ÉTUDE NOUVELLE DES PHÉNOMÈNES GÉNÉRAUX DE LA VIE. Lvon, à La Croix-Rousse. — Impr. de Ta. Lépagnez, Grande nie, 12. ÉTUDE NOUVELLE DES PHÉNOMÈNES GÉNÉRAUX DE LA VIE, ou RECHERCHES SUR LA VITALITÉ , INORGANISATION, LES RACES HUMAINES ET ANIMALES, LES FORCES OU PUISSANCES NATURELLES ET MORBI- FIQUES QUI ACCOMPAGNENT LES MANIFESTATIONS DE LA VIE, L’HISTOIRE DU REGNE ANS-MAL POUR SERVIR À AUX LOIS PHYSIOLOGIQUES QUI LE GOÿÆnNENT , ET DE PROLÉGOMÈNES FAR M. GABILLOT, Docteur en Médecine de la Faculté de Paris, ex-chirurgien militaire sous l’em- pire, ancien membre et médecin du Bureau de bienfaisance du 3« arrond1 rie Lyon, membre de la Société de Médecine de la môme ville, Correspondant de la Société médico-pratique de Paris, de la Société royale de médecine de Bor- deaux, des sciences et arts de Mâcon , etc. Ânimalia sunt natures spécula à sayienlibus nuncupata, (Cæliçs àcrelunbs, Morb. Chron..) PARIS. FORTIN lit MASSON, SüCCrs DE CHOC MARIO, rue et place de l’École de Médecine. LYON. (ÜBERTON Kl’ BRUN , LIBRAIRES, RUE MERCIERE, 7. 18H. INTRODUCTION. Je compare avec les anciens, l’histoire de la vie à celle de l’univers, c’est pourquoi j’ai cru convenable de m’occuper davantage des observations et des remarques que cette étude a fait naître dans mon esprit, que de le charger de tous les récits et des réflexions émises par les innombrables auteurs qui ont abordé ce vaste sujet. Quoique je l’embrasse dans son ensemble, j’ai spécia- lement le désir do reviser les systèmes admis sur les dispo- sitions organiques des animaux, de poursuivre la vérité sous les voiles dont elle s’y recouvre , afin d’élargir les issues qui peuvent conduire à des découvertes nouvelles. Le penchant qu’on a pour l’imitation empêche souvent de corriger les erreurs d’autrui, et porte à une certaine inertie qui fait croire solides les expériences ou les assertions de ceux qu’on estime : on se trompe avec eux. Combien de fois ne nous laissons-nous pas entraîner aux déclarations que la renommée proclama, que le temps semble confirmer, et cependant sommes-nous toujours convaincus? Un jugement porté ou admis sans examen n’a pas besoin de preuves. C’est spécialement dans les sciences physiques que l’obser- vation et l’expérience doivent être le juge unique des questions qui s’y rattachent, car il ne faut pas être assujéti mais per- suadé. Rappelons-nous avec Senebier [Art d'observer, etc.) qu’on n’a jamais assez vu lorsqu’il reste quelque chose à voir. L’imagination s’égare rarement lorsqu’elle suit le chemin ri tracé parles phénomènes naturels. Ce sont eux qui m’ont fait penser depuis longtemps que nos principaux organes et tissus ne se renouvelaient pas; que pour eux la composition et la décomposition continuelles étaient mensongères, imaginaires. J’ai toujours nié et considéré comme une grave erreur la comparaison faite à cet égard par Richerand , de notre corps au vaisseau des Argonautes, qui, si souvent radoubé, ne présentait plus à la lin de son cours aucune des pièces consti- tuantes à son départ. Des recherches assidues, des expériences minutieuses et multipliées pendant]plus de vingt ans, m’ont prouvé, à quelques exceptions près, que j’avais raison. Je viens donc déposer ici le fruit de mes veilles et démon- trer les preuves qui vont étayer de pareilles assertions, en opposition avec des croyances admises comme lois fondamen- tales des organismes. En effet, cette loi accorde à toute éco- nomie un mouvement continu de composition et de décom- position. Nous verrons que les fluides et certaines parties solides ou molles plus ou moins inertes, jouissent exclusive- ment de ce privilège mis en rapport avec leur origine. Les organes essentiels fondamentaux ne changent point habituellement leurs molécules intégrantes. La véritable loi que je vais expliquer et décrire est applicable à tout le règne organique, aux animaux et aux végétaux. J’ai donc à renverser des opinions accréditées, émises par tous les physiologistes, à vaincre de nombreux obstacles pour dévoiler certains phénomènes organiques mal interprétés. J’ai reculé longtemps devant une pareille témérité ; mais l’évidence des faits a décidé mon entreprise. Convaincu, il me reste la lâche difficile d'inspirer le même sentiment: ma persuasion est d’autant plus grande, que j’ai travaillé avec conscience et lenteur, en consultant souvent les hommes et toujours la nature. Si je n’obtiens pas le succès et l’encouragement désirables, j’aurai peut-être le mérite de provoquer de nou- velles explications sur des questions ardues et trop négligées. vÿ Alors, puissent mes successeurs être'plus fortunés que moi, en fixant des théories rendues dignes de servir de base aux inter- prétations plus vraies et mieux expliquées des phénomènes organiques et vitaux ! Il me tarde de voir enfin la médecine au niveau des lois de la vie dont elle s’occupe depuis si longtemps. Sans doute mes faibles lumières diminueront la valeur de cette composition ; j’espère, toutefois, fournir des matériaux capables d’enrichir la science. Heureux si je parviens à faire prendre la plume à des mains mieux exercées que la mienne pour m’aider à combattre un dogme que je regarde, par sa fausseté, comme une des plus fortes hérésies en histoire natu- relle et des plus nuisibles aux progrès de la médecine. Je viens donc porter mes recherches non sur un simple sujet de curiosité physiologique, mais bien sur le fond et la forme delà science tout entière. Je commence, en effet, mon travail avec la vie, pour le continuer jusqu’à la mort. Une pareille audace est excusable aux yeux de celui qui a consacré son existence à un semblable labeur et reconnu la nécessité de reviser les systèmes biologiques admis et professés jusqu’à nos jours. Un système, dit M. d’Aubuisson, célèbre minéralogiste, n’est souvent qu’un verre coloré , qui placé devant les yeux du naturaliste altère ou change même la couleur des objets qu’il voit à travers. rajouterai encore, avec F. Ancillon (Pensées sur VHomme), s’il faut de l’art pour faire passer l’erreur, il en faut bien davantage pour se faire pardonner la vérité. Une semblable sentence augmente, dans tous les cas, mon courage: sans m’aveuglersur les chances que je cours, elle dévoile seulement les difficultés qui m’attendent; mais de pareils obstacles ne peuvent suffire pour arrêter l’envie d’être utile. Je présenterai d’abord : 1° Des considérations sur la vitalité, l’organisation, les races humaines et animales. VIII 2° .Te ferai l’examen des forces ou puissances naturelles et morbifiques qui accompagnent les manifestations delà vie; ce (pii me conduira à parler aussi des forces médicatrices, ou des efforts conservateurs, après avoir étudié isolément les forces naturelles que je distingue en trois catégories : 1° Forces innées, transmises avec la génération : je les appelle forces atomiques, moléculaires, organiques ou générâtires. Leurs principes atomiques, concrets ou moléculaires, sont persis- tants sans rénovation. 2° Forces vivifiantes ou extérieures ; elles exigent un renouvel- lement de principes quotidiens et composent l’action des fluides impondérables, de l’air, celle (les aliments et des boissons sur les organismes. 3° Les forces vitales ou de réaction des principes animés. Dans les volumes suivants, je passerai en revue tous les actes physiologiques de la vie ; ils donneront de nouvelles preuves à mes interprétations. J’espère que les recherches et les médi- tations que je viens consigner ici sur les phénomènes princi- paux de la vie, aideront à soulever le voile qui obscurcissait un point capital de la science. Encouragé d’ailleurs par les suffrages d’un grand nombre de savants, j’ai dû vaincre enfin les craintes naturelles d’une publication d’autant plus difficile qu’elle tend tout à la fois à démolir et à reconstruire. J’espère, en conséquence, que le lecteur me tiendra compte de cette double tâche. Si j’ai paru tant insister sur la nature des forces qui compo- sent et mettent enjeu les organismes vivants, c’est afin de pou- voir plus lard éclairer la pathologie et la thérapeutique, dernier but de nos efforts, auxquelles se rattachent parfaitement les principes et les forces que nous avons trouvés. Car, ainsi que l’observe M. Dubois d’Amiens (Traité des études médicales), dans les sciences d’observation, la théorie n’est stable que lorsqu’elle est l’expression générale et définitive des faits. ETUDE NOUVELLE DES PHÉNOMËNES GÉNÉRAUX DE LA VIE. CHAPITRE PREMIER. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SFR LA VITALITÉ DE LHOMME ET DES ANIMAUX. S »"• Avant de commencer de longs essais sur un sujet vaste et profond, il faut épuiser les moyens qu’on peut avoir pour le connaître. Avant de mesurer un effet, on doit s’assurer de son existence et chercher sa cause ; c’est ainsi, pense Senebier, que des observations conti- nues et comparatives dictaient à Newton la vérité de ses sublimes théories. « En comparant les effets entre eux, eu saisissant « leurs rapports, et en remontant ainsi à des phéno- « mènes de plus en plus étendus , l’homme est enfin « parvenu à découvrir les lois de la nature toujours 1 2 « empreintes dans leurs effets les plus variés. Alors la « nature se dévoilant lui a montré un petit nombre de « causes donnant naissance à la foule des phénomènes « qu’il a observés ; il a pu déterminer ceux quelles « doivent faire éclore, et lorsqu’il s’est assuré que rien « ne trouble l’enchaînement de ces causes à leurs effets, « il a porté ses regards dans l’avenir, et la série des « événements que le temps doit développer s’est of- « ferte à sa vue. » (Laplace, Exposit. du système du monde.) Beaucoup d’auteurs avancent qu’Hippocrate n’a pas écrit ce qu’il a pensé, mais ce qu’il a vu ; dans tous ses ouvrages, dit De Sèze (Recherches sur la Sensibi- lité), « il est observateur, rarement théoricien. » Ce législateur de la médecine devait commencer ainsi. Dans l’enfance de l’art, Hippocrate ne pouvait profiter des travaux antérieurs aux siens. Il fallait donner à la science un corps, une base avant de pouvoir la systé- matiser. Aujourd’hui la richesse de l’art permet, je dis plus, exige d’en formuler les théories; d’autant mieux que pour être exactes celles-ci doivent s’appuyer sur l’observation et sur les faits. Aussi Hippocrate a tiré des conclusions générales toutes les fois qu’il l a pu. Ses célèbres aphorismes vérifient mon raisonnement ; il ne combattait donc pas les systèmes et les théories, puis- qu’il établissait autant que possible des déductions plus ou moins générales, en retour des faits observés. Ce n’est point pour cacher ni pour embellir notre ignorance qu’un physiologiste doit prendre la plume, mais au moins pour élaguer les voies qu’il parcourt, CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA VITALITÉ afin d’y faire pénétrer plus de lumière, si c’est pos- sible, ou d’en faciliter l’accès. C’est dans cet espoir que j’ai donné une interprétation nouvelle aux actes de la vie, et que j’ai conçu cette dif- ficile entreprise. Poules les classifications qui ont pour objet l’étude de la vie, reposent sur des opinions plus ou moins ar- bitraires, puisqu’elles sont établies sur certains degrés que comporte l’interprétation des phénomènes plus ou moins appréciables, qui constituent ses manifestations, et non sur son essence insaisissable. Comme ces manifestations composent des mouvements de nature diverse, combinés ou séparés, on a basé, pour ainsi dire, autant de systèmes que d’opérations générales se passent dans les organismes. On conçoit que les doctrines ou explications, plus ou moins rationnelles, émises sur la vie depuis l’anti- quité jusqu’à nos jours, devaient varier selon les pro- grès et la liberté de l’esprit humain ; forcé de suivre les enseignements des écoles, celui-ci a été longtemps retenu avant de pouvoir envisager à son aise les ques- tions que ce sujet délicat embrasse. Maîtrisés par une philosophie souvent exclusive , commandée , les plus grands génies ont souvent échoué dans une proposition aussi complexe qui demande une émancipation entière. C’est pourquoi les problèmes attachés aux questions que je soulève sont restés insolubles, et laissent cette étude toujours neuve, malgré les travaux sans nombre accumulés avec les siècles. D’ailleurs, sur une matière aussi ardue, on ne procède pas facilement du connu à DE L’HOMME ET DES ANIMAUX. 3 4 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ST R LA VITALITÉ l’inconnu, du simple au composé; car tout s’harmonise et s’enchaîne dans la vie. Les degrés de manifestation , leur ostensibilité , leur nature ou leurs caractères plus ou moins appréciables, commencèrent à guider l’observateur qui cherchait à se rendre compte des différences qu’ils présentent entre eux. Sous ce point de vue la science réclame encore d’autres découvertes, supporte de nouvelles comparai- sons et des distinctions plus précises dans le classement et l’ordre des phénomènes ou mouvements organiques. De tout temps les naturalistes reconnurent deux es- pèces d’action dans les corps organisés vivants ; les unes placées sous l’influence immédiate de la vie, ont reçu les noms de principes animants, d’ame, de principe vital, etc. , tandis que les autres composent les mou- vements physiques et chimiques qui s’exécutent dans l’économie : les premières caractérisent l’essence ou les propriétés occultes de la vie, animant la matière orga- nisée ; les secondes empruntent tout à la fois leurs at- tributions à la vie et à certaines propriétés de la matière, ou aux opérations qui s’y passent. Partant de cette double division , soutenable puis- qu’elle est fondée dans ses manifestations, mais res- treinte si on considère la vie dans son ensemble, telle quelle se compose, une semblable classification a porté l’erreur et maintenu jusqu’à nos jours les plus tristes désunions dans l’histoire de la vie. Cette nomen- clature a fait développer les deux étendards qui divisent la science et placent dans deux camps, sous les noms de spiritualistes et de matérialistes, leurs sectateurs res- pectifs. Mais la vie peut-elle reposer sur rien, et la ma- tière est-elle capable de manifestations spontanées par elle-même ? La science n’a pu que perdre à tous ces débats et voir retarder sa marche. Mais ce n’est point à eux seuls que nous devons attribuer cette lenteur. Les principes vrais ou faux s’inoculent avec la même facilité; car l’es- prit de l’homme ressemble, selon le langage des anciens, à une éponge qui absorbe indifféremment tous les li- quides : si on ne la comprime point, les premiers venus y restent. De même, nos connaissances bonnes ou mau- vaises , véritables ou erronées , demeurent dans notre esprit. Les opinions acquises ne se délogent plus qu’a- vec peiue ; il faut de puissants motifs pour y parvenir. Ainsi s’expliquent la difficulté et la longueur du temps à revenir d’une erreur si elle n’est pas combattue dès le principe avec tout le succès possible. Celui qui cherche à découvrir les mystères dont les créations s’enveloppent et s’accompagnent, doit néces- sairement en faire l’analyse, étudier les forces qui les composent et les animent ; il importe qu’il s’efforce de reconnaître les divers principes sur lesquels ces créa- tions s’appuient et où viennent aboutir les bases de toutes les opérations secrètes ou ostensibles qui les font agir. Quoique les sciences naturelles soient placées en ve- dette pour épier les mouvements de la vie, nous ne la connaissons guère que dans ses effets ; néanmoins , la vie ne ressemblant qu’à elle, il est toujours facile de la distinguer et de restreindre dans des cadres particu- DE L’HOMME ET DES ANIMAUX. 5 6 CONSIDÉRATIONS GENERALES SLR LA VITALITE liers les phénomènes ou les actes qui la caractérisent et émanent d’elle. jNous verrons aussi que cette même vie s’altère, s’é- teint lorsque les instruments de son activité se dété- riorent, tombent malades, ou cessent de pouvoir remplir leurs fonctions, de manière à prouver la coïncidence forcée qui existe entre ces corps et les manifestations de la vie , puisqu’ils sont coulés ensemble , faits les uns pour les autres. Leur séparation serait surprenante si l’on ne savait pas qu’ils se soutiennent réciproquement, que les forces vitales ou relatives sont des puissances acquises par la création et maintenues à l’aide de plusieurs activités. Blases sur lesquelles repose la vie. Les manifestations de la vie se formulent physique- ment, chimiquement et vitalement. Celte triple combi- naison démontre des principes divers infusés dans les organismes, et constitue trois ordres de forces ou de puissances disposées ensemble pour former Limité indivi- duelle vivante. Ces forces ne doivent être décomposées, étudiées iso- lément qu’aiin de mieux apprécier leur nature et leurs effets. Les instruments de la vie se prêtent facilement à une dissection ou décomposition; mais il n’en est pas ainsi de toutes les opérations qui s’effectuent dans leur inté- rieur. Opérations cependant susceptibles d’être divisées , comme je viens de le dire, en physiques, chimiques et en vitales, bien qu’elles soient combinées entreelles, puis- que les phénomènes de la vie ne peuvent s’appuyer sur elle seule ; il leur faut des secours empruntés aux forces physiques et chimiques, sans quoi nulle manifestation ne peut se soutenir ni apparaître. En divisant ainsi les manifestations qui se passent dans les organismes, on étudie leurs forces ou principes particuliers. Telles sont du moins leurs apparitions, leurs effets et les bases sur lesquelles sont établies ces manifestations, dans l’état naturel comme dans l’état maladif. Tous les corps composant l’univers sont organiques ou inorganiques. Une même loi les dirige tous, lorsque les phénomènes n’exigent pas une spécialité d’action organico-vitale. Comme la porosité, la capillarité, l’im- bibition ou absorption, l’exhalation, etc., certaines opé- rations chimiques relatives aux manifestations particu- lières qui désignent l’action organique spéciale ou com- plexe, renferment au contraire des combinaisons pro- pres à la vitalité des êtres organisés vivants; celle-ci se combine sous différents degrés avec les actes physico- chimiques qui constituent les phénomènes plus apparents de la nuance vitale végétative; ils se rencontrent chez tous les êtres organisés. En remontant lechelle organique, on atteint d’autres divisions plus animalisées, c’est-à-dire des individus soumis à certaines facultés sensitives. Dans les cas où ces facultés éminemment vitales for- ment le fond des opérations organiques habituelles, le te l’homme et des animaux. 7 8 sujet occupe le premier rang parmi les êtres créés, tan- dis que c’est l’inverse lorsque les phénomènes physico- chimiques l’emportent sur ceux qui appartiennent aux actes de la sensibilité. D’où l’on peut conclure que les végétaux comme les animaux sont régis par les mêmes lois et exposés à subir les mêmes influences extérieures. Divers degrés de vitalité les distinguent spécialement. Les corps organisés vivants sont particulièrement doués de forces qui résistent aux causes physiques, mais sans être à l’abri de leur action. On est tenté d’admettre trois classes d’individus; les uns, les plus simples par leur origine spontanée, les placent sous l’influence immédiate de ces causes physiques et chimiques qui les font naître et les entretiennent. Les deux autres classes ne seraient séparées qu’en raison des degrés de vitalité qui les animent, car toutes deux demandent un acte vital particulier, une génération spéciale pour être reproduites. C’est justement sous ce rapport que les animaux et les végétaux témoignent l’essentialité de leur organisation dont les éléments éclo- sent des principes qui sont extraits des individus chargés de la multiplication de l’espèce : seulement, une fois créé, chaque sujet reste soumis à une part plus ou moins grande des forces physiques extérieures; je dis plus ou moins grande, puisque la répartition de vitalité varie selon les espèces qui sont d’autant moins exposées à ces forces physiques que les propriétés vitales sont plus apparentes ou douées de qualités plus complexes. Celles-ci se montrent toutes sous les noms de sensibilité, CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SLR LA VITALITE de contractilité, tandis que les propriétés inertes ou physiques sont confondues avec les propriétés dites de tissus. DE LHOMME ET DES ANIMAUX. 9 S 2- Définitions de la vie. La vie est une faculté accordée pendant un temps déterminé à certaines substances composées de matières fluides et solides agglomérées ou développées successive- ment à l’aide des mêmes principes ou forces déjà créées, ou naissant spontanément par les forces physico-chimi- ques environnantes. Ces matières fluides et solides sont mises de concert en mouvement par l’influence des propriétés que la vie fait naître dans leurs substances, prenant toujours une forme déterminée, qu’elle conserve en vertu de l’im- mutabilité des principes qui la composent. Pour se main- tenir, un corps organisé exige l’assistance des éléments extérieurs auxquels il rend, modifiés par le jeu de la vie, les matériaux qu’il reçoit, en retenant une partie pour ses besoins. On conçoit la difficulté de donner une définition exacte et complète de la vie, existant tantôt dans un état d’incubation occulte, tantôt avec des phénomènes va- riables de mobilité patente, suivant ici une marche évo- lutive fixe, subissant là des transformations soumises à certaines métamorphoses surprenantes. La vie possède pour principes producteurs les combi- naisons de certaines forces disséminées dans les éléments 10 CONS1DÉRATIONS GÉNÉRALES SLR LA VITALITÉ extérieurs qui engendrent des êtres spontanément, tan- dis que d’autres êtres succèdent, comme je l’ai dit, à des opérations organiques mises en œuvre par les vita- lités spéciales d’où elles émanent. Les jeux de la vie offrent donc de nombreuses nuances provenant des degrés plus ou moins grands de sensibi- lité et des voûtions qui les accompagnent ou qui leur sont retirés. Aristote et les médecins arabes avaient placé dans le cœur le siège du principe vital; Van-Helmont, dans le nerf splanchnique ; quelques modernes Font fixé dans l’axe cérébro-spinal, etc. Mais chaque organe peut en rétribuer sa part. On explique et interprète mal la vie lorsqu’on exclut quelques uns de ses actes dans leur participation. Tous les êtres vivants n’étant pas munis des mêmes principes, les plus composés ne sont pas les plus vivaces. Au contraire, à la vie simple est attachée une vie plus assurée qui se démembre et revit quelquefois indépendante dans chaque partie qu’on sépare de l’indi- vidu. Dans ces espèces, le principe vital serait donc uni- formément répandu dans toutes les régions du corps, puisqu’elles sont indistinctement aptes à former un nou- veau sujet. Fous les animaux offrent des fonctions, par conséquent des organes indispensables aux manifestations de la vie. On doit faire à ceux-ci une part plus large à l’accomplissement vital, sans leur accorder tous les droits que d’autres partagent avec eux. L’ame informante, ou qui construit, selon l’expres- sion d’Aristote et de Stahl, doit-elle être séparée du jeu des organes? Celui-ci n’est-il pas la vie même, le mou- vement ou la réaction qui en résulte ne constitue-t-il pas le principe de l’ensemble créé et transmissible par voie de génération, devant naître avec l’individu et péricliter avec lui? Pouteau (Mémoire sur les entes animales), cherche à établir que la vie végétative est indépendante de la vie sensitive. Bichat a développé cette idée dans sa fameuse dis- tinction de la vie animale et de la vie organique. Cet auteur définit la vie l’ensemble ou le concours des puissances qui résistent à la mort. La vie, selon Richerand, est une collection de phé- nomènes qui se succèdent pendant un temps limité dans les corps organisés. D’après Lamarck, la vie est un ordre et un état de choses qui y permettent les mouvements organiques, et ces mouvements qui constituent la vie active, résultent de l’action d’une cause stimulante qui les excite. On peut définir la vie, ditM. Fourcault (Lois de l'Or- ganisme vivant), considérée dans la généralité des êtres organiques, comme une succession de phénomènes phy- sico-chimiques dont la variété, la durée et l’intensité sont en rapport avec le développement de l’organisation, l’activité des causes physiques de ces phénomènes ou l’action des fluides impondérables. « Tous les phéno- « mènes de la vie, dit M. Magendie, peuvent se ratla- « cher en dernière analyse à la nutrition et à l’action « vitale; mais les mouvements cachés qui constituent « ces deux phénomènes ne tombent pas sous nos sens. » M. Fourcault cherche à les y faire tomber, en attri- DE L’HOMME ET DES ANIMAUX. 11 12 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA VITALITÉ binant toutes les actions vitales aux combinaisons molé- culaires , aux affinités organiques. « La vie, dit M. Rostan , (Méd. clin.), n’est autre « chose que la disposition organique nécessaire au mou- « vement. INous recevons cette disposition en naissant; « la machine est alors montée ; elle marche jusqu’à ce « qu elle s’altère d’une manière naturelle ou acciden- « telle. » M. Littré s’explique ainsi sur la vie (Bépert. gl. de Méd., art. Maladie) : « La vie consiste dans la com- te binaison d’un corps organisé et d’une force ; combi- « naison telle, que le corps organisé ressent ce qui agit « sur la force, et la force ressent ce qui agit sur le « corps organisé; c’est-à-dire qu’ils forment une parfaite « unité. Ainsi l’on ne doit pas essayer de se la figurer « comme un résultat de l’arrangement des molécules, « comme un produit de leur mixtion ; c’est une suppo- « sition vaine : la vie est quelque chose de positif, de « réel, de primordial, qui ne peut être expliqué par « aucune hypothèse ; c’est un fait primitif qui sert de « base et d’explication aux autres. On 11e doit pas non « plus essayer de supposer que la vie soit quelque « chose d’indépendant des corps : je ne dirai pas que « notre esprit, tel effort qu’il fasse, 11e peut imaginer « un tel état ; mais je dirai que partout nous la voyons « liée au corps, ni antérieure ni postérieure à l’orga- « nisme, ni supérieure ni inférieure, depuis la plante « la plus simple, depuis le zoophite le plus inerte jus- « qu’à l’homme, la vie présente les degrés les plus di- te vers, degrés qui embrassent les obscurs mouvements « vitaux des organismes inférieurs et la faculté de pen- « ser des organismes supérieurs. Je n’ai jamais vu au- « cune raison de séparer de la vie elle-même les hautes « facultés intellectuelles, et d’admettre dans l’homme « une force vitale qui ne fût pas en même temps rai- « sonnable et pensante. Si, sur la terre que nous liabi- « tons, l’homme est l’animal chez qui ces facultés aient « acquis le plus grand développement, il n’en est pas « moins vrai que ces facultés existent amoindries et « rétrécies chez le chien, chez le cheval, et ainsi de « degré en degré jusqu’aux derniers organismes, où la « vie paraît dépouillée de ses rayons, et réduite, si je « puis m’exprimer ainsi, à l’état de force brute. Mais « où est, dans cette série interrompue, le point précis « où on montrera qu’une force nouvelle , la faculté « pensante, s’ajoute à la force vitale? Et comment 11e « pas voir que la vie est une chose qui se développe « et dont l’épanouissement naturel consiste dans ces « facultés éminentes dont les animaux supérieurs, et « enfin l’homme, présentent la réunion ? « Suivant moi, du moment où on a conçu la vie « comme une force incorporée, comme formant une « unité avec le corps, on a compris tout ce qu’on peut « comprendre de la vie considérée en elle-même. Il ne « faut pas chercher dans cette conception une idée de « l’essence de la vie , pas plus qu’on ne peut rechercher « l’essence de ce qu’on appelle matière ; mais il importe « d’arriver, d’une part, à mieux reconnaître la place « qu’elle occupe dans l’ordre universel, et de l’autre, à « mieux analyser les actions variées qu’elle exerce. Or, DE L’HOMME ET DES ANIMAUX. 13 14 « c’est là ce que nous appelons étudier et apprendre, et « c’est en effet le complément de la connaissance que « nous avons des choses par une intuition spontanée.» « La vie, dit Cuvier, consiste dans la faculté qu’ont « certaines combinaisons corporelles de durer pendant « un temps, et sous une forme déterminée , en attirant « sans cesse dans leur composition une partie des sub- « stances environnantes, et en rendant aux éléments des « portions de leur substance. La vie est donc un tourbil- « Ion plus ou moins rapide , plus ou moins compliqué, « dont la direction est constante , et qui entraîne tou- « jours les molécules de memes sortes, mais où les molé- « cules individuelles entrent et d'où elles sortent continuel- « lement. De manière que la forme du corps vivant lui est « plus essentielle que sa matière. Tant que le mouvement « subsiste, le corps où il s’exerce est vivant, il vit; lorsque « Je mouvement s’arrête sans retour, le corps meurt. » Cette interprétation forme le fond de toutes celles qui ont été émises sur la vie, plus complète et mieux formulée dans sa définition; je la suivrai préférable- ment à plusieurs autres admises par les physiologistes. Nous aurons lieu de nous convaincre que l’exactitude de cette définition n’est qu’apparente, relative aux croyances admises. Le grand naturaliste a été, comme ses devanciers et ses contemporains, induit en erreur par le seul jeu de la vie, qui emploie simplement avec les mêmes molécules, les mêmes organes, des moyens tou- jours nouveaux. De manière que le tourbillon de la vie ne modifie, ne métamorphose nullement les organes des animaux, mais ils demandent, ils empruntent sans CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SI R LA VITALITÉ DE L’HOMME ET DES ANIMAUX. 15 cesse aux éléments extérieurs, des matériaux qu’ils leur restituent plus ou moins déformés. Le tourbillon est seulement dans ces deux derniers actes : prendre et ren- dre. Nous verrons plus tard en quoi ils consistent, car il est faux de dire que les molécules individuelles entrent et sortent continuellement. En raisonnant ainsi, on s’é- carte de la réalité, on rajeunit sans cesse tous les corps usés, qui se détériorent et périssent de vétusté. Une pareille explication n’est pas en harmonie avec le déve- loppement des êtres, et la manifestation des âges; puisque leur temps de maturité et de vieillesse se ferait alors toujours attendre. Ces contradictions ont probablement porté le célèbre Cuvier à avancer que la forme du corps vivant lui était plus essentielle que sa matière. « C’est par le mouvement vital, dit-il, que la dissolution du corps est arrêtée, et que les éléments y sont momentané- ment réunis. » Le mouvement vital une fois donné, trou- vant les éléments favorables, ne serait plus le maître d’arrêter l’impulsion d’une machine qui se montre quel- que peu sous l’influence irrésistible des impressions phy- sico-chimiques. Mais si cette machine s’arrête et meurt justement par la faute de ses propres rouages, il ne con- vient pas alors d’en accuser un principe qui se présente au contraire habituellement soumis aux dispositions bonnes ou mauvaises de ces mêmes rouages. Je conviens que le mouvement vital réunit, lie les éléments des corps vivants, et qu’en les abandonnant, ceux-ci retombent sous l’empire des lois purement chi- miques. Mais d’où vient que le mouvement vital et les organes dépérissent ensemble ? Pourquoi ces mêmes or- 16 CONSIDÉRATIONS GENERALES SLR LA VITALITÉ ganes donnent-ils des preuves irrécusables de la conser- vation de leurs molécules constituantes, ainsi que nous nous en convaincrons? Comment les renouveler, les recomposer sans cesse avec d’autres bons matériaux, et ne pas les rajeunir, les modifier? Ce problème est assez important pour mériter toute notre attention, et engager les naturalistes à reviser un système donné et pris comme un article de foi. § 3. Divisions admises sur la vie. Les explications admises sur la vie devaient être plus ou moins obscures, insuffisantes et contradictoires, car elles consacraient des phénomènes diversement traduits. De là des définitions arbitraires, souvent étranges, basées sur les interprétations que l’on a faites de la vie. En lui reconnaissant des propriétés nombreuses, cer- taines nuances, on prouve son étendue et sa puissance; mais on embrouillait son étude en la séparant des autres manifestations actives. Que signifie la sensibilité, sans la contractilité, la tonicité, l’irritabilité étudiées et admises loin de l’attraction vitale, ou des phénomènes organi- ques réacteurs, du nisus formativus, de l’absorption et de l’exhalation qui en sont la conséquence ? etc. La vie se joue de nos divisions. Envisagée isolément dans chaque espèce vivante pour en tirer des corollaires, nous commettons la même faute que quand nous l’étu- dions séparément dans chaque manifestation; car la vie doit être embrassée dans sou ensemble avec ses mani- DK L’HOMME ET DES ANIMAUX. 17 festations les plus énergiques comme avec les plus pas- sives. Nous aurons lieu d’interpréter que les propriétés dites vitales ne sont que le résultat d’une puissance qui fait coordonner les phénomènes organiques en les assortis- sant aux phases que la vie parcourt, aux matières qu’elle emploie, aux sujets qu’elle anime et aux organes qui les composent. Ainsi, toutes les manifestations d’activité s’enchaînent et se rattachent aux principales fonctions, qu’elles soient patentes ou occultes. Aussi la distinction de la vie, en animale et en organique, constitue-t-elle une supposition gratuite. La science ne saurait se scinder, à plus forte raison la vie, qui, malgré ses phénomènes complexes, ne se prête point h toutes nos classifications. Les divisions de la vie décomposent ses principes constitutifs, tous se prêtent un mutuel appui, qui les confond et les unit. L’harmonie des fonctions organiques emprunte son accord au concours des forces physiques, chimiques et vitales. Après la mort les forces chimiques régnent seu- les sans opposition, et font rentrer la matière organisée sous l’empire des substances inorganiques. Chez ces dernières, il ne s’effectue point d’échange de matériaux. L’immobilité de l’inertie provoque cette condition, tandis que les êtres vivants réclament l’assis- tance continuelle des éléments extérieurs, fournie par l’assimilation de l’air et des aliments : double opération destinée à s’allier dans ses effets pour concourir à un but commun. Ainsi se confondent les fonctions de la vie animale et celles de la vie organique. 18 J’admire, avec tous les physiologistes, ces belles con- sidérations de Bichat sur la vie animale et sur la vie or- ganique, mais je ne saurais adopter les principes qui les ont dictées et les conséquences physiologiques qui en dé- coulent. D’autres interprétations de la vie m’obligent à respecter, sans pouvoir m’en servir, ces magnifiques ta- bleaux de nos annales, qui marquent tout à la fois une époque mémorable du temps et de la science. La division de vie organique et de vie animale n’est pas admissible pour le physiologiste qui reconnaît dans les actes de la vie des puissances ou lois physiques, et des forces ou ré- actions indistinctement vitales. Ainsi, l’absorption, l’exha- lation , la nutrition succèdent à d’autres phénomènes phy- sico-chimiques plus ou moins détachés de l’action vitale, spéciale ou sensitive. Beaucoup d’êtres ne semblent doués que de cette vie organique ; mais, chez tous, elle est unie à une dose va- riable de sensibilité spéciale plus ou moins patente , car sans l’une de ces conditions, l’individu cesserait d’ap- partenir aux corps organisés. La vitalité végétale diffère spécialement de celle des animaux sous le rapport des degrés. Si les actes de la vie de l’homme n’exigeaient pas plus de rapidité que ceux nécessaires aux fonctions des plantes, ces actes seraient toujours insensibles. Il suffit de réfléchir à cer- tains phénomènes pathologiques pour s’en convaincre. Par exemple, une partie quelconque du corps qui se déforme insensiblement, y arrive sans faire éprouver de douleur ; tandis que c’est le contraire dans le cas où le déplacement, la distension s’effectuent subitement. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA VITALITÉ Relativement aux lésions morbides et à la thérapeu- tique , les distinctions établies entre la vie animale et la vie organique ne sont pas plus fondées qu’en physiolo- gie , parce que les altérations de tissus, comme celles de la sensibilité, n’offrent pas de limites dans leurs effets, ni des démonstrations symptomatiques relatives ou res- treintes à une semblable division. Ces lésions se touchent et se compliquent toutes les fois que les conditions physico-chimiques des tissus éprouvent quelques changements, soit que la cause parte d’un côté ou de l’autre. Aussi beaucoup d’auteurs suivent-ils cette classifica- tion faute d’autres divisions plus rigoureuses. Mais il convient d’adopter toutes les raisons déduites des considérations philosophiques sur le faisceau de la vie, plutôt que de morceler les principes organiques, leurs manifestations vitales réciproques et physico-chi- miques. Je dis que les vices de cette division se montrent aussi nombreux dans son application à la médecine pra- tique que dans les théories scientifiques ; car les moyens de traitement viennent souvent se confondre et prouver la fausseté et l’erreur où cette classification conduit le praticien. Combien de phlegmasies, d’altérations des sé- crétions, etc., rangées parmi les altérations des fonctions ou lésions organiques, doivent se combattre comme les lésions de la sensibilité. Et combien de névroses ne ré- clament-elles pas des médications prises dans le nombre de celles qui conviennent pour détruire les premières. Souvent l’irritabilité organique plus ou moins grande, diversement compliquée ou modifiée, durable ou inter- DE L’HOMME ET DES ANIMAUX. 19 20 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA VITALITÉ mittente, suffît pour faire passer la même maladie de l’une de ces divisions dans l’autre, quelque soit son génie primitif, son essentialité. Les altérations de la nutrition, les hypertrophies, atrophies, les phlogoses et leurs nom- breuses complications, certaines névroses, etc., mon- trent fréquemment cet échange, ou plutôt l’accord qui existe dans les ressorts de la vie. Cette distinction de vie animale et de vie organique a porté quelques philosophes à classer les manifestations vitales d’une manière anti-physiologique en attribuant à l’ame certains pouvoirs qu’elle n’a pas, et en dotant les organes d’une influence qu’il faut confondre avec leurs réactions ou principes occultes. La vie ne pouvant être partagée en deux principes ou forces restreintes, chacune a des attributions particulières, selon les tissus qu’elle anime; quelles que soient les manifestations qui en déri- vent, ces attributions constituent toujours une branche partant de la même unité de puissance et de vie. Toutes les facultés animales sont liées aux fonctions organiques, celles-là émanent de celles-ci. Par exemple, les succions pratiquées par le nouveau-né se lient au jeu de plusieurs autres fonctions organiques qui reconnais- sent la même impulsion vitale. Une absorption est suivie d’une sécrétion quelconque. Pas de matière excrétée sans l’action d’une autre matière. De même qu’une perception cérébrale, une idée en fait naître de nouvelles, toujours un phénomène physico - vital s’enchaîne et se lie à d’autres. Nous verrons si les mouvements instinctifs doivent être séparés de ceux de la volonté, en quoi ils diffèrent. Y a-t-il (leux puissances dirigeantes dans les organismes? Non, car tout mouvement volontaire ou involontaire sort d’un même principe, l’innervation ou la réaction nerveuse. Les mouvements appelés involontaires se montrent spontanés, irréfléchis, plus ou moins brusques. Ne com- mandent-ils pas souvent aux organes de relation avec une rapidité extrême? Parce que les mouvements involontaires appartiennent à la direction de certains centres nerveux, ces phéno- mènes sont-ils suffisants pour les distinguer de ceux qui appartiennent aux mouvements volontaires? Quant à ces derniers, ils partent, dit-on, d’une dé- termination plus ou moins réfléchie, combinée, com- parée ou conçue avec une préméditation variable. Mais les mouvements instinctifs soudains, volontaires ou non, résultent d’une impulsion spontanée ou réaction vitale. Lorsqu’ils accompagnent certaines affections, ils ne dif- fèrent que de causalité avec les mouvements instan- tanés, irréfléchis qui s’échappent dans un but de conser- vation individuelle. L’accord n’existe-t-il pas dans l’ac- tion des instruments essentiels de la vie? Parmi ceux-ci, quelques uns opèrent ostensiblement parce que leurs réactions ou manifestations ne peuvent être occultes. D’un autre côté, niera-t-on l’action insai- sissable , latente, qui se passe en même temps sur le cœur, même sur le sang, etc. ? les colorations ou déco- lorations de la face, les battements cardiaques, surex- cités ou anéantis, certaines sécrétions spontanées, etc. Tous ces phénomènes ne démontrent-ils pas que les or- DE L’HOMME ET DES AÎÎIMAÜX. 21 22 CONSIDERATIONS GENERALES SLR LA VITALITE ganes de la vie intérieure et extérieure, ou de la vie ani- male et de la vie organique, obéissent à leur manière aux mêmes impulsions simultanées. Dès lors, pourquoi séparer certains actes vitaux ou réactions vitales, qui marchent de concert sous l’influence des mêmes forces? Sans doute, la spécialité d’action, d’apparence les distingue ; mais cette action n’en constitue pas moins une manifestation vitale relative à l’organisation parti- culière, aux principes matériels qui les composent et aux rôles qu’ils doivent remplir. La vie réside dans le mouvement spécifique qui constitue cette spontanéité des phénomènes patents, quels qu’ils soient, comme dans ceux qui appartiennent aux phénomènes occultes des fonc- tions organiques. Ainsi la plante douée de mouvements insensibles, vit aussi bien que l’animal le plus alerte. Mouvements volontaires ou involontaires, peu im- porte, il y a toujours là une impulsion spontanée qui forme le pivot de toutes les opérations vitalisées. La seule division de la vie en latente ou cachée, et en vie active ou patente, suffirait pour grouper tous les phénomènes qui se rattachent à la vitalité. Le natu- raliste, le médecin y trouvent tous les rapprochements que leurs études spéciales peuvent rencontrer dans les interprétations de la vie universelle ; le physiologiste y puise tous les éléments de comparaison qui rentrent dans le domaine de la science et servent à l’enrichir. Néan- moins , ces deux séries d’existence ne sont pas aussi dis- tinctes et séparées qu’on l’avance généralement. Les fonctions nutritives ou de végétation moléculaire, com- munes à tous les degrés de vie, chez l’universalité des DE L’HOMME FT DES ANIMAUX. 23 organismes vivants, marchent avec d’autres principes qui posent insensiblement la base de l’animalité et con- servent toujours leurs manifestations latentes ou pa- tentes, fixes et durables, afin de ne pas changer l’es- sence de la vie, qui est dans l’impulsion de la cause première. Toutes les créations en tirent leurs éléments; elles forment autant d’étincelles échappées du foyer pri- mitif et établissent des vitalités actives ou latentes, sim- ples ou complexes, selon le centre de vie qui leur donna naissance. S 4. Si les espèces vivantes étaient constamment refor- mées , ou seulement modifiées par la nutrition, chacune d’elles perdrait bientôt, comme je le ferai observer, ses caractères primitifs. L’influence de la circulation maternelle engloberait toutes les impressions trans- mises aux germes par le père : le résultat des greffes chez les végétaux, les hybrides qui naissent dans les deux règnes, prouvent au contraire que la nutrition conserve, mais ne change pas les molécules innées, pri- mitives des germes, ou greffées avec leurs principes moléculaires. A quoi serviraient les précautions de la nature, qui ne permet la reproduction des espèces qu’aux époques de la vie où elle est à son apogée; le but proposé ne serait-il pas dépassé à chaque instant, si la nutrition pouvait remplacer les molécules organiques, pétrir une organisation toujours nouvelle ? Certains physiologistes ne manqueront pas de m’ob- 24 jecler que les molécules ne font rien k la chose ; chan- gées ou non, c’est l’esprit, la vitalité qui reste. Mais celle-ci ne suit-elle pas toutes les transformations orga- niques? Les modifications contexlurales ne sont-elles pas intimement liées à la vitalité de chaque espèce? Quand elles ont lieu accidentellement, elles impriment leur cachet à cette même vitalité en la modifiant. L’idiosyn- crasie , les tempéraments acquis, certaines dispositions organiques singulières qui bouleversent les fonctions ou facultés vitales, etc., militent en faveur de l’opinion que je soutiens. L’organisation propre à chaque espèce comme k chaque tissu, perpétue leur vitalité spéciale. Les changements qui existent dans celle-ci proviennent de celle-là. Du moment que nous reconnaîtrons que la vitalité persiste, parce que les molécules essentielles qui la com- posent ne sont pas renouvelés, nous n’aurons pas besoin d’attacher une aussi grande importance au principe, ou aux propriétés vitales réactives, puisque la souche suc- cessive des générations est puisée dans les molécules du premier père, qui revivent dans toute sa postérité ; con- dition sans laquelle l’essence des espèces aurait perdu k la suite des siècles ses premiers caractères. L’ovule fécondé ne renferme la puissance vitale que parce que l’organisme y est infusé en entier. 11 n’y a point de vitalité sans matière, je veux dire point de manifestations apparentes, si certains corps ne leur prê- tent appui. Voilà pourquoi la vitalité d’aucune espèce ne saurait naître, se constituer, qu’a l’aide des molécules qui la cachent et qui doivent se développer avec elle. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA VITALITÉ On a dit, la vertu germinative ou le mouvement évo- lutif est une puissance, une propriété et non un acte. Mais la semence n’est-elle pas déjà composée de plusieurs corps, et ceux-ci n’émanent-ils pas des organismes pré- existants qui leur prêtent les combinaisons et les pro- priétés dont ils jouissent pour former une autre vie sem- blable ? Les mystères de la vie sont voilés dans ces phénomè- nes qui renferment des caractères distinctifs et propres à chaque vitalité, différents peut-être plus sous les rapports moléculaires, que sous ceux du principe vital propre- ment dit. Je viens d’avancer que nulle manifestation ou mouve- ment quelconque n’apparaît si les puissances réactives vitales ou occultes ne trouvent une base pour la mettre en jeu et appeler certains agents aptes à maintenir ces réactions. Mais il faut que ces agents soient organisés pour la vie, menacée d’interrompre bientôt son cours si elle n’était soutenue par l’action des éléments exté- rieurs , ou de certains corps qui doivent lui donner as- sistance et l’alimenter. En conséquence, l’aérification, la nutrition accompagnent le mouvement évolutif, et con- tinuent nécessairement à escorter toutes les manifesta- tions de la vie, depuis son commencement jusqu a sa fin. On dit que les principes appelés animants ou vitaux ne se renouvellent pas, tandis que les instruments qu’ils font mouvoir sont frappés d’une métempsycose conti- nuelle. Ces forces, pas plus que les organes ou tissus es- sentiels, ne sauraient se reconstituer sans exposer les indi- DK l’homme ET DES ANIMAUX. 25 26 vidualitès à subir des modifications intégrales : toutes les fibres ou molécules élémentaires étant utiles au jeu, à l’évolution des organes, les principes qui leur donnent le mouvement offrent des rapports trop intimes avec l’état anatomique de ces memes molécules pour accorder au principe vital une existence indépendante. J’aurai lieu de faire observer que dans l’acte de la génération les germes sont privés des organes ou parties nerveuses qui manquent chez les parents, tout comme des dispositions inverses représentent les parties inso- lites, surajoutées ou surnuméraires, quand elles possè- dent des nerfs propres. La matière imprime donc des qualités au principe vital des physiologistes; ou plutôt sans cette matière, ce prétendu principe ne saurait naître ou se main- tenir. La propagation de l’espèce signale son époque pendant la perfection organique des individus, et cependant le principe vital devait jouir depuis longtemps d’une grande intensité. Plus tard, même refus ou incapacité ; cependant la vitalité est loin de s’éteindre encore. Le principe vital est donc en défaut, insuffisant par lui-même, puisqu’il ne peut se passer de l’action moléculaire ou organique. Cette remarque fournit au contraire la preuve que dans la génération, l’oubli ou l’addition d’un organe est en rapport avec l’absence, ou la seule sensation de l’organe nerveux. Le principe vital ne le représentant point dans le premier cas, il reste bien démontré que la polarisation ou la réflexion organique, sa sublimation par l’acte CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA VITALITÉ DE l'homme ET DES ANIMAUX. 27 électro-magnétique générateur, est une faculté de la vie qui suit forcément les dispositions organiques dont elle émane, et plus tard dont elle dispose. Voilà pourquoi diverses espèces d’animaux ne peuvent procréer en- semble. La nature a sagement repoussé la naissance de pareils monstres, même pour les végétaux; car elle tient à conserver religieusement les formes organiques des pères qui représentent les races. De sorte que l’état anatomique porte avec lui ses fonc- tions , le principe vital ou réacteur lui-même ; autre- ment, la nature n’aurait pu éviter les erreurs dans la fécondation des végétaux, les monstruosités qui pour- raient naître de la violence , du caprice honteux, ou de la curiosité insatiable de l’homme. On sait que toutes les histoires de ces monstres fantastiques ne constituent que des phénomènes tératologiques ordinaires, ou natifs dans toutes les espèces. Ne suffirait-il pas de rappeler la transmission de cer- taines maladies aux germes, pour se convaincre que l’é- tat organique communique aux principes vitaux ou réac- teurs eux-mêmes, dans l’acte de la génération, certains maux qui tourmentent l’organisation des parents ? Si le principe vital était une propriété indépendante des molé- cules organiques, ce phénomène aurait-il lieu ? Non sans doute. Il faut donc reconnaître que la propriété ou réaction occulte est dévolue à la matière organisée vi- vante, et qu’elles restent inséparables pendant toute la vie; car leur intimité, et mieux leur mélange constitue l’existence même. Les actes de la vie seraient éternels, si le principe vital se renouvelait avec ses agents. Tout 28 prouve que l’action a des forces qui font être , qui font agir, fixe la durée de la vie plutôt dépensée chez certains individus. L’ordre primitif de la mise en jeu des organes se com- munique avec la vie, et se suspend avec elle. Le médecin qui ne verrait avecHufeland (Enchiridion medicum ), que des actions vitales dans tous les phéno- mènes organiques, ne donnerait-il pas le change aux explications relatives à certaines opérations conco- mitantes de la vie, puisque cette dernière se compose pareillement de phénomènes physico-chimiques qui ré- gissent les corps inertes, ainsi que MM. Dutrochet, Fodera, Magendie, Fourcault, etz., l’ont fait observer? Les phénomènes dont je parle s’exécutent par leurs for- ces propres placées en dehors des forces vitales; leur passivité est surtout prouvée lorsqu’ils marchent contre les lois de la vie, d’une manière attentatoire à son inté- grité , à l’ordre qu elle doit suivre, aux principes qui la composent. Combien d’imbibition, de flux ou de modifi- cations dans les opérations sécrétoires, seulement, prou- vent la vérité de ce que j’avance. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA VITALITÉ S 5. L’activité de la vie est inséparable des secours physico- chimiques; ils apportent avec eux des matières variées: delà, les phénomènes nombreux occasionnés par leur présence et leur action. Néanmoins , lorsque les propriétés inhérentes à la vie ou les réactions organiques naturelles ne se font plus sentir sur ces matières, il en résulte certaines lésions, même l'anéantissement ou la mort. Les spécialités des matières organiques engendrent tel ou tel mode de vitalité et singularisent surtout les fonctions particulières à chaque organe. Ainsi le foie se- crète la bile, les reins l’urine, etc. Sous l’influence de la vie et des puissances organiques, les muscles se con- tractent , les nerfs sentent et obéissent aux centres ner- veux chez lesquels la vitalité cache son empire, afin de pouvoir commander ou réagir sur tout le reste de l’éco- nomie. C’est ainsi que les phénomènes de la vitalité s’enchaî- nent, depuis les actes les plus simples jusqu’aux plus composés ; et cela pour donner la vie comme pour l’ôter. De même que le jeu ou l’arrêt d’un simple ressort pro- voque ou suspend la marche de la machine la plus compliquée. Au premier abord, il semble difficile de concilier l’or- dre , l’harmonie qui existent dans les fonctions organi- ques ou vitales avec les opérations des forces physico- chimiques; mais c’est justement par la fixité des lois qui président à leur exercice, que l’accord et la cons- tance régnent ordinairement dans les mouvements orga- niques de toute espèce. N’oublions point que chaque tissu, chaque organe, doit remplir des rôles particuliers en vertu de ses princi- pes constitutifs. D’ou l’on voit que les phénomènes phy- sico-chimiques impriment des résultats différents selon la contexture organique. DE L’HOMME ET DES ANIMAUX. 29 30 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA VITALITÉ § G. Les physiologistes désignent sous le nom de propriétés vitales, les manifestations d’activité occultes qui éclatent pendant l’existence. Ces manifestations réagissent néces- sairement sur les forces physico-chimiques. Ce phéno- mène est surtout plus ostensible dans l’état maladif, rendu remarquable par le désaccord, le dérangement entre les propriétés physico-chimiques et les propriétés vitales. C’est ainsi que les forces organiques, les com- binaisons moléculaires dans les fluides et les solides, éprouvent certains changements, des modifications plus ou moins grandes, qui retentissent dans leurs réactions réciproques. La présence des organes ne suffit pas pour déceler une manifestation de vie même latente, puisque la perle de ses propriétés réactives ne forme plus qu’un corps inerte. On peut en quelque sorte assimiler l’incubation ordinaire ou primitive des germes, à ces situations plus ou moins prolongées de torpeur générale des propriétés vitales qui accompagnent certaines métamorphoses, l’hi- bernation : la principale différence provient du degré de développement des organes. Dans l’incubation pre- mière ou créatrice, les organes manquent à nos yeux et néanmoins ils doivent être représentés atomiquement. Dans la deuxième incubation ou consécutive, ce sont plutôt les propriétés réactives ou vitales qui sommeil- lent. La polarisation ou concentration atomique des or- ganes dans la génération, confond, en apparence, tout ce qui compose le germe ; mais peu à peu chaque chose se met ostensiblement à sa place, en vertu des principes cachés, infusés dans les germes. Ces principes ne peu- vent précéder les organes ou leurs éléments, ils les sui- vent ou les accompagnent pendant tout le cours de la vie ; car les forces vitales doivent s’appuyer sur quelques principes matériels. Voilà pourquoi ceux-ci émanent des parents, ou naissent d’une manière spontanée sous l’in- fluence des puissances vivifiantes , mais seulement lors- que certaines particules sont déjà formées (matière orga- nique). Il est certain que l’irritabilité, la sensibilité peuvent s’éteindre longtemps avant les organes. Ce phénomène constitue l’une des conditions de toute existence com- plexe passagère. De même les opérations physico-chimi- ques se modifient, s’interrompent aussitôt qu’une des causes qui les provoquaient, change de caractère ou vient à cesser. 