LES OEVVRES DAMBROISE PARE- LES (EVVRES DAMBROIS'F PARE, CONSEILLER ET PREMIER CHIRVRGIEN DV ROY. NEVFIESME EDITION. %EVSVES ET CORRIGEES SN VLVSÎEVRS SNDROITS, augmentées d*yn fort ample Traicîé des Fièvres ? tant en général qu'en particulier de la curation d'iceües 5 nouuellement trouué dans les Manufcripts de l'Autheur : Aucc les Porcraids êc Figures, tant de l'Anatomie que des inftrutncnts de , Sc de plufîcurs Montres. LTONy CHEZ LA VEFVE DE CLAVDE RIGAVD ET CLAVDE OBERT, en rue Merciere, à la Fortune. à laquelle il a pieu à Dieu de l’appellcr, fans que Tvn fc hazarde & ingeref indifcrettemcnt fur Pautrc, & fe mefle de ce dequoy il n’a aucune expenence : car autrement ce feroit altérer l’ordre, & caufer confufion en la chofc qui de foy eft bien dreffee, & parfaite- ment agencec,ôc compofec. Ce que moy confidcrant, & me Tentant eftre vn membre du corps de la France,fujet à voftre Majefté (qui en eft Pâme &c le chef ) & me voyant non du tout inutile, ny oifif, ay tafché aufti de faire paroiftre mon deuoir, & entendre en quoy eft-ce que ie fers & pro- fite au public, & quelle vtilité ie peus apporter aux particuliers. Car(Dieu m eft tefmoing, S i r e , & les hommes ne Pignorent point) il y a plus de quarante ans que ie trauaillc de me peine à Pefclairciffemcnt & perfection de la Chirurgie, & m’ofe vanter de ces deux points, que i’ay donné de fi viucs atteintes à ce que ie pretendois empoigner, que les anciens, la trace dcfquels iay (uyui pas à pas, feront par cy-aprcs mieux entendus en ce qu’ils ont trauaillc & cfcric de Pinuention des préceptes, & que la pofte- ricé ne pourraiuftementnous blafmcrde partie: ce que ie fupplie qu’on ne prenne en mauuaifc part, puis que tant qu’il m’a efté poftiblc, ie n’ay fouffert que les threfors des bons Peres fuffent cachez & tenus fecrets, les mettant en effet & cuidence : de lefquels ie penfe auoir tellement enrichis de belles & neceffaires additions, que déformais chacun les pourra lire auec plus de plaifir, & non fans recueillir profit de contentement. En tout cecy ay-ic cfté fi prodigue de moy-mefme , de mon labeur, & de mes fa- cilitez , que n’y épargnant le temps pour le trauail par moy fait nuit de iour, ny les frais, y ayant employé vne grande fomme de deniers pour fatisfaire, de au deuoir requis en va oeuure fi pénible & important, de au défit* des panures efcholiers, lefquels cftans inftruiéts en la théorique, fe fuffient refroidis, ne voyans ny les moyens, ny la voye pour effectuer , 6c pratiquer la fcience : les préceptes de laquelle ils auroienc appris en l’cl— choie. Ca cfté la caufe, que poflpofant tout gain, 6c ayant cfgard au feui profit de la pofterité, 6c à l’ornement de l’Empire François ; fujct.à voftre Majefté, i’ay par tous moyens poflibles mis la Chirurgie plus au net que iadis, foit pour la rudeffe des ficelés paffez , ou enuie de ceux qui en fai- foient profeflion. le dy que ie l’ay mife au net, augmentée, 6c enrichie, non feulement de raifons 6c préceptes propres a la chofe que ie traide,ains de plus de trois cens planches que i’ay fait tailler, 6c efquelles ie comprcns plus de cinq cens figures 6c pourtraiEts, tant de l’Anatomie, que des in- ftrumens propres pour l’opération de noftre art Chirurgique, à chacun defquels i’ay donné nom propre, 6c déclarél’vfagc de chacun, à fin que les figures ne foienc vainement reprefentees. Et bien que ( par la grâce de DimJ il y ait peu d’hommes de ma qualité qui piaffent auec plus de rai- fon 6c expérience fc faire accroire de ce qu’ils propofenc : fi n’ay ie pour- tant cité fi prefomprueux, que voulant faire fortir ce llurc en lumière, ie ne l’aye communiqué a plufieurs excellens hommes, tant Médecins que Chirurgiens, lefquels m’ont encourage a paffer outre, 6c venir iufques au bout de la carrière. Laplufpart defquels fouhaittoient que ccfte piece fuft en Latin, pour le plaifir des Etrangers : ce que ie n’empcfche point que quelqu’vn d’entr’eux ne le face, fi bonluy fcmble, afin qu’ils ayent auec moyvne pareille gloire de faire fentir aux Nations eftrangeres, qu’il n’y a efpece de fçauoir fous le Ciel, qui ne foit auec dextérité manié & décla- ré auec perfection en ce Royaume, fur lequel voftre Majefté commande heureufement. Auffi ofe-ie dire, fans craindre de me mefprendre, que ie ne fçache homme fi chatouilleux , ou difficile à contenter, qui ne puiffe apprendre quelque cas en ce liure: ie parle 6c de ceux qui fçauent la Chi- rurgie, & de ceux qui en voyenc les expériences ordinaires. Et pour ce (Sire) eftant cecy vn chef- d’œuure , 6c l’amas de tous les trauaux d’vn de vos anciens feruiteurs 6c fubjects : i’ay bien osé m’enhardif de le pofer aux pieds de voftre Majefté, tant pourmonftrer l’obligation & feruice que luy dois, pour l’honneur qu’il vous a pieu me faire, me continuant en l’Eftat 6c feruice de voftre premier Chirurgien , où i’ay ferny trois Roys prcdecefTeurs d’icelle voftre Royale Majefté : à laquelle i’efpere faire re- cognoifîance très - fidele de feruice, &tres- humble affedion à iamais. Efperant par ce moyen donner hardieffie a cc liure d’aller le front leué par tout le monde, ayant la faneur du plus grand 6c redouté Monarque d’en- tre les Chreftiens : lequel ayant efgard à mes anciens feruices, 6c aux fraiz que i’ay faits à prcfenc en l’irapreflion de ce liure, ne dédaignera auffi 6c de fupporter ma foibleffe, 6c de feruir de garand à ceftuy fien client, qui luy offre tout ce qu’il a de précieux & de rare. Auffi eft-il vray que feu de bonne mémoire le Roy Charles IX. voulut voir ce liure , à ce in- duit par la Royne Serenifhme mere de voftre Majefté, laquelle me com- manda le publier foubs le nom Royal, auec promeffe que mes labeurs 6c feruices ne feroient point fans recognoiffiance : vos Majcftcz n’ignorans ja combien de Princes 6c Seigneurs ont cfté par moy feruis &: garentis, par vos commandemens, &par la grâce de Dieu, 6c diligence foigneufd de ma main, 6c expérience de l’eftat duquel iefais profeftion. De Roy à mes defirs ont efté fucceffifs, 6c mes feruices continuels : auffi d’vn Roy puiffant à vn autre heureux, grand 6c inuincibleie rapporte mes vœuSj 6c les fruits, comme Ton dit d’vne fécondé année : mais mieux iaifonnez 6c plus meurs que iamais : Et vous dedie tout ce que i’ay feeu faire pour voftre feruice , 6c pour le bien public de vos fubjeds : affeuré que la Royne, 6c le plus grand Roy de l’Vniuers fauoriferont leur humble lubjcCt 6c feruiteur, enuieilly au feruice de cefte très - Chreftienne maifon de France: & honoreront ce liure aueele frontifpice heureux 6c admira- ble du Nom de Henry, Protecteur des Mufes, 6c des gens lettrez, en- fant de Mars, le miroir de route vertu, afin qu’il me ferue de dcffence 6c fauuegarde pour me targuer, 6c preualoir contre les langues des enuieux 6c des calomniateurs ; le venin defquels fay défia fenty, 6c croy qu’encore l’enuie n’a pris fon aflbuuiffcmcnt : mais fa rage faudra que ceffe,par l’om- bragement du nom de mon Roy, 6c par les rayons de fa faueur , 6c grâce pleine de iuftice. Au refte , Sire, mes liurcs font fans aucun fard de paroles, me fufiîfant que ie parle proprement, 6c vfe de mots qui foienr fignificatifs, 6c lefquels foient propres pour le profit du François, auquel cet œuure eft communiqué 6c adreffé , 6c à vous, Sire, dédié, comme au Roy 6cSeigneur fouuerain, 6cdeux 6c de moy : qui prie Dieu , S iRe , vous donner à voftre contentement,longue profpcrité 6c félicité éternelle. Voftre très - humble', très - obeyjjant feruiteur té fubjeft. A. Par e*. SONNET DE L’AVTHEVR. IfeSSSM E Liure maintenant que ie mets en lumière, î v|mSj9 C^e mon rt héritier contient tous les fècrets > Jéhe iadà bien au long les Arabes > çfi Orées Ont laifié par efirit d la race derniere. Plein d*exemples d efi de diuerfe maniéré, tAinfi que nom Voyons de mille beaux pourtraiEîs Les pre\ fe bigarrer, par les raù "Du Soled y lors quil faiSi fa cour fi printanière. Or fm donc maintenant, nja t'en mon fils tres-cher, J$ue depuü quarante ans nay ce fié de lecher: Va priant njn chacun quil leur plaifi d'enfuiure Lyfippe, qui reprint Appelles doucement: Maü arriéré enuieux j car éternellement On njerra maugrè-njorn ce mien ouurage nSmre. D. IOANNIS LE CLERC, REGIS A CONSILIIS ET SVPREMI SENATVS PARISIENSIS Prafidü , Epigramma. Ad Parævm. ifSPI Lorvit, & famam longos extendit in annos» f Chirurga & Chiron mirus in arte fuir. Hic Argonautas, fortémque inftruxit Achillem „ Vaincre tardâtes reftituitque Duces. Hoc potuic Diuus, mundique xtate priorc, Seminc cùm cœli terra calerec adhuc. Parus aër, tellufque recens, herbxque potentes, Humanum poterant fponte iuuare genus. Occubuit Chiron , fed adhuc fi viucrct, vnus Pro numéro ægrorum vix fupereffe qucat. Gallicus in terras delapfus ab æcherc Chiron * Curât ab innumeris putria membra malis. Semifcpulca virum fubducit corpora letho, Abdita dodrinx dat monumentum fux. Hoc mortalis agit, lafla tellure, ncc herbis Fœcunda, infedo ferainc : Maior vter ? VOTVM PRO PARU LIBRIS. WSShE diu, fcd viue mis, te poftera norint yp| Secula , commun! viue, Paræc, bono: Et bene fofpcs cas, fie te fortunée Apollo Delius, & multa Jupiter au&et ope. Scd quoi/um hæc* inquis, me commoda verba Pararc Deficiunt : poflutn nec tacuifle tamen. Miratus tua lcripra ardenti in ccnfiis a more, Ingeniique fimul toc monumcnta tui. Vfque adco tibi vHmiideat Podalirius, 5c quos Ob medicas arces fccla priora fuerunt. Viue diu, quamuis morcalia fada pcribunt, Dodc Paræe, tuum ftat fine morte decus. Æcernum tibi nomen enirn peperêre laborcs, Pott cineres viuec pars quoque magna tui, Inde futuruseris multo poft fada fuperftes, Vindex nempe tuæ pofteritatis habes. Ære perenne magis monumencum, qqodquc vetuftas, Nec louis ira nocens vnquam abolere poteft. Sic natis natorum, & qui nafcentur ab illis Profueris, cerra fcilicec artc tua. Communi tu nate bono, feclifquc futuris. Ergo Paræe tibi viue, Paræe tuis. Iacobvs Marescal, domtu Kegtœ & fiJetprocurât or. SONNET. «Out cela que peut faire en quarante ans d'efpace Le labeur 3 /’artifice, le doSïe fçauoir: Tout cela que la main, l>rvfage le deuoir5 La ra 'îfon l'etyrit commandent que Ion face: Tu le peux njoir 5 Le Sieur, comprins en peu de place, En ce hure qu'on doit pour diuin receuoirs Car cefi imiter Dicu3 que guarir, & pouuoir Soulager les mal-heurs de noflre humaine race* Si iadis Apollon, pour aider aux mortels, Receut en diuers lieux (df temples autels^ France devrait (fi la maligne Enuie luy filloit lesyeux ) celehrer ton bon-heur: Poëte yoifin t auroù ma part en ton honneur5 D'autant que ton Laual efl près de ma patrie. P. DERONSARD, QJVATRAIN DV MESME AVTHEYR. VN lit ce hure four apprendre, Vautre le lit comme emieux, il ejl aifé de le reprendre, ttMaü mal~ aisé de faire mieux, SONNET SJ V s ES icy jPare , ie nauois y eu en France 3 Tfen que feu , rien que fang , que meurtresy que morts y l Qu allarmes, que combats y quaffautsy qu effrois, quefforts, ' Qu horreur, que cruauté, terreur y foujfrance: Si bien que ie prenoü ‘-une ferme affeurancc, Voyant nos champs pauezL to* de corps, Mort-, pour nos ciuils difiords. Que ceüoit fait de nom & de noHre eFferance. Depuis Voyant ton hure ou les mains -tu formas oA nosire Médecin, qui nauoit point de bras-y Alors pim affeuré par ceHe Chirurgiey le roiens £orefnauant la guerre dejf iter: Car quand me fine la guerre aurait hraué ma vie. Ton Hure me pourrait faire reffuficiter. IV. DE CIVERSEVS. E Titre les tiens tu as le premier lieu. Et fi ta main heureufi yn chacun dit. Tu dois la gloire en referer à Dieu, Jïhii tes labeurs & ta main a bénit. B. DE MAVROM. T On Roy, qui efî fur tout en fiauoir admirable, Pour fin Chirurgien premier ta retenu. Pour auoir ( mon PAR É) par tes efcrits cogneu, Par tes Oeuures auffi, que tu ri as ion fimblable. PIGRA Y. SONNET. 8pSSS| N fiait comme iadis le riche Ajfyrien lIpV, Mettoit fur les chemins les malades en yeur, eA fin que le pajfiant, à la douleur cognu'è Serai fi de Médecin & de Chirurgien: Maü ores cet Autheur donne rvn plus feur moyens Z/oulant efire en public fia doEînne entendue (fiar la méthode y efi de guarir contenue, Suiuant des mieux experts les labeurs (çfi le fien, Ainfi donc que le Coq , pour fia grand' vigilance, €t le fierpent auec pour fia caute prudence. Sont dÆfiulape au temple appofie\ pour fiymbole: Soit la Ci joigne encor d ce PARÉ donnée, £hti d’aune charité fiainSîement ordonnée, Aux patiens fiubaient de tvn d l’autre Pôle. ÏN AMBROSII PARÆI PRIMARII REGIS Chirvrgi opvs, Io. Avratvs Poëta Keçjfts. E LI x prima hominum cœlo gencrata propago , 0 nullis, paucis fuie auc obnoxia morbis: SjjjjNË Paucos habuit medicæ tune fimplicis artis Artifices : paucis fuit ôc contenta medelis , Quas vno poterat perdifeere quilibet anno, Nec chartis mandate fuit præccpta necefle, Sed memori foliti fuerant committere menti A patribus quæ quifquc fuis acceperat : atque Ex fe progenitis eadem poft traderc natis: Vt mcdicina foret gentilis, auitâque cercis Rex domibus : didi Medicorum filij ôc inde Sunt olim medici : quorum laus maxima primis Eft Alclepiadis, Afclepius cft quibus author. Nec diuifa fuit vêtus, ratioque medendi In gemina ; quamuis Podalirius atque Machaon, Hic herbis nomen, fed pugnis debeat ille : Et medicina herbas trader, Chirurgia plagas. Altéra fecrctis mcdicans ars altéra apertis Vulneribus, morbifque fed idem erat author vtrique, Chiron Centauros inter iuftilfimus vnus : Cui nomen dédit ipfa manus medicina falubris; Vel quod prima fuit, vel quod celeberrima quondam Donec adhuc homines content! fimplice vidu, Præter quàm in bellis, Medicæ nihil artis egebant. At nunc deterior quàm ferrea cùm viget ætas. Et plures gula quàm gladius pluréfque libido, Aléa nequities, ôc inertia pallida vultum, Quàm labor aut fenium, luxus quàm occidat egeftas: Multipliées morbi funt, multiplici arte leuandi: Inquc artes diuifa duas ars vna medentum. Quæque prior fuerat Chirurgica pofterior iam Fada, tamen dignum perfecula feruat honorem. Si modo non ftolidis tonforibus, inquc peritis Empiris eommiffa, fed arte vfuque politis Chirurgis, quales tulerit cùm Gallia paucos, In paucis noftro numerabilis eminet æuo Ambrosivs, Chiron nunc Regius ille Parævs, Quo non alter ab arte paratior eft:ncque plures Ambrofiæ qui fucco, ôc odoriferæ Panaceæ, A noxis variis curauerit arte falubri: Quam didicit puer à teneris fub flore docentum Seprem annis : deinde à libris traduxit in vfum Inter mille ægros, quos hofpita publica curant : Mille vbi morborum fpecies, 3c corpora mille Contemplans, mox in tantum proceftit honorem Artis, vt in caftris primùm , tum Regis in aula Henrici, regùmque aliorum ponè fequentutrt Ordine perpetuo Chirurgus Regius vfque Tcrtij ad Henrici primum peruenerit annum, Egtegiam præftans operam vel pacc, vel armis, Multa manu medica tra&ans, fcribens quoquc multa Ipfc manu fuper arte fua:Quæ cunfta volumcn Nuper in hoc congefta, fuifque ornata figuris Pluîquam quingentis, quibus ars exprefla fccandi, Artis 3c inftrumenta, nouis 3c corpora formis Prodigiofa, fuo fumptumagno atquclaborc, Edidit in vulgus pius a&a ætate colonus : Qui non contentus præfcns prodefle pcr æuum, lam fcnior varias difponit in ordine plantas, Vndelegant varij gratiftîma poma ncpotcs. zAMBRO S10 PARÆO RE G 10 RV MPRIMICER10. IjppHirurgo primas Reges tribuêre Paræo SÎl&S Vfu natura rcliquos quia vincic 3c arte. Steph. Pas chasivs. IfjpSI Ortibvs auxilio hæc manus eft, res Martia, pçr quam iPil Seruata eft medico fæpc miniftcrio. Mortales eadem vt paflim iuuec omne per æuum, His quoque Pæoniis eft operata notis. Ite alacrcs in bella viri, nam dextera præfto Eminus Ambrosia: cominus Ambrosia. F. M A R I v S. AVTHEVRS RECHERCHEZ, : y Sccitez en ce prêtent Oeuure. lefus. Moyfc. Saindt Matthieu. Saindl: Luc, Dauicl. lob. Salomon. Amos. Efdras. Efaye. \id lolué. Samuel. Ezechias. Saindt Auguftin. Platon. Empedocles. Seneque. Alexander Bencdidhis. Pline. Ciceron. Marianus Sandtus. Antonius Mufa. Lanfranc. lean Viuier. Simon Vallamberc. Valehcn de Tarcntc. îaeques Greuin. Columbus. Syluius. Fallopius. Nicander. Hollicr. Rondelet. Hcrophilc. Philoxene. Aecius. Vcfalius. Theodoric. Albucrafis. Auicerine. Gourdon. Borallus. Amacus Lufitanus. louianus Poncanus. Damafcene. Petrus Aponenfis. Vitruue. Ælien. Apollonius. Ican Lcon. Socrates. Philippcs Ingarfias. Iulius Paulus. Philippcs de Commines. Macrobe. Marc Aurelle. Boiftuau. Cælius Aurelianus. Pierre Franco. Sexcus Cheronce. Hippocraces. Galien. Celfe. Ariftoce. Pychagoras. Guidon. Fuchfius. Alexander ab Alexandre. Pierre Gellic. Pierre Rhodien. Afclepiades. Theophrafte. Aulus Gellius* Plucarque. Tire - Liuc. Hérodote. Francifcus Valcriola. De Vigo. Paulus Ægineta, Rhafis. ' Soranus. Manardus. Haliabàs. Gorræus. Alcchamp. Leonellus Fauentinus. Mefuc. Tagaut. Gabriel du Preau. Leuinus Lcmnius. Ican-Bapciftc Thcodofè. George Agricola. Nicolas du Haut-pas. La&ancc. Homere. André Theuec. Chryfippus. Antoine Mizauld. Claude Paradin. Guide. Nicolas Godin. Thierry. Guillelmus Anglicus. Maflurius. Ferrand Ponzer. Sauonarola. loanncs Langius. Moncanus. Martinus Cromerus. Francifcus Picus. Licofthene. Cælius Rhodiginus. Hedlor Boctius. Petrus Crinitus. Olaus Magnus. Liebaur. Horace. Garfias ab Horto* Conciliator. Fulgofe. Egnatius. Polydore Virgile. Arnaldus de Villa-noua, Diophanes. Auega. Melchior Ouillandm. Conftantin. Simeon de Proijanchieres. Ifaac. Platarius. Maffa. Symphorianus. Phocilides. Caton. louberr. lean de Lery. Mufee. Orphée. Le Cenfeur Varron. Oppian. Hcliodorc. Screnus. Sexe Cheroncnfe. Andréas à Cruce, Adrianus, Cafljanus. Martin d’Arles. Pierre de la Pallude. Bodin? luftin. Valefius de Tarenta* Hcfiode. lacobus Ruffus. Ariftomachus Philofophç, Fernel. kan Marconuillc* lacques Ruel. Gefnerus. Léon l’Africain. Philippe Foreftus. Antonius Bcniuenius. Baptiftc Léon. Volatcrranus. - Pierre de Ronfard. Louys Lauater, Cardan. Albert le Scholiafte. Bartholomæus Magnus. Munfteras. Pierre Meflic. pallopius. Paracelfe. Matthiole. pin des A ut heur s* A V L E C TIVR B’ H o m m e n’eftant point hay pour foy feulement, ny pour fou fcul profit, Nature livy adonné vn inftind & inclinationnatu- 1 relie à aimer Ton femblablc , 6c en 1 aimant tafcher de le fccourir i en (es affaires : tellement que de cefte mutuelle affedion cft ve- ' nuë cefte loy , non eferite, mais grauée en nos cœurs. Sois tel entiers autruy , quel tu voudrois qu’on fuft en ton endroit. De 1 forte , que fi quelqu’vn n’eft efpoint de cefte courtoifie , il cft pluftoft à nombrer entre les beftes qu’entre les hommes vfans de raifon. Entant que ceftefocicté qui nous fepare des irraifonnables, ne peut eftre pradiqnée que par le fccours mutuel des hommes, lefquels viuans pour eux, 6c fans efgard des autres, ne méritent (comme did eft) !c tiltre de raifon ny le nom d’hommes, de la douceur na- turelle defquels a prins fource le nom d’humanité &: courtoifie. C’eft pourquoy ie fuis miré &: recogneu par defilis ceux de ma vacation, 6c refpedé par ceux mefmc qui ne me cognoiffcnt ( car il m’eft loifible de parler ainfi mettant en l’aageoù ie fuis) veu que toufiours i’ay eu cefte charité grauée en mon ame , que la commodité de mon frcre&: mon prochain m’a efté aggreable,& qu’en toutes mes adions ie me fuis efforcé de feruir au public , &: tefmoigncr à chacun quel ie fuis : ce que ie fçay, com- me ie l’entends, d’où ie l’ay puifé, &: en quelle forte ie le pradique. Le Laboureur a beau parler des faifons , difeourir de la façon de cuîtiuer la terre , déduire quelles fe- mences font propres en chacun terroir : car tout cela n’eft rien s’il ne met la main aux outils, s’il n’accouple fes bœufs, 6c ne les lie à la charrue. Auffi n’eft-ce grande chofe (bien que ce foit quelque cas ) defueilletter des liures, de gazoüiller 6c caqueter en vue chaire de la Chirurgie, de fes perfedions, 6c comme c’eft le premier infiniment du Médecin , le premier cogneu , 6c le plus ancien , 6c le plus anciennement vfité 6C pradiqué > la première côgneuë, la plus ancienne , &; plus anciennement vfitée , 6c fi la main (fuyuant la fi gUi fi cation du vocable) ne befongne , 6c s’il n’eft mis en vfage par bonne raifon. Voila l’occafionqui m’a faid fortir en campagne pour rendre com- pte de ma ferme affedion, 6c donner raifon de ce que i’ay apprins par l’cfpace de qua- rante cinq ans ou plus, qu’il y a que ie traide 6c pradique la Chirurgie, tant loüée jadis, 6c laquelle les Princes 6c les Roys ne defdaignerent d’apprendre pour l’vtilité, 6c pour la veoir plus que ncceffairc pour noftre vie. Doncqucs de tout ce que i’ay veu 6c cogneu par l’cfpacc dudid temps, i’ay faid vnc entière rccollcdion , n’ayant rien efpargné pour en tirer la moücllc , 6c pour efclaircirccux qui viçndront après nous, des chofcs, n’ont peu eftre cogneu es par cy-douant : ou fi elles l’ont efté , non fi bien efclaircics qu’il eftoit requis. Car les arts ne font encore fi accomplis, qu’on n’y puiffe faire addition : ils Ce parfont 6c poliftcnt par fucceflion de temps, ils s’efclarciffent par certaines définitions , diuifions, demonftrarions, préceptes 6c réglés vniuerfclles. C’eft lafeheté trop rcprochable de s’arrefter à l’inucntton des premiers en les imitans feulement, à la façon des pardfcux,fans rien adioufter 6C àccroiftre à l’heritage qu’ils nous ont laiffé , non pour le laiftcr deuenir en friche, mais pour le cultiucr 6c embel- lir , leur demeurant, comme à pères 6c autheurs l'honneur de la première inuention: mais à nous quelque petite portion de gloire , pour l’enrichiffement 6c illuftration, - reftant à la vérité plus de chofe à chercher qu’il n’y en a de trouuécs. Parquoy ne foyons fifimplcs de nous repôfcr 6c endormir fur le labeur des anciens , comme s’ils auoient tout fçcu, ou tout did , fans rien iaiffer à excogiter 6c dire à ceux qui vien- dront après eux. Nous anons appris du bon pere Guidon, que nous fommes comme l’enfant, qui cft fur le col du Géant : c’eft à dire, que par leurs eferits nous voyons ce qu’ils ont veu , 6c pquuons encore veoir 6c entendre dauantage. Autrement il fau- droit que Nature euft faid feulement le deuoir de vraye mere enuers fes premiers enfans, 6c enuers nous comme puif-nçz fc fuft monftréc maraftre, nous laiffans de- L’homme n’eft point nay pour: foy. . Loy de Na- ture. Origine du nom d’hu- manité. Charité de l’Authcur. Similitude prife du La- boureur, ♦ Ponrqnoy l’Autheur a efcric ce li- urc. Nombre des ans par les- quels l’Au- theur a trai- dé la Chi- rurgie. Neceffité de la Chitur- Rien n’eit u parfaid qu’on n’y puifTc ad- ioufter, Refient plus de choies à chercher qu’il n’y en a de trou- uées. Belle fenten-' ce du bon pere Gui- don, Au Leéleur niiez de tout cfprit ftcriles en inuention , ce qu’on ne îuy peut improperer fans luy faire grand tore, & fans fe rendre coulpables de crime de parricide, accüfant in- iuftemenc vue fiiufte merc. Il eft bien plus raifonnablc, que chacun de nous s’effor- ce à employer les grâces &: dons d’efprit reccus d’elle au profit du public. Pour à quoy paruenir i’ay fonde les cœurs & fecrcts de plufieurs Empiriques, defqucls ic confeffe auoir appris, non fans grands frais, des chofes fort finguliercs, &: dcfquclles ayant vfé auec raifon,i’ay veu reüffir des œuures admirables. Or fumant mon deffein, de tout ce que i’ay oneques peu apprendre de rare &c de lîngulier, i’en fais en ce Hure, libérale, voire prodigue largeffe, ne me fondant de ma defpenfe, du labeur, ny du foing que i’ay eu à le rechercher, pourucu que ie ferue au public, & face chofe ag- greablcà mon Roy, plaifantc aux Princes, &: profitable à toute la nation Françoife: & ce , à l’exemple de plufieurs tant Médecins, que Chirurgiens qui fous vn pareil deffein ont mis la main à la plume, foit pour fupplccr au défaut des anciens, foie pour polir ce qu’ils fembloient auoir couché trop Amplement, & fansdeue intelli- gence. Car pour ne mentir point, bien que les anciens aycnc cfté excellents hommes, en ce qu’ils ont eferit, fi eft ce que n’ayans tout veu, ny traitré , fi d’autres après eux n’euffent continué d’eferire, nous ferions à Tanger fur la plufpart des occurrences, comme fi de noftre temps nous taillons la nouucauté des maladies furuenantes, &: dedans le corps, &: dehors. De mefme ceux qui viendroient âpres nous, auroienc grande raifon de nous blafmer, ou d’ignorance, ou de pareffe, ou d’enuie, ou de tous les trois cnfemblc, veu que de iour à autre, comme la corruption des hommes va eu croiffant,les maladies auffi fe diuerfifient Sc renouuellcnt,dc forte que les Médecins, qui ne fçauroient que ce que les anciens ont cfcrit,demcurcroienc auprès des patiens, fans leur donner autre remede que de patience. Et Dieu fçait, combien de maladies fe font dcfcouucrtcs de noftre temps , l’ignorance dcfquclles, & de leur caufc, ôc altération de l’intérieur a caufé la mort d’vn nombre infiny de. panures miferables langoureux. Ce que ie veux dire eft, que bien que les anciens nous feruent d’cfchaugucttcs, pour vcoir de loing,&: que par leur moyen le fondement de l’art nous ait cfté efiargy, & comme laiffé en héritage, fi eft-eeque noftre bon naturel, pouffé d’vne viuacitc d’efprit, a parfaiét &: poly ce qui auoit ie ne fçay quoy de rudeffe , &: cecy non fans grande commodité , eu cfgard à la diuerficé des temps, faifons, températures des corps, & des maladies ; Si bien qu'il fcmblc, que chafqus fiecle porte fon renouucl- lement de malheurs, yffans fur nous, comme de la boette de Pandore. Par ainfi l’art fe parfaid en l’muention des remedes, appropriez aux qualitez des corps, &: félon les différences des maladies, &: le tour auec le iugeraent qu’il a pieu à Dieu nous dé- partir, & lequel np nous cft pas donné pour le laiffer anéantir, &: feulement s’arrefter fur les premiers traits de l’art que nous ont dreffez & baftis nos anceftres. Eftant chofe toute affeuréc, que le ingement du temps defcouure en fin les occultes fautes, &: le défaut, 6c qui pour eftre perc de vérité, iuge fans pafiîon, a toufiours accou- ftumé de donner iufte fcntcnce de la vie ou de la mort des eferitures : dcfquclles fi en ce mien ceuure i’ay pris quelque chofe ( comme il eft impoflible qu’en fi grand nombre de raifons Sc expériences , ie ne me fois aidé infiniment du labeur des an- ciens) fi cft-ce que ie ne prétend leur defrober, ny reffcrnblcr les Plagiaires, lefquels faifans parade du fçauoir d’autruy , le defguifans par efchange de paroles , fe l’attri- buent comme propre. Etau refte, à fin que quelques trop feuercs cenfeurs ne peu- fent, que ic fois entré en leurs cabinets, & que ic me fois cnrichy de leur doélrine, &: auflî à fin qu’ils n’ayent occafion de fc plaindre de mon entreprise, comme d’hom- me qui ait moiffonné aux champs des autres, &: vfer de larcins fans les recognoiftre: ie diray hardiment, que ie ne veux frauder les anciens de leur gloire, ny les accufcr d’auoir peu touché ce qui concerne la perfection de la Chirurgie. Ncantmoins, ne veux-je me faire ce tort, que de rauir à ma diligence, ce qui luy cft deu, pour l’attribuer à autre, à q ui ic n’en fuis redeuablc. le dy donc, que tout cet œuure cft à moy &: n’en puis eftre fraudé, comme attentant nouuellcté, puifque i’ay bafti en mon propre fond, ÔC que fedifice &c les matériaux m’appartiennent. Et ce que i’ay d’ailleurs , font feulement quelques acceffoires, que pour fuiurc la façon commune detraitterde toutes chofes méthodiquement, i’ay prins comme reigles générales des écrits des anciens. Et ne faut qu’on fe picquc fi quelquefois ie femble Diligence •& libéralité de l’Au- theur. Les anciens n’ont peu tout veoir. Plufieurs maladies dcfcouuer- tes de ooltrc temps. Les anciens nous feruent d’efehau- guettes. Chaque fic- elé porte Ton renouuclle- încnc & mal- heurs. Voy Hcfio- dc au liure intitulé opé- ra & die s. Le temps defcouure tout. Le temps pe- te de vérité. Modeftic de l'Aaihcur. Au Ledeur pafler les bornes de ma vacation, ce que toutesfois ie ne fais, ny ne prétend faire , fi ce n’cft en la liaifon, 8c accointance qui eft entre les fciences , comme lors que par- lant des fièvres, quelqu’vn penfera que ie contrefais le Médecin, là où ceftc cognoif- fnnee n’eft point hors du fçauoir 8c pratique du Chirurgien , eftant impoftiblc que 1 extérieur du corps foit altéré par blcftcurc , que le dedans ne fe reflente de telle paffion, comme l’vnc des parties du corps çompatiffant auec l’autre, à caufe de leur vnion naturelle. Et par ainfi cft-il befoin dedifeourirdes fièvres ,8c en auoir au vray la cognoiftan- ce, pour remédier au dehors, mais d’en entreprendre la curation, i’en laide la charge aux Médecins, 8c me contente de ce qui m’eft loifible par l’art, duquel ie fais pro- 1 feftion , 8c pour l’accompliffement duquel i’ay faid plufieurs belles recherches , 8c [ profitables recueils, qui feruiront à rafrefehir la mémoire de ceux qui n’ont loifir de j fucilleter tant de liurcs. Attendu que ie ne fçache œuure parlant de la Chirurgie, duquel la moelle ne foit comprifc en ces miens eferits, non pour Amplement en dé- duire,ains comme en ayant faid l’experience,8c pratiqué de ma main proprc,horfmis l’incifion de la pierre en la veflie,& l’amputation des ccfticules,s’ils n’eftoienc gangre- nez , 8c du tout fphacelez. Et à fin qu’on voye quels moyens i’ay eu de faire de telles &c fi grandes expériences,faut fçauoir,que par l’efpacede trois ans i’ay rclidé en l’Ho- llcl-Dieu de Paris, où i’ay eu le moyen de veoir 8c eognoiftre ( eu efgard à la grande diuerfitè des malades y gifans ordinairement ) tout ce qui peut dire d’altération, &c maladie au corps humain , 8c enfembie y apprendre fur vne infinité de corps morts, tout ce qui fc peut dire &;confidcrcr fur l’Anatomie, ainfi que forment i’en ay faid preuue tres-fuffifante, 8c cela publiquement à Paris aux efcholcs de Mcdecine. C’eft beaucoup ce que deflus, pour paruenir à la cognoilfancc des grands fecrcts de la Chirurgie. Mais mon bon heur m'a faid veoir encore plus outre : car eftant appelle au feruicc des Roys de noftrc France ( quatre dcfquels i’ay feruy ) il n’y a eu temps, ny moyens que ie n’aye employé à ce que ie peu fie auoir la grâce des Méde- cins Chirurgiens les plus fçauans 8c mieux expérimentez, ayant celle confide- ration , que bien que le fçauoir foit grande chofe , fi ell-ce que lame gift en l’expe- rience , defqucls i’ay apprins plufieurs fecrcts, qui ne font aufii tenus cachez en ce liure. Ce n’eftoic allez pour raflafier mon defir curieux d’apprendre tout ce qui fe peut fçauoir pour la vacation à laquelle ie fuis appelle , fi encore ie n’cùfic veu les guerres, où l’on traitcc les bleflez fans fard, 8c fans les mignarder à la façon des vil- les. Car ie me fuis trouué en campagne, aux batailles, cfcarmouchcs, allants, 8c fic- ges de villes 8c forcercffes, comme i’ay cftéauffi enclos és villes auec les affiegez, ayant charge de trairrer les biefiez. ■ Et Dieufçaic, combien le jugement d’vn homme fe parfait en ceft exercice, où le gain eftant efloigne , le feul honneur vous eft propofé , 8c l’amitié de tant de braues foldats, aufquels on faune la vie, ainfi qu’apres Dieu, icme veux vanter d’auoir faid à vn nombre infiny. Et en Tomme i’ay appris ce dequoy ie traitee tant és lieux Tuf- dits, que depuis en celle tres-grande 8c fameufe ville de Paris, où ( Dieu grâces) i’ay toujours vefeu en très-bonne réputation encre cous, 8c n’ay tenu le dernier rang en- tre ceux de mon cftat : veu qu’il ne s’eftfaid cure, tant grande 8c difficile fuft-ellc, 011&: ma main, &mon confeiln’ayenr ellé requis,ainfi que ie le fais veoir par ce mien œuure, difeourant de plufieurs chofes finguliercs aduenues en mes pratiques ; és hi- ftoires defquclles, pour leur donner plus de foy, ie nomme les lieux, les patiens,&! les afiiftans, à fia que les jeunes Chirurgiens s’encouragent de faire comme moy , ou micux's’ils pcuuenc, 8c d’y gaigner le los que i’ay acquis par ma diligence. En laquel- le , s’ils voyenc ( car c’cft à eux, non aux dodes que i’adrefle ces eferits) que ic man- que en quelque endroid ( comme il eft impoflible qu’vu feul homme fçache, ou puifte tout faire ) ils me feront plaifir de pluftoft me remonftrer ma faute gracieufe- menc, que non pas vfer de calomnie , veu que ic ne fuis homme fi entier en mes opi- nions , que ie ne recognoifte facilement ma faute , quand elle me fera monftrce. le fçav bien toutesfois, que les Chirurgiens, qui me deuoient preller la main, pour me fouleuer le menton , de peur que ie n’allaffe au fond de l’eau , m’ont voulu plonger la refte pour me faire noyer, m’ont voulu rendre odieux au Magiftrat ciuil, à l’Ec- clefiaftiquc, 8c au populaire ; n’ont laifte pierre à remuer, pour me faire choppcr s’ils pouuoicnt : mais ayant le cœur bon,ô£ ne fongeanc à danger quelconque,moyennant La cognoif- fancc des heures ne doit cftrc du tout donnée au Chirur- gien. Quels mo- yens a eu l'Autheur pour faire fes expé- riences. L’Autheur a feruy quatre Roys de, France. Expérience, maiftrefie des choies. L’Authcut a fuiuÿ long temps les guerres. Bonne re- noméc & ré- putation de l’Auchcur. Quels mo- yens a tenu l’Autheur pour donner foy à fes hi« ftoires. A qui l’Au- theur ad- dreflc fon libre'. Vu feul ho- me ne pcuc tout faire. Facilité dé l’Autheur. Mauuaifc volonté des Chirurgiens contre l’Au- rheur. Condâce de l’Auchcur. Au Ledeur. qucie puiffe laifïcr à la pofterité quelque tcfmoignagc de ma vie , fa y furmontc par diligence toute difficulté. Car la bonté de macaufc m’affeuroit tant, & l’iniquité de, leur fait me donnoit telle défiance de leur party , que le cœur me croiflbit de iour en iour pour aduanccr mon deffein. Le défit de faire fcruiccà mon pays,& faire plaifir à la pofterité m’efguillonnoit, mais l’enuie qu’ils auoient du foulagement de ceux qui dorefnauant fe voudroient mefler de la Chirurgie , les efmouuoic à me donner cm- pefchemenc ; Ils difoient que i’auois creué les yeux aux Corneilles, que i’auois ofté le voile de deuant les yeux de ceux qui voudroient par cy-apres pratiquer la Chirur- gie , que ie leur auois mis l’inftrument en main pour fortir aifément, auec hon- neur de toute affaire qui appartient au fait de la Chirurgie. S’ils difent vray, ils con- feffent l’honneur qui m’eft dcu. S’ils en font fafchez , ils monftrent l’enuie qui leur ronge le cœur, comme la rouille le fer, & le ver le bois. Penfcnt-ils que les bornes de bonne ronommée, foient cnclofes en fi peu d’efprit, qu il ne leur refte plus rien pour fc faire paroiftre en la pratique de la Chirurgie ? De ma parc, i’ay defparty libérale- ment à toutes perfonnes les biens que Dieu m’a conférez, &: fi pour cela n’en ay pas moins, ainfi que la lumière de la chandelle ne diminue en rien, cncores que plufieurs y viennent allumer leurs flambeaux. Mais vn cœur abjed, qui eft emprifonné &c en- ferré en quelque eftroide cahuettc, nes’ofe defcouurir, de peur ( par maniéré de di- re) d’eftre frappé du vent. le voudrois auoir fi bienfait, qu’il n’y euft perfonnequi ne deuint par mes eferits beaucoup plus habile que moy , ie ne penferois pas pour cela mourir de faim par faute d’eftre employé. Au moins ceux quiauroient appris de mes liurcs, confefleroicnt auoir eu l’addrefTe de moy. l’en rends l’honneur à Dieu, en prends la peine pour moy. Les Médecins difoient que i’auois paffé les bornes &: limites de la Chirurgie, Sc principalement en traidant des fièvres. Or ie leur demanderois volontiers qui a fait le partage de la Medecine & de la Chirurgie, &où aucun en feroit fait, qui font ceux qui fe font contentez de leur part, fans quelque entreprife fur l’autre : Car Hippo- crates , Galien, Aëtius, P. Æg. Auiccnnc, bref cous les Médecins, tant Grecs, La- tins, qu’Arabes, n’ont iamaistraidé del’vn,qu’ils n’ayent traidc de l’aùtre,pour la grande affinité & liaifon qu’il y a entre les deux ; & feroit bien difficile en faire au- tremct.La Chirurgie a efté eftiméc la première partie de la Medecine,& l’vne l’au- tre a efté traidéc par mefmes Autheurs, n’ayans autres préceptes que la Medecine, ny autres rciglcs pour eftre enfeignez feparément. Or, difent-ils, que ie ne deuois eferire en François, ô£ que par ce moyen la Medecine en feroit à mefpris : ce quimcfemble le contraire, car ce que i’enay faideft pluftoft pour la magnifier &: honorer. Mais qui eftceluy qui pourroit anéantir & dénigrer vne dodrine tantinfi- gne Sc prccieufe, ayant efté rcuelée &: enfeignée de Dieu, traidée des plus fça- uans perfonnages qui oneques furent viuans foubs le ciel ? & faut entendre que les fcienccs, tant plus elles font cogneucs de plufieurs, tant plus elles font loüées : veu que fcience & vertu n’ont plus grand ennemy qu’ignorance. Dauancage, ie deman- derois volontiers fi la Philofophie d’Ariftotc, la Medecine du diuin Hippocrates, &: de Galien, ont efté obfcurcies& amoindries, pour auoir efté traduides de Grec en Latin, ou en langage Arabie , ainfi que firent Auerroës, Æphadius,& autres Arabes foigneux de leur République; Auiccnne Prince de la Medecine Arabique, n’a-il pas traduit plufieurs liures de Galien en fon jargon,au moyen dequoy la Medecine a efté decorée en fon pais d’Arabie ? Pourquoy femblablement ne me fera-il permis d’eferi- re en ma langue Françoife, laquelle eft autant noble que nulle autre eftrangere 2 Da- uancage, il eft tres-necefiaire que les Chirurgiens ayent çognoiffance des fièvres : &c s’ils manquent en cela, ils feront vne infinité de fautes au danger de la vie des hom- mes. Exemple , comme bailler à manger & boire au commencement de l’accès &C paroxyfme des fièvres ; en ce faifant d’vne fièvre cphemcrc, en feront vne putride. Car nature en lieu de cuire &c digerer les viandes, elle fera vne pourriture, parce que la digeftion fc faid par le bénéfice de la chaleur naturelle, le malade eftant au commencement de l’accès, nature ne peut cuire les aliments,& contrarier à la fièvre: ainfi que forment par ce moyen on reuoque Nature de fonmouucmentà l’expulfion des humeurs qui la molcftent pour l’cmpefcher à la concodion des viandes. Autre accident. Si le Chirurgien fait vne faignée pendant que le malade aura friftbn de fiè- vre, forment fera caufe de grand mal. A raifon que la chaleur naturelle, &; les cfprits Les raifons des Chirur- giens contre l'Authcur. Réfutation des raifont fufdidlcs. Belle fimili- tude. Bonne vo- lonté de i’Âucheur. Affinité & liaifon de la Medecine, & de la Chi> rurgie en- femble. Chirurgie première partie de la Medecine. Pourquoy l’Authcur a eferit en Françoif. Ercellen- ce de la Me- decine. Ignoranc» ennemie de vertu & fciencc. La Méde- cine a cfté traduifte en diuerfes lan- gues félon la diuetfitc des aations. Auicennc Prince de la Médecine Arabique. Excellence de la langue Françoife. Les fautes que peuuent faire les Chirurgiens par défaut de la co- gnoifTancc des fièvres. Au Ledeur font retirez au centre du corps, alors que les parties externes font vuides de faiigt & fi on en tiroir à l’heure, on debiliteroic grandement les vertus, voire forment on eau- feroit la mort des malades. Autre accident. Si le Chirurgien dcfcouuroit le malade pour le penfer de quelque playe, ou autre indifpofition (qu’il euft au corps) à l’heure du frifionde l'accez,il fcroitcaufe de l'augmentation de la fièvre,ou autre plus grand accident, pour le froid qui pourroit faifir le malade. Plus fi le Chirurgien ne cognoift fon bielle auoir la fièvre , il ne luy oftera le vin ny les viandes, qui pourroient au- gmenter & entretenir la fièvre. Et pour ces raifons, & pluficurs autres ( que ie biffe de peur d’ennuyer le lifeur.) Ceux qui ont eferit deuant moy de la Chirurgie : com- me Guidon de Vigo , Gourdon, &: autres, n'ont iamais voulu lailTcr en arrière d’ef- crirc des fièvres, pour rendre leurs œuures plus parfaides. Ce que i’ay bien voulu faire à leur imitation, à caufe qu’en toutes les maladies ( ou la plufpart ) où la main du Chirurgien eft neceffaire, comme playes, fradures, luxations, apoftemes, cheut- tes, picqueurcs & morfures,&: autres, quafî ordinairement les fièvres interuicnnent. Voilà pourquoy i’auoy eferit des fièvres: Ôc en enfuiuant mes deuancicrs au plus près qu’il m'a cflé pofiible. Et pour reuenir à mon œuure, i’en ay faide là diuifion par cy-deuant, mais crai- gnant que par icelle le corps dcfpecè en parties, ne vinft à quelque aneantiffement, eftant ainfi découpé, cfchantillonnè, ie l’ay (auec bon confeil) réduit en vn volume, autant que le tout ainfi affcmblé pourra mieux refifter aux iniures du temps, que s’il alloit ça & là feparè & mis en pièces. Mais plus ay-je eftè incité à ce faire, pour ce que i’ay veu ( ou me fuis faid à croire) que les plus dodes &: moins paflionnez les ont cy-deuant leuz auec quelque contentement. Au refte eftant François, & fçaehant bien que peu de liures de la Chirurgie, compofez par les Grecs, Latins & Arabes, font a prefent traduids en noftrc langue , qui fait que d vne infinité de Chirurgiens, la plufpart n’apprend cefte fciencc qu’en fon vulgaire, i’oyant par les Dodeurs Mé- decins traider & interpréter en François, dont nous voyons pour vn Chirurgien La- tin, qu’il s’en trouue mi lie François &: plus, bien exerçans la Chirurgie. le n’ay voulu aufli l’cfcrirc en autre langage, que le vulgaire d’vn autre nation, ne voulant cftre de ces curieux , & par trop fupcrftitieux, qui veulent cabalifer les arts, & les ferrer fous les loix de quelque langue particulière, entant que i’ay appris, que les fciences font compofèes de chofes, non de paroles, que les fciences font de l’effence, les paro- les , pour exprimer &: fîgnificr. Et ainfi chaque langue cft propre à traider les arts, 2c a les donner à entendre. Ce que Cclfc nous a bien monftrè, quand il a did, que les maladies ne font point guéries par paroles, ains par les remedes que dcuëmçnt on y applique. L’ordre par moy obfcruè en cet œuure, eft que ie le diuffe en vingt-fix liures, &: chacun d’iceux eft partie en chapitres, enfuiuant la méthode commune de ceux qui mettent par eferit les conceptions de leurs âmes. Car en premier lieu, félon lé pré- cepte du Philofophc, ie mets la définition de chacune chofe traidèe, puis les diffé- rences en icelle confidcrèes , les figues, caufes prognoftiques ; ôc après cela cure gé- nérale , puis la particulière, auec les inftrumcns propres pour la curation de quelq ue maladie que ce foit : partie defquels eft de mon inuention : en quoy ( Dieu mercy ) i’ay eftè alfez heureux , & le refte ie l’ay retiré de l’antiquité, ainfi que i’en ay vfè ès figures de l’Anatomie: la plufpart defquellcs fay empruntez d’André Vefal, hom- me rare, le premier de fon ûecle en cefte partie de Médecine : lefquellcs pour la commodité du Lcdeur , i’ay fait reduire en petites planches, quoy qu’auec frais ex- ccfiifs, que i’eftimeray bien employez, pourueu que cela foit aggreable aux gens de bien, & que ceux de ma nation en puiffent tirer quelque profit. Aufli le fcul efpoir de ce fuccez m’a fait furmonter toutes les difficultez qui fe pourroient offrir en cet endroit. Veu mefmcs, que ie voyois, qu’entre toutes chofes comprifes en vnc l’autre partie de Médecine, l’Anatomie eft celle qui eft plus ncceffaire, tant pour les Médecins, que pour les Chirurgiens : eftant obligé chacun ouurier (félon le did du bon vieillard Guidon) de cognoiftre le fubjcd fur lequel il s’exerce. Car faillant en cet endroit, outre ce qu’il commettra vne infinité de fautes, &: s’acquerra vn per- pétuel diffame, encore hazardera*il folemcnt la vie de ceux qui fe feront fiez, & mis entre fes mains. Et m’eftonne, que les hommes font fi fols, que de rechercher ce qui n’eft fubjet à leur cognoiffance, que par conicdurcs, & qu’ils sarreftenc au Pourquoi l'Autheut 2 mis toutes fes œuurcs en vn volu- me. Chaque langue eft propre à traidtct les arts. Celfe en foft premier liure. L’ordre ob- ferué cq ce; ceuure. de l'Anatomie. La cognoif- fance du fubjet fur le. quel on s'e- xerce eft très necef- faixe. Au Ledeur Le nombre des ertoillcs cft innume- rable. Negligenee de fc co- gnoiftre loy-mcfmc. L’homme appelle Mi- crocofme, & pourcpioy. nombre certain des cftoilles, qui félon rEfcricure faillite font innombrables : veu- lent fçauoir le cours des deux, les mouuements du Soleil & de la Lune, les dimen- sions de la terre , cependant ne fe fondent de fc cognoiftre eux mcfmes, & de fçauoir l'excellente & mcrueilleufe compolltion de leurs corps, compofée de parties infinies par le fouuerain fadeur & créateur de toutes chofes : chacune defquelles a fubftancepropre, fonoffice,fa faculté &: vtilité needfaire, tant pour fonviure mouuement, que pour fentir 5c entendre. En quoy font comprifes les perfedions de ce Tout, qui reprefente le grand corps de l’vnion , aueefes quatre qualitez con- fiderées auffi bien au corps de l'homme , qui pour ce regard eft appelle Microcofme, c’cft adiré petit monde. Et tout cec y cft en fi grand nombre, auec telle variété &C liai- fon des parties , que de toutes les ceuures de Dieu, le corps de l’homme eft le plus parfaid, comprenant en foy l’harmonie accomplie des chofes contraires, lefquelles accommodées félon leur office , font leur accord le plus bcau,& excellent qu’on fçauroit defirer. Etpource ( comme did eft) l’homme porte le tiltre de petit monde, n’ayant défaut de rapport en foy , & aux chofes celelles, &C à ce qui eft terreftre ou aqueux, ou plus Subtil, tenant de l’Etheré. Et qui plus eft à admirer, ayant celle ame faifonnable, qui comme l’ame de l’vniuers va s’efpandant par ce petit monde, le régit &: guide, & fe fert de fes parties, comme de fes inftrumcns &c prganes. Tout cccy pourrait eftre contemplé par ccluy qui verroit l’Anatomie (chofe digne d’eftre cognuë par tout homme de bon efprit ) comme d’autre cofté il y auroit dequoy ra- baifler fon orgueil, voyant que lame oftée de ce beau chef d’œuure, ce n eft plus qu’vu vaiffeau plein de corruption, &c la plus frefle chofe de la terre. Mais i’entre fur le difeours excédant noftre propos , auquel ie reuiens touchant ce mien œuure , que i’offre au bénin & ftudieuxLedeurauec ce petit mot, que jaçoit, que plufieurs tant anciens que modernes, ayent eferit de l’Anatomie, fi verras-tu par le prefent œuure, que pas vu d’eux n’a gardé tel ordre que ie fais, ny fuiuy la méthode auec telle facili- té > & de cecy ie feray iuge tous ceux qui fans fe paffionner prendront la patience d’en donner Sentence, auec équité &: droidure. Reçoy donc ( amy Ledeur ) ce que de fi bon cœu'r,& auec telle libéralité ie te départ : & pour recompenfe,aye mémoire, que ma vie n’a efté oifiue pour la Republique, cherchant toufiours l’auancemcnt des icunes apprentifs en la Chirurgie, aufquels mes eferits s’addreftent. Et neantmoins, toutes les peines que i’ay prifes par cy-deuant, i’ay occafion de loüer Dieu, de ce qu’il luy a pieu m’appeller à l’opération Medecinale, que vulgairement on nomme Chi- rurgie, qu’on ne fçauroit acheter par or ny par argent, mais par la feule vertu & lon- gue expérience. Et toutesfois cft ftable en tout pays : A caufe que les loix de la fa- crée Médecine ne font {objectes à celles des Roys, &C autres Seigneurs, ny à preferi- ption de temps, comme prenant fou origine de Dieu, lequel ie fupplie qu’il luy plaife arroufer ceftc mienne encrcprife, à fin qu’il en foit glorifié éternellement. Ainfi foft-ih L’Anatomie cft digne d’eftre co- gncuë de tout homme de bo efpric. Que c’ert qu’vu corps fans ame. Pourqaoy la Medecine cft ftable en tous Heax. La Méde- cine a pris fon origine de Dieu. CATALOGVE DES LIVRES CONTE NVS en toute cefte Oeuure. I. PISPi?ÎO| N TR 0 D VC TIO N ou voye four paruenir à la (gr? ISS I njraye cognoijfance de la Chirurgie. pag. 5 IL ||£gl Traiflè des Animaux, 4^ III. De l'Anatomie, contenant les parties naturelles & ge~ —neratiues. 67 I V. Contenant les parties vitales* 107 V. Contenant les parties animales contenues en la te fie* 114 V I. Qontenant les mufcles , os de tout le corps, auec la de[cription de toutes les autres parties des extrémité%. 138 V I I- D es tumeurs contre nature en général. 190 VIII. Des tumeurs contre nature en particulier, no I X. "Des play es recentes ç>* Janglantes en général. 245 X/ 'Des play es recentes té Janglantes en particulier. 2.5 G X I. Des playes d'Acquebuttes, (ëjjr autres bafîons a feu,flefches, dards, & des accidents d'icelles. 317 XII. Des combufiions, contujîons, (s* gangrenés. 341 XIII. Des njlceres,fiHules,(çjr hemorrhoïdes. 365 XIV. Des bandages. 384 X V. Des Jrafiures des os. 391 XVI. Des luxations. -41^ XVII. De plufieurs indifjojîtions & opérations particulières, appartenantes au Chirurgien. 44 X V î 11. Delà maladie Artritique, nvulgairement appeÛée goûte. 495 XIX. De la grojfe •-verolle, difîe maladie rvenerienne, té des accidents qui aduiennent à icelle 519 X X. De la petite nverolle, rougeolle, té rvers des petits enfkns ,0* de la Lepre. 547 XXL Des ‘"venins fç) morJures des Chiens enrageté des autres morJures & picqueures des befîes veneneufes, 564 XXII. De la pefîe. 615 XXIII. Des moyens té artifices d’adioufîer ce qui défaut naturellement,ou par accident. CG^ X X I V. De la génération de l'homme. G%4 XXV. Des Montres & Prodiges. 753 XXVI. De la faculté & njertu des medicamens fimples,enfimhle de la compo- fition rvfage d'iceux. 815 XXVII. Des dt foliations. 861 Quant au hure des fièvres, il a eftè tranffortè gÿ accommodé au hure des tumeurs contre nature,pour mieux infouire le ieune Chirurgien. 190 XXVIII. Des rapports, ft) du moyen dlembaumer les corps morts. , 884 XXIX. ZJne apologie , auec lesrvoyages fitiSîs par l'Autheur. 894 XXX. Le TraiSié de toutes fortes de fièvres, tant en général quen particulier, ■ auec les remedes ftfi curations d'icelles y trouuè dans les Mamfiripts de l'Autheur > par fis enfims. 92,5 jmÆTKZIS HvHAN4JK*AMBROSI1 * VERE HÆC PICTVRA.*PARÆr EJFIGIAM SEJ> OTVS C ONT INET AMBKOSÏAM PREFACE. T>E L’I NFS NT ION ET EXCELLENCE de la A'Ledecine O V s les anciens & modernes tiennent que la Mededne a eu Ton origine du Ciel. Et premièrement ceux qui ont le mieux fienty de la création du M Monc*c » ont e^crit: clu,aPres création des Elemens ( lors qu’il n’y auoit vÆ encorcs homme viuant) les herbes & les plantes fortirent par le comman- deraent de Dieu,des cauernes de la terre, de diuerfe 6cprefque incompre- mm hcnfible grandeur,couleur,odeur,làucur & figure : & enfemble douées de propres vertus tant excellentes & diuines,qu’ii n’y a iniiention d'ouurage ou art , quel qu’il Toit, qui à meilleure occafion foit attribuée à Dieu : 6c euft efté impoffible à l’homme de rechercher 6c çognoiftrc les natures 6c puiftances dételles chofes,fi Dieu ne les euft premièrement enfeignées. De faiét, ce grand Archi- tecte ur 6c Fadeur de rVniucrs/itoft qu’il eut forme Adam,& infipiré en luy la lumière de vie,luy monftra 6c déclara généralement les proprietez de tout ce que la terre produit 6c nourrir : de for- te que fi quelqu’vn penfe telles chofes pouuoir eftre inuentées des hommes, celuy-là à bon droiél mefmes par le iugement de Pline ) doit eftre eftimé ingrat entiers Dieu , 6c mal fentant de fa puif- fiance. Or après Adam telle cognoillance n’a efté enfcuelie auec luy, mais a efté encores reuelée de Dieu à certains hommes, qui ont efté appeliez pour adminiftrer la Mededne, 6c commis pour en départir 6c ordonner à ceux qui en auroient neceffité. Et celle opinion a efté receuë non feulement par le commun accord des hommes en général, mais auffi prouuée par Moyfe, difant que le Souuerain a créé 6c produit de la terre les herbes 6c plantes , defquelles toute la pofterité d’Adam fc pourroit ayder 6c foulager pour guérir les mala- dies. Ce qui a efté auffi depuis confirmé par lefus fils de Syrach, tres-fage entre les Hebrieux,le- quel en fou liurecfcrit ce qui s’enfuit : Honore le Médecin : car le Très-haut la créé pour la ne- ceffité : auffi toute lamé 6c guarifon procédé du Dieu fouuerain. Noftrc Seigneur a prodniél de la terre toutes les chofes médicinales, 6c ne les doit melpriler l’homme fage. Donne lieu 6c fins honneur au Medeci'n ; car il a efté créé du Seigneur. Les Grecs, qui femblent les premiers auoir fiait ouuerture d’vne plus pleine 6c Illuftre profeflîon de la mededne ,efcriuent conformément à ce propos , qu’Apollo eft l’inuentcur d’icelle : ce qui n’eft fans quelque apparence de raifon. Car foit que félon leur maniéré 6c couftume de parler, par Apollo ils entendent le Soleil ( planette qui de fa chaleur benigne 6c temperée vinifie toutes chofes,infpirat les facultez aux plantes,les nour- rit 6c entretient, pour produire les effeéts tels que nous voyons en nos corps :} loir auffi que par iccluy ils entendent vn homme, lequel fufeité d’vn efprit diuin 6c excellent par defilis tous les au- tres de fon temps , a le premier enfeigné 6c pratiqué l’vfage des herbes : comme femblc l’auoir entendu Ouide, le faifant ainfi parler en fies Metamorphofes, Aiedeciner efi mon'muentton, le fuis de tous l’ayde & fahuentlon. SuhleUe mefi des herbes la puijfance, cDont glfl en moy de pinte la fiance. Vrayemcnt toufiours l’origine de la Mededne fera diuine 6c celefte. Or le moyen par lequel elle a eu crédit entre les hommes, eft prefque tel. Apres Apollo Æfculapius fon fils s’entremit de la mededne , laquelle eftoit cncores rude 6c fans méthode : celuy-là commença à l’augmenter 6c réduire en meilleur ordre,au moyen dequoy il a efté fi grand, qu’on l'a eftimé comme Dieu. En ce mefme temps floriftoit Chiron Centaure , lequel auoit vne grande cognoillance des herbes : 6c pource Pline 6c plufieurs autres ont eu opinion qu’il eftoit inuenteur de la mededne , pour auoir vefeu non feulement d’vn mefme temps auec Æfculapius,mais auffi pour auoir efté fon inaiftre en la cognoillance des fimples. Or Æfculapius eut deux enfans,fçauoir,Podalirius&Machaon,qui fiuiuans la trace de leurpere, firent profeffion de la mededne , 6c fur tout de celle partie qu’on ap- pelle Chirurgie,de laquelle pource ils font eftimez innenteurs. Apres eux, la famille d’Afclepia- des l’a grandement augmentée, 6c lailfiée à fes fucccllcurs , comme chofe héréditaire : car par leur moyen les rcmedes des maladies internes ont efté inuentez. De celle tant illuftre famille Hippo- crates fils d’Heraclides , natif de Lille de Coos , comme Prince de tous les Médecins qui furent Origine de la Médecins, Gemf.t. Chap. 38. Apilloinuen- teur de la Médecine, JEfctilapiw. Chiron. Llb. 7. ch. %. PodalirtM, Machaon, Préfacé. 2 deiiant Iuy,parachena celle fcience, lamettant en lumière par arts & préceptes eferits en fa langue maternelle,qui eftoit la Grecque. Six cens ans après lequel vint Galien , qui tres-expert en méde- cine a expliqué tout ce qui eftoit obfcur ôc difficile en Hippocrares. Doncques tel a efté le com- mencement, accrcillement ôc perfection de la médecine , entant qu’elle a peu eftre mife en auant par l’induftrie des hommes : combien que fi nous en voulons parler à la vérité1. Inexpérience, com- me en toutes chofes,a eu grande puiftànce en la médecine pour l’auancement d’icclle.Car les hom- mes ayans obferné telle ôc telle plante auoir efté propre à la guarifon de telle 8c telle maladie, de pluficurs chofes particulières ils en ont faiCt vne générale, auec des réglés,par lelqueiles toute la pofterité auroit à fe gouuerner. Ainfi lifons-nous dans les hiftoires anciennes, que la medecine n’eftant encores rédigée en art & precepte,les Babyloniens &c Aftyriens auoient de couftume de pofer leurs malades es portes ôc entrées de leurs maifons , ou és places ôc grands chemins, afin que par les pafians,qui auroient autresfois efté tourmentez de pareilles maladies,ils fuftènr aduer- tis des remedes dont il auroit vsé, pour en receuoir guarifon. Strabo Hure 8. de fa Cofmographie, raconte celle couftume auoir eu lieu anciennement en Grecc,que les malades fe retiraient en Epi- daure, au Temple confacréau Dieu ÆfcuIapius,où dormans ils eftoient aduertis en fonge par ice- luy, des remedes qu’ils auoient à cercherpour recouurer lanté: laquelle recouurée, ils defcriuoiét auec le difeours Sc hiftoire entière de toute leur maladie, les remedes enfeignez par le Dieu, en vn tableau qu’ils lai ftbient pendu en quelque Autel ou pilier du Temple, en rccognoi fiance du bien feceu d’Æfculapius : defquels tableaux comme des mémoires Ôc inftruëliûns recueillies, on dit Hippocrates s’eftre feruy à compofer fes œuures de l’art de medecine tant profitables ôc laborieu- fes, comme deferit Volaterran. Pareillement les belles brutes ont enfeigné aux homes plufieurs remedes de medecine, par leur inftind natnrel,confiderant qu’aucunes fe guarifient <3c cherchent leurs remedes fans aucun Méde- cin,comme nous deferirons cy-apres parlant de la nature des belles. Or icelle medecine eft digne de recommandation plus que nulle autre fcience, veu le fujet fur lequel elle exerce fes opérations, qui eft le corps humain : lequel eft le plus excellent ôc parfaiél qu'e nul autre,& pour lequel toutes chofes de l’vniuers ont efté créées. Ce qui a meu Herophile , ancien Philofophe, contemplant l’excellence ôc vtilité de cet art, de nommer le Médecin,la main des Dieux. Car comme l’homme de fes mains leua vn autre tombé : ainfi le Médecin & le Chirurgien do6le& fçauant en fon art, guarit&r chafiè les maladies du corps humain,le relouant en fa première fanté,comme diuinemet. Homere le Prince des Poetes Grecs, appelle le Médecin, le Parangon des hommes pourl’heurculc ilfbë de fes œuures ôc expériences, ôc femble mériter lolianges ôc grâces pluftoft diuines qu’hu- maines. C’eft auffi pourquoy les anciens auoient en fi grande rcuerence les Médecins, Iclquelsils eftimoient ôc honnoroient comme Dieux,ou enfans des Dieux,tant eftoient efpouuantez Ôc rauis des effecls efinerueillables que les Médecins ôc Chirurgiens font apparoiftre iournellement,pour la conferuation de la vie des hommes, par le moyen de leurs remedes ôc œuures delamain,qni les font relnyre de quelques marques ôc rayons de la diuinité. Outre plus, ces excellens Poëtes, Or- phée,Mufée, Hcfiode,& ces grands Philofophes, Pythagoras,Platon,Ariftote,Theophrafte,Chry- fippe, Caton le Cenfenr, Varron, n’ont rien eu plus cher, plus exquis,ny en plus grande recom- mandation , que de cognoiftrc la vertu des médicaments, mefmed'en rédiger quelque chofe par eferir. D’auantage, cet art ennoblit tellement celuy qui en eft doiié, ôc le fai61 fi noble ôc franc, qu’il commande non feulement à toutes perlbnnes de quelque qualité qu’ils foient,mais auffi aux Empereurs,Roys,Princes, pour la conferuation de leur fauté, ôc guarifon de leurs maladies. Et fi le gain rend en quelque forte les fciences recommandabîes , il fe trouuera que ceux qui ont faiefc profeffion de la Medecine, n’en ont emporté,comme l’on dit, honneur fans profit. Qui a efté l’oc- cafion pour laquelle ceux qlii ont exercé cet Art par lepafsé, ont efté en finguliere recommanda- tion , ainfi que pouuons cognoiftre par l’exemple mefme d’Hippocrates allant eii Abderc pour traidler Dcmocrite : car lors non feulement les Citoyens , mais auffi les femmes, ôc mcfmcs iuf- ques aux petits enfans, aduertis de fa venue, luy allèrent au deuant, le falüans,& l’appellans con- feruateur& perede la patrie. D’auantage,Ie Sénat & peuple d’Arhencs,pource qu’il auoit dechaf- fé la pefte de leur pais,celebrerent en fbn honneur des jeux ôc triomphes, ôc fut couronné d’vne couronne d’or pefant mil efeus, tellement riche qu'elle eftoit digne d’vn grand Roy : d’abondant luy erigerent vne ftatuë pour perpétuelle mémoire. Erafiftratus fils d’vne des filles d’Ariftote,re- ceut cent talens d’or* du Roy Ptolomée, pour auoir guary Antiochus fon fils. Auffi Antonius Mufa fut décoré ôc horvnoré d’yne ftatuë d’or par Auguftc Cefar Empereur pour l’auoirguary de fa blefiure. Quant à Quintns Stertinius,il auoit d’eftat de l’Empereur douze mil cinq cens efeus tous les ans. Que dirons-nous que du temps denos ayeuls, Petrus Aponenfis,furnommé le Con- ciliateur, eftoit en tel honneur en l’Italie, qu’il nefortoit point hors la ville pour vifiter quelque grand perfonnage,à moins de cinquante efeus par iour: ôc quemefmes eftant quelquesfois appel- le pour vifiter Honorius , lors Pape de Rome, il rapporta de luy quatre cens efeus pour chacun iour de fes vacations ? Nous fçauons allez par nos Annales de France,en quelle authorité Ôc cré- dit a efté Maiftre Jacques Corder Médecin, enuers le Roy Louys X I. duquel pour la réputation de fon haut fçauoir , il receuoit de gages bien payez , tons les mois dix mil efeus ÿ comme nous a laifie par eferit le Seigneur Philippes de Confines, en fon hiftoire de la vie ôc geftes de ce Roy, . Et d’abondant elle a efté en telle eftime par le pafie, que les anciens Roys, partie pour faire plaific à la pofterité, partie pour perpétuer leur mémoire en icelle,ont imposé leur nom à certaines pla- tes par eux trouuées ôc defcouucrtes. De là eft venu que la Gentiane a pris fon nom de Gentius Jloy des lilyriens, &la Lyfimachie de Lyfimachus Roy des Macédoniens ,& le Scordiura a efté C/iîien. PclidBre Virgile. Les hefles ont en feigne aux hommes plu- sieurs reme- ttes. j4u Hure cnÿefme de l'Iliade. Les Médecins efilmez, fa honore* com~ me Dieux. Tranchtfe des Médecins, Honneurs faiüs à Hip- p ocrât es. * Soixante mil efcm de tiofire monno- yefefcu val_ ' Lant 4 f. fols félon la fup- putation de Budé. Jacquet Cot- tier Médecin du Roy Louys XI. rsccuoit tous les mois dix mil efcHs de gages. Préfacé. appelle herbe Mithridatc, de Mithridates Roy de Pont 8c de Bithynie , l’Achilleia d’Achilles, le Centaiîriumde Chiron le Centaure, l'Artemifîa d’Artcmifia Royne de Carie : Actale Roy dePer- game, Salomon Roy des luifs , Enax Roy des Arabes, luba Roy de Mauritanie, ont efténon feu- lement curieux de cognoiftre les plantes , mais la plufpart d'eux en ont diligemment eferit quel- ques trai&ez ; les autres ont au grand profit des hommes inuenté plusieurs mixtions medicamen- reufes, compolees des plantes. Outre cela,les Roys de Empereurs Romains entretenaient à grands fraiz & delpens en plufieurs lieux & pays,hommes pour la cognoilîance des fimples médicaments, qui cftoient de bonté finguliere,pour s’en feruir eux-mefmes, 8c en donner la notice à la pofterité; laquelle mefme tât vtile curiofité ne s’eft monftrec cfteinte és cœurs de nos Princes. Tcfmoin m’en fera l’herbe, appellcc des anciens Petura, à prefent Catherinaire, ou Medicee, ou herbe à la Roy- ne : parce que l’vfage d’icelle eftant incogneu en noftre France , nous aefté defcouuert, au grand profit d’infinis hommes affligez d’vlceres malings , & autres feintions de continuité, par l’indu- ftrieufe diligence de la Royne Merc des Roys Catherine de Medicis. Par ce moyen les herbes, lef- quelles tous les ans reuiennent, repullulent,& reuerdoient auec leurs racines, tiges, fueillesjfleurs, femcnces & fruits, d’vne indicible diuerfité, grandeur, couleur, figure, font fnruenir aux hom- mes de ceux qui les ont trouuees, ou qui en ont lailfé à la pofterité quelque eferit des vertus &c proprietez d’icelles. Et d’auantage ie fouftiendray mon propos eftre vray,& plufieurs grands Roys fe prefenteront pour approuuer mon dire , lefquels deüement informez par les eferits des Sages de l’artifice du corps humain, non imitable à chofe viuante, pour eftre le domicile de Pâme immor- telle , feule entre routes les créatures fai&e à l’image de noftre Dieu , fe font eftudiez d’entendre Ton architecture admirable par diftedions anatomiques : defquelles tant s’en faut qu’ils ayent re- tiré leur œil , qu’eux-mefmcs les ont faiéles de leur propre main : fi nous ne voulons accufer de menfonge l’hiftoire des anciens, qui nous propofent entre les Roys d'Egypte,Apis, Ofiris, Ptolo- mee , au vœu defquels n’a eftéfatisfaiét iufques à ce que leur defir fe foit ailbuuy à l’ouuertnre des fecrcts que nature auoit cachez à l’œil extérieur. Le fcmblable douons-nous croire de Salomon, d’Alexandre le grand, de Mithridatc, d’Attaîe Roy de Pergame, que tous ne pcuncht auoir mérité fi haut nom en l’art de Medicinefans la familière ccgnoiftancc de l’Anatomie, premier & principal fondement de la Medecine : aufquels ie ne fais doute aucune qu’on ait proposé plufieurs difteélions , veu qu’ils n’eftimoient chofe digne de fi grande contemplation que l’homme, Ôc fes patries : ores qu’ils eullènt trauersé infinies prouinces , & en iccîles veu des miracles in- croyables. Or la Medecine de laquelle on fait auiourd*huy profcffion,cft compofec de trois parties: la pre- mière eft dite Chirurgie qui par manuelle opération guarit les maladies : La fécondé. Diététique, laquelle donc feconrs aux maladies par bonne maniéré de viure : La rroifiefme. Pharmaceutique, laquelle par médicaments guarit les infirmitez. Plufieurs grands perfonnages tant anciens que modernes debatent, & non fans caufe, qu’elle eft la plus digne de recommandation : car tant l’vne que l’autre eft grandement aduantagee de raifon. Et quant à la Pharmacie, Herophile dit que les médicaments ont efté inuentez delà main d’Apollo , qui eftoit eftimé comme Dieu. Quant à la Diététique, Pline tefmoigne que tons les iours le plus panure du monde prend en fes repas les vrays remedes des malades. D’auantage les plus experts qui ont eferit de la Medecine , difent, la cure des maladies faite par régime, furpallèr celle qui fe fait par autre voyc : mefme qu’il eft plus ex- pédiant fortir d’vne maladie par bonne maniéré de viure, que par médecines , qui font fafcheufcs à prendre, difficiles à retenir, pénibles en leur opération. Ce qui donna occafion à Afclepiades de rejetter les Médecines comme chofes nuifibles à l’cftomach : toutesfois fi nous nous rapportons à Celfe, ny l’vn ny l’autre ne fera tellement à loüer, que la Chirurgie : veu qu’en la curation des maladies faites par médicaments, & diette, nature a grand pouuoir , 8c ce qui aura profité quei- quesfois, autresfoisne fert de rien, tellement que l’on peut douter, fi la fanté nous eft rendue , ou par le bénéfice de nature, ou par la faculté des médicaments 8c régime. D’auantage, nous voyons plufieurs maladies feguarir d’elles mcfmes, fans l’ayde des medica- i ments, ny diette, comme vne douleur des yeux, vne tumeur , ou fiéure quarte. Mais la Chirurgie ne s’exerce point fur le corps humain fans extreme neceffité de fon induftrie , 8c vrgence du mal important qui requiert fon aide , 8c mefmes ne peut eftre guary de nature : comme remettre vne fraélure ou luxation, trépaner, fecourir vne femme à vn enfantement laborieux, ou pour vne precipitation.de matrice , ofter vne pierre , ouwrir vn empyeme, extirper vn membre gangrené ou fphacelé. D’auantage, celle partie icy eft plus ancienne que nulle autre , parce qu’en la guerre de Troyc, Podalirius &c Machaon fils d’Efculape, feruirent le Roy Agamemnon , 8c donnèrent grand fecours, non pour guarir les maladies internes, comme fièvres , 8c principalement la pelle , qui lors par l’ire de Dieu rauageoit par le camp des Grecs ; mais feulement pour penfer les blefteures auec médicaments 8c ferremens , comme tres-bien nous monftte Homere en fon fé- cond liure de l’Iliade. Pareillement pour la difficulté qui eft en elle, nous dirons outrepalfer les deux autres parties deMedecinej confideré que les fciences tant plus quelles font difficiles à ap- prendre , eftre auffi plus excellentes : or il eft ainfi que la Chirurgie eft la plus difficile ; ce qui nous eft’demonftré par Gai. liure 3.de la compolition des medicamens en général * difant, la Chi- rurgie eftre plus difficile que les deux autres parties, fçauoir pharmacie 8c diette , parce qu’elle ne fe peut palier fans les deux autres parties, 8c chacune d’icelies fe peuuent bien palfer de la Chi- rurgie. Parquoy ie conclus cefte partie qui eft la Chirurgie , pour fon antiquité, neceffité , cer- titude , difficulté, outrepafter la pharmaceutique 8c diététique: toutesfois l’vne fans l’autre ne fçauroit faire chofe grandement à profit. Car elles font tellement conioinéles eniembie , que Peton Mt herbe Catht* riaaire. Rcys qui ont mis lu mai# à V Anato- mie. Dittifcn de la Medeiine, Homere, Compara!fort de la Chirur- gie autc lei autres par~ fies 4 Préfacé. fi elles eftoicnt feparées 8c ncs'entr'aydoient, Jamais le Chirurgien 8c Médecin ny Apotîcairc ne paruiendroient au but qu'ils fe propofent. Et pource anciennement vn feul homme exerçoit les trois parties : mais depuis que le monde eft grandement accreu, 8c au contraire que la vie du genre humain eft decreuë de beaucoup > fi qu'elle ne fembloit fuffire pour les apprendre 8c exer- cer toutes trois parfaitement , on les a feparees, chacun en prenant vne partie, confide- rant que pour la difficulté de l'art , vne feule perfonne eft alfez empefehee à la comprendre 8c bien exercer. Table des Chapitres de l’Introdudlion de la Chirurgie. Jt)ue ceft que Chirurgie. Chap. j )es opérations de Chirurgie. ij *De remettre en fa place ce qui eft forty. «j Des chofes naturelles. iv Eléments. v Des Tempéraments. vj l'Aage. vij D*j Humeur si viij Signes de [homme fanguïn. ix exercice fur les réglés don- des temperamem & humeurs, x Des Vacuitéxj *Z>w Allions, xij Des écrits. xiij Des annexes des chofes naturelles, xiv Des chofes non naturelles. xv De [air. xvj *Z>« manger du hoire. x vij *Du mouuement çfi repos, xviij *Du dormir (fiy veiller. xix *T>e repletton, inanition ou vuidange. xx *Des accident ou perturbations de tou- rne. xxj Des chofès contre nature. xxij Des maladies. xxiij Des Jymptomes. xxiv Des indications. xxv L'ordre de curer les maladies compli- quées. xxvj De diuerfes maniérés de guarifon, xx vij 'l?ourquoy la fièvre quarte ftfi autres maladies peuuent eflre guaries par *~une grande peur 5 ou par y ne grande ioye. xxviij Exemples des maladies fai Etespar ima- ginations fiant aSîi que s. xxix De certains impoHeurs. xxx LE PREMIER LIVRE DE LINTRODVCTION OV ENTREE POVR PARVENIR A LA VRAYE COGNOISSANCE DE LA ChIRVRGIE. Par Ambroise Pare' de Laual au Maine, Confeiller & premier Chirurgien du Roy. J$ue cefl que Chirurgie. Chapitre premier. A Hirvrgie eft vn arc qui enfcigne à méthodiquement curer,preferuer 8c PaN*er es lT12ladics , caufcs & accidens qui aduiennent au corps humain, principalement par opération manuelle. Quelques vns font vne autre de- W que Chirurgie eft vne partie de Medecine,curât les maladies Seulement Par opération de la main, comme couper,cauterifer,trepaner, re- duire fraétures 8c luxations, 8c autres œuures que dirons bien toft : comme Pautheur des définitions en Galien lorsqu'il dcfinit,Chirurgie vne habilité 8c induftrieux mouuemét d'vne main alfeuréc auec cxpcriece,ou vne aétion de main induftrieufe , tendante à quelque bonne opération de Medecine. Toutesfois il eft impofïïble faire telles chofes par artifice fans les deux autres inftrumens, fçauoir eft régime de viure, 8c ce que nous appelions vulgairement medecine, qui confifte en purgation 8c altération ou changement du corps, 8c fans les fçauoir diuerfifier félon les caufes,maladies, 8c acci- dens,& autres chofes contenues fous les chofes naturelles, non contre nature,& leurs annexes, qui feront déduites en bref cy-apres en leur ordre. Et fi aucuns veulent maintenir qu'il y a plufieurs qui traittent la Chirurgie fans auoir la cognoilfance des chofes fufdiétes , qui toutes- fois font des cures defefperées : A ce ie leur refpons que telles cures font faites pluftoft par acci- £ dent que par le bénéfice de Part, 8c fols font tous ceux qui en iceux fe fient. Car s'il vient par ad- nenture qu'vne fois ils faftent bien, ils feront après dix mille maux, comme tres-bien a eferit Ga- lien en plufieurs lieux de fa Méthode , parlant des Empiriques. Or puis que nous auons dit que Chirurgie eft opération manuelle, s’aydant de medecine, 8c diete, il faut fçauoir quelles font fes opérations. Définitions de Chirur- gie. Des opérations de Chirurgie. Chap. IL E s opérations de Chirurgie font cinq en general,à fçauoir,ofl:er le fupcrflu : remet- tre en P^ace cequi eft forty : feparcr le continu : ioindre le fcparé : adioufter & ay- m der à nature en ce qui luy défaut : lefquelles opérations fe peuuent mieux apprendre, -C|l faire Ôc pratiquer par l’exercice ôc vfagc, que par le moyen des liures, ny mefme par ja paroie de l’homme, tant foit-elle claire ôc elegante, ne pouuant fi viuement expri- mer ny montrer , comme fait la vcuë ôc le toucher. Exemple d’ofter le Juperflu. Comme couper vn fîxiefme doigt en nombre fuperflu, ou vn bras,ou autre partie monftrueufe : ç amputer vn membre pourry Ôc fphacelé: extraite vn enfant morr,ou l’arriere-faix,ou vnemole,ou autre mauuais germe hors le ventre de la mere : amputer les excroiflances,comme louppes,verrues, polipes,chancres ôc autres chairs fuperflucs,cxtraire vue balle d’arquebuzeou dragée, maille, fers, fléchés, bois, bourre, drapeau, efquilles d’os, efpinCjarefte, ôc généralement toutes choies effranges qui font en quelque partie de noftre corps : arracher les poils des cils des yeux qui fe renuerfent au dedansjcoupcr vn vngu!a,occupant la conionéliue ôc partie de la cornée : curer toutes apoftemes, extraire les pierres de la veflîe, ou en autre partie du corps rattacher vne dent pourrie oufnper- fiuc,vne onele entrant en la chair, couper vne portion de la vule trop relâchée, ou vne partie de la Opérations de Chirur- gie- Les pierres s’engendrât en toutes les parties du corps. 6 Le premier Liure de palpebre de l'œil, abbatre vne cataraderamputer l'ombilic des enfans nouuellement nez, ou le pre- A puce ou les pterigomatcs des parties génitales des femmes, ou les nymphes, c'eft à dire, caruncules forçantes hors la nature des femmes. Aulli extraire les chofes étranges qui font entrées dedans les yeux, qui fe fera en renuerfant les paupières auec la queue d'vne efprouuette ,puis tirer tout ce qui eft étrange auec petites pincettes ou autres chofes propres à ce faire : s'il y a du pus entre la cornée & rvuée,fcra vacué par incifiont la catarade fera abbatuc par l'cfguille, comme fera dit cy-apres. Les chofes qui pcuucnt eftre entrées aux oreilles font diuerfes,comme petites pierrettes, dragées de plomb, & autre petit corps qui ne s'enfle point par l'humidité des excrcmês contenus aux oreil- les : de pour les cirer il faut mettre de l'huile dedans , fermer le nez & la bouche, & faire cfternuer le malade auec vn fternutatoire : fi on ne le peut faire par ce moyen , il faut clfayer à les tirer auec vn cure oreille , petites pincettes ou crochet : & fl c’eft vne petite balle de plomb, fera tirée auec vne tire-balle, figurée aux playes des hacquebuttes. Ce que i'ay fait, à caufe que la pointe du tire-balle s'inferc dedans le plomb. Les anciens commandent de faire pancher la tefte du patient fur vne planche, (quand il eft gran- delet) & luy attacher la tefte biêfcrrée,puis efleuat l'endroit delà planche où la telle eft attachée,la lai (Ter tomber à plomb.Quant à moy,ie ne fuis de cet aduis, parce que par la grande commotion &c ébranlement du cerueau,les veines,arteres, 6c fibres neruenx qui entrent & forcent par le crâne, fe ® pourroient rompre , 8c le fang eftant hors de fon vaiffeau fepourriroit : 8c par confequeht la mort s'cnfuiuroit.Si ce font des noyaux de cerifes,poix,feves,Sc autres graines femblables,il les faut tirer lepluftoft qu'il fera pofïîble, auant qu'elles s'enflent par l’humidité contenue aux oreilles.Car de- puis qu'elles font enflées 8c germées,elles font grande douleur par leur cxtéfion,&ne peuucnt plus eftre tirées entieres,& partant les faut rompre en petites pièces : & après les auoir rirées,on appli- quera aux oreilles de l'huile rofat, moyeux d'oeufs, 8c autres çhofes qu'on verra eftre de befoin. Si quelques petites beftioles y font entrées, comme perce-oreilles, ptlces, ou autres femblables, on mettra en l'oreille de l'huile 8c du vinaigre, qui toft après le fera mourir. S'il y a quelque corps eftrange entré dedans le nez,s'il n'y a moyen le tirer auec pincettes qu'au- trementjon eft quelquesfois contraint faire incifion en long, à fin de retirer hors ce qui fera entré dedans. Il y a plufieurs dhofes qui peunent eftre entrées en la gorge, comme areftes de poiftbn, petits of~ felets, vn dé,vne piece d'or ou d'argent, vne efguille, ou efpingle, lefquellcs tiennent en la gorge,6c ne peuuent eftre tirées ny auallées. Si on les peut voir la bouche ouuerte, quelquesfois aisémenr on les peut tirer auec pincettes ou bec de corbin : fi elles font fi auant qu’on ne les puiffe voir, il faut faire vomir le patient,luy faifant mettre les doigts profondément en la gorge : fi par ce moyen on ne peut rien faire , il faut faire aualler quelque morceau demie de pain tendre fans mafeher, ou C des figues retournées. Autres attachent vn morceau d'éponge barbouillée de terebentîne, ou de quelque fyrop,ou vn morceau de poulmon de veau, ou de mouton cru, attaché bien dextrement à vn filet double 8c fort, 8c le font aualler, puis le retirent en amont. Si c'eft vn morceau de pain ou de chair, il faut faire comme ic fis à î'vn des feruiteurs de Henry Hazard, raaiftre tailleur d’habits, demeurant fur le pont S. Michel. L'hiftoire eft telle ; ils eftoient fix feruiteurs,lefquels fe delibcrerent de faire vn bon defieuncr, 8c fe cottiferent de chacun vn liard pour employer à auoir des trippes, tous fe mirent en deuoir de bien eferimer de la dent : vn d'entre eux print vn morceau de gros boyau cullier, l’ayant mis en fa bouche, il luy tardoit qu'il ne fuft en fon eftomac: il l'auala fans mâcher pour retourner au refte : ce morceau luy demeura au milieu de la gorge , & ne peut palier : qui luy caufa vne très - grande difficulté de refpirer , & tomba comme cpileptique, icttant le fang par la bouche, par le nez 8c oreilles, le vifage tout liuide & noir,de fa- çon qu'on eftimoit que le panure goulu mourroit de ce morceau detrippc. le fus enuoyé quérir,& fçaehant la caufe de fon mal, ie le fis leuer 8c mettre en vne chaire,& prins vn porreau, luy ayant coupé la tefte & defpouïllé de deux robes, luy ouuris la bouche auec vn fpeculum oris, & pouffay îe porreau bien profondément en la gorge allez violentement, & le frappay de la main entre les deux épaules, fi bien que le morceau tomba en l'eftomach. Et eftant hors de ce danger, prompte- ment iettafaveuë furleplat où cftoientles trippes, il fe print à crier contre fes compagnons,qu'ils O auoient tout mangé fans luy,difant qu'il falloir qu’ils luy rendaient fan argent. Alors maiftre Henry fon maiftre, voyant qu'au lieu de rendre grâces à Dieu de l'auoir tiré du péril de fnffocation 8c de mort, au contraire il crioità la trippe, tout à l'heure luy paya fes gages,6cluy donna fon con- géjluy difimt. Adieu goulu. Et depuis entre les compagnons tailleurs de cefte ville,a efté toufiours appellé goulu,&par dcfpit s’en eft retourné en fon pais,qui n'eft pas grande perte pour Paris. Cefte hiftoire pourra fennr au ieune Chirurgien pour fccourit qucîqu'vn en cas femblable. Si quclqu’vn auoit auallé vne fangfuë, 8c fe fuft attachée à la gorge, ou à l’eftomach, on luy doit donner à boire de l’huile, ou du vinaigre, & elle fe détachera. Les chofes étranges qui peuuent entrer en la verge, font ces chofes que i’ay veües : Vn îonr ie mis vne petite fonde de plomb de longueur d’vn doigt,en la verge d'vn grand feigneur, pour quel- que indilpofition qu'il auoir : trois heures après eftoit entrée iufques près le fiege; 8c n'euft été que ie l'auois vn peu remployée par le bout à fin de la mieux retirer, ie croy qu'elle fuft entrée en la veffie : & fut auecque peine que ie la retiray,en preffant,&: en la repouflànt doucement à l’extre- mité de la verge. Si on ne me veut croire que la veffîe attire à foy les chofes eftrâgesfie les renuoi- ray à Collo qui trouua à vn nommé Tire- vit, vne aiguille enueloppée en vne pierre après la luy auoir tirée, 8c par excellence me l'a donné, que ie garde par admiration. Cefte aiguille auoir été fichée par Tire-vit au bout d'vn petit ballon, qu'il mit en fa verge pour repouffér vne petite pier- Les chofes eftrages aux yeux. Oreilles, Du ner. De la bou- che. Uijîoire, De la verge. üiftmf. L’Introdu6Hon à la Chirurgie. 7 A re qui cftoitdefcenduë au conduit de l’vrine, ôc s’eftant ladite aiguille départie d’vn baffon,la veffie la tira à foy, & par fucceffion de temps fut enueloppéc delà matière pierreufe. Si au col de la matrice d’vne femme on auoit appliqué vn peflaire,& quelle ne le peuft retirerai faudroit appliquer le fpcculum Matricis, ôc le tirer auec vn inftrument nommé bec de corbin , ou pied de griffon, de peur qu’il 11e fe pourrift là dedans, ou engardaft la femme de conceuoir. Et quant à extraire l’enfant mort ou vif, ou l’arriere-faix, ou vue molejon trouueracy-apresles moyens bien au long au liure de la génération. Et auffi pour extraire les chofcs effranges , comme bahes,flefches,(S<: dards, ôc autres choies, cela fe dira cy-apres aux playes fai êtes par hacquebutes. Or quant au fiege, fouuent on a veu les clyfteres ôc fuppofitoircs eftre rendus par la bouche, qui eft choie fort effrange. O Du col de U matrice. Du Jîege* Exemple de remettre enfa place ce qui en ejl forty. Chap. III. Omme réduire les os luxez, les inteftins &omentum tombez en la bouffe, ou hors le nombril, ou par vne playe faiéle au ventre, auflî la matrice relafchée, ou le bras 6c À Pg&J/w jambe d’vn enfant forty hors la matrice, afin que plus facilement l’enfant Toit ietté hors d’icelle,ou le gros boyau hors du fiege, 6c le prcpucelqui feroit rcnuerfc au dcf- ® fus du glan, ou l’œil citant trop cminent hors de fon orbite. Exemple de feparer le continu. Comme feparer les doigts vnis enfemble,ou autres parties, vice qui aduient par le défaut de la vertu formatrice, ou par accident, corne par brufleure, playe ou autrement. Aufli couper l’hymen, ou vne cicatrice faiéle au conduit de la femme : couper le filet qui cft fous la langue, qui empefehe lesenfans de tcter 6c parler, ou celuy de la verge qui empefehe que le prepuce ne foit defcouuert: couper vne veine varifquenfe, ou vneartere qui caufe vn aneurifrae, ou vn nerf ou tendon à demy coupe failànt fpafme ; trancher quelque membrane qui eftoupe le conduit de l'oreille, yeux, nez, bouche ou Jfîcge : incifcr la telle 6c. ventre d’vn enfant mort au ventre de la mere , pour vuider les ventolîtez,& aquolîtez , 6c autres excremens, afin que l’on le puilîè après plus librement extraire : feparer les paîpebrcs des yeux: couper le cuir mufculeux&pericrane qui comment le refl,& trepa- ner,afin d’ofter les os qui compriment 6c picquent les méninges, ou vacuer le fang tombé fur icel- les, ou quelques aquolîtez ou hydrocéphales : ouurir vne femme recentement morte pour fauucr i’en&nt ellant encorcs viuant: ouurir les apoftemes pour vacuer les humeurs,& autre chofeeftrâ- ge contenue’ en icelles Rappliquer des cautères, tant aélucls que potentiels pour curer les nodus, caries,& altération des os, ou faire ouuerturc ou vlcere pour diuertir 6c tirer l’humeur au dehors, q comme par ruiflèaux ou tuyaux: ainlî que l’on fait au derrière du col, pour diuertir l’humeur qui fluë fur les yeux,auffi font appliquez aux bras 6c jambes 6c autres parties pour diuertir la fluxion qui fe fait aux poumons 6c jointures des goûteux : phlébotomie,application de fangfuës,ventoufcs auée fcarifications pour faire vacuation, deriuation 6c reunlfion des humeurs fuperflus coulans fur quelque partie. Picquer les boyaux eftans lords hors du ventre par vne playe,pour vacuer les vents qui engardent eftre réduits. Vice des os : on perce les os, ratiüè,fcie,lime,coupe. On les perce en trépanant le tell, ou les colles aux hydropiques, thauracifques, où l’eau eft contenue’ au thorax, 6c les os noirs, pourris, 6c vermolus. On feie les dents ebrechées , noires 6c pourries : aullî les carti- lages vermolus. Exemple de ioindre le feparé. Comme réunir les playes par le bénéfice des coullures, comprefles 6c ligaturcs:rcpos 6c Jfîtuation bonne de la partie : réduire les fraélures : lier vne veine on artere pour arrellcr vn flux de fang, re- joindre les léures fendues, diéles bec de Heure, curer les vlceres 6c fillules. Exemple d'adioufter ce sfui défaut de nature, ou par accident. Comme adjouller vne oreille,vn œil,vn nez,vne,ou plulîeurs dents, vne platine d’or ou d’argét, ou vne tente pour elloupper quelque trou du palais,à caufe que la verolle auroit corrodé ou cor- rompu l’os,de façon que le malade ne pourroit ellre entendu par fa parole fans ayde de ces moyês, vne langue artificielle en défaut d’vne portion qui auroit ellé coupée à quelque perfonne, à vne main , vn bras , vne jambe , vn corps de fer, ou vn pourpoint contrepoinré, afin de tenir le corps droiél 6c menu , vn foulier releué à vne perfonne boiteufe, vn chaulfon attaché d’vne lilîere à la Ceinture, pour faire marcher vne perfonne droicl : toutes lefquelles opérations feront amplement déduites en ceprefent œuure. Or telles opérations à la vérité ne fe peuucnt accomplir fans dou- leur ; car comme feroit-il pollîble couper vn bras ou vne jambe , couper 6c dilaccrer le col de la vellîe, 6c y mettre plulîeurs inftrnmcnts fans vne extrême douleur? Aulïî réduire vne luxation où il faut tenir, tirer 6c poufler la partie qui eft ja efprife de douleur ? ouurir les apollumes, parache- ucr de couper vn nerf ou tendon à demy coupez,faire poinéls d’cgnille,coufant la chair pour rçü- nir leslevres des playes, appliquer fers ardans 6c bruflans, tirer vn enfant mort 6c pourry hors le ventre de la mcrc, 6c autres œuures , lefquelles iamais ne fe peuucnt faire fans grandes 6c forment extremes douleurs ; 6c toutesfois fans l’ayde du Chirurgien en tels cas on meurt fubirement, ou miferablement en languiflant. Etfaifant telles œuures, faut-il pour cela appeller les Chirurgiens cruels 6c inhumains, 6c les auoir en horreur ? Ou leur faire ainlî que le peuple Romain fit iadis à Arcabuto, l’vn des premiers Chirurgiens que les Romains rcceurent en leur République,ainlî que SextusCheronée neueu de P lutarque raconte. Iceluy, pource qu’il coupoit bras 6c jambcs,& fai- foir autres œuures cy - delfus mentionnées, fuft en telle horreur au peuple de Rome, qu’il fut tu é de fa maifon, 6c lapidé au champ de Mars. O quelle ingratitude , d’auoir employé tout fon bien, cfprit 6c temps pour apprendre ion art,& en l’exerçant ellre ainlî maflacré 6c tué ! Or jaçoit que le det cauterei. La Chirur- gie ne fe peut fai re fam douleur. Jrcabuto premier Chi- rurgie» a home. 8 Le premier Liure de peuple femblaft auoir quelque couleur en ce faid, fi eft - ce qu’il ne fut aduoüé du Sénat, qui ne A pouuant autrement reparer vne fi grande faute & mefcognoifiance de celle populace (laquelle fou- uent eft inconfideréc en fies faids)pour recognoillrc lesleruices & perfedions d’iceluy,luy fit eri- ger pour perpétuelle mémoire vne ftatuc d’or, qui fur pofee au Temple d’Æfculapius. Or quant à moy,ie fuis de l’aduis de Celfe, qui admonnefte le Chirurgien d’eftre afièuré en fies œuures,& non piteux ôc craintif, en forte que quand il opéré de Tes mains, il ne foit pour la clameur du malade, ny moins des alîîftans, retardé plus qu’il n’eft de befoin, Ôc qu’il ne fe halle point plus qu’il faut : mais qu’il accomplilîè fon ceiiure fans auoir efgard au dire de ceux qui par leur ignorance mefpri- fent le Chirurgien : car on dit en commun prouerbe, que le Chirurgien ayant la face piteufe,rend à fon malade la playe venimeufe. Sentence de Celfe. Prouerhe commun. Des chofes naturelles. Chap. IV. Ovr deucment accomplir les fufdites opérations, & méthodiquement curer les maladies, le Chirurgien rationel doit auant toutes choies auoir certaines indications ôc enfeignemens de ce qu'il doit faire : autrement il feroït Empirique, deftitué de gg) toute raifon, faifantfes opérations au hazard& àl’aduenture, pluftoft qu'auec vne ferme alîènrancc, fondeeen bonne fcience & du toutinfai!libIe,qui ne veut que l’on procédé en aucune guarifon, que par la conduitte des indications methodiques,lefquelles font gé- néralement prifes des chofes naturelles,non naturclles,& contre nature,enferoble de leurs annexes, qui font les trois poinéls contenans en fomme toute la Chirurgie, ainfi que fagement les ont in- uentez nos anciens autheurs,gens de bon efprit : à celle caufé nous déduirons toute la contempla- tion ôc théorique de noftre art fumant cet ordre. Or les chofes naturelles ont elle ainfi nommées, à caufe qu'elles déclarent Ôc contiennent la nature du corps humain,qui dépend de la,, commixtion &c température des quatre premiers elemens : ainfi que l’a bien deferit Hippocratcs en Ton Hure de la nature humaine : ôc pourtant ta conlîdcration d'icclles appartient à la première partie de Mede- cine,diéle PhyIîologie,commela contemplation des choies non naturelles appartient à ta féconde, qui Ce nomme Hygiaine, ou Diaitetiqne, à caulèqu’ellc tafche à garder ta faute par l'vfage raifon- nable de telles chofes : ne plus ne moins que l'intelligence des choies diéles contre nature,cil deuc àlatroiliéme nommée Thérapeutique, c’eft à dire,curatiue des maladies & antres alfeélions qui l'offencenr ôc ta blclTènt. Or ces chofes naturelles ont elle reduittes en nombre de fept, fans leurs annexes , fçauoir elf : Necejfité des indien fions. Pourquoy les ehofes natu- relles font aînfi nom- mées. Parties de Medecine. Elemens, 1 Tempéraments, Humeurs, Parties, ou membres, Faculcez, AéHons, Efprits. L’aage, Le fexe , La couleur, La coinmoderation, Le temps, La région. L’art & maniéré de viure. c >Et leurs annexes, qui font. Les Des Blemens. C H A p. V. Lement, aînfi que communément eft pris en la Medecine, 8c que le définit Gaîien au lue des Elemens, eft la rres-fimple & moindre portion de la choie qu’il confti- S tLie Amplement & abfolument parler, Elemens font appeliez les quatre corps Amples, fçauoir eft, le feu, l’air , l’eau , & la terre, qui font la matière de tous les corps naturels, mixtes, parfaiéts ou imparfaits, eftans fous la concauité du ciel, fé- lon l’opinion des bons Philofophes naturels. Tels elemens font feulement cogneus par Pcfprfr, non par aucun fens extérieur : toutesfois Hippocrates lailîànt les propres noms des fubftanccs d’iceux, les a voulu plus facilement déclarer par leurs qualitez, difant,chand,froid,humide & fec,à raifon qu’en chacun des elemens il y a vnede ces qualitez qui luy eft propre,eftèntielle,& domine 0 non feulement félon toute fa latitude, mais aufll félon fa force entière d’agirjlaquelle eft accompa- gnée d’vne autre, qui vrayement eft aulïï exceflîue & en fouuerain degré commeTautre en chacun élément, non pas en fouucraine vertu d’operer, comme dit Galien au premier Hure des Elemens. Comme par exemple , en l’air nous remarquons deux qualitez, chaleur , & humidité, toutes deux excelîiues, autant chaleur qu’humidité. Pourquoy donc(dira quclqu’vn)la chaleur en l’air n’opere elle pas auftî exceflîucment comme au feu ’Pource que(coramenous auons dit)bien que la chaleur foit exceflîue en Pair félon fon elfence,latitude & degré , auflî bien qu’elle eft en l’element du feu, toutes-fois elle ne l’eft pas félon fa vertu d’agir & operer. La raifon eft,qu’icelle vertu d’efehauffer en Pair eft empefchee,& comme bridee par la qualité qui luy eft compagne, fçauoir l’humidité, la- quelle hebete la vertu d’efehauffer, comme au contraire la HccitéPaiguife. Donc les quatre elc~ mens font tellement qualifiez, que Que cejl qu Elément. Quels font les elemens félon tfippo-- crûtes. En chaque «lement , il y a deux quali. in- tenfe, qui en- fuit pires la nature de la chofe,& l’au, tre remife,qui n’eji de figra. de action. Tfoms des frbjlances. Qualitez premières. Le feu L’air L’eau -La terre. Chaud Sc fec, Humide 5c chaud. Froide 5c humide, -Seiche &: froide. cft L’Introdu&ion à la Chirurgie. 