N OBSERVATIONS RELATIVES A LÀ SANTÉ DES ANIMAUX, o u ESSAI SUR LEURS MALADIES. / ïïoyiut/iat- .r.Jt. AyaxS .l't^ OBSERVATIONS RELATIVES A LA SANTÉ DES ANIMAUX, o u ESSAI SUR LEURS MALADIES; Par M. Jean Lompagièu Lapoif. Médecin Vétérinaire , breveté du Roi , nu Cap. PREMIERE PARTIE. F i , y, ■-■NX? Chez Servie k^e, Libraire, rue Saint- Jean-de-Beauvai s. Et au Cap-François, chez l'Auteur. M. DCC LXXXVIII. Avec Approbation & Privilège du Roi a II y a des vérités qu'il faut répéter aux hommes, » pour empêcher la prefcription. » CARACCIOLI, des caraéieres de l'amitié. r V r ' 1 A L'ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE D' A L F O R T. Messieurs, Si favois prétendu vous offrir un ouvrage digne de vous, me voyant dans Uimpuiffance dy a 3 v'i jamais parvenir , il ne me ref toit qua garder^ un modefle Jîlence. Mais bornant mon am- bition a vous donner un foible témoignage de ma jufle recon- noiffance , j'ai ofé vous faire hommage dun effai que vous ne dédaignerez peut-être pas d'ac- cueillir avec bonté , en raifon de l'avantage qu'il procurera pro- bablement au public* Tel ejl , MeJJieurs > le feul titre fur lequel je me fonde j pour juflifier a mes propres yeux # vij une entreprife fi fçrt au-dejfusdc mes talens* Paroiffant fous le nom & les aufpices dun corps célèbre , qui depuis fa naiffance efi en pof fejjion de réunir tout ce qu exige Fart précieux de la vétérinaire ; cet ouvrage, tout médiocre qu'il foit, trouvera grâce dans cette Colonie y dont il na que Futilité pour objet. Puiffe cette efpèrance fe réa- lifer j & le fuccès que je ne de* vrai qua votre indulgence y m'im- * 4 { % viij pofer, a l'égard de mes illuflres maîtres _, un nouveau tribut de gratitude & de rejpecly avec lef> quels je ne ceffkrai d'être , MESSIEURS, Votre très-humble, très- obéilTant & très-dévoué fervireur Jean Lompàgieu Lapoxe. ix TABLE DES CHAPITRES De la première Partie. JJlSCOURS PRÉLIMINAIRE, ' page I Chap. I. Du Préjugé, 15 II. Des moyens de prévenir les Epi- démies y l6 III. De la fréquentation des Bou- cheries , 39 IV. Des inconvéniens qu'il y a à laif- fer communiquer les Animaux malades avec ceux qui fontfainst 4* V. Nouvelles Ecuries , précautions nécejfaires y 45 VI. De Vétablijfement d'un Hôpital9 & de fes commodités , 48 VII. Des Marches forcées , & dans les voyages , & pour fe rendre aux bains , 5 1 VIII. Des Abus dans les moulins à canne, 55 x TABLE DES CHAPITRES. Chàp. IX. Des Écumes dejirop, page «7 X. Des Fourrages, <ç0 XI. Ne feroit-il pas plus avantageux, & même néceffaire, de confier à un blanc , plutôt qu'à un nègre , la direction des trou~ peaux ? 64 XII. Des Animaux venus de l'Ef- pagnol, 77 XIII. Des Mal Aies des chevaux cCEfpagne, 80 XIV. Del'Etablijftmtnt *un Haras, 8S XV. Economie pafiorale, 97 Fin de la Table de la première Partie. 9 TABLE DES CHAPITRES De la féconde Partiei UISCOURS PRÉLIMINAIRE , page 11$ Chap. I. De la Gourme, 117 II. De la Morfondure , 124 III. De la Morve, 126 IV. Des Tumeurs lymphatiques & non charbonneufes , 140 V. Du Charbon ou Anthrax, 149 VI. Des Vers artériels formant de gros Anévrifmes , 163 VIL Des Vers dans les premières voies , 178 VIII. Du Spafme , 190 IX. De la Fourbure , 195 X. Du Mal des Os , 199 XI. Du mal de Garot, dit impropre- ment mal de Gou, 106 XII. Des Maladies de la Peau , 109 XIII. Du Farcin , 211 XIV. Des Maladiespédiculaires 3 114 xij TABLE Chap. XV. Du Clapot, page 117 XVI. Des Tranchées, 219 XVII. Des Coliques venteufes, 221 XVIII. Des Maladies du pied, 224 XIX. Du Mal du Tabac, 232 X£. Des Vers qui attaquent les Bêtes à cornes , .235 XXI. Des Maladies putrides & char- bonneufes des Bêtes à. cor- nes , 237 XXII. Des Maladies des Moutons , *47 XXIIL De VVfage du fel pour les Moutons, zjo XXIV. Delà Rage, 253 XXV. Des Herbes malfaifantes ,260 XXVI. Des F raclures y 16 2 XXVII. Polype à la trachée-artère , 2*5 XXVIII. De l'Opération de PŒfo- phagotomie , 169 XXIX. De la funefie Influence du Préjugé, 283 XXX. Préfervatif pour les Animaux, 291 DES CHAPITRES, xiij Chap. XXXI. Des Injlrumens pour opé- rer, page 297 XXXII. Analyfe des Obfervations qui entrent dans le corps de l'Ouvrage, 301 Observations, 317 Fin de la Table de la féconde & dernière Partie. APPROBATION. J 'ai lu , par ordre de Mgr. le Garde-des-Sceaux, un raanufcrit qui a pour titre : Obfervatïons relatives à la fanté des animaux t &c. par M. Lompagieu , Lapole, Vétérinaire au Cap : cet ouvrage ne contient rien qui doive en empêcher l'impreflîon. A Paris, ce 28 Août 1788. Le Bègue de Presle. PRIVILEGE DU ROI. JLiOUIS , PAR. LA GRACE DE DlEU , Roi DE FrAHCE et de Navarre, A Nos amés et féaux Conseillers, les Gens tenans nos Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes ordinaires de notre Hôtel, Grand-Conseil, Prévôt de Paris, Baillifs, Sénéchaux, leurs Lieutenans Civils et autres nos Justiciers qu'il apparciendra , Salut. Notre amé le Sieur Serviere , Libraire, Nous a fait exposer qu'il desireroit faire imprimer et don- ner au Public un Ouvrage intitulé : Obfervatïons relatives a la fanté des animaux , ou ejfai fur leurs maladies , par M. Jean Lompagieu, Médecin Vété- rinaire , breveté du Roi au Cap, s'il nous plaisoit lui ac- corder nos Lettres de permission pour ce nécessaires. A ces Causes, voulant favorablement traiter l'Expo- sant, nous lui avons permis et permettons, par ces Présentes, de faire imprimer ledit ouvrage autant de fois que bon lui semblera , et de le faire vendre et débiter par tout notre Royaume , pendant le temps de cinq années consécutives, à compter du jour de la date des Présentes. Faisons défenses à tous Impri- meurs , Libraires et autres personnes , de quelque qualité et condition qu'elles soient, d'en introduire d'impression étrangère dans aucun lieu de notre obéis- sance. A la charge que ces Présentes seront en- registrées tout au long sur le Registre de la Com- munauté des Imprimeurs et Libraires de Paris, dans trois mois de la date d'icelles ; que l'impression dudît çuvrage sera faite dans notre Royaume , et non ail- leurs , en bon papier et beaux caractères ; que l'Impé- trant se conformera en tout aux Réglemens de la Li- brairie, et notamment à celui du 10 Avril 1715 , et à l'Arrêt de notre Conseil du 30 Août 1777, à peine de déchéance de la présente Permission; qu'avant de l'exposer en vente , le manuscrit qui aura servi de copie à l'impression dudit ouvrage , sera remis, dans le même état où l'Approbation aura été donnée , es mains de notre très-cher et féal Chevalier Garde des Sceaux de France , le Sieur Barentin ; qu'il en sera ensuite remis deux exemplaires dans notre Bibliothèque publique , un dans celle de notre Château du Louvre , un dans celle de notre très-cher & féal Chevalier Chan- celier de France, le Sieur de Maupeou , et un dans celle dudit Sieur Barentin ; le tout à peine de nul- lité des Présentes ; du contenu desquelles vous man- dons et enjoignons de faire jouir ledit Exposant et ses ayans- cause pleinement et paisiblement, sans souf- frir qu'il leur soit fait aucun trouble ou empêchement. Voulons qu'à la copie des Présentes , qui sera im- primée tout au long , au commencement ou à la fin dudit Ouvrage , foi soit ajoutée comme à l'original. Commandons au premier notre Huissier ou Sergent sur ce requis, de faire pour l'exécution d'icelles, tous actes requis et nécessaires, sans demander autre per- mission , et nonobstant clameur de Haro, Charte Nor- mande, et Lettres à ce contraires : Car tel estjnotre plaisir. Donné à Paris, le quinzième jour du mois d'Octobre , l'an de grâce mil sept cent quatre-vingt- huit, et de notre règne le quinzième. Par le Roi, eu son Conseil. LEBEGUE. Regifirè fur le Reçijlrc XXIV de la Chambre Royale 6* Syndicale des Libraires cV Imprimeurs de Taris , numéro 173 I ,fol 48 , conformément aux iif- positions énoncées dans la pré fente permiffion ; & a la charge de remettre a ladite Chambre les neuf Exe.t- plaires prefcrits par F Arrêt du Confeil du 16 Avril 178$. A Paris , U vingt-huit Octobre 1788. Knapen, Syndic. I DISCOURS PRÉLIMINAIRE. JL/Opuscule que je hafarde au- jourd'hui de donner au public, doit être confidéré , moins comme un ouvrage que comme un compte exaâ: de ma conduite à l'égard des maladies de9 animaux dans cette Colonie. Le defir de me rendre utile > plutôt que des vues d'intérêt, m'en rirent entreprendre la cure. Car fi je n'avois écouté que les principes de la cupidité, fi je n'a- vois prêté l'oreille qu'à la voix de cette ambition pour laquelle tous moyens font honnêtes , ma fortune feroit plus brillante , j'aurois encore en ma difpo- fition cet argent immenfe que j'ai vo- lontairement facrifié' à Facquifition d'un A ; 2 Discours très-grand nombre de chevaux & mu- lets que j'ai égorgés pour faire des ex- périences effentielles à mon art , je dirai même indifpenfables pour le faire triompher avec éclat, de J'empire de l'erreur & des préjugés. Ce n'eft pas que je me le reproche aujourd'hui, le motif en étoit trop glo- rieux ; je me faifois trop d'honneur de l'amour dont j'étois épris pour le bien public ; d'ailleurs, je ne pourrois le faire qu'en renonçant à la brillante ré- putation que ce zele- patriotique m'a procurée, a cette eflime flatteufe qu'il m'a méritée de ce qu'il y a eu , depuis que je fuis dans la Colonie, & de ce que nous y voyons encore de plus diftingué , non-feulement par la naif- fance & le fang, mais encore par les connoifîances & l'équité. Quelle honte de fe flétrir par un retour aufli indigne ! en être capable feroit n'avoir jamais mérité la confidé- PRÉLIMINAIRE. 3 ration, que dis-je ? les bonnes grâces des Lifle-cn-cour & des Belccmbe , des Conflard & des Marbois. Je pourrois produire ici des monumens irréfragables; mais comme nous n'avons pas entrepris un recueil de certificats & de lettres , nous les fupprimerons, contens de leur publicité & de la confignation que nous avons cru devoir en faire chez un notaire. Et,pour ne point parler de la commifiion de maréchal expert à la fuite des efcadrons de Beïzunce & de Condé , dont m'honora M. de Renaud de Villebert /général des illes de l'Amé- rique fous le vent , d'après l'agrément dont Sa Majeflé voulut bien couronner mon offre généreufe de là fervir en bon & fidèle fujet qui croit fe devoir tout entier à fon prince quand il en eft befoin, je me contenterai de joindre ici une lettre de MM. le général & in- tendant , écrite à l'occafion d'un mé- moire d'obfervations pour prévenir les A: 4 Discours épidémies & fe conferver les animaux , & d'une requête fur l'indifpenfable né- ceflité d'une vifite de toutes les cargai- fons étrangères d'animaux , pour mettre le nombre prodigieux de ceux qui font difperfés, dans la Colonie, à l'abri.d'une • contagion inévitable, vu le grand nom- bre de maladies qui débarquent avec ces troupeaux étrangers ; encore ne donne-je cette lettre que parce que je ne puis m'en difpenfer. En» effet , on n'eft pas obligé de s'en rapporter à la foi d'un écrivain ; on fuppofe toujours qu'il cherche à fe faire valoir : auiïî, quand il avance quelque chofe , on aime qu'il le prouve ; on veut avoir fur lui cet avantage , ou de rendre l'univers témoin de fon effronterie , ou de l'avoir forcé à la démonftration de la vérité. En cela , le le&eur ne fait aucun curt à l'écrivain. préliminaire; ç Lettre de MM. les Adrt\iniflrateurs, « Nous avons lu , monfieur , avec »' autant d'attention que de fatisfaclion, » votre mémoire d'obfervations pout » prévenir les épidémies auxquelles les jj animaux ne font que trop fouvens n expofés. Nous fentons , comme vous, » monfieur , qu'il feroit à defirer que » les cargaifons des chevaux & mulets » qui font amenés dans nos ports , ne u puiTent être Vendus qu'après avoir été »> vifités & reconnus en bon état. Mais sî nous ne pouvons prendre fur nous de 9» vous accorder la commiflion de juré- jj expert pour vifiter ceux des bâtimens s» qui vont au Cap , en obligeant les, ca- iî pitaines à vous payer un droit de » vifite. Nous vous autorifons & invi- »> tons , au furplus., à faire reconnoître » au public les inconvéniens qui peuvent » réfulter de la négligence à faire exa- 89 miner les animaux provenans des. car- A 5 t Discours »j gaifons étrangères. Nous fommes per- 5? fuadés , monfieur, qu'on y fera atten- s> tion ; les acquéreurs refteront alors « les maîtres de prendre 3 à cet égard, 95 le parti qu'ils jugeront à propos. »5 Nous vous favons , monfieur, très- »> bon gré du zele patriotique qui vous 33 a déterminé à faire votre mémoire ; » il y a d'excellentes vues qu'on ne peut » trop s'emprelTer de répandre dans le »> public. Nous allons en conféquence , "monfieur, le faire imprimer par ex- » trait dans les gazettes de cette Co- sj lonie. » Nous avons l'honneur d'être très-' *> parfaitement, &c. « Çonstard , de Marbois. î> Sans m'arréter plus long-tems à tout ce qui peut être , en quelque façon, étranger à cet opufcule, je me borne- rai aux principaux motifs qui me l'ont fait entreprendre > & au plan que m'a Préliminaire. 7 forcé à fuivre la nature de mes opé- rations. Motifs qui ont fait entreprendre cet Opufcule. Ce fut en 1777 que j'arrivai dans cette Colonie : les maladies des ani- maux exerçoient par-tout les plus fu- nèfles ravages ; les mortalités fe fuccé- doient à l'infini ; on ne favoit en con- noître la caufe véritable. Cependant le mal avoit fon principe ; on lui en don- noit un funefte, dont l'effet étoit de multiplier les pertes & d'accroître les défaftres. On prétend que cette mortalité géné- rale qui dépeuple les habitations d'a- nimaux , n'eft que l'effet du maléfice & des empoifonnemens. On foupçonne > on arrête , on condamne : par une fé- conde ruine on fe confole d'une pre- mière. Mais enfin la réflexion reprend fou A4 8 Discours* empire, & ralentit le feu qui échauffe les efprits. Le fanduaire de la paix, qu'on voit fe reflentir fouvent de l'a- gitation tumultueufe qui fouleve le peuple & précipite fes idées, vit infen- îibîement renaître dans fon fein le calme heureux qui doit faire fon elTence. Thé- mis, un inftant égarée , fe retrouva enfin çn elle-même. En vain on traîne à fon tribunal ces prétendus fuppôts de ma- léfice ; l'aveugle précipitation du déla- teur n'influe plus fur les jugemens. Tran- quille &L attentive , elle écoute , elle examine, elle pefe ; le flambeau de la fagelTe à la main , elle pénètre dans i'obfcurité des griefs : la faufleté des imputations & des preuves, leur peu de fondement & de vraifemblance , tout fe dévoile à fes yeux ; elle abfout le coupable déjà condamné au tribunal d'une autorité privée. Quel théâtre pour le praticien, égale- ment épris de l'amour du bien public, PRÉLIMINAIRE. p & de celui de fa profeflîon ] Ce fut d'abord à l'ombre du filence que j'en- trai dans la carrière des obfervatïons. Le fuccès qui couronna bi.nrôt nies recherches fur la nature des maladies dépendantes de la cenftitution véritable du climat , & fur les moyens de les prévenir & d'en opérer la cure au cas de leur invafion , me flatta du doux e£ poir de ruiner de fend en comble l'em- pire du plus funefie préjugé. Peu-à-peu je m'enhardis ; aguerri par l'ufage, je hafardai quelques réflexions , fruit de mes travaux clandïflins. Comme nous ne fommes pas généralement alTez commodes pour voir paroitre fans alar- mes des vérités contraires à nos opi- nions , qu'on ne,peut adopter les der- nières fans abjurer les antérieures, ce qui feroit donner, ou fon ignorance , ou fa préfomption en fpeétacle au pu- blic, je vis s'élever contre moi mille ïo Discours cenfeurs indignés. Loin de me laififer abattre à leur émeute, je m'en applau- dis , perfuadé de cette vérité, que l'inu- tile tombe toujours de lui-même, fans avoir befoin d'être frondé ; que fon éclat eft toujours éphémère , & que s'armer contre lui, c'eft s'avilir. C'étoit donc à jufte titre que je me glorifiois de mes cenfeurs , puifqu'ils étoient éclairés. Aufli en pris-je le droit de multipiier mes obfervatïons. Avec elles le nombre de mes ennemis s'accrut. Seul contre tous, je combattis. Je laifie à la juftice du public à décider qui a mieux mérité les lauriers de la victoire. S'il pouvoit s'accorder à dire que l'a- vantage ne m'eft pas refté , du moins ne pourroit-il me refufer la gloire d'a- voir généreufement difputé la couronne. Mon cœur ne me reproche qu'une chofe , c'eft d'avoir pris champ avec des jaloux : je croyois des amis de la préliminaire; II vérité , fes défenfeurs : la manœuvre ne m'a dévoilé que des envieux, pour ne pas dire des parti! ans de l'erreur. Mais comme le plus fur moyen de les con- fondre & de leur impofer un éternel filence , étoit de donner une plus grande fubtilité à ce qui leur faifoit tant d'om- brage , j'ai pourfuivi le cours de mes opérations. Diflributïon de V Ouvrage, Un grand nombre d'opérations forme- ra la première partie de cet opufcuîe fous le titre & Obfervatïons relatives à la fanté des animaux. Elles ne iont, pour la plupart, que l'an a ly le des caufes mor- bifiques & àcs moyens de les détruire; L'habitant comme le praticien y trou- veront des vues utiles , s'ils veulent fe dépouiller, le premier de fa préemp- tion, & l'autre de'fon envie. Si l'idée d'un haras dans les endroits les plus u 1% Discours propres de chaque quartier de la Co- lonie méritoit quelque attention', on pourrait en voir les avantages efquilTés en fon lieu. Le chapitre analytique des obfervations, lettres & mémoires im- primés ou non imprimés, fur les affi- ches Américaines, couronneront cette première partie. La féconde , je l'ai intitulée Hifloire des maladies des animaux de cette Co- lonie : j'en ramené les caufes éloignées principales à ce qui forme l'objet des obfervations cï-deflus; jeji'y ajoute que les nécefîaires. Je dépeins les fymptômes, & donne les remèdes qui m'ont le plus généralement réufîi. Je n'obferve peut-être pas cette unité dont on eft fi juftement jaloux ; je ne l'ai jamais apprife, & fi j'en parle , ce n'eft que parce que je me fuis imaginé qu'on entendoit par unité cet enchaîne- ment lumineux, cet ordre gradué qui PRELIMINAIRE. IJ m'a ravi mille fois dans la lecture d'un nombre d'auteurs qui portoient à fon période le grand art de vous offrir au premier coup-d'œil tous les divers points de vue de leur fujet. Pour moi, qui n'ambitionne que la gloire de me rendre utile , le le&eur me voyant dépouillé de toute préten- tion , voudra bien me pardonner ce défaut inexcufable dans tout littérateur, J'ofe me flatter encore de fon indul- gence en faveur de mon langage ; je n'en fais qu'autant que j'ai fu en ap- prendre par la lecture dans les courts intervalles que me laiflbient mes occu- pations. La confiance que j'ofe me per-i mettre d'un accueil favorable , me con- fole d'avance des peines que j'ai efîuyées, des traverfes que j'ai éprouvées pour me rendre utile au public, & me mettre dans le cas de lui témoigner un entier dé- vouement , dans un pays où je n'avois fi'4 Discours préliminaire. d'autre reflburce que mon art : elle me fait oublier les troubles & l'amertume qui n'ont cefle d'empoifonner mes jours depuis mon premier pas dans la carrière des obfervations. J'ai vécu tourmenté, & je mourrai tranquille. OBSERVATIONS RELATIVES A LA SANTÉ DES ANIMAUX DE LA COLONIE. CHAPITRE PREMIER. Du Préjugé. VV e s t trop long-tems fouffrir l'empire de l'erreur ; un plus long filence feroit foupçonner que nous ignorons entièrement la vérité. Nos paroles n'ont pas fuffi ; la chaleur des efprits dans la converfation, a fait qu'elles s'en font enveloppées fans fuccès ; elles n'ont pas eu de publicité : par amour pour ïqs propres opinions, on éroit intéreffé à leur oubli. Donnons-leur fc'6 Obfervations relatives aujourd'hui toute l'authenticité qu'il leur faut pour être utiles ; bravons nos cen- feurs ; éclairons le public. Dans cette Colonie, un fléau vient-il exercer le ravage fur les animaux d'une habitation; l'habitant qui, dans ce moment de crife, peint à Ces yeux Ces connoiffances avec les couleurs les plus avantageufes, s'arroge le droit de taxer la maladie d'épi- démique , d'épi^ootique. Le plus fouvent la conféquence de cette fauffe dénomination entraîne Yïnadminïjlra- tion des remèdes ; on fe figure qu'il n'eft pas npceffaired'en faire ufage : la mortalité fait des ravages ; elle fe perpétue , & l'ha- bkant s'endort tranquille à •l'ombre du lau- rier dont il vient de fe couronner lui-mên$| dans le champ de la médecine. Cependant la. multiplicité des pertes réveille tout-à- coup fon attention; il fe levé , réfléchit, et fe promené : « Oui, dit-il avec tranfport, 5> l'urtiite n'en fait pas plus que nous. C'eft ,> encore lui faire beaucoup de grâce : fei- « gnons d'invoquer fon fecours , nous pare- » rons par là tout reproche en obéiffant au ,» préjugé où l'on peut être que l'art du » praticien a la fanté des Animaux. i y » praticien fert beaucoup dans ces occurren- » ces critiques ».Ildit ; il l'appelle. Le vé- térinaire arrive. Le ton avec lequel on s'an- nonce , l'air à prétention dont on lui parle de la maladie pour laquelle il s'eft rendu, tout lui fait une loi de la réferve dans ces fortes d'occafions ; il n'y a que deux partis à fuivre ; ils ont tous les deux leurs défa- grémens ; c'eft le feul intérêt qui doit pré- fider à fon choix & di&er fes jugemens; Faut-il qu'il adhère au fentiment de celui qui l'a requis ? la maladie fera contagieufe , épidémique* Sur ce nouveau piédeftal 3 on voit Pa- mour-propre & la préfomption de l'habi- tant élever faftueufement leur coloffe , comme un monument ingénieux de mépris aux yeux même de l'homme de l'art, qui femble fe fentir glorieux de s'être rencon- tré avec l'habitant. Il y gagne ; il n'eft pas opiniâtre , & fera rappelle dans le befoin. Maisconnoît-il la nature & les caufes de la maladie ? a-t-il la fermeté de lbutenir qu'elle n'eft nullement épidémique, comme on fe l'eft imaginé f fon crédit eft perdu fans efpoir. Il n'avoit qu'un tyran qui fe B iS Obfervations relatives feroic contenté de J'avantage donné par un jugement conforme à [es idées ; il vient de fe faire un ennemi, non-feulement irrécon- ciliable , mais encore porté à nuire à fes intérêts dans toutes les occafions. C'eft une fatalité que je ne puis com- prendre , elle nous force & nous entraîne ; nous aimons qu'on nous trompe & qu'on nous abufe ; l'erreur femble être notre élé- ment; nous nous tenons offenfés quand une main charitable entreprend de faire luire à «os yeux le flambeau de la vérité. C'eft fur- tout le malheureux fort des habitans à l'é- gard des maladies. Pourquoi? parce qu'ils femblent avoir confpiré de contrarier les maîtres de l'art , & qu'ils fe figurent, fans prétention , en favoir, au fein de leurs poffeflions , plus qu'un homme qui , dans un entier dévoue- ment de lui-même pour fon état, facrifie chaque jour qui luit pour lui, à fuivre les maladies dans leur invafion , à combiner leurs fymptômes & remarquer leur déclin ou leur éruption. Tranquilles & fans con- noître le mécanifme de l'animal, l'écono- mie de fa ftructure, la combinaifon harmor à la fanté des Animaux. i «j nique de fes refTorts, que par la lecture de livres quelquefois trop favans , ils ont la modefiie de fe donner le pas devant ces laborieux praticiens qui, d'une main har- die & d'un œil curieux, dépouillant cette délicateffe de petit-maître , confulrent à chaque inftant les entrailles fanglantes d'un cadavre expiré. Cependant , malgré cette impérieufe prétention de tout favoir , les animaux dif- paroiffent, la dépopulation devient générale dans l'atelier. Orgueilleux préjugé ! tes ouvrages font fublimes & confolans. Te verrons-nous donc toujours régner avec cet empire tyrannique ? S'il ne tenoit qu'à moi , il y a long tems que tu ne ferois plus ; mais je ne puis vaincre ni forcer l'obftination des efprits. Je me contente de leur donner le flambeau : il pourra venir un tems où l'on fendra la néceffité de fon ufage : 1 homme fe rappellera qu'il fut formé pour penfer ; il reprendra fon plus noble attribut. Pour nous, préparons le fuccès de la révolution. Les contagions ne font autre chofe qu'un venin fubtil qui s'évapore, fe répand , & fur les ailes du vent feme par-tout la défo- B i 4 '10 Obfervations relatives lation 5c la mort. Ce venin peut dépendre de plufieurs caufes que je ferai feulement appercevoir. Les féchereffes, pendant une grande par- tie de Tannée , entretiennent la flamme dans l'atmofphere & perpétuent l'aridité dans les plaines j la chaleur , répandue dans l'air, a pompé, de la terre calcinée & des maré- cages bourbeux , les vapeurs infeétes qui dévoient naturellement s'y trouver. Les individus ont refpiré cet air, qui n'étoit afTurément pas falubre; les liqueurs fe font viciées peu-à-peu ôc difpofées'au dérange- ment. Des germes de putridité fe font for- més & même développés dans l'ombre myf- térieufe du fecret. Comme l'air femble une dette que nous ne contradons envers la nature , qu'à con- dition que nous le reftituerons au moment que nous le prendrons , les individus qui ont refpiré un air corrompu, furchargé des miafmes morbifiques., en envoient un en- core plus corrompu & plus capable de por- ter par-tout les germes de putridité & de contagion. Ils s'imprègnent dans l'atmof- phere ; la quantité du venin augmente ; un a la fanté des Animaux. 11 individu s'empoifonne ; celui-ci fournit bientôt , par fon haleine , de quoi cor- rompre les liqueurs d'un fécond ; fucceffi- vement les germes de la contagion fe pré- parent , ils commencent à envahir. Comme pour leur donner.plus deforce, ckleurprê- ter fecours, les orages arrivent, les torrens fe précipitent. Outre que ces fortes de pluies portent fouvent avec elles des germes mor- bifiques, ou en produifent à la faveur de quelques circonftances trop propres, elles foulevent encore , excitent & fomentent ceux qui ne font que trop répandus. Nou- veau degré de furie dans la pefte, & de cruauté dans fes effets. Cependant, par une fage difpolition de la furveillante Providence , toutes les cau- fes n'ont pas leurs effets; le glaive eft fuf- pendu; le foible crin fe foutient, il branle, il chancelle , mais un reffort caché l'arrête au moment où il va tomber. La deflrudion reconnoît encore pour principe l'explofion des volcans : dans l'é- ruption vifible ou fecrette il s'échappe des parties arfenicales, qui s'élèvent , fe cou- Bj il Obfervations relatives denfent clans l'atmofphere , & s'imprègnent dans les individus fous mill? formes différ rentes; ce qui n'eft pas rare, fi l'on veut s'accorder à croire avec moi que les trem- blemens de terre , affez communs fur ces rivages , ne dépendent que de l'aétion fe- crette des volcans fouterrains, ou de la'dif- folution éruptive d'une mafle de matières combuffibles , de tout ce qu'il y a de plus fubtile & de plus inflammable , dont le choc ébranle, fecoue, bouleverfe la machine & la fait chanceler fur elle-même. Je n'ai jamais connu d'autres caufes dans ces fortes de révolutions , qui ne font prefque jamais annoncées par quelques fymptômes mani- ' fedes. Si ces tremblemens répondent fouvent bien loin , ce n'eft que parce que ces ma- tières inflammables, que la terre recèle dans fon fein , formoient un enchaînement de la même étendue. Dans tous ces chocs, ces ébranlemens, où la terre , comme diifoute, fe fend & s'enti'ouvre à tous inftans , il s'é- chappe néceflairement des parties arfeni- caies vénéneufes , très-capables de pro- a la fanté des Animaux. i j duire , du moment qu'elles s'exhalent 3 les contagions les plus affreufes, les pertes les plus défolantes. Or, je voudrois bien à préfent que ces créateurs d'épidémies me diffent s'ils ont obfervé aucune de ces caufes indifpenfables dans les contagions qu'ils prétendent por- ter le ravage & la défolation fur nos trou- peaux ? S'ils étoient en droit de caractérifer capricieufement du nom d epizootie une maladie qui dépeuploit une habitation d'animaux , tandis que ceux de la voifine jouiflfoient de l'embonpoint le plus bril- lant, une maladie qui n etoit fouvent qu'un épuifement total, occafionné, ou par la di- fette , ou par la mauvaife qualité des four- rages & des eaux , ou par les imprudences fi fréquentes y & dans les bains , & à la fortie des travaux, ou bien encore par les négligences à l'égard des écumes fermen- tefcibles de firop chargé de mille infecfes venimeux , croupiflant aux vives ardeurs du foleil, avec une bagafle très-fouvenc putréfiée dans des chaudières ou baffins furchargés de parties hétérogènes, capables * B 4 i^ Obfervations relatives elles feules, d'empoifonner le malheureux individu qui va les lécher. On ne fauroit le foutenïr, la vérité fe montre dans un trop grand jour ; nous de- vons en bénir le ciel & nous en féliciter, puifque , malgré la multiplicité des caufes fufceptibles , par leur nature , de produire des contagions également funeftes à tous les individus , & d'en dépeupler la Colonie comme un coup de foudre , il ne permet jamais que leurs fléaux y viennent exercer leur infernal ravage. Toutes ces confidérations , dont la vé- rité frappe d'un fi grand éclat, corrigeront peut-être nos abfurdes opinions ; rien de plus glorieux pour l'homme que d'abjurer auflî publiquement qu'il l'a préconifé , une erreur qui l'avoit féduit. En même tems qu'il s'honore , il prépare des avantages dont il avoit eu le malheureux talent de fe priver : long-tems égaré dans les circuits du labyrinthe , il eft enfin guidé par un fil qui le fouftrait de cet empire féditieux. L'abîme fe découvre à {es yeux ; rougif- fantde s'y être fi imprudemment & fi volon- à la fanté des Animaux. 1$ cairement précipité , il s'en relevé avec effort, & l'évite déformais. L'erreur a dilparu j la vérité triomphe; on ne voit plus un fléau"deftru&eur dans ce qui n'étoit qu'un léger accident, ou une maladie ordinaire. Les épidémies perdent 6c deviennent moins en vogue ; on fe plaint plus rarement de leur funefte ravage ; on fe raffure ; on hafarde un re- mède que dans l'épizootie contraire on ju- geoit inutile ; les pertes font moins multi- pliées , le fuccès nous fourit, & nous nous glorifions de nous être dépouillés d'un ab- furde préjugé _, d'avoir empfeyé le fecours d'un art que nous eftimions auffi impuiilant que méprifable. 2tf Obfervations relatives CHAPITRE IL Des moyens de prévenir les Epidémies. Vj'est peu d'avoir confondu le préjugé & détruit fa chimère , ôtons-lui les ref- fources qui pourroient le relever du milieu de Ces ruines. Nous avons montré l'inexif- tence des épizooties ; offrons les moyens, je ne dirai pas absolument de les prévenir, mais d'empêcher que les maladies ne le deviennent. Ivien de plus à craindre. Mille circonftances qu'on pourra voir , parfemées dans un chapitre de cette première partie, pourront nous en convaincre invincible- ment. Elles font d'autant plus propres à produire cette métamorphofe, qu'on fem- ble fe plaire à faire éclore leurs funeftes, réfultats. Pour remplir d'abord notre objet, il fe- roit indifpenfable d'obliger chaque habi- tant à faire au commandant du quartier un rapport exadi & prompt fur les maladies qui yiendroient attaquer fes animaux. à la fanté des Animaux. 17 Le commandant , pourvu de tous les pouvoirs néceffaires , délivreroit auflitôt un ordre à un maître de l'art pour aller faire la vifite. Nous fuppofons le praticien éclai- ré ; celui-ci, guidé par les lumières d'une profonde théorie , foutenu d'une longue expérience , feroit les opérations relatives & néceffaires à l'objet que nous nous pro- pofons , & rendroit un compté fcrupuleux de fa conduite à celui qui l'auroit commis. Nonobftant cette vifite extraordinaire , l'homme de l'art devroit en faire une tous les quarante jours fur chaque habitation du quartier , prendre connoiflance de tous les animaux ^ & donner copie de fon recenfe- ment à fon commandant. Par ce moyen on fauroit le nombre des quadrupèdes morts, on vérifieroit fi la dénonciation de leur maladie a été faite ; le contrevenant re- connu ne pourroit échapper à l'amende , on le puniroit de fon imprudence à laiffer fubfifter ou traiter dans le fecret des ma- ladies très-capables d'occafionner des épi— zooties pendant qu'on . les croit le plus éloignées de ce point de malignité , & qu'on laiife l'individu attaqué, frayer & 2 S Obfervations relatives communiquer avec le refte du troupeau.' On le feroit repentir de cette délicateffe mal entendue qui le porte à s'empoifonner, lui , Ces troupeaux & ceux du voifinage, plutôt que de faire fon rapport ordonné an commandant du quartier. Il croiroit s'avi- lir, parce qu'il s'imagine avoir fur lui un titre de prééminence, moins, il eft vrai, du côté du mérite, que du côté de l'opu- lence. Comme les prétextes ne font pas rares , que cette adreffe de donner à toutes Ces ac- tions un air d'innocence 6c de non inten- tion , eft pouffée ici au dernier période , que pour s'affranchir de la févérité d'un examen trop fcrupuleux, on pourroit dire avoir ven- du tous les animaux trouvés manquans au recenfement ; l'habitant, pour juftifier de la vérité du fait, feroit tenu, à l'époque de la vente , d'en mettre copie au comman- dant du quartier. Il n'y a dans ce procédé rien de choquant , rien d'attentatoire ; l'honnêteté ne s'y réfufe point , il fuffic de l'avantage pour la déterminer 6c la faire foufcrire ; auffi ne doute-je pas du fuffrage de MM. les habitans propriétaires. Quelle d la fanté des animaux^ 19 confolation pour eux de connoître enfin le principe de leur perte d'animaux , qu'ils avoient jufqu'alors ignoré • Quand on connoit fi bien le prix d'une fortune qu'ils ne doivent qu'aux fueurs 6c à la fatigue, quelle douleur de fe voir ruiner infenfible- ment, fans pouvoir percer le cruel myftere qui couvre le principe du défaftre ! Puifle ce fuffrage folliciter un jour celui qui peut feul donner une fanction à mes vues ! Je ne doute pas qu'il n'ait ce bonheur, s'il peut jamais parvenir à la connoiffance du prince augufte 6c bien-aimé, dont la fageffe éclairée 6c l'amour pour fes peu- ples comblent nos fouhaits , font notre bonheur, 6c cimentent à jamais la durée de la monarchie. Pour ne rien laiffer aux détours, l'ar- tifte devroit , à ces obligations , ajouter celle de marquer d'une fleur-de-lis fur le front, tous les animaux reconnus attaqués d'une maladie capable de devenir épidé- mique. Un autre habitant , trompé pau l'embonpoint que l'animal conferve encore," malgré les crifes violentes qu'il éprouve de tems en tems, venant dims un moment 3° Obfervations relatives où rien n'annonce une maladie , pourrok en faire l'acquifition 6c emporter le germe de la deftruction parmi Ces animaux. Par une fi fage précaution on éteindra, dans le foyer où elle vient de naître , une flamme qui pouvoit occafionner un incendie des plus affreux. Cependant, la pratique de ces moyens ne rempliroit jamais notre objet dans toute fon étendue ; il faut, pour y réuffir, déra- ciner , s'il fe peut, un des abus qui conf- pirent le plus à préparer les épizooties j per- pétuer 6c nourrir le funefte préjugé que nous venons d'abattre. Un animal tombe malade fur une habi- tation ; vous croyez déjà voir l'infatigable praticien accourir 6c voler à la voix qui l'appelle; vous vous figurez qu'il va venir mettre en jeu fa profonde théorie 6c fa lu- mineufe expérience. Détrompez-vous , 6c prêtez l'oreille : « Nègre, cours à cet ani- s> mal, examine fa maladie, fais-lui les » panfemens analogues ». Cependant la connoîtra-t-il, la maladie ? Oui, fuivant fon calcul. L'animal, le crin hériffé , l'œil hagard , l'oreille dreffée, à ta fanté des Animauxi $ i s'élance , court_, 6c s'arrête, fe replie avec effort fur lui-même, 6c comme effrayé de fon ombre , il fe précipite horriblement à l'écart. Bientôt, dépouillant fa bouillante furie, l'œil trifte 6c d'un air douloureux, il regarde languiffamment fous le ventre. De quoi peut-il donc être attaqué ? fon embonpoint eft à fon période. Entendez le nègre : « Ce font des tranchées». Toujours du4vraifemblable, mais de la vérité , point: cependant il affirme ; 6c quoiqu'il ignore dans le fond, il affecte de connoître. Voyez le ton décifif avec lequel il prononce; comme il foutient fon cara&ère ! On le croit. Il confeille les lavemens 6c les breuvages , relatifs ou non. L'animal eft déjà guéri dans Ces mains, fuivant l'opinion de l'habi- tant , qui fait, dans chaque occafion , l'é- loge de fon nègre ôc de fon talent. Cependant l'animal meure bien lave- menté 6c bien abreuvé. Mais quel étoit donc fon mal, on n'avoit donc fu le recon- noître ? Hé neth , fans doute. Ouvrez lé cadavre , fixez un œil curieux 6c attentif fur fes parties. Ciel .'quelle méprife.' des vers par millions, nichés comme dès freloas dans jz Obfervations relatives la membrane de l'eftomac, qu'ils rongent 6c dévorent \ des vers qui , laiffànt parfe- més dans les inteftins des renforts confidé- rables 6c nombreux , s'en vont le long de l'œfophage, 6c defcendant par fa glotte, en- filent le canal aérien , vont porter le ravage dans les poumons ; des gros facs anévrif- maux , arrêtant le cours de la circulation ; des épanchemens d'un fang noirâtre 6c coa- gulé , exhalant une odeur fétide , cadavé- reufe , infoutenable. Voilà les tranchées, voilà le talent du nègre. Quelle décou- verte ! qu'elle juftifie bien la confiance dû préfomptueux habitant ! Cependant, fi l'Africain s'eft trompé, doit-on lui en faire un crime ? Il obéit ; que - ne lui donnoit-on , en commandant, l'in- telligence 6c la capacité qu'un maître de l'art peut à peine 'parvenir à poiféder à l'aide d'une profonde théorie 6c d'une lon- gue , continuelle 6c pénible expérience ? Ignorant tout, ne fâchant rien , ne pou- vant rien connoître , puifque fon attention eft captivée par dès travaux qui engourr diffent Tefprit, en même tems qu'ils fa- tiguent le corps ; comment les foins qu'il donne à la fanté des Animaux. 3 3 donne aux animaux malades, feroient-ils couronnés par le fuccès? L'art de la méde- cine y 6c furtout l'art vétérinaire, ne s'ap- prennent pas la bêche ou l'écumoire à la main. Ce n'eft que dans la paifible folitude , au fein de la paix , loin du trouble 6c des alarmes , ce n'eft que dans ces retraites qu'enveloppe une ombre myftérieufe, que l'efprit, uniquement occupé de l'objet de fon étude , parvient à faifir tous les divers points de vue, rapproche les rapports, les éloigne pour les mieux ramener, 6c prépare 1 un choc qui fera bientôt jaillir de plus grands éclats de lumière. C'eft là qu'on combine ; c'eft là qu'on conjecture ; c'eft là qu'on raifonne 6c qu'on parvient às chan- ger en vrais principes, des principes fup- pofés, ou qu'on n'a fuppofe faux que pour mieux en établir la vérité en la cher- chant, la difcutant 6c la prouvant point par point. f- Après avoir ainfi long-tems fortifié fes ailes , comment ne pourroit-on voler plus fûrement que ces individus qui veulent prendre un trop fubit effor ? Affez fem- blables à ces oifeaux qui, fentant déjà de C % '# 34 Obfervations relatives quel auteur ils viennent de recevoir le jour, veulent, dans un mouvement d'audace, s'élancer loin du nid. Mais quel eft leur fort ? ils fe précipitent de la cime du ro- cher, 6c vont expirer dans l'abyme. Ce n'eft pourtant pas la feule chofe qu'on ait à craindre de la part du nègre : fon igno- rance eft un grand fléau , je l'avoue ; mais fa malice n'en eft pas un moins grand & moins funefte. Plein de l'idée d'un injufte efclavage, l'Africain ne roule dans fon ame redoutable que des projets fanguinaires de vengeance. Attentif, il cherche tous les tnomens favorables à l'exécution. L'impar- donnable confiance de l'habitant les lui ménage, 6c femble même lui affurer l'im- punité. C'eft alors que les empoifonnemens ont, ou peuvent avoir lieu ; c'eft alors qu'il alfouvit fa colère 6c fa' rage, 6c fe venge du maître fur les innocens 6c précieux animaux; c!eft alors qu'il le ruine pour fe dédomma- ger de ce qu'il ne peut, ou crainte de fup- plices , ou par défaut d'occafion 3 lui per- cer un cœur qu'il hait, 6c éteindre dans les flots de fon fang les feux de fon reffenti- ment. Rien de plus probable, peut-être rien à la fanté des Animaux. 