11 en est ainsi des phénomènes purement vitaux, car toutes les lois de la nature se rencontrent au même embranchement. La vitalité prend une autre marche ou s’arrête lorsque ses organes essentiels se mo- difient dans leurs principes ou cessent de manœuvrer. Les attributions vitales ou leurs manifestations étant inséparables d’un corps quelconque, on doit confondre la vie avec l’organisation, et ses maladies avec les altéra- tions sensibles ou insensibles du corps ; je dis insensibles, car on ne peut révoquer en doute les lésions insaisissables de la sensibilité, quoiqu’elles soient seulement rendues ostensibles dans leurs effets. DE l’homme ET DES ANIMAUX. 31 32 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SLR LA VITALITÉ Je matérialise ainsi la plupart des fonctions organi- ques volontaires ou involontaires : en les voyant se dé- tériorer, s’éclipser, faute d’une disposition convenable des organes, on est fondé à raisonner de la sorte. Toute manifestation n’exige-t-elle pas des instruments d’exécution ? L’étude des évolutions organiques , de leur maintien, comme celle de leur extinction, prouve la naissance et la fin de certaines activités, évidemment infusées dans la substance organique. Le principe de vie éclos, comme je l’ai dit, avec le germe, se développe avec lui, il ne saurait le précéder relativement aux nouveaux individus. La meme dispo- sition accompagne nécessairement la cessation du jeu organique. Celui-ci se concentre quelquefois dans un reste de molécules fibrilaires, il doit même refluer jusque dans les embranchements qu’il faisait mouvoir. C’est ainsi qu’on peut se rendre compte de la persistance des mouvements des membres dans les cas où la moelle épi- nière a disparu dans un point culminant, sous l’influence d’une désorganisation lente. La même explication sert à interpréter d’autres atro- phies remarquables, par exemple , d’un lobe cérébral, du cervelet, etc., dans les cas où on ne trouve pas pen- dant l’existence les preuves d’un aussi grand désordre. D’autres fois, les organes congénères ou de continuité, recèlent assez de puissance pour continuer la vie ou les réactions occultes. DF l/HOMME ET DES ANIMAUX. 33 S 7- Il ne faut pas croire qu’un organe puisse naître sans son principe représentant ; les viscères et les tissus ca- ractérisent les individualités, les germes n’étant autre chose que la concentration atomique des organes, sus- ceptibles d’être incités par les forces vivifiantes ou exté- rieures. Ainsi s’expliquent l’ordre de toute vitalité et les erreurs ou aberrations dont quelques-unes sont affligées dans leurs mouvements évolutifs; car un principe com- mun, identique, qui présiderait régulièrement à la nais- sance d’un organe, devrait le faire également pour tous les autres. Or, c’est ce qui n’a pas lieu. Donc chaque organe vit de ses principes propres comme il jouit d’une réaction particulière, et reçoit dans sa formation les principes qui le représentent pendant l’incubation de l’individu. Alors le principe vital des auteurs doit suivre les éléments ou forces organiques. Si ce principe exis- tait par lui-même, donnait toute activité ; s’il dominait les organes et présidait à leur évolution, comme le sou- tiennent les naturalistes, les organes constitueraient toujours des instruments passifs de la vitalité et lui res- teraient soumis. Ce qui a fait penser que la régénération organique était le résultat d’une pareille disposition, puisque les organes devraient se développer secondaire- ment à une impulsion première et durable, toujours une. Or, on sait si le principe vital s’oppose aux mons- truosités natives, s’il fait repulluler les membres coupés, les organes enlevés, au moins chez les classes supérieures. On a effectivement confondu les propriétés vitales ou 34 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA VITALITÉ organiques réactives avec le principe dont je parle, pro- priétés infusées dans la génération de l’espèce avec les atomes des organes qui en sont inséparables. La chose est tellement probable qu’on voit en plus ou en moins certaines anomalies des parents, transmettre la même disposition à leurs progénitures. En supposant le prin- cipe vital directeur dégagé des organes, cette relation aurait-elle lieu dans la nouvelle vitalité? S «• Je ne discuterai point ici, avec quelques physiologistes modernes, pour savoir si le principe vital est de même nature que le principe électrique commun. Mais tout annonce qu’un acte électro-magnétique préside, comme je le dirai, à la formation du germe en soutirant aux parents les principes de leur organisme pour en doter le nouvel individu, principes qui restent concentrés dans l’embryon. On l’a dit avant moi, un corps en mouvement repré- sente l’impulsion première qu’il a reçue. De même, les contractions du cœur continuent l’impulsion et la capa- cité vitales qui l’ont fait naître. Les facultés se transmet- tent donc forcément avec les éléments organiques, puis- qu’elles font partie intégrante de la vie et constituent le fonds de toutes les forces physiologiques ou réactives. S 9- Les expériences rapportées par Hnnter, Fontana, Rosa, Wilson, etc., prouvent que les fluides jouissent DE L’HOMME ET DES ANIMAUX. 35 d’un certain degré de vitalité. MM. Dutrochet, Prévost et Dumas, Raspaii, Honoré, etc., l’ont démontré dans le mouvement propre des globules des sucs nourriciers. Stahl, Wilis, Grimaud, etc., pensaient que nos hu- meurs sont habituellement pénétrées d’une force tonique analogue à celle des solides. Les anciens plaçaient le siège de l’ame dans le feu du corps, puis dans le coeur ou dans le sang : l’acti- vité étant la compagne du calorique. Cependant les altérations du sang avaient déjà fait penser à Aris- tote que ce fluide entretenait seulement l’action de lame par sa chaleur, car il était dépourvu de sensibilité ou de faculté sensitive. ( De partibus animal.) Comme j’aurai occasion de revenir sur certaines ques- tions qui touchent à celles de la vitalité, lorsque je par- lerai des forces vitales, organiques et vivifiantes, j’évite de nombreuses répétitions en renvoyant aux chapitres complémentaires de cet article. 36 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES CHAPITRE IL CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR INORGANISATION ANIMALE. Je vais étudier les organismes, 1° sous leurs rapports physiques essentiels ; 2° sous leurs caractères chimiques ; et 3° relativement aux réactions organiques ou manifes- tations physiologiques qui en émanent. § <0. I® Caractères physiques qui distinguent les corps organisés. Tous les corps de la nature se forment par succession de certains principes. L’attraction ou affinité moléculaire élective n’est qu’une succession de principes élémentaires et de propriétés qui doivent se correspondre et s’attirer mutuellement. Ainsi voit-on les droits de la vie naître par héritage chez tous les individus, et ceux-ci cons- tituer leur organisation en vertu de l’attraction ou suc- cession moléculaire qui s’exerce entre les éléments dont ils sont composés. Par exemple, la fibre nerveuse émane de ses premiers principes; la musculaire, de ses élé- ments propres, et ainsi des autres tissus. sur l’organisation animale. Ces créations successives remontant aux premiers types, dénotent suffisamment la transmission directe des éléments formateurs avec toutes leurs habitudes et pro- priétés. La simplicité apparente des corps qui constituent les germes, ne laisse point entrevoir la division élémentaire des organes futurs, parce que les manifestations de vie ne les animent pas encore ostensiblement, et que les propriétés physico-chimiques cachées dans les germes, ne doivent se réveiller qu’avec la vie : celle-ci apparaît seulement sous l’action des puissances vivifiantes exté- rieures. Les progrès de l’œuf en incubation nous démontrent avec la vie, les changements dont je parle. Jusque-là, l’œuf fécondé ne diffère point de l’œuf stérile, et cepen- dant le premier renferme toutes les forces et propriétés organiques désirables. Celles-ci n’attendent que la sti- mulation des agents vivifiants extérieurs, puisqu’aucune autre substance n’entre dans l’œuf du poulet, et que ce dernier se forme et s’achève parfaitement à l’aide des éléments qu’il contient. Quelques physiologistes modernes attribuent l’orga- nisation ou la formation successive des tissus aux com- binaisons variées de leurs molécules, mises en jeu sous l’influence des principes impondérables, de l’électricité combinée avec la matière qui les compose. Mais cette opinion n’explique point d’où sort cette variété de prin- cipes organisateurs. Ne sont-ils pas transmis par la gé- nération qui représente dans cet acte les dispositions organiques semblables; car leurs matériaux se déposent 37 CONSIDÉRATIONS GENERALES 38 dans l’œuf avant que le nouvel individu consomme et retire toute l’assistance puisée plus tard dans les corps alimentaires extérieurs; d’ailleurs ces derniers arrive- raient trop tard pour constituer l’individualité sortie de l’œuf, puisqu’elle est établie, fondée, lorsque tous leurs secours sont mis à contribution. Phénomène remar- quable qui prouve bien que les éléments extérieurs ne sont pas chargés de renouveler ultérieurement les orga- nismes, et qu’ils ne servent à constituer ceux-ci que d’une manière secondaire et partiellement. En effet, l’air et les fluides impondérables sont les seuls corps qui arrivent à l’œuf proprement dit; il faut donc bien qu’il trouve le reste de ses principes évolutifs dans l’œuf lui- même. De cette observation, il ressort que les principes im- pondérables et ceux de l’air suffisent pour former le sang avec les autres matériaux constitutifs de l’œuf, sans le secours des substances alimentaires prises au dehors. D’un autre côté, lorsque ce phénomène arrive, il rem- place purement et simplement la provision des principes mis en réserve par la nature dans l’œuf lui-même, pour former le sang. Les besoins toujours croissants du fœtus devaient obliger la nature à songer à le pourvoir autre part, puisque la provision qui servait aux éléments san- guins primitifs finissait par devenir insuffisante. Les ali- ments viennent alors se substituer aux premiers prin- cipes coulés avec le germe. Quoi qu’il en soit, l’air et les fluides impondérables restent toujours une nécessité et se présentent continuel- lement dans toute opération de l’hématose, soit que les éléments du sang viennent directement de l’œuf, soit qu’ils dérivent des substances tirées de l’extérieur; en d’autres termes, pendant l’évolution primitive comme durant le reste de l’existence. Je ne saurais trop fixer l’attention des naturalistes à cet égard, savoir : d’où viennent tous les éléments, tous les matériaux organisateurs des ovipares proprement dits? On a pensé que ces matériaux étaient puisés dans la terre par les végétaux, que la mère les fournissait chez les vivipares, et que toujours le sang était chez les animaux le générateur de leurs organes, parce qu’il sui- vait la formation de ceux-ci. Mais où le sang des ovi- pares renouvelle-t-il ses molécules, d’où tire-t-il son origine, si ce n’est des éléments ou forces moléculaires organiques générales, de la vivification de l’air, du calo- rique et de l’oxigène qui reconstitue seulement les con- ditions chimiques de ce fluide. Mais ce n’est point dans les fluides renouvelés, dans les actes de la nutrition , en un mot, dans le sang, comme nous nous en convain- crons, qu’il faut aller chercher les principes organisa- teurs primitifs des animaux, puisque les individus ne paraissent pas mieux se recomposer durant leur carrière qu’au commencement. La formation du sang est une manifestation forcée de la vie, l’instrument nécessaire qui lie les forces vivi- fiantes extérieures aux forces organiques ou intérieures. Voilà pourquoi il n’y a point d’organisation possible sans la sève et le sang, et que ces fluides dénotent toujours la présence ou l’action de la vie. Celle-ci ne peut éclore ou se manifester que sous la sur l'organisation animale. 39 40 CONSIDÉRATIONS GENERALES double influence des forces organiques et vivifiantes réunies. Aussi la vie avortée s’éteint, lorsque l’une d’elles vient à manquer ou perd ses conditions fondamentales. Ainsi s’expliquent réciproquement les effets des altéra- tions susceptibles de naître dans ces forces. Les rnons- truosités trouvent pareillement ici des interprétations plausibles, comme nous l’apprécierons. § H- Les lois qui président à l'organisation des êtres sont identiques et calquées sur le moule d’unité, l’oeuf ou la graine recelant toute vitalité qui fait aussi son introduc- tion dans le monde sous des formes simples et com- munes. L’histoire naturelle doit particulièrement à MM. Geof- froy St-Hilaire, üken, Meckel, Serres, etc. les pro- fondes preuves qui établissent l’unité d’organisation ; unité comprenant même les générations spontanées, mi- croscopiques ou de la matière primordiale. De sorte que toutes les créatures, les plus simples comme celles qui doivent remplir les rôles les plus éle- vés , naissent presque confondues avec des bases et sous des configurations identiques. Le règne animal, comme les autres règnes, affecte des dispositions primitives si- milaires. On a pressenti que les combinaisons chimiques qui réunissent les premières molécules organisantes, occa- sionnaient une certaine action destinée à servir de mo- bile au premier branle qui va mettre en jeu l’attraction et la répulsion, mouvements combinés dés leur nais- sance en vertu du choix, de l’ordre et des propriétés cpii leur sont particulières; car la régularité et l’har- monie distinguent aussi la cristallisation ou l’aglomé- ration des substances appelées inertes; mais leurs pro- priétés ne permettent pas d’éprouver d’autres change- ments, tandis que la matière animale vivante est con- tinuellement mue par certaines opérations réactives ou changements obligés qui se passent en elle. C’est encore à cette mobilité caractéristique de la vie qu’on doit les mouvements dont je parle, en plaçant les molécules rudimentaires dansdes conditions certainement promises, fixes, mais qui 11e pourraient se passer d’éléments tou- jours nouveaux prêts à leur fournir un appui néces- saire; car toute vitalité emprunte sans cesse des secours aux éléments qui l’entourent ; autrement, son existence est rendue éphémère et trouve dans sa course un terme bien court. Nous verrons ailleurs s’il convient d’attri- buer, avec tous les physiologistes, les mouvements évo- lutifs à la transformation ou métamorphose de ces élé- ments en la propre substance des corps organisés : dans d’autres termes, si la vitalité est constamment composée et décomposée. Nous examinerons avec soin les excep- tions qui se présentent ici et en quoi elles consistent. Nous observerons que la génération constitue ordinai- rement une sorte de greffe d’un germe ou corpuscules reproducteurs infusés et compris dans quelques molé- cules par d’autres sujets entiers qui lui prêtent l’appui de leur vitalité, pour le faire éclore et le rendre compa- rable à eux. Quand ce germe procède d’un organisme sur l’organisation animale 41 42 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES appelé vivipare, il emprunte à celui-ci une influence qu’un autre mode de génération, purement ovipare, rencontre dans les éléments extérieurs. Le développement évolutif d’un être quelconque n’ar- rive point ex abrupto à ces formes qui le caractérisent par la suite. La nature commence son œuvre en lui fai- sant parcourir certaines figures intermédiaires qu’elle se plaît alors à donner aux individus placés dans un cadre souvent bien opposé. Nous devons à des physiologistes patients et sagaces, particulièrement à Graaf, Haller, Malpighi; dans ces derniers temps, à MM. Pander, Purkinge, Rolando, Dutrochet, Geoffroy St-Hilaire, Prévost, Audouin, Serres, Coste et Delpech, Breschet, etc., des remarques fort curieuses et très-importantes sur le développement de l’œuf des mammifères et des ovipares, ainsi que des recherches minutieuses concernant le développement général du fœtus, ou son accroissement organique. Mais les métamorphoses ou transformations qu’il subit sont exigées par la naissance successive des principaux or- ganes qui enlèvent aux parties communes ou secon- daires , certaines fonctions dont elles paraissaient mo- mentanément chargées; en cessant de les remplir, ces parties accessoires s’effacent et laissent prendre aux autres une prééminence qu’ils devront conserver. C’est ainsi que les rôles changent, et que l’on trouve la clef de ces transformations singulières. Notre ignorance sur les vues de la nature dans ses procédés, ne permet au phy- siologiste que des suppositions plus ou moins plausibles: par exemple , au premier abord, il semble assez difficile d’admettre avec M. Dutrochet que l’allantoïde soit une dilatation de la vessie urinaire prolongée, et que le chor- rion lui-même forme une dépendance de cette même al- lantoïde qui s’est retournée et enveloppe l’œuf tout entier. Dans le développement évolutif, les continuités sont trompeuses; souvent, à leur place, la nature pratique seulement des juxtapositions, des adhérences et quel- quefois un isolement complet. De même que plus tard certaines parties continues résultent de la confusion de plusieurs autres ensemble. A un âge avancé, nierait-on que la boîte osseuse du crâne n’est pas composée d’une seule pièce ? Dans tous les cas l’allantoïde paraît avoir des fonctions très-importantes à remplir, et concourt probablement avec le chorrion à l’oxigénation du sang fœtal, ainsi que MM. Prévost et Audouin l’ont admis. On sait que ce dernier physiologiste a prouvé que le poulet respire au moyen de l’air tamisé au travers de la coquille de l’œuf, et que cet air se met en contact avec les membranes vasculaires de l’animal, pour oxigéner son sang. Les expériences de M. Geoffroy St-Hilaire qui a cher- ché à faire couver l’œuf dans l’oviducte en le liant, ont eu pour résultat de prouver que l’einbryon ne pouvait se développer faute d’air. Chez le poulet, la vésicule ombilicale rend l’office de poumon et finit par envahir l’intérieur de l’œuf. L’incu- bation lait perdre à celui-ci un sixième ou un septième de son poids, ainsi que MM. Geoffroy et Audouin l’ont reconnu sur des œufs fécondés ou stériles; toutefois sur l’organisation animale. 43 44 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES chez ces derniers, la différence est un peu moins forte. M. Geoffroy s’est plu à faire naître certaines mons- truosités chez le poulet, renfermé dans sa coquille, en modifiant sa respiration et l’oxigénation de son sang, en recouvrant une partie de l’œuf avec des matières imper- méables à l’air. On obtient le même résultat si on augmente irréguliè- rement la température de l’œuf, de manière à donner plus d’activité à certaines régions, etc. § 12. Certaines propriétés occultes sont dévolues à la matière animale vivante qui range ses molécules dans l’ordre ini- tial en obéissant aux lois d’agrégation et d’affinité. Les atomes organiques se posent et se développent d’après leurs principes constitutifs, qui répondent aux fonctions futures de ces derniers. La forme contexturale ou organique ne vient point des parties communes, du tissu cellulaire, toujours dis- posé à suivre au contraire les contours et les dispositions des parties fondamentales, intégrantes. Celles-ci devaient elfectivement être chargées de cet usage par leur inamo- vibilité, leur formation lente et régulière. Tandis que les parties communes ou adjuvantes se conforment aux déterminations et aux mouvements des molécules pro- pres. C’est pourquoi le corps des êtres organisés finit par prendre et conserver des habitudes fixes, arrêtées. On sait assez que les contours, les dimensions en largeur sont ostensiblement dues aux mouvements du SFR L’ORGANISATION ANIMALE. tissu cellulaire graisseux, chez les animaux, parce que cette sécrétion ne peut plus marcher autrement, s’étendre avec la taille qui a fini son cours. Dans les arbres, la même chose s’observe pour le tronc ne s’allongeant plus, mais qui croît indéfiniment en épaisseur par les additions successives des fibres li- gneuses. J’ai retrouvé à la même hauteur, après 20 ans, un fil de fer que j’avais placé sous le liber de plusieurs arbres, pour constater ce phénomène et marquer leur âge ultérieur par les couches de bois ajoutées chaque année à la circonférence. Chez les végétaux, les branches ou rameaux s’allon- gent et se multiplient annuellement ; elles sont ici ce que certains appendices paléariques, pileux, les plumes, les ongles, etc., sont au règne animal. 45 S 13. Les naturalistes tombent sans cesse en contradiction dans l’étude des organismes dont ils considèrent le fond organisateur comme transitoire et permanent : transi- toire sous le rapport moléculaire ou de composition, et permanent sous celui de la forme ; de manière que celle- ci, et ses facultés organiques se reproduiraient toujours bon gré malgré, quelle que soit la composition organique. Ce qui a fait dire à Cuvier : « La forme, la structure des « corps organisés, leur est plus essentielle que leur « matière, puisque celle-ci change sans cesse, tandis que « l’autre se conserve et que d’ailleurs ce sont les formes « qui constituent les différences des espèces, et non les 46 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES « combinaisons . En résumé : Les phénomènes do l’économie animale résultent de cette action qui détermine chaque organe à réagir quand il est sollicité par son agent spécial, cl mis en activité par le mouvement synergique général qui constitue la vie. La combinaison de principes extérieurs et intérieurs maintient l’harmonie, la concordance réciproque entre tous les organes, et laisse subsister leur spécialité d’ac- tion : ainsi, sous l’influence des forces organiques et des forces vivifiantes, comme nous l’exprimerons bientôt, chacun d’eux est animé à sa manière, selon sa destina- tion , et conserve l’aptitude à remplir ses fonctions par- ticulières. COUP d’ûeil sur les races, etc. 97 CHAPITRE III. COlTP D OEIL SUR LES RACES HUMAINES ET ANIMALES. S 41. On a dit que les corps organisés, animaux et végé- taux , forment une double pyramide intimément réunie à la base, extrêmement divergente au sommet. Les travaux des naturalistes se touchent effectivement, et les corps les plus simples des deux règnes organisés ont été plus d’une fois confondus, faute de pouvoir appliquer des caractères distinctifs aux uns et aux autres. Buffon veut que la sensibilité et la motilité volontaires soient l’apanage des animaux; mais on ne disputerait pas à certains végétaux ces mêmes dons. Les propriétés de la vie étant spéciales k tous les êtres, une organisation plus ou moins compliquée les sépare et les distingue. On peut avancer que les symboles essen- tiels de la vitalité conservent leurs caractères pour les réunir et pour résumer son histoire, car les mêmes lois régissent les animaux et les végétaux. Chaque classe, chaque famille est marquée au cachet générateur de son espèce. Elles suivent dans leur création continue lésion tes de la même vie, pour se réfugier ensemble dans un asile commun , celui de la mort. 98 coup d’oeil sur les races Les formes et la contexture restent comparativement invariables dans tous les corps organisés ou inorgani- ques , en vertu des forces ou lois physico-chimiques qui régissent les matières organisées vivantes, comme les corps appelés inertes. La vie proprement dite n’a pas de limites, de termes précis ou des forces invariables; elle n’est donc point chargée de maintenir la forme du corps, d’après ce que j’ai dit, d’autant mieux que celle-ci change pour cer- taines parties et nullement pour d’autres. Puisque les êtres organisés gardent toujours leurs for- mes avec leur composition , ils doivent autant ce privi- lège à la conservation de leurs molécules constituantes qu’aux lois qui les régissent. Les corps vivants ne portent point en eux seuls les causes de leur existence; ils donnent et reçoivent des produits que la nature exige de tous les corps qu’elle anime, sans quoi les manifestations de la vie s’éteignent. Une double influence du dehors et du dedans est né- cessaire pour naître et vivre. C’est ainsi que tous les corps organiques et inorganiques s’enchaînent et se lient. L’examen ne laisse reconnaître aucune différence es- sentielle et générale entre les animaux et les végétaux ; mais , ainsi que l’observent Buffon , Cuvier, Blumen- hach, etc., la nature descend, par degrés et par nuan- ces insensibles, d’un animal qui nous semble parfait à celui qui l’est le moins, et de celui-ci au végétal; à tel point que les naturalistes discutent encore pour savoir où commence la plante et où finit l’animal. Ne voit-on pas certains infusoires passer tour à tour de l’un de ces deux règnes à l’autre, ainsi que ïngen- houss, Treviranus, Bory de St-Vincent, Edwars, etc., l’ont expérimenté? HUMAINES ET ANIMALES. 99 S 42. L’Auteur de la nature s’est ptu à former des êtres dé- rivés ou intermédiaires de certains types primordiaux. Les tribus variées des animaux ont toutes des analogues qui peuvent être classées par famille, et donnent des preuves évidentes que les créations ont été voulues ou modiliées d’après certaines lois inviolables. Les caractères anatomiques particuliers isolent donc les espèces d?êtres , et amènent dés distinctions assez re- marquables parmi elles. La dissemblance ou l’analogie roule essentiellement sur les formes, les dispositions organiques et la composition moléculaire ou contex- turale. Si la vie est éphémère pour certaines espèces, et sécu- laire pour d’autres, elle semble suffisamment longue alors que le but de la création est rempli. Chaque espèce animale renferme sa destination particulière basée sur son mode d’organisation. Les matériaux de la vie étant ainsi diversement arrangés et appropriés à l’habitation , au climat, à la nourriture des individus , etc. M, Marcel de Serres observe que le règne organique des temps primitifs, ou des premières époques du monde, était formé d’après les mêmes principes que nos végé- taux et nos animaux actuels , ainsi que le démontrent les dispositions des fossiles déposés dans les entrailles de la terre. Les développements gigantesques, certaines dif- férences du squelette liées à l’organisation matérielle, ne changent pas, dit-il, la vitalité ou l’état physiolo- gique des êtres qui existaient autrefois, avec celle des races vivant encore. Le règne organique des temps primitifs devait être assorti à l’actualité du globe. Les autres temps, ou ré- volutions qui composèrent celui-ci, ont amené certains changements dans les créations organiques. C’est ainsi que M. M. de Serres fait concorder la science géolo- gique avec les récits de la Genèse. Mais les créations antiques diffèrent assez des créations modernes pour constituer des espèces perdues. Chaque révolution du globe a nécessité certaines créations orga- niques nouvelles. Evidemment l’homme se trouve le dernier venu et ne date que d’hier, comparativement aux masosaures, ich- tyosaures, plésiosaures, aux megateriums, palœonthe- rium , etc., qui formaient les habitants d’un tout autre monde, comme Cuvier l’a exprimé, et ainsi que la science le prouve aujourd’hui. N’est-il pas naturel de voir, dans les grands bouleversements du globe, l’anéan. tissement de certains principes pour en créer d’autres. Les âges ou époques du monde physique viennent de la sorte correspondre avec les âges ou les époques d’au- tres créations; celles-ci ont besoin, en effet, de reposer sur des hases qui leur conviennent, et de recevoir toutes les influences extérieures mises en rapport avec ces mêmes créations. Considéré sous ce double point de vue, le berceau des 100 coup d’oeil sur les races HUMAINES ET ANIMALES. 101 règnes organiques passés et présents vient s’harmoniser avec l’enseignement géologique. Aux terrains primitifs secondaires , tertiaires , etc. , répondent des races ou êtres organiques de ces differents âges du globe. Le livre colossal de la nature est trop solidement im- primé pour ne pas voir les caractères employés à ce grand ouvrage, où seulement quelques savants moder- nes nous ont appris à lire. Le règne inorganique servant de tombeau à toutes les générations qui s’éteignent, les naturalistes moder- nes , à la tête desquels nous plaçons Cuvier, ont donc eu l’heureuse idée de consulter ce dernier et éternel grand recueil, tenu par la nature, afin de renouveler connaissance avec certaines espèces créées , mais surtout afin d’en découvrir de nouvelles relativement à nous. Ces hommes célèbres ont acquis la certitude des révo- lutions nombreuses éprouvées par notre planète; ils ont appris en même temps quelles étaient les créations organisées qui l’habitaient aux époques antédiluviennes. De sorte que l’homme n’a pu connaître toutes les es- pèces créées un temps incommensurable avant lui, puis- que ces espèces étaient déjà anéanties dans les entrailles de la terre; notre espèce étant la dernière venue, la plus moderne des créations animées. Comme si le Créateur essayant son ouvrage eût voulu remplacer les premières par d’autres plus parfaites, ou plutôt, selon les opinions de Cuvier, chaque révolution terrestre changeait les conditions de vie et nécessitait l’arrivée de nouveaux in- dividus. Tl convient, en effet, d’assortir les forces organiques aux 102 coup d’oeil sur les races forces viviliantes ou extérieures, et vice versâ. Nous tenons donc la place d’autres espèces qui nous fouleront un jour ; alors, les fossiles humains auront eu le temps de se former, et peut-être les premières espèces organi- sées auront-elles celui de revenir. Les espèces perdues ont été effacées du globe, plus tôt ou plus tard; les nom- breux accidents arrivés à la terre se sont chargés de dis- perser et faire disparaître des espèces devenues fossiles, et gisant à des profondeurs plus ou moins grandes, dans le gypse; formant d’autres fois avec le calcaire, les caver- nes osseuses des géologues ; amoncèlement de cadavres, entraînés par des animaux carnassiers, ou bien encore roulés par les eaux, ensevelis pêle-mêle dans les entrail- les de la terre lors des soulèvements ou des affaisse- ments du soi; car le système de M. Serres peut s’allier avec celui de M. Eiie de Boismont pour expliquer ce phénomène, la nécessité de vivre ou l’influence des élé- ments. § 43. La nature ne produisit pas tous les animaux à la lois, ditLamarck, mais successivement, et dans cette produc- tion elle n’a pu compliquer leur organisation que gra- duellement, en commençant par la plus simple et termi- nant par la plus composée. La découverte des animaux perdus prouve qu’il y a eu plusieurs créations adaptées aux éléments extérieurs ou dispositions du globe. Dans ces débris d’animaux fos- siles, classés et mis en ordre par des mains célèbres, on ne trouve nulles traces d’ossements humains : les races d’hommes sont effectivement bien récentes comparative- ment à ces espèces animales auxquelles les roches servent aujourd’hui de sépulture. La Genèse dit pareillement que Dieu créa l’homme après les animaux, comme il dut faire pousser des plantes avant ceux-ci, afin de suivre dans ses œuvres une mar- che ascensionnelle. Cette disposition était d’ailleurs né- cessitée dans un but de conservation et de prévoyance. Les germes particuliers à chaque espèce animale, per- pétuent identiquement tous les individus qui en émanent, de manière à limiter les espèces. En conservant les habitudes physiques de ses créa- tures, Dieu les assujettit aux mômes dispositions morales, sans quoi des monstruosités de tout genre seraient nées de ses œuvres. La métempsycose organique incessante ne les aurait-elle pas exposées aux mêmes inconvénients ? Toute manifestation de vie reçoit sa part de la pre- mière impulsion active, et celle-ci découle d’une vitalité semblable qui a reçu et transmis les memes dispositions. Ou bien elle provient d’éléments physico-chimiques capa- bles d’engendrer une vie spontanée , pareillement com- posée de principes identiques à ceux qui ont déjà existé. Voilà pourquoi les créations sont affiliées à d’autres créa- tions fraternelles. Les animaux perdus n’ayant plus de représentants sont donc effacés de la zoonomie actuelle. Ces enseignements n’ont point empêché certains physio- logistes de soutenir l’opinion singulière, qu’un seul prin- cipe vital était répandu sur la terre, mais qu’il anime di. versement les matériaux aptes à vivre. Ceux-ci étant HUMAINES ET ANIMALES. 103 104 créés avec lui et destinés à transmettre imperturbable- ment les memes races ou principes organiques. La nature a-t-elle voulu reconnaître cette vérité en interceptant le croisement des espèces entre elles ? Ce qui a fait penser à d’autres physiologistes qu’un principe vital différent, approprié à chaque famille d’animaux, les ani- mait. Mais la diversité d’organisation suffit pour expli- quer ce fait, puisque le fond de la création, le but de la nature est d’assurer les mêmes éléments organiques, en un mot de fournir les instruments des manifestations identiques à ceux déjà existants. D’ailleurs, la réaction des éléments organiques doit se faire nécessairement sen- tir sur un principe vital commun, et se trouver assez forte pour le différencier dans chaque espèce animale et aux diverses époques de la vie. routes les espèces du règne organique, animaux et végétaux, conservent justement leur spécialité parce que i'organisation appropriée à chacun d’eux, reste invariable pour les parties essentielles. Le renouvellement conti- nuel de la totalité des individus éterniserait, comme je l’ai dit, la même existence. L’époque de la reproduction est le terme du plus grand développement, pour toutes les espèces : la nature n’aurait pu la fixer si elle eût donné à ses créatures la faculté d’une rénovation organique incessante, faculté qui dispenserait d’ailleurs toute autre reproduction, en assuranî moins la perpétuité de l’espèce que celle des individus. Telle n’a pas été l’intention du Créateur. coup d’oeil sur les races HUMAINES ET ANIMALES. 105 S 44. M. Geoffroy St-Hilaire pense que la puissance du monde ambiant donne aux végétaux des caractères dif- férents de ceux qu’ils tiennent de leur origine; que dans certains cas ces caractères sont susceptibles d’être repro- duits par semence; qu’il y a alors une espèce nouvelle dans le règne végétal. Mais il ne faut pas trop se presser de tirer de pareilles conclusions, parce que souvent ces nouvelles modifica- tions sont temporaires, accidentelles; elles cessent toutes les fois que le végétal change de climat, passe sous des influences différentes. Cet état hétéroclite est dû à une espèce d abâtardissement ou de retour à des habitudes perdues : les animaux sont dans le meme cas. Les êtres hybrides constituent des variétés et non des espèces nouvelles. Le mélange qui entre dans leurs prin- cipes originels reste combiné et ne disparaît point sous rinfiuence du temps. Les mulets doivent sans doute leur impuissance à cette même combinaison de deux natures opposées, que les lois de la génération condamnent et arrêtent. Les dispositions physiques des animaux annoncent bien une organisation toujours plus ou moins compara- ble ; quelquefois l’analogie est portée à tel point qu elle fait croire issues de la même famille des espèces entière- ment différentes. C’est que la vitalité spéciale ne réside pas toute dans les habitudes organiques ou matérielles, elle reste cachée avec les réactions de la vie. 106 D’autres fois on aurait tort de regarder comme des es- pèces distinctes, un grand nombre d’entre elles, modi- lîées seulement par les climats et les années. Pour le naturaliste, le principal sceau appréciable qui se trouve en rapport avec les titres appartenant à cha- que espèce animale, est fourni par la génération qui ac- corde aux memes espèces la possibilité de se reproduire entre elles, malgré les caractères anatomiques qui sem- bleraient sinon interdire cette faculté, au moins lui don- ner des bornes. coup d’oeil sur les races § 45. Il aces humaines. Ainsi, il n’cxiste réellement qu’une seule espèce d’hom- mes; ses principales castes ne constituent que des varié- tés dues aux climats, et autres influences extérieures, car toutes les races humaines se perpétuent et s’allient indifféremment aux tiges dites pures ou métisses. Une race bien tranchée d’animaux rencontre une bar- rière hors de sa famille. Les alliances forcées sont ordi- nairement stériles; aussi faut-il être très-réservé sur les degrés de croyance à accorder aux récits de certains na- turalistes, qui prétendent que des espèces distinctes, en- tièrement séparées, comme l’homme et le singe, peu- vent croiser leurs races. Je suis fondé à tenir un langage tout-à-fait contraire. Sur quoi reposent toutes ces assertions? plutôt sur les ap- parences que sur la réalité. Le merveilleux, ou plutôt des monstruosités naturelles, ont servi à les enfanter. Eh ! quoi, lu lubricité des singes suffirait-elle pour établir un gage de ces alliances contre nature? Nous voyons assez souvent certains animaux domestiques donner un dé- menti aux naturalistes trop faciles. Je le répète, les titres de parenté ne doivent pas être seulement des titres de voisins, lorsqu’ils appartiennent à des familles appelées à s’unir. La nature les sépare par d’autres marques que des déformations souvent acci- dentelles , tandis que les apparences les plus grandes ca- chent des séparations tranchées. Il en est de la vitalité propre aux espèces animales comme des facultés instinctives ou de la sensibilité qui sont coulées ou naissent avec la vie. Chaque race d’ani- maux jouit de ses attributions particulières que la nature a voulu conserver en mettant des bornes à l’alliance avec une autre espèce; sans quoi le genre humain surtout aurait des frères nés d’accouplements monstrueux. Moïse parle bien dans le Lëvitique du crime repoussant de la bestialité; et Strabon, en rappelant ces vers de Pindare, s’appuie du témoignage d’Hérodote : HUMAINES ET ANIMALES. 107 Quo salax capræ maritus, Humanam audet inire feminam. .... Mendetis, Ces auteurs, pas plus que d’autres historiens ou na- turalistes consciencieux, n’indiquent pas qu’ils soient issu des êtres de tous ces vices ou pratiques infâmes re- prochés à notre espèce. On connaît l’insuccès des tenta- tives faites sur les animaux, même parmi les espèces qui se rapprochent le plus; et lorsque l’homme parvient à obtenir des métis ou hybrides, la nature les punit coup d’oeil sur les races ordinairement en les rendant stériles, comme dans les mulets. En voyant les diverses transformations de l’espèce humaine se perpétuer avec des habitudes particulières, on en a inféré que les races devaient être distinctes. L’alliance et la confusion des caractères physiques qui engendrent ces nombreux métis restés aptes à se repro- duire, prouvent ici que la nature n’est nullement con- trariée. Elle transmet les éléments organiques ou anato- miques dont elle a doté les individus dans toutes les générations de races croisées ouenligne directe : de meme qu’elle transmet les autres conditions vitales ou physio- logiques, même pathologiques, phénomènes qui démon- trent l’affinité de toutes les races humaines, ou plutôt leur jonction. Le naturaliste qui voudrait confondre en une seule espèce les familles nombreuses des ruminants, serait empêché moins par leurs formes que par les caractères de la vitalité propre qui repousse leur alliance et la rend stérile hors de sa race particulière. Je crois donc que ce phénomène décèle en lui seul la véritable barrière qui embrasse ou sépare les diverses races d’animaux. C’est ainsi que le loup et le chien pa- raissent issus d’une souche semblable et sont susceptibles de s’unir fructueusement ensemble. Ce qui exige une concordance de vitalité, d’incuba- tion ou de gestation, autant que de rapports entre les organes génitaux. On peut bien admettre des castes ou signalements d’individus remarquables par les changements apportés 108 109 dans les transformations subies sous l’action des éléments extérieurs et du temps, de manière à rendre différentes les habitudes d’une môme race. Je ne rappellerai point les opinions des naturalistes qui, contrairement à d’au- tres , spécialement de Blumenbach, de Bory de Saint- Vincent, veulent établir un plus ou moins grand nombre de races humaines. Tous leurs raisonnements sont pui- sés sur les apparences. On n’a point assez fait attention au fond de la vitalité dévolue aux éléments primitifs dans chaque espèce et aux acquisitions accidentelles de la vie qui peuvent se reproduire. Les alliances de ces individus engendrent des transformations capables de les signaler en perpétuant leurs races. C’est ainsi que les coutumes de quelques peuplades, en faisant subir les mômes formes au crâne de leurs enfants, ont fini par imprimer à leurs descendants des caractères factices qui sont transmis dans la succession des âges. Le climat opère souvent ces modifications, non-seu- lement sur les animaux, mais encore sur les plantes, de manière à produire des variétés qui ne se fécondent bien qu’entre elles, parce que la vitalité, les forces organiques ont subides changements qui en font pour ainsi dire des espèces différentes : voilà probablement la source des distinctions apportées dans les mômes espèces animales ou végétales habitant des points contraires du globe. Mais lorsque ces diverses races, comme celles de l’homme, peuvent se perpétuer entre elles, on doit dire que les différences extérieures sont trompeuses, insuffi- santes et impliquent contradiction, puisque les conditions intérieures, organiques et vitales, les seules importantes, HUMAINES ET ANIMALES. conservent cette affinité caractéristique qui recèle le vrai flambeau de la vie. Ainsi restent tranchées et dis- tinctes toutes les créations. Depuis des siècles, les modifications animales, parti- culièrement celles de l’homme, ont atteint tous les chan- gements dont elles étaient susceptibles; leurs transfor- mations sont aujourd’hui à peu près arrêtées et moulées aux empreintes du temps. Ce qui a permis de les formu- ler et de les réduire à cinq ou six espèces. On sait que plusieurs naturalistes, particulièrement M. Bory de St-Vincent, reconnaissent environ quinze races distinctes d’hommes, tandis que Cuvier n’en compte que trois, les races caucasique, mongol et éthiopienne. Les caractères des principales races humaines con- fondues et mariées entre elles, engendrent sept à huit espèces de métis qui, réunis en troisième génération, donnent le jour à un grand nombre d’autres castes. On a calculé que les traces de la première filiation se per- pétuaient jusqu’à la quatrième génération en restant unies à la dernière lignée. Le sang du père l’emporte et imprime toutes ses habitudes à la cinquième géné- ration. Certains animaux, notamment le cheval, le chien, paraissent conserver plus longtemps les apanages du premier père, surtout s’ils habitent un climat qui se rapproche de celui d’ou le procréateur est issu ; car une autre latitude abâtardit assez promptement l’espèce et suffit souvent pour interdire de nouvelles générations. On découvre, dans ce dernier phénomène, toute la force et la puissance des agents extérieurs qui apportent 110 coup d’oeil sur les races HUMAINES ET ANIMALES. 111 des modifications vitales assez actives pour perpétuer ou rompre certaines habitudes. Nous verrons quelle est l’influence seule des saisons sur les mouvements vitaux excentriques ou centrifuges. L’activité de plusieurs organes reprend son empire ou sommeille avec l’arrivée ou l’absence de la chaleur. Pour quelques espèces végétales, il faut la passivité du froid ou de faibles degrés de calorique, afin de ne pas trop dessécher les sucs vitaux qui les abreuvent. Par ces contrariétés, la nature provoque des mani- festations actives à toutes les régions de la terre et fixe un printemps à chacune de ses créatures. Les variétés persistantes de l’espèce humaine ne sur- prennent point le physiologiste ; elles sont moins extraor- dinaires que ces transmissions pathologiques ou mala- dies héréditaires qui ne devraient avoir rien de commun avec les germes. Les traits originels sont ici de droit, puisqu’ils découlent des principes matériels, instruments de vie toujours transmissibles. Nous signalerons, en temps et lieu, l’empire de l’in- flux nerveux, leur représentant, qui suffit pour expli- quer la formation de certaines monstruosités, toutcomme il recèle les formes organiques qu’il tient des êtres animés dont il tire origine. Voilà pourquoi les variétés de l’espèce humaine se perpétuent lors même qu’elles changent de climat. Il faut, ai-je dit, un assez grand nombre de généra- tions pour affaiblir les caractères primitifs de la race ; mais un phénomène remarquable nous est fourni par le nègre transporté dans le nord de l’Europe; il voit dimi- 112 nuer insensiblement’ à chaque génération croisée les traits et la couleur qui le distinguent pour se rapprocher de l’espèce blanche. Il en est des héritages du climat comme de toutes les inoculations qui s’effectuent avec la vie: certaines restent à Espèce, d’autres s’arrêtent seulement à l’individu, selon le degré d’imprégnation dont les germes ont été chargés, ou suivant l’importance que l’activité vitale on a ressentie. On conçoit que dans les cas où l’économie ani- male ne peut se débarrasser de certains principes, n’im- porte leur essence, les êtres qui en dérivent restent plus ou moins nantis de ces mêmes principes, surtout s’ils attaquent ou touchent le fond de la vitalité en formant des caractères essentiels, soit anatomiques, physiologi- ques ou pathologiques. De même que certains virus morbifiques finissent par se perdre en s’alliant à un autre sang ou en changeant de climat; de même les transmissions de castes s’éteignent plus ou moins promptement, lorsqu’elles sont croisées. Au contraire, les principes de la vitalité ne changent point, parce qu’ils sont immuables, uniques et partout les mêmes. Il n’y a donc qu’une seule vitalité, bien qu’il existe plusieurs races d’hommes. C’est peut-être ainsi que l’a interprété la Genèse. Adam et Eve suffisaient pour représenter la vie commune de l’espèce. De même que chaque paire d’animaux offrait l’image des principes réservés à une seule vitalité. Aussi chaque espèce perpé- tue ses attributions, son rang, etc.; autrement, une vitalité identique eût tout confondu. La sagesse infinie qui assure la conservation des es- coup d’oeil sur les races 113 pèces en permettent le croisement des races secondaire- ment formées, favorise encore leur multiplication et garantit la perte des espèces émigrantes ou disséminées par les éléments du globe, en retrouvant de nouveaux frères dans certaines races, sœurs de la même vitalité. Sans cette prévoyance admirable, combien d’animaux auraient enseveli avec eux toute leur lignée? L’homme, devenu cosmopolite, n’aurait jamais dominé ou couvert la terre entière; la rigueur des climats moissonnerait sans cesse les nouveaux occupants. Tout fait donc pressentir une consanguinité dans les diverses races d’hommes, que n’exclut point une généra- tion multiple devenue indépendante. Quelques auteurs méconnaissent les lois de la nature en demandant si le genre humain a été procréé par un seul homme, ou s’il tire son origine de plusieurs souches fondamentales indépendantes? Tout indique ici une règle générale. Les animaux conservent ou perdent, comme je l’ai dit, certains caractères sans cesser de porter les marques de leur communauté de vie intérieure. Je veux dire : peu importe qu’ils sortent de la même souche, s’ils émanent des mêmes principes ou sont créés d’après le même mo- dèle. On peut donc reconnaître un point de départ mul- tiple ou une création simultanée, au moins coulée sur des principes ou des bases entièrement analogues, ren- fermant les mêmes propriétés, les mêmes affinités vitales dans toute l’étendue du globe, sur l’homme sauvage comme chez l’homme civilisé, chez l’Africain comme chez l’Européen. HUMAINES ET ANIMALES. Il en est ainsi de tous les animaux qui proviennent de la même vitalité ou de la même souche. A mesure que l’espèce humaine s’écarte des régions où se trouvent ses types originels, mères de ses familles, les formes essentielles de ces types s’altèrent, la consti- tution de l’homme se modifie, se dégrade, soit par des mélanges, par les seules transitions des éléments exté- rieurs ou changements de climat, de nourriture, d’ha- bitudes. Toutes ces causes agissant plus ou moins rapi- dement, elles engendrent les caractères physiques et mo- raux propres à chaque race et forment les traits distinc- tifs des nations. Certains auteurs avancent arbitrairement que tout est noir chez le nègre. En Afrique comme en Europe, les cicatrices sont d’un blanc rougeâtre, les bourgeons char- nus revêtent la même couleur. Partout, les cheveux de- viennent blancs avec l’âge. Nul doute que si notre corps était sans cesse composé et décomposé , selon le dire des physiologistes, il suffirait de transporter un nègre en Europe pour le rendre blanc; le changement de nourriture et de climat aurait bientôt produit cette métamorphose; mais il n’en est rien : le nègre, comme tout autre habitant de la terre, conserve l’organisation particulière qu’il a reçue de ses parents; il faut des siècles pour le modifier, même légèrement, lorsqu’il reste enté sur la même tige. On conçoit que les constitutions se ressentent de leur origine, malgré certaines dispositions souvent contraires du climat, etc., qui ne peuvent les annihiler subitement. Ainsi l’Européen reste plus ou moins blanc sous le 114 corr d’oeil sur les races ciel africain, et garde à peu près ses autres caractères physiques. De sorte que les variétés de notre espèce tiennent à l’ancienneté du monde, et prouvent la puis- sance des transmissions organiques qui se montrent en- suite originelles, indépendantes des influences du climat, des habitudes; et cependant ces influences peuvent être considérées comme les premières causes capables d’avoir modifié diversement les habitants de la terre. Aujour- d’hui, l’impression des objets qui nous entourent est confondue avec les organisations acquises qui succèdent aux générations, parce que les effets des premières sont arrêtés. Ne soyons donc plus étonnés si le nègre ne change point de couleur dans nos contrées, et si nous ne parta- geons pas ses traits et son teint en habitant la Mauri- tanie, parce que l’influence des climats est nécessaire- ment lente et progressive, tandis que le résultat des générations est rapide, immédiat et conserve longtemps la faculté de résister à l’action des éléments extérieurs. Ainsi, les castes ou races d’hommes ont été ame- nées, 1° par l’influence des climats; 2° par certaines habitudes des peuples, pratiquées sur leurs enfants; 3° par la génération elle-même lorsque les castes restent unies entre elles. C’est ainsi que la figure, dite hébraïque, conserve encore aujourd’hui ses premiers types, et que certaines dispositions ou accidents organiques finissent par se per- pétuer dans plusieurs familles. En alliant des individus à conformation semblable, on travaille à transmettre les mêmes conditions orga- HUMAINES ET ANIMALES. 115 116 niques. Voilà pourquoi le croisement des races est ordi- nairement avantageux sous le rapport de la fécondité et des plus beaux produits. On remarque assez ordinairement une procérité ou une petitesse particulière chez plusieurs races d’hommes et d’animaux qui habitent les memes régions; les con- trées tempérées et humides donnent lieu à une plus belle taille, tandis que les pays secs ou très-froids arrêtent le développement des individus. La nature des climats est donc cause de ces différences. Deux opinions principales se rencontrent au sujet des diverses races d’hommes : 1° Elles ont pu être créées à de grandes distances, et forment des races distinctes de celles qui existent ailleurs, en raison des conditions différentes dans lesquelles ces races se trouvaient, soient quelles fus- sent nées ensemble ou à des intervalles plus ou moins grands. 2° On a pensé que les saisons et toutes les puissances vivifiantes, n’étant pas également propices sur tous les points du globe, le plus favorisé du ciel devait être le berceau du monde ; d’où l’émigration s’étendant de pro- che en proche, a fini par couvrir l’univers : ce qu’il est d’autant plus facile d’admettre que les mers ont eu le temps de détruire certaines communications naturelles d’une partie du monde à l’autre. Tous les enfants issus de la première race ou sortis de l’éden commun , ont dû prendre les influences des lieux nouveaux où ils se trou- vaient, de manière à former avec le temps des lignes en apparence distinctes de celles de leurs anciens frères. La Genèse popularise cette opinion. coup d’oeil sur les races HUMAINES ET ANIMALES. 117 S 46. L’influence des climats a été connue et appréciée dès la plus haute antiquité. Linnée reconnaissait à la simple inspection de la plante, quelle était la contrée d’où elle tirait son origine. Il en est ainsi des animaux, même pour l’homme qui subit la loi commune appliquée à toutes les créations. « Je crois aussi peu, dit Bremser, que le cèdre du « Liban fut originellement un lichen, que 1 éléphant « doive son origine à une huître ou à un zoophite, eût- « il passé même par mille gradations ; j’admets encore « moins que l’homme ait été originellement un poisson « ou un animal couvert d écaillés comme quelques na- « turalistes modernes s’efforcent de nous l’expliquer. « Si les choses se fussent passées ainsi, alors de pareilles « métamorphoses progressives, ou bien des transforma- « tions graduelles d’êtres en d’autres êtres de plus en « plus parfaits, soit chez les plantes, soit chez les ani- « maux, devraient avoir lieu journellement sous nos « yeux. Mais pour parler seulement de l’homme, aucun « fait ne nous prouve qu’il y ait dans son organisation « physique et morale, aucun progrès qui indiquerait un « développement ultérieur. Il est toujours le même, tel « qu’il fut il y a des milliers d’années. « Les vers intestinaux mêmes, qui s’engendrent jour- « nellement sous nos yeux, prouvent contre une pareille « transformation progressive d’animaux de degrés infé- « rieurs ou des animaux des classes plus élevées. En ef- « fet, si cela avait lieu , les vers les moins parfaits de- « vraient toujours se former les premiers, et les plus « parfaits se développer par la suite. Mais aucune obser- « vation ne nous met en droit de croire qu’un ascaride, « par exemple, tire son origine d’une hydatide ou d’un « tœnia. » Les variétés intermédiaires aux espèces organiques servant de types, proviennent des croisements de races, qui seraient souvent bien plus nombreuses si les forces organiques et vitales ne s’opposaient pas aux reproduc- tions d’une espèce avec une autre qui ne présente plus les memes éléments organiques et vitaux. l\’est-ce pas à ces conditions hétérogènes que la nature refuse souvent la fécondité aux enfants nés d’une sembla- ble union ? En effet, on peut penser que les doubles con- ditions organiques plus ou moins défavorables, qui se présentaient dans la première génération, doivent être augmentées dans la deuxième au point de la rendre stérile. Je préfère du moins cette interprétation à celles de sym- pathie , d’instinct corrélatif qui ont été signalées pour que les copulations fussent fructueuses entre diverses races. Quoiqu’il en soit, lorsque plusieurs générations ont consacré les hybrides, ceux-ci restent ordinairement pro- ducteurs. Il importe de remarquer avec quels soins la nature conserve scs types, ses organisations primitives en les assujettissant à toutes leurs habitudes physiques, qui ré- sistent ainsi aux caprices de l’homme , aux erreurs invo- lontaires et aux chances du hasard, particulièrement pour certains végétaux et pour les poissons. 118 coup d’oeil sur les races HUMAINES ET ANIMALES. 