9 A Ôr ccs Elemens en la compofition des corps naturels retiennent leurs qnalitez telles qu’anpa- rauant,finon qu elles font remifes 5c adoucies , à raifon de la contrariété qui eft efdièles qualitez : ik au refte par tout entr eux fi bien mixtionnez, qu'il ne demeure rien fimple ou pur,no plus qu'en la compofition de 1 cmplaftrc diète Diacalcitheos, il n eft poflible monftrer huile, axunge, litharge ôc chalcitis à part, en tant petite quantité que ce foit, tant ces quatre corps font bien meflez & amal.ez auec la chaleur qui les aflemble ainfi. Telle mixtion des quatre Elemens pourra eftreco- gnuë par la refohition d'iceux/aièlaau bois verd bruflant : car la flambe nous reprefente le feu, la fumée l'air,l'humidité qui refude dudit bois rcflèmble à I eau, ôda cendre à la terre. Par tel exem- pie tant fenfible , il eft facile à imaginer la diflblution qui eft vraye corruption de fubftance : & au contraire, l'amas 5c vnion d'iceux telle, que rien ne demeure fimple, autrement iamais ne fe feroic génération : car fi la chaleur qui efl: au feu extreme, demeuroit telle au corps, elle le corromproit : tout ainfi de la frigidité, humidité,& ficcité. laçoit que deux d’icelles qualitez foiêt diètes aètiues, à caufe qu'elles ont plus grade force que les autres,qui font chaleur & froideur: les autres paflîues, à raifon que leurs vertus ne font de tant grande efficace que les autres,& pour la plnfpart font rouf* iours plus tardiuesàleurs effeds. De telle mixtion des fubftances,6é qualitez des elemens viennent les temperamens 5c complexions des corps , qui eft la principale caufe qui nous contraint d’eftre tant curieux delà cognoiflàncedes Elemens. Les vertus ôc effieèts d'icelles qualitez ie delaiflèray à plus haute contemplation, pour déclarer que de ces quatre premières qualitezfainfi appellées,pour- ce qu'elles conuienncnt premièrement &eflèntiellemcnt aux quatre premiers corps 5c elemens)en prouiennent d'autres,comme par confequence, lefquelles pour cefte caufe font appellees qualitez fécondés j fçauoir,legereté,& grauité,diuifees aufli par les quatre elemens/elon qu’ils fembleut plus participer de chaleur,froideur, ficcité,ou humidité: car deux d'iceux elemens font légers, à caufe qu'ils montent toufiours en haut:dcux pefans,à caufe que leur propre eft de defeendre en bas,com- me l’on void. Le feu trcs-lcger qui eft le plus haut. L'air leger eftant au deflbus du feu. L'eau pe- fante mife fous l'air. La terre tres-pefante mife 5c conftituée au plus bas. A cefte caufe les corps ou parties legefes retiennent les elemens legersjes pefantes au contraire. Tels font les elemens du monde,cogneus feulement de l'efprit : toutesfois il y a vue autre differen- ce d'element prouenans de la commixtion des premiers fufdièls,comme elemens de génération, 5c elemens de noftre corps:lefquels certainement font plus fenfibles que les premiers : qui eft la caufe pourquoy Hippocrates en fon liurc de la Nature de l’homme,les a incontinent declarez,apres auoir traièlé du chaud, froid, fec, 5c humide. Les Elemens de noftre génération, 5c de toutes les belles ayans fang,font la femence 5c le fang menftruel. Les Elemens de noftre corps font les parties foli- des ôc fimilaircsjfaièles Sc produises des Elemens de génération : tels font les os,membranes,liga- q mens,veines,arteres,& autres,defquelles dirons cy-aprés en l'Anatomie ; qui font faciles à cognoi- ftre, à caufe qu'ils fe repreientent au fens de la veuc. • A elemens * ' Exemple Je tOHtloir voir U* elemem' Æ \umës°Tem~ fire généra- tion' Elemem de noftre corps, Des Ternperarnens. Chap. VI. SEmperament ou complexion, eft vne confufion ou meflange de chaud,froid, fec,humidc. Autres difent que c'eft vne harmonie & accord des quatre (impies qua- litez élémentaires, à fçauoir, chaleur, froideur, humidité & ficcité, lefquelles font entre elles directement contraires : cet accord ôc confentement vient de ladite con- fufion &c meflange des quatre premiers Elemens de l’vniuerlèl monde , qui font le feu,l’air,l'eau, ôc la terre. Cefte harmonie, qui des Grecs eft aufli autrement nom- mée Crafisy eft l'amc tant des belles brutes que des plantes, laquelle comme eftantleur forme effen- tielle,Ieur donne cftre ôc vie. Mais comme les plantes font inférieures en excellence & vertu aux beftes,ainfi leur ame eft beaucoup plus imparfaide &de moindre vertu ôc efficace : car elleeft feu- lement vegetatiue, c'eftàdire,qu’elle leur donne force ôc vertu de fucceder & prendre leur nourri- ture de leur mere la terre , pour entretenir leur cftre ôc vie,& aufli de croiftre iufqnes à vn certain but ôc grandeur limitée de nature, ôc puis finalement d'engendrer femence pour l’entretenemenc p de leur efpece. Mais celle des belles brutes, outre ces trois opérations vegetatiues,à fçauoir,attirer leur nourriture, croiftre, engendrer femence, leur donne fentiment ôc cognoilfance intérieure ôc extérieure, & de toutes les chofes qui leur nuifent ôc portent profit à l’entretenement de leur vie, ôc aufli de fcmouuoir volontairement d'vn lieu à autre, félon leur appétit fenfuel. Or celle de l'homme furpaflant en noblelfe &perfedion toutes les autres, ne procède point de cefte harmonie ôc accord des quatre Elemens,comme il fera cy-apres déclaré. L'on diuife le tempérament en deux premières différences : car ou il eft temperé ou intemperé. L'intemperé eft de deux fortes,d'autant qu'il y a deux maniérés d'intemperature : la première eft vicieufc, ôc l'autre excede bien de vray la médiocrité de la température, mais elle eft encore dedâs les limites de fanté,comme celle qui n'of- fence pas les actions trop euidemment,mais feulement eft caufequelles ne font point fi deuement ôc parfaitement faites comme par la température tempérée. Mais lavicieufeempefche du tout les opérations ; ce qu’elle fait en trois façons,fçauoir eft,les affoibliflant,les deprauant, ou du tout les aboliffant. Ainfi la ftupeur débilité ôc rend le mouuemcnt plus tardif qu’il ne doit : la conuulfion le depraue : la paralyfic l'ofte &c l’abolit entièrement. Le tempérament temperé eft aufli de deux fortes : car il eft tel,ou au poids ôc égalité, ou à iuftice. Le temperé au poids (que l’on appelle ad pondus) eft celuy qui a égalés portions ôc mefures des Elemens , de forte que nulle qualité pâlie l'autre,ains eft exactement mis en médiocrité des quatre qualitez. Telle eft la peau intérieure des extremitez des doigts d'vn homme temperé à iuftice : car le fens du tat, qui principalement con- flfte en telle partie,& y eft le plus exat,doic eftrefans aucun excez des qualitez: autrement il n'euft Définition de temçeramet. Excellence de l'urne de l'homme. Ttmverumet ejl double. Le tempera- mentadpon- dus. Le premier Liure de fccu faire bon iugemenc,ny eftre certain de chalcur,froideur,humidité & fïccîté. Or telle tempera- h. turc adulent à telle partie, d'autant qu'elle eft compofée de chair qui cft chaude & humide, ôc de tendos froids ôc fecs : toutes lefquelles parties meflées enfembIe,fontla partie ainfi tempérée. Ainfi l'œil qui eft infiniment de la veuc pour difeerner les couleurs, a eftéfait fans aucune apparence de certaine couleur : l'oiiye femblablement n'aefté douée d'aucun Ton diftinél, pour auoir plus cer- taine cognoifîànce des Tons: là langue aufli pour bien iuger des faueurs, n'a rcceu aucune faucur de Ton propre naturel. Le remperé à iuflice eft celuy qui n'a égale ny pareille portion des Elemens, ains de telle proportion ôc mefure defdi&es qualitez à celle qui eft conuenable à bien ôc deücment exercer les allions de tout le corps ainfi temperé : ôc tel tempérament eft cogneu par la bonté ôc perfection defdiftes allions. Il eft ainfi nommé,d’autât que tout de mefme que la iuftice diftribuc la recompenfe ôc la peine, ainfi qu'il appartient,félon la dignité ôc le mérité d’vn chacun : aufîi na- ture faifant à chacune partie denoftre corps félon fa nature ôc excellence , a baillé vn tel tempéra- ment qui fuffife à faire fes allions tres-parfaiftes : comme pour exemple l'os eft conftitué ôc com- posé des quatre elemens comme les autres parties fîmilaires ; mais touresfois nature ayant efgard à l'vfage de l’os qui eft de fouftenir ôc porter , y a mis dauantage de l’element fec , qui eft la terre, que d’autre, à fin qu'il fuft plus dur ôc fiable. Le ligament qui ne denoit auoir tel vfage", a eu moindre partie de l'element fec que l'os : toutesfois pour le regard de fon vfage, il en a receu da- uantage que la chair , ou autre telle partie. Ainfi a efté gardée vne louable diftribution Ôc propor- B tion des elemens à chacune partie, félon ce qu’il luy appartient, que nous appelions tempérament £ iuftice. Es plantes, belles &: autres corps naturels , tel tempérament fe trouue, quand pour leurs aftions ils ont telle mefure ôc proportion qu'il appartient à leur narure. Par comparaifon, au tempérament de iuftice nous auons huift différences des temperamens intemperez , fçauoir cft. Le tempera- ment à »«/?»- ct' ÇChaud, I Froid, ' Humide, {temperez en humidité ôc ficcité. Quatre fîmples ■f temperez en chaleur ôc froideur. Lefqucls tcmperamens font ©u de tout le corps > ou d’vne principale , comme Cerueau. du Cœur» du Foye. Tcfticuîes. partie non principale, comme de toutes les parties du corps. Et iceux tcmperamens font diéls fains ou falubres,quand ils fuffifent à bien exercer les actions, ou maladifs quand ils défaillent grandement à l'exercice de quelque action. G Les lignes de tels tempéraments font deferits par Galien au z. liure des Tcmperamens , 8c au li- ure de nrte Medicirudi. Et faut icy noter , quand nous difons vn corps ou partie chaude, qu'il faut entendre plus chaude que la temperee à iuftice de mefme efpece ; comme quand nous difons qu’vn homme aie foyechaud , faut entendre qu'il l'a plus chaud que n’cft celuy de l'homme tempéré à iuftice : car à tel corps faut réduire & rapporter tout tempérament, foit du corps entier, foit d’vne partie, auquel en la curation des maladies faut principalement auoir efgard : car il doit eftre gar- dé par fou femblable , comme nous dirons cy-aprcs. Et pour autant qu’il eft tres*-nece (Taire en- tendre la diftindiondes tcmperamens , ie deferiray briefuement les températures des parties du corps, des aages , des parties de l’an, des humeurs, 8c des medicamcns. Des parties de noftrc corps félon leiugement non feuleront du tad de la main de l’homme tem- péré à iuftice (qui fouucnt eft trompé par la chaleur Attente", qui cfpanduc par tout le corps, faid qu’à l'attouchement toutes les parties du corps femblent chaudes) mais d’auantage félon la, raifon, compofition 8c fubftance d’icelles parties eft tel , L’os très - fec 8c très-froid. Le cartilage moins que Tos. Le ligament moins que le cartilage. Le tendon moins que le ligament. Le tendon plus froid &lfec que la membrane. La membrane plus que Tarrere 8c veine. En après (ont mis les nerfs durs : car les mois tiennent médiocrité en l'humidité 8c ftccité,com- me la peau : combien que tous, tant mois ôc fenfitifs que durs 8c motifs, font froids. Toutes Icf- quelles parties font froides 8c exangues de leur nature , toutesfois les veines 8c artères font chau- des à raifon du ftmg qu'elles contiennent : lequel fang toutesfois prend fa chaleur du cœur, qui eft: de toutes les parties du corps le plus fanguin 8c le plus chaud 8c le plus mol que la peau : le foye fuit après en l’ordre des parties chaudes , plus mol beaucoup que la peau. Car (1 de l'opinion de Galien à la fin du premier liure des tempcramés,lc cœur eft vn peu moins dur que la peau,& que le cœur foit plus dur que le foye, comme il appert par l'attouchement, il faut que le foye foit beau- coup plus mol que la peau : i'enrens la peau fimple,fans comprendre la chair qui au deftbus luy eft adhérante. La chair eft plus humide 8c chaude que la peau,à caufc du fang. La moelle del’efpine du dos eft plus froide 8c humide que la peau : le cerueau plus humide qu’icelle,& la grefte encores d'auanrage que le cerueau. Les poulinons font moins humides que la greffe, toutainn que la chair de la ratte 8c des reins. Toutes lefquelles parties font plus humides que la peau. Selon les aages,la température tant du corps que des parties fe change. Qu'il foit vray, Tos eft plus dur, fec & froid en vieilleftè qu'en ieunefle ou puérilité, d'autant que la vie de Thommc tend toufiours à ficcité : Gomment Vne partie efl dicie chaude ou froide. Les tempera- mens des par- ties de noflre corps. Ctdien I At- tire des tem- ferumens. Les parties du corps fan- guines. LTntrociu6Hon à la Chirurgie. A laquelle eftant extrême en vn corps, caufe la mort : qui eft la raifon pour laquelle faut parler des temperamens des aages, après auoir premièrement expliqué par définition que c’eft aage. De l'Ange. C H A p. VII. *Aage donc eft vn c0lH*s ou espace de la vie, par lequel la conftitution Ôc tempera- ¥ tUrC *^a COlPS chanSe ei,i£kmmcnt de foy-mefrae , & fans furuemic d'aucun acci- || dent* °r nous diuikrons les aages en quatre-, à fçauoir. Puérilité, Adolefcence, || leunefTe ou virilité, Yieilleife. La puérilité, qui commence depuis la nailîànçc de Penfant, «Sc dure iufques à dixhuict ans, eft de température chaude 8c humide, pour eftre fort prochaine des principes de noftre génération , fçauoir fang 8c femence, qui de leur tem- pérature font chauds 8c humides. L'adolcfcence qui commence depuis dixhuiét ans, iufques à vingt & cinq , eft la temperee 8c moyenne entre tous excez. La ieunelfe ou virilité eft prife de- puis vingt-cinq ans iufques à trente-cinq. Tel aage eft chaud & fec de ion propre tempérament; partant la chaleur du corps eft fort acre 8c mordante, qui en la puérilité eftoic douce & amiable, à raifon de l'humidité du corps, qui puis après a efté ddfeichee. Vieillefie eft diuifee en deux par-, des : la première dure depuis trente-cinq ans iufques à quarante-neuf : auquel aage les hommes B font appeliez en Latin, Senes> c'eft à dire vieils. La féconde partie de vieilldfe, félon Gahen eft diftribuce en trois degrez : La première eft, quand les hommes ont encores la vertu virile pour vacquer aux négoces ciuiles : ce que ne peuuent faire ceux du fécond degré, pour l’imbécillité de leurs vertus. Ceux qui font au tiers degré, font vexez dextremes imbecillitez 8c angoilfes, impo- tens tant du corps que des efprits : ils font recourbez, idiots , & retournez en enfance, 8c font du tout inutiles, defquelseft dit. Bispueri fenes. Ceux du premier degré font ioyeux & encores ver- tueux, on les appelle communément, verds vieillards : les féconds ne demandent que la table & le lid, 8c les derniers que la folle. Or en vieillefie les hommes font froids 6c fecs, iufques aux par- ties folides, pour la confomption del'humidité fubftanrihqueou radicale , prouenant de la multh tude des ans ; ce qui peut aulîî aduenir par maladie febrile. Mais fi quelques-vns vouloient dire, que l'homme vieil forment mouche & crache grande abondance d'humidité, ie leur refpondray que le vieillard ne doit pource eftre dit humide : car ( comme dit quelque bon Doébeur ) vne bou- teille pleine d'eau rend grande liqueur de fa concauité, ncantmoins elle a le corps fec ; ainli le vieillard efthumide d’excremens, par faute de chaleur naturelle. 1 mtesfois ne faut tant aftrain- dre ces deferiptions des aages, qu'il les faille toufiours définir par les ans,veu qu'aucuns font plus vieils en l’aage de quarante ans, que les autres à cinquante. Et pour le dire en bref : le grand PhilofophePythagoras diuife la vie des hommes en quatre aages, la comparant aux quatre temps C de l’annce : difant que l'enfance eft le Printemps auquel toutes chofes fout en fleur, commencent à croiftre 3c augmenter. La ieuneffe eft comparée à l'Efté, pour la force ôc vertu que les hommes ont en cet aage, L'aage viril eft comparé à l'Automne , pource qu'en cet aage l'homme a i’expe- rience,eft meur 8c de bon confeil, aueccognoiftànce certaine de plufieurs chofes. La vicilleflè eft comparée à l'Hyuer, temps fans fruiét, ennuieux , 8c qui n'a le bien d'aucun fruiét, linon qu'ils foient procédez d'autre temps. Or quant à l'aage caduque 8c decrepitee, qui dure iufques à quatre vingts ans, eft froide, feichc &melancholique,teIIemét que ceux qui paruiennent iufques à iceile, font fafcheux,chagrins,deirdaigneux,defpits,& fbuuent perdent la vcüe& memoire,l'ouye,Ie parler ôc cheminer, 8c veulent toufiours eftre maiftres, fuperieurs 8c obeys , 8c en fin retournent en en- fance, 8c font le femblablc que les enfans. En decrepitude le corps eft fort appefanty , 8c le ingé- nieur commence à diminuer 8c défaillir , tellement qu'ils deuiennent en enfance, ôc ne viuent qu'en douleur. Toutesfois le fens ôc entendement demeure en fa pureté ôc vertu , 8c ne défaut que par l’impuifiance des inftrumens, où font contenus les facultez animales, vitales, 8c naturelles, qui font fubieétes à plufieurs altérations ôc corruptions : parce qu'ils font corporels 8c matériels, & non l’efprit, lequel ne vieillit point, mais bien le corps, Tels font les temperamens des aages qui muent pareillement les mœurs : car les vicillars aiment l’exercitation de l'efprit, 8c D les ietmes l'exercitation du corps. Auflî les vieillars font fort fubieéts à l’auarice 8c crainte : 8c les ieunes au contraire font prodigues, gaillards 8c hardis. Faut aufli déclarer ceux des parties de l'an- nee, qui font quatre, comme auons dit cy-dclfus. Le Printemps, l'Efté, l’Automne, l’Hyuer. Le Printemps, qui commence an douziefme ou treiziefme de Mars, 8c finit enuiron la moitié du mois de May, a efté conftitué d’Hippocrates, chaud 8c humide. Opinion qui n’eft tant procedee de la vérité, comme nous pouuons colligcr de Galicn au premier liurc des temperamens, que de la lèn- tence des anciens Philofophes, qui ont voulu mefnager 8c départir ks quatre températures des aages proportionnémenr aux quatre faifons de l'an. Car à vray parler, le Printemps eft de fa propre nature tempéré, cftant mis au milieu de tous excez, de chaleur, froideur, humidité, ficciré , non par comparaifon qu'il foit plus chaud que l'Hyuer, ny plus humide que l’Efté: car il eft ainfi at- rrempé de (a propre nature : par ce moyen Hipocrates a dit, que le Printemps eft tres-fain 3c tres- falubre, n'eftant point fubieét à maladies qui puilfent caufer la mort: ce qui eft entendu quand le Printemps garde fa nature & propre température : car s'il a quelque intemperatnre , ou bien s'il fnccede à quelque faifon intemperee de l’Automne, ou de l'Hyuer, il eft caufe de plufieurs mala- dies que deferit Hippocrates ; non qu’il face telles maladies> mais parce qu’il les demonftre 8c mec en euidence, les inuicanc à fortir dehors par fa riedeur. L’Efté qui commence à la my-May 8c dure quatre mois, ou enuiron,eft chaud & fec de fa nature, fort fnbjeét aux- maladies prouenantes de cholere , laquelle eft en ce temps faire du fang qui a abondé du Printemps. Toutes les maladies qui furuiennent en Efté, font rendues briefues& de petite duree, L’Automne, qui commence de- Définition d'aage, Puérilité, Adolefcen- ce. leunejfe. Vieilùjfe, Cal, li. Ta li. Tourquay la 'vittllc'Je eji fr oide & fiiçhe. \ Pythagcra.!. jiriftot.lth. i, de anima. Vide conwi. Gai, in aph, i. feiï. i. Itb. 1. Epid. Aph. ç). lî. X. Au. i.lî.des aph. & au Li, de L’air des Lieux. VEüé. Automne. 12 Le premier Liure de puis-que le Soleil eft entré en Libra, 8c dure prefque autant que le Printemps, eft fcc de fa nature, A mais toutesfois en chalçur 8c froidure inégal ; car le matin 8c le loir font frais, le raidy eft chaudr partant il eft fort fujeéf à maladies, lefquellcs font fort longues, principalement quand elles tien- nent vn peu de l'Hyuer ; au refte fort pernicieux , pource que quotidiennes 8c repentines muta- tions de chaud «Se froid font fort perilleufes. L'Hyuer, qui dure le refte de Pan, de telle durée que PEfté,eft froid & humide de fon tempérament : à cefte caufe il augmente noftre chaleur naturelle, Pappetit «Scie phlegme : la chaleur ejuldem par antiperiftafe, qu'on appelle, c'eft à dire , par contra- riété de Pair voilin, qui eftant froid, retient, 8c par ce moyen augmente 8c fortifie la chaleur in- terne au dedans : mais le phlegme, parce qu'augmentant Pappetit, il rend les hommes plus vora- ces, dont s'enfuit crudité: parqnoy il rend les maladies plus longues & difficiles à guerir,que nulle autre partie de Pan. Sous la contemplation des parties de Pan on peut comprendre la variété des remperamens des iours particuliers qui ne font à mefprifer pour faire efleétios quand rien ne nous prelîè , fuiuant le dire d'Hippocrates en fes Aphorifmes, quand en vnmefme iour il fait chaud 8c froid, il faut attendre auoir des maladies automnales : 8c de ce eft prife l'indication de Pair am- bient, comme nous dirons cy-apres parlant des indications Curatoircs ; car s'il eft femblable à la’ maladie,il nous fafche beaucoup : mais au contraire,s'il contrarie au mal,il nous ayde grandemét.* Les remperamens des régions 8c pays chaud ou froid ne font pas de 'petite importance, mais ie les R lailîèray à meflîcurs les Phyficieils, à fin de dire des températures des humeurs. Le fang , comme reprefentant la nature de Pair eft cftimé chaud 8c humide,ou pluftoft temperé, connue tefmoigne Galien fur la fentence 36. du liure premier De natura humana ; Il eft, dit-il, tout alleuré que le fang n'eft chaud 8c humide, mais temperé ; 8c tellement temperé,qu'en iceluy nullcdes quatre qualitez contraires ne furpaflè euidemment l'autre , comme le mefme Galien répété fur la fentence 3 9. du mcfme liure. Le phlegme eft froid 8c humide, femblable à Peau. La cholcre eft chaude 8c feiche, tenant de la nature du feu. Le lue mélancholiquc eft fec & froid, eftant de la nature de la terre: toutesfois les efpeces du lue mélancholiquc,& du flegme ne font pas toutes froides : car le phlegme falé eft de tempérament chaud 8c fec, auflî toutes les efpeces de melancholie cotre nature,font fort chaudes, à raifon qu'elles font faites par aduftion , comme nous dirons an chapitre fuiuant. Les remperamens des medicamens ne font pas confédérés en la maniéré que les autres cy - delfus, fça- uoir eft de la qualité de Pélcmcnt qui a cfté le maiftre ; ains par les opérations nous ingeons des températures des medicamens, quand ils font appliquez fur vn corps temperé. Car vn médica- ment eftant mis fur tel' corps, s'il efchauffe, nous difoéis que tel médicament eft chaud : s'il re- froidit,nous le tenons pour froid,s'il feiche,il fera dit fec: s'il hume6le,il fera dit humide : 8c ainfî parleurs effeéls nous les conftituons chauds , froids , fecs 8c humides, ainfî que nous déclarerons cy-apres plus amplement au propre trai&é des medicamens, où nous déclarerons les temperez 8c C autres tant chauds , froids, feesque humides, au 1. i. 5. 4. degré : auquel traiélé dirons auflî des températures des faueurs, à caufe que par icellcs nous cognoiflbns certainement les qualitez des medicamens. lufques àprefent auons parlé des temperamens : faut venir aux humeurs, qui ne font de moindre vfage 8c confédération qu'iccux tetnperamens. Hlp. llh. 3. Apho. L'Hyuer. 3. Les tempe- rumens des humeurs. Les tempéra- ment des mé- dicament. Des Humeurs. ChAp. VIII. con^^eratl*on es humeurs eft de grande importance, tant auMedecin qu’au Chi- li fwrurgicn, à raifon que toute maladie ayant matière au corps,eft cngêdréc de quelqu’vn i cs humeurs,ou de plufieurs afîemblez. Ce qui a meu Hippocrates au liure de Natu- rahumana, à dire, que félon la difpofition d’iceux humeurs,l’homme en tout fe porte * bien ou mal. Qu’ainfi ioir,toutes les fièvres putrides font faites d’humeurs putréfiez, & corrompus au corps humain : aiiffi toutes fortes d’apoftemcs & tumeurs contre nature dépendent de quelqu’vn defdiéls humeurs : & félon la diucrfité d’iceux,les différences des tumeurs font faites, ainfi que nous dirons cy-apres au propre chapitre des Apoftemes. Les vlceres, &: play es, & fraétu- res font guaries par le bénéfice des humeurs, nourriflàns les parties offenfees : qui eft la cayfe que bien fouuent en la curatio,tant des apoftemes qu’autres feintions de continuité,nous fommes con- D train61s de reftifier le lang \ c’eft à dire, les quatre humeurs conftituans la malle fangninairc,quand il peche en quantitéou qualité : car s’il y a vice au lang par quantité, comme quand il eft en trop grande abondance, ou s’il y a mauuaife qualité, comme quand il eft trop chaud, trop froid, trop elpais & cras, trop coulant & fluxile,,ou ayant autre qualité femblable, nulle aélion de nature fe pourra deuëment faire. A cefte caufe ont cfté inuentez deux remedes louables : la faignée, pour corriger la quantité du fang , & la purgation, pour ofter la mauuaife qualité ; à prefent déclarerons feulement lefdiéts humeurs, commençans à leur définition. Humeur,eft tout ce qui eft fluxile,cou- lant, liquide, tafit és corps de l’homme que de toutes beftes ayans faug , lequel eft ou naturel, ou contre nous. Le naturel eft ainfi appellé, à raifon qu’il conftituc le corps , & le maintient en fon eftre: faut entendre le contraire dcccluy qui eft contre nature. Celuy qui eft naturel a deux dif- férences : car ou il eft bon & profitable pour nourrir les parties de noftre corps,ou il eft inutile à ce faire, ains a autre vfage au corps que de nourrir, & eft excrement du naturefqui eft nourri ftement, ainfi que dirons cy-apres. Le naturel propre & conuenable pour nourrir noftre corps,eft l'humeur contenu és veines & ancres d’vn corps bien difpofé ôc temperé félon nature, lequel nous appelles ihngs qui eft tout ce qui appert fortir des veines quand on fait vne faignée. Et telle eft la lignifica- tion générale du lang : car en particulier il eft pour vne diftinction de couleur rouge, eftanr en la maflc fanguinairc. Et pour déclarer cecy plus facilement, ic commcnceray à la génération du fang, tant par fa caufe efficiente que matérielle : qui n’eft autre chofe que noftre boire & manger, lequel Vfage des hu- meurs. Définition, D'uiifion. Q»'eji- ce que Jang en géné- ral , Ô< en particulier. Génération du fang. L’Introdu6lion à la Chirurgie. 13 A eftant attire par la vertu attraélrice du ventricule, &là retenu, parla vertu coélrice dudit ventri- cule , eft tourné &c conuerti en vnc fubftance femblable à vn laid d’amandes : iaçoit que telle ma- tière foit fort dillemblable & de parties bien diuerfes, ainfi qu’il fe void en tant grande variété des viandes que nous prenons. Telle matière eftant ainfi cuitte audit ventricule, eft rtppeliée Chylm» laquelle eft après pouftee és inteftins greflcs, Ôc fuccée & attirée d’iceux par les veines mefaraiques, puis diftribuée à la veine - porte, où aucunement elle s’altere , & de la veine porte eft enuoyée au foye,qui par fa chaleur & vertu de faire fang à luy feul propre ôc particulière , la conuertit en vue fubftance rouge femblable à vin , laquelle nous appelons fang : ôc en ccfte opération du foye font faits tous les humeurs naturels, tant propres à nourrir, que non propres. Le fang eft celuy qui doit nourrir , lequel certainement nepourroit ce faire, s’il n’eftoirpurgé de deux fortes d’excremens: delquels l’vn eft attiré par le folicule du fiel, que nous appelions bilis flaua, c’eft à dire , cholere iaune : l’autre parla vertu attradrice de la ratte, que nous appelions humeur melancholiquc, qui font deux humeurs naturels, non toutesfois denourriflemens, mais de quelque autre vfage : def- quels nous dirons plus amplement cy - après, ôc aufli des trois fortes de concodions qui font au corps. Le fang eftant ainfi purgé de ces deux fortes d’excremens, eft porté par les veines ôc arteres à toutes les parties du corps pour leur nourrilfement : lequel iaçoit qu’il femble eftre fimpîe, tou- tesfois on y peut trouuer quatre corps differens , qui font, le iang , ainfi particulièrement dit, le ® phlegme, la cholere & le fuc melancholiquc : lefquels ont efté çhftingncz non feulement par cou- Jeu rs , mais aufli faueurs &c effeds : car on trouucra aufdrrs-humeurs faueurs différentes , comme dit Galien aa commentaire fur le liure de la nature humaine : car l’humeur melancholiquc eft aigre, la cholere amere , le fang doux , ôc la pituite naturelle douce, infipide , n’ayant aucune faneur ap- parente. Les effeds d’iceux font trouuez aufîî fort differens, tant en leurs qualitez qu’en la nour- riture du corps ôc génération des maladies : à celle caufe il y a vne certaine proportion ôc mefure defdits humeursjlaquelle eftant gardée donne fanté au corps:mais fi elle eft corrompue,elle apporte ôc caule maladie.Qu’il foit vray, nous difons qù’vn œdeme eft faitj$é'fang phlegmatique, vn fdr- rhe du melâcholiqucjvn eryfipelas du bilieux& cholerique,vn phlegmô d’vn bon fang ôc naturel. Or pour déclarer ôc demonftrcr facilement les quatre humeurs eftre comprifcs au fang ralement pour la malfe fanguinaire, Galien donne exemple affez familier du vin nouueau, auquel on peut trouuer quatre corps differens : car il y a la fleur qui eft au deflus , la lye qui eft au fond, la verdure ou aquofité,& la bonne liqueur, douce ôc amiableda fleur reprefente la cholere qui eft la plus fubtile des humeurs, fe monftrant toufiours au ddfus de couleur d’or ôc luifànte : la lye repre- jfente l’humeur melancholiquc , qui eft toufiours au deftbus à caufe de fa pefanteur, ôc eft comme la fece ôc lye du fang; la verdure ou aquofité eft femblable au phlegme. Car tout ainfi que la ver- dure , fi elle n’eft trop grande, par la chaleur naturelle du vin fe peut tourner en bonne liqueur: aufil le phlegme , qui n’eft autre chofe qu’vn fang imparfaicl, peut eftre fait par noftre chaleur naturelle bon fang : àcefte caufe nature n’a deftiné aucun lieu propre pour le feparer du fang, com- me aile a fait des autres. La propre liqueur du vin reprefente le fang,a caufe que tour ainfi querel- le liqueur eft la partie meilleure ôc plus louable du vin,ainfi le fang eft le plus parfait des humeurs. Par tel exemple familier il eft facile à entendre la diftinélion des humeurs , laquelle fera plus am- ple ôc claire par la table fuiuante. Chylw. De la choiera* Du fuc me- lancholi^ue. Dlfîlnfti'm des humeurs far couleurs, faneurs ejfeirts. Belle com- parai’f on de G ali oh. Nature. Confiftan- Couleur. Saueur. Vfage. Le fang. *2)6 la nature de l'air chaud & hu- mide , ou plultoft temperé. ce. ALcdiocre, py trop é - pais,ny trop clair. Touge & vermeil. Doux. Il nourrit principalement les par- ties mufiuleufis : eft diFiribué par les veines & arteres, donne chahur a tout le corps. Douce, ou pluftoft fade : car ainfi e- ftimos-nom cefre eau bonne qui n a aucun goufi. Elle nourrit le cerneau , comme aujfi toutes autres parties fr'ddes & humides : modéré le fang, & ayde le momement des articles. Le phleg- j) me, ou pi- tuite. De la nature de l'eau , froide & humide. F lux ile. \'Blanche. Elle excite la vertu expultrice des intefHns, atténué le phlegme qui eft en iceux:ce que t'entends de l'ex- crementitielleicomme aufri l'alimen- taire nourrît les parties qui appro- chent plus prés de fon naturel. La chole- re. De la nature du feu , chaude & feiche. Tenue & fubtile. Jaune , ou pafe. ayLmere. L'humeur melancho— lie. Delà nature de la terre, froid & fie, - <*Acide & poi- gnant. Il excite l'appétit, il nourrit La rat te , & toute autre partie qui luy eft fimblable en température, com- me les os. Cr as,efrais, & limo- neux. Noir. Le farig eft Fait de la partie la plus benigne de tout le chylus, contenu es veines , &: principale- ment eft formé au foye, ainft qu’auôns dit : Il eft procréé des alimens de bon fuc, prins après exer- cices modérez ; ôc plus en vn aaee qu’en vn a,utrc:6c en vne partie de l’année conuenable plus qu’en Dequoy fa en quel temps fe fait le bon fans* 14 Le premier Liure de l’autre, qui eft le Printemps , lequel du tout approche à la nature du fang : (dont s’enfuit que le A fang foie tempéré en fesqualitez , non chaud ôc humide, comme ainfi foit que félon l’opinion de Galien au premier des Temperamens , le Printemps eft aulîi temperé, comme a efté touché par cy- deuant. ) Parquoy en ce temps font faiétes couftumierement les bonnes faignées. L’aage fort propre à engendrer tel humeur eft l’adolclcence,ou comme dit Galien , depuis vingt-cinq ans iuf- ques à trente-cinq: ceux, aufqueis tel humeur abonde, font modérez , rouges, coulourez, amia- bles ôc vermeils , ioyeux& plaifans. Le phlegme eft fait des alimens froids & cruds, mais principalement en hyuer ôc en vieillefl'e, à raifon de la conftitution froide ôc humide, tant de l’aage que de telle partie de l’an. Il rend l’hom- me endormy , pardfciix &gras, ayant trop toft les cheueux blancs. La cholere eft comme la fu- reur des humeurs, laquelle eft engendrée auec le fang au foye &c portée és veines ôc arteres : ôc celle qui excedc, eft enuoyéeen partie au folicule du fiel, en partie s'exhale par infenfible tranfpiration ôc fueurs : car le lang des artères eft plus fubtil, ôc plus"iaune queceluy des veines,ainfi que dit Ga- lien. En icundle ôc en Efté eft fait tel humeur tant des viandes acres, ameres ou falées, que du tra- uail d’efprit ôc du corps : aulîi tel humeur eft principalement purgé en tel temps. Il rend l’homme léger,fubir,facile à fe cho!erer,& prompt à toutes chofes, maigre,agile, qui a toft fait digeftion des viandes qu’il a prilcs. L’humeur melancholique eft la partie la plus groflè du fang,lequel en partie eft reietté du foye, ôc attiré par laratte pour la nutrition d’icelle , ôc expurgation du fang en partie B porté auec le fang, pour nourrir les parties de noftre corps les plus terreftres. Il eft fait des alimens de gros fuc ôc difficiles à cuire , ôc aulîi des ennuis ôc fafcheries de l’efprit : il redonde principale- ment en Automne, ou en l’aage déclinant, & première vieillefte; & rend tel humeur les hommes triftcs,fafcheux,fermes,feueres ôc rudes, enuieux& timides. Et faut entendre, que tels humeurs fe meuuenr à certaines heures du iour : comme le fang domine depuis les trois heures après minuiét iufqucs à neuf, la cholere depuis neuf iufques à trois après midy : ôc depuis trois heures iufques à neuf de foir la melancholie: depuis neuf heures iufques à trois après minuiéf le phlegme ou pitui- te. Lequel mouuement des humeurs clairement (è cognoift, entre autres en la greffe verolle , ainfi que dirons cy-apres. Il y a deux humeurs qui font feparez de la raafle fanguinaire comme excremés de la fécondé coârion, defquels l’vn eft gros,& l’autre eft fubtil : ceftuy-cy eft appcllé cholere, fim- plement dire,ou auec vire addition, cholere jaune: l’autre eft dit cholere noire, en Latin meUncho- UcHs humor, qui eft attirée par la ratte, de la portion d’icelle la plus tenue ôc elabouree par la chaleur des arteres, qui font en ce lieu très - infignes, la ratte fe nourrit iufques à tant qu’elle la fafche pour fa quantité ou qualité : ôc alors icelle eft portée de la ratte par le vailleau veineux à l’orifice du ventricule, pour inciter l’appetit, ôc ayder les aébions dudit ventricu- le. L’autre cholere eft attirée par le folicule du fiel , où elle demeure tant qu’elle ne peche en quantité ou qualité : Ôc alors elle palfe par les inteftins, pour les purger Ôc net- toyer par Ton amertume ôc acrimonie , & pour irriter la vertu expultrice d’iceux , auffi pour tuer les vers qui y font quelquesfois engendrez : tel humeur a couftume de teindre de cou- leur iaune les vrines. Il y a vn autre humeur fereux , inutile à nourrir , mais au refte fort profita- ble, lequel n’eft excrement de la féconde coélion, mais de la première : toutesfois n’a efté fc-paré du chyltts, comme l’autre excrement gros, ains gardé pour deflayer ôc deftremper le fang trop gros {ôc pour ce eft appelle le véhiculé du fang) qui autremec ne pourroit eftre facilement porté par les veines capillaires, tant de la partie lime, que de lagibbe du foye iufques à la veine caue: ôc icelny humeur fereux, auec quelque portion du fang,eft attiré des reins par les veines emulgcntes, ôc fc- paré du fang (lequel eft la propre nourriture des reins) puis eft enuoyé à la vefîîe, ôc fait vrine , ôc de là ietté hors. Toufiours quelque portion dHcelny demeure auec le fang, qui eft purgé par fueur, ôc eft la propre matière d’icelle. Il y a quatre humeurs de nourriftèmcns,( ainfi di«5ts,non que ceux qu’auons parauant diél eftre contenus en la malle fanguinaire, ne nourriftent apflî; mais par- ce qu’ils font la matière plus proche de l’aliment : comme les quatre contenus en la maffe fangui- naire, la matière plus remotc& efloignée) inuentez des Arabes, que l’on nomme féconds. Le pre- mier d’iceux n’a point de nom , qui eft l’humeur eftantencores en l’extremité des petites veines }ôc là encores pendant comme vne petite goutte. Le fécond eft appelle Ros , qui eft l’humeur ja imbu . à la partie pour l’arrofèc, ôc ja préparé à nourrir. Le troifiefme s’appelle Cambium* qui eft ja chan- gé ôc aglutiné , ôc peu s’en faut ja tourné en nourriftement. Le quatriefme eft appellé Gluten, qui eft la propre humidité fubftantifique,&: parfait nourriftement des parties fimilairesdefquels quatre humeurs féconds font fort femblablcs aux degrez de nutrition, défaits par Galien és Hures des fa- cultez naturelles : qui font, qu’il faut que le fang afflue à la partie qui doit eftre nourrie : puis qu’il foit fiché ôc aglutiné : ôc finalement qu’il foit afîimilé,& fait femblable à la partie. Les humeurs contre nature font ceux, qui eftans corrompus altèrent le corps, Ôc les parties où ils font, caufms ' ordinairement maladies. Ils retiennent les mefmes noms des humeurs naturels de nourriilcment. Tous lefquels par putrefadion font faiéts chauds , jaçoit qu’aucuns d’iceux foient froids de leur nature : d’iceux les vns font faiéts tels aux veines feulement, les autres non és veines , mais auffi hors d’icelles. Ceux qui font engendrez és veines font le fang ôc la melancholie : la cholere,& le phlegme font faicts tant hors des veines,que dedans icelles. Le fang en fc corrompant, félon Galien, fa portion plus fubcileeft tournée en cholere,& lagrollè en cholere lesag eft corrôpu,ou de luy mefme à raifon de la pourriture,ou parmeflange de fubftance eftrangere,comme d’autres humeurs, enuoyées es veines par Ies*autres parties,commc du foye,de la râtelle ôc poulmons.La meîanchoîiç qui eft taire es veines, eft de trois différences. L’vne eft faire d’humeur melancholique, par vne chaleur pourriifmtc ou autre, ôc tournée en cendre : partant telle melancholie eft bluffée, chaude. Confirmation I* te™Pe' rfang6 , Jfa Hure 6. de locis af- fe&is. Des humeurs la mnffe fungui- curvag. Vhutneur fersux cfiex- CJe7apremL- re coCUot). Des quatre condaires Des humeurs eotrgnature. LTntrodiidHon à la Chirurgie. 15 A acre , &&& belle , vermeille, ôc meflée de blanc tk de ronge : de blanc, à caufe du cuir partie fper- matique ôc blanche : de rouge, à raifon du fangqui eft au dellbus : car pour le dire en vn mor,telIe couleur reluit en la face,quel eft l’humeur caché délions le cuir : Tes mœurs font paifibles,ioyeu(es ôc facetieufes : eftant tel homme libéral, doux,benin,gracieux, courtois, ôc de bonne nature,rianr, amoureux des Dames. Il fe courroulLe difficilement : car quels font les humeurs,telles font les in- clinations des mœurs. Or cft-il, que de tous les humeurs, il n’y en a point de plus doux ôc paifi- ble que le fang : l’homme fanguin en outre , hoir ôc mange beaucoup, à caufe qu’il a grande cha- leur naturelle, il fuë volontiers, il fonge chofes ioyeufes ôc plaifantes, il eft fu jet aux maladies cau- fees du fang, comme aux phlegmons , pnftules fanguines efpanduës par tout le corps, au flux de fang, par les narines, &: grande abondance de flux menftruel : il endure fans danger la faignée,il eft promptemét offencé des chofés chaudes & huraides,& foulage des contraires : au relie il a le pouls fort grand & plein, l’vrinc copieufe en quantité, mais médiocre en couleur ôc fuhftance. Les fign es de l’homme cholérique. Ils ont la couleur citrine ou jaunaftre, ôc le corps maigre ôc grefle, ôc fort velu, les veines ôc ar- tères fortgrofles ôc amples, le pouls fort, ôc fréquent : on rrouue au toucher leur corps chaud ôc fec, dur, aride & afpre, auec vne vapeur acre qui exhale de tout leur corps : ils Jettent beaucoup de cholere par les felles, vomilfemens ôc vrines : d’auantage, ils font adextres d’entendement, ôc mer- ueilleufement prompts ôc vigilans : ils font aufti félons, audacieux, conûoitcux de gloire, afpres, vengeurs des iniures à eux faiéles, de forte que le fang leur boult d’ardeur,leur face, leur voix,leur gefte, leur mouuemcnr, font changez Ôc muez : auffi font libéraux, voire fouuent prodigues. Leur dormir eft petit ôc léger, leurs fonges font de chofes brullantes* furieufes ôc luifantes : ils fe dele- élent à manger ôc boire chofes froides ôc humides : dauantage,ils font fubjeéts aux fievres tierces, ôc aux ardantes, ôc refueries, ôc aliénations d’entendement, aux jauniifes, aux harpes, cryfipeles, ôc autres pnftules cholériques, ôc ont fouuent amertume de bouche, ôc font fubjets au flux de ventre, appeliez diarrhées Ôc dyfenteries. Signes de l’homme phlegmœtique. Ils ont la face blâche,& quelquesfois plombine ôc liuidc,& enfemble bouffie : la malfe du corps eft grafte & molIafte,& froide au toucher : ils font fubjeéls aux maladies faiëles de phlegme, com- me œdemes, tumeurs molles &: infcnfibles, aux hydropifies, aux fièvres quotidiennes,à l’alopecie, aux fréquentés diftillations ôc rheumes fur la trachée artère ôc poulinons: ils ont l’efprit lourd, greffier ôc ftupide; ils font fort pardieux , Ôc dorment profondément: ils fongent fouuent qu’il Quel eft l'homme fan- gui». Quel efl l'homme cho- ie rie. Quel eïî l'home phle- gmtuiiut. Le premier Liure de pleut 5c neige, 5c penfcnt nager 5c noyer : ils vomi fient beaucoup fie phlegme & aquofitez, 8e fou- A uent crachent grande quantité de faillie, & iettent excrcmcns femblablcs par les narines : ils ont la langue fort blanche 5c humide : ils font infatiables, 5c ont vn appétit canin,tquând la pituite pré- dominante cft del’efpece de celle qu’on appelle acide : 5c cuilent leurs viandes tardiuement, dont s’enfuit qu’ils engendrent grande quantité d’humeurs froides 5c pituiteufes, icfquclles le pins fou- uent s’amafient au boyau nommé Colon, lequel par ce moyen fe tend 5c fait vn bruit grenouillant, prefque femblable aux cris des grenouilles, 5c ont grandes douleurs, 8c leur fcmble que les parties dolentes foient tirées 5c bandées, dont s’enfuit la cholique paillon : A raifon que telle matière hu- mide 5c pituiteufe par vne chaleur imbecillc,telle qu’eft celle des hommes phlegmatiques,s’efieuct aisément des ventolitez, qui de leur legereté portées çà 5c là par les circonuolutions des inteftins, les enflent j 5c cherchans iffiic dehors font vn bruit tel que le vent palfant par vn lieu eflroir 5c angufte. Les Jîgnes de l’homme rnelanchvlîejue. Le premier figue effc pris de la couleur, c’eft que la face eft brune ou no ira lire , aucc vn regard inconftant, farouche 5c hagard, trifte , morne , 5c renfrongné. Le fécond efl pris des maladies, principalement lors que l’humeur mclancholique efl méfié aucc la cholere , & qu’il s’eft tourné en aduftion : car lors il aduient rongne 5c gratelle crouteufe , morpheé noire , chancre vlceré & non vlceré , ladrerie , Scp/ora, qui efl vne rongne puante, ou il efl trouué de petits corps farineux,ma- p ladie qui efl dite du vulgaire, mal fainét Main : ils font fubicéls aux fchires, hemorrhoides, vari- ces, flevres quartes, continues , intermittantes & fréquentes , quintaincs, fextaines , feptaines, qui toutesfois aduiennent fort rarement : à dureté 5c tumeur de la râtelle. Ils ont les veines 5c ar- tères fort eflroites , à caufe delà frigidité de leur tempérament, le propre de laquelle efl de re- ftraindre, comme le propre de la chaleur efl de dilater : que II quelquesfois les veines en telles perfomies femblent enflées , ce n’eft point vn bon fang , maispluftofl d’vne fubftance flatnenfe, à caufe dequoy ils font difficiles à faigner, non feulement parce qu’il ne fort rien ou peu la veine e- ftânt ouucrte, pour la rerreftrité 5c tardité de leurs humeurs : mais à caufe que la veine ne fait pas beau icu à la première imprelïïo de lancette, tantpource que le cuir des meîancholiques cft dur 5c rude,que aulïï qu’elle n’eftant prefque pleine que de vent,elle fluétuc 5c ondoyé ça & là. Leur corps efl froid 3c dur au toucher, ils ont fonges 5c idées endormant fort efpouuantables : car quelques- fois leur efl aduis qu’ils voyent des diables, ferpens, manoirs obfcurs , fcpulchres 5c corps morts, 5c autres chofes femblablcs ,lefquellcs imprcfîions font faites au fens , à caufe des vapeurs fuligi- neufes de l’humeur mclancholique, qui monte au cérucau , ainfi que nous voyons aduenir à ceux qui tombent en hydrophobie. Ils font graues 5c malins, fraudulens, trompeurs, chiches, 5c ex- trêmement anares , tardifs à payer leurs debtes , craintifs, triftes, chagrins, grongnars, de peu de parole, pleureux, penfifs, ingénieux,defirans grandes 5c excellentes chofes, 5c lont fort Soupçon- neux, folitaires, haïfiànsla compagnie des hommes,fermes 5c ftablcs en-leur opinion, tardifs à ire, C mais quand ils fc courroucent, ils s’appaifent difficilement. Et lors que l’humeur melancholique a excédé fon degré de iuftice, ils deuiennent par pourriture 5c aduftion dudit humeur furieux,ma- niaques, 5c fouuent fe précipitent 5c tuent. Ils font cruels, opiniaftres, inexorables, 5c leur efprit n’a point ou peu de repos ; dont toutesfois ne faut faire reigle générale , ains confiderer ce que Socratcs rcfpondit à fésdifciplcs , qui fe mocquoient du phyfionome qui auoit iugé leur maiftre, ( qu’on eftimoit le plus continent 5c charte de fon temps ) eftre paillard : l’eflois ( dit - il ) tel de nature, mais la Philofophie m’a enfeigné autres mœurs. Car la bonne nourriture, & les lettres peuuent changer l’inclination natruelle. Les gens de cœur 5c magnanimes ont eflé pour la plufpart meîancholiques, aufiî fort ingénieux , fages 5c prudens. On void pareillement au- cuns aucir le vifage d’vne Vierge, 5c le cœur d’vn lion, comme Alexandre le Grand. Plutarque dit que ceux qui ne font pas totalement bien nez , eftans fecourus par bonne doctrine 5c excr- citation , peuuent recounrer le défaut de leur nature : ainli qu’vne rerre aride 5c pierreufe plus qu’il ne feroit de befoin, eflantneantmoîns bien cultiuée, porte bon fruit. Il efl vray que félon la diuerfité des humeurs Sc temperamens, les hommes font ioyeux , riants 5c amoureux , audacieux, conuoiteux de gloire, vengeurs des injures , injurieux, libéraux , prodigues, d’efprit lourd 5c tar- dif, greffiers, parefleux, malins, frauduleux, trompeurs, chiches, auares, craintifs, triftes, penfifs, ingénieux, folitaires , fermes, ftablcs en leur opinion, furieux 5c maniaques , menteürs, faciles à D accoftcr, mifcricordieux, enuieux, ignares, fols, fots , badins, variables , querclleux , prudens , 5c ont autres aftcétions de Pâme. Or il faut icy noter qu’vn homme qui fera de température & corn- plexion fanguine, peut venir en complcxion cholérique , ou mclancholique, ou phlegmatique : comme le fanguin pourra deuenir cholérique , vfant d’alimens trop chauds 5c fecs ( car chacune chofe engendre, conferue Sc augmente fon femblable, Sc deftruit fon contraire)faifant grands exer- cices : auffipar interceffion d’cuacuation des excremens cholériques, qui fouloit eftre faite, ou par art, ou naturellement. Audi toute perfonne de quelque température qu'il foir, peut venir melan- eholique, vfapt de viandes qui engendrent vn gros fang, comme chair de bœuf, de cerf, vicils lie- vies , porcs, fourmage , 5c autres viandes trop falées. D’auancage la vie trifte empefehee de beau- coup d’affaires,foins,cogitations, contemplations, folicitudcs,procez, eftudes, ou lettres, 5c pour eftre trop fedentaire: car par faute d’exercice la chaleur naturelle s’aflbupit,& les humeurs deuîen- nent gros 5c terreftres : aiiflî la demeure en vne région froide 5c fciche : pareillement faute d’eua- cuationaccouftumee de Phumeur melancholiqué, qui auoit accouftumé de flucr par les hemor- rhoides , menftruës, ou de Peuacuation des humeurs par le fiege. Toute perfonne pour tomber en température phlegmatique, (non par tranfmutation du fang en phlegme , mais par efchange 5c mutation de maniéré de viure ) s'il vfe d’alimens froids 5c humides, s’il prend aulïï viandes ex- D'oit proulet le bruit gre- nouillât aux boyaux &tie cefi'tjue Pfora, Quel ejl l'homme me- iancholi^ue. ’ Far quel moyen fe peut changer la cvplexion na- turelle. LTntrodudHon à la Chirurgie. 17 A ceflîuement & hors de temps de heure dcuc , de deuant que les premières foyent cuittes , digérées (Sv. diftubuees : auffî s il fait grands mouuemens deuant que la concoélion foit faite : pareillement la demeure en vne région froide de humide : la vie oyfiue fans aucun foucy ne trifteffe ; l’intermif- non de 1 euacuation du phlcgme faite naturellement, ou par l’artifice des raedicamens , par vomif- lemcn recracher, moucher, hier, toutes ces chofes araaffenr le phlcgme en no lire corps, de rendent je lang phlegmatique, & par cohfequent changent toute l’habitude de noftre corps. Ce qui eft bien a noterpour fçauoir h celuy qui eft pituiteux, melancholic, ou d’autre tempérament, eft tel dénaturé dés fa première conformation , ou deuenu de fait rcl par maniéré de viure defordonnée. Quant aux parties du corps ou membres, feront déduites cy-apres bien amplement en l’Anato- mie, de pourcen’eft befoin icy d’en parler: parquoy laiftanr icelles nous viendrons aux facilitez, après auoir premièrement enfeigné par exemples plus particuliers la pratique des reigles générales des temperamens données par cy - deuant. Pratique & exercice fur les reigles données des temperamens & humeurs. Chapitre X. O y r accommoder la théorique des temperames à la pratique, il m’a fcmblé bon, ■Sgj pour euiterla confufîon qui aduiendroit fi nous voulions fuiure les différences qui 'pâ font es temperamens des hommes de toutes les Prouinces delà terre, nous propo- er es 4uatie extremitez d’icclle : fçauoir, POrient, l’Occident, le Septentrion , le Midy : 6c puis le milieu , & quafi comme centre de ces quatre parties du monde ha- bitable : Afin que les temperamens des hommes de telles régions expliquez en couleur,en mœurs, en aélion, eftudes,6c façon de viure, feruent comme de reigle Ôc conduite à cognoiftre 6c iugerdu tempérament de chacun en particulier, félon que le cognoiftrons eftre, ou approcher de celle ré- gion , ou de celle - là. Les Méridionaux, comme les Afriqnains, Arabes , -Ægyptiens & autres font ordi- nairement plus difformes, maigres,& défaits, de petite ftature, la couleur tannée, obfcure,& bala- nce ; les yeux noirs, les levres greffes 6c eflcuées, les chcueux crcfpus , 6c la voix grefle, caftee, & féminine. Les Septentrionaux, comme les Scythes, Polaques, Allemans,8c autres, font au contrai- re de ftature grande 6c bien difpofee, le plus fouuent de pleine 6c graffe habitude de corps. Ils ont la couleur blanche, la peau deliée, les chcueux vnis, longs, blonds,ou roux, les yeux de couleur de ciel, auec vne voix afpre, forte, ôc enrouée. Ceux d’entrc-deux,comme les Italiens, François,& au- q tres,font de couleur vn peu brune, beaux,gaillards, robuftes,vclus, grefles,charnus, ayans les yeux de chevre , ou cannez , la voix pleine, claire, 6c douce. Les Méridionaux eftans plus foibles de corps, font Fort cxcellens en gentillellè d’efprit, an con- traire des Septentrionaux qui l’ont lourd & grofîier,mais furpalfans les autres en force corporelle. Ce qui fe cognoiftra par les difeours des hiftoires,par lefquelles nous voyos toufiours les Scythes, les Gots 6c les Vandales auoir fait infinis rauages par 1’ Afrique 6c l’Efpagne : Bref, toufiours les grandes Monarchies fe font dreflees du Septentrion vers le Midy, 6c peu ou point du Midy vers le Septentrion. C’eft pourquoy les peuples de ce pays ne vuidoient leurs querelles aucremét que par le duel, comme onvoidés loix anciennes des Lombards, Anglois, Bourguignons, Danois, 6c Alle- mans,mefmes que Fronton Roy de Danncmarc ordona les differens n’eftre vuidez par autre moyé, comme dit Saxon l’Hiftorien : couftume qui eft générale en tout le pais de Mofcouie. Laquelle au contraire a toufiours efté rcprouuée comme chofe beftiale par les Méridionaux : & n’a iamais elle recette 6c prattiquée des Aft'yriens, Perfes,Hebrieux,& Ægyptiens qui en recompenfe fe font bafty 6c érigé vne Monarchie fur les lettres 6c factices occultes par leur bon cfprit, d’autant qu’eftans naturellement melancholiques, à raifon de la ficcité de leur tempérament, s’addonnent volontiers à folitudes 6c contemplations, eftans tres-fubtils 6c ingénieux. Parquoy les Æthiopiens,Ægyptiês, LybienSjHebrieux, Phœnyciens,Perfes, Aftyrics, 6c Indiens, ont inuencé plufieurs belles fciences, dcfcouuert les fecrets de nature,drefsé les Mathématiques, obferué les mouuemens celeftcs,6c pre- D mierement drefsé l’eftat delà Religion ,iufques là mefmcs que les Arabes, qui ne viuent que de larcin 6c brigandages, 6cqui pour toutes maifons n’ont que leurs chariots, ont plufieurs belles ob- feruarions de l’Aftrologie, qu’ils baillent de main en main à leurs fuccellèurs, 6c augmentent tous les iours, comme recite Léon l’Africain. Mais les Septentrionaux, comme les Allemans, pour l’a- bondance de l’humeur 8c du fang qui empefche la fpeculation, s’appliquent plus aux choies fenfi- blcs6c aux arts mechaniques, eftans leurs elprirs greffiers 6c lourds par la pefanreur du corps reti- rez du ciel en bas vers la terre; fçauoir, à la recherche des métaux & conduite des.mincs,à fondre 6c forger ouurages en fer, acier, cuiure,airain, efquels ils font admirables, iufques à auoir inuenté la Canonnerie 6c Imprimerie. Les peuples d’entre - d’eux , n’eftans nais ny aux fciences occultes comme les Méridionaux, ny aux mechaniques comme les feptentrionaux, s’addonneat aux affaires d’eftat, à la Police, 6c au trafic : eftans au refte doiiez de fuffifante force corporelle pour feinter les rufes 6c finelfes de ceux du Midy , 6c d’alfez bon confiai 6c aduis pour rompre l’impetuofité de ceux du Septentrion. Cela fie cognoift par l’exemple des Carthaginois, Africains, qui ayans long-temps trauailié l’Italie par rufes, finelfes 6c furprifes, n’ont toutesfois peû euiter qu’ils ne foient tombez fous le ioug 6c monarchie des Romains. Les Gots , Huns , 6c autres Aquilonaires , ontfaiél plu- fieurs ribleries fur les Romains , mais faute de prudence n’ont feeu garder 6c retenir ce que la for- ce corporelle leur auoir acquis. Parquoy les hiftoires nous tcfmoignent que les bonnes loix, la fa- çon de bien régir vne Republique, la Dialeôlique 6c Eloquence font venues de la Grece, Italie, 6c Les Commet font dijfttn- blables four la diuerfe fi~ tuaticn des régions. Comparat- fcn des Méri- dionaux auec les Septetrio- nnux. Le premier Liure de France : qui ont fourny ôc fourni fient encorcs auiourd'huy (principalement les deux dernieres)plus A d'cfcriuains &c gens de lettres , que tout le relie du monde enfemble. Doncpour attribuer à chacune, regio ce qui luy appartiennes Méridionaux font propres à eftu- d cr : les Septentrionaux, à guerroyer &'executer:ceuxd'cntre-deux,à régir 3c commander : l'Italien ell prudent : l'Efpagnol efl graue : le François diligent 3c adtif, de forte qu'on lediroit courir lors qu'il ne va que le pas , au regard de l'Efpagnol : qui pour ce s'aide volontiers d'vn feruiteur Fran- çois, à railon de fon allegrelîe en toutes fes aélions. Les Orientaux entre-eux font plus vigoureux Refermes d'entendement, ne cclans rien : car par droicb nous difons l'Orient dire de nature lolaire, &partat celle partie du iour doit dire dlimee plus virile 3c dextre : aulli voyons-nous es animaux les parties dextres dire plus robullcs ; au contraire les Occidentaux font plus efleminez , mok Sc fecrets : car celle partie ell deuë à la Lune,qui fe monftre touliours vers l'Occident, entre les dpaces interlunaires : au moyen dequoy celle partieellant oppofee à l'Orient, dl comme noélurne , répu- tée gauche ou lînillre. L'Occident dl moins temperé 3c falubre , de forte qu'entre tous les vents il n'y en a point de plus propice 3c falutaire , que celuy qu'on appelle Subfolanus, qui fouffle d'O- rient. Car bien que le Zephyrus, vent fauorabie , fouffle de l'Occident, toutesfois il louffle fort rarement, ôc prefque feulement lors que le Soleil fe couche. Les Septentrionaux mangent bien ôc boiuent encor mieux , libres à parler après le vin , non cauteleux , fe deportans aisément de leur promefiè, au relie fort chartes- Les Méridionaux au contraire fontlobres, fecrets, rufez, 3c lafeifs en toute vilenie de paillardife. Arillore en fes Problèmes dit, que les nations tant celles qui font trauailîees de chaleur excef- fiue, que de froidure, font barbares 3c fieres : d'autant que la bonne température de l'air rend les mœurs plus douces. les Scythes, Allemans, & autres Septentrionaux ,& pareillement les Africains 3c Méridionaux font cruels: ceux-là d'vne brauade, audace militaire pluftoft de cholere, que d’vne vengeance préméditée, parce qu'ils ne pcuucnt par raifon dompter 3c brider leurs premiers mouuemens & impetuolîtez : ceux-cy de pure& cauteleufc malice 3c de propos délibéré, à raifon de leur naturel trille Sc rnelancholique. Des Septentrionaux nous fera foy la cruauté de ceux de Tranfiluanie contre le feditieux Duc Georges, lequel ils firent defehirer vif à belles dents par leurs foldats, qu'ils auoient pour ce faire tenus trois iours fans manger : puis l’a- yans fait roftir à la broche, le firent deuorer par ceux qu’ils tenoient captifs de fon party. Pour les Méridionaux nous luffira l'exemple du Carthaginois Hannibal : qui voyant quelques captifs Ro- mains, leiquels il faifoitluiurefon camp a pied, eftre fi las ôc du chemin 3c du fardeau, qu'il les contraignoit porter, qu'ils ne pouuoient palfer outre, leur faifoit couper le deuanr des pieds,& les abandonnoit ainfi par le chemin. Les autres qui ne s'eftoient monftrez recreus, 3c eftoient parue- nus iufques où ils pretendoient, il les faifoit combattre frere contre frere, parent contre parent, 3c amy contre amy ; ne fe rafiafiant de leur fang refpandu, tant qu'il les euft tous reduiéls à vn feul G vainqueur. Regardons les Méridionaux de l'Amerique : ils baignent leurs enfans dedans le iang de leurs ennemis, en après ils fuccent 3c fe repaifiènt de leur chair efprainte entre deux pierres. Or comme les Méridionaux font exempts d’vne infinité de maladies pletoriqucs qui viennent d’abon- dance de fang, aufquelles font fubieébs les Septentrionaux , comme fièvres, fluxions , tumeurs, folies auecrifcc qui les incite à dancer 3C fauter durant l’accez, qu'ils appellent mal S. Vitus, 3c le guarident par mulique : auffi au contraire, ils font fubieéls aux frenefies qui viennent auec fureur 3c rage ,predifans qtielquesfois les choies aduenir , ayans plufieurs fonges eftrangcs , Ôc parlans plufieurs langages incognus durant l'accez : à toutes fortes de gratellc 3c ladrerie, maladie fi com- mune entre eux, qu'on ne rencontre par les champs en l’vne Ôc l'autre Mauritanie prefque qu’hof— pitaux pour les ladres. Les Montagnars font plus farouches 3c durs au trauail. Ceux qui habitent en la plaine, font plus mots ; principalement fi elle eft marcfcageufe,comme nous cognoiflbns par l'exemple des Ho- landois 3c Friions. Mais fi elle eft battue de chaleur 3c foufflee de plufieurs vents impétueux , ils font d'efprit turbulent, mutin, cupide de nouueauté , impatient de ioug , 3c feruitude , comme nous cognoiflbns par l'exemple de ceux de la Gaule Narbonoife. Ceux qui habitent en terroir fte- rile, font ordinairement de iugement plus accort 3c plus excitez au trauail, comme nous monftrenc les exemples des Athéniens en comparaifon de ceux delà Bœoce de Grece , les Romains en com- paraifon de ceux de la terre de Labour, & les Geneuois en comparaifon de leurs voifins. Blflaire. Autre hi flaire. Valere Un, y. Chap. i. Léon l'Afri- cain , & Al- uxre^. Des facultez. C h a p. XL Acuité ou vertu, eft vne.caufe efficiente prouenant du tempérament de la partie,laque!- le fait quelque adtion au corps. Il y a au corps humain trois facilitez principales qui le ||||| régi (fient &gouuen?cnt, 8c efquelles conlifte toute noftre vie quand elles font entières, &èL> à fiçanoir, l'Animale, Vitale, Naturelle. L'Animale eft affilie au propre tempérament du ccrueau,qui la diftribue à toutes les parties de noftre corps, par le moyen des nefs, par lefquels eft donné fiendrnent 8c mouuement. Icelle eft de trois fortes. L'vne eft motiue , l'autre fenlitiue , & la tierce appellée prîneeps, c'eft à dire , principale. La fenfidue conlifte en cinq fens extérieurs , fçauoit eft , la veuë, l'ouye, le gouft , le flair ou odorat, &■ l'attouchement. La motiue conlifte principalement es nerfs &c mufcles , qui font inftrumens du mouuement volontaire. La principale eft celle qui fait la ratiocination, la mémoire, la fanta- fie ou imagination , fous laquelle Galien comprend le fens commun & intérieur , bien qu'Ariftote les diftingue l'vne d'auec l'autre. La Vitale cftiîtuee au cœur,qui diftribu» chaleur & vie aux parties de noftre corps par le moyen De ta faculté animais. De la faculté vitale. L’Introduélion à la Chirurgie. 19 A des Telle faculté eft principalement empefehee és afFedions de la poidrine ou thorax, comme la luperieure , quand furuienc quelque affedion du cerneau, la plus remarquable : car ia- çoit qu’elle loir impoffiblc de foy , fi cft-ce qu’en ces inftrumens elle peut fouffrir beaucoup. Adion de faculté vitale eft la pulfation 6c batement continuel du cœur 6c desarteres : de laquelle il luruient trois profits 6c vfagesà tout le corps : car par la dilation du cœur 6c des arteres l’efprit vital par l’air ambiant attiré eft nourrie.par leur contradion la fuligineeft chaffee hors:6c par tous les deux la chaleur de tout le corps eft rafraîchie 6c temperce. La troiftefme eft la faculté naturel- le eftant au foye principalement : 6c celle qui donne nourriture à toutes les parties du corps, la- quelle vniuerfellement eft diuifec en trois, fçauoir eft, génératrice, feruanr à la génération 6c for- mation de routes les parties du corps au ventre de la mere : l’audrice ou augmentante, qui com- mence depuis la délinéation 6c conformation, 6c dure iufqucs à ce que les parties fpermatiques ayent prins leur grandeur 6c magnitude fuffifante en latitude, longitude ôc profondité. Car ainfi ies parties de noftre corps s’augmentent, 6c tout par le bénéfice de lanutririue, laquelle fert à la gé- nératrice 6c audrice. La nutritiuc donc eft celle qui repare 6c reftablit la triple fubftance de noftre corps qui a efté perdue 6c diflîpeepar le continuel flusd’iceluy, s’il eft ainli que nutrition ne foit que repletionde ce qui a efté vuidé. Ceftc faculté commence dés le premier commencement de g la formation de noftre corps, 6c dure iufqucs à la diffblution d’iceluy : parquoy elle eft de grande contemplation. Icelle eft accomplie par l’aide des quatre autres facultez nat urelles fpeciales, fea- uoir eft , Attradrice, Retentrice, Concodrice ou Alteratricc, Expultrice 6c Sequeftrice. L’attradricc eft celle qui a le moyen d’attirer à foy le fuc 6c aliment qui luy eft conuenable ( 6c tel fuc eft celuy qui peuteftre fait femblable à icelle partie) comme allez euidemment elle femon- ftreen vn homme affamé : car auant que le morceau foit mafché , il eft rauy 6c attiré par la vertu attradrice : ainfî en vn qui a grand foif , le boire eft promptement attiré. La retentrice eft celle qui garde 6c retient ce qui a efté attiré , iufques à tant qu’il aye efté cuit, digéré 6c préparé à nu- trition ; partant elle fert grandement à la vertu codrice : car la chaleur naturelle ne peut faire co- dîon, fi l’aliment n’eft comprins, gardé 6c arrefté pour eftre altéré, 6c du tout entièrement changé 6c fait femblable : comme pour exemple, la viande eftant attirée au ventricule, fi elle n’y eft rete- nue, elle ne pourra eftre tournée en chylns. L’alteratrice, ou concodrice change 6c tourne ce qui aura efté prins 6c retenu, 6c le fait'du tout femblable à la partie dont elle eft faculté, le tout par le propre teifcpcrament 6c chaleur naturelle d’icelle partie. Ainfi le ventricule fait vn chylus de tout le boire 6c manger que nous prenons : ainfi le foye par fa vertu codrice tourne 6c change le chylas en fang : aufîî le nerf 5c l’os muent 6c changét le fang qui leur eft apporté par les veines capillaires, en fubftance blanche 6c folide, qui auparauant eftoit rouge 6c fluxilc. Telle codion en l’os 6c nerf C eft plus difficile à faire, qu’elle n’eft en la chair mufculeufe, car à icelle le fang eft fort femblable: parquoy auec petite altération 6c dcficcation eft tourné en chair ; toutesfois telle altération 6c co- dion ne fe peut deuement fairc,fi l’aliment u’eft expurgé 6c nettoyé de fes excremens,6c chofcs qui luy font effranges. Parquoy non feulement à la première 6c fécondé codion ( comme nous auons dit) y a deux fortes d’excremcns, fçauoir eft, le gros, 6c le fubtil, mais aufli en la troifiéme, qui fe fait en chacune partie : Tvn eft cogncu par l’entendement, que nous appelions infenfible tranfpira- non, l’autre eft aucunesfois cogneu par fueurs, autresfois par la génération du poil 6c ongles, qui font engendrez des cxcremens fuligineux, gros ôc terreftres de la troifiefme codiomà cefte caufe il y a vne quatriefine faculté naturelle, qui ayde à la nutrition qu’on appelle expultrice , dediee à ex- peller 6c reietter les excremens feparez par la vertu fequeftrice, où les chofes n’ont peu eftre alté- rées 6c cuittes, ny du tout affimilées. Telles facultez aydantes à la nutrition, font en aucunes par- ties doubles, fçauoir eft, communes à tout le corps, 6c outre propres 6c particulières à elles, com- me au ventricule,au foye,aux veines j en aucunes, toutes quatre enfemble : comme aux parties cy- deffus dides : en aucunes deux feulement, comme au fiel, à la ratte, és reins,6c à la vefïie : és autres parties font feulement particulières 6c propres, comme és parties fimilaires, 6c fanguines, elquelles iî l’vne de ces quatre défaut, la partie eft mal faine, demeurant aucunesfois atrophiée 6c difforme, autresfois vlcerée , autresfois reçoit d’autres affedions, à raifon qu’elle rfeft bonnement nourrie, p Or telles facultez faifans deuement leur deuoir , l’aliment fera faid propre fubftance de la partie, qui eft la vraye aflîmilation, par degrez 6c moyens qui s’enfuiuent : car il faut premièrement qu’il afflué à la partie, puis qu’il foit apposé 6c mis : eftant apposé , qu’il foit agglutiné, 6c fiché : finale- ment après l’agglutination qu’il foit affimilé 6c fait du tout femblable. La faculté fcqueftrice ou feparante, eft celle qui peut tirer 8c faire choix des matières enticremet confufes ôcmeflees de bon 6c mauuais. Exemple : la veffie du fiel attire à foy la cholere du fang, laquelle n’apparoit au fens de la veué dedans le fang : 6c les rongnons tirent la ferofité du fang,6c là mettent a part qui eft iettee par l’vrine. Auffî le laid eft enuoyé des mammelles à la matrice,pafiant au trauers des veines rem- plies de fang. Et la boue d’vne apoftume faide au bras ou râtelle, poulinons ou foye,6c autres par- ties internes,eft vacuée par les vrincs, 6c par les felles, paflant par le fang, fans fe mixtionner auec luy. On void cela aux chofés inanimées, comme és vaiffeaux de verre nommez monte-vins,le vin palier au trauers de l’eau, 6c l’eau au trauers du vin, fans fe meffer enfemble. Par plus forte raifon il fe faid feparation des excremens , par la vertu 6c faculté fequcftrice qui eft au corps humain. Maintenant faut parler des adions qui viennent d’icelles. Vfage de la pulfation du cœur & ar- tères. De lafaculté naturelle. Que c'efi que nutrition. Des quatre na- turelles Re- ctales, cham- brières & fer- uantes des trois premiè- res. Deux fortes d'extremens. Que c'ejt quafliml*' tion. Le premier Liure de Des actions. Chap. XII. Différence d’action & ecuttre. CtïoK) °u fondion , on opération , eft vn mouuement adif prouenant de la'fa- cu^ * car rGut a' 4ue faculté dépend du tempérament, ainfi l’adion de la facul- té,& de l'action l'œuure. Et jaçoit que bien fouuét font confondus adion & œuure, toutesfois, il y a différence entre les deux : car l'adion demonftre le mouuement à faire quelque chofe, & l'œuure la chofc ja faidc,& du tout accomplie : comme nutri- tion, génération de chair, eft adion de nature : les parties ja nourries, la chair engendrée en vn vl- ccre cane,eft œuure d'icclle. Parquoy l'œuure dépend de l'adion , tout ainfi que l'adion dépend de la faculté, par le bénéfice des inftrumens bien dirpofez,& entiers : car fi la faculté défaut , ou qu'elle aye receu quelque offenfe, nulle adion fe pourra faire : de raefme, fi les inftrumens n’ont conuenable conformation (qui eft leur propre famé, par laquelle les membres & inftruments font prompts à faire quelque adion) l'adion fera nulle, ou peu louable. A cefte caufe, pour la bonté Sc perfedion des adions,il faut que les facultez,& les inftrumens d'icelles foient en deue difpofition, & en leur entier. Les adions font de deux différences : car ou elles font naturelles,ou volontaires: les naturelles font ainfi appellécs à raifon qu'elles font non volontaires,& ont vne necefllré en foy, laqucllenous ne pouuons empefeher, comme le mouuement du cœur, le poulx de l'artere, l'expui- 13 fion des cxcremens, ôz autres telles adions naturelles, qui ne fe gouuernent point félon noftre pro- pre vouloir. Telles adions procèdent &z viennent ou du foye, 3c des veines, ou du cœur , & des artères: parquoy on les pourra fpeçialement appeller vitales &z naturelles : car à chacune faculté faut attribuer vne adion, autrement s'enfuiuroit qu'vne facultéfercit oifiue,& fans vfage. Les non volontaires vitales , font Dilatation du cœur , Contradion des arteres ,quc nous appelions poulx. Par la dilatation font attirées les matières, &z par la contradion font dechalfees. Les non volon- taires naturelles font telles ; Z)!uljien des a fiions. Génération,' AmSUon , Nutrition, . Génératrice. Audrice. Nutrice. pronenant de la facultés T>e la géné- que e'efl. Génération n'eft autre choie qu’vnc conformation de matière, ou acquifition de forme fubftan- ticlle en la matière , laquelle eft accomplie par le moyeivdc deux vertus 8c facultez : l’vneeft alte* ratrice, qui préparé & altéré la femence 8c fang menftruel, pour en faire os, chair, nerfs, ligamens, membres, «3c autres telles parties : l’autre eft formatrice, qui forme 8c figure la matière ia préparée, & luy donne fituation , corapofition , 8c figure conuenable. Auélion , eft ampliation ou augmentation des parties folidcs , en longueur , largeur, 8c pro- fondité , gardant toutesfois la première forme 8c figure 8c folidité. Or eft-il diél en cefte défini- tion,auélion eftre’ampliation des parties fo!ides,parce que d’icelles feules dépend toute l’eftencc de l’augmentation : car vn corps pour amplifier en charnurc ou greffe, n’eft pas dit s’augmenter,mais feulement fi quant 8c quant les parties folides s’augmentent, 8c principalement les os : de tant qu’i- ccux s’augmentans, tout le corps pareillement s’augmente, encores que peut eftre il amaigriffe. Nutrition eftparfaiéle aflîmilation de la chofe qui doit nourrir,auecla partie qui doit eftre nour- rie. Icelle le parfait par le moyen de quatre autres actions particulières, fçauoir eft,attra6lion, ré- tention, cochon, «Scexpulfion. Les avions volontaires, qui tiennent entièrement de noftre volon- té , font ainfi appellees, à railon que félon noftre vouloir, nous les pouuons arrefter, ou excitcr,6c faire hafter, ou retarder, ainfi qu’il nous plaift. Icelîes ont trois différences : car où il y a fentimet, ou mouuement, ou aélion principale 8c princeffe. Le fentiment, ou fenfarion , eft fait en cinq fortes, qui font veoir, ouyr, odorcr, goufter 8c attoucher : lefqucllcs avions font faiéles par la cô- currence de trois chofes, à fçauoir, d’vn organe ouinftrument, d’vn moyen, &d’vn obieél. L’or- gane, ou infiniment, eft principalement l’efpht animal (duquel nous parlerons cy-après ) conduit 8c mené par les nerfs es propres parties où doiuent eftre faits tels fentiments : partant icelles par- ties feront prifes à prefentpour inftrnments 8c organes. Le moyen eft vn corps qui porte l’obieél,«3c le reprefente à l’inftrnment ou organe. L’obieél eft vue qualité extérieure, qui a vertu d’efmounok l’organe par l’ayde du moyen bien difpofé 8c affcélé. Ces chofes feront plus faciles , en déclarant particulièrement vnc chacune aélion par ces trois poinéls necelîàires. La vifion , eft aélion de la D faculté vifnelle ,laquelle eft faite en l’œil, qui eft conftitué de tuniques 8c dftiumeurs feruantsà faire telles aélions ; partant font pour l’inftrument de ladite vifion. L’obieél 8c qualité vifible rc- prefentee audit infiniment eft double : car ou il eft vifible de fa propre nature, comme la lumière, le foleifle feu,la lune 5c les eftoilles : ou par le bénéfice d’vn autre , comme par la clarté les cou- leurs nous font reprcfenrecs : toutesfois tels obieélsne font conduits à l’inftrument, fi ce n’eft par le moyen d’vn corps qui eft diaphane 8c tranfparant,corame l’air ou l’eau, ou la glace, ou le verre. L’ouyr a pour infiniment le conduit ou trou de l’os petreux,nomraé mammillaire, auquel il y a pannicules, nerf auditoire, 8c quelque air ouefprit contenu audit trou de l’os petreux. Son obieél eft tout fon, qui eft engendré de la pcrcufîîon de l’air,& caufé de la collifion 8c rencontre de deux corps,defqncls l’vn a rcccu le coup, l’autre l’a donné. Le moyen eft l’air extérieur qui porte le fon à l’oreille. Le fentir 8c odeur eft faiél és apophyfes mammillaires, produises de la propre fubftance du cerneau,& alîîfes fur l’os emoide,felon Galien. Toutesfois il eft fait és ventricules antérieurs du cerneau : telle aélion eft fort petite à l’homme au regard des autres animaux : fon obieél eft toute forte d’odeur, qui eft vne exhalation qui fort des corps. Le moyen par lequel tel obicél eft repre- fenté à l’odorat, eft l’air , 8c aux poîllons l’eau. Le goufter eft faiél à lalanguebien difpofeepar le bénéfice du nerf venant de la troifiefmc 8c quatriefme coniugaifon des nerfs du ccrueau, 8c difper- De l'aucîlon. De la nutri- tion. T>c la fenfa- tîon. Tnurqucy Us parties, com- me l'œil, & autres , font prîfes peur in. Jlrumens, Trois chofes font requifes à voir. Ouyr. Odorer. Gonfler, LTntrodudion à la Chirurgie. 21 A ic a la Superficie de la langue. Sonobicct eft de faneurs, defquelles nous parlerons cy- après en noftre antidotairc. Le moyen par lequel tel obieét cft conduit à l’inftrumcnt , eft exté- rieur ou intérieur : l'extérieur eft vue faliue humide & vnélueufe de la langue : l'interieur eft la chair fpongieufe d'icelle langue. Le toucher ou attouchement,eft faiéten toutes parties ayans nerfs, mais principalement en vne peau nerueufe dilpoicc par tout le corps,& mife fous la peau : toutes- tois le premier inftrument eft le cuir des doigts , comme auons dit au chapitre fi xi cime des Tcm- peramens. L'obieét,eft toute qualité tactile, Içauoir eft premicre,chaud,froid, humide , & fcc : ou leconde,rude,po!y,leger, pefanr, dur,mol,rarc, denfe, friable, vnétueux, fubtil & cras. Le moyen, qui porte tel obieél à l'inftrument, cft à la peau, ou à la chair qui a beaucoup de nerfs niellez auec elle. La leconde aétion animale,eft motion,raonuement fpecialement dit volontaire, quieftfaiét par le mufcle, appelle le propre inftrument du mouuement volontaire. Les différences principales de telle action lont,fiexion,&; extenfion îtoutesfois il y a autant de diuerfité de telles actions, qu'il y a de forces de polirions ou différences locales : car le mouuement eft fait haut ou bas, à dextre ou à (eneftre, deuant ou derrière, efquelles on pourra rapporter tant de fortes de mouucmens que nous auons an corps, pronenans d’vne infinité de mufcles. Au nombre de telles actions volontai- res faut référer la refpiration, à raifon qu'icelle eft faiéte par le moyen des mufcles, nonobftant qu'elle ferue à la réfrigération du cœur : car nous la pouuons arrefter pour quelque temps,quand il nous plaift, & la faire plus fréquenté, ou rare, qui font les propres conditions du mouuement vo- lontaire. Bref, pour fatisfaire à vne infinité d'obicétions qu'on fait touchant ce poinét, nous di- rons, que l'adion de relpirer appartient à la faculté animale, mais l’vfage Sc vtilité appartient à la vitale. L'onétion principale , & première en diqnité entre les actions volontaires, eft diuifée en trois: car, ou il y a imagination, ou cogitation ôc penfee, ou mémoire. L'imagination eft vne appréhen- sion ts écrits. C hap. XIII. r S S prit eft vne fubftance fubtile , acrcc, tranlparante & luifante faidc de la partie du fang la plus legerc &tenvc, afin que par icelle la vertu des facultez principa- les, qui gouuernenc noftre corps. Toit conduite ôc portée aux autres parties, pour faire leur propre adion. Car fi telle vertu n’eftoic portée aux parties pour faire leur propre adion,elles periroient incontinent. Telelprit eft communément fait triple, animal, vital, Sc naturel. LJefprit animal eft mis ôc logé au cerneau : car és veines ôc artères dudit cerneau il eft fait & clabouré, pour diftribuer par les nerfs, ôc porter le fentiment ôc mouuemenc és parties de noftre corps. Qu'il foie vray, il eft manifefte , qu'en Hyuer, à caufe de l'interception, ou glaciation dudit clprit faide par le froid és parties externes, comme la main, il y a deprauation, ou diminuation du mouuement& fentiment. Il eft appcllé animal, non qu’il foit fubftance de l'ame,mais à raifon que c’eft le principal inftrumcntd'icclle, qui eft logée au cerueau. Tel clprit eft vne fubftance fort fubtile ôc ignéc,laquellc félon la diuerfité des cinq fens extérieurs, a diuers noms: celuy qui faid la veuc ou vifion, eft dit vifoire ou vifuel,lequel nous pourrons voir fenfiblement faillir hors l’œil quand nous le frottons ôc agitons aucc le doigt, ôc principalement la nuid. Celuy qui eft porté à l'ouye, eft dit auditif : celuy du gouft, guftatif ; celuy du toucher, ta- dif. Il eft lait és anfraduoficcz des veines ôc arteres du cerueau de la partie la plus fubtile de l’e- iprit vital, porté en haut par l'artere carotide ; en partie aufîi de l'air, ou vapeurs, ou odeurs que nous attirons, infpirons par le nez es ventricules antérieurs du cerueau : ôc nous faifons interce- ption de tel elprit par ligatures fort eftreindes quand nous voulons amputer quelque membre. En vne paralyficauflî, ou apoplexie, à raifon de l'obftrudionqui ferme la voye audit efprit, quelques- fois la partie eft priuée de mouuemcnt, quelquesfois de mouuement ôc fentiment. Lefprit vital, fécond en dignité, eft affis au cœur,principalement au ventricule feneftre d’iceluy, Sc eft porté par les artères à toutes les parties du corps, pour entretenir ôc garder la chaleur fixe ôc affile de chacune partic,laquelle autrement periroit fi elle n’eftoicmaintenue par la chaleur fluente, qui vient auec ledit efprit par les arteres en chacune partie. Il eft le plus iubtil après l'animal : par- tant il a cfté diligemment gardé en vne tunique fortefpaiire , Sc prelque femblable au nerf, fçauoir la tunique intérieure de l'artere , qui eft cinq fois auffi efpaiflé que celle de la veine, comme de 1 o- pinio de Herophile citée en Galiê en plufieurs lieux.Tel efprit eft fait de lapaatic la plus fubtile du fimg, Sc de l'inlpiration de l’air ; parquoy s'il fe fait trop grande tranfpiration, ou vacuation excef- fiue , on quelque corruption d'humeurs, il eft incontinent perdu : auffi s'il fe faid quelque infpi- ration d’vn air pcftilcnt,ou autrement putréfié &malin,ou de quelque odeur infe6te,îl eft prompte- ment corrompu,qui eft la caufe de la mort tant fubite des peftiferez. Quelquesfois par obftruéHon & redondance, ou quelque trop grande inflammation , tel efprit ne peut bonnement reluire a la partie , ôc entretenir la chaleur naturelle d’icclle : dont s’enfuit corruption de toute la partie, que nous appelions fpacelle ou fyderation, de laquelle nous parlerons cy-apres. Que c’efi qu'etyrît. De l'etyrlt animal. De l'efprit vital. Le premier Liure de 22 De l'esprit naturel. L'cfprit naturt 1 ( fi d'auenture il y en a vn ) «ft alfis au foye de veines : il eft plus gros beaucoup A que les précédents, aufti inférieur en dignité,action de vfage : lequel eft d'ayder la nutrition de cha- cune partie, de conduire le fang ôc chaleur à icelle. Il y a d'autres efprits fixes de inférez es parties fimilaires ou fimples de noftre corps,qui font femblablement naturels de engendrez en vne chacune .partie d'iceluy. Et d'autant qu'ils font fubftances ætherées &: ignées , ils font tellement conioinéls auec la chaleur naturelle, que fans icelle ils ne peuuent non plus fubfifier ne demeurer que! la’flam- me du feu fins chaleur : lelquels auflîaucc icelle font comme les vagabons «Se fluans, les premiers inftrumens des faculté/. & opérations d'vne chacune partie de noftre corps. Or ces efprits fixes font nourris de entretenus en noftre corps de l'humeur radical,qui eft de fubftance acrée de huillcu- fe,contenu és parties fimples «Se fimilaires,lequel humeur eft le fondement fubftace de ces elprits fixes,de de la chaleur naturelle : pourtant nul homme ne peut viure vn momet de temps fans iceluy, pource qu'il eft la matière fubjecle tant de ces efprits icy, que de la chaleur naturelle, fans lefquds nul animal peut viure. Car les premiers inftrumens de la vie de l'animal, font les efprits de la cha- leur naturelle, defquels lame fefert pour faire fes opérations : pourtant,!! cette matière ou humeur radicaleeft diftipée ,qui eft le propre fiege des efprits, «Se delà chaleur naturelle, comment fera-il pofiible que leur fubftance puilfe plus perfifter de demeurer ? Si donc ceftefubftance radicale de fub- ftantifique périt, il eft certain que la chaleur naturelle s'efteinr, «Se par confequent la mort s’enfuir, qui prouient par la refolution de la chaleur naturelle. Puis donc que cefte cfpece d'efprits auec la B chaleur naturelle, eft contenue en vne chacune partie fimilairc de noftre corps,(car autrement elle ne pourroit perfifter ) il s'eniuit qu’il y en a autant comme de parties fimilaires : car vne chacune d'icclles à ion propre efprit &c chaleur naturelle, pource qu’elle a fa propre tempérance «Se comple- xion,de laquelle l'efprit «Se chaleur naturelle procédé : pourtant l’efprit qui eft en l'os,n'eft pas ccluy du nerf ; ny celuy du nerf, des veines. Ainfi peut-on iuger de tous les autres qui font en vne partie fimple. Et cefte variété de diuerfité des efprits fixes prouient de la variable température de mixtion des quatre Elemens d'où ils procèdent. Or telle confideration des efprits n’eft de petite confequen- ce, car en iceux confiftent nos vertus de forces : de là vient que nous fournies affoiblis de deftituez quafi de toutes forces, quand ils ont fouffert par trop grande refolution. Parquoy faut auoir dili- gemment égard à la conferuation de maintien d’iceux : car s’ils font foibles, toute indication cura- riue des maladies cefte, «Se bien forment fommes contraints laifter la propre cure pour les reftaurer de reftablir en leur entier. Ce que nous faifons par viandes ja du tout préparées à nutririon,par bon vin, odeurs douces & amiables. Autresfois ils font retirez au dedans pour quelque grande oppref- fion de nature, à cefte caufc par odeurs puantes de fetides fommes contraints les reuocquer de de- dans au dehors. lufques à prefenr auons déclaré les chofes qui conftituent de compofent noftre corps, que l’on appelle naturelles, de quelques vnes de leurs annexes : refte encore à parler d’aucu- „ nés d’icellcs. Des écrits fixes en cha~ cune partie. 