3 « de plus vrai. Car je préfume que ce n'eft pas fans fondement qu'on a fait expirer fous les coups de fouet, ou dans les flammes d'un bûcher ardent , un million de ces Africains chargés du foin des animaux dans leurs maladies ou dans les pâturages. Quel motif peut donc affermir notre confiance dans cette race vindicative ? feroit-ce une vue d'économie f Je ne puis néanmoins fup- pofer une fi mauvaife politique dans les habitans. Tout dépofe contre elle. L'heu- reux fuccès des remèdes adminiftres par quelques nègres inteliigens ; les exécutions qii'on en a faites , tout le prouve , tout le confirme. Seroit-ce un motif d'aifance , de liberté ? Je fens à merveille qu'on ne paroît jamais plus habile homme que quand on veut le faire parmi des ignares 6c des brutes, pour qui tout eft extraordinaire 6c nou- veau, ou. qui font iméreffes à la baffe com- plaifance 6c à l'indjgne flatterie. Mais l'éclat de Phébé s'éclipfa toujours aux rayons de fon frère. Aufli a-t-elle la bonne politique de ne briller fur notre horizon que [orfque tout eft tranquille 6c que tout fommeiile. Cependant je me ferois une délicateffe de Ci 3 6 Obfervations relatives préfumer que le ridicule amour-propre & la fotte préfomption fe portaffent à ce pé- riode. Que faut-il «donc en penfer ? Tout ce qu'on voudra. Je n'entre dans aucune con- jecture.* Content d'avoir démontré les moyens de prévenir les épidémies , telles qu'on l'entend dans cette Colonie ; fatisfait d'avoir dévoilé leurs principes, ou plutôt établi leur poffibilité, je refte indécis, 6c ne prononce rien. L'habitant doit favoir fur quels motifs il fonde fa conduite ; c'eft à lui à fe rendre juftice, à continuer ou bien à prendre un autre tour. Pour rapprocher tous ces divers points de'vue, 6c préfenter en précis tous ces moyens, je dirai qu'on ne peut mieux faire d'ordonner une vifite, tous les quarante jours, des animaux de chaque habitation du quartier, par un maître de l'art, hon- nête 6c éclairé , fous l'irifpedion du com- mandant du quartier, qui prendroit con- noiflance fcrupuleufe de fa conduite à cet égard f pour prononcer avec plus d'équité contre les contrevenans à l'ordre du rap- port. J'ajouterai que mettre fa confiance à la faute des Animaux. 3 7 dans fon nègre pour les maladies, fera pré- parer infenfiblement fa ruine 6c fa deftruc- tion, 6c qu'on doit même défendre à tous gens de couleur noire, affranchis ou ef- claves , de fe mêler d'un art qu'il n'eft pas pofîîble qu'ils fâchent, même paffablement, dans la moindre de fes parties , d'un art dont l'ignorance.ne peut que devenir très- dangereufe dans les individus qui fe per- mettent de le profelfer. Si le charlatanifme vautdix mille pour cent plus que la fcience , il eft aufli ving- cinq mille fois plus funefte. Puiffent ces confidérations utiles réunir tous les fuffrages qu'il leur faut pour ob- tenir leur exécution.1 Ce font les intérêts de MM. les habitans; ce font les intérêts de l'état, que je plaide en même tems dans ce chapitre. Plus la Colonie augmente en richeflès ,• plus elle confefve fans diminution celles qui en font comme le principe. Plus la métropole s'en refient, plus l'aifance s'établit dans fon fein , plus elle met en jeu les reflorts dans tous les ordres des citoyens ; enfin , plus l'équilibre de la fortune fe maintient dans c5 3 8 Obfervations relatives l'un 6c l'autre hémifphere, plus il cimente fa durée. Je ne parle donc nullement en faveur de la profeffion , de deflfein prémédité. Quand bien même je confondrais fes intérêts avec ceux de l'habitant, je ferois toujours à l'a- bri des traits d'une injufte fatire. L'homme, quand il eft utile, 6c qu'il ne l'eft jamais aux dépens de la fortune d'autrui; l'homme eft toujours , non-feulement excufable dans fes vues, mais encore il auroit des droits fur la reconnoiffance publique , fi fervir fa pa- trie n'éroit pas fa plus belle récompenfe. L'honnêteté, le zele, dictent fes vues; la néceflité en prefcrit la pratique , l'utilité en follicite le prix. Rien de plus naturel „ rien de plus vraifemblable. En effet , les hommes font tous raffemblés, ils ont com- pofé des fociétés, bâti des villes pour vivre enfemble ; il faut donc qu'ils fe prêtent tous un fecours réciproque , chacun dans fon genre. Pour fe le prêter utilement, il faut donc qu'ils fe récompenfent mutuellement ; rien de plus inconteftable , rien de plus propre à juftifier mes vues, fi quelque ef- à la fanté des Animaux. - 39 prit intéreflé, fe levant tout-à-coup du fein de l'ombre où il eft aflis, pour mieux cacher un odieux monopole , les prenant fous un point oblique , vouloit leur donner la couleur d'un bas 6c indigne intérêt, qui ne pourra que refpirer dans Ces expreflions comme dans fa conduire. CHAPITRE III. De la fréquentation des Boucheries. JLj' homme qui fait profeflion de veiller aux animaux , 6c d'entreprendre la cure de leurs maladies , ne devroit rien omettre pour s'affurer du fuccès. Il n'y réuflîra qu'en s'inftruifant , il ne s'inftruira qu'en ob- fervant. Les flambeaux ont lui parmi les ténèbres de la médecine vétérinaire ; mais l'incerti- tude règne encore en bien des occafions. Il eft donc de l'artifte de la faire évanouir ; fon honneur perfonnel 6c la gloire de fon art lui en prefcrivent la loi. Ce n'eft qu'en obfervant les nuances qui C4 ^o Obfervations relatives différencient l'état de fanté 6c l'état de ma- ladie , qu'il remplira fon objet ; il n'obfer- vera bien ces nuances que dans les endroits confacrés pour la tuerie des animaux. Objection. Le fain comme le malade enfanglantent ces affreux théâtres. Mais pour un homme reconnu de l'art, la démarche eft hardie , 6c peut devenir fufpecte. Les reffources de fon efprit mettront le praticien à l'abri de tout foupçon. Quand on veut abfolument parvenir au but, on ne manque pas de moyens. Hyppomena fait vaincre la légèreté de fon Atalante, 6c mé- riter fa main. On ne ménage aucun moyen pour diffiper tout ombrage dans ceux qui font.iméreflés àtenir cachée une partie ef- fentielle de leur conduite : néceflité affez ordinaire chez les directeurs des boucheries dans cette Colonie. Jai fouvent affifté à leurs opérations; mais j'affectois toujours que le feul hafard , ou le befoiu de quelque chofe m'y avoic conduit. Pendant que ma langue les amu- foit, mon œil curieux confultoit les en- * la fanté des Animaux. 41 trailles encore palpitantes de l'animal ou- vert. J'en faifois tacitement l'analyfe , ôc difois en moir-même : « Faifons notre pro- » fit de cette maladie dont il étoit attaqué. » Qu'il feroit avantageux pour la fanté des » habitans de la Colonie d'établir un maré- » chai expert juré j aufli plein de probité » que de lumières ! Il ne laifferoit affommer u aucun animal atteint de maladie , ni » vendre ceux qui pourroient fe trouver » intérieurement infectés, fans qu'il en ait » rien paru au dehors. On ne fe verroit » plus nourri d'une viande mal faine, d'une » viande fouvent gangrenée 6c putréfiée » dans bien des parties délicates ; une viande » capable , dans cet état cje corruption , » d'occafionner des maladies dangereufes 6c » cruelles ». Mes réflexions étoient d'autant plus fon- dées, que dans ces vifites multipliées 6c que je ne faifois que pour mon inftrudion, j'ai mille fois obfervé dans les animaux, tantôt dans les uns, tantôt dans les autres, des tubercules au foie, des engorgemens, ' des tumeurs fanguines 6c charbonneufes, le méfentere très-violet, le feuilletprodigieu- £2 Obfervations relatives fement dur , Je premier eftomac brifé au premier contact. Dans les bêtes à corne, outre ces maladies , j'ai encore obfervé très-fouvent des abcès adhérens aux côtés 6c dans les poumons, la rate œdémateufe, d'une groffeur étonnante ; les poumons 3 quoique moins fréquemment, étoient aufli attaqués de ces dernières maladies. Peut-on douter qu'elles ne foient ca- pables d'en occafionner de périlleufes, que dis-je ? de mortelles, dans les individus qui fe nourriffent de ces viandes infeétées? Que ne m'a-t-il été permis d'élever la voix ? j'aurois inftruit fur les abus les plus funeftes à notre fanté, 6c les plus capables d'abréger le cours de notre vie. Si je n'avois fait qu'écouter les tendres impulfions de l'humanité, j'aurois donné avis de tout ; mais je craignois qu'on ne criât à l'audace , à l'effronterie. J'ai fume taire , peut-être pour le malheur du public; mais fon injuftice accoutumée m'en pref- erivoit la loi. à la fanté des Animaux. 43 CHAPITRE IV. Des inconvéniens qu'il y a à laiffer commu- niquer les Animaux malades avec ceux qui font fains. , OI l'artifte doit s'inftruire pour bien opé- rer la cure des maladies , l'habitant ne doit rien négliger pour les prévenir , ou pour préparer l'effet des remèdes. Il peut remplir une partie de cet objet en défen- dant toute efpece de communication entre les animaux fains 6c les animaux malades, du moment qu'ils font reconnus pour tels ; ilsrpeuvent être atteints d'une maladie con- tagieufe, tandis que, trop prévenu en fa- veur de Ces connoiffànces , l'habitant les laiffe avec le troupeau , parce qu'il croit s 6c que, félon lui, ces animaux n'ont qu'une maladie fans conféquence. Toujours con- duit par fon opinion , il eft furpris de voir infenfiblement tout fon troupeau tomber malade. U en cherche les caufes où fouvent elles n'exiftent pas, même vraifemblable- 44 Obfervations relatives ment. Il ne penfe plus que parmi les ani- maux certaines maladies Ce communiquent avec la dernière facilité ; que tout, dans cet état de fouffrance, eft venin fubtil, qui s'évapore, fe répand 6c porte un germe de contagion dans tout un atelier d'animaux. Le plus fage feroit donc de féparer les ïnimaux malades du moment qu'ils font reconnus pour tels , de ne plus les laifler manger, boire 6c frayer enfemble en au- cune manière. Je ne fais fi de cette confcquence on pourroit conclure la néceflité de prépofer un maréchal expert juridiquement. On pré- viendroit par-là les contagions auxquelles tout confpire dans cette Colonie. Aufli in- tègre qu'éclairé , l'artifte , fur l'avis que les habitans feroient obligés de lui donner , condamneroit à être aflommés tous les ani- maux attaqués d'une maladie incurable ca- pable d'empoifonner tout le voihnage , ôc empecheroit qu'on en jettât les cadavres à la voirie fur les grandes routes, ni dans les favannes , où l'on n'en trpuve , hélas , qu'en trop grand nombre , Se pour la fanté de l'homme, ôc pour celle de l'animal. Il les feroit profondément enfouir. a la fanté des Animaux. 45 C'eft ce que goûta très-fort M. de la Bel- lecombe, qu'on vit toujours favorablement accueillir ce qui portoit l'empreinte de l'a- mour de la patrie. Aufli fa conduite eft-elle fon meilleur panégyrifte. CHAPITRE V. Nouvelles Ecuries , précautions nécejfaires, V^u A n d il s'agit de conferver nos trou- peaux , cette partie fi précieufe de notre fortune, il ne faut point borner fes vues à un feul objet, il faut les porter plus loin , embraifer tout ce qui mené au but. Parmi les animaux il en eft de plus forts 6c de plus violens les uns que {es autres ; glorieux en quelque façon de leurs avan- tages , les plus vigoureux s'en prévalent pour tyrannifer 6c opprimer les plus foi- bles ; ce font les viélimes qu'ils détouentà leurs fougueux emportemens ; ifs ne leur lailfent rien manger ; ils' leur ravilfent Je fourrage, comme un tribut dû à leur fu- reur. 46 Obfervations relatives De cette tyrannie réfultent des inconvé- niens qui en produifent eux-mêmes d'autres des plus funeftes. i?. Ces animaux font fruftrés d? leur nourriture , reviennent fouvent aux ou- vrages du foir fans avoir pu réparer leurs forces épuifées par les travaux du marin. z°. Effrayés par la fureur.des plus forts , les nègres s'en prennent de préférence aux plus foibles, parce qu'ils trouvent plus de facilité 6c moins de péril. L'état de foiblefle augmente infenfiblement ; enfin la mort étend Ces ravages. Pour prévenir ces pertes 3 qu'on n'attri- bue jamais à leurs véritables caufes , il fau- droit bâtir une écurie dans ce goût : il eft fimple, mais utile ; on met la crèche au centre de la longueur de l'édifice, on la partage par un râtelier en demi-cœur , ou bien encore on en fait deux également à la longueur de l'édifice ; entre l'un 6c l'autre on laiflfè un efpace affez grand pour qu'un homme y puifle paffer aifément. Dans ces écuries, très-aérées , il feroit néceffaire de pratiquer de tems en tems des fumigations, de faire brûler toutes fortes à la fanté des Animaux. ^J d'aromates , d'enduire tous les mois , de goudron 6c de chaux, certains endroits d'où les animaux approchent le plus fouvent. Le goudron , comme balfamique, 6c la chaux , par fon fel volatil, ont la propriété de deffécherles humeurs fuperflues des ani- maux s ôc d'entretenir la falubrité de l'at- mofphere. On devroit obferver de ne jamais laiffer les animaux dehors pendant la nuit ; il règne continuellement alors une fraîcheur 6c une humidité capables d'occafionner mille dif- férentes ôc dangereufes maladies. J'ai encore remarqué, dans mes obferva- tions fur la nature Ôc les influences du climat , que les coups de nord donnent beaucoup de coliques , d'indigeftions 6c de relâchemens de ventre, furtout aux bêtes à cornes. C'eft ce que j'ai démontré à plufieurs habitans : ils ont vu la vérité , avoué la con- féquence, 6c n'ont eu depuis qu'à fe félici- ter de m'avoir cru. Quoiqu'on ait des mares, des puits Ôc des rivières, il eft indifpenfable de prati- quer, fuivant la quantité d'animaux, un ou deux bacs dans chaque écurie. Dans 48 Obfervations relatives quelque endroit de l'édifice qu'on le mette , il doit toujours être à l'abri du foleil , rem- pli de la meilleure eau, qu'il ne faut pas négliger de fe procurer , quelque prix qu'il en coûte. Cent mille livres expofées à chaque inf- tant à Ce perdre, doivent nous armer de la plus grande çirconfpecr,ion. Les animaux qu'on n'eft pas en ufage d'amarer dans cette Colonie y pourront fe défaltérer quand la foif les y invitera. CHAPITRE VI. De Vétabliffement d'un Hôpital, & de fes commodités. O e s fervices ôc ce qu'il nous rend , don- nent à l'animal des droits facrés fur nos foins ôc notre fecours dans fes maladies. On les obfervera en partie , ces droits fa- crés , fi on lui confacre un hôpital dans le coin de la favanne La bâtiffe fera dans le goût que nous avons obfervé fur l'article des écuries. Le foleil et la fanté des Animaux. 49 foleil ni la pluie n'y doivent point péné- trer. Il faudra l'enfermer d'une enceinte en maçonnerie ou en paliifade pour plus grande facilité dans les opérations , 6c pour que les autres animaux n'aillent y flairer ou manger les ordures 6c le fang des malades , ce qui entraîneroit infailliblement une contagion. Il eft des maladies qui demandent de la chaleur ; on confacre à cet effet un corps de l'édifice, qu'on a le foin d'enfermer. On y pratique , comme dans les écuries, la fumigation avec les aromates 6c un enduit avec le goudron ôc la chaux. On confacre encore une étendue de fa- vanne paliffadée, où les malades qui com- mencent à fe rétablir peuvent fe promener pendant leur convalefcence. Ce font dès dépenfes , il eft vrai, mais elles font utiles , mais l'importance de l'ob- jet pour lequel on doit les faire en fait une loi. Ce font des peines, j'en conviens 3 mais l'intérêt qu'on doit prendre à la for- tune de ceux qui nous en confient J'ad- miniftration , doivent nous les rendre lé- gères. Quoique l'Amérique diffère prefqu'en D • co Obfervations relatives tout de l'Europe , il eft des chofes qui peuvent rapprocher, dans la conduite de leurs habitans, ces deux parties confidé- rables du Globe. Et c'eft ce qui peut fe réalifer dans les deux objets que nous ve- nons de traiter. L'exécution en eft prati- cable fous les tropiques comme au milieu de la zone tempérée. Il n'y a pas plus de difficulté à Saint Domingue qu'en France. L'utile s'exécute par-tout, ôc jamais il ne dort du fommeil de l'oubli, fi l'indifférence 6c l'intérêt ne l'y condamnent. Il ne faut que bien vouloir, tout dépend d'un acte de volonté; mais qu'on en voit de rares exem- ples ! qu'ils feroient plus communs, s'ils s'accordoient avec nos vues ! à la fanté des Animaux. 5 1 CHAPITRE VIL Des Marches forcées, & dans les voyages , & pour fe rendre aux bains. O I l'on fe plaint de la multiplicité des maladies, on a beaucoup de tort, on eft foi-même l'auteur de fa ruine ; on occa- fionne foi même ces fléaux qui nous dé- fiaient ôc nous emportent à vue d'œil nos précieufes richefles. Le palais fe brûle, pourquoi gémir ôc nous plaindre ? nous avons nous-mêmes lancé les feux. En effet, c'eft à nos feules négligences, à nos feules imprudences , que nous devons attribuer ces maladies, aufli cruelles que fréquentes, dont nous avons la douleur de voir nos troupeaux attaqués. Les imprudences, per- fonne ne les partage avec nous ; feuls cou- pables , nous n'avons aucun complice. Les négligences , nous y tombons d'accord avec les nègres. A l'égard des imprudences : nous partons Di a Obfervations relatives pour un voyage , nous préludons par des évolutions ôc des caracoles. Fier de la main qui le guide , l'œil étincelant , remplif- fant le mors d'une écume guerrière , le cheval obferve tout l'art pénible du ma- nège. Il fe cabre , s'élance, recule, écarte ôc galoppe. La fueur coule de tout fon corps , fes flancs ont un battement précipi- té , la fatigue l'épuife ; cependant il va faire un voyage de dix , quinze ôc même vingt lieues ; fa marche eft continuellement ra- pide Ôc cadencée ; le vent intercepte mille fois fa refpiration. L'animal ne peut-il pas alors être attaqué d'une maladie dont la célérité périodique ne laiffe aucun inftanc aux fecours de l'art ? J'ai mille fois été témoin de pareilles aventures , ôc je fouffrois de voir que mal- gré l'évidence des caufes , le propriétaire me difoit ne pas connoître le mal, encore moins fon principe ; car , me difoit-il , l'animal, quelque tems avant de partir, 6c même dans tout le cours du voyage , étoit dans l'embonpoint le plus brillant, ôc n'a- voit aucun fymptôme de maladie. Je me fuis contenté de dire dans plufieurs a la Janté des Animaux. 5 3 de ces occafions, que l'animal ne vivroit pas plus de quatre ou fix heures ; mon pronof- tic j que j'ai encore répété , -ôc chez moi ôc fur des habitations, s'eft toujours vérifié, mais au grand étonnement de ceux qui m'environnoient. Des imprudences Ci fu- neftes dans leurs effets devroient un peu corriger cette cruelle manie de tuer ainfi fes chevaux. Heureux encore fi l'on fe bornoit à ces fortes d'imprudences , fans conféquence dans un point ! mais on tombe dans des négligences qui font des plus funeftes pour l'habitation. En effet, envoie-t-on quelque part des chevaux ôc des mulets .conduits par des nègres, ces Africains , naturelle- ment cavaliers, qui ne font jamais fi fatif- faits que Iorfqu'ils peuvent lancer un che- val , le fatiguer ôc l'épuifer , par un efprit de malice ôc de vengeance, font toujours la route de la courfe la plus précipitée. La fueur coule en abondance ; mais combien de fois eû-elle fupprimée; cette fuppreflion feroit-elle fans effet ? peut-on raisonnable- ment fe le promettre ? Si les négligences ne s'étendoient pas ç . Obfervations relatives plus loin , le mal ne feroit pas des plus grands : mais ces efclaves maudits y fi en- clins à mal faire , qu'on peut dire qu'ils fe font oubliés quand ils ont fait une bonne action , font éprouver la fatigue la plus cruelle à tout le troupeau quand ils le conduifenr au bain. La mer a(\ éloignée de deux à trois lieues de certaines habitations ; dans d'autres, les mares confidérables font à une très-grande diftance. Les nègres s'y rendent du pas le plus précipité , en faifant faire en chemin aux animaux , les tours ôc les détours les plus analogues à cet efprit d'harmonie qu'ils mêlent dans leurs moindres opéra- tions , ôc qui font une partie eflentielle de leur caractère. On ne doute pas que la fuppreflion de la tranfpiration ne fe repro- duife fôuvent , qu'elle n'ait encore plu- fieurs fois lieu au fortir du bain , tems où les nègres femblent finir d'épuifer leur ingénieufe malice. On conviendra confé- quemment que des effets de ces négli- gences , il en peut très-fort réfulrer des maladies qui realifent enfin ces prétendues épizooties qui ont fait tant de bruit à Saint Domingue. a la fanté d:s Animaux. 5 5 CHAPITRE VIII. Des Abus dans les moulins à canne. JL o u t le monde fait que tourner un moulin eft la fonétion la plus pénible que nous ayons annexée aux animaux. Pour en retirer un meilleur ôc plus long fervice, on ne feroit pas mal de les changer toutes les deux heures. Les nègres , pendant l'ouvrage , Ce piai- fent à les accabler de coups de fouet, à fil- lonner cruellement leur corps. Auroient-ils donc befoin d'être barbares ? un claque- ment , un vif éclat de voix, ne produi- roient-ils pas le même effet ? On a la mauvaife habitude d'abandonner les animaux dans une ingrate favanne au fortir des ouvrages; il faut donc les fuppo- fer d'airain pour ne pas craindre qu'épui- fés de fatigue , dégouttans de fueur , ils prendront, d'un coup d'air , une péripneu- monie. J'ai eu le chagrin de le voir fur plufieurs habitations. Ne vaudroit il pas D 4 c 6 Obfervatïons relatives mieux , dans ces endroits où les moulins font éloignés 3 y établir une écurie atte- nante , pour y faire paffer les animaux au fortir de l'attelage? Il devroit continuelle- ment s'y trouver à manger ôc à boire. L'a- nimal , après s'être délafle, répareroit plus promptement Ces forces épuifées. Dans ces moulins il exifte encore un abus qui n'eft peut-être pas moins funefte que les autres. On met à l'animal pour collier , un licol ou corde de la groffeur , tout au- plus, d'un pouce. Quel eft donc cet aveu- glement ? On ne voit donc pas que ce licol, toujours tendu par l'action , qui devient plus vive à mefure que le nègre frappe, peut étrangler l'animal , ou du moins lui couper la refpiration tout à-coup ? Au moins refte-t-il toujours pour vrai qu'on voit, à ces parties où touche le licol, le poil tomber , le cuir s'entamer, ôc la plaie pa- roître. Que l'animal dans cet état forte à l'air ou à la pluie, que de germes vont fe former ! l'inflammation , la douleur, la fièvre, ôc ce qu'elle amené fouvent après elle. Un collier de cuir eft-il donc fi coû- teux? à la fanté des Animaux. 5 7 CHAPITRE IX. Des Écumes de firop. Jl lus j'avance dans la carrière des ob- fervations, plus je me confirme dans cette idée j qu'on doit regarder comme un fléau ces imprudences multipliées où l'on tombe prefque généralement. Nous en avons ana- lyfé quelques-unes. On aura trouvé qu'elles font des plus funeftes, fi on a voulu en combiner les réfultats. Mais celle qui fait l'objet de ce chapitre ne leur cède affuré- ment en rien du côté de la malignité. On convient de la difpofition fermentéf- cible de l'écume de firop continuellement échauffée par les rayons brûlans d'un foleil plus ardent parce qu'il eft voifin de nous. Cette écume, qui croupit avec la bagaffe, entre en fermentation. La corruption eft déjà plus de moitié formée dans cette ma- tière nutritive. Les parties hététogenes qui fe ramaffent ou fe forment dans les chau- dières ou baftîns, ajoutent un nouveau degré e E tableau de l'Africain efquifle, le problême eft réfolu. Continuellement rempli de l'idée de fon ancienne liberté , fans cefle mutiné fous les fers de l'efclavage, le nègre ne peut fe voir commander fans frémir de colère. La rage ôc le défefpoir agitent fon ame ôc la déchirent fans cefle. Dans les ac- cès d'une fecrete furie, il fe dit à lui même: « Placé par la deftinée fur un brûlant ri- » vage , tranquille au fein de la paix, 55 affranchi du joug de la contrainte , je 5> devois couler des jours fereins & fans >5 nuage , fous l'empire de la feule nature; » 6c ces jours, qui auroient fait mon bon- 55 heur, ces jours heureux, il faut que je >5 les facrifie à cette ambition cruelle 6c » tyrannique a la fanté des Animaux. 65 *> tyrànnique qui m'enchaîne dans lé plus » cruel efclavage 53. Il s'indigrie , il fe dé- pite; mille fois il eft terité de s'arracher la vie ; mais arrêté par Ces attraits, ou calmé par des idées de vengeance, il tire fur fa fureur le voile obfcur de fa diflimulation* Le brafier s'allume, il n'attend qu'une cir- conftance favorable pour lancer des feux ôc produire l'incendie. Cruelles cataftrophes , événeméns tra- giques , hélas J vous n'êtes que trop mul- tipliés! vous pafferez un jour à nos neveux avec les autres monumens de cet important hémifphere ; vous irez leur apprendre avec quelle confiance ils devront fe remettre du foin de leurs richefles à ces Africains dif- fimulés 6c barbares, après que leurs an-<- cêtres ont vu le fil de leurs jours tranché par le glaive d'une vengeance fi long-tems méditée dans l'ombre du fecret. Cependant ces terribles aflaflinats ne font pa9 aufli communs qu'on devroit le crairt* dre, vu l'infinie multitude de ces efclaves que l'on apporte fans ceffe fur ces rivages* La raifon n'en eft pas difficile à faifir : l'afr torité de la juftice, la fagefîe de l'adminif- E €6 Obfervations relatives tration y l'harmonie foutenue de l'ordre , les fupplices effrayans préparés aux cou- pables , tout arrête la fureur de leur ven- geance, mais il ne l'éteint pas. Ces projets fanguinaires ne font que fe modifier. Le traître fe dit à lui-même : « Tyran qui m'op- » primes , je ne puis t'arracher la vie qu'en » m'expofant à perdre la mienne ; va , je » trouverai le fecret de me venger fur tes »5 richeffes ; mon reffentiment, pour être >5 diflîmulé, ne t'en fera que plus fatal ; je » ferai tout, je ne ménagerai rien pour te 7> ruiner infenfiblement 55. D'après ces fentimens, qui ne font point de pure imagination, doit-on être étonné de cette indifférence , de cet oubli, que 4is-je ! de ce fommeil que mêlent ces Africains dans leurs moindres opérations ? Eft-on jamais fatisfait de leur travail ? Font-ils jamais quelque chofe qui foit à notre goût, fi nous ne les y forçons malgré leur vindicative malice , fi nous ne les preffons , fi nous ne les furveillons à chaque pas ? Mais quelle contrainte défefpérante, d'être toujours forcé de refter dans fon a la fanté des Animaux. 67 atelier ? Quel cruel défagrément d'avoir deux ou trois cents bras à fon fervice ôc de ne pouvoir fe fier à aucun ! Je ne dis rien que n'ait dit mille fois l'habitant lui-même , 6c c'eft ce qui caufe ma furprife quand je vois qu'il ne difcon- tinue pas de confier à Ces nègres la con- duite de fes troupeaux. Nous avons en effet des habitations où l'on compte jufqu'à trois cents quadru- pèdes ; dans le nombre il peut fe trouver des malades. Les nègres n'en auront aucune connoiffance, parce qu'ils ne fe font pas donne la peine de faire exactement la vi- fite, ou parce que les fymptômes étoient encore obfcurs, ou que le hafard ne les avoit pas fait découvrir ; la maladie né voyant aucune.barrière opppfée à fon in- vafion, fe hâte de parcourir fes divers De- riodes ; elle eft au moment d'opérer fon éruption mortelle ; enfin le nègre s'en ap- perçoit, l'évidence lui fait même craindre qu'on ne l'aecufe d'invigilance 6c d'inat- tention. Pour fe couvrir, il court, il avertit. On vole, admirant en fecret l'exactitude de fon domeftique ; & ce n'eft pourtant, en £8 Obfervations relatives mille pareils cas, que la négligence 6c la malice de ce même domeftique qui caufent la perte de l'animal - ôc celle d'un grand nombre de quadrupèdes. Quelquefois la mort d'un feul fuffit pour entraîner la ruine de tout le troupeau. En effet, que cette maladie eût mal- heureufement été de nature à devenir eon- lagieufe, qu'elle eût eu pour caufe des germes de putridité; le venin ne pouvoit- il encore, n'avoit-il pas tout le tems de vicier les humeurs, corrompre les parties les plus eflèntielles à la vie des autres ani- maux? Ne pouvoit-ilj, en un mot, les em- poifonner à la faveur de cette négligence ou de cette malice déteftable de ces nègres, qui voient d'un œil indifférent fubfifter le germe deftructeuf parmi les richeffes de leurs maîtres ? Ne vaudroit-il donc pas mieux en con- fier la direction à un homme moins indif- férent, à un homme engagé, par l'intérêt de fon bien-être , plus encore par la no- feleffe du fentiment ? Flottant dans cette alternative, fi je remplis mes devoirs, ma place eft affûtée ; fi j'y manque , ou fi je a la fanté des 'Animaux. 6$ les néglige 3 me voilà remercié. Il voudra fixer l'incertitude de fon fort par l'obfer- vance la plus exacte. Objection. Mais qui voulez-vous qui s'abaiflfe juf- qu'à ce point ? Moi-même, fi l'infortune ou le défaut de fecours pour faire éclore mes talens, me réduifoit à cette néceflité. Eh quoi î eft- ce l'état qui nous avilit 6c nous dégrade ? On ne peut donc marier le fentiment à la houlette ? Le jardinier de Sidon , pour avoir manié la bêche , n*étoît donc plus digne de ceindre le diadème ? Quel eft donc cet honneur qu'on fait fonner fi haut, 6c dont tout l'univers retentit ? En quoi eonfifte-t-il donc cet honneur ? D'ailleurs , quel eft le vil 6c le méprîfable qu'on at- tache à cet emploi que je propofe ? Au dé- tail des fonctions qui en font Peflènce,, délicatefïe & vanité, vous ferez confon* dues. Croyant avoir éludé pour un tems une importune ôc futile objection , j'en entends une autre murmurer à mes oreilles. E 3, 70 Obfervations relatives Objection. Mais, dit-on , croyez-vous fincerement qu'il foit aufli aifé d'exécuter ce que vous propofez, que de l'imaginer dans vos ré- flexions philofophiques ? Penfez-vous que nous n'ayons pas affez d'occafions de dé- penfer? faut-il encore que nous foyons in- génieux à faire manger à des étrangers une partie du peu que nous parvenons à fauver du milieu de cet océan de dépenfes ? Vains raifonnemens ! Eblouiffantes ob- jections ! Et moi, je vous dirai : Faut-il donc que, pour épargner mille écus, vous vous expofiez à perdre cinquante ou foixante mille livres d'animaux tous les ans, fi ce i n'eft pas davantage ? Qui n'a fouvent eu le malheur d'éprouver un pareil échec dans fa fortune ? 6c qui peut garantir que la prin- cipale caufe de ce défaftre n'a pas été dans la négligence ou la malice de fes nègres ?' L'entêtement réfiftera contre l'évidence ; mais ce n'eft pas pour lui que je prends la peine d'écrire, je ne le fais que pour me rendre utile à ces âmes douces , pleines d'une noble foupleffe, à ces âmes honnêtes à la fanté des Animaux. 71 qui , fe rappellant fans cefle au prix de quelles fueurs elles ont acheté leur for- tune , font toujours difpofées à pratiquer les moyens qu'on leur propofe pour fe la conferver ; d'ailleurs, il fera toujours plus confolant 6c plus agréable pour l'homme de n'être fournis qu'à ces perfonnes , qui fe font un mérite de ne jamais rendre vic- times de leur caprice 6c de leur bizarrerie, ceux qu'elles emploient au foin de leurs affaires. Il eft fi doux ôc fi engageant de voir que l'éducation ôc la douceur ménagent ôc refpectent en quelque forte notre âmôur- propre! Mais , hélas J c'éft une chofe fi rare ^ans cet hémifphere, qu'on regarde pref- que comme un phénomène d'humanité ceux qui obfervent une conduite aufli fage ôc aufli noble. Combien en effet qui empoifonnent tous nos jours par le fiel ôc l'amertume ! com- bien qui, par leurs reproches infultans, par la licence de leurs mépris 6c la fierté de leurs propos , nous font pleurer ôc gé- mir fur la fatalité qui nous affervit à leurs caprices ! Combien qui nous reprochent la bafleife de nos fonctions, le méprifable de £4 yi Obfervations relatives notre état, comme fi nous avions abjuré tout fentiment 6c toute fenfibilité en em- braflant la profeftion qui nous rend nécef- faires ; en un mot, comme fi nous n'avions plus de cœur, ôc fi nous n'étions plus des hommes ! Aveugle fortune ! quelle éduca* tion tu donnes à la plupart de tes favoris ! Délicateffe 6c vanité, pour qui tout ce qui ne vous reffemble pas n'eft que vil 6c méprifable, c'eft ici le moment de vous confondre ! L'emploi du blanc fera de fuivre les nègres conducteurs des troupeaux , de veiller fur eux dans les pâturages. Obfer- vateur attentif de toutes leurs démarches ôc de celles du quadrupède, il ne pourra que facilement s'appercevoir du malade ; vite il le féparera. 11 mettra encore par fa préfence un frein à ces tranfports fubits .; ces accès momentanés des nègres qui rom* bent fur l'animal à grands coups de fouet ou de bâton. Il devra encore paflfer en revue ôc vifiter les troupeaux le matin, à midi 6c le foir, fe faire rendre compte par les nègres à lui fubordonnés , ôç en rendre compte lui-même au gérant ou au procu- à la fanté des Animaux. 75 reur ; il fera tenu de veiller à ce que les attelages, les harnois, en un mot, tout ce qui concerne les attelages d'animaux, foit en bon état, 6c qu'il puiffe , fans aucun re- tardement , fournir des rechanges nécef- faires en cas de befoin. Il faudra qu'il en faffe lui-même la diftribution, le matin, aux nègres commandeurs, ôc qu'il les renferme au fortir des travaux dans le magafin def- tiné pour cet ufage. Il fera encore de fon reflort de faire exactement emmagafiner, dans certaines faifons où tout végète , les fourrages qui couvrent mille endroits de l'habitation , comme nous l'avons obfervé dans le chapitre précédent. Il ménageroit ainfi aux animaux une très-grande reflburce pour les tems malheureux où les fécherelfes ôc la difette entraînent après elles les dé- fordres les plus grands. Il s'occuperoit à faire enfemencer , récolter , deffécher 6c mettre en grange du petit mil ôc du maïs, dans les mêmes vues; en un mot, le blanc employé devroit avoif pour département tout ce qui concerne l'animal fous le point de vue de la nourriture, du harnois 6c de la maladie ; il préfidéroit à toutes les ma- 74 Obfervations relatives nœuvres relatives au précieux objet qu'on lui auroit confié. Vous y gagneriez doublement, ô vous tous qui jouifîèz de grandes poflefîions 6c d'immenfes richeffes. A l'avantage d'être humains vous joindriez celui de travail- ler pour vos intérêts j vous fecourriez un nombre infini de jeunes gens que l'aban- don , le défaut de fecours 6c d'emploi, ou leur mauvaife deftinée,promenent fans cefle dans nos rues ; vous les retireriez du fein de la mifere ; vous leur épargneriez fou- vent des baffeffes que la feule néceflité leur fait commettre, malgré la révolte de l'hon- neur forcé de plier, ôc du fentiment qui fuccombe $ vous combleriez leurs vœux ôc couronneriez leurs defirs ; ils auroient enfin une place. Inftruits à l'école du malheur ôc de l'in- digence , la fageffe ôc l'exactitude feroient leur étoile ôc leur guide. Vous travailleriez encore pour vos intérêts, comme je me fuis déjà fait l'honneur de vous l'obferver. Dix, vingt, trente, cinquante , 6c même cent mille livres d'animaux épargnés chaque année , fans y comprendre les avantages à la fanté des Animaux. 75 d'un travail toujours continué avec la même ardeur y ne feroient-elles pas capables dé remplir le vide que peut faire dans votre fortune la modique fomme de mille écus ? Et vous dont je plains le fort, parce que j'en ai moi-même partagé l'amertume, jeu- neffe tranfplantée, dont la fortune femble fe jouer ; quand on vous propofera cette reffource que mon zele ôc ma tëndreffe pour les malheureux vous ménagent, pre- nez-y garde , n'en concluez pas que puif- qu'on jette fes vues fur vous y quelque chofé de meilleur vous foit réfervé : fi telle eft votre deftinée, l'étoile qui brilla fur votre berceau vous y conduira toujours , en dé- pit des obftacles ôc des traverfes. Quoi qu'il en foit, profitez de ce qui s'offre : fermez l'oreille à la voix du préjugé le plus ab- furde. Des amis qui fe titrent de ce nom, Ôc qui veulent faire les officieux , pourvu qu'il ne leur en coûte que quelques pa- roles inutiles , vous feront entendre que vous n'êtes pas fait pour un pareil état : foyez fourds à leur voix traîtreffe, fi vous aimez vos intérêts : fuivez la pointe, fur- 7^ Obfervations relatives montez la barrière, fi vous defirez fincere- ment parvenir. Dépouillez votre chagrin , calmez vos foucis ; la délicateffe de vos fentimens, leur noblefte , votre honneur, rien ne fe trouve compromis dans ce nouveau genre d'occupa- tions. L'habitant eft honnête , il eft hu- main , il reconnoîtra toujours l'homme en vous, il y verra fon femblable; la différence de fes occupations ôc des vôtres ne lui donnera pas le droit de vous méprifer ; fon éducation , la nobleffe de fon ame , tout vous en garantit ôc le fauve de ce tra- vers infamant j il ne fe fera pas une fotte honte d'avoir la houlette pour afibciée dans la confiance d'un propriétaire, plus grand par le fentiment que par les richeffes. Il y trouvera fon avantage , parce que la nature ôc la multiplicité de fes occupa- tions ne lui permettent pas de fe transporter en même temps dans tous les lieux qui de, manderoient fa préfenee. Il ne peut être à la fois dans la ftjcrerie ôc la favanne ; il prépare des richefles dans les fourneaux tan* -dis qu'un accident, une maladie fiibice» à la fanté des Animaux^, 77 Une mortalité imprévue, ruine le proprié- taire dans les bois ou la plaine. CHAPITRE XII. Des Animaux venus de FEfpagnol. i ourquoi, venus à la partie françoife, les animaux y font-ils malades, tandis que dans la partie efpagnole ils jouiffent de la fanté la plus confiante ? Libres ôc fans frein dans les lieux qui les virent naître, abandonnés à leur propre conduite, dans des forêts immenfes, ces animaux fe nourriffent 6c fe procurent eux- mêmes de quoi fubfifter ; ils n'ont d'enne- mis que la chaleur ôc la féchereffe ; l'om- brage les défend de la première, leur inf- tindt les met à l'abri de l'autre. En paflant à la partie françoife, ils chan- gent en quelque façon de climat , ils prennent un nouveau genre de vie oppofée à celle qu'ils menoient dans la paix 6c la folitude parmi leurs hâtes ombragées. Du fein d'une oifive ôc douce liberté, ils paffenc à tous les loueis d'un pénible efclavage. 7 S Obfervations relatives Ils étoient dans l'inaction, on les force à des travaux. Courbés fous le joug, accablés toute la journée du poids de la chaleur, ils arrofent de leurs fueurs continuelles , 6c les filions qu'ils fendent , 6c les chemins qu'ils parcourent ; ils n'avoient de maître que la nature , ils n'obéiffoient qu'à Ces loix ; ils font affervis aujourd'hui, plutôt à des tyrans qu'à des maîtres ; ils fembient des victimes dévouées aux imprudences les plus cruelles , ôc aux négligences les plus multipliées. En effet , au fortir des ouvrages, épuifés de fatigue, dégouttans de fueur, on les lâche dans une favanne, fou- vent aride ôc prefque toujours ingrate. Les vents fouftlent, la fraîcheur arrête & fur- prend tout-à-coup la circulation des li- queurs échauffées. Après un pareil contrafte dans la con- duite de ces animaux, devra-t-on être fur- pris qu'Us foient malades à la partie fran- çoife , tandis qu'à la partie efpagnole ils jouiffent de la fanté la plus durable ? Cependant ceux qu'on foumet au joug ôc qu'on affervit à des travaux pénibles , éprouvent une révolution comme ceux de à lajanté des Animaux. -jt) leurs femblables qu'on apporte dans nos ports. La même chofe exifte, à quelque chofe près ; il faut bien qu'elle produife fon effet plus ou moins funefte , félon les cir- conftances qui confpirent plus ou moins à les faire éclore. Mais l'Efpagnol, quoique naturellement pareffeux, rachette fon in- dolence par fa fagefle 6c fa circonfpedtion dans la conduite du quadrupède domef- tique ; tandis que le François, fuivant trop aveuglément fon active induftrie, commet très-fouvent des fautes confidérables. Que faut-il donc conclure de cette révo- lution inévitable 6c funefte ? Si la nature lui eût donné la faculté d'exprimer fes fen- fations fecrettes, nous entendrions ici l'ani- mal nous inftruire lui-même, 6c nous dire, d'un langage touehant ôc difcret : « Je vous » fers y je travaille pour vous ; adouciriez » les peines de mon efclavage ; il n'eft déjà >5 que trop dur de me voir affervi, ne me » faites pas regretter les avantages dont je » jouiflois dans les jours heureux de ma » liberté ; l'épais feuillage me fervoit d'a- » bri contre les intempéries de. l'air| mon » inftinct & la nature pourvoyaient à ma 80 Obfervations relatives » fublîftance ; daignez me fournir un afilô » Ôc me mieux nourrir, la reconnoiflance » enflammera mon cœur 3 je ferai tout pour 55 vous fatisfaire ; vous aurez un efclave 55 d'autant plus difpofé à vous bien fervir'., >5 qu'il fera plus vigoureux ». L'homme de l'art qui fe confacre à la confervation des animaux, doit fe faire une loi, comme leur avocat ôc leur média- teur , d'interpréter leurs mouvemens, leurs foupirs , ôc de faire même parler leur filence. C HA PITRE XIII. Des Maladies des chevaux d'Efpagne* J E ne détruis rien de ce que je viens d'éta- blir dans le chapitre précédent, lorfque je dis que les chevaux venus de PEfpagne débarquent prefque toujours malades dans nos ports j ce n'eft pas qu'ils foient partis dans cet état du rivage qui les vit naître, ce n'eft qu'aux inconvéniens de la traver- fée qu'on doit attribuer ce défordre dans l'économie à la fanté des Animaux4. $ t l'économie de leur fanté; défordre qui leur vaut très-fouvent la mort, puifqu'il eft vrai qu'un germe en produit encore un autre ; que ces deux réunis en font éclore un grand nombre, ôc que la maladie , parvenue à certain période de complication , eft tou- jours incurable Ôc inacceflible aux meilleurs remèdes. L'effet de cette maladie ne fe dé- veloppe pas tout-à-coup ; mais pour être lent dans fon éruption, il n'en eft pas moins au-deffus de tout l'art de la médecine. Or, ce font les traits qui caradtérifent, en quelque façon , les maladies dont font atteints la plupart des animaux qu'on nous apporte de PEfpagne. Ces animaux ne nous préfentent, pour la plupart, qu'un fpectacle peu fatisf.iifant de maigreur ôc de mifere. Ils font, pour ainfî dire , étiques ,' conftipés ; rien ne femble pouvoir fatisfaire leur voracité ; ils ont un appétit dévorant; leur ventre eft très tendu 6c très-gorgé ; leur refpiration eft extrême- ment gênée. Un état aufli déplorable nous fait une loi de la circonfpecti.)i 6c de la prudence. Une indigeftion fuffiroit pour abattre le foible refte de leurs forces épuî- F Si Obfervations relatives fées, 6c rien de plus à craindre, fi l'on fait attention à leur étonnante avidité. Nous devons donc ne leur donner des fourrages qu'avec la dernière réferve. Ces maladies, dépendant de plufieurs caufes, de la difette , ou de la mauvaife qualité des fourrages, ou du défaut d'eau , ou de fon infalubrité, les effets de ces caufes font plus ou moins prompts. Il eft des in- dividus qui réfiftent plus long tems à la violence du mal. Leur bonne conftitution les défend , c'eft une fortereffe qu'on n'em- porte qu'après plufieurs affauts. Il faut que la mine joue continuellement avant que le rempart s'écroule. D'autres, plusfoibles, d'une conftitution moins vigoureufe, fuc- combent au premier choc. Leurs jambes chancelantes femblent , à tout inftant, fe dérober fous le poids de leur corps. On les diroit paralytiques \ ils tombent ôc meurent, mais toujours le fourrage fous la dent, tant ils font affamés. Pour ne point m'étendre fur les caufes affez fenfibles par elles-mêmes, je ne m'ar- rêterai que fur les qualités nuiiîbles de l'eau «qu'on leur donne à boire. à la fanté des Animaux. 