«-•/irf & W 100 1811 QUELQUES CONSIDERATIONS ■c SUR LES CAUSES DE LA IV II CONTENANT DES CONSEILS AUX MERES SIR LES SOINS A l'OXXER AIX ENFANTS Dr. GEORGES GRENIER Licencié du Collège des Médecine et Chirurgiens de la Province de Québec ex-Président de l'Institut Médical, Médecin du Dispensaire de la Providence, Prosecteur d'Anatomie à l'École de Médecine et de Chirurgie (Faculté de Médecine de l'Université Victoria, Montréal), auteur du Mémorial Thérapeutique du Guide Pratique des Sœurs de Charité, etc. -s«=»^3-£< Ao-2>^°y. MONTREAL EUSEBE SENECAL, IMPRIMEUR-EDITEUR •■v. Rue S« Vincent, V» 6, 8 et 10 1871 4413 WS 100 G827q 1871 48721670R NLM DSESlbEl 3 NATIONAL LIBRARY OF MEOICINE ARMY MEDICAL LIBRARY FOUNDED 1S36 WASHINGTON, D.C. NLM052516213 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR LES CAUSES DE LA DES EIFAITS CONTENANT DES CONSEILS AUX MERES SUR LES SOINS A DONNER AUX ENFANTS Dr. GEORGES GRENIER M* Licencié du Collège des Médecins et Chirurgiens de la Province de Québec, ex-Président de l'Institut Médical, Médecin du Dispensaire de la Providence, Prosecteur d'Anatomie à l'École de Médecine et de Chirurgie (Faculté de Médecine de l'Université Victoria, Montréal), auteur du Mémorial Thérapeutique du Guide Pratique des Sœurs de Charité, etc. N 0' b V k #&& MONTREAL EUSÈBE SÉNÉGAL, IMPRIMEUR-ÉDITEUR Rue S' Vincent, N" 6, 8 et 10 1871 4413 \AJS toc & B 2 Va Ifcïl QUELQUES CONSIDÉRATIONS SDR LA MORTALITÉ DES ENFANTS Les enfants sont un héritage qui vient du Seigneur ; la fécondité est une récom- pense. Ps. 126, v. 4. L'Eglise prend l'enfant dès sa naissance et l'élève à la dignité de chrétien par le sacreme.it de baptême. Dès que les facultés de son âme commencent à se développer, elle impose à ses piètres, aux parents, aux instituteurs, à tous ceux qui en sont chargés, le devoir de lui inculquer ces principes de morale et de religion qui lui per- mettront d'atteindre la fin pour laquelle il a été créé. Si, par négli- gence, faiblesse ou ignorance, on a laissé croître chez l'enfant les germes du vice, elle s'attache avec une sollicitude maternelle, à déraciner dans son cœur cette végétation malsaine qui ferait plus tard son malheur dans cette vie et plus encore dans celle de l'autre monde. Certes, l'éducation morale doit tenir la première place dans les préoccupations de tous ceux qui sont chargés des enfants. La mission du prêtre est de seconder par ses propres efforts les parents, les instituteurs, tous ceux à qui a été confiée l'éducation morale des enfants, de leur faire connaître les devoirs que leur état leur impose, de leur donner des règles de conduite, de leur conseiller les moyens enseignés par la Sagesse Eternelle, et de sur- veiller leur application. Mais l'âme étant unie au corps par des liens mystérieux, le développement physique de l'enfant doit aussi faire partie de son éducation. La médecine a pour but de veiller à ce développement physique, de donner les règles propres à la conservation de la 4 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR santé, et de soulager et guérir les souffrances et les maladies inhé- rentes à l'existence. La mission du médecin est donc de seconder les efforts des parents pour atteindre ce but, de leur faire con- naître les règles d'hygiène qui se rattachent à ce sujet, de leur conseiller les moyens enseignés par l'expérience pour vaincre la maladie et de prêter son ministère auquel il a dû se préparer par des étndes sérieuses pour surveiller leur application. Cette mission pour être moins élevée que celle du prêtre, puisqu'il y a entre elles toute la différence qui sépare les choses du ciel de cellt-s de la terre, est pourtant noble puisqu'elle a pour fondement la science et pour but le bien de l'humanité. Dans les premiers mois de l'existence, le développement physique prédomine sur le développement moral, puisque l'enfant jouit d'une vie purement végétative. Aussi les règles d'hygiène qui se rattachent a l'en- fance prennent alors une importance capitale. Lancé tout-à-coup dans un milieu nouveau, exposé à tous les agents intérieurs et extérieurs tendant à le détruire, l'enfant succomberait certaine- ment dans cette lutte s'il n'était secouru par les moyens que l'instinct et l'expérience enseignent de mettre en usage. Mais combien se trompent sur la nature de ces soins! combien par négligence, par faiblesse, par ignorance, sèment dans le sein des enfants les germes de la maladie ! Ces affections progressent lentement, minent peu à peu les forces de la vie, ou éclatent tout-à-coup portant dans le sein des familles la désolation et la mort. N'est-il pas important de prévenir, s'il est possible, ces funestes conséquences en signalant les causes d'une mortalité si considérable parmi les enfants? Le pays a besoin d'une race forte et vigoureuse pour développer toutes ses ressources. En outre, dans la société domestique, les enfants sont la source des joies les plus pures, le lien d'affection le plus fort entre le père et la mère, la sérénité, la lumière, la vie de la maison, une source de bénédictions poul- ies familles, un don précieux du Tout-Puissant. Il ne sera donc pas inutile d'appeler de nouveau l'attention sur ce sujet en indi- quant quelques-unes des causes de la mortalité des enfants et en proposant quelques moyens de la diminuer. I Cette mortalité est considérable dans notre ville. La mort a fait à Montréal depuis 1855, c'est-à-dire depuis 16 ans, cinquante six mille cinq cent quinze victimes dont 8,105 hommes, 8,316 femmes LA MORTALITÉ DES ENFANTS. ' 5 soit 16,421 adultes et 21,081 enfants du sexe masculin et 19,013 du sexe féminin, en tout 40,094 enfants au-dessous de 12 ans. Nous voyons donc par ces statistiques publiées par le journal le Nouveau-Monde, que près des trois quarts de la mortalité se compo- se de jeunes enfants. Cependant, ce fait d'une mortalité en apparence si considérable ne doit pas trop nous étonner. Dans tous les pays et sous tous les climats, les enfants sont sujets à une mort prématurée, et les causes qui tendent à produire ce résultat agissent aussi ailleurs avec plus ou moins d'intensité. Peut-être qu'en Canada l'oubli de certaines règles hygiéniques est-il plus manifeste que dans d'autres pays, mais la comparaison est difficile et présente au point de vue actuel peu d'utilité. On a publié des statistiques comparatives qui établiraient une différence vraiment énorme entre la mortalité des enfants dans notre ville et d'autres cites manufacturières de l'Angleterre et des Etats-Unis. Mais en faisant ces comparaisons, l'on n'a pas tenu compte de la proportion des naiss mces, ce qui peut expliquer jus- qu'à un certain point cette différence de 3 pour l qu'on trouve, par exemple, entre Montréal et Boston. Probablement à cause de la moralité de notre population la proportion des naissances est bien plus considérable. H faut donc nécessairement en tenir compte. On ne peut grouper les chiffres pour en tirer un résultat général sans entrer dans un grand nombre de considérations dont les éléments, dans un sujet si compliqué, font le plus souvent défaut. Aussi sans vouloir nous baser exclusivement sur des statis- tiques comparatives plus ou moins justes, examinons le fait de la mortalité tel qu'il se présente sous nos yeux. Quelles sont les maladies qui exercent le plus de ravages pen- dant l'enfance? Quelles en sont les.causes ? Ces dernières sont- elles susceptibles d'être évitées? La réponse à ces questions aidera peut-être à trouver la solution de ce problème. C'est au moyen des statistiques que l'on peut arriver à connaître avec précision les causes de la mort, aussi exige-t-on à cet effet depuis quelques années un certificat du médecin. Avec le temps, ces statistiques forment une base sur laquelle on peut s'appuyer pour connaître les causes de la mort. Déjà par ce moyen, on peut arriver en ce qui regarde les enfants à des résultats assez satisfai- sants. En consultant ces statistiques et par les observations que le médecin est appelé à faire tous les jours par la nature de ses occu- pations, nous trouvons que le canal intestinal et le cerveau sont les principaux foyers des maladies chez les enfants. On peut dire 6 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR en général que près des trois-quarts des enfants succombent à des maladies du canal digestif, en y ajoutant les décès entrés sous le titre de dentition. Le reste se partage à peu près également entre les maladies du cerveau et toutes les autres causes, maladies des organes respiratoires, fièvres, scarlatine, petite vérole, etc. Ceci ne s'applique pas sans aucun doule aux temps d'épidémie. Nous voyons donc que les maladies des organes digestifs et du cerveau jouent un rôle prédominant pendant l'enfance. Parmi les causes qui tendent à amener ce résultat les unes sont capables d'être évitées et les autres ne le sont pas. Ces dernières dépendent de l'organisation même de l'enfant. Après la naissance, l'organisme inachevé poursuit son développement. " De nouveaux organes se forment, ceux qui existaient déjà se développent, se perfectionnent, se modifient, d'autres disparaissent, des sphères d'existence entièrement nouvelles se dessinent, d'abord celle de la vie aérienne, puis celle du monde sensorial et en dernier lieu celle du monde intellectuel." Le passage de la vie dépendante à la vie indépendante est graduel, mais cette période de transition, de développement et d'accroissement donne à la nutrition, aux fonctions digestives et assimilatrices une importance capitale. De là vient la grande disposition aux maladies de ces fonctions et de cet appareil. L'irritabilité et la, sensibilité expliquent suffi- samment la tendance aux maladies du cerveau. De là vient que dans toutes les contrées du monde, elles sont particulières à l'enfance. En outre, l'enfant exposé dans un grand état de faiblesse à tous les agents intérieurs et extérieurs capables de le détruire, doit nécessairement en subir l'influence et succomber après une résistance plus ou moins longue. La mortalité des enfants consi- dérée sous ce point de vue physiologique est donc naturelle et inévitable. Malgré tous les soins hygiéniques, nous savons que leur organisation même, quoique disposée avec une sagesse admi- rable, souvent ne peut résister à ces causes de maladies. Mais ce que nous savons aussi, ce que l'expérience de tous les médecins pourrait confirmer, c'est que loin de favoriser la nature dans son pénible travail de développement, on vient trop souvent l'entraver et le détruire. Avec quel soin cependant ne devrait-on pas éviter tout ce qui pourrait contrarier ou déranger ce travail. La vie, dit Bichat, est une lutte continuelle contre la mort. Mais doit-on rester chez l'enfant spectateurs impassibles de cette lutte ? Certes non, cette frêle existence réclame des soins assidus, conti- nuels et intelligents. Nous savons que la mortalité chez les enfants sera toujours considérable, mais nous sommes aussi profondément convaincu que l'application persévérante et intelligente des règles LA MORTALITÉ DES ENFANTS. 7 d'hygiène qui se rattachent à l'enfance amènerait une diminution notable dans la mortalité. On doit chercher dans l'oubli, l'igno- rance ou la violation de ces règles la cause du chiffre élevé de cette mortalité. Mais puisque le canal intestinal et le cerveau sont les organes les plus disposés à contracter un état morbide, les règles d'hygiène qui se rattachent particulièrement à ces deux fonctions doivent attirer une attention spéciale. Je me bornerai donc à signaler comme causes principales de la mortalité des enfants, les deux agents extérieurs qui agissent avec plus d'inten- sité sur le système digestif et cérébral, les aliments et les narcoti- ques. J'en ajouterai une troisième concernant plus particulière- ment la pratique médicale par rapport aux maladies des enfants. Sur l'avis de quelques personnes et dans le but de donner plus d'utilité pratique à ces quelques observations, j'ai cru devoir y ajouter sous forme de conseils aux mères sur les soins à donner aux enfants un résumé aussi court mais aussi clair que possible des principales règles de l'éducation physique des enfants. Tout imparfaits et peu développés que soient ces conseils, ils inspireront peut être à ceux qui les liront le désir de s'instruire sur ce sujet dans des ouvrages spéciaux dans lesquels ils trouveront le dévelop- pement des raisons propres à les faire adopter dans la pratique. II On peut diviser l'enfance en trois périodes distinctes. La première s'étend depuis la naissance jusqu'à la dentition ; la seconde depuis l'éruption des dents jusqu'à la septième année ; la troisième depuis cette dernière époque jusqu'à l'âge de quatorze ans. Examinons les erreurs qui se commettent dans l'alimentation des enfants pendant les deux premières périodes de l'existence. Ces fautes con- tribuent certainement à augmenter la mortalité des enfants et par conséquent nos efforts doivent tendre à les faire disparaître. Le passage d'une vie parasite à une existence indépendante dans laquelle les influences extérieures et le travail organique intérieur se trouvent changés tout-à-coup, doit exercer une si grande in- fluence sur l'organisme que l'on conçoit facilement la fragilité de cette nouvelle existence. Maintenant si l'on considère comment les organes abdominaux sont organisés pendant l'enfance, on com- prendra facilement que la moindre irritation produira des effets beaucoup plus considérables que la nature de la substance irritante pourrait le faire croire. L'enfant possède les mêmes organes que 8 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR l'adulte, mais la différence de leur structure, de leur apparence et de leur développement leur imprime un caractère particulier. La membrane muqueuse tapissant la cavité buccale, l'estomac et tout le tube digestif est épaisse et villeuse, plus sensible et plus vasculaire qu'à un âge plus avancé ; le tissu en est plus mou et couvert de mucosités abondantes. Le foie est relativement d'un volume plus considérable que chez l'adulie. L'estomac placé presque perpendiculairement, au lieu d'être dans une position transversale, ne peut contenir que quelques onces à la fois. On ne craint pas de détruire cette organisation délicate en don- nant pendant toute la durée de l'enfance des aliments qui ne con- viennent ni par la qualité ni par la quantité. On inaugure ce mauvais système dès le premier jour de la naissance. Si les cris, résultant de l'impression nouvelle des choses extérieures sur les organes de l'enfant, continuent trop longtemps, on considère que la faim en est la cause. On s'empresse par conséquent de préparer de la bouillie ou du corn-starch, on place l'enfant sur le dos et on le gorge de cette préparation. Son estomac encore peu accoutumé à cette distension soudaine se révolte et rejette le malencontreux aliment. Si cet effet n'a pas lieu, l'enfant est pris de colique et de diarrhée. Alors on lui donne quelque boisson spiritueuse ou pré- paration narcotique pour calmer ses douleurs. Il ne faut donc pas s'étonner si les enfants sont sujets aux coliques, aux spasmes, aux convulsions quelques jours après leur naissance. On donne pour prétexte de cette conduite que la mère ne peut fournir l'aliment nécessaire à leur soutien. Un grand nombre de femmes en effet ne peuvent allaiter leurs enfants les premiers jours, mais la nature n'indique-t-elle pas les moyens à prendre ? Si après cinq ou six heures de repos, la mère ne peut fournir l'ali- ment nécessaire, pourquoi ne pas donner quelques cuillerées à thé d'une préparation qui ressemblerait à l'aliment naturel, par exemple du lait affaibli? C'est la pratique recommandée par tous les auteurs sur l'hygiène des enfants. Même dans ces cas, le pro- fesseur Jôrg recommande de ne donner rieji autre chose que quelques cuillerées à thé d'eau tiède et il suit cette pratique sans aucun mauvais résultat à l'Hospice de la Maternité de Leipzig.