119 À quelle puissance, à quelle cause doit-on attribuer une persistance aussi remarquable que celle dont je parle, qui se perpétue sans altération depuis des milliers d’an- nées. Est-ce aux forces occultes, dites vitales? Non, puisqu’elles n’éclosent que secondairement et qu’elles sont assujetties aux autres forces ? Les forces vivifiantes ou ex-< térieures auraient-elles ce pouvoir ? encore moins, puis- qu’elles sont naturellement mobiles, exposées à des reno- vations incessantes et qu’elles peuvent porter avec elles, comme nous le verrons, divers principes ou matériaux hétérogènes. Restent les forces organiques à interroger, les seules qui paraissent chargées de ces attributions. Elles sont quelquefois même représentées, ainsi que nous l’exami- nerons ailleurs, jusque dans leurs aberrations; à plus forte raison doit-on leur reconnaître la faculté de représenter habituellement les dispositions naturelles. D’ailleurs, n’a- gissent-elles pas ici par elles et pour elles. Les autres in- fluences jouissent de certaines attributions, qui ne re- gardent point les forces organiques propres, bien que celles-ci aient besoin de celles-là. Dans tous les cas, on ne peut voir dans les phénomè- nes organisateurs que des successions de droit et de prin- cipes transmis; si la nature obéit à ses arrêts, en faisant passer les créations par les mêmes formes et toutes les gradations de l’échelle à mesure qu’elles montent, la na- ture nous laisse au moins pressentir, qu’en agissant ainsi elle fait suivre tous les mouvements organisateurs, depuis le plus bas échelon, par la classe la plus élevée, non pour lui montrer son abjection, la petitesse de son point de 120 départ, car il n’y a rien d’abject eide petit dans les créa- tions , mais bien pour obéir aux mouvements physiques qui commandent partout en maîtres, même aux orga- nismes en activité ; c’est-à-dire que ceux-ci sont obligés de se plier aux lois qui leur donnent le jour et les entre-: tiennent* cour d’oeil sur les races S « L’ensemble de nos organes, disent MM. Magendie, Eourcault, etc., renferme les propriétés générales de la matière. Toutes nos parties ne sont corporelles qu a cette condition. En effet, tous les corps marchent, se consti- tuent en suivant les mêmes lois, les mêmes principes physico-chimiques. Les substances composantes seule- ment en déterminent la différence. Ce qui engendre les diverses formes ou configurations des corps restés inva- riables pour les matières inorganiques , comme pour les êtres organisés identiques ; c’est-à-dire que chaque corps spécial renferme scs éléments de structure, de formes et par conséquent de forces relatives. Autrement tout serait dans le cahos, exposé à des modifications, des boulever- sements continuels, en un mot à toutes les chances du hasard. Ici encore la persistance des principes organiques pri- mitifs, vivifiants ou matériels se montre dans toulson jour. Elle régit donc universellement ce qui nous environne. Les organes ne sont point distribués arbitrairement, mais placés selon leurs fonctions, les usages qu’ils doivent remplir; de sorte que chez toutes les séries animales on 121 trouve au moins des organes correspondants, accom- modés à la classe d êtres. Cette remarque a fourni, comme on sait, à MM. Geoffroy, Meckel, Serres, les idées qu’ils ont émises sur le moule unique et primitif que révolution de tous les animaux emploie; de manière à rattacher aux mêmes principes créateurs la succession des formes organiques arrêtées à tel ou tel degré, selon la hauteur de l’échelle animale que ces formes doivent atteindre. Cependant, il s’élève ici une difficulté objective : comme les principes créateurs ne vont jamais au-dessus ou au- dessous de chaque espèce ou de chaque race, dans l’état normal, le modèle primitif peut exister tant et plus, s’il n’englobe pas les autres, il paraît s’en détacher. 11 y a bien plutôt des principes primitifs pour spécialiser les espèces, c’est aussi ce que démontrent les forces organi- ques particulières à chaque espèce animale tout-à-fait sé- parées des espèces voisines. Ce n’est donc point le moule ou modèle universel qui fait naître l’individu ce qu’il est, mais son moule particu- lier et la force créatrice primitive qui lui est inhérente. Je pense qu’on ne doit point détacher les principes de la forme, ni celle-ci de ceux-là. En réfléchissant à la marche de l’évolution organique, à la simplicité des formes primitives embryoniques, on cesse d’être surpris, puisque cette simplicité est le résul- tat forcé de la gradation des principes organiques, et de la faiblesse d’action des puissances vivifiantes ou exté- rieures , limitées dans leurs effets, restreintes dans les réactions, peu à peu multiples, quelles provoquent. Ces transformations, ou mieux configurations, d’une HUMAINES ET ANIMALES. 122 coi p d’oeil sur les races espèce animale semblable à celles placées au-dessous, qui fixent la pensée de nos contemporains, sont donc nécessairement simples, communes. Elles existent non pour revêtir un principe de vie et de formes identiques, mais pour être mises en rapport avec l’arrivée et les con- ditions des parties développées successivement, puisque les organismes ne doivent se parfaire qu’en plusieurs temps qui répondent aux manifestations graduelles de ces mêmes parties. Ce phénomène est spécialement remarquable dans les métamorphoses. D’un autre côté, les forces organiques se moulent aux exigences de la vie, et obéissent aux impulsions crois- santes qu’elles reçoivent du dehors. Si ces forces sont destinées à rester simples, si elles doivent caractériser un être peu compliqué, les éléments organisateurs fonderont, comme toujours, d’abord ceux qui sont plus importants, et garderont ces formes primitives simples, tandis que les organismes composés prendront les formes succes- sives communiquées par l’éclosion des nouveaux orga- nes qui sont nécessaires à l’achèvement de l’individu. L’ordre organique devant correspondre à l’échelle ani- male , il en résulte cette suite régulière qui dislingue tout à la fois, l’harmonie des évolutions organiques et les classes des êtres. La manifestation d’un organe essentiel ne pouvant apparaître sans donner une forme nouvelle à l’individu, qui en changera encore si son organisation n’est pas terminée. HUMAINES ET ANIMALES. 123 8 48. Les physiologistes ont reconnu que l’embryon des ani- maux supérieurs commençait par les appareils nerveux et sanguins, tous les autres organes ou tissus devant leur être soumis. Mais, selon le langage d’Hippocrate, omnid similiter principium, toutes les parties ont une origine semblable; les unes, plus immédiatement coulées avec la vie, sont regardées comme les principes générateurs des autres. Mais les organes essentiels fondent la vie spéciale, tandis que les parties secondaires ou communes complè- tent seulement l’individualité; celles-ci peuvent pécher par excès ou par défaut sans changer la nature de l’es- pèce qui est une et immédiate, ab ovo. Chez toutes les espèces, dans les plantes memes, les produits fonctionnels ou secondaires sont sujets à des mouvements variables plus ou moins continus, comme je l’ai dit. § 49. La vie simplement végétative de certains animaux qui ont la propriété de renouveler quelques-unes de leurs parties, n’est pas la seule cause de ce phénomène; il doit probablement sa source à leur vitalité et au mode de nutrition qui permet à chaque membre, même à sieurs autres parties du corps, de vivre et de se dévelop- per isolément par une sorte de sécrétion , à l’instar des 124 évolutions ordinaires. En effet, un tronçon de vers, de polype sécrète peu à peu tout ce qui leur manque. Ex- pansion semblable à la végétation de certaines boutures de plantes, qui peuvent former autant d’individus que de liges. Ce phénomène cesse de nous surprendre, puisque la même vie peut être découpée intégralement, et que chaque parcelle contenant des principes identiques, en- tiers, jouit delà faculté de servir d’origine à autant d’au- tres vies complètes. Mais nous ignorons les motifs de celte protection spé- ciale de la nature, qui pourvoit si complaisamment à la multiplication de certaines espèces. Il est vrai que cette précaution est assez précaire, accidentelle, car les élé- ments extérieurs la favorisent ou l’arrêtent. Il est digne de remarque qu’un sol bas, humide, nourrit des végé- taux qui croissent par boutures ; tandis qu’un terrain sec, élevé, porte des plantes ou des arbres privés de cette fa- culté. Les animaux dont je viens de parler, présentent et exigent absolument les mêmes conditions. On conçoit que les éléments d’imbibition aqueuse de- vaient favoriser les habitants de certains lieux et exclure les autres; la nature ne faisant rien sans compensation. Ainsi l’organisation des plantes alpines repousse d’autres vitalités rivales; il en est de même en faveur des ani- maux. On interprète particulièrement ici les moyens et le but de la création, dont elle use, en faisant servir les divers éléments répandus sur le globe aux êtres qui l’ha- bitent, de manière à fixer leur séjour d’après le mode d’or- ganisation et les genres d’influence nécessaires à telles ou COUP d’oeil sur les races telles espèces. Aussi trouve-t-on les mêmes familles sous des latitudes semblables. Les habitants du globe pouvant être classés d’après ces dernières, on peut pressentir leur dispersion régulière sur la terre. Cette étude ayant été faite par des hommes célèbres, je ne pourrais qu’analyser leurs travaux et suivre les classifications zoonomiques qu’ils ont admises. HUMAINES ET ANIMALES. 125 126 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES CHAPITRE IV. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES FORCES OU PUISSANCES NATURELLES QUI ACCOMPAGNENT LES MANIFESTATIONS DE LA VIE. S 50, La matière et la forme, selon Plalon, sont les princi- pes éternels des choses. La matière contient l'aptitude de l’existence, ou la base de ce qui peut devenir un être. La forme donne la réalité, la force à ce qui est suscep- tible de devenir un corps. Le principe actif de la forme et de l’énergie préside donc à la matière organique. Delà le pouvoir actif et le pouvoir passif. Aristote admettait encore, dans le corps animal, plu- sieurs forces différentes qui servaient à faire marcher les fonctions. Quoi qu’il en soit, il devient évident que les anciens avaient des idées infiniment plus profondes et moins hypothétiques sur les principes secrets de l'orga- nisation des animaux, que plusieurs naturalistes mo- dernes. La nature des choses a profondément occupé les phi- losophes grecs, qui ne se lassaient pas d’admirer combien les phénomènes de la nature offrent de constance et de régularité. Les idées émises par les partisans du sys- tème des atomes ont été souvent considérées comme des rêveries, des songes creux, parce que tous les hommes nont pas eu la perspicacité d’en découvrir la portée et les motifs naturels qui les faisaient valoir aux yeux des anciens philosophes, d’autant plus libres dans leurs pen- sées qu’ils étaient dégagés des liens de toute croyance antérieure. Selon Aristote les parties du corps animal doivent être composées d’éléments , comme tous les autres corps de la nature; mais il admettait des parties homogènes ou propres, génératives des autres parties communes, qu’il appelait hétérogènes. Les premières étaient les organes de la sensation disséminés dans toutes les parties du corps. Les vaisseaux, les membranes et les tendons, qui comprenaient les nerfs proprement dits, constituaient les parties homogènes, primitives ou nées avec la généra- tion. Plusieurs théories modernes diffèrent moins qu’on ne pense du système d’Aristote, où tout penseur trouve à méditer, lors même qu’il le combat. Les anciens avaient tour à tour admis ou rejeté les for- ces spécifiques dans l’économie animale. Ainsi, la force attractive, adoptée par quelques pôripatéticiens, pour expliquer les sécrétions, particulièrement celle de la bile, furent d’autrefois jugées inutiles, considérant la mobi- lité des vaisseaux, leurs divisions, la diminution de leur diamètre, comme suffisante pour obliger le sang à suivre son cours, quoique surchargé de matières hétérogènes. Selon les stoïciens, le corps animal résultait de forces purement mécaniques qui servaient à en développer le SLR LES FORCES DE LA VIE. 127 128 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES «Terme existant de toute éternité. Ils confondaient les fa- o cultés de l’ame, qu’ils plaçaient dans le cœur, avec les forces organiques. La faculté de penser résultait des sensations, car Ori- gène, avec les autres pneumatiques, rejetait toutes les idées innées; celte faculté occupait le centre de Taine vers laquelle convergeaient les sens, etc. Les naturalistes commencent ordinairement l’étude des êtres créés par la génération ; mais en suivant cette mar- che on fait partir ses premiers pas des ténèbres. Ce début est d’autant plus vicieux que la génération constitue un héritage, une transmission directe, immédiate des prin- cipes constitutifs des parents. 11 convient donc d’envi- sager chaque espèce d’êtres au moment de sa perfection ; c’est-à-dire lorsqu’il possède l’aptitude à se reproduire, en un mot, pendant l’époque où les manifestations vitales se montrent plus apparentes, avant de descendre aux principes générateurs. De cette manière, on suit mieux la nature qui possède toujours des individus parfaits et des appareils particuliers pour perpétuer chaque espèce, et dont les générations successives peuplent aujourd’hui la terre, en formant une émanation continue et directe des mêmes éléments. Le reproche que je viens de faire aux naturalistes, n’est point applicable aux philosophes qui suivent ordi- nairement, dans l’étude de l’homme, une marche opposée à celle prise parles premiers : considérant toujours notre espèce dans sa perfection, ils négligent beaucoup trop de descendre à l’origine de l’homme, d’étudier son déve- loppement, ses imperfections, etc.; ils éviteraient de commettre des erreurs, ou de taire des suppositions sur certains principes des manifestations organiques et vita- les , qui se passent chez l’homme et les animaux. Un autre reproche que j’adresse à la philosophie moderne, c’est de trop négliger la biologie comparée, qui leur ap- prendrait à mieux connaître les principes communs qui gouvernent tous les êtres vivants. Tant que la science ne reposera pas sur des hases larges et solides, qu’elle bâ- tira ses systèmes dans les ténèbres, sur un sol mouvant, elle sera exposée à des bouleversements continuels, Les anciens divisaient les opérations qui se passent dans les organismes en vitales, animales et naturelles. Cette division, je la prends en quelque sorte aujour- d’hui , parce qu’elle repose sur l’observation et la réalité des faits. Seulement, je leur donne une dénomination encore plus significative, en appelant les unes, forces atomiques, moléculaires, génératives ou organiques; et non forces animales, parce que les mêmes puissances existent pour les végétaux comme pour les animaux. Les forces vitales sont établies dans leurs effets, ou dans la réaction des parties animées, sauf quelques supposi- tions que je rejette, et admises par les anciens : ma ban- nière est ici la leur. Quant aux fonctions dites naturelles, cette expression pourrait s’appliquer indifféremment à toutes les opérations qui se passent dans les organismes. C’est pourquoi je les désigne sous le nom de forces vivi- fiantes ou extérieures, pour annoncer lpur origine, et leur action commune chez tous les êtres organisés. J.-F. Meckel (.Anat, comp.) reconnaît dans les orgav nismesune force physique et une force vitale, qu’il dé- SLR LES MANIFESTATIONS DE LA VIE. 129 130 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES signe sous le nom de psychologique, pour expliquer les phénomènes observés dans les corps vivants. M. Dutrochet admet aussi des actions vitales, et des actions ou lois physiques dans les corps organisés vivants. M. Fourcault (Lois de Vorganisme vivant), accorde aux molécules organisées une force active, indépendante des propriétés vitales; considérant, avec plusieurs phy- siologistes de nos jours, le système nerveux comme un appareil électro-moteur, le cerveau, comme le réservoir, et les nerfs étant les conducteurs du fluide vivifiant ani- mal, etc. § si. La plupart des physiologistes distinguent les manifes- tations d’activité vitale chez les animaux, en deux caté- gories : celles qui se rapportent à l’individu, et celles relatives à la conservation de l’espèce. J’aimerais autant diviser ces manifestations, en celles de l’enfance, de l’âge adulte et de la vieillesse. Les opérations particulières à la conservation de l’es- pèce, ne sont que des actions organiques, quoique in- termittentes chez la plupart des animaux, étant sou- mises aux influences des saisons, du climat, et plus encore de l’espèce, de l’âge, du sexe; influences qui touchent aux conditions organiques propres ; mais elles ne doivent pas séparer une action organique spéciale de toute autre fonction physiologique, car elles diffèrent toutes entre elles, selon le rôle dont est chargé chaque organe. Quelques-uns remplissent leurs fonctions pas- sagèrement, comme le thymus chez les mammifères: les organes génitaux. Ces derniers olfrent même une différence remarquable chez les végétaux, qui consiste dans la repullulation de nouveaux organes générateurs toutes les fois que la plante reproduit sa semence. Ici, l’influence de 1 âge et surtout des saisons est très-mani- feste, en communiquant à l’individu un surcroît de vita- lité qui lui donne l’aptitude dont il a besoin pour rem- plir cette importante fonction. Chez certaines espèces d’animaux cette influence n’est pas moins marquée. Le retard, ou l’intermittence d’action des organes générateurs, est exigé pour la conservation des espèces animales et végétales. La stérilité apportée par l’âge est une suite des conditions organiques ressenties plus tôt par ces organes, qui font d’ailleurs retentir leur action sur toute l’économie à laquelle ils soutirent l’excès de vitalité dont elle est chargée. On peut donc considérer l’impuissance, la stérilité juvénile ou sénile comme une prévoyance de la nature, qui met des bornes à une activité particulière réclamant la participation de tous les organes. Voilà pourquoi l’en- fance est privée d’exercer les mêmes droits. La distinction établie entre les actes vitaux relatifs à la conservation de l’individu, et ceux qui concernent la propagation de l’espèce n’est nullement fondée; car ils se rapportent tous au même but, à une fin identique, qui est d’assurer chaque vitalité et de communiquer aux es- pèces futures toute la dose de vie dont elles ont besoin. Il n’est pas plus convenable de distinguer les manifes^ SUR LES MANIFESTATIONS DE LA VIE. 131 132 tâtions d’activité organique en occultes et en patentes. Elles offrent les unes et les autres des différences re- latives à l’âge, au sexe et notamment à l’espèce ani- male. Dans tous les cas, ces manifestations sont la conséquence d’actes organiques particuliers dont le jeu, plus ou moins compliqué et important, remonte jusqu a l’intelligence. L’homme jouit particulièrement des dispositions mo- rales ou intellectuelles les plus étendues; mais aussi notre espèce est la seule qui soit exposée à les perdre. Quoi qu’il en soit, les manifestations d’activité des corps vivants peuvent être analysées, comparées en- tre elles et classées d’après leur analogie, les liaisons qui les rassemblent sous les rapports anatomiques ou physico- chimiques et physiologiques ou vitaux. Ainsi, certaines facultés ou fonctions dérivent des mêmes principes physico-chimiques, tandis que d’autres s’appuient sur les propriétés ou fonctions vitales propre- ment dites. Sans doute, les éléments des organismes qui sont infusés dans chaque vitalité, composent avec leur prin- cipe réacteur ou vital des opérations qui ne se montrent pas purement physiques ou chimiques, puisque la vie leur reste inhérente et résulte d’un faisceau d’opérations empruntées à tous les éléments de l’univers, qu’elle anime différemment dans chaque création. Toujours est-il que les lois qui mettent ces opérations en œuvre, leur sont communes avec celles des autres corps de la nature, puisque les mouvements se passent dans les manifestations d’activité vitale, à l’instar dos CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES 133 mouvements physico-chimiques régissant les matières inertes ou inanimées qui nous environnent. Cette combinaison, abandonnée à notre intelligence, serait suffisante pour faire pressentir que toutes les créa- lions s’appuient, s’alimentent entre elles et doivent obéir aux mêmes puissances imposées à l’univers. « La vie, dit Cuvier, exerçant sur les éléments qui « font à chaque instant partie du corps vivant, et sur « ceux qu’elle y attire, une action contraire à ce que « produiraient les affinités chimiques ordinaires, il ré- « pugne qu’elle puisse être elle-même produite par ces « affinités; et cependant, on ne connaît dans la nature « aucune force capable de réunir des molécules aupa- « ravant séparées. » Comme on le voit, sur un pareil sujet, le grand naturaliste hésite et répugne d’assimiler les opérations physiques de la vie aux autres phénomènes physico-chimiques. L’habitude qu’on a de les distinguer, en évitant de les comparer entre eux, explique suffisam- ment la réticence du célèbre auteur que je viens de nommer; et cependant, comme il ledit lui-même, quelle autre puissance que la force physico-chimique compose en colligeant les divers matériaux que la vie emploie? La vie, considérée seule, n’est qu’une manifestation immatérielle pour nos sens, mais ne pouvant exister sans moteurs ou agents. Il faut l’envisager dans son en- semble, afin de saisir, sinon la vie elle-même, au moins le mécanisme des rouages sur lesquels elle s’appuie. Mors, on apprécie tout à la fois les causes et les effets, l’intelligence ou le principe immatériel concomittant de l’organisation vivante, et le fond de l’organisation elle- SUR LES MANIFESTATIONS DE LA VIE. 134 même. Mais celle-ci, quoiqu’obéissant pour certaines manifestations à la première, obéit plus encore aux forces universelles; caria nature n’a point fait d’excep- tion dans les lois qui gouvernent les corps inorganiques et les corps organisés, ainsi que je l’ai déjà exprimé. Sur quoi Cuvier fonde-t-il son assertion, lorsqu’il dit que la vie exerce sur les éléments qu’elle attire une ac- tion contraire à ce que produiraient les affinités chimi- ques communes? Ne voyons-nous pas les affinités ou at- tractions moléculaires, ainsi que toutes les opérations phy- sico-chimiques, se composer dans les organismes comme en dehors des organismes, malgré les influences de la vie. Celle-ci les maîtrise-t-elle ? Pourquoi n’enraie-l-elle pas ces combinaisons chimiques particulières, qui succèdent à certaines actions morbifiques? Comment laisse-t-elle développer ces dernières? Evidemment parce que les principes constitutifs de la vie s’allient, ne font qu’un avec ceux qui régissent les forces physiques, chimiques communes. Envisager les opérations de la vie autrement, c’est vouloir chercher à méconnaître éternellement les secrets qu’on peut, découvrir dans ses œuvres. CONSIDÉRATIONS GENERALES S 52. Grimaud pensait, avec Aristote, que l’aine préside à l’entretien, à l’arrangement des parties. « 11 est évident, « dit-il, que les parties avant de s’assembler, de se dis- « poser, de s’ordonner, de s’organiser, doivent être, et « que dès-lors les actes qui décident leurs qualités et qui « les font ce qu’elles sont, sonl d’un ordre antérieur à « celui de Vorganisation, et qu’ils ne peuvent en dépendre. « La force qui travaille la matière dans le corps animal « est formée, est inorganique ; tous les effets qui en dè- « pendent, comme Y élaboration des humeurs, les sécré- « tions, la nutrition, etc., sont par leur nature abso- « lument étrangers à l’organisme et au mécanisme. Aussi « voyons-nous que tous les êtres qui ont vie, digèrent, « se nourrissent, croissent, se reproduisent à peu près « de la même manière, etc. » Evidemment, dirai-je à mon tour, parce que les forces physico-chimiques sont les mêmes chez les êtres organisés, et non parce qu’ils jouissent d’une ame iden- tique , préformée ; car les végétaux aussi assimilent, ab- sorbent, sécrètent, croissent, se reproduisent en vertu des mêmes principes. Selon Lobstein, toutes les modifications organiques se constituent sous l’influence de la force vitale. Je pense, au contraire, qu’elles arrivent à l’aide des forces vivifiantes ou extérieures et des forces organiques naturelles, générales, ou modifiées par l’état exception- nel ; caria névrosthénie, suivant l’expression de Lobstein, fait seulement naître les principes qu’elle représente ou qui sont associés avec elle. Celle-ci ne porte point les aberrations, les changements de composition, des élé- ments nouveaux, comme les forces vivifiantes ou les modifications physico-chimiques qui sont susceptibles de les accompagner. Lorsque la force nerveuse devient anormale, qu’elle appelle à son secours, comme le dit Lobstein, le sang artériel et ses produits, l’inflammation, etc., à la fluxion SUR LES MANIFESTATIONS DE LA VIE. 135 nerveuse succède alors la fluxion phlogistique, selon le langage de Barthez. Cette observation fortifie justement l’assertion que je viens de faire. Avec le sang se trouvent infusées toutes les forces vivifiantes. La névrosthénie seule, ou la force vitale, ne modifie, ne change rien matériellement; les simples aberrations ou changements de sensibilité, le prouvent assez aux médecins. La force nerveuse plasto- Pourquoi n’en est-il pas de même dans l’état naturel? sinon que certaines combinaisons chimiques demeurent propres à quelques tissus et n’en sont pas éliminées dans les opérations de la vie. Les tatouages, ou toute autre coloration indélébile dermoïde, dentaire, ne se conservent aussi qu’en raison de la ténacité des principes colorants qui ne s’elfacent point, parce que les organes teints restent moléculai- rement les mêmes. Il est impossible d’admettre une autre explication raisonnable de la persistance de ce phénomène ; car si le tissu changeait d’une manière intégrale, il perdrait nécessairement sa coloration artificielle ou acquise, puisqu’elle fait corps avec lui. M. Orfila a remarqué que certains agents toxiques 282 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES sont plus ou moins rapidement éliminés dans les mou- vements ou opérations de la vie ; c’est ainsi, dit-il, que l’acide arsénieux séjourne plus longtemps dans le sang et dans les organes que l’antimoine, etc. SUR LA KUTRITION. 283 § 95- Les physiologistes sont-ils dans le vrai lorsqu’ils avancent que c’est aux parties les plus délicates que s’adresse la nourriture la plus exquise, la mieux choisie ou élaborée ? Les organes chargés des actes de la sensi- bilité , ceux de la fructification, chez les végétaux, leur semblent mériter cette préférence. A ce langage, qui ne s’attendrait à pouvoir distinguer plusieurs nuances dans les convois alibiles, les uns des- tinés aux principaux viscères, les autres, plus grossiers, pour les simples tissus? La nature a plus d’équité et de justice; à chacun selon ses œuvres: tous ses éléments organiques sont entretenus de la meme manière. On ne prend pas assez garde que le même sang, la même sève, circulent pour tous les organes. Les actes de la vie ont été mal jugés et rendus faux en méconnaissant la persistance moléculaire des organes. Croyant à leur décomposition incessante, il fallait bien supposer dans le sang, dans la sève tous les éléments variés à l’infini, se rendant au poste qui leur était assigné, en vertu de leur composition et de rafïïnité ou de la répulsion qu’ils trouvaient dans leur passage. Les animaux phytophages sont-ils moins entretenus de fibres musculaires, de nerfs, d’os, etc. que les car- 284 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES nassiers ? Les enfants, et beaucoup de personnes qui ne vivent que de laitage, de fruits, de sucrerie, etc., offrent-ils une organisation et une réparation diffé- rentes que les ichtyopliages , etc. Si, comme je l’ai dit, les aliments devaient se transformer en nos propres organes , jamais ceux-ci ne conserveraient les traces de leurs pertes de subtance, la nutrition ne suffirait-elle pas pour tout réparer ? « Ainsi ce pain, « dit M. Virey , ( Dict. des Sc. méd. art. Vie ) est « devenu sensible en s’incorporant à ma pulpe nerveuse ; « il est devenu contractile dans mes fibres musculaires ; « il se transforme en substance médullaire, cérébrale, « capable de penser, ou en sperme susceptible de trans- « mettre l’existence à d’autres créatures !!! » Cette philosophie illégitime ressort des croyances physiologiques erronnées, elle est digne de succéder aux fausses interprétations des lois de la vie. Comment la médecine et la raison n’ont-elles pas détruit, d’un seul coup, d’aussi pitoyables assertions? Les exemples quelles peuvent citer ne manquent pas , pour prouver combien ces opinions sont contraires à la vérité ; je n’en rappellerai maintenant qu’un seul, qui se rattache particulièrement au sujet de ce chapitre, le voici : Dans les cas où une nouvelle assimilation est nulle, pendant certaines ma- ladies graves et longues , on voit des enfants , des jeunes gens, dont la croissance, au moins en longueur, marche beaucoup plus rapidement que lorsqu’ils absorbaient une grande quantité de nourriture. Maintenant, ce n’est plus le pain, qui va penser et servir immédiatement à l’accroissement organique des individus, en fournissant de nouvelles molécules constituantes. L’action des forces organiques suffit pour cette œuvre, particulièrement lorsqu’elle est stimulée par une de ces causes intérieures ou extérieures qui doublent son activité. Ainsi, certaines maladies ressemblent à l’influence des belles saisons, de quelques climats, qui impriment généralement à la croissance un mouvement plus rapide et plus long. Il est digne de remarque que les affections qui portent spécialement leurs effets sur le système sensitif, sont celles qui donnent un mouvement plus vif à l’élongation du corps chez les jeunes gens. Je pense donc que les réparations organiques ne cons- tituent pas des changements moléculaires; que la nutri- tion apporte seulement des conditions particulières déjà signalées, capables de communiquer à l’organisme cer- taines propriétés et manifestations. Par exemple, l’ali- mentation apporte des conditions nouvelles qui main- tiennent nos organes dans ces mêmes propriétés, mais elle ne les reconstitue point. Ainsi, les parties génitales d’un vieillard, le cerveau d’un individu tombé dans l’en- fance, etc., vivent et reçoivent du sang comme aupara- vant; mais certaines facultés réactives essentielles pour les compléter toutes ont disparues : cependant la nutrition conserve encore toute son activité. Pour être consé- quent, il faudrait attribuer à cette dernière une partici- pation momentanée, conditionnelle. Pourquoi aurait- elle plus d’empire une fois que l’autre? Ne s’effectue-t-elle pas toujours de la même manière, avec les mêmes élé- ments? Encore une fois, la nutrition ou l’assimilation des auteurs n’est donc pas immédiatement chargée de SUR LA NUTRITION. 285 286 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES composer intégralement et d’une manière incessante les organismes. Dira-t-on que les actes réparateurs ou nutritifs s’effec- tuent différemment dans l’enfance qu’après la puberté? Mais l’anatomie et la physiologie ne démontrent point cette différence ; elles découvrent au contraire une iden- tité dans la nutrition, dans les actes qui la précèdent et la suivent, quelle que soit l’époque de la vie où on les considère. Plus ou moins d’accélération dans le cours du sang, des globules plus ou moins gros ne constituent pas un changement de principes anatomiques et physiolo- giques; cependant la circulation est la seule fonction réparatrice. Memes résultats dans les fonctions excrémentitielles. Je m’arrêterai plus tafd sur tous ces sujets, d’autant mieux que les physiologistes les considèrent comme des voies dépuratoires ou d élimination de toutes les subs- tances renouvelées qui ont appartenu au corps. Bernouilli disait que les particules nourricières ôtaient faites en coin, ce qui leur donnait beaucoup de facilité pour s’insinuer dans les petits vides formés par la perte de substance, etc. « La nutrition, dit M. Fourcault, est déterminée par la vapeur du sang porté par les capillaires artériels , dans toutes les parties du corps, où elle détermine, par ses qualités différentes, une double action bio-chimique et dynamique, en vertu de laquelle s’opère un changement dans les fluides et dans les solides. « Dans l’acte de la nutrition, comme dans l’embryo- « génie, les solides se composent des éléments des fluides; « et dans la formation de l’embryon, les éléments qui le « composent, et qui doivent se concréter et se solidifier, < pour former les tissus et les organes, ne peuvent jouir c que des propriétés générales des fluides organiques, « et par conséquent de propriétés physico-chimiques. « La manifestation des propriétés dites vitales ne peut c donc préexister aux organes, puisque les propriétés « de tissus, ou les mouvements généraux dont ils sont « doués, ne deviennent appréciables que lorsque ces « tissus ont perdu le caractère d’uniformité qu’ils avaient « à une époque voisine de la conception. Ce n’est donc « que par l’élaboration subséquente des fluides, par le « travail de la nutrition, que les tissus acquièrent les « propriétés caractéristiques ou les prétendues proprié- « tés vitales qu’on leur a attribuées. Or, puisqu’elles ne « président pas à la formation du fœtus, qu’elles ne « seraient pas la cause, mais un effet de l’organisation, « leur influence serait donc ici nulle ou secondaire, dans « le cas où l’on admettrait leur existence. » Georget est de cet avis. SÛT. LA NUTRITION. 287 § 96. Dans son début, l’embryon représente une végéta- tion; il se nourrit par imbibition; les corpuscules qui le constituent se boursouflent, croissent, s’étendent avant le développement appréciable d’un appareil in- térieur. C. Bonnet a cru que la matière séminale du mâle ôtait spécialement destinée à nourrir le germe. Plusieurs 288 physiologistes, Lobstein en particulier, cherchent à prouver que l’embryon vivait aux dépens des fluides qui l’entourent. Ainsi, on voit les eaux de l’amnios le nourrir les premiers temps de son existence : ce phéno- mène est plutôt admis que prouvé. Pour être nutritives, il faudrait supposer que ces eaux contiennent tous les principes substantiels dont la hase organique de l’em- bryon peut avoir besoin. Or, comme les eaux de l’am- nios sont sécrétées par la membrane de même nom, il faudrait accorder à celle-ci des fonctions et une impor- tance dont elle ne jouit certainement pas, d’autant mieux qu’elle tire son origine des mêmes influences créatrices. Si on n’a que les eaux amniotiques ou l’albumen de l’œuf, pour prêter à l’embryon l’appui et les secours dont son évolution a besoin, celle-ci retirerait une assistance plutôt protectrice que de réparation. Ne suffît-il pas de reconnaître aux forces organiques infuseés dans les germes et secondées de la vie, le pouvoir de développer et de maintenir l’évolution? Celle-ci est d’abord mise en branle par les puis- sances impondérables, en attendant les subtances plus matérielles, constitutives du sang qui apportent aux particules organiques de nouveaux principes exigés pour leurs opérations et leurs mouvements évolutifs; car on ne peut nier, comme je l’ai dit, qu'indépendam- ment des parties propres à chaque organe qui nais- sent en temps et lieux, celles-ci contiennent des principes mobiles disposés par le sang, et destinés à favoriser les mouvements des premières, à leur distribuer la stimu- CONSIDÉRATIONS GENERALES 289 lation nécessaire. Ce phénomène ressort particulièrement dans les actions de quelques substances délétères, in- gérées ou transfusées dans le sang. Elles agissent toujours médiatement sur les organes, neutralisent ou décomposent les forces organiques et vitales, si elles sont vénéneuses ; bonnes ou mauvaises, leur mécanisme est le meme, puisque dans tous les cas ces substances doivent imprégner les organes. En supposant que le sang dût présider à l’évolution germinale, il devrait alors contenir des principes purs, assortis aux organes ; or il est le môme pour tous, et montre dans ses changements journaliers, comme dans ses détériorations fréquentes, la mobilité de ses principes. Tous les patriciens ont observé qu’un traitement mer- curiel un peu actif donnait la mort à l’embryon , lors- qu’on fait suivre le traitement dont je parle à la mère. J’ai souvent observé que l’évolution organique conti- nuait à se faire, et quelquefois d’une manière remar- quable, pendant certaines maladies générales , sous l’in- fluence de la chlorose, de la fièvre lente nerveuse, etc. Eh bien, dans ce cas, les principes constitutifs du sang sont-ils éminemment réparateurs, peuvent-ils bien solli- citer la procérité du corps? Si le sang apportait tous les matériaux organiques, était chargé de leur rénovation incessante, pourquoi l’accroissement aurait-il des bornes puisque ce fluide est toujours le môme, qu’il est sans cesse renouvelé, et préside aux fonctions pendant la vie entière? Il est évident que la composition organique a des limi- tes au delà desquelles le volume ou la taille de l’individu SUR LA NUTRITION. s’arrête, tandis que d’autres parties du même sujet sont susceptibles de changer infiniment, de croître sans cesse. Ne voilà-t-il pas une preuve manifeste que ces dernières parties diffèrent essentiellement de celles qui gardent la même étendue et conservent les mêmes principes, styg- matisés par des cicatrices indélébiles, puisque toutes les parties organiques ne suivent pas les mêmes mouvements, n’obéissent pas à toutes les impulsions du sang, qu’elles restent fixement dans les mêmes conditions, au milieu des rénovations incessantes de ce fluide. II est permis, encore une fois , de penser que dans le nombre de ces parties il en est qui cessent d etre leurs congénères, puis* qu’elles sont placées dans des conditions différentes que les autres. Rappelons-nous toujours que les tissus ou parties propres fondent les forces organiques dont j’ai parlé, et qu’elles gardent les principes constitutifs de l’individu, tandis que les substances animales plus ou moins mobiles ou changeantes suivent un mouvement variable de com- position et de décomposition correspondant à celui du sang. Mais on me dira : ce fluide ne forme pas toujours directement ces dernières parties ; il se rend d’abord aux organes proprement dits, où il provoque les sécrétions particulières que l’on connaît. Il est probable que la plupart de ces opérations constituent une sorte de distil- lation des principes fournis par le sang; mais en rai- sonnant par induction, on trouve aussi d’autres cas où le sang s’organise directement pour former de fausses membranes, des adhérences, des tissus ou parties com- munes, sujettes à la rénovation. Si le sang apportait les 290 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES éléments des organes ou tissus propres, ces derniers of- friraient toujours la même origine. On pourrait obser- ver journellement ce phénomène dans les réparations organiques, dans les ablations ou solutions de conti- nuité qui se bouchent et se réparent au contraire à l’aide des seuls tissus communs ou des éléments du sang. En rapportant à ce fluide la vivification générale, on l’accorde aux puissances extérieures, représentées par les principes ou les sources de ce fluide. Cette vérité est appréciable dans tous les phénomènes de l’assimilation, de la respiration ou de l’hématose. Il est superflu de s’appesantir longtemps sur ce phénomène pour dé- montrer son importance et ses restrictions, relativement au système que je soutiens. L’origine seule du sang faisait pressentir qu’il devait être insuffisant pour engendrer les organes ou servir à levolution directe, immédiate de l’économie entière. Quelles preuves donne-t-on sur la réalité de ce phéno- mène supposé ? Le sang ne pouvant réparer qu’imparfai- tement les organes avec des matières simples, tirées du dehors, comment veut-on qu’il les crée, qu’il les renou- velle? Si ces questions ne sont pas démonstratives, elles feront, j’espère, ouvrir les yeux aux physiolo- gistes. En effet, les réparations organiques s’effectuent évidemment à l’aide du sang, mais elles se ressemblent toutes par les matières communes qui les composent. Aussi l’ablation d’une partie quelconque, pour peu qu’elle soit composée de plusieurs éléments organiques ou de tissus primitifs, conserve les traces de cette ahla- SUR LA NUTRITION. 291 (ion, offre ainsi des preuves de l’origine des matières qui les remplacent. Au reste, privée de sang, une partie quelconque ne se répare plus. Ce phénomène a été invo- qué par les physiologistes, afin de prouver que ce fluide était le générateur unique, général. Mais pourquoi, lorsqu’il abonde, ne répare-t-il pas entièrement tous les organes? Comme il n’y a qu’une création pour chaque individu, que la génération ne le produit qu’une fois, il est évident que le sang devait être insuffisant pour re- constituer les individualités. Mais la nature a placé dans ce fluide l’appui de toutes les opérations qui exigent de nouveaux éléments, une action commune, incessante, en même temps qu’elle lui accorde la faculté d’entretenir l’économie, de la réparer au besoin, de régénérer, sui generis, certains tissus, afin de maintenir autant que possible une sorte d’intégrité générale et l’harmonie né- cessaire entre toutes les parties. Le sang est encore la source de toutes les sécrétions ordinaires, il pourvoit aux matériaux employés par celles-ci, d’après le besoin ou l’attraction des organes qui gardent certaines sub- stances apportées par le sang, en vertu de l’affinité chi- mico-organique. C’est ainsi que certains principes pro- duisent des effets particuliers sur telle ou telle glande. L’activité organique est tantôt accrue, tantôt diminuée, dans ces circonstances; phénomène remarquable, parce qu’il prouve le rôle du sang, les propriétés qu’en atten- dent les organes. Ce qui n’empêche point de soutenir que si les rudiments ou les principes organiques ne pré- existent pas dans les germes, le sang est impuissant pour les faire naître. Nous verrons ailleurs quelles sont les 292 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES 293 conditions organieo-vitales susceptibles de souffrir des exceptions à cette règle. Ainsi les glandes mammaires, presque entièrement composées de tissus communs, sus- ceptibles d etre abreuvées de fluides vivifiants, augmen- tent ou diminuent facilement de volume sous l’influence sympathique de l’utérus, etc. Ce phénomène découvre encore la réaction vitale, qui commande en quelque sorte l’action vivifiante ou physico-chimique, puisque celle-ci marche sous le commandement de la première et s’éteint avec elle. Cette annotation est donc double- ment importante. En admettant la composition et décomposition orga- nique générale, on a accordé ce double mouvement al- ternatif aux éléments matériels apportés et repris par le 6ang, car lui seul laissait penser qu’il organisait et dé- sorganisait l’économie d’une manière permanente dans ses mouvements circulatoires; mais c’est en raison de son renouvellement continuel, des principes nouveaux qui le reconstituent sans cesse qu’on trouve justement des preuves suffisantes pour refuser au sang les rôles créateurs universels qui lui sont accordés; d’autant mieux qu’il conserve pendant l’existence les memes propriétés, les memes fonctions et la même origine, sans pouvoir maintenir les mêmes conditions aux organes. On m’objectera que certains corpuscules organiques, appartenant aux germes en évolution, précèdent ordi- nairement l’arrivée du sang; mais que d’autres fois cette disposition ne se remarque pas, c’est-à-dire que les mo- lécules organiques semblent se déposer avec le sang, il était difficile qu’il en fût autrement, ce fluide portant SUR LA NUTRITION. 294 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES avec lui certains matériaux indispensables à l’évolution, notamment les principes communs tirés du dehors, des- tinés à entrer dans la trame des organes , à soutenir les fibriles, à préparer leur canevas indépendamment de la stimulation vivifiante qu’il doit fournir. Je ne saurais trop le redire, il est facile de reconnaître que sans l’action des puissances vivifiantes ou extérieures, les principes constitutifs du sang ne pourraient être formés, puisqu’il se répare journellement à l’aide des éléments extérieurs. Sa naissance dérive certainement des mêmes sources que ses réparations; phénomène qui n’a pas assez fixé l’at- tention des physiologistes, au moins sous le rapport de l’origine du germe fondé par la génération sexuelle; tandis que le sang, la sève sont l’ouvrage des nouvelles opérations qui se passent seulement dans l’éclosion de la vie. Cette disposition est mise en rapport avec la distance souvent bien grande qui sépare la formation de l’œuf, de la graine, de celle des mouvements évolutifs. C’est alors que les fluides nourriciers se développent, et seulement à cette époque qu’ils sont nécessaires; d’ailleurs, on peut préciser le moment de leur arrivée et suivre ana- tomiquement les traces et les sources de leur origine secondaire aux germes, ou berceaux organiques des in- dividus. Chez les vivipares, comme chez les ovipares, le sang naît spontanément et succède à l’action des puissances vivifiantes qui agissent sur le germe. J’ai dit que la créa- tion du sang était secondaire à celui-ci; en effet, il fal- lait bien qu’il reposât sur quelque chose : on peut donc s’exprimer, à cet égard, comme je l’ai fait relativement aux forces ou éléments organiques, siège primitif de la vie. Pour supposer que tous les éléments sanguins ou sé- veux soient infusés dans les germes, il faudrait pouvoir démontrer que ces éléments ne viennent point d’autre part; ce qui n’est ni vrai, ni possible, puisque les sources de la nutrition ou de ses sucs nourriciers se tirent autant de l’extérieur que des provisions déposées dans les germes, en attendant la nécessité de leur remplacement par les substances alimentaires qui répondent aux nou- veaux besoins de l’individu, à son évolution et à son entretien ; car, une fois dehors de l’œuf ou du sein ma- ternel , tous les éléments réparateurs ou sanguins pro- viennent immédiatement de l’extérieur au lieu d’en sortir médiatement. Ce qui n’empêche point de reconnaître l’influence de certains principes concomitants du germe dans la formation primitive du sang; mais toujours il se mêle à ces principes la participation de l’air et des fluides impondérables, car leur action reste indispensable pen- dant toute la vie. Il est reconnu aujourd’hui que l’air même traverse la coque de l’œuf. Il résulterait des expériences faites par Autenrieth, Prevostet Dumas, Velpeau, etc., que le sang maternel n’est pas le même que celui du fœtus ; les globules san- guins sont plus gros et plus nombreux chez ce dernier, d’où ces physiologistes tirent la conclusion que le placenta élabore ce fluide avant de le transmettre à l’enfant. Dans ces derniers temps, MM. Prévost, Dumas et Àudouin ont spécialement cherché à prouver que le sang SCR la nutrition. 295 296 de l’embryon était sa propriété, créé avec lui, exempt de tout mélange avec le sang de la mère. Ces messieurs pensent-ils avoir trouvé une réponse sans réplique, en di- sant que les globules sanguins d’un jeune fœtus de chèvre étaient beaucoup plus volumineux que ceux du même liquide de sa mère? Dans tous les cas, voici l’explication que M. Dumas avance (art. œuf, Dict. cl. d'hist. nat.) : Lechorion serait chargé d’enlever l’oxigène au sang artériel de la mère, et de le transmettre au sang veineux du fœtus : « la por- « tion fœtale du placenta peut être considérée, dit-il, « comme une dépendance du chorion; et dans celte « partie, les vaisseaux de l’enfant, très-nombreux, très- « divisés, se juxtaposent aux vaisseaux de la mère « également divisés et nombreux : or, de même qu’une « vessie pleine de sang veineux et fermée qu’on aban- « donne à l’air, livre un passage assez facile à l’oxigène « pour que ce sang s’arlérialise , de même qu’une sem- « blable vessie pleine de sang veineux qu’on plonge « dans du sang artériel finit par contenir du sang oxi- « géné ; de même sans doute , par le simple contact du « vaisseau veineux fœtal et du vaisseau artériel de la « mère, le sang de l’enfant enlève l’oxigène à celui de « la mère. » Beaucoup de maladies de celte dernière se communi- quent au fœtus ; les enfants qui naissent ictériques, pen- dant une jaunisse de la mère, ne portent-ils pas des preuves de leur consanguinité; car l’ictère n’est pas une affection contagieuse, miasmatique, mais résulte d’une imbibition générale delà sérosité du sang teinte en jaune CONSIDERATIONS GÉNÉRALES par la bile. Le volume plus considérable des globules est- il une circonstance tellement impérieuse qu’elle s’oppose au mélange des deux sangs? Ce phénomène ne tiendrait-il pas au mode de vitalité du fœtus, à l’activité plus grande de la circulation qui, en faisant rouler ces globules plus vite, tend davantage à augmenter leur expension. La mère qui meurt d’hémorragie pendant ou avant sa délivrance, laisse son enfant exsangue comme elle : celui-ci porte donc la preuve d’une mixtion sanguine réciproque. Pourquoi les mêmes molécules n’acquerraient-elles pas un volume plus grand ou plus petit selon les degrés de vitalité qui les met en jeu. En un mot, ce phénomène ne serait-il pas une dépendance des lois de la vie qui monte ou qui descend ? Cette opinion est d’autant plus soutenable que le même individu présentera, à un âge avancé, des globules sanguins plus ou moins nom- breux. La chaleur du sang est en rapport avec le nombre de globules qu’il contient ; aussi, le sang des animaux à sang froid en offre très-peu, comparativement aux oi- seaux; ce qui ressort pleinement du tableau publié par MM. Prévost et Dumas : ils ont démontré que le sang veineux contenait moins de globules solides que le sang artériel. D’après les expérimentations des mêmes physiologistes, chez tous les mammifères, les globules sanguins sont cir- culaires; tandis que chez les oiseaux, les reptiles et les poissons, ils offrent une forme elliptique; les corpus- cules sanguins présentent un volume constant dans le même animal, n’ayant trouvé, disent-ils, aucune diffé- SUR LA NUTRITION. 297 298 rence selon l’àge , le sexe, l’état sain ou malade; iis ont vérifié les remarques d’Hewson, savoir : que les globules du sang sont enveloppés d’une espèce de sac formé par la matière colorante, hématosine, et d’un corpuscule central, étant doués d’un mouvement propre, spontané, sans l’assistance des vaisseaux qui les mettent en jeu simultanément dans les actes circulatoires. Quoi qu’il en soit, si le sang de l’enfant restait sans mélange avec celui de la mère, si les preuves physiolo- giques s’accumulaient suffisamment pour démontrer que le sang est une création de la vitalité propre aux enfants des mammifères, particulièrement à ceux des ovipares, ce phénomène donnerait un poids de plus à mes asser- tions, en faisant voir les ressources et la base de la vita- lité qui demande seulement quelques secours, puis- qu’elle tirerait ses principaux appuis d’elle-même. Ainsi, le développement primordial résulterait tout entier des conditions physico-chimiques et vitales qui constituent le fonds de la vie individuelle; d’ailleurs l’oxigénation du sang de l’enfant, à l’aide de celui de la mère, ou au tra- vers de la coque, constituerait une transformation qui équivaut à sa véritable recomposition. Anima brutorum in sanguine, disaient les anciens; ils jugeaient donc aussi que dans le sang se trouve le principe vivifiant ou animant. Les propriétés du sang étant communes, nécessaires à l’accomplissement des fonctions, chez tous les animaux, l’homme n’en est point excepté. Les anciens auraient donc eu tort d’établir ici une distinction fondée sur un fait évident. Wilson pense que le principal usage de la circulation est de soutenir le CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES système entier par l’excitation que le sang porte sur tous les organes et sur les fonctions qui en dépendent. Pour cela, il faut qu’il soit fréquemment renouvelé, afin d’en- tretenir les facultés sensitives, l’irritabilité, et de fournir aux organes sécréteurs de nouveaux matériaux capables de remplacer les pertes journalières ou extraordinaires plus ou moins abondantes. Si le sang reconstituait sans cesse les organismes, certaines incubations morbifiques plus ou moins longues, que nous signalerons ailleurs, seraient certainement éli- minées, de meme que leurs impressions. Comment le vaccin, la variole, et toutes les maladies qui n’apparais- sent ordinairement qu’une fois, laissent-elles une action sentie, en admettant que l’économie se compose et se décompose d’une manière perpétuelle ? J’ai dit que le sang était à-peu-près toujours le même, jouissait des mêmes propriétés. S’il avait la faculté d’en- gendrer les principes organiques, il changerait mille fois le fond ou la base des éléments transmis ou acquis accidentellement, ainsi qu’on le suppose. Certains principes morbifiques se montrent et se dé- truisent naturellement ou par le secours de l’art, sans amener des modifications intégrales, mais seulement des conditions chimiques ou des modifications vitales plus ou moins grandes. Certains virus sont particulière- ment dans ce cas. Aussi trouve-t-on quelquefois des neutralisants, etc. Confondant, comme je l’ai dit, la rénovation du sang avec celle des organes, les auteurs ont soumis aux mêmes principes, aux mêmes explications, des opéra- SUR LA NUTRITION. 299 300 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES lions tout à fait dissemblables. Ainsi les fluides nourri- ciers peuvent se renouveler tant et plus sans apporter aux principes organiques, certaines parties manquantes ou arrêtées dans leur développement. Voyez l’effet d’une paralysie qui survient dans le jeune âge , la partie sera toujours atrophiée nonobstant la persistance de la circu- lation. Il suffit qu’un organe perde sa force, l’activité de ses fonctions , pour qu’il soit arrêté dans son développe- ment évolutif. Au reste , je ne conteste point au sang la vivification générale, mais bien l’aptitude qu’on lui accorde d’apporter tous les éléments organiques , ou de faire éclore indistinctement, partout où il se présente, les principes organiques spéciaux. Les puissances vivifiantes n’ont qu’un pouvoir secon- daire , quelles que soient les transformations, la méta- morphose qu’elles subissent dans les opérations néces- saires pour constituer les molécules sanguines. En effet, la nutrition est une opération essentiellement mobile qui se montre indépendante de la création des forces orga- niques confiées aux germes. En disant que deux principes organisateurs semblaient présider aux opérations de la vie, j’ai voulu exprimer la différence qui existe entre les forces organisatrices, créées et coulées une fois pour toutes, et établir la mo- bilité des principes qui caractérisent l’action, l’origine des puissances vivifiantes, sans cesse composées et dé- composées dans les organismes. Mais ce mouvement, comme on le conçoit, se rattache toujours aux forces organiques sur lesquelles il s’appuie; puisque chaque individualité est créée dans son ensemble , d’un seul et même jet. Mais cette individualité ne pourrait se déve- lopper, ni vivre sans l’assistance dont je parle: d’où il résulte, que la nature a refusé aux puissances vivi- liantes, représentées par le sang, le pouvoir de faire éclore d’autres principes organiques que ceux renfer- més dans le germe , ou qui subsistent plus tard d’eux- mêmes et par eux-mêmes. Cette vérité fondamentale sur laquelle je ne saurais trop insister , est particulièrement démontrée dans les phénomènes de la cicatrisation, et dans le non-renouvellement des organes essentiels, atteints de perte de substance : ce qui n’arriverait point si le sang était chargé de déposer les molécules orga- niques ou de les fournir. Certaines parties dures qui se réparent ne doivent ce privilège qu a la persistance de leurs organes sécréteurs particuliers. Dispositions qui s’appliquent aux animaux des classes inférieures et à ceux qui réparent seulement certaines parties communes. Le même sang, les mêmes radicules vasculaires de- vraient rendre uniforme la couleur des poils, des cheveux, etc., si chaque bulbe qui les sécrète ne conser- vait pas ses éléments propres et avec eux les colorations particulières des productions qui en émanent. Ce phé- nomène fut le premier signalé à mon observation. Je suis fondé à croire que les résections fréquentes des cheveux contribuent puissamment à la canitie , en usant les forces organiques des bulbes, comme à la suite de l’àge, qui tend à tout niveler. J’ai observé que les peuples, les femmes qui portent habituellement de longs cheveux ou les mêmes, conservaient bien mieux la couleur pri- mitive de ceux-ci que les personnes coiffées différemment. SUR LA NUTRITION. 