NATIONAL LIBRARY OF MEDICINE Washington Founded 1836 U. S. Department of Health, Education, and Welfare Public Health Service RECHERCHES, MÉMOIRES ET OBSERVATIONS jT SUR LES MALADIES ÉPIZOOTIQUES DE SAINT-DOMINGUE, Recueillis ù publiés parle Cercle des Philadelphes du Cap-François. '->». i \ c;' ?' l C f' m \ - RECHERCHES, MÉMOIRES ET OBSERVATIONS SUR LES MALADIES ÉPIZOOTIQUES DE SAINT-DOMINGUE, Recueillis ô publiés parle Cercle des Philadelphes du Cap-François. Nous ferions trop heureux, fi nom avions rempli clignement les vues du Gouvernement : nous le ferions encore flus, fi cet Ouvrage peut contribuer à utilité publique pour laquelle il a ézi uniquement fait. Rech. hi(i. phif. fur les Mal. êpi^oot. par M. Pautct, D. M. P. M. T. U, page 477. 6c fi pleins de filaiTes qu'on a peine à les mâcher (4;. Cet Auteur, dont le ftile féduit quelquefoisi n'eft pas toujours exact, 6c il a mérité, à bien des égards, les reproches qui lui ont été faits j il s'eft trompé en difant que les chevaux 6c les bœufs fe font rabougris, qu'ils ont perdu une partie de leur inftinct 6c de leur génie. La viande de bœuf n'a pas la même faveur , ni le même flic qu'en Europe, mais celle des bœufs gras qui ont été bien faignés 3 6c qui n'ont pas été tués après de longues marches y n'eft pas mauvaife, 6c on la mâche fans peine. (4). Recherches ph. furies Américains. Tome I, page 9. Epi\ootiques. j M. Decout, maître en chirurgie, aftbcié du Cercle à Acquin, nous dit qre l'on pourroit manger ici de très-bonne viande de boucherie ; qu'il a vu pluiieurs fois des bœufs qui ne le cédoient en rien aux plus beaux du Limoufin. Qu'on vifite, dit-il encore, les favannes du quartier de l'Azile.» on y verra fréquemment des bœufs de cinq^ à fix cents pefants, qui gémiflent fous le lourd fardeau de leur graiife. M. Decout a vu deux bœufs chez Madame Maupin, qui par leur grande beauté ont été vendus 400 livres pièce ; mais un Boucher 3 au lieu de tuer de pareils animaux, n'achette le plus fouvent que ceux qui font près de fuccomber fous le poids des années & des infirmités ; 6c l'on ne doit pas être étonné de voir fréquemment fur nos tables des viandes dont la qualité molafle 6c baveufe attefte que la police des boucheries eft encore défectueufe (y). Ce que le même Auteur dit, en parlant des co- chons , n'eft pas plus exact pour Saint-Domin- gue ; ceux qui font errants dans les bois, 6c que l'on appelle marrons_, ont réellement pris des caractères fiuvages ; leur taille eft plus petite, plus ramaffée que celle des cochons d'Europe ; mais ils ont un caractère de force qui n'appartient pas à des animaux rabougris ; ils n'ont prefque pas de couenne j 6c leur chair a un goût parti- culier qui la fait rechercher. Ces animaux habi- tent ordinairement les montagnes, où ils vivent de fruits, de graines 6c de racines : il n'en refte guère à préfent dans la partie françoife, fi ce (j). Cette police vient d'être réforme'e par MM. it la Luzerne & de Marbois ; & le Public ne peut que fe louer de l'ordonnance fage qu'ils ont rendue à ce fujet, en 17 §7, A ij 4 Sur les Maladies n'eft à la Gonave, à la Tortue, parce que les chien* 6c les ChaîTeurs les ont prefque tous détruits. La chair de cochon de parc 6c de corail eft favoureufe 6c délicate 3 mais elle ne convient pas à tous les hijcts 3 6c les Médecins ne l'or- donnent furement pas aux malades préférablc- ment à tout autre (6). On ne fait pas fi les animaux fauvages des forêts de Saint-Domingue ont jamais éprouvé des maladies épizootiques ; ils fe portoient avec agilcié dans les lieux qui pouvoient les abreuver, ou leur fournir une nourriture convenable : mais ceux qui font a*Iujettis fous la main de l'homme, 6c qui fervent à fa nourriture 6c partagent fes travaux , contractent des habitr.des qui les alTer- viflent, 6c qui altèrent & dégradent leur conf- titution. Ne pouvant franchir les barrière^ qui les captivent,, ils reçoivent dans le même lieu routes les impreffions que les variations des faifons portent non feulement fur eux, mais fur les eaux qui les défaltcrcnt, "furies fubftances qui les nourrirent : ils éprouvent de grands change- ments -, fou vent excédés par des travaux forcés 3 ils font frappés 6c faifis par une température contraire, 6c ils ne trouvent, pour réparer leurs pertes, qu'une eau corrompue 6c une nourriture infuffifante, altérée ou mal faine. Il fembîc que l'homme gâte tout ce qu'il touche : on croit qu'il perfectionne les animaux qu'il fou- met au régime de la domefticité, parce qu'il leur fait contracter des habitudes convenables aux ufages auxquels il les deftine : mais, dans le fait., il les dégrade , 6c les qualités qu'il leur donne font des défauts qui augmentent leurs difpofitions aux maladies. ( 6 ). Recherches fur les Américains. L. c. Êpr^ooiraues. 5 Le médecin Déportes elt le premier qui ait fait mention des maladies épizootiques de Saint- Domingue. Il paroit que ces maladies ont exercé leurs ravages principalement clans le^ plaines. Les fécherefles, la température , ne font jamais au même degré dans les mornes que dans les pîaines; 6c les eaux, les aliments n'y éprouvent pas des altérations au m" fenlibl es. On fait que l'excès de travail, les marches longues, les courfcs forcées, difpofcnt les humeurs à une fepticité cauftique, capable de produire des maladies charbenneufes (j). Si l'on examine les animaux qui font dans cet état, fi l'on con- fidère quelle eft la nature du principe cauftique qui fe développe dans leurs humeurs, on verra ciuc les impreffions qu'ils reçoivent dans une fai- lon ardente par l'altération de l'air, des eaux, des pâturages , doivent favorifer le développe- ment du même principe , 6z fixer une analogie dans les phénomènes qui doivent en réiulter : mais on doit auffi fentir que ce principe doit avoir plus d'activité , lorfquc toutes les caufes capables de le produire fe trouvent réunies pour augmenter leur énergie. La réunion de toutes ces caufes fe trouve en- core plus fouvent dans les plaines que dans les montagnes. Les travaux font prefque toujours forcés dans les fucreries. On ne foigne pas les animaux comme ils devraient l'être , 6c rarement ils ont la nourriture qui leur convient ; ils fortent Ibants des cabrouets des moulins ; ils fe vautrent pendant le jour, comme dans la nuit fur l'herbe humide ou dans la pouffière embrafée par le feu du Soleil ; ils courent fe défaltérer dans des mares (7). V. Mal. e'piz. par Paulet. T. II, p. n8 & 44c. A iij C Sur les Maladies chaudes 6c fangeufes ; ils ne trouvent fouvent qu'une herbe rare 6c brûlée : fouvent même ils cherchent dans le fein de la terre, en fouillant les racines avec le pied, une nourriture qu'ils ne trouvent pas à fa furfacc : on leur donne cepen- dant quelques têtes de cannes, ou de la canne panée au moulin 6c réduite en bagaflbj que l'on mêle avec l'écume des chaudières : mais cette nourriture fermentefciblc ne doit pas convenir à des animaux échauffés par le travail. Il fuftit que la féchercfTe , la mauvaife qualité des eaux 3 des pâturages, les travaux forces dé- terminent une difpofition cauftique 6c charbon- neufe dans les humeurs, pour que l'on conçoive que cette altération humorale parvenue au plus haut degré d'intenfité 6c d'activité, puifTe fe com- muniquer à des animaux qui font d'autant plus fuf- ceptiblcs de fes impreflions, qu'ils fe trouvent dam des difpofitions favorables : nous ne croyons donc pas que l'air foit le véhicule propre à tranlmettre les principes des maladies contagieufes ; nous pen- fons que ces principes ne fe communiquent que par une voie immédiate , mais nous fommes per- fiiadés j avec Sidenham , que fi la constitution de l'air ne contribuoit pas à faire naître la difpoli- tion qui produit le germe delà contagion, les maladies épidémiques ne paroîtroient pas fuivre le cours des faifons, 6c leurs ravages ne cefife- roient jamais dès qu'ils auroient commencé (8). La conftitution de l'été de 1739 fut féchc, 6c la mortalité des beftiaux a été grande : voilà ce que dit M. L'afportcs (9) *, mais comme il ne parle par du caractère de cette' épizootie , on ne (8). V. Sydenh. oper. T. I. (?). V. Hiiï. des mal. de Saint-Domingue. T. I, p. 51. Êpi^ootiques. 7 peut tirer d'autre induction de la mention qu'il en fait , fi ce n'eft que la féchereife de cette conftitution en étoit la caufe déterminante : cela eft encore confirmé par le même Auteur , qui dit que la fécherefle de 1741 fut fi confidérablc qu'on conferva peu de beftiaux dans la Colo- nie (1) , 6c qu'il y eut difette dans les Bouche- çherics (2.) : il paroît que la mortalité continua en 1743 par la même caufe (3). L'humidité excefiive qui domine quelquefois à Saint-Domingue , les alternatives du chaud 6c du froid occafionnent aufli des maladies fur les beftiaux. Dans la conftitution humide de l'été de 1745" , M. Dcfportes a obfervé que les bef- tiaux furent attaqués d'une contagion particu- lière qu'on n'avoit pas encore vue : on leur trou- vait des vers en quantité au fondement ou dans les narines, mais fur-tout dans les plaies qui pou- voient leur arriver par accident -, il s'en formoit promptement au nombril des veaux 6c des pou- lains, 6c à la nature des mères (4). Cette ma- ladie , fuivant M. Defportes , ne provenoit que de l'abondance des mouches produites par la chaleur qui a ïiiivi l'humidité ; elles trouvoient dans les bleffures des animaux, dont les chairs étoient plus molafles que de coutume /par rap- port à l'effet des pluies 6c à la quantité des pâtu- rages trop aqueux , une matière propre à re- cevoir les vermifleaux qu'elles ont coutume de dépofer fur toutes les matières corrompues ou ( 1 ). L. c p. izi. ( 1). L. c p. né. (3). L. c p. 150, (4). L. c. p. 141. A iv 8 Sur les Maladies fufccptiblcs de corruptions (5). Cette maladie continua pendant l'hiver ( 6 ) , 6c elle exiftoit encore en 1746, dont la conftitution fut très- pi uvieufe (7). L'époque des pluies y après les féchcrcflcs, eft celle dés maladies vermineufes. La végétation eft active , 6c les infectes paroiflent faifir ce moment où ils trouvent une nourriture abondante, pour reproduire 6c perpétuer leurs cupeces. Il paroît aufli que l'humidité 6c la chaleur favorifent le développement de quelques autres maladies des animaux , comme le froid 6c l'hu- midité en procurent qui font particulières. Cela fait encore que les maladies qui régnent dans les mornes font rarement les mêmes que celles qui attaquent les animaux dans les plaines. Les maladies malignes épizootiques, qui ont régné dans la plaine depuis 1773 , n'ont pas paffé dans les mornes 3 6c la morve qui a déjà occa- fionné des pertes confidérables dans la dépen- dance du Cap j paroît jufqu'à préfent s'être fixée à la plaine. La grande quantité de vers que l'on a trouvée à l'ouverture des animaux en 1773 3 6c dans les années fuivantes, a fait penfer que la maladie qui les faifoit périr' étoit vermineufe. L'École vétérinaire de Paris, qui a été confultee fur cette maladie, a cru , ainii que M. Regnaudot qui fa obfervée 6c décrite , que ce n'étoit qu'une fièvre maligne peftilcntielle, 6c que les vers n'étoient qu'une complication. Nous croyons que la maladie qui s'eft mani- (5). Hift. des mal. de Saint-Domingue. L. I, p. 147. (O- L. c. p. 193. (7)- L. c. p. i75,. £pi\ootiques. 9 feitcc en 1773 n'étoit pas eircnticlicment ver- mineufe , mais nous fommes bien éloignés de penfer que les vers que l'on a trouvés dans les animaux n'aient jatnais occaiionné leur mort. On fait que les vers font périr quelquefois les hommes à Saint-Domingue, mais plus fou- vent les enfants. Il eft également vrai que les vers qui corrodent l'eftomac, les inteftins, ceux qui forment des tumeurs 6c qui pénètrent dans les voies circulaires peuvent occafionner des ma- ladies putrides, des enflures, des écoulements par les nazeaux , 6cc enfin toutes les maladies d'irri- tation que Ton obfcrve même chez les hommes. Etant occupé en 1770 de recherches fur l'action des artères, nous avons ouvert àNancy, en préfence de M. jadeîot, profencurcn médecine , un cheval très-maigre, chez lequel nous avons trouvé dans les inteftins grêles une quantité prodigieuie de vers ftrongles qui y étoient amaifés en pelotons (8) : nous avons ouvert en 1774 , 1776 6c 1777 plu- sieurs animaux qui étoient morts fubitement dans des convuliions, 6c chez lefquels nous n'avons trouvé dans l'eftomac 6c dans les inteftins que de érofions ou des tubercules produits par les vers : M" Joubcrt 6c Sire , qui ont publié en 1776 , au Port au Prince , un Avis fir la caufe de l'épizoo- tie qui régnoit au Cul de Sac dans la partie de l'on cil , difent avoir trouvé des crinons qui avoient percé les inteftins 6c qui étoient répan- dus dans le ventre 6c fur le meientère (9). En 1761 , dans le Boulonnois , dans une épi- zootie fur les brebis, à la faite des pluies 6c de la (8). V. Méd. vétér. par M. Vitet, fecl. I, mai. fuperf. efp. II, p. 41 & 41. (9 )• V. Mém. vétér. par M. Vitet, fed. IV, mal. fpafm. pag. 66-r. 10 Su* les Maladies féchereffe , on a trouvé des dogues dans le foie de ces animaux. Plcnei^ attribue la maladie de lyôi à un principe vermineux. En Suède, en 1764 , le fang des bœufs contenoit fréquemment des infectes particuliers qu'on nomme Plie. Les inteftins , l'eftomac contenoient aufli beaucoup de vers. En 174^, M. de Sauvage a obfervé des vers entre les paupières 6c les yeux. Lanci/î avoit fait la même obfervation en 1711. Ces faits 6c beaucoup d'autres que l'on pour- roit rapporter, prouvent qu'il y a dans les ani- maux . comme chez l'homme, des maladies ver- mineuiès eiïenticlles qui peuvent les faire périr ; mais ils ne déiruifent pas l'opinion de ceux qui penfent que l'on trouve fouvent une quantité prodigieuie de vers dans la m aile alimentaire des animaux qui font nourris avec l'herbe verte 3 fans qu'il en réfultc d'accidents, 6c que les vers compliquent fouvent les maj.iiics malignes 6c putrides, dans lefquclles ils occafionnent des fymptômes particuliers. Tandis que Mrs Worloch 6c Rcgnaudot ccri- voient avec fagcîTe des obfervations initructives, que le défaut de circonftances favorables devoit malheureufement rendre inutiles 3 pour le mo- ment, la crédulité 6c l'ignorance foutenoient les opinions les plus abfurdcs 6c les plus dangereufes fur les caufes de la maladie , 6c l'on employoit dans quelques endroits, pour en arrêter le cours, des expédients qui augmentoient encore les per- tes des Colons, où l'on fui voit des traitements auiïï meurtriers que la maladie même. Mais dans le même temns que la Colonie gé- milîbit fur fes pertes 6c fur la diminution de fon revenu, tandis qu'elle fe pïaignoit, avec rai- fon, de n'avoir reçu aucun fecours de la Méde- Épi^ootiques. 11 ci ne ni de l'Art vétérinaire , on donnoit à M. Vicq-d'Azir, fur cette maladie , quelques dé- tails qu'il auroit été bien plus intéreilànt de pu- blier fur les lieux. Episode de Saint-Domingue en 1774 & J775 (i^- Vers la fin de l'année 1774, 6c pendant toute l'année 1775 , on a éprouvé à Saint-Domingue., près du Cap , dans les habitations appartenantes à M. le Normand de Mezi 3 6c dans plufieurs autres fituées aux environs'3 une épizootie qui a régné fur les bœufs, fur les mulets , far les chè- vres , fur les moutons, fur les cochons , fur les chiens , fur les chats 6c fur les poules. La perte des mulets a fur-tout été confiderable , parce que ce font ces animaux qui abondent le plus dans ce pays, 6c dont les fervices font les plus im- portants. M. B. médecin très-inftruit, demeu- rant au Cap, a obfervé cette maladie, 6c nous a envoyé les détails fuivants dans une lettre dont j'ai cru que l'on verroit avec plaifir les princi- paux articles. « J'ai été aflez heureux , Monfieur 3 peur me rencontrer avec vous , tant dans les précautions préliminaires que vous indiquez , que pour la méthode curative en général ; 6c les change- ments qu'il y a eus dans ma méthode n'ont été déterminés que par les circonftances 6c la nature du fol. Le fcul point dans lequel nous ayons différé , c eft fur l'ufage des faignées comme pré- ( 1 ). Expofé des moyens curatifs & préfervatifs qui peu- vent être employés contre les mal. pefe. des bètes à cornes, pap-. 173 & fuiv. édit, de 1776. 11 Sur les Maladies fervatif ; car, au refte , nous ordonnons à peu près les mêmes remèdes. J'ai été déterminé à l'uiage des faignées par la nature de la maladie que je regar.lois comme inflammatoire s i'ai mê- me fait répéter phuictirs fois cette opération , iuivant le degré d'inflammation que je décou- vrois dans le fang de chaque animal , que je confervois dans des vafes féparés ; j'ai été étonné, dans le principe , que cette précaution fût inu- tile à plmieurs animaux , 6c qu'ils fuflént attaqués de la maladie aulîî promptement que ceux aux- quels on n'avoit fait aucune préparation, Q'aant aux fignes qui la caraétérifent, ils font ici en allez grand nombre. i°, Dans le commencement l'animal eft trifte : ce figne eft commun à tous les animaux qui fonffrent. 2°, Il commence à boiter de la hanche gauche. 3°, il fe mord les flancs &c le ventre , 6c c'eft toujours un figne certain de la douleur aiguë qu'il rciïent. 4°, L'animal n'a point de dureté dans aucune partie du bas-ventre , mais il s'eft fouvent formé des tumeurs îimphatiques , tantôt fur le col 6c le poitrail, tantôt fur différentes parties de la fur face abdominale auxquelles on a appliqué des fêtons, 6c que l'on a ouvertes en plu fleurs en- droits : on a employé tous les moyens pcilibles pour les faire dégorger par la {imputation. y0, Les flancs battent continuellement dans le dernier période , lorfqnc la refpiration eft très- gênée , le battement des ailes du nez eft très-con- iidérable. 6°, L'animal balance fiir les quatre pieds, il paroît avoir peine à fe foutenir 6c être toujours prCt à tomber. Êpi\ovtiaues. 13 70, Les mufclcs cutanés font agités par des convulfions continuelles. %\ L'oreille eft plus ou moins chaude , fui- vant le degré de la fièvre. 90, L'appétit diminue très-vite , difparoît mê- me quelquefois -, on a pourtant vu des animaux qui font tombés en mengeant, 6c qui font morts prefque tout de fuite. 100, Ils boivent avec beaucoup de peine ; il y en a même qui n'ont jamais voulu boire, 6c tous ont été dans ce cas, lorfque la maladie a été au dernier période. 11°, Les urines, dans le courant de la maladie, font très-ardentes. 120, Les animaux éprouvent dans l'état de la maladie un ténefmc confiderable , dans lequel ils rendent plus ou moins de fang ; leurs excré- ments, dés le principe, font très-fecs 6c très- friables. On a obfervé à l'ouverture des cadavres, i°, Que les nazeaux n étoient point fétides', que les finus ne contenoient pas une matière ichoreufe, 6c que la membrane qui les tapiffe n'étoit altérée en aucun des points de fa farface. 2.0, Que le cerveau a toujours été dans l'état naturel •■> aufïi ne lirez-vous rien dans notre pro- cès-verbal qui regarde la tête 3 par l'habitude où nous étions de n'y rien trouver d'extraordinaire. 30, Le poulmon étoit toujours parfemé de taches livides, 6c de points gangreneux 5 la fubf- tance de ce vifeère , lorfqu'on la coupoit, laillbic couler un faner noirâtre 6c épais. 40, Le cœur , dont la texture des fibres eft plus ferrée _, étoit exempt de ces taches gangre- ner! fes ; mais j'y ai conftamment trouvé des con- crétions polipeufes plus ou moins confidérablcs a 14 Sur les Maladies 6c le fimg contenu , tant dans les ventricules que dans les oreillettes, étoit toujours épais 6c noirâ- tre. Je vous obferverai même à ce fujet que dans l'état de la maladie 6c dans certains animaux, l'épaiffi-Tement du fang étoit quelquefois fi con- fiderable 3 qu'il a été impofîible de le faire for- tir , quoiqu'on eût donné pluficurs coups de flammes dans différentes veines, ce qui eft arrive quelquefois fix heures après l'invafion de la ma- ladie : ces animaux ont péri très-vîte. j°, L'eftomac des mulets étoit généralement enflammé. Il eft bon de vous faire part ici de ce que j'ai obfervé à l'ouverture de cinq bœufs à laquelle j'ai affifté -, quatre chez M. de Brcda 6c un chez M. de Mezi. Les quatre eftomacs étoient comme vous le décrivez dans votre Mé- moire. Les trois premiers étoient très-enflammés ainfi que le quatrième, 6c cette inflammation étoit très-manifefte ; dans la féconde membrane, la première ayant été enlevée avec les herbes qui y étoient contenues, ces herbes étoient très- fèches 6c très-friables ; la membrane interne étoit de même 6c y adhéroit. Je n'ai jamais obfervé , entre les eftomacs 6c les circonvolutions des in- teftins 3 des concrétions muqueufes 6c rougeâtres; j'ai, comme vous le verrez par notre procès- verbal , rencontré une fois feulement une glande dans l'intérieur de l'inteftin ileum qui contenoit une humeur glaireufe. 6°, Les inteftins grêles n'étoient jamais dans leur état naturel; ils étoient parfemés de taches inflammatoires, plus ou moins confidérables ; il y avoit auffi quelques points gangreneux : les gros , 6c particulièrement le rectum , étoient tou- jours plus affectés, par la raifon que vous verrez dans notre procès-verbal. Epi^oouques* 15 7°, La véficule du fiel n'a jamais rien offert de remarquable. La bile qui y étoit contenue étoit un peu plus épaiife 6c noirâtre, & j'avoue que je n'ai rien dit de cet article dans mon procès-verbal, non parce qu'il étoit plus eften- tiel à ce fujet, mais par pur oubli* 8°, Le foie, la rate 6c les reins étoient gonflés, 6c d'ailleurs prefque dans leur état naturel. 9°, La qualité du fang étoit bien différente de celle que vous rapportez dans votre Mémoire, car elle a toujours péché par trop d'épaiiîiiîe- ment, comme il eft dit au quatrième article. io°, Nous n'avons jamais trouvé de vers dans les yeux ni dans les finus pituitaires; mais il avoit régné avant cette maladie inflammatoire une ma- ladie vermineufe 3 dans laquelle les vers étoient accumulés dans l'eftomac 6c dans le canal intef- tinal, 6c en fi grande quantité que cela paroif- foit fort étonnant. Ces vers étoient de pluficurs efpèces qu'il feroit allez inutile de vous détailler, puifque les feuis qui fuffent nuifibles étoient ceux qui refTembloient a des aiguilles très-fines 6c qui avoient la tête noire. J'ai vu chez M. le Nor- mand dcMezi un Nègre qui, ayant mis fa main dans la fiante d'un de ces animaux qui en avoit beaucoup rendu, la retira couverte de ces petits vers qui y étoient fufpendus comme le font or- dinairement les aiguilles à une pierre d'aimant, 6c qui lui ont fait dès l'inftant confidénble- ment enfler la main 6c le bras. Cette enflure n'a même paffé qu'avec des cataplafmes de thé- riaque qu'on y a tenus fort long-temps. Signé, B, Le fiege de cette maladie, dit M. Vieq-u Azir, ou au moins fes principaux ravages, fe trouvaient encofe dans les voies alimentaires. Pluficurs Nè- gres qui avoient couimvùuquc avec les bêtes ma- i 6 Sur les Maladies lad:s, ou qui avoient introduit leurs mains dans le rectum de ces animaux , ont été attaques de charbon : planeurs numc en font morts. Ayant été corm'ké pour cette dernière maladie, j ai envoyé fur les lieux un plan de méthode cura- tive , et' i'ai appris depuis que le mal avoit ccrlé tout-à-fait. On s'en eft encore pris à la méchanceté des Nègres ; on a iuppofé qu'ils avoie.it empoifonné les beftiaux : on ôte en eltet à l'homme efclave toutes les reifources 6c toutes le^ raiibns de faire le bien -, mais d'un autre côté on le frppoiè beaucoup plus riche en moyens q-'ii ne l'eft en effet pour faire le mal. Cette duèee d'injuftice trouve des exemples dans les cr-oepK-s les plus,, anciennes de notre hiitoire. La pelle régnante à Paris 6c dans plufieurs villes de la France, on imagina que les Juilsj en empoi- fonnant les puits 6c les fources d'eau vive , en étoient la caufe, 6c on les punit rigoureufement d'un crime dont ils auroient peut-être été capa- bles (a). S'il eût été poflïble, M. le Normand de Mezi (i). C'eft fans doute pat inadvertance que cette idée a échappé à la plume philofophique de M. Vicq-d' Azir. Nous pourrions .en dire autant d'un partage dans lequel M. Paulet paroît incliner à penfer que l'on peut femer des maladies peftilentielles avec des poudres enchantées, que l'hiftoire en offre malheureufement des exemples, & que l'on a puni en Allemagne, en France , à Touloufe fur-tout, des fctlérats pour ce crime qu'ils ont avoué dans les tourments. Les aveux forcés par les tortures ne font pas des preuves. Nous avons vu une mère avouer qu'aile avoit empoifonné fon enfant, la veille de fa mort, avec une plante qui lui avoir été donnée par un Nègre : cet enfant infiltré dans toute fa fubftance éteit mort de cachexie dans un temps plu- ■V'.fJX5 & en rafiurant la mère, elle nous dit que le chagrin & la peur l'avoient fait mentir, parce qu'elle aimoit mieux mourir que d'être tourmentée. On ne croit plus aux forciers Êpi\ôotique$*. 1 y clé Mezi n'a point adopté ces préjugés ; il a mis toute fa confiance dans les foins 6c dans les pré- cautions confeillées par les gens de l'art ; il n'a pas eu moins à cœur les intérêts de fes voifins que les fiens propres, 6c il a eu la douce fatis- faction de voir fes efforts couronnés par le fuccès. En 1777 3 M. Emard Millot a obfervé le char- bon fur lbn habitation au pied de la montagne du Bonnet, dans le quartier de la Petite-Anfe : on a guéri quelques animaux , chez lefquels il s'eft manifcfté des tumeurs au dehors, qui ont fuppuré : on trouvoit, fur les vifcères , des in- filtrations d'une humeur rouffc, 6c des traces de gangrène 6c d'érofion qui avoient été annoncées par un flux dyffenterique gangreneux. Cette épi- zootie attaquoit les boeufs 6c les mulets ; elle fe communiquoit aux hommes. M. Millot nous ayant confulté le 4 juillet 1777, en nous envoyant l'eftomac d'un mulet, nous répondîmes que l'excoriation de la tunique veloutée de l'eftomac , étoit abfolument l'effet de la maladie; que l'engorgement du méfentére, des inteftins , la tenfioil du rectum , annoncoient un état inflammatoire dysentérique; que les con- vulfions qui avoient précédé la mort étoient l'effet de l'irritation nerveufe, produite par la dif- folution acre des humeurs : nous ajoutions que les vefîicatoires, qui ne peuvent qu'irriter 6c dif- ni aux revenants. Il faut, pour l'honneur de la raifon hu- maine , oublier tous ces rêves de barbarie , & ne pas citer des arrêts pour attefter des crimes, parce qu'on fait qu'il y en a beaucoup qui ont fait gémir l'innocence. Que l'on pro- duite avec des poudres une maladie pefrilentielle : nous le croirons ; mais on citeroit toutes les annules, que nous ne î; croirions pas. R. h. p. S, lés m. ép. t. I, p. y6 & 77, B iS Sur les Maladies foudre., ne convenoient pas dans cette maladie (3). M. Millot a confulté l'Ecole vétérinaire de Paris, mais malgré tous les moyens qui ont ete employés, il a perdu plus de foixante mulets. Extrait de la confultation de l'École vétéri- naire de Pans, en date du 1 y juin 177S. La maladie pour laquelle on confulté n'a pas de rapports avec celle qui nous a été décrite par M. le Normand de Mczi, 6c qui attaquoit les mulets de fon habitation. Nous voyons ici des tumeurs froides 6c indolentes remplies d'un fuc limphatique abfolument fans action, des vif- ccres plutôt macérés qu'enflammés, une limphe, ou plutôt une férofité répandues dans les dif- férentes cavités 3 une quantité innombrable de vers de toutes efpèces, non-feulement dans les entrailles 3 mais hors des inteftins, dans les voies circulaires _, dans le canal torachique , 6cc. Tous ces défordres font abfolument ceux de la maladie que nous appelons en France la pour- riture ou cachexie ; elle efl produite par des four- rages lavés , vazés, fubmergés, par des plantes acres, cauftiques 3 6cc. Nous la combattons avec beaucoup de fuccès par les martiaux , la rhubarbe, le quinquina, infu- fés dans le vin blanc ou des plantes aromatiques : la faignée eft préjudiciable dans cette maladie. S'il furvient des tumeurs 3 percez-les de toutes parts jufqu'au fond avec un fer rouge ; couvrez enfuite la partie cautérifée avec l'onguent bafi- Iicum 3 fur une once duquel vous incorporerez un gros de mouches cantharides : lorfque les tu- (3). V. Méd, vétér. par M. Vitet, clafTe X, pag. 311, Ëpi^ootiques. 1$ tneurs feront prêtes à cicatrifer, vous donnerez un ou deux purgatifs. Si l'on avoit été inftruit que la maladie pour laquelle on confultoit étoit une maladie aiguë, qu'elle étoit contagieufe , qu'elle fe communi- quoit même aux hommes 3 on n'auroit pas jugé que c'étoit la cachexie : mais les inflructions que l'on a envoyées n'étoient pas fufhTantes pour faire connoître la nature de cette maladie. Il eft facile de fe tromper , quand on n'a pas l'ha- bitude d'obferver ; 6c lorfque cela arrive dans une confultation, on induit en erreur celui à qui on la propofe 3 6c on l'oblige de s'égarer avec foi. L'École vétérinaire de Paris a dit, dans les dif- férentes confultations qu'elle a envoyées en 1773 & 1774, que les détails même qui avoient été faits par les Médecins du Cap étoient infuffi- fants. Ayant donc été obligée d'établir fes con- feils fur des fuppofitions, 6c de les rendre condi- tionnels , on ne doit pas être étonné qu'ils n'aient pas eu l'utilité qu'elle auroit pu leur donner 3 fi elle les avoit appuyés fur un rapport exact 6c fidèle : mais en fuppofant que les confultations que l'on demanderait à Paris pour la Colonie fuffent rédigées fur des obfervations bien faites, en fuppofant que ceux que l'on confulté connoî- troient parfaitement toutes les convenances des lieux, ce qui eft difficile ; il y a toujours dans ces confultations lointaines le très-grand incon- vénient que les avis que l'on reçoit arrivent lor£- 3ue la maladie eft éteinte, ou lorfqu'elle a changé e caractère (4). En examinant que, dans le temps qu'il régnoit à Saint - Domingue une épizootie maligne, la (*\ Cette feule confidération doit faire fentir le fervice que Bij \à Sur les Maladies Guadeloupe ( 5 ; 6e les Provinces méridionales de france fouffroient d'une maladie qui avoit à peu près les mêmes caractères , on lent com- bien on étoit injufte d'attribuer cette maladie au maléfice : l'on eft convaincu que les Nègres n'a- voient pas conipiré davantage que les Paylans de France à produire cette maladie , 6c l'on doit ju?er combien il étoit ridicule d'avoir pu croire un moment que les Nègres euffent empoi- fonné du chocolat, pour donner aux animaux les maladies charbonneufes, 6c qu'ils produifif- fent les maladies vermineules , en fanant avaler des boles de viande corrompue , fur laquelle les mouches avoient dépofé leurs œufs. Mais d'où vient cette fimultanéité d'effets dans des lieux fi éloignés 6c dans des climats qui pa- roi vient fi différents ? On dit que des cuirs ap- a>ortés de la Guadeloupe à Bayonne contenoient les principes de l'intcdion qui s'eft répandue dans ta Guiennc ; mais en admettant que cette a:ier- tion fût bien prouvée 3 elle ne fert pas à ex- pliquer pourquoi la maladie a régné en même temps dans plufieurs îles de l'Amérique qui éprou- voient, comme St. Dominguc & la Guadeloupe, les funeftes effets d'une féchere JTe extraordinaire. N'eft-il pas prouvé en Médecine que les mê- mes maladies ont régné en même temps dans plufieurs pays très-éloignés ? N'eit-il pas prouvé que les vents , qui ont tant d'influence fur la conftitution de l'air , ont établi, dans le même temps 6c dans différents lieux , une difpofition qui a été fuivie de maladies particulières 6c épi- l'Àdminiftration a rendu à la Colonie , en lui procurant des élèves des Ecoles royales vétérinaires de France. (y). V. Mém. fi;r les mal. de la Guadeloupe, par M. Bertùij impr. à lu Guadeloupe, ch. J. Renaud, année 1778. Epî^ootiques. 1 T démiqtics ? N'eft-il pas probable, d'après cela, que les rapports de la conftitution de l'air, établis dans le même temps en Europe 6c en Améri- que par une caufe générale, ont déterminé les maladies épizootiques qui ont régné aux mêmes époques ; 6c que 11 nous manquons de preuves pour appuyer cette opinion 3 c'eft moins la faute de la nature que celle de l'e bfervation (6;. Il paroît par deux procès-verbaux faits en 1780, l'un en date du vingt- fept février par M. Pe- li.fot 3 6c l'autre du vingt neuf par M" B. 6c d'A. que des boeufs deftinés aux Boucheries du Cap , 6c qui avoient {ans doute été furmenés, font tombés morts fubitement , 6c que l'on a trouvé dans leurs cadavres des tumeurs charbonneufes à l'eftomac, fur les inteftins 6c fur le méfentère (7). MM. les Adminiftrateurs avoient rendu , quel- ques mois auparavant, une ordonnance pour obli- ger les Bouchers d'àf'ainir 6c nétoyer leur en- trepôt de la Petite-Anfe , 6c leur défendre d'y mettre des animaux avant deux mois , 6c de ven- dre aucune viande fufpecte {S ) ; ils écrivirent à cette époque au Juge de Police, en date du 1er mars 1780 : «* Nous avons l'honneur de vous en- voyer 6c nous joignons ici le nrocès-vcibal re- latif à l'ouverture , qui a été faite par plufieurs Chirurgiens du quartier de la Pctite-Anfe, d'un bueuf mort fubitement fur les terres de M. De- court. Nous ne pourrons, Monfieur, que nous (O- Tfti fur l'achon de l'air, par M. J. J. Menuret, §. XXW1I. . . . XI, pac u- (7). M. Buflon , juge fénéchal du Cap, a bien voum nous remettre ce< procès-verbaux , avec quelques autres pièces- fur le même fujer. (8). V. L. & C. de S. D.par 11. M. D. S. M. t. V, p?3' 9l- B iij iz Sur les Maladies en rapporter à ce que votre fageffe &r votre pru^ dence vous fuggèreront à cet égard » .^ On fait que les fatigues 3 occafionnées par des voyages longs, donnent au fang 6c aux autres humeurs une difpofition très-acre, qui peut non- feulement produire le mal à Butin, mais le char- bon : il n'eft pas étonnant, d'après cela, que les Bouchers du Cap perdent aufli fouvent des ani- maux qu'ils amènent de l'Efpagnol (9); ils font obligés, pour les faire fortir 6c pour éviter des droits onéreux , de les faire paffer par des détours très-longs qui les excèdent d'inanition 6c de fa- tigue ; 6c ils amènent fouvent dans leur entre- pôt des animaux furmenés , dont la viande ne leur paroît pas fufpeéle , parce qu'ils croient qu'ils ne font que fatigués, 6c qu'ils ignorent que ces animaux peuvent avoir contracté une difpofition çharbonneufe, qui peut devenir funefte même aux hommes ( 1 ). Il conviendrait peut-être de faire vifiter les animaux deftinés aux Boucheries de la Colonie, mais il faudroit aufïl que les bouchers fuffent affujettis , fous de fortes peines , à prévenir les Experts nommés à cet effet, pour qu'ils puffent (9). Lorfque ceux qui conduifent des troupeaux d'animaux ie la partie efpagnole dans la partie françoife s'apperçoivent qu'un animal ne peut plus continuer la route , ils le tuent Si ils vendent la viande aux ateliers des habitations voifines. Comment empêcher qu'un Marchand cherche à augmenter fes bénéfices ou à diminuer fes pertes ? Et qui empêchera les Nègres d'acheter de la viande qu'on leur donne à très- grand "marché ? La police générale ne peut pas s'étendre fur les abus qui doivent être furveillés par la police particulière des habitations. (1). Mém. de l'Acad. des Sciences, année iy66, edit. in-n de Paris, t. I, fur une mal. fing. arrivée à deux Bouchers ir. l'hôpital royal des Invalides de Paris. Êpi\ootiques. 13 ouvrir les animaux morts fubitement, 6c remet- tre leurs procès-verbaux au Juge, au Comman- dant , ou au Subdélégué de chaque quartier. OBSERVATIONS De M. Lompagieu-Lapole, vétérinaire bre- veté du Roi , fur Vépi\ootie qui régnoit dans la dépendance du Cap en 1780. Cette maladie paroît être la même que celle qui parcourut nos Provinces dès 1744: je lai exactement fuivie dans la dernière épidémie au- tour du Mont de Marfan., d'après l'ordre du Subdélégué de M. l'Intendant, 6c je crois qu'il n'y a de différence que dans quelques Symptô- mes qui proviennent probablement de l'influence du climat , 6c de la modification des caufes : avant que de parler des ouvertures de cadavre , je crois devoir donner la defeription des fymto- mes de la maladie. Les animaux étoient trilles ; ils avoient une fièvre confiderable : il y avoit grande gêne dans la refpiration 3 les yeux étoient larmoyants, les nazeaux diftiloient une matière rouffe & jaunâtre. Des animaux , qui paroiffoient bien portants, étoient furpris tout d'un coup par la maladie * ils fe couchoient, fe relevoient fans celle com- me s'ils avoient eu des tranchées, 6c ils mou- roient au bout d'une heure : la maladie s'annon coit quelquefois par un cours de ventre 3 6c les animaux périffoient dans vingt-quatre heures : \l fe formoit quelquefois des tumeurs à différente-- B iv 14 Sur les Maladies parties du corps 3 & on a fauve quelques-uns des animaux qui les ont éprouvées : enfin il lurve- noit quelquefois fous la ganache une enflure qui les empêchoit d'avaler, ce qui les étouffoit en moins de douze heures. Je les ai ouverts pref- que tous, 6c j'ai trouvé à ces derniers des phlic- tènes à l'arrière bouche dans la trachée artère jufqu'au poulmon , qui étoit enduit d'une humeur glaircufe 6c jaunâtre : le fang étoit coagulé dans les gros vaiffeaux , les inteftins étoient d'un noir foncé. J'ai également trouvé dans les autres ani- maux que j'ai ouverts des infiltrations de cette humeur épailfe 6c jaunâtre : le fang étoit égale- ment très-épais 6c très-noir dans les groffes vei- nes autour des inteftins ; mais je n'ai jamais rien obfervé de particulier à l'eftomac. Peu de temps après mon arrivée au Cap 3 je fus mandé fur l'habitation Vaudrcuil où je re- trouvai la même maladie : je fis les mêmes ob- lervations fur douze cadavres que j'ouvris s ils avoient tous des épanchements de cette humeur glaircufe 6c jaunâtre que j'avois obfervée en Fran- ce : les veines du bas-ventre étoient pleines d'un lang extraordinàirement épais 6c noir : je priai le Gérant d'une autre habitation , qui venoit de perdre beaucoup d'animaux , de me laiffer ou- vrir le premier mulet malade qui le rencontre- rait : l'ayant obtenu , j'en tuai un 3 6c je trouvai le fang également noir 6c épais dans les groffes veines du bas-ventre. M. Lapole s'élève- avec raifon contre le mal-: heureux préjugé, qui attribuoit cette maladie au maléfice des Nègres i fes idées à cet égard font l'éloge de km jurement, 6c il mérite de la re- connoi!Îance,rour avoir eu le courage de faire des repréfentations qui {'ont un hommage rendu à Epi\ootiques. 15 rhornmc qui, avili 6c dégradé dans l'état de l'cfclavàgc 3 n'eft pas aufli méchant qu'on pour- roit le préfumer. M. Lapolc rapporte l'obfervation d'un bœuf que l'on croyoit avoir été empoifonné 6c qui étoit mort fuffoqué par une orange très-groflé, qui s'étoit arrêtée dans l'œsophage avec beau- coup d herbes. Il avoit été allez heureux 3 d.ins une pareille circonftance , pour fauver une vache en pratiquant l'œfophagotomie : nous obfervc- rons avec plaifir que M. Lapole eft le premier Vétérinaire qui ait pratiqué cette opération avec fùccès h car c'eft par accident 6c fans vue que l'Elève vétérinaire, dont parle M. Chabcrt dans fon Traité du charbon , a ouvert l'œfophagc , en emportant une tumeur charbonneufe , dont le traitement 6c la guérifon font cependant hon- neur à l'Artiftc. Le 17 février 1780 , je fus appelé fur une habitation où il étoit déjà mort plufieurs mulets 5 le propriétaire, aîUrmé , voyoit avec peine re- naître un fléau dont la Colonie s'étoit déjà fefi- fentie précédemment. On me préfènta un mulet malade à huit heures du matin ; il fe couchoit 6c fe relevoit au bout de quatre minutes ; il avoit le bout du nez très- froid , 6c le battement du cœur vicient ,• il agi- toit très-fouvent fes extrémités pofterieurcs, 6c reculoit en arrière chaque fois ; il avoit de l'ap- pétit. A quatre heures du foir je m'apperçus qu'il pouffoit quelques fonpirs, 6c avoit un petit batte- ment de flancs. Je donnai tous mes foins à cet animal , mais tous mes efforts furent inutiles : je l'ai trouvé mort. J'en ai fait l'ouverture : j'ai trouvé le fang coagulé dans les veines méfentériques; il étoit d'un noir foncé : j'obfervai aufli une ma- 16 Sur les Maladies tiére féreufe 6c jaunâtre, 6c un tubercule rempli de vers fur une branche Je la méfentérique an- térieure. Le lendemain 18 de mars, un autre mulet tombe malade -, il préfente des fymptomes diffé- rents ; il fe couchoit 6c fe rouloit 3 mais il fe relevoit bientôt 6c cherchoit à manger. De qua- tre en quatre minutes il le voit la tète 6c battoir du pied : je le fis prendre 3 6c lui trouvai, com- me au premier, le bout du nez 6c les oreilles froides ■■> il paroifîbit faire bien toutes les fonc- tions. Pour prendre le mal dans fon origine, 6c croyant le mieux obfcrvcr, je demandai à l'ha- bitant de tuer cet animal ; il y confentit : j'en fis l'ouverture en préfence de plufieurs Médecins 6c Chirurgiens que j'avois appelés : je trouvai, avec le plus grand étonnement 3 le fang tout coagulé, noir, un épanchement dans les veines méfentériques d'une humeur d'une couleur jau- nâtre , une tumeur de la groffeur d'une noix remplie de petits vers pointus prefque invifibles qui avoient rongé l'aorte dèfcendante à la fortie de la poitrine : il n'y avoit rien de particulier dans tout le refte du corps. Etoit-il poflible de faire quelque remède pour prévenir la mort de cet animal, qui n'eût peut-être pas vécu quatre heures de plus ? Le 3 de mars 3 un troifième mulet eft reconnu malade le matin à fix heures. A quatre heures de l'après midi, il meurt avec les mêmes fymp- tomes que les deux premiers. J'en fis l'ouverture, 6c trouvai à celui-ci fur feftomac un tubercule où étoit un feul ver long d'un pouce. Cette maladie attaquoit aufli les chevaux : il en tomba un malade à huit heures du matin : en s'en ap- Êpiqootiques. 17 perçut à fa ganache que l'on vit un peu engorgée. Dans deux heures la tête lui devint monftrueufe, fa refpiration n'étoit pas gênée : il jetoit feule- ment par le nez une écume blanchâtre. Je lui fis des incifions fur la ganache , il en fortit beaucoup d'eau claire : le tiffu cellulaire étoit jaune : j'allai le voir dans la nuit 3 6c je le trouvai mort. J'en fis l'ouverture ; il avoit un tubercule ver- mineux de la groffcur d'une noix dans l'artère émulgente droite: l'arrière-bouche, la tracé iéc- artère étoient enduites d'une humeur jaune glai-? reufe d'un pouce d'épaiffeur, Le feize mars , un mulet tomba malade 6c eut les mêmes fymptômes : il lui fortit une pe^ tite tumeur qui , dans deux heures de temps 3 devint monftrueufe : je lui fis plufieurs incifions aufli profondes que je le pus, il n'en fortit qu'une férofité glaireufe. Le 17 à midi l'écoulement ceffa, les incifions parurent gangreneufes. L'après midi , à deux heures, l'animal commença à bat- tre des flancs ; il eut la refpiration gênée , 6c pouffa quelques foupirs i il fe coucha 6c fe releva de fuite ; il mourut le 18. J'en fis l'ouverture, 6c lui trouvai un tubercule plein de vers fur l'ar- tère aorte que ces infeéles avoient rongée. J'ai ouvert au moins cinquante mulets ou che- vaux tous morts de la même maladie 3 6c ayant préfenté à peu près les mêmes fymptômes ; 6c j'ai toujours trouvé les mêmes phénomènes. J'ai quelquefois trouvé des vers œftres 3 qui avoient rongé le pilore où ils étoient implantés en grande quantité. Quelquefois la maladie fe caractétifoit par une fueur abondante 3 par la gêne de la refpi- ration avec un râlement confiderable : l'animal çtoit très-agité, il frappoit du pied contre terre. 28 Sur les Maladies Le n mars, à dix heures du matin3 je vis un mulet , fortant du pâturage pour fè rendre à fécurie , prendre tout d'un coup la courte 6c faire mille bons : je le jugai malade , le trouvai h.-rt chaud 6c fingulièrement fuffoqné. Je l'ai quitté un initant pour aller lri préparer un breuvage : je ne fi:s pas quatre minutes abfeit , que l'on me vint prévenir qu'il étoit mort : je l'ouvris 6c lui trouvai environ quatre-vingt vers rouges feu- lement à l'orifice inférieur de l'eftomac : je re- gardai ces vers comme la caufe de fa mort. J'ob- fervai que cette même humeur glaircufe, trou- vée chez tous les autres {-Àcts , commençoit à fe former chez celui-ci, le long de la trachée- artère : les vers crinons, qui font dans les tuber- cules artériels , font rouges ; ceux qui fe trou- vent dans les tubercules de l'eftomac font blancs. M. Lapole croit que la plus grande quantité des animaux pêriffent à Saint-Domingue par les vers; il dit en avoir trouvé dans tous les vifeères, 6c chez toutes les efpèces d'animaux qu'il a ouverts, mais que maîheureufement on n'a pas encore trouvé de fpécifiques contre ce fléau dcftructcuiv Les enflures qui font compliquées de vers ne forment pas une maladie épizootique. M. Lapole a tenu dans fes écuries des animaux attaqués de cette maladie avec des animaux bien portants; il en a également vu dans les écuries des efea- drons de Belzunce 6c de Condé en garni fon ait Cap, 6c il n'a pas vu que cette maladie fut eontarrieufe. Un de fes chevaux fut attaqué d'une enflure qui lui entreprit tout le de Tous du ven- tre ; il parut guéri : mais il mourut huit jours après M. Lapole trouva dans le duodénum, à huit pouces de l'orifice de l'eftomac , environ quatre-vingt vers œftres qui étoient implantes Êpi\ootiqueSé ± $ tlans les tuniques de l'inteftin. Ce cheval étoit depuis trois mois dans les écuries du fi car La- pole j 6c il n'avoit communiqué la maladie à aucun des autres. Suivant M. Lapole, le charbon eft très-commun dans les plaines de Saint-Do- mingue -, il attaque les bœufs 6c les mulets prin- cipalement , 6c il exerce lès ravages lorlqu il lurvicnt de petites pliu.es après de grandes ié- chereifcs. M. Lapole a ouvert plufieurs efpèces d'animaux domestiques _, comme des chiens , des chats qui étoient morts de cette maladie. M. Lapole penle que les grandes féchereffes font les caufes principales de cette maladie ; il croit avoir oblervé que la mauvaiie qualité des eaux peut occafionner des maladies, 6c que la difette 6c le défaut d'attention de faire boire les animaux à la main , les expofe à des indigeftions, à la phtylie fèchc ; il rapporte l'oblervation d'un bœuf qui, venant du travail tout fùant, but des écumes, 6c eut une indigeition dont il le gnérit. M. Lapole blâme l'ufage ©ù l'on eft de lâcher dans les favannes les animaux qui fortent fuants des cabrouets , des moulins , ou qui viennent de faire de longues courfes ; il dit en avoir vu beaucoup qui ont contracté des fluxions de poi- trine pour avoir été faifis par le froid, 6c pour avoir bu de l'eau corrompue ou des écumes. Ces animaux rendoient par les narines, dans les derniers jours de leur maladie , une matière jaune fanguinolente ; ils battoient des flancs, ils per- doient l'appétit 6c les forces, 6c ils périffoientaprès avoir fouffert pendant dix à douze jours. L'ohfcr- vation , que les animaux fe portent mieux dans les mornes qu'à la plaine , n'a pas échappé à M. Lapole 3 6c il attribue cela , avec raifon, aux fourrages, aux eaux 6c à la conftitution de l'air 3o Sur les Maladies qui font meilleurs ; il fe fert de cette obfcrvà- tion pour prouver que le poifon n'eft pas la caufe de la mortalité, parce que les Nègres des mornes 3 dont la condition eft la même 3, fe li- vreraient fans doute aux mêmes projets de ven- geance que ceux de la plaine. Pour répondre à la confiance des Habitants 6c à celle du Gouvernement 3 dont M. Lapole avoit déjà reçu une grâce encourageante, vou- lant ne rien négliger pour détruire les préven- tions que plufieurs Habitants avoient que leurs animaux étoient empoifonnes avec la canne à madère ou le quebec , M. Lapole a fait des ex- périences ; il a râpé de la canne à madère ; il l'a mêlée avec du firop, 6c il en a fait manger à un cheval deux fois par jour 3 pendant huit jours : après ce temps , il a exprimé quatre verres de jus de la même plante qu'il a fait avaler à l'animal ; il lui en a injecté enfuite dans les na- rines , dans les oreilles, dans le fondement ; il a trempé des épingles 6c des épines dans le même jus, 6c il a piqué l'animal dans plufieurs endroits, parce que c'eft le moyen par lequel les Habitants prétendent que les Nègres occafionnent les enflures. M. Lapole a continué ces effais pen- dant quatre jours , fans que le cheval parut ma- lade ; il l'a nourri enfuite pendant un mois ; il l'a tué après ce temps, en préfence de plufieurs Médecins 6c Chirurgiens, 6c il n'a rien trouvé de remarquable dans cet animal. M. Lapole a répété cette expérience fur un fnulet, 6c il l'a trouvé également fain ; il a haché tine grande quantité de quebec ; il l'a mêlé avec du firop. Deux mulets, fur Iefquels M. Lapole Vouloit effayer les effets de cette plante , ont été deux jours fans vouloir y toucher : mais ils en Êpi^ootiques. 