TRAITÉ MALADIES DES LES PLUS FRÉQUENTES à SURINAM, DES REMEDES E T Les plus propres à les guérir. SUIVI &une Dijfertaticn fur le Fameux Crapaud de Surinam, nommé Pipa, & fur fa Génération en particulier, Avec Figures en Taille-douce. PHILIPPE FER MIN. Dodeur en Médecine. A MAESTRICHT, Jacques Lekens Libraire. M. DGC, LXIV, DÉDICACE monsieur formey, D. S. E. ProfefTeur Royal de Philofophie, Secrétaire per- pétuel de l’Académie Royale des Sciences 8c Belles Lettres de Prufle , Membre des Aca- démies Impériales de St. Pe- tersbourg 8c des Curieux de ‘la Nature, de la Société Roy- ale de Londres , 8c de Llnfti— tut de Bologne &c. Ôcc. MONSIEUR, Evenu de l'autre Hemifphêre dans celui-ci, j'en ai rapporté un * 2 DÉDICACE. petit Préfent deftiné à l'utilité pu* blique, c'efl le Traité des Maladies du Climat de Surinam. Comme rien neft plus propre à déterminer les fuffrages du Public , en faveur d'un Auteur qui entre dans la Carrière des Lettres, que d'y paroitre fout les Aufpices d'une Perfonne qui ail déjà acquis la qualité de Juge cotn- petenî par me grande Célébrité fon- dée fur de rares Talens, je prends la liberté, MONSIEUR, de vous dédier cet Ouvrage, perfua* dé que, pour peu qu'il foit [apporta* hîe y c'efl un moyen infaillible à'affu- rer fa rëujfitc. Sur qui en effet au* DEDICACE. rois-je pu jeîter les yeux , qui fut plus connu & plus accrédité que vous dans la République des Lettres ? La haute Réputation que vous Vous et es fi légitimement acquife dans toute Fétendue du monde [avant, & 9 h place éminente que le plus éclairé des Monarques vous a conféré dans l une des plus Célébrés Académies, & denipreifentent avec lequel tant d'au- îres Compagnies Illufires vous ont ou- vert leurs portes , font des preuves încontefiables de la jufieffe de mon choix, & m’ajfurent que votre Nom placé àla tête de ce Livre, fera * 3 DEDICACE. tout à la fois un puiffant attrait pour inviter à en faire la LeCture, & un Pajfeport efficace pour obtenir Vin- àulgence des Lecteurs 5 qui s'apperce- mont des imperfection de cet Effiai. H grées donc , MO N SIE UR , que par toutes ces raifons , • /aie Thonneur de vous offrir un Ouvrage, dont le principal but eft de donner des marques de mon foavenir & de mon affedtïon aux Habit ans d'une Contrée que je viens de quitter, après y avoir exercé la Médécine pendant un féjour d'environ huit ans. jfe vous prie , MONSIEUR , d'accueillir favorablement ces préml* DÉDICACE. ces de ma plume , & l’hommage fin* cere dont mon cœur les accompagne. Depuis ma plus tendre jeune]]a vous mavés honoré d'une protedlioti auffi confiante qu efficace ; je n'ai ceffié d'en reffientir les faluîaires effet s > & d’être pénétré de VObligation d'y répondre. Je fens vivement l'impoffi- hilité où je fuis de m'acquitter envers vous ; c? au lieu de le faire , je con- tracte plutôt ici un nouvelle dette, en mettant cette foible Produ&ion à l'abri de votre Renommée. Au moins , MONSIEUR * comptés pour quelque chofe la viva- cité de mes fentimens , la force de * 4 DÉDICACE. ma reconnoijfance , & fa durée qui égalera celle de ma vie; Je n'aurai jamais de defir plus ardent que celui de conferver votre prêcieufe Bienveillance ; & en fai- fant des vœux perpétuels pour votre Confervation & pour celle de toutes les Perfonnes qui vous font chères, J'ai l'honneur dé être avec un très- profond RefpeÏÏ, MONSI E U R, Maeftricht, îe z. Janvier *7*4* Vôtre très-humble & très-obëiffant Serviteur PH. FERMIN D. en M. PRÉFACE A Angularité de la plupart des Maladies qui régnent à Surinam , & les difficuE tés que rencontrent dans leur trai- tement les Médecins nouvellement arrivés dans ce Païs, m’ont déter- miné à faire de ces Maladies l’objet d’une fuite d’Obfervations conftam- ment rapportées à la pratique. Et c’eft le Recueil de ces Obfervations que j’ofe préfenter ici au Public. Je me fuis propofô non feulement de dévoiler ici aux yeux de XEurope tes Maux extraordinaires , & fou- vent affreux, auxquels font journel- PREFACE. lement expofés les Habitans de ce Païs, mais furtout de pouvoir leur être de quelque utilité, en mettant à profit les lumières que j’ai acqui- fes au milieu d’eux , & de fournir des directions aux Médecins qui dans la fuite iront y exercer leur Art. Avec la connoiflance des Ma- ladies les plus fréquentes je fourni- rai Vidée exaéle des diverfes Cures qu’elles exigent ; Cures nécelfaire- ment inconnues à ceux pour qui la Température du Climat Sc le genre de vie des Habitans font des objets nouveaux* Il y a dans la Contrée de Surinam des Maladies Chroniques 6c invété- rées , fur lefquelles l’Art femble n’a- voir aucune prifè, & que l’on peut néanmoins guérir radicalement avec lès plantes naturelles du terroir. PREFACE. C’eft dommage que tant d’obftacles empêchent encore d’acquérir une parfaite connoiflance de ces plantes. 11 eft bien furprenant que mes Pré- décefieurs, qui ont féjourné tant d’années à Surinam , 8c parmi lef- quels il s’en efl trouvé qui étoient fort verfés dans la Botanique, n’ai- ent pas daigné en cultiver une bran- che fi efTendelle au bien être des Ha- bilans. Cela donnerait lieu de croire qu’ils n’ont eu à cœur que leurs in- térêts particuliers ; & il en efl mal- heureufement de même de ceux qui y pratiquent actuellement. Les Nègres 8c les NègrefTes, in- firmes des vertus d’un nombre in- fini de ces plantes de Surinam ? opèrent des guérifbns qui font hon- te à la capacité des Médecins ve- nus de f Europe, PREFACE. Un Médecin nouvellement dé- barqué dans ce Païs, a deux chofes principales à faire. La première, c’efl: d’obférver avec la derniere ex- actitude la Nature du Climat & les variations qui influent fi considéra- blement fur l’état des corps & fur l’effet des remedes. Ln effet la cha- leur de l’Atlimofphere efl: fi grande qu’elle ôte aux uns & aux autres prefque toute leur force. Il en réfulte de très grands change- mens à faire dans les dofes des dro- gues qu’on employé auffi bien que dans la maniéré de gouverner les Ma- lades qui tombent tout auflltôt dans une extrême foiblefle , caufée par la diflblution fubite des humeurs, & avec quelque promtitude qu’on vienne à leur fécours, on a fou- vent bien de la peine à les tirer du PREFACE, danger qui naît de cette première révolution. En fuite, le Médecin doit faire ufage de toute fa fagacité pour bien démeler les caufès par- ticulières des différentes Maladies, & pour éviter de les confondre les unes avec les autres , comme le font fi fou vent à leur honte les Mé- decins de ce Païs. Un pareil difcer- nement efi: l’unique principe de l’adminiftration utile des remedes & des heureux fuccès qu’on peut s’en promettre. Suivant l’ordre que je vais me préfcrire , je commencerai par ex- pofer les Maladies aiguës, & en- fuite les Maladies Chroniques, Com- me les premières font affés connues, je ne traiterai que de celles qui font tes plus fréquentes , & que la pra- tique journalière m’a donnée lieu PREFACE, d’examiner à fond > & je joindrai l’indication des remedes qui font propres à chacune d’elles en parti- culier. A l’égard des Maladies chro- niques, je m’y étendrai d’avantage, & je ferai tout ce qui dépendra de moi pour mettre ce qui les concerne dans fon plus grand jour. Je prie le Lecteur d’être bien per- fuadé que je n’ai en vue dans la pu- blication de ce Traité, que futilité publique , & que je ne recherche point une gloire, àla quelle la foi- niche de mes Talens ne me per- met pas d’afpirer. Je réconnois furtout que je ne fuis point exercé PREFACE. dans fart d’écrire. Mais, pourvu que je fois intelligible, cela fuffira pour ceux que j’invite à entrer dans la route que j’ouvre & à fuivre une méthode que je crois plus courte & plus facile que celles qui ont été employées jufqu’à préfent pour la guérifon de Maladies dont je vais parler. TABLE DES CHAPITRES. Chap. I. 1 nécefjiti de conmitre JL/ le Climat, le Régime de vivre des Habitans , fo force des Remedes. pag. î Chap. 11. Des Maladies aiguës. 17 Chap. 111. Des Fièvres en général, £5? de la Fièvre Ephemere en particulier. 19 Chap. IV. De la Fièvre Sÿnbque , ou Continué. 21 Chap. V. De la Fièvre ardente. 16 Chap. VI. De la Fièvre Putride & Maligne. 34 Chap. VIT. Des Fièvres Intermittentes. y Chap. VIII. Des Maladies Chroniques. 49 Chap. IX. Du Beillac. yo Chap. X. De la Paralyfie. 80 Chap. X!. Du Kouk. 8f Chap. XII. Du Klem. 90 Chap. XIII. Des Maladies des Femmes. Chap. XIV. Des Maladies des Enfans. 101 Chap. XV. Du Ring'lVorm. 109 Chap. XVI. Du Kras-Kras. 116 Chap. XVII. Du Taïus. 117 Chap. XVIII. Du Boijî. 116 TRAITC TRAITÉ DES MALADIES Les plus fréquentes à Surinam, & des Remedes les plus propres à les guérir. CHAPITRE l la Néceffité de connaître le Climat, Ie Régime de vivre des Habit ans, & la Force des Remedes. |B|É||] Our douter que la Médecine ait Blpl Pour bafe I£S obfervations, il IHijil ne faut pas la connoître, & n’a- voir aucune idée des parties c--e renferme. Mais il faut que les ob - A z Traitc des Maladies fcrvations foient nombreufes 6c exaétcs, avant qu’on puifle en faire ufage, 6c fe trouver autorifé à en déduire des confé- quences, furtout pour la pratique. En- core le Médecin le mieux inftruit, 6c qui a joint aux recherches des autres les fien- nes propres, n’eft-il pas à l’abri de toute erreur 6c de tout mauvais fucccs. La pru- dence qui guide tous fes pas peut fe trou- ver déconcertée par des circonftances tout à fait imprévues, qui lui arrachent en quelque forte une guérifon fur laquelle il avoit tout lieu de compter. Mais, bien loin d’être découragé par là, il doit ré- doubler fes foins 6c fes précautions pour ne rien laifler échaper de tout ce qui peut le.conduire au but de fon Art. Les principaux objets des obfervations, Çar rapport au fujet que je traite, font la température dn Climat, le Tempéra- ment 6c le régime de vivre des Habi- tans, 6c l’efficace des remedes. Par rap- port à ceux-ci ; comme on ne peut fe flatter de trouver fous fa main à Surinam tous les remedes dont on a befoin, comme on les trouve en Europe, il ell très important que le Médecin ait des connoiflances tout à fait particulières au fujet des remedes qui font à fa portée. à Surinam. j Cela eft d’autant plus eflentiel que, fi un Médecin met dans fes recettes quelques drogues dont les Apothicaires de Suri- nam loient dépourvus, ce qui arrive aux fideux affortis , ils y en fubftitucnt fans façon d’autres, pour foutenir leur crédit 8c conferver la réputation de ne manquer' de rien en Pharmacie. On peut bien s’ima- giner que ces rcmedes ne font pas l’effet de ceux qui ;avoient été préfcrits ; mais c’cft ce dont les Apothicaires fe mettent peu en peine , pourvu qu’ils confervent leurs pratiques, &ne fe brouillent pas *vec les Médecins. v Les Saifons de l’année font fi variables a Surinam qu’on n’y peut faire aucun fond. On en diftingue pourtant quatre , deux de féchereffe ou de grande chaleur, & deux de pluye. Ces Saifons différent Principalement entr’ellcs par la quantité du mauvais air qui y eft plus ou moins rcpandu. C’eft dans les Saifons féches 6c chaudes que les Maladies font générale- ment plus fréquentes, furtout quand la lechereffe eft extrême; alors les Maladies a,gues font dans toute leur force , & la Mortalité régné. L’Athmofphere prefque embraféc caufe dans les humeurs une dif- *°lution ft promte & fi rapide, que les A z 4 TRAITé des Maladies corps les plus robuftes fc trouvent en peu de tenus terraffés par une tranfpiration continuelle, 6c fi forte que l’eau même, auflitôt après avoir été buë, pafle à tra- vers les pores du corps, 6c qu’on l’en voit fortir comme elle feroit d’une épon- ge mouillée que l’on comprimerait. II ne faut pas s’étonner après cela que les Maladies Atrabilaires (oient fi fré- quentes dans ce Pais, où elles régnent toute l’année , parce qu’elles ont pour caufes l’inconftance du tems, les Vents, les Météores formés d’exhalaifons malig- nes dont l’air eft infeélé, les Tourbillons 6c les Tempêtes qui reviennent fréquem- ment , 6c des Tonnerres véritablement affreux. Voila l’origine des plus grandes Maladies à Surinam. On ne s’appcrcevcroit pourtant pas à mon avis autant qu’on le fait de ces varia- tions perpétuelles dans l’air, fi le Fort, qu’on nomme autrement la Ville, n’étoit pas entouré de pois Marécageux, d’où s’élèvent continuellement des Vapeurs, qui rendent l’Air humide 6c corrompu* Une autre fituation aurait exempté, ai* moins en partie , de ces inconveniens- C’ell ce: Air trop humide qui diflbut le* a Surinam.- y humeurs, & caufe dans les Fibres cet affoibliflement ôc ce relâchement , d’où UaifTent quantité de Maladies. Car , dès qu’il fe joint une trop grande chaleur à l’exceffive humidité, il en réfulte une promte putréfaétion. L’Air trop fec pro- duit à peu près les mêmes effets que l’Air trop chaud i & la trop grande pefanteur du même Elément comprime fortement les Canaux du corps & tous les liquides qu’ils renferment 5 quoique cette der- rière qualité de l’Air Toit moins nuifible au corps que les précédentes. Rien n’agit inconteftablemcnt plus fur les nerfs, iur les fibres & les pores, 6c lur toute l’œconomie Animale, que ces changemens rapides dans l’Air, dont l’é- Paiffeur variant d’un moment à l’autre, rend la rcfpiration plus ou moins libre, caufe un défordre univcrfel dans toute la Machine. Si le Pais étoit plus ouvert p défriché , les mauvaifes exhalaifons de P terre s’évaporeroient plus aifément, Ôc 1 °n refpireroit un meilleur Air 5 ce qui Préferveroit les Habitans d’une partie de Cette légion de maux dont ils font comme a^Sablés. H n’y a qu’à confidérer tous les de la chaleur Sc de l’humidité fur *es différentes efpéces des corps, fur les A 3 6 TRAiré des Maladies plus durs même , comme le Bois & le Métaux, qui font dilatés & allongés ou gonflés par l’aétion de ces caufcs , pour concevoir ce qui doit arriver dans les parties folides du corps humain quand de pareils Agens déployent fur elles toute leur force. Les Liquides y font encore plus expofés} leur diflblution, leur raré- faéfion, leur effervefcence, peuvent eau- fcr & caufent effeélivement les Accidens les plus flnguliers, les Symptômes les plus violens. Le progrès furtout de la fermentation des humeurs eft d’une telle rapidité, qu’il prévient fouvent toute pof- lîbiliré d’y oppofer des remedes 5 le de- clin de la Maladie qui touche de fl près à fa naiflance rendent ces remedes inuti- les. Cela fuffit pour fournir la raifon des fréquentes Mortalités, & de leur ravages ftibits. C’eft un grand bonheur pour un Malade, s’il s’adrefle àun homme afles habile & afles aétif pour ne pas perdre à la lettre un feul inliant , puifqu’il n’y a point de cas où l’on foit mieux fonde à dire de tous les inftans qu’ils font précieux. L’expérience m’a pleinement convain- cu,, particulièrement pendant les derniè- res années de ma pratique, combien il eft néceflaire, dans ce Pais plus que par tout à Surinam. 7 ailleurs, de confacrer toute Ton applica- tion à découvrir l'origine & les caufes des Maladies, afin d’y fonder un Prono- ftic qui ne Toit pas trompeur. Pour par- venir à ce but , il faut confidérer les Symptômes particuliers de chacune de cçs Maladies, leurs divers effets fur les divers Tempéramens, & furtout le ré- gime de vivre le plus ufité. Ce dernier genre d’Obfervations eft d’une nécefiité indifpenfable pour tout Médecin qui veut s’attacher à un lieu 5 & il y doit joindre Une attention exafte aux maniérés fou- Vent très différentes d’agir des mêmes temedes fur divers Malades attaqués des mêmes Maladies, c’cft à dire , des Ma- ladies procédant de la même caufe , car °n ne doit pas s’arrêter à quelques légères diffemblances dans les Symptômes. Ce n’eft qu’après avoir procédé dans tout ceci avec une extrême circonfpeélion, après bien des épreuves réitérées de employés avec fuccés fur plu- sieurs fujets attaqués de la même Ma- ladie , qu’on peut faire ufage des re- ndes avec une pleine affurance qu’ils de même fur tous les corps. S’il lurvient malgré cela des cas extraordi- naires , le Médecin doit raffembler toutes les lumières, 6c ufer de toute fa A 4 TRAiTé des Maladies dence, pour fuivre les indications de la JSfature, & fe frayer de nouvelles routes dans la pratique. Il ne s’agit point d’être îéraeraire & hazardeux. Quiconque fera bien au fait de la caufe d’une Maladie, aura un fil fuffifant pour le guider dans 3e Labyrinthe où jette la complication des Symptômes 5 & la nouveauté de qucîques'uns d’entr’eux. Aufii le Célébré Èoerhaave , dans fes Aphorifmes, n’ac- corde-t-il la qualité de Médecin, qu’a ce- lui qui connoit tous les Accidens d’une Maladie, qui les confidére chacune en particulier, qui les compare entr’eux, 6c avec ce qui a lieu dans le corps en fanté, £c qui enfin par la force du raifonnement déduit de toutes ces connoifiances, celle de la véritable caufe du Mal, 6c des moyens les plus propres à le déraciner. Heureux ceux qui Tentent le prix de ces admirables Maximes, & ne négligent rien pour en faire un continuel ufage ! Quant à moi, encore jeune Médecin, fi j’ai ac- quis quelques lumières, 6c fi j’ai eu quel- ques fuccès dans la pratique, je déclare hautement, pour le bien de mes Confrè- res, que j’en fuis redevable à une applica- tion des plus foutenuës, 6c aux examens réitérés de toutes les Maladies dont je parlerai dans ce Traité > examens que j’ai à Surinam, 9 cté à portée de faire, vu le grand nom- bre de Malades qui ont paffé par mes mains. On peut s’imaginer ians peine, que j ’ai été arrêté dans le commencement par bien des difficultés, & qu’il a falu bien des tâtonnemens , avant que d’arriver à quelque choie de décifif fur le Traite- ment des Maladies, dont la plûpart toient parfaitement inconnues. Il y a furtout à Surinam un obftaclc des plus incommodes pour un nouveau Médecin, c’eft l’extrême impatience des Malades. Les Habitans foit Européens, Lit Créoles , voudroient qu’un rcmede déployât fon action auffitôt qu’on l’a pris, & que le foulagement ne fe fit point at- tendre. Si cela n’arrive pas, ils ont plus de confiance pour un Charlatan auquel ils font habitués, que pour le meilleur Médecin , qui ne veut rien