301 302 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES § 97. On me demandera si toutes ces discussions appro- fondissent le mystère des opérations à l’aide desquelles la nature compose les organismes ? Tout indique bien que les actes générateurs soutirent à ceux-ci les principes qui les constituent, et infusent ces principes dans les germes où ils doivent éclore par le secours des puissances vivifiantes. Mais d’où proviennent tous les matériaux nécessaires pour former des masses aussi considérables que le comporte le volume des ani- maux? En consultant les physiologistes, la réponse ne se fera point attendre ; selon eux, le sang fournit tout et répare incessamment chaque organe dans sa base. Si mes faibles lumières n’ont pas suffisamment éclairci cette question, j’ai au moins fait naître plus d’un doute. L’arrivée du sang n’assure pas la naissance ou la res- tauration complète d’un organe, j’en ai dit assez pour le soutenir. Le développement évolutif consiste donc dans un travail physico-chimique, propre à chaque élément moléculaire organisateur, lié à l’état des forces orga- niques ; situation qui donne justement à ce phénomène une marche ascensionnelle pendant un certain temps, et constitue la période de l’accroissement du corps, pour demeurer momentanément stationnaire, et décliner en- suite avec les forces organiques. Cette disposition n’em- pêche point à la nutrition de s’effectuer toujours d’une manière identique pendant le cours entier de la vie, 303 puisque cette même nutrition ne règle point l’évolution ou les phénomènes de la croissance, qui marche sans les éléments nutritifs ordinaires, ou qui s’arrête, malgré leur influence, ainsi que je l’ai observé. Partout où l’absorption nutritive s’effectue, on recon- naît une force commune, secondaire, aveugle, suivant son cours, sujette à des erreurs bien contraires aux opérations fixes, invariables, précises de l’organisation. Le philosophe qui a dit : « Voilà un aliment qui va de- venir l’instrument de ma pensée, » y a-t-il bien réfléchi ? puisqu’avec les substances alibiles soutirées à cet aliment peuvent circuler certains matériaux destructeurs, tous les principes chimiques hétérogènes dissous dans le sang, qui ont autant de droit à l’organisation, ou à faire sentir leur présence sur elle que l’aliment. Du reste, après l’évolution, celui-ci perd la faculté de faire naître de nouvelles fibres propres. Pourquoi la perd-il? parce qu’il ne l’a jamais eue, autrement il la conserverait. On ne peut alléguer aujourd’hui que les organes laissent passer les substances nuisibles, choisissent les molécules les plus convenables. Ce langage n’est point permis aux physiologistes, aux médecins, sévères ob- servateurs qui savent à quoi s’en tenir et trouvent par- tout des preuves du contraire, les mouvements nutritifs étant soumis à toutes les conséquences des opérations physico-chimiques qui les accompagnent. Il est évident que les auteurs confondent les forces organiques préconçues, héréditaires, avec les forces vi- vifiantes ou extérieures qui animent chaque nouvelle vitalité et agissent sur toutes les créations. SU» LA NUTRITION. 304 Les naturalistes, trouvant assez de différences entre les sucs nourriciers propres aux diverses espèces ani- males, expliquent ainsi l’origine et l’organisation va- riée de leurs principes matériels. Mais si la composi- tion chimique du sang est incertaine, soumise aux principes ingérés, aux combinaisons chanceuses qui les accompagnent, peut-on trouver dans ces différences les distinctions qui caractérisent les innombrables espèces organiques, l’arrangement de leurs molécules matérielles? IN’est-il pas démontré jusqu a la dernière évidence, que leurs principes préétablis diversifient et assurent à chaque existence son organisation. Pourrait-il en être autrement, puisque nous voyons les principes organiques paternels , jusqu’aux transmissions maladives, se perpétuer dans les germes, et y éclore plus tard, malgré le mélange du sang nourricier, malgré toutes les rénovations inces- santes de ce fluide ? Toutes ces raisons et beaucoup d’autres, que je ferai valoir, indiquent suffisamment que les mêmes forces organiques créatrices, sont chargées par le mouvement qui les anime de conserver et d’entretenir la compo- sition des organes; disposition d’autant plus remarquable qu’elle dispense souvent les animaux de se nourrir de substances alimentaires plus ou moins analogues à leur composition. Ainsi, les phytophages qui ne mangent absolument que des végétaux, viennent corroborer mon observation; car leur organisation se montre bien, indé- pendamment de leur nourriture, détachée des principes fournis par les matières alimentaires. Le travail physico-chimique, à l’aide duquel les élé- - CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA NUTRITION. 305 ments moléculaires se constituent, s’effectuent par une force propre à l’activité de la vie, qui ressemble bien à l’agrégation moléculaire des forces appelées inertes, mais qui en diffère essentiellement en ce que chaque molécule organique vivante conserve ses propriétés par- ticulières, ses conditions matérielles, et les mouvements physiologiques d’activité ou de réaction qui ont été trans- mis par la génération primitive. Cette disposition assure la diversité d’organisation chez le même individu. En effet, sa contexture n’est complexe qu’en vertu de cette loi. Si le sang était chargé par sa concrétion de donner naissance aux solides, ceux-ci courraient certainement le risque d’avoir une organisation uniforme, puisqu’il est le même pour tous les organes nés ou à naître. La molécule primitive à chaque organe, quelle que soit sa ténuité, sa mollesse ou sa densité, est un fait qui échappe à nos sens, mais qu’il faut admettre par le rai- sonnement et par l’interprétation naturelle de tous les phénomènes de la vie. L’histoire des monstruosités ou des erreurs de la nature milite en faveur de cette ma- nière de voir : ainsi s’explique le résultat de certaines ablations ou l’oubli organique. Dans ces cas, quelques organes d’un côté du corps peuvent manquer pour le reste de la vie, bien que les éléments des fluides soient partout les mêmes. Ces derniers ne sont donc pas char- gés , comme on le suppose, de transmettre les principes organiques, mais certaines conditions vivifiantes. Une fois arrivé à un développement évolutif parfait, l’organe, comme la masse de l’individu, n’exige plus que des réparations communes, une stimulation conti- nuelle. L’action spoliatrice des fluides par des solides est un travail physico-vital qui présente des phases plus ou moins actives, subordonnées à l’àge , aux conditions accidentelles susceptibles de survenir dans le cours de la vie. Les parties organiques , plus ou moins solides , appe- lées inertes, parmi lesquelles on range l’epithelium, les tests ou coquillages, les écailles, certaines ossifications, empruntent plus ou moins directement aux fluides les matériaux qui les constituent. Aussi ces corps durs sont- ils organisés d’après le principe des matières inertes; seulement la vie leur donne les formes et les dispositions physiques accommodées aux fonctions passives qu’ils doivent particulièrement remplir. Dans les cas où l’ossification n’obéit plus aux mouve- ments organiques réguliers, ou aux forces physiologiques de son organe sécréteur habituel, les formes osseuses restent plus ou moins irrégulières; c’est ce qui arrive pour les dégénérescences osseuses ou pour les ossifica- tions anormales. Dans ces cas, les différents tissus qui se développent accidentellement, se constituent, quels qu’ils soient, en vertu des forces chimiques inhérentes à la vie. Alors, on voit certains tissus fibreux, osseux, cellulaires, vasculaires, pour ne parler que des tissus communs, qui se rapprochent des organes naturels de ce nom. Mais qu’il y a loin de l’arrangement et des dispositions ana- tomiques de ceux-ci à ceux-là! D’un côté, toutes les forces de la vie existent dans leur pureté et s’accordent entre elles ; de l’autre, elles sont maîtrisées par des forces physico-chimiques insolites. 306 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES 307 SCR LA NUTRITION. s 98- On conçoit que les bonnes ou mauvaises conditions des fluides doivent avoir une action plus ou moins directe sur les solides, puisqu’ils sont destinés à leur porter cer- tains éléments et à stimuler les fonctions de chacun. C’est ainsi que le ramollissement des tissus, quelques dégénérescences succèdent à l’altération des fluides, sur- tout lorsque l’évolution n’a pas encore terminé son cours; l’abstinence seule peut avoir ce résultat lorsqu’elle est prolongée, parce qu’une asthénie générale accompagne des réparations incomplètes, une stimulation insuffi- sante ou vicieuse; la disgrégation moléculaire se fait même remarquer sur quelques organes; dans ces cir- constances, en effet, la dissolution est d’autant plus facile, que l’organisation de ces parties est plus simple une fois qu’elles sont soumises aux causes de dissociation, de même que leur réintégration à des principes naturels est alors une chose plus ordinaire. Certains phénomènes observés sur quelques organes ne se remarquent pas sur tous. Une cohésion plus forte, ou un peu de ramollissement ne prouve pas une com- position ou décomposition incessante, mais une action chimique sentie, qui enlève ou ajoute certaines condi- tions de même nom. Chez certains organes, la dissocia- tion moléculaire, c’est la mort; pour d’autres , c’est une action chimique passagère, parce que la vie conserve quelquefois les moyens de réparer cet état. 308 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES L’attraction moléculaire ne recomposera jamais dans son état primitif un organe complexe, qui aurait perdu une partie de sa masse ; tandis qu’un organe simple, comme un os, peut être plus ou moins régénéré par ses organes sécréteurs propres. Dans ses aberrations, la nature dépose çà et là les éléments osseux, tandis qu’elle ne crée qu’une fois les contextures destinées à servir de base aux organes de la vie normale. On aurait tort d’assimiler le développement des tissus naturels à la formation des corps insolites ou productions morbifiques ; celles-ci peuvent se montrer ou disparaître tour-à-tour, subir des modifications avec la cause qui les suscite; les tissus accidentels puisent leurs éléments dans les opérations physico-chimiques de la vie, c’est- à-dire qu’ils trouvent toujours de nouveaux principes à leur développement entretenu par la cause particulière mariée ici avec la vie. Diverses concrétions, plusieurs tumeurs, peuvent être immédiatement produites par le sang, en prenant une organisation charnue, polypeuse ou fibreuse. D’autres fois, la concrétion est plutôt formée chimiquement , c’est-à-dire qu’elle ne s’organise pas, ne vit point à l’ins- tar des organes, mais se développe à la façon des corps inertes. C’est surtout aux suites de l’inflammation ou à certaines altérations des fluides, que l’on doit ces divers phénomènes. Senac ( Traité de la slruct. du cœur) admettait déjà des explications semblables dans le développement de différentes concrétions qu’il attribuait àla stase sanguine, ou à un embarras dans le cours du sang; mais cette circonstance n’est, comme on le conçoit, qu’une cause prédisposante ou occasionnelle; le sang qui transsude d’une partie enflammée s’organisera bien plutôt en mem- brane que celui qui languit dans un vaisseau dilaté ; les adhérences traumatiques sont généralement dues à la force plastique du sang qui s’accroît dans tous les organes frappés d’inflammation ; plasticité qui est d’autant plus grande, que l’individu est plus jeune, sain et vigoureux : toutes ces transformations reconnaissent donc pour cause un état passif ou l’effet naturel des qualités du sang vivant. D’un côté, les forces chimiques se montrent pré- dominantes ; de l’autre, on voit l’action active ou vitale s’emparer des mouvements même accidentels de la vie, et dominer le développement d’une partie plus ou moins inorganique. Maintenant, si on suit l’histoire de ces concrétions passives, et comparativement celle des pseu- do-membranes ou organisations insolites plus ou moins actives, on trouve une persistance variable* suivant que ces corps sont restés sous l’influence des lois chimiques, et ont été soumis à l’action continuelle de leurs forces, circonstance où le volume des concrétions peut être illi- mité; tandis que dans les cas où le mouvement organi- sateur est plutôt du aux forces vitales réactives malades, affaiblies, l’atrophie est susceptible de s’emparer productions organiques, parce que cet état n’a pas une durée aussi grande que les forces chimiques. Dans tous les cas, quand la cause provocatrice vient à cesser, la nouvelle production est obligée de décroître ; ce qui ar- rive , par exemple , dans certaines dégénérescences ou combinaisons anormales produites par le vice véné- SUR LA NUTRITION. 309 310 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES rien, etc.; lorsqu’elles sont combattues avec succès, alors la sécrétion morbifique s’éteint, et les traces formées par elle s’effacent plus ou moins promptement. La formation naturelle du sang est comparable à celle qui succède à certaines phlogoses, aux fausses mem- branes, à des adhérences accidentelles. Alors, on voit paraître des filets sanguins au milieu d’une exsudation de la membrane séreuse ou muqueuse enflammée sous forme de prolongement additif, étant né au-delà de la circulation générale; bientôt un tissu cellulaire mem- braneux ou ligamenteux est surajouté. Ici, le travail organisateur marche quelquefois avec une rapidité in- concevable, comme dans le croup, et donne souvent aux productions membraneuses une apparence d’ancienneté ; c’est que la vie purement végétative a des allures bien différentes de celles qui procèdent sous la direction des principes évolutifs naturels. La formation d’un nouveau tissu se montre d’autant plus active que la vitalité de celui qui lui donne naissance est plus grande; le sang né spontanément sous l’influence d’une phlogose sécré- toire, ou par élaboration chimique, représente la pre- mière formation de ce fluide, lors de l’évolution germi- nale; il circule dans des vaisseaux qui lui sont propres, et ne se répare que par l’absorption des fluides ambiants ; quelquefois les injections artificielles, en pénétrant dans les pseudo-membranes, prouvent la communication qui s’est établie entre les vaisseaux communs et les vaisseaux accidentels ou particuliers au tissu morbifique : cela tient à l’influence de l’intimité qui s’établit entre les parties, à l’action nutritive qui devient la même pour tous les tissus; les absorbants veineux et lymphatiques finissent par s’aboucher. Quant à la disparition spontanée des fausses mem- branes , des adhérences, elle arrive plus ou moins vite avec la diminution ou la persistance de l’action morbi- fique ou vitale accidentelle; de même que tous les gon- flements qui succèdent à l’inflammation et ne s’en retour- nent qu’avec elle : dans tous les cas, tant que ces corps étrangers subsistent , ils conservent leurs molécules eomme les tissus naturels. SUR LA NUTRITION. 311 § 99. Les rapports d’intimité qui existent entre les fluides et les solides résultent de l’action primitive, réciproque des forces organiques et des forces vivifiantes identifiées ensemble et confondues par les lois de l’affinité qui lient les corps entre eux et accompagnent la formation des êtres organisés, quelle que soit la variété de leurs prin- cipes matériels, l’arrangement moléculaire, les formes, la densité et la coloration diverse de ces principes qui obéissent aux mêmes lois. Je crois donc que la loi de variété de J.-F. Meckel reste pleinement soumise aux forces organiques et aux affinités attractives. Ainsi, chez tous les êtres organisés, animaux et végé- taux, les éléments constitutifs se tirent de deux sources différentes : les uns viennent des forces moléculaires ou organiques, les autres sont fournis par les forces vivi- fiantes ou extérieures; les premières succèdent à la génération ; la vie les entretient, ainsi que les autres élé- 312 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ments soutirés à l’extérieur : disposition qui assure, comme je l’ai dit, aux créations leurs principes primitifs fondés avec la génération , et surtout afin de limiter la durée de l’existence. Admirable combinaison, faisant concorder des principes fixes, arrêtés, avec les opéra- tions mobiles de la vie, et rendant tributaires seulement les principes changeants tirés de l’extérieur, ou suscep- tibles de se renouveler. On dit que les tissus ou organes se reconstituent par des molécules absolument semblables à celles qu’ils ont perdues; qu’en raison de ce phéno- mène , les organes se trouvent toujours dans les mêmes dispositions anatomiques ; mais cette supposition est plu- tôt admise que prouvée. On a confondu la persévérance avec l’identité ; car la mutation, l’hétérogénéité sont pour les tissus des phénomènes contre nature : c’est le fruit de la maladie ou de la mort. On ne peut nier que les fluides ont une action directe, immédiate sur les solides : ceux-ci en reçoivent tous une influence plus ou moins grande; l’action vénéneuse d’une infinité de substances, l’ingestion de certains aliments, des boissons alcooliques, les médications spéciales, etc., le prouvent assez. La fiction des Grecs, qui accordait àMédéele pouvoir de régénérer les corps en les faisant bouillir, présente quelque apparence physiologique ; car les tissus frappés d’inflammation éprouvent quelquefois une modification dans leur contexture et peuvent perdre ou changer cer- tains de leurs éléments; mais la base essentielle reste: ainsi la peau dans la chlorose , l’érysipèle, etc., un os dans le rachitisme, un muscle, un organe parenchyma- SUR LA NUTRITION. 313 teux dans certaines fluctions, etc., se ramollissent ou perdent quelques-uns de leurs principes, certains sels qui entrent dans leur composition; mais ces actes ou ces effets purement locaux, exceptionnels ou passagers, ne prouvent pas que les parties malades renouvellent inté- gralement leurs molécules ; d’ailleurs, comme je le dirai bientôt, ces mouvements sont plutôt chimiques , consti- tuent des opérations d’imbibition obligée sans changer le canevas, le réseau organique essentiel. Si un travail de rénovation complète n’a pas lieu dans l’état maladif, k plus forte raison dans l’état naturel, puisque les condi- tions anatomiques et vitales persistent. J. Hunter ( Journal de Méd. juin 1787. ) attribue Je ramollissement des os à une disproportion entre la puissance qui agit pour déposer une nouvelle matière, et celle qui tend k éliminer l’ancienne. L’observation fai te par ce chirurgien, que l’augmentation relative de cette der- nière force accompagne le nombre des vaisseaux, rentre dans l’étiologie générale du ramollissement des tissus. Ainsi, une inflammation spontanée ou provoquée par l’art, en faisant des piqûres de vaccin sur certains nœvi materni qui consistent, comme on sait, dans une injection insolite de la peau; cette inflammation , dis-je, modifie, change quelquefois le mode de nutrition dans ce point du derme, en bouchant une partie des capil- laires qui vomissaient habituellement du sang dans un tissu plus ou moins érectil. Les modifications ap- portées dans la nutrition se font donc sentir sur la co- loration violacée, vineuse de la partie, mais sans changer sa base moléculaire. 314 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES Dumas, de Montpellier, et le professeur Halle, n’ont jamais pu communiquer au chyle la teinte des matières colorantes dont les aliments étaient imprégnés; et ce- pendant l’effet de cette teinte se fait quelquefois sentir en certains lieux, pour la garance sur les os, une dissolution de nitrate d’argent sur lechorion, etc. La contrariété de ces résultats divers tient à l’affinité parti- culière entre ces agents chimiques et les tissus, car il n’y a pas de doute que les principes colorants sont mis en circulation dans la masse du sang et présentés ainsi à tous les organes qui en ressentent une action chimique forcée ou n’en éprouvent aucun effet apparent. Ces phénomènes se lient avec ceux qui expliquent l’innocuité de quelques médicaments ou poisons sur certains organes, et leur action spéciale sur d’autres. M. Magendie a spécialement expérimenté qu’une substance vomitive provoque les contractions anti-pé- ristaltiques de l’estomac, lorsqu’elle est introduite dans le sang, n’importe par quelle voie. Ce phénomène est un de ceux qui prouvent le plus évidemment l’affinité chimique ou l’attraction moléculaire de certaines sub- stances sur tel ou tel organe, etc. § 100. Le pêcher à fruit rouge, greffe sur un pêcher à fruit jaune ou blanc, reste rouge, aut vice versâ. J’ai répété ces expériences triviales, pour me convaincre de la géné- ralité de ce phénomène, sur un grand nombre de végé- taux. Or, si la sève de l’arbre à fruit ou fleur rouges ou blancs, ne modifie point la greffe, si celle-ci garde les marques distinctives de l’espèce à laquelle elle appar- tient, on doit en inférer qu’elle porte et garde ses or- ganes propres, que la sève nouvelle ne les change en rien. Il en est de même du sang chez les animaux. A me- sure que l’ictère, la chlorose, etc., diminuent, la peau, les organes et tissus perdent dans la même proportion la couleur spéciale caractéristique de ces affections. Le retour à un état normal ne désigne point un changement moléculaire des tissus, mais seulement certaines modifications ou imbibitions chimiques. C’est à la composition particulière du sang, aux combinaisons variées de ses principes constitutifs, aux substances hétérogènes qui y sont renfermées, qu’il faut adresser le traitement de la chlorose et reconnaître souvent bien d’autres lésions secondairement ressenties par les solides. SI H LA NUTRITION. 315 S 101. D’après tout ce que je viens de dire, les divers états organiques de l’homme et des animaux permettaient-ils de formuler ainsi, en une conclusion générale : oui, les êtres organisés se renouvellent sans cesse intégralement. La circulation, et tous les actes qui en dérivent, ne le prouvent-ils pas suffisamment? N’avons-nous pas des expériences convaincantes, disait-on ; par exemple, les os, après avoir été rougis par l’usage de la garance, reprennent ensuite leur couleur primitive? De môme, ne 316 CONSIDÉRATIONS GENERALES voyons-nous pas tous les jours les mêmes corps perdre et acquérir tour-à-tour de l’embonpoint? etc. Voilà les principales raisons qui ont porté à affirmer que le corps entier de l’homme et des animaux se renouvelait quoti- diennement. Chaque fait étant toujours certain, ditCondillac (Traité des syst.), ne peut cesser d’être principe des phéno- mènes dont une fois il a rendu raison. Mais il faut re- eonnaîtreavecTiedemann (Traitédephysiol. de l'homme), que les observations et les expériences ne constituent pas l’art, mais seulement des matériaux; car ils ont besoin d’être soumis au pouvoir scrutateur de l’esprit qui exa- mine leur enchaînement de causalité, et juge si on doit les considérer comme le contenu d’une science. « Si les « matériaux acquis par la voie de l’expérience sont in- « complets, dit-il, la théorie établie par des réflexions « sur eux est fausse également; mais, d’un autre côté, « les faits peuvent avoir été bien saisis, et cependant la « théorie être fausse, lorsque les réflexions dont les « faits fournissent la matière ne les embrassent pas sous « tous les points de vue et sont mal exécutés. » Le classement des faits relatifs à la vie, présente sou- vent ce résultat : c’est ainsi que l’on a posé des lois générales d’après une déduction particulière, exception- nelle. En vain, les causes finales démentaient ce résultat, on a passé outre; l’axiome était porté, une confiance aveugle l’a fait accueillir; je veux surtout parler de la coloration des os que la découverte du chirurgien anglais Belchier mit en évidence, et qui a servi depuis à tous SUR LA NUTRITION. 317 les physiologistes pour démontrer la composition et la décomposition organique incessante. On sait que Duhamel, en France; Bazani, en Italie; Boëhmer, Ludwig, Delius, en Allemagne, etc., furent lés premiers à faire des recherches à cet égard ; ils s’oc- cupèrent surtout du temps nécessaire pour laisser re- prendre aux os leur couleur primitive. En faisant revivre le dogme des Grecs, de Pythagore, qui émettait un renouvellement total du corps à chaque septénaire, Duhamel voulait encore démontrer que les os grossissaient par l’addition des couches osseuses : il Fit donc manger pendant six semaines, à trois jeunes cochons, des aliments mêlés avec de la garance; au bout de ce temps, il les nourrit avec leurs aliments ordinaires; peu après, il les lit tuer, et ayant scié transversalement les os des cuisses du premier, il observa que la moelle était environnée par une couche assez épaisse d’os blanc. Celait, dit-il, la couche d'os formée pendant les six premières semaines de leur existence, du- rant lesquelles ils avaient vécu sans garance ; ce cercle était environné par une couche épaisse d’os rouge, qui était, selon lui, celle formée pendant l’usage de la ga- rance; enfin, cette zone était recouverte par une couche assez épaisse d’os blanc formée par le retranchement de cette matière colorante. Le deuxième et le troisième co- chons avaient été traités comme le premier, avec cette différence que le deuxième était âgé de deux mois lors- qu’on le mit à l’usage de la garance : on lui en donna pendant un mois, puis on lui rendit ses aliments ordi- naires; enfin, on lui donna encore de la garance, et on 318 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES le tua : les os de la jambe de cet animal avaient alterna- tivement deux couches d’os blancs et rouges. Le troi- sième cochon fut traité de même , mais on termina l’ex- périence en le remettant à sa nourriture habituelle pen- dant plusieurs mois , ce qui recouvrit ses os d'une couche blanche si épaisse qu’il fallut les scier pour en découvrir les deux couches rouges. » Yan Swieten, Grimaud, Dumas, Bichat, etc., adoptant toutes les conclusions que les expériences de Duhamel, sur la garance, avaient fait naître, disent, puisque la décomposition a lieu dans les os, à plus forte raison dans les autres parties offrant moins de cohésion entre elles. Ces expériences prouvent, selon moi, quatre choses : 1° l’action chimique spéciale de la racine de garance sur les os; 2° qu’il faut un temps plus ou moins long à la circulation pour produire cette influence comme pour l’éteindre; 3° que le périoste est la voie ordinaire de la nutrition osseuse; 4° les tissus crystalloïdes formés de plusieurs couches peuvent offrir diverses nuances sans cesser d’appartenir à la même origine, aux mêmes prin- cipes; mais la densité du tissu arrête et retient irrégu- lièrement, selon son épaisseur, pendant un certain temps, les actes chimiques ou nutritifs dans les différentes cou- ches dont ces tissus se composent, de manière à distin- guer arbitrairement leur composition d’après la force chimique des fluides qui imprègnent ces mêmes couches osseuses. Ce raisonnement résulte des expériences con- tradictoires que j’ai faites; elles m’ont convaincu que toutes les colorations insolites de certains tissus étaient le résultat d’une action ou combinaison chimique, d’une 319 simple imbibition ou attraction moléculaire, phénomènes que j’ai pu vérifier et obtenir sur le cadavre comme chez les animaux vivants. Ainsi, dans une dissolution d’alizarine, ou dans une décoction de racine de garance, j’ai fait macérer compa- rativement des téguments, des portions de muscles, d’or- ganes parenchymateux, du tissu cellulaire, des os : ceux-ci seuls ont pris la couleur rosée caractéristique. Si l’immersion était peu prolongée, ces os offraient seu- lement une virole rouge à leur surface. Sciés avant de les plonger dans le bain rougi, ils étaient bientôt colorés en dedans comme au dehors; ce qui arrivait toujours en prolongeant l’immersion sur les os entiers. Je plaçais ensuite les mêmes os rouges dans un bain d’eau acidulée, alcaline, etc.; je ne tardais pas à obtenir une virole blanche à l’extérieur, c’est-à-dire l’expulsion d[e proche en proche de la coloration primitive : avec le temps, celle-ci était absolument éteinte de manière à simuler à volonté les expériences de Duhamel; et cela , sans composer ni décomposer en rien le tissu osseux qui reste certainement dans les mêmes conditions maté- rielles. La cyanose du derme mort, n’est pas moins remar- quable. J’ai donc fait macérer, comme pour les os, une portion de muscle, de tissu cellulaire, d’organes paren- chymateux, des os , enfin du derme dans une disso- lution de nitrate d’argent; le chorion seul a contracté la couleur ardoisée ou la cyanose, mais je n’ai pu la chasser comme la matière fugace colorante de la garance : celte ténacité est la même sur le vivant. SUR LA NUTRITION. 320 Ces actions diverses, dont on a tant parlé, sont ici réduites à leur juste valeur. Sans être mensongères, elles deviennent une source d’erreurs capitales par les déductions fausses qu’on en tire. Le voile, désormais déchiré, permettra enfin de découvrir les véritables prin- cipes des forces organiques, et les fautes dans lesquelles on est tombé en les méconnaissant ou en les interpré- tant mal. Des phénomènes identiques à ceux que je viens d’ex- poser brièvement, rendent raison comment il arrive que le tatouage de la peau reste indélébile quand il est formé par des agents qui conservent une action indes- tructible, tandis que beaucoup d’autres corps chimiques ne jouissent pas d’une force assez grande pour résister aux mouvements chimiques journaliers. Telle est l’action de la garance sur les os, tandis que la dissolution de nitrate d’argent s’imprégne dans le derme; car cet agent a pour celui-ci une affinité ou attraction comme la ga- rance pour les os, mais infiniment plus forte. Comme les autres naturalistes, Cuvier a forcé les interprétations physiologiques de la vie. Malgré le rem- placement journalier de la matière organique , dit-il, celle-ci n’y sera bientôt plus, elle est dépositaire de la force qui contraindra la matière future à marcher dans le même sens que la première. Mais pourquoi cette même force 11e marche-t-elle pas toujours? Pourquoi oublie-t-elle après la naissance ce fameux décret? Cet oubli ne fait-il pas développer cer- taines monstruosités, des vices de conformation, des aber- rations accidentelles sans nombre? Il est évident que l’on CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA NUTRITION. 321 a tout confondu dans la vie; la base, les moyens et les modes, les principes et l’exécution, les phénomènes pri- mitifs avec les phénomènes secondaires. On confond les moyens auxiliaires, surajoutés ou adjuvants avec les moyens créateurs ou primitifs. La nature ne nous mon- tre-t-elle pas cette double origine dans la création et l’é- volution des organismes? Les sources de la première constituent des transmissions de principes parfaitement indépendants de la deuxième; néanmoins, elles ont be- soin de s’harmoniser entre elles. Dans tous les cas, ne voyons-nous pas les formations secondaires qui prennent la place des premières , persis- ter également; non, parce qu’elles changent de principes, mais, au contraire, parce qu’elles les conservent. Je n’en voudrais pour preuve que les remarques fournies par les cyanoses accidentelles devenues indélébiles, comme nous en avons un exemple remarquable chez un habitant de cette ville. Depuis quinze ans, il ne prend plus de nitrate d’argent; néanmoins, son chorion reste généralement ardoisé. Si, comme je l’ai dit souvent, la décomposition était intégrale et incessante, la peau aurait bien repris sa couleur primitive ou naturelle. On ne peut pas dire que le tissu change sans perdre la coloration accidentelle, parce qu’il faut que celle-ci teigne quelque chose, le fond de l’étoffe; autrement, il n’y aurait rien. Dans le cas mentionné, la fixité de la teinte correspond à celle des tissus; tandis que dans les cas ordinaires, certaines ac- tions chimiques, peu tenaces, s’épuisent ou sont neutra- lisées plus ou moins promptement, comme l’action de la garance sur les os, sans que ceux-ci soient modifiés, 322 changés le moins du monde dans leurs molécules consti- tuantes. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES § <02. Le fait de la composition absolue du corps, dit Gri- maud, est un des plus importants de l'économie animale. « La matière nous échappe par un mouvement que rien ne peut ralentir; elle nous offre un sujet essentielle- ment mobile et changeant; le moi de l’animal subsiste, et l’ensemble de ses qualités se soutient d’une manière fixe et permanente, pendant un intervalle de temps assez long. « Si le corps de l’animal, considéré dans deux époques différentes de sa durée, ne contient pas dans la deuxième une seule des molécules qu’il contenait dans la première, nous voyons bien évidemment le peu de cas que nous devons faire des hypothèses modernes qui attribuent tout à la nécessité de la matière. » « Les substances animales, dit Dumas, tendent natu- rellement à la dissolution. Ce principe s’étend à toutes les parties du corps vivant. « L’état de vie empêche constamment que cette dispo- sition fâcheuse obtienne son effet; les réparations et les dépurations continuelles agissent dans ce sens. « Pour soutenir sa vie, pour entretenir le jeu de ses organes, il était nécessaire que le corps pût en même temps reproduire, changer, renouveler, corriger la matière dont il est formé. Ces divers actes se succèdent avec ordre et sans interruption. SUR LA NUTRITION. 323 « Les principes matériels s’échappent perpétuellement sous forme de transpiration ou de vapeurs insensibles. L’une des principales causes du changement, c’est le mouvement perpétuel dont les parties solides et fluides sont agitées. « Les débris les plus solides de notre organisation se trouvent dans les urines et toutes les liqueurs excrétées. La destruction des parties osseuses en est encore dans la coloration en rouge du principe calcaire des os, par la garance. « Si on étudie la nature des substances qui sont bri- sées et fondues avec les matériaux de différentes excré- tions , on voit clairement qu’elles se sont formées par le sédiment du sang qui les détache et les emporte en cou- lant à travers le tissu des organes. » Enfin, Dumas attribue à l’acte vital les dégrada- tions de toutes espèces qui surviennent dans les or- ganes , et qui sont occasionnées par tous les agents extérieurs. Il réduit à trois chefs principaux la résistance que le corps leur oppose : « 1° l’animal prépare, change et con- vertit en fluide nutritif les substances alimentaires ; 2° il perfectionne et purifie le fluide nutritif par de nouvelles élaborations dans le système vasculaire, et par l’action des organes sécrétoires ou excrétoires qui en séparent les produits hétérogènes ou nuisibles; 3° il fixe les molé- cules de ce fluide dans le tissu intérieur des organes, par une action propre à la nature de chacun, il en retient la partie surabondante dans un système chargé de la re- cueillir. » 324 En résumé : Je soutiens que l’organisation du corps doit son essence au non-renouvellement des organes ou tissus principaux qui le composent. J’ai observé que l’émanation, l’atro- phie se passent essentiellement aux dépens des parties communes ou susceptibles de se renouveler; la recompo- sition de celles-ci est facile, puisqu’elles tirent leurs prin- cipes des forces viviliantes. Pendant l’hibernation de certains animaux et les lon- gues abstinences, la nutrition, ou mieux les éléments de la circulation, sont pris aux dépens de ces mêmes parties qui semblent ainsi tenues en réserve. C’est une voie de salut que la nature a ménagée au règne animal : aussi voit-on les gibbosités graisseuses des chameaux s’épuiser avec la marche et l’abstinence, etc. Dans tous les cas, l’addition d’une substance quel- conque, ne prouve pas qu’il y ait renouvellement inté- gral, mais seulement aglomération plus grande ; phéno- mène qui se prolonge aussi longtemps que l’évolution organique, et doit être d’une durée immense pour cer- tains individus : par exemple, les cétacés, le baobab, dont l’accroissement dure pendant des siècles. L’évolution organique est formée d’un seul jet avant son point de départ dans le germe où éclatent les mani- festations de la vie. La vitalité fait naître l’évolution, et celle-ci prête bientôt son appui à celle-là; rien ne le prouve mieux que les monstruosités, les arrêts d’incu- bations vitales et les arrêts de développement organique ; ils s’excitent ou s’enraient réciproquement. Toute partie sécrétée est plus ou moins identique à CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES 325 celle qui l’a précédée, parce qu’elle émane du même principe qui reste un. J’ai prévenu la nouvelle formation des pattes d’écrevisses, en cautérisant les caroncules du moignon, opération qui désorganise et arrête l’innerva- tion nécessaire à toute évolution animale régulière, et peut-être l’organe sécréteur du membre, comme on prévient un nouvel ongle en détruisant sa matrice parti- culière. Une loi de la nature exige que tous les corps vivants rendent certains produits dont les éléments ont servi à entretenir leur vitalité ou leurs fonctions : ces produits se présentent sous forme gazeuse, liquide ou solide, comme les substances que ces corps absorbent dans l’as- similation respiratoire et nutritive; les parties plus ou moins fluides qui s’échappent par la voie des organes sécrétoires ou exhalants, regardées, ai-je dit, comme les débris de la machine animale ou du système de parties mobiles et sensibles, selon l’expression de Dumas; les physiologistes trouvent encore dans ce mouvement celui de purification des matières hétérogènes ou dissemblables qui sortent du corps. M. Bory de St.-Vincent trouve que tous les élé- ments des créations primitives se rencontrent dans les eaux de la mer, à laquelle les conchil'ères spécialement soutirent leurs différents sels pour les rendre à la terre sous des formes calcaires. Ce grand observateur pense avec Celsius que « les êtres organisés 11e semblent être doués de la faculté nutritive et organisatrice , en vertu de laquelle ils croissent et se perpétuent, que pour pré- parer durant la vie des augmentations au règne minéral. SIR LA NUTRITION. 326 Ainsi le fœtus de tout animal que soutient une charpente osseuse, ou le mollusque et le conchifère naissant, n’offrant dans leur état rudimentaire aucune trace de phosphate calcaire, doivent, en se développant, pré- parer une plus ou moins grande quantité de cette sub- stance, qu’à l’heure de la mort les uns et les autres rendront au sol. Ainsi, parmi les plantes, la prêle , avec ses aspérités rugueuses, les graminées avec leur enduit vitreux, le bambou avec son tabaxir, auront également préparé la silice. Tout végétal, tout animal devant laisser après lui, et pour reliques de son existence , une quantité quelconque de détritus appartenant au règne inorganique, peut donc être comparé à ces appareils que l’homme, rival de la nature, imagina pour chan- ger en apparence la substance des corps, et par les secours desquels il fait du verre avec des métaux, des huiles essentielles avec des plantes, et du noir d’ivoire avec des os. » ( Art. Mer, Vict, cl. d.n.) Une sécrétion ou exhalation constituerait donc une triple opération; 1° de vitalité propre ou spéciale à chaque organe ; 2° de purification ; 3° un mouvement de décomposition organique, celui-ci serait passif et le premier actif; le deuxième tiendrait le milieu , se lierait à l’un et à l’autre. Je prends la permission de dire combien ces divisions se choquent et prouvent le malaise de la science. Un acte éclatant de vie qui exige certaines conditions orga- niques pour s’accomplir, en un mot, une spécialité d’action, forme une manière d’être qui réclame des principes trop fixes et déterminés, pour lui accoler en CONSIDÉRATIONS GENERALES SUR LA NUTRITION. 327 meme temps un double effort, d’autant mieux que la purification peut être chimique, passive et doit avoir lieu dans l’organe. Je demande quelle partie celui-ci devra rejeter, si les combinaisons chimiques ou molé- culaires s’harmonisent et restent unies ? N’cst-ce pas ces dernières qui décident l’expulsion ou l’abandon des principes hétérogènes , du moment ou l’affinité se perd, n’existe plus entre eux et les principes organiques? L’or- gane n’accepte-t-il pas, malgré lui, les combinaisons chimiques qui lui sont présentées, ainsi que le prouvent les phénomènes concomitants de l’absorption et de la nutrition ? Sans doute, m’observera-t-on, l’acte vital accumule sur l’organe des dispositions, des conditions déterminées, provoque un tact particulier, que nos sens ne peuvent analyser. Mais nous avons jugé que l’action viscérale se détache de l’action chimique. Celle-ci n’est-elle pas, ainsi que je l’ai démontré, indépendante de la vie ? Elle s’exerce en dehors de ses forces, autrement la vie ne manquerait pas de repousser les substances hétérogènes, tandis qu’elle en subit les conséquences , quelles qu’elles puissent être. Le prétendu mouvement de purification est un acte forcé d’abandon, parce que les forces chimiques orga- niques doivent ou ne doivent pas se servir de certains éléments qui leur sont amenés ; de manière que les traces du troisième mouvement ou de décomposition organique renfermeraient seulement les substances relâ- chées par les organes , parce que ces substances n’ont pas trouvé d’affinité moléculaire assez grande, ou 328 CONSIDÉRATIONS GENERALES qu’elles l’ont perdue, par suite d’actes chimiques nou- veaux inhérents aux mouvements de la vie , aux impul- sions qu’elle reçoit de l’extérieur. En effet, ces derniers peuvent produire d’autres principes qui décomposent les premiers venus ou leur font lâcher prise. C’est ainsi que les colorations artificielles s’effacent, que certains élé- ments introduits dans l’économie cessent d’y rester, sans que cette rotation annonce un mouvement intégral dans la composition organique, ou démontre une dégradation incessante de la machine organisée qui n’est point chan- gée, lors meme qu’elle est entourée de combinaisons chimiques variables, car très-souvent celles-ci restent malgé le tourbillon de la vie. Les objections les plus spécieuses qu’on pourra me faire seront relatives aux fonctions nutritives, au travail de l’assimilation, à la croissance, aux sécrétions et aux résultats de certaines lésions qui sacrifient en apparence tous les tissus. J’ai prévu quelques-unes de ces objec- tions , les autres trouveront leur réponse autre part. Ainsi le travail morbifique qui parvient à former si- non des organes parfaits , au moins certains tissus ana- logues à ceux de la nature, (vaisseaux, membranes, ligaments , cartilages, os , ) ne prouve pas que celle-ci procède au renouvellement journalier de scs tissus ou organes. Il en est de même de la destruction, de l’usure d’un organe ou tissu, formation et annihilation insolites, qui sont des actes morbifiques exceptionnels, pour lesquels la nature ne crée rien sans un surcroît ou une modifica- tion d’action. Les phlogoses démontrent celte action, SLR LA NUTRITION. 329 leurs produits annoncent ce qu’elles peuvent faire, mais il ne faut pas toujours attribuer à certaines lésions, des modifications conlexturales. La santé exige donc qu’un certain équilibre existe entre les états anatomiques et physiologiques de nos organes , ou autrement dit, entre les forces organiques, les forces vivifiantes ou extérieures, et les forces réac- tives ou vitales qu’il nous reste à examiner. 330 DES FORCES VITALES CHAPITRE X. DES FORCES VITALES OU RÉACTIONS DES PRINCIPES ANIMÉS. S 103. Les forces vitales sont aux organismes ce que sont les forces physiques et chimiques aux autres corps qui composent la nature morte. De même que la dynamique ou force matérielle existe à plusieurs degrés, selon les individus, de même les forces invisibles ou propriétés vitales, parcourent une échelle plus ou moins étendue. Pour nous, l’étude des unes et des autres est tout-à-fait inséparable , car elles marchent ensemble dans le même tout : la mort seule les sépare. Alors l’organisation change de nature et d’éléments ; les dépouilles de la vitalité organique sont mises à profit par d’autres exis- tences. Le souffle animé s’exhale pareillement pour une autre vie ; car il est admis que rien ne s’égare dans les créations connues, toujours héritières les unes des autres. Cette espèce de métempsycose , ou passage d’une vie dans une autre, s’elTeclue journellement sous nos yeux. OU RÉACTIONS DES PRINCIPES ANIMÉS. 331 Des montagnes entières doivent leur formation au détritus de certains animaux. La vitalité particulière de la terre s’approprie tous les corps qui s’éteignent ; c’est ainsi que la géologie se rattache mèdiatement à la vie organique , elle donne à penser que si la terre est faite pour nourrir et porter les organismes, ceux-ci pa- raissent tout aussi bien créés pour celle-là. On peut donc avancer sans hérésie que la multiplicité d’animaux et de végétaux qui couvrent le globe , ont une fin néces- saire à la vie inconnue de notre planète. Voyez ces plages inhospitalières , une sorte de néant les recouvre; elles attendent peut-être à leur tour cette vitalité la- tente qui marche avec les organismes chargés d’entre- tenir et d’accroître celle de la terre, au moins à sa surface. Les races qui vont s’éteindre chaque jour dans son sein, témoignent que pour elle la mort fut un besoin; les matières animales déposent ainsi dans le sol les hases de leur organisation, elles servent, ainsi qu’on l’a exprimé , à alimenter les sels phosphoriques répandus inégalement dans le sein de la terre. On peut dire que les principes constituants de la vie ne sont pas changés après la mort. Les lois physiques et chimiques s’emparent de la masse jadis animée, obéis- sant aux mêmes forces, tandis que l’essentialité de la vie s’en sépare pour rester ce qu’elle était , un secret, La destinée de la matière périssable devrait suffire pour éclairer l’homme sur le sort de son âme ou prin- cipe immatériel ; puisqu’elle était tout ici-bas, elle doit obtenir une égale distinction quand elle l’abandonne. 332 Chaque élément triœcique de la vie retourne à ses prin- cipes. Nous connaissons les deux premiers, serait-ce une raison pour douter du troisième que nous ne con- naissons pas , mais dont nous apprécions les effets mer- veilleux? Le scepticisme tombe devant l’appréciation des phénomènes que je mentionne. La mort n’est point une extinction totale , mais un changement complet qui ren- voie chaque chose à sa source. Les décrets de la nature parlent ici assez haut pour le comprendre. J’invoque donc les seuls témoignages physiques, les seuls de mon ressort, mais aussi les moins irrécusables. J’abandonne aux métaphysiciens toutes les notions psychologiques, qui ne sont point de mon ressort. Les traditions de notre histoire peuvent se perdre, mais il restera tou- jours à l’homme assez de raison pour retourner ses mé- ditations sur lui-même, et découvrir dans les empreintes qu’il porte le sceau d’une puissance immortelle. À cet égard la science du sauvage peut être aussi profonde et vraie que celle du savant, du philosophe. Les naturalistes et les métaphysiciens n’ont pu mécon- naître dans les organismes ces manifestations actives et latentes qui les caractérisent. Mais s’ils se sont entendus pour signaler les dépendances de la vie, dévoiler sa présence dans toute organisation en activité , il s’en faut de beaucoup que tous ces hommes aient apprécié de la même manière l’action et la nature du principe vital. Ici, il a ôté restreint aux mouvements matériels, au- tomatiques ; là, il sert seulement d’instrument à un autre principe occulte dominateur. Alors, les philo- sophes dont je parle oublient de contempler autre chose J ES FORCES VITALES que l’organisation, ou n’étudient que la vie dans ses manifestations spirituelles ou insaisissables. Mais doit-on, dans une élude aussi sévère, oublier quelque chose, et celui qui s’y livre ne serait-il pas bien coupable ou in- juste , en osant se prononcer sur une question qu’il n’a point envisagé de tous les côtés et sous tous les rapports? Combien d’hommes s’intitulent légèrement matérialistes ou vitalistes ! Aux premiers , je dirai, examinez le mé- canisme, l’ordre physiologique des créations. Leur fin dans ce monde n’est pas tout, puisque la matière orga- nique profite à quelqu’un , même à la terre après la mort ; il est certain que le souffle , l’esprit du Créateur qui nous animait et gouvernait notre libre-arbitre , doit lui être rendu. Pouvez-vous contester qu’un principe latent n’existe pas en nous, indépendamment de la masse organique et des puissances vivifiantes exté- rieures? Voyez ce qu’il résulte après l’extinction de la vie, à quoi se réduit l’ancien gîte complexe, si bien préparé des principes pour lesquels cette demeure a été construite. Les corps appelés inertes appuient invinci- blement ces simples remarques , et contrastent par leur silence de mort avec les mouvements de la vie. A certains animistes, je répondrai que souvent Y Ecri- ture est plus scientifique que leurs doctrines; j’invoque la Genèse dans ce but. Ne fallait-il pas que le Créateur préparât un logement à l’espèce de vie, au principe animant, à l’âme , ou aux qualités qu’il voulait donner tout à la fois à la matière et aux fonctions vitales? Comme il existe des espèces organiques innombrables et autant diversifiées, que leur corps occupe un rang OU RÉACTIONS DES PRINCIPES ANIMÉS. 333 334 infiniment variable, sous tous les rapports, il est natu- rellement prouvé que les créations doivent être classées selon leur importance et leur organisation. Le chemin de la science conduit également à la contemplation divine et plus encore à l’interprétation rationnelle de ses oeuvres. La position de l’homme est unique , puisque lui seul jouit pendant sa vie des distinctions supérieures assurées à son corps et à ses facultés. « Selon l’ordre de la Providence, le régne animal produit d’éléments divers, spirituels et physiques, marche sous l’influence d’une force de la nature et de la raison , dans la carrière immense de la vie du monde. Chaque organisme se forme d’après ses éléments inté- rieurs et ses rapports avec ce qui l’entoure, puis se manifeste dans une loi, sous une forme qui sont dépen- dantes l’une de l’autre, car ici rien n’appartient au hasard. » (Ritter, Gëograph. générale comparée.) DES FORCES VITALES § 104. Chercher à établir qu’un principe animant existe avant que les bases de l’organisation fussent posées, c’est vouloir jouer d’un instrument avant de le possé- der. Aussi je ne crois point m’écarter de la vérité et de la raison, en disant que tout principe de vie, quelque soit le nom qu’on lui donne, ne doit se montrer qu’en second lieu , lorsque son logement est prêt ou convenu. Ainsi la graine , l’ovule , l’œuf, certains éléments molé- culaires amorphes réservés aux naissances spontanées , OU RÉACTIONS DES PRINCIPES ANIMÉS. 335 attendent plus ou moins longtemps le principe vital, ou mieux les réactions vitales. Chez la plupart des animaux, cette attente est moins longue , parce que les germes sont plutôt vivifiés par les éléments extérieurs, soit qu’ils viennent directement du dehors, soit que la mère serve d’intermédiaire. Alors seulement éclosent les forces ou manifestations vitales destinées à jouer des rôles si importants dans les créa- tions organiques. Ici, la prééminence ressort des soins et des attentions minutieuses, avec lesquelles l’Auteur de toutes choses a posé les hases de chaque organisation , selon son emploi dans ce monde. Ne préexistant point, les forces vitales, le principe animant ne doivent donc point commander aux molé- cules organiques, car les facultés de celles-ci doivent suivre et non précéder les mouvements organisateurs. C’est aux forces organiques ou physico-chimiques , animées par les puissances vivifiantes extérieures ou ambiantes, qu’il faut reconnaître le pouvoir hérédi- taire, toujours transmis par les générations successives, de prendre des formes voulues et arrêtées. Tous les spiritualistes, c’est-à-dire la majorité des hommes, reconnaissent dans le corps des êtres organisés, un principe, une action tout-à-fait indépendante de lame, puisque les facultés de celle-ci ne peuvent comman- der aux mouvements organisateurs. Ainsi, il va sans dire que les végétaux n’ont point dame; et cependant ils vivent, ils se développent comme nous, parce que les mêmes actions physico-chimiques s’y passent, et 336 que les mêmes opérations provoquent (les mouvements comparables. Ce qui n’empêche point de soutenir que les mani- festations de vie, quelles qu’elles soient, ne peuvent éclater qu’après une base préétablie et que les puis- sances vivifiantes peuvent aussi agir sur elle. Sous ce rapport, toutes les organisations doivent être consti- tuées sur des principes conformes. En parlant des forces génératives ou organiques, j’ai cherché k démontrer que les mouvements organisateurs obéissent à des principes fixes inhérents à la matière organique en activité ; c’est-à-dire lorsqu’elle est vivi- fiée convenablement par les puissances extérieures. Car les principes vitaux les plus élevés ne sont point chargés de diriger le corps, puisque les éléments primitifs doivent être préparés pour les recevoir. C’est pourquoi l’idiot peut posséder un aussi beau corps que l’homme le mieux partagé sous les rapports secrets ou vitaux. La science a reçu ainsi le reproche de ne pouvoir toujours démontrer les différences qui séparent l’état anatomique de ces deux hommes comparables, et néanmoins si différents. On attribue communément aux forces vitales ou au principe qui les met en jeu la faculté de donner plus ou moins d’intensité à l’accroissement ou au décroissement de l’individu. Mais ces forces occultes sont subordonnées elles-mêmes à l’état organique dont le degré d’activité, de développement ou de force décèle la puissance. L’exercice organique s’épuise par son propre mou- vement et trouve justement un terme, parce que les des forces vitales OU RÉACTIONS 1)ES PRINCIPES ANIMÉS. 337 rouages de la machine ne changent point, les pro- priétés ou manifestations vitales étant soumises aux or- ganes dont l’arrêt d’action décide ordinairement la mort. En effet, les forces vitales répondent à l’organisation, à la spécialité de structure qui engendre des modifica- tions particulières dans la vitalité. Les physiologistes considèrent le principe vital, tour- à-tour comme principe régulateur, sensitif, moteur ; mais s’il est modifié par l’organisation, l’état sain ou maladif, il s’associe donc bien à la matière, partage ses conditions, sa destinée. Nous aurons lieu d’établir à cet égard des idées moins vagues, moins incertaines, si on admet que toute ma- nifestation vitale est une force acquise, qui ne devient individuelle, n’apparaît dans les germes ou ne se main- tient dans les organes, que lorsque les forces vivifiantes lui prêtent leur appui. Le principe vital des auteurs dort éternellement lorsqu’il n’est pas réveillé par les forces physico-chimiques qui se développent pendant l’incuba- tion des germes. C’est ainsi, dit-on ,, que l’œuf et la graine peuvent le recéler fort longtemps ; mais ces ma- tières restent des corps sans activité jusqu a ce que les puissances extérieures ou transmises dans le sein ma- ternel , fondent le trépied de la vie sur lequel repose la destinée du nouvel individu. Alors seulement la vie éclot à mesure que les forces ou manifestations physico- chimiques s’introduisent dans les germes. La vie et ses phénomènes résultent effectivement de la combinaison des tr?is puissances que j’ai mentionnées; l’une ne peut rien sans l’autre, la lésion ou la mort succède à l’in- 338 terruption de l’une d’elles. C est ainsi que l’avortement de la vie survient lorsque le contingent réciproque manque. Comme les forces organiques ou moléculaires gardent leurs principes constituants primitifs, qu’elles ne sont alimentées et soutenues qu’autant que les forces chimiques auxiliaires ne font pas défaut, il suit d’une pareille disposition que les rouages organiques s’usent et vieillissent par leur propre jeu , ou s’arrêtent lorsque l’incitation dont ils ont besoin n’est pas convenable ou insuffisante; aussi, la vie est-elle destinée à s’éteindre plus tôt ou plus tard, selon l’espèce de vitalité et l’en- tretien qu’elle est susceptible d’exiger. Pendant l’incubation des germes, les propriétés vitales éclosent insensiblement avec les principes des organes qui y sont infusés. . Les matières organiques prêformêes ne sont pas tou- jours amorphes ab ovo. Dès cette époque, la graine pré- sente au microscope les corpuscules qui vont fonder le végétal. Chez les animaux, au bout de peu de jours de l'incubation, la même disposition se remarque ; les pro- priétés organiques suivent une marche progressive tout le temps que dure l’accroissement; la vitalité n’est pas toujours en raison du degré de développement, mais en raison de l’organisation spéciale de l’individu ou de la partie. Ainsi, il y a beaucoup plus de vie proportionnel- lement dans un petit individu que dans un grand, chez certains sujets que chez d’autres. D’après une loi physio- logique, l’économie animale ne possède qu’une quantité donnée de forces vitales ; celles qui sont en plus d’un côté se trouvent en moins de l’autre : un juste équilibre est DES FORCES VITALES OU RÉACTIONS DES PRINCIPES ANIMÉS. 