3 ï ont mangé enfuite pendant huit jours. M Lapole leur a fait avaler à chacun quatre verres de jus de cette plante -, il leur en a injecté dans les na- rines , dans les oreilles 6c dans le fondement : ils n'ont pas paru fouffrir, 6c il les a trouvés très- fains, en les ouvrant. M. Lapole dit que le farcin , qui a du rapport avec les dartres, eft aufli commun fur les ani- maux dans ce pays , que cette denaiére mala- die l'cft fur les hommes. Il parle enfuite du mal des eaux qu'il dit être une maladie très-commune fur toutes les habi- tations ; elle eft caractérifée par de petites tumeurs groffes comme une châtaigne ; elles lont rem- plies par une humeur épaiffe ; elles s'ulcèrent, 6c il en fort une matière blanche , jaune 6c ver- dâtre j elles paroiffent formées par l'épaifliffcment de la lymphe dans les glandes cutanées. Si l'on guérit quelques-unes de ces tumeurs dans un en- droit, il en paroît de nouvelles dans un autre. M. Lapole , croyant que cette maladie a des rapports avec la maladie vénérienne , dit s'être fervi du mercure 6c du cautère potentiel avec fuccès -, il condamne , avec raifon , l'ufagc de quelques Habitants qui cèlent foigneufement les maladies qui régnent dans leurs troupeaux ; il voudrait qu'il fuffent tenus de les déclarer au Commandant du quartier , pour que le Gouver- neur put prendre les précautions convenables à fes vues 6c aux intérêts publics. Extrait de la confultation de l'École royale vétérinaire. Le Directeur célèbre des Écoles vétérinaires de Paris a répondu à M. Lapole que l'on ne pou- 32 Sur les Maladies voit méconnoître , dans la maladie qu'il rcgar- doit comme vermineufe, un véritable charbon: l'ouverture des cadavres a montré , dit M Cha- bcrt , des épanchcments de fang noir 6c coagulé , des épanchcments lymphatiques jaunes 6c coagu- lés : ces défordres ne peuvent être que l'effet du charbon 6c le produit de l'humeur qui le conitituc. C'eft cette humeur, fuivant M. Chabcrt, qui, en agiifant fur les organes elîènticls à la vie , pro- duit des irritations qui occafionnent les vertiges, l'efpèce de frénéfic dont les animaux font atta- qués , 6c les vers ne contribuent que peu à leur fin. Toutes les tumeurs que M. Lapole a obfcrvées, 6c qu'il appelle enflures , confirment l'opinion de M. Chabcrt, 6c il lui femble que la gangrène qui furvient à ces tumeurs ne peut être l'effet que d'un charbon très-malin. Les caufes qui oc- cafionnent cette maladie à Saint-Domingue font les mêmes que celles qui la produifent en France , des fécherelfes exceflives, des eaux de mares , des plantes chargées d'infectes, 6cc. M. Chabert croit que le charbon eft enzooti- que à Saint-Domingue , qu'il tient à des caufes communes 6c générales, qu'il y exiitera toujours, qu'il fe renouvellera plutôt ou plus tard , 6c qu'il y fera plus ou moins meurtrier , tant qu'on fui- vra le régime actuel , 6c que l'on abandon- nera les animaux en fiieur dans les favannes, qu'on les abreuvera d'eau de mare > qu'on leur donnera l'écume du fiicre , qu'on les excédera de travail dans des temps qui ne font pas réglés par l'heure des repas, qu'ils feront expofés à pren- dre dans les favannes une nourriture dont les qualités varient fuivant les faifons, 6c qui eft couverte d'infectes 6c d'œufs qu'ils y dépofent. Êpqootiques. 3 3 M. Chabcrt croit que les vers qu'on a trouvés dans les inteftins 6c dans l'eftomac font dus à l'écume du fucre , dont les mouches font friandes 6c où elles dépofent leurs œufs -, il croit encore que les indigeftions des animaux peuvent être produites par des écumes, 6c qu'on doit les regarder comme une des caufes prochaines des maladies des ani- maux ; il voudrait, pour corriger ces écumes, que l'on y mît du fel marin 6c des plantes amères. Jl penfe que l'on devrait donner aux ani- maux une nourriture choifie, 6c en quantité fuffifante; qu'on devrait les panfer exactement; leur donner un abri convenable , une boif- fon pure 6c prendre des précautions avant 6c après leur exercice. M. Chabert recommande la propreté dans les abris qu'il vent que l'on fane pour les animaux , parce que les excréments font expofés à une décompofition d'autant plus prompte , que le climat eft plus chaud ; il ob- fervé que dans le panfement à la main , lorfque l'étrille n'enlève que peu ou point de crâne, l'animal a une difpofition plus ou moins éloig- née à la maladie-, il recommande dans le panfe- ment de laver les jambes , la bouche , les ria- zeaux, les yeux , l'anus, les parties naturelles avec de l'eau fraîche , quelquefois acidulée avec du vinaigre. Si l'on fe détermine à renfermer les animaux dans des écuries ou à les recevoir dans certain temps fous des hangars, il faut leur préparer du fourrage qui, fubifïant un degré dé fermentation, détruit la plus grande partie dés femences ver- mineufes : on pourrait leur en donner de temps en temps comme correctif. M. Chabert veut que l'on règle l'heure du repas des animaux ; il recommande dé ne les C 34 ^r Ies Maladies abandonner au pâturage que lorfque le foleil aura diflipé la roi'ée , 6c il veut qu'ils en fortent avant que les vapeurs commencent à fe conden- fer. On les fera rentrer â midi fous les hangars 6c on leur donnera alors les fourrages fecs : on mettra un intervalle plus ou moins long entre le moment du travail 6c celui des repas. Il faut abreuver les animaux avec de l'eau pure, moins chaude que la température de l'air , 6c aiguifée avec un peu de vinaigre ou de jus de citron : on peut rendre l'eau de mare moins mal- faifante en la battant avec des vafes &: la laif- fant repofer enfuite : on peut y ajouter du vi- naigre , du jus de citron , de l'acide vitriolique, de l'eau de Rabel : il faudrait mettre les mares à l'abri des rayons du foleil , au moyen d'arbres touffus : il faut les nétoyer Couvent, garnir le fond 6c les bords avec du gravier : on peut pra- tiquer , à quelques pieds de la mare , un bafi- fin dans lequel on puiffe faire couler l'eau fuf- fifante pour abreuver les animaux 3 en la faifant paffer par une tranchée de communication qui ferait garnie de gros fable 6c de graviers, au travers defquels fe filtrerait l'eau. Après avoir indiqué les moyens de prévenir les maladies des beftiaux, M. Chabert preferit ceux qui peuvent les préferver lorfque les mala- dies exiftent : il établit enfin une méthode cu- rative. Il recommande dans ce traitement la faignéc dans les animaux jeunes 6c vigoureux, de favo- rifer par les véficatoires 6c par l'application du feu la fermation des tumeurs qui fe manifeftent au dehors, de les faire fuppurer long-temps, de donner quelques alexipharmaques 3 fuivant les indications, l'alkali volatil, des apéritifs incififs Epi^ootiques. 5 5 tommuns , des antifeptiqucs , l'antimoine dia- phonique , l'oximel fcillitique, le nitre, le kina , la liqueur minérale d'Hoffman, que lorfque les animaux font hors de danger \ il rejette du traitement toutes les drogues incendiaires 3 dont on a tant abufé par ignorance dans l'épizootie de 1774 6c des années fuivantes. M. Chabert, qui dit avoir tiré fes formules de l'Ouvrage de M. Poupée-Defportes, recommande dans le trai- tement des vers l'huile empyreumatique animale, dont le fuccès lui a été garanti par une foule d'expériences* Malgré l'ordonnance de MM. de Valliere 6c de Vaivre, qui enjoint d'enterrer les cadavres des animaux dans des lieux éloignés dans des foffes profondes (1) , on trouve encore à l'entrée des villes 3 dans les grands chemins 3 des cadavres d'animaux qui pourriffent fur le fol : chacun fe plaint de l'infalubrité de l'air \ chacun fe plaint du défaut de police, 6c on a peine à fe fou- mettre aux lois les plus fages : on néglige les précautions qui peuvent arrêter le développe- ment 6c l'activité des principes contagieux. Les Habitants devraient enterrer les animaux dans un lieu clos. Les belles expériences de M. Vicq d'Azir fur la contagion des foffes vétéri- naires, fuffifent pour démontrer le danger d'y faire tuer 6c enterrer les animaux dans des divi- fions fréquentées par les Nègres, par les chiens 6c où l'on plante des vivres 6c des fourrages. Un procès-verbal fait à la Petite-Anfe en 1776 par M. Peliffot, ayant expofé que les Efpagnols (1). V. Lois & Conft. de Se- Dom. par M. M. D. S. M. t. V, pag. 530. . C *J 36" Sur les Maladies apportoient de la viande fufpcde ,. préparée en aiguillette , pour la vendre aux Nègres "qui cri éprouvoient dos maladies charbon neuf es , M. ÎC Commandant général ordonna provilbircment d'arrêter fur le port dans la ville, ou à la plaine , la viande qui fierait apportée par les Efpagnols i il follicita le Juge de Police (2.) de fe joindre à lui pour prendre les mefures convenables dans cette circonftance , 6c il a été rendu une ordon- nance provifoire qui défend à tout particulier d'acheter , de vendre du taffeau (3; apporté par les Efpagnols ;, 6c de faire brûler celui qui avoit été apporté. Cette ordonnance a été publiée dé nouveau en 1779 (4) fur de nouvelles plaintes portées au Gouvernement ; 6c d'après une lettre de MM. les Général -6c Intendant, par laquelle ils prioient le Juge du Cap de faire vérifier juridi- quement les faits qui leur avoient été dénoncés 3 & de donner aux conféquences qu'ils auraient ou pour- voient avoir toute l'attention & févérïté que l'intérêt public exige (j). Depuis la paix , les cargaifons de chevaux an- glois, de mulets & de bœufs abondoient dans la rade du Cap. On ne doit pas douter que des ani- maux très rapprochés dans des navires où ils font expofés à être nourris avec des fourrages altérés 6c à boire de la mauvaife eau , même de l'eau de mer, arrivant d'un pays froid dans un pays (2). M. Efreve , alors juge-fénéchal du Cap, & aujourd'hui juge de l'Amirauté. (0- Le tafleau eft une viande imbibée de jus de citron & defiéché au foleil. (4.) V. Lois & Conflit, de St-Doming. par M. Moreau de St-Mery, tom. V. p.vj;. 701. (f). Ext. d'une lettre de MM. d'Argout & de Vaivre à MM. le Procureur du Roi & le Juge du Cap, en date du 11 décembre 177^. 1 Êpi^ootiques. 37 très-chaud , où ils ont non-feulement à contrac- ter l'habitude d'une nouvelle température, mais d'une nourriture nouvelle, ne foicnt très-difpo- ics à être malades : cette révolution leur eft fou- vent funcfte : il en périt un grand nombre , 6c cela eft d'autant plus fâcheux pour la Colonie, que ce commerce ne fe fait pas, en denrée , mais en argent, et: que cela porte un grand préju- dice à l'exploitation des manufactures. Le fieur Lapole , dont le zèle a toujours été louable , a rapporté dans un procès -verbal du 10 janvier 1780, qu'il avoit vu périr une cargaifon entière de chevaux anglois qui avoient été nour- ris avec du foin , de l'avoine 6c des patates échauffés. Il en eft de même des mulets que les Efpagnols apportent -y ils peuvent non-feulement apporter dçs maladies des lieux d'où ils viennent, mais ils font dans les difpofitions les plus favorables pour en être attaqués ; 6c l'on ne doit pas être étonné d'en perdre beaucoup 3 lorfqu'au lieu de leur donner des foins attentifs jufqu'à ce qu'ils foicnt aclimatés, on leur fera fupporter tout de fuite des travaux qui accélèrent la dépravation de leurs humeurs : nous avons vu périr en 1776, d'une plévropéripneumonie , plufieurs mulets qui avoient été defeendus de bord pendant un nord: nous avons trouvé la plèvre 6c le poulmon en- flammés 6c encroûtés de fuppuration : les bron- ches étoient remplies d'une glaire fanguinolente. M. le Chevalier de Ladebat vient de nous mar- quer dans une lettre , en date du 24 avril de cette année : » Les pertes confidérables que j'ai effuvées fur mes mulets n'ont point été occa- fioniiécs par les épiz-octies dont plufieurs ;uc<;e- rics ont été frappées : tous les mulets que j'ai C iij 3 8 Sur les Maladies perdus étoient tombés lentement, malgré les foins 6c la nourriture la plus abondance, dans un état de diffolution qui s'annonçoit par la maigreur 6c par la chute du poil (6). L'eau qu'on a trouvée à l'ouverture a prouvé inconteftablement cet état de diffolution dont j'ignore la caufe : peut-être ces animaux , achetés à bord 6c alors bien por- tants en apparence , avoient - ils été abreuvés d'eau de mer dans la traverfée ? Et c'eft peut- être à cela que l'on doit attribuer la maladie qui les a détruits dans les fix premiers mois (7). M. Millot,, affocié du Cercle 3 nous a envoyé rObfervation fuivante. Les pluies ont été abondantes en mars 6c en avril : il y avoit beaucoup d'herbes dans les fa- vannes , mais l'humidité 6c l'alternative du froid 6c de la chaleur ont été préjudiciables à des mulets nouveaux que j'avois achetés dans un en- trepôt à Limonade. Le 1 mai, à trois heures après midi, le gar- dien d'animaux amena un mulet qui étoit enflé depuis le milieu du ventre juiqu'au milieu dit cou. L'épaule, hors le montoir, étoit extrêmement tendue : il y avoit dans le ventre beaucoup de borborygmes : on a fait des fearifications à la partie la plus déclive de l'enflure, 6c on a mis l'animal dans une écurie. L'œil étoit étineelant, la refpiration un peu longue ; les fearifications (O- La mer brûle p-efque toujours le poil des animaux, & ils en changent lorfqu'ils font à terre. (7). L'habitation de M. le chevalier de Ladebat eft au Camp de Louife, quartier de l'Acul : le terrain de cette ha- bitation eft bas , & les eaux y font mauvaifes. Êpi^ootiques. 3 ^ rcndoient une humeur lymphatique ou féreufe 3 6c le tiffu cellullaire en paroiffoit rempli. Je fus voir cet animal à minuit : on me dit qu'il avoit mangé ; il avoit fiante 6c uriné , mais il paroiffoit trifte. A cinq heures du matin la ref- piration étoit gênée : il y avoit un écoulement par les nazeaux d'une humeur femblable à celle des fearifications ; il mangea un peu, mais il fe développa peu de temps après une enflure fous la ganache, 6c elle fut très-confidérable en moins d'une heure. On avoit fait fur les enflures une embroca- tion de tafia camphré , mais je les fis panfer avec le fuppuratif chargé de cantharides. A onze heures la refpiration étoit gênée y les nazeaux étoient engorgés fur tout le côté droit, l'enflure de la ganache n'avoit pas aug- menté , celle du poitrail étoit un peu baiffée 3 les fearifications rcndoient beaucoup de férofité 6c l'animal mangeoit un peu. A cinq heures du foir l'enflure du poitrail étoit diminuée , celle de la ganache étoit dans le même étatj celle du nazeau droit étoit augmentée, 6c l'animal jetoit beaucoup d'humeur lymphati- que blanche filandreufe. Il y a eu dans ce jour un orage avec beau- de pluie , de vent 6c de tonnerre. A fix heures la refpiration étoit courte 6c gênée , les flancs battoient, l'œil étoit morne , la tête baiffée , les oreilles abattues : l'animal eft mort quelque temps après. M. Millot avoit déjà perdu trois mulets fur douze qu'il avoit achetés, en remplacement , le 16 février 1787, dans l'entrepôt des fieurs Mo- line à Limonade , 6c il en avoit trois autres qui avoient du farcin. Nous avons vu chez lui, le C iv 40 Sur tes Maladies 10 mai, une jeune mule qui avoit, depuis la veille , une tumeur œdémateufe confiderable fur l'épaule hors du montoir. On avoit fcarifié pro- fondément cette tumeur dans toute fon étendue : le tiffu cellullaire étoit jaune infiltré , l'animal étoit gras ; il portoit la tête haute , il avoit l'œil vif: on l'approchoit difficilement ; fon pouls étoit lent, la refpiration n étoit pas gênée : les acci- dents ont augmenté peu à peu. M. Millot nous écrivoit le 11 : « Je défefpère de ma jeune 6c jolie mule. La pluie qui tombe depuis plus d'une heure ne lui fait pas du bien ; elle efttrifte, elle mange difficilement , la refpiration eft gênée , les flancs font déprimés : les vers font établis dans les plaies 6c la dévorent, fans que l'animal y paroiffe fenfible. Cet animal eft mort le 12, mai, 6c l'on a trouvé à fon ouverture des infil- trations lymphatiques le long de la trachée-artère dans le médialtin , dans le méfentère fous la ganache. M. Millot nous a rapporté que ces mu- lets nouveaux avoient paru bien portants pen- dant un mois 3 que c'eft à cette époque qu'il les avoit fait cabefter , qu'il leur avoit fait brûler le lampas, couper les barbes, 6c qu'on leur avoit mis, après cckj dans la bouche de l'ail pilé avec du fel ; ils n'ont été mis au moulin que fix fc- maines après , 6c on ne les y a tenus qu'une heure fur vingt-quatre. Le mal des eaux a infecté le troupeau pendant l'hiver qui a été très -pluvieux , ce qui a jeté les mulets dans un état de maigreur 6c de dépérifle- ment j &a fait mourir ceux qui étoient âgés (8). (8) Nous avons trouvé , fe y juin, dans le troupeau de M. Millot, fept mulets qui avoient des gonflements fur les articulations avec de petits ulcères rouge" : ces animaux ayoient auifi quelques tubercules fur la peau, qui étoit fèche. Épi^ootiques. 4t M. Millot a fait nétoyer les parcs de fes ani- maux en décembre j il leur a fupprimé les écu- mes ; & quoiqu'il y ait fur fon habitation des favannes allez confidérablcs pour changer de pâ- turages chaque jour, il leur a fait donner de la bagaffe hachée avec des têtes à cannes, humec- tées par le moyen d'une râpe préparée avec trais cinquièmes d'eau, 6c deux cinquièmes de firop brûlé , il a obfervé que les animaux préféraient la bagaffe au fourrage vert. M. Millot a remarqué que les mulets font avides de lécher la terre qui fort de dclfus le fuerc \ 6c comme il a cru que cela pou voit les incommoder, il a foin de la faire jeter dans des lieux écartés. Nous invitons quelques Chimiftes à examiner cette terre avant qu'elle ait fervi à purifier le fucre, 6c après , pour con- noître les principes qu'elle contient, 6c ceux dont elle fe charge. M. Millot penfe que l'eau des marres eft d'au- tant plus mal-faine , qu'elle n'eft que la réunion des eaux pluviales qui fe chargent de tontes les immondices des favannes où elles paffent. Il croit que l'alternative du chaud 6c du froid, la pluie 6c le foleil, l'altétation des pâturages3 la malpropreté des animaux qui fe vautrent dans les cendres ou dans la poufiière, lorfqu ils ont chaud, ou lorfqu'ils font inquiétés par les mou- ches , font des caufes fréquentes de maladie. Nous obferverons que M Barré de St-Venant, préfident du Cercle , dont l'habitation n'eft qu'à une lieue de celle de M. Millot , a fait l'acqui- fition de vingt-quatre mulets qui ont été choiiis au fort entre lui 6c M. Millot ; qu'il ne les a pas fait travailler encore, 6c qu'il n'en a perdu aucun. 4* Sur les Maladies Les Artiftes vétérinaires, brevetés 6c entrete- nus par la Cour dans la Colonie , ont repré- fente au Gouvernement la néceflité de vif'tcr les cargeifons des animaux qui font apportés par les Anglois 6c par les Efpagnols : mais on a été ar- rêté jufqu'à préfent pour ordonner cette vifite, parce que l'on a cru qu'elle pourrait donner des entraves à un commerce que l'on doit favori- fer (cj) , & que l'on a penfé qu'il valloit encore mieux donner aux Habitants des inflructions fur les précautions qu'ils doivent prendre lorlqu'ils ont acheté des animaux , que de rebuter les marchands ànglois, 6c fur-tout les efpagnols, par des lois conditionnelles 6c exclufives. Les Nantois 6c les Bayonnois apportent fou- vent des vaches dans la Colonie. Ces vaches , d'après les édits de Sa Majcfté 6c les arrêts de fon Confeil, devraient être marquées d'une S. fur le front, 6c fans cela elles ne devraient pas être reçues dans la Colonie. Les Capitaines de- vraient être tenus aufli de repréfenter un certifi- cat légalifé j pour affurer qu'il n'exiftoit pas de maladie épizootique. On devrait ufer des mêmes précautions pour les animaux que les Habitants embarquent quelquefois, en allant en France, pour fe procurer du lait dans la traverfée : car (9). En 1761, la Chambre d'agriculture du Cap a folli- cité la permiffion d'introduire , dans les ports où il y a un fïége d'Amirauté , les chevaux & mulets étrangers , la Colo- nie ne pouvant dès-lors fournir les animaux nécefTaires à l'exploitation des manufactures , & ne pouvant réparer les pertes occafionnées par les féchereiTes ou par l'abondance des pluies. Cette introduction eft encore plus néceiTaire aujour. d'hui par l'extenfion des cultures dans la Colonie : mais il femble que l'intérêt particulier & l'économie politique exige- aient que l'on s'aflurât de la fanté des animaux importes, pour prévenir des pertes èc une consommation onéreufe. £pi\ootiques. ' 43 on ne doit négliger aucune des précautions pour empêcher le traniport des maladies contagieufes. Les habitants du Cap s'étoient plaints plufieurs fois de l'infeétion occafionnée par la voirie, qui étoit à l'entrée de la ville : nous avons vi- fite cette voirie 3 affilié de M. Roulin , en pré- fence de M. Defchamp , fubftitut de M. le Pro- cureur-général du Roi -, 6c nous y avons compté plus de fbixante cadavres , qui exhaloient une odeur que les vents du fud 6c de fud-oueft por- toicnt dans la ville. Nous en avons parlé dans notre defcription médico-topographique de la ville du Cap , dans la féance publique du Cercle du 11 mai 1785. M. Buflbn , juge du Cap , a rendu, dans la même année (1), une ordonnance de po- • lice qui établit un Entrepreneur pour faire en- terrer les animaux.. Les habitants ne vendent fouvent leurs animaux fur les habitations 3 que lorfque la caducité ou des maladies les ont mis hors de fervice : cela fait que les boucheries font fouvent pourvues de mauvaife viande. Si l'on n'étoit pas arrêté par la crainte de diminuer les fubfiftances, on pourrait établir des prohibitions contre les bou- chers , même contre les vendeurs : mais y a-t-il rien de plus dangereux que de laiffer vendre dans les boucheries des viandes fufpeéles, qui peuvent être une fource de maladie ? Comme un homme avide 6c trompeur fait vendre quelquefois judiciairement les Nègres ma- lades qu'il craint devoir mourir en [es mains, il y a des particuliers qui font vendre à la barre du fiége les animaux qui font attaqués de quel- (1). Ordonnance provifoire de police concernant la voirie du Cap, du z Septembre 178;. 44 Sur les Maladies ques maladies , le ficur Lapole croit que c'eft a cet abus que l'on doit attribuer la propagation de quelques maladies contagieufes , 6c il a pro- pofé en 1780 , dans un procès-verbal, de vifiter les animaux que l'on voudrait vendre judiciai- rement. Les maladies charbonneufes qui font enzooti- ques à Saint-Domingue ont attaqué les ani- maux , non-feulement de la dépendance du Cap, mais elles ont régné épizootiquement en 1776, dans les plaines du Cul de Sac 6c de l'Artibo- nite. M. Bouvier , maître en chirurgie , nous a fait connoître en 1776 que le charbon avoit fait périr beaucoup de bœufs à l'Artibonite , 6c qu'il avoit foigné plufieurs Nègres qui avoient contracté le charbon pour avoir mangé de la viande de ces bœufs, que l'on avoit jetée impru- demment dans la rivière. OBSERVATION Par M. Auvrai fur la voracité des Nègres, J'achetai des Nègres à bord d'un navire venant de la côte d'Angole , dans le nombre dcfqucls il fe trouva un Nègre 6c une Négreffe de nation MondonguCj qui ne laiffoient échapper aucune occafion de manger des charognes 3 quoi- qu'ils fuflént amplement nourris comme les au- tres. Quelques précautions que j'aie pu prendre , je n'ai jamais pu remédier à la dépravation de leur goût. Le Nègre tomba dans un état de maigreur & de diffolution. Surveillé à l'hôpital, il commençoit Epi^ootiques. 45 à reprendre un peu de force, 6C fon état don- noit quelque efpoir de le réchapper ; mais à peine put-il marcher, qu'averti par un Nègre de la na^ tion ( qui étoit fur une habitation voifine), qu'on avoit enterré un veau dans les environs, il s'é- chappa^ de l'hôpital, fut avec fon camarade dé- terrer l'animal, 6c en mangea tant qu'il revint tout enflé : peu de temps après il mourut [i). La Négrclfe avoit le même goût pour la cha-^ rogne : on lui avoit fouvent vu manger des chats morts 6c des rats ( tous les Congos mangent des rats dans leur pays, 6c quand ils font frais ils ne font aucun mal). Il y a quelque temps qu'étant à la pourfuite de quelques Nègres marons dans les mornes , j'en furpris un dans fon ajoupa oc- cupé à faire rôtir deux rats embrochés qui n'é- toient ni écorchés ni vidés. La Négrefîe , après un an de Colonie , tomba dans un état de maigreur, 6c il étoit probable qu'elle fuccomberoit comme le Nègre. Je me décidai à la faire tranfporter fur l'Jiabitation où je demeure : je la fis furveiller le jour 6c la nuit 5 elle couchoit à l'hôpital. Un foir l'hofpitalière ^ faifant fa vifite dans les chambres des Négreffes , fut frappée d'une odeur infecte ; elle chercha par- tout 6c ne découvrit rien : mais elle s'appercut que plus elle s'approchoit du lit de la Négrefîe congo , plus l'odeur étoit forte, ce qui la dé- cida à chercher jufques fous la paillafle , où elle trouva deux rats morts depuis plufieurs jours, pleins de vers ; elle en aVoit déjà mangé un, 6c fe propofoit de manger les deux autres dans la nuit. J'ai fait redoubler de foins pour lui faire (z). Il paroît que les Bambaras de la côte d'Or, & les Mondongues de la côte d'Angole font les plus carnivores. 46 Sur les Maladies perdre cette habitude : je ne fais fi j'ai réuflî, mais elle eft parfaitement bien rétablie 6c dans le meilleur état. Il y a peu d'habitations où l'on ne trouve dé femblables exemples, fin-tout fi on fuivoit de près les Nègres qui tombent dans la maigreur 6c la diAblution. En l'année 1773 , le navire le Pacifique 3 armé au Havre de Grâce , expédié pour traiter à Juda, cote d'Or 3 faifant fon retour au Cap-François , île Saint-Domingue, relâcha à l'île du Prince. Deux Nègres Bambaras s'échappèrent, 6c au bout de trois jours furent trouvés à fe régaler d'un vieux cheval mort depuis plufieurs jours 6c à moitié pourri. De ces deux affamés carnivores, un mourut la même nuit, l'autre furvécut à fon camarade fept jours, 6c finit fa carrière le hui- tième, après avoir mangé dans la nuit la ration , en lard falé, de 40 hommes d'équipage. M. Duport-Dutertre , alors chirurgien à bord dudit navire f fit l'ouverture du cadavre ; il\rouva un ulcère gangreneux à l'orifice fupérieur de l'ef- tomac, de la grandeur d'un double efealin, 6c un un autre dans le fond de ce vifeère. Extrait des Obfervations fur Fefclavage des Noirs a Saint-Domingue 3 par M. Robert- Coël , habitant l'À\ilc , envoyées au Cercle le 1% mai 1787. Je voudrais peindre le caractère des Nègres de la Côte , mais leur pays eft partagé en quantité de petites nations qui ont chacune une nuance qui les diftingue , ce qui m'entraînerait dans un long détail, qui fouvent ferait trop minutieux: Êpi\ootiques. 47 je ferai feulement remarquer que chez les Nègres d'Angole un homme fe croirait avili s'il culti- Voit la terre , 6c que ce foin eft tout entier aban- donné aux femmes, ce qui rend les Nègres de cette Côte parefleux , peu ftifccptibles de devenir cultivateurs, l'As ne font point amenés jeunes dans nos Colonies -, qu'ils font très-ivrognes, & que le vol chez eux , loin d'emporter l'infamie, eft une marque d'adrclïe pour celui qui l'exerce avec fuccès -, que le Nègre de la côte d'Or eft aufli ivrogne 6c voleur , mais plus propre à la culture \ qu'en général tous les Nèg es font indolents, ayant peu de befoins, de h pies grande indifférence furies aifances 6c les commodités de la vie , aimant avec voracité (principalement les Nègres Bam- baras ) toutes fortes de viandes, même infeétées, 6c facrifiaut jufqu'à leur fanté pour fe fatisfaire. J'ai vu un de ces Nègres fur une habitation dont j'etois chargé 3 attiré par l'odeur déteftable du cadavre d'un chien qu'on avoit foupçonné en- ragé , 6c qu'on avoit tué le dimanche , l'aller chercher le jeudi au milieu des joncs d'un marais où on i'avoit caché , 6c le manger demi-grillé fur des charbons : aufli a-t-il payé cher ce repas; il eft mort deux jours après, enflé à faire hor- reur 3 malgré tous les remèdes qu'on lui donna pour l'évacuer , 6c ce n'étoit point le befoin qui I'avoit contraint, ayant des vivres en quantité fur l'habitation : il y avoit déjà plus de fix ans qu'il étoit dans le pays fur cette même habi- tation. 48 Sur les Maladies Extrait d'une let re de M. Paulet 3 maître en chirurgie au Terrier-Rouge. Vous dcfircz , Monficnr , que je vous fatfè part des accidents arrivés ai x Nègres qui ont mange de la thair des animaux morts du charbon. En 1776, j'ai été appelé chez M. de VaUly, habitant aux fonds-Blancs, pour voir im Nègre qui avoit fur la joue gauche un point charbon- neux , avec un gonflement confiderable à la face, au cou 6c à la poitrine; Je demandai à ce Nègre s'il avoit mangé de la viande de quelques ani- maux morts de maladie ; il héfita a m'en faire l'aveu : enfin il me dit qu'il avoit mangé un morceau de boeuf mort, mais que c'étoit un morceau de cuilfie , 6c que le fiége de la maladie étant dans le ventre 3 il n'avoit pas cru que cela pût l'incommoder. J'ai traité ce Nègre , 6c il a guéri. Dans la même année quatre Nègres d'une fu- creric 3 au Terrier-Rouge , déterrèrent un mouton 6c le mangèrent. Un de ces Nègres fut atteint d'une humeur charbonneufe au vifage, 6c mou- rut ; un autre eut le ventre affecté , 6c périt dans quatre heures de temps, dans des convulfions horribles. Avant vu mourir plufieurs Nègres du charbon fur l'habitation Brethoux , je dis au gérant que l'atelier avoit infailliblement -mangé des bœufs qui mouraient fur l'habitation -, il fit des recher- ches , 6c trouva dans prefque toutes les cafés à Nègres de la viande qui étoit dans la plus grande corruption. Un particulier de cette paroifle , qui fait le commerce des bêtes à cernes 3 a perdu fubite- ment Ëpi^ootîquesi, 4$f ttient un Nègre dans le mois de mai 1787. J'ai été appelé dans le même temps pour voir un Nègre qui étoit fans connoiffance , couvert d'une fueur froide 3 6c qui eft mort deux heures après. Plufieurs Nègres de la même habitation fe trou- vant très-incommodés 3 6c craignant de fubir le même fort, nous ont avoué qu'ils avoient mangé de la viande des bœufs morts dans la favanne commune, 6c qui n'avoient pas été enterrés. Le charbon régnoit encore à l'Artibonitc en 1783. M. Gelin, élève diftingué de l'Ecole vété- rinaire de Paris & entretenu dans la Colonie, a donné pour l'habitation Cèer une confultation dont nous allons rapporter l'extrait. Sur les renfeignements qui ont été donnés, M. Gelin a reconnu que la maladie pour laquelle on le confultoit étoit le charbon -, il établit d'abord que cette maladie fe manifefte de plufieurs ma- nières , qu'elle attaque les animaux les plus gras &c les plus forts , 6c que les effets en font fi prompts 3 qu'il y a peu d'animaux qui en réchap- pent. Le charbon fe divife en extérieur qui eft moins dangereux , & en intérieur qui eft prefque tou- jours incurable : on reconnoît le charbon exté- rieur à une ou plufieurs tumeurs, plus ou moins volumineufes, qui furvienncnt indiftinaement fur toutes les parties 3 après un mouvement fébrile 3 6c qui parviennent a leur accroiffement dans l'ef- pace de cinq à fix heures. Ces tumeurs font fou- vent œdémateufes , douloureufes 6c infiltrées d'une férofité rouflatre très-corrofive : quelque- fois la gangrenne apparaît avec la tumeur. Le charbon intérieur fe manifefte par l'air trifte , la tête baffe , le refus des aliments, le 5<* Sur tes MalâdieS froid des oreilles 6c des extrémités} l'inflamma- tion de la bouche 6c de la membrane pitui- taire, par des coliques : le malade fe lève , fe couche 3 regarde fon flanc ; il fe livre quelque- fois à des mouvements effrénés, 6c il meurt plus ou moins promptement dans les convulfions, fuivant que le charbon affeéte des vifeères plus ou moins eflentiels à la vie. L'ouverture des cadavres montre des extrava- fions d'un fang noir enflammé avec des points gangreneux entre cuir & chair .' les vifeères du bas-ventre font enflammés , gangrenés, 6c l'on y trouve des excoriations, des déchirements, des infiltrations d'un fang noir épais, d'une fé- rofité rouflatre, des épanchements de fang dans les inteftins, des tumeurs plus ou moins confi- dérables aux environs des reins, les vifeères de la poitrine , les membranes du cerveau engor- gées d'un fang noir 6c fortement enflammé. M. Gelin établit un traitement préfervatif 6c un curatif. Dans le premier, il veut que l'on in- terdife toute efpèce de travail aux animaux ex- pofés à l'épizootie, que l'on diminue la moitié de la nourriture , qu'on les abreuve avec une eau pure acidulée 6c une eau blanche nitrée , qu'on les panfe à la main , qu'on les bouchonne le matin 6>C le foir 3 qu'on les renferme depuis neuf heures du matin jufqu'à quatre heures après midi pour éviter l'infolation, qu'on leur ôte les écumes ( 3 ), que l'on pratique trois ou quatre ( 3 ). Je crois que l'habitude où l'on eft de tranfporter à toute heure des écumes dans les bacs & chaudières defri- iiées à mettre les têtes à cannes hachées , ou les herbes deftinées pour les animaux, eft dangereufe, fur-tout quand ces bacs & chaudières ne font pas couverts. La chaleur du foleil excite une très-prompte & forte fermentation : il fe £pi\ootiques, 51 iaignées à ml ou deux jours d'intervalle, fuivant les indications ; que l'on applique un féton , 6c que l'on y entretienne la fuppuration jufqu a ce que l'on n'ait plus à craindre finvafion du charbon. Dans le traitement curatif , M. Gelin veut qu'on fépare les animaux fains des malades, Se que l'on tienne ceux-ci à la diette , qu'on leur donne de l'eau blanche 6c acidulée avec le vinaigre. Il faut pratiquer de larges incifions fur les tumeurs : on les cautérifera, on appliquera des fuppuratifs animés par les vefïïcatoires. La faignée doit être proferite à cette époque , 6c l'on ne doit employer des purgatifs que lorfque les plaies font prêtes à fe cicatrifer. Si nous connoifiîons bien toutes les caufes qui peuvent produire les maladies charbonneufes, nous dirions pourquoi elles fe manifeftent dans des lieux différents 3 pourquoi elles paroiffent fe calmer dans un temps pour reparaître dans un autre : nous pourrions faire connoître leurs rap- ports avec d'autres rnaladies, 6c pourquoi elles régnent fur une habitation, tandis que les ani- maux des habitations voifincs font attaqués par d'autres maladies, comme nous l'avons obfervé au Quartier-Morin & à la Petite-Anfe. La morve , cette maladie terrible, n'eft con-« nue à Saint-Domingue que depuis quelques an- nées. M. Lapolle croit qu'elle a été apportée en 1780 par des animaux étrangers , 6c il dit qu'il l'a obfervée pour la première fois dans les écuries du S. L. voiturier public au Cap, quelle dégage beaucoup d'air fixe qui, par fa pefanteur, refte dans ces bacs ou chaudières , ce qui peut contribuer à occa/ionner des maladies, peut-être même des épidémies. Note commune }«« par M. Auvray. Dij 5i Sur les Ma la d:es a été communiquée aux animaux des Pères de la Charité à l'hôpital du Roi , qu'elle a paffe de là fur les habitations du quartier Morin 6c de la Petite-Anfe. Suivant les obfervations du révérend père Sé- raphin , fupérieur de la Charité du Cap - Fran- çois (4) , les mulets attaqués de la morve ont l'air trifte , la tête baffe , les oreilles tombantes , l'œil morne , le poil hé rifle , les flancs leur bat- tent ; ils maigriiîent : les glandes de la ganache fe gonflent, l'humeur qu'ils rendent eft roufla- tre 6c prend de jour à autre la confiftance de pus •-, elle fort en gras flocons avec une expira- tion bruyante -, 1L mangent bien : il eft furvenu un gonflement au poitrail ou au fourreau à quel- ques-uns : à la dernière époque _, les extrémités ie gonflent, fe gercent 6c il en fort une eau puante. Tous les remèdes ont été inutiles , les faignées 6c les purgatifs ont accéléré la mort. Les fu- migations , les cautères 3 les fêtons ont paru la retarder (5). Tous les animaux que l'on a tenus enfermés font morts plutôt : il n'y a eu que quatre chevaux attaqués , 6c il n'en eft mort qu'un. Les organes de la refpiration étoient fains, ainfi que ceux du bas-ventre : mais la mem- brane pituitaire étoit gonflée, ulcérée, 6c les cor- nets détruits : la morve de Saint-Domingue, fuivant le R. P. Séraphin , eft plus meurtrière que celle d'Europe. M. Gelin , qui a obfervé cette maladie dans (4). Extrait d'une lettre, datée de l'hôpital du Roi, du 17 avril 1787. (;). V. Méd. vét. Çlajfc VI. pag. 81S. Epi^ootiques. r} 5 plufieurs quartiers où il a foigné un grand nom- bre d'animaux , a préfenté à MM. les Adminif- trateurs un mémoire dont nous allons donner l'extrait. Extrait du mémoire de M. Gelin fur la morve. La morve eft une maladie trés-contagieufe ; elle eft otdinairemcnt fporadique en Europe : nous croyons qu'on pourrait l'cnvifager à Saint- Domingue comme épizootique. Cette maladie n'a commencé à paraître 3 dans la plaine de la dépendance du Cap , que vers le milieu de l'an- née 1784 ; elle s'eft manifeftée depuis cette épo- que fur plufieurs habitations. Cette maladie s'eft portée principalement fur les mulets : nous l'avons cependant obfervée fur quelques chevaux. On fait par l'hiftoire des épizooties qu'il y a des maladies qui n'attaquent qu'une feule efpèce d'animaux, comme il y en a qui fe communi- quent à toutes les efpèces. Les mulets travaillent beaucoup plus que les chevaux : les fatigues exceflives qu'ils éprouvent leur occafionnent des fuenrs abondantes, des dé- perditions confidérables : le fang s'épaiflît, les humeurs s'apauvriifent ; ils contractent des dif- pofitions à plufieurs maladies, & ils font plus fufceptibles à l'action des principes contagieux. S'il eft difficile de connoître les caufes des maladies des animaux, il ne l'eft pas moins quel- quefois de prononcer fur leur caractère 6c fur leurs fuites : c'eft ce qui nous a infpiré de la réferve à l'invafion de cette maladie ; 6c quoique nous viflïons une analogie parfaite entre les fymp- tômes qu'elle nous prefentoit 6c ceux que nous D iij 54 Sur les Maladies avions obfervés, en 1780, fur un très-grand nom- bre de chevaux, à Beaumont fur Oife, nous n'avons pas cru devoir prononcer fur fa nature & fur fon efpèce , jufqu'à ce que nous ayons été inftruits par l'obfervation 6c par l'ouverture des cadavres. La morve en Europe eft une maladie chronique i elle eft au contraire très-aiguë à Saint-Domingue. M. Vitet dit avec raifon que les progrès de cette maladie font plus prompts dans les mulets que dans les chevaux (6). Nous penfons aufli que ces progrès font plus rapides dans les pays chauds. que dans les pays tempérés. Les Nègres ne s'apperçoivent que les animaux font malades que lorsqu'ils commencent à jeter. Le flux s'établit ordinairement par les deux na- zeaux. La matière de ce flux eft un pus bien formé, dont les qualités paroiffent dépendre de l'état des fujets 6c de leurs humeurs. Les malades tombent dans un état de maigreur confiderable, l'intenfité des fymptômes de cette maladie 6c leur rapidité nous ont fait douter pendant quel- que temps de fon véritable caractère : nous avons foupçonné que c étoit une péripneumonie maligne compliquée d'ulcères chancreux, femblable à celle qui a régné à Paris en 1769 (1) -, &: comme elle attaquoit des animaux très-jeunes, nous avons cru aufli qu'elle pouvoit être regardée comme un flux critique 6c néceffaire à la dépuration des humeurs, comme cela a lieu dans la gourme, la fauffe gourme, la pleuréfie, la péripneumonie, la morfondure. (O- Méd. vétér. par M. Vitet, cl. VI. mal. évac. p. 814. (r). Mém. de la S. R. de méd. année 177?, pag. i<( Epi\ootiques. 5 î Enfin les faits ont fixé notre opinion 3 6c lorf- que nous avons été affurés que cette maladie étoit la morve, nous avons infillé fur la néceflité ab- folue non-feulement de féparer les animaux fains des fujets malades, mais encore de tuer ceux-ci j pour arrêter les progrès de ce fléau redoutable. Rien n'eft plus incertain que le liège de la morve. Les Auteurs qui ont écrit fur l'hyppiatrique ne font pas d'accord : les uns l'ont placé dans le foie, les autres dans la rate, d'autres dans les reins, quelques-uns dans les poumons, d'autres dans 'le cerveau. M. Lafofle père, en 1749 ^pré- tendit démontrer que le fiége de cette maladie étoit dans la membrane pituitaire. M. Laroiie fils adopta ce fentiment : mais M. Chabert croit que le fiége de cette maladie eft dans le iang. Il eft bien vrai que la membrane pituitaire eft toujours plus ou moins affectée dans la morve, qu'elle paroît fouvent la feule partie attaquée : mais les défordres obfervés dans le cerveau , dans les vifeères du bas-ventre, dans la poitrine par- ticulièrement , Semblent annoncer que cette ma- ladie dépend de la perverfion des humeurs, 6c nos obfervations nous portent a adopter 1 opi- nion de M. Chabert. Nous penfons que U la morve fe caractérife toujours par 1 écoulement des nafeaux , c'eft parce que 1 étendue de a membrane pituitaire, la foiblefle de fa tiflure & Te nombre de fes glandes offrent à 1 humeur morbifique une iflue plus favorable. Les recherches qu'on a faites pour découvrir la nature du virus morveux obtenir des notions flir les caufes qui peuvent fe développer & Sur a maniTre dont il Te tranfmet, ont été julqua préTent infrudueufes. On a regarde er.Europe comme une des principales caufes de la morve 5 6 Sur les Maladies la mauvaife qualité des eaux 6c des fourrages: mais nous ne pouvons l'attribuer à cette caufe dans ce pays, puifque la conftitution des faifons, depuis mil fept cent quatre-vingt, ne paroît pas avoir apporté d'altération fcnfible aux pâturages dont les animaux fe nourriffent habituellement, comme on en obfervé dans les longues fécherefles, ou lorfque les pluies ont été abondantes, ou dans les alternatives de pluie 6c de féchereffe 3 conf- titution qui paroît favotifer particulièrement le développement du charbon. On ne panfe jamais les animaux à Saint-Do- mingue. On lâche dans les favannes les animaux fuants qui fortent du travail -, ils font expofés à recevoir des grains de pluie 6c à fouffrir des fup- preflions de tranfpiration, par l'impreflion d'un air froid 6c humide : les aliments qui les nour- riflent ne réparent pas les pertes occafionnées par des travaux exceflifs, ce qui doit produire lépaif- fiffement 6c l'arrêté du fang 6c de la limphe. Nous avons obfervé au quartier Morin, fur une habitation où la morve a fait des ravages confidérablcs (8) que cette maladie prenoit de l'intenfité, fe développoit davantage, 6c avoit un caractère plus aigu dans le temps des roulai- fons, lorfque les animaux fatiguoient beaucoup, 6c lorsqu'ils communiquoient plus entr'eux au moulin ou au cabrouet. Mais toutes ces caufes ont exifté dans tous les temps à Saint-Domingue, 6c fi elles favo- rifent le développement de la morve, elles ne fuffifent pas pour produire cette maladie j qui (8). L'habitation de M. Lefevre. Cette habitation a perdu plus de deux cent mulets depuis trois ans , malgré tous les foins d'une adminiltration très-attentive. Epi^ootiques. 