onest plusprès del’instant delà conception ; plus on se rapproche de celui delà naissance, plus ces ouvertures se rétrécissent. ia. Le trou botal est formé, dans les premiers mois, par deux productions en forme de croissant, qui se regardent par leur con- cavité, et qui laissent entr’elles un espace ovalaire, lequel va toujours en se rétrécissant, parce que ces deux productions s’avancent toujours l’une vers l’au- tre , et tendent à se croiser; ce qu’elles font en effet après la naissance. 2°. Le canal artériel se rétrécit à proportion que l’artère pulmonaire se dilate. Tant que ces deux ouvertures sont libres , ce qui a lieu constamment chez le fœtus, les deux systèmes n’en font évidemment qu’un, comme je l’ai dit : d’où il suit bien évidemment que le sang qui y circule doit être absolument de même nature , qu’il ne doit pas y en avoir deux espèces chez le fœtus, comme cela s’observe constamment chez l’adulte. C’est là en effet une remarquable différence entre les deux âges, i °. J’ai disséqué plusieursfoisdes petits cochons-d’inde dans le sein de leur mère : leurs vaisseaux m’ont constamment paru présenter le même fluide, qui est noirâtre comme le sang veineux de l’adulte. Cette expérience est facile. L’abdoxnen de la mère étant fendu , onouvre successivement chacun des sacs isolés qu’offre la matrice pour chaque fœtus. Quand un de ces sacs est à nu, on fend les membranes, puis le ventre du petit animal, en laissant les vaisseaux om- bilicaux intacts. La transparence des parties permet A SANG ROUGE. 343 344 SYSTÈME VASCULAIRE alors facilement de voir l’uniformité de couleur du sang de la veine cave et de l’aorte. Même remarque dans les parties supérieures. La carotide et la jugu- laire versent le même sang lorsqu’elles sont ouvertes. 2°. J’ai fait trois fois les mêmes observations sur des fœtus de chien. 3e. On sait que le sang des artères ombilicales est constamment noir : tous les accou- cheurs ont fait cette remarque. 4°* U est hors de doute que le changement du sang noir en sang ronge, est dû au contact de l’air dans le poumon : le fœtus ne respirant pas, ne sauroit donc avoir cette espèce de sang. 5°. J’ai disséqué plusieurs fœtus morts dans le sein de leur mère : or, le sang des veines et des artères m’a paru constamment uniforme. Il est vrai que ce n’est pas une preuve très-concluante, puis- qu’en supposant qu’il y eût du sang rouge, la simple stase dans les vaisseaux, prolongée pendant un cer- tain temps, suffit pour le rendre noir, comme Hunter l’a observé. Les faits précédens suffisent au reste pour établir , comme un fait incontestable, l’uniformité du sang desdeux systèmes chez le foetus; uniformitéqui existe au moins dans l’apparence extérieure, si elle n’est pas réelle dans la composition intime. C’est aux chimistes à nous éclairer sur ce point. Comment se fait-il qu’à l’instant où le sang noir pénètre dans le système à sang rouge chez l’adulte, de graves accidens surviennent , que bientôt l'as- phyxie , puis la mort, se manifestent, tandis que chez le fœtus, le sang noir circule impunément dans les artères? C’est une question difficile à résoudre; et cependant ces deux faits contradictoires sont éga- À S À N G ItOTJGE. 345 lement rëels l’un et l’autre. La dilfërence de la na- ture du sang du fœtus pourroit peut-être servir à lever la difficulté, si on connoissoit mieux cette dif- férence. En effet, quoique la couleur assimile ce sang à celui des veines de l’adulte , cependant il ne paroît pas être le même : il laisse en le touchant, une impression onctueuse, étrangère au premier. On 11e le trouve jamais, sur le cadavre , coagulé comme lui, mais toujours fluide comme le sang des asphyxiés. Le cit. Fourcroy n’y a point observé de matière fibreuse ; il a vu qu’il n’est point susceptible de devenir ruti- lant par le contact de l’air, qu’il n’offre pas des sels phosphoriques, etc. Il est donc très-probable que si le sang noir est funeste dans lçs artères de l’adulte , tandis qu’il circule impunément dans celles du fœtus, cela dépend de la différence de la nature de l’un et de l’autre. D’ailleurs, remarquez qu’il y a une diffé- rence très-grande dans les fonctions du fœtus et de l’adulte. Le premier n’a presque point de vie ani- male j plusieurs des fonctions organiques lui man- quent. Le rapport des organes les uns avec les autres, est de nature toute différente de ce qu’il sera après la naissance. Il n’y a même aucune espèce d’analogie à établir, sous ce rapport, entre le fœtus et l’enfant qui a vu le jour. Ainsi avons-nous observé que les expériences sur la vie et la mort donnent un résultat absolument différent dans les animaux à sang rouge et chaud, et dans ceux à sang rouge et froid qui se rapprochent presque de l’organisation du fœtus sous quelques points de vue. On ne peut donc établir au- cune espèce de parallèle entre le fœtus et l’enfant qui a vu le jour, sous le rapport de la lésion des phéno- 346 SYSTÈME VASCULAIRE mènes telle que celle dont j’ai recher- ché les causes dans mes expériences, puisque l’or- ganisation relative à ces phénomènes diffère si es- sentiellement dans l’un et l’autre. Quoique j’aie dit que le sang des deux systèmes vasculaires se confond chez le fœtus, cependant il y a, surtout dans les premiers temps, une espèce d iso- lement dans la masse générale du sang, isolement que le cit. Sabatier a le premi t bien observé, et qui est un résultat de la disposition du trou botal et du canal artériel. Get isolement partage en deux la masse sanguine. Voici comment se fait, sous ce rapport, la circulation du sang du fœtus. i°. Tout le sang que reçoit le tronc de la veine cave inférieure,soit dusystèmecapillairedes membres inférieurs, soit de celui de 1 abdomen , soit du placenta parla veine ombilicale, au lieu d aoorder dans lo- reillette droite, comme chez l’adulte, passe en entier dans la gauche , à travers le trou botal, dont le rebord supérieur est tellement disposé , que rien ne peut se mêler au sang de a veine cave supérieure; en sorte que, quand on examine attentivement les choses, on voit que c’est réellement avec l’oreillette gauche, que ïa veine cave inférieure se continue. Voilà pourquoi cette oreillette est à proportion aussi dilatée que la droite; car elle seroit très-rétrécie si elle n’avoit à re- cevoir que le sang des veines pulmonaires , dont la quantité est presque nulle dans les premiers temps. De cette oreillette, le sang passe dans le ventricule gauche , lequel le transmet à l’artère aorte , où il ren- contre les carotides et les souclavières, qui, par de nombreuses ramifications, le portent dans le sys- A SANG ROUGE. tëme capillaire de la tête et des membres inférieurs, 2°, Après avoir séjourné dans ce système, le sang revient, par les branches diverses de la veine cave su- périeure dans l’oreillette droite, ou le rebord supé- rieur du trou botal l’empêche de communiquer avec le sang précédent ; de ceLte oreillette il passe dans le ventricule, lequel le transmet dans l’artère pulmo- naire, qui en envoie une petitepartie qui revient dans l’oreillette gauche par les veinesde même nom, mais qui en transmet la presque totalité par le canal arté- riel dans l’aorte descendante, au-dessous de l’origine des carotides et souclavières , qui charient le sang précédent. Celui-ci est porté par les branches et ra- mifications de l’aorte, dans le système capillaire de l’abdomen et des membres inférieurs ; le résidu sort ensuite pour se perdre dans le placenta par l’artère ombilicale. Il suit de ce que nous venons de dire, que malgré la continuité des deux grands systèmes sanguins chez le fœtus , il y a dans les premiers mois de la concep- tion, une espèce d’isolement du sang qu’ils contien- nent; qu’il y a même pour ainsi dire deux systèmes tout différens de ceux qui dans la suite, existeront d’une manière isolée chez l’adulte. Le premier de ces systèmes a, i°. pour origine tous les capillaires de l’abdomen, des membres inférieurs, et même ceux du placenta, 2°. pour troncs communs, en bas la veine cave inférieure , en haut la quadruple branche qu’on nomme aorte ascendante, 3°. pour agent d’impulsion le côté gauche du cœur , 40. pour terminaison tous les capillaires delà têteet des parties supérieures. Le second commence dans ces derniers SYSTÈME VASCULAIRE capillaires , et se compose, i°. pour ses troncs, de la veine cave supérieure,! et de ce qu’on nomme aorte descendante,2°. pourson agent d’impulsion, du côté droit du cœur, 3°. pour sa terminaison, des capil- laires des parties inférieures. Le sang est donc partagé évidemment dans les premiers mois de la conception en deux circulations qui se croisent, pour ainsi dire, en 8, comme l’a re- marqué le cit. Sabatier ; il se porte, dans chacune,d’un assemblage de capillaires, à un autre assemblage de mêmes vaisseaux. Seulement au lieuvdese mouvoir entre le système capillaire pulmonaire , et le géné- ral, comme chez l’adulte , il se meut entre la partie supérieure et l’inférieure de ce dernier : on peut donc dire sous ce rapport, que les parties inférieures et les supérieures du corps sont en opposition, dans le fœtus, comme chez l’adulte, le poumon l’est avec tout le corps. Cette opposition complète', du côté de la circula- tion, entre le haut et le bas du corps, dans les pre- miers mois du fœtus, est probablement l’origine de la différence qu’ily aura dans la suite entre ces parties. Tous les médecins ont observé cette différence dans les maladies. Si laligne médiane sépare dans plusieurs cas, les affections du côté droit , de celles du côté gauche, le diaphragme semble être aussi souvent la limite de plusieurs maladies. Qui ne sait que les taches scorbutiques se manifestent surtout en bas; que les infiltrations séreuses y sont plus fréquentes ; que les ulcères sont infiniment plus communs aux membres inférieurs; qu’au contraire, dans les parties supérieures, la plupart des éruptions cutanées se font a sang Rouge. 349 préférablement, etc? Bordeu, qui a beaucoup parlé de la division du corps en partie supérieure et en in- férieure, qui admettoit un pouls précurseur des éva- cuations d’en haut, et un autre avant-coureur de celles d’en bas, Bordeu a sans doute exagéré cetie opposition entre les deux moitiés du corps; mais elle n’est pas moins réelle, et je crois très-probable que le mode circulatoire du fœtus en est la source primitive. Après les premiers mois, les choses commencent k changer. La quantité de sang passant par l’artère pul- monaire étoit d’abord presque nulle, parce que telle étoit la dilatation du canal artériel, qu’il détournoit presque tout dans l’aorte descendante. Peu à peu ce canal se rétrécissant, les artères pulmonaires se di- latent, et alors plus de sang traverse le poumon, pour revenir par les veines pulmonaires dans l’oreillette gauche, qui le transmet dans le ventricule du même côté, lequel le pousse dans la crosse de l’aorte ; alors le mécanisme de la circulation indiqué plus haut com- mence à changer, et à se rapprocher de celui de l’en- fant qui a vu le jour, comme nous allons le voir. Cependant ce premier mécanisme prédomine en- core assez long-tempssurlesecond rd’oùil résulte que pendant la plus grande partie du séjour de l’enfant dans le sein de sa mère, c’est le ventricule gauche qui usse le sang aux parties supér ieures, tandis que les partiesinférieures reçoivent le leur par l’impulsion du ventricule droit. Or, comme les parois du premier sont manifestement beaucoup plus épaisses que celles du second ; et que d’autre part le cœur est plus loin des parties inférieures, que des supérieures, celles- SYSTÈME VASCULAIRE ci reçoivent une impulsion plus considérable que les autres. De là peut-être une source nouvelle de la dif- férence des deux moitiés du corps; de là la nutrition plus active de celle d’en haut ; de là le degré d’énergie vitale, qu’elle conserve long-temps après la naissan- ce, et qui la rend susceptible, à la tête surtout, de beaucoup plus d’affections, que la moitié inférieure. Plus or» se rapproche de la naissance, plus l’artère pulmonaire envoie de sang dans le poumon, et moins il en passe par le canal artériel. Car, comme je l’ai dit, ce n’est que d’une manière graduée que la tota- lité de ce fluide, contenue dans le corps, parvient enfin à l’époque de la naissance à traverser le pou- mon. Quoique auparavant il n’y subisse aucune al- tération, il n’y circule pas moins, sans doute pour l'habituer au passage qui doit avoir lieu constam- ment après la naissance. La quantité de fluide est donc en raison directe de l’âge dans l’artère pulmo- naire, et inverse dans le canal artériel. Cette disposition en nécessite évidemment une cor- respondante dans le trou botal : en effet, si à mesure que le canal artériel se rétrécit, celui-ci ne diminuoit pas aussi, tout le sangfiniroit par s’accumuler dans les parties supérieures. Car, au lieu de passer de celles- ci aux inférieures, il leur reviendroit tout entier par roreillette gauche et le ventricule du même côté. A mesure que le canal se rétrécit, le trou botal dimi- nuant aussi, le sang de la veine cave inférieure , qui n’y peut plus passer en entier , commence à se mêler avec celui de la supérieure, à entrer dans l’oreillette, puis dans le ventricule droits, ensuite à revenir par le poumon dans l'oreillette et le ventricule gauches, et dans l’artère aorte. Qu’arrive-t-il de là? que cette ar- tère commence à recevoir du ventricule gauche, une quantité de sang beaucoup plus grande qu’il n’en peut passer dans les carotides et les souclavières : une partie de celui qui y arrive reflue donc dans son tronc descendant, et va aux parties inférieures. D après ce que nous venons de dire , les deux portions du sang du fœtus sont presque exactement isolées dans les premiers mois; tout ce qui vient de la veine cave inférieure passe par l’aorte ascendante ; tout ce qui vient de la veine cave supérieure se jette dans la descendante , les poumons ne recevant pres- que du sang que par les artères bronchiques pour leur nutrition. Mais à mesure qu’on avance vers la nais- sance , ces deux portions du sang commencent à se mêler, et la circulation prend un mécanisme moyen entre celui de l’adulte et celui des premiers mois. A la naissance même, le trou botal et le canal arté- riel se trouvant très-rétrécis, la circulation se fait déjà presque dans le sein de la mère comme elle devra se faire toujours; toute la différence est que le fluide est de même nature, parce que la respira- tion n’a pas lieu. Le changement subit de la circula- tion, à la naissance, porte spécialement sur l’intro- duction du sang rouge dans l’économie. Quant aux phénomènes mécaniques , ils ont été graduellement amenés par le rétrécissement graduel des deux ou- vertures de communication. Le sang a cessé peu à peu de se mouvoir des capillaires inférieurs aux su- périeurs: il s’est habitué à se porter des uns et des autres à ceux des poumons, et réciproquement. C’est mal concevoir les phénomènes circulatoires , A SANG ROUGE. 352 SYSTÈME VASCULAIRE que de supposer leur changement subit à la naissance.’ Il suffit d’examiner le trou botal et le canal artériel aux différentes époques de la grossesse, pour voir qu’ils se rétrécissent successivement, que par con- séquent ces phénomènes sont successifs; en sorte que si le fœtus séjournoit long-temps au-delà du terme, dans la matrice, et que le rétrécissement continuât dans le trou botal et le canal artériel, le sang circu- leroit, comme dans l’adulte , uniquement du sys- tème capillaire pulmonaire, au général, et récipro- quement. La différence seule seroit dans l’unifor- mité de sa couleur, parce qu’il passeroit dans le pre- mier système sans y éprouver le contact de l’air. Je ne dis pas que l’abord de l’air n’appelle subite- ment aux poumons le reste de sang qui passoit par le canal artériel ; mais certainement cette espèce de dérivation subite n’a lieu que pour une partie du sang de l’artère pulmonaire; une partie passoit déjà parle poumon avant la naissance, quoique les cel- lules de celui-ci fussent vides. En général, il y a un rapport constant entre la quantité de sang que le ventricule droit envoie dans le poumon, et celui que le gauche pousse dans les parties inférieures. Plus le premier augmente, plus le second est aussi abondant ; ce dernier est visible- ment l’excédant de celui qui pénètre dans les parties supérieures. Ges trois choses, i°. la quantité du sang de la veine cave inférieure qui se mêle à celui de la supérieure, et passe avec lui dans l’oreillette droite; 2°. cellequi du ventricule droit traverse les poumons et revient dans l’oreillette gauche; 3°. celle qui du ventricule gauche se porte dans l’aorte descendante, A SANG ROUGE* Vont toujours en croissant à mesure que le fœtus* avance vers l’époque de l'accouchement. L’artère aorte descendauten’éprouve par ces varia- tions aucun changent nt dans son calibre: en effet, qu’elle reçoive le sang du canal artériel au-dessous de l’origine carotides et des souclavières, ou que ce fluide lui vienne directement du ventricule gauche par sa crosse, c e>t la même chose pour elle5 ses parois vont toujours croissant d’une manière uni- forme ; toui dépend -lu rétrécissement successif du canal artériel et du trou botal» Tout le système vasculaire est, en général, re- marquable chez le fœtus par son grand développe- ment. Les artères à proportion sont plus grosses , ce qui correspond au volume du cœur, qui est très- développé à cet âge ; c’est à peu près comme les nerfs par rapport au cerveau. Cependant le développement des artères n’est pas, comme celui des nerfs, à peu près uniforme par-tout. Ces vaisseaux suivent en général le même ordre que les parties auxquelles ils se distribuent. Ainsi,dans les parties supérieures, ies artères cérébrales sont beau- coupplus prononcées que les faciales ; parmi celles-ci l’ophtalmique l’est plus que les nasales, que les pa- latines, etc. Dans la poitrine, les artères thymiques sont beaucoup plus grosses à proportion que par la suite. Dans 1 abdomen , tous les viscères gastriques étant très - prononcés , il y a des arteres déjà très- grosses ; les surrénales le sont beaucoup plus à pro- portion que chez l’adulte. Dans le bassin, au con- traire, le système artériel est très-rétréci, parce que les viscères ont peu de volume, que leur nutrition 354 SYSTÈME VASCULAIRE est presque oubliée. Dans les membres inférieurs,* les artères sont un peu plus rétrécies proportionnelle- ment que dans les supérieurs , surtout dans les pre- miers temps; car, vers l’époque de la naissance, la proportion est à peu près égale. Le tissu artériel est infiniment plus souple chez le fœtus que chez l’adulte; il céderoit plus facilement aux extensions ; les ligatures appliquées sur les ar- tères le rompent moins facilement. Les anévrismes sont extrêmement rares chez les enfans. Beaucoup de petites artères serpentent dans les parois des grosses, chez le fœtus; celles-ci en sont souvent comme livides: pour les bien observer, il faut même, comme je l’ai dit, les examiner à cet âge. Cette abondance de vaisseaux dispose-t-elle les ar- tères , dans le premier âge aux inflammations qui y sont si rares dans les âges suivans? Je n’ai jamais observé cette altération. Dans les premiers temps du fœtus, les lames et les fibres artérielles sont peu distinctes ; on diroit que la paroi de l’artère est homogène. Mais cepen- dant elle a beaucoup plus de consistance que la plu- partdes tissus environnans ; cette consistance répond à celle du cœur. Destinées à distribuer par-tout la ma- tière nutritive , les artères dévoient nécessairement précéder les autres organes dans leur nutrition. Cet accroissement précoce, et toujours concomitant de celui du coeur, prouveroit seul que les artères ne font que se développer, et que le cœur ne les creuse point, comme l’a dit Haller, dans l’intérieur de nos parties, par la force de son impulsion. D’ailleurs, cette ma- nière mécanique de concevoir leur formation est ma- A SAÎÎG ROUGE» 355 nifestement contraire aux lois connues de l’e'conomie animale. § II. État du Système 'vasculaire à sang rouge pendant laccroissement* Au moment de la naissance, il arrive deux grandes révolutions dans le système à sang rouge: i°. une mécanique, pour ainsi dire, dans les phénomènes du cours du sang; 2°. une chimique dans la nature de ce fluide. La révolution mécanique dépend de la cessation absolue du passage du sang à travers le trou botal, le canal artériel, les artères et la veine om- bilicales. La révolution chimique dépend de la forma- tion du sang rouge : je vais d’abord examiner cette dernière. Le fœtus trouve dans ce qui l’entoure en naissant des causes d’une vive excitation ; sa surface cutanée, toutes les origines des muqueuses, sont fortement stimulées. Les sensations qu’elles éprouvent sont même douloureuses, parce que la différence est très- grande entre les eaux de l amnios et les corps avec lesquels le fœtus se trouve en contact à la naissance, et que tout passage trop brusque dans les sensations est pénible. L’habitude use bientôt ce sentiment : mais il n’est pas moins réel à la naissance, t on peut dire à cet égard que ce moment est aussi pénible pour l’enfant que pour la mère. Or, comme toute sensation vive est en général accompagnée de grands mouve- mens, une agitation générale succède à l’impression que le fœtus ressent au dehors; tous ses muscles se meuvent, les intercostaux et le diaphragme comme SYSTÈME VASCULAIRE les autres. L’air qui déjà remplissent la bouche et la trachée-artère, se précipite alors dans les poumons > y colore le sang en rouge, puis en est chassé et y rentre alternativement jusqu’à la mort. La première inspiration est donc, sous ce premier point de vue, un phénomène analogue à tous les mouvemens que le changement d’excitation extérieure détermine tout à coup à la naissance dans les muscles volontaires du fœtus. Cependant le mouvement respiratoire est trop im- portant à la vie, puisqu’il commence un nouveau mode de rapport entre les organes, pour dépendre exclusivement de cette cause. Je présume qu’un prin- cipe inconnu, une espèce d instinct, sollicite aussi le fœtus, à l’instant de la naissance, de contracter les intercostaux et le diaphragme. Cet instinct que je ne comtois point, dont je ne puis donner la moindre idée, est le même qui fait qu’en sortant du sein de sa mère, l’enfant meut ses lèvres en gouttière, comme pour teter. Certainement on ne peut pas dire que ce mouvement soit un effet des impressions extérieures très-vives qu’il ressent: ces impressions déterminent des agitations, des mouvemens irréguliers, comme pour se débarrasser de ces impressions , et non un mouvement uniforme évidemment dirigé vers un but déterminé. Si nous examinions tous les animaux en particulier à 1 instant de leur naissance, nous verrions chacun exécuter desmouvemens particuliers, dirigés par 1 instinct de chacun. Les petits quadrupèdes cher- chent la mamelle de leur mère, les gallinacées le grain qui doit les nourrir ; les petits oiseaux carnivores ouvrent tout de suite leur bec, comme pour recevoir A SANG ROUGE. la proie que leur apporte par la suite leur mère dans le nid, etc. En général, il est essentiel de bien distinguer les mouvemens qui, à linstant de la naissance, dé- pendent des excitations nouvelles que reçoit le corps du foetus, d’avec ceux qui sont le résultat d’une es- pèc'e d’instinct, d’une cause que nous ignorons. Je crois que le mouvement respiratoire appartient en même temps aux deux causes, et plus spécialement peut-être à la dernière. Je passe aux révolutions mécaniques du cours du sang. A l’instant où le poumon change en rouge le sang noir qui y aborde par les artères pulmonaires, il appelle pour ainsi dire tout celui qui passoit encore par le canal artériel; celui-ci cesse de rien trans- mettre à l’aorte, quoique cependant il reste encore souvent plus ou moins dilaté; car à la naissance il n’est presque jamais entièrement oblitéré:j’observe même que son rétrécissement varie singulièrement à cette époque. Comment le sang cesse-t-il donc d’y couler?Comme les alimens ne s’introduisent pas dans le conduit cholédoque, dans les lactés, ou le pancréa- tique, quoiqu’ils passent à leurs orifices, sans doute parce que le mode de sensibilité de ce canal repousse le nouveau sang veineux du fœtus, qui 11e vient plus du placenta, parce que celui que le poumon a rougi refuse de se mêler à lui. Certainement on ne peut donner aucune raison mécanique de ce défaut de passage, qui est très-réel cependant, et qui tient évidemment aux lois vitales. D’ailleurs le mouve- ment dont le poumon devient le siège, la dilatation, et sur toutrexcitation nouvelle qu’y apporte l’air èxté- 358 SYSTEME VASCULAIRE rieur, en activant beaucoup la circulation capillaire, facilitent celle des deux troncs pulmonaires, et font que le sang tend plutôt à y passer que par le canal arté- riel : c’est sous ce rapport que j’ai dit que le poumon appelle le sang de l’artère pulmonaire. Est-ce que 1 ir- ritation vive dont certaines tumeurs sont le siège n’y appelle pas plus de ce fluide? IN’est-ce pas pour cela que les artères de ces tumeurs se dilatent, qu’elles prennent un calihre double, triple même? Eh bien! ce qui arrive dans ces tumeurs d’une manière gra- duée, survient tout à coup pour le sang qui passoit encore par le canal artériel à la naissance, et qui étoit très-diminué, comme je l’ai dit, par le rétrécisse- ment successif de ce canal. Par là même que tout le sang de l’artère pulmo- naire traverse le poumon, le trou botal se ferme : en effet, ce trou est tellement disposé à la nais- sance, que ses valvules se sont rapprochées au point de se dépasser, de se croiser pour ainsi dire; en sorte que quand elles sont appuyées l’une contre l’autre , la communication des oreillettes est vraiment fermée.. Or, le sang rouge entrant dans l’oreillette gauche par les veines pulmonaires, pousse la valvule du trou botal correspondant à cette oreillette, contre l’autre, s’oppose par conséquent au sang de la veine cave in- férieure , qui tend à y entrer. Celui-ci reflue dans l’oreillette droite. Or,quand celle-ci se contracte pour chasser le sang dans son ventricule, loin de le faire aussi passer dans le trou botal, elle applique néces- sairement les deux valvules l’une contre l’autre, et les oblitère. En examinant avec soin l étal du cœur du fœtus, il est évident que lorsque le sang entre dans A SANG ROUGE. l’oreillette gauche par les veines pulmonaires, dans la droite par les veines caves , et cjue les valvules se sont croisées, il est impossible que le sang y passe, ni dans la contraction, ni dans la dilatation. Quoique le trou botal soit encore ouvert à la nais- sance, le sang noir cesse donc de le traverser ; je dis plus : souvent ce trou reste libre pendant toute la vie. Plusieurs auteurs en rapportent des exemples. J’en ai vu un grand nombre, quoique cette assertion paroisse exagérée au premier coup d’œil. Eh bien! il estimpos- sible , par la disposition de ses deux valvules, que le sang le traverse. Quand les deux oreillettes se con- tractent en même temps, le sang qui est pressé par elles de dehors en dedans, les applique l’une contre l’autre , et se forme à lui-même un obstacle. Dans le plus grand nombre de cas, l’adhérence des deux val- vules croisées est extrêmementfoible relies sont plutôt collées que continues ; en sorte qu’en enfonçant entre elles le manche d’un scalpel, elles s’écartent facile- ment, et à peine trouve-t-on des traces de rupture. Si elles étoient disposées de telle manière que le sang put s’insinuer entre elles, il les auroit bientôt sépa- rées, et la communication se rétabliroit. Que les au- teurs cessent donc d’imaginer des explications pour savoir comment on peut vivre, le trou botal étant ouvert : c’est absolument comme s’il ne l’étoit pas; il n’y passe pas davantage de sang. L’oblitération du trou botal, la cessation du pas- sage du sang à travers son ouverture, sont, comme on le voit, des phénomènes jusqu’à un certain point mécaniques. Les lois vitales jouent aussi sans doute leur rôle dans cette occasion. Qui sait si la sensibilité de l’oreillette gauche, stimulée et modifiée nouvelle* ment par le sang rouge, ne repousse pas le noir qui ten- doit àj pénétrer par le trou botal? Chaque jour, dans l’économie , nous voyons les fluides passera côté des ouvertures sans s’y introduire, quoique celles-ci soient béantes, par la seule raison que leur sensibi- lité n’est pas en rapport avec ces fluides. Pourquoi la trachée repousse-t-elle convulsivement tous les flui- des elles solides? pourquoi l’air y a-t-il seié accès? Pourquoi le sang n’entre-t-il pas dans le canal Ciora- chique, qui souvent est garni, comme je l’ai observé, d’une valvule insuffisante pour s opposer au passage, qui en manque même quelquefois? Pourquoi l’urè- tre repousse-t-il l’urine dans l’éréthisme du coït? C’est un défaut de tous les auteurs de ne chercher que des causes mécaniques à tous les phénomènes circulatoires. Sans dou»e le cours du sang est un phénomène mécanique; mais les lois qui président à ce cours sont vitales; c’est comme un os qui se meut par la contraction musculaire : l’effet est le mécanisme du levier; la cause est vitale. Le sang cessant de traverser le canal artériel, celui- ci se resserre promptement en vertu de sa contrac- tilité de tissu; il devient une espèce de ligament qui fixe, jusqu’à un certain point, l’artère aorte et la pul- monaire, dans leur position respective. Quant à l’obli- tération du trou botal, ce n’est point cette propriété qui y préside; cette oblitération ne se fait point par un resserrement, mais par une véritable agglutination des deux valvules entre lesquelles il est obliquement situé à la naissance. Cette agglutination paroît être un effet de la pression qu’exerce en sens opposé, sur SYSTEME VASCULAIRE A S À W G ROUGI. 361 la cloison moyenne des oreillettes , le s?ng que cha- cune contient. En effet, leurs fibres sont tellement disposées,qu’elles se contractentde dehors en dedans: or, en se contractant ainsi, elles pressent de chaque côté le sang contre la cloison, et par conséquent les deux valvules l’une contre l’autre. Or, cette aggluti- nation peut quelquefois ne pas avoir lieu, tandis que, la contractilité de tissu nemanquant jamais de s’exer- cer quand les parties qu’elle anime cessent d’être distendues, le canal artériel est constamment oblitéré. En même temps que le canal artériel et le trou botal cessent de transmettre le sang à la naissance, ce fluide s’interrompt dans l’artère et la veine ombi- licales. Pourquoi le sang cesse-t-il de couler par cette artère, quoique le diamètre soitencore très-élargi à la naissance ? La cause principale meparoît en être la nature du sang rouge, qui n’est plus en rapport avec la sensibilité de cette artère. Une preuve, c’est que si, quelque temps après avoir respiré, le fœtus cesse de le faire, que le sang redevienne noir par conséquent, les artères ombilicales recommencent à battre; et si on lâche la ligature , elles versent beau- coup de sang. Le cit, Baudelocque a fait plusieurs fois cette observation. En général, dès que la respiration est bien établie, le sang cesse de couler par l’artère ombilicale, et sous ce rapport la ligature du cordon est alors inu- tile. Au contraire, tant que cette fonction se fait ma!, il y a à craindre l’hémorragie de cette artère. J’avoue cependant qu’il pourroit bien y avoir d’autres causes de cette interruption du passage du sang rouge, Ces 362 SYSTÈME VASCULAIRE quatre choses, i°. cessation de l’abord du sang dans la veine ombilicale ; 2°. interruption du passage de celui de la veine cave inférieure par le trou botal, 3°. de celui de l’artère pulmonaire parle canal artériel j 4°. de celui de l’aorte descendante par l’artère ombili- cale, ces quatre choses, dis-je, les trois dernières sur- tout paroissent tenir à une cause que nous ne péné- trons pas bien encore. Le changement du rapport de sensibilité organique avec la nature du sang n’est peut-être qu’accessoire, puisque, comme je l’ai ob- servé, c’est moins cette propriété que l’action du cœur elle-même, qui est la cause de la circulation dans les troncs. Cet objet mérite l’examen le plus sérieux de la part des physiologistes. Une fois que la respiration est bien établie, le poumon se trouve en opposition avec tout le corps ; il envoie le sang à toutes les parties, et toutes les par- ties le lui renvoient. Alors la limite est rigoureuse- ment fixée entre le système à sang noir et celui à sang rouge , et les choses se passent comme nous l’avons dit précédemment. Au-delà de la naissance, le système vasculaire à sang rouge prédomine encore long-temps par son développement plus considérable, et par le nombre plus grand de ses rameaux. En effet, il y en a beau- coup plus alors où le sang rouge pénètre, qu’il n’y en aura par la suite. Il suffit de disséquer les animaux vivans aux différens âges, pour se convaincre de la quantité beaucoup plus grande de sang que contient, chez les enfans, le système qui nous occupe ; en sorte que, comme jel’ai dit ailleurs, lesdeux âges opposés de lavie présentent une disposition inverse sous Le rap* A SANG ROUGE. 363 port des fluides et des solides. Les premiers sont d’au- tant plus abondans, qu’on approche plus de l’instant de la conception. Les seconds prédominent toujours davantage , à mesure qu’on avance vers le dernier âge. La prédominance du système à sang rouge reste marquée jusqu’à la fin de l’accroissement. On conçoit la nécessité de cette prédominance pour distribuer à toutes les parties les matériaux de leur nutrition et de leur croissance : en effet, dans l’adulte les artères ne contie nnent que ce qui est destiné à la première ; dans l’enfant elles contiennent de plus ce qui est néces- saire à la seconde. De là un calibre nécessairement plus considérable proportionnellement, que par la suite, dans les tubes artériels pour renfermer plus de fluides. C’est en effet ce que les injections démontrent, et sous ce rapport les petits sujets ne sont pas moins favorables à l’élude des artères qu’à celle des nerls. Ces vaisseaux y sont plus saillans; seulement les par- ties environnantes étant moins développées, on ne voit pas aussi bien les connexions. A mesure que l’enfant avance en âge , l’equilibre s’établit peu à peu dans le système à sang rouge. A la tête les artères faciales se prononcent davantage et se mettent peu à peu au niveau des cérébrales, sous le rapport du développement. Dans la poitrine,le thymus diminuant à mesure que le poumon augmente, les ar- tères nutritives de l’un et de l’autre suivent un ordre inverse; les bronchiales se dilatent, et les thymiques se resserrent. Dans l’abdomen moins de sang arrive aux artères capsulaires; mais la plupart desautres en reçoivent autant. Le bassin et les membres inférieurs 364 SYSTÈME VASCULAIRE s’en pénètrent sourtout davantage, et leur développe- ment se prononce à proportion. § III. État du Système vasculaire à sang rouge après L’accroissement. C’est aux environs de l’époque de la puberté, que l’accroissement en longueur est en général fini. Celui de l’accroissement en épaisseur continue toujours. Les parties génitales, jusque-là oubliées, semblent être alors un foyer de vitalité, plus actif que la plupart des autres organes. La portion du système à sang rougo, qui lui appartient , se prononce donc alors davantage. Le premier effet qui en résulte, c’est la secrétion de la semence, et une impulsion générale de tout l’individu vers des goûts et des désirs nou- veaux , vers ceux relatifs à la propagation de l’espèce. Bientôt un autre phénomène en est ia suite. Comme les poumons sont liés par un lien intime, quoiqu’in- connu , avec l< s parties génitales, ils se ressentent de la prédominance de celles- ci. Leur énergie vitales’ac- croît aussi, et alors commence l’âge des affections de ce viscère. Alors telle cause qui eût, dans l'âge adulte, occasionné une affection gastrique, en détermine une pulmonaire. Ce n’est vraiment qu’a cette époque que cesse en- tièrement la prédominance des parties supérieures, de la tête spécialement. Aussi, tandis que les narines éloient chez l’enfant le siège fréquent des hémor- ragies, ces affections ont plus particulièrement leur siège dans le poumon chez !»■ jeune homme. On peut regarder l'accroissement d énergie du poumon qui arrive peu après la puberté, comme le terme de la A SANG ROUGE.’ prédominance des parties supérieures. Alors les érup- tions cutanées du crâne, la teigne, les diverses espèces de croûtes , etc, cessent d’être aussi fréquentes. Les convulsions, et toute la série des maux qui dérivent de l’extrême susceptibilité du cerveau , deviennent aussi plus rares, et semblent faire place à la liste nom- breuse des affections pulmonaires aiguës. C’est vers cette époque, c’est-à-dire, quelque temps après la fin de l’accroissement en longueur, que les maladies qu’on regarde comme le produit d'une plé- thore artérielle, commencent surtout à se manifester, c’est pour ainsi dire leur âge; cela tient à la cause suivante: comme le sang contient avant la puberté, non-seulement les matériaux de la nutrition, mais encoreceux del’accroissemeniytant que celui-ci se fait, tout est dépensé dans le système à sang rouge. Mais lorsque les parties ontcessé de croître en longueur,si ce système continueencore à recevoir les mafériauxdela croissance, il survient une vraie pléthore artérielle.En général,il est rare qu’aux environs de la fin de l’accrois* sement, il ne survienne pas quelques affect ions qui in- diquent une prédominance du sang ; ce qui cependant est soumis à l’influence du tempérament, du genre de vie mené jusque-là , de la saison, etc., et de mille autres causes qui, faisant varier les phénomènes de l’é- conomie animale, permettent rarement d’établir des principes généraux exclusifs. Aussi tout ce que nous disons sur la disposition aux diverses maladies, dans les divers âges, etc., estsujetà une foule d’exceptions. Peu à peu la prédominance des poumons se perd ; l’équilibre s’établit entre tous les organes , qui, jus- que-là, avoient chacun joué un rôle plus ou moins 366 SYSTEME VASCULAIRE marqué dans les phénomènes relatifs aux différons âges. Comme le système à sang rouge est constam- ment, dans chaque partie, en proportion de son accroissement, auquel il concourt spécialement, l’é- quilibre s’établit par là même entre les différentes parties à vingt-six ou trente ans; toutes les artères ont un volume proportionnel , analogue à celui qu’elles auront toujours par la suite. Tandis que jusque-là les unes ou les autres prédominoient, sui- vant la prédominance d’accroissement des organes auxquels elles se rendoient. Vers la quarantième année, les viscères gastriques semblent acquérir une activité vitale plus marquée; mais cette activité n’influence point sur le volume des artères qui se distribuent à ces viscères. Quoique l’accroissement en longueur soit fini aux 'environs de la seizième ou dix-septième année , ce- lui en épaisseur continue toujours; en sorte que les viscères intérieurs grossissent encore, et que leurs ar- tères s’élargissent par conséquent jusqu’à ce que ce dernier accroissement soit fini. Ce phénomène m’a constamment frappé, en comparant les artères in- jectées dans les sujets de seize à vingt ans, et dans ceux au-delà de trente-six ou quarante. Dans les derniers, elles sont constamment plus grosses. C’est même cette différence qui m’a fait naître la pre- mière idée de distinguer Paccroissement, en celui en longueur, et en celui en épaisseur. Car le dévelop- pement des artères est l’indice constant de l’état où se trouve l’accroissement dans les organes. L’époque de la cessation d’accroissement en épaisseur est donc remarquable, i°. par la cessation de l’augmentation A SANG ROUGE. du calibre des artères ; 2°. par l’équilibre général qui s’établit dans leur développement. A mesure que les artères croissent dans les années qui succèdent à la fin de l’accroissement, elles augmen- tent en densité et en épaisseur. Leurs fibres devien- nent de plus en plus prononcées, leur élasticité aug- mente, leur souplesse diminue : voilà pourquoi l’âge adulte est celui des anévrismes. Remarquez que la densité des artères suit, dans ses augmentations, la même proportion que les fibres charnues du cœur; en sorte que, plus celui-ci est susceptible de pousser le sang avec force , plus les artères sont susceptibles d’y résister. § IY. État du Système vasculaire à sang rouge pendant la vieillesse Dans les dernières années, le système à sang rouge est remarquable par les phénomènes suivans. Le nombre des ramuscules artériels diminue beau- coup. A mesure que le cœur perd de son énergie, il pousse moins de sang avec moins de force. La vibra- tion générale qu’il détermine dans tout l’arbre arté- riel, est moins ressentie aux extrémités de eet arbre* Les petits vaisseaux qui forment ces extrémités re- viennent peu à peu sur eux-mêmes, s'oblitèrent et se transforment en autant de petits ligamens. Voila pourquoi, quand on sépare le périoste de l’os, la dure-mère de la surface interne du crâne, peu de gouttelettes sanguines s’échappent; pourquoi la peau, racornie, endurcie pour ainsi dire, ne présente plus cette teinte rosée des âges précédens , de la jeunesse surtout; pourquoi la section des os ne fournit près- SYSTÈME VASCULAIRE que plus de sang, tandis qu’il étoit si abondant chez le fœtus; pourquoi les surfaces muqueuses pâlissent, les muscles deviennent ternes, etc. Tous les anato- mistes savent que lesinjections réussissent d’autant moins, que les sujets sont plus avances en âge; que dans la dernière vieillesse les troncs seuls se rem- plissent; que les fluides ne pénètrent jamais dans les ramuscules ; que les petits sujets présentent une dis- position contraire; que les injections, même gros- sières , pénètrent souvent alors tellement les ramus- cules, que cela devient embarrassant pour la dissec- tion. J’ai disséqué plusieurs animaux vivans, dans le dernier âge; or c’est un phénomène remarquable, que le peu de sang que les petits vaisseaux contien- nent, en compfU’aison de ce qu’on observe sur les jeunes animaftÉf La proposition générale que j’ai savoir, que les solides vont toujours en pré- dominant, est de toute vérité. Cette oblitération des petits vaisseaux est remarquable même sur les pa- rois des grosses artères : on l’observe sur le cada- vre : je l’ai vue sur le vivant. La moindre quantité de sang rouge qui se trouve proportionnellement chez le vieillard, est relative surtout à l’état de sa nutrition, qui est presque nulle lorsqu’on la compare à celle de l’enfant. Re- marquez aussi que, jointe à la foiblesse du mouve- ment qui anime le sang, elle est une cause du peu d’excitation où se trouvent toutes les parties chez le vieillard. En effet, l’usage de la circulation n’est pas seulement de porter dans les diverses parties les ma- tériaux des secrétions, des exhalations, de la nutri- tion, etc.; nous verrons qu’il les entretient encore h SANG ROUGE.’ dans une excitation habituelle par le choc qu’il leur imprime en y abordant, choc dont le principe est évidemment dans le cœur. Or , ce choc est en raison composée, i°. de la quantité de fluide, 2°. de la force avec laquelle il est poussé. Sous ce double rapport, l’excitation doit toujours aller en diminuant à me- sure qu’on avance en âge. Aussi remarquez que toutes les fonctions de l’enfant, soit organiques, soit ani- males, sont caractérisées par une vivacité, par une impétuosité qui contrastent avec la lenteur et le peu d’énergie de celles des vieillards. Le tissu artériel se condense toujours davantage à mesure qu’on avance en âge. Les lames que forment les fibres de la membrane propre deviennent de plus en plussèches et arides,"si je puis me servirde ce terme. J’ai dit que la membrane interne devient le siège très-fréquent d’une espèce d’ossification particulière* qui naguère d’influence sur la circulation que quand elle siège à l’origine de l’aorte. Le calibre des artères ne se dilate point dans la vieillesse. Il n’y a guère que la crosse aortique qui éprouve presque constamment un élargissement plus ou moins considérable, lequel est toujours sans rup- ture des fibres, suppose l’extensibilité par conséquent de ces fibres , et dépend sans doute de l’impulsion habituelle et directe que le sang exerce contre la con- cavité de celte courbure. J’ai examiné souvent s’il y avoit une semblable dilatation aux endroits où les courbures sont très-marquées dans les artères , dans la carotide interne, par exemple , à son passage par le trou carotidien; je n’en ai point aperçu. Dans les derniers temps, le pouls est remar- SYSTÈME VASCULAIRE quable par son extrême lenteur ; phénomène oppose b celui de l’enfance, ou le sang se meut avec une extrême promptitude. Ces deux faits opposés sont, d’après ce que nous avons dit, étrangers pour ainsi dire aux artères. Ils indiquent presque uniquement l’état des forces du cœur, qui est l’agent d’impulsion général du sang rouge. 11 en estdemême du pouls qui se manifestedansles derniers instans de la vie. Ce n’est point un battement réel des artères; c’est une espèce d’ondulation , de mouvement oscillatoire foible, et d’au tant plus obscur, que la vie languit davantage. Or, je me suis assuré , par une expérience bien simple, que le cœur seul est l’agent de cette ondulation. Voici cette expérience: j’ai mis à découvert sur plusieurs chiens, d’une part la carotide, de l’autre le cœur par la section d’un côté de la poitrine, faite de manière à ce que l’autre côté pût encore servir à la respiration. En plaçant le doigt sur l’artère, j’observois que, tant que le cœur bat- toit par une impulsion subite, le pouls se soutenoit comme à l’ordinaire, qu’il e'toit même précipité, parce que le contact de l’air augmentoit la vitesse des contractions du cœur: mais au bout de peu de temps, cet organe cornmençoit à s’affaiblir dans ses mouve- mens, puis il se contractoit par une espèce de fré- missement général de ses fibres. Eh bien ! à mesure que l’affaiblissement des mouvemens survenoit dans le cœur, le pouls s’affoiblissoit successivement. Dès que le frémissement s’emparoit de ses fibres, le bat- tement de l’artère se changeoit en cette espèce d’on- dulation, d’oscillation foible, avant-coureur de la cessation de toute espèce de mouvemens. À S A V G ROUGE, l’observerai, dans le système des muscles de la Vie organique, que le cœur a plusieurs modes de corn- traction. Les principaux sont, i°. celui dont il jouit ordinairement, où il y a une contraction et une dila- tation qui se succèdent subitement et régulièrement ; 20. celui où ces deux mouvemens, restés dans leur mode naturel, s’enchaînent avec irrégularité, 3°. ceux où les fibres ne font qu’osciller,et par lesquels les cavités cardiaques peu rétrécies communiquent au sang moins un choc subit, qu’un frémissement général, qu’une ondulation, etc. Or, à chaque espèce de mouvemens ducœur, correspond une espèce particulièrede pouis. Il est facile de s’en assurer sur les animaux vivans. Je suis étonné que les auteurs qui ont tant dispute sur la cause de ce phénomène, n’aient pas imaginé de recourir à rexpérience pour éclaircir la question. Sans doute il y a une foule de modifications dans le pouls qu’il leur auroit été impossible de voir coïncider avec les mouvemens du cœur; mais le pools rare et fréquent, le fort et le foible , l’intermittent, l’ondu- lant, etc., se conçoivent tout de suite, en mettant le cœur à découvert et en plaçant en même temps le doigt sur une artère. On voit constamment alors, pendant les instans qui précèdent la mort, que, quelle que soit la modification de la pulsation artérielle, il y a toujours une modification analogue dans les mouvemens du cœur; ce qui ne seroit pas certainement, si le pouls dépendoit spécialement de la contraction vitale des artères. J’ai eu occasion de faire un grand nombre de fois ces expériences, soit directement pour cet objet, soit en ayant d’autres vues; je n’ai jamais vu lemou- yement du cœur ne pas correspondre constamment à SYSTÈME VASCULAIRE à celui des artères. En général, la théorie du pouls exige, comme je l’ai dit, de nouvelles recherches; mais j’ai assez de faits sur ce point pour assurer que les va- riétés qu’il éprouve suivant les âges, comme dans les autres circonstances , dépendent presque exclusive- ment du cœur, qui produit en particulier cette espèce d’ondulation, de mouvement oscillatoire qui est in- termédiaire au battement de l’état naturel et à la cessation complète de ce battement. § Y. Développement accidentel du Système à sang rouge. Je parlerai dans les muscles organiques, du déve- loppement accidentel delà portion gauche du cœur. Quant aux artères, il ne s’en forme jamais de nou-* velles 5 mais souvent celles qui existent prennent un accroissement remarquable: ce qui dépend de deux causes, i°. d’un embarras dans le cours du sang, 2°. delà production d’une tumeur quelconque. i°. La dilatation des artères par un obstacle à la circulation , se manifeste dans la ligature des artères anévrismatiques , dans la guérison spontanée des anévrismes, phénomène dont il y a depuis quel- ques années un assez grand nombre d’exemples pu- bliés, etc. Alors, tantôt les grosses collatérales aug- mentent de volume, tantôt leur calibre reste le même, et c’est par les ramuscules que se font les communi- cations. Quand les branches se dilatent, leur épais- seur croit en proportion de leur largeur *, au moins j’ai observé deux fois ce fait, qui est analogue à celui que présente le ventricule gauche devenu anévrisma- tique. A SANG ROUGE. 2°. Toutes les tumeurs ne déterminent pas une dilatation des artères; on voit cette dilatationdans les cancers, comme dans ceux des mamelles, de la ma- trice, etc., dans les ostéo-sarcomes, les spina-ven- tosa , dans les divers fongus, etc. En général, la plu- part des tumeurs qui occasionnent de vives douleurs aux malades présentent ce phénomène. On -ciiroit même souvent que la douleur suffit dans une partie poury appeler habituellement plus de sang, et pour dilater les artères: on sait que dans la taille, quand les malades ont beaucoup souffert antécédemment, l’hémorragie est souvent plus à craindre. A la suite des longues et abondantes secrétions ou exhalations, je n’ai point observé que les artères fus- sent plus dilatées dans les glandes ou autour des or- ganes exhalans. Quelque volumineux que soient les kystes, leurs parois ne contiennent jamais d’artères proportionnées à celles qui se développent au milieu des tumeurs cancéreuses. Les cérébrales dans l’hy- drocéphale, les médiastines , les intercostales, etc. dans l’hydrothorax, les mésentériques, les lombai- res, les stomachiques , les épigastriques, etc., dans l’ascite, les spermatiques dans l’hydrocèle, les ré- nales dans le diabètes, les branches qui vont aux parotides à la suite d’une longue salivation, restent avec leur volume ordinaire, en prennent même un plus petit en quelques circonstances. Quand les artères se dilatent dans les tumeurs, leurs parois s’épaississent-elles, à proportion, comme dans le cas précédent? Je n’ai, aucune donnée sur ce point. SYSTÈME VASCULAIRE A SANG NOIR. T jf. sang rouge circule dans un système unique, dans, les branches duquel il communique par-tout. Le sang noir, au contraire, est renfermé dans deux systèmes isolés , qui n’ont rien entre eux de commun que la forme, et qui sont, i°. le système général, 20. l’ab- dominal. Le premier nous occupera d’abord ; le se-* cond fixera ensuite notre attention. Le système vasculaire général à sang noir naît comme nous le verrons, de tout le grand système capillaire, se ramasse vers le cœur en gros troncs , et se termine dans les capillaires pulmonaires. Gomme la portion du cœur qui lui appartient sera examinée par la suite, que l’artère pulmonaire, par sa mem-* brane propre, a beaucoup d’analogie avec la mem- brane propre des autres artères, les veines vont par-, ticulièrement nous occuper : mais nous envisagerons d’une manière générale, la membrane commune qui se déploie sur tout le système à sang noir. ARTICLE PREMIER. Situation , formes , division > disposition générale du Système vasculaire à Sang noir. N ous allons considérer ici les veines, comme nous ayons examiné les artères; dans leur origine, leur' SYSTEME VASCULAIRE A SANG NOIR. trajet et leur terminaison. Seulement nous les pren- drons en sens inverse, pour accommoder les idées que nous nous en formerons, au cours du sang qui coule dans leurs conduits. § Ier. Origine des Veines» Cette origine a lieu dans le système capillaire gé- néra!. J’indiquerai, dans ce système, comment elles se continuent avec les artères. Je remarque seulement ici que ces vaisseaux ne naissent jamais d’aucun or- gane oii les artères ne pénètrent pas, comme des ten- dons, des cartilages, des cheveux, etc.; ce qui prouve manifestement que le sang ne sauroit se former dans le système capillaire général : il y laisse les principes qui le rendoient rouge,y en puise peut-être de nouveaux; il y est modifié en un mot, mais jamais créé. Il n’est pas aussi facile de bien distinguer les veines à leur sortie de ce syst ème, que les dernières artères à leur entrée dans le même système, parce que les valvules empêchent aux injections de pénétrer jus- que-là. C’est dans les sujets péris asphyxiés, apoplec- tiques, etc., qu’on peut le mieux observer les ra- muscules veineuses. On voit alors qu’elles se parta- gent bientôt en deux ordres : les unes accompagnent les dernières artères, les autres en sont distinctes. Dans le plus grand nombre d’organes, il sort des racines veineuses aux mêmes endroits que les artères y entrent. Il y a cependant quelques exceptionsà cette règle. Au cerveau, par exemple, les artères entrent en bas,etles veines sortent en haut. Au foie, les unes pénètrent en bas, et les autres s’échappent en ar- rière i etc. Cette circonstance est? en général ? indif- SYSTEME VASCULAIRE férente à la circulation , qui se fait de même, quel que soit le rapport des artères avec les veines. Dans les endroits où les ve'nules sortent en même temps que les artérioles entrent, tantôt plus ou moins de tissu cellulaire sert de moyen d’union aux petits vaisseaux qui sont juxta-posés, tantôt plus ou moins d’espace les sépare, comme dans les muscles , les nerfs, etc. Outre les origines veineuses correspondantes aux terminaisons artérielles, il y a un ordre de veines qui se sépare des artères à la sortie du système capillaire général. Cet ordre est surtout remarquable à l’exté- rieur du corps. On voit tous les organes qui s’y trou- vent, fournir, i°. des veines qui se portent à l’in- térieur pour accompagner les artères; 2°. d’autres qui se dirigent à l’extérieur pour devenir soucuta- nées, et former des troncs dont nous allons bientôt parler. Dans plusieurs organes intérieurs, la même division veineuse se fait observer. 11 résulte de cette disposition générale, qu’il part du système capillaire beaucoup plus de veines qu’il n’y entre d’artères. C’est là le principe de la dis- proportion de capacité existant entre le système à sang rouge et celui à sang noir, disproportion dont nous allons bientôt parler. Les veines communiquent fréquemment entre elles à leur origine. On voit une foule d’aréoles qui résul- tent de leur entrelacement, dans les endroits où elles sont susceptibles d’être aperçues, comme sous les surfaces séreuses, etc. § II. Trajet des Veines. Sorties, comme nous venons de le dire, du sys- A SANG ROUGE. tème capillaire général, les veines se comportent dif- féremment. i°. Aux membres et dans les organes ex- térieurs du tronc, elles continuent à former deux plans, l’un intérieur, qui accompagne les artères, l’autre extérieur , qui estsoucutané. 20. Dans les or- ganes intérieurs on fait souvent une semblable ob- servation : ainsi il y a les veines superficielles du rein, et les profondes , compagnes des artères; mais sou- vent toutes les veines se réunissent à celles qui sui- vent ainsi l’artère. La portion cutanée des veines est très-remarquable aux membres, où elle offre des branches considéra- bles, savoir, les saphènes pour les inférieurs, la cé- phalique, la basilique et leurs nombreuses divisions pour les supérieurs. Dans le tronc et à la tête, on ne remarque point d’aussi grosses branches soucuîanées, excepté au cou où se voit la jugulaire externe: mais il y a un nombre de branches plus petites propor- tionné aux rameaux qui viennent s’y rendre. L’habitudeextérieure est donc remarquable par la prédominance des troncs à sang noir sur ceux à sa’ng rouge. Souvent ces troncs se dessinent à travers les te'gumens, sur lesquels ils ressortent d’autant plus, que ceux-ci sont plus blanc et plus fins; ils sont du reste étrangers à la teinte qui les colore, laquelle ne dépend que du sangeontenu dans le système capillaire. Dans l’intérieur du corps, les veines accompagnent presque par-toutles artères: elles suivent lamêmedisr tribution; en sorte qu’on ne les décrit pas communé- ment, parce que le trajet des artères sulfil pour se re- présenter le leur. Ordinairement un espace celluleux commun loge et les troncs des deux sortes de vais- SYSTEME VASCULAIRE seaux, et ceux des nerfs. Quelquefois cependant les veines sont isolées, comme l’est, par exemple , l'a- zygos, qui n’a point de tronc artériel correspondant, et qui pour cela exige dans l’anatomie descriptive , comme les superficielles du tronc et des membres, un examen spécial et une dissection exacte pour s’en former l’image. Les veines profondes ont un calibre beaucoup plus considérable que celui des artères : le plus souvent aussi elles sont plus nombreuses, comme dans les membres, où chaque artère est presque toujours ac- compagnée de deux veines. § III. Proportion de capacité entre les deucc Systèmes à sang noir et à sang rouge. D’après l’observation que je viens de faire sur l’o- rigine et le trajet des veines, il est évident que leur somme totale a une capacité bien supérieure à celle des artères. Cette assertion est facile à vérifier en dé- tail, par-tout où il j a une artère et une veine réunies, comme aux reins, à la rate ,dans les membres, etc., là où les artères sont séparées des veines, comme au cerveau, au foie, etc., cela n’est pas moins sensible. Enfin , il y a, comme je viens de le dire, une divi- sion soucutanée des veines , laquelle est évidemment de plus que les artères. Plusieurs physiologistes ont cherché à calculer le rapport de capacité des deux systèmes à sang rouge et à sang noir ; mais ce rapport est évidemment trop variable pour pouvoir jamais être l’objet d’aucun cal- cul. En effet, est-ce sur le cadavre que vous pren- drez yos mesures? Mais, suivant le genre de kÜou A S AîTG‘ROÜ(î E. qui a terminé la vie, les veines sont plus ou moins dilatées j elles ont dans l’apoplexie, l'asphyxie, la submersion, etc., un diamètre presque double de celui qu’elles présentent quand le sujet est péri d’hémor- ragie, parce que le premier genre de mort accumule beaucoup de sang dans les veines, et que le second les en prive. Il dépend de nous de donner plus ou moins de capacité aux veines d’un animal, suivant la manière dont on le fait périr ; comme par là même il dépend de nous d’agrandir ou de rétrécir les cavités droites du cœur, en employant le même moyen. Je défie que vous trouviez les veines exactement égales, surdeux sujets,quelque uniformitéqu’ily aitentr’eux sous le rapport de la stature, de l’âge, etc. Est-ce sur un animal vivant que vous prendrez vos mesures? Mais, outre que cela est très-difficile, vous n’aurez- pas encore un résultat uniformément applicable, parce que les veines varient en diamètre suivant qu’elles sont plus ou moins pleines. Voyez ces vais- seaux sur les sujets où ils se laissent voir à travers la transparence des légumens; ils sont tantôt plus, tantôt moins apparens ; leur volume paroît quelquefois dou- blé , d’autres fois à peine le distingue-t-on. Cer- tainement, après une boisson abondante où le sang noir a reçu une grande augmentation de fluide, il dilate davantage ses vaisseaux que dans l’état opposé* Les veines sont remarquables, dans la mort de faim, par leur rétrécissement. J’ai observé souvent dans les hydropisies , la phthisie , le marasme, etc., le même phénomène. En général, toutes les fois que la masse du sang est diminuée, les veines se resserrent par leur contractilité de tissu. Les artères sont infi- SYSTEME VASCULAIRE niaient moins sujettes qu’elles, à cause de leur tissu ferme et serré, à des variations de diamètre, quoique cependant elles en présentent beaucoup. Rejetons donc toute espèce de calculs sur les pro- portions de capacité des canaux organisés. On ne cal- cule que ce qui est fixe et invariable; mais ce qui varie à chaque instant ne peut être que l’objet d’une asser- tion générale. Que nous jmportent d’ailleurs les pro- portions rigoureuses que tant de médecins ont cher- ché à établir entre nos parties? elles sont nulles pour l’explication des phénomènes de la santé et des ma- ladies. Contentons-nous donc de cette assertion géné- rale , que la capacité veineuse surpasse l’artérielle. On peut donc dire que dans un temps donné, il y a plus de sang dans les unes que dans les autres. . Même observation en général pour les deux côtés du cœur, dont l’un fait système avec les veipes, l’autre avec les artères. Le droit a communément plus de capacité que le gauche,non pas précisément sous le rapport du tissu charnu, mais bien sous celui du fluide qui le distend: cela est si vrai, que, si sur un animai dont la poitrine est ouverte, on fait stagner le sang dans le côté gauche par des ligatures , et que l’on vide le droit par quelques piqûres, il prendra un volume inférieur au premier. Toutes les fois qu’on le trouve beaucoup plusgros que lui sur lecadavre, abstraction faite des maladies du cœur, c’est qu’il renfermoit plus de sang que lui à l’instant de la mort: en effet, comme ce fluide s’arrête ordinairement d’abord dans le pou- mon , il reflue dans ce côté-là du cœur qui est presque toujours le plus volumineux. C’est là la grande différence des cavités inertes, ASAtfGEOUGE. 381 et de celles qui jouissent de la vie, savoir, que celles-ci peuvent à chaque instant varier dans leur capacité, tandis que les autres restent toujours les mêmes. Sur le vivant, le côté droit du cœur est aussi presque toujours supérieur en capacité au gauche, parce que la quantité de sang qu’il contient est plus abondante. Voilà donc déjà deux choses généralement vraies, savoir, i°. que le grand arbre qui termine le système à sang rouge est en général moindre en capacité, que le grand arbre qui commence le système à sang noir; 2°. que la même observation est applicable auxdeux côtés du cœur, qui correspondent à ces deux arbres. Quant à l’arbre qui termine le système à sang noir, comparé à celui qui commence le système à sang rouge, ce n’est pas tout à fait la même chose. L’ar- tère pulmonaire et les veines de même nom présentent une disproportion de capacité moindre, il est vrai, que dans les autres parties, mais qui est réelle, qui, quoi qu’en aient dit plusieurs auteurs, est à l’avantage des dernières. Comment cela se fait il? Il semble que puisque l’une fait suite aux veines, qu’elle pousse le même fluide, elle devroit avoir la même proportion de diamètre; et que, puisque les autres se continuent avec les artères, elles devroient également leur être proportionnées. Cela dépend de la différence de vitesse du sang: en effet, ce fluide circule plus vite dans l’artère pulmonaire, que dans les veines de même , puisqu’il y a l’impulsion du cœur dont ces dernières manquent : donc, dans un temps donné, il y passe en aussi grande abondance, quoique le dia- mètre de cette artère soit plus petit : que dis-je ? s’il étoit égal, la circulation nepourroitsefaire. De même SYSTEME VASCtîLÀÏBË si l’aorte égaloit en capacité les deux veines caves et les coronaires réunies, et que le sang y conservât la même vitesse, la circulation ne pourroit avoir lieu. Les veines pulmonaires sont un peu plus larges, étant réunies toutes quatre, que l’artère aorte, qui cependant transmet tout le sang qu’elle leur envoie. Pourquoi ? Parce que l’impulsion que communique le ventricule gauche fait que, dans un temps donné, il passe plus de sang par l’aorte que par les quatre veines pulmonaires. Ces deux choses, i°. vitesse du fluide, 2Q. capacité des cavités où il circule, sont donc en sens inverse dans les deux arbres opposés qui forment chaque système vasculaire. Dans celui à sang rouge, il y a vitesse moindre et capacité plus grande du système capillaire pulmonaire à l’agent d’impulsion; de celui-ci au systèmecapillaire général, il y a au contraire vitesse plus grande et moindre ca- pacité. Dans le système vasculaire à sang noir , il y a moins de vitesse et plus de capacité du système capillaire général à l’agent d’impulsion ; de celui-ci au système capillaire pulmonaire, il y a plusdevitese et moins de capacité. Sans cette doûble disposition opposée, il est évident que la circulation ne pourroit avoir lieu. Il est cependant une remarque à faire a cet égard ; c’est que la capacité des quatre veinespulmonaires réu- nies , surpasse beaucoup moins celle de l’artère aorte, que les deux veines caves et la coronaire n’excèdent par làleur artère pulmonaire; en voici la raison: comme les veines pulmonaires parcourent un tra j et très-court, d’une part l’impulsion que le sang rouge a reçue du système capillaire pulmonaire s’y conserve davan- A. S A N, G -N O I R. 383 tage; d’une autre part, ce.fluide y est soustrait à une foule de causes de retardement qu’éprouve le sang des veines caves et coronaires : dont la vitesse y est plus grande; donc la capacité doit y être moindre* Si les poumons étoient placés dans le bassin, cer- tainement les veines pulmonaires auroient plus de capacité, parce qu’ayant plus de trajet à parcourir, la vitesse du sang y seroit plus retardée. On conçoit maintenant sans peine la cause de plu- sieurs dispositions qui ont occupé beaucoup d’ana- tomistes; savoir , i°. pourquoi la sommes des artères venant de l’aorte a moins de capacité que celle des veines allant dans l’oreillette droite; 2°. pourquoi les quatre veines pulmonaires surpassent aussi en dia- mètre l’artère du même nom ; 3°. pourquoi ces quatre veines ne sont pasexactement proportionnées à l’aorte qui en est vraiment la continuation ; 4°* pourquoi les veines caves et coronaires sont si disproportionnées à l’artère pulmonaire qui en est comme la suite. S’il n’y avoit point d’agent d’impulsion dans les deux systèmes à sang rouge et à sang noir, leur ca- pacité seroit par-tout à peu près uniforme, parce que la vitesse du fluide seroit par-tout à peu près la même. C’est précisément ce qui arrive dans le système à sang noir abdominal, où la portion hépatique de la veine porte est à peu près aussi ample que sa por- tion intestinale, parce qu’il n’y a point de cœur entre elles deux. La vitesse est moindre dans les veines générales et dans les pulmonaires, parce qu’elles n’ont point à leur extrémité d’agent d’impulsion; on n’y voit qu’un système capillaire. La raison contraire explique 384 SYSTÈME VASCULAIRE la vitesse du cours du sang dans les artères générales et dans les pulmonaires. Nous avons vu dans le sys- tème précédent, que la présence d’un agent d’im- pulsion à l’origine des deux grandes artères, y né- cessite une résistance considérable de ce tissu; tan- dis que l’.absence de cet agent exige peu de résis- tance dans les veines. On conçoit donc très-bien maintenant pourquoi ces trois choses, i°. foibiesse des parois, 2°. lenteur du mouvement, 3°. grande capacité, sont l’attribut des veines du sang hoir et de celles du sang rouge ; pourquoi ces trois autres choses opposées, i°. force des parois, 2°. vitesse du mouvement, 3°. moindre capacité, caractérisent les artères de l’un et l’autre système sanguin. On conçoit aussi d’après cela pourquoi, quoique le sang rouge et le sang noir forment dans tout leur trajet une colonne continue, quoique la membrane commune ou ils se meuvent soit dans toute l’étendue du système de chacun à peu près la même, cepen- dant les organes ajoutés en dehors à cette membrane sont trës-différens. Le rapport inverse de la vitesse du mouvement avec la capacité des vaisseaux, me paroît si évident, qu’on pourroit toujours estimer à peu près d’après l’inspection d’un vaisseau la vitesse du sang qui le par- court, si une foule de causes ne faisoient pas, comme je l’ai dit, varier à T instant de la moitiés parois vas- culaires. On sait que toutes les causes qui diminuent dans les veines la vitesse du sang, augmentent leur capacité; c’est ainsi qu’on les rend saillantes par des ligatures, que la grossesse agrandit celle des parties inferieures , qu’une station long-temps continuée produit le même effet, etc. C’est à la même raison qu’il faut rapporter le phé- nomène suivant : savoir, que le rapport des artères et des veines n’est pas par-tout le même: ainsi les veines re’nales, bronchiques, thymiques, etc., sont en géné- ral moins grosses à proportion de leurs artères que les veines du cordon spermatique à proportion de l’artèredu même nom, que les veines hypogastriques à proportion de l’artère correspondante. Le sang a moins de difficulté à circuler dans les premières que dans les secondes , où il remonte contre son propre poids ; voilà pourquoi encore les veines des parties inférieures, surtout à un certain âge, surpassent davantage leurs artères en diamètre, que celles des parties supérieures n’excèdent les leurs. Ramuscules, Rameaux, Branches, Angles de réunion , etc. Les veines présentent dans leur trajet, sous le rap- port des branches, rameaux et ramuscules , une dis- position analogue à celle des artères, avec la seule différence quelle a lieu en sens inverse* Ce sont les ramuscules qui sont les plus près de l’origine ; bien- tôt ils se réunissent en rameaux, ceux-ci en bran- ches , et ces dernières en troncs. Les ramuscules et la plupart des rameaux se trou- vent dans l’intérieur des organes. Les premiers font partie intégrante de ces rùêmes organes , se trouvent entre leurs fibres, etc.; les seconds sont logés dans eurs grands intervalles, dans les glandes entre les A S A K G ÎTO 1 fi. SYSTÈME YAS CU LAIRE lobes, dans le cerveau entre les circonvolutions, dans les muscles entre les faisceaux, etc., etc. En sortant des organes, les rameaux veineux se jettent dans les branches, lesquelles affectent, comme nous l’avons vu, deux positions , l’une soucutanée, l’autre profonde. Les branches soucutanées rampent dans les membres entre l’aponévrose et la peau, dans le tronc entre celle-ci et la couche celluleuse abon- dante qui recouvre les muscles. Les branches pro- fondes sont logées dans les intervalles que les organes laissent entr’eux, en accompagnant presque par-tout les artères. Les branches cérébrales ont une disposi- tion part iculière ; elles sont logées dans les intervalles de la dure-mère , et forment avec ces intervalles ce qu’on nomme les sinus. Les branches veineuses diffèrent des artérielles, en ce qu’elles sont infiniment moins flexueuses: cela est remarquable et sous la peau et dans les intervalles des organes. C’est une raison qui empêcheroit la lo- comotion, en supposant qu’il y eût un agent d’im- pulsion à l’origine des veines, et que leurs parois fussent moins lâches. D’après cela, une suite de tubes artériels est réellement plus longue qu’une suite cor- respondante de tubes veineux : cela facilite le mou- vement du sang noir, qui a moins de trajet à parcou- rir, et qui d’ailleurs trouve des causes de retardement dans les flexuosités, qui n’en offrent point au sang rouge, parce qu’il est poussé par un fort agent d’im- pulsion , ce qui n’a point lieu pour celui-ci. Les branches veineuses se réunissent pour former un certain nombre de troncs qui s’abouchent avec ceux qui doivent immédiatement se décharger dans A S AI G NOIR» l’oreillette droite; ces troncs sont les jugulaires in- ternes, les iliaques, l’azygos, les souclavières, etc. Ils sont encore moins flexueux que les branches ; ils occupent, comme les troncs artériels , des positions profondes , loin des agens extérieurs dont une foule d’organes les garantissent, parce que leur hémorragie pourroit devenir très-funeste. Les troncs, les branches, les rameaux et les ramus- cules ne naissent point toujours nécessairement les uns des autres , comme nous venons de l’indiquer. Souvent les rameaux se jettent dans les troncs, les ramuscules dans les branches, etc., etc.; c’est comme pour les artères. Les angles de réunion varient : tantôt ils sont droits, comme dans les veines lombaires, les rénales, etc.; tantôt ils sont obtus, comme dans certaines intercos- tales; le plus communément ils sont aigus. La disposition des rameaux et des branches est aussi variable au moins dans les veines que dans les ar- tères ; ils participent 3 sous ce rapport, du caractère général d’irrégularité que présentent lesorganes de la vie intérieure. Aussi ne faut-il avoir égard qu’à la po- sition générale et à la distribution des branches, ra- meaux , etc. Il y a presque autant de différence que de sujets , par rapport à leur réunion avec les troncs et entre eux. Formes des Veines. Même observation sur les formes veineuses que sur les artérielles. i°. Un tronc, une branche, etc., sont cylindriques lorsqu’on les examine dans un trajet où ils ne re- SYSTEME VASCULAIRE çoivent aucun rameau. Sur le cadavre ils paroissent aplatis, ce qui dépend de l'affaissement des parois, affaissement qui lui-même est du à l’absence du sang. Mais en les distendant par l’air, l’eau, etc., elles reprennent leur forme primitive. Sur le vivant elles paroissent arrondies. 2°. Examinée dans une étendue un peu considé- rable , une branche veineuse paroit conique, de telle manière que la base du cône est du côté du cœur, et le sommet du côté du système capillaire général. Cette forme dépend des rameaux, qui, se réunissant succes- sivement à cette branche, augmentent sa capacité à mesure qu’elle se rapproche du cœur. 3e*. Considéré dans son ensemble, le système vei- «eux représente trois troncs : un correspond à la veine cave supérieure, l’autre à l’inférieure, le troisième à la veine coronaire ; ces trois troncs ont leur sommet à l’oreillette, et leur base dans le système capillaire gé- néral. Les anatomistes se représentent ainsi l’ensem- ble des veines, parce que la somme des divisionsy a , comme dans les artères plus de capacité que les troncs dont naissent ces divisions. Il est cependant une observation à faireà cet égard, c’est que le rapport n’est jamais aussi précis entre les troncs et leurs divisions , dans les veines, que dans les artères : ainsi la somme de certaines divisions sur- passe de beaucoup leurs troncs, tandis que ce rap- port est infiniment moindre dans d’autres cas. Mais tout cela dépend encore de l’extrême variation des parois veineuses, suivant la quantité de sang qu’elles contiennent: ainsi sur les cadavres, tantôt les branches sont très-dilatées par ce .fluide, les troncs restant les A SANG NOIR. mêmes ; tantôt un phénomène contraire s’observe, iQ. Ce dernier cas a lieu spécialement quand le pou- mon est embarrassé ; alors en effet le sang reflue dans les cavités droites du cœur, puis dans les gros troncs veineux correspondans ; ceux-ci sont alors presque égaux encapacitéauxdivisions qu’ilsfournissentj quel- quefois même iis les surpassent. 2°. Quand sur le vi- vant un membre a été long-temps situé perpendiculaii rement; quand la station a été long-temps continuée, par exemple, alors ce sont les branches qui sont plus dilatées que les troncs. Or, comme ces causes de dilatations varient à l’infini, ces dilatations sont elles- mêmes très-variables. D’après ces varie'tés dans la dilatation isole'e des branches et des troncs veineux, il est e'vident que le rapport existant entre eux est singulièrement va- riable , qu’il est subordonné au mode de la mort, aux maladies qui l’ont précédée, aux habitudes du sujet, etc. Négligeons donc sur ce point, comme sur tout autre, des calculs qui, eussent-ils quelque base solide , ne nous mèneroient à aucun résultat utile. Les injections sont un moyen aussi trompeur d’es- timer ce rapport: en effet, elles dilatent beaucoup plus les troncs que les branches, et surtout que les rameaux. La jugulaire interne injectée, par exemple, prend une capacité' presque énorme en comparaison de celle des sinus qui s’y dégorgent. Les deux veines caves, l’azygos , les souclavières , etc., se dilatent un peu moins que la jugulaire ; mais leur amplitudç est cependant très-remarquable lorsqu’on les injecte , en comparaison de celle de leurs branches injectées» 090 SYSTÈME VASCULAIRE Anastomoses. Les veines communiquent en général plus fré- quemment que les artères, i °. Dans les ramuscules il j a un véritable réseau , tant les anastomoses sont multipliées. 2°. Dans les rameaux elles deviennent plus rares. 3°. Dans les branches elles sont encore moins nombreuses; mais on en trouve cependant encore beaucoup, et c’est ce qui différencie spécia- lement ces branches d’avec les artérielles, qui sont presque toujours isolées les unes des autres. Les communications entre les branches des vei ies unissent d’abord d’une manière manifeste leur di- vision cutanée avec leur division profonde: ainsi il y a communication entre les sinus cérébraux et les veines temporales, occipitales, etc., par les émis- saires; entre la jugulaire externe et l’interne, par un et même par deux troncs considérables; entre la basilique, la céphalique et leurs nombreuses divi- sions répandues sur T avant-bras , d’une part, et la brachiale , les satellites radiales et cubitales , d’autre part, par diverses branches qui s’enfoncent dans les muscles; entre les saphènes et les crurale, tibiale, péroniène, et par des branches analogues. Quoique isolées, les deux grandes divisions veineu- ses peuvent donc évidemment se suppléer dans leurs fonctions en mêlant leur sang. Voilà pourquoi, i°. en agitant les muscles de l’avant-bras, on augmente le jet du sang de la saignée, quoique les muscles ne fournissent pas beaucoup de rameaux d’origine à la veine ouverte , qui alors reçoit spécialement le sang des veines dans lesquelles les muscles J’expri ment ; 2q. pourquoi dans les pressions extérieures qui gê- nent, empêchent même le mouvement du sang vei- neux superficiel , la circulation continue comme à l’ordinaire; pourquoi, par exemple, si on laisse une ligature long-temps appliquée sur le bras, les veines superficielles d’abord gonflées se désemplissent peu à peu, en se vidant dans les profondes; pourquoi dans nos bandages serrés de fractures ou de luxa- tions , le sang veineux revient comme à l’ordinaire au cœur, quoiqu’il passe en moindre quantité superfi- ciellement. 