* Après quelque temps, la mère devient capable de nourrir son en- fant et c'est ce qu'elle fait ordinairement. Mais par malheur, elle ne se borne pas à lui fournir sa nourriture naturelle. Elle craint que son lait ne soit pas suffisant pour le soutenir et elle continue à lui donner en outre d'autres aliments. Comme elle juge de la qualité 1 Maunsel! and Evanson on Children, p. 38. LA MORTALITÉ DES ENFANTS. 9 nutritive de la nourriture par sa consistance, elle y ajoute du pain, des biscuits, des farines de toutes sortes. Les coliques, la diarrhée, les vomissements sont la conséquence de ce régime diététique. Il est rare à Montréal de trouver un enfant nourri complètement au sein de sa mère. La nature indique pourtant que c'est pour lui la nourriture la plus convenable. Il n'arrive pas une fois sur cent que la mère ne soit pas capable de la lui fournir. Si ce cas se présentait, il faudrait imiter autant que possible l'aliment naturel, mais Ton ne devrait recourir à ce moyen extrême qu'après avoir bien constaté l'impossibilité de suivre les lois de la nature. Une faut pas s'imaginer qu'un aliment solide doit nécessairement contenir plus de substances nutritives qu'un liquide. Ce n'est pas toujours le cas. Qu'est ce, par exemple, que Yarrow-root, le tapioca, le corn starch, etc. C'est tout oimplement de l'empois. La farine de froment dépouillée par des lavages répétés de toutes les substances les plus nutritives donne une idée de la composition de ces ali- ments. Ces substances ne servent qu'à développer la chaleur dans l'économie, tandis que les principes albumineux dont on les a dépouillées par le lavage sont à peu près les seuls qui fournissent des matériaux propres à la restauration des organes D'ailleurs, quelque soit la qualité nutritive d'un aliment, si l'estomac ne peut le supporter, il produira un effet tout contraire à celui qu'on en attend Un enfant de quelques mois ne peut digérer une nourriture végéLale ou animale trop forte. L'état du tube digestif s'y oppose. Cela produit des dérangements nombreux dans la santé de l'enfant. La plupart des maladies des voies diges- tives sont dues à cette cause. On voit alors survenir les vomisse- ments et la diarrhée. Les enfants perdent leurs forces, deviennent rachitiqueset affectés d'une maigreur extrême. Si l'on n'appelle pas le médecin, on ne soupçonne pas la cause du mal. Voyant l'état de dépérissement et de faiblesse de l'enfant, on renchérit sur la qualité et la quantité des aliments jusqu'à ce qu'une maladie fatale vienne à se développer. Cette maladie qui a reçu des Anglais le nom de Weaning-Brash, arrive avant l'époque du sevrage lorsqu'on a donné trop tôt une nourriture solide à l'enfant. Combien de cas de ce genre ne rencontrons-nous pas dans notre pratique. Dernière- ment encore, appelé dans une famille pour donner nos soins à un de ses membres, on nous montre un enfant de quelques mois réduit à la dernière extrémité. Son extrême maigreur, sa peau jaune et ridée, sa figure altérée, lui donnait l'aspect d'un véritable vieillard. Comme je m'y attendais, on m'apprit que le lait de la mère n'étant pas assez abondant, on lui donnait des bouillies, de la soupe, etc. et que malgré son dépérissement, il mangeait très 10 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR bien. Le jugeant trop faible pour pouvoir supporter aucun remède, je me contentai, comme la mère manquait de lait, de prohiber absolument toute autre substance que du lait affaibli. Quelques semaines après, le père vint à mon bureau. Eh ! bien, et votre enfant? Mon enfant est gros et gras, il a les joues roses, sa santé ne peut être meilleure; mais la mère demande quand elle pourra lui donner autre chose que du lait.—Cette expérience pourtant bien probante ne l'avait pas encore guéri de la manie de gorger l'estomac de ses enfants de substances indigestes. Le Dr. Clarke 1 observe avec raison : u Rien n'est absurde comme l'idée que dans la première période de leur existence, les enfants requièrent une variété d'aliments : la nature ne leur en a préparé qu'un seul, et c'est une présomption de prétendre que le Créateur du monde s'est trompé et que l'ignorance de l'homme soit capable de le corriger ou d'améliorer ses œuvres.'' Cette pratique amène en partie tous les mauvais résultats que l'on voit survenir lorsque par nécessité ou autrement l'enfant est entièrement supporté par des moyens artificiels. On sait qu'il est difficile d'élever des enfants de cette manière. Les autorités de la ville de Munich ayant ordonné aux parents dans tous les cas de décès d'enfants dans leur première année de déclarer si la mère avait allaité son enfant, les rapports démontrent que sur 100 décès, 88 ne l'avaient pas été. On peut voit par là le danger d'anticiper le temps marqué par la nature et de présenter à l'estomac des aliments plus substantiels qu'il ne peut en digérer. Les dérangements d'intestins produits par une nourriture non appropriée aux besoins de l'enfant s'observent si fréquemment que plusieurs auteurs les ont regardés comme la source unique de toutes leurs maladies. Ettmùller dans son Valetudinarium Infantile, attribue les maladies de la première année à une altération particulière de l'appareil digestif, Harris regarde l'acidité des premières voies comme la cause principale des maladies des enfants, et Sydenham les attribuait en grande partie à cette cause jointe à la faiblesse. * Mais, demandera-t-on, à quelle période de la vie de l'enfant sera- t il sage défaire un changement dans sa nourriture? La nature elle-même nous offre un signe très facile à reconnaître. L'état plus ou moins avancé de la dentition fait voir assez exactement la condition du tube digestif et la sortie des dents indique que l'enfant demande une nourriture un peu plus substantielle. Il ne 1 Commenlaries p. 58. Dewees on Children p. 163. 2 Maunsell et Evanson. Note p.,93.— LA MORTALITÉ DES ENFANTS. 11 s'en suit pas que l'enfant peut alors digérer toute espèce de nour- riture. Au contraire on devrait surveiller avec soin l'administra- tion de toute substance nouvelle. Si un changement de régime chez l'adulte produit si souvent des dérangements du canal alimen- taire, à quoi ne doit-on pas s'attendre chez l'enfant dont l'organisa- tion est si délicate. Il faudrait donc n'employer que les aliments les plus légers, en petite quantité et avec les précautions convena- bles. C'est la négligence de ces points importants dans l'hygiène de l'enfant qui produit cesjnaladies auxquelles on voit la plupart succomber. Nous sommes persuadé que si une nourriture conve- nable, c'est-à-dire en général celle de la mère, était seule fournie à l'enfant pendant les premiers mois, l'effet de cette mesure se ferait sentir bientôt par la diminution de la mortalité. III Mais si les erreurs que l'on commet pendant la période de l'al- laitement sont très préjudiciables à la santé des jeunes enfants, c'est à l'époque du sevrage que l'on voit surtout survenir les résul- tats les plus désastreux. Ce. moment est toujours regardé avec raison par les mères de famille comme une époque critique pour l'enfant. L'observation démontre la justesse de leurs craintes et les statistiques établiraient l'augmentation de la mortalité. Lors- que la mère ne se trouve pas dans la nécessité de sevrer son enfant par quelque accident imprévu, et qu'elle peut choisir le moment où la santé de son enfant, l'état du canal alimentaire et la saison de l'année indiquent une époque favorable, le danger diminuerait beaucoup si l'on suivait certaines règles hygiéniques négligées par la plupart. Il n'est pas étonnant que cette époque de la vie de de l'enfant soit aussi fatale pour lui, lorsque l'on voit les erreurs qui sont commises tous les jours par les parents. Combien répon dent à la question qu'on leur adresse sur la nature des aliments donnés à leurs enfants : Il mange comme nous ! C'est-à-dire qu'a- près avoir été tenu jusque-là en grande partie à une diète lactée, on le laisse ingérer toutes espèces de substances de digestion plus ou moins facile, dont l'adulte lui-même a quelquefois de la diffi- culté à se rendre maître. L'estomac, on le sait, s'habitue à digérer les substances sur lesquelles il agit ordinairement et tout change- ment de nourriture, même chez l'adulte, occasionne quelque dérangement dans ses fonctions. A plus forte raison en est-il ainsi pendant l'enfance où il existe une prédisposition marquée pour les maladies des membranes muqueuses. C'est une erreur que com- 12 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR mettent beaucoup de personnes de donner aux enfants une fois sevrés une nourriture trop forte pour leur estomac encore faible. Le régime diététique ne devrait pas se composer principalement de substances animales, comme il arrive trop souvent. Il est rare que les enfants aient un goût prononcé pour ces aliments et une nourriture végétale paraît leur convenir bien mieux. Avant la dentition, l'enfant ne devrait manger aucune substance solide. Même après cette époque et jusqu'à sept ans, le lait matin et soir et un peu de viande à midi sont les aliments qui conviennent le mieux. Malheureusement on leur donne les aliments les plus divers, les'plus excitants quelquefois, tels que, corps gras, mets épicés, pâtisseries, etc. C'est à cette époque ainsi que pendant la saison où les maladies des voies digestives régnent avec le plus d'activité, qu'on étale sur les marchés et ailleurs une quantité de fruits, arrivés à un état plus ou moins avancé de maturité, qui semblent exercer sur l'enfant une influence irrésistible. Un grand nombre sont chaque année victimes de l'imprévoyance des parents en permet- tant l'usage de ces substances indigestes. Le résultat de ce régime diététique est de produire un appétit factice. On ne se contente pas de donner toutes ces substances utiles ou non, selon le caprice des enfants, mais encore on les laisse ingérer des unes et des autres en trop grande quantité. L'es- tomac s'habitue par la variété et la répétition trop fréquente de la nourriture à demander plus qu'il n'est nécessaire pour sustenter l'économie animale. Il est une loi de physiologie qu'on semble oublier : C'est qu'on est nourri par ce que l'on digère et non par ce que l'on mange. La partie absorbée est la seule qui peut servir à la nutrition de l'individu. En général, dans tous les âges de la vie, il y a plus de maladies causées par une nourriture trop abondante que par une abstinence prolongée. Plus occidit gula quant gladius. Cette proposition est surtout vraie pour les enfants. On sait que la gloutonnerie n'est pas un de leurs moindres dé- fauts. La variété des mets qu'on leur laisse prendre, stimule leur estomac à se remplir outre mesure. Ce repas copieux est suivi d'un lourd sommeil. Il est d'autant plus difficile de détruire cette habitude qu'elle a commencé dès le premier âge et que sa durée a été plus longue. Malgré cet appétit féroce, l'enfant dépérit à vue d'oeil. Les parents, la plupart du temps n'en soupçonnent pas la cause. La quantité des aliments devrait être laissée à la discrétion des parents, non pas à celle de l'enfant qui n'en a point encore assez pour régler son appétit sur ses besoins. LA MORTALITÉ DES ENFANTS. 13 Ce défaut en amène un autre. Il est aussi important sinon plus d'observer la régularité dans les repas que de faire attention à la qualité ou à la quantité des aliments. C'est encore là un des points sur lesquels on ne porte pas assez d'attention dans l'éduca- tion de l'enfant. Les organes même les plus nécessaires de la vie, comme le cœur par exemple, possèdent leurs instants de repos et tous sont soumis à la même loi. Leurs forces se régénèrent alors et leurs fonctions s'accomplissent avec régularité. Mais il n'en est plus de même si à chaque instant du jour et même la nuit, l'esto- mac se trouve rempli d'aliments arrivés à un état plus ou moins avancé de digestion. La fonction qui s'accomplit se trouve d'au- tant plus troublée par cette nouvelle ingestion que la répétition en est plus fréquente. Chacun a pu observer que dans beaucoup de familles, on est loin d'observer à cet égard les saines notions enseignées par la raison et l'expérience. Les enfants requièrent une nourriture plus fréquente que l'adulte parce que leurs fonctions s'exercent avec plus de rapidité, mais il serait facile d'augmenter le nombre des repas à heure fixe et de ne pas leur donner à tout moment des friandises ou autres aliments qui ne peuvent que détruire leur santé déjà trop disposée à s'altérer. Ces trois erreurs dans la qualité, la quantité et le mode d'admi- nistration de la nourriture prennent toutes leur origine d'une même source. La faiblesse des parents est bien souvent la cause des malheurs qui viennent assaillir la famille. Si le caprice des enfants devient la règle de leur alimentation, il est certain que leur santé physique en souffrira pour ne rien dire de l'effet moral. Quand les parents ne résistent pas à leurs demandes importunes, ils se laissent bientôt conduire par leurs enfants. Il devient alors impossible de leur rien refuser. Sans doute, l'enfant possède comme l'adulte certaines répugnances auxquelles il faut porter attention. Mais il y a loin de là à vouloir satisfaire au dépens de leur bonheur, tous les goûts et les désirs de l'enfant. Pour arriver au but, il n'est pas nécessaire d'employer à tout moment un sys- tème de rigueur. Bien souvent, les enfants les plus battus ne sont pas les plus soumis. Les corrections peuvent être quelquefois nécessaires, mais elles doivent être faites rarement, avec calme et modération. On ne devrait jamais rudoyer ni parler fort à un enfant. Combien n'a- vons-nous pas vu de parents administrer une verte correction à leurs enfants et quelques instants plus tard se rendre à leurs de- mandes. Ce n'est pas là le moyen de réussir. Ces enfants devien- 14 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR nent de vrais petits tyrans, font leur propre malheur, celui de leurs parents et le tourment de tous ceux qui les approchent. Or comment éviter ces conséquences ? Comment réussir à régler les goûts et les désirs de l'enfant ? Comment lui faire accepter une nourriture saine et convenable, une nourriture destinée non pas seulement à flatter ses goûts dégravés, ses caprices d'un jour, ses appétits immodérés ? Est-ce par la force brutale, est-ce par la seule raison, est-ce par l'unique sentiment de l'amour? Certes, ce sont là de grands moyens, mais pour parvenir à ce but, il faut une force qui résume en elle toutes les autres, il faut l'autorité. Par l'emploi de l'autorité, mais d'une autorité calme, quoique ferme, ou plutôt calme parce qu'elle sera ferme, les parents dompteront la volonté de leurs en- fants sans violence et sans rudesse. Cette force incomparable dirigée par la saine raison qui comprend les intérêts de l'enfant et inspirée par un amour véritable qui puise dans cet amour même la force de refuser et de faire accepter doit commencer à agir dès l'âge le plus tendre. Même avant que les premières lueurs de la raison se soient manifestées, le corps peut acquérir des habitudes vicieuses. Si dans la période de l'allaitement, on peut jusqu'à un certain point faire contracter à l'enfant des habitudes par rapporta ses besoins journaliers, à plus forte raison n'est-il pas possible de le faire lorsque ses facultés commencent à se développer? C'est alors surtout, qu'il ne faut pas par de lâches complaisances introduire dans le sein de son enfant, le germe de la maladie et de la mort en voulant lui faire plaisir. Cette autorité, Dieu l'a communiquée au père et à la mère. De même que pour le développement intellectuel et moral, la division ou l'opposition de l'autorité du maître et des parents détruit l'œuvre de l'éducation, de même cette opposition dans l'auto- rité du père et de la mère peut amener les plus funestes consé- quences pour le développement physique de l'enfant. Que voit-on cependant tous les jours ? Le père ou la mère refusent à leur enfant quelque chose qu'ils croient contraire à sa santé. L'autorité paternelle et maternelle vont-elles se soutenir mutuellement? Plut à Dieu qu'il en fut tou- jours ainsi. Mais souvent alors une discussion amicale ou bruyante se fait entre les parents qui cherchent mutuellement à se faire revenir sur leur première décision. Et tout cela devant l'en- fant qui apprend ainsi à compter sur la faiblesse de l'un ou de l'autre. Il est si jeune, il semble qu'il sera facile plus tard de répa- rer ces faiblesses. Ne vous y trompez pas, lorsque cette malheu- reuse habitude aura été une fois excitée chez votre enfant, il ne LA MORTALITÉ DES ENFANTS. 