57 auroit été connue, fans cela, bien long-temps avant l'époque dont nous avons parlé. Nous penfons que la morve a été apportée dans la Colonie par des chevaux ou des mulets étrangers. Les Habitants ont été jufqu'à préfent, en achetant des animaux apportés par les Anglois ou par les Efpagnols, dans une Sécurité dange- reufe ; mais les pertes qu'ils éprouvent devraient les décider à n'introduire dans leurs favannes des animaux nouvellement exportés, qu'après les avoir fait vifitcr. Comme il eft très - difficile de connoître les caufes de la morve , 6c que nous ne pouvons en examiner que les effets 6c les fymptômes, nous décrirons avec exactitude ceux que nous avons obfervés , 6c les Signes qui peuvent la faire distinguer des autres maladies avec lefquelles elle a des rapports. Tous les chevaux ou mulets qui jettent, ne font pas attaqués de la morve : mais ceux qui font atteints de cette maladie jettent néceffaire- ment, 6c dans ce cas les glandes de la gana- che font gonflées, 6c l'on obfervé des chancres fur la membrane pituitaire. Nous avons obfervé, avec M. Chabert 3 trois degrés dans la morve. Dans le premier, l'ani- mal a un air trille , abattu 3 l'œil morne , la tête baffe, le poil terne , la bouche 6c la membrane pituitaire très-enflammés , les urines crues : le flux s'établit ordinairement tout de fuite par les deux nafeaux : la matière eft blanche , vifqueufe 6c s'attache à l'orifice des nafeaux: les glandes limphatiques de la ganache fe tuméfient ordi- nairement ; elles font mobiles 6c fans douleur : cet engorgement précède quelquefois le flux, mais ordinairement il lui fuccède. j 8 Sur les Maladies Dansîe fécond degré, tous les fympômes pren- nent de l'intenfité ; cela atrive ordinairement du cinq au feptiéme jour : les malades tombent dans le marafme, la membrane pituitaire fe bourfou- fle ainfi que le cartilage tranfverfal des nafeaux ; les glandes de deffous l'auge deviennent quel- quefois douloureufes , le pus qui découle des naieaux eft très-abondant 6c plus vifqueux •' il ell fouvent grumeleux 6c jaunâtre , il tombe par flocons, il devient acre 6c corrofif, il ronge & détruit la tiflure des parties qu'il touche : on voit alors les chancres qui paroiffent fur les pa- rois du cartilage mitoyen des foflés nafales : le pus étoit fi corroiif dans plufieurs fujets 3 que nous avons vu le cartilage percé, rongé 6c prefque entièrement détruit : les yeux fe fluxionnent, les larmes font épaifles 6c purulentes ; elles cou- lent le long du chanffrein. Nous avons obfervé dans plufieurs animaux que les os angulaires 6c la partie fupérieure des os du nez étoient, pour ainfi dire, foulevés, 6c qu'ils rendoient, ainfi que les zygomatiques, lorfqu'on les frappoit3 un ion fourd qui annonçoit la quantité du pus contenu dans l'intérieur des Sinus. Enfin , vers la fin de la maladie , que nous appelons le troifièmc degré , les ulcères chan- creux s'agrandiffent, la refpiration devient labo- rieufe : on entend un râlement confiderable 3 comme celui que l'on obfèrve dans les chevaux cornard ou halley : le pus devient verdâtre, fan- guinolent, très - fétide : il furvient quelquefois des hémoragies confidérablcs : la fièvre fe déve- loppe du quinze au vingt : le battement de flanc a lieu _, 6c les animaux périffent. L'ouverture des cadavres nous a montré la membrane pituitaire ulcérée , entièrement dé- Épi-^ootiques. 59 truite dans la partie Supérieure des foOTes nafales 6c dans les Sinus. Nous avons quelquefois trouvé cette membrane enflammée 6c fuppurée , les finus frontaux maxil- laires 6c zygomatiques remplis d'un pus femblable à celui qui fluoit au dehors, le cerveau molafle, le plexus choroïde engorgé , les ventricules pleins d'eau roufle, les glandes ( pinéale 6c pituitaire ) engorgées 6c abfcédées ; les glandes du de flous* la ganache 6c les tyroïdes plus ou moins engor- gées j les poulmons remplis d'hydatides , de tu- bercules 6c de points blanchâtres répandus fur la furface de ce viicère 6c fuppurés : les appendices fur-tout nous ont paru fortement affectés : nous avons trouvé les glandes bronchiques d'un vo- lume considérable 6c Suppurées : les bronches 6c la trachée-artère contenoient quelquefois du pus: les glandes axillairés nous ont paru fouvent en- gorgées , ainfi que les glandes méfenteriques que nous avons trouvées plufieurs fois fuppurées, Sur- tout chez les Sujets farcineux. Voilà à peu près le réfultat de nos obferva- .tions depuis l'année 1784 jufqu'en 1785* ; mais à cette époque , nous avons obfervé un change- ment notable dans le développement de la ma- ladie. Nous avons peu vu. d'animaux qui n'aient éprouvé , avant que d'être attaqués de la morve , des claudications plus ou moins fortes 6c plus ou moins longues , Sans aucune apparence de tu- meur , d'engorgement, d'inflammation , ni d'au- cune léfion extérieure ; elle eft furvenue à d'autres à la fuite d'ulcères chancreux , carcinomatcux qui environnoient la bouche , particulièrement la commifliire des lèvres, 6c s'étendoient fur les mufcles maxillaires x fur les releveurs de la lèvre 60 Sur les Maladies antérieure, fur les malfeters, Sur les miîohioidiens 6c fur le menton. Ces ulcères commençoient par une tumeur dure, circonfcrite , indolente , rc- nitentej fur la furface de laquelle s'élevoicnt plufieurs petits boutons rempli* d'un pus fétide, ichoreux , 6c qui, par fon extrême âercté , ron- geoit la peau &" formoit des efearres confidéra- bles : nous avons vu la morve Succéder au farcin* & fe compliquer avec cette maladie , fans que la mort furvînt plus promptement. Quelques ani- maux , qui avoient le mal des eaux , ont été attaqués de la morve ( 9 ), & les ulcères ré- pandus fur tout le corps fe font deffechés 3 lorf- que le flux a é>:é établi. Nous avons obfervé fur une habitation du quartier Morin , que le plus léger accident fuffifoit pour déterminer cette ma- ladie formidable. TRAITEMENT. On n*a guéri en Europe qu'un très-petit nom- bre d'animaux attaqués de la morve, 6c ce n'a été encore que lorfque la maladie étoit dans fon principe, & lorfqu'elle n'avoit aucune com- plication. Nous n'avons pas vu un feul animal, depuis 1785, qui eût la morve, fans complication: toutes les tentatives que nous avons pu faire ont été inutiles , 6c nous regardons cette maladie comme abfolument incurable. Nous avons employé 3 fuivant les indications, la faignée , les délayants , les tempérants, les antiphlogiftiques, les apéritifs, les fumigations (9). V. ci-après une confultation fur le mal des eaux par M-, Gelin > p. ' Êpi\oottques. 61 èmolientes ou acidulées avec le vinaigre , les fumigations ayec le camphre, le lucre brut. Nous avons ajouté de l'eau de chaux (i* dans les boilions délayante* 6c iudonfiques : nous avons adminiitré l'allcali volatil fluor & concret à forte dofe (2.) : nous avons touché les ulcères chancreux avec l'eau phagédcnique : nous ayons fait des injections adoeciifantes, des déterlives: nous avons appliqué des cataplaimes émolients, des emplâtres fondants fur les glandes engor- gées : nous avons appliqué des vefïïcatoires, mais nous avons obfervé, avec M. Chabert, qu'ils hâtoient la fin des malades. Nous avons tenté l'opération du trépan fur les finus frontaux & maxillaires pour pouvoir dérerger les ulcères de la membrane pituitaire par des injedtions -, mais nous n'avons obtenu aucun fuccès : nous n'avons pas voulu eflayer les vapeurs de 1 orpiment re- commandées par M. Vitet (3), dans la crainte de quelques accidents fur les Nègres. Il y a^beau- coup d'autres remèdes qui ont été employés inu- tilement contre la morve : on peut confulter à ce fujet la Matière médicale de M. Bourgelat (4) & un ouvrage de M. Huzard ( 5 ), vétérinaire recommandable par fon zèle 6c par fes lumières, affocié nationnai du Cercle. Les Nègres font parelfeux , négligents &: mal- adroits : on ne peut pas compter fur l'exécution des foins &: des précautions dont on les charge dans le traitement des animaux 3 6c c'eft une des (1). Mém. de la S. R. de méd. année i779, p. 361 & f. (z). Mém. de la S. R. de méd. L. C. ($). Méd. vétér. pag. 119. (4)- Pag. ijj & 156. (5). Notice des principaux Hipiaftres qui ont traité delà »*rv€, inférée dans le Journal de méd. en mai 1786. 6i Sur les Maladifs caufes qui contrarient le plus les fuccés que Ton pourrait obtenir. Moyens prophylactiques. Si la morve fe déclare fur une habitation , il faut s'aflujettir à vifiter le troupeau trois fois par jour avec exattitude. Dès qu'on appercevra le moindre flux chez un animal , on le féparera fur le champ , 6c on le tiendra enfermé jufqu'à ce que la maladie pa- roi île caractérifée. On doit conftruire la café deftinée à fervir d'hôpital dans un lieu fous le vent : cette cale doit être bien aérée , labiée 6c garnie d'une man- geoire avec un râtelier. On ne laiflcra entrer aucun animal fain dans cet hôpital : les broffes, les étrilles, les cornes, les bouteilles 3 les licols, les éperlins, les bailles j les Seringues, enfin tous les uftenfiles confacrés au fervice des animaux attaqués de la morve 3 ne doivent pas être employés pour les animaux fains. Les Nègres, deftinés au fervice de l'hôpital > ne doivent pas approcher les animaux Sains, à moins qu'ils ne fe foient lavés 6c baignés. Lorfque les animaux qu'on aura féparés feront reconnus morveux , on les fera tuer fur le champ fur le bord de la fotfe qui doit être profonde, 6c fur laquelle on mettra des branches de cam- pêchc pour empêcher les animaux d'en approcher. On aura foin d'afainir les lieux où la morve eft établie : on ratifiera les râteliers _> les auges, s'ils font en bois : on les lavera avec de l'eau bouillante acidulée avec le vinaigre 3 on grattera les bacs en maçonnerie, on les fera crépir > 6c Èpi^ootiques, 63 après les avoir enduits, on les blanchira avec de la chaux. M. Vitet recommande de frotter les nafeaux de chaque animal avec l'cflénce de térében- thine (6) 3 mais ce moyen ne nous a pas paru certain. Nous n'avons obtenu de fuccès fur quelques habitations 3 6c nous ne fommes parvenus à ra- lentir les progrès de la contagion , que lorfque nous avons été fécondés par le zèle 6c l'exacti- tude des perfonnes chargées de la régie de ces biens. Nous avions cru qu'il étoit de l'intérêt public que l'on vifitât les bâtiments qui apportent des cargaifons de chevaux 6c de mulets de la Nou- velle-Angleterre 6c de la côte d'Efpagne, Nous avons propoSé de faire gratuitement cette vifite, qui pouvoit empêcher l'introduclion des maladies contagieufes 3 6c prévenir des pertes qui font très-onéreufes à la Colonie. Nous avons fait part de nos vues , en 1785 3 à la Société royale de médecine ; elles ont été communi- quées aux Députés de la Colonie, qui ont ré- pondu : « L'infpection des mulets 6c des che- vaux , à leur arrivée dans l'Ile 3 n'eft pas fans in- convénient : on peut craindre qu'à la faveur d'une loi qui l'ordonneroit, il ne fe gliflàt des fraudes 6c des monopoles contraires aux avantages de la Colonie ». Ces obfervations, qui font preffentir des in- convénients que l'on pourrait prévenir en or- donnant cette vifite, n'attaquent pas les avan- tages qui pourraient en réfulter : mais nous avons rempli notre tâche à cet égard, 6c nous ne i>\ Mc'J. vétér. T. 2. pag. 851. ^4 Sur les Maladies craignons pas qu'on nous reproche d'avoir été dirigés dans nos repréfèntations par notre intérêt particulier, puifque nous croyons qu'il étoit de notre devoir de faire cette vifite fans rétribution. M. Vitet dit que pour détruire le virus mor- veux il faudrait que toutes les nations s'accor- daiîènt , en même-temps , à détruire tous les chevaux morveux. Ce projet trouverait peut-être plutôt fon ap- plication dans la Colonie 3 qu'en Europe , fi l'on vouloit empêcher l'introduction d'animaux fuf- pects , fi l'on empêchoit la communication qui a lieu entre toutes les habitations 6c les diffé- rents quartiers, 6c fi l'on prenoit le parti de tuer tous les animaux dans lefquels la morve eft éta- blie : mais cela ne pourrait s'exécuter que par des ordres fiipérieurs \ 6c 3 comme le dit M. Vitet, les particuliers uferant toujours de tous les dé- lais , de tous les moyens pofliblcs pour éluder l'arrêt de mort de leurs animaux. La lettre fuivante nous a été écrite de la Grande-Rivière le 5 feptembre 1785, par M. Peyre, médecin du Roi, affocié du Cercle. « Une maladie épidémique, mon cher Con- frère , qui règne depuis quelque temps fur l'ha- bitation de M. Dufay 3 l'a déterminé à faire venir M. Lapole pour développer la caufe d'un fléau qui ruine bien des Habitants. Après avoir examiné tous les animaux qui paroiffoient plus ou moins affectés, il a particulièrement donné {es foins à une mule qui languiflbit depuis en- viron cinq à fix jours. Cette bête ne mangeoit pas ; elle rendoit par les nafeaux une écume fanguinolente 3 la refpiration étoit très-gênée , 6c la chaleur du corps très-confidérable : après bien des agitations, la mule eft morte ce matin : l'ouverture Epi\ootiques. 6$ l'ouverture en a été faite par M. Lapole \ il a trouvé la trachée-artère toute ulcérée 6c noire comme de l'encre , les poumons fphacelés 6c adhérents à la plèvre. L'ouverture du bas-ventre nous a fait voir quelque chofc de plus intérelfant : l'orifice in- férieur de l'eftomac étoit entouré de plufieurs petits vers courts, dont le nombre augmentoit prodigieufèment, en s'avançant vers le duodé- num , qui en étoit tout tapi (Té : j'en ai même retiré qui Se trou voient nichés entre les mem- branes de l'inteftin : nous avons vu 3 non Sans furprife , deux facs anévrifmaux dans les bran- ches des artères rénales du côté droit ; ils con- tenoient une prodigieufe quantité de petits vers ccîpme des aiguilles. Je vous envoie les deux pièces féparées dans deux flacons, pour que vous les examiniez à loifir. Quelle eft à préfent la caufe de la mort de cet animal ? Je fufpens mon jugement : communiquez - moi votre fa- çon de penfer à cet égard : cette maladie me paroiffoit bien compliquée. Je fuis tout à vous, P£YRÉ, médecin. M. Gaubcrt , habitant au quartier Morin, nous a envoyé dans le même temps l'obferva- tion fui vante , qui a été faite fur l'habitation Ducafle aux galleries du Dondon. Un mulet mai.grilïbit beaucoup 6c avoit perdu fon appétit : le farcin eft furvenu : l'animal eft devenu fi foible.» qu'il ne pouvoir fe foutenir qu'avec peine ; fes yeux étoient enflés, les con- vulfions l'ont tourmenté pendant vingt-quatre heures avant fa mort. On a trouvé dans les inteftins une infinité de vers blancs, gros comme une aiguille : il y avoit dans l'eftomac plus de foixante vers oeftres qui C6 Sur les Mahid'-à adhéroicnt à fes parois : on a mis ces vers dan£ du tafia > ils y ont vécu environ d'X heures : on. a perdu plufieurs mulets fur cette habitation par la même caufe. M. Lapole a été appelé en 1785 chez M. Frifi- far, au quartier Morin, pour voir un chc\al qui n'avoit paru malade que de la veille : cet animal étoit mort , lorfque M. L apole arriva. Le fond de l'eftomac , la grande courbure juSqu'aù duodénum étoient dépouillés de la tunique ve- loutée 6c mcmbrancufe : il y avoit plufieurs érofions 6c un engorgement inflammatoire , la partie Supérieure de l'eftomac , la petite cour-' bure étoient moins endommagés, l'orifice car^ diaque étoit rétréci : il y avoit plufieurs ceftrcs dans la partie moyenne poftéricr.rc de l'ceio- phage : il y en aveit deux groupes confidérablés dans, la partie royenne 6c antérieure de l'efto- mac; il y éteint uuplantés par leurs crochets noirs 6c cornés , & il y adhéraient fortement ï il y avoit de ces vers dans la partie inférieure de l'eftomac au pylore, au duodénum , 6c ces parties paroifloient rétrécies. Ces vers étoient encore vivants, lorfque nous les avons vus avec M. Auvray , quoiqu'ils fuflént dans le tafia depuis plufieurs heures. Nous avons coupé des morceaux d'eftomac ou il y avoit des vers implantés : nous les avons mis à cinq heures du foir , i°, Dans l'huile de térébenthine ; ils étoient vivants le lendemain à huit heures du matin. i°, Dans l'huile de pétrole-, ils étoient vivants. 50, Daus le jus de citron ; ils étoient vivants. 40, Dans l'eau acidulée fortement avec l'acide vitiïoliquc ; ils étoient vivants. 50, Dans une folution de nitre : ils étoient vivants. Êpi-çootïcn*s« 6j 6°, Dans l'alkali volatil fuor étend'1 dms l'eau i 'il n'y avoit que ceux qui étoient uéi^chéi qvî £.1 ifcnt morts. M. Auvray a verfé fur ceux qui tenoient à j'eftomac, beaucoup d'alkah volatil fiucr, pur, 6c ils ne Sont pas m Tts. M. Chabcrt n'a rien trouvé de plus cfficac« pour détruire cette efpèce de vers, qui eft très- vivace , que l'huile empiréumatique animale (y';. Il eft bien effentiel , 6c nous ne pouvons nous ïafler de le répéter , de ne pas confondre les érofions que les vers peuvent produire, avec celles des poifons : on ne s'y trompera pas 3 fi l'on eft exercé à obfcrvcr 6c à comparer : mais il y a malheureufement des hommes dominés par les préventions , 6c que le défaut d'attention 6c l'ignorance égareront toujours. C'eft en 1785-, au mois d'octobre , que M. Odclucq , aftbcié du Cercle, a obfervé la morve, pour la première fois, Sur 1 habitation principale de M. le marquis de Gallifet, dans le quartier de la Pctitc-Anfc : il eft mort dix-fept^ mulets de cette maladie jufqu'à la fin de l'année. Il eft tombé , fuivant les obfervations de M, Odclucq, dans cette année 75 pouces un quart d'eau : le mois d'octobre a été trèi-pluvienx. On a éprouvé, pendant les quatre premiers mois de 17S6 , une grande féchercTe. Les vencs de fud-oueft , qui ont régné en février , r ars 6c avril, ont occafionné une chaleur extraor- dinaire : on a vu les armoires , les tables, dis vaiifeaux de verre fe fendre 6c échtter: e ichil a été fouvent obfcurci par une efpèce de bn ne,, èc par la fumée occationnée par l'incendie ..es (-0 V le Traité éts mafed. vermin. par M. Chabert, £ ij CA Sur les Maladies forêts de la partie cfpagnolc. Il n'eft tombé, pen- dant cette année j que 29 pouces dix lignes un douzième d'eau , dont la moitié pendant les mois d'octobre & de décembre : il cil mort onze mulets dans les trois premiers mois de l'an- née i on en a perdu deux en avril, feue cri mai 3 après une chute de 11 pouces quatre lignes d'eau : il n'en eft pas mort en octobre : on en a perdu deux en novembre , 6c cinq en décembre. Lorfcjuc cette maladie a commencé à paraître fur cette habitation, le troupeau étoit de quatre- vingt mulets dans le meilleur état : les travaux n'avoient pas été forcés. Il réfuire des obfervations de M. Odelucq 3 que les fécherefTes peuvent établir chez le> animaux une difpofition à la morve ; mais que la pluie 6c l'humidité favorifent le développement de Cette maladie. M. Odclucq nous a priés, le 15" mars 1787, de voir quelques mulets qui étoient attaqués de la morve. On nous a montré un jeune mulet bien gras, dont le poil étoit h île 6c luifant 3 dont toute l'attitude annonçoit de la famé > il avoit été féparé du troupeau depuis la veille 3 parce qu'on s'étoit àpperçu qu'il jetoit par le nafeau, du côté du montoir, une humeur blanche muqueufe : cet animal cfl mort quelques jours après. On nous a montre cinq autres mulets qui étoient malades depuis plufieurs jours ; ils jetoient des deux nafeaux une matière muqueufe puru- lente, blanche ou tirant fur le vert. Un de ces mulets avoit eu une enflure à l'ex- trémité de l'arrière main du côté du montoir: on y avoit appliqué le feu, ce qui formoit un ulcère fordide, qui rendoit un pus fanieux. . Épiyootiques. £9 Cet animal avoit une allure triste ; fon œil étoit flétri j il portoit la tête bafle , il refpiroit avec peine, fes flancs lui battoient, il étoit maigre, fon poil étoit hériffé 6c fec. Un autre mulet, qui n1 avoit eu ni enflure ni engorgement fenfibles, jetoit des deux naleaux une humeur abondante verdâtre, fans mauvaife odeur i il refpiroit avec peine, les flancs lui bat- toient, fon allure étoit trille, il avoit beaucoup maigri, fon poil étoit hériilé 6c fcc. Nous avons fait tuer cet animal : les vifeères «lu bas-ventre étoient très-Sains ; ceux de la poi- trine n'avoient aucune altération : la trachée ar- tère étoit dans l'état naturel : il y avoit un peu d'humeur glaircufe dans le larinx ; mais ceue partie n'étoit afFccléc d'aucune phlogofc, ni ulcé- ration : la langue étoit brune 6c un peu lèche, la membrane pituitaire qui tapiffe les folies na- fales étoit gonflée j tuberculeufe, ulcérée dans tprefque toute fon étendue : la cloifon cartilagi- neuSc des narines paroiifoit affectée de carie. Il y avoit dans un finus maxillaire une collection çlc pus blanc : les autres finus n'étoient pas af- fectés. Le 16 mars nous avons examiné deux mulets; l'un avoit des glandes engorgées le long du cou., depuis la ganache jufqu'au poitrail. Les glandes de l'auge formeient une tumeur plus groLïc qu'un œuf: l'extrémité de l'arrière-main, du côté du montoir, étoit engorgée : il y avoit plufieurs tumeurs qui avoient fuppuré, Se on les panfoit avec la fiante de vache & la chaux : on avoir. appliqué un féton au poitrail. L'animal refpiroit avec peine , fon cou étoit allongé , fa tête baTe , fes oreilles écartées , fes flancs agités, fon œil terne, fon poil hériifé & E iij r~> *u~ les Maladies Ce -, il ictoït d .s de ix nafeaux , avec bruit, une humeur d'un blanc verdure. Nous avons tué cet animal , en lui ouvrant une carotide : les glandes du cou étoient abScc- djes 6c contenoient un pus blanc 6c Séreux , les f'blinguales étoient engorgées, les vifeères'de la tête , de la poitrine , du bas- ventre étoient dans tm état fain ; la membrane pituitaire , qui recou- vre les foTcs nafales, étoit dans toute fon éten- d 'c tuberculeufe , rougeatre , ulcérée , 6c cette a-tération aivectoit les cartilages de la cloifon ? il n'y avoit rien de remarquable dans les finus. L'autre mulet n'avoit ni enflure ni engorge- ment glanduleux : fon poil étoit luifant 6c poli : il avoit de l'embonpoint, fon allure étoit natu- relle : il portoit la tète haute, Ces yeux étoient cJ.atants : il jetoit avec bruit, par les deux na- feaux j une humeur blanchâtre, ce qui annon- çoit que la maladie étoit à fa troifième époque, 6c que les accidents feraient rapides : on a été obligé de le tuer quelques jours après. On avoit vu , quelques années auparavant, les. maladies charbonneues fur les habitations de M. de Gallifet j mais il cil fingulier que la morve , qui a déjà tué prés de quatre-vingt mulets fur l'ha- bitation 'urmcmalc , n'ait pas gagné fur les deux ru très habitations qoi Sont vciSines, 6c qui ce m- nvmicnent enfemble nour les travaux (8). Il eft vrai que l'habitation d'Ago-^t, qui eft aufli voi- fmc , n'a pas encore fouffert de la morve ; 6c (8). M CcÏÏn vient de nom diro , le 14 ùnn 1787 , qu'il f-oi: rpori depur quelques io-)r«, fir les habitation* de M. de ^-il'ifet, plufîeur<: sninivx a**aq'j''" du ""i--arl-"-n , & qu'il avr.k vi y>ê~\r la* veille un rnalet qui n'aveu été malade Que douze heures» Êp'ï{ocî:'ques. fi ce n'eft pas cette maladie qui a produit les Pertes que M. Décorrc de la Tonnelle , dont 1 habitation tient à celle de M. de Gallifet, a éprouvées. M. Odclucq a fait mettre les animaux ma- lades dans une favanne de retraite , dans laquelle il avoit faitpaTer le feu ; il a foin que Ici licous, les éperlins qui ont fervi aux animaux malades ne foicnt pas employés pour le;-, animaux fains; il fut laver les bacs avec l'eau 6c le vinaigre , il y met du fel : les malades ne boivent que de l'eau blanche nitréc ; il fait enterrer les animaux dans des foifes profondes. Extrait des obfervations de M. Darnauclin, chrurgien - map>r des camps & armées, 3 demeurant a Gallifet. Depuis que les entrepôts d:s bpvchcrics du Cap font dans Ls quartiers de L Petite-Anfe & du Bonnet, on n'a. pas fait attention qu'ils pour- voient être un foyer de maladies contagieufes.. 1°, Parce que ces entrepôts ne font pas bien çntourrés, & que les animaux qui y font peu- vent pa'Tér fur les habitations.voifines. 2.0, Parce qu'il y a des ravines dans lefquclles il y a des eaux croupi fautes. 30, Parce qu'on laite pourrir fur le bord des ravines des bêtes mortes de maladies charborv neufes 6c autres , ce qui peut infecler les eaux qui abreuvent les animaux qui font au de Ton s.. 4n, Parce qu'il y a beaucoup d'animaux q t meurçnt dans ces entrepôts > 6c qu'on les lai.te pourrir fur le fol. y\ Les Nègres qui gardent dans ces entrepôts- èc qui io.'gnent fréquemment des animaux ma- E iv yi Sur les Maladies lades, communiquent dam les habitations voi- fincs 6c peuvent y porter l'infection. 6°, Il eft prouvé que les animaux s'inoculent, en brouttant les pâturages où des bête* mal- faines ont paiïc. 7°, Les animaux que les Bouchers mènent dans les entrepôts, ou dans les boucheries, p*ii- fent l'herbe des grands chemins, 6c ils fe mêlent quelquefois avec les troupeaux des habitations. 8°j 11 cil poflible 3 d'après cela , que les ani- maux s'infectent mutuellement, lorfqu'il y aura parmi eux des principes de contagion. 9°, Il faudrait purifier quelquefois le fol des pleurages, des entrepôts 6c des favannes, en y paifant le feu. io°, 11 faudrait également brûler les entourra- ges des parcs 6c en recouvrir le fol 3 lorfque l'on fait qu'ils ont renfermé des animaux atta- qués de maladies contagieufes. il0, Il ferait utile qu'il y eût des Infpeéleurs pour viiitcr ces entrepôts , 6c y faire exécuter févèrement la police qui convient à l'intérêt public. ii°, Nous avons vu beaucoup de Nègres atta- qués de maladies charbonneufesj pour avoir man- gé de la viande des animaux morts dans ces entrepôts. 130, Nous avons fouvent fait brûler de la viande fulpectc qui avoit été féchée 6c fumée dans les hôpitaux des Nègres , dans le temps où les maladies charbonneuics faifoient plus de ra- vages. 140, Les Nègres 6c les garçons bouchers lèvent les cuirs des animaux morts dans les entrepôts, ce qui peut être une caufe de contagion. M. Darnaudin a été fouvent confulté pour le Épi\ootiques. 73 charbon-des animaux. Sachant que les fecours o.ternes lent les plus utiles , il a employé les Scarifications profondes Sur les tumeurs j il en enlevoit les bords , il les faifoit laver enfuite avec du vinaigre 6c du Sel, il appliquoit le feu dans les tumeurs emphifémateufes, il pratiquoit des mouchetures , il appliquoit des véficatoires fur celles qui parpiifoient ambulantes , qui ne répandoient qu'une eau rcufCftre ; il faifoit mettre des fêtons lorfque la Suppuration étoit terminée; il abreuvoit les animaux avec de l'eau blanche camphrée & nftrée ; il leur failoit donner des lavements emolients ; il les nourriifoit avec le bois patate, ou le plan de petit-mil fané ; il terminoit le traitement par quelques purgatifs dans une décoélion de plantes amères : ces fe- cours ont été infructueux, lorfque les tumeurs difparoiflbicnt d'un inftant à l'autre 6c fe por- toient dans l'intérieur : les animaux périToient promptement. Les faignées, les bciTons nitrées , les lave- ments emolients ont produit de très-bons effets, lorfouc les maladies avoient un caractère milam- matoire. Il n'eft pas étonnant que les animaux fuc- combent fréquemment à des maladies putrides vermineufes ; ils ne boivent , dans beaucoup de favannes, que des eaux ftagnantes qui contien- nent des principes vermineux -, ils font conti- nuellement au vert 6c on ne leur adminiftre que des remèdes échauffants , des draftiqnes , des réfineux , qui portent dans tous les vifeères l'ir- ritation 6c le fpafme. Il vaut mieux, dans un climat où la fibre a tant de difoofition à l'irritabilité , employer dans les maladies vermineufes 6c inflammatoires les 74 Sur les Maladies rafraîchiffanrs acidulés , l'eau Saturée de crcme de tartre , les décoctions blanches nitrées , les lavements fnuciiagineux 6c quelquefois acidulés ; 6c dans la claffc des purgatifs, le tamarin , la caffe , le féné ,, la crème de tartre dans une dé- coélion de mauve du pays. J'ai trouvé fouvent, dit M. Darnaudin , des vers oeftres, que l'on nomme dans le pays vers à haricots, dans l?eftomac , dans le pylore où ils étoient entaffés en forme de grappes de raiim , 6c dans le rectum. Lorfque je m'étois apocrcu dans les dijections que les animaux avoient des vers de cette efpèce , je leur donnois deux fois par jour une pinte de lait j dans lequel jVou- tois une once de fuie di Toute dans une demi- bouteille d'huile (9) : je donnois des lavements de la même efpèce trois fois, le jour: i'ordonnoi's enfuite quelques décodions amères avec des pur- gatifs légers, 6c ces remèdes ort fait rendre quelquefois une très-grande quantité de ven> j mais je n'ai pas toujours eu le même fuccés. J'ai fouvent vu dans les voies de la digeftioa, 6c fur-tout dans l'eftomac , des vers obiongs 6c rougeatres, J'ai trouvé dans les inteftins des vers blancs, grêles 6c pointus par les deux extrémités : ces vers fe répandent quelquefois dans l'abdo- men ; ils muctrent dans le mèfentère , dans le canal thorachique , dans le réfervoi.r de pecquet : j'en ai vu plufieurs fur la furface extérieure des pc-'ruons. Les animaux attaqués de ces vers péri Tènt quelquefois fubitement dans un état convulfifj fans qu'ils aient donné auparavant au- cun figne de maladie. (9). Médec. vêxênrx. par M. Vket , ch. I, pag. 41, $c él IV, paj. 466 & 66j. Ep^ootique s. n\ La g^u la Colonie , par les intenu érics du climat 6c les travaux forcés , prend le caetc'ère de o'uheurs autres maladies qui le compliquent a' ec les ma- LTes vermineufe^, de manière à embarra fer les plis habiles, 6c à rendre les traitements plus difficiles. je me fus touiou;s attaché , dans ce cas , à combattre 1 s vers 6c à établir des égc ûTs , en employant le, mouchetures, les feari (rations, le. cantharides Sur les t meurs ambulante* qui paroi lent à des temps éloignés. La gourme, qui raroît & difi^ara't rlulieurs fois, le trouve louvcnt compliquée avec la mor- ve. J'ai vu plufieurs mulets & chevaux, attaqués de la mo -vc, qui avoient eu des tumeurs en différentes parties di corps, 6c notamment fous le ventre. J'ai obfervé que plu fiers mulets étoient atta- qués de la toux avant de ieter des nafeaux , ce qui m'a fait penfer que les po* mens étoient attaqués avant la membrane pituitaire , 6c c.-c la morve n'étoit pas une maladie cTentielle de cette partie. J'ai c'Tayé différents traitements , principale- ment ceux de M s Malouin 6c la FoTe qui ont écrit fur la morve d'une manière larisfaifa.ntc , mais je n'ai pas réuflî. Un cheval que i'avois traité a ceiTé de jeter : je le croy< is guéri : il lui eft Survenu , quelque temps après , diTcrentes tumeurs fur le dos, an poitrail, fous le ventre: je les ai fcarifîées , j'y ai arvm.]ué le feu: l'ani- mal a \etc de nouveau , mais en nette quan- tité ; il eft mort huit mois après : le poumon çtoit rempli de tubercules. U Cezok à délirer que l'on ordcm.tt- de vifi- L 7§ Sur les Maladies ter avec foin les animaux que l'on apporte dans la Colonie. On ne débarque pas dans les villes les car- gaifons qui paroiTent infectées , mais on les defeend dans différents quarriers , 6c on les an- nonce quelque temps aprèi dans les papiers pu- blics 3 comme des animaux faits au pays. J'ai vu fouvent des mulets Sortant des bâti*- menti 6c qui avoient l'air trille , les yeux lar- moyants 6c des tumeurs fous le ventre. 'J'en ai vu périr plufieurs dans les parcs où on les dé- poSe : j'ai obfervé la même chofe fur des che->. vaux anglois nouvellement débarejués : on allure que cela n'eft produit que par l'eau de mer que l'on eft obligé de donner à ces animaux : mais je crois que ces tumeurs font Souvent charbon- neufes , 6c qu'il conviendrait d ifolcr les ani- maux qui en font attaqués, pour empêcher qu'ils ne portaffent fur les habitations le germe de quelques maladies contagieufes. OBSERVATION Qia tend a prouver que le virus de la morve, oui >'h fie à Saint-Domingue dans la dé- pendance du Cap , peut occafionner ch 7K les - homwes de* maladies pejldentietles} par M. Darnaudin. L? Nègre, gardeur des animaux malades fur l'habitation Gallifet, eft entré à l'hôpital le 10 avril 1787 i il fouffroit beaucoup des reins : le ventre étoit très - douloureux , principalement . la région hypogaftrique : le pouls étoit irrégu- Êp:\ootiques. • J§ lier , quelquefois intermittent : la tranfpirariori étoit froide 6c glutineufe 3 6c la langue paroif- foit limoneuSe. Le onze, les anxiétés avoient augmenté, le pouls étoit véhément 6c fouvent inégal : le malade fe plaignoit d'une douleur vive , lancinante à la racine de la verge, 6c il y avoit le foir une tumeur fcnlible qui i'éten- doit fur le corps caverneux : le malade avoit d'un inflant à l'autre des défaillances , 6c fon haleine avoit une odeur putride inlupportablc. Les Symptômes ont augmenté du onze au douze : il a paru une tumeur aux deux régions inguinales : le ferotum étoit tuméfié , 6c îi s'eft formé Sur cette partie , fur les aines & à la ra- cine de la verge , plufieurs pufbdes véficuîaires «■an^reneufes : le treize 3 les défaillances étoient plus" fréquentes , le pouls étoit très - périt , la tranfpiration exhaloit une odeur infecte : j'ai Sca- rifié profondément les tumeurs 3 il en eft ferti une humeur noire puante 3 6c il s'eft dégagé avec une forte de nullement, des fearifications faites fur le ferotum, un air fi putride, que les hofpitalières qui m'environnoientont été obligées de fe retirer pendant un grand moment 3 6c que j'ai éprouvé moi-même un foulèvement d'efto- mac pendant toute la journée : le malade eft mort le même foir. J'ai regardé comme pestilentielle les fymptô- mes dont ce Nègre a été attaqué, 6c j'ai pré- fumé qu'il avoit contradé cette infection en formant les animaux malades. J'ai tr.àté dans le même temps un autre Nègre, gardeur 3 qui a éprouvé une fièvre maligne exauthémateufe 3 mais qui a guéri (i). (i). Mal. épiz. par M. Paulet, t. II, § II, p. S* & fuiv. My/ens curât, par M. Vicq-d'Azir, ;---. 1S2. & iuiv. 78 Sur les Maladies L'Administration ayant été inftruite que ton perdoit beaucoup d'animaux fur plulieura habita- tions , 6c que les maladies qui le> détriuloient étoient contagieufes 3 fâchant qu'il y avoit beau- coup d'animaux malades , 6c un très-grand nom- bre de cadavres dans les favannes qui Servent d'entrepôt aux boucheries 6c pour les mulets de bateaux , 6c craignant avec raifon que ces maladies , qui font le fléau de l'agriculture, r/oecafionnaTent une mortalité préjudiciable à l'exploitation des revenus 6c très-onéreufe à la Colonie , 6c qu'elles ne s'étendiftent fur les hom- mes , ce qui produirait tin double féau , encore plus fnnefte aux intérêts des Colons 6c à l'hu- manité 3 a ordonné (1) aux Médecins, Chirur- giens du Roi 6c aux Artistes vétérinaires, bre- vetés 6c entretenus par la Cour, de vifiter les cmrcrôtb 6c les habitations cù régne ir la maladie*, d'examiner la nature 6c de faire un rapport q"i pût l'inftruire 6c la mettre dans le, cas de pren- dre les me Sures les plus convenables pour dé- truire ou a'-rêcer les progrès de la contagion. On a conflaté dans certe vilrc , qui a é^é frète le 1 avril 17&7, fovs l'inspection de MM. Arthaud Se Roulin, médecin oc chirurgien da Roi; parV; Sieurs Gelin , TrnuV &: T a> le, vé- térinaires , i!° q^e les Propriétaires ou le Fermiers de plufieurs habitations qm fervent d'cntrctv'it aux animaux destinés aux boucheries 6c a'^ cem- merce des mulets, r/ent ras foin d" faire en- terrer les animaux, & q:,e leurs f. vanes étoient couvertes de cadavres 6c d'oser■ nts ; i"1. c-ie les chiens avoient entraîné les délrL de plufieurs (i). Ordcnrcrre de MM. de Vincent & T-n^Mn . «-<->ro- piandant & ordonnateur au Cap, eu date eu j * mars 17S7. Êp\oO!tai:ei» 79 cadavres dans une rivière quiarraTe une narris du quartier de la Petitc-Anfe-, 30, que ces ani- maux voracesqvi fe font vautrés fur les cadavres, 6c qui ont mangé de la chair d'animaux morts dans un état capable de prod'ire des principes contagieux, peuvent porter l'infection f « r les habitations -, 40,qu'on lcvoitles cuirs des animaux morts dans un état fifped; 50, qu'il étoit pro- bable qu'on avoit falé de la viande de ces ani- maux, pour la vendre aux Nègres; 6n3 que le charbon 6c la cachexie ou pourriture exiftoient Sur plufieurs habitations ; 70, que la morve con- tinuoit fes ravages fur plufieurs autres. On a joint au procès verbal les obfçrvations fuivantes.' Le 1 avril 1787, on a tué fur l'habitation Gellifetun cheval âgé de 12 ans, aTez maigre 6c jetant depuis un an une humeur purulente, plus eu moins abondante, d'abord de la narine du coté du montoir , enfuite de l'autre narine. Nous avons trouvé à la grande courbure de l'eftomac, entre la tunique externe 6c la mnC- culeufe, une tumeur de f pouces de circonfé- rence, contenant une matière muqueufe, féreufe 6c purulente, 6c paroiflant formée par l'engor- gement limphatique de quelques glandes gaftri- ques. Les poumons croient tuberculeux, les glandes bronchiques paroiToient engorgées, la membrane pituitaire de la narine du côté du montoir étoit variqucufe-tubcrcLileufc \ celle de la narine du coté du montoir étoit engorgée, tuberculeufe, ulcérée dans plufieurs endroits. La membrane, qui tamue le finus frontal - 3 le zigomatique, l& maxillaire,, les ce Jules de réthnwïdc, ecc-ien: f»p» $i Sur les Maladies pures, 6c les finus contenoient une grande quan* tité de pus. La tunique extérieure du foie étoit calleufé 6c obftruée prefque dans toute fon étendue. Il y avoir une concrétion blanche gypfeufe dans la lubltance du foie. La tunique externe de la rate étoit obftruée. Il y avoit plufieurs points d'engorgement dans le cerveau. Les glandes pinéales 6c pituitaires paroiToient plus groffes que dans l'état naturel. Nous avons trouvé un peu de férofité dans les ventricules. La fubftance du cervelet étoit molle. Cette obfervation nous montre les défordres d'une maladie chronique, à laquelle il auroit été difficile d'appliquer un traitement. Par quel moyen auroit-on pu attaquer les engorgements 6c les obftrudions des vaiiîeaux lymphatiques 6c des glandes î les Scokftiqués nous propoferont des appéritifs, des fondants : mais il faut des moyens dans la pratique, 6c non pas des mots ; 6c il faut convenir que fi l'obfervation 6c l'expérience ne nous éclairent pas, nous aurons long-temps plus de mots que de moyens. Cependant il ne faut pas perdre de vue qiTe le fujet de cette obfervation a jeté pendant plus d'un an, 6c que la maladie qu'on ne reconnoît ordinairement que par le flux aies nafeaux eft plus rapide chez les mulets , qui meurent fou- vent du 6 au iy de l'époque eu ils ont com- mencé à jeter. D'ailleurs ce cheval a d'abord jeté de la narine du côté du montoir. Cet écou- lement a ceffé enfuite , 6c on le croyoit g"éri lorfque l'écoulement a reparu de l'autre côté ; enfin c'eft de ce côté que l'on a trouvé des -tu- bercules ulcérés , tandis que l'on n'a vu fur la membrane pituitaire, de l'autre côté, que des callofités Êpi\o Clique s. S r callofités 6c des variêaex variqueux , ce qui permet d'inférer que fi la mrladic n'attaqueit que la membrane pituitaire, il Serait pcut-ci.e poflible de parvenir à détruire les ulcérations qui prccluifent l'écoulement U à cbtcmr une cicatrice. On a tué un a-nre mulet qui jetoit depuis dix jour» ; ion allure étoit trille ; il avoit la têt ^ baffe, lceil terne , de la maigreur, le poil hériilé 6c fec -■, il jetoit avec bruit, des deux nafeaux, une le meer n uqv.eufe , blanche, fans odeur. La m a Te alimentaire contenoit beaucoup de criuens : il y avoit une très - grande quantité de ces vers fur la p-nierne interne de l'elfe mac: un tubercule placé entre les tuniques de ce vif- cère en éroit rempli , les glandes méfenteriques étoient engorgées : il y avoit un épanchement féreux dans le ventre : nous avons trouvé dans l'eftomac au moins vingt œftres , qui étoient im- plantés dans les tuniques : il y avoit quelques ftrongles dans les imeftins grélcsi Les poumons avoient quelques tubercules: les glandes bronchiques étoient fort engorgées 6c mohTcs , la membrane pituitaire des deux narines étoit tuberculeufe fuppurée dans plufieurs points, les finus ne parcilïbient pas affectés : il y avoit de la férofité dans les folles occipitales 6c dans les ventricules : la fubftance du cerveau étoit un peu molle , ainfi que celle du cervelet; le plexus choroïde éteit engorgé , ainfi que les glandes pinéales 6c pituitaires. Le 3 avril 1787 , on nous a préfenté fur l'habitation de M. Lefevre , au quartier Morin , une mule de fix ans oui ne jetoit du nafeau hors le montoir , que depuis la veille , une hu- meur blanche, épaifTe, fans odeur : l'animal pa- $ z Sur les Maladies roiffoiç en chair, vigoureux, 6c il ne montrait aucun Signe qui annonçât des déiordre> c.icmids. On a tué cet animal : on a trouvé pfmeurs crinons répandus fur le méfentère 6c fur les in- teftins: la malle alimentaire contenoit une grande quantité de vers de la même efpèce : il y cri avoit une couche fur les parais de l'eftomac : nous avons trouvé un tubercule entre les tuni- ques de ce viieerc : ce tubercule communiqucif à l'eftomac par un trou fiit/.leax ; il contenoit des crinons 6c du pus. Les glandes du méfentère étoient engorgées, principalement celles du méfocolon. Plufieurs de ces glandes étoient dans un état de Supporatic n 3 6c contenoient des crinons : une branche de l'ar- tère méfentérique postérieure étoit dilatée , 6c contenoit un paquet de crinons qui ne différaient de ceux du bas-ventre que par leur cou'e caufes éloignées , les prédifpofàntcs, les dé- terminantes de la pulmonie , on voit qu'elle eft moi is fouvent cTentielle que fympômatique , 6c que la fuppuration du poumon n'eft , dans le plus grand nombre des cas , que la fuite d'un vice humoral 6c organique , dont le plus grand développement s'eft manifefte f.ir la partie la plus foiblc &: la plus dilpofée à en recevoir les impreflïons. 4°, Si la morve n'étoit pas locale, dit M. Rozier, ou ce qui eft la même chofe, Si elle venoit de la corruption générale des humeurs, pourquoi chaque partie d1 corps, du moins celles qui Sont d'un même ti f i q^e la membrane pi- tuitaire , c'eft à-dire d'un tif.i mou , valculeux 6c glanduleux , tel que le cerveau 6c le pou-. mon , le foie , le vuncréas , la rate , 6cc. ne feroient-elles pas affectées de même que la mem- brane pituitaire ? Pourquoi ces parties ne le roi en t-< elles pas affectées ptmeurs 6c même toutes à la fois , puifque toutes les parties Sont également abreuvées 6c nourries de la ma le des humeurs y 6c que la circulation du fang , qui eft la Ur rec de toutes les humeurs , fe fait également dans toutes les parties? Or il eft certain que dans la, morve proprement dite toutes les parties da corps Sont parfaitement Saines, excepté la mcm. brane pituitaire : cela a été démontré peu un grand nombre de directions. f iii 86 Sur les Maladies Ces propofitions renferment des erreurs de- fait 6c d'obfcrvations. Je dirai d'abord , pour les attaquer, que l'on décide fouvent trop légère- ment de l'état fain ou malade des humeurs ou des organes. Il y a des altérations lcnfiblcs qui nous frappent 6c que nous découvrons aifément j mais il y a bien des nuances qui nous échap- pent j 6c ce font toutes ces nuances qu'il fau- drait pouvoir faifir , pour connoître avec préci- sion les différentes efpèces, les différents degrés d'altérations, 6c pouvoir juger de l'état fain ou malade des humeurs ou des organes. Ces con- noiiïances ne font pas faciles à acquérir ; elles manquent à la médecine; 6c tant qu'on ne les aura pas , il y aura toujours dans les recherche* anaromiques beaucoup de jugements hafardés, 6c beaucoup d'obfcrvations vicieu fes. Le poumon , le cerveau , le foie, la rate , le pancréas, 6cc. ont chacun leur texture 3 6c ils ont chacun des lois particulières de circulation, de fenfibilité, de m-otivité qui les rendent pro- pres à exercer la fonction qui leur eft attribuée; mais comme toutes les humeurs 6c le principe vital ont une fource commune, ils font fufeep- tibles , fous la modification particulière qu'ils re- çoivent dans chaque organe, d une altération générale qui établit les maladies de toute la fubftance, La morve eft de ce genre, 6c l'on a vu allez fouvent que fon principe avoit agi fur toutes les humeurs 6c fur rous les vifeères, peur qu'il ne foit pas permis de douter que cette ma- ladie n'eft pas fi triplement locale '3 mais qu'elle porte fon impreffion fur toutes les parties. Nous crayons, avec M. Chabert, que le fang eft vicié dans la morve : nous en avons vu des preuves iriconteftables dans nos obfervations j Êp\ootiqves. ÎJ mais elles nous ont montré aufli que cette hu- meur n'étoit pas la feule qui tut affectée : toutes les glandes nous ont paru entreprises, toute la lymphe nous a paru viciée , 6c nous penfons que c'eft avec raifon que M. Eourgelat a dit qu'il falloit chercher la fource de la morve dans la dyierafe ou dans la corruption du fang 6c des humeurs i°, Si dans la morve , continue M. Rofier, la maTc totale des h meurs étoit vkiée, chaque huneur oarticuliére q*ù en émane le ferait aufli, 6c produirait des accidents dans chaque partie. La morve ferait dans le cheval, ainii que la vérole d.ms l'homme, Mn cempe Se de toutes iorcs de maladies; le c' e J îreueruoit, Souffrirait, lan- guiroit 6c périrait bientôt; des hume rs v:ciees ne peuvent pas entretenir le ccras en fanté. Or on fait q"c dans la morve le cheval ne fouffre point, q 'il n'a ni fièvre ni aucun autre mal 3 excepté dins la membrane pituitaire; qu'il toit 6c mange comme à l'ordinaire, qu'il fait toutes fes fondions avec facilité , qu'il fait le même fervice comme s'il t "avoit pciit de mal, qu'il eft gai 6c gras , qu'il a le poil li fe 6V tous lés fignes de la plus parfaite fanté •'il h^riiTé &: à iV.mrù-zrifltment de tout fon corps, L'art du manège, cliap. 18, rag. n£. 8 3 Sur les Maladies mulets qui ne paroiTent pas Souffrir, quoiqu'ils Soient attaquée de la morve : faction des principes contagieux n'eft pas la même chez tous les indi- vidus, leur développement ne garde pas la même mefure chei tous les Sujets; ils ne portent pas leu's împreflions constamment fur les mêmes par- tics, 6c l'on obfervé toujours de la variation dans la marche 6c dam les fymptômes: mais gardons-nous d'établir vos erreurs en principes; ne présentons pas nos illufiom pour des vérités, 6c ne réglons pas nos opinions fur des exceptions. Il y a des animaux qui ont la morve 6c qui ne paroillent pas Souffrants : cela cil vrai ; nous en avons vu des exemples. Mais à quelle époque de la ma- ladie cet état de fanté peut il en impofer? ce ne peut-être qu'à celle de la rémiiîîpn des fymp-r tomes inflammatoires 6c de la fièvre , lorfque la fuppuration qui eft formée dans les glandes n'a pas encore infecté les humeurs par une diathèfe irritante 6c feprique, ni porté dans les organes une altération qui pui'Te en dénaturer la teu.turc 6c trouble les fonctions. Comment M. Rofier, qui dit que la morve eft un écoulement de mucenté par le nez avec in- flammation ou ulcération de la membrane pituir taire , peut-il dire qu'il n'y a pas de fièvre dans la morve ni aucun autre mal. La morve ferait la feule maladie inflammatoire qui ne ferait pas -acconma^née de fièvre ; mais la nature ne fe dément "as, la fièvre o.iftc dans la morve, dans fui principe ou dans fon développement, à l'ér poque inliammatoire : mais elle n'exifte plus lorf- que \x funpuration eft établie ; 6c il paroît que le nremier période de la maladie n'a ms été obfervé , 6c que l'on n'a examiné que le fécond 6c le dernier, Ep'^oonques. S 9 Anrès avoir avancé des alertions qui tendent à prouver que la morve elt une maladie locale qui n'attaque que la meumranc pituitaire, M. Ro- fier établit des rats q i , f îivan: lu > ne lai rient guère de lie 1 au doute 6c à la diipuic. Premier fait. Souvent la morve n'affedela mem- brane pituitaire que d'un côté du nez , donc elle cil locale. Si elle étoit dans la mafe des hu- meurs, cl'e devrait au moins attaquer la mem- brane pituitaire des deux côtés. Il y a toujours un oVé qui paroît plus affecté dans les animaux morveux; mais l'autre cor.