4°. Si on applique en haut une forte bande sur la jambe, et qu’on injecte en bas la saphène , elle lie se remplit point au- dessus de la bande , mais l'in- jection passe dans la crurale. On remplit de même la jugulaire interne par la temporale, etc. A SANG NOIR. Les anastomoses entre l’appareil veineux superfi- ciel et le profond , sont plus ne'cessaires à l’homme qu’à tous les autresanimaux, à cause de ses vêtemens, par lesquels le cou, le jarret, les bras, etc., sont sujets, suivant ceux en usage, à des e'tranglemens qui seroient bientôt funestes sans ces anastomoses. On peut dire que sur elles seules est fondée la possibilité d’une foule de modes dans les vêtemens. Elles montrent en ef- fet que ces modes sont moins funestes que certains médecins l’ont prétendu ; que le danger de l’apo- plexie par l’effet d’une cravate serrée, des varices par des jarretières peu lâches, etc., est bien moindre qu’on ne*l’a dit. Quand un seul tronc veineux est comprime', le sang passe sans gêne dans les voisins ; mais si la com- pression est commune à tous ceux d’un membre, il faut un certain temps à ce fluide pour dilater les $C) 2 SYSTÈME VASCULAIRE anastomoses. Il éprouve, avant que cette dilatation ait lieu complètement, une espèce de stase dans le sys- tème capillaire, stase qui explique la rougeur mo- mentanée de l’avant-bras des femmes dont le bras est enveloppé d’une manche trop étroite, celle de la main ou du pied quand les bandages de l’avant-bras ou de la jambe sont trop serrés. Le mode d’anastomoses veineuses est assez ana- logue à celui des artères. Tantôt les rameaux s’a- nastomosent avec les troncs, tantôt les troncs com- muniquent entre eux. Dans le dernier mode , i°. il y a simplement une branche de communication, et c’est le cas le plus commun : cela se voit entre les jugulaires, entre les veines profondes et superficielles de la cuisse , du bras , etc. 20. Deux branches s’abouchent par leurs extrémités en formant une arcade, comme les mésentériques en offrent un exemple. 3°. Quel- quefois, au lieu d’un tronc , il y a un entrelacement de rameaux qui forment un véritable plexus veineux : tel est celui qui entoure le cordon des vaisseaux sper- matiques. En général on peut établir que c’est là où il y a le plus d’obstacle au sang, que les anastomoses sont les plus nombreuses. Voilà pourquoi les veines qui en- tourent le cordon spermatique communiquent si fré- quemment ensemble, pourquoi les rameaux de la veine hypogastrique qui se répandent dans le fond du bassin , y forment un plexus tellement multiplié, que c’est un véritable réseau ou l’on ne peut distin- guer le trajet d’aucune branche déterminée, tant les communications sont nombreuses. Malgré cela, ces deux portions du système veineux sont le siège fré- quent des varices : il en est même peu qu’on trouve plus fréquemment dilatées sur le cadavre , à cause de la difficulté que le sang éprouve à y remonter contre son propre poids. A SANG NOIR. Ceci nous mène à une-considération générale sur le système veineux par rapport aux anastomoses, c’est- à-dire à montrer la nécessité que ces communications y soient plus nombreuses que dans le système artériel. En effet, si nous comparons le cours du sang noir à celui du sang rouge, nous verrons qu’une foule beau- coup plus considérable de causes sont sujettes à le modifier. Le sang noir obéit manifestement à la pesanteur dans certains cas. Pour peu qu’on ait resté de- bout , les veines se gonflent, surtout à la*suite des ma- ladies où les forces sont peu considérables : cet état de gonflement, si la jambe est inclinée, disparoît bientôt ; il augmente si elle reste perpendiculaire. 2°. Il est une foule de cas où les forces étant très- aff’oiblies, la circulation ne peut s’opérer dans sa plé- nitude que lorsque les jambes sont horizontales ou inclinées. L’influence de la position sur plusieurs tu- meurs ou ulcères qui les affectent, est une chose hors de doute. 3°. On sait que le premier effet de l’atti- tude sur la tête renversée est un étourdissement pro- duit par la difficulté du sang à remonter contre son propre poids. 4°»Les valvules sont spécialement des- tinées à s’opposer à l’effet de la gravitation. Tout mouvement violent communique' au sang noir, et indépendant de la gravitation, peut aussi troubler le cours de ce fluide ; c’est ainsi que lorsqu’on 394 SYSTÈME VASCULAIRE se meut avec force en ligne circulaire, le sang veineux cérébral reçoit pour ainsi dire un mouvement centri- fuge qui, le détournant de sa direction naturelle , et l’empêchant derevenir entièrement au cœur, produit sa stase, et par là même l’étourdissement qui se ma- nifeste alors. Ce ne sont pas Seulement la gravité ou toute autre cause extérieure de mouvement, mais encore les pres- sions extérieures, intérieures, et une foule d’autres causes mécaniques, qui influencent à chaque instant le mouvement du sang dans les veines. Au contraire, celui des artères est indépendant de la plupart de ces causes, de la pesanteur surtout et du mouvement intérieur. Pourquoi ? parce que telle est la rapidité du mouvement que le cœur imprime au sang rouge, que l’influence de la gravité ou de toute cause analogue, est nécessairement nulle. Prenons unecomparaison: plus unprojectile est lancé dansl’air avec force , dans une ligne oblique, moins la pesan- teur le fait d’abord dévier : ici l’influence decelte der- nière est encore moindre. Si le sang étoit poussé dans des vaisseaux vides, la gravité pourroit être pour quel- que chose dans les artères; mais dans le choc subit imprimé à tout le fluide qui les remplit, choc dont l’effet est ressenti aux extrémités en même temps qu’à l’origine, il est évident que son effet est nul. Par une raison opposée, on conçoit pourquoi il est si efficace dans les veines, où il n’y a point d’agent d’impulsion, où les parois seules et le système capil- laire servent aux mouvemens , oii le mouvement est lent par conséquent, etc. D'après ces considérations ? il est facile de saisir la A SANG NOIR. raison de la disposition si différente que les artères et les veines présentent dans leurs branches, sous le rap- port des anastomoses , qui sont aussi rares d’un côté qu’elles sont fréquentes de l’autre. § III. Terminaison des Veines. Les veines se terminent par deux troncs princi- paux, la veine cave supérieure et l’inférieure. Il y en a bien uneautre encore, savoir, la veine coronaire, qui se jette isolément dans l’oreillette droite: mais comme ce tronc ne ramène que le sang isolé du cœur , nous y aurons peu égard dans ces considérations géné- rales, ainsi qu’aux vénules qui se jettent isolément d’elle dans la même oreillette. Quelques auteurs ont cru que les deux veines caves se continuoient ensemble, qu’elles ne faisoient qu’un même vaisseau; mais il est facile de voir combien leur direction est différente. C’est surtout chez le fœtus que l’on peut bien apprécier leur isolement, puisque l’une correspond à l’oreillette droite, et l’autre à la gauche.- Il y a bien en arrière de l’oreil- lette droite une espèce de continuité de membrane entre l’une et l’autre ; c’est la membrane du sang noir qui leur est commune, et qui passe de l’inférieure à la supérieure; mais, sous ce rapport, il n’y a pas plus continuité entre elles, qu’entre le côté droit du cœur et l’artère pulmonaire, entre le côté gauche et l’aorte, etc. En considérant l’ensemble des troncs et des'bran- ches comme un cône, on peut donc dire qu’il y a deux grands cônes veineux distincts l’un de i’autre ; l’un pour toutes les parties qui sont au-dessus du SYSTÈME VASCULAIRE diaphragme, l’autre pour toutes celles qui sont au- dessous. La veine cave ascendante ne répond donc pas tout à fait à l’ensemble des artères qui forment l’aorte du même nom, laquelle n’est destinée qu’à la tête, au cou et aux membres supérieurs, tandis qu’elle ap- partient de plus à la poitrine par la veine azygos. Par une raison contraire, l’aorte descendante a une des- tination bien plusétendue que la veine cave inférieure. La limite des deux cônes des veines caves ascen- dante et descendante, est placée au diaphragme. C’est surtout sous ce rapport qu’on peut dire que ce muscle partage le corps en deux parties. Cette dis- position n’a-t-elle pas quelque influence sur la diffé- rence qu’on observe, dans certaines maladies, entre les parties supérieures et les inférieures? Ne faut-il pas joindre cette cause à celles indiquées à l’article du fœtus? Il n’y a encore aucune donnée sur cette opinion , que je ne crois pas invraisemblable. Quoique formant chacune un cône distinct, les deux veines caves communiquent cependant spe'cia- lement aux environs de leur limite commune , c’est* à-dire, auxenvironsdu diaphragme : c’est l’azygos qui est le grand moyen de communication. On sait en effet que son tronc s’ouvre dans la rénale droite ; dans la veine cave elle-même ou dan$ quelques lombaires , et que la demi-azygos qui en naît, se jette aussi dans la rénale gauche ou dans les lombaires du même côté. Cette anastomose est très-importante ; les médecins n’y ont point eu assez égard. Elle prouve que lors d’un obstacle situé dans le tronc de la veine cave inférieure, une grande partie du sang de ce tronc 397 peut refluer dans la supérieure. On a beaucoup parlé de la compression de ce tronc par les engorgemens du foie, dans la production des hydropisies. Mais, i°. il est hors de doute, par les nombreuses ouver- tures de cadavres faites dans ces derniers temps , que la production de ces maladies tient à toute espèce d’affection organique ; que le poumon, le cœur, la matrice, la rate, etc., peuvent également lui donner lieu dans les derniers temps de l’altération de leur tissu ; et que, sous ce rapport, elles ne sont qu’un symptôme dans le plus grand nombre des cas , et un symptôme à la production duquel toute compression est étrangère. 2°. En supposant que le foie pût exercer sur la veine cave une compression analogue, dans l’endroit où cette veine traverse sa partie pos- térieure , il est évident que les anastomoses dont je viens de parler empêcheroient l’effet de cette com- pression, au moins en grande partie. A SANG N O 1 H, En supposantqu’un obstacle pût se rencontrer dans la veine cave supérieure, les mêmes anastomoses rempliroient sans doute le même usage ; mais comme l’azygos s’insère très-près de l’oreillette, que le trajet du tronc de la veine cave supérieure est par consé- quent très-petit, il est évident que c’est spécialement pour remédier aux obstacles que l’inférieure peut éprouver, que ces anastomoses ont été établies. Quand le sang de cette veine passe ainsi dans la supérieure, il parcourt certaines branches en sens opposé à celui qui leur est naturel. Par exemple, supposé que l’anastomose ait lieu dans la rénale, ce qui arrive le plus souvent; alors le sang du tronc de la veine cave entre par une extrémité de cette veine; SYSTÈME VASCULAIRE celui du rein arrive par une extrémité opposée, et tous deux passentdans l’azygos.Un semblable mouvement suppose évidemment l’absence des valvules dans la rénale,depuisla veinecave jusqu’à l’insertionde l'azy- gos. Or, jamais en effet les rénales ne contiennent ces sortes de replis ; les capsulaires, les adipeuses du rein , toutes les lombaires en sont aussi dépourvues, comme Haller l’a vu, et comme je l’ai constamment vérifié. C’est un phénomène remarquable, que cette absence des valvules aux endroits des anastomoses de l’azygos: elle prouve bien l’usage que j’attribue à la communication des deux veines caves par le moyen de celle-ci. ARTICLE DEUXIÈME. Organisation du Système vasculaire à sang noir. § Ier. Tissu propre à cette organisation. Cette organisation est à peu près la même pour tout le système, dans la membrane commune qui forme le grand canal ou est contenu le sang noir j mais elle diffère dans les tissus ajoutés en dehors à celte mem- brane. Au cœur ce tissu est charnu : il est analogue au tissu des divisions de l’aorte , dans l’artère pul- monaire : il a un caractère particulier dans les veines : c’est celui-ci qui va surtout nous occuper. Membrane propre aux Veines. Pour voir cette membrane , il faut enlever , i°. le tissu cellulaire lâche qui unit les veines aux parties voisines ; 2°. la couche celluleuse de nature parti- cnlière qui les revêt immédiatement, et dont nous avons parlé à l’article du système cellulaire. Alors on distingue dans lesgros troncs, des fibres longitudinales toutes parallèles les unes aux autres, formant une couche extrêmement mince, souvent difficile à aper- cevoir au premier coup d’œil, mais ayant toujours une existence réelle. Quand les veines sont très- dilate'es, ces fibres plus écartées sont moins sensibles que dans l’état de resserrement. Le tronc de la veine cave inférieure présente les fibres longitudinales d’une manière plus sensible que celui de la supérieure. En général on peut établir qu’elles sont aussi plus mar- quées dans toutes les divisions de la première que dans celles de la seconde : la dissection me l’a prouvé sur un grand nombre de sujets. Cela tient sans doute à la facilité plus grande que le sang éprouve à cir- culer dans la seconde que dans la première de ces veines, où il remonte contre son propre poids; c’est une preuve de plus de la destination primitive de l’homme à se tenir debout. A SANG NOIR. J’ai fait une autre remarque constante, c’est que dans les veines superficielles ces fibres sont beaucoup plus prononcées que dans les profondes : la saphène interne en est un exemple remarquable. II suffit de l’ouvrir dans son trajet, pour voir très-distinctement ses fibres à travers la membrane commune, surtout si elle est un peu resserrée. En fendant comparati- vement la veine crurale , il est facile de saisir la dif- férence, qui tient sans doute à ce que les parties voisines aident à la circulation dans les veines pro- fondes, tandis que ce secours est moins réelle dans les superficielles. 400 SYSTEME V ASCULAIKÈ Les rameaux ont leurs fibres proportionnellement' plus prononcées que les troncs ; de là l’excès d’é paisseur'proportionnelle de leurs parois, leur résis- tance plus grande au sang , leur dilatation moins fré- quente , etc. A l’endroit où une division quelconque nait d’un tronc, on voit ces fibres changer de direction et se continuer sur la division , caractère distinctif de l’ori- gine des divisions artérielles dont les fibres ne sont point une suite de celles des troncs. Souvent les fibres veineuses se rapprochent les unes des autres, se •on consent et donnent une épaisseur plus grande à la veine : cela se remarque fréquemment à l’origine des saphènes. J’ai vu aussi cette disposition dans l’hypogastrique ;le cit. Boyer, l’a indiquée. En general la fibre veineuse, excepté dans ces endroits, est remarquable par sa rareté, par le peu d’épaisseur qu’elle donne par conséquent à la mem- brane qu’elle forme. La membrane propre des ar- tères surpasse infiniment celle des veines , sous ce rapport ; c’est la ténuité de celle-ci qui favorise sin- gulièrement l’extensibilité veineuse. Remarquez que la structure de l’une et l’autre espèce de vaisseaux , est accommodée à son mode circulatoire. Si le sang circuloit dans les veines à parois analogues aux parois artérielles , à chaque instant son mouvement seroit troublé. En effet, mille causes occasionnent du re- tardement dans le sang veineux ; quand son mouve- ment s’affoiblit , la capacité des vaisseaux augmente : or , les tissus artériels ne pouvant se dilater ainsi, la circulation ne pourroit évidemment se faire. Si donc l’agent d’impulsion placé au commencement des ar- A SANG NOIR, 401 tères, y exige un tissu ferme et non extensible, la lenteur du mouvement du sang dans les veines , la fréquence des causes qui retardent sa vitesse néces- sitent une texture opposée. Quelle est la nature de la fitrre veineuse ? son ap- parence , son défaut d’élasticité , sa grande extensi- bilité de tissu , sa mollesse , son défaut de fragilité , sa couleur, sa direction, la distinguent essentiellement delà fibre artérielle. Est-elle musculeuse? elle ne paroit point irritable , comme je le dirai ; son aspect n’est pas le même que celui des fibres musculaires. Je crois qu’elle est d’une nature particulière, essentiel- lement distincte de celle de tous les autres tissus, ayant son mode de propriétés,de vie et d’organisation ; je ne la crois susceptible que d’exercer peu de mou- vemens. Nous n’avons du reste que peu de données sur ce point. La fibre veineuse, quoique infiniment plus exten- sible que l’artérielle, est cependant plus résistante; elle supporte, sans se rompre, des poids plus consi- dérables. Les expériences de Wintringam font prouvé. C’est surtout dans les veines superficielles et inférieures que cette résistance est très-marquée. Il y a de grandes variétés dans les individus, sous le rapport des fibres veineuses. Dans les uns elles sont très-apparentes ; dans d’autres à peine peut-on les dis- tinguer sur les gros troncs, tant elles sont rarement disséminées; mais alors toujours elles sont sensibles dans les branches , surtout dans les superficielles. Il est des endroits de l’appareil veineux ou l’on ne trouve évidemment ni fibres extérieures, ni même de tissu cellulaire extérieur : tels sont spécialement les 40 2 SYSTEME VASCULAIRE sinus cérébraux, qui offrent la disposition suivante. Arrivée à son golfe, la veine jugulaire se dépouille de son tissu propre, et ne garde que la membrane com- mune, laquelle, s’engageant dans le sinus latéral, le ta- pisse, et se prolonge en bas dans le droit et dans le I011-. gitudinal inférieur , en haut dans le supérieur, etc., en un mot, dans tous ceux de la dure-mère. D’après cela, toutsinus suppose, i°. un écartement des lames de la dure-mère, 20. la membrane commune du sang noir tapissant cet écartement. Ce n’est donc pas sur la dure-mèreque le sang circule; c’est sur la même mem- brane où il couloit ailleurs : il est facile de vérifier ce fait sur le sinus longitudinal supérieur. Ce sinus est triangulaire, en ne le considérant que sous le rapport de l’écartement des lames de la dure-mère ; mais en l’ouvrant, on voit manifestement que la membrane commune , en passant sur ses angles , les arron- dit ; elle y est très-distincte. Il est facile aussi, dans plusieurs autres sinus, d’isoler en certains endroits cette membrane de la dure-mère ; mais dans le plus grand nombre l’adhérence est intime ; c’est comme dans l’union de l’arachnoïde avec la surface interne de la dure-mère. Cette membrane commune du sang noir se déploie sur les rides du sinus longitudinal su- périeur; elle forme un entrelacement singulier que je décrirai dans les sinus caverneux. D’après cette idée générale, il est évident que les parois de la dure-mère remplacent dans les sinus , les fibres veineuses et le tissu cellulaire dense qui leur est extérieur : c’est toujours la même membrane commune; mais le tissu, qui lui est ajouté au de- hors est différent. A l’endroit où chaque veine £e'ré- A SANG NOIR* braie vient s’ouvrir dans un sinus, la membrane com» mune de ce sinus s’engage dans son cond uit et le tapisse jusqu’à ses extrémités. Je ne connois aucun auteur qui ait considéré ainsi les sinus cérébraux offrant la membrane commune à sang noir prolongée dans des écartemens de la dure-mère. Pour peu qu’on examine la surface interne d’un sinils, il est facile de voir cependant que cette surface diffère autant du tissu delà dure-mère, qu’elle se rapproche de l’aspect de la surface interne des veines. Les veines cérébrales * dont les sinus sont les abou» tissans, sont analogues aux artères de cette région par l’extrême ténuité de leurs parois, ténuité qu’elles paroissent devoir à l’absence de l’enveloppe cellu- leuse, et qui est même telle, qu’on croiroit qu’il n’y a que la membrane commune. Il n’y a jamais de fibres circulaires dans les veines* Membrane commune du sang noir. Cette membrane, généralement étendue du sys- tème capillaire général au pulmonaire , est par-tout à peu près de même nature. Elle diffère essentielle- ment de celle du sang rouge par un grand nombre de caractères. i°. Elle se prête à des distensions infiniment plus grandes; elle est moins fragile par conséquent. Liez une veine ; elle ne se rompra point, à moins que la constriction ne soit excessive ; elle est presque aussi souple que la tunique celluleuse. Cette souplesse fait qu’on la dissèque avec beaucoup plus de facilité que la membrane commune des artères. 2°. Elle paroît beaucoup plus mince que celle-ci : on en a la preuve 4©4 SYSTEME VASCtJLAlRE dans les valvules que leur extrême ténuité de'robe quel- quefois au premier coup d’œil, quand elles sont ap- pliquées contre la surface interne de la veine. 3°. Ja- mais cette membrane commune ne s’ossifie chez le vieillard, comme il arrive dans les artères : son or- ganisation paroît répugner à se pénétrer ainsi de phos- phate calcaire. Quand cela arrive, c’est un état contre nature; au lieu que l’ossification de la membrane com- mune du sang rouge est un état presque naturel chez le vieillard, comme je l’ai dit. Cette différence entre les deux membranes comrn unes à sang noir et àsang rouge donne un caractère distinctif aux maladies du cœur. Jamais on ne voit d’ossification dans les valvules tri- cuspides ou dans les sigmoïdes de l’artère pulmonaire, tandis qu’elles sont si fréquentes du côté gauche : c’est un résultat constant des observations faites à la clini- que de la Charité : dans les cadavres des vieillards, les dissections m’ont toujours présenté le même résultat. De même l’artère pulmonaire, quoique analogue à l’aorte par sa membrane propre,n’est jamais le siège de ces ossifications, parce que la membrane commune diffère essentiellement de la sienne. Ce seul phéno- mène , si tranchant dans l’une et l’autre membrane , prouveroit incontestablement leurs différences orga- niques , comme il établit la nécessité de les envisager d’une manière générale, soit que , pour lesangnoir, elles tapissent les veines, l’artère pulmonaire elle cœur droit, soit que,pour lesang rouge, ellessedéployent sur les artères, le cœur gauche et les veines pulmonaires. jDes Valvules veineuses. La membrane commune du sang noir est remar- A SANG NOIR. quable par une foule de replis que l’on nomme val- vules. Ces replis manquent dans l’artère pulmonaire, excepté à son origine où il y a les sigmoïdes ; dans le cœur, les valvules tricuspides sont en partie for- méespar cette membrane; mais lesvalvules veineuses sont exclusivement produites par elle: c’est de celles- ci qu’il s’agit surtout. La forme de ces valvules est parabolique : leur bord convexe est adhérent et le plus loin du cœur ; leur bord droit flotte et se trouve le plus près de cet organe. Elles laissent entre elles et la veine un espace analogue à celui des valvules sigmoïdes aortiques et pulmonaires. Elles n’ont point, comme ces val- vules , une granulation sur leur bord libre. Au ni- veau de leur bord adhérent, le tissu veineux est plus ferme; ilyaune espèce d’endurcissement ou de bour- relet , qui forme une ligne saillante, de même forme courbe que ce bord. Cet endurcissement soutient les valvules comme celui correspondant aux sigmoïdes. II paroît être de même nature que Je tissu veineux, dont les fibres changent de direction pour le former. Quand la membrane commune est arrivée à cette ligne saillante, elle se replie pour former la valvule; de sorte que celle-ci paroît tissue de deux feuillets, que du reste il est très-difficile de séparer, tant sa ténuité est grande. Les valvules veineuses existent dans la veine cave inférieure comme dans la supérieure. Dans la pre- mière, les divisions de Y hypogastrique , de la cru- rale , de la tibiale, de la saphène interne et ex- terne, etc., en sont remplies. La seconde en présente beaucoup dans la jugulaire externe, dans l’azygos 2 406 SYSTÈME VASCULAIRE dans les faciales, dans les veines du bras, etc. Plu- sieurs veines manquent de valvules, comme on le voit dans le tronc de la veine cave inferieure , dans les émulgentes, dans les sinus cérébraux, etc. La grandeur des valvules est constamment propor- tionnée à celle des troncs ou elles se trouvent : très- prononcées dans l’azygos, elles le sont moins dans la saphène, moins encore dans les plantaires, etc. Si on compare leur étendue au calibre du tronc qu’elles occupent, on voit que tantôt elles peuvent oblitérer entièrement sa cavité, et que tantôt elles sont trop étroites pour produire cet effet. Cette disposition a frappé tous les auteurs; ils ont cru que cela dépendoit de l’organisation primitive ,-mais je me suis convaincu que cela tient uniquement à l’état de dilatation ou de resserrement des veines.Dans le premier état, les val- vules étant tiraillées, et mêmene se dilatant pas en pro- portion, deviennent plus petites, relativement au cali- bre des veines dont elles ne peuvent oblitérer la cavité entièrement lorsqu’elles s’abaissent. Dans le second état, comme elles ne se resserrent pas en proportion du vaisseau, elles deviennent plus lâches et sont sus- ceptibles de le boucher entièrement. Tout ce qu’ont écrit les auteurs sur la petitesse ou la largeur des val- vules , dépend donc uniquement de l’état où se trou* vent les veines à l'instant de la mort. Cela est si vrai, que, si un animal est mort d’hémorragie, elles parois- sent larges, qu’elles semblent étroites, au contraire > s’il est péri asphyxié. J’ai deux fois vérifié ce fait. D’après ce qui vient d’être dit, il est évident que le reflux du sang noir est d’autant plus facile et qu’il s’étend d’autant plus loin , que la veine est plus di- A SANG NOIJl. 407 latée; que par conséquent le premier battement, effet de ce reflux, doit s’étendre moins loin que le second, celui-ci moins loin que le troisième, et ainsi de suite. C’est en effet ce qui arrive dans les cas dont nous avons parlé plus haut. Jamais le reflux ne s’étend jusqu’au système capillaire, surtout dans les parties éloignées du cœur, parce que plusieurs val- vules étant à traverser, et chacune arrêtant en partie le sang, il finit bientôt par perdre tout le mouvement reçu du cœur. L’existence des valvules est en général constante, mais leur situation et leurnombre sont très-variables. Tantôt très-rapprochées, tantôt plus éloignées les unes des autres, elles présentent, sous ce rapport, une foule de variétés. En général, dans les petits troncs, elles sont plus près; elles se trouvent plus rarement disséminées dans les gros troncs. Assez rarement disposées trois à trois, elles sont le plus souvent par paires, et quelquefois isolées; ce qui arrive surtout dans les petits vaisseaux, dans ceux du pied, de la main , etc. On trouve au reste, dans l’ouvrage de Haller, des détails descriptifs ex- trêmement étendus sur la disposition générale, la forme, la position des replis vasculaires qui nous oc- cupent. Ces replis jouent , comme nous le verrons, un rôle important dans la circulation veineuse : ce sont eux spe'cialement qui dispensent, dans la plupart des ope- rations, de lier les troncs veineux, s’ils ne sont pas trop considérables. En effet, sans eux, le sang versé par les collatérales dans le vaisseau ouvert, pourroit très-bien s’échapper par un mouvement rétrograde e 4o8 SYSTÈME VASCULAIRE et alors l’effusion de celui qui est versé dans tout le trajet de ce vaisseau seroit à craindre, tandis que la seule qui puisse survenir est celle du sang qui afflue entre l’ouverture et la première ou la seconde val- vule. Les valvules distinguent essentiellement les veines des artères. Qu’il me soit permis d’observer que leur absence dans ces derniers vaisseaux est une preuve nouvelle, ajoutée à celles déjà indiquées, de l’absence de contractilité vitale dans leur tissu. En effet, s’ils se contraetoient comme le cœur pour chasser le sang, ce fluide, tendant autant à revenir vers le cœur par l’effet de cette contraction, qu’à se porter aux extré- mités , il y auroit d’espace en espace, dans les tubes artériels, des valvules pour s’opposer au premier mou- vement : or ce n’est qu’à l’origine de l’aorte qu’on en observe; pourquoi? parce qu’il ne faut s’opposer, dans les artères, qu’à l’effet de la contractilité de tissu, la- quelle, s’exerçant sans secousse et par un simple res- serrement, ne peut renvoyer que très-peu de sang dans le cœur. Un seul obstacle suffisoit donc, à l’en- trée du système artériel, pour s’opposer au trouble de la circulation, qui pourroit être l’effet du reflux causé pendant la systole par la contractilité de tissu des artères, reflux qui n’a même lieu que dans cer- tains cas; car ordinairement le retour des artères sur elles-mêmes est produit, comme je l’ai dit, parce qu’elles contiennent moins de sang, lequel en a été chassé pendant la diastole. 11 faut, pour que ce reflux ait lieu, que l’effet de la contractilité de tissu soit porté dans la systole au-delà de ce que les artères ont perdu de sang dans la diastole* A SANG NOIR. 409 Action des réactifs sur le tissu veineux. Ce tissu , exposé à la dessiccation, devient un peu jaunâtre, reste souple, se ploie dans tous les sens; en sorte que des bandes veineuses desséchées devien- dront, sous ce rapport, propres à des usages qui se- roient étrangers à des bandes artérielles dans le même état. Ce tissu se pourrit aussi plus facilement que l’arté- riel, mais bien moins que d’autres, que le musculaire en particulier. J’ai exposé comparativement, pour m’en assurer, des troncs veineux et des portions d’intestins ou des couches musculeuses minces, au contact d’un air humide. Moins résistant à la macération que le tissu arté- riel, le veineux l’est aussi davantage que beaucoup d’autres: l’eau ou il a macéré isolément est beaucoup moins fétide que celle où une portion égale de tissu musculaire auroit séjourné. Le racornissement des fibres veineuses est extrê- mementsensible quand onlesplonge dans l’eau bouil- lante ou dans des acides très-concentrés. Elles se rac- courcissent alors de plus de moitié,* par là même elles se prononcent davantage: aussi ce moyen sert-il à mieux les étudier; je l’ai employé souvent: leur rapprochement épaissit les parois de la veine. Quand elles se sont ainsi racornies, si le séjour dans l’eau bouillante ou dans l’acide continue, elles se ramol- lissent promptement dans le second., plus tard dans la première. Leur coction est cependant plus prompte que celle des artères : elles paroissent aussi suscepti- SYSTÈME VASCULAIRE blés d’être amenées à un état pulpeux par une longue ébullition, état auquel on ne réduit point les artères. L’alcali caustique paroît avoir une action assez mar- quée sur les veines. Au bout d’un séjour assez court dans une dissolution de cet alcali, elles deviennent, pour ainsi dire , diaphanes, diminuent de volume, ne se dissolvent point entièrement, il est vrai, ne de- viennent point diffluentes comme dans les acides, mais perdent sensiblement de leurs éle'mens , don- nent souvent un précipité remarquable, et toujours rendent la liqueur moins forte par les combinaisons nouvelles quelle a éprouvées. § II. Parties communes à Vorganisation du Sys- tème vasculaire à sang noir. Vaisseaux sanguins. Les veines ont dans leur tissu des artérioles et des vénules , lesquelles se comportent à peu près comme dans les artères. Elles se ramifient d’abord dans la membrane celluleuse, renvoient quelques rameaux aux parties voisines, puis, pénétrant dans les fibres veineuses, y serpententde mille manières différentes, et se terminent enfin vers la membrane commune , qui dans les injections m’a paru en recevoir davan- tage que les artères. Tissu cellulaire. Les veines, comme les artères, ont autour d’elles deux espèces de tissus cellulaires, l’un qui est ex- térieur et'de même nature que celui qui se trouve A SANG N O I R. dans l’intervalle de tous les organes : il est chargé de graisse, de sérosité très-lache, et sert seulement aux veines de moyen d’union avec les organes adjacens: l’autre dense, serré, leur forme une tunique immé- diate. Il a été question, dans le système cellulaire, de ce tissu particulier, qu’aucun auteur n’a encore dis- tingué de celui généralement répandu , et qui en dif- fère cependant si essentiellement par sa texture fila- menteuse, par sa sécheresse, par l’absence constante delà graisse et de la sérosité, par sa résistance singu-. lière, etc. Lorsqu’on l’enlève en le déchirant avec les doigts de dessus les veines, il paroît comme formé d’une infinité de filets entrelacés les uns dans les autres. Après avoir formé cette enveloppe extérieure aux veines, ce tissu cellulaire de nature particulière ana- logueaux sousartériels , soumuqueux, etc., s’enfonce entre les fibres longitudinales veineuses, les sépare, leur forme des espèces de gaines, et se termine à la membrane commune , qui paroît en contenir dans sa texture, et qui doit peut-être en partie à cette cir- constance la grande extensibilité dont elle jouit. Je remarque que la pre'sence du tissu cellulaire dans les parois veineuses est un caractère distinctif et tran- chant qui les sépare d’avec les artères, avec lesquelles leur tissu n’a d’ailleurs aucune espèce d’analogie. Exhalans et absorbans. Il paroît qu’il ne se fait aucune exhalation à la sur- face interne des veines. Cette surface est bien cons- tamment humide sur le cadavre, même quoique les vaisseaux soient vides; mais j’attribue ce phénomène. système vasculaire comme dans les artères, à une transsudaiion survenue après la mort. En effet, s’il y a voit un fluide exhalé, il empêcheroit les adhérences des parois veineuses , lorsque pendant la vie le sang cesse de les parcourir. Or, toute veine restée vide s’oblitère en une espèce de ligament, comme les artères en pareil cas. Il n’y a pas plus d’absorption à la surface interne des veines, que d’exhalation. Pour m’assurer de ce fait, j’ai tenté sur la jugulaire interne, sur l’externe, etc., la même expérience indiquée plus haut, et faite sur l’artère carotide: j’ai obtenu le même résultat ; ce qui m’a fait tirer la même conséquence. J’ai été conduit à faire ces expériences par l’opinion de plu- sieurs anatomistes distingués, qui croient que les ab- sorbans naissent immédiatement des veines et des artères. Il est possible que cela ait lieu dans les ramus- cules , dans le système capillaire surtout, comme je le dirai dans le système absorbant ; mais je ne pré- sume pas que rien de semblable puisse jamais se dé- montrer dans les troncs. Il paroît donc que les exlialans et absorbans des parois veineuses, comme ceux des parois artérielles, sont uniquement bornés aux fonctions nutritives ; qu’ils sont par conséquent en petite quantité. Cette remarque est applicable non-seulement aux veines , mais encore à la totalité du système vasculaire à sang noir. Nerfs. i°. Les veines diffèrent essentiellement des artères par le peu de nerfs des ganglions qui les accompagnent. Tandis que ces nerfs forment à la plupart des premiers A SANG NOIR. de ces vaisseaux une espèce d’enveloppe accessoire, ils se répandent à peine sur les seconds. En mettant les veines caves, jugulaires, azygos , à découvert, il est facile de faire cette observation. 2°. Quant au côté du cœur à sang noir , il paroît autant recevoir de nerfs que celui à sang rouge : ce qui prouve bien que ces organes n’influent pas sur la contraction , puisque cette contraction est évidemment plus foible à droite qu’à gauche; tandis qu’avec égalité dans les distri- butions nerveuses , il devroity avoir égalité de force. 3<>. L’artère pulmonaire ne présente que très-peu de nerfs. Je ne connois pas encore bien le rapport qui existe de ce côté entre elles et les veines de même nom. II résulte de cet aperçu général, que le système à sang rouge a manifestement plus de nerfs que celui à sang noir. En effet, les choses étant à peu près égales au cœur, et la différence se trouvant très-sen- sible entre les artères aortiques et les veines se ren- dant à l’oreillette droite, quoique l’artère pulmonaire en auroit un peu plus que les veines correspondantes, ce que je crois assez probable, le court trajet de l’une et l’autre espèce de vaisseaux ne laisseroit pas moins la disproportion très-manifeste. ARTICLE TROISIÈME. Propriétés du Système vasculaire à sang noir. Les veines sont en générai peu élastiques, molles et lâches; elles partagent le caractère d’une foule de SYSTEME VASCULAJItË tissus animaux , et sont essentiellement distinguées , sous ce rapport, des artères qui, comme nous l’avons vu , ont beaucoup d’élasticité. Les propriétés vitales et de tissu vont donc spécialement nous occuper dans ces vaisseaux. § 1er. Propriétés cle tissu. Extensibilité. Les veines ont, sous le rapport de cette propriété , une disposition opposée à celle des artères, qui, assez extensibles en long, le sont très-peu en travers. Les veines s’étendent peu dans le premier sens. Tiraillées dans le moignon d’une amputation, sur le cadavre, elles ne s’alongent point proportionnelle- ment à ce qu’elles se dilatent dans les varices, quoi- que cependant elles éprouvent alors un agrandisse- ment réel. Peut-être cela tient-il cependant moins à ce que l’extensibilité de tissuy est moins prononcée, qu’à ce que les plis y étant moins développés que dans les artères, il y a un moindre développement. Au reste, quelle qu’en soit la cause, le fait n’en est pas moins constant. Peu d’organes présentent, au contraire, l’extensi- bilité dans le sens transversal, à un plus haut degré que les veines. Sur le cadavre, elles •prennent une énorme dilatation par les injections d’air, d’eau, des substances grasses, etc. Sur le vivant, on connoit les dilatations variqueuses , celles qu’offrent les gios troncs, dans les obstacles au cours du sang dans le poumon. Tandis que les artères ne nous paroissent prendre le plus souvent quele doublede leur diamètre, sans rompre leur membrane commune et leur mem- brane propre, les veines triplent, quadruplent, quin- A SANG NOIR. tuplent même leur diamètre, sans que cette rupture arrive. Cependant on a divers exemples de cet accident : Haller en cite plusieurs dans son grand ouvrage. On à vu ces ruptures survenir, pendant la grossesse, dans les veines des extrémités inférieures : il y en a des exemples pour les veines del’exlérieurde la tête, dans de violentes céphalalgies. On a vu les veines caves,les jugulaires, les souclavières, se rompre subitement et produire la mort. Tout le monde connoît les hé- morragies , effet de la rupture des veines hémorroï- dales, etc. Je pense que l’extrême ténuité des parois des veines cérébrales, les expose fréquemment à être déchirées dans les coups portés sur la tête , lors des plaies de cette partie, etc. Certainement quand l’épanchement est dans la cavité de la membrane arachnoïde, il ne peut guère avoir d’autres sources que dans les troncs veineux qui, enveloppés d’un repli arachnoïdien, traversent cette cavité pour se rendre aux sinus cérébraux. Or, on sait que ce cas est assez commun, et même qu’il coïncide souvent avec celui où la dure-mère étant détachée du crâne, s’en trouve séparée par un épanchement. Se fait-il ainsi dans l’apo- plexie une rupture subite des extrémités veineuses? J’ai déjà dit que nous n’avions sur ce point aucune donnée. Tous ces cas de rupture sont très-différens de ceux de l’artère anévrismatique ; souvent elles ont lieu, la dilatation étant infiniment moindre qu’elle ne l’est dans une foule de cas ou les veines restent intactes. Très-communément elles n’arrivent point. La totalité de la veine, la tunique celluleuse y com- prise , se crève, etc. La rupture artérielle dans les 416 SYSTEME VASCULAIRE anévrismes vrais, est au contraire constante; dès que la dilatation est portée à un certain degré, elle ne manque jamais d’arriver. Les deux tuniques arté- rielles se rompent facilement ; la celluleuse reste in- tacte. Il n’est pas, jecrois, un seul exemple d’anévrisme un peu gros sans rupture. Pourquoi? parce que l’ex- tensibilité artérielle ne peut se prêter que jusqu’à un certain point. Les ruptures dérivent donc du défaut de cette propriété ; au contraire, elles sont étrangères à cette cause dans les veines. PSous ne connoissons pas encore bien comment elles sont produites. Cer- tainement, dans un grand nombre de cas, ily a af- fection du tissu veineux : cela est incontestable dans les hémorroïdes, etc. Contentons-nous donc d’assi- gner les différences des ruptures artérielles et vei- neuses, en attendant que l’observation nous éclaire sur toutes les causes de celles-ci. Si on se rappelle que les fibres artérielles sont très- nombreuses et toutes circulaires; que les veineuses, au contraire, sont d’une part longitudinales, là où elles existent, et de l’autre part très-rarement dis- séminées sur leurs vaisseaux, on concevra pourquoi les premières résistent beaucoup plus à la distension suivant leur diamètre que suivant leur axe, et pour- quoi un phénomène opposé s’observe sur les secondes, quoiqu’avec moins d’énergie. Contracti Lite. Elle correspond à l'extensibilité. Assez peu mar- quée suivant le sens longitudinal, elle l’est beaucoup plus suivant le transversal. i°. Elle produit le resser- rement, sur elles-mêmes, des parois de la veine ombi- A SANG KOI K, 417 îicaîe, d’un tronc quelconque lié, etc. 20. Elle occa-* sionne, dans un tronc qu’on pique, l’évacuation su-* bitedu sangcontenu entre deux ligatures par leretour des parois sur elles-mêmes. 