15 sera pas si facile de la détruire. Vous direz alors comme tant de mères nous répondent lorsqu'on leur parle de la nécessité de régler la diète de leurs enfants : C'est impossible, il est trop tard. Il n'est jamais trop tard, mais il est vrai qu'il faut déployer alors un degré d'énergie auquel bien peu de parents se sentent la force d'atteindre. Malheur alors à ces enfants qui sont destinés à mourir prématurément ou, encore pis, à traîner dans un corps languissant une existence ruinée au physique et au moral. Malheur alors aux parents qui n'ont pas su user de l'autorité divine que Dieu leur avait communiquée ! D'après ce que nous venons de voir, est-il étonnant que les maladies des voies digestives jouent un rôle si prédominant pen- dant l'enfance? Quelles sont les maladies qui font périr le plus grand nombre des enfants? N'est il pas reconnu que ce sont la diarrhée, l'entérite, le choléra des enfants, les convulsions? Si l'on remonte aux causes de ces maladies que trouve t-on ? Le plus souvent une nourriture non appropriée soit à l'âge, soit au déve- loppement physique de l'enfant. Après avoir écrit ce qui précède, nous avons trouvé dans un ouvrage de Tissot publié en 1761 un passage qui confirme pleine- ment tout ce que nous venons d'avancer sur l'alimentation des enfants. Nous ne pouvons résister au plaisir de citer ce vieil auteur : " L'on doit éviter, dit-il, de donner trop à manger aux enfants, et les régler pour la quantité des aliments et les heures des repas ; ce qui est très possible même dès les premiers jours de leur nais- sance, quand celle qui les nourrit, le veut. C'est peut-être l'âge où il convient le mieux de le faire, parce que c'est celui où l'uni- formité constante de leur vie doitfaire présumer que leurs besoins sont plus constamment égaux. u Un enfant qui a déjà quelques années, qui est abandonné à sa vivacité, change ses besoins; sa vie est irrégulière, son appétit doit l'être ; il y aurait par là même de l'inconvénient à l'assujettir trop servilement à une règle exacte dans la quantité et l'ordre des ali- ments ; la dissipation étant inégale, le besoin de réparation ne ne peut pas être constant: mais chez le petit enfant, l'uniformité au premier de ces égards rend utile l'uniformité par rapport au second. La maladie est la seule chose qui doive apporter quelque changement à cet ordre, et ce changement doit être alors pour le retranchement, quoiqu'une pratique générale et meurtrière éta- blisse le contraire et qu'un usage pernicieux autorise les nourrices 16 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR à remplir d'autant plus ces petites créatures, qu'elles ont moins besoin d'aliments. L'on s'imagine que les pleurs sont toujours le cri de la faim et dès qu'un enfant pleure on lui donne à manger, sans vouloir faire attention que ces pleurs étaient peut-être l'effet du malaise que lui procurait un estomac trop rempli, ou de douleurs dont on n'enlève pas la cause en le faisant manger, mais à laquelle le manger le rend insensible pendant quelques moments, pre- mièrement en le distrayant, secondement en l'endormant, effet du manger chez les enfants, qui est assez constant et qui dépend des mêmes causes qui assoupissent tant d'adultes après le repas.—L'on ne saurait croire tout le mal qu'on fait aux petits enfants en leur prodiguant ainsi les aliments dans le temps que leurs douleurs dépendent de causes très différentes de la faim ; je souhaite que les mères sensées veuillent ouvrir les yeux sur cet abus et le faire cesser. u Ceux qui leur donnent beaucoup à manger dans l'espérance de les fortifier, se trompent beaucoup, et il n'y apoint de préjugé qui en tue un aussi grand nombre ; tout ce qu'un enfant prend au-delà de ses besoins l'affaiblit au lieu de le fortifier; l'estomac distendu perd ses forces et devient moins capable de faire de bonnes diges- tions ; cet excès d'aliments empêche la digestion de ceux qui étaient nécessaires; ces aliments mal digérés non seulement ne nourris- sent point, et par-là l'enfant s'affaiblit, mais ils deviennent une source de maladies, produisent des obstructions, le rachitisme, les écrouelles, les fièvres lentes, la consomption et la mort. "Un autre inconvénient dans lequel on tombe par rapport au régime des enfants, dès qu'ils mangent d'autres aliments que le lait de leur nourrice, c'est de leur en donner qui sont au-dessus des forces de leur estomac, et de leur permettre des mélanges nui- sibles en eux-mêmes et surtout pour des organes encore faibles et délicats. " Il faut, dit-on, accoutumer leur estomac à tout, mais ce dit on est une sottise ; il faut leur faire l'estomac bon, alors ils supporte- ront tout, et on ne le rend point bon en leur causant de fréquen- tes indigestions. Pour rendre un poulain robuste on le laisse quatre ans sans en exiger aucun travail et alors il est capable des plus pénibles sans en être incommodé. Si, pour l'accoutumer à la fatigue, on l'avait dès sa naissance obligé de porter des fardeaux au-dessus de ses forces, il n'aurait jamais été qu'une rosse incapable d'aucun travail C'est l'histoire de l'estomac." Voici maintenant l'opinion d'un médecin anglais : " On s'étonne, dit-il, de la mortalité des enfants pendant la première et la seconde année de leur existence ; mais si l'on considère l'ignorance com- LA MORTALITÉ DES ENFANTS. 17 ete des lois qui régissent l'économie animale non-seulement des servantes et des nourrices, mais des parents eux-mêmes, on devrait s'étonner plutôt qu'il y en ait tant qui survivent. 11 n'y a peut-être pas une mère sur dix mille qui, avant de le devenir, ait étudié la nature des besoins d'un nouveau-né ou connaisse les principes sur lesquels leur éducation physique est basée. Tous les hommes d'expérience qui ont eu l'occasion de faire de vastes observations conviendront avec moi qu'au moins la moitié des morts survenant pendant les deux premières années de l'enfance sont dues aux erreurs dans le régime alimentaire.1" La cause de mortalité que nous venons de signaler n'est donc pas imaginaire. Elie existe depuis longtemps produisant chaque année de funestes résultats parmi notre jeune population. Mais, dira-t-on, cette cause doit agir avec autant de force l'hiver que l'été ; cependant nous voyons la mortalité s'accroître à un chiffre bien plus considérable pendant cette dernière saison. Ce fait est assez facile à expliquer. Pour produire une maladie, il faut ordinairement, (à moins que ce ne soit une maladie chirurgi- cale) qu'il y ait prédisposition chez le sujet. Cette prédisposition peut exister longtemps sans amener aucun effet à moins qu'une cause déterminante ne "vienne faire déclarer la maladie. En hiver les organes digestifs sont moins prédisposés à contracter des mala- dies et par conséquent résistent mieux à l'action de cette cause. On sait l'influence qu'exercent sur les organes digestifs de l'adulte et surtout de l'enfant les grandes chaleurs de l'été. Tous les observateurs s'accordent à dire que les maladies des voies digestives sont alors beaucoup plus fréquentes. Une tempé- rature élevée met. l'organisme dans un état tel qu'une cause pro- duisant un effet presque nul dans une autre saison, amènera dans celle-ci de» résultats très considérables. L'adulte lui-même ne peut souvent y résister. Il suffit de lire les descriptions que les auteurs nous font des maladies des pays chauds pour voir avec quelle intensité effrayante elles agissent en comparaison de celles que nous voyons dans les climats tempérés. Cette influence de la cha- leur est indirecte et ne constitue qu'une prédisposition, prête à se manifester à la moindre irritation. Aussi faut-il qu'une cause plus immédiate vienne s'y ajouter pour produire quelque résultat. Quelle sera cette cause déterminante ? Nous croyons avoir démon- tré qu'elle réside dans une alimentation non conforme au dévelop pement physique de l'enfant. C'est là l'étincelle qui allume l'in- cendie. I Andrew Combe, M. D., Physiology of Digestion, p. 186. 18 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR IV Nous avons maintenant à examiner l'effet de l'usage des narco- tiques sur l'appareil cérébral de l'enfant. Cette seconde cause de mortalité est intimement liée à la première par plusieurs points et n'est souvent que le résultat des mauvais soins hygiéniques que l'on a donnés à l'enfant dès sa naissance, pendant l'allaitement, à l'époque du sevrage et à un âge même plus avancé. Nous avons vu l'effet que cette ignorance des lois physiologiques pouvait exercer sur la mortalité des enfants, mais il est impossible de calculer d'une manière exacte les dérangements, les douleurs et les mala- dies engendres par la même cause et auxquels des conditions particulières de constitution et de bons soins peuvent avoir permis de résister. Nous ne craignons pas d'affirmer que 25 à 30 par cent des enfants à Montréal sont atteints de quelque atfection morbide plus ou moins sérieuse. Si l'on en juge par le résultat des décès, une grande partie doivent être atteints d'affections des organes abdominaux. Car ces maladies résistent moins au traitement que beaucoup d'autres affectant des organes plus immédiatement nécessaires à la vie. Mais la plupart de ces maladies sont très douloureuses, l'enfant crie, se plaint, ne dort pas, alors on a recours à un moyen infaillible de le tranquilliser, on se sert de préparations narcotiques dont l'opium fait la base. Le plus souvent on habitue de cette manière les enfants à leur usage. Il y a des parents cependant qui n'attendent pas que leur enfant soit malade. S'il ne se livre pas à son sommeil accoutumé pour une cause ou une autre, on lui administre de suite une potion calmante. L'effet en est si prompt et la pratique si commode, qu'on réitère autant de fois que la nécessité parait s'en faire sentir. Bientôt l'habitude en est prise, et le pharmacien est alors assuré de faire une bonne récolte de trente sous. La dose augmente tous les jours, car la première ne fait plus d'effet et il arrive un moment où l'on a réduit ce pauvre petit être à la misérable condition d'un mangeur d'opium. Il ne peut plus goûter un sommeil réparateur et la mort vient souvent abréger ses souffrances Des mères viennent quel- quefois nous dire: Mon enfant est habitué à prendre tel sirop, telle préparation, donnez-moi donc quelque chose pour lui faire passer cette habitude. Plus il va, plus il en prend et c'est à ueine si l'on peut le faire dormir maintenant. D'autres moins éclairées LA MORTALITÉ DES ENFANTS. 19 encore par l'expérience répondent à la question qu'on leur fait sur l'état du sommeil chez leur enfant: Oh ! il dort très bien, il ne se dérange pas de la nuit, une dose de sirop le fait dormir jusqu'au matin. Ce sont là des faits à la connaissance de tous les médecins. Peu de personnes se font une idée de l'étendue et de la presqu'uni- versalité de cette pratique. Il est rare de trouver une maison où il y a des enfants sans qu'on y voit quelques préparations narcoti- ques, telles que le sirop de Madame Winslow, le Trésor des Nour- rices, le sirop du Prince de Galles, le parégorique, l'infusion de têtes de pavots, le Godfrey's Cordial, et une foule d'autres. Le nombre en est trop grand pour les énumérer toutes. Maisquel que soit leur nom, leur dose ou leur mode de préparation, elles agis- sent toutes de la même manière par l'opium qu'elles contiennent ou par des principes tirés de cette substance. 11 serait difficile sans doute de donner le chiffre exact de la consommation de ces dro- gues. Elles se vendent partout chez les épiciers et les pharmaciens. Ces derniers n'ont pas coutume de dévoiler au public toutes leurs affaires. Mais interrogez-en quelques uns, ils vous diront tous qu'ils débitent un nombre extraordinaire de ces médecines patentées ou non. Nous savons de source certaine qu'une seule pharmacie à Montréal a vendu en une seule année 30,000 bouteilles d'une de ces préparations ! Quelle est donc celte drogue que l'on débite avec tant de facilité, comme si c'était le remède le plus inoffensif? Un des agents de la matière médicale les plus précieux, mais les plus puissants pour le bien ou pour le mal selon les cas où on l'emploie. Lorsque le médecin juge à propos de le prescrire, il connaît l'état de son malade et l'effet qu'il veut en obtenir. Mais si on laisse l'adminis- tration d'une drogue aussi dangereuse dans les mains de tout le monde, on peut juger des résultats qui doivent en survenir. Qui ne connaît les terribles effets produits par cette substance sur les mangeurs d'opium de la Turquie et de la Perse, et les fumeurs d'opium de la Chine? Ils commencent par un demi-grain à un grain seulement et augmentent progressivement la dose jus- qu'à plusieurs drachmes. Quelques habitués en Angleterre ont pris jusqu'à un demiard et une chopine de landanum. " Leur teint devient alors 1res pâle, leur maigreur extrême, ils tombent dans le marasme et ne vivent guère au-delà de trente à trente-six ans, lorsqu'ils ont commencé à l'âge de vingt ans. L'usage de l'opium est pour eux, s'il faut les en croire, la source de félicités surnaturelles. Cependant vers la fin de leur vie, ces malheureux, au milieu d'un état de torpeur, sont tourmeiités par des douleurs atroces et une faim continuelle. Ils sont déformés par de nom- 20 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR breuses périostoses, perdent leurs dents et sont agitésd'un tremble- ment continuel. "L'opium lui-même est devenu impuissant à calmer leurs dou- leurs et à les tirer, comme autrefois, de l'état d'anéantissement dans lequel ils sont tombés. Longtemps avant d'être morts, ils sont des cadavres." 