é n'eft pas pour cela exempt de toute altération. Le virus morveux j comme tous les principes dr:s maladies contagieufes, ag;t non-feulement fi r toute la fubftance , mais il fe porte par des ré- volutions très-promptes 6c avec un mouvement très-raoide , d'une partie fur l'autre ; 6c fa plus forte ittmreflion fur telle ou telle partie paraît déterminée par les rapports qu'il a avec les hu- meurs qui l'abreuvent, fa conftitution, fa fenfi- bilité 6c fon irritabilité. DeuxDrn: fait. Les coups violents fur le n^z prod i lent la morve; dira-t on qu'un coup porté f u: le nez a vicié la mafte des humeurs ? Eft-il b;:n prouvé que les coups portés fur le nez aient nroduit la morve proprement dite? Tro'fïh'i* fût La léuon de la membrane pi- tuitaire produit la morve. En 1779 , au mois de novembre, aurès avoir trépané Se guéri d 1 tré- pan un cheval , il devint morveux, parce que l'inflammation fe continua iufqu'à la membrane pituitaire. L'inflammation d'une partie ne met pas la corruption dans tontes Ves humeurs. Cette troiiième uropofition reTuuble à I3 fé- conde. Le principe qu'elle contient eft deftitué $0 Sur les Maladies de preuves; 6c il eft permis de douter, fans vou- loir difputcr , mais arrêté par la neceflîté d'exiger de l'exactitude dans les observations phvliques , que la mo»vc qui eft Survenue au cheval qui avoit été trépane fût de l'eSpèce conta^ieufe. Qui eft-ce qui ne fait pas, qui eft ce qui n'a pas obiervé q-^c la plis petite inflammation , accompagnée d'un mov:mcnt fébrile, prod ut d'abord de l'orgafme dam les humeurs, de l'éré- tifme dam les Solides, 6c enfuite une certaine nuance de décoloration qui annonce que les humeurs pénétrées par une Surabondance de feu ont été atténuées , ou qu'il s'eft formé des lia fes, des embarras dans les voies de la circulation, 6C que les humeurs f'rclwçées peut-être par des rincipes hétérogènes oet befoin pour corriger altération qu'elfes ont ftbie, de fe dénurer nar les voies d'excrétion qui font les mieux difpofée» pour s'y prêter C'eft en examinant toutes les nuances de la fanté 6c des maladies que l'on peut juger avec exaclimde des révolutions de l'économie ani- male dans l'un 6c dans l'autre état; mais où font les Signes qui peuvent nous faire connoître , prin- cipalement chez les animaux , ces altérations prefque imperceptibles ; 6c combien ce défaut de Sagacité , d'attention ou d'obfervation ne nous fait il pas porter de faux jugements î Quatrième fait. Un cheval fain devient mon veux prefque fur le champ , fi on lui fait dans le nez des injections acres 6c corrofives. Or, ces injections ne vicient pas la maffe des hu-f meurs. Cerrc propofition eft aufli vicieufe que les dcu£ précédentes. Le tabac excite le larmoiement cher l'homme 6c la fécrétion de la morve, mai* il ce Êpi\ootiques. 9 î produit pas I'ozènc ni le coriza. Il n'eft pas dou- teux que des injections acres 6c corrofives ne puiP fent enflammer, ulcérer la membrane pituitaire 6c produire un écoulement morveux : mais cet écoulement eft-il la morve cTcntielle 6c conta- gicufeî Nous ne nous lafîcrons pas de répéter cette queftion , qui peut fe réfoudre fans difpute, par de bonnes expériences. Cinquième fait. On guérit de la morve par des remèdes topiques. . Il eft certain que l'on a cité des faits ; mais- ils prouvent peut-être, s'ils font exaéls 6c bien obfervés, que l'ulcération morveufe de la mem- brane pituitaire peut être guérie quelquefois fans qu'il fe manifefte dans la fuite un nouveau dé- veloppement de la maladie fur d'autres parties. C'eft ainfi que l'on voit guérir quelquefois par un traitement plus heureux que Sage des fymptômes de vérole ou des maladies cutanées, pardes remè- des externes fans qu'il arrive accident ; mais com- bien n'a-t-on pas de preuves des fuites fâcheufes de ces traitements inconfidérés qui détruifent la fécurité qui avoit féduit 6c trompé les malades: n'a -1 - on pas même des exemples que la gué- ri fon des animaux morveux par fufage du trai- tement local n'eft qu'illn foire ; 6c n'a-t on pas vu des animaux qui avoient celte de jeter 6c que l'on croyoit guéris redevenir morveux, 6c éprouver tous les ravages de la maladie ? Nous n'aurions pas examiné les propofitions de M. l'abbé Rofier 3 qui font celles de Meilleurs Lafoffc , fi elles ne fe trouvoient pas dans un ouvrage qui mérite à bien des égards de faire autorité, 6c fi nous n'étions pas perfuadés que M. Rofier ferait fâché que la jufte réputation dont il jouit fervît à perpétuer des erreurs qui <)i Sur les Maladies ont peut-être déjà pendant trop long-temps donné des entraves aux recherches 6c aux observations que l'on aurait pu faire p.vur perfectionner l'his- toire d'une maladie qui et à peine conn ;e. L'origine des maladies contagieufes eft tou- jours très-obScure , 6c l'on neut dire qu'il y a beaucoup d'erreurs dans tous les raifonnements que l'on fait à ce fui et, On a pré fumé que la morve avoit été apportés dans la Colonie par des mulets 01 par des che- vaux étrangers : on a vu plufieurs fois des cnevau< qui arrivoient de la Nouvelle-Angleterre, 6c qui avoient des écoulements par les nafeaux; mais un n'a jamais conftaté par des obfcrvations exactes, fi ces écoulements étoient produits nar la gourme, par la morve ou par d'autres maladies; ci forte, 3ue cette allégation fur l'introduction de la morve ans la Colonie n'eft qu'une conjecture probable, 6c qui eft deftituéc de preuves f r}. On p r:e des mulets efpagnols ee des chevaux anglois Jais. la partie de l'oued & dans celle du fud , coin ne dans la partie du nord ; cependant la morve ne s'eft encore manifeftée que dans celle-ci. 6c fon principe n'a pas encore été tranfnorté dans les autres parties de la Colonie , ou il n'y a pas encore pris de développement. Mais en attendant que la morve ait pu fe former dans la Colonie, nous ne pouvons pas faire connoître les caufes qui ont pu prod lire le premier germe de la maladie; ni celles qui peu- vent favorifer fon développement. Nous avons vu régner la morve fur des habitations dont le fol eft bas, humide, argilleux , où il y a peu de favannes j où les; animaux font nourris en par- (7). V. notre huitième obfervation, tie avec des aliments é:m». :. rerr^-'C-cibles, cù ils bob ont ck fe b, :gncnt d:; o. es marres chaudes & dont les ea :>. f.nt aVérées, où ils font employés à des travaux a-ntineels ùc fati- gants , où ils font fréquemment ré mis, cù ils font expofés à contracter du froid, de 'humidité après un exercice violent. Cependant toutes cc> caufes., qui font à peu près les mêmes que celles qui ont été indiquées par M. Chabcrt, exiftent kr prefque toutes les habitations de Saint-Domingue, 6c l'on n'y voit pas paraître la morve (8). On regarde la morve en Europe comme une maladie chronique qui ne parcourt fes périodes qu'avec une extrême lenteur (9). L'été eft la fai- ion où le virus morveux eft le plus contagieux, où il agit avec beaucoup plus d'activité ; c'eft pourquoi dans les pays chauds la morve fe com- munique fi facilement 6c prend un accroiifement fi prompt (1). Il faut dîftinguer plufieurs époques dans la morve. Celle de l'incubation qui eft celle pen- dant laquelle le virus fe propage, 6c agit fur les humeurs 6c fur les organes d une manière qui les difpofe à fubir l'altération relative au mode de cette maladie, 6c à prendre le ton d'action qui convient à fon caraétère. On ne connoît pas l'étendue de cette époque, 6c fouvent elle échappe à l'obfervatcur. Il y a une féconde époque dans laquelle l'ani- mal eft inquiet, trifte; il a des attitudes gênées, il fe couche plus fréquemment : il y a de la lièvre : il fe forme des gonflements , des ulcé- (8). Infrrïcl. fur les moyens de s'aflurerde l'exigence de la morve. Arr. ?, caufes de l;i morve, p. 15 & 1^. (o). f . C. n. 16, '•ours rl'I-M -pi.it'-iq'ie, p. ijj. (1). V. Méd. vïttr. cla/Te VI, p. iSj.. 94 Sur les Maladies rations pforiques farcineufcs, des épilations, des tumeurs fur différentes articulations , des clau- dications : les narines ne jettent qu'une humeur claire, muqueufe 6c peu abondante :. la mem- brane pituitaire paroît plus ou moins rouge, les glandes commencent à s'engorger. Cette féconde époque qui n'a pas une étendue déterminée, échappe Souvent encore fur les habitations, parce que l'on n'examine pas avec a'.fez d'attention les animaux _, parce que l'on ne faifit pas toutes les indifpoiirions qu'ils éprouvent, parce que l'on fe trompe fur le caractère de celles que l'on apperçoit 6c que l'on ne Sait pas qu'il y a dans la morve une variation d'accidents 3 6c une pro- greSïion de fymptômes qui en impoiént, lorf- qu'on n'en a pas obfervé les rapports fucceflïfs. Enfin la troifiéme époque eft l'étut purulent de la maladie : c'eft celle que l'on connoit le mieux, c'eft elle qui a fixé le nom de la ma- ladie ; fes progrés 6c les fymptômes de dégrada- tion qu'elle préfente font plus rapides dans les pays chauds que dans les pays froids ; 6c c'eft parce qu'on l'a examinée abftradivement que l'on a dit que la morve dans la Colonie paroiffoit être une maladie aiguë. C'eft à cette époque que les glandes s'engorgent & s'abcèdent, que les tu- bercules du poumon iupurent, que le tiftu cellu- laire s'infiltre , que la membrane pituitaire fe charge de tous les défordres décrits par tous les Auteurs 6c que l'on retrouve dans nos observa- tions , que la gêne de la refpiration s'établit, que l'on voit toutes les forces vitales combinées, toutes les ofcillations fe réunir pour déplacer des portions du virus, pour les porter fur diverfes parties 6c faire des efforts inutiles pour éteindre une caufe de destruction qui eft indomptable. Êp'^oorques. ?>J H eft prouvé que L morve eft une maladie toutagieuie [i). M. Chabert dit 3 en parunr dz L gourme , de la morfondure , que ces malauus ne deviennent contacieefcs que par le fiux qu'elles occasionnent. Tout cheval fain, dit il, ne îau- roit en effet lécher , avaler ou recevoir, de quel- que manière que ce ibit, l'humeur morbinque qui s'échappe par les nafeaux d'un animal ma- lade , fans contracter une maladie dont les fym- tômes font un flux plus ou moins copieux (3). La contagion de la morve agit avec une acti- vité relative à la difpofition des fujets, à la malle 6c à la force des principes contagieux 3 à la conf- titution des faifons 6c aux parties Sur lefquelles elle eft appliquée. M, Elein de Villeneuve, ha- bitant au Limbe , qui doit fes talents à Ion génie 6c fa confidération à fon mérite , a eu la morve fur les mulets de fon habitation t la contagion faifoit des progrès & avoit un développement rapide; il a fait tuer ceux chez lefqucls la morve étoit confirmée ; il a ifolé ceux qui paroifToient légèrement affectés 3 6c chez lefquels la maladie étoit à la première & à la féconde époque. M. Elein a éteint, par cette conduite , le foyer de la contagion ; il a difperfé & affoibli ce qui ref- toit : la difpofition individuelle a peut-être changé avec la conflitution : les circonstances n'ont plus été les mêmes : des influences trop foibîcs n'ont pas porté des imprcfïions fuftifantes pour excitée le développement des principes contagieux, & Ja maladie a paru ceffer. M. Chabert, que nous citons toujours avec plaifir, dit que tous les chevaux qui habitent, (a). V. Mém. de la foc. de méd, L. C. {)'). V. Zcitruâ. p. xx. <>6 Sur les Ma la d:es travaillent, boivent 6c mangent avec des che<* vaux morveux, n'ont rv.s ton.ours connaît:é U morve : il en ett de la morve , fuivant lui , comme de toutes les maladies contagieulcs ; fa malignité eft relative a la difpofition des fujets, 6c elle a d'autant plus d'activité que les chevaux font plus jeunes , que leurs humeurs de gourme font plus en mouvement, que leur tempérament Sera plus altéré , que leur nombre fera plus con- fiderable , que leur fervice exigera qu'ils foient plus ra.fembles, plus mêlés les uns avec les autres {4). Lorfque le virus morveux attaque les mulets, dit M. Vitet, il tait des ravages confidérablcs 6c fe communique avec promptitude (j). Pourquoi la morve attaquc-t-clle plus com- munément les mulets, à Saint-Domingue, que les chevaux ? les chevaux ne font pas mieux nourris ni mieux foignés que les mulets : on les fatigue également par des courfes forcées : l'ha- bitude d'aller très - vite fait qu'on ne les mé- nage pas ; ils paflent les rivières étant couverts de fieeurs : on ne prend au cm foin d'eux lorf- qu'ils arrivent : en les Liche fouvent dans les favannes où ils font expofés à toute l'intempérie des faifons; ils mangent dans les mêmes bacs ■ dans les mêmes chaudières ; ils s'abreuvent dans les mêmes mares, 6c cependant on n'a paj en- core obfervé que toutes ces caufes aient pro- duit chez aucun le développement fpontané de la morve - Tous les animaux oui jettent ne font pas at- taqués de la morve. Il y â des écoulements pro* (4). V. Infrruft. p. 11. C;). V. Méd. vécér. claffc VI, p. 814, duits Êpi\ootiques. 97 tUiits par la gourme , par la pulmonie, par des maladies du Sinus maxillaire, comme celle que nous avons vue fur un cheval dont nous rappor- tons l'obfervation ; mais dans ces cas, la mem- brane pituitaire n'eft pas enflammée , tubercu- leufe , ulcérée , lcs~giandcs ne Sont pas engorgées, tuméfiées 6c fuppurées. L'art vétérinaire j comme la médecine., a fes difficultés 6c Ses écueils. On n'a pas encore dé- couvert le Spécifique de la morve , 6c le traite- ment de cette maladie , abandonné trop fouvent à l'empirilme hardi ou au charlatanifme trom- peur , n'a pas encore fait les progrès que l'on peut délirer. Mrs Lafoife 6c Servier ont prétendu avoir guéri des chevaux morveux par l'application du trépan. M. Malouin dit avoir guéri avec l'éthiops mi- néral 6c la pervenche : l'eau de chaux , l'alkali volatil fluor, le concret ont réufti quelquefois à M. Chabert. On ne peut donc plus dire que la morve eft une maladie incurable (6), 6c il faut s'occuper à perfectionner le traitement qui a été indiqué par ceux qui ont obtenu quelques fuccès. La morve n'eft pas incurable , dit M. Chabert, mais fon traitement a été jufqu'à préfent long 6c difpcndieux. Il eft encore très-incertain dans les chevaux, chez lefquels elle a fait des pro- grès : mais ce qu'il y a de fur, c'eft la perte énorme qu'elle peut occafionner, en fe propa- geant d'un individu à l'autre. Ce ferait donc mal entendre fes intérêts que de chercher à la guérir, Surtout lorfqu'cllc eft ancienne ; 6c fi elle ne l'eft pas, lorfque le virus a fait en peu de temps des progrès rapides : ainfi la cure de cette , étoient engorgées, 6c qu'il y avoit plufieurs tumeurs roulantes plus ou moins groffes a la partie Supérieure interne 6c postérieure de la cm lié hors du montoir. Il en parut bientôt d'au- tres le long du cou, à la cuiffe du côté du mon- teur 6c fur d'autres parties. M. Lapole , fentant de la molelfe dans une de ces tumeurs, y donna un coup de flamme , & il en Sortit un pus blanc épais ; il appliqua un bouton de feu fur une de ces tumeurs qui étoit de la grofféur d'un œuf de pigeon : plufieurs de ces tumeurs s'ouvrirent Spontanément, 6c il en réfulta des ulcères pro- fonds 6c ronds qui rcndoient une humeur rouffe 6c fanieufe. Les jambes enflèrent ; l'animal jeta bientôt une humeur muqueufe , qui devint blan- che 3 enfuite jaune, & après cela Sanguinolente, b'-'une 6c fétide : l'animai 3 qui dans le principe de fa maladie étoit gras, avoit maigri ; fon poil étoit fec , hérifîe ; il portoit la tête baffe , il avoit les oreilles pendantes, l'épine du dos pa- roiToit arquée, les nafeaux étoient écartés, la refpiration difficile 6c bruyante, 6c il jetoit une grande quantité d'humeur rouffe, fanguinolantc 6c très-fétide. M. Lapole a tué cet animal en notre préfence3 les tumeurs formoient un kifte rempli d'un pus épais, quelques-unes étoient skirreufes, le tifïù cellulaire des extrémités étoit rempli d'une hu- meur lymphatique fereufe rouiîe. Il n'y avoit rien de remarquable dans le ventre : le poumon droit étoit engorgé par un fang noir, ce qui le ren- doit compact : il y avoit dans ce vifeère plufieurs tubercules : le poumon gauche avoit une couleur plus naturelle , il étoit moins engorgé 6c moins denfe : les glandes bronchiques étoient engor- ïo£ Sur les Maladies gées , molaffes : le tiffu cellulaire qui eft à la partie fupérieure du médiaftin , 6c qui fondent la trachée artère 6c les premières divifions des bronches, contenoit une humeur rouffe lympha- tique, comme celle que nous avions trouvée dans les extrémités. Les nafeaux étoient chancres, ulcérés : il y avoit fur la membrane pituitaire des tubercules rouges ulcérées confidérablcs. Le cartilage de la cloifon, le vomer étoient altérés par la carie3 les cornets étoient ulcérés 6c recouverts d'une ma- tière glaireufe 6c purulente. Nous avons trouvé la même humeur dans les finus. La partie droite de l'éthmoïde étoit noire, engorgée de fang. Deuxième Obfervation. Le 4 décembre nous avons ouvert une mule qui nous avoit été abandonnée par M. la Fau- cherie, négociant au Cap-François. Cet animal étoit malade depuis fix femaines; il avoit d'abord paru trifté 6c fans appétit : il lui étoit furvenu des enflures aux extrémités dé rarrière-main : il s'eft formé des engorgements dans les glandes lymphatiques , principalement fous la peau des extrémités de l'arrière-main. Plufieurs de ces tumeurs ont fuppuré , 6c ont formé des ulcères ronds : il s'eft établi un écou- lement par les nafeaux. M. Lapole qui a été con- fulté, a déclaré que l'animal avoit la morve 6c qu'il falloit le tuer. On a vouhi tenter quelques remèdes : l'écoulement eft devenu plus confide- rable ; il étoit épais, jaune, gluant : il y a eu une hemoragie du côté droit trois jours avant la mort : cette mule étoit maigre ; elle avoit le poil fec les oreilles baffes., le cou allongé: la Ëpi^ootiques. 107 refpiration étoit difficile , bruyante , les flancs etoient agités, le dos étoit arqué : il n'y avoit pas de fièvre 6c point d'appétit. La tunique externe des poumons étoit tuber- culeufe : il y avoit plufieurs tubercules qui étoient fuppurés : les glandes fublinguales, les thyroï- diennes , les bronchicuics étoient molles, engor- gées 6c infiltrées de férofités : le péricarde con- tenoit un épanchement jaune féreux : l'épiploon étoit fondu , le méfentère étoit infiltré , les reins mous ; le foie , la rate contenoient un fang noir diffous : il y avoit plufieurs œftres au py- lore , l'eftomac étoit vide, racorni. La membrane pituitaire qui recouvre les finus maxillaires 6c zigomatiques, principalement celle qui tapiffe les cornets, le vomer , la cloifon car- tilagincufe étoit gonflée , ulcérée , purulente , fanieufe : les os mêmes 6c les cartilages étoient attaqués par la carie, les chairs 6c le cerveau étoient mous, Troifieme Obfervation., Le 3 décembre nous avons ouvert une mule qui nous avoit été envoyée de l'habitation Def- glaireaux , par M. Blanq : nous fumes étonnés que cette bête qui étoit au dernier degré du marafme, 6c qui fe foutenoit à peine , eût pu faire deux lieues ; elle jetoit depuis plufieurs femaines des deux nafeaux une humeur d'un blanc jaune, les glandes de la ganache étoient engorgées. Le tiffu cellulaire du méfentère du médiaftin du cœur étoit infiltré de férofités. les glandes falivaires 6c lymphatiques étoient molles ^ in- filtrées 6c engorgées,: le fang étoit noir 6c diflbus, io8 Sur les Maladies les poumons étoient noirs, dénies , tuberculeux: 6c engorgés par une matière muqueufe, puni-» lente 6c fanieufe. Les Sinus frontaux étoient ulcérés, les maxil- laires &: les zigomaticjues contenoient une grande quantité de matière purulente , grumcleulé : la cloifon des narines, les cornets du nez étoient altérés par la carie, 6c la membrane pituitaire étoit tuberculeufe , ulcérée 6c purulente : l'efto- mac éroit racorni ; il contenoit , ainfi que le duodénum 3 plus de cinquante vers ftrongles 3 fort longs. Il y avoit un anévrifme affez confiderable au tronc de la méfentérique antérieure : les tuni- ques internes étoient filandreufes 6c celluleufes. Quatrième Obfervation. Le 4 décembre, M. Lafaucherie nous a en- voyé une jeune mule qui avoit paru malade depuis trois Semaines 3 6c qui ne jetoit que de- puis quatre jours par les deux naléaux une hu- meur d'un blanc jaune, purulente 6c vifcuieufc. Cette bête avoit eue des enflures , 6c Son poil étoit Sec ; elle relpiroit avec bruit & lentement ; elle étoit maigre 6c fe foutenoit avec peine. Nous l'avons tuée , en lui ouvrant une jugulaire 6c une carotide qui n'ont donné qu'une petite quantité d'un fang diffous : la membrane pitui- taire de la cloifon des narines étoit variatieufe , tuberculeufe, ulcérée : il y avoit du pus dans les finus maxillaires 6c zigomatiques. Les poumons étoient tuberculeux : il y avoit un épanchement féreux dans le péricarde : l'ef- tomac étoit fort racorni. Nous avons trouvé plufieurs crinons dans le Êpi^ootiqUâS. ts«) ventre. Il y en avoit plufieurs dans un anévrifmc du tronc de la méfentérique antérieure : il y avoit au deffous de cet anévriimc, dans le tiffu cellu- laire du méSèntère , une tumeur groffe comme une orange, qui étoit formée par un fang con- cret 3 noir 6c terreux. Cette tumeur étoit tra- verfée par une branche de l'artère 6c de la veine méfentérique, qui étoient dilatées au doublé de leur diamètre naturel. Les glandes lymphatiques de la ganache, du cou , des bronches, du méfentère étoient en- gorgées , molles , infiltrées : le tiffu cellulaire etoit infiltré dans plufieurs endroits, Cinquième Obfervation. Le j décembre , M. le chevalier de Pont, habitant au Limbe , confultoit M. Lapole pour une mule de quatre ans qui avoit un écoule-^- ment par les nafeaux , principalement du côte gauche , lorfque j'arrivai. M. de Pont, étant bien convaincu par ce que lui avoit dit M. Lapole que cette bête avoit la morve, voulut bien me l'abandonner pour fervir aux expériences propos fées par le Cercle. Les narines jetoient une humeur blanche, muqueufe , claire : la narine gauche paroiffoit chancrée ; elle jetoit plus que la droite. Il y avoit fur les graffets des extrémités de l'avant- main une épilation avec une petite érofion far- ci n eu fe ; 6c fur la partie interne du genou da côté du montoir, il y avoit une petite pullule rougeatre 6c fanieufe. Le 7 , l'écoulement étoit plus confiderable» il étoit fbrti un peu de fang , 6c la matière étoic plus iaune 6c plus épaiffe : l'animal avoit de 1 *ap« i î o Sur les Maladies petit, il étoit en bon état; fon poil étoit Çccf il portoit de temps en temps la tête baffe : la relpiration étoit allez aifée. L'écoulement eft devenu plus abondant 3 l'en- gorgement des glandes de l'auge a augmenté. Le quatorze, le quinze 6c le leize, il y avoit des ltries fanguinolentes : les os du nez 6c le chanfrin étoient gonflés 6c fenfibles : les narines ont jeté plufieurs lambeaux de membrane pitui- taire , & il y a eu plufieurs hémorragies : il s'eft formé des engorgements dans diverfes parties à mais principalement dans l'extrémité de l'arrière- main du côté du montoir : il eft furvenu fur la queue 6c fur le dos des excoriations qui fuin- toient une humeur roufle , muqueufe. L'animal a maigri, la féchereffe de fon poil a augmenté ; il avoit le cou alongé, la tête baffe , les yeux ternes, la contenance trifte. Nous n'avons pas obfervé des fièvres : l'appétit a diminué le onze janvier : l'animal infpiroit par la bouche, l'ex- piration étoit bruyante ; il s'eft abattu, 6c il eft mort quelques heures après» Les glandes de la ganache , du cou, des bron- ches , du méfentère avoient une texture molle, macérée 6c infiltrée : la rate étoit même blan- che à fa furface , plus large que dans l'état na- turel , 6c les vaiffeaux lymphatiques obftrués par une lymphe blanche 6c concrète : le foie avoit quelques adhérences avec le péritoine : les reins n'avoient rien de remarquable, la veflie conte- noit beaucoup d'urine, l'eftomac étoit vide , re^- tréci : il y avoit quelques oeftres attachés au py=- lorc : le tronc de la méfentérique antérieure étoit de la grofféur d'un œuf, & il y avoit plufieurs crinons : le ventre , la poitrine , le péricarde contenoient un peu de férofité citrine : les pou- Êp'ïpotiqtics* t î t toions étoient dénies, remplis d'écumes : le cœur contenoit un fang noir coagulé 6c des concré- tions lymphatiques jaunes : la membrane pitui- taire étoit gonflée, ulcérée , détruite : la cloifon cartilagineuf c 6c le vomer étoient rongés par la carie: les cornets, les finus étoient abreuves par un pus blanc 6c jaune, très-abondant : il y avoit une nuance fenfible entre le pus du finus 6c celui des foffes nafalles. Sixième Obfervation. Le 4 janvier 1788 , le révérend père Merdier* fupérieur de la Charité, nous a abandonné une cavale angloife , âgée de huit à neuf ans, qui avoit depuis trois ans un écoulement par le na- feau gauche. On avoit cru que cet écoulement étoit pro- duit par la gourme ; il a ceffé pendant quelque temps ; 6c alors l'animal cjui avoit maigri a re- pris de l'embonpoint 6c de l'appétit. Nous avons fait des injections dans la narine malade avec une décoélion de dentelaire 6c de karatas : cela n'a produit aucun effet. M. Lapole a tué cet animal le 19, en lui ou- vrant une carotide. Il y avoit un épanchement féreux affez con- fiderable dans le ventre ; il contenoit plufieurs crinons. Deux tubercules gros comme des noix étoient placés à la face antérieure de l'extrémité du côté gauche de l'eftomac ; ils contenoient du pus , des crinons : ces tubercules avoient une ouverture fifluleufe dans l'eftomac : il y avoit plufieurs oeftres autour du pylore. La tunique extérieure du foie 6c de la rate étoit laiteuie 6c obftruée : le foie avoit plufieurs adhérences ; fa fubftance étoit altérée. 11 t Sur les Maladies Les ovaires étoient engorgés 6c contenoient pluSieurs hydathides. Les poumons paroiffoient engorgés, tubercu- leux : il y avoit dans le poumon gauche deux tubercules gros comme des œufs : ils étoient durs 6c contenoient une matière purulente , cou- leur de lie de vin. La cavité de l'os maxillaire du côté gauche n exiftoit plus ; elle étoit remplie par une Siibf- tance offeufe , lamelleufe , enduite d'un humeur jaune, glutineufe qui s'étendoit dans le tiffu al- véolaire jufqu'aux collets des dents molaires. A la partie fupérieure du finus maxillaire 3 au-deflbus du finus frontal 6c de l'os ethmoïde, il y avoit un point fiftuletix qui contenoit une matière purulente 6c d'un blanc jaune : la mem- brane pituitaire de la cloifon , du côté gauche , étoit granuleufe 6c engorgée : les glandes fublin- guaïcs, les maxillaires, les bronchiques n'avoient rien de remarquable. La maigreur de l'animal, fon appétit vorace pouvoient bien faire foupçonner des vers : la ref- piration n'étoit point gênée , les glandes n'étoient pas engorgées , le poil étoit bien fourni : l'animal n'étoit pas trille ; il n'avoit aucune ulcération fur la reau. L'écoulement de la narine gauche étoit cuntinucl, mais peu confiderable : la membrane pituitaire étoit granulée 6c phlogoféc par l'irri- tation de la matière purulente , mais elie n'étoit pas ulcérée : donc cette maladie étoit particu- lière au finus maxillaire, 6c elle ne préSéntoit pas la réunion des fymptômes qui caraétérifent la morve. Le i% ianvier, M. Lapole a envoyé au Cercle aflemblé la tête d'un mulet qu'il venoit de tuer. La membrane pituitaire étoit tuberculeufe, épaiffé 6c Épi\00tiques. IT y &• chancrêe : le finus maxillaire gauche conte- noit une matière albumineufe jaune , mêlée à quelques flocons de matière blanche épaiffe, purulente. A la partie fupérieure , moyenne 6c pofté- rieure de la mâchoire inférieure, il y avoit un exoftoze : les deux dents molaires qui y répon- doient étoient écartées , 6c l'on voyoit qu'il y avoit une ulcération alvéolaire : ce dépôt dans les alvéoles pouvoit être une complication indé- pendante de la morve. Nous établiffons notre préfomption fur l'analogie de ce dépôt avec ceux qui fe forment chez l'homme, cVqnipro- duifent fouvent des exoftofes, des caries 6c des ulcérations fiftuleufes. Septième Obfervation. M* Dorfon , maître en chirurgie au quartier Morin , dans la dépendance du Cap - François, fait fa réfidence fur l'habitation des héritiers Le- febvre; il nous a dit qu'il avoit perdu pour qua- torze mille livres d'animaux attaqués de la morve, depuis Finvafion de cette maladie qui exerce encore fes ravages dans ce moment fur cette ha- bitation ; il nous a envoyé deux chevaux le 13 février : l'un, âgé de neuf ans, étoit très-mai- gre , fon poil iec , les glandes de la ganache erofles , dures, douloureuScs : le mouvement de f artère 'étoit lent 6c faible , la refpiration gênée 6c bruyante : il fortoit des deux nafeaux une humeur abondante , fétide , épaiffe , d'un blanc jaune : l'animal avoit encore de l'appétit, quoi- qu'il parût trifte & faible. Le 163 M. Lapole lui a ouvert la jugulaire: nous y avons introduit de l'air avec un chalu- i t 4 Sur les Maladies meau : la refpiration a été fréquente dans l'inf- tant, l'animal a eu de l'inquiétude , il a vacillé j les yeux ont paru fixes 6c inclinés, il s'eft abattu 6c renverfé fur le dos, il a eu quelques mou- vements convulfifs qui ont précédé la mort. Le foie avoit des adhérences très-fortes avec le diaphragme 6c le péritoine : la tunique exté- rieure du foie étoit blanche : il y avoit des points tuberculeux remplis d'une humeur épaiffe gra- nulée. Plufieurs vaiffeaux lymphatiques blancs convergeoient à ces tumeurs : la tunique exté- rieure de la rate étoit blanche 6c obftruée : il y avoit à la partie antérieure de l'eftomac un tu- bercule gros comme une noix, compofé de l'épaif- fiifement 6c de l'obftruêtion des vaiffeaux lym- phatiques. Le tubercule contenoit du pus, des crinons 6c une matière grumcleufe , blanche, épaiffe. La méfentérique antérieure formoit un anévrifine rempli de crinons. Le péricarde con- tenoit une férofité jaune. Les glandes bronchi- ques étoient fort engorgées 6c molles. Les finus du cerveau contenoient de l'air, ainfi que les ventricules d a cœur. Les finus des narines, l'os ethmoïde étoient fains. Le vomer , la cloifon cartilagineufe étoient rongés par la carie, 6c la tunique pituitaire étoit gonflée , tuberculeufe , ulcérée 6c couverte de pus. Le fécond cheval, âgé de dix ans, étoit moins maigre que ie premier ; il jetoit des deux nafeaux une humeur fétide , jaune , puante 6c abondante. Les glandes étoient engorgées , mais on avoit fait une incifion fur la ganache qui avoit pro- duit un ulcère vermincux. La refpiration étoit gênée : il y avoit de la toux. L'animal man- geoit bien 6c paroiffoit vigoureux. La tunique extérieure du foie étoit obftruée , ainfi que celle Êpi-^odtiques. . i t f 'de là rate : il y avoit un tubercule vermineux à l'eftomac : la méfentérique dilatée contenoit des crinons. Les Sinus des narines 6c les cornets étoient affez fains, mais la membrane pitui- taire qui recouvre le vomer 6c la cloifon car- tilagineufe des narines étoit épaiffe , tubercu- leufe , ulcérée , couverte de Suppuration avec carie des os 6c des cartilages. Huitième Obfervation. Le io avril 1787., le R. P. Chérubin, pro- cureur de la maiSbn de Charité du Cap, a acheté , dans une cargaifon de chevaux anglois, une cavale âgée de huit ans. On s'apperçut que la narine gauche jetoit du pus : mais on crut 3 fur ce que dit le vendeur , que c'étoit un refte de gourme. Il furvint un petit ulcère rond, en dehors du boulet de l'extrémité de l'avant-main au montoir. L'écoulement perfifta. M. Lapole fut confulté, 6c il fait d'avis que l'animal avoit la morve, & qu'il tàlloit le tuer : nous jugeâmes la même chofe au mois d'octobre dernier, 6c nous le demandâmes pour être employé à nos expérien- ces. L'ulcère du boulet a paru fe deflécher, mais il s'eft formé des excoriations fur les cuiffes. L'écoulement a augmenté , ainfi que l'engorge- ment des glandes de la ganache , la maigreur, la trifteffe 6c la féchereffe du poil. Le 2.3 février, cette jument nous a été aban- née ; elle jetoit des deux nafeaux, mais plus abondamment du côté du montoir , 6c les glan- des de ce côté étoient plus gonflées. Nous avons découvert une jugulaire de la longueur de trois pouces, nous avons fait un nœud coulant aux H ij ri£ Sur les Maladies deux extrémités : nous avons introduit un fiphort dans une couverture faite dans le milieu ; 6c après avoir lâché les nœuds coulants, nous avons Soufflé de l'air dans la veine. L'animal a vacillé 6c a tombé tout de Suite : les yeux Se font ren- verSés ; il a été agité par des convulfions, 6c il eft mort en moins de trois minutes. Il y avoit un épanchement d'une férofité jaune dans le ventre: entre le foie 6c la petite extré- mité de l'eftomac , il y avoit une hydatide lon- gue de plus de fix pouces, du diamètre de cinq à Six lignes 3 flottante 6c contenant de la féro- fité jaune. L'épiploon formoit un rèzeau entre- lacé par des vaiffeaux blancs qui paroiffoient contenir une lymphe concrète. L'eftomac étoit rempli d'herbe fèche; il étoit dur, il paroiffoit phlogofé dans fa petite extrémité. Il y avoit dans fon fond 6c au pylore des ruches de vers celtres, 6c l'on voyoit fur le pylore des callofités fur les- quelles étoient imprimées les morfures des vers qui y avoient été attachés. Entre le pancréas 6c la veine fplénique, nous avons trouvé plufieurs vers crinons dans un tiffu cellulaire , abreuvé par une férofité jaune. Il y avoit fur l'eftomac un petit tubercule qui contenoit des crinons. La tunique du foie 6c de la rate étoient d'un blanc laiteux, 6c il y avoit Sur le foie plufieurs grains très-blancs 6c fort durs : le tronc de la méfen- térique contenoit des crinons. Les poumons avoient des tubercules en quan- tité : plufieurs étoient en fuppuration : les glan- des inguinales, les méfenteriques 6c les bronchi- ques étoient engorgées, molles 6c infiltrées. Le finus frontal, le zigomatique , le maxil- laire du côté du montoir étoient prefque effacés: les os étoient gonflés 6c formoient une fubltance Êpi^ootiques. î17 rpongieufe , réticulaire , qui étoit tapiffée par une membrane pituitaire engorgée 6c imbibée d'un pus blanc 6c épais, excepté dans le bas du finus maxillaire , où il y avoit une très-petite cavité applatie qui contenoit une matière jaune, glutineufe. L'os ethmoïde étoit également gonflé 6c abreuvé d'un pus blanc. Les cornets, la cloi- Son du même côté étoient abreuvés de pus. La membrane pituitaire de la cloifon 6c de la partie moyenne des cornets étoit couvert de cicatrices étoilées blanches, callcufes. Les finus du côté hors du montoir, 6c l'os ethmoïde étoient dans l'état naturel : les cornets 6c la cloilon étoient couverts de pus, 6c la membrane pituitaire qui étoit gonflée préfentoit aufli quelques cicatrices étoilées 6c callcufes. En détachant une épaule, après avoir coupé une artère axillairc, le Sang eft forti en arcade. Nous en avons reçu à peu près deux livres dans un vafe:lorfqu'il a été refroidi, nous avons trouvé au-deffus d'un coagulum, d'un rouge noir con- fiftant, une couenne de fix lignes d'épaiffeur d'un jaune terne, tenace & glutineufe : nous en avons mis un morceau dans du jus de citron qui ne Ta point eliffous. Neuvième Obfervation fur la Morve. Le 12 février 1788, M. Lapole a ouvert, en notre préfence 6c celle de M. Roulin, un mulet qui fortoit d'une écurie d'un Entrepreneur de cabrouets dans la ville du Cap. Cet animal jetoit depuis deux jours beaucoup de matière jaune3 liée, épaiffe ; fa refpiration étoit difficile ; il avoit le cou alongé, la xkie baffe, les oreilles écartées, le poil Sec ; il man- Hiij i. tS Sur les Maladies geoit encore avec appétit : le faureau étoit œdématré : il y avoit fous le ventre , le long de la ligne blanche, une tumeur œdémateufe con- fiderable : les narines paroiffoient chancrécs. Nous avons reçu du fang dans un vafe : il s'eft formé à laepartie fupérieure du coagulum une couenne jaune, épaiffe, tenace, qui ne s'eft pas diffoute dans le jus de citron. Il y avoit un peu de férofité jaune dans le ventre : le méfentère étoit infiltré par une fé- rofité jaune : les baflinets des reins avoient un tiffu cellulaire engorgé de férofité jaune , mu- queufe. Plufieurs glandes méfenteriques étoient engorgées : il y avoit plufieurs tumeurs anévrif- maîcs fur les djvifions méfenteriques ; elles con- tenoient des crinons. La tunique extérieure du foie avoit plufieurs, taches d'un blanc laiteux : la tunique extérieure de la rate étoit blanche, ra- cornie , skireufe. La maffe alimentaire de l'eftomac contenoit une prodigieuie quantité de crinons : il y avoit beaucoup de vers œftres dans le duodénum près du pilore. Deux petits tubercules, placés dans la grande courbure de l'eftomac, contenoient du pus 6c des crinons. Les finus zigomatiques 6c les maxillaires, prin- cipalement du côté du montoir, étoient remplis d'une matière jaune , muqueufe, cjui infiltrait même le tiffu réticulaire des alvéoles. La mem- brane pituitaire de la cloifon étoit tuberculeufe, rougeatre , ulcérée : le vomer 6c la cloifon car- tilagineufe étoient gonflés 6c abreuvés d'une fanie qui les avoit corrodés en plufieurs points : les glandes ele la ganache étoient gonflées. Il y a quatre ans que l'on avoit perdu , dans la même écurie, quinze mulets qui avoient été Êpi-^ootiques. 119 affectés par le charbon 6c par les vers : nous y avons vu depuis ce temps un mulet qui faifoit fan fervice , quoiqu'il fût couvert de tumeurs farcineufes qui rendoient une fanie qui infectoit tout ce qu'elle touchoit. Deux mulets depuis un mois ont péri par le charbon. Extrait de deux Procès - verbaux de M Gelin , qui nous ont été remis par MM. de la Plaigne & Jauvin. Le 22 mars Mrs de la Plaigne 6c Jauvin ont fait paffer un ordre à M. Gelin, pour qu'il fe tranfportât chez madame D**, habitante au quartier de la Petite - Anfe > pour y vifiter des animaux fufpccts. M. Gelin a constaté le 23, qu'il avoit trouvé une jument qui étoit glandée, chancrée , qui avoit de la toux 3 6c jetoit par les nafeaux depuis trois mois une matière pu- rulente, épaiffe; il etabliflbit que cet animal avoit la morve au fécond degré , 6c il concluoit que la guildive de madame D** , mettant [es ani- maux dans le cas de communiquer fur toutes les habitations du Quartier , il convenoit de tuer tout de fuite la jument morveufe ; ce qui a dû être exécuté d'après les ordres de MM, de la Plaigne 6c Jauvin. M. François Millot, habitant au Bonnet, dans le voilinagc de madame D** , avoit un mulet dont il ne connoiffoit pas la maladie ; il le tc- noit dans une écurie particulière depuis treize jours qu'il jetoit du nafeau gauche une petite quantité d'humeur glaircufe : on s'étoit apperçu depuis long-temps cuie cet animal avoit la ref- piration difficile, lorfqu'il travailloit. Le 2 avril , M. Gelin a été requis par M. Hiv no Sur les Maladies Millot ; il a conftaté, en préfence de M" Ar- thaud , Odclucq , Barré , cl'Heilcour 3 Sigogne , Prat 6c Ducatel qui ont figné le procès-verbal, que cet animal avoit la morve 6c qu'on ne de- voir pas héfiter de le tuer. Cela a été exécuté tout de fuite, par Finfufflation de l'air dans la jugulaire. M. Gelin a dreffé un procès-verbal que M. Millot a fait paffer à MM. de la Plaigne 6c Jauvin. Il difoit que le mulet, poil alezan brûlé 3 avoir dix ans ; qu'il avoit les jambes de derrière cede- matiées , qu'il jetoit du côté gauche une petite quantité d'humeur albumineulc, que la mem- brane pituitaire paroiffoit tuberculeufe 6c clvan- crée, que les glandes fliblingales étoient engor- gées, fur-tout du côté gauche; 6c que d'ailleurs l'animal avoit la refpiration aifée , qu'il avoit bon appétit, qu'il étoit fort gras. 11 difoit encore que les glandes inguinales étoient engorgées, infiltrées de férofités, 6c le tiffu cellulaire qui les environnoit abreuvé ; qu'il y avoit un épanchement féreux dans le ventre, que la couleur des vifeères étoit altérée , que la tunique extérieure du foie 6c de la rate avoit une couleur blanche laiteufe 6c plufieurs points calleux, que la fubftancc du foie étoit ramollie 6c fort altérée, cme l'épiploon adhérait au dia- phragme , que les poumons avoient plufieurs tu- bercules y que les glandes bronchiques étoient engorgées, mollaffes 6c infiltrées. M. Gelin n'a rien trouvé d'extraordinaire dans les finus 3 mais il rapportoit que la membrane pituitaire, qui recouvre la cloifon cartiîagineufe des narines, étoit gonflée 6c ulcérée principale- ment du côté gauche , 6c que cette membrane étoit engorgée dans toute fon étendue. £pt\ootiques. ï 2 ï Dixième Obfervation. Le 3 avril, madame M** , tenant des cabrouets au Cap, nous a envoyé une mule qui jetoit depuis quatre jours une matière purulente , prin- cipalement par le nafeau droit. Cette bête a été ouverte en notre préfence, celle de Mrs Roulin 6c Mouzin ; elle étoit maigre, elle avoit des ulcères fur le dos, le poil étoit Sec, les extrémités de l'arriére-main étoient œdématiées, les nafeaux paroiffoient chancres 3 la refpiration étoit diffi- cile 6c bruyante : toutes les glandes lymphati- ques étoient engorgées, molles^ infiltrées. Il y avoit fur les inteftins plufieurs petites tumeurs ftéatomateufes : une branche de la mézo-colique étoit dilatée 6c contenoit des crinons. Il y avoit un épanchement d'une férofité jaune dans le ventre, dans laquelle nous avons trouvé plufieurs crinons. La partie gauche de l'eftomac étoit af- frétée intérieurement d'une phlogofe , 6c la tu- nique veloutée paroiffoit engorgée. Nous avons trouvé dans cette partie un tubercule gros com- me un œuf, s'ouvrant par un trou fiftuîeux dans l'eftomac , 6c contenant des crinons, du pus 6c un épaifïiffement calleux 6c ulcéré entre les tu^ niques de l'eftomac. La tunique extérieure de la rate étoit laiteufe 6c parfemée de tubercules rou- ges : la tunique extérieure du foie étoit laiteufe 6c obftruée. Les poumons avoient deux points d'adhérence fous lefquels il y avoit deux tumeurs formées par une congeftion lymphatique 6c fan- guine. Les finus du côté droit contenoient beaucoup de pus d'un blanc verd fluide : la membrane pitui- taire des cornets 6c de la cloifon étoit ronge, engor- gée, épaiflcj ulcérée : cette altération étoit moins in Sur les Maladies forte dans la narine du côté du montoir. H y avoit plufieurs petites tumeurs fanguines fous la tunique interne du cœur, à la baie de colon- nes charnues qui' fervent à foutenir 6c à faire mouvoir les valvules. Nous avions tiré du fang dans un vafe : le coagulum , qui étoit très-noir , étoit furmonté par une couenne fibreufe 3 tenace , d'un blanc jaune. EXTRAIT d*une Obfervation envoyée au Cercle par M. Ferrie, docleur en médecine, ancien n. édecin du Roi a Saint-Domingue, affocié colonial 3 fur une maladie charbon- neufe qui attaque les mulets & les bœufs de L'habitation Beot, a Maribaroux. Cette maladie règne fur cette habitation de- puis plufieurs mois ; elle a d'abord attaqué les mulets ; elle s'eft enfuite portée fur les bœufs. On n'a pas obfervé fes phénomènes ; ils étoient fi rapides , que les animaux paroiffoient mourir fubitement ; ils rejeteient par l'anus une grande quantité de fang noir 6c fétide : l'anus faifoit Saillie au dehors 6c paroiffoit ulcéré On a trouvé les eftomacs parfemés ele pla- cards gangreneux 6c livides : les inteftins étoient d'un roux brun : le tiffu cellulaire du méfentère étoit bourfouflé 6c noir. M. Gelin a été appelé pour vifiter les ani- nimaux de cette habitation ; il a preferit le trai- tement que nous avons rapporté ci-deffus. M. Ferrie avoit déjà confeillé la'faignée, les boiffons acidulées , les lavements ém'ollients, des vifites fréquentes du troupeau , de féparer les animaux fufpects. Epizootique s. ï -3 EXTRAIT d'un rapport fait au quartier Morin & 14 avril 1788 , par M. Gelin, fur l'habitation Menard. M. Gelin conflate que la maladie qui attaque les animaux de cette habitation eft le charbon ; il a trouvé des épanchemcnts de férofités lan- guinolantcs dans le ventre , les inteftins 6c le méfentère enflammés , des taches gangreneufes fur le colon, des tumeurs charbonneufes entre la deuxième 6c la troifième corbure du colon, le foie mou , blafard , la rate également noire 6c décompofée, le tiffu cellulaire des reins infiltré , d'une férofité jaune , la veftie 6c l'efto- mac enflammés , la tunique veloutée, corrodée par les œitres qui fe trouvoient en grande quan- tité à l'orifice du pylore , le fang noir , diffous 6c putride : la plèvre , les poumons, le mediaftin enflammés. EXPÉRIENCES Sur la Morve, faites par M. Arthaud, affilié par M. Roulin, au Cercle des Phi- ladelphes. Première Expérience. M. Millot nous a envoyé une jeune mule bien portante le 28 mars 1787. M. Odelticq nous ayant procuré une mèche de coton imbibée de Thu- mcur purulente que jetoit un mulet, nous avons coupé cette mèche en deux morceaux : nous en 124 Sur les Maladies avons formé des tampons que nous avons tenus dans les narines pendant deux heures. Le 25 avril, l'animal paroiffoit fe bien porter: nous avons roulé fur un morceau de bois une mèche de coton qui avoit été imbibée de la morve d'un mulet : nous avons tenu ce morceau de bois dans la bouche de l'animal jufqu'à ce que le coton ait été mâché entièrement, nous ne lui avons fait donner du fourrage qu'une heure après. Le 7 juin M. Roulin s'eft apperçu qu'il y avoit un gonflement œdémateux dans toute l'extrémité de l'avant-main du côté du montoir , avec un petit ulcère au boulet, dans lequel il y avoit des vers. L'animal a été conduit chez M. Lapole, qui lui a appliqué le feu fur toute l'extrémité. Pour féconder les vues de la Société, il a bien voulu fe charger de fon entretien 6c de fes penfements. L'ulcère s'eft détergé, les vers ont péri, la cica- trice s'eft faite j 6c il ne reftoit aucune apparence de gonflement, lorfqu'on a cru devoir examiner s'il n'y auroit pas dans l'intérieur des défordres qui auraient des rapports avec le gonflement 6c l'ulcération que l'on venoit de guérir. Le 30 juillet M. Gelin a tué ce mulet en lui ouvrant une carotide, en notre préfence , celle de MM. Barré, Odclucq, Auvray 6c de plufieurs Habitants, La trachée artère étoit pleine d'écume blan- che: les appendices antérieurs des poumons étoient tuberculeufes , principalement celles du côté gau- che. Le poumon de ce côté étoit plus denfe, plus engorgé 3 les véficules pulmonaires conte- noient une humeur glaireufe 6c purulente, les glandes bronchiques étoient engorgées 6c abreu- vées par une humeur féreufe. Épqootiques. 