339 rare; les principes de la révulsion médicale sont basés sur cette remarque : voilà pourquoi la chaleur du corps se maintient à-peu-près au môme degré dans l’état na- turel, et augmente localement avec l’exaltation des pro- priétés vitales. Ainsi chaque organe jouit de ses facultés ou propriétés particulières; disposition qui assure l’ordre, la constance dans chaque fonction organique, et caractérise les apti- tudes spéciales aux nombreuses espèces d’animaux, mal- gré que les vitalités soient formées d’éléments soutirés à des principes analogues. § 105. Plusieurs physiologistes attribuent exclusivement à l’affinité moléculaire les phénomènes des propriétés oc- cultes ou vitales, considérant la mise en jeu de cette affinité ou attraction comme le premier mobile de toute manifestation d’activité vitale ; mais la réaction de celle- ci imprime à son tour une action puissante sur les phé- nomènes physiques; c’est ainsi que les ébranlements moraux, les transmissions toute de sensibilité, communi- quent à certains mouvements moléculaires ou organiques des participations incontestables. Qui ne sait combien est grande l’influence des mouvements de l’ame assez puissants pour se trahir par des démonstrations absolu- ment physiques? Il n’existe point de sensibilité dite vitale, dit M. Four- cault, mais une sensibilité purement physique qu’il rapporte à des courants électriques et à des actions 340 moléculaires dont le système nerveux est le siège. Mais les opérations physico-vitales constituent des phé- nomènes nécessairement combinés, connexes chez tous les êtres vivants, et viennent se confondre dans toute manifestation d’activité. « Il y a grande apparence, dit Cuvier (Ilist. des pro- grès des Sc. nat.), que c’est par un fluide impondérable que le nerf agit sur la fibre, d’autant plus qu’il est bien démontré qu’il n’y agit pas mécaniquement. L’histoire naturelle est une science dont l’objet est d’employer les lois générales de la mécanique, de la physique et de la chimie à l’explication des phénomènes particuliers que manifestent les divers corps de la nature. « Le physiologiste fermerait les yeux à la lumière, s’il refusait d’admettre l’influence des lois physiques dans les fonctions vitales. » On sait queM. Matteucci, en retirant des étincelles de la torpille, a trouvé dans ce phénomène une identité avec le fluide électrique. L’agent nerveux et le fluide électrique ont ici la même origine, occupent le même siège, puisqu’ils procèdent l’un et l’autre d’un même appareil organique ; ils viennent évidemment con- fondre leur action. D’ailleurs, la torpille commande à son appareil électrique des mouvements qui éclatent con- jointement avec les contractions musculaires : cette double opération décline la puissance existante et l’espèce de manifestation d’activité qui lui correspond. Ces deux phénomènes pourraient-ils avoir une source differente, puisqu’ils se résolvent dans le même acte? Au reste, pour la torpille, son appareil électrique est une arme défensive et offensive puissante; elle remplace DES FORCES VITALES OU RÉACTIONS DES PRINCIPES ANIMÉS. 341 certaine sécrétion accordée à plusieurs animaux pour faire fuir leurs ennemis. Le principe éthéré ou aérien, le pneuma des anciens, était généralement regardé comme étant le fondateur de la force vitale. Nos ancêtres avaient senti la nécessité de le dichotomiser en deux forces : l’une, ou l’air vital, pour agir sur le cœur; l’autre, pour agir sur le cerveau deve- nant le pabulumde l’ame. Ainsi le fluide subtil présidait à toutes les fonctions de l’économie animale. La vie étant calquée sur elle-même, les mêmes prin- cipes la constituent et la représentent toujours. Elle ne dégénère donc pas malgré l’influence changeante des éléments extérieurs. Les fonctions assimilatrices ou de la vie organique, disent les partisans de Bichat, commencent avant celles de la vie animale et finissent après. L’assimilation ne constitue, dans le fait, qu’une opéra- tion chimique; elle s’exerce sous la protection et sous l’action des forces fondamentales de la vie, confondues entre elles, puisqu’elles concourent au même acte. Sortez la force, appelée animale, vous aurez un vase inerte dans lequel la fermentation peut encore se faire, si les forces chimiques y pénètrent; mais après cela, vous n’au- rez plus rien que des phénomènes d’imbibition chimique ou cadavéreuse. On ne doit point diviser, comme je l’ai dit, les forces organiques de la vie, mais reconnaître des propriétés ou fonctions plus ou moins différentes qui désignent leur activité particulière. Bichat soutient que les fonctions de la vie animale sont 342 DES FORCES VITALES nulles chez le fœtus, mais que chez lui les mouvements locomoteurs dépendent de la vie organique; or, si les impulsions peuvent partir également des deux vies, la démarcation entre elles est impossible à établir. On sait que Bichat a été obligé, pour étayer son système phy- siologique, d’avancer que tout ce qui appartient aux relations extérieures est du domaine de la vie animale ; tandis que les phénomènes, qui sont relatifs aux passions, partent de la vie organique. Cette explication suffit pour prouver que tous les mou- vements vitaux se lient et s’enchaînent. Le célèbre Bi- chat oubliait en écrivant l’histoire de ses deux vies, que leur démarcation est souvent rompue pendant la maladie; or, celle-ci est encore de la vie, de la vie troublée, per- vertie, changée, j’en conviens, mais l’individu qui la supporte vit encore des memes éléments. Assez fréquem- ment des manies, beaucoup de déterminations morales ou physiologiques, sont provoquées par des lésions vis- cérales éloignées. Le cerveau n’étant plus le maître de ses mouvements, pourrait donc être assimilé alors aux autres organes splanchniques, à ceux, en un mot, que dirige la vie végétative ou organique ? La pathologie oblige souvent à défaire le canevas sur lequel la physiologie brode ses dessins. En quoi diffère la vitalité du cerveau d’un homme en délire, d’un exta- tique, de certains insensés, de celle d’un homme dans des conditions physiologiques ordinaires? Les voûtions perverties tenant à un changement de sensibilité, à une exaltation vitale, n’elfacent et n’ajoutent rien, mais dé- notent la puissance de la vie. C’est l’image du tendre OU RÉACTIONS DES PRINCIPES ANIMÉS. 343 enfant qui obéit aux mouvements instinctifs ou commu- niqués; toutes ses fonctions suivent l’impulsion organique; dira-t-on pour cela, que la vie animale est nulle chez lui? Les convulsions produites par la moindre cause décou- vrent l’accord organique caché sous des manifestations liées dans un ensemble de parties et de fonctions séparées, mais étroitement conjointes pour former une vitalité spéciale ; ou, si on aime mieux, un organisme particu- lier, car chacun renferme les degrés de développement que comporte sa position dans l’échelle animale. § 106. Certainement, il existe une différence d’organisation et de fonctions entre les nerfs cérébro-rachidiens et les nerfs ganglionnaires, tout comme il en existe dans les nerfs censoriaux entre eux; mais l’étude des centres ner- veux est inséparable, les phénomènes de l’inervation le commandent. On ne peut bien les interpréter qu’à cette condition. Ainsi, dans certains déplacements de la sen- sibilité, ou dans ses aberrations, on serait conduit à tout confondre, parce que l’organisation fondamentale et la fonction semblent s’opposer à ces modifications fonction- nelles qui laissent de prime-abord l’impression du sur- naturel et du merveilleux dans l’esprit de celui qui les envisage; mais le médecin physiologiste ne doute point que ces aberrations de sensibilité constituent l’essence de ces névroses qui transportent la sensibilité, dite animale, sur des organes ou sur les nerfs placés sous l’influence de la vie appelée organique, aut vice versâ. 344 Certaines personnes pourront objecter à ces assertions, que le sentiment ne répond pas toujours à la manifesta- tion , et celle-ci à celui-là ; mais il suffit d’établir ces es- pèces de rétroversions sensoriales pour prouver que les égarements de la nature engendrent des phénomènes qui déroutent la palhognomonie ordinaire de l’état de santé. Au sujet qui m’occupe, se rattachent essentiellement les phénomènes de l’inervation; devant m’en occuper plus tard, je dirai seulement que la classification la plus lucide, la plus naturelle du système nerveux, nous a été donnée par M. de Blainville. Tout est anatomisé à sa place, étudié dans ses justes rapports de composition, de développement et de fonctions. Observons bien que les actes de l’incrvation ne proviennent pas d’un principe unique, les caractères statiques sont impuissants pour en découvrir les sources; mais au moins l’anatomie nous démontre que le même nerf a souvent des usages divers accommodés à l’organisation de l’animal. Depuis Gall, on est convenu d’appeler ganglions les masses ou renflements du système nerveux; en cette qualité, ils forment des centres d’activité percevante, tandisque les nerfs ne sont que des agents de transmis- sion qui font communiquer un ou plusieurs ganglions ensemble : ainsi se lient et s’enchaînent les fonctions nerveuses qui se succèdent et se remplacent souvent. Les expériences de MM. Magendie et Dumoulins dé- montrent que les nerfs, dits du mouvement, et ceux de la sensibilité ont entre eux des relations qui éclatent plus fortement encore dans l’état pathologique. Je ferai une remarque plus importante encore, c’est DES FORCES VITALES que le grand sympathique est remplacé chez certains poissons par les nerfs de la vie animale, qui président en même temps aux fonctions nutritives. Selon quelques anatomistes, la contexture ou les dis- positions organiques des molécules constituantes n’en- gendrent pas absolument l’état physiologique spécial, de manière que les fonctions ou propriétés vitales résul- tentd’un droit organique, quel que soit l’état anatomique, pourvu que la fonction puisse s’accomplir encore. J’ai spécialement eu lieu de m’en convaincre dans les chan- gements de dispositions anatomiques survenus dans le cerveau, chez des sujets atteints d’hydrocéphale chroni- que ; malgré le déploiement des circonvolutions cérébra- les , l’écartement extrême des ventricules, les individus conservaient souvent jusqu’à la fin l’intégrité de leurs facultés intellectuelles et sensoriales. Je citerai entre au- tres l’exemple d’une fille de quatorze ans, morte à l’hos- pice de la Charité de Lyon, en 1812, qui montra à l’au- topsie un cerveau réduit en une poche lamelleuse, par suite de l’accumulation lente d’une quantité énorme de sérosité (14 livres) ; cette jeune fille était môme douée d’une certaine capacité intellectuelle, et jouissait de toutes les voûtions ordinaires ; le poids de la tête finit par y mettre obstacle. Dans l’état naturel, chaque série animale renferme donc dans ses organes le cachet vital qui lui est relatif, nonobstant leur état matériel, foncièrement le même. Les mouvements organiques involontaires ne se passent point de l’influx nerveux, mais obéissent à la vitalité générale que l’inervation entretient ; comme dans les OU RÉACTIONS DES PRINCIPES ANIMÉS. 345 346 DES FORCES VITALES mouvements automatiques, les fonctions occultes de la nutrition, des sécrétions qui échappent à la conscience de l’individu. Les stimulations spéciales provoquent aussi les réac- tions organiques particulières qui mêlent leur action vitale ou physico-chimique propres à l’inervation géné- rale , sans mettre en jeu la sensibilité qui préside aux mouvements volontaires. Ces sortes d’excitation, en ré- veillant seulement certaines réactions organiques , sol- licitent quelquefois les phénomènes physico-chimiques qui en dépendent, plutôt que les phénomènes de la sen- sibilité ou purement vitaux. D’autrefois c’est le contraire; alors les manifestations qui en résultent sont susceptibles d’offrir toutes les différences qui les distinguent isolé- ment. § 107. lîe l’excitabilité. L’excilabilitè est cette aptitude organique confondue avec la vie, qui rend les organes impressionnables aux agents ou sollicitations du dehors, et les placent dans des conditions convenables pour réagir ou produire des excitations spontanées, déterminant certaines manifes- tations relatives aux fonctions organiques particulières. Quoique variable , selon les tissus ou organes, l’excita- bilité est partout entretenue par la nutrition qui porte avec elle toutes les conditions nécessaires à l’universalité des organes, avec les matériaux et l’impulsion dont ils ont besoin. OU RÉACTIONS DES PRINCIPES ANIMÉS. 347 Mais aussi on peut dire que sans excitabilité la nutri- tion languit, se trouble et serait bientôt empêchée, comme dans certains états maladifs. M. Yirey (Art. Vie du U. D. Sc. méd. ) demande aux successeurs de Bicliat, s’ils affirment que les facultés de sentir et de se contracter, appartiennent essentielle- ment à la pulpe nerveuse, au tissu musculaire, en quel- que état que soient ces parties , après la mort générale par exemple, et si la chair dépecée, cuite, bouillie, décomposée, ne laisse pas de posséder intrinsèquement des propriétés contractiles et sensibles ; en un mot, s’ils admettent que la matière ait le don de sentir et de sc contracter par elle-même, quoiqu’elle ne manifeste ses propriétés que dans un certain état d’organisme ? « On ne peut point dire, ajoute-t-il, que les attributs « de sentir, de se contracter soient essentiels aux par- « ties matérielles de notre corps, car nous les voyons « cesser à la mort. » M. Virey et plusieurs de ses partisans confondent les propriétés physiques ou de tissus que possèdent les subs- tances animales, quoique dépourvues de vie depuis longtemps, avec les propriétés vitales qui résultent du jeu naturel des organes : on sait que la réaction ou la force de vie est moins durable que ceux-ci, leurs pro- priétés vitales doivent s’éteindre avant eux. M. Yirey n’ignore point qu’elles n’ont pas la même intensité dans tous les organes, qu’elles dilfèrent selon les diverses espèces d’animaux. Aussi, les conclusions de cet auteur sont-elles exagérées et nullement concluantes, quand il dit : « Des tortues, des grenouilles subsistent plusieurs 348 « jours et même des semaines après l’extraction de leur « cervelle; des animaux plus inférieurs, des vers de « terre finissent par régénérer leur tête amputée, donc « le cerveau n’est point le siège de la vie, de Famé, « comme on l’a dit ; et combien de zoopliites, combien « de plantes qui se passent de tète ! » Ainsi que je l’ai dit, les boutures de vers qui forment ensuite des individus complets, prouvent l’organisation simple et uniforme du corps entier de ces animaux. La tortue vivant des mois sans nourriture, dans une espèce d’hibernation, possède une langueur de nutrition en rapport avec ses mouvements vitaux; elle peut bien conserver longtemps des propriétés végétatives après l’extraction de sa cervelle. L’étude de l’anatomie et de la physiologie comparées n’est pas non plus dans toutes les têtes. Bulfon exprime une grande pensée lorsqu’il dit que la connaissance de l’homme serait plus incompréhensible, si les animaux nous manquaient; ils servent, en effet, comme de rayons pour monter lechelle de la vie audes- sus de laquelle l’espèce humaine se trouve placée. Brown fut un des premiers physiologistes qui comprit mieux l’enchaînement des phénomènes actifs de la vie et la participation des agents extérieurs sur ses manifes- tations , l’influence des aliments et des boissons, de l’air et des fluides impondérables qu’il renferme. Les puissances ou forces qui constituent la vie sont effectivement de deux sortes : les unes intérieures , pro- pres aux molécules organisées ; les autres viennent du dehors solliciter leur action, en apportant de nouveaux DES FORCES VITALES OU RÉACTIONS DES PRINCIPES ANIMÉS. 349 matériaux, afin que la stimulation organique ne péri- clite pas , et pour fournir les éléments nécessaires à cer- taines conditions organiques. Mais Brow n ne s’est pas suffisamment occupé de l’ac- tion intime des puissances incitantes sur l’économie, de la conservation des forces , de leur réparation par- tielle, spontanée; car cet auteur envisageait tous les jeux de la vie comme étant sous l’influence directe des agents ou stimulants étrangers. Ce qui est généralement vrai, mais cela n’empêche point que les lois de la vita- lité s’administrent cependant d’elles-mêmes, obéissent à des forces spéciales, lors même qu’elles ne peuvent longtemps marcher seules; aussi les puissances exté- rieures viennent-elles se confondre, dans leurs effets, avec les éléments des corps organisés; la manifestation et la durée d’activité de ceux-ci ne se maintient qu a l’aide des premiers. Nous avons vu que les puissances extérieures incitan- tes peuvent se diviser en physiques et en chimiques : elles sont représentées par l’air et les fluides impondéra- bles , les aliments et les boissons. Toutes les forces et fonctions organiques s’entretiennent à l’aide des agents tirés de ces différentes classes ; c’est-à-dire que les ma- nifestations vitales s’appuient sur eux, et nécessitent leurs secours continuels. Ces raisons avaient paru à Brow n assez remarquables et suffisantes pour s’occuper exclusivement des puissances incitantes, tout à la fois chargées de conserver la vie et de lui fournir les maté- riaux nécessaires à l’accomplissement des nombreuses opérations qui se passent en elle. Dans d’autres occa- 350 sions , nous aurons lieu de revenir sur les questions fondamentales qui se rattachent à ce sujet et qui ont fait écrouler le système de Brown , immanquablement resté debout s’il avait mieux interprété les phénomènes secrets de la vie, et vu dans les actes des puissances incitantes, non une transformation matérielle organique intégrale, mais certaines actions partielles communes, cachées dans les principes des matériaux journellement appor- tés. Parmi ceux-ci, comme nous l’avons vu, quelques- uns restent assez longtemps pour faire croire à leur identification avec les organes, et n’ont pas peu servi à faire admettre l’opinion singulière que ces mômes ma- tériaux leur donnaient immédiatement naissance. Les puissances extérieures ou incitantes de la vie se combinent tellement ensemble, qu’il n’y a point de force physique proprement dite sans action chimique , aut vice versâ. Les moyens thérapeutiques roulent sur des puissances identiques ; quelques-uns réagissent plus ou moins im- médiatement sur les forces ou manifestations vitales, soit qu’ils opèrent directement sur la sensibilité ou l’état moral de l’individu, soit qu’ils agissent primi- tivement sur les forces organiques. Je ne parle actuel- lement de ces phénomènes que pour relever et considérer dans son ensemble toutes les opérations de la vie ; car les ressources de la médecine ne forment et ne doivent former une exception dans les forces ou puissances in- citantes de la vie. Celles-ci peuvent être communes, habituelles, particulières ou exceptionnelles, sans sortir des memes catégories. Toute puissance qui met la vie DES FORCES VITALES OU RÉACTIONS DES PRINCIPES ANIMÉS. 351 en mouvement a donc une part plus ou moins grande sur les opérations de la vitalité. Tous les actes qui accompagnent la nutrition obéis- sent à l’influence des forces physico-chimiques, prépa- rées pour la vie et combinées avec elle ; les expériences de M. Magendie ne combattent point cette association. J’ai dit que les influences extérieures doivent né- cessairement précéder l’arrivée des principes vitaux, puisque ces derniers s’appuient et vivent de celle-là. Les incubations intrà et extra-utérines trouvent ai> dedans et au-deliors les mêmes éléments protecteurs qui remplissent médiatemcnt ou immédiatement le but de la nature. Si la vie marchait à l’aide de ses seules forces, qu’elle eût sans cesse à lutter contre des agents qui lui fussent étrangers, dont elle ne se servît jamais, on pourrait comprendre le combat journalier dont parlent les physiologistes , entre la vie et les corps ambiants, tandis qu’il y a aide et secours, en raison de l’aptitude spéciale des organismes, à ressentir l’influence des agents extérieurs , sous le nom d’excitabilité. Les végétaux et les animaux en sont pourvus, cette pro- priété s’éteint avec l’existence. Les organismes offrent divers degrés d’excitabilité, selon les tissus et surtout selon l’espèce organique. Cette propriété étant inhé- rente à la vie, les puissances physico-chimiques exté- rieures ne peuvent la prolonger que pendant un certain temps. On a donc retourné l’action de ces dernières, en disant quelles usaient la vie, tandis que les choses se passent en sens inverse : c’est la vie qui use les 352 puissances extérieures , puisque toute manifestation vitale est nécessairement passagère, et que celles-ci lui restent soumises. En se montrant éternelles , on tirait une conclusion d’autant plus erronée que la vie se constitue par son premier principe, qu’elle émane d’elle- même , que les puissances étrangères sont faites pour elle, et que la nature a disposé les organismes pour s’en servir; d’ailleurs, l’action des premières est con- tinuelle; loin d’anéantir les seconds , ceux-ci meurent lorsqu’ils ne peuvent plus en faire usage. Dans tous les cas, les mêmes excitations n’agacent pas identiquement tous les tissus ; cette différence pro- vient de l’organisation, de la structure particulière à chacun d’eux, des rôles qu’ils ont à remplir, des ma- nifestations qui doivent s’en suivre; les unes étant occultes, les autres patentes, les unes matérielles, les autres im- matérielles. Les fluides animaux vivants sont même excitables, comme le prouve le mouvement des globules qui les com- posent. Les animalcules spermatiques et les globules san- guins en donnent des indices plus marqués ; ces sortes de manifestations éclatent dans les matières de toutes les gé- nérations spontanées, et se rencontrent naturellement dans les molécules primitives qui composent le berceau de la vie. Chaque organe suit l’impulsion qu’il reçoit, en se conformant aux caractères des puissances excitantes; les individus obéissent aux mêmes dispositions. Il y a donc dans l’univers des conditions plus ou moins favo- rables à certaines espèces organiques ; c’est à ces con- ditions qu’on doit la naturalisation des êtres organisés, DES FORCES VITALES OU RÉACTIONS DES PRINCIPES ANIMÉS, dans certaines régions ou zones déterminées de la terre, où ils puisent les influences que leur structure, leurs habitudes réclament. Quoique plus ou moins modifiées selon les climats, toutes les puissances vivifiantes sont nécessaires au mou- vement évolutif, à l’entretien de la vitalité, parce que les manifestations qui partent de celle-ci, usent ses res- sorts, et que les fonctions organiques exigent forcément de nouveaux matériaux, puisqu’elles expulsent continuel- lement ceux qui ont servi à les stimuler et à fournir les éléments sur lesquels ces fonctions s’exercent. Quelles que soient les combinaisons physico-chimiques qui se passent dans les organismes , ceux-ci conservent, comme je l’ai dit, leurs conditions originaires, primi- tives, essentielles. L’altération de ces principes engendre certaines lésions ou donne la mort plutôt que de changer la nature des animaux. Aussi leur composition anato- mique reste-t-elle fixe et invariable, bien que certains agents laissent un temps plus ou moins long des traces de leur passage dans l’économie animale ; mais ces traces ne constituent point un changement moléculaire, un bou- leversement des principes et des propriétés organiques; au contraire, la persistance de ces impressions toujours chimiques, au milieu de l’entrée et de la sortie conti- nuelles d’autres matériaux dont l’économie a besoin, prouvent la fixité des principes organiques, comme la cyanose accidentelle mentionnée. On peut en dire autant de la soustraction de certains principes organiques, qui arrive dans certaines maladies; mais alors, ces principes sont déposés autre part, et la 353 354 DES FORCES VITALES santé revient avec l’harmonie fonctionnelle plutôt que contexturale, qui reste une. Car il faut observer que les principes variables, journaliers, apportés par le sang, sont la source de toutes les mutations dont je parle ; mais, encore un coup, ces combinaisons ne louchent point à l’essentialité de l’organisme; elles se passent en dehors de l’intimité de la vie restée inébranlable, ou succombant dans les mouvements et les opérations qui proviennent des puissances extérieures. En effet, tous les agents étrangers, organiques ou inorganiques,aboutissent au même résultat: fournir une stimulation continuelle et apporter de nouveaux maté- riaux nécessaires à l’accomplissement de certaines fonc- tions. Dans cette étude, on trouve d’autres principes inci- tants dont je n’ai point encore parlé, mais dont je m’oc- cuperai ailleurs; ce sont les stimulations immatérielles, morales, qui ne font éprouver leurs effets sur les ani- maux qu’autant que l’organisation de ceux-ci est assez impressionnable pour les sentir. A cet égard, chaque espèce animale présente des particularités mises en rap- port avec leurs habitudes physiques et instinctives. Ces sortes d’incitation vont directement à leur adresse en agissant sur la sensibilité; tandis que les agents physico- chimiques n’y arrivent que secondairement, et sont créés dans un autre but plutôt matériel. Quoi qu’il en soit, les puissances agissant sur la vita- lité, se réduisent à solliciter l’action des particules molé- culaires ou des organes qui la constituent, soit qu elles opèrent vitalement, ou d’une manière physico-chimique. OU REACTIONS DES PRINCIPES ANIMÉS. Mais on peut soutenir que toute excitation est un acte vital de réaction, c’est-à-dire le résultat d’une stimula- tion sentie. Pour qu’elle ait lieu, il faut que la vie existe ou que le corps jouisse d’une activité organique. La désorganisation ou la mort succède bientôt à la cessation des excitants naturels. Mais il est aussi des agents qui neutralisent l’action bienfaisante de ces derniers, en portant la destruction dans les tissus, ou bien en anéan- tissant les actes de la vie comme le font les poisons. Ces substances agissent également, chimiquement et vitale- ment sur les organismes, mais d’une manière tout-à-fait contraire à l’action chimique et réactionnaire vitale des stimulants naturels dont les corps vivants ne peuvent se passer. D’où il résulte que la vitalité rencontre des bornes dans sa création propre, limitée par ses exigences, et surtout par la conservation moléculaire des mômes or- ganes qui la mettent en jeu, et non en raison du conflit perpétuel qu’ils ont à soutenir avec les puissances exté- rieures, comme on l’enseigne. La vitalité générale se conserve particulièrement sous l’influence des actes respiratoires et nutritifs, qui portent avec eux les conditions chimiques et vitales ou réaction- naires, exigées par chaque organe. Ainsi, l’afflux régulier d’un sang artériel, convenable dans les muscles, dans les centres nerveux, maintient la contractilité musculaire, les phénomènes nombreux et variés de l’inervation si importante dans toutes les fonctions organiques. L’hématose est donc la première condition exigée pour l’accomplissement des phénomènes vitaux; leur vigueur 355 356 est subordonnée à celle de la circulation qui entraîne à sa suite toutes les réactions organiques par les propriétés et conditions physiques et chimiques infusées dans le sang : ce qui n’empêche point à chaque tissu, à chaque organe de conserver ses attributions propres. On ne peut concevoir les phénomènes de la vie autre- ment; le dédale dans lequel les physiologistes sont entrés à cet égard, explique suffisamment leur méprise. Quel- ques-uns conviennent cependant que les impressions ex- térieures ne font que solliciter les forces organiques. Comment dès-lors admettent-ils la composition et dé- composition générale des tissus et organes. De Saussure, Lasseigne ont prouvé que la silice, les sels de chaux, de soude, de potasse, le fer, etc., arri- vaient tout formés dans les tissus des végétaux. Le milieu dans lequel les plantes vivent leur abandonne , leur cède les terres, les alcalis, les substances métalliques qui s’v rencontrent, au lieu de les sécréter, comme le pensaient plusieurs physiciens. C’est ainsi que les végétaux absor- bent l’acide carbonique de l’air. — Haies , le professeur Mirbel, ont cherché à découvrir la force de succion exercée par les racines et les branches ; mais quelle qu’elle soit, elle absorbe toutes les substances dissoutes dans l’eau. La viridité des huîtres, la coloration artificielle des polypes d’eau douce, opérée par Bory de St-Vincent, prouvent l’action chimique des fluides ambiants, et rien de plus. L’eau étant le véhicule des substances nutritives, peut contenir diverses matières colorantes qui pénètrent dans les organismes avec les agents alibiles : de là, les DES FORCES VITALES OU RÉACTIONS DES PRINCIPES ANIMÉS. 357 phénomènes variés qui accompagnent les actes nutritifs. Ne suffit-il pas de réfléchir sur la vie fœtale des oi- seaux, ou tout autre ovipare, pour se convaincre que l’évolution organique, le développement du poulet, etc. s’effectue spontanément à l’aide des seules ressources renfermées dans l’œuf et mises en œuvre par l’action de l’air et des fluides impondérables qui pénètrent au tra- vers de la coque? Où est la nourriture extérieure qui se transforme en la propre substance des individus? Ici, point de sang emprunté, point de pain métamorphosé en matière cérébrale, musculaire, etc. Que mes antagonistes répondent à cette seule remarque, car l’individu vient au monde complet pour vivre toujours de meme. Nous avons vu que la mobilité de certains produits animaux, a pu faire croire qu’il en était ainsi de la tota- lité du corps, obligé, pour se soutenir, d’absorber con- tinuellement de nouveaux matériaux qui lui sont fournis parles éléments extérieurs, et que l’on supposait y rester jusqu’à ce que d’autres substances semblables, devenues organiques à leur tour, vinssent prendre leur place. Les phénomènes secondaires et concomitants de la vie étaient considérés comme servant de base à une régénération continuelle, rendant, pour ainsi dire superflue la néces- sité de la fécondation des germes. Cette interprétation portait l’erreur dans la fixité des principes transmis avec la génération. Dans le cours de cet ouvrage, j’ai allégué, je crois, des raisons suffisantes pour expliquer comment les orga- nismes, vivant à leur façon, avaient besoin de stimulants spéciaux exigés par les décrets de la nature, afin de cou- 358 DES FORCES VITALES sommer les divers produits qu’elle fait naître, et pour en retirer des matériaux différents utilisés autre part. Ainsi, ce n’est point seulement à litre de matières orga- niques que les substances alibiles composent le corps; si cela était, les organes absents, manquants, renaîtraient tôt ou tard : il suffirait de digérer pour se développer régulièrement et pour rajeunir. Telle n’est point la des- tinée du règne organique qui doit se contenter de par- courir une route tracée d’avance, afin de la reproduire dans ses successeurs. Les influences extérieures n’ont qu’une spécialité d’ac- tion qui les rend aptes à conserver la vie, mais non pas à la donner, celle-ci réclamant d’autres principes, des forces propres. Ces phénomènes ressortent particulière- ment de la variété d’organisation et de vie, et de l’unifor- mité des éléments soutirés aux corps extérieurs. Les actes formateurs généraux ne sont donc pas dans les actions des forces externes, quelles qu’elles soient; car alors elles seraient créatrices et devraient l’être pen- dant toute l’existence, comme elles le sont en effet pour certains principes, pour le sang et ses influences immé- diales. Lorsque l’absorption des substances alibiles n’est pas suivie d’une élaboration convenable, cette opération en dénature et change tellement les résultats, qu’elle dé- génère en actes nuisibles, et agit quelquefois à l’instar des substances vénéneuses, réfractaires aux forces orga- niques. Ces phénomènes démontrent combien l’harmonie entre les puissances vitales physico-chimiques est néces- saire, tout en décelant la prééminence des premières dans J excitabilité qui les accompagne et les dirige. OU RÉACTIONS DES PRINCIPES ANIMÉS. 359 § 108. La science est prodigue d’exceptions ; la nature en est avare, car elle reste toujours la même. Aussi, la vitalité malade appartient encore à la vie, comme les monstruo- sités appartiennent à la reproduction, aux mouvements évolutifs, aux actes qui en dépendent. Certains phénomènes vitaux insolites ne sont qu’une réaction plus ou moins exagérée, modifiée des forces ou fonctions vitales ordinaires. Tous les dérangements sen- sitifs, la fièvre, etc. sont dus à cette cause. Une de ces lésions est tantôt provoquée par l’éréthisme nerveux; d’autres fois, par l’éréthisme circulatoire ; le plus sou- vent, ces deux situations concourent ensemble si la fièvre éclate. Le siège primitif, les caractères variés ou types de cette dernière, etc. forment des phénomènes plus ou moins saillants, mais tous dénotent l’essentialité des forces de la vie. De même certaines réactions qui caractérisent les fonctions cérébrales produisent l’exaltation, le trouble dans les idées, et constituent le délire ou l’aliénation mentale, selon que l’individu jouit plus ou moins de son libre arbitre. Toutes les aberrations de sensibilité, comme celles qui distinguent l’état normal, dans leurs nuances et leurs degrés infinis, sont les manifestations des puissances vitales et réactives, soit quelles se présentent en plus ou en moins, habituelles ou insolites, sous une forme variable, fixe ou intermittente, volontaire ou involon- taire, etc. 360 DES FORCES VITALES Bien que les actes de la vie reposent tous, comme je l’ai dit, sur certaines forces moléculaires ou organi- ques , qu’elle ne constitue qu’une réaction, celle-ci est trop importante pour ne pas la reconnaître, l’organe étant fait pour la manifestation ou la réaction. § 109. Je résume, pour ainsi dire, les phénomènes de la vie en ceux qui offrent une marche continue et caractérisent les forces physico-chimiques, en ceux qui présentent une marche intermittente et appartiennent particuliè- rement aux forces vitales ou réactives. Nous voyons, en effet, ces deux ordres de forces dans toute organisation vivante; ils sont nécessairement liés ensemble, parce qu’ils se prêtent un appui réciproque, et que leur isolement constitue un état insolite, maladif, plus ou moins près d’une séparation ou dislocation en- tière, amenée par la mort. Ainsi les actes, éminemment vitaux, de la reproduc- tion des espèces sont intermittents, ils nécessitent des réparations plus ou moins grandes, selon les espèces d’êtres : plus lentes chez les végétaux que chez les animaux, en raison de leur vitalité et de leurs res- sources, ces derniers offrent pareillement assez de différences à cet égard relatives à la facilité de ces mêmes réparations. Chez l’homme, les termes de lare- production ne sont pas fixés, celle-ci s’effectue en tous temps; mais aussi il arrive pour lui une époque de la vie ou cette faculté s’éteint, tandis quelle dure encore chez les vieux animaux, et surtout chez les plantes, etc. J’ai dit que les manifestations d’activité continues, appartiennent aux forces physico-chimiques, tandis que les manifestations intermittentes naturelles ou morbili- ques, quelles qu’elles soient, émanent plus particu- lièrement des forces vitales; encore faut-il que ces dernières, pour se soutenir, empruntent un appui plus ou moins grand aux forces physico-chimiques. Voilà pourquoi la nutrition ou l’imbibition des sucs nourri- ciers qui portent la stimulation universelle, est une condition primitive nécessaire à toute manifestation et s’exécute d’une manière incessante, étant sous l’in- fluence des forces physico-chimiques. L’intermittence est rendue obligatoire pour toutes les manifestations ou réactions purement vitales, afin de permettre aux agents ou puissances de ces manifes- tations le temps et les moyens de rentrer en exercice, parce que ces actions usent les forces physico-chimiques, les instruments de leur activité, plutôt que les mani- festations vitales elles-mêmes qui se montrent soumises aux ressorts de la vie, aux conditions matérielles ou forces physico-chimiques. L’intermittence ou la suspension naturelle d’activité que présente la vie, dans ses réactions sensibles ou nerveuses, pour les fonctions ordinaires comme pour les phénomènes insolites, prouverait-elle, selon le lan- gage de plusieurs physiologistes modernes, que l’appa- reil électro-nerveux a besoin de se charger de nouveau fluide électro-vital, lorsqu’il a dépensé celui qui était contenu dans l’arbre nerveux? OC RÉACTIONS 1)ES PRINCIPES ANIMÉS. 361 362 Les phénomènes vitaux, disent les physiologistes, .«ont des manifestations fournies par les organes sensi- bles, qui réagissent à des excitations particulières; mais celles-ci ont beau être continues, il arrive bien- tôt une époque où les réactions cessent forcément , parce qu’elles épuisent le principe sensitif, ou électro- nerveux. Voilà pourquoi le sommeil et toutes les inter- mittences d’actions vitales forment des conditions néces- saires, arrêtées, afin que les organes aient le temps de pouvoir rentrer en exercice et donner de nouvelles preuves de leur activité. 11 n’est pas nécessaire de recourir aux déperditions de substance pour expliquer l’affaiblissement, l’usure d’une fonction vitale. La sensation seule affaiblit la vie; longue ou répétée, elle énerve, elle tue, comme les peines morales, le chagrin qui ne fait sortir du corps aucune substance matérielle, et souvent ses effets destructeurs sont très-prompts. Le jeune enfant qui s’onanise, que perd-il? rien, mais la sensation l’épuise, l’exténue et le conduit au tombeau. DES FORCES VITALES S KO. Ainsi, les activités organiques se composent de deux mouvements combinés; d’une part, action continue et durable, afin de maintenir les mêmes manifestations et conserver leur nature. Dans cette série se rangent les réactions physico-chimiques, les opérations d’agré- gation formatives, de sécrétion, en un mot, tout ce qui concerne le développement ou les manifestations physico-chimiques chez les organismes. D’un autre côte, on trouve dans ceux-ci des opé- rations intermittentes, ou manifestations réactives qui émanent des propriétés ou conditions vitales de cer- taines parties, conditions nécessairement soumises à des intermittences d’action, puisque les manifestations qui en dérivent doivent être passagères, comme la vie, sujettes à des suspensions, des alternatives d’ac- tion et de repos. Cette appréciation des phénomènes de la vie est du plus haut intérêt pour l’étude des maladies, en ap- prenant au médecin à connaître la nature des lésions , leur essentialité, afin de ne pas la confondre avec les complications ou phénomènes secondaires; car les principes naturels des mouvements vitaux doivent se représenter dans les maladies, quelles que soient les dif- férences pathologiques et physiologiques susceptibles d’apparaître. L’unité de la vie se montre dans les moyens ou ressorts qui en forment la base, dans les manifesta- tions occultes ou patentes, naturelles ou accidentelles qui se passent dans chaque organisme. La vie suppose toujours un multiple assemblage; en effet, toutes les forces ou puissances qui la composent ou marchent avec elle, sont dépendantes les unes des autres. Il est évident que les manifestations physico-chimi- ques cachent les procédés de la nature, en mettant en jeu certaines formes et des actions qui obéissent à l’influence d’un troisième principe; mais chacun de ces OU RÉACTIONS DUS PRINCIPES ANIMES. 363 364 principes réclame nécessairement l’assistance de ses congénères, puisqu’ils sont destinés à manœuvrer en- semble dans le meme but. Les forces vitales n’étant qu’une manifestation réac- tive, attachée aux conditions des forces moléculaires organiques et vivifiantes ou extérieures , ces deux der- nières peuvent exister sans celles-là ; car la vie s’éteint, change, lorsque les forces organiques et vivifiantes font défaut, qu’elles sont usées, malades, modifiées. Les réactions vitales suivent toujours l’état des for- ces organiques et vivifiantes. L’exaltation sensitive, ou son abaissement, la fièvre, l’activité exagérée de toute inervation, sont en rapport avec la situation anatomique ou matérielle et ambiante. Les propriétés les plus secrètes de la vie ne pour- raient précéder les éléments qui les renferment ou qui doivent jouir de ces manifestations : voilà pourquoi les phénomènes vitaux, de tous genres, ne sont que des phénomènes réacteurs, secondaires, et non des phé- nomènes primitifs, chargés de présider aux autres for- ces ou manifestations, puisqu’ils succèdent à celles-ci et suivent leur mode d’activité. Chercher à ranimer la vieillesse, à exalter ses forces vitales, fut le but inutile des médecins de tous les temps; je dis inutile, parce que la réaction vitale res- semble à l’ombre d’un corps, elle escorte et accom- pagne ce dernier dans la carrière qu’il parcourt. Il est donc rationnel de n’admettre un principe vital ou réacteur qu’avec les puissances qui le portent. Ainsi, dans une asphyxie générale et profonde, les DES FORCES VITALES forces physico-chimiques sont suspendues, le principe vital éteint, celui-ci ne reprend son empire que quand les premières recommencent leur action. La physique animale prouve ici tout son empire. La circulation capillaire ou le mouvement des fluides, un peu plus de chaleur, constituent les premiers phénomènes qui ac- compagnent la résurrection vitale; les autres fonctions plus compliquées viennent ensuite. Ces remarques témoignent en faveur du système que je soutiens, et prouvent la corrélation de tous les phéno- mènes qui se passent dans les organismes, du plus simple au plus relevé. Aussi, disparaissent-ils dans un ordre inverse; d’autant mieux, que pour la vitalité, les phé- nomènes physico-chimiques les plus inférieurs sont encore les plus importants : sur eux viennent s’appuyer les hautes démonstrations ou réactions vitales : c’est sans doute le motif pour lequel les premiers précèdent et suivent l’ex- tinction de ces dernières. On peut trouver dans cette disposition une nouvelle preuve de la sagesse naturelle qui tient pendant un cer- tain temps, même après la mort générale, les fonctions communes, végétatives, en action ou susceptibles d’agir encore. Ainsi voyons-nous l’absorption, la caloricité, se mon- trer plus ou moins longtemps après les autres, au point d’exciter même certaines démonstrations actives, comme l’accroissement de la barbe, l’imbibitiondes fluides, leur marche vers d’autres surfaces, pendant une mort cer- taine. Parmi les fonctions actives, l’absorption ou imbibition OU RÉACTIONS DES PRINCIPES ANIMÉS. 365 366 forme Yultima moriens; elle est donc la première et la dernière qui s’exerce. Dans le début de la vie, elle est confondue avec l’attraction ou affinité moléculaire, comme après. C’est pourquoi le mouvement des fluides n’attend pas la formation des vaisseaux et laisse toute latitude aux forces chimiques qui s’exercent au dedans comme au dehors de la vie, ainsi que je l’ai expérimenté. En parlant de la digestion, des phénomènes de l’incr- vation, etc., je reviendrai sur ces opérations chimiques qui ont été plus ou moins détachées de la vie, parce qu’on a quelquefois oublié qu’elle emprunte aux forces physiques et chimiques les mêmes manifestations : la phy- siologie descriptive doit plus particuliérement le recon- naître, et faire des distinctions à cet égard, s’il y a lieu. Nous devons à la vie seule l’évolution de tous les prin- cipes organiques, communs, amovibles, ou propres et persistants : c’est elle qui fait éclore, de si peu, le chêne du gland, l’autruche d’un œuf dont le germe renfermé dans sa coquille doit, pour celte raison, contenir dans quelques molécules tous ses principes , ainsi que les formes qu’ils revêtent. Cette disposition démontre évidemment que l’évolution des organes est unique, se compose d’un seul et même jet; lorsqu’il est arrivé à son terme, les forces organiques n’ont plus qu’à se maintenir pendant un certain temps, pour décliner ensuite plus ou moins rapidement malgré l’assistance et la rénovation des parties communes ou adjuvantes; car la vie n’élabore qu’une fois, et pour toujours, les molécules organiques propres ou fondamen- tales; son existence temporaire provient de cet arrêt. DES FORCES VITALES Le mystère qui accompagne l’évolution, ou croissance des individus, est aussi grand que celui qui accompagne la fécondation. Mais il ne faut pas croire, d’après ce que j’ai dit, que les organismes puisent constamment de l’extérieur l’universalité des matériaux qui les composent. Les puissances vivifiantes étant spécialement chargées de fournir plus ou moins immédiatement les parties communes, ou celles susceptibles de se renouveler tout en maintenant l’incitabilité de la vie qui la rend apte à remplir ses rôles divers dans les organisations, la sécré- tion des particules propres ne forme pas un de ses moin- dres phénomènes, comme leur persistance ne constitue pas un fait des moins intéressants. Je le répète, afin qu’on se sature bien de cette re- marque, l’éclosion de l’oiseau renfermé dans sa coquille, le développement complet qu’il y acquiert, d’ou pro- vient-il, sinon des principes ou éléments contenus dans l’œuf?Sans doute, les principes de l’air y apportent leur contingent pour la formation du sang; mais, du moment que celui-ci ne peut régénérer complètement, d’une ma- nière continue, tous les organes, à mesure qu’ils man- quent ou qu’ils souffrent des ablations, on doit en con- clure que le sang est insuffisant pour les faire naître : tandis que ce fluide offre constamment les conditions requises pendant toute la vie pour servir au développe- ment des parties communes , de la cicatrisation, etc. 11 existe donc une ligne tranchée de démarcation entre l’o- rigine des parties propres et celle des parties communes, à moins que les premières ne partagent la meme com- munauté de vie, ainsi que ce phénomène existe chez OU RÉACTIONS DES PRINCIPES ANIMÉS. 367 368 DES FOBCE9 VITALES, ETC. certains végétaux et quelques animaux d’un ordre infé- rieur. Néanmoins, comme on le conçoit, la sève ou le sang n’est pas le générateur des tissus propres ou essen- tiels, puisque ceux-ci naissent des autres parties sem- blables plus ou moins congénères dans toute vie réduite à son plus grand état de simplicité. On ne saurait trop rappeler l’influence des agents impondérables sur la vie, et l’action de celle-ci dans la formation des éléments organiques, empruntés, non aux puissances extérieures, mais à leurs germes respectifs : ainsi, le poulet se constitue avec les principes parti- culiers , renfermés dans sa coquille, certainement pour ne point changer les organes qui jouissent d’une seule évolution, c’est-à-dire, les éléments organiques propres, malgré l’influence qu’ils ressentiront plus tard des ma- tières alibiles soutirées à l’extérieur. Ces matières ne pouvant servir à les composer dans l’œuf, puisqu’elles n’y arrivent point, ne doivent pas avoir davantage ce privilège, une fois que le fœtus est soumis à toutes les influences extérieures : d’autant mieux qu’il conserve ses particules organiques, ainsi que j’ai cherché à le démontrer , quel que soit le tourbillon au milieu duquel il vit. L’ovipare vient donc au monde avec toute sa vitalité, sans avoir soutiré des matières alibiles à l’extérieur, bien qu’elles soient plus lard indispensables à toute existence. Le vivipare ne fait point exception à cette loi, puisque, comme on le sait aujourd’hui, ils naissent pareillement d’un œuf. DE L’ALTÉRATION DES FORCES NATURELLES, ETC. 369 CHAPITRE XI. DE l’altération DES FORCES NATURELLES ET DE LEURS EFFETS SUR LES ORGANISMES. § in. Dans le début de la vie, l’aberration des forces orga- niques produit les monstruosités, les erreurs de déve- loppement, certains vices de conformation, etc., dont je m’occuperai particulièrement, lorsque je traiterai du mouvement évolutif, des monstruosités. L’exagération des forces vivifiantes accompagne ordi- nairement l’excès de développement, tandis que leur défaut marche avec l’arrêt ou l’exiguité des forces orga- niques. On peut en dire autant des forces vitales ou réactives. Néanmoins, les organes qui en sont le siège, usent plutôt que d’entretenir les tissus ou éléments communs apportés par les agents vivificateurs; aussi l’embonpoint, l’accu- mulation du tissu cellulaire, la sécrétion graisseuse , diminuent-ils plutôt que d’augmenter autour d’un centre actif de vie. Toutes les explications et les phénomènes qui se rat- tachent aux sujets dont je parle, rentrent dans les mou- 370 de l’altération des forces naturelles vements naturels de la vie. Je renvoie ainsi ces discus- sions aux opérations normales. Je me propose actuellement d’envisager leurs phéno- mènes insolites ou morbifiques, afin de juger en quoi ils diffèrent des phénomènes naturels. Cherchant à mener de front les phénomènes fondamen- taux de la vitalité, les phases qu’elle montre, la roule va- riée qu’elle parcourt, je n’ai point cru trouver d’exceptions absolues dans les altérations de ses forces organiques, vivifiantes et vitales dont je viens de parler. Pour nous en convaincre, nous allons jeter un coup d’œil rapide sur ces altérations, puis nous nous occuperons des forces appelées médicatrices naturelles. De cette façon, nous comprendrons dans un même tableau le cercle entier de la vie, les moyens et les ressources dont elle dispose dans tous les cas; cette étude générale, préliminaire, devant nous faciliter beaucoup pour interpréter d’une manière plus rationnelle et plus complète les phénomènes physio- logiques qu’il me reste à décrire. § 112. Ou siège et des caractères des maladies, envisagées dans toutes les forces de la vie. « S’il est vrai, dit M. Littré (art. Maladie du R. Gl. des Sci. méd. ), que la vie est une, par le fait de sa manifestation dans le corps organisé, s’il esterai qu’il n’y a de maladie qu’au tant que la vie y prend part mé- diatement ou immédiatement, il est évident que toutes les maladies, tant mentales que corporelles, tiennent à une racine commune, et il n’est pas plus surprenant de voir le délire survenir dans la fièvre, ou la paralysie, dans la démence. « La maladie prise dans sa généralité est une ques- tion qui appartient aussi bien à la métaphysique qu’à la médecine; car, d’une part elle se rattache à la vie dont elle est une manifestation, de l’autre elle touche à la question du mal; car cette vie pervertie et douloureuse, telle qu’elle se montre dans la maladie, si elle est un effet nécessaire des rapports réciproques de l’organisme et des choses du monde, est un des plus manifestes témoi- gnages en faveur de l’existence du mal. » Les pathologistes se contentent habituellement d’a- vancer que les altérations de la santé consistent dans des lésions ayant pour principes des modifications survenues dans l’état des solides et des fluides qui composent l’éco- nomie organique, soit que ceux-ci ou ceux-là présentent isolément ces altérations. Tantôt, en effet, toutes les parties constituantes partagent plus ou moins ces lésions; d’autres fois, elles résident seulement dans leurs pro- priétés occultes ou vitales. De là, les opinions variées, émises depuis Galien , Sylvius, Ferncl , Boerhaave , Stahl, Gaubius, Brown, etc., sur le siège exclusif des maladies, placé tour-à-tour dans les fluides, les solides ou dans leurs propriétés vitales. ET DE LEURS EFFETS SUR LES ORGANISMES. 371 On doit reconnaître avec Reil, que tous les phéno- mènes insolites, capables d’impressionner les organismes partiellement ou en totalité, tendent à transformer les opérations normales de la vie en d’autres manifestations 372 DE l’ALTÉRATION DES FORCES NATURELLES qui donnent naissance à diverses maladies ; lesquelles ne peuvent exister qu’en s’appuyant sur les principes essen- tiels de la vitalité, comme l’exprime M. Dubois d’Amiens. Aussi toutes les puissances qui concourent à former cette dernière, doivent pareillement se rencontrer dans les éléments morbifiques. Il est facile d’entrevoir que toutes les lésions provien- nent des altérations entre les rapports physiques, chi- miques ou vitaux habituels, pour les solides comme pour les fluides, quels que soient leur siège et leurs carac- tères particuliers. En étudiant la vitalité et ses maladies, la vie animale et ses propriétés, on rencontre toujours réunies les forces physico-chimiques, les réactions vitales ou les fonctions organiques qui sont le complément de l’organisation, et doivent leur activité aux puissances dynamiques habi- tuelles. N’oublions point que dans l’un et l’autre cas, l’état de santé, comme celui de maladie, repose sur le même as- semblage. Ainsi, il faut, avant tout, voir un corps orga- nisé vivant, quelles que soient les modifications qui se passent en lui. Beaucoup de praticiens trouvent dans les altérations de la santé des puissances autres que les forces naturelles de la vie; mais toutes les affections possibles se dessinent ou se traduisent plus ou moins sensiblement par des ma- nifestations actives ou passives, certaines réactions phy- sico-chimiques ou purement vitales, qui dénotent dans tous les cas l’atteinte ou l’emploi plus ou moins modifié des forces de la vie; modification exprimée par les alté- rations ou les signes que ces lésions font naître, bien que certaines causes (le maladie puissent être distinctes ou séparées des ressorts ou des principes de la vie. La constitution de toute maladie est érigée dans le domaine de la vie et à ses dépens. Aussi est-il difficile de comprendre physiologiquement le praticien français fort connu et digne de l’être, qui dénomme fièvres vitales, certaines expressions plus ou moins essentiellementgraves et réfractaires de nos maladies, pour les distinguer de celles plus légères qui portent moins atteinte à la vitalité; mais locales ou générales, légères ou profondes, les alté- rations pathologiques restent fixées dans les principes et dans les agents ordinaires de la vie; leurs différences proviennent du siège, des phénomènes physico-chimiques et vitaux concomitants variables, de la simplicité ou des complications sans nombre qui peuvent surgir de ma- nière à produire autant de tableaux distincts que de ma- ladies. Ainsi, toutes les fièvres, dites vitales, n’ont pas toujours le même degré de gravité : ce qui n’empêche pas d’avancer que les mêmes actions sont mises en jeu, nonobstant les changements ou les modifications qui peuvent s’effectuer dans ces différents cas, etc. La vie malade acquiert, dit-on, de nouvelles pro- priétés, élabore de nouveaux fluides , désassocie ou forme des agrégations différentes qui modifient plus ou moins les éléments ou forces organiques ; mais la per- sistance ou l’opiniâtreté de ces nouveaux principes té- moignent que la vie s’accommode à ce nouvel ordre de choses; et si elle les repousse, les neutralise, elle le fait sans changer ses opérations chimiques habituelles. ET DE LEURS EFFETS SUR LES ORGANISMES. 