1 Si l'on n'observe pas des effets aussi terribles chez les enfants aux- quels on administre l'opium, c'est qu'on ne leur donne pas le temps de se manifester. Ces enfants succombent dès leur berceau, ou le progrès de l'âge fait abandonner aux parents cette coupable pratique. Cependant il est aisé de reconnaître un enfant auquel on donne habituellement quelque préparation narcotique. Les pupilles sont contractées, les paupières sont abaissées et entourées d'un cercle bleuâtre et un air d'abattement et de langueur est répandu sur toute la figure. Ces symptômes indiquent l'influence de l'opium. Un médicament qui exerce une action aussi délétère amenant des modifications profondes dans toutes les fonctions de l'organisme ne peut, on le pense bien, être donné pendant un temps consi- dérable dans l'état de santé, sans produire de nombreuses maladies et souvent la mort. Il est impossible de calculer, le chiffre exact de la mortalité que l'on doit attribuer à cette cause. On con- çoit que les parents sont loin de se douter dans ces cas de la cause réelle de la mort. Pour se faire une idée de son étendue d'action, il suffit de rappeler les maladies produites par cet usage. L'opium en effet tarit presque toutes les sécrétions, excepté celle de la peau, émousse la sensibilité du système nerveux, détruit les forces digestives et par conséquent la nutrition, amène aussi des congestions dans le système de la veine et porte en défi- nitive la pauvreté du sang, le marasme. Il prédispose certaine- ment aux convulsions, à l'épilepsie, aux maladies du cerveau et peut amener l'idiotisme. Un grand nombre de décès entrés sous le titre de faiblesse, convulsions, maladies du cerveau, doivent être rangés, nous en sommes convaincu, parmi les victimes de l'opium. Nous avons vu que ces maladies régnent à un degré remarquable parmi notre jeune population. Si l'usage des narcotiques n'en est pas toujours la cause directe, il est à craindre que dans un grand nombre de cas, il n'ait prédisposé l'organisme à en être affecté. Un des plus graves inconvénients de l'usage de l'opium c'est de masquer la maladie. Le système nerveux placé par la nature comme une sentinelle pour avertir du danger, est réduit au 1 Trousseau et Pidoux. Traité de Thérapeutique, Vol II p. 27. LA MORTALITÉ DES ENFANTS. 21 silence. Les douleurs, les spasmes, l'agitation, tous les signes par lesquels la nature souffrante demande du secours, se trouvent calmés comme par enchantement. Le péril dissimulé n'en est pas moins grand, le temps où les ressources de l'art auraient pu être appli- quées avec le plus d'avantages se passe dans une fausse sécurité, le mal augmente sourdement,'des accidents violents et mortels écla- tent tout-à coup faisant voir aux parents le véritable état des cho- ses, ou bien la maladie enrayée ne se guérit pas complètement et devient chronique, ce qui est une alternative pire peut-être que la précédente. En dehors de cette action indirecte, l'expérience de beaucoup de médecins pourrait fournir des cas où, si la mort n'a pas été direc- tement causée par des doses trop fortes de préparations narcotiques, au moins des symptômes très graves se sont développés. Plusieurs cas de ce genre sont arrivés à notre connaissance. Pour qui con- naît l'extrême susceptibilité à l'action de l'opium que Ton rencontre chez les enfants, ce fait ne surprendra nullement. On a vu une goutte de laudanum produire chez eux des symptômes très alarmants. En Angleterre, les enquêtes sont très fréquentes sur des cas d'empoisonnements produits chez les enfants par l'usage de quel- que préparation narcotique. Combien d'alinéas comme les suivants, n'avons nous pas vus dans les journaux de médecine aussi bien que dans les journaux politiques. Mais combien y réfléchissent et profitent de ces leçons ! "On a tenu-une enquête ces jours derniers à Nottingham sur un enfant âgé de cinq mois auquel sa mère avait administré du God- frey's Cordial pour une attaque de diarrhée. L'enfant mourut et il fut constaté par l'autopsie que sa mort avait été accélérée par l'opium. Un verdict fut rendu en conséquence et la mère fut répri- mandée par le coroner pour sa conduite en administrant le remède.1" Combien de cas de ce genre doivent échapper à la vigi- lance de l'autorité ! Il ne faut pas croire que nous exagérons les effets de cette cou pable pratique. Les meilleurs auteurs et tous les médecins d'expé- rience confirment les assertions précédentes. Voici, entre autres, ce que dit Hufeland, premier médecin du roi de Prusse, sur l'usage médical de l'opium dans les maladies de l'enfance après une expérience de cinquante ans. "Une réserve non moins prudente est également nécessaire, dit-il, à l'égard des excitants et de tous les médicaments diffusibles, 1 Médical Times et Gazette. Ph. Journ. sept. 3 1870 p. 199. 22 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR dont l'action ébranle fortement l'organisme entier. Ces substances peuvent déterminer des congestions dangereuses vers le cerveau. C'est surtout ce qu'on doit craindre de l'opium qu'il faudrait en général, bannir de la pratique pendant les premières années de la vie, attendu la facilité et la promptitude avec lesquelles il amène l'apoplexie. Plus.tard même, on n'y doit recourir qu'à la dernière extrémité, lorsque la vie se trouve réellement compromise, par exemple, dans les diarrhées que rien ne peut arrêter ; encore ne faut-il l'administrer alors qu'aux plus faibles doses; un sixième de goutte de teinture d'opium suffit : mieux vaut même ne l'employer qu'à l'extérieur et en lavements. En général, on s'abstient de narcotiques pendant les premières années de la vie, ou on ne les administre qu'avec la plus grande circonspection et aux doses les plus exiguës, parce qu'on a toujours à craindre qu'ils n'ébranlent profondément et ne troublent le travail si important de la nutrition (surtout dans le système nerveux), qu'ils ne s'incorporent pour ainsi dire avec l'organisation, et qu'ils n'entraînent après eux des conséquences dont la vie entière se ressentirait ensuite." Que ne pourrait-on pas ajouter lorsque l'on voit l'administration de cette substance confiée à des mains inexpérimentées ! Etant occupé à rechercher les causes de la mortalité des enfants, nous ne pouvons pas parler en détail des effets consécutifs et reculés que cette pratique peut avoir sur le physique et le moral de l'homme fait. Quelques constitutions faibles que l'on croit pro- venir d'hérédité, seraient-elles dues à l'usage de l'opium ? La dépression terrible qui s'opère dans le système nerveux lorsque l'on cesse l'administration de cette substance après un usage long- temps continué, se perpétuerait-elle jusqu'à l'âge de puberté et serait-elle une des causes du vice de l'intempérance au moyen duquel les jeunes gens chercheraient à relever leurs esprits abat- tus? Ce n'est pas le lieu de soulever ces questions, il suffit d'avoir démontré jusqu'à quel point on pousse l'usage des narcotiques et l'effet que cette pratique condamnable doit avoir sur la mortalité des enfants. Bien entendu que dans les remarques que nous venons de faire, il s'agit du traitement hygiénique de l'enfant et de l'administra- tion des narcotiques par les personnes chargées du soin des enfants. C'est aux médecins à juger du traitement médical, et à eux seuls devrait être confié le soin de décider les cas où les calmants peuvent être utiles et nécessaires LA MORTALITÉ DES ENFANTS. 23 V Il nous reste à dire quelques mots sur la pratique médicale con- cernant les maladies des enfants. Nous ne nous sommes pas dissi- mulé la gravité de cette question. Mais dans la conviction de produire quelque bien, nous nous hasardons à faire quelques remarques sur ce sujet délicat. Non seulement on ne prend pas les soins hygiéniques nécessaires pour conserver la santé, mais aussi lorsque par cette négligence ou autres causes incontrôlables,' l'enfant tombe malade, souvent on nelui donne pas le traitement médical convenable à son état. Cette proposition est claire pôUr" nous. L'expérience de tous les médecins pourrait la confirmer. Cette cause agit avec plus de force chez les pauvres, mais même chez les riches on ne porte pas aux maladies des enfants l'attention qu'elles demandent. Bien souvent on peut faire céder avec assez de facilité une maladie prise à son début, mais à une certaine époque elle devient rebelle au traitement le plus approprié. Pour ne citer qu'un exemple, combien de mères de familles se repentent aujourd'hui d'avoir négligé un gros rhume qui n'était autre chose que l'invasion du croup, maladie presque toujours mortelle lors- qu'elle en est rendue à une certaine période. Il en coûte de faire demander le médecin. Lorsqu'on s'y est décidé, on suit ordinaire- ment avec une scrupuleuse exactitude toutes ses prescriptions, mais souvent alors ses soins deviennent inutiles. Ce retard est dû le plus souvent chez l'adulte à la répugnance qu'a le malade d'abandonner ses occupations ordinaires. Mais chez l'enfant on ne peut invoquer la même raison. Nous croyons que cela tient à deux causes principales, deux idées enracinées dans l'esprit de plusieurs, aux préjugés contre la médecine dans le traitement des maladies des enfants et à un esprit de fatalisme. Beaucoup de personnes pensent que l'enfant n'étant pas capable de faire connaître ses sensations, ne pouvant dire son mal, le médecin se trouve dans l'impossibilité d'établir un diagnostic exact et par conséquent d'adopter un traitement rationnel dans leurs maladies. Ce préjugé quoique tendant à disparaître de jour en jour, possède encore cependant une grande force dans certains esprits. Beaucoup agissent en conséquence, laissent la maladie gagner du terrain ou bien se fient à quelques remèdes domestiques plus ou moins utiles en eux-mêmes et quelquefois fondés sur de justes notions. Mais ces moyens n'empêchent pas la maladie de suivre son cours. Une erreur de diagnostic en est souvent la cause. C'est ainsi qu'on ne 24 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR fait pas de distinction entre la dyssenterie et la diarrhée et que les remèdes les plus contraires sont administrés dans l'une ou l'antre de ces maladies. Aussi pendant la dentition chez les enfants, les parents attribuent invariablement à cette cause toutes les maladies qui surviennent à cette époque et n'en font pas de cas. On exagère les maladies causées par cet état, et chez un grand nombre de familles on les croit salutaires. Souvent la dentition ne produit aucun effet sympathique et les maladies de cette époque qu'on lui attribue sont le plus fréquemment causées par l'état de croissance très rapide du cerveau et de la membrane muqueuse gastro-intes- tinale. On conviendra qu'il faut un grand tact pour distinguer le moment où ces maladies peuvent prendre un caractère dangereux. Il n'est donc pas étonnant que les remèdes domestiques ou les drogues achetées chez les pharmaciens ne réussissent pas La cause du mal n'ayant pas été découverte, et celle-ci continuant d'être en opération, la maladie n'en marche pas moins à une ter- minaison fatale. Les avis du médecin seraient donc utiles dans ces circonstances. D'autres, ne poussant pas leurs principes jusqu'à cette conséquence, font demander le médecin par acquit de cons- cience et pour n'avoir rien à se reprocher, mais n'ont évidemment aucune confiance dans la médication. Dans ces circonstances, ils ne secondent pas les efforts du médecin avec cette ardeur, cette persévérance, gage du succès. Ils se contentent de lui présenter une fois leur enfant, ne continuent pas le traitement et quelques semaines plus tard, ils viennent lui demander un certificat pour l'inhumation. La maladie a pu changer vingt fois de caractère depuis la première inspection, on n'en pense pas moins le médecin très apte à constater la cause de la mort. Quelques-uns, lorsqu'on veut leur démontrer l'importance des soins à donner à leurs enfants, n'en persistent pas moins dans leur opinion et disent que le médecin ne prétend connaître leurs maladies que pour avoir occasion de prescrire et d'en retirer un avantage pécuniaire. Nous mentionnons ce fait pour faire voir l'étendue des préjugés sans vouloir nous arrêter à démontrer l'absurdité d'une pareille notion. Ce serait, certes, un fait extraor- dinaire de voir une profession renommée dans tous les pays pour son esprit de sacrifices et de désintéressement, s'unir en un seul corps pour établir une fausseté de cette nature. L'opinion que nous avons dit exister, de l'impossibilité du trai- tement des maladies des enfants a pu comme beaucoup d'autres préjugés concernant la médecine, prendre son origine dans la profession elle-même. Mais cela n'a pu se faire que dans un temps où la pratique obstétricale étant presqu'exclusivement confiée aux LA MORTALITÉ DES ENFANTS. 