115 Il y avoit un épanchement Séreux dans le ven- tre ; les glandes du mélentère étoient engorgées confidérablemenr. La membrane pituitaire qui recouvre la cloi- fon paroiffoit avoir été injectée. Les finus & les cornets n'avoient rien de remarquable. Le tiffu cellulaire de l'extrémité fur lequel on avoit appliqué le fer ne différoit pas de celui des autres parties. L'œdème de la jambe 3 l'ulcération du boulet préfentoient des fymptômes équivoques dont la eaule étoit obfcure. Il falloit détruire les vers , mais ne pas faire d'autre traitement, pour ne pas gêner le développement d'une maladie qui s'annonçoit peut-être par ces phénomènes. Le feu peut avoir agi comme répereuflif ; il peut avoir réprimé les mouvements de la nature, le courant des humeurs, 6c changé abfolument l'afpeét fous lequel la maladie fe préparait à fe montrer. Cette expérience a été manquée> elle pré- fente des défordres intérieurs qui ont quelque analogie avec ceux que la morve produit; mais nos induétions n'ont aucune bafe probable, & nous ne pouvons les préfenter que comme des Gonjeéturcs très-hafardées. Deuxième Expérience. Le 27 novembre, M. Jauvin nous a fait dé- livrer , d'après les ordres de MM. le Général & l'Intendant, deux mules qui étoient très-faines, ainfi que la cargailon dans laquelle elles avoient été choifies. Le même jour, le Cercle étant affemblê en préfence de MM. de la Plaigne 6c Jauvin, nous îitf Sur les Maladies avons mis en clôture une de ces mules , âgée de 7 ans , avec le Sujet de la Seconde observa- tion; elle a communiqué Succeftivemcnt avec ceux de la troisième 6c de la cinquième obfervation. Ces animaux étoient nourris 6c abreuvés dans une mangeoire 6c dans un abreuvoir communs. On faifoit fortir matin 6c foir la mule faine , pour la promener 6c lui laiffer paître l'herbe de la favanne ; fa nourriture ordinaire étoit de f herbe' de mil 6c des graminées. Les mulets avec lefquels le Sujet à inoculer a communiqué jetoient une Si grande quantité de morve infecte 6c fanglante, que l'écurie, le parc 3 les planches d'entourage , la mangeoire , l'abreuvoir en étoient falis : le fujet à inoculer en étoit lui-même couvert quelquefois, en forte qu'il étoit impofiîble qu'il ne reçût pas l'infec- tion par toutes les voies &" par tous les pores. Le ) décembre l'animal a pris un bain de mer. Le 6, les nafeaux paroiffoient légèrement humectés par une humeur muqueufe 6c lym- pide. Le 7, cette humeur étoit un peu plus abon- dante : l'animal a été baigné à la mer. Le 9, toute l'extrémité de l'arrière - main au montoir étoit engorgée : l'animal a pris un bain de mer. Le 10, l'enflure avoit augmenté. Le boulet étoit cerné par une tumeur molle 6c lenfible : on a fait baigner l'animal à la mer. Le 12 , nous avons vu une petite ulcération à la partie inférienre externe du graffet, près le boulet : nous avons découvert cet ulcère en coupant le poil tout au- tour , 6c nous l'avons panfé avec de l'aloes frais pilé. Le 13 ^ l'animal qui avoit été )ufque-là d'un accès difficile, fe laiffoit approcher plus aifément. Le 14, il étoit trifte ; il s'étoit cou- ché plufieurs fois : nous l'avons fait bouchonner Èpi\ootiques/ T 2.7 pour le nettoyer 6c entretenir la tranfpiration. Le 15, la trifteffe étoit la même, l'animal s'étoit couché, 6V on l'a bouchonné. Le 16, il y avoit de la fièvre , de la chaleur. L'artère avoit 84 pulfations dans une minute. L'ulcère 6c l'inflam- mation étoient les mêmes : le poil étoit iec, hériffé : l'animal avoit moins d'appétit, il com- mençoit à maigrir. Nous avons obfervé dans les nafeaux une rougeur inflammatoire : la narine droite rendoit une petite quantité de mucofitê épaiffe. On a bouchonné l'animal, 6c on l'a lai lié libre dans la favanne pendant toute la journée. Le foir la fièvre continuoit : il y avoit claudication à l'extrémité droite de l'avant-main: nous avons obfervé un gonflement à la partie poftérieure 6c inférieure du canon, 6c beaucoup de tubercules fous la peain Le 17 , il n'y avoit plus de claudication : l'en- flure du canon avoit diminué. Il y avoit entre la vulve 6c la feffé une tumeur dure 3 groffe Comme un œuf, 6c douloureufe : la fièvre exif- toit toujours : les narines étoient phlogofées 6c humectées, fur-tout celle du côté hors du mon- toir, par une mucofitê aqueufe 6c plus abon- dante que les jours précédents. Le 18 , l'écoulement étoit plus abondant, les narines jetoient une humeur épaiffe 6c jaune. Nous avons obfervé une petite ulcération fur la cloifon de la narine au montoir : le gonflement de l'extrémité avoit diminué, l'ulcère s'étoit agrandi, il y avoit toujours de la fièvre : le foir, la refpiration étoit difficile 6c bruyante : l'animal étoit trille; il avoit le cou allongé, la tête baffe ; il mangeoit encore : fes excréments étoient hu- mides , fon urine jaune 6c trouble, {es yeux étoient larmoyants. 3 iS Sur les Maladies Le 19, la fièvre avoit diminué : les narines avoient jeté le matin beaucoup de matière d'un jaune verd : la refpiration étoit bruyante. Le foir l'animal étoit couché dans la favanne ; fa reSpi- ration étoit bruyante, difficile , fréquente. Le 20 , l'animal ne mangeoit plus ; il avoit les jam- bes écartées, il marchoit avec peine, la tête étoit baffe , le cou allongé, il ouvrait la bouche dans l'infpiration qui étoit plaintive, il la fermoit dans l'expiration qui étoit bruyante ; toutes les glandes du cou avoient plus de faillie. Le tiffu cellu- laire de l'auge, 6c celui du cou dans la longueur de la trachée artère jufqu'au poitrail, étoient cré- pitants 6c emphifématiques. La langue étoit brune 6c fèche, les yeux paroiffoient ternes. Comme les mouvements de la refpiration étoient forcés 6c fréquents 3 l'anus avoit des mouvements de dehors en dedans : il y avoit quelques jets d'u- rine : les nafeaux jetoient une humeur jaune , écumeufe , ftriée de fang : il s'étoit formé fur la tumeur de la vulve plufieurs excoriations for- dides. Le 20 décembre, en préfence de MM. de la Plaigne 6c Jauvin, Blein de Villeneuve 3 Mouzin, maître en chirurgie 3 6c Lapole, nous avons tué cet animal, en lui ouvrant la carotide 6c la jugu- laire gauche. Tout le tiffu cellulaire, depuis le larynx juf- qu'au poitrail, le long de la trachée artère étoit rempli d'air. Les glandes du cou étoient dures, engorgées 6c plufieurs contenoient du pus : les glandes fublinguales étoient tuberculeufes 6c Sup- putées , fur-tout du côté gauche : le tiffu cellu- laire de l'extrémité gauche de l'arrière-main étoit infiltré par une férofité jaune. Les finus frontaux maxillaires 6c zigomati- ques Epi\ootiques \ 125 xpies contenoient beaucoup de matière verdâtre. La membrane pituitaire qui recouvre les cornets des narines 6c la cloifon étoit gonflée, granulée, tuberculeufe, ulcérée 6c couverte d'un pus yco- reux 6c fangtant. Le cerveau paroiffoit fain. Le tiffu cellulaire qui eft à la bafe du péri- carde 6c du cœur, celui qui accompagne 6c fixe l'aorte, le mediaftin étoient remplis d'air 6c d'une humeur jaune , féreufe 6c muqueufe. Le péri- carde contenoit un peu de férolité : cette même humeur jaune , féreufe 6c muqueufe fe retrou- voit dans le tiffu cellulaire des reins 6c du mé- fentère. Les poumons étoient remplis de tuber- cules , dont plufieurs étoient fuppurés, princi- palement du côté gauche. Le foie étoit altéré dans fa couleur 6c dans fa ctmfiftance ; fa tunique extérieure étoit blan- che , 6c il y avoit à fa furface , fur la partie con- vexe du grand lobe , une zone blanche 3 cal- leufe. L'eftomac contenoit une malle alimentaire denfe, fèche 3 qui avoit fubi une fermentation putride d'une odeur infoutenable. Le fang ne le coaguloit pas : les chairs étoient pâles; Troifième Expérience. Le 17 décembre nous avons mis en commu- nication avec les animaux de la cinquième ob- fervation 6c de la Seconde expérience la féconde mule qui nous avoit été donnée par le Gouver- nement. Cet animal avoit4 ans, fes yeux étinceloient; il avoit le port altier 6c noble, la démarche fière , les mouvements fougueux 6c d'un accès difficile. Nous l'avons laiffé dans la favanne pen-» 130 Sur les Maladies dant le jour , 6c nous ne le tenions en clôtura avec les autres animaux que pendant la nuit. Le premier fymptôme qui a paru a été un ul- cère rond de quelques lignes de diamètre fur le boulet du pied du montoir à l'avant-main. Cet ulcère a perfifté fans s'accroître. Le 11 janvier, cette mule a mangé des herbes que nous avions imbibées du pus trouvé dans les finus &: dans les foffes nafales de l'animal de la cincmième obfervation. Le 12 , nous avons vu que le poil du dos étoit hériffé 6c {ec. Le 15 , il y avoit plufieurs points d'épilation : nous avons trouvé l'animal couché dans la favanne ; il paroiffoit un peu trille : il n'y avoit pas de fièvre : il y avoit fur le dos plu- sieurs excoriations, qui paroiffoient humides 6c couvertes d'une humeur jaune 6c muqueufe. Le 19, nous avons tenu cette mule dans le parc, 6c nous avons mis avec elle la mule de la quatrième expérience. Le 20, cet animal jufque-là fi fier, fi farou- che , avoit le cou allongé 6c l'air trifte : le mou- vement de l'artère étoit accéléré, la refpiration plus fréquente : il y avoit un peu de chaleur, 6c on l'approchoit plus aifément. Les narines pa- roiffoient humectées légèrement par une humeur blanche glaircufe. Le 21, l'animal étoit dans le même état : nous l'avons envoyé à la mer pour le baigner. Le 23, le 24,, le 2.5, même état 6c un bain de mer/ Le 16 , l'excoriation 6c l'épilation étoient plus confidérablés; elles s'étendoient fur la poitrine: il y avoit un fuintement d'une humeur jaune 6c muqueufe, qui en fe defféchant formoit fur la peau une écaille blanche farineufe : le pouls étoit toujours fébrile. Le fuintement de la narine Êpi^ootiqucs'. '* 3 * droite étoit un peu plus fort que celui de la na- rine gauche , 6c d'une nature muqueufe 6c lym- pidc. Il y avoit de la raideur 6c de la gêne dans les mouvements de la cuiffe du côté du montoir. Le 28 , fartère avoit cinquante-cinq pulfations dans une minute. Le 29 , il y en avoit foixante- quatre; le fuintement étoit plus confiderable : il n'y a rien eu de remarquable jufqu'au 10 février. Il y eut un nord 6c de la pluie : les narines étoient plus humides le 11 : la membrane pituitaire pa- roiffoit plus rouge , l'artère avoit foixante-quatre pulfations. Nous avons reçu , le 13, les deux chevaux de k feptième obfervation. Le 14, notre mule avoit une claudication dans l'extrémité de l'avant- main du côté du montoir : il n'y paroiffoit pas de gonflements , le pouls avoit la même vîteffe. Le 16, il y avoit un gonflement confiderable à l'avant-cœur fur l'articulation de l'omoplate avec l'humérus du côté du montoir. Le 17, l'animal étoit dans le même état : il y avoit un petit écoulement muqueux tranfparent par les narines. Le 18 , la claudication 6c la tumeur avoient diminué, les glandes de la ganache n'avoient aucun gonflement: les excoriations du dos, du ventre, des extrémités étoient plus fèches :. il n'y avoit que quelques points de fuintements fous la crinière, 6c la peau de cette partie étoit froncée. Les narines paroiffoient humeétées par une humeur blanche , légère comme du blanc d'oeuf battu. Le 19 , la tumeur étoit à peine fen- fible : il n'y avoit plus de claudication ; mais cette métaftafe rapide avoit produit un écoulement purulent 6c fanguinolent par la narine , avec un commencement de gêne dans la refpiration. Les glandes de l'auge /fur-tout celle du côté du 132 Sur les Maladies montoir étoient très-groffes. L'artère avoit totv» jours foixante-quatre pulïà-.ions. Le 20, l'écoulement des narines étoit abon- dant , l'extrémité de l'arrière-main au montoir étoit engorgée, 6c l'animal appuyoit avec peiné fur cette partie. L'artère avoit Soixante-dix pul- fations. Nous avons apperçu une tumeur à la mamelle gauche., & il eft forti quelques gouttes de fang par la vulve. M. Lapole a tué cet animal en lui ouvrant une carotide 6c une jugulaire en notre préfence, celle de M" Auvray 6c Mouzin. Le fang veineux étoit d'un rouge noir, le fang artériel étoit d'un rouge clair : la peau étoit excoriée, écailleufe : le cuir, examiné avec une forte loupé, nous a paru plus denfe. Les bulbes des poils étoient détruits : il y avoit fur la peau beaucoup de petits poux blancs dont les pâtes étoient noires. Le tiffu cel- lulaire de l'extrémité de l'avant-main, fur-tout celui de l'extrémité de l'arrière-main au mon- toir, étoient infiltrés d'une humeur jaune , mu- queufe 6c féreufe. Les articulations des cuiffes , principalement celle du montoir, étoient abreuvées par une hu- meur jaune , muqueufe 6c purulente. Les glandes inguinales étoient engorgées, celles du côté gau- che paroiffoient abreuvées de pus. La mamelle du même côté formoit une tumeur oblongue qui rendoit par l'exprefïîon, par le mamelon , une matière purulente, blanche comme du lait. Le corps de cette mamelle étoit engorgé 6c abreuvé par la même humeur. La vefïie contenoit une humeur bourbeufe d'un blanc jaune. Les glandes méfenteriques étoient engorgées 6c abreuvées : la tunique extérieure du foie, celle de la rate, avoient plufieurs taches blanches produites par Êpi\ootiques. ï 3 3 Pengorgement des vaiffeaux lymphatiques. La fubftance de ces vifeères étoit brune 6c ramolie. Le tronc de la méfentérique antérieure étoit di- laté 6c contenoit des crinons. Les poumons étoient chargés de tubercules, dont plufieurs contenoient une matière purulente., 6c quelques autres une matière graffe , concrète : les glandes bronchiques étoient abreuvées ; celles du cou de la ganache étoient engorgées 6c in- filtrées. Le finus maxillaire du côté du montoir contenoit une matière féreufe 6c purulente, d'un blanc verd. La membrane pituitaire du vomer 6c de la cloifon étoit granulée, engorgée 6c avoit plufieurs points d'ulcération : nous ne par- lerons pas de la moleffc du cerveau 6c du cer- velet , parce que nous n'avons pas un tableau précis de comparaifon des différents degrés de denfité de ce vifeère dans l'état fain 6c dans Tétat malade , 6c que toute allégation fur ce fujet, à moins cm'ellé ne foit fondée fur des extrêmes , nous paroît fort indéterminée. Quatrième Expérience. Le 29 décembre, M. Auvray nous a envoyé une mule de fept ans , d'une petite taille. Nous avons mis cet animal dans une écurie féparée , 6c elle ne communiquoit que dans la favanne , pendant le jour , avec le fujet de la cinquième obfervation , 6c avec celui de la pré- cédente expérience. Nous avons frotté les narines 6c les lèvres de cette mule avec i'effence de térébenthine , parce qu'elle avoit été écorchée par une embouchure vicieufe. Elle couchoit avec le cheval de la fîxiémc- 134 Sur les Maladies obfervation , 6c ils avoient une mangeoire 6c un abreuvoir communs. Le 8 février, nous avons compté quarante pulfations. L'animal paroiffoit très-bien portant, cependant il paroiffoit fur le dos quelques taches d'excoriations qui s'épiloient. Le 20 , il n'y avoit qu'un peu d'augmentation des excoriations ; elles commcncoicnt à rendre une petite quantité d'hu- meur muqueufe 6c rouffe : l'artère avoit qua- rante-cinq pulfations dans une minute. Regardant que la morve étoit à fon premier degré de développement, nous avons cru devoir examiner fi nous trouverions dans l'intérieur quelque altération , & fi la membrane pituitaire auroit déjà éprouvé Quelque impreffion. M. Lapole a introduit dans une jugulaire de l'air avec un Siphon. Les yeux fe font inclinés : il y a eu quelques agitations convulfives : le re- lâchement ele la mort s'eft établi, 6c l'animal a expiré après quelques minutes. Le bulbe des poils paroiffoit détruit dans les endroits excoriés. Il y avoit fur l'eftomac un gros tubercule rempli de crinons 6c de pus qui le vidoit en dedans par une ouverture fiftuleufe. La méfentérique, qui étoit dilatée , contenoit aufli des crinons. La rate étoit racornie , fa tu- nique extérieure étoit calleufe dans plufieurs en- droits. La tunique extérieure du foie avoit plu- fieurs taches blanches produites par une lymphe concrète ; elle fe détachoit aifément de la fiabf- tance du foie qui étoit macérée d'un noir brun. Les poumons avoient des tubercules ; plufieurs contenoient une matière concrète blanche : un de ces tubercules étoit abreuvé d'une matière purulo-fanguinolente. Sur l'appendice antérieure du poumon hors du montoir , nous avons vu épizootique s. ' 135 une petite tumeur lenticulaire de la couleur du poumon , large de fix lignes , tenant par un petit pédicule blanc, 6c contenant une humeur jaune , graifleufe , granulée : le tiffu cellulaire qui recouvre l'aorte 6c les vaiffeaux intercoftaux fous la plèvre , le long de la colonne épinière, étoit abreuvé d'une humeur jaune, féreufe 6c muqueufe : nous avons trouvé une humeur fem- blable dans les cavités cotiloïdes des deux cuiffes : les narines n'avoient encore reçu aucune alté- ration. EXTRAIT DU JOURNAL MÉTÉOROLOGIQUE TENU pendant le temps des Obfervations Ô des Expériences fur la Morve , par M. Arthaud. 1787. LE thermomètre a été en janvier, le matin de 16 , 17 6c 18 degrés ; à midi de 18, 106c 21 ; le foir de 18, 19 6c 20. Les vents ont dominé du fud-oueft à l'eft , nord-eft 6c au nord- nord-oueft. Le ciel a été nébuleux fréquemment : il eft tombé en douze jours deux pouces fix lignes de pluie. Le 3 , il y eu une éclipfe de lune, 6c le 14 un orage. En février , le thermomètre a été le matin de 18 à 19 degrés ; à midi de 21 à 22 ; &: le foir de 10 à 11. Les vents de nord-eft ont été très- forts : le ciel étoit banque au nord le matin, 6c 136 Sur les Maladies à l'oueft le foir. Il n'eft tombé , en trois jours, que trois lignes 6c demie de pluie. En mars, le thermomètre a été le matin de 17 , 18 3 19 6c 20 degrés ; à midi de 19 , 20 , 21 6c zi ; de 19, 20 6c 21 le foir. Les vents ont dominé.au nord, au fud 6c à l'oueft. Il eft tombé fept pouces fix lignes d'eau. Le thermomètre en avril a été de 18 6c 19 degrés le matin; de 21 6c 22 à midi, 6c de 19 6c 20 le foir. Les vents ont dominé au fud- oueft , au nord-oueft 6c au nord. La terre a tremblé le 23 à huit heures quarante-huit mi- nutes du matin. Le ciel étoit nébuleux , il tom- boit une petite pluie , les vents étoient au f^d- oueft 6c à l'oueft nord-oueft. Il y a eu des nords orageux, 6c en douze jours il eft tombé douzç pouces une ligne d'eau. % En mai, le thermomètre a été de 18 , 19 6c 20 degrés le matin ; de 22 6c 23 à midi ; de 10 , 21 6c 22 le foir. Les vents ont dominé du fud-oueft au nord-oueft : il y a eu trois ora- ges ; 6c en neuf jours il eft tombé huit pouces une ligne d'eau. En juin, le thermomètre- a été de 20 à 21 degrés le matin ; de 23 à 24 à midi, 6c de 21 6c 22 le foir. Les vents ont été de l'cft-fiid- eft au nord-eft : ces derniers ont faufilé avec force. Les vents du fud-eft ont été frais par la chute des pluies dans les montagnes. Le ciel a été nébuleux fréquemment : il y a eu trois ora- ges, 6c il eft tombé un pouce neuf lignes d'eau par des vents de fud-oueft. Êpi^ootiques. 137 En juillet, le thermomètre a été de 20 & 21 degrés le matin ; de 23 , 24 6c 25 à midi, 6c de 22 6c 23 le foir. Les vents ont été du fud- çft à l'eft 6c au nord-eft ; ils ont quelquefois paffé au nord-oueft 6c à l'oueft. Le ciel a éré nébuleux &: banque au fud 6c à l'oueft. Le ton- nerre s'eft fait entendre, 6c il y a eu des ora- ges dans les montagnes : la pluie a tombé deux fois par petits grains. La terre a tremblé dans, la nuit du 25. En août, le thermomètre a été le mati ndc 21 6c 22 degrés; de 23 & 24 à midi, 6c le foir de 20 , 22 6c 23. Les vents ont varié clu fud-eft à l'eft , au fud , au fud-oueft 6c au nord : ces derniers ont foufflé avec force : il y a eu plufieurs orages. Il eft tombé en dix jours deux pouces huit lignes d'eau. En feptembre , le thermomètre a été le matin de 20 à 21 degrés ; de 23 à 24 à midi ; de 22 à 23 le foir. Les vents ont fouftlé du fnd-eft au nord-eft. Il y a eu quelques orages qui ont pro- duit onze lignes d'eau. En octobre , le thermomètre a été de 19, 20 6c 11 degrés le matin , de 22 , 23 6c 24 à midi; de 20, 21 6c 22 le foir. Les vents ont dominé au fud-oueft à l'oueft, nord-oueft 6c au nord. Il y a eu plufieurs nords mêlés d'orages. Il eft tombé en douze jours dix - fept pouces 6c fix lignes d'eau. En novembre le thermomètre a marqué le matin 19 6c 20 degrés ; à midi 20, 21, 22 6c ix ; 6c le foir 19, 20 6c 21. Les vents ont faufilé 138 Sur les Maladies du fud-oueft à l'oueft 6c au nord : il y a eu quelques orages. Il eft tombé en feize jours trois pouces neuf lignes d'eau. En décembre, le thermomètre a été le matin de 18, 19 6c 20 degrés ,• à midi de 19 , 20 & 21 , & de 17 , 18 6c 10 degrés le foir. Les vents ont dominé du fud-oueft à l'oueft 6c au nord. Il eft tombé douze pouces 6c une ligne d'eau en treize jours. I788. Le thermomètre a été en janvier de 18 , 19 & 20 degrés le matin; de 21 6c 22 à midi; &: le foir de 20 à 21. Les vents ont foufrlê du fud-oueft à l'oueft , à l'eft 6c au nord. Il eft tombé en cinq jours deux pouces quatre lignes d'eau. En février , le thermomètre a été le matin de 15, 16, 17, 18, 19 &: 20 degrés; à midi de 17, 18, i?3 20 & 21 ; 6c de 15, 18, 19, 20 6c 21 le foir. Les vents ont paffé alterna- tivement du fud-oueft à l'eft , nord-eft 3 au nord 6c à l'oueft. Le ciel a été fréquemment nébu- leux : il eft tombé en huit jours de pluie cinq pouces fept lignes d'eau. En mars, le thermomètre a été le matin de iy, 16 3 18 , 19 6c 2odegrés ; à midi de 18 , 19, 20 & 21; & le foir de 15, 17, 18, 19, 20 6c 21. Les vents ont été du fud-oueft à l'oueft, . au oueft-nord-oueft, au nord au nord-eft 6c à l'eft : il n'eft tombé que deux pouces d'eau. En avril, le thermomètre a été le matin à 18 , 19 6c 20 degrés; de 21 & 22 à midi; 6c Épizootiques. 139 de 20 6c 21 le foir. Les brifes ont fouftlé de l'oueft fud-oueft à l'eft cV au nord-eft : il n'eft tombé que deux lignes de pluie. Les chevaux , les mulets 6c les bœufs ne font pas les feuis animaux qui éprouvent des maladies épizootiques à Saint - Domingue : les moutons ne peuvent pas s'élever dans tous les cantons de l'Ile ; ils réuflîffent mal dans les mornes, & ils éprouvent dans les plaines non-feulement le charbon , mais la clavelée 6c la pourriture. Il ferait à defirer que l'on recherchât dans la Co- lonie quels font les foins qui conviennent à ces animaux, tant en fanté qu'en maladie. Nous n'avons pas vu des maladies épizootiques fur les chèvres : il nous a paru que ces animaux étoient fujets au vertige, à l'épilepfic , au té- tanos , aux rumatifmes avec des gonflements dans les articulations ; ils font fi fenfibles au froid 6c à l'humidité , que nous en avons vu plufieurs fois qui avoient des claudications 3 après avoir reçu un grain de pluie. Les moutons 6c les chèvres font quelquefois empoifonnes par plufieurs eSpèces de plantes , telles que deux apocins que l'on appelle vulgai- rement Lianne à cabrit, 6>C qui font le Cynanchum , Suberofum ( ï ). M. de Morancy , habitant au Morne - Rouge , vient de nous envoyer une plante que M. Dubourg , directeur du jardin du Cercle, a reconnue pour être la Marcgravia umbellata (2). M. de Morancy nous a marqué (1). Méfiez-vous, dit Defportes , de la famille des Apo" cins, des Periploca , des Tithimales , des Convolvulus & des Figuiers. Tr. abr. des pi. uf. t. III, p. 114. (i>. Polyand. monogyn. n° jo- du °;en. plant. Voy. la defçript. de cette plante par M. Dubourg. V. nos Expériences. 14© Sur les Maladies avoir perdu, en moins de quinze minutes, des moutons 6c des chèvres qui avoienr mangé quel- ques feuilles de cette plante ; mais M. de Mo- rancy s'eft trompé. Voyez nos Expériences. Les cochons éprouvent a^fîi les maladies char- bonneufes ; ils ont fouvent des vers ; ils Sont expofés à s'cmpoiSbnner avec le manioque. M. Gelin nous a rapporté qu'il avoit vu le charbon détruire les dindes & les poules fur une habitation. La volaille eft d'une très-grande refïburce à e Saint-Domingue , mais on ne peut la préferver des maladies qui la font périr fréquemment , même fur les habitations où l'on prend le plus- de foins pour l'élever. Si la volaille eft généralement mauvaife à St- Dominguc, fuivant M. Decourt , on doit en acculer l'infauciancc de ceux qui l'élèvent, 6c non le climat. J'ai enfermé, dit-il, douze jeunes- chapons très-maigres : on leur donnoit avec pro- fufion de l'eau 6c du grain de bonne qualité , on avoit foin de bien nettoyer la cage où ils étoient, précaution néceffaire pour détruire une efpèce de vermine qui s'attache à la volaille 6c la tue : trois mois après ces chapons étoient aufïl bons que ceux que l'on mange à Barbezieux. J'ai fait le même effai fur fix poules dindes ; elles ont acquis trop de graiffe : une feule en rendît une livre 6c demie. Le canard de Saint- Domingue vaut celui de France, &: le pigeon y eft généralement meilleur. Nous avons vu plufieurs fois fur les dindes une maladie eharbonneufe qui en a tué un grand nom- bre ; leur fang étoit noir : le géfier étoit Cee 6c leur foie pourri : la faifcn étoit fèche , 6c le peu de grains que l'on avoit étoit mauvais. Épizootiques. 141 Les poules font Sujettes à une efpèce de ver- mine qui les tourmente 6c les fait périr dans le marafme (3). La maladie épizootique la plus fâcheufe 6c la plus commune, c'eft les pians; comme la cla- velée des dindes, elle affecte particulièrement la tête, le cou 6c les pattes ; elle attaque fur-tout la jeune volaille : il paraît qu'elle eft contagieufé. Nous attribuons les maladies de la volaille, comme celles des autres animaux , aux vices dé la conftitution de l'air, à l'altération des eaux 6c de la nourriture. C'eft dans les faifons fèches, lorfque les eaux font mauvaifes , lorfqu'il y a difette de grain, lorfqu'ils font piqués par les vers ou rongés par les mitres, que la volaille éprouve des maladies charbonneufes: c'eft au contraire dans les faifons froides 6c humides que la maladie des pians s'é- tablit. Il paroît fur la tête , Sur le cou, un ou plufieurs boutons élevés d'un jaune rouge : la xhe fe gonfle , les yeux rendent une hunietir pu- rulente , les Volailles perdent la vue : il fort dé leur bec une humeur glaireufe , elles reSpirent avec peine, elles ont une efpèce de hoquet, elles font triftes ; leur tête eft baffe, leur cou alongé, leurs ailes 6c leurs queues pendantes, leurs plumes hériffées , 6c elles mangent avec peine : quelquefois cette maladie fe guérit, les pians noirciffent, fe fîétriffent, fe deffèchent; quel- quefois aufli elle fe termine par la diarrhée. M. Rocquette deKerguiden, habitant auTroti, nous a écrit en juin 1787 ce qui fuit fur cette (3). C'eft un pou large Se plat comme une lentille, d'un gris noir. Il paroît que c'eft le Pedicu/us galiini, thorace tapite utrinque r*ucio»utis de Linné. V. lift. nat. n° n^, 142 Sur les Maladies maladie , en invitant le Cercle à faire des recher- ches fur les moyens de la guérir. Depuis deux ans je m'occupe à élever de la volaille , à faire des expériences fur les diffé- rentes efpèces & fur leur population : il y a fix mois que j'avois feize cents pouflins, éclos pref- que dans le même temps. Je les ai prefque tous perdus par la maladie des pians ; elle règne prin- cipalement depuis décembre jufqu'en juin ; elle eft contagieufe : lorfque les poulets ont deux ou trais mois, ils réfiftent à la maladie; la grande volaille en périt rarement : elle fe déclare par des boutons qui paroiffent fur la tête 6c fur les pattes ; leur accroiflement eft rapide; elle produit l'aveuglement en altérant les membranes 6c les humeurs des yeux ; elle déforme le bec., 6c elle tue dans i'efpace de trois femaines. Les malades confervent de l'appétit ; ils font fort altérés; Quelques perfonnes attribuent cette maladie aux fleurs de pommier d'Acajou, mais c'eft une er- reur : j'ai tenté inutilement le foufre , l'anti- moine , d'autres drogues mifes dans les abreu- voirs : les plus anciens Habitants que j'ai con- fultés fur ce fujet m'ont dit qu'ils n'avoient jamais connu de remèdes. Les Nègres portent fouvent dans les marchés des volailles atteintes de cette maladie ; ils la font difparoître exté- rieurement avec des dellicatifs : mais l'humeur reflue dans le fang, 6c cette nourriture effentielle pour les hommes en fanté 6c pour les convalef- cents, ne peut être que mal-faine. Le préjugé établi par Ariftote (4) que les poifi- (4). V. Mal. épizoot. p. 1" , pag. 1 <■ ç. M. Paulet fe trompe, en attribuant cette erreur à Ariftote, s'il eft vrai qu'il ait dit, 1. 8 , Hift. des animaux, comme le rapporte Epizootiques. Î43 tons n'éprouvent pas de maladies épizootiques, / a été détruit par le docteur Scheuzer, qui a obfervé en 1722 une mortalité générale fur les poiffons du lac de Confiance. Nous ne penfons pas avec M. Paulet que cette obfervation détruit l'opinion de ceux qui ont cru que toutes les maladies épidémiques ve- noicnt de l'air, parce que les poiffons peuvent éprouver des influences de fon action, parce qu'il peut s'exhaler même du fond des eaux des principes qui entrent dans la conftitution de l'airt parce que l'eau peut s'imprégner de quelques-unes de ces exhalailons nuifibles 3 6c- parce que l'on ne fent pas bien jufqu'où peut aller l'influence de la température de l'air 6c de fa constitution fur la qualité des eaux , 6c fur la fanté des poiffons. Nous avons péché en pleine mer une très- grande quantité de bonites, qui toutes avoient dans les inteftins 6c dans les chairs beaucoup de vers de l'efpèce des douves. M. Defportes nous dit que plufieurs perfonnes ont été empoifonnees en 1741, pour avoir mangé de petites fardines qu'aux îles on appelle Cayeux^ La faifon étoit très-fèche 6c la mortalité des beftiaux avoit été grande. Nous avons vu au Cap-François plufieurs per- fonnes empoifonnees par les cayeux ea 1778, 6c on a vu _, comme en 1741 3 des chats qui font morts pour avoir mangé des entrailles de ces poiffons : la faifon étoit également Sèche 6c maladive pour les animaux. M. Menuret, 1. c. pag. 55 , qu'il n'eft pas jufqu'aux poif- fons qui n'aient participé quelquefois aux fléaux peftikndels, fur-tout ceux qui habitoient les eaux douces & dormantes. 144 Sur les Maladies Nous avons ouvert en 1779, à Léoganc -, une Nègre (fe qui étoit morte après avoir mangé quelques fardines dorées. La farde , la becune , l'orphie , le brochet, la carangue produisent quel- quefois des effets Semblables. On dit que ces accidents viennent de ce que ces poiffons mangent des graines vénéneufes. Defportes le penfait, mais nous ne le croyons pas ; on prétend aufli que ces poiffons contrac- tent une qualité vénéneufe fur les bancs cui- vreux , mais cette opinion mériterait d'être exa- minée. Il n'eft pas prouvé que les cayeux man- gent des graines vénéneufes ; il n'eft pas démon- tré que l'eau de la mer puiife fe charger d'une faiution. cuivreufe qui puiffe donner aux poiffons une qualité vénéneufe fans les faire mourir : on pèche les fardines le long des côtes dans une certaine faifon ; elles quittent des plages où la température 6c peut-être les qualités de l'eau ne font pas les mêmes que fur les côtes ; elles con- tractent peut-être des maladies qui leur donnent une qualité vénéneufe, principalement dans les faifons lèches : on fait que M. Wallis, dans fan voyage autour du monde, ne permettoit à faii éemipage de garder que vingt-quatre heures le poiffon qu'il prenoit ; il avoit obfervé que ce- lui que l'on confier voit plus long - temps occa- fionnoit des maladies 6c corrompoit l'air du bâ- timent : d'ailleurs qui eft-ce qui ne fait pas que la qualité du poiffon, fa faveur même, cruelques caraétères extérieurs , varient fuivant la nature des lieux 6c la qualité des eaux où il a été pé- ché ? Geoffroy rapporte qu'un homme ayant imangé des poiffons qu'on avoit trouvés morts dans des lacs furent attaqués d'une maladie péf- tilentielie qui en firent périr un très-grand nom- Épizootiques* T45 bre, 6c que tous les chiens qui en mangèrent furent attaqués de la rage. V. Gotho. Fréd. Chronic. ann. I^yt 3 mal. epi%. par Paulet : on fait combien la qualité du poiffon que l'on nommeTriti ou Pifquet eft différente, lorfqu'il eft à l'embouchure des rivières, où lorfqu'il les a remontées ; fa couleur change alors, 6c il incom- mode fréquemment ceux qui en mangent. Précautions a prendre fur les habitations pour éviter la maladie des befliaux. Si on foignoit les animaux, fi on les panfoit à la main, fi on les vifitoit avec plus d'atten- tion , ii on les abritoit fur-tout dans les faifons pluvieufes, lorfqu'ils fortent du travail , fi on avoit des favannes plus étendues 3 6c que l'on eût des fourrages pour les temps de difette, on préviendrait fans doute bien des maladies. Nous favons que la conftitution de la Colonie, l'éloignement des grands propriétaires, un cer- tain intérêt de commerce , ne permettent guère de fuivre un autre fyftême que celui qui eft adopté, 6c qui vraiment eft deftructeur; mais il ferait fans cloute de l'intérêt de l'Etat autant que de celui des propriétaires, de faire con- noître dans le régime aétuel les vices qui gênent fon exécution 6c qui peuvent être réformés, 6c d'indiquer les moyens de diriger les forces d'une habitation de manière à pouvoir les employer pendant un plus long efpace de temps, avec la même activité. On a déjà demandé bien des fois s'il étoic plus avantageux dans les épizooties de ne point prendre de précaution, que de n'en prendre qu'à demi ? K 146 Sur les Maladies On a peut-être exagéré les recommandations pour arrêter le cours des maladies épizootiques; mais nous fommes obligés, par ignorance , de nous attacher à tout ce' qui peut avoir de l'in- fluence fur les animaux 6C fur l'homme, car fi nous connoiffions les caufes qui produifent ces maladies, une feule précaution fuffiroit peut-être: nous ne ferions pas réduits à fuivre clés routes fi longues, fi difficiles pour chercher la vérité ; 6c la méthode curative ferait plus fimple, plus convenable que celle que nous fuivons. La police des habitations qui eft fi févère , n'eft peut-être pas affez exaéte pour que les moyens préfervatifs ne foient pas fouvent vi- cieux , 6c pour que l'on ne fe trompe pas quel- quefois fur les précautions que l'on prend pour arrêter la contagion. Il eft très-difficile d'affujetir les Nègres à fuivre avec ponctualité la méthode préServative qui eft fi néceffaire, 6c qui eft fouvent la plus utile. Nous "voudrions que les mares des habitations , fuffent écurées plus fouvent, Il fera avantageux d'établir des puits , des pompes 6c des bafîins fur toutes les habitations où on peut le faire. Il faut, lorfqu'on eft forcé d'avoir des mares, les entourer avec des arbres : les mombins, les mapoux 6c les cirouéliers font très-propres à cela. Si on établiffoit des baSfins correfpondants aux mares, comme M. Chabert l'a fait pratiquer en Europe , on auroit la commodité de les nettoyer à volonté, 6c on pourroit les faire couvrir, ce qui ferait très-avantageux. Nous croyons qu'il eft dangereux de faire bai- gner 6c boire les animaux dans les mares dans le temps des épizootics, dans le moment où les Êpizooiiquïf'. T4"? pluies fuccèdent à la fèchereffe, &■ lorfque l'eau eft chaude 6c altérée. On devrait planter des ormes , des oran- gers , des citroniers, des goyaviers, des diffé- rentes efpèces de cachimens, des mombins , des cirouéllers 3 des tamarins , des canefi- ciers, dans les hayes 6c dans les favannes : cela auroit peut-être quelques inconvénients-, mais cela préfente de li grands avantages , pour la confervation des animaux, que nous croyons ne pouvoir mieux faire pour fixer l'attention des Habitants fur cet objet, que de leur repré- fcnter que Layar &: M. de Courtivron ont ob- fervé que les animaux malades, livrés à la na- ture , avoient un goût décidé pour les acides 3 pour les fruits aigres 6c acerbes, le petit lait 3 la pomme fauvage. On fait avec quel foin les animaux recherchent l'ombre fous les arbres dans les grandes chaleurs du jour, 6c l'on fait aufli par les expériences de M. Yngenhouz qu'ils y refpirent un air plus doux 6c plus pur. Pourquoi, dans uil pays dévoré Si fouvent par les féchereffes , ou noyé par des pluies qui inon- dent & altèrent l'herbe des favannes 3 n'a-t on pas des magafins de fourrages ? C'eft encore une chofe qui eft jugée impoflible par la routine in- docile , qui regarde avec dédain les difficultés qui contrarient l'exécution de ce qui pourroit être utile. Nous ne doutons pas qu'avec des recherches, des expériences, l'on ne parvienne à connoître des plantes propres à être enmagafinées 6c à nourrir les animaux. M. Dingrande , habitant au Fond des Nègres, affocié du Cercle , avoit fait des effais heureux à ce fujet. Ce digne ci- toyen eft mort, mais il ne doit pas manquer K ij T4* Sur les Maladies dans la Colonie d'hommes bien intentionnés tt affez éclairés pour répéter ces effais avec atten- tion 6c découvrir les moyens les plus iùrs, les plus faciles 6c les moins difpcndieux, pour que les Habitants puiffent cultiver 6c en magafincr des fourrages propres à nourrir les animaux dans les faifons où les pacages font brûlés ou noyés par l'abondance des eaux. Le nombre des Nègres qui foignent les ani- maux n'eft jamais affez grand. On voit fouvent en Europe de jeunes garçons conduire les ani- maux dans les pacages : ce font ici de jeunes Nègres que l'on charge ordinairement de ce foin, 6c ils en ont la garde pendant tout le jour, après les avoir réunis le matin fous l'infpcétion des Commandeurs. On ne peut avoir des Nègres trop intelligents , non-feulement pour garder les animaux 6c empêcher qu'ils ne s'écartent, mais pour les foigner 6c pour les panfer. Il y a des ordonnances qui règlent le temps des charrois pour empêcher la dégradation des chemins ; mais l'intérêt particulier doit aflltrer l'exécution de ces ordonnances , 6c l'on ne peut avoir trop d'attention pour ne faire ces charrois 3ue dans des temps convenables, 6c pour donner es foins particuliers aux animaux dont on fe fert. Les animaux employés aux moulins y relient ordinairement deux heures dans toutes les fai- fons : il faudrait, fur-tout dans les faifons fé- ches, qu'ils n'y reftaffent que pendant une heure, & l'on devrait les bouchonner lorfqu"ils en for- tent , les tenir à couvert, leur donner des four- rages particuliers 6c les abreuver lorfqu'ils fe- raient repofés (ï). (ï). M. Auvray nous a dit qu'il s'étoit très-bien trouvé d'avoir adopté cet ufage, & que les maladies lui paroiffoient moins fréquentes depuis qu'il le fuivoit. Épizootiques. 149 Il eft reconnu qu'un Maréchal dans les cam- pagnes fait plus de mal que de bien 3 lorfqu'il va d'une étable à l'autre vifiter, fans attention, les animaux fains 6c les malades : il porte la contagion par-tout (2). Cette obfervation doit faire fientir la néceflité d'empêcher les commu- nications dans les temps d'épizooties, 6c doit faire craindre que les Pacotilleurs, les perfonnes commifes pour traiter les maladies fur les habi- tations , ne tranfportent l'infection d'un heu à un autre. Les Nègres ne devraient pas avoir de chiens , 6c on ne devrait permettre qu'aux comman- deurs , aux gardiens d'animaux 6c des places à vivres d'en avoir quelques-uns, 6c ils devraient être obligés de les tenir à l'attache (5;. On ne devrait pas fouffrir que les Nègres efcla- ves euffent des chevaux en propriété : on ne peut trop veiller que les Nègres ne faffent pas. a cheval des courfes de nuit ; elles peuvent con- tribuer à répandre la contagion d'un lieu à un autre , 6c quelquefois dans des lieux fart éloignés. LETTRE de M. Auvray a M. Arthaud, datée du Terrier-Rouge, du 7 feptembre 1787. Monfieur 6c cher confrère, Je vous ai promis, auflitôt que je ferais en état (1). Mal. épizoot. par M. Paulet, T. II, p. 61. (3). Il n'y a pas d'année qu'il n'y ait des accidents pro- duits par la rage. Nous favons que le Nègre regarde le chien comme k compagnon de fon efclavage, & que c'eft une jouiflance pour lui de dominer fur un être fenfible > mais il vaut mieux diriger fon plaifirvers un autre objet, &. en tuant fon chien on peut lui donner une poule , un cochon, 3e il fera content, parce qu'il n'y aura ni violence m pn.» xatiou. T^ ... K 19 ïjo Sur les Maladies de le faire, l'hiftorique de ma maladie : je vais tâcher d'y fatisfaire. Le 9 août dernier, un de mes, gardiens d'a- nimaux m'amena une mule malade : je l'exa- minai ; elle fe regardoit les flancs 6c vouloit fe coucher, ce qui 1 embloit indiquer des tranchées : j'y fus trompé , je lui fis douuer des lavements. & lui fis avaler deux pintes de lcflive de cen- dres coulée , dans laquelle j'avois exprimé du jus de citron (4). L'animal paffa la nuit affez tran- quillement ; il eifaya de manger à plufieurs re- prifes. Le lendemain matin il avoit de la fièvre 6c paroiffoit fouffrir beaucoup : je le faignai 6c lui fis: donner encore quelques lavements; il mourut fur les dix heures : je le fis porter dans la favanne où il devoit être enterré, 6c j'en fis l'ouverture fur le champ. Je vilitai les nafeaux, que je trouvai propres 6c fans apparence d'aucun écoulement. Je trouvai fur le poulmon quelques taches noires , 6c aufli quelques tubercules contenant une férofité jaunâtre. Je remarquai que cette, partie affeétée avoit beaucoup moins de confifi- tance que le refte du poumon qui étoit fain. Le méfentère étoit en général dans l'état de la plus grande inflammation, mais fur-tout vers le milieu ; il étoit de couleur noire 6c violette très -foncée , parfemé de taches gangreneufes. Cette portion cédoit au plus léger effort des doigts, 6c fe déchiroit facilement. (4). Cette efpèce de fel neutre, purgatif & diurétique, eft un excellent remède pour les tranchées des chevaux & mu- lets. Depuis près de quatre ans que je fuis dans la Colonie , j u eu fouvent occafion de l'employer & toujours avec le flus heureux fuccès. Épizootiques. 151 Les gros inteftins étoient parfemés de petites veflies pleines d'une liqueur jaunâtre. Les inteftins grêles légèrement enflammés. Les mufclcs pfoas étoient d'un rouge très- foncé, 6c parfemés vers le milieu de taches noires. ^Toujours intérieurement , 6c fur les fauffes côtes du côté droit, je trouvai une tumeur, ou plutôt un gros bouton charbonneux d'environ trois pouces de diamètre , fe terminant en pointe comme un teton. La couleur extérieure étoit d'un violet très-foncé, 6c le bout jaunâtre : j'y donnai plufieurs coups de fcapel. Il découla une liqueur fanguinolcnte. L'intérieur étoit de con- fiflance couenneufe 6c de couleur rouge brun. Comme il y en avoit affez pour reconnoître la maladie , je ne pouffai pas plus loin mes re- cherches. Je fis enterrer le cadavre avec les pré- cautions requifes en pareil cas (5). Actuellement voici ce qui me regarde. De retour à ma café, fur le midi ( 10 août) je me lavai les mains 6c les frotai avec des ci- trons. Je ne m'étois pas apperçu de m'ètre bleffé. En effet, cela ne pouvoit pas même s'appeler une égratignure. J'avois à peine l'épiderme ef- fleuré , comme par ricochet, à trois endroits fort près les uns des autres. Le foir je fentis une légère démangeaifon r je me gratai fans y faire attention , je fentis de la chaleur. Il fe forma fur le champ trois petits boutons. Le lendemain 11 , les démangeaifons augmen- tèrent , les boutons groflîrent un peu, 6c com- mencèrent à prendre une couleur rougeatre.. Dés (f). La mule étoit en très-bon état, très-vigoureufë, âgée de fept à huit ans; elle avoit eu, il y a un an ou «iix-huit aaois, le mal dss eaux, donc elle étoit bien guérie. K IV îjx Sur les Maladies ce moment je fus perfuadé que je m'étois inoculé le charbon. Je fis voir ma main au docteur Charct, qui m'affura nue ce ne leroit rien, que pareille^ chofe arrivoit iouvent lorfau'on fe bief- fait à l'ouverture de quelque cadavre. Le 11, les boutons me caufèrent une légère douleur, & en les preffant il fortoit une liqueur féreufe. Je fus à ma forge : je fis rougir un mor- ceau de fer, 6c je brûlai les boutons aufli pro- fondément que je pus réfiiter à la douleur. Pré- caution bien inutile ! Le 13, la brûlure avoit fait une trace que les boutons furmontèrent des deux côtés, à peu près; dans la forme d'un grain de café, mais plus gros; ils me caufèrent une démangeaifon infuppor- table, 6c bientôt après de la douleur* Le 14, le mal refta dans le même état. Le 1 j dans la matinée, je fus pris d'un léger mal de tête,, qui augmenta l'après-midi, 6c fur le foir je me trouvai très-mal à mon aife. Mes idées fe préfentoient en foule, &r fe fuccédoient fi rapidement qu'il m'étoit impoflible d'en fixer aucune. Je me promenai, dans cet état, dans ma favanne jufqu'à neuf heures que ie fus me cou-. cher. A peine dans mon lit, le mal de tête devint violent, 6c la fièvre furvint. Il me fat impof-. fible de fermer l'œil. Je paffai la nuit dans une agitation continuelle, jufqu'à fix heures du matin que je fis appeler mon Médecin. Le 16 3 il me trouva beaucoup de fièvre : le mal de tête étoit infupportable; i'avois mal aux reins, je fentois une laflitude générale ; il me preferivit la diette, la limonade d'acide vitrio-. lique, 6c la végétale alternativement 6c le bain. Je paffai une très-mauvaife journée. te i^j les bourans graûlrent 6c la main enfla,: Épizootiques. t 5 5 lé mal de tcte toujours violent, 6c la fièvre ne diminuent pas. Je fus faigné l'après-midi : il n'y eut point de diminution dans les fymptômes : le fang étoit un peu plus iec qu'à l'ordinaire a mais il n'étoit pas couenneux. Le 18 , la fièvre me quitta, 6c le mal de tête diminua. J'obfetvai le même régime : les bou- tons augmentèrent ; ils étoient livides dans leur centre 6c noirs dans leur circonférence. Ma main enfla considérablement, ainfi que le bras 6c l'a- vant-bras, 6c le- gonfiemenc s'étendoit jufque fur le mufcle pectoral du même cô\:ë. J'avois des inquiétudes, 6c tombois dans des défaillances frécpicntes, M. Charet fit des ficarificauons fur les endroits charbonneux ; il les lai.ià fai;.mer_, 6c les lava avec de l'eau '6c de l'eau de vie camphrée Le 19, les mêmes fvmptômes : cependant les. foibleffes étoient plus fréquentes, 6c fe fuccé- doient de quart-d'heure en quart-d'heurc. Je pre-v nois toujours de la limonade à 1 acide vitrioîique &■ le quinquina en décoction , un peu de vin pour me foutenir. L'après-midi, M. Charet ex-* tirpa ce qui étoit charbonneux : cette opération fut très-douloureufe; il tailla fàigner la plaie, la lava avec l'eau 6c l'eau de vie camphrée; il penfa avec le digeftif compofé , animé d'eau de vie camphrée|, de décoction de quinquina, des fomen-» tations d'eau de vie camphrée fur les parties en- flammées. Le foir, il fe manifefta un gonfle-* ment affez confiderable à l'hypocendre droit. Le 20, aux fymptômes précédents fe joigni- rent des vomiffements peu fréquents. J'obfervaî le même régime que les jours précédents : M.. Charet y joignit une portion cordiale par cuille- rée , l'eau de canclle orgée étendue dans une fuffifante quantité, d'eau édulcorée convenable- ment. 154 Sur les Maladies Du xo au n , je paffai une très-mauvaife nuit, les vomifléments devinrent plus fréquents , je rendois des matières bilieufes &: glaireufes. Il parut une quantité de phlictènes fur différents poinrs des doigts 6c de la main : M. Charet les icanfia pour laiffer échapper la férofité quelles contenoient ; il ajouta la décoction de quinquina aux lavements, qui dans les premiers jours avoient été emolients. Le n au matin , j'eus quelques envies de vomir; mais elles difparurent, 6c l'après-midi je fus affez tranquille. M. Charet fupprima la limo- nade minérale; il continua les mêmes panfements. Le gonflement diminuoit beaucoup, 6c cependant il n'y avoit point encore de fuppuration établie autour des efcarres. Je commençai à prendre un peu de crème de ris pour nourriture. La nuit du il au ai fut tranquille, peu de fom- meil, il parut un peu de fuppuration aux efcarres. Même régime 6c même panfement. La nuit du 21 au 23 fut affez bonne , un peu plus de fammeil que la précédente. Le matin la fuppuration étoit augmentée 6c le gonflement beaucoup diminué. Le 23 , même fituation. Du 23 au 24 un peu de fammeil. Je me fentis beaucoup mieux. Le 24, la fuppuration étoit bien établie au- tour des efcarres. Je fentis une attaque de goutte au pied gauche. Cet accès diminua fenfiblement ta fuppuration des 23 , 24, 25 6c 16. M. Charet fupprima les limonades, 6c n'infifta que fur les lavements de quinquina, 6c la décoction de quin- quina prife intérieurement. Le 27, la fuppuration fe manifefta : quoique j'euffe paffé une très-mauvaife nuit, elle conti- Epizootiques. 