373 374 Lorsque les affections conservent leur droit et perpé- tuent leur influence, elles ne le peuvent qu’en s’accom- modant aux lois de la vie; en effet, certains principes morbifiques ressemblent à une nouvelle création, sont comparables aux cléments d’une génération surajoutée ou greffée sur les principes naturels qui leur prêtent un appui obligé. Alors les principales manifestations morbides, ou les changements qui surviennent dans l’or- dre naturel impriment leur cachet aux agents organiques ou à leurs fonctions; l’opiniâtreté de certaines affections réfractaires, ou nécessairement mortelles, prouve leurs caractères ; tandis que les affections plus ou moins lé- gères qui se montrent passagèrement, doivent cette mar- che à leur siège essentiel, à leurs principes différents, à la mobilité des éléments qu’elles font mouvoir; étant ainsi disposées à céder aux mouvements ou opérations ordi- naires de la vie. Au contraire, les grandes perturbations portent à la fois sur les éléments organiques et sur les forces radicales de la vie, pour me servir d’une ancienne expression. Aussi, les phénomènes qui en dérivent compromettent-ils l’harmonie matérielle et vitale, né- cessaire au maintien de l’existence. La plupart des mala- dies simplement inflammatoires, celles qui portent plutôt sur certaines sécrétions naturelles exagérées, ou troublent secondairement certaines fonctions, leurs actes physico-chimiques ou vitaux naturels, sont susceptibles decôderaux mouvements de la vie qui les décomposent, soit en subissant des modifications apportées par Fart , soit en suivant le cours naturel des choses. de l’altération des forces naturelles 375 ET DE LEURS EFFETS SUR LES ORGANISMES. § 113. En avançant que les modifications chimico-vitales étaient les phénomènes ordinaires, compagnons des maladies, c’est presque reconnaître que ces modifica- tions constituent l’essence des lésions pathologiques, selon l’opinion du professeur Rostan ; effectivement, ces modifications peuvent aussi bien passer pour causes que pour les conséquences de l’altération ; c’est au mé- decin à le juger. Ainsi, il suffit souvent de rétablir ou de rendre à certaines sécrétions naturelles leurs caractères ordinaires pour redonner la santé. Si on parvient à faire sortir l’urée renfermée dans le sang du diabétique, et l’obliger à reprendre le chemin des reins, on guérit alors promp- tement cette lésion chimico-vitale. La meme explication convient à l’ictère simple, etc. ; certaines maladies étant susceptibles d’occuper l’univer- salité de l’organisme, les solides comme les fluides, laissent une latitude souvent douteuse, pour découvrir le siège primitif ou particulier à l’affection , de manière à embarrasser les médecins localisateurs; car le siège essentiel de ces maladies est très-variable, il peut môme se montrer partout à la fois, ainsi que M. Bally l’a observé pour la fièvre jaune. Alors les traces de laplilo- gose sont, comme dans l’hydrophobie, des ombres au ta- bleau principal. L’essentialité des lésions se recouvre sous des apparences qui ne dénotent pas toujours les caractères importants à signaler; on rencontre ceux- 376 ci dans les altérations des fonctions les plus remar- quables. Dans tous les cas, les phénomènes qui éclatent pen- dant la vie, doivent plus fixer l’attention de l’observa- teur , que ceux qui se traduisent après la mort. Mille causes trompeuses donnent à ces derniers des traces que l’extinction vitale seule a laissé produire. Il n’en est pas de môme des phénomènes morbifiques qui appartiennent aux fonctions vitales essentielles, les symptômes suffisent pour découvrir le siège, la marche, les caractères et indiquer le traitement du mal. M. Rostan ne reconnaît dans les lésions que des symptômes provenant des alté- rations organiques, aussi place-t-il toute la médecine dans le diagnostic, selon l’opinion prédominante des praticiens. Ce n’est pas à dire qu’en poursuivant, par exemple , l’inflammation comme caractère de maladie, on pour- suive un état imaginaire, mais ce dernier est souvent accessoire, symptomatique, au lieu d’être fondamental. C’est ainsi qu’une apparence d’inflammation accom- pagne ordinairement certaines lésions chimiques des fluides. La nécropsie seule serait donc fallacieuse et fe- rait porter sur la nature de la maladie un jugement tout-à-fait faux. Il en est ainsi dans le typhus, la peste, la fièvre-jaune, môme dans certaines fièvres in- termittentes de long cours , etc. La plupart des affections épidémiques offrent aussi des dispositions souvent trompeuses. Le principe mor- bide essentiel se cache dans tous les tissus pour en accabler spécialement quelques-uns. I)E l’ALTÉRATION DES FORCES NATURELLES Chaque vitalité organique compromise reflète son in- fluence morbifique ou ses fonctions lésées sur les orga- nes qui sympatisent entre eux. Le début d’une affection éclaire donc la marche qu’elle doit suivre, le siège qu’elle doit parcourir, les sympathies qu’elle doit soulever. Selon M. Thirial ( M. et Obs. de Path. générale ) , lorsque le stimulus normal devient anormal, lorsqu’une réaction physiologique suscite une réaction patholo- gique, la maladie est déclarée et ne constitue pas autre chose que cette perversion des actes physiologiques ; car, pour cet auteur, la pathologie entière se résume dans cette explication. Certaines affections contagieuses, soit d’homme à homme, soit de celui-ci aux animaux , aut vice versâ , prouvent que la vitalité spéciale ou individuelle ne sert pas absolument de barrière aux éléments morbifiques qui semblent propres à telles ou telles vitalités. Ces éléments sont donc des principes indépendants de l’essence vitale nés en dehors de l’organisme vivant, mais où ils par- viennent dans tous les cas, avec les puissances vivifiantes, comme nous le verrons bientôt en disant quelques mots sur les épidémies, les épizooties, les affections endé- miques. L’observation des praticiens qui signalent la conta- gion de certaines maladies dépourvues de ce caractère dans différents temps, d’autres climats ou d’autres loca- lités , n’a pas peu servi à établir des controverses tou- jours pendantes. Ces contrastes ne sont-ils pas dûs aux modifications inconnues des éléments extérieurs, puis- ET DE LEURS EFFETS SUR LES ORGANISMES. 377 378 que les vitalités restent matériellement et physiologi- quement régies par les memes puissances ? La transmissibilité de certaines maladies de l’homme, de celui-ci aux animaux, repose moins sur un fait de vitalité que sur la fixité du principe délétère qui reste avec ses caractères essentiels, quels que soient les élé- ments de vie sur lesquels il vient s’implanter, comme la rage, l’anthrax, la morve, etc. ; toutefois, il existe tou- jours des affinités de vie spéciale, ou des affinités chi- miques particulières qui font éclore ces principes mor- bifiques plutôt chez certaines vitalités que sur telle ou telle autre ; plusieurs affections se montrent ainsi pro- pres à quelques espèces animales. Mais en remontant à l’origine de certaines affections spontanées, on se convainc le plus souvent que chez l’homme comme chez les animaux, les maladies gé- nérales , notamment les épidémies ou épizooties, nais- sent sous l’influence de certaines causes extérieures insaisissables dans leur essence, mais appréciables dans leurs effets. IN’esl-ce point en raison de ces phénomènes que plusieurs de nos médications agissent plutôt sur les for- ces individuelles, que sur le principe morbifique , la gué- rison étant bien assurée quand nous atteignons celui-ci, sublata causa tollitur affectas, comme dans la syphilis, la fièvre intermittente des marais, etc. DE L’ALTÉRATION DES FORCES NATURELLES S «‘4. y ai dit que l’exaltation des systèmes nerveux ou san- guins, engendre cet état connu sous le nom de fièvre , expression générique qui désigne une stimulation ou un éréthisme général ; alors la sensibilité, la caloricité augmentent et donnent la môme activité à la plupart des fonctions vitales. Une fièvre appelée simple, éphémère , n’a pas le temps d’ébranler fortement l’organisme, de provoquer des aberrations dans les fonctions de certains appareils, mais pour peu qu’elle soit violente ou conserve une longue durée, l’action organico-vitale habituelle se trou- ble et subit les phases qu’un pareil état est susceptible d’enfanter. Les auteurs modernes ont eu soin de ne pas confon- dre le mouvement fébrile, symptomatique d’autres lé- sions essentielles et primitives, ou lié à l’action de cer- taines influences physiques ou morales. L’attention de distinguer le mouvement fébrile, symptomatique ou de réaction , avec les fièvres essentielles à types fixes, a engendré la division faite entre la fièvre et les fièvres: distinction réclamée surtout par la cause et la nature de ces lésions; elle se montre encore dans les symp- tômes, dans leur marche et dans leurs médications. Les personnes d’une constitution lymphatique res- sentent difficilement l’éréthisme fébrile symptomatique; tandis que c’est le contraire pour les sujets sensibles , nerveux, sanguins. Broussais a un peu exagéré en disant que toute ma- ladie qui éclate spontanément est vitale avant d’ôtre matérielle. L’école de Stahl ou de Barthez, etc. était dans le môme cas. M. Recamier suit les mômes principes. ET DE LEURS EFFETS SUR LES ORGANISMES. 379 380 DE L’ALTÉRATION DES FORCES NATURELLES § U5- Il est certain que si, dans une question patholo- gique , on envisage seulement la lésion des fonctions, ou la lésion vitale, on y trouvera toujours celle-ci. Mais le siège primitif et les causes du mal ne doi- vent point être négligés dans une discussion semblable, alin d’interpréter l’essentialité de la maladie, ses ca- ractères. Les lésions vitales ou sensoriales ne sont pas toujours directes, primitives, mais secondaires, sympathiques; donc les vices de l’inervation ou de la sensibilité ne doivent pas être constamment essentiels ou primitifs. Lorsqu’une activité organique ou vitale devient mor- bide , les conditions physico-chimiques ou vitales peu- vent se montrer alternativement ou simultanément altérées, mais sans cesser d’agir sous l’influence des forces habituelles ; les nouvelles impulsions ou les phénomènes variés qui éclatent alors, ne prouvent pas que l’état organique ou vital soit soumis à un changement com- plet , bien que les maladies ressemblent assez aux mons- truosités qui impriment aux forces organiques des ca- ractères différents, mais toujours pris parmi les mêmes forces s’exécutant avec elles. Lorsque les affections sont suivies de certaines dégé- nérescences, appelées organiques ou de tissu, comme le squirre, le cancer, les tubercules, etc., on ne peut nier la formation de certains tissus nouveaux; mais tous leurs éléments se trouventdausl’économie animale, mis en œuvre dans les opérations physico-chimiques de la vie, s’ils n’y sont pas immédiatement apportés. C’est pourquoi quelques tissus, certains organes, pré- sentent des dispositions naturelles ou des penchants aux mômes affections , penchants qui proviennent probable- ment des conditions organico-vitales habituelles de ces mêmes parties. Certaines maladies qui n’atteignent or- dinairement qu’une fois dans la vie les individualités, touchent plus ou moins profondément les forces orga- niques générales ou locales , et laissent ainsi dans l’éco- nomie des preuves de leurs passages. D’autre fois des dispositions inverses se rencontrent. La persistance des memes molécules organiques décèle dans l’un et l’autre cas ce double phénomène. J’espère qu’un jour la science profitera de cet enseignement en caractérisant mieux l’origine, la similitude et les diffé- rences plus légitimes qui existent entre le siège et la na- ture des maladies. Bien entendu qu’une thérapeutique mieux étudiée, but auquel nous tendons tous, pourra résulter des tra- vaux futurs que l’interprétation fondamentale, émise dans cet ouvrage, est susceptible de foire naître. « Il nous est impossible, dit M. Dubois d’Amiens, de faire correspondre à l’anatomie et à la physiologie régu- lières, une anatomie et une physiologie pathologiques, ni comme causes ni comme effets; les lésions organiques et les lésions dynamiques ne peuvent être régulièrement systématisées. » ET DE LEURS EFFETS SUR LES ORGANISMES. 381 382 DE LaLTÉRATIOX DES FORCES NATURELLES S 116. La discordance des principes en action dans ces situa- tions diverses, fait naître cette difficulté et les différences que l’on observe alors. Les évolutions naturelles opèrent avec des principes fixes, tandis que les évolutions anor- males agissent avec des principes variés, venant de Vex- térieur, ou parce qu’elles obéissent à diverses modifica- tions physico - chimiques et vitales survenues dans les organismes; conditions que les pathologistes négligent trop d’envisager : ils oublient surtout que les productions anormales, matérielles ou dynamiques doivent être tantôt étudiées comme des organes, des êtres ou des facultés à part; d’autres fois, comme marchant de concert avec les forces naturelles qui les suivent constamment : distinc- tion concordant avec les phénomènes primitifs ou consé- cutifs des maladies, avec leur essentiaiité, leur caractère décidé ou leur forme insidieuse, larvée. Dans le premier cas, les forces maladives conservent leurs principes caractéristiques ; tandis que dans le deuxième cas, les forces naturelles marchent ou succom- bent avec certaines forces pathologiques. De sorte qu’on a sous les yeux simplement l’état naturel altéré. « Nos connaissances, observe M. Dubois d’Amiens, ne sont pas assez avancées pour qu’on puisse placer dans des catégories diverses ce qui est primitif en fait de lé- sion dynamique et ce qui est consécutif; ce qui contribue h produire des désorganisations matérielles, et ce qui n’est que l’effet de ces mêmes désorganisations. On ne er DE LEURS EFFETS SUR LES ORGANISMES. 383 peut pas davantage grouper dans un ordre particulier ce qui coïncide avec les lésions anatomiques, etc. » Les forces de la vie étant complexes, et les forces maladives aussi, on conçoit avec quel soin on doit étu- dier les causes, les effets de ces dernières qui retentissent plus ou moins dans l’économie organique entière ou seu- lement sur telle ou telle partie en altérant une ou plusieurs des forces et facultés propres aux organes malades. Maintenant, si on ajoute les éléments nouveaux ap- portés par la maladie, on réunira les phénomènes primi- tifs aux phénomènes consécutifs; en un mot, toutes les distinctions etcomparaisonsqu’une pareille étude réclame. Pour faciliter celle-ci, il faudra décomposer souvent les forces de la vie, afin de mieux juger où elle est at- teinte , quels signes sont fournis par chacune des forces organiques, matérielles ou physico-chimiques, et vitales ou fonctionnaires ; après quoi on examinera en quoi con- sistent les éléments de la maladie, ses principes, s’ils se détachent des forces naturelles, ou s’ils constituent seu- lement une perversion dynamique de celles-ci, sans ap- porter des éléments étrangers. Je crois que ces simples et naturelles distinctions faci- literont beaucoup l’étude des maladies, les lésions de nos organes, avec ou sans matière, selon le langage profond des anciens. En effet, lorsqu’il n’existe qu’une lésion sans principes nouveaux ou insolites, la lésion dynamique nous présente simplement alors Vêlai naturel altéré dans ses forces organiques ou dans ses forces vitales, ou dans toutes deux à la fois. Au contraire, lorsqu’il y a matière, ou principes nou- 384 Veaux, alors des forces physico-chimiques particulières se sont jointes à l’état naturel; le médecin doit chercher à caractériser ces forces qui s’annoncent avec des prin- cipes plus ou moins connus ou appréciables. de l'altération des forces naturelles § 117. D’après ce que je viens de dire, les premières distinc- tions pathologiques devraient essentiellement rouler sur le siège et le caractère primitifs des lésions, selon quelles constitueraient une altération directe des forces orga- niques ou des forces vitales sans éléments nouveaux, et selou que le principe morbifique présenterait au con- traire pour essence certains germes ou éléments nouveaux, venus du dehors ou nés spontanément dans l’économie, de manière à léser consécutivement les forces organiques ou vitales ; ces affections portent ordinairement avec elles des caractères plus ou moins tranchés qui les distinguent des altérations directes, simples, occupant primitivement les forces organiques ou vitales. On cherchera à établir ainsi une distinction entre ces divers états pathologiques; d’autant mieux, que le traitement doit différer selon la cause et ses effets, selon que les éléments morbifiques se sont introduits dans l’économie ou s’y sont développés. Le solidisme ou le vitalisme et Y humorisme découlent des deux principes dont je viens de parler; le premier a pour siège les forces organiques et vitales, tandis que l’humorisme occupe les fluides ou les éléments venus du dehors : ces deux systèmes s’appuient donc théoriquement et se placent l’un à côté de l’autre. Considérés [dans un but pratique, ils sont également étayés. Je ne répéterai point les raisons qu’on a fait valoir à cet égard; elles viennent naturellement déployer leur importance en fa- veur de la division que j’ai établie, non plus pour se combattre et faire prévaloir un système plutôt que l’autre, mais pour les adopter tous les deux. Ainsi, la maladie est tantôt le résultat d’une lésion de l’organisation, tantôt de la fonction, ou seulement des éléments transmis avec les puissances vivifiantes ou ex- térieures; mais la lésion de l’organisation entraîne né- cessairement, comme l’observe Galien, la lésion de la fonction; j’ajouterai qu’elle provoque encore l’altération des forces vivifiantes. Mais ce qu’il importe à constater} c’est le fait primitif, la fonction pouvant être lésée seule ou primitivement; d’un autre côté, les forces vivifiantes portent quelquefois avec elles des principes nuisibles, délétères, ou présentent une altération primitive qu’il faut soigneusement chercher à reconnaître. De ces trois ordres de faits isolés ou réunis, naissent toutes les doctrines médicales. Je le répète, en établissant les caractères et les prin- cipes d’une maladie, on statue sa constitution, la base des éléments qui la composent. Pour arriver à cette étude, à ce discernement, on doit s’envelopper de tous les phénomènes qui existent et ont existé, afin de recon- naître si la lésion organique ou physiologique a été pri- mitive ou secondaire, ou bien si les éléments morbifiques ont pu être communiqués; car ceux-ci s’asseoient sur les forces organiques et font, en conséquence, plus ou moins ressentir leurs eficts sur les forces vitales elles-mêmes, ET DE LEURS EFFETS SUR LES ORGANISMES. 385 386 ce qui augmente la difficulté de parvenir à l’étiologie de la maladie et à son siège primitif. De là l’utilité de re- cueillir toutes les circonstances commémoratives. Un organe en repos ne donne quelquefois aucun indice de sa lésion; néanmoins elle existe; c’est en fonction- nant qu’il découvre son altération ; mais les forces vivi- fiantes peuvent aussi porter avec elles certains principes qui font ressentir leurs effets nuisibles sur les forces et les fonctions organiques. H faudra rechercher avec Galien les maladies géné- rales affectant plusieurs ou tous les systèmes de l’écono- mie, et les affections organiques simples, isolées ou lo- cales, soit dans la structure, soit dans la fonction. Si les fluides sont viciés, dit Fernel, les solides ma- lades , les fonctions troublées, la cause existera dans les premiers ; la maladie, dans les seconds, et les symptômes, dans les troisièmes : mais celle-ci n’existera pas moins dans les fonctions, puisque leur perturbation constitue une partie de la maladie, et souvent la lésion essentielle : par exemple, si le foie, les reins, etc. ne fonctionnent plus, ou d’une manière vicieuse, cette simple altération aura de grands résultats, bien que cette lésion soit sou- vent secondaire : la viciation du sang en sera la première conséquence. D’un autre côté, certains appareils orga- niques en ressentiront des atteintes qui peuvent encore retentir ailleurs, et augmenter par contre-coup la vicia- tion du sang en altérant encore celui-ci dans sa compo- sition ou dans son cours. Brown et ses partisans rejetaient les maladies spéci- fiques elles maladies héréditaires; cependant, ils admet- de l'altération des forces naturelles (aient des maladies générales sthéniques, et surtout des affections asthéniques. Mais pourquoi l’action organique moléculaire se transmettrait-elle d’une façon et non pas de l’autre; c’est-à-dire dans l’état naturel, et jamais dans l’état maladif, qui constitue aussi une dépendance de cette meme action organique? Lorsqu’une situation anormale, une maladie, en un mot, s’est identifiée avec certains éléments organisateurs, qu’elle les imprègne et résiste aux mouvements chimi- ques des puissances vivifiantes, cette maladie est suscep- tible de faire cause commune avec les forces organiques et peut se transmettre avec celles-ci. Plusieurs maladies ont particulièrement ce privilège, comme la syphilis, l’état tuberculeux général ou scrophuleux, l’épilepsie, certains degrés de la goutte, etc. Si on accordait la rénovation incessante des orga- nes, et l’évolution organique primitive, à l’influence directe du sang, les dispositions dont je parle se trans- mettraient-elles , d’autant mieux que la mère apporte aux enfants des principes toujours nouveaux? On ne pourrait expliquer ces phénomènes qu’en adoptant la transmission des principes organiques des parents aux enfants; or si les éléments matériels sont transmis et conservés, les dispositions maladives qu’ils portent doi- vent se communiquer aussi. ET DE LEURS EFFETS SUR LES ORGANISMES. 387 S 118- Il est probable que certaines affections, plus ou moins inconnues, ne restent cachées que parce qu’elles 388 atteignent tout à la fois les forces organiques, vitales et vivifiantes, de manière que la mort peut arriver des trois côtés dont je parle; alors on ne découvre guère les preuves ou les causes d’un pareil résultat que dans les forces organiques ou les lésions physiques; et si celles-ci restent plus ou moins intactes, tout disparaît avec la vie. Circonstances qui se remarquent après les affections spéciales atteignant la vitalité dans ses forces fonctionnelles ou vitales. Ainsi l’exaltation de la dou- leur, les modifications insaisissables de la sensibilité donnent souvent la mort. Les impressions morales qui mettent en jeu une forte émotion, un bouleversement fonctionnel, des chagrins etc., agissent sur les forces physiques, les enraient ou les modifient, etc., etc. dk l’altération des forces naturelles S no. Causes des maladies étudiées dans les trois forces, orga- niques, vitales et vivifiantes, avec les phénomènes géné- raux qui en dérivent. En recueillant tous les phénomènes qui accompagnent les maladies , il est facile de les rattacher aux trois or- dres de forces spéciales aux organismes, je veux dire aux forces physiques, chimiques et vitales, ou orga- niques, vivifiantes et réactionnaires. Leurs groupes spéciaux sont ordinairement présen- tés non pas indépendants, séparés, comme on le conçoit, puisque ces forces ne forment qu’un ensemble, un seul faisceau ; mais cependant ces groupes sont assez diffé- rents, assez distincts pour que chacun deux s’applique aux principes d’où ils émanent, lors meme que les uns se placent sous la dépendance des autres. Mais quels que soient le rapprochement, l’accord qui existent entre eux, le médecin physiologiste sera facile- ment conduit à les classer d’après leurs caractères, leur nature et leur siège qui se rapportent aux manifes- tations physiques, chimiques ou vitales. Le début, les causes et les terminaisons des maladies, en nous montrant la source et les dépendances de ces divers phénomènes, d’une manière mieux tranchée, font en même temps ressortir leurs corrélations et leur origine distincte. Il est facile dans cette étude d’assigner aux manifestations ou réactions purement vitales ce qui leur appartient, comme l’expérience fait bientôt recon- naître leur participation sur les phénomènes physico- chimiques; mais ceux-ci, de même que les premiers, qu’ils soient dénaturés ou non , viendront toujours pren- dre leur place respective dans l’ordre naturel de leur principe, et se présenteront constamment tels aux yeux du médecin qui verra manifestement là, des dégéné- rescences physico-chimiques ou des élaborations particu- lières , naturelles ou modiliées, ici, des liaisons vitales directes ou sympathiques répondant au principe de ce nom. Une infinité de maladies peut reposer sur les premiè- res manifestations, ou altérations physico - chimiques seules ou compliquées de lésions vitales, isolées ou géné- rales , comme je l’ai dit, circonstances qui influent né- ET DE LEURS EFFETS SUR LES ORGANISMES. 389 390 cessairement sur le traitement le plus convenable, puis- que les médications physico-chimiques, ou qui provo- quent de simples réactions semblables, peuvent suffire , tandis que d’autres fois il importe de leur associer des agents qui opèrent des réactions vitales, ou agissent sur certaines sensibilités spéciales. L’histoire des maladies héréditaires prouverait seule l’étendue et la puissance de la force organisante qui in- fuse dans les germes les principes les plus cachés des organismes. On conçoit quelle doit être l’influence de cette force dans la génération. La transmission du tem- pérament paraît une chose toute naturelle; mais l’épi- lepsie, la goutte , le scropliule, etc. qui s’inoculent dans un moment où le père ne présente aucun symptôme de ces maladies, décèlent combien les forces génôratives ren- ferment exactement l’essence de chaque individualité, tant la nature met de précision et de sévérité à mouler scrupu- leusement toutes les formes soumises à ses empreintes. Souvent même l’absence d’un organe n’est pas suffi- sante pour prévenir l’organisme de son influence passée. Toute affection susceptible d’entacher l’économie, de laisser des traces de sa présence , communique donc à cette dernière des qualités dont elle se ressent toujours. Ne retrouve-t-on point dans ce phénomène un indice puissant tendant à prouver que l’essentialitô de ces condi- tions organiques dure autant que la vie ? Il n’est donc point inutile, dans une infinité de circonstances, de s’in- former quelles furent les lésions des chefs d’une famille. On peut donc penser avec Sydenham que les manifes- tations ou signes extérieurs de certaines maladies n’ap- i)K l’altération des forces naturelles paraissent pas toujours, et cependant les individus restent préservés ou soumis aux conséquences de ces affections. D’autres fois les phénomènes locaux, l’état organique isolé, ne constituent pas la lésion entière ou ne la ren- ferment pas toute. Certaines diathèses sont particulièrement dans ce cas, elles se cachent en s’éteignant quelque part. M. Devergie ne connaît pas de maladie pouvant exis- ter sans symptômes : il est facile cependant de lui citer des exemples d’individus sains et bien portants , en apparence, qui ne peuvent communiquer avec une femme sans lui transmettre les signes d’une syphilis. Une maladie, ainsi que l’exprime M. Chomel, ne consiste pas toute dans les phénomènes qui décèlent sa présence; car l’essence des maladies est distincte de la lésion orga- nique. Je ne pense donc pas avec MM. Roses, Thomson, Macgrégor , Riclion, Desruelles, Devergie, Broussais etc., qu’il soit inutile de conserver le mot virus syphi- litique, etc., pour se rendre raison d’une affection simple- plement contagieuse, transmissible par contact nécessai- rement immédiat, quoique la maladie varie dans ses formes et dans ses effets. Lorsque l’infection estlatente, en incubation, où se tient le principe du mal, d’autant mieux que celui-ci existe souvent pendant des années sans éclater à l’extérieur, comme tous les praticiens en possèdent des exemples ? ( J’en ai pour ma part plusieurs cas fort remarquables. ) Une partie quelconque du solide vivant doit être son berceau, et non pas les fluides, puisque ceux-ci se renouvellent sans cesse; mais ces mêmes fluides s’of- ET DK LEURS EFFETS SUR LES ORGANISMES. 391 de l’altération des forces naturelles frent ordinairement pour en être le véhicule, soit pour le recevoir, comme pour le transmettre. C’est ainsi qu’on peut interpréter bien des phénomènes primitifs devenus consécutifs, certaines incubations extraordi- naires et tous ces phénomènes de virus latens, etc., etc. Il est certain que beaucoup d’alfections vénériennes restent locales plus ou moins longtemps et deviennent gé- nérales sous des influences plus favorables. Dans le premier cas, elles peuvent être facilement détruites, si son siège est extérieur, apparent; mais il n’en est pas de même lorsqu’il est intérieur, caché. De là tant de preuves qu’une simple cautérisation, la compression, etc., peuvent suffire pour extirper ou annuler un prétendu virus , selon le dire de certains curateurs, etc. ; mais que de faits viennent apporter les exceptions et les puissants motifs à alléguer ! § 120. Los virus, les germes héréditaires, ou si on aime mieux les transmissions de la disposition morbifique, selon le langage de Broussais, ne seraient pas plus pos- sibles les uns que les autres, si les individus étaient sans cesse composés et décomposés; car les dispositions elles- mêmes ne pourraient se produire, puisque le fond orga- nique des individus serait toujours nouveau, à plus forte raison les germes, exposés à subir toutes les conséquen- ces des rénovations organiques si elles avaient lieu. L’hérédité, les dispositions maladives, les longues incubations seraient donc des phénomènes incompré- ET DE SUR LES ORGANISMES. hensibles? Je dbfplus', > la [composition moléculaire in- cessante serait une cause modificatrice obligée, assez puissante pour expulser tous les éléments morbifiques qui entacheraient l’organisme. Il suffirait de changer de conditions hygiéniques, pour détruire certaines in- fluences morbides et effacer les maladies chroniques, plu- sieurs diathèses, etc., etc. Avec les puissances vivifiantes se glissent souvent dans l’economie animale divers agents plus ou moins nuisibles: par exemple, les maladies épidémiques ne proviennent- elles pas de certains miasmes ou de quelques principes extraordinaires portés par l’air, les aliments ou les bois- sons? Les affections endémiques oupropres à divers climats font découvrir des dispositions topographiques ou géolo- giques , toujours plus ou moins frappantes; les sols has, humides , marécageux, donnent partout naissance aux fièvres intermittentes, espèces de lésions affectant spé- cialement le système sensitif, et par suite les fonctions nutritives , sécrétoires, etc. § 121- Parmi les épidémies ou épizooties les plus fréquentes, il est digne de remarque qu’elles viennent, à peu prés toutes, affliger les organes cutanés, respiratoires ou digestifs, etc., non pas simultanément, mais toujours avec cette spécialité de siège primitif et de symptômes qui caractérisent chaque épidémie. Dans les deux pre- miers cas, on peut penser que l’air est particulièrement leur véhicule, tandis que dans le deuxième, ce sont les 394 de l’altération des forces naturelles eaux ou les aliments qui leur servent de transport. Les anciens avaient déjà fait cette observation , de manière qu’ils donnaient le conseil de changer l’air, de le par- fumer, de faire bouillir les eaux , etc., afin de neutra- liser ou détruire le principe morbifique répandu dans l’atmosphère ou déposé dans les boissons. Quand nos connaissances à cet égard seront plus avancées, on parviendra plus sûrement à prescrire les moyens d’ob- tenir un résultat aussi désirable. Déjà la chimie mo- derne a saisi dans l’air des évaporations animales ou autres, qu’on y supposait, mais qu’on ne pouvait dé- couvrir. M. Boussingault est un des chimistes français qui nous a dévoilé ces opérations délicates. Il semble que les spécialités qui distinguent les causes, les productions des maladies épidémiques, singularisent en meme temps leur transport et leur siège. Plusieurs naturalistes pensent que les grands sarco- phages des peuples orientaux, notamment des Egyp- tiens, servent de berceau à la peste, et que les habi- tants de l’Inde doivent probablement aussi leur fameux choléra à l’abandon d’une immensité de cadavres d’animaux qui pourrissent dans des mares ou sur la terre, etc. Quoi qu’il en soit, on peut dire que l’attraction ou absorption miasmatique s’effectue en raison de l’affinité organique ou moléculaire qui en dégage une analogue : voilà probablement ce qui donne à telle ou telle épi- démie sa spécialité. L’activité morbifique, ou ses prin- cipes chimiques, jouissent de leurs éléments ou de leurs forces comme la vitalité normale. Quelle que soit la voie qui lui donne accès, pour entrer dans l’organisme comme pour en sortir , la puissance morbifique parvient dans ses émigrations à occuper un siège identique à celui qu’elle a quitté, ou du moins à trouver des forces ou des affinités convenables; autrement la maladie serait changée, ainsi que cela arrive sur les fins des épidémies, époques où le miasme propagateur perd de sa violence, soit parce que la constitution atmosphérique s’y prête moins, soit parce que les traitements modifient les éléments morbifiques eux-mêmes. Le début d’une épidémie est parfois vacillant; d’autres fois il se montre aussitôt dans sa plus grande intensité, selon les rapports d’affinité qu’elle trouve dans les individus qu’elle visite. Le choléra indien nous en a offert de tristes preuves. Ces différences expliquent pourquoi la fièvre jaune, par exemple, a besoin du littoral des mers et ne s’étend jamais bien dans les terres; pourquoi les épizooties de l’espèce bovine respectent les chevaux; pourquoi celles qui attaquent les races canines n’ont point d’affinité pour saisir l’homme ou les autres animaux de ses basses-cours, etc. Il en est presque de la génération des épidémies comme de celle des espèces organiques, il leur faut des rapports de forces et de vitalité pour se transmettre par contagion. Ainsi, nous avons vu, en 1814, une épizootie sur l’espèce bovine qui a suivi dans nos départements de l’est, l’itinéraire tracé par la marche des armées autrichiennes, qui menaient avec elles des troupeaux de bœufs tirés de la Hongrie. ET DE LEURS EFFETS SUR LES ORGANISMES. 395 396 Le typhus qui ravageait notre armée en 1813 , nous a prouvé que plus les foyers morbifiques étaient con- centrés , dans les hôpitaux, les ambulances, plus il était difficile d éviter sa funeste action. Une réponse formelle est ainsi adressée aux per- sonnes qui nient les caractères contagieux ou infectueux de la plupart des épidémies, les enseignements semés sur leurs traces ne sont que trop évidents ; sans invo- quer les témoignages de tant d’hommes généreux qui ont payé de leur vie ou de leurs souffrances un noble dévouement, les noms de Montégre, de Mazet, de Lassis, etc. , seront toujours invoqués par les conta- gionistes. Comme je le disais tout à l’heure, l’aptitude à con- tracter les maladies régnantes tient sans doute à l’affi- nité qui lie les organismes aux éléments morbifiques. Déplus, il est connu que toute cause débilitante aug- mentera cette disposition, parce que la vitalité qui se relire ou s’égare augmente le mouvement chimique attractif, tandis que la vitalité exubérante domine et maîtrise les forces chimiques ou passives. On voit de suite comment la tranquillité morale et les soins hygié- niques peuvent être salutaires pendant les épidémies, pourquoi les personnes qui ont le courage d’affronter la mort, sont généralement plus heureuses que celles qui en sont effrayées. Ajoutons encore que certaines maladies épidémiques ne se communiquent ordinairement qu’après avoir trouvé des dispositions convenables, soit dans les orga- nismes soit dans les localités. Ainsi, beaucoup d’affec- de l’altération des forces naturelles dons suivent les saisons, l’âge des individus, certaines contrées, l’usage de certains aliments, etc., etc. Nous avons apprécié l’action des puissances vivifiantes naturelles sur les organismes ; il est tout aussi facile de concevoir leur influence nuisible sur cette môme écono- mie, quand ces puissances portent ou enfantent des prin- cipes délétères, certains changements que repousse l’harmonie organique, celle-ci exigeant toujours l’iden- tité des mêmes éléments, sans quoi la perversion, le désordre arrivent dans les forces organiques et dans leurs fonctions. ET DE LEURS EFFETS SUR LES ORGANISMES. 397 § 122. Lorsque le sang est altéré ou modifié dans ses qualités chimiques, il agit sur les organes d’une manière plus ou moins défavorable. De là les phénomènes variés qui en résultent, comme dans le scorbut, la chlorose, lorsque certaines substances vénéneuses sont ingérées, ou bien sous l’influence morbifique de quelques lésions. Je pense avec M. Bouillaud, que l’anatomie pathologique s’entend des altérations des fluides du corps comme de celles qui se manifestent dans la matière solide. Si nous jetons un coup d’œil sur les comparaisons qui existent entre une plante saine et un végétal malade, altéré, piqué par un insecte, etc., on trouve des diffé- rences frappantes qui portent d’abord sur les conditions chimiques de la partie malade avant de porter leurs effets sur la contexture de celle-ci ; mais dans une altération 398 DK l’ALTÉRATION DES FORCES NATURELLES forte ou ancienne, ces deux conditions se rencontrent toujours, l’altération physique ou de tissu s’accompagne rigoureusement d’une altération chimique. Eh bien, ce qui existe pour les végétaux existe aussi pour les animaux; des altérations physico-chimiques se rencontrent dans la plupart des organes altérés. M. Bérard (art. Asphyxie, D. r. 1). Sc. m.) fait res- sortir que les asphyxies appelées positives, étaient plutôt des cas d’empoisonnement qu’il attribue aux substances délétères sur le sang dont la composition chimique éprouvait des modifications. Cette opinion ne différerait guère de celles qui sont admises h cet égard. Dans ses recherches sur les phénomènes physiques de la vie, M. Magendie observe que les modifications dans la composition du sang changent promptement la vita- lité et les conditions particulières de ce fluide : aussi beau- coup de maladies sont dues à cette cause. Quelquefois alors, le sang s’extravase dans les tissus, sort de ses vaisseaux lorsqu’il a perdu sa plasticité naturelle ; dis- position ordinairement générale, mais pouvant aussi se montrer localement, par suite de certains obstacles sur- venus dans le cours du sang ou dans l’état anatomique de quelques organes qui servent ensuite de foyer à des altérations plus complexes, comme après les affections entéro-mésentériques placées au centre de l’absorption générale, d’où elles s’irradient dans tout l’organisme. Combien d’infections ne se gagnent-elles pas de cette manière? D’abord locales, elles deviennent assez étendues pour entacher l’économie entière, et sont quelquefois suffisantes pour défibriner le sang, ou amener une de ces altérations profondes qui caractérisent la fièvre typhoïde, etc. J’observerai encore que l’altération chimique du sang modilie souvent les lois de la circulation ; c’est ainsi que ce fluide transsude quelquefois au travers des vaisseaux, des tissus, dans certaines lésions pathologiques. Les expériences de MM. Magendie et Gaspard ont prouvé ce résultat, en donnant lieu à des altérations morbides, semblables aux affections spontanées ou na- turelles , particuliérement à des symptômes typhoïdes. La viscosité du sang est la principale cause qui engendre ces altérations subséquentes, ces phénomènes d’une sorte de dégénérescence des tissus, en permettant à la partie la plus fluide du sang de transsuder au travers de leurs mailles, tandis que la portion épaisse ou cruorique stagne dans les vaisseaux ou hors de ses conduits : symptômes qui s’accompagnent, comme l’observe M. Magendie, de tous les phénomènes consécutifs à l’obstruction ou arrêt de la circulation, et de toutes les conséquences de l’alté- ration chimique du sang. Les obstacles au libre cours de ce fluide suscitent des lésions directes et consécutives ou sympathiques; di- rectes dans l’état circulatoire lui-même, sympathiques en privant les tissus ou organes d’une action nécessaire à l’accomplissement de leurs fonctions. Toutes ces lésions peuvent être locales ou générales, selon le siège et l’étendue de l’altération matérielle. L’importance d’un seul organe compromis peut trou- bler l’organisme entier ou rendre bientôt commune l’affection qui n’était d’abord le partage que d’un seul ET DE LEURS EFFETS SUR LES ORGANISMES. 399 400 organe. Alors, éclatent ces lésions secondaires, majeures par leurs résultats; le plus souvent elles forment des sécrétions nouvelles ou morbifiques : c’est ainsi que les tissus semblent dégénérer, se modifier chimiquement; dans ces cas, certaines sécrétions insolites remplacent les sécrétions naturelles. Plusieurs médecins, à la tête desquels je place Stahl, regardent l’épaississement du sang, sa plasticité, comme un des signes de sa lésion essentielle; mais ce phénomène est bien souvent consé- cutif, il se montre spécialement après les spasmes pro- longés. Certains animaux qui succombent de fatigue sont dans le même cas, le cruor reste seul, etc. La saignée, pendant certaines pneumonies qui tendent à l’hôpatisation, précipite souvent cet état en faisant couler le peu de sérosité que contient encore le sang. On sait que M. Andral distingue les altérations du sang, 1° en celles de ses propriétés physiques; 2° celles de ses propriétés chimiques; 3° celles de ses propriétés physio- logiques. Comme on le conçoit, ces lésions se lient et s’accompagnent. Ainsi que l’a fait observer M. Denvs, la composition anatomique du sang correspond à ses pro- priétés physiologiques. 11 faut, au reste, noter que ces altérations sont tantôt instantanées, tantôt durables. Le premier cas se remarque dans toute lésion physiologique de la circulation qui ne tient pas à une altération maté- rielle des instruments de l’hématose et de la sanguifica- tion, expression que l’on doit confondre ici; tandis que les altérations plus ou moins durables se compliquent le plus ordinairement de cet état ou de certaines altérations organiques. de l'altération des forces naturelles 401 Les phénomènes de l’inflammation ne sont pas les moins importants qui se présentent à étudier; une cer- taine altération chimique du sang accompagne toujours celte lésion, au moins dans la partie qui en est le siège. Quelquefois ce fluide contracte une acrimonie particu- lière comme dans les maladies charbonneuses, quelques lièvres typhoïdes. Souvent la sérosité sanguinolente qui s’échappe d’une partie enflammée décèle son âcreté en produisant des traces inflammatoires, des éruptions sur les parties contaminées par ce fluide. La plupart des accidents funestes qui suivent les frac- tures comminutives, les grandes solutions de continuité, certaines opérations chirurgicales, peuvent reconnaître cette cause dont les effets sont d’autant plus grands que l’absorption du sang altéré est plus facile. De là, ces fièvres à mauvais caractères, si souvent rebelles aux traitements qu’on leur oppose. On voit journellement des fractures simples, des opérations chirurgicales, fort heureuses d’abord, donner lieu à ces phénomènes con- sécutifs dans un moment prompt et imprévu. L’altération de la suppuration est le prélude de ces accidents. Alors, le pus devient ichorreux, plus ou moins sanguinolent, fé- tide, perd de sa consistance, ce qui augmente les chances de la résorption, d’autant plus à craindre que l’écoule- ment de la matière morbifique n’est pas toujours facile. Les solutions de continuité par érosion, qui s’établis- sent spontanément et occasionnent des perforations, sont dues tantôt à l’altération des tissus, tantôt à l’action chi- mique des fluides qui les entourent, ainsi que Hunier, Carswe], etc., l’ont remarqué. ET DE LEURS EFFETS SUR LES ORGANISMES. 402 nr. l'altération des forces natirfxles Jamais une perforation n’a donc lieu sans une lésion anatomique, un ramollissement de la partie, ou par l’a- crimonie d’un fluide quelconque ; phénomènes que Cruiksank attribuait à l’action des vaisseaux lympha- tiques. Souvent certaines actions chimiques se montrent identiques après l’extinction de la vie à celles qui exis- taient avant; elles sont ducs à la dissociation des puis- sances ou propriétés organiques et vitales qui font ren- trer les agents de la vie sous les lois qui régissent les matières inorganiques. S <23. Les effets de l’inflammation varient selon sa cause, selon les organes ou tissus qui en sont atteints, etc. Ici, se rangent les diverses influences naturelles ou maladives, les degrés et les complications du mal; distinction que le docteur Coutenceau a eu soin de faire. « L’irritation, dit-il, est un phénomène fugitif, souvent inaperçu, qui se transforme ou disparaît quand la maladie se déve- loppe; en un mot, elle est la source ou l’origine com- mune d’une multitude de maladies, et non une maladie elle-même, tandis que Y inflammation est une lésion ma- térielle de tissu qui a des caractères propres et perce- vables à nos sens; elle suppose toujours la fluxion san- guine et l’engorgement des vaisseaux blancs. Cependant l’irritation est souvent destinée à produire des lésions matérielles, variables, selon la structure et les fonctions do l’organe qui en est le siège, borne son action immé- 403 diate aux parties sensibles de l’organisation, à celles par lesquelles les autres se meuvent et agissent; en un mot, elle a son siège essentiel, exclusif dans les propriétés vitales, etc. » Il importe, en effet, de ne pas confondre les diverses causes de stimulation avec certaines consé- quences qui en découlent. Ainsi, les surexcitations san- guines ou de l’inervation, physico-cliimiques ou électro- nerveuses, si on préfère, sont suivies de phénomènes différents, selon qu’elles restent séparées ou s’allient en- semble, qu’elles se montrent passagères ou durables. Les stimulations présentent un état simple ou complexe qui répond aux conditions que je mentionne. Les phénomènes concomitants à presque toutes les phlegmasies aiguës ou chroniques démonlrentdes change- ments ou modifications chimiques, soit dans les tissus, soit dans les produits de leurs sécrétions. Ainsi une hépalite, une néphrite, etc. offrent ces signes plus oumoins réunis; l’altération ou modification chimique de la hile, des urines, etc. en forment les caractères constants qui ac- compagnent les changements survenus dans le tissu du foie et des reins. On peut demander, il est vrai, si l’affection de tissu succède à l’altération chimique du sang, ou si celle-ci succède à celle-là ? Dans tous les cas, cette question perd de son importance, puisqu’on rencontre toujours des altérations chimiques : dispositions essentielles à consta- ter ; mais le praticien s’enquerra peu de savoir si la né- phrite qui accompagne une scarlatine est primitive ou consécutive à l’altération chimique du sang, aut vice versa. Ce qu’il importe le plus de constater, c’est la lésion ET UE LEURS EFFETS SUR LES ORGANISMES. 404 physiologique et chimique dans certains tissus comme dans leurs fonctions. Quant aux irritations ou phlegmasies spécifiques, les conditions, chimiques qui les accompagnent forment sou- vent le fond essentiel de la maladie, comme les syphi- lides, les dartres, etc. Broussais restreint la dénomina- tion de spéciale à la cause elle-même qui les fait naître , considérant toutes les irritations comme soumises à des principes identiques qui lient ces affections; les praticiens savent à quoi s’en tenir h cet égard; car il est très-ordi- naire de voir certaines irritations dégénérer complète- ment, prendre une marche et des caractères sui generis qui impriment à la maladie des phénomènes tranchés et entièrement opposés à ceux qu’elle présentait à son début. Ici, l’accident commun est tout-à-fait effacé pour faire place à des combinaisons chimico-vitales différentes. La spécialité est donc tantôt primitive, tantôt secondaire, provient tantôt de la cause; d’autres fois, de la maladie elle-même susceptible de subir divers changements. C’est pourquoi les médecins en ont rappelé de la décision de Broussais devant le grand tribunal de l’expérience. Au reste, les élaborations qui s’effectuent dans les manifestations physico - chimiques et vitales modifiées n’ont pas de règles bien fixes, l’impulsion maladive n’é- tant pas la même dans tous les tissus, chez les individua- lités , etc. Lorsqu’une ulcération est entretenue par une cause spéciale, particulièrement la syphilis, cette ulcération se guérit souvent du centre à la circonférence, tandis que les cicatrisations ordinaires marchent en sens inverse. DK L’ALTÉRATION DES FORCES NATURELLES De môme, certains ulcères phagédéniques touchés avec des acides minéraux, se cicatrisent fréquemment de la même manière, du centre à la périphérie, ainsi que le docteur anglais Garmichaël en a fait la remarque. D’où vient cette différence, sinon de l’action des agents chimiques qui modifient plus ou moins régulièrement les surfaces ulcérées, et que l’on appose plutôt au centre qu’à la surface? Cette explication est d’autant plus ad- missible, que nous connaissons la force et l’activité des causes désorganisatrices virulentes dont je viens de parler; activité due elle-même à une puissance chimique parti- culière. « La tuméfaction, la rénitence augmentée, et la rou- geur des organes sécréteurs à l’état de diacrise, provien- nent d’une injection vasculaire anormale qui doit cesser avec la vie; la mort étant toujours suivie de l’affaisse- ment et de l’inanition de tout l’appareil vasculaire. » (M. Gendrin, Tr. phil. de mëd. pr.) Les membranes qui s’ossifient passent à l’état fibreux, albuginé avant de subir cette dégénérescence. L’inflammation, ainsi que l’observe Delpech (Cli. ch.), occasionne souventcette trans- formation, d’autant mieux que les produits nouveaux qui accompagnent l’inflammation, acquièrent quelque- fois une structure fibreuse, coercitible, indéfinie. Dans le rachitisme, la déposition irrégulière de la crystallisation osseuse donne quelquefois une épaisseur insolite à certaines parties du squelette , ainsi que MM. Guersant, J. Guérin, etc., l’ont fait observer; dis- position qui persiste après la cessation de la maladie, essentiellement liée aux forces physico-chimiques alté- ET DE LEURS EFFETS SUR LES ORGANISMES. 405 406 rées. Beaucoup d’affections tiennent aux mêmes causes, et laissent entrevoir l’action des forces physiques exté- rieures qui modifient certains éléments et les fonctions organiques. DE L’ALTÉRATION DES FORCES NATURELLES S <24. On conçoit que le rétablissement de 1 état normal, que la résolution de l’inflammation, par exemple, n’est que le retour des lois ordinaires, c’est-à-dire une substitution de forces physico-vitales à d’autres. Au contraire, les terminaisons par suppuration, induration, ou par gan- grène, constituent les symptômes des conditions physico- chimiques et vitales dunouvel état pathologique, variable selon ses degrés, sa simplicité ou ses complications» Une inflammation aiguë, dite franche, offre plus de chance à se terminer par résolution, lorsque les éléments organiques sont encore placés dans des situations qui se rapprochent de leur position normale. Ainsi, la plasti- cité plus grande du sang, son infiltration, ne forment pas encore une grande altération dans les forces ou fonc- tions physico-chimiques, si celles-ci n’en sont pas en- rayées. Il n’en est pas de même dans la plupart des affections chroniques compliquées ou dégénérées ; elles se montrent justement rebelles, parce que les parties malades ont passé sous d’autres influences ou dispositions physico- chimiques et vitales. Pour les détruire, il faut des agents qui neutralisent chimiquement ces affections, afin que la vie puisse s’asseoir sur ses forces habituelles, etc. ET DE LEURS EFFETS SUR LES ORGANISMES. 407 S 125. Ne soyons donc point étonnés que l’arsenal de la mé- decine active se compose de tous les agents qui peuvent avoir une prise sur ces mêmes forces. Les poisons, la plupart des substances vénéneuses ou extractives tirées du règne végétal et du règne minéral, sont en effet les corps qui devaient avoir certaines actions sur les orga- nismes vivants. Parmi ces corps, presque tous ceux que la science avoue et préconise le plus sont entrés empiri- quement dans le domaine de la médecine, d’autant mieux que les expérimentations faites sur des êtres bien portants sont loin de ressembler à celles qui concernent un orga- nisme malade. Cette observation constatée, réduit singu- lièrement la prétention de certains adeptes qui s’imagi- nent pouvoir arguer de l’homme bien portant à l’homme malade. Voilà pourquoi la médecine pratique a ses in- certitudes, ses déceptions et réside essentiellement dans l’expérience. Néanmoins, j’invoque tous les faits connus pour les rat- tacher aux notions que j’ai posées dans ce faible travail, comme se liant aux forces reconnues et donnant un poids de plus aux forces moléculaires ou attractives spéciales , entre les organes et les agents médicamenteux ou théra- peutiques : de sorte que nous n’avons point d’exceptions à établir entre les médications et les affinités chimiques ordinaires. Je passe ici sous silence une foule de considérations , de détails qui seraient exigés pour un traité complet de 408 1)E t’ALTÉRATION DES FORCES, ETC. pathologie ; je laisse particulièrement de côté de nom- breuses preuves médicales et thérapeutiques qui mili- tent en faveur des explications que j’ai admises, les gardant pour un autre corps d’ouvrage, celui-ci devant seulement servir de base, grouper les faits généraux dont je n’ai guère cité que des exemples ou des aperçus, afin de ne pas grossir et retarder inutilement cette pre- mière publication. DES FORCES MÉDICATRICES NATURELLES, ETC. 409 CHAPITRE XII. DBS FORCES MÉDICATRICES NATURELLES , OU DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. S <26. Aüu d’interpréter les procédés que la nature emploie pour résister à certains mouvements destructeurs surve- nus dans les organismes, il est convenable de rappeler les lois qui régissent la matière organisée vivante , mise en jeu par les forces physiques, chimiques et vitales. L’altération de la santé, comme son rétablissement, doi- vent aussi employer les memes forces, autrement les phénomènes de la vie resteraient intacts ou ne seraient point amendés ; aussi, les nosographes et les auteurs de Madère médicale ne sont pas toujours du môme avis. La santé se maintient et se rétablit donc par l’har- monie et le concensus entre les dispositions de toutes les parties solides et fluides qui composent l’économie. Les corps sans action sur elle sont à bon droit appelés substances inertes, tandis que les agents qui ont une action quelconque , rentrent dans la classe des puissan- ces vivifiantes naturelles ou dans celle des médicaments ; mais quelle qu’elle soit, cette action se compose de for- 410 DES FORCES MÉDICATRICES NATURELLES , ces physiques, chimiques ou réactives vitales, qui cons- tituent les seules puissances susceptibles d’agir sur les organismes, d’autant mieux qu’elles forment une suite d’opérations changeantes, parce qu’elles sont continuel- lement empruntées. C’est aussi le seul côté par lequel il soit possible de pénétrer dans l’économie ; la nature elle- même ne peut opérer que par cette voie, car il lui est interdit de changer intégralement, comme je l’ai dit, le fond ou la trame qui assemble les organismes et les constituent. En méconnaissant cette vérité, la science a bâti des systèmes peu solides ; je ne demande pour le confirmer que de rappeler leur nombre toujours insuf- lisant. « Les causes des maladies, dit M. Littré, 11e peu- vent se concevoir que comme se rapportant aux deux catégories suivantes : ou bien les causes sont extérieu- res et agissent par toutes les voies qui sont ouvertes, par la peau, par les membranes muqueuses, parles liquides , par l’ingestion, par l’absorption, par les sens, par les actes intellectuels et moraux ou bien elles sont intérieures; car la vie étant constituée de manière à avoir un développement, c’est-à-dire un commencement, un summum, un décroissement et une lin, il arrive que ce développement même produit des maladies ( den- tition, puberté, âge critique). 