3°. Elle paroît avoir une influence réelle sur le jet du sang sortant dans la saignée. Les variétés sans nombre de calibre que présentent les veines sur les cadavres, suivant la quantité de sang qu elles renferment, sont un résultat manifeste et de leur extensibilité et de leur contrac- tilité de tissu. 5°. Sur le vivant, les veines superfi- cielles se présentent dans une foule d’états différens: dilatées en été, resserrées en hiver, très-épanouies dans le bain chaud, comme on le voit surtout pour les saphènes dans les pédiluves, contractées dans le bain froid, saillantes par une position perpendiculaire continuée, présentant une disposition contraire par une situation horizontale, etc., elles offrent à l’œil qui les observe en différens temps, une foule d’états divers. Je doute que ceux qui ont tant calculé la ca- pacité des vaisseaux, la vitesse du sang,etc., eussent été tentés d’entreprendre leur travail, s’ils eussent fait beaucoup d’ouvertures cadavériquesou d'expériences sur les animaux vivans : or toutes les variétés roulent sur l'extensibilité et la contractilité de tissu. % II. Propriétés vitales. Propriétés de la yie animale. Les veines ont-elles de la sensibilité? Yoici le ré- sultat des expériences sur ce point. i°. Irritées à l’extérieur par un instrument mécanique quelcon- que,elles ne causent point de douleur, comme Haller 4i8 SYSTÈME VASCULAIRE l’a vü;2°. leur ligature n’est point douloureuse non plus, quand on la fait sur les animaux vivans, ou bien dans certaines operations chirurgicales, dans les grandes amputations, par exemple, où on recom- mande de lier la veine comme l’artère. 5°. Agacées à l’intérieur, elles présentent le même phénomène. J’ai plusieurs fois poussé un stylet très-profondément dans un dé ces vaisseaux sans faire crier l’animal. J’observe même que c’est un bon moyen pour exa- miner la sensibilité du sans occasionner dans la poitrine un délabrement qui ponrroit exalter , diminuer ou altérer cette propriété d’une manière quelconque, par le trouble général qu’il introduiroit dans l’économie. J’enfonce donc un long stylet dans la veine jugulaire externe droite, ouverte comme pour l’opération de la saignée. Ce stylet pénètre jus- qu’au cœur, sans aucun accident, en redressant les coudes veineux. L’animal ne donne le plus souvent aucun signe de douleur : quelquefois cependant je lui en ai vu témoigner : le mouvement du pouls est toujours accéléré. On pourroit facilement faire de même, et sans accident, parvenir chez l’homme le bout d’un stylet dans le cœur droit parla jugulaire ex- terne droite.Pourquoi, dans certaines asphyxies, dans les syncopes qui résistent aux autres excitans , etc., n’emploieroit-on pas ce moyen de ranimerson action? 4°. Lorsqu’on injecte un fluide étranger dans les veines, les animaux ne donnent en général, quel- qu’irritantqu’ilsoit,aucune marque de douleur. L’u- rine , la bile, le vin, les narcotiques, etc., y sont sous ce rapport impunément transfusés. 5°. Au con- traire , quand une bulie d’air y pénètre, l’animal A SANG NOIR. 419 pousse les cris les plus douloureux, s’agite et se débat avant de périr ; mais est-ce à cause du contact du fluide sur la membrane commune ? je ne le crois pas ; car ordinairement il y a un instant entre les cris et l’injection. Il pourroit bien se faire que la douleur n’arrivât qu’à l’instant où l’air frappe le cerveau, après avoir passé à travers le poumon ; passage qui est constant comme je l’ai observé ailleurs. . La contractilité animale est manifestement nulle dans les veines. Les mêmes expériences qui ont servi à démontrer son absence dans les artères, la prouvent également ici. Je les ai faites en même temps sur l’un et l’autre genre de vaisseaux : je renvoie donc sur ce point au système précédent. Propriétés delà organique. Contractilité sensible. Cette propriété ne paroît point être l’attribut des veines. Haller, en les irritant de diverses manières, n’y a pas vu de mouvement sensible. J’ai fait ordi- nairement la même observation, soit par une irrita- tion intérieure, soit par une excitation extérieure. Cependant en deux ou trois circonstances , il m’a paru qu’un resserrement manifeste avoii lieu. D’un autre côté, comme d’une part les fibres veineuses sont uniquement longitudinales, que d’une autre part elles sont très-rares , il est évident qu’en suppo- sant qu’elles fussent musculaires, l’effet desirrilans appliqués sur elles devroit être très-difficile à obser- ver, quoiqu’il fût réel. La question n’est donc pas tout à fait résolue, quoique je penche infiniment plus 420 SYSTEME VASCULAIRE à croire qu’il n’y a pas d’irritabilité veineuse. Comme les veines caves ont des fibres charnues manifestes à leur origine, il est évident qu’elles jouissent en cet endroit de la contractilité qui nous occupe. Une preuve de l’espèce de nullité ou du moins de l’obscurité de la contractilité organique sensible des veines, c’est que jamais elle ne s’exalte dans les ma- ladies. Tous les organes où cette propriété existe, sont remarquables par ses fréquentes exaltations, qui constituent dansle cœur la vitesse etla force du pouls, dans l’estomac le vomissement, dans les intestins cer- taines diarrhées, dans la vessie l’incontinence d’urine, surtout chez les enfans, etc. Or les veines ne présen- tent jamais un trouble qui, correspondant à ceux-là , pourroit faire croire à la réalité de la force dont il seroit l’exagération , si je puis m’exprimer de la sorte. Remarquez que cette observation est aussi appli- cable aux artères : jamais dans une portion déter- minée du système artériel, on ne voit cette agitation locale, ce troublé isolé , que certaines parties du tube intestinal nous présentent quelquefois. L’irrégularité du mouvement du sang est toujours générale, parce quelle dépend d’une cause unique, savoir de l’im- pulsion irrégulière du cœur. Observez que cette manière de découvrir la pré- sence ou l’absence de telle ou telle force vitale dans une partie, par les affections qui y exaltent cette force, mérite une considération importante dans l’examen de ces forces. Les auteurs n’ont point employé ce moyen de les découvrir, de prononcer par conséquent sur leur présence ou sur leur absence dans les organes. A SANG NOIR. Du Pouls rveineux. 421 ïl ne faut pas prendre pour un effet de l’irritabi- lité veineuse, le battement que les veines éprouvent dans certaines circonstances. C’est un effet du reflux du sang qui, ne pouvant traverser le poumon, stagne dans les artères pulmonaires et dans le côté droit du cœur, en sorte que quand celui-ci se contracte, comme il éprouve un obstacle dans le sens ordinaire, il reflue dans le sens d’ou il venoit, comme quand les alimens, ne pouvant passer par enbas, retournent par où ils sont venus. Ce reflux a lieu malgré les val- vules jusqu’à une certaine distance; il est extrême- ment sensible en plusieurs occasions dans la veine jugulaire, quand les animaux soumis aux expériences respirent péniblement; alors il n’est point continu; il a lieu pendant trois ou quatre fois , cesse ensuite , et revient irrégulièrement : on sait qu’on l’observe aussi dans les derniers niomens delà vie, quand les poumons s’embarrassent. La veine est alors dilatée sensiblement ; puis elle se contracte. Mais si vous appliquez le doigt dessus, vous n’éprouverez point un sentiment analogue à celui du pouls; vous sentirez seulement une ondée de sang qui reflue. La raison en est simple ; i°. il ri y a point de locomotion ; 2°. comme les parois veineuses sont lâches, elles ne pourroient point frapper assez le doigt, en supposant qu’il y eût un semblable dépla- cement. En effet, remarquez que c’est moinslesang, que l’artère elle-même , qui par son tissu ferme fait naître le sentiment du pouls: si elle pouvoit se re- dresser étant vide, comme elle le fait dans sa pléni-. 4^2 SYSTÈME VASCULAIRE tude, elle feroit éprouver presque également ce sen- timent ; c’est une remarque à ajouter à ce que j’ai dit sur le pouls dans le système précédent. La contraction des veines dans le mouvement de reflux qui nous occupe, est uniquement la contractilité de tissu en exercice. Quand lecœur cesse de pousser le sang dans sa cavité, alors elle revient sur elle- même,aprèsavoir été dilatée: c’est à peu près comme sur le cadavre où l’on adapte une seringue à des veines ; quand elles sont très-pleines d’eau, si on retire un peu le piston, tout de suite le fluide revenant, la veine se contracte : c’est encore comme quand'blle se resserre à cause d’une piqûre qui évacue le sang : cela ne suppose aucune irritabilité. Je crois que quelquefois ce reflux peut dépendre d’un mouvement irrégulier du cœur qui se contr acte en sens opposé de l’état ordinaire, quoiqu’il n’y ait aucun obstacle dans le poumon. Ce qui me le fait penser, c’est que souvent, dans les expériences , à l’instant où l’animal commence à souffrir beaucoup, le reflux a lieu avant que le poumon ait eu le temps de s’embarrasser. En général c’est une chose extrê- mement remarquable dans les expériences , que la promptitude avec laquelle la douleur trouble le mou- vement du cœur, l’accélère, le rend irrégulier, etc. On peut toujours à son gré précipiter la respiration en faisant souffrir l’animal : or l’accélération du pouls est toujours antécédente à celle de la respiration, qu’elle paroît déterminer. Je suis persuadé que si les maladies du cœur étoient aussi fréquentes à droite qu’à gauche, elles produiroient fréquemment ce re- flux et cette pulsation des veines. A SANG NOIR. . Les limites du reflux du sang veineux varient. Haller a observé ce reflux jusque dans les iliaques. En général il ne dépasse guère les gros troncs, à cause des valvules. J’ai démontré, dans mes recherches sur la mort, que la coloration des asphyxiés, des sub- mergés, etc., ne dépend point de lui, parce qu’il ne peut évidemment s’étendre jusqu’au système capil- laire , lequel reçoit le sang noir qui le colore, des ar- tères qui charientalors cette espèce de sang. Le reflux du sang noir dans les veines, produit dans les cas précédera, soit par un embarras du poumon, soit par un trouble subit dans l’action du cœur, a lieu dans l’état naturel, quoiqu’à un degré infiniment moindre.En effet quand l’oreillette droite se contracte, tout le sang ne passe pas dans le ventricule correspon- dant : les ouvertures veineuses étant libres, une por- tion y reflue. Il est difficile de déterminer les limites de ce reflux naturel, dont tous les auteurs ont parlé. Quand la poitrine est ouverte, on l’observe très-bien ; onpourroit même alors apprécier son étendue: mais dans ce cas la respiration ne se faisant plus comme à l’ordinaire, il est évident qu’on ne peut jugerparlui de ce qu’il est ordinairement. Contractilité insensible. Cette propriété, ainsi que la sensibilité organique qui ne s’en séparepoint,nonplusquelaprécédente, existe dans les veines comme dans les autres parties; elle y préside seulement à la nutrition : elle paroît plus mar- quée que dans les artères ; au moins les maladies qui l’exaltent spécialement, sont-elles plus fréquentes dans les veines. Le tissu de ces vaisseaux s’enflammer 424 SYSTEME VASCULAIRE souvent. Ie. Bell en rapporte des exemples observes à la suite de violences extérieures. 2°. Tout le monde connoît l’inflammation des hémorroïdes, 3°. La ci- catrisation des plaies veineuses dans lasaignéeest un produit de l’inflammation. Sans doute cette cicatrisa- tion est favorisée par le défaut d’impulsion àlaquelle les artères sont soumises; mais certainement dans la même circonstance ces dernières ne se cicatriseroient pas si vite, si elles le faisoient. Quand une artère a été liée, il faut que ses parois, enflammées par l’action du fil, déchirées par lui le plus souvent, et mises en contact, contractent des adhérences, pour que la gué- rison soit complète et que la ligature tombe sans danger. Or, rien de plus difficile, de plus lent, que leur adhérence, par la difficulté qu’a le tissu artériel à s’enflammer. De là les fréquentes hémorragies à la suite de l’anévrisme et même des autres grandes opé- rations. Souvent le sang donne au bout de vingt, trente, quarante jours et plus ; le chirurgien doit tou- jours être sur ses gardes quand il a lié de gros troncs, à cause de cette difficulté de tissu artériel à s’enflam- mer. Souventmêmequandrartères’oblitère, ce n’est pas par inflammation. Pendant que la ligature arrête le sang, la portion d’artère comprise entre elle et la première collatérale, se resserre peu à peu par sa con- tractilité de tissu, et forme une espèce de ligament qui arrête le sang après la chute des fils. Je ne sais même si ces cas ne sont pas plus nombreux que ceux de l’inflammation. Or, les veines adhèrent toujours avec promptitude quand on les a liées; leurs plaies se cicatrisent tout de suite. Dans les grandes plaies, leur ligature est presque toujours inutile dans les premiers A S A ¥ G KOI H. 425 momens, à cause des valvules, comme je l’ai dit plus haut, et dans les temps suivans , parce que les bouts coupésse resserrent, tf’enflammentbientôt et adhèrent, S’il y a des hémorragies veineuses , c’est dans les pre- miers momens, et non après un temps aussi long que pour les artères. Tout prouve doncque l’activité vitale est beaucoup plus marquée dans le système veineux que dans l’ar- tériel , sous le rapport des forces toniques. L’absence du tissu cellulaire dans le second, sa présence dans le premier, pourroient bien influer sur ce phénomène. Remarques sur le Mouvement du Sang noir dans les Veines. Le sang,d’après ce que nous venons de dire, et ce que nous dirons encore dans le système capillaire, est manifestement hors de l’influence du cœur lorsqu’il arrive dans les veines. 11 est donc évident que les veines ne sauroient avoir de pouls. En effet, i °. ce phé- nomène dépend de l’impulsion unique, subitement reçue en vertu de la contraction du ventricule gauch e: or, le sang est versé de toutes parts le système ca- pillaire dans les veines ; cet agent d’impulsion manque donc; la cause déterminante du pouls est donc nulle dans les veines. 2°. Les conditions nécessaires à sa production dans le tissu du vaisseau où il a lieu , comme l’élasticité, la résistance, manquent aussi aux veines. Elles nesont donc susceptibles, ou que du bat- tement qui cause le reflux du sang dans les embarras du poumon ou dans les mouvemens irréguliers du cœur , ou que du bruissement, de l’ondulation dont elles sont l.e siège quand on y fait accidentellement 426 SYSTÈME VASCULAIRE circuler du sang artériel : or, dans l’un et l’autre cas c’est toujours le cœur qui est le principe du mouve- ment qui sans lui ne pourroit e^ster. Voici ce qui arrive dans le mouvement veineux. Le système capillaire, par le resserrement insensible dont il est le siège, verse habituellement dans le système veineux une certaine quantité de sang. Ce fluide nou- veau ajouté à celui qui s’y trouve, lui communique un mouvement général.Or, comme tout le système vei- neux est constamment plein, il faut bien que tandis que le fluide entre d’un côté, il sorte de l’autre; sans cela les parois veineuses se dilateroient : or , comme elles ont une résistance , qu’elles peuvent même agir jusqu’à un certain point sur le sang, ce fluide, ne pouvant dilater les veines, coule vers le cœur. Cependant l’impulsion produite par le resserre- ment insensible du système capillaire , est trop foible pour s’étendre instantanément d’une extrémité à l’autre des veines, surtout là ou le sang remonte contre son propre poids. A mesure que ce fluide entre dans ces vaisseaux, la pesanteur de celui qui est de- vant ne pouvant être surmontée , il surviendroit une dilatation générale, et le sang ne pourroit arriver au cœur : oj', les valvules s’opposent à cet effet, en sou- tenant d’espace en espace la colonne du sang. Foi- blesse des parois veineuses , et existence des valvules,, sont deux choses nécessairement liées. Si les veines étoicnt aussi fortes que les artères , ne pouvant se dilater beaucoup quand le sang y entre, elles en transmettroient nécessairement le surplus au cœur, quoiqu’elles fussent dépourvues de valvules; mais A SANG NOIR. 427 d’un autre côté cela auroit pour la circulation des inconvéniens qui l’arrêteroient à chaque instant. Il paroît que ce n’est pas seulement le resserre- ment du système capillaire insensible qui pousse le sang dans les veines; mais que les racines de ces vaisseaux jouissent encore d’une espèce de faculté absorbante, par laquelle elles puisent le sang dans ce système. Or, le mouvement insensible né de cette faculté s’exerce évidemment des racines vers les troncs, comme cela arrive dans les lymphatiques ; donc, puisque d’une part le sang tend à être chassé dans les veines, et qu’il est pour ainsi dire attiré par elles de l’autre part, il est évident que la source primitive du mouvement qu’il suit est dans le sys- tème capillaire. Cette impulsion communiquée au sang, n’excède que de très-peu la résistance que ce fluide éprouve dans son mouvement : aussi la moindre cause, la moindre fésistance trouble-t-elle ce mouvement. De là, comme nous l’avons vu, la nécessité des anas- tomoses. De là encore, la nécessité des secours accessoires pour aider ce mouvement, tels que, i°. l’action musculaire, dont on ue peut révoquer en doute l’influence, en voyant le jet du sang de la saignée accéléré par le mouvement des muscles de l’avant bras, les palpitations du cœur, par le sang qui y afflue à la suite d’une course rapide ; en remar- quant que lés varices sont aussi rares dans les veines situées entre les muscles, qu’elles sont communes dans les soucutanées, etc.; 2°. le battement des ar- tères qui sont dans une foule d’endroits jointes aux veines, et qui leur communiquent une espèce de SYSTÈME VASCULAIRE mouvement ; 3°. le mouvement de certaines parties,' comme celui du cerveau, dont la masse sans cesse éle- vée et abaissée précipite la circulation du sangdes sinus d’une manière manifeste ; comme encore la loco- motion continuelle des viscères gastriques, pour les veines contenues dans l’abdomène, celle des viscères pectoraux, pour ceux contenus dans la poitrine, etc. Il est si vrai que les veines trouvent dans les mou- vemens extérieurs un secours pour leur circulation, que si un membre est long-temps immobile dans un appareil à fracture, ces vaisseaux s’y dilatent souvent. 4°. Les frottemens extérieurs, s’ils ne sont pas assez forts pour gêner la circulation veineuse, la facilitent manifestement; c’est là une partie des avantages des frictions sèches. 5°. Une compression légère, insuf- fisante aussi pour gêner le sang veineux , favorise souvent sont cours, quand les organes extérieurs sont affoiblis. On connoît, depuis Theden et Desault, l’avantage des bandages serrés pour les ulcères vari- queux, pour les varices mêmes, etc. Puisque le principedu mouvementdusang veineux est généralement répandu dans tout le système capil- laire général, au lieu d’être concentré, comme pour les artères, dans un organe unique, il est évident que ce mouvement ne doit point être uniforme, qu’il doit varier suivant l’état du système capillaire dans les différentes parties; qu’il peut être plus prompt dans certaines veines, plus tardif dans d’autres. C’est en effet ce que nous voyons, surtout au dehors où les veines sont plus ou moins gonflées, suivant que le sang y circule plus ou moins promptement. Dans les artères, au contraire, le moüvement est par-tout le A SANG NOIR. même; c’est un choc general et subit, une impulsion qui, par-tout ressentie en même temps, est néces- sairement par-tout uniforme : aussi ne voyez-vous jamais certaines artères plus pleines , d’autres plus vides, comme cela arrive pour les veines. En général, il y a des recherches très-nombreuses à faire sur le mouvement du sang dans les veines. Malgré tout ce qu’ont écrit les auteurs sur cette ques- tion , elle offre une obscurité où on n’entrevoit en- core que quelques traits de lumière. Ces difficultés dépendent de ce qu’on ne sait pas précisément quels sont le mode et la forme du mouvement communiqué au sang dans le système capillaire, quelle est T influence des parois vasculaires sur ce fluide, etc, etc. Nos con- noissances se réduisent sur ce pointa certains aperçus que je viens de présenter, et qui sont spécialement rela- tifs au parallèle du mouvement du sang dans les veines et dans les artères. Je crois que ce parallèle, poussé plus loin un jour, pourra beaucoup éclairer la circula- tion veineuse ; en effet, comme le premier mou- vement est beaucoup plus facile à saisir que le second, c’est pour ainsi dire procéder du connu à l’inconnu, que de mettre en opposition ce que nous savons sur l’un, avec ce que nous cherchons à connoitre sur l’autre. Voici donc le résumé de ce parallèle, encore imparfait : i°. Pulsation générale dans les artères ; absence de cette pulsation générale dans les veines. 2°. Rapidité du cours du sang dans les artères; lenteur du même cours dans les veines. 3°. Capacité plus grande et parois moins épaisses dans les veines ; moindre ca- pacité et plus d’épaisseur des parois dans les artères. SYSTÈME VASCULAIRE 4°. Nécessite des secours accessoires pour la circula- tion veineuse ; inutilité de ces secours pour la cir- culation artérielle. 5°. Jet en saccade du sang de la seconde; jet uniforme de celui de la première. 6°. Sus- ceptibilité du sang des veines, detre influencé par la pesanteur et autres causes accessoires; nullité de cette influence sur le mouvement artériel. Voilà une série de phénomènes qui, d’après ce que nous avons dit, dépendent évidemment de l’existence d’un agent d’impulsion à l’origine des artères, et de l’absence de cet agent à celle des veines. i°. Uniformité constante du mouvement dans toutes les artères; variété du mouvement dans chaque partie du système veineux ; 2Û. dilatation et resser- rement généralement les mêmes dans toutes les ar- tères des cadavres; extrême variété sous ce rapport dans les veines de diverses parties : voilà d’autres phénomènes qui dépendent de l’unité d’impulsion dans les premières, et des variétés du principe du mouvement du sang dans les secondes, etc. Quelques auteurs ont beaucoup insisté pour causes delà différence du mouvement artériel etdu veineux, sur ce que, dans les .artères, le sang est poussé par des tuyaux décroissans jusqu’au système capillaire qui résiste; sur ce que dans les veines, au contraire, il coule par des tuyaux toujours croissans jusqu’à l’oreillette droite qui n’offre aucune résistance. Mais le sang noir abdominal est aussi poussé sans agent d’impulsion, par une suite de tuyaux décroissans jusqu’au système capillaire du foie, et cependant le mouvement est analogue à celui des veines. A SANG NOIR. 431 Sympathies des Veines. Les sympathies des veines sont très-obscures, ainsi que celles des artères. Comme les tissus de ces deux sortes de vaisseaux sont rarement affectés , comme l’inflammation et les diverses espèces de tumeursy ont peu fréquemment leur siège , comme la douleur , par là même, s’y fixe assez rarement, on ne connoît que très-peu l’influence qu’ils exercent sur les autres tissus. Cependant, à l’époque ou l’on s’occupoit des trans- fusions diverses dans les vaisseaux, on a vu souvent des substances âcres et irritantes introduites dans les veines, produire des convulsions subites dans diffé- rens muscles. Quant à l’influence que les autres organes affectes exercent sur les veines, on la connoîl li es-peu aussi. Comme elles sont par-tout disséminées, ainsi que les artères’et les nerfs , il est difficile souvent de savoir si c’est dans la veine elle-même ou dans l’organe qu’elle forme qu’est le siège du phénomène sympathique. ARTICLE QUATRIÈME. Développement du Système 'vasculaire à. Sang noir. § Ier. Etat cle ce Système chez le Fœtus. Les veines ont chez le fœtus une disposition inverse de celle des artères : elles sont beaucoup moins dé- veloppe'es proportionnellement. Ce n’est pas sur les gros troncs, comme sur les veines caves, soucla- 4^2 SYSTEME VASCULAIRE vières, iliaques , etc., qu’il faut comparer ces vais* seaux, parce que le reflux du sang à l’instant de la mort dilate souvent ces troncs au point d’en imposer beaucoup sur leur véritable développement,et défaire croirequ’ils sont infiniment plus gros que l’état naturel 11e les présente en effet. C’est sur les branches et les rameaux qu’il faut établir des comparaisons : or il est facile de voir alors que les veines égalent à peu près les artères, mais ne leur sont pas supérieures ; ce qui a lieu constamment'chez l’adulte. Cependant le côté du cœur à sang noir, et l’artère pulmonaire qui font système avec les veines, sont proportionnellement plus amples que celles-ci. Cela tient à ce que non-seulement ils reçoivent et trans- mettent le sang de ces vaisseaux, mais encore celui de la veine ombilicale. C’est à cette dernière circons- tance qu’il faut attribuer aussi un fait anatomique constant chez le fœtus, savoir, que le tronc très-court de la veine cave , qui est étendu du foie au cœur , se trouve beaucoup plus gros proportionnellement au tronc de la veine cave supérieure, qu’il ne le sera par la suite. Le moindre développement du système veineux, comparé à celui des artères, paroît tenir chezle fœtus à ce que beaucoup de substance étant employée à la nutrition qui est très-rapide dans les premiers temps, il en revient moins par les veines. Ce phénomène n’est point du reste particulier au sang noir. Nous verrons les excréteurs transmettre moins de fluides hors des glandes, les exhalans en verser moins sur leurs sur- faces respectives. Il entre beaucoup de sang dans le système capillaire général du fœtus: voilà pourquoi 433 les artères sont très-grosses. Il reste beaucoup des substances qu’il contient dans les organes pour les nourrir; mais peu sortent du système capillaire gé- néral pour les secrétions, les exhalations; peu re- viennent par les veities. A SANG NOIR. Plus le fœtus avance en âge , et plus ses veines rapportent une grande quantité de ce sang. Dans les premiers temps, presque tout restoitdansles organes pour les former. Vers l’époque de la naissance, les choses se rapprochent de ce qu’elles seront chez l’a- dulte. Dans ce phénomène général du système veineux chez le fœtus, les proportions sont toujours conser- vées entre les veines des différentes parties, suivant l’accroissement de celles-ci. C’est ainsi que la plupart des parties supérieures, le cerveau en particulier, étant chez le fœtus, le siège d’une nutrition plus active que les inférieures, les veines y sont aussi plus prononcées. On ne peut guèredistingueràcetâgedesfibresdans les parois veineuses, quoique cependant elles y exis- tentsans doute. J’ai remarqué seulement qu’elles con- tiennent bien moins alors de petits vaisseaux, à pro- portion, que les artères, dont les troncs en sont cou- verts, comme il est facile de le voir sur l’aorte.. Quoique moins dilatées que par la suite,les veine* paroissent aussi fortement organisées; leurs parois sont très résistantes; on les dilate même moins faci- lement : cette disposition se conserve pendant toute la jeunesse. C’est à cela que j’attribue l'absence des varices à cet âge. En effet, comme d’une part moins de sang circule dans les veines, comme d’une autre 434 SYSTÈME VASCULAIRE part elles paroissent proportionnellement plus résis- tantes, il est évident qu’elles doivent moins céder. § II. État de ce Système pendant £ accroissement et au-delà. A la naissance, il arrive, comme nous l’avons vu, une révolution remarquable dans le système à sang noir. L’oreillette et le ventricule droits reçoivent la totalité du sang dont une partie passoit jusque-là im- médiatement à gauche par le trou bolal. Celte diffé- rence n’influe pas beaucoup sur la capacité de l’oreil- lette et du ventricule droits; il survient seulement dans leur forme des différences que j’indiquerai en détail dans l’Anatomie descriptive. Pendant les premières années , les veines conser- vent encore une infériorité réelle par rapport aux ar- tères. Cette infériorité subsiste même pendant tout le temps de l’accroissement : vous pouvez vous en as- surer par l’examen des veines extérieures ; jamais elles ne sont aussi sensibles , aussi prononcées chez l’enfant que chez l’adulte. Comparez le bras d’un homme et celui d’un enfant; la différence sera sen- sible, à égalité de graisse. La proportion des veines cérébrales sur les autres se perd peu à peu à mesure qu’on avance en âge, parce que le cerveau prédomine moins par sa nutri- tion. A l’époque de la puberté, et vers la fin de l’accrois- sement en longueur, les veines participent à cette pléthore générale qui semble se manifester, et qui est, comme nous l’avons vu , la source d’une foule de maladies. A SANG NOIR. 435 Lorsque l’accroissement en longueur et en épais- seur est fini, les veines commencent à prendre plus de diamètre; elles deviennent plus saillantes au de- hors : il paroît que plus de sang les parcourt habi- tuellement. Faites contracter fortement les muscles d’un homme adulte, vous verrez toutes ses veines se gorger considérablement. La même expérience ne produira point un effet proportionnel chez le jeune homme : les ligatures appliquées montrent la même différence. § III. Etat de ce Système chez le Vieillard. Dans les dernières années, les veines deviennent extrêmement prononcées, en comparaison de la jeu- nesse : on peut dire même que, sous ce rapport, les deux âges extrêmes de la vie présentent une disposi- tion inverse. Il suffit de considérer l’habitude exté- rieure dans l’un et l’autre âge, pour se convaincre, par l’examen des veines superficielles, de la réalité de cette assertion. Prenons garde cependant que ce développement plus grand ne suppose point une addition de subs- tance dans les parois veineuses, comme, par exemple, le volume augmenté des os dépend de la surabon- dance de phosphate calcaire. C’est une simple dilata- tion de ces parois, lesquelles s’aff'oiblissent, s’amincis- sent même plutôt que d’augmenter. Cette dilatation est due à la perte de leur ressort et à la plus grande quantité dé sang qui revient des organes. En effet, le mouvement de décomposition prédominemanifes- tement chez le vieillard sur celui de composition. Plus de substance est enlevée à ses organes qu’il ne leur 436 SYSTÈME VASCULAIRE en est ajouté. Je ne connois que les os qui se pénè- trent d’une quantité plus grande de la substance qui les nourrit. Dans tous les autres organes, il paroît qu’un phénomène inverse se manifeste; de là leur racornissement, leur flétrissure, si je puis me servir de ce terme. Or, comme le système à sang noir est celui où est versé tout le résidu de la décomposition des organes, il n’est pas étonnant qu’il soit dilaté chez le vieillard; de même que le système à sang rouge étant celui qui Dorte les matériaux de leur composition, doit être prédominant dans les premiè- res années. Cependant la surabondance du sang noir est chez le vieillard un phénomène, jusqu’à un certain point, illusoire : en effet, elle dépend aussi de la lenteur de la circulation dans les veines, ou le sang, mu avec peine à cause de l’affoiblissement du système capil- laire, tend à stagner, à les dilater même, comme je l’ai dit plus haut; en sorte qu’il pourvoit se faire que moins de sang noir revenant des organes , on en trouvât cependant davantage dans les veines que chez l’adulte; c’est qu'alors la vitesse du cours seroit beaucoup moindre. II arriveroit pour tout le système ce qui a lieu dans une varice, par exemple, où le sang ne s’amasse que parce que sa vitesse diminue. Il ne faut donc pas croire que la surabondance du sang noir chez le vieillard, y suppose une pléthore aussi réelle qu’est celle du sang rouge chez l’enfant, où d’une part les artères contiennent plus de fluide, et où d’autre part elles le poussent avec plus de vitesse. On, voit d’après cela que la dilatation des veines chez le vieillard est une preuve de plus des principes éta- A SANG NOIR. blis plus haut, savoir, que la capacité des veines est toujours en raison inverse de la vitesse des fluides qui les parcourent. Qu’on me permette une compa- raison inexacte jusqu’à un certain point, mais qui peut donner une ide'e de ce qui se passe dans le sys- tème veineux : une rivière dont le lit est très-large au-dessus d’un pont, coule lentement; mais ce lit se rétrécissant beaucoup sous les arches, la vitesse aug- mente beaucoup, afin que l’équilibre s’établisse. De même dans les veines, il y a peu de vitesse et beau- coup decapacité chez le vieillard, beaucoup de vitesse et peu de capacité chez l’enfant. Les anatomistes connoissent très-bien la différence des artères et des veinesaux deux âges extrêmes delà vie : ils choisissent des sujets avancés en âge pour étu- dier les veines; au contraire ces sujets sont absolument impropres aux injections artérielles qui réussissent si bien et même quelquefois trop chez l’enfan t, où tout semble devenir vaisseaux, et chez qui l’examen des veines seroit très-difficile, impossible même. Les veines des parties inférieures sont en général plus dilatées, chez le vieillard, que celles des parties supérieures; cela tient au poids habituel de la colonne sanguine qui, agissant continuellement, finit enfin par avoir un effet réel; car, comme nous l’avons dit, la circulation veineuse est très-susceptible d’être in- fluencée par les causes mécaniques, par rapport au peu de force de la cause qui fait circuler : voilà pour- quoi les varicessont infiniment plus fréquentes dans les parties inférieures que dans les supérieures, oit l’on n’en trouve presque jamais. Chez les femmes qui ont fait beaucoup d’enfanSj» 438 SYSTÈME VASCULAIRE on remarque d’une manière encore plus sensible cette dilatation des veines des parties inférieures ; le plus souvent même il y a des varices chez elles. Remar- quez que cette maladie semble être l’apanage de la vieillesse, plus particulièrement que celui de tout autre âge. Au contraire , on voit rarement des ané- vrismes à des vieillards. La rupture des veines a été aussi presque constamment observée à cet âge ou dans l’âge adulte. Je n’en connois guère d’exemples chez les enfans. L’artère pulmonaire n’est pointdilatéechezle vieil- lard, à proportion des veines avec lesquelles elle fait système , parce qu’éloignée de l’action des corps ex- térieurs, pourvue à son origine d’un agent d’impul- sion, formée d’un tissu ferme et résistant, elle n’a point été dans le cas de céder comme elles. § IV. Développement accidentel des Veines• Les veinesse développent accidentellement de deux manières. i°. Dans les tumeurs cancéreuses, dans les fou gu s , etc. où plus de sang rouge aborde, elles ac- quièrent un volume proportionné à celui des artères : or , comme elles sont superficielles, on voit plus faci- lement leur accroissement que celui des artères, ce qui a fait prendre cet accroissement pour un carac- tère distinctif des cancers et autres tumeurs analogues; mais il n’est jamais que consécutif à l’augmentation de nutrition* Le mouvement du sang s’y fait avec la même rapidité que dans toutes les autres veines; il n’est point embarrassé. 2°. 11 est des cas, au contraire, où les veines d’une partie se dilatent, parce que le A SANG NOIR. sang ne peut facilement y circuler , parce que la vi- tesse de son cours y diminue. Par exemple , souvent tout le système veineux des parois abdominales est agrandi dans l’hydropisie ascite : ce n’est pas qu’il y ait plus de sang à rapporter , il y en a même moins que dans l’état ordinaire; mais c’est que les parois veineuses ayant en partie perdu leur ressort, ainsi que les parties voisines , la circulation se ralentit beaucoup; or, plus elle est tardive, plus le sang s’ac- cumule, et plus il dilate les parois veineuses. C’est donc alors une espèce de varice générale dans une division des veines. Il n’arrive pas plus de sang par les artères , comme*cela a lieu dans le cas précédent r c’est en partie le cas des vieillards. ARTICLE CINQUIÈME. Remarques sur l?Artère et les Veines. pulmonaires. {Quoique, dans l’exposé des deux systèmes à sang noir et à sang rouge, j’aie considéré l’artère pulmo- naire comme faisant pour ainsi dire corps avec les veines, et les veines du même nom se continuant avec les artères, cependant la nature est toute différente. Il n’y a vraiment que les deux membranes générales formant les deux grands conduits où sont contenues l’une et l’autre espèce de sang, qui soient par-tout identiques dans leur nature, depuis le système capil- laire général jusqu’au pulmonaire. Les tissus ajoutés à l’extérieur de ces deux membranes communes sont essentiellement différens.