15 f nna jufqu'au 30 ou elle parut diminuer. J'avois eu la nuit une tranfpiration confiderable : j'avois^ pris huit gouttes anodines de Sydenham. Les accès de goutte ont été violents jufqu'au 2 fepr tembre qu'ils ont commencé à diminuer. L'infonmie continuant , 6c étant fortement agité par les douleurs de la goutte , je pris le 3 au foir des gouttes anodines, 6c je paffai une nuit affez tranquile. Le 4, ta fuppuration avoit détaché une partie de l'efcarre, que M. Charet enleva. Depuis, les panfcments ont été de charpie fèche. L'efcarre étoit à peu près de la longueur, lar- geur 6c épaiiïeur d'une fiche à jouer. La piaie a fenti très-mauvais, jufqu'à ce qu'elle ait entiè- rement tombé. La goutte ayant ceffé, je profitai de ce mo^ ment pour me purger le 10. J'ai été repurgé le 22 , 6c aujourd'hui 27 la plaie eft prefqu'en- tiérement cicatrifée. Notre confrère Dubourg vint me voir il y a deux mois. En caufant agriculture il me dit que les Pères de la Charité venoient de faire une découverte précieufe pour ta Colonie , qu'ils avoient cultivé avec fuccès de la luzerne, qu'ils venoient d'en récolter de la graine qu'ils avoient Fait paffer à M. le Général. Je lui en fis voir une pièce bien réuflie, 6c il fut convaincu que ces RR. PP. n'avoient pas le mérite d'avoir les premiers cultivé cette plante à Saint-Domingue; il me gronda de n'en avoir pas fait part au Cercle dans ce temps ; il pouvoit avoir raifon, mais il n'y avoit plus de remède. Je crois cependant en avoir fait mention dans des notes que je vous ai rc mi fes. Voici une obfervation à cet égard, qui peut n'être pas inutile 6c que je vous foumets. 156 Sur les Maladies Les Pères de ta Charité, dont je ne prétends pas diminuer le mérite, étant le premier à rendre juftice à leur zèle, ont planté de la graine de la. Luzerne dans un fort bon terrain, 6c arrofé à volonté. La réuflite n'eft pas miraculeufe , 6c ne peut pas garantir Je fuccès de cette culture à la Colonie, parce que tous les Habitants n'ont pas de bons terrains à y fiacrifier, 6c fur-tout n'ont pas t'avantage d'arrofer. Ma culture, comme vous allez le voir , eft îout-à-fait différente, 6c préfente un plus grand dexré de certitude à ceux qui voudront l'entre- prendre. J'avoïs demandé en Europe des graines de luzerne 3 de tréfile 6c de fainfoin. Ces graines inarrivérent en juin 1776 : ie les femai de fuite dans un mauvais terrain , Çec 6c rocailleux, fans prendre même ta précaution de faire labourer la terre. Je me contentai de faire faire des efpèces de filions à la houe. On fe fouvient encore de l'extrême féchèreffe que nous éprouvâmes. Le tréfile & le fainfoin périrent. La graine de luzerne leva, mais à fur 6>c mefure qu'il pouffoit une feuille elle étoit brûlée par l'ardeur du foleil, de forte qu'il ne reftoit plus que les rameaux : j'en défefpérois 3 lorfqu'aux premières pluies en feptembre fuivant, j'ai vu avec plaifir reverdir ma pièce de luzerne, à l'exception de quelques petites places par-ci par-là qui avoient péri, j'ai récolté de la graine qui ma fervi à les recourir, 6c qui a très-bien levé depuis ce temps : je peux faire une coupe tous les mois, les mulets 6c les chevaux fur-tout en font fort friands. Je peux donc rai fonnablement affurer qu'on pourroit faire à Saint-Domingue des prairies arti- ficielles d'autant, plus avantageufes qu'on pourrait Èpizàotitjues. î $7 «en granger comme en France la luzerne en botte, 6c conlerver ce fourrage pour le temps de di- fètte. J'ai demandé de la graine en France : je veux faire un nom,. cTai du tretHc 6c du fainfoin, dont je vous rendrai compte en temps. Voici un autre moyen, bien peu diipendiesXj de fe procurer de très-bon fourrage. L'année dernière j'ai fait couper dans mesdî- vifions des herbes fines, je les ai fait fanner à la mode d'Europe, j'en ai fait faire des bottes, 6c les ai fait mettre en grenier fur de grandes perches, de manière à procurer de l'air en- -dclfouî. Depuis un an que je garde ce fourrage il cil encore excellent, 6c les animaux le mangent très- bien. Les feuilles de petit mil que l'on brûle (c conferveroient également très-bien, 6c feraient une excellente nourriture dans les temps dedifette. J'ai l'honneur d'être } 6cc. Du mal des eaux, par M. Gelin. Le mal des eaux, le mal de lagon , le mal de l'étang font les noms par lefqueîs on défigne une maladie très-commune à Saint-Domingue. Elle affecte les mulets 6c les chevaux , les bœufs n'en font jamais atteints ; elle a beaucoup d'analogie avec celle que nous appelons en France le farci n. On la reconnoît à des boutons plus ou moins faillants, durs 6c circonferirs, accompagné^ de chaleur , de douleur 6c d'inflammation ; ils font plus ou moins multipliés 6c finies indiflinéte- ment fur toutes les parties du corps, principa- lement fur les membres, 6c même on pourroit dire que ces parties fane celles qui fe trouvent î^S Sur les Maladies le plus fouvent affectées : quelquefois l'engorge^ ment 6c la tuméfaction s'étendent dans toute leur longueur, fur-tcut fi les boutons avoifinent les articulations; alors il y a claudication. Ces boutons fe terminent de dew\ façons, ou par la réfolution ou par la fuppuration : la pre- mière de ces terminaifons eft affez rare 6c tou- jours dangereufe , car les boutons reparoiflcnt fouvent fur une autre partie : quelquefois l'hu- meur fe porte fur la poitrine; nous l'avons vue fe jeter fur la membrane pituitaire, & produire cette maladie formidable appelée ta morve. Lorfque la fuppuration s'établit, il fé forme le plus fouvent des apoflêmes oti abcès très- ètendus 6c très profonds,-prefque toujours il y a déperdition de fubftance dans la peau , ce qui rend leur guérifon très-longue : on obfervé affez fouvent que, quoique ces boutons fuppurent long-temps , ils rcparoiifent encore au bout d'un certain temps , ce qui dépend du peu de foin qu'on apporte dans le traitement de cette ma- ladie , que l'on ne doit pas traiter feulement par de topiques, mais par des remèdes internes ap- propriés. La chute des efcarres qui recouvrent ces ab- cès laiffe appercevoir le plus fouvent des ulcères profonds, finueux 6c à clapiers remplis d'un pus ichoreux , fanguinolent, 6c quelquefois infect : les chairs font baveufes 3 fongueufes 6c mollaffes: il arrive que leurs bords fe renverfent, devien- nent durs 6c calleux ; enfin dans de vieux fujets en qui la maffe eft infeétée 6c le mal très-ancien, ils dégénèrent en ulcères cacoetes : dans ce cas, ils font regardés comme incurables* Les caufes de cette maladie font internes ou externes* Le féjour des animaux dans des favan- Épizootiques. 10 nés aquatiques 6c marécageufes, quoique nous l'ayons obfervé dans des favannes fèches, la mal- propreté des bacs , les coups, les chûtes , les fortes contufions 6c quelquefois de fmmtes ef- coriations dégénérées par un mauvais traîtementj les déperditions exceflives, l'acrimonie gki fang 6c de la lymphe , ainfi que leur èpaiffiîîemcnt, ta fuppreflîon de la tranfpiration , la gourme mal jetée , 6cc. font les caufes que nous croyons les plus communes. Les différents traitements mis en ufageidans cette Colonie n'ont pas produit l'effet defîré, parce que l'on n'a jamais faifi les véritables in- dications à remplir* Les frictions d'oranges fûres boucannées & de fuif chaud , un onguent compofé d'huile, de fuif 6c de noir de fumée , la chaux éteinte à l'air libre, dont on foupoudre les ulcères, font les moyens que les Nègres emploient journelle- ment fans aucun fuccès. La méthode qui nous a le plus fouvent rêufS a toujours eu pour bafe deux principes , desquels il eft dangereux de s'écarter : il nous paroît im- portant , dans le traitement de cette nuatadie, de faciliter l'excrétion de l'humeur pefpirable, au moyen du panfement de ta main, d'aSamir les lieux où réfident les animaux , 6c ô'f entre- tenir la propreté. Lorfque les boutons font accompagnés d'en- gorgement 6c d'inflammation , nous avons em- ployé les cataplafmes émollients ou les lotions émollientes répétées très-fou vent ; lorfque lafiuc- tu.irion s'eft manifeffée , nous avons ouvert & fcariflé pour faciliter la fortie ex l'évacuation du pus : nos ouvertures ont été proportionnées au volume des boutons , &c toujours nous avens î£o Sur les Maladies fuivi la direction des parties fur lefcmcllcs nous avions à opérer. Si la fuppuration étoit louable, nous déter- gions l'uLère avec une forte inf tion arcmaci- q-ie que nous animions avec le tafia, félon le befoin. Si les bords des ulcères étoient durs , renver- fés, les parties environnantes gorgées, nous met- tions en ufage l'onguent digeftif ou le baiilicum: fi les chairs étoient fongueufes , baveufes, 6cc. nous panfions avec l'onguent œgiptiac: enfin nous employions tous les moyens que nous fuggé- roient les différentes circonftances pour rappel- 1er les ulcères à l'état d'une plaie fimple , alors nous nous conduifions ainfi que nous l'avons dit plus haut, nous avons employé intérieurement les fondants 6c lés dépuratifs. Prenez racine de patience , falfepareille ou tout autre bois fudorifique , de chaque quatre onces : faites bouillir dans quatre bouteilles d'eau jufqu'à réduction de trois : retirez du feu : paflez 6c ajoutez-y antimoine diaphorétique , ou fafran de mars anéritifj ou gomme ammoniac, quatre gros. Après avoir Continué l'adminiftration de ce breuvage pendant dix ou quinze jours, ainfi que celle des lavements émollients répétés foir 6c matin , 6c avoir en l'attention de mettre l'ani- mal à moitié nourriture, nous lui avons fait prendre la médecine fuivante que nous avons donnée plufieurs fois, félon l'ancienneté du mal, fes progrès , la difpofition du fujet, 6cc. Prenez féné deux onces ; faites infufer pen- dant toute la nuit fur des cendres chaudes dans l'eau commune bouillante , deux livres. Paffez 6c aioutez jalar> en poudre , aîoes fiiccotrin en poudre, de chaque quatre gros : faites prendre au Épizootiques, ïBt 4u malade, le matin à jeun , avec une corne où une bouteille. Il eft effentiel que le fujet n'ait pas eu à fou- per la veille, ôc" de ne lui donner à manger que lix heures après la médecine prife. On peut, fi la chofe femble plus commode, faire prendre l'aloës 6c le jalap en opiate, en les incorporant dans du firop : on en fait de petites boules qu'on porte fur la bafe de la lan- gue avec un bâton pointu, 6c on fait prendre par deffus l'infufion de féné. Nous remarquerons que l'inftant le plus pro- pice pour faire prendre la médecine eft celui où la fuppuration commence à ceffer. Nous avons fouvent guéri par cette méthode : fi quelquefois elle a été infruéfueufe, on peut être affuré que les caufes réfident 6c dans ta ▼ieilleffe du fujet 6c dans celle des ulcères, L 10*1 Sur les Maladies MÉMOIRE Sur la Maladie épizootique peftilen- tielle de Vile Saint-Domingue , par M. Worlockj médecin-inoculateur y affocié du. Cercle. PREMIÈRE PARTIE. Du principe & de la nature de cette maladie, avec fes différents fymptômes. Cette maladie a pris naiffance en l'année 1773 , dans la plaine du Cap - François. On a attribué fon principe à un parti de chevaux anglois , qui fut apporté du nord de l'Amérique feptentrionale , vendu au Cap , 6c enfuite dif- tribué dans la plaine. L'ignorance 6c la prévention fuppofèrent une caufe plus prochaine à cette epizootie , en ta rejetant fur le maléfice des Nègres efclaves : cette opinion abfurde a trouvé des partifans qui l'on accréditée , 6c elle a donné lieu à des pourfuites criminelles 6c à des châtiments odieux. Quelle que foit l'origine de cette maladie épi- démique , elle a trouvé par la fuite, dans le climat 6c dans le fol de Saint-Domingue, des difpofitions particulières qui l'ont favoriféej 6c ont fervi à la propager. Les faifons, pendant lefquellcs l'épizootic a Épizootiques. ï £3' etè dans fa force , ont été très-fèches ; elle fut ralentie à l'approche des pluies des années 1773> 1774 6c îyy^ ; elle fe renouvelloit avec vigueur au retour de la féchereffe ; 6c ce fut en 1776, précifément la plus aride , qu'elle exerça les plus grands ravages : il y eut alors plufieurs fecouffes de tremblement de terre : il régnoit journelle- ment des vents d'eft, quelques degrés nord : ta température de l'air étoit exceflivement chaude : le termomètre de Réaumur a monté communé- ment , cette année, de trois 6c même de fix de- grés plus qu'à l'ordinaire , dans l'intervale du mois de juin à celui de feptembre, jufqu'à 32 6c 33 degrés au-deffus de celui de la congel- lation , tandis que la température ordinaire de l'été varie de 24 à 16 degrés. Le fol étoit ar- ttant, les pâturages étoient brûlés , les animaux gratoient la terre avec le pied pour en arracher les racines 6c les manger : prefque toutes les lources étoient taries, 6c il n'y avoit dans les marres où ils s'abreuvoient qu'une eau bour- beufe , corrompue 6c échauffée, qui répandoit dans l'air des miafmes putrides. Il y a eu des habitants qui ont été dans ta néceflité de faire conduire leurs troupeaux aux rivières voifines pour les abreuver 3 ce qui aura fans doute beau- coup contribué à propager la contagion. Cette épidémie a toujours été plus violente après de grandes féchereffes ; elle reparaît de nouveau, fous un afpeéf. menaçant, en 1779 ; elle fuit la marche ordinaire des maladies pef- tilentiellcs qui naiffent au printemps , s'accroif- fent en été , s'affoibliifent a la fin de l'automne 6c difparoiflént en hiver, fur-tout dans les pays du Nord. Cette epizootie s'eft prefque toujours bornée L ij î^4 $ur tes Maladies à la plaine qui avoifine la mer ; cette plaine n'a communément que trois ou quatre lieues dé profondeur : à peine cette maladie a-t-clle gagné les montagnes, même les plus rapprochées des lieux infectés ; ce qui vient fans doute de la diffé- rence de la température de l'air, de fa conftitution j des pâturages qui font plus abondants , des eaux plus putes : il y a eu des habitations intermé- diaires entre celles où régnoit l'épizootie, qui ont été prefervées ; ce qui prouve que la première caufe de la maladie n'exifte pas dans l'air , 6c qu'il faut un contact immédiat entre les ani- maux malades 6c fains pour communiquer ta maladie. Ces faits ont frappé différemment les gens prévenus , 6c n'ont fervi qu'à renforcer les pré- ventions que l'on avoit contre la méchanceté des Nègres : il y a eu des animaux d'urt même troupeau qui ont été exceptés , fans doute parce que le principe morbifique n'opère que fur ceux qui font dans une difpofition propre à recevoir l'impreflion des miafmes contagieux , à concourir à fon action & à fon développement. Cette maladie attaque également les chevaux , mulets 6c bêtes à cornes ; elle paroît avoir exercé plus particulièrement (es ravages fur les mulets, probablement parce que c'eft l'efpéce d'animaux la plus commune à Saint - Dominguc, 6c celte qui fatique le plus. A nombre égal, les bêtes à cornes ont été moins attaquées , & il en a péri moins : on a cru même obferver quelque différence entre la maladie des bêtes cavalines 6c celles des bêtes à cornes ; mais cela ne doit- il pas être attribué à la différence de conftitu- tion de ces animaux? Les animaux atteints de cette maladie per- ■* Épizootiques. 165 dent leurs forces &: leur appétit ; ils ont la tête baffe, les oreilles pendantes ; ils paroiffent triftes, abattus 6c quelquefois tremblants ; ils fe tien- nent le plus fouvent couchés , leurs yeux font larmoyants 6c rougeâtrcs , d'autres fois Çccs 3 étincelants 6c égarés, la peau eft fèche 6c brû- lante , la refpiration fréquente 6c pénible , la pulfation des artères très-répétée , dure 6c d'au- tres fois petite , rcfferrée 6c irréguliére : à me- fure que le mal fait des progrès, les fymptômes s'aggravent , les flancs de l'animal battent plus fréquemment ; il touffe 6c quelquefois l'haleine eft piquante , la langue 6c le palais font arides 6V deviennent noirâtres ; les urines font rares, difficiles 6c rougeâtrcs : d'autres fois il y a ré- tention complctte , les excréments font durs 6c noirâtres , dès le commencement ; alors il y a conftipation : quelquefois aufli l'animal a une diarrhée qui dégénère en diffenterie : il fe ma- nifefte fur différentes parties du corps des en- flures qui fe changent en tumeurs ; elles fe por- tent principalement fur la ganache , le cou, i'avant-main , aux parties inférieures de la poi- trine 6c du bas-ventre , fur les parties naturelles 6c en dedans des cuiffes : ces tumeurs font d'une nature indolente 6c cedémateufe , 6c dégénèrent facilement en gangrène ; elles viennent rare- ment à fuppuration, à moins qu'elles n'y foient décidées par les fecours de l'Art. Lorfiqu'onouvre ces tumeurs, il en fort une férofité rouflàtre 6c fanieufe, très-chaude 6c corrofive, dont le con- tait avec un corps fain qui vient à être bleffé caufe fouvent à ce dernier des tumeurs de la nature de l'authrax , la fièvre de l'efpèce ma- ligne 6c la mort. Il y en a cependant quelque- fois qui font dures 6c enflammées , 6c qui fe 1 L iij i&6 Sur les Maladies terminent par la fuppuration ; alors la maladie eft bénigne. Ea général, la nature de ces tu- meurs 6c leur fiége décident du danger de la maladie. On ne doit regarder les tumeurs qui fe mani- feftent dans cette maladie, fur l'habitude du corps, que comme des dépôts critiques , quand elles viennent à fuppuration fpontanément , ou par les fecours de l'art. L'expérience a démontré qu'elles n'étoient falutaires que dans ce cas, 6c que les tumeurs œdémateufes terminées par la gangrène étoient le plus fouvent mortelles. Les bceufs ceffent de ruminer., 6c on a fouvent extrait de leur anus 6c de leur rectum une efpèce de furoncle de la nature du charbon : les vaches ce fient de donner du lait, après les deux ou trais premiers jours de leur maladie , 6c ont les mêmes fymptômes que les bœufs. La durée de cette maladie eft indéterminée, rarement on la voit paffer le feptième jour, lorf- qu'eîlc eft mortelle : on a vu des animaux tomber morts dans les pâturages, d'autres fois fous les harnois atelés au moulin, au cabrouct, 6cc. ou arrivant de voyage ; lorfque le mal eft dans fa plus grande force, il caufe la mort dès le premier, ou le deuxième, ou le troifième jour, 6c plus particulièrement fur les animaux les plus vigou- reux 6c les plus gras. Les fymptômes de cette maladie les nlus dan- gereux font les tumeurs qui fe manifeftent au ventre 6c à l'avant-main , qui étant d'une nature cedémateufe dégénèrent en gangrène, ou qui dif- paroiffent fubitement : l'abattement exceflif, les défaillances 3 les tremblements, les convulfions, les rétentions d'urine 3 les diarrhées qui dégénè- rent en dyffenteric dans les trois premiers jours Épizootiques. 16*7 de la maladie , 6c fur-tout quand ces fymptômes font accompagnés de fièvre avec un battement petit, refferré 6c irrégulier des artères, parce qu'ils dénotent ordinairement les engorgements, les infiltrations 6c les métaftafes internes ou fur les vifeères. Les fymptômes favorables font au contraire l'abondance des urines troubles, des excréments mous 6c copieux fans beaucoup d'odeur, la moi- teur 6c la moleffe de la peau, les tumeurs acom- pagnées d'inflammation 6c de tention qui vien- nent à fuppuration dans les lieux éloignés des vifeères effentiels à ta vie , la ceffation de la foif ; le retour de l'appétit ainfi que celui du ruminement dans les bœufs. L'ouverture des cadavres a démontré que la trachée artère, les poumons, la plèvre, le péri- carde , la diaphragme, n'étoient jamais fains, qu'ils étoient plus ou moins rouges, livides, créfipe- lateux, couverts de taches noires , quelquefois gangrenés : le cœur étoit gorgé fouvent d'un fang noir , les vifeères du bas-ventre étoient à peu prés affectés de la même manière : on trouvoit fouvent le foie 6c la rate d'une couleur noirâtre 6c engorgés , couverts de taches gangreneufes, La bile contenue dans la véficule du fiel étoit cauftique 6c d'une couleur verdâtre foncée, le méfentère plus ou moins enflammé 6c tacheté, l'eftomac 6c les inteftins prefque toujours en- flammés 6c fouvent fphacclés, 6c le mucus quel- quefois détruit : on a trouvé fouvent dans le canal intcftinal des mulets des vers vivants impj^ntés dans les parois de l'eftomac 6c des inteftins, qu'ils ont quelquefois percés. On trouvoit fou- vent des engorgements 6c des infiltrations d'une liqueur rouflàtre 3 analogue à celle qui fortoit L iv 16S Sur les Maladies des tumeurs, ce qui paroiffoit produit par fa métaftafe de ces dernières, puifqu elles s'offraient prefque toujours aux parties intérieures corres- pondantes de celles où les tumeurs s'étoient d a- bord montrées extérieurement. Les cadavres des bœufs ont offert à peu près les mêmes phénomènes que ceux des mulets ; on a remarqué généralement que les eftomacs étoient diftendus 6c pleins d'herbes. La pance, le reéticulum , le liber 6c l'abomafus étoient fou- vent dépouillés de leur membrane interne 6c quelquefois fphacelés, ainfi que le canal intefti- nal : on trouvoit communément dans l'anus 6c le rectum des furoncles de la nature du char- bon , 6c les tumeurs qui fe déclaraient à l'exté- rieur du corps avoient ordinairement plus de ten^ dance à la gangrène que fur les mulets. En rapprochant les différents lignes diagnofti-* ques que cette maladie préfente dans fon cours, on pourroit la confidérer comme une fièvre ma- ligne peftilentielle. En effet, ce fléau s'eft toujours montré comme exanthémateux, contagieux 6c épizootique, avec les fymptômes les plus graves ; le mat triomphe de l'art, l'animal périt dès le premier 6c le fécond jour, la terminaifon des tumeurs internes 6c exter- nes par la gangrène prouve la malignité de la ma- ladie 6c paroît établir fon caractère peftilentiel. On pourroit envifager comme la caufe prochaine de cette maladie la perverfion totale des fluides, le relâchement, la ftupeur 6c l'inertie des folidcs, 6c en confidérant les circonftances des faifons du fol, de la température de l'air, 6c les autres événements pendant lefquels cette epizootie a régné dans fa force, on pourroit les confidérer comme [es caufes éloignées. Épizootiques. 169 On peut, d'après les différents fymptômes de la maladie, la divifer en trois degrés, comme l'a fait M. de Chaigne-Brun , à l'égard de l'épi- zootic qui régna dans la Brie en 1757, 6c qui a beaucoup de rapport avec celle-ci. Au premier degré les animaux font feulement attaques à l'extérieur par des enflures ou tumeurs: à ce période la maladie eft peu dangereufe quand on amène les tumeurs à fuppuration, les fynm- tômes qui l'accompagnent font bénins. Les ani- maux confervent à peu près le même appétit qu'en fanté ; ils ont rarement de la fièvre , 6c il en meurt fort peu. La maladie n'eft ordinaire- ment mortelle que quand les tumeC quel- quefois elle eft terminée dans l'efpace de douze, dix-huit, ou vingt-quatre heures. SECONDE PARTIE. Des moyens préferv adfs & curatifs de cett& maladie. Quoique les fecours qu'on met en ufage pour prévenir les progrès de cette maladie contagieufe loient fouvent inéficaces, on doit toujours les employer ; ils confiftent, i°, A empêcher toutes communications des animaux fains avec les animaux malades, tant directes qu'indirectes par le concours des hommes, des chiens 3 6ce. 20, A ne donner aux animaux qu'on veut pré- ferver de cette maladie qu'environ la moitié de leur nourriture ordinaire , 6c à ne les abreuver qu'avec une eau faine 6c courante , 6c non avec une eau ftàgnante 6c corrompue. 30, A tenir libre le ventre de ces animaux par le moyen des lavements fimplcs ou laxatifs, s'ils font conftipés. 40, A faigner les animaux pléthoriques 6c gras, &■ non les animaux faibles, vieux ou maigres: on répétera ta faignéc lorfque le fang eft couen- neux, fec 6c enflammé. t°, A faire prendre au troupeau qu'on veut garantir de la contagion des bains de mer, une ou deux fois le jour, 6c à fon défaut, des bains de rivière : c'eft peut-être le fecours le plus puif- fant qu'on puiffe employer. 6°, A faire mettre dans la nourriture de ce- Épizootiques. 17 animaux environ une once de fel marin par jour, 6c cela pendant huit à dix jours de fuite, 6c à leur faire boire une pinte d'eau de goudron par deffus. 70, A obferver la plus grande propreté dans les bacs ou auges, qu'on fera laver une ou deu* fois par jour, ainfi que les râteliers, 6c ne pa; permettre aux animaux fufpects de manger avec les animaux fains. 8°, A laiffer à l'air libre tous les animaux qu'on tentera de préferver, 6c à parfumer les lieux où on les renferme, en y faifant brûler des branches de citroniers ou d'orangers enduites de goudron. 90, A changer les harnois, les traits, les brides, les licous qui auraient pu fervir aux animaux infectés , 6c à ne pas permettre aux gardiens des animaux malades d'approcher les animaux fains , qu'après s'être lavés 6c avoir changé de linge) il feroit même plus à propos qu'ils fuffent nuds ou couverts feulement d'une chemife de toile), enfin que les uftcnfiles qui auraient fervi aux panfcments des animaux malades y fuffent entièrement deftinés , ayant la précaution de les changer après chaque panfèment. io°, A faire des fêtons au bas du poitrail des chevaux 6c mulets, 6c au bout du fanon des bœufs qu'on fera fuppurer le plus long-temps poflible avec les onguents fuppuratifs, dans lef- quels on incorporera des mouches cantharides pulvérifées, de l'euphorbe, 6cc. A employer des maftigadours pendant toute la durée de la contagion , mais on obfcrvera foi- gneufement de ne pas faire fervir le même pour deux animaux : prenez gouffe d'ail trois racines , de gingembre deux gros , fel de nitre 6c fel ammoniac de chaque un gros j de camphre un 172 Sur les Maladies gros ; pilez la racine 6c les fcls, 6c broyez le tout dans égale partie de vinaigre 6c de gros firop ; enveloppez enfuite dans un morceau de grqlîe toile pour en faire un mallicadour » 6c le fuf- pendre dans la bouche de l'animal en le fixant a fa rête 3 de manière qu'il foit obligé de le mâcher pendant une heure , matin 6c foir. On doit éviter tous les autres remèdes, comme lu- dorifiques, purgatifs ; ils n'ont prefque jamais été utiles, comme préfèrvatifs de cette maladie, 6c font fouvent devenus nuifibles par leur mauvaife application. Voilà à peu près les fecours qu'on doit em- ployer pour prévenir les progrès de la contagion, dont le plus puiffant fans doute eft indiqué dans le premier article. On ne peut donner que des préceptes géné- raux fur les moyens curatifs , par rapport à ta diverfité des fymptômes 6c des degrés de la ma- ladie , 6c la différence effentielle qu'il y a entre chaque animal. On remédiera à chacun des fymptômes de la maladie , félon l'exigence des cas ; c'eft-à-dire qu'en emploiera la fàignée autant qu'elle fera néceflaire dans les cas des kmammations, les diurétiques, les lavements avec tes relâchants j les lotions d'eau chaude ou les fumigations aro- matiques , les antifeptiques, les^maturatifs, les ftimulants 6c les cordiaux, fuivant les indications de la maladie. i°, Dès qu'on fufpectera un animal d'être ma- lade , on l'eloignera du troupeau pour le loger dans un parc ou endroit très-aéré, 6c fous le vent des autres animaux : on parfumera, chaque jour une ou deux fois, ce logement qu'on tien- dra très-propre en y faifant des feux comme il Épizootiques. tj$ eft indiqué à l'article VIII du Traitement préfer- vatif. 1°, On mettra les animaux malades à la diettes 6c on ne leur donnera pour aliment que l'eau blanche faite avec la farine de maïs ou de petit mil, 6c la limonade Ou l'eau de goudron pour boulon. 30, On n'emploiera la iaignée que dans les trois premiers jours de ta maladie, 6c dans le Cas où la fièvre feroit confiderable 6c ta foif exceflive : ort doit la bannir dès qu'il paroît des tumeurs. 4U, On tentera tous les moyens poflibles pour amener à fuppuration les tumeurs auflitôt qu'elles paraîtront, tels que les cataplafmés maturatifs, les véficatoires, 6cc. 6c on donnera iffue au pus dès qu'il fera formé, mais le fecours le plus prompt 6c le plus fage fans Contredit, eft le cautère ac- tuel ou fer rouge , appliqué fur la tumeur d'une extrémité à l'autre, 6c dans toute fa circonfé- rence jufqu'au vif. On panfe enfuite les plaies avec les onguents fuppuratifs , tels que le bafi- licum , le digeftif, l'œgiptiac, le ftirax , 6cc. dans lefquels on incorporera des mouches can- tharides ou de l'euphorbe en poudre ; & à cha- que panfement on lavera les plaies avec de l'eati Se du fel, 6c un tiers de taffiâ. 5°, On doit aider les effets du cautère & des topiques pour rendre la fuppuration plus loua- ble , par l'ufage intérieur des antiputrides & des ftimulants : le breuvage fuivant a fouvent été utile ; pour cet effet, prenez du quinquina en poudre une once, de fel ammoniac deux gros, d'aflàfœtida 6c de gomme ammoniac, de cha- que trois gros : diifolvez les gommes raifines dans environ quatre onces de tafia , enfuite ajoutez-y le kina & le fel , avec deux onces T74 Sur les Maladies d'eau : mêlez 6c donnez-en une feule dofc tous les matins, jufqu'à ce que la fuppuration foit louable : on doit ajouter aufli environ une once de fel commun à la boiffon de l'animal malade. 6°, Lorfqu'on ne pourra pas fiiire lûppurer les tumeurs , ou qu'on jugera qu'il s'en forme dans l'intérieur du corps de l'animal , on appli- quera fur les parties tuméfiées des emplâtres véficatoires à l'extérieur , 6c on donnera à l'in- térieur toutes les fix heures le breuvage fuivant. Prenez de thériaque demi-once, d'antimoine diaphorétique deux gros, d'alkali volatil fluor, ou à fon défaut de l'efprit volatil de fel am- moniac un gros, de kermès minéral fix grains: broyez 6c mêlez le tout dans environ trois onces de gras firop , 6c autant d'eau pour le faire avaler à l'animal. 7°, On emploiera les mafticadours indiqués à l'article premier du traitement préfervatif pour les animaux malades, ainfi que les fêtons. 8°, Dans le cas de conftipation, on donnera à l'animal des lavements d'eau 6c de fel marin, matin 6c foir ; 6c fi la diarrhée furvient, ac- compagnée de tranchées qui dégénèrent fouvent en dyffenterie avec fipacèle des inteftins , on donnera matin 6c foir à l'animal malade une demi-once de quinquina avec un gros de fel am- moniac dans fuffifante quantité d'eau, 6c on lui fera prendre toutes les quatre heures des lave- ments de décoctions de feuilles de citronicr 6c de raquettes, avec deux gros de corne de cerf ; 6c fi les douleurs étoient trop vives 3 on pourra recourir à la fàignée : on emploiera en même- temps des boiffons nitrées avec le camphre. 9°3 Lorfque les foibleffes 6c profitions de ces furviennent, ce qui le plus fouvent eft Epizootiques. 17 j mortel, on tentera le breuvage indiqué à l'ar- ticle fixième ; 6c fi l'on juge l'animal fans ref- fources , on l'emmènera au bord d'une faffe profonde de huit à dix pieds, éloignée des en- droits fréquentés; 6c après l'avoir étranglé ou affommé, on l'enterrera , afin de prévenir les effets de fa contagion. o io°, Pour terminer la cure, on purgera une ou deux fois les animaux, lorfcme les tumeurs ne fuppureront plus. La médecine fera compofée avec le jalap , l'aloes ou antimoine cru depuis une demi-once jufqu'à une once, délayé dans une in- fufion de feuilles ou de fruits de .tamarins 6c de caffe, ou bien huit ou dix grains de tartre éméti- que, qui, étant corrigé par l'acide du tamarin , purge très-bien les animaux : on doit varier les purgatifs félon l'individu , 6c ne donner aux animaux faibles , trop jeunes ou vieux 3 que des antiphlogilliques 6c des lenitifs, tels que les in- fufions de tamarins ou de caflé , dans lefquelles on fera diflbudre quatre ou cinq onces de fel d'epfom. n°, On ne fera rentrer dans le troupeau les animaux qui auront été malades qu'après être affuré de leur guérifon , 6c les avoir fait baigner: on doit faire brûler les toiles, licous 6c autres effets qui auront fervi à ces animaux, comme capables de retenir la contagion , 6c on purifiera le logement qui leur aura fervi d'hôpital, comme il eft indiqué ci-deffus à l'article huitième du traitement préfervatif, 6c en faifant laver avec de l'eau chaude les râteliers, auges ou bacs, 6c en donnant un tait de chaux au mur. 12°, Il eft de la plus grande conféquence de faire enterrer profondément les animaux morts de cette maladie , mais plus particulièrement les \iS Sur les Maladies bœufs 6c leur fumier : on jettera fur le cadavre un baril de chaux vive , enfuite une grande quan- tité de pierres, d'épines ou de raquettes, 6c au moins trois ou quatre pieds de terre , fur laquelle on plantera des raquettes ou des campêches : ce parti eft plus fiage que celui de brûler les corps morts, qui a quelques inconvéniens. On a vu les fuites les plus fancltes pour avoir négligé ces pré- cautions : des Nègres voraces ayant mangé de ta chair des animaux morts de cette maladie 3 les uns ont été attaqués du charbon , les autres de dyffenterie accompagnée des fymptômes les plus fâcheux, ou de fièvres vraiment peftilcn- tielles , 6c prefque tous en ont été les victimes» Des chiens, qui avoient déterré les cadavres mis pen profondément en terre, ont gagné la ma- ladie j ont fervi à la propager 6c en font morts. On ne peut s'empêcher de dire ici que la po- lice , tant intérieure qu'extérieure de la plupart des habitations, a été trop peu exaéle pour pré- venir ces triftes accidents : on a vu des hommes vils qui ont vendu fans pitié la chair des ani- maux morts de cette affreufe maladie , 6c le bas prix de cette viande infectée n'en a procure que trop facilement le débit. Nous ofons attaquer l'erreur qu'on s'eft efforcé de répandre au fujet de la caufe de cette épi- démie. Des hommes ignorants 6c féroces, qui n'ont vu que poifon par-tout, ont voulu per- fiiader à la crédulité, trop facile à féduire dans des circonftances de malheur, que la caufe de cette epizootie n'avoit d'autre fource que dans le maléfice des Nègres. Ofons le dire : il en eft des poifons comme des revenants ; plus on a de lumières , 6c moins on en voit. En effet, quel eft le poifon qui peut produire les / Épizootiques. î?7 les différents fymptômes qui accompagnent cette maladie? Aucun de ceux que l'hiftoire naturelle nous a fait connoître dans les trois règnes : ils ne peuvent agir que de deux manières, ils cor- rodent ou ils coagulent ; or on Lit que ce ne font pas-là les effets de cette maladie , elle ne peut donc point avoir les poifons pour caufe ; à ta vérité on a trouvé à l'ouverture de quelques animaux morts de cette maladie le canal in- teftinal corrodé ; mais il étoit manifefte que ce fymptôme eft très - équivoque, 6c que les ma- ladies peftilentielles, 6c même celles qui ne font quefimplement malignes, produifent quelquefois cet effet par la difpofition particulière ou par l'a- crimonie des humeurs de l'animal malade ; d'ail- leurs les antidotes , tant du règne végétal, crue du règne animal 6c du règne minerai , dont les vertus font confiantes , n'ont produit aucun effet utilitaire dans cette epizootie. Tandis qu'à Saint-Domingue on aceufoit les- Nègres d'être la caufe de cette maladie épidé- mique , Une epizootie à peu près femblable ra- vageoit les Provinces méridionales de la France, fous les yeux des hommes de l'Art les plus cé- lèbres , qui y ont à peine porté des fecours ef- ficaces ; c'eft la nature des maladies peftilentielles d'être fouvent plus puilfantcs que les fecours de la médecine ; 6c dans ce cas, il eft ordinaire que l'ignorant 6c le charlatant donnent pour raifon de leur peu de fuccès une caufe furna- turellc. M ï-S Sur les Maladies TROISIÈME PARTIE. Obfervatïons relatives a cette épidémie^ qui s'eft quelquefois communiquée aux hommes^ avec les moyens qui ont le mieux réujfi dans le traitement. Il n'eft pas douteux que les maladies épi- zootiques ne fe communiquent aux hommes : les témoignages de Wierus, Herment, Hart- mann , Chaigne-Brun , Nicolau , Bertin ne peu- vent pas être révoqués. Je pourrais peut-être me difpenfer d'en par- ler , mais ce que je vais dire fer vira à démontrer la reffemblance de cette épidémie avec celle qui a régné à la Guadeloupe en 1774, ainfi qu'avec celles dont Chaigne-Brun , Hartmann 6c Nico- lau ont fait mention. Tous les fujets qui ont gagné la maladie épi- démique fe font trouvés dans le cas de foigner, de toucher ou d'ouvrir les animaux malades ou morts, ou enfin de manger de leur chair, ce qui peut être regardé comme une forte d'ino- culation : on peut obferver aufli que cette ma- ladie communiquée aux hommes a ceffé d'être contagieufe parmi eux, ce qui feroit croire qu'elle change de nature- fuivant les efpèces. Les fymptômes qui furviennent aux hommes, attaqués de cette maladie , font des charbons for différentes parties du corps , foit pour s'être bleffé avec un inftrument qui auroit fervi aux panfcments ou à l'ouverture des animaux ma- lades ou morts, foit pour avoir reçu la matière Épizootiques, T7J «des tumeurs ou des excréments de ces mêmes animaux ; ceux qui ont mangé de leur chair éprouvent des accidents plus dangereux , telles que des fièvres de Vefpèce maligne, des dyffen- teries de même nature , accompagnées des fym- tômes les plus fâcheux , 6c dont la guérifon dépend de la promptitude 6c de la nature des fecours qui font cependant quelquefois inefficaces. Les remèdes qui ont eu le plus de fuccès, font la fàignée dans les premiers moments pour les fujets fànguins, les boiffons acidulées avec f acide végétal ou minéral, l'émétique , les véfi- catoires 6c l'alkali volatil fluor employé , tant intérieurement qu'extérieurement fur les bleffu- res, après la difparition de la phlogofe. Les fearifications , les ventoufes 6c l'extirpation des tumeurs externes ont eu des fuccès , lorfqu'on a enfuite amené les plaies à une fuppuration louable par les fuppuratifs & les antifeptiques. Ces obfervations peuvent fuflire aux gens de l'Art chargés du foin des animaux malades de cette épidémie , ainfi qu'aux propriétaires des Nègres , pour les avertir des dangers qu'ils cou- rent 6c des précautions qu'ils doivent prendre pour éviter ces accidents fâcheux : trop heureux fi l'Auteur peut garantir à la fois, 6c le maître 6c les efclaves, des effets d'une prévention aveu- gle 6c cruelle. M ij iSo Sur les Maladies OBSERVATIONS Sur le Charbon _, par M. Pelifïbt , maure en. chirurgie à Galiftt 3 en iyj6. Tant que la maladie n'a attaqué que les bêtes cavalines fur lefquelles elle a commencé a exercer les ravages , les Nègres n'en ont point été ia victime ; il n'y a eu que quelques-uns à qui on avoit fait ouvrir les mulets, qui aient été attaqués légèrement 6c à l'extérieur ; mais la contagion a pafie aux betes à cornes, 6c elle s'eft communiquée aux Nègres, parce qu'ils ont mangé la viande des animaux qui en étoient morts. Cette maladie ne portoit pas dans le principe des caractères de malignité bien deftrucLcnrs ; il étoit extraordinaire cm'un Nègre en mourût : mais enfuite elle s'eft développée avec plus de violence , 6c elle paroît de jour en jour acquérir plus de force , 6c avoir pour caufe un délétaire plus actif: quelques Blancs qui avoient des blcf- fures aux mains en ont été attaqués , après avoir ouvert des animaux. Lorfque j'ai traité des Nègres du charbon, j'ai fais des informations, 6c j'ai prefque toujours découvert qu'il étoit mort des bœufs fubitement fur l'habitation à laciuelle Us appartenoient j 6c fur la voifine ; qu'ils avoient déterré ces bœufs, 6c qu'ils en avoient mangé ou qu'ils en avoient achetés de quelques Nègres voifins, ou des Bou- chers , ou des Marchands efpagnols. L'air ne communique point aux hommes cette Épizootiques. ï fr'r contagion : j'ai vu dans une même chambre, dans un même lit des peftiférés avec d'autres malades qui n'en ont ;amais été atteints. Les gardes 6c hofpitalières relient 6c couchent dans la même chambre pendant tout le cours de cette maladie , qui dure quelquefois un mois, 6c elles ne contractent jamais la maladie. Les fymptômes font très-différents 6c très- variés , quelqueitis il n'y a qu'une fimpie tumeur extérieure couverte de quelques pentes pullules, fans douleur, fans chaleur, fans fièvre. Quclejuefois la tumeur eft d'un volume ex- traordinaire ; elle attaque ph;s ordinairement ta tête que les autres parties du corps, avec chaleur, fièvre , plufieurs petites pullules au centre de la tumeur qui paroît fans Icnnment, 6c entourée d'une enflure œdémateufe qui s'introduit dans l'interftice des mulcles fur le trajet des vaiffeaux qu'elle couvre 6c remplit d'une lymphe couen- nenfe 6c rouffeâtre. Si l'on fait des incifions fur les tumeurs, il en fort quelquefois beaucoup de fang ; d'autre:, fois on n'y en voit point : on découvre feulement une couenne rouffeâtre , de laquelle fort une fé- rofité limpide qui fèche difficilement 6c ne change point la couleur du papier bleu. Au bout de trois ou quatre jours, fi la tumeur du centre fe cerne par un cercle de fuppuration , on peut beaucoup efpérer ; l'efcarre du centre s'enlève ou tombe de lui-même, 6c laiffe un vide plus ou moins confiderable. Chez les uns il y a une fimpie enflure œdé- mateufe qui paraît avoir fon centre fur les pau- pières ou fur les glandes parotides : fi on y fait des incifions, on trouve une humeur purulente infiltrée dans le tiffu cellulaire ; bientôt les muf- M iij 1S1 Sur les Malad'es clés qui ont été frappes du délétairc tombent en pourriture ; il s'y établit une fuppuration abon- dante , 6c le malade, après avoir perdu une partie de [es forces, guérit. Chez d'autres, la tenfion du vifage, du cou eft fi confiderable , que le fang ne peut plus des- cendre du cerveau ; il fèmble que les yeux vont fortir de leur orbite „ fur-tout fi le délétaire a fon foyer fur les glandes parotides : on leur fait des incifions , on n'y découvre qu'une couenne , dont le tiffu cellulaire eft rempli : on clpère dé- brider 6c donner de l'aifàncc au retour du fang: les malades périTent en deux ou quatre jours au plus , foit qu'on ait incité ou qu'on ne fait pas fait. On en voit où le délétaire fe porte fur les bras, fur les mains, fur les iambes 6c y forme une tumeur qui, quelquefois, tend confidéra- blement la partie ; d'autres fois il n'y a de levé que le lieu de la tumeur. S'il fe forme prompte-* ment une efearre , qui n'eft qu'une fimpie pelli- cule noire, le malade eft fauve ; mais fi la tu-i meur difparoît fubitement, il eft bientôt perdu : il y en a où le délétaire fé porte avec tant de violence fur l'eftomac , qu'il occafionne des vo^ miffements d'une humeur jaunâtre 6c épaiffe, qui bientôt après, change 6c devient d'un noir foncé ; le pouls eft fans mouvement, les extré- mités font froides : la mort paroît dans peu d'heures. Il y en a d'autres chez lefquels le virus peftilentiel fe jette fur les inteftins ; les malades rendent par les folles une matière bilieufe, fan- guinolente qui ne tarde pas à changer de couleur 6c à en prendre une verdâtre ou noire ; le pouls eft petit, ou "plutôt fe fait à peine fentir, les extrémités font froides 6c ls ventre fe remplit Épizootiques. 1S3 d'une férofité rouffeâtre qui marque la décom- pofition de ta partie rouge du fang, 6c le ma- lade expire dans l'eipacc d~ douze ou quinze heures. Le délétaire fe porte quelquefois fur îe méfentère, fur les reins, fur le trajet des gros vaiffeaux du ba^-ventre; les malades ont d'a- bord un violent accès de fièvre , après quoi il y a abfblue proilrarion de force : le malade dit r.e rien fentir ; il cherche à fe précipiter hors dé fon lit , cet état dure deux ou trois jours, après lefquels le malade périt 3 couvert d'une fueur froide 6c gluante. Les lignes du charbon ne font point équivo- ques. Quand on voit une tumeur, dont le centre eft couvert de quelques plictennes, remplie d'une férofité rouffeâtre, avec enflure quelquefois, fans chaleur autour de ce foyer, on peut décider que le malade a le charbon ; fi le délétaire s'eft porté fur les parties intérieures, il eft plus difficile à reconnoître, mais on n'eft pas long-temps dans l'incertitude ; la violence des accidents qui n'ac- compagnent avec autant de rapidité aucune, autre maladie, annonce bientôt fa nature. Si le charbon eft à l'extérieur, que le malade ait peu ou point de fièvre, qu'il y ait des mar- ques de fuppuration , avec un efearre bien formé dans le centre, on peut décider que la maladie ne fera pas mortelle ; mais fi la tumeur difpa- roît fubitement, que le malade devienne froid, avec douleur de reins , agitation , inquiétude , le malade va périr. Si le charbon eft dans les parties intérieures, on peut dire que le malade périra , parce qu'il n'eft point d'exemple bien conftaté qu'il en foit rcc!vmr>é "n feul : l'ufage des remèdes intérieurs, ni l'action extérieure des véficatoires ne font M iv 184 Sur les Maladies ni affez puîffants, ni affez prompts pour détour- ner un délétaire qui a déjà détruit la partie fur laquelle il s'eft jeté à 1 inftant même où il s'eft fixé. Nous fuivons pour le traitement de cette cruelle maladie les indications que nous préfente l'état du malade ; nous avons reconnu que le pus feul eft capable d'envelopper 6c d'entraîner l'humeur délétaire ; en conféquence nous employons des larges véficatoires , 6c nous favorifons autant qu'il eft en notre pouvoir la fuppuration de la tumeur : fi c'eft dans le commencement de ta maladie _, que la fièvre foit violente , le fujet ro- bufte, le pouls fort 6c plein , nous faifons une ou deux baignées, mais on doit craindre d'aug- menter ta proftration des forces. Nous employons d'abord les acides végétaux 6c les minéraux; lorfqu'il y a des marques de fuppuration, nous donnons le quinquina : ce re- mède paroît bien opérer pour détruire les reftes du délétaire , mais fon ufage m'a paru dangereux dans les commencements. Si ta tumeur eft confiderable , qu'elle tende les parties environnantes au point d'intercepter la C culation , on fait quelques incilions ; mais ce moyen eft bien infidèle, 6ç il produit rarement l'effet qu'on en attend. Nous extirpons le plutôt poflible l'cfi arre, car il contient une partie confiderable du délétaire. Si l'enflure dure long-temps autour du foyer, nous y faifons des incifions, parce que nous don- nons iffue à du pus qui s'eft infiltre dans le tiffu cellulaire; 6c lorfque les mufcles font en pour- riture, on les enlève 6c on panfe avec un digefi- tif : pour terminer la cure , on purge deux ou trois fois le malade avec un purgatif auquel on joint le quinquina. Épizootiques. 