11 résulte de cette étio- logie que la matière organisée oscille continuellement entre deux forces, l’une qui lui est inhérente, qui la répare et la conserve, et l’autre qui est extérieure et qui tend sans cesse à la modifier. « Puisque la maladie réside uniquement dans le corps 411 organisé en tant que vivant , puisqu’il est possible d’agir sur la vie par les voies intellectuelles et morales; puisqu’il est possible d’agir sur elle par les modifications corporelles il en résulte que la maladie produira aussi bien des changements de texture que des changements d’actions, toutes les fois que la texture et la composi- tion des parties sont assez dérangées pour qu’il y ait maladie, il y a dérangement dans les actions vitales ; probablement la réciproque est vraie, c’est-à-dire que toutes les fois que les actions vitales sont dérangées, la texture et la composition de l’organisme sont modifiées. Mais je m’exprime en ceci avec doute, parce que l’ex- périence n’a pas démontré d’une manière générale ce que le raisonnement fait concevoir comme réel. » Cette proposition est vraie toutes les fois que les forces physico-chimiques ordinaires sont elles-mêmes modifiées ou attaquées comme dans certaines lésions vitales con- comitantes des altérations de tissus; mais lorsque ces forces restent intactes, nous ne pouvons découvrir alors aucune différence anatomique avec l’état de santé : par exemple, le cerveau de certains fous, idiots, épilep- tiques, etc. , ne présente le plus ordinairement aucune différence matérielle avec celui d’un autre individu bien portant. De même, certaines névroses du cœur, de l’utérus ne laissent aucune trace sur ces organes ; c’est pourquoi nous ne pouvons découvrir sur le cadavre les simples lésions de l’inervation, les modifications qui distinguent les propriétés de la vie, dans son état na- turel ou maladif; tandis que les altérations physico- chimiques ou anatomiques sont ostensibles. OU DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. 412 De sorte que les symptômes morbifiques appartiennent tantôt à une lésion vitale, tantôt à une altération anato- mique ou physiologique et matérielle en même temps. Dans les maladies, les opérations formant les princi- pales ressources de la nature, appartiennent générale- ment aux phénomènes physico-cliimiques ordinaires de la vie; c’est ainsi que certaines sécrétions en remplacent d’autres, ou qu’il s’opère des combinaisons que nous regardons comme une voie, un moyen calculé, tandis qu’il résulte forcément de l’inactivité ou des différences survenues dans d’autres sécrétions : car il ne faut pas oublier que les maladies sont causes ou effets de ces diffé- rences. Le refoulement de certains matériaux sur des voies insolites explique ces déviations, en faisant naître diverses maladies variables selon le siège qu’elles affectent. Souvent le retour à la santé est dû à l’arrivée de ces mêmes matériaux vers leurs surfaces naturelles. M. Four- cault (Causes des affections goutteuses, etc.), en suppri- mant mécaniquement la transpiration chez les animaux vivants, a provoqué des lésions viscérales différentes offrant divers caractères anatomiques; le plus souvent ceux de l’inflammation et ses conséquences variables, selon les tissus ou organes malades. L’altération suit de près certains déplacements sécré- toires, et toutes les conséquences qui en dérivent; mais souvent la guérison tient à peu de chose; elle se trouve dans certains agents qui rétablissent la seule action ré- gulière des forces organiques, celle des puissances exté- rieures ou agents ordinaires de la vie. Ces opérations reposent sur des bases trop fixes, trop DES FORCES MÉDICATRICES NATURELLES, OU DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. 413 déterminées pour changer de principes. Certains chan- gements survenus dans les altérations de la santé sont toujours établis sur des forces qui appartiennent aux phénomènes physico-chimiques et vitaux naturels. Quel- quefois , la mobilité de la maladie, son siège variable, provoquent ces différences qui ne permettent pas aux forces chimiques de s’accomplir convenablement. Si une maladie physico - chimique, ordinairement continue comme les inflammations, présente des phases remarquables d’interruption, une mobilité caractéris- tique des maladies vitales, il est évident que le principe nerveux gouverne cette affection complexe en lui impri- mant les caractères de ses réactions mobiles et intermit- tentes. Voilà donc une lésion physico-chimique qui marche sous l’influence de l’éréthisme nerveux. Ici, l’art ne doit pas traiter ces affections erratiques, périodiques, intermittentes comme des maladies continues ordinaires; la nature n’en vient môme pas à bout, si les conditions physico-chimiques et vitales insolites ne sont pas modi- fiées les unes par les autres; c’est-à-dire, si, dans les intervalles des paroxismes, des ébranlements vitaux, les opérations physico - chimiques de la partie malade ne parvienuent pas à se régulariser ou à se rétablir, la cê- dation deletat anormal provoque peu-à-peu les réactions physiques, chimiques et vitales à rentrer dans leurs limites naturelles. C’est pourquoi l’art est souvent auxi- liaire, tout-puissant; il suffit quelquefois de calmer, d’a- moindrir la turgescence vitale pour arrêter des accidents formidables qui emportent au contraire la nature à toutes les conséquences du dérèglement des forces de la vie. 414 Cependant, certaines maladies, comme les médica- tions de notre art, agissent directement en détruisant l’excitabilité ou les forces actives d’un ou de plusieurs organes, soit en modifiant la composition chimique ou les propriétés des fluides, soit en agissant d’une manière immédiate sur l’inervalion ou sur les propriétés ner- veuses sensitives. Mais ces phénomènes varient suivant la constitution matérielle des individus, selon le siège et la nature du mal, l’activité ou la passivité organique, suivant la composition chimique des fluides qui neutra- lisent plus ou moins l’action morbifique ou lui prêtent un appui, etc. Dans ces circonstances, où est la force médicatrice ou de conservation? Pourquoi suit-elle les conditions va- riables, qui se montrent heureuses ou non; les mouve- ments aveugles ou physico-cbimiques défavorables, au lieu de les changer? DES FORCES MÉDICATRICES NATURELLES, § 127. Ingéré dans un estomac sain et bien portant , le venin de la vipère, ainsi que l’a expérimimenté Fontana, passe inaperçu, tandis qu’il n’en est pasMe même lorsqu’il est déposé immédiatement dans le sang ou dans les chairs du même individu. D’où vient ce contraste, sinon des forces physico-chimiques différentes qui se rencontrent toutes faites entre ces diverses parties ? Pourquoi la force médicatrice ne se montre-t-elle pas également partout, chez le même individu? On attribue les réactions organiques aux actes bien- 415 faisants de la nature qui se révolte contre les effets des- tructeurs ou nuisibles de la substance vénéneuse. Mais ces effets n’obéissent-ils point aux lois physico-chimiques de cette substance et à celles qui régissent certaines ma- tières organisées vivantes? Toutes les espèces organiques, les individus, les organes mêmes paraissent vivre à leur manière, pour eux, parce qu’ils sont soumis à des ex- ceptions ou à certaines règles qu’il ne dépend point d’eux d’enfreindre ou de respecter; car les lois de la vie repo- sent sur des conditions qui sont tantôt fixes, tantôt va- riables , selon qu’elles concernent les phénomènes phy- sico-chimiques ou vitaux, qui forment des actes, pour ainsi dire arrêtés d’avance, ou des actes mobiles et variables. Il n’est point étonnant de voir, d’un côté, une action soutenue qui suit son cours, et de l’autre, une lutte constituant autant de reflets, de réactions forcées; sans quoi, il n’y aurait point de vie ou de réactions vitales , mais seulement des phénomènes chimiques, des affinités ou des répulsions. L’action des poisons n’est pas la même sur tous les tissus ou organes ; il est évident qu’ils sont absolument comparables aux médicaments, c’est-à-dire qu’ils ont une influence spéciale sur certaines parties. Les symp- tômes subséquents ont chacun leur spécificité et résul- tent du siège essentiel de l’affection toxique. C’est donc en vertu d’une action élective, d’une affinité ou attrac- tion moléculaire particulière, qu’on peut expliquer les phénomènes des empoisonnements et des médications. Mais l’état morbifique amène une situation physio- logique nouvelle qui rend raison de la différence qu’on OU DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. 416 obtient alors par les mêmes agents, comparativement à l’état ordinaire; car l’évolution morbide modifie la sensibilité organique en l’élevant ou l’abaissant. Ainsi l’action de certains poisons exalte ou détruit les propriétés vitales, sans toucher à la disposition contexturale ; d’autres fois le contraire a lieu : on a vu le poison désorganiser un point des voies digestives sans donner la mort. Généralement, il suffit qu’il en soit absorbé quelques parcelles pour occasionner des symptômes spéciaux. Ce que je dis des substances vénéneuses , on peut l’avancer pour certaines maladies qui mettent plus ou moins en jeu les forces physico-chimiques de l’éco- nomie, et font naître des réactions organiques ou vitales, directes ou sympathiques, selon leur nature, leur siège, la susceptibilité des individus, etc. Ce qui cons- titue des différences assez grandes. Mais je n’outre rien en disant que, dans tous les cas, on peut voir à l’occa- sion de ces nombreuses luttes, entre les individualités et leurs maladies, autant de phénomènes destructeurs ou défavorables, si ce n’est plus, que de réactions susceptibles d’être prises comme un effort salutaire par les optimistes. Cette force médicatrice neutralise , chasse, pousse , dit-on, au dehors la matière vénéneuse, le corps étran- ger qui blesse l’organisme. Mais la neutralisation est une force chimique aveugle et variable , selon les conditions relatives aux corps sur lesquels elle agit. L’expulsion obéit aux mouvements physiques naturels et aux opérations organiques les DES FORCES MÉDICATRICES NATURELLES, plus commune. Que reste-t-il donc à faire à la vitalité ? à exprimer son impuissance par la douleur, à soumettre ses principales ressources aux forces physico-chimiques. Mais si ces forces sont inexorables, incertaines ou trop faibles, sur quoi va compter cette pauvre vitalité? Sur la science, toute incertaine qu’elle est, car la science repose aussi sur des forces physico-chimiques semblables à celles qui serrent d’appui et de base à celte môme vitalité. D’un autre côté, l’art ayant appris à neutraliser certains principes délétères ou nuisibles, dont la nature ne peut triompher seule, nous verrons, dis-je, que l’art profite de ses leçons et tend une main secourable en vingt occasions à cette môme force médicatrice qui devrait tout faire ; et cependant on ne récusera point que nos médications sont assez évidentes pour par- tager au moins, avec cette dernière, le prix de la victoire. Mais on ne peut disconvenir que nos ressources sont souvent précaires ou inutiles quand l’organisme est soumis à ces grandes causes de destruction, qu’il lutte contre certains principes morbifiques, certaines puissances miasmatiques ou vénéneuses, contre les- quels toutes les forces de la nature ou de la vie ne peuvent résister. Quels sont donc les cas où celle-ci triomphe? précisé- ment ceux où l’art aussi peut triompher par des moyens analogues ou comparables. Ces moyens reposent tou- jours sur les forces ou réactions physico-chimiques et vitales. Oü DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. 417 U8 DES FORCES MÉDICATRICES NATURELLES, S <28' On appelle réaction l’effort que fait la vitalité pour se délivrer de l’ennemi qui l’opprime. Cette réaction est tantôt naturelle ou spontanée, tantôt provoquée ou excitée par l’homme de l’art. Dans tous les cas, cette action est toujours plus ou moins semblable, puisqu’elle s’opère à l’aide des mêmes organes et des mêmes efforts. Par exemple,la diaphorèse spontanée 11e diffère point de celle qui succède à nos remèdes; seulement, on ap- pellera la première critique, si elle termine la maladie, tandis que la seconde, comme la première, n’est qu’une sueur d'expression, si l’affection continue. Certains phénomènes réacteurs succèdent à l’inges- tion ou absorption de substances vénéneuses ou médi- camenteuses diverses, ai-je dit. Lorsqu’ils se réduisent aux réactions purement vitales , les effets sont ordinaire- ment fugaces , légers, comme les produit une faible dose de belladone, de jusquiame, d’opium, etc. De même, les boissons fermentées, alcooliques, prises en quantité médiocre, réagissent d’une manière plus ou moins forte sur certaines manifestations vitales , qui tombent insensiblement, à mesure que les opéra- tions chimiques naturelles de la vie épuisent les principes vénéneux ou stimulants. A dose plus élevée, toutes ces substances peuvent avoir une action bien différente, puisqu’elles enraient et anéantissent quelquefois très- promptement les ressorts de la vie, soit en paralysant ces ressorts, soit en leur communiquant un mouvement 419 désordonné qui trouble toutes les opérations synergiques et régulières de la vie. La mort succède aussi à l’ingestion de ces agents divers, sans que la vie change ses opéra- tions, puisqu’elle reçoit ce qu’elle ne peut refuser et agit en manœuvrant toujours de meme. Car il ne faut pas prendre certains phénomènes sensitifs ou réacteurs plus ou moins insolites, ou quelques opérations, certaines combinaisons chimiques * comme une démonstration des forces médicatrices naturelles, mais bien comme l’ex- pression des effets physico-chimiques et vitaux obligés d’un agent ou d’une action insolite survenue dans l’organisme. Pourquoi ces mêmes forces ne se montrent-elles pas continuellement hostiles à ces animaux parasites, qui vivent aux dépens des organismes, au lieu de montrer autant de droit que pour ces derniers ? Hélas ! il n’est que trop évident que les efforts dits conservateurs, sont des effets obligés, heureux ou malheureux, décidés d’avance par les lois de la vie et les modifications que lui font subir les nom- breuses affections qui attaquent les organismes. Ces efforts, dis-je, marchent subordonnés aux puissances physico-chimiques, aux réactions matérielles ou vitales qui en sont la suite. Voilà pourquoi les mouvements appelés critiques, diffèrent selon Y âge, le tempérament, les saisons , selon la nature des lésions, etc. Il est facile de voir que toutes les créatures sont plutôt sacrifiées que les grands principes dont je parle ; dispositions qui contribuent autant à abréger l’existence OC DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. 420 de ces dernières qu a la prolonger, puisque ces con- ditions se montrent aussi souvent nuisibles que favo- rables à l’entretien et à la conservation des organismes. Notre art le prouve suffisamment, car il est plus fré- quemment obligé d’intervenir que d’abandonner le malade aux soins aveugles de la nature ; aveugles parce qu’ils sont voulus, arrêtés, sans égard pour les Yôsultats. Comment se terminent naturellement la plupart des affections aiguës, et que deviennent presque toutes les maladies chroniques ? Les nôcropsies le prouvent ! Pourquoi de pareils résultats? Comment tant de vies énergiques douées de forces et de conditions si heu- reuses, succombent-elles aussi promptement!! C’est que le choix des opérations appartient purement aux attractions moléculaires, aux affinités organiques et vitales, aux conditions imprévues des mouvements morbiliques qui se fondent dans la vie et s’animent à ses dépens ; mouvements qui cèdent ou qui triomphent selon leurs caractères, qui s’entent avec ceux de la vie, pour disparaître dans ses opérations ou pour l’annihiler elle-même. Ici l’ame intelligente de Stahl reste enchaînée dans sa sphère, comme cet autre principe appelé vital, qui suit ou arrête malgré lui son cours au travers des élé- ments plus ou moins favorables ou délétères. Dans notre organisme , lame intelligente de l’homme n’a pas plus d’ordre à donner au principe vital qu’à la matière organique, les éléments naturels ou morbi- fiques étant chargés de se gouverner; c’est-à-dire DES FORCES MÉDICATRICES NATURELLES , OU DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. 421 que les corps organisés obéissent aux lois qui les font mouvoir, sans pouvoir jamais changer les dispositions fondamentales prises à leur égard. Devant accepter les mauvaises conditions comme les bonnes, puisqu’elles s’introduisent également dans leur organisme. D’où elles ne sont chassées ou neutralisées, comme je l’ai dit, que dans certaines circonstances, lorsque les forces ou réactions organiques sont suffisantes. Ce qu’elles font à l’aide des voies et moyens placés sous l’influence de la vie , ou des puissances actives et passives qui constituent ses opérations habituelles, ou rentrent dans les attribu- tions des forces physico-chimiques et des réactions vitales inhérentes aux corps vivants. S 129- Le règne de la vie devant avoir des bornes, la nature détermine le cercle qu’elle doit parcourir , en lui fixant des principes destinés à se rompre, à s’user par le seul exercice , et en l’exposant aux combats que lui livrent dans le cours de sa carrière les principes ou les éléments extérieurs , ainsi que les modifications accidentelles sur- venues dans ses propres principes. Les manifestations des phénomènes physico-chimi- ques et vitaux sont donc susceptibles de s’interrompre plus ou moins complètement, lorsque les organes de- viennent inaptes à recevoir les stimulations extérieures ou cessent de réagir sur les agents de la vie ; et comme il suffit qu’un seul organe important soit frappé d’im- puissance , pour que le reste de l’organisme éprouve des 422 difficultés dans ses réactions, il est facile de se rendre raison des altérations qui surgissent loin de la circulation ou de Finervation, lorsque les centres circulatoires ou sensitifs tombent dans l’asthénie ou sont lésés par une cause quelconque. Le mécanisme des fonctions se rétablit d’autant mieux que celles-ci sont moins complexes, soit parce que les principes excitateurs se font plus facilement sentir, soit parce que les combinaisons, les rapports qui existent entre les organes sont plus immédiats et plus faciles. L’organisation simple renferme toujours plus d’éléments aptes à une vie durable, et pour elle les propriétés cnjptobiotes décèlent une force vitale qu’au premier abord on accorderait aux êtres plus composés. Le grand tort des pathologistes est de considérer d’une manière différente les forces de la vie , dans l’état de maladie , ainsi que je l’ai exprimé. Quelques prin- cipes nouveaux, certains changements peuvent surve- nir dans ces forces sans qu’elles cessent d’appartenir à la vitalité, ou de conserver leurs caractères primitifs essentiels. Ainsi, la plasticité du sang et tous les actes qui en dérivent se rencontrent naturellement comme patholo- giquement ; elle se montre plus ostensible dans celte dernière circonstance, particulièrement dans le travail de la cicatrisation, qui précède et accompagne la for- mation du cal, ou la cicatrice des parties molles. Les adhérences insolites ou contre nature qui se for- ment quelquefois, ces fausses membranes développées si malheureusement, etc., prouvent que la plasticité est DES FORCES MÉDICATRICES NATURELLES, OU DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. 423 éminemment aveugle, quelle marche sous l’inlluence des forces physico-chimiques de la vie , et rien de plus. Aussi, loin de regarder la cicatrisation , avec les pa- thologistes, comme une preuve irrécusable de cette force médicatrice naturelle, je la considère simplement comme une conséquence des propriétés physico-chimiques du sang, des tissus enflammés et de la présence des principes vivifiants naturels, qui continuent à apporter leur contingent. Dans l’inflammation, la plasticité du sang acquiert naturellement plus de force et tend à faire naître cer- taines productions nouvelles; ainsi se forment les cica- trices , les adhérences , les fausses membranes, etc. ; c’est-à-dire que les éléments organisateurs, communs, sont les mômes, toujours prêts, qu’il y ait solution de continuité ou seulement inflammation. Là donc naîtra un kyste, ici un simple engorgement; ailleurs certains principes devront leur origine à la dissociation des parties, à une sécrétion ou exaltation forcée, quel qu’en soit le résultat, à l’avantage ou au détriment des indi- vidus : c’est pourquoi toutes les terminaisons des in- flammations ne sont pas heureuses. En suivant la marche et les issues de ces maladies, on est obligé de convenir qu’elles subissent la consé- quence des phénomènes naturels et exceptionnels. Où est donc ce génie tutélaire qui laisse pousser des prin- cipes dangereux, mortifères, qui laisse enrayer la vie, compromettre au moins les fonctions organiques, et qui n’a point interposé sa puissance dans le conflit qui vient de se livrer, puisqu’il abandonne aux forces orga- 424 DES FORCES MÉDICATRICES NATURELLES, niques et aux éléments pathologiques toutes les chances du combat. En voyant les éliminations incessantes de l’organisme, on a cru reconnaître dans ce phénomène la plus grande preuve de la décomposition continuelle des organes ; mais surtout on envisage certaines de ces éliminations comme étant le produit des efforts conservateurs. Double opinion mensongère, puisqu’elle repose sur une double erreur. Les matières qui s’échappent du corps doivent néces- sairement en sortir, lorsqu’elles s’exhalent naturellement du sang, qu’elles cessent de trouver une attraction ou affinité organique, fixe et indécomposable ; dans le cas contraire, les matières absorbées restent combinées avec les éléments moléculaires organiques, comme je l’ai dit, soit qu’elles forment une partie devenue intégrante de ces memes éléments. Le sang étant destiné à ne conte- nir que des principes vivifiants, ceux-ci restent plus ou moins dans l’organisme ; ils sont donc forcés d’en ressortir : delà, les éliminations continuelles, les ex- halations, les sécrétions de toutes sortes. Certains prin- cipes hétérogènes offriront nécessairement une expulsion plus prompte que les éléments vivificateurs naturels qui rencontrent une affinité générale dans toute l’éco- nomie, ceux-ci doivent donc y demeurer plutôt que ceux-là. Toujours est-il que la vie ne se maintient qu’à l’aide des éléments extérieurs qu’elle prend et rend sans cesse; mais elle ne change pas ainsi la base de ses principes, comme je l’ai souvent avancé. Les éliminations dont je parle étant des actes physico-chimiques forcés, elles ne peuvent appartenir à certaines forces détachées des mouvements organiques. L’élimination de certai- nes matières hétérogènes, plus ou moins nuisibles, repose donc sur le défaut d’attraction ou d’affinité avec les tissus ou les organes; elles sont alors forcément entraînées au dehors par les divers émonctoires, ou décomposées , neutralisées dans les opérations chimiques inhérentes à la vie; c’est même à ce mouvement d’éli- mination ou d’abandon que nous devons souvent l’inac- tion de nos remèdes ; tandis que les substances alibiles révoltent quelquefois les organes digestifs. Dégénérées, malades, les fonctions organiques sui- vent les conditions morbides qui finissent quelquefois par remplacer l’état normal ; c’est alors qu’aux flux naturels se joignent des flux morbifiques ou excep- tionnels, que la sensibilité et la contractilité sont régies par les puissances morbifiques. Ainsi s’organisent les névroses, les névralgies , les chorrées, les convulsions, les fièvres et toutes ces cohortes de maux qui affligent particulièrement notre espèce. Médecins qui admettez les forces médicatrices natu- relles, dites dans quel but et pourquoi elles abandonnent ainsi la gestion de la vie à l’ennemi destructeur, aux chances qui l’accompagnent? Si vous considérez ces forces comme incessantes, tutélaires, pourquoi ne leur confiez-vous pas toutes les maladies ? pourquoi enfin, contrariez-vous ce génie bienfaisant dans les médica- tions que vous opposez bon gré mal gré à ses efforts. Les vrais observateurs, les grands praticiens, ne OU DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. 425 426 DES FORCES MÉDICATRICES NATURELLES, s’endorment point sur cette influence imaginaire, car leur expectation intelligente est bientôt transformée en activité vigilante, afin de s’opposer aux empiétements de la maladie. Le médecin, en effet, doit constamment la suivre, et se rappeler que l’inaction ne constitue point une passivité absolue de sa part; il doit se sou- venir que la nature n’a rien à prévoir, rien à calculer dans les opérations organico-vitaies ou morbifiques, elle suit des lois et s’y conforme : c’est donc au médecin à aviser quelles peuvent en être les conséquences. Et s’il veut absolument admettre l’animisme de Stahl, une puissance conservatrice, il la trouvera dans les forces habituelles qui se meuvent avec le secours des puissan- ces synergiques et vivifiantes ; mais il n’y a point ici de forces intelligentes, prévoyantes, qui président à l’éli- mination ou à la neutralisation du principe morbifique, mais seulement les forces ordinaires plus ou moins mo- difiées, altérées, qui suivent aveuglément leur cours, leur destinée, quel qu’en soit le résultat pour l’individu; aussi son existence est-elle facilement compromise. Les forces physico-chimiques conduisent les poisons qui leur arrivent comme les substances alibiles, bienfaisantes. Sans doute, les propriétés de ces agents font crisper, révolter les organes ; mais il ne faut voir dans ces phé- nomènes que les effets physico-cliimiques qui se font sentir sur les réactions vitales : les matières vivifiantes naturelles provoquent souvent les mêmes phénomènes lorsque leurs conditions sont mal reçues par les orga- nes, etc. 427 OU DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. § 130. Certaines attractions moléculaires ont fait d’autant mieux croire à une affinité active, que ces attractions sont plus fixes et déterminées; mais elles ne forment point une ressource tenue en réserve pour s’opposer aux opérations insolites. Aussi les prétendus efforts conservateurs sont-ils en raison inverse de l’àge, ou en rapport avec le plus haut degré de forces relatives, dont la jeunesse est or- dinairement rétribuée. Toujours les excreta répondent aux ingesta, et si les excrétions diminuent d’un côté, elles augmentent de l’autre. L’harmonie ou la santé demande une disposition semblable, basée sur les fonc- tions les plus simples de la vie. Les sympathies et les antagonismes dérivent de l’ac- cord forcé qui existe dans les jeux de la vie. Ainsi se conservent ses opérations et les manifestations actives ou passives que la nature a renfermées en elle. Le dérangement ou les actes morbifiques qui troublent cet accord, ne changent, ne pervertissent les opérations naturelles qu’en les modifiant, en gênant leur cours; mais toujours est-il que les puissances agissantes tra- vaillent sur le même fonds, quoiqu’avec des formes différentes, perverties, etc. La vie est donc conservée par elle-même ou étouffée par ses actes : combat incer- tain , qui a mis en œuvre l’intelligence de l’homme et forcé celui-ci à reconnaître que sa vie était entre les mains de certaines puissances aveugles. 428 La propagation des maladies ou principes mortifères, leur influence d’abord locale puis générale, leur mar- che et leurs terminaisons, etc., ne sont-elles pas assez convaincantes pour faire juger ce qu’il faut penser des efforts conservateurs ou des forces médicatrices. Voyez ce qui se passe le plus souvent dans une fièvre puer- pérale , circonstance où la maladie offre tant de portes ouvertes à l’élimination de son principe; cependant celui- ci maîtrise, envahit plus ou moins rapidement l’orga- nisme entier, soit directement soit sympathiquement, et la mort arrive de même, de tous côtés à la fois, sans qu’on puisse attribuer à une influence bienfaisante des efforts autres que ceux qui sont confondus avec les mouvements morbifiques ou létifères. Le bon et le mauvais génie revêtent des caractères pris à la même source, ou plutôt une bonne ou une mauvaise termi- naison ne forme qu’une différence relative dans ses effets, au siège, aux degrés, aux complications, à la suscep- tibilité individuelle, etc., sans changer pour cela de principes. Les réactions organiques commencent tantôt par les manifestations vitales , tantôt par les forces physico- chimiques. Dans les affections nerveuses ou qui n’atta- quent que la sensibilité, comme les impressions morales, on voit survenir certaines réactions physico-chimiques évidemment provoquées par l’ébranlement nerveux. Les maladies ressemblent, par leurs effets, aux actions médicamenteuses, à certains poisons qui sont toujours doués de propriétés physiques ou chimiques, et soulèvent des réactions organiques ou vitales, particulières ou gé- DES FORCES MEDICATRICES NATURELLES, OU DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. 429 nérales, soit en modifiant, soit en interceptant les actions vitales naturelles. Dans ces cas, de nouvelles réactions physico-chimiques peuvent se montrer quelque part et neutraliser certaines combinaisons de meme nature, nor- males ou insolites; car les forces chimiques 11e perdent pas leurs propriétés et suivent toujours leurs lois, lors meme qu’elles s’exécutent dans les creusets de la vie. Ainsi, l’émétique vient provoquer les contractions de l’estomac, au lieu de se perdre dans le sang où il est injecté , etc.; et cela, en vertu d’une affinité particulière entre les substances chimiques elles organes. S 131. D’où vient que les transformations morbifiques sui- vent presque toujours une marche et des caractères in- verses à ceux qu’il conviendrait qu’elles prissent pour l’avantage des individus? Pourquoi certaines affections, peu graves d’abord, dégénèrent-elles en maladies redou- tables, ou prennent-elles droit de domicile, sinon parce que les forces médicatrices naturelles sont à créer? Com- bien de flux, de névralgies, etc., s’établissent pour long- temps ou pour toujours? Ce qui revient à dire que les forces naturelles obéissent, cèdent aux forces patholo- giques, lorsque celles-ci dominent les premières. Dans le cas contraire, rien de plus simple que le retour de la santé, lorsque les mouvements ordinaires de la vie peu- vent reprendre le dessus avec leur empire : ce qu’on doit admettre facilement sans créer line entité imaginaire qui 430 dirige les forces de la vie. La conservation de celle-ci est subordonnée aux opérations qui se passent dans l’or- ganisme , soit relativement à l’état normal, soit relative- ment aux nouvelles conditions maladives; double consi- dération importante à faire, puisqu’elle montre ce qui appartient à la nonne et ce qui appartient aux mouve- ments exceptionnels. Parmi les maladies qu’il est dangereux de guérir, pour conserver le litre de l’ouvrage de Raimond, se trouvent beaucoup d’affections physico-chimiques; les accidents qui résultent de leur guérison, tiennent aux nouvelles fonctions chimiques substituées aux anciennes. Ces cures malheureuses, souvent faites par les impré- voyances des forces médicatrices, doivent ce résultat à la disparution d’un principe sans neutraliser sa cause qui se reproduit ailleurs, comme dans la goutte; ou bien, parce que les efforts, dits conservateurs, ont oublié de rétablir une autre fonction chimique à la place de celle qui était passée dans les habitudes de l’individu. Voilà pourquoi des maladies sécrétoires chroniques delà peau, des muqueuses, ne guérissent pas sans in- convénient , l’exhibition ayant pris cette route. Néanmoins, il est peu, bien peu de maladies suscep- tibles d etre considérées comme salutaires. On se porte mieux, dit-on, après certaines affections qu’avant, j’en conviens ; mais faut-il attribuer ce résultat à la maladie plutôt qu’aux autres conséquences qui en dérivent, à la diète, au régime, au repos organique, aux conditions nouvelles dans lesquelles se trouve l’in- dividu? etc. DRS FORCES MÉDICATRICES NATURELLES, OU DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. 431 Certaines affections viennent purifier, dit-on encore, le tempérament des enfants; mais à cet âge, comme à tout autre, des soins hygiéniques bien entendus et suivis habituellement en tous points, les exempteraient de toutes ces maladies prétendues dépuratoires, parce qu’elles sont obligées; car les unes s’établissent forcément par suite du manque d’exercice en plein air, par la malpro- preté, par une alimentation peu convenable, prise avec trop de modération ou en trop grande quantité, etc. Quelques bons esprits considèrent le vomissement ou la diarrhée comme étant dus aux efforts conservateurs. Mais lorsqu’on réfléchit aux causes qui les provoquent, on trouve des actes forcés directs ou sympathiques, qui s’effectuent souvent contre l’intérêt des individus. Ce que je viens d’exprimer est applicable à certaines opérations sécrétoires ou d’exhalation qui obéissent in- distinctement aux causes capables de les mettre en jeu, soit activement, soit passivement. Ainsi, la salivation est provoquée dans les malaises qui accompagnent des nausées, le début d’une syncope, comme si les glandes salivaires étaient stimulées par l’odorat, par l’estomac qui appète des aliments, etc. La même chose a lieu pour la sueur, qui est tantôt ac- tive, tantôt passive, marche sous l’influence d’un surcroît d’activité de la circulation ou s’exécute par débilité, par relâchement des tissus et ralentissement du cours du sang. Certainement, le produit peut en être différent; mais celui-ci sera toujours soumis aux conditions chimiques des fluides. Certains mouvements morbifiques produisent la suf- 432 location en faisant naître des fausses membranes, con- tracter des adhérences vicieuses, en produisant des épanchements, ou bien en corrodant, en portant la désor- ganisation et la mort dans les tissus, ou par la naissance de tissus nouveaux. La nature, ou la vie, qu’oppose-t-elle alors? Sans doute, toutes ses forces, puisque c’est sur elle que la maladie s’exerce. Mais si une puissance active, intelli- gente régnait dans les organismes pour lutter contre toute maladie qui s’en empare, notre art serait non- seulement superflu, mais le plus souvent dangereux, en adoptant les idées émises sur les forces médicatrices na- turelles. J’ai dit que lorsque les forces organiques et vivifiantes reprennent leur régularité et leur influence, ces forces font naître certains éléments capables de bou- cher les pertes de substances, de rétablir les solutions de continuité; mais ces phénomènes ne dérogent point aux habitudes, ne changent en rien les opérations de la vie. Ces actes résultent du travail physico-chimique de la nutrition qui emprunte forcément tous ses appuis aux forces vivifiantes ou extérieures chargées de faire déve- lopper avec la vie les tissus communs, comme je l’ai dit. Or, ces dernières agissent toujours de même, aussi aveu- glément. Ce phénomène nous explique pourquoi elles obstruent, étouffent indifféremment la vie ou la servent. Ainsi, les mêmes éléments qui font naître le croup bou- chent d’autres conduits nécessaires à l’existence; les mêmes éléments, dis-je, font développer ailleurs la cica- trisation ou des carnosités inutiles, dangereuses. Il y aurait donc une distinction à faire ici, combattre DES FORCES MÉDICATRICES NATURELLES, la nature ou la laisser agir : la combattre, puisqu’elle va jusqu’à donner la mort; la laisser agir, dans les cas où ses mouvements deviennent convenablement répara- teurs, et chercher à lui fournir des éléments nécessaires, en plaçant l’organisme dans une situation réclamée. L’in- telligence de l’art n’est donc jamais de trop, puisqu’il sait quand il peut être auxiliaire, qu’il a appris à contenir les écarts de la nature, et juge quand celle-ci est suffi- sante. L’art n’est-il pas souvent obligé de réprimer ces excès de forces ou de moyens mis en œuvre par la nature? N’est-ce pas lui qui la place dans des conditions plus favorables, en faisant éliminer, ou en détruisant cer- tains principes vicieux? N’est-ce pas lui enfin, qui a trouvé les moyens de favoriser les adhésions, de détruire certaines exubérances ou de ranimer des forces éteintes, modifiées? etc. Il faudrait donc, pour être conséquent, réserver les expressions, efforts conservateurs, forces médicatrices, lorsque la nature est heureuse, triomphante. Malheu- reusement, je le répète, pour elle, la vie ou la mort arrive par les mêmes voies et forme une issue qui lui est tout-à-fait indifférente. OU DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. 433 § 132. Faut-il attribuer aux efforts conservateurs ces mouve- ments instinctifs qui portent les malades à satisfaire leurs goûts dépravés, même tous leurs penchants naturels? Dans ce cas encore, l’observation journalière apprend 434 DES FORCES MÉDICATRICES NATURELLES, que ccs impulsions partent toujours de l’actualité. Ainsi, il faudrait changer vingt fois par jour de médications ou de régime, si on obéissait le malin à des exigences d’une façon; dans le milieu du jour, à d’autres; et avant la nuit, à d’autres encore ; et cependant, la maladie n’a pas changé de principes, de caractères, de siège. Certaines parties de l’organisme commandent ces mouvements, ces caprices, ordinairement plus nuisibles qu’utiles. 11 faut donc reléguer ces mouvements instinctifs, pré- tendus tutélaires, parmi les impulsions organiques aveu- gles. Ainsi, on voit journellement certains animaux do- mestiques abandonnés aux mouvements instinctifs pour se conduire, suivre les impulsions dont je parle, mais rarement à leur avantage; et cependant, on peut attri- buer à certaines combinaisons de leur part, les détermi- nations qu’ils prennent alors; ce dont il est facile de se convaincre, en les voyant rechercher, choisir ou éviter certaines positions, telles ou telles substances plutôt que d’autres. On ne peut pas soutenir que les mouvements instinc- tifs, chez un jeune enfant, soient tous protecteurs, con- servateurs; notre raison et notre expérience étant obli- gées de les combattre souvent. Eh! bien, si les mouve- ments organiques doivent être médicateurs, propices, tutélaires enfin, c’est chez les enfants qu’ils devraient se montrer; car j’espère qu’on ne poussera pas l’outrecui- dance jusqu’à vouloir séparer les cas qui m’occupent, c’est-à-dire les mouvements instinctifs ou physiologiques des mouvements organiques. OU DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. 435 § 133. Presque tous les médecins soutiennent que les efforts conservateurs éclatent notamment dans ces opérations prévoyantes de la nature, qui entoure d’une fausse membrane le sang extravasé, particulièrement dans les épanchements sanguins de l’abdomen , ainsi que J.-L. Petit l’a noté; dans les attaques d’apoplexie, comme MM. Rochoux, Iliobé, Lallemant, etc., l’ont particulièrement observé. Mais ce phénomène est le résultat de la plasticité du sang, des qualités nouvelles qu’il acquiert, de l’isolement où il se trouve au milieu de parties chaudes, plus ou moins irritées. Les suites de ces phénomènes répondent aux mouve- ments nutritifs interstitiels, qui font peu à peu disparaître les fluides ou les parties molles égarées, comme celles qui ne doivent pas rester dans l’économie, ou qui obéissent aux mouvements des fluides. C’est ainsi que les fausses membranes s’usent, s’éliminent; c’est ainsi que certaines adhérences contre nature se relâchent ou s’effacent, etc. Je le redis encore, ces opérations rentrent toutes dans les attributions physico-chimiques de la nutrition et dans l’activité des réparations aveugles qui respectent ici, entraînent là ; car tout ne disparaît point également. Le droit de vie se gagne aussi quel- quefois dans les espèces d’organisation dont je parle. Ainsi, je ne puis croire que la résorption de certains fluides accumulés ou épanchés résulte d’un mouvement protecteur. Ces fluides augmentent ou diminuent peu à 436 DES FORCES MÉDICATRICES NATURELLES, peu selon certaines impulsions imprévues, désordon- nées, accidentelles. Il serait souvent plus facile à 1 éco- nomie de résoudre un épanchement que de l’augmenter, mais elle suit souvent une marche contraire, en con- centrant ses forces sur le point fluxionné, malade, au lieu de les disséminer. C’est pourquoi les affections aiguës, cérébrales, nous donnent souvent tant de peine et d’angoisses. Dans les congestions profondes, les prétendus efforts conservateurs tendent ordinairement à compromettre l’existence en augmentant les accidents de mille ma- nières. Par exemple, dans une attaque d’apoplexie, pense-t-on que le kyste formé autour du sang épanché soit une mesure, une terminaison heureuse? Est-ce que ce fluide ne produirait pas des accidents moins terribles, en restant disséminé et liquide, afin detre absorbé plus facilement par les porosités des tissus qui l’entou- rent? etc. Ces observations sévères suffiraient, je crois , pour fixer enfin d’autres pensées que celles qui ont appartenu à des hommes cependant célèbres, et qui comptaient sur les crises , ou sur les forces médicatrices naturelles. Si le médecin ne devait être que l’interprète, le mi- nistre de la nature, selon le langage de Baglivi, les hommes n’auraient point de secours à attendre de leurs semblables, de nous. Le médecin-artiste, savant, devrait abandonner son expérience et ses talents acquis, pour suivre purement et simplement les chances du destin. Mais tous les vrais praticiens ont reconnu la nécessité de suivre le précepte de Celse, melius remedium anceps, quàm nullum, et de ne pas attendre le râle de l’agonie avant d’agir. Willis croyait aux forces médicatrices de la nature, parce qu’il voyait partout une action active, une lutte aux prises avec le mal. Ainsi la fièvre, selon ce vitaliste célèbre, était l’expression du combat livré aux puissances morbifiques ; mais pourquoi ce combat constitue-t-il si souvent une attaque directe contre les propres forces de la vie ? Un praticien aime mille fois mieux que l’ennemi arrive sans trouble, que lorsqu’il suscite une révolte , cet emportement auquel Willis, Stahl et leurs partisans tendaient la main. Hippocrate avait déjà dit, febris spasmos solvit ; mais qui ne voit que la fièvre est le résultat obligé de beaucoup de spasmes, elle constitue le reflux du sang qui, ne pouvant être toujours refoulé, revient avec force à la périphérie , en même temps que la fièvre succède à l’agitation violente de l’organisme entier, à l’éréthisme nerveux. Quoi qu’il en soit, cet ange tutélaire peut de- venir un principe éminemment redoutable. En serait-il de même, encore une fois, s’il était purement envoyé, comme l’expriment certains vitalistes, pour éliminer une matière morbifique ; celle-ci est-elle moins expulsée lorsque l’organisme ne se débat pas contre elle? Tel individu prend des convulsions, la fièvre, etc., pour la même maladie qui se retire ou suit sa marche tranquil- lement , dans d’autres circonstances semblables, sans bouleverser l’économie. Cet individu est-il plus heureux la première fois que la deuxième ? OU DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. 437 438 Sans doute, il existe des mouvements spontanés, par- fois conservateurs. Ainsi, les efforts de toux, de vo- missement, expulsent certains corps étrangers arrivés dans les voies aériennes , dans l’œsophage ou l’estomac. Une vomique peut de môme se faire jour au dehors, le foyer se vider et la cicatrisation s’effectuer de meme. On voit familièrement un caillot bouclier le vaisseau ouvert, etc. Mais encore un coup, doit-on reconnaître à ces phénomènes une force spéciale , une prévoyance, un principe qui veille sur nos jours? Nullement. Je l’ai dit, des conditions anatomiques et physiologiques président à ces opérations douteuses. Si le sang de l’individu atteint d’hémorragie, est pauvre, clair, peu plastique, certaines pertes de sang peuvent le tuer rapidement ; d’autant mieux que dans cette circonstance le caillot est nul ou trop peu efficace, et si l’art n’accourt le malade périt. Certains mouvements d’élimination s’effectuent d une manière telle qu’ils occasionnent une autre maladie. Qu’on examine et qu’on compare les cas où la nature s’aide et ceux où elle se montre impuissante, on verra combien cette dernière circonstance l’emporte sur la première. Bien des gens disent, mais la médecine avoue son impuissance dans une infinité de cas ; elle est surtout manifeste, disent-ils, dans la conduite de beaucoup de vieux médecins, qui finissent par abandonner, à peu près tous leurs malades, aux forces médicatrices naturelles, c'est bien à dire qu'ils ne croient plus à la médecine. des ronces médicatrices naturelles, OU DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. 439 De deux choses l’une, ou la maladie exige l’activité du médecin, ou ne demande que l’expectation. Il est vraiment des cas où il ne faut pas troubler la nature, elle peut se suffire. Si certains vieux praticiens aban- donnent souvent leurs malades aux efforts conservateurs, ils ne le font point sans discernement, à moins d’encourir un reproche que leur âge ne saurait garantir. 11 serait, en effet, bien commode de rester spectateur dans ces luttes terribles et rapides qui demandent tant de préci- sion et d’activité! Le médecin qui compterait constamment sur la force conservatrice, aurait ses sens troublés. Delà part des gens du monde, l’ignorance aventu- reuse peut tout dire, puisqu’elle est tout-à-fait incom- pétente pour juger une semblable question. Un médecin doit être avant tout un homme d’hon- neur, probe et éclairé : la vérité doit donc sortir de sa bouche. Doit-on supposer qu’un tel homme pût exer- cer un ministère de fourberie et d’inutilité ? non, mille fois non. La liberté et l’indépendance de notre art en sont les premiers garants : les vieillards illustres de tous les âges qui l’ont pratiqué, furent trop souvent consi- dérés comme des dieux sur la terre, parce qu’ils avaient mérité la reconnaissance des hommes, ce qui équivaut à dire qu’ils n’avaient pas toujours abandonné leurs malades aux forces médicatrices naturelles. Plus j’envisage les questions relatives à ces forces, plus mon esprit s’inquiète et se chagrine; car enfin, il ne faut point, ainsi qu’on l’a fait souvent, tromper les hommes et contribuer à les prolonger dans une séen- 440 rite illusoire ; car il est à craindre que certains articles , écrits sans doute de bonne foi, 11e contribuent pas peu à renforcer ces personnages, devenus de petits Molière et les railleurs de notre art, parce qu’ils comptent sur ces pauvres forces médicatrices quand ils sont malades, et leur font les honneurs de toutes nos cures; tristes et trop souvent funestes consolations s’ils apprennent à les connaître comme moi ! Qu’011 11e croie point que je sois un pessimiste sans raison. Lorsqu’on met vingt-cinq ans à suivre une opinion, à l’étudier sous tous les rapports, avant de prononcer à son égard, on ne doit point encourir le reproche de légèreté. Combien de fois, j’ai dû mon salut aux méthodes actives, perturbatrices! Je ne citerai que la dernière occasion où les forces médicatrices naturelles 111e condui- saient au tombeau. Il y a quelques années, jetais menacé de périr lente- ment des suites d’une coarctation du colon descendant, compliquée d’une tumeur polypeuse considérable à quatre pouces de l’anus. Les souffrances horribles que j’éprou- vais sans cesse, exaspérées surtout pendant la déféca- tion, auraient suffi pour prononcer mon arrêt de mort. Suivant les données de la science, je dus à peu près confier mon salut au temps et aux forces médica- trices. Yain espoir, je m’acheminais visiblement au trépas. Certains aliments me faisant plus souffrir que d’autres, je dus naturellement étudier tous les ingesta ; j’arrivai ainsi à connaître leur action et leur décomposition DES FORCES MEDICATRICES NATURELLES, chimique dans les intestins, décomposition bien diffe- rente que dans l’état de santé ( car dans ces maladies avancées, les fonctions digestives entières sont per- verties ). Convaincu que la médication devait être incessante , que certains agents convenables d’abord, cessaient de l’être plus tard, lorsque la partie excrémentitielle touchait les intestins malades, je trouvais enfin un agent qui réunissait toutes les conditions exigées pour mon état, l’usage des noix ordinaires, mâchées avec du pain; bientôt le mouvement péristaltique des intes- tins se régularisa, les douleurs tombèrent, la coarcta- tion diminua ainsi que la tumeur charnue du fondement. Une sorte de cataplasme continu, dilatant, était donc en même temps utilisé pour mon alimentation. Ce que je continuai pendant plus de six mois; enfin j’achevai la résolution de la tumeur insolite symptomatique du fondement par des injections d’eau glacée. Grâce à ce simple régime, je suis aujourd’hui parfaitement guéri. Primitivement, Talma, Broussais, n’étaient-ils pas dans la même situation que moi, et la dégénérescence squir- rheuse qui les a frappés, ne m’attendait-elle pas aussi? On ne peut disconvenir que ce pronostic était plus que probable. La persévérance dans l’emploi du moyen singulier dont je viens de parler, modifia peu à peu tout mon être, et expulsa une maladie redoutable et cruelle qui a provoqué l’incrédulité de certains confrères qui ne m’avaient ni vu, ni exploré. Mes deux amis, Gubian et Nepple, peuvent dire où j’en étais lorsque j’ai commencé mon traitement diététique. OU DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. 441 442 DES FOBCES MÉDICATRICES NATURELLES, § 134. Des mouvements critiques naturels. 11 est tellement fréquent de voir les médecins se désespérer dans une foule de maladies, que ce déses- poir prouve bien qu’ils ne comptent guère sur les forces médicatrices naturelles. On conçoit qu’il serait facile de multiplier les rai- sons et les faits sur lesquels je m’appuie pour disputer à ces forces le rôle actif qu’on leur prête : activité toujours subordonnée aux mouvements physico-chimi- ques et vitaux naturels. Ainsi, dans les crises proprement dites, les sueurs, les éruptions, les hémorragies, les sécrétions diverses, etc., obéissent à certaines impulsions forcées, heureuses ou malheureuses, que l’on considérerait bien à tort comme un moyen tutélaire que notre bon génie envoie dans un but de conservation; il devrait alors ne pas en former une arme à double tranchant. Sans doute, il faut quelquefois attendre ou provoquer ces crises naturelles, puisqu’elles suivent les mouve- ments du sang ou proviennent des effets obligés de la maladie ; c’est pourquoi certaines crises mettent en sûreté ou tuent, selon certaines différences, souvent bien minimes. La détente, la révulsion peuvent en être la suite, et donner le temps aux réactions orga- niques ou aux fonctions naturelles de se rétablir dans l’état normal , etc. OU DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. 443 Je ne suis pas plus émerveillé de certains travaux organiques, dont parlent les auteurs; par exemple, l’intestin ulcéré, ouvert, finit souvent par contracter des adhérences qui sauvent le malade. L’irritation que cet état suscite, la présence des corps étrangers conte- nus dans l’intestin, disposent naturellement à ce travail. J’ai vu la vésicule biliaire, pleine de calculs, contrac- ter des adhérences semblables après l’inflammation qui en était la conséquence, et une fois le malade guérir de l’abcès salutaire avec l’expulsion des corps étrangers. Les mouvements qui se passent dans la vie tiennent tous à une certaine activité, mais celle-ci est une dé- pendance de la norme, du mode primitif naturel, ré- gulier, forcément établi dans les organismes. Tant que cette activité dure, elle va en avant, recule ou biaise, selon sa marche franche ou contrariée. Ainsi, un os nécrosé est souvent enveloppé d’un os nouveau; mais doit-on voir dans ce phénomène une grande prévoyance, plutôt que le résultat aveugle des mouvements nutritifs sécréteurs communs, qui s’opè- rent ici très-malheureusement et suivent leurs principes habituels? En effet, dans la circonstance dont je parle , une stimulation passagère, ressentie par le périoste, provoque de sa part une sécrétion de matières osseuses ou crystalloïdes qui forment le séquestre de l’os nécrosé. Si une prévoyance régulière présidait à ce mouve- ment, elle ne commencerait pas ainsi son travail, mais en sens inverse, ou après l’expulsion de la partie morte. L’ossification marche comme la fibre ligneuse qui 444 tient captif et enveloppe certains corps étrangers placés au dessous de l’écorce, plutôt que de les repousser ou de se développer ailleurs, parce que ce mouvement s’effectue selon les lois naturelles ou primitives. Avant de s’émerveiller des choses qui nous semblent surnaturelles ou extraordinaires, il faut examiner d’abord en quoi elles différent des phénomènes naturels et jour- naliers qui proviennent des mêmes sources ; alors le jugement que nous en portons n’est plus exceptionnel, le rationalisme remplace l’admiration routinière. En histoire naturelle surtout, il convient de ne pas étudier seulement le merveilleux, les cas rares, comme on l’a fait; mais il faut finir par les analyser, et ne pas rester dans l’entraînement et le vague de la synthèse. Marche qui a été généralement suivie dans l’étude des crises et qui fait admettre, comme pour aveugler l’homme, des ressources naturelles sur lesquelles il ne doit pas compter. Plusieurs anciens, malgré leur admiration pour Hip- pocrate , objectaient à la séméiotique de ce dernier, combien il ôtait difficile de distinguer les évacuations critiques de la dissolution naturelle des humeurs. Ces réactions organiques, me dira-t-on, constituent- elles de la passivité? Non, sans doute, mais elles sont toujours obligées. Ainsi un corps étranger qui frappe l’œil, provoque la sécrétion des larmes. Il doit en être de même des autres cas comparables, soit que la ré- action s’exécute chimiquement ou vitalement, d’une manière directe ou sympathique. Les idiosyncrasies même, ne font point mentir mes- DES FORCES MÉDICATRICES NATURELLES, 445 assertions, puisqu’elles reposent seulement sur le plus ou moins (le susceptibilité des individus. Erasistrate avait déjà remarqué que chez certains hommes l’hidromel resserrait le ventre, tandis que les lentilles provoquaient dans d’autres cas d’abondantes évacuations alvines. De meme dans plusieurs maladies on voit survenir quelques réactions plutôt que d’autres, tantôt en raison de la susceptibilité des malades, de 1 âge, de la saison, du climat, du sexe, de l’habitude; en effet, toutes ces conditions apportent leur influence. En serait-il de môme si une puissance vigilante présidait à la conservation des individus? Du moment où l’on admet des influences de toutes sortes, il faut grandement rogner le pouvoir de cette puissance qui devrait constamment résister aux issues fâcheuses, lutter au moins ouvertement contre les terminaisons mortelles, et cela d’autant mieux qu’il faudrait souvent peu d’ef- fort organique pour changer la scène , dévier le mal et provoquer une crise salutaire. Les organismes n’ont donc pour tout pouvoir pro- tecteur que leurs forces naturelles. L’intelligence de l’homme y a ajouté certaines forces auxiliaires que son expérience lui a fait connaître. Voilà pourquoi les premiers observateurs des temps anciens ont été forcé- ment empiriques, habituellement téméraires, avant detre dogmatiques : le berceau de toute science a com- mencé ainsi; de meme, avant d’élever de grands palais, il faut avoir la puissance de les édifier. Mais revenons aux mouvements dits critiques. OU DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. 