- Ainsi le tissu de l’artère SYSTÈME VASCULAIRE pulmonaire, quoique ajouté à la membrane à sang noir, est, à la différencé d’épaisseur près, de même nature que celui de l’aorte et de ses divisions. De même, quoique uni à la membrane du sang rouge, le ■tissu des veines pulmonaires est le même que celui des autres veines. Cette uniformité de tissu en suppose une dans les fonctions ; c’est en effet ce qui existe réellement. Les lois mécaniques de la circulation du sang noir sont les mêmes dans l’artère pulmonaire, que celles du sang ronge dans l’aorte. De même les lois de la circulation veineuse générale président à celles des veines pul- monaires: l’inspection le prouve, et d’ailleurs cela doit être , puisque le rapport du cœur avec l’un et l’autre genre de vaisseaux est le même que pour les artères et les veines. Chaque système de sang a donc ses deux modes circulatoires. Mouvement subit, généralement com- muniqué, et non progression d’une ondée de fluide; pulsation par une locomotion réelle; redressement général de toutes les divisions du même tronc à chaque impulsion du cœur; voilà les caractères mé- caniques généraux de l’artère du sang rouge , comme de celle du sang noir. Absence de pulsation , lenteur dans le cours du fluide , défaut de redressement, etc. ; ce sont les attributs généraux des veines de l’une et l’autre espèce de sang. Sans clou le il y a des modifications générales qui tiennent aux localités : ainsi, à cause du court trajet que décrivent les veines pulmonaires , la pesanteur n’a presque pas d’influence sur leur sang; jamais elles ne deviennent variqueuses; le mouvement du fluide A SANG NOIR. 441 y est plus rapide, puisqu’elles ont moins le temps de perdre celui qui est communiqué au sang dans le sys- tème capillaire pulmonaire , etc. : ainsi l’artère de même nom , moins flexueuse dans ses branches, m’a- t-elle offert des pulsations moins sensibles que celles de l’aorte, etc. Mais ces phénomènes généraux sont toujours les mêmes ; ce ne sont que des modifica- tions différentes. Voilà pourquoi la disposition générale est à peu près la même dans les veines et dans les artères, soit qu’elles servent au mouvement du sang rouge, soit qu’elles appartiennent à celui du sang noir. Ainsi, par exemple, les deux artères partent chacune d’un ventricule par une embouchure unique, nécessaire à l’unité d’impulsion du sang, à l’uniformité de son cours dans les divisions de scs grands vaisseaux, àla simultanéité du battement dans toutes les divisions. Au contraire les veines versent dans le cœur le sang rouge et le sang noir par plusieurs embouchures iso- lées; ce qui est indifférent, puisque, comme nous l’a- vons vu , le mouvement de ce fluide dans les veines n’est point uniforme, mais qu’il peut être accéléré ou retardé dans une partie , suivant les influences qu’il reçoit : ainsi, il peut entrer avec vitesse par l’embou- chure de la veine cave supérieure, et avec lenteur par celle de l’inférieure, etc. D’après les considérations précédentes, si on n’a égard qu’au mécanisme de la circulation, il est presque indifférent de considérer avec les anciens la petite et la grande circulations, d’étudier d’abord le cours du sang dans l’artère et les veines pulmonaires, puis dans l’aorte et dans le système veineux général ; ou bien 442 SYSTEME VASCULAIRE d’étudier, comme moi, le cours du sang, d’abord dans les veines pulmonaires et dans l’aorte, puis dans les veines générales et dans l’artère pulmonaire. Mais si on considère de plus cette grande fonction sous les rapports irnporlans de la nutrition, des secrétions, des exhalations , auxquelles elle fournit leurs maté- riaux, de l’excitation générale qu’elle porte dans toutes nos parties, et qui y est indispensable à l’en- tretien de la vie, de l’introduction des fluides étran- gers dans le corps de l’animal, du changement de ces fluides en notre propre substance ; alors je crois qu’il est indispensable de s’en former le tableau sous le- quel je l’ai présenté. ARTICLE SIXIÈME. Système 'vasculaire abdominal à sang noir, Situation , FormesDisposition générale, slnas- tomoses, etc. II y a dans l’abdomen un système à sang noir ab- solument indépendant du précédent, disposé exac- tement comme lui, avec la différence que son trajet est moindre, et qu’il manque d’agent d’impulsion. Ce système, ordinairement désigné sousle nom de veine porte , est constant chez la plupart des animaux. Il naît dans la division du système capillaire gé- néral qui appartient aux intestins, à l’estomac, à l’épiploon, à la rate, au pancréas, etc., et en géné- ral sur tous les viscères abdominaux qui appartien- nent a la digestion. Cette origine est remarquable» Les viscères étrangers, dans l’abdomen, aux pbéno- A SA HT G NOIR. 443 mènes digestifs, le sont aussi à l’origine de ce sys- tème. Les reins et leurs dépendances, comme les capsules atrabilaires , les uretères, la vessie, l’urè- tre, etc., les parties génitales, le diaphragme, etc., les parois abdominales elles-mêmes, etc., etc., ver- sent leur sang noir dans le système précédent. Pour- quoi les viscères digestifs sont-ils danstoute leur éten- due exceptés des autres, sous le rapport de la destina- tion de leur sang noir? llfaudroit, pour répondre à cette question, connoître les usages du système qui nous occupe : or nous ignorons ces usages. Ainsi né de tout l’appareil gastrique, ce système se ramasse en deux ou trois troncs, qui se réunis- sent bientôt en un seul, lequel occupe la partie supé- rieure et droite de l’abdomen, au dessous du foie. Ce tronc commun se partage bientôt de nouveau en plusieurs branches, lesquelles se répandent dans le foie par une infinité de ramifications qui se perdent dans le tissu de cet organe. Ce système présente donc la même disposition gé- nérale que les précédens : il est composé de deux ar- bres adossés par leurs sommets tronqués qui se con- fondent. Placez un agent charnu d’impulsion à ces sommets, ce sera la même disposition que dans les deux précédens. Le sang se meut d’un système ca- pillaire à un autre. Divisé d’aboid en filets ténus, il se réunit en masses toujours croissantes jusqu’à un point déterminé, puis se divise de nouveau, et se perd en filets non moins ténus que les premiers. Dans la portion abdominale, les ramuscules, les rameaux, les branches et les troncs, sont disposés à peu près comme pour le système veineux, général* 444 SYSTÈME VASCULAIRE Les ramuscules se trouvent dans les organes, les ra- meaux. dans leur intervalle; la plupart des branches situées dans les lames du péritoine y accompagnent les artères; les troncs rampent dans le tissu cellulaire subjacent. Quant à la portion hépatique, renfermée toute entière dans le foie, elle sy divise à peu près comme la précédente. Les anastomoses présentent la disposition suivante dans le système qui nous occupe. i°. Sa portion hé- patique paroît en manquer ; toutes les branches, ra- meaux et ramuscules, marchent isolément. Comme la circulation n’est point sujette dans le foie à des al- ternatives d’augmentation, de diminution, etc., le tissu solidede cet organe garantissant les vaisseaux, le sangn’apas besoin de moyen de déviation d’un endroit à un autre. Ainsi les grandes divisions de l’artère et des veines pulmonaires, qui se jettent tout de suite dans le poumon où elles sont logées en totalité , ne communiquent-elles point les unes avec les autres. Ainsi les branches de toutes les artères et de toutes les veines contenues dans l’intérieur d’un viscère , comme dans le rein, la rate, etc., y sont-elles assez ordinairement sans communication. 2°. Quant à l’ar- bre abdominal, ses anastomoses sont très-fréquentes dans les rameaux. On voit tout le long des intestins grêles, des arcades exactement analogues à celles des artères mésentériques: moins fréquentes sur les gros intestins , elles y sont cependant très-sensibles, ainsi que sur l’estomac; dans les branches et les troncs, elles n’existent point. Les anastomoses du système à sang noir abdo- minal y sont nécessitées parles retards Iréquens que ce fluide est susceptible d’y éprouver. Car observez que la circulation s’y fait, pour la portion abdominale, suivant les mêmes lois que pour les autres veines, que par conséquent la force qui y fait circuler le sang, est susceptible de céder au moindre effort. Or, dans les différens mouvemens des intestins grêles , souvent un repli trop marqué, la pression de ces or- ganes remplis d’alimens sur les veines, lorsqu’on est couché à la renverse ou sur le côté, et que ces veines appuient sur un plan résistant, et mille causes ana- logues , gênent le cours du sang dans une branche , et le force à refluer vers les autres par les anastomoses. Remarquez en effet qu’un obstacle qui est nul pour le sang rouge à cause de la secousse très-forte qui lui est imprimée, devient très-réel pour les deux sangs noirs qui ne reçoivent qu’une foibîe impulsion. A SA If G NOIR. L’influence de la pesanteur est marquée sur le sang de ce système comme sur celui du précédent. Aussi voyez vous les veines hémorroïdales, plus exposées que toutes les autres à cette influence par leur posi- tion, devenir beaucoup plus fréquemment vari- queuses; et même il est rare qu’on trouve des dila- tations dans les veines mésentérique supérieure, splénique, gastro-épiploïque, etc., etc., tandis qu’il n’est aucune partie ou elles existent plus souvent que dans les hémorroïdales. Ainsi avons-nous vu le système précédent dilaté rarement en haut, mais très- fréquemment en bas. Le système à sang noir abdominal ne communique que très-peu avec le général : s’il y a des anastomoses ce n’est que dans les dernières divisions; encore ces anastomoses existent-elles ? Je crois qu’on peut con- 446 SYSTÈME VASCULAIRE sidérer ces deux sangs comme indépendans l’un de l’autre. Organisation , Propriétés , etc. Beaucoup d’auteurs, Haller en particulier, consi- dérant que le système qui nous occupe est dépourvu d’agent d’impulsion, y ont admis une force de struc- ture supérieure à celles des autres veines; mais, en l’examinant attentivement, je me suis convaincu qu’elle est absolument la même. L’enveloppe cellu- leuse de nature particulière qui l’entoure,et qui est ana- logue à celle des autres vaisseaux, est seulement un peu plus marquée ; ce qui fait paroître d’abord ces veines un peu plus épaisses : mais, en enlevant cette enveloppe, on voit que la membrane interne est de même nature, seulement peut - être un peu moins extensible. On ne distingue point aussi bien les fibres veineuses longitudinales que dans le système précé- dent; je doute même qu’elles existent dans les troncs, où on pourroit le mieux les voir. Les deux portions hépatique et abdominale de ce système paroissent absolument uniformes dans leur structure. Seulement la première est accompagnée par- tout d’ une espèce de membrane qui paroît celluleuse, mais dont la nature n’est pas encore bien connue, et qu’on nomme capsule de Glisson. Cette capsule, in- timement unie à la substance du foie, adhère plus lâchement aux veines: en sorte que, lorsque celles- ci sont vides, souvent un espace les en sépare; ce qui fait qu’elles sont froissées sur elles-mêmes lorsqu’on coupe le foie par tranches. Je crois qu’on ignore en- tièrement le but de cette disposition anatomique» A SANG NOIR. L’analogie de structure entre les systèmes à sang noir abdominal et général, en suppose une dans les propriétés, les sympathies, les affections etc. J’ai souvent irrité d’une manière quelconque les veines mésentériques, sur lesquelles il est extrême- ment facile dagir, en retirant par une petite plaie de l’abdomen une portion du paquet intestinal : les résultats ont toujours été les mêmes que dans le système précédent. Seulement lorsqu’on y injecte de l’air, l’animal ne se débat point, ne paroit point souffrir, et l’expérience n’est pas mortelle; ce qui prouve de plus en plus que ce n’est pas par son con- tact sur les veines ou sur le cœur, que l’air est fu- neste , mais bien en agissant sur le cerveau. La membrane commune du système qui nous occupe, est distinguée de celle du système précé- dent , en ce qu’elle manque absolument de valvules. Cette absence paroît tenir à deux causes, i°. à ce que le trajet du sang y étant moins long, le fluide a moins besoin d’être soutenu d’espace en espace; 2°. à ce que la partie moyenne de ce système man- quant d’agent d’impulsion, il n’y a point de reflux comme dans le précédent. En effet, à chaque con- traction, l’oreillette droite renvoie, comme je l’ai dit, une portion de son sang dans les veines, qui y opposent un obstacle par les valvules. Ici, au con- traire le cours du fluide est constamment uniforme d’un système capillaire à l’autre; il n’y a point de cause de mouvement rétrograde. 448 SYSTÈME VASCULAIRE Piemarques sur le Mouvement du Sang noir abdominal. Cette uniformité dans le cours du mouvement du sang noir, n’est pas seulement le résultat de l’absence d’agent d’impulsion, mais encore de ce que le foie ne lui oppose point des obstacles aussi fréquens que le poumon en présente au sang noir précédent. Re- marquez en effet que le foie remplit exactement, à l’égard de ce système, l’usage du poumon à l’égard du précédent: il est l’aboutissant, le terme de la cir- culation qui nous occupe. Or, étranger à toute espèce de dilatation et de resserrement, privé du fluide qui agit sans cesse sur le poumon, et qui, chargé de dif- férentes substances étrangères, peut altérer souvent les forces vitales de ce viscère, au point d’y nuire au passage du sang, etc., tissu d’une substance solide et granulée où il ne peut survenir aucun mouve- ment extraordinaire, que ceux de locomotion gé- nérale de l’organe, le foie ne présente évidemment aucune des conditions qui seroient propres à gêner fréquemment dans son intérieur le cours du sang noir qu’y envoie le système abdominal, Ajoutez à cela, comme je l’ai dit, l’absence d’agent d’impulsion, et vous concevrez, i°. pourquoi jamais, lorsque l’ab- domen est ouvert, on ne voit de battement, de reflux: dans les veines du système abdominal, comme on en observe dans les précédentes; 2°. pourquoi on y trouve toujours à peu près la même quantité de sang; 3°. pourquoi, par conséquent, on ne remarque jamais, ni dans le tronc commun qui correspond à la place du cœur, ni dans ses branches, les variétés sans nombre de dilatation ou de resserrement que Je côté droit du cœur et tous les gros troncs vei- neux nous offrent si fréquemment, qu’à peine deux sujets se ressemblent, tandis qu’ici c’est toujours à peu près la même disposition ; 4°* pourquoi le foie n’est point sujet aux innombrables variétés de vo- lume que présente le poumon» Gela mérite même une considération particulière. Pour peu que vous ayez ouvert de cadavres, vous avez observé qu’à peine deux fois trouve-t-on ce dernier gorgé de la même quantité de sang; son poids varie prodigieu- sement sous ce rapport. Or, tout cela tient aux obs- tacles plus ou moins grands que le sang veineux a eu à traverser ce viscère dans les derniers momens. Il dépend de nous de Je rendre plus ou moins pesant chez un animal, en le faisant périr d’asphyxie ou d’hémorragie, en remplissant par conséquent ou en privant de sang les extrémités de l’artère pulmonaire» Quel que soit, au contraire, le genre de mort, les extrémités hépatiques du système abdominal con- tiennent toujours à peu près la même quantité de sang; d’ailleurs, en supposant qu’il en reste plus qu’à l’ordinaire dans ce système à l’instant de la mort, il s’y répartit généralement, parce qu’il n’y a point d'agent d’impulsion qui, dans les derniers momens, en pousse au foie la plus grande quantité, comme cela arrive au poumon. On conçoit d’après cela pourquoi cet organe présente un tissu ferme $ résistant, nullement extensible comme est celui de ce dernier. Quelquefois le sangle pénètre bien en plus grande quantité; il est même plus ou moins pesant, suivant le genre de mort. Mais ces variétés appar- A sang dvoi ii* 45 O SYSTÈME VASCULAIRE tiennent uniquement aux veines hépatiques, qui s’ou- vrent dans la veine cave inférieure, presque au- dessous du cœur; elles dépendent du reflux plus ou moins considérable qui s’y fait, ainsi que dans tous les gros troncs veineux ; elles dépendent par consé- quent presque toujours du poumon : en sorte qu’on peut assurer que quand celui-ci est gorgé de sang, que l’oreillette droite est distendue par conséquent, le foie contient aussi plus de ce fluide. Mais ce phé- nomène, dont je parlerai en traitant du foie, estabso-' lument étranger au système qui nous occupe. Le mécanisme de la circulation de ce système est absolument le même que celui des veines, pour sa por- tion abdominale. Quant à celui de sa portion hépa- tique , il est le seul de son genre dans l’économie. Il n’a aucune analogie avec celui des artères, puisque dans ce dernier le cœur est presque tout, et que rien ne correspond ici à cet organe; car bien certainement il n’y a aucune espèce de contraction dans le tronc commun des deux arbres, comme je m’en suis plu- sieurs fois assuré. C’est donc le même mouvement qui sc perpe'tue des viscères gastriques jusqu’au foie. Au reste, il y a encore beaucoup d’obscurité à dissiper sur ce mouvement comme sur le précédent. Tout es- prit judicieux sent un grand vide à remplir, en lisant ce qu’on a écrit sur le mouvement du sang veineux général, et sur celui-ci. On ne peut disconvenir que les agens extérieurs ne soient pour beaucoup dans ce dernier comme dans le premier. L’abaissement et l’élévation habituels du diaphragme, le mouvement correspondant des parois abdominales 9 la dilatation et le resserrement alterna- tifs des viscères creux de l’abdomen, la locomotion continuelle des intestins grêles, etc., toutes ces causes influent certainement sur le mouvement du sangnoir abdorninaljetmêmejecroisquei’absencede la plupart d’entre elles contribue, autant que la position perpen- diculaire, à ralentir ce mouvement dans les veines hémorroïdales, et à y occasionner des varices. A SANG NOIR. Cependant cette influence n’estpas telle, que,comme Boerhaave le pensoit, la circulation ne puisse se faire sans elle. En effet, l’abdomen d’un animal étant ou- vert, le sang est également transmis au foie, et jaillit de même d’un vaisseau ouvert; mais on observe un affoiblissement sensible au bout de peu de temps, et même avant que la circulation générale languisse. Remarques sur le Foie. L’usage du foie, d’être l’aboutissant du sang noir abdominal, comme le poumon est celui du sang noir de tout le reste du corps, lui donne évidem- ment une importance à laquelle tous les autres or- ganes secre'toires sont etrangers. Quelques auteurs, en voyant que le volume de ce viscère est énorme en comparaison du fluide qui s’en échappe , ont soup- çonné qu’il avoit un autre usage que la séparation de ce fluidç. Ce soupçon me paroît presque une certi- tude. Comparez en effet les conduits excréteurs et le réservoir hépathiques, aux mêmes organes considérés dans les reins, les salivaires, le pancréas même, vous verrez qu’ils ne les surpassent guère, qu’ils sont même inférieurs à ceuxdes premiers. Après cela , comparez la masse du foie à celle des reins, des glandes salivai- res, etc., vous verrez quelle est la différence. D’un 452 autre côté, sionexamine la bile rendue avec les selles pour les colorer, si on ouvre les intestins aux diffé- rentes époques de la digestion, comme je l’ait fait, pour voir la quantité de ce fluide qui est versée , si on fait jeûner un animal pour le laisser se ramasser isolément dans les intestins, si on lie le conduit cholédoque pour retenir la bile , etc., il est im- possible de ne pas se convaincre que la quantité de ce fluide est moindre que celle de l’urine , et surtout quelle est disproportionnée au volume du foie. Ce viscère à lui seul égale au moins en masse toutes les autres glandes réunies : or, mettez d’un côté la bile, de l’autre tous les fluides secrétés, Purine ,1a salive, le sucpancréatique, la semence, lessucs muqueux, etc., vous verrez que la différence est énorme. SYSTEME VASCULAIRE Puis donc que la secrétion de la bile n’est pas uniquement le but auquel le foie est destiné, il faut qu’il remplisse encore un autre usage dans l’économie. Or, nous ignorons complètement cet usage; seule- ment il est hors de doute qu’il doit être lié avecl’exis- tence du système à sang noir auquel le foie sert d’a- boutissant, qu’il est même spécialement relatif à ce système. Les considérations suivantes paroissent prouver que cet usage est des plus importans. i°. Le foie existe dans toutes les classes d’ani- maux. Dans ceux mêmes où la plupart des autres viscères essentiels sont très-imparfaits, il est extrê- mement prononcé. 2°. La plupart des passions l’af- fectent spécialement ; plusieurs d’entre elles ont sur lui un effet exclusif, tandis que le grand nombre des autres glandes ne s’en ressent presque pas. 3°. Il joue dans les maladies un rôle aussi marqué que les pre- Jk SANG NOIR» 453 miers viscères de l’économie. Dans une foule d’af- fections nerveuses, dans l’hypocondrie, la mélanco- lie, etc., ila une influence extrême, en la comparant à celle des autres glandes. On sait avec quelle facilité ses fonctions s’altèrent. Sans doute qu’il est étran- ger à beaucoup d’affections qu’on appelle bilieuses, et qui siègent exclusivement dans l’estomac; mais certainement il entre pour beaucoup dans la plupart* Puisqu’il est hors de doute que la jaunisse dépend tou- jours d’une affection grave de ce viscère, on doit certainement conclure que la teinte jaunâtre qui se répand sur la face dans plusieurs de ces affections, tient à une cause existante dans ce viscère, et qui n’a pas assez d’intensité pour produire la jaunisse. Que la bile circule ou non dans le sang pour produire cette teinte, peu importe; il est incontestable qu’elle est un produit des affections du foie : or, la foule des cas où elle a lieu, prouve combien ce viscère est souvent af- fecté; certainementil n’estaucune glandedans l’écono- mie animale qui le soit aussi fréquemment. 4°* Parle- rai-je des affections organiques ? Comparez, dans les ouvertures de cadavres, celles du foie à celles de tous les organes de même classe que lui, vous verrez qu’il n’en est aucun qui l’égale sous ce rapport : le rein en approche par la fréquence des altérations de son tissu ; mais il est encore loin d’être placé sur la même ligne. 5°. Qui ne connoît l’influence du foie sur les tempé- ramens ? qui ne sait que sa prédominance répand Sur l’habitude extérieure, sur les fonctions, sur les passions, sur le caractère même, une teinte particu- lière que tous les anciens avoient remarquée, et dont les observations modernes ont confirmé la réalité? Or 454 voyez si les antres glandes ont rien de semblable par rapport à leur influence dans l'économie. 6ü. Le foie est, avec le cœur et le cerveau, l’organe le premier forme; il précède tous les autres organes par son dé- veloppement ; il est incomparablement supérieur, sous.ee rapport, à toutes les glandes. De toutes ces considérations, et de beaucoup d’au- tres que je poïirrois ajouter, on peut conclure, je crois, que le rôle inconnu que le foie joue dans l’éco- nomie animale, outre la secrétion bilieuse, est des plus importans. L’étude de ce rôle est un des points les plus dignes de fixer l’attention des physiologistes. On a dit dans ces derniers temps que le foie sup- plée aux poumons dans leurs fonctions d’enlever au sang son hydrogène et son carbone. J’ignore com- ment on a pu vérifier ce fait par l’expérience; mais je puis assurer que certainement le foie ne change pas en rouge le saug noir du système abdominal. i°. Le sang de l’oreillette droite est de la même couleur que celui de la veine cave inférieure : or, si le sang sortoit rouge des veines hépatiques, il don- neroit certainement une teinte plus claire au pre- mier. 2°. Ayant ouvert le ventre et la poitrine d’un chien, j’ai lié avec une aiguille courbe la veine cave à son entrée dans le cœur et au-dessus du rein, puis en détachant le foie par derrière, j’ai fendu la portion interceptée entre les deux ligatures et où s’ouvroient les veines hépatiques; le sang en est sorti aussi noir que du reste du système. 3°. Arra- chez le foie d’un animal vivant, et examinez tout de suite ses veines, -vous verrez qu’elles contiendront Un sang analogue à celui des autres. 40. Coupé par SYSTÈME V ASCULAIRE A 5 ANC, NOIR, tranches sur un animal vivant, ce viscère verse en ar- rière un fluide analogue, à part quelques filets rouges fournis par les derniers rameaux de l’artère he’pa- tique ; ce qui est tout different dans la même expé- rience faite sur le poumon. Si le sang noir abdominal reçoit quelques modifi- cations de nature dans le foie, certainement elles n’influent ni sur sa couleur, ni.sur sa consistance , ni sur ses qualités tactiles. L’opinion générale est que le sang noir abdominal sert à la secrétion de la bile, et que l’artère hépatioue n’est destinée qu’à la nutrition du foie: c’est celle qu’a adoptée Haller; je l’ai aussi professée ; mais je suis loin de la considérer comme aussi rigoureusement dé- montrée qu’on le croit communément; les observa- tions suivantes prouvent qu’on ne doit la regarder que comme une présomption même assez incertaine. i°. On dit que le sang hépatique, plus noir, plus huileux, imprégné des vapeurs des excrémens, d’une saveur même amère, se rapproche plus de la nature de la bile que le sang artériel ; qu’il est plus propre à la former par conséquent. Je ne sais si ce sang a été analysé comparativement; mais certainement je n’y ai trouvé aucune différence dans ses attributs extérieurs; j’avois cru dans une expérience y obser- ver des gouttelettes graisseuses nageant dans le fluide: mais c’étoit une erreur; diverses autres expériences m’ont désabusé. Je doute qu’on puisse jamais dé- montrer que les particules alcalines des alimens et des excrémens passent dans la veine porte : ce pas- sage est une supposition gratuite. 2°. On dit que le volume du foie est considérable, à pioportion de 456 SYSTÈME VASCULAIRE l’artère hépatique : cela est vrai; mais cen’estpas au vo- lume de ce viscère qu’il faut comparer celui de cette artère, pour savoir si elle fournit les matériaux de la secrétion, puisque nous avons vu qu’il est impos- sible que toute sa substance soit destinée à séparer la bile ; c’est avec les conduits biliaires et leur ré- servoir, qu’il faut établir la comparaison : or cette artère est exactement proportionnée à ces conduits; il j a entre eux à peu près même rapport qu’entre la rénale et l’uretère; au contraire, les conduits bi- liaires sont bien manifestement disproportionnés à la veine porte. 3®. On dit que la lenteur du mou- vement de cette veine est favorable à la secrétion de la bile. Mais sur quelle donnée positive est fondée cette assertion? Pourquoi la lenteur du mouvement est-elle plus nécessaire à cette secrétion qu’aux au- tres? 4°. On dit que l’artère hépatique ayant été liée, la secrétion de la bile a continué. Mais quand on con- noît le rapport des parties, la plus simple réflexion su ffi t pour concevoir qu’ on ne peut faire une semblable ligature, sans un délabrement qui ne permet plus de rien distinguer. J’ai voulu la tenter une fois, je n’ai pu achever; j’enétois presque persuadé d’avance. 5°. On dit que le sang noir est plus propre à fournir les matériaux de la bile que le sang rouge. Mais quelle en est la raison ? est-ce parce que ce sang est plus hydrogéné et plus carboné? Mais c’est donc le sang noir qui fournit aussi la graisse: or tous les anatomistes conviennent quelle s’exhale des extré- mités artèrçs : même observation pour la moelle, pour le cérumen, et en général pour les humeurs huileuses. 6°. Une injection fine, faite dans la portion hépatique du système à sang noir abdo- minal, passe dans les vaisseaux biliaires. Mais un semblable passage a lieu dans une injection de l’ar- tère hépatique. rj°. Le sang noir abdominal prend, dit-on , dans la rate des qualités essentielles à la bile. Mais la secrétion de ce fluide peut évidemment avoir lieu sans la rate; une foule d’expériences l’ont prouvé. 8°. On dit qu’à l’instant où la veine porte est liée, la bile cesse de se secréter : il est plus possible sans doute delierle tronc de cette veine au-dessousdu duo* dénu m, que l’artère hépatique. Mais comment a-t-on pu examiner ce qui se passe dans le foie? A-t on jugé par le fluide coulant du conduit hépatique? Mais ouvrez le duodénum, vous ne verrez point le plus souvent suinter la bile à l’endroit de l’ouverture du cholédoque, sans doute parce que l’air cripse, irrite ce conduit. Ce phénomène observé après une ligature, n’est donc pas concluant; d’ailleurs il ne coule vers le temps de la digestion que trop peu de bile par le cholédoque, pour pouvoir l’apprécier. Enfin quelle induction tirer d’un animal dont le ventre est ouvert? Ces différentes réflexions prouvent, je crois, que nous n’avons point de preuves encore assez directes pour décider auqueldu sang noir abdominal ou du sang rouge appartient la secrétion delà bile. Je n’attribue pas plus à l’un qu’à l’autre cette fonction: je dis que les choses doivent être soumises à un nouvel examen, et que cet exemple est une preuve que les opinions, les plus généralement reçues en physiologie, celles consacrées par. l’assentiment de totales auteurs cé- lèbres, reposent souvent sur des bases bien incer- taines. INous sommes encore loin du temps où cette A SANG NOIR. SYS T.È TV: k VASCULAIRE science ne sera qu’une suite de faits rigoureusement déduits les uns des autres. On assimile l’artère hépatique à la bronchiale, et la veine porte hépatique à l’artère pulmonaire : cela est vrai pour la disposition générale; mais pour les Jonctions, quelle en est la preuve? Au contraire j’ai établi plus haut que celles des deux derniers vaisseaux n’avoient point le même résultat. Attendons donc, pour prononcer, des recherches ultérieures et posi- tives; doutons-jusque-là; n’attribuons la secrétion de la bile ni àJTartère hépatique, ni à la veine porte, ni à leur réunion. Certainement c’est un de ces trois moyens ; mais lequel? quel est le vaisseau qui fournit la secrétion de la bile? quel rôle le sang noir abdo- minal joue-t-il dans le foie, si ce n’est pas de lui que se sépare ce fluide? quelle est enfin la fonction de l’artère hépatique, si elle est étrangère à cette secré- tion ? voilà diverses questions à résoudre. Les opinions des médecins sur l’influence du sang noir abdominal dans les maladies, ont été aussi hasar- dées. Il peut se faire sans doute que l’ex pression-yen porbirum, porta malorum9 renferme en effet un sens très-vrai; mais certainement, dans l’état actuel de nos connoissances, ce n’est, dans son sens strict, qu’un jeu de mots. Si on veut exprimer par elle la fré- quence désaffections du foie, elle est juste sans doute; mais veut-on l’employer à exprimer l’influence de la veine porte dans ces maladies, elle est vague et u’esî fondée sur* aucun fait positif. Plus on ouvrira de cadavres, plus o&i se convaincra, je crois, de la né- cessité d’un langage rigoureux, précis, étrangersur- ' tout à toutes ces idées prétendues ingénieuses, qui font honneur, il est vrai, à leur auteur, mais qui reculent la science, en y introduisant une manière de voir hypothétique, et contraire à l’esprit d’ob- servation. A SANG NO IR. jRemarques sur le Cours de la Bile. Quoique cette question soit jusquà un certain point étrangère à mon objet, cependant comme le sang noir abdominal a peut-être une influence réelle sur la secrétion de la bile, comme mes expériences sur ce point fixent d’ailleurs avec précision le cours de ce fluide, je ne crois pas inutile de les rapporter ici. Tout ce qui est à savoir de plus sur les usages, le mécanisme, etc., de cette secrétion, se trouvedans les ouvrages de physiologie, auxquels je renvoie. On a beaucoup disputé pour savoir s’d y avoit une bile cystique et une bile hépatique, si l’une étoit d’une nature différente de l’autre, si leur quantité augmen- toit ou varioit, etc. Les opinions contraires et même opposées ont été appuyées sur des expériences nom- breuses faites sur les animaux vivans, comme Haller l’a très-bien fait observer. Ces expériences, quoiqu’au premier coup d’œil contradictoires, ne le sont pas ce- pendant, ainsi que j’ai eu occasion de m’en convaincre en les répétant aux diverses époques de la digestion et pendant l’abstinence de l’animal ; ce qu’on n’avoit point encore fait avec précision. Voici ce que j’ai ob- servé sur les chiens qui ont servi à mes expériences. iQ. Pendant l’abstinence, l’estomac elles intestins grêles étant vides, on trouve la bile des conduits hé- patique et cholédoque jaunâtre et claire ; la surface du duodénum et du jéjunum teinte par une bile qui pré- 460 sente le même aspect ; la vésicule du fiel très-dis- tendue par une bile verdâtre, amère, d’autant plus foncée et plus abondante, que la diète a été plus longue. 2°. Pendant la digestion stomacale, qu’on peut prolonger assez long-temps en donnant au chien de gros morceaux de viande qu’il avale sans mâcher, les choses sont à peu près dans le même état. 3°. Au commencement delà digestion intestinale, on trouve la bile du conduit hépatique toujours jaunâtre, celle du conduit cholédoque plus foncée, la vésicule moins pleine et sa bile devenant déjà plus claire. 4°* Sur la fin de la digestion et tout de suite après, la bile des conduits hépatique, cholédoque, celle contenue dans la vésicule du fiel, celle qui se trouve répandue sur le duodénum, sont absolument de la couleur de la bile hépatique ordinaire, c’est-à-dire d’un jaune clair, peu amère. La vésicule n’est qu’à moitié pleine; elle est flasque, point contractée. Ces observations répétées un très-grand nombre de fois, prouvent évidemment que telle est, pendant l’abstinence et la digestion, la manière dont se fait l’écoulement de la bile: i°. il paroît que dans tous les temps le foie en sépare une cer taine quantité , quantitéqui augmente cependant durant la digestion. 2°. Celle qui est fournie durant l’abstinence se par- tage entre l’intestin qui s’en trouve toujours coloré, et la vésicule qui la retient sans en verser aucune por- tion par le conduit cystique, et où, ainsi retenue, elle acquiert un caractère d’âcreté, une teinte foncée, nécessaires sans doute à la digestion qui va suivre. 3°. Lorsque les alimens, ayant été digérés par l’esto- mac, passent dans le duodénum, alors toute la bile. SYSTEME VASCULAIE.E A S A K G NOIR. 461 hépatique, qui auparavant se partageoit, coule dans l’intestin et même en plus grande abondance. D’une autre part la vésicule verse aussi celle qu’elle contient sur la pulpe alimentaire , qui s’en trouve alors toute pénétrée. 4°* Après la digestion intestinale, la bile hépatique diminue, et commence à couler en partie dans le duodénum , et à refluer en partie dans la vési- cule où, examinée alors, elle est claire et en petite quantité, parce quelle n’a encore eu le temps ni de se colorer, ni de s’amasser en abondance. Ilya donc cette différence entre les deux biles, que l’hépatique coule presque d’une manière continue dans l’intestin, et que la cystique reflue, hors le temps de la digestion, dans la vésicule , et coule , pendant cette fonction , vers le duodénum j ou plutôt c’est le même fluide dont une partie conserve toujours le ca- ractère qu’il a en sortant du foie: l’autre va en prendre un différent dans la vésicule. La diversité de couleur de labile cystique, suivant qu’elle a ou non séjourné, a beaucoup d’analogie avec la couleur de l’urine, qui plus ou moins retenue dans la vessie, se trouve plus ou moins foncée. Quant au trajet de la bile relativement à l’estomac, je crois que ce viscère en contient dans tous les temps une certaine quantité. Pendant sa vacuité, ony trouve un mélange de sucs gastriques et de mucosités plus ou moins abondans, quelquefois mêlés de petites bulles d’hydrogène qu’on enflamme en les approchant d’une chandelle , et presque toujours teints d’une couleur jaunâtre très-marquée par la bile qui a reflué par le pylore. Haller prétend que ce reflux n’arrive pas tou- jours j Morgagni dit qu’il est constant sur l’homme. 