83 Soit faux calcul dans la provifion d'eau, foit défaut imprévu de ce liquide, occafion- né par un de ces coups de tems qui , fans vous permettre de faire route, ni de revenir vers les lieux dont vous êtes partis, femble vous enchaîner dans un point, ôc vous force d'épuifer vos modiques provifions, on eft très-fouvent obligé d'abreuver les animaux avec l'eau de la mer : comme l'ufage mo- déré peut en être un médicament falutaire, l'excès Ôc l'habitude en font un p'oifon des plus funeftes. Rien qui ne foit conftaté par l'expérience; rien dont l'ouverture des ca- davres ne m'aitpleinementconvaincu. Cette eau caufe une diffolution dans tout le mé- canifme ; elle crifpe les inteftins , relâche les reflorts ôc les énerve. L'ouverture des cadavres des chevaux expirés à leur débarquement, ne m'a ja- mais rien offert que des entrailles abfolu- ment contre nature 3 l'eftomac très-racorni, la membrane interne très-enflammée, les boyaux avec le même caractère , les pou- mons defféchés , blancs , mollaffes, ôc la chair très-flafque. C'eft ce que je remarquai dernièrement, Fa 84 Obfervations relatives le 20 Juin 1786,dans la vifite d'une cargaifon de mulets, pour laquelle j'avois été appelle par ordre de MM. les juges, qui affilièrent à toutes mes opérations, afin de dreffer le procès verbal néceffaire au jugement de- mandé par le propriétaire 6c le conflgna- taire. Ces animaux , embarqués dans J'Ef- pagne, étoient 3 avant leur départ, dans l'état de fanté ôc d'embonpoint le plus bril- lant. Leur traverfée fut de quinze jours ; depuis le onzième l'eau ôc le fourrage leur ont manqué ; cependant il a fallu les fou- renir , pour ne pas perdre une fource de richeffes aufli confidérable. On leur a donné ce que la feule néceflîcé pouvoit exiger pour leur nourriture ; pour la boiflbn, ce n'éroit que de l'eau de la mer , dont on les a abreuvés pendant quarre jours. Àuffi en avons nous vu périr quarante les uns après les autres , prefque auffi-tôt après leur dé- barquement. La caufe de leur maladie ôc celle de leur trépas ne le bornent point à celles que nous venons d'indiquer. Une longue inaction, une indolence forcée, qui enchaînent leur ardeur naturelle pour l'action ôc les exer- à la fanté des animaux. 85 cices , les affectent ôc les engourdiffent ; le chagrin ôc l'ennui s'en emparent ; la mé- lancolie les abat. U faudroit donc, pour leur faire prendre leur genre de vie accoutumé fans lequel ils ne fauroient que fuccomber à la çrife, il faudroit , au fortir du bord , leur donner un psu d'exercice, les prome- ner hors la ville ; le retour de la liberté feroit évanouir la trilbfle ôc les impreflïoos funeftes de la noire mélancolie. La gaieté les ranimeroit, Ôc prépareroit le récablilfe- ment de leurs forces épuifées ; leurs ref- forts, comme enchaînés ôc fufpendus 3 re-. prendroient infenfiblement leur jeu. Com- bien de maladies cruelles , ôc même jugées des plus dangereufes , dont on eft parvenu à opérer la cure en guériflant-les affections du cœur, ôc faifant difparoîcre la cruelle amertume qui l'empoifonnoit ! Véiité dont j'ai fait mille fois fentir la force à plufieurs confignataires de ces cargai- fons d'animaux. Les moins préfomptueux , qui l'ont goûtée , l'ont mile en pratique Se font venus m'en témoigner leur reconnoif- fance , me difant, de l'air le plus ouvert , de la franchife la moins fufpedte , que ce 8 $ Obfervations relatives n'étoit qu'à la fageffe de mon confeil qu'ils dévoient le doux plaifir de ne plus perdre, comme ils avoient le malheur de le faire, les cargaifons arrivées à leur adreffe, Nonobftant cette pratique ; on doit encore avoir foin de faire fouiller tous les animaux nouvellement débarqués, pour le moins , une ou deux fois par jour, de leur donner des lavemens avec une décoction de caffe ou de gombeau/On peut leur fuppléer, à cet effet, le pourpier, ou la raquette , ou le favon ; l'eau tiède , fortement firopée, ou la décoction d'épinards , qui ne leur cède en rien du côté de la faiubrité. On les fait boire à blanc ; on ajoute à la boif- fon quelques pincées de fel de nitre ou de criftal minéral ; on leur fait boire l'équi- valent de trois à quatre bouteilles de cette boiffon préparée. La décoction de tamarin , de gombeau ou de caffe , peut leur être donnée à la même quantité. Pour reconfor- ter leur eftomac , on peut prendre deux verres de vin 6c un de firop. Rien de meil- leur pour rétablir les forces épuifées. Parmi ces animaux il s'en trouve tou- jours qui font attaqués de tranchées \ on à la fanté des Animaux. %J leur fait avaler par jour trois ou quatre bouteilles d'eau de leflive qu'on aura fait bouillir avec une poignée d'anis jufqu'à la réduction de la moitié , qu'on coule dans un tamis ferré ou une ferviette. Ces lave- mens ne doivent pas être oubliés dans cette circonftance, non plus que le fouillement de l'animal. Comme la maigreur ôc cette efpece de racorniffement ou de dureté font foupçon- ner , avec affez de fondement, l'intercep- tion de la tranfpiration , on aura foin de faire bien broffer les animaux, de leur laver le corps avec des aromates, de leur frotter les extrémités avec du taffia camphré. Pour la première de ces deux dernières opéra- tions , l'eau de leflive peut très-bien fervir. Quant à la nourriture , les fourrages devront être fanés au foleil, 6c on ne les donnera qu'avec une extrême modération. F 4 88 Obfervations relatives ggggs . "■■—— ™ . t—*^^gg CHAPITRE XIV, De VEtablïffement d'un Haras. \J N établiffement qui conferveroit à la Colonie des richefles immenfes, un éta- bliffement qui n'entraîne aucunes dépenfes qu'on ne puifle bientôt racheter avec ufure, feroit-il un objet digne de l'attention de MM. les habitans ? C'eft à ces perfonnes confacrées par l'état à l'étude de l'efprit du commerce , 6c à la çombinaifon de ce qui peut en faci- liter les opérations, qu'il appartient de dé- velopper les avantages dont je ne puis que très-imparfaitement efquiffer le ta- bleau. Ils ont l'ufage ôc la pratique ; ôc moi, je n'ai que la rai fon, c'eft le feul flam- beau qui me guide \ cependant je tâcherai de répandre le plus grand jour qu'il me fera poflibie fur les traits que je parfemerai ça, ac ià. Je propofe de nous rendre propre une branche de commerce qui ne nous fut que à la fanté des Animaux. 89 trop long-tems étrangère, ôc qui ne peut qu'avoir beaucoup concouru à la diminu- tion des efpeces dont on fe plaint généra- lement , comme un échec qui répand les plus grandes difficultés fur les opérations des principales branches du commerce. Les avantages de ce projet 3 les voici dans un léger point de vue. L'habitant, obligé jufqu'à cette époque de débourfer chaque année , pour des ani- maux 3 depuis vingt jufqu'à trente , qua- rante , 6c fouvent cinquante ôc foixante mille livres , trouveroit un avantage réel à fe les conferver. Or il y parviendroit en établiffànt un haras. Cet argent refté dans les mains de l'ha- bitant le mettra plus en état de multiplier fes affaires \ l'induftrie fe nourrit par l'a- bondance des fecours. En doublant fes afc faires , le colon double celles du négo- ciant. Celui-ci, qui rencontre moins de dif- ficulté dans les paiemens, agrandit la fphere de fes fpéculations \ la circulation des ef- peces devient plus aifée \ le commerce fe réveille, s'étend ôc fe multiplie j l'activité yo Obfervations relatives fe nourrit, ôc lui prête fans( ceffe un nou- veau luftre. Objection. *Mais vous figurez-vous donc qu'il foie auffi facile d'exécuter votre projet qu'il l'a été de l'imaginer f Vous ignorez donc la nature des poffeflions de l'habitant ? Quelle abfurdité de penfer que l'induftrie fran- çoife abandonne ainfi fans culture l'efpace immenfe qu'il faudroit néceflairement con- facrer à la propagation ôc l'entretien du haras ! Toutes les habitations , je le fais , n'ont pas les commodités néceffaires ; mais for- ment elles le plus grand nombre ? car je ne propofe pas l'impoffible. Le coin du voile eft levé ; quiconque y trouvera fon profit , pourra le découvrir. Outre les habitations de la plaine, qui fe trouvent dans la pofition la plus commode pour faciliter l'exécution du plan offert, combien qui dans les montagnes jouiffent des avantages néceffaires ! L'immenfité des forêts, Tépaifieur des à la fanté des Animaux. 91 ombrages , la riante verdure , la fraîcheur du gazon , l'abondance des fourrages , la multiplicité des fources Ôc des fontaines, le doux murmure des eaux , le fracas impo- fant des eafcades, en un mot, tout ce qui fait les charmes de la liberté, l'enchante- ment des loifirs; combien qui peuvent fe flatter de réunir toutes ces commodités dans la fphere de leurs poflTeffions ! Combien , par conféquent, qui pourroient faire l'éta- bliflement que je propofe ! Combien qui, dans peu 3 Ce verroient dans le cas de four- nir aux habitations voifines les animaux nécefïaires , après s'être munis eux-mêmes fuivant leur befoin I L'argent refteroit dans fon centre, ou s'en éloigneroit moins. Autre avantage, on auroit des animaux faits au climat, accou- tumés aux diverfes influences qu'entraînent toutes ces révolutions ; on ne craindroit plus ces perplexités défolantes , ces inquié- tudes cruelles, inséparables delaviciflîtude qu'éprouvent toujours, ôc dont fe reffentent confidérablement les chevaux anglois & les autres cargaifons étrangères. En effet, on voit fouvent ces animaux ji Obfervations relatives maigrir ôc dépérir à vue d'ceil. Ils font toujours mélancoliques , tant a d'empire fur les individus l'inftinct qui les rappelle vers Je lieu qui les vit naître ! Le cœur affecté , bientôt tout, le corps s'en reffent. Combien qui font morts-, moins de mala- die que de trifteffe ! Pour dernier trait au tableau , je pour- rois encore ajouter que la couronne y trou- veroit fon avantage en cas de befoin. En effet, que le flambeau de la guerre vînt à s'allumer dans la Colonie, que la bannière efpagnole fe liguât avec les drapeaux d'Al- bion, l'Empire des lys pourroit facilement monter 6c remonter fa cavalerie ; le Fran- çois, le généreux François , auroit occafion de faire éclater fon amourefivers fon prince, cet amour que rien n'intimide , ce zele que nulle confédération n'arrête, ôc qui font les plus beaux fleurons de fon caractère. Mais l'on néglige ces avantages ; nous ferons obligés de tout attendre des Etats- Unis de l'Amérique pour fournir nos ef- cadrons : quels embarras ! La fatigue, l'épuifement, démonte nos guerriers. Cependant l'occafion d'une ira- a la fanté des Animaux: o j portante victoire , Ôc dont dépend le fuccès de nos armes3 durant toi:t le cours de la guerre, fe préfente ôc nous fourit. La pru- dence éclairée de nos généraux veut la fai- fir promptement; une longue expérience 6c l'hifloire des guerres Jeur ont démontré que ces fortes d'occafions ne fe retrouvent jama s ou prefque jamais. Cependant pou- vons-nous féconder la fortune? Pouvons- nous , fans trop préfumer , nous flatter de le pouvoir fous peu ? Qui garantiroit en effet une navigation heureufe aux convois des Etats-Unis de l'Amérique ? qui alTureroit que les pavil- lons ennemis , croifant fur nos parages ; ne les intercepteront pas , ne mettront pas tout en ceuvre pour nous enlever un avan- tage dont ils auroient avjs , du côté de leur parti ; que la prompte arrivée nous vaudroit à nous une moillon de lauriers , 6c à nos ennemis une défaite fanglante , ou une déroute funefte ? L'intérêt pour fa propre fortune , l'amour pour fon roi , tels font les juges qui doi- vent préfiJer à nos options. Je puis avoir vu du bon comme du mauvais côté j quoi $4 Obfervations relatives qu'il en foit , je hafarderai toujours les moyens capables de nous ménager , en même tems , dans le choix des haras , 6c l'utile, ôc l'agréable. Si les vues en font bonnes, ôc qu'on exécute mon pro- jet , le bonheur de rendre fervice aura payé mes peines ; fi le fort les condamne à refter enfevelies dans les ombres de l'ou- bli , j'aurai toujours prouvé au public mon entier dévouement pour fes intérêts. On ne peut être gueres plus jaloux , qu'on ne l'eft dans cette colonie, de ces agrémens que la nature femble avoir donnés en apanage à tous les chevaux anglois. Pour fe les conferver, on pourroit accou- pler ces chevaux avec les jumens efpagnoles. Cependant ceux de Carac ôc les bayaon- des ont quelque chofe de plus qui leur affure la fupériorité ôc devroit leur mériter de notre part la préférence. On prendroic les étalons parmi ces derniers, pour les mettre avec des jumens angloifes. Les poulains qui fortiroient de ce couple , ne pourroient que former un enfemble par- fait de beauté ôc d'agrémens. Sans avoir dans les pieds la mollefle de prefque tous à la fanté des 'AnimauxI, t y e les chevaux anglois , ils auroient la dureté des efpagnols. Leurs jambes font plus effi- lées , leur conftitution plus capable de réfif- ter aux fatigues des travaux ôc des voya- ges. En un mot ils auroient tout ce qu'il faut pour remplir les vœux ck contenter le goût des amateurs qui trouvent une forte de volupté dans cette marche légère, cet amble naturel. Les vues de l'intérêt feroient également comblées 3 parce que ces animaux font forts ôc vigoureux , d'une complexion moins maladive que celle des autres chevaux étrangers , pour qui tout eft nouveau, climat ôc nourriture. Si nous fixons notre choix fur l'étalon anglois , obfervons qu'il n'ait pas le fabot ou les pieds blancs 5 rien de plus écail- leux que cette corne. Prenons de préfé- rence ceux qui ont le pied quarré , noir aux extrémités* Quant à ceux qui boivent dans leur blanc , je n'en dis rien. Le cas que le goût de tous les peuples en fait, nous apprend ce que nous devons les apprécier. Si les motifs que je viens de propofer, comme follicitant l'exécution de mon plan, y6 Obfervations relatives ont le bonheur d'être goûtés, on ne jugera pas , j'efpere , indigne de fon attention une idée qui confpire à l'entier dévelop- pement des avantages dont nous n'avons fait qu'ébaucher le tableau. Mon plan fuivi, nous établiflons parmi nous une nouvelle branche de commerce. Il faut donc en faciliter les opérations. Or , une ou deux foires chaque année, dans les endroits jugés les plus convena- bles , ne rempliroient-elles pas cet objet ? Je laiffe à prononcer à la fageffe qui com- bine ; pour moi, je ne prétends qu'obferver, me renfermant dans le droit inconteftable dont jouit tout citoyen, de communiquer au public fes vues ôc Ces idées fous Iç fceau de l'efprit patriotique. CHAPITRE à la fanté des Animaux. 97 ■1 IT'WJtL' gg-t*gJg»B.» fc!H*AAJIULHHj CHAPITRE XV. Economie pafiorale. V/uoique mes vues ne foient fondées que fur des expériences faites en France 5 quoique ce climat ôc la nature de la terre dans les îles foient fort différens de ceux de notre continent d'Europe, les dangers que courent ici les brebis, la conduite de ceux à qui la gai de en eft confiée, ne dif- férent pas affez pour que je défefpere d'être utile. La Colonie ôc la France pourront également faire leur profit de mes obferva- tions. On les trouvera bonnes affurément ; j'ai long-tems manié la houlette , ôc je doute beaucoup que ceux qui ont difcouru fur ce point de l'économie paftorale , aient donné de meilleures vues. Renfermés dans l'enclos d'un mufée, ne conduifanr les trou- peaux que la plume à la main , ils n'ont gueres pu que conjecturer fur rout ce qui peut avoir rapport à la fanté des quadru- pèdes. Ils n'ont pu même en imagination fe G o 8 Obfervations relatives tranfporter dansx les différens pâturages où on les mené, félon les circonftances. Ils n'ont pu faifir les différentes nuances des périls qui réfultent de la différence des lieux ôc des altérations du tems. ils n'ont donc pu rien donner de décifif, rien de pofitif ? Leurs réflexions, pour la plupart, ne portent donc fur rien ? Ils ne peuvent donc inftruire l On fpécule , on combine, on raifonne, on concluddu;centre d'un cabinet. Le crayon philosophique peut diriger l'action dans un jour de bataille ; il peut conduire une négociation , il relevé les abfences du guerrier ôc réclame contre celles du plénipotentiaire ; tout cela n'eft que difcours pompeux , des raifonnemens magnifiques ; pour tout mérite ils n'ont que l'éloquence Ôc la féductjon ; jamais ils ne pourront fervir de règle ôc de bouflble au héros dans le champ de Mars, ni à l'enfant de Minerve portant l'olive pacifique. Ils ne font fondés que fur une conjecture qui vous éblouit d'abord, parce qu'il y fefpire quel- que chofe de combiné , un certain air de réflexion Sz de fqlitude ; 6c quand bien même une longue expérience leur ferviioit à la fanté des Animaux. 99 de bafe ôc de fondement, on ne pourroit en retirer que de très-foibles avantages pour ne pas dire aucun, puifque les circonftances, les motifs ôc les fentimens ne font ôc ne peu- vent être aujourd'hui ce qu'ils étoient hier 3 6c qu'ils font fufceptibles d'une trop grande variation ôc d'un trop grand éloignement. Souvent la théorie la plus profonde ôc la plus lumineufe, mérite de n'être payée que par la plus jufte indifférence, fur-tout quant à la fanté des individus. La pratique n'eft jamais fans prix fur ce point ; à elle feule appartient le droit de parler d'un ton dé- cifif fur tout de ce qui concerne l'écono- mie des refforts dans le mécanifme ani- mal. Qu'on ne doive laiffer fortir les brebis ôc les autres animaux dans les pâturages que le foleil n'ait entièrement diflipé la rofée , rien de plus connu , rien de plus avoué ; mais qu'on les abandonne dans les endroits la- goneux , argileux , marécageux , ôc ceux qu'un débordement vient de couvrir de limon 6c de vafe , c'eft à quoi l'on ne prend pas affez garde, c'eft à quoi l'on ne donne pas affez d'attention. G 1 ioo Obfervations relatives Cette terre limoneufe , cette vafe dont les terres font couvertes, brûle les entrailles de l'animal, décompofe Ces liqueurs , en caufe la diffolution, la phtifie , le marafme 6c la mort. Mille exemples en font foi, mille faits réclament contre une pareille impru- dence , de laiffer les animaux ainfi paître dans les lagons, les marais, 6c fur ces ter- reins où paroiflent encore les traces d'un débordement. Mais cette riante verdure , mais ces her- bes fraîches 6c touffues, il faut donc les condamner, il faut donc les perdre ? Point du tout ; mais il faut obferver les tems, mais il faut attendre qu'une pluie fa- vorable , venant les purger de ce limon, ou de cette vafe, leur rende leur bienfai- fante propriété. Alors les brebis pourront les favourer à loifir ; alors elles pourront fatisfaire leur appétit \ alors moins de ma- ladies chroniques , puifqu'il eft vrai que cette terre limoneufe, cette vafe , font re- connues pour une de leurs caufes princi- pales. Cependant il eft des circonftances où l'on ne peut tirer aucun parti de ces herbes cl la fanté des Animaux. i o i abondantes, quoiqu'une pluie bienfaifante les ait purifiées. Dans le tems d'épais brouil- lards j qu'on voit fur-tout régner aux ap- proches de Noël, il faut avoir une grande attention de ne laiffer les animaux def- cendre dans les enfoncemens marécageux que tapiffe une moufle verdoyante, ôc paître dans ces terreins argileux , ces vallées la- goneufes où tout femble attirer le jeune berger ôc fon troupeau, pour qui la pai- fible folitude ôc la tranquille retraite font remplies de charmes raviffans. Par cette fage précaution on prévient toutes les impref- fions funeftes ôc malignes que peut faire fur le mécanifme de l'individu , une at- mofphère encore chargée , dans ces vallons ôc ces marécages , des vapeurs infalubres 6c peftilentielles qui conftituoient le brouil- lard. Lorfqu'on l'a vu régner pendant la nuit, on obferve de ne faire fortir les troupeaux qu'un peu plus tard; quand la férénité a reparu , que l'horizon s'eft épuré, on cher- che pour les pâturages les endroits les moins enfoncés, les terres les plus fablon- neufes, les endroits les plus découverts. G} ioz Obfervations relatives Rien de mieux que de gravir alors fur les collines ôc les coteaux ; l'air y eft moins dénie 6c plus falubre, les herbes n'y font point chargées d'aucune de ces parties aqueufes ôc malfaifantes. Le fait dont je vais me per- mettre le récit femble avoir été ménagé par un deffein fecret que je ne puis com- prendre , pour confirmer, d'une manière frappanre , tout ce que j'avance ôc tout ce dont j'aurois encore difcouru , s'il n'étoit lui-même fon organe le plus éloquent ôc le plus perfuafif. 1762. Chaffés de leur chaumière par l'arri- vée des neiges qui blanchiffoient déjà les fommets des Pyrénées, deux bergers, père 6c fils , arrivent à Caftelpigon dans le Bie- bil, pays d'Armagnac, pour y paffer leur quartier d'hiver. D'un troupeau de cent cinquante brebis 3 ils en font deux, pour mieux pourvoir à leur fubfiftance. Prenant chacun la conduite du fien, ils s'en vont demeurer à demi-lieue l'un de l'autre. Le père, félon fa prudente coutume , fe levé pendant que tout fommeille : on étoit aux approches de Noël. Deux heures après-mi- nuit il remarque répandue fur l'horizon une à la fanté des Animaux. 103 bruine des plus épaifles, fentant une odeur défagréable. Il fe levé au point du jour, tout a difparu , tout eft pur ôc ferein , au- cun nuage n'altère l'azur des cieux. Trop perfuadéquece brouillard ne pouvoir qu'a- voir laifle dans l'atmofphere un germe fubit de poifon, il ne fortit qu'un peu tard pour conduire fon troupeau dans les bois aérés ôc les terres les plus fablonneufes , où la brande croît ôc ménage toujours une falutaire relTource au pafteur embarraffé. Parti plein de vigueur ôc de fanté , le troupeau de ce père prudent ôc fage , re- vint avec le même embonpoint ôc la même fraîcheur , dans les gras ôc bons pâturages des Monts-Pyrénées , au retour de la fai- fon nouvelle. Le fils ne put fe flatter d'un fuccès pareil ; fon troupeau périffoit de jour en jour ôc à vue d'oeil ; il n'en refta plus rien fur la fin du mois de mai. D'où provenoit donc ce défaftre ? C'eft que le jour même où le père fe conduifit fi prudemment, le fils , qui auroit fans doute craint de s'en- rhumer le cerveau , s'il fe fût levé pen- dant la nuit, ou qui n'y penfa peut-être g4 104 Obfervations relatives pas , jugeant de fa beauté par celle du jour ôc la pureté de l'horizon , conduifit fon troupeau dans ces bas fonds, dans ces marécages , ces terres a^gileufes 6c iago- neufes , où il vouloit les régaler, comme je le préfume , de ces herbes fraîches ôc touffues , de cette moufle verdoyante qui en tapiffe les bords ou les couronne par groupes çà 6c là. C'eft de quoi le for- cèrent de convenir les juftes reproches d'un père d'autant plus courroucé, qu'il étoit vaillant, infatigable, ôc qu'il^n'avoit jamais balancé dans le facrifice de fon fom- meil ôc de fon repos, en faveur des intérêts précieux d'un riche troupeau , fa feule for- tune ôc celle de fa famille. Il eft fi vrai que ces bruines ôc ces brouil- lards font un poifon fatal à l'individu qui, pendant qu'ils couvrent ou après qu'ils ont couvert la terre , s'en va repaître dans ces endroits marécageux ôc lagoneux, dans les vallées argileufes , que les brebis qui compofoient ce malheureux troupeau, en portoient les impreflions les plus doulou- reufes. Leur laine ne croiffoic plus depuis trois femaines pour le moins : cependant à la fanté des Animaux. 105 elle étoit fuperbe 3 on *ie pouvoit en ce genre voir rien de plus brillant. Leurs yeux étoient engorgés ôc mourans ; l'ex- trême blancheur en éclipfoit abfolument ces efpeces de petites veines qu'on y remar- que toujours ; s'ils couroient un peu , leur refpiration étoit extrêmement gênée ; dans cette action on entendoit des eaux mur- murer dans leur ventre. Après une courfe tout au plus d'un quart de lieue , celui qui étoit le plus gras ôc paroiffoit le mieux portant, on le voyoit tomber ôc s'abattre. Appelle pour voir ce troupeau , fpedta- teur du fait, j'ouvris les cadavres expirés : au premier coup d'œil le foie n'tfffroit rien que de fain ôc de bien portant -, mais à peine l'ai-je incifé , qu'il en fort en quantité des fangfues de toutes grofleurs. Je mis ce vifcere fur le gril : il n'étoit pas à moitié cuit, qu'on le vit fe fondre ôc fe réduire en une pâte liquide , affez fem- blable à la bouillie. Le berger me demande mon fentiment. Je lui dis avec fanihife, que n'étant pas à mon pouvoir de mettre à Ces brebis un vifcere fain à la place d'un déjà pourri, io6 Obfervations relatives \c refte de fon troupeau n'en réchapperoit pas; qu'il pouvoir le condamner. En effet, je trouvai dans tous ceux que j'ouvris 3 les chairs flafques ôc pleines d'eau , en un mot, une décompofirion générale dans toute la maffe. La conformité des fymptômes , dans ceux qui luttoient encore , me fit préfu- mer que leurs vifceres étoient dans le même état. . Ce qu'il y a de remarquable , c'eft que les brebis qui mettoient bas n'avoient pref- que point de mamelles , ni de lait. Cette efpece de membrane qui couvre le fœtus au fortir du fein de la mère , étoit blanche comme de l'albâtre : fymptôme funefte. Indifférente, la brebis nedonnoit aucune marque de cette vive tendreffe dont nul individu ne peut naturellement fe défen- dre pour fon fang. Si elle léchoit par- fois fon petit, ce n'étoit que dans une forte de diffraction , puifqu'elle l'abandon- noit foudain , 6c s'en alloit en bêlant. Mais fa voix étoit enrouée, foible ôc tremblante ; la laine , quand on en prenoit quelque fil , cédoie fans effort à la main. II. en étoit bien autrement du troupeau à la fanté des Animaux. 107 du père : brebis , agneaux 6c moutons, tout avoit l'œil rouge , vif 6c pétillant; l'haleine forte ôc vigoureufe ; les femelles mettoient bas fan s paroi tre du tout affaiblies. Elles avoient beaucoup de lait ôc d'amour; leur laine, ni leurs cornes n'avoienr cefle de pouffer; c'eft là la marque «où l'on con- noit la bonne conftitution ôc le bon état intérieur des jeunes moutons fur-tout. Les petits foftis de ces vigoureufes femelles, étoient gros ôc gras. La membrane qui les enveloppoit paroiffoit chargée d'une graiffe jaune comme le fafran : fymptôme manifefte de force ôc de fanté. Mais comment feroit-il poffible qu'un feul jour , une feule imprudence, aient fufîx pour perdre un troupeau ? Rien de plus vrai ; le brouillard , ôc fur tour aux approches deNoël, eft reconnu pour une efpece de poifon. Du fein des marécages ôc des lagons s'élèvent des vapeurs qu'on ne prétendra jamais être bénignes ôc falubres , fans heurter le bon fens Ôc faire gémir la rai fon. De cette double exhaJaifon fe forme une atmofphere doublement empoifonnée ; les 108 Obfervations relatives herbes ôc la verdure qui tapiff^nt la terre, contractent la malignité de l'influence ; rien de plus délicat que la conftitution de la brebis ; rien de plus fujet au dérangement ôc à la décompofition. Mais un feul jour ! oui un feul jour a fuffi ; c'eft l'aveu de l'imprudent berger lui-même ; on peut y faire foi. Il n'étoit pas dans cet âge où , pour diminuer la grandeur d'une faute qu'on nous force d'a- vouer , nous fommes affez méchans ôc affez orgueilleux pour affecter, malgré les quef- tions, le filence le plus impofant, l'igno- rance la plus vraifemblable fur nombre de faits qui ont également concouru aux triftes effets produits par la feule caufe dont nous convenons. Ce berger étoit jeune, encore dans l'innocence paftorale, d'ailleurs eût-il pris la plus forte réfolution de cacher les autres imprudences, tremblant à l'afpect d'un père courroucé qui le"menace , il eût tout avoué. Que faut-il donc conclure ? Que fi nous voulons conferver nos ani- maux, nous devons fcrupuleufement éviter déformais ces périls que nous étions accou- à la fanté des Animaux. 109 tumés à méprifer comme de-; chofes minu- tieufes, faites pour effrayer les amcs pufil- lanimes , ôc trop indignes de captiver la précieufe attention des efprirs forts Ôc intré- pides, ôc que ce n'eft qu'en ouvrant ainfî les yeux fur des principes de maladie , de contagion ôc de mort , fur lefquels nous étions comme glorieux de nous être étour- dis , que nous parviendrons à détruire la chimère dont le vulgaire fe laiffe frapper. Alors Pimpofante illufion s'évanouira, la fuperftition glaçante délogera des efprits étonnés ; nous verrons le maléfice ébranlé fur fa bafe, fe perdre dans la pouffiere, ôc, par un enchaînement de ruine, la frap- pante magie , le devin merveilleux , le forcier perfuafif, nous verrons tout s'éclîp- fer 6c difparoître. Dans cet augure favora- ble je me plais à fuppofer le retour de la raifon , mais je me flatte peut-être d'un trop doux efpoir. Il eft fi difficile de défa- bufer le peuple d'une opinion vraie ou fauffe une fois adoptée. Aufli ne balance-je pas à dire que ces ténébreux fuppôts du men- fonge ôc de l'impofture , qui n'ont d'em- ploi que celui d'effrayer les efprits par leurs 11 o Obfervations relatives fortileges , leurs termes magiques ôc leurs enchantemens 3 qui ne vivent qu'aux dépens des peuples abufés , devroient être aban- donnés aux pourfuites les plus féveres dès magiftrats, ôc à toute la rigueur des loix armées contre le féducteur 6c le brigand. Fin de la première Partie. HISTOIRE DES MALADIES DES ANIMAUX. SECONDE PARTIE. E II* DISC OURS PRELIMINAIRE. I^i'est de6 abus que je viens de développer 6k de combattre dans la première partie , que les maladies des animaux, dans cette Colonie, tirent en quelque forte leur origine. Je réduis à trois leurs caufes principales : les ma- lignes influences de la température dans fes diverfes variations; la mauvaife nour- riture ou la difette , & les malfaifantes qualités des eaux ; les imprudences & les négligences dans la direction des quadrupèdes. Ces maladies , prefque toujours les mêmes, font ici moins nombreufesqu'en H ii^ Discours France. On ne trouvera point mauvais que nous n'entrions pas dans la def- cription de toutes celles auxquelles les animaux font expofés. Nous n'écrivons que pour Saint-Domingue : ainfi nous ne parlerons que des maladies qui le défolent. Elles font d'autant plus cruelles & difficiles à faifir , qu'elles fe repro- duifent fous mille formes différentes. Dans chacune les fymptômes éprouvent toujours une variation plus ou moins légère. Ils font plus ou moins nom- breux , ou plus ou moins frappans. Mais lorfque le praticien , le maître de l'art, a fu , la première fois qu'il l'a vue , faifir & diftinguer la maladie, fa nature & fes caufes ; la modifica- tion , le changement , l'augmentation ou la diminution dans les fymptômes, ne produifent que des foibles difficul- PRÉLIMINAIRE. 11^ tés qui difparoiffent bientôt au flam- beau de la pénétration & de l'expé- rience. Avant d'entrer dans la carrière que je fuis prêt à fournir, il faut que je pré- vienne mon lecteur & que j'implore fon indulgence , dont je puis d'autant moins me palier ici, que les épines de l'art ne font pas tout-à-fait fufceptibles des rofes du langage. Je lui réitère ma prière de ne point exiger de moi cette aménité, ces agrémens dans le ftyle , cette finefle dans la penfée, cette délicatelTe dans, l'exprefîion , à la faveur defquels des génies privilégiés ont fu rendre aimables & parfemer d'attraits des matières ab£ traites & fouvent ingrates. Nourris dès le berceau dans la cour des mufes, par la main de ces favantes Fées, élevés fous leur aimable tutelle, H: iiô" Discours préliminaire. les grâces dévoient leur être propres , iï falloit que tous les traits de leur plume en portaflènt l'empreinte enchantereffe. Mais moi, qui naquis, pour ainfî dire, parmi les glaces des Pyrénées, dans l'humble chaumière d'un ruftique berger , je crois avoir quelques droits à l'indulgence de mes lecteurs. Loin d'en abufer, je ne me permettrai au- cune licence, je châtierai ma diction autant qu'il dépendra de moi. HISTOIRE DES MALADIES DES ANIMAUX. ■ CHAPITRE PREMIER. De la Gourme. l_i A gourme proprement dite eft une dépu- ration des liqueurs qu'on obferve dans tous les jeunes animaux. L'écoulement s'en fait par les nafeaux ou par les glandes de la ganache , fouvent par ces deux endroits à la fois. La ganache s'engorge, il s'y forme un dépôt , la fuppuration s'établit. La couleur variée des humeurs qui s ecou- H 3 11 8 Hïfioire lent, fert à déterminer l'efpece de gourme. On en diftingue de trois fortes : La gourme, qui n'eft qu'une dépuration bénigne de pituite épaifle ôc vifqueufe. La fauffe gourme , qui n'eft que le refte d'une gourme écoulée imparfaitement. La gourme maligne , qui tient des deux autres, 6c ne peut même en être que l'effet. Les fymptômes font plus ou moins frap- pans dans chacune de ces trois efpeces de gourme. Le plus ou le moins de malignité dans les humeurs qui s'écoulent, détermine l'ef- pece. Les fignes principaux auxquels on con- noît la maladie , font : l'évacuation par les nafeaux, ôc l'engorgement des glandes de la ganache. Bientôt on voit l'abattement , la trifteffe s'emparer de l'animal. Il verfe des larmes ; à peine peut-il refpirer ; les organes par où fe filtre l'air pompé par les poumons, font bouchés par cette humeur ou trop abondante, ou trop épaifle , qui cherche vainement à fe faire jour par les urines, les felles ôc les voies de la tranfpiration ; des Maladies des Animaux. 119 le battement de flancs a aufli lieu très- fouvent. La gourme eft , chez les animaux , ce que la petite vérole eft chez les hommes. Elle eft de tous rems. Très-peu lui peu- vent échapper. J'en ai traité , j'en ai guéri, qui étoient attaqués à douze 6c quinze ans d'una gourme qui ne cédoit en rien à celle dont les jeunes chevaux 5c les jeu- nes mulets éprouvent ordinairement les atteintes. L'inaction de l'animal étoit 3 à cet âge , mon traitement le plus en ufage ; mais il étoit le moins adminiftre. Depuis que l'efprit de médecine a fait invafion , que l'effervefcence eft venue échauffer les cer- veaux , on veut tout favoir , on veut tout contredire , ôc ne rien fouffrir d'égal à foi du côté des connoiffances. Il fuffit que le praticien défende une chofe , pour qu'une voix, plus sûre d'être obéie, la commande. Et malgré cette dangereufe conduite , caufe vifible de l'irritation du mal , de fon rapide progrès ôc de fa complication, on fe plaindra qu'un animal, qui n'avoir que la gourme , dont l'écoulement étoit H 4 ïio Hi/loire des plus louables, foit plus affoibli, plus abattu , ôc ne jette que des humeurs d'un caractère malin ? Toutes ces lamentations font-elles bien fondées ? L'interprète de la nature , dans la ma- ladie de l'animal, prefcrivoit prudemment l'inaction, commandok la fufpenfion des travaux, ôc, plus éclairé que le maître de l'art , fans avoir l'expérience , qu'il ne doit qu'à la dixième 6c vingtième an- née de pratique ôc d'obfervation , vous défendez tout, ôc commandez qu'on affer- vifle le quadrupède au joug accoutumé. Comment , épuifé déjà par les péni- bles accès de la maladie, comment fou- tiendra-t-il la fatigue des ouvrages ? Le travail ne fera-t-il pas augmenter le mal f N'en rendra-t-il pas même la cure im- poflible ? Car ce n'eft plus fuppofer de problême. Qu'un germe déjà développé, dont non- feulement on néglige l'extinction , mais encore dont on aiguife la furie , en réveille un autre ; celui-ci met de fon parti le germe voifin le plus conforme à fa nature ; la ligue fe forme, la complication répand fur des Maladies des Animaux. 111 les fymptômes une obfcurité myftérieufe, 6c rend les fecours prefque toujours , pour ne pas dire abfolument inutiles. Rien de plus inconteftable que cet enchaînement fucceflif de germes , ce développement mutuel qu'ils produifent les uns des autres , cette Confédération foudroyante qu'ils for- ment contre un malheureux individu dont la maladie n'eft pas feulement négligée, mais encore envenimée par l'ufage des chofes qui lui font abfolument des plus contraires. La gourme à laquelle on n'a pas donné tous les foins qu'elle demandoit, de fim- ple fe transforme en faufle gourme ; de ces deux fe déclare enfin la gourme mali- gne , qui paffe elle-même à la morve, au moyen de l'affinité la plus étroite. Quoi de plus authentique ? quoi de plus irré- fragable ? ôc quoi par conféquent de plus capable de nous engager enfin à tarir une fource de défordres, ôc à réformer des abus qu'entraînent toujours après eux ôc notre préfomption 6c notre entêtement? ^dais il faut enfin impofer filence à notre orgueilleux ôc ridicule amour-propre, 6c " 1i Hifioïre fuivre docilement le flambeau de la vérité qui nous éclaire. Traitement Lorfque la refpiration eft gênée, pour en établir ôc faciliter la liberté , on faigne l'animai ; fi le fuccès ne couronne pas l'opé- ration , on la répète. Les glandes de la ganache font-elles engor- gées? ce qui eft toujours de bon augure , puifque l'écoulement fe faifant par deux voies en même tems, on peut fe promettre une évacuation entière , feul moyen de guérifon ; l'enflure s'eft-elie déclarée ? on apporte promptement le feu au centre du dépôt : on frotte de fuif tous les alentours de la brûlure. Pour les autres remèdes en pareil cas, voici ceux dont l'ufage n'a jamais été cou- ronné que d'un fuccès complet. Ce font des émolliens. Ils font encore très-fpécifi- ques pour les fluxions de poitrine , les maladies inflammatoires ôc les rétentions d'urine. des Maladies des Animaux. 113 Plantes émollientes. La raquette, le fagon des Indes, le pour- pier , l'oignon de lis, la laitue ôc la len- tille. On fait de tout une décoction dont on donne à l'animal une bouteille le matin 6c une le foir ; on lui en donne aufli en lave- mens. On trouvera encore un excellent remède dans le chapitre qui traitera du mal des os ; avec la defcription des propriétés des fimples qui ont de l'analogie avec ceux qu'on doit employer pour la cure de la gourme. L'animal aura toujours la boiflbn devant lui; on y aura mêlé, ou du firop , ou du fucre , ou du miel, avec quelque peu de farine ; on la renouvellera exactement tous les jours. Les fourrages , outre qu'on les aura fait faner au foleil , lui feront donnés avec difcrétion. On l'étrillera ôc broflera régu- lièrement tous les jours, lui laiffant une entière liberté dans l'écurie. On fera les fumigations avec du fel marin, ou des aromates, ou du goudron, jettes i a^ Hïftoire fur un brafier, précifément fous les narines du cheval gourmeux ; cela facilitera l'écou- lement des humeurs par cet endroit. Il feroit affez inutile de dire que les plumes de volaille brûlées ôc la fumée du cuir de fouliers font très-dangereufes, ôc qu'on doit les regarder comme un vrai poifon. Toutes les fois que, comme dans le cas dont il s'agit, on les dirige fur des parties irritées ôc enflammées, la fumiga- tion qui convient le mieux dans cette cir- conftance , eft fans contredit la décoction de fubftances émollientes ôc adouciffantes. CHAPITRE IL De la Morfondure. V^ette maladie, qui eft pour les animaux ce que le rhume eft pour les hommes, eft aufli commune à Saint-Domingue que fes caufes font fréquentes. La chaleur tient les pores toujours ou- verts. Les vents foufflent ; obfervez que l'animal n'agit plus, il paît tranquillement des Maladies des Animaux. 