précipiter, & & régie fur les préceptes de fon Art. Créoles furtout, c’eft â dire , les £fens nés dans le Pais, font à cet égard entêtement inconcevable. Avec cela d faut avouër que les Médecins, Chirur- giens, & Apothicaires de cette Colonie, iont prefque tous d’une craffc ignorance, csc qu’ils ne font aucun effort pour s’en tlrer > ce qui feroit du moins eflentiel aux premiers. Remplis d’une baffe jalou* ffe , ils ne font journellement occupes qu’à fe déchirer les uns les autres ; ils fe fuyent comme la peffe , & e’eft en vain que les Malades les conjurent de faire des Confultcs ; ils les refufent opiniâtrement j & quand ils y acquiefceroient, cela ne ferviroit qu’a renouveller les Scenes que Molière a miles au Théâtre. TRAixé des Maladies Il eff aifé de comprendre comment ces vils Praéticiens traverlent un nouveau Médecin, & lui font d’autant plus con- traire qu’il eff: plus habile. De mon tems il en vint un, qui avoit fait d’excellentes études, auxquelles, àla vérité, il n’avoit pas encore eu le tems de joindre l’expérience. Pendant une année de féjour il ne trouva pas un feul Malade qui voulut fe fervir de lui, &il reprit la route de l’Europe. Depuis aiant appris, qu’un des Médecins de Surinam, qui avoit le plus de pratique, étoit mort, il revint dans l’efpérance de recueillir quelques- unes de fes dépouilles , demeura plus longtepis encore que la première fois, ôc fit beaucoup de fraix, lans avancer quoi- que ce foit j deforte qu’il n’eut rien de mieux à faire, que de prendre une fécondé fois le parti de la retraite. Cet échantil- lon fufïira pour donner une idée de la peine* qu’un nouveau Médecin a de s’éta- blir dans ces contrées, hnfuite, lors mê- me qu’il eft venu à bout de fe faire jour a travers ces obftacles, il effuye des dé- goûts innombrables de la part de Mala- des les plus fantafques qui furent jamais. Il faut une patience angélique pour fe tirer d’affaire avec eux -, & le fecret de les contenter eft une vraye pierre Phi-* lofophaîe. à Surinam. Si on adoucit la Peinture de leur Mal, ils taxent le Médecin de déguifement 6c de flatterie ; fi on articule pofitivement le danger, ils s’en plaignent comme d’une imprudence, ou fe recrient à l’ignorance. Il n’y a fortes d’égards , ou plutôt de fourmilions , qu’ils n’exigent des Méde- cins. Ils voudroient en faire des Efclaves attachés à la quenouille de leur lit, & continuellement attentifs aux moindres Symptômes de leur Mal. Ils glofent fur la Nature, ladofe, le tems des Remedes qu’on leur ordonne, & difent fans détour Médecin, qu’on voit bien qu’il n’a d autre but que de faire trainer îe Mal, multiplier les Vifites, qui font payées a raifon de trente fols d’Hollande, ou Trafic dis Maladies trois Livres de France. En un mot la té ce tourne avec eux, à moins qu’elle ne foit dès plus fortes. Quand le ‘danger efl: paflé, & que le Convalefcent n’a plus qu’à laifier agir la Nature, fi un Médecin honnête Homme le déclare à celui qu’il a guéri, on le traite de haut en bas, on dit qu’il eft au bout de Ton latin, ôc on en appelle un autre, qui moins habile ou moins con- fcientieux, recommence l’ufage des Re- medes , Sc rappelle fouvent le Mal. De manière ou d’autre, le dernier venu a tout l’honneur de la Cure, on l’exalte jus- qu'aux nues, pour avoir été docile à tou- tes les fantaifies du Malade. J’en pourrois dire bien d’avantage d’après ma propre expérience j mais j’en ai dit ailes pour montrer qu’exercer la Médecine à Suri~ nam, & furtout l’exercer comme le font en Europe les bons Médecins avec hon- neur profit, c’ell fémer dans le Terrein le plus ingrat, & s’expofer à des Contre- tems très difgracieux. Je n’ai pas dellein pourtant, malgré tout ce que j’ai dit, de détourner de leur defiein, ceux qui voudroient aller s’établir è Surinam -, Je reconnois au contraire que à Surinam. 13 le Pais elt affés bon, 6c que quiconque a le bonheur de fe fouftraire, au moins en partie, aux inconvéniens que j’ai exposé, de s’habituer lui* même au Climat, 6c de réuflir dans la pratique y cft en quelque maniéré affuré d’y taire bien les affaires. Les détails ou je fuis entré n’ont donc d’autre but, que d’engager Ceux qui pen- fent à faire le trajet, à bien réfléchir d’a- vance , 6c à prendre les précautions qu’ils croiront les plus convenables pour le faire goûter 6c rechercher. Comme la plupart des Maladies des Habicans de Surinam font une fuite de leur mœurs, faifons ici une Peinture en raccourci , mais fidèle , de ces mœurs. Tant Créoles qu’Europcens, la plus grande partie des Surinamois font plongés dans les plus grands excès de la débauche j ils boivent en abondance les Liqueurs les plus fpiritueufes, ils ont un commerce effréné avec les N égreffes, 6c paffent àfe divertir les nuits entières, expofés à toute L malignité de l’Air qui va au delà de l’cxpremon dans ce Climat. Si la débau- che efl; toujours très pernicicufe au corps humain, elle l’eft furtout dans un Pais, OXI l’air eft extrêmement chaud 6c conti- JRiélement variable. 14 Traitc des Maladies Le moyen de réfifter à un pareil Cli- mat, ce feroit de procurer du repos à Ton corps i & rien parconféquent ne peut dé- truire plus promtement le corps, que de Pexpofer tout à la fois à de trop fortes agitations & aux impreffions des nuits fraiches. Voila donc certainement d’où viennent prefque toutes les Maladies de ce Pais & les fréquentes rechutes dont elles font fuivies. Il ne faut ni s’en étonner, ni s’en prendre uniquement au Climat, comme le font la plûpart des Malades, qui ne veulent pas avouer qu’ils font eux- mêmes les principaux Auteurs de leurs Maux. J’en ai vu qui, privés de la fanré pendant tout le cours de l’année, maudif- loient le Pais, foutenoient qu’aucune con- fbtution ne pouvoir s*y maintenir, ôc gé- miffoient de n’être pas en état de le quit- ter, tandis qu’ils auraient pu éviter ces maux par une conduite réglée , ou s’en guérir en reixmçant à la débauche. Il y en a qui retournent en Europe & qui aianc eu le bonheur de s’y rétablir, reviennent à Surinam, reprennent leur premier train, retombent dans leurs anciennes Maladies , & payent enfin le tribut, bien moins à la Nature, ou au Climat, qu’à leurs éga- remens. Quelques-uns d’entr’eux fem- bienc croire, qu’il elt au pouvoir de la à Surinam. i y Médecine, de les guérir toutes les fois qui leur plait de s’attirer des Maladies, &de les faire fortir des précipices ou ils rejet- tent de gayeté de cœur. Mais s’il eft vrai, comme dit le Proverbe Latin , qu’il n’y ait point de Remede dans les Jardins con- tre la force de la mort, il eft encore plus vrai que les maux caufcs par la débauche font irrémédiables, des que leur principe lubfîfte. Je ne veux pas dire cependant que tous les Malades à Surinam foient dans ce cas. Il y en a fans doute dont la conduite, quoiqu’irrêprochable, ne les empêche pas d’être attaqués , & même fréquenment, de diverfes Maladies. Ceüx-ci, je l’avoue, °nt le droit de fe plaindre des intempéries de l’Air, 6c de ces changemens fubits en particulier dont nous avons parlé , qui d’exceftivement épais le rendent tout à coup prodigieufement raréfié, ou le font pafler de la plus grande chaleur à la plus grande fraicheur. De là une Tranfpiration interceptée, qui bouleverfc toute l’habi- tude du corps. .C’en eft aftes fi je ne me trompe, pour lre connoiire la Nature du Pais* par- ons à préfent des R#mcdes , pour juger 16 Traîtc des Maladies de ce qu’ils font en eux-mêmes, & des effets qu’on peut s’cn promettre. Cette même chaleur, dont l’aêtion fur le corps humain ell fi forte, étend une aftion toute pareille fur les autres corps, & par con- féquent fur les Remedes, les dilatant s’ils font folides , les raréfiant Sc en faifant évaporer les parties s’ils font liquides. Les Herbes ôc les Racines qui viennent d’ailleurs, perdent en arrivant dans ce Pais le peu de fuc qu’elles pouvoient avoir confervé ; & il ne faut gueres plus de trois ou quatre Mois pour les deffécher entiè- rement. Quantité d’infcêles s’y attachent aufîî, les rongent , les fucent & les ré- duifent bientôt en poudre j de façon que ees Drogues ne confervent pas longtems, ni leur odeur, ni leur goût. Les Gommes mêmes ne font pas exceptées de ce dé- chet , quoique la fécherefle agiffe plus lentement fur elles. Les efprits & les effences s’évaporent auffi plus ou moins fenfiblement. Toutes ces circonftances mettent un Médecin dans la néceffité d’al- ler au delà des dofes ordinairement indi- quées dans les Traités de la Matière Mé- dicale , & de fe fervir d’un Apothicaire chez lequel il foit fur de trouver des Mé- dicamens fraix & renouvellés au moins trois ou quatre lois par an. à Surina m 4 De ces deux objets dépend le fuccèsdes traitemens d’ailleurs bien conduits. Je renvoyé à l'expérience ceux qui voudront fe convaincre que je n’avance rien ici que d’après les obfervations les plus cxaétes. 17 J’entre à prêtent en matière , & je vais décrire chaque Maladie en particulier, Î>our joindre enfuite à cette defeription a cure que je regarde la plus propre à conduire les Malades à une guerifon promte 6c complette. CHAPITRE IL Des Maladies aiguës. D’Ou viennent les Maladies aiguës? C’eft une queftion qu’il me paroit d’examiner, avant que de dé- lire ces Maladies. . Ces grandes Variations de l’air * 6c d’un air pour l’ordinaire enflammé, dont 3ai déjà parlé plus d’une fois, caufent des ébranlemens , des chocs, des fécouf* ies î auxquels les corps les plus vigoureux n 5 fauroient refîfter. Les Vaifleaux fe r£lachent, les humeurs fe raréfient, 6£ B Traitc dès Maladies furtout elles fermentent, ce qui donne naiftance aux Maladies inflammatoires, dont le nom fc rapporte à la partie qui eft léfée 6c troublée dans l’exercice de fes fonèlions. Tels font le Coma, le Cau- fus, VAngim, l’inflammation du Ventri- cule, du foye, de la rate, du méfentere des inteftins, la diflenterie, la pleurefic , ia péripneumonie, les fièvres putrides 6c malignes, la Colique 6cc. Il eft généralement connu que les Ma- ladies aiguës font celles dont les progrès font les plus rapides, £c qui font accom- pagnes des plus grands dangers. Les unes donnent la mort dans trois ou quatre jours, les autres dans fept ou quatorze, 6c quel- ques unes vont jufqifau vintiéme , après lequel terme le Malade eft pour l’ordi- naire hors de danger, fans toucher pour- tant de fort près à fon rétabliflement, qui eft prefque toujours des plus lents. De toutes ces Maladies, je n’expoferai que celles qui rognent dans la faifon la plus critique, c’eft à dire , pendant la grande lécherefle, faifon tout à fait meurtrière. Ces Maladies font les Fièvres ardentes, ou Càufus, les Fièvres putrides 6c malig- nes 5 6c, lorfque la féchérefle eft moindre, les Fièvres Synoques 6c Intermittentes. à Surinam. ty Pour les Pleuréfies & les Peripneumo- uies, elks font très-rares5 je n’en ai traité aucune pendant mon féjour dans ce Païs, & je ne fâche pas avoir oui parler de plus de trois ou quatre. Je vais donc m’atta- cher aux Maladies aiguës dont les progrès font plus violens. CHAPITRE 111. Des Fièvres en général, de la Fièvre éphémère en particulier. LEs Médecins les mieux verfés dans la Pathologie, font allés d’accord que les Fièvres tirent en général leur fourcc dsun effort de la nature qui travaille & déployé toute fon aétion pour le dé- baraffer le plus promtement qu’il lui efh pofllble de la matière morbifique ôc par-* ycnir par ce moyen au recouvrement de |a fanté. Paffons fucceffivement en revue les Fièvres les plus dangereufes, comme 1 Ephémère, ou celle qui ne dure qu’ura Jour ? ia Fièvre continue ou fynoque, la Fièvre ardente ou Je Caufus, les Fièvres» putrides & malignes, enfin les Fièvre.* intermittentes, & indiquons les divers Ivemedes qui leur conviennent. B 2. La Fièvre éphémére eft celle dont le traitement cil le plus facile} elle exerce principalement fes ravages parmi les Ef- claves, ôc fe manifelle avec une telle vé- hémence, qu’il femble que la mort doive aulîitôt s’en fuivre. Mais tous ces Symp- tômes difparoiffent avec le Paroxifme, la fanté revient aulîitôt, & il ne relie pas le moindre vellige du mal. Traitc des Maladies Tous les degrés de cette Fièvre font ordinairement renfermés dans l’efpace de vingt-quatre heures , qui fuffifent pour lon commencement , fon accroilfement, fa conlîllance 6c fon déclin. Quant au traitement , il ne confilte que dans une iaignée d’une douzaine d’onces, & dans une bonne évacuation, fuivant les forces ou l’état des Malades. Si cette Fièvre devient de plus longue durée, on l’appelle Continué non Putride. La caufe & les lignes demeurent les mê- mes. Il faut alors de copieufes faignées, èc des délayans en grande quantité. à Surinam. 21 CHAPITRE IV.: T)e la Fièvre Synoque , ou Continue« CEtte Fièvre qui doit être rangée en- tre les efpèces de Fièvre continue, eit très fouvent une fuite de l’éphémère Sui fe change en continue, fa durée eft de fix à huit jours. Quoiqu’elle ait à peu près les même caufes que la Fièvre éphé- mère, fon importance eft pourtant plus grande, 6c demande des foins plus parti- culiers. Les Symptômes de cette Fièvre s’an- noncent ordinairement par des douleurs aiguës , accompagnées d’une grande po- inteur , 6c d’un accablement par tout le corps, ou laffitude générale des membres. Le Malade relient alors une chaleur mo- dérée , fon vifage eft rouge , 6c fa peau niolle, ce qui vient fans doute de la fer- mentation du fang , que rencontre dans *°n cours des humeurs, auxquelles il caufc üî}e altération conftdérable. L’ufage des ‘dimens indigeftes en particulier de toutes irtes de mauvais fruits, 6c l’abondance des liqueurs fortes, m’ont paru être les B 5 Traitc des Maladifs caufes de cette Fièvre en amaflant dans l’eftomac des matières difpofées à la pu- tréfaction, ou à la fermentation, Si qui fe digèrent très difficilement. C’efl donc par l’expulfion de ces matières qu’il faut commencer la cure, en-preferivant fur la iin du premier accès le vomitif fuivant. çt. l’artar. Emetic. gr. iij. Pulv. Ipecacuanh. gr. xv. Oxymel. Squilit. une. fs. Aq. ftill. Chicorei, une. j. Mifce pro unâ dojî. Une heure après l’opération de ce Re- mède, le Malade prendra un bon bouil- lon, ou, fuivant l’ufage du Pais, une pape , ou une canàelle. La première fe fait avec du gruau, Si forme une bouillie j pour la fécondé on prend un tiers d'eau, & deux tiers de bon Vin du Rhin, avec un jaune d’œuf èc du fucre. On preferira enfuite la boiffon fuivante. Aq. Decoïï. Hordei. une. xlv, Rob. Ribium .Surinamenfts. une. ij. Nitri puri. drach. ij. Syrup. accetof. Citri. une. j. fs. S prit. Nitri duîc. drach. j. M. Utatur pro ptîu ajjiduo ad luhiîum. à Surinam. 23 Le fécond jour on fera au Malade une Lignée du bras de onces ; 6c une heure après il fera ufage de l’apoeèrae, fuivant. ijc. Radie, f. aper. ana draeh. iij. Rhei Elle SI. drach. ij. fs. FruSl. Famarind. une, j. fs. Coq. ex aq. pluvial, q. f. Colat. une. x. Ad de S al. Mirahil. Glauher. unc.fs. Syrup. Rofar. folut. c. f. une. j. fs. Polycrejl. drach. j. M. 'Capiat une. ij. omni horâ. Après que le Malade aura pris cette potion, on doit s’attendre à une évacua- tion copieufe des matières logées dans les inteftins, qui pour l’ordinaire gonflent le Centre. Si cependant cette évacuation tfétoit pas aufli abondante qu’on l’auroit fouhaité, il faut réitérer la potion. Le troifiéme jour on revient à ia faignée, flu’on fait du pied plutôt que du bras, afin de prévenir par là Rembarras du Cer- veau, & pour foulager en général les de tête. On ne dois pas négliger l’ufage fréquent des boiflbns. délayantes B 4 X 4 Trafic des Maladies & rafraichiffantes. Le Malade prendra de plus tous les foirs un lavement émollient & rafraichifiant pour entretenir la liberté du ventre, & tempérer la trop grande chaleur. On peut preferire celui-ci. Decoïï. Emoll. une. x. Nitri puri. drach. ij. 01. Lini. une. ij. /. Clyfma. Cette forte de Fièvre doit être fuivîc avec beaucoup d’exaéHtude & d’attention, afin de ne pas laifier échaper les Symptô- mes indicatifs d’un redoublement de fer- mentation qui furvient quelque fois dans la mafle du fàng, ou d’une malignité qui fe manifefte dans les humeurs. Comme cette Fièvre quoique continue , com- mence ailés fouvent à décliner vers le Jfixiéme ou le feptieme jour, on ne doit faire pourtant aucun changement au plan de la cure qui vient d’être indiqué, & il faut au contraire la continuer exaélement fur le même pied jufqu’à l’entiere expul- sion de la Fièvre. Enfin le Malade étant bien guéri prendra deux ou trois jours 3ior es l’infufion fui vante. à s U R I N A M. s*. Manna Eleïï. une. ij. Fol. f. f.f. drach. iij Infund. in q. f. aq ferv. [patio *. hor. Coiat. une. iv. Admifee Sal Polycrefl. drach. j. Syrup. Rofar. f. c. f. une. j. fs. C aplat une. j. omni horâ. M. C’eft ainfî que j’ai traité avec fucccs cette forte de Fièvre. Elle peut auffi dé- générer en putride par une trop grande fermentation dans le fang, dont les parties divifées 6c pouffées avec impétuofité for- ment des dépôts qui s'arrêtent en certains endroits, 6c y croupiffent. Alors il faut changer entièrement de route dans la cure, furtout lorfque l’on découvre quel- ques Symptômes de malignité. C’elt ce qu’on verra dans ce que je vais dire pré- fentement fur la Fièvre ardente. Traitc des Maladies CHAPITRE V, De la Fièvre ardente. LEs lignes diagnoftiques de cette Fiè- vre, qu’on nomme ici le Caufus ,fe manifeftent par une chaleur exceflive ré- pandue dans tous les cours, qui ne dimi- nue que fur la fin du paroxyfme. Cette chaleur defécho la peau , caufe une foif brûlante 6c inextinguible, rend la langue féche , noire 6c raboteufe , naufées, l’anxiété, l’infomnie, le vomif- fement,- le délire, le Conta, des convul- fions 6c des redoublement aux jours im- pairs. Le pouls eft élevé, Ton battement rapide 6c inégal. Enfin le corps eft tra- vaillé de douleurs qui fe font principale- ment fentir dans la région de l’eftomac. Cette Fièvre eft très-fréquente dans la faifon de l’extrême fécherefle , 6c caufe une grande mortalité dans le Pais. La chaleur eft alors fi grande, 6c l’ardeur du foleil fi fenfible , qu’elle ne defieche pas