'L'aage, duquel nous auons traidé aux temperamens. Le lexe. La couleur. La commoderation ou fanté des parties inftrumentaires. Le temps, duquel nous auons traidé aux temperamens. La région. .LJart, ou cftat & manière de viure. Les annexes des chofes naturelles font, Des annexes des chofes naturelles. C H A p. XIV. BE fexe n’eft autre chofe que la différence du mafle & de la femelle : en laquêlle faut confiderer que la femme aroufîours moins de chaleur que l'homme, aufïi qu'elle a quelques parties peu différentes ,& fituées en autre lieu que l’homme : dauantage que les parties fpermatiques d’icellc, font plus froides, plus molles & moins feiches - que celles de l’homme , & que les adHons naturelles ne font tant parfaidtes en elles qu’en l’homme. A la nature de la femme faut rapporter les chaftrez, car ils degenerent en tel fexe, & retiennent la nature d’iceluy, comme on void par la voix féminine, & défaut de poil par l’imbe- D cille chaleur; toutesfois, faut auoir égard qu’aucunes femmes approchent grandement de la natu- re de l’homme, comme appert àla voix virile, tk quelquesfois on les voir porter barbe au menton. Au contraire, aucuns hommes retiennent de la nature de la femme,pour autant on les appelle efre- minez. L’hermaphrodite, à raifon qu’il tient de la nature de l’homme,& de la femme,il eft moyen entre les deux, participant de l’vn & de l’autre. La couleur externe & adhérante à la peau naturellement, demonftre le tempérament : car ainfi que Galien dit au comm. fur le 2. Aphorifme de la première fedt. ôc autres lieux , la couleur le monftre telle à la peau, quel eft l’humeur contenu dellbuselle; & pourtant fi elle eft rouge,vermeil- le & Enfante, elle monftre l’abondance du fang & bonté des cfprits : fi elle eft jaune,elle déclaré la domination de cholere : fi elle eft pafle ou blanche, elle tefmoigne alfez la multitude de pituite tk phlcgme j fi elle eft noire ou tance, elle monftre l’humeur raelancholique dominer. Es excremens naturels, elle eft grande confideration : c deme pour exemple , en vn vlcere le pus fortant blanc, demonftre bonne difpofition de la partie vlceree : mais d’autre couleur, comme ronge & fanglanr, ou verd , ou liuide, oudeplufieurs autres meflces enfemble, il déclaré l’imbécillité de ladite partie, qui n’a efte aiîéz forte pour le faire femblable à foy. Anfli és tumeurs contre nature , la couleur monftre la différence defdiétes tumeurs, ou complication d’icelîes. La commoderation ou fanté, des parties organiques confifte en figure, magnitude, nombre fituadon &c connexion conuenable Du fexe. De la cou- leur. L’Introdudion à la Chirurgie. A qu'elles foient moins fubicétes aux offenfes &c dommages extérieurs. En grandeur & magnitude feante, comme fi elles font grades ôc grofies, ou maigres de extenuées. Nombre des parties entier ou défaillant : entier,comme de cinq doigts à la main : defaillant,commc h quelque partie naturel- le défaut pour quelque empefehement de nature. En fituation & connexion conuenable, comme quand chacune partie eft en fa Situation naturelle, & bien vnie de alfemblée l’vne auec l’autre. La partie de l'an a efté ja déclarée es temperamens. La région auüi eft comprinfe fous l'air , duquel nous dirons aux chofcs non naturelles. L'art de maniéré de viure&rcouftume changent beaucoup, de du tout le tempérament, parquoy font à confiderer : mais elles font tant diuerfes de variables, qu'elles ne peuuent bonnement eftre deferites. Gard l'art eft de grand trauail, comme des labourcurs,mariniers, de autres artifans qui travaillent beaucoup,elle rend les parties du corps plus folides,ferraes,dures de plus feiches : routes- fois, ceux qui conuerfent fur l’eau, jaçoit qu’ils s'exercent beaucoup, font fubjeds à maladies froi- des : au contraire, ceux qui trauaillent aux métaux, comme marefehaux, ferruriers, fondeurs, font cfprins ordinairement de maladies chaudes , comme fièvres, de autres. Si elle eft de petit trauail, comme de coufturicrs, de autres qui en exerçant leur art ne trauaillent pas beaucoup le corps, elle rendra lecorps plus mol de excrementeux. Autant en fait la maniéré de viure oifiuefans trauail de corps de d'efprit,auec abondance des viandes, laquelle ordinairement eft fubjede à pierres,grauelles ■g de gouttes. Celle qui a quelque occupation , de non trop laborieufe, de auec médiocrité des vian- des ou abftinencc, rendra le corps moins excrementeux, &Ie gardera aucunement en fon tempéra- ment naturel. Le bon efpritôc iugement naturel du Chirurgien pourra d'auantage comprendre en chacun particulier. Et puis qu'auons fuffifamraent de briefuement déclaré, tant les choies naturel- les que les annexes, faut venir maintenant aux non naturelles. ou famé dn parties i»- De px re^ûtfa De l'art, ou de i'efiat maniéré de viure. Des chofes non naturelles* C h a p. XV. SO v s auons déclaré le plus brîefuement qu'il a efté poffible les chofes naturelles,qui font la conftitution de noftre corps, lefquelles font comprinfes en la première partie de Medecine, nommée Phyfiologie: faut à prcfent defcendre à celles qui gardent ôc maintiennent le corps, eftant ainfi conftitué naturellement, c’eft à dire,qui font hors la nature &cftence de noftre corps. Telles chofes Galien appelle confernatrices , à raifon qu’elles conferucnt ôc gardent les corps en fanté : les modernes les ont nommées non natu- relles , à raifon qu’elles ne font de conftitution ou compofition du corps de l’homme , on les peut dire neutres ou indifférentes : car elles tiennét le lieu moyen entre les naturelles, & celles qui font contre nature : joinét aulîî que fi elles font deuement appliquées, elles apporteront fanté : ôc au Contraire, fi elles font mal adminiftrées : à cefte caufc icelles font comprifes en la fécondé partie de C Médecine, dite Hygiainc j c’eft à dire, garde de fanté : non pas qu’aucunes d’icelles loient telles , qu’elles foient toufiours falubres,autres infalubrcs de leur nature : mais feulementpourcequelles font faites ôc rendues telles par vfage commode ou incommode. Tel vfage confiftc en quatre conditions, fçauoir,en quantité, ôc qualité, en l’occafion , & en la manière d’vfer : lefquelles fi tu obferucs,tu feras que ces chofes qui de foy font indifFerentcs,feront toufiours falubres : car de ces quatre dépendent toutes les réglés ôc préceptes de cefte partie de Me- decine, qui a égard àla conferuation de la fanté. Ces chofes non naturelles, comme dit Galien au premier liure De Sanitate tuenda, font comprifes en quatre genres ôc dictions vniucrfclles,que l’on nomme /amenda, admouenda, edueenda ,faclenda. S amenda, c’eft à dire, chofes qui fe prennent au dedans foit par la bouche, foit autre-part, font l’air, boire & manger. Admonenda, c’eft à dire,cho- fes qui s’appliquent par dehors , font tous medicamens, Ôc toute autre chofe que l’on approche tant au corps qu’à quelque partie que ce (bit. Edacenda ; c’eft à dire,cequi eft tiré dehors,font tous cxcremens qui fortent hors du corps, toutes chofes eftranges que l’on tire d’iceluy. Eacienda, c’eft à dire, ce qu'il faut faire, font trauail,repos, dormir, veiller, & autres : toutesfois , communément on les diuife en fix, qui font, L’air. p Boire & manger. Trauail, ou exercice ôc repos. Dormir ôc veiller. Excrétion ôc rétention , ou replction ôc inanition. Les perturbations de l'amc. Tourquoy les chofes font dictes non na» tureüti. G ali en au 1. ad Glauc. De C h a p. XVI. H'Air eft celuy fans lequel nous ne pouuons viure, s’il eft ainlî que la refpiratio ne puif- Te cftrefeparce de la vie ; d’auantage , c’eft celuy fans lequel ne pouuons garder la Tan- te, ny guarir les maladies, ainlî que dit Galien au neufiefme de la méthode; pour celle caufe il cil de grande conlideration en la Medecine & Chirurgie. Qu’ainlî loit, il eft trcf-neceftaire cognoiftre celuy qui eft bon , & celuy qui eft mauuais , aulli qui eft contraire à la maladie, ou qui aidcicelle & luy donne force, comme eft celuy qui eft du tout Temblable a icelle: à celle caule il doit cftrc changé , s'il eft naturel, ôc rendu artificiellement contraire à la maladie*, Qu’il Toit vray,en Hyuer,s’il furuienr playe de tefte,en la penfant& traittant,faifons vn air chaud, par la reuerberation de quelque fer efchaufé auparauant au feu(car le froid eft du tout contraire au ccrueau & playes de telle ) &c ainli és autres maladies qui demander air accommode à leur natuie. Necejfttd* l'atr. 24 Le premier Liure de Ze froid en- nemy des pla- ces de U tejlt. Quand l’air eft trop chaud ôc tiré au dedans par Finfpiration , il efehauffe les poulinons , le cœur A ôc les cfprits , & fait que les forces font affaiblies par diffipation , à raifon de la fubtilité d’efprits. Audi lors qu’il eft trop froid, il débilité les vertus & le? fuffoque , tant par fuppreffion des excre- mens fuligineux, que par incrallàtion des efprits. L’air donc naturel ôc tres-falubre,eft celuy qui eft exactement pur, fubtil, clair,& libre de toutes parts, eftant hors de toute corruption, tant de beftes que d’autres chofcs*putrefiees, eftoigné du tout d’eftangs, marefeages, ôc caucrnes : ny eftant fait nébuleux par vnc riuiere prochaine : tel air eft conuenable ( s’il eft tempéré, corne aduient au Prin- temps ) à toutes maladies, ôc leur aide grandement. L’air qui eft contraire au.précédent, ôc du tour mal-fain, eft celuy qui eft pourry fans aucune perflation, humide , enclos entre montaignes , cor- rompu de quelque mauuaifc vapeur,ou exhalation de quelque raarez, eftang, ou riuiere prochaine. Tel air eft nuifible ôc dommageable, non pas feulement à toutes aages ôc températures , mais aulîî à toutes maladies. Or puifque l’air propre à chacune maladie ne peut eftre icy bonnement deferit, à raifon qu’il eft particulier ôc diuers és maladies, ieme contenteray de déclarer ce qui eft entendu généralement par l’air. Par l’air les autheurs Médecins entendent trois choies, la prefente conftitution de l’air, la région où nous Pommes, ôc la partiede l’annee. Du tempérament de la dernierc auons traiélé és chofes na- jg tutelles, parlans des remperamens : donc nous parlerons feulement des deux autres. Laprefènte conftitution de l’air, aucunesfois eft quelques iours fcmblablc au Printemps(c’eft à dire,temperee)partant fort falubre ôc peu maladiue : autresfois elle reprefente l’Efté, c’eft à dire,cllc eft chaude ôc feiche rquclquesfois l’Autone, autresfois l’Hyuer, c’eft à dire elle eft pluuieufe, froi- de, & humide : ôc félon fes diuerfes conftitutions elle engendre fouuentesfois fièvres , apoftemes, ôc autres maladies, fuiuant le dire d’Hippocrates autroifiefmedes Aphorifmes. Quand en vn mef- me iour , tantoft il fait froid, tantoft chaud , il faut attendre maladies de l’Automne. Or telles va- rierez ôc mutations de la conftitution de l’air aduiennent à raifon de la diuerfité des vêts qui fouf- flent,la nature defquels eft grandement à confidcrer : car par iceux nous cognoillbns fenfiblement les mutations de l’air : partant les deferirons le plus briefuement que faire fe pourra. Le vent d’Orienr, qui eft dit en Latin Subfolanpuf,en François Solaire, eft de nature chaude ôc fei- che,falubre& fain. Le vent d’Occident, àitFauoniniy ôc vulgairement Galerne, eft froid ôc humi- de, maladif ôc infalubre. Le vent de Midy eft chaud ôc humide, caufe de corruption ôc maladies prouenantes de pourriture. Le vent de Septentrion, dit communément la Bize,cft froid ôc fec, fain ôc falubre,lequel s’il fouffle durât les iours caniculaires,apporte falubrité à toute l’année , ôc amene infklnbrité fi elle a précédé. Or telle defeription des quatre vents eft faite feulement félon leur na- turel ôc propre, qui eft pris du naturel de la région, dont ils commencent à fouffler : car autrement q nous expérimentons forment des effeéls aux vents tons contraires à leur propre nature félon les lieux par où ils paftent comme montagne couuertcs de neige, mers,eftangs,riuiercs,forefts,campa- gnes fablonneu(es,&: autres lieüx,defquels ils empruntent les qualitez,& nous fes apportent venans vers nous. Ainfi auons-nous dit le vent Fauonim, c’eft à dire,fau©rable, eftre neantmoins maladif ôc infalubre pour le refpeêt de fon naturel de la région Occidentale, froide ôc humi- de dont il part : ôc tel l’experimentent les Gafcons, tellement à leur dommage, que bien rarement il louffle en leur pais, fans quelque infigne détriment és hommes, ou biens delà terrc,&toutesfois les Grecs ôc Italiens l’ont toufiours lolié comme le plus falubre. Le leuer auffi , ou coucher des eftoilîes les plus inlignes,efleue quelquesfois tels vents froids , qui refroidiftent grandement l’air, ou le changent en autre qualité, Ôc efleuent les exhalations ôc vapeurs dont précédent les vents, nuées, orages, tourbillons, efclairs,foudres, tonnerres, greflcs, gelées, neiges, pluyes, tremblemens de terre,inondation d’eaux,anec flus &reflus demarée,& antrescalamitez : mais l’enticre cognoif- fance ôc contemplation, tant des vents que du mouucment des eftoilîes, appartiét à l’Aftronomie, comme la fpeculation des régions ôc des climats aux Cofmographes ôc Géographes. Touresfois, Hipocrares en a traiefté en fon liure de l’Air des lieux ôc eaux, où il deferit les pays qui luy eftoient cogncus Ôc voifins. Auffi manifeftement nous cognoillbns combien nuit ôc profite l’air d’vne ré- gion plus que l’autre, ôc qu’il eft plus conuenable à vne maladie que l’autre, ainfi que dit Guidon de Cauliac, que les playes de la telle font plus facheufes à guarir à Paris qu’en Auigon, Ôc au con- traire les vlceres des jambes plus faciles à guarir à Paris qu’en Auignon : à raifon que l’air de Paris eft froid ôc humide au pris de celuy d’Auignon, partant il eft ennemy des playe? de la telle ; routes-«v~ fois iceluy par là conftitution condenfe les humeurs , ôc les rend,moins fluxiles , dont font plus fa- cilement guaris les vlceres des jambes-, la curation dcfquelles eft le plus fouuent retardee , àrai- fon des fluxions qui fc font efdits vlceres. Parquoy il eft notoire , que les lieux chauds ôc appro- chans de 1 Æquinoétial, font grande diffipation de noftre fubftance ôc chaleur naturelle, dont elle eft affoiblic , comme aduient es pays d’Italie ôc Afrique : le contraire faut entendre des lieux efloi- gnez dudit Æquinoélial, efquels eft fait moindre refolution de la chaleur naturelle : dont les for- ces ôc vertus font plus grâdes efdits lieux,qu’autrepart,à celle caufe ils endurent mieux la faigneer ceux du pays chaud portent mieux la purgation , ôc font.plus difficiles à efmouuoir ; ôc faut attri- buer tels accidens ôc qualitez de l’air à vn pays chaud , que nous donnons à l’Efté , lefquelles font doubles en celte partie de l’annee audit pays , ôc plus remifes en Hyuer, mais toutesfois femblables à l’Efté. Plus curieufe diftinêtion des habitations ie lai lie aux Géographes,aufqnels appartient tel- le contemplation : feulement ie diray que l’air change ôc altéré la conftitution de noftre corps : ou .par fa qualité, comme s'il eft trop froid, chaud, fec , ou humide : ou par fa fubftance, s’il eft trop efpais, fubtil, ou corrompu d’exhalations putrides : par fon changement foudain , comme fi de tranquille qu’il eftoit, foudaineraent il vient à eftre impétueux. Me contentant au relie d’auoir ru- dement efeript ce qui fe peut praéliquer ôc mettre en vfage, pour venir à parler du boire ôc man- Ce qui e[l entendu par l'air. De la con- fiitution pre- fente de l'air. Des vents. Tourquoy les play es de la tefle font fafcheufes à guarîr a Pa~ fit, &Us vl~ ceres des iarn~ les en Aui~ gnon. L'air change noflre corps par trois ma- niérés. L’Introdu&ion à la Chirurgie. 25 A ger, qui après l'air eft la choie plus necdlaire au maintien 6c fubftentation du corps. Bu manger & boire. C h a p. XVII. ao V R trai&cr briefuement du manger ôc boire, il nous faut parler de la bonté tant des viandes que du bfunage , de la mefure & quantité , qualité, couftume ôc plaifir, ou deledation : auffi de l'ordre, du temps, de l'aage, & de la partie de I année. La bonté, ou malice eft confideree félon que telles viandes engendrent bon & mauuais fuc : car le mauuais fang que les Grecs appellent Cacochymie, eft la fource ôc la caufe de toutes maladies: au contraire, le bon fang refifte à toutes maladies,& ne caufe iamais icelles, s'il ne peche en quan- tité : parquoy il eft grandement neceftaire ôc requis à ceux qui veulent garder leur famé, & obuier aux maladies, qu'ils vient des viandes de bon fuc : telles font le bon vin, iaunes d'œufs , bon laict, bon pain , bonne chair de chappon , perdrix , griues, alouettes , veau , mouton, chéurean, ôc au- tres que verras au Hure de Galien des facultez des alimens , où tu trouueras auffi celles qui font de mauuais aliment, lefquelles cognoiftras par vne qualité , ôc faucurmanifefte, comme acre,ame- re,ialee, aigre, auftere ôc acerbe. Or la bonne viande telle qu'elle foit , ne peut faire profit au corps ,s'ellc n'eftprinfe en deuëquantité : mais au contraire , elle nuit grandement ôc caufe mala- dies tout ainfi que la mauuaife, prinfe en petite quantité aucunesfois ne nuit point , ou bien peu: parquoy faut bien tenir mefure au boire & au manger ; mais principalement aux maladies. Car g comme dit Hippocrates , la viande eft force pour les fains , ôc maladie aux malades , fi la mefure ôc quantité n'eft bien obferuce : parquoy il eft fort neceftaire cognoiftre les maladies qui requièrent diette eftroitte , ou l'aage , lefquelles Galien a eferit au premier de l’art curatiue ad Glauconem : di- fane qu'és maladies aiguës, 8c qui viennent incontinent à leur vigueur , il faut peu nourrir : es longues, du commencement il faut donner viandes plus largement, à fin qu'on puilTe refifter 8c fupporter le mal : ce qui a efté auffi confirmé par Hippocrates au premier des Aphorifines.D’auan- tage quand le mal vient à fou eftat, il faut nourrir fort eftroittement, félon l'Aphorifme huiélicf- me du premier Hure : telle eft la mefure du boire & manger qu'il faut garder és maladies ayant tou- tesfois toufiours cfgard a la force 3c vertu du patient, ôc couftume d'iceluy. Car la couftume fc doit changer peu à peu és maladies, ôc non tout à coup. Telle couftume eft certainement fort diuerfe ôc variable, ôc dépend du bon Jugement ôc prudence du Médecin, ou Chirurgien : auffi és fains ne peut eftre diftinguee telle mefure ôc quantité par poids certain : car aucuns demandent plus grand nourri dément, les autres moindre, félon que la refolution , oudiffipation de la triple fubftancceft plus grande ou plus petite. Qu'ainfi foit, les hommes à raifon de l'aéliuité de leur chaleur , ôc re- folution plus grande , appetent dauantage , ôc mangent plus que les femmes : ne plus ne moins qu'aux Jeunes doiuct eftre alimens plus copieux qu’aux vids,& touresfois encores aucuns des hom- mes ieunes ont befoin de plus grande refeélion que les autres, félon leur couftume ôc maniéré de viure ôc tempérament. Tant y a qu'il y a vne mefure commune Ôc vninerfelle, qui eft de ne man- ger iufques a fatieté, félon le dire d'Hippocrates , difant qu'il y a deux moyens de garder la fanté, l’vn de n'eftre oifif ne tardif à faire exercice ôc trauailler : l'autre , de ne fe remplir par trop & fou- C 1er des viandes. Telle doit eftre la quantité ou mefure du boire Sc manger. Il faut auffi diligem- ment confidercr la qualité, tant pour les fains que pour les malades : elle eft ou première, comme chaude , froide , humide, feiche : ou fécondé , comme atténuante , incraftante, obftruente , ou aperiente, Ôc les autres, félon lefquelles qualitez la maniéré de viure doit eftre diuerfe és malades ôc fains. Car les fains demandent viandes qui les puiftent maintenir ôc garder en fanté : parquoy faut qu'elles foient femblables félon les qualitez à leur tempérament ôc nature, laquelle fi elle eft entière, nous tient en fanté : comme à vne nature ôc température chaude ôc humide ( tels font les enfans } fuit donner viandes chaudes ôc humides : à vne nature froide ôc feiche (comme font vieil- lards , faut donner viandes femblables â leur température, s'il eft vray que la fanté doit eftre main- tenue ôc gardee par choies femblables. Toutesfois parce que la vieilleftè, quelque gaillarde qu'elle foit, eft de fa nature comme vne efpece de maladie , il femble meilleur k nourrir des viandes con- traires à fon tempérament, fçauoir chaudes ôc humides , pour toufiours retarder les caufes de la mort, frigidité Ôc ficcité , qui la talonne de bien près : car à vne maladie ne faut donner viandes femblables , puis qu'elle eft contre nature, pour autant que l’on l'augmentcroit, ôc on luy donne- roi t vertu , mais contraires &diftemblables en qualité , afin qu’elles puiftent combattre ladite ma- ladie : à ceftc caufe vne maladie chaude , comme phlegmon, ou ery fipelas, demande viandes réfri- gérantes; vne froide , comme œdeme ou feirrhe, efchauffantes. Qui eft la raifon pour laquelle Hippocrates a dit en fon i. des Aphorifines , que la maniéré de viure humedtante eft conuenabie à toutes fiéures, puis que la fiéure eft affeétion feiche : faut dont bien entendre la nature de la mala- die,pour luy ordonner diete contraire en qualité première ou fécondé. Or ce n'eft pas allez d’auoir cogneu la quantité ôc qualité des viandes, mais auffi il faut entendre la couftume ôc manière de les prendre,s'il eftainfi que félon le dire des principaux Médecins,la couftume ( c'eft à dire, maniéré de viure ) eft vne autre nature. Car icclle aucunesfois change le propre tempérament naturel, ôc en lailïe vn autre acquis : partant la couftume non feulement eft à garder és fains * mais auffi és mala- des : car fi promptement vous la voulez changer de pire en meilleure , vous ferez certainement, plus de mal que de bien, fuinant le dire d'Hippocrates, que les mutations fubites ôc repentines font dangereufes. A celle caufe , fi nous voulons changer la maniéré de viure accouftumce , qui eft vi- cicufe, ou qui engendre mal, ou l’entretient, peu à peu faut faire ce change, afin que nature ne fe fafche , &que fans grande perturbation elle puifte prendrenounellecouftume: car encores qu'vne viande ne foit de foy - mcfme de bon nourriiîeraent, elle fera moins ou plus tard cuite ôc digeree En quoy c donner aucune pefanteur ou vomilfement, ou naufee, cuittes, digerees Ôc diftribuées. Tel cfteél n’ont celles qui viennent à conrrc-cœur,& defplaifent à nature : car au contraire, en les abhorrant, elle fait rots aigres ôc puants, dégonflement, naufee , vomilfement, pefanteur, mal de telle ôc faf- cherie de tout le corps. Parquoy faut diligemment s’enquefter quelles viandes plaifent au maia- de,afin de le mettre en goult ôc appetir,principalement quâd il effc fort dégonflé ou débilité de quel- que grande euacuation ôc vomilîement. Car fi les viandes luy en viennent à gré,iî pourra mieux dire l'dlauré , jaçoit qu’aucunesfois elles luy foyent peu conuenables Ôc profitables, ainfi qu’Hip- pocrates a eferit. Le boire ôc manger qui eft baillé , foitaux fains ou malades, cft meilleur & plus conuenable, s’ils Ictrouucnt bon , & eft à leur appétit, encore qu’il leur foit vn peu plus mauuais que celuy qui leur eft meilleur , combien qu’il ne leur foit pas fi agréable , ne à leur gouft : par lef- quclleS paroles Hippocratesmonftre aftezqu’il fautbien fouuent anoirefgard au plaifir du malade, pour luy ordonner fa maniéré de viure. L’ordre du boire & manger n’eft de moindre égard que B les precedens : car cncoresque les viandes foient bonnes, plaifantes, ôc accouftumces , s’elles ne font prifes par ordre , elles font mal cuittes ôc digerees,ou baillent grand trauail à l’eftomach : par- quoy faut confiderer qu'elles doiuent eftre les premières,& quelles les dernières : car les viandes de facile digeftion ne doiuent eftre mifes après celles de difficile coction : ny les aftringentes ou {bi- ches deuant les lubriques : mais au contraire faut prendre premièrement viandes faciles à cuire ou lubriques, commechofes gralles , humides, douces, pour lafeher le ventre : puis les viandes de difficile digeftion , ou-aftringentes , ou feiches fuiuronc, pour fermer l’orifice de l’eftomach, à fin que par ce moyen il embraftb de toutes parts les viandes,& que la chaleur foit contenue ôc ramaftee en iceluy,& par ces deux moyens la viande foit mieux cuitte. A cefte caufc Hippocrate a toujours intention le matin ôc à difner de bailler viandes qui faftent defeendre les cxcrements delà première coélion, ôc au foir celles qui peuuent nourrir. Aufîi faut entendre félon le dire dudit Hippocrate, que le manger doit toujours précéder le boire,ainfî qu’il a eferit és Hures des Epidémies. De moin- dre confideration n’eft le temps de prendre le boire 8c manger que l’ordre. Car és malades il eft beaucoup plus difficile qu’és fains, pour caufe qu’és fains leur heure acouftumee fc peut bien gar- der, ou quand ils ont appétit ils peuuent manger, moyennant tontesfois que l’exercice ou labeur ai t efté faiét auparauant : car il faut tant qu’il eft poffible, dit Hippocrates, que le trauail 8c labeur précédé le boire 8c manger, pour faire euacuation des cxcremens dç la troifiefme coétion, ôc aug- G menter cefte chaleur naturelle , ôc conforter les parties folides : qifi font les vfages d’exercitation requis 8c necdlaires pour bien Sc deuement prendre farefedBon. Es maladies ne faut auoir cfgard ny au matin, ny foir, ny à l’heure accouftumee , ains à la déclination de leur accez : car fi au com- mencement de l’accez , ou autre temps d’iccluy , la viande eftoit donnée , elle feroit corrompue , ôc fai de matière propre de la maladie, principalement aux fiéures. A cefte caufe, dit Hippocrates, la viande eft force ôc vertu pour les fains , 8c maladie aux malades , fi elle n’eft prife à l’heure deuc, ayant roufiours la confideration de la vertu du malade, 8c de la vigueur 8c eftat de la maladie. Il faut aufîi auoir égard que noftre manière de viure, c’cft à dire, que noftre viande ne foir toufiours vne,fimple 8c femblable,de tant que nature en fin abhorreroit telle viande, 8c ne l’appeteroit,dont aduiédroit qu’elle ne la pourrait retenir ne cuire. Et ne faut croire à ces fuperftitieux Médecin s, qui penfent que la variété des viandes trouble la conception, d’autant que nous cuifons toufiours ôc retenons mieux les viandes que nous apperons. Or noftre natute appete toufiours variété. Dauan- rage, comme ainfi foit que noftre corps foir composé de fubftance folide, humide, 8c aérée, 8c que pour les exercices 8c antres occupations, il aduienne fouuent qu’vne fubftance eft plus dilfipée que i’aucre,il cft neceffaire d’vfcr de diuerfité d’alimens,de peur que quelque chofe ne défaille à la répa- ration de ce qui eft perdu. Aufîi l’aage 8c partie de l’année nous monftre la maniéré d’ordonner le régime de viure : car autres viandes conuiennent à vn ieune qu’à vn vieil , ne plus ne moins qu’en D Hyuer faut vfer d'autres viandes qu’en Efté. Parquoy il cft bon cognoiftrc quelles viâdes font pro- pres à chacun aage, Ôc partie de l’an. Aux enfans communément viandes humides , &en grande quantité,ou par plufieurs fois prifes, afin que non feulement ils foient nourris, maisanffi prennét accroiftement, à cefte caufe ils ne peuuent porter la faim. Le contraire aduient aux vieils,lefqucls à raifon de leur chaleur naturelle imbecille portent plus Facilement la faim que tous autres anges, efquels conuiennent viandes chaudes 8c humides,pour hnmeder &efchauffcr leurs parties folides ja Froides 8c feiches. Aux jeunes 8c d’aage confiftant, à railondc leur chaleur exceffiue,fonr conue- nables par Fois viandes de contraire qualité, pour modérer cefte chaleur. A l’aage moyen 8c tempé- ré, comme adolefcence, viande femblable. Ainfi en Hyuer faut vfer des viandes chaudes ôc defici- chantes, comme rofty, vins forts, efpiceries, pour raifon delà conftitution du temps , froid ôc hu- mide , 8c de l’abondance de la chaleur naturelle, qui eft grande en ce temps ; Comme aufîi au Printemps, félon le dire d’Hippocrates : Qu’en Hyuer ôc au Printemps font les ventricules na- turellement trcs-chauds. Faut faire le côtraitc en Efté : car en ce temps, à raifon de l’excefliue cha- leur de l’air ambiant, faut vfer de viandes Froides Ôc humides, pour corriger cefte chaleur cxccffiue 8c comme febrile: aufîi en ce temps leboireeft plus grand qu’en Hyuer, & le manger moindre. Au Printemps Faut vfer de viandes temperées,à raifon qu'il eft temperé. En Automne nous cômcnçons à prendre vn peu des viandes dauantage qu’en Efté,5c Ivoire moi us, & moins trempé : afin de peu à peu defeendre à la manière de viure deuc à l'Hyuçr. Au. }8. aph. du i. Hure. JVihrdre du boît e &rnan ger. Hyper, de mer" aeutü* temps de nourrir les muUdes. Les viandes doiuent efire diuerjif.ees aux malades. Aph. î \.fs%. I. LTntrodudion à la Chirurgie. 27 Du Mouuement dr repts* Chap. XVIIL HA r mouuement en ce lieu (comme dit Fuchfius en Ton introduction de Medenne) le doit entendre toute elpece d’exercices, côme chcminer,danfer,courir,aller à cheual, ioüei a la paume, porter fardeau, ôc autres femblables : 8c tous iceux eft comprife la I riCtionil’vfagede laquelle a efté des anciés en grande eftime,& eft encorcs à prefenr. en onc plusieurs eipeces 8c différences qui fe peuucnt réduire en trois, c’cft à lcauoii,duie,moIlc,médiocre. Friction dure eft,quand 1 on frotte tout le corps,ou vue partie feule, forrôrafprementjfoit auec la main ou toile neufue, elponges, ou d’autres chofes. La vertu & qua- lité d icellc clt de condenlcr 8c altraindre,& rendre la chair dure. Et fi elle eit longuement 8c fou— uentesfois continuée, rarefie,euaporc, refont, extenuë & diminue la chair,&: autre fubftance deno- ftre corps. Outre plus, fait reuulfion, 8c diuertit la fluxion des humeurs d’vne partie en autre. La molle eft, quand l’on frotte doucement,laquelle fait le contraire de la dure: pourccqu’elleamol- lift 8c relaxe, 8c rend le cuir doux 8>c poly, toutesfois, fî elle eft briefue ou peu longue , elle ne rend aucun effeCt. La médiocre tient le moyen entre les deux fufdi & félon que telle affedion fera grande ou petite,s’cnfuiuront les accidens delfiis nom- m? : a“ c°n.craIff 9 f1 le courroux furmonte la crainte , elle cfmeut le fang , & le fait monter au vilage,& eftmccller les yeux, fcfouuent efcumerpar la bouche. Or il y a vue honte , que les La- tins appellent VerecundU, qui calife que les efprits fe retirent au centre, Ôc à finftantmefiric re- tiennent , laquelle chofe eft fort familière aux enfans & aux vierges : elle peint la face dJvne cou- leur vermeille, plaifante & agréable : mais tel mouuement de fang ôc d’efprits fe fait fi doucement que delà le cœur n’en eft ny opprimé ny deftitué: parquoy de cefte honte ne s'enfuiuent grands accidens. Mais Agonie, c’eft à dire combat eftanr composé & méfié de crainte & de cholere allant le cœur de tous ces deux mouuemens : parquoy en icclle le danger y eft bien grand pour la faculté vitale. A ces fix perturbations d’efprit fe rapportent toures les autres , comme la haine, ( qui eft vne ire enracinée , laquelle ne peut eftre fans cupidité de mal faire5) la difeor- de , à la cholere : la gaillardife & la vanité , à la ioye : la tremeur , f exanimation , à la crainte- 1 enuie, le defefpoir , les lamentations à la trifteffè : fefperance forment profite aux malades, tel- lement que le Médecin ou Chirurgien fort defîré , ou l’amy de l’amie, appaîfe defon arri- uee la grandeur du mal. Car la force de l'amc qui auparauant fuccomboit au mal, eftexcitee B Ôc rcleuee de fefpoir, Ôc afTaut la maladie aucc telle confiance qu’en fin elle la furmonte. Or pour conclufion, les perturbations de famé font grande mutation en noftre corps , pour autant quelles font caufes du mouuement des efprits, ôc de la chaleur naturelle : parce qu’icelles dilatent ou com- priment le cœur , au moyen dequoy les efprits font refolus ou aftraints , ôc par ainfi la couleur de la face eft muec. Car c’eft le propre du cœur mettre en icelle certaines marques de fes.affcdions, qui en elle, pour la rareté de fon cuir, font fi apparentes, que par la face on cognoift le ieune d’a- uec le vieux, f homme delà femme ; la température du corps , comme le fanguin du cholérique , le pituiteux d’auec le melancholique, les Mores d’auec les Sauuages , le François d’auec fEfpagnol, le courroucé d’auec le ioyeux , aufli le fain d’auec le malade, & le vif du mort : mefmes aucuns ont voulu dire, qu’en la face on pouuoit Hre& cognoiftre les mœurs de l'homme. La face defcouure les affections de famé, le propre du cœur efmeu , pofe en la face les marques de fon affedion. Tous les vifages fontdifferens les vns des autres, afin que chacun fuft recogneu.Or de ces pertur- bations d’efprit cy deuant expliquées , il n’en reuient aucun profit à l’homme fain , quelques mé- diocres quelles foient, fi ce n’eft ( peut-eftre) de la ioye, par le moyen que nous auons déclaré. Car la triftelfen’eft vtile à aucun,fmon d’auanture en cas qu’il fuft efperdu Ôc tout refolu de trop grande ioye. La cholere n’eft vtile à aucun , fmon au cafanier, endormy, & parefteux , ou à celuy qui aurait quelque maladie d’humeur froid & pituiteux. La crainte n'eft profitable à perfonne , fi- non à ceux qui d’vne exceffiue fucur , flux de fang, ou autre extreme euacuation feraient prefts à perdre la vie : par ainfi le Chirurgien rationel aduifera à ne précipiter fon malade en aucune de ces perturbations, finon pour occafion dequelqu’vne de ces raifonsexpliquées , ou autres femblables. Ceux qui font de cœur fort grand, rare, ôc lafche, ne retiennent pas bien leurs efprits lors qu’ils font en fafcherie , ôc font ordinairement coiiars : au contraire, les hardis ont le cœur petit, efpais ôc ferré : au moyen dequoy les efptits vitaux ne font facilement difîîpez. Ariftote dit que les be- ftes peureufes font celles qui ont grand cœur Ôc fletry : ôc les hardies ôc courageufes font petit ôc denfè. Parquoy lefdites pallions ne fe doiuent Amplement referer à famé, mais aux parties dcfquel- leslatriftefiè Ôc le courroux prennent leur origine. Voila pourquoy Ariftote a iugé que famé cftoit impafïïble. Que diray-ie dauantage des perturbations de famé? Gal.I.4. des Caufes du pouls chap. 2. parlant de ces perturbations, dit que le pouls fe change par le courroux, ôc alors eft haut, grand, vehement, vifte, Ôc fréquent : ôc par la ioye eft grand, rare, ôc tardif, ne différant en rien du courroux ; au contraire, par latriftelfe eft petit , languiffant, tardif ôc rare. Aufii de la peur recente , eft vehement, vifte , eflancé , defordonné ôc inégal : quant à la crainte inuctcree, elle eft femblable à la triftelfe. De ces propos il appert euidemment que le motmeraent des arteres eft alté- ré ôc changé par les paffions de famé. Ce qui fe peut confirmer par raifon en cefte maniéré : Les arteres font muces parle moyen du cœur, d’vn mouuement tout femblable au fien : à cefte caufc p les pallions de famé peuuent eftre cogneués par la diuerfité du mouuement du pouls. Honte, De l'Agonie. ( Comment le Médecin ou Chirurgien appuifent la douleur de leur malade, en les •vifitat feulemet fans autres reme- des, Vtilîtez. des perturbatiSs. Lin. J. des parties des animaux, chap. 4* Des chofes contre nature. Chap. XXII. S Près auoir traiCté des chofes naturelles,& non naturelles, il ne refte plus pour parfaire noftre introduction qu'à déclarer les chofes contre nature, qui font celles qui empirent noftre corps en quelque maniéré que ce foit. Et font çrois en général, à fçauoir ; Caufe de maladie. Maladie, & Symptôme. Caufe de maladie, eft affeCtion contre nature, pré- cédente 8c faifanr la maladie.Icelle eft diuifee en plusieurs fortes,& premièrement en externe &: in- terne. L'Externe (diCte procatarClique,ouprimitiue) eft hors de noftre corps, comme les viandes, baftons,& ferremens qui bleftent. Mais l'interne a fon eftencc &c fîcge au corps,& eft fubdiuifee par la plufpart des Autheurs en antécédente, 8c conjointe. L'antecedente eft celle qui précédé la mala- die, 8c ne la fait encores actuellement, combien qu’elle en foit fur le poinCt, comme les humeurs fluans, oupreftsàfluer font caufes antécédentes des apoftemes. La conjointe fait actuellement 8c immédiatement la maladie, aucc laquelle a telle affinité , que l'vne 8c l'autre fonrtouftours abfen- tes ou prefentes cnfemble. De toutes ces caufes prediCtes , les vnes font nées au-ec nous,comme la mauuaife quantité 8c qualité des deux femences 8c du fang menftruel , prouenante des parensmal dilposés, font caufes de plufieurs maladies, 8c mefmes de celles que l’on nomme héréditaires. Les 'Définition de chefecon‘ tr* mturt‘ Tt’es*vie»net es kere(litaimu Le premier Liure de aaties viennent depuis noftre natiuité , comme le mau liais régime , les coups, cheutes, & ffimbla- A bies. Celles qui font nees auec nous font toutes ineuitables : mais il n'eft pas ainft des autres, des- quelles aucunes fepeuuent euiter, comme les coups «Se clientes ; aucunes non, ains altèrent necef- lairementnoftre corps-, comme l'air, qui nousenuironne, le boire Sc manger,Scc. Et fi quelqu’vn veut conter entre les caufes internes nées auec nous, Sc ineuitables, la confomption de l'humidité radicale que fait peu a peu la chaleur naturelle en vieilliftant : ie ne m'en foucie pas beaucoup,non puis qnede la diuifion des caufes que font les Philofophes, en la matérielle, formelle , efficiente, cV finale, ou d autres pareilles diuifions. Car cela n'eft du gibier du ieune Chirurgien , lequel ie pictcns enfeigner par les moyens plus faciles, & partant il le contentera de ce qu'en auons dit. Des cMaladies. Ghap. XXIII. Définition & diuifion dt maladie. Intemperatu- re ne fi autre ehofe qu'un excès d'une , ou de plu- sieurs quali- tés. t» AiADiEcft affedion contre nature,qui bleftè Padion des parties immédiatement, M i IcelIc triple, àfçauoir Intemperature, Mauuaife compofition, 6c Solution de con- H Sa'| rinuité. La première didc Intemperature, eft propre aux parties fimilaires,eflongnees mm h de leur bon & naturel tempérament. Cet eflongnement le fait en deux maniérés : L.'; — 1 vne, quand il n'y a vice qu'en vne leule oppofition de qualitez , dont eft dide Im- temperature (impie, & y en a quatre fortes,à fçanoir chaude, froide,humide, 6c leiche : Pautre quad ® il y a vice entoures les deux oppolîtions : 6c ce pareillement en quatre façons, comme chaude 6c humide, chaude 6c feiche,froide 6c humide, froide 6c feiche , 6c eft telle intemperature didc com- pofee. Auffi quelquesfois Pintcmperature n’eft que de feule qualité, comme en Phlogolîs:& quel- quesfois eft accompagnée de matière, comme és tumeurs contre nature. Derechef Pin température eft égale, comme en Sphacele : ou inégalé, comme en Flegmon. La fécondé , à fçanoir raauuaile compofition, eft maladie propre aux parties inftrnmentaires, dont elle peruertitla bonne conftitu- tion, 6c a quatre eipeces. La première eft quand la conformation de la partie eft vicieufe en figure, foit naturellement, ou par accident : en facauité, comme fi la partie qui doit eftre caue,eft folide, maiîiucjou autrement emplie 6c eftoupee :cn afpreté 6c leuité, lî au lieu d'eftreafpre 6c rude fa par- tie eft liftée & polie, ou au contraire.La fécondé efpece confifteen magnitude diminuee,ou augmê- tee outre le naturel. La troilîefme,quand le nombre d'aucunes parties défaut ou abonde , comme s il n y a que quatre doigts en la main, ou s'il y en a lîx. La quatriefme gift en la lîtuation ou con- nexion vicieufe , quand les parties lesquelles deuroient eftre coniointes enfemble,font feparecs & C hors de leur place naturelle, comme il appert manifeftement és luxations. La tierce maladie, genc- raîe,a içauoir Solution d’vnité ou de continuité,eft commune tant aux parties limilaires qu'aux in- ftrumentaires : 6c me fines a diuers noms,lèlon la diuerfité dcfditcs parties, comme en la chair eft nommee playe, en l'os fradure, 6c ainfi des autres. l .ditttjien. 3. diuifton. Mtmuaife compofition & fies quatre eFpeces, 1. styece. x.eïpece, 3 .efiece, 4<ÿjffiece. Solution d'Vnité, Des Symptômes, Chap. X X I Y. Double ac- ception de Symptôme. OvS ne prenons pas icy Symptôme ou accident generaîament, pour tout change- x ment qui aduientà l’homme, outre,ou contre Ton nature],mais particulierement,pour ÎBjKH  celu7 cl iruicnt à la maladie, & la fuit, comme fait l'ombre le corps. Ce Sympto- me proprement pris,a trois efpeces. La première eft adion abolie , diminuée ôc de- prauee : comme par exemple, laveuc eft abolie es auengles,diminuee en ceux qui ne voyentque de prez,deprauee en ceux aufquels la catarade commence às’engédrer, qui penfe voir de petites mouches, poil, rets montans ôc defcendans,ou qu’vne chofeen foit deux. La fécondé ef- pece eft des aftedions du corps qui font comme qualitcz changées : comme la couleur naturelle eft changée en rougeur par flegmon , en liuidité ôc noirceur par gangrené. L’odeur ou flairer naturel eft change en feteur , par vn polypus es narines , ou par vn vlcere pourry en la bouche, Ôcc. Le gouft& fauourer naturel eft mue es ideriques , aufquels tontes chofes femblent amercs. Pareille- ment le fentiment du tad en ceux qui fbufFrent douleur, ôc qui ont la peau calleufe , àfpre ôc dure. La troihefme efpece de Symptôme concerne la rétention ôc vacuation des chofcs quilne faut eua- cuer ou retenir. Car leuacuation eft contre nature, par laquelle les chofes bonnes en fubftan- ® cc, qua- ite, & quantité, lont mifes dehors, comme l’hcmorragie ou flux de fang au corps; non plethoiique: aufîîeft bien la rétention des chofes, defqu&lles la fubftance, quantité, ôc qualité font vicieufes , comme de ia pierre en la vefïîe , des menftrues , des vrines , ôc fueurs. Semblable- ment il y a pluficuis maladies ôc Symptômes , qui empruntent les noms des animaux. Exemples. Tdpa , ainfî appellee, à caufe que les patiens ont vue apoftume à la tefte, rcflemblant à vne tau- pinière. Teftudo, parce qu’elle eft femblable à vne tortue. ‘Tolypm, vne chair croiflànte au nez , femblable au pied de Poulpe on ponpre. , eft vne tumeur fous la langue, rcflemblant à vne grenouille, ôc faid que les malades en parlant imitent le coax des grenouilles. £hœrades, efcroüclles, venant du mot Grec Choiras, qui lignifie vn pourceau : parce que les pour- ceaux font fujets a auoir de femblables tumeurs fous la gorge : ou pour cc que ceux qui mangent de la chair de porc, y font plus enclins que les autres. Les Latins appellent ce mal ScrophnU , du mot Scropha, qui lignifie vne truye. foncer, eft vne tumeur qui reflèmble à vn cancre de mer. ■ • Slephamiajïs, ainfî appellee, à caufe que les malades ont les bras ôc iambes greffes Ôc tubereufes, comme les Elcphans. j4$io abolie, diminuée (y* deprauee. Qualité^fé- condés chan- gées. 2S mcuation & rétention cotre nature. L’Introdudion à la Chirurgie. A Buho , ainfi nommé , parce que les apoftumes qui viennent és cauitez des aines & aiftèlles des malades, y font cachées, comme le hibou és creux des arbres. Lagsphthalmos , ainfi dit, à caufe que l’œil fe tient ouuert comme ceux des liéures. Ce mot eft composé de Lagos, c’eft à dire heure , ôc Ophthalmos, œil. Bec de heure , a cauic que les liéures ont la léure fuperieure fendue* Leonina , à caufe que les malades ont vn regard hideux 8c fier comme lions. Alopécie, vient du mot Grec Alopexy qui lignifie vn regard : parce que les malades ont cheute de poil comme les renards. Ophiafis , pelade : ainfi dide , à caufe que les malades ont cheute de poils par ondes , à la figure d’vn lerpent nommé en Grec Ophis. s Vicere vermineufe, à caufe qu’il s’y engendre des vers. Vlcere teigneufe, parce qu’elle ronge la chair, comme la teigne le drap. Vicere louuetiere, à caufe qu’elle ronge la chair 8c les os, comme feroient les loups. Vlcere cuniculeufe, à caufe qu’il y a plufieurs creux 8c cauitez, comme aux clapiers des connins. Loup garou , parce que les malades vont de nuid , 8c hurlent comme chiens & loups. Formicatio, font certaines verrues és parties du corps , qui fourmillent 8c démangent comme s’il y auoit des fourmis. 15 Dragonneau, félon Acce de l’authorité de Leonidas, eft vn animal femblable à vn ver lono- & l ge 3 qui fe meut entre cuir 6c chair 3 aux jambes , 8c quelqucsfois aux mufcles des bras. Soranus, comme récite Paul Æginete, dit que ce n’eft point vn animal, mais quelque fubftance nerueufe* qui baille feulement opinion de mouuemcnt. Il eft ainfi appellé, à caufe qu’il a forme en longueur 8c tortuofité d’vn petit ferpent. çJAlorbits pedkulans, à caufe qu’on a grande quantité de poulx. Satyrîajis , à caufe que l’on a toufiours la verge virile tenduç 8c droide * comme les Satyres. Punais , à caufe que les malades ont vne haleine qui put comme punaifes. Bouquin , parce que la fucur 8c vapeur des malades eft puante comme vn bouc. Appétit canin , à caufe que les malades ont vn appétit depraué comme les chiens, ne fe pouuans faouler,& efcachent les morceaux fi gros que quelqucsfois ils leur demeurent au milieu de la gorge. Verminatio , vne maladie de vers qui aduient quafi en toutes les parties du corps. Bulimos, faim enragée comme fi on deuoit deuorer vn bœuf ; eft vn mot,composé de Bous, qui fignifie vn bœuf, 8c Eimos , qui fignifie faim. Itterus , la jaunifte, vient du mot liïü, qui eft à dire vne belette : à caufe qu’elle a les yeux de cou- leur d’or. Comulfa canina, pource qu’en cefte conuulfion on monftre les dents corrtme vn chien qui veut mordre. C tJFIoycephalon, eft vne efpece de cheute ou reîafchement de l’vuéej qui eft vne des membranes de l’œil, qui ne fait que commencer, 8c eft femblable à la tefte d’vne moufehe. F) es maladies de Vœil, qui retiennent le nom d'aucuns animaux. Oeil de bœuf, eft vne maladie d’œil, quand il eft gros 8c éminent fortant hors la tefte, comme l’on void les bœufs les anoir. Oeil de cochon, eft quand l’œil eft rond & petit 8c peu fendu , comme les ont les cochons. Oeil de chat, qui fe dit à raifon que l’on void de nuict, ainfi que font les chats. Hippos en Grec , equtts en Latin , cefte maladie eft ainfi dite, pource que l’œil fautelle comme vn chenal. & manifefte à vn chacummefmes les fimples gens, mechani- ques& artifansjs'ils voyent quelque fradure ou luxation, dirôt bien qu’il faut réduire les os en leur place naturclleanais ils ne fçauroict dire les raifons 3c moyens, par lefquelles on doit ces chofes ac- complir 3c mettre en execution.Etc’cftcela en quoyeft diftingué le vulgaire d’auec le Chirurgien, vray curateur de telles indifpofitiôs, lequel pourra inuéter les chofes par lefquelles fera mis en cffeéè ce qui nous eft infinué 3c donné à entendre par la première indication. Or toutes ces raifons Sc moyens qu’il faut inuenter pour venir à cet effed, ou pour cognoiftre fi le mal eft curable ou non , nous les trouuerons par les indications particulières cy-deuuant déduites 3c déclarées , tant des chofes naturelles , non naturelles, particulières cy-deuant déduites 3c declarees,tant des chofes naturelles , non naturelles, que contre nature , lefquelles reftraignent 3c limitent ladite première indication , eftantadiouftez auecelle. Pareillement le fimple populaire 3c empiriques diront bien, que toute folution de?continuité requiert vnion, & qu'en toute maladie fon contraire eft necelîài- re : toutesfoisc’eft le faiéldu Chirurgien fçauant de cognoiftre fi ladite vnion fe peur faire.en tou- tes parties, ou fi aucunes non. Car le fimple populaire eft ignorant que la partie nerueufe du Dia- phragme cftant bleffec , ne fe peut co-nfolider ? ny les imeftins grefles, le cœur, les poulinons, le L'mre %, Apho. 40,, & ‘Hure <£. AphA » Hiftoîre, En cjucy efl difiingué le 'vulgaire, dft Chirurgien rcttionel, Quelles par- ties ne fe peym uent confpp liderp 36 Le premier Liure de foye,eftomach,cerucau, veflîe. Et pour le dire en vn mot, les Empiriques ne fçauent pas beaucoup A dauantage que l’ignare tk fimplc populaire, quoy qu’ils fallenr grand cas de leur expericce,laquel- ic,jaçoit qu’elle Toit l’vn des deux inftrumensde toute inucntion,toutesfois elle ne peut, comme la raifon (qui cft l’autre inftrument d’inuention) trouuer ny enfeigner la fubftance de la partie où eft: le mal,ne Ton aélion,ne Ton vfage,vtiIité,fituation ou colligance,ny les autres chofes dont on prend 7 indications particulières : moyennant lefquels tout Chirurgien tationel pourra preuoir,non feule- ment les maladies curables, 6c lesremedes auec lefquels elles feront guaries,mais auflî celles qui ne fe pcuuent guarir. L'ordre de curer les maladies compliquées, Chap. XXVI. es ma^ac^^es compliquées requièrent eftre curées par ordre, les vnes âpres les au— i treSjfinô qu’vne reftaft fans pouuoir eftre guarie. S'il y a maladie compliquée,vrgctc perilleufc, elle nous indique 6c enfeigne eftre debefoin de commencer la cure par e^e me^1le > nonobftant que par ce moyen il en reftaft vne incurable , ou que l'on fuft contraint d'en faire vne autre : ce qu'ordinaircment nous faifons pour ofter les chofes eftranges, comme vne balle ou efquille, car pour ce faire on aggrandit la playe : ou l'on couppe 6c defchirelc col de la veille pour ofter vne pierre contenue en icelle, faifant vne playe B quelquefois qui dégénéré en lîftule incurable : car le mal qui cft vrgeant & périlleux, eft de telle colcquêcc,quepour le guarir il faut laifter vn autre mal incurablc.Comme li vnnerf eftoit picqué, 6c qu’il furuint fpafme ou conuulfion , à laquelle ne fuft polïible remédier par médicaments , lors en incifant le nerf de trauers nous guarilions la conuullio,mais nous priuerons la partie où s'infere le nerf, de certain monuement volontaire. Auffi fi en quelque grande iointure il furuient luxation auec playe , fi nous eftayons à la réduire , nous caillerons conuulfion : parquoy faudra poureuiter ladite conuulfion , vaquer feulement à la playe , 6c laifter la luxation fans eftre réduite. Mais aux maladies compliquées quand il n’y a rien qui nous prefte, ny tire hors de la cure principale , c’eft à dire delà maladiepropofee, nous tiendrons cet ordre, que fumant l'indication de la chofe qui cm- pefche le plus la principale cure de la maladie, 6c l'adion de nature , nous gnarirons icelle choie la première r.puis ferons ainfi des autres ( s’il y en apluficurs ) tout par cet ordre , 6c par cette rai- fon , tellement que nulle ne demeurera fans eftre guarie* Comme pour exemple, pofons vn vlce- re fitué à la iambe, auec altération d’os,accompagné d’vne varice, 6c autour dudit vlcere vue tu- meur 6c intemperature phlcgmoneufe, le corps cacochyme 6c pléthore* l'ordre fera de commencer aux choies vniucrfelles par l'aduis du dode Médecin , qui luy ordonnera fa maniéré de viure, pur- gations, faignee , & rectifiera en ce qui luy fera polïible la cacochymie : cela fait, on fearifiera la tumeur, 6c feront appliquées fangfucs, afin de defeharger , 6c vacuer la matière conioinde : puis C leront appliquez cautères pour corriger l'altération de l’os , 6c en cauterifant on fera en forte, que la figure ronde de l'vlcere fera de figure longue, ou triangulaire : cela fait on coupera la varice, 6c l'vlcere fera traidé comme l'art le commande , puis conduit à cicatrice : 6c pendant la cure, le ma- lade ne fe tiendra debout ny allis , mais couché , 6c fera fa iambe bandee comme il appartient, ce qui fera plus amplement cy-aprcs. Or il y a quelquesfois des indications côtraires, fçauoir eft , que toute lîiabitnde du corps fera de température humide, 6c toutefois la partie vlccrée fera de température feiche : 6c au contraire,la température du corps fera feichc,& celle de la partie, hu- mide .-pareillement en calidiré 6c frigidité, aduient fouuent que tout le corps, & la partie font de diuerfes complexions,& par ainfi faudra toufiours meller, &en celle meftange augmenter, ou Ê— minuer la. dofe de tels,ou tels remedesftelon que defdides indications côtraires les vnes ont plus de force que les autres.Comme pour exem|ple,fi la partie vlcerée eft intcmpere'e naturellement de qua- tre degrez de ficcité,& tout le corps foit de trois degrez d'humidité,il eft certain que le medicamét qu'on appliquera à ladite partie,doit eftre plus fec d'vn degré, queceluy que l'on appliquera à vne partie temperée. Au contraire,pofons le cas que la température de tout le corps foit intemperée d'vn degré d'humidité, 6c la partie le foit d'vn autre degré de ficcité,a!ors il ne faudra rien augmêter ny diminuer audit médicament, à caufe que le degré du fuperflu d'humidité, recompenfe celuy de fic- cité : chofe à la vérité qui côfifte plus en artificieufe conieélure, qu'en certitude de raifon. Sur tout D pour la fin de ce traiclé fouuenons-nous,quedes chofcs cy-deftus mentionnées,qui nous côduifenx à ce qu'il faut faire,les vnes font indicatiues,les autres font coindicatiucs,les autres fontrepugnan- tes,les autres font correpugnantes. Les indicatiues font celles,qui de foy-mefmes,& de leur nature enfeignent ce qui eft à faire. Coindicatiues font celles qui monftrent 6c enfeignent lemefme que les indicatiues,mais feulemet par accidcnt,& non propremét 6c çflèntiellement. Les répugnantes font celles qui demonftrent d'elles-mefmes , chofe toute contraire aux indicatiues. Les correpugnantes font cellcs,qui auflî confeillét autres chofes que les indicatiues,mais feulemet par accident,fçauoir entant qu’elles s'accordent auec les répugnâtes. Exemple de ce : la pléthore de foy demonftre qu’il faut tirer dufang,& lemefme co'indique la faifon du Printemps : mais à cela répugné direélement la faculté imbecile,&: enfembley correpugne l'aage de l'enfance. Balance donc en ton efprit,quad tu délibéreras de ce que tu auras à faire,&: fuy pour la guerifon des maladies ces quatre chofes,& te comporte de façon, que tu exécutés pluftoft ce que te confeilleront 6c démonftreront les chofes in- dicatiues 6c répugnantes,qui font la maladie 6c les forces du malade,que non pas ce que te confcil- leront les chofes coindicatiues & correpugnanres,defquelles la force 6c matière deîprendre indica- tion eft moindre. A ces diuerfes indications nous en pointons adioufter deux autres efpeces : l’vne prife de fimilitude , l’autre de rufe 6c fubtile inuention, que les plus recens Médecins ont appelle ftratageme. Nous prenons indication de fimilitudes, es maladies qui furuiennent tout nouuelle- Aux vice- tes. de ïambes le malade fe doit tenir couché. Sommaire de ce traité des indications. LTntrodu6Hon à la Chirurgie. ment,lors que leur dlênce cft incogneuc,ne pouuans eftre pensées par medicamens inue'ncés par in- dication prife du contraire. Parquoy pour la fîmilitude,que telles maladies ont, ou les fyraptomes & accidens, auec telle ou telle autre maladie vulgaire & commune , font de mefme façon : ainfi que du commencement nos peres ont pratique fur la verolle,laquelle iis penfoient comme la Iadrerie3pour la firaiiitude des accidens de Tvne à l’autre maladie. Mais nous prenons indication de guarifon par rufe, &c qualî comme ftraragemc, lors que la maladie nous eftant du tout incogneuë, ou pour eftre dVne nature eftrange, & bigearre , ou pour preuenir d’alrcration d’vn rujeâ: a nous incogneu, comme de Tefprit, Tommes contrainds ,par défaut d’indications tirées d’aucune chofë naturelle, auoir recours à quelques fubtilitez, ôc comme rufes de guerre, comme nous entendons auoir efté pradiquc es maladies d’affedions melancholiques,deTquelles les efpeces font plus diffor- mes, mon ftrueufes , Ôc bigearres ,que les fondes que Ton fait de la Chimere, comme Ton dit en commun prouerbe. TABLE DES INDICATIONS. La force & vertu du malade ’ Pour lefquelles conferuer , faut lai (Ter la propre cure & principale pçur leur furuenir. Car où les forces du malade défaillent, le Chi- rurgien ne peut venir à fa fin prétendue. •Sanguin. Choleric. Pituiteux. Melancholic.* La température du corps,comme s’il eft ;Laquelle doit eftre contregardée , encore qu’elle Toit mau- uaife,comme choie accouftuméc. Gai. x. de la Mcth. ■Délicat. Mince. De petite corpulence. ‘Rare ou charnu. '"Chaude, ’ Froide, Seiche, • Humide,' ’Chaudc & fcichc. Chaude Se humide. Froide & feiche. Froide & humide. Son habitude,•< ; ■Similaire .corn-, pofée rSubftance Principale ou noble. Semante à la moins noble. Non noble du tout. Lacomplexion de la nature de la partie où eft le mal, > de laquelle on tire aduis & indications : comme de la Organique • Sentiment Aigu. Hebecé. Comme l’œil ne peut porter médicaments fi? * forts que la ckair. r Naturelles, lefquelles indiquent & çnleignent qu’eliesdoi-< uent eftre conferuées par leurs fcmblables, dont les v- nes fontpri- fes de “Forme,figuré,magnitude,nombre, colligancc, fituation, a&io», vfage. L’aage , attendu que * chacun aage porte fon ' Indication. ( Car nous voyons qu’il y a des maladies qui font curables aux ieuncs gens, & incurables aux vieils : aufll les vieils endurent la faim plus facilement que les ieunes. Attendu que les femmes ne peuucnt endurer remedes fi forts que les hommes. Du Sexe : • 'Car autres medicamens font requis en Hyuer qu’en Efté, 8c ainfi des autres fai- sons de l’année. La faifon de l’année. Indication cfl: vne conduite ou voye feurc pour paruenir à quel- que intention, qui guide & con- duit le Chirur- gien à confer-„ uer , preferuer, ou guarir le fu- jet qui luy eft mis entre fes mains. Icelles font tirées des chofes rConfiderc qu autant qu’il y a de régions, autant y a-il de maniérés de guarir : qu’il ne Toit aina, vne playe d -'le eft plus difficile à guarir à Paris qu’cn Auignon,&. les vlceres des iambes plus fafcheufes en Auignon qu’à Paris , comme nous auons dit cy -defliis. Ce qui eft mefmc tefmoigné par Guidon. La région. Du temps : car autres médicaments font, requis & conuenables au Commencement,' Augmcnt, Eftat, Declinaifon - des maladies. Délicats, comme ceux qui font és villes,nour- ris à leur ai fe. Robulles,comme char- tiers,crocheteurs , ma- riniers,laboureurs. "Sur icelles nous rapportons quel- que particularité, ou propriété occulte du naturel : car aucuns fi toll qu’ils ont pris de la ptifa- nc,pomme,foie, perdrix, eau, ou, .autre chofe, vomiflenr. La maniéré deviure, la-' quelle doit dire confer- uée comme le propre tempérament. - Parquoy faut traix- ter les Non naturelles , qui indiquent cbofes < femblabl.es aux naturelles , & contre turc, defqucllcs nous ne confidcrons, fé- lon Gai. 9. delà Mcth. que l’air qui fera( Semblable à la maladie,'fymbo- lifant en indication auec elle. Et pour ce l’indication cft de le __ corriger. Ou contraire à icelle : & lors monftre qu’il doit dire ■Grandeur. L’vrgent, Grade douleur en rn ylccre. Fluxion qui fe fait à la partie Carie ou in- temperature qui la peut ac- , comparer. ■Maladie pre- nant iqdica- * | tien de fa Parquoy pour la guarifondes maladies com- pliquées , nous prenons indi- •< cation de ces trois poin&s, qui font Contre nature,lef- quelles indiquent & demandent eftre voftées ; comme Complication d'icelles, La calife. 'lefquelles nous kindiquent re- {medes fouuent 'contraires à la 'maladie, • comme Caufe de maladie. Et celle fans laquelle la maladie ne peut eftrc woftée, - Sympto- taie. 38 Le premier Liure de TABLE M ET H 0 D l £>JSE > POFR COGNOISTRE les maladies par les cinq fins. 'Si IVrîne d’yn malade eft rouge & enflammée , cognoift qu il a la heure : citant boücufe, auoir Vlccre aux reins ou veftîe, ou autre partie. Si la matière fecale eft mellée auec boue ; on iuge auoir vlcere aux boyaux : lî la bouë qui fort d’vn vlcere eft noiraftre & fœtide , demon- ftre corruption d’os ; fi elle eft blanche, l’inté- grité de la partie. Si quelque perfonne a la couleur iaunaftrc, on le iugera eftre Iderique, & principalement fi le blanc des yeux eft tel. Si vne tumeur eft rouge en couleur, on co- gnoiftra quelle fera faite de fang : lî elle eft iau- naftre, de bile : fi elle eft blanche , de pituite : fi .elle eft liuide ou plombine, demelancholie. 'Couleur, comme Si vne iambe ou bras font luxez , on le cognoiftra en les comparant à l'au- tre qui ne l’eft pas : voyant vne cauité d ou eft party l'os , & vne eminencc ou il eft tombé. Si 1 os de la cuifte eft hors de la boi- te,on verra la iambe cftre plus courte, fi la luxation eft en dehors : & plus lon- gue Il elle eft faite en dedans. 'Figure Vcu'é, fiderantla Mauuaife conforma- tion en Tous lefquels cinq fcns exté- rieurs ne rcçoiuent, finon que fuperficicllement les objets, comme vn miroir fait,non pour autre fin que pour les repre Ten- ter à l’entendement , comme à leur prince & feigneur , afin de les difeerner par la raifon, qui. diuife & iuge en dernier reflbrr, pénétrant iufques à la profon.- dité des chofes. De forte qu’el- le inuente le vray, iuge le faux, & diftingue ce que de l’vn & de l’autre s’enfuit, ou répugné > en rapportant les chofcs veues, ouïesjodorées, gonflées, & tou- chées. A quoy aide grandement la mémoire,laquelle efl compa- rée au greffe , auquel ( comme après vn procès débattu ) oh re- tire & garde ce qui a eftè arre- fté par l’entendemenr & raifon qui l’imprime , afin qu’il foit gardé, & qu’on s’en puiffe aider quand il fera neccflaire. Et pour cette caufe, Dieu curieux de noftre perfeélion, nous a donné ce fingulier remede , prompt & commode contre l’ignorance ÔC oubliance des chofcs , afin que par l'aided’icelle mémoire nous venions à cognoiflre ce qu’a- uons veu & apperceu par les fens , qui font la veuë , ouïe, odeur, gouft, Sc taél, qui feront plus amplement décrits par cy- apre»s. Chara- &ere. Si va malade a les yeux cauez, les tem- ples abattues , & le nez pointu , onco- gnoift qu’il di proche de la mort. •Lors qu’vn malade tantoll amafle tout à luy, tan- tôt penfe amafler de petits fcilus , on iuge qu’il eft proche de la mort. Si vn malade fait beaucoup de lingeries, vacil- lant en Tes faits & paroles, & pete deuant honne- ftes perfonncs, fans honte ne vergongne, on co- gnoift qu’il eft malade de l'entendement. Geftcs, comme Quelque luxation, & principalement celle de l’ef- paule ou cuiirc eft réduite , on le cognoift par vn fon qui fait clocq. Si on fonde en la veille, & qu’il y ait pierre, on oit vn fon qui fait tocq. S’il y a de la bouë ou autre humeur contenue au thorax , on oit vn fon , comme d’vne bouteille à demy pleine qui gourgouïlle. Si quelqu’un parle Renault, on cognoift le pa- lais eftrc troué, ou eftre enroué. Le Chirurgien cognoift & iu- ge des mala-* dies par la- rSon , com- me à * Oüye , en- tendant quelque Qüand on oit fortir vn fon d'vnc playe faire au thorax aucc lîfflement, on cognoift la playe péné- trer au dedans. Si on oit des vents eftre contenus au ventre inférieur , que Hipp. appelle Borbory- gmes, on iuge eftre vue colique venteufe, Rcduifant vne hargne, lî on oit des vents, comme vn gourgouïllem ent,on la iuge inteftinale. Vents, comme ■ Quand vn malade dit tantoftd’vn & tantoft d autre , & eft du tout inconftant en ce qu’il dit, on iuge qu il eft malade de l'entendement. t Paroles Vne perfonne eftre punais. Vue vlcere pourrie & gangreneufe. La carie des os. La boue eftre loüable ou non. Les fucurs, vrines, Sc matières qui fortent, eftre naturelles ou non. Odeur , par laquelle on cognoiû On cognoiftra que la cholcre redonde , ce qui eft manifefte a ceux qui ont la iaunifle ou fiéure tierce. Amer, Salle, Semblable à œufs pourris, îemblable à vinaigre. On iugcra que le phlegme ûllé abonde. Il monftre auoir grande corruption en l’efto- niach y & en toute 1 habitude du corps par ex- cès de chaleur. Goufl:, com- me s’il eft * Il monftre auoir corruption en l’eftomach par . excès de froidure. Vn fcbricitant, vne débilitation de forces. I Ta£t,par quel on co- gnoift touchant le Poulx. La boue d’vne apoftemc eftre proche ou profonde par l’inon- dation. Vne aneurifme, par la pulfation , & cjuelouesfois par .vn füîîenient qu’on fent en prdTant defllis. L’Introduâion à la Chirurgie De diuerfes manières de guarifons. C h a p. XXVI I. HL fe fait d’antres guarifons par chofes eftrànges, comme on peut voir par les hiftoi- res fumantes. Alexander ab Alexandre , 8c Pierre Gilie afferment qu’en la Fouille, contrée d’Italie, il y a vneefpece d’araignées, que ceux du pais nomment Tarantnle, le P. Rhodien la nomme Phalange, qui font au commencement de l'Efté fi venimeu- fes,que quiconque en eft mordu,s’il n’eft bien foudainement fecouru,il perd le fenri- ment 8c meurt ; 8c fi quelqu’vn efchappe de la mort, il demeure infcnsé,& totalement hors de foy. Auquel mal l’expcrience a trouué vn remede,qui eft la mufique. Ce que les Autheurs en difenr,eft comme de témoins de l’auoir veu , difans que fî toft que quelqu’vn en eft mordu , on fait venir le pluftoft que l’on peut deuant luy des gens qui ioüent de violles, flcutes,& autres inftruments,dont ils Tonnent «Se chantent diuerfes chanfons : laquelle mufique entendue par le navré, il commence à baller , faifant diuerfes muances, comme fi tout le temps de fa vie il euft efté accouftumé au bal: en laquelle furie 8c force de baller il continue iufques à ce que ce venin Toit diflîpé. Le mefme Alexandre dit auoir veu, que des ioücurs fe trouuans laffez de fonner , à faire danfer vn qui auoic efté blefséde ceftebefte, ayant ccfsé pour fe repofer , le panure navré tomba incontinent en terre B comme mort, ayant perdu Tes forces : mais fi toft qu’ils recommencèrent à fonner,il veit le panure malade fereleuer de nouueau , 8c recommencer auec telle force qu’auparauant, iufques à ce que le venin fut difîîpé. Encores dit-il plus, qu’il eft aduenu que quelqu’vn qui n’auoit pas efté bien gna- ry auec cefte mufique, aucun temps après oyant fonner des inftrumens,commençait à demener les pieds,& eftoit force qu’il ballaft iufques à pleine guerifon. Ce qui eft véritablement efraerueillable en nature. Afclepiades eferit, que le chanter doucement 8c fonner de mefme de quelque inftrumét de mufique, ayde beaucoup aux phrenetiques. Theophrafte 8c Auîn-Gelle difent, que la mufique appaüe la douleur de la fciatique,& de la goutte. Encores trouuons-nous en l’Efcriture fainde,qne Dauid auec la mufique oftoit àSaül la paflion que le mauuais efprir luy donnoit. Hérodote Hifto- ricn Grec,au liure de Ton hiftoire intitulé C7/'«s>, recite que Crœfus Roy de Lydie eut vn fils qui iuf- ques à grand aage fut muet : aduint que la ville où eftoit le Roy,eftat prife,vn fofdat Perfan eftoit preft à tuer le Roy Ton pere,luy tenant le poignard fur la gorge; lors fondit fils (auparauant muet) s’efforça tant par la forte apprchenfîon qu’il eut de la mort de Ton perc, qu’il rompit les liens de fa langue,& dit,ne tue pas cet homme foldat,c’eft Crœfus le Roy mon pere: 8c depuis le refte de fa vie parla fort bien. Plutarque au liure auquel il monftre, que l’on peut tirer quelque profit de Tes ennemis, eferit qu’vn Theffalien nommé Prometheus, fut frappé d’vn lien cnncmy d’vn coup d’efpéefur vn vieil vlccre, duquel il n'auoit peu guarir, combien qu’il en euft efté pensé par plu- C fieurs années, 8c en fut entièrement guary auec la nouuclle playe. Tite-Liue eferit, que Quintus Fabius Maximus eut la fièvre quarte par longues années, 8c qu’en donnant la bataille aux Sauoi- fîcnsjde la grande ardeur qu’il auoit de combattre,chafta lafiévre,& oneques plus ne l’eut. L’hom- me de Chambre de M. de Lanfacle jeune,difoit n’agueres,qu’vn Gentil-hommc François eftant en Poulongne, ayant la fièvre quarte, fe promenant le long de laViftule fleuuc,au commencement de Ton accez fut poufsé par vn lien amy,en riant,dcdans ledit fleuue,dont il eut telle frayeur,combien qu’il feeuft nager,comme fçauoit bien celuy qui l’auoit poufsé, que depuis n’eut la fièvre. Au camp d’Amiens,le Roy Henry me commâda d’aller à Dourlan pour penfer plufîcurs Capitaines 8c foldats qui auoient efté bleflèz par les Efpagnols en vnc fortie de la Ville qu’ils firent fur eux : le Capitai- ne faind Aubin demeurant près d’Amiens, Gentilhomme, 8c vaillant s’il y en a en France, auoit la fièvre quarte, neantmoins qu’il fuft en Ton accez, fe leua du lift, monta à cheual pour commander à vne partie de fa Compagnie, fut blefsé d’vn coup d’arquebute tout au trauers du col, dont il eut vue telle apprehenfion de la mort, qu’à l’inftant perdit fa fièvre, 8c dépuis fut guary de fa bleffure, 8c eft encores à prefent viuanr. Monfieur loubert recite vne hiftoire d’vn fmge, qui fut caiife de la guarifon de fon Maiftrc,Médecin de profefïïon, abandonné des Médecins de Montpellier. Ce Mé- decin eftoit cftrangcr, fans femme,& enfans,feruy de gens qui attendoient fadefpouïlle ; le voyans fort bas , chacun d’eux fe faifit de quelque chofe. Le f ngc regardant ce remuement de mefnage, D print pour fa part le chaperon rouge fourré,que fon maiftre portoir aux actes folemnels, duquel il s’affubla d’vne fi bonne grâce deuant luy,que ledit Médecin print fi grand plaifir à le contempler, qu’il fut contraint de rire fi fort, que cefte efmotion cfpanduc par tont le corps, cfmeut tellement nature ( par la continuation de l’aife qu’il en prenoit) qu’il en rpcouura la Tante. C’eft que le lien duquel les forces de nature eftoient empefehées , fut rompu de l’impetuofité,caufee par le ris. Car telle ioyeefmcut la chaleur naturelle languiffante, 8c comme enfeueîie, 8c la refpandant par tout le corps,la fit venir au fecours de nature, laquelle embraffant Çc moyen 8c propre inftrumcnr, renfor- cée de tel fecours,vint à combatte la maladie auec plus grande hardielfe,tant qu’elle vint à furmon- ter le mal. Car c’eft nature proprement qui guarit les maladies : le Médecin 8c les remedes font les fecours qui fauorifent nature. Que diray-ie plus ? N’agueres vn Gafcon cftâr en cefte ville au logis d’Agrippa,ruc panée, malade d’vne fièvre ardante, tombé en phrenefie, fe ietta de nuid par vne fe- neftre, du fécond eftage fur le pane, 8c fe blefta en plufienrs endroids de fon corps. le fus appelle pour le medicamenter : 8c incontinent qu’il fut posé en fon lid, commença à ratiociner, 8c perdit du tout fa phrenefie, 8c quelque temps après fut du tout guary. Monfieur d’Ottoman Dodeur re- gent 8c Profelfcur du Roy en l’Vniucrfité de Montpellier, m’a affermé qu’vn Meufnier demeurant à Broquicrs en Albige0is,phrenetique,fe jetta par vnefeneftre dedans l’eau, d’où eftant tiré fubite- ment,perdit fa fièvre phrenetique. Qui voudroit faire recherche de telles hiftoires, il s’en trouue- foit vn grand nombre. François Valeriola , Médecin tres-rcnomraé d’Arles , eferit en l’Obferua- Hîflotte, La mufiijue eft mede(i»a% le. Les phreneti• que; font ai• deXj par la majique. Hijiolre. Antre ma- niéré de gua- ri/cn. Autre. Autre. Autre, Autre. Hijioire du capitaine S. Aubin. j4utre ma- niéré de gua- rifon. Autre, liai [on de la fanté recou-* uerte par le ru. Hîfaire d'vn Gafcen fltre* netique. 40 Le premier Liure de Autre ma- niéré degua- rîfon. don 4. du 2...liure de Tes Obfcruations, d’vn habitant d'Arles nommé Ican Bcrle , lequel auoir efté A par plufîeurs années confiné en vu li6l,àraifon d’vne paralyfîc:aduint que le feu fe mit en la cham- bre en laquelle il eftoit couché, qui fut tel,qu'il bailla le plancher, 3c mefme quelques meubles de la chambre proches de fon lid : fc voyant en danger d’eftre brulîe,fit tant qu'il fe leue, gaigne vue feneftre,par laquelle il fe ietteen bas,& commença incontinent à cheminer , 3c futguary de fa pa- ralyfie.Lc incline Valeriola eferit audit lieu,vne hiftoire raerueilîeufe d’vn cas aduenu en la perfon- ne d’vn lien coufin materncl,nommé lean Sobirat, lequel eftoit en Auignon , perclus de l’vfage cte fes jambes,ayant les jarets retirez de conuullion , y auoit enuiron fix ans.Ceftuy vn iour fe choie- ra cellement contre fon valet,& s’efforça de forte à l’atteindre'pour le battre,qu’à l’inftant fes nerfs s’eftendirent 3c amollirent : dont il recouura la force de fes iambes, 3c marcha droid,comme il a toulîours fait depuis. Galien à la fin du dernier chap. du liure de la maniéré de guarir par la fai- gnee , recite qu’il auoit efté appellé pour arrefter le làng à vn homme , auquel auoit efté couppec l'artere enuiron la cheuille du pied, lequel fut guary fans ancurifme : 3c outre ce par le moyen de celle playe , fortuitement fut guary & deliuré d’vne douleur de hanche quil’auoit tourmenté par Fefpace de quatre ans : laquelle garifon, bien qu'elle foit fondée en raifon , à caufe de l'euaenarion de la matière conioinde,qui fe fît par l’ouuerture de l'artere du malleollcrtoutesfois pource qu'elle aduint fortuitement fans arr,& fans mefme qu’aucun Médecin ou Chirurgien l'euft osé entrepren- dre,elle m’a femblé mériter dire couchee au rang de celles-cy. Pline eferit d'vn nommé Phalercc, & qui auoit vue maladie incurable de flux de fang par la bouche, dont il fe defplaifoit, & cherchant la mort,fe prefenta à vne bataille fans armes : aduint qu’il fut navré en la poidrine, 3c de la playe fortit grande abondance de iang, edfant le flux par la bouche ; depuis les Chirurgiens guarilîans la playc,conlbliderent la veine rompuë,qui luy caufoit le flux par la bouche , ôc demeura fain, 5c guaritjtant de la playe,que de fon premier mal.le ne veux Initier à dire,qu'aucuns guarillentles pla- yes aueceau pure,apres auoir dit ddfus certaines paro!es,puis trempét en l’eau des linges en croix, 3c les renouuelîent fouuent.Ie dy que ce ne font les paroles, ny les croix,mais c'eft l'eau qui netto- yé la playe , 8c par fa froideur garde l’inflammation & la fluxion qui pourroit venir à la partie of- fenfee,à caufc de la douleur. Celle guarifon ie peut faire lors que la playe eft en vne partie charneu- fe, 3c en vn corps icune 3c de bonne habitude, & auxplayes Amples. Maintenant nous déclarerons pourquoy la heure quarte , 3c autres maladies pcuuent eftre guaries par vne grande peur, ou par vne grande ioye. Autre. Htjlotre. HiJIoire, Pourquoy lafevre quarte, & autres maladies ferment esîre guaries far vne grande feur, ou far vne grande ioje. Chap* XXVIIL . . ■ . . , Ç Erfonne ne douce que les perturbations de l’amc n'aycnt grande efficace, &ne pro- duifent de merueilleux effeéts en nos corps,par la réfraction 3c condenfation , retra- [à| Ction 3c effulîon des humeurs & des efprits , qui font comme voiCturiers d’iceux. Üî Hippo. dit, que félon la difpohtion des efprits & des humeurs , le corps humain eft: difpofé à maladie ou à famé : d’autant qu'en la médecine , les chofes font trouuees pour principales 3c elcmens,defque!s nos corps font corapofez.Parquoy ce n’eft de merueille,fî les perturbations de l’efpnt,& entr’autres, la crainte 3c la ioye apportent fubitement 3c inopinément guarilon à des maladies qui autrement par art fembloienc incurables. De ce nombre 3c force de. maladie eft la fiéure quarce,de laquelle plufieurs longuement affligez>& ayans en vain expérimen- té tous remedes de l’art ,ont en fin efté guaris par vne peur. Or quand nous parlons icy de peur, nous n’entendons par vne petite peur pour efpouuenter vn enfant: mais vne peur fubite, no a pre- ueuë , &c forte, c’eft à dire conjointe auec l’apprehenfion d’vn grand & prefent danger de la mort, faffilante pour ébranler vn homme,quelque fort, confiant 3c courageux qu’il foit. Telle peur peut donner fin 3c guarifon à la fiéure quarte par deux moyens , par lefquels tous les Médecins rcco- gnoilîcnt 3c auoiienr toutes fiéures receuoir guarifon : à fçauoir par concoéHon, 3c cuacuation de la matière qui faiét la fiéure. Par la concodion , en ce que par la peur la chaleur naturelle, auec les efprits venans à fe retirer au dedans du corpsreft difperfee, qui efioit toute vnic 3c affèmblee au de- D dans du corps,par confequent fottifice 3c comme redoublee,a plus d’efficace pour cuire, 3c digerer, diflîper 3c refoudre la matière qui entretenoit telle fiéure. Par euacuation, en ce qu’auec la peur 3c vehemente apprehenfion du danger prefent, furuient vneffroy , horreur ou tremblement en tout le corps:& par tel tremblement, eft faite vne fecoufie 3c concuflion de tous les humeurs contenus dedans le corps. Ainfî qu’on vient à rouler vn muid de vin,par telle agitation la lie qui efioit rafifife au fondaient à s’efpandre,mcfler, & confondre par tout le vin : auffi l’humeur féculent & mclari- cholique, qui comme vne lie pefante 3c terreftre , enfermé au creux & voûte du foye,de la rarte 3c mefentere , ou en vn autre lieu fecret du corps, faifoit la fiçure quarte, venant par tremblement 3c agitation horrifique d’vne forte 3c foudaine peur à efirc efmcu, 8c comme defraciné de for, gifte 3c foyer,d’oii par les medicamens,horreurs & tremblemcns ordinaires il ne pouuoit eftre efbranlé ôc defplacé, fe mefle 3c refpand également par tout le corps:& par confequent eft plus aisément cuit 3c digéré par la chaleur naturelle,ou plus facilement euacué 3c chalfé hors ducorps,eftant jacfbrâ- lé 3c defraciné de fa minière 3c foyer, où l’humeur melancholic fe nourrifibk8c retenok. D’auan- tage,on vcoid pluficurs perfonnes tourmentez d’vne extrême douleur de dents,lefquels voyans ar- riuer l’arracheur qu’ils auoientenuoyé quérir, de crainte 3c d’apprehenfion du mal, différer à vue autrefois,ou ne fentir plus de douleur,laquelle fouuent eft du tout perduc.il fepeut faire que l’hu- meur fc deftourne & tranfporte du lieu malade à quelques autres parties du corps. Voila donc comme la peur peut guarir plufieurs grandes maladies. De natura hiuruna. L’Introdu6Hon à la Chirurgie. 41 A Par vne grande ioye aucunes maladies pcuuent eftre guaries , parce qu'elle fait efmotion de la chaleur naturelle,languilïante 8c comme enfeuelierla relpand par tout le corps, & de là vient com- batte la maladie. Icy faut noter , que d vne trop grande 8c extrême ioye ou peur on peut mourir, comme auons monftré cy-deuant, ch. 18. Car par la grande peur le cœur eft ferré de façon, qu’il ne peut faire Ion mouuement:partant la chaleur naturelle 8c l’efprit viral font cftoufficz.Par grande ioye le cœur eft fort dilate, de forte qu il ne peut retenir le fàng 8c l’efpric vital dont il eft refoult, qui fait que 1 ame s en va. Et faut entendre, que'îa vie ne fe perd leuleraent par le défaut du cœur, mais aufîi par le défaut des autres facultez eftans en diuerfes parties du corps , qui fe communi- quent lubit les vncs aux autres. Car comme auons dit, les fensapperçoiuent premièrement leurs objeéls : de là font prefentez au fens commun, lequel en vn moment les tranfmet aux facultez qui font en diuerfes par ties du coips. ainfî que les roues d vu horloge, lefquelles vont toutes enfem- ble,mais diuerfeincnt,& toutes par vne premiere,qui fait mouuoir les autres.Parquoy nous dirons. que les facultez,animale,vitale, naturelle, ont vne fympathie 8c contentement enfemble , en forte que quand vne fouffre, les autres font de mefme. Nous déclarerons maintenant les maladies faiéles par imaginations fantaftiques. De U ioye, Monfieur Iouben- Les faculté* onteonfenteï ment Exemples des maladies faittes par imaginations fantaftiques. C H A p. XIX. ■ L s'eft veu vn qui penfoit eftre vn vaiflcau de terre cuitte,& pour cefte occafiôn fe reculoit 6c retiroit des paflàns , de peur d'eftre cafsé. Vn autre oyant chanter les cocqs, & comme ils fe battent des ailles en chantant, ainfi aucc les bras il frappoit fes collez , 6c coqueliquoit comme les cocqs. Vn certain Bourguignon eftant à Paris,logé près l’Eglife S.Iulien, es prefen- ces de plufieurs célébrés Médecins , affermoit qu'il eftoit mort, & Ton frere aulîî qui eftoit couché auprès deluy. Peu après , fafantaifie eftant changée,il decla- moit 6c prioit les Médecins, qu’ils n'empefchalfent plus fon ame de voler du Purgatoire au Ciel. aAutre. Vn autre penfoit eftremort, 6c pour cefte caiife craignoit toutes fortes de viandes, 6c n' en vou- loit poinr,difant que les morts ne mangent point. A la parfin, par vn bon confeil 6c aduis, on fei- gnit vn corps mort eftre affis à table, à l'exemple duquel il mangea. aAutre. Vn autre penfoit n'auoir point de telle, auquel Philotimie fit faire vn bonnet de plomb , afin qu'eftant greué de la pefanreur du plomb, il cogneuft &c fentift qu'il auoit vue telle. Le mefme autheur au mefme chapitre dit,que les vns penfent auoir la telle pleine &: pefante, les autres légè- re 6c vuidc, les autres feiche. (Autre. Auiccnne au chapitre des Signes de la Melancholie, qui cft au liure j.fen.i. traiclé q.ch.iS. dit, que quelques vns penfent eftre Roys, ou loups, ou démons, ou oyfeaux, ou inftruments artificiels: d'autres rient perpétuellement, principalement ceux qui ont vue melancholie fanguine, pource qu'ils s'imaginent des chofes qui leur plaifent. Autre. Depuis n'agueres,vn Gentil-homme d'honneur amena fa femme en cefte Ville,pour auoir con** feil de Meilleurs le Grand, Durer, tk moy, pour fçauoir la caufc qu'elle pleuroit 6c doit fans occa- lîon , tk ne s'en pouuoit garder. On luy fit plufieurs remedes ,mais ils iuy feruirent peu, 6c en fin s’en retourna comme elle eftoit venue’. (•Autre. Vue Dame de noftre Cour difoit eftte empoifonnée par du vif argent, de façon qu'il luy fem- bloit le fentir courir par fes membres. Elle appella plufieurs doéles Médecins , pour luy donner remede à cefte poilon : qui ne luy feeurent ofter celle fantaific. En fin conclurent, que pour luy ofter cefte opinion, on la bafgncroit, 6c qu'on mettroit certaines herbes au bain, qui attireroienc le vif argent, s'il y en auoit en fon corps. On ictta dedans le bain trois ou quatre onces de vif ar- gent: 6c ladite Dame eftant hors,on le trouua au fonds de la cuue,qui luy fut monftré. Alors fut bien ioycufe,& creut eftre guarie : & depuis perdit celle fauftèopinion,eftimant pour certain qu'on luy auoit tiré le vif argent par le moyen du bain. (Autre. Le Curé de Monlehery print opinion d'eftreempoifonné. Il vint en cefte Ville,appella Melîîeurs Holier, 6c Syluius Médecins célébrés, &c moy : fe plaignant fentir grandes douleurs par tous les membres,nous affirmant qu’il fçauoit eftre empoifonné. Apres l'auoir bien examiné, il fe retira à part : où nous conclulmes ( le voyant auoir cefte ferme opinion, 6c que ja aulli il auoit appellé au- tres Médecins, qui luy auoient fait plufieurs chofes qui ne luy auoient rien profité) qu'on luy bail- leroit du fyrop violat,& qu'il en prinft trois cueillcrées deux heures douant manger par l'efpacc de neuf iours,& que pour certain il guariroit : Alors fut fort refiouy, 6c voulut auoir noftre ordon- nance par eferit : ce qui luy fut refufé. Car quand il l’euft eu,cela ne luy euft aucunement profité. L'Apoticaire luy donna ledit fyrop en vne fiole, penfant eftre vne excellente drogue pour luy ofter fa poifon. Et tout ainfi qu’il print opinion auoir cfté empoifonné , aulïi fit-il d'eftre def-empoifon-r né pat ledit fyrop. Vn mois après il retourna vers nous , pour nous rendre grâces du bénéfice qu’il auoit receu par noftre moyen:& eftoit gaillard 6c bien ioyeux, ne Tentant plus de douleurs,& nous fit part à chacun d'vn liéure. Autre. Vn autre difoit qu’il auoit des grenouilles dans le ventre,& eftoit irapoffible de luy pouuoir ofter Gai. chap. 5. liu. 3,. de lo. ajfsci. Ho lier en fa pratique au comment taire qn’îl a faift fur le chap. de me~ lancholique 17* JEtltu ch. 9. tetrabibli femone i. 42 Le premier Liure de cefte opinion. En fin il y eut vn Médecin , qui luy promit de luy faire jetterlefdites grenouilles, A hors de Ton ventre par le moyen d’vn clyftere. Ayant pris le clyftere,ainfi qu'il le reridok, par der- rière de fa chaire percee,il fit couler cinq ou fix petites grenouilles, lefquellcs n’ayans accouftumé viureen tels marefts, .commencèrent à fauteller par la place. Le malade par opinion fut bien jo- yeux voir lefdites grenouilles, ôc perdit cefte foie fantafie. Autre. Vn gentil-homme de bonnepart, auoit opinion auoir la ceruelle pourrie. Il s’en alla prier.le Roy, qu'il luy pleuft commander à moniteur le Grand,Medccin,à moniteur Pigray Chirurgien or- dinaire du Roy,& à moy,de luy couper leteft, ôc ofter fon cerneau, difant eftre pourry, ôc luy en remettre d’autre : nous luy filmes beaucoup de chofes , mais il nous fut impoiïible luy racouftrcr fia ceruelle. Autre. l’ay veu vn homme s’eftimam auoir la groftè verolle : & ne pouuant gaigner fur luy par toutes remonftrances ne l’auoir point, il me dit qu’où ic ne le penferois comme il defiroit, qu’il s’en îroic à vn autre pour fe faire frotter. Le voyant en telle volonté , de peur qu’il ne tombai!: en quelque mefehante main, qui l’euft polïible frotté à bon efeient, ie luy accorday qu’il feroit frotté comme ceux qu’on guarit de la verolle.Ie pris vneliurede beurre,battu en vn mortier de plomb,pour auoir la couleur de l’vngncnt, auquel entre le vif-argent. Il fut frotté dudit beurre, ôc fua par trois di- B uerfes matinées, ôc chacun iour fe difoit allégé de fes douleurs. Aiifiî il fut guary par opinion fans nulle offenfe de fon corps. On dit y en auoir eu d’autres, qui opiniaftrement fe perfuadoient auoir des cornes, de forte que telle fantafie ne leur a peu eftre arrachée de leur melancholique ôc bizarre cerueau, iufqu’à tant que leurs yeux eftans bandez,on leur euft efgratigné le front de cofté Ôc d’autre auec des cornes de bœuf, à ce que par l’effufion douloureufe de leur propre fang, ils fe perfuadaflent telles cornes leur auoir efté arrachées de fait ôc de ferce. Il y a plufieurs autres hiftoires fcmblables, que ie de- laillèà caufe de briefueté. De certains impofteurs. Cha p. XXX. -Cy *e veux pqriei- certains impofteurs, qui s’entremellent de traider aucunes | parties de la Chirurgie, comme aucuns font fi impudens, qu’ils fe vantent de remet- j tre les os rompus ôc défloriez,affirmant que cefte fcienceleur eft acquife de race,c’eft à dire de pere en filsrqui eft vue choie fort ridicule,& hors de raifon,veu que l’hom- I me naift fans fçauoir aucune cholexar s'il fuit nay aucc quelque art, il n’euft voulu iamais apprendre les autres. Il eft vray que Dieu a donné à chacun des autres animaux quelque G choie de particulier ôc de naturel de leur première eflènee, ce qu'il n'a fait à l’hommeanais en lieu que l'homme eft defpourueu d'art,il eft doué de raifon ; par laquelle il peut apprendre tous arts Ôc fciencesjcomme nous dirons au Hure delà Génération, chapitre del'amc. Donc de vouloir croire que le fils d'vn bon Chirurgien peuft eftre Chirurgien,fi premièrement il n'a efté inftruif.ee feroit choie aulfi peu vray-femblable,que le fils d'vn Gentil-homme,lequei fçauroit bien picquer,& vol- tiger vn chenal,& courir la baguc,peut faire comme Ton pere, fi premieremét il n'auoit monté plu- fieurs fois à chenal,8c qu’on neluy euft monftré cefte induftrie. Partant ce feroit vnechofeforc té- méraire de vouloir anéantir l'audorité de tant d'hommes dodes ôc illuftres , fondée en raifon ôc expérience , pour fuiurc l'opinion des chofes vulgaires ôc menfongeres , laquelle nonobftanteft fi enracinée non feulement au cerucau du fimple populaire,mais aulîi en l'efprit de plufieurs eftimez doctes.Il y a encores vne autre maniéré de gens beaucoup plus fafcheux ôc importuns,qui affirmée pouuoir remettre les os fradurez & luxez par paroles,moyennant qu'ils ayentle nom ôc la ceintu- re du malade:mais ie m’efmerueille comme il eft polîlble aux hommes qui ont entendement ( ou le doiuent auoir j de croire vn menfonge fi appert, veu que la loy facrec des Médecins anciens,prin- cipalement du diuin Hippocrates,duquel pour réduire les os fradurez ôc luxez il faut tenir,tirer ôc poufter , pour laquelle chofe ils ont inuenté vne infinité de machines ôc inftrumens ( appeliez Glolfocomes } lors que par force des mains on ne peut allez fuffifamment tirer les membres pour D faire la redudion. Et ces impofteurs veulent perfuader qu'ils feront par parole ce que la main ôc les machines ne peuuent quelquesfois faire. Il s'eft trouué n'agueres vne autre impofture en Allemagne, c'eft qu'ils prennent d'vne pierre ‘nomméeBein-bruchy laquelle ils pulucrifent,& en donnent à boire à celuy qui aura quelque partie rompue' ou luxee,& maintiennent qu'elle apuiflànce de guarir telles difpofitions.il y en a encores d'autres en Allemagne, qui prennent vne elpee ou dague, ou autre tel infiniment qui aura bielle le malade, laquelle l’ayant accommodée en vn lieu reclus, comme celuy qui eft blelfé,Ia penfent, LfiC 44 TABLE DES CHAPITRES du traidé des Animaux. '5H3Îblr B la nature des beBes brutes. Chapitre j Du prognoBic des animaux. Chap. ij 5ara5 De l'artifice ft) induBrie des Animaux. Chapt lij g 'De l'induBrie (êfi artifice des Oifiaux à faire leurs nids. Chap. iiij De l artifice des Araignées. Chap. v 'Des Mouches à miel. Chap. vj Du gouuernement des Mouches à miel. Chap. vij Des Fourmis. Chap. viij Des vers qui font la foye. Chap. ix De tinduBrie des animaux delà confirmation amitié qu'ils ont> efi principa- lement de leurs petits. Chap. x Du temps que les animaux s'accouplent enfimble. Chap. xj De l'amour & charité des Oifiaux. Chap. xij De la nature de l'Elephant» Chap. xi ij 'Des beBes qui font és eaux. Chap. xiv C £f*e les beBes peuuent eBre appriuoifees. Chap. xv Qomme les animaux ont appris aux hommes à fourbir O* aiguifir leurs armures y& faire embuficades. Chap. xvj Des armes des beBes. Chap. xvij 'Des beBes qui font dociles. Chap. xviij Les oifiaux ont monBré aux hommes à chanter en mufique. Chap. xix Des oifiaux qui parlent y fublent efi fiffient. Chap. xx De iAntipathie & Sympathie. Chap. xxj Qomme ïhomme efi plus excellent efi par fai B que toutes les beBes enfimble. Chap. xxij L'homme a le corps de famé. Chap. xxiij Qomme Dieu s'efi monBré admirable en la création de l'homme. Chap. xxiv D La caufiepourquoy les hommes ne prefagent comme les animaux. Chap. xxv L'homme a la dextérité d'apprendre toutes langues. Chap. xxvj LE SECOND LIVRE DES ANIMAVX, ET DE l’excellence de l’Homme. Tte la nature des heftes brutes. Chapitre I. B . Vpa rayant que venir à îa defeription 3c déclaration particulière du c°rp5 humain, que l'on appelle Anatomie, il n'y aura point de mal, ce me femble,dc toucher quelque chofe fommairement des animaux 6c beftes bru- f ' tes cn gencrah Les beftes brutes donc font autant différentes entre elles, que la nature des vues diffère de celle des autres. Car des animaux les vns font naturellement hardis, les autres timides : les vns farouches, les autres priuez, 3c comme ciuilifcz, autres comme folitaires, aucuns font armez de coquilles 3c efcailles, corne le Crocodile,6c la Tortue, & plufîeurs poillbns: autres d’aiguillons 3c efpines. Le Cheual a l’ongle forte,6c comme animal leger, fuperbe 6c courageux, il a efté pourueu & fait braue de fes crins. Le corps du Lyon magna- nime, hautain 3c cruel, eft armé de dents,d’onglcs,6c de queue. Le Taureau 3c le Sanglier fe rendit formidables ; le Taureau, c’eft à fçauoir auec fes cornes, & le Sanglier auec fes dents ou deffenccs eminentes, 8c defcouucrtçs, qui font comme leurs armes naturelles. Le Lièvre animal paoureux 6c craintif, a le corps defarmé,6c totalemct nud : mais cn recompenfe, il eft vifte ôcfoudain à la fuite: car aux animaux paoureux, la vifteftè leur eft donnée, 3c aux hardis les armes. Il y a vnc infinité d’autres proprietez admirables, 3c de fîngulier artifice aux animaux, en forte qu'il eft impoflible les comprendre 3c eferire. Somme, les animaux ont chacun vne chofe particulière, comme le beuf la force, le ferpent l’aftuce, le taureau la furie, le mouton patience 3c la douceur, le crapaut la fierté, le renard larufe 3c fubtilité,l’afne la ftolidité,le tygre la cruauté,la colobe la douceurfle fourmy la preuoyancc, le tellon ou blcreau la négligence, le chien la fidélité, le mulet l'infidélité, le loup la gloutonnie, l'elephant la prudence, le porc la faleté, la netteté l'efcurieü,& ainfi des autres,comme il fera plus amplement déclaré cy-apres. Si nous voulons contempler leurs façons de faire , nous trouuerons quelles font douées de certaines vertus naturelles en chacune affedion , de courage, prudence,force,clemence,difcipline. Elles fe cognoiflènt les vncs les autres, difeernent entre elles, appetent les chofes qui leur font vtiles, fuyent le mal,euitent le péril,pouruoyét à l’aduenir,amaf- fent ce qui leur eft necelfaire, prefagent le beau 3c mauuais temps ; elles ont monftré plufieurs cho- ies aux hommes, elles ont vn fentiment exquis , elles chantent en mufique , elles ont vne induftrie 3c amitié à la confcrnation de leurs petits, elles ont intelligence du pays où elles naillènt,elles gar- dent vne fingulicrc chafteté , concorde & amour les vnes enuers les autres : elles font armées pour combattre 6c fedefendre, elles fc lailfent appriuoifer aux hommes,elles parlent 3c fiftlent, elles co- gnoiifent la voix l’vne de l’autre, elles font entre elles comme vne petite republique,elles cognoif- fent ce qui leur eft bon ou mauuais,tant pour preferuer leur fanté,que pour fc guarir elles-mefmes; fçauent quelle dicte il leur faut tenir, 3c de quelle viande elles doiuent vfer, 3c quels remedes elles D doiuent chercher contre leurs maladics,6cfi n’ont point apprins ces fciences des hommes : mais au contraire, elles les ont apprifes cn partie aux hommes. Ce qu'eftant confideré de plufieurs anciens Philofophes,ils n’ont point eu honte de difputer ou reuoquer en doute,fi les beftes brutes eftoient participantes de raifommefme le fige Salomon nous renuoye quelquesfois à leurs efcoles,6c Efaye reproche aux Ifirâclites leur ingratitude enuers Dieu , leur propofant pour exemple le bœuf ôc l’afhe,qui recognoiffcnt leur maiftre, mais Ifraël a mefeognu fon Seigneur.Pareillement Pline dit, que les hommes doiuent rendre grâces aux beftes,de plufieurs médecines 3c remedes qu’ils ont ap- prins d’icellesiqu’ainfi foit,Ies Cerfs nous monftrent que l’herbe nommeeDidame, eft bonne pour tirer les traids,ou les tronçons de fléché du corps de ccluy qui en eft frappé , puis que les mefmes Cerfs quand ils cn font navrez , vfent de ce mefme remede. Ariftote dit que les chèvres fumages de Candie font le femblable. La propriété de l’herbe nommée Efclaire nous a efté enfeignee par- les hirondelles, 3c qu'elle eftoitpropre pour la veuc , voyant quelles en vfoient pour les yeux de leurs petits. Les ferpens vfent de fenoüil, 6c fillans les yeux s’en frottent les paupières pour re- couurer la vend. La Tortue mange de la fariette contre la morfure des viperes. La belette mange de l’herbe nommée Tapfus barbatus, 3c s’en frotte tout le corps , fe couchant 8c traînant par def- fns. Les Ours eiyjenimez pour auoir mangé des pommes de Mandragore , fe guarilient en man- geant des fourmisrauffi après s’eftre long-temps veautrez,fortans de leur caucrne, mangent 1 herbe appellee Aron fauuage,pour leur amollir le ventre, qu’ils ont eu toufiours dur 3c conftipe pendant Gai. au l. de l’ufage des parties. Le Heure court de grande vi~ tefle. Les beftes\ dômes de cer- taines venta naturelles. Salomon. Efiie. Pline lin. 8, chnp. x 7. Ariftote. Les Ours mangent des fourmis pou? fe purger. 