11 $ dans l'aride favanne ; la tranfpiration eft répercutée ôc fupprimée ; la morfondure fe forme dans l'individu. On connoît cette maladie aux fymp- tômes que voici : une humeur s'écoule par les nafeaux, le poil fe hérifle, l'appétit s'éteint, la triftefle ôc la toux furviennenc bientôt ; la difficulté de refpirer , les yeux pétillans 6c pleins de feu, tout annonce l'inflammation ; la fièvre fe développe ; les forces diminuent au point que l'animal ne peut bientôt plus fe foutenir. L'humeur qui s'écoule , toujours acre ôc gluante, eft de couleur blanchâtre ôc tranf parente, tantôt verte ôc épaifle ; les glandes de la ganache s'engorgent comme dans la gourme. Cette maladie dégénère prefque toujours en morve , fi l'on ne fe hâte de l'arrêter dans fon principe. Les fymptômes reconnus , il faut promp- tement faigner l'animal; l'opération fe réi- tère au bout de fix heures. Si la fièvre devient plus forte , employez les fudorifiques indiqués dans le chapitre I. Obfervez à cet égard la méthode prefcrite. On peut la fuppléer, avec efpoir du même fuccès, par la décoction qui fuit : tié Hifloire Prenez feuilles pois Congo , de petit baume, l'herbe langue de chat, le grand médicinier ; faites bouillir le tout dans deux bouteilles d'eau ; ajoutez-y une bou- teille d'eau de chaux 6c une de taffia. La dofe eft d'une bouteille pour chaque animal. C'eft un excellent fudorifique, en raifon d'un fel volatil alkali qu'il contient, 6c qui corrige l'acide qui pèche dans les premières voies. CHAPITRE III, De la Morve, ±J e s auteurs , dont les écrits ne ref- pirent que l'érudition , le profond favoir 6c l'amour de la vérité, peuvent fans doute prétendre à notre refpect ôc à nos fuffrages ; mais ils auroient tort de vouloir qu'on re- çoive leurs opinions comme des oracles , ce feroit fe déprécier 6c s'avilir ; l'homme, s'il eft vraiment homme, n'aura jamais la foibleffe d'y déférer fans un examen exact ôc réfléchi. Une fi puérile ôc fi indigne fa- des Maladies des Animaux. 117 cilité n'appartient qu'au foible vulgaire, fufceptible de toute forte d'impreflîons , qu'un rien fait mouvoir 6c entraîne, comme le vent agite le feuillage 6c emporte l'épi dans nos filions. Il me fera donc permis de n'être pas du fentiment de ceux qui prétendent que la morve n'a de fiege dans tout le mécanifme de l'animal que la membrane pituitaire : j'au- rai donc la liberté de dire que cette maladie peut fe loger dans toutes les parties internes qui ont communication avec la membrane pituitaire. Je réferve de le prouver dans fon lieu à l'aide du raifonnement. Ici je n'invoque que mon expérience, qui mettra mon affeftion dans un degré d'évidence in*- conteftable. En effet, des ouvertures de cadavres que j'entrepris toujours par le defir de m'inf- truire , afin de mieux répondre à la con- fiance dont m'honoroit le public , m'ont prouvé mille fois que fi la morve fe retrace communément dans la membrane pitui- taire, les autres parties internes de l'indi- vidu ne font point à l'abri de fa furie, puif- que j'ai trouvé les poumons infectés, ulcé- l%% Hifioire xés , que dis-je ? rongés même de ce virus morveux ; le larynx ôc l'arriére-bouche aufli cruellement infectés, fans que la mem- brane pituitaire fût le moins du monde en- dommagée , quoique l'écoulement de ces humeurs fe fît par les nafeaux. On conviendra de la poflibilité qu'il y a que la morve s'établiffe dans les autres parties du mécanifme reconnues pour com- muniquer aux nafeaux , comme dans la membrane pituitaire. Mais les partifans de l'opinion que je combats, pour tirer une efpece d'avantage de celle que je propofe, & envelopper leur défaite d'un léger nuage, vont me demander : Mais comment fixer l'incertitude de nos idées ? Comment fa- voir le véritable fiege du mal, 6c adminif- trer le remède analogue à fa nature ôc à la partie qu'il attaque ? Suppofé que les fymptômes ne dénotent pas clairement la partie affectée, le pra- ticien , ou quelqu'autre que ce foit ( car la fureur épidérnique de médeciner envahit toutes les cervelles ) n'en fera pas pour cela fans refïburce. La morve, qui 3 comme la pulmonie ôc miile des maladies des Animaux. 129 mille autres maladies , ne tire , ce me femble , fa dénomination que de la partie où elle établit communément fon fieg|fr, c'eft-à-dire , de la membrane pituitaire ôc des narines , par où nous la voyons tou- jours s'écouler, dépend du vice des li- queurs ; on lèvera donc l'embarras que pour- roit produire l'incertitude , fuppofée pof- fible, du fiege du mal , en purifiant les liqueurs au commencement de la maladie. Divers caractères de la Morve. Dès l'invafion , l'humeur qui s'écoule eft toujours tranfparente, quoique d'une couleur variée Ôc qui n'annonce rien de bon. Lorfque cette même humeur eft puru- lente , fanieufe ôc noirâtre , qu'elle exhale une odeur qui révolte ôc fouleve , que l'animal, gêné de la refpiration , ne peut prefque pas ouvrir la bouche, malgré les efforts qu'il fait pour y réuflir, alors il n'eft plus tems de travailler à la dépuration des fluides 3 tout eft inutile. Le plus court parti c'eft d'aflbmmer le quadrupède ôc de l'en- fevelir profondément, pour éviter une con« tagion très-poflible. I i 3 o Hïjloïre Son incurabilité. En vain la théorie la plus lumineufe, à l'aide de l'expérience la plus longue, fe préfenteroit pour opérer la cure de la ma- ladie parvenue à ce dernier période. Je n'avance rien qui ne foit fondé fur ma pratique. L'ouverture des cadavres, intérieurement rongés par le virus morveux, ..me l'a démontré d'une manière invincible ; ôc c'eft ce qui nous amené naturellement au raifonnement qui doit finir de prouver que la membrane pituitaire n'eft pas le fiege exclufif de la morve, comme on le pré- tend. En effet, s'il refte inconteftable que toute maladie dépend du vice des liqueurs, il faudra néceffairement convenir que la morve peut s'établir dans tous les endroits qui ont communication avec la membrane pituitaire, ôc jamais l'expérience judicieufe de la liqueur corrofive ne fera preuve que la morve exifte exclufivement fur cette dernière partie. Parce que cette liqueur corrofive, injectée parles nafeaux, corro- deroit la membrane pituitaire, il faudroit en conclure que cette même membrane eft des Maladies des Animaux. 131 la partie la feule fufceptible de la morve , fon fiege local , fon unique afile ? Quelle abfurdité ! quelle irréflexion ! Qu'on me prouve au moins , pour me perfuader, que ces mêmes injections faites fur quelques autres parties du mécanifme de l'animal, n'y feront aucune impreflïon corro- five. Or , y parviendra-1 on jamais , puis- qu'il eft indubitable que parmi les parties qui compofent le mécanifme animal , il n'y en ait qui -, comme la membrane pi- tuitaire, ont l'aptitude de recevoir les im- preffions corrofives de la ligueur ? Que faut-il donc conclure ?• Que cette expérience , aufli ridicule qu'irréfléchie , n'autorifera jamais fon auteur à s'emporter en invectives, qui lui feront toujours plus de tort , à raifon de fon éducation ôc des fentimens dont je fuppofe qu'il fe pique, qu'elles ne molefteront les maréchaux, qui femblent, de concert avec plufieurs écri- vains vétérinaires , dévoués comme des victimes à fon humeur acariâtre ôc à fon dépit atrabilaire. Mais peut être n'eft ce pas pour plus ample preuve du fiege exclulif de la morve li •I.34. Hifioire dans la membrane pituitaire, qu'il fe per- met l'indécence de ces propos injurieux. C'eft un nouveau lieu dont il enrichit fa rhétorique ; mais c'eft dommage qu'il ré- ponde fi mal à fa prétention. Les fymptômes de la morve font un écoulement , par les nafeaux , d'une hu- meur plus ou moins claire ôc tranfparente, de différentes couleurs , le regard trifte , le poil hériffé , l'amaigriflement de tout le corps , la difficulté de refpirer. Il en eft encore d'autres ; mais comme ils paroiffent dans quelques individus, tan- dis qu'on ne peut les appercevoir dans d'au- tres , 6c que leur abfence n'empêche pas qu'on ne diftingue ôc faififle la nature de la maladie, nous nous permettrons de les paffer fous filence. Traitement curatif. Tels font les remèdes dont je me fuis toujours ferviavec fuccès. Le bézoard oriental tient un rang des plus diftingues parmi les fudorifiques , ôc eft très-propre ôc très-convenable pour la maladie fur laquelle nous difcourons. des Maladies des Animaux. iy$ La dofe eft un gros, fur une bouteille de taffia. C'eft la potion journalière fur la même quantité d'eau. L'antimoine ôc la thériaque peuvent fer- vir au défaut de bézoard j.on les emploie à la quantité de deux onces. On peut encore fubftituer le camphre à celui-ci ;■ on en prendra la dofe de deux gros. Le bézoard eft un fudorifique , la thé- riaque un cordial , l'antimoine un diapho- nique, ôc le camphre un antiputride. On trouvera encore pour la morve , un excellent remède dans le chapitre qui trai- tera du mal des os. Après avoir fait précéder les fudorp- fiques , on emploie la fumigation. Voici la façon dont je m'y fuis toujours pris : je mettois deux entonnoirs , faits exprès en fer blanc , dans les nafeaux du morveux; je lui couvrois la tête , afin qu*il ne perdît rien de la fumée. Cette méthode m'a tou- jours paru la meilleure , Ôc préférable à celles qu'ont propofé nombre d'écrivains, ôc notamment à celle où on fe fert d'une 15 4 Hifloire forte de boîte contenant un brafier où fe trouve adapté un tuyau qui va aboutir aux narines. En effet, une fumée qui monte ainfi fans interruption, peut-elle ne pas nuire à l'ani- mal ? Elle cmbarraffe le cerveau ôc porte l'étourdiffement dans cette partie , dont l'économie foutenue eft fi néceffaire au mouvement régulier des refforts , ôc au maintien de l'ordre icorhbiné du méca- nifme. Une atmofphere de fumée , rendue moins denfe par une plus grande filtration de l'air , ne feroit-elle pas plus fpécifique ôc plus falutaire ? Je me le fuis imaginé, ôc quoi qu'on en puiffe dire , l'événement a juftifie mon idée, ôc m'a porté à n'en point fuivre d'autre à cet égard. Après avoir placé la tête de l'animal d'une manière perpendiculaire au réchaud, je prenois : Une once de cinabre factice, Deux d'antimoine crud en poudre, Deux de mercure. Après en avoir fait un mélange complet, je les partageois en quarante prifes, dont des Maladies des Animaux» 13 j Yen faifois brûler une par jour, ôc que je ne jettois fur le brafier que petit à petit. Quand l'effet n'étoit pas affez fenfible dans certains individus , j'augmentais la dofe d'une demi-prife , comme je la diminuois d'autant lorfqu'il en étoit befoin. Quelque- fois la tête de l'animal enfloit. Dans ces circonftances il n'y a rîen de dangereux. La trop grande quantité des humeurs produit le phénomène. Le moyen de le faire difparoître c'eft de fufpendre la fumigation pour quelque tems, fans difcon- tinuer les fudorifiques. L'emploi que je faifois du mercure ar- mera fans doute , échauffera contre moi les ennemis conjurés de toute innovation dans le fyftême médicinal. Mais pourquoi ne pourroit-il opérer fur ranimai le même effet qu'il produit fur l'homme? D'ailleurs, l'événement a toujours confirmé ma har- dieffe à cet égard. Les lavemens rafraîchiffans font d'un ufage très-falutaire.. Tout le monde fait les préparer, je n'en dirai rien. Les herbes qu'on donne à l'animal pour I 4 15 6 Hifioire nourriture , feront foigneufement fanées au foleil. Le malade ne fortira jamais à la rofée. La boiffon , qu'on aura foin de renou- veller chaque jour, devra être continuelle- ment devant lui. On y mettra quelque peu d'antimoine, de criftal minéral, ôc quel- ques cuillerées à café de vin d'Auxane. Les injections avec une décoction d'é- molliens , ou l'eau de favon , feront mifes en ufage. Si elles ne font pas affez utiles pour guérir la morve dans la membrane pituitaire , puifqu'il eft reconnu qu'elle peut avoir fon fiege ailleurs , du moins ferviront-elles pour préferver cette même membrane des ulcères que peut y caufer le féjour d'une humeur corrofive qui ne peut que s'y arrêter , vu l'abondance qui s'en écoule j les injections diiïbudront le virus incrufté , nettoieront le tuyau , ôc fa- ciliteront l'écoulement. On ne doit pas oublier qu'au même inf- tant où l'animal eft reconnu morveux, ou même foupçonné de l'être , il faut le fépa- rer du refte du troupeau. Je ne puis mieux des Maladies des Animaux. 13 y en faire fentir la néceflité s qu'en difitnt qu'on peut regarder comme un vrai dé- laftre de ne pouvoir deviner quels font les animaux que la morve doit attaquer. En effet, j'en ai vu périr de cette maladie: mais qui s'y feroit attendu ? leur embon- point étoit à fon période ; gras , puiflans , pleins de vigueur ôc de force , n'ayant même perdu aucun poil , ils expiroient en quelque forte avec la rapidité de l'éclair qui fend la nue. Mais comment étoient-ils devenus mor- veux ? Le plus vraifemblable, c'eft qu'ils avoient pris cette maladie en communiquant ôc man- geant avec d'autres animaux déjà pris 6c rongés de ce virus morveux j car fi le germe leur en eût été propre , qu'ils l'exilent porté dans leurs fluides, tout le mécanifme s'en feroit très-certainement refî'enti. Rien de plus vrai, puifque des individus de leur efpece , gros ôc gras comme eux , promettant , par leur bonne conftitution ôc leur complexion vigoureufe 3 la fanré la plus durable ôc la plus inébranlable au choc d'une de ces dangereufes maladies qui r$8 Jïifioire viennent fapper très-fouvent le mécanifme jufques dans Ces fondemens, fans le terraf- fer ôc l'abattre , parce que le tems preferit par la deftinée, qui compte les jours de • tout ce qui refpiré, ôc fixe le terme de leur deftruction _, n'eft pas encore arrivé ; ces mêmes individus , infectés de ce virus mor- veux, Ce dépouilloient de ce brillant em- bonpoint, ôc ne préfentoient bientôt que le dégoûtant compofé 3 l'effrayante ôc nue architecture d'un fquelette décharné , cou- vert d'une fimple peau dépouillée de tous les agrémens, ne refpirant que le deuil Ôc la trifteffe. Or les quadrupèdes dont nous parlons ci-deffus, mouroient avec tous les fymp- tômes de la fanté la plus brillante , avec l'embonpoint le plus éclatant. L'œil avide du poffeffeur aimoit à fe repaître d'un fpec- tacle Cl charmant. Ses foins vigilans pour fes troupeaux fe plaifoient à s'admirer dans leur état pompeux ôc magnifique , ôc fem- bloient s'animer de plus en plus pour fe perpétuer une fcene fi confolante ôc fi vo- luptueufe pour l'homme laborieux. Mais le malheureux • dans l'inftant où il s'y atten- des Maladies des Animaux. 139 doit le moins, il a le défefpoir de voir périr fes troupeaux fans pouvoir percer le myftere qui lui dérobe le principe de leur mort. Cette vérité , qui prouve d'une manière fi invincible la néceflité de féparer tous in- dividus reconnus ou lbupçonnés morveux, n'établiroit elle pas aufli fortement celle que nous avons déjà démontrée dans notre première partie , ôc qui confifte à propofer à la direction des troupeaux, un blanc de préférence à un nègre? L'Européen auroit fait ce que n'a pas fiit l'Africain ; le premier morveux qui n'auroit pas échappé aux yeux attentifs d'un vifiteur exact, n'auroit pas communiqué fon mal aux autres quadrupèdes que la fubtilité du poifon vient de tuer fans âl- tcrer leur embonpoint. I40 Hi/loire CHAPITRE IV. Des Tumeurs lymphatiques & non charbon- neufes. ^1 cette maladie règne avec tant d'empire à Saint-Domingue , fi prefque tous les jours font marqués par les triftes effets de fa tyrannie ; c'eft que les exercices violens , les fatigues forcées dans les travaux, les voyages, les marches & les bains, la tranf- piration fupprimée ôc répercutée dans tou- tes ces occafions , fe perpétuent avec elle , nourriffent ôc alimentent continuellement fa fureur. Un peu plus de réferve 6c de circonf- pection , dans les plus grandes , comme dans les plus minces opérations des qua- drupèdes , pendant les féchereffes , les for- tes brifes ôc les tems pluvieux , on verroit les maladies exercer moins fréquemment de ravages fur les troupeaux ; on verroit moins fouvent les fluxions de poitrine, la pleuréfie, la courbature , en Un mot toutes des Maladies des Animaux. 141 les maladies inflammatoires du poumon , mettre les animaux à contribution , ôc notamment le cheval. La réalité de ces caufes eft fouvent conf- tatée par la prompte apparition ou învafion de la maladie , qui fuit toujours leur exif- tence d'affez près. Lorfque ces tumeurs qui la caractérifent ne fe déclarent que long-temps après la com- plication de plufieurs germes morbifiques, nés les uns des autres, la caufe de la maladie n'eft affurément pas douteufe , ôc la meil- leure preuve , c'eft l'état incurable de l'in- dividu qui nous la fournit fans nuage ôc fans myftere. Cependant, fans aucun égard pour les caufes véritables 6c premières, on ne date la maladie que du moment de fon invafion, ou de fon apparition, tandis que l'animal en étoit attaqué depuis long-tems , qu'il fouf- froit tacitement , ôc que le mal préparoit dans l'ombre fon explofion redoutable. Les fymptômes font prefque toujours dans l'apparition de la maladie. Les tumeurs qui la caractérifent fe jet- tent ordinairement à l'extérieur indiftinc- 14* Hifioire tement fur toutes les parties du corps, tantôt à la tête, tantôt au poitrail, tantôt aux euif- fes, ôc tantôt aux jambes ; leur fiége le plus ordinaire femble être deffous le ventre. Leur groff.ur eft très-conféquente , leur progreflîon remarquable ; les unes ont de- puis le volume d'un œuf, jufqu'à la grof- feur de la tête d'un homme ; d'autres , de figure plate , offrent une forme cir- culaire. Quoique l'animal en foit attaqué , il n'en perd pas l'appétit , ce qui fait fou- vent préfumer qu'il n'eft pas malade. Ces fortes de rumeurs ne font produi- tes que par l'épaiflîffemenr de la lymphe 6c des autres liqueurs. C'eft par elles que la nature voudroit fe décharger d'un poids qui l'opprime ôc interrompt le cours de fes opérations ( mais elle n'y réuflit pas toujours ). Ces humeurs fuperflues , occa- fionnées par l'épaiflilfement de la lymphe, ne pouvant fe porter au dehors, fe jettent 6c féjournenr indiftincttment dans toutes les parties plus ou moins cff-MiiieHes à la vie , dans l'intérieur de la poitrine ; elles s'épanchent autour du cœur ôc le long de des Maladies des Animaux. 143 la trachée-artere ; la tête de l'animal de- vient alors bouffie ôc monftrueufe. Ces humeurs , feules caufes de cer engorge- ment , fe filtrent ôc fe coagulent le long du canal aérien jufqu'à l'arriere-bouche. Elles portent quatre pouces d epaiffeur ; leur couleur eft jaunâtre. Dans ces fortes d'occafions l'animal ne peut refpirer. Il découle de fa bouche ôc de fes narines une efpece d'écume blan- châtre ; fa langue pend hors de fa bouche; un long ronflement, qui s'échappe du canal aérien , fe fait entendre à plus de cinquante pas. Alors , plus d'appétit ; Ôc depuis cet inftant jufqu'à la mort de l'animal, il n'y a pas plus de vingt-quatre heures , ôc qu'il paffe dans de fortes douleurs. Cette maladie n'attaque pas tous les individus indiftinctement. Comme elle a fa caufe dans les violens exercices , les quadrupèdes qui n'y font pas fujets , n'en reffentent jamais les cruelles atteintes. Nous mettons dans cette clafle les brebis ôc les cochons. Les chevaux , les mulets ôc les bêtes à cornes font donc les victimes dé- vouées aux effets de cette maladie. 144 Hifioire Quoique le caractère de ces tumeurs foit l'inflammation , comme l'annonce évi- demment la nature des caufes , on ne doit pourtant pas les regarder comme conta- gieufes ; car la vache, qui mugit auprès du bœuf, qui rumine ôc qui fouffle , n'en éprouve aucune altération. Le cheval man- ge , boit ôc dort avec la dernière fécurité auprès du mulet languiffant ôc moribond ; j'en ai moi-même fait l'expérience , en achetant des chevaux ôc les mettant avec ces quadrupèdes chargés de tumeurs. C'eft donc mal à propos qu'on leur donne le nom de tumeurs charbonneufes ou char- bon , maladie qui peut avoir quelque ana- logie avec ces tumeurs , mais qui ne lui fuffit pas pour juftifier la dénomination qu'on fe plait à lui donner , puifqu'aux caractères de l'inflammation le charbon réu- nit tous ceux de la contagion. Ces tumeurs produites , comme nous l'avons obfervé , par les exercices violens qui ont occafionné préalablement l'épaif- fiffement de la lymphe , ôc l'engorgement des glandes , font très fouvent incurables. Obfervez que c'eft toujours quand la com- plication des Maladies des Animaux. 145 plication exifte , ce qui eft très-probable quand la maladie fe déclare fans la moindre apparence de caufe prochaine. Mais lors- qu'on a vu le principe , ôc que l'invafion ou le développement l'a fuivi de près, alors on peut fe flatter d'opérer la guérifon. Traitement curât if. Tels font les remèdes dont on peut faire ufage dans les tumeurs fimples , Ôc dans les tumeurs que j'appellerois volontiers femi^intérieures , j'entends celles qui Ce jettent dans la trachée-artere , l'arriere- bouche, ôcc. Dans le premier cas , ils m'ont généralement réufli ; dans le fécond , quel- ques fuccès ont couronné mon efpoir. . Ce font des boiffons fudorifiques ; voici les fimples qui peuvent les compofer, les unes au défaut des autres : La chicorée , Le chardon béni v Le chardon Notre-Dame, t ■ . La petite centaurée , La dent de lion , L'aloès femper viva, Toutes fortes de vervennes, K Ï4<£ Hiftoire Vervenne puante, vervenne à cornes, ôc toutes celles qui ont un goût amer. Toutes ces fimples , en raifon du nitre qu'elles contiennent j font fudorifiques, diurétiques ôc déterfives ; on en fait une tifane qu'on donne, deux fois par jour, à la dofe d'une bouteille. Quant à l'opération relativeaux tumeurs, on les fcarifie longitudinalement à côte de melon , avec le fer tranchant. Mais comme tout le monde ne fe fent peut-être pas dans le cas de s'en fervir , on peut faire ufage du fer chaud. L'ouverture ou fcarification doit être plus ou moin? profonde , fuivant que la tumeur l'exige. Le centre en eft jaune comme une écorce d'orange ; il n'en découle au commencement qu'une humeur claire comme de l'eau de roche. Ces tumeurs ne font point fenfibles. Lorfque le fang, dont la fcarification vient d'ouvrir les vaif- feaux , s'eft une fois arrêté , On déterge la tumeur avec une décoction aromatique tiède. Cette opération fe fait tous les matins jufqu'à parfaite guérifon. Vers midi, on frotte la plaie avec l'onguent dont voici la recette. Sa propriété eft d'attirer, au moyen des Maladies des Animaux. 147 de lafuppuration, les humeurs qui produi- fent l'enflure. Onguent. Prenez : Suif...............1 livre. Réfine.............1 Huile..............1 Faites fondre le tout ; après qu'il eft un peu refroidi , ajoutez-y trois jaunes d'œuf battus. En voici encore un autre qui a toutes les qualités propres pour remplir l'objet qu'on fe propofe dans la cure de ces tumeurs. Onguent. Prenez : Jus de citron......1 bouteille. Efprit de fel.......z onces. Sel ammoniac......idem. Cantharides........idem. Faites bouillir le tout«enfembie pendant quelques minutes , ôc quand il fera tiède, frottez-en les tumeurs. Il eft encore une autre efpece de tumeur , qui dépend des mêmes caufes, ôc n'eft pas î 48 Hifloïrt moins commune que les autres ; elle en diffère cependant , ôc s'annonce par des caractères qui la font aifement faifir ôc recon- noître. Cette tumeur, que nous dénommons phleg- moneufe , eft accompagnée de chaleur , de dureté ôc de tenfion. Traitement curatif. On fait boire à l'animal des délayans ôc des humectans. On applique, fur la partie enflammée, les cataplafmes avec legombeau, la raquette Ôc les epinards. des Maladies- des Animaux*. 149 CHAPITRE V. Du Charbon ou Anthrax- V/N reconnoît trois efpeces de charbon t le charbon effentiel , le charbon fympto- matique , 6c le charbon intérieur ou fièvre char bon eufe. Charbon- effentiel. Le charbon effentiel eft à peu près; le même que le charbon intérieur. Dans l'un ôc l'autre , l'ouverture des cadavres nous, offre une coagulation générale du fang contenu dans les gros vaiffeaux, dans les artériels fur-tout. Le fang qui coule dans. lesve ines eft quelquefois diffbus ôc putréfié. L'un ôc l'autre eft de couleur noire. L?s vifceres les plus voifins du fiege font de la même couleur ôc tout fphacélés. Ce qui différencie ces deux efpeces de charbons , ce font des petites tumeurs noi- res ôc dures, dont l'abfence dans le char- K5 15 o Hifioire bon intérieur en conftitue la malignité redoutable. Si vous comprimez ces tumeurs, l'ani- mal témoigne la plus grande fenfibilité. Charbon fymptomatique. Ces tumeurs , qui éloignent un peu le charbon effentiel du charbon intérieur , le rapprochent du charbon fymptomatique. On peut les regarder l'un ôc l'autre comme un effort de la nature qui veut fe débar- raffer de ce germe maladif, de cette humeur fuperflue ôc cruelle qui la furcharge ôc l'opprime ; aufli doit-on foigneufement favo- rifer cet effort, ôc ménager la fortie de l'humeur. L'éruption , fuivie d'évacuation , déli- vrera la machine du poids fous lequel on la voyoit fuccomber 6c périr ; les refforts reprendront leur jeu , Ôc la fanté de l'in- dividu fe relèvera fur le point de fa chute. Comme cette maladie eft peu connue dans cette colonie, je ne m'étendrai pas davan- tage fur fon compte, pour ne m'occuper que du charbon intérieur, qui feul y fait fou- des Maladies des Animaux. i'ç-i vent d'affreux ravages. Si cependant les deux autres efpeces venoient à faire inva- fion , ce qui eft très poflible , puifque tous les trois ont à peu près les mêmes caufes ,. on pourroit confulter nos hippiatriques les plus connus , qui donnent à ce fujet les détails les plus étendus Ôc les notions les plus fatisfaifantes. Le traité du charbon , par M. Chabert, eft un ouvrage aulfi inftructif que lumineux, Charbon intérieur. Le charbon intérieur , que nous venons de définir, eft un fang coagulé dans les gros vaiffeaux ôc fur-tout dans les artériels, un fang quelquefois diffous ôc putréfié dans les veines , un fang toujours de couleur noire , qui refte concentré dans fon fiége clandeftin. On ne peut jamais le déter- miner fur la furface , parce qu'il enchaîne les mouvemens vitaux ôc les jette dans une efpece d'inertie ôc d'inaptitude, en forte qu'ils n'ont plus affez de jeu pour féconder les efforts du praticien. Cette efpece de charbon eft très-difficile à faifir. Pour moi, j'avoue avec fr,ànchiie &4 151 Hifioire qu'il m'a fallu laiffer périr quelques ani- maux faute de connoîtr,e leurs maladies , ôc pour m'affurer de fa nature. Eft-il de l'homme de voir clair au milieu des plus épaiffes ténèbres ? Peut-il deviner jufte , quand tout ne lui préfente qu'incertitude? D'ailleurs, qui n'a tué pour guérir ? En fait de médecine 3 Cou qui fe donne pour curateur infaillible ! Ce pouvoir eft trop contraire à l'harmonie de l'univers , qui n'exifte que par fa journalière deftruction , pour nous être jamais accordé. Rien ne le juftifie mieux que les expéditions des malades que font tous les jours les enfans d'Hippocrare. Tout ce qu'on peut donc faire ; 6c ce qu'ont fait les plus fameux théoriciens, c'eft de chercher dans un mal la fource d'un bien ; & ce ne fut jamais que fur ce fondement qu'ils bâtirent l'édifice de leur expérience. Les objets offerts par l'ou- verture des cadavres , combinés avec les fymptômes , font notre lumière ôc notre flambeau. Jamais maladie n'a fait de cette con- duite une loi plus exprefle que le charbon des Maladies des Animaux. 15 3 intérieur ; il eft d'autant plus cruel ôc plus défolant, que fes finiftres effets font cachés comme lui dans l'ombre du plus profond myftere. Sa marche eft prompte ôc rapide ; l'animal expire dans un embonpoint fi com- plet , que fi les fymptômes ne fe décla- roient pas, on feroit tenté de croire qu'il meurt fans être malade. Caufes. Le charbon a toujours été reconnu pour un effet des révolutions du tems , ôc notamment de Vexcès des fécherelfes. Et comme C\ ces caufes n'étoient pas affez cruelles par elles-mêmes , on femble fe complaire à préparer leurs effets défolans par mille imprudences aufli fatales que multipliées. Un animal fort du travail excédé de fatigue , dégouttant de fueur ; on le lâche dans une ingrate favanne , expofé aux brûlantes chaleurs d'un foleil ardent. Déjà les longues féchereffes, l'excès d'un pénible travail, ou la difette, ou la mau- vaife qualité des fourrages ôc des 'eaux 3 154 Uifioire avoient indubitablement préparé l'explo- fion du germe. L'épuifement, la chaleur brûlante, qui répand la flamme dans l'atmofphere, ôc l'aridité de la favanne , couverte à peine de quelques fouches d'herbes calcinées, en un mot la brife, qui vient fubitement ralentir ôc refroidir les liqueurs en action ; le fang épanché ôc coagulé dans les vaif- feaux engorgés ; la gangrené fe forme , le charbon intérieur exerce fa furie. Rien de plus vrai qu'une telle forma- tion du charbon. Re!flexion. En effet, un pareil ralentiffement de la circulation , reconnu capable de produire des phloglofes, éryfipelles, ôc phlegmons , ne produiroit-il pas l'anthrax ou le charbon intérieur ? ne pourroit-il pas occafionner des étranglemens dans les artères méfentéri- ques , ôc influer malignement fur les or- ganes ? Caufes poffibles. Un animal eft-il abandonné dans les paru* des Maladies des Animaux. 155 rages pendant la nuit ? un orage s'élève , une pluie fe précipite , l'animal reçoit fur fon corps tout le poids des eaux qui tom- bent en torrent. II n'a aucun feuillage qui puiffe lui offrir un abri contre les fureurs de la tempête. Il n'y a donc rien de merveilleux fi le germe éclôt Se Ce développe , au moyen de ces nouveaux principes, ôc produit ces funeftes effets. Réflexion. Cependant des hangards peu difpendieux ôc difperfés dans la favanne par les mains d'une fage économie, auroient pu prévenir tous ces cruels réfultats. Si je voulois faire l'analyfe de toutes les caufes du charbon intérieur qui naif- fent les unes des autres , ôc forment com- plication à peu près comme celles que nous avons obfervées dans les germes , elle me meneroit trop loin , ôc deman- derait des raifonnemens trop longs', fans inftruire davantage. D'ailleurs des chofes les plus vr&ies , Ci elles contrarient des opinions que l'intérêt de notre amour-pro- 15 6 Hifloire pre nous oblige à conferver ôc à défendre, nous avons la ridicule ôc malheureufe déli- cateffe de les traiter de paradoxes qui n'ont pour tout mérite que l'air féduifant de la nouveauté. Il faudroit combattre 3 s'épui- fer en raifonnemens , fe confumer en preu- ves ; je ne veux point entamer un débat aufli fatigant qu'inutile. Je pafferai donc promptement aux fymptô:nes. Symptômes. L'animal commence à fe promener dans la favanne ; il marche en flairant la tetre , prend une bouchée d'herbe , ôc s'arrête tout-à-coup fans manger. Il levé fièrement la tête , prête i'oreilie , comme s'il enten- doit quelque bruit au lointain ; il frappe fouvent la terre du pied de derrière , comme s'il vouloir fe garantir de la morfure de quelques infectes ; bientôt il repaît , mais avec une méprifante indifférence , il frappe encore la terre à plufieurs reprifes ; il fe couche , mange , fe roule , Ce relevé , ôc cherche à fe mordre fur le dos. Le venin qui le pique vivement, annonce,que le mal eft à fon période. des Maladies des Animaux: 157 Effectivement, ce malheureux individu , après avoir répété le même manège, levé fubitement la tête d'un air éveillé ; après s'être abattu, comme pour fommeiller , il fe levé avec tranfport, va flairer les autres animaux, à qui fon air rêveur ôc méditatif femble confier fon m. 1 ôc fa fouffrance ; le froid ôc la chaleur s'en emparent tout- à-coup ôc tour-à-tour. On reconnoît ces effets fucceffifs en touchant les oreilles du moribond ; le battement des flancs fe dé- clare ; enfin , après un moment des- plus terribles convulfions, l'animal chancelle, tombe ôc meurt. J'en ai fouvent vu expirer fans avoir donné aucun des fymptômes que nous venons de décrire 3 tant cette maladie eft terrible , ôc fes effets prompts ôc cachés. Il faut obferver que dans les animaux en qui on remarque ces avant-coureurs du trépas , on entend s'échapper de longs ôc pénibles foupirs, lorfqu'on prête une oreille attentive. Après des fymptômes aufli effrayans, on peut abfolument renoncer à guérir l'ani- mal. Cependant, puifqu'il y a une ou deux 158 H'fioire heures d'intervalle avant qu'il périffe, je donnerai toujours le remède. Le plus fpécifique Ôc le moins coûteux à mon avis 3 Ôc que j'appellerai volontiers préferva-curatif (1) , confifte à prévenir les caufes qui produifent le charbon. C'eft dans la prudence que git la falutaire phar- macie. Traitement. Voici les remèdes dont je me fuis tou- jours fervi j chacun peut les compofer. Fébrifuge. Prenez , efprit de vitriol, depuis une cuillerée à café jufqu'à une cuillerée à bou- che 3 ôc demi-cuillerée d'efprit de Cel. Mettez-les dans une pinte d'eau avec quelque peu de firop ou de fucre. C'eft un excellent fébrifuge qu'on peut employer également dans les maladies putri- des, comme, dans les fièvres charboneufes. La propriété de ce fébrifuge eft de tem- (1) Nota. Le terme eft nouveau. Exprime-c-il l'idée ?. .. il eft bon, il eft reçevable. Le iégiflateur du langage latin m'en garantit. des Maladies des Animaux. Î59 pé.rer l'effervefcence du fang , toujours en- flammé quand le charbon attaque un indi- vidu. Cependant j'avouerai que je n'en ai jamais fait ufage fur les animaux où j'avois obfervé les fymptômes effrayans indiqués ci-deflus ; je les avois condamnés incurables. Je ne l'ai donc adminiftre qu'en forme de préferva-curatif au refte du troupeau que je foupçonnois avec quelque fonde- ment être attaqué de la même maladie. Je ne m'appuyois en cela que fur la mul- tiplicité des morts ôc des malades , dont le nombre augmentait chaque jour ; je par- venois par ce moyen à éteindre ce brafier qui menaçoit d'un Ci grand incendie. Il eft vrai que je ne dois pas peu à cet autre remède dont voici la recette : c'eft une ti- fane qui , comme l'autre , me fervoit de préferva-curatif. J'en faifois ufage tour- à-tour ; la dofe du premier étoit d'une bou- teille donnée en deux fois ; celle du fécond eft d'un verre chaque fois, dans une demi- bouteille d'eau ; j'en donnois jufqu'à trois fois par jour. ï é"a Hijloirc. Tifane. Prenez : Eau..........3 bouteilles. Quinquina......i onces. Sel de nitre.....ï once. Vitriol romarin- • • • 7 once. Serpentin de Virginie. 2 onces. Faites bouillir le tout enfemble jufqu'à la réduction d'un tiers ; après ce degré de coction , on le paffe à travers un linge fin , puis on y ajoute : Huile de camphre* • • z gros. Extrait de mars.....idem. Comme l'enchaînement des chofes exigé par la combinaifon du difcours , n'a pas permis de réunir tous les traits affreux qui conftituent le charbon, ôc raffemblent fur lui tous les caractères d'incurabilité , nous allons décrire ici tout ce que nous avons obfervé dans les ouvertures des cadavres infectés de cette maladie. Nous avons trouvé dans le méfentere un fang noir ôc caillée la faveur des engor- gemens; dans certains il n'exhijapiaucune ^PKauvaife des Maladies des Animaux. ï Cl mauvaife odeur ; dans d'autres, il révol- toit. La groffeur étoit depuis un œuf de pigeon jufqu'à celle d'un pain d'une livre. Les inteftins, noirs ôc livides, avpient tous les traits de la putridité Ôc de la gangrené , ce qui ne prouve pas peu que j'étois en droit de condamner l'animal, en dépit de l'ap- pel qu'on prétendoit faire de ma fentence 9 fondée fur l'embonpoint de l'individu, qui n'en avoit éprouvé aucune altération. Un remords me défend de finir ainfi ce chapitre fans parler du traitement relatif à la tumeur charboneufe ; il fuffit en effet que l'anthrax s'annonce quelquefois par ce trait , pour que le praticien , qui doit entreprendre toute cure faifable j donne tous les moyens de le faire difparoître. Cette humeur eft caradtérifée par la cha- leur ôc la dureté. Moins il y a de fenfi- bilité dans la partie , plus il y a de dan- ger. Elle eft annoncée par le poil hériffé; Après avoir fcarifié la tumeur, il faut y appliquer, deux fois par jour , l'onguent dont voici la recette. On ne le ceffe point qu'il ne forte de la plaie un pus louable & de bon augure. L lét Hifioirt Onguent. Prenez : Arfenic........ï once. Souffre......• . .. ï idem. Antimoine en poudre, ï idem. Poix de Bourgogne... ï idem. Savon.........ï idem. Huile,........4 idem. Faites cuire le tout à petit feu , pour éviter la trop grande évaporation. Ce mé- lange , que l'activité de la flamme rend très-fufceptible d'afcendance , fera jugé fait quand il ne montera plus ; on ne ceffe de le remuer jufqu'à ce qu'il fe coagule , pour empêcher les minéraux de s'évaporer. Pour les autres médicamens , on peut employer ceux déjà prefcrits dans le char- bon intérieur. L'adminiftration n'exige au- cun changement. des Maladies des Animaux. 163 CHAPITRE VI. Des Vers artériels formant de gros anévrïfmes. J'en fis la découverte en 1780. On m'a publiquement frondé pour m'en être don- né pour le premier obfervateur. Pour ré- pandre un certain ridicule fur ma réputa- tion , on n'a pas craint d'employer publi- quement le menfonge : le terme eft fort, mais il n'exprime que la vérité. En effet, on a dit, à l'occafion de ma découverte, que les vers artériels avoient tout récemment été obfervés au Port-au- Prince par MM. Joubert ôc Sire , médecin du roi ôc chirurgien, ôc que ces Meffieurs en faifoient mention dans un opufcule imprimé en 1776, au fujet de l'épizootie régnante dans la plaine du Cul-de-Sac. Cet opuf- cule devoit fe trouver à l'Imprimerie du Port-au-Prince ; j'ai prié un ami que j'ai dans cette ville , j'ai prié le directeur lui- même de me le procurer à quelque prix que ce fût j ils m'ont répondu tous les deux que L z j<^4 Hidoïre l'impreflîon de cet opufcule n'avoit pas eu lieu , qu'ils dévoient le favoir. C'eft donc en impofer ; c'eft donc afficher le men- fonge ;. c'eft donc vouloir mettre obftacle à l'accroiffement des arts ? N'eft-ce pas en effet préparer, que dis- je! n'eft-ce pas dIFpofer, au moyen d'impo- fantes ôc fauffes autorités, le public à rejet- ter déformais toute forte d'obfervations ; monument glorieux d'un corps uniquement établi pour encourager le timide talent ôc nourrir fa tremblante émulation? Mais fuppofons pour un moment l'exif- tence de cet opufcule ; auroit-il détruit la nouveauté de ma découverte? On préten- doit avoir obfervé des vers artériels, mais a-t-on obfervé des gros facs anévrifmaux farcis d'un million de vers , fufpendant le cours de la circulation, occafionnant l'é- paifîiffement des liqueurs , leur engorge- ment, ôc leurs effets funeftes qui opèrent la deftruction entière de la machine ? Ils ont donc mal invoqué ? Leur juge- ment en défaut n'auroit donc fait que re- lever l'éclat de ma découverte, établir plus folidement fa nouveauté ôc lui prêter un des Maladies des Animaux. 16$ nouveau luftre ? Mais ils ont voulu la cou- ronner avec plus de fplendeur : rachetant par lemenfonge Pimpuiflance où ils étoient de trouver une vérité fatale à ma préten- tion _, ils ont généreufement juftifie tous fes droits. Je fuis fenliblement mortifié du facrifice qu'ils ont fait en ma faveur. Le défaut de jugement n'eft pas un crime , mais le menfonge eft toujours affreux. J'au- rois fouhaité que l'autorité qu'ils ont invo- quée eût été mife fur nos gazettes. Ce n'eût plus été un opufcule , mais une feuille périodique , j'en conviens ; mais aufli auroit-il été moins défagréable pour eux d'avoir battu faux, que d'avoir affiché l'impofture. On peut faire gémir le bon fens,perfonnenes'en affecte, tout le monde en rit \ mais trahir la vérité, en impofer au public par une aveugle jaloufie pour les in- térêts d'un amour-propre outré , c'eft indi- gner , c'eft irriter , c'eft foulever contre foi tout ce qu'il y a de gens honnêtes ôc ver- tueux. Pour ce qui me regarde perfonnelle- ment, l'indulgence fut un des dons pré- cieux dont la nature enrichit mon caracr L3 j 66 Hijioire tere; je leur pardonne , je fuis "même au défefpoir qu'ils -m'aient épargné les foucis d'une vengeance que je n'aurois jamais prife qu'ils ne foient eux-mêmes punis par leurs propres abfences. Puiffe ôc veuille le public ménager , comme je le fais, un corps qu'il n'avoit établi que pour en être éclairé, ôc qu'il doit fe repentir d'avoir vu perpétuer l'erreur ôc maintenir Ces ténèbres ! • Pour conftater invinciblement, ôc fans m'erigager dans une trop légitime cenfure, la nouveauté de ma découverte, je n'ai qu'à ramener ici notre détail fur l'objet de ce chapitre, extrait de notre lettre en réponfe à l'extrait des regiftres du Cercle des Phi- ladelphes , imprimée dans le n9. 