feulement, mais brûle en quelque forte les vaifteaux, qui fe rempliffent d’humeurs chaudes, acres 6c biîieufes, lefquelles en trois ou quatre jours caufent la mort, fur- tout quand le Médecin, comme cela n’ar- rive que trop Couvent, redoute la Saignée, ou qu’au lieu de tempérer le grand feu qui confume le Malade, il l’augmente en- core par des cordiaux & des remedes fpi- ritueux. Une légère connoiffance de la iViédecine fuffit pour montrer combien cette conduite eft pernicieufe aux Mala- des, un feu ne pouvant fervir qu’à aug- menter l’autre. C’eft aux remedes rafrai- chiflans , & délayans qu’il faut recourir ici, comme à l’eau dans une incendie. à Surinam. îî eft d’ailleurs généralement connu que la F iéyre dont il s’agit ici eft non feule- ment plus commune dans les Païs chauds, mais qu’elle y demande des remedes qui déployent plus promtement leur aélivité que dans les Païs tempérés, parce qu’elle caufe une mort plus fubite, & que dès fa naiflance le Malade eft terraffé par l’ex- ceffive ardeur dans laquelle il eft comme plongé. N Voici les lumières dont je fuis redevable a l’expérience fur ce fujet. D’abord elle m’a appris qu’uvant toutes chofes, au dé- Ciln du premier accès, on doit tirer qua- torze onces de fang du bras, & une heure aPrcs donner au Malade l’apozéme fuivani- 28 Traitc des Maladies çt. Rai. Gramin. - - Scorzoner. anaunc. j. Frttü. Famarind. une. ij. Herb. accetofa rec. m. fs. Fol. f. f. f. une. fs. Coq. ex aq. q. f. colat. une. xij. Cui admifee Manna EU. une. j. fs. Sal Polycrefl. drach. j. Nitri puri. drach. ij. Syrup. Rof. /. c. f. une. j. M. Captai une. ij. omni horâ. Pour faciliter l’opération de ee laxatif, le Malade prendra entre deux quelques légers bouillons, ou du Thê verd fort foible i & après i’entiere évacuation , il fera ufage de la boifîon fuivante. l£. Jq. Decoïï. Hordei. lib. iij. - - Still. Flor. Naphœ. une. iij Roh. Rihium"Surinam. une. ij. Nitri puri. drach. iij. Spirit. Sulph. per camp, toi guttas quoi fufficiunt ad gratum acorem. Vtatur pro potu ajjiduo ad lubitum. à Surina m. 2r> Le fécond jour il faut nécefîairemcnt réitérer la faignée, & tirer dix onces du pied. On donne aulîi le même apozéme laxatif, en fuppofant néanmoins que les forces du Malade le permettent, & en ne négligeant point le fréquent ufage de la boiflon délayante & rafraîchifiante. Quoi- qu’elle ne foit pas defagréable à prendre, fi le Malade venoit à s’en dégoûter com- me cela arrive allés fouvent, on pourroic y fubftituer par intervalle l’émulfion fui- vante. çi. Sent, contuf. PetroJfeL - - Cichorei. - Cucum. ana une. fs, Cum aq. decoü. Hordei, /. emulfio cujus une. xx. jîdmijce Nitri puri drach. j. fs. Syrup. Capill. Vener. une. j. is. Capiat une. ij. omni horâ. L’infomnie étant une des fuites de cette Maladie, il eft très-à-propos avant l’heure fommeil, de procurer du repos au Malade en lui failant prendre en deux fois le narcotique fuivant. Traitc des Maladies 30 çi. Sem. Papayer, alb. une. ij. Cum aq. decoß. Hordei. f. emulJîos cujus une. vj. Admifce Nitri puri. drach. ij. Syrup. Diacod. une. Is, On doit avoir foin d’entretenir le ven- tre libre, de tempérer cette grande chaleur qui caufe la foiblefle & l’inquie» tude. Pour cet effet il efl indifpenlable que le Malade fade tous les foirs ufage du Clyftere fuivant. t$L. dq. decoft. Hordei. une. x. Sapon. Venet. une. j. fs. Nitri puri. drach. ij. Syrup. Rof. f. c. f. une. ij. 01. Lin. une. j. f. Clyfnta, De plus on ne négligera pas de faire obferver au Malade une diète fevére, en ne lui donnant que des bouillons , de Pape ( yoyés Ghap. IV.) avec un verre à Surinam. 31 de bon vieux vin du Rhin , 6c pat inter- valle quelques Candellcs ( ihid. ) Cette cure exaétement fume eft le feul moyen de procurer au Malade le recouvre- ment promt 6c parfait de fa fanté, 6c au Médecin les juiles applaudiffemens qui lui font dûs. Parmi les Malades attaqués de cette Nièvre, il s’en trouve cpi, par des dé- bauches de plufieurs années,, ont entière- ment détruit leurs forces. S’il ne paroic d’ailleurs dans leur mal aucun Symptôme extraordinaire de malignité, il faut s’y prendre autrement avec eux, parceque les rernedes précédens n’ont pas l’efficace requife pour opérer la guérifon. Dans ce cas, j’ai eu recours à la décoétion fuivante* Cort. Peruvian. opt. une. iij. Coq, ex aq. pluv, q. /. fpatïo duarum h or arum. Colat. une. xvj. Vint Rheani opt. une. iv. Nitri puri. drach. ij. Syrup. Menthœ. une. i. Is, uPq.JHU. Flor. Naph. une. ij. Cui admifee M. Capiat une, ij. omni horâ 32 Trafic des Maladies L’effet de cette décoction cft de cor» roborer le Malade extenué, & en même tems, d’affoiblir la Fièvre , 6c de la dé- truire infenfiblement. Elle ne doit cepen- dant être employée que quand le Malade a perdu Tes Forces, ou lorfque la Fièvre s’opiniâtre, 6c refifte au traitement ci- deffus indiqué. Quand la Fièvre a pleinement ccffé, on purge au bout de trois ou quatre jours le Malade avec l’infufîon fuivante. Marina EU. une. ij. Fol. f. F f. drach. iij. Infund. in y. f. aq. ferv. Colat, une. iv. jîdmifce Sal Polycreft. drach. ij. Syrup. y. rad. aper. une. j. M. Après que le Malade aura pris ce laxa- tif, on lui recommandera un bon régime, foit pour la quantité, foit pour la qualité des alimens,en petites 6c fréquentes dofes. Comme les forces reviennent plus lente- ment 6c plus difficilement dans les Païs chauds que dans les Pais tempérés, on à Surinam. 33 peut en hâter le retour par le Vin Mé- dicinal fuivant pour une huitaine de jours. Cort. Peruvian. une. iij. - - Cinamom, une. fs Rad. Gentian. - - GaJangœ. ana une. j Sumit. Ahfynth. rn. fs. Vint Rhen. opt. lib. iv. F. S. A* Vin. Medicat. Capiat une. iij. ter vel quater de die. L’expérience prouve, que, pour bieri traiter cette Maladie, on ne doit pas craindre d’abattre trop un Malade par Ls Lignées & les purgatifs tempérés, dont l’ufage elt indifpenfablc pour éva-> cuer les humeurs & les crudités qui Ce trouvent amaffées dans les premières voyes. Lnfuite , on doit recommander i’ufagc fréquent des délayants & des rafraichifo Lnts-, ce qui ne peut naturellement que procurer une promte guérifon, 6c la ren« dre radicale, puiiqu’en fuivant cette mé- thode on arrête la violente fermentation du iang , fource de cette épouvantable chaleur qui dévore le Malade j 6c par funféquent la Fièvre diminue de jour en -lotir. S’il v a des Auteurs qui interdirent C 34 T*Arré des Maladies la faignée ÔC les cathartiques, il cft à pré- fumer, que te n’eft que dans le cas d’aug- mentation ou de diminution des Symp- tômes de la Fièvre-, car d’ailleurs l’expé- rience eft pleinement garant du traite- ment que j’ai détaillé *, ôc ce n’eft que parcequ*on en fuit d’autres, qu’il y a fi peu de Malades qui réchapent de cette Maladie. Ayant eu tous les jours entre les mains les ordonnances des Médecins de ce Païs, je pourrois en les mettant au jour 8c en rapportant leurs funeftes effets, ne laiffer aucun doute fur la folidité de mes raifonnemens 8c fur l’efficace de ma méthode : mais la bienféance m’oblige de ménager leur réputation; 8c je n’en au- rois pas même tant dit, fi le bien public ne m’en impofoit la loi. D’ailleurs, quand on fupprime les noms , il n’y a jamais d’offenfe qui puiffe être cenfée perfonelle. CHAPITRE VL De la Fièvre putride & maligne. J’Ai dit ci-deffus que toutes les Fièvres font caufées par des crudités qui fe trouvent raffemblées en trop grande quantité dans les premières voyes, ôC qui à Surinam» 35 viennent des mauvaifes nourritures dont l’eftomac s’eft furchargé. On peut auflt en trouver une autre caufe dans les boif- ions, particulièrement dans la bière dont °n fait ufage à Surinam, & qui eft fou» vent aulîi aigre que du verjus » à quoi il faut joindre en tems de fécherelfe les eaux corrompues, les feules qui relient lorfquc les eaux de pluye viennent à manquer. La Fièvre eft encore un effet du dé- sordre que les pallions caufent dans les humeurs, & des imprelïions qu’elles font fur les vilcéres. Le chagrin en particulier produit des effets lî violens dans les Païs chauds, qu’on peut l’y regarder comme ün poifon funelle. Les Médecins conviennent unanime- ment que les Fièvres putrides 6c malig- nes font les plus férieufes de toutes, qu’el- les conduifent le Malade à fa fin lorf- paroilfoit encore alfês éloignée * & que par conféquent elles demandent des remedes qui agilfent très promtemenc. Les principes de la Phyfique & de la thymie nous donnent une idée alfés di» ftinéte de la nature, des caufes, ÔC des effets de la putréfaélion , qui n’eft autre G z 3<î T*a rré des Maladies choie qu’une diflolution des parties qui iorment le tillu des corps, diflolution qui en altère les propriétés 6c les quali- tés , 6c qui en fait exhaler une évapora- tion volatile & fœtide. Les Agnes pa- thognotniques de la Fièvre putride le manifeftent furtout dans les redouble- mens qui commencent par un état de fraîcheur, 6c fe terminent par des lueurs froides. Cette Fièvre caufe des naufécs, des vomiflémens quelque fois très opiniâ- tres, pendant lefquels-le Malade rend des vers 6c des matières noirâtres ; fi langue eft noire 6c brûlée * les Telles font d’une odeur infupportable 5 la chaleur, tantôt violente, tantôt temperée, rend la foif plus ou moins confidérable, les forces s’épuifent, les douleurs de tête font ex- trêmes 6c caufent l’infomnie, enfin il fur- vient un cours de ventre qui le conduit bientôt au tombeau. Le pouls eft foible £c fréquent, le Malade tombe quelque fois dans le délire j 6c l’on voit "répan- dues fur tout fon corps des taches noirâ- tres, ou pourprées, qui ne font pourtant pas des lignes pathognomiques , puif- qu’elles exiftent pareillement dans les Scorbutiques. Fpur bien traiter un Malade attaqué de à Surinam. 37 cette Fièvre , il faut avant toutes chofes examiner les forces 6c la fréquence de fes vomiflemensj après quoi on commencera par lui preferire ce vomitif. JJC. Rad. Ipecacuanh. puîv. drach. iij. Vint albi. une. iv. Stent in frigid. infuf fer no&em, Mane fer chart. fdtratis. Adde Oxymell. Scillit. drach. iij. Mf. haujîus. Une heure après que ce vomitif aura produit Ton effet, on donnera au Malade Un bon bouillon fuivie de cette potion. s£• Confeïï. Alkerm. drach. j. fs. - - - - Hyacinthe drach. ij. Ay. ftill. Cort. Citrï. une, iij - - - - Flor. Naphœ. une. j. fs, Syrup* Diacod. une. j. Capiat cochlear j. fing. hor Le fécond jour on tirera dix onces de fang du bras, 8c deux heures après ois fera ufage de l’apozeme fuivant, C 5 Traitc des Maladies Rad. Gramin. me. j. - - f. aper. ana une. ft. Pruü. wiarind. une. ij. Fol./. f. F drach. iij. Coq. ex aq. pluv. q. f. colat. una. xij, Cui admifee Marina EU. une. ij. Sal Polycrefi. drach. j Sp. Nitri dulc. drach. j. (s. M. Captai une. hor. Malgré l’évacuation abondante que doit procurer cet Apozeme, il faut le réitérer, fi les forces du Malade le per- mettent, au moyen de quoi on expulfera toutes les matières peccantes qui ont trop long-tems féjourné dans les intellins, ou OU elles entrent en putréfaction. S’il y a quelque embarras du cerveau, dans le tems où la fermentation paroit la plus confidérable & la Fièvre la plus forte, on aura recours à la faignée du pied, dont la réitération dépend de la prudence du Médecin. On n’oubliera pas de faire ap- pliquer tous les foirs au Malade le Lave- ment fuivanL à Surinam. Çi. Decoïï. Emell. une. x. Nitri puri. drach. ij. Sapon, Venet. une. fs. Syrup. Rofar. F c.f. une. j. fs. 01. Lini. une. j. /. Clyfma. La boiflbn ordinaire fera celle-ci. Hordei opt. toti & mundi. une. ij. Rad. Scorzoner. une. j. fs. - - Gramin. une. j. Aq. pluvial, lib. vj. Coq. ad ter lia partis confumt. Colat. admifee. Rob. Ribium Surinam, une. iij. Vint Rhen. opt. une. vj. JSiîri puri. drach. ij. Spirit. Sulph. per Camp, tpt guttas quoi fufficiunt ad gratum acorem, Utatur pro potu ajfiduo ad libitum. Si l’infomnie devient trop opiniâtre, on fera prendre tous les foirs, une heure avant le fommeil, cette émulfion. G 4 Trafic dès Mauadies 40 çt, Sem. Papaver. alh. une. j. fs. * - - Petrojfelln. drach. i:j. decoïï. Hordei q. f. f. emulfié cujus une. iv. acide Syrup. Diacod. une. j. Pro una dofi. Quand le Malade eft entièrement quitte de fa Fièvre , il faut le purger, au bouc de deux ou trois jours avec l’infuhon fuivante. Manna EU. une. ij. Fol. f. f. f. drach. iij. Infund. in q. f. aq. ferv. fpatio i hor. Colat. une. iv. adde Sal Polycrefi. drach. j. Is. Syrup. Rof.f. c.f. une. is. Pro una dofi. Comme les forces reviennent très len- tement, on tachera d’en hâter le retour par un Vin Médicinal corroboratif, dont Yoici la compolitiou, à Surinam. Bt. Cort. Peruvian. opt. une. iij HB. Centmr. Min. m. j Vint Rhen. lib. iv. Vinteran. une. j. F. S. A. Vinum Medicatum. Capiat une. ij. ter vel quaîer de die. Pendant tous le cours de la Maladie, il faut obferver une diète révéré, ne faire ufage que de bouillons, de papes , & de candelles, qui fuffifent pour la lub fi (lance du Malade, & ufer de grands ménage» mens avant & après la convalcfcence, en îie prenant furtout que des alimens de facile digellion. 11 faut encore obferver que, dans le cours de la Maladie , on ne doit apporter aucun changement à l’ordre du traitement qui vient d’être indiqué, à moins que les Symptômes ne changent en empirant, auquel cas, fans quitter la boiflbn ordinaire, on y joindra l’ufage de la potion cordiale, plus ou moins fréquent félon l’état & les forces du Malade. Çette Fièvre devient maligne lorf- qu'elle pafie le vintieme jour j & comme alors l’épuifement augmente, il efi: eflen- tiel de recourir à des remedes plus aétifs Traitc des Maladies & plus fortifians, fans quoi le Malade fuccombe à fa foiblefîe, les forces vitales étant comme étouffées par l’abondance des particules malignes. Je ne faurois trop recommander ici l’ufage d’un cordial, dont la compofition m’appartient , & que j’ai lieu de regar- der comme un préfervatif fouverain con- tre la malignité des humeurs. Auflî eft-cc l’afferablage des remedes les plus efficaces contre les venins. Son fuccés à toujours furpaffé mon attente dans le traitement des Fièvres malignes, & je fuis en droit de l’appeller un vrai fpécifique en pareil cas. Sa recette paroîtra peut-être un peu longue Sc chargée. Ce n’eft pas que je ne fois dans le goût & dans l’habitude de preferire des remedes auffi fimples qu’il eft poffibls, fans avoir égard aux fantai- fîes de quelques Malades qui ne croyent une recette bonne que quand elle cft lon- gue .* ce qui a furtout lieu à Surinam. Il me fuffit d’avoir ici pour garant l’ex- périence la plus complettc. Çi. Oc cuit. 6p. prapar. Rad. Contrayerv. puîv, anadrach. j. Viper arum. - - - Margarit, Orient, à Surinam. 43 Cor al. ruhr. C. C. Philof. ana gr. xxv. Lapis Bezoard. Orient, gr. xij. Antim. Diaphoret. drach. j. Aq. fiill. Card. hened. une. v. - - - - Vitæ Mathiol. drach. ij, - - - - Flor. Napbœ. une. j. •- - - Cinamom. drach. iij. Syrup. Kermes. une. j. Capiat cochlear j. omni I. hor. La boiflbn ordinaire fera celle-ci. Avena mund. une. iv. Rad. Scorzoner. une. ij. Aq. pluvial, lib. vj. Coq. ad tertiœ partis confumt, colat. Roh. Ribium Surinam, une, iij. - - Samhuci. une. j. Admifce Fini Rhen. une. vj. Spir. SuJpher. P. C. tôt gutt. quoi fuff. ad gratum ac. Utatur propotu ajjiduo ad libitum. 44 Trafic des Maladies En ufant des faignées & des purgatifs, aufli nuifibles dans certaines circonttances que favorables dans d’autres , on ne fau- roit avoir trop d’égards au genre de la Maladie & aux forces du Malade , car, dans le cas d’exténuation , la trop grande évacuation par les purgatifs devient dan- gereufci & il faut plutôt adminilirer les reftaurans fins relâche. Au contraire, avec un tempérement vigoureux le traitement que j’ai préferit eft préférable à tout au- tre, puifqu’il délivre le corps de la ma- tière morbifique. Il peut arriver aufïï [ & c’eft un cas que j’ai très fouvent rencontré ] que malgré les évacuations abondantes dans le commencement, les Symptômes augmentoient j alors il faut appliquer les vcficatoires aux jambes 6c aux cuiffes, en prenant garde que la vef- fie foit à l’abri de leur effet. Suppofé que, malgré cela, la Fièvre augmente encore , ou du moins qu’elle ne diminue pas, il ne refte que le grand Fébrifuge. Cort. Peruvian. cpt. contuf. unc.iv. Coq. in vafe daufo [patio duarum hùra- xum cum aq. pluvial, q. [ colat.une, xxt eut admifee Nitri puri, drach. ij. à Surinam, Jî({. fiill. Flor. Naphœ. une. ij. Syrup. Menthe, une j. fs. Spirit. Nitri duh. drach. j. Capiat une. ij. omni\. hor. Quand j’ai été obligé d’en venir à cette décoélion , elle a toujours produit de très-bons effets, & par ion moyen je me fuis rendu Maître de la Fièvre. Seule- ment il faut obferver que le Malade n’en prenne pas pendant le redoublemens. Les fucccs confiants que j’ai eus dans le traitement de la Fièvre putride en fui- vant la Méthode que je viens d’indiquer, me font fouhaitter de trouver des imita- teurs, qui avec la même prudence ayenc le même bonheur. CHAPITRE FIL Des Fièvres intermittentes* LA Fièvre intermittente n’eft propre- ment qu’une chaleur contre nature al- lumée dans le fangpar des particules fpiri- tueufes qui s’y jettent dans des tems marqués 46 Traitc des Maladies & avec des retours périodiques. Le froid & le fri flou, la chaleur & la fueur fe fuc- cédent de fort prés* le Malade a des dou- leurs partout, des naufées & des vomifle- mens. Cette Fièvre varie en quotidienne, tierce, double tierce, & quarte, quoique le levain morbifique foit le même. Les fentimens font fort partagés fur la maniéré de traiter cette Fièvre > l’expé- rience ayant été mon guide, je vais ren- dre compte de ce qu’elle m’a enfeignéc, & propofer une méthode courte & facile, que j’ai fuivie avec fucccs. Sur le déclin du premier accès j’ordon- ne le vomitif fuivant. Fartar. Emetic. gr. iij. Pulv. Ipecacuanh, gr. xxv. Diagrediî. opt. gr. vij. JÎq. ftilî. Cichor. une. j, Oxytnel. Scill. drach. iij. F. hauftus pro una dofi. Ce Vomitif a la vertu d’évacuer par le haut & par le bas. Le fécond jour je fais tirer douze onces de fang du bras, & une heure après vient l’Apozéme fuivant. à Surinam. J!. Rad. f. aper. ana drach. iij. Rhei opt. drach. ij. fs. Fol. f. f. f. une. fs. Fruïï. l’amarind. une. j. Coq. ex aq. pluvial. q. f. colat. une. xij. Adde Sal Polycreft. drach. iij. Syrup. rofar. f. c. f. une. j. fs. Captai une. ij. fing. hor. On réitéré deux ou trois fois cet A po- terne pour procurer la promte expullion de la matière morbifique. La boiflfon or? dinaire pendant l’accès eft celle-ci. î£. JÎq. Decoci. Hordeî. une. xl. Rob. Rihium Surinam, une. iij, Nitripuri. drach. iij. Syrup. Limon. une. j. fs. Spirit. Nitr. dulc. toi gutt. quoi fuffic. ad grat. ac. M, pro potu ajjiduo. Si la Fièvre refifte à ces remedes, il faut avoir recours à notre décoètion fébri* fuge, préparée de la maniéré fuivante. 