25 femmes, les médecins n'avaient que peu ou point d'occasions d'observer les maladies des enfants. Maintenant les mœurs sont changées et le médecin est considéré comme plus apte par ses études et son expérience à administrer les soins nécessaires en ces circonstances. C'est pourquoi les observations se sont plus particulièrement portées sur ce sujet, et les résultats en sont consignés dans un grand nombre de travaux importants. Les hommes les plus considérables et les plus estimés par leurs talents, leur savoir et leur expérience sont entrés avec ardeur dans cette voie nouvelle ouverte à leur activité. Ils ontainsi élevé la science des maladies des enfants à un degré de certitude très considérable. Nous ne craignons pas d'affirmer, qu'après avoir étudié ces auteurs et observé soi-même avec soin les différentes manifestations de la maladie, il devient aussi facile de traiter un enfant qu'un adulte. Le faciès, la position, la nature des cris, la température du corps, le pouls, les excrétions, la respiration, le sommeil et différents autres symptômes de viennent pour un œil exercé des signes certains de telle ou telle affection. De plus l'immortelle découverte de Laënnec, l'auscultation, et celle d'Avenbrûgger, la percussion, ren- dent dans certains cas des services précieux. Enfin, il n'est pas nécessaire d'énumérer tous les signes qui rendent le diagnostic et le traitement des maladies des enfants d'une précision très remarquable. Les manifestations morbides chez eux sont générale- ment simples, suivent une marche régulière et plus rapide que chez l'adulte. Cette rapidité de leur marche est une raison de plus pour faire demander le médecin de bonne heure. Car le retard est souvent la cause de l'insuccès. Mais même quand la maladie est avancée, il peut encore faire beaucoup. Car, l'observa- tion le démontre, l'enfant est réduit bien vite à la dernière extré- mité, mais aussi il sort quelquefois en peu de temps d'un état qui semblait désespéré. Le corps seul est malade chez l'enfant. Au contraire, dans un âge plus avancé, les contrariétés, les peines et soucis, les passions agitent fortement l'âme des malades, réagissent sur le corps et impriment à leurs maladies un caractère rebelle. L'âme est quelquefois plus malade que le corps et la guérison en est souvent plus difficile que de celui-ci. Enfin l'expérience est là pour démontrer les succès du médecin dans le traitement des maladies des enfants. Sans doute le médecin ne réussit pas tou- jours et il verra trop souvent ses efforts les mieux dirigés rester infructueux. Cependant ces cas d'insuccès, permis par la Provi- dence, ne doivent pas faire oublier les services réels qu'il peut rendre dans un grand nombre des maladies des enfants. Malgré cela, je ne prétends pas qu'il faille à tout propos adminis 26 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR trer des remèdes aux enfants. Cet excès serait condamnable et amènerait de grands inconvénients ; mais la présence du médecin serait très souvent utile dans tous les cas de maladie, soit que par un avis donné à propos, il enlève la cause du mal et achève ainsi la guérison, soit qu'il juge nécessaire outre ces conseils, d'y join- dre un traitement médical approprié. C'est aux parents à choisir leur conseiller et à se fier ensuite à son jugement. Mais, dit-on, à quoi sert de faire soigner notre enfant ? Si son heure est arrivée, il mourra et le médecin n'y pourra rien. Celte idée de fatalisme est répandue partout. Il est rare d'avoir à traiter un enfant, sansentenlre murmurer ces choses autour de nous. On croit que les malades sont irrévocablement voués à telle ou telle terminaison dans leurs maladies. Lorsqu'il s'agit de l'adulte on n'est pas conséquent avec ces principes, mais chez l'enfant, on les applique avec beaucoup plus de rigueur. Chaque être a une mission à remplir sur celte terre, et il est permis de penser que Dieu a fixé un terme où elle doit nécessaire- ment finir. Mais l'homme en naissant, est soumis à certaines lois d'existence et entouré d'une multitude de causes qui tendent à le détruire. Tous les différents objets formant le sujet de l'hygiène sont de ce nombre. Tout exerce une influence sur son être : L'air, le chaud, le froid, les aliments, les vêtements, les lieux, en un mot tout ce qui l'entoure. Bichat a défini la vie: un travail con- tinuel contre la mort. Mais Dieu n'a pas livré l'homme sans défense à l'action de tous ces agents. Il lui a donné, en Je créant, l'intelligence et la volonté pour accomplir ses desseins, et dans la raison, il lui a accordé la faculté d'éviter et de surmonter ces différentes causes tendant à le détruire. L'homme peut donc en n'observant pas les lois de la vie, abréger son existence et mourir avant son temps. Il peut lutter contre les desseins de la Providence, mais il en résulte un mal dont il subit les conséquences. C'est ce que l'on observe tous les jours. Si cette idée de fatalisme était vraie, la profession du médecin acquise par tant d'études, de travaux et de sacrifices, serait sans utilité. Du moment qu'une maladie donnée devrait se terminer nécessairement par la guérison ou la mort, il serait inutile de la combattre par un traitement fatiguant, pénible et coûteux. La nature dès qu'elle souffre, n'en cherche pas moins du soulagement. On s'adresse au médecin pour rétablir l'équilibre dans l'économie troublée. En cela on se conforme aux desseins de Dieu. "Car la médecine est d'origine divine. 1 àsez VEcclésiastique : Honora medicum propter necessitatem, c'est-à-dire à cause de la maladie, car c'est le médecin créé de Dieu qui doit y pourvoir: LA MORTALITÉ DES ENFANTS. 27 etemin creavit illum Altissimus. C'est Dieu qui a créé les médica- ments, dit encore la Sainte Ecriture : Altissimus creavit de terra medicamenta. Nier la médecine, la mépriser, c'est offenser une œuvre de Dieu. Ne l'oublions pas : la paix de Dieu est sur la terre : Vax enim Dei super faciem terrœ, c'est-à-dire qu'il faut la chercher, chercher la guérison : Fili in tua infirmitate ne despicias te ipsum, sed ora Dominum et ipse curabit te. Il faut donc appeler le médecin parce que Dieu l'a préposé à la médecine, que son œuvre est nécessaire, qu'il priera lui même pour son malade : Et da locum medico : etenim illum Dominas creavit et non décidât a te, quia opéra ejus sunt necessaria. E*t enim tempus quando in manus illorum incur- vas, ipsi vero Dominum deprecabuntur, et dirigal requiem eorum et sani- tatempropterconversationem illorum. De tout temps, la médecine a eu des contempteurs, des sceptiques, partisans du quid est veritas ? Mais de tout temps aussi, les hommes sages l'ont défendue et hono- rée. Depuis Hippocratejusqu'ànous, tout médecin vraiment digne de son art, c'est-à-dire religieux, a connu les faiblesses et les incer- titudes de sa science et de son jugement mais, n'en a pas moins hautement proclamé la vérité du flambeau que Dieu a mis dans ses mains et dont il ne cesse pas d'entretenir la lumière.1" Dieu en créant la médecine n'a donc pas créé une science inutile. 11 lui a donnée les moyens d'atteindre son but qui est la santé du corps. Par conséquent c'est à elle qu'il faut s'adresser pour l'obtenir. S'il s'agissait ici de faire l'apologie de la médecine, il serait facile de donner les raisons qui affirment le rôle et la valeur de cette science, dans tous les temps et tous les lieux, montrer les principes sur lesquels elle se fonde et les progrès qu'elle ne cesse d'accomplir; mais il suffit d'avoir prouvé que le fatalisme sous lequel on veut la faire courber n'existe pas. Cette fausse idée ne devrait pas empêcher de donner aux enfants tous les soins néces- saires à leur état. C'est une obligation pour les parents. Dieu commande en effet d'user de tous les moyens humains en notre pouvoir et de laisser le reste à sa Providence. VI Ayant considéré les principales causes de la mortalité excessive chez les enfants, il nous reste comme conclusion à indiquer briève- ment les moyens de la diminuer. Le mal est là, mais le remède est difficile à trouver. Signaler la cause du mal est déjà un premier pas dans cette voie. Il suffirait ensuite de faire disparaître ces mêmes 1 Dr. F. Frédault. L'Univers. 25 Juin 1868. 28 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR causes. Sublatâ causa, tollitur cffectus. Mais ce principe excellent en lui-mêm \ souffre dans son application plusieurs difficultés réelles qui consistent dans le choix des moyens propres à atteindre ce but. Quelle qu'en soit la variété, ces moyens se réduisent tous à un seul, l'instruction. Inculquer à toutes les classes de la société des notions saines sur l'éducation physique des enfants, voilà le but. La plupart des médecins sont convaincus de l'importance d'ap- porter à ce point une attention sérieuse et ils donnent souvent sur ce sujet des préceptes excellents. Mais ils ne peuvent s'arrêter à faire un cours d'hygiène à chaque malade qui réclame leurs soins. Cependant nous croyons que l'on perd beaucoup d'occasions où un conseil aurait pu être oiîert avec avantage. Le médecin peut avoir son attention détournée par des considérations d'une impor- tance plus immédiate pour son malade. Mais un défaut dans sa première éducation en est plutôt la cause. Son attention n'a pas été dirigée avec assez de force vers l'importance de l'étude de cette science. Le professeur de matière médicale dans nos collèges de médecine est censé devoir s'occuper de l'Hygiène. Dans le court espace de six mois, il a à peine bien souvent le temps nécessaire pour traiter les matières importantes qui font l'objet plus spécial de son cours. Aussi il serait utile, croyons-nous, d'ajouter à l'ins- truction requise des aspirants à la profession, un cours d'hygiène publique et privée. La nouvelle loi médicale de la province d'Ontario oblige les étudiants de suivre un cours de cette nature. Un cours spécial d'hygiène en inspirant à l'élève une idée de l'im- portance de l'étude de cette science serait le moyen de produire un bien considérable pour la profession et le public en général. Quoiqu'il en soit, c'est au médecin surtout à attirer l'attention, autant que les circonstances peuvent le permettre, sur ces points d'hygiène si souvent négligés par les parents. Mais il ne peut seul suffire à la tâche. Toute personne instruite sur ce sujet dans quel- que classe de la société qu'elle se trouve placée, peut quelquefois donner un conseil utile. Les membres du clergé surtout pourraient imprimer à ce mouvement une direction utile. Les Sœurs de Charité, nous le savons, possèdent les informations nécessaires et connaissent l'importance de les divulguer partout. Elles pourront ainsi aider beaucoup à dissiper de fausses notions sur l'hygiène des enfants. On pourrait aussi donner des lectures sur ce sujet. En répandant des connaissances, ces lectures seraient certainement utiles. Mais il faudrait se garder, comme on l'a proposé, de donner des prix aux parents dont les enfants seraient les mieux élevés. En Canada, comme en France, le ridicule peut tuer les meilleures causes. Il LA MORTALITÉ DES ENFANTS. 29 faut s'adresser à de plus nobles sentiments. Dans notre désir d'améliorer la condition actuelle des enfants, il faut éviter avec soin tout excès. Les mesures les plus efficaces ne seront pas celles qui auront le plus de retentissement. L'action personnelle, inces- sante, active de tous ceux qui comprennent l'importance de répan- dre dans leurs familles, parmi leurs connaissances et partout de Raines notions hygiéniques, sera après 'tout le moyen le plus puissant et le plus efficace. Il ne faut pas se dissimuler pourtant que, malgré l'emploi de ces moyens, les causes dont nous avons parlé, continueront encore longtemps d'exercer leur funeste influence. On ne change pas en un instant les habitudes de toute une population. Pour les faire disparaître, la persévérance, surtout dans les commencements, sera nécessaire. Mais le mouvement marchera pour ainsi dire de lui- même lorsqu'il aura fait quelque progrès. Il ne s'agira alors que de le diriger convenablement. A ceux qui voudraient montrer du scepticisme et croire que ces moyens ne produiraient pas des résultats satisfaisants, il suffirait de montrer ce que l'attention aux lois hygiéniques a produit dans d'autres contrées. Contrairement à une opinion reçue par quelques uns, la santé publique a été grandement améliorée pendant le dix- neuvième siècle. On ne voit plus ces pestes qui ont décimé la popu- lation de l'Europe pendant un grand nombre d'années. La morta- lité produite par le choléra n'est rien en comparaison de celle pro- duite dans les anciens temps par ces maladies virulentes. Même en ne tenant pas compte de ce fait, la proportion des décès est beau- coup diminuée. En Angleterre, par exemple, quoique dans le dix huitième siècle, il n'y eut aucune épidémie, la mortalicé s'élevait à 35 par 1000 de la population. A présent elle n'est que de 25. Cette statistique concerne les villes. Si nous y comprenions les campagnes, la proportion ne s'élèverait pas à plus de 20 par 1000. L'acte de la santé publique passé eu Angleterre, il y a vingt ans, quoique très incomplet, fit tomber la mortalité de huit villes de 30.5 par 1000 à 24.6 par 1000, une diminution en chiffres ronds de 6 par 1000. D'après le rapport du Régistrateur général pour 1856, il vivait alors en Angleterre 46,000 personnes qui seraient décédées s'il y avait eu la même proportion de décès que dans les dix années précédentes. Depuis celte époque, cette condition n'a fait que s'améliorer. Si une attention partielle aux lois hygiéniques a produit un si heureux effet dans un pays comme l'Angleterre, on peut conjecturer les résultats qu'elle aurait en Canada où les circonstances sont beaucoup [dus favorables. Certes, ces considé- 30 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR rations sont propres à encourager les efforts de tous ceux qui tentent d'améliorer la santé publique. Pour ce qui regarde la mortalité produite par l'usage de? narco- tiques, nous considérons que le meilleur remède serait de défendre la vente de telles substances, comme des poisons dangereux. Nous n'espérons pas cependant voir adopter cette mesure. Aussi ne reste-t-il, comme pour les autres causes que nous avons signalées, qu'à instruire les parents sur les effets délétères de ces préparations. Une grande part de la responsabilité de cet état de choses, appar- tientaux journaux qui. par leurs annonces, contribuent à introduire dans toutes les familles un usage si pernicieux. Enfin, nous recommanderions comme moyen auxiliaire utile, l'érection d'un Hôpital pour les enfants malades. Si la diffusion des connaissances hygiéniques et des conséquences du manque de soins était plus complète, on s'adresserait plus souvent aux Dis- pensaires déjà établis dans notre ville. Un grand bien serait ainsi produit. Mais cela ne suffirait pas. Chez les pauvres, le père de famille est presque toute la journée absent de la maison cherchant à gagner le pain de ses enfants. Souvent aussi la mère est occupée soit dans les travaux du ménage soit même à contribuer par son travail chez les autres à soutenir la famille. Pendant ce temps, les enfants ne peuvent recevoir les soins nécessaires à leur état. On craint d'appeler le médecin de peur d'augmenter les dépenses déjà trop fortes pour les revenus. Un hôpital situé dans un lieu favorable à la santé, où les enfants recevraient une nourriture convenable et les meilleurs soins médicaux, remédierait à tous ces inconvénients. On a établi avec peu de moyens de magnifiques salles d'Asile pour les enfants, pourquoi ne réussirait-on pas à fonder cette nouvelle œuvre de charité? On pourrait y recevoir les enfants depuis l'âge de 2 à 12 ans. Plusieurs grandes villes en Europe possèdent des hôpitaux de ce genre, et à Paris, entre autres, l'hôpital des enfants malades contient 600 lits. L'impératrice Eugénie en avait fondé un autre qui portait son nom. Ces hôpitaux fonctionnent avec succès et produisent les résultats les plus avan- tageux. Il serait utile de joindre à cette institution un Dispensaire où le grand nombre d'enfants incapables de rester à l'hôpital à cause de leur âge ou autrement, ou ceux dont les maladies seraient légères pourraient recevoir les soins convenables à leur état. En inspirant au public une idée de l'importance que l'on attache au traitement des maladies du jeune âge, ces institutions feraient peut-être recourir plus tôt et plus souvent aux conseils de la science. Tels sont les principaux moyens que nous croyons devoir recom- LA MORTALITÉ DES ENFANTS. 31 mander pour accomplir l'objet que nous avions en vue en écrivant ces quelques observations. Leur application, faite avec persévé- rance, amènerait, nous n'en doutons pas, une diminution notable dans la mortalité des enfants. CONSEILS AUX MÈRES SUR LES SOINS A DONNER AUX ENFANTS. I.