462 SYSTEME VASCULAIRE Je n’ai ouvert aucun chien qui ne me l’ait offert pen- dant la vacuité de l’estomac, surtout si elle a lieu de- puis quelque temps. Les cadavres ne*sont pas un très* bon moyen pour décider cette question , parce que le genre de maladie altère presque inévitablement le cours, la nature et même la couleur de la bile. Je dirai dans le volume suivant quelle conséquence on doit tirer de cette observation sous le rapport des vomis- semens bilieux. Dans l’état de plénitude, le reflux de la bile m’a paru quelquefois impossible à apprécier : d’autres fois, entre la masse alimentaire et les parois de l’estomac, j’ai vu des fluides gastriques jaunâtres; jamais cette masse n’est elle-même pénétrée de cette couleur. La bile refluant dans l’estomac m’a toujours paru être de la bile hépatique , par la teinte peu foncée de sa couleur. Je crois avoir ouvert assez d’animaux vi- vanspour assurer que presque jamaisonne trouve,dans l’état de santé, cette bile extrêmement verte, porracée, comme disent les médecins , qui vient manifeste- ment de la vésicule, et qu’on vomit dans certaines af- fections. Le reflux de cette bile paroît être un effet de l’affection elle-même. Cette observation s’accorde avec celle faite plus haut, savoir, que la bile hépatique seule coule dans le duodénum pendant l’abstinence. Elle seule peut donc, comme on s’en assure en effet, refluer alors dans l’estomac. Pendant la digestion intestinale, où la bile cystique coule, il est évident que les alimens sortant continuellement du pylore , l’empêchent d’y entrer pour se jeter dans l’estomac : celle qu’on trouve pendant la plénitude y étoit donc, ouy est entrée avant 463 que le mouvement péristaltique eût commencé à éva- cuer cet organe. Lorsqu’on ouvre la vésicule du fiel sur le cadavre, on voit que la bile y présente, suivant les maladies , une foule de nuances, depuis le noir foncé comme de l’encre, jusqu’à une espèce de transparence. Doit-on s’étonner, d’après cela, si les vomissemens dont le produit est la bile cystique qui a reflué dans l’estomac, contre l’ordre naturel, présentent des matières de couleurs si variées? Développement. Chez le fœtus, le système à sang noir abdominal n’est point isolé; il 11e fait qu’un avec les deux au- tres, au moyen de la communication du canal vei- neux. Il n’y a donc vraiment qu’un seul système vas- culaire chez le fœtus, tandis que l’enfant qui a vu le jour en présente trois exactement isolés, deux à sang noir et un à sang rouge. A cette époque, c’est surtout avec la veine ombili- cale que le systèmeabdominalà sangnoirsecontinue. .Le foie est un centre où tous deux arrivent de deux côtés différens, et où ils se confondent, pour ainsi dire , en un tronc commun. Les deux colonnes de sang qu’ils charient,ne se rencontrent point directe- ment; leur double direction forme un angle très- remarquable. Lorsqu’on examine attentivement l’embouchure du canal artériel dans le tronc de réunion de ces deux veines, on voit qu’elle s’offre naturellement au sang de l’ombilicale; que celui de la veine porte ne sauroit, au contraire, y pénétrer. Eu effet, il y a un petit repli A SANG NOIR. 464 SYSTEME VASCULAIRE en forme de valvule moins marquée, il est vrai, que plusieurs autres, mais réelle cependant. Ce repli n’est autre chose qu’ une espèce d’éperon très-saillant, placé entre la fin de la veine porte et le canal veineux, et qui rétrécit l’embouchure de celui-ci au point qu’elle est manifestement moins large que le calibre de son canal. Le sang venant de la veine porte et passant à côté de ce repli, l’applique contre l’embouchure, et se forme par lui-même un obstacle ; celui venant de la veine ombilicale, tombant au contraire perpendi- culairement sur cette embouchure, écarte son éperon et pénètre dans le canal. Il suit de là que le canal veineux est manifestement destiné à porter dans la veine cave le résidu du sang de la veine ombilicale; je dis le résidu : en effet? comme cette veine est irès-grosse et que le canal est petit en proportion de son calibre, il est évident que la plus grande partie de son sang pénètre dans le foie, par les divers rameaux qui s’enfoncent dans sa subs- tance. Le système vasculaire abdominal est moins déve- loppé proportionnellement chez le fœtus, que par la suite; il porte moins de sang au foie par conséquent : c’est la même disposition que pour toutes les autres veines. Cependant j’observe que ce que le foie reçoit de moins, sous ce rapport, n’est point proportionné à ce qu’il admet de plus que chez l’adulte, sous le rap- port de la veine ombilicale. Ce viscère est donc habi- tuellement pénétré, chez le fœtus, d’une quantité plus grande de fluide qu’à tous les autres âges. Voilà, i°. pourquoi sa nutrition est si développée et son vo- lume si considérable; 2°.pourquoi il est proportion» A SANG NOIR." 465 nullement à ce volume, plus pesant que dans les âges suivans ; 5Q. pourquoi, lorsqu’onle coupe par tran- ches , il s’en écoule une quantité de sang proportion- nellement plus considérable ; 4°« pourquoi, comme je l’ai observé, lorsqu’on fait sécher des tranches d’un foie de fœtus , de même épaisseur que d’autres prises sur un foie d’adulte et surtout de vieillard, elles se réduisent à un volume moindre. La disproportion de grandeur du foie du fœtus est d’autant plus marquée, qu’on est plus près de l’ins- tant de la conception ; c’est comme pour le cerveau. Plus le fœtus s’avance vers la naissance, plus son foie se rapproche des proportions qu’il aura dans l’adulte avec les autres organes. D’après les observations du cit. Portai, c’est spécialement jusqu’au septième mois que le foie est prédominant.Cette circonstance paroît tenir à ce que la veine ombilicale transmet propor- tionnellement d’autant plus de sang au fœtus, qu’il est moins avancé en âge. A cet âge,le sang delà veine ombilicale et celui de la veine porte se mêlent évidemment, au moins en grande partie, dans le tronc commun. Leur nature est- elle analogue ? On n’a aucune donnée expérimentale sur ce point. Mais le cit. Baudelocque m’a dit avoir plusieurs fois observé que celui de la veine ombilicale est plus rouge, qu’il se rapproche meme delà nature du sang artériel. Je n’ai pas strictement observé ce fait sur d’autres animaux que sur de petits cochons- d’iude, ou la transparence du cordon ne laisse pas voir une grande différence dans le sang des artères et de la veine ombilicale ; mais cette différence peut être en effet plus sensible chez l’homme : or, dans ce SYSTÈME VASCULAIRE cas, le sang ombilical paroît perdre cette rougeur dan* le foie , car bien certainement il est uniforme au-delà de ce viscère dans la circulation du fœtus, comme je m’en suis souvent assure. Al’époque de la naissance, le sang cessant d’arriver par la veine ombilicale, le loie n’est plus que l’abou- tissant du sang noir abdominal. Alors il arrive une es- pèce de révolution dans ce viscère. Les divers con- duits qui lui portoient le sang ombilical ne se bou- chent pas, mais iis transmettent exclusivement celui de la veineporte, laquelle augmente un peude capacité, parce que la digestion qui commence dans les organes gastriques, y appelle plus de sang artériel, et que par conséquent il en revient davantage par les veines. Ce- pendant cette légère augmentation ne compense pas l’absence du sang ombilical : aussi le foie diminue-t-il pioportionnellement de volume, d’une manière sen- sible. Quant au canal veineux, il s’oblitère par l’cffetde la contractilité de tissu. Le sang arrivant par la veine porte, n’a, comme je l’ai dit, aucune tendance à y passer, parce que ce canal ne se trouve point dans sa direction; il passe plutôt dans les vaisseaux hépa- tiques , et la circulation du foie s’établit alors comme çlle sera toujours. Voici donc la différence que la naissance apporte dans la circulation hépatique : i°. moins de sang, et une seule espèce de ce fluide abordant au foie. 2°. Interruption de toute communication entre le sang noir abdominal et le général. 3°. Diminution du Volume proportionnel du foie. D’après cela il y a à la naissance un phénomène inverse pour cet or- gane et pour le poumon. Celui-ci augmentent l’autre diminue d’activité et de volume. La grande quantité de sang qui aborde au foie avant la naissance, et le volume de cet organe, com- parés à la petite quantité de bile qui s’en échappe , sont une preuve manifeste qu’il est destiné alors à d’autres usages qu’à la secrétion de ce fluide. Il ne peut même s’élever sur ce point aucune espèce de doute : c’est une preuve de plus que dans l’adulte la disproportion de l’organe avec le fluide, quoique moins sensible, suppose aussi dans le premier une autre fonction importante que nous ignorons. 11 doit y avoir un rapport précis entre l’oblitéra- tion du canal veineux, celle du trou botal et celle du canal artériel, entre l’activité accrue du poumon, et l’activité diminuée du foie à la naissance , etc* Nous jugeons de ce rapport sans le connoître, parce qu’un voile est encore répandu, comme je l’ai dit, sur la circulation du fœtus. J’observe seulement que la prédominance du foie avant la naissance, n’en suppose aucune dans Je système à sang noir abdo- minal; elle est exclusivement dépendante delà veine ombilicale : aussi le volume proportionnel de cet organe va toujours en diminuant, surtout du côté gauche où se distribuoit cette veine, comme l’a ob- servé le cit. Portai. Il est difficile de dire l'époque à laquelle l’équilibre est généralement établi. Dans la jeunesse, le système abdominal à sang noir est, comme le général, en foible activité. C’est vers l’époque de la trentième à la quarantième année qu’ilemble entrer en plus grande action ; c’est l’âge des maladies gastriques, c’est celui des hémorroïdes, A S A XI O NOIR* SYSTÈME VASCULAIRE A SANG NOIR." de la mélancolie qui a tant de liaison avec l’état du foie. Chez le vieillard, la dilatation du système à sang noir abdominal est beaucoup moins sensible que celle du système précédent ; il conserve à peu près le même calibre pour ses vaisseaux que dans l’âge adulte : ce qui suppose une moindre diminution dans la vitesse du cours de son sang, d’après les principes établis plus haut. Jamais il ne devient le siège d’aucune espèce d’incrustation osseuse, phénomène qui assimile évi- demment sa membrane commune à celle des veines, et la distingue d’une manière spéciale de celle des artères. S Y ST ÈMES CAPILLAIRES, deux grands systèmes vasculaires à sang rouge et à sang noir naissent et se terminent, comme nous l’a- vons dit,dans des capillaires qui forment au poumon, comme dans toutes les parties , les limites qui les séparent, et où ils se cîiangent l’un en l’autre. D’après cela, il y a évidemment deux systèmes capillaires très-distincts l’un de l’autre, et qui sont même en opposition. L’un, généralement répandu dans tout le corps, disséminé dans tous les viscères, est le siège de la transformation du sanlg rouge en sang noir. L’autre, concentré uniquement dans le poumon, offre un phénomène opposé : c’est dans ses divisions que le sang noir redevient rouge. Gomme les capillaires servant d’origine et de ter- minaison au sang noir abdominal, se confondent de l’un et l’autre côté avec ceux du système capillaire général, puisque dans le ventre ils font suite aux artères et que dans le foie ils donnent origine aux veines ,j’en ferai abstraction dans ces considérations, pour n’avoir égard qu’à ce système capillaire général et au pulmonaire. Ces deuxsystem.es capillaires, le premier surtout, méritent une attention d’autant plus particulière que , i°. la circulation y suit des lois toutes différentes de celles qui y président dans les autres parties ; que, 2°. la plupart des fonctions importantes de la vie organi- que s’y passent, comme les secrétions, la nutrition les exhalations, etc. $ que, 3°. leurs petits conduits sont affectés dans une foule d’occasions par les ma- ladies, qu’ils sont le siège des inflammations, des métastases, etc. ; que, 4°* la chaleur animale est spé- cialement produite dans ces conduits , etc. Les dernières espèces d’animaux n’ont absolument que la circulation capillaire. Leurs fluides ne se meu- vent point en grandes masses dans des canaux qui les portent à toutes les parties , et les en rapportent en- suite. Ils n’ont qu’ une oscillation insensible de ces flui- des dans des conduits infiniment ténus et multipliés. Ce mode circulatoire est un des points de contact, ou plutôt de transition des animaux aux végétaux, lesquels,dépourvus de circulationàmouvement sen* sible, ont évidemment, comme les zoophytes, celle h mouvement insensible et à vaisseaux capillaires. Je vais d’abord examiner le système capillaire gé- néral ; je parlerai ensuite du pulmonaire. systèmes ARTICLE PREMIER. Du Système capillaire général. Ce système existe dans tous les organes : tous sont composés en effet d’une infinité de capillaires qui se croisent, s’unissent, se séparent et se réunissent en- suite, en communiquant de mille manières les uns avec les autres. Les vaisseaux un peu considérables , ceux parmi les artères, où le sang circule par l’in- fluence du cœur, et ceux parmi les veines , qui cor- respondent aux premiers, sont vraiment étrangers à la structure des organes ; ils serpentent dans leurs intervalles, sont logés dans le tissu cellulaire qui sé- paré leurs lobes : mais les capillaires seuls font cssen- CAPILLAIRES. 47» tiellement partie de ces organes, sont tellement com- binés avec eux, qu’ils entrent vraiment dans la com- position de leur tissu. C’est sous ce rapport qu’on peut considérer avec vérité le corps animal comme un assemblage de vaisseaux vasculaires. D’après ce premier aperçu, il est é vident que l’é- tendue du système capillaire générai est immense, qu’elle embrasse toutes les plus petites divisions de nos parties, qu’à peine peut-on concevoir quelques molécules organiques réunies .sans des capillaires. Il suit de là que ce système n’est pas seulement un in- termédiaire aux artères et aux veines. C’est de lui que partent tous les exhalans, tous les excréteurs, etc* C’est lui qui fournit tous les vaisseaux qui portent à nos organes la matière nutritive : on doit se le repré- senter existant dans les parties où les artères ne pé- nètrent point, comme dans celles oùelles arrivent. § Ier. Division générale des Capillaires. Puisque ce système n’est pas uniquement destine à unir les artères aux veines, à changer en rouge le sang noir, il est évident que d’autres fluides que le sang doivent y circuler : c’est en effet ce que l’ob- servation nous prouve. Il est une foule de parties dans l’économie animale où des fluides blancs circulent exclusivement. On connoît les opinions hypothétiques de Boerhaave sur les artères blanches, sur les vais- seaux décroissans,etc. On trouvera danstousleslivres ces opinions : je ne dirai ici que ce que la stricte ob- servation nous montre. Qu’il y ait dans le système capillaire général des parties où le sang se meut spécia- lement; d’autres parcourues seulement par des fluides SYSTÈMES blancs, grisâtres, etc., c’est une chose qui est d’ins- pection , et qui n’a pas besoin de preuves. Mais quelle est la proportion de ces fluides dans les divers or- ganes? c’est ce qu’il faut rechercher : or il est des par- ties où le sang domine presque exclusivement dans le système capillaire , d’autres où il existe en partie, et où il y a en partie des fluides différens, d’autres enfin où ces fluides se trouvent seuls. JJ es Organes où les Capillaires ne contiennent que du sang. Il paroît que dans le système musculaire, dans la rate , dans certaines parties des surfaces muqueuses , comme dans la pituitaire , etc., le sang prédomine tellement dans les conduits capillaires, que tout autre fluide y est presque étranger : aussi les injections fines démontrent peu d’autres vaisseaux; les artères et les veines s y voyent en très-grande abondance. Le sang, ou au moins sa substance colorante, y est , comme je le dirai, dans deux états différens: il stagne d’une part, et sert alors à la coloration de l’organe ; il circule d’autre part, et concourt à sa nutrition , à son excitation, etc. Des Organes où les Capillaires contiennent du sang et des fluides différens de lui. Ces organes sont les plus nombreux de l’économie animale. Les os , le tissu cellulaire, les membranes séreuses, une partie du système fibreux, la peau, les parois vasculaires , les glandes , etc., etc., présentent cette disposition d’une manière très-remarquable. C A P I IL À IRES. Pour donner une idée da système capillaire de ces sortes d’organes, prenons-en un où il soit facile de l’examiner, les membranes séreuses, par exemple. Lorsqu’on les met à découvert sur un animal vivant, leur transparence permet de voir d’une manière mani- feste , qu’elles contiennent très-peu de sang dans leur système capillaire : il y a beaucoup de rameaux sous elles, mais ces rameaux paroissent ne leur être que contigus : par exemple , enlevez sur un petit cochon- d’inde vivant la tunique péritonéale de l’estornac ; les artères rouges qui au premier coup d’œil vousavoient paru inhérentes à cette tunique, restent intactes. Ces sortes de membranes doivent certainement leur blan- cheur ou leur couleur grisâtre au peu de sang qu’elles reçoivent de leurs petits vaisseaux auxquels les troncs subséquens donnent naissance. Après avoir ainsi mis une membrane séreuse à découvert, pour voir la quantité de sang qui s’y trouve dans l’état naturel, irritez-la par un stimulant quelconque : au bout d’un temps plus ou moins considérable , elle se recouvrira d’une infinité de stries rougeâtres, qui seront même si multipliées, qu’elles changeront sa blancheur en la rougeur des surfaces muqueuses. Poussez des injections fines dans un cadavre, elles rempliront tellement le système capillaire des surfaces séreuses, de celles du péritoine, par exemple, que ces surfaces seront toutes noires, et qu’elles ne paroî- tront formées que par un lacis de vaisseaux, tandis que très-peu sont apparens sur le vivant, parce que ce n’est pas le sang qui les remplit. Quand nous n’au- rions pas l’ouverture des animaux pour nous en as- surer, les opérations chirurgicales où les intestins sont SYSTÈMES mis à découvert, lepéritoine étant intact, les plaiesdu bas-ventre, l’opération césarienne, etc. prouveroient incontestablement que dans l’état naturel lesang rem- plit dix et même vingt fois moins de vaisseaux , sur les surfaces séreuses, que les injections ne nous en montrent dans leur tissu. Examinez ces surfaces dans les inflammations chroniques et aiguës dont elles sont le siège , dans les premières surtout j elles présentent un entrelacement vasculaire si plein de sang, que leur rouge est sou- vent plus foncé que celui des muscles. Tous les organes dont j’ai parlé plus haut offrent le même phénomène. Voyez ce qui arrive à la peau ; les injections fines y montrent infiniment plus de vaisseaux, que le sang n’en remplit dans l’état natu- rel : la face d’un enfant, bien injectée, est toute noire. Qui ne sait que souvent, par l’effet des passions, le sang remplit avec une extrême rapidité, dans la peau des joues, une foule de vaisseaux que le calme de l’ame ne rendoit point appareils? Examinez la conjonctive, si souvent prise pour exemple dans les inflammations : souvent en peu de temps elle change son blanc en un rouge vif, parce que le sang remplit des vaisseaux où auparavant il ne passoit pas ; vous distinguez très-bien ces vaisseaux à l’œil nu ; vous voyez que le sang accumulé dans celte membrane n’est point infiltré, mais qu’il est contenu dans des vaisseaux réels. Je prends pour exemple les organes qui ont une tème capillaire, jusqu’au phlegmon ou à l’érysipèleles plus considérables. On pourroit faire uneéchelle d’in- tensité pour les inflammations. Eu prenant les cuta- nées pour exemple, onverroit au bas les rougeurs qui naissent et disparoissent tout à coup par la moindre excitation externe sur le système dermoide, que nous sommes maîtres de produire à volonté sous ce rapport, et où il n’y a qu’afflux du sang; puis celles un peu plus intenses, qui déterminent les efflores- cences cutanées de quelques heures, mais que la fièvre n’accompagne pas; puis celles qu’un jour voit naître et cesser ; et auxquelles se joint un peu defièvre ; puis les érysipèles du premier ordre ; puis celles plus in- tenses , j usqu’à celles que la gangrène termine promp- tement. Tous ces degrés divers ne supposent pas une nature différente dans la maladie; le principe en est toujours le même : toujours ily a, i°. augmentation antécédente de sensibilité organique, ou altération de cette propriété, 2°. afflux du sang seulement si Paugmentation est peu marquée, afflux du sang, chaleur, pulsation, etc, si elle l’est davantage, etc. Quant à la fièvre, elle est un phénomène général à toute affection locale aiguë, un peu vive ; elle pa- roît dépendre du rapport singulier qui lie le cœur à toutes les parties : elle n’a de particulier, dans l’in- flammation, que la modification particulière qu’elle y prend. CAPILLAIRES» SYSTÈMES L’afflux du sang dans la partie irritée arrive dans l’inflammation, commedans une coupure. Danscelle- ci le point divisé a été irrité par l’instrument ; aus- sitôt tout le sang du voisinage afflue, et s’échappe par la blessure. Cet afflux est un résultat si évident de l’irritation, que, dans une coupure légère, le sang ne sort presque pas k l’instant même delà division des tégumens , parce que peu de ce fluide se trouve à l’endroit divisé; mais un instant après, l’irritation qui a été ressentie, produit son effet, et il coule en quantité disproportionnée à la coupure. Quand l’altération de la sensibilité organique qui produit l’inflammation, n’offre des variétés que dans son intensité, l’inflammation elle-même ne diffère que par des degrés divers d’intensité. Mais souvent la nature de l’altération est différente; un caractère adynamique s’y mêle fréquemment : la partie pré- sente alors une teinte plus obscure, une chaleur moins vive, etc. D’autres modifications s’y remar- quent également: or toutesdépendentde la différence des altérations qu’éprouve la sensibilité organique; au moins ces altérations précèdent toujours. L’influence de ces altérations n’est pas moins mar- quée quand l’inflammation se termine, que quand elle commence. Si la sensibilité organique a été si exaltée qu’elle se soit pour ainsi dire épuisée, alors le solide meurt, et le fluide, qui n’est plus dans un organe vivant, se pourrit bientôt. Examinez les phé- nomènes de toute gangrène; certainement la putré- faction n’est que consécutive:ily a toujours, i°. aban- don des solides par les forces vitales, 2°. putréfaction des fluides. Jamais la première chose n’est consécutive CAPILLAIRES. à la seconde. Quand la sensibilité organique com- mence à diminuer, le sang appelé par l’inflammation peut déjàbien tendre à la putréfaction, mais toujours le défaut de ton du solide précède. Il en est de ce phé- nomène local, comme du général qui a lieu dans la fièvre adynamique. Il est incontestable que, dans cette fièvre , le sang tend à se décomposer, à se pu- tréfier, je dirai plus , qu’il présente souvent une pu- tréfaction commençante. Eh bien î l’indice de l’alté- ration de ce fluide est toujours l’état général des forces des solides ; ceux-ci ont préliminairement perdu leur ressort; les symptômes defoiblesse se sont annoncés avant ceux de putridité. Tous les fluides animaux tendent naturellement à la putréfaction , qui y arrive inévitablement quand la vie abandonne les solides où ils circulent. A mesure que les forces diminuent dans les solides, cette tendance peut donc se manifester* Uncommencement de putréfaction dansles humeurs, pendant la vie, n’est donc pas un phénomène général plus in vraisemblable,que lephénomènelocaldont nous avons parlé, savoir, que le sang d’une partie enflam- mée commençant à se putréfier, et la partie à devenir fétide par conséquent, avant que la sensibilité orga- nique ait entièrement abandonné le solide. Ce n’est que quand elle n’y existe plus, que cette putréfaction devient complète; mais alors elle est extrêmement rapide, parce qu’elle avoit commencé pendant la vie •De même le cadavre de certaines fièvres adynamiques se putréfie avec une promptitude étrangère aux cada- vres morts d’autres maladies, parce que la putréfac- tion avoit véritablement commencé avant la mort. Les inflammations à teinte livide, à chaleur peu SYSTÈMES marquée, à prostration de Forces dans la partie, a ter- minaison par gangrène, sont visiblement à la fièvre adynamique très-prononcée, ce que le phlegmon est à la fièvre inflammatoire , ce que l’irritation des premières voies , qu’on appelle disposition bilieuse , est à la fièvre méningo-gastrique, etc. Je crois que si ôn examinoit attenti vement les affections locales et les fièvres générales, on trou veroit toujours une espèce de fièvre correspondant, par sa nature, à une espèce d’affection locale. Mais revenons à l’inflammation. Si elle se termine par suppuration, il est évident qu’il y a encore altération nouvelle de la sensibilité organique pour produire du pus. Même phénomène dans l’induration. La terminaison se fait-elle par ré- solution, c’est que cette sensibilité revient à son type naturel. Examinez bien les phénomènes inflamma- toires dans leur succession: vous verrez que toujours un état particulier dans cette propriété, précède les changemens qu’ils nous offrent. Quand nos médicamens sont appliqués sur une partie enflammée , ce n’est pas sur le sang qu’ils agis- sent; ce n’est pas en tempérant la chaleur; ce n’est pas en relâchant. Les expressions ramollir, détendrex reldcherXes solides, sont inexactes, parce qu’elles sont empruntées des phénomènes physiques. On relâche, on ramollit un cuir sec enl’humectant ; mais on n’agit sur les organes vivans, qu’en modifiant leurs pro- priétés vitales.Remarquezque, quoiqu’oncommence déjà à reconnoitre l’empire de ces propriétés dans les maladies, le langage médical est encore tout emprunté des théories qui déri voient des principes physiques pour Vexplication de phénomènes morbifiques.Nous sommes à une époque ou la manière de s’exprimer sur ces phénomènes a besoin d’être changée ; je ne parle pas ici des dénominationsdesmaladies. Certainement tout médicament émollient, astringent, résolutif, relâchant, fortifiant, etc., employé dans différentes vuessur une partie enflammée, n’agit qu’en modifiant différemment de ce qu’elle étoit, la sensibilité orga- nique. C’est comme cela que nos médicamens gué- rissent ou souvent aggravent les maladies. D’après tout ce que nous venons de dire, il est évident que ce sont les solides qui jouent le premier rôle dans 1 inflammation, et que les fluides n’y sont que secondaires. Les auteurs modernes ont bien senti cette vérité, et tout de suite ils ontfait jouer, sousce rapport, un grand rôle aux nerfs ; mais nous avons vu que ceux-ci paroissent étrangers à la sensibilité orga- nique, qu’ils le sont même en effet d’après la plus ri- goureuse observation. L’influence nerveuse, celle au moins que nous connoissons dans les autres parties , est , dans l’inflammation , comme dans la secrétion , l’exhalation et la nutrition, presque entièrement nulle. Il y a dans cette affection, altération de la sensibilité organique, et voilà tout. L’espèce de sang varie dans l’inflammation, et à cet égard voici une règle, je crois , généralement constante : toutes les fois que la sensibilité organique est très-exaltée, que la vie est augmentée, qu’il y a un surcroît de forces dans la partie enflammée , c’est le sang rouge qui séjourne dans le système capil- laire ; alors ily a toujours chaleur très-vive. Au con- traire , quand l’inflammation se rapproche du carac- tère adynamique, elle devient terne, livide\ les ca- CAPILLAIRES. S Y S T E M E S pillaires paroissent remplis de sang noir ; la chaleur est moindre.En général, une couleur vive, rutilante, dans toutes les éruptions analogues aux tumeurs in- flammatoires, annonce l’exaltation de la sensibilité organique. Toutecouleur livide, au contraire indique sa prostration: les pétéchies sont livides , les taches scorbutiques le sont, la lividité est dans les tumeurs l’avant-coureur de la gangrène. Voulez-vous savoir quand le froid agit comme stimulant? C’est quand il rougit le bout du nez, des oreilles, etc. Quand ces parties deviennent livides, d’autres phénomènes an- noncent en même temps que son action est sédative. Cela se rallie à mes expériences sur la vie et la mort, qui ont prouvé que le sang noir interrompt par-tout les fonctions, affoiblit, anéantit même le mouvement des parties, lorsqu’il y arrive par les artères. Différences de l Inflammation , suivant les divers Systèmes, D’après ce que nous avons dit sur l’inflammation , elle a pour siège le système capillaire, pour principe une altération dans la sensibilité organique de ce sys- tème, peur effets l’alïlux du sang dans des vaisseaux auxquels il étoit étranger, un accroissement consécutif de calorique, etc. Donc, là ou le système capillaire est le plus prononcé, et où la sensibilité organique est la plus marquée , l’inflammation doit être plus fré-r quente : c’est ce qui est en effet. C’est spécialement dans les systèmes cellulaire, séreux, muqueux, der-r mo'ide, qu’on la rem.arque : or les injections fines nous montrent dans ces systèmes un réseau capillaire inliniïneut supérieur à celui des autres. D’un autre CAPILLAIRES. côté,comme il y a non-seulement la nutrition, mais encore l’exhalation et souvent la secrétion dans ces systèmes, il y faut plus de sensibilité organique, pro- priété d’où dérivent toutes ces fonctions. Au contraire l’inflammation est rare dans les sys- tèmes musculaire , osseux, cartilagineux, fibreux, artériel, veineux,etc., où il existe peu de capillaires, et où la sensibilité organique ne présidant qu’à la nutrition, se trouve nécessairement à un moindre degré. D’un autre côté , comme les capillaires font partie intégrante du système où ils se trouvent, et que chaque système a son mode particulier de sensibilité orga- nique, il est évident que la leur doit participer à ce mode : or comme c’est sur cette propriété que roulent tous les phénomènes inflammatoires, ils doi- vent présenter un aspect tout différent dans chaque système. C’est en effet ce dont nous aurons occasion de nous convaincre dans l’examen de chacun. Je ne présenterai ici qu’en général ce point de vue essentiel, sur lequel les auteurs n’ont point insisté. Prenons d’abord les systèmes les plus exposés à l’inflammation : nous verrons que le phlegmon est le mode inflammatoire du cellulaire , que l’érysipèle est celui du dermoide, que le catarrhe est celui du mu- queux. Nous n’avons point encore de nom général pour exprimer celui du séreux : mais qui ne sait combien il diffère des autres ? Dans les systèmes rarement sujets à l’inflamma- tion, on connoît infiniment moins cette affection que dans les précédens; mais il est hors de doute qu'elle diffère essentiellement. Comparez à la longueur, à la fixitede celle des os ,1a rapidité et la mobilité de celle des muscles ou plutôt des corps fibreux dans le rhumatisme. Les résultats de l'inflammation ne varient pas moins que sa nature : si la résolution ne survient pas , chacun a son mode de suppuration. Comparez, le pus de l’érysipèle, celui du phlegmon, l’humeur lactescente ou floconneuse des membranes séreuses, l’humeur blanchâtre, grisâtre et de consistance mu- queuse , qui s’échappe des membranes de même nom à la suite du catarrhe, la sanie noirâtre des os en suppuration , etc., etc. Nous verrons certains organes lie pas suppurer, comme les corps fibreux. La gangrène une fois survenue, est par-tout la même, puisqu’elle n’est que l’absence de la vie, et que tous les organes morts ont les mêmes propriétés. Mais suivant la somme de sensibilité organique que chaque système a en partage, il est plus ou moins disposé à mourir ainsi à la suite de l’inflammation, au milieu des autres qui restent en vie. Qui ne sait que le charbon qui frappe bientôt de mort la partie oii il se trouve, n’attaque que certains systèmes ; que l’osseux, le cartilagineux, le nerveux , etc., en sont toujours exempts, etc.? Le vice essentiel de toute doctrine médicale est de considérer les maladies trop abstractivement : elles se modifient tellement dans chaque système, que leur aspect est tout différent. Qu’on me passe celte ex- pression : c’est bien toujours le même individu ; mais en entrant danschaquesystème, ily prendun masque différent, au point souvent que vous ne le reconnoî- triez pas. Quand la médecine sera-t-elle assez avancée SYSTÈMES CAPILLA 1RES. pour que le traitement coïncide avec ces variétés ? Certainement il faut un traitement général de l’in- flammation; mais il doit se modifier différemment, suivant qu’on l’applique au phlegmon, à l’érysipèle, au catarrhe, etc. Voici encore une preuve bien évidente de ce ca- ractère propre que prend l’inflammation dans chaque partie. On sait avec quelle facilité et quelle rapidité le sang afflue dans un point déterminé de la peau par une irritation quelconque: piquez, frottez un peu fortement un point de cet organe, il rougit à l’ins- tant même. Cela a lieu aussi, quoique moins sensi- blement, sur les surfaces muqueuses. Eh bien î cela ne s’observe point également sur les séreuses:je m’en suis assuré un grand nombre de fois sur les animaux vivans, ou je mettoisces surfaces à découvert pour les irriter de diverses manières. L’afflux sanguin n’y suit point tout à coup l’irritation ; il y a toujours un intervalle plus ou moins considérable entre l’un et l’autre; le moins c’est d’une heure. § VII. Structure, Propriétés des Capillaires. Quelle est la structure des capillaires? Telle est leur ténuité ,quenousne pouvonsévidemment avoir, sur ce point, aucune espèce de donnée fondée sur l’expérience et sur l’inspection.Seulement il est très- probable, il est certain même, que cette structure se modifie différemment dans chaque organe-, qu’elle n’est point la même dans les tendons, les aponé- vroses, les muscles, etc., qu’elle participe réellement à la nature de l’organe, dont elle fait partie inté- grante. SYSTÈMES La membrane qui taoisse les excréteurs, les ar- tères, les veines, les exhalans, vaisseaux qui vont se rendre dans le système des capillaires ou qui en naissent, est bien conforme à celle de ces capillaires; mais elle n’est pas certainement la même. C’est la diversité de structure des capillaires, sui- vant les organes où ils se trouvent, qui influe essen- tiellement sur la différence que présentent les pro- priétés vitales, la sensibilité organique et la contrac- tilité organique insensible en particulier , dans chaque système où on les examine : delà des modifications particulières dans toutes les maladies auxquelles pré- sident ces propriétés,et qui siègent spécialement dans les capillaires , telles que les inflammations , les tu- meurs, les hémorragies, etc., etc. La diversité de structure du système capillaire de- vient quelquefois manifeste à l’œil. Ainsi la rate, le corps caverneux , au lieu d’offrir, comme les surfaces séreuses , un réseau vasculaire où le sang oscille en divers sens, suivant le mouvement qu’il reçoit, ne présentent que des tissus spongieux, lamelleux, encore peu connus dans leur nature, où lesangparoit stagner souvent, au lieu de se mouvoir,etc. § "VIII. De la Circulation des Capillaires. Les phénomènes circulatoires sont de deux sortes dans le système capillaire ; i°. il y a le mouvement des fluides , 2Q. lesaltérations qu’ils y subissent. Mouvement des Fluides dans le Système Capil- laire. Ces fluides sont, j°. ] pulmonaire et général. En comparant le système précédent à celui-ci, on conçoit difficilement comment ils peuvent se corres- pondre exactement, comment le pulmonaire peut transmettre non-seulement tout ce qui passe par le général, mais encore toute la lymphe qui revient des surfaces séreuses et des cavités cellulaires , tout le chyle qui entre par la digestion, etc., etc. 11 semble impossible, au premier coup d’œil, que dans la balance de la circulation , ces capillaires puissent, constamment et régulièrement, faire équi- libre avec ceux de tout le corps. Cependant, en ré- fléchissant un peu aux j hénomènes de cette fonc- tion, on voit que la discordance n’est qu’apparente* Quoique le système capillaire général soit par- tout disséminé, cependant la portion où circule le sang est beaucoup plus rétrécie qu’il ne le semble au premier coup d’œil. D’abord, il y a une grande partie des vaisseaux de ce système, oix des fluides diffe'rens de celui-là se meuvent et oscillent en di- vers sens. Ensuite, là où le sang les pénètrent spé- cialement, comme dans les muscles, les surfaces muqueuses, etc., une portion considérable de ce fluide, de sa substance colorante surtout, est en état combiné, et non en état de circulation. Si on coupe un muscle transversalement sur un animal vivant, l’inspection démontre évidemment ce phé- nomène, qui, joint au précédent, diminue tout de suite de plus de moitié le sang qui, au premier coup d’œil, paroît se mouvoir dans le système ca- pillaire général. CAPILLAIRES. Cependant, il est évident qu’il en reste beaucoup plus habituellement dans ce système , qu’il n’en séjourne dans le pulmonaire : il suffit pour s’en con- vaincre , de fendre le poumon sur un animal vivant. D’après cela, il est évident que si le cœur présidoit au mouvement du sang dans le système général, que si par conséquent tout celui qui y est contenu étoit poussé dans les veines à chaque pulsation, les capillaires pulmonaires seroient insuffisans pour le transmettre; mais il n’en sort habituellement qu’une quantité déterminée et proportionnée à celle que les poumons peuvent recevoir. C’est à peu près comme lorsque les veines sont très-dilatées, qu’elles con- tiennent par conséquent beaucoup de sang , et que plus de ce fluide n’arrive pas pour cela au cœur ; parce 538 SYSTÈMES que, comme je l’ai dit, la vitesse est alors en raison inverse de la capacité. D’ailleurs plusieurs causes détournent à chaque instant le sang du système capillaire général, de la direction qui le porte des artères dans les veines : ces causes sontsurtoutles exhalations, les secrétions et la nutrition. Ce système capillaire est, comme je l’ai dit, un réservoir commun d’où le sang se porte dans des directions toutes différentes et même opposées, d’une part dans le sens des veines, d’une autre dans celui des exhalans, d’une autre dans celui des excré- teurs , d’une autre enfin dans celui des vaisseaux nutritifs. Au contraire, dans le système capillaire pulmonaire, il n’y a qu’une seule impulsion, qu’une seule direction; c’est celle qui porte de l’artère aux veines pulmonaires le sang, qui dans ce mouvement, n’est distrait par rien; car en passant du noir au rouge, ce fluide ne sert à aucune fonction ; il n’a point de vaisseaux vers lesquels son mouvement se dirige, autres que les veines pulmonaires. C’est donc là une grande différence du sangdes capillaires pulmonaires, etde celui de toutes les parties; savoir, que le premier n’est mu que dans une seule direction , que tout celui qui arrive dans le poumon se meut à l’ins- tant dans cette direction ; au lieu que le second obéit à quatre ou cinq directions différentes. D’a- près cela, ce dernier doit nécessairement osciller et varier dans ses mouvemens , suivant qu’il est appelé plus ou moins vivement, qu’on me passe ce terme, par les exhalans, les excréteurs, les vaisseaux nour- riciers ou les veines; au lieu que le second n’ayant u un e voie pour s’échapper, la suit constamment et 539 avec uniformité. Cessons donc de nous étonner de la disproportion de capacité qui existe entre les deux systèmes capillaires. C APILLAIRES. Le voisinage et 1 eloignement du cœur sont en- core une cause réelle qui tend à établir l’équilibre entre les deux systèmes. En effet,’ nous avons vu que chaque contraction du ventricule gaucheimprime un mouvement subit à toute la masse sanguine con- tenue dans les artères , et qu’à l’instant où cette masse augmente d’un côté, elle diminue de l’autre par la portion qu’elle envoie dans les capillaires de tout le corps ; en sorte que le mouvement artériel n’est pas progressif, mais subit et instantané,qu’au même instant la colonne de sang aortique s’accroît ver le cœur, et diminue à ses dernières ramifications, et que le fluide chassé du cœur à chaque contraction, n’arrive aux capillaires qu’au bout de plusieurs, puis- que celui qui soit actuellement de cet organe ne peut parvenir à ces vaisseaux, que quand tout celui qui est devant lui y est arrivé. Même phénomène exac- tement pour le sang noir , dans l’artère pulmonaire. Donc, plus le trajet est long, plus il faut de temps au sang pour arriver aux capillaires , et pour les tra- verser par conséquent : donc, le sang parti du ven- tricule droit doit rester beaucoup moins pour arriver à l’oreillette gauche, que celui fourni parle ventricule gauche ne doit demeurer pour arriver à l’oreillette droite : donc, quoique, dans ce qu’on nomme com- munément la petite circulation , la vitesse ne soit pas plus grande, les espaces parcourus étant moindres, le temps employé aies parcourir est moindre aussi : donc, l’excès du fluide contenu dans les divisions de l’aorte, dans le système capillaire général, et dans les veines générales., sur celui renfermé dans l’ar- tère, les veines et le système capillaire pulmonaires, est compensé par le temps que le second met à par- courir son trajet, et qui est court en comparaison de celui que le premier emploie à faire le sien. On voit, d’après cela, pourquoi dans les animaux où le poumon, pour la circulation, est en opposition avec tout le corps , la nature a constamment placé cet organe à côté du cœur. Si l’un etoit à la tête, et l’autre au fond du bassin, l’harmonie seroit inévita- blement rompue. § II. Remarques sur la circulation des Capillaires pulmonaires. Puisque le sang de toutes les parties, traverse habi- tuellement lé poumon , il est évident qu’une lésion des fonctions de ce viscère doit se faire ressentir dans toutes les parties. Les phénomènes des asphy- xies prouve que cela arrive en effet. C’-est sous ce rapport qu’il est immédiatement lié à la vie, et que les anciens médecins avoient placé ses fonc- tions parmi celles qu’ils nommoient vitales. On conçoit aussi pourquoi les inflammations pul- monaires portent un caractère si particulier; pour- quoi une foule de phénomènes les distinguent des autres. Aucun organe intérieur ne s’enflamme plus souvent que celui-ci. Quand l’expérience ne le prouveroit pas au lit du malade, les ouvertures ca- davériques suffiroient pour en convaincre. On trouve en effet autour des poumons, des traces extrême- ment fréquentes d’anciennes inflammations,des adhe- SYSTEMES CAPILLAIRES. rences de la plèvre en particulier; phénomène si commun, que j’ose assurer qu’il y a bien plus de cadavres qui en sont affectés, qu’il n’y en a où la plèvre est intacte. C’est là une différence essentielle de cette membrane d’avec toutes les autres ana- logues , différence qu’elle doit au voisinage de l’or-, gane qu’elle enveloppe. Diverses causes concourent à cette fréquence très-grande des inflammations pulmonaires. i°. Le poumon est , parmi les or- ganes intérieurs , le plus exposé aux irritations di- soit par l’air qui le pénètre habituellement et qui peut l’irriter, soit par les substances hétérogènes dont il est le véhicule, soit surtout par les vicissitudes de froid et de chaud qu’il présente. 