48 Traitc des Maladies çi. Gort. Peruvian. opt. une. iij. Rad. Gentian. Galangœ. anaunc.j. Coq. ex aq. plwv. q.f. [patio l. hor. Golat. une. xx. oui admifee Nitripuri. drach. ij. jlq. fiill. Flor. Napha. une. j. fs, Syrup. f. radtüper. une. j. M. Capiat une. ij *[ng> hor. extra paroxifm* On aura foin de faire appliquer tous les foirs au Malade un Clyltère rafraichifîant, afin d’entretenir la liberté du ventre; 6c après l’entière expulfon de la Fièvre, au bout de trois ou quatre jours, on le pur* géra avec une de mes infufîons laxatives. Je crois en avoir afles dit fur les Fiè- vres ôc fur la manière de les traiter. Les Maîtres de l’art jugeront de la folidité de mes principes, 6c de l’utilité des Mé- thodes que je propofe. Je me foumets, comme je le dois, à leur dccifîon. A pré- fent je vais palfer au Maladies chroniques, fur lefquelles je m’étendrai davantage, toujours dans le même delfein d’être utile au public, 6c en particulier à ceux qui, à Surinam. 49 Comme moi, pourront dans la fuite être appelles à, pratiquer la Médecine à Suri* nam. J’oté me perfuader qu’ils ne fe re- pentiront pas d’avoir fuivi mes confeils* & quhls trouveroient difficilement des moyens plus (impies & plus furs de ré- pondre à la confiance des Malades qui (e mettront entre leurs mains. CHAPITRE VI IL Des Maladies Chroniques* IL y a trois fources principales des Ma- ladies chroniques. La première confifte dans l’altération 6c la dépravation qu’é- prouvent peu à peu les liquidés du corps j la fécondé fe rapporte à quelques Mala* dics aiguës qui ont été mal guéries ; la troifîéme enfin fe trouve dans les mauvai- fes qualités de Pair qu’on refpire, ou des alimens dont on fe nourrir : voila les trois objets auxquels tiennent les Maladies dites chroniques, parce qu’elles font de longue durée. Leur traitement eft prefque tou- jours fort difficile, foit par la faute du Médecin, foit parce que le mal cil effe- ctivement incurable. Traitc des Maladies CHAPITRE IX. Du Bei• S’il cxifte une Maladie redoutable, c’efl celle dont je vais parler. Il n’y a ni langue ni plume, qui foie capable d’ex- primer tous Tes effets, & d’en donner une défeription, qui reponde àla fmguliarité & à la véhémence des Symptômes. Le nom de Beillac a été donné à cette Mala- die par les Créoles, ou naturels du Païs. Les malheureux qu’elle attaque fouffient des tourmens qui ilirpafTent toute imagi- nation, & l’état où ils font réduits fait fur les fpeéhteurs des impreffions aux- quelles les cœurs les plus durs ne fauroi- ent réfifter. Aufîi, fuivant l’étymologie de fon nom, c’cft l’ouvrage du diable même dont la rage fe déployé fur d’in- fortunées viélimes. Il faudroit ne pas con- noitre la fuperflition en général & l’igno- rance groffiére qui régné en particulier dans ces climats, pour s’étonner qu’on ait pris pour diabolique , un mal très ex- traordinaire à la vérité, mais cependant très naturel. à Surinam* 51 Pour donner tout d’un coup le mot de l’énigme, ce mal n’eil autre choie que la fameufe Colica Piïïonum , ou Colique de Poitou , fur laquelle on a tant écrit* furtoutdans ces derniers tems. Toute Co- lique à Ton fiége dans les inteftins, & y caufe des douleurs plus ou moins violen- tes. Mais celles qui caraétérifent le Beiî* lac furpaiTent les autres au delà de toute expreiîion. On peut la définir Morhus Ëpidemicus feu Colica nervofa & convulfva, Tâchons de la décrire autant qu’elle en cil iuiceptible. Comme on l’a prefque toujours con- fondue à Surinam avec les autres Coli- ques, il n’eft pas furprenant qu’elle l’y foit comme enracinée, 6c qu'elle y. FaiTe de iî grands ravages. Les Médecins, pat Un défaut d’attention inconcevable 6c in- pardonable , l’ont traitée comme fi les rcmedes convenables aux autres coliques , fuffifoient pour elle. C’eft à peu près le cas d’un homme, qui, parce qu’il auroit arrêté une chevre par fes cornes, fe croi- roit en état de faire tête au plus indomp*- table Taureau. Je ne puis néanmoins diflîmulcr qus cette négligence qui vient en bonne par* D 2, ji Traitc des Maladies tie d’ignorance , eft très condamnable, 8c qu’elle a entraîné jufqu’à préfent les fuites les plus déplorables. Tant de morts qu’on auroit pu arracher au trépas, tant de paralyfies & d’autres accidens qu’on auroit pu prévenir, crient véritablement vengeance , contre ceux qui ne fe font pas rais en peine de conhdérer de plus près un mal li frapant, &fi aifé à diltin- guer des autres coliques. Dans les commencemens de ma prati- que à Surinam , je n’ai pu éviter de fui- vre les pernicieufes méthodes qu’on y employé pour le traitement de ce mal, parce que je tombois dans l’erreur com- mune de confondre le Beillac avec les autres coliques. J’y ai bien du regret, mais cela étoit prefque inévitable. Des que mes yeux fe font ouverts, je n’ai rien eu de plus preflé que de difeerner tous les Symptômes particuliers de ce mal, d’obferver les eftets des divers remedes, & de tendre à la parfaite connoiflance des* rpècifiques, qui font tout oppofés à ceux dont ufent mes Confrères de Surinam. D’abord les approches du Beillac fe font fentir par un vomiflement continuel, 2c par les plus vives douleurs dans les inte- à Surinam. j 3 Itins, qui fe compriment tellement que ce que fouffre une partie quelconque de- vient une douleur générale 6c indivisible , provenant Surtout de ce que le mouve- ment périftaltique des intellins eil totale- ment renverfé, ce qui change les purga- tifs en vomitifs. Comme ces intellins comprimés renferme encore des vents, le malade les rend par une évacuation continuelle. La peau du ventre gonflée reflemble à celle d’un tambour5 les muf- cles abdominaux par leur extrerae con- traélion font Sentir une douleur néphréti- que, accompagnée fouvent d’une diffi- culté d’uriner, 6c d’une efpéce de poids fur la veflîe. La Fièvre qui le joint plus ou moins à ce mal caufe une foif inextin- guible , des anxiétés, des envies conti- nuelles , mais inutiles , d’aller à la felle , 6c les fentimens de douleur du plus vif tenefme. Le membre viril le retire auflî considérablement. On peut bien juger qu’un Malade dans cet état fouffre de cruelles 6c continuelles infomnies 5 6c à la fin les tourmens atroces qui ne lui laiflent aucun relâche, le jettent dans les convulsions qui font des Symptômes aSTu- rés, ou d’une paralyfie prochaine, ou d’une mort inévitable. D 5 54 Traitc des Maladies Que ne puis je bien repréfenter les agi- tations, la déiolation, le défefpoir d’un Malade en proye à cet horrible fupplice ? Il change de place à chaque inftant, ôc & il n’y en a aucune qui ne Toit pire pour lui que la torture & la roue. Tantôt fur un lit , tantôt dans un Hang-mat, ou branle, le plus fouvent par terre, il Te deméne, il fe roule, il fait les contorlions d’un pofîedé. Quand la fatigue l’accable, on diroit que le calme va fucceder à la tempête ; mais ce calme n’eft que mo- mentané, Au bout de quelques minutes tout au plus les fymptômes tenaillent & s’agravent. Très fouvent fa patience à bout lui fait implorer la mort, ou même chercher à fe la donner. Il conjure ardem- ment le Médecin d’abréger fon martyre} & tout ce que l’éloquence , la poëfic même, ont d’exprelîif n’approche pas de l’énergie des termes qu’il employé. Il ac- corde d’avance le pardon de fa mort à ceux qui voudront le délivrer par cette voye d’une vie qu’il dételle. Tel ell tout Malade au fort du Beilîac. Voyons quel doit être le Médecin. J’ai prévenu d’avance qu’il y a bien peu de Médecins qui fâchent comment s’y pren- dre contre ce mal. Quelques uns font à Surinam. j j avaler une trentaine de gouttes de baume du Pérou dans un morceau de fucre blanc. Cela feroit bien fimple 6c bien Facile, (î l’on pouvoir y compter* mais je puis af- furer, tant d’après i’exaéle connoiffancc que j’ai de la nature du Beillac, de Tes caufes, 6c de Tes effets, que par des ex- périences fuffifamment réitérées, qu’il n’y a pas le moindre foulagement à attendre de ce remede. Remontons avant que d’aller plus loin, aux caufes les plus ordinaires du Beillac. Ce font les grandes débauches , l’ufage immodéré des liqueurs fortes, 6c les nuits paffées à veiller 6c à fe divertir dans un climat tel que celui de Surinam, ou la fraîcheur noéturne fait des imprefîîons d’autant plus fortes que la chaleur du jour a été plus vive. Les plaifirs effrené avec les Nègreffes font auffi fort perni- cieux * 6c j’y joins encore l’humidité des pieds , furtout dans les changemens de tems fubits. La grande chaleur déployant toute fa force fur des corps déjà dérangés par les caufes fufdites, remplit leur inté- rieur de crudités, de ventofités, 6c d’une bile, qui, en fe réuniffant introduifent dans le fang 6c dans les inteftins une hu- meur acre, laquelle devient la fource des £> 4 5* Traitc DEvS Maladies obftruétions les plus rebelles. Ceux qui font au fait de la théorie des obftruétions, ne difconviendront pas que ce font là les véritables caufes du Beillac. Les inteflins furtout les grêles, font fouvent dévorés 8c enflammés par les matières vénimeufes qui s’y introüuifent , 8c qui s’arrêtent dans les replis des valvules, ou elles s’at- tachent, en rongent la fubftance, la ren- dent fœtide 8c purulente, arrêtent le mou- vement 8c portent l’inflammation à Ton plus haut degré. Ce n’cfl: qu’après avoir fait toutes ces obfervations , 8c avoir déduit les consé- quences qui en réfultent, qu’on efl: en état de diftinguer le Beillac des autres coliques, 8c en particulier de ne pas le confondre , comme on fait prefque tou- jours avec les coliques venteufes, hyfté- riques, bilieufes, & fpafmodiques. C’efi: à quoi doit s’appliquer un Médecin jeune, ou nouvellement arrivé à Surinam , fi, étant appellé à traiter le Beillac, il veut entrer dans le bon chemin, 8c adminiftrer les remedes avec difeernement 8c d’une maniéré fure. Autrement il lui arrivera ce qui arrive tous les jours aux Médecins à Surinam, c’efl: d’être abandoné de fes Malades, qui, defefpérés de ne trouver à Surinam. 57 aucun foulagement dans l’ufage des reme- des qu’ils leur prefcrivent, preferent cer- tains Efclàves, qui, par la connoiffance qu’ils ont de la vertu de quelques {impies, en compofent des lavemens, qui foula- gent d’abord le Malade, & le tirent très fouvent d’affaire, après qu’il a enduré plus de maux de la part du Médecin, que de la violence même du mal. Outre les caufes dont j’ai fait rémuné- ration , le Beillac peut auffi venir à la fuite de quelque Maladie aiguë qui aura été mal guérie. Il eft vrai qu’à la rigueur ce n’eft pas alors le vrai Beillac * mais il ne laifferoit pas de demander des remedes plus puiffans que ceux qu’on employé dans les autres coliques. De la maniéré dont les Médecins du Païs procèdent dans la traitement de {ce mal, ii n’eft pas furprenant qu’il n’ait prefque jamais d’autre iffuë entre leurs mains que la Paralyfîe ou la mort. Je fuis obligé d’inlifter la deffus,Bc d’entrer dans quelque détail, tant pour établir la bonté de la méthode à laquelle je me fuis déter- miné, que pour détruire un préjugé rég- nât à Surinam , c’eft que l’habileté des Médecins dépend beaucoup du long-fc- 58 TRAixé des Maladies jour qu’ils ont fait dans le Pais, comme il un Médecin qui n’eft pas dans le même cas ne pouroit remarquer l'imperfection des routines auxquelles Tes Confrères fe bornent, & abandonner cet empirifme pour fe faire des principes , & ne rien preferire qu’avcc une pleine connoiflance de caufe. Voici donc comment le Beillac eft: traité par les Efculapes du Pais. D’a- bord ils ordonnent le décoétion luivante. çt. Rad. f. aper. ana une. fs. Rhci opt. drach. vj. Agaric. Froch. alb. une. fs. Fol. f. f. f. drach. vj. Coq. ex aq. pluvial, q. f. Colat. une. xij. Mana Calenat. une. ij. S al. Anglic. une. j. Adde & dijfolve Spir, Carmimt. Sylv• drach. ij. M. Capiat une. ij. mni horâ. Ou bien i£. Rad, Jallap. drach. iij. - - f. Rad. aper. ana drach. ij. Fol. f. f. f. une. fs. â Surinam. 59 Flor. Chamom. Rom. m. j. Sem. Carui. - - Fanicul. dulc. ana drach. iij. Coq. ex aq. ■pim. q. f. ad colat. unc.xv. Aàde S al Polycrefi. drach. ij. Elixir, proprit. p. une. j. fs. Syrup. Rad. y. aper, une. j. M. Capiat une. ij. omni horâ. Ou bien IK. Vint alhi une. iv. Refin* Jallap. drach. j« Dijfohe in vit. ovi. Kermes Miner, drach. j. Syrup. Rof. f. c. f, une. j. M. Capiat cochlear j. fing. hor• Ou bien. Refin. Jallap. Scamon. opt. ana draçh, fs. Sapon. Venet. q. fi F. Pilula N,° xv. pro dofi. Traitg des Maladies Ou bien Extr. Catholii. drach ij. Diagredii. drach. j. OU Cinamom. gutt. ij. Sapon. Venet. q. f, F. Pilulæ N.° xj. pro dojî. Avant que de paffer à la fécondé de ces ordonnances, on a foin, lorfque la pre- mière décoélion n’a fait aucun effet, de la réitérer deux ou trois fois. Si le Mala- de s’en dégoûté , on pafîe à la fécondé, puis à la troisième, jufqu’à ce qu’on foit au bout, c’efl à dire, jufqu’à ce que le Malade entre dans les convulfîons. Si l’on veut fe donner la peine d’exa- miner ces remedes, quel fuccès peut-on fe promettre des deux premiers, puifque le vomiflement continuel ne permet pas qu’il en puiffe rien refier dans l’eflomac, éc que c’efl un des cas ou les cathartiques deviennent cinétiques ? Y a-t-il rien de plus aifé à comprendre que l’inutilité de ces remedes, qui ne fauroienc pénétrer jufqu’au lieu de leur deflination pour en lever les matières peccantes ? Tout ce qu’on avance donc par de pareilles ordon- nances, c’eft d’agiter le Malade ,êc d’augmenter de plus en plus les vives douleurs qu’il reflént dans les inteftins* dont le mouvement totalement renverfé augmente de plus en plus l’inflammation. à Surinam. Le troifiéme des remedes fufdits ne peut pas faire un meilleur effet que les deux premiers , toujours à caufe de la durée du vomiffement * mais fa violence le rend encore plus nuifible , puifqu’il ne peut qffoffenfer l’eftomac ôc le fyftéme nerveux. On s’imagine mal à propos que les purgatifs d’une grande force peuvent ou- vrir le conduit inteflinalj mais l’expc- rience m’a pleinement convaincu du con- traire, & m’a démontré que l’on ne doit employer les évacuans qu’après avoir en- tièrement arrêté le vomiflement. Quant aux pilules, fuppofé que le vo- miffement n’empêche par leur diffolution, 8c ne les rejette pas, comme cela arrive prefquc toujours dans le même état où on les a prifes, leur effet naturel ne pour- voit être que d’échauffer & d’attaque» également le genre nerveux , ce qui ne peut qu’occaflonner de grandes douleurs Traitc des Maladies dans les inteftins, dans le cas où ces pilu- les s’y introduiroient, fans pouvoir néan- moins procurer aucun fecours. Après une pareille cure, n’eft-il pas naturel que le Beillac Toit fuivi de la Pa- ralyfîe, qui marche à la fuite des fecouf- fes trop violentes de la machine ? Je me rappelerai toujours avec les plus v'ifs re- grets combien cette méthode a été func- lle aux Malades que j’ai ainfi traités, juf- qu’à ce que j’aye appercu la necellité d’y renoncer. Mais auffi rien d’égal à la fatif- faétion que m’ont caufé les fuccès du traitement que j’y ai fubditué; traitement par lequel je m’engage à guérir toujours radicalement ce mal , tant qu’il n’y aura point de complication , ôc qu’il ne fera accompagné d’aucuns Symptômes qui lui foyent étrangers. Pour cet effet on doit bien fe garder de commencer par les évacuations. Le premier objet, le premier foin indifpen- fable, c’eft d’arrêter le vomiffement} 6c de chercher en même tems les moyens d’adoucir les douleurs, deux fymptornes qu’on ne làuroit trop s’empreffer à dé- truire , parceque .ee- font ceux qui met- tent le Malade aux abois 5 6c le réduisent à Surinam. £3 à ces extrémités dont nous avons fait la trille peinture. Je commence donc par une faignée du bras, d’environ dix onces; immédiatement après laquelle le Malade prend toutes les demi-heures dans une cuillerée d’eau diftillée de Menthe , cin- quantes gouttes de cette liqueur anodync. Spirit. Nitri dulc. Laud■ Liquid. Syd. ana une. fs. Ekxir Vitriol. Mynf, drach. ij. | M. Cette Liqueur doit être continuée juf- qu’à l’entiere ceflation du vomiflement & des douleurs, fur la diminution defquelles on peut fe régler, en allongeant les in- tervalles, 6c donnant cette dofe moins fouvent. Il m’eÆ arrivé de faire difparoitre le Vomiflement 6c les douleurs dans l’cfpace de quatorze heures après la première dofe* Suppofé qu’au contraire les chofes demeu- ralfent au même état, il faudroit doubler la dofe, 6c au lieu de cinquantes gouttes en faire prendre cent, avec une efpecede certitude qu’avant vint-quatre heures le Malade fera aufli tranquille que s’il n’a- voit eu aucune fouffrance, 6c que le foin- 6\ Trafic des Maladies meil reviendra. Comme il eft alors fort altéré, on lui donnera pour fa boiflbn ordinaire cette tilanne, ou décoétion. Flor. Chamom. Fuîg. m. ij. Coq, ex aq. pluv. q. /. Colat. lib. iv. Admifce Rob. Ribium Surinam. une. iij Syrup. Accetof. Ci tri une. j. Elixir. fSitriol. Mynf\ drach. j. Spirit. Nitri dulc. drach. j. fs. M. XJtatur pro potu ajjîduo ad libitum. Plus le Malade boira de cette tifanne rafraîchidante & propre à calmer le vo- miflement, mieux il s’en trouvera ; car avec le vomidement elle appaifera aufîi la grande foif qui le dévore, & qui vient principalement de l’agitation où le jette la violence des douleurs. Quand il elt ainlî parvenu àun état calme, on le laHTe pendant vint-quatre heures fans lui donner aucun remede, à moins qu’il ne revienne quelque léger relTentiment de douleur; auquel cas on a recours au lave- ment fuivant, à Surinam. Fol. Malv. - - Alt h. - - E/or. ana m, j F 2, S 4 Traitc des Maladies Syrup. f. rad. aper. q. /. Capiat drach. ij. quoi, mane F. Condîtum. 