31 de 1785. « Au moyen de ces perquifitions exactes w ôc fcrupuleufes , nous parviendrons à con- 33 noître au jufte fi réellement avant l'an- » née 1780 quelques médecins de chevaux » ont fait mention ôc ont effectivement » trouvé dans les artères des vers qui aient » oaafionné des anévrifmes, comme j'en 5> ai fait la découverte qu'on mecontefte». des Maladies des Animaux. 167 Objection. Ce font des faits qui établiffent ôc la nouveauté ôc la vérité de votre décou- verte \ mais de quel efpoir peut vous flatter fa publicité? Quel avantage pouvez-vous en retirer ? Eh ! n'en feroit-ce pas un de démontrer déplus en plus combien eft puérile ôc in- digne d'une ame fenfée cette opinion fi répandue qui ramené au maléfice la caufe des morts imprévues qui emportent fou- vent des animaux dans l'état le plus fain ôc l'embonpoint le plus brillant? N'en feroit- ce pas un de faire comprendre combien, lorfqu'il y a poflibilité d'autres caufes, il eft néceffaire de les chercher, de les ana- lyfer _, ôc de s'affurer de leur influence re- lativement à la maladie, ou à la mort qui vient de frapper d'un coup imprévu nos" efprits étonnés 3 au lieu de précipiter un jugement toujours hafardé , s'il n'eft pas toujours injufte ? Objection. Vue digne de tous nos éloges l Cette L 4 i6% Uïjloire funefte opinion n'a déjà que trop long-tems régné ; je crois cependant que c'eft là tout ce que vous pouvez vous en promettre. Les Cortez & les Pizarres volèrent cha- cun à la découverte d'un nouvel ôc riche hémifphere. L'immortel Génois leur avoit tracé la route. Je pourrois m'appuyer en quelque façon fur ces évenemens, mais je ne difllmulerai pas à moi-même que ja- mais , fuppofe qu'on trouvât, ce que j'ai cherché vainement, un poifon affez fort pour faire périr ces vers deftructeurs , on ne parviendra à fauver le malheureux in- dividu qui en eft infecté. Ce poifon , je le veux , ira les aflàiilir ôc les faire expirer dans leurs inacceflibles retranchemens. Mais leur fera-t-il évacuer la place ? le chariera-t-il hors des routes de la circulation ? Quel fera l'émondtoire par où s'effectuera leur émiffion ? Le cours de la marche du fang en fera-t-il moins fufpen- du ? Les engorgemens dans les artères ôc la ceffation des mouvemens du cœur en auront-ils moins lieu ? Le jeu ôc le reffort des parties folides du corps de la machine, d'où réfulte cette harmonie parfaite qui des Maladies des Animaux. 169 conftitue la fanté, en feront-ils moins inr terrompus ? L'animal abattu fous le poids du mal qui l'accable ôc l'opprime, fera en proie à des efforts violens ; ôc les mouve- mens convulfifs auxquels il Ce livrera pour fe fouftraire à la caufe irritante qui l'agite, ne produiront d'autres effets que d'accé- lérer fa perte. On ne peut difconvenir que le fang ne participe des qualités des alimens dont l'animal fe nourrit. La pureté , la bénignité ôc la méabilité de ce fluide, dépendant ab- folument de la falubrité 6c de l'intégrité des fubftances qui doivent fans ceffe le renouveller ; fi ces fubftances font viciées ôc malfaifantes de leur nature, l'aflimila- tion qu'en opéreront les organes digeftifs ôc ceux deftinés à la fanguification , fera toujours imparfaite j il en réfulteraun chyle tout aufli deftrudteur que celui réfultant des premières fubftances fera reftaurant. Ainfi , en partant de cette vérité phyfiologique , on doit inférer que des herbes 6c des four- rages furchargés d'infectes 6c d'une infinité de femences vermineufes, doivent nécef- fairement porter dans l'intérieur de la ma- *70 Hifioire chine animale, une fourmilliere d'œufs ' dont la ténuité ôc la fineffe permettent aux vaiffeaux abforbans de les porter dans le torrent delà circularion, ôc d'en parcourir tous les détours. Les plantes 6c le fourrage dont l'animal fe nourrit, ne font pas les feuls a la faveur defquels ces infectes parviennent dans fon intérieur ; les écumes de firop qu'on laiffe impiudemment expofées aux rayons brûlans du foleil , croupir avec la bagaffe., s'échauffer ôc fermenter, recèlent encore une bien plus grande quantité d'œufs & de larves de toute efpece d'infectes ; or cette écume doit nécefliiiremem porter dans le corps de l'animal qui la mange , une fource inépuifable de ferhence vermineufej enfin les eaux de mare infectes ôc bour- beufes , chargées d'animalcules que des milliers d'animaux vermineux ôc non ver- mineux y dépofent, font encore une troi- fleme caufe de l'introduction d'œufs, de larves ôc de vers dans'le fang des animaux domeftiques qui s'en abreuvent. Objection. Mais le fang d'un animal, jeune, 6c des Maladies des Animaux. 171 nouvellement arrivé , ne peut-il porter avec lui le germe de ces vers ? La chofe eft très-poflible , ôc nous pou- vons même admettre cette hypotheié com- ' me une vérité démontrée ; mais que pour- rons-nous en inférer ? Faudra-t-il, pour détruire les veri dont l'animal fera farci, le nourrir de fubftances entièrement cou- vertes de ces infectes ? Ne devrions-nous pas au contraire prendre tous les moyens poffibles pour l'en garantir par une bonne nourriture, ôc efpérer que ceux qui Pont déjà pénétré s'épuiferont faute d'être re- nouvelles ? car nous ne pouvons nous dif- iimuler que ces infectes vivent peu , 6c qu'il ne faut pas moins que la perfévérance des caufes que nous leur avons affignées, pour la production de tous les effets def- tructeurs qu'ils opèrent dans l'économie animale, ôc que nous allons décrire. Mais avant que de nous livrer à ce détail impor- tant , nous croyons devoir faire des vœux pour que MM. les habitans ouvrent les yeux fur leur véritable intérêt, qui eft la conferyation de leurs animaux ; elle côn- Ûfte à prévenir la maladie plutôt qu'à la \-ji Hifioire combattre , ôc ils la préviendront fûrement en s'occupant férieufement à faire ceffer les caufes dont nous avons fait mention ; des alimens, tant folides que liquides, bien fains, feront, non-feulement un antivermi- neux excellent, mais encore un moyen pré- fervatif pour une infinité d'autres maux. Effets des Vers, Ces vers artériels occafionnent à l'animal des convulfions ôc des fpafmes très-cruels dans les entrailles, que fuivent des tran- chées très-vives , ce qui prouve l'impéritie de ceux qui ne voient dans ces accidens que des fpafmes ôc des tranchées à combattre. Car méconnoître la caufe de roufc ces dé- fordres , c'eft négliger le foyer pour ne s'attacher qu'à l'étincelle. Il faut toujours en revenir à cet axiome : la caufe dé- truite , l'effet difparoîtra. Mais entrons dans de plus grands détails fur les effets de ces vers. Symptômes. L'animal eft trifte ôc abattu, fa tête penchée , fon œil morne Si langui/Tant j des Maladies des Animaux. 173 cependant il n'en fait pas moins Ces fonc- tions \ il boit, il mange , ôc toutes Ces ex- crétions s'exécutent, ses urines font ou •claires , ou rougeâtres , ôc extrêmement échauffées ; elles exhalent une odeur plus ou moins forte , fuivant Pintenfité de leur couleur. Si vous attachez l'animai, il fe plaint , il recule, tire fur fes longes ôc fe débat; fes jam- bes font dans une agitation continuelle , il trépigne , il fléchit les genoux , il s'appuie fur l'os de la couronne , il fe redrefle 3 il heurte la terre avec les pieds de derrière ; il eft impatient & inquiet; fa bouche eft, ou baveufe, ou feche ; il eft des momens où il femble s'affoupir ôc fommeiller, mais là tête étant penchée jufqu'à un certain point j il fe réveille fubitement ôc entre en fureur ; il faifit un peu de fourrage , il le ferre avec les dents, ôc ne le mange point. L'accès paffé 3 la rémiflion n'eft pas lon- gue , on peut même affurer qu'il n'y a pas ce qu'on appelle une véritable intermiflion ; l'animal paffe avec célérité de l'agitation à la tranquillité, mais cette tranquillité n'eft pas complette, il regarde ' à plufieurs re- ï 74^ Hifioirc prifes fous le ventre , ôc femble indiquer le fiege de fon mal ; il refte toujours de- bout ; s'il fe couche, ce n'eft que rfour fe relever fur le champ; Ces forces s'affoiblif- fent, il devient fourd , il fe plaint, il fou- pire j Ces jambes manquent fous lui, il trem- ble, tombe ôc meurt. Certains animaux ont les oreilles ôc le nez très-froids. Dans plufieurs animaux cette maladie '* parcourt rapidement fes divers périodes ; quelques-uns périffent fubitement, d'autres réfiftent à tous ces fymptômes effrayans un plus ou moins grand nombre de jours. J'étois fi familiarifé avec les fymptômes, que je ne craignis pas un jour de trop ha- farder en priant , au quartier Mourin , le procureur de l'habitation Menon, de me laiffer aflbmmer un mulet dont l'embon- point ne laifloit rien à defirer. Je m'enga- geai à lui compter mille livres fi je ne lui trouvois pas l'artère émulgente affiégée d'un million de vers. Ma propofitioa étoit d'autant plus hardie, que les fymptômes ne s'étoient encore que foiblement déclarés ', c'étoit à peine leur aurore. Le procureur des Maladies des Animaux. \-j< /bufcrivit à tout, Ôc l'événement juftifia ma conjecture , au grand étonnement de M. Da- zile, médecin du roi, prié d'aflîfter à l'opé- ration. Ce fut fur cette habitation que je fis la découverte dont nous dilcourons mainte- nant. A l'époque de ma réquifition il étoit déjà mort vingt mulets ; j'en vis mourir dix fept dans le court efpace de huit jours. Etat intérieur de l'animal dans cette maladie. Au moyen de l'ouverture que je fis de tous ces cadavres, j'obfervai dans les routes de la circulation des anévrifmes confidé- rables ; les uns avoient la groffeur d'un œuf de pigeon, d'autres celui d'un œuf de poule • d'inde. Ces anévrifmes avoient caufé dans les parties adjacentes des épanchemens dans le méfentere de certains individus ; dans d'autres , ils avoient donné lieu à des tu- méfactions plus ou moins volumineufes ; ces tuméfactions, de couleur, ou jaune, ou noire , entouroient les reins. Dans le plus grand nombre des fujets , l'ordre des vifceres , ainfi que le jeu de ces organes, étoit dérangé ôc embarrailé par jj6 Hijloire des tumeurs, des indurations & des épaif- fiffemens de toutes efpeces ôc de tous vo- lumes. J'ai toujours trouvé , au moins, deux anévrifmes dans chaque individu ; j'en ai remarqne même jufqu'à fept , placés de diftance en diftance fur une étendue de dix-huit pouces de l'aorte poftérieure. L'a- nimal n'offroit dans fon intérieur , ni épan- chement, ni engorgement, pas même au- cune trace d'inflammation. J'ai tous ces anévrifmes dans mon cabinet, où très-fou- vent les amateurs viennent les voir ôc fa- tisfaire'leur curioiîté. Telles font les léfions qui ont produit les convulfions ôc les autres fymptômes dont nous avons parlé ; mais voyons quelles font .' les caufes de ces anévrifmes ; il a fuffi de les ouvrir dans toute leur étendue , pour y , trouver un million de vers dont les mou- vemens en tous fens pouvoient être compa- rés à ceux des fourmis dans leur fourmil- liere. Peinture de ces Vers. ' Pour avoir une idée de ces infectes, peignez-vous un poil blanc de barbe, très- fin > des Maladies des Animaux. 177 fin i .de fix, fept, huit, dix , douze 6c qua- torze lignes de longueur , extrêmement affilé par les deux extrémités ; plufieurs de ces vers font Ci déliés, qu'il eft impoflïble de les appereevoir àj'œil nud ; mais par le moyen d'un petit microfeope on en dé- couvre des légions innombrables. Dans quelques-uns de ces vers , ôc fur-tout dans les plus volumineux, on obfervé à l'une de leurs extrémités une efpece dé mufeau cou- ronné d'une ligne faillante de couleur brune* Leur agilité eft inexprimable , il faut la. voir pour s'en former une idée jufte. Si on les touche avec la pointe de Pefcarpel, ils s'agitent fubitement , 6c le mouvement imprimé' à un feul, établit dans toute la mafie vermineùfe un ébranlement ôc un trouble général. Par cet expofé court ôc fimple de la forme de ces vers , de leur nombre , de l'agi!i,té donj ils font doués, ôc de leur vo- racité , on ..doit penfer que leur préfence dans des parties aufli reculées qu'effentielles à la vie , ne peut occafionner dans l'écono- mie de l'animal qui les recelé, que les maux IjZ Bifioire les plus affreux , dont la mort feule eft le terme. W\r m - r |g CHAPITRE VIL Des Vers dans les premières voies. JL e s vers artériels ne font pas les Ceuls contre lefquels les animaux ont à fe dé- fendre ; des ennemis en quelque forte plus redoutables, parce qu'ils font plus cruels dans leur morfure , viennent encore les affaiilir. On les^connoît fous le nom d'oef- tres. On ne fauroit concevoir la peine qu'il en coûte quand on veut les faire périr ÔC en débarraffer l'animal. Peinture de ces Vers. Leur volume égale la groffeur d'un hari» cot, ils en ont auffi la longueur. Leur bou- che eft armée de deux crochets 3 ôc leur corps rayé de petite barbe en forme de piquans, que le feul microfcope fait apper- des Maladies des Animaux'. îjy cevoir ; ils fe nichent toujours par group- pes de mille ; ils font attachés à la face interne de l'eftomac , comme les grains le font à la grappe j l'endroit qu'ils occu- pent dans ce vifcere eft à un pouce Ôc demi de l'orifice ou du pilore. Le duodénum n'en eft pas exempt ; je l'ai trouvé rongé mille Ibis par ces infectes ; ils ne ménagent pas plus l'orifice fupérieur de l'eftomac - fouvent ils attaquent ces deux parties à la fois , j'ai encore trouvé un très-grand nom- bre de ces vers dans le centre de l'efto- mac , qu'ils rongent ôc qu'ils dévorent. On ne peut mieux comparer leur nid qu'à celui des frelons ou des abeilles. On diroit que l'eftomac a été criblé exprès par des trous faits avec des gouttes d'eau forte. Ces infectes meurrriers y font cramponés , ôc s'y tiennent avec autant de force que d'a- charnement. Leurs mouvemens tumultueux 5c furieux femblent annoncer qu'ils bra- veront tous les efforts, ôc que rien ne fera capable de leur enlever la victime qu'ils dévorent. Les fymptômes qui indiquent leurpré- fence font très-difficiles à faifir. C'eft la M z 18 o Hifloire complication des lignes qu'ils fufcitent, qui produit l'incertitude de l'artifte. Ces vers meurtriers caufent toujours des convulfions, des fpafmes , des coliques 6c des tran- chées dans le même tems. 11 faut d'abord diftinguer les fymptômes de ces trois maladies, afin de porter un pronoftic affure. Ces fymptômes varient dans chaque in- dividu. Souvent l'animal alonge le cou, 6c fe couche ; prefque toujours il levé le bout de la lèvre fupérieure , comme l'étalon quand il flaire une jument. Quelquefois il replie la tête du côté des flancs , ôc les regarde avec tranquillité. D'autres quadrupèdes font plus violem- ment agités ; faifis fubitement par des dou- leurs aiguës, ils s'échappent dans la fa- ' vanne , fautent ôc bondiffent comme des jeunes ôc vigoureux poulains. On en voit qui s'élancent brufquement du milieu du troupeau , s'enfuient dans les écuries à toutes jambes ; ils font fubite- ment baignés de fueurs, ôc ils périffent dans les douleurs les plus cruelles. II en eft enfin qui font ajffbupis , qui des Maladies des Animaux. 181 ont la tête penchée , jettent par la bouche une grande quantité d'écume, ont en outre tous les lignes d'une fièvre maligne ôc inter- mittente ; ils perdent l'appétit , 6c meu- rent de la mort la plus prompte , quoi- que dans l'embonpoint le plus brillant. Je fus dernièrement appelle pour voir une cargaifon ; j'obfervaî dans des animaux attaqués de ces mêmes vers, les fymptô- mes fuivans : L'animal étoit on ne peut mieux por- tant , gros , gras , vigoureux ôc fain en apparence ; fix heures avant qu'on ne fût obligé de m'appeller , il mangeoit avec l'appétit le plus décidé. Tout - à - coup il eft extrêmement trifte , il s'abat , fes yeux font hagards , fon corps eft brûlant ; on remarque çà ôc là des gouttes de fueur fur la furface du cœur , le cœur bat avec violence. Les oreilles , le chanfrein ôc le bout du nez font très-froids ; les forces font éteintes , l'animal vacille ôc chan- celle fur fes extrémités ; il fe plaint, il pouffe des foupirs, s'abat , fe relevé, re- tombe ôc meurt. L'ouverture de ces cadavres morts avec M 3. 18 z Hiftoire les fymptômes décrits, m'a toujours offert des inflammations dans le bas-ventre, des épanchemens d'humeur coagulée> ou noire, ou jaune. Tous les animaux attaqués de ces vers meurtriers ne peuvent , pour ainfi dire, échapper, à la mort. Tous ces faits font le réfultat de mes propres obfervations , 6c fouvent la leçon m'a coûté très-cher. Dans l'année 1779 j'achetai un cheval échappé anglois ; fon embonpoint ne laif- foit rien à défirer , tout en lui annonçoit la fanté la plus parfaite. La nuit du troi- fieme jour qui fuivit mon acquifition , on vient m'annoncer que mon' cheval étoit près d'expirer. J'en fus d'autant plus fur- pris , qu'ayant paffé la nuit auprès d'un cheval malade, appartenant à M. d'Argons, alors général des ifles fous le vent , je n'avois obfervé aucune altération dans le mien, quoique je Peuffe très-fouvent re- gardé avec cette curiofité dont on ne peut naturellement fe défendre quand on fe plait dans un objet intéreflant qui nous appar- tient ; quoi qu'il en foit, je courus lç voir : ^ des Maladies des Animaux'. 1S3 fur l'infpection des premiers fymptômes dont j'ai tracé le tableau , je foupçonne les vers. Vîte je vole préparer un vermi- fuge ; mais je ne revins que pour être témoin du douloureux fpedtacle de fa mort. J'en fis l'ouverture fur le champ , l'évé- nement juftifia mon pronoftic. L'orifice intérieur de l'eftomac fe trouva fi bouché ôc fi obftrué par un million de vers , que Pair n'auroit pu s'infiltrer Il eft fi vrai que ces infectes rongeurs font un fléau capable de faire périr les animaux les plus fains ôc les mieux por- tans 3 que leurs ravages ont été confignés en dépôt au greffe de l'amirauté, au lu jet d'un procès qui fe forma, le 6 janvier 178.2, entre deux particuliers du Cap. Le premier avoir acheté de l'autre douze chevaux anglois : les voyant , pour ainfî dire , expirer au moment qu'il vient d'en faire l'acquifition , il réfufe de les payer. Comme je les avois tous ouverts , ôc que cette mort n'avoit d'autre caufe que ces infectes, ma dtépoficion fut exigée ôc eut force de loi , par Ja juftice ôc la fageffe ordinaires de M. le juge de l'amirauté. M4 184 Hifioire Caufes de ces vers. Le principe de ces vers ne peut être autre que c lui que nous avons indiqué dans le chapitre précédent. Certe maladie , pour avoir des effets fi rapides ôc fi funeftes , n'eft cependant pas incurable ; mais il faut l'attaquer dans fon principe , ôc adminiftrer les anti-vermineux à propos ; car pour peu que ces fecours foient retardés , l'ennemi dont il s'agit rend leurs efforts moins réels. Méthode curative. Voici quelques excellens vermifuges, dont on peut ufer de l'un au défaut de l'autre. L'huile empireumatique _, découverte par M. Chabert , en e.ft un excellent. On en donne un verre ôc demi à liqueur dans un verre d eau. L'efprit de térébenthine , infufé avec de la fuie de cheminée , en forme un fécond; on en fait boire à l'animal deux verres i liqueur dans un verre d'eîu, L'efprit de térébenthine, où l'on a fait • infufer deux grofles têtes d'ail bien con- des Maladies des Animaux. 185 caffées, en eft un troifieme. On le donne à la dofe de deux verres à liqueur , dans une demi-bouteille d'eau. On peut l'admi- niftrer jufqu'à quatre fois dans vingt qua- tre heures. Voici la recette d'un quatrième , qui eft aufli excellent : Prenez : Feuilles de tabac, ... 4 onces. Suie de cheminée , . . 4 onces. Vinaigre ,........1 bouteille. Faites bouillir le tout enfemble jufqu'à ce que les feuilles de tabac foient entière- ment cuites. La dofe eft de trois à quatre onces. Tous ces vermifuges font excellens. Je m'en fuis fervi plufieurs fois avec un luccès complet. On peut en donner, des uns ôc des autres , jufqu'à quatre fois par jour. Observation. Comme j'ai porté mon attention fur tous les individus indiftindtement , j'ai trouvé que la volaille n'étoit pas plus à l'abri de ces vers, que des maladies putrides i86 Hifloire Ôc charboneufes. Les engorgemens de fang , les hémorrhagies , le charbon , la gangrené ôc la mort, en étoient le réfultat ; l'ouverture des victimes m'a montré les inteftins farcis de ces infectes. On en voyoic une quantité ramper fur la furface des vif- ceres. Ces vers étoient bruns, 6c reffembloient à ceux des peins ; ils habitoient les roates de la circulation. Premier fait. J'ai trouvé le péricrâne d'un pigeon rongé par des vers. Cet animal venoit de mou- rir : je l'ouvris fur le champ , en préfence du chirurgien-major du régiment de Tou- raine. Ces vers avoient un pouce 6c demi de longueur ; ils étoient pointus d'un bout, très-blancs, très-minces ôc très-plats ; ils avoient un peu plus d'une ligne de largeur. Ce petit animal avoit de violens efforts avant de mourir ; fon anus éroit enflammé 6c tuméfié j il en fortoit quelques gouttes de fang très-noir j je lui ai trouvé de plus dans'le bas-ventre trois vers pointus des deux bouts , rampant fur la furface des des Maladies des Animaux. i%/ boyaux \ ils étoient extrêmement noirs, & longs de demi pouce. Deuxième fait. J'ai fait la même obfervation dans le pé- ricrâne d'un fuperbe cheval de l'efcadron de Belfunce , ouvert en préfence d'un ma- réchal-des-logis, ôc du capitaine des gens d'armes. Ces vers étoient au nombre de trois; il y en avoit deux longs d'un pouce ôc demi, l'autre d'un demi-pouce. Ils étoient égale- ment gris ôc pointus d'un bout. Par-tout, les effets deftrudteurs des vers fe font montrés à mes yeux avec l'apparence la plus effrayante ; d'où j'infère ( ce que je voudrois pouvoir graver dans l'efprit de tous les habitans ) qu'on doit chercher à pré- venir leur évolution, ôc que la maladie dé- clarée , il importe de lui oppofer fur le champ les moyens d'en arrêter les effets; il importe encore de ne point s'en rapporter à la nature pour la deftruction de ces infec- tes , parce qu'ils font au-deffus de fes forces. i88 Hifioire Troifieme fait. J'ai aufli trouvé des vers dans la verge ; ces vers font les mêmes que ceux que nous voyons dans les voiries dévorer les cada- vres putréfiés. Ils prennent naiffance au mi- lieu de cette craffe qui fe ramaffe dans le fourreau -, lorfqu'on n'a pas foin de le net- toyer 6c de l'entretenir dans la plus grande propreté. Ces vers une fois éclos établiffent des ulcères , ils rongent le fourreau ôc la verge; l'irritation qui en réfulte établit une tumé- faction plus ou moins forte dans la partie locale ; la maladie acquiert de la force, l'a- nimal devient trifte , dégoûté , il dépérit, les convulfions furviennent, ôc la mort ter- mine cet état. La mal-propreté eft une caufe de l'évolu- tion de ces infectes , d'autant plus certaine, que je Pai vu produire le même effet fur l'efpece humaine. J'ai vu , de mes yeux, les narines d'un nègre tomber en pourriture. Il appartenoit à l'habitation Lefebvre , à la grande rivière. Cette perfonne, après m'a- voir fait part du regret de perdre ain/i un des Maladies des Animaux. 18 j Nègre, fans pénétrer la caufe de ce malheur, me demanda fi je la conrioîtrois-. Je la lui expofe , ôc l'effet d'un remède promptement adminiftre , vient juftifier le pronoftic que j'avois porté ; des vers Portent en foule des narines infectées du nègre. Mais revenons aux animaux qui nous occupent ; les effets de ces ulcères, occa- sionnés par ces vers , font fi dangereux, que j'ai été une fois obligé de couper environ un pouce de la verge d'un mulet, en pré- fence de plufieurs gens de Part ; cette par- tie devient œdémateufe , elle fuppure ôc guérit. Cette maladie eft facile à connoîrre-; la partie eft enflée , l'animal y porte la dent, il la frappe prefque toujours avec lès pieds de derrière. Méthode curative. Il feroit inutile de recommander qu'on doit commencer par ôter les versifia partie; étant bien nettoyée des ordures ôc des infec- tes , on injecte, dans le fourreau , de PeA prit de térébenthine 9 de la faumure ôs.du jus de citron où l'on a fait infufer du tabac. jqo Hijîoire Quand la malpropreté Ôc les infectes ont difparu , on fe conduit comme dans une plaie fimple. Pour prévenir cette maladie du fourreau ôc de la verge , qui devient prefque toujours mortelle par la complication qu'elle forme avec d'autres vices qu'elle peut rencontrer dans les humeurs du fujet, il faut obferver une grande propreté. La même chofe doit fe pratiquer à l'égard des bêtes à cornes y des jeunes taureaux ôc des bœufs, ayant fait fur eux plufieurs fois la même obferva- tion. C H A P I T R E VIII. Du Spafme. .L E fpafme eft une des plus cruelles mala- dies , ôc 'qui attaque le plus fréquemment les animaux de Saint-Domingue. On ne fauroit jamais la traiter avec affez de pré- caution j car, dès qu'elle a fait quelques progrès, elle eft abfolument mortelle. des Maladies des Animaux. 191 Caufes, Un clou , une pointe de fer , un morceau de verre enfoncé dans le pied de l'animal , peuvent y donner lieu , fur-tout fi la partie endommagée eft humectée par Peau avant l'application de l'appareil. Les vers artériels qui forment les anévrifmes dont nous avons parlé, les vers oeftres dont nous avons fait mention peuvent encore le produire. Le fpafme produit par les anévrifmes vermi- neux eft incurable , il n'en eft pas de même lorfqu'il dépend des autres caufes rjue nous venons d'annoncer. Les foulures ôc les gravures de la foie y donnent également lieu, fur-tout lorfque ces accidens font négligés ou mal traités ; ils font très-fréquens dans ce pays-ci, de même que le fpafme qui en réfulte , vu que la ferrure n'eft prefque pas en ufage. Mais la caule la plus fréquente de cette maladie dans cette colonie , eft le paffage fubit du chaud au froid , ce qui arrive très- fouvent après les travaux exceflifs ôc les marches forcées , enfin la fraîcheur ôc l'hu- midité que les animaux éprouvent dans les I ç) i Hijloire favannes dans lefquelles on les abandonne après les avoir fatigués au point d'être cou- verts de fueur, épuifés de laffitude ; l'ani- mal éprouve les impreflions du vent 6c des injures du tems pendant le jour ôc pendant la nuit, d'où naiffent des tranfitions qui font la fource d'une infinité de maux, ôc prin- cipalement de celui qui nous occupe ici. Symptômes. Les fymptômes de cette maladie font très faciles à faifir; l'animal eft roide , fes mufclcs jbnt tendus,.fes oreilles dreffées, fes yeux agités de convulfions , fes dents ferrées, fa bouche pleine de bave qui coule au travers des dents ôc des barres ; fes mâr choiresfont.fi rapprochées, qu'il eft impoffi- ble de les ouvrir ; l'animal fubfifte dans cet état pendant cinq à fix jours ; la faculté de boire ôc de manger lui eft abfolument inter» dite ; toutes les autres facultés s'éteignent peu-à peu , ôc l'animal périt. Dans cette maladie , qui réunit tant de caractères différens , la faignée ne doit ja- mais être admife : cependant la maladie eft inflammatoire ; mais l'expérience, qui doit, l'emporter des Maladies des Animaux. iyt l'emporter fur tous les raifonnemens , a prouvé que cette opération étoit non-feule- ment contraire , mais conftamment mortelle. Cette même expérience a prouvé qu'il falloit s'attacher à rétablir la tranfpiration , a agiter les liqueurs , à détruire la rigidité des mufcles, ôc à fournir des iffues artifi- cielles à l'humeur. Méthode curative. J'ai toujours fait ufage du laudanum li- quide avec un grand fuccès ; j'en donnois depuis deux jufqu'à quatre onces. Les brûlures par tout le corps, qu'on a cru très-propres à rendre la chaleur à l'animal _, doivent être rigoureufement rejettées , parce qu'elles font abfolument inutiles, 6c qu'elles défigurent l'animal. Ce remède, qui nous vient des Efpagnols, a été conf- tamment dangereux. L'ufage des fêtons a eu au contraire des effets très-avantageux ; le fpafme ceffe à me- fure que la fuppuration s'établit ; ôc plus cette fuppuration eft prompte ôc abondante, plus la cure eft accélérée ôc complette ; rien ne peut fuppléer à l'évacuation qu'ils pro- N ! ^ 4 Hifloire curent ; maïs l'expérience a prouvé que le laudanum pouvoit être remplacé par les breuvages fuivans : Prenez : Urine d'homme......2 bouteilles. Tabac en feuilles.....4 onces. • Faites bouillir le tout en femble jufqu'à la réduction de moitié ; coulez, partagez la liqueur en deux»dofes. Donnez-en une par- tie , étant un peu chaude ; faites prendre la féconde après avoir ajouté ; Antimoine............1 onces. Fleur de foufre........idem. Mais cette dernière dofe doit être admi- nistrée en deux fois , ôc à fix heures d'in- tervalle. Les frictions mercurielles opèrent encore de très-bons effets , mais il faut avoir l'at- tention de les fufpendre abfolument quand l'animal commence à faliver. Celles faites avec le baume fucrier , & fuivies de la circonftance ci-deffous, font merveilleufes. On prend de ce dernier une demi-bouteille , qu'on délaye dans autant d'eau-de-vie ou de taffia camphré. des Maladies des Animaux. lyt Comme l'animal eft ordinairement conf- ' tipé, il faut le fouiller au moins deux fois par jour, ôc lui donner des lavemcns faits de décoction de ccffes, ou faits avec l'herbe à plomb. On peut y fuppléer ceux faits avec la térébenthine ou le favon. La boiffon journalière doit toujours être placée devant l'animal ; elle fera compofée d'eau que l'on aura fait cuire , fur quatre pintes de laquelle on aura mis une once de tartre fixe. L CHAPITRE IX. De ta Four bure. Caufes. Afourbure,qu'on peut regarder comme Une affection rhumatifmale, provient, com- me le fpafme, du paffage fubit du chaud au froid , des exercices violens, des travaux forcés , du retour de la bile dans l'eftomac, du racorniffement de ce vifcere. La fraî- cheur de la nuit, la rofée, les indigeftions, les engorgemens des liqueurs, font encore N z ï çfc JKifloire autant de caufes qui donnent lieu à cette maladie, ôc qui la compliquent le plus fouvent. Symptômes. La fièvre , la douleur 6c la roideur de l'animal. Souvent la fourbure dégénère en cour-j bature, ôc celle-ci en pleuréfie. Méthode curative. Les caïmans, donnés dès Pinvafion du mal, en arrêtent fouvent les progrès; mais lorfque la maladie réfifte , il faut avoir recours à la faignée, aux anodyns 6c aux lavemens émolliens ; on ne doit adminif- trer ces .lavemens qu'après avoir fouillé l'animal, attendu que la conftipation ac- compagne toujours cette maladie. Comme les humeurs fe jettent fouvent fur les extrémités , il faut en prévenir promptement les effets, pour empêcher que l'os du pied ne foit endommagé. Pour s'op- pofer à cet accident,on deffole ; cette opéra- tion prévient la chute des fabots 6c la perte de l'animal. des Maladies des Animaux. 197 Quand la fenfibilité des pieds eft moins confidérable , on fe contente d'ouvrir les pieds en pince jufqu'au vif; on applique deffus un plumaceau chargé d'onguent di- geftif, à l'effet d'établir la fuppuration. On recouvre l'appareil par une efpece de cuir de la grandeur du pied , qu'on fait tenir fur la plaie au moyen d'un fer léger que l'on fixe avec quatre clous non rivés. On réitérera ce panfement tous les jours, pour empêcher que l'humeur ne corrode l'os du pied. On pourroit fe trouver embarraffé pour faire foi-même cette opération , ôc l'em- barras feroit encore plus grand., fi l'on n'é- toit pas à portée des gens de Part ; en ce cas , on fe contentera d'appliquer fur les pieds malades des oranges cuites fous la cendre, on les emploiera au fortir du feu , après les avoir partagées par le milieu , ôc de frotter' les couronnes, les jambes ôc l'épine avec du fuif fondu ; c'eft ordinairement après ces frictions qu'on place les oranges cuites fur la foie du pied ; on les y maintient par une enveloppe faite d'un morceau de linge. Ce panfement doit fe renouveiler deux Nj îy3 JJiftoirt fois en vingt-quatre heures , obfervant ce- pendant que les fubftances ne foient pas trop chaudes. On peut fubftituer aux oranges ôc au fuif la cendre ; on en délaie deux poignées dans du vinaigre ou dans du vin ; on l'em- ploi:? pour frictionner les couronnes , les jambes ôc l'épine, ainfi.que pour mettre dedans & autour des pieds. Les bains aromatiques font excellens dans etre maladie. On prendra un fac, dans'ltou-d on mettra les feuilles de plantes aro;r::tiques qu'on aura déjà fait infufer dans Peau ; oa en couvrira le dos de l'ani- mal , '.x on humectera de tems en tems le fac ôc les plantes qu'il contient avec du tafiia , que l'on emploiera un peu plus que tiède.. La boiffon que l'on dorïnera, à l'animal aura été cuite ; on y mettra du criftal minorai ôc de l'antimoine , avec un peu de farine. La diette doit être rrès-févere. , Si le paffage d'un grand chaud à un grand froid a caufé la maladie , employez les cordiaux , la theriaque , ou le fel marin; pilez dans un mortier quelque peu de des Maladies des Animaux. 199 fuie de cheminée , quelques gouffes *d'ail j ôc de Pécorce d'orange ou de citron y ou du poivre , ou de la cannelle. Prenez , de ces mixtes cordiaux , celui qui tombe le plutôt fous la main , mettez-le dans une bouteille de vin , ou de faumure , ou de taffia. Après une infufion de quel- ques heures , coulez, Ôc donnez , à la dofe d'une demi-bouteille , trois à quatre fois par jour. CHAPITRE X. Du Mal des Os. C^i E mal fe jette fur les parties dures 3 aux cuiffes ôc aux jambes. Il fuit depuis le fabot jufqu'au poitrail, ne faifant, pour ainfi dire , qu'une plaie fur cette partie j il attaque aufli les futures des pariétaux ôc des frontaux, il y forme de grofîes exof- tofes. On l'a nommé mal des os ; il y a des per- fonnes qui le qualifient du nom de mal de lagon, prétendant que les émanations mare- N4 't %o6 Hiftoire eageufes y donnent lieu, ou que la boue de ces mêmes endroits où l'animal s'en- gage ôc s'embarraffe fouvent, Poccafionne. Pour/noi , je ferois très-porté à croire que ce mal n'eft que le réfultat d'une gourme jettée imparfaitement , d'un virus mor- veux , ou de tel autre que ce foit , la nature faifant des efforts pour fe débar- ralicr ôc fe décharger d'un fardeau qui l'ac- cable 6c l'opprime. Caractères de cette maladie. Les caractères de ce mal font cruels ; ils confident en petites tumeurs de la forme ôc du volume d'une châtaigne; ces tumeurs renferment une matière épaiffe, de la nature de celles que contiennent les athéromes ; ces tumeurs dégénèrent par la fuite en ulcères , d'où découle une matière tantôt blanchâtre , tantôt jaunâtre , ôc tantôt ver- dâtre.1 Comme l'hydre de Lerne , elles fe reproduifent à mefure que vous les détrui- * fez. Leur progrès eft rapide ôc cruel ; il faut promptement en arrêter le cours, Quand il attaque la tête d'un anima/ déjà vieux, on doit renoncer à le guérir. des Maladies des Animaux: 201 Le cheval en eft plus rarement attaqué que le mulet ; les animaux des Cafaïers n'en font pas à l'abri. Les caractères effrayans de cetre maladie ont très-long-tems prêté aux interpréta- tions les plus puériles ôc les plus abfur- des. Toujours on en chercha la caufe dans le maléfice. Cette fauffe opinion a fait juger ôc punir comme coupables un grand nombre d'innocens. Cependant ce mal ne dépend d'autre chofe que du vice de la lymphe. On peut comparer fes effets à ceux du virus véro- lique , cancéreux ôc dartreux ; il fe fixe fur les parties tendineufes 6c offeufes. Le centre de ces tumeurs renferme un bourbillon filamenteux , entouré d'une ma- tière gluante Ôc vifqueufe. Avant d'être parvenues à leur degré de fuppuration , ces tumeurs font très-dures. Souvent on les extirpe fans attendre la maturité. Il en coule un pus de différentes couleurs. Si on les laiffe invétérer, elles deviennent incu- rables. Il ne faut cependant pas atendre qu'elles foient parvenues à ce période pour iéparer •lot Hiftoire les malades du refte du troupeau ; cette maladie étant contagieufe , on doit faire la féparatiori au moment même de l'invafion. Il faut, au refte, prendre garde de con- fondre avec ces fortes de tumeurs, celles qui proviennent de contufions , de chu- tes, ôcc. Méthode curative. Dans le mal des os, tous les fymptômes annoncent la dépravation des liqueurs ; il faut purifier le fang. On remplit très-bien cette indication par le moyen fuivant, donc une longue expérience a prouvé l'efficacité. Prenez : Sublimé corrofif.. . . z onces. Beurre d'antimoine . z idem. Sel ammoniac......iz grains. Extrait de ciguë... . ï once. On met le tout dans une pinte ôc demie d'eau , qu'on fait bouillir à petit feu jufqu'à la réduction d'une pinte qu'on filtre à tra- vers un papier gris j on la laiffera repofer & on la filtrera de nouveau. On en donne tous les matins, l'animal des Maladies des Animaux. 20$ étant à jeun , fix cuillerées à bouche dar.s une bouteille d'eau, pour émoufler les pointes qui pourroient irriter Pœfophage, rompre les petits vaiffeaux, ôc caufer une hémorrhagie. Quand Panimal en a pris pen- dant trois ou quatre jours3 on peut augmen- ter la dofe d'une cuillerée, ôc,en continuant, la porter jufqu'à vingt, 6c la diminuer félon la force ôc la maladie de Panimal. On donnera ce breuvage pendant un mois. s Quant aux ulcères, il faudra les panfeï avec l'onguent égyptien. Il arrive communément qu'au bout de douze ou quinze jours l'animai devient plein de boutons ; on n'en doit point être- furpris, le fang fe dépure du levain mor- bifiquequ'il contenoit. Dans ce cas, on lave tout le corps avec des décoctions aromar tiques où l'on peut f.iire entrer les herbes à dartre ou Julienne, les quadrilles, Pé- corce d'abricotier , celle de bois à laitue ôc de figuier maudit. On obfervera foigneufement de ns pas laiffer mouiller l'animal. . Quand la maladie eft encore à fon com- mencement, j'ai toujours employé le feu io4 Hi/ioire avec fuccès. Après avoir brûlé en patte d'oie ces _ boutons naiffans , comme on peut le voir dans la planche des fractures , chap. XXVI, fig. a, on les frotte avec un digeftif compofé de térébenthine ôc d'un jaune d'œuf, que l'on bat enfemble. On peut y fubftituer le bafiiiçum ou le fuif; l'opération fe fait de deux jours en deux jours. Le douzième on lui fait trem- per la jambe dans la rivière ou dans la mare deux fois par jour, puis on déterge l'ulcère avec du taffia , ou l'eau de vie, ou les décoctions aromatiques, en empê- chant que Panimal n'y porte la dent. C'eft le meilleur moyen de guérir le mal ; il eft bien préférable à la chaux dont on fait \ ufage , qui mafque la matière ôc la retient fur la partie. Au bout d'un mois d'un pareil traite- ment , on peut faire de trois jours en trois jours des frictions mercurielles de la ma- nière fuivante. Prenez pour chaque friction deux onces onguent mercuriel ; étendez-le dans deux livres d'huile à l'aide d'un mortier ôc du pilon, 6c fervez-vous-en pour en oindre tout le corps de Panimal. des Maladies des Animaux: xq$ Dans le cours de la maladie , purgez-le de huit jours en huit jours , avec deux onces de foie d'antimoine , deux idem fleUr de foufre , que vous mettez dans un jverre de firop ou de miel 6c deux verres d'eau. Faites-lui boire tous les matins à jeun une bouteille d'eau de goudron. En voici la recette : Verfez quatre pintes d'eau chaude fur la valeur d'une pinte de goudron j remuez-les 6c mêlez-les intimement avec une cuiller ou une fpatule de bois pendant l'efpace de cinq à fix minutes , après quoi laiffez-Ies repofer , dans le vaiffeau bien fermé , pen- dant deux fois vingt-quatre heures, afin que Je goudron ait le tems de fe précipi- ter ; enfuite vous verferez tout ce qu'il y aura de clair, Payant auparavant écume avec foin fans remuer le vaiffeau. Vous en rempliffez, pour le befoin , des bouteilles que vous bouchez exactement. iod Tîifloire •»• --—— «--------- , —j CHAPITRE XL Du mal de Carot, dit improprement mal de Gou. Nature de la Maladie. v*ette maladie s'annonce par une tu- meur très-petite qui vient fur le garot aux chevaux ôc mulets qui n'ont pas encore porté de (elle , ôc qui , fi elle eft négligée , acquiert par ia fuite le volume de la tête d'un homme. Caufes. Souvent elle Ce déclare après un coup de dent d'un autre animal , ou après un coup de bâton. Quelquefois les animaux eux- mêmes! peuvent y donner lieu en fe frot- tant contre des arbres, des poteaux ôc des murs. Méthode curative. Il faut d'abord donner iffue à l'humeur, parce que fon féjour formeroit un foyer de des Maladies des Animaux: 107 matière, 6c ne peut que produire de très* funeftes effets. Si l'écoulement ne fe fait pas, 6c que la tumeur foit volumineufe, on la traverfera par un féton, dont l'une des ouvertures fera dans la partie la plus déclive de cette tumeur, afin de favorifer l'écoulement de la matière fupurée. On frotte le féton avec l'onguent bafilicum , que l'on anime par le moyen de la poudre cantharide. On le re- tourne de tems en tems.' L'écoulement une fois établi, on lave tous les matins la plaie 6c le féton avec de l'eau de fa von bien diffous. Lorfque le féton aura établi une bonne fuppuration, ôc que la tumeur'du garot fera diflipée , on fubftituera à l'onguent des dé- ferlions avec des feuilles de plantes aro- matiques. ' On eft dans la mauvaife habitude de vou- loir réfoudre cette tumeur par le moyen du fuc d'orange ; mais lorfque la matière eft formée , ce moyen endurcit la peau , ôc donne à la matière fuppurée le tems de faire les plus grands ravages. Il y a des perfonnes qui, à cette funefte 2oS Hijloire manie , ajoutent celle de porter le feu fur la tumeur en forme de grille. La tumeur difparoît pour quelque tems 3 mais ce n'eft que pour fe reproduire bientôt, ôc fouvent avec des caractères plus malins. Le cuir brûlé ôc bigarré par le feu, déprécie Pani- mal. Je Pai toujours purgé jufqu'à fix fois pen- dant le cours de cette maladie. Je le mets à l'ufage de l'eau de goudron, tous les ma- tins à jeun , à la dofe d'une bouteille. Pour retirer de ma méthode tout le fuc- cès qu'on peut s'en promettre , il faut pren- dre le mal du moment de fon invafion. C'eft faute d'une pareille précaution qu'on perd tant d'animaux. Cette maladie ne s'annonçant que par de légers fymptômes, on la méprife, on fe figure que ce n'eft qu'un petit dérange- ment que la nature vient d'opérer, ôc que la nature le réparera. Les fêtons peuvent être entretenus ^ non-feulement jufqu'à la parfaite guéri- fon, mais encore autant qu'on le juge à propos. C'eft un des meilleurs remèdes ; la preuve en eft que le cheval d'un particulier du des Maladies des Animaux. 