185 Si la maladie eft interne, aucun des remèdes que nous avons employé jufqu'ici n'a eu aucun {ucecs ; nous fuivons les indications : fi c'eft fur l'eftomac que s'eft jeté le délétaire , ou fur les inrciiins, nous employons les mucilagineux , les emolients ton ours inutilement ; fi c'eft fur le foye, le méfentère , les reins, le trajet des gros vaiffeaux , nous avons tenté les faignées, qui n'ont point réufli, ni les acides minéraux ni le quinquina : nous couvrons les malades d'emplâtres véficatoires, nous évacuons avec des minorarifs, mais nous n'avons pas eu la fatisfaction d'en fauver un feul. OBSERVATIONS Faites au quartier du Trou. . Première Obfervation. Un jeune Nègre robufte , âgé de 24 à 1 j ans, fort languin , après un accès de fièvre , eut au côté droit une tumeur, tenant plutôt de l'cm- phifeme que de l'inflammation, fi ce n'eft qu'au centre il y avoit quelques pullules qui tendoient avec chaleur environ un pouce de la peau : le refte étoit mou , cédant au doigt ; cette tumeur dans fon entier becupoit un cercle de huit pou- ces , 6c s'élèvoit de deux au centre ; le pouls étoit petit Cependant je n'héfitai point à faire , dans le laps de douze heures, deux fortes fai- gnées , 6c je fis une incinon cruciale fur ta tu- meur d'un bout à l'autre : j'appliquai de forts fuppuratifs fur l'ouverture : j'adminiftrai forte dofe de liqueur minérale, anodine, 6c je vis avec 186 Sur les Maladies une fatisfaction complctte qu'il fe formoit an milieu de l'incifion une efearre qui avoit bien quatre pouces, 6c qui commençoit à être en- vironné d'un cercle de fuppuration : peu après j'enlevai l'efcarre , 6c le malade a parfaitement guéri. Je crus avoir trouvé le moyen d'arrêter une maladie dont tout le monde commençoit à s'alarmer, 6c que je ne devois plus la craindre : je ne fus pas long-temps à revenir de mon erreur. Deuxième Obfervation. Deux jeunes Négreffes furent à la fois atta- quées , l'une au dos 6c l'autre à l'épaule , d'une tumeur de la grotbur 6c de l'étendue de celle ci-deffus; la maladie avoit le même caractère: je leur fis le même remède; elles périrent toutes les deux : ie trouvai à l'une une fubftance couen- neufe fur l'eftomac 6c le foie qui étoit enflammé, & à l'autre une même fubftance couenneufe fur un des reins. Troifùme Obfervation. Un autre Nègre vigoureux mourut fubitement. Je trouvai les inteftins remplis de viande , j'y a-r>erçus beaucoup de taches rouges 6c noires, environnées d'une couenne jaunâtre de la gran- deur d'un demi-pouce, le méfentère étoit en- flammé 6c garni d'une couenne épaiffe jaunâtre, qui s'étendoit de fix pouces ; les veines méfen- teriques qui aboutifîent à la veine-porte étoient aufli toutes enflammées 3 6c le foie étoit gorgé de fang 6c d'une bile jaune 6c très-tenue. Épizootiques. 187 OBSERVATIONS Faites fur l'habitation de M. le marquis de Galifet y quartier de la Petite-Anfe. Première Obfervation. Un Nègre nouveau fit attaqué, le 27 octobre dernier, d'une fièvre très-violente; ce Nègre étoit fort 6c robutte : le clurbon ne régnoit point alors. Je laignai ce Nègre ; je m'appèrçus alors de di- minution dans la force du poub ; ta clialeur me parut moins vive , mais la tête étoit plus en- gagée qu'auparavant ; le malade ne fe piaignoit pas du bis-ventre qui étoit météorifé : ie regar- dai cette maladie comme une fièvre : j'appliquai des larges emplâtres véficatoires qui opérèrent autant que je pouvois l'efpérer : j'adminiftrai le kina 6c l'acide vitriolicme ; ce Nègre fe tour- mentoit, cherchoit à le précipiter hors de fon lit ; lorfqu'on le queftionnoit où étoit fon mal^ il répondoit je fuis mieux ; enfin le 31 octobre au foir il mourut. Je fis l'ouverture de fon ca- davre; je trouvai le bas-ventre rempli d'une fé- rofité rouffeâtre en aufli grande cpumtité que s'il eût été hydropique, 6c un charbon fur le fois qui étoit gorgé , 6c dont le lobe moyen étoit couvert d'une couenne rouffeâtre. Deuxième Obfervation. Un jeune enfant de 12 ans fut attaqué à 1a gorge j le 29 novembre au matin, d'une tumeur œdéinateufe qui lui enveloppoit tout le côté droit i88 Sur les Maladies du cou 6c de la face, dont le centre étoit fur ta glande parotide , ou il y avoit quelques pullules ; la fièvre étoit violente, les yeux lui ibrtoient de la tête, toutes les "eiucs qui raprxrcnt le fang de la tète paroiffoient bridées : on lui fit des in- cifions fur la tumeur : en y appliqua des cara- plafmes emolients ; on employa le fel fédatif, les acides vitrioiiques, les emplâtres véficaa ires ; en peu d'heures il devint fxoid, la tumeur s'af- faiifa, 6c le malade néric le foir. L'ouverture du cadavre fit voir plufieurs points d'un rouge noir fur les inteftins, environnés d'une couenne comme aux autres. Troifème Obfervation, Un Nègre infirme fut attaqué, le ï décembre- furie foir, fubicement, d'un vomiffcment d'une matière jaunâtre, qui bientôt devint noire comme du fang pourri ; en peu d'heures il devint froid 6c expira : je fis l'ouverture du cadavre, 6c trou- vai dans l'eftomac huit ou dix tumeurs noires, environnées d'une couenne de la grandeur d'un pouce, avec inflammation en plufieurs autres en- droits. Quatrième Obfervation. Une Negreffe d'un certain âge fut attaquée,. le ï novembre, d'une tumeur au foin 3 fans puf- tule , qui triploit fon volume, 6c d'une autre fous l'aiffelle : on lui appliqua beaucoup d'emplâtres véficatoires au cou , au dos, au bras : on lui adminiftra les remèdes ci-deffus ; les tumeurs dis- parurent ; elle eut un cours de ventre de ma- tière d'abord bilieufe., puis enfuite noire 6c verte, &: périt le deux. A l'ouverture du cadavre on Épizootiques. 189 trouva les inteftins farcis de tumeurs noires 3 avec une couenne autour. Cinquième Obfervation. Un petit enfant de huit ans entra à l'hôpital le deux, 6c mourut la nuit fuivante. A l'ouver- ture du cadavre on trouva plus de quarante tu- meurs de la largeur d'un pv>..c dans le cm:.' i: - teftinal : les tumeurs étoient comme ae^ tuber- cules , d'une couleur rouge noire. Sixième Obfervation. Un autre enfant, à la vérité valétudinaire , eft entré à l'hôpital le trois au matin, 6c eft mort dans la nuit fuivante. A l'ouverture du cadavre on trouva le foie gorgé de fang 6c d'une bile jaune 6c limpide, avec une couenne rouffeâtre en plufieurs endroits. Septième Obfervation. Laurence fut attaquée le deux fur la glande parotide droite 6c fur les paupières; le trois il y avoit fur les paupières trois champignons d une matière blanche 6c glutineufe de la grofféur d'une noilètte: on fit des incifions en plufieurs endroits: on renouvelia les emplâtres véficatoires qui four- nirent beaucoup ; le quatre la tumeur s'aftaiffa, 6c elle mourut dans la nuit, après avoir eiïuyé un cours de ventre très-opiniâtre. A l'ouverture du cadavre on trouva les inteftins enflammés d'un bout à l'autre. Huitième Obfervation. Une jeune Négreffc nourrice fut attaquée d'une i?o ^ Sur les Maladies trmeur groffe comme une noifettc au-dcffous de la clavicule droke ; cette Négrclfe n'a point eu de fièvre ; elle allaitoit fon enfant : on lui appli- xi une large emplâtre véiicatoirc ; elle avoit e l'appétit ; la tumeur ne formoit point d'ef- catre : le cinquième, la tumeur difparut ; à cet époque on lui ôta fon enfant qui n'a point été malade, 6c qui n'a rien communiqué à la nou- velle nourrice. On réitéra les véficatoires : on lui donna une forte décoélion de ferpentaire de Virginie ; elle eut un cours de ventre qui termina les jours en peu d'heures. A l'ouverture du ca- davre on trouva les inteftins remplis de tumeurs noires» Neuvième Obfervatioû. Antoine entra à l'hôpital le huit, avec une tu- meur qui n'engorgeoit que la glande parotide : cette tumeur étoit dure, fans douleur, fans cha- leur ; 6c fi le charbon n'eût pas régné, cette tu- meur ne l'aurait jamais fait foupconner. On lui fit le même traitement qu'aux autres ; ce Nègre difoit je n'ai rien , j'ai befoin de manger : le dix- fopt la tumeur difnarut tout d'un coup , le Nègre devint froid 6c expira en trais heures. A l'ou- verture du cadavre on trouva le bas-ventre rem- pli d'une quantité prodigieufe d'eau rouffeâtre, & le méfentère ne rcffemblant plus qu'à une maTe de fang noir couvert en plufieurs endroits d'une couenne rouffeâtre. D'X'ème Obfervation. Un autre Nègre fut attaqué : le foyer du char- bon étoit fur les paupières de l'œil droit ; il fe forma au quatrième jour un cercle de fuppu- ration qui a enlevé toute la peau des deux pau- 3 Épizootiques. toi bières; le fix on lui fit des incifions d'où il dècd U beaucoup de pus qui étoit infiltré dans ie tHu cellulaire: le huit une partie des mufcle., des paupières, des lèvres tombèrent en pourrinre; il s'eft établi depuis une abondante fuppuration, qui nous promet la guérifon de ce Nègre. Nous ne faifons point mention des autres Nè- gres morts de cette maladie , parce que ce ne ïcroit qu'une répétion de ce que no-s venons d'expofor ; nous avons choifi les traits les puis frappants, afin de mieux faire connoître la vio^ lencc 6c fon caraélère, —^raaami iiéwiii—i OBSERVATION Communiquée par M. Millot, préfiderr: dû Cercle 3 membre de la Chambre d'agricul- ture du Cap. L'épizootie fur les animaux a fait fes rava- ges en 1777 6c 177S fur l'habitation Millot, dans le quartier de la Petite-An fe. M. Millot a obfervé que le Gramen fécale 3 vulgairement dit herbe à bled , couvrait les favannes ; que les animaux étoient obligés de s'en nourrir , 6c que la maladie s'arrêta, lorfque les animaux trouvèrent d'autres herbes à manger : il a vu périr fur une kabka- bitation voifine beaucoup de mulets 6c quelques bœufs ; 6c la mortalité a cefle, lorfque la icnfi- tive qui matelaflbit la favanne a été arrache'c & détruite (6). M. Millot penfe d'après cela, queîa (6). M. Defportes dit que la fenfitive eft: vanité zix plufieurs, comme alexipharmaque ; mais que l'on a. nb.;e cette vertu à fa racine , paice qu'elle fait vomir, & qu'il eft plus ta^e de n'en pas faire ufage. V. Tr ab. des pi. de St-Dom. T. III , p. xi 8 & 119. J'ai vu employer la racine ie fenfuive en décodion ; c'eft un vomitif très-doux. î9z Sur les Maladies qualité des pâturages peut influer fur le carac1 tére 6c la nature de cette epizootie, qui s'annonce quelquefois avec affez de lenteur 6c de bénignité, pour pouvoir être obfervée 6c foignéc avec fucecs; mais dont 1a marche a été quelquefois fi rapide, qu'il n'y a qu'un très-court clpace de temps entre l'époque apparente de fon mvalion 6c fa fin, qui j dans ce cas, eft toujours fonefte. M. Millot a obfervé que cette maladie étoit contagieufe, 6c qu'elle fe communiquoit aux Nègres par une forte d'inoculation, ce qui lui fait penfer qu'il feroit peut-être avantageux d'inoculer les animaux à finvafion d'une maladie peftilen- tielle. Obfervation. Le Nègre Nicolas, créole, fils d'un Nègre 6c d'une Négrcffe Arada , chargé de foigner le trou- peau de bœufs, avoit été obligé d'en panfer un" qui avoit eu une douzaine de pullules à la cuiffe. Il introduifoit fon doigt dans une de ces puftu- les , qui étoit devenue fanieufe , pour en faire fortir une matière blanche 6c épaiffe , 6c; il a con- tinué à foigner cet animal pendant troisJemaincs: il eft venu à l'hôpital dans le mois d'août ; il avoit à deux travers de doigt, du pli de l'aine droite., une tumeur groffe comme un œuf; elle etoit ulcérée dans fon milieu , très-enflammée 6c mon- trait une difoofition à la gangrène : on enleva l'efcarre gam-uxneufe, l'ulcère fe détergea , ta cicatrice fe fit avec célérité & le Nègre reprit fes occupations. Il revint à l'hôpital en octobre ; la tumeur s'étoit renouvcllée à la cuiffe ; il en avoit au bras droits , dans la partie intérieure , une fé- conde bien plus confiderable; l'inflammation etoit légère, Épizootiques'. 19$ légère , mais il y avoit une grande tenfion qui s'étendoit jufqu'à l'avant-bras : on fentoit *de ta fluctuation dans le centre de la tumeur ; on ap- pliqua un emplâtre dyachilum 6c un cataplafme émollient. On regarda cette tumeur comme humorale, fimpie 6c formée par congcftion : on en fit l'ouverture cuielques jours après; mais, quoique le malade ne parût pas avoir de fièvre ni d'al- tération fenfible, le gonflement augmenta, ta gangrène parut , 6c la tumeur, qui n'avoit d'a- oord rendu qu'une humeur fanglante 6c gangre- neufe, exaloit une odeur infoutenable. On reconnut alors que cette tumeur étoit charbonneufe ; on fit des incifions qui fournirent une humeur jaune 6c fanieufe : on enleva, tout ce que l'on put de la tumeur ; on employa les antilbptiques les plus puiffants , comme le kina, l'cfprit de tafia , le ftirax , le camphre , le fel ammoniac : on avoit donné l'émétique 3 qui n'a- voit pas produit un grand effet : on adminiftra le kina intérieurement , la fuppuration s'établit 6c paroiffoit bonne ; cela détermina à changer les panfements 6c à n'employer que les digeftifs (impies ; la fuppuration cefla fubitement , 6c l'ulcère prit un mauvais afipect : on revint au ftirax ; la fuppuration fe rétablit : tout paroiffoit aller affez bien , lorfqu'on apperçut une nou- velle tumeur entre l'aiffelle 6c le teton ; celle-ci fut encore ouverte 6c fournit un pus louable : on employa le ftirax dans le panfement, 6c il s'établit une bonne fuppuration. La tumeur de la cuiffe, qui avoit été ouverte 6c panfée avec les mêmes moyens , paroiffoit fe cicatrifer. L'abondance de la fuppuration 6c l'altération Î94 Sur les Maladies ces humeurs avoit fait maigrir beaucoup le ma- lade , il repofoit bien 6c if avoit pas de fièvre, 6c il ne fouffroit guère que dans les panfcments; il furvint un léger devoicment : on adminiftra un minoratif avec de la rhubarbe 6c un cordial, ce qui produiht un bon effet. En novembre, on fut obligé de fearifier 6>C d'enlever un point gangreneux qui s'étoit mani- feiié vers le coude , cette opération parut fati- guer le malade ; il témoigna de l'impatience 6c de l'humeur ,• on fit malgré cela de nouvelles taillades, parce que la gangrène faifoit des pro- grès , elle s'étendit jufqu'au vifage , qui étoit pâle 6c livide ; on y fit des incifions , 6c on continua les mêmes moyens. Quoicme le malade s'aflbiblît tous les jours, on crut pouvoir efpérer encore , parce que la gangrène parut s'arrêter, que les ulcères le dé- tergèrent 6c fournirent une bonne fuppuration; ta tumeur de la cuiffe étoit cicatrifée , mais il reftoit encore une glande dure 6c fquirreufe , 6c ce fut un nouveau germe qui fe développa : la perte du fang dans les fearifications , la fuppu- ration abondante , jetèrent le malade Mans la diffolution & l'épuifcmcnt : fes jambes enflèrent, tout fon.corps pâlit; il mourut le premier dé- cembre. EXTRAIT du rapport du Mémoire de M. Pelifïotj par M. Guiot, maure en chi- rurgie 3 affocié du Cercle. L'exactitude des deferiptions eft une qua- lité précieufe dans les obfcrvations de médecine ; des circonftances qui ne paroiffoient à l'Obfer- vateur que mériter peu d'attention 3 deviennent ÉpizOotiquesl 195 des foyers de lumière pour l'homme de l'art lait pour les appercevoir ; en forte que de ta prolixité , ou de la trop grande concifion , le premier de ces défauts eft plus profitable pour l'art que le dernier. M. Peliffot regarde , avec yraifemblance, l'u- fage que les Nègres de ces habitations ont fait de la viande des animaux morts de cette ma- ladie , comme la caufe de l'épidémie. Il décrit d'une manière fort abrégée les fym- tômes de la maladie ; mais, malgré cette pré- cifion j on reconnoit dans fon tableau les va- riétés dont parle M. de Sauvages : Pejlis benigna 3 pejlis interna 3 pejlis retrocedens. Il rend compte enfuite de la conduite qu'il a tenu dans la cure , tant de la fièvre que du charbon. Les moyens qu'il a employé, par rapport à ta première, fé réduifent aux ântifeptiques inté- rieurs , aux cordiaux 6c aux minoratifs ; quant au charbon, il s'eft fervi des incifions 3 de l'ex- tirpation , de l'efcarre , des digeftifs animés. Il finit enfin par expofer ce qu'il a vu à l'ou- verture d'une douzaine de cadavres* Nous devons à M. Peliffot la juftice de dire, que fon mémoire eft écrit avec ordre, 6c que les moyens qu'il a employés pour combattre le terrible fléau qui a défolé les habitations de M. le marquis de Galifet font ceux que , mal- heureufementj l'on a prefque toujours vu inutiles entre les mains des plus habiles gens de l'art. D'un autre côté , nous fommes forcés à dire que nous aurions defiré qu'il eût donné plus d'étendue au détail des fymptômes de cette fiè- vre peftilentielle , qu'il en eut fuivi avec exac- titude les différences individuelles , qu'il eût N ij \ç)6 Sur les A fa!a dies donné la préférence a.x émétiques fur les mi- no rat ifs, 6c même les purgatif. , dans une ma* ladic dont le foyer étoient évidemment dans l'eftomac. Si la defeription de l'épidémie des animaux eût fait partie de fon travail ; fon mémoire déjà fort intéreffant par l'importance du fujet, l'eût été bien davantage. Ext RJIT d'un Mémoire qui a pour titre : Defeription d'une maladie épizootique qui régnoit à Saint-Domingue, dans la dépendance du Cap-François , dans les années 1772 3 1773 & i774> Par M. Regnaiidot 3 D. M. au Port-Louis, île Guadeloupe, affocié du Cercle. L'Auteur, préfume que c'eft fur l'habitation Carré , au quartier Morin, que la maladie a pris fon origine ; il paroît au moins, par toutes les recherches que l'on a pu faire à cet effet , que cette habitation a été le foyer de la con- tagion , car il feroit poflible que le principe fût venu de plus loin. Cette maladie avoit déjà fait périr depuis fix mois cinquante mulets ou chevaux fur l'habita-1 tion Carré , fans qu'elle fe foit communiquée à aucunes habitations voifmes ; elles n'en ont mê- me reffenti aucun effet pendant plus de dix-^ huit mois. La maladie , dont la marche étoit infidieufe 6c la nature très - maligne , attaquoit les che- vaux , les mulets 6c les bœufs ; ces derniers animaux cependant ont été les moins maltraités. L'habitation Carré 6c l'habitation Dupaty, Épizootiques. *97 diftantes l'une de l'autre de plufieurs lieues, étoient adnuniftrées par la même perfonne ; les Nègres 6c les animaux des deux habitations com- muniquoient néceffairement cmèmbic, 6c il eft prouvé que la maladie fut apportée de l'habi- tation Carré fur l'habitation Dupaty, par un cheval qui avoit léjourné pendant deux mois fur la première habitation , 6c qui fut ramené imprudemment fur la féconde , où il eft mort quelques jours après. Cette maladie fit périr fur l'habitation Dupaty, dans l'efpace de trois mois , quatre-vingt mulets3 fans compter les chevaux & les bœufs. Elle commençoit à fe ralentir fur l'habitation Dupaty, lorfqu'on la vit le répandre, non fur les'habitations voifmcs, comme on I'avoit^pré- fumé avec frayeur , mais dans quelques habita- tions de la Petite-Anfc 6c de la Plaine du Nord; 6c ce ne fut que quelques temps après qu'elle parut for les habitations Lapïaignc , ; Sacanville 6c Macarty : dans le voifinage de l'habitation Dupaty ; l'habitation Laplaigne fouffrit autant de la malignité de cette epizootie que l'haoï- tation Dupaty ; on ne fauva prefque aucuns des animaux qui en furent attaqués ; l'habitation Sa- eanville perdit rapidement fept à huit mulets ; le mal parut ceffer , mais il fe rcnouvella en- core , cependant avec moins d'intenfité ; car il n'y eut que quelques animaux qui en furent atta- qués , 6c on en guérit quelques-uns. L'épizootic ne" fit périr que trois mulets fur f habitation Macarty, quoiqu'il y en eût plus de cinquante qui en furent atteints.. La maladie paroiffoit éteinte for l'habitation Dupaty : on crut, deux mois après , pouvoir remplacer les animaux c-uc l'on avoit perdu* f N lij ï98 Sur les Maladies mais il en périt quinze dans fefpace de quel- ques jours. - On a vu la contagion fe répandre fucceflivc- ment dans un grand nombre d'habitations de l'Acul, de la Plaine du Nord, £e même de la Petite-Anfe ; elle a montre dans ces différents quartiers ta même irrégularité dans fa marche, le même caractère de malignité 6c de fixité dans fes principes ; elle a fait des progrès rapides , meurtriers, non-interrompus , dans quelques en- droits : fa marche a été plus tente dans d'autres endroits , 6c elle a laiffé des intervalles affez longs entre fes différentes attaques. Il y avoit beaucoup de féchereffe à finvafion de la maladie : l'herbe des favannes étoit brûlée, les marres étoient corrompues ; ruais la variété des faifons ne parut pas apporter de changement dans fon caractère. La pefte la plus terrible ne tue pas plus promp- tement que cette maladie ; elle ne paroiffoit an- noncée par aucuns figues précurfeurs : on a trouvé morts beaucoup d'animaux que l'on avoit jugé quelques heures auparavant être dans la meilleure fanté ; fouvent l'inftant apparent de la maladie a été celui de ta mort ; fa durée a toujours été fort incertaine , le plus grand nombre des ani- maux périffoit dans la première femaine ; ce- pendant quelques-uns ont rélifté jufqu'au quin- zième , 6c on a confervé une partie de ceux qui n'ont pas fuccombé à cette époque» On pourroit diftinguer cette maladie , relati- vement à fa durée , en très-aiguë &• aiguë Am- plement dite 3 6c en prolongée. Sous ta première dénomination , on compren- drait , avec raifon , celle qui tue les animaux ;fur lç champ, ou dans peu d'heures » fous ta Épizootiques. 199 féconde, celle qui ne fe termine que dans ta première femaine ; fous la troifième enfin , celle qui dure jufqu'au quinzième 6c au-delà. Lorfque la maladie agit avec toute l'énergie de fit malignité , elle ne peut être ni prévue, ni traitée ; l'animal mange comme à fon ordi- naire , il n'a pas maigri, fon poil n'a pas chan- gé , fes allures font les mêmes ; tout a coup il paroît trifte 6c abattu , il refufe la nourriture, les flancs lui battent, fes oreilles font froides, l'animal fe lève 6c fe couche alternativement, 6c il périt : quelques-uns font morts dans le moment que , foupçonnant leur maladie, on pla- çoit la ligature pour les faigner. On a obfervé au quartier Morin que les ani- maux épreuvoient ta douleur la plus vive avant de mourir ; ils s'agittoient, frappoient des pieds > cherchoient à mordre , s'élançoient contre les murs : on n'a pas fait la même obfervation fur l'habitation Dupaty. les fymptômes de la maladie font l'abatte- ment de l'animal, les tumeurs externes , l'oppref- fion , le râle , le fimement de la poitrine, l'écou- lement d'une finie putride par l'anus; dans le bœuf, l'écoulement abondant d'une humeur mu- queufe par les nafeaux, comme dans ta gourme, ie boursouflement du rcclurn 6c de la vulve qui fe font jour au-dehors : on n'a pas apperçu de fièvre dans cette maladie redoutable. L'ouverture des cadavres n'a produit aucun ac- cident à ceux qui s'en font le plus occupé : ce moyen, qui eft le plus propre à donner des lu- mières fur la nature des maladies 6c fur les dé- fordres qu'elles produifent, a fervi dans cette occafion à confirmer les préventions maîhcurcufes de quelques perfonnes qui, fb hâtant de pro- N iv aoo Sur les Maladies noncer fur des obfcrvations fupcrficicllcs 6c fur des apparences équivoques, ont attribue cette maladie à un maléfice qui n'exiftoit que dans; leur imagination. On a obfervé i°, des engorgements inflamma- toires fur différentes parties, mais principalement fur l'eftomac des chevaux 6c mulets, fur les ef- tomacs 6c les inteftins des bœufs : ?-°, des échy- mofes intérieures ou des engorgements d'un fang noir coagulé, defféché , ce que l'on a pris mal à propos pour des efcarres gangreneufes : 30, des épanchements de fang dans la poitrine, 6c quel- quefois fur les lombes dans les bœufs : 40, des, épanchements féreux dans le ventre & la poi- trine : 50, des infiltrations du même genre dans le tiffu adipeux , tant à l'extérieur que dans les vifeères : 6°, dans l'époque definvahon de ta ma- ladie , une quantité proeiigicufe de vers crinons 6c des œftrcs, avec érofion du duodénum de l'eftomac, des petits abcès fiftuleux placés entre les tuniques de l'eftomac 6c des inteftins, 6c remplis de vers crinons : ces vers avoient percé quelquefois les inteftins 6c avoient pénétré dans le méfentère où étoient tombés dans le ventre. Il eft bien effenticl de favoir que M. Vitet, qui donne la defeription de douze ou quinze épi- zooties, rapporte que l'inflammation de l'eftomac 6c du duodénum a été obfervé très-fréquem- ment ; fi les perfonnes qui ont été confultées fur la nature de cette maladie avoient connu cette obfervation , elles auraient eu l'avantage de calmer les efprits, de prévenir des châtiments injuftes. Quoique l'inflammation dont nous parlons ait été bien commune, on ne l'a cependant pas. ^oujours obfervée, même chez des ammrrex dont- Épizootiques. i o I îa mort avoit été rapide. Quelquefois cette in- flammation n'étoit qu'une légère phlogofc; mais d'autrefois le duodénum ne préfentoit qu'une furface fanglante 6c livide : les aliments étoient alors defféchés 6c couverts d'une couche mince d'humeurs blanchâtre 6c concrète qui adhérait à leur furface ; lorfque l'inflammation étoit moins confiderable , elle n'étoit pas répandue uniformé- ment j il y avoit des points d'un rouge plus foncé; la membrane intérieure étoit fur-purée d'cfpace en efpace : nous avons mène trouvé chez un mulet de l'habitation Cagnct à l'Efterre, l'efto- mac percé d'un trou à y mettre le Douce, avec une in'tammation livide à fa circonférence; les inteftins de cet animal étoient très -enflammés; la portion fupérieure de l'eftomac a toujours paru faine : nous n'avons vu le contraire que chez deux animaux. Dans le bœuf, la membrane intérieure 6c ridée du feuillet s'enlèvoit avec beaucoup de facilité ; les autres tuniques étoient très-enflammées; l'in- flammation étoir plus forte fur la caillete 6c les gros inteftins, mais elle paroiffoit avoir toute fon intenfité furies inteftins grêles qui étoient livides, gangreneux, 6c rempli d'un fang putride ; la rate a été trouvée fouvent engorgée d'un fang noir 6c fans confiftance : on a trouvé aufli un épan- chement d'un fang noir grumelé , foc fur les reins : ces animaux periffoient plus promptement que les bêtes cavalincs. Les vifeères de ta poitrine étoient engorgés 6c paroiffoient avoir fouffert de l'inflammation : on a trouvé des vers dins le thymus qui étoient quelquefois engorgé par un fang noir coagulé. On n'a pas apperçu de léfions dans le cerveau , mais l'Auteur croit que ce vifeère n'en étoit pas ioi Sur les Maladies exempt; 6c que fi on ne les a pas apperçues, c*c& parce que les obfervations n'ont pas été affez nombreufes , ni faites avec affez d'exactitude. Le fang que l'on tirait aux animaux avant oit après i'invafion de ta maladie étoit d'abord d'un rouge vermeil; il fe couvrait deux ou trois heures. après d'une couche d'une gelée molle 6c blan- châtre. Les collections féreufes, qui paroiffoient au ventre 6c fur-tout au fourreau, annonçoient lé plus fouvent un événement fâcheux ; celles qui paroidbient 6c difparoiffoient alternativement croient: d'un mauvais augure : lorfque le batte- ment des flancs fe joignoit aux tumeurs, le mal étoit défcfpéré; lorfqu'au contraire le battement des fanes ceffoit, & que ces tumeurs féreufes étoient dégorgées 6c rcndoient une fuppuration abondante 6c louable, c'étoit un figne avanta- geux : les tumeurs extérieures n'indiquoient pas toujours-la terminaifon de la maladie > mais elles étoient un figne de fa durée. . La douleur vive, marquée par les mouvements impétueux de l'animal, Topprcffion , le râle , le fimement de l'a poitrine qui indiquoit l'inflamma- mation de cette partie 6c des épanchements A étoient des firmes mortels. O L'écoulement d'une fanie putride par l'anus, dans îe bœuf, étoit un figne mortel ; l'écoulement muqueux par les nafeaux n'indiquoit rien pour la terminaifon de la maladie. Le bourfouflement de la membrane intérieure du rectum 6c de la vulve chez les chevaux 6c les mulets indiquoient la mort. La maladie dans fon invafion 6c à l'époque de la plus grande mortalité au quartier Morin , 6c f.u l'habitation Dupaty, paroiffoit vermineufe; Épizootiques. 203' . on prcfcrivit d'après cela un traitement approprié, mais les vers diminuèrent dans la fuite de f epi- zootie; elle parut alors avoir moins de malignité, 6c l'on préfume qu'on doit attribuer ce change- ment heureux à la différence du traitement qui étoit moins incendiaire : cependant l'Auteur ob- fervé que la maladie ne parut réellement s'a- doucir , à l'époque de fon déclin , que lorfqu'il parut des tumeurs, des infiltrations à l'extérieur qui furent foivies d'une fuppuration abondante 6c de bonne qualité; il dit même avoir vu une habitation qui, n'ayant fouffert de la maladie qu'à l'époque de fon déclin, n'a point perdu d'a- nimaux. * M. Regnaudot, dont nous ne pouvons affez louer les vues 6c l'humanité , dit en naliant à la cure que fon objet eft bien moins d'établir des vérités que de détruire des erreurs ; 6c après avoir montré par les railbnncmcnts les plus judicieux qu'il n'y avoit aucun rapport entre les fymp- tômes de la maladie , fa marche , les dêfordres qu'elle produifoit fur les vifeères •& les effets des poifons, tant minéraux que végétaux ; il dit qu'en réfléchiffant fur ta nature des accidents , fur l'ordre dans lequel ils ont pan, la prompti- tude de la mort , le tableau des défordres inté- rieurs , il n'eft aucun Médecin qui ne reconnoiffe les caractères d'une maladie contagieufe , ma- ligne , inflammatoire , dont le principe 6c l'ac- tivité fupérieurs aux forces de la nature, à l'épo- que de finvafion 6c de l'état de ta maladie, a paru s'affoiblir au déclin & avoir moins d'éner- gie lorfqu'il s'eft porté à l'extérieur 6c qu'il s'eft formé une dépuration critique ; ce qui établit de l'analogie entre cette maladie 6c les mala- dies peftilentielles caractérifées par des bubons, iks parotides 6c des anthrax, 204 Sur les Maladies Parmi les moyens que l'en a mis en ufage pour combattre cette maladie, les uns ont été manifeftement nuifibles, les autres n'ont eu qu'un fuccès équivoque. M. Rcgnaudot penfe qu'il aurait été aufîî avantageux de laiffer agir la na- ture , que de la troubler par un traitement qui n'étoit fondé que fur des préventions, des obfer- vations infuffifantes , 6c une analogie vague 6c incertaine. L'ouverture des animaux, manifeftantconftam- ment des léfions inflammatoires, aurait dû, dès les premiers temps, faire preffentir l'utilité du traitement antiphlogiftique, 6c fur-tout de la fàignée; mais les préventions de l'exiftence des vers 6c des poifons ont égaré, ck l'on a employé ce fecours 3 qui a été le plus efficace, dans le cas où la maladie étoit de quelque durée; car il étoit inutile , ainfi que tous les autres remèdes, lorfque la maladie étoit très-aiguë : les faignées dévoient être abondantes 6c faites promptement; on faifoit boire en même temps de feau blan- che aux animaux , 6c fur-tout de la limonade nitrée : on en donnoit aufïi un mélange de nitre 6c de camphre,. au moins deux fois par jour. Lorfqu il fè formoit des tumeurs dans des endroits où l'on pouvoit appliquer le cautère actuel, on ne négîigeoit pas ce moyen 3 dans les vues d'ex- citer une fuppuration que l'on entretenoit avec le bafilienm animé, avec les cantharides : cette opération n'a eu aucun fuccès, lorfqu'on l'a fait avant que le gonflement annonçât une dépura- tion qu'il n'étoit pas poflible de déterminer, mais que l'on pouvoit feulement accélérer 6c augmen- ter : on a quelquefois donné des lavements avec l'eau citronnée 6c le gros firop. Les purgatifs j ta thériaque ont été aufli nui- blés que les vermifuges,. Epizootiques. 10} Les moyens de diminuer la contagion font ceux par lefquels on peut empêcher la commu- nication : cette règle a été fuivic riçoureufement en France ; mais on n y a pas tait d'attention dans la Colonie avec affez d'exactitude 6c de foins. C'eft à cette inattention que l'on doit attri- buer ta marche irréguliére que la maladie afiaivie, en paffant foccc-Gr/cment dans des 1 eux fort éloignés les uns des autres, ce qui a contribué le plus à faire préfumer que ta mortalité n'été it produite que par la méchanceté des Nègres , qui empoifonnoient les abreuvoirs, les pâturages 6c les crèches. On doit enterrer les animaux très-profondé- ment : on ne peut empêcher que ceux oui font fains ne communiquent enfemble ; mais il faut bien prendre garde de les enfermer dans des écu- ries ou des parcs, quelques fpaeîcux qu'ils puif- fent être ; on doit même éviter ele les raffem- bler en troupeaux, fous prétexte de les vihtcr, de les panfer ou de lés conduire à l'abreuvoir* EXTRAIT d'une lettre de M. l'abbé de la Haye ^ curé du Dondon, affocié du Cercle^ fur quelques Plantes vénéneufes de Saint- Domingue. BrÉSILLET-Houx (7) : Mançanilla aqui folii foliis, plum. 30 ? Forma arboris habitais. Quali- tatc , Mançanilla, fructus vero diffort. Fiores font hermaphrodite. Radicatio , ramofa fibrofà : ramificatio fimplex , crecta, articulis ftipulaccif- cincta , foliatio conduplicata , folia compofita , (7). Subnomine E.efùL't, no^uarar plùiin:.-c , i-intx \j.z- tenxntes vendions. io£ Sur les Malàd'es pinnata cum impari» alterna, foliota obîonge, cro- ie aculeate , nervis rotundis, intcgris. Infloreicen- cia axillaris, corymbofa ; calix tndentatus ; pe- talatria , acumiruua , patentia, concava : maf- culi très, filamenta brevia , reccptaculo inferta ; anthère didyme ovate : femina, mafculis major, ovata y trifulca, ftili très brèves ftigtreata obtufà : fructus drupa parva trigona coceinea , nuclcus foré trigonus 3 uniîocularis ; femen unicum. Virt. fuccus lacteus , perfide corrofivUs 8c valde cauf- ticus. Planta circum aquas intenemorofa nafcens. Plurimi phafcoli funt démentantes 6c fufpecti intcrquos precipue. Pois à gratter : Dolichos, flore racemofo atro purpurco , phafcolis fpecies. Lin. 704, virt. planta fufpccta proptcr, odorem empyreumati- cum , proptcr tomentum pungens 6^ inflamma- tivum : vermifugum cjuidem , cum melle, fyrupo aut olco fumptum , fed mea fententia periculo- fiim rcmcdium. Apocini afclcpias flore rubro , 6c, flore albo , nerii, plumcria, 6c omncs hujus familia: lactef- ccntes plante, perverfum habent indolcm : his jungi debent convolvuli fiavo flore. Émcri intcrquos indigo feri precipue nuncu- pandi fiant,. hemerocallis flore rubro 6c phyla- delpha , excitant potenter 6c pcriculofe advo- mitum. Capficum corrofivum , valdè hujus radix lethi- Fcra. Vomitum ufque ad necem excitant pinet croton , ricini, )atrophe , 6c precipue radix fcn- fitive foinofe 3 que omnia nociffima. Radicis jatrophe fuccus primitivus necat, fubftantia, fa- rinacea , focco nurgata nutrit. Nicotiana , datura , narcotice dcmentatcs Rodomeliî. Pomme rofe radice vcnencfa dcnatur, Épizootiques. a 07 lit aiunt; idem affertio vcrfatur circa (eminaîi- gni, vulgo Bois rouge , diéti. Sufpccti 6c rari cra- cunculi, fagktarie. Maipighia , fubnomine Bois capitaine , nota , fufpecta propter aculea foliorum: melie fructus, (liiac défendes ) venenofos dîckur. Narcotica 6c pravâ indole donatus lios ille ; > Jafmin de Cayenne dictus , odor ejus offendit ccre- brum. Quid dicam de fœcunda fungoram fa- milia ; quorum perfida indoles, necando ekleetat» Horrendum genus fpigelie 6c brinvnliera. Quîs ignorât folani maniaci vulgo , Pomme d'amour, perverfas 6c narcoticas qualitatesï EXTRAIT d'une lettre de M. Gauche, adminiflrateur des eaux de Boines 3 affocié du Cercle. L'espèce de Bréfillet, éonnu fous le nom d« bois brûlant ou bois efpagnol, eft le Cixjahirûj. du Spec. de Linné , n° 3. Je ne l'ai pas en- core vu ici, parce que je n'ai pas cncoreparcou.ru la plaine , faute de temps. J'ai vu par hafard? en paflànt par les bois du morne de M. Def- bordes , en février , la ae efp. Cafalphùa caule aculeato , &c. mais qui eft de \x pentandrie : toutes ces efpèces font très-cauftiques, 6c même plus que le mancelinier dont on parle tant. Il eft bon de favoir que ie Bréfillet ordinaire paroît avoir des variétés , ce qui n'eft dû qu'aux différents fols dans lefquels il végète ; 6c qu'à caufe dé cela, il a différents noms en différents quartiers : c'eft ce qui m'a été confirmé ici par des habi- tants des Gonaïves, qui font actuellement aux eaux 6c qui m'ont montré le Bréfillet ordinaire fous le nom de bois brûlant. Le Bréfillet ou Cœfu'pinU ve/icaru eft un ar- • o§ Sur les Maladies fcuftc très-commun à Léoganc. Nous avoris vrt des Nègres, garelcurs d'animaux , attaqués d en- flures vcficulaires très-brûlantes , pour s'être en- dormis fous ces arbriffeaux, 6c avoir reçu l'eau ou la rofée qui tomboit des feuilles ! quelque- fois des Nègres pareffeux s'appliquent des feuilles de cet ar'bafo/fur différentes parties, pour fe procurer des gonflements 6c des ulcérations fu- pcriicielles, qui obligent de les garder à l'hô- pital. Description de la Marcgraviaumbellata, par feu M. Dubourg,, affocié du Cercle. Polyandrie Monoginie. Calice. A fix folioles imbriquées perfiftants i les folioles font obrondes 6c concaves. Corole. Monopctale conique 6c inperforée ; clic s'ouvre par fa bafe quelques temps avant fa chute. Étamine. Nombreux filets courts 6c fubulés, les anthères droites, grandes 6c ovales. PiftU. Un germe ovale fans ftile, fur monté pat un ftigmat rond 6c perfiftant. Fruit. Une baie coriace , globuleufe à plufieurs loges 6c plufieurs battants. Semence. Très-nombreufes, petites 6c obrondes. Port. Cette-plante parafite croît par-tout fol- ies arbres ; fes tiges font toujours pendantes ; Ces feuilles font charnues , entières, lancéolées, alternes 6c portées fur de courts pétioles ; fes fleurs naiffent en forme d'umbelle fimpie , le peduncuïe partiel qui les porte eft garni conf- tamment de petits points de couleur gnfe 6c très-apparent :' l'on trouve fouvent au milieu de l'umbelie deux corps îiectarifxs plus gros qu'un Épizootiques, 20^ "tuyau de plume , 6c long d'environ deux pouces qui diftillent une fubftance glutineufe. Plumier, Jacquins , Brown 6c Sloane en ont donné chacun une bonne figure. Description de la plante nommée h Saint-Domingue Quibé ou Québec , par le même. GLasse Syngenesie Monogamie. Le Québec ou Quibé n'eft autre chofe que ta jLobelia longi flora de Linné. Cette plante croît le long dés ruiffeaux, à la hauteur d'un pied ; fes feuilles font limples, longues, feffiles, den- telées , alternés , 6c rcffcmblent affez à celles de la chicorée. A l'extrémité des branches 6c des tiges naiffent des fleurs d'un beau blanc, très- apparentes ; elles font monopétales, leur tube eft très-long, le limbe plane à cinq divifions pro- fondément lacinècs : du fond de la fleur s'élève cinq étamincs à longs filets qui fe réunifient en cylindre à leur extrémité fupérieure : le germe éft enveloppé par un calice à cinq divifions ; il eft furmonté d'un ftil aufli long que les étami- ncs qui fe termine par un ftigmate charnu 6c bilabié : ce germe fe change en une capfule ovale à deux où trois loges remplies de femences très-fines : le calice accompagne toujours le fruit. Cette plante eft fi acre , qu'elle m'a caufe une fois de fortes ércfions au vifage , pour avoir oublié dé me laver les mains après la démonf- tration publique que j'en fis. Il eft à remarquer que plus elle eft plantée loin de l'eau , moins elle eft acre. Les Efpagnols font d perfuadés de {'a malignité ec du tort qu'elle peut faire aux itô Sur les Maladies beftiaux, qu'ils l'ont nommé matta aivallo ( tué cheval)-. Description du Québec, par M. l'abbé de la Haye. QuiBE : lobelia jafmini flora cardùi folia-lo- belia longi flora, Un: 810 3 cl. 19. ord. 5. plum. 31. tournef. yi. en Efpagnol mata cavallo. Ra- dicatio fibrofa fufi formis. Ramificatio , limplex fevatterna herbaeea , erecta; foliatio, condupli- cata, amplexiscaulis ; folia alterna , fimplicia , finuata, aculeata , oblonga , canaliculata, àcu- minata, quafi fellilia. Inflorefcentia , axillaris, pcdiculi brèves. Calix germen eingens 3 urced- latus, irregulariter pentagonus , nervus, corona- tus quinque foliolis , linearibus, acuminatis, dentatis, ciliatis , fuperiori, breviori, furfom, verfa 3 fubfiftit, crefcit cum fructu dcorfum cur- vatus : corolla monopetala alba leviter eingens ; tubus oblongus, ftriatus j leviter pentagonus, re- ceptaculo affixus ; limbus patens 3 quinque par- titus, laciniis lanceolatis, fore equalibus, faux tubi , hians 6c tomentofa : mafeuli quinque , filamenta fubulata tubo. Longiora, anthère con- nate in eylindrum curvum , fuperne involutum, decem iineis ftriatum , itigma involvens : fem. ovariorum receptaculo immerfum , fuperne libc- rum acuminatum, ftylus cylindraceus, longitu- dine ftaminum ; ftigma obtufum hifpidum : fruc- tu s capfula, calice cincta quafi pentagona 6c rotunda , acuminata , fuperne dehifeens , bilo- cularis > diffepimento pulpofo : fem. Plurima exigua, ovata. Virt. odor fœtidus , empyreuma- ticus, fuccus laéteus, perfide corrofivus, 6c valde caufticus. Planta cireum aquas, nafceils. Épizootiques. 211 • Lobelie : lobelia galeata, oblongo folio , al- binerva, arbuftiva. Fructificatio ut in fuperiori fpecie, odor fœtidiffimus , naufeabundus , in- grate à longe olfaciens, perfidum gehus, perfide limita fpecies recenfende excepta forma corollx galeate. Description de la Canne Madère & de là Canne Congo t par le même. Irc. Canne Madère : Arum foliis lâriceolatis non auritis, arum colefcens canne indice foliis, plum. 4^. Ginandra polyandra lin. 8.49. cl. 10. ord. 1. herba flore rhonopetalo , aurito, tournef. 6y. radicatio fibrofa , carnofa , repens. Ramifi- catio fimpleX, articulata, erecta carnofa. Folia- tio , Convoluta , folia intégra 3 lanceolata, longo pediculo , canaliculato , alato amplexicauli infi- dentia. Inflbrcfccntia e medio foliorufn termi- nalis. Receptaculum , clava , calice 3 cui longi- tudinalitèr affixa, longior, floribus androgini cincta , calix fpatha monophilia aurita , déor- fum curva , accumini unciata , pediculo rotundo incidens. Corollà, nulla. Mafculi fuperiori parte receptaCtili infidélités ; anthère hexagone , obtds lèfïïles. Femine, inferiori parte receptaculi infi- dentes \ ovària rbtunda fefîilia ; ftyli riulli, ftig- mata 3 punctata inter gemina notantur. Cor- pufeuta quedam, rotunda , depreffa , clâvata , incurva» Fruétus, baccè unilocùlares poly fperma\ Virtutes. Succus iftius planté venenofiflime , eft, valdè corrofivus 6C caufticus, planta odor feeti- dus, empireuinaticusl Planta lacuftris. Ie. Canne Congo : Arum foandes foliis auritis, amplis integris-arum feandens., amplifîimo folio3 flore flavéfeente, plum. gyn. pot. lin. ^ty.fegume Q ij îti Sur les Maladies bâtarde: radicatio fibrofa , rcpcns, nodisaffixai ramificatio fimplex , repens, rotunda , articulata: foliatio convoluta folia tema intégra 3 interme- dia, maxima , lanceolata ; longo pediculo cana- liculato infidentia. Inflorefcentia terminalis , t medio foliorum. Receptaculum , clava , calice minor , digiti formis, floribus androgynis tecta. Calix , fpatha monophylla aurita , colorata , acumini unciata , pediculo gracili infidens. Co- rollà nulla. Mafculi fuperiori parte fpadicis in- fidentes, anthère , filanlentis brevibus 6c crafïîs affixe, afpere ; femina inferiori parte recepta- culi infidentes; ovaria rhomboïdalia , irregula- ria , ftyli nulli, ftigmata fimplicia, rotunda de- preffa. Fruéfus , bacce polyfperme. Virtutes, fuccus, laéteus, valdè corrofivus, ex iftâ planta emergit, odor fœtidus , periculum nuntiatj vc- ~"ncnum indicat. Planta nemorofa. Observations fur les effets de la Marc- gravia umbellata, de la Lobelia Longi- flora , ù de la Canne a Madère, par M* Arthaud. Le 10 juin 1787, M. Dcmorancy nous a mar- qué que les moutons 6c les chèvres qu'il avoit perdus étoient devenu enflés; qu'il avoit cru qu'ils étoient empoifonnes par le thibé ou quebec , parce qu'il avoit manqué lui-même de perdre toutes les dents, pour avoir mis imprudemment dans fa bouche Une fleur de cette plante, qui eft fi commune fur fon habitation3 qu'il en a fait fouiller 6C brûler fept cent quarante-deux pieds dans un jour; mais comme il continuoit à perdre fes animaux, il a cru que cela provenoit de ta méchanceté de fes Nègres; 6c ayant trouvé chez un d'eux des rameaux de ta maregravia, il * Épizootiques. 