11 eft aifé de conclure de cet expofé que le grand ufage de la liqueur fpintu- eufe donc le Malade avoir bu, & la dan- gereufe méthode que j’avois fuivi en le traitant, avoient été les vraies caufes de fa Paralyfie. Au mois de Juillet 1760. un Directeur de Plantation, paralytique depuis quatre à fix femaines àla fuite du Beillac, me £t appeller pour le traiter. Sa Paralyfie croit incomplette, puifqu’il pouvoir aller &C venir j mais il ne tiroir abfolument au- cun ufage de Tes mains. Pour faire une nouvelle expérience, je lui ordonnai les bains froids matin & foir dans une grande cuve remplie d’eau de puits, où il fe tenoit une demi*heure n’ayant que la tête dehors pour refpirer. Au fortir du bain il fe fal- loir trainer un bon quart d’heure par fi chambre. Une heure après on lui faifoit des friélions chaudes, & enfuite il étoit frotté avec le baume fufdit ; ce qui en y joignant l’ufage de mon eleàuaire laxatif, procura l’entière guerifon en moins de trois mois. ~ 1 Ces deux exemples autorifent à con- clurre qu’une Paraîyfie récente peut être aifément guérie par la méthode que j’ai indiqué. Mais dés que ce mal eit invé- téré , le traitement en devient incompa- rablement plus difficile. Au relie je ne rapporte rien ici dont je n’aye fait l’ex- périence avec fuccès êc fur quoi l’on ne puiffe pleinement s’affiirer. à Surinam. CHAPITRE XL Du Kouh LE Kouk lignifie proprement dans la langue du Puis un gâteau; mais, en fait de Maladie, on déligne par là une obllruélion du foye ou de la ratte. Ces deux vifcéres font allés fujets à ces maux, tpn refiftent opiniâtrement aux moyens employé pour les diffiper. Les lignes pathognomiques du Kouk confiitent ordinairement dans une pefan- teur à l’hypocondrc droit ou au gauche, °n y lent quelquefois une tumeur auffi dure qu’une pierre , accompagnée de vi- ves douleurs, & d’une forte conllipatiori qni empêche pendant fept ou huit jours d’aller à la Telle à moins qu’on n’ufe de F 5 Traitc des Maladies laxatifs réitérés. La rcfpiration efl extrê- mement genée , & le Malade paroit tou- jours tout cffouflé , furtout lorfqu’il fe donne quelque mouvement. Il a aulîî des envies de vomir, 8c les purgatifs demeu- rent fans effet. L’appetit ell plus fort que dans l’état de fauté, mais il fe porte pres- que toujours vers des alimens nuifbles. Cette Maladie provient, ou d’une in- dige'ftion caufce par des alimens qui ne peuvent fe diffoudre dans l’eflomach, ou de quelques amas de matières qui fe font raOémblées depuis long-tems, ou enfin foit de quelque Maladie aiguë qui n’a pas été bien guérie, foit de quelque fièvre intermittente. La mafle des parties flui- des s’augmente alors au point de devenir immobile ; de ce dépôt elt continuelle- ment grofli par l’acceffion de nouvelles parties qui étoient auparavant féparées. Uu pareil changement ne fauroit provenir que de ce que Tes molécules des liquides ne font plus, ni également, ni en même terns preffées de toutes parts, mais quel- les exercent leur propre efforts, 8c mr- montent les autres mouvemens de la ma- chine qui font tout rallentis. Les deux vifccres qui font attaqués à Surinam. 8 7 par ce mal étant déjà fuffifament connusj il feroit inutile d’en faire ici une defcrip- tion détaillée. Il fuffic de dire, que, de l’aveu des Médecins les plus expérimen- tés, les remedes propres à defobflruer ces vifcéres, ( lefquels doivent être néceflài- rement des fluides qui foyent repompés par les veines Mèfentériques, ) ont un grand chemin à faire pour y arriver. Ainfl l’on ne doit pas s’étonner qu’il fc trouve très peu de médicamens qui parviennent ici à leur deftination , &; qui y portent toutes leur vertus. C’eft ce qui rend cette Maladie de très longue durée. On ne fauroit fe flatter de la bien trai- ter qu’cn la conduifant par degrés, &en évitant les évacuations trop promtes Sc trop abondantes. Les purgatifs violents font préjudiciables en ce qu’ils relâchent confidérablement les fibres de l’dtomach, Sc affoibliflent par là fubitement le Ma- lade. Comme la diétte eft ici d’un très grand recours pour avancer la guérifon, le Malade doit en obferver une très tigoureufe. Pour bien commencer la cure de cette Maladie, le Malade n’aura pendant les quatre premières femaines pour boifl'on F 4 %?, Traitc des Maladies ordinaire que de l’eau minérale de Spa, ou à fon défaut de celle de Zelzer, avec- une partie de lait * 6c de deux en deux jours il prendra une once 6c demie de bonne Manne choilie avec deux gros de Ciérne de Tartre, le tout diflbut dans fept ou huit onces de lait bouilli, qui, ayant été pafle par un linge , formera un petit lait qui doit être pris chaud le ma- tin à jeun. De cette maniéré on évacue légère- ment les matières, 6c l’on débouche in- ■fenfiblement les vifcércs obftrués. Ainfi ai eir à prclumer qu’au bout des quatre femajftes, le ventre deviendra plus libre dans fes fonélions, 6c que l’endroit dont la dureté ,elt fenfible s’amollira. Depuis ce tems jufqu’à la parfaite guérifon le Malade prendra foir matin, enbeuvant par deffius un verre d’eau minéral avec du lait, cinq de mes pilules apèritives, qui font très-efficaces dans de pareilles Maladies. Extr. Panchymag. Crol. drach. dp Scamonii. drach. j. Sal Tartar. Vitriol, drach. j. fs. Limât. Mart. drach. j. Sapon. Vsneî. q> f- F. Pilul. Jîng. gr. iij. deaur, Cap. quinque mane & vefper, à Surinam. 89 Je recommande en même tems l’exer- cice du cheval, qu’on peut regarder com- me indifpenfable dans ce cas. Par cette méthode fimpie & facile j’ai parfaitement guéri un grand nombre de Malades y mais je n’ai pas laide de rencontrer de grands obftacles dans quelques uns d’entr’eux, furtout dans ceux à qui la longue durée du mal failoit trouver le régime trop pé- nible, ou bien dans ceux, qui, préférant à mes ordonnances de fortes purgations, réitérées toutes les femaines, fe privoient par la de l’effet d'une cure, au bout de laquelle ils auroient trouvé un parfait ré- tabliffement. Ceux qui voudront examiner ma mé- thode avec attention & connoiffance de caufe, trouveront, s’ils veulent me ren- dre juftice, qu’elle ne peut-être que très faiutaire, ayant d’ailleurs l’avantage d’être facile à fuivre, & préférable à tant d’au- tres dont j’ai vu les rnauvaifes iuites. Mais il n’arrive que trop fouvent de ren- contrer des perfonnes entêtées, qui aiment tnicux aggraver leurs fouffrances que de te rendre à la raifort, & d’attendre l’iffué d’une cure longue, mais prudente. Il n’y -point de remede contre un pareil tour ® mais ceux qui en font exemts, 5?o Trafic des Maladies pourront, en fuivant mes directions ,fc guérir furemenc, & à peu de fraix, étant leurs propres Médecins. CHAPITRE XII. Du Klem. CEtte Maladie peu connue, & ailés rare ici , eft peut-être le plus trifte & le plus dangereux des maux auxquels les hommes puiffient être expofés ; auffi celui qui en eft attaqué , pafle ordinaire- ment tout auffitôt pour un homme mort. Le nom que cette Maladie porte eft très ftgnificatif, 6c défigne à merveille les lymptômes menaçant, que je vais décrire, 6c qui ont beaucoup d’affinité avec ceux de FApoplexie 6e de la Catalepfte. Si l’on vouloit fubftituer un autre nom à celui de Klem, on ne pourroit en trou- ver de plus convenable que celui de Té- tanos. Je n’ofe pourtant pas décider que ces deux maux foyent précifement les mêmes, 6c je m’en remets là deftus à ceux qui font confommés dans l’art où je ne fais encore que les premiers pas, à Surinam. Le Klem n’a aucun des prono flics or- dinaires dans les autres Maladies ; & il ne s’annonce qu’un demi-quart d’heure avant l’accès par une efpece de Spafme qui fai- lle tout à coup le patient & le fait tom- ber. Il demeure alors immobile, fans au- cun fentiment, 6c dans la même attitude où il fe trouvoit au moment de l’attaque. Le corps eli dans une tenfion univerfclle, 6c tous les membres font auffi roides que des barres de fer. L’exprcflion des muf- cies elt marquée de la maniéré la plus forte ; les veines font extrêmement gon- flées } il découle continuellement de la bouche une lalive claire 6c abondante j les urines 6c les felles font fupprimées, le cœur bat violemment 6c avec des anxié- tés terribles > la Fièvre eft très confidéra- ble} le battement du pouls elt précipité, élevé, & plein j la bouche eft prefque fermée fans qu’il foit poflible de l’ouvrir de force, à moins qu’on ne voulut rom- pre quelques dents pour y introduire des liquides par le moyen d’un entonnoir5 tas yeux demeurent ouverts 6c Axes j le Malade ronfle comme dans un profond fommeil, & reflemble d’ailleurs àun ca? davre parfaitement roide. De quelque cô- ic qu’on le tourne, il retombe toujours fur le dos. Traitc des Maladies Tels font, autant que j’ai pu les ob- ferver, les véritables fymptôraes du Klem. Cette Maladie eft très-rare parmi les Blancs ; mais elle n’y eft pas fans exem- pie- J’ en ai vu dans le cas -, c’étoit un Planteur, nommé Heyne, qui en mourut en fort peu de tems. Mais le Klem eft d’autant plus fréquent parmi les Efclaves, & particulièrement dans certaines Plan- tations , où ce mal emporte la plupart des enfans nouveaux-nés , qui n’eu font à l’abri qu’après avoir pafle le hui- tième jour. Quoique le paroxifme foit plus fort chez les uns que chez les autres, ils n’en font pas moins expofés tous à une mort inévitable, & toute la différence con lifte en ce que ceux qui font attaqués plus violemment meurent plus vite. Cette Maladie paffe pour incurable -, & je crois bien qu’elle l’eft prefque toujours. Ce- pendant je vais rapporter un exemple, où le hazard plutôt que mon habileté a pro- duit un fuccés, auquel je n’ai jamais pu en joindre un fécond , quoique j’aie em- ployé les mêmes fur plufieurs autres Malades femblables. Et ce qui achevé de prouver que le hazard y a prin- cipalement influé, c’eft que j’ai fait cette cure dès le commencement de ma prati- que à Surimm. à Surinam. -93 En je fus appellé à huit heures du foir pour aller voir un Nègre du Plan- tage Claverhîad, appartenant a Madame la Baronne de Wangenheim , à trois heu- res de diftance du Fort. Je trouvai ce Nègre, haut d’environ cinq pieds & demi, fort & robufte, atta- qué de ce redoutable mal que je ne con- noiffbis pas alors. Mais comme on nfen avoit donné quelque idée en m’appcllant, je m’étois munis de remedes convenables aux Maladies fpafmodiques. Avant que de les adminiftrer, je hs tirer vint cinq on- ces de fang du bras -, & immédiatement après je preferivis le lavement fuivant. Pulpes Coîozynth. drach. ij. Fol, Tabac, m. fs. Coq. ex aq. pluv. Colat. une. xij. vfél(le S al Marin, une. j. 01. Uni. une. ij. F. Clyfma. A peine fut*il dans le corps, qu’il pro- cura une felle des plus copieuies & d’une odeur infupportable. La respiration du Malade devint plus libre j &: je lui hs prendre la potion fuivante. TRAixé des Maladies qi. Pulv. Comitijf. Kent, drach. j. fs, Anîimon. Diaphoret. drach. ij. Confeïï. Alkermes* drach. j, Syrup. Diacod. une. j. Aq. ftill. Cerafor. Nig. - Card. Bened. ana une. ij. M. Capiat cochlear j. quav.\ hor. On donna cette potion toutes les demi- heures en fe fervant d’un entonnoir, parce que la bouche écoit ferrée, & un avoit en même tems la précaution de tenir les nari- nes fermées, afin que la liqueur entrât plus aiféraent, £c que le Malade ne la rejettût pas. Je fis enfuite appliquer cinq grands véficatoires, l’un depuis la nuque du col jufqu’aux lombes, deux aux jambes, & deux autres aux cuiffes. Huit heures après que ces emplâtres eurent commencé à produire leur effet, le Malade fe plaignit, fans doute des douleurs qu’elles lui cau- foient. Je fis ouvrir les veilles , 6c les fis penfer avec des feuilles de chou ; ordon- nant que le penfement fut continué pen- dant huit jours. Dix heures s’étant encore écoulées, le Nègre marmota quelque! à Surinam. 95 paroles entre Tes dents , ôc tomba dans une abondante tranfpiration, faifant de tetns en tems des efforts fenfibîes pour remuer Tes bras & Tes jambes; fignes cer- tains d’une prochaine convalefcence. Je lui fis enfuite donner de bonne nourriture qu’il prit fans beaucoup de difficulté, fa- bouche commençant peu à peu à s’ouvrir. Au bout de vint-quatre heures je lui pre- fenvis ces Pilules. Refm. fallap. Extr. Catholic. ana. gr. xj. Sapon. Venet. q. f. F. Pilul. N.° xj. pro doft. Ces Pilules procurèrent une abondante évacuation qui rendit au Nègre l’ulage de fes membres. Dans huit jours, il fut en état de marcher , & il ne tarda pas il fe porter auffi bien qu’avant cet accident. Oeil en vain que, depuis ce tems là, j’ai fait tous mes efforts, tant par lavoye précédente, que par l’effai d’une infinité d’autres rcmedes, pouf guérir ceux qui étoient attaqués de ce mal; je ft’ai jamais eu aucun fuccès. Tout le monde con-* viendra cependant que les remedes capa- bles d’incifer & d’atténuer les vifeofités, font ceux auxquels on doit naturellement c) 6 Traitc des Maladies recourir ici, par exemple, les Tels vola- tils, les friêtn ns , les vélîcatoircs &c. Mais tout l’uf ge que j’ai pu en faire dans ces cas n’a jamais empêché que les Mala- des ne foyent morts le troisième ou le qua- trième jour. Je dois ajouter néanmoins que j’ai vu une Négrdfe qui appartenoir. à la Diaco- nie des Réformés, opérer quelque fois des guérifons de ce mal , par la connoiflance qu’elle avoit de quelques Amples du Fais. Sa maniéré de traiter Tes Malades écoic trop finguliere pour ne pas la rapporter ici. J’en parle comme témoin occulaire. Elle commencoit par fearifier le Malade avec un vieux rafoir tout émouffé j & après avoir fait une cinquantaine de feari- fications, elle àppliquoit defl'us de petites calebafles * en forme de ventoufes pour tirer * L’Arbre de ce fruit qui eft fort commun en Amérique & en Afrique, reffemble affés à nos Pommiers; & Tes feuilles, qui ont la for- me d’une langue de Chien, Portent de la bran- che fans queue. Les Galebalfes font de diffé- rentes grandeurs ; quelques unes furpaffent nos glus greffes Citrouilles. L’écorce eft épaifle & devient dure en féchant. Les Indiens, après l’avoir vuidée. de la poulpe, en font'des bou- teilles, des plats, des écuelles & toutes fortes de vaiffeaux pour leurs ufages domeftiques. â Surinam. * 97 tirer une abondante quantité de fang. Après cette opération qui duroit au moins Une bonne heure, elle lavoit Ton Malade bien chaudement avec une décoétion des plantes du Pais depuis les pieds jufqu’à la tête, puis elle le couvroit, &le mettoit auprès d’un très grand feu , le frottant cnîuite avec de l’huile de dattes. Le Ma- lade demeurait en repos jufqu’au lende- main 5 la Nègrcfle recommencoit alors tout ce qu’elle avoit fait la veille 6c y ioignoit des lavemens. Je fai qu’elle a guéri plulicurs Malades de cette maniéré, mais je ne fais s’il faut attribuer ces gué- rirons au hazard ou à la capacité. Quant à moi, je n’ai rien négligé pour découvrir les remedes fpécifiques de cette Maladie j mais toutes mes recherches ont etc infruétueufes. Je ne me vante pas d’a~ Voir pu mieux remonter aux véritables caufes du mal, quoique j’aie donné toute l’attention poffible à les approfondir, par quantité de recherches , d’expériences, de constations , Tentant bien que de la dépendoit principalement les voyes de la guérifon. Tout ce que je puis dire, c’eit qu’à mon avis cette Maladie a Ton liège dans le cerveau. La fuperftition qui e(t fort grande parmi les Efclave? Sc l'entre" G s*B Traitc des Maladies me chaleur du Pais, ont été des obftacles qui m’ont empêché de faire la difleélion d’aucun cadavre. Les vieillards du Païs m’ont toujours alluré que le Klem venoit ordinairement à la fuite de quelque grand emportement de colère, ou de quelque violent reffentiment, lorfque les Nègres tranfportés de fureur, ne peuvent s’aflbu- vir par la vengeance à laquelle ils font enclins. Cependant il faut que ce ne foit pas la l’unique caufe du mal, puifque les enfans nouveaux-nés, incapables de pa- reilles émotions, en font le plus attaqués, ôc meurent ordinairement avant le huitiè- me jour. Cela n’a pourtant lieu que dans certaines Plantations. CHAPITRE XIII Des Maladies des Femmes. LEs indifpofitions particulières aux fexc doivent, ce me femble trouver place dans ce Recueil j mais comme il ell alfés rare que ce foyent des Maladies de confé- quence, je ne m’y arrêterai pas long-tems. Le Sexe de foit dit fans l’of- fenfer , ell d’une trempe fort dure, à Surinam. 99 Réprouve prefque d’autres incommodités que celles qui viennent du détordre des régies. Il eft vrai que, dans lecasdefup- preffion , les Médecins les plus expéri- mentés, ont une peine infinie à rétablir le flux mcnftruel. Ce mal efl un des plus opiniâtres, & fi fouvent incurable que c’eft un vrai bonheur de réiilfir dans fa cure, A cela près , comme je l’ai déjà infinué, les Médecins ôc les Chirurgiens ne gagnent pas grand chofe avec les fem- mes , qui ne le plaignent guère que de quelques maux de tête , ou de quelque conftipation dont les lavemens viennent bientôt à bout. Il eft aifé de voir d’ou vient cette différence entre les deux fexes; elle fait honneur aux femmes , parce que c’eft un effet de leur bon régime 6c de leur régularité à tous égards* Aufîi n’eft- cc pas une choie rare de voir une femme veuve de cinq ou fix maris, au lieu qu’on ne trouve prcfque pas un homme qui foit veuf de fa fécondé femme, à moins qu’il ne l’ait prife avancée en âge. Les filles ont leurs régies beaucoup plutôt ici que dans nos climats; 6c elles font fujettcs à des fupprcffions très-diffi- ciles à détruire. Je me fuis furtout con- vaincu de cette difficulté dans le traite- G 2, Traitc des Maladies ment des Efclave?, ayant éprouvé, fans aucune apparence de fuccès, tous les moyens que ma théorie a pu me fuggerer pour vaincre leur dégoût 6c leurs appé- tits defordonnés, lorlqu’elles font dans cet état. Elles ne mangent alors que des char- bons pilés, des bouts de pipe , de la craye, de la terre, des cendres de Tabac, 6c d’autres vilenies iemblables , ce qui leur rend le vifage tout bouffi , & les paupières fort gonflées; elles ont de con- tinuelles palpitations de cœur, elles s’af- foupiflent & deviennent parefleufes ; les pieds s’enflent, l’hydropifie ne manque pas de furvcnir, & la mort termine enfin tous leurs maux. Il y a auffi parmi les Nègres quelques mauvais fujets, enclins à la fainéantife, qui font attaqués de ces palpitations, 6c fujets à ces goûts bizarres ; 6c il eft rare qu’ils puiflent guérir autrement que par la mort. à Surinam. îS<**î?