10 ef du Cap ayant été inutilement très-long-* tems traité de cette maladie dans des mainsi étrangères , avec Je feu ôc les oranges, for- tit en très-peu de jours radicalement guéri de chez moi* J'entretins la fuppUration éta- blie , au moyen des fêtons, pendant Pef-* pace de dix-huit mois. J'ai pratiqué la même chofe dans une infinité d'occafions , 6c toujours avec le même fuccès. «== ' ï u; CHAPITRE XII. Des Maladies de la Peau. | i es plus connues à Saint-Domingue font la gale ôc le farcin. La gale attaque les brebis ôc les chèvres ; fouvent elle infecte les chevaux, lesmuletSj les bêtes à cornes ôc les chiens. Caractère. Cette maladie s'annonce par de petits boutons qui s'élèvent fur la peau ; l'humeur acre qui en fuinte, détruit fouvent tous les filets de la laine, 6c les fait tomber , en force Q / 11 o Hifioire que la peau fe trouve dépouillée dans plu* Meurs parties du corps. La gale dépend du vice des liqueurs ; il faut l'arrêter dans fon principe, en lui op- pofant un pfompt fecours j fans cette pré- caution, elle dégénère en maladie plus grave. Méthode curative. On fait une décoction de tabac, où l'on met du vinaigre avec un peu de fel marin ; on en lave le corps de Panimal tous les jours au foleil. Quelquefois, pour faire évanouir cette gale, il fuffit de la frotter avec du tabac mâché ôc bien imprégné de falive. Au bout de quatre à cinq, jours on fait une frictioa légère avec une livre ou deux d'huile d'olive, où l'on fait diffoudre deux onces d'onguent mercuriel ; on broie l'onguent mercuriel dans un mortier, où l'on jette l'huile petit à petit. L'huile de poiflon peut être fubftituéeà celle d'olive ; à celle-ci on peut encore fubf- tituer l'extrait de faturne. ' On répète ces frictions depuis deux juf- qu'à trois & quatre fois, 6c plus, fi le cas l'exige, de trois jours en trois jours. des Maladies des Animaux. 211 Après trois femaines ou un mois, j'ai tou- jours fait prendre les bains aromatiques. La faignée précédoit toutes mes opéra- tions j je la repétois deux 6c trois fois, félon la force de l'animal, que j'avois le foin de féparer du troupeau. Chaque matin à jeun je lui faifois boire une bouteille d'eau de goudron y avec un verre à liqueur de vin d'Euxam. Je mettois toujours dans les fourrages une cuillerée à bouche de beurre , d'antimoine , 6c quelques pincées de fleur de foufre. Je tenois toujours devant l'animal une baille pleine d'eau , où j'exprimois quelque peu de jus de citron ou d'orange fur du limon ou du tamarin ; j'y ajoutois quarante- cinq ou cinquante gouttes d'efprit de fel ammoniac. Le meilleur moyen de faciliter l'effet du traitement, confifte à ne laiffer l'ani- mal fe mouiller , ni fortir dans ia favanne, que le foleil n'ait entièrement dilfipé la rofée. On le fait rentrer au moment que le foleil difpàroît, 6c que le ferein com- mence à tomber. On doit faire parfumer l'écurie. On purge Oz 112.' Hifioire les chevaux toutes les femaines une fols jufqu'à la parfaite guérifon , avec deux onces d'aloès, ôc quatorze ou quinze grains de gomme gutte , que l'on fait diffoudre dans une pinte d'eau chaude. On rend ce breuvage moins défagréable , en y ajou- tant un demi-verre de firop. J'ai fait quelquefois ufage du jalap, à la dofe d'une ou deux onces , dans un verre d'eau tiède, également adoucie d'un peu de firop. Le tout étoit parfaitement délayé avant l'adminiftration. CHAPITRE XIII. Du Farcin. Caractère de la Maladie. M j E farcin eft une maladie des chevaux, chronique ôc contagieufe , caractérifée par des tumeurs plus ou moins confidérables, plus ou moins dures, ôc quelquefois skir- reufes, qui fuivent le trajet des gros vaif- feaux, ôc forment une efpece de chapelet; elles parviennent lentement en fuppuration a des Maladies des Animaux. 2.1$ dégénèrent en ulcères vermineux , féti- des , cancéreux , ôc jettent enfin l'animal qui en eft attaqué dans la langueur ôc Pépui- fement. Caufes. Les caufes principales de cette maladie font : les travaux forcés , les exercices vio- lens , fi funeftes dans les féchereffes , les tems pluvieux ôc humides, qui conftituent la température de ce climat ; la mauvaife qualité des fourrages ôc des eaux ; en un mot, la maladie peut venir de ce que l'ani- mal n'a jette fa gourme que très-imparfai- tement. Toutes ces caufes font bien capa- bles de dépraver la lymphe ; cette dépra- vation eft toujours le vrai principe de la maladie. La gale peut dégénérer en farcin, ôc s'in- vétérer au point qu'elle forme une croûte affez femblable à Pécorce d'un arbre. Il faut, comme toutes les maladies, prendre le farcin au moment de fon inva.- fion. Méthode curative. J'ai toujours fait ufage , avec le fuccès o5 A 14 Hi/loire le plus complet, des remèdes indiqués pour la cure de la gale. CHAPITRE XIV. Des Maladies pédiculaires. V-/N voit des chevaux 6c mulets dont tout le poil eft couvert d'œufs de poux. Cette maladie, pour être défagréable, n'eft ni conragieufe, ni dangereufe. Elle dépend des qualités du fang, de la mauvaife dif- pofition des liqueurs. Elle ne fe commu- rique ' .mais, je puis Paffurer d'après l'ex- périence. On peut avoir remarqué comme moi, que fur un très-grand nombre d'ani- maux , il ne s'en trouvoit que très-peu qui en fuffent attaqués , fans que les autres, qui mangeoient avec eux .dans la même écurie, ôc paiffoient dans les mêmes pâtu- rages , en rcffentiffent l'atteinte la plus légère. Ceux qu'elle affecte font maigres ôc languiffans ; leur poil, hériffé, eft tou- jours mort ôc fans confiftance. U eft certaines occafions où l'individu 1 des Maladies des Animaux. 115 malade , faifant fuppofer le même déran- gement, fa difpofition ou fa poflibilité dans le refte du troupeau , la prudence doit faire prefcrire un traitement général, com- mun à tous les animaux qui compofent le troupeau. Mais dans la circonftance dont il s'agit ici, on peut fe borner à la cure des ani- maux actuellement affectés , n'étant pas néceffaire d'étendre le panfement plus loin, puifque la contagion , loin d'être à redou- ter , n'eft même pas poflible, à moins qu'oa ne fuppofe dans tous les individus la même difpofition. Méthode curative. Pour le fuccès du traitement, il faut faire ce qui eût été néceffaire pour préve- nir la maladie , obferver une extrême pro- preté dans les écuries ôc fur le corps de l'animal. On doit s'attacher à purifier la maffe du fang, à corriger le vice des liqueurs. On voit bientôt périr tous les poux, Ôc les œufs qu'ils ont dépofés deviennent inféconds. o4 %\6 Hlfioire Chaque matin on fait avaler à Panimal ; qui fera à jeun , une bouteille d'eau de goudron \ on y mêle une ou deux onces d'antimoine. Cet anti-putride ôc dépura* tifpeut être adminiftre pendant deux ou trois mois, s'il le faut. Pour les frictions néceffaires à l'extinc- tion des œufs ôc des infectes qui les ont dépofés , on emploie l'onguent dont voici la recette, avec la manière de s'en fervir. Onguent. Prenez une bouteille d'huile ôc une demi- livre de foufre en canon. Faites cuire le tout enfemble , jufqu'à ce que le foufre foit fondu, à la réferve d'un léger.fédi- ment qui refte toujours. On connoîc que cette liqueur a acquis le degré de coction néceffaire , lorfqu'une goutte répandue fur la terre la blanchit, à Pinftar de l'extrait de faturne. Alors on. le coule dans un autre vafe, où l'on aura • mis quatre onces d'huile de tartre par dé- faillance ; on le repofe fur le fourneau juf- qu'à ce que la matière fojt devenue blan^ châtre. des Maladies des Animaux. 217 On frotte le corps de tous les animaux affectés de cette maladie , ôc ce même remède convient également à ceux qui le font de beauvaires , de crinons 3 de cirons ôc autres infectes , dont la préfence finit affez fouvent par faire naître la gale 6c le farcin, » . " "*"""-■"■-...... "T CHAPITRE XV. Du Clapot. I i e s chevaux en font plus communé- ment attaqués que les mulets. Caractère de la maladie. La putréfaction des oreilles earadtérifô cette maladie. Sa caufe. Elle reconnoît pour caufe la plus ordi- naire 3 la mal-propreté; la caufe prochaine eft due à des poux , connus fous le nom de tiques dans cette colonie. Ils s'intro- duifent en grand nombre , ôc fe multi- % 18 Hifloift plient dans l'oreille de l'animal ; ils vont même fe retrancher jufqu'au fond de cet organe, ôc y établiffent un ulcère chancreux. Les coups de dents des autres animaux, les coups de bâton peuvent encore y don- ner lieu, par la meurtriffure qui en réfulte, 6c qui dégénère en ulcère malin. La dou- leur qui en eft la fuite, peut occafioiner le fpafme ou la folie. On reconnoît cette maladie à Pi'batte- ment de l'oreille ôc à fa tuméf. dion , fa dureté ôc fa parai yfie. Le traitement, loin d'être négligé, doit au contraire fe faire du moment que le mal fe déclare ôc que les fymptômes l'in- diquent , fi l'on veut obtenir la guérifon. Méthode curative. Après avoir bien nettoyé les oreilles, on y injede jufqu'au fond quelques gout- tes de jus de tabac Ôc de citron mêlés enfem- ble, l'onguent gris, diffous dans un peu d'huile , peut y être fuppléé. Ce traite- ment m'a toujours réufîi. des Maladies des Animaux. 119 CHAPITRE XVI. Des Tranchées. UN en reconnoît de plufieurs efpeces. Nous ne parlerons que des plus ordinai- res. Nous en avons obfervé de deux for- tes , dues à la préfence des vers dans les artères 6c les premières voies. Nous ne parlerons ici que des tranchées de réten- tion d'urine, Ôc des tranchées rouges. Caractère de la maladie. L'obftruction de l'urètre , ou l'échau£ fement, produit la rétention d'urine. Celle- ci eft bientôt fuivie de mouvemens con- vulfifs ôc fpafmodiques. Symptômes. L'animal fe levé 6c fe couche fucceffi- vement. Il regarde fes flancs, fe difpofe à uriner, fans le pouvoir, remue la queue 6c la redreffe. 420 Hijloirâ ^ Méthode curativel On commence le traitement par une (aignée à la jugulaire. Si les tranchées ne cèdent pas, on ouvre les deux veines des flancs , obfervant de les fermer prompte- ment, après une effufion raifonnable , fup- pofe que le fang forte avec trop d'abondance. L'opération faite , on fait avaler à Pani- mal un breuvage , compofé de deux verres à liqueur d'efprit de térébenthine , ôc d'une demi-bouteille d'eau. Le jus de citron ou d'orange fure , à la dofr / • demi-verre, fur la même quantité' a'eau* peut fuppléer à l'efprir de térébenthine. On doit faire un gimd ufaTe des lave- mens avec le jus de ces végétaux, ou bien encore avec du favon bien diffous. 'La boiffon doit être continuellement de- vant Panimal; on Pacidule de vinaigre ou de f§\ marin ; Peau firopée peut y fuppléer. Des Tranchées rouges. Elles ont une forte d'analogie avec les tranchées de rétention d'urine , en ce que dans l'un 6c dans l'autre cas l'animal fe des Maladies des Animaux: ni confume en efforts impuiffans pour uriner. Les tranchées rouges fe reconnoiffent par les mouvemens de Panimal, qui fe débat, fe vautre, ôc cherche fans ceffe à fe coucher Ôc à fe relever : les borborig- mes , le battement ôc le gonflement des flancs , les regards que Panimal y porte , le trépignement des pieds de derrière , le tremblement 6c le dégoût, la fueur des tefticules 6c la difficulté d'uriner , font des indications qui dévoilent la maladie & la font connoître fans nuage. Méthode curative. Pour en opérer la cure , j'ai toujours employé les potions , faites avec une poi- gnée de fleurs de l'herbe mammaffouffon , que je faifois bouillir dans deux pintes d'eau, jufqu'à la rédudion de la moitié, ce qui forme la dofe pour chaque animal ; on la double j fi le cas l'exige. Les feuilles peuvent être employées au défaut de fleurs ; les potions qu'on en pré- pare fervent également pour vermifuges. Le remède qui fuit peut s'adminiftrer avec un égal fuccès dans les tranchées de 2z* Hifiolre rétention d'urine 6c dans les tranchées rougssjj Prenez une certaine quantité de coquil. les d'huître calcinées au feu, réduifez-les en poudre -y mettez - en une demi - livre dans deux bouteilles d'eau ; fecouez fouvent le vafe ; après une infufion d une heure , agitez-le encore, 6c filtrez à-travers d'un linge ce qu'il contient. On peut en don- ner depuis un demi-verre jufqu'à un verre entier. C'eft un remède encore très-fpécinque pour la gravelle. CHAPITRE XVII.; Des Coliques venteufes. \J E toutes les maladies qui affe&ent les animaux, il en eft peu qui foient accom- pagnées de fymptômes plus alarmans, ôc fuivies d'effets plus prompts, que ce genre de coliques. L'air qui fe dégage des ali- mens dans cette circonftance, diftend l'efto- mac ôc les inteftins avec tant de force, que l'animal fuccomberoit promptement j fi l'on des Maladies des Animaux'. 223 ne fe hâtoit de le fecourir. Cete diften- fion comprime tous les vaiffeaux du bas- ventre , au point de faire refluer le fang dans la poitrine, 6c de faire fuffoquer Pani- mal , à moins qu'il ne fe faffe des ruptu- res dans les vaiffeaux de l'abdomen , d'où réfultent des hémorragies qui ne font pas moins dangereufes. La diftenfion eft quel- quefois portée au point d'occafionner la dila- cération de l'eftomac ôc des inteftins. Les fymptômes de cette maladie étant connus de tout le monde , nous nous difpenfe- rons de les décrire ; nous nous bornerons à indiquer la méthode curative qui jufqu'icî nous a le mieux réufli. Méthode curative. Prenez deux bouteilles d'eau de leflive ou de cendre , faites-la bouillir avec une once d'anis 6c une poignée de baume ou de menthe. La codion doit la réduire à la moitié. Vous en faites boire à l'animal deux ou trois bouteilles dans l'efpace de vingt-quatre heures. La faignée ne doit jamais avoir lieu. On %z+ ÏÏiJlolre fouille exadement Panimal deux ou trois fois par jour. On lui fait prendre des lavemens en quantité avec de Peau de favon, ou bien encore avec le breuvage' préparé. CHAPITRE XVII L Des Maladies du Pied. Î3 I le préjugé s'oppofe trop fouvent à la curationdes maladies des animaux, on peut dire que celles du pied éprouvent cet effet bien plus que celles d'aucune autre partie. Un animal vient-il à boiter ? d'abord la prudence examine ; mais de quel œil ? La caufe naturelle ôc phyfique du mal échap- pant aux recherches trop fuperficielles, on conclud que la claudication n'eft qu'un effet inconteftable de maléfice , parce que l'animal ne peut boiter fans caufe, ôc que celle des claudications eft fouvent diffi- cile à apperceYoir. 'Caufes. dis Maladies des À'nimàuXi ilj Caufes. Les maladies du pied reconnoiffent plu- lieurs caufes ^ dont les principales font : les piqûres de doux 6c de verre , qu'on jette fi imprudemment dans les favannes, au lieu de les enterrer chaque fois 3 les foulures ôc les épines. Quelquefois elles Viennent d'une excroiffance de chair à la foie charnue , ayant la forme ôc le volume d'une cérife. Rien n'eft plus commun que d'attribuer à l'épaule ou à la hanche la caufe de la claudication , qui fe trouve! le plus fouvent dans le pied. Ce préjugé 9 auquel un grand nombre de propriétaires font attachés , â fouvent rendu inutiles les eonfeils que j'avois cru devoir donner pour la guérifon des animaux fur l'état defquels j'avois été confulté. Voici un fait qui fera fentir jufqu'à quel point ce préjugé eft enraciné. V5n habitant du quartier marin avoit un mulet qui boitoit^depuis deux ans. PIu^* fleurs maîtres de l'art en avoient tour-à- tour entrepris la cure. Éblouis par le pré- jugé, tous traitèrent comme mal, ce qui P %i& Hifioirt ne l'étoit nullement , ôc n'en avoit pas même la moindre apparence. Un d'entre eux, à qui le propriétaire en avoit en der- nier reffort confié la guérifon , avoit appli- qué fur l'épaule une roue de feu. Six mois furent employés à pofer 3 lever 6c repofer des appareils de gombeau fur une plaie qui fembloit n'avoir été faite que pour nous ôter le droit de dire qu'on traitoit l'animal fans qu'il fût malade. L'inutilité de ce traitement détermina le propriétaire à me faire appeller. J'exa- mine le mulet, ôc conclus que la foie char- nue devoit être affedée ; en conféquence je propofe de deffoler. Rien ne rend plus docile un efprit pré- venu , qu'une expérience longue ôc malheu- reufe. L'habitant ne contefta pas la pofli- bilité de la caufe indiquée de cette claudi- cation. Quant à l'opération que je me pré- parois à faire , il ne crut pas devoir l'adop- ter ; il la jugeoit non feulement difficile, mais encore mortelle. Pour difliper fes craintes , ôc triom- pher de fes préjugés, je m'engageai à lui payer cent piftoles, fi l'animal ne guérif- foit pas, des Maladies dei AnimauX. li'f Le pied deffolé préfente à fes yeux- étonnés la caufe que j'avois indiquée \ il s'offre dans la foie charnue une cérife > la partie de la foie de corné qui lui répon-» doit , offroit une concavité femblable à celle d'un moule à balle \ j'extirpe cette tumeur, ôc dans moins de cinquante jours le mulet qu'on traitoit vainement depuis deux ans , fut promptement guérh Le fuécès de cette opération a produit, félon moi , deux effets également avanta-* geux ; celui de détruire îe préjugé qui por- toit prefque toujours dans les parties fiipé* rieures des membres les caufes des clau- dications , ôc celui de faire connoître l'opé- ration de la deffolure , qui n'avoit point encore été pratiquée dans lès colonies, ôc qu'on y regardoit même comme mOrtelléi Cette opération, que j'ai mille fois répé- tée , toujours avec le même fuccès , ôs fouvent dans les mêmes circonftances, a porté le dernier coup à l'hydre du pré* jugé fur ce point, ôc a fini de perfuader* Depuis cette révolution dans les fènti- mens 6c les opinions, les grandes tou- tes , les chemins ôc les favannes n'ont phià P % 4 28 Kifloire comme autrefois offert à mes regards le fpec- tacle douloureux d'une infinité d'animaux boiteux ôc deffabotés, qu'un peu de hardieffe ôc moins de préemption auroit affranchis delà fouffrance, ôc rendus aux habitans. Mais pour revenir aux caraderes pro- pres aux maladies des pieds, elles s'an- noncent par la claudication , une extrême fenfibilité de la foie , l'enflure de la jambe 6c la fièvre, avec beaucoup de chaleur. Méthode curative. J'applique toujours un plurnaffeau bien im- bibé d'effence de térébenthine, ou d'eau-de- vie , ou de tafia ; que j'aie ou que je n'aie pas pratiqué l'opération de ia deffolure. Il n'eft pas toujours néceffaire de deffo- ler dans cette circonftance \ on ne doit le faire qu'autant qu'on eft affure que le mal a fon liège fous la foie de corne. Dans tous les cas où la claudication eft due à des corps étrangers qui ont pénétré dans l'intérieur du pfed , on fe borne à les retirer , on agrandit la plaie , on extirpe toutes les ex- croiffances, on pofe un appareil qu'on fixe par un fer qui ne tient qu'à quatre doux des Maladies des Animaux: i i$ non, rivés} on levé cet appareil deux fois par jour ; après cinq à fix traitemens, on fe contente de verfer un peu de térébenthine deffus. Quant aux plumaffeaux , je préfère de les Compofer avec des étoupes de cable de navire ; le goudron dont ils font péné- trés leur donne une propriété vulnéraire. Il arrive quelquefois que la gangrena s'empare du pied , parce qu'on a trop long- tems négligé Panimal, ôc qu'on ne l'a pas affez tôt confié à la prudence éclairée de l'artifte ; dans ces ci conftances on fait un appareil avec la teinture de myrrhe ôc d'aloès,oule jus de garrathafimple, qu'on fait tenir comme ci-deffus, en paffant quel- ques écliffes en travers. On a foin que l'a- nimal ne fe mouille ôc n'entre jamais dans des endroits boueux ôc trop humides. Il courroit grands rifques de prendre un fpafme incurable. Au bout de quelque tems il faut r'ouvrir la plaie pour faciliter la fortie des matières.. Cette opération femble être indifpenfable quand les humeurs ont long-tems féjourné- 230 Hiflolre dans la partie , avant qu'on ait traité le mal 3 ou qu'on l'ait reconnu, Réflexions relatives. Dans ces fortes de maladies , comme dans prefque toutes les autres , Meffieurs les habitans, loin d'appeller le praticien, en confient la cure à leurs nègres. Il feroit donc à fouhaiter qu'ils leur donnaffent une teinture de Part , car perfonne n'a la fcience infufe, on ne fait rien qu'on ne l'ait appris , ôc les nègres affurément ne forment pas exception à cette règle ; ils n'opèrent que parce qu'ils y font forcés par les ordres qu'on leur a donnés. Quel* que dextérité qu'on veuille bien leur fup- pofer , certainement elle n'égalera jamais celle d'un praticien qui a confacre fa vie à cette étude, Puifqu'on fouhaite fi paffionnément s'af- franchir des dépenfes qu'entraîne toujours la réquifition d'un maître de Part, qu'on faffe au moins inftruire le nègre , qu'on le mette quelque tems chez le vétérinaire, Car enfin 3 occupé à manier, tantôt la des Maladies des Animaux. 231 bêche , tantôt Pécumoire , ne donnant à l'étude de la nature , dans fa marche à l'égard des maladies , que le tems où on l'appelle pour adminiftrer un remède dont le hafard dide toujours le choix , ce nègre peut-il faifir le genre, les caraderes de la maladie , en reconnoître les fymptômes t en opérer la cure ? Cependant on l'emploie comme s'il avoit pu dans un inftant fe don- ner un talent que peut à peine parvenir à pofféder un homme bercé pendant plus d'un tiers de fa vie , entre la ledure ôc l'obfervation , qui feules occupent tous fes loifirs. Jufqu'à quani les enfans de la phi- lofophie fermeront-ils les yeux ? Ne vou- dront-ils jamais déchirer le bandeau fatal qui les aveugle ? P4 2} t Kifloire CHAPITRE XIX, Du Mal du Tabac. Siège & caraSlere du Mal, VjE mal a fon fiége à la partie antérieure 6c fupérieure de l'os maxillaire touchant au cornet du nez ; il eft caradérifé par une tumeur de la groffeur d'une fève. Il s'y forme un petit calus ; il en découle abonr damment, quand on lui donne jour, une matière tantôt blanche 6c tantôt fangui- nolente ; tantôt elle paroît fous diverfes couleurs; on ne peut ouvrir la .bouche de l'animal fans être tout-à-coup révolté par une odeur infede qui s'en exhale. La ca- rie eft fouvent le réfultat de ce mal ; non- feulement elle rongé les os Ôc les cornets du nez, mais encore elle attaque les dents voifines de la tumeur, elle les creufe, en mine la racine, ôc les-fait fouvent éclater , pomme je l'ai appris de l'expérience, Dans ces fortes de cas, il s'engage entre Jes éclates des dents, des parcelles de nouri des Maladies des Animaux. 235 riture qui augmentent Pinfedion , la ren» dent infoutenable , fpnt augmenter la tu- meur , l'irritent ôc l'enflamment, ce qui oblige le praticien à examiner toujours la {>ouche de l'individu affedé de cette ma- ladie. Caufes. Ses caufes ne font autres, je penfe, que les coups de pied d'un autre animal , les coups de bâton , le refferrement trop fort d'un licol à nœud coulant, qui coupe fou- vent tout-à-coup la refpiration, au.point de fuffoquer l'animal. Une tumeur phleg-i moneufe peut encore y donner lieu ôc fe terminer en abcès dans les finus maxil* laires. Méthode curative. J'ai toujours eu pour principe d'abattre l'animal , de lui ouvrir la bouche à l'aidé d?un pas-d'âne (1), d'examiner les dents, afin de reconnoître celles qui pouvoient être endommagées; j'introduifois une fonde par l'ouverture extérieure \ j'agrandiffois (1) Voyez pas-d'âne à la planche des inftrumens. 234 Uifloire cette plaie ôc j'y ihjedois, à l'aide d'une feringue, trois ou quatre fois par jour , la teinture de myrrhe ôc d'aloès , le jus de garratha fimple mêlé dans un peu d'eau de chaux , le tout bien battu enfemble ; je lançais ia même liqueur par l'ouverture de la dem de dedans en dehors. Je compofois un gargarifme avec de Peau <5c du vinaigre j à cet acide je fubftituois les citrons ou les oranges fures , j'y ajoutois quelques pincées de poivre ôc de fel marin , un peu d'alfa- fœtida ôc quelques gouffes d'ail. Après avoir iaiffé le tout infulcr en- femble pendant quelque rems, j'attachois un morceau de linge au bout d'un bâton, je Pimbibois de ce gargarifme, 6c j'en frottois intérieurement la bouche de l'a- nimal. Quand je m'appercevois du moindre gonflement à la mâchoire, j'y parfemois promptement, çà ôc là, quelques boutons de feu (ï) , pour donner un écoulement aux humeurs qu'un trop long féjour pour-* roît rendre corrofives. je frottois les brû- (i) Voyez la planche feu, des Maladies des Animaux. 235 lures avec de la térébenthine ôc le jaune d'œuf animé de teinture de myrrhe ôc d'aloès. CHAPITRE XX. Des Vers qui attaquent les Bêtes à cornes. M-j e s fymptômes qui annoncent les mala- dies vermineufes dans les bêtes à cornes, font affez faciles à faifir. La toux fe déclare d'abord , l'animal maigrit ôc devient étique , il a la diar- rhée, un mucus femblable au blanc-d'œuf lui fort par la gueule , il perd l'appétit; s'il vient à fe coucher, fa foibleffe ne lui per- met pas quelquefois de fe relever ; il mange encore dans cette fituation , où il pourroit refter long-tems fi l'on ne prenoit le parti de Pafiommer. J'ai ouvert une infinité de bêtes à cornes ; dans lefquelles ces fymptômes exiftoient, 6c j'ai toujours obfervé qu'ils étoient dûs à la préfence des vers. n.}6 Hijloire Defcription de ces Vers. Les vers trouvés à l'ouverture de ces animaux , étoient d'un blanc éclatant ; pointus par les deux bouts, extrêmement déliés, 6c ayant depuis trois jufqu'à huit lignes de longueur. Je les ai découverts, pour la plupart, dans le .premier eftomac, où probablement ils avoient pris naiffance. J'ai trouvé qu'ils remontoient en foule par l'œfophage , entroient par la glotte, ôcdef cendoient par la trachée-artere dans les bronches. Il eft bien facile de concevoir que la préfence de ces vers dans la trachée- artere doit exciter une toux violente. 11 n'eft .pas néceffaire de dire que cette maladie n'eft incurable qu'autant qu'on né- glige de la traiter au moment de fon in- vafion. Le moyen dont l'expérience nous a jufqu'ici prouvé le mieux l'efficacité, con- fifte dans le vermifuge antiputride que nous avons indiqué pour les vers dans les pre- mières voies, chap. VIII, On met enfuite Panimal à l'ufage de l'eau de goudron , que l'on donne à jeun à la dofe d'une bouteille, avec un peu d'extrait des Maladies des Animaux: 13 7 de genièvre. On empêche que Panimal mange à la rofée, ôc ne refte expofé au vent du nord. ■ ■" ■ ' ' '.' y Pi CHAPITRE XXI. Des Maladies putrides & non charboneufes des Bêtes à cornes. J_i eur fiége varie dans chacun des indi* vidus attaqués. Dans les uns, les ulcères qui caradérifenc ces maladies font rongeans 6c occupent la trachée-artere , ôc fur-tout le larynx. Dans d'autres 3 on les trouve fur la mem- brane interne du dernier eftomac ôc des inteftins jufqu'au redum. J'ai prefque tou- jours obfervé ces parties affedées d'épan- chement d'un fang épais , noir ôc coagulé; les gros boyaux enduits d'une humeur glaî- reufe ôc jaunâtre tirant fur le noir ; ce fang coagulé, de la groffeur d'une livre, exhaloit une odeur infede. Chez d'autres, le premier eftomac étoit 2 3$ Mfioire enflammé, le feuillet, tantôt extrêmement dur, tantôt abfolument putréfié. D'autres enfin offroient à mes yeux des ampoules dans Parriere-bouche , dont elles obftruoient l'entrée en fe continuant par la trachée - artère jufqu'aux poumons , qui étoient également enduits d'une humeur glaireufe & jaunâtre répandue dans tout le corps. Dans quelque partie que fût le fiege du mal, fi la putréfadion avoit lieu, on voyoic s'écouler par les narines un pus glaireux ôc jaunâtre, capable de corroder ôc ronger les parties qu'il touche , exhalant une odeur cadavéreufe j il agit comme la morve ; comme elle, il corrode la membrane pitui- taire. Symptômes* Cette maladie s'annonce par le dégoût ; qu'on voit s'augmenter à mefure que l'ani- mal approche de fa fin. Les flancs lui battent violemment, fa refpiration eft gênée , des larmes coulent de fes yeux ; il s'établit un flux de ventre; des Maladies des Animaux: -li$ fouvent on obfervé du fang dans les excré- mens. II arrive la plupart du tems que fi l'on paffe la main fur le corps de Panimal, on eft frappé d'un bruit qui, fortant d'entre la chair ôc la peau , reffemble affez à celui qui réfulte du froiffement du parchemin. Ce bruit, connu fous le nom de crépitation , eft dû à Pair engagé dans le tiffu cellulaire de ia peau. Pour dégager cet air du tiffu qui le tient enfermé , on fcarifie la peau dans tous les endroits où elle paroît dé- tachée. Traitement. On frotte la plaie avec du vinaigre ôc du fel, ou l'urine de l'homme, ou Peau falée ; le taffia ou l'efprit de térébenthine peuvent encore fervir ; les oranges ôc les citrons ne font point contraires. Le premier pas dans la cure de cette ma- ladie, c'eft de féparer très-promptement les animaux affedésjde ceux qui ne le font pas; on ne peut trop fe prefler d'envoyer les pre- miers dans l'hôpital de la favanne ; il arrive quelquefois qu'on n'en a pas le tems; dans '444 tiiftoiré plufieurs individus cette maladie fait des progrès fi rapides , que la mort fuit de près fon invafion ; ôc on a d'autant moins lieu de la foupçonner ou d'en craindre les effets, que les animaux qu'elle attaqué font ordi- nairement les plus vigoureux , ceux qui pa« roiffent jouir de la fanté la plus robufte. D'après Pinfpedion des fymptômes ci- deffus , je n'héfitai point 3 le 14 Février 1786, à prononcer Pincurabilité d'un bœuf fur l'état duquel j'étois confulté par M. Du« four, imprimeur au Cap , qui le fit affom* mer d'après le confeil que je lui en donnai* Cet animal, valétudinaire depuis long- tems , avoit un flux diarrhétique ; il lui découloit des nafeaux une morve très-dé- pravée , féreufe, putride 6c puante. Je fis fentir à M. Dufour le danger qu'il y au- roit à conferver cet animal plus long-tems; que fa maladie ayant tous les caraderes contagieux, pourroit s'étendre bientôt fur les autres animaux. J'en fis l'ouverture, la réalité dé mon pronoftic me mérita , de la part du pro- priétaire , de nouvelles affurances de con- fiance. Je trouve à l'intérieur du larynx un des Maladies des Animaux. 241 lin ulcère rongeant , putride ôc exhatent une odeur des plus infedes. Parmi les au- tres pièces anatomiques de mon cabinet, celle-ci 3 renfermée dans un bocal, figure comme une des plus curieufes. La mem- brane pituitaire étoit généralement ulcérée* Il en découloie une férofité putride ôc in- foutenable ; l'ulcère s'étendoic jufqu'aux cornets inférieurs. Tous les inteftins, dans un entier relâchement 3 étoient abreuvés d'une matière acre , diffoute ôc féreufe. J-.es eftomacs participoient des mêmes vices. La rate étoit petite ôc defféchée , les poumons flétris, dépourvus de fang ; en un mot, cette ouverture ne laiffbic pas le plus léger doute fur le caradere inh> dieux , malin, contagieux, de cette mala- die. Plût à Dieu que tous les propriétaires euffent l'attention , dans ces fortes de cas , de confulter un artifte inftruit ! combien de maladies défaftreufes ne feroient pas étouf- fées dans leur fource , au moyen de légers facrifices ? Dans ces fortes de maladies, fouvent la nature cherche à fe débarraffer elle-même de ces humeurs viciées j alors on voie naî- Q 24Ï Hiflolre tre des tumeurs indiftindement fur toutes les parties du corps ; leur forme varie autant que leur volume ; on en voit de la groffeur d'un œuf de pigeon , Ôc d'autres qui excè- dent celle d'un pain de trois à quatre livres ; il faut promptement les extirper 6c les incifer à côte de melon , pour faci- liter la fuppuration , qui femble être le dé- puratoire adopté par la nature. On pafle des fêtons fur toutes les parties qu'on juge à propos ; on en frotte le ruban avec l'on- guent bafilicum , dans lequel on mêle quel- ques poudres véficatoires. Il fe raflemble fouvent fur la partie où le feton eft pofé une fi grande abondance d'humeurs , qu'el- les y forment une tumeur confidérable. II faut fe hâter de l'ouvrir, mais aufli pro- fondément que la dureté le demande , ob- fervant de ne jamais le faire en tiavers. Si par hafard quelques vaiffeaux d'un calibre confidérable étoient ouverts, il faudroit y porter un bouton de feu 3 ou en faire la ligature. Le centre de ces tumeurs eft d'une cou- leur jaune comme Pécorce d'orange douce. Au commencement des fcarifications, il ne des Maladies des Animaux". 243 découle de la plaie qu'une férofité claire 6c limpide comme Peau de roche ; au bouc de trois ou quatre jours la fuppuration fe déclare , on doit en aider Pétabliffement au moyen des fêtons (1). La tumeur ouverte, on la frotte avec des oranges fures , ou des citrons , ou du fel. On peut y fuppléer par le vinaigre , ou l'effencé de térében* thine. Ces deux dernières peuvent être remj placées à leur tour par l'urine d'homme. Ces fridions doivent fe faire deux à trois fois par jour, obfervant, avant toute autre Opération , dé déterger chaque matin la * plaie avec de l'eau tant foit peu tiède. Sur la fin de la maladie on fait une décoc- tion aromatique , dont on lave la tumeur 6c tout le corps de l'animal. Dans le cours de la maladie on fouille l'individu , on lui donne des lavemens acidulés, 6c on lui fait obferver régulièrement la diette. On purgera Panimal tous les huit, ou au moins tous les douze jours ; la médecine fera relative à la force, à l'âge , à la conf- (1) Voyez aiguille à féton dans la planche des inf- trurnensj 144 Hiflolre titution des fujets. Elle fera compofée ainfi: Prenez : Jalap ou fené , ....... 2 onces. Faites infufer dans une demi-bouteille d'eau bouillante , pendant deux ou trois heures. L'efpace écoulé , vous le filtrerez à« travers un linge. Lorfque vous employez le fené ou le jalap de la façon ci-deffus, 6c que l'infu- lion prefcrite eft faite , vous y ajoutez une once d'aloès , obfervant qu'il foit bien dif- fous , ôc le liquide bien dégagé par la filtra- tion, avant de le faire boire à l'animal. On le purge toujours à jeun , fans le laiffer mangef que cinq à fix heures après la purgation. Cette maladie, quelques caraderes d'm~ curabilité qu'elle réuniffe , ne fera point inacceffible aux fecours de Part, fi l'on fait la prendre au moment de fon invafion. A ce premier période on adminiftre les anti-putrides avec fuccès. Comme n'en pref- crire qu'un feul feroit jetter les habitans dans l'embarras , puifqu'il pourroit très- bien arriver qu'ils n'auroient pas celui indi- qué, nous allons en défigner plufieurs^ on des Maladies des Animaux. 245] peut les fubftîtuer les uns aux autres , ôc fixer fon choix à fa volonté. Point de mé* prife , point de danger. L'eau de goudron à jeun, à la dofe d'une bouteille. (1) Le quinquina , à la dofe de deux ou trois gros dans une demi-bouteille d*eau avec un peu de firop. Le camphre, à la même dofe dans idemi Le jus de citron ou d'oranges fures, à la dofe de deux petits verres à liqueur, ou trois à quatre de ces fruits exprimés dans une bouteille d'eau. L'efprit de fél ou de vitriol, à la dofe d'une cuillerée à bouche dans une demi- bouteille d'eau firopée. En un mot, tous les acides,, les nitreux^ ]es décodions aromatiques ôc anti-putrides, depuis la dofe d'une demi bouteille, jufqu'à une bouteille entière , fuivant que les ani- maux font plus ou moins forts. Les lavemens avec les décodions aro-; matiques font excellens. (1) C'eft un balfamique, un antiputride, un ver- mifuge, un rafraîchuTaac. %qj£< Hijloire On lancera dans les nafeaux des injec- tions faites avec Peau de favon ou le jus de garratha mêlé de v quelques gouttes de jus de citron. S'il y a irritation , les injec- tions émollientes font indifpenfables. Comme il fe trouve ordinairement de ces ulcères charboneux fur & deffous la langue de Panimal, le praticien doit exac- tement vifiter la bouche. S'il y trouve quel- que chofe 3 il l'extirpe adroitement, ôc fait fuperficiellement toucher à la plaie l'acide vitriolique. Cette opération faite, il a foin de nettoyer la bouche avec une infufion d'écorce d'orange OU de citron , ou de quin- quina dans le vinaigre, Méthode égale-* ment praticable fur tous les autres qua- drupèdes ainfi ulcérés, comme fur les bêtes à cornes, des Maladies des Animaux'. 247 CHAPITRE XXII. Des Maladies des Moutons» l_i E s moutons à Saint - Domingue font moins fouvent malades qu'en France , Ôc l'on peut dire, à quelque chofe près, qu'ils ne le feroient jamais en Amérique , s'ils étoient aufli bien foignés qu'en Europe. Jamais ils ne font attaqués de ce mal reconnu par nos payfans fous le nom de mal de moutons, ni de toutes ces efpeces de farcins qui défigurent les chevaux ; rare* ment ils font attaqués de ces vers appelles fang-fues en terme de hameau. Leurs maladies les plus ordinaires font les fièvres putrides Ôc malignes ; beaucoup de vers , nichés dans le dernier eftomac ; on les trouve aufli dans Pépaiffeur des membranes de ce vifcere. Ils font très- déliés , ôc pointus par leurs extrémités ; à peine les apperçoit-on. La partie où ils fe logent eft ordinairement œdémateufe;ils font de couleur blanche ; les boyaux font Q4 *4S Hifloire très-rouges, parfemés de ftries de couleur violette ; les matières fécales font jaunâ- tres , affez femblables à du beurre rançe. Ces maladies font trçs-aiguè's ; le mou- ton mange toujours jufqu'au dernier mo- ment- On le trouve malade fans avoir ap- p erçu le moindre fymptôme ; il meurt dans tout fon embonpoint, parce que celui qui conduit le troupeau y veille à-peu-près avec la même exaditude que le gardien du gros bétail fur le fien. Je fuis perfuadé, ôc d'après de bonnes preuves, que ces maladies ont leur caufe principale dans la mauvaife habitude où l'on eft de laiffer les moutons paître à la rofée , ôc leur fumier fermenter dans les étables où eft ce bétail. Ce fumier, qui croupit ôc s'échauffe , eft dans le cas de produire la décompofirion des humeur,*. C'eft ce que j'ai fait obferver à plufieurs habitans , aufli ont-ils eu depuis le foin de faire exadement nettoyer ôc parfumer leurs, bergeries. Traitement çuratif. Pans ces fortes de maladies on emplois des Maladies des Animaux. 