213 cru que cétoit de cette plante dont ils fe fer- voicnt pour cmpoifonner fes moutons 6c fes chèvres : il en a fait manger à une chèvre qui eft morte avec deux qui avoienr été empoifonnees dans la nuit : il en a fait mâcher à un autre fans lui tailler avaler : la tête 6c bientôt tout le corps font devenus enflés. M. Demorancy a donné à cet animal un gargarifme de fel, de vinaigre 6c de feuilles de poireaux : il a défenflé 6c a paru fe rétablir; mais il eft mort quinze jours après. M. Demorancy a obfervé fur une des chèvres empoifonnees un écoulement purulent 6c fanguin par les narines. Quelques jours après, deux chiens qui avoient mangé de ces chèvres, après les avoir déterrées, font morts, l'un dans le même jour après avoir Lut des hurlements affreux , l'autre deux jours après en jetant des cris aigus, ayant les dents ferrées 6c les yeux hors de la rête. M. Demorancy a trouvé dans l'eftomac de qtielqu'uns des animaux , qu'il a fait ouvrir , des jeunes oranges vertes, des citrons entiers 3 des morceaux de patates affez gros ; mais il n'a pas cru que ces corps étrangers euffent produit aucun effet dan- gereux (%). M. Demorancy nous ayant envoyé plufieurs rameaux de maregravia ; nous avons fait piler plufieurs feuilles, 6c en ayant fait un bol nous l'avons fait avaler à un jeune chat. Nous avons. tenu cet animal enfermé fous une boîte pendant trois heures : il eft forti d'une manière très-alerte, 6c il fo porte très-bien. Nous avons fait avaler à un chien un bol de cette plante pilée, 6c nous avons obfervé (8). M. Lapole a Vu des vaches & des bœufs fufFoeju»: par des congés qulls avoient avalas. O ip 2i4 Sur les Maladies pendant long-temps tous les mouvements de Va-, nimah H s'eft endormi pendant quelques temps :, il a éprouvé au bout d'une heure de fortes nau- zées, 6C il a vomi une matière verte qui étoit celle de la plante qui avoir été délayée dans l'eftomac. Six heures après cet animal étoit tran- quille 6c dormoit : nous lui avons fait donner à manger huit heures après, 6>C il n'avoit aucune altération : il fe porte bien depuis trois jours. On ne fera fans doute pas étonné du vomiffcment que ce chien a éprouvé, après avoir pris une plante u peu çims ta convenance dé fes goûts. Ces expériences ne prouvent rien contre ce que M. Demorancy croit avoir obfervé : il falloit en faire une qui fiât dans le cas dé fournir des induétions ; 6c il falloit, pour acquérir des preuves' pour du contré l'opinion de M. Demorancy, faire des éflàis for les animaux fembtables à ceux qu'il avoit perdus. Nous avons fait manger à une chèvre deux rameaux de maregravia : elle étoit tranquille une heure après. Nous lui avons donné un autre ra- meau, au fommité duquel il y avoit un bouquet de fruits encore verts ; l'animal a mangé ce rameau avec le même empreffementque les deux premiers. N'obfervant encore rien de remarquable dans la contenance de l'animal, nous lui avons donné une heure après une petite branche qui avoit plu- fieurs fruits verts 6c un mur d'un beau rouge, ne reffembiant pas mal à une greffe frai fe des jardins. Il n'a pas parti manger ce fruit avec la même facilité; mais nous n'avons encore, tiré de-là au- cune conféquence, parce que la chèvre a pour fon manger un goût exquis &: quinteux , 6>C qu'elle rebute les fourrages qu'elle aime le mieux, iorfqu'ils ont' contraété quelque fouillure, 6c Épizootiques, 215 qu'elle reprend dans un moment les feuillages ou autres aliments auxquels elle avoit paru ré- pugner un mftant avant : fix heures après, l'ani- mal fe portoit bien encore. Le lendemain de cet effai, le Cercle étant af-. fcmblé, nous avons fait avaler à cette chèvre deux bols de feuilles §C de fruits dç maregravia : il n'en eft réfulté aucun accident. Ces expériences fuffifent fans doute, pour dé- montrer que M. D. M. s'eft trompé en attribuant la mort de fes moutons 6c de ies chèvres aux effets vénéneux çle la marçgravia : il eft plus pro- bable que ces animaux ont péri d'une maladie aiguë, maligne 6V d'un genre peftilentiel; 6c cela paroît prouvé encore par la mort des deux chiens., fi l'obfervation de M. Demorancy eft exacte. II eft probable que fon avoit pas enterré allez profondément les cadavres des animaux ; qui avoient péri chez M. JDcmorancy : on voit com- bien il eft effentiel de faire des foffes profondes 6c de les charger pour empêcher des accidents $ mai^ il ne faut pas s'en rapporter aux Nègres pour cette opération. Nous lavions déjà combien il eft dangereux de croire des faits qui font rapportés par des pes- fonnes qui n'ont pas l'habitude dnbfcrver ; c'eft ce qui nous a déterminé à tenter les expériences que nous avons faites : elles doivent donner aux Habitants de la circonfpection pour juger des pro- priétés des plantes, 6c elles doivent apprendre aux Médecins à ne pas avoir de confiance aux rapports qui leur font faits par des perfonnes qui fe trompent par défaut d'attention &c par pré- vention , 6c a ne pas adopter fans examen des opinions, qni peuvent être fauffes 6c dangereufes. Le 14 juin, M. Millot nous a envoyé de ta O iv ii£ Sur les Maladies lobelia longi-flora, plante réputée cauftique $c vénéneufe. $ous en avons préfènté à une chèvre qui n'a pas voulu y toucher : nous lui eu avons lait avaler de force plus d'une poignée fans qu'elle en ait été incommodée, d'où l'on peut conclure que cette plante n'eft pas vénéneufe pour les chèvres. Le 19, nous avons fait avaler de force de la canne madère à une chèvre : cette plante exha- loit une odeur piquante n au féeu fie. Les Nègres qui l'avoient pilée 6c mife en bol pour la faire avaler à la chèvre fe font plaints d'une démangeai-- fon acre dans les mains; cependant cet animal n'en a pas été malade , 6c il continue à fe bien porter ; ce qui nous fait inférer que cette plante n'eft pas vénéneufe pour les chèvres. D ESCRIPTI O N du Stramonium 3 appelé vulgairement l'Endormie , par feu Af. Dubourg. Nom Latin. Stramonium vel datura. Nom François. Pomme épineufe ou noixmetelle,. Nom Vulgaire, L'Endormie. Calice. D'une feule pièce oblong, tubulé un peu , renflé vers fa bafe , formant cinq angles, fur la longueur, 6c découpé dans le haut en cincj dentelures. Corole. En cloche , de couleur blanche ou vio- lette, tube cylindrique ; le limbe droit, pr-efqu'en- tier, a cinq angles 6c cinq pointes. Etamines. Cinq filets fubulés , moins longs que ta corole, les anthères oblongu.es , droites 6c aplaties. Pijlil. Le germe ovoide., le ftil fimpie 6c droit, Épizootiques. i- t 7 le ftîgmate rond , obtus 3 6c divifé en deux lames. Fruits. Capfule ovale , à quatre 'loges 3 cou- verte de pointes courtes 6c groffes ; elle eft ap- puyée fur le calice. Un grand nombre de graines, noires 3 épaiffés , ridées , ayant la forme d'un rein. Feuilles. Larges, anguleufcs, pointues, décou- pées for leurs bords, attachées aux tiges par de fongs pétioles : elles font graffes, molles, d'un vert foncé cn-deffiis 6c blanchâtres en-deffous.. Racine. Rameufe 6c fibreufe. Port. Une greffe tige haute depuis deux juf- qu'à quatre 6c cinq pieds, ronde ,■ creufe , divifée en plufieurs branches, tant foit peu velues, de couleur purpurine , quand la fleur eft violette 6c verte ; quand elle eft blanche , les fleurs font folitaires, axillaircs 6c terminales ; les feuilles. alternes. Lieu. Elle vient par-tout, mais particulièrement près des maifons 6c aux environs des villes. Propriétés Les feuilles font d'une puanteur nau- féeufe 6c afloupiffar-te ; la racine, les femences 6c la fleur font moins infupoortables. Vfages en médecine. Elle s'emploie, comme tous les narcotiques, prife intérieurement; elle caufe la ftupeur, la manie , le délire furieux, les con- vrillions, 6c devient même mortelle fi la dofe eft un peu confiderable. Dans l'ufage extérieur, elle eft adouciffante, calmante 6c réfolutive. Obfervation. Toutes les parties de cette plante étant ftupefiantes, on ne doit jamais l'employer intérieuremenr. Le meilleur antidote contre cette efpèce de poifon eft le vinaigre, & conféquem- ment tous les acides végétaux, Efpèces. Je n'en connois d'autre que celle que je viens de décrire ; ca,r la différence qu'on voit des aiS Sur les Maladies fleurs blanches 6c violettes n'eft pas fnfrifantc pour continuer l'cfpèçe, mais les variétés. DESCRIPTION du Bois rouge s par le même. L'arbre appelé Bois rouge , dans la partie du nord de Saint-Domingue, eft le Gaurea ou Guara 3 Trichilioides de Linné. C'eft un grand arbre de vingt-cinq à trente pieds de haut, fort touffu ; ies feuilles font pin- nées & alternes; les folioles grandes, lancéolées, pointues, liffes, d'un vert foncé , & au nombre de huit à douze de chaque côté du pétiole 6c une impaire. Les fleurs font portées à l'extrémité des bran- ches fur des épis de fix à huit pouces de long; elles font compofées d'un calice infère à quatre dents , d'une corole tetrapetale , d'un neétaire cylindrique couronné par huit çtamines , d'un germe obrond , furmonté d'un ftil filiforme, & terminé par un ftig.mate orbiculaire 6c aplati. Aux fleurs fuccèdent des fruits en caplule ou, bayes fêches à quatre loges, quatre valvules 6c dont les femences font folitaires. Les fleurs, les feuilles 6c les folioles ont toutes un ftipule à leur infertion. Cet arbre fe trouve fréquemment le long des ravines, &: fleurit en, avril 6c mai. Son bois eft employé utilement dansles ou- vrages de charpente ; 6c pourvu qu'il foit à cou- vert , il dure long-temps. Sa couleur rouge lui a fait donner, par les premiers Habitants, le nom qu'il porte. Defportes le cite comme vénéneux (9); mais il ne dit pas fi c'eft dans le fruit, le fuc ou les feuilles ciue réfide fa malignité. Je n'ai fait aucune expérience fur ce fujet. (9). C'eft li graine du bois rouge qui eft réputée vénéneufe. Épizootiques. 2.i9 Pescription d'une nouvelle efpèce. de Spermacocea 3 4e cl. Tetrand. Monogin. Nom Latin. Spermacocea cardui folio. Nom François. Québec à feuille de chardon. Le calice à quatre dents, petit, fupere 6c per- fiftant : il renferme une corole tubulée un peu plus longue que lui, dont le limbe eft un peu ouvert 6c à quatrç divifions ; aux parois de ta corole font attachés quatre filets courts, portant à leur fommet des anthères fimples, Sous le calice exifte un germe obrond furmonté cf'un ftil bifourchu , qui fe termine par deux ftigmates oDtus. A la fleur, fuccède une capfule à deux loges, furmontée de deux petites cornes 6c des folioles ou dents du calice. : elle renferme deux ftmences obrondes. Port. Cette plante ne s'élève guère au-defïhs d'un pied 6c demi ; fes tiges font herbacées 6c. rie fe bifurquent qu'à fept ou huit pouces au- deffus de la racine : fes branches, qui fe diver- gent , font coudées 6c forment ce qu'on appelle le zio"iaë : e^cs f°nt germes à chaque coude de cinq à nx feuilles amplexicaules, la plupart à trois pointes, rofdes 6c aiguës, imitant celle du char- don , mais infiniment; plus petites. Sur chaque étage de feuilles naît un cône couvert de qua- rante à foixante petites fleurs blanches peu ap- parentes , auxquelles fuccédent de petites cap- fuies chagrinées au-dehors, &r renfermant deux femences prefque imperceptibles à l'œil nu. Ce qui caractérife particulièrement cette ef- pèce , ce font fept à huit feuilles radicales, lon- gues de cinq à fix pouces 6c différentes abfolu- ment , par leur forme de celles qui viennent aux 2io Sur les Maladies branches; elles font ovales, étroites à leur bafe, rondes à leur extrémité, 6c dentées en pointes tout au tour ; elles font fouples, minces, 6c d'un vert gai : leur parfaite reffemblance avec celle de la Lobelia longi-fiora a fait donner au Sper- macocea le nom de Québec que porte la pre- mière parmi les Habitants ; on n'a pas maneiué non plus de lui attribuer toutes les mauvaifes qualités du Quebec; mais elle en diffère par-là nngulièrement, 6c je puis affirmer qu'elle n'eft: ni acre ni cauftique. J'ai mâché des feuilles 6c des tiges du Spermacocea fans reffentir la plus légère douleur, 6c j'ai eu les mains 6c le vif âge brûlés pour me les être frotés avec les diverles parties de ta Lobelia ou véritable Quebec. ObservATION fur une hydrophobie fpontanée , par M. Arthaud. Quingenta mendacia colliguntur facilius, quam unius. veritatis Jlatuitur demonjlrat. DiJJert. de Rab. Me m. de la S. R. de Méd. Un Nègre commandeur de l'habitation But- teler 3 au Morne-Rouge , avoit reçu le fouet il y avoit à peu près un mois , pour avoir volé un bœuf fur une habitation voifine : ce Nègre, hu- milié de cette punition flétriffante pour un chef d'attelier, en a confervé un chagrin., dont voici les triftes effets. Il a été pris par la fièvre le 11 feptembre 1787; il fe plaignoit d'une douleur vive à la tête 6c aux reins. On s'eft apperçu le lendemain que ce Nègre buvoit avec difficulté, 6c qu'il avoit des mouve- ments convulfifs j lorfqu'il vouloit avaler. Epizootiques. ni Ltaverfion pour l'eau s'eft bientôt manifeftée. L'imagination s'eft affectée au point que le remue- ment de l'eau, le nom feul de ce liquide , fa préfence excitoient les convulfions les plus fortes dans les mufcles de la face 6c dans ceux du dos. J'ai vu ce Nègre le 16 : on m'a dit qu'on I'a- voit faigné ; qu'on avoit eu beaucoup de peine à lui faire prendre un lavement 6c un bain; qu'on lui avoit donné du laudanum. Ce Nègre étoit couché fur le ventre : il fe plaignoit de la tête 6c des reins ; il n'avoit plus de fommeil ; fon pouls étoit petit 6c fréquent. Je l'ai vu éprouver plufieurs accès de convul- fions , en remuant ou en parlant de l'eau auprès de lui. Voulant me rendre maître de l'imagination du malade 6c la calmer fi je pouvois, je lui ai promis qu'on ne lui donnerait plus d'eau, 6c qu'il n'en verrait même plus. J'ai beaucoup grondé ceux qui l'approchoient de ce qu'ils vouioient le forcer d'en boire (ï). Je leur ai ordonné d'ôter celle qui étoit dans fa chambre. Voyant qu'il avoit repris un peu de calme, je lui ai demandé ce qui avoit produit fa maladie; il m'a d'abord rendu l'idée dont il avoit été affecté, en me difant qu'il avoit reçu le fouet; qu'il croyoit avoir gagné une fraîcheur ; il m'a dit qu'il n'avoit pas été mordu, qu'il n'avoit eu aucune fréquentation dans aucun lieu avec aucun animal fufpect : il m'a prié de ne pas lui faire donner d'eau, 6c même en pro- nonçant ce mot, il a eu une crife convulfive. J'ai propofe du vin à ce Nègre ; il m'a dit qu'il le vouloit bien. Ayant pris de ta confiance ( ï ). V. Mém. de la Soc. R. de mid, Mém. de M. Bon- teille, S XCI. 222 Sur les Maladies en moi, il s'eft levé, s'eft aflis, 6c il a mar'cnè hors de fia chambre, en s'appuyant fur un bâton , pour venir s'affeoir fous ta galerie. Ses enfants fe font approchés de lui ; mais il les a rcpouffés avec inquiétude 6c une agitation convulfive : on m'a dit qu'il ne. vouloit pas les voir depuis qu'il étoit malade ; il avoit aufli de l'antipathie pour un vieux Nègre qui étoit prépofé pour le fervir. Il m'a demandé une orange (2) ; mais en ex- primant le jus de chaque morceau qu'on lui pré- ièntoit, on voyoit dans le moment de la déglu- tition les mufcles de la gorge 6c de la face entrer en cohvulfion. Lui ayant donné un quar- tier d'orange qui étoit humide 3 il l'a rejeté ert criant de l'eau, & il a éprouvé une convulfion en retournant fur fa cabane, ce qu'il a fait avec peine , parce que l'action des mufcles du dos 6c des lombes paroiffoit gênée; il a mis le pied fur le quartier d'orangé qu'il avoit rejeté , 6c l'humidité qu'il a fentie lui a fait jeter un cri 6c lui a donné une convulfion. On a apporté le vin que j'avois propofe à ce Nègre ; fa gardé a voulu rincer le gobelet avec de l'eau : il s'en eft plaint, en criant avec effroi, 6c il a été .pris de commuions; J'ai chaffé la Né- greffe en la grondant; j'ai pris le gobelet ; je l'ai rincé avec du vin ; je l'ai préfenté au malade ; il en a pris une gorgée avec connance ; mais ta déglutition de ce liquide lui ayant donné une convulfion,. il a repouffé le gobelet, en difant qu'il ne vouloit plus de vin, parce que, comme l'eau , il monto.it dans fon cerveau pour l'étouffer. Cet état m'a paru défefpéré. J'ai cependant prefcrit une potion avec l'infufion de feuilles CO. V. L. c § XCII. Épizootiques: ,*>J ^'oranger 6c quelques gouttes d'alcali volatil 5 &: l'on a donne fur le dos une friction avec demi- once de pommade mercurielle. Le Chirurgien m'a dit que ce remède avoit excité une fueur abondante; que l'on avoit eu tan peu d'efpérance- parce que le malade avoit paru plus tranquille ; mais ce repos produit par l'atonie, anhonçoit la mort (3). On a trouvé dans le cœur 6c dans les vaiffeaux une petite quantité d'un fang noir $ & tous lès vifeères du bas-ventre étoient focs. La rage eft une maladie hcrvetife qui peut être communiquée ou fe développer fpontané- ment (4). , Où a nié la poflibilité de ta rage fpontanée chez l'homme , & on a aceufé d'erreur tons ceux qui en ont parlé f j) ; mais fi l'on peut s'élever contre des faits, fi le raifonnement peut détruire des obfervations, il doit encore faire difparoître la mienne ; car elle prouve ehcore que la rage peut fe développer chez l'homme 3 6c qu'il eft réduit, malgré ion intelligence , à payer ce tri- but d'horreur à l'animalité. Les pamdns.de l'ame, comme le chagrin, la trifteffe 3 la colère reunies à des difpofitions in- dividuelles , 6c peut-être à quelque condition par- ticulière dans la conftitution 6c la température de l'air, peuvent affeéter la fenfibilité au point de produire des fpafmes qui feront fuivis cte certain dérangement dans l'action des organes, (3). V. Mém. de la S. R. pag. 146. (4). V. Recherches fur la Rage, par M. Anori, p. t^ xii Se fuiv. V. Hifr. de la Soc. R. de méd. anaée 178}, IIe part. p. 57, 58 & fuiv. V. Mém. S. C. p. u. (5). V. Mém. de la S. R. p. i«?£ & jn. -24 Sur les Maladies d'une certaine altération dans les humeurs qu* donneront naiffance aux fymptômes de la ragé 6c produiront ie virus. Ce virus fe dépofè particulièrement dans les organes falivaires : il paroît prouvé que la la- live eft l'humeur la plus propre à le tranfmcttrc 6c celle qui lui fort de véhicule chez les animaux; car l'on doute , d'après quelques obfcrvations, que la falive de l'homme hydrophobe foit véné- neufe (6) : il me femble cependant que l'on a un peu négligé l'expérience pour vérifier cette opinion. M. Roux (7) penfe que la ragé de caufé in- terne eft produite par une altération extraordi- naire des Çucs digeftifs qui occafionne fur les houppes nerveufes , des voies alimentaires , une irritation qui eft particulière à cette altération; Cme afîè'rtion n'eft pas appuyée fur des preuves fuffifautes pour former une opinion probable. A-t-on affez obfervé la conftitution des hu- meurs dans l'état malade comparé à l'état fainî A-t-on "fait affez d'expériences pour s'affurcr que le venin de la rage n'infecte que telle ou telle humeur, telle ou telle partie ? Et ces expériences ont-elles bien démontré que la rage de caufe externe eft toujours déterminée for un venin local qui excite fur les nerfs qu'il touche la même irritation que la rage de caufe interne ? La falive, dit M. Roux 3 eft bien véritable- ment le venin qui produira la rage à un autre individu qui le reçoit par une morfure. Cet aveu prouve que le venin rabifique eft non-feulement un venin local qui agit fur les nerfs, mais qu'étant (O- V. Mém. p. zcC. ('7J- V. Mtm. de h So:, R. de mcd. parvcnH Épizootiques. j.15 "parvenu à certain développement, il infecte ta falive 6c produit fur les autres humeurs une im- preflîon que nous ne connoiffons pas bien encore. On ne dira pas que la falive , dépoféc dans une plaie, fe mêle avec le fang, parce que l'on croit que la falive n'eft que le véhicule du ve- nin dont le principe fubtil s'acroît 6c augmente, en pénétrant dans les humeurs où il trouve des principes fofceptiblcs de fe prêter à fa modifica- tion. On ne peut pas penfer , d'après cela, avec M. Roux 3 que ce principe puiffe s'anéantir par fon extrême'divifion ; 6c fans le comparer à un ferment, l'on croit que la circulation à laquelle il eft fournis eft néceffaire pour préparer fon dé- veloppement (8). Il n'y a pas une des obfervations rapportées par M. Roux qui préfente la conféquence qui fo déduirait naturellement de fon opinion , fi elle étoit fondée , 6c toutes au contraire per- mettent d'inférer que la rage de caufe interne eft l'effet d'une altération particulière qui peut, dans certaines circonftances , s'engendrer dans les liqueurs 6c agir fur tous les nerfs. Un payfan de 18 ans, dit M. le Roux , tomba dans l'hydrophobie, après avoir fait fix lieues à pied par une chaleur exceffive. Un autre jeune homme de 30 ans éprouve le même accident pour avoir fait une marche forcée à deux lieues de Paris. Un nommé Dctalend meurt hydrophobe à la fuite d'un travail forcé dans une carrière expofé au foleil le plus ardent, 6c où il ne fe trouvoit pas d'eau. Ces faits montrent non-feulement ta dépravation des facs digeftifs portéeàfon comble, comme le dit M. Roux , mais que toutes les (8). V. Me'm. p. i«?., P * i6 Sur les Maladies humeurs avoient contracté cette altération. L'on fait que les humeurs des animaux morts après de longues courfes ou de grandes agitations ont un caractère de fepticité , & l'on ne peut pas douter que dans toutes les maladies contagieufes, com- me dans toutes celles qui font produites par les poitons, toutes les humeurs participent fuccef- livcment à l'altération qui leur a été imprimée par les principes contagieux ou vénéneux ; 6c quoique l'action de ces principes ait d'abord été locale j 6c qu'ils confervent peut-être encore un centre d'action où ils ont plus d'activité 3 on ne peut pas nier qu'elle ne foit devenue générale. Les fruits de hêtre ont produit quelquefois des fièvres lypiriennes, des pleuréfics, des dé- voicments qui annoncent non - feulement une irritation locale , mais une dépravation géné- rale des humeurs par un principe acre 6c par- ticulier qui a pénétré leur maffe. Ces mêmes fruits torréfiés ont produit l'hydrophobie , 6c cela prouve que des circonftances fugitives , des difpofitions inconnues peuvent faire varier les effets d'une même caufe ; mais cela ne démontre pas du tout que la maladie , dans ce cas, n'ait été l'effet que d'une irritation locale 6c d'une dépravation ifolée des focs alimentaires. La colère 6c les pallions ont aufli quelquefois déterminé la rage ; mais fi l'on peut quelque- fois , dans ce cas , indiquer un centre d'action 6c d'irritation locale , comme dans le cas cité par M. Roux , il faut convenir que dans ces grands troubles de l'ame , dans ces grandes agitations du corps 6c dans ces défordres exceflîfs de l'ac- tion organique , la modification des humeurs peut être altérée tres-fubitement, 6c qu'il peut naître dans un temps incalculable des principes Épizootiques* 217 d'irritation qui , en affectant plus particulière- ment tel ou tel organe, n'en auront pas moins une action générale. C'eft ce que M. Roux pa- roît reconnoître lui-même, en difant (9) quêta falive devient vénéneufe 6c contagieufe , lorfque les mouvements convulfifs 6c le fpafme univer- fel lui impriment un changement fingulier 6c inexplicable , 6c lui donnent un caractère propre à exciter fur le genre nerveux d'un autre in- dividu les mêmes mouvements que ceux par qui elle a été altérée ; mais qu'elle n'acquière ta qualité contagieufe que lorfqu'elle a été travaillée par la fièvre rabifique, 6c qu'elle devient de plus en plus viciée, ainfi que toutes les autres liqueurs, à mefure que l'animal approche de fa fin. Nous pouvons donc convenir , par l'incerti- tude où nous fomme fur le caractère , la nature des principes de la rage , que la vérité eft en- encore loin de nous , 6c qu'il n'eft pas aifé dé franchir l'efpacC qui nous empêche de l'atteindre 6c de la reconnoître. La rage qui paroît avoir été connue très- anciennement en Afie & en Europe ( 1 ) , ne l'étoit pas en Amérique avant l'arrivée des Euro- péens ; elle n'y eft connue que depuis que les 'animaux d'Europe y ont été indroduits avec le chagrin, le défefpoir 6c la fervitude. Cette ma- ladie n'étoit pas encore connue à Saint-Domingue du temps du médecin Defportes ; mais enfin elle s'eft montrée, 6c il n'y a pas d'année que l'on ne cite des accidents 6c des pertes. Le 11 feptembre 1762., fur ce qui a été re- préfenté à la Cour par le procureur-général du (9). V. Mém. p. n & 13. (ï;. V. Me», p. i» P ï) 22.8 Sur les Maladies Roi, que les Citoyens du Port au Prince étoient alarmés de voir une quantité prodigieuie de chiens, dont plufieurs étoient foupçonnés d être attaqués de la rage , que même plufieurs Habi- tants , Nègres libres 6c efclaves , ayant été mordus par des chiens, font morts de la rage, îe Confeil fupérieur du Port au Prince a rendu une arrêt, par lequel il eft ordonné à tous les Habitants de faire tirer ou noyer leurs chiens dans les vingt-quatre heures 3 du jour de la pu- blication ; 6c comme cet arrêt n'avoit fans doute pas eu toute fon exécution, 6c que le mal con- tinuoit fes progrès, le même Confeil a rendu , le n novembre de la même année, un fécond arrêt, par lequel faifant droit au réquifitoire du procureur-général du Roi , il a enjoint à tous les Habitants des villes , bourgs 6c campagnes du reffort de la Cour, de tuer ou faire tuer tous lenrs chiens qu'ils foupçonneront attaqués de ta rage , à peine de tous dépens , dommages 6c intérêts pour les accidents qu'ils pourront occa- fionner (a). On voit par un arrêt du Confeil fupérieur du Cap , du 9 février 1768 (3) > que la rage n'é- toit connue dans ta Colonie que depuis fix ans Xénophon dit, dans une harangue à fon armée , que les Cératuntiens voyant les Grecs qui paroiffoient fe préci- piter fur eux, fans motifs, crai?noient qu'il" n'euffent été faifis par une rage fubite comme elle prend à des chiens. V. Expéd. de Cynis, T. II, L. V, p. 101 , traduction par M. le comte de ta Luzerne. Hift. de la Méd. par le Clerc, IIe Part. Ch. VIL Ib. L. IV, Sect. I"e, Ch. VI. (i). V.^Lois & Conft. des Colon franc, de l'Amer. T. IV, p. 503 & ^09. (3). Lois & Conft. des Colon, franc, de l'Amer, fous le vent, par M. Moreau de Saint-Méry, T. V, p. ij; & i$6. Épizootiques. 119 ou environ , qu'elle commençoit à faire de nou- veaux progrès fur plufieurs habitations au quar- tier de Limonade, particulièrement chez madame veuve Conegut ; qu'un officier des Troupes du Roi avoit été forcé de tuer dans la ville un chien attaqué de cette maladie : mais malgré l'injonc- tion de cet arrêt, on n'a pas obfervé cette ma- ladie , on n'a pas remarqué d'où elle provenoit, dans quelle faifon , dans quelle conftitution elle s'eft manifeftée , 6c on n'a rien fait pour ta guérir. Jamais un arrêt n'a excité l'émulation 6c fait naître le talent; & fi la Société royale de médecine n'avoit difpofé que de pareils moyens, elle n'aurait pas produit les travaux utiles dont nous lui avons obligation. La rage a fait une invafion frappante en 1782, puifque M. Buffon , juge fénéchal du Cap , a pu- blié de nouveau l'arrêt de 1768, par une ordon- nance en date du 2 août 1782 , en 1783. La dame Frédéric , époufe du fieur Frédéric , ho- queton de l'Intendance , eft morte hydrophobe. Cette femme avoit un chien auquel elle étoit attaché; il parut inquiet, agité, il mordit la maitreffe à la main : la bleffurc étoit légère ; on la baffma avec de l'eau faléc 6c du tafia : elle guérit en quelques jours. PI is d'un mois après , ta fièvre rabifique parut, les fymptômes de l'hy- drophobie fe développèrent, il y avoit beau- coup d'écume à la bouche , 6c la malade^ eft morte au cinquième jour, fans avoir reçu d'au- tre fecours qu'une fàignée de pied , quelques frictions 6c un peu d'alkali volatil dans les der- niers moments. En 1784, nous avons été appelé dans ta rue Efpagnolc pour voir un jeune Nègre que l'on difoit attaqué d'une maladie extraordinaire. Cc<: P iij i3o Sur les Maladies enfant avoit les yeux égarés; il paroiffoit trifte* fon cœur battoit contre les côtes avec une force extraordinaire ; fa peau étoit fèche : il étoit afîis lorfque nous le vimes. On nous dit qu'il avoit été mordu à ta main, il y avoit à peu près ejua- rante jours, par un chien qui étoit pourfuivi 6c qu'il voulut arrêter en le faififfant par ta queue : ce chien avoit déjà mordu un enfant blanc qui eft mort hydrophobe. La plaie n'avoit été bafli- née qu'avec de l'eau marinée 6c du tafia ; elle avoit guérie en quelques jours. Le maître de ce Nègre , le voyant agité extrêmement dans la nuit, crut qu'il avoit de la fièvre : il fit appeler le lendemain fon Chirurgien. Quatre jours fe paffèrent fans que l'on fît aucun remède : on m'appella au cinqueme ; on me dit que le Nègre ne pouvoit pas boire ; je lui en fis préfentcr, mais il eut une convulfion qui ne me permit pas de méconnoître l'hydrophobie, J'examinai ta. cicatrice,- elle n'étoit pas douloureufe , 6c elle ne préfentoit rien d'extraordinaire. Je prefcrivis quelques gouttes d'alkali volatil dans une infu- fion de fleurs de tilleul, une friéfion mercurielle, mais le malade eft mort le lendemain. Nous doutons que le traitement, qui a été employé avec fuccès fur les perfonnes mordues par des animaux enragés, puiffe réuffir chez celles, qui ont été attaquées fpontanément. On peut, en quelque forte , arrêter la réforbtion du virus ; on peut même l'anéantir ou en affoiblir l'im- prefîion , mais on n'a pas l'avantage, dans la rage fpontanée, de pouvoir fuivre les progrès du virus ; on ne peut l'attaquer dans aucun dépôt ;, on ne peut le fuivre dans fon développement, 6c on ne peut lui oppcfer du remède que lorf- qu'il domine le principe vital, lorfque'il a vicié Épizootiques. 251 toutes les humeurs 6c jeté le défordre dans tou- tes les fondions. Il y a un fi grand nombre d'obfcrvations qui atteftent les bons effets du mercure dans le trai- tement de la rage , que Ton ne peut prefque pas douter de fon efficacité. On a adminiftre cc^remède intérieurement &: extérieurement; il a également réufii : (es effets n'ont pas toujours été heureux, lorfqu'on en a fait ufàge dans la rage confirmée ; mais fouvent l'inconduite du malade 6c la méthode ont mis le remède en défaut ; d'ailleurs , quel eft le remède dont les effets ne varient jamais, fuivant les di(polirions des perfonnes, du temps, des lieux 6c l'influence d'un très-grand nombre de circonftances? Il n'eft pas aufli bien prouvé que les antifpaf- modiques aient été utiles dans le traitement de la rage , 6c qu'ils aient produits les effets que on en attendoit. L'expérience a prononcé fur la confiance que l'on doit avoir aux bains froids , aux bains de mer. Des cures équivoques 6c préfumées avoient donné quelque réputation à ces moyens , mais l'on a enfin reconnue leur inutilité. On doit craindre les effets d'une fenfibilité agitée 6c d'une imagination prévenue dans le traitement de la rage : les fuccès ou les mal- heurs ont dépendu plus d'une fois de la tran- quilité de l'cfprit ou de Ces alarmes. Il finit, autant que cela eft poflible, saffurer de l'état des animaux qui ont fait des morfures, pour ne pas livrer à des traitements fatigants 6c inutiles des perfonnes qui n'en ont pas bcfbim Cependant- , lorfque les animaux qui auront mordu feront fufpeCts, il vaut mieux dans cette incertitude fe livrer à un traitement préicrvatii > P iv 2.31 Sur les Maladies que de s'expofer aux événements redoutables qui pourraient être les fuites d'une faillie fécurité ; mais il ne faut pas citer les cas douteux comme des cures , 6c les appcller en témoignage pour autorifer une méthode où l'efficacité d'un re- mède , comme nous croyons qu'on l'a fait quel* quefois. La Société royale de médecine déclare qu'elle regarde le traitement local de la plaie comme indifpenfable , comme le plus important, que fans lui tous les autres procédés font incertains, 6c que ceux qui portent le trouble dans l'écono- mie animale ou qui affeétent fortement les nerfs, expofent à des dangers plus ou moins grands (4). Vanfiietcn rapporte que Salins. Divcrfus affuré qu'il n'a jamais vu ni entendu dire qu'aucune pcrfonne mordue par un chien enragé eût eu d'accident, lorfque la plaie a été panfée con- venablement (5). Les obfervations de M. Robert de Kiavalle; D. M., tendent à prouver que l'application feule du feu, fur des plaies faites par des animaux en- ragés , a fuffi pour garantir de tout événement fâcheux. On croirait que les autorités les plus refpcc- tables en médecine ne peuvent en impofer ; on n'imaginerait pas que l'on pût être féduit par des rapports de faits obfervés par des perfonnes honnêtes, judicieufes 6c inftruitcs; mais la vé- rité nous échappe, lorfque nous croyons la faifir : nous fommes trompés par des événements que (4). V. Hift. de la Soc. R. de méd. 1783, ie Part. p. 1. L. C. p. 74 & fuiv. (j)- V. Vanfwieten Corara. in aphor. tom. III, apç» n4}5 n° 1, Épizootiques. 233 le hafard on des circonftances qui nous font in- connues produifent , car le hafard ne produit rien, 6c nos oppinions ne font le plus fouvent que des erreurs de notre jugement 6c des Ulu- lions de notre ignorance. On a été bien perfuadé , jufqu'à préfent , en médecine que l'on n'avoit pas de fpécifique contre la rage , c'eft-à-dire , que l'on n'avoit pas de remède qui pût être employé avec un foecès confiant 6c égal dans tous les temns, chez tous les fujets, dans toutes les circonftances; mais on a cru avoir été affez he^rcrx pour avoir trouve des remèdes qui pouvoient être employés avec avantage. Cette confiance étoit une erreur : on n'a pas analyfé les faits avec affez d'exaélitude \ on n'a pas examiné toutes les circonftances phyùques 6c morales avec affez d'attention ; on n'a nas apprécié avec a'fez de précifion les effets des remèdes, 6c l'on a recueilli de faillies eftima- tions fur des effets qui dépendoient de caufes différentes de celles auxquelles on les a attri- buées : enfin l'hiftoire de la rage eft encore un cahos ; fon traitement n'eft qu'une confofion : une fauffe confiance en a imnofé , 6c l'on doit fe livrer à un nouvel examen fous les aufpices mefurées de l'efprit phylofophique , 6c en fe préfervant des préventions 6c de la crédulité facile qui ont égaré jufqu'à ce jour. M. Roux , praticien fage 6c judicieux , établit que la poudre de Julien Paulmier, celle d'Ana- galis ne font d'aucune utilité (6) : le mercure, regardé aujourd'hui comme le remède le plus affuré contre la rage, n'a pas plus de vertu que (<)• V. Mém. pag. 55, §34 Sur les Maladies les remèdes précédents (7); 6c nous pouvons, d'après l'opinion de Mrs Fotherrgill, Vaughan, Metzîer, clouter de l'efficacité du mercure. M» Roux nous dit que nous ne pouvons nous em- pêcher par la fuite d'imputer les malheurs, dont il fera la caufe , aux gens de l'Art qui l'em- ploieront (8). La curation de la rage interne , fuivant M. Roux , eft équivoque , 6c il y a bien peu de remèdes à employer (9). Cependant M. Roux , qui regarde les malades comme empoifonnes , penfe qu'il faut les Ali- gner, comme on traiterait un homme qui auroit avalé un poifon dont on ne connoîtroit pas ta nature ; 6c il propofe, d'après ce principe, les boiffons mucilagineufes, enfuite aiguifées avec l'emétique pour exciter une légère contraélion dans le canal alimentaire : on leur fera fucceder le lait, les huiles d'amandes douces, 6c l'on fi- nira par nourrir le malade de farineux : on joindra dans la maladie déclarée le camphre , le mnfc, l'opium à grandes dofes. M. Roux eft bien fâché de ne pouvoir pro- pofer des moyens plus fûrs ; mais en fe rappel- lant les circonftances dans lefquelles étoient Lau- rent , le fujet de l'obfervation de M. Lavirotte, Fournier de Talend3 le fujet de l'obfervation de M. Maret 3 celui de l'obfervation de M. PonoJ y en confiderant les caufes qui avoient produit ta maladie chez ces différentes perfonnes, M. Roux auroit dû propofer un traitement plus méthodique, plus régulier 6c plus conforme à fes principes. Il ■ , , , ■ 1 . ——«M 1 I I I I ». (7). L. C. pag. 4j. (8). L. C. pag. pour faire douter (j). V. Vanfwieten. L. c. 23S Sur les Maladies de l'efficacité du mercure dans le traitement de" ta rage , 6c qu'il ait contribué aux fuccès que l'on a obtenu, fi les bons effets qu'il a produits n'étoient pas confiâtes , 6c fi la prudence 6c la raifon ne fe réuniffoient pour porter à tenter d'autres remèdes à des époques plus éloignées que celles auxcmclles le traitement local peut fufrire. Nous defirons pouvoir nous inftruire de l'é- poque pofitive du développement du virus, 6c connoître celle à laquelle le traitement local i devenant infuffifantj juftificra les efforts que l'on a fait pour trouver un traitement qui puiffe le féconder ou y foppléer. Cette époque eft fans doute celle dans laquelle M. Roux dit qu'il fur- vient une fenfation quelconque dans la partie ble'fée, qui annonce, excite ta fièvre rabifiquô 6c précède de plufieurs jours l'hydrophobic i voilà l'époque fenfible de l'infection générale; 6c M* Roux a très-bien fenti 3 comme M. Fontana l'a démontré pour le venin de la vipère, que fi le traitement local pouvoit détruire le venin lorf- qu'il étoit en dépôt dans la bleffure, il devenoit alors infuffifantj 6c qu'il préfentoit peu d'efpé- rances de fuccès. C'eft à cette époque même que MM. Bonel de la Bragreffe 6c Mathieu (4) ont opéré des cures étonnantes 3 qui peuvent infpirer la plus- grande confiance pour l'utilité du mercure admi- niftre à grandes dofes ; mais fi nous ne pouvons en accorder aux affertions des Tauvry (5) , des Aftruc , des Peliot, Sauvage , Cantwel, &c. pou- vons-nous rejeter comme des monuments d'il- (4). V. Mé"m. de la Soc. R. de med. (5). V, Recherches fur la rage, p. -z & fuir. Épizootiques. i$$ lufion 6c d'erreur les obfervations des Dartue , du Choifcl, de Sault, du Haume , de Laffone 6d des Commiffàires de la Société royale? Il me fem- ble que fi le raifonnement 6c l'obfervation nous portent à donner la préférence au traitement de M. Roux, à l'époque de l'infertion du venin 6c de fon incubation dans le lieu de la morfure, la raifon 6c l'expérience nous prouvant l'infuf- fîfance de cette méthode à l'époque du dévelop- fement du virus, comme cela eft démontré par obfervation de M. Metzler (6; ; elles nous indi- quent la nécefïité de continuer à fuivre une route incertaine, mais qui eft marquée par quelques fuccès ; 6c elles nous invitent à faire de nouvelles tentatives 6c de nouvelles recherches pour mieux connoître la nature de la rage, 6c une méthode plus efficace dans fon traitement; mais foyons toujours vrais 6c fincères quand de bonnes ob- fervations nous découvrent une vérité : difons, on fait cela ; mais ne manquons pas aufli d'ajouter, on ne fait que cela , pour exciter les Phyficiens à faire de nouveaux efforts qui feront rarement infructueux (7). (O- V. Mém. de la S. R L. c. p. 340 & fuiv. (7). V. Phyfique des arbres, par M. Duhamel. Pref, Page M- £40 Sur les Maladies EXTRAIT Des Régi [1res du Cercle des ■li/ladelphesj Jéance du 27 mars 1787. Le Cercle avoit reçu plufieurs Mémoires 6C des Oblcrvations fur les maladies épizootiques qui ont régné dans la Colonie depuis 1772.. Il a été arrêté que M. Arthaud recueillerait ce travail pour le faire imprimer , après en avoir obtenu la permiffion de MM. les Adminiftra- teurs* La morve avoit paru depuis quelques années* Cette maladie n'avoit pas été connue dans fon principe , 6c on n'avoit oppofé aucun moyen a fon développement & à les ravages ; elle avoit déjà occafionne des pertes confidérablés, lorf- que M. Gelin a fait un mémoire intéreffant qu'il a donné fucceffivement à MM. les Adminiftra- tcurs , à la Société royale de médecine de Paris, à l'École vétérinaire , à la Chambre d'agriculture Se au Cercle. M. Arrhaud avoit obfervé cette maladie chez M. de Galifet^àla Petite-Anfe. En comparant ce qu'il avoit vu avec ce que les Auteurs ont écrit, il a cru que l'on n'avoit pas a fiez, obfervé les fymptômes qui peuvent annoncer la morve à l'époque de fon invafion, 6c que l'on avoit d'autant plus de peine à preferire un traitement convenable, que l'on n'avoit pas étudié ta na- nature de cette maladie , l'ordre fucccfïîf de fon développement , les parties ce les humeurs fur lefquelles elfe porte fes premières imprefiions , 6C Epizootiques. 141 %C qu'elle n'avoit été décrite qu'à une époque bien avancée 6c à laquelle il n'y a plus de fie- cours à adminiftrer. Voilà les vues, qui ont porté M. Arthaud à propofer au Cercle d'inoculer des animaux. Ce projet, qui-a été jugé utile, a été adopté. Le Cercle a nommé M. Roulin , chirurgien du Roi 9 pour aider M. Arthaud dans fes observations. Il ne s'agilfoit pas de prouver fi la maladie étoit contagieufe , parce qu'il n'étoit pas permis d'en douter; mais on fe propoloit d'en faire une nouvelle étude : on vouloit écrire fous la diétée de la naturc-lcs fymptômes fucceffifs 6c les dé- fordres qu'elle prefenteroit, parce que l'on étoit fur que c'étoit le foui moyen d'avoir un tableau fidèle 3 6c que c'étoit la feule route qui pût conduire à découvrir ce qui n'étoit pas connu , &■ à trouver , fi cela étoit poflible , des moyens efficaces à lui oppofer. Quand on a mefuré de l'œil la carrière que l'on a à parcourir, on fait le chemin qu'il refte à faire , après avoir déterminé celui que l'on a fair. M. Arthaud n'a pas rempli fon plan , la difficulté du fujet auroit pu l'arrêter ; mais les moyens lui ont manques , malgré les fecours généreux qui lui ont été donnés par l'Adminif- tration 6c par plufieurs Affociés du Cercle. Ce qu'il a fait, fera toujours utile, même quand cela ne ferviroit qu'à indiquer la voie qu'il faut fuivre pour découvrir un ennemi redoutable que l'on n'a pas encore combattu avec avantage. En publiant l'hiftoire des Fpizooties de Saint- Domingue , c'étoit rappeller à la Colonie quel- ques hommes généreux qui avoient fait des efforts pour la fervir, c'étoit lui préfenter des travaux qui auraient été perdus pour elle , c'étoit 241 Sur les Maladies lui faire connoître qu'il exifte,, quoique l'on eft difie , un efiprit public qui porte les particulier* à s'occuper du bien général, 6c la venger eu quelque forte de l'opinion flétriffante qu'elle n'a dans fon foin que des ingrats qui ta déchirent, &c des hommes qui ne font dominés que par l'indifférence &r l'égoïlme. Les maladies des beftiaux occafionnent une perte de numéraire 6c une diminution de revenu qui nuifent à l'Habitant 3 au Commerce & à l'État. Le Cercle ne pouvoit donc s'occuper d'un objet plus utile pour la Colonie, 6c prendre un moyen plus fur pour acquérir des droits à fa reconnoiffance. F r n, TABLE Des matières contenues dans ce Volume. v-/BSERVATIONS par M. Decout j maître en chi- rurgie , affocié du Cercle à Acquin 3 fur la viande de boucherie 3 Page 3 Erreur de l'Auteur des Recherches fur les Améri- cains 3 ibid. Maladie des animaux obfervée par M. Defportes j médecin du Roi au Cap en 1739, I742- » T743 > 1745 & 174e , 6 6c fuiv. Epizootie de Saint-Domingue en 1774 & l77S> II Obfervation de M. Emard Millot fur le charbon en j 7"77 * / Extrait de la confultation dé VÊcole vétérinaire de Paris fur cette obfervation 3 l* Tumeurs charbonneufes trouvées chez des bœufs def tinés aux boucheries du Cap > 2I Obfervations fur U épisode qui régnoit dans la dé- pendance du Cap en 1780 , par M. Lompagieu- LaPole3 . 13 & imv- Extrait de la confultation de l'Ecole royale vétéri- naire d'après ces obfervations > 3 l Mefures pnfes pur le Gouvernement pour empi.h.r la vente de la viande fufeïïe , Obfervations de MM. lapole, ladebat & Millot3j..r les maladies des animaux nouvellement imvorrs , ib. 6c iuiv,. Obfervation fur la voracité des. Nègres, par M. Auvray , affocié du Cercle, ^ T\~ Obfervaûon fur le même fujet 3 par M. Robertoel3 affocié du Cercle > habitant à ïA\ile, 46 i44 TABLE. Extrait d'une lettre de M. Paulet 3 maître en chirur- gie , fur Je même fujet 3 , 4° Extrait d'une confultation fur le charbon 3 par M, Gelin , vétérinaire penfwnné & breveté du Roi j s,ajjbdé du Cercle , „ 49 Extrait du mémoire de M. Gelin fur la morve 3 53 Lettre de AI. Peyré à M. Arthaud fur une maladie vermineufe, $4 Obfervation communiquée par M. Lapole fur le même fujet 3 J> 66 Expériences fur les vers œflrés , par MM. Arthaud & Auvray. ib. 6c fuiv. La morve obfervée en 178? à la Petite-Anfe , fttr l'habitation de AI. Gallifet 3 par M. Odelucq , affocié du Cercle, membre de la Chambre d'agri- culture du Cap , ib. Obfervations fur la morve faites- à Gallifet , par M, Arthaud3 6% 6c fuiv. Extrait des- obfervations de M. Darnaudin , maître. en chirurgie, demeurant à Gallifet, 71 6>C fuiv. Obfervaùon fur une maladie pejlilentielle obfervée fur deux Nègres à Gallifet, par le même 3 j6 6c fuiv. Ordc;v;.:r:e de MM. de Vincent G' Jauvin, com- mandant & ordonnateur au Cap, en date du 31 mars 1787., 78 Pro.èj-verbal de vifite fait d'après cette Ordonnance, le l avril 3 dans les entrepôts & fur plufieurs ha- bitations de la Petite-Anfe , fous Vinfpaction de MM. Arthaud & Roulin, médecin & chirurgien du Roi au Cap , par MM. Gelin 3 Tringlet & Lapole3 vétérinaires brevetés du Roi, ib. 6c fuiv. Obfervacloas fur la morve jointes au procès-verbal3 79, 80, 8l &8i Es^.me:: de Varticle morve du Di^.ionri-irc d'avri- çutr.ure de. AI. l'abbé Rosier,, par M. Arthaud, 83 6c fuiv. TABLE. t4| Obfervations & expériences fur la morve fpâr MM, Arthaud & Roulin , 104 & fuiv, Chevaux morveux fournis par M. Dorfon, maître en chirurgie , affocié du Cercle , 113 ■Extrait de deux procès'-verbaux de M. Gelin 9 119 Extrait -d'une obfervation de M. Ferrie, docteur en médecine, fur une maladie charbonneufe y 12.2» Extrait d'un rapport de M. Gelin, ' I2,3 'Expériences fur la morve , par MM. Arthaud & • Roulin ,<. ib. 6c fuiv. Extrait du Journal météorologique tenu pendant le temps des expériences fur la morve, par M. Ar- 1 thaud, 135 Erreur de M. de Morancy fur les effets de la Marc- gravia umhellàta, ^19 Moyens d'améliorer la volaille à Saint-Domingue , ' par M. Decout, l4° Obfervations fur les pians de la volaille , par AI. Ro- quette de Kerguiden , Ï41 Obfervations fur quelques maladies des poiffons y 142- 6c fuiv. Précautions à prendre fur les habitations pour éviter les maladies des beftiaux, I4f Lettre de M. Auvray à M. Arthaud, fur une ma- ladie charbonneufe & fur la poffibilité d'entretenir • des prairies artificielles , 149 &" naiv. êPu mal des eaux , par M. Gelin , I J7 6c fuiv. Mémoire fur la maladie épizootique peftilentielle de Vile Saint-Domingue , par M. K^orlock, médecin, affocié du Cercle, correfpondant de la Société royale de médecine de Paris , lui Obfervations fur le charbon , par M. Peliffot, 180 6c fuiv. Ol fervatior.s fur le même fujet , par M. Millot, I9I Extrait du mémoire' de M. Pchjfot, par M. Guyct, p:a:tre en chirurgie, sfocie du Ccrde^ l?4 M * f A ù jl J Extrait d'un mémoire fur Us éphçooties de la dépen~ dance du Cap en 1772,, 1773 6c ijj^, par M. Regnaudot, D. M. au Port-Louis , île Guade- loupe, affocié du Cercle , I96 Extrait d'une lettre fur quelques plantes vénéneufes, par M. l'abbé de la Haye, curé du Dondon ^ affocié du Cercle, 2,05 Extrait d'une lettre de M. Gauche, adnùnifirateur des eaux de Boines , affocié du Cercle., 7.0J .Defeription de la Marcgravia umbellata , par feu M, Dubourg, affocié du Cercle , ic8 Defeription du. Quebec 3 par le même3 209 Defeription du Quebec , par M. l'abbé de la Haye 3 2.IO Defeription de la Canne Madère & de la Canne Congo , par le même , 211 Obfervations fur les effets de la Marcgravia umbellata 3 de la Lobelia Longi-fiora, & de la Canne à Madère j par M. Arthaud, 212 Defeription du Stramonium, par feu M. Dubourg j zï6 Obfervations fur une hydrophobie fpontanée , par M. Arthaud, 220 Fin de la Table. # I Z~70 ci \