æ3ariS3sœS*?S* CHAPITRE XIV Des Maladies des Enfans. DE tous les lieux connus, Surinam eff, je crois, celui où les cntans l'ont le plus expofés aux Maladies, furtout à cel- les que caufe les vers, qui attaquent audit les adultes, mais avec cette différence que les premiers le font en tout terns, ce qui leur donne d’abord la Fièvre, 6c dans la moindre augmentation du mal des con- vulfions, dont le principe réffde dans l’eftomac ou dans les inteftins, par le trop long féjour que les vers y font. Dans les commencemens de ma pratique, je fuis fouvent tombé dans les mêmes erreurs que mes Confrères fur la caufe réelle de ces Maladies, 6c par conféquent fur les remèdes qui leur conviennent. Dans la fièvre, par exemple, les remèdes ne fer- vent qu’â l’irriter ou l’entretenir , bien loin d’affbiblir le mal, qui ne fouffre de relâche que quand la nature , par des ef- forts fupérieurs opère d’elle même , 6c force les vers à déloger tant par haut que par bas. G 5 Traitc des Maladies Ayant une fois fait cette obfervation, je me fuis preferit pour régie générale de commencer toujours par les anthelminti- ques purgatifs le traitement des Maladies des Enfansî & je ne m’y fuis jamais trom- pé. Ainfi je recommande cette méthode comme abfolument indifpenfable j fans* cela tous les autres remèdes deviennent inutiles. J’ai aufii fait différentes obfervations fur les adultes, & particulièrement fur les Matelots Anglois, dont la boiffon ordi- naire confifte dans un mélange d’eau & de fyrop grofîîer qui découle du lucre brute, ôc qu’on appelle à Surinam Ma- lajfe. Je prenois d’abord leurs maux pour des fièvres intermittentes, mais fans pro- duire beaucoup d’effet par les remèdes que je leur preferivois. Le dénouement venoit enfuite de la nature qui chaffoic elle même les vers -, preuve certaine qu’ils ctoient la caufe de la fièvre. Si Surinam eft, comme je l’ai dit, un des lieux du monde où les Maladies des vers font les plus fréquentes, il y en a de bonnes raifons à alléguer. Les eaux pota- bles , quelques purifiées qu’eMes foyent, font toujours remplis de vermifleaux ou à Surinam. 105 d’autres infeétes, donc ce climat, infe- cte l’air au point de l’épaiflir. Joignes à cela la trop grande indulgence des peres de meres pour les enfans auxquels ils laif- lent manger toutes fortes de fruits, dont la plûparc déjà trop mûrs dcpaffés, font farcis d’infeétes. Parmis ces fruits on compte les Bananes, les Bacoves, £c mê- me les cannes à fucre, donc les mauvais effets font indiqués par la couleur blême> des enfans , & la manière dont ils fc frot- tent continuellement les narines. Pour acquérir une plus grande convi- ction à cet égard , j’ai fouvent examiné au Microfcope l’eau qu’on boit journel- lement , & je l’ai trouvée remplie de vermifTeaux; j’ai aufïx vu dans les Bacoves les œufs qui commencoient déjà à éclorrc de à fe mouvoir. Il eft donc naturel que le fecours de la chaleur interne du corps procure leur accroifîement de les mette en état de dé venir la caufe de pluficurs Maladies. Je pourrois entrer ici dans quelques dé- tails au fujet des vers, fur lefquels j’ai eu bien des occafions de faire des remarques, a l’aide de quelques connoifîances que j’ai acquifes dans l’Hiflgire Naturelle , de G 4 104 Traitc des Maladies d’un Cabinet d’infeétcs auili nombreux que l’eft celui dont j’ai formé la collection. Je me bornerai néanmoins à ce que je viens de dire , comme étant plus que iuffifant pour prouver la nécdîué de faire ufage des Anthelmintiques purgatifs pour pre- mier traitement dans les Maladies des en- fans à Surinam , auffi bien que pour ap- prendre aux parens à uler d’une plus gran- de fevérité à l’égard de leur enfans par rapport à l’ufage des mauvais fruits. Si les adultes eux-mémes fe menagoient mieux à cet égard , ils éviteroient un grand nombre des Maladies auxquelles ils font expofés. Diftinguons à préfent des efpéces de vers. On en reconnoit trois , dont les enfans ainfi que les adultes font attaqués5 les vers longs, les vers larges ou plats, dits Tænia, 6c les Afcarides. Ces derniers proviennent des œufs qui remplirent les Bananes 6c d’autres fruits trop murs. II y a outre cela le folitaire, qui ne fe trouve que dans les adultes, 6c encore rarement. J’en conferve un dans mon Cabinet, long de cinq aunes 6c de- mie , qui elt forti par la bouche d’un Nègre. Pour les vers ronds, ils font les à Surinam. 105 plus fréquents dans les deux Texas 5 6c c’eft à eux qu’il faut appliquer les traitemens que je vais indiquer. Sans m’arrêter à la diverfité des fenti- rnens qui partagent les modernes fur la maniéré de traiter les Maladies des vers, je ne ferai que rapporter quelques formu- les, dont la prefeription m’a toujours fort bien réuffi. Elles/ne font faites que pour des enfans de trois à quatre ans , deforre que ceux qui s’en ferviront pourront en régler l’augmentation ou la diminution fur i’âgc de leurs Malades. Voici ces formules donc je n’ héfite point à recommander l’ufage. I. ty. Puîv. Rhei EU. drach. ij. Sem. Santonic. drach. j Sacchar. alb. drach. ij. M. F. Pulveres divid. in viij. dof. n. Puîv. fem. Santonic. drach. j Æthiop. Miner, drach. j. fs. Diagredii opt. gr. xviij. Sacchar. alb. drach. iij. M. F. Puîv. divid. in viij. do] 111. Corallin. Puîv. fem. Santonic, ana drach. j TRAixé des Maladies Mercur. duîc. gr. vj. Diagredii opt. gr. xij. Saccbar. alb. drach. ij. M. F. Pulv. divid. in viij. dof. IV. pj. Pulv. Cornachin. drach. j. Mercur duîc. gr. vj. Sachar. alb. drach. iij. M. F. Pulv. divid. in viij. dof. V. p£. Argent Viv. une. ij. Coq. in aq. ruine q.f. adcolat. lib. iij. Adde Suce. Aurant. • - • Limon, ana une. fs. Syrup. rof. f. c. f, une. ij VI. çi. Pulv. fem. Santon, une. j. - - - Rad. Rhei. EU. une. fs. Gentian, - Galang. ana drach. iij. Vint Hifpan. lib. iij. F. S, A. Vinum Anthelminticum, à s URINAM. 107 VII. 94. Pulv. Sahinæ - - Santonic. ÇoJocyntkid. Gum. Aloes. ana drach. ij. Ol ftill. Rutæ. - - - - Abfynthy, - - - - Succin. ana drach. j. Ÿherebint. F’enet. q. f. F. S. A. Emplafir. Super alut. extend. £5? toti abdomin. applic. VIII Ç2. HB. Ahfynth. vuîg, Centaur. ««*», Rutæ. ana m. j. Coy. ex aq. font. q. f. colat. une. iv. Adde 01. Lini. une. fs. - - Sahinæ. drach. ij, M. F. Emma, On peut faire un choix entre ces diffé- rentes formules, que j’ai toutes employ- ées dans ma pratique, en donnant néan- moins la préférence à celles qui font me- lées avec des laxatifs, il n’y a aucun de ces remèdes donc on ne puifle fe promet- tre de bons fuccès, aufîî bien que de l’em- plâtre ôc du lavement. TRAiré des Maladies Il me relie à ajouter que , pour bien traiter un enfant jufqu’à l’âge de fix àfept ans, de quelque Maladie qu’il puifle être attaqué , il faut abfolument commencer par une évacuation anthelminrique, 2c faire de tems en tems un mélange de re- mèdes contre les vers avec ceux jqu’exige la Maladie, furtout lorfqu’élle ne cedc pas aux remèdes qui lui font appropriés. Le défaut de cette précaution caufe la mort d’un grand nombre d’enfans dans ce Pais où leurs Maladies font fi fréquentes j l’on a de perpétuelles occafions de s’en convaincre après leur mort, puifqu’il eft très commun de voir fortir alors des vers de leur nés-, deforte qu’on ne fauroit for- mer aucun doute contre la validité de mes obfervations. à Surinam. CHAPITRE XV. Du Ring-Worm. LE Ring-Worm eft une Maladie cuta- née 6c épidémique, qu’on defigne au- trement fous le nom de Herpes ou de Dar- tres. Comme elle fe communique très ai- fément, elle eft prefque générale, 6c l’on Voit peu de perfonnes qui en foyenc exemptes. Elle commence par former différentes taches rouges parfemées fur le corps , dont elle attaque généralement toute la furface, mais en particulier les parties génitales, ce qui caule une extrê- me incommodité, celui qui en eft atta- qué étant tellement tourmenté par la dé- mangaifon que produit 6c entretient la chaleur du climat, qu’il eft fort embar- rafîé de fa contenance dès qu’il fe trouve en compagnie. Cette Maladie cutanée fe divife en deux cfpéces, l’une bénigne, l’autre maligne. Celle-ci occupe beaucoup plus d’efpace fur le corps , les taches ou puftules, font beaucoup plus grandes 6c plus rouges, la fuperfîcie de la peau plus élevée , jette une férofité corrofîve, qui, dès qu’elle Trafic des Maladies touche une partie faine , l’affeéte ÔC y produit de nouvelles taches , d’abord lé- gères 6c fuperfîcielles, mais qui dans peu de tems deviennent profondes & malignes. JL’efpece benigne au contraire ne forme que de très légères taches, qui ne jettent aucune férofité 6c laguérifonen eft facile. Il eft difficile de s’imaginer combien cette Maladie eft à charge , car , outre Fembarras dont j’ai déjà parlé , furtout vis à vis du fexe, on n’a aucun repos pen- dant la nuit; 6c quoiqu’en fe grattant on fe procure pour le moment une efpece de pîaifir ou de foulagement, plus on le fait, plus on irrite la démangaifon ; 6c l’ardeur de la partie affligés devenue plus grande & plus vive par la friétion occafionne une douleur extraordinaire. Quand le Rïng-Worm malin eft une fois invétéré , l’humeur acre fe répand tellement dans toute la malle du fang, que la guérifon devient très-difficile ;6c la fuppreffion de cette humeur peut cau- fer quelque Maladie très-dangereufe. En voici un exemple Mr. 'Jean André l’ouï- ton, ancien Confeiller de la Cour de Po- lice 6c de la Juftice Criminelle , homme fort cftimé dans le Pais, avoit depuis plu- à Surinam. fîeurs années un Ring-Worm malin, dont toutes les parties de Ton corps étoient at- taquées. Cette humeur vint malheureufe- ment à être interceptée, ce qui lui caufa une fièvre intermittente. Son Médecin traita cette fièvre en bagatelle, ne faifanc aucune attention àfa eaufe j mais la mort qui furvint le huitième jour prouva toute l’importance du mal. Ce qu’il y a de fîngulier par rapport à cette Maladie ; c’efl que le trajet de Su~ rinam en Europe, la fait difparoitre, fans pourtant la guérir} mais au moins le Ma- lade efl il affranchi de fon tourment. A mefure qu’il s’éloigne du climat chaud, il efl foulagé , & paroit même délivré lorfqu’il aborde dans nos contrées; mais comme le fimple changement de l’Atmof- phere ne fauroit déraciner la caufe du mal, le retour à Surinam ranime la fermenta- tion , & le Ring-Worm ne manque pas de reparoitre bientôt après. J’ai déjà infînué combien la guérifon du Ring-JVorm malin efl difficile, vu qu’il s’agit de commencer par corriger l’acreté de l’humeur; & pour parvenir à cette fin, il faut néceffairement purifier tonte la mafle du fang, fans quoi, il y auroit du TiiAixé des Maladies rifque à fe faire guérir. On évite ce rif- que , en prefcrivant d’abord au Malade un régime très exaét, dans lequel ell fur- tout comprife l’abftinence des viandes Ta- lées 8c de tous les mets de haut goût. En- fuite il faut le purger trois ou quatre fois defuite avec les Pilules fuivantés. j£. JDiagredii opt. gr. xxvj. Mercur dulc. gr. x. Sapon. Tenet. q. f. F. Pilul. N.° xj. pro dofi. Quand cette purgation aura été ainlî réitérée, on paflèra à une cure de fix fe- maines fans interruption, au moyen des Pilules Sc de la décoétion dont voici les formules. pi. Gum. Guaîac. une. fs. Æthiopf. Miner, drach. iij. Extr. Catholic. drach. ij. - - - Antifcorbut. drach. iij. F. S. A. Fil. fing. gr. iij. Capiat v. man. & vefp.. Rad. Sarjfapar. - - - Qhinte, ana une, ij» â s ÜRÏNAM. Rad. Lapat. acut. unc.j. JLigni Guajac. une. ij. Sajfafr. une. j.fs. Coq. in aq. font. q. f. fpatio duarünt horarum. Colat. une. xl. Adde. Itinïï. Antim. Tartaris. drach. iij, Syrup. y. rad. apsr. une. ij. Capiat une. iv. quater de die. Pour diffiper la déraangaifon & les ta- ches de la peau, on employé extérieure* ment les onguens que voici. ï. Çi,. Unguent. Nutrit. cum corp. - Apojiolor. ana une. ij. Mercur. Précipitât, ruhr. drach. ij. M. F. Linimentum. H. çt. Ung. Nutrit. une. iij. Flor. Sulphur. une. j Alum UJI. Nitri puri. ana drach. j.' 01. de Cedro. gutt. x. M. F, Liniment. H Traitc des Maladies 111. CJng. dîb, Camphor. une. iij. Flor. Sulphur. une. fs. Mercur. Pracipit. alb. drach. j. 01. Ligni Rhodi. gutt. x. M. F. Liniment. IV. Axung. Porc. une. iij. Argent, viv. une. fs. Flor. Sulphur. drach. iij. JNitri puri. drach, ij. Sïerehinth. Venet. q. f. F. Liniment. V. i£. Aq. Cale. viv. une xij. Mercur. Suhlim. Corrof. drach. fs. Sacchar. Saturn. drach. j. Mel. Rofar. une. j. M. F. Lavement, Après l’ufage confiant des Pilules & de la Tifanne pendant les fîx Termines re- quîtes, la guérifon doit s’en fuivrei mais il fera bon de purger encore une couple de fois ? 8c pour mieux aflurer le réta- bliflemcnt, on prendra pendant huit jours deux fois par jour quarante à cinquante à Surinam. ny gouttes de la teinture d’antimoine tartarifé dans la liqueur qui conviendra le mieu au Malade. Cela achèvera de purifier entiè- rement la malle du fang, & de prévenir tout retour du mal. Ce traitement elt un peu long, mais c’eft auflî le feul fur lequel on puifle compter pour extirper entièrement la cau- fe du mal. Après tourne vaut-il pas mieux s’abftraindre à un régime un peu févére, Sc efiiiyer une cure de fix femaines dont le fuccèseft afluré, que d’être privé de la lanté & de fouffrir continuellement fans aucun efpoir, non feulement d’être guéri, tuais même d’obtenir le moindre foulage- ruent. Car il fuir bien fe garder de don- Uer fa confiance à ceux qui prétendent guérir ce mal par des remèdes topiques» ce n’eft que dans des vues d’intérêts qu’ils les pcrfonnes qui fe mettent entre leurs mains. De promtes rechutes obli- gent à rappeller ces Charlatans j & le de- Uoucment confifte toujours dans quelques Maladies mortelles. Mais, comme de tout tems il a été vrai que le monde veut être trompé, on a beau faire , ÔC l’on ne roit empêcher qu’il ne le foit. Quant au Ring-Mrorm benîn 5 fa curs H 4 TRAixé des Maladies n’eft pas à beaucoup près fi longue -, & je n’y ai prefque jamais mis plus de douze ou quinze jours. Je commence par une ou deux évacuations au moyen des pilules ci-deflus indiquées, & employées dans le conlmencement du Ring-IVorm malin. Après qu’elles ont produit leur effet, j’or- donne au Malade de gratter jufqu’au fang la partie affeétée, & de la laver enfuite avec du jus de Limon fraîchement expri- mé , puis, l’ayant laiffé fécher, de la frotter foir & matin avec le troifiéme des onguents ci-deflus preferits. Cette mé- thode effc peut-être un peu douloureufe } mais il n’y a point de proportion entre la fouffrance qu’elle caufe, & celle du mal même, jointe au dégoût qu’il infpire pour ceux qui en font attaqués. CHAPITRE XFL Du Kras-Kras. LE Kras-Kras efl encore une cfpéce de Maladie cutanée ; & pour abréger, ce n’eft autre chofe que ce qu’on appelle en bon François la Gale. Elle a beaucoup de rapport avec la Maladie précédente, & n’eft pas lî ordinaire chez les Blancs que chez les $ égres. à Surinam. Elle fe divife en humide dont les pullu- les font fort élevées, & en féche. L’une & l’autre font exemptes de malignité, 6c ne demandent point de traitement particu- lier. Il fuffit d’employer quelques purga- tions ou il entre du Mercure doux, 6c d’y joindre cet onguent. çi. Axung. Porci. une. iij. Argent viv. une. fs. Flor* Sulphur. drach. iij jVerehinîh* Venet. y. f. F* Uniment, Apres l’entière guérifon , on reprendra Une purgation mercurielle , 6c à quelques jours de là, on fera une faignée de fept à huit onces. Ainfl tout ce traitement eit également promt & facile. CHAPITRE XV IL Du Taws. VOici encore une Maladie cutanée 6c épidémique , mais d’un ordre bien plus grave..que les précédentes. Les Blancs en font fort rarement attaqués j fen ai vu H S Traitc des Maladies cependant quelques uns dans le cas , & j’en ai même traité un par la falivation. Ce mal eft plus ordinaire parmi les Ef- claves. Je pourrais renvoyer à la defcrip- tion qu’on en trouve dans le Diélionairc de Médecine de James, revu & corrigé par M. Buÿon\ mais comme ce Livre eft d’un prix qui ne permet pas à tout le monde de l’acquérir , je vais donner en abrégé de cette defcription, en la rendant plus cxaéle dans toutes Tes parties, parce que j’ai été appelle à traiter un grand nombre de Malades femblablcs, & par conféquent à faire de nouvelles obferva- dons5 tant de théorie que de pratique. Remarquons d’abord que les différen- ces de l’âge &. du fexe ne mettent point à l’abri de cette affreufe Maladie , qui attaque indifféremment toute forte de lu- jets. Elle fe déclare peu à peu par de pe- tites taches ou pullules fur l’épiderme, qui font de niveau avec la peau \ elles ne font pas plus larges que la pointe d’une greffe épingle, mais, en augmentent par degrés, elles s’élèvent comme des bou- tons. Quand une fois l’épiderme eft en- levé , ou déchiré, on aperçoit une ma- tière fanieufe & fordide femblabîe à du lard rance, fous laquelle eft encore un petit à Surinam. 