446 DES FORCES MÉDICATRICES NATURELLES, Les crises et les métastases sont des mouvements qui s’effectuent sous des prédispositions ou certaines influences organiques différentes, devant donner à ces mouvements des conséquences opposées qui ressortent de leur bonne ou mauvaise direction, suivant le lieu où s’accomplit le phénomène dont je parle. Loin de voir dans ces mouvements des actions prévues, en quelque sorte concertées pour le salut du malade, on est obligé de reconnaître que la plupart des crises ou des métastases constituent des effets, une conséquence nécessaire, qui ressortent des opérations insurrection- nelles ou des changements survenus dans les actes or- dinaires de la vie. Ces résultats appartiennent donc purement aux mou- vements de toutes sortes qui se passent dans l’économie et commandent des actions subordonnées aux causes particulières, au caractère de la maladie, aux entraves ou facilités que ces mouvements rencontrent de la part des tissus ou des organes ; circonstances qui repoussent ou appellent les mouvements morbifiques, devenus ainsi critiques ou métastatiques, plus ou moins favorables ou nuisibles. Est-il rationnel d’attribuer toutes les crises dans les maladies à une activité vitale qui préside pour ainsi dire à la conservation des individus? il faut être bien optimiste pour tenir un pareil langage. Si la nature avait voulu doter chaque organisme d’une force de conserva- tion , toujours active et régulière, elle s’y serait prise autrement, au lieu d’abandonner aux puissances physico- chimiques la plupart des opérations qui exposent autant les individus à des chances nuisibles, qu’à des termi- naisons heureuses. Toutes ces altérations de tissus, ces dégénérescences pathologiques n’en sont-elles pas la preuve, sans compter les métastases, les erreurs des mouvements vitaux. Que dis-je? si la force médicatrice se trompe de direction, si l’activité vitale obéit à d’autres puissances qu’à elle-même, il ne faut plus lui recon- naître une prééminence et une direction que la nature lui refuse. Sans doute les éliminations des substances étrangères suivent les organes sécréteurs, se portent du côté de la peau ou convergent sur un point déterminé , puisque les impulsions organiques et vitales les y dirigent natu- rellement. N’en est-il pas ainsi pour toutes les matières chassées des organismes, qui en font partie ou non ? Souvent les réactions organiques qui s’établissent contre l’agent étranger ou morbifique sont provoquées par la gêne, le défaut d’affinité ou les modifications anormales survenues. L’absorption éliminatrice rentre naturellement dans les opérations absorbantes continuelles qui transportent indifféremment toutes les matières susceptibles de se dissoudre dans la circulation ou d’être dirigées sur les organes sécréteurs ou excréteurs. Les sucs viciés ou vénéneux ne sont certainement pas moins absorbés que les fluides ordinaires, et dans tous les cas , ils pénètrent dans l’économie ou en sont élimi- nés en vertu des mêmes principes, des mêmes forces; seulement, la stimulation vitale est plus ou moins activée, selon les propriétés des agents étrangers. OU DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. 447 448 DES FORCES MEDICATRICES NATURELLES, L’effort conservateur devrait donc repousser de prime «abord l’introduction de toute matière délétère ou insolite, au lieu d’entacher l’économie entière, en portant dans la circulation les principes dangereux qu’elle recèle; et si plus tard l’organisme semble se révolter contre eux, c’est en suivant le cours de ses opérations ordinaires. La neutralisation de certaines substances chimiques obéit aux conditions qui les entourent. La mort arrive souvent pendant ces périodes appelées (Yopportunité, de crises, d'efforts salutaires; non pas toujours parce que leur but semble manqué, mais parce que ces mouvements suffoquent, étouffent la vie, l’usent ou la suspendent. De sorte, qu’il serait souvent plus heureux pour les individus que ces mouvements n’eussent pas lieu. Combien de fois les simples efforts dynamiques, c’est-à-dire de sensibilité et de contractilité, n’éteignent- ils pas la vie, ou bien lorsque les opérations, dites cri- tiques, dépassent certaines bornes, etc. Néanmoins, on veut voir dans les mouvements critiques, spontanés, la formation de certaines propriétés chimiques qui neutra- lisent et éliminent tout à la fois le principe morbifique. Cette idée n’est point insoutenable, d’autant mieux que les sécrétions morbifiques s’accompagnent de caractères nouveaux qui éclatent dans la couleur, l’odeur, etc. et jusque dans les combinaisons chimiques qu’elles acquiè- rent passagèrement. Il est seulement fâcheux que la résorption de ces matières vienne souvent détruire leur effet primitif encore mal étudié. OU DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. 449 § 135. Dans les maladies graves, les mouvements automa- tiques-organiques ou instinctifs l’emportent sur les mou- vements volontaires ou combinés. Souvent ceux-là gui- dent seuls les déterminations prises par le malade. Ainsi, lorsque les voies aériennes, pharyngiennes, etc., s’obs- truent par une cause quelconque, l’individu projette for- cément la tête en arrière, afin de dilater, de redresser autant que possible les conduits lésés et faciliter leurs fonctions : celles-ci ont donc la plus grande part aux tendances, aux résolutions que prend le malade. Si le cœur, un poumon, le foie, etc. sont le siège d’un travail morbifique, les mouvements volontaires s’effacent pour laisser placer le malade dans une situation réclamée par l’état organique. C’est spécialement chez les enfants, chez les animaux malades, qu’on peut apprécier cette vérité. Rechercher le froid ou la chaleur, boire sans cesse, ou refuser absolument de le faire, etc. forment des déterminations qui varient instantanément selon 1 état des organes, du sang, mais sans égard pour le salut du malade. Combien d’hydropiques sont dévorés de soif, de même que dans certains cas où il faudrait diminuer la sérosité du sang; d’autres fois, c’est le contraire qu’il conviendrait d’obtenir. § i36. Faut-il reconnaître, avec certains esprits faciles à satisfaire, que la douleur est une expression de la sens»- 450 Jjilité qui combat une cause irritante? N’aimerions-nous pas mieux que ce principe tutélaire restât tranquille. Un état de calme, l’absence de la douleur devrait être le premier but qu’un principe protecteur quelconque serait chargé de remplir; car on a souvent répété que la dou- leur fut le plus grand ennemi de notre existence. Mais non, c’est encore du sentiment, une dépendance de la vie , faite pour mieux apprécier les circonstances fortu- nées et heureuses qu’elle est susceptible d’éprouver. L’homme a toutes les raisons de se consoler et de prendre son parti. Il ressentie plaisir comme la douleur, parce que ces deux sentiments reposent sur les mêmes propriétés; ils émanent d’un même principe inhérent à l’existence animale. Son organisation étant ainsi faite, pour sentir, il était impossible qu’il n’éprouvât pas plusieurs nuances oppo- sées de sensations, soit dans l’état naturel, soit dans l’état maladif. Nous devons donc recevoir sans surprise tous les phé- nomènes naturels qui s’effectuent en notre faveur, comme ceux qui sont dirigés contre nous, au détriment de notre bien-être, même de notre vie, parce qu’ils suivent des lois voulues, arrêtées pour tous; autrement, nous au- rions eu lieu de nous plaindre. Une activité, qui devient peu-à-peu plus lente, suit une marche de conservation naturelle, tandis que l’in- verse la fait rétrograder en l’abrégeant. Aussi, une af- fection aiguë est ordinairement pernicieuse à la vieillesse, en précipitant ses organes dans des mouvements bien plus contre nature que dans le jeune âge. Une maladie DES FORCES MÉDICATRICES NATURELLES, de langueur, comme on dit, engendre, au contraire, dans la jeunesse, un état opposé aux besoins des organes, qui occasionne une vitalité précaire peu favorable à un long avenir. Mais nous ignorous, ainsi que l’exprime Roussel,le point où finissent les puissances de la nature, l’observation ayant appris que la vie peut subsister long- temps dans des organes très-viciés. or DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. 451 § 137. Les insuccès ou l’incurabilité des affections chroni- ques, en général, ne prouvent-ils pas la réalité des opi- nions que je soutiens, concernant le non-renouvellement organique. Ce qui démontre pourquoi la nature est si souvent impuissante et donne à notre art un lustre des- tiné à s’accroître toujours, notamment dans les cas où cette meme nature est sans ressource pour neutraliser, amoindrir certaines suites fâcheuses de ses œuvres. Par exemple, voyez ce qui arrive dans les gestations, lorsque le bassin est fortement vicié. Le produit de la conception, et la femme qui le porte, sont voués à une mort cer- taine. Les efforts de la parturition restent ici superflus. Les diamètres du bassin, et ceux du corps de l’enfant ? exigeraient certaines prévoyances; mais, je l’ai dit sou- vent, pour la nature il n’y a point d’exception; elle est soumise à des lois trop sévères qu’elle n’enfreint et ne modifie envers qui que ce soit : pour elle, le malheur n’existe pas. L’impulsion initiale demeure invariable, quelles qu’eu soient les conséquences. L’accouchement prématuré étant 452 contre nature, et l’organisme n’ayant qu’une voie ou- verte, on conçoit qu’il ne pouvait en être autrement. Ainsi, plusieurs créatures sont frappées à la fois plutôt que de changer de principes en faveur de l’une d’elles. DES FOBCES MÉDICATRICES NATURELLES, S 138. La dissémination de certains mouvements patholo- giques peut se faire au bénéfice de l’individu comme à son détriment : le premier sera appelé critique, salu- taire; et le deuxième, funeste. Cependant, ils marchent l’un et l’autre sous les memes impulsions, les memes causes. Seulement, le résultat est changé, parce que le mouvement pathologique n’occupe pas toujours un siège identique, ne suit pas la même marche, ou parce qu’il s’accompagne de certains phénomènes physico-chimiques, modifiés ou différents dans certains points que dans d’autres, ou bien parce que l’ébranlement de la sensibi- lité ne suscite pas les mêmes actes, les mêmes démons- trations dans ces divers phénomènes, bien qu’ils soient sous l’influence du même mobile. En résumé : § 139. La neutralisation de certaines substances vénéneuses succède aux changements chimiques survenus dans les sécrétions naturelles. Ces combinaisons rentrent dans les forces dites médicatrices. Les couches membraneuses qui enveloppent certains corps étrangers, naissent, dit-on, sous la même influence protectrice que celle qui délaie un agent chimique par- venu aux environs d’un organe sécréteur dont il agace les fonctions. Un grain de sel placé sur la conjonctive provoque naturellement la sécrétion des larmes, de même qu’un corps étranger excite les surfaces organiques avec lesquelles il est mis en rapport. Ces membranes se formeraient donc chimiquement, d’une manière passive plutôt que vitalement. Les accidents secondaires, tous les phénomènes ultérieurs font bien entrevoir que la nature abandonne les opérations qui m’occupent aux forces physico-chimiques : par exemple, un caillot sanguin , placé dans le cerveau ou à la surface de cet organe, ex- pose bien plus la santé et la vie de l’individu, et résis- tera bien plus longtemps que si le sang restait fluide et soumis de la sorte à une absorption presque immédiate; mais le sang ne se caille que parce qu’il est déjà sous l’influence des lois mortes ou physiques. La décomposition de ce fluide ne lui ôte pas toute plas- ticité ; d’ailleurs, il irrite, par sa présence, les surfaces qui l’entourent. Ces diverses causes réunies font naître la fausse membrane, que les pathologistes attribuent à la prévoyance de la nature; chose d’autant plus vraie, disent-ils, que ces pseudo-membranes sont destinées à faire l’absorption des matières qu’elles renferment. Mais, ce résultat est loin d’être constant. Souvent, au con- traire , l’espèce de kyste formé par une fausse membrane sécrète de nouveaux fluides dans son intérieur ; et lors- qu’il disparaît, cette circonstance est due au défaut de nutrition et à certains mouvements physico-chimiques communs à toute organisation. OU DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. 453 DBS FORCES MÉDICATRICES NATURKLLBS, 454 § 140. Dans tous les cas, le mouvement défavorable est autant possible et ordinaire que le mouvement opposé; la fièvre est l’expression forcée de l’état organique et physiolo- gique , plutôt que le résultat des efforts conservateurs de la nature, pour chasser le principe venimeux ou conta- gieux , lorsqu’il existe : circonstance où il y a presque toujours suspension ou trouble de certaines fonctions directement ou d’une manière sympathique, mais trop douteuse et irrégulière pour supposer un mouvement combiné qui se lie à un principe caché dans chaque phé- nomène qui éclate alors. § 141. L’observation est en rapport avec ce que j’ai avancé concernant les forces médicatrices; ainsi les mouve- ments dits critiques, ou les efforts organiques naturels , spontanés, sont bien plus fréquents chez les jeunes gens, chez les personnes vigoureuses que chez les êtres faibles, âgés ; mais ces mouvements n’en sont pas moins aveugles, dus aux opérations forcées, physico- vitales qui se passent dans les organismes: car très- souvent ils manquent leur but ou vont au-delà. § <42. L’action la plus manifeste attribuée aux forces médi- 455 eatrices naturelles, consiste dans la restauration des parties enlevées, ou dans la réparation de celles qui ont éprouvé quelque déperdition ; mais ces mouve- ments continuent simplement les opérations primitives transmises par la génération, ou appartiennent aux actes forcés des combinaisons physico-chimiques nutri- tives : ainsi se développent des bourgeons charnus, tous les tissus communs. La digestion et l’assimilation commencent au moins ce mouvement physico-vital, en empruntant aux éléments extérieurs les matériaux nécessaires à ces réparations; au reste, le renouvellement de certaines parties enle- vées ne s’effectue guère qu’isolément pour quelques tissus dont la base est fournie directement par la déposition des fluides nourriciers ou par la portion restante do leur organe sécréteur naturel qui conserve sa vitalité* QU DES EFFORTS DITS CONSERVATEURS. S 143. Dans le nombre des maladies physico-chimique s susceptibles de se terminer par résolution, il faut placer à leur tête les phlegmasies ; en effet, les altérations des propriétés vitales et chimiques n’ont pas encore perverti, modifié l’état anatomique; ce qui peut arriver quand l’inflammation dure depuis un certain temps ? lorsque cette maladie a laissé des traces de sa puis- sance en changeant la contexture anatomique, et donne souvent naissance aux lésions de tissu, aux maladies appelées organiques. L’hypertrophie lui doit quelque 456 DES FORCES MEDICATRICES NATURELLES , ETC. fois sa formation, bien qu’elle puisse s’effectuer par les seules forces d’imbibition nutritive. Les produits des sécrétions naturelles, sont tous sus- ceptibles d’absorption; c’est ainsi que l’œdème, les collec- tions séreuses, adipeuses, les tumeurs sanguines, fibreu- ses, osseuses, etc., peuvent disparaître naturellement ou à l’aide de certaines médications. Tandis que les sécrétions, devenues morbifiques , doivent parcourir leur période sans que la nature puisse s’opposer à leur marche; ainsi certaines suppurations, entretenues par une cause spécifique, durent tout le temps que cette cause subsiste. Les tissus ou productions morbifiques, tuberculeux, cancéreux, mélanoïdes, etc., prennent droit de domicile, parce que l’absorption ne peut s’en faire sans d’autres éléments de forces. La nature 11e faisant point d’abstraction sans suivre ses circuits habituels, transporte tout au dedans avant d’éliminer, ce qui lui fait souvent manquer le but médicamenteur qu’on lui suppose, etc., etc. Certaines dégénérescences organiques, ou affections tuberculeuses, peuvent amener la fusion de tous les tissus, leur ramollissement, même celui des os. On dé- couvre encore ici l’influence des forces chimiques sur les puissances de la vie. DE LÀ MORT NATURELLE, ETC. 457 CHAPITRE XIII. DE LA MORT NATURELLE, OU DE LA DÉCADENCE ORGANIQUE. S 144. « La mort n’est ni une loi de haine, ni une loi « de vengeance; elle est la condition de ce qui est. « Dieu l’a opposée à la vie pour maintenir la vie ; « supprimer la mort sur le globe, ce serait y établir « le néant. Il faut que les fleurs du printemps se « fanent pour que l’automne porte ses fruits ; il faut « que les générations passent pour que l’amour donne « les siens. La vie et la mort agissent comme une « seule puissance : l’une est chargée de balayer la place, « l’autre de la remplir; leur but visible est non de « créer, non de détruire, mais de continuer le grand « spectacle de la nature. « Elles marchent d’un même pas sans jamais se sur- « passer ni s’atteindre : la vie sème, la mort mois- « sonne, le sort du globe tient à cela; ainsi le monde « est sauvé des excès de la vie. « La mort est la porte d’un autre monde, comme 458 « la vie est la porte de celui-ci. » M. Aimé Martin ( Chap. de la vie et de la mort). La mort ne peut être une punition, puisqu’elle est une loi de la vie. En effet, le règne organique n’a pas été créé pour toujours exister. En nous mettant au monde, la nature a eu aussi en vue notre dissolution. Tous les actes de la vie tendent vers des lins prévues et arrêtées. (Hippocr.). La vie, dit Virey, n’appartient point à l’individu. C’est comme une liqueur d’immortalité qu’on rend telle qu’on l’a bue dans la coupe inépuisable du temps : elle contient en elle-même le germe de sa destruction, et se perd en se communiquant. Bacon et Hufeland représentent la vie comme une flamme consumée sans cesse par l’air qui l’entoure. Bacon conclut qu’en évitant cette consomption, et en renouvelant convenablement nos sens vitaux, on peut prolonger la vie. Il recommande donc, par des moyens externes et internes, de chercher à diminuer la consomp- tion provenant d’agents extérieurs et intérieurs ; comme s’il était en notre pouvoir de suspendre le cours de la nature. Le principe de vie, avance Hufeland, conserve et renouvelle tout. Mais connaissons-nous ce principe? « On peut considérer, dit-il, le procédé de la vie « comme une consomption continuelle, et son essence « comme une destruction et une réparation continuelle « de notre être. Tant que le principe de vie conserve « sa vivacité et. son énergie, les facultés vitales et créa- DE LA MORT NATURELLE, Oü DE LA DÉCADENCE ORGANIQUE. « trices conservent aussi le dessus; ainsi, le corps croît « et se perfectionne peu-à-peu; elles finiront par se « balancer mutuellement, et la consomption et la géné- « ration seront réglées de telle manière, que le corps « n’éprouvera ni augmentation ni diminution. » La macrobiotique [Art de prolonger la vie) est une chimère si elle aspire à commander aux mouvements naturels. Tout corps vivant parcourt plus ou moins promptement son orbe de vie, comme le grave qui tombe plus ou moins vite selon le degré d’impulsion qu’il a reçu, et selon les obstacles qu’il trouve sur son passage. Chaque classe d’ôtres a une durée déterminée, mais la dose de vitalité n’est pas également répartie chez tous les individus : de là, les différences de longévité ou de briè- veté de la vie. L’homme peut quelquefois ralentir l’usure de ses or- ganes , mais il est impuissant pour les régénérer. Ils périssent donc, parce qu’ils ne se renouvellent point. Les expériences curieuses de plusieurs économistes, notamment de Casper (Revue britan.), sur la durée de la vie relativement aux professions, prouvent que notre existence est d’autant plus longue, que nos organes sont mieux ménagés dans la multiplicité des emplois que les hommes exercent. Il est digne de remarque que les exemples de plus grande longévité appartiennent aux personnes qui occupent plus leur esprit que leur corps , comme les avocats, les théologiens ; tandis que les mé- decins forment la classe de ceux qui prolongent moins leur carrière. Les premiers doivent sans doute cette faveur à leurs occupations toutes spirituelles * à la ma- 459 460 nière dont ils passent leur temps qui leur permet cons- tamment d’employer les règles et les soins de l’hygiène. Au contraire, les médecins étant exposés à toutes les maladies contagieuses, aux veilles, aux fatigues, aux intempéries des saisons, vivant toujours sous des impres- sions tristes; ils sont de tous les hommes ceux qui pra- tiquent plus souvent l’abnégation d’eux-mèmes. DE LA MORT NATURELLE, § 145. Le mouvement vital a souvent un flux et reflux ra- lenti ou accéléré, selon le bon ou le mauvais état des organes. Les degrés de la constitution modifient diversement les forces vivantes; ils hâtent ou éloignent les causes prochaines de la mort : à eux spécialement est due la longévité ou sa décadence prématurée. La cause essen- tielle du dépérissement total appartient certainement à l’usure du corps. L’union des lois qui, chez l’homme, s’harmonisaient si bien dans le gouvernement de la vie entre les phéno- mènes physiques et moraux, se rompt faute de nou- velles distributions moléculaires. Arrivant ainsi lentement, sans secousse, la mort n’est plus, comme on l’a dit, qu’une bonne mère qui endort ses enfants. Aristote pense qu’une des raisons pour lesquelles les végétaux vivent plus que les animaux, c’est que les par- ties extérieures des premiers poussent annuellement des OU DE LA DÉCADENCE ORGANIQUE. 461 productions nouvelles, ce qui porte plus de vie et de sucs nourriciers sur toute l’étendue du végétal. On sait que Bacon a amplifié les vues du célèbre au- teur grec; delà, tous les moyens qu’il a proposé pour prolonger la vie, et les rêveries anti-physiologiques pré- conisées par Maupertuis, et ridiculisées par le malin Voltaire. § 146. « Tous les corps vivants meurent, dit Cuvier, après « un temps dont la limite extrême se trouve déterminée « par des conditions spécifiques, et la mort paraît être « un effet nécessaire de la vie qui , par son action « même, altère insensiblement la structure du corps où « elle s’exerce, de manière à y rendre sa continuation « impossible. » Cuvier, comme d’autres physiologistes, semble ou- blier ici le prétendu phénomène de rajeunissement gé- néral incessant qu’ils ont admis, et que bien des extinc- tions surviennent avant l’altération absolue du corps. On compose la vie de trois périodes : celle de forma- tion , celle de station ou de perfectionnement, et celle de déclin. Comment s’accordent ces distinctions d’époques d'organisation et de temps de désorganisation, au milieu d’une prétendue régénération continuelle qui ne devrait finir qu’avec la vie? On attribue la cessation naturelle de l’existence à l’affaiblissement des fonctions organiques cédant leur empire aux forces passives de la vie. Mais si les organes, qui sont le siège de ces fonctions, recevaient 462 chaque jour de nouvelles molécules pour remplacer les anciennes, animés par un sang toujours nouveau, sti- mulés par les autres éléments extérieurs restés les mêmes; comment, encore une fois, ces organes pourraient-ils vieillir, se désorganiser? Voilà une contradiction à la- quelle on n’a point répondu, ou d’une manière peu convenable. A quoi serviraient les changements molécu- laires, les élaborations toujours nouvelles? Changent- elles de nature ou de conditions avec 1 âge? Si les individus paraissent tout autre dans l’enfance , la maturité, la vieillesse et la décrépitude, à quoi tient cette différence? Evidemment, elle provient de l’état organique qui obéit aux phases du temps, sans se trans- former ou sans cesser de porter les mêmes principes constituants. L’exercice seul use les forces organiques et amène les changements physiques connus. La rénovation organique supposée des auteurs forme- rait un rajeunissement continuel inutile, puisque l’œuvre et le but de la nature, la vieillesse et la mort, arrivent toujours à une époque à-peu-près fixée. La recomposi- tion perpétuelle des tissus rendrait illimitée la durée de la vie. On a cru que l’absorption interstitielle, en s’affaiblis- sant, suffisait pour expliquer ce phénomène. J’ai indiqué et je démontrerai ailleurs ce qu’il faut penser des opi- nions émises sur les dégénérescences des fonctions, parti- culièrement celles qui sont relatives aux actes nutritifs; dégénérescences naturelles, obligées, puisqu’elles résul- tent de la vétusté organique ou de la prolongation molé- culaire propre à chaque tissu, dont les propriétés, les DE LA MORT NATURELLE, OU DE LA DÉCADENCE ORGANIQUE. 463 usages périclitent avec les années; justement, comme je ne saurais trop le dire, en raison de la persistance des mômes tissus. « Sed tamen necessè fuit esse aliquid extremum, et « tanquam in arborum baccis terrœque frugibus , malu- • ritate tempestiva, quasi vietum et caducum. » (Cicero, de Senectute.) La science marche aujourd’hui sur les traces des phé- nomènes secrets de la vie; mais en les appréciant , l’homme n’arrivera jamais jusqu’à lui donner à volonté une nouvelle impulsion en chargeant ses appareils orga- niques de fluides stimulants, car cette opération n’em- pêche point ces mêmes organes de s’user et de vieillir; tandis qu’on aurait l’espoir de donner à l’existence une durée illimitée, en communiquant aux organes une nou- velle dose de vie, si la nutrition les renouvelait sans cesse. La vitalité s’altère, s’affaiblit donc en conservant ses rouages, en ne changeant point leurs molécules. Les forces ou manifestations réactives vitales suivent toutes les conditions organiques; celles-là se détériorent avec celles-ci, parce que les effets répondent aux causes et aux moyens. On voit donc naturellement que les organes et leurs facultés s’altèrent, baissent par les seuls progrès de lage, quoique les actes nutritifs s’effectuent encore intégrale- ment: les individus prennent même de l’embonpoint; et malgré cette espèce de prospérité trompeuse, l’essentiel de la machine s’use. Cette détérioration tient à l’influence des mêmes molécules qui auraient besoin de ressentir le 464 DE LA MORT NATURELLE, changement qu’on leur suppose. Hélas! l’homme vit encore d’espérance quand le présent s’enfuit. La partie physique bat en retraite et perd souvent la bataille sans que la partie morale s’en doute : pour celle-ci, le poison circule tout aussi bien dans les veines que le baume salutaire. La décroissance ou la vieillesse marche malgré l’ar- rivée continuelle des forces vivifiantes et malgré leurs attributions. Ainsi périssent les gens obèses, qui se croient jeunes encore parce qu’ils s’engraissent, et que leurs vieilles molécules organiques sont noyées au milieu des tissus adipeux, cellulaires ou communs, évidemment renouvelés ou nouveaux. Toute existence doit s’éteindre pour faire place à d’autres. Cette loi est irrévocable; elle anéantit les individus en les faisant revivre dans leurs descendants. Ainsi s’expliquent ces liens du sang qui partent dans ces tendres sympathies que nous ressentons pour nos enfants; pour eux comme pour nous, un jour succède à un jour, et les générations se passent en se poussant. § 147. Nous avons vu que la vie résulte de l’accord qui règne entre les forces organiques, le moyen ; les forces vivifiantes, la cause, et les forces vitales, les effets. Ces forces se soutiennent tout le temps quelles marchent ensemble. Mais lorsque l’une d’elles cesse de fournir sa participation, la vie souffre , languit et s’éteint. Avant Berzelius, on avait déjà considéré le corps vivant comme un vaste laboratoire où s’effectuent un grand nombre d’opérations chimiques qui s’accomplissent sous l’influence de l’unité vitale. Mais l’accord et l’acti- vité qui existent entre elles ne doit pas durer toujours , soit parce que le creuset dans lequel s’exécutent ces opé- rations se détériore faute de renouvellement, soit à cause des combinaisons insolites ou des entraves que ces opé- rations subissent, particulièrement dans les maladies et dans les derniers termes de la vie; combinaisons qui tendent à changer les principes élémentaires ou matériels de certains organes, en faisant passer dans leur trame des produits hétérogènes ou disproportionnés à leurs besoins. C’est ainsi que les vaisseaux artériels s’en- croûtent de phosphate calcaire, que les tissus se durcis- sent , perdent leur sensibilité et trouvent des empê- chements «à remplir convenablement leurs fonctions. D’autres fois , les fluides sécrétés se vicient, se décom- posent et font courir de nouvelles chances à la vitalité. Les organes locomoteurs et ceux des sens sont ordi- nairement les premiers à ressentir l’influence de i’àge, et dénotent que les liens qui nous attachent au monde extérieur se relâchent et menacent chaque jour de se rompre; tandis que les opérations physico-chimiques les plus communes continuent «à s’effectuer. Aussi, pendant la vie comme après la mort, certaines actions ou forces chimiques se conduisent et s’accomplissent selon les mêmes lois. L’attraction moléculaire ou affinité de parti- cules règne également sur la matière vivante et sur la matière morte, ainsi que l’a expérimenté M. Magendie sur le vivant, et que je l’ai dit relativement aux tissus morts. OU DE LA DÉCADENCE ORGANIQUE. 465 466 J’alléguerai encore que certains changements ou modifications appréciables dans les organismes, par suite des progrès de l’àge , ne tiennent certainement pas au renouvellement des molécules constituantes, mais à leurs dégénérescences, aux. modifications vitales qui résultent quelquefois du simple changement de climat. C’est ainsi que les poils de certains animaux deviennent soyeux ou raides, clairs ou épais, blancs ou diversement colorés, selon la température et quelquefois selon l’é- poque de la saison. Il en est de même de l’influence des âges sur quelques (onctions organiques, notamment sur certaines sécrétions qui sont modifiées ou annulées, sans changer les fibres ou tissus des organes. Dans certains cas, ceux-ci con- tiennent donc de plus ou perdent seulement des prin- cipes chimiques qui entrent dans leur composition. Observons, en effet, que certaines mutations qui appa- raissent dans les organismes, tiennent en général aux sécrétions habituelles ou aux parties douées d’un mouve- ment continu : ainsi, les poils, cheveux, matières cor- nées, la graisse, les fluides de toute espèce, etc., pré- sentent des conditions physiques et chimiques assez souvent differentes; mais les diverses apparences de couleur, de densité, etc., répondent aux modifications survenues dans les parties communes ou sécrétions secondaires. Un parenchyme organique peut offrir toutes ces phases sans changer ses molécules. Souvent, cette espèce d’imbibition ou une sécrétion insolite, arrivée dans les tissus,' annonce cette sorte de conversion prise DE LA MORT NATURELLE, CO DE LA DÉCADENCE ORGANIQUE. mal à propos pour un changement intégral. Une pareille action chimique peut donc varier tant et plus sans composer et décomposer le canevas sur lequel elle s’exerce. D’un autre côté, si nous portons notre pensée sur l’étendue que peut avoir l’action vitale ou principe réacteur caché dans le jeu des organes, nous cesse- rons de considérer les modifications anatomiques comme les modificateurs exclusifs des réactions invisibles qui appartiennent à l’état moral. Les organes de relation sont asservis au comman- dement qu’ils reçoivent et pas toujours à celui qu’ils donnent. Les organes de la vie dite animale, comme ceux de la vie appelée organique, ressentent l’action d’un principe subjectif; l’économie animale entière reconnaît le meme chef et lui obéit, c’est le principe d’inervation. Quand la physiologie cessera de diviser la vie en deux branches, la science de l’homme sera dépouillée des interprétations trompeuses, et se rattachera à un seul principe, image vraie du principe créateur universel. J'admets donc une seule vie, une évolution unique, bien qu’elle soit susceptible d’ètre modifiée dans sa marche, comme dans les phénomènes qui l’accompa- gnent. La fin de tous les organismes dénotait vainement jusqu’à ce jour le désaccord de la science avec l’histoire de la vie. 467 § 148- Tout ce qui décompose les parties constitutives des organismes détruit la vitalité : la mort arrive toujours 468 par suite de l’altération ou de la désassociation des principes qui constituent la vie. Ainsi, ce sont tantôt les forces organiques qui man- quent ou se détériorent, en totalité ou en partie; tantôt les forces vitales ou réactives qui s’éteignent ou se pervertissent; d’autres fois, les forces vivifiantes qui s’interrompent ou se vicient. Après avoir parcouru les phénomènes abstraits de la vie, nous arrivons au point d’où nous étions partis, en trouvant engagées, compromises, une ou toutes les forces qui la composent. Cette essentialité de forces réci- proque découvre et fait ainsi l’analyse des ressorts et des secrets que la nature met en jeu. On demande pourquoi la vie n’est pas revenue dans tel ou tel corps où il ne manquait rien, en apparence? Parce que les forces de réaction, occultes ou vitales l’ont abandonné. Pourquoi ne reparaissent-elles pas davantage chez certains sujets qui offraient naguère ces forces si com- plètes, même si exaltés? Parce que, cette fois, ce sont les éléments organiques qui ne répondent plus aux sollicita- tions, en raison de leur empêchement ou de leur altéra- tion particulière. Enfin, nous pouvons expliquer de même comment il arrive qu’un organisme entier, chez lequel les forces organiques et vitales n’étaient jusque là nullement lésées, ne se réveille plus; parce que les forces vivifiantes sont devenues délétères, portent la mort avec elles, ou font défaut, aux sollicitations réitérées des autres forces. Lorsque certaines puissances vivifiantes sont suspendues DK LÀ MORT NATURELLE, OC DE LA DECADENCE ORGANIQUE. 469 un peu longtemps, l’individu est asphyxié par le défaut d’air respirable, ou tombe d’inanition, de faim ou de soif. Les phases de l’organisation ne laissent-elles pas aper- cevoir, en se séparant, l’action des trois puissances réunies pour lui donner l’activité? Ainsi, les forces or- ganiques restent matérielles, ce qu’elles étaient, pour tomber entièrement sous l’empire des puissances ex- térieures qui n’arrivent plus qu’isolément, en enne- mies, pour les dissoudre après leur avoir servi pendant l’existence. L’immobilité de la mort démontre assez que cet état passif a perdu toutes ces attributions de mouvement et d’activité; bientôt il sera dans le néant ou confondu avec les masses terrestres auxquelles il était destiné ; tandis que l’esprit réacteur, occulte, de cette création, retourne à ses principes. Hélas! si les apanages passagers de la vie ne sont pas trouvés assez beaux pour satisfaire notre orgueil et notre sotte vanité, qu’auraient à dire ces milliers d’êtres que nous foulons aux pieds ou que nous détrui- sons journellement? Mais non, le Créateur l’avait cal- culé; sans nous, l’univers serait dominé par certaines races faites pour servir de pâture à d’autres espèces et aux hommes en particulier. Les organismes tombent d’autant plus facilement dans le domaine des lois physiques et chimiques générales, que les agents qui sont destinés k les maintenir sortent des mêmes puissances mises en activité par la vie. La décomposition des corps organisés résulte de leur combi- 470 1)E LA U oit T NATURELLE, Raison avec les principes naturels qui les environnent et qui doivent les faire servir à d’autres créations. M. Edwards aîné, dans ses recherches sur l’influence des agents physiques de la vie, dit avec raison, que l’homme n’a aucun privilège d’organisation capable de le soustraire à l’empire des lois physiques. L’affaiblissement, la débilité, l’impuissance, sont le partage naturel de la vieillesse dont les organes ne reçoivent plus qu’imparfaitement l’action des stimulants extérieurs; alors, ils tombent dans un état d’inertie et de passivité. Lorsoue les diverses réactions vitales, la sensibilité et la contractilité perdent leur empire, les forces orga- niques ou physico-chimiques correspondantes, cessent pareillement de montrer la môme activité et s’éteignent chaque jour ensemble. Sanctorius, Cheyne, Haguenot, etc., ont dit que -chez le vieillard, le ciment visqueux qui lie les libres est presque partout changé en éléments terrestres, et que chez lui le poids des solides l’emporte de beaucoup sur celui des fluides. Ce qui a fait dire aux mêmes auteurs : Tout est doux dans l'enfant, tout est âcre dans la vieillesse. Mais la dureté des os et de certains tissus n’est pas la cause unique de la décadence animale, souvent elle en est l’effet. La matière morte, c’est l’inertie ou le mouvement passif qui contraste avec le mouvement actif de la vie , et particulièrement avec les phénomènes de spontanéité qui décèlent des forces propres. Nous avons dit que la matière vivante emprunte OU DE LA DÉCADENCE ORGANIQUE. 471 aux éléments extérieurs et à son énergie constituante, ses propriétés ou forces vitales , causes des mouvements spontanés caractéristiques de la vie. La perte de ces propriétés, ou forces, exprime l’anéantissement, la mort chez tous les êtres organisés, animaux et végétaux. En se détériorant, les organes perdent insensiblement leurs facultés ou propriétés pour rentrer dans le domaine des corps inorganiques, tombeaux gigantesques de tous les êtres créés. § 14D. Les conditions qui maintiennent la vitalité sont individuelles ou intérieures, étrangères ou extérieures au sujet; il n’est donc viable que lorsqu’il porte avec lui les éléments organiques essentiels à son espèce , et quand ceux-ci trouvent dans les principes extérieurs les secours dont ils ont besoin. Nous avons observé que cette double influence marche de concert pendant toute la vie. La mort ou la séparation des forces ou propriétés vitales du corps, témoigne que ces propriétés sont des qualités passagères accordées à la matière. La vie cesse parce que les organes ou tissus ne sont plus viables. Les altérations morbifiques, comme celles qui succè- dent à la longévité , finissent par troubler les fonctions organiques et par les anéantir; dans ces cas , les lésions de tissus ne sont pas douteuses, elles portent tantôt sur une ou plusieurs des qualités physiques particulières aux organes, tantôt sur la nature des fluides et sur 472 leurs propriétés. 11 est vrai que les fonctions s’éteignent quelquefois sans manifestation préalable; mais cette absence de lésion ou de signes morbifiques n’est le plus souvent due qu’au défaut d'investigation , qui ne nous permet pas de découvrir jusqu’à quel degré peuvent se cacher certaines altérations, seulement ostensibles dans leurs effets. Je ne doute guère que la plupart de ces morts, sans cause apparente, ne soient le résultat d’une alté- ration secrète, dans les cas où on ne doit point en accuser l’action mauvaise de certains agents, mis en œuvre avec une des puissances vivifiantes. Dira-t-on que la mort ne trouvait pas d’explication, parce que tous les tissus, les parenchymes étaient encore sains et sans détérioration? Il faut l’avouer, le scalpel ne saurait toujours suffire pour éclairer nos doutes, il faut reporter nos investigations sur les altérations des fluides; car la cessation de la vie est tout aussi bien la conséquence de la lésion des humeurs que celle de la lésion des solides. La vitalité s’appuie essentiellement sur la chimie vivante ; celle-ci ne sert-elle pas à main- tenir les ressorts de la vie? L’influence de la circulation et les qualités du sang le prouvent suffisamment. L’action de la vie puise ses éléments et ses soutiens dans toutes les puissances organiques et vivifiantes ; il faut donc aller chercher les causes de la mort dans cha- cune de ces puissances. M. Aph. Donné croit avoir trouvé dans la décomposi- tion du sang un nouveau signe de mort. Mais l’altération des globules sanguins ne peut-elle pas devancer celle-ci, DK LA MORT NATURELLE , OU U F. LA DÉCADENCE ORGANIQUE. 473 car il est reconnu que le sang se décompose chez le vi- vant. Une fois que les propriétés électro-magnétiques sont éteintes chez l’homme, on peut dire que la vitalité l’a abandonné. Les lois chimiques désorganisantes rem- placent dès-lors les forces qui lui donnaient l’activité. On a donc justement conseillé de mettre en usage le gal- vanisme, l’électricité, afin d’éclaircir certains cas de mort douteuse, avant de livrer notre dépouille à la terre. « Déjà les nerfs ne sont plus sensibles aux agents mé- « caniques ni chimiques, qu’ils obéissent encore avec une « force extrême aux impulsions galvaniques ( Bichat, Anal, générale). § 150. Les facultés soumises à notre volonté s’éteignent avant celles qui se passent à notre insu. Les mouvements ou fonctions involontaires ayant pour effet immédiat la conservation de l’individu, appar- tiennent aux réparations organiques, au renouvellement des fluides et des parties communes habituellement sécrétées. La vitalité abandonne plus tard toutes les opé- rations qui leur sont relatives, aussi renferment-elles Yultimum moriens. Il faut se rappeler que les mouvements involontaires sont les premiers et les derniers à se faire sentir. La nutrition générale se montre d’autant plus ralentie que l’individu est plus avancé en âge. Différentes causes concourent à ce résultat, l’activité de l’inervation, de la 474 circulation et tous les actes physico-chimiques qui en dé- rivent perdent peu-à-peu leurs rapports avec les autres manifestations vitales. Chaque fonction languit; tous les tissus suivent le mouvement de retraite qui se passe dans leurs forces physico-vitales. La peau diminue de souplesse et de sensibilité en aug- mentant sa densité. La môme disposition se remarque dans les autres tissus, ce qui rend l’absorption de plus en plus difficile et ralentit le travail d’imbibition nutritive. Aussi, beaucoup de parties s’encroûtent, s’ossifient en se chargeant de substances salines. En perdant de sa vitalité générale, un organe cesse d’avoir les mômes forces physiques et vitales; mais quelquefois, il n’en n’est pas de même des forces chi- miques qui prennent au contraire plus d’activité: c’est ainsi que l’émaciation, ou certaines sécrétions, font des progrès rapides dans certaines maladies, ou à la suite de l’àge. La principale différence qu’un praticien rencontre dans les complications et les maladies des âges, roule sur les phénomènes relatifs aux forces organiques, physico-chi- miques et vitales. Les réactions, très-apparentes dans la jeunesse, sont de plus en plus faibles, douteuses et diffi- ciles chez les vieillards; leurs organes usés, détériorés par le temps, donnent quelquefois à peine les indices de désorganisation profonde dont ils sont atteints. Les jeunes physiologistes s’étonnent de voir la discor- dance qui existe souvent entre la gravité, le siège et l’étendue du mal et la faiblesse des symptômes de réac- tion organique correspondante. La sensibilité des centres UE LA MORT NATURELLE, nerveux est souvent assez éteinte ou modifiée pour lais- ser marcher les lésions organiques sans donner des preuves physiologiques bien fortes de leurs altérations : telles sont surtout les plaies de tète chez les ivrognes, les abrutis, et les résultats des maladies de la vieil- lesse. En effet, l’expérience démontre que lorsque les res- sorts de la vie sont relâchés ou éprouvent certaines modi- fications dans leurs conditions vitales, les phénomènes de réactions directes ou sympatiques normales ou inso- lites, présentent des différences notables qui roulent sur leur caractère, l’intensité de leur manifestation, comme sur les autres symptômes concomitants. L’harmonie qui fait la hase des fonctions organiques et préside à toutes les manifestations vitales, ne doit pas durer toujours. Les êtres portent dans leur sein les éléments d’une destruction assurée, puisqu’ils se con- sument d’eux-mêmes, et ne trouvent dans les agents extérieurs que des auxiliaires dont ils ont besoin et qui les aident à parcourir leur carrière plus ou moins longue. Dans la vieillesse , la vie s’éteint au sein de l’abondance, parce que les fonctions organiques languissent, cessent de s’effectuer activement comme dans le jeune âge; car les forces réactives varient souvent, dans une infinité de circonstances, notamment durant certaines maladies ; alors elles sont tour-à-tour exaltées ou déprimées, sans que pour cela les forces physico-chimiques ou les fonc- tions organiques entières s’effectuent différemment, sous les rapports physiologiques, mais ceux-ci obéissent aux conditions matérielles ou organiques. L’usure et la fai- OU DE LA DÉCADENCE ORGANIQUE. 475 476 blesse sont évidemment acquises par la conservation des molécules; si elles étaient incessamment renouvelées, cette faiblesse et cette usure ne sauraient naître. Lorsqu’on avance en âge, certaines forces chimiques tendent à prédominer ou impriment à quelque produit une activité plus ou moins fâcheuse; ainsi, les substances inertes, calcaires ou salines qui marchent sous leur impulsion, sont les premières à gêner la vitalité, à ra- lentir certaines fonctions. La circulation partage cette langueur, soit parce qu’elle est la base de toute fonction ou force chimique, soit parce que ses agents ressentent eux-mêmes l’influence d’une vitalité générale qui baisse avec les obstacles toujours croissants, tandis qu’il faudrait au contraire, pour la conserver, que sa force décuplât en proportion des empêchements que la vitalité rencon- tre dans son cours. DE LA MORT NATURELLE, S ‘51. En résumé : Les forces moléculaires organiques faiblissent insensi- blement avec l’âge , de manière que les forces vivifiantes finissent par être impuissantes pour mettre en jeu Faction organique, et la vie s’éteint graduellement comme elle est venue, par la décomposition des principes et des forces qui la constituent. Dans l’état naturel, comme dans l’état maladif, l’ex- tinction vitale ou réactive précède l’extinction des autres forces. Ce phénomène est surtout ostensible dans les impotences séniles, conditions où les forces vivifiantes arrivent encore avec le sang et maintiennent une sorte d’existence végétative, c’est-à-dire que la nutrition, une certaine caloricité, derniers phénomènes de la vie, s’ef- fectuent encore. Lorsque les puissances vivifiantes n’arrivent plus, la mort remplace bientôt l’activité, et les manifestations passives ne tardent pas de succéder à celle-ci. Les changements apportés par le temps dans la struc- ture ou la composition anatomique de certains organes s’accomplissent naturellement en vertu de leurs usages , des modifications survenues à la contexture de leurs tissus ou des agents qui les composent. C’est ainsi que la sensibilité s’émousse, les tissus se durcissent, et que les fonctions organiques deviennent de plus en plus pa- resseuses. La fin naturelle de tous les êtres trouve son explication dans la persévérance des molécules organiques, qui perdent leur ressort et certaines de leurs propriétés dans l’exercice delà vie; car si les réparations étaient inté- grales, incessantes, comme on l’enseigne; si les an- ciennes molécules devaient être remplacées par des nouvelles, comment l’usure, la décrépitude pourraient- elles s’établir? La vétusté ne saurait naître et ne se mon- trerait nulle part ; c’est parce que nous voyons le contraire qu’il faut renoncer à suivre un système aussi erroné que celui de la composition et décomposition générales, continuelles des organismes. Cette opinion trompeuse ne doit pas être admise plus longtemps. Je cherche donc à répudier un héritage OU DE LA DÉCADENCE ORGANIQUE. 477 478 aussi nuisible aux progrès des sciences naturelles, et particulièrement à ceux de la médecine. Heureux, si j’ai l’avantage d’être entendu, et surtout si j’ai élevé convenablement la voix pour me faire com- prendre ! Mais le cri d’un seul homme peut-il troubler l’harmonie d’un concert habituel? Dans tous les cas, j’ai obéi à une conviction profonde, sans quoi je n’eusse jamais osé toucher à la hase de l’arche sainte, lors même que bien d’autres esprits la trouvaient avec moi comme étant mal assise. DE LA MORT NATURELLE, ETC. COROLLAIRES. 479 COROLLAIRES. ï. Toute substance ne se maintient que par certaines forces actives ou passives, inhérentes à sa nature. La matière organisable ne peut s’établir d’elle-même, comme elle est impuissante de vivre par ses seules forces ou conditions. Toutes les manifestations d’activité qu’elle montre exigent le secours des puissances vivifiantes extérieures. Voilà pourquoi il faut à chaque être une création de principes particuliers, mis en jeu par ces mêmes puissances ambiantes qui agissent de la même manière sur toutes les organisations, et se présentent identiques à chacune d’elles. II. Les actes générateurs ont pour but de couler les forces ou dispositions moléculaires organiques futures, sembla- bles à celles d’où elles émanent. 480 COROLLAIRES. nr. Trois forces constituent le trépied sur lequel reposent tous les organismes vivants. Les forces génératives-organiques, les forces vivi- fiantes ou extérieures, et les forces vitales ou réactives, composent ce trépied. IY. C’est la réaction mutuelle des agents extérieurs sur la matière apte à la vie qui entretient l’activité de cette dernière. La consommation continuelle qu’elle fait de toutes les puissances vivifiantes est une condition de la vie, où celle-ci tire de nouvelles forces et répare les déperditions journalières : phénomène qui ne va point jusqu’à la rénovation intégrale des organes, comme on l’enseigne, mais qui alimente les sources des sécrétions habituelles, en fournissant les matériaux nécessaires au renouvellement de certaines parties. Y. La persistance moléculaire des organes est établie par la conservation des cicatrices, certaines actions chi- miques permanentes sur tel ou tel organe, par le ta- touage, par les phénomènes de la mémoire, le rappel des impressions d’un membre perdu depuis longtemps, par la fixité des principes confiés aux germes, par les 481 ressentiments de certaines affections qui se conservent pendant toute l’existence. Enfin, il est démontré que malgré la fameuse mé- tempsycose organique supposée, ou le renouvellement moléculaire quotidien, tous les êtres vieillissent et donnent des preuves irrécusables de l’usure de leurs organes; en d’autres termes, de la conservation des molécules primitives qui les composent. COROLLAIRES. VI. Il est facile de démontrer que les parties communes, cellulaires, les fluides, la graisse, augmentent et dimi- nuent journellement; dans l’hypertrophie et l’atrophie ces parties de même que le sang, les enveloppes épider- moïdes, certaines matières crystalloïdes, cornées, etc., sont le siège d’un mouvement continuel, qui marche à la fin comme au début de la carrière : phénomène qui contraste de prime abord avec la persistance des molé- cules organiques essentielles, mais qui résulte des exi- gences de la vie, de sa conservation, des conditions où elle se trouve et de l’activité entretenue par les puis- sances extérieures. VII. La conservation des corps vivants a lieu par leurs propres actions, ce qui en limite nécessairement la durée; car les organes ne peuvent fonctionner toujours. Il est évident que leur décadence n’est point due au défaut 482 de substances stimulantes extérieures, mais à la persis- tance des molécules organiques, qui, n’étant point renouvelées , éprouvent des avaries journalières , et finissent par tomber dans l’impuissance de réagir. Ainsi s’arrête et s’éteint le mécanisme organique, dont toutes les réactions constituent le fonds des manifestations ani- males. COROLLAIRES. VIII. Certains auteurs ont accordé aux éléments extérieurs une force créatrice assez grande, dans l’origine du monde, pour avoir engendré toutes les créations. Mais il est évident que cette opinion ne repose que sur un fait, la nécessite des éléments extérieurs dans toute ma- nifestation de vie. Ce phénomène ne suppose point que Y animation et l’organisation naissent d’un seul et même prin- cipe. IX. Tous les germes ont une origine privée. Ils attendent l’action des puissances vivifiantes pour faire éclore les éléments des forces organiques qui y sont rassemblés. Lorsque ces éléments organiques ont perdu acciden- tellement ou par l’àge, la force que leur donnait l’apti- tude à la vie, celle-ci s’éteint parce que les éléments exté- rieurs n’agissent plus sur eux de la môme manière, et le corps organisé tombe sous l’empire des forces pas- sives. COROLLAIRES. 483 X. Toute manifestation de la vie naît sous l’action des forces moléculaires ou organiques, maintenue par l’in- fluence des agents extérieurs. Sans cette combinaison d’action, point de vie possible. XL Le principe appelé vital, n’est point inhérent à la ma- tière organique ; il n’existe que lorsque celle-ci est en ac- tivité et constitue sa réaction. Son incubation dans l’œuf, dans la graine , est une hypotèse. Sa manifestation ne dépend point d’un principe initial, comme on l’entend, mais des propriétés dues et acquises aux forces actives, quels que soient leurs degrés; ainsi se montrent-elles pré- caires au début de la vie, pendant certaines métamor- phoses, chez l’animal en hibernation, dans quelques asphixies, ou tout autre circonstance pendant laquelle la vie sommeille. Il faut aux manifestations actives un corps, une base pour qu’elles apparaissent. La vie avorte ou s’anéantit donc lorsque les instruments et les molé- cules qui composent ce corps lui font défaut. XIL Le non-renouvellement (le nos tissus ou organes es- sentiels interprète bien l’histoire (le la vie, autrement elle reste incompréhensible. Certains faits pathologiques, 484 COROLLAIRES. jusqu’à présent classés parmi les phénomènes insaisis- sables, abandonnés aux hypothèses, trouvent une ex- plication plausible dans la meme interprétation. 11 en est encore ainsi de beaucoup d’autres attribu- tions physiologiques. XIII. Les phénomènes appartenant aux efforts conserva- teurs de la nature sont une dépendance de l’action des forces organiques et des opérations qui s’y exécutent. Ils constituent les débats exigés par l’assemblage qui unit ces mêmes forces aux puissances vivifiantes, aux actions vitales et aux combinaisons morbifiques. La nature ne doit point en calculer les résultats. XIV, Certaines substances sorties des éléments qui entou- rent les organismes, doivent à leurs qualités physico- chimiques les opérations particulières qu’elles font naître dans ces mômes organismes, où elles provoquent par leur présence les réactions organiques communes ou spé- ciales , relatives à l’espèce de vitalité. Mais l’état maladif peut augmenter ou diminuer l’é- nergie d’un médicament; son plus ou moins d’action ou de tolérance est liée à cette cause. XV. Les lois imposées à la matière organique vivante, s’op COROLLAIRES. 485 posent à son éternité, mais son rajeunissement continuel eût imposé une barrière à ces lois. Certains matériaux organiques communs, toujours nouveaux ou renouvelés, doivent ce privilège à la cause qui les entretient, aux éléments extérieurs dont ils tirent leur origine. Mais [ces matériaux font seulement mou- voir la vie, sans créer les organismes. On a donc pris une partie pour le tout, certaines apparences pour la réalité. XVI. Dans un âge avancé, les [forces organiques périclitent de plus en plus, et les forces extérieures, arrivant impar- faitement , ne restaurent l’individu que d’une manière précaire. Alors l’amaigrissement, souvent extrême , laisse, pour ainsi dire, seuls, à nu les éléments organi- ques propres : phénomène pareillement ostensible après les maladies prolongées. Avec le retour de l’embonpoint coïncide ordinairement l’action des forces vivifiantes. Le double phénomène, dont je viens de parler, prouverait seul la dualité des principes qui constituent les organismes. Chez les végétaux, l’atro- phie ou la maigreur est peu apparente, lorsqu’ils sont essentiellement composés de parties ligneuses, persis- tantes , comme les os. TABLE DES MATIÈRES. t>ag. Introduction . »... v Chapitre premier. — Considérations générales sur la vitalité de l’homme et des animaux 1 Chapitre II. — Considérations générales sur l’organi- sation animale 3G Chapitre 111. — Coup d’œil sur les races humaines et animales. . 97 Chapitre IY. — Considérations générales sur les forces ou puissances naturelles qui accompagnent les mani- festations de la vie 126 Chapitre Y. — Des forces moléculaires innées, ato- miques , organiques ou génératives 158 Chapitre VI. — Des forces vivifiantes ou extérieures, considérées en général 206 — Action de l’air et des fluides impondé- rables sur les organismes 223 Chapitre VIII. — Influence des matières alibiles sur les organismes, ou phénomènes concomitants de la nutrition 2^5 488 TABLE. Chapitre IX. — Considérations générales sur la nutri- tion , pour servir à l’étude de la composition et dé- composition organiques, selon le langage des phy- siologistes 276 Chapitre X. — Des forces vitales, ou réactions des principes animés 330 Chapitre XI. — De l’altération des forces naturelles, et de leurs effets sur les organismes 369 Chapitre XII. — Des forces médicatrices naturelles, ou des efforts dits conservateurs 409 Chapitre XIII. — De la mort naturelle, ou de la dé- cadence organique 457 Corollaires