—BAINS ET LOTIONS. Au moment de la naissance des enfants, il faut les débarrasser de l'enduit gras, blanc, visqueux qui recouvre leur peau. Vous le ferez en hiver auprès du feu ; vous vous servirez à cet effet d'une flanelle douce ou d'une éponge, d'eau tiède et de savon de castille ; vous frotterez légèrement toute la surface du corps, particulière- ment les endroits où la peau forme des replis, comme aux aînés, aux aisselles, etc. ; vous nettoierez aussi avec un linge fin les nari- nes, les oreilles, la bouche, les yeux et tous les orifices de l'enfant; ensuite vous sécherez non pas en frottant rudement, mais en étan- chant doucement avec des linges fins. Si l'enduit dont nous venons de parler ne s'enlève pas facile ment, il suffit de recouvrir la surface du corps de l'enfant avec un corps gras, comme le saindoux, le beurre frais ou l'huile d'a- mandes douces avant de le laver. Il n'est nullement nécessaire de laver la tète des enfants avec des boissons fortes ou d'ajou- ter de ces liqueurs à l'eau dont on se sert pour le premier lavage. Peu de jours^après leur naissance, il faut tous les matins laver les enfants à la grande eau de la tête aux pieds. Vous les plongerez donc dans un bain, dans une cuvette ou dans un bassin qui puisse contenir au moins deux gallons d'eau. Mouillez-leur la tête d'a- bord, ensuite promenez sur toute la surface du corps une flanelle douce préalablement trempée dans de l'eau de savon de castille, com- mencez par le visage, ensuite les oreilles, le cou, les bras, enfin ton lie corps, soignez particulièrement les endroits où la peau forme des replis, ensuite trempez une éponge dans l'eau du bain et faites ruisseler cette eau sur toute la surface du corps. Enveloppez alors l'enfant dans une couverte, placez-le sur vos genoux et séchez- 32 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR le en frottant doucement avec des linges secs, fins, un peu chauds. l< Cette méthode usitée il y a tant de siècles et pratiquée de nos jours par plusieurs peuples qui s'en trouvent très-bien, paraîtra révoltante à nombre de mères ; elles croiront tuer leurs enfants et elles n'auront point le courage surtout de résister aux cris qu'ils font souvent les premières fois qu'on les lave: mais si elles les aiment véritablement, elles ne peuvent pas leur donner une marque plus réelle de cette tendresse, qu'en surmontant en leur faveur cette répugnance. Après quelques jours de pleurs, ils s'accoutu- ment si bien à cet exercice qu'il devient un de leurs plaisirs et qu'ils rient pendant toute l'opération."—Tissot. Pendant la première année de l'enfance, on se sert non pas d'eau chaude, mais d'eau tiède; plus tard, en été il faut graduellement habituer la peau à l'impression de l'eau froide ; en hiver on ajoute un peu d'eau chaude à l'eau ordinaire pour lui donner la tempéra- ture du lait chaud. Ne laissez jamais les enfants longtemps dans le bain ;• ne leur permettez pas de jouer dans l'eau ; l'opération doit se faire en quelques minutes. Le temps le plus convenable, c'est le matin avant de les faire manger. Séchez-les promptement, couvrez-les, et laissez-les ensuite gigoter à leur aise tout en frottant leur corps avec votre main chaude. Fortifier ainsi la peau des enfants, c'est le moyen de les rendre moins sensibles aux impressions de l'air, de fortifier le système ner- veux et par là toute la constitution, de les mettre à l'abri des affec- tions nerveuses et catarrhales, du rhume et des convulsions, d'em- pêcher les maladies de la peau surtout les échauffements, enfin d'avoir des enfants forts, sains et vigoureux. II.—VÊTEMENTS. Avant de couper le cordon, on en fait la ligature à un pouce environ de la surface de l'abdomen avec un lien formé de plusieurs brins de fil noués aux deux extrémités pour l'empêcher de se mêler. La portion de cordon qui reste attachée à l'enfant après la section est entourée d'un linge ayant une ouverture au milieu à travers laquelle on passe le cordon, relevée au-dessus de l'om- bilic et recouverte d'une compresse carrée ; le tout est maintenu au moyen d'une bande de flanelle modérément serrée. Dans les premières heures de la naissance, si l'enfant pâlit, si la respiration LA MORTALITÉ DES ENFANTS. 33 semble se suspendre, il faut visiter la ligature, et dans le cas où le sang coulerait, en appliquer une nouvelle. Le châle ou le linge dont on entoure l'enfant avant de l'habiller ne doit pas tellement envelopper sa tête qu'il ne puisse respirer l'air de la chambre. Ne placez pas les enfants sur une chaise ou un sofa de peur que quelqu'un ne les écrase en voulant s'asseoir. Les accidents de ce genre ne sont pas très rares. Les vêtements de l'enfant nouveau-né consistent en une ou deux petites chemises fendues par derrière, une jaquette de laine (excepté dans les grandes chaleurs de l'été) une couche de toile ou de coton fin ou vieux, des langes de flanelle, enfin, s'il est nécessaire une petite couverture sur les épaules. Le tout doit être assujetti au moyen de cordons, car il faut autant que pos- sible éviter les épingles dans la toilette du nouveau-né. Faites attention de ne pas trop serrer les différentes parties du corps et surtout la poitrine des nouveaux-nés. Veillez à ce que les couches ne soient pas lavés avec du soda. Il n'est pas néces- saire de fatiguer les enfants avec des vêtements qui traînent jusqu'à terre lorsqu'on les porte ; il suffit qu'ils dépassent un peu les pieds de l'enfant. Les bonnets sont nuisibles le jour et inutiles la nuit. Gardez-vous de les trop couvrir dans leur berceau. Comme ils doivent généralement avoir les épaules couvertes avec de la fla- nelle et que leurs langes sont de même étoffe, cela pourrait produire une trop grande transpiration et par la suite un refroidissement dangereux. Au bout de trois ou quatre mois, un peu plus tôt ou un peu plus tard, selon la saison, on laisse la bande de côté et on met l'enfant en robe. Lorsque vous sortez l'enfant dans les temps froids, il faut l'ha- biller chaudement et couvrir surtout avec soin la poitrine, le ventre et les pieds. Il est indispensable d'accoutumer de bonne heure les enfants à porter de la flanelle sur le corps hiver comme été, à cause du climat de ce pays. En outre, il est préférable de leur mettre des chemises de flanelle la nuit pardessus la chemise ordinaire afin qu'en rejetant leurs couvertures comme ils le font souvent ou en les prenant la nuit, ils ne courent pas le risque de prendre du froid. D'ailleurs il faut éviter les extrêmes et ne pas les tenir en transpiration avec trop de couvertures. Au surplus, préférez pour couvrir les enfants les couvertes de laine aux couvre-pieds qui ne laissent pas circuler l'air avec assez de liberté autour de leurs corps. 34 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR Lorsque vous sortez les enfants dans les temps froids ayez bien soin de leur couvrir les mains et les jambes. Quelle spectacle pénible que de voir des enfants se promener en hiver les jambes nues et toutes bleues par le froid. C'est la source de beaucoup de ma- ladies. Pour ce qui est d'habiller les enfants lorsqu'ils ont atteint un ■certain âge, l'usage, la fortune des parents et d'autres circonstan- ces locales en règlent la manière. Cependant règle générale : aucune partie des vêtements ne doit serrer leurs organes ni gêner en rien leurs mouvements. Evitez donc avec soin les chaussures trop étroites, les corsets, les ceintures, etc. N'habillez pas les enfants comme des poupées, ne leur faites pas croire qu'ils ont été créés et mis au monde pour le plaisir d'avoir de beaux habits, mais considérez la saison, la température et la constitution de votre enfant et habillez-le en conséquence, selon les règles du bon sens et non pas selon les caprices de la mode. III.—ALIMENTATION. Le sein doit être donné à l'enfant quatre ou cinq heures après sa naissance, pour qu'il profite du premier lait qu'on appelle colostrum et qui est légèrement laxatif. C'est le médicament le plus sûr pour faire rendre le méconium ; s'il ne suffit pas, contentez-vous de donner quelques cuillerées à thé d'un mélange de mêlasse et d'eau ou une demi-cuillerée à thé de cassonade dissoute dans un peu d'eau. Ce n'est que dans les circonstances extraordinaires qu'il est permis d'administrer une demi-cuillerée à thé d'huile de ricin Si la sécrétion du lait ne se fait pas tout d'abord, attendez avec patience. Dans les premières douze heures de son existence, l'enfant n'a pas besoin de nourriture artificielle. En consé- quence gardez-vous bien de lui donner de la bouillie ou d'autres .aliments du même genre. Si après douze heures, la mère ne fournit pas encore de lait, alors donnez à l'enfant en petites quan- tités tous les trois ou quatre heures un mélange de moitié eau et lait en y ajoutant un peu de sucre blanc. Mais discontinuez cette préparation aussitôt que l'enfant pourra trouver sa nourriture au sein. Le lait de femme et surtout le lait maternel augmentant en consistance à mesure que la lactation avance est la seule nourri- ture qui convient à l'enfant pendant les premiers mois de son LA MORTALITÉ DES ENFANTS. 35 existence. On ne peut violer en ce point la loi de la nature sans mettre en péril la santé et la vie des enfants. " Aucune nourriture ne peut remplacer le lait de la mère, aucune n'est plus adaptée aux forces de l'estomac, aucune autre ne développe avec autant de rapidité tons les organes de l'enfant, aucune n'est plus propre à produire ces formes arrondies si naturelles à l'enfance, aucune autre ne peut rendre un enfant joyeux et content, aucune ne lui donne autant de force pour résister à la maladie et ne facilite autant la sortie des dents; enfin le lait de la mère est le plus grand bienfait temporel qu'un enfant puisse posséder. " Cha- VASPE. Donnez donc le sein à l'enfant et régulièrement autant que pos- sible. Présentez lui, tantôt l'un, tantôt l'autre à des périodes réglées, par exemple, toutes les heures pendant le premier mois, toutes les deux heures le second jusqu'à ce qu'enfin vous ne lui donniez que toutes les quatre heures. Sans doute la nuit, ces pério- des doivent être plus éloignées. L'enfant s'accoutume vite à ce régime. Que le cri de l'enfant ne soit donc pas le seul guide de son alimentation. S'il a l'estomac trop plein, il exprime son" malaise par ses cris, pensez-vous l'apai- ser en augmentant cette distension? Il est absolument nécessaire que les enfants aient des heures réglées pour manger, boire et dormir. Ainsi donc règle générale: le lait maternel doit être la seule nourriture de l'enfant pendant les premiers mois de son existence. Rappelez-vous qu'un grand nombre des maladies des enfants viennent de l'alaitement artificiel, de ce qu'enfin on farcit, et on affaiblit l'estomac des enfants avec une nourriture grossière. Dans l'immense majorité des cas, le lait maternel suffit, mais il arrive quelquefois que certaines femmes maladives ou même fortes en apparence ne fournissent qu'un lait séreux, de mauvaise qua- lité ou en petite quantité Alors, si vous n'avez pas de nourrice, (et l'on doit faire tout son possible pour s'en procurer) il faut don- ner à l'enfant la préparation suivante : Lait d'une seule vache Eau chaude (non pas bouillante) de chaque, parties égales. Sel de cuisine quelques grains. Sucre blanc quantité suffisante. Faites dissoudre le sucre et le sel dans l'eau et ajoutez celle-ci au lait. On diminue ensuite graduellement la quantité d'eau au tiers, puis au quart à mesure que l'enfant avance en âge. Le lait d'âues^e, le lait de jument et le lait de chèvre sont préfé- rables au lait de vache, mais il est souvent difficile de s'en procurer. 36 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR Un lait mélangé, tel qu'on le délivre dans les villes, est bien plus sujet à déranger i'estomac que le lait d'une seule vache. Par con- séquent, si vous ne pouvez garder de vache, faites un marché avec un vendeur de lait respectable qui s'engage à vous fournir le pro- duit d'une seule vache saine et toujours de la même. Comme le lait maternel est la seule nourriture convenable aux petits enfants, il arrive quelquefois qu'ils supportent mal la prépa- ration précédente, alors vous pourrez donner quelques unes dés préparations énumérées ci-après. L'époque où l'on peut donner aux enfants une nourriture plus substantielle que le lait de la mère ne saurait être fixée rigoureuse- ment. Elle varie en effet selon la force, l'appétit de l'enfant, l'abondance du lait et la constitution de la mère. A trois ou quatre mois chez quelques-uns, à cinq ou six mois chez d'autres, si l'on s'aperçoit que l'alaitement ne fournit qu'une nourriture insuffi. santé, on commence par donner deux fois par jour et en quantités modérés le lait de vache affaibli tel que recommandé plus haut. Si cela ne suffit plus ou que l'enfant ne puisse supporLer cette pré- paration, alors on peut administrer quelques-unes des préparations suivantes : 1. Faites bouillir de la mie de pain bien cuit dans une certaine quantité d'eau, laissez cuire pendant deux heures ayant soin de ne pas laisser brûler le pain, ajoutez un peu de sucre blanc (ou de cassonade, si l'enfant est constipé). Dans la préparation ci-dessus ainsi que dans les suivantes, si l'enfant a cinq ou six mois, vous ajoutez un peu de lait bouillant diminuant la quantité d'eau à mesure qu'il avance en âge ; mais quelquefois, il arrive que pen- dant l'alaitement maternel, le lait de vache ne convient pas à la constitution de l'enfant, alors supprimez-le et préparez à l'eau seule. Après le sevrage, il est absolument nécessaire d'y joindre du lait. 2. Mettez de minces tranches de pain recouvertes d'une quantité d'eau suffisante dans le fourneau, laissez cuire deux heures, tirez du feu, pilez avec la fourchette et sucrez légèrement. 3. Prenez de la fleur de blé, attachez-la serrée dans un linge, mettez dans de l'eau bouillante, faites bouillir pendant trois heures; retirez du linge, enlevez la couche extérieure et râpez-en un peu pour faire de la bouillie qui n'a pas besoin de cuire beau- coup. 4. La farine destinée à faire la bouillie des petits enfants doit être séchée au four jusqu'à ce qu'elle présente une légère teinte jaunâtre. Si cette farine amène la constipation, ajoutez y un tiers de fleur de farine d'avoine. LA MORTALITÉ DES ENFANTS. 37 "5. Endettez de la rrîe de pain dans une assiette, faites sécher près du feu, réduisez ensuite en poudre fine, passez à travers un tamis, séchez ensuite lentement au four jusqu'à ce qu'elle présente une légère teinte jaunâtre. La farine bouillie, la farine ou la mie de pain séchées au four se préparent comme le gruau. 6. Manière de faire la bonne bouillie.—Prenez un demiard de lait et une cuillerée de farine, délayez la farine dans de l'eau froide comme de la pâte à crêpes. Faites bouillir le lait et après en avoir ôté la pellicule, versez-y la pâte ayant soin de brasser continuellement, enfin lorsque la bouillie a gonflé trois fois, retirez du feu et ajoutez du sucre au goût. 7. Riz.—Laissez tremper le riz dans de l'eau pendant une heure, passez et ajoutez de nouveau de l'eau, laissez gazouiller jusqu'à ce qu'il soit réduit en pulpe, faites bouillir un quart d'heure, ajoutez un tiers de lait et un peu de sucre. 8. Arrow-root.—Délayez en consistance de pâte à pain de savoie une grande cuillerée d'arrow-root dans de l'eau froide. Après un quart d'heure de repos, ajoutez une chopiue d'eau ou de lait bouil- lant, ayant soin de verser doucement et de brasser continuelle- ment ; faites bouillir 5 à 6 minutes, ajoutez du sucre au goût. Lorsque le lait de la mère devient insuffisant, il faut soigner avec une attention particulière la préparation des bouillies et des crèmes ci-dessus pour qu'elles soient bien cuites, ne contiennent pas de grumeaux et soient toujours fraîchement préparées. Les aliments réchauffés ne conviennent point à l'estomac des enfants. Enfin on doit préférer les préparations de pain à celles des farineux parce qu'elles sont généralement de digestion plus facile. Jusqu'à ce que la dentition soit assez avancée, les aliments que nous venons de mentionner doivent suffire à la nourriture des petits enfants. Gardez vous du préjugé absurde que les liqueurs spiritueuses ne leur sont pas nuisibles. En général aussi les bouil Ions de viandes ne conviennent pas aux jeunes enfants. Il faut que les nourices aient une nourriture fortifiante, mais non pas stimulante et qu'elles ne prennent pas de boisson fo*te. Elles devront éviter aussi tout ce qui pourrait déranger les fonc tions digestives, particulièrement certains légumes verts, les choux, les navets, les pois, les fèves, les fruits crus ou indigestes, les pâtisseries, les mets épicés, salés, le porc frais, les boissons fortes, la bière sûre, les marinades, etc., de même que les purgatifs forts. Le thé et surtout le café trop forts chassent le sommeil chez les enfants. On peut permettre aux nourrices le chocolat, le lait, la bonne bière, le poisson frais, le mouton, le bœuf et les volailles, certains 38 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR légumes, le pain, le beurre et autres aliments de ce genre. Elles auront soin de ne pas donner le sein après un échauffèment, une course, un accès de colère ou une attaque convulsive. Sevrage. L'époque précise du sevrage ne saurait être indiquée. Elle dépend et de la force de l'enfant et de la santé de la mère. Si la nourrice est faible, si son lait est de mauvaise qualité, peu nour- rissant ou en trop petite quantité, il convient d'avancer l'époque du sevrage. Si l'enfant est faible, malade, chétif, si les dents sont en retard, si c'est l'époque des grandes chaleurs de l'été ou le commencement de l'automne, il faut alors de fortes raisons pour décider un sevrage. En général, on doit continuer l'alaitement jusqu'à la fin de la première année, mais le sevrage peut se faire quelques mois plus tôt, quelques mois plus tard, selon les circons- tances que nous venons de mentionner. Quand le sevrage est décidé, il convient de diminuer chaque jour et pendant un mois environ le nombre de fois que le sein était accordé au nourrisson et d'augmenter graduellement la quantité et la proportion de lait qui entre dans la composition de la nourriture artificielle. Un sevrage exécuté brusquement expose les femmes à .une fièvre de lait très forte et fait courir de grands dangers aux enfants par un changement trop subit du régime alimentaire. Après le sevrage, il faut bien se garder de changer tout-à-coup la nature des aliments. Les bouillies et crèmes recommandées plus haut et préparées au Jait doivent encore faire la base de la nour- riture. Variez seulement de jour en jour la préparation de ces substances, mais n'excitez pas votre enfant à se remplir l'estomac outre mesure. Alors on habitue les enfants à l'usage des substances animales, mais il est préférable d'attendre l'âge de dix-huit mois à deux ans ou mieux lorsque la première dentition sera presque complétée. On donne alors une fois par jour au diner les légers potages, soupes au riz, au pain, au vermicelle, etc., les patates écrasées, de petites tranches de bœuf ou de mouton coupées en très petits morceaux. Les poudings au riz, au pain, arrow-root, tapioca, sagou, etc., sont aussi des aliments convenables. Les fruits bien cuits peuvent entrer dans le régime alimentaire des enfants, mais il faut se garder de les servir avec des pâtisseries trop riches. Au déjeuner et au souper, on donnera du lait en abondance et sous toutes les formes, soupe au lait, riz au lait, gruau, etc., du pain, du beurre. Le thé, surtout le thé vert, le café, la bière et les autres boissons spiritueuses de même que le veau, les viandes sales, épicèes et surtout le porc ne doivent pas entrer dans le régime alimentaire LA MORTALITÉ DES ENFANTS. 39 des jeunes enfants de cet âge. Gardez-vous de leur donner de la nourriture à toute heure du jour, de leur fournir en dehors de l'heure des repas des bonbons, etc. S'ils demandent à manger entre les repas ou après un diner que vous jugez être plus que raison- nable, donnez-leur un morceau de pain sec. C'est le moyen de* satisfaire leur faim (si elle est véritable) sans favoriser leurs- caprices ou leur gourmandise. Mères sensibles, ne criez pas à la cruauté; c'est vous qui êtes cruelles lorsque vous rendez vos enfants malades par trop de condescendance. Il faut certainement satisfaire l'appétit légitime de vos enfants, mais craignez les excès.. Les enfants ont besoin de manger beaucoup pour subvenir aux pertes et à l'accroissement de leur organisme, mais en général, ils s'acquittent assez bien de cette tâche sans les y pousser. IV.—VACCINATION. C'est un devoir impérieux pour toute mère de faire vacciner son enfant dès l'âge de trois mois. Lorsque l'enfant est jeune, l'opération est plus facile, réussit mieux et le protège en outre contre la conta- gion de la variole qui dans un âge si tendre est beaucoup plus meurtrière. La mortalité de cette affreuse maladie est de douze par cent chez les enfants au-dessous de quatre mois, vingt-cinq par cent au dessous d'un an et soixante-quinze à quatre-vingt par cent au-dessous de cinq ans. Les enfants doivent donc être vaccinés le plus tôt possible. Il n'est pas nécessaire d'énumérer ici les preuves qui établissent d'une manière péremptoire le pouvoir du vaccin de préserver de la contagion de la petite vérole. La vaccination, bien que son application ait été loin d'être universelle, a diminué notablement la mortalité de la variole qui exerçait autrefois des ravages terri- bles parmi les populations : si jusqu'à présent elle a réduit la mor- talité de huit par cent à deux par cent, quel résultat obtiendrions- nous si elle était universellement appliquée ? Il faut remarquer en outre que si la petite vérole survient quel- quefois chez des personnes bien vaccinées, la maladie est alors très bénigne, rarement mortelle, et le plus souvent ne laisse pas de marques de son passage. La revaccination, comme pratique générale, ne peut être recommandée d'une manière absolue, cependant elle doit être mise en vigueur pendant un temps d'épidémie. Voici sur cette question un avis rédigé par une commission composée de MM.. 40 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR Tardieu, Fauvel, Béhier et Depaul et adopté à l'unanimité par l'Académie de Médecine de Paris à la séance du 5 Juillet 1870. C'est en même temps une réponse aux détracteurs de la vaccine. "L'Académie de médecine croit utile de rendre publiques les déclarations suivantes, qu'elle recommande à l'attention du gou- vernement et des populations. " La vaccine est le préservatif de la variole. " Toutefois, après un certain temps, la revaccination est indis- pensable pour assurer l'immunité complète contre la contagion. " La revaccination est absolument exempte de danger. " L'Académie repousse formellement tout ce qui a été dit et imprimé de contraire. " La revaccination peut être utile à tous les âges. " Elle peut être pratiquée sans inconvénient pendant la durée d'une épidémie. Bien plus, il est de fait que, dans les petites loca- lités, dans l'intérieur des familles, dans les pensionnats ou dans certaines agglomérations d'individus, elle a suffi pour arrêter sur place une épidémie commençante. " L'épidémie actuelle de variole qui règne à Paris et sur quelques autres points du territoire a fourni les preuves les plus convain- cantes de la puissance préservatrice des revaccinations. "Dans divers corps de l'armée et notamment dans la garde de Paris, d;ms plusieurs établissements publics ou privés, et en parti- culier dans quelques-unes des écoles municipales, la variole s'est éteinte sous l'influence des revaccinations. " Enfin les dernières statistiques, notamment celle qui a été recueillie dans les hôpitaux civils de Paris, prouvent, de la manière la plus formelle, que les personnes récemment revaccinées, atteintes en très petit-nombre, l'ont été très légèrement et ne figu- rent pas dans les chiffres de la mortalité. " Il importe donc au plus haut degré, daus un intérêt à la fois individuel et public, de continuer et d'étendre par tous les moyens possibles la pratique des revaccinations."- Comme il est essentiel que chacun puisse reconnaître les effets du bon vaccin de ceux du mauvais, nous donnons, d'après Nysten, les caractères qui les distinguent. Pendant les 2 ou 3 premiers jours on observe à peine un petit cercle rougeâtre et une petite élévation. A la fin du troisième ou quatrième jour, on sent au toucher un peu de dureté et bientôt se montre une petite élevure rouge, qui devient circulaire le cinqui- ème et prend la forme d'un ombilic. Le sixième jour, la teinte rouge de l'élevure s'eclaircit; le bourrelet, entouré d'un cercle rouge d'une demi-ligue de diamètre, s'élargit et le centre de la LA MORTALITÉ DES ENFANTS. 41 pustule est plus déprimé. Le septième jour, le volume de la pus- tule augmente ; le bourrelet circulaire s'aplatit et prend un aspect argenté; la teinte rouge se fond dans la dépression centrale et continue à en occuper dans un très-petit espace, le bord infé- rieur. Le huitième jour, le bourrelet s'élargit ; la matière contenue dans la pustule prend une teinte plus foncée ; le cercle rouge très étroit qui jusqu'alors a circonscrit la pustule prend d'abord une couleur moins vive ; l'inflammation se propage au tissu cellulaire sous-cutané. Le neuvième jour, le bourrelet circulaire est plus large, plus élevé, plus rempli de matière ; le cercle dont les irra- diations étaient semblables à des vergetures, prend une teinte plus uniforme et une belle aréole se dessine. Le dixième jour, le bour- relet circulaire s'élargit, l'aréole acquiert l à 2i lignes de diamètre; la peau sur la quelle elle est développée est quelquefois tuméfiée ; sa surface parait granulée et légèrement pointiilée, et l'on distin- gue à la loupe un grand nombre de petites vésicules remplies d'un fluide transparent. C'est alors que le vacciné éprouve souvent une chaleur mordicante, de la pesanteur, une vive démangeaison et un mouvement fébrile. Le onzième jour, l'aréole, le bourrelet, la dépression centrale, sont comme la veille ; la pustule vaccinale qui dépasse d'une à deux lignes et demie le niveau de la peau, ressemble à une grosse lentille de 2| à 5i lignes de diamètre, d'une couleur perlée, dure au toucher et présentant la résistance d'un corps étroitement attaché à la peau. Pendant cette période, le virus vaccin est contenu dans une membrane cellulaire. Le douzi- ème jour, la période de dessiccation commence ; la dépression centrale prend l'apparence d'une croûte ; l'humeur contenue dans le bourrelet circulaire, jusqu'alors limpide, se trouble et devient opaline; l'aréole pâlit, la tumeur vaccinale s'affaisse, l'épiderme s'écaille. Le treizième jour, la dessiccation s'opère au centre; la pustule, jusqu'alors celluleuse, ne forme plus qu'une cavité, et, si on l'ouvre, elle se vide en entier et fournit une matière jaunâtre, trouble et puriforme. L'aréole prend une teinte légèrement pour- prée. Le quatorzième jour, la croûte a la dureté de la corne et une couleur fauve analogue à celle du sucre d'orge ; le cercle diminue de largeur. La croûte prend ensuite une couleur de plus en plus foncée, et devient déplus en plus proéminente; elle tombe du vingt-quatrième ou vingt-septième jour laissant à nu une cicatrice profonde. Quelquefois au heu de cette vaccine vraie ou préservatrice, il ne se développe qu'une fausse vaccine. Tantôt, le lendemain ou le surlendemain des piqûres, il se forme des pustules inégales, s'éle- vant en pointe dès leur naissance, jaunâtres à leur sommet, s'ou- 42 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR vrant à la moindre pression ; le pus qu'elles contiennent s'écoule et se dessèche dès le troisième ou cinquième jour et les croûtes qui résultent de cette dessiccation sont molles, jaunes et souvent humectées d'une matière ichoreuse ; en résumé, ces pustules n'ont ni la marche ni la forme ombiliquée des pustules vaccinales, et ne sont nullement préservatrices. Tantôt le diagnostic des pus- tules est plus difficile, elles sont très circonscrites, ombiliquées ; elles apparaissent le quatrième jour comme la vaccine vraie ; elles marchent comme elles (mais avec moins d'inflammation) jusqu'au neuvième jour, et sont ordinairement desséchées vers le quator- zième ou le quinzième jour. On leur donne le nom de vacci- nelles ou de varioloïdes; elles ne préservent pas sûrement de la variole. V. — DENTITION. L'époque à laquelle commence la dentition chez les enfants est très variable. L'apparition des premières dents est tantôt pré- coce, tantôt tardive. Les dents temporaires ou de lait sont au nombre de vingt. Elles sont remplacées plus tard par trente- deux dents permanentes qui commencent à paraître vers l'âge de sept ans. L'éruption des dents de lait est graduée et s'effectue par groupes de deux ou de quatre à la fois, de la manière suivante d'après un tableau du Dr. Désirabode. GROU. ES. ÉPOQUES. NOMBRES. GENRES. 1 2 3 4 5 de 5 à 9 mois de 11 à 13 mois de 15 à 18 mois de 20 à 24 mois à 30 mois i dents i " f4 « \2 » 4 4 20 dents incisives médianes inférieures. incisives supérieures. molaires antérieures et les petites incisives inférieures. canines. molaires postérieures. 5 groupes en 30 mois 8 incisives, 4 canines et 8 petites molaires. En général on attribue la plupart des affections de l'enfance au travail de la première dentition. C'est une exagération dont il faut se garder. Cependant on doit admettre que dans beaucoup de cas, la sortie des dents amène de nombreuses maladies, soit locales soit générales. Ces accidents, loin de mériter le peu de cas que les LA MORTALITÉ DES ENFANTS. 43 parents semblent en faire généralement, exigent au contraire la plus sérieuse attention de leur part. La dentition est ordinairement accompagnée de prurit et de cha- leur dans la bouche, de salivation, de gonflement douloureux des gencives, d'un peu de fièvre et de diarrhée. Si ces symptômes sont modérés, il suffit pour conjurer le danger d'un bain tiède le soir, d'une attention constante au régime alimentaire et. aux autres préceptes généraux de l'hygiène. Lorsque l'enfant salive beaucoup, l'usage des bavettes est indis- pensable. On doit préférer les bavettes de flanelle à celles de toile, car au moyen des premières, l'enfant court moins le risque de se refroidir, particulièrement la poitrine qui est souvent mouillée. Dans un grand nombre de cas, on peut procurer aux enfants un soulagement notable à leurs douleurs en leur frottant les gencives avec le doigt. En suivant cette pratique, on se conforme à l'ins- tinct de l'enfant qui porte à sa bouche tout ce qui lui tombe sous la main. Cependant les corps durs, comme l'ivoire, etc., loin de faciliter la sortie des dents, durcissent les gencives et augmentent ainsi la résistance. Les anneaux de caoutchoux sont inutiles ou plutôt nuisibles. Une racine de réglisse, une croûte de pain conviennent mieux ; mais le pouce de l'enfant lui-même remplace avec avantage tous ces hochets artificiels. " Le pouce est commode, toujours à la main, de grosseur convena- ble, ni trop mou, ni trop dur. L'enfant ne peut l'avaler, ce qui éloigne tout danger de suffocation. Cette succion du pouce aug- mente la sécrétion des glandes salivaires, enlève par conséquent la sécheresse de la bouche et favorise la digestion ; la pression du pouce soulage la douleur et l'irritation des gencives et favorise la sortie des dents. Un enfant bourru, malingre, criard et sans som- meil devient bientôt heureux et content et s'endort en suçant son pouce." Chavasse. Lorsque toutes les dents sont sorties, il est alors facile de faire perdre cette habitude en recouvrant le pouce d'une pâte composée d'aloës et d'eau. L'excessive amertume de cette préparation-amène bientôt un dégoût complet. Dans certaines circonstances, des accidents plus graves que ceux dont nous avons parlé se manifestent à l'époque delà première dentition. Si votre enfant a la bouche sèche, les gencives gonflées, rouges, chaudes et très sensibles au toucher, s'il est fiévreux, agité, s'il a 44, QUELQUES CONSIDÉRAI IONS SUR la figure rouge, la tête chaude, si son sommeil est troublé par des rêves, des soubresauts, s'il a une forte diarrhée, il est urgent d'ap- peler le médecin, car vous devez craindre l'invasion de quelque maladie sérieuse. Le meilleur moyen de prévenir ces affections dangereuses et souvent mortelles se trouve dans une sage application des pré- ceptes généraux de l'hygiène, mais lorsqu'elles surviennent, il ne faut pas non plus négliger de les combattre au moyen d'un traite- ment médical approprié. Parmi les différents moyens auxquels le médecin a recours dans de tels cas, il en est un qui soulève souvent de grandes objections de la part des parents, c'est l'incision des gencives. On voit des enfants sur lesquels on a pratiqué cette petite opération, succomber sous l'intensité des maladies dont ils étaient atteints et sur le prin- cipe, post hoc, ergo propter hoc, on en conclue que c'est l'effet de l'incision des gencives. Ce raisonnement est tout-à-fait faux, car l'opération en elle-même ne peut aucunement amener ce résultat. Au contraire, on voit souvent des phénomènes morbides très sérieux céder comme par enchantement à l'action de ce moyen thérapeutique. Cette simple opération, loin de durcir les gencives comme on le pense généralement, a l'effet tout contraire et la douleur qu'elle occasionne est nulle ou si peu considérable que vraiment toute mère sensée ne peut apporter cette objection, sur- tout si elle considère le soulagement de douleurs bien plus fortes et continues que ce traitement est propre à faire disparaître. L'ex- périence acquise par l'observation de quelques cas particuliers ne peut être comparée à celle de tous les médecins qui ont vu des milliers et des milliers de cas et qui ont conclu à l'utilité et à la nécessité de l'opération. VI.—air—exercice. Le jour même ou le lendemain de leur naissance, on porte les enfants à l'église pour leur conférer le sacrement de Baptême. Cette pratique n'a pas d'inconvénient si on adopte les précautions convenables. Il faut avoir soin de les vêtir chaudement et en hiver et dans les temps froids et humides, de leur couvrir la figure pour qu'ils ne respirent pas directement l'air trop froid; mais il faut se garder de leur intercepter tout à-fait l'air atmosphérique, car les poumons ont besoin d'un air constamment renouvelé pour pouvoir accomplir leurs fonctions. Il faut accoutumer les enfants de bonne heure à les sortir Dour LA MORTALITÉ DES ENFANTS. 45 leur faire prendre l'air. Dans les beaux jours de l'été, il y a tout avantage à les sortir même pendant les premiers mois. En hiver et dans les temps froids et humides, il faut exercer plus de pru- dence. Cependant dans les beaux jours de l'hiver, il est désirable qu'un enfant de trois à quatre mois puisse respirer l'air pur du dehors autant que possible. Sans doute on aura la précaution de le vêtir chaudement, mais il faut se garder, si on veut le faire profiter des effets toniques de l'air, de lui couvrir la figure. L'air vicié qu'il respire alors, lui fait plus de dommage que de bien. Les petites voitures pour un enfant très jeune qui n'a pas la force de se sou- tenir lui-même peuvent être nuisibles. C'est un spectacle pénible que de voir ces petits enfants ballotés de côté et d'autre par les mouvements de la voiture. Il vaut beaucoup mieux les porter au bras les plaçant tantôt à droite et tantôt à gauche. De cette manière, les refroidissements et les courses trop longues en hiver sont bien moins à craindre. Nous avons vu un enfant promené de la sorte par une servante pendant une après midi entière par un froid très vif, contracter une pleurésie et ne s'en sauver qu'au prix de la perte d'un poumon et d'une difformité incurable. Sachez éviter avec soin les extrêmes de froid et de chaleur et le mauvais air; ne laissez pas séjourner les enfants dans des lieux bas, humides, étroits, renfermés; fuyez, s'il est possible, les mai- sons à basement. Pourquoi messieurs les architectes bâtissent-ils sous terre, quand il y a si grand d'espace au-dessus de nous? Les enfants, même les plus jeunes, ont besoin d'exercice. De temps à autre, il faut les mettre sur le plancher ou sur un lapis et les laisser gigoter à leur aise. Cela développe leurs petits muscles et leur donne des forces. Un enfant doit apprendre à marcher de lui-même. Combien de mères sont fières de montrer à leurs connaissances les exploits d'un enfant auquel elles ont appris de bonne heure à se soutenir sur ses petits pi^ds, mais combien se repentent plus tard de cette conduite en voyant les difformités qui en sont le résultat. N'excitez pas trop tôt leur intelligence : les enfants trop fins ne vivent pas ou ne deviennent presque jamais des hommes capables. Jusqu'à l'âge de sept ans ou'à peu près, l'eau en abondance, beaucoup d'air pur, une nourriture convenable et réparatrice sans être stimulante, beaucoup d'exercice et un sommeil réparateur, tels sont les principaux agents d'une saine éducation physique. Les leçons et les soucis viendront assez tôt. Ne contrariez pas les enfants à propos de tout et à propos de rien, réprimez leurs 46 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR passions dès l'âge le plus tendre, mais que les défenses soient rares et fermes, laissez un peu percer leur naturel, encouragez-les à jouer, autant que possible en plein air, étudiez les meilleurs moyens de leur rendre la vie heureuse sans jamais sacrifier leur vie morale à leur santé physique, prenez part vous-mêmes à leurs plaisirs, et ne pensez pas que ces jeux frivoles soient au-dessous de votre dignité. Scipion, Henri IV, Malebranche, Racine et beaucoup d'autres hommes célèbres faisaient ainsi leurs délices d'amuser les enfants. Rappelez-vous que les enfants ont un goût naturel pour le jeu ; les jeux de l'enfance sont les mêmes dans tous les pays et sous tous les climats, les jeux des anciens sont les mêmes que ceux des enfants d'aujourd'hui. Loin de réprimer ou de gêner cette ten- dance, il faut au contraire l'exciter en eux quelquefois, leur fournir des occasions de s'amuser, leur donner des jouets convenables et 3,vec modération cependant pour qu'ils ne s'en dégoûtent pas Pour les enfants d'un certain âge, les jeux les plus utiles sont eeuxqui s'exercent en plein air et qui donnent de la force et de l'exer- cice aux muscles, tels que la balle, le foot-ball, la marche, la course, la corde à danser, le patin, la palette, le cricket, la raquette, les cerfs-volants, le jeu de la crosse, etc. vu.—SOMMEIL. Un nouveau-né dont toutes les fonctions s'exécutent parfaite- ment dort toujours ; il ne se réveille que pour prendre le sein; plus il dort, plus il profite. En le plaçant dans son berceau, mettez- le sur le côté, tantôt sur l'un tantôt, sur l'autre, pour favoriser la sortie des flegmes. Placez le berceau de manière que l'enfant soit à l'abri des courants d'air, mais ayez soin de toujours tenir la chambre à une température modérée, égale et cependant de renouveler l'air autant que possible. 11 ne faut pas qu'une lumière trop vive, surtout une lumière artificielle comme celle des lampes, du gaz, etc., vienne frapper les yeux des enfants ; prenez garde aussi que la lumière ne frappe sur eux de côté, mais pour éviter ces inconvénients ou pour d'autres raisons, ne leur couvrez jamais la tète, lorsque vous les placez dans leur berceau, de mouchoirs ou autres linges qui puis- sent intercepter l'air pur. Pour garantir les enfants des mouches pendant l'été, il suffit de les recouvrir d'une mousseline bien claire à travers laquelle ils puissent respirer facilement. Gardez vous de coucher les enfants avec de grandes personnes, surtout avec LA MORTALITÉ DES ENFANTS. 47 les nourrices ou les servantes. Que d'enfants périssent chaque année par ce manque de précaution ! Le berçage doit être lent, uniforme ; le berçage précipité étour- dit les enfants, les prédispose aux maladies convulsives et peut amener de graves accidents. Après ce que nous avons déjà dit sur les narcotiques, il est inu- tile d'insister ici auprès des parents sur la nécessité absolue de ne jamais donner aux enfants, pour apaiser leurs cris ou les faire dormir de l'opium, de la morphine, de l'infusion de tètes de pavots, du parégorique, du Sirop de Mme Winslow. du Trésor des Nour- rices, du Sirop du Prince de Galles, du Godfrey's cordial, du Dalby's Carminative, du Sirop de dentition ou toute autre prépa- ration destinée à calmer les enfants. C'est une pratique meurtrière. Il existe des cas où il est utile et même nécessaire d'employer les calmants, mais ne les aonnez jamais sans consulter le médecin de la famille. Les lits de plume étant contraires à la santé des enfants, vous aurez soin de les faire coucher sur des matelas de crin. Pour les couvrir, préférez les couvertes aux couvrepieds qui empêchent la circulation de l'air. La régularité dans les heures du coucher et du lever est essen- tielle. Se coucher à bonne heure et se lever matin est un pré- cepte hygiénique encore plus applicable aux enfants qu'aux grandes personnes. Veillez avec un soin tout particulier à la ventilation des cham- bres à coucher. A cette fin, choisissez-les aussi spacieuses que possible et ouvrez-en les fenêtres souvent en hiver et durant tout le jour en été. 11 ne faut pas s'y tenir pendant la journée s'il est possible et si on ne peut donner une chambre à part à chaque enfant, il faut au moins leur fournir un lit séparé dans la même chambre. Si une cheminée, dont on ne se sert point, passe dans les appartements, n'en fermez pas les ouvertures, car vous vous privez par là d'un excellent ventilateur. Les bouquets et les fleurs doivent être bannis des chambres à coucher. VIII.—MALADIES. Hypocrate disait il y a deux mille ans; setatibus morbosissimi sunt juniores. En effet non* avons vu que les enfants sont sujets à un grand nombre de maladies causées par les révolutions consi- 48 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR dérables et subites qu'ils subissent à leur naissance, l'extrême délicatesse de leur organisation, et l'irritabilité de l'appareil ner- veux. Si l'on ajoute à ces causes le peu d'empressement que l'on met à s'enquérir des soins hygiéniques que réclame la frêle orga- nisation des enfants et plus encore la négligence d'un grand nombre pour les mettre en pratique avec persévérance, ce doit être un sujet d'étonnement pour nous que ces frêles existences puissent subsister dans des conditions aussi critiques. Il faudrait un volume pour donner les causes, les symptômes et le traitement des maladies des enfants et pour traiter ces affections avec fruit il faut avoir fait des études préliminaires sérieuses sur les différentes autres branches de la médecine. En conséquence, ne voulant pas entrer dans cette étude, nous nous contenterons d'énumérer ici les principales affections auxquelles les jeunes sujets sont exposés aux différentes périodes de l'enfance. Pendant la première période de la première enfance, c'est à- dire jusqu'à l'éruption des dents, les maladies les plus fréquentes sont l'apoplexie et l'asphyxie des nouveaux-nés, la jaunisse, la constipation, l'engorgement des seins, les vomissements, les diar- rhées, l'inflammation des yeux, les aphtes ou le chancre, les croûtes de lait et autres affections de la peau. La deuxième période qui dure jusqu'à la fin de la première dentition, est la plus féconde en maladies de tout genre. On les attribue généralement à la dentition, et quoiqu'elles en soient souvent le résultat, l'on est cependant trop porté à référer à cette cause toutes les maladies de cette période de l'enfance. La plupart des affections de cette époque sont des irritations des membranes muqueuses qui s'annoncent, selon le lien où elles ont leur siège, par la rougeur des yeux, les gonflements des paupières, des dé- mangeaisons aux narines, le rhume de cerveau, des inflammations des voies aériennes, de la toux, de l'enrouement, des phlegmasies gastro-intestinales, des vomissements, de la diarrhée, des éprein- tes, etc. Des éruptions de tout genre se manifestent aussi à la peau pendant cette période. Souvent l'assoupissement, la congestion cérébrale, les convulsions et autres symptômes annoncent que le cerveau est attaqué. En outre pendant cette dernière période et durant la troisième qui s'étend jusqu'à la septième année, les enfants sont sujets à toutes-les.fièvres éruptives, à la variole, à la rougeole, à la fièvre '^Jfffge ô*unsclrrMine, à l'engorgement des glandes situées dans l'ab- domen, au carreaa,'au rachitisme, à la teigne, à la coqueluche, aux vers, au croup et à un grand nombre d'autres maladies. LA MORTALITE DES ENFANTS. -ÏÏT Pour traiter la plupart de ces affections avec succès, il est néces saire de les attaquer dès le début ; aussi devez-vous prendre pour maxime que rien n'est léger chez les enfants et que la négligence et le retard sont des fautes impossibles à réparer. Par consé- quent, nous réitérerons le conseil, qui est d'ailleurs le fruit de l'expérience universelle, de recourir de suite au médecin dans les indispositions des enfants. Dr.. G. Grenier. DEC 2? 1847 48721670R NLM DSSSlbEl 3 NATIONAL LIBRARY OF MEDICINE I .?^îryST" I : ^âilM .j. l L V ' V ' ^^ ', • *~ « t *5 r*-<* - "*; * ■;■<- " >>* ...*■;. #Sj •» ^ .6. \,'- . ->' * ■>.*^! t'O^',^ NLM052516213