119 Fungus rouge , qui naît de la peau, 8c prend plus ou moins d’accroiffement. Quand le Taws eft dans fa véritable maturité, c’efl à dire, lorfque le levain ell à fon dernier période de fermentation, & qu’il a pouffé tout fon venin par érup- tion, les taches ou pullules font greffes comme des framboifes , ôc quelque-fois d’avantage, & au lieu de la couleur livi- de qu’elles avoient auparavant, elles de- viennent blanchâtres , & si la fin toutes blanches. Il n’y a rien de fixe dans le terme 8c la durée de cette Maladie; cela dépend des corps qu’elle attaque, & de la ma- niéré dont fon levain efl plus ou moins vite évacué; chez certains individus, on parvient à la guérifon dans un an ; pour d’autres il en faut deux, ou même trois. Car, quand toutes les taches du Taws difparoitroient, il ne s’en fuivroit pas que le Malade foit guéri ; 8c il a toujour* d’autres attaques à craindre, tant que le levain n’eft pas parvenu à fon dernier de- gré de fermentation. L’extérieur du Taws ne peut être mieux comparé qu’à une petite vérole abondante $ H 5 TRAixé des Maladies 120 car quelque fois les taches ou pullules font très peu fepirées les unes des autres, le Malade ne laiflant pas de le porter bien d’ailleurs , ayant bon appétit, &ne Ten- tant aucun embarras dans Tes fondions naturelles. Cependant il ne tarde pas à s’appéfantir & à fentir une parefle qui lui efl: précifçment nuifible, puifque le mou- vement le plus violent ell la feule chofe propre à aider 6c accélérer la fermenta- tion, les’pores étant alors plus ouverts ôc la tranfpiration plus abondante. Il ell à propos d’obferver que la trop grande précipitation dans la cure de cette Maladie, ell très pernicieufe,en ce qu’elle laiffe au Malade ce que les Nègres appel- lent Bons dé jam mi , c*e(l une Maladie des Os, d’où s’enfuivcnt des Nodus, des Exojïofes, & très fouvent la carie. C’ell ce que je puis prouver par la (impie ex- pofition d’une rnethode , qu’on avoit pro- pose comme immanquable, 6c procurant les plus grands avantages au Pais * mais fes premiers fuccès n’ont été qu’apparens, parce qu’ils confUloient dans une guérifon précipitée, deforte qu.’après beaucoup de peines fîc de dcpence , c’écoit à recom- mencer. Cette nouvelle méthode confiftoit dans à Surinam. une cure de 40 à yo jours, dans laquelle, fans confidérer fi. le ïaws étoit à fon de- gré de maturité , on faifoit prendre au Malade une bouteille par jour d’une dé- coélion de bois fudorifiques , favoir de Sarccpareille , de Bardane, d’Efquine ÔC de Guaiac, parties égales, en ajoutant fur chaque bouteille , après la colaturc, un gros 6c demi d’Æthiops minéral Cettç décoétion faifoit à la vérité fortir le Taws avec une grande force, ôc en couvroit une partie du corps comme iî le mal eût at- teint fa parfaite maturité 5 après quoi les pullules fe défechant peu à peu, le Ma- lade paroilfoit guéri. Mais, quelque tems après , on avoit la douloureufe furprife de voir reparoître le Taws, qui remettoit le Malade au même état que s’il n’avoit fait aucune cure. Au contraire fa guérifon étoit devenue plus difficile , le venin s’é- tant répandu fur les parties folides, 6c y ayant caufé la Maladie des Os ? dont j’ai déjà parlé. Ceux qui mettent le Malade dans la falivation, cinq ou lîx femaines après que le Taws s’effc déclaré, n'avancent pas d’a- vantage, comme j’en ai fait l’expérience nioi-même, lorfque j’ai fuivi d’abord la méthode reçue X Surinam, qui confifie à Traitc des Maladies Ex. iter la falivation par le moyen des Fri- ctions mercurielles. Cela procure fans doute la promte guérifon du Taws, mais cela ne l’empêche pas de revenir au bout d’un court efpace de tems. Tous les Chi- rurgiens ne font ufage dans ce cas que de Mercure doux donné en pilules à la dofe d’une dragme, faifant ainfifalivéy le Ma- lade pendant trente jours j après quoi ils le tiennent pour guéri. Ayant ainfi rapporté les lignes naturels de cette Maladie, & expofé les fuites fa- cheufes qu’entraine une guérifon trop pré- cipitée , je vais indiquer une méthode in- finiment plus falutaire êc moins pcrnicicufe que la précédente. Elle e(t à la vérité de plus longue durée, mais fes effets dédom- magent bien le Malade du tems qu’il con- sacre à fe procurer une guérifon complette. Les Maitres des Efclaves de' leur coté doivent être charmé de conferver par ce moyen quelque Nègre ou Négrefîc, qui leur a fouvent coûté cher. Pour bien procéder dans cette cure, il faut l’entamer par faire prendre tous les foirs au Malade, lorfqu’il fe couche, la grofTeur d’une bonne noix de l’Eleéluaire Fuyant, à Surinam. î£ T’heriac. Venet. une. vj. Flor. Sulphur. une. iij. Roh. Samhucc. une. ij. M. F. Condition. Avec cela on doit le tenir toujours en mouvement, Surtout quand il ne pleut pas, & le préferver de toute humidité. Lors- qu'il aura fait, pendant les trois premiers mois de la cure, ufage de ce fudorifique, on le laiflera repofer un ou deux mois, pendant lefquels on ne ceflera de le tenir en mouvement en l’occupant à quelques légers travaux. Enfuite on lui fera pren- dre tous les jours, pendant un mois, une décoéhon de bois de Guaiac & du Saffa- fras uniquement ; & après qu’il en aura fait ufage , on laiffera encore écouler un nouvel intervalle de trois mois fans lui rien donner, prenant garde autant qu’il fera poffible , que le Malade ne mange aucune chofe faléc, au moins pendant les remèdes; car c’eft une précaution qu’on a bien de la peine d’obtenir de ces gens- là. Quand ce dernier efpace de tems fera écoulé, ce qui fera environ huit mois de- puis les premiers Symptômes du Taws, on peut en toute fureté mettre le Malade 124 Traitc des Maladies dans la falivation par la voye des fri&ions mercurielles, mais avant la première fri- ction le Malade doit-être purgé deux fois, & faigné une fois du bras. Enfuite on lui fait la première friétion qui doit durer au moins une demi-heure devant un bon feu, depuis la plante des pieds jufqu’aux ge- noux , avec une demi once d’onguent mercuriel. Le fécond jour on frotte un bras de la même maniéré, le troifiérac jour l’autre bras 6c le quatrième l’autre jambe j ce qui confirme en tout deux on- ces d’onguent. Apres ces quatre friétions faites en qua- tre jour consécutifs, on laifle le Malade tranquille , obfervanr qu’il foit jour 6c nuit auprès du feu. Alors il commencera le cinquième jour, ou au plûrard le lîxié- ine à faliver, ce qui continuera jufqu’au cinquantième jour. Pendant cette faliva- tion qui doit s’arrêter d’elle même , il ne boira que de la décoétion du Guaiac, 6c prendra pour nourriture trois fois par jour une calebafie pleine de bouillie de farine cuite à l’eau. Trois ou quatre jours après que la falivation aura cdfé, on purgera le Malade, 6c enfuite on lui fera prendre de bonne nourriture pour lui faire recou- vrer fes forces, à Surinam, ny En fuivant cette méthode on peut être alluré d’une entière guérifon , fans aucun retour du mal, ni fuite fâcheufe , telle que la Maladie des Os. Je me perfuade que les habitans de Surinam, 8c furtout ceux qui ont des Plantations, me l'auront bon gré de ce que je leur indique une méthode aufîi falutaire , 8c qui les empêchera de perdre 11 fréquemment leurs Efclaves, ce qui n’eft pas un petit objet pour eux. En effet cette Maladie a caufé, 8c caufe encore de très grands ravages , 8c l’on voit toujours périr quantité d’efclaves, tant dans les cures chez les Chirurgiens, que fur les Plantations, tout cela faute d’un traitement convenable. Je ne faurois terminer ce Chapitre fans parler encore du Mamma Taws , 8c du Krale Taws. Le premier cli une fuite de la Maladie même , qui, ayant été mal guérie, dégénéré en un ulcéré malin, que la falivation peut feule guérir. L’au- tre elt une efpéce de charbon qui fe place ordinairement fous la plante des pieds, ou entre les orteils j il elt d’une dureté ex- traordinaire ; 8c la racine qui s’y forme infenfiblement ronge toujours en profon- deur. Cela caufe de très vives douleurs, Sc empêche de marcher. Pour bien gué- TRMTé des Maladies rir ce mal, 6c même empêcher le retour, il faut attendre fa maturité, c’eft à dire, fa plus grande grofleur, ôc qu’il devienne blanc. Alors on fait tremper le pied dans de l’eau bien chaude pour amollir la peau, que l’on coupe avec un biftouii le plus profondément qu’il eft poffible. L’opéra- tion faite , on y applique un plumaceau de fublimé corrofif mêlé avec un peu de Bafilicum, en obfervant que le plumaceau ne foit pas plus grand que le Krabe Taws, Douze heures après on penfe uniquement avec le Baftlicum, 6c l’on continue juf- qu’à ce que l’efcare tombe avec toute fa racine, après quoi l’on penfe fimplerncnt l’ulcére avec de l’eau de chaux & de la teinture de Myrrhe jufqu’à parfaite gue- rifon. CHAPITRE XVI IL Bu Boifî. XL ne me refie plus qu’à parler de cette Maladie épidémique, à la quelle on donne vulgairement le nom de 6c qu’on prétend être celle que let Grecs ont nommée Elephaniïafts, à Surinam. 127 Cette horrible Maladie eft abfolumcnt inburable. Elle n’eft pas fréquente parmi les blancs, mais elle attaque fouvcnt les Efclavcs. Je l’appelle épidémique, parce qu’elle le deviendroit fans les précautions convenables. Dès qu’un Efclave en eft attaqué, on lui indique un lieu d’habita- tion dans le bois*, & il eft obligé d’y finir Tes jours, tans avoir aucune communica- tion avec les autres Efclaves. Cela prouve du moins, que, fi ce mal n’dt pas con- tagieux, on le repute tel. Les Symptômes caraélériftiques du Beift , fon. des tâches très fuperficiellcs fur la peau , d’abord rougeâtres, mais qui deviennent peu â peu de couleur livi- de. Il vient fur ces taches des écailles* le corps perd fen embonpoint à mefure que cette Maladie tend au déclin, & tou- tes les parties s’enflent inicnfibîement. Quand cette Maladie qui peut durer dix, vint, jufqu’à trente ans, eft une fois par- venue à fon plus haut degré , les doigts & les orteils fe détachent infènfiblemenc d’eux-mêmes, fans que le Malade en fait douloureufement affeété. On fe trompe aftez fouvent fur les vrais fymptômes de cette Maladie> parce qu’ils Traitc des Maladies ont quelque reffemblance avec les tâches du Ring-JVorm j mais j’ai appris d’une vieille Négreffe le moyen de ne pas s’y tromper. Il n’y a qu’a prendre une épin- gle, ou une éguille bien pointue, 6cl’en- foncer dans une de ces taches en pinçant la peau. Si cette piqueure caufe de la douleur, ce n’eft pas le Boift -, au lieu que ce i’eft infailliblement, fi le Malade ell infenfible. J’en ai Couvent fait l’épreu- ve , qui ne m’a jamais trompé. Pour la guérifon on a tant fait, d’efforts inutiles 3 qu’elle eft regardée comme impoflible. F I N. DISSERTATION SUR LE fameux crapaud de SURINAM, Nommé PIP A, Et fur fa Génération ea particulier. •Avec Figures en Taille-douce, P. FERMIN, 131 D I SS ERTATI O N SUR LE FAMEUX CRAPAUD DE SURINAM, Nommé PIPA, Et fur fa Génération en particulier* Uoique la contrée de Surinam |Cj, •j-'l g. S| fournifle un très grand nombre de produ&ions naturelles très curieufes, & dignes d’une attention toute particulière, il n’y en a peut-être point de plus propre à exciter la furprife, &de I plus Cette DifTertation a été lue dans l’Affemblée ordinaire de l’Académie Royale des Sciences & belles Lettres de Berlin, du Jeudi 13. Odob. 1763. par Mr. le ProfeflTeur FOR ME Y, Sécretaire perpétuel de l’Académie. Voyés le rapport de cette Leêlure dans la Gazette de Berlin , dirigée par un habile Académicien* N.° cxxiy. du Samedi 15-. Odobre 1763. I z Dissertation sur le plus digne qu’on s’attache à en expliquer la Angularité unique dans Ton genre, que cet énorme Crapaud , dit Bufo menfts, ôc nommé par les Naturels du Païs Pipa. Perfonne n’ignore que la génération efl: un des myitères les plus profonds de la nature ; Mais ici elle femble avoir pris plaifîr à doubler le voile dont elle s’enve- loppe , & à confondre tous les fyfiémes reçus jufqu’à préfent fur cette matière. Je ne préfume pas allez de ma capacité pour m’attendre à pénétrer dans ce laby- rinthe i mais je tâcherai du moins d’en débarafler les premières avenues, en ex- pofant le fait que j’ai été a portée de véri- fier exaétement, L’Hiftoire Naturelle eft la bafe de la Phyfique, & celle-ci feroit beaucoup plus avancée, fi l’on avoit tou- jours été foigneux de commencer par la première, de n’entreprendre aucune ex- plication, de ne bâtir aucune hypothefe, jufqu’à ce qu’on eût conduit l’examen &: Crapaud de Surinam. l’expofé des faits au plus haut degré d’é- vidence 6c de certitude dont ils font fuf- ceptibles. Pendant huit ans de féjour que j’ai fait à Surinam, je n’ai rien négligé pour voir 6c pour bien voir tout ce qui pouvoir étendre mes connoilTances, 6c me perfec- tionner dans ma profeflion, qui demande plus qu’aucune autre l’étude infatigable de la nature. Les chaleurs excelîlves ont été à la vé- rité un grand obftacle a l’accompliflement de mes délits. Le moyen de parcourir des campagnes toujours brûlées des plus vives ardeurs du foleil, 6c de s’y arrêter autant de tems qu’il le faudroit pour fuivre la marche de certaines opérations naturelles ! Cependant, comme j’avois un goût par- ticulier pour les infe&es, je luis venus à bout de m’en former une alfez belle Col- leétion, 6c d’y joindre diverfes curiolités, dont le total a produit un Cabinet qui u’eft pas à méprifer pour un (impie parti» culier. I 3 D> SS ERTATION SUR LE Les chofes les plus remarquables dans ce genre fe trouvent par malheur dans des Plantations éloignée de douze à quinze lieux de la ville, où j’avois établis mon domicile. Des courfcs de cette longueur font prcfque impolfibles dans l’une 6c dans l’autre faifon } car, on n’en diftingue que deux à Surinam, celle de la fécherelfe où la chaleur eft infupportabîe, 6c celle de l’humidité où les pluys font continuelles. Comment un homme qui a fes affaires domeftique*, 6c qui fert le public? pour- roit-il faire non feulement des abfencesde quelques jours, mais encore s’expofer à revenir fi haraffé de fes courfes, qù’il lui faudroit plus de tems encore qu’elles ne lui ont coûté pour s*en remettre. J’infifle la deffus parce que plufieurs Européens curieux d’infeétes 6c d’au- tres produétions naturelles , écrivent à Surinam pour en demander d’un ton qui fait voir l’erreur où ils font à cet égard , c’eft de s’imaginer qu’il n’y a qu’à Crapaud de Surinam, fe baifler pour en ratnafler , 8c mettre la main deffus pour les prendre. On a beau être fur les lieux j on ne raflemble rien qu’avec beaucoup de peine, & même de très-grands fraix. J’ai été plus d’une fois dans le cas de faire des envois ; 8c l’orf- qu’il étoit queftion d’obliger des amis, je ne pouvois Je faire fans que ma bourfc s’en reflentit. J’oferois même dire que perfonne, au moins que je fâche, n’a fait autant de dépences que moi à Surinam pour acquérir un nombre d’infeétes pareils à celui que j’ai aéluellement dans mon Cabinet. Il y a des pièces qui m’ont coûté dix,, quinze, vingt jufqu’à trente florins, fans compter les fraix requis pour la confervation, qui vont aufli plus loin qu’on ne penfe. Ce n’eft pas tout} la fatigue 8c l’argent ne fufliroient pas pour réuflir dans l’en- treprife dont je parle, il eft encore eflen* tiel d’entrer en liaifon avec les Direéteurs d£s Plantations, 8c de trouver des moyen* I 4 ds ïDissertation sur Le de les obliger, afin de les difpofer à ren- dre des fervices réciproques, en fournif- fant ce qui eft à leur difpoficion. C’efl: un moyen infaillible d’acquérir plufieurs chofes de la dernicre rareté -, mais on fent bien qu’elles ne font pas à bon mar- ché , & que les honnêtetés auxquelles elles engagent font plus coûteufes que ne le feroit un prix d’achat. Ainfi, de quel- que maniéré qu’on s’y prenne, il faut ne pas regarder à l’argent fi l’on veut fatis- faire Ton goût. Et les amis , qui deman- dent des envois à leurs Amis , doivent être diferets , ou ne pas s’étonner fi les envois ne font ni fort nombreux, ni fort précieux. J’ai cru devoir donner ici ces éclaircif- femens à ceux qui font pour eux-mêmes, ou pour d’autres des Colleétions de Cu- riofités Naturelles. Les derniers furtout ne doivent pas contraéter à la légère des engagemens qu’il ne leur feroit pas pofli- ble de remplir , vu les difficultés dont je Crapaud de Surinam. 137 viens de rendre compte. A préfent je pafle au fujet principal de cette diflertation. Les Animaux amphibies tirent, comme tout le monde le fçait , leur nom de la propriété qu’ils ont de pouvoir vivre dans l’eau & dans l’air. On obferve parmi eux, comme parmi tous les autres genres d’animaux , deux efpéces principales, l’une Vivipare, i’au* tre Ovipare. Dans la première le germe qui contient le petit embryon efl: d’abord enfermé fous une enveloppe (impie, ou double , laquelle s’ouvre quand le petit efl; devenu afîes fort pour la percer. Et comme il vient au monde tout formé, & femblable à ceux qui l’ont engendré, la Mere efl: dite Vivipare Mais quand le pe- tit fort de la mere renfermé dans l’enve- loppe , qu’on nomme œuf, la mere efl. Ovipare. Ces loix fubflflent dés l’origine du monde, & n’ont jamais varié. Elles fuffifent pour tous les détails du mécha- nilmc de la nature, & pour cette immen- 138 Dissertation sur le fe variété dans les mouvemens & les con- figurations des animaux , qui nous four- niflént à chaque inftant de nouveaux fu- jets d’admirer la fagefle 6c la puiflance du Créateur 5 admiration qui augmente à mefure que notre ignorance diminué. Le germe, devenu embryon 6c fœtus, eft toujours d’une extrême délicatefle; mais il eft à couvert de tous les accidens dans le fein de fa mere , d’où il ne fort, que lorfqu’il eft à une confiftance fuffi- fante pour réfifter aux impreftlons du de- hors. Mais dans l’efpéce Ovipare il faut une déffence, un rempart pour le germe forti de la mere avant que d’avoir atteint ce dcvelopement 6c cette confiftance. C’eft ce qu’il trouve dans l’enveloppe qui lé durciflant peu à peu avant que de for- tir par la ponte , fe manifefte en forme de croûte, ou de coquille, telle que nous l’offrent les œufs. Le petit peut demeu- rer là defibus, comme fous une voûte fans rien craindre, jufqu’à ce que la cha- Crapaud de Surinam. 