2°. Cet organe est lié par les sympathies les plus nombreuses avec les autres systèmes, avec le cutané par exemple; en sorte que peut-être, sous le rapport de l’inflamma- tion , une suppression de transpiration influence au- tant le poumon lui seul que tous les autres organes réunis. Cela dépend sans doute de ce que lui seul ré- pond à tous les autres par les capillaires. Quand le poumon s’enflamme, est-ce le sang rouge de l’artère bronchiquequi afflue au point irrité, ou le sang noir de l’artère pulmonaire ? Je crois difficile de décider cette question par l’expérience; mais l’ins- pection cadavérique paroît prouver què le second y est pour beaucoup. En effet, ce viscère s’engorge souvent avec une promptitude telle , qu’on a peine à croire comment la première pourroit seule fournir. Quelquefois, ce qui n’arrive pas tou jours cependant, on peut, pour ainsi dire, suivre les progrès de cet en- gorgement par la percussion qui est infiniment moins 542 SYSTÈMES sonore le soir que le matin. Il est mort, il y a deux mois , un malade dans ma salle, où la différence étoit sensible d’heure en heure. Sans doute la marche est bien moins rapide dans le plus grand nombre des cas : mais dans ceux-là, il est hors de doute que le sang noir a concouru à l’engorgement du poumon. Aucun organe dans l’économie animale, n’acquiert par l’inflammation , un volume aussi considérable, en si peu de temps, et un excès de pesanteur aussi grand que celui-ci. Tous ceux qui font des ouver- tures de cadavres le savent. Voyez le poumon d’un péripneumonique; en le fendant, vous diriez au pre- mier coup d’œil, que ce sont les solides qui y sont augmentés; il a souvent comme l’aspect du foiedans la masse pesante qu’il représente ; mais mettez-le macérer ; bientôt tout s’échappera en fluides.. Or , examinez comparativement la peau, l’estomac, le foie, les reins, etc., devenus le siège d’une inflamma- tion aiguë, qui a fait succomber le sujet; ils ne pré- sentent rien d’approchant de ce surcroît énorme de fluide, dont le poumon enflammé dans sa substance, est surchargé. Non-seulemeut l’espace des cellules est rempli, mais l’organe est encore dilaté de beau- coup. J’ai eu occasion d’ouvrir souvent des péripneu- moniques chez lesquels un des poumons étoit entiè- rement sain : or , la disproportion de pesanteur avec celui affecté, étoit incomparablement plus grande que celle d’un rein enflammé ne l’est sur celle du rein sain. Ce phénomène dépend évidemment de ce que le poumon reçoit à lui seul autant de sang que tout le corps, de ce que quand une inflammation de ce vis- cère gêne le cours des fluides, il peut sy en accu- muler une très-grande quantité en un temps donne'. Cependant, ce n’est point, à proprement parler , le sang qu’on trouve gorgeant les poumons péripneu- rnoniques ; le fluide paroît blanchâtre en suintant par pression ; on diroit que c’est une espèce de pus. On a parlé beaucoup des vomiques à la suite de la péri- pneumonie ; mais elles sont extrêmement rares; le poumon est presque toujours infiltré; le fluide ne s’y ramasse point en un sac. Y a-t-il dans l’inflammation pulmonaire passage du sang dans des vaisseaux qui ne le charient point ordi- nairement, comme cela arrive si évidemment sur les surfaces séreuses, sur la conjonctive enflammées etc.? Je ne le crois pas ; car on ne connoît point dans le poumon, de vaisseaux différensdes sanguins. Il paroît évident que le sang ou les autres fluides infiltrent le tissu pulmonaire dans lequel ils sont déposés par ex- halation. Il est hors dedoute que dans certains phleg- mons, ce fluide passe, comme je le dirai, dans les cel- lules du tissu cellulaire : or, il paroît qu’il en arrive ici de même. En rompant ou en fendant un poumon en- flammé, on voit évidemment que tout son tissu est engorgé, infiltré; au lieu qu’en examinant une surface séreuse enflammée, on aperçoit le sang évidemment contenu dans les capillaires. C’est une grande erreur de vouloir se représenter l’inflammation comme étant par-tout la même, comme offrant toujours les fluides, ainsi que leurs vaisseaux, dans le même état. Boerhaave croyoit par exemple qu’il ne pouvoit y avoir inflammation sans erreur de lieu. Il y a, suivant l’état des parties, leur CÀP1LLAI RE S. 544 SYSTEMES structure, leurs propriétés vitales, miilemodificationS diverses dans le nouvel ordre anatomique que cette affection donne aux organes. Ce qui constitue l’essence de l’inflammation, c’est i°.rirritation de la partie enflammée, 2° les modifica- tions nouvelles que ces forces v i taies ont prises en vertu de cette irritation, 5°. la stase consécuti vedeshumeurs autour d’elle. Mais de quelque manière que les hu- meurs se trouvent arrêtées ; qu’elles séjournent dans le système capillaire; qu’elles s’engagent dans les exha* lans; quelles soient versées dans les aréoles voisines, en s’extravasant, etc.; ce sont des effets différens qui tiennent à la différente organisation des parties; mais le principe est toujours lemême;c’est toujours la même maladie. Si nous pouvions bien analyser l'é- tat de tousles systèmesenflammés, nous verrions que dans aucun, peut-être, l’inflammation ne se ressem- ble. D’ailleurs, la diversité des syjmptômes qu’elle présente, diversité dont j’ai déjà parlé, prouve bien que l’état des solides et des fluides n’est point le même. Comment se fait-il que tout le sang du corps puisse traverser le poumon dans certains phthisiques où cet organe est réduit à près de moitié? J’observe à ce sujet, qu’il y a d’autant moins de sang dans les gros vais- seaux, que le poumon est plus ulcéré. La diminution de ce fluide est remarquable dans beaucoup d’affec- tions organiques, mais spécialement dans celles-ci, comme l’a observé le citoyen Portai. Certainement si un phthisiqueau dernier degré avoitaulant de sang qu’il en présentoit avant sa maladie, la circulation ne pourroit se faire chez lui, ou au moins ily auroit CA.PTLLAXR.es. 545 un reflux constant vers l’oreillette droite. Qui ne connoît le pouls petit, foible quoique frequent, sur- tout le soir, des phthisiques? Comparez-le au pouls d’une fièvre inflammatoire où il y a visiblement pléthore; vous verrez que ce sont réellement les deux extrêmes. Je ferai même une observation générale à ce sujet, c’est que, dès que les forces s’affoiblissent dans nos organes, ou que la vie y languit, le sang diminue presque constamment à proportion ; en sorte que ce fluide pouvant être conçu dans le syslème capillaire , comme la résistance opposée à la puissance des petits vaisseaux, la proportion reste toujours la même entre cette puissance et cette résistance. Il faut que tout soit en rapport. Si on vouloit transfuser du sang dans un phthisique, on le tueroit, parce que les forces des solides ne correspondroierit point au surcroît d’action auquel ceux-ci seroient obligés. La circulation des capillaires pulmonaires est, comme celles des autres, sous l’influence des forces toniques de la partie, et non sous celle de l’impul- sion du cœur. Cette impulsion finit à l’extrémité des rameauxdel’artère pulmonaire. Donc, dans l’inflam- mation du poumon, le sang n’est pas mécanique- ment arrêté dans cet organe; donc, quand vous saignez, ce n’est pas pour que le vis à tergo diminue. Vous tireriez dix palettes au malade, que le poumon ne se dégorgeroit pas le plus communément; il seroit moins fatigué par l’abord moindre du sang, mais celui qui stagne dans le système capillaire, y reste- roit toujours. Tant qu’ily aura un point d’irritation, ce point sera pour ainsi dire un aimant qui attirera le 546 SYSTÈMES sang, et qui changera complètement sa direction :elle étoit auparavant de l’artère aux veines; elle sera uni- quement vers le point irrité. La saignée agi t doncalors, i°. en diminuant le sang qui aborde au poumon , et en fatigant moins, par conséquent, cet organe ma- lade; 2°. en diminuant l’irritation du solide, qui ap- pelle le sang, et le retient autour d’elle. L’excitation habituelle que l’air porte sur le sys- tème capillaire pulmonaire, est favorable à sa circu- lation; mais le sang peut le traverser sans cette ex- citation, comme mes expériences indiquées ailleurs, l’ont prouvé. S III. Altération du Sang dans les Capillaires pulmonaires. Il se passe ici l’inverse de ce qui arrive dans les ca- pillaires généraux: le fluide, de noir qu’il ëtoit, de- vient rouge. Nous avons déjà bien quelques données sur les causes de ce phénomène; mais je crois qu’a- vant de proposer une explication solide, de nouvel- les expériences ont besoin d’être faites. Gela est d’au- tant plus nécessaire, que si onsavoit bien comment le sang noir devient rouge, il parok qu’on sauroit par là même comment le sang rouge devient noir. J’ai exposé les phénomènes de cette coloration dans mon ouvrage sur la vie et la mort; il seroit superflu de les présenter de nouveau. On y trouvera aussi beaucoup de détails sur la circulation des deux sys- tèmes capillaires, que je ne répéterai point ici* ■CÂMLLÀIRES. § IV. Remarques sur l état du Poumon des Cadavres. J’appuierai seulement ici sur une remarque déjà faite dans le même ouvrage, savoir, sur la fréquence extrême des engorgemens pulmonaires, dans les der- niers mometis. Gomme le poumon reçoit à lui seul Je sang de tout le corps, dès que ses forcess’affoiblissent, le sang y stagne, s’y accumule, en sorte que, suivant l’état de ses forces dans les derniers mornens, quelle qu’ait été la maladie, cet organe est plus ou moins pesant, plus ou moins rempli de fluides. A peine le trouve-t-on deux fois dans le même état. Tous les sujets qui meurent dans l’agonie, présentent ces en- gorgemens. Aussi,comparez les poumons des cada- vres de nos amphithéâtres à ceux des animaux tués dans les boucheries; ils sont absolument différens. I/organisation est presque toujours masquée dans les premiers par les fluides qui les surchargent. On ne peut bien étudier cette organisation que dans les sujets morts d’hémorragie ou dans une syncope. Dans la plupart des autres, il est impossible de rien distin- guer. Voilà sans doute pourquoi on connoit encore si peu la structure intime de ce viscère important, comme la description que j’en donnerai le prouvera, je l’espère. J’ai montré ailleurs comment on peut à volonté accumuler une plus ou moins grande quantité de sang dans le poumon d’un animal, suivant la ma- nière dont on le fait périr. Aucun autre organe dans l’économie ne pré>« sente ces extrêmes variétés d’engorgemens, à l’ins- tant de la mort , d’une manière si sensible au SYSTÈMES CAPILLAIRES. moins, parce qu’aucun n’est un centre circulatoire comme le poumon : le foie ne fait pas même excep- tion , comme je l’ai dit. A cet égard, ceux qui ouvrent des cadavres, et qui examinent l’état du poumon, doivent soigneusement distinguer l’engorgement qui tient à la maladie, de celui qui peut être l’effet de la gêne de la circulation dans les derniers instans. Je suppose deux affections de poitrine exactement sem- blables par leur nature, leur durée, et les deux su- jets qu’elles attaquent : qu’une syncope finisse la vie de l’un d’eux j que l’autre au contraire termine la sienne dans une longue agonie où il aura le râle, comme on dit; certainement le poumon du second pèsera beaucoup plus que celui du premier. Il est très-probable que pendant la vie, le poumon se trouve aussi dans des degrés très-variables d’en- gorgement. On sait que la plupart des maladies chro- niques de cet organe occasionnent, quand les malades se livrent à un exercice un peu violent, des étouffe- mens, des oppressions, etc., qui ne paroissent dus qu’à la surabondance du sang, lequel ne pouvant tra- verser ce viscère aussi vite qu’il y est poussé, s’y ar- rête, et gêne l’entrée et la sortie de l’air. Il n’y a, dans l’économie, que le poumon et le cœur dont les maladies soient constamment accom- pagnées de ces oppressions, de ces étouffemens. Cela est sensible pour ce dernier organe, dans les anévris- mes , quelquefois dans les ossifications, etc. SYSTEME EXHALANT. L’exhalatioin et la secrétion sont deux fonctions analogues, ence que toutes deuxséparent dusangdes fluides différens de lui, et les versent sur des surfaces où ils servent à divers usages. Mais Voici leurs diffé- rences. i°. ©ans l’exhalation il n’y a point d’organe inter» médiaire aux artères et aux exhalans; un réseau capiU laire seul les séparé ; tandis qu’au contraire toujours un organe intermédiaire existe entre les excréteurs et les artères ; c’est dans cet organe que se trouvent ies capillaires où commencent les secondes et Unissent les premiers. 2°. Les machines organisées qui élaborentles fluides secrétés sont donc beaucoup plus compliquées que celles où se séparent les fluides exhalés. Aussi les premiers, telles que la bile, l’urine, la salive, etc., d’une part diffèrent essentiellement du sang, et de l’autre part sont très-composés; tandis que les seconds, comme la sérosité, etc., d’un côté se rapprochent beaucoup de certaines portions du sang, et d’une autre côté sont très-peu composés, ne contiennent que peu d’élémens. Ce double caractère distinctif dans l’une et l’autre es- pèces de fluides, me paroit extrêmement tranchant. 5°. Les fluides exhalés sont versés par une infinité de petits conduits isolés les uns des autres; les fluides se„ créte's, au contraire, se ramassent dans un ou quelques conduits principaux qui les versent sur la surface où ils s’abouchent. 4°* Les premiers rentrent en grande partie dans la circulation après en être sortis; les se- SYSTEME conds, au contraire, paraissent essentiellement-des- tinés à être rejetés au dehors. 5°. Une foule de par- ties reçoivent les uns ; ils se déposent sur les surfaces séreuses , muqueuses, synoviales, cutanée , dans le tissu cellulaire, et même dans tous les organes pour la nutrition. Les surfaces muqueuses et cutanée, les premières surtout ,,sont les seules oùles autres soient "versés. Il résulté, de toutes ces considérations ,,que les fluides exhales, comme la graisse, la sérosité, la sy- novie, la moelle, etc., diffèrent essentiellement des fluides secrétés, tels que la bile ,l’urine, la salive, les fluides muqueux, prostatique, spermatique, pancréa- tique, etc. Cette différence paroit avoir frappé un grand nombre d'auteurs’; cependant la plupart se sont servis du mot de secréliop pour exprimer la sépara- tion des fluides exhalés de la masse du sang. Je crois bien qu’il jr a beaucoup d’analogie entre les exhala- tions et les secrétions. Dans toutes deux, il y a le sys- tème capillaire comme je l’ai dit, entre le vaisseau qui apporte, et celui qui exporte ; mais assurément le système capillaire est tout différemment arrangé dans une glande, que dans une surface séreuse, par exemple. Par-tout où il y a exhalation, il n’y a bien certainement que le système capillaire; mais là où il y a secrétion, l’organe secréteur est trop considérable pour ne pas admettre quelque chose de plus. Au reste, en se fondant sur l’inspection, et sans vouloir exami- ner la nature intime des organes, il est évident que, là où il y a secrétion, il y a une glande, et que cette glande manque là où il y a exhalation* EXHALANT. 551 ARTICLE PREMIER. Disposition générale des Exhaians. § Ier. Origine, trajet et terminaison. Ijes auteurs se sont forme des idées très-différentes sur les exhaians. On connoît les vaisseaux décroissans de Boerhaave, et l’erreur de lieu pour laquelle son imagination les avoit créés. Dans ces derniers temps, on a rejeté tous les vaisseaux blancs faisant suite aux artères ; et pour expliquer l’exhalation , on a eu re- cours seulement à des porosités inorganiques des pa- rois artérielles, par lesquelles les fluides transsudent sur les organes» L’observation fréquente de transsu- dalions semblables sur le cadavre,, comme celles de la bile à travers la vésicule, de la moelle à travers le tissu osseux qu elle jaunit, etc.restune des grandes bases de cette manière d’envisager le système exhalant» Mais nous avons déjà plusieurs fois observé que ces phé- nomènes n’ont jamais lieu pendant la vie, où la sen- sibilité organiquedes parties se refuse à les produire. D’ailleurs l’exhalation est évidemment soumise àTin- fluence des forces vitales, puisqu’elle varie constam- ment dans une partie, suivant que les forces vitales de cette partiey sont elles-mêmes variables. Déplus, si les fluides exhalés s échappoient par des porosités inorga- niques, il faudroit que non-seulement les parois vas- culaires, mais encore celles des surfaces séreuses qui reçoivent ces fluides , fussent crihlées de petits trous : or comment alors les fluides dont elles sont les ré- servoirs, ne transsuderoient-ils point dans le tisst* SYSTÈME cellulaire voisin? Rejetons donc toute espèce d’opi- nion où l’observation anatomique n’est pour rien , et attachons noua à rechercher d après cette observa- tion , ce que sont les exhalans. Il est difficile sans doute le se former une idée pré- cise de ces vaisseaux, que leur extrême ténuité nou9 dérobe constamment dans l’état naturel. Cependant, en s’aidant des expér iences et d’un raisonnement ri- goureux, il me paroît qu’on peut y parvenir. INous avons vu que l’existence d’un système capil- laire terminant les artères est, sur les parties où se fait une exhalation comme dans les autres, une chose incontestablement prouvée par l’expérience des in- jections, des inflammations qui se produisent spon- tanément, et de celles qu’on fait naître à voloillé; de telle sortequ’une surface séreuse, cutanée, etc., où rien ne paroissoit, se couvre d’une infinité de petits vaisseaux tout à coup dans le premier cas, au bout d’un temps variable dans le second. Si l’injection n’est pas poussée très-loin, elle se borne au systèmecapillaire; mais si elle réussit, elle pleut de toutes parts sur la surface où se fait l’exha- lation dms l’état ordinaire. Cette rosée, mécanique- ment produite', ressemble évidemment à celle que dé- lerminésur le vivant la force tonique des parties; car, comme je l’ai dit, si c’étoit une transsudation, il y auroit extravasion dans les tissus voisins, au lieu que rien ne se remplit, depuis la seringue qui pousse l’in- jection jusqu’aux exlialans qui la versent, que les ar- tères, les capillaires et ces exhalans. D’ailleurs, quand il y a hémorragie active, les capillaires d’où naissent les exhalans qui versent le sang, sont évidemment EXHALANT. 553 plus pleins de fluide qu a l’ordinaire , comme je l’ai dit. D’après ces considérations, et une foule d’autres qui seront successivement exposées dans la suite de ce système, je crois* qu’on peut présenter les «xha- lans comme naissant du système capillaire, par l’in- termède duquel ils se continuent avec les artères qui leur apportent les matériaux de l’exhalation. Mais dire quelle est la longueur de ces vaisseaux, quelle est leur forme, comment ils se comportent dans letrajetqu’ils parcourent,c’est évidemment unectiose impossible ; c’est là que commenceroient les descrip- tions imaginaires. On distingue difficilement leurs orifices. On voit bien sur la pea(i une foule de petits pores qui établissent manifestement des communi- cations du dedans au dehors; mais ces pores trans- mettent non-seulement les exhalans, mais encore les absorbans, les poils, etc. , comme nous le verrons dans le système dermoïde. Tout bien considéré, i°' existence des exhalans, 2Q. leur origine dans le système capillaire-de la partie où ils se trouvent, 3°. leur terminaison sur diverses surfaces, sont les seules choses rigoureusement connues. Le mode d’origine varie sans doute,-mais nous ne savons nullement comment il a lieu. Les exhalans font suite à leur réseau capillaire, de telle manière qu’on ne sauroit dire précisément où les uns finissent et où les autres commencent. Voilà pourquoi, dans cet ouvrage, souvent en parlant de ces petits conduits, je les sup- pose venir immédiatement des artères, et formant les capillaires par leur entrelacement; il suffit évidem- ment de s’entendre. 554 SYS T È M JE § II. Division des Exhalans. Ily a troisclasses d’exhalansque jedistingued’aprés les fluides ou les substances qu’ils fournissent. La première classe renferme ceux qui rejettent des fluides destinés à ne plus rentrer dans l’économie: tels sont, i°. les exhalans cutanés qui fournissent la sueur. 2°. les exhalans muqueux qui versent une partie de la perspiration pulmonaire , la plus grande partie étant fournie, comme je le dirai, par la dissolution des fluides muqueux de la respiration, qui répandent peut-être les sucs gastrique , intestinal, etc. Dans la seconde classe se trouvent les exhalans, qui rejettent des fluides qui séjournent pendant un certain temps sur certaines surfaces ou dans certaines cel- lules, et qui, repris ensuite par voie d’absorption, ren- trent par les lymphatiques dans letorrent circulatoire. Ici se rapportent, i°..les exhalans séreux qui déposent sur leurs surfaces respectives la sérosité qui lubrifie les membranes et facilite les mouvemens des organes qu’elles recouvrent; 2°. les exhalans cellulaires qui ver- sent dans les cellules, d’une part la sérosité, de l’autre la graisse ; 5°. les exhalans médullaires qui apportent dans le milieu des os les sucs du même nom ; 4°* es exhalans synoviaux qui déposent la synovie, soit sur les articulations, soit dans les coulisses tendineuses. La troisième classe renferme les exhalans qui ap- portent dans tous les organes la substance nutritive qui les répare,.et qui en ressort ensuite par absorp- tion , pour être remplacée par de la nouvelle. J’adopte dans mes cours de physiologie la division que je viens d’indiquer, pour exposer les différentes EXHALANT. 555 exhalations dont la dernière me conduit évidem- ment à parler de la nutrition, fonction qui est le but général de la plupart de celles qui constituent la vie organique. On peut se représenter dans le tableau suivant, toutes les différentes exhalations : il offre l’ensemble des organes qui les exécutent. i°. extérieurs , ou- verts sur les sys- tèmes , i°. Dermoide. ac. Muqueux. i°. Séreux. 2e. Cellulaire, ou ils versent, 3°. Médullaire, 4°. Synovial, EXHALANS, i°. de la sérosité. 2°. de la graisse. i°. des os courts , plats , et des extré- mités des longs. 2'’. Du milieu des o* longs. 1°. des articulation». 2°. des tendons. 2°. intérieurs , ou- verts sur les sys- tèmes , 3°. nutritifs. Chaque tissu organisé a ses exhalans propres. Voilà un tableau précis de tous les fluides qui sor- tent du sang, sans l’intermède des glandes, et par voie d’exhalation. Les deux premières classes ont des vaisseaux qu’on peut rigoureusement admettre d’après les expériences, l’observation et même l’ins- pection. Quant aux exhalans nutritifs , il est hors de doute que de nouvelles substances sont apportées sans cesse aux organes pour les réparer: or il faut bien que ces substances aient des vaisseauxm, ces vais- seaux ne peuvent certainement puiser ce qu’ils y dé- posent 9 que dans le système capillaire auquel ils 556 SYSTÈME aboutissent. Si les injections ou d’autres moyens ne prouvent pas rigoureusement l’existence de ces ex- halans, il me semble que ce raisonnement force à les admettre. Les physiologistes n’avoient point encore rassem- blé ainsi dans le même cadre, toutes les exhalations: chacune étoit exposée en traitant du système où elle s’opère. J’ai présenté aussi des réflexions sur cha- cune dans l’exposé des différens tissus; l’ordre de l’anatomie générale l’exigeoit : mais dans les ouvra- ges ou dans les cours de physiologie, elles doivent évidemment être présentées sous le même point de vue, ainsi que les absorptions. § III. Différence des Exhalations. Quoique nous ignorions quelle est la structure des exhalans, cependant nous ne saurions douter que cette structure ne diffère singulièrement dans les di- vers systèmes. Remarquez en effet que ces sortes de vaisseauxentrent pour ainsidirecomrne èlèmens dans les tissus qu’ils composent, que par conséquent ils doivent nécessairement participer aux caractères di- vers et distinctifs que présentent ces tissus. C’est à cette différence qu’il faut rapporter sans doute celle que présententles injections. Elles sortent, pour peu qu’ellçs soient fines, par les exhalans mu- queux, se'reux, cellulaires même ; mais ceux qui four- nissent la synovie la transmettent beaucoup plus diffi- cilement : c’est comme pour le système capillaire ; tandis que ce système se remplit avec une extrême facilité sur les surfaces séreuses qui noircissent pour EXHALAWT. ainsi dire à volonté, les surfaces synoviales ne se pé- nètrent que beaucoup plus difficilement, etc. ARTICLE DEUXIÈME. Propriétés , fonctions , développement du Système exhalant. § Ier. Propriétés. T j e système exhalant présente des vaisseaux trop ténus, pour que nous puissions y analyser les pro- priétés de tissu. Prennent-ils plus de capacité quand les globules rouges s’y introduisent ? Je l’ignore en- tièrement. Haller qui admettoitles exhalans,croyoit que les fluides blancs s y introduisoient seuls , parce que leur diamètre étoit disproportionné à celui des globules rouges. Cette opinion est au reste celle de l’école Boerhaavienne. Qui a jamais mesuré compara- tivement les diarnètresrespeclifs des vaisseaux U des molécules des fluides ? Remarquez que toutes ces expressions fluides ténus , fluides grossiersetc., qui sont encore dans la bouche d’une foule de'mé- decins, ont été introduites dans le langage par cette théorie, et y sont restées, quoique la théorie elle-même ait été reconnue fausse. Je l’ai dit vingt fois, et je le répète encore, la cause unique qui empêche les glo- bules rouges de passer dans les vaisseaux à fluides blancs, c’est le défaut de rapport entre la nature du fluide et la sensibilité de l’organe. Les propriétés de la vie animale sont manifeste- ment étrangères aux exhalans. Parmi celles de la vie organique, ils jouissent au plus haut degré de la se ns b 558 SYSTÈME bilité organique et de la contractilité insensible cor- respondante : c’est sur elles que reposent toutes leurs fonctions. Caractères des Propriétés vitales. Quoique la sensibilité organique soit par-tout le par- tage des exhalans, elle varie cependant singulièrement dans chaque système : celle des exhalans muqueux n’est pas la même que celle des séreux. En général les exhalans entrant pour ainsi dire comme éiémens dans le tissu de chaque système, participent abso- lument aux propriétés’ organiques de ce système ; ou plutôt les leurs sont identiques aux siennes. Voilà i°. pourquoi chacun sépare le fluide qui lui est pro- pre , pourquoi par conséquent, lorsque beaucoup d’eau entre par la boisson dans la circulation , ce sont les exhalans cutanés , et jamais les séreux , qui se l’ap- proprient et la transmettent ensuite hors du sang; lors- qu’on court beaucoup, lorsqu’une agitation générale est par conséquent imprimée par le cœur à la masse sanguine en circulation, les cutanés, plus vivement excités par cette impression que les séreux, les syno- viaux,elc., séparent plusdesueur, etc.;2°. pourquoi les séreux ne versent pas la graisse, les médullaires la sérosité, etc., quoique la masse sanguine abordant aux capillaires continus à ces exhalans, soit par-tout la même ;3°. pourquoi, quand les exhalans versent des fluides qui leur sont étrangers, ou quand leurs fluides naturelss’altèrent, ces fluides diffèrent essen- tiellement les uns des autres , pourquoi, par exem- ple , à la suite de l’inflammation, il n’y a que les sur- faces séreuses ou on voit une sérosité lactescente E X H A L A N T. pourquoi rien de semblable au pus ne s’écoule de la membrane médullaire enflammée, pourquoi les fluides, résultats de l’inflammation de la synoviale, sont bien différens de ceux que produisent les sur- faces séreuses, etc.; 40. pourquoi certains exhalans ont beaucoup plus de tendance que d’autres à admet- tre le sang et à le verser sur leurs surfaces respecti- ves , comme on en voit un exemple par les muqueux, qui sont si disposés à laisser passer ce fluide, que mille circonstances y déterminent des hémorragies ; 5°. pourquoi parmi ces exhalans muqueux eux-mê- mes, les uns ont infiniment pjus de tendance que les autres à laisser passer le sang , etc., etc. Tous ces phénomènes dérivent évidemment des modifications particulières qui distinguent la sensi- bilité organique et la contractilité correspondante dans chaque espèce d’exhalans. § II. Des Exhalations naturelles. Tout ce que je viens de dire nous conduira bien évidemment à expliquer comment s’opère l’exhala- tion. C’est toujours le même principe qui nous a servis jusqu’ici ; c’est celui qui nous servira à l’ex- plication des secrétions, des absorptions, etc. Il y a entre lesélémens qui forment chaque fluide exhalé et la sensibilité organique de chaque espèce d’exhalans> un rapport tel, que ces éîémens seuls peuvent être admis par les vaisseaux qui rejettent et repoussent les autres,, tant qu’ils ne changent pas de mode dans leur sensibilité. Le système capillaire général paroît êtrelç réseryoir où, comme je l’ai dit, s’élabore le sang; SYSTÈME c’est là où de rouge, il devient noir; c’est là en même temps où ses élémens divers se séparent, se com- binent de nouveau, el laissent dans ces changemens dégager leur calorique. C’eslapiès ces changemens, ces transformations diverses, que chaque exhalant prend, choisit pour ainsi dire les portions avec les- quelles sa sensibilité est en rapport, et qu’il laisse les autres. Il suit de là une conséquence bien simple ; c’est que toutes les fois que la sensibilité organique du système où se fait l’exhalation est altérée d’une manière quel- conque , l’exhalation doit varier aussitôt : c’est en effet ce qui arrive toujours. Jamais il n’y a un trouble quelconque dans les exhalations, sans qu’il n’y en ait eu un antécédent dans la sensibilité des exhalans. Prenez les lésions diverses de la transpiration pour exemple, vous verrez le froid, le chaud , le sec, l’hu- mide, les frotlemens, etc.-, exercer toujours leur influence sur la sensibilité cutanée, et les troubles de l’exhalation n’être que consécutifs. La sensibilité organique des exhalans comme celle de toute autre partie, peut être troublée de diffé- rentes manières, i°. par un stimulant direct, comme quand le froid resserre la peau , quand une boisson très-froide agitsur l’estomac, etc.; 2°. par sympa- thies, comme quand l’affection aiguë des organes fibreux et musculaires fait suer dans le rhumatisme; 3°. souvent sans que nous puissions dire comment , il survient un trouble dans les force vitales d’une partie, comme l'inflammation en offre de si fréquens exemples. Je ne parle pas du trouble qui peut sur- venir par contiguité d’organes, etc., etc. EX H A L A & T. ÏI résulte de là que quand l’exhalation augmente ou diminue contre l’ordre naturel, la sensibilité des exhalans est toujours modifiée d’une des trois ma*; nières précédentes. Maintenant si nous réfléchissons aux diverses es- pèces d’exhalans, nous verrons qu’il n’y a guère que les cutanés et les muqueux qui soient sujets à des excitations immédiatement appliquées , puisqu’ils sont seuls en rapport avec les corps extérieurs. Ou* tre les deux modes d’altération de sensibilité qu’ils partagent avec les autres, ils ont donc de plus celui- ci. 11 n’est pas étonnant d’après cela que leurs exha- lations, la cutanée spécialement, présentent de si nombreuses variétés, que la peau offre des degrés sans cesse variables entre la sécheresse la plus grande et la plus abondante sueur. Les exhalations sympathiques sont extrêmement nombreuses. Je n’en rapporte point ici d’exemple î on en trouvera beaucoup dans les sympathies des systèmes dermoïde, séreux, muqueux, etc. J’ob- serve seulement que les auteurs n’ont point assez distingué des autres, ces sortes d’exhalations; de même ils n’ont point eu assez égard aux secrétions sympathiques. Toutes les exhalations n’augmentent ni ne dimi- nuent jamais en même temps ; j’excepte cependant l’état d’éréthisme de certains accès de fièvre où tout se supprime. Dans tous les autres cas, quand un fluide est abondamment versé, les autres diminuent : ainsi la sécheresse de la peau coïncide-t-elle avec les hy dro- pisies. On remarque que la phthisie pulmonaire fait suer dans les premières périodes; mais lorsque dans SYSTÈME la dernière, la leucophlegmatie a l’ait beaucoup de progrès, les sueurs s’arrêtent. J’ai distingué de plus en deux classes les causes des exhalations augmentées. i°. Les unes annoncent un surcroît de vie, 2o. les autres une diminution réelle des forces vitales : de là les exhalations actives et pas* sives. Comment le même phénomène tient-il à deux causes exactement opposées ? Cela est difficile à dé- terminer précisément; mais une multiplicité si in-< nombrable de phénomènes prouvent cette distinc- tion, pour les exhalations comme pour les secrétions, qu’on ne peut refuser de l’admettre. Il est important de se la rappeler dans l’article suivant. § III. Des Exhalations contre nature. J’appelle ainsi celles dans lesquelles les exhalans versent un fluide différent de celui qui leur est natu- rel. La première qui s’offre c’est celle du sang. Exhalation sanguine. Le sang passe fréquemment par les exhalans à la place de leurs fluides : il en résulte des hémorragies très-différentes de celles qui ont Heu par rupture. Je vais examiner ces hémorragies dans chaque espèce d’exhalans. Hémorragies des Exhalans excrémentiels. L’expression vulgaire dont on se sert quelquefois,' suer sang et eau, etc., indique qu’en certaines cir- constances, qui sont cependant assez rares, les exha- lans cutanés livrent passage au sang. Haller en a ras- EXHALANT. 563 semble plusieurs exemples qu’on peut consulter dans son ouvrage. La première année que je vins à Paris, |e voyois habituellement, avec Desault, une femme affectée de cancer de matrice, et qui, à certaines époques déterminées, avoit des sueurs qui tachoient les draps à peu près comme les règles le font sur les linges qui les reçoivent. Cette femme avoit eu de fré- quentes hémorragies avant le commencement de sa maladie. Depuis ces sueurs, elles avoient continué, mais étoient plus rares. Je regrette d’avoir négligé de recueillir les détails de ce fait singulier. Aucun exhalant ne verse plus fréquemment du sang que les muqueux : aussi les hémorragies sont- elles une affection presque caractéristique des surfaces muqueuses, où elles prennent différens noms, sui- vant la portion de celles qu’elles attaquent. Il est hors de mon objet de présenter ici les phénomènes de ces hémorragies ; je vais seulement prouver qu’elles sont une exhalation. i°. J’ai ouvert très-souvent des sujets morts pen- dant une hémorragie ; j’ai eu occasion d’examiner 9 sous ce rapport, les surfaces bronchiques, stomacales, intestinales et utérines: jamais la moindre trace d’éro- sion ne m’y a paru sensible, malgré la précaution de laver exactement les surfaces, de les laisser macérer et de les examiner même à la loupe, a0. Voici une expérience qui réussit constamment sur la matrice des femmes péries pendant la menstruation, souvent même hors de ce temps : en la pressant, vous faites sortir de sa surface muqueuse un nombre plus ou moins grand de petites gouttelettes sanguines,qui cor* respondent visiblement à des extrémités vasculaires, 564 SYSTÈME qui essuyées, ne laissent voir aucune érosion. 3°. L'a- nalogie de toutes les autres surfaceslibres qui versent du sang , et qui le font évidemment par leurs exlia- lans, est une preuve que le même phénomène a le même siège sur les muqueuses. 4°» La matrice ne seroit qu’un amas de cicatrices chez les femmes âgées, s’il y avoit rupture dans la menstruation, 5°. Dans les hémorragies actives où il y a bien évidemment congestion préliminaire du sang avant qu’il ne s’é- chappe en dehors, on pourroit concevoir jusqu’à un certain point, la rupture des petits vaisseaux ; mais dans les hémorragies passives, dans celles où la sensi- bilité organique anéantie semble permettreune simple transsudation à travers lesexhalans,comment conce- voircesruptures? 6°.Oncomprenddifficilement com- mentune évacuation qui se produit souvent avec une extrême rapidité, qui cesse dans un endroit et tout de suite se manifeste dans un autre, qui est soumise à toutes les influences sympathiques, on comprend, dis-je, difficilement comment elle puisse arriver par rupture. 70. Voyez la menstruation fournir quel- quefois pendant un instant du sang, n’en point don- ner l’instant suivant, renouveler vingt et trente fois par jour, dans certaines affections , ces alternatives d’écoulement et de non-écoulement; il faudroit donc qu’à chaque fois les plaies s’ouvrissent et se cicatri- sassent. 8°. D’ailleurs , comparez les hémorragies produites évidemment par rupture sur les surfaces muqueuses, telles que celles qui, dans les plaies de tête, ont lieu par les narines, les oreilles, etc.; celles qui, dans une chute sur le rectum, se font quelque- fois par la vessie; celles qui, dans des efforts trop considérables de toux , naissent sur la surface bron- chique ; celles dont l’estomac est le siège à la suite de divers poisons, etc., etc.; comparez , dis-je, ces hé- morragies, et beaucoupd’autresanaloguesquejepour- rois citer, à celles qui surviennent spontanément sur les surfaces muqueuses ; vous verrez qu’elles ne leur ressemblent nullement par leurs phénomènes et leur durée ; qu’en se supprimant, elles ne donnent point naissance à d’autres; qu’elles sont indépendantes de toute espèce d’influencesympathique; queles passions ne sont pour rien dans leur cessationou leur production» tandis qu’elles influent si puissamment sur les autres. Concluons de toutes ces considérations, que toutes les hémorragies muqueuses, soit actives, soit passi- ves, sont devéritables exhalations.D’après cela, vous voyez qu’il n’y a pas une aussi grande différence qu’on le croiroit d’abord, entre les premières et l’inflam- mation. En effet, dans les unes , il y a accumulation du sang dans le système capillaire, puis passage de ce fluide par les vaisseaux exhalans continus à ce sys- tème. Dans l’autre, il ny a que le premier phéno- mène. Sans doute les signes, les accidens, etc. sont tout différens, parce que les modificationsqu’aéprou- vées la sensibilité organique, ne sont pas les mêmes, mais l’état où se trouvent respectivement les petits vaisseaux et le sang , n’est pas moins analogue. Une preuve que dans les hémorragies actives, c’est la sen- sibilité organique qui, différemment modifiée, ouvre ou ferme le passage au sang par les exhalans, c’est que presque toujours ily a des symptômes précurseurs qui durent pendant un certain temps, et qui annon- cent évidemment le trouble que les forces vitales, la EXHALANT. 