46 Le fécond Liure des Animaux, qu'ils ont efté en leur cauerne,&: après s'en vont à vne fourmilIere,ou ils le couchent,tirans la lan- A gue , de laquelle il dégoutté quelque humidité douce , la tenans toujours tirée iniques à ce qu'ils Tentent quelle doit couuerte de fourmis,lors qu'ils fe Tentent malades,puis les auaîlent pour Te pur- ger.Nous voyons ordinairement les chiens, qui mangent de l'herbe nomraee Dent de chien , pour fevuider par vomillément.Les Pourceaux cherchent les efcreujlïès , ôc les mangent quand ils lont malades.Les Ramiers, les Merles, les Perdrix vfent de fueilles de laurier pour leur purgation ; les Pigeons,Tourterelles ôc Poullailles pour Te purger mangent de la Peritoire. L'Ibis Ôc ferablable- ment Cicongne , nous a monftré l’vfage des clyfteres : lequel fe Tentant aggraué d'humeurs, e^ant au nuage de la Mer, remplit Ton bec & Ton col d'eau marine, puis fe feringue par la partie par laquelle il iette Tes excremens,& peu de temps après Ce vuide,& Ce purge. L'inuention d’abbac- tre les tayes des yeux aPPellecs cataradles/ut trouuee par vne chéure, qui auoit vne raye deuant la PL1P^cd~e fr°ttant & gallant contre des efpines, abbatit ladite taye de deuant la pupille, ôc par ce moyen recouura laveu'é. L'Hippopotame ( qui eft vn chenal de la riuieredu Nil ) nous a enfeigné la phlebotomicjlequel eftant de nature gourmâd ôc glout,fe Tentant aggraué de plénitude de fang, fe frotte contre les rofeaux rompus les plus picquans,& s’ouure vne veine de la cuiife,pour fe deî- c^arger tant °llie luy eft,puis fe veautrant dedans la fange s’eftanchc le fang. La Tortue lors qu'elle a mangé de la chair de ferpent, mange de l'origan , autrement marjoleine fauuage. Les an- ciens entre leurs fecrets ont expérimenté certaines choies , qui refiftent aux tonnerres ôc foudres, ôc entre les autres les plumes d’aigles portées en panache ; auffî la ceinture de veau marin empef- che que ceux qui l'ont, n’en font iamais attaints. Or qui voudroit raconter par le menu toutes les médecines ôc remedes que les belles ont enfeignees aux hommes, defquelles Ariftote Ôc Pline , ôc autres femblables ont eferit, la chofe feroit fort longue : car ils font vn long récit des belles Ôc re- modes qu'elles ont monftrez aux hommes. Dauantage, nos veftemens fontfaiéls des leurs,comme peau, laine,poil,& fommes nourris de leur chair:la greflè,moüelle, os, ôc excremcns nous feruent à nos infirmitez & guarifon, \ Exemple des brebis, *a laine des brebis nous fommes veftus,laquelle eftant blanche peut prendre toutes fortes de teintures : on en faiél tapi lïèries,aulïi fourrures ôc autres chofes. De leur peau on fait parchemin POUr e^cnre > & toutes maniérés, de veftemens , ôc autres vfages à diuerfes chofes. Leur chair eft tres-bonnc ôc delicieufe à manger : de leur fuif font faiéls flambeaux,chandeîles, onguens, ôc plu- iîeurs autres chofes : de leurs boyaux font faites cordes feruans aux inllrumens mulîcaux. Leur de- coélion fert à faire clyfteres,&: fomentations remollientes. Et quant à leurs crottes & vrine,il ne le trouue nul lient plus excellent pourengrailfer la terre.Dauantage,leurs os &moüellc feruerftà faire fards pour embellir les femmes : mefmes leur cornes feruent à faire produire des afperges en abon— dance,ellans enterrees auec leurs racines. Et pour conclufion, les brebis font grandement profita- L bles pour l'vfage des hommes. Aulïi trouuerons-nous en l'Efcripture fainéleque la plus grande ri- çheftè d’aucuns Roys confiftoit en troupeaux à laine, lefquels mefme ils daignoient bien garder en leurs propres permîmes ( pour le profit ôc excellence de ccs belles) comme nous lifons d'Abra- ham, Ilaac, lacob, Laban, Moyfe,Dauid, ôc autres. Lu Cicongne a enfeigné les clyfieres, La (heure a en- feigné à ab- batre les ta- yes des yeux, L’Hippopota- me aujfs a enfeigné à faire la fai- gnée. \ La laine blanche peut prendre tou- tes fortes de teintures. Du Prognejlic des Animaux. C h a p. IL Avantage, les animaux tant terreftres qu’aquatiques Sc volatilles , ont donné aux hommes la cognoilTàncc de la mutation du temps : s’il doit faire vents, pluyes, oia8c’ tempeftc>fL'oidure,gelcc,grclle,ou beau temps : comme nous voyons les be- ieiS aigneaux,lors qu’ils s’entreheurtent,& choquent i’vne contre l’autre,corne à corne, les pieds en l’air auec le petit faut leur corps elbranlant , lignifient change- ment de temps. Le péril nous eft demonftré par le bceuf,quànd il fe leche contrc-poil,& haufle le mufile vers le Ciel, Sc mugit Sc flaire la tcrre,& s’efforce manger auidemment. Audi quand les four- mis plus dru & en plus grand nombre que dexouftume, s’cntrercncontrent l’vne l’autre comme eftourdies, elles dénotent la plnye foudain aduenir. Si les taupes befongnent en terre plus que de couftumc,& la rompent en pièces bien menues, c’eft figue de pluye.Si le chat pallè la patte par def- fus le coîjComme s’il fe peignoir,c’eft figne infallible de pluye. Les poiftons ont aufli vne merueil- leufe propriété à fentir la mutation du temps, quand en temps , drain ils fe ioüent fur l’eau, en fe lançamt au deftiis,ils lignifient pluye. Quand les Dauphins Sc Marfoliins fautent, &fc delcouurenc lur 1 eau, c’efl: ligne de grand orage Sc tempefte fur la Mer : ce que voyans les mariniers, mouillent I anchre, Sc donnent ordre a leurs vaiflèaux. Quand on voit les orties de mer nager fur l’eau, c’cft ligne de tempefte:clles font de couleur decriftalyreluifant auec du pers méfie : de fubftance li fragi- le,qu a peine en peut-on tirer d’entieres de la mer.Si on en frotte vu ballon,il reluit de nuiél,com- mc fi c eftoit vne torche allumee,qui eft chofe admirable. Quand auffi la grenouille chante Sc crie plus haut que de couftume.Lcs oyfeaux ne font fruftrez de ce priuilegercar on peut autant ou plus parler d’eux à ce propos, que de toutes les autres beftes. Si les grues volent en l’air fans faire bruit, .c’eft ligne de beau temps:!! elles crient Sc vont fans ordre, c’eft ligne contraire. Quand les oyfeaux aquatiques fortent de la mer,& viennent allez auant fur terre, c’eft ligne de pluye, Sc grande tem- peftc.Si la cheueche chante beaucoup en temps de pluye,elle dénoté que le temps fe veut efclaircir: &au contraire, li elle chante en beau temps,c’eft ligne de pluye. Plutarquedit que quand le Cor- beau chante en voix enroüee,& qu’il fe bat des ailes, c’eft ligne de vent Sc de tempefte. Quand les poulies Sc autres oyfeaux domeftiques fe battent des ailes & fautent en chamant,c eft figne déplu- yc}Sc de grands vents. Quand les oyes, canes Sc canars fe baignent volontiers Sc s’épluchent , Sc. Lei poijfons entendent la mutation du temps. Les o'tfeaux. Iluturque. Et de l’excellence de l’Homme] 47 A dreflent leurs plumesauec le bec, 8cenfemble iargongnent,ceft ligne de pluye. Si les hirondelles volent Ci près de l’eau 8c de la terre qu'elles frappent contre, cela dénoté que toft il pleuura : anffi quand elles volent haut en l'air,en s’ébattant cherchans les moufclies, cela lignifie beau temps. Le petit roytelet fe refiouylfantplus que de couftumc, fautelant & plaifammcnc chantant, dénoté la pluye aduenir. Lors que la Pic ctie & fe tempefte près des hayes ou builfons-cela dcmonftre qu'el- le voit le loup,ou renardjou quelque ferpent.Si le coq chante incontinent après le Soleil couchant ( comme 1 on dit entre chien 8c loup ) outre la couftume, 8c que la voix loit enroüce, c’eft ligne, de pîuye.Si les moufehes 8c puces mordent 8c picquent 6c aiguillonnent plus que de cp*rfl:ume,c;eft ligne de pluye.Quarid le Héron vole fort haut, il dénoté beau temps, 8c s'il vole près de Peau en criant, il prefage de la pluye. Lors que les pigeons fe retirent au foir en leurs colombiers plus tard que de Couftume, c’eft prefage de vent & de pluye. Les milans fuyent Pair infed 8c peftilent 8c le quittent, de forte qu'il n'y a rien fi certain qui monftre la ferenité 8c bon air, que les lieux où les milans habitent.Pareillement autres oifeaux laiftènt leurs œufs 8c leurs petits 8c s'enfüyenr.Quâd les chauue-fouris volent au vefpre,pluftoft que de couftume,& en plus grand nombre, ceft Imne de chaleur 8c de beau temps pour le iour fuiuanr. Le crocodile fait fes œufs iuftement à la hau- teur que lariuicre du Nil doit delborder 8c couurir la terre , de façon que le pafîant qui premier les treuue de fortune , fçair ,& prédit à fes compagnons, iniques où le fleuue doit monter & des- B border PEfté enfuiuant;mefurant & compaftant iuftement ce qui doit eftre couuert d’eau,afin que luy fans eftre baigné, puifle couuer fes œufs. Or cela eft plus vne precognoiflancede ccfte befte, procédante de diuination,que de raciocinationjchofe digne d'admiration.Nous dirons en paflànt, quand la Lune eft rouge, fignifie vents ; pâlie, fignifie piuyes rclaire, beau temps. Et aufti qu'en la pleine Lune ne faut couper le bois pour baftir, mais en la declinaifon : 8c Ci on le fait, il fe rend vermolu 8c ponrry. De l'Artifice & indtfirie des Animaux. C h a p. III. E s poilfons de la mer en général, toutes & quantesFois qu’ils Tentent les flots oü K tcmFeftcs venir 5 chargent d’arene , afin qu'ils Toient plus fermes, & qu’ils ne H Toient fi facilement tranfportez tk agitez par la tempefte Turuenante. Autres Te muf- M Tent en certaines cauernes,& trous de rochers. Et quant à ce que les poifibns nagent contre le fil de Teau , cela aduient afin que les ondes & vagues ne leur leuent & re- bourTentleur écaille &ouye,lefquelles remplies ne pourraient aucunement reTpirer : & par ainfi l’eau venant par la partie de deuant, leur Terre les ouyes,& applanit leur écaille : qui fait que plus facilement ils nagent. Le Temblable eft des grues, leTqueîles volent contre le vent : afin qu’iceluy ne Touffle leur plume par le derrière , qui leroit caufe eftant ainfi écartée , de rendre leurs corps nuds & découuerts 5 ce qui les empefeheroit de voler. F lut arqué. Artifice déi foijjom. De Cinduîirie & artifice des oifeaux à faire leurs nids. C h a p. IV. 'Induftrie 5c artifice laquelle tous les oifeaux ont à faire leurs nids , eft faide tant proprement, quJil n'eft pofifible de mieux : tellement qu'ils furpaflent tous les Ma- pt çons, Charpentiers, Ôc Edificateurs : car il n'y a homme qui fceuft faire édifice plus /Ç; propre pour luy 5c fcs enfans , que ces petits animaux les font pour eux , tellement que nous en auons vn prouerbe, que les hommes fçauenr tout faire finon les nids des oifeaux. Et ont cet artifice, qu'ils les garniftènt de plume,laine,ou d’autre matière molle,com- me s'ils leurs preparoient vne coulte ou vn matelas pour les loger plus à leur aife. L'hirondelle fait Ton nid en figure fpherique 5c ronde, laquelle figure eft plus fermc,& codent plus que toute autre : elles le baftiftènt de fange 5c petits fétus, comme s'il efloit de ciment 5c de chaux. Les oifeaux qui font leurs nids fur les arbres, choififtènt les plus fortes 5c couuertes branches,afin que leurs nids y puilfent eftre , comme fur vn fondement bien aftèuré, plus fermes 5c mieux couuerts. Or pendant que la femelle eft empefehée à couuer fes oeufs,& à faire fes petits,le malle luy'fert à fon tour,pour p donner loifir à la femelle d'aller querrefa vie: 5c quand les petits font éclos, iemafle, &la femelle enfemblene ceftent iamais à leur porter viande, & l'oftantde leur bec,l'efpargnant pour leur bail- ler ; qui eft caufc qu'ils en font plus maigres lors qu'ils les nourrilîént, pour legrand foin qu'ils en ont,ne les abandonnais iniques à ce qu'ils mangent d’eux-mefmes. l'ay en ma maifon allez bon- ne quantité de paftèreaux, qui font leurs nids en certains pots de terre, 5c lors que leurs petits foire grandclets,& couuerts de plume,i'en fais dénicher & mettre en vne cage pour le plaifir de mes amis 6c de moy, à voir que le pere 5c lamere les viennent appafteler ; 5c quand il y en a vn qui ja a receu fa becquée, 5c ncanrmoins qu'il fe vienne reprefenter ouurant le bec, le pere Sc la mere le laiftenr, cognoilfans ceux à qui il en faut bailler : 5c ainfi font leur diftribution comme il appartient, félon l'ordre 5c réglé de iuftice diftributiue. l'ay fait mettre vn paftèreau eftranger auec les autres de mefme âge,pour cognoiftre 5c fçauoir file pere& lamere des autres auroient cure de l'appafteler: mais ie trouuay au contraire qu'ils le lailfoient mourir de faim, encore qu'il ouurift le bec comme les autres légitimés. On void aulli les petits chevreaux Sc aignclets , cftant aux champs en grand nombre,que chacun recognoitfa mere, combien qu’elles font veftucs toutes d'vne couleur : p'areil- Iement,la mere ne permettra vne autre l'alaider. Le chevreau, l'agneau, le poulain , & femblables animaux,fi toft qu'ils font nez, d’eux-mefmes cerchent 5c courent aux mammelles de leurs mères : fçaehans naturellement que là eft leur nourriture ; 6c deuenus grands,ils choifilfent de raille diuer- fes plantes en vn terroir Sc pafturage, celles qui leur font propres pour les alimenter. Artifice j des oifeaux. La figure ronde contieé plus que tou- tes les autres j Arifiot.de a~ nima.li.6.c.% La femelle & majle des ci~ féaux couuet tour a tour* Experienci futile pat l'autheun 48 Leleond liure,des Animaux, De /’artifice des araignées, Chap. V. 'Araignée fait fa roillc d’vn merneillenx artifice , traucrfant maintenant d’vn & co^>& maintenant de l'autre, empoignât tout ce qui luy peut Ternir pour l’eftendre 9 & attac^®r,Et encore SI11’011 l'ompe 6c défalTe fouuét Ton ouurage,& qu'on la dcchadè BHgSii d'vn codé ou d’autre ; ce néanmoins elle n’eft point tant craintinc , qu'elle dcflogc t de Ton logis pour cela, mais toufiours retourne à Ta befongne ; de forte qu’on ne luy en fçauroit tant défaire &'gafter qu'elle n’en reface 6c racontre, faifant toufiours ouurages nou- ueaux, 6c ce d’vn merucilleux artifice : tellement que les tifiTerans,& lingcrcs, tapiffiers , brodeurs, pafiementiers,peTcheurs,veneurs, 6c autres viennent à l’efchole pour apprendre d’elles à faire leurs ouurages 6c leurs rets. Toit qu'on regarde à la perfedion & Tubtilité du fil,ou aux nœuds indi{lob- bies de la toile fans filamens , eftant comme vue peau déliée 6c gluante , comme s'il y auoit de la colle. Finalement on necroiroit iamais qu’elles fufiènt tant bien enfeignées à retirer leurs filets, 6c le gouuernement de leurs ouurages, tellement que s'il y a quelque moufche ou autre proye prinfe à leurs filets, la Tentent,& tout en vn moment retirent leur toile', 6c courent fus comme vn Chafièur bien expérimenté : que fi ne le voyons tous les iours deuant nos yeux, on penTeroit que ce fuit fable. La toile d’a- ta igné e efi mieux pren- dre les mouf- thés. Des Moufches à miel, C h a p. VI. E ne veux laifter en arriéré la prudence des moufches à miel : c’eft qu’elles font entre M jSjik e^es comme vnc petite Republique, elles ont vn Roy, lequel eft plus beau, plus gtos & fedu deux fois que les autres mouchcs:il a les ailles courtes,& les jambes droides, |||Pq vn marcher plus graue que les autres, ayant vnc tache au front, qui luy fert de dia- deme ou de couronne ,qui eft le lignai Royal, d’authorité 6c de Majefté : il eft plus poly que les autres moufches à miel. Elles ont vn aiguillon pour leurs armes &c defences,toutefois le Roy n’en a point, ou pour le moins il n’en vfe point : lors qu’il il a fa garde qui l’enni- ronne, 5c toute la troupe le fuit. Il ne fort point de la ruche linon quand tout fon régiment doit fortir, ce qu’on cognoit par le bruit qu’elles font dedans la ruche,bruyans & bourdonnans,comme trompes &c tambours, pour annoncer qu’il fautdebufquer pour aller aux champs. Chacune d’elles defireeftre après le Roy , 5c s’il eft las,le portent, 8c en quelque part qu’il s’airefte tout le jetton s’arreftera 5c fe campera ; s’il meurt,toutcs font triftes & mornes ,8c ne fortent point dehors pour aller en quelle, mais s’aftemblenc à l’entour de fon corps, puis le portent dehors , & luy font com- pagnie comme es funérailles, & l’en fendillent en terre : cela fait, en eflifent promptement vn au- C trej car elles ne peuuent viure fans Roy. Il a l’œil par tout cependant que toutes les moufches tra- uailicntfeur donnant'cœnr, voltigeant autour delà befongne, comme s’il vouloir exhorter les ou- uriers. Apres qu’elles ont trauaillé. Ci elles veulent fortir dehors, elles élifent vn temps propre, car véritablement elles preuoyent & Tentent les pluyes , vents & tempeftes lors qu’ils doiucnt venir. Elles ont celle iuftice &c équité , que fur les champs jamais ne font mal aux animaux , tels qu’ils foient}& ne picquent aucun de leur aiguillon , finon pour la defence de leur maifon , Ôc peut - on dire qu’elles ont quelque portion de l’efprir diuin. Le picqueron eji donné aux moufchti à miel pour leurs armes & defences. Les abeilles ne peuuent 'vitere fans vn Roy. Les moufches a miel fen- ttnt le veau (y insinuais temps. Du gouutrnement des moujehes a miel. C H à p. VIL 1 E s goùuernent en leur faiét corne s’enfuir : de iour clics font faire le guet à la porte,& repofent de nuiél iufques à ce qü’vne les réueille auec deux oit trois fons de ra leurs bourdonnemens, comme d’vne trompette qui leur commande ainfi qu’en vn m camp : lors s’aflèmblent pour voir s’il fera beau temps,& s’il fait beau,fortent & s’en :±2À vont en quelle. Les vnes apportent leurs fleurs à leurs pieds 6c cuiflès, les autres de l’eau en leur bouche, les autres qui ont encore quelque menu poil, apportent l’eau fur leurs corps en forme de petite rofee. Et ainfi chargées > entrent dedans la ruche, oh promptement il y en a qui les defehargent, puis les diftribuent aux lieux & places à ce ordonnées. Or celles qui vont aux champs, font les plus ieunes Sc menues : que fi de fortune eftans dehors il sefleue vent, attendent qu’il fait pafsé pour eftre plus aisément conduites : s’il dure trop, «5e qu’il leur foit contraire, fe chargent d’vue petite pierre,de peur d’eftre emportées,& volent bas contre la terle.ElIes font fort vigilantes en leurs affaires,& ont l’œil fur celles qui font fetardes, 6c ne font rien , & quelqucsfois les chaftient iufques à la mort.Les vnes baftiflent,les autres poliflent,autres apportent viures.Elles commencent à baftir en leurs ruches,en voulte, d’vn artifice merueilleux , depuis le bas iufques en haut du plancher,lai flans deux limites,l’vn pour l’entree, 6c l’autre pour la fortîe, 6c viuent toutes enfemble,afin qu’il n’y ait inégalité entre elles,ny en viandes,ny en trauail. Elles tiennét leur ma- noir fort nettement,iettans toutes ordures dehors, 6c ont vnc chofe encore digne d’eftre bien no- tce:c’eft qu’elles chaflèntde leurs ruches les bourdons,& les abeilles baftardes, qui ne leur leruent de rien finon à manger leur miel,«Se à gafter leurouurage , 6c partant elles les chaflent 6c les tuent comme leurs ennemis. Celles qui ont perdu leur aiguillon, font du tout inutiles,& peu après leurs entrailles fortent & meurent. Elles font de grand profit à leurs maiftres , leur laiflans cire 6c miel. Ariftomachus Philofophe dit en auoir nourry cinquante hui& ans, auec tres-grande diligence, pour cognoiftre tout cequ’elles faifoient, ôc dit qu’elles font compagnables 6c aflbciables enfem- ble de leur nature. Preuidence aux mouf- ches à miel. Les moufches tiennet leurs tnaifons net- tes. Et de l’excellence de l’Homme 49 Des Fourmis. C h a p. VIII. I s fourmis ne ont Pas moindre admiration que les moufches à miel en leur M jfinduftrie, prudence ôc diligence : de force que Salomon n'a pas eu honte d’enuoyer H l£s Pare^ux a Pefchole d’iceux.Or ce feroit chofe incroyable fi n'en auions l’expc- |;J ricnce pour tcfmoin,que ces beftioles tant petites puilfenc amalfer les biens qu’elles amalfenc pour leur prouifion,& tenir entre elles vn tel ordre quelles tiennent.Pline dit qu’il y a entre elles ordre de republique,mémoire,foing& cure.N'’eft-ce pas vn palfe-temps de leur veoir mordre les fruids qu’elles veulent porterîs’ils font trop gros, elles fe tournent en arrie- re,& s’appuyent contre leurs cfpaules,6c les poulfent de leurs pieds. Et à celle fin que les femences quelles cachent en terre,ne puilfent germer ôc reprendre, elles les rongent auant que les mettre en leurs greniers.Et fi les grains font trop gros,& qu’ils ne puilfent facilement entrer par leurs trous, elles les partilfent par e milieu : ôc s’ils font njouïllez depluye,elles les mettent dehors & les fonp feicher.Élles labourent denuid quand la Lune eft pleine,& ceflentau défaut d’icelle,en quoy elles monftrent quelles entendent quelque chofe en Aftronomie. Mais en leurs œuures, quel labeur 6c qu’elle diligence y a-il ? ôc pourtant qu’elles amaffent leur prouifion de diuers lieux,& que Pvne ne fçait rien de l’autre , Pline tefmoigne qu’elles ont certains iours de foires,pour fe cognoiflre l’vne l’autre. Vn chacun peut penfer quelle courfe,& quelle diligence il y a entre elles.Maisqui les con- templcroit, ne diroit-il pas qu’elles parlent enfemble, & quelles interrogent ôc refpondent l’vne à l’autre ? Ne voyons-nous pas les pierres ôc cailloux rongez ôc engrauez en leur chemin,de la trace de leurs pieds,& le fentier qui eft fait par leur œuureîen quoy nous pouuons bien cognoiftre com- bien la diligence 8c exercice valent 8c peuuent en vne chacune chofexar fi les pieds tant petits que ceux des Fourmis vfent ôc cauent les pierres par force,& par continuation d’aller Sc de venir, que peut le continuel labeur des hommes ? mais outre tout cccy,il eft encore eferit d’elles,qu’elles s’en- feueliflcnt les vnes les autres, comme les hommes. Piutarque s’accorde en ce que Pline en a eferit, mais aulli il monftre mieux en fpedal,& par le menu, les grandes vertus qui font en celles petites beftes,defquelles il parle ainfi : Mais comment eft-il pofîîblc de parler alfez dignement de la difei- pline ôc induftric des Fourmis ? fi ne les faut-il pas palier fans en parler aucunement : Nature n’a point de plus grand miroüer des grandes ôc excellentes chofes : car en iceluy reluit le lignai de toute vertu, comme en vne pure goutelette. Cefte communication qu’elles ont entre elles,eft l’i- mage d’amitié : cefte force ôc allegrelfc quelles ont auxtrauaux, eft vne image de force ôc magna- nimité : fomme, elles ont beaucoup de femence ôc de tefmoignage de temperance,& de prouiden- ce,& de iuftice : chacun peut cognoiftre leur beneuolcnce lors qu’elles fe rencontrent, quand cel- les qui font vuides font place aux chargées, afin qu’elles pallènt à leur aife,quand aulîl elles panif- ient en beaucoup de pièces vn fardeau trop pefant,ou àportcr,ou à traincr : femblabiement,qu3iid elles mettent les grains au Soleil, pour les faire feicher, lors qu’ils fentent qu’ils fe niellent ou fle- triftènt, ou pourriftent. Et encores d’abondant que le foing qu’elles ont que leurs grains ne ger- ment, furpafte tout entendement ; car elles rongent le nombril du grain,qui eft la partie par laquel- C le il gette le germe , le chaftrent long temps deuant. On dit que la première defeente ôc entrée de leurs cauernes n’eft pas droide , afin qu’il n’y ait point d’autres beftes qui y puiflent aller ; mais qu’elle eft tortue, auec des grands retours ôc circuits , ayans plufieurs fentiers de trauers, Icfqueîs fhrendent en trois cauernes : l’vne eft celle-là où elles font leur allémblée ôc parlcmens : l’autre où elles retirent leurs prouifions déroute l’année: ôc la tierce eft le cimetierede° morts. Dauantage, iamais ne font mal les\nes aux autres,& viuront cent mille enfemble en leurs petites cauernes de terre : ôc deux hommes le plus fouuenr ne peuuent viure en paix dans la republique. Voila ce qu’en eferit Piutarque. Les moufches à miel, les fourmis , ôc d’autres animfüx , recueillent pour l’Hyuer, 8c femblent auoir quelque ombre de raifon : mais ce qu’elles font, n’eft feulement que par vn inftind naturel, ôc non par prudence. Les beftes appellées infedes font comme fourmis, ôc autres petites beftioles : pource qu’elles ont des incifions , taillades, ou découpures par deflus le dos 3 ou par deflbus , ou en tous les deux, qui font accouplées ôc conjointes d’vn petit filet creux, félon Pline ôc Ariftotc. Salomon don- ne poiir mat- firejfes les Fourmis aux pareffeux, Pline liu.li» <& 30. Foire de fourmü, Pline, F lut arque 3.Opu feule. F line lift. 10, chap, jo. Beneu'ltnc* des fourmis. Des vers qui font U foye. Chap. IX. D O y s poimons arilîî adioufter à ces bettes les vers qui Font la foye , defquels les A $ Philofophcs ont cfcric merueilles j à fçauoirj de la maniéré de faire leurs nids,& eurs Iai*nes & toiles, defquelles elles font braues les Roys, Reynes, & autres £ |à| hommes & femmes. Mais qui eft celuy qui ne fe doiue grandement cfmcruciller ' de l’induftrie & entendement qui font en ces petites beftioles ? La prouidence de Dieu fe monftre en la nature qu'il a donnée aux animaux : ellefe manifefte encore mieux en ce que les plus petitsd'entr'eux , font ceux aufquels il a plus donné d'induftrie &c de prudence: afin que par icelle ris puittent recompenfcr la force qui leur défaut. 50 Le fécond Liure, des Animaux, De l'indufirit des Animaux, & de la conferuation & amitié cju ds ont, & principalement de leurs petits. Chap. X. ■ E s animaux portent ync fi extreme amitié enuers leurs faons ou perirs, que forment elles fe pourraient fàuuer ôc efchapper , en fuyant le challèur qui les veut prendre. Mais s'il faut par ce moyen abandonner leurs petits, elles aiment mieux eftre miles en pièces , que les perdre & laiftèr en arriéré. Et la faifon qu'elles font plusfurieufes, c’cft alors qu’elles les nourriftènr. Plutarque did, que toutes les beftes en général aiment ardemment ce qu’elles engendrent, Ôc le nourriftent foigneuiement, & ont vne affedion & Hnelfie finguliere en telle matière. Et quant à l'induftrie de conferuer leurs petits , les perdrix vfent en cela d’vne grande finclfie , car tandis que leurs petits ne pcuuent encore voler pour leur icune aage , elles les accouftument à fe coucher fur le dos , ôc à fe couurir de mottes de terre comme de quelque couucrture. Quand les chaftèurs font pre's d’elles ,* elles les mènent d’vn autre codé , & tournoyent & volent comme à peine, ôc font fèmblant qu’elles ne peuuent plus courir ,.6c fe feignent ainfi iufques à ce qu elles ayenc retire les chaftèurs ioing de leurs petits. Voyla donc vne grande fiueftc, conioinde auecvn amour 6c vu grand foing enuers fes petits. ® Ce que nous lifons des Heures à cemefme propos, n’eft moins digne d’admiration : car les lié- urcs fc voulans retirer à leurs giftes , mènent leurs petits l’vn à vn lieu , ôc l’autre à vn autre : 8c quelquefois ils les feparentl’vn de l’autre bien d’vn arpent de terre, afin que fi d’auantureil fur- uient vn homme ou vn chien, ils ne foient pas tous en vn mefme danger. Et puis âpres auoir bien traquafte Ôc voltigé, 6c imprimé force traces de leurs pieds, faifans vn grandfault,ils fe retirent de là, 8c vont en leurs giftes. Or il le liéurc eft fin 6c caut pour la garde de fes petits, le heriftbn ne l’eft pas moins , non feu- lement pour nourrir fes petits, mais aufti à fe fanuer luy-mefme , 6c pource oyez ce que Plutar- qne en a eferit. Quand le renard pourfuit le heriftbn , il s’enroulle dans fes efpines, ainfi que la chaftaigne eft cachée en fa coquille ou efcorce, & par ce moyen il fe tient là caché en embui- cade, fans pouuoir eftre nullement blefté. Mais le foing qu’il a de fes petits eft encore plus di- gne d’admiration. Il s’en va aux vignes, au temps des vendanges , & auec fes pieds ils abbat en terre les grains des raifins : puis il feroulle par demis, ôc les picque de fes efpines. Plutarque qui en a eferit ainfi, introduit vn perfonnage auoir veu cela de fes yeux. Et pource il did : Il me Tou- rnent que quelque jour nous en vifmes vn, que nous eftimions que ce fitft vn raifin qui cheminaft, tant il eftoit chargé de graines. Quand il eft entré en fa caueruc , il en met vne partie pour Tes pe- tits , ôc retient l’autre pour foy. Il faid le femblable des pommes, poires ôc autres fruids,& fçait bien choifir les meilleures & les plusmeures,fc roullant deftus, ôc en porte tant qu’il peut ôc fi peu qu’il luy plaift. Il fe trouue en la Floride vne forte de befte , laquelle tant pour fa rareté que de- rormité, ie n’ay voulu obmettre en ce traidé, en ayant pris le pourtraid de Theuet,lin. 13. chap. 1. Tome z. de fa Cofraographie. Elle eft nommee de ce peuple Succurath, 6c des Canibalcs Su, Cefte befte la plufpart du temps fait fa refidenceau riuage des flcuues ,6c eft ramifiante , 6c d’vne façon fort eftrange, telle que la voyez figurée. Si elle eft pourfuiuie, elle prend fes petits fur ion dosftefquels elle couure de fa queuc,qu’elle a allez longue & Jarge,& fe fauue à la fuite.Toutesfois lesSauuages pour laprendre,font vne foffie , dedans laquelle elle tombe fans fc douter de telle em- bufeade. Les perdrix ’vfent de fi- nejfe. Des Heures. Le heriffon eft faut pour lu garde de fes petits. Vlutarque. Defcription. du Succa- rath. fiPourtraiSî du Succarath. Entre les Animaux, la nature pcfe autât d’vn codé que d'autre,quant au coura- à la hardiellè,&: ne cé- dé point la femelle au maf- le, foit à fupporter les tra- vaux pour le recouurement des viures, foit à combatte pour la defenfe de leurs pe- tits. Les Biches font ordinai- rement leurs faons près des grands chemins,pource que les belles rauillàntcs, qui viuent de proye , n'y han- tent pas communément. Ec de l’excellence de l’Homme. Le Temps que les animaux s'accouplent enfemble. Chap. XL L Av Prime‘vere es animaux Ton efpris du défit de s'accoupler:car alors ils font exci- tez * mettre lors laconcùpifccnce generatiue.ne plus ne moins que la féue,& les bou- tons des arbres ou herbages, à fin de perpétuer leur femblable. Les Làyes attirent jv leurs fangliers,& les chcures leurs boucs,& autres femelles leurs malles,par leurs pro- pres odeurs : les oifeaux s'entrefont l’amour des ailes & du bec, les autres par leurs chants & voix diuerfes s’entre-appellët chacun en leur jargon,s’cntrcfaifans carelLes, fe refiouïfians pour l’eiperance quelles ont de s'accoupler , monftrans par cela que nature les incite à ce faire. Ce qu’on void aux grenouïlles,qui commcnçans à entrer en amour s’entre-appellent auec vn chant de nopceSjd’vnc voix amoureufe : puis quand le malle a faid venir fa femelle, ils attendent à s'ac- coupler denuid , pource que dedans l’eau elles ne peuuent habiter ny auoir compagnie l’vne de l’autre, &: fur la terre elles craignent le iour qu'on ne les trouue liez enfemble ; mais quand la nuid eft venue,elles fortët de l'eau lentement où elles s’entre-embrafient. Cela vient de la fapience diui- ne,qui a donné aux animaux le foin de fe garder d’eftre frappez,blefiez ou tuez autant qu’il leur eft pollible. Ælian dit que fi la Lionne a eu compagnie d’vn autre Lion , fon malle le cognoifl; à l’o- deur, la chaftie 8c bat cruellement. Aucuns animaux font plufieurs petits , les autres n’en font ia- B mais qu’vn feul en leur vie,comme l’Elephant,lequel neantmoins vit deux ou trois cens ans. C'efivn prin* cïpe denatu- te, que let animaux tufs chent d’en- tretenir leur vie <& ituri corps. Pline-, De l'amour à* charité des Oifeaux & Chiens. Chap. XII, A Cicongnc nourrit fon pere 8c fa mere en leur vieillefîc, 8c les petits fçaehans bien voler fia&Crf aident aulïl 3Sc iupportent ceux d’entr’eux, qui ne peuuent encores bien voler. Et par ainlî ils ne font pas feulement humains enuers leurs peres Sc meres , mais auffi entr’eux,comme frères 8c fœurs les vus enuers les autres. La poulie porte vue fi grade aflfedion à Tes petits poullins, quelle les congrege 8callemble, les gardant fous Tes ailes, 8c s’il vient vn chien, ou vnloup,ou vn ours,qui font de terribles belles au prix d’elle, pour en empoigner vn,elle fautera contre eux,voire 8c fuit ce vn homme armé de toutes pieces,pour les defendre,fans auoir cfgard à fa viefny au dan- ger auquel elle fe met : autant en font toutes les autres belles. Il fe faut efmerueillcr de la loyauté que le chien tient à fon maillre, 8c de l’affedion qu’il a enuers luy , 8c de la mémoire 8c nourriture qu’il en areçeu : car iamais il ne l’abandonnc,& quelque defplaifir que fon maillre luy face,encore qu’il luy donafl cent coups dcbafton,fi ne le peut-il delailîer, qu’il ne retourne toufiours vers luy. Il ny a belle qui cognoilfe fi bien fon maillre,encore qu’il aye ellé long-temps fans le voir , il le re- cognoill toujours. Il entend la voix des domelliqucs. Le commun de tous chiens eft de garder la ç maifon,&: abbayer aux ellrangers , 8c élire mauuais aux pauures mal-vellus. Et s’il eft quellion de trouuer des gardes bien feures,on n’en pourra pas trouuer de plus certaines que celles des chiens*. Et pourtant Ciceron leur faid cet honeur,qu’il les appelle garde fidèle par delfus tous autres ani- maux. Il a vn fentiment exquis, par lequel il cognoill à la trace fon maillre 8c la proye. Aucuns chiens ont demeuré long-temps fur le tombeau de leur maillre , toufiours heurlans piteufement, fans qu’ils en peullent dire defchallèz,nc voulans manger ny boire.Pline recite qu’vn chien ne de- partit iamais prés du corps de fon maillre,qui auoit elle exécuté par iullice jettant de trilles hurle- mens,enuironné d’vn grand cerne de peuple Romain, 8c quelqu’vn luy ayant jetté de la viande,ce chien la porta à la bouche de fon maillre. Puis quand on eut jetté le corps dedans le Tibre,le chien fe mit à nager,ellàyant de le fauucr 8c foullenir.Dont le peuple Romain fut grandemét efmerueillé de la fidélité de celle belle. On lit plufieurs hilloires de la fidélité des chiens , qui feroient icy trop long-temps à reciter Jls abayent 8c clabaudent oyans le bruid des trompettes,& le cry dés afnes 8c autres grands bruits,& ce elabaudement 8c abbayement leur effc vn pleur pour l’impatience de leur ire. Le Cheual femblablement cognoill fon maillre, ce que Plutarque a îailfé par eferit du cheual d’Alexandre nommé Bucefahquand il elloit nud,il endurcit bien que le palefrenier montall à poil delfus luy;mais quand il elloit paré de fes harnois royaux,& de fes riches couleurs,il n’en fouffroic pas vn feul monter fur luy,qu’AIexadre tout feul;&: fi autres s’efforçoient d’y monterai leur cour D roit fus , en ronflant 8c hannilïant fe cabroit fur eux, 8c les fouloit aux pieds, s’ils ne fe halloienc bien toll de fe retirer arriéré,éç s’cnfuir.Combie que la Colombe foit des belles bien fertiles, tou- tefois tant le malle que la femelle gardent vne finguliere chafteté,cocorde 8c amour,& charité l’vn enuers l’autre,&: ne commettent point d’adulterc , 8c ne violent point la foy en leur mariage : fi la femelle a vn malle difficile 8c fafcheux, elle le fupporte neâtmoins en toute patience:apres le cour- roux ils fe flattent 8c baifent, en faifant paix, 8c retournent l’vn auprès de l’autre. Ils font d’amour égales enuers leurs petits.Les tourterelles en font autant, 8c dauantage : car en ligne de viduité,ia- mais ne couchent fus branche verte , après qu’elles ont perdu leur party , 8c demeurent en perpe- ruelle viduité,fans prendre autre party.Ils ont vn amour mutel 8c réciproque. ta Cicongnt, la Poulie, Du chien, itu.l.cha. 40. Hifioire d’vn c^ien' xourtt, reüe. De laforce de l'Elephant, defa religion, docilité, clemence, bonté, chaft été des maux qu'on luy des biens. Chap. XI IL L ne fe trouue beftc terrcftre plus grande, plus puiflantejny efpounenrable que les Ele- phaïas.Car il Faut qu’ils fiaient merueilleufemcnt puifiàns «Scrobu fies, quand ilspeviuenc j&lll porter en bataille de fi gros édifices & de fi grolfes tours de bois pleines de gens-d"ar- rnes , qui combattent en icelles. Et qu’ils Foient efpouuantables, quand ils viennent cquippez en tel ordre,il appert par la peur & frayeur que l'armee des Romains en eut, lors qu An- Del'EltfMf, Lefecond liure,des Animaux, tiochus Roy de Syrie commença premièrement à les amener en bataille contre eux. Car les gem- A d'armes,qui n'auoient iamais veutels monftres,conceurent fi grande frayeur,de voir tels animaux, qu'ils ne fçeurent faire que fe mettre en fuite. Depuis les Indiens auoient de coultume en la guer- re,de lier au bout delà trompe defdits Elephans,vne efpee longue de deux coudces, auec laquelle ellans challez tuoient leurs ennemis. Ils mettoient parcillemet des bas,qifils lioient de chaifnes de fer fous le ventre,& defius mettoient vn chafteau de bois, en maniéré de tours, où quatorze hom- mes eftoient debout,& batailloient de toutes fortes de leurs armes ôc ballons.Mais depuis fçaehans leurs ennemis, que les Elephans craignent le feu, celle façon ell abolie , à caufc des ballons à feu qu'ils ont,& auffi des torches allumées qu'ils prefentent aux Elephas dcfquelles ils font tant epou- uentez, qu'ils font plus de mal à leurs maiftres en s'enfnyant,qu'ils ne font aux ennemis en batail- lant. Ce neantmoins tant ellranges belles qu'ils foiêt,c'ell vne chofe incroyable des vertus que les Philofophes leur attribucnt,& les chofes qu'ils en racontent. Pline di6l,qu’ils approchent fort des fens humains,& qu'ils ont quelque intelligence du langage du pays auquel ils font nez : ôc qu'il y a vne grande obeylfance en eux, en ce qui leur ell commandé , ayans mémoire des feruices ôc offices qu'ils ont accoullumé defairermais qui plus ell,bonté ôc clemence fe trouuêt entr’eux. Quand à la religion.Plutarque a eferit qu'ils font prières aux Dieux immortels : car de leur bon gré ils fe pur- gent ôc lauent en la mer,& adorent le Soleil-leuant,auec vne grande reuerence,leuans leur trompe en haut vers le Ciel,an lieu des mains. Et Pline à ce mefme propos relmoigne, qu'ils font honneur B ôc reuerence non feulement au Soleil,mais anffi à la Lune , ôc aux elloiles, ôc après auoir fai61 leur adoration,ils s'en retournent au bois,& portent deuat eux leurs petits veaux ou faons, qui font las. Les Arabes en font bon tefmoignage, qui voyent ordinairement grande quantité d'Elephans à la nouuelle Lune defcêdre à grands troupeaux aux riuieres,où ils fe lauent ôc baignent,& après qu'ils font purifiez,il fe mettent à genoux,& font leur adoration, puis s'en retournent au bois,& le plus ancien conduit la troupe,& celuy d'après les afiernble. On dit auffi qu'on a trouué que de nuiâ ils penfoient à ce dequoy ils auoient elle chafticz de iour. Plutarque tefmoigne qu’il ell tout certain, que comme aucuns Elephans culfent elle inftruits à Rome long-temps deuant, pour apprendre à faire des tours merueilleux,& difficiles àrefaire,on en trouua vnayant l'entendement plus dur que les autrcsj&pource il efloit hay de tous lesautres,& battu fouuent,parce qu'il ne pouuoit retenir tels tours depalle-pallè,lequel toutesfois les repetoit à par foy, ôc s'efforçoic les faires de nuiél à la Lune.Adrianus recite auoir veu vn Eléphant, lequel ayant deux cymbales pendues aux oreilles,les touchoit d'accord alternatiuement de fon mufeau (ou Rompe) ôc danfoit félonlamefure de l'ac- cord,& les autres le fuiuoient en danfant comme luy. Auger de Bufbccqalfeureen l'vne de les Epi- flres, en auoir veu vn à Conllantinople qui danfoit au fon des inftrumenrs , ôc ioüoit à la paulme. Les Elephans portent leurs petits deux ans en leurs matrices , pour la grande corpulence de leurs corps,parce qu'vn gros fruid n’ell fi roll meur qu'vn petit.Ils font de nature tant amiables,& pito- yabjes,que iamais ne font rien à perfonne,fi on ne les y prouoque. Iamais le mafie ôc la femelle ne fe cognoiifent enfemble qu'en fecret,à caufe de la honte qu'ils ont. On tient qu'ils ont fi bon en- tendement,qu'ils n’entreront iamais en vne nauire pour pafTer la mer,& dire menez en pays eftran- ge,que leur gouuerneur n'aye promis ôc iuréles ramener en leur pays. Auffi eflans irritez, ils char-' gent les hommes fur leurs corncs,& les jettent fi haut,que deuant qu'ils tombent, ils font eftoujffez ôc morts. Nous parlerons encore? de la nature des Elephans cy-apres au liure des Monflres, ou la figure de l'Elephant défaut, Pline Iîh. 8. chap. I. Plutarque. Pline. Plutarque. Arijiote li. 4. des Ani- maux. Des bettes qui font es eaux. C H A P. XIV. Lamproie. Près auoir parle des belles qui conuerfcnt fur la terrc,il faut pareillement dire quelque chofe de celles qui font és eaux,donr la Lamproye emporte le pnx,&: mérite la palme par dellus tous les poi(îbns,en cas d'amour paternel,& de bote & douceur enuersleurs petits. Premièrement elles font leurs œufs3& puis les petits,mais elles ne mettent pas hors leurs petits comme font les autres pbillbns : ains les nourrirent en leurs vcntres,comme s’ils les engen- droient deux fois : &c quand ils font grandelets font iettez dehors leur ventre, leur enfèignant à nager , de à s’cfbacre à l’entour d’eux ; puis fubît elles les reçoiuent derechef en elles-raeimes par 0 leur bouche , & leur baillent leurs corps pour habiter, leur donnant viande de refuge,tant qu’elles cognoilfent que leur ayde leur eft certaine de afifeuréc* Jplue les bettes peuuent eflre appriuoijees. C H a p. XV. % H h e y e t en fa Cofmographie Tome fécond, chap.7. dit que le Turc fait nourrir déroutés fortes de belles, comme Lions,Tigres,Leopards,Loups-ceruiers,Chameuxs Elephans, Porcs-efpics, ÔC autres belles eitranges : &: foiment les hommes qui ici gouuernent font en Conftantinople , ou au Caire. Ils les memenr par la ville aneç w vne groflè chaine de fer, & principalement les Lions, ayans de petites cloçhertf“s,aHn que le peuple fe retire , & que ces belles ne gaftent quelqu vn : ce que fouuentesfois eft aduenu. Et Ci ceux qui les gouuernent, font aduertis que quelque grand Seigneur,ou Ambaftadeur foie at- riué,-ils ne faudront luy amener en fon logis cefdidls lions, auec compagnie d'autres belles ellran- ges, aufquellcs ils font faire mille paife-temps : leurs maiftres femblablement ioüant de plufieur» fortes d'inftrumcns à la Turqucfque, melme ioüent Comédies , &c luttent f efpcrans tous d'guoir quelque prefent du Seigneur qui aura receu tel palle-temps. Ec de l’excellence de l’Homme. Figure comme les lions font conduits far la ville de Conftantinofle. Mais ce n’cft choie merueilleufe que les belles terrellres puillent dire appriuoifees auec les hommes, veu que les aquatiques lepeuuent dire, entre lefquellcs on nomme les Anguilles. Plu- lîeurs autheurs ont efcrit de la Murene : fcmblablcment que Cralîus a eu vne Lamproye, laquelle elloit fi appriuoifee,qu'elle luy obe'iffoit, dontluyauoit donné vn nom comme à vnc belle dome- flique,& l’appellant lafaifoit venir vers luy.Icelledlanc morte, il en pleura : ce que Domirius luy ayant reproché d'auoir ploré fa Murene, luy rdpondit, quJil auoit eu trois femmes , & n en auoic pleuré vne feule. plutarque. Comme les animaux ont offris aux hommes a fourbir dr aiguifer leurs armeures, &faire embufeades. Chap. X VI. SE s guerriers font fort Teigneux à contregarder leurs armes, à fin qu’elles ne Ce rouillent 5c gaftent , 6c pourcc ils les font fouuemesfois fourbir : mais il y aplu- fieurs belles qui ne leur endoiuenr rien de retour. Etquantàcepoin6t,les Porcs fangliers aiguifent leurs dents. Les Elephans, pource que Tvne de leurs dents, auec _ laquelle ils fouiller arrachans les plantes,herbes 6c racines dont ils Ce nourrirent en cil ordinairement moulfee,vTee&:eTpoin6lee,ilscontregardenttoiifiours l’autre poinétuë 6c affilée, pour s’en Ternir aux combats contre les Rhinoceros,& autres ennemis. Ledit Rhinocéros eftauffi long que l’Elephant, mais plus bas de jambes,«5c a Ton pelage de couleur de boüis , piccoté en plu- Jlîeurs endroits,& façonné 5carmé,comme il Te verra par Ta figure cy-apres. Les Tangliers aiguiTent pareillement leurs defenTes pour allaillir ou Te défendre. Du Lion. Çfj|IS Li°n chemine toufiours les pattes fermées, afin que Tes ongles Toient enferrez au dedans comme en vne gueine, de peur que la pointe ne le rompe,& aulîî qu’on ne les puilîe Tuiurc à la trace:car à peine la peut-on trouuer,ains feulement des petites marques de Tes pieds, 6c peu apparentes : 6c ainfi les animaux contregardent leurs armes , pour s’en Ternir au befoin. Les Taureaux prefentent le combat auec leurs cornes , 6c s’equippentau combat comme vaillans gens- darmes «5c Cheualiers. Le Rat d’Inde,comme dit Plutarque, ne différé en rien d’vn gendarme pour batailler, tant bien il Te Tçait couurir de boue 6c de fange, qu’il Temblc proprement qu’il Toit arme d’vn halecret 6c cuiraffe , lors qu’il doit batailler contre le Crocodile. Et combien que ledit Crocodille Toit vne befte Ti forte 6c cruelle, qu elle mange les hommes , le Rat d’Inde neantmoins le fait fuir , encore qu’il Toit f8rt petit. Cela Te fait par vne chofe indicible , que nature met aux La dent . xo.tom. i. de fa Cofmogra- phie. SN d r e* Theuet efcrit, que la Mer Perflque vers l'Arabie, nourrit vn poiflbn de la A grandeur & grofleur d'vne carpe, garny d'aiguillons & pointes comme noftre Heriflbn, aucc lesquelles il combat contre tous autres poiflbnis. C'eft chofe toute alleurée, que s'il en a donne vue attainte à vn homme, ou belle, comme aufll de Tes dcnts,cn vingt- quatre heures on le peut tenir prcll pour mourir. ‘Des Cancres. Les Cancres 3c Elcreuilïcs, cncorcs qu’ils foient petits animaux, à comparer aux fu£clics,{î ell-cc qu’ils fc jferuent de leurs pieds de deuant qui font forchus , non feulement à manger, mais aufll à le defendre, ou aflàillir. ■ , - , r l ■ ■ ' ;■> < f - Les bettes font dociles. Chap. XVIII. E s belles font dociles pour apprendre ce que les hommes veulent enfèigner ; en *ly qu°y elles nous bailler quelque tefmoignage, qu'elles ne font pas fans quelque par- ricipation de raifon. On les voit eftre enfeignées par les hommes, y prenans leurs clbats Ôc plaifîrs outre leur naturel : comme les Chiens,Singes, Cheuaux, paftent Ôc repaient par les cercles des baftcleurs,& s'dleuent fur les pieds,fautans & dançans, & font pluficurs autres tours de palîe-paftc. Plutarque recite qu'yn chien feruoit à vn bafteleur, lequel ioüoit vne fi&ionde plu fleurs mines, & plufieurs perfonnages , 8c ce chien y reprefenroit B pluficurs chofes conucnables au lubied que l'on traittoit, &qui s’oftroit : mais ce qui pailbit toute admiration,c’eft que luy iettant d’vne certaine drogue qui auoit le pouuoir d’endormir , il contre- faifoit naïfuement le mort. Il prenoit le pain où la drogue eftoit mellée, 8c peu d’cfpace après l’auoir anale,commençoit ce fembloit, à trembler,comme s’il euft eftétout eftourdy : finalement s’eftendant & fe roidifiant comme s’il euft elle mort, il le laillbit tirer ôc trainer d’vn lieu en autre, ainfi que portoit le fubjeft de la farce : puis quand il cognoilîbit à ce qui fe faifoit 8c difoit, qu'il eftoit temps,alors il commençoit premièrement à fe remuer tout bellement comme s’il fuft reuenu d’vn profond fommeil , & leuant la telle regardoit çà & là , dont chacun des allîftans eftoit fort clbahy : puis fe leuant du tour, s’en alloit deuers ccluy qu’il falloir qu’il receuft, ôc lecareftbit : de forte que tous les allîftans, ôc mefmes l’Empereur Yefpafien, eftant en perfonne dedans le theatrs de Marcellus où cela fe faifoit,eu demeurèrent tous rejouys. x 2)« Singe. Le Singe eft vn animal ridicule, beau toutesfois au iugement des enfans, 8c leur eft vn pafîc- temps pour rire : car s’elfayant d’imiter tous adles d’homme,il ne le peut fairc,&: partant apprefteà Vint arque, Tom. t. Du Singe. & de l’excellence de l’Homme. 59 A rire à ceux qui le regardent. On a veu, dit Galicn , vn Singe s’efforcer à ioüer de la flufte , danfer êc efcrire, Refaire autres chofes que l’homme peut bien faire. Il me fouuient auoir veu en la maifonduDuc deSome,vn gros Singe mal-faifant, 6c pour ce on luy epupa les deux mains, . fouffrant eftre habillé de Tes playes. Eftant guary , fe voyant fans mains , deuint doux, affable & docile : on luy bailla vn habit verd 6c ceint autour du corps : 6c à fa ceinture eftoit pendu vn eftuy de lunettes , auec vne paire de couteaux, & vn mouchoücr, comme l’on baille aux enfans. Eftant ainfi habillé , le maiftre cuifînier voulut eftre fon pédagogue, à caufe ou il faifoitfade- meure à lacuifine ,à vn coin de la cheminee. Il i’inftruit à luy faire faire plufieurs fingerics, & où il failloitjcoups de bafton ne luy raanquoient non plus que la parole,luy diminuant fa portion, le faifant fouuent difnerpar cœur : car comme dit Perle,le ventre eft ingénieux & maiftre des arcs ( 6c celuy qui baille l’entendement: ) & par ce moyen le cuifinicr enfeigna au Singe à ioüer de paffe paffe , à fauter & danfer au fon d’vn petit flageol, courir la lance, palfer 6c repalfer entre les jambes : il portoit la viande auec les pages pour la pofer fur la table auec grande reuerence, & fai- foit plufieurs autres bons feruices , tenant toufiours fa vaiffeile nette auec la langue, de façon qu’on l’appelloit frere lean fadotum. Apres le difner 6c fouper , on le mettoit dans vne chaire, contrefaifant le prefeheur tournant les yeux s’en deffus deftbus, frapant fa poiéhine de fes moi- gnons , en difant fes patenoftres, claquetant des dents, 6c monftroit fon cul, qui eftoit toufiours B à defcouuert,à caufequefon habit eftoit court, de peur qu’il ne fuft faffrané : bref, Faifoit plu - heurs autres lingeries & rifees, marchant toufiours debout, à caufe qu’il ne fe pouuoit tenir au- trement , s’il n’eftoit fur fon cul, parce qu’il auoit perdu fes mains. Des Oifèaux de proye. On voit femblableracnt les Fauconniers qui apprennent aux Oifcaux de proye , aller combattre en l’air les autres Oifeaux,& les abbattre en terre : voire voilent fi haut au profond des nues qu’on les perddeveuc. Et le Faucon ayant gaigné le deffus d'vn Héron, & fe voyant eftre prefque vain- cu,mct fon bec long 6c aigu fous fes ailes, la pointe en haut, à fin que le Faucon le voulant abbat- tre, donne contre iufques à entrer au trauers du corps qui eft caufe que tous deux quelquefois tom- bent en terre morts. Et où le Faucon l’aura abbatu fans eftre blelfé , eftant defeendu en terrefte Fau- connier l’appellanr, retourne fe remettre fus fon poing. Dauantagc, aucuns petits oifeaux font en- feignez à befongner des pieds «Sc du bec,lefquels ils vient en lieu de mains,tirans de petits vaiftèaux pendus à vne corde, ( aufquels eft leur manger 6c boire) comme vn homme tireroit des féaux d’vn puits auec les mains. Et quant au Chien,chacun fçaifcomme il eft docilc,& comme il va quérir vne Cane au profond de l’eau , & l’apporte à fon maiftre viue ou morte ; &fait encore plufieurs autres chofèsjoutrc celles deuant dif'ocheuis,Pies,Corneilles,Chucas,Corbcaux,Eftourneaux,Perroquets, & autres femblables,parlent & chantent, fifflent,& imitent la voix celle es autres animaux. Les Papegaux & Perroquets font à louer fur tous,pour parler,& prononcer les paroles qu ils oyent,& font fort joyeux & gais, principalement quand jjs Qnt keu vjn> C’eft auj(ft vn piai(îr comme qs fe tiennent du bec,quand ils veu- lent monter ou defeendre. Pluçarquc raconte , qu il y auoit vn Barbier à Rome , lequel auoit en fa boutique vne Pie mcrueilleulement babillarde, laquelle fans contrainte, mais de fon bon gré Çarloit,fi elle oyoit parler les hommes, & contrefaiioit toutes beftes qu’elle pouuoit ouyr,mefme le fon des tabours,fluftes, & trompettes, & autres inftrumens, Sc ne delailfoit rien qu elle ne s’eftu- diaft à contrefaire & imiter. On a veu des Corbeaux parler &; chanter des chanfons comme les hommes , voire mefmcs les Pfeaumes d’vn allez long traid. Macrobe raconte celle hiftoire plai- fante d’vn Corbeau. Il dit que quand Augufte Cefar reuint de la guerre contre Marc-Antoine,en- tre ceux qui luy venoient faire fefte, & dire la joye de fa vidoire , il s’en trouue vnqui tenoit vn Corbeau, auquel il auoit appris à dire paroles, qui valent autant que fi nous dilîons ; Dieu te ?ar- de Cefar Empereur vidorieux. Augufte eftant efraerueillé de cet oifeau tant feruiable , l’açherta mille pièces d’argent. Pline & Valere ont eferit entre les prodiges, qu’on trouue les bœufs & afncs auoir parlé. Il y a encoresbeaucoup de chofes à eferire de la nature des animaux, qui feroient trop longues 'i raconter : mais il fuffirad’auoir recité en bref ce que ces grands perfonnages, com- me Ariftote, Platon, Plutarque , Pline , nous ont I aille par eferit. Et véritablement ie cioy que ce ne font pas fables, & qu’il n’en foit quelque chofe, Sc qu’ils n’en ayent eu quelque expérience, ou bon tefmoignage. Car puisqu’ils ontefté hommes fçauans,& de grande authorité & renom, il ne nous faut pas eftiraer qu’ils ayent elerit à l’auenture pour fc faire mocquer d’eux, fçaehans bien que leurs eferits feroient bien examinez par plufteurs hommes de fçauoir ,qui auront expérimenté les chofes defquelles ils ont eferit. Parquoy il ne nous faut pas reietter comme fables tout ce que n’a- uons pas veu, & qui nous eft nouueau. Aùfiote > Platon , Pline , PUi- ta*que,grSdt Phitofüfhes, ont efcrit de ce fie matière. De l'Antipathie dr Sympathie. C h a p. XXL P 11E 5 âuoir defcrît la nature des belles, il m’a femblé n’eftrc hors de propos mettre icy certaines chofcs remarquables, qui fe trouuent entre icellesj touchant leur fympathie 8c andpathiere’cft àdire,qu’elles ont vne certaine amitié,&: inimtié,non feulemêt eftans en vic,raais aulïî après leur mort, par vne occulte 8c fccrette proprietérau moyê dequûyles vnes fe cherchent,les autres fe fayent,aütres fe font guerre mortelle, ne demâdant que la ruine les vnes des autres.Et pour prenne de ce, le Lion Prince des beftes,qui eft le plus fort,6c de plus grand cœur que toutes les autres, 8c combien qu’il foit aulïî fier, 8c plein de grande animolîeé & fureur, rugi liant 8c cruel contre les furieufes 8c terribles j neantmoins il a vne peur rnerueillcufc du coq, comme nous l’auons dit cy-dellîis. Car non feulement il le fuit en le voyant, mais aulïî en le Ten- tant de loing , ou l’oyant chanter. L’Elephant a vne femblable peur du pourceau, aulïî ayant vne telle haine aux rats &:fonds, que s’il apperçoit fa pafture e«ftre touchée, ou fende d’iceux, il ne la voudra toucher. Le Rhinocéros 8c l’Elephant ont vne guerre mortelle, lequel Eléphant eftant en furie,Ia remcr,& s’adoucit ayant veu 8c apperceu vn Mouton. Le cheual a telle horreur 8c iniïnirié, 8c crainte du chameau , qu’il ne peut fouftenir fa prefence. Le Chien hait le loup, le Liéure le Chiemla couleuure craint l’homme nud,& le pourfuiteftant veftn. L’Alpic a vne perpétuelle guer- re contre le Rat d’Inde, lequel fe barbouille,couurc 8c enduit de limon de terre grade,puis fe fek:he au Soleil : 8c eftant ainfi armé de plulîeurs cuiralfes de terre,il marche au combar,efleuanr fa queue, prefentant toulîours le dos iufques à ce qu’il aye efpic la commodité de fe ietter de trauers à fa gorge , ce épi’il fait pareillement au Crocodille, comme nous auons dit de l’Afpic. Le Lézard verd eft ennemy iuré& capital du Serpent, 8c grand amy de l’homme, ainft que par plnficurs belles hi- ftoires &c difeours on le pourra voir 8c cognoiftrc en lifant vn Dialogue eferit par Erafme de diuer- fes fympathies 8c antipathies de plufieurs chofes , lequel dialogue fe trouue imprimé aucc l’har- monie du Ciel & de la terre , n’agueres mife en lumière par Antoine Mizaut, homme de grande recherche 8c érudition. Il y a vue grande inimitié & contrariété entre l’Homme 8c le Loup,laqucîle fe déclaré en ce que fi le Loup void l’Homme,premier que l’Homme le Loup , il luy fait perdre la voix, & l’empefche de crier. La Belette voulant faire guerre à Ton ennemy l'Afpic,qui eft vne dan- gereufeefpece de Serpent,fe prémunir 8c arme deuant routes chofes de l’herbe appelléeruc. Le fin- gea vne ftnguliere frayeur , crainte 8c horreur de la Tortue , ainfi qu’on le pourra facilement co- gnoiftre d’vue plaifantc hiftoire traiétçe au Dialogue d’Erafme , çy-deuant allégué. Comme aulïî la mortelle,& iurée inimitié qui eft entre l’Araignée, le Serpent 8c Crapaut: chofe pleine de plai- fir, 8c fingulicre récréation. Il y a pareillement vue mortelle inimitié entre le Chat-huan, 8c les Corneilles, de façon qu’il n’ofe fe monftrerle iour, 8c ne vole que de nui &, fai Tant fesprouifions la nuiél pour viure le iour. L’Oifeau de riuiere craint fi fort le Faucon, que s’il le fent, 8c oit les fonnettcsjfe laide forment afiommer à coups de bafton & depierres,pluftoft que s’edeuer : ce que i’ay veu plufieurs fois. L’Alouette femblablement fe laide prendre à la main de l’homme, de peur qu’elle a de l’Emedllon,ou Efprcuier. L’Aigle a pour ennemy mortel l’oifeau de proye.La C>efce- relle de Ton naturel elpouuâte les Efpreuiers, de forte qu’ils fuyent fa veuc,&r fa voix. Le Corbeau &le Milan ont toufiours guerre : car le Corbeau luy rauit toufiours fa meilleure viande. Les poul- jjnteine j Minuit, Le fécond Liure, des Animaux, lailles haïflcnc amerement le Renard.Le petit Poullet n'eftant à grande peine cfclos,ne craint ny le Chenal ny l'Elephant ; mais il craint le Milan : de forte que Payant apperçeu voire de bien loing, foudain court &: fc cache fous les ailles de la Poulle.L’Aigneau &c le Chéureau s'enfuyent vers leurs meres,s'ils.fentent le Loup,combien que Jamais ils ne Payent veu. Pareillement il y a vne telle anti- pathie entre le Cerf Se le Serpent,quc le Cerf palfant par deffiis le trou où fe retire le Serpent,s'arre- fle tout court, de par Ton haleine Pattire hors de le tuë. Or quant à l'amitié qu'ont les belles enfem- ble , cela ne mérité eflre efcrit,parce qu'on le veoid ordinairement : les grues auec les grues , les eftourneaux auec les eflourneaux,les pigeons auec les pigeons, les moineaux auec les moineaux : de ainfi de toutes les autres belles de mefrae efpece. Inimitiez implacables font entre les brebis. Moutons, Aigneaux, de les Loups, voire h grandes, qu'apres la mort des vns de autres,!! deux tabourins font faiéls,l'vn de peau de Brebis, de l'autre de Loup,eflans fonnez de frappez tous deux enfemblement,bien difficilement fe pourra ouyrle Ion de celuy de Brebis,tant font immortelles les inimitiez de difcordances de ces animaux, foient vifs ou morts. Mcfmes aucuns efliment, que fi vn Luth ou autre inllrument efl monté de cordes faites de boyaux de Brebis de de Loup,il fera impoffible de l'accorder. Plufieurs difent auoir efprouué,que la telle ou queue du Loup,pendue fur la mangeoire oucreche des Brebis,ou bien cachée en leur efla- ble,pour la peur de frayeur qu'en conçoiuent lefdites Brebis,elles ne pourront manger,& ne feront que fe mouuoir,& petiller,iufques à ce que tout foit dehors. ® Il y a vne grande contrariété de inimitié entre les Rats de la Belette,laquelle inimitié fc mahifefle en ce,que fi l'on adioulle quelque peu de la fubllance de la ceruelle d'vne Belette , auec la prefeure pour faire formages , iamais les rats de fouris n'approcheront de tels formages de ne fe pourront aucunement corrompre. La Linotte haït tellement le Bruant, que l'on tient pour allèuré, que leur fang ne fe mcfle iamais.La Panthère de Hyene ont vne fi grande inimitié,que fi les peaux de toutes deux font pendues vis à vis l’vne de l'autre,tout le poil delà Panthère cherra,demeurant en fon en- tier celuy de la Hyene : tout ainfi que l’on dit dire des plumes de plumages des oifeaux meflez auec celles de l’Aigle : car elle les confomme de met à néant, les llennes demeurans en leur entier, Vn Taureau farouche de furieux,attaché à vn figuier,deuient doux de appriuoifé. Les Efcarbots meu- rent à l'odeur des rofes.Si on tire auec les mains la barbe d'vne Cheure rangée au troupeau d’autres, tout s'arreflera de lairra fa paflure,& toutes deuiendront eflonnees,&: ne cellèront de s’efmarmeller, iufques à ce qu'on Paye laifîèe. Il nefetrouue feulement contrariété entre les animaux, mais aufîî entre les plantes.Exemple du Chou de de la Vigne.Le Chou de la Vigne font pernicieux l’vn à l'au- tre,& leur combat efl digne d'eflre cofîderé.Car combien que la Vigne par fes tendrons ou capreo- les tortues , foit accouflumée d'embraflèr toutes chofes,neantmoins elle hait le Chou , tant grande efl l’inimitié qu'elle porte à celle plante,que feulement prés de foy,elle fe retourne en arriere,com- me il quelqu'vn l'auoit admQneflee,que fon ennemy fufl prés d'elle. Au contraire aime les Ormeaux de les Peupliers, voire fi heureufemét, qu'elle croifl& fc faiél platureufe auprès d'euxrcar elle eflant prés d'eux efpart fes tendrons montant en haut, de embrafle comme liens les branches,& ainfi s’eD gayant apporte foifon de raifins. Il y a vne concubination de malle & femelle aux choies vegetati- ucsjcomrae toutes fortes de plantes de arbres, ce qu’on veoid;/s'üs font plantez l'vne prés de l’autre, ils font grande demonflration de leur naturelle amitié : car ies branches du malle fe jettent hors de leur lieu natureI,pour s'encliner vers fa femelle,comme s'ü la vouloir embraffer. Celle merueilleufe amitié d'arbres fe monflre fort apparente en la Palme plus qu'en nulle autre:car fi la Palme femelle efl plantée prés fon mafle,les branches de fueilles d'iceux s'entremeflent de Joignent fi eflroiélemét enfcmble,qu'à peine on les pourroitdifioindrefans lesropre,Les Citrouilles ayment l’eau, en forte que fi on met vn vaifleau fous leur fruiél,eflant pendu à leur tige,il s'allongera cuidant aller à l’eau: ce qu'on veoid Journellement à ceux qui font curieux, mehtre des vaifîèaux remplis d’eau dcflbus le vhnquand la grappe commêce à fleurir.il femble aufîî fleurir,lors qu'il efl en vn verre.Les Aulx ou Oignons,&: généralement toutes plantes ayant telle, lors que les autres commencent à germer de- D dans la terre,mefmes pendus en l'air,germcnt de fentent tres-fort,pourueu qu'elles ne foient rances, feiches de pourries.Car la vertu naturelle,ingcneree,qui efl dedans les vues de les autres, alors fur- uient. Dauatage,le Sâglier>&: leCerf,lors qu'ils font en rut,& qu’on en ait mis au falloir long-têps auparauant,les faifant cuire,s’endurcifïent & enflent fi fort danslepotrqu’iceîuy n'eflanrqu'à demy plein,s'enfuit par deffiis, jettant vne efeume de mauuaife odeur,de forte qu'à peine on en peut mana- ger. La peau de Bouc efcorchee,feiche de conroyee par les tanneurs fent le bouquin en la faifon que les Boucs font en rut,conuérfant auec les Chéures,ainfî comme faiél le Bouc viuât. Ce qui demon- flre vne grade fympathie de harmonie aux chofes naturelles. La difpofition feule de ces belles peut faire celle fympathie,& fimilitude.de fentirla peau dumort,& en vn autre viuant.Parquoy on peut dire,que la première de principale caufede mal-féntir efl en icellc habitude &teperament du corps: mais l'accroifîement de la caufe efl lacoïtion Se compagnie de leurs femelles.L’onguentrofat,& eau rofe perdent leur force & odeur au temps que les rôles font en fleur de vigueur,qu'ils auoient aupa- ranant qu'elles fuflent fleuries, Se paruenuës à perfeélion : ce qui fe fait par vne doleance mutuelle de nature , qui efl entre les chofes qui fe font par fympathie. Il y a plufieurs autres antipathies de fympathies cachées, defquelles la conjeélure Se penfee de l’humain entendement ne peut fureter de déclarer lescaufes, ny les comprendre : car elles gifentenfeuelies en l'obfcurité de nature,&en vne majeflé cachee. Au moyen dequoy pluflofl on les doit admirer , que rechercher fa confufion : car elles font feulement cognuës del’incomprehenfiblepuiflance delà grandeur de Dieu. Que diray-je plusîEntre les plantes Se animaux font les Zoophytes, c'efl à dire , plantes-befles, qui ont fentimcnt& mouuement,tirans leurs vies parleurs raines attachées contre les pierres,com- me les Efponges. Entre les animaux terreftres de aquatiques font les Amphibies : comme font les Inimitié après la mort. Hyenehejle d’Egypte, La citroiiille aime l'eau* L'onguent rojat perd fa Jêhteur au temps que les rofes font fleuries. & de l’excellence de l’Homme. 63 A Biéures,Louftres,Tortuës,Cancres,Efcreuilfes,Camphur,&: Crocodile. Entre les aquatiques 6c les oifeaux,font les portions volans:&entre les autres belles 6c les hommes/onc les Singesrles Corails font plantes lapidifiees,qui produifent racines 6c branches. Comme l'homme eji plus excellent & parfoiff que toutes les hefies enjemhle. C H a p. XXII. Aintenant nous viendrons à déduire la grande excellence de l'homme, 6c que ce c IaV® p grand Dieu , fadeur de l’Vniuers , eft grandement à admirer , qui n’a point attribué à wüw g l’homme certaines commoditcz,comme il a faicl aux animaux/çaehant que la fapience luy pouuoit rendre ce que la condition dénaturé luy auoit dénie.Car encores qu’il vien- ne nud fur terre, ôc fans aucunes armes ( ce qui n’aduient aux belles qui ont cornes, dents, ongles, griffes,poil,plume,& cfcailles ) il eft pour ion grand profit 6c auantage,armé d’entendement,& ve- ftu de raifon,non par dehors,mais par dedans : a mis fa defence,non au corps, mais en l’efprit : de forte qu’iln’y a grandeur,ny force des beftes, ny la fermeté dcleurs cornes , ny la grande malfe de g chair & d’os,dequoy ils font compofez, qui puille empefeher qu’ils ne fiaient domptez, ou prins,& alfubjeélis fous la puillancc 6c authorité de l’homme. En luy fe trouue religion , iuftice,prudence, pieté,modeftie, clemence, vaillance, hardielfe, foy,& telles vertus,bien autres 6c differentes,qui ne font trouuees aux Animauxjce qui prefentement. Tout ce que nous auons eferit de la nature des beftes,n’eft pour donner matière aux Naturaliftes, Epicuriens 6c Atheïftes,qui font fans Dieu, de conclurre par ces raifons, qu’il n’y a point de diffé- rence entre les hommes 6c les beftes : mais pour raonftrer à l’homme qu’il n’a matière de fe glorifier qu’en Dieu.Car quelque chofe que nous ayons diéle des beftes 6c de l’homme,il n’y a point de com- par-ailon de luy à elles.Car l’homme tout feul,a en foy tout ce qui peut dire excellant entre tous les autres animaux , 6c plus parfait que nul d’eux. Car puis qu’il a efté créé à l’image de Dieu , il n’eft pofîlble,quelque abolition qu’il ait en luy de celle image, qu’il n’en foit demeuré quelque traiél 6c rayon delà puiflànce, fagellc, Sc bonté de Dieu Ton Créateur. Et jaçoit qu’il foit vue créature fort debile & foible,au prix de certains animaux, toutesfois ils n’ont puiftance,ne force digne de com- parer à la fienncjfi nous en voulons parler à la vérité. Car Dieu a imprimé en luy vu tel caraélere de fa puiftance,qu’il n’y a nul de tous les autres animaux qui ne le craigne,& qui ne luy foient fujets 6c contraints de luy obéir.Et nonobftant qu’il femble par les chofes douant diéles que la raifon ait cfté donnée à tous animaux : toutesfois, comme ditLaélance, elle a efté donnée feulement pour la ç conferuation de leur vie corporel!e,mais à l’homme,pour viure éternellement. Et pource que celle raifon eft parfai6leenl’homme,elle eft comme fapience 6c fageftè , qui le faiél excellant en ce, qu’à luy feul eft donné à entendre les chofes diuines : de laquelle chofe Ciceron a eu vraye opinion, di- fant,qu’en tous les genres 6c efpeces d’animaux il n’y en a aucun,excepté l’homme,qui ait cognoif- fancc de Dieu.Et luy a donné par grande excellence la raifon,laparolle & les mains, Ôc par ces pre- rogatiuesjl’a feparé des autres animaux,& doué d’vne nature plus fingulierc, que pas vne des autres créatures. Il a trouué premièrement par raifon les chofes plus nectaires. Il a impofé nom à toutes chofes,inuenté les lettres, drelfé les arts mechaniques& libéraux, iufques à mefurer la terre,& la mer,réduire par inftruélion la tres-ample malfe du Cicl,& la variété 6c diftinéliondes aftres,& l’en- rrefuitte des iours 6c nuiéls, mois &ans, continuellement renaiflàns , 6c l’obferuation du cours des eftoiles,& leur pouuoir quelles ont icy bas.Ila eferit les loix,& généralement forgé tous les inftru- mens des arts. A rédigé par eferit les memoires,& fpeculations des Philofophesjtellemét que par ce moyen nous pouuons raaintenât parler 6c difeourir auec Platon, Ariftote,& autres anciens autheurs. V homme a le corps de firme. Chap. XXII L ■ R comme l’homme a le corps defarraé,& delpourueu d’armes, aufil a-il Paine deftituee d’arts. Et en recompenfe de ce qu’il eft nud & defarmé , il a la main 3 & en lieu que Ton ! ame n’a aucun art,il a la raifon & parole:& de ces trois eftant garny,il arme fon corps, le couurant & remparant en toutes chofes , & enrichit Ion ame de tous arts & fcienccs. Or s’il auoit quelques armes naturelles , il auroit toufio'urs celles-là feules : femblablement ü de nature il fçauoir quelque art, il n’apprendroit inraais les autres. Pourcc donc qu’il luy eftoit trop meilleur s’ayder de toutes armes ,de tous arts , Nature ne luy a donné ne Tvn ne l’autre Parquoy Ariftote dit de bonne grâce, la main ellre l’inftrument quifurpafife tous autres inftrumens. Et fem- blablemcat quelqu’vn à l’imitation d’Ariftote, pourroit dire: la raifon eftrc vn art, qui lurraonte tous les arts.Car ainfi que la main eft inftrument plus noble que tous inftrumens, pource quelle les peut Faire,manier, & mettre en befongne , combien qu’elle ne foit aucun des inftrumens particu- liers : aulîl la raifon & la parole n’eftant aucun art particulier, les comprend naturellement tous. A celle caufe,la raifon eft vn art qui aduancc tous les autres-L’homme donc feul entre tous les ani- maux,ayanten fon ame vn art plus excellant que tous autres,àfçauoir,la raifon,à bon droiél polle- de vn inftrument plus noble que tous autres,fçauoir,lamain. Et aindi l’homme animal feul diuin entre tous ceux qui font en terre, pour toutes armes defen- ftues ,a les mains qui luy font inftrumens à tous arts , & non moins conuenables en guerre, qu’en paix.Il n’a eu befoin de cornes naturelles,come le Toreau,ny de defences comme le Sanglier, ny d’ongles comme le Cheual,ny d’autres armes, ainft qu’ont les belles : car il peut prendre auec les L'homme a la raifon par laquelle ex- cede tous an* très ani- maux 64 Le fécond Liure, des Animaux, mains des armes,qui font mcilleurcs,comme vue picque,vne efpéc,vnc hallebarde, vnc pertuifane, A qui font armes plus aduantageufcs,qui couper 6c percent plus aisément que les cornes, 6c les dents. 11 n'a eu aulïî befoin des ongles comme le Cheual : car vn caillou ou vn leuier alfenent Sc froiiïènt mieux qu’vn ongle. En outre , on ne fe peut ayder de la corne,ou de l’ongle, que de près : mais les hommes fe feruent de leurs armes de pres,& de loing, comme d’yne hacquebutte,& d’vue fonde 6c fiefche,& d’vn leuier plus commodément que d’vne corne. Voirc-mais,dira quelqu’vn,le Lion eft plus ville 6c leger que l’Homme. Et bien que s’enftiit-il pour cela ? l’homme auec fa main & fa fa- gclîè , qui aura dompté le Cheual, animal plus ville que le Lion, maniant le Cheual, il chalfe 6c pourfuit le Lion ; en reculant 6c fuyant il fe faune de deuant luy : ellant aftîs fur le dos du Cheual, comme en lieu haut 6c releué, il choifit & frappe, &tuc le Lion d’vn efpieu,ou d’vne pertuifanc,ou d’vn pillolet, ou autre arme qu’il voudra choifir. Et partant,l’hommc a tous moyens pour fe défen- dre des autres animaux : il ne fe rempare point fculemêt d’vn corceletrmais d’vn maifon,d’vne tour ou rempart. Il fait routes armes auec fes mains : il ourdit vn habillement, il lance 6c tire vn rets,& vn filet à pefcher,& fait toutes autres chofcs plus commodément que les animaux,& par la puilîàn- ce qu’il a eue de Dieu fon Créateur, il domine fur les animaux qui font en terre. Il charge i’Ele- phant,& le rend en fon obeïlfancejmais auffi ceux qui font en la mer,comme cet horrible monllrc 6c grand,la Baleine, la tuë 6c l’ameine au riuage. Pareillement ceux qui font en l’air : car le vol ne fauue l’Aigle du traiélde l’homme , combien que de loing il iette fa veuc. Et pour le dire en vn g mot, il ne fe trouuc befte,tant foit-elle armée de forces de corps, ou pourneuc de fens,que l’hom- me ne vienne au deffus. Ce qui eft prouué par le grand Po'éte diuin, quand il dit, Vhomme a tout moyenf four fe defë- dre. Pfeau. 8. Regner le fais fur les œuures tant belles De tes deux mains comme Seigneur d'icellcs: o Tu as de vray fans quelque exception, *JTlü fous fes pieds tout en fubietiion. Comme Dieu s'ejl monjlré admirable en la création de l'Homme. Chap. XXIV ®I e v s’eft monftré admirable & excellent en la création de l’Homme,& en fa prouiden- ce autour d’iceluy. Car il ne l’a manifeftée fi grande aux belles brutes , lefquelles il n'a crcéesjfinon que pour feruir l’homme. Nous poutres bien ellimer combien elle eft plus kraff? grande autour des hommes * 6c quel foing il en a dauantage , de quels dons il les a doliez plus que les belles brutes,veu qu’il les acreez les plus excelles de tous les animaux : & com- me Ton chef-d’œuure entre iceux,il a voulu faire reluire fon image,comme vne image de fa Majellç diuine, incomprchenfible à l’cfprit humain. Parquoy il n’a pas efté fans bonne cauîe appelle d’au- cuns anciens Petit monde, à raifon qu’en iceluy, comme au grand monde, toutes chofes reluifenr, par la pui{fance,bonté & fageffe de Dieu. Dieu créant l’homme, a fait vn chef-d’œuure d’vne plus excellente perfection que tout le refle,à caufe des grâces qu’il luy a donne'es. Quelques Pages d’E- gypte appelèrent l’homme Dieu terreltre,animal diuin & celdle,mdîager des Dieux,Seigneur des *•* chofes infcrieurcs,familier des fuperieures,& finalement miracle de nature. LegrMd Ar- chitecte par 'une tres- grande admi- com- posé ce petit monde. La caufepourquoy les hommes ne agent comme la Animaux. C H A P. XXV. A caufe pourquoy les hommes n'ont tel fentimcnt, pour apperceuoir &preiugerla mutation du temps, & les futures tempeftcs & orages défait, c'ell parce qu'ils font douez de la prudence naturelle, par laquelle ils peuuent venir a la cognoilTancc des chofes par leur certain iugement. Ils ne fuiuent pas la dilpolition de l'air, & du temps, comme les belles : car ils pourront eftre ioyeux en temps trouble & tempe-? ftueux,trifles en beau temps & clair, félon leurs apprehenlîons,& affe<5lions,&: l’occurrêce de leurs affaires. Mais les belles font efmelies à ioye ou à trillelîe, non pas par iugement qu'elles ayent, comme les hommes ; mais félon que le temps cil propre ou mal conuenable à leurs corps, & félon que maintenant il fe rclafche&ouure en elks,ce qui elloit auparauant clos & ferré en leurs corps: & par ainlî elles fuiuent la difpofition de l'air & du temps, ôc donnent ligne de ce qu’elles en fen- tent. Et quand à ce que les hommes imitent quclquesfois la voix des belles, cela ne leur doit cllre réputé à deshonneur, mais à leur grande louange,ayant pouuoir quand il leur plaift de contrefaire 0 les voix de toutes fortes d’animaux : Car Les hejîes n'ont point de iugement certain & affaire. Ils glapiflent comme Renards, Ils miaullent comme les Chats, Ils grongnent comme Pourceaux, Ils mugiflent comme Toreaux, Ils muglent comme Balaines , Ils hanniflent comme Cheuaux, I/j croïmüent comme Corbeaux, I/j gringottent comme Rofltgnols, I/s hurlent comme, les Loups, J/r gemiflent comme les Ours, I/r ru giflent comme le cry des Lions, Ils greftüonnent comme Grillons, J/j caquettent comme Cicognes, //* coqueliquent comme les Coqs, 2/i clouflent comme les Poulies, I/f piolcnt comme Poullets, cageollent comme les Geays, J/j cacabent comme perdrai Us barlcquent comme Slephans, Ils jargonnent comme les Jars, Jls roucoulent comme Colombes, Us brament comme les Cerfs, Ils trompettent comme les Grues, Us puputent comme les Huppes , Us gazouillent comme Hirondelles , Ils brayent comme les Jfnes , Us beüent comme les chevres, Us (iflent comme Serpenst Jls huyent comme Millans , Us coacent comme Grenouilles, Us clabaudent comme Limiers, Us claquetent comme Cigalles , Us bourdonnent comme les Moufches, Us abbayent comme les Chiens, Us a oc ai liens comme les Cailles. Et de l’excellence de l’Homme. 