139 leur de l’incubation, ou de quelque opé- ration artificielle qui lui Toit équivalente. le falTe croître & l’amene au point où il. a la force de percer fa coquille. Tous les Animaux parviennent à l’exfftence par l’une ou par l’autre de ces voyes. Sans décider fi le germe appartient au mâle ou à la femelle, il efl du moins cer- tain que le principe de la fécondation vient du mâle , qui donne le premier branle du mouvement, la première im- prefiion vitale, après laquelle le germe eft capable de fe nourrir de l’aliment dé- licat qui efl renfermé avec lui dans la coque. Par l’effet d’une loi fupérieurc à toutes nos connoiflances le petit qui a commen- cé à vivre , s’approprie paisiblement le fluide dans lequel il nage } fon volume s’augmente, jufqu’â ce que fe fentanc lo- gé trop à l’étroit, il perce tout à coup fon enveloppe , fe débarrafle de fes entra- ves, ôc va chercher une nourriture j qui, étant plus folide convint mieux à fon 140 Dissertation sur le nouvel état. Tous cela cft admirable fans contredit 5 mais il Tell: bien plus encore de voir la nature prendre précüeraent le contrepied dans le Crapaud de Surinam, dont la femelle procrée les petits par le dos. Les Naturaliftes tant anciens que mo- dernes du Païs à la connoiflance dcfquels ce Crapaud eft parvenus , l’ont nommé Pipa 6c Pipai. Il y en a qui prétendent que le premier de ces noms défigne le mâle 6c l’autre la femelle. Mais c’cft une conjeéture bazardée, ou même un fimple artifice des voyageurs qui ont voulu em- bellir leurs récits, en impofant des noms diffcrens à un Animal qu’ils ne connoif- foient qu’imparfaitement. J’ai pris toutes les informations nécef- fiures pour vérifier cette prétendue diftin- étioni 6c je me fuis pleinement afluré fur les lieux même où i’on trouve cet Ani- mal , qu’il n’a jamais été connu, tant par- mi les Créoles que par les Indiens 6c les Nègres, fous d’autre ndm que fous ceux Crapaud de Surinam. 141 de Pipa ou todo, qu’on donne également au mâle 5c à la femelle. Mais je me fuis hâté de palier du nom à la chofe ôc de mettre à profit toutes les facilités que je pouvois avoir pour arriver par des expé- riences exaébes 5c fouvent réitérées, à la parfaite connoilfance du Pipa , 5c de la merveilleufe lîngularité qui le caraétêrifc. Je me flatte de n’avoir pas entièrement perdu mes peines; foumettant néanmoins toutes mes recherches aux Juges compé- tens. Il s’agiffbit d’abord d’apprendre à bien dillinguer le mâle de la femelle. La voyc la plus abrégée efl; aflurement la difîeéfion anatomique ; mais les chaleurs y ont ap- porté un obftacle infurmontable pendant mon féjour dans le Pais ; 5c ce n’eft que depuis mon retour en Europe que j’ai pu me fatisfaire à cet égard ; 5c par la dé- couverte des véritables parties génitales du mâle, qui étoient encore inconnues. arrivé à des conféquences légitimes fur la manière dont la génération s’exécute dans 142- Dissertation sur le • r ces Animaux. Les Naturalises les plus modernes qui ont raifonné fur ce Phéno- mène, ont adopté un fy(terne qui cft en contradiction avec la nature. Ils préten- dent que c’cft le mâle même qui reçoit les petits fur Ton dos , où la femelle les dépofe, & qu’il les y porte jufqu’à ce qu’ils éclofent. Quelques-uns à la vérité ont reconnu que c’étoit la femelle qui étoit chargée de fa génitiire ; mais ils n’ont pu dire comment fes œufs fe trou- voient placés dans cet endroit, ou ils fe font exprimés d’une manière fi obfcure, qu’autant auroit-il valu qu’ils n’eufient rien dit. Tachons s’il elt pofïïble d’éviter tous ces inconvéniens. Tranfportons nous d’abord fur le lieu de la naifiance du Pipa , & voyons dans quel tems de l’année on peut l’y trouver. J’ai déjà fait mention des deux faifons de Surinam, dont la double alternative par- tage l’année en quatre efpaces de tems, qui répondent à ce qu’on nomme ailleurs les quatre faifons. Ces tems différent prin- Crapaud de Surinam. 145 cipalement entr’eux par le mauvais air qui y eft plus ou moins répandu. Je dis plus ou moins, car Pair eli toujours mal fain à Surinam. Comme le Pipa prend naiflance dans les endroits marécageux, 8c que ces endroits font principalement dans l’épaifîeur des forêts, c’eft là qu’il faut l’aller chercher. Mais cette recher» che feroit inutile pendant les faifons hu- mides & pluvieufes. Il fe tient alors au fond des marais, embourbé dans une terre limoneufe, qui lui plait Partout, parce qu’elle conferve une chaleur qui n’exillc pas à la furtace. Etant dans ce marais, rien ne peut l’en faire fortir que le retour de la féchercfïe , les eaux diminuent, le limon fe durcit, 8c le Crapaud fe montre pour jouir de la chaleur des rayons du foleil. Son volume qui avoit toujours été en croiffant pen- dant les pluyes, va toujours en diminuant tant que Ja fécherdfe dure. C ’eft alors le tems de le prendre & rien n’empêche qu’on ne le fafle avec les mains. Dissertation sur le 144 En ayant pris plufieurs, je les mis dans un vafe rempli de la même eau où ils avoient jufqu’alors vêcuj 6c je me propo- fai de ne point les perdre de vue , afin d’obferver l’accroiflement de l’Animal, mais furtout la formation des petits dans leurs cellules, 6c la maniéré dont ils en fortoient. Ces Crapaux étoient prefque toujours a la nage j 6c on les voyoit rarement fe pofer au fond du vafe. A la fin je m’ap- pcrçus que l’un d’eux avoit le dos couvert de petites taches femblables aux écailles de poifîbns ; 6c en continuant mes obfer- vations, je vis ces taches groflir, s’élever, & prendre la forme de cellules. J’en ou- vris une avec la pointe d’une paire de cifeaux fins , 6c je la trouvai remplie d’une liqueur fcmblable à un jaune d’œuf, que je pofai d’abord fur un papier pour l’examiner à loifir. Je remis le Crapaud à qui j’avois fait l’incifion dans fon vafe, de ayant pris une loupe des plus fortes, Crapaud de Surinam. je confîdcrai la fubftance fufdite , 6c y découvris une petite tache noirâtre, que je féparai de nouveau pour la foumettre .au microfcope. J’y apperçus bientôt une efpéce de mouvement ; mais, pour le rendre plus fenfible, j’expofai pendant une heure cette matière au foleil, après quoi le microfcope ne tarda pas à me montrer le mouvement beaucoup plus vif qu’il n’avoit été la première fois. Cette découverte me fit conclure que ce que j’obfervois étoit l’œuf même déjà fécondé par la liqueur fcminale du mâle. Bien fatisfait de ce premier fuccès de mes obfervations, il ne fervit qu’à redou- bler ma curiofîté. Elle avoit principale- ment pour objet l'accouplement j & mon vafe contenoit trois mâles avec une fe- melle. Malgré l’attention que j’y appor- tai tant que je pu vaquer à l’obfervation , Scia charge que je donnai à un Nègre d’y veiller en mon abfence, il ne fe pafla rien put être cenfc tenir de l’accouple - K Dissertation sur le ment, qui avoit fans doute précédé la date de la prifé de ces Animaux» En attendant, les cellules du dos de la femelle continuoient à groflir. J’expofai tous les jours le vafe où elle étoit au fo- leil, dans la fuppofition qu’il falloir ici la même chaleur qui convient en général à î’efpéce Ovipare. Quelque influence qu’elle y ait, ce qu’il y ade certain, c’eft que les cellules augmentèrent tou- jours de volume à vue d’œil. Trois femaines étant écoulées, depuis que cette Femelle jouiffbit de la chaleur folaire, je vis en la confidérant un matin, qu’elle étoit plus agitée qu’à l’ordinaire 5 & au bout de quelques minutes, une de ces cellules s’ouvrit, 6c il en fortit un pe- tit Femblablc à la mere qui fe détacha d’elle, Sc prit le large, apparemment pour aller chercher la nourriture qui lui con- venoit. Ma joye fut plus vive encore à cet afpeét qu’elle ne l’avoit été jufqu’a- lors $ car je n’avois ofé me promettre Crapaud de Surinam. d’arriver jufqu’à un dénouement aufli complet. Le lendemain en mon abfcnce la femelle mit encore bas cinq petits 5 & continua ainfi jufqu’au cinquième 6c der- nier jour de fa délivrance, failant monter fes petits jufqu’au nombre de trente-deux. Comme la nourriture qui étoit dans le vafe ne fuffifoit pas pour une fi nombreufe fa- mille, ils moururent tous Tun après l’autre. 147 Avant que la mere eut le même fort, je pris la réfolution de la difféquer. Je commençai par enlever toute la peau du corps qui n’étoit adhérente qu’a la tête, à l’anus, 6c aux pattes. Quoique cette peau forme un tout contenu, fa couleur & fon épaifleur varient. La peau du dos eft plus épaifte, & tire fur le noir , celle du ventre eft plus mince, brune 6c toute rayée. Je promenai enfuire ma loupe fur toutes les cellules fi artiftement confinâ- tes , qu’un nombre incroyable d’embryons peut s’y loger. Le Crapaud que j’ai aétuei- letnent dans mon Cabinet, a jufqu’à deux» K z 14-8 Dissertation sur le cent-vingt de ces cellules, prefque tou- tes habitées. Ces cellules, ou matrices, font contigués, leurs cloifons confinant en une très-petite membrane déliée. Leur profondeur eft de quatre à cinq lignes. La cavité prête fans doute à mefurc que l’embryon groffit 5 mais il y eft toujours fort à l’étroit, 6c il femble témoigner fa joye lorfqu’il en fort, en s’éloignant ra- pidement de fa mere 6c en nageant avec des mouvemens qui expriment une forte d’allégrefle. Une autre femelle que j’ai obfervée lorfqu’elle touchoit à fon terme, m’a con- firmé l’exiftencc des œufs dans les cellu- les. L’embryon déjà tout formé avoit une efpéce de Placenta, accompagné de deujc membranes extrêmement minces ôc tranf- parentes, qui paroifloient être ce que nous nommons dans la génération des en- fans le Chorion 6c /’Amnios. J’expolai aufiî cette femelle au foleil, 6c je la vis pen- dant douze jours fe débarafîer fucceffive- Crapaud de Surinam. 14(j ment de Ton fardeau de la même manière déjà expofée. Tout jofqu’ici répond à l’attente que nous avons fais concevoir i mais ii ne relie toujours , comme je l’ai inlinué, à démêler les véritables lignes qui caraélérifent le mâle, 8c le dillin- guent de îafefaelle. Voici, jufqu’où s’é- tendent mes connoilTances à cct égard. Quant à l’extérieur, le corps du mâle ell plus étroit 8c plus long que celui de la femelle, 8c fa couleur ell plus cendrée tirant fur le gris mêlé de petits points blancs, au lieu que la femelle cil plus noirâtre. Les loges dont font dos ell garni, 8c les petits qui s’y forment décideroient d’abord du fexe, lî ce n’etoit pas la pré- cifement le point de la controverfe. Il faut donc pénétrer dans l’intérieur qui demande fans contredit l’œil d’un obfervateur atten- tif 8c éxercé. Les vifcéres du mâle 8c de la femelle n’ont point de différence fenliblc. L’cefophage, ou Goulot ell large 8c fiff’ ceptiblc d’une très grande extention. Le K 3 ifo Dissertation sur le Sternum effc fore étendu & recouvre plus de la moitié de la cavité générale de \' Ab- domen. Il eft encore augmenté par un prolongement cartilagineux , prefque quarré. Cet Os étant levé, on y remar- que deux cavités diftinétes & réparées l’une de l’autre par un diaphragme, atta- ché à un Os triangulaire, qui a' la forme d’un a grec, que l’on pourroit appeller l’os Lambdoide. Il eft fitué au dedans de la cavité générale , ou fa bafe fe trouve fixée par un fort ligament à la partie fu- périeure du Sternum \ & duquel il déborde un peu. De la bafe du même Os fortent deux ligamens allez forts, qui s’implan- tent dans la partie moyenne de la mâchoire inférieure. Il y a aulîi trois mufcles, qui partent du même principe, les deux premiers, recouvrant le ligament, jettent latérale- ment des fibres fur l’œfophage, & finif- fent à la même place de la mâchoire , un peu plus en avant, 6c le troifiêmé recou- Crapaud de Surinam, vre la même partie interne des précédens * & paroit les fortifier. Le diaphragme partage le Tronc , en deux cavités, l’antérieure ne contient que l’œfophage, ou goulot , la pollérieure ell celle du ventre , qui contient tous les vifcéres, A la partie concave & entre les deux branches de l’os triangulaire , que l’on pouvoir , comme j’ai dit, nommer l’os Lamdoïdes , le diaphragme s’écarte pour former le péricarde qui eft une membrane fort mince, 6c convenable au cœur. Ce dernier Vifcére, qui ell fort gros dans cet Animal, fe trouve augmenté par fes oreillettes , qui l’entourent par leur rebords frangés. Il en fort trois paires de Vaiffeaux alfez confiderables. La pre- mière fe diftribue dans les pattes de de- vant 6c dans la tête, la fécondé dans les vifcéres, 6c la troifième dans les pattes de derrière. Ses poumons font fi grands 6c fi velfi" culeuxj que lorfqu’ils (ont remplis d’air? K 4 jfz Dissertation sur le ils compriment tous les vifcércs du ven- tre. Le foye fe trouvant placé à la droite, la ratte àla gauche, ces deux vifcéres font fort diflinéts, en ce que le premier efl adhérent au diaphragme. L’Epiploon efl d’une ftruélure fînguliére, la fub fiance en efl grenue, & d’une couleur d’orange, cependant fon volume efl moins confidé- jabie dans la femelle que dans le mâle, il paroit être attaché au fond de l’eflomac, Sc s’étend enfuite fur toute la fui face des inteflins, en forme de petites branches, qui fe jettent ça 8c là, femblables à celles d’un jeune ArbrifTeau. L’Eflomacefl, d’une figure oblongue, très mufculeux, 6c forme un petit fac avant de s’unir aux inteflins; ces derniers font proportionés à l’Animal, excepté qu’ils font perfemés de quelques petites vefficules gros comme la tête d’une épin- gle , lefquels m’ont paru contenir une cfpéce de liqueur glaireufe, A la partie poftérieurc du reélum fe trouve un corps Crapaud de Surinam. oblong & blanchâtre , du tronc duquel corps fort deux branches, ou efpéces de cornes qui montent en ferpentant de cha- que côté, jufques vers l’eftomac, &, delà, fe jettant un peu en dehors , paf- fent derrière le poumon & la branche de la trachée artère, & enfin fe terminent dans le méfentère , où elles forment une efpéce de Sphinéter, ridé , femblable â un entonnoir. Ayant ouvert l’extrémité d’une de ces deux branches, j’y trouvai des rides lon- gitudinales, qui fe continuoient, jufqu’au fufdit Sphinélcr, & fe trouvoient remplies d’une liqueur épaifle ôc tranfparente, laquelle ayant foumife au microfcope, me parut rcfiembler au blanc d’un œuf Mais les objets principaux de la curiofité dans le mâle , font d’une extrême peti- tefie. Les reins, qui font d’une figure oblongue , un peu large , & d’une cou- leur de gris cendré, fe trouvent placé un peu au dcfTous du bord inférieur du foye ïf4 Dissert .t*on sur le & de la ratte* & l’un 8c l’autre font at- tachés à des vaifleaux émulgens allez con- lidérables. A l’extrémité inférieure de chaque rein font placés les tefticules, d’une couleur jaunâtre , 8c d’une confi- llence glanduleufe 5 mais, à l’égard du membre viril, je n’oferois affirmer, fl ce que j’ai vu, l’eft véritablement, furquoi je fufpends mon jugement. S’il m’eft permis d’ébaucher une hypo- thefe d’après ces faits , je crois que les cellules du dos de la femelle, font de pe- tites matrices, devrais ovaires, dans lef- quels font dépofés des œufs que la liqueur feminale du mâle inprégne 8c féconde par voye d’arrofement. Comme ces cellules paroiffient étroitement fermées, on de- mandera peut-être comment la liqueur feminale peut y pénétrer. Je pourrois ré- pondre en demandant réciproquement comment la femence de l’homme dardée dans la matrice de la femme s’élance juf- ques dans les tuyaux des trompes pour Crapaud de Surinam. 157 aller féconder l’œuf dans l’ovaire ? On peut aiférnent conjecturer que c’eft feule- ment l’efprit fenfnal de la liqueur qui parvient jufques là & qui produit cet effet. Il me femble pouvoir raifonner ici par analogie , & attribuer à la nature la même façon d’agir dans la fécondation des œufs du Pipa. Quand la liqueur femi- nale du mâle eft épanchée fur toute la furface des cellules, les particules les plus fubtiles de cette liqueur pénétrent les porcs de la pélicule qui couvre 6c tapifîc chaque cellule, féconde l’œuf, & lui im- prime le mouvement vital que la chaleur naturelle fécondé enfuite jufqu’au terme# ou l’embryon ayant acquis fa groffeur & fa force, perce la pélicule , 8c augmente le nombre des individus de fon efpéce. Je ne faurois aller plus loin dans cette explication, 8c je m’eftimerai trop heu- reux Ci on n’efl pas mécontant de mes foibles efforts dans un fujet auffi neuf 6c aufïï obfcur. Je me foumets d’avance jf6 Dissertation sur le comme je le dois à toutes les critiques judicieufes de ceux qui font maîtres dans des matières où j’ofe à peine prendre le titre d’Ecolier. Je fouhaite furtout que quelqu’un de ces puiflans Génies, qui font les confidens de la nature , s’attache à mettre dans tout fon jour un phénomène qui ne fe refoferoit fans doute pas à fa fagacité. J’ai cru qu’en offrant avec refpeét à l’une des plus illuftres Académie de l’Europe le Pipa , dans l’efpérance qu’elle lui accorderoit une place dans fon Cabinet ; il m’étoit permis de lui faire rapport de mes recherches 6c de mes ob- fervations. Son approbation feroit pour moi la plus glorieufe des récompenfes, 6c le plus puiflant des encouragemens. Il ne me relie qu’un féul mot à dire fur l’aflcrtion de ceux qui prétendent que le Pipa cil; vénimeux , 6c qu’en le calci- nant; le pulverifant, 6c le donnant en petite dofe, il caufc l’inflammation,de la Crapaud de Surinam, difficulté de refpircr, le hoquet, le vo- mifTcment, la difîentcrie, les défaillances, le délire , 6c enfin la mort. Tout cela n’eft que dans l’imagination de ceux qui le débitent, ou n’eft fondé que fur les ouï dire de Gens mal inftruits ou peu vé- ridiques. J’ai calciné trois de ces Cmpaux ou Pipa, que j’avois renfermé tout vivans dans un creufet fcellé hermétiquement $ j’ai pulverifé la calcination, 6c j’en ai donné en petite 6c grande dofe à toutes fortes d’Animaux, en qui ne fe font ma- nifcftés aucun de ces fymptômes ci-defius mentionés. Il y a peut-être plus à dé- truire qu’à édifier dans l’Hiftoire naturelle, & fi j’ofe le dire, dans toutes nos con- noiflances, dans celles mêmes que nous décorons du titre faftueux de fciences. Celui qui délivre les hommes d’une erreur, n’eft pas moins leur bienfaiteur, que celui qui leur enfeigne une vérité. . EXPLICATION DES PLANCHES. La première Figure reprefente le Pipa femelle , d’où forcent les jeunes tout formés dehors leurs cellules. N.° i. z. 3. 4. reprefente les jeunes Crapaux. La fécondé Figure reprefente un autre Pipa femelle, avec les œufs renfermés dans les cellules. La troifîéme Planche reprefente les vif- céres chacun féparément. A. Le Cœur. B. Les Poumons. C. Le Foye. X). La Ratte. E. L’Epiploon. F. L’Eftomac. G. Les ïnteftins. H. Le Corps Blanchâtre. I. Une de ces Branches, ou efpécc de Corne. K. Les Reins. L. Les Tefticules, VL. T PT-. Il PL. 111.