565 566 sensibilité organique en particulier, éprouvent dans îa partie : on connoit le prurit avant-coureur des hémor- ragies nasales ,1a titillation et quelquefois le sentiment d’ardeur qui précèdent les pectorales. Quelquefois , suivant les variétés d’altération qu’elle éprouve , la sensibilité organique laisse passer d’abord des fluides séreux, puis des sanguinolens ; c’est ce qu’on voit dans la menstruation où les exhala ns versent souvent de la sérosité pendant quelques instans , puis du sang véritable. Quant aux hémorragies passives, il est incontestable que la sensibilùéorganiqueaété diminuée,ainsi que la tonicité ou contractilité organique insensible. On diroit que les petits vaisseaux ne peuvent plus alors se resser- rer assez pour retenir le sang ; que c’est comme dans nos injections qui suintent des surfaces muqueuses, parce que la vie ne s’oppose plus à leur passage. Re- marquez que quand ces hémorragies sont produites par une maladie organique, c’est presque toujours la portion de surface muqueuse la plus voisine de l’organe,qui est influencée parlui. Ainsi dans les der- niers jours des maladies du cœur et du poumon , on crache souvent du sang ; on en rend par les selles à la fin de celles du foie, ou bien on en vomit , etc. Jamais tout le système muqueux ne perd en même temps ses forces au point de verser par-tout du sang; ce n’est que dans une partie déterminée qu’il s’affoiblit. Qu’esUce qui dispose les exhalans muqueux à ver- ser plutôt du sang que tous les autres? Il paroit que c est parce que le système capillaire d’où ils naissent, est habituellement pénétré de sang, et que le trajet est très-court depuis ce fluide séjournant dans les ca- SYSTEME pillaires jusqu’aux surfaces muqueuses. Cela est si vraiqueles portionsdu système muqueux peu péné- trées de ce fluide dans l’état naturel, comme celles des sinus de la face, de l’oreille, etc., sont moins sujettes aux hémorragies. Je suis persuadé que si des exhalans partoient des muscles pour verser habituellement un fluide à l’extérieur de ces organes , les hémorragies y seroient très-fréquentes. On voit, d’après ce que nous venons de dire, que les hémorragies muqueuses n’ont rien de commun que l’extravasion du sang avec celles qui sont l’effet des hémorroïdes, et qui supposent toujours des rup- tures veineuses, avec celles que les anévrismes ou les varices déterminent, avec celles qui sont le résultat d’une coupure, d’une secousse violente, etc. Elles font une classe à part, etse rapprochent seulement de celles que les exhalans fournissent sur les autres sur- faces où ils s’ouvrent. Si je classois les hémorragies, je les distinguerois, iQ. en celles qui arrivent par exhalation, 2°. en celles qui sont produites par rupture. Je placerois dans les premièreslessueurs de sang,les hémorragies muqueu- ses, les séreuses, les cellulaires, etc.; dans les secondes, seroient celles qui accompagnent les plaies,lesanévris- mes, etc. ; il me semble que pour embrasser dans Le même cadre toutes lesévacuationssanguinesqui peu- vent survenir dans l’économie animale, il faut absolu- ment adopter cette division, qui d’ailleurs s’accorde avec les phénomènes et le traitement des hémorra- gies. Iriez-vous en effet saigner pour arrêter une hé- morragie par rupture ? nonr sans doute, mais vous sai- gnez pour arrêter une hémorragie active par exhala* EXHALANT. 568 SYSTÈME lion, parce qu’en diminuant la ruasse sanguine, vous diminuez l’excès de sensibilité organique qui produit l’hémorragie; c’est à peu près comme quand on saigne pour l’inflammation.Certainement il fautquel’ hémor- ragie s’interrompe comme elle a été produite; il faut que la sensibilité des exhalans revienne à son type na- turel avant que le sang cesse de couler. On ne saigne paspour dériver le sang vers un autre endroit, comme on le dit; si cela étoit on le feroit dans les hémorra- gies passives. La plupart de ceux qui saignent beau- coup dans les hémorragies, croient que la pléthore est la seule cause qui les produise, que les vaisseaux contenant trop de sang, sont obligés d’en évacuer: mais il y a beaucoup plus de cas où les hémorragies actives sont sans aucun signe de pléthore , qu’il y en a où ces signes existent. Il y auroit dans les gros vais*» seaux défaut réel de ce fluide, que si les exhalans d’une partie sont, par leur mode de sensibilité , en rapport avec lui, ils le verseront en aussi grandeabon- daneeque s’il y avoit excès. C’est comme dans l’aug- mentation des secrétions , dans celle des exhalations naturelles?etc.Qu’ily ait pléthore ou non dans les gros vaisseaux , dès que l’affection locale a exalté le mode de sensibilité des secréteurs ou des exhalans, ils pui- sent en abondance dans le sang. L’influence de la pléthore sur l'augmentation des divers fluides qui se séparent du sang, est un reste évident dés opi- nions de Boerhaave. Si le cœur agitoit par-tout les fluides, s’il poussoit le sang, la sérosité, etc., sortant par les exhalans, les fluides secrétés sortant par leurs conduits, cette influence de la pléthore seroit néces- sairement réelle ; mais puisque tous les fluides éma-» EXHALANT. nés du système capillaire sont nécessairement hors de toute action du cœur, que dans leur circulation, ils se trouvent absolument sous celle de la sensibi- lité organique et de la tonicité des capillaires, il est évident que ces fluides doivent être indépendans de la quantité de sang contenu dans les gros vaisseaux, et mu par le cœur; que les altérations des forces vi- tales delà partie sont lesseules causesdesphénomènes divers que présente leur cours. Qui ne sait que les tempéramens foibles et délicats sont sujets souvent chez les femmes aune menstrua- tion beaucoup plus abondante que ceux qui sont les plus forts, les plus vigoureux, les plus sanguins, comme on dit ? Vous trouverez une foule de résultats dans les auteurs, sur la quantité de sang évacué par les règles , et vous observerez en même temps qu’aucun de ces résultats ne se ressemble: pourquoi? parce que chaque matrice a , pour ainsi dire , son tempérament, qui souvent ne correspond pointait tempérament général, parce que chacune est disposée par conséquent à un mode différent de vitalité. On rend donc plus ou moins de sang à chaque menstrua- tion , comme on en rend pendant plus ou moins long- temps ,comme certaines femmes rendent d’abord un fluide séreux, tandis que d’autres rendent tout de suite du sang. Je ne saurois trop le répéter: tout phé- nomène vital est nécessairement soumis à une foule d’irrégularités, qui dépendent de celles auxquelles les forces vitales sont elles-mêmes exposées. Au con- traire , tout phénomène physique est presque immua- ble, parce qu’il est de la nature des lois physiques , de rester toujours les mêmes. SYSTÈME On voit, d’après ce que je viens de dire, combien les hémorragies des grosses artères, qui sont sous l’in- fluence immédiate du cœur , doivent différer essen- tiellement de celles du système capillaire et des ex- halans,doni les phénomènes sont sous l’influence des forces de la partie où elles arrivent, soit qu’elles aient lieu par rupture, soit qu’elles arrivent par exhala- tion. En effet, quoique ces deux classes soient y comme je l’ai dit, essentiellement différentes parleurs phénomènes principaux, elles se rapprochent,parce que les modifications des forces vitales de la partie influent nécessairement sur elles , dès qu’elles sont dans le système capillaire. Ainsi, les astringens, les toniques, les styptiques, et autres médicamens qui agissent évidemment sur la sensibilité organique, et sur la contractilité insensible , arrêtent fréquemment les hémorragies du système capillaire.Le contact de l’air, en modifiant ces propriétés dans les plaies , suf- fit même pour produire cet effet. Au contraire, les li- gatures seules peuvent, dans les gros vaisseauXjS’op- poser à la puissanteinfluence du cœur. Tous lesstyp- tiques imaginables accumulés sur une artère ouverte y n’y arrêteroient pas l’effet de celte influence. C’est d onc là la différence essentielle des hémorragies desca- pillaires et des exhalans, d’aveecelles des artères, que tout médicament qui agit sur la sensibilité organique ot sur la tonicité peut être avantageusement employé pour les premières, au lieu qiéil dst nul pour les se- condes. Je passe aux exhalations sanguines qui se fons par les exhalans récréaient itiels- E X'H A L A IT T. Hémorragies des Exhalans récrémentitieLs. Les membranesséreuses sont le siège fréquent d’hé- morragies. L’ouverture des cadavres le prouve incon- testablement. Rien n’est plus frëquentque de trouver dans le péritoine, dans la plèvre, dans le péricarde, etc* une sérosité, rougeâtre si peu de sang s’est épanché, très-rouge s’il s’en est exhalé davantage, et même du sang pur en certaines circonstances. J’ai fait ces remarques en deux cas différens : i°.à lasuitedes inflammations soit aiguës soit chroniques , de ces dernières spécialement. La poche séreuse con- tient alors une plus ou moins grande quantité de sang quelquefois seul, plus souvent mêlé à de la sérosité, et parfois même à des flocons blanchâtres et albumi- neux. L’inflammation antécédente parole ranger ces hémorragies dans la classe des actives. 2°. Souvent à la fin des maladies organiques, ou les exhalations de sérosité augmçntent presque constamment dans les poches séreuses au point d’y produire des hydropisies visiblement passives, il se mêle une plus ou moins grande quantité de sang à cette sérosité. Quel anato- miste ne connoît ces épanchemens sanguinolens dans le péricarde, la plèvre, etc.? J’ai observé quela tunique vaginale et la membrane arachnoïde y sont infiniment moins sujetlesque les autres poches analogues; je n’en ai jamais vu pour cette dernière: deux seulement se sont présentés à moi dans la première. Je ne parle pas évidemment des hémorragies qui sont l’effet des plaies de tête, et oii le sang s’épanche entre les deux feuillets arachnoïdiens. J ai scrupuleusement examiné la surface interne du SYSTÈME péritoine, de la plèvre et du péricarde, à la suite de ccs sortes d’hémorragies produites soit consécutivement à l’inflammation de la membrane elle-même, soit par suite d’un vice organique : leur surface m’a paru exac- tement intacte, en sorte que bien évidemment ce sont les exhalans qui ont fourni le sang, à la place de la sérosité qu’ils répandoient auparavant. Je.compare une surfaceséreuse versant accidentel- lement du sang à la suite de sou inflammation, aux hémorragies actives des surfaces muqueuses. D’un autre côté , quand les exhalans séreux répandent du sangàla fin des maladiesorganiquesdu coeur, de ma- trice , de poumon , etc., certainement c’est le même phénomène que quand on crache , on vomit ou on rejette par les selles , dans ces circonstances, du sang venu parles exhalans muqueux. Y a-t-il des cas pendant la vie, ou le sang versé par exhalation sur les surfaces séreuses, est repris ensuite par absorption ? Je crois que cela peut arriver à la suite des inflammations, quoique cependant nous n’ayons aucun fait positif sur ce point. Cruikschank , Mascagni ont vu le sang absorbé par les vaisseaux lymphatiques, à la suite des plaies de poitrine : pour- quoi ne surviendroit-il pas k la suite des hémorragies par exhalation , ce qui arrive à la suite de celles par rupture ? Les exhalans cellulaires versent fréquemment du sang dans les cellules. i°. Ce phénomène est souvent très-sensible dans le phlegmon ou dans d’au 1res tu- meurs analogues. En les fendant sur le cadavre , on trouve le sang extravasé dans les cellules; cela est si réel, que quelques auteurs ont fait consister la nature EXHALANT. de l’inflammation dans cette extravasation.Mais il est hors de doute que dans les phlegmons le'gers, le sang reste dans le système capillaire cellulaire ; ce n’est que dans les cas où l’inflammation est très-intense, que ce passage a lieu. 2°. Quant aux hémorragies passivesdu tissu cellulaire, qui ne sait que souvent l’eau des hy- dropiques est rougeâtre en certaines parties? qui ne sait que dans le scorbut, des portions considérables de tissu cellulaire sont infiltrées de sang , lequel n’a certainement pas été versé par érosion? J’ai injecté, il n’y a pas long - temps, deux sujets avec des taches scorbutiques très-marquées aux jambes, et dans les- quels il n’y a eu aucune espèce d’extravasation dans ces parties; ce qui n’auroit pas manqué d’arriver, si la rupture des vaisseaux produisoit les taches scorbu- tiques. Comme ces matières ne m’occupoient pas spé- cialement dans les années précédentes, je n’ai pas fait beaucoup attention à plusieurs sujets que j’ai injectés avec ces taches scorbutiques. Cependant je ne crois pas qu’ils aient jamais présenté des épanchemens cel- lulaires, lesquels m’auroient sans doute frappé s’ils s’éloient rencontrés en faisant disséquer ces cadavres aux élèves. Quant aux hémorragies des exhalans médullaires, nous ne les connoissons point. Je n’ai jamais vu non plus, dâns les ouvertures de cadavres, du sang épan- ché danâles articulations, excepté lors des plaies, etc. Quant aux exhalans nutritifs, il est évident que toute évacuation sanguine doit leur être étrangère. Exhalations contre nature, non sanguines. Ce n’est pas seulement le sang qui passe quelque- 574 SYSTÈME fois par les exhalans à la place des fluides, que ces pé*» tits vaisseaux versent naturellement. Qui nesaitcom- bien la sueur diffère ? Quelquefois l’eau est presque seule transmise par la peau ; d’autres fois la sueur est chargée d’une foule de substances plus ou moins hétérogènes ; elle est plus ou moins salée : on sait combien l’odeur qu’elle exhale est différente. Voyez la foule de substances qui sont rejetées à sa surface ex- terne parles exhalans, dans les petites véroles, dans la rougeole, la scarlatine, etc., dans les dartres, les éruptions diverses; comparez les sueurs critiques à celles qui sontnaturelles , et vous verrez les exhalans être, sijepuis m’exprimer ainsi, un passage commun, que toutes les substances contenues dansle corps, peu- vent traverser, pour ainsi dire, et qu’elles traversent en effet dans divers cas, suivant que , dans les mille modifications dont la sensibilitéorganiquecutanéeest susceptible, elles en rencontrent qui soient en rap- port avec elles. Parlerai-jedesexhalansséreux? voyez les surfacesde même nom verser, suivantqu’elles sont affectées, une foule de fluides différens, et la sérosité lactescente, et une substance dense qui s’attache à leur surface en forme d’épaisse membrane, etc. Pour peu que vous ayez ouvert de péritonites chroniques, vous aurezété étonnés de la diversité des fluides renfermés alors dans le péritoine. Grisâtres, jaunâtres, fétides, sans odeur, épais, visqueux, très-coulans, etc., etc., à peines ces fluides sont-ils deux fois les mêmes. La séro- sité paroît bien être toujours le véhicule général; mais les substances dont elle se charge, par l’effet du chan- gement que la maladie a produit dans les forces vitales de la membrane, sont infiniment variables, EXHALANT. Ainsi verrons-nous les glandes être une voie com- mune par où passent, suivant la manière dont elles sont alfectées, une foule de substances qui diffèrent 'essentiellement de celles qui composent les fluides secrétés dans l’état naturel. § IV. Du Développement accidentel des Exhalans. Les exhalans se développent accidentellement dans une foule de parties : c’est spécialement dans les kystes que l’on voit bien ce développement. Leur surface in- terne, ordinairement lisse, verse des fluides très-dif- férens, suivant le modeparliculier de sensibilité qu’ils ont en partage. Quand on ouvre ces kystes, les exlia- lans fournissent de nouveaux fluides, et il faut les em- porter souvent pour empêcher l’exhalation. Quelque- fois à la place du fluide quiy est ordinairement exhalé, cest le sang qui s’y répand, comme cela arrive dans les surfaces séreuses : par exemple, j’ai trouvé de la séi o- sité très-sanguinolente dans des hydropisies enkystées de l’ovaire; dernièrement j’y ai vu le sang en caillot. Je remarque que c’est là une différence essentielle à ajouter à celles indiquées plus haut, entre les fluides exhalés et ceux secrétés. En effet, jamais ces der- niers ne sont accidentellement versés dans un kyste. On ne trouve point des amas contre nature de bile, d’urine, de salive, de semence, etc., tandis qu’on en trouve souvent desérosité, comme dans les hydropi- sies enkystées, de graisse commedanslesstéatomeset autres tumeurs qui présentent une humeur suifeuse analogue à ce fluide, de synovie comme dans les „.ganglions, quand ils ne sont point des dilatations des SYSTÈME EXHALANT. synoviales, mais qu’ils offrent des kystes accidentel- lement produits, etc. D’oü nait cette différence? de ce qu’il faudroit que des glandes se développassent accidentellement dans nos parties, pour que lesfluides secrétés fussent ainsi accidentellement séparés du sang : or la structure de ces organes est trop compli- quée, leur organisation suppose trop de conditions, pour que leur développement puisse être ainsi un phénomène contre nature. Au contraire, l’organisa- tion simple des surfaces exhalantes, qui n’offrent que des vaisseaux continus aux artères , et sans organe intermédiaire, exige un travail bien moindre pour croître ainsi accidentellement, dans des parties aux- quelles elles sont naturellement étrangères. Quelquefois les fluides exhales contre l’ordre na- turel ne se ramassent point dans un kystej ils s’écou- lent continuellement au dehors : c’est ce qui arrive dans les fistules et autres égouts accidentels ou ar- tificiels qui s’établissent sur nos organes. Alors le tissu cellulaire conservant toujours la modification accidentelle de sensibilité qu’il a prise localement par un dépôt ou par toute autre circonstance, con- tinue toujours à verser un fluide différent de la sé- rosité qu’il exhaloit dans l’état naturel. SYSTEME ABSORBANT. C e système résulte de l’assemblage d’une multitude de petits vaisseaux qui naissent de toutes les parties, et en rapportent différens fluides qu’ils versent dans le sang noir, après les avoir fait passer à travers cer- tains renflemens particuliers qu’on nomme glandes lymphatiques, et qui font système avec eux. L’en- semble du système absorbant comprend donc ces deux choses : i°. les vaisseaux, 2®. les renflemens ou glandes, mot impropre, en ce qu’il assimile les or- ganes qu’il désigne avec ceux qui versent des flui- des par les excréteurs qui en naissent. ARTICLE PREMIER. Des Vaisseauæ absorbans. ]N*ou s examinerons ces vaisseaux dans leur origine, leur trajet et leur terminaison. § Ier. Origine des Absorbans. L’origine des absorbans ne peut guère être dé- montrée par l’inspection : c’est comme la terminaison des exhalans. Telle est en effet l’extrême ténuité de ces vaisseaux à leur naissance, qu’ils échappent, dans le pins grand nombre des parties, aux jeux même armés des meilleurs instrumens d’optique. En quel- ques endroits on aperçoit bien des pores; mais il est difficile de distinguer quelle est leur nature, s’ils sont exhalans ou absorbans. 11 faut donc déterminer l’ori- 578 SYSTÈME gine de ceux-ci par les phénomènes qu’ils produiserU1 en divers endroits. Là ou il se fait des absorptions , il est manifeste que c’est là où ils commencent. Or,en examinant attentivement les phénomènes desabsorp- tions, on voit qu’ils se manifestent par-tout en géné- ral où il y a des exhalations ; en sorte que le même tableau peutservir pour ainsi dire aux absorbans et aux exhalans : voici ce tableau pour les premiers. i°. extérieurs nais- sant sur les sys- tèmes , iv. Muqueux. 2°. Dermoïde. i°. Séreux. 2°. Cellulaire , et y prenant, 3°. Médullaire, 4°. jSynovial, en £ P P O laisser dans l’air une foule de principes, pour n’en ab- sorber que certains déterminés. Inactifs souvent pen- dant de longs espaces, ils entrent tout de suite en ac- tion lorsque quelques substances en rapport avec leur sensibilité se présentent à eux. Voyez les fluides injectés ou épanchés dans le tissu cellulaire, être pris ou laissés par les absorbans de ce tissu, suivant qu’ils conviennent ou qu’ils répugnent à leur sensibilité disparoître avec promptitude, ou y stagner ety oc- casionner des dépôts. On ne peut donc disconvenir que dans l’état na- turel la sensibilité des absorbans n’ait un type déter- miné, auquel certaines substances sont seules accom- modées , et qui pour cela peuvent seules être absor- bées. L’exercice de la sensibilité organique préexiste donc toujours à l’absorption, comme il préexiste à la secrétion, à la nutrition , etc. Ainsi, dans les phé- nomènes physiques, l’exercice de la gravité précède la chute des corps graves. Ainsi la faculté d’attirer est mise préliminairement en exercice avant quelemou- vement des planètes ne s’opère, etc., etc.* § II. Variétés de ï Absorption. Il résulte de ce que je viens de dire, que toutes les fois que la sensibilité organique des absorbans est al- térée d’une manière quelconque, nécessairement l’ab- sorption doit éprouver un trouble correspondant : or c’est ce qui arrive constamment. La sérosité baigne souvent des mois entiers les orifices absorbans , dans ABSORBANT. l’hydropisie, sans agacer assez leur sensibilité pour être prise par eux. Qu’une cause quelconque aug- mente cette propriété, à l’instant l’absorption se fait. Voyez certaines tumeurs indolentes rester pendant de longs intervalles dans le même état par la stagna- tion de leurs sucs, et se résoudre ensuite si certains médicamens appliqués sur elles viennent à réveiller la sensibilité jusque-là assoupie de leurs absorbans. Les résolutifs n’agissent donc point sur lesfluides eux- mêmes; ils ne les atténuent pas , ne les incisent pas , suivant le vague langage des médecins, maisen chan- geant le mode de forces des absorbans, ils les rendent propres a agir. Il estsi vrai que c’est ainsi que s’opèrent les résolutions diverses, que souvent un léger degré d’inflammation estpréliminairementnécessaire à leur développement: tous les chirurgiens le savent. De- sault ne regardoit point la plupart des engorgemens aux testicules comme un obstacle à l’opération de l’hydrocèle par injection. Au contraire, souvent à la suite de l’irritation produite dans les testicules par l’inflammation de la membrane environnante, il est parvenu à dissiper ce qui n’étoit entretenu que par le peu d’énergie des absorbans. Les altérations de sensibilité organique des absor- bans peuvent diminuer, augmenter ou modifier di- versement cette propriété. Cessons de nous étonner, d’après cela , de l’extrême variété des absorptions ; cessonsde nous étonner si une foule de fluides, au- tres que ceux ordinairement repris , peuvent passer dans le sang par les absorbans; si la bile, l’urine, les sucs muqueux qui ordinairement sont rejetés, peu- vent rentrer dans la circulation; si le sang épanché 626 SYSTÈME dans le tissu cellulaire revient par ces vaisseaux. Les forces de la vie impriment par leur extrême variété le même caractère à toutes les fonctions aux- quelles elles président. On a beaucoup parlé de matières putrides passées dans la massé du sang, et servant de cause aux mala- dies. Sans doute cette infection du sang a été exagé- rée; mais je suis persuadé que dans une foule de cas elle est réelle. Pourquoi la couleur , la consistance , l’odeur, la nature des excrémens sont-elles si fort va- riables? Si les mêmes substances sont toujours absor- bées dans les alimens, il est évident que le résidu de ces alimens devroit toujours être le même. Voyez les innombrables variétés de l’urine, de la bile, des fluides muqueux, etc., suivant la différencedes principes qui concourent à les former. Pourquoi le chyle ne présen- teroit-il pas les mêmes variations? il seroit le seul fluide de son espèce dans l’économie animale , si sa nature ne changeoit pas dans une foule de circons- tances. Or d’oii peuvent venir ces changemens, sinon de ce que les absorbans lactés présentent des variétés sans nombre dans leur sensibilité organique , varié- tés dont chacune n’admet que tels ou tels principes , et rejette les autres ? L’absorption des lactés., qui, dans l’état ordinaire , n’introduit dans le sang que des substances nutriti- ves, peut donc être souvent une porte ouverte à une foule de principes morbifiques. Ainsi dans le poumon, les vaisseaux qui prennent dans l’air les substances propres à colorer le sang, y puisent-ils souvent des principes funestes aux fonctions, suivant les altéra- tions diverses que leur sensibilité peut éprouver. ABSORBANT. 627 Dans Tétât ordinaire, le mode de sensibilité orga- nique et de tonicité des absorbans cutanés et mu- queux, ferme tout accès aux substances extérieures nuisibles. Mais que ce mode change, la voie peut à l’instant leur être ouverte. Est-ce que le pus ne sé- journe pas impunément sur le tissu cellulaire , dans la plupart des plaies? Qu’une application imprudente y exalte un peu les forces des absorbans ; il est repris par eux ; l’ulcère se dessèche; il passe dans le sang ; et voilà toute la série funeste des symptômes de ré- sorption qui commence. On peut le dire, mille conduits sont sans cesse ou- verts sur nos organes, aux principes morbifiques» Placée comme une sentinelle à leur embouchure, la sensibilitéorganique, suivant la manière dont elle est affectée, indique à la contractilité insensible quand il faut les ouvrir ou les resserrer. C’est l’exhalation qui concourt à la formation de la plupart des tumeurs; c’est l’absorption qui sert à leur guérison. Si je voulois parcourir les phénomènes de l’absorp- tion dans les différens âges , dans les sexes, dans les saisons, dans les climats, je montrerois constamment les différences de sensibilitéorganique précédant tou- jours les différences de cette fonction. Len parlerai pour les divers âges. Les causes qui font varier le type naturel de la sen- sibilité des absorbans, sont, comme pour toutes les autres fonctions, directes ou sympathiques: j°. direc- tes, comme quand parune friction préliminaire exer- cée sur la peau, on agace les absorbans, et on les force à agir j ce qu’ilsnauroientpoint fait sans cela: 2°»sym- pathiques, comme lorsque les absorbans se ressentant de l’affection d’un viscère éloigné, augmentent ou diminuent leur action, suivant le genre d’influence qu’ils reçoivent. Nous avons parlé de ce phénomène dans les sympathies de divers systèmes. S Y S T È M E SIII. Mouvemens des Fluides dans les Absorbant* Une fois absorbés sur les différentes surfaces dont nous avons parlé, les fluides se meuvent par un mou- vement successif jusqu’aux troncs communs qui les transmettent dans le sang noir. Nous ignorons les lois de ce mouvement. Il est évident, d’après plusieurs observations faites précé- demment, qu’il a beaucoup d’analogie avec le mou- vement du sang veineuxj mais aussi plusieurs diffé- rences l’en distinguent. II paroit être en général plus lent. Le conduit tho- rachique ouvert pendant qu’il est plein de chyle, ne fournit point un jet aussi étendu, qu’une veine ana- logue par son volume. Le mouvement de la lymphe ne paroît pas non plusêtresujet à un reflux dans le voisinage du cœur , comme le sang veineux. Par exemple, les veines cave* jugulaire, etc., sont d’autant plus dilatées, que le poumon plus engorgé, a opposé plus d’obstacles au sang qui est revenu sur ses pas. Or jamais en injectant le conduit thoracliique , je n’ai observé entre sa dila- tation ou son resserrement, et l’état de l’organe pul- monaire, aucune espèce de rapport. D’un autre côté* on ne trouve jamais ce conduit plein de lymphe * «comme on rencontre les veines pleines de sang, lors- 629 qu’un obstacle a gêné les mouvemens du fluide dans les derniers momens. ABSORBANT. Comment se fait-il que dans le reflux qui déter- mine le pouls veineux des jugulaires, le sang ne s’in- troduise pas dans l’un et l’autre tronc absorbant? Les valvules disposées pour empêcher l’entrée de celui qui, dans l’état naturel, coule vers le cœur, sont visiblement inutiles ici. On ne peut évidemment attribuer ce phénomène qu’au rapport existant entre l’orifice de ces troncs et le sang noir, comme l’ori- fice du larynx, étranger par sa vitalité aux corps exté- rieurs, repousse tout autre fluide que l’air. Jamais on ne trouve du sang dans le conduit thorachique. Il j a dans le sang veineux une continuité mani- feste de mouvement, depuis le système capillaire jusqu’au cœur; c’est de ce système qu’il part, pour ainsi dire, pour se propager jusqu’à l’organe. Le mouvement de la lymphe est au contraire sans cesse interrompu par les glandes, dont chacune, comme je l’ai dit, offre véritablement par rapport aux vais- seaux qui y entrent ou qui en sortent., un petit système capillaire. A chaque glande le mouvement change donc nécessairement d’impulsion : or comme l’état de ces glandes est susceptible d’une foule de variétés, on conçoit facilement que le mouvement des fluides circulant dans le système absorbant, en présente né- cessairement ungrand nombre; qu’il peut être rapide dans une partie, très-lent dans une autre, régulier ici, là irrégulier, etc. D’après cela, il ne faut pas s’étonner si on trouve certains vaisseaux absorbans isolément dilatés, tandis que ceux des enviions sont à peine perceptibles. Il y a bien une espèce de variété dans. SYSTÈME les veines, mais elle a toujours sa source dans l’ori- gine de ces vaisseaux, et jamais dans leur trajet, comme cela arrive pour les absorbans. La continuité du sang veineux et les fréquentes interruptions de la lymphe doivent établir des dif- férences non-seulement entre les mouvemens de l’un et l’autre ordre de vaisseaux, mais encore dans la composition de l’un et l’autre fluide. Le premier est nécessairement par-tout le même ; le second peut varier entre chaque glande, prendre des modifica- tions nouvelles à chacune de celles qu’il traverse. Je serois assez disposé à croire que le resserrement insensible dont est susceptible le petit système ca- pillaire de chaque glande, aide le mouvement de la lymphe , en diminuant le trajet que ce fluide auroit à parcourir, sans impulsion nouvelle, depuis l’origine des absorbans jusqu’au sang noir, si ces organes manquoient. En effet, on sait qu’aux membres où ils sont bien plus rarement disséminés , il y a des infiltrations plus fréquentes que dans le tronc où les absorbans les traversent à tout instant: j’entends parler de ces infiltrations qui doivent être attribuées évidemment au défaut de circulation de la lymphe, comme celles provenant d’une compression, d’une station prolongée, etc., et non de celles qui dépendent d’une exhalation augmentée, comme à la suite des affections organiques. On voit, d’après ce que j’ai dit jusqu’ici, que nous n avons encore que quelques aperçus peu lies entr’eux sur le mouvement de la lymphe ; que celu i des veines, quoique nécessitant beaucoup de recherches, est en - core plus connu, et que pour offrir un ensemble de ABSORBANT. 631 connoissaticcs sur ces deux points, sur le premier surtout, il faut un grand nombre d’expériences et de travaux ultérieurs. §IV. De VAbsorption dans les divers âges. Dans le fœtus et l’enfant, l’absorption relative à la nutrition n’est point en proportion de l’exhalation. Beaucoup de substances restent dans les organes; il en sort très-peu: de là l’accroissement. Les absorptions intérieures de la synovie, de la sérosité, de la graisse de la moelle, etc., etc., sont peu connues dans les différences qu’elles présentent alors. Les absorptions extérieures paroissent plus ac- tives , car on sait qu’on gagne les contagions avec beaucoup plus de facilité dans le premier âge. Ce- pendant nous ignorons si la peau et les surfaces mu- queuses introduisent alors habituellement plus de substances étrangères dans le corps , ou si elles sont seulement plus disposées à les introduire. Tl s’en faut donc de beaucoup que nous ayons des. donne’es positives sur l'état où se trouve l’absorption dans l’enfance. Cependant, à en juger par celui des glandes lymphatiques, il sembleroit quelle doit être très-énergique. En effet ces glandes sont très de've- loppe'esproportionnellement ; elles paroissent être le siège de fonctions très-actives; elles ont une vie propre plus prononcée que par la suite ; de là une disposition plus grande aux maladies. On sait que jusqu’à la puberté, ou plutôt jusqu’à la fin de l’ac- croissement, elles sont le siège d’une foule d’affec- tions qui disparoissent entièrement au-delà de cet 632 SYSTÈME âge, et diminuent la série nombreuses de celles auxquelles nous sommes exposés. Cette double circonstance, i°.le développement pré- coce et proportionnellement considérable des glandes lymphatiques de Tentant, 2°. leur disposition très- marquise aux maladies, indique certainement une acti- vité trqs grande dans leurs fonctions; car elle suppose lin grand déploiement de forces vitales : or les forces vitales plus développées doivent nécessairement pré- sider à des fonctions plus énergiques. En effet, voyez les organes dont nous connoissons les fonctions , et qui sont d’une part très-développés dans l’enfance, de l’autre part très-disposée aux maladies; les fonc- tions de ces organes sont plus actives. Ainsi le cer- veau et les nerfs plus prononcés donnent-ils plus d’activité à la sensibilité , ainsi, plus larges propor- tionnellement , les vaisseaux à sang rouge sont-ils en rapport avec l’énergie plus grande de la nutri- tion, etc. Dans le jeune homme, c’est quand les or- ganes génitaux sé développent davantage , et qu’ils deviennent plus exposés aux maladies, que leurs fonctions sont plus marquées. Examinez tous les or- ganes et leurs fonctions, vous verrez qu’une loi géné- rale de l’économie, est que ces trois choses , iQ. grand développement, 2°. disposition plus marquée aux maladies , 5°. activité plus grande desfonctions,sont constamment réunies. Or puisque les deux premières existent dans les glandes des absorbans, nous devons conclure que la troisième s’y trouve aussi, quoique nous ne puissions positivement l’assurer, puisque, d’après ce que j’ai dit, nous ignorons les usages de ces petits organes. Grimaud les a bien considérés, il ABSORBANT. 633 est vrai, comme essentiels à la nutrition : il appelle même système nutritif l’ensemble de ces glandes et du tissu cellulaire , supposition gratuite , et que rien ne prouve. Tout ce que nous savons sur ce point 9 c’est que la nutrition d’une part, et le développement de ces glandes de l’autre, sont très-prononcés chez le fœtus. Mais s’ensuit-il de laque le premier phéno- mène dérive du second ? Non , sans doute ; pas plus que si, parce que le cerveau , le foie , etc. , sont très- précoces chez le fœtus, et que la nutrition y est très- active, vous considériez ces organes comme les agens de cette fonction. D’ailleurs, la nutrition est une fonc- tion qui n’a aucun organe particulier pour foyer et pour agent. Chaque organe est lui-même la machine qui sépare, du sang ou des fluides qui y abordent, les matériaux nutritifs qui lui conviennent, pour se les approprier ensuite. Le muscle sépare sa fibrine, l’os son phosphate calcaire , etc. Mais un organe com- mun et central n’élabore point ces matières nutritives, comme un viscère commun meut le sang, comme un organe central préside à la sensibilité, etc. Quant à l’etat anatomique des absorbans chez le fœtus et l’enfant, nous ne pouvons le connoître : je ne sache pas qu’aucun auteur les ait injectés compa- rativement à cet âge et dans l’adulte. Je n’ai qu’un fait sur ce point, c’est que les vaisseaux lactés, exa- minés dans une expérience sur deux jeunes chiens qui avoient cessé depuis huit jours seulement de teter leur mère, m’ont paru plus gros proportion- nellement que dans un âge plus avancé. Je ferai même à cet égard une remarque qui m’a frappé sou- vent; c’est que la stature influe moins qu’on ne le 634 SYSTÈME pourroit croire sur le diamètre de ces vaisseaux. Par exemple, un chien adulte, double d’un autre pour la grandeur, n’a point, à beaucoup près, ces vaisseaux doubles. Le hasard me les a fait examiner le même jour, il y a trois ans, sur deux grands lévriers qui se trouvèrent parmi les chiens qu’on m’apportoit, et sur un de ces chiens qu’on nomme vulgairement ca- niches : ils étoient à peu près égaux dans tous les trois ; cela me frappa. Nous connoissons peu lesrévolutionsdiversesqu’é* prouve l’absorption dans les âges qui succèdent à l’en- fance. Seulement, il est hors de doute que l’époque de la puberté est le terme de cette espèce de prédominance dont les glandes lymphatiques jouissoient dans l’éco- nomie. L’âge de leurs maladies est alors passé; sou- vent même ces maladies , jusque-là inaccessibles aux ressources de l’art, se guérissent spontanément. La prédominance des organes génitaux qui succède à celle-l' et à quelques autres, comme à celles des or- ganes sensitifs, etc., semble étouffer le germe que cette première entretenoit. Sob; inering a peint, dans un ouvrage particulier , le rôle que les absorbans jouent dans les maladies di- verses de l’adulte et des autres âges. Ce rôle me pa- roit souvent très-difficile à connoître, malgré ce qu’il en a dit. Je renvoie, du reste, à son ouvrage sur ce point. Dans le vieillard, l’absorption nutritive reste assez active; car c’est elle qui décompose le corps, qui lui enlève les substances qui le nourrissoient, qui flétrit et dessèche les organes, par conséquent. Au contraire, les absorptions extérieures sont peu ABSORBANT. 635 prononcées, la peau gagne très-difficilement les di- verses contagions , comme je le dirai en traitant de cet organe ; les surfaces muqueuses absorbent lente- ment ; peu de chyle passe dans le sang, en proportion de celui qui y pénètre dans l’adulte. Les deux ab- sorptions, nutritive et extérieure, sont donc exacte- ment inverses aux deux âges extrêmes de la vie : la seconde l’emporte sur la première dans l’enfance ; c’est la seconde qui prédomine chez le vieillard. Quant aux absorptions intérieures, comme celles de la synovie, des surfaces séreuses, du tissu cellu- laire, etc., je croirois assez qu’elles dominent chez le vieillard, et que c’est à cela qu’il faut attribuer plu- sieurs infiltrations et épanchemens séreux qui sur- viennent à cet âge, et qu’on observe sur les cadavres. Du reste, nous n’avons pas sur ce point de données aussi réelles que sur les deux autres. § Y. Absorption accidentelle. On peut entendre deux choses par cette expression: i°. l’absorption des fluides diffërens de ceux natu- rellement pris parlesabsorbans, comme celle du sang épanché, etc.; j’ai déjà parlé de cette absorption : 2°. celle qui a lieu sur les kystes qui se développent contre l’ordre naturel dans l’économie. Or, cette der- nière présente un phénomène assez singulier, en la comparant à l’exhalation accidentelle. En effet, elle s’opère difficilement ; il est rare que vous voyiez les fluides des tumeurs enkystées rentrer tout à coup par absorption en totalité ou en partie, dans le torrent circulatoire, comme cela arrive assez souvent dans les collections séreuses du péritoine, qui, sans se guérir, 636 SYSTÈME ABSORBAIT. ont fréquemment une foule d’alternatives d’augmen- tation ou de diminution. Quel médecin n’a alors re- marqué les urines couler à mesure que le ventre s’af- faisse , ou se supprimer quand il s’emplit ? Au contraire, observez que l’exhalation se renou- velle avec une extrême facilité dans les tumeurs enkystées ; que si on vient à les vider et qu’on n’em- porte par leurs kystes, elles se reproduisent bientôt, comme je l’ai dit. Est-ce que les absorbans 11e se déve- loppent pas à proportion des exhalans dans ces sortes de tumeurs ? je l’ignore; mais le fait n’en est pas moins réel ; l’observation des maladies le prouve chaque jour. PIN DE LA PREMIÈRE PARTIE.