65 A Le Seigneur du Ban as ait cinquième tour de la femaine contrefait le chant de l’aloüette, chantant Tire, lire, alire, ôc drelirant-tirc, Adieu, adieu, adieu, adieu. Et pour le dire en vn mot, les hommes cocrefont toutes les voix des animaux.Et quant à ce que les oifeaux chantent, celan’eft rien au prix des Muiîciens : lefquels refonnans enfemble, font vne voix fort melodieufe ôc plaifante à ouyr,voire aux oreilles des Roy s & Princes,&plus harmonieu- fe,fans comparaifon, que tous les oifeaux ne fçauroieiit faire enfemble. Dauantage, l’homme ap- priuoife non feulement les belles domelliques, mais auffi les fauuages,& les plus ellranges de tou- tes, comme les Elephans, Lions, Ours, Tigres, Léopards, Panthères, Crocodiles ôc autres. Vhotnme /if» friuéife les j" & crhe " La Figure d'vn Crocodile t'efl icy reprefcntée. Plutarque témoigne que les Crocodiles,qui font belles inhumaines ôc tres-cruelles,ne cognoif- fent pas tant feulement la voix des hommes qui les appellent, mais auffi permettent ôc endurent qu’ils les manient: ôc qui plus clLouurent la giteulle,& fouffrent qu’on leur touche aux dents, & qu’on leur elfuye de quelque linge ou autre chofe. Et combien que nature ait donné aux belles quelque cognoillance de medecine,toutesfois, c’ell bien peu de chofe de tout ce qu’elles en fçauêr, C an prix de ce qu’vn homme feul en peut fçauoir, pour peu qu’il ait elludié en medeçine, & pour le peu d’expérience qu’il en puilTc auoir. Il effc vray qu’elles n’apprennent pas leurs médecines des hommes,d’autant qu’elles n’ont l’entendement comme iceux. Or quant à ce qui efl elcrit touchant là religion des Elephans, lefquels à ce que l'on en ditjadorent le Soleil Ôc la Lunc,ce n’efl pas pour aucune cognoillance qu’ils ayét de la diuine Majellé.Car à parler proprement,elîcs n’en ont aucune qui procédé de lumière Ôc raifon qui leur foit donnée pour ellre capables de telle cognoillance, la- quelle a elle baillée au feul homme. Et cbmbien que l’Elephant fe tourne vers le Soleil, & qu’il femble qu’il l’adore,!! ne l’adore-il point par intelligence, ny foy,ny par raifon qu’il aye que le So- leil foit leur Dieu , ôc qu’ils foient tenus de luy porter honneur ôc reuerence : mais le font par vn inllinéfc ôc mouuement de naturcTclon qu’ils fe trouuent difpofez naturellement par la çonuenancc que le Soleil a auec leur natüre, ôc par le bien qu’ils en fentent, fans penfer neantmoins à ce qu’ils fontjfinon ainfi que nature les poulie, fans religion qui foit en eux. Et pourtant, lors que bous leur attribuons religion,nous ne la prenons pas en fa propre lignification,mais par vne maniéré de dire, Ôc pat* abufion de langage , ôc par comparaifon, à caufc de la fimilitude ôc façon de faire qu’ont les Elephans. Les heftes n'ont nutle 2f O v s voyons l'homme auoir telle dextérité, qu'il ne fçait feulement pas apprendre les £ diuers langages qui font entre ceux de Ton efpece, mais auffi apprend ceux des oifeaux: l ce qu’on void par expérience d’aucuns bons compagnons, qui contrefont tous chants des oifeaux,& la voix de toutes belles, comme nous auçms dit cy-delfus, & entendent le jargon de plulîeurs autres animaux. Et pour vérifier cecy ; Apollonius Philofophe, qui eftoit ex- celler en celle fciêce,vn iour eftâten vue grade copagnie de Tes arais,où il regardoit des Paftcrcaux, qui elloient branchez fur vn arbre, aufquels il vint vu autre d’ailleurs, qui commença à gazouiller au milieu d’eux, puis s’en va,& tous les autres le fuiuirent : Apollonius ayant veu cela(& tous ceux qui elloient auec luy ) dit,ce Padercau a annoncé à Tes compagnons qu’vn afne charge de fromenf, dloit tombé près la porte de la ville, &c que le bled eftoit versé en terre: & ceux qui ouyrent celaf voulurent expérimenter s’il difoit vray, &c allèrent fur lesjieux, où trouuerent la çhofe comme il, auoit dit, & quant &c quant les palfereaux, qui elloient venus pour manger le bled. Or quant aux Corbeaux,Pies,&autres oifeaux,qui parlent pour defguifer leur ramage, &leur gazouillement, & lîfflcment, & fon de voix humaine, ils ont bien-toll dit tout ce qu’ils fçauent, ôc qu’ils ontapprins de long temps.Et quoy qu’ils fçaehent gazouillerais demeurent touhours belles brutes fans raifon. Mais à l’homme,la raifon luy aefté donnée naturellemét de monter plus haut que celles des belles, defirant touhours fçauoir , &nefe contentant point feulement d’auoir la cognoiflance des chofes qui appartiennent à la vie prefente : mais s’enquiert des chofes plus hautes, ôc des celeftcs Sc diüi- L'Homme a la dextérité d’apprendre toutes langues, C H a p. XXVI. 66 Le fécond liure, des Animaux ncs : qui eft vn certain argument,que la nature de l’homme,& l'amcqui luy eft donnée,eft bien dif- A ferente à celle des autres animaux,laquelle ne peut nullement eftrecognuë. L'homme a en Ton ame trois principales puilïances neceflairement concurrentes à toute loliable & vertueufe aétion:à,fça- uoir l'entendementjla volonté,& la mémoire : vne pour comprendre ce qu'il faut faire,l'autrepour l'executer :& la mémoire comme fidcle tutrice, qui garde ce qui a efté conclu & arrefté en l'entendement. Aucuns Philofophes l'ont appeilee le threfor de fcience, d'autant qu'elle eft com- me vn cabinet, auquel eft gardé ce que nous apprenons & voyons. Ces puiftànces & perfections, font grâces ftngulieres & dons fpeciaux,prouenans de la fagelfe diuinc du fainét efprit, qui ne font données aux beftes : lefquelles puilfances feront cy après plus amplement déclarées au liure de la génération, parlant des facilitez de l'ame. Et pour conclufton l'homme eft ingénieux ,fage, fubtil, memoratif,plein de confeifexcellant en condition,qui a efté fait du fouuerain Dieu,& luy feul en- tre tous les animaxa a efté orne deraifon & d'intelligéce,de laquelle tous animaux ont cftépriuez, & en luy reuit vnc image de l'elfence diuinc,qui ne ie trouue en nulle autre créature. Sententence d'Euripide, L’homme a bien peu de force corporelle , Jliais fa prudence & ralfon naturelle Va iu/èjuau fond de la mer, captiuant : Sur terre auffî s’eftend iufquaux ejpeces , B Oit plus y a de rufe & de finejfes . L es fem & l’entende- ment ont la 'vertu de cognoiftre & de ittger. TABLE DES CHAPITRES DV TROIS1ESME Liure de l’Anatomie. D Juif on du corps humain. Chapitre j. Enumération des parties contenantes}auec l’infirnSHon pour commencer la dîjfeiïion anatomique. Ch.j. Du cuir. Chap, iij. Du vray cuir. Chap.iv, Du panicule charneux. Chap.v. De la greffe. Chap. vj. De la tunique commune des muf les. Chap. vif, q Définition du mufle, & déclaration defs différences. Chap. viij. Des parties du mufle. ( ) Chap.ix. Déclarationparticulière d’vne chacune partie du mufle. Chap. x. Des mufles de l’Epigafire. Chap. xj. De la ligne blanche, & du Péritoine. Çhap. xij. De l’Omentum, dit du vulgaire Ceejfe , & des airabes Zirbus. Chap, xîij. Du ventricule ou efiomach, Chap, xiiij. Des inteflins. Chap. xv. Du Aiefientere. Chap. xvj. Des glandules en général, & Pancréas. ( ) Chap.xvij. Du foye. Chap. xviij. De la vejfie du fiel. Chap. xix. De la râtelle. Chap. xx. De la veine porte, & difiribution cticelle. Chap. xxj. De l’origine de l’artere, & diuifon du rameau défendant aux parties naturelles. Chap. xxij. Des nerfs difiribuez aux parties naturelles. Chap. xxiif. InflruPtion pour ofier les. inteflins. Chap.xxîîij, Origine & difiribution de la veine cane défendante. Chap. xxv. Des reins. Chap. xxvj. Des vaijfeaux Jpermatîques. Chap. xxvij. Des tefiicules, Chap. xxvij. Des corps variqueux, qu’on appelle Parafâtes : des vaijfeaux eiaculatoires & corps glanduleux nom- mez Droftates. Chap. xxîx. Des vaijfeaux vreteres. Chap, xxx. De la vejfie, Chap. xxx j. De la verge virile. Chap. xxxij. De la matrice & parties appartenantes d icelle. Çhap. xxxîij. De la matrice particulièrement. Chap. xx xiiij. Des tuniques qui contiennent l’enfant an ventre de Ut mere. Chap. xxxv. Du nombril, Chap. xxxvj. TROISIESME LIVRE TRAITTANT DE L'ANATOMIE DE TOVT LE CORPS, HVMAIN, illuftrée des figures de chacune partie d’iceluy. B TAR AMBR01SE PARE' DE LA VAL AV MAINE, Conjèiüer (êy" premier Chirurgien du Roy, Préfacé. BV i v A n t l'ancienne couftume de ceux qui par cy-deuant ont efcrir, auant que venir à la déclaration des parties du corps humain, qui eft noftre fin prctenduc,nous déclarerons premièrement la necefïité qu'il y a de les co- gnoiftrc : Puis l’vtilité, afin d'inciter le Ledeur à la cognoifiance d'icelles: Tiercement, quel ordre il y faut tenir : Quartement, nous dirons que c'eft qu'Anatomie , en la definiflànt &c expliquant les parties de fa définition. Quant au premier,!! me ferable ( fauf meilleur iugement ) telle cognoiftân- ce eftre plus que neceflaire, mefmement à ceux qui défirent paruenir à la fin prétendue de la Medecine : qui eft de pouuoir conferuer (chacun en Ton en- droid,c'efl: à fçauoir le Medecin,Chirurgien de Apoticaire ) lafanté prefente de tout le corps,& de chacune de Tes parties,ouen chafler la maladie.Car comment eft-il poflible que le Médecin de Chi- çy rurgien puifîènt conferuer & garder par chofes femblables, la faute, laquelle conüfte au tempéra- ment , commoderation de vnion naturelle des parties (impies pour la conformation du corps : ou chalîèr la maladie,laquelle eft corruption d’iceux,par efgal vfage de fon contrairc,s'il ne cognoi; le naturel du corps,& par telle cognoiftance combien il eft efloigné d'iceluy ? & pourtant a tres-bien dit Hippocrates au commencement du Liure de l'Office du Médecin vulnéraire, que je Médecin de Chirurgien appeliez pour guarir vn malade , doiuent confidererfi les choies font femblablesou difïèmblables,c’eft àdire,fi le corps auecques toutes fes parties de adions,redcqnent leur naturel en compIexion,commoderation de vnion,ou nonrafin qu’ils puifîènt conferuer en fon eftat, ce qui re- tient encores fon naturel,& réduire eniceluy ce qui en eft efloigné. Ce qui eft confirmé par Galien au commencement du liure des os,quand il dit,qu'il faut cognoiftrele naturel des os, de connexion d'iceux, fi on veut entendre quand ils en font edoignez pour les réduire en iceluy. Outre-plus,veu que la guarifon ne confîfte point feulement en la cognoiftance de la maladie, ains en la fcience de bien & deuement ordonner, de appliquer remedes propres,tant à tout le corps qu’à fes parties, lef- quelles quafi toutes à caufe de leur diuerfenature,requicrentdiuers medicamens:tefmoin Galien au commencement du premier Liure des parties malades, de au troifiefrae de la Méthode , parlant de l’encens. le te prie, qui eft celuy qui pourra bien de deuement ordonner félon l'exigence , tant du tout que de fes parties,fans auoir la cognoiftance d’icelles, qui eft acquife par l’Anatomie ? Le fem- p blable pouuons-nous dire de l’Apoticaireftequel ignorant la fîtuation des parties du corps humain, ne pourra bien de deuement, félon l’ordonnance des Médecins de Chirurgiens , appliquer empla- ûres,linimcns,cataplafmes, epithemes, fomentations, efcuftons,& autres remedes aufdites parties aux futures du Crâne,de parties d’iceluy,à la région du cœur,du foye, du ventre,de l’eftomachjfuperieur orifice dudit ventre, de laratte,des reins , matrice , veftîe,& généralement de toutes les autres parties qui requièrent tels medicamens : mais au contraire il commettra de très- grands erreurs,appliquant fus vne partie ce qui eft propre à fa voifine, ou indifféremment à toutes deux,de peur de faillir.Comme pour exemple, Pofons le casque le foye foit trop efchauffé : 6cl’e- ftomach ou ventricule trop refroidy(ce qui aduient caufe que le foye chaud enuo- yant beaucoup de fumées au cerneau, caufe diftilations froides fur l'eftomach ) fi par l’ordonnance du Médecin ledit Apoticaire doit appliquer chofes chaudes à l’eftomach pour fa guarifon , de il applique indifferemmét tant fur la région du foye que dudit eftomach ( ce qu'il pourra faire igno- rait leur diuerfe fituation,qui eft de l'eftomach tirant au cofté feneftre,& du foye au cofté d'extre ) if augmentera-! I pas l'intemperature dudit foye,fans apporter aucun profit à la partie malade, fru- ftranr par fon ignorance l'intention du Médecin, de diffamant ledit médicament pour l’indeué ap- plication ? Parquoy toutes ces chofes ainfi confidcrécs, il eft plus que manifefte à vn chacun, com- bien la cognoiftance de l’Anatomie eft neceflaire à tous ceux qui défirent heureufemenr,à l’honneur dç gloire de Pieu*& à l’vtilité de leur prochain,fairela Medecine,Chirurgie,&Pharmacie : à la fa- Que fert la cognoiffance de l'Anato- mie. En quoy con- fie lafnnté. Hippocratei. En qucy cw- fijie guariso, Ecurquoy di- Uerfes parties requièrent Aiuets médi- caments. Raifon pour- quoy ceux qui ont le fo- yechaud ont l'cjlomach froid. Le troifiefme Liure Quatre ’vti- liteXjie la co~ gnoifjanœ de l'Anatomie. La première, La fécondé, La tierce. La quatrief- we. ueur defquels nous donnerons en diuers endroits de ce prefent oeuurc , figures, où feront démon- A ftrées les parties du corps humain,lcs plus necdfaircs d’eftrc cogneuës. Quanta Ton vtili’té, il y en a quatre prindpalesidont la première nousmeinc & conduit à la cognoilîànce du Createur,comme l’effeél à la cognoilfan.ee de fa caufe, ainfi que tefmoigne fainél Paul, difant que les choies inuifî- bles de Dieu font manifeftées ôc cogneuës çar l'intelligence des choies faites & fenfibles.La fecon- de,eft que par icclle nous auons la cognoilîànce du naturel du corps humain , ôc de toutes fes par- tiesiau moyen dequoy nous pouuons iuger de la faute ou de lamaladie.La tierce,eft qu’en cognoif- fant le corps humain ôc fes parties,& par ce moyen leurs affrétions, nous pouuons prédire les cho- fes à venir,& dépendantes d’icelles. La quatriefme ôc derniere, eft que par icellcs nous femmes ren- dus capables de bien ôc dcuëment ordonner ôc appliquer medicamens , félon l’exigence d’vne cha- cune partie. Puis donc que la cognoilîànce de l’Anatomie eft fi necelfaire ôc profitable , refte maintenant à déclarer par quel ordre elle peut eftre acquife. Laquelle chofe, afin qu’vn chacun puilfe mieux en- tendre,faut noter qu’il y a trois ordres,par lefquels les fcicnces font trouuées& demonflrécs:C’eft à fçauoir,ordredecompofition,qui eft propre pour enfeigner,lequel Ariftote a vfurpéen fa Logique ôc Phyfique,commençant des parties ou chofes les plus fimples aux plus compofées. L’autre eft de diuifion,lequel eft propre pour trouuerles fciences:& procédé des chofcs plus compofées aux plus fimplesrlequel ordre a enfuiuy Galien au Hure des Adminiftrations anatomiques ; ôc de l’vfage des & parties.Le tiers,eft l’ordre de definition,lequel demonftre l’elîènce ôc la nature des chofes, comme appert au Hure de Gai. De ane parua.Et pour autant que cet ordre eft expliqué par diuifion,à celle caufe il peut eftre comprins fous le fecond,lequcl nous enfuiurons en ce prêtent traiélé, en djuifant le corps humain en fespartiesrtoures lefquellcs ie declareray non feulement par cognoi lîànce,mais aulïi par fcience:conioignant ce que Galien a eferit en fes Adminiftrations anatomiques, &Vfage des parties : elquels Hures, ôc premièrement en celuy defditcs Adminiftrations anatomiques , nous font déclarées les parties du corps humain par cognoifiance , c’cft à dire demonftrées à l’œil telles qu’elles font:& au Hure de l’Vfage des parties,elles nous font déclarées par fciencc,c*cft à dire,pour- quoy elles font telles,& en quel vfage elles font ainfi faites.Ccs chofes ainfi briefueraent déclarées, il conuient de monftrer que c’eft qu’Anatomie,afin que ( comme dit Platô enfon dialogue intitule Phædrus , ôc après luy Ciccron ) vn chacun fçache ôc entende quelle eft la chofe de laquelle on doit traider. Et pour autant que telle cognoi fiance eft acquifc par la définition ( qui eft vne orai- fon briefuc faite de genre ôc différence,parties eflenrielles de la chofe définie, par laquelle eft brief- uement déclarée la nature ôc ellence d’icelle ) premièrement nous la définirons , puis expliquerons vne chacune partie d’icelle. Anatomie donc,felon fon etymologie,eft vne entière ôc parfaite diuifion ou refolutîon artificielle du corps humain en fes partics,tant vniucrfelles que particulières, fimples que compofées. Et eft à noter, auant que palier plus outre, que ccftc définition eft bonne ôc efientiellc félon les Médecins Ôc Chirurgiens : lefquels efians Operateurs fenfuels , admettent ôc reçoiuent les qualitez propres ÔC communes,pour les différences & formes efientielles,au contraire desPhilofophes,lcfquels repren- nent toute définition qui n’eft faite de genre ôc différence efientiellc '.laquelle pour l’imbecilité de noftre nature, nous eftant cachée,fommes contraints au Heu d’icelle , aflëmbler plufieurs qualitez propres & communes pour compofer noftre définition,quenous appelions plus propremêt deferi- ption ,pource que où elle nous deuroit monftrer la matière ôc forme , qui condiment l’efièncc de la chofe definie,elle ne nous monftre que la matière enueloppée de certains accidens.Ce qui eft mani- fefte en ceftedite définition, en laquelle diuifion & refolution tient le lieu de genre, à caufe qu’elle contient à plufieurs. Quant à tout ce qui s’enfuit,il obtient Heu pour la différence, à caufe qu’elle la fepare de toutes autres diffedions, qui font faites fans artifice. Car il faut entcndre,que diuifion artificielle n’eft autre chofe que feparation d’vne partie de l’autre fans aucun intereft d’iccllc, fui- nant la circonfcription d’vne chacune, en forte que toute diuifion autrement faite, ne peut ôc ne doit eftre diteartificielle.Et voila quantaux parties vniuerfellcs de celle définition. Quant à l’expli- cation des diélions,i’ay dit,du corps humain,pource quenous procurôs tant qu’il nous eft pofîîble, la conferuation de fanté,& chaffons les maladies d’iceluy, Ôc non d’autres. Et de ce appert qu’il eft fujet de toute la Medecine,non comme compofé de matière Ôc forme,ou comme humain, ains com- me fujet à famé ôc maladie.Par partie n’eft entendu autre chofe ( comme déclaré Galien au i. chap. du i. Hure de l’vfage des parties ) qu’vn corps qui n’eft pas du tout feparé,ny du tout conioint aux au- tres , compofant toutesfois ( félon Galien au premier Hure de la Méthode ) le tout auec les autres, aufquels il eft en partie conioint, & en partie feparé. Outre plus par parties vniucrfelles i’entends commela Tefte,Thorax,Ventre,auec leurs appartenancestpar particulières , comme les parties d’i- cellesfies fimples,commeles parties fimilaircs,lefquellesfont neuf en nombre,àfçauoir,cartiIage,os, ligament, membrane, tendon, nerf, veine,artere, chair mufculeufe. Aucuns adiouftent les fibres,Ia grefie,lamoiielle,Ies ongles,& le poilfies autres les laifiènt comme excremens. Et noteras lesfufdi- tes parties eftre pluftoft appellées fimples au fens de la veuë, que félon la vérité : car.fi on veut dili- gemment examiner la nature d’iceîles, on n’en trouuera pas vne feule fimple, attendu que toutes fe nournflent, viuent, ôc fentent, manifeftement ou occultement, ce qui n’eft fans participation de veine,artere,& nerf.Et fi quelqu’vn m’objeéle, que horfmis les déts,on ne void point qu’aucun nerf fe communique aux os ; le refponds, que quand il feroit ainfi,encor font-ils faits fenfibles,par cer- taines fibres nerueufes que leur Perioftc leur communiqne,fe Hans par icelles à eux : ainfi quenous voyons faire aux membranes, qui enueloppent les vifeeres : ôc pour ce petit fentiment animal eft faite defdits os expulfion ou repulfion des mauuaifes humeurs cnrr’cux ôc lePcriofte : lequel Perio- ftc,comme plus fcnfible,nous aduertîc ôc monftre , ainfi que fon office porte, du péril éminent auf- Trois ordres pour trottuer fa enfeigner le* fciences. Galien. L'ordre quon doit tenir pour auolr la cognoijjance de l'Anato- mie. Platon. Ciceron. Que ce(l que définition. Définition d’Anatomie. En quoy dif- féré la vraye définition de la defcriptio. Dltùjion artifice lie. Corps hu- main fu\etde la Medecine. Que c ejt que partie. Parties vni- nerf elle s & particuliers. Parties Jîm- J>les. Comment les os ont (inti- ment. De l’Anatomie. 69 A dits os, A nous n'y mettons ordre. Parquoy nous conclurrons qu’il n'y a nulle partie en noftre corps/imple félon la verité,mais feulement au fens de la veuc : ou bien fi nous le voulons prendre à la rigueur, nous le dirons Ample, félon la feule propre chair d’vnc chacune. Les compofées font celles qui font mediatement ou immédiatement faites des fufditcs , qu'on appelle parties organi- ques ou inftrumentaircs : comme le bras, laiambe, la main, le pied, & autres femblablcs. Où no- teras qu'elles font appellées Amples, ou fimilaires, pource quelles ne fe peuuent diuifer qu'en par- ties femblablesjou de femblablc nature,comme dit Galien au premier de la Mcthode.Majs les cora- pofées font dites diflîmilaires au contraire de ce que nous auons dit. Elles font auflî appellées-in- ftrumenraires & organiques,à raifon que d'elles mefmes peuuent faire vue parfaite adion, con- fpirante à la conferuation d'elles, ôc de leur tout. Comme pour exemple , l'œil fans aide d’autre partie, void, ôc en voyant conferue fon tout,& confequcmment foy-mefme : ôc pourtant eft-il dit inftrument & organe, ôc non point fes parties, lefquelles ne peuuent de foy faire l’adion,à laquel- le elles font deftinées , comme fes tuniques &: autres parties. Et de ce nous entendons qu’en cha- cune partie inftrumentaire faut conAderer particulièrement quatre parties propres à elle ; î'vne,par laquelle l'adion eft accomplie,corame l’humeur cryftalin en l'œil : l'autre,fans laquelle l'adion ne fe peut faire, comme le nerf &4es autres humeurs : la tierce , par laquelle l'adion eft mieux faite comme les tuniques ôc mufcles : la quarte, par laquelle l'adion eft conferuée , comme les palpe- B bres , l'orbite, ou concauité,en laquelle eft pofé ledit œil. Le lèmblable pouuons-nous dire de la main, propre inftrument de l'apprehenAon : laquelle elle accomplit premièrement par le mufcle, comme par partie principale: fecondement, par le ligament, comme celuy fans lequel telle adion ne pourroiteftre faite : tiercement, par les os ôc ongles , comme ceux par lefquels ladite adion eft mieux faite:quartement,par les veines,arteres 8c cuir, comme ceux par lefquels tous les autres font conferuez, & confequcmment l’adion. Dauantagcfautnoter,que les parties inftrumentaires, font conAderées en quatre manieres,5e rédigées en quatre ordres : dont celles du premier ordre font,qui eftans compofees immédiatement des Amples,font dediées àvnefeuleadion,comme les mulcles ôc vaiftèaux : les autres font celles qui font compofees des fufdites,& autres , comme les doigts : les tierces font compofees de ceux-cy ôc autres,comme la main prinfe vniucrfellementrles dernieres ôc plus compofees font tout le corps,organe Ôc inftrument del’ame. Et faut entendre,que quand nous difons que les mufcles ôc vaillèaux font parties Arjiples,nous parlons quant au fens de la veue,& par comparaifon aux autres plus compofees. Mais A nous auons égard à leur eftènee Ôc conftitution, nous trouuerons qu’elles font compofées, comme nous auons dit par cy-deuant. Refte maintenant à entendre &fçauoir,qu’en chacune partie,foit Ample,ou compofée,faur con- Aderer neuf chofes : c’eft à fçauoir,fa fubftance,quantité ou magnitude, Agure, compoAtion , nom- bre,colligance ou connexion,(fous laquelle eft comprife l'origine ôc infertion)complexion ou tem- C perament,adion & vtilité : à celle An qu'en les cognoiftànt,vn chacun puiftè heureufement ôc pu- rement exercer fon art,en conferuant ôc gardant la fanté,guariftantla maladie, ou prognoftiquant la An d’icelle.Finalemcnt il faut entendre qu’entre les parties organiques il y en a trois principales, qui regiftènt ôc gouuernent toutes les autres, à fçauoir,le foye,le cœur,& le cerneau.Et font nom- mées principales,non pour la neceffité de la vie (car le ventricule, trachée artere,-poulmons,reins, vefAc,& autres ferablables,font aufli neceftaires) ains pource que de chacune des trois,procede vne vertu ou matière neceftaire ( ce que ne fait des autres ) à tout le corps : comme du foye , la matière mitritiue enuoyée par les veines à toutes les parties du corps pour leur nourriture:du cœur,la ver- tu virale enuoyée par les arteres,pour leur donner vie : du cerneau ,1a vertu animale enuoyée par les nerfs pour donner fendment ôc mouuementaux parties qui en ont befoin. Gal.au Hure de l’Art médicinal, neuAefme chapitre, adiouftelestefticules entre les parties principales, non pour la ne- ccAîtéde l’indiuidu, ôc corps particulier , mais bien pour la conferuation de l’efpece,pluralité ôc multitude : Ôc au premier liure Defeinine^les conférant auec le cœur, les fait plus nobles qu’iceluy, difant, que d'autant qu'il eft meilleur de bien viure,que feulement ôc Amplement viure , d'autant lefdits tefticules font plus excellens , faifans bien viure, que le cœur faifant viure feulement, com- me on void aux Eunuques ou chaftrez : donc a bon droit iceux font mis au nombre des parties principales. Or nature deArant que fon ouurage fuft immortel, a cxcogité telles parties pour le rendre immortel, à l’exemple d'vn fage fondateur d'vne cité, qui ne regarde pas feulement pour l'heure qu'il y a bafty,de la peupler,& faire habiter de grand nombre de citoyens,mais comme elle fe puille conferuer àiamais ainA frequentee , ou pour le moins d’vn long efpace de temps. Et rou- tesfois nous n'auons mémoire d’aucune cité, de laquelle auec le temps le nom du fondateur ne foit pery,&mis en oubly. Mais l’ouurage de nature a ja duré par pluAeurs milliers d’années,ôc durera pour l’aduenir,parcequ'olIe a iuuenté vn moyen admirable de lubftituervn autre nouueau animal, au lieu de celuy qui eft perdu ôc mort. Et partant nature a donné à tous animaux des membres pour conceuoir,& aufdits membres certaine vertu ôc faculté infigne,pour caufer plaiAr ôc déléga- tion. Et àl’ame qui doit vfer defdits inftrumens ôc membres , vne indicible ôc incroyable enuie de ce faire , de laquelle eftans incitez ôc efguillonnez les animaux,encore qu'ils foient totalement priuez de raifon,ou encores ieunes,ils preuoyentncantmoins, ôc s'employent à faire que leur race dure, comme s'ils eftoient fages ôc en leur bon fens.Car nature fçaehant bien que la fubftance, de laquelle elle fabrique les animaux, n’admet ôc reçoit point vne perfedion de la fagefte du Créateur, pour la rendre eternelle , au lieu d’icclle elle a odroyé ôc concédé ce qu'elle a peu, à fçanoir vne a- raorcc ôc vn allcchement dédié à la conferuation ôc propagation de leur race,ioignant à l’vlage def- dids membres vne volupté grandilïïme ôc inénarrable : ce que tu pourras voir plus amplement au liure de la Gencrationjcy-apres. Or iufques à prefcntnous auons fuffifamment déclaré la neceAité ôc vtilité delà cognoiftancé de l'Anatomie , cnfemble démontré l’ordre qu’il y faut tenir, & Ana- Pourquoy font les par- ties dites fim. pies ou fimi- laires. Potirqnoy font les par- ties dites dif~ fîmilaïres infirumen- taires, eu or- ganiques. En chacune partie înjlrii- met aire faut confiderer particulière- ment quatre parties pro- pres à icelle, Parties in~ firumentai» tes rédigées en quatre ordres. Neufchefes à confîderer en chacunepar~ tie. Tejlicules parties prin- cipales. Cal.Uh. 14, chap.t. Admirable inuennon de nature peur perpétuer les animaux en leur efpece. Le troifiéme Hure blcment expliqué la définition d’icelle, 5c pourfuiuy fcs parties. Parqnoy refte que fuiuant noftre A proraefte, nous déclarions vnc chacune partie du corps humain par cognoiftance & par fcience, ainfi que s'enfuit. Et combien que la vraye cognoiftance d'icellefe Face par voir 5c manier , toutes- fois il ne faut refulèr d’expofer la conftrudion du corps humain par efcrit,pour refraifehir la mé- moire de ceux qui ont anatomifé 5c découpé les corps,& auffi pour mettre en chemin ceux qui Ja- mais n'ont pris peine à lentendre l'Anatomie. Diuifion du corps humain, C h a p. I. A r c e que la diuifion du corps humain ne peut cftre deuëmént entendue , fans la cognoilTànce de la diuifion de l'ame raifonnable, pour l'vtilité 5c necelîîté de laquelle, es facu^t:cz > ledit corps a efté ainfi organifé &diuifé : à celle caiife nous auons 2Êt bonde l'expofer en peu de paroles, afin que par icellc plus facilement 5c cer- tainement on puiftè venir à la vraye 5c cfientielle diuifion dudit corps humain. Comme Pâme donc, qui eft perfedion du corps, 5c principe de toutes fies adions , félon la commune opinion de tous , eft diuifée en trois facultez premières 5c vniuerfelles , c’eft à fçauoir,en l'animale,vitale,& naturelle : 5c derechef Panimale en principale , fenfitiue, 5c motiue. Comme aulîî vne chacune d'icellcs en plufieurs autres, c eft à fçauoir la principalle en Pimaginati- S ue,raifonnablc,& memoratiuc : la fenfitiue,en la faculté vifiue,auditiue,odoratiue,guftatiue, 5c ta- diuc : la motiue en progrelïiuc ou ambulatiue,& apprehenfiue : la vitale aulîî, en faculté dilatatiuc 5c conftridiue du cœur &des arteres,qui (ont entendues parla faculté pulfatiue : 5c la naturelle, en la faculté nutritiue, augmentatiue 5c gencratiue : lefquclles toutes font faites 5c conferuées par cinq autres facultez,qui font attradrice, retentrice,concodrice,affimilatrice, expultrice. Ainfi fon organe 5c fujet, qui eft le corps humain, fe doit diuifer tout premièrement en trois parties premiè- res 5c vniuerfelles,c'eft à fçauoir aux animales, vitales,& naturelles : &:d'abondant toutes celles-cy particulièrement en autres,felon la diuifion defdites facultez, lubalternes 5c inférieures, afin qu'vn chacun entende l'organe de chacune faculté aux vlages 5c commoditcz qui fc prefentent.Car ainfi. que les Anatomiftes le diuifent communément en quatre parties vniuerfelles, ils femblcnt feparer les extremitez des trois ; 5c nul n eft inftruit, en laquelle des trois elles doiuent cftre réduites 5c comprifes. Au moyen deqnoy plufieurs difficulté/ nous font propofées dedans les Authcurs : auf- quelles pour obuier nous pourfuiurons la noftre comme nous auons commencé. Le corps humain donc eft diuifé,ainfi que nous auons trois parties vniuerfelles, c'eft à fçauoir,animalcs,vitales,& naturelles.Par les animales font entendues,non feulement les parties de la tefte,definies depuis lefommet iufques aux clauîcules,& première vertebre du Thorax,raais aulîî les extremitez:entant qu'elles font organes 5c inftrumens de la faculté motiue : ce que Hippocrate confirme au fixiéme Hure des Epidémies , difant que ceux qui ont grollé tefte, ont femblablemeiv: Q gros os,gros nerfs,ôe bref,gros membres:& en vn autre lieu,Ceux qui ont grofie tefte,&: quand ils la baiflenr,monftrent vn gros col,tels ont toutes les parties,& principalement animales,femblable- ment groilès.Non pas qu'il vueille pour cela demonftrer que la tefte loit le principe, ny caufe de la groifeur des autres partiesjmais il dit cela d’icelle,enrendant que nature eft tres-iufte 5c infaillible en fes opérations libres.Que fi nature n'a rien oublié à la fadure de la tefte à tous manifefte,il s'en- fuit bien qu'elle a fait la pareille aux autres qui font cachées. l'ay adioufté cecy , parce qu'aucuns ont eftimé que ledit Autheur vouloir inferer par Ce s authoritez,que non leulement les os,les mem- brahes,ligamens,cartilages,& toutes autres parties animales,raais aulîî les veines 5c arteres, depen- doient de ladite teftc,comme de leur principe,ne prenans poflîble point garde à noftre diuifion. Parles parties vitales font entendues feulement le cœur,arteres,poulmons , crachée artere, aucc fes appartenances. Et pour les naturelles , toutes celles qui font contenues dans la circonfcription vniuerfelle du Péritoine , 5c apophyfes Erythroîdes , qui cnueloppent en fécond lieu les tefticules. Car quant à toutes les autres parties,que nous appelons contenantes , elles appartiennent aux ani- màlesdefquelles derechef faut diuifer en principales,fcnfitiues,& motiues:comme aulîî d’abondant vne chacune,ainfi que s'enfuit. Et premièrement la principale,en l’imaginatiue, qui eft la partie an- térieure du cerueau, anec fes deux ventricules, Sc autres chofes à iceux appartenantes. Item en la raifonnable, qui eft la partie pofterieure du cerneau , comprenant le tiers ventricule auec fes par- j) ties.Finalement en la memoratiuc, qui eft le cerebelle 5c ventricule contenu en iceluy. Seconde- mcnt,la fenfitiue,en la vifiue,qui eft l'œil:audi:iue,qui eft l'oreille:odoratiue, qui eft le nez : gnfta- tiuc,qui eft la langue 5c palais:tadile , qui eft généralement tout le cuir du corps , mais principale- ment de la main.Tiercementjla motiue en la progreflîue,qui eft les iambes:apprehcnfiue, qui eft les mains ; 5c fimplement motiue , qui font les parties contenantes 5c bornantes lestrois-dits ventres, félon la plus grande partie d'icelles.Et quant aux virales, l'organe de la faculté dilatatiuc du cœur 5c des arteres,font les fibres droites,&les tranfuerfes de la conftridiue, 5c tous les trois genres des filamensjtant du cœur que defdites arteres de Ja pulfacile. Ou fi tu les veux diuifer autrement, en parties fermantes à la refpiration,comme font les poulmons,& trachée artere; 5c aux autres fèruan- tes au mouuement vital, qui font le cœur 5c les arteres par le genre des fibres fufdites. Refté main- tenant la diuifion des naturelles,qui eft en nutritines,augmentatiues,& generatiues,diftribuées de- rechef aux attradrices, vniuerfelles,& particulières,retentricçs,concodnce-s,diftributiucs,alîîmila- tiues,& expulfiues.Les attradrices font l’Oefophague,&: le fuperxeur orifice du ventricvdetla retenr trice eft le Pylorus : la concodricc, le corps du ventricuieda diftributiuc,les trois intertins grefies: l'expultrice,les trois cras 5c gros.Et autant en peut-on imaginer du foye,lequel attire fes veines Meferaïques 5c la veine Porte, retient par l'anguftie de l'orifice d'icelles contenues dÀns le foye. Trou facul- de ïam. Les extrémi- tés font com- prifes fous les parties ani- males. Diuifion des parties ani- males. De l’Anatomie. 71 /. cuir par u propre chair,diftribuée par la veine caue,expellée par la .ratte,folicuîe du fiel,& reins. Le . i.noiabie voyons-nous aux tefticules,qui attirent par les vaifîeauxpreparans, retiennent par les amvacaiofitez vatiqueufes d'iceux , cnifénu Ôc elabourent en iceux dits v ai fléaux par l’arradia- tion de leur propre çhair,diftribuent par les Eiaculatoires aux Proftates & cornes de la matrice, te- nans le lieu d'icelles en leur endroit:& finablement expellent par lefdites Proftates Ôc cornes,& au- tres parties à eux appartenantes. Et quant à la particulière attraction d’vnc chacune partie , reten- tion,concoébon,diftnbution,afîimîlation, elles appartiênent à la température ou propriété d'icelle, qu'on appelle propriété occulte d’vne chacune partie fimilaire ôc fimple. Et ne différent les actions des parties communes à celles des fimples en autre choie, fors que les cômuncs le font parles trois genres des fibres : de les particulières , par leur propriété occulte , redondant & prouenant de leur temperature,qu'on peut appeler propriété fpqcifiquc.Or enlacompofition du corps humain,nature a eu trois principales fins ou intentions.La première eftquelle afait des parties,lefquelles font ne- cefîàires à la vie,commc le cœur,lecerueau, ôc foye:la fécondé, quelles font faites pour plus com- modément viure,comme les yeux,Ic nez,les 6reilles,les bras,& iambesda tierce,afin qu'elles foient dédiées pour la propagation ôc inftauradon de l'cfpece,comme les parties honteufes , les tefticules, Ôc la matrice.Et voila ce qui me femble de la vraye & efïenticlle diuifion du corps humain , fait ôc ainli organifé pour la variété,8c multiplicité de Tes facultez , tant vniuerlelles que particulieres,la- B quelle tu rcccuras,s'il te plaift : fînon tu reuiendras àla commune ôc vulgaire, qui eft faite en trois ventres,fuperieur,moycn,&: inférieur, nommez par ces noms, Xefte, Thorax,& Epigaftre,& les cx- treraitez. Où parlatcfte ne font entendues toutes les parties animales , mais feulement celles qui font comprifes depuis le lommet de la tefte iufques à la première vertebre du col , ou bien la pre- mière vertebre du MetaphrenCjfi à l'imitation de Galien en fon liure des Os, parlant de l'articula- tion faite par enarthrofe de arthrodie, nous referons le col entre les parties d’icelle. Parle Thorax, dit ventre moyen, tout ce qui eft compris depuis les clauicules iufques àl'extremité des coftes,tant vrayes que fauftes,& Diaphragme:par l'Epigaftre,le demeurant du tronc du corps,contenu entre le Diaphragme,& l’os pubis;& par les extremitez , les bras ÔC les iambes. Laquelle diuifion nous re- tiendrons , pour autant que félon l'ordre anatomique nous ne pouuons pourfuiure les parties du corps humain félon noftre première diuifion : parce que lefdites parties font méfiées les vnes par- my les autres.Nature n'a voulu faire ce ventre inférieur ofîèux,afin que l'eftomach,après le manger ôc boire , peut eftrc dilaté , ôc aufîi afin que les enfans puiflent prendre accroiffement, ôc que l'on peuft le plier & courber. Nous commencerons à iceluy,pour faire la difleétionràraifon qu'il eft fu- , jet à corruption plus que nulle autre partie , tant pour la température humide ôc froide de Tes par- < tics , que pour les excremens feculens ôc vicieux contenus en icelles. Toutesfois autant que paflèr 5 plus outre, s'il eft queftion de faire demonftration publique, après auoir deuëment fitué le fujet,& { Q pourueu aux inftrumens,& autres chofes à ce faire requiles, faut diuifer ledit ventre en fes parties, * qui font contenantcs,&: contenuës:dont les contenantes font celles, qui conftituent toute lacapa- i cité définie par le Péritoine , defquelles la partie plus eminente eft définie félon Galien , par la fi- tuation des mufcles droits , ôc eft appellée généralement de ce nom Epigaftre , lequel eft diuifé en trois parties:c'eft à fcauoir,en celle qui eft deflus le nombril, qui retient le nom de toutren l'autre, qui eft alentour du nombril,nommée vmbilicale ou moyenne:& troifîéme, qui eft delïbus le nom- bril,nomméc Hypogaftre,ou petit ventre. En chacune dcfquëücs faut confiderer deux parties late- rales,à fçauoir en l'Epigaftre,lcs Hypochondres dextre ôc feneftre, lefquelles font finies depuis l'ex- tremité des fan flès coftes,iufques àla plus haute montée des cartilages d'icelles, ôc du Diaphragme: en la partie vmbilicale, deux lombales comprifes depuis l'extremité du Thorax iufques aux Iles, lefquelles vulgairement on appelle les flançs-.en PHypogaftre, les deux iles définis des os des iles,& os barré.Combien que iefçache bien que 7/Lz,que les Grecs appellent Lagones, lignifient toutes les parties qui font vuides entre la derniere cofte ôc l’os des iles, lefquelles les Grecs ont appellées Ceneonatideft à dire,vuidcs,pource qu'ils n'ont point d'os , comme tefmoigue Galien au deuxiefrae commentaire fur le Prognoftique:routesfois pour diuifer plus clairemêt tout le ventre, il fautappel- lér les parties latérales du nombril,Lombales,& les parties latérales du ventre inferieur,Iles.Oùfaut noter, que les anciens nous ont marqué ainfi cefdites parties contenantes , afin de nous defigner le J) plus près qu'il feroit poflible, les parties contenues audit ventre, lefquelles font fous diuers lieux, dinerfes : comme fous THypochondre droit,la plus grande partie dufoye : fous le feneftre, la plus grade du vétricule,& laratte fous l'Epigaftre,l'orifice inférieur du vétricule,&la plus petite partie du foye.-au flanc dextre ôc partie fupericure, le rein dextre:à ôc commencement des iles, l’inteftin Cæcum : &au milieu , partie de Pinteftin Colon, ôc l’autre du leiunum : au fcneftre.partie fuperîeure, le rein, ôc moyenne, l'autre partie du leiunum &du Colon : ôc fous la partie vmbilicale defeend i'Ecphyfis & partie fuperieure de l'Epip!oon,& tranfuerfe le Colon : aux dextre des lies ôc feneftrc,la plus grande portion de l'inteftin Iléon, ôc les cornes de la matrice aux femmes enceintes ôc vaifleaux fpermatiqucs,tant de l’homme que de la fcmme;& fous l'Hypogaftre partie inférieure, l'inteftin droit, la veille, ôc l'amarry, ôc le demeurant de l'Epiploon : ôc ce afin que nous puiffions mieux difeerner lefdites parties malades , ôc y remedier par deué application de mtflicamens, fans dommage d’vne partie ny d'antre , ny tromperie de prendre vne partie pour autre , ny vne maladie pour autre.Ceftc diuifion eftant par nous trouuée fort bonne, l'auons bien voulu enrichir &illu- ftrer par ces deux figures, aufquelles font marquées non feulement les parties fufdites, tant conte- nantes que contenucs,mais aufîi généralement toutes les autres du corps vniuerfel,que nous anons cogneu pouuoir apporter quelque vtilité à la cognoiflancc des parties fujetres ; lefquelles figures auec leur déclaration font telles. Chacune partie attire fon nourrijfe- ment far vne propriété cifi^ue. Autre diui- fion commu- ne des parties du corps. Raîfon peur- qnoy on com- mence ca dif- feâion de- monjlratÎHS au ventre inférieur. Situation des parties de tout leventn inférieur. Le troifiefme Liure Figure antérieure. Déclaration de la Figure antérieure. A. Le nœud de la gorge. B B Les deux clauicules, ou os furculaires. C La région du cœur. D La fourchette, ou cartilage Xiphoide. E Hypochondre gauchc,Ia où le ventricule ou eflo- mach eft fîtué. F Hypochondre droit, où cft fîtué le Foye. G L’epigaftre proprement pris, fous lequel eft con- tenu l'orifice inférieur du ventricule , comme le fuperieur fur la cinquième vertebre du Thorax. H La région vmbilicale, fous laquelle eft pofée la plus grande reuolution de l’inteftin Teiunum. I I Les deux flancs ou lumbes,à la partie fuperieure, efquels font fîtuez les reins. Et à l’inférieure du g collé droit, le Caecum intcftinum. Et du feneftre, la reuolution du Colon. K L’Hypogaftre, autrement dit petit ventre , fous lequel ell contenue la plus grande partie de la reuolution derinteftinlleonja velfîe, & amarry aux femmes, & le Reéhim inteftinum. L L Les Iles fous lefquellcs font contenues le demeu- rant de l’inteftin Iléon, les Tefticules , cornes, & vaiflfeaux fpermatiques de l’amarry ellant empef- ché, & les vertèbres. M L’os barré, ou du penil , aux deux collez duquel font les aines. N La partie antérieure & moyenne de la cuilfe , en laquelle communément on applique les ventou- . Tes pour faire prouoquer les purgations des fem- mes. O Monftre l’endroiét delfous le Maleolc 3 où il faut faignerla veine Saphene. Figure poBerieure. Déclaration de lafgure poBerieure. P Monftre le derrière du col, où commune- ' ment on applique le Seton. L’alîîete de l’Omoplate, vn petit pins haut *~de laquelle on applique les ventoufès , marquée 1.2. R La fîtuation de la rat te, fous laquelle t’eft monftre l’endroit des reins, par 3.4. S L’endroit de l’inteftin Cæcum. T L’Os factum, où aux affedions de l’in- teftin droit, faut appliquer les remedes propres pour fa cure. V L'endroit de fa jointure de la cuifle, au- D quel il faut appliquer les remedes propres à la curation de la goûte Sciarique, X Le larret & endroit, où on ouure la veine poplitique» Y Le talon» De l’Anatomie. 73 Enumération des parties contenantes ,auec ïtnfiruciion pour commencer la dîjfettion anatomique. C H a p. IL SE s parties contenantes de PEpigaftre,font PEpiderme,le vray cuir,lcPaniculechar* neux méfié auecqucs la grefie,les huiét mufclcs de PEpigaflrCjauecques leur tunique commune,le Péritoine,les cinq vertébrés des Lombes & tout Pos Sacrum, les os des Iles,os barre,la ligne blanche & Diaphragme : defquelles les vnes font communes à tout le corps, comme les trois premières : les autres propres aux parties contenues fous ledit Epigaftre généralement prins. Pour lefquelles félon Ton ordre , faut tout premièrement cerner le nombril tour à Pentour , enfonçant ledit cerne & incifion iufques à la fu- perficie extérieure des mufclcs, pour iceluy referuer , iufques à ce que la commodité fe prefente de monftrer les vaifieaux vmbilicaux,plongez dedans ledit vcntre,qui font vne vcine,deux artères, 8c le pore Yraqnc fi aucun en y a. Ce fait, faut prendre vne droite ligne du milieu de Pos Pedoral dit Sternon,par deffus le cartilage Xiphoïde, dit la Fourchette iulques à Pos Pubis,laquelle diuife lef- dites parties contenantes,communes iufques à la fuperficic des mufcles , ou ligne confe- quetnment deux autres tranfuerfales dcmefmc profondeur,conduites des parties latérales de la ccr- ® neure du nombril iufques aux Lombes : 8c ce afin que plus facilement on puifie feparer d'vn cofté 6c d’autre ledit cuir des parties fubjacentes , 8c faire qu il n'empefche point de les bien voir & con- templer.Tout cecy fait,faut commencer de feparer le cuir des autres parties,les angles defignez en tour ledit nombril,& monftrer comment il eft double , à fçauoir vray, 8c non vray , 8c comme ils font appeliez de propre nom, rendant raifon de leur appellation* Ce que nous ferons non feule- ment icy,mais en toutes les autres parties,tant qu’il fera pofiible:& pourfuiurons en icellesles neuf chofes par nous déclarées auProëme de ce prefent liure,commençant au cuir, comme la partie qui s'offre la première au fens de la veuë. Du Cuiu C H A p. III. E cuir, première & Vnîuerfelle partie de noftre corps,eft double : vn vray , 8c Pautre non vray. Le vray eft dit Derma en Grec , pource que félon fà plus grande partie , il fe peut efcorcher 8c feparer des autres fu jettes ; ie dis félon fà plus grande partie, parce qu’és par- des de la face,és oreilles,à la paume de la main , 8c doigts d’icelle , és parties honteufes, plante des pieds 8c doigts d’iceux -, il eft tellement infiltré 8c meflé auecques les parties fujettes qu’on ne le fçauroit feparer d’icelles. Letton vrày(lequcl tout premieremet nous déclarerons,com- me celuy qui premier fe prefente au fens de la veuc ) eft appellé des Grecs Epidennü, parce qu’il s’eftend 8c couche furie vrayînoüs l'appelions en noftre langage cuticule,ou petite peau, duquel la fubftancc eft de l’excrement ou efflorefcence refteichee du vray cuir.Car que fa fubftance ne foir de fa femence , il appert en ce que , comme aisément elle fe perd, aufll aisément elle fe repare ( ce qui n’cft des parties fpermatiques. ) Cefte cuticule , tant par foy que feparee &abftrai(fte,nous eft clai- rement dcmonftree en deux façons, fçauoir eft par aduftion faite par feu,ou bien par vehement fo- leil és perfonnes frefehes 8c délicates, qui ne l’ont accouftumé. Sa quantité ou magnitude en pro- fondeur eft bien petite,mais en largeur clic eft d’autant plus granderpource qu’iceluy deuoit couurir le vray cuir,pour la raifon qui fera dite cy-apres. Quant à fa figure,il eft rond& long , comme les parties qu’il couure. Sa compofition eft obfcure : toutesfois puis qu’il eft excrement du vray cuir, il eft composé de la fiiperfluité cxcrcmcnteufè des nerfs,veines 8c arteres , & propre chair d’iceluy* Il eft vnique comme le vray cuir, lequel extérieurement il reueft, comme nous auons dit,& fur le- quel il eft fitué ; afin qu’il fuft moyen entre l’objeâ:dii ta&, 8c la faculté taéduefixe, diftribucepar tout le vray cuir , auec lequel feul il eft conjoinét. Quant à fa complexion 8c tempérament, il eft moyen entre tous,félon la commune opinion des Médecins : pource qu'eftant moyen entre l’objcét 8c la faculté, s’il euft efté chaud, froid* fec, ou humide encxuperance , il euft reprefente à la faculté toutes chofes taébiles de fa mefme qualité ; ainfi que nous voyons toutes couleurs cftre reprelèntces de couleur rouge ou verte,par les lunettes rouges ou vertes,pour laquelle mefme raifon il n’a aucun lentiment.D’adion il n’en a point,mais il a vfage, qui eft de conferuer , 8c polir , tant qu’il luy eft poflîb!e,le vray cuir,en forte qu’il femble que nature l’ait ainfi produit, afin qu’il luy fuft parement & dernier orncment.En cecy les bons ouuriers l’imitent,lefquels pour embellir leur ouurage, le ra- botent 8c raclent, 8c en fin le poliftènt. Et par ce tu entendras que toutes parties n’ont pas aédon, mais toutes ont quelque vfage,fuiuant ce que dit Ariftote,quc nature n’a rien fait en vain.Dauanta- tage ru notcras,queceditcuir deperdu fe peut régénérer partout * fors que fur la cicatrice ; puis que jamais il n'a faute de matière ny faculté formatrice,fors qu’au fufdiéfc lieu cicatricé. Pourquo) h Vtay euif eft appelle Der* ma* VÈpidermii Peut r**m gendren Vu vray Cuir. Chap. I Y. E vray cuir, que nous auons appelle Derma, eft de fubftance fpermatîque, & à cefte caiife la frt&H portion d'iceluy dcpcrduc ne fe peut régénérer telle qu'elle cftoit. Parquoy en lieu d’icelle s'engendre vne autre,qifon appelle cicatrice , laquelle eft faite de chair deftèichee outre fa propre nature. Il eft de quantité allez grande en profondeur , comme vn chacun peut voir par la diffedion Sc réparation d'auec la chair : en largeur il enueloppe tour le corps , horions les yeux, la boucheftcs extremitez des doigts,la part où les ongles font attachées, les narines, oreilles, membre viril,fiege,vulue,panies dédies à jeeter hors les excremens.Sa figure eft telle que nous de Suhjlance, Quantité. Le troifiefme Liure, l’Hpidcrme, à fçauoir ronde 8c oblongue, auecques certaines productions defeendantes aux extre- A mitez. Où tu noteras que ladite figure luy a efté baillée ainfi prefque qu’à toutes autres parties, comme la plus parfaide 8c moins fujette aux maux &incommoditez externes , 8c plus capable que nulle autre. Il eft compofé de nerfs , veines &c arteres,& de fa propre chair ou fubftance, que nous auons dit eftre fpermatique , comme venant de l’apophyfe du Chorion , autrement dit Secondinc, laquelle conduit les vaiftéaux fpermatiques iniques au nombrihauquel endroit en laiflant aller lef- dids vaiftéaux chacun en Ton heu ordonné de nature , elle s’eftend 8c dilate à la génération dudit cuir,ainfi qu’il appert parla diftèdion , 8c fimilitude de l’vn à l’autre : car fi le Choriort eft double, inlenfible , enueloppant tout le Fœtus eftant legerement lié auec la première tunique dicte Amni- cos : aulïi eft le cuir double,infenfibIe de foy ( autrement en vain luy feroient baillez les nerfs des parties fujettes ) erlueloppant tout le corps , cftanr legerement lié auec le Pannicule charneux pro- duit de l’Amnios. Que fi on m’objeCte que l’Epidermis n’cft partie du cuir produite d’vne des membranes du Chorion , veu qu’elle eft infenfible 8c lèparable de l’autre interne, & entièrement différente d’icellesue te refpons,quc fi cft,fi on y regarde de presrcar.que l’interne Toit efpefté, lénfi- ble,viuante, charnue’, elle ne l’eft delby , mais pluftoft par le bénéfice des parties qu’elle reçoit des trois parties pdncipales,au contraire de l’extcrieurcdaquelle, combien qu’elle reçeuft pareils béné- fices des fufditcs parties , fi eft-ce qu’à raifbn des incommoditez extérieures, qui continuellement agilîènt à Rencontre d’elle ( qui font l’attouchement des qualitez, tant premières que fécondés ) ne B luy profiteroient de rien. Il eft vnique:pource qu’il n’auoit à couurir qu’vne chofc feulemcnt,à fça- uoir lé corps humain , tout à l’entour duquel il s’eft fitué , excepté és parties cy-deftîis prédites. Sa connexion eft,qu’il fe lie auec les parties fubjacentes,par ncrfs,veines,& arteres,produites des par- ties fubjacentes , afin qu’il y ait entre toutes les parties du corps communication des vnes aux au- tres,tant du bien que du mal. Son tempérament propre, eu efgard à fa compofition , corps 8c fub- ftance,eft froid 8c fec,pource qu’il eft fait entièrement des parties fpermatiques, lefquelles font na- turellement telles , combien qu’eu efgard aux particules des nerfs , veines, arteres , 8c fiîamens charneux qui fe meftenr parmy fon propre corps & fubftance,il eft temperé en routes qualitez,com- me méfié d’egales portions de parties froides, feichcs, chaudes & humides. L’vfage 8c vtilité d’ice- luy, eft d’enlèrrer ÔC contenir en bonne vnion toutes les parties du corps en les défendant des iniu- res externes : à caufe dequoy principalement il a efté fait par tout fenfible : mais en aucunes par- ties plus, aux autres moins,félon leur dignité 8c. neceffité,& ce afin que toutes parties fujettes fuflent aduerties par le fentiment d’iceluy, des chofes à eux contraires ou conuenabîcs.Finalement* il faut entendre qu’il eft poreux, 8c tranfpirable, ainfi qu’on peut voir par les fueurs ï afin que par tels pores les arteres puiftènt attirer à foy l’air ambient, pour réfrigérer , & nourrir la chaleur na- turelle fixe, &expeller dehors les excrcments fuligineux, lefquels en hyuer par le froid bouchent lefdits pores,ou entre chair & cuir, ou entre lefdites peaux, principalement entre les parties expo- n fées à l’air ambient. Iceux excrcments eftans retenus font noirceur 8c imtnondicité cfdires parties? laquelle eft chaflce par chaleur conjoinde auec humidité , qui au contraire ouure cefdits pores , 6c fubtilife les humeurs. L’attradîon d’air faite par les arteres eft démonftree aux femmes qui ont fuffocation de l’amarry , lefquelles ne demonftrent auoir autre fruition d’air , que de celuy qui eft attiré de la fuperficie du corps par lefdites arteres. Compofition. Levray cuir *r*n«du °h‘ rhn uC jNombrtt Situation. Connexion, Tetnperamef. Vfagt* Vu Pannicule Charneux, C H a p. V» P r r s îe vray cuir, s’enfuit vne membrane, que les Anatomiftcs appellent Panniculc eharneux , lequel afin que nous puilîîons mieux expliquer nous déclarerons que c’eft que membrane,& en combien de fortes elle eft prinfè, puis nous rendrons raifon pour- quoy elle eft appcllce icy Pannicule charneux. Membrane donc eft vne partie fimple, Jarge,platte,& deliee, toutes fois forte & denfé,blanche de nerueufe, de fans grand dan- ger Ce pouuant cftendre & aftreindre. Elle prend quelqucsfois le nom de Tunique, à fçauoir lors qu’elle reueft vue autre partie.En ce lieu-cy elle eft appellee Pannicule charneux, pource qu’en au- cuns endroits elle prend chair , de fe rend mufculeufe, comme à l’homme 3 depuis les cîauicuîes iufques à la région du poil de la tefte : & pource eft appellee audit endroit Mufclc large : aux autres £> endroits du corps,el!e n’eft que membrane fimple,meflee par cy par là aucc la grdîè allez fubjacen- tc:& pource peut eftre dite,Panniculc adipeux.Mais aux belles ( defquelles elle a pris fa dénomina- tion telle,comme de la partie dominante ) elle eft manifeftement charneufc, & mufculeufe par tout le corps , ainfi que l’on peut voir aux chcuaux de aux bœufs: & ce afin qu’eftant mobiîe,iIs puiflènt challcr les moufches,& autres animaux qui les peignent.Ces chofcs ainfi confiderees, nous difons ledit pannicule charneux eftre Ton propre corps de fubftance nerueufe, ou membraneufe, comme venant de la membrane prochaine du Fœtus,nommée Amnios , dilatée pour fa génération fur la ra- cine du nombril. Où il faut noter que tout ainlî que le Chorion, Amnios, membranes liees enfem- ble par petites fibres nerueufes, pallàns de j’vn à l’autre, de extrémité des Vailïeaux , enneloppent & enuironnent le petit Fœtus durant le temps qu’il habite en la matrice : ainfi le cuir de pannicule charneux vnis de conioinéls par mefmes liens, enueloppent de enuironnent tout le corps durant le temps qu’il habite dans la grande matrice modaine.Et pource elle eft égale, & femblable en quan- tité de figure au vray cuir , horfmis quelle eft contenue d’iceluy , quclquesfois en aucuns lieux meflee auec greffe,aux autres augmentée dechair,aux autres toute fimplc. Sa compofition telle que nous la voyonsjà l’œil,& de veines,artères de nerfs,& propre chair, meflee auec greffe de chair mul- cu!eufe,felon aucunes parties du corps.il eft vniquc,pour l’vtilité qui fera dite cy-apres, eftant fitué .entre le cuir de greffe i ou tunique comme des mufclcs : auec lefquelles parties de autres à luy fub- Membrane, Diuerfes ap- pellations de- membrane. Suljlaace, Quantité. figure. Compofitfen. Nombre. Connexion, De l’Anatomie. 75 A jacentesjil eft conjoind principalement par les veines,arteres,& nerfs, qui montent des parties in- ternes en fa (ubftance,& par icelles au cuir exterieur.Sou tempérament eft di tiers, félon la diuerficé des parties qui le compofent.Son vtilicé eft: d’cnforcer,conduire Sc conieruerles vaifteaux qui vont au cuir ôc iuperficiellcment aux autres parties : aux belles dauantage,pour mouuoir le cuir,pour la raifon fufdice. Tempera- ment. HA Greffe eftant (ainfi que nous auons dit, parlant des parties firailaircs ) plus excre- mentque partie, eft de fubftance oleagineufc , prouenante delapartic dufang aëree ôc vapoureufe, laquelle rcfude par les pouolîtez des tuniques , ou bien pat l’cxtremité des veines ôc arteres,à l’entour des tuniques ôc membranes nerueufes ôc froides, au moyen dequoy ladiéte vapeur olcagineufe eft conuertie en grdfe par la froideur defdites parties. Et de ce l'on peut entendre, que la caufe efficiente d'icelle eft la froideur, c'eft à dire chaleur plus tiede, re- mile &c moins efficace:& confequemment, qu’autant que l'animal fanguin eft plus froid, d’autant a il plus de grefte : comme nous voyons par expérience , non feulement entre animaux de diuerfe efpece,mais aulîi de mefme efpece, non feulement entre malle Sc femelle, mais encre deux malles, B ou deux feraellcs,quand i'vn eft plus froid que l’autre. D’où procédé que la quantité d’icelle grefte eft plus grande ou plus petite, à raifon du tempérament de tout le corps ôc de fes parties. Quant à fa compolîrion elle eft faite de la lubftance fuldite racllee auecques certaines membranes, ou fibres nerueufes , veines ôc artères. Et eft fituee de fa plus notable ôc inligne quantité entre le pannicule charneux,& la tunique commune des mufcles.Ie dy notamment fa plus inligne partie,pource qu'on la trouue prefque par tout le corps,felon plus ou moins, toutesfois ( ainfi que nous auons dit) touf- iours près des parties nerueufes, aufquelles elle eft annexée. Quelques Anatomiftes ont icy deman- dé, Il la grefte eftoit fusle pannicule charneux,ou dellbus:mais celle queftionme femble inutile, car on la trouue fouirent ôc deftbus ôc dcftiis. Son tempérament eft médiocre, entre chaude ôc froide, comme venant de la partie plus aëree du fang,combien que félon fa caufe efficiente qui eft le froid, deuil eftre froide,au relie humide inlîgnement.Son vtilité eft d'humeéler les parties, lefquelles par trop grande abftinence,& vehemens exercices, ôc chaleurs immodérées peuuent eftre par trop def- fèichees. Séblablement d'efchauffer,mais plus par accidétque de fanature.Ie dy par accidêt,pource qu'efehauffee, elle efchauffe lefdiéles parties : ou bien à caufe qu'elle empefeheque la chaleur natu- relle ne s'exhale,comme fait le froid en Hyuer, dont les ventres font faits plus chauds en cetemps- Ià,qu’en Efté. le fçay bien que quelques doéles Médecins de noftre temps ont eferit ôc debatu , que la grefte eft chaude de fon tempérament, ôc que fa caufe efficiente eft chaleur temperee , ôc non le froid : mais ie lai lie ces queftions plus fubtiles auPhyficiens. Or eft à noter, qu'aux jointures des parties, qui ont fréquent mouuement, on trouue vne autre efpece de greffe beaucoup plus folide ôc dure,que celle de laquelle nous auons parlé,qui eft fouuent accompagnée d'vn humeur vifqueux ôc gluantjcomme le blanc d'vn œuf,pour plus longuement les hume6lcr&: lubrifier félon leur exigen- ce , afin que leur mouuement foit plus libre ; à l'imitation dequoy nous voyons qu’on lubrifie des choies vnélueufes les corps durs ôc folides agitez par fréquent mouuement, comme la rouë d’vne charrette,& autres chofes. Il y a cncores vne autre efpece de grefte , que nous appelions le Sein , la- quelle ne différé de la vraye grefte, finon qu'elle eft plus feiche,la partie d'icelle plus humide,fubtile, Ôc molle, eftanteonfommee par la grande chaleur du lieu, à raifon de la multitude des veines & ar- tères : Ôc fe trouue principalement au Mefenrcte, àl'entour des reins , Ôc fur les lombes,& bafe du cœur.La grefte le confomme par vne longue abftinence, par faute de manger,fe defteiche ôc endur- cift par les exercices vehemens, ôc chaleur immodérée. Ainfi la voyons-nous au dedans de la main ôc plante des pieds ,fous l’œil, enuiron le cœur, eftre plus ferme & prefque charneufeen denfité ÔC D dureté : à raifon que par tel mouuement ôc chaleur, fa plus fubtile ôc humide portion eftanc comme fondue ôc diffipee,refte la plus grofîîere ôc terreftre. De U Greffe. Chap. VI. Sahftanc*' Quantité* Comfofitien* Situation, Connexion. & tempéra- ment. Vtilité. Hippocr. an 15. aphor.dt* I .Hure. D tuer [es ef~ pecei de gref- fe. De Iti tunique commune des Mu file s, C h a p. VII. BP k e s cefte greffe l’on voit vne tunique efpanduë par deffiis tous les mnfcles : à caufê dequoy elle cft dite commune d’icenx. Safubftance eft nerueufe comme de toute autre membrane. Sa quantité & largeur eft définie & terminée des parties qu’elle couure , à fçauoir des mufcles de l’Epigaftre, celle qui couure lefdits mufcles, & ainfi des autres. Sa figure eft ronde.Sa compofition,de veines,arteres,nerfs , & propre chair tiffiië des trois genres de fibres.Son origine eft du Periofte, la part où les os baillent ligament à leurs mufcles , ou bien félon aucuns , des fibres nerueufes ôc ligamenteufes defdits mnfcles , lefqnels fortans à lafupcrfidcde la chair,s'vniftènt pour fa génération.Or venant ladite membrane du Periofte (comme fait tout autre, contenue fous la tefte immédiatement ou mediatemeut ) elle s’aualle fur lefdits mufcles par leurs tendons. Que fi quclqu'vn m’obje&equc la prefente membrane feparec du ventre du mufcle vers le Jigamentjfemble finir en iceluyfie refpons, que la nature de la partie nerueufe cft de fc lier tellement à vne autre à foy femblable, que difficilement les peut-on feparer : refmoinles Aponeurofes des mufcles obliques,& tranfuerfaux,&: Péritoine de l'Epigaftrc. Celle qui couure les mufcles de l'Epi- gaftre,cft vnique,fi vous n’aimez mieux en faire deux : vnedextre, & l’autre feneftre diuifee par la ligne blanche.Sa fituation eft entre la greffe & les mufcles,auec lefquelles parties elle cft conjointe par filets plus deliez que filets d'araignee, & par fies vaiffeaux auecqucs les trois principales parties; Suhflance, Quantité, Figure. Comppfitie*» Origine. Nombre. Connexion* Le croifiefme Liure, Vtîlité, Temperttmet, Qc eft tempérament froid Sc fec. Son vtilicé eft de conferuer les mufcles en leur naturelle conjon-. A onjles preferuant tant qu'en elle eft, du danger de pourriture , qui leur peut aduenir delà lup- puration qui fe fait entre les parties fimilaires & fcparation d’iceux. Et pourcefeparant la grellê de l'Epigaftre ,parla diftèétion duquel tu commenceras ton opération anatomique , tu te gar- deras de la coupper,& premier que toucher aux mufclcs,regarderas à la bien feparer, afin que plus aifément puilîes leucr lefdits mufcles,voyant la feparation d'vn chacun par vne ligne blanche , la- quelle eft faite de la concurrence des tuniques propres à chacun mufcle. Définition du mufcle, & déclaration de fies différences. Chap. VIII. Definithn du mufcle. KV s c l e eft l’inftrument du mouuement volontaire,qni fe fait en fix manières fimplcs, c eft à fçauoir,cn hant,en bas, deuant, derrierc,à dextre,&: feaeftre ; & en vne compofee nommee circulaire ou en rond , qui fe fait par la continuelle fuccefîîon du mouuement des mufcles fituez à i’entour de la partie qu’ils meunent, ainfi qu’on voit au mouue- ment du bras du fauconnier, quand il leurre 6c duit fes oifeaux.il y a certaines parties en nous, qui ont mouuement fans mufcle , 6c aufîi tel mouuement n’eft volontaire : comme le cœur, l’cfto- machjles intcftins,les deux veilles,fçauoir de l'vrine, & du fiel, la matrice 6>C plusieurs autres parties de noftre çorps,ont mouuement, lefquels leur font naturels , qui ne confident point en noilre vo- g lonté,arbitre,& delibcration,parcc qu’ils n’ont point de mulcles : toutesfois font attra&ion,expul- fion &c rétention, qui fe fait parce qu’ils ont les trois efpcces de filamens. Par les filets droiéts il fc Fait attraction,& par les trauerfieus expulfion, & par les obliques la rétention. Les différences des mufcles,lerquels font plufieurs,font prinfes de leur iubftancc,origine,infertion,de la partielaquelle ils meunent,de leur forme ou figure,des trous,de la magnitude, de la couleur.de leur fituation,dcs genres de fibres,de la cohérence ôc connexion d’icelles : des teftes d’iceux, de leurs ventres, des ten- dons,de i'oppofition d’iceux en leur adion,& de leur ofHce.De leur fubftance:car les vns font diéts nerueux,veineux, 6c arterieux , ponree qu’ils ont fenfiblement nerf, veine &: artere, comme le Dia- phragme, les Intercoftaux,ceux de l’Epigaftre, &c plufieurs autresrles autres non , pource que fenfi- blement ils nereçoiucnt nerf,veine,ny artère, jaçoitqu’occulrement ils en reçoiuent quelque por- tion pour eftre animez,viuifiez & nourris,commeceuxdu poignet, 6c les lumbricaux de la main 6c du piedreorabien que par aduenture on puifte obferuer quelques nerfs fenfibles bien petits, inferez en ces mufcles:mais nous mettons cccy pour exemplc.Aucuns veulent que les mufcles différent en leur fubftance,en telle forte que les vns foient plus charnus, les autres plus nerueux,les autres plus membraneux. De l’origine : car les vns naillent des ôs,comme ceux qui meuuent bras 6c iambes : les autres des cartilagesjcomrae ceux du Larynx :aucuns des membranes, qui reueftent les tendons , comme les lumbricaux tant des pieds que des mains : autres des ligamens, comme ceux de la partie fuperieure q du pied , que nous appelions Abducteurs des doigts , ou Pedieux : les autres du mufcle, comme les deux plus bas delà verge,lefquels procèdent du SphinCter du fiege, les autres n’ont aucune origine. Mais la membrane, que nous auons appelle Pannicule charneux, en certains endroits prend chair, &c fe faiCt mufcle , comme aux mufcles fufpenfoires des Tefticulcs, mufcle large de la face, 6c fi tu veux, au Diaphragme , lequel eft faiCb de deux tuniques ( c’eft à fçauoir de la Pîenretique & du Péritoine éprend chair près fon centre entre icelles. Dauantage, les vns Portent d’vn feul os, comme ceux qui fiechillent 6c eftendentle cou!de,&:c. Lesautres,de plufieurs, comme les obliques defcendans,dorfaux,& plufieurs du col, lefquels fortent de plufieurs coftcz des Spondyles. Autres, félon aucuns fortent des os , & cartilage de l’os Pubis , comme les droits de l’Epigaftre.Ce qui me femble autrement,fauf leur reuerence,d’autant que l’origine du mufcle, félon la commune opinion, doit eftre eftimee de la part qu’il reçoit le nerf. Or lefdits mufcles prennent le nerf de ceux qui for-> tent parmy les coftes. Parquoy à bon droiCt leur origine doit eftre afîîgnee aux parties latérales du Cartilage,nommé Scutiforrae,comme il fera déclaré en fon lieu.De l’infèrtiomcar les vns s’inferenr. à l’os, comme ceux qui meuuent la tefte, bras 6c iambes : les autres au Cartilage, comme ceux du LaryiiXjdes palpebres,du nez,& obliques afeendans de l’Epigaftre : aucuns à tous deux,comme les droits de l’Epigaftre & le Diaphragrae:d/autres au cuir,comme ceux de léurestaucuns aux tuniques, comme ceux des yeuxdes autres au ligamens,comme ceux du membre viril. D’auantage,de l’infertion 6c origine on peut prendre telles autres différences. Aufîi des D les vns fortent de plufieurs parties , 6c s’inferent à vne feulement, comme font plufieurs qui meu- ucnt le bras 6c le palerondefquels fortans de plufieurs parties,c’eft à fçauoir des Spodyles, s’implan- tent fur l’os du bras , ou paleron. Les autres fortent d’vne partie, 6c s’attachent à plufienrs,commc celuy qui fort de la bafe du paleron,lequel s’eftend 6c inféré fur les huiCt ou neuf coftes fuperieures, pour aider à faire la refpiration:& les Flecheurs 6c cftédeurs des doigts, tant du pied que de la main. Les autres fortent de plufieurs os,& s’inferent aufîi à plufieursrcomme certains feruans à la refoira- tion,que nous appelions Dentelez pofterieurs, 6c le Demy-fpineux, qui enuoye vn tendon à toutes les coftes.Les autres fortent de plufieurs os,& definent aux cartilages des fept coftes vrayes,come les deux cachez fous le Sternon. Outre plus,de ces deux différences enfemble confiderees, telle diffé- rence peut eftre prife defdits mufcles, que les vns fortent d’vn os , 6c s’inferent au plus prochain, pour iceluy raouuoir 6c affermir auecluy,comme les trois de la fefferles autres fortent d’vn osfupe- rieur,fans s’attacher à fon prochain,mais à vn autre,comme les mufcles Coufturiers,que nous ap- pellerons autrement Mufcles longs.De la partie qu’il meuuêt:car les vns font appeliez Temporaux, pource qu’ils meuuent les tempesdes autres fon dits Mafticatoires, pource qu’en forme de meule de moulin ils foc tourner la raafchoiicre en mafchàtles viandes,& font appeliez mafcheurs.De la forme Caufe du mouvement des membres en rond. Différence des mufcles. La fubflance., L'origine du mufcle efle- ftimeé de la part qu'il re- çoit le nerf. De l’înfertio. ' i Delà partie qu’ils meu- uent. De l’Anatomie. 77 A ou figure : car les vus font femblables à rats, ôc lézardés , aufquelles on a coupé les iambes,pource qu ils ont ventre ou corps Ôc tendon femblables à la tefte,ventre ôc queue defdirs aniraauxrau mo- yen dequoy ont efté nommez de ce nom Mufcle ou Lézard. Tels & femblables font ceux qui fle- chi lient le Carpe , ôc ceux qui adhèrent à l’os de la iambe, qui eftendent le pied ; comme aulîile Tenar de la main ,& autres femblables. Aucuns font triangulaires, comme celuy qui leuele bras, dit Epomis, autrement Deltoïde, & celuy qui le meine vers le Thorax,nommé Pectoral. Les au- tres font quadrangulaires , comme le Rhomboïde de l'Omoplate, & les deux Dentelez pofterieurs feruans à la relpiration : & ceux du Poignet qui font la main prone. Les autres ont plus de quatre angles, comme l’Oblique defeendant, &: celuy de POmoplate qui fe joint auec luy.Les autres font ronds ôc larges,comme le Diaphragme : les autres circulaires,comme les Sphinéleres du fiege & de la vclîîc. Il y en a d’autres de figure pyramidale, comme le feptielme del’céil , finie autour du nerf Optique,aux belles, non à l’homme. Les autres font faiéls en forme de demy-cercleou Croiftànr, comme ceftuy qui ferme l’œil,fitué autour du petit angle dudit œil.Aucuns font de figure de capu- chon ou cahuet deraoyne, comme les Trapèzes de POmoplate. Dauantage aucuns font eftroits en leur origine,& larges en leur fin,comme le dentelé de l’Omoplate,& les tranfuerfaux de l’Epigaftre: les autres au contraire , comme les trois des feftès. Aucuns font d’egale Iargeur,tant à leur conne- xion qu’à leur fin,comme les Intercoftaux , ôc ceux du Poignet. Autres font longs & grefies,com- me le long de la cuillc, quations nommé Couftuiïer ; les autres font longs ôc larges, comme les ob- liques defeendans de l’Epigaftre. D’autres au contraire, comme les intercoftaux qui font peu lar- ges.Des trous;car les vns font troüez,comrae le Diaphragme,auquel y a trois trous, ôc les obliques & tranfuerfaux de l’Epigaftre, pour bailler iftué aux vaiftèaux fpermatiques , preparans entrée aux Eiaculatoires, reconduits par la tunique Erythroïsdcs autres n’ont point de trou. De la manitude: car les vns font tres-grands,comrae deux des felles : les autres trefperits,comme les huiél petits du col,& les propres du Larynx,&les Lumbricaux : les autres moyens entre iceux. Dé la couleur : car les vns font blancs ôc rouges,comme les Crotaphites, qui du milieu de leur ventre produisent leurs tendonsdes autres font liuides,comme les trois plus grands du Pommeau de la iambedaquelle cou- leur eft donnée par la raeflange delà tunique blanche ou Aponeurofe tendineufe auec leur chair rouge : laquelle tunique par fon efpefleur retenant la couleur de la chair qu’elle ne reluife, facile- ment reprelcnte telle couleur. De la Situation : car les vns font fuperficiels, comme ceux qui appa- reillent fous le cuir & greftedes autres font profonds & cachez,cammc ceux du larret, & les quatre Gemeaux. Aucuns font Situez directement félon la longitude de la partie où ils font, comme ceux de lacuiftê mouuans la iambe,excepté le Poplitiquedes autres obliquement, comme les obliques de l’Epigaftre : les autres tranfuerfalement comme les tranfuerfaux dudit Epigaftre. Où noteras , que C combien que toutes fibres de mufcle foientdroides , neantmoins nous les appelions Obliques ou Tranfuerfales, par comparaifon aux mufcles droits : pource que parla concurrence de leurs fibres, Pvn fait vn angle aigu, ôc l’autre droit. Des genres de fibres:car les vns ft’ont qu’vne forte de fibres, coitune prefque tous les autres en ont deux,venant d’enhaut, &: en bas, lefquelles aux vns fe croi- fent en forme de X. comme aux Pectoraux , ôc Mafticatoires ; aux autres ne fe croifent point, comme aux Trapezes. Les autres font tous les trois genres de fibres ,comme le Mufcle large, coil- urantlaface. De la cohérence connexion , ou texture des fibres nerueules d’iceux : caries vns ont leurs fibres plus diftantes en leur origine qu’autre part, comme ceux des felles : les autres les ont plus diftantes au ventre , lequel ils ont fort gros , ôc leur telle ôc queue petite , comme plu- sieurs de la iambe, & du bras : aufquels la grande multitude de chair mellee parray les fibres, les rend ainfi diftantes.Les autres les ont plus diftantes à la fin, comme le grand Dentelé, fortant de la bafe du PaIeron,ou Omoplate : autres également partout, comme ceux du Poignet, ôc les Interco- ftaux. De la telle : car les vns l’ont charnue, & des fibres rares, comme ceux des felïèsdes autres l’ont totalement nerueufe,comme le tres-large commun au bras & à l’Omoplate : Ôc les trois delà cuillè, fortans de la tuberofité de l’os ifchion. Aucuns l’ont nerueufe ôc charnue , comme le Brachial tant interne qu’externe. D’auantage les vns n’ont qu’vne teftedes autres en ont deux, comme leflecheur du bras,& l’externe de la jarabe.Lcs autres en ont trois,comme le Triceps de la cuiftè.Et eft à noter, D que ce nom de Nerf ell icy vfurpé largement pour ligament, nerf ôc tendon, ainfi que dit Galien en fon liure des Os.Outre-plus faut entcdre,que la telle du mufcle quelquesfois eft en haut,autresfois en bas,ancunesfoisau milieu,côme au Diaphragmerce qu’on cognoiftpar l’infertion du nerf, lequel a de couftume de s’inferer au mufcle par la telle d’iceluy. Du ventre : car les vns ont leur ventre dés leur origine,cômc ceux des felïèsdes autres l’ont prez de leur inlértion,ou à l’infertion mcfme,c6me leDiaphragme:aucuns l’ont foudain après leur telles corne ceux du Pommeau de la jambedes autres quelque peu loin,côme ceux qui meuuct les bras en arriere,& qui flechilfent les jambes:aucuns l’ont depuis la telle iufques à la queue,comme les Intercoftaux,& ceux du Poignet des autres l’ont loin en leur infertion,c6mc le Palmaire,& Plantaire.il en y aaullî qui ont deux ventres,diftinguez par fub- ftance ncrueufe,cômeceux qui ouurentla bouche, ôc qui monter de labafedel’apophyfe Coracoide deTOmoplate.Des tendons:car les vns n’en ontpoinr,an moins manifcftes,comme ceux des léures, ôc les Sphynéleres, Intercoftaux,& ceux du Poignet : les autres en partie en ont,en partie n’en ont point,comme le Diaphragme : lequel àl’extremité des fauftes colles n’en a point,mais à la première vertebre des Lumbes,où il delîne,il en a deux.Aucuns vrayemêt en ont;mais d’iceux les vns menuet les os,qui font allez manifeftes,les autres n’en meuuét point,corne ceux des yeux.D’auâtage deceux- cy les vns les ont larges ôc membraneux, comme ceux des yeux, ôc ceux de l’Epigaftre , excepté les droiélsdes autres les ont gros ôc ronds,côme ceux qui flechillent les doigts : aucuns moins ronds,& plus larges que gros &efpés, comme eft le tendon fait des Gemeaux, ôc Solaire de la iambe. Autres les ont courts,comme ceux qui fout la main pronedes autre* longs,comme le Palmaire ôc Plantaire. Tfe la formé ou figure. Des poignets qu'on appelle quarreÀ, Des tram. De la wagnU tude. De la cou* leur. De la fitua* tien. Genres défi- btes. De la coherë-, ce & conne- xion. De la teftsi Nom de nerf. Du ventre♦ Des tendons* 78 Le troifiéme liure Outre plus,les vns produifcnt leurs tendons du bout de leurs ventres, qui font allez notoires : les A autres du milieu, comme les Crotaphites. D’auantage,les vns produifcnt de leur ventre plufieurs tendonsxomme ceux qui flechiffent les doigts de la main,& eftendent le piedffes autres en font vn feulement,qui fe diuife quelquesfois en plulîeurs, comme les flecheurs des tierces articulations du pied,& toutes celles des doigts. Autres plufieurs enfemble ne font qu’vn tendon , comme les trois du Pommeau delà iambe , ôc ceux qui eftendent le coude Ôc la iambe. Ils font tous engendrez,lors que les nerfs & ligamens efjpandus par la chair du mufcle petit à petit fe raffemblent,& à la fin defquels ores qu’ils fe lient ôc s’attachent aux jointures : s’eflar giflent, afin qifelles fuftçnt mieux fléchies & dreflèes. De l’oppofitionou cotrarieté de leurs adions : car les vns ont en leurs avions mufcles contraires, comme les flechiflans, ôc les eftendans : les autres n’en ont point, comme les Sufpenfoires des tefticules, & les Releueurs du boyau droit, ôc autres. De l’office : car les vns font deftinez à faire mouuemens droids, comme ceux qui eftendent les doigts du pied , & de la main , ôc femblables : les autres à les faire obliques , comme ceux qui tournant la main vers le Ciel,nommez Supinateurs:& ceux qui la tournent vers la terre , nommez Pronateurs.Aucuns font l'vn ôc l’autre,comme le Pedoral, lequel mcinc obliquement le bras en haut ôc en bas, félon que les fibres d’enhaut ou d’embas fe retirent ; ôc droitement, fi toutes enfemble opèrent, comme fait aufîi le Deltoïde ôc Trapeze. l’ay bien voulu monftrer ces differencestpource qu’en les entendant on peut mieux prognoftiquer, ôc deüement appliquer remedes propres à chacune partie, ôc faire incifion en icelle,en cas de neceffité,& future : ou n’en faire point, à raifon de la partie affligée qui eft nerueufe. Oppnfition de leurs actions. De l'office. Vtilité de la cognoiffance de la dijferê- ce des muj- des. Mufde a parties Jim. fies & com- foJees,§Ju’efi- ce que la te- Jle du muf- cle. &uejî-ce que le 'ven- tre , & la queue du mujcle. Par- ties propres du mut de. Parties com- munes du mujcle. Vtilité des parties [im- pies du muj- cle. Des parties du Mufcle. Chap. IX. Près auoir entendu que c’e/l que Mufcle, & les différences d’iceluy, faut noter qu’il a parties compofces ou vniuerfelles,/împles ou particulières. Les compofces,font la telle, ventre,&: queuërles /impies font ligament,nerf,chair,veine,artere,& runiquc.Or quant - aux COmpofees,par la te/le,eft entendu le commencement du Mufcle, quelquesfois liga- menteux & nerueux,quelquesfois auec ces deux-là charnu par le ventre, toute la partie charncufe: par la queue, le tendon fait partie du nerf, partie du ligament, qui confufëment Portent du ventre dudit mufcle. Quant aux /impies, qui font J/îx en nombre, trois font dictes Propres,& trois Com- muns.Les propres,font ligamens venans de l’os,nerfs venant du cerueau,ou de l’efpine médullaire, ôc la chair faidc du fang. Les communes font la veine venant du foye, ou tronc Portant d’iceluy: l’artere venant du cœur, ou vaifleaux produits par iceluy:& la Tunique : laquelle eft faille de fibres ncrueufes & ligamenteufes dudit mufcle abordantes fur fa fuperficic. Et quant à l’vfage de toutes ces parties /impies , le nerf comme partie principale d’iceluy , luy baille fentiment & mouuement parle moyen de l’efprit animal : le ligament le rend fort : la chair q contient fes fibres nerueufes &: ligamenteufes, tk les renforcit, rempli/fant les efpaces vagues, qui font entre leur diuifion.Dauantagc elle conferue l’humidité fubftantifique , & chaleur naturelle al- lumée en icelles,comme au/îi les defend contre toutes les injures externes, s’oppofant comme om- brage,contre la trop grande chalcuncontre la froideur,comme couuerturercontre cheute ou chofes contundantesjcomme vn coii/îin;contre les vulnerantes, comme vn bouclier & defenfoire. La vei- ne le nourrit, l’artere le viuifie, la tunique conferue l’harmonie de toutes fes partiesrà fin qu’il n’en foit faide aucune ruption que les Grecs appellent Rhegma^ou prompte corruption, lors qu’il fe fait quelque abfcez entre îefdirs mufcles, comme nous voyons eftre faid en Gangrené , lors que celle membrane eft gaignee pour la pourriture de l’abfcez. Déclaration particulière d'vne chacune partie du Mufcle. Chap. X. Définition de ligament. Ligamet n’a aucun fenti- tnent. s c^°^es confiderees , refte que dentonftrions particulièrement vne chacune 4partie, afin que rien ne puiftè eftre defiré, fi faire fe peut. Et pour commencer, Ligar fi ment proprement dit, eft vne partie fîmple du corps humain , la plus terreftre après l'os 8c le cartilagc,feiche,durc,froide 8c blanche , prenant fa nailfance des os ou carti- ’ lages mediateraentjou immcdiatementrdefquelles parties les mufcles fortent ( au mo- p yen dequoy n’a aucun fentiment ) fi ce n’eft que d’ailleurs il reçoiue quelque nerf: car par ce mo- yen les ligaraens,qui conftituent la verge & langue, & qui tiennent ferme ladidre verge,ont fenti- ment,& s’infèrent à l’os 8c cartilage pour les lier enfemble,fortifier,& veftir, qui font les trois prin- cipaux yfages du ligament, & le difperfent pareillement és membranes 8c mufcles pour les ren- forcir. Le nerf,en parlant propreraent,eft aullî partie fimpfe denoftre corps, faiéle 8c nourrie d’humeur pituiteux 8c cras,comme eft le cerneau , qui eft fou commencement 8c origine, comme la nucque, ayant feulement fentiment, ou auec ce mouuement. Il y a des parties qui reçoiuent des nerfs,.qui n’ont mouuement volontaire,mais tant feulement fentiment,comrae les membranes,veincs,arteres, inteftins,& generalemec toutes les entrailles. Celuy nerf eft couuert de deux membranes dudit cer- neau,à fçauoir,Dure,& Piemere,& d’vue tierce ylfantedes ligaments, q'ui lient l’Occiput és verte- bres,ou bien du Péri crâne & Periofte:par les fibres duquel, comme du ligament n’eft entendue autre chofe que filets & grdles,blancs,folides,froids,forts plus ou moins,felon leur fubftancedaquelleen partie eft nerueufe &c fenfible, en partie ligamenteufe 8c infenfible. Le femblable te faut imaginer des fibres de la chair en leur genre.Où faut noter,qu’entre ces filets il y en a de droits , pour attirer: des obliques,pour retenir ce qui leur eft conuenable : des tranfuerfaux,pour expeller ce qui leur eft Définition de nerf. Trois mem- branes du nerf. Il y a trois genres de fi- bres. De l’Anatomie. 79 A contrairc.Or quand les fibres tranfuerfaux s'eftendent,lcur largeur s’apetifté: «Sc quand les droits,!» longueur s’amoindrift:«Sc quand cous enfemble,tant les droits,tranfuerfaux,que les obJiquès,s’amon- cellent en eux me(mes»touc le membre fe retire «Sc ride,commeau!îî fe defployc «Sceftçnd, quand ils s’aliongiftenr.D’iceux les vns fontconfacrez aux parties animales,pour accomplir leur mouucmenr, ôc font dits Animaux : les autres nommez,Vitaux , aux parties vitales , pour l’aétion du cœur «Sc des arteres : les troihefmes,aux parties naturelles,tant pour î’attraétion,retenrion,queexpulfion des ali- mens,& excreinens,«Sc font appeliez naturels. Où faut noter que l’arcraètion d’vne chacune partie fi- milaire n’eft point faite par aucuns des filamens fufdits : mais pluftoft par la chaleur allumée en icelles,ou vacuité faite en la chair p%f icclle, ou familiarité de fubftance. La chair eft pareillement partie fimple «Sc molle,faice de la partie plus pure du fang, s’infinuant parmy les fibres des parties ja dides,en les reueftant pour les vfages fufdits. Icelleeft vne defenfe «Sc rempart contre le chaud «Se le froid,contre les clientes Sc pereuffions,comme vnfeutre,ou balle de laine,qui obéit doucement aux choies qui l’attouchcnt. Il y en a de trois fortes : Vne plus rouge,comme celle des mufclesdes ani- iqaux languins «Se parfaids,à caufeque la chair des veaux cncores ieunes, pour la grande humidité du fang eft blanche,& des poiftons,«Sc autres animaux viuans en beau. LJautre plus blanche, mefmes aux lufdics animaux, comme celle du Cœur, du Ventricule «Sc de l’Oelophague, des Inteftins, de la Veille, & de l'Amarry. La tierce maniéré de chair eft prife pour la propre fubftance d’vn chacun B vifcere,comme du Foyerce qui demeure après auoirofté veines,arteres,tunique,«Se veffiedu fieI.Ain.il du Cerneau,des Reins, «Sc de la Rartc. Aucuns adiouftent vne quatriefme efpece fungueufe «Sc entre- lacée,qu’ils attribuent à la feule langue.La veine eft le vailfeaiiou tuyau dufang,ou matière d’iceluy, fait de fubftance fpermatiqne: lequel en vne feule tunique a trois genres de filamens, c’eft à feauoir, D roits,Tranfuerlaux,& Obliques, à l’vfagc des filamens jacy-deuant déclarez. L’artere eft fembla- bleraent vaiftéau à fang, mais plus fpirituel «Sc flaue, compoié aulîl de fubftance Ipermatique ; mais en deux tuniques,comprenans les trois genres de filamens fufdirs:dont l’externe eft deliee, ôc tiftue de filamens droièts,«5c aucuns obliques.L’Interne,cinq fois plus efpefté que l’autre,eft tiftue de fila- mens tranfuerfaux:& eft nommes Artere,ponrce qu’elle contient plus largement d’efprit,comme la velïîe de fang : à cefte caufe elle eft ainii appellee. Icelle ne contient feulement du fang, mais auflî des ferofitez:qu’il foit vray , Nature a produit deux arteres emulgentes, comme deux veines. Or la tunique de l’artere eft beaucoup plus efpaiflé que la veine, à raifon qu’elle contient vn fang chaud, fubtil ôc fpiritucuxj& l’efprit eftant fubtil ôc leger,«Sc qui perpétuellement fe meut, fçroit en danger qu’il ne s’efcoulaft, s’il n’eftoit enclos Ôc referré dans des tuniques déniés ôc cfpdles. Et quant à la Veine,elle contient en foy vn fang pondereux Ôc tardif à mouuement ; «Sc fi fa tunique eftoit denfe ôc efpefté,ilne pourroit eftre diftribué aux parties circonuoifines,ainli fon vtiliré féroit abolie.Pre- uoyant cela ce grand Architeèteur ôc maiftre ouurier de noftrc corps, a fabriqué les tuniques des C vaiftéaux contraires à la nature ôc confiftance delà matière qu’ils contiennent. Or cecy eft grande- ment à noter , que ces vaiftéaux , à fçauoir veines ôc arteres, ont vne mutuelle application de leur1 orifice, qui de l’vne s’ouurent ôc desbouchent en l’autre:& ainfi mutuellement fe communiquent ôc prennent l’vne de l’autre, le fang ôc l’efprit par voyes fort eftroites «5c inuifibles : toutesfois cela fe peut aftez raanifeftement veoir delà veine«Scartere qui font au ply du coude : cequei’ay monftré aux Efcoles de Médecine,faifanc les diftéiftions. Quant à leur diuihon,«Sc autres vtilitez, elles te fe- ront diètes en leur lieu. Action du Mufcle , & comme il Je faici & accomplit. L’aètion du Mufcle eft de raouuoir, ou affermir, Ôc afîéurer la partie en laquelle il s’infere, félon la détermination de la volonté:ce qu’il fait quand il fe retire vers Ton originejaquelle eft ( comme nous auons dit, ôc pouuons entendre de fa mode d’operer ) à l’endroit par lequel le nerf s’infere. 'X.-V V Chair,. Troie fortes de chair. Définition de veine. Définition de l'»rtere. , Pourquoy la tunique, de l'artere eft flm efyaiffet. Ahmchemet des 'veines & artères. Aiïlo du mnf de. Des Mttfcles de l’Epignfire. C h a p. XL p A N T iufques icy déclaré que c'eft que Mufcle, de différences d'iceluÿ, enfemble parties, tant fimplcs que compofées , de l'vfage d’vne chacune en iceluy , de Ton action &. maniéré de l'accomplir & parfaire , il faut maintenant venir à l'explication ovn particulière d’vn chacun , commençant à ceux de l’Epigaftre , comme aux premières en l'ordre de difteélion ; lefquels lont huiét, fçauoir eft, quatre obliques , deux de chacun cofté, deux droicts,vn de chacun codé : «5c deux tranfuerfaux, vn de chacun cofté, lefquels font femblables en force,grandeur de aétion :i'entensfi on conféré l’oppoüteauec l'oppofite,com- D me l'Oblique dclcendant d'vn codé à l'Oblique, defeendant de l’autre, de ainfi des autres. Nous pouuons outre ceux-cy adioufter les deux petits, qui des os du penil montent fur l’infer- tion des droiébs, en forme pyramidale, que monfieur Syluius appelle Snecentunatos : nous les pou- uons appeller triangulaires du Penil, ou accelloires. Des deux obliques fîtuez de chacun cofté, vn monte, de l'autre defeend : au moyen dequoy font appeliez Obliques afeendans de defeendans. Or les premiers d’iceux qui Ce prefentent, premièrement font les defeendansda fubftance dcfquels eft en partie fanguine, de en partie fpcrmatique,d'autât qu'ils font charneux,nerueux,& ligamenteux, veineux, arterieux, & membraneux : toutesfois plus charneux , ayant efgard à la partie par dellus toutes les autres dominantes, où regardant Hypocrates, il a dit eftre chair Simple Leur magnitude eft moyenne entre les plus grands de plus petits. Leut figure eft triangulaire. Leur composition eft de toutes les parties cy-deuant déclarées. Le nombre eft de deux,comme nous auons dit. Leur Si- tuation eft oblique , prenant leur commencement és ligaments dentelez delà fixiefme de leptiefme des vrayes coftes, de de toutes les inférieures,partie antérieure de leurs mufclesplus auant que d'el- les : d'où fans defee ndre aux vertébrés des Lumbes, les vont inférer charnues au Sourcil externe,& Hulct tnuf- cles de l’Epi- gafire. ' Mufcles eh ti- ques defeen- dans. Subfiance. Au i. lîurt des Fra,5iu~ res ,fent. n, Quantité, Figure. Compojîtîcn. Nombre. Situation’ Letroifiéme liure Opinion con- traire de Co- lumbtti. fliperîeur de l’os Ilien , & membraneux au demeurant dudit fourcil inférieur de l’os Pubis & ligne A Blanche. Voila la commune defcription des mufcles Obliques defcendans:toutesfois Columbus les defcrit bien autrement, &c eftime qu’ils fe terminent en la ligne Blanche , non en l’os Pubis : car comme il dit, Pourquoy s’infereroienr-ils à l’os Pubis qui n’a point de mouuemcnt ; Mais pource que ce feroit vue choie infinie de déclarer tout au long les opinions des Anatomiftes,ie me conten- teray d’en aduertirle Lecteur en palîànt. Leur connexion eft auec les Obliques afcendans,couchez ’ par delfous eux,& auec les droids.Leur tempérament eft double:vn chaud ôc humide,appartenant au ventre, Ôc partie charneufe : l’autre froid ôc fec,appartenant à fa partie ligamêteufe ôc tendineu- fe. Leur adion eft de tirer les parties, efquellcs ils leurorigine,ou les affermir en- femble,comme nous auons dit de toutmufcle: mais particulièrement ( feparant chacun à par foy) tirent la hanche obliquement vers le cartilage Scutiforme. S’enfuiuent maintenant les Obliques afeendans, lefquels font de mefmefubftance,quantité,figure,compolition,nombre,&; tempérament que les fufdits. Leur fituation eft entre lesfufdits, ôc Tranluerfaux , auec lefquels ils ont conne- xion , principalement par les vaiftèaux qui leur font donnez des parties fubiacentes. Ils montent tout charnus de toute la ligne , autrement didè Efpine des os des lies, aux extremitez des faulles coftes , lefquelles il fembledereceuoir tant par demis que par delfous teftans charnus iufques à la quatriefrae, ôc de là faits membraneux , s’en vont à la ligne Blanche par vne double Aponeurofc, laquelle palfe tant par deffus que par delfous les mufcles droits, ainfi que facilement on peut veoir depuis le nombril en bas. Ils prennent leur origine ôc commencement, quant à leur partie char- neufe , félon la ligne droite, ou efpine des os des lies, vn peu plus bas que les defeendans ne de- r lignent félon leur mefmc partie charneufe : mais quant à laraembraneufe de l’os Pubis,par deuant ôc par derrière, desefpines de l’os Sacrum, ôc des vertebres des Lumbes,montant en haut obli- quement vers la ligne Blanche, à laquelle fe fi ni lient ôc terminent félon leur Aponeurofe ou ten- don mambraneux ( lequel femble palier tant délions que delfus le mufcle droid, ôc plus clairement fous l’vmbilic)& félon fa partie charneufe à l’extremité de toutes lesfaulfes coftcs , lefquelles fèm- blent prendre ôc receuoir tant delîus quedelïbus. Et d’autant que ces mufcles fe terminent à la li- gne Blanche,ils ont auflî vn autre vîàge,commun toutesfois à tous les mufcles de l’Epigaftre, qui eft de comprimer les Boyaux. Leur adion eft (s’ils opèrent enfemble ) de tirer la poitrine en bas,& dilater le Thorax, ôc opérant chacun à part, le tirer vers la hanche obliquement. Apres ceux-cy viennent les Droits longitudinaux , ainfi appeliez , pource qu’ils defeendent félon la rcditijde du corps, ioint aufîi qu’ils ont leurs fibres droites. Quant à leur fubftance, ôc autres chofes , qui font femblables aux precedens,nous n’en parlerons poipt,pour éuiter prolixité : ce que nous ferons aufîi en déclarant les autres parties. Leur fituation eft çn la partie plus haute du Ventre, bornant ( félon Galien,au liure de l’vfage des parties ) l’Epigaftre généralement pris, dit autremêt ventre inférieur. Et font diuifez notamment par la ligne Blanche, iufques au délions du nombril : auquel endroit G apparoillent eftre joints l’vn auec l’autre iufques à leur infertion. Ils prennent leur origine,non de l’os Pubis,comme aucuns veulent, ains comme l’entree de leurs nerfs monftre, nailfent des parties latérales du cartilage Scutiforme, comme de l’extremité de la fixiefme,feptiefme,& huidiefme co- ftc : ôc fe finiffent à l’os Pubis, où ils font vn commun tendon allez gros ôc court. Syluius eftime leur commencement eftre à l’os Pubis , ôc aufîi Vefalius ôc Columbus, d’autant qu’ils ne peuuenç eftre inferez àl’osPubis,qui n’a point demouuement.Htontcefdîts mufcles certaines interceptions nerueufes ôc tranfuerfes, le plus fouuent trois, defquelles Galien n’a point fait mention, combien qu’elles foient trouuees aux Singes, pour la corroboration d’iceux, comme aufîi en leur partie de deftbus,quatre veines,& quatre arteres : dont les vncs viennent des parties fuperieures , les autres des inférieures. Les fuperieures nommées Mamillaires defeendent des Axillaires par les parties la- térales ôc inférieures du Sternon , baillant tout le long de leur chemin petites portions de foy au Mediaftin,&; enuiron la quatriefme ôc cinquiefme cofte aux Mammclles, d’où elles prennent leur le demeurant for tans par les parties latérales du cartilage Scutiforme,s’infere dedans lefdits mufcles , defeendans prefque iufques à l’Vmbilic : auquel endroit s’vnilîènt manifeftement ( l’entends veines auec veines , arteres auec arteres ) auec les Epigaftres, qui de la partie fuperieure des Iliaques montent de chacun cofté par délions lefdits mufcles, iufques au rencontre des quatre fuperieures. Et pourtrouuer l’vnion defdites veines ôc arteres à l’endroit, ou quelque peu delfus l’Vmbilicjil te faut fuiure tant les fuperieures qu’inferieures,bien auant dedans la chair faifant cou- ler le fang de haut en bas, ôc de bas en haut, à mefure que les defeounriras, iulques à ce que tu ayes trouué leur connexion, laquelle te fera apertement demonftree, fî le fang coule de l’vne en l’autre; autrement il fera impofïîble, ou tres-difficilc de l’apperceuoir , pour la tenuité des vailîcaux exan- gues:cc que l’on n’a peu cognoiftre par cy-deuant.Quant à la necefîité de telle connexion des mam- melles auec l’Amarry (combien qu’aucuns s’en mocquent) elle eft toutemanifefteen lanourl'iture de l’enfant,lcs nourrices perdans leurs mois lors que le laid leur monte aux mammellcs : &au con- traire perdans leur laid, leurs mois leur coulent abondamment. Car n’eftoit cela, dequoy feruiroit telle connexion de vailîèaux,qui eft depuis les mammelles iufques à l’Amarry ? aux parties latérales duquel font produites veines & arteres de la racine des Epigallriques , ainfi que nous verrons par la dilfedion.Car à la vérité les veines Epigaftriques, lefquelles en montant rencontrent les Mammil- laires,ne vont à l’Araarry, mais font fort prochaines, ôc forrent d’vn mefme tronc auec l’Hypoga- ftrique veine de l’Amarry. L’adion defdits mufcles droits , eft d’approcher les parties Hypogaftri- ques aux Precordiales, ou Hypochondriales.L’vfage félon Columbus eft de tirer le Thorax en bas, afin qu’il foit dilaté. Et faut icy noter,que fur l’extremité de ces mufcles, nature en aproduit(com- me nous auons dit) deux autres petits delà partie fuperieure des os barrez,qui font de figure trian- gulaire , pour la protedion de leur gros ôc commun tendon , afin que par iceux il fuft conferué ôc Connexion. Temperamet, A fit on. Obliques af- c endura. Situation. Connexion, Origine, , { < i yfage. j jiéiion. , jiéiion. , Subfiance. Situation. Origine. Abouchemet notable des veines Marri* millaires a- uec les Epi- gaftriques. Mufcles ae- cejfoires ou triangulaires de Vos Pubis. de F Anatomie. 