249 les antiputrides défignés au chapitre pré- cédent , en proportionnant la dofe ; les vermifuges prefcrits pour les vers dans les premières voies ; la dofe en fera éga- lement proportionnée. Les uns ôcles autres fe donnent à jeun. On obfervé que l'animal ne forte, ni à la rofée, ni à la pouffe des herbes. La bergerie devroit être élevée fur quatre piliers fîmplement , pour que les vents puffent en corriger l'atmofphere. Il devroit y avoir un abreuvoir, où l'eau, çxadement renouvellée'foir ôc matin , de- vroit être acidulée ôç falée dans tous les; cas qui l'exigeront. 250 Jiiftoire CHAPITRE XXIIL De l'Ufage du fel pour les Moutons. KJ N laiffe continuellement la laine aux moucons. Comment peuvent-ils réfifter à l'excetfive chaleur? La clairvoyante nature n'a pas tout fait, elle a voulu nous ména- ger l'honneur de la féconder dans fes vues , d'achever fon ouvrage , ou plutôt de répa- rer fes négligences ôc d'en faire notre pro- fit. Elle habille les troupeaux , ôc laiife à rïoue prudence Je foin de diminuer dans certains animaux le volume de leur habil- lement. Suivant le plan de la nature, cet habillement doit être favorable à l'individu qui en eft couvert ; notre économie éclairée doit empêcher qu'il ne lui devienne nui- fible , ôc c'eft fur-tout dans ce pays que ce principe doit s'appliquer , à raifon des gran- des chaleurs qui y régnent ; on devroiç donc dépouiller de leur toifon toutes les bêtes à laine au moins deux fois par an. On eft dans l'ufage en Efpagne & àm* * des Maladies des Animaux. 251 les Pyrénées, de faire manger du fel aux troupeaux ; aufli, combien les voit-on frais 6c bien portans ? Jamais ils ne font attaqués de maladie , 6c ils ne meurent que de vieil- leffe. Pourquoi n'imiterions - nous pas l'exemple utile de ces peuples bergers ? Devons-nous êtr moins fages ôc plus né<- gligens qu'eux ? Tout ce que je pourrois dire du fel ne donneroit jamais une idée fatisfaifante de fes propriétés louables ; c'eft à fes effets à faire fes éloges ; ôc fi l'on délire au refte des inftrudions à ce fujet, on. n'a qu'à con- fulter la chimie, fon flambeau guidera dans Ja connoiffance des parties intégrantes de ces fubftances, Quant à moi, je me contenterai, comme je le dois, de dire que le fel eft générale- ment reconnu pour antiputride ôç vermi- fuge. Il çonferve encore les chairs, les bo- nifie , en corrige les mauvais caraderes , déterge ôc cicatrife les ulcères. Meffieurs les habitans ne fauroient donc mieux faire que d'en donner de tems en tems à leurs ani- maux j foit comme aliment, foit comme médicament. i 252 Hijtoiré Cette opération devroit fe faire tous les huit jours. Pour fa facilité on difpoferoit ça ôc là 3 dans la favanne, fuivant le nombre des animaux, des piliers qui euffent une hauteur proportionnée à Pattitude libre ôc facile de Panimal. Ces piliers devroient être en maçonnerie y ôc porter depuis quatre juf- qu'à cinq pieds de circonférence. Le deffus, s'il ne peut être d'une pièce , fera bien carrelé, bien uni ; on devra les dirpofer de huit à dix pieds .ie dift tnce ; on met le fel au milieu , ou bien on ! étend en forme de couche. Après que i'airrvd en a mangé, on obfervé qu'il n'aille boire d'une heure. La quantité pour chaque anima! ( je parle du Qtoa bétail) va jufqu'à une poi^n^e de fel marin avec autant de fon ou de farine de froment ou de maïs. Cette même ration fuffi ra pour dix brebis. 1 des Maladies des Animaux"*. i$j CHAPITRE XXIV. De la Rage. jL-i A rage ou l'hydrophobie eft peu con- nue à Saint-Domingue 3 parce qu'il n'y a pas autant de chiens qu'en France, 6c que c'eft principalement ces animaux qu'elle attaque Le peu qui en ont reffenti les effets , ont fouvent caufé bien des malheurs &fait couler bien des larmes à l'humanité, par fimprudence de leurs maîtres. Un feul trait rapporté , outre qu'il juftifiera ce que nous venons d'avancer, confirmera encore ce que nous avons tant d'occafions de dire de l'excès de fécurité des habitans, ôc de l'aveuglement qui leur fait négliger les con- feils ôc les fecours de l'utile pratique. Un particulier , mon plus proche voifin , m'appelle un foir après fouper ; il étoit neuf heures ; je m'y rends ; on m'apporte un chien : je le vois : les fymptômes m'éparr ; gnent un long examen. * ï/4" Wtfloire Symptômes^ Cet animal, fur fes pieds , me regarde fixement. En vain fort maître l'appelle, il n'a pas l'air de le reconnoître ; il ne veut ni manger , ni boire ; il fait quelques pas dans la chambre , court à l'effigie de la chandelle pour la mordre î foudain il fe jéplie fur Pombre de fon propre corps , fouvent la tête haute , d'un air hagard Se l'œil pétillant ôc enflammé 3 il regarde le plancher avec une forte de menace. Ce chien eft enragé, dis-je à l'affem- blée, ... .fi donc , il faut l'attacher...... Vous badinez , monfieur ; ôc pour montrer combien ils tenoient à leur opinion , ils le careffent ôc le manient à Penvî. J'en fré- mis en me rappellant les fuites funeftes de la rage, ôc les triftes aventures auxquelles elle a fi fouvent donné lieu. Cependant, déterminés fans doute par la poflibilité, ou voulant tout-à-fait mé- prifer mon fentiment, ils l'attachent le foir même, mais avec fi peu de précaution, que le lendemain il s'élance avec furie hors de fon gîte , ôc fe précipite dans la rue * des Maladies des Animaux* 25$' fur un nègre que fon mauvais deftin y con- duifit. Il lui déchire impitoyablement la main , ôc ne rentre que pour mordre le cheval dans l'écurie, ôc lui emporter la lèvre fupérieUre, Appelle promptement pour voir le che- val , j'arrête l'hémorragie avec un bouton de feu ; j'applique le feul onguent mer- curiel jufqu'à l'entière guerifon ; je veux traiter Panimal intérieurement d'une ma- nière analogue aux dangers de la maladie* On s'obftine à foutenir que le chien n'étoit pas enragé. Il n'auroit fallu rien moins que l'aveu de Panimal lui - même , pour les perfuader j peut-être encore auroient-ils pris cet aveu pour un effort du délire. Ne pouvant la vaincre, je cède à Pobf- tination ; foixante jours s'écoulent dans la fécurité la plus parfaite ; mais quel éton- nement, lorfque le nègre , qui appartenoic à meffieurs Royer ôc Duppé , commence à faire des extravagance;. On l'attache , on le traite ; mais de tous ces foins on n'a que le trifte avanrage de prolonger de huit jours, plutôt fon tourment que fa vie ; il meurt enfin dans toutes les horreurs de la %$6 Hi/loire r"age, avec les convulfions les plus effrayan- tes. Cette cataftrophe arma la févérité des officiers municipaux. Nul chien ne peut fortir fans être promptement affommé. Ce fut alors que le maître du chien dé- pouillant enfin fon fatal ôc coupable entê- tement , me rendit juftice, ôcme témoigna le plus grand regret de ne m'avoir pas cru. Heureux fi fon regret avoit pu tout effa- cer ôc tout remettre dans fon premier état î Craignant avec raifon que fon cheval ne pérît, il me pria inftamment de le traiter. Taifant céder les intérêts d'un amour-pro- pre honnête ôc légitime , aux intérêts du hien public, je me tranfporte dans l'écurie où étoit l'animal. Je le trouve trifte , abattu , languiffant \ fon œil eft fans vivacité, fa paupière appe- fantie ôc prefque mourante , fon ventre ex- trêmement tendu Ôc cordé ; de fa bouche fort une écume reffemblant au blanc-d'œuf très-filé. Je cours lui préparer un remède pour le lendemain ; le propriétaire vole à ma rencontre au point du jour ôc vient m'annoncer que le cheval n'a rien mangé pendant la nuit. des Maladies des Animaux. 157 Je trouvai en effet le fourrage encore dans le bac, Panimal fans chaleur Ôc fans ce battement qui dénote qu'on refpiré en- core ', l'écume couloir toujours de fa bouche , ne fouffroit aucune difficulté. Avant d'adminiftrer aucun remède , je commence par prévenir tout funefte acci- dent , par mettre un bon mufeau de cuir à l'animal , ôc après l'avoir fortement amar- ré , j'applique cinq fêtons , deux derrière les oreilles, un au poitrail, ôc deux aux cuiffes. Je faupoudre l'onguent que j'emploie, avec les poudres cantharides ; la fuppura- tion s'établit. Trois breuvages avec la poudre de vi- père 6c la thériaque, font donnés dans trois jours. Depuis je ne fais boire à l'animal qu'une once de thériaque dans une bouteille de vin. Le lendemain du jour que j'entre- pris la cure , je commençai les fridions mercurielles y Ôc les aï continuées de deux en deux jours pendant l'efpace de quinze jours. J'avois mis Panimal à l'ufage de l'eau blanche firopée ôc mêlée de quelques R 258 Hijloirt grains de fel marin ou de fel de nître. Je faupoudrois fon manger de beaucoup d'antimoine. Pendant le cours du traitement il a perdu abfolument tout fon poil. Sa convalefcence fut très-longue ; il eft à-peu-près certain que s'il fût refté vingt- quatre heures de plus fans être traité , tous les fecours fuffent devenus inutiles. Le mal auroit pris tout l'empire qu'il lui eût fallu pour fe rendre inacceffible aux efforts de l'art. Traitement curatif. Voici la recette du remède qui m'a tou- jours réuffi. J'oferois prefque en garantir l'effet ; le premier dont nous avons parlé au fujetdu traitement de l'animal ci-deffus, entre en partie dans la compofuion de ce- lui-ci : Prenez : Poudre de vipère..........8 onces. Thériaque...............3 idem. Coquilles d'huitre en poudre. 3 idem. Bouteilles de vin blanc......3. Faites infufer le tout enfemble pendant des Maladies des Animaux. 259 quelques heures. Partagez le réfidu en trois dofes 3 6c donnez-en une chaque matin, l'a- nimal étant à jeun. Voici encore la recette d'un onguent qu'on peut fuppléer à l'onguent mercuriel, quand on a des morfures à traiter ou des fcarifications néceflitées par les effets de la rage. Si la plaie eft confidérable, prenez une bouteille d'eau de la Reine d'Hongrie , un gros chiffon de drap de laine j faites-le brûler, réduifez-le en poudre ôc le met- tez dans la bouteille : après une infufion de quelques heures , lavez-en la partie ma- lade. Cette fridion faite , j'ai fouvent ap* pliqué l'onguent mercuriel avec fuccès. R 2 260 Hiftoire CHAPITRE XXV. Des Herbes malfaifantes. V-/N ne fauroit prendre affez de précau- tions pour empêcher les animaux de man- ger des herbes malfaifantes. Leurs effets n'ont que trop produit de faux jugemens , 6c ceux-ci que trop entraîné de cruautés. Voici le détail des herbes malfaifantes que les animaux font le plus expofés à manger. Le manioque : c'eft un poifon qui fait en- fler les animaux. L'herbe à datre, ou à cradine, ou à julienne , la mal nommée , en un mot tous les fimples laiteux ôc cauftiques, nuifent aux animaux ; leurs fucs acres rongent ôc corrodent la membrane de l'eftomac ôc des inteftins. Ces herbes produifent toujours des indigeftions. Traitement curatif. Voici le remède qu'il faut employer : des Maladies des Animaux. *6t Prenez ôc pilez une gouffe d'ail dans un mortier , où vous répandez petit à petit un verre de vinaigre ; ajoutez-y une once de thériaque, ôc faites avaler le tout à l'animal; c'eft la dofe. On peut Padminiftrer trois à quatre fois dans Pefpace de vingt-quatre heures , ôc l'augmenter fi le cas l'exige. Voici encore un contre-poifon merveil- leux, dont on peut fe fervir avec un égal fuccès fur les hommes comme fur les ani- maux : Prenez une ou deux onces de chaux vive 6c de la fleur de foufre, mettez-les dans deux pintes d'eau ; quelque tems après jettez cette même eau ( la diffolution des parties étant faite), remettez-y en la même quantité. La dofe , pour l'animal, eft d'un verre ; on la diminue à proportion pour l'homme. Rj 262 Jîifioire * 1 ' ' liin' ' ■' ■ CHAPITRE XXVI. Des Fractures. Lour ne point parler de ces fradures dont tantôt la pure curiofité , ôc tantôt le defir de m'inftruire, me fit entreprendre la cure ; pour ne rien dire des cochons, des cabris 3 des moutons , des volailles ôc des chiens que j'ai guéris ; pour paffer fous filence la cure opérée d'une jeune perruche aufli cu- rieufe pour fon caquet ôc fon joli babil, qu'aimable pour fes manières douces ôc flat- teufes ; je ne rapporterai qu'un feul trait qui femble nous dire que plus le défaftre eft grand , plus nous devons nous élever au-deffus par la fupériorité du courage. Arrêter l'édifice fur le penchant de fa ruine , ou s'enfevelir fous fes décombres, c'eft l'effort glorieux d'un grand cœur. D'ailleurs , les chofes ne font pas tou- jours aulfi perdues qu'on fe l'imagine. Sou- vent la nature feint de s'anéantir j nous le croyons, nous en fommes frappés, abattus. des Maladies des Animaux. 263 Pour jouer notre crédulité ou notre foi- bleffe , foudain elle fe relevé du fein de fes ruines. Ainfi les praticiens doivent tout fe promettre jufqu'au dernier événement, ôc c'eft ce qu'ils eurent l'injuftice de blâmer en moi lorfqu'ils révoquèrent en doute la cure que j'avois opérée d'une fradure con- fidérable. Voici le fait. Je fus appelle, dans le mois de Juin 17 8 2, fur une habitation du Limbe, dépendant du Cap : un cheval magnifique s'étoit caffé l'os du tibia. Je l'examine 3 la fradure fe trouve en bec de flûte. Le cuir eft percé comme d'un coup de rafoir j un bout de l'os s'eft échappé à travers. Le tout remis dans fon état naturel, je fis la future. Je fais cuire de la réfine , de la poix de Bourgogne ôc du brai de térébenthine , au- tant de l'un que de l'autre. J'en mets une couche fur un morceau de toile forte dont j'entourai la partie affedée ; j'avois eu la précaution de coudre à cette toile des liens pour l'attacher à la croupière que j'avois mife au moyen d'une fangle. Pour la faire tenir droite fur le dos, j'avois encore paffé à l'autre cuiffe un autre morceau de toile en R4 2^4 Hifioire forme de culotte, avec un lien que j'atta- chois également à la croupière. Au moyen de ces deux points d'appui, qui la tenoient dans un parfait équilibre, j'empêchois l'ap- pareil de tomber. Il étoit déjà foutenu par quelques écliffes, précifément fur la place. J'avois déjà fait la même opération en 177 5, dans le mois d'Août, à Urdot, vallée d'Afpe , ma patrie , en Béarn , fur une jeune pouliche d'un riche particulier. Mais celle-ci , que j'ai faite dans cette colonie en 1781, fut enfin crue véritable, quand on vit fur les affiches Américaines la lettre qui fuit , ôc que l'incrédulité affec- tée des gens de l'art me força de faire imprimer. « Vous me furprenez , Monfieur , en sj m'apprenant que des habitans expérimen- » tés avoient foutenu qu'une bête cavaline « qui a une cuiffe caffée étoit incurable, s3 ôc que le plus fage parti étoit de Paban- » donner. Ils ont été , dites-vous , incré- » dules lorfque vous leur avez dit que $> vous aviez guéri mon cheval qui avoit » une cuiffe caffée ; ils ont voulu parier » que ce n'étoit de votre part qu'une fauffe des Maladies des Animaux. 265 « allégation. Si mon atteftation leur paroît »j digne de foi , offrez-la ôc acceptez le »» pari 3 vous gagnerez ; je déclare bien fu- >j remenr que dans le tems que je demeu- » rois fur l'habitation de M. Pons,, au Lim- » bé, mon cheval s'étant caffé une cuiffe , >s je vous fis appeller pour en entreprendre »• la cure ; que vous l'entreprîtes, ôc qu'au » bout de deux mois le cheval fut entiére- » ment guéri ». -, J'ai l'honneur d'être , ôcc. Signé, Sal- XENAVE. CHAPITRE XXVII. Polype à la trachée-artere. \) u a n n l'intéreffant & le merveil- leux que réunit cette obfervation , ôc que lui ont avoué avec plaifir plufieurs perfonnes très - confidérées pour leurs talens ôc leurs connoiffances dans l'anato- mie , la chirurgie ôc la médecine , ne fol- liciteroient pas fa publicité , je me ferois une délicateffe de la paffer fous filence, x66 Hifloire crainte d'abufer le public, qui fe plait à fuppofer le favoir ôc l'impartialité dans les corps qui s'élèvent dans fon fein fous le tirre confolaht d'académie , qui n'an- nonce rien moins que le foyer où s'allumera le flambeau qui doit éclairer l'humanité. Un *cabrouetier du Cap poffédoit une mule depuis trois ans ; elle en avoit dix ; jamais on n'apperçut en elle le moindre fymptôme de maladie ; fon embonpoint étoit à fon période. On la ramené aux appro- ches de la nuit ; pas la plus petite altéra- tion dans fon état brillant. Les fourrages lui font donnés avec les autres animaux. Elle mangeoit encore à dix heures du foir. Vers les quatre heures du marin on va la chercher pour les fondions journalières. Quelle furprife ! on la trouve couchée , languiffante ôc prête à mourir. On s'agite ; on m'appelle : je vole, mais Panimal n'eft déjà plus quand je fuis entré. Je lis dans tous les regards des foupçons de maléfice. Je m'empreffe de les juftifier, ou de les faire évanouir. J'ouvre l'animal, j'examine la poitrine ôc le bas-ventre ; tous les vifce- ies font dans le meilleur état. Cependant des Maladies des Animaux. 16y les poumons ôc le cœur, gorgés de fang, piquent ma curiofité. Suivant pas-à- pas les traces de cet engor- gement , le biftouri me conduit au canal aérien. J'y découvre un polype , de la groffeur d'une orange , invétéré, très-carti- lagineux ôc grené en dehors. Il dévoie dater de loin, ôc n'être l'effet que d'une lente pro- greffion. Le refte de ce tuyau fi effentiel à la vie étoit dans fon état naturel ; on y voyoit feulement beaucoup d'écume très- blanche , d'où l'on doit conclure que l'ani- mal n'eft mort que de fuffocation. Me défiant de mes lumières , je com- muniquai mes obfervations à des médecins 6c des chirurgiens que le favoir ôc de lon- gues expériences ont rendu chers ôc recom- mandables à la colonie. Surpris de ce polype confidérable, ils le jugèrent des plus intéref- fans. Cependant le cercle des Philadelphes y à qui j'eus l'honneur d'en faire part, affeda de le méprifer , prétextant que c'étoit un phénomène dont il ne pouvoit réfulter que des conféquences fort inutiles. Eh ! combien de phénomènes ne pubiie- t-on pas tous les jours ? Sont-ils plus utiles ? 268 Hifioire D'ailleurs le fage , le philofophe , épris de l'amour du bien public ôc des fciences, rejettera-t*il un phénomène qui nous mon- tre de quoi la nature eft capable , un phé- nomène qui nous apprend, à nous maîtres de l'art ôc praticiens, fcrutateurs de la nature, combien nous devons être attentifs fur la marche de cette motrice de tout être qui ref- piré ; un phénomène qui nous fait voir fans obfcurité , fans nuage 3 dans ces découvertes étonnantes que notre foibleffe croyoit enve- loppées d'ombres impénétrables ; en un mot un phénomène de nature à pouvoir fe repro- duire j ôc qui n'a paffé pour phénomène que parce qu'on ne l'avoit pas encore obfervé, 6c qui ceffera de l'être par fon renouvelle- ment indubitable, fi Pœil du praticien exa- mine avec fcrupule le cadavre qu'il ouvrira? Et n'y eût-il dans ma découverte que le feul avantage de déchirer le bandeau fatal de la prévention, de faire revenir les efprits de cet abfurde préjugé , père de tant de cruautés, mon obfervation feroitelle digne de mépris ? Devroit-elle êtte , comme elle l'a été chez MM. les Phiiadelphes, mar- quée au coin de l'inutilité, & rejettée avec une infultante indifférence ? des Maladies des Animaux. CHAPITRE XXVIII. De l'Opération de V GEfophagotomie. V; h A q u e individu , quand il Ce pro- duit dans la fociété pour y remplir un rang , s'engage par un ferment tacite à ne rien épargner pour fe rendre utile. Le médecin, plus que tous les autres , doit s'impofer cette loi. Il le fait réellement. La mali- gne ôc décourageante cenfure ne devroit donc pas être le prix de l'exade obferva- tion d'un fi louable engagement ! Mais le mérite fut-il jamais à l'abri de fes traits ? Je conviens que Pinjuftice eft en quel- que façon de néceflité dans le monde, Cepen- dant ces perfonnes qui, en vertu de leur profeflîon 3 font jaloufes ôcmême glorièufes qu'on leur fuppofe l'amour du bien public , ne devroient pas, au moins, s'avilir ôc fe dégrader en fe compromettant avec le vul- gaire ignorant , toujours prompt à con- damner ce qu'il ne comprend pas. Ce ne 270 Biftoire font point mes intérêts que je plaide, mais ceux de la fociété , qui perdra toujours, tant qu'on découragera ceux qui fe dévouent à fon utilité. La critique, au lieu de m'a- battre , m'a couronné , puifqu'elle m'a fuppofe du mérite, ôc qu'elle a cru trou- ver en moi quelque chofe digne de fon attention. En vain le chirurgiendu roi s'eft élevé con- tre ma prétention d'avoir le premier fait l'o- pération de l'œfophagotomie fur un être vivant. Plus jaloux de citer que de raifon- ner , mettant tout à contribution , en vain il a cru m'accabler fous un tas d'autorités aufli peu^joidicieufes que frivoles. En vain il m'obferve que mille auteurs ont parlé de l'œfophage , des corps étrangers qui s'y arrêtent, de la manière d'en faire l'opé- ration ; il m'a plus ennuyé qu'inftruit. J'avois eu occalîon de lire les ouvrages dont il emprunte fi fervilement ôc fi mal- à-propos l'autorité. Les mémoires de l'aca- démie royale de chirurgie , le didion- naire de chirurgie , ôc plufieurs autres ou- vrages , après une énumération de faits , tracent la route , décrivent le plan de con- des Maladies des Animaux. 171 duite de l'opération de l'œfophagotomie. Le chirurgien d'Angerville n'a pas man- qué d'enrichir fa théorie d'un fi beau pa£ fage dans fa réfutation. Un échantillon d'anatomie bien ou mal- à-propos, rien de plus impofant. C'eft l'or- dinaire piédeftal du charlatanifme ; ôc c'eft de ce point qu'a brillé notre critique ; cepen- dant l'éclat de Ces rayons n'a pu m'éblouir affez pour ne pas m'appercevoir de lafauffeté de fon érudition ôc du choix peu judicieux qu'il fait des écrivains relativement à mon opération. Ses atqui, bâtis fur un fable mou- vant , n'ont pu épargner leur chute à fes ergo. Pour preuve de ce que j'avance, ouvrons les livres qui traitent des corps étrangers dans l'œfophage ; les mémoires de l'acadé- mie royale de chirurgie , par l'étendue qu'ils donnent à ce qui fe rapporte à l'œfo- phage j nous annoncent l'intérêt que cette partie délicate infpiroit à l'écrivain ; ils font donc , ils doivent donc être les dépofitaires de tous les accidens 3 de tous les périls rela- tifs à l'œfophage, de tous les moyens de l'eu ijt- Hijloire garantir. Cependant qu'y trouve t-on? Des exemples amoncelés qui n'annoncent autre çjiofe que la réflexion ôc la combinaifon 3 qui font les fondemens de toutes opérations méthodiques. Ici ceft la rage d'un furibond , le défef- poird'un frénétique. Ennuyé d'une vie pour lui déformais infupportable ôc odieufe, il s'arme d'un fer homicide, ôc's'attaque à l'œfophage 3 cette partie fi effentielle ôc fi délicate dans tout être qui refpiré. Etin- celant de colère , il coupe la trame de fes jours , il fe déchire , le fang coule. Soit foibleffe , foit efpece de rage, le fuicide voit tomber le fer de fe> mains défaillan- tes , il fuccombe attendant l'heure de fon trépas. Mais un heureux hafard veut qu'on le fecoure à propos : des portes de la mort , on le rappelle à la vie , & voilà f opération de l'ozfophagotomie. Là , c'eft un affaflin embufqué dans l'é- paiffeur d'un bois ; un Cacus qui attend le voyageur pécunieux ; l'heure fonne, ôc il fe précipite fur la vidime, ôc pour l'im- moler des Maladies des Animaux. 273 moler plus furement, il lui donne du poi- gnard dans la partie par laquelle il croit hâter fon trépas. Un génie propice vient rendre le mal- heureux à la lumière , & voilà l'opération de fœfophagotomie. Exemples merveilleux ôc bien dignes d'être cités ou donnés à entendre\ falloit- îl donc que je vous euffe ignorés ! mon deftin vouloit-il donc que je n'en euffe connoiffance qu'après ma téméraire dé- marche ! tout fubit l'arrêt de fon étoile, tout eft bercé à la merci de fon caprice 6c de fa fantaifie*, J'ai encore lu-dans un autre ouvrage un trait pour le moins aufli capable de me confondre. Le praticien appelle pour des animaux malades, s'arme du biftouri ; que va-t-il faire ? extirper une tumeur char- boneufe au col d'un quadrupède. L'opé- ration, répond à la dextérité de la main ; on donne un breuvage , mais , ô furprife ! il s'écoule par la plaie ! l'œfophage eft ouvert! quel malheur! mais non ; quel bonheur que le hafard ait fait dans cette circonftance ce S 274 Hijioire qu'on a droit d'exiger de la prudence , du favoir ôc de la réflexion ! & voilà l'opération de Vœfophagotomie. Siècle philofophe \ fiécle judicieux ! tes héros fauroient-ils être enfevelis dans les ombres d'un odieux oubli ? Non , fur le char de la gloire , couronnés de lauriers, vous irez à l'immortalité. Enfans de l'éru- dition ôc du profond favoir ! l'impartialité qui règne dans vos écrits 3 les vues éloignées de la baffe jaloufie qu'on y voit refpirer de toutes parts , tout vous affure nos hom- mages , tout follicite en votre faveur notre encens ôc nos autels. Qui les mérite mieux en effet f Pour moi, peu jaloux de la gloire qui couronne ' la déraifon, je lui préfère la honte de par- ler jufte ôc d'accord avec le bon fens. Une opération réfléchie ôc combinée , fuivie du fuccès le plus complet, frondée, par tous ces motifs , par la cenfure la plus inconfé- quente ôc la plus abfurde , ne pourra que me flatter ôc me faire honneur. En voici l'hiftoire , elle ne confirme pas peu cette vérité, qu'une émulation nourrie ôc fortifiée des Maladies des Animaux. 275 contribue beaucoup à reculer les bornes de Part ôc à agrandir la fphere des con- noiffances. Dès le commencement de l'année 1782 , appelle fur l'habitation de M. Bouffoumat, prévôt de maréchauffée dans le départe- ment du Cap ; on me préfente une vache qui avoit avalé une groffe orange verte, ar- rêtée à l'œfophage ; l'animal ne pouvoit refpirer , fes yeux convulfifs, égarés, fa tête penchée ôc défaillante , l'enflure con- fidérable de totit fon corps , l'écume qui fortoit en quantité de fes narines ôc de fa bouche, tout m'annonce le plusprochain tré- pas. Comme un général qui ne brille jamais d'un plus bel éclat que quand tout femble défefpere, je faute deffus mon cheval, ôc m'armant promptement du biftouri, je vois l'ennemi, Ôc le combats. Je fais, du côté gau- che , au tégument, une incifion longitu- dinale dé quatre pouces , ôc vais chercher l'œfophage derrière la trachée-artere, évi- tant fagement la jugulaire ôc les artères, pour ne pas caufer une hémorragie mor- telle. Parvenu à l'œfophage , je fais remon- ter l'orange ôc je l'incife de la même ma- Si iy6 Hifioire niere que le tégument. L'incifion eft à peine faite que le corps étranger s'élance en-de- hors, précipité fans doute par la violence des vents qui, n'ayant pu fe faire jour à travers le canal bouché 3 avoient caufé à Panimal l'enflure confidérable de tout fon corps. On les voyoit en effet s'échapper à grand bruit à la fuite de l'orange. La vache , que la douleur avoit forcée de fe coucher , ôc de- vant qui on voyoit pour le moins deux féaux d'écume, fe releva foudain après l'œfo- phage dégagé. On ne fauroit exprimer la furprife ou plutôt le raviflement des fpedateurs nom- breux 6c qualifiés que la curiofité avoit at- tirés ce jour-là chez M. Bouffoumat. Je leur montre l'orange, ils la voient 3 Se doutent encore qu'elle foit fortie ; ils la touchent ; enfin ils relient perfuadés , ôc me compli- mentent à Penvi, ôc fur mon fuccès , ôc fur ma dextérité. Mon air décidé, au*moment de cette périlleufe opération , avoit forcé M. Bouffoumat à rentrer. Mais bientôt le murmure de l'affemblée le rappelle ; ne doutant plus 3 a la joie qui brille dans tous les regards , du fuccès de mon entreprife, des Maladies des Animaux. 277 il me félicite ôc s'applaudit de la confiance qu'il m'a donnée. Mais fa naturelle fenfi- bilité ne put fe contenir dans des bornes aufli étroites ; il veut que fa reconnoiffance ait autant de publicité que mon opération, comme je le dirai en fon lieu. Cependant, malgré l'effort de l'orange, précipitée par la violence du vent , les lèvres formées par l'incifion au tégument ôc à l'œfophage, fe rejoignant d'elles-mê- mes , je les traitai comme une plaie fimple. Je tenais le col enveloppé avec un gros linge , afin que Pair ne causât aucune ir- ritation. J'établis un féton au fanon, pour y attirer une partie des humeurs qui dévoient naturellement s'engendrer à l'œfophage , dont il favorifa grandement la guerifon par l'abondante matière qui en fortit ; je l'y ai laiffé jufqu'à ce que la cicatrice fut entièrement formée , ce qui fe fit au bout de quelques jours. A la faveur des petits trous qui reftoient fur le tégument au conv mencement de la formation de la cicatrice 3 j'injedais au-dedans, au moyen d'une petite feringue , de la teinture de, myrrhe ôc d'a- loès , pour prévenir la gangrené ; après S} 27B Hijïoire deux mois de traitement, l'animal fe trouva t parfaitement guéri. Je Pavois mis à certain régime pendant le mois philofophe. Je ne lui donnois pour toute nourriture qu'une efpece de bouillie faite avec de la farine ôc de Peau. Dans le principe , je la lui faifois avaler au moyen d'une corne, parce qu'il ne vouloir ni boire ni manger; j'y mêlais un peu de vinaigre ôc de firop; il avoit continuellement devant lui une baille d'eau , où je jettois quelque peu de fel de nitre ; par intervalle je lui donnois quelques bouteilles d'eau de goudron ; fur la fin des quarante jours je hafardai de lui faire manger des herbes ; je choififfois les plus tendres, les hachois, ôc les lui jettois poignée par poignée. Comme il les prenoit avec la dernière voracité 3 on jugea ma précaution fage ôc indifpenfable pour éviter que la plaie , qui ne laiffbit déjà plus épan- cher que très-peu d'eau , fût irritée, ce qui auroit pu faire évanouir les efpérances de guerifon qu'avoir déjà conçu le proprié- taire , ôc me priver moi-même de l'avan- tage de les avoir juftifiées. On obferva cette prudente conduite pendant huit jours. In-, des Maladies des Animaux. 275 fenfiblement la cicatrice fe forma de ma- nière à faire douter fi l'opération avoit jamais été faite fur cette vache. L'embon- point que la longue diette avoit un peu altéré, revint à l'animal, qui ne mourut que dans une extrême vieilleffe , après avoir payé de deux jolis veaux les alarmes de fon maître. Dans le principe , quoique ravi de mon opération , M. Bouffoumat n'ofoit cepen- dant pas s'en promettre tout à-fait le fuc- cès : l'eau qui s'échappoit par les petits trous que laiffoit la cicatrice naiffante, diminuoit fa confiance , ôc le jettoit dans l'incertitude. Je le raffurai de mon mieux; le dénouement juftifia ma garan- tie. Sentant fa reconnoiffance redoubler, M. Bouffoumat profita de Poccafion de m'appeller au fujet d'une autre vache, pour m'écrire la lettre flatteufe que je copie ici, ôc que la jaioufie de quelques envieux me força de rendre publique pouf leur honte ôc leur défefpoir. « Monfieur , je vous prie de vous tranf- » porter fur mon habitation , pour y voir » une de mes vaches qui a été bleffée au bois, S4 280 Hi/loire » Quoique la bleffure foit confidérable, je >> me flatte que par le fecours de votre art » elle fera bientôt guérie. L'opération que » vous avez faite fur celle qui avoit avalé » une groffe orange verte , arrêtée à Pœfo- » phage , m'infpiré la plus grande con- »> fiance. J'ai d'abord frémi en vous voyant » faire une large incifion au col de cette » vache pour en retirer le corps étranger » qui n'auroit pas tardé à l'étouffer ; mais 55 j'ai été raffuré prefqu'auflitôt par l'heu- s5 reux fuccès dont cette opération fut fui- »j vie , ôc je dois dire à votre louange, » qu'ayant eu occafion d'en parler en pré- » Cence de plufieurs perfonnes inftruites, » elles ont d'autant plus admiré votre dex- 39 tériré , qu'il n'y a pas 3 m'a-t-on dit , » d'exemple d'une pareille opération , ôc 55 qu'on ne connoît d'autre manière de >5 guérir ces fortes d'accidens qu'en pouf- >3 fant le corps étranger dans l'eftomac, ce >5 qui ne réuffit pas toujours, ôc ce qui étoit ss impraticable fur ma vache , à caufe de 5) l'extrême groffeur de l'orange. » Je fuis , ôcc. Signé, BoussoumAT».: des Maladies des Animaux. 2%t J'ai fait la même opération dans le mois de Janvier 1786. M. * * m'appelle fur fon habitation ; je le trouve qui m'attendoit à la barrière. Nous avançons , ôc pendant ce tems il me dit qu'une de Ces vaches étant attaquée de tranchées venteufes,on lui avoit donné un grand nombre de lavemens ; qu'elle faifoit des efforts violens ôc cruels; qu'enfin ils étoient parvenus à lui ménager une fituation tranquille au moyen d'un la- vement fait avec la feuille de l'arbufte de coton j j'applaudis à tous ces foins , à con- dition qu'ils auroient été pris à propos. C'eft ainfi que je m'en expliquai. Enfin nous arrivons : je \ois la vache : tout en elle m'annonce autre chofe que des tran- chées. « Je fuis bien trompé , dis-jeàj-jy^**, s> fi cette vache , comme celle de M. Bouf- >j foumat, n'a pas une orange arrêtée dans w l'œfophage ». L'écume , l'enflure de tout le corps fembloient me le confirmer. Je pro- mené ma main fous le col ; le tad me fuf- fit. Je prends mon biftouri. « Peut-être ne 55 me donnera-t-elle pas le tems d'opérer, >5 dis-je à M. * *. » En même tems je fais 2.$ 2. Hifioire l'incifion-, ôc l'orange s'élance précipitam- ment. Tous les fpedateurs furpris relient muets , ils efpérent. Mais la vache , fans prendre congé de perfonne , paffe à une fituation plus tranquille que celle qu'on venoit, il n'y a qu'un inftant, de lui mé- nager au moyen du lavement avec la feuille de l'arbufte à coton. Elle expire n'ayant pas été opérée affez tôt Les violens efforts qu'elle avoit faits pour fe dégager de ce corps étranger l'avoient épuifée , abattue 6c mife abfolument fans force. M. * * en convient avec moi , ôc me donne mille éloges fur mon Cuccès Se ma dextérité. Voila pourtant des opérations fur des êtres vivans , que n'ont pas rougi de com- battre des gens plus incéreffés que tous autre*-¥faire triompher le talent ôc l'ému- lation fur les ruines de la baffe jaloufie abattue ôc frémiffante fous le coup qui l'a frappée. des Maladies des Animaux. 2%"$ CHAPITRE XXIX, De la funefie Influence du Préjugé. VjE fut en 1777, que je débarquai fut ces rivages ; une mortalité fur les animaux y faifoit les ravages les plus défolans ; des morts auflî cruelles qu'imprévues prêtoient aux interprétations les plus inconféquentes. Armés du préjugé , tous les regards fem« bloient accufer le maléfice ; un bruit fourd, des himeurs femblables à celles qui pré- ludent à Pexplofion d'un peuple mutiné qui fe fouleve , des mots obfcurs qu'on fembloit craindre de hafarder , tout annon- çoit que l'irréflexion ôc la précipitation ne ramenoient pas le défaftre à fon vrai prin- cipe. Enfin, on fe dépouilla de cette efpece de timidité qui trembloit d'aventurer un ju- gement. Tout le monde rouloit ces idées finiftres dans l'efprit , tout le monde les balbutioit, perfonne n'ofoit les découvrir diftindement. Mais forcés par la multipli- 2S4 Hifioire cité des pertes, les opinions haufferent en- fin la voix : j'en fus d'autant plus pénétré de douleur, qu'une foule d'habitans voulurent me compromettre dans leur préjugé , qu'ils exigèrent de moi, comme maître de Part, des certificats qui confirmaffent leur affer- tion ôc fiffent preuve contre la malice des nègres. Trop ami de l'humanité pour la condam- ner fans connoiffance de caufe , trop jaloux des titres qui caradérifent la prudence , ôc la probité, je perfiftai dans mon refus, ôc cherchai le flambeau qui pouvoit difliper les ténèbres d'une erreur d'autant plus funefte qu'elle étoit prefque généralement adoptée. L'honnêteté de ma conduite me mérita de perdre plufieurs pratiques très- confidérables. Comme je n'en fus pas ému, j'en trouvai plus doux le plaifir de leur re- tour ôc de leur vive reconnoiffance. Fondé fur mille obfervations faites en France ôc ■ dans la fameufe ville de Saragoffe en Ef- pagne, fortifié par le paralelle que j'en fis avec la maladie qui dévaftoit Saint-Do- minque, je vins à bout de faire revenir d'autres habitans de leur aveugle préten- des Maladies des Animaux. 285 tïon. Je dévoilerai dans fon lieu fur quel point elle fe fondoit. Quant à cet heureux retour , je le regarderois pour peu de chofe, fi ma fermeté n'avoit produit les plus heu- reux effets en détruifant des foupçons dont les fuites auroient pu être très-funeftes. Eclairés par les lumières de la théorie 6c de l'expérience 3 ou fuppofés tels, les gens de l'art font comme affurés d'être toujours crus. Combien doivent-ils donc plus fe le promettre quand leurs opinions font con- formes à celles du public? Celui-ci tient pour le maléfice, ceux-là l'y confirment; on difcourt, ils appuient ; les propos paf- fent de bouche en bouche 3 ils deviennent plus intéreffans ôcplus perfuafifs, parce que le merveilleux s'y mêle ôc s'accroît. Un tel nègre vient d'être pris ; on en parle ; on l'accufe ; c'eft le malfaiteur, il n'eft pas douteux. Je n'en ferois pas furpris , dit un tiers ; j'ai remarqué dans l'ouverture d'un de mes animaux qu'il avoit l'eftomac rouge. Le maléfice règne par-tout. Quelle erreur ! difois-je en moi-même; j'étois donc obligé de traiter de maléfice cette même obfervation que j'ai faite mille 2$ 6 Bifioire fois en France dans cette cruelle épizootie qui délbloit la Gafcogne en 1774 , ôc p^ur laquelle je fus employé par la commiflïon du patriotique M. de Cift , fubdélégué de l'intendance de Guienne dans le départe- ment de Marfan. Il n'y avoit pas de nègres, on ne pouvoit pas accufer les blancs, puif- que c'eût été les fuppofer ennemis de leurs propres intérêts. D'où venoir donc le phé- nomène ? du pouvoir de quelques génies fylphes ? d'un de ces efprits élémentaires de l'air ? Ah ! le maléfice giffoit dans le mal ! Je ne difconviens cependant pas qu'il ne puiffe y avoir des empoifonnemens. Con- vaincu de la malice dont un nègre eft ca- pable, connoiffant à fond fon caradere ty- rannique ôc barbare, ce cœur qui ne ref- piré qu'après l'inftant où rompant fa chaîne, brifant fes fers, il pourra nous faire gémir dans les horreurs de Pefclavage, je fuis prêt atout croire, je fuis prêt à tout ima- giner fur leur compte. Mais ce ne fera jamais légèrement, ce ne fera jamais fans avoir préalablement cherché , analyfé ôc difcuté. Quand les ouvertures multipliées des Maladies des Animaux. 287 des cadavres , quand les recherches foi- gneufes ôc exades ne m'auront fourni au* cun éclairciffement fur les caufes ôc la nature de la maladie , quand au contraire elles n'auront offert à mes regards attentifs que les traces cruelles d'un poifon deftruc- teur , alors le nègre fera coupable 3 alors il méritera d'être puni , alors le dernier ôc le plus cruel fupplice devra être le prix de fa méchanceté. Mais, hélas ! par je ne fais quelle fatalité qui nous rends cruels tandis que nous croyons voler à l'immortalité fur les pas d'une adion louable , on n'attend , on ne cherche , on ne penfe pas même à chercher tous ces fignes , toutes ces indications fi capables de rendre nos jugemens équitables 6c de les dépouiller de toute apparence de témérité ; on fe précipite ; on n'écoute rien. Rien ne fe feroit mieux juftifie fi quel- qu'un de ces partifans du préjugé , igno- rant la caufe de la mort du fuperbe che- val de M. de Soulage, n'eût vu que fon eftomac. Voici le fait. Ce cheval, partant pour le pâturage, fe i88 Hifioire* laiffé tomber fur une falaife , il fe caffe la huitième vertèbre du dos ôc trois côtes. J'en fais l'ouverture en qualité de maréchal expert du régiment de Belzunce ôc de Condé. M. de Soulage , capitaine de ca- valerie 3 étoit préfent , efcorté de quatre dragons. L'embpnpoint de Panimal étoit à fon période ; l'intérieur du mécanifme n'offre rien que de fain ôc de naturel ; j'éva- cue l'eftomac , la membrane eft femée de diverfes taches noires -y j'en fus d'autant moins furpris, que j'avois plufieurs fois ob- fervé la même chofe. Obfervées feules par un enfant du préjugé , ces taches noires auroient fuffi pour faire conclure que le cheval étoit mort de poifon donné à deffein. Cependant ces taches noires n'étoient que l'effet de certaines herbes cauftiques que l'animal avoit mangées. Je fuis d'autant plus perfuadé que ces taches noires auroient donné lieu à des idées de poifon , que l'opinion des partifans du préjugé n'étoit fondée que fur de pareilles obfervations : en ayant en effet trouvé par l'ouverture de plufieurs qu'ils croyoient empoifonnés, ils ont prétendu que pour exécuter des Maladies des Animaux. 289 exécuter leurs noirs deffeins, leurs projets ténébreux. Les nègres faifoient ufage de la canne de madère ôc de la feuille de guebée , univerfellement regardées pour un poifon fubtil : j'ai voulu m'affurer de la vérité du fait, 6c n'ai pas à cet égard balancé à fa- crifier deux chevaux ôc deux mulets. Suivant en tout la manœuvre que lé pré- jugé prêtoit aux nègres, j'ai broyé de ces can- nes ôc de ces feuilles; les délayant avec du firop 6c de l'eau , je les faifois manger au quadrupède, en forme de foupe, deux fois par jour, durant une huitaine; au bout de ce tems, ne voyant encore aucun effet qui prouvât en faveur du préjugé , j'ai ex- primé le jus de ces végétaux , ÔC en ai fait boire à ia fois la valeur de quatre verres fans autre chofe avec ; j'en ai copieufement injedé par les narines 3 par les oreilles ôc par le fondement, pendant quatre jours foir 6c matin; je n'ai obfervé aucune altéra- tion dans l'individu , pendant près de deux mois que je l'ai nourri en partie de ces fubftances. Pour me conformer en tout à la préten- due conduite des nègres, j'ai trempé les T 29 o Hifioire piquans des épingles dans le jus de ces mêmes végétaux ; j'en ai percé Panimal, j'en ai même injedé dans ces plaies faites exprès ; rien n'a paru , rien n'a dénoté, dans ces végétaux , les propriétés malfai- fantes qu'on leur attribue. Pour mieux juf- tifier mes expériences, j'ai affommé ces quatre animaux, ôc les ai ouverts en pré- fence du chirurgien-major du régiment de Touraine, du médecin d'Azile Ôc du chi- rurgien Monaix, que j'avois priés d'affilier à une expérience fi intéreffante fous tous les rapports. Aufli attentifs à me fuivre dans mon opération, cjue j'étois ardent à cher- cher 6c à fcruter, l'ouverture ne nous a en- core rien montré qui prouvât en faveur du tyrannique préjugé. Il ne s'enfuit cependant pas que c'eft à tort qu'on foupçonne les nègres de faire périr nos animaux, de ruiner cette partie de nos richeffes au moyen du pojfon ; mais il s'enfuit qu'on devroit moins fe précipi- ter dans fes jugemens , ôc analyfer mieux 6c avec plus d'attention ôc plus d'exaditude. Si les gens de Part, dans l'affaire crimi- nelle intentée en J774 , fur la dénoncia- des Maladies des Animaux. 291 tion faite par le fupérieur de l'hôpital de la Charité , à Poccafion des pertes confi- dérables d'animaux qu'ils faifoient fur leurs habitations de la Petite-Anfe; Ci les gens de Part s'étoient avifés de décompofer ôc d'analyfer le chocolat qu'on difoit être le feul poifon employé par les nègres foup- çonnés, furpris ôc arrêtés , cette affaire , dans la délibération 3 n'auroit pas eu le dénouement que La Fontaine nous obfervé d'une manière fi naturelle dans fon con- feil des rats, m 11 ■ ■ '- —-■ CHAPITRE XXX. Préfervatif pour les Animaux* O' 1 £ eft vrai que les animaux, fur-tout à Saint-Dominque, foient urte partie con- fidérable de nos richeffes, envifagés fous le double point de vue du prix d'acquifition '> 6c du fervice, rien ne doit donc nous pa- roître coûteux ôc pénible pour la confer- vation de leur fanté ; nous devons donc encore moins en négliger les moyens quand Ta 2j 2 Hi/toire ils n'entraînent ni dépenfe ni fatigue après eux ; tels font les avantages qu'on a droit de fe promettre fur le préfervatif que je propofe pour être donné tous les mois aux animaux. C'eft une efpece de vinaigre des quatre voleurs. Il a mille excellentes ver- tus que pourront vifiblement nous faire connoître les propriétés des fimples qui le compofent. Les voici : Le petit baume ou menthe, La fauge, Le petit 6c le grand nambaflin : L'herbe à Bandôme, Le bafilic. De chacune on prend une poignée, qu'on met dans une pomponelle enfemble avec une bouteille de vinaigre. On laiffé infu- fer le tout pendant deux ou trois jours dans le fumier de cheval, ou bien au fo- leil ; puis on coule pour s'en fervir au befoin. Les moutons & les cochons peuvent en prendre comme le cheval 6c le mulet ; la dofe pour chaque animal eft depuis un verre à liqueur jufqu'à un demi-gobelet or- dinaire. On le fait boire, ou tout pur , ou dans l'eau mêlée de firop. des Maladies des Animaux. 255 Des préfervatifs, nous allons en indiquer une foule j crainte que nous bornant à un feul 3 nous ne jettions dans l'embarras. L'eau de goudron donnée tous les huit jours, à la dofe d'une bouteille, eft un excellent antiputride Ôc rafraîchiffant. On peut faire une tifanne avec la chico- rée fauvage 3 ou prendre deux pintes d'eau de riz ; dans l'un ou l'autre, on met une once de nitre , un gros de camphre diffous dans un demi-gros d'efprit vitriolique ; on en donne deux ou trois fois tous les mois à la dofe d'une ou deux bouteilles, confor- mément à la complexion plus ou moins forte de Panimal. La tifanne avec Paloès eft excellente 6c peut très-bien répondre à l'idée d'un pré- fervatif. On prend une branche de cet ar-« bûfte , on la dépouille de fa première peau; après l'avoir concaffée, on la met dans une pinte ôc demie d'eau qu'on laiffé bouillir jufqu'à la rédudion d'une bouteille, qui eft la dofe du gros quadrupède ; pour le menu bétail, on le réduit à la moitié. On fait encore une décodion de feuilles ou d'écorces d'orangers ou decitroniers, ou t3 29 4 Hifloire de petit baume ; on y met deux ou trois gros de quinquina , autant de camphre dif- fous dans un peu de taffia ou d'efprit-de-» vin. On en donne depuis une demie juf- qu'à une bouteille, deux ou trois fois par mois, De tous ces préfervatifs, également ca-> pables de remplir notre-objet, on peut choifir celui le plus à portée. Quand les dofes ne feroient pas indiquées , on con- noît affez tout ce qui entre dans la compo* fttion, pour favoir ce qu'on en peut donner à chaque individu , en fe conformant à l'âge , à la force , à la grandeur ôc à Pef- pece des quadrupèdes. Comme le préfervatif ne confifte pas feu- lement dans tous ces breuvages indiqués, nous allons donner tout ce qui peut concou- rir à leur heureux effet. Je fens bien que je fais bâiller, ôc qu'on fouhaiteroit quejefiffe grâce de ce dernier extrait de ma pharma- cie ; mais je ne puis m'y réfoudre, je veux être utile, au danger de déplaire. J'ai tous les titres contre moi, je ne vais expofer que des vérités triviales. Cependant peut-il être honteux de réveiller des avantages des Maladies des Animaux. 295 qu'on oublie ? la nouveauté auroit-elle feule le droit de nous être profitable ? Journellement on peut faturer la boif- fon de l'animal avec le vinaigre de vin , ou celui de canne. L'animal doit être régu- lièrement broffé , pour lui ôter cette craffe dont il ne peut manquer de fe charger dans l'adion des travaux, ôc qui ne peut que lui être funefte. De tems en tems on lui donne des lavemens avec une décodion de raquette, ou de guimauve du pays, ou de gombeau , ou bien encore d'eau de favon. Les fumigations font de toute néceflité : on peut les faire au moyen d'une décodion d'herbes aromatiques, ou de fucre brut, ou de la fleur de foufre, ou du camphre. On fait humer à l'animal la vapeur du premier ; on met les autres fur un brafier , ôc le qua- drupède en refpiré la vapeur. Le goudron peut encore leur être fuppléé. Il eft dans un feau diftingué pour cela; quand on veut fumiger, on y jette un morceau de fer chaud ou un petit boulet de canon. Rien de plus propre quecesfumigations pour dégager le cerveau de la trop grande abondance des humeurs. T4 i$6 Hifioire La même opération doit fe faire dans les écuries pour en corriger ôc renouveller l'atmofphere ; cette fumigation s'entre- tient un jour chaque mois. Pour ne rien dé- ranger dans l'économie des chofes 3 on pro- fite du jour de Pabfençedes troupeaux. Le préfervatif fe donné trois jours de fuite dans chaque mois. Le lendemain , après fon adminiftration, on purge l'animal. Voici la recette : Prenez deux ou trois onces de féné du pays, laiffez-les infufer deuxou trois heures dans une demi-bouteille d'eau bouillante. Après cette infufion , paffez le rélidu dans un linge en l'exprimant. Ajoutez-y une once d'aloès du pays. Obfervez que tout foit bien diffous, que l'animal n'ait rien mangé , ôc qu'il ne prenne rien que cinq à fix heures après la purgation. des Maladies des Animaux'. 297 (CHAPITRE XXXI. Des Injlrumens pour opérer. JL e s maladies font décrites, leurs fymp- tômes ôc leurs caufes indiqués ; par-tout le remède fuit l'hiftoire du mal. Refte main- tenant à'faciliter les opérations de la main. La dextérité n'eft pas en mon pouvoir, je ne puis en difpofer. Ceux qui la reçurent en apanage des mains de la nature, la mettront en exercice. La pratique la don- nera peut-être aux autres. Pour moi,. je vais efquiffer les inftrumens de Pufage le plus ordinaire, rangés en ordre ; les caraderes alphabétiques les indiqueront dans la plan- che ; il y aura fur ceux qui l'exigeront, une réflexion préliminaire. Flammes : fig.d.Tout le monde fait qu'elles ne font confacrées que pour ouvrir les vei- nes , diminuer la trop grande abondance du fang, ou ralentir fon adion enflammée. Aiguilles à féton : il y en a de deux ef- peces : la première, fig. b, qui eft la plus 2 ç 8 Hifioire petite, fert à Pétabliffement des fêtons or- dinaires : on emploie l'autre, fig. c, dans les opérations extraordinaires relatives à fon objet ; par exemple, dans le mal de ga- rot , où le féton doit être un peu plus grand ; en un mot, dans tous les cas où le praticien le juge néceffaire. Bifiouris. Nous en avons de deux fortes: le premier , fig. d , fert pour les opérations qui doivent fe faire de la pointe de Pinftru- ment; les cas font affez communs : l'ufage de l'autre , fig. e, eft de couper les ex- croiffances, de rafer les petites tumeurs 3 ôc découvrir les confidérables à cotes de me- lon ; il fert encore dans toutes les incifions quelconques. Scalpel ; fig. /. Il eft deftiné pour les dif- férions. Boutoir : fig. g. Perfonne n'ignore fon emploi , qui eft de nettoyer le pied , cou- per les parties fuperflues de fa fourchette , ôc difpofer la partie à l'intention de celui qui ferre. Triçoifes : fig. h. Avec elles on fonde le pied , pour y chercher la fenfibilité dans les occafions : on arrache les doux Ôc tous les corps étrangers. des Maladies des Animaux. 199 Zeve-fole : fig. i. Son nom indique fa deftination. Rénette : fig. j. On s'en fert pour chercher le foyer dans les occafions où le pied eft malade , fans qu'il en paroiffe rien que le boitement, Elle eft encore d'un très-grand ufage pour deffoler le pied. Fers à feu : fig. k. Le praticien en ufe pour mettre-le feu aux jambes ôc fur toutes les parties du corps , fuivant l'exigence des cas. Boutons à feu: fig, /. Cautérifer, brûler une tumeur , un bouton , faciliter Pétablifi» fement de la fuppuration, arrêter les hé-» morragies , tel eft leur objet ôc leur em-» ploi. Padanes : il y en a de deux efpeces : le premier, fig. m , fert pour vifiter la bouche des animaux, ôc faciliter toutes les opéra- tions relatives à cette partie. L'autre, fig. n, fert à faire avaler quel- ques breuvages. Quelque fougueux que foit l'animal, retenu par Pinftrument , il eft forcé de fe rendre, Cette méthode eft pré- férable, à tous égards, à celle de précipiter ôc d'abattre le quadrupède. Par fon moyen 300 Hifioire on évite les funeftes accidens que doivent nous faire crainte la chute pefante ôc maf- five, les efforts violens ôc cruels du qua- drupède. Ce padane s'attache à un poteau, comme on le verra dans la planche ; ou bien à un mur, avec les mêmes circonftances. Dans tous les cas on a foin d'amarrer l'ani- mai pour le maîtrifer plus à fon gré. Corne: fig. o. Sous plufieurs rapports elle eft préférable à la bouteille. Un hafard peut faire que le padane échappe de la bouche de l'animal : avec quelque violence qu'il ferre tout-à-coup les dents , la corne réfiftera ; la bouteille fe briferoit ; les morceaux pour- roient tomber dans l'œfophage 6c le déchi- rer , de manière que ce qui devoir foulager l'animal, ne feroit qu'augmenter fon mal ôc être pour lui un furcroît de douleur. des Maladies des Animaux. 301 CHAPITRE XXXII. Analyfé des Obfervations qui entrent dans le corps de l'Ouvrage. V^ueique attention que j'aie eu de ne rapporter 3 autant que je l'ai pu , que des obfervations que j'avois faites moi-même , 6c que j'aie mis dans leur expofition toute la clarté dont elle étoit fufceptible, je crains cependant que par leur multiplicité elles aient échappé de la mémoire de mes lec- teurs ; je crois donc de mon devoir de lu* en donner ici une analyfé raifonnée , ôc la plus fuccinte qu'il me fera poflible. j+ Février \119 , 2V"°. z des Affiches Américaines. ' Lettre à M. Lethan , dodeur en mé- decine , auteur des gazettes de fanté. , Tout y roule fur la vétérinaire. Ce mé- decin venoit de donner , en forme de mé- moire , la généalogie des maladies des bef- tiaux ôc l'origine de l'épizootie régnante '50 2 Wfioire à Saint-Domingue : je crus devoir y preti* dre un intérêt, ôc répondre par une lettre à la bonté ôc à la folidité de plufieurs de fes obfervations. A la faveur de mon ex- périence , je comparois cette prétendue épi- zootie avec celle pour laquelle je fus ju- ridiquement propofé en 1774, aux environs du Mont-de-Marfan 3 par ordre du fage ôc patriotique M. de Sift, fubdélégué dans les départemens de Marfan : j'y rappro- chois les divers rapports que j'avois cru devoir établir le parfait paralelle ; j'y faifois la peinture de l'état intérieur de l'animal ; on pourra la voir répétée dans le chap. XII de la féconde partie. D'après la ledure de mon premier cha- pitre fur le préjugé, on fera fans doute furpris que je dife au médecin Lethan , qu'on ne pouvoit penfer autrement que lui fur l'origine de l'épizootie régnante. Objection. Vous prétendrez , va-t-on me dire 3 que les épizooties ont lieu à Saint-Domingue, 6c vous venez afficher aujourd'hui que vous n'en avez jamais vu,depuis neuf ans que vous des Maladies des Animaux. $0} habitez la colonie ? Quel fond faut-il donc faire fur vos difcours ? A quoi doit-on donc s'en tenir? Soyez au moins un peu plus d'ac- cord avec vous-même. Je le fuis , quoique j'aie pu mériter un fi jufte reproche. Lajeuneffe, plutôt que l'erreur, m'avoit féduit ; j'avois donné, com- me font tant d'autres, mon fentiment en far veur d'une chofe que je n'avois pas affez approfondie ; je ne faurois dire le motif qui me fit agir dans cette occafion. L'amour- propre , qui fe gliffe dans tous les cœurs, ôc les maîtrife en fouverain , joue fouvent le tour aux jeunes gens. Profitant, de cette efferyefcence qui leur eft affez ordinaire, il les précipite fréquemment dans les mau- vais pas , en les attirant ôc les charmant par le féduifant appât de la célébrité. Tout ce que je puis affurer, c'eft qu'à l'époque de cette lettre , j'étois encore dans mon enfance à l'égard des maladies des ani- maux dépendantes de la conftitution variable du climat, de la nature des fourrages ôç de la qualité des eaux : comme ces caufes étoient une énigme à deviner pour mes j©4 WJloire naiffantes lumières, les fymptômes dévoient m'en être difficiles à faifir ; tout ce que j'a- vois pu acquérir de connoiffance en France dans mes expériences 6c par mes obferva- tions, tout cela ne m'étoit que d'un très-foi« ble fecours. Les maladies, à Saint-Do- mingue, différent prefque entièrement de celles d'Europe; elles fuivent les diverfes influences de la température : il faut donc que le praticien qui du fein de l'Europe vole fur ces lointains rivages pour s'y con- facrer à la cure des animaux malades , fe prépare à un nouvel apprentiffage 3 ôc à l'é- tude du climat, dans toutes les variations dont il eft fufceptible. C'eft à quoi fon at- tention doit d'abord s'attacher, fans quoi point de fuccès : en effet, peut-on guérir une maladie qu'on ne connoît pas f ôc parvien- dra-t-on jamais à la connoître, fi, par une étude exade & réfléchie, on ne cherche pas à s'inftruire de fes caufes , on n'obferve point ces diverfes nuances dont une feule bien faille fuffit quelquefois pour nous dé- voiler la nature de la maladie, éclipfer le nuage qui nous en cachoit le principe, 6s nous des Maladies des Animaux: 305 nous éclairer fur le choix du remède qui lui convient , ôc qui peut feul la com- battre ? C'eft à quoi je me fuis d'abord occupé, c'eft aufli ce qui m'a fortifié , ôc c'eft ce qui me porte aujourd'hui à rétrader, fi je puis parler ainfi , l'erreur que j'avois adop- tée, plus par irréflexion que par tous autres motifs ; je le dis donc ôc l'affirme , dûtl'in- jufte fatire y qui ne fe plaît qu'à mordre à tort ou avec raifon , dût-elle me taxer d'i- gnorance, je m'en tiens à mon fentiment du premier chapitre. Oui , malgré Pexiftence des caufes épidémiques , qu'une favorable Providence ne permet pas d'éclore , la co- lonie , depuis l'époque de mon arrivée fur fes rivages, n'a jamais eu à pleurer fur les ravages d'une perte défolante. zf Février 1781. rv°. 9 des Affiches Américaines, Lettre que m'écrivit, le z Janvier, M. Bouffoumat, prévôt de maré- chauffée au département du Cap. Il y relevé mon opération de Pœfophago- tomie, d'après les converfations qu'il avoit eues à ce fujet avec des perfonnes auffi V $o6 Hifloire pourvues de lumières que dépourvues de partialité.] 6 Mai 1782. N°. 19 des Affiches Américaines. Réflexions fur cette même opération', par M. Cofme d'Angerville , chi- rurgien. On y voit briller par-tout l'érudition la plus profonde ôc la plus judicieufe, l'efprit le plus brillant ôc le plus aifé ; rien n'en- fante plus de jaloufie que l'éclat d'une belle adion ; cette vérité, plus que tous nos élo- ges peut nous mettre à portée de payer , comme il le mérite 3 l'héroïque impartia- lité qui refpiré dans chacune de fes phrafes. Affurément, le chirurgien M. Cofme d'An- gerville ne nous accufera pas de manquer envers lui de reconnoiffance. ïZAoût 1781. N°. 35 des Affiches Américaines; Extrait d'une lettre qui me fut écrite du Limbe, en date du 25 février. J'avois opéré la cure d'un cheval qui s'é- toit caffé la cuiffe ôc Pos du tibia: tout le monde en paroiffoit d'autant plus furpris, que ces cures font eftimées des plus difli« des Maladies des Animaux. $07 ciles , pour ne pas dire infaifables ; on fe permettoit même de la révoquer en doute ; c'eft ce qui me força de faire imprimer cette lettre, comme on pourra la voir dans le chapitre fur les fradures. 9 Oâobre 1783. Un mémoire préfenté à MM. de Belle- combe 6c Bougars. Il fut appointé £, par M. le général ; fon objet follici- toit trop fortement un accueil favo- rable. J'implorois l'exécution néceffaire, indif* penfable, de l'ordonnance de police , con- cernant la prohibition des voiries, 6c l'ordre formel d'enfouir profondément tous les animaux mourant dans les villes de la co- lonie , 6c notamment au Cap. L'abandon de ces animaux expirés , dont on ne peut favoir de quelles maladies , ne nous a que trop long-tems expofés à toutes les horreurs d'une contagion défolante : en effet, ils étoient abandonnés à la voracité des chiens ôc des vers, fur les promenades pu- bliques ; le vent y qui fouffloit du haut des montagnes, apportoit dans le fein de la Vx 508 Hifioire ville les vapeurs fétides qu'exhaloient des lambeaux putréfiés. O Providence! qu'on te doit des adions de grâces, pour n'avoir pas permis à la contagion d'éclore, Ôc de moif- fonner le peuple de cette colonie! M Juillet 178;. N°.... des Affiches Américaines. Annonce de ma découverte des vers artériels , formant des anévrifmes ; ce qui confirme fa nouveauté, com- me on peut le voir chapitre VI de la féconde partie. Le corps à qui j'en fis part ne voulut ou ne fut pas me comprendre ; on écrivit con- tre ma prétention d'avoir le premier ob- fervé des vers retranchés par millions dans des gros facs anévrifmaux , arrêtant le cours de la circulation. Je répondis à ce fujet 3 à l'extrait des regiftres du cercle des Philadelphes : un élevé médaillifte ôc penfionné entreprit la thefe, comme étant de fon reffort; il en débattit tous les points avec un je ne fais quoi , qui vous annonce que l'individu , exalté de fes titres, n'a pas perdu de vue «ette efpece de prééminence qu'ils lui des Maladies des Animaux. 509 donnent fur le maréchal. La lifte de ces feuilles périodiques fuit immédiatement. 27 Juillet 178J. Ar°. 30 des Affiches Américaines, Extrait des regiftres du cercle des Phi- ladelphes, fur les vers artériels for-; mant des anévrifmes. Je ne me plaindrai point ici de la par* tialité de ce corps. En communiquant ma découverte à ces MM. je leur remis dans un bocal une pièce anatomique en forme de démonftration. De deux que j'avois dans mon cabinet, je me réfervai la plus grande. En voyant la première, ils ne furent qu'ap- plaudir à ma découverte : encore, dans Vef" fervefcence des éloges, ils me prient de leur faire paffer l'autre. Je réfufe de me démunir d'un flambeau précieux. Soudain la critique la plus amere fit place aux éloges. 3 Août 178;. N°. 31 des Affiches Américaines. Lettre en réponfe, comme je l'ai dit ci-deffus, à l'extrait des regiftres des Philadephes, v,. * * ï o Hifloire lo Août 1785. No. ^ des Affiches Américaines: Lettre de M.Gelin , en réponfe à celle imprimée dans le N°. 31. La douceur ôc la décence en font le prin- cipal mérite ; pour la jufteffe ôc la folidité dans les raifonnemens, il n'eft pas nécef- faire d'en parler , il fuffit de dire qu'on ne peut marcher droit dans un chemin tortu, 6c qu'il ne pouvoit bien réfuter une chofe qu'il n'avoitpas bien comprife. 37 Août 178y. N°. 33 des Affiches Américaines. Lettre en réponfe à celle de M. Gelin, N*. 31. C'eft la conclufion de tous nos débats vé- térinaires ; fi le dernier qui parle triomphoit, mon avantage feroit inconteftable ; mais je laiffé le vulgaire appuyer la plupart de fes vidoires, fur d'auffi frètes fondemçns. Le public, fpedateur de nos débats, peut dé- cerner la palme ôc couronner qui mérite de l'être. Si je ne craignois que Pamour-propre, me jouant un de fes,tours, ne me fédui- sît, je me perméttrois quelque efpoir fur f des Maladies des Animaux. 311 la foi de certaines rumeurs affez favorables à ma caufe. 16Février 1716. N°..... Avis à MM. les habitans, fur un inftru- ment inconnu dans la colonie, pour faire boire toute forte de breuvages aux animaux, fans les abattre, quand ils font malades. 19 Mars 17S6.N0..... Obfervation fur un polype confidéra- ble trouvé dans le canal aérien. On peut en voir le détail à la féconde partie , dans le chapitre du polype. ij Avril 1786. Mémoire fur les moyens de prévenir les épidémies , ôc de conferver les animaux. MM. les adminiftrateurs invitoient, fur les affiches américaines, 6c engageoient même toutes les perfonnes éclairées à don- ner à cet égard tout ce que leur expérience pouvoic leur avoir appris. Je pris alors la plume. v4 5 12 Hifioire Pour ne pas fatiguer le ledeur en le faifant revenir fur fes pas, je vais inter- rompre le cours des dates par Pinterpo- fition de ce'qui a rapport à ce mémoire. -" Mai 1726. N°. 18, Affiches Américaines ; feuille du Port-au-Prince. Extrait du mémoire du 15 Avril 3 ré- digé par ordre de Meffieurs les ad- ministrateurs, ôc imprimé fous leur infpedion. ij Avril 17S6. Requête à Meffieurs les adminiftra- teurs fur la vifite indifpenfable à toutes les cargaifons d'animaux qui débarquent dans nos ports. Je Pavois déjà préfentée à Meffieurs de l'Ifle-en-Cour 6c le Braffeur , général ôc intendant par intérim. Ils étoient à même de onner la main à l'exécution de mon projet, lorfque le pavillon de l'efcadre Ef- pagnole vint nous annoncer l'arrivée de M. de Bellecombe. Ma requête fut appoin- tée le 10 Février ; le même jour le nou- veau général vint couronner par fa préfence des Maladies des Animaux. 315 les defirs paflionnés qu'irritoit , dans le cœur du fage, le bruit de Ces belles qua- lités ôc l'efpoir d'une fage adminiftration. Meffieurs de PIfle-en-Cour ôc le Braffeur fufpendirent les ordres qu'ils alloient déjà délivrer. C'eft ce qui me fit prendre le parti de préfenter cette même requête à M. de Bellecombe. Je le fis en effet le 9 Odobre 1783. Non content d'applaudir à l'excel- lence de mes vues, il voulut que fans tar- der, l'exécution en eût lieu. Elle étoit trop intéreffante pour le public; il l'appointa. Soit qu'à la réflexion il ne voulut pas , ou il ne put pas en autorifer la fandion par lui- même , il me renvoya pardevant M. Bon- gars, pour réunir fon fuffrage au fien. Ce- lui-ci le refufa ; peut-être avoit-il eu le fe- cret devoir mieux que M. de Bellecombe, pour être en droit de refufer l'exécution d'un projet qui ne tend qu'à préferver la colonie d'une contagion qui pourra tôt ou tard la dépeupler d'animaux, ôc par un enchaînement de caufes ôc d'effets, étendre fes ravages jufques fur les hommes. Depuis cette époque j'ai laiffé dormir 314 Hifioire mon projet; mais les funeftes ôc journaliers réfultats de fon inexécution m'ont enfin armé d'un nouveau courage. A l'époque ci- deffus j'ai préfenté ma requête à Meffieurs-- Conftard Ôc Marbois. Prévenus pour cette vérité , que ce n'eft qu'en lui faifant violence ôc en encourant parfois fa difgrace , qu'on fert-le public, ne voulant rien entreprendre qui pût exci- ter la malignité qui frémit fans ceffe autour du faîte où les grands font élevés, ôc peut donner la couleur d'une difpendieufe nou- veauté , ôc les apparences de l'exadion ôc de la tyrannie , ils fe bornèrent aux éloges flatteurs qu'ils pouvoient hafarder fans crainte , puifqu'ils étoient juftifiés par l'ap- probation des autres généraux ôc intendans qui les avoient précédés. Ils m'exhortèrent Se m'autoriferent même, comme on peut le vérifier par la lettre inclufe dans la préface, à faire part au public de mes vues aufli ex- cellentes qu'utiles , ne doutant pas que le fage ôc l'amateur du bien commun ne les couronnât du fceau de fon approbation. Le fiecle eft fi malin ! il eft fi cenfeur ! innocent ou coupable , il faut que coût des Maladies des Animaux. 5 15 tombe fous les traits de fa fatire ; aufli ne doit-on pas être furpris que Meffieurs les adminiftrateurs n'aient rien donné de dé- cifif. Il viendra peut-être un tems plus favo- rable , où l'on fentira la néceflité de l'exé- cution d'un fi louable projet, qui doit dé- truire à jamais une fource infaillible de procès entre les acquéreurs ôc les configna- taires ou les capitaines des cargaifons, puif- qu'il eft vrai que nous n'aimons pas à perdre notre argent de gaieté de cœur ; ce qui ar- rive cependant lorfqu'on acheté dans ces cargaifons des animaux déjà morts fans qu'ils paroiffent malades , abfolument par- lant, ôc qui femblent n'attendre fouvent pour expirer que le moment d'être paffés en d'autres mains. L'exécution que je follicitois avoit en- core pour objet de prévenir les épidémies 6c les contagions des animaux dans les plai- nes. En effet 3 fi la vifite eut eu lieu , la cupidité ne traîneroit plus dans les cam- pagnes ces animaux étiques ôc moribonds , fouvent morveux , toujours infedés de 3 ï <> Jliftoire quelques ulcères à l'extérieur , qui in- diquent prefque toujours de plus grandes léfions dans l'intérieur. Ces animaux, par les vapeurs qui doivent néceffairement-' s'exhaler de leur individu, ne répandroient plus les miafmes de la contagion dans les endroits cù ils paffent, ils n'empoifonne- roient plus Pair que doivent refpirer les animaux de l'habitation voifine du grand chemin par où on dirige leur marche -, pour tout dire en un mot, Meffieurs les habitans n'auroient pas la douleur de voir des ani- maux gras , fains ôc bien portans , attaqués fubitement de maladie, chanceler, tomber 6c mourir. On ne les verroit plus fe défef- pérer dans la recherche d'une caufe dont le trifte effet les étonne d'autant plus, qu'ils n'ont rien ménagé pour la détruire ou la prévenir. Tous ces divers motifs bien approfondis 6c bien conçus,, font plus que fuffifans pour mériter ôc valoir à mon projet la fandion qu'on crut ne devoir pas refufer au projet de vifite de toutes les cargaifons des nè- gres , qui n'eft affurément pas plus nécef- des Maladies des Animaux'. '317 faire que celle que je follicite, puifqu'on emploie pour le moins trois fois plus de quadrupèdes que de nègres. 8 Juin 1786. Lettre à Meffieurs lesadminiftrateurs; pour leur expofer les funeftes réful- tats que peut avoir pour la fanté de tout individu, l'imprudent aban- don des animaux expirés fur les chemins ôc les grandes routes , d'où ils infedent les paffans de leurs fétides ôc peftilentielles exha- laifons. Il n'eft rien de plus évidemment dan- gereux 6c de plus capable d'occafionner une perte défolante. Je pourrois citer mille exemples qui confirmeroient mon affertion, mais ma feule expérience me fuffira ; c'eft pourquoi, fans parler ni du vraifemblable ni du poffible, fans dire que j'ai mille fois rencontré de ces Cadavres putréfiés, tom- bant en lambeaux, dévorés par un million de vers 3 d'où s'exhaloient des odeurs fi fortes ôc fi infoutenables , qu'à cent cin- quante pas de l'infedion le cavalier étoit £ ï $ Bifioire obligé de prendre fon mouchoir pour ne pas fuccomber à une foibleffe inévitable, ôc le cheval, l'œil pétillant Ôc effaré , 1 o- reille droite ôc la crinière hériffée, fe pré- cipitoit audacieufement à l'écart Ôc ne paf- foit outre que l'éperon dans le flanc. Sans m'amufer à toutes ces peintures qui, quoi- que vraies , pourroient ne pas plaire à tout le monde 3 tant font multipliés ces mifan- tropes pour qui tout, le bien comme le mal, mérite d'être frondé , je me conten- terai du fait dont je fus moi-même témoin, 6c qui confirme ce que j'ai déjà dit, que ces voiries imprudemment négligées, de quelque façon que ce foit , ne peuvent avoir que des réfultats triftes 6c déplo- rables. Je paffais un jour fur le chemin de ia petite Anfe. Je vis de loin un groupe de nègres qui fe partageoient le cadavre d'un bœuf expofé à la voirie. Ils ne m'eurent pas plutôtapperçus, qu'ils prirent la fuite, mais fans lâcher la proie qu'ils fembloient dévorer d'un œil avide. Aufli le proprié- taire eut-il, au bout de quelques jours, le Ipedacle dévorant de les voir prefque tous des Maladies des Anïmauxl 'jigl mourir d'une fièvre maligne 6c charbon- neufe , femblable à celle qui avoit fait pé- rir le bœuf. Je me fervis de toutes ces con- fidérations auprès de Meffieurs les adminif- trateurs, pour les engager, au nom de l'hu- manité , dans le péril le plus funefte., à ordonner à Meffieurs les habitans d'enfouir j fous peine d'amende y tous les animaux qui pourroient fe trouver abandonnés à la voi- rie y fur les chemins vis-à-vis leurs poffek fions ou fur leurs poffeffions. La police pourroit tenir la main à Pexade obferva- tion de l'ordonnance. Elle pourroit le faire fans peine , en voltigeant fur les chemins 6c les grandes routes pour empêcher le marronnage. J7 Mai 1786. No. io des Affiches Américaines. Avis à Meffieurs les habitans fur des précautions indifpenfables à l'égard de la longue féchereffe qui régnoit depuis fix mois. Nos obfervations fur cet objet, 6ccelles qui rempliffoient notre mémoire à Mef- fieurs les adminiftrateurs 3 imprimé par extrait dans le N°. 18 des affiches Amé- %zo Biftoirè ricaines , feuille du Port-au-Prince de l'an- née 1786 ; toutes ces obfervations ont mé- rité , une partie , d'être honorées d'un pla- giat éblouiffant ôc contourné , une partie, d'une imitation affez modefte pour ne pas fe mettre en frais, d'un génie qui fait don- ner le change au ledeur, ôc lui faire prendre pour du neuf ce qui étoit déjà connu. Rien ne peut mieux fe juftifier que par la confrontation ; il ne faut que prendre le N°. 18 des affiches Américaines de 1786 , où fut imprimé Pextrait de notre mémoire à Meffieurs les adminiftrateurs, ôc notre avis fur les précautions indifpenfables , également imprimé dans le N°. 20 de la même année. La vérité du fait fe juftifie fans nuage, en rapprochant ces deux fenilles périodiques de la phyfique végétale de la Torride , ôc de l'extrait d'un mémoire fous le titre de Mémoire fur les moyens de pré- ferver les animaux d'épidémies. L'un ôc l'autre fe trouvent dans le N°. 24 des affiches de l'année 1786*. L'impreflion s'en eft faite fous l'infpedion du cercle des Philadelphes, dont les auteurs ont Phon: neur d'être membres affociés. M: des Maladies des Animaux. 3 H M. l'abbé de la Haye , auteur de la phy- fique végétale de la Torride , n'a pu échap- per lui-même à cet'écart qu'il reproche judicieufement à plufieurs de nos obfer- vateurs , qui, au mérite d'affez bien dire, favent réunir celui de bien obferver. Pré- venu , déchaîné même contre ces illufions & ces beaux raifonnemens qu'il prétend fi in- génieufement ne pas empêcher les. ani- maux de périr 3 il a affez de fermeté pour ne pas fe défendre de leur fédudion , tant il eft ordinaire de débiter philofophique- ment des maximes qu'on n'obferve pas foi- même. M. l'abbé de la Haye a pris fa propofitïon fous un point de vue le plus favorable pour démontrer comment on doit plutôt inftruire qu'éblouir. Il a prétendu qu'on devoit don- ner aux animaux une entière liberté dans les pâturages. Comme animé par cette liberté, maîtrifant à la fois l'imagination ôc la main qu'il devoit fervir , le crayon de l'auteur s'eft amufé à ces agréables ôc riantes pein- tures d'un âge plus fortuné , où tout af- franchi des fers de la contrainte, il goûtoit les douceurs de ia liberté. X 3 2.-2 Hiftoire Forcé de fuivre le mouvement qui l'en- traînoit malgré lui-même, M. l'abbé de la Haye a gravi du centre de fa mufée fur le fommet des montagnes , pour y refpirer la douce fraîcheur des zéphyrs légers ; il eft def- cendu dans les vallons ôc les prairies ; il s'eft aflîs fur l'émail varié d'un gazon fleuri ; le doux murmure d'une onde gazouillante l'in- vite au fommeil ; il s'endort au milieu des plus aimables rêveries ; il goûte des douceurs enchantereffes ; mais bientôt il s'éveille au bruyant fracas d'une impofante cafcade. Quelle recohnoiffance M. l'abbé de la Haye s'eft affure fur tous les cœurs ! là où tant d'autres n'euffent pu fe fouftraire à la force de l'enchantement, fon efprit ferme 6c inébranlable s'affranchit généralement de la fédudion des illufions & des beaux raifon- / nemens, pour nous développer dans le plus grand jour les avantages les plus riches ôc les plus précieux. Nous les devons à l'irré- flexion , ou , fi l'on veut 3 à l'enthoufiafme. En effet, fi M. l'abbé de la Haye fe fût mis en frais d'un peu plus de jugement, il fe fût affurément apperçu que la nature femble ne nous prodiguer ces avantages que pour des Maladies des Animaux. 32.J / nous rendre plus affreux le défefpoir de n'en pouvoir jouir. Mais ne lui faifonspas un crime de cette abfence. Qui peut fe dé- fendre des doux égaremens d'un aimable délire ? Enveloppé dans le manteau philofophi- que , M. l'abbé de la Haye , cet ennemi dé- claré des illufions & des beaux raifonnemens, Ce préparoit à nous endodriner. Son crayon prend l'effor , mais la fédudion l'égaré ; il fe perd agréablement dans des riantes des- criptions. La force du plaifir l'emporte, l'ardeur de la plus douce volupté l'échauffé 6c l'entraîne ; rien ne l'arrête. Enfin , ne pouvant fuffire aux délices qui l'enivrent, fon feu Ce ralentit ; la réflexion fuccede, il rougit de s'être fi long-tems abfenré de lui- même. Le poète fe dépouille ôc s'enfuit ; le philofophe reparoît ôc nous refte. Pouvons-nous en effet mettre en pratique l'exemple des Efpagnols qu'il amené à l'ap- pui de fa propofition, de donner aux animaux une entière liberté dans les pâturages ? Pour une pareille exécution , la parc-flé n'a-t-eUe pas toujours le pas fur l'adivité ? L'indo- lence Efpagnole , uniquement occupée à fe X 1 314 Hifioire procurer ce qui peut l'entretenir, languit 6c s'endort après avoir rempli des vues qu'elle auroit négligées fi elle n'eût pas cru que c'étoit un bonheur que la vie. Quelques carreaux de terre , confacrés à la culture des vivres , fuffifent pour exercer de tems en tems la molleffede leurs bras engourdis. Les' vaftes favannes , où brillent l'émail ôc la verdure , i'immenfité des hâtes ombra- gées , tout le refte , on l'abandonne aux autres animaux qui n'y reconnoiffent d'au* très loix que celles de Pinftind ôc de la nature. Mais nous, François, en qui tout ref- piie Pinduftrie ôc l'adivité , pouvons-nous imiter une conduite qui dort ôc fommeille fans ceffe r Un regard attentif, promené fur la perfpertive de nos plantations , ne nous en démontre-t il pas l'impoffibilité ? Nos travaux* qui femblent n'être fufpendus que parce qu'on ne peut fe fouftraire à la loi que nous impofe 1 ; nature de réparer nos forces épuifées dans les bras d'un paifible fommeil 3 nous permettent-ils toutes ces abfences indifpenfables des animaux ? fou firent-ils que nous lai/lions ainfi nos des Maladies des Animaux. 315 quadrupèdes, fur la foi de leur inftind , errer ôc courir , monter ôc defcendre, comme on ne pouiroit s'en difpenfer s'il étoit poflîble que le plan judicieux Ôc com- biné de M. l'abbé de la Haye fût jamais fuivi ? D'ailleurs , n'eft-ce donc qu'à la fa- veur de cette entière liberté qu'on peut fe conferver les troupeaux f Les habitations font-elles donc dépourvues de fourrage au point qu'on foit obligé de les abandonner dans les montagnes ? Comment a t-on pu parvenir à les entretenir avant l'époque de l'excellente idée de M. l'abbé de la Haye ? & encore toutes les habitations réuniffent- elles ces avantages , ces commodités que M. l'abbé de la Haye doit néceffairement fuppofer pour rendre fon projet merveilleux praticable ? Ne réuffiroit-on pas mieux à remplir les vues qu'a dû fe propofer M. de la Haye , ne faura-t-on fe procurer plus facilement tout ce que demande l'entretien des ani- maux , en fuivant les idées fimples , mais utiles 3 de plufieurs obfervateurs , qui fe font, plus que n'a fait M, l'abbé de la Haye, conformés à ce caradere d'aifance X} 326 Hijîoire des Maladies des Animaux. ôc de facilité dans l'opération qui cons- titue l'habitant ? En un mot, ne pourroit- on plus être utile que par des plans difpen- dieux ôc ernbarraffans ? Pour le mémoire de M. le Comte d'In- grande fur les moyens de préferver les ani- maux d'épidémies ; fans m'engager dans une analyfé qui ne pourroit que me donner du ridicule , je dirai que parmi ces obferva- tions femi-botaniques, ( dénomination fa- cile à juftifier) il y en a d'excellentes dans leur genre , mais il eft dommage qu'elles ne foient pas également praticables, à-peu- près par les mêmes raifons qui rendent im- poflîble l'exécution de celles de M. l'abbé de la Haye. ' Fin de la féconde Partie. 5*7 OPSERVATIONS. PREMIERE OBSERVATION. J'ai trouvé , au Cap-François, plufieurs vaches laitières atteintes de maladies poi~ rlques. J'ai donné avis, dans les Affiches Américaines 3 de pians ulcéreux , chancreux» Le lait des vaches qui en font affedées , eft néceffairement gâté ôc très-mal fain; cependant on le prend comme aliment, ôc fouvent comme remède. Quels funeftes ra- vages ne doit- il pas occafionner fur les per- fonnes qui en font ufage ? Pour les prévenir; il conviendroit de jetter le lait des vaches malades ; ôc fi leur maladie étoit incurable> il faudroit les mettre à mort fans héfiter, afin de fauver le refte du troupeau , ôc fur- tout, afin de garantir Pefpece humaine det effets de la contagion. J'ai aufli fait -la même obfervation fur les taureaux malades. Les veaux , mâles, ôc femelles, qui proviennent de leur accou- 328 Obfervations. plement, font très mal-fains, 6c leur chair doit être très-fufpede. Il faudroit couper les taureaux atteints de cette maladie, afin d'éviter fa propa- gation , ou même les tuer. J'ai obfervé , au Morne Rouge , un petit veau très-maigre , âgé de trois à quatre mois , couvert de pians fous plufieurs for- mes. On m'a affure qu'il étoit né ainfi. Il découloit de quelques-uns des pians une matière dégoûtante ; ôc ayant vifite la mère avec toute l'attention dont je fuis fufcep- tible., je Pai trouvée très-propre ôc faine. 'Obfervations] 31^ SECONDE OBSERVATION. \j o m m e les circonftances font naître les idées , mes obfervations m'ont con- vaincu que la morve Ce propage avec rapi- dité, 6c caufe les plus grands ravages au Cap-François. Je me fuis empreffé de don- ner mes avis ôc obfervations au public par la voie des gazettes du Cap , N°. 39, le 29 Septembre 1787» & Meffieurs les adminif- trateurs m'ont honoré d'une lettre d'appro- bation très-flatteufe à ce fujet. J'ai engagé Meffieurs les habitans à con- damner les mares , de crainte qu'elles ne fuffent infedées par des animaux morveux. La morve exifte dans une grande partie du quartier de la dépendance, ôc il convien- droit d'établir des puits à pompe fur toutes les habitations, pour faire tomber Peau en cafcade dans des abreuvoirs couverts , ôc garnir de graviers ôc de bâtons de foufre les baflins où l'eau doit fe précipiter. Il faudroit aufli jetter de la chaux vive dans 5 3 O Obfervations: les puits, & clouer un morceau de toile à chaque trou du baffin, pour prévenir la mal propreté. Une faut jamais laiffer d'animaux malades fe baigner dans les mares, comme cela fe pratique à Saint-Domingue, FIN. 'i. ;7 J •".M".- 751�36770516 14757�028698 M / •y Pi. 3. MooueJ- P. J.£ ■ Bù/ant J\