81 A defenda-de tontes îniures tant internes qu’externes» Aucuns veulent ( ie ne fçay pour quelle raifon} qu’ils aydcnc à l’erection de la verge. Columb.us eftime que ces mufcles ne doiuent eftre feparez des droiéts, &■ que ce font feulement principes charnus d’iceux:mais Fallopius au contraire prouue eui~ demmentque ce lont mufcles feparez,&: déclaré leur vfage.Refte maintenant àpourfuiureles tranf- uerfaux,lefquels iont ainfi appeliez à caufe de leurs fibres,lefquelles auec celles des mufcles droiéls, font vn angle droiét.Leur figure eft quadrangulaire.Leur fituation eftpar deftus la plus grande par- tie du Péri toi nc,auec lequel font conioinâ:s,& fi fort adherens,qu’à grand peine les peut-on feparer d’iceluy.Ils prennent leur origine des Apophyfcs des Lumbes, du finirai, ou bord de l’os llium,des Apophyfes tranluerfes des vertébrés-des Lumbes,& extrémité des faufles coftes,contrel’opinion de- plufieurs,vaincus par l’infertion du nerf,& finirent à la ligne blanche ainfi que tous les autrcs.Leai aélion eft de comprimer les inteftins,principalement à l’expulfion des cxcremens. Et outre ces vfa- ges particuliers d’vn chacun de ces mufcles,il faut entendre,que tous enfembleferuent de mnnimêt 5c defence aux parties fubiaccntes,&: aydent à l’expulfion,foit d’excremens ou du Fœtus, ou de l’air à l’exhalation de la voix,comme par expérience nous voyons enceux qui fonnent les trompettes,& autres inftrumens femblables. Or lefdits mufcles prclîcnt le ventre égallement de toutes parts,& lè Diaphragme aydé par les mufcles intercoftaux poulie par hautjqui fait que les excremcns font iet- B tez par le fiege : & n’euft efté le Diaphragme,Iefdits mufcles enflent autant prdfé les excremens par hautrc’eft à dirc,par la bouche que par bas.Et ce n’eft allez que les mufcles de l’Epigaftre,& le Dia- phragme, 5c les mufcles intercoftaux compriment le ventre , mais il faut auflî que ceux du Larynx foient closrcar fi on auoit la bouche ouuerte,les excremens ne pourroient bien fortir,à raifon que la bouche eftant ouuerte, l’haleine fort,& l’efflation qui fait l’expulfion de la matière fecale, fera em- pefchée ôc retardée. Et pource les Apoticaires lors qu’ils donnent vn clyftere,commandent au ma- lade tenir la bouche ouuerte,afin que le clyftere foit mieux iette 5c retemr.ee qui ne fe pourroit fai- re eftant fermee,attendu qu’il n’y a rien en nous de vuide,& que le clyftere ne'pourroit trouuer pla- ce , finon qu’en entrant il poufFaft l’air qui eft en nous par la bouche, qui eft caufe que ne faifons nulle efflation 5c expulfion. Mu Cries at~ ceff '’fis oU tri angulaires de tos Fuhiii Mu fêles tra,f. uerfaux de. r Epigafire. Figure. Situation. Origine. Action. L''utilité ct- mune de tottâ Les mufchs de l'Epig (Ire Belle 'Utilité du Dtaçhrti* gmt. La premiers figure du ventre inférieur. Déclaration de la première figure du ventre inférieur» AAAA Monftrent la circonfcripcion du Péritoine fcparé des mufcles de l’E- pigaftre. B B La ligne blanche continuée depuis le Cartilage nommé Scutiforme, iu£> ques à l’os Pubis : en laquelle adhè- rent les inembranes des mufcles de l’Epigaftre. C Le nombril referué à la dilîèélion des mufcles pour la demonftration ' des vaillcauxVmbilicaux. D D Les vaiiîèaux Spermatiques defeen- dans par les procelfus du Péritoine pour aller aux Tefticules. E E Les veines & arteres Epigaftriquès* * montans en haut par les mufcles droits, tk Péritoine. F F Les veines & artères mammillaires defeendantes, tant par les mufcles longitudinaux, que par le Péritoine, iufques à ce quelles fe joignent par Anaftomofe auec les fufdids. G Vnc portion des veines venant au Péritoine de la propagation de la vei- ne AzygoSi H Le mufcle tranfuerfal feparé de la H-* gne Blanche vers l’efpine. I L’os des Iles dénué de chair. K K Les mufcles longitudinaux renuerfez en bas, efquels appert la plus grande portion des veines & arteres Epigaftriques. LL Les deux petits mu (clés coadiuteurs aux longitudinaux, lefquels aucuns difent eftrepour l’ere&ion de la verge. M Le cartilage Mucronata, Le troifiefme Liure, De la ligne Blanche , & du Péritoine. C H a p. XII. BA ligne Blanche n’eft autre chofe que la termination des mufcles fufdits , fituee au milieu du ventre:& eft appelée Blanche , tant à raifon de fa couleur, que pour autant qu’il n’y a point de partie charneufe,ny del!ous,ny deflus elle.Et eft plus large par def- lus le nombril, Sc plus cftroitc par deflous, d’autant que les mufcles droiéh s'vnif- fent. S’enfuir maintenant la tunique ou membrane nommee Peritoine,pourceqn*el- le eft tendue tout à Tentour de tout le ventre inférieur , & particulièrement de chacune partie contenue en iceluy , leur donnant vue tunique commune. Sa fubftance eft fpermati- que , comme de toutes membranes. Sa quantité en profondeur eft fort petite : car il eft femblable à vn parchemin délié , de 11 eft inégalé , tant aux hommes qu’aux femmes , félon diuers endroids : car aux hommes par deflus le nombril , il eft plus efpais Sc fort qu’au deflous d’iceluy , afin qu’il endure & foufticnne la diftenlion qui fe fait en cet endroid par le ven- tricule,quelquesfois trop remply de viandesfle contraire eft aux femmes, lefquelles par deflous le nombril ferablent Tauoir double , Sc plus fort Sc denfe qu’aux parties fuperieures du nombril , au- quel lieu elles Tont femblable à celuy des hommes pour mefme raifqn, afin qu’il peuft mieux por- ter la diftention faite par le Fœtus. La largeur & longueur eftcognuë par la circonfcription du ventre. Sa figure' eft ouale,produifanr certaines apophyfes,comme doigts de gand, tant pour con- duire les vahfeaux fpcrmatiques,& mufcles fufpcnfoires des tefticules,& ramener les eiaculatoires, que pour donner tant aufdits tefticules, qu’à toutes autres parties naturelles counerture , comme nous auons dit. Sa compofition eft de petites fibres membraneufes Sc nerueufes aucc petites rami- fications des veines Sc arteres qu’il prend de les parties adhérantes pour fa nourriture Sc vie. Quant au nombre,il eft feul &: par tout vny:toutesfois felonGalien au premier hure De femhe, il eft percé à l’endroit que les vaiftéaux fpermatiques defeendent aux tefticulesrmais à la vérité il fie faut point appeller cela trou,mais apophyfe Sc produdion,comme la voye d’vngand ainfi que nous auons dit. D’auantage les recens Anatomiftes onticy obfcrué que le péritoine eft double fous le nombril, & qu’entre ccfte reduplication les arteres vmbilicales,Sci’vrachus montent au nombril.Sa fituaton eft, corne nous auons dir,tout à Tentour des parties naturelles,que nous auons appellees contenuës,aucc lefquelles il eft œnioind par la tunique qu’il leurbaille:tont ainfi que de les parties latérales auec les vertébrés ou Spondyles des lumbes,des ligamens dcfquelsou plnftoft duPeriofte illec pofé,préd fa naiflànce, Sc fes parties compofantes.De la partie inférieure il eft conioind auec Tos Pubis,& de la fuperieure aucc le Diaphragme,lequel entièrement il reueft felô fa partie infericure:& de fa partie antérieure Sc exterieurc,auec les mufcles tranfuerfaux,defquels tres-difficilement il fe feparc à caufe de la côplication des fibres d’iceluy auec ceux de la membrane propre defdits mufclesdaquelle mê- brane félon Galien au fixiefmc de la méthode, eft de la compofition dudit Péritoine. Parquoy ne fe faut esbahir,fi en voulant feparer les deux tuniques,facilement on les defehire Sc rompt.Quant à fon tempérament,il eft froid «Se fec,comme toutes autres membranes , ayant plufieurs vtilitez. Dont la première eft de couurir «Se cnuelopper toutes les parties du ventre inferieur,6e TOmentum,a ce que ledit Omentum en grandes comprenions Sc autres grands mouuemens ne fe mift Sc inferaft entre G les diftindions Sc feparations des mufcles , comme il fe fait qnelquesfois ésplayes de TEpigaftrefi les labiés de fon vlcere ne font bien réunies : Sc lors on void à l'endroit de Tvlcere,tumeur faire par les inteftins on TOraentum,lefqueIs ddcendêt hors du Péritoine parmy les mufcles,dont s’enfuiuet grandes douleurs,comme Ton void aux Sargues. La fécondé vtilitéeft , qu’il ayde à expeller lesex- cremens, comprimant de la partie anterieurc,tout ainfi que le Diaphragme de la fuperieure,comme deux mains ioindes , le ventricule Sc les inteftins, parties dediees à Texpulfon des excremens. La troifiefme eft,qu’il défend après Texcretion,quc lefdites parties ne fe rempliflènt de vent,en les com- primant Sc reflétant : lefquels vents introduits à raifon de leur qualitc,pourroicnt exciter intempe- rature Sc douleur aufdites parties.Laquatriefme& derniere,eft de contenir toutes les parties en leur lieu naturel,& les lier principalement à Tefpine du dos, afin que par grands «Se violents monuements, cotpme faulcs Sc chentes,lefdites parties ne fortent hors de leur place. Finalement il faut entendre, que ledit Péritoine fe peut grandement eftendre, ainfi que nous voyons aux hydropiques, Sc fem- mes grofles,& aux tumeurs contre nature. Que ccfi que de la ligne Blanche, Péritoine. Subftance. Quantité. Figure. Compofition. Nombre. Situation. Connexion, Origine. Temperamet Vtilité. Nota. De /’Omentum s dit du vulgaire Coiffe, & des Arabes 2 irbus. ChAp. XIII. ■ Près les parties contenatcs fuiuent les côtenucs:defqueîles la première eft TOmen- tum,autrement dit Epiploon , vulgairement la Coëffe,pourcc qu’il nage,& eft tendu entièrement par deflus tous les inteftins le plus fouuenr, laquelle reflemble à vnerets à prendre poilîbns.Sa fubftance eft adipeufe Sc fpermatique.Sa quantité en profondeur eft plus groflè ou plus deliee,félon le tempérament des hommes. Sa largeur eft limitée par la partie antérieure Sc latérale des inteftins. Sa figure eft comme vnc gibbeciete, à caufe qu’il eft double. Sa compofition de greffe,veines, arteres, Sc d'vne membrane , qui defeendant de la partie- gîbbcufe du ventricule,& cane du Duodénum,Sc ratte fus les inteftins, le réfléchit du petit ventre iniques au plus haut du Colon. Il eft feul tk vnique,fitnéf comme nous avions dit} fur les inteftins: • Sc eft conioind principalement auecles premières vertébrés des Lumbes,duqucl endroit aux belles il femble prendre fa tunique,comme en l’homme delà partie eaue de la ratte,& lagibbeufc du ven- tricule , &• caue de TEcphyfis, Sc s’en aller finir redoublé à l’anterieure Sc fuperieure de Tinte- ftin Colon. Et c’eft pourquoy Galicn a eferit au fixiefine liure de Tadminiftration Anatpmi que,qu« Suhjîance. Quantité. Nombre. Situation. Connexion. de F Anatomie. 83 A la lupcrieure membrane de l’Epipîoon ed: attachée au ventricule, & l'infericure à la partie la plus lafche de l'inteftin Colon : des vailfeaux defquelles parties il prend Tes veines, arteres 8c nerfs. Son tempérament aux maigres eft froid & feç *à raifort qu'en telles gens il eft fans grelfe : 8c aux gras froid 8c humide, àraifon de la grellc. Son vtilitc eft double: vne, pour efchauffer 8c humeéler les inteftins, 8c leur ayder à faire concoétion* combien qu'il le face par accident,fçauoir eft, pour eftré premièrement efchauffé du fang, ôc efprits de Tes vailfeaux, ou pour les parties fubjacentes, pour empelcher de la.denfité de fa grellè,tant que l’air froid ambient ne pénétré au dedans,que aufîî que la chaleur interne ne fe dilîîpc au dehors, pluftoft que de fa nature* L'autre vtilité eft, qu'en défaut d'alimens aux grandes abftinences il nourrit 8c entretient par quelque temps la chaleur naturelle, tant du ventricule que des autres parties* comme tefmoigne Gai. au quatriefme de l'vfage des par- ties. Dauantage, faut entendre, qu'a la rupture ou dilatation du Péritoine en la partie inferieure,le- dit Oraentum defcend dedans le Scrotum* dont telle affediort eft nommée Epiplocele: 8c aux femmes trop grades defcend entre la velîîe 8c le col dcl'Amarry : lequel empefche par fa comprcf- lîon, que la femence ne foit receuc en fon intégrité & vertu dedans la capacité dudit Amarry , 8c confequemment empefche la conception. Outreplus , lors qu'il à eu perdition de fa fubftance, comme playe ou autre chole,la partie fituée à l'endroit,demeure froide, pour les raifons cy-deuant 11 / r j r u 1 alléguées de la chaleur. O xcmperamét. ytilité. Galien, Epiploceit, rt iteau*fe' tnesgrajjesi La fécondé figure du ventre inférieur* AAAA Monftrent le Péritoine diuisé felod la ligne blanche ôc de l'vmbilic, inique* aux Iles, ôc par après renuerfé ainfi que les lettres te monftrent. B Le nombril feparé du Péritoine. C * La veine vmbilicale entrant dans là ca- nné du foye. 1 D D Les deux arteres vmbilicales defeendah- tes aux arteres facrées. E Le Porus Vrachus , fi aucun en y a à l'home defeendant au fonds de la vclîiCd F La veille, ou fonds d'icellc. G La connexion du Péritoine auecque la veille. La face antérieure du ventricule deicou- ucrr, tant du foye que du Péritoine. 1111 L'Omentum ou Zirbus , ou Epiploon, eftendu par fur tous les inteftins, à eau-1 fie dequoy a efté nommé Epiploon,com- me nageant fur les inteftins. KKKK Les veines ôc arteres qui fe iettent tant de la partie dextre que feneftre au fonds du ventricule : auccque la diftri- bution d'icelles par ddLus l'Omentum„ L L Le foye* î>u Ventricule. C h a p. XIV. ® Ainthnant faut parler du ventricule, qui reçoit les viandes neceltàires à tout îc m corps,inftrumét de l'appetit, qui nous fait defirer les viandes par le bénéfice des nerfs y| qui font en ion orifice fuperieur, &c en toute fit fubftance,- la fubftâce duquel eft plus II fpermatique que fangnine,à caufe que pour vne membrane charnue il en à deux ner- Lieuies. Sa quantité eft diuerfe pour la variété des hommes, defquels les vhs bornent & mangent beaucoup* les autres moins : les vns plus grands, les autres plus petits : qui fait qu'on ne t'en peut bailler vraye certitude. Sa figure eft ronde ôc oblongue ,femblablc à vrie mufette ou cornemuie : ôc eft compofé de deux tuniques propres , & vne commune venant du Péritoine, en- fcmble de nerfs, veines,& arteres, & de fies propres tuniques. L'interne eft merabraneufe, dilué de filaments droiéts pour attirer les viandes en temps de neceiîité : ôc s'eftend iufquès à la bouchc,au moyen dequoy les affcélions d'vne partie font communiquées à l'autre. Icelle tunique prend Ton origine des membranes du ccrueau, qui accompagnent les nerfs de la 3. & 4.cùniugaifon defeenr dant à labouche,& d'autres apophyfes defeendantes par les autres trous de la tefte.D'ou on peut at- tirer vne autre raifon,outre celle qu'on allégué ordinairement des nerfs de la fixiefme coniugaifon, pourqnoy és playes de la tefte le ventricule compatit fi promptement au cerueau. L’externe plus charnue ôc efpaiire dilue de fibres obliques pour retenir ôc expeller,préd ion origine düPcricrahe, Subjlancéi Quantité, Figure. Compc/ition Origine? Le croifiefme Liure, lequel en telles parties, depuis le commencement de l’Oefophague , prend certaines fibres char- A nues. Les nerfs fontenuoyez audit ventricule de la fixiefme coniugaffon,ainfi qu'il teferademon- ftré en Ton lieu. La veine & artère viennent de la Gaftrique, Gaftrepiploïque,Coronaire,& Spleni- que,des diftributions dè la fécondé,tierce ôc quarriefme de la veine porre,& tierce de l'artere defeen- danres aux parties naturelles,fi toft qu’elle eft fortie hors du Diaphragme , comme auflî te ferade- monftté cy après fur ladiftriburion defdids vaifleaux. Quant au nombre,il eft feul ôc vnique,fitué principalement & félon fa plus grande partie au cofté feneftre,entre la ratte ôc la partie caue du foye,& les inteftins : afin que par la chaleur defdites partics,comme d'vn feu allumé entour vn pot, il puifie mieux cuire les viandes. le fçay que Galien dit au quatriefme Hure De vfn frarttum , que félon fa plus grande partie il eft au cofté droit : mais au fens de la veuc eft au la raifon: car d'autant qu'il refte plus de place au cofté gauche,pource que la ratte eft plus petite que la foye, il a efté raifonnable que la plus grande partie du ventricule fuft au cofté gauche. Sa connexion par- ticuliereeft auec l'Oefophague & les inteftins par Tes deux orifices,defquels nous parlerons tantoft: par fes nerfs auec le cerueau , par les veines auec le foye & la Rate , par les ancres auec le cœur, ôc par fa membrane commune auec toutes les parties naturelles. Son tempérament aux hommes bien habituez eft moderé,àcaufe qu'il eft fait de parties prefque égalés, à fçauoir fanguines & fper- matiques : ou (comme veut Galien au neufiefme de la méthode) froid de foy,& de fa compofition; ôc chaud à caufe des parties voifines ôc circumiacentes ; aux autres plus chaud ou plus froid, félon g les diuerfes complexions & habitudes des corps. Celuy doit eftre tenu ôc eftime bien temperé, le- quel attire fort bien à foy la viande ôc le bruuage , puis le retient ôc embrafiè iufques à ce qu’elles foient cuittes ôc digérées, ôc reduittes enfuc Ôc crcme,que les Grecs appellent Chylus ; ôc finalement qui reiette ôc pouffe hors les cxcremens ôc fuperfluitez de la première concodion, ou cuiflbn faite en iceluy. Or l'cftomr.ch,qui eft trop chaud le cognoit, d’autant qu'il cuit mieux les viandes dures ôc difficiles à cuire, comme la chair des bœufs,œufs durs,moruc,viandes froides, ôc autres fembla- bles, que les molles ôc qui facilement fecuifent : ce qui eft manifcfted’vn petit poullet rofty à vn grand feu, qui fera pluftoft delfciché ôc brulé,que cuit. Audi il corrompt &conuertit les viandes qui aifément fe cuifent,& les change en crudité : pour cefte caufe il prouoque des rots puants de /cnteur,comme font les œufs pourris. L’eftomach qui eft trop froid, appete grandement à manger, ôc cuit lentementles viandes,principalement celles qui font froides,& de difficilecuiftbn : auflî fa- cilement s’aigri fient en iceluy , qui excite des rots aigres à la bouche. L’adion du bien temperé eft double : vnc commune , l’autre propre. La commune eft de mixtionner ôc cuire les viandes pour lanourriture,tant fienne que de toutes les autres parties du corps,apres l’élaboration fai été du foye, auant laquelle le ventricule ne iouyt du Chylus ( qui eft comme orge mundé, lequel eft enuoyé aux inteftins)que pour fe refroidir ôc humeder à l’encontre des parties circumjacentcs efchauffantes ÔC defièicâhtes,&: à cefte caufe eft dit autheur de la première côcodion.La propre eft d’attirer,retenit ôc aflîmiler ce qui luy eft conuenable,& expellcr ce qui luy eft nuifible,ou en qualité,ou en qualité, q ou de toute fa fubftance, qui eft faite tant pour fa chaleur, que pour euiter vacuité en fa chair fpon- gieufe,& continuellement cfpefic Ôc feiche par la chaleur alluumee aux parties folides Ôc fpermati- ques.Glutrc tout cecy,faut noter que ledit ventricule a deux orifices,à fçauoir vnfuperieur nommé l’eftomach,& vulgairement cœur ; ôc l’autre inférieur, nommé Pylorus.Le fuperieur eft fitué en la partie feneftre,prochainede l’efpine du dos:& eft beaucoup plus ample que l’inferieur,à raifon des viandes quelquefois mal mafehees , & autres gros morceaux ôc durs , que l’homme aualle ôc tranf- gloutit. Dauantage il eft fort fenfible, à caufe que c’cft l'autheur ôc lieu de l’appetit, au moyen des nerfs,lefquels principalement tifient leditorifice,fe croifans enfemble comme rets,dont il a vn fen- timent, par lequel il cognoit fon indigence & inanition, réueillant Ôc aiguillonnant l’animal à chercher fa nourriture. Combien que les autres parties de l’animal ayent quatre facilitez fembla- bles,nature toutesfois ne leur a baillé fentiment de ce qu’il leur faut ôc eft necefiairc, mais fe nour- rifient, tirans inceflamment des veines leur aliment, comme font les plantes ôc herbes de la terre. Quant à la ficuation de ce fuperieur orifice, nous l’auons mis par cy-deuant fur la cinquiefmc ver- tébré du Thorax : mais i’aymerois mieux le mettre fur la neufiefme, ou pluftoft fur la douziefme du Thorax, & première des Lumbes : car en cet endroid là l’Oefophague perce le Diaphragme,& conftituë le fuperieur orifice de l’eftomach. L’inferieur eft à la partie dextre fous la cauité du foye près du cartilage Scutiforme,&r eft plus eftroit que le fupericur,afin que rie ne pâlie par iceluy,qui nefoitbie cuit ôc digeré,&mué en Chylus:& ce parle moyen d’vn anneau femblable au Sphinder I> du fiege qu’aucuns ont appelle Glandule, qui eft fait de la tranfpofition delà membrane charnue interne du ventricule à l’externe des inteftins.Ic fçay bien que Colombus fe mocque de cet anneau glanduleuxnnais tout homme qui près, trouuera le Pylorus glanduleux. Ledit ventri- cule en fa partie intérieure ôc fons d’iceluy a plufieurs rides,qui leruent de retenir la viande iufques à ce quelle foit digeree.il a auflî partie caue ôc gibbeuferla caue regarde le Diaphragme ôc le foye: la gibbeufe,les inteftins:defquels nous parlerons lorsque nous aurons did que le ventricule qui eft laxe& refont, peut defeendre iufques defibus le nombril près de la veffie ; ce que véritablement auons veu à aucuns après leurdeccz. Il y a deux glandules couchées fous rOefophaguc,à l’endroid de la première diuîfion de la Tra- chée artere,au commencement du Thorax, qui arroufent de la faliue efpefiè ôc glueufe l’Oefbpha- gue,& auflî la Trachee artcre,&' toutes les parties de la bouche,& les cmpefche de deuenir feiches. Auflî boiuent ôc hument comme elponges le phlegme tombant du cerueau,afin qu’il ne découlé aux poulmons ôc en l'eftomach,qui te feront monftrez par la figure fuiuante. Veine ar- tère. Nombre. Comexion, Temperamët. Signes de l'e- ftomach bien tempéré. Signes de l'e- fiomach trop chaud. Signes del’e- florna, ch trop froid. Quelle efi l'action de l'eflemach bien tempéré. Veftomach eft autheur de la pre- mière conco- £iion. Double orifi- ce du ventri- cule. Anneau. Defcente du ventricule. de l’Anatomie La troifiéme figure intérieure du Ventre inférieur. A Demonftre le commencement de î’Oefophague* continué auec la partie de la bouche, nommée Fauces. B B Amygdales. C C Vn corps glanduleux,lequel le trouue fur la cin- quième du Metaphrene : duquel endroit ledit Oefophague cedeà la grande artere, décli- nant aucunement au cofté droit. André Vefal liure 5. chap. 3. & Columbus chapitre dernier, liu. 9. dit telle glandule contenir vne certaine humidité,parlaquellceft arrousé ledit Oefopha- gue, ahn que la viande puifte mieux &plus faci- lement couler, ne demeurant à fec,tout ainfi que les glandules Proftates contiennent vn humeur cras & huileux pour adoucir le canal de Tvrine, afin qu’icelle coule plus librement, D D Les nerfs de la fixiérac coniugaifon, qui defeen- dent à l’orifice fuperieur dudit ventricule, de confêquemmcnt à toute fa fubftance, comme tu peux voir par les Ramifications. £ L'orifice fuperieur du ventricule, F L'infcrieur appellé Pylorus, G L’Ecphyfis ou Dodecadaètylon. H H H H Les veines & arteres dudit ventricule. La quatrième fgure du Ventricule tmne'e ce deuant derrière. A Demonftre le principe de l’Oefophague, B B Les deux corps glanduleux, fur lefqucls lediét Qcfophague efteomme attaché fur la cinquième vertebre du Metaphrene, auquel endroit il fc deftourne pour la raifon prédite, C C Deux nerfs dudiét Ventricule. D L’orifice fuperieur. E L’orifice inférieur. F L’intcftin Duodénum, G G Les veines & arteres dudiét Ventricule, H H La partie pofterieure dudiét Ventricule. I L’entrée du Porc Cholagogue dedans l’inteflin Ecphyfis. K La partie caue du Ventricule. L La partie gibbeufe, ou autrement diète le Fondf d’iceluy. Des Intestins. Chap. XV. E s inteftins, qui font nommez inftruraens de diftribution & excrétion , font de fubftancc &: compofition fcmblable à celle du ventricule, horfmis que le ventricule a (es propres tu- ; niques au contraire des inteftins : car celle qu’il a au dehors, les inteftins l'ont au dedans: & celle qu’il a au dedans, les inteftins l’ont au dehors. Quant à leur quantité, il y en a de grefies & de gros, félon , plus ou moins , pour la variété des Corps. Leur figure eft ronde, fiftulairc, ou creufe , félon plus ou moins , pour la diuerfe quantité d’iceux. Ils font fix en nombre , à fçauoir,, trois greftes,appellez Ecphyfis ou Duodénum, Iciunum,& Iléon : & trois gros nommefi Cæcum, Colon » & Re&um ; tous lefauels ont efté ainfi nommez ; à feauoir, le premier . à caufe qu'il eft Sühfittnce «£r Compofitien- Quanthi'. Figurt. Kertlre. VutAtrinm Le troifiéme liure fans reuoiution , reply ou entortilleure, ôc quafi comme vn changement de ventricule en inteftin, A félon la longitude de douze doigts : laquelle longueur eft veuë aux grands hommes , comme pou- uoient cftre au temps de Galien , pluftoft qu’à prefcnt : car on n’en fçauroit trouuer de longueur, pour le plus > que fept ou huiét doigts. Lacaufe de cefte longueur eft pour donner illuc à la veine Porte forçant dufoye , & paflàge à l’artere, & au nerf, qui vont en iccluy ; pource que ledit inte- ftin montant quelquesfois iniques à la plus haute partie dufoye, ions le fiel duquel il eft teint, s’il faifoit illec reuoiution , il occuperoit le lieu ôc efpacc par où il faut que lefdits vailfeaux paflent. Ou bien il a efté fait de longueur ainfi droite, afin que rien nempelchaft, qiie facilement ôc prom- ptement la viande cuite ne defeendift aux inteftins. Le fécond eft nomme Iciunum , non pource qu’il ne contient rien , mais pource qu’il contient bien peu au regard des autres fuiuans. La caufe de ccfte inanition eft triple : La première eft , la multitude des veines ôc arteres Mefaraiqucs , qui font autour d’iceluy , lefquelles plus promptement épuifent le Chylus defeendanr par iceluy , que celles quieftoient en plus petit nombre. La fécondé eft, la proximité dufoye, par lequel ledit Chy- lus eft plus promptement tiré ôc fuccc , que des autres qui en font plus lointains. La tierce eft, la defeente de lacholere en iceluy , fortant du Cyftis fcllis , laquelle par fon acrimonie & mordacité le racle ôc nettoye, ôc l’irrite continuellement à expulfion des matières fecalcs. Le troifiefrae eft nommé Iléon, pource qu’il eft limé fur les parties iliaques , ou pour la multitude des reuolurions qu’il fcit entre tous les autres : lequel ne diffère des fufdits, ny en fubftance , ny en groflèur, mais à g raiibn de la matière contenue en iceluy en plus grande quantité qu’aux fufdits, pource qu’il reçoit plus petit nombre devaiffèaux. Parquoy ne te faut efmerueiller , fi exactement on ne te peut de- monftrer la diftinétion d’iceux. Le quatriefme eft nommé Cæcum, à caufe qu’eftant ample ôc gros, il n’a qu’vne voye , tant pour le receuoir, que pour expeller les matières qu’il a receucs. Ht a ledit mtettin vue longue ôc eftroite apophyfe, laquelle félon aucuns ( contre toute raifon ) tombe quel- quefois dedans le Scrotum,à la rupture ou dilatation du Péritoine, veu que de fon naturel eft eften- duc dedans le petit ventre, 8c affèurément attachée contre le Péritoine , qui empefche telle defcen- tc. Il fcmbleaduis que par l’inteftin Cæcum , Galien ait entendu cefte-apophyfe longue ôc eftrpit- tc , ôc de fait le commun des Anatoraiftes l’entend ainfi ! mais Vefalius à bon droit auroit en cela reprins Galien : parquoy Syluius l’exeufant, veut que par le Cæcum nous entendions le commen- cement du Colon, Lecinquiefme eft appellé Colon, à caufe qu’il eft plus grand ôc capable que nul des autres. Le fixiefme& dernier eft nommé ReCtum, à caufe de fa reditude. Et eft contenu de- dans iceluy plus aux beftesqu’à l’homme , certaine greffe pour lubrifier, ôc défendre quelesexcre- mens durs , fecs , ôc acres, ne viennent exulccrcr ôc bleflèr en paflàntpar ledit inteftin. La firuarion defdits inteftins eft telle , que l’Ecphyfe eft au cofté droit contre l’efpine. Le leiunum occupe la plus grande partie fuperieure de la région vmbilicale, s’eftendant par fes reuolutiôns , quaft fem- blables à celles de l’Ileom, tant d’vn cofté que d’autre iufqucs aux flancs. L’ilcon oft fitué à la par- tie inférieure de laregion vmbilicale, faifanc par fus tous les autres multitude de reuolurionsC s’eftendant iufqucs à la cauité de l'os Sacrum, fur la veille , ôc parties latérales de l’Hypogaftre, nommées lies. Le Cæcum eft fitué à la partie dextre, quelque peu deftbus le Rein , ou fur la cin- quiefinc ôc quatriefme vertebre des Lumbes. Le Colon eft eftendu comme en forme d’vn arc Tur- quois bandé, comprenant depuis le Cæcum par deflus le Rein dextre > iufques à la partie caue du Foye : delà partie gibbeufe du ventricule , par deflus les inteftins greflcs, s’en va iufques à la partie caue dclaRatte, ôc d’illec defeend par le Rein feneftre en bas , faifanc quelque reuoiution iufqu’à ce qu’il foit venu fur l’efpine des Lumbes , où il finit. De toutes lefquelles reuolurions il eft aifé de diftinguer la douleur nephritique, qui efbfixe &arreftéeau Rein , d’auec la colique ainfi errante 6c vagabonde par lefdircs reuolurions du Colon. Le ReCtum eft fitué vn peu obliquement vers le cofté feneftre fur l’efpine de l’os Sacrum, iufques a i’extremité du fondement. Leur connexion (gé- nérale eft , que tous font conioints enfemble par leurs tuniques, pource que depuis rOcfophacre iufques au fondement il n’y a qu’vne voye : ôc auec les trois parties principales , par les veines, ar- teres , ôc nerfs. La particulière , c’cft que l’Ecphyfis de fa partie fuperieure eft annexé auec le Pylo- rus : ôc de l'inférieure, auec le leiunum ôc parties fubiacentes , parla tunique du Péritoine : le le- iunum auec l’Ecphyfis ôc l’Ileon : llleon auec luy,& le'Cæcum auec l’Iléon Ôc Colon, & cofté droit derefpine , où il eft attaché allez eftroittement : le Colon auec le Cæcum ôc ReCtum, Ôc de fa. par- tie moyenne auec les Reins tant dextre que feneftre, Ôc la partie gibbemè du ventricule : au moyen pj dequoy en colique paillon , ledit inteftin remply ôc enflé de vents, fubuettit, Ôc comprime le ven- tricule, dont s’enfuit vomiffement. Le dernier nommé ReCtum , auec le précédent ôc le fonde- ment , à l’extremité duquel eft fitué vn mufcle de figure ronde ôc circulaire , nommé Sphinéter, if. fu du corps des vertébrés inférieures de l’os Sacrum , ôc Cropion , cjui eft comme vne barrière ôc ferrure pour clorre ôc retenir les exetemens iufques à la volonté de nature : afin qu’à tous propos, Ôc en tous lieux indifféremment , Ôc contre noftre volonté ôc honnefteté de vie ciuile , il ne foie fait expulfion defdits exetemens. Ceux aufqucls ce mufcle eft tombé en paralyfie , les excremens fortent hors outre la volonté du malade, qui eft chofe vile ôc ordre. Et outre , en l’extremité du- dit boyau eft; fitué vn corps de moyenne fubftance entre chair ôc peau, comme eftant mixtionné de l’vn ôc del’autte, femblableaux bords des léures. Son vfage eft fcmblable que le mufcle Sphin- cter, finon qu’il n’a pas fi grande force en fon aCtion. Dauantage autour d’iceluy font certaines vei- nes nommées Hemorrhoides , defqnelles nous parlerons cy-apres. Outre-plus en l’extremité dudit inteftin defeendent deux autres muîcles larges ôc membrancux,vn de chacun cofté,prenans leurori- gine des parties latérales Ôc internes de l’os Pubis &lfchion : lefquels s’inferans par deflus le Sphin- cter , retirent ôc rcleuent le fondement quand il eft dcuallé , au moyen dequoy nous les pouuons appeler Releuateurs du fiege ; ôc quand cefdits mufcles font paralytiques ou foibles, ou bien que ïeiunum* Iléon, L'intejîin Cacü abou- tit, & <* vue petite alonge eftroitte & retortiüée co- rne un ver, laquelle na qu'une feule entrée comme un fac. Colon. KeBum. Situation. Caufe des uomijfcmens en colique. Mufcle. SphinBer, fon vtilité. Gai. vfupart. chap. 14, de l’Anatomie. 87 A ledit fiege & inteftin droit font remplis & agrauez de plénitude d'humeurs pîtuîtcux Ôc falez , fe- rcux ou bilieux auec peine Ôc difficulté on remonte ledit boyau, tellement que quelquefois il faut employer les mains à le remettre au dedans. Le tempérament defdits inteftins eft femblable à celuy du ventricule. Leur aétion ôc vtilité eft de distribuer le Chyluspar les veines Mefaraïques, ce qui appartient aux trois grefles : & de rcce- uoir les excremens des fufdits, & les retenir iniques au temps commode ôc opportun, pour les ex- peller : ce qui appartient principalement aux trois cràs.Dauantage iceux inteftins greiles digèrent &: parfont le Chylus, jaçoit qu’ ils n’ayent efté faits pour cefte fin : mais Nature abufe de quelque membre fouuent pour vue meilleure fin. Or il eft à noter fur la compofition defdits inteftins , qu’i- ccux n’ont que fibres tranfuerfes pour rexpulfton , hormis au commencement du Colon , & à la fin du Redum : aufquels endroits ils en ont aucunes droites pour renforcir les tranfuerfes de peur que les matières dures , 3c de quantité plus grande que n’eft la capacité d’iceux , aux belles plus qu à l’homme, ne les rompent ôc defehirent , quand par la violence de nature elles font poulfées dehors. Et fi on demande, veu qu’ils n’ont point d’Obliques, comment la rétention eft faire. le relpons, qu’au Redum elle fe fait parle Sphindcr, &au Cæcum quelquesfois de la trop grandp quantité & dureté de la matière contenue en iceluy , qui ne peut defeendte par A quoÿ auffi aident grandement les circonuolutions de vireuouftes prefque infinies defdits inteftins. Or les boyaux ont efté faits longs fept fois autant que le corps eft grand, ôc auec plufieurs reuolu- tiorîs ou entortiiiemens , afin que l’aliment ne s’écoulaft trop toft , ôc que n’euffions vne infatiable £ gloutonnie, ôc voracité , &C que telle chofe ne reuoquaft les hommes de leurs arts ôc faciendes. Ce qu’on void aux animaux qui n’ont qu’vn boyau tout droit, qui vient de l’eftomach au fiege, com- me le Loup ceruicr, Ôc le Cormoran : ôc tels font infatiables ôc gloutons , demandans incdfam- ment nourriture, comme les plantes. Etre luffife des Inteftins. MufcUs Re~ Uuateurs du fiege. xéperament. A a ion & * vtilité. Occupation, Cinquième figure du inférieur. A Monftre le Cartilage Enfifor- # O mis. BB Le Péritoine renuersé auec les colles rompues. C Le ligament antérieur 6c princi- pal du Foye. D’D La partie gibbeufe du Foye. E La veine vmbilicale entrante au Foye. FF La partie antérieure du Ventri- cule. H H H H Monftrent le Colon, I Lc-commencemêt du Reélumu K Le Cæcum inteftinum. LLL La face extérieure des deux in- teftins grelles , nommez leiu- num 6c Iléon ;dont le leinnum eft le plus haut par delfus l'vra- bilic, 6c l'Ileon par delfous. M Le fonds ou corps de la velîîe. Du Mefentere. C H A p. XVI. P r e s les Inteftins s'enfuit le Mefentere , lequel eft de fubftance en partie adipeufe, en partie membrancufe. Sa quantité eft allez grande, toutesfois aux vns plus qu'aux autres , félon leur grandeur 6c habitude de corps. Sa figure eft ronde & plate : 6c eft compoféede double tunique , prile de l'origine 6c racine du Péritoine ; laquelle au milieu deloy reçoit nerfs du Coftal venans delà fixiefme coniugaifon , veines de la Porte , artères de l'artere enuoyée aux parties inférieures , auec grande quantité de greffe, plufieurs corps glanduleux pour fouftenir &c confieruer les diuifions des vaiifeaux contenus en iceluy, enfem- ble entretenir leur humidité naturelle,par la communication de certaine rofée ou humeur vifqueux qu'il leur communique. Ledit Mefentere eft feul 6c vnique , limé au milieu des inteftins , au moyen dequoy eft ainfi appelé ; par le moyen duquel le« inteftins font attachez contre le dos. Au- cuns toutesfois le diuifent en deux parties , à fçauoir, en Mefareon , qui eft la partie dudit Mefente- re , contenue entre les inteftins grefles :6c en Mefocolon, qui eft l'autre contenue entre les inteftins gros. Sa connexion eft , par fes vaiifeaux auec les parties principales : par toute fa fubftance , auec les inteftins 6c aucunement auec les reins ,à l'endroit defquels il femble prendre fes tuniques. Son tempérament eft froid 6c humide , fi on a égard à fa fubftance adipeufe : mais fi on regarde fes au- tres parties , il eft froid 6c fec. Son aélion 6c vtilité eft de lier 6c contenir lefdits inteftins chacun, enfon ordre, afin qu’ils ne s'entortillent les vns auec les autres :& par les veines Mefaraiques Subfiance, Quantité, Figure, Compofitîon, Grand nom- bre de petites glandes font trouuees a0 Mefentere. Nombre. Situation, îsicander in Alexiphar- macü-, (fi- Hipp. hb. Epide. 6. Apho. Cola homo hahet fîcut canis. Connexion. Tempframét, Le troifiefme Liure, ( dites les mains du foye) conduire le Chylus en iceluy. Et faut icy noter, que toutes les veines Me- faraiques viennent du Foye, âinfi que nous trouuons par la dillèclion : combien qu'aucuns ayent voulu dire yen auoir aucunes nourriflantes les inteftins , lefquelles n'appartiennent en rien à ice- luy , ains definent en certains corps glanduleux, femez parmy le Mefencere : de Fvfage defquelles fera parlé bien toft. Aclion & •otîlïté. Mains du Foye, Des glandules engénéral, Pancréas. Chap. XVII. Stthflancs. Landvle eft vne partie fimple du corps , de fubftance quelquefois fpongieufe ôc mol- le, quelquefois dure ôc denfe : Spongieufe ôc molle, comme les Amygdales ou Saliuales, la Phagouë dite Thymus, le Pancréas ,Tefticules, Proftates autres : Denfe ôc dure, comme les Parotides, & celles qui font à la racine de la langue nommées Amygdales, au Mefentere, ôc ailleurs. Leur quantité & figure eft différente : car les vnes font plus grandes, les autres plus petites , comme tu peux voir en la diffeélion. Les vnes font rondes plus ou moins , les autres plattes , comme la Phagouë nommée Thymus, ôc le Pancréas. Leur compofition en aucu- nes eft de veines , arteres, ôc nerfs , ôc propre chair , comme les Amygdales, celles des maramelles ôc tcfticules. Aux autres n'y a point de nerf, au moins qu'on puiftè voir , comme aux Parotides, Axillaires , & autres. Leur nombre eft incertain pour la multitude d'icellcs ôc variété de Nature. Elles font fttuées par tout, où font faites grandes diuifions de vaifteaux , comme au moyen ven- tricule du cerneau , à la partie fuperieure du Thorax, au Mefentere, ôc plufîcurs autres lieux. Ou bien elles font fttuées aux endroits que Nature a trouué bon que lefditcs glandules engendraffent h humeur vnle à l'animant, comme à la racine de la langue, les Tonftllcs ou Amygdales : les mam- millaires,aux mammelles : & les genitoires au Scrotum , ou aux coftez de l'Amarry: où auffi a pieu à Nature euacuer les trois parties principales , comme au défions des oreilles, aux aiftèlles , ôc aux aines. Leur connexion eft, non feulement auec les parties , defquelles elles trouuent quelques vaifteaux de leur compofttion,raais auffi auec celles defquelles elles rempliflènt ôc conferuent la di- uifton. Elles font de tempérament froid , ôc pourtant le fang eft dit par Galien cftre fait crud aux mammelles, prenant la forme de laid:. Au demeurant, les vnes ont adion , comme les Tonftlles Cll Amygdales, lefquelles font lafaîiue pour humeder route la bouche ; les mammillaires pour fai- rele laid : 6c les tefticules, pour engendrer la femence. Les autres ont vfage feulement, comme celles qui font faites pour confèruer, fouftenir , & remplir les diuifions des vaifteaux. Outre les chofes dites en général des glandes, il faut fçauoir que le Pancréas eft vn corps glanduleux , Garni- forme, lequel eft ainfî appelé, pource qu'il a par tout fimilitude de chair. Il eft fitué en la partie Cauc L1 F°ye 5 Fous Fl*uteftln flommé Ecphyfe, auquel il a grande connexion : ôc alentour de la vei- ne Porte , pour luy cftre comme couflînct ôc conferuateur de fes diuifions, eu rempli flanc les vacui- tez qui font entre icelles, ôc pour defendre aufîi que par violens monuemens ou cheutes, telles di- uifions ne foyent rompues. Quantité zy Composition Situation Connexion, Temperamës. cr vjage. Pancréas. $VvtilUé C Es chofcs ainfî confiderées, il conuient maincenant,lêIon Fordre de difte&ion, decla- $ rer diftribution de vehie Porte : mais pource que telle diftribution ne peut eftre R y3sÆ deuëment expliquée ny bien entcnduc,fans la cognoiftancc du Foye,duquel elle fort, à celle caufe différant telle déclaration en lieu plus commode,nous pourfuiurons la * Foye le plus bref que faire fe pourra. Le Foye donc ( félon Gal.au Hure de la Formation de l'enfant) eft le premier parfaiéfc des mem- bres principaux. Il eft autheur de la fanguification, fource,5e origine des veines. La fubftance du- quel eft comme gros fang coagulé. Sa quantité eft différente, non feulement aux corps de diucrle efpece, mais auffi entre ceux d'vne mefrae efpece : comme entre deux hommes, defquels Pvn eft glout «Se craintif,& Fautre fobre & hardy.Celuy qui eft glout & craintif,a beaucoup plus grand foye que Fautre : à caufe de la plus grande quantité qu'il a à receuoir de chylus pour conuertir en fang. Toutesfois tant à Fvn qu'à Fautre,le foye eft toufiours grand,à caufe que Fhômeau.oit indigêce d® beaucoup de fang,pour reftaurerla grande quantité d>efprits,& humidité radicale qui fc refoluent en luy,tant par labeurs que folicitude & contemplation. Si vous demandez pourquoy les craintifs ont le foye plus grand,on peut refpondre, que d'autant que la faculté virale & animofité.quieft au cœur eft imbecille, d’autant la naturelle,qui eft au foye, rccompenfe : car nous voyons volontiers, le défaut d'vne faculté eftre recompenfé par la vertu d'vne auçre. On peut dire auflî que les hom- D mes craintifs eftans froids de nature, appetent & mangent dauantage,à raifon de la frigiditéjcom- me,dit Galien en l’Arsparua, d’où vient qu'ils font plus de chylus : l’abondance duquel le foye ç- ftant plus copieulèment nourry,fc fait auffi plus grand. Il eft diuifé à aucunes beftes,en cinq lobes ou plus jCommeau chien & au porc : en l'homme ne s'en trouuequclquesfois qu’vn, quclquesfois deux,autrefois trois,& peu feparez ; lefqnels embraflent la partie fuperieure & cane du ventricule, pour Féchauffer,& aider à faire la concoârion. Donc quant aux lobes du foye, volontiers n’y en a qu’vn : il eft vray qu'il a comme vne fiflure & petite diuifîon,pour laifTèr paffer la veine vrobilica-r le,en fa racinejauffi par delfous op y peut obferuer vn petit lobe. Sa figure eft gibbeufe & eminente, égale, & polie vers le Diaphragme, & cane vers le ventricule,& aucunement inégale pour la diui- fion des lobes,origine delà veine cane ou creule,& firnàrion de la veille du fiel. Il eft compofé de veines,artercs «Se nerfs, tunique Se propre fubftâcc,que nous auons appel!é gros fang coagulé,dit des Grecs Parechyrna. Les veines(fclon Galien au lieu preallegué) luy font communiquées par Fvmbilic, Du Foye. Chap. X Y I I I. Définition du Foye. Snbfiance, Quantité, Pourquoy l'homme a grand Foye, Figure. Cotnpofition. De l’Anatomie. A comme aufll font les arteres : combien queraediatemenc les nerfs,conlme dit Hippilny foht bail- lez de ceux qui defccndenc au ventricule. Oii tu noteras,qu’iceUx ne pénétrent point fenfiblemenfc en la fubftance d’iccluy,pource qu’il n audit befoiride grand fentimêc : mais font diftribuez fuperfi- dellement en Ta Tunique, à railon qu’eftant fait pour diftribuer aux autres parties, il ne referue aucun humeur acreou malin,pour lefcntiment duquel il ait eu befoin que le nerf ait efté diftribuç par fa lubftance,fi ce n’eft par le moyen delà Tunique , laquelle plonge certaines fibres nerueufes de foy , dedansja propre chair du foye : comme il appert à la feparation de ladite Tunique d’yn foye cuit,&: ainfi faut eftimer des autres vifeeres. Sa Tunique luy eft donnée du Péritoine atténué; Sa propre chair,de la veinevmbilicale,lors qu’elle le diuife pour faire les deux veines, à feauoir Porte 8c Caue,tefmoinGaIicn au liurê de la Formation de l’enfant.Quant au nombrejil eft vnique: fitué félon fa plus grande partie du cofté droit:& félon la plus petitfc,du cbfté feneftre,au contraire du ventricule.Sa connexion eft premièrement auec le ventricule 8c inteftins par les veines 8c mem- branes du Péritoine , par l’artere 8c veine caue auec le cœur , par le nerf auec le eerueau , 8c par le moyen d’iceux à toutes les parties du corps. Il eft de tempérament chaud & humide. Or ceux qui Pont trop chaud,ont leurs veines grolles & larges,& le fang chaud & bouillant : au contraire,ceux qui Pont trop froid, ont les veines fort eftoittes,& la couleur p.lle.L’adion dudit foye,eft de tour- ner le chylus en fang : qui eft la fécondé concodion. Car bien que le Chylus commence a prendre j> couleur de fang, dés qu’il eft tombé dans les veines Mefaraïques : touresfois il n’acquiert point la vraye forme 8c haute couleur de fang, tant qu’il ait efté elabouré au foye. Et noteras que ledit foye eft lié 8c attaché par trois ligamens,à féauoir,deux coIlateraux,cntre le milieu des faillies coftes,pouf fouftenir fes parties latérales : 8c vil fiiperietir & fort,defcendant du cartilage Scutiforme,pour fou- ftenir la partie fuperieure d’iceluy , de peur qu’il ne comprime l’orifice inférieur du ventricule , 8c confcquemment ne face bailler la poidrine ou fourchette. Et faut noter,que ce que i’ay dit,doit e- ftre entendu de fes ligamens propres.Car il en a d’autres communs,comme les veines,arterès,nerfs, 8c la tuniquejqu’il a du Peritoine,par laquelle il eft attaché aux Lumbes, 8c auec les autres parties naturelles. D’auantage faut noter,qu’outre ces trois ligamens en quelques vnss’en trouue d'autres* par lefquels il eft attache aux faillies coftes,comrae obferue Sj luius en fes Obferuatious Atiatomi- ques,& Hollier en fa Pratiquc,chapitre de Pleuritide, Nombre: sltuation° Tempèratnfh A&fàn De là Fefùe du Fiel. Chap. XIX. L faut maintenant venir à la Veille du Fiel, qui eft de fubftahce nerueufe , 5c de ma- gmtude Sc figure d’vne bien petite poire, vulgairement nommée de Certeau , à fça- uoir » roni^e > & plus capable vers Ton fonds : 5c oblortgüc , 5c plus eftroitte vers Tes (2 orifices. Elle eft compofée de double tunique : vne propre , tiiïue de trois genres de fibres : 5c l'autre du Péritoine, de veine 5c artere venans de la partie caue du foyc, à fçauoir de la veine Porte; quclquesfois eftant encore cachée dedans lafubftance du foye,quelques- fois après eftre fortie : Sc l'artere , de celle qui vient en iceluy ; Sc d'vne petite portion de nerf ve- nant du nerf de la fixicfmeconiugaifon. Quant au nombre , elle eft vnique , fitnée fous le grand lobe du foye, à la partie dextre, dedans laquelle elle eft à demy cacheé. Sa connexion eft premiere- rementauee le foyc,tant par fon corps que par Tes orifices , Sc conduits deftinez à Ton adîion qufa- uec l'Ecphyfe par vn autre conduit : quelquesfois auec le ventricule par vn conduit. Finalement à routes Ces autres parties par Tes veines, arteres , nerfs , Sc tunique commune. Elle eft de tempéra- ment froid,comme toute autre partie nerueüfe. Son aéfcion eft d'attirer du foye , Sc feparer l'hu- menr bilieux non naturel, niais excrementiciel d’auec le fangpat fes fibres droiéles , comme aux rongnons, l'vrihc : Sc iceluy ja attiré retenir par fes obliques, iufqucs à ce que par fa qualité,quan- tité ou fubftance totale , de luy doit molefté, Sc alors Fexpeller par fes fibres tranfuerfes en l'Ecphy- Ce : au moyen dequoy la faculté expultrice des inteftins eft incitée à ictter les excremens dehors, comme nous auons déclaré par cy-deuant. le fçay bien que Fallopius a eftimé, que la veiîîe du fiel n'a point variété des fibres , pour faire cefte variété d'aélions ; mais Vefalius luy a füffifammcnt refpondit en l'examen qu'il a fait de fes obfernations Anatomiques de FallopiiiSi Outre toutes ces chofes, il faut entendre que l'attradion 5c expullîon font faites pardiuersor- D ganes 5c conduits. Car ladite veille eftant paruenuc par Ton col allez eftroit , iufques près l'origine de la veine Porte,ellc fe diuife en deux conduits ou plufieursidont l'vn eft le plus fouuerit, fans au- cune diuifion de foy, s'en va à l’Ecphyfe : 5c quelquesfois en aucuns il en enuoye vn autre petit au ventricule, comme eferit Galienau deuxiefmc liure des remperamens, 5c ceux-là viuent mifera- blcment, 5c font contraints auec grandes douleurs de telle 5cd'eftomach, vomir la bile, fpecialc- ment quand ils font à icun. Et de telles natures parle Galien en fon Ars medica ou Arspdruà, chap. 74. L'autre après s’eftre diuifé hors lafubftance du Foye, en deux Ou plufieurs conduits, derechef entrez dedans le Foye , fe diuife félon la diuifion delà veine Porte , laquelle ils accompagnent tout par tout, s'inferant par petites portions, 5c diuers lieux, dedans ladite veine : afin que par ce moyen le fangfait Sc élaboré par la vertu du Foye dedans ladite veine Porte , fuft repurgé auant qu'entrer eu îa veine Caue. Ce qui eft manifefte par la diftedion du Foye, Suhjrtùch Quantité TSjure. àcmpcjitioâo tfofnhre. Situation; Connexion f Tetnperaiïieti, ABion. AtinoiaihHt Le troifiéme liure La fixiéme figure du Follicule du Fiel, A Monftre le fonds dudid Follicule. B Le Méat commun, tant à l'attraction de l'humeur cholérique, qu'à l’expulfion, lequel fc termine à C. D Le Méat propre à l'attra&ion de l'humeur choléri- que du foye. E Le Méat pour l'expulfion qui fe fait dans l'Ecphy- fis, marqué F. G La portion de l'Ecphyfis. H L'orifice inférieur dudiét ventricule. 11 Veines & arteres d'vn cofté , qui vont de la veine Porte, 6c artere Hépatique au Cyftis fellis,redon- dantes aux deux pareilles de l'autre cofté non mar- quées. De la Ratte. C H a p. XX. Ovrce que nous ne fçaurions monftrer deucment la diftribution de la veine Porte 3 fans pareillement leuer &c ofter la Rarte de fou lieu,à celle caufe, auant que ‘‘W SpliMp paflfer plus outre,pour euiter confufion,nous parlerons dJicellc.La Ratte donc eft de Jsi u^^ance 1T*olle, rare & fpongieufe, pour plus facilement attirer & rcceuoir les gros humeurs du foye, plus noire que le foye , tenant la couleur de fa chair, de la lie du fang, dont elle eft faide &c produitte. Sa quantité eft allez grande,toutesfois aux vns plus qu’aux autres,félon la diucrfe complexion des perfonnes. Sa figure eft aucunement triangulaire,& boftué du collé quelle s'attache aux colles & Diaphragme,& caue vers le collé qu'elle regarde & touche le ventricule. Sa compofition eft de Tunique, propre chair, veine,artere,&; nerf : dont la Tunique luy eft baillée par le Péritoine : fa propre chair, de la lie du fang,ou pluftoft de l'humeur melacho- lique naturel, veu qu'elle fe nourrit d’iceluy , 8c non du non naturel. La veine luy eft baillée par le quatrième rameau de la. veine Porte : l'artere,du premier rameau, produit de la grande artere au delîous du Diaphragme : 8c le nerf du Collai de fon collé, venant de lalixiéme coniugaifori,par la racine des colles intérieurement : 8c on voit ce nerf icy, non feulcmct fc diftribuer par la Tunique, mais aulïî entrer dedans la fubftancc auecqne les vailfeaux,ainfi que nbusauons obferué aux Poul- inons & au cœur. Quant au nombre, elle eft feule fituée en l'Hypochondre feneftre, entre le ven- tricule 8c les faillies colles, ou pluftoft Diaphragme, qui defeend iufqu’à l'extremité d'icelles : auf- quelles elle eft le plus fouuent adhérante 8c coniointe naturellement, de fa partie gibbeufepar la Tunique du Péritoine, comme de fa partie caue au ventricule, tant par certaines veines qu'elle luy baille,que par l’Epiploon.Elle a aulli cônexion auec routes les autres parties du corps mediatemét, ou immediatemet par fes vailleaux.Ellc eft de nature froide & feiche.Son aélion 8c vtilité eft d'at- tirer l’humeur melancholique naturel,en temps & lieu,s'ellen'eft empefçhée.Or tel fanggros,gras 8c limoneux, eftat attiré parla Rattele,eft digéré par les arteres qui font en nôbre infiny en fa fub- ftance,& par leur mouuement alîiduel, 8c la force de la chaleur naturelle qui vient du cœur, il fe cuit 8c fnbtilie 8c altéré fa grofleur & efpelfeur : 8c eftant ainfi digéré 8c fubtilié,la râtelle s'en nour- rit ; 8c celuy qui eft fuperflu , eft enuoyé par les conduits qui luy ont efté donnez de nature pour ce faire: qui font vne veine montant d'elle au ventricule ,pour luy porter quelque petite portion de l'humeur melancholique, lequel eft acide ou aigre,pour aucunement irriter la vertu appetitiue: aulîi de fon adftriélion roborer le ventricule; 8c vue autre, laquelle defeend quelquesfois du ra- meau fplcnique , ou bien de la veine Porte fous l'orifice d'icelle au fiege,pour faire les Hemor- rhoïdes. * j Subjlance. Quantité. Figure, Compojîtion. Infertion eut. dente du nerf Ce fui dans la chair de la ratte. Nombre. Situ ation. Connexion. Action, De la veine Porte, & diHrihution (ficelle. C H A p. XXL A veine Porte ainfi que toute autre,eft (comme nous auons dit)de fubftance fperma- H tique,& de quantité allez grandc,de figure ronde & caue,comme vn tuyau. Sa ct>m- fe pofition eft d’vne tunique propre, 6c vne commune qu'elle reçoit du Péritoine. Elle £ft feule 6c vnique, fituée à la partie caue, du foye duquel elle fort (ou pluftoft de e l'vmbilicale) 6c au milieu de tous les inteftins : auec lefquelles parties elle a conne- xion : pareillement auec le ventricule,la Rattc,lc Sphinéler du ficge,& le Péritoine par fa tunique. Son tempérament eft froid 6c fec. Et eft faiéte 6c conftituée de nature pour receuoir le chylus de 1’eftomach, & des inteftins, & iceluy contenir, tant que le foye l'ait changé en pur fang, pour par après l'enuoyer par la veine caue,à tout le corps. Or elle fortant delà partie caue du foye(fe diuife en fix rameaux : à fçauoir, quatre fimples, 6c deux compofez, 6c diuifibles en plufieurs autres. Le premier des fimples monte de la partie antérieure de fon tronc à la vefïïe du fiel, félon le conduit Cholagoge,auec pareilles arteres, pour apporter en icelle la vie & nourriture : 6c eft appellée ceftc diftribution Cyftique,ou bouteillere qui eft double. Le fécond nommé Gaftriquedefcend fembla- Suhjîance. Quantité. Figure. Composition. Nombre. Situation. Connexion, Temperatnét Vtilité, I>luîJion de la veine Forte. Premier ra- meau. Second. De l’Anatomie. 91 A blement de la partie antérieure dudit tronc au Pylore, &: partie caue & pofterieure dudit ventricule prochain à iceluy. Le tiers nommé Gaftrepiploïque dextre, fortant de la partie latérale dextrede la veincjs'en va à la partie gibbeufe du ventricule, prochaine du Pylore &Epiploon dextre. Le qua- trième Liant quafi de la partie pofterieure 3c dextre de la veine, fur la racine du rameau Mefente- riquc,raonte iniques au coraencemcnt de l’inteftin leiunum, tout le long du Duodénum : & pour- ce eft appelle inceftinal. Et voila quant aux quatre fimples. Maintenant des deux compofez,Ie pre- mier eft Iplenique , lequel le diuife en la maniéré qui s'enfuir. Premièrement, de fon commence*- ment ôc partie fuperienre,fait la veine nommée Coronale du ventricule, laquelle môte par la partie pofterieure d’iceluy, en la partie fuperieure ôc caue, où eftantparuenué, fe diuife en deux rameaux: defquels l'vn monte vers l'orifice fuperieur,& l'autre defeend vers l'inférieur,produifant chacun en fon chemin des rameaux, tant à la partie pofterieure qu’àl'anterieure,lefquels ceignent & embraf- fent ledit corps du ventricule, comme vue coronne,d'où elle a prins fon nom. le l'ay crouué quel- quesfois forcir du tronc ddfus l’orifice de la Splenique. Apres ceftuy-là de fa partie inférieure prochaine,elle produit le plus fouuêt leur rameau nommé Hemorrohidal,lequel defeen- dant par deftns le Lumbe feneftre au fiege, communique vne bonne partie.de foy à l’inteftin Colon feneftre,& Redum : à la fin duquel le plus forment fe trouue diuisé en cinq veines Hemorrhoïda- B les,quelquesfois plus,qnelquesfois moins. Siluius eferir que le rameau Hemorrhoidal defeend du Mefenterique, ôc de fair,l'auons quclquesfois ainfi obferué : coutesfois il eft plus raifonnable qu'il defeende du Splenique, d’autant que par iceluy eft purgé le fang melancholique, ôc forment l’auons ainfi veu ôc noté. Tiercement, de fa partie fuperieure, ôc quafi moyenne,enuoye vn tiers rameau à la partie gibbeufe du ventricule, ôc Epiploon,produit dudit endroit : ôc eft appcllée Gaftrepiplo'ide roajeure,moyenne ôc feneftre. Quartemét, de la partie inférieure près de la ratte, elle fait la fimple Epiploidc, qu'elle diftribuë par l'Epiploon feneftre. Quintement, de fa partie fuperieure prochaine au corps de la ratte, où défia eftanc plongéededans,elle enuoye vn petit rameau nommé Vas veno- fnm3\ l’orifice fuperieur du ventricule pour exciter l’appetit.Sourient ôc quafi toufiours auos obfer- né ce vai(feau,que Galienau quatrième liure del’vfagedes parties appelle Vas breue3Conn du corps de la ratte, &fe terminer vers le milieu du ventricule partie feneftre,&n'entrer point à trauers les deux tuniques dudit ventricule: dont on pourroit douter comme par iceluy l’humeur melancholi- que peut eftre jecté en la capacité du ventricule. Le demeurant dudiél rameau fe perd dedans la chair de la ratte. S'enfuit l'autre rameau nommé Mefenterique,lequel fe diuife en trois parties : dontl'vne & plus petite s'en va à l’inteftin Cæcum , Colon dextre & moyen , diuifee par grande multitude d'autres rameaux. La fécondé ôc moyenne fe perd dedans l'Ileon , comme la troifiefmc oc plus grofte au C leiunum, ôc eft appellee de ce nom Mefenterique, pource qu elle eft difteminee prefque par tout le Mefenterc , tout ainfi que la Splenique , parce qu'elle s’en va perdre ôc terminer en la terre. Où noteras que commeladite veine fortant du Foyc , fc diuife aux parties fufdites par rameaux plus grands,puis plus petits, tant que la diuifion foit venue iufques aux rameaux capillaires : ainfi fait elle, fe plongeant dedans le foye. Et voila quant à la diuifion de la veine Porte , laquelle fi quel- ques fois tu ne trouues ainfi qu'elle eft deferite, ne t'en cfbahis point : car à peine la troiiueras-tu jamais femblableen deux fujets , pour la variété de l’indiuidu, laquelle eft ( comme difent les Phi- lofophes ) à chacun particulière ôc propre. Ainfi imagine des autres vaifteaux : toutesfois c’eft ainfi que nous Panons le plus fourrée trouuee & obferuee en nos di(fecbions,tant publiques que princes. Trotfieftne. Quatrtcftne, Clnquiefme, Veines He~ morrhoida■» les. Galien, Sixiefme, Veine Mefa- raicjue ou Mejen(eri%»£ Annotation, De C origine de Cartere, & diuifion du rameau defeendan t aux parties naturelles, C H A P. XXI I. BSgJgî Près ces choies ainlî conlîdcrees il conuiendroit ofter les inteftins : mais ponree qu’en ce faifant on perdia diuifion de l'arterc defeendante aux parties naturelles, à celle caufc femble ellre raifonnable, qu’auant qu’ofter lefdits inteftins, nous parlions de la diftribution d’icelle. Quoy faifant il fautfçauoir , que-tout ainlî que toutes les veines, félon Galien,Portent du foye, ainlî font les arteres du coeur, lefquelles eftans en leur commencement diuifccs en deux rameux ( comme te fera demonftré en leur lieu ) le plus grand defeend en bas vers les parties naturelles par defl'us l’efpine du dos, commençant depuis la cinquiefrae vertebre d’iceluy, depuis lequel endroit fait telles ramifications qui s’enfuiuent. La première appellee Intercoilale, va entre les mufcles intercoftaux ôc fpinale raedulle par les trous par lefquels les nerfs fortent, tant à dextre qu àfeneftre, qui reftoient depuis la cinquiefme vraye colle , iufqucs à la dernière faullc. Où noteras que par icelles nous entendons les fept ani- maux diftribuez, ainlî que nous venons de dire : lefquels fortent de leur tronc defeendant fur l’efpi- ne à l'endroit de chacun mufcle intercoftal. La fécondé eftant double, va au Diaphragme tant d'vn collé que d’autre, & pour ce nous la pou- uons appeller Diaphragmatique. La tierce allez grofte , fortant de la partie fuperieure de l'arterc, ilTuc hors du Diaphragme , fe diuife quelque peu après en deux inlîgnes rameaux : dont l’vn s’en va au ventricule , à la ratte «Se à leur Epiploon , d’auantage à la partie caue du foye & velîîe du fiel : l’autre s’en va au Melentere ôc inteftins , faifant ramifications toutes femblablcs à celles des veines Mefaraiques : a caule dequoy elle eft appellee Cœliaque, ou ( s’il faut ainlî parler ) Ventrale. Et faut entendre, que les extremi- tez tant des vnesque des autres pénétrent les inteftins iufques à la derniere tunique , afin que par leur coataél ôc attouchement elles puiftent mieux fuccer ôc attirer le Chylus contenu en iceux. Origines des veines & ar- tères. Interccflaîe, Biaphrsg- mati^ue. Ccelïayue* Le troifiefme Liure Renale ou Emulgente. La quatriefine va aux reins , &pource eft appellee renale ou emulgenre , parce qu’elle fucce 8c A tire le fang de la malle fanguinaire. La cinqniefme auxtefticulcs , auec les veines fpermatiques préparantes : 8c eft pareillement ap- pellee artere fpermatique : laquelle du cofté dextre lortant du tronc de l’artere, pour aller trouuer la veine fpermatique du mefme cofté , pâlie quelquesfois par delfus , quelquesfois par ddfous la veine caue. Parquoy fe faut bien donner garde qu’en la defcouurant on ne la rompe. La fixiefme fortant de la partie antérieure 8c fuperieurede l’afterc , defeend auec les veines he" morrhoïdales au fondement ,enuoyant dés fou commencement certains rameaux iufques tout le longprefquede l’inteftin Colon, 8c s’vnilfent par leurs anaftomofes auecques autres rameaux de l’artere Cœliaque : en forte que fi on regarde de bien prés, on trouucra fouuent telles vnions en- tre les veines 8c arteres chacun à part, 8c quelquesfois entre l’artere 8c veine. Or anaftomofe eft communication de veine auecques artere, afin que fi elles ont indigence,qu’elles s’aydent : comme fi la veine a indigence dece qui eft contenu en l’arterc, quelle l’attire de l’artere : 8c pareillement: fi l’artere a befoin de la veine. La feptiefme fortant du tronc par autant de rameaux qu’il y a de vertèbres aux Lumbes , s’en va à iceux , 8c parties à eux appartenantes , comme la medulle de l’efpine à l’endroit des Lumbes : 8c autres parties enueloppans lefdites vertèbres : & pourtant eft appellee Lumbaire. La huicèiefine fait les Iliaques, iniques à ce qu’elle foit hors du Péritoine , où les Crurales com- g mencent. Et de ladite Iliaque font faites plufieurs autres diuifions , lefquelles pourcc qu’elles font femblablcs à celles des veines Iliaques, pour euiter prolixité, nous différerons à en traitter iufqu’à ce que nous foyons venus aufdites veines. Spermatique. Mefenterique inférieure. Anaftomofe. Lumbaire. Iliaque. La fepûéme figure du Ventre inférieur. A Monftre la partie cane 8c Lobes du foye ranuei> sé en haut. , B Vn des ligamens latéraux du foye,par lefquels eft attaché au Diaphragme. C La veine vmbilicale entrant au foye. D La velîie du fiel. E Le tronc de la veine Porte infufè auec l’implan- tation des inteftins , où font demonftrees les petites veines clyftiques par OO, & les autres fans marques, font les arteres clyftiques. G G L’artere du foye , autour de laquelle eft trouuee i vue ramification de nerfs de la fixiefme coniu- gaifon par i. H Le conduit du Porc Cholagogue incife , qui defeend dans l’inteftin nommé Duodénum. I La partie Cane de la ratte. K Le tronc de la veine Cane. L Le tronc de la grande artere. M L’artere allant au ventricule «SeEpipJoon, Me- fentcrc 6e à la ratte, NN Les veines adipeufes. OO Les reins. P P Les veines 8c arteres emulgentes. vailleaux vreteres. RK Les veines Spermatiques, 8c leur diftribution au Péritoine. S S Les arteres Spermatiques. ~ T L’artere qui fc diftribuc au Mefentere du Co- Ion 8c du Redum. V La diuifion de l’artere Vmbilicale aux deux Iliaques. X X Deux rameaux des veines 8c arteres qu on appelle Mufculeufes. Y Y Les arteres 8c vaines Hypogaftriques. Z Le Rcdum inteftinum coupe 8c lié. 8c La Vefîîe. aa Les vaiiîèaux Spermatiques deFcrans 5 nommez Eiaculatoires ou Expellens. bb La tunique Erythroide defeendant du Péritoine aux Tefticules. c c Vue petite veine produite du vailleau Spermatique 3 fur la tunique Dartos. Des Nerfs difiribuez. aux parties naturelles, Chap. XXIII. Este maintenant, auant qu'ofter les inteftins , à déclarer les nerfs diftribuez aux Palfîes nrrd,es>afin ue ncn ne c Et pour commencer , faut fçauoir que «y de ceu^e ** &iefine coniugaifon , lefquels defeendent tant à 1 eltomach tout le long de l’Ocfophague , 6c parties latérales d’iceluy , que par les raci- nes des coites intcrieurcipent,tant d’vn coftd que d’autre : lefquels eftant venus par defeus leDia- Otigîne des nerfs diflri- huez, aux parties natu- relles. De l’Anatomie, 93 A phragme , fe diftribuent aux parties naturelles chacun de Ton collé , comme les veines & arteres. Où noteras que ces nerfs fument principalement l’artere : «Sc pource fi tu veux monftrer lapins grande ramification d’iceux, il la faut chercher à 1 endroit que far ter e fc diuife aux inteftins ddfus les Lumbes. Or ces nerfs n ont efté fort gros , attendu que les membres nutritifs n’ont eu meftier que de petits nerfs , pour le troifiefme vfage, qui cft de cognoiftre & difeerner ce qui les peut faf- chcncar s ils eftoient priuez de celle cognoiftance de n’auoir fentimens de leurs pallions, rien n’em- pefcheroit qu’en vn moment de temps , l’homme ne fuft perdu &deftruidt : car fubit que nous fentons quelque mordication aux inteftins, nous nous ballons d’y remédier. Et s’ils, n’auoient au- cun ientiment, feroient vlcerez , rongez, «Sc pourris des excremens qui Journellement y fluent : &c partant ayans fentiment ne permettent tant foit peu de temps , aux excremens acres Sc corrofifs y demeurer ; ce qui nous monftre allez manifeftement, que nature fage ouuriere n’a iamais rien fai t fans caufe , Sc fans vue grande , artificicufe «Sc admirable induftrîc. Maintenant faut ofter les in- teftins. InfimUion four ofter les inteftins. C h a p. XXIV. Y A n d on veut ofter les inteftins , il faut commencer au Réélum, lequel faut lier B W0f\Mquatre doigts ou enuiron prés de fon extrémité, en deux lieux ellongnez de deux ou - trois OIgts l’vn F autre : puis les faut couper entre les deux ligatures , 8c en cou- Pant mon^rer lcurs tuniques tant propres aucc leurs fibres, que celle qu’ils ont du Péritoine. Cela fait, faut aufti lier le tronc de la veine Porte le plus prés qu’il fera poftible de fonorigine : afin que par ce moyen tous fes rameaux foient liez,8c par confequent He- morrhagie euitee. Le femblable feras à l’artere Cœliaque., à l’endroit du Rein feneftre , 8c à celle qui defeend au Reélum auec les Heraorrhoïdes ; 8c cela fait, leueras lefdits inteftins iufques au Duodénum , lequel doit dire pareillement lié en deux lieux par délions l’implantation du pore Cholagogue , afin qu’on voye l’implantation oblique d’iceluy dedans ledit inteftin : qui eft caufe que lacholere coulee par iceluy à la compreftion dudit inteftin faite de bas en haut, ne petit ré- gurgiter dedans ladite Vcftîcdu fiel , qui eft deux ou trois doigts prés le Pylore : 8c foit coupé au milieu des deux ligatures comme le Redrum , 8c le tout mis à part hors du corps. Origine & dipibuùon de U veine Caue defcendante. C h A p. XXV. Ovrce queles autres parties naturelles dépendent prefque toutes de la veine Ca- m ue defcendante, à celle caufe il faut, auant que palier outre , demonftrer Vorigine 8c C diuifion d’icclle. Il a efté déclaré par cy-deuant, que toutes les veines fortent du Foye , toutesfois de diuers endroiéls. Car comme nous auons monftré, la veine Por- te fort de la partie caue d’iceluy ; au contraire la veine Cane de la partie gibbeufe en forme d’vn tronc d'arbre , lequel fortant dudit Foye , fe diuife en deux grandes branches , defquel- les la plus petite monte aux parties vitales,animalcs,& extremitez d’icelles,cômenous dirons en Ion lieu. La plus grande defeendantpar la partie pofterieure du foye fur l’efchinc des Lumbcs, va aux parties contenues fous iceluy , en la forme & maniéré qui s’enfuit. Sa première diuifion eft tant d’vn cofté que d’autre,àîa mébrane des Reins,venant au Péritoine 8c parties voifines,«Sc font dides veines adipeufes , pour la multitude degrelîe qu’elles engendrent en ces endroiéls. Leur origine cil: diuerfe : car la dextre vient le plus fouuent de la renale dextre , à caule qu’elle eft plus haute. La1 feneftre vient du tronc mefme de la veine Caue : à caufe que la Renalede fon cofté eft par tropEaf- fe : rarement on voit autrement. La fécondé , qui eft nommée Renale , ou emulgente,va aux Reins, aufquels fur l’cntree , ou vn petit deuant, elle fe diuife en deux rameaux comme l’artere : vn fupe- rieur, 8c l’autre inférieur, 8c iceux encores confequemment en plufteurs autres par dedans la fub- ftance defdits reins , comme tu peux mieux voir à l’œil, qu’erttendre par le liure. Elles font grolles 8c larges , afin que l’humeur aqueux y puifte palier plus librement, 8c fans y faire long feiour. Leur origine eft diuerfe : car la veine dextre fort le plus fouuent de ladite veine Caue , quelque peu plus haut que la feneftre, afin qu’ayant la charge de repurger le fang de l’humeur fereux 8c bilieux , fi quelque portion efchappe des laqs de l’vn , elle puifte tomber auxlaqs de l’autre : ce qui n’euft efté fait, s’elles euftènt efté fituees vis à vis l’vne de l’autre, à raifon de leur oppofition «3c contrariété en leur action. Et noteras en cét endroit, que plufieurs fois en fiai faut diftedions 6c ouuertures de D corps morts, nous auons tronué à des calculeux iufques à lept veines emulgentcs , 8c autant d’ar- teres , quatre venans du cofté feneftre , toutes de diuers lieux , dont la derniere fortoit de l’Ilia- que : 8c trois de l’autre cofté,venans aufti de diuers endroits de ladite veine.La tierce diuifion nom- mée Spermatique, va aux refticulcs , de laquelle l’origine eft telle , que la dextre vient du tronc de la veine Caue partie antérieure, «Sc la feneftre de la veine Emulgente le plus fouuent. Quelquesfois auili ontrouuc tant d’vn cofté que d’autre eftrc accompagnées, la dextre d’vn autre venant de i’E- mulgente dextre, 8c la feneftre d’vn autre venant de la veine Caue : en aucuns feulement d’vn co- fté, aux autres de deux : quelquefois aufti i’ay veu l’Emuîgente feneftre fortir de la Spermatique. On peut aufti obferuer plufieurs autres varierez , lefqueiles fi on vouloir toutes expliquer , iaraais on n’anroit la fin. La quatriefme aux Lumbcs , 6c pource eft appeilee Lumbale : laquelle en origine 8c diftribution eft toute femblable à l’artere lumbale. Il faut noter qu’il y a de chacun cofte quatre lumbales , àfçauoir aux quatre intcrftices des cinq vertebres des lumbcs. La cinquiefme fait les Iliaques iufqu’àl’iflué du Péritoine, où elles prennent le nom de Crurales : 8c le diuifent première- ment aux mufculeufcs , ainfi nommées , pource qu’elles vont aux mufcles obliques Afcendans 8c Veines adî~ peufes. Renale eu Remulgente, Annotation. Spermatique. Lumbale ou Lumhaire, Iliaques, Letroifiéme liure Iliaques. Tranfuerfaux , & au Péritoine. Leur origine eft quelquefois à 1 extrémité du tronc. Secondement A font lesfacrees,lefquelles s’en vont à la mouelle de l’os facrum,par la voye des nerfs i flan s d’icellc. Tierccment elles produifent les Hypogaftriques, ainfi nommées, pource qu’elles fontdiftribuees à toutes les parties de l’Hypogaftre,commc à l’inteftin droit,mufcles d’iceluy,& cuir mufculeux ( ou queiquesfois elles excitent les Hemorrhoides,comme auons predit)dediez pluftofb à vuider le lang qui peche en quantité,commc celles qui de la veine Porte viennent du Rameau fplenique,à purger celuy qui peche en qualité, & à la vdfie& col d’icelle , voire iufqu’à 1’extrémité de la verge : &c à l’Amarry delafemme,& col d’iceluy,iufqu’aux extremirez des parties honteufes,d’où fepent faire qtf après la conception de la femme , s'il luy furuient fluxion menftrualle,elle foit faite par les ra- meaux de ladite veine defeendans au col de l’Araarry. Ce que mefme eft vray ferablablc à d'aucu- nes filles vierges. Outre plus cefte veine jette vne portion de foy hors de l’Epigaftre par le trou commun à l’os Pubis & Ifchion , laquelle renforcie d’vne autre de la Crurale interne , defeend (fe communiquant aux mufcles Obturateurs, & autres internes ) iufqu’au iarret ou enuiron. Quarte- ment produifent les Epigaftriques,lefquelles tant d’vn collé que d’autre,montent tout le long de la partie inférieure des mufcles droits,refpondans,aucuns rameaux aux mufcles obliques & tranfuer- laux,& Péritoine. Quintemcnt 5c finablemenr,font les Honteufes,ainfi nommées, pour ce qu’elles vont aux parties honteufes des femmes,& à l’homme au Scrotum pour faire la tunique charneufe, laquelle eft pleine de veines, & au cuir de la verge.Lcur origine eft par delfous les Hipogaftriques. g Sacrées. Hypogaftrî- ques. Annotation. Epigafiri- ques. Honteufes. Des Reins. C h a p. XXVI. 'Enfinlient maintenant les Reins,lefqnels pour bien monftrer,après auoir contemplé leur fituation,les faut defcouurir de leur greffe , s'ils en ont,& membrane qu’ils ont du Péri- t°me,puis déclarer les chofes qu’il faut confiderer en icèux,commençant à leur fubftan- ce,qui eft de chair denfe, dure ou efpelîè , de peur qu’ils no fu lient facilement blellèz par l’acrimonie de l’vrine.Leur quantité eft affez grade , comme tu le peux voir à lœil:& font de figure ronde &oblongue , quafi en forme de croiffant, comprimée aucunement par deffus 5c deftbus , 5c ayant partie cane 5c gibbeufe. La.caue regarde la veine caue,&: par icelle partie reçoiuent les veines 5c arteres Emulgentes,& produifent les Vreteres : & en cet endroit font entaillez comme vne mor- tailé. La gibbeufe regarde les lumbes. Ils font compofez d’vne tunique venant du Péritoine, de leur propre chair, qui eft fai de par effufion du fang, comme des autres vifeeres autour de leurs vei- nes éc arteres,que nous auons dit Emulgentes, ou fueçantes , 5c d’vn petit nerf, lequel venant des Coftaux de la fixiefmc coniugaifon, chacun de fou cofté, eft diftribué à la tunique d’iceux, combien qu’il fembie fuiure la veine 5c artere. Et non fans caiife Fallopius, homme fubtil 5c diligent, a ob- ferué , que ce nerf n’eft point feulement efpandu par la tunique des reins, mais aufïi qu’il pénétre 5c entre en leur fubftâce. Ils font deux en nobre, afin que s’il aduenoit nuifance à l’vn, l’autre peuft fa- tisfaireà l’office pour lequel ils font ordônez.Et font fituez fur les Lûbes au cofté des grands vaif- feaux,aufquels ils font fufpédus par leurs veines & arteres,ainfi qu’ils font attachez aufdits Lûbes, corne par vne féconde tunique,de peur qu’ils ne foyent efbranlez par mouuements violentsren for- te que nous pouuons dire iceux auoir deux tuniques, ou mêbranes, vne propre adhérante à leur pro- pre fubftance, 5c l’autre corne venant du Peritoineà l’endroit qu’ils adhcrét audit Peritoine.Le dex- tre le plus fouuét eft plus haur,& le feneftre plus bas,ponr les raifons déclarées fur la diuerfe origine de leurs vaifteaux.îe fçay bien que Colûbus eferit au contraire,mais ic m’en rapporte à la veuë.Lcur conexion eft par leurs veines,arteres 5c nerfs,aucc les membranes principaux,par leurs tuniques auec les Lûbes,& autres parties cotcnucs au ventre inférieur,& fpecialemét auec la Yeffie par leurs Vre- teres ou vrinaires. Ils font de téperament chaud 5c humide, comme eft toute partie charncufe. Leur adion eft de repurger la malle fenguinaire, pour la plus grade partie de l’humeur fereux 5c bilieux, le dy pour la plus grade parcie,pource qu’il eft neceflairc qu’vne portion d’iceluy aille auec le fang iufqu’aux parties folides, pour luy feruir de véhiculé &: chariot, qui eft de foy pour fa trop grande craffitude, inepte à couler par les veines capillaires , efquellesil faut qu’il pafle. Outre ces choies faut entendre, que dedans vn chacun d’iceux y a vne cauité circonfcripte d’vne membrane , enuj- ronnèe de la diuifion des veines 5c arteres Emulgentes , dedans laquelle cauité eft faide tranfcola- tion de l’vrine, partie par la vertu expuîcrice des Reins, partie par la faculté attradricedes Vrcre- res, plongée deftbus leur cauité paf toute leur fubftançe , comme eftlePore Choiagogue dedans iç. Foyc. Suhjhtnce. Quantité. Figure. Compofition. Nombre. ■Situation. Connexion. Temperamet. Aftion. Annotation. de F Anatomie. 95 A La neufiéme figure > en laquelle te font bien alertement les rvaijfiaux> tant Spermatiques 5 que ceux qui appartiennent à la Vtjfie : aujfi la Vejfie auec fis parties. A Dcmonftrc la veine Caue. B Artere Aorta. CC Veines & arteres Emulgentes entrans dans les Reins. DD Vaifleaux Vretaires. .j E E Veines Spermatiques. F F Arteres Spermatiques. G Endroit où la grande Artere cheuauche la grande Veine, pour n’eftre comprimée de l’os Sacrum. H H Coniondion & meflange de la veine Sc artere Sé- minales , dégénérant en texture variqueufe , finif- fant à la membrane nommée Epididyme. I I Deux Tefticules. K K Vaificaux Expellens ou Eiaculatoires. L La partie antérieure du corps de la Veflîe. M Le propre orifice & commencement du col de la Veflîe. N N Face antérieure des deux grandes Profitâtes. O O Veines & arteres qui defcendent depuis le col iuf- qu’àd’extrcmité de la Verge. P P Deux ligamens fpongieux, faifans la Verge. cl Canal commun, tant à l’vrinc qu’au Sperme. R Balanus, fin ou extrémité d’icelle. La dixième figure > qui te démonttre les parties fitfdiSies ramenées. A Monftre la grande Artere. B Veine Caue. D D Vaificaux Emulgens aux Reins. E E Les Vretercs auec leur entrée dedans la Veflîe. F F Veines Spermatiques. G G Arteres Spermatiques. H H Vaificaux variqueux. ï l Tefticules. K K Les Paraftates Variqueux, faifans les vaîlTeaux Eiani- culatoircs. L L La coniondion & concurrence des vaificaux Expel- lens , pafiànt par dedans les Proftates , pour aller au conduit du col de la Veflîe. M M Deus glandes nommées Proftates, N Sphinder du col de la Veflîe. O O Ligamens Spongieux fepare/ de leur origine, qui eft à la partie inférieure de l’os Pubis. P Canal commun de l’vrine, & de la matière Sperma- tique. Le troiflefmè Liure, Des vaijfeaux Spermatiques. Chap. XXVII. SL conuiendroit maintenant parler des Pores Vreteres , pource que ( comme nous auons dit ) ils font produits Ôc nailTent defdits reins , pour porter l'vrine à la vcflie ; mais à caufe qu’on ne les fçaurok des-fairc, ny monftrer fans galler Ôc corrom- pre la fituarion des vaillèaux Spermatiques’, fous lefquels ils defcendent en la vciïîc : à celle caulè me fcmble bonde palier à la decleration d’iceux vaiffcaux Sper- matiques , ôc des parties à eux appartenantes. Et premièrement pour les bien ôc clairement demonftrer , tu les fepareras doucement de la tunique qui prouient du péritoine , ôc grcllè qui les couurc iufqu’à l’os Pubis,contemplant leur naturelle fituation, auat qùe les leuerrpuis dcmonllreras que lefdits vailTeaux font de fubftance femblable aux veines ôc arteres : aulïï ne font- ils autres que veines ôc arteres. Leur quantité eft petite en profondeur , mais en longueur allez grande , pour la dillance de leur origine aux Tefticulcsttoutesfois aux hommes plus qu’aux fem- mes , à caufe qu'iccux ont lefdits Tellicules hors du ventre ,& les femmes au dedans. La veine eft beaucoup plus grollc que l’artere.Leur figure ôc compolîtion eft toute pareille à celle des veines ôc artercsjhorfmisque depuis qu’ils fortenthors de la grande capacité du Péritoine, ils ferefiechilfent en plu fictifs replis, faits en forme de varice , iulqm’aux Tellicules : afin qu’en fi long chemin la matière de la lemence , qui n'eft encores que fang , foit préparée à concoélion ôc albification , ou pluftoft cuitte du tout en iceux par l’irradiation des Tellicules. Ils font fix en nombre : quatre Pré- parais , ôc deux Eiaculatoires ou Deferens , c’ell à dire, jettanstdefquels nous parlerons puis après. Des Preparans iTy en a deux de chacun collé, à fçauoir , veine ôc artere , prenans leur origine de là où nous auons dit, parlans de la diftribution de la veine Caue : ôc s’inferent aux Tellicules par leur Tunique, nommée d’aucuns Epididymis,des autres Dartos comme nous dirôs tantoft.Leur fi- tuation eft oblique fur les Lumbes ôc Iles , defeendans entre les extremitez de l’os Pubis & Ilium. Et lônt liez ôc attachez auec les parties fubjacentes , tant par certaines ramifications qu’ils leur enuoyent de foy-mefmc, que par les membranes du Péritoine, qui les rcuëft ôc couure. Leur tem- pérament cil tel que des veines ôc arteres. Leur vtilité eft de porter le fang requis pour la géné- ration de la feraence aux Tellicules,dcfquels maintenant faut parler. Suhfianee. Quantité. Figure. Compofition, Nombre, Situation. Connexion. Teivperamët. L’vtilité. Des Teflicules. Chap. XXYI1I. Suhfiance. E s Tefticules font de fubftance glanduleufè, blanche , molle, ôc laxe , pour mefrae |M raifbn que la rattc, à fin de pouuoir mieux receuoir la maticre du Sperme.Leur q ï|u quantité ôc figure , eft comme vn petit œuf de poulie aucunement comprimé. Et ly font compofez de veines,arteres, nerfs,tuniques, & propre chair,Les veines & arte- res ]eur font baiUees des vailléaux fpermariques, les nerfs, de ceux de la fixicfmc coniugaifon , qui defeendent le long de la racine des coftes , ôc de ceux de l’os Sacrum.Leurs Tu- niques font quatre en nombre, à fçauoir deux Communes, & deux Propres. Les deux Coraunes, font le Scrotum venant du vray cuir, & la Charnue , qui eft faiéte du pannicule Charneux , rcce- uant illec grande multitude de vailTcaux , à caufe defquels eft ainfi appellee.Lcs deux proprcs,fonr, l'Erythroidc,qui vient de l'apophife,du Péritoine, defeendant auec les yailleauxSpermatiques,la- quelle appert rouge , tant pour fes vaifteaux , que pour les mufcles fufpcnfoires des tefticules : ôc l’autre Epididymis ouDartos , prenant Ton origine de ïa membrane des vailléaux fpermariques Preparans. Leur chair eft effufion de matière autour des vaifîèaux , comme nous auons dit des au- tres vifeeres. Et noteras,que la fufdite Erythrois eft feulement contiguë au Tefticulc tout autour d'iceluy, fors que deuers fa tefte,auquel endroit elle adhéré contre l’Epididymedaquelle eft conti- nue partout à la propre fubftance du Tefticule. Elle aefté créée, parce que les Tefticules eftoient laxes,rares,cauerneux ôc mols,cSe ne pouuoient eftre à feureté,& jointes auecques les vailfeaux fper- manques, qui font denfes ôc fort durs. A cefte caufe , Nature a voulu vnir ôc aftembler ces deux corps,qui ont leur fubftance fi contraire , ôc s'eft eftudiee de faire vn lien moyen entre eux,qui les accouple en vue bonne vnion.L'Epididyme aux femmes fe void à grande peine,parce qu’il eft fort petit. Les deux autres Tuniques communes font adhérentes par les vaifteaux , non feulement en- tr’eux,mais auecques l'Erythtoïde.Dauantage tu entendras.que les mufcles fufpenfoires,ou crema- fteres, font de mefme fubftance que les autres,fort petits ôc grefles , de figure oblique ôc large, for- tans de la membrane du Péritoine : qui ( comme La efté dit ) prend chair des Iles, qui çfleuent en* haut lefdits tefticules d’vn mouuement obfcur. La compofition defdirs mufcles eft telle que des autres : ôc font deux, vn de chacun cofté,fituez depuis les extremitez des îles, iufques aux tefticules,ayant connexion auecques l’apophyfe du Péri- toine ôc lefdits Tefticules, Leur coraplexion eft telle que des autres. Leur adion eft fufpendre ôc retirer les Tefticules vers le venrre,d'où ils ont eu le nom , Sufpen- fatoires.Quant au nombre des Tefticules , ils font deux le pins fouuent, vn de chacun cofté, quel- quesfois trois , quelquesfois moins , comme auffl il aduient quelqnesfois des reins:car en aucuns ii ne s'en trouue qu vn. Leur fituation eft dedans le Scrotum j'fous l'extremité inférieure de l'os Pu- bis:&font connexez par leurs vaiiTeaux , auec les parties principales, ôc le col de la veflîe,& mem- bre vidhpar leurs tuniques,auec les parties dcfquelles ils les prenu«nt.Leur tempérament eft froid Ôc humide,pour eftre glanduleux,combien que pat accident ils puifïènt eftre chauds parla multitu- de des vailfeaux qu*ils reçoiuent. Ceux qui ont les Tefticules trop chauds, font prompts ôc enclins à l’vfage Vénérien : leurs parties honteufes & celles qui font voifmes, font fort reueftuës de poih ÔC lefdits Tefticules font gros Ôc folides. Ceux qui ont les Tefticules trop froids>ne font pas beau- Quantité. Figure. Compofition. Quatre tuni- ques des te- fiicules. Erythroide. Epidïdyme. Fourqucy à efté créé l'E- pi didy me. lAUjdes Su- jpenfoires. AÏÏion. Jdombre, Situation. Connexion. Temperamet. Signes de Te- fiscales trop thauds. De l’Anatomie. 97 A coup aptes à l’ade venerien, 6c n’abondent en lignées : 6c s’il leur en aduient, engendrent pluftoft des femelles que des malles.Ils ont peu de poil autour dés parties honteufes : leurs Tefticules font petits 6c mols,aucunçment applatis. Leur adion eft de faire la femence pour la génération, & de renforcer toutes les parties du corps , par leur irradiation virile : comme tu peux veoir , par expé- rience aux chaftrez, leîquels pïiucz dcfdits Tefticules, n’ont non plus rie force que les femmes , 6c quelquesfois moins : comme demonftre Hippocrates au liure De locis, aere, & aqua , parlant des Scythes, Signes des te* fiicules trop froids. A Bien, Des corps variqueux, qu'on appelle Paraftates : des vaïjjeaux Eiaculatoires , & corps glandu- leux , Chap. XXIX. pnBM E s Paraftates Variqueux,font corps nerueux & blancs,faits quafi comme des parties & nerueules, annulaires, conjointes enfemble eftroitrement : lesquels font couchez de- m puis la tefte des Tefticules iniques au bas , dont ils produifent les vailfeaux Eiacula- ÊzMgÊ&E toires,y prenans leur fortie. Si nous ne diftinguons icy diligemment les mots,il y au- ra confufion.Car ce que i’appelleParaftare, qui eft comme la tefte du Tefticule,ayant quafi forraed’vn autre Terticule,Galien au premier liure De femme, l'appelle Epididymis : 6c moy, fumant plufieurs Anatomiftes, par ce nom Epididymis i'entends la propre Tunique des Tefticules, ® dequoy ie t’ay bien voulu aduertir en paftant. Leur adiorr eft d’empefeher par leurs anfraduofitez, comme vn Portier,que la femence ne pafte des vaiileaux Preparans es Eiaculatoires,tant qu'elle foie entièrement préparée,digeree, cuite,5£ albifiee efdits vaiileaux parles Tefticules : car es premières 6c entortilIeures,le fang eft pur , 6c aux dernieres n’eft plus du tout rouge, mais ja eft vn fuc blanchiftant. Et d’attirer d’iceux et qui eft parfaitement élaboré , ou pour le moins per- mettre qu’il force. Car c'eft vne maxime , quand nature veut arrefter longuement en quelque lieu aucune raatiere,elle préparé 6c fait fon p’afiâge difficile , à fçauoir eftroit,ou tortu,ou oblique ainfi qu’on peut veoir au rets admirable,& aux boyaux leur entortillement,les rugofitez du fond de l’e- ftomach , comme auffi le Pylorus 6c les veines fubtiles 6c deliees au foye,afin que le Chylus y de- meuraft iufqucs à ce qu’il fuft changé 6c digéré en fang. Ainfi Nature à fait le femblablc aux vaif- feaux Ipermatiques. Leur quantité &c figure eft allez notable à l’œil, 6c eft aucunement ronde, ten- dante en pointe.Leur çompofition eft de nerfs, veines 6c arteres,qu’ils ont des vaiileaux des Tefti- cules,6c de la tunique venant du Péritoine : ou fi tu veux,de l'Epididyme, 6c leur propre fubftancc. Leur tempérament eft froid 6c fec.Ils font deux en nombre,à fçauoir vn en chacun Tefticule:& font appeliez Paraftates Variqueux,comme Alliftans fuperficielIcment,cntortillez fur le long du tefticu- le,come veines Variqucufes.Et d’iceux font produits les vaiileaux Eiaculatoircs ou Expellens,ainfi que nous auos dit:lefquels font de mefme fubftâce que leurs progenitcurs, à fçauoir folide,& blan- che,&: comme nerueufe,mais vnie comme au neff.Leur quantité eft moyenne, 6c leur figure ronde ôc fiftuîairc, à fin qucla femcnce puiffe couler par iceux : toutesfois il fembie qu’il n’ayent aucune cauité manifefte,fi ce n’eft en ceux qui ont efté trauaillez d’vnc longue gonorrhcc,comme nous di- rons cy-apres en ce chapitre. Leur çompofition 6c tempérament eft pareil aux fufdirscorps, entre lefquels 6c les Proftates du col de la veffie,ils font fituez,ayans colligâce immediatemet cuec iceux, ôc col de la veiîic,comme parleur tunique, 6c autres vailfeaux,auec les parties dont ils les prennent. Et faut noter, que lefdits vaiileaux eftans fortis des paraftates , ainfi qu’il a efté dit, montent du bas des Tefticules iufques au plus haut , où rencontrans les Preparans , montent parle procef- fus ou voye du Péritoine dedans le ventre , fc lians auec eux par certaines fibres nerueufes , iuf- ques à l’interne capacité dudit ventre , ou fe reflechilïans laillènt lefdits Preparans pour defeendre au delîous de l’os Pubis , au milieu de deux corps glanduleux nommez Proftates ou affîftans-, fituez au commencement du col de la.veffîe , pour illec fe rencontrer ôc vnir enfemble , fai fans vn . méat 6c conduit commun , premièrement de deux liens, puis après vn autre auec celuy de la vellîe, D en .lotte que de ces trois conduits , à fçauoir deux des Eiaculatoircs, 6c vn de lavclïie, en eft fait vn commun aux hommes, tantàl’vrine , qu’a la matière fpermatique. Laquelle vnion nous eft monftrée par vne petite Caruncule elleuce dedans l’entrée du col de la vellîe comme vne fraife , la- quelle receuant ledit trou allez patent, eft fouuentprinfe pour Caruncule non naturelle par ceux qui fondent , ignorans l’Anatomie , mefmemcnt lors qu’elle eft enflee par quelque [occa- sion. Leur nombre eft de deux, à fçauoir vn de chacun cofté. Leur adion 6c vtilité eft d’apporter la femence élaborée des Tefticules , aux Proftates , 6c pariceluy au col de la vellîe , pour eftrc de là icttéehors par la voye commune. Et premier que la femence s’infere , fe font plufieurs reuohi- tions , dans lefquclles eft autant contenu de femence , qu’vn homme iette à chacune fois qu’il em- bralîè la femme. En quoy fi on nous demande, à fçauoir fi le conduit commun fait de la concur- rence des deux vailfeaux Eiaculatoircs entre les deux corps glanduleux, eft patent 6c manifefte au fens delà veué , quand il entre dedans le conduit de l’vrine : nous refpondons que non , combien qu’ilyfoit, à raifon de la matière illec portée, laquelle eft crafle 6c vifqucufc. Et la caufcqui nous cmpefchc de la voir , c’eft polîiblc qu’apres la mort tous petits trous font bouchez par la froideur, ôc les grands , bien fort eftrefïîs : ou pour la procidence des parties dcfdits trous l’vne fur 1 autre. Toutesfois quoy que ce foit , il faut que lefdits trous foient bien petits , l’homme eftant en vie, veu qu’apres fa mort on n’y fçauroit mettre la pointe d’vne petite elpingle- Au moyen dequoy il ne faut craindre quand on fonde quelqu’vn , que la fonde eftant dedans la veffîe , pénétré dedans le commun méat des vailfeaux Eiaculatoircs, qui deicend entre la Caruncule,fi par accident il n’eft dilaté par gonorrhee, ou autrement par inflammation. l’en ay veu depuis peu de temps en ça de fi patents , qu’ils receuoientfort aifement la petite tefte de mon efpatule : qui nous aduertir de fon- der bien fagement,de peur d’iiitcrdfer ledit monticule, lequel le plus fouuent eftant touche par la S ubfiance. Situation, A Bien. Quantité. Figure. Çompofition. Temperamet. Nombre. Subfiance Quantité. Figure. Çompofition. Tempcramet, Colligance. Nombre. Action. Vtilité. Pelnff nota- ble pour lu fonde quo>t met en la Vejfie, Le troifiéme Hure fonde iette du fang , s’il eft enflamme. Dauantage , lî on demande comme par vn Ci petit trou la A femence , qui eft vifqueufe 5c craftè, peut eftre promptement iettee en Ci grande abondance au coït: ie refponds que cela eft fait par l’impetuofité 5c rauinc des cfprits enuoyez de tout le corps fur le temps dudit coït, auec l’aide de chacune partie par le commandement de la faculté imaginatiue* chef de telle œuure : lefc]ucls efprits eftans parnenus aux Proftates promptuaires 5c réceptacles du fperme 5 s’infmuans parmy iceluy en le rendant animé,le pouffent dehors ainfi promptement. A près ces vaifteaux s’enfuy tient les corps glanduleux nommez Proftates,lefquels font de fubftancc ôc tem- peraraent tel que les autres glandes. Leur quantité eft allez grande : leur figure ronde 5c aucune- ment oblongues, prodnifant chacun de Ion cofté vneapophyfe allez longue 5c molle. Leur com- P°^on nei^s » veines , ancres, 5c tunique , qu’ils ont de leurs parties circonuoiftnes (com- 11ÎC cur ProPre chair,qu’ils ont de leur première conformation. Ils font deux en nombre, ioimfts enfemble ,5c fttuez à la partie inférieure du commencement du col de la veffie , ayans colligance particulière auec iceluy , la veflîe 5c vaifteaux différents , 8c parties annexées à iceux. Où noteras en général, que toute partie ayant nourriftement, vie 5c fentiment, a connexion mediatement ou immédiatement auec les parties principales par les vaifteaux qu’ils en rcçoiuent. L’vfage defdits Proftates eft de rcceuoirle fperme produit des Tcfticnles , 5c iceluy conferuer en leur corps , iuf> ques à ce qu’il leur nuifeouen quantité ou en qualité, ou en tous deux enfemble : 5c de contenir vn humeur glaireux oufaliucux, 5c vifqueux, qui eft engendré au corps glanduleux d’icelles,lequel g diftille ordinairement au canal de l’vrine des rnaftes , 5c quand ils habitent auec les femelles , eft: ierté auec la femcnce dans la matrice : 5c aux femelles dégoutté en leur matrice 5c hors d’icelle.Cet humeur a plufieurs vtilitez tant aux malles qu’aux femelles, c’eft qu’il donne enuie de s'aftembler, 5c s’alTèmblant il donne vn très-grand plaifir : aiiffiil arroufe le canal de l’vrinc d’vne moüilleurc profitable, afin que fe dcft'eichant il ne le retire 5c replie , empefehant par ce moyen que ladite vri- ne 5c la femence n’ayent leur paft'agc libre 5c aifé;enduifant en outre tout ce conduit defon vnétpo- lité , à ce qu’il ne fuft par fois, 5c à la longue cfcorché de l’acrimonie de l’vrine. Outre-ce, nous auons obferué des deux coftez de ces Proftates , fîmes glandes que Rondelet en fa pratique ( s’il lafautappeîler ficnnc) nomme Appendices glandulofas3 efquellcs mefmes la femence eft: gardée. Profiates. Subfiance , fateperamet, Quantité. Tignre. Compofition. Nombre, Situation, Colligar.ee. -Annotation. yjuge. La dixième figure, ou t'efi feulement demonfirée la différence à'icelle h la precedenie. A Monïlrc le ligament du foye defccndant en- tièrement delïbus le Xiphoïde, B B La partie gibbeufe du foye. C C La partie caue du foye. D D La membrane Adipeufc des reins renuerfez. E E La'bifurcation vnie du vaiiîeau Spermatique q feneftre, qui fe fait de la veine Caue , & de la veine Eraulgente,laquellc rarement fe trouue, FF La connexion ou conion&ion de la veine ôc artere fpermatique, en laquelle commence à s'entortiller en forme de capreole de vigne. G L'entrée des vaiiîeaux preparans aux tefticu- les , par laquelle les vaiiîeaux preparans com- muniquent la matiel* Ipermatique aux Tefti- cules. H Tefticule enueloppé de ià Tunique nommée Dartos, I I Paraftates Vari queutes, où commencent fe$ vaiiîeaux Spermatiques, Expellens,ou Eiacu- latoires. K Le corps de la veiîîc. L Les corps glanduleux,nommez Proftates, en- tre.lefquels les vaiiîeaux Spermatiques s'ea vont vnir pour entrer au méat & conduit de la veiîîc, qui eft commun à i'vrine, & à ladi- te matière fpermatique. N Veines & arteres qui fe diftribuent à la verge. M Mufcle Sphîn&er du col de la Velîîe. O O Deux ligamens fpongieux conftituans la verge. Des va 'fjjeaux Vreteres. C H a p. XXX. S ubfi an ce. Quantité. Figure. Compofition. Nombre. Situation. » Giande merueilleufe prouüence de nature. R fommes-nous maintenant venus au lieu propre & commode pour parler des Vre- teres,Veffie, & parties appartenantes à icelle. Donc les Yreteres font de lubftancc fpermatique,blanche,denfe>& folidc,dc quantité notable, tant en profondeur qu’en longueur. Leur figure eft ronde,canulaire ou creufê : & font compofez de deux tu~ niques : vne propre,dilue de fibres droites & tranfuerfes, laquelle vient des veines & ancres Rénales ou Emulgentes : l’autre commune, venant du Péritoine. Ils ont anffi veines, arteres,& nerfs, lefquels leur font donnez des parties voifines. Ils ne font que deux, vu de chacun cofté,& font fitnez entre les reins ( de la partie cane defquels ils fortem ) & la veffie. Or la maniéré comme les pores Yreteres s’inferent à la veffie, & le conduit qui vuidc la colere dedans l’inteftin, De F Anatomie. 99 A furmonte tous autres miracles de nature : car ils s’implantent obliquement près l’orifice d’icelle, 8c pénétrent iufques à l’interne fpaciofité, comme entrecoupant 8c foulleuât par delfous vue languet- te membraheule du corps de la partie, qui fe renüerfe 8c s’ouure à l’entrée 8c venue de Eexercmcntj c'eftà dire, de l'vrine & de la colere : 8c en autre temps fe relferre 8c bouche-fermement comme vu couuercle, que non feulement l’excrement ne peut regorger ou refluer en arriéré,non pas feulemet le vent : ce que nous expérimentons à vne veflîe de porc ou autre animal, remplie de vent :car en icelle nous voyons l’air qui a efté fôuftlé dedans, y demcurcr,encores qu’on prelîe bien fort delîiis. Car tout ainfi que par l’impetuofité des humeurs qui accourent, celle languette eft ranuerféc 8c fubuertie au dedans : ainfi par ce qui intérieurement la compnme9elle fe plaque 5c prefente contre le conduit. Telle chofe nous monftte, que nature eft grande oüuriere & maiftrdfe. Leur propre connexion eft auec les fufdides. parties,, 8c mufcles des Lumbes, par ddfus lefquds ils defeendent des reins à ladide veflîe : parquoy rien n’empefche que la pierre defeendant par lefdids vailfeaux vreteres, ne puilfe faire ftupefadion à la cuillc,aufli bien que s’il eftoit aux reins. Leur téperament eft froid & fec,& l’vfage d’iceux eft de feruir de voye 8c canal àl’vrinc paftànt des reins à la_veflîe4 Et voila quant aux vailfeaux vreteres, après lequel s’enfuit l’explication de la veflie. Connexion Tetnpetmïh De la Veflie-, C H A r>. XXXI. A Veflîe eft de mefmc lubftance que les vreteres., à fçauoir nerueufe, afin qu’elle fe av peuft mieux dilater. Sa quantité eft allez grande , toutesfois aux vns plus,aux autres moins,tant pour raifon de l'aage, que plus grade ou plus petite eorpuléce & habitu- de du corps.Sa figure eft ronde & quafi nommee Pyramidale.Ht eft copolee de deux tuniques:vne propre,laquelle eft fort efpefle,tifliic de trois gères de fibres,à fçauoir3 droites en fa partie intérieure trâfuerfes en Pexterieure, 8c oblique en la moycnnefl’aucre comune, qu'elle a du Peritoine.Ellea aufli veines & arteres,vne de chacû coftc des vailfeaux Hypogaftriques delfiis l'os factum, & nerfs tant d’vn cofté que d'aut-re,de ceux de la fixiefme coiugaifon meftezauec ceux qui Portent de l'os fâcrü,iufques à la fin duquel lefdits nerfs defcendêt depuis le ccrueau.Elle eft feule 8c vnique : fituee aux homes au petit ventre deftus l'inteftin droiét fous l'os pubis:& aux fem- mes entre l’amarry 8c ledit os,auquel elle eft attachée par ligamens mem.braneux,comme aufli à la verge par Ton col,& à l’inteftin droidt par fa tunique commune,& par fes vailfeaux. Sa complexion eft froide ôc feiche. Son adion ÔC vfage eft d’attirer par fes fibrcs,& receuoir continuellement i’vri- ne : la retenir tant qu'il en eft befoin,& puis après l'expeller par fon col, partie pour la compref- fionfoit qu'elle aduienne de foy,oupluftoft des raufclesde l'epigaftre,& Diaphragme,attendu que tel mouuement eftant volontaire , doit eftre fait de mufclc, qu'elle n’a point : partie aufll par la C dilatation de fon mufcle Sphinder compofé de fibres tranfuerfes comme celuy du fiege, afin de clorre l’orifice de ladite veille , de peur que l’vrine ne fluc 8c forte outre la volonté. Or la veflîe eri fe remplilfant s'cftend,& en fe vuidant fe referré comme vnebourfc qu'on ouurc & ferme.Et eft ce mufcle,ainfi que tu peux voir ordinairement à la veflie d’vn pourceau, eftendu depuis l'orifice de ladite veflîe,&: commencement du méat commun à l’vrine 5c au fpcmie,iufqu’aux parties honteufes, mefraement aux femmes : mais aux hommes il celle au Perineum , lors qu’il laillè l'inteftin droit, ou quelque peu après. Or a-il efté ainfi eftendu,à fin que par là compreflîon l'vrinefuft entièrement ietree hors du col delà veflîe, laquelle par fon acrimonie en feiournant là,l’euft peu blcftèr. Voilà la commune opinion touchant le Sphinder de la veflîc:toutesfois Fallopius reprend ceftc opinion. Carfcomme il dit)/îce mufclc eftoitdeftbus le corps glaftduleux,iamais la femence nepourroît for- cir an coït fans quelque partie de l'vrille. Parquoy il eftime que ce mufcle eft par deftbus les Pro- filâtes , 8c n'eft autre chofe que le commencement du col de la veflie plus charnu, 8c tilfu de fibres tranfuerfes. Quant au col, il ne différé rien en fubftance,compoïîtion,nombre 8c complexion de la veflie : mais feulement en quantité,laquelle n'eft point fi capable,ny la figure fi ronde, ains oblon- gue, reprefentant aux hommes auec la verge vne(S)Romaine.Sa fituation eft aux hommes fur l’ex- tremité de l'inteftin droit,& du Perineum,montant en haut iufqu’au commencement de la verge,& auec icelle fe rcflechiflànt en bas. Aux femmes il eft court, large ôc droid, fe finilfant fur l’orifice du col de l'Amarry,entre les corps nerueux dits Nymphesr-Sa connexion eft és hommes auec ladite veflie,vailfeaux eiaculatoires,l'inteftin droitx& la verge : 8c aux femmes auec lecol de l’Amarry,& parties honteufes feulement. Son adion aux hommes eft d'apporter au dehors la femence 8c vrine: aux femmes la feule vrine. Et faut noter, que pour bien voir toutes ces parties en leur entière Ôc naturelle fituation , faut diuifer les os barrez ou pubis , par leur commiffurc , & les feparer tant qu’il eft pofllble, toutesfois fans rien defehirer ny rompre. Outre-plus, faut entendre , que par ce nom de Perineum , n'eft entendu tant aux hommes qu’aux femmes, que l’cfpace contenu depuis le fiege iùfqu'aux parties honteufes, appellé d’aucuus l’entrcfeflbn : la future duquel eft nommée Taurus, tout ainfi que celle delà verge, RaphE Suhjîance, Quantité. Fegure. Ccmpcjitiofa Nombre, Situation. Connexion. Complexité, Aftton & •vfage. Le Sphinflet de la vejfiéh Le col de la •vejfie. Quantité. Figure. Le col de 14 •vejfie des fe- rries efi court, droit & lar- ge- Connexion* ■ Jftion. Que c'efi que Perineum. Taurtcs, Raphi. Le troifiéme liure Lenziejme Figure de la Vefiie à* Verge. A B Monftrent les deux ligamens fpongieux qui font la verge virile. C C Leur commencement. D Le gland. E Le mufcle Sphindlcr. F Le corps de la veflîc. C Glandes Proftates. H H Pores vretercs. 11 Vaifleaux Spermatiques expcllens. De la Verge. Chap. XXXII. S'E nsvit maintenant la déclaration des parties honteufes tant de l'homme que de la femme, & premièrement de l'homme : le membre duquel eft defubftance liganienteufe, d'autant qu'il fort des os. De quantité affez notable, félon les trois dimenfions : toutes- fois aux vns plus , aux autres moins. Sa figure eft ronde eftant toutesfois par delfus ôc g par delfous aucunement comprimée. Sacompofitioneft de double tunique , de nerfs , veines &ar-r teres , de deux ligamens , conduit de l'vrine , & quatre mufcles. Les Tuniques luy font données tant du vray cuir que dù Panniculc charneux. Les veines ôc arteres auflî de delfus i’osfacrum , que nous auons nommez vaifleaux Hypogaftriques, lefquels vaiffeaux vont audit membre par fa partie inférieure , comme par les honteufes en la fupericure. Quant à fes ligamens , ils luy font baillez des parties latérales ôc inférieures de la commifllire dudit os pubis, tant d’vn cofté que d'autre : au moyen dequoy nous luy donnons double ligament fur fon commencementnnais incontinent après leur origine ils s'vniflènt en forte qu'ils ne font plus qu'vn qui eft faitfpongieux. Le conduit de l'v- rineeft fitué pardeflous ledit membre entre les deux ligamens , lequel vient du col de la vcflîe. Quant aux mufcles, les deux collatéraux conftituans ôc compofans ainfî vne grande partie de la verge , fortent de l’interne tnberofité de l’os Ifchion, ôc après leur origine eflargiflerçt, ôc devien- nent fort renves ôc minces. Les deux autres inférieurs prennent leur origine des mufcles du fiege, accompagnans le conduit de l'vrinc le long du Perineum, iufques à ce qu'ils entrent dedans la ver- ge : & font cefdits mufcles vnis fi eftroitement qu'ils femblent n’eftrc qu'vn fait en triangle. Tous ces quatre mufcles icy faifant leur opération, omirent ôc dilatent le conduit commun à l'vrine, ôc aufpermeau temps du coït , afin que ledit fperme tout à coup fans interruption ôc auec toutes ces forces foit iettéau champ dé naturé humaine : ioinél auflî qu'au coit ils ferment en deuë fituation & ere&ion ledit membre, fans qu'il décliné ne flechifle,ny d'Vn coftc,ny d’autre. Il y a deux mufcles C à la verge, qui procèdent de l'os Pubis, attachez à chacun cofté de la verge, qui aydent à le dreflèr. Il y en a deux autres qui procèdent de la partie de deuantle mufcle Sphindler, qui s’implantent au conduit de l’vrine , paflent fous l'os pubis , ôc fe recourbent vers le haut. Ces deux mufcles cflar- giflent le conduit de la verge, de peur qu'il nefe ferme en celle recourbeure, lors que la femence eft iettee par ce conduit. Scs parties ainfi déclarées , faut fçauoir qu'il eft fcul vnique, fitué fur les par- ties aucunement inférieures de l'os barré, à fin qu'il fuft plus ferme à fon eredlion. Sa connexion cft auec ledit os , ôc autres parties circonuoifines par fes parties qui le compofent. Son tempéra- ment eft froid &fec. L'vtiliré eft de porter ôc ierter la femence dedans l'amarry pour la conferua- tion du genre humain. Et noteras, que là où finillcnt ces tendons , la tefte dudit membre com- mence ; laquelle à raifon de la figure qu'elle a , eft appellee Clans , autrement Balanus : ôc le cuir qui comité ladite tefte , Prepuce. La chair dudit Clans eft moyenne entre la chair de glandule , ôc la vraye chair. Outre plus , faut entendre que lefdits ligamens font Ipongieux, prefque femblables à la fubftance de la ratte, où fetrouucnt plufieurs ramifications, ôc entrclaflcures de petites veines, arteres , filamens nerueux , contre la nature des autres, contenans gros fang ôc noir , lequel aflîegé de l'efprir de concupifcence , ôc agité par le feu d’amour illcc enuoyé , enfle ôc érigé ledit membre viril. ■ . .. r D Suhjiance. Quantité. Figure. Cornfofit îon. Nombre. situation. Connexion. Temperamet Vtilité. Clans, ou Salantes. Prépuce. De la Matrice, & parties appartenantes a icelle. Chap. X X X111. ®Aintenant (Tuiuant ce que nous auons dit ) il conuîendroit parler des parties honteufes de la femme : mais veu qu'elles dépendent du col, & propre corps de l’amar- ry > nous commencerons à parler d'icclle, après toutesfois que nous aurons demonftré la différence qui cft entre les vaifleaux fpermatiques , & tefticules des femmes aucc ■ ceux des hommes. Dont pour commencer , il faut entendre que les vaifleaux fpermatiques des femmes ne font en rien differens à ceux des hommes quant à leur fubftance,figure,copofition,nom- bre, coliigancc,complexion, origine,& vtilkc,mais feulement à raifon de leur quantité ôc diftribu- domcar elles les ont plus amples ôc plus courts. Plus amples , pource que non feulement il falloic qu'ils apportaient matière pour la génération & nourriflement des tefticules,mais auflî delà matri- ce &c du fœtus en temps requis.Plus courts, parce qu'ils fc finillcnt dedans le ventre à leurs tefticu- les , ôc matrice. En quoy faut noter , que lefdits vaifleaux fpermatiques preparans quelque peu auant que venir aux tefticules , fe diuifent en deux rameaux inégaux : dont le plus petit, ain- fî entortillé que nous auons dit de ceux des hommes , s’en va inferer à la tefte des te- fticulcs , par laquelle il enuoye quelque petit rameau de foy aux tuniques d’iceux pour les viuifier 8c nourrir : de non feulement icelles, mais auflî les vaifleaux eiaculatojres , ainfi qu'il a Différence des vaiffeeeux fpermatiques des hommes & des femes. Dîuiffon des vaiffeanx ** preparans des femmes, de l’Anatomie A elle dit parlant de ceux deshômes.Le plus grand rameaufi'entendstoufiours tant de la veine que de 1 artere de chaeù collé) defcêd tant d'vn collé que d'autre par la partie fuperieure du corps de la ma- rrjce,& entre la tunique propre ôc cômune du Péritoine,où il fe diuife en plulieurs rameaux.Ht voila la différence des vaiffeaux fpermatiques des hômes,&: des femmes,de laquelle tu pourras tirer la rai- !on,pourquoy les fêmes iettent moins defemeneeque les homes. Quant aux tefticules,ils nediffe- xent de ceux des hommes prefque en rien,finon à raifon de plus & de moinsrcar leur fubftance,côme tu peux entendre, ell blanche &glanduleufe comme celle des hommes. Ils font auffi plus petits ôc de figure plus plarte , pour le défaut de chaleur, qui ne les a peu faire leuer ny croiftre : & de com- pofîtion plus fimple , car ils n'ont point deferotum, ny de tunique charneufc , ny d'erythroide , fé- lon aucuns, mais en Ion lieu ils en ont vne du Péritoine qui counre la propre nommée Epididyme ou Dartos , comme lî l'erythroïde nailïbit du Péritoine. Moniteur Syluius eferit, que les tefticules des femmes ifont point d'Erythroïde : toutesfois il eft certain que outre leur propre tunique nom- mée Dartos, ils en ont vne du Péritoine , qui efl l'Erythroide , ou pluftoft ( comme Fallopius la veut appcllpr) Elythroïde, c'eft à dire , femblable à vne gaine. Et penfe que cet erreur foit venu d'vn lieu de Galien mal entendu au quatorzicfmeliure De z>fùpartmmy où il eft eferit, que les te- fliculesdes femmes n'ont point d'epididymis : ce qu'il ne faut pas entendre d'vne tunique , mais du Paraftatc variqueux , comme par cy-deuant i'ay déclaré. Quant au nombre, ils ne différent en rien, B mais en la fituation. Car aux hommes feomme tu as entendu ) ils font pendus hors du ventre à l’os pubis, au deffus du perineum : aux femmes font dedans le ventre aux collez de l'amarry pies de fon fons, toutesfois fans toucher fon corps. Etfontlefdites tefticules annexez auec l'amarry , tant par la tunique du Péritoine , que par les vaifteux Eiaculatoires defeendans aux cornes d’icelle , ôc à tout le demeurant du corps parles vaiftéaux preparans ôc nerfs prenans leur origine de l'os facrum ôc du collai. Ils font auffi de température plus froide que ceux de l'homme. Leur action eft telle qu; aux hommes. Quant à leurs vaiffeaux eiaculatoires ou expellens , ils différent de ceux des hom- mes , pource qu'en leur commencement ils font amples, de fubftance ôc confîftence de veine , en forte qu’auec difficulté tu les peux difeerner d’auec la tunique du Peritoinc,puis deuiennenr ellroits & nerueux : mais à i’endroiél où ils commencent eftre tels,ils femblent aux fpedlareurs (faulfement toutesfois} caftez ôc rompus : & comme ils approchent des cornes de ladite matrice , derechef fc dilatent & amplifient. Leur fubftance, nombre , compofition, tempérament, aélion ou vtilité eft mefine qu'aux hommes. Leur quantité en groftèuf, ôc longueur moindre. Leur figure ronde, mais plus entortillée qu'aux hommes : afin , ce croy-ie, que tel entortillement leur feruift de variqueux paraftares. Leur fituation eft entre les tefticules, ôc l’amarry ; car ils fortent de la telle d'iceux, & portez 8c conduits par la tunique du Pentoine,fe vont implanter dedans l’amarry par fes cornes, au moyen dequoy ils font connexez aueccefditcs parties. Lesvaîffeaux ffermatiquex ne font que veines qff ar- tères. La femme iette fa feme~ ce au fond de fa matrice. Différence des tefticules des hommes & des fem- mes. Nombre. Différence des vaiffeaux iaculat cires des femmes & des hom- mes. La douzième figure de la Matrice. A A Monftrent les vaiflèaux fpermatiques preparans, qui font deux veines Ôc deux artères. B B Rameaux qui vont à la membrane des tefticules dcfcen- dans du Péritoine. C C La connexion de la veine tk artere /permatiqne defcen- dans aux tefticules. ' D D Portion des fufdiits vaifteaux, à fçauoir, veine & artere qui defcendent au fonds de la matrice. E E Monftrent la texture variqueufc des vaifteaux. F F Les corps des tefticules. G G Yaiftèaux fpermatiquesjdifts Eiaculatoires ou Expellês. H FI Commenccmens des fufdidh vailTèaux,lefquels font les Paraftates variqueux autour des tefticules iufqifà la lettre G G. IL Fonds delà matrice,où lefdids vailfeaux fe terminent. K Monftre le propre orifice de la matrice. L Le col de la matrice. M. Méat de la veflîe. N Les vailleaux qui fe terminent au col de la matrice. O Orifice du col de la matrice. • De la Matrice particulier ement. ChAp. XXXIV. BP r e s les fufdites parties s'enfuit l'amarry , qui eft vne partie du corps appartenante feulement à la femrae,laquelle nature luy a donnée au lieu du fcrotum à l'homme,corn-* me auflî a fait fon col, & parties d'iceluy , au lieu du membre viril de l'homme ;en for- reque fi tu contemples les parties tant de l'homme que de la femme, tune les rrouue- ras différentes l'vne de l'autre touchant le nombre des parties , ains feulement en la diuerfe fit na- tion Sc vfage d'icelles. Yray eft qu’elles n'ont point de glandes proftates, ny la membrane erythroi- de, mais elles ont la leur propre nommée epididyme. Car ce que l'homme a au dehors, la femme l'a au dedans, tant par la prouidencc de nature,que de l'imbécillité d'icclle , qui n’a peu expeller & ietter dehors lefdites parties, comme à l’homme. L'amarry eft de fubftance nerueuîe, & membra- neufe, afin que plus aifement fe pcuft dilater ÔC eftendre plus ou moins , félon la necefiite de na- ture. Sa quantité eft diuerfe , tant pour raifon de l'aage, de l'aéfe venerien , & expulfiou du fang mcnftrual, que du temps de la conception : car la fille qui eft vierge, ou n'a encore attaint l’àage de puberté,ny en fluxion menftruale, comme pareillement la ieune femme qui n'a point encore porté d’enfans, l'ont plus petite que les autres qui ne font telles. Dauantage, celle qui a feulement exercé ' Tourquoy les Parties gencratiues font cachées dedans aux femmes, S uhfiance. Quantité. Le troifiefme Liure, l’aéle vénérien,la plus petite que celle qui a défia eu fluxion menftruale,ou a conçcu enfant:& con- A fequement celle qui n'a enduré que fluxion mêftrualc,l'a plus petit que celle qui a côçeu& enfanté. Ci ce n’eft en fa vieillellè,en laquelle par la froideur de cet aagc(dot l’aéliô eft de reflèrrer)Ia matrice luy eft rétrécie & faite prefque aufli petite que celle d’vne pucelle,ce que quelque froideur accidë- tellepcut aufli faire en vne autre aage.Au moyé dequoy la quâtité,longueur& capacité del’Vterus ou amarry,ne fe peut aflèurémct dimnir,quoy que quelques-vns l’ayét voulu entreprcdre.Car tout ainfi qu’en chacune region,il y a des homes plus grands ou plus petits que les autres,&confequê- ment leurs parties diflemblables félon le plus ou le moins de|Ia proportion de tout leur corps : de mefmc eft-il de l’Amarry, que la complexion ôc les accidents/elon leurs qualitcz,& la plus grande ou plus petite ftature de la femme,peuuenc rendre ou retenir en quelque aage que ce foit,puberté, ieunefle ou viclleflè,plus grand,plus long,plus petit ou plus reflèrré.Sa figure eft toute telle que de la veflîe,fi tu la confidere fans Tes apophyfes,que Herophile a appellé cornes d’icelles,pour la fimi- litude qu’elles ont auecles cornes d’vn petit veau, quand elles luy fortent au commencement hors de la tcftc.Cela fe void aux bcftes,& non à la femme. Elle eft compofee de parties firaples, ôc com- pofees.Les fimples font vcines,artercs, nerfs, & tuniques : dont les veines ôc arteres font quatre en nombre,dcux venans des vaiflèaux fpermatiques dits prcparans,ainfi que nous auons dit parlans de la différence d'iccux auec ceux des hommes. Les deux autres montent des veines ôc artères Hypo- & gaftriques en la manière qui s’enfuic.Prcmierement auant que lefdits vaiflèaux viennent audit corps de lamarry , tant veines qu’artercsmontans de chacun cofté,ils le diuifent en deux rameaux,donc les vus vont à la partie inférieure du corps de l’amarry, les autres au col d’icelle,par le moyen des- quels le fang menftrual, s’il redonde après la conception, peut eftre cuacué par fondit col. Les nerfs tant d’vn cofté que d’autre luy font cnnoyez tant de la fixiefrneconiugailon defeendant tout le long de l’efpinedu dos, que de ceux qui fortent de l’os factumdcfquels vnis &c meftez enfemble montent ôc fe diftribuent ôc infèrent à icelle, comme les veines & artères. Quant à Tes tuniques,la Superficielle dite commune , luy eft donnée du Péritoine à l’endroit de l’os factum ; la propre,de la première conformation.Et a celle tunique trois genres de fibrcs,à fçauoîr,droites en fa partie inté- rieure,pour attirer le fperme,tant de foy que de l’homme : rranfuerfes, en fa partie exterieure,pour l’expeller en temps ôc lieu : ôc obliques,au milieu de foy pour la rétention dudit fperme iufques au temps prefix.Elle eft double diuifee feulement à raifon de la fituation dextre ôc fcneftre,& de quel- que petite ôc obfcurc future ou ligne, telle que celle que nous voyons au milieu du Scrotum, mais non fi apparente, fituee au dehors par le milieu d’icelle. Et ne faut chercher autres cellules ôc ca- chots en l’amarry,que les anciens ont imaginé eftre infinis,que celle partie dextre ôc fencftrercom- me ainfi foit que naturellement la femme ne peut porter que deux enfans , tefmoin que nature ne C l’a fournie que de deux mammelles:s’il furuient dauantage d’enfans,c’cft choie monftrueufe,atten- du que nature ne l’euft delpoumeuc dequoy les nourrir. Nature a mis celle partie au delfous du vétre, lequel lieu eft tres-propre ôc opportun pour auoir la compagnie de l’homme,& pour donner efpace de croiftre au fruiél,&: pour l’enfanter.EIle eft fi- tuee encre la velîie ôc l’inteftin droit:aufquelles parties elle eft eftroitemët connexce,& liée Ôc ioin- éle,plus par Ton col,que par Ton corpsxomme eft aufli par deux forts ôc infignes ligamês,qui vien- nent des parties latérales, ôc fuperîeures des os barrez ou Pubis , aufquels elle femble eftre fufpen- du’é. La matrice a vn mufcle de chacun cofté, par lequel elle eft tiree vers le flancs. Elle eft aulïî annexée par la tunique du Péritoine, fort denfe Ôc efpeflè en cet endroit à l’os facrum , aux Iles ôc Lumbes ; au moyen de laquelle connexion la femme conceuante fent certaine compreflîon ôc re- traélion dcfdits ligamens , qui luy fait dire qu’elle a conçcu. Sa complexion eft froide ôc humide plus par accident que de foy.L’adlion ôc vtilirédela matrice eft de conceuoir Ôc engendrer aueç vn extrême defir:& a aulfi vertu ôc puiflàncc d’attirer à foy l’humeur fpermatique de toutes les parties du corps,& receuoir en foy auec auidité la fcmence virile , ôc la conferuer auec la fiennc,& icelles meflees enfemble en procréer vn indiuidu,c’eft à dire,vne petite créature de Dieu. A aufli puiflàncc de receuoir le fang menftrual,& le jetter hors pour purger tout le corps. Quant aux parties compo- fees de l’amarry,ce font, le propre corps , ôc col d’icelle.Le corps de ladite matrice aux femmes en- D ceintes s’eftêd iufqu’à l’endroid du nombril,quelquesfois plus haur,voire au deftbus de l’eftomach, principalement à celles qui font preftes d’enfanter, quelquesfois plus bas.Quant à fa face interieu- rc,il faut contempler ôc voir les Cotyledons,lelqueIs ne font autre chofe qu’orifices des extremitez des veines ôc arteres menftruales,aboutiflàntes dedans la capacité de la matrice, par lefqucls le fang menftrual s’efcoulc tous les mois : ôc aux femmes enceintes eft porté aliment au petit fœtus ou en- fant.Elles font difficiles à voir aux femmes,s’elles ne font nouuellement deliurees de leur fœtus,ou que leurs menftruës ne coulent,ou ayent recentement coulé.Quant aux brebis,chéures,& vaches, en tout temps on les peut voir, comme grains de fronment, fors quand elles font pleines : auquel temps ils font tuméfiez ôc enflez en forme denoifettes rondes , les vns plus petits, les autres plus grands,felon la grandeur de l’animal : comme font aufli aux femmes,mais en forme d’vne malle de chair,efpeflè quelquesfois d’vn doigt & demy,quelquesfois plus, quelquesfois moins, laquelle de fa largeur ceint ôc enuironne les parties naturelles du fœtus,tandis qu’il eft contenu dedans le ven- tre.Et à celle canfe a efté réduite celle malle de chair par aucuns entre le nombre des tuniques,qui cnueloppent ôc contiennent l’enfant dedans le corps de l’amarry, l’appellant Chorion : pource que comme aux belles brutes le Chorion eft tiflu de veines ôc artères, dont font faits les vaiflèaux vm- bilicaux:ainfi à la femme, ladite maflè de chair eft tifluc de veines ôc arteres,lefquelîes compofenc lefdits vaiflèaux. Mais combien cela eft dit raifonnablement, ic le lailié au iugeraent d’vn chacun. Vne chofe lèulemcnt ic te dy que félon mon iugement, tout ainfi que les cxcrefcences des Cotylé- dons aux belles brutcs,ne font dites Chorion,ains appendices d’iccluylainfi telle maflè de chair aux Figure. Cornus. Compofition. Par quel lieu le fang men- firual fiuë és femmes gref- fes fa filles. Nombre. Connexion. [situation du corps de la matrice. Temperamët, A8ion fa •utilité de la matrice. % Cotylédons font les orifi- ces des extré- mités des •veines au de- dans de la matrice. Columhus infirment re- frins pnr l'autheur, fa far Fallopius, de F Anatomie. A fcmmes,pour mefme raifon ne doit eftre appellee Çhorion,ains Cotylédons tumefiez,& appendi- ces d icduyfEt ce finit cedit corps à l’éboucheure,qui eft femblableà la telle de la verge de l’hom- me,qui s ouure & referme par vne feule vertu non par la volonté de la femme,en cer- taine anguille , qu'on trouue pourfuiuant iceluy vers la partie honteufe : i’cntcns aux femmes qui n ont point enfanté,ou qu il y along-temps.Car auXautres qui ont accouché nouuellement,il n’y appert qu vne cauité fans l'anguftie fufditc, que nous appelions propre orifice de l’amarry : lequel demeure clos ôc fermé cftroittement après que:la femme a conçeu,prindpalcment iufques à ce que les membranes du foetus foient procréées,& fuffifaiïiment folidees, pour garder que la femcnce ne forte hors la matrice,&: de peur qu'elle ne foit efuentee Ôc altérée de l’air ambiant ; ôc après vérita- blement s’ouure pour donner ilîuë au fperme,& à d’aucunes leurs menftrues,& certaines aquofitez qui forreut pendant leur grolleile. Senfuit maintenant le col de l’amarry, lequel commençant de- puis le propre orifice d’iceluy, s’eftend iufqu’à la partie honteufe. Et eft de fubftancc mufculeufe, faite de chair molle médiocrement,parce qu’il falloir qu’il fe relafchaft ôc retiraft,s’amoncclaft ôc ridaft,repliaft ôc fuft entors pour l’expulfion de l’enfant,& fc retirai!; apres.il deuient calleux à cel- les qui viennent fur le vieil aage,& après l’auoir par le pafsé diligemment exercé par l’acte venc- rien:car en ieundîe il eft fort traiélable pour les neceffitez de nature, tant pour raifon de la cha- leur exciteeen tel acle( laquelle deftèiche )que pour l’attrition des deux corps folides ôc durs con- ® joints enfemble.Sa quatiré tane en longeur,largeur,queprofondeur,eft allez notable,jaçoit qu’elle foit incertaine pour l’inégalité de la grâdeur,ou petitefle des femmes.ll fe dilate grandement,quad vient l’heure d’enfantcr:puis après fe rellèrre, en fou eftre. Sa figure eft ronde,oblon- gue,& caue.Sa compofition toute telle que celle de l’amarry,horfmis qu’elle ne reçoit tant de vaif- feaux qu’icelle. Car il n’a que ceux qui luy font enuoyez des Hypogaftriques par les rameaux qui montent en l’amarry. Et noteras icy,que cedit col en fa face intérieure,eft ridé qualî comme la tu- nique du palais d’vn chien , afin que par fon inégalité il excite tant à l’homme qu’à la femme quel- que chatouillement, à raifon duquel le coït foit plus haftif Ôc accéléré. Ladite matrice eft fituee entre la velîîc & le gros inteftin droiét, ôc monte quelque peu plus haut que le fonds de la vdlîe: auxquelles parties elle eft eftroittement liee,plus par Ton col,que par fon corps, par plufieurs petites appendices fibrculès,qui procèdent du Pcntoinc,comme elle eft aulîi par deux forts & infignes liga- mens qui viennent des parties latérales ôc fupericures des os barrez, ôc aux vertébrés des Lumbes, aufqucls cllefemblc eftre fufpenduë. Elle eft auflî attachée à la grande veine caue, ôc grande artere, par les veines & arteres fpcrmatiqnes,Iefquellesfohtmunies d'vneapophyfe du Pentoinerafin qu’el- les fulîènt plus fermes & plus fortes pour lalbuftenir,lors qu'elle eft pleine d’enfant.Elle eft pareil- lement annexée ôc attachée par la tunique du Péritoine denfc Ôc dpeftè en cet cndroit,à l’os Sacru Sc os Barrez , aux flancs & Lumbes. Au moyen de laquelle connexion la femme contenante feht certaine comprelllon ôc retraélion defdits ligamens qui luy fait dire qu’elle a conceu. Or d’autant C que ces ligamens font ncrueux &mufculeux , & qu’eftans laxes , ils fe peuuent eftendre & acour- cir,feIon qu'ils font pleins ou vuides d'humeurs , il aduient qu’elle fe peut promptement mouuoir ôc changer de place,à fçauoir,monter,defcendre,incliner en deuant,en derrière, es coftez, ôc tranf- muer en autre placc,voire fortir hors ducorps. Où noteras pour conclufion de ladite partie, qu’on ne trouue point dedans la cauité celle Tunique ( comme quelques-vns veulent ) que l’on appelle Hymen , ou Pannicule virginal, lequel au premier coït les femmes dilent qu’il fe rompt Ôc dé- chire. Columbus,Fallopius,Vierus,& plufieurs autres doëles gens de noftre temps font d’opinion contraire , ôc dilent qu’vn petit par dellus le conduit de l’vrine, on void aux parties honreuîes des vierges vne tunique ncrueufe tranfuerfaleract mife,& percée au milieu pour laitier palier les mois: mais tout celagift en l’expcrience.Ce qui a mis les anciens en celle opinion,cft qu’en aucunes s’en- fuit fluxion de làng, laquelle à mon iugement, eft pluftoft faite par la rupture de certains petits vailleauxjlefquels defeendans par la fuperficie interne dudit col,fe rompêt ou ouurcnt ne pouuans fouftenir il grande extenfion au premier coït, que fait la partie nerueufe dudit col. D’où nous conclurons , que la fille pucelle ôc en aagee fuffifant, eftant marieée auec vn homme qui aura fes parties honteufes proportionnées en quantité aux fiennes, n’aura point tel flux de fang ; ce que nous déduirons plus amplement au liure de la génération chapitre 49. Or finit ledit col à la partie honteufe de la femme , qui fait fon propre orifice : laquelle conuient maintenant expliquer ,d’au- D tant que ce n'eft qu’vne Apophyfe ou appendice dudit col. Quoy faifant faut entendre qu’icelle eft de fubftance moyenne entre chair Ôc nerf. Sa quantité eft allez grande. Sa figure, caue , ron- de , mais oblongue. Sa compofition eft de veines, arteres ôc nerfs defeendans au col de l’Amar- ry, ôc extérieurement de la, veine honteufe, & double tunique, venant tant du vray cuir que du Pannicule charneux : lefquelles font illec eftroitement vnies par l’interpofition de certaine chair: au moyen dequoy eft dire celle partie eftre faite de Tunique mufculeufe. Quant à fon nombre, il eft notoire. Sa fituarion eft prefqne par dellus tout le Perineum, qui t’a efté par cy-deuant dé- claré. Sa connexion eft auec le fiege, le col de i’Amarry, ôc de la Vclîîe par leurs propres orifices. Sa complcxion eft moyenne entre chaude Ôc humide , ôc froide & feiche. Son vlage eft tel que celuy du prepuce de l’homme , c'eft à fçauoir , de garder que l’air ambiant n’entre en la matrice, de peur quelle ne fuft réfrigérée. D’abondant, au commencement du col de la matrice, eft l’entrée ôc fente de la nature de la femme ,qne les Latins appellent Petten , ôc les bords qui font reueftus ' de poil,fè nomment en Grec Pterygomata , comme fi nous difions ailes ou léuresdu couronnement de la femme : ôc entre icelles font deux excroilïànces de chair mufculeufe , vne de chacun codé, qui couurent l’ifluë du conduit de l’vrine, ôc fe ferrent après que la femme a vriné. Les Grecs les appellent Nymphes, qui pendent ôc fortent à aucunes femmes hors le col de leur matrice : ôc s’algngent Ôc accourcilîent, comme fait lacrefted’vn coq d’Inde•: principalement lors qu’elles Suhjiance. Quantité, Figure. Composition\ Situation d» la matrice. Signe que la fém* a (ëc*u. "De la partie honteufe de la femme. Sttbflanre. Quantité, Figure. Compofition, Sombre, Situation. Connexion. Temperamet» Vtiiité. Cal. litt. 14. de Vfu ar- tium. Le croifiefme Liure, 104 défirent le coït, 8c que leurs maris les veulent approcher , elles fie drcflènt auffi comme la verge A virile 3 tellement qu'elles s'en ioüent quelquesfois auec les autres femmes. Audi les rendent fort h'onteufes & difformes,eftans veuës nues. Et à telles femmes on leur doit lier 8c couper ce qui eft fuperflu, parce qu'elles en pcuuent abufer : fe donnant le Chirurgien garde de n'incifer trop pro- fondemêt,de peur d’vn grand flux de fang, ou de couper le col de la veffie. Car puis après ne pour- roient tenir leur vrine, mais decouleroit goutte à goutte. Or qu'il y ait des femmes,qui par le mo- yen de ces caruncules ou Nymphes abufent les vnes des autres, c'eft chofe aufïî vraye, côme mon- rtrueufe, 8c difficile à croire, confirmée toutesfois par vn narré mémorable, tiré de l'hiftoire d'A- frique, compofée par Léon l'Africain , Hure troifiefme : ( Voyez l'Arreft de lean Papon en fon Recueil, liure 22. tiltre 7. Arrcft 2. Deux femmes, &c. lelquelles furent brûlées ) alïèurant en autre lieu, qu'il y a gens en Afrique, qui vont par la ville, à la mode de nos Chartreux, 8c font meftier de coupper telles caruncules : comme avions dit aux opérations de Chirurgie. Htpp. hh. z. muUerum od. enfon introduci. Pmi. ltur.6, Cfff f fermon. 4. chap. 503. & 3°4' La îroipéme Figure mon sire les parties des femmes différentes de celles des hommes. A A Monftrent les veines Spermatiques. B B Arteres Spermatiques. C C La connexion d'icelles auec les veines n Spermatiques,&: nouuelle diuifion des vei- nes & artères Spermatiques, allans aux te- fticulcs ôc au fonds de la matrice. D D Les portions des vaillèaux Spermatiques allans au corps de la matrice. E E L'autre portion defdiéls vaillèaux defeen- dans aux Tcfticules. F F Les Tefticules. G G Vaillèaux Eiaculatoires , lefquels fortaiïs des Tefticules/e vont ietter dans la matrix ce par fes cornes. H Le corps de la Matrice. / I L'endroit de l'orifice propre de la Matrice. K Le col d'icelle. L Inteftin droit lié & coupé. M Veines ôc arteres Hypogaftriques allans au col & corps de la Matrice. N L'orifice du col de la Matrice. G O Corps de la Veille renuersé. P P L'entrée des vaillèaux Vreteres en la Vefi-* fie, dont y en a vn coupé. La veine & artere qui viennent de celles qui vont au col de la Matrice allant à la Vclîîe. R Le col de la Vellie ôc Mufcle d'iceluy, lequel t'a efté plus appertement demonftré auk figu- res précédentes. La Matrice & parties à elles appartenantes, peuuent fouffrir plufieurs maladies : Comme, Playe, Intemperature, Apofteme, Vlcere, Fiftule, Chancre, Scirrhe, Paralyfie, ' Suffocation, Flux menftrual immodéré. Rétention dudit flux. Fleurs blanches, Gonnorrhée, Conuuffon, Précipitation, Defcente, Obftrudion des Cotylédons, • Sable, Pierre, Vento lirez, • v Hydropifle, D Mole, & autre mauuais germe. Fureurs, Mouuemens effranges. Se pourrit entièrement, & eftre jettee hors : ce que ie protefte auoir veu. Le col de la Matrice peut Joujfrit 5 -pour ejlre, Trop lubrique?. Trop ouuert, , Trop effroit, Endurcy, Eftouppé par vne membrane, ou carnoflté, ou non encor’ouuert par nature. Trop gras. Les Nymphes trop alongées. Verrues, Rhagadies, Condylomes, Phymofls, 1 Prurit, Dilaceré par vn enfantement laborieux. Charbons, Gangrené, Efthiomene, & autres qui feront cf*-apres dé- clarez. de F Anatomie. 105 Des Tuniques qui contiennent l’enfant au ventre de la mere. C h a p. XXXV ■ O v x e s ces choies ainfî côfiderées,reftc maintenir à parler des membranes,qvii du- rant le reps que la Femme eft grolfle,enucloppent le petit enfant dedans leur Amarry, Ldqnellcs Font de fubftâçe Fpermatique & nerueufe, venant de la Femence de la féme, afin que plus aifcmêr elles Fe puiffenr dilatter '& eftendre, Félon Fexigence de la chofe contenue. Leur quâtité en largeur 8c profondeur çft grande, mefraemét fur le temps que Feufant eft preft à forcir. Leur figure ronde corne FAmarry.Leur côpofîtion eft de veinqs,artc- res,& propre Fubftâçe.Les veines donc 8c arteres leur Font communiquées de F Amarry (fenfiblemét ou infenfibicmêc,&’ plus ou moins)par Tes Cotyledons,lefquels ciennêt mefmelieu en F Amarry (s'il cft queftion de nourrir le Fœtus ) que les mamelles auxmeres nourrices, lorsque l’enfant eft né:En forte que coine nous voyos,la raere nourrice après la nàiffance de l’enfant,luy prefenter Ton mam- rnelon pour en épnifer du laid pour Fa nourriture : ainfî l’Amarry ( mere nourrice de la Femence à elle commife, & curieufe de fa conferuacion après qu’elle l’a receuc) prefente &: auancefes Cotylé- dons ou veines en iceuxdefmentes,par les tuniques ; au moyen dequoy, nousdifons içelles receuoir autant de veines 8c arteres, qu’il en define aufdits Cotylédons. Leur propre fubftance leur eft con- férée de la partie plus humide de la femence de la femme, comme nous avions dit. Quant à leur nombre, elles font trois félon Calien, à fçauoir l’vne appellée Chorion, autrement dite Seccndine, Arriere-faix ou deliurancc ( combien que les vulgaires appellent ainfî toutes les tuniques enfemble) l’autre eft appellée Allantoide, 8c la tierce Amnios : pour mon regard ic trouue bien aux beftes le nombre de ces tuniques,comme il le deferit ; mais a la femme non,fî on n’en met pour vue les Co- tylédons enflez 8c eminens en inafîè de chair , ainfî qu’aucuns tres-expers en l’art Anatomique femblent faire, laquelle chofe coutcsfois nous ne pouuons admettre comme vrayejcar on ne trou- ue point l’Allantoide ( ou pour le moins nùus ne Fanons iamais feeu trouuçr,nonobûant que nous l’ayons cherchée par tous les moyens qui nous ont efté baillez, ou que nous avions peu imaginer de nous mefmes ) aux femmes grofîès defîx , fept, huiét, de neuf mois, fans quefage femme aucu- ne y euft touché, qui euft peu rompre quelque tunique. Or les moyens que nous avions fuiuy en ce faifant,fbnt tels,qu’apres auoir fendu en croix le ventre de la femme morte,fur la région de l’Amar- ry , l’avions en raeftne forte incifée ; puis ayant fur le fujet mefme , ofté tout ce qui nous pouuoic empefcher,auons feparé le plus fubtilement qu’auons peu , non feulement tout Farricre-faix delà face interne dudit Amarry,anquel il eft attaché par les Cotylédons , ainfî que nous avions dit,mais aufîî la première tunique, que nous auons appellée Chorion, de lafubiacente , que nous appelions Amnios : &c ce fans rien rompre. Car nous n’auonsefpanché aucun humeur à ladite feparation, d,e- C quoy on puilfle dire que quelque tunique contenant humeur , air efté rompue. Cefaiét nous auons diligemment regardé en bonne compagnie, par plufieurs fois, fi nous verrions aucune feparation des deux Tuniques, c’eft à fçauoir Allantoide 8c Amnios,tant par la feparation des humeurs conte- nues en icelles, qu’autres chofes. Dont n’en apperceuant aucune en forte que ce Toit, avions prins J’Amnios remplie d’humeur à fa partie plus haute , 8c l’ayant ouuerte , deux ieruitenrs tenans iufl- penduë Fouuerturc , afin qvi’avicun humeur n’en fortift à la circonférence du Chorion 8c Amarry, Fanons epuifée entièrement par efponges,encores y eftant contenu le Fœtus preft à fortinafin qu’a- pres auoir épuifé ladite tunique, nous publions voir s’il y auoit autre humeur contenu en autre tu- nique qu’en içclle : 8c ce fait,n’auons apperceu autre humeur ny feparation de tuniquesren forte que quant à moy, ie n’y en penfe qvie deux telles que nous auons dit. En outre , non content de cela, pour cftre plus affleuré de ladite Allantoide , après auoir pafflé les deux tuniques fufdites,& clerc ve- nu au Fœtus : ayant fait vue fonde à l’endroit de la Vefïie d’iceluy % 8cTait fouftlci" leelic, pour voir iî par ce foufflement ie pourrois faire palier le vent dedans la tunique dont eft queftion, comme au- cuns ont efcritrien’ay iamais feeu faire palier d’icelle aucii vent par Fvmbilic en ladite tunique Al- , Ianto'ide,ains ay trouué le vent fortir à l’humeur contenu dedans la Vefîie,par les parties honteufès: te qui me fait croire aftèurément, qu’il n’y a point d’Allantoïde en la femme : ioint aufli que ie n’ay iamais feeu trouuer, ny aucunement apperceuoir en Fvmbilic, le méat, dit Vrachos, qu’on dit cftre J) le principe & fource d’icelle. Or quand il n’y en auroit, quel mal 8c inconuenicnt s’en enfuiuroir-il, veu que la fueur , 8c Fvrine d’vn petit enfant penuent eftre commodément colligées 8c contenues dedans vue mefme tunique,pour la petite différence qui peut eftre entre icelles.Et fi tu ra’obiedftes, que Fvrine, à caufe de fou acrimonie , blellèroit le Fœtus, s’elle le touchoit : le refponds , que tel- le acrimonie, qui ne peut eftre beaucoup mordante en vn Fœtus , peut eftre modérée par la vapeur halitueufè 8c douce, laquelle eft raefléeparmy la Tueur. Et dauantage , fi nous regardons Fvrilité 8c vfage de tel humeur ( qui eft de fouftenir & fupporter le Fœtus,afin que par fa pefanteur il ne rom- pe les liens;, par lefquels il cft attaché à FAmatry ) nous trouuerons qu’il n’y a humeur plus fuffifanc à ce faire que le Sereux , lequel à raifon de fa terreftrité 8c groflèffe & craflîtude, peut fans compa- raiflm,plas facilement fouftenir que nul autre;ainfi que nous voyons,pour exemple,l’ean de la mer, laquelle,! raifon de telles qualitcz, fouftient 8c porte,fans corUparaifon, pluÿffacilernent les coftes tant vrayes que faillies , 8c mufcles Intercoftaux 8c Intercartilagi- neux. Où entendras, que la caufc de telle fabricature a elle, afin qu'en fcruant aux parties Vitales, comme d'vn rampait 8c propugnaclecotre toutes iniures externes, il n'édomrnageaft point larefpi- ration : laquelle n'eft moins necelîaire pour la conleruario de la chaleur naturelle efparieen l’efprit vital contenu dedans le coeur, à l'encontrc des iniures internes,que les fufdites parties à Rencontre des externes. Car s'il euft efté tout ofléux, il eft bien vray qu'il euft efté plus fort : mais aufiîil euft cmpefchë la refpiration, laquelle eft faide par la dilatation 8c conftridion d'iceluy. Parqùoy, afin qu'en profitant à l'vn, on n’incommodaft l'autre, Nature l'a fait en partie ofleux 8c cartilagineux, en partie charnu. Aucuns donnent vne autre rai Ton , difans que Nature l'a fait ainfi pour l'obier- de l'ordre,duquel elle a accouftumë d'vfer en conioignant deux parties totalement diueifes, qui font le ventre inférieur tout charnu , & la tefte ofleufç, par vn moyen participant des deux : comme nous voyons aufll auoir efté obferuc à la connexion & pallàge du feu à la terre,par le moyen de l'air 8c de l'eau. Les parties du Thorax lont trois , vne fuperieure, l'autre inférieure, la tierce j-j moyenne entr'eux. La fuperieure eft faide des Clauicules,l'inferieure du Diaphragme : la moyen- ne,dc l'os Sternon, lequel félon Galien a efté composé de fept os. Ce qui peut bien auoir efté aux hommes de fon temps & de fa région, à caiife de leur infigne grandeur : maintenant nous le trou- uons le plus fouuent de trois, quatre ou cinq ; combien que nous ne voulions nier l'auoir veu plu- ficurs fois (& fpecialemcnt aux ieunes ) de fept 8c de huid. Et pource à ceux qui en ont moins. Nature les a faids plus larges, afin qu’ils puiftent receuoir les coftes. Voila la commune opinion touchant les os du Sternon. le fçay bien queFalîopius a bien autrement deferit ledit Sternon,mais ie renuoyeray le Lcdeur à Tes obfçruations. Et note qu'en l'extrémité inférieure de cefdiéh os eft pendu vn carti!age,nommé vulgairement Fourchette,parce que quelquesfoison le trouue fourchu, & pource qu'elle a la figure debaluftre, qui eft la fleur de Grenade, Vomum Granatum, autrement Scutiforme,lequel eft illecmis comme vn rampai t de l'orifice de l'cftomach,& de la partie du Dia- / phragmequi eft en cet endroit,pour fouftenir leFoye, fitué par ddfus l'orifice inférieur du ventri- cule : 8c ce par le moyen d’vn ligament defeendant de la partie inférieure dudit cartilage en la fil- perieure du Foye, comme a efté dit au premier Hure. Le commun eftime que ledit cartilage tombe, mais il eft fi bien attaché à l'os du Sternon qu'il n'a garde de cheoir : combien qu'imbu 8c abreuué de beaucoup d’humidité fereufe,qui fouuent nage en l’orifice fuperieur du ventricule, tel cartilage puiiîê eftre relafchc 8c auachy ,dc forte qu’on le dirait eftre tombé 8c feparé de fon os Sternon: Cîrconfcrî- ption du The* rax. Raifort de la fabricature du Thorax, Autreraifon, Diuifon du Thorax. Cartilage, Scuti forme, vulgairemet la, fourchette Ce fon 'utilité Le troifiefme Liure pouuant mefme eftre iredrefle, tant par la main que par les chofes aftringentes Sc dcfTèiçhantes,.ap- A pliquees par dehors Sc prifes par dedans. Et eft ce cartilage en Ton commencement eftrûii,& vers fa fin large Sc moufie,& aucunement feparé en forme de pointe d'efpee, à caufe dequoy eft appelle Enfiforme. Où noteras,qu'en aucuns corps,il y a.double vne leulc,& aux vieils il eft ofieux, poureeque les cartilages deuiennent os,à raifon de l'aage 'Se tempérament plus fec. Or puis que nous parlons du cartilage,nous définirons, & expliquerons Tes différences , afin que quand nous en parlerons cy-après,on entende que c’eft ailecques fon vfiige. Cartilage donc eft vne partie fîmiiaire de noftre corps, après l’os la plus terreftrc,froideyfeichc,dure, Sc prince de Senti- ment du tact : ne différant auec l’os,qu’à raifon de la feicherefie, qui eft plus grande audit os qu'en icelay : Sc pource il ne fc peut r’engendrer eftant deperdu,ce qu'auflî ne fait l'os fans le Callus. Ses différences font prifes prefque de mefme que de l'os,comme tu verras en fon lieu : fçauoireft de la confiftance,fubftance,magnitudc,nombre,lituation,figure,conionâ:ion,aâ:ion,& vfage. Toutesfois pour euiter prolixité, ie ne pourfuiuray que celles-là qui font prinfes de la fituacion, conioinèlion Sc vfage. Et pour commencer,faut entendre que les cartilages ou tiennent à l'os,ou de foy font vne partie,comme font*ceux du Tarfe des Cils,de i’Ep'glotte, du Larinx,& autres, Ceux qui tiennent à l'os,ou ils le conioignentjou ils font feulement pendus en iceluy. Ceux qui les conioignent, ou ils les conioignent immédiatement, comme ceux qui font mis entre les os du Scernon,&; des Clauicu- les,& des os barrez,l!es,& autres : ou par in.terpofition de ligament, comme ceux qui font fitnez à R l'extremitè des fept coftes vrayes, lefquelles font coniointes au Scernon par lefdics cartilages,liga- ment interposé entr'eux Sc ledit os: afin que par tels ligamés plus mois que les cartilages,les mou- nemens du Thorax fufient plus aifémenc Sc feurement faits fans dommage. Ceux qui pendét à l'os, fortifient non feulement iceluy,mais auflî loy-mcfine, Sc les parties par eux conrenucs,les prefer— nans des iniures externes qui brifent Sc meurdrilîent.Tels font ceux qui font pofez àf extrémité des faufiés coftès,& de l'os Sternon,que nous auons appelle Enfiforme,ou Pomum Granatum,Sc autres. Et de ce nous pôunons conclure l'vfage des cartilages eftre en plufieurs maniérés, ou pour polir Sc vnir les parties, qui de ceauoientbefoin, pour mieux parfaire ce à quoy elles font deftinées; com- me ceux qui font aux articles, feruent d'oindre & polir les os, afin que le mouuement foit plus li- bre : ou, comme nous auons ja touché ; à fçauoir,pour les preferuer Sc garder des iniures externes, fînon en tout, au moins en partie, rompant l'impetuofité d'icelles, en obeyfiant aucunement, tout ainfi que font les facs pleins de laine deuant l'impetuofité de l'artillerie. Celuy qui eft à la fin de la poiârine appellé Scutiforme, &du vulgaire, la fourchette, fert comme de rampart, Sc fauuegarde de l'orifice inferieu» de l'eftomach. Le commun populaire eftime qu'il tombe hors de fon lieu : ce qu'il ne fait, Sc ne peur,à caufe qu'il eft fi fort attaché contre l'os du Sternon, qu'il ne peur nulle- ment tomber. Aufli les cartilages du Larynx feruent à former la voix. Ceux qui font aux palpc- bres des yeux , feruent à les couurir : ceux qui font à l'extrémité du nez , pour attirer l'air , Sc faire ièparation des nazeaux : les deux oreilles feruent à la faculté auditiue, q Définition de Cartilage. Différences de Cartilage. Vjage des Cartilages, c'eji à dire en François tendons : qui efi vue partie folide, moyen- ne entre l’os & les Uga - mens. Fauffe opini- on du vulgai„ te. Des famés contenantes, contenues du C H a p. III. Bfdfy E s parties contenantes du Thorax font le double cuir, Pannicnle charneux, Greflè, Mammelles,tunique,comme les mufcles,&: iceux mufcles là fituez,& les os par cy-deuant nommcz> de la Tunique dide Pleura , ôc le Diaphragme. Les contenues, font le Mcdia- ftin,Pericarde,Cœur,Poulmons,ôe vaifleanx d’iceluy. Or quant aux contenantes,les vues font communes à tout le corps,ou à plufieurs de Tes parties, comme le doublecuir,Panniculc char- neux, ôc Greffe : defquelles à caufe qu'elles ont efté déclarées au premier liure, nous ue parlerons maintenant. Les autres font propres audid Thorax, comme les mufcles, defqr.els nous traiterons en leur lieu, les Mammelles, os fuldits. Pleura ôc Diaphragme : toutes lefquelles nous pourfuiurons particulièrement chacune en fon ordre, fi premièrement ie t'ay aduerty de la forme de feparer ledit cuir, qui eft telle. Tu conduiras vne droite ligne auec ton rafoir depuis là où tu as laifsé l'incifion. du cuir du ventre inférieur, iufqu'au menton, enfonçai m rafoir iufqu'à l'entiere dinifion d'ice- luy : puis après à l'endroit des Clauicules tu feras vne ai ’ncifion tranfuerfale de cofté & d'au- tre, iufqu'à l'omoplate : ôc fepareras quant aux parties imv cures defdides Clauicules, fi ru veux euiter prolixité, le double cuir, le Pannicule charneux, la ( relie , ôc Tunique commune des muf- des tout enfemblc : pourautant que ccfdites parties ont efté demonftrécs au ventre inférieur, re- fermant toutesfois aux femmes les Mammelles. Aux fuperieurcs parties defdides Mammelles , ta fepareras le plus fubtilement qu'il te fera pofïîble le cuir des parties fubiaccntes,afin que tu puilfes demonftrcr le Pannicule, fait en cet endroit charnu ôc mufculcux eftendu partout le col,& parties de la Face, iufqu'au poil de la tefte. Adminifira- tien anato~ rhique du Thorax. Des Mammclles, C h a p. IV. Suhfiance. E s Mammcîlcs, comme nous auons dit parlans des Glandules , font de fubftance glandu- leu^e j blanche , rare , Sc fpbngieufe: lefquelles aux pucellcs Sc femmes qui n'ont point de c laid , ou qui n'allai dent point,font fort dures, & fermes. Se plus petites qu’aux autres. Et pourtant leur quantité eft variable , combien qu'elle Toit en toutes notable , comme tu peux voir. Leur figure eft ronde, Sc aucunement oblôgue, reuenant prefque à la figure pyramidale. Leur com- pofition eft de cuir, Pannicule cbarneux, Glandes,Grefie,Nerfs, veines Sc arteres,lefquelles ddeen- dent des Axillaires par défions le Scernon, aufdides Mammelles, entre la quatrième Sc cinquième. Quantité. Figure. De l’Anatomie. 109 A Sc quelquefois fixieSme des vrayes colles : fediuifent &diftribuêtpar ladite Greffe 6c Glandes par vne infinité de rameaux,afîn que par icelle Toit apportée matière propre pour faire le laid de cou- leur blâche 6c faueur douce,pour alimenter & nourrir l’enfant hors de la matrice.Nous ne te diros autre choSe des parties SuSdites,pource quelles ont efté fuffifammêt déclarées par cy-deuant : i'ad- ioufteray leulement,que des Glandules les vues ont nerf, comme celles-cy,lesquelles le reçoiuenc des parties fubiacentes , à fçauoir des intcrcoftaux,&: caufe dequoy elles ont Sentiment fort exquis. Les autres n’en ont point,comme celles qui ne ferment qu’à remplir la diuifton des vailfeaux,&: qui n ont autre adion, mais feulement vfage. Leur nombre eft de deux,vne de chacun cofté : eftans lî- tuees aux parties latérales du Stcrnon, entre la quatriefmc, cinquiefme &: fîxiefme des codes vrayes. Et par ainfî elles fonteonnexées auecque les SuSdides parties par leurs corps,par leurs vailfeaux à toutes les autres, 6c aux femmes, Spécialement à l’Amarry par le relie des veines 6>c arteres Mam- millaires, qui depuis les rameaux qui viennent aux Mammelles par où nous auons dit, defeendent iniques aux parties latérales du Cartilage Enliforme,auquel endroit s’inlînuans parmy les mufcles, fe vont ioindre (comme a efté dit) vnpeu par deftus l’vmbilic , auec les amendantes Epigaftriques, defquelles l'origine eft aucunement oppolîre aux Hypogaftriques , lefquelles enuoyenc rameaux audit Amarry, ainlî corne il a efté dit: au moyen desquels telle coniondion eft faite pluftoft, qu’à B autres petits, 6c qualî capillaires rameaux, qui quelquesfois font trouuez defeendre de la racine des Epigaftriques vers ledit Amarry. Or y a-il vne Sympathie des Mammelles à la matrice. Car cha- touillant le tetin, la matrice Se delede aucunement, 6c lent vne titillation agréable, parce que ce petit boyt de la Mammelle a le Sentiment fort délicat, à caufe des nerfs qui y finiffent : à celle fin que meSmes en cela les retins euftent, affinité auec les parties qui Sentent à la génération, & aulîl à ce que la femelle oftrift 6c exhibaft plus volontiers Ses Mammelles à l’enfant qui la chatouille dou- cement de la langue 6c bouche. A quoy la femme Sent vne grande dcledation , 6c principalement quand le laid y eft en abondance. Outre plus quand la fême a conceu,à meSurc que l’enfant croift, & que la matrice Se dilate,les Mammelles font de meSme : 5c l’enfant mis dehors Subit,elles rcçoiuent le Sang, qui leur eft enuoyé pour cftre conuerty en lai<51 pour là nourriture. Et comme les femmes ont perdu leurs fleurs par vieilleife,la matrice 6c les Mammelles Se retreciflent peu à peu,& deuien- nent ridees 6c peaulîues. Leur tempérament eft froid 6c humide, 6c pource dit-on , que le Sang Se conuertiftànt en laid,deuient crud,& eft fait phlegmatique 6c blanc par la propriété d’icclles,côme nous auons dit des Tefticules.Leur adion 6c vfage eft de préparer le nourriflemêt à l’enfant nouuel- lement né,& efchaufferle Cœur,eftans d’iceluy premièrement eSchauffees,ou pour la multitude de fang 6c efprits en icclles contenus:5c d’orner la poidrine. Et de ce tu entendras, que des Glandes, les vnes ont adion, les autres vfage,& les autres tous deux,comme a efté déclaré en partie par cy- deuant. Refte que tu entcndes,qu’à l'extremité 6c partie plus prominente defdites Mammelles, y a Q vne petite tuberolîté , que vulgairement on appelle Mammellon,par lequel le petit enfant tire 6c prend Son nourrilfement d’icelles par certains petits trous anfradueux : leSquels combien qu’ils Soient patens 6c manifeftes au Sens de la veuc, lors que par expreffion des Mammelles on fait Sortir le laid , toutesfois le laid Sorty on ne les Sçauroit apperceuoir , ny d’auantage mettre en iceux vne poinde d’eSpingle , tant deliee qu’elle Soit, à raiSon des anfraduofttez , leSqucllcs ont efté faites de nature , mere de toutes chofes , afin que le laid ia venu à Sa perfedion 6c prés du Mararaelon,fuft par telles anfraduofttez retenu iufqu’au temps commode de l’expulfton, ainfi que la Semence par les Proftates. Compcjitien, Nombre, Situation. Connexion, des Mam- melles auee l'Amarry par les veines. Tëperamentc Action fa vfiage. Des Glandes les vnes ont aéhon, les autres vfaget aucunes tout les deux Md- mellon ou pa- pille des Ala- meîles. De Clauicules & Cojîes. C h a p. IV. binant Tordre vulgaire , il conuiendroit à prefent déclarer les mufcles du Tho- rax,mouuans le bras5& ceux qui feruent à la respiration : pourcc qu’ils s’offrent les le premiers au lens de la veuc : mais veu qu’ils ne pcuuent eftre cômodémenc demon- ftrez , fans gafter ceux de l’Omoplate ôc du Col , à cefte caufe ie trouuc meilleur de différer l’explication defdits mufcles,iufquà ce qu’ayons demonftréle demeurant des parties contenantes & contenues,non feulement dudit Thorax, mais aufîl de la telle: D afin que ce fait, nous puifïions venir à la déclaration de tout le refte des mufcles , commençans à ceux de la Face, qui s’offrirôt les premiers,&’ pourfuiuans tous les autres iiifqu’à ceux du pied,ainfi qu’vn chacun s’offrira plus commodément à la diffedion , afin que confufion foit tant qu’il fera pofHble,par nous euitéc. Reuenant donc à noftre propos , après les fufdids mufcles viennent les Clauicules , le Sternon & les coftcs. Pour l’intelligence defquelles parties faut entendre que c'efl os, & d’où font prinfes Tes différences. L’Os donc eft la partie de noftre corps, la plus terreftre, froide feiche, dure & exempte de tout fentiment fenfible & manifefte,excepté les dcntsrle dy fen- fible Ôc manifefte, pour te demonftrer qu’aux parties y a double fentiment du tad : vn manifefte & fenfible, lequel eft en la chair, au cuir,membranes, nerfs,dents, 5c quelques autres parties. L’autre eft obfcur &■ non manifefte, toutesfois fuffifant à iuger & difeerner les chofes nuifibles 5c profita- ceftuy eft aux vifeeres 5c aux os : aufquellcs parties font diftribueés fort petites portions de nerf,par le trauers de leur tunique ou membrane, en forte qu’à peine les peut-on difeerner (comme ditGalien au premier linredes parties malades) fi ce n’cft en arrachât les tuniques defdites parties. Il ne fe faut efbaïr fi nature leur a donné des veines 5c arrêtes fi petites , qu’à peine on les peut voir fi clairement : au contraire , au poulmon 5c aux mufcles on voit de grolTes 5c apparentes. Nature a fait cela iuftement, baillant aux parties autant d’aliment qu’ils en ont befoin : car lafubftance des oseftant froide,dure,folide,eft moins efpuifee 5c confommee,parquoy n’ont eu befoin de beaucoup Définition d’Os. Double fienti. ment du taB Le quatriefme Liure, de fang pour leur aliment 5c nourriture, comme les autres parties qui font chaudes 5C molles:tou- A tesfois les petits os n'ont veines ny arteres , mais par vne vertu attradiue qu'ils ont, attirent leur nourriflement par leurs porofitez. Quant aux différences des os,elles font prinfes en plufieurs ma- niérés,à fçauoir des Apophyfes,Epiphyfes, Cartilages, ColsfTeftes, Soliditez , Cauitez, Sourcils* Moüelle, confiftancc, magnitude , nombre, figure , fituation. Toutes lefquelles différences feront dcmonftrecs, ainfi qu'elles s'offriront en la déclaration des os. Et pour commencer, reuenant aux Clauicules, tu entendras que ce font deux os de confiften- ce fort dure 5c folide , fans aucune cauité notable, lefquels font fituez vn de chacun cofté entre la partie fuperieure 5c latérale de l'os Sternon, &: l'Acromion de l'Omoplate, pour confirmer ces deux parties enfemble : au moyen dequoy ont efté ainfi appellees. Leur figure eft ferablable à vn jnftrumcnt de Chirurgie nommé Eleuatoire, ainfi que tu peux mieux voir fur le fujed, que dedans les liures. Où faut noter, que cefdits os femblent eftre connexez auecques le Sternon, par vn m°yen 05 cartilagineux;& dauantage,que l’efpace 5c cauité contenues défions lefdires Clauicules, cft appellee des Latins Jugulum , 5c des François la Fourchette fuperieure, pource que les vaifieaux iugulaircs y pafïènt. Cefte Fourchette eft attachée auec la crefte de l'Omoplate par vn cartilage, lequel Gai. au liure 13. chap.i 1. del'vfage des parties,appelle petit os cartilagineux : toutesfois ce petit os n'eft autre chofe que l'Epiphyfe dudit os lugal. Quant à l'os du Stcrnon, que nous auons dit eftre fait de diuers nombre d'os, fçauoir, 3.4. 5. 6. 7. 8. te fuffira d'entendrequ'iceux font fort jj fpongieux &'poreux, 5c de confidence plus molle que les fufdits ,5c pource plus fubjeds à cor- ruption , conjoinds par cartilages. Leur vfage eft de feruir comme d'vn bouclier aux parties vira- les. Quant aux codes,lefquelles font communément en nombre de vingt-quatre,douze de chacun cofté, elles font diuifecs en fept vrayes 5c cinqfaulfes : dont les vrayes font ainfi nommées, pource quelles paracheuent le cercle,fe joignansauecques le Sternon : 5c lesfaulfes font ainfi dides , pour autant qu'elles demeurent en la voye du cercle, les vues plus aduancees, les autres moins. Et ont lefdites coftes vrayes double afiîete ; vne antérieure à l'os Sternon par le moyen des cartilages ôc ligamens : l'autre poftericure, fur les vertébrés tranfuerfes de l'efpine du dos,& parties latérales du corps defdites vertébrés. Quant aux faulces , elles n'ont que cefte derniere fituation , laquelle eft appellee généralement la racine des coftes. Leur extrémité cft cartilagincufe, afin qu'elles ne fuf- ent rompues , 5c fe pniftent eflargir 5c efleuer lors que l'cftomach eft trop plein de viandes. Elles font de confiftance allez dure, toutesfois plus vers la racine, que vers le Sternon , où elles font plus entretenantes, 5c pareillement plus difficiles à rompre : entièrement polies au deftfus 5c au def- fous , 5c à leur milieu ayant veftige de Diploé , pour la réception des veines 5c arteres qui leur bail— lent nourriture. Leur figure eft faite en archet, à fçauoir intérieurement cauc , 5c extérieurement boftlié. Leur vtilité eft telle que du Sternon5c de receuoir 5c accommoder les mufcles de la re- fpiration principalement. OaUiu.ii, chnp. 9. Bijference CUtiiculesoH Furcules. es Figure ' Vos du Ster- nm' nte du Sternon. Des caftes faulfes Situation. Confifience. Figure. Vtilite. La maniéré de leuer le Sternon. Chap. Y. a'E n s v i t maintenant la tunique Subcoftale,nommeedu vulgaire des Anatomiftes Pleura, la derniere des parties contenantes du Thorax; laquelle pource quelle eft cachce en iceluy, en forte qu'on ne la fçauroit bien monftrer fans la voir,auant que palier plus outre à l'explication d'icelle, nous demonftrerons la mode de l'ouurir, en forte que ny l'origine, ny l'infertion des mufcles ne foit gaftee. Quoy faifanr,faut entendre , que qui veut garder l'origine ou infertion des mufcles Pedoraux , des Maftoïdes , des deux de l'os Hyoïde, des deux Soufclauicrs , & des Intercartilagineux, pour les demonftrer chacun en fon lieu , ainfi qu'ils font, 8c les bien diftinguer les vns des autres, doit premièrement leuer tant d’vn coftéque d’autre, les deux fufdits mufcles Pedoraux de l'os Sternon , & les cartilages des vrayes Codes : Ce faid, doit couper tout contre ledit os cefdits ligamens depuis la fïxiefrac vraye Coftcjiufques aux Clauicules : puisdemonftrantleMediaftin attaché au milieu dudit Sternon , fé- lon toute fa teneur 8c longueur, il le leueraen haut vers lefdites Clauicules, defquellcs il fe fepare- ra en referuant diligemment auecques luy les quatre mufcles , fçauoir les Maftoïdes , 8c les deux de l’os Hyoïde , veu qu'ils fortent ou en tout, ou en partie dudit os ; Finablement les Clauicules aucunement releuecs en haut, renuerfera les Cartilages tant d'vncofté que d'autre, au dehors vers _ lef bras félon leur teneur ( ce qui eft facile à faire ) afin que par ce moyen il puifîè non feulement monftrer les parties contenues du Thorax , ains aufïi referuer entièrement en leur lieu &c fitnation naturelle lefdiéts mufcles : iufqu'à ce qu’il foit venu à leur ordre de difleélion. Et pource qu'il faut releuer les Clauicules bien haut, pour mieux demonftrer les nerfs recurrens, 8c diftribution des veines 8c arteres, il monftrcra en paftant les deux petits mufcles foufdauiers , vn de chacun cofté, qui prennent leur origine de la partie interne 8c antérieure, des Clauicules , & obliquement def- cendcnt vers le Cartilage de la première Cofte vers le Sternon : 8c ce pour autant qu'on ne peut releuer lefdites Clauicules fans les rompre 8c gafter. On peut auffi feier le Sternon par fon milieu, pour demonftrer en leur entier les mufcles Pedoraux internes, ayant feparé les mufcles qui for- tent de la partie fuperieure. Toutes ces chofes bien 8c deuëment faides 8c accomplies, faut venir à la fufdite membrane Pleura, & d'icelle au Mediaftin , pource qu’il eft faid d'elle. jddminiftra- tion anuto- mi^ue. Otip/te & infertion des tnufcles fouis rUnierr. De l’Anatomie. De Lt lMembrane nommee Fleura. C H A p. VI. Devra vulgairement dide ôc proprement ôc Subcoftale, derniere partie conte- S nante du Thorax, eft vne membrane large ôc Ipacieufe, refpondante au Péritoine du p ventre inférieur en fon aélion ôc vfage. Car tout ainfi que ledit Péritoine couure vni- jp uerfellcment ôc particulièrement toutes les parties naturelles, les liant enfembie, Ôc contenant chacune en fon lieu, ainfi fait ladite Pleura aux parties vitales,les couurant vniuerfellement, entant quelle eft eftenduë entièrement par tout le circuit intérieur du Thorax, ôc particulièrement baillant vne tunique à chacune partie d’iceluy. Son origine eft du Periofte, ou fé- lon aucuns du Pericranc, reueftant les vertébrés du Metaphrene fur les racines des coftes, au moyen dequoy eft eftroiteraent annexée auec lefdites coftes, en forte qu’auec grande difficulté la peut-on feparer d’icelles : comme eft auffi auec toutes les autres parties terminantes immédiatement le Tho- rax, ôc contenues en iceluy. Velalins a reprins Galien , de ccqu’il difoit icelle tunique, tant au co- fté dextré,que feneftre, eftre double : enquoy toutesfois Columbus a défendu Galien. Et de fait,on la rrouLie double par dedans le Thorax fous la face intérieure des coftes & mufcles d’icelles , afin qu’entre deux membranes ,les veines, arteres , ôc nerfs puiflènt palier. Aucuns Tont voulu faire double, ladiuilans en interne ôc externe, comme ceux qui ont conftitué deux efpeces de pleure- fie, vraye ôc non vraye, mettans l’externe fur toutes les coftes & mufcles inrerpofez, Ôc l’interne fous la face intérieure defdites coftes , ôc mufcles d’icelles le Diaphragme Ôc le Sternon. Quant à nous , euitans toute ambiguité ôc obfcurité de paroles, nous nous arreftons feulement à ce qui fe verra à Tœil, dilans les coftes eftre couuertes de double tunique : Tvne , qui obftinément ôc immé- diatement eft attachée de toutes parts à icelle , nommee periofte , qui leur eft commune ôc à tous les autres os : l’antre qui couchee fur ce periofte , rcueft intérieurement lefdites coftes : ôc pource nommee proprement Subcoftale. Quant à fa fubftance, tempérament, & compofition,elle eft tou- te telle que nous auons dit au premierliutc, delà déclaration des Membranes. Sa quantité ouant en largeur ôc longueur , auec fa figure , eft toute telle que l’interne capacité du Thorax : mais en profondiré,elleeft fort deliee. Et faut noter , que celle membrane a efté dite Pleura, pource quelle reueft: routes les coftes intérieurement, comme nous auons dit : lefquelles font appeîlees des Grecs TrXwpai. Et tout ainfi que celle di6le Tunique a pris fon nom des coftes , femblablement la deflu- xion qui fe fait entre elle ôc le Periofte d’icelks, a efté nommee Pleurefie, vraye ou faufle, ainfi qu’il a cfté dit cy-deuant. Définition dê Fleura. ABiont & ’vfage. Situation. Origine. Connexion, Nombre. Quantité. Figure, Du Mediattin. C h a p. VII. C Près auoir iufques icy déclaré les parties contenantes , faut venir aux contenuësrcom- mençant au Mediaftin, comme à celuy qui à Tordre dcdifleélion feprelentc le premier: leur le mouuement d’iceluy. Sa grandeur par ce moyen excede aucunement celle du cœur.Et eft compofée de double tunique - l’vne propre, de laquelle auons parlé : l'autre commune , venant du Pleura : ôc de veines arteres ôc nerfs, venans en partie des Mammillaires ,en partie du Diaphragme , principa- lement en ceux, aufquels le Diaphragme touche au Péricarde : ôc les nerfs viennent de la fixicfme coniugaifon tât d’vn cofté que d’autre.Il eft fsul& vnique fitué à l’entour dudit cœur,&; annexé par q fès mêbranes auec la bafed’iceluy,& auec fes vaifléaux ôc origine des poulmons ôc vertebres fubia- centes , ôc par fes vailleaux auee les parties d’où il fes reçoit. Il eft de téperament froid ôc fec,com- me toute autre membrane. Son vfage eft de loger le cœur,& le conferucr en fon humidité naturelle par vne certaine humidité fereufe qu’il contient : fi tu ne veux dire que ceftc humidité eft engen- dree après la mort par l’exhalation ôc concrétion des efpriîs. Ce qui ne me femble vray-femblable, veu que nous voyons aux viuans icelle croiftre quelquesfois en fi grande abondance,qiveüe empef- che le mouuement du cœur, &: luy caufe vne palpitation, qui le plus fouuent Et peut ad- uenir ladite palpitation de cœur, à gens qui ont le cœur chaud,& le fang aqueux , pour l’imbecilité du ventricule ou foye. Cet humeur peut eftre fait des vapeurs, qui à l’ebullition du fang qui fe fait dedans le cœnr,s’euaporent par les parties latérales hautes ôc balles d’iceluy dedans le circuit du Pe- ricade , lequel les conuertit en humidité teinte de colere,foit par fa froideur,ou autrement, pour ne luy bailler iflfuë,ainfi que nous voyôs eftre fait en vn Alambic.Or Nature a fait le Péricarde de telle confiftence, à fçauoir dure & ferme, à fin que le cœur fuft conferué en vn eftat moyen. Car fi Na- ture l’euft faidt ofleux, il euft rendu le cœur femblable à foy,feçoce Sc cruel, ôc s’elle l’euft faiét mol comme les poulmons il euft rendu ledit cœur par trop mol ôc efféminé. Et par ainfi Nature le vou- lant maintenir, comme la plus noble partie du corps,& fontaine de vie, des parties les plus contrai- res du corps, qui font les os ÔC les poulmons,luy a baillé vn conferuateur moyen entre ces deux D contraires, comme elle fait toufiours,à fin qu’il ne déclinait ny à l’vn ny à l’autre* comme vicieux. Originii SubfiaHCBi, Figure. Quantité. Compojttiom Nombre. Situation. Connexion, Temperamëh Vfagè, Confifiancih Du Cœur. C h a p. XI. E Cœur (qui eft domicile de l’ame,organe de la faculté vitale,principe de vie,fontaî- de l’efprit vital & de la chaleur naturelle fluante , & pourcepremier vi- V75 uant ôc dernier mourant ) à caufe qu’il deuoit auoir moüuemét de foy mefme,eft fait féL de chair grofle & dure , Ôc plus folide qu’autre de tout le corps ; laquelle eft tiffuë de trois genres de fibres , à fçauoir droites en fa partie intérieure , defeendant de fa bafèen fa partie aiguë , pouriceluy dilater ,ôc confequcmment introduire fang de la veine Cane afcendantc,&: efprit ou air des poulmons par l’artete veineufe.il a aufii fibres rranfuerfes en la par- tie extérieure, qui coupent & diuifent en angles droits les fufdics pour relerrer ledit cœur, ôc re- poufter l’efprit vital en la grande artere nommee Aorca, ôc le fang bilieux aux poulinons pour leur jaourriture,par la veine arterieufe. Semblablement il en a d’obliques , mi Tes ôc fituees entre ces deux , pour retenir le fang ôc l’air* introduits par les fufdits vailleaux, iufqu’à ce que ledit Cœur ait faiél Ton profit ôc deuojr,& qu’il Defci'tptîon . du Ccsun Le croifiefme Liure, iouïfte de ce qu’il a attiré. Or toutes ces fibres icy font leur ablion, fe retirans vers leur principe,  comme les droites en fe retirant de la poinble du cœur vers fa baie, au moyen dequoy iceluy eftant dilaté par cefte retradion des fibres eft fait plus courr,mais plus large en Ton milieu 8c corps : tout ainfi qu’à la retradion des tranfuerfes , il eft faid plus long 8c plus grcfle en fon corps 8c milieu 8c par la retradion des obliques , il eft aucunement enfoncé 8c comprimé du cofté qu'il regarde les Vertébrés du dehors au dedans,ce qui appert principalement vers fa poinde. Sa quantité eft allez notable,toutesfois aux vns plus grande, aux autres plus petite , pour la variété de la complexion 8c température des hommes plus froids ou plus chauds , ainfi qu’a efté dit du foye. Sa figure eft pyra- midale, à fçauoir large en fa bafe, 8c eftroitte en fa poinde.Il eft compofé de chair fort folide 8c la plus dure du corps , comme il a efté did, laquelle a efté illec engendree par effufion de fang à la propre génération comme des autres vifeeres , fur la diuifion 8c racine de tant de vaillèaux. Car, comme tu fçais,le fang eftant vn peu plus defléichc que ccluy du foye, par cefte deficcation 8c éla- boration de genere en fubftance charncufc,comme tu peux voir aux vlceres caucs,tout ainfi ques’i/ eft encores defeiché d’auantage, il dégénéré en fubftance femblable au cuir. Il eft fait aufli de vei- nes 8c arteres nommées Coronales,lefquelles luy font baillées ou delà veine Cauedu cofté droid, ou du cofté gauche fur liftuë de l’artere Aorta tout fur fa bafe. Quant aux nerfs, il n’appert point au fens de la veuëcn auoir d’autres que ceux qui luy pcuuent eftre baillez auec la tunique venant de la Pleura : toutesfois i’en ay trouué aux belles brutes qui ont grand cœur , mefme à celuy d’vn pourceau,alIcz notables 8c apparens deftbus les veftiges de la greffe , laquelle couure tous les vaif- feaux,& bas du cœur : les accompagnant par tout leur chemin,pour la conferuation de leur humi- dité fubftantifique, qui pourroit eftre confumee par la grande chaleur dudit cœurdaquelle chaleur autre qu’elementairc , permet qu’icelle grelfc foit engendree fur les fufdites parties par froideur naturelle : chofe digne de grande contemplation. Il eft fenl 8c vnique : fitué fur la quatriefme ver- tébré du Mctaphrene, le plus fouuent,qui eft le milieu du Thorax : toutesfois aucuns cuidcnt qu’il foit plus incliné au cofté feneftre,parce qu’on y fent le battement : mais cela aduient à caufe de fou feneftre ventricule,qui eft fource des arteres, auquel fe fait grande pulfation. Or Nature l’a rnis 8c placé en tel lieu,à raifon que telle partie eft la plus affeuree 8c mieux remparee de toutes les parties du corps : d’auantage il eft cnueloppé de toutes parts des poulinons comme d’vnc main. Sa conne- xion eft auec les fufdites Vertebres, 8c par fes parties compofantes auec celles d’où il les a, 8c auec les pbulmons par la veine Arterieufe, 8c artere Veineufe, & vniuerfellement à toutes les parties du corps par les arteres qu’il leur diftribuë. Son tempérament eft chaud 8c humide, comme toute au- tre partie charnue. Quant à fon ablion, c’cft premièrement de préparer le fang en fon dextre ven- tricule pour la nourriture des Poulinons. Et pource a dit Galien, que ce dextre ventricule a efté fait 8c ordonné de Nature pour la neceffîtc 8c vfage des Poulinons. Secondement,de faire l’efprit vital en fon ventricule feneftre, pour l’vfage de tout le corps : lequel efprit n’eft autre chofe qu’vne fub- ftance'raoyenne entre fang 8c air, propre 8c conuenable à la conferuation de la chaleur naturelle fluente : à caufe dequoy eft appelle vital, c’eft à dire, conferuateur de l’auteur de vie , enclos en nos cœurs, qui eft la chaleur naturelle préparée à vn chacun,laquellc nous pouuons comparer à la flamme d’vne lampe, 8c l’efprit à l’huille. Et voyla ce que tu peux confiderer extérieurement du cœur. Quant àl’interieur, il faut outre les chofes fufdites contempler les Ventricules , 8c parties G contenues en iceux, & entre icenx , qui font les Valuules , Orifices, 8c vaiffeaux appartenantes à iceux, auec leur diftribution dans les Poulmons,& Entre-moyen, fans oublier les deux Epiphyfes du Cœur, nommées Oreilles d’iceluy à raifon de la fimilitude qu’elles ont aux oreilles : lefquelles nous pourfuiurons premièrement, pource qu’elles appartiennent tant à l’cxterieur qu’à l’interieur. Et pour conmencer , faut entendre que cefdites oreilles font de fubftance molle 8c ncrueufe , tiflue de troisjgenres de filamens:afin que par leur mollcffe 8c fubftance ncrueufe plus promptement peuf- fent enfuiure le mouuement du cœur, & par ce moyen rompre l’impetuofité des matières appor- tées audit cœur lors qu’il fe dilate : lefquelles autrement par leur entree violente eulfeut peu telle- ment remplir le cœur qu’elles l’euftent fuffoqué. Et noteras qu’elles ont efté ainfi ordonnées de Nature, 8c faibles de telle capacité , afin qu’elles peuffent ( comme vne defpenfe ) receuoir le fang ou air , qui durant le temps du Diaftolé, pourroit eftre introduit au cœur, afin que par après ledit cœur en puüfe iouyrà fon aife, 8c en telle quantité qu’il luy eft befbin, en le prenant defditcs oreilles , ainfi que bon luy femble. Et fi tu demandes fi lefditcs matières font feulement introdui- tes dans ledit cœur au Diaftolé pour euiter vacuité : le te refponds que nom. Car telle introdu— blion fe fait aufli par la chaleur dudit cœur,laquelle attire lefdites matières, comme la flamme d’v- ne chandelle attire le fuif, 8c l’air ambienc pour fa nourriture. Lors que le cœur fc dilate,il attire l’air, 8c quand il fe comprime,il l’cuacue : 8c tel mouuement fefait par fa vertu naturelle,& le mou- uement des poulinons par la faculté animale. Aucuns adiouftent vne troificfme caufe, nommee Similitude de toute fa fubftance : mais félon mon iugemenr,elle fert 8c appartient pluftoft à l’attra- blion , qui eft faible pour la nourriture du Cœur par fes veines Coronales que pour lintrodublion des fufdites matières, ablion commune 8c needfaire à tout le corps. Quant à leur quantité, elle eft différente : car la dextre eft beaucoup plus grande 8c plus capable que la feneftre, pour la réception déplus grande quantité de matière. Elle font deux en nombre , vne de chacun cofté : fituees à la bafe du cœur : la plus grande, contre l’entrec de la veine Caue dans le cœur : la plus petite, contre l’entree de l’artere Veineufe,& grande artere, auec lefquelles parties font annexées. Leur vtilité eft telle que nous auons dit cy-deuant, à fçauoir pour en receuant les matières introduites au cœur par le DiaftoIé,rompre la vehemence 8c impetuofité d’icell es: Aufli pour fouftenir 8c feruir de couf- fins à l’artere Veineufe 8c grande artere, qui eftans de fubftance plus délicate, n’euffent feeu porter la vehemence d’vn mouuement fi rapide, queft celuy du cœur. Quantité. Figure. Compofitim. Nerfs du eteur. Nombre, Situation. Connexion. Temperamet. Aftion & vtilité. Que e'efl quefprit •vital. Des oreilles. Leur fub- fiance. Vfage. Caufe s de VintreduBio de l'air & du fang dans le cœur. Quantité. De l’Anatomie. Des ventricules du Cœur. C h a p. XII. *L faut maintenant venir aux ventricules du Cœur , lefqucls font deux en nombre, à fçauoir l’vn dextre,5c l’autre feneftre,feparez 5c diuifez par vu Entre-moyen char- d’efpeflèur allez notable, apparant tant de fon collé dextre que feneftre,troüé par plufieurs endroits en fa fuperficie : jaçoit que lefdits trous ne pénétrent point au feus de la veuë d’vn collé à l’autre. Or de ces deux ventricules le dextre eft plus fpacieux,grand 5c capable,5c enuironné de chair plus grelle 5c molle que le feneftre qui eft au dou- ble 5c triple plus cfpés,5c fa capacité moins ample.Et la caufe a efté,poi|rce que le dextre ventricu- le deuoit eftre réceptacle du fang apporté,5c introduit par la veine Caue, lequel deuoit eftre diftri- bué tant aux Poulinons par la veine Arterieufe pour leur nourriture, qu’au ventricule feneftre par l’Entre-moyen , en forme de refudation, pour la continuelle génération de l’elprir vital. Il a donc fallu qu’il y euft allez grande quâtité de fang,5c confequemment,efpace fuflifant pour le reçeuoir. Et pource que ce fang contenu au dextre vétricule eftoit encores gros 5c efpés, il n’a eu befoin d’e- ftre enuironné de chair fi efpeflè que celle du feneftre , lequel nature a ainfi ordonné , de peur que l'efprit vital,fort fubtil 5c aëré,auec la chaleur naturelle fluente,ayant d’illec fon origine 5c fource, £ ne s'exhalait, pénétrant ladite chair, fi elle euft elle autant deliee qu’au dextre. D’auantage, cedit Ventricule a efté fait plus petit afin que l’efprit 5c chaleur fuflènt mieux vnis, 5c confequemment rendus plus forts,félon le dire du Philofophe, qui eft,que la vertu bien vnie en foy, eft plus forte que celle qui eft efparfe : ou bien fi tu veux, pource qu’il n’eftoit requis fi grande quantité d’efprit, que de fang:veu que l’efprit au refped du fang, eft tel qu’en fa petite quâtité il peut autant ou plus que le fang en la fienne grande. Parquoy concluant ce propos, ie dy qu’il y a deux ventricules fepa- rez par vn Septum ou Entre-moyen,ou Mur-metoyen,vn dextre, 5c l’autre feneftre , dont le dextre eft deftinc à la préparation 5c élaboration du fang,pour nourrir les poulinons, 5c engendrer l’efprit vital,comme les poulinons pour la préparation de l’ainlefquelles elaborations de fang 5c air eftoiét neceflaires, fi le dire des Médecins eft vray, qu’vne chacune chofe veut eftre nourrie 5c entretenue par fon feinblable, comme les poulinons rares, flaues 5c fpongieux, de fang femblable : 5c le cœur gros , de fimg femblable : au moyen dequoy ces veines Coronales luy ont elle baillées de la veine Caue , afin qu’il en peuft efpuifer comme d’vne defpenfe , déplus conuenable à foy ,5c ainfi del’ef- prit.Le feneftre eft fait pour l’elaboratiô de l’efprit vital,5c côferuatio de la chaleur naturelle fluéte. Nombre. Mur metojt, Quantité. Pourquoy le dextre ven- tricule eft plus grdJ (y pim rare qm le feneftre. Vtilitê, Le cœur eft nourry de [dg e labouré en [es ventùcti* Us. Des orifices & vdmles du Cœur. C H A p. XIII. HP r e s ces Ventricules faut confiderer les Orifices & Valuules d’iceuxdefquels Ori- fices font quatre en nombre,deux au dextre Ventricule,ôc autant au feneftre. Des deux premières le plus grand baille entrce à la veine Caue dedans leCœur,ou au fang por- té par icelle : & le plus petit ifluë à la veine Artcrieufe , ou au fang bilieux porté par icelle pour la nourriture des poulmôs.Des autres deux le plus grand baille ifluë à l’ar- tere Aorta,5c à l’efprit vital d’iftribué par toutes les parties du corps:5c le plus petit,entree 5c illuë tant à l’artcre veineufe,que matière apportée 5c chaflee par icelle, Et pource qu'au Diaftolé, c’eft à dire,dilatation du cœur,il eftoit requis,qu’introdu6lion de matière fuft faite par vn orifice en cha- cun ventricule, comme au dextre par le plus grand, 5c au feneftre par le plus petit, tout ainfi qu'au Syftolé,c’eft à dire conftriëlion,cxpulfiondefdites matières de chacun ventricule par fon autre ori- fice.A celle caufe Nature a mis aux fufdits orifices onze Epiphyfes,fçauoir fix au dextre ventricule, trois en chacun orifice 5c cinq au feneftre,trois au grâd orifice,& deux au plus petit, pour laraifon qui te fera dite cy-apres.Et font telles Epiphyfes différentes en plufieurs chofes j Premièrement en action : caries vns apportent matière au cœur,les autres lesempefehent d'y rentrer lors quelles en font Tordes. Secondement en fituationrcar celles qui apportent, viennent du dehors au dedans : les autres qui expellent,du dedans au dehors.Tiercemcnt en figure : car celles qui apportent,font quafi de figure pyramidale, 5c celles qui empefehent l’introdudion, font faites à la fimilitude d’vn grand ( C j Romain. Quartement en fubftance ; car les premières des fufdites font en leur plus grade par- tie charneufes ou tilfuës de filamens charneux, definens en vne petite tuberofité charneufe vers la poinde du Cœunles fécondés font totalement membraneufes.Quintemét en nombre:car celles qui apportent,ne font que cinq,trois au dextre ventricule fur le grand orifice, 5c deux au feneftre fur le petitrles autres font fix,trois à chacun ventricule fur l'autre orifice. Finalement en motionrcar les D charneufes s'ouurent au Diaftolé pour introduire fang ou air,5c au Syftolé fe ferment pour retenir les matières introduites du tout,ou en la plus grande partie : 5c les mcmbraneufes,au contraire,au Syftolé s’ouurét pour lai lier, for tir le fang 5c l'efprit du cœur aux parties exterieures:5c au Diafto- lé fe ferment entièrement, ou peu s’en faut pour défendre que lefdites matières eftans chaflees de-y hors n’y r’entrent.' Où noteras pour laconclufion de ce propos,que Nature n’a mis que deux val- uules à l'orifice de l'artere Veineufe , pource qu'il eftoit neceflàire que ccdit orifice fuft toufiours ouuert,oudutout,ou pour le moins en vne tierce partie, afin que l’air fuft continuellement par ceft orifice introduit en l’infpiration,&par cemefme chafle hors auec les excremens fuligineux en l’ex- piration.Et de ce nous pouuons conclurre , que de l'air introduit par cedit orifice tout ounert,n en eft reietté que la tierce partie en l’expiration, veu que Nature ne luy a laifte pour fon ifluë que la tierce partie de l’orifice : parquoy l'expiration 5c Syftolé des arteres 5c cœur doit eftre plus briefue que l’irtfpiration, en forte que nous pouuons dire l’infpiration eftre auftî longue que l’expiration, jointe auec le repos qui eft entre ces deux raouuemens : 5c pourtant nous auons dit , qu au Syftolé lefdites Valuules charneufes fe ferment du tont,ou pour la plus grande partie. * * — J • fi * / . « timbre. Il y a onze Epiphyfes oit Valuules an cœur. Qui ne voit lefdites val- uules , il efi impcjfible les poauoir en- tendre. Annotation. Lu conftrî- Bien eft plus hriefue que la dilatatia. Le troifiéme liure Bifirihution de U veine Arterieufe , & artere Veineufe. C H a p. XIV. H■ Y a n t démon ftré jiau cy-deuant l'origine d’vn chacun vaifteau , refte à déclarer leur diftribution, qui eft telle qu’il s’enfuit. Chacun des deux forçant de fou propre Ventricule, à fçauoir dextre &: feneftre,fe diuife en,deux infîgnes rameaux : l’vn ten- dant à dextre, éc l’autre à feneftre, en forte que les deux plus infîgnes fc croyfent en gai forme de la lettre Grecque ( X ) venant l’vn du dextre au feneftre, &c l’autre du fene- ftre au dextre: la veine par delîiis l’artere, comme tu peux mieux voir à l’œil, qu’entendre par liure. D’auantage, les deux fufdits rameaux d’vne chacune fur l’entree des poulmons , fc diuifenc encore en deux autres infîgnes qui s’en vont chacun à fon lobe des poulmons iceux encor en pîu- Jfîeurs autres , & prcfqueinfinis , diftribuez de trois coftez par iceluy , ainfi que tu pourras vofr,fi tu veux prendre peine d’y regarder. Or eft à noter que ces vaifFeaux font ainfi appeliez pour la tranfmutation qui eft faiétc de veine en artere , Ôc d’arterc en veine , pour la commodité de la vie. Nature eft incomparablement fage d’auoir changé les tuniques des vaifFeaux du poulmon, faifant la veine comme l’artere , «5c l’artere comme la veine.Car fi la veine Arterieufe euft retenu fa propre nature de veineje fang bilieux fubtilié dedans le cœur,qui eft porté par icellc aux poulmons pour leur nourriture,fe fuft peû euaporcr par la tenuité de ladite veine. Dauantage,Nature n’euft peu ve- g nir à fon intention, qui eft de nourrir les poulmons dudit fang, àraifon de la continuelle agita- tion d’iceluy faiéle dedans ladite veine par leDiaftolé &c Syftolé des poulmons ; comme ainfi foie que l’aliment ne fc puifte agglutiner & aflimiler à la partie qui en doit eftrc nourrie, s’il n’eft fixe, ferme & ftable , & toufiours prefent & adhérant à icelle. Ce que Nature preuoyant a conftitué ce- fte veine aufïi folide &c dure , afin que demeurant immobile au mouuement des poulmons ( l'en- tends au regard qu’elle euft fait', retenant la nature de veine ) ils eufFent l’aliment qui les fuiuift en toutes leurs motions,fans qu’au Diaftolé il fuft attiré par iceux , ôc au Syftolé chaffé vers le cœur. Quant à l’Artere, iedy qu’elle a pris nature de veine,afin que par fa moleftè promptement & faci- lement elle fe peuft ferrer & dilater félon l’exigéce de nature,pour apporter l’air au cœur,8é en rap- porter la vapeur fuligineufe d’iceluy,&: du fang,& efprit necefîàire pour leur vie. ÏI fe prefenre icy vne fçauoir par quelle voye le feng eft porté du ventricule dextre au feneftre. Galien a eftimé, qu’en la paroy d’entre-deux y a des trous : & certes il y a quelque commencement defdirs trous, mais ils ne paflent point tout outre. Parquoy Columbus a inuenté vne nouuelle voye , & a eftimé que le fang entre du dextre ventricule au poulmon par la veine Arterieufe , non feulement pour nourrir ledit poulmon, mais aufïi pour y eftre elabouré , & de là porte par l’artere Veineufe au ventricule fencftre,laquelle ne fert feulement d’introduire l’air à ce ventricule,mais aufïi le fang. Cefte opinion eft fort probable. Botallus en fon traiélé De catharro, a trouué & premièrement in- uenté vne tierce voye , à fçauoir vne veine,laquelle il appelle,Vena arterlarum nutrix, &c fe trouue q vn peu par delfus la coronale près de l’oreille dextre,& s’en va en l’oreille gauche,& entre au cœur, l’ay grande doute que cefte veine obferuee par Botallus,ne foit le vaiiFeau,lequel Fallopius a obfer- ué,commençant à parler des arteres,par lequel la veine arteriale eft joinéfce à l’Aorta, & par lequel tout le fang vital eft porté pour former & nourrir les poulmons,cependant que l’enfant eft au ven- tre de la mererduquel aufïi aparlé Galié,& toutesfois depuis luy n’a efté obferué que par Fallopius. Oeuure ad- mirable de nature. Pajfage des matières du dextre ven- tricule au feneftre. ’Betaîlw. Au liu. i y. chap.6. De vfu par- tium. Bifirihution de la veine Caue afeendante oh montante en haut. C H a p. XV. Au liure de la Confor, de l’enfant. A veine Caue fortant de la partie gibbeufe du Foye , ramaftee en forme d’vn tronc $1 wrO d’arbre ( ainfi que nous pouuons comprendre par le dire de Galien ( des rameaux Ü diftribuez par toute la fubftance du Foye,de la plus grande partie de la veine Ymbi- €| licale,qui entre par la partie caue d’iceluy,pour illec faire & conftituer de fa plus pe- , tite portion la veine Porte,&dela plus grande, la Cane , fe diuife en deux-rameaux infîgnes Sc inégaux , comme nous auons dit au premier liurerdont le plus grand defeend par la par- tie pofterieure du Foye fur l’Efpine comme tu as entendu,receuant quelquesfois en defcendant,cer- tains rameaux de la fubftance du Foye, qui n’ont efté ramafïèz au grand tronc entièrement. Quei- quesfois tu trouueras ce tronc couuert de la fubftance du Foye plus ou moins iufques fur l’Efpine, çù il le laiflè : en forte qu’il ne femble extérieurement fortir du commun tronc auec l’afcendante, jaçoit qu’il le face toufiours. L’autre rameau d’icelle, & plus petit, monte aux parties fuperieures, fc diuifant en la maniéré qui s’enfuit. Premierement,montantpar le Diaphragme vers la Tefte,di— ftribue en iceluy deux petites veines,vne de chacun cofté, à caufe dequoy font diéles Diaphragma- tiques.Secondemenc,eftant paruenuc à la dextre oreille du cœur,elle fait les Coronales,ainfi nom- ,mees,pource qu’elles enuironnent le cœur en forme de couronne, Ticrccment eftant entrée & en-* foncee dedans ladite oreille par fa plus grande partie, produiél la veine Arterieufe. Quartemenr eftant montée au deffus du cœur,elle conftituë & fait du cofté droidl la veine nommée Azygos, la- quelle defeendant fous la quatriefme cofte(contant de haut en bas) nourrit les mufçlcs interco- ilaux,&: membranes tant d’vn cofté que d’autre, des huiét coftes inferieures,diftribuant entre cha- cun mufcle de fa membrane,tout joignit la partie inférieure delà colle, vn rameau fufîîfant pour la nourriture dcfdites parties.Quelquesfois ôc le plus fouuent aux petites gens, cefte veine nourrie entièrement toutes les coftes,par certains rameaux qu’elle enuoye dés fa defeente aux quatre fupe- rieurs.Quelqucsfois aufli,raais peu fouuent,elle fe trouue double,vne de chacun cofté:& alors cha- cune nourrit fon cofté. Icy faut noter fingulierement, que cefte veine Azygos ayant nourry toutes les coftes, fon refte defeend fous le Diaphragmc,& du cofté gauche fe con joinél auec l’Emulgente; aux ailes du nez , 6c de lents mufcles : femblablement au grand angle des yeux ( i’entends toufiours chacun de fon cofté ) au front, 6c autres parties de la face: faifant à la parfin fut la partie anterieu-- re du front, vnis enfemble , la veine nommee Reiïa, ou Promis, Le quart montant par les glan- des delTbus l’oreille, après leur auoir baillé plufieurs rameaux , fe confomme encore en deux plus infignes : lefquels l’vn deuant 6c l’autre derrière l’oreille , fe perdent au cuir de la telle. Le quint 6c dernier payant par toute la bafe de la telle 6c au cuir mufculeux, s’en va à l’Occiput faire la veine Pupis, laquelle s’eftendant le long de la telle félon la future fagittale , s’en va vnir auec celle du front, chacune de fon collé : laquelle vnion fait que fi ladite telle eft malade exté- rieurement en fa partie antérieure ou pofterieure, pour la reuulfion de la matière faifant telle ma- ladie , nous incifons l’vne ou l’autre. Et noteras , qu’en aucuns Crânes ladite veine Pupis enuoye quclquesfois par l’vn ou plufieurs trous allez infignes, vnc portion de foy à la telle intérieure- ment , par laquelle peut eftre faite euacuation 6c reuulfion de la matière , qui intérieurement la molefte. Parquoy concluant ce propos, ieprieray tout homme qui femellera des dilfedions, que fl d’aduencure il trouue autrement ces diuifions de veines , pour cela il ne s’en elmerucille. Car Nature en la, diftribution des vailfeaux eft fi diuerfe, qu’a peine la ttouue-on femblable en deux ou trois fujeds, ainfi qu’auons dit par cy-deuam. kifercpjialé, MammelUty CerulcaUà Mtifcuîeufe^ Thoracln- qus. AxtUatre, Humerais* Jugulaire« double. Interne, lugutain terne. Vetut rectat eu FrontU, Venu F "pis* Reuul/îon pap phlébotomie en douleur dt tsjie. Le quatrielme Liure, Figure des Veines. S'enfuit la déclaration de la veine Caue: en laquelle les Charafferes marquent feule- ment vn coflé. Le tronc defeendant eft mar- qué au cofeé gauche, é1 l'a fendant au cofeé droit: duquel tu fourras iuger autant des Vautre collé. A A Monftrent les veines, lefquelles iftan-- tes de la partie gibbeufe du Foye, pro- duifent &c font le tronc de la veine ca- ne , ou creufe., B B Veines Adipcufes. C C Emulgentes ou Rénales. D D Spermatiques. »> E E E Lumbaires. F La Mufculeufe. G Diuifion du tronc aux deux Iliaques. H Veine Sacrée. I Hypogaftriquc. K Epigaftrique. L La Hontcufc. M Le Principe de la veine Crurale, la- quelle produit fix notables rameaux. N La Saphcne. O La Sciatique petite, P P Mufculeufes internes & externes. Poplitique. R La Surale. S Refte de la veine Crurale, qui S'en va iufques aux doigts du pied. T Sciatique grande. 4 V Maleole externe. Y Maleole interne. a Commencement du tronc de la veine Cane amendante, b Les Diaphragmatiques. c Ouuertitre de la veine Cane au cœur } auquel endroit la veine Arterieufe eft produite. d La Coronale. e La veine Azygos. f Le com- mencement de la Soufclauiere , qui au bras eft appellée Axillaire. g La veine Mammillaire, qui va au deuant de FEpigaftrique. h Llntercoftale. i La Ceruicale. k k Les Thorachiques. 1 La lugulaire interne. m La Jugulaire externe, les quatre rameaux de laquelle te font monftrez par 1.2.3.4. n La veine du front. o La veine Torcnlairc. p Petite veine de l’Humerairc allant cxtericutement au col. q L’Humerale qui quelquesfois prend Ton origine de FAxillaire. r Endroit de la Mufculeufe. s s Veines de THumera- le allant aux raufcles prochains de l’Omoplate. t L’Axillaire qui toft après fediuifeen la Profonde ôc Superficiaire : dont la Profonde eft marquée par r. & la Superficiairc par z. v Diuifton de F Axillaire fuperficiaire, dont le rameau interne auec l'interne de THumerale, faiét la Médiane : l’Externe s’en va le long du coude iufqu’à la main. x La Médiane, z Diuifion de l’Humcraire , dont le rameau interne ayde à faire la Médiane ; PExterne palïant par delïus le rayon , va faire la veine Saluatelle. Dijlnbution des nerfs de la fixiefme coniugaijon. Chap. X Y I. Ovrce que la diftribution de l’artere ne fe peut commodément monftrer fans gaÆer Wi ôc rompre les nerfs distribuez parmy.le Thorax : à celle caufe anant que procéder en $$ icelle, nous les pourTuiurons le plus bref qu’il nous lèra polîlble. Et pour commencer, tu entendras que lefdiéls nerfs font trois parties en nombre, prouenans de la lîxiefme coniugaifon , laquelle après eflre fortie du Crâne , baille en defeendant au Thorax, certains petits rameaux,à aucuns mufcles du Col, du Larynx, & aux trois montans, tant d'vn collé que d’autre du Sternon,&: des Clauicules en haut: puis le demeurant à l’endroit des Clauicules defeendant dedans ledicfc Thorax,fe diuife dechacû collé en trois parties : dont la première fait le nerf nommé Collai, la feèondc , le Récurrents ou remontant : la tierce, le Stomachique. Ou ru noteras que le premier eft appelle Collai, pource qu’il defeend par la racine des colles iufques à l’os Sacrum,fe communi- quant mutuellement auec ceux qui forrent de chacune vertebre de l’efpine : ôc fedillribuent chacun de fon collé aux parties naturelles, comme nous auons dit. L’autre ell dit Recurrens : pource qu’il recourt & remonte du Thorax en haut. Où tu entendras,que ces deux nerfs Recurrens ne recou— tirent point de mefme lieu, ains le dextre remonte de dcllbus l’artere nommée d’aucuns Axillaire NerfCoJial. Kerf récur- rent. de l’Anatomie. 119 A dextre,des autres Soufclauiere:& le feneftre par ddTbus le grand rameau de l’artere defeendante aux parties naturelles ; 8c montans chacun de Ton cofté latéralement le long de la Trachee artere iufqu’au Larinx, de là JeJettent par les aides du cartilage Scutifbrmc,autrement nommé Thyroïde dedans les muiclcs propres,ouurans 8c fermans le Larinx. Tant plus les nerfs font proches deleur origine, à fçauoir du cerneau ou delà nucque,&plus font mois : au contraire, tant plus ils en font loing,& plus font durs 8c robuftes:& voila pourquoy nature a fait la reflexion aux nerfs recurrcns, afin qu’ils fulîènt plus forts à faire le mouuement des mufcles du Larinx. Le tiers fe nomme Sto- machique ,pourcé qu’il defeend à i’eftomach ou ventricule. Cetuy~cy (i’entends de chacun cofté) defeendant par delîus les Lobes des poulinons par les parties latérales de l’Oefophague diftribué plufieurs rameaux de foy aux poulmons interieurement,& à leur tuniquc,& audi au Péricarde,& au cœur:& s'approchant de Poriftcefuperieur dudit ventricule ou eftomach,fe confomine en pludeurs rameaux, lefquels fe criofans en pludeurs 8c diueiTes maniérés , tiflént principalement ledit orifice de|reftomach,pource qu'il eft le lieu de Pappetit &: faim animalc,& eft fait comme iuge des chofes profitables & nuifibles audit ventricule : 8c puis âpres font efpars par tout le corps dudit ventricule; fauf qu’aucuns de fes rameaux defeendent extérieurement du ventricule au Foye , & à la velîîe du ficljdonnant & baillant largement à chacune partie ce qui leur en eftoit raeftier , comme vn hom- me libéral, foigneux 8c magnifique. Icy faut noter,que le ftomachal (de chacun cofté vn ) defeend attaché & adhérant à l’Oefophague,& en defeendant fe diuife en deux rameaux, defquels Pvn va au ® cofté oppofite pour fe ioindre auec le nerf dudit cofté : &faut noter que le dextre monte par déf- ilas l’Ocfophaguej& le gauche par dellbus, de façon que de deux ftomachiques s’en font qüatre,& de quatre deux , comme il fe peut fnonftrer par la figure cy-aprcs declaree. pourquof na- ture a, fait les nerfs ré- current. Nerf S ton: à- chique. Diutfion des Arteres* Ghap. XVI L Arîerss Corcnales du Cveut. 'Artere fortant du feneftrc ventricule du cœur 8c de Ta baie, ou fondement,comme t'a efté dit ( après auoir faiét les deux autres Coronales diftribuées par le cœur , ainft ® que nous auons dit des veines Coronales} Te diuife tout incontinent en deux ra- 4| meaux inégaux : dont le plus gros defeendant aux parties inférieures de Ton origine., diuife ainft que t'a efté dit au premier liure. Le plus petit tout foudain après montât aulïï aux parties fuperieures de Ton origine,fc diuife encores en deux rameaux inégaux : dont le plus petit monte du cofté gauche, fans faire aucune diftribution de foy iufqu'à la première cofte du Thorax, auquel endroit prenant le nom d'Artére Soufclauiere, fe diuife en la maniéré que s'enfuit. Premièrement elle produit l'Intercoftale, par laquelle elle donne vie aux trois mufcles In- q tercoftaux des quatre coftes fuperieures,6c à leur appartenance. Secondement elle fait la Mammil- laire,la diftribution de laquelle cft toute femblable à celle de la veine Mammillaire. Tierceinent elle fait la ceruicale , laquelle monte par les apophyfes tranfuerfes, tout le long du col iufqu'à là Dure mere du cerueau,faifant telles 6c femblables diftributions de foy,que la veine ceruicâlejauec laquel- le elle monte-.Quartement,iftànte du ThoraX,produit de fa partie pofterieure la mufculeufe, par la- quelle elle donne vie aux mufcles pofterieurs du col iufqu'à l'occiput. Quintement, eftant du tout fortie dudit Thorax, fait l'Humerale double : dont vnepartie s'en va aux mufcles de là partie cauè de l’Omoplate : l'autre à l'articulation du bras, 6c mufcles tant illec fttuez, qü'à la partie gibbeufe de l'Omoplate. Sextcment 6c finablement,fait la Thorachique,qui cft double,à fçauoir,vhe qui s'en va aux mufcles antérieurs du Thorax, l'autre au mufcle cres-large, ainft que nous auons dit de la veine : 6c le demeurant de ce cofté fait l’Axillaire , de laquelle te fera parlé en fon lieu. L'autre ra- meau plus grand,montant du cofté droiél ainft que l'autré,iufqu'à la première cofte faiét anlïi de fon cofté la foufclauiere , laquelle outre ce qu'elle fait telles 6c femblables diuiftons de fon cofté que la preccdemc,elle en fait encor vnc autre,qui conftitueles Carotides tant dextre que feneftl*e:lefquel- îes montans fans aucune diuifion aucc le nerf de la ftxiefme coniugaifon,& veine iugulàire interne, par les parties latérales de là trachée artère,quand elles font parLienucsauPharinx/êdiuifent, cha- cune de fon cofté,en deux ramcaux,l'vn interne,6c l'autreexternc:dont l'interneplus grand 6c plus gros fe diftèmine au Pharynx,Larinx 6c à la langue:puis entrant en là tefte par le long trou,6c partie pofterieure delamafchoire fuperieure,enuoye plufteurs rameaux au ncz,aux yeux,aux mufcles tem- poraux,par de intérieure , 6c à la dure taye : 6c le demeurant dudit rameau entrant par les trous la- téraux de l'os baftlaire s'en va aux apophyfes Clinoides dudit os , pour illec faire le Plexus admi- rable tel qu'il eft : 6c puis après il fe confomme par la bafe du cerucau, fe distribuant plantureufe- ment par la Pie mere,6c la membrane Choroïde,autrement nommee plexus Choroïdes. L'externe 6c plus petit rameau s'en va aux ioucs , aux Temples, derrière les oreilles , 6c finalement enuoye vn petit rameau au mufcle long du coflequcl fe va terminer auec la veine iugulaire interne à la Dure- inere, palfant par le trou des nerfs de la ftxiefme coniugaifon. Jrteirt înt%f* cojîale. Mâfnaillairé Ceruicalé, Mufcüleùfeô Buwerale. ThorkchtqUè 3 Cahtides, plexus ad- miraH*. Le quatriefme Liure, Figure de t Ancre. Déclaration de la figure des Arteres. a Monftre l'endroit du cœur, principe des Ar- teres. b Le tronc au commencement des arteres, for- çant hors du cœur, c Mammillaire droide prenant Ton origine de la foufclauiere droide. à Diuifion des arteres en l’Axillaire gauche, ôc vn tronc droit,qui derechef fe diuife en trois rameaux. * e Soufclauiere gauche, f La ceruicale gauche, g Mammillaire gauche. h Intcrcoftale petite. i La Mufculeufe, k Axillaire ôc principe d’icelîe. 1 Rameau allant au Deltoïde, ôc quelquesfois accompagnant la veine Humerale. m L’artere intérieurement enuoyée à la partie caue du Palleron,& mufcles illec fituez. n La Thorachique. o Artere qui accompagne la veine, va le long du mufcle tres-largc. p p Les rameaux diftribuez par les mufcles du bras iufqu’au coude, r L’artere qu’on touche au poignet, s L’arterc qui palîè extérieurement entre le premier os du poulce ôc l’auant-main. t L’autre grand rameau defeendant intérieure- ment tout le long du coude iufqu’à la main, là où il eft diftribué aux doigts comme fon compagnon. C v Le tronc droit de l’artere qui fe diuife en deux Carotides qui montêt en haut,& la fbufclauie- re qui tranfuerfalement va au bras. A La Carotide dextre, en laquelle B te dcmonftre le rameau qui va à la langue, Larynx, & à la bouche. C Le rameau qui va dedans la telle interieuremêt,pour faire le plexus Choroïdes. D Le rameau montant extérieurement vers les oreilles, & toute la face. E Te demonftrc le rameau allant aux mufcles de la face. F Le rameau des temples. G Le rameau qui eft derrière les oreilles. H Le tronc defeendant vers les parties naturelles par delfiis l’efpine. 1111 Les arteres intercoftales, qui font huid en nombre. K Les Diaphragmatiqucs. L La Cœliaque. M La Mefenterique fuperieure. N Les Renales ou emulgétes. O O Les Lumbaires enclofcs entre ces deux charaderes, OO. P La fpermatique droide. La Mefenterique inférieure. R Les mufcles. 5 L’Iliaque qui s’en va à la jambe. T L’hypogaftrique. V L’artere qui s’en va aux mufcles de la felïè. X Le demeurant de l’epigaftrique, qui palîè par le trou de l’os Pubis, ôc fe finit à la cuilîè. Y L’epigaftrique. Z La crurale. 11 Les mufcles interne ôc externe de la cuilîè. 2. La poplitique. 35. Les artères des genoux. 44 Les arteres diftribuées au mufcle de la jambe, y La majeole interne defeendant entre la maleole interne iufqu’au bout des doigts, D 6 Les arteres de l’articulation du pied. 7 La maleole externe defeendant comme l’interne. 8 L’artere qui va par délions le pied. 5> La diftribution des arteres par le pied inférieur à tous les doigts. Nota qu'il y a beaucoup plus de veines que d'artere s, aujfifont-elle s beaucoup plus infignes & greffes : car pour conferuerparfaitement la chaleur naturelle , les parties n'ont pareil befoin des înfiruments dedîez. a cet vfage. Orf ornent on trouue des veines fans arteres 3& iamais les arteres fans veines. Nous entendons îcy l'ar- tere ejire accompagnée de veines3nonpas quand elle l'attouche, ou quelle efi comointe auec icelles par commu- nes membranes, comme pour la plufpart elles font toutes, mais quand elle efi conflruite & ordonnée pour l'v- fage d'vne me fine partie. De l’Anatomie De la Phagoué, autrement difte Thymus, Chap. XYIII. BA Phagouc eft vne glande de fubftance fort molle, rare 5c fpongieufe : de quantité allez notable : fituee fur les parties fuperieurcs du Thorax, entre les diuilions des veines 5c artères foUfclaLiieres ouiugulaires, qui font faites d'icclles, encorcs con- tenues dedans ledit Thorax ; ôc ce afin quelle leruift de dcffenfe,t'ant à la veine qu à l'artere,à l’encomre de l'os du Thorax : 5c d'auantage, afin que telles diftributions de vailfeaux fufient confirmées 5c enforcies, ainfi que nature a ordonné eftre fait en toutes autres infignes diuifions. On la trouue fort notable 5c apparente aux belles 5c ieunes gens, mais à l'homme qui eft parue- nu à fon aage, elle n'appert plus, ou bien peu. Suhfiancè Quantité* Viîliré, De U Trachée artere. Chap. XIX. ’Ensvit maintenant la Trachée artere laquelle cftant inftrument de la voix 5c de B re^piradon » eA fubftance cartilagineufe 8c ligamenteule, 5c de plufieurs pièces: car fi elle euft cfté toute d’vne pieçeôc le Larynx, ils n'eufiènt feeu fe dilater 5c com- primer, fermer ny onurir,ny former la voix qui fe fait de volonté, principalement par les mufcles du Larynx. Icelle eft de quantité aflèz grande,5c figure ronde 5ccreu- fe. Sa compolîtion eft de veines procédantes des lugulaires internes, 5c d’arteres venantes des Ca- rotides,5c nerfs venans des Recurrens,5c de double mcmbrane,vne externe 5c l’autre interne : l'ex- terne venant du Periofte,l’ifiterne plus forte & cfpefle, 5c tifluc de fibres droites, delà tunique in- terne de la bouche, qui eft commune auec l'interne de l'Oefophague , 5c de cartilages annulaires, toutesfois incomplettes, rangées en forme de Canal, 5c liées ainfi par ordre i'vne auec l'autre par ligamens fortans mutuellement tant de leurs parties latérales, que de leur extrémité : lefquels liga- mens font 5c accompliflent le relie du circuit de ladite Trachée artere, eftans couchez fousi’Oefo- phagne. Ce qui a efté fait, afin que cefdits ligamens pendent obéir 5c bailler lieu fe contraignans vers le dedans de ladite Trachée artere, lors principalement qu'on tranfgloutit les viandes folides ôc mal mafehées. Or de ces deux genres de ligamens qui font aux cartilages de la Trachée artere, les vns attachent les anneaux enfemble,qui font qu'elles s’alongent: les autres qui acheuentleur rondeur font qu'elles s’eflargiflènt. Les fufdits ligamens font par dedans, 5c les cartilages par de- hors , afin qu'ils nefuflent bleflcz des chofes externes , 5caufli qu'ils euflent à obéir à la tranfglu- tion du manger 5c boire. Or fi les annelets euflent cfté tous cartilagineux, ils euflent engardé le C paflage des viandes qui partent par lemery ou Oefophaguc, en le comprimant, quand on auallc quelque gros morceau. Et noteras , que par la communion destuniqnes internes, tant de la Tra- chée artere que de l'Oefophague, pour la commodité de leur aélion, quand l'vn deualle 5c fe bail- le , l'autre monte, ainfi qu'vne corde autour d’vne poulie : comme quand l'Oefephague fe baille pour aualler quelque chofe, la Trachée artere fe haufle : 5c au contraire quand par vomiflemenc l'Oefophague monte, ladite Trachée artere defeend 5c fe baille. Elle eft vnique ou feule , fituée entre le Larinx ( duquel elle prend fon origine) 5c les poulmons, aufquels elle define , fe diuiiànt premièrement en deux grands 8c infignes rameaux, tendans l'vn à dextre, 5c l'autre à feneftre : Sc vn chacun d'iceux entrant en lafubftance des Poulmons, fe diuife encores en deux autrement diftri- buez particulièrement à vn chacun Lobe ,5c iceux encores en autres infinis, par toute la fubftance d'iceux. Et font trouuez tous ces rameaux cartilagineux, iufquà leur extrémité, eftans fituez entre les rameaux de i'artere Veineufe,5c veine Arterieufe, afin que promptement 5c facilement ils peuf- fent communiquer 5c enuoyer l’air au cœur par I’artere Veincufe, ou receuoir les excremens fuli- gineux, 5c prendre nourriflement de la veine Arterieufe. Et par ce moyen elle eft annexée auec les fufdiéles parties par fes extremitez, 5c par fes autres parties conftituantes auec celles d'où elle les a. Son tempérament eft froid 5c fec. Son aélion 5c vtilité eft d'apporter l'air aux Poulmons, 5c au cœur, en fe dilatant, 5c rapporter l'air fuligineux en fe comprimant, 5c reflerrant fes Car- D tilages l’vn contre l'autre. Suhfiance Quantité. Figure. Cowpcjitîcn, Miracle d% Nature, * Nombre. Situation, Connexion. Temperamet, Vtilité. Le quatrième Liure, Elguee de la Trachée artere 3 ou chiflet. A Demonftre vn petit corps glanduleux nommé l’Epi- glotte, qui fe couche par fur le chef de la Trachée arterejpour prohiber qu’en la déglutition rien n’entre en ladide Trachée artere. B Le cartilage nommé Scutiformc,. C La Trachee artère annullée comme tu vois. D D Les deux glandules fituées aux parties latérales du commencement de la Tradiée artere. E E Les nerfs de la fixiéme ôc feptiéme coniugaifon paf- fans par le Thorax,&; allans au Ventre inférieur pour illec le refpandre par toutes les parties. F Le nerf dextre Recurrens fous l’artere Axillaire le long de la partie latérale de la Trachée artere iufques aux mufcles propres du Larynx. G Le nerf feneftre Recurrens par fous le tronc defeen- „ dant deVartere. " H H Les deux nerfs Recurrens couchez le long de la Tra- chée artere. II La diuihon de la Trachée artere en deux rameaux, le dextre pour aller aux Poulmons dextres,ainfi de l’au- tre: lesquels deux rameaux fe diuifent en plufieurs autres, comme tu vois. K L1 orifice de la grande artere fortant du coeur. L Les arteres Coronales dudid cœur. M La grande artere defeendante aux parties inférieures. N N L’intercoftale grande allant aux mufcles Intercoftaux, O L’Arterc foufclauiere gauche. P Le tronc afeendant de L Artere, qui fe diuife en trois rameaux. CL, L’Arterc Axillaire dextre. R R Les artères Carotides, tant dextre que feneftre. De l’Oefophagne. C H A p. XX. ,Oesophagve( voye du manger & boire eft de fubftancc moyenne entre chair Üd & ner^> * rail'011 qu’il eft compofé d’vne membranenerueufe, & l’antre charnue. La nerueu^e lîfuée au dedans,& continuéeauec la tunique de la bouche iufqu’aux Ü fajiiiàj» léures ( au moyen dequoy les léures tremblent aux maladies, qui fe doiuent inger par vomiftèment ) & ailîfc l’interne de la Trachée artere. EtefttilTùc de filamens droits, pour i’attradion de la viande que nous voyons quelquesfoiseftre fi fubite aux gens faméli- ques,qu’à peine on a le loifir de la mâcher ; &: eft audit endroit plus craftè & plus dure qu’en autre lieu. La charnue mife au dehors , eft tiflifé de filamens tranfucrlàux,pour accélérer tant le boire & manger, que les vomiftemens, ou vents reiettez de l’eftoinach au dehors. Ces deux tuniques con- tinuées auec celle du ventricule , tiennent vn mefmc lieu qu’icelles. Il a encores parties compo- fantes , comme veine delà veine Perte & Cane afeendante, nerfs de la fixiefme coniugaifon, & artere de celle qui va au ventricule auec la veine Gaftrique, ou des arteres amendantes en fa partie cane. Et fur tous ces vailfeaux il peut auoir vne tierce tunique venant delà Pleura. Sa quantité eft allez grande, toutesfois aux vns plus,aux autres moins, félon la variété des corps. Sa figure eft ron- de, afin qu’il fuft plus capable à tranfgloutir toutes viandes, & qu’il fuft moins aisé à eftre offensé. Il eft fitué entre l’efpine & la Trachée artere , depuis le Pharynx iufques au ventricule. Et noteras, qu’iccluy defeendant tout le long de l’efpine, quand il eft venu à la quatrième vertebre du Meta- phrcne,il fe fouruoye vers le cofté droit,pour donner lieu à la grande artere nommée Aorta,defcen- dâte aux parties inferieurcs,ainfi qu’il t’a efté dit: puis après retourne à la partie feneftre vers l'ori- fice de l'eftomach. Nature l’afufpêdu au Diaphragme par aucunes fortes mcmbranes,de peur qu’en s’appuyant fur l’artere , il n’empefchaft les efprits de defeendre aux parties balles, H eft feul ôc vnique,conioint auec les parties cy-delfus nommées,tant par fes mcmbranes,quepar fes vaillèaux. Son tempérament eft plus froid que chaud, corne toutes parties qui font plus nerueufes que char- neufes.Sonadion de vtilité eft d’attirer & apporter les viandes, ôc toutes autres chofes aualées ôc tranfglouties,& les reietter lors qu’elles font molcftes au ventricule,ou en qualité,ou en quatité,ou de toute leur fubftance. Et eft à noter,que lors que nous aualons,l’Oefophagnc eft tiré contre bas, de la Trachée artere contre-mont, qui eft caufe que nous pouuons refpirer & aualer cnfèmble : la- quelle chofe a efté faide par la grande prouidence de Dicu,le nom duquel foit loué éternellement. Suhftanr», Comf option. Quantité, Jegure. Situation, Temperatnet. Jiiïion. Vtilité, Tin du quatrième Liure. 123 TABLE DES CHAPITRES du dnquiefme Liure, de l’Anatomie. ] J ESCR1PTI 0 N générale de la Te fie. Chapitre j f C^>u cmr mufcu^eux de la tefîe 5 0 du Perlerane. Chap. ij h ) Des Sutures. Chap. iij : y 'Du Crâne, ou efîuy du Cerueau* Chap. iv y=r. *2)e la Dure & Ple-Mere. ' Chap. v 'Du Cerueau. Chap. vj *Des ventricules du Cerueau, Apophyfes mammiüairesé Chap. vij tDes fèpt coniugaijonsypaires eu couples des nerfs du Cerueau: ainjiappeliez^,pour- ce qutls font toufiours deux à deux : fauoir efl, tyn d,fz>n cofîé 0 t autre de tautre. Chap. viij 'Du Rets admirabley o* glandule Bafilaire, Chap. ix Des trous de la bafi interne du Crâne. Chap. X Des trous de la bafe externe du Crâne * Chap. xj De l’Esfine médullaire. Chap. xij CINQyiESME LIVRE CONTENANT LES PARTIES ANIMALES SITVEES EN LA TESTE. Defcription générale de la Telle. C h a p. I. Y a n x iniques icy déclaré deux parties de noftre fujer , c’eft à fçanoir,Na- tutelles & Vitales, il faut que nous paîîîons à la troifîefme, qui eft llruée en jf|M la Tefte: laquelle premièrement nous définirons : puis la diulferons en fies parties: Tierccraent deferirons vne chacune : quartement déclarerons fies SffÆs parties, tant contenantes que contenues ,ainfi qu'elles fe prefenteront au >ens de la veue , félon l’ordre de diflédion. La Tefte donc eft le fiege des fens,& rempart de raifon & de fapience : de laquelle comme d’vne fontaine, fortent dinerfes opérations, & plufieurs commoditez, que nous déclarerons , cy-aprcs. Elle eft iituée fur tout le corps,& Dieu a voulu qu’elle fuft efleuée en haut vers le Ciel, afin que l’homme cogneuft que fa vraye origine & naiflànce venoit plus haut que dé la rcrrc,& des autres Elemens corruptibles,& que de la tout ainfi que d’vne haute foïtërefîè qui commande a cc qui eft en . Animal pcût régir,gouuerner & conduire tout le reftedu corps, &.di&oier de Tes parties,aux adions ordonnées par la Nature. Comprenant fous icelle tout Ce qui eft depuis le fomraet nommé Sincipùt, iufques à la première Spondyle, ou vertébré du col. La figuré de la tefte eft bonne, lors qu’elle eft ronde,&; aucunement comprimée vers les parties la- térales ,ayant eminence vn peu au front & au deniere: & dcmonftre les fens eftre bons. Au con- traire, celle qui eft du tout ronde, n’eft pas bonne , ne celle qui eft aiguë , ou en pointe : Ôc quant C à fes parties,e!le eft diuifée en la face , front, temples , finciput, vertex, & occiput. Par la face eft entendu, tout ce qui eft contenu entre les fourcils & le menton. Par le front, ce qui eft depuis les fourcils, iufques à la future Coronalc. Par les temples, ce qui eft fîtué entre le petit Canthus, ou petit angle de l’œil & l’oreille. Par le Sincipùt, ce qui eft depuis l’extremité fuperieure du front iufques à la future Lambdoïde de long & de large, iufques aux futures fquammcufes.Par le Vertex ou Sommet,la fontenellc,ou bien ce qui eft également au milieu de la future Sagittale. Par l’occi- put,ce qui eft finy d terminé par la future Lambdoïde,& partie pofterieure de la première verrebre du col. Or de toutes ces parties les vues font fîmples,& les autres compofées. Dauantage les vnes font contenantes & les autres contenues : Mais des contenantes les vnes font communes à toutes les fufdites parties de la tefte,comme le Cuir, Pannicule charneux & le Pericrane : Les autres font i peculieres à certaines parties , comme le Pannicule çhameux au Col, à la Face, au Front, &c au cuir qui couure le Crâne. La tunique commune aux mufcles, à la greffe, & à la Face. Le Crâne* la Dure & Pie-mer e, au cerueau. Les parties contenues font, la fubftance du cerneau , les qua- , tre ventricules & corps contenus en iceux,les nerfs & procez mammillaires : le Plexus choroïde, & admirable , glandule Bafilairc, & autres defquclles nous traiterons cy-apres. Maintenant faut pourfuiure les parties contenantes , en commençant au Cuir :car l’ordre d’enfeigner eft de pre- mièrement traiter des parties fïmples : toutesfois ic parlcray premièrement du poil couurant le Crane,duquel en peu de paroles diray ce qu’il m’en femble.Et pourtant tu noteras, qu’iceluy n’eft D autre chofe qu’vn excrcmcnt produit & formé de la partie plus cralfe & terreftre de la fuperfîuité de la tierce concotion , laquelle ne fe peut exhaler ne euaporer par infenfîble tranfpiration.L’vti- lité duquel poil eft , en confommant les excremens gros, cras 8c fuligineux du cerueau, enfccnble de ternir de conuerture & ornement à la tefte. Et faut entendre , que ce poil eft fait de la premiè- re génération, comme eft aufïï celuy des fourcils : 8c l’autre vient à mefure que le corps croift & fe ddlëichc, comme eft celuy tant de la barbe que de defîbus les aiffelles , parties honteufes, 8c autres endroits de noftre corps : ce qui eft manifefteà tous. Description de la tefte. Situation de la tefte. Figure. TJiuiftûn des parties conte- nue g. Face. Front. Temples. Sincipùt, Vertex. Occiput. Parties cpn- tenantes & contenues en la tefte. Autres par- ties contenues en la tefte. l'fetge du poil. Vttüté, Du Cuir mu feule» x de la te fie , & du Pericrane. C h A p. IL E cuir qui couure le Crâne, &■ qui effc couuert de poil, eft fans comparaifon plus char- pp y||p£ nu,gros, efpes, dur , & fec, qu en nulle autre partie où il n’eft couuert de Poil.Dauanta- ge où il ne le couure, il eft méfié & infiltré aux parties fubjacentes , comme au léures, au front,auec le Pannicule charncux,& pour ce eft dit mufculeux : & es autres endroits,auec cartilages, comme aux ailes du nez, 6c rarfes des yeux, & pourtant eft dit Cartilagineux. Il a con- ïléxîon auec ic Pericrane,à caiife qu’il eft infiltré &: méfié auec luy. Il reçoit des nerfs qui viennent de la première & féconde vertébré du col,& delà troifiefme partie du ôc Defcription ' ducuîrmuf- [ eu leux de la, Te fie. De l’Anatomie. A efpandent par toute fa fubftance : au moyen dequoy les play es, contufions ôc apoftemes faites en iceluy ne font à mefprirer. Le Pericrane eft vne membrane fore deliée , laquelle reueftant imme- dktcment tons les os de noftre corps , eft appellée en la telle fpccialement Pericrane, pour l’cxcel- lence du Crâne : Ôc à tous les autres os, Periolle. Et tout ainfi que celle membrane prend Ton ori- gine de laDure-mere, par les futures ou comrailTures du Crâne : ainfi toutes les autres de noftre corps font faites ôc produites ou de cefte-cy, ou bien de la Dure-mere, failànt apophyfes ou pro- durions tant par les trous de la Telle, que par ceux de la Spinale medulle, iuiqu à l'extremite de Los Sacrum. Ce qui le peut prouuer, pource que lors qu’vne membrane en quelque partie du corps que ce foit, eft endommagée, la mefme affedion cil communiquée iufqu à la Dure-mere. Ce qui eft fort manifefte en ceux qui fouffrent douleur en quelque partie, ôc fuft-ce en l’extremi-. té du pied : lors qu’on ellernuc ou toufle, la douleur s’augmente, s’eftendant ôc communiquant iulques au cerueau. Son vtilité eft de couurirle Crâne, & luy donner cognoiflànce des chofes nuifibles,par Ton fentiment, ainfi que fait le Periolle à tous les autres os.Dauantage,il fouftient ôc lulpend la Dure-mere contre le Crâne , par les commiltures, de peur qu’icelle par fa pclanteur ne tombaft en bas,5c ne bleflaft la Pic-mere, ôc confeqnemment empefehaft la pulfadon tant du cer- ueau que des arteres,lefquelles font en grand nombre diftribuées à la Dure 8c Pie-mere , ainlî que B déclarerons en Ton lien.Le Pericrane a grande connexion à la Dure-mere, au moyen qu’il en prend fa naiftance, &par conlèquentde toutes les autres membranes de noftre corps , laquelle chofe ne faut négliger pour le prelent traidé. Pericrane c & pêrié/ie**”*' Lepirùrana Prend »«/- nce de l* Df4re mtrtm VtUitêdu Pencrant. Nota. Des Sutures. Chap. 11L BAintenant faut parler des Sutures appellées en Grec Rapha, qui conîoignent enfemble les os du Crâne : lefquelles font cinq , c’eft; à fçauoir trois Vrayes , & deux Mendeufes ou Faillies.Les Vrayes font nommées,l’vnc Coronalc en QtecStephani&a, qui eft en la partie anteticure,defcendant du Sindput tranfuerialement vers le milieu des Temples. Et eft ainfi dite ? pource qu'en cet endroit on a accouftumé d’impofer les couronnes à ceux qu’il appartientX’autrè eft dite en Grec ObeUa, Sagittale ou Droite en Fran- çois,qui eft en la-partic fupedeure ; pource que droitement elle diuile toute la tefte en deux parties égales , s’eftendant par delfus la longitude d’icelle , depuis la Coronale iufques à la tierce Sc pofte- rieurë, nommée Lambdoide : ainfi dite,à caufequ’elle rcprefenteceftc lettre Grecque capitale dite Lambda, a. Où tu noteras,que tout cecy fc doit entendre le plus fouuent,pourte qu’on trouue quel- quesfois des Crânes n’ayans point de future antérieure, les autres de pofterieure,les autres ny l’vne C ny Fàutre,fors les Mendeufes. Tu trouueras aufli principalement, que la future Sagittale defeend iufques à l’harmonie ou conionétion des os du nez. Pareillement on trouue quelquesfois trois ou quatre futures à l’os Occipital, tellement que le nombre n'eft pas toujours certain. Ce que Corné- lius Celfus a noté difant, qu’Hippocrates à laifle par eferit, qu’il a efté trompé au nombre defdites futures,eftimant que l’Occiput fuft diuifé Sc rompu,pour le rebouchement Sc afperité que la fécon- dé future Lambdoide faifoit à fon efprouuette,pendant qu’auec icclle il fondoit la playe.Les autres deux futures font dites en Grec Lepidoydes, en François Mendeufes : parce quelles ont failly à la forme des vrayes futures,prenant forme d’application d’os contre vn autre,eftant chacun de fa baie gros Sc efpés , Sc au rencontre l’vn de l’autre atténué , Sc fait en forme de taillant de coufteau,l’vn fe couchant fur l’autre , ainfi qu’efcailles depoillbn : Au moyen dequoy font dÿ:es Squameufcs,ain(î que les vrayes font dites Serratiles,pource qu’elles feioignent enfemble en forme de dents de feie, entrans l’vne dedans l’autre en leur rencontre. Et fi on demande pourquoy la Tcftc ( qui eft l’orga- ne le plus noble de tout le corps ) n’a efté faite d’vn feul os , afin qu’elle fuft plus forte Sc feure : le refponds , que c’eft afin quelle fuft conferuée, Sc mieux défendue des iniures tant internes qu’ex- ternes : car le Crâne eftant en noftre corps comme vne cheminée ou fourneau de la maifon , auquel toutes les fumées montent, fi Nature l’euft fait tout d’vn os , les fumées n’euflent peu s’exhaler, & par ainfi enflent eftcint&fuffoqué tout le corps, j) Doncques de peur que tel inconuenicnt ne vint à l’homme, Nature luy a fait le Crâne de plu- sieurs pièces, afin que par les commiflures d’iceluy, telles fumées peuflent eftre euaporées : Sc les fubtiles au trauersdu Crâne, àraifonqu’il eft poreux.Voyla quant aux iniures internes,Aucuns ont leurs commiflures fort entr’ouuertes Sc apparentes,les autres fort ferrées.Et à ceux principalement qui n’ont point de commiflure , Nature a preueu à tel accident : c’eft qu’à deux doigts près ouen- uiron de la commiflure Lambdoide, elle a fait vn, & le plus fouuent deux trous, par où entre la veine Pupis dans le Crâne , qui font fi amples , qu’on pourroit prefque mettre, vn fer d’aiguilletre> par lefquels les vapeurs s’exhalent, autrement l’animant mourroit.Pour les iniures externes,a vou- lu qu’il fuft fait tel,afin que fi vn os eftoit fraéluré de quelque chofe que ce fuft,les autres pour rai- fon de leur diuifion, demeuraflent entiers, Sc fans dommage ; Sc confequemment que la playe fuft moindre,& moins dangereufe. En quoy faut entendre,que fi l’os eftant frappé d’vn cofté, fe rompt de l’autre part, cela aduient à raifon qu’il y a défaut de futures , ou bien qu'elles font imparfaites. Autrement il eft impoflîble que telles fraétures fe fiflènt, veu la diuifion Sc feparation defdits os. Et fi tu m’objedes qu’on ne trouue gueres de Crânes manques en futures;Ie te refponds qu’aulîl peu fouuent void-on telles fraéhires adnenir. Or pour coriclufion , faut que le Chirurgien fçache le nombre des futures, Sc leur fituaçion, afin qu’il fçache difeerner les fraétures feiflurées d’auec les commilfures : de peur qu’il n’applique fon Trépan fur icelle ( tant qu’il luy fcrapofllblc ) à raifon qu’il romproit les veines Sc arteres, Sc quel- ques fibres nerueux,qui communiquent des parties intérieures aux extérieures : dont s’en pourroit Au Crâne naturel y a cinq futures. Suture Cero- nale. Suture Sa- gittale. Suture Lam- bifide. Celf. liu.i, chap. 4. Deux futures Mendeufes. Pour quoy Nature n’a fait le Crâne d’vn feul os. Gai. de vftt part. liu.y, chap. I. T>iuerfité des commiflures. Raifon peur- quoy le Chi- rurgien doit ffauoir le nombre des Le cinquième liure futures, leur fituatio. Hippo. liu.j, aphor, 10. enfinnce flux defang,qui defcouleroit entre le Crâne & la Dure-mere, & plufieurs pernicieux ac- A cidens : ce qui eftplrouué parHippocrates : Si in ventrem , &c. Quand le fang cft hors de Tes vaif- feaux, necellaircment il s'altcre , & pourrit. Pareillement la Dure-mere, Tes nlamens coupez,pour- roit tomber fur le cerucau, qui feroit caufe qu'il n'auroitfon mouuent au dommage de ï ani- mant. Du Crâne ou efiuy du Cerueau. C h a p. I Y. Le Crâne ejl eompofé de huiôl os. Os Occipital. ■iT Aintenant faut venir au Crâne , que nous appelions le Teft , lequel aufîl cft A nomé des Grecs Craniumdes Latins Caluaria3 5c eft deftus la telle,comme vn heaume. Il I efteompofé de hniél os , comprenant l’os crifte , dont aucuns font plus durs 6c cfpais 2 que les autres. Le premier eft l'os Occipital fitué en la partie porterieure, lequel eft plus dur 6c efpais que nul des autres. Nature Ta crée ainft dur 6c efpais, pour preuenir aux dangers Ôc iniures externes qui pequent furuenir, comme clientes 6c coups , pource qu'en la partie pofterieurc v il n'y a point d’yeux pour y preuoir, ny de mains pour fe defendre. Et eft ledit os circonfcript par- la future Lambdoïde,6c l’os Balilaire. Les eminences de cet os font recettes de la première verté- bré, fur laquelle la telle fe fléchit en deuant 6c derriere,par le bénéfice des quatorze mufcles (que déclarerons cy-apres) 6c de bien forts ligamens,qui lient 6c ioignentles cornes dudit Occiput,auec g les cauitez d'icelle première vertebre du col. Le fécond os eft en la partie antérieure, nommé l'os Coronal, lequel tient le fécond lieu en force 5c efpelîeur. Et eft limité par la future Coronale, 5c: lesextremitez de l’os Bafilaire ou Cunéiforme : auquel eft fouucnt trouué vne grande cauité fous les fourcils, pleine d’vne matière gluante, cralfe 5c vifqueufe , de couleur blanchaftre, qui aide à élaborer l’air pour flairer,fentir 6c distinguer les odeurs : laquelle cauité eft au Chirurgien digne d'eftre bien notee, pource qu’alos qu’ils furuient fraélurc en cet endroiét il n’y a qnelquesfois que la première table de l’os rompue. Au moyen dequoy le Chirurgien ignorant telle cauité , pënfe & croit que l’os foit enfoncé du tout au dedans 5c qu’il comprime les membranes, 5c par confequent le cerneau. Et à celle caufe iceluy ( au grand dommage du patient ) amplifie la playe, 5c applique trépanés, 5c autres inftrumens pour eflener la féconde table dudit os:ce qui n'eft befoin parce qu’el- le n’a efté rompue. Et ainfi tels Chirurgiens ignares fouuentfont caufe de la mort des panures pa- tiens : ce que ie puis attefter auoir veu. Dont il eft befoin au Chirurgien cognoiftre telle cauité , ce qu’il fera en rompant plufieurs telles de mort, pour en auoir plus ample 5c parfaiéle cognoiftance. Le troifiefme 6c quatriefme des os fufdicls , font deux nommez Pariétaux ou Bregmatis , tenans le tiers lieu en dureté 6c efpailfeur, combien qu'icelle foit inégalé 5c diuerfeenfes parties,6c principa- lement au lieu appelléSinciput, vulgairement la Fontenelle, ou le fommet de la telle, laquelle n’a point forme d’os auxieunes enfans auantqu’ils ayent toutes leurs dentsrdcforte qu’en cet endroiéb q on fent vne mollefte au ta<5l, 6c vne palpitation,pource que lefdits os n’y font encores formez en- tièrement.Cela fe fait afin que la redondance des excremens humides 6c vaporeux contenus au cer- ueau fepuifle exhaler parde moyen de fa dilatation 6c contra&ion,qui font les mouuemês,qui peu- uent eftre nommez Syftolé , 6c Diaftolé. Conclufion, cefdits os font tonfiours plus tendres 6c plus deliez que les antres : tellement qu’on les voit fouucnt en aucuns endroiéls n'auoir non plus d’ef- pelfeur qu’vne ongle. Parquoy les remedes qu’on aplique pour le Cerueau,doiuent eftre appliquez fur la Fontenelle, parce que le lieu eft le moins efpés,6c eft le plus rare.Par ainfi donc eft bié necef- faire au Chirurgien de cognoiftre diligement l’efpeftèur des os du Crâne, lors qu’il faut trépaner. Et font circuits ces deux os quarrez en la partie fiipcrieure , de la future Sagittale,6c de l’inferieure, des futures mendeufesou Squammcufes,ou Menfongeresrde l'anteriure,de la Coronale:6c de la po- fterieure, Lambdoide. Lecinquiefme 6c fixiefme font deux autres nommez os Petreux, qui iuiuenc les fufditsen efpeifeur 6c force : lefquels font limitez de la future Mendeufe, 6c d’vne portion delà Lambdoïde,6c de l’os Bafilaire. Le fepticfme , cft l’os Sphénoïde ou Bafilaire, ainfi nommé pource qu’il eft fondement de la tefte, portant tous les autres en leur propre 6c dette fituation, fans qu’ils fe pui fient desfaire : à celle caufe a efté appellé os Cunéiforme , qui eft comparé à vne pierre qui eft au milieu d’vn arche ou voûte, qui bande le tout 6c garde de s’enfondrer. Et eft lediél os finy 6c terminé tant d’vn collé que d’autre, par les os du front, Petreux, Occipital, 6c du Palais:6c eft de figure femblable à vne chauue-fouris,6c principalement fes apophyfes,nommees en u Grec Pterygoïdes,5c femblent reprefenter les oreilles d’icelle. Dauantage, il y a vn autre os fitué en la bafe de l’os Coronal. qui eft le huiéliefme auquel fe finilfent les procez mammillaires, lequel a efté nommé des autheurs Grecs Ethmoïde, des Latins Spongieux ou Criblcux, pource qu’en luy y a plufieurs trous,come aux efponges,6c nô pas droits côme vn crible,8c ne fc rencontrent pas droir- temêt les vns aux autres,raais ils font tottilleux 6c anfraélueux,afin que l’air attiré ne paruint tout à coup au cerueau,lequel eftant froid le pourroit endommager, mais qu’il s'y elabouraft première- ment quelque peudefquels aulîî donnent ifiltë aux vapeurs en eftcrnuant,6c aux humeurs moruenx; tellement que les perfonnes morfondues 6c enroliées parce que ces trous font eftouppez, ne fentent point d’odeur bonne ny mauuaife,6c nepeuuent ietter par le nez quand ils fe mouchent. De cet os procédé vn cartilage qui fepare le nez en deux. Item font fix autres petits olfclets contenus és os Petreux, dans le trou des oreilles , à fçauoir trois de chacun cofté,nommez Incus , Malleolus , ôc Stapes pour raifon de leur figure , qui eft femblable à vne enclume, l’autre à vn marteau, 6c l’autre à vn eftrier de cheual Reiftrcd’vfâge defquels te fera déclaré cy après,lors que parlerons de la facul- té audiuite. Outre-plus on trouue en aucuns Crânes certaines diuifions d’os,comme pièces rappor- tées de grandeur d’vn pouce ou enuiron , ayans commiflutes propres à elles, qui font chofes dignes d’eftre bien cogneuës au Chirurgien , lors qu’il eft befoin d’vfer de trépané : 6c telle Os Coronal. Cauité fous les fourcils. Dequoyfer- usnt les•ca- uitez, qui font fous les fourcils. Anatomie ' neceflaire au : Chirurgien. Si le Chirur- gien ejl igno- rant de l'A- natomie, fou- Uent ejl eau- fe de la mort des patie ns, Os Furie- taux. Sans entendre ceux qui con- tre couftume naiflent auec quelques dents. Les mouue- mens natu- rels du cer- veau peuuent eflre appelles Syfiolé ifp Diaflolé, Annotation. digne d'efire obferuee. Os Fetreux. Os Sphénoï- de ou Bafi- taire. Os ethomoï- de ou Jpongi- eux. IncHi Malleolus Stapes. Venclume Le marteau Veflrier. De l’Anatomie, A choie pourra eftrc cogneuë,lors qu'il feparera le Pericrane d’auec le Crane.Car à l'endroit des com- mi dur es le Pericrane eft plus difficilement feparé qu'es autres endroits, où il n'y a point de commif- Turcs,à raifon des vaifiëaux&: fibres nerueux, qui communiquent de la Dure-mere par les commif- fûtes, au Pericrane à luy contenu. Auffi les os des femmes lonr plus dcliez de mois que ceux des ho- mes,& des ieunesenfans que des femmes.Ceux auffi qui n'ont encoresaccomply leurs trois dimen- fions, les ont moins durs &efpés, que ceux qui font parfaits. Pareillement IcsÆthiopes ou Mo- tous autres qui habitent es lieux chauds vers le Midy & l’Equinoxial, ont le Crâne fort dur, de n'ont point ou peu de futures. Et tout ce , efi; pour colliger , ainfi que dit Hippocrates , qu'en ceux qui ont fraélurc au Crâne mol & délié, les accidents font plus grandsde la mort fera plus proche, qu’en ceux qui l'auront efpés de folide : à raifon qu'il faut plus de temps pour altérer de pourrir l'os dur, qu'il n'efi: requis à vn mol, de délié. Autre raifon, c'eft que l'os tendre & délié fera pluftoft coupé par la trépané, que celuy qui efi: dur &dpés. Outre-plus, aucuns ont vne ou plufieurs prominences ou enleueures en rondeur au crâne, outre le naturel : laquelle chofe auffi efi: bien à noter pour deux raifons.La première, pour la confideration du coup, pource que s'il aduient fur icelles grande de longue diuifion, il ne peut eftre que la playe ne pénétré au dedans : car il efi; certain qu'on ne peut couper & faire grande diuifion B en vne chofe ronde ( comme en vue boule ) qu'on ne pénétré plus fort au dedans, qu'en vne cho- Te platte,& non point efieuce. Lafeconde raifon c'eft, qu'icclle prorainence fait changer la figure &îa fituation des commiffures. Au contraire la playe peut eftrc faite grande fur la figure oblon- gue, fans qu'elle pénétré au dedans. Dauantage,faut que le Chirurgien fçache , qu'au Crâne font deux tables, entre le fquel les efi: leDiploé, qui efi: vne lubtlance fpongieufe, où s'inferent plufieurs veines de arteres, de quelque fimilitude de chair. Ce qui a efté fait par vne prouidence de Nature, afin que le Crâne ne fuft trop pefant, de aulfi pour contenir le fang pour la nourriture de vie du Crane,&: pour donner partage aux vapeurs contenues au cerneau. Quant à la table fuperieure du Crane,elle efi: plus efperte,forte & polie que l’inferjeûre. L'inferieure eû plus mince,fubtile, de iné- galé,pour bailler lieu aux veines de arteres internes ( l'impreffion defquelles eft euidente en ladite fécondé table , partie intérieure ) defquelles certains rameaux entrent dedans ledit Crâne, par cer- tains petits trous auffi apparents à l'œihAu moyen dequoy la Dure-mere efi: fufpenduc' de attachée au Crâne, tant par les futures que par les fufdits petits rameaux ; chofes dignes d'efirc notées au Chirurgien. Car par vn grand coup orbe ( encore qu'il n'y ait fraélure à l’os ) à caiife de l'elbran- lement du Cerueau,il fe fait fouuentesfois ruption defdites veines de artères , dont le fang découlé entre l'os de les membranes , de le plus fouuent la mort s'en enfuit. Ce qui fera déclaré cy après, quand ieparleray de la commotion du Cerneau, Dauantage faut que le Chirurgien ait bonne co- gnoi fiance delà fubftancefpongieufe, qui efi;entre les deux tables,nommee Diploé,laquelle efi:fort molle au regard dcfdi&es tables lors qu'il trépané, de qu’auec dilcretion il conduifc fa trepane,pre- C nant indication de la tenuité ou efpefieur de la fécondé table ; de peur que tout à coup en appuyant trop fort , il ne l'enfonce au dedans , dont fe pourroit enfuiurc conuulfion , de par confequent la mort. Aquoy i'efpere obuier par le moyen d'vne Trépané, que i'ay inuentee , comme on verra au Traicté des playes de laTefte. u Perdant ne\i'èdroi& des commif- /ures, Qui font ceux qui ont les os de la te fie plus durs Hip. au liu. des playes de la tejie. Au Crâne y a *eux f*~ es' Pour va grad on({es féaux, dont f tn' , De U Dure Pie-mere. C h a p. V. BY a n t ainfiidemonftrétout- le Crâne , il faut venir à la dure Taye, qui eft vne des premières 6c principales membranes de tout le.corps. Elle fort par les Sutures, 6c par les trous des nerfs qui forcent hors du Crane,& les trous des os Ethmoides ou Colla- toires:à celle fin que l'air & les odeurs puifsét aller au certïeau,lors qu’il en eft beloin, & que les cxcremens fullent purgez par le nez. Elle reueft la tunique intérieure du nez. Pareillement fort par le grand trou,pas où delcend la nucque qui en eft reueftuë, & générale- mec chacun nerf 6c membrane de tout le corpsrà caufe dequoy s’il y en a aucune dè bleftce en quel- que partie du corps que ce foic,ainft que nous auons dit par cy-deuant, foudain par la connexion ou continuatiô qu’elle a auec laDure mere,clle communique fon aftcélion au Ccrueau: comme par exemple , nous pointons entendre de celuy , qui ayant vlccre en fon pied, partie fort membraneu- fe ) lentoic monter tout le long de fon corps certaine matière, ou vapeur froide, iniques au cerneau, dont puis après s’en enfuiuroit Epileplîe. Et 11 tu m’obieétes que tel fendillent eftoic porte par les nerfs ; ie refpons qu’iceux font conferuez , 6c veftus de la plus grande partie defditcs membranes du Cerueau. La fubftance d’icelle Dure-mcre eft efpelfe, & dure plus que nulle autre membrane, donc elle a obtenu le nom deDure-mcreiaraifon qu elle engendre &produit,conferue& entretient toutes les autres. Son vtilité eft d’enuelopper entieremêttout le Cerueau,6c de garder qu’il ne foit blefsé du crâne lors qu’il fait fon mouuement : qui eft la couftume de Nature,de mettre entre deux contraires vn moyen.Pource entre le Crâne qui eft dur,& le cerueau mol,elle a mis ladite membra- ne, qui eft de fubftance moyenne entre les deux, & laquelle eft fufpenduc & attachée aux Sutures par veines , arteres 6c filaments nerueux, qui entrent au Cerueau, 6c en forcent, 6c n’eft adhérante audit Crâne ( fi ce,n’eft comme a efté dit ) ny au Cerueau : mais y a cfpace, afin que le mouuement foie d’icelny libre. . Dauancageelle a autre vtilité, c’eû de feruir de conduite aux veines 6c arteres cftans entrées au Crâne , lesquelles s’inferent en la duplicatrice d’icelle, faite à la diuifion du cerebelle 6c du cerueau: 6c font amfi conduites tant d’-vn cofté que d’autre, par les parties latérales dudit cerebelle,iufques à la f mmité d’iceluy. Auquel endroiét icelles s’vniftent 6c s’infinuent dedans l’autre duplicaturc d’i- celle Dure-nperc: laquelle diuife le Cerueau en deux parties ,àfçauoir dextre 6c feneftre. Et telle La Dtmme- rt eft d'une des première} membranes de noftre corps. G al. au 3, des parties malades. La fuhfiance de la Dute- mere eft ef~ pejfe & dure, Vtilité de la Dure-mere. jfutre utili- té de la, Du- re mere, Le cinquiefme Liure, tes vaiffeaux qui entrent au Crâne, s'vnijfent au Torrcular. Veine Torcu- lar y ou plu - fiojî cuue, ou tinette,atte- du que ce uaijfeau re- fait. Dernier vfa- ge de la Du- re-mer e. Fremiere,ap- fellee des Grecs tenuis meninx. Les membra- nes du cer- ueau font caufe du fen- timent. Le t h argus. vnion s’eftcnd iniques au front, félon la redtitude de la future fagittale : Sc a efte nommée d aucuns A Torcular,autrement Preffbir;pource que d’iceluy eft exprimé le fang qui nourrit le Cerueai.par vn grand nombre de vaiffeaux qui font fort manifeftes. Finalement le dernier vfage de la Dure-mere, eft de diuifer par fa duplicaturc tout le Cerueau, principalement en deux parties , antérieure , 5c pofterieure. Puis après en mefme forte elle diuife encores le Ccrueau en partie dextre, 5c feneftre, afin qu’vne partie eftant bleffèe, l’autre demeurait entiere,faifant fon adion,ainfi qu'il nous eft co- gneu aux Paralytiques. Et te fuffife pour le prefent de ladefeription de laDure-mercicombien que nous pouuons noter auccques Columbus,qu’icelle membrane eft double,comme eft déclaré ample- ment en fon Anatomie, ce que certes nous auons rrouué véritable. La fécondé membrane du Cerueau eft nommee Via mater, fubtile 5c fort defliée, tiffuc de plu- fieurs veines Sc arteres pour fa vie & nourriture, 5c aulïi du Cerueau. Elle n’enueloppe feulement le Cerueau comme la Dure-mére,mais auffi s’infere dedans les profonditez& anfraduofitez d’iceluy, pour le lier 5C tenir enfemble de toute part,iufques à la capacité des ventricules, auccques plufieurs petits fibres,par lefquels eft coniointe auecque le Ccrueau : 5c à raifon de fa tenuité 5c adhérence ne fe peut aifémentfeparer. Parquoy la faut voir 5c confidercr en fa fituation , 5c la leuer auccques la fubftancc dudit Cerueau.Or icelles membranes quand elles font affligées,excitent grade douleur pour la veheraence de laquelle voudrois affermer que lefdites membranes font plus caufe du fenti- ment, que n’eft la propre fubftancc du Cerueau : aux maladies duquel n’apparoift que petite dou- S leurjcommc on peut voir en la maladie nommee Lethargm. La Figure première de la Tejle, après auoir ofié le Crâne. a La face extérieure de la Dure-mere. b La veine Torcular. c La veine lugulaire interne, diftribuce en plufieurs 5c diuers rameaux. dd Certains petits rameaux de la veine Torcular, qui vont au trauers du Crâ- ne ou Diploé , & au cuir extérieur de la tefte. ee Certaines fibres produi- tes de la Dure-mere, paf- G Tant par la future Coro- nale, & confequemmenc des autres futures pour la production du Pcricrane, Vu Cerueau. C h A p. Y L S’E n s v i t maintenant le Cerueau, qui eft principe des nerfs , & du mouuement volontaire, inftrument de la première ôc principale faculté de lJame , c’eft à fçauoir, animale ~ ** refudation de fang qui fort des porollcez d icelle. Outrcplus, faut aulïi con i erer a u ftancc fponeieufexn laquelle font côcenus les excremens,qui puis après fqat expurgez par Lacuna, L’ordre ana- tomique re~ quiert la co- templation Le cinquiefme Liure, des ventricu- les du cer- neau. ou Colatoire. Ce faid, trouueras dedans la fubftance d'iceluy tant antérieur que pofterîenr, qua~ A tre ventricules ou concauitez conioindes enfemble par certaines voyes , par lefquelles les efprits informez par les efpeces fenfibles ôc intelligibles , peuuent palfer & communiquer l’vnà l'autre Doncques les deux premiers & plus gradsfont mis & colloquez au Cerueau antérieur, vn de cha- cun codé, le tiers fous iceux, tout au milieu du Cemeau.Le quart & dernier eft fur la defeente de la nucque,lequel on attribue totalement au ccrebellc ou petit Cerueau,pource qu'on dit que la nuc- que fembleplus prendre dudit cerebclleque du Cerueau. Or quant aux deux ventricules premiers 8c antérieurs, ils font couchez & eftendus tout le long du Cerueau en forme de deux Croirtans, les cornes dcfquels regardent vers le dehors : iceux font fort grands & fpacieux , pource qu'il falloir que l'cfprit cftant encore auec tous Tes excremens fuft là élaboré, 8c repurgé d'iceux.Au moyen dequoy telle grandeur leur a eftébaillce plus qu’aux autres ventricules,où î’efprit eft deiîa receu,& en tout élaboré & quai! parfaid.Lefdits ventricules font fort blancs,vnis 8c polis en leur fupèrficie &face interieure,horfmis qu’ils ont furie mileu du Croiflant vne extuberance tant d'vn cofté que d'autre, couchée fur la bafe de la Colomne du ventricule moyentendant vers le nez fous le Septum lucidum,!equel diuife 8c fepare les deux premiers ventricules. Ledit Septum lucidum n'eft autre choie qu’vne partie du Cerueau médiocrement folidc, toutesfois tranfparante & lucide : au moyen dequoy les efprits animaux des ventricules antérieurs communiquent enfemble : 8c combien que ledit Septum foit allez fubtil 8c tranfparant, neantmoins il eft fort denfc,vcu que l'eau contenue g dans l’vn des ventricules, ne peut au trauers d'iceluy palier dedans l'autre , ainfi que i'ay iouuenc obferué, & non fans grande admiration, en l’ouuerture des gens morts de paralyiîe, auiquels i'ay trouué le ventricule du cofté de la paralyiîe, dilaté 8c eilargy de la quantité d'eau en iceluy con- tenue, combien qu'en l'autre n’y en euft point, ou non dauantagepour le moins que l'on en trou- ue à ceux qui ne meurent de paralyiîe. Toutesfois aucuns ont voulu dire qu’on trouue touiîours certaine aquoiîté dans les ventricules , qui fe fait par la concrétion des vaporeux efprits animaux, faite par la froidure qui vient quant 8c quant la mort. Dauantage il faut entendre que ces deux ve- triculcs fe terminent en vn commun conduit,comme deux fouftlets de forgc,par lequel l’efprit def- dids ventricules antérieurs informé des eipcces, eft porté au moyen ventricule. Outre plus il faut coniîderer efdids ventricules vn corps nommé Plexus choroïdes : auiîi le conduit ou voye,par la- quelle les excremens gros 8c limonnenx fe purgent par la glande pituitaire ou colatoire. Or le Plexus choroïdes n'eft autre chofc qu'vue epiphyfe de la Pie-merc illec enuoyee, farcy 8c tilîu de vei- nes 8c arteres différentes des autres, entortillez en forme de rets enfemble,qu'ellea en toute la cir- conférence du cerueau, feulement en quantité, 8c toutesfois fuffiiantc, tant pour fa propre nourri- ture 8c vie,quc pour la génération des efprits animaux, lefquels prennent de tels vaiftèaux produits audit plexus Choroïdes, de l’artere pofterieure 8c veine Torculaire, matière idoine 8c propre , foit qu'elle foit vaporeufe ou autre, comme auiîi de l’air par les apophyfes mammillaires, qui font voyes communes tantàluy qu'aux odeurs & excremens fuperflus:veu que l'abondance de matière trop craftè 8c vifqueufe empefche Pair les odeurs de paruenir au Cerueau , comme Pon void à ceux qui font catharreux,6c enrhumcz:à caufe dequoy s’enfuiuét douleurs de tefte,& efternument, lors que la faculté animale cxpultrice eft forte , 8c la matière n’eft pas trop cralle 8c vifqueufe. Et quant aux excremens du Cerueau,lefquels luy Ton apportez par les veines & arteres,ou autrement, les vns font rares 8c acreux,Iefquel$ s'euaporentinfenfiblement par les futures du Crâne,ainfi qu’a- uons ditparlans des vtilitez d'icellcsdes autres font cras 8c viiqueux,lefquels font euacuez des ven- tricules par les fufdits procez mammillaires (félon l'opinion de Galien ) d'vn cofté 8c d'autre, en— femb!e,ou à part.Et partant les vns difent auoir vne narine bonchce feulement,qnand la matière ou excremcnt morueux defeend feulement par vne de ces apophyfesrtes antres toutes deux,quand elles ne diftillent ny dePvne ny de l'autre. L’vtilité particulière 8c principale d'iceux venrricules,eft de loger la faculté imaginatiue& eftimatiue, lors qu’il eft queftion que icelle examine toute 8c chacune piece illec rapportée par les fens extérieurs,les conférant enfemble,& mettant par ordre pour en auoir vray 8c iufte iugement de la faculté raifonnable , laquelle tient fon confiftoire au ventricule moyen. Le tiers ventricule, qui eft le moyen , eft iîtué entre Pextremité pofterieure des deux ventricules antérieurs , &dc ventricule pofterieur. Mais auant que faire mention du quart & dernier ventricule,il faut coniîderer les iîx parties qui s'enfument, à fçauoirle Pfalloïde, le Cona- rion,le corps nomméNatés,Papophyfe Vermiformis,le Peluis 8c le conduit partant 8c tranfucrlant de ce ventricule au dernier. Or quant au premier nommé Pfalloïde ou Fornix, ce n’eft autre chofe que le tcd ou couuerturc du fufdit moyen ventricule , lequel reprefente vne voûte iîtueefur trois pillierSjdontPvn s’eftendiufquespresle nez fous le Septum lucidum ries deux autres vers les par- ties pofterieures du cerueau , vn de chacun cofté. La caufe de telle figure, qui eft par dehors boftu’c, 8c par dedans creufe,a efté afin qu'il y puirte auoir libre efpace 8c aifee pour le mouuemcnt que fait leans Pefprit animal , 8c auiîi qu’il peuft mieux fouftenir 8c porter la grande quantité du cerueau ,qni eft appuyé 8c mis tant d’vn cofté que d'autre : car telle figure ou voûte fouftient plus grand faix que toute autre. Quant au fécond, c’eft vne petite glandule de lahncfme fubftance du cerueaa , ronde 8c oblongue en forme d'vne pomme de Pin, a caufe dequoy a efté nommee Conarium; laquelle eft iîtuce vis-à-vis' du petit trou qui defeend au dernier ventricule.eftant attachée aux parties latérales d'iceluy, & partie baflè par côti- nuation de fubftance de ladite glandule 8i du cerueau. Son vtilité eft de renforcer la diuiiîon des vaiftèaux illec conduits auec vne apophyfe de laPie-mere, pour la génération de l'efprit animal,& donner vie 8c nourriture au cerueau.Le tiers,que nous ayons appcllé Gloutia ou Natés,cft vn corps de fubftance fort folide 8c tres-blanche,mis par fous la fufditc glandule , lequel eft ainfi appellé,à cauib qu’il reprefente deux petites feftès d’enfant, toutesfois mieux des beftes que des hommes , 8c lacuna ou colatoire. Quatre ven- tricules. Ventricules antérieurs. Septum luci- dum eft vne partie du cer. ueau lucide & tranjpa- rante. La caufe de l'eau , qu'on trouue aux ventricules du cerneau. Plexus cho- roïdes efl vne epiphyfe de la Pie- mere. Deux fortes d!excremens au cerneau. Opinion de Galiert. Vvtilîté des ventricules. antérieurs. Tiers ventri- cule , & fa jïtnation. Pfalloïde, ou Fornix, vou - te ou berceau. Conarium. L'vtilité du Conarium, Natés ou feffes du ter- «tenu. Le cinquidme Dure, 131 A encores mieux du mouton , que nul autre animal. Et a efté fait ainfi folide , afin qu’il Supportait d’auantage le trou que nous auons dit defcendre de cedit ventricule au poftci:ieur,par le moyen du- quel le cerueau cft conjoint auec le Cerebelle. Le quatriefme eft vne apophyfe dudit Cerebelle & portion d’iceluy lapins haute/aictecomme plufieurs pièces circulaires,ou nielles jointes enfcmble par petites membranes : laquelle pour la fimilitude qu’elle a auec ces gros vers biâcs que l’on trou- ve au bois pourry,aefté appeilec Vermiformis,côVne qui dirait Ver femblant.Son vtilité eft de Ter- nir audit conduit comme deportier,lequel en temps Ôc lieu iaifte palier les efprits, tant qu’il en eft befoin au ventricule pofterieur : de peur que s’ils y pallbien't trop îubits, ils ne fifîcnt confufion des chofes memorablcsiSc partant a efté finie fur le commencement du Cerebelle, pourclorre& ouurir ledit conduit. Quant au cinquiefme, c’eft le conduit à euacuer les excremens gros ôc cras par le pa- lais , lequel pour fa figure cft appelle Choanaou Peluis, pource qu’il a fcmblance d'vn petit baffin, ou bien dJvn entonnoir,ponr Ton vfage : ôc ainfi pourec qu’vn entonnoir de Ta partie Tuperieureeft large , defeendant toufiours en appetiftàm, aulli ce conduit eft ainfi fait. Il defeend depuis le fufdit ventricule iufques à la glandule fituce entre les apophyfes Clinoïdes, comme tu pourras veoir à l’œil : conduifant d’enhaut en bas quelque verge ou quelque fpatule bien deliee ôc mince , pofee dedans le conduit. Reftele fîxiefme ôc dernier des choies propofees, qui eft le conduit paftant de ce ventricule au dernier, pour eftrc le canal de l’efprit, ôc des conclufions prifes au mo)en ventricule , au pofterieur, comme en vn liure de regiftres,ou dedans vn threfor, duquel on B les puifte repeter ôc prendre en cas de necefîité, Or cedit conduit defeend de Ton origine , auec le Peluis , puis bien toft après lelailfant ,s’en va par deftus Natcs au dernier ventricule : à ccfte caufe pour le monftrer, faut conduire la queue d’vne fpatule tout au long d’iceluy iufques au ventricule pofterieur , lequel tu trouueras par ce moyen defehirant ledit conduit, &: diuifant parmy Narés. L’vtilité ôc vfage du ventricule moyen , eft de feruir comme de tribunal ôc confiftoire à la faculté raifonnable,lors que l’ame par icelle veut faire les iugemens, & prendre Tes conclufions des choies à foy prefentees par l’imaginatiuc, eftimatine, ou fantafîe. Le quart & dernier ventricule eft fitué ( comme a efté di<5t en la conjonction du cerueau antérieur ôc pofterieur ) fur la defeente de fà nuc- que, lequel on attribue totalement au Cerebelle , pourceqne la fiifditenucqiie femble plus procé- der d’iceluy que du cerueau. Il eft entre tous le plus petit, & auiïi plus folide : Plus petit, pource- qu’il n’auoit à reccuoir que l’efprit parfaitement elaboré:& ponrcc moindre en quantité : plus dur éc plus folide, pour le mieux ôc plus feurement contenir. L'vfage ôc vtilité d’iceluy eft de garder & conferuer ce qui aura efté conclud ôc délibéré de l’efprit, afin que toutes les fois que la perfonne fe voudra ayder des conclufions prifes anparauan-t, ou des chofes notables qu’elle aura voulu retenir, elle puiilè tirer de là comme d’vn threfor , ce dont il fera befoin en temps & lieu:ce qui fera décla- ré cy - après plus amplement au liure de la Génération. le içay bien que Galien ôc les Médecins C Grecs n’ont point rnis les trois facilitez fufdites en diners lieux,mais ont voulu que toutes trois foient en route la fubftance du cerueau , comme mcfmc a difpnté Moniteur Fernel en fa Phyliolo- gie : mais i’ay fuiuy la plus commune opinion des Arabes , comme lapins facile. Les inftrumens Sc conduits de la faculté odoratiue ( que nous appelions Apophyfes mammil- laires ) font certaines produirions ou auancemens de la mefme fubftance du cerueau, faiéles en forme de nerf, lesquelles defeendant des cornes pofterieures des ventricules antérieures, &aux os nommez Echmoïdes,fpongieux,cribIeux,ou colatoires du nez,afin que par icelles la faculté odora- tiue portée par l’efprit connenable à ce faire,puiifc prendre ôc recenoir lescfpeces des odeurs , ôc d’illec conduire icelles iufques aux ventricules, ainfi qu’il a efté neceftàire pour le iugement qu’il faut qu’elles reçoiuent de la faculté raifonnable, fçauoir eft de bonté ou malignité, ou médiocrité des deux. Or ne ibnt-elles point appellees nerfs, jaçoit quelles en ayent la forme, pource quelles ne fortent point hors du Crâne. Vermifprtois, &:ie[on Vti- lit é. Choana. Peiuis. Apophyfes Ciineidcs, Phîlofophi* imaginatif**. §}uatriefme ventricule, Vtilité dit quatriefme •ventricule. La mémoire efl le threfor de fcience, & gardienne àe ce quon ap- prend. Apophyfes mdmiüaires. Vtilicc des apophyfes ma* miüaires. Quatrième Figure du Cerneau. A A A La fubftance calleufc du cer- ueau. B B B B Les anfraânofitez du cerneau. C C Les canitez des deux ventricules antérieurs. D D Les Plexus Choroïdes. E E La figure extérieure du Fournix. F La partie fupcricure du Septum lucidum, {eparant les deux ven- tricules antérieurs. Le cinquiefme Liure, La cinquième Figure, A A Monftrent le Fournix ranuerfé du deuant au derrière, 8c couure le tiers ventricule. B B Le Plexus Choroïdes. C L’endroit de la glandule nommée Conarium. D D Certains vaifleaux produits de la partie antérieure du Plexus Cho- roïdes. B La fixiême figure. A A Monftrent les portions du Cerueau qui produifent l’Efpinc medulle. B Le conduit qui defeend du tiers ventricule au quatriefine, par défions les deux corps nommez Gloutia ou Natez. C Le quatriefine ventricule. D Le Conarium. E E Les corps nommez Gloutia ou Natez. FF Le commencement de l’Efpine medulle. G La cauité de l’Efpine medulle. q H Le commencement de l’Efpine medulle Portant hors du Crâne. Déficit coniugaifons,paires eu couples de nerfs du Cerueau, ainfi appeliez jcurce qu'ils font toufiours deux a deux : feauoir eft, l'vn du dextre cesié, & L’autre du cofie fenefire, C h a p. VIII. Sept C.onltt• gaifons ou paires de nerfs, ■ E s nerfs font les voyes 8c inftrumens ou organes cîc Fefprit animal, 8c des facultez i portées par iceux : 8c font faidts d’vue partie fimple au dedans du cerueau , ou de la ! Spinale medulle, mais fortis hors, tant del’vn que de l’autre. Ils font faits &compo- '! fez par la reuefture ou couuerte des membranes du cerneau,& d’vne tierce (felô aucuns Anatomiftes ) venans des ligamens, tant ceux qui lient les vertébrés, qu’autres. Laquelle chofe, fauf meilleur iugement, me fcmble eftre irapcrdncnte,veu qu’icelle membrane eft totalement con- traircjcomme infenfible au nerf, qui eft de bailler fentiment 8c mouuement. Leur fubftance 8c por- tion contenue cncores dans le cerneau , n’eft en rien différente de la fubftance d’icèluy quant en conftftance 8c folidité : mais leur quantité eft diuerfc pour la pins grande ou plus petite necefîité de la partie où ils font inferez. Leur figure eft ronde en forme d’vn canal ou tuyau. Leur compo- fitiori eft dedans le Crâne delà fimple fubftance calleufe du cerneau : 8c pafians au trauers des trous du Crâne, les membranes du cerueau fe percent y cauans des trous , non qui les pertuifent d’outre “en outre, mais s’efiargi fient en figure d’vne flafte , comme il fe fait au procès du Péritoine qui va aux tefticules, que nous difons eftre comme la voye d’vn gant, tellement qu’ils font reueftus de la Dure 8c Pie-mere. Ils font nourris 8c viuifiez, ou par les veines 8c arreres capillaires, qui defeen- dent en iceux auec lefdiéles membranes, ou par autres conduits imperceptibles extérieurement en iceux. Ils font faits pour donner fentiment aux membres capables de fentir , mouuement aux mo- biles, 8c cognoiflancè de ce qui eft nuifible. Et outre que les nerfs donnent fentiment à toutes les parties du corps, Nature a donné vn fentiment fpecial à ceux qui doiuent feruir à la vertu 8c fa- culté d’vn chacun des fens corporels que les autres n’ont point. Exemple : Des nerfs optiques pour feruir à la vertu vifiielle : ceux du nez pour odorer , ceux de la langue pour gonfter , 8c ceux de la main pour le tact, comme nous déduirons cy-apres, le tout par la grande prouidence de Dieu. Et quand au nombre principal, lequel mediatement ou immédiatement fort du cerueau,il eft de tren» te-fept paires : dont il y en a fept ou huiét qui ferrent immédiatement du cerueau, 8c les trente par Quantité. Figure. Cotnpefition, Vtilité. Trente fept paires de nerfs, De l’Anatomie. 133 A le moyen de fa fpinaîe medulle, comme tu entendras, tant en ce liure icy qu’au liure fubtèquenr: car à celte heure nous parlerons feulement de ceux qui immédiatement viennent du cerucau,& au liure fubfequent de ceux qui viennent de la Spinale medulle. La première paire des nerfs du cerueau eft plus groflè que toutes les autres,laquelle va aux yeux, pour illec bailler voye &: partage à l’efprit vifuel ; 8c toutesfbis allant que fortir hors du Crane,ils s’infèrent enlemble en forme de fer de moulin, faifans 8c coftituans de leurs cauitez non apparêtes à l’œil, vn commun conduit,par lequel l’efprit apporte par fes deuxnerfs,fc communique de l’vn à l’autre. Et qu’il foit ainlî, telle choie nous eft bien demonftrée,tant par les hacquebutiers,qu’arba- Iefticrs,qu’autres ayant perdu l’vn des yeux,ou bien clos,qui voyent plus fubtilenlCnt & plus loing de l’œil qui demeure ouucrt,que non pas des deux enfemblerce qui ne fe feroit, fî l’efprit qui eftoit porté à l’œil clos & bouché,ne palfoit à l’autre.Et la caufe de telle fubtilité de veuc par vn œil,eft la plus grande vnion de la vertu vifiue, qui eft en plus grande quantité de l’efprit vifuel,ainfî que nous en feignent les Philofophes , qui difent, que la vertu vnie eft plus grande que la difpedee. Or icelle coniugaifon eftanC venue iufqucs à Fhumèur vitreux de l’œil,fè confomme en la ftrudure 8c compofitio de la tunique d’iceluy,nomméeen Grec Araphibliftroïde,ou Retiforme,laquelle reueft par derrière,& nourrit cet humeur vitreux,ainfî qu’il te fera demonftréen la diftèblion dei’œil. Or B que le nerf Optique aye cauité inanifeftc,cela ne peut eftre exactement cogneu : car la fituation & figure des parties ne fe peuuent cognoiftre parfaidtemet lors que l’animal eft mort,parce que l’ame en eft hors : 8c par ce moyen eft euacué grande quantité d’efprit, 6c vapeurs : loint que la chaleur naturelle eft efteinte,& les humeurs qui eftoient en la partie,font comme congelez,& pris du froid. La fécondé coniugaifon fe diuife enportios fur l’iffuë du Crâne : «2c à la racine de l’orbite fe diftri- buc aux fept mufcles de l’œil pour faire les mouuemens d’iceluy. La tierce eft double, & en fartant pareillement hors duCrane,fe diuife en plufieurs rameaux :dont les vus s’en vont aux mufcles tem- poraux, 6c aux mafticatoires, 8c au cuir de la face,du front, 8c parties du nez, qui font capables de fèntir. Les autres rameaux vont à la mandibule fuperieure 8c parties appartenantes à icelles.xomme aux dents,genciues,& aux mufcles de fa lèvre. Les troifiefmes branches iettans rameaux, tant d’vn cofté que d’autre, vont à la mandibule inférieure, 8c partie d’icelle,comme aufîi aux dents,genfiues, 6c mufcles de fa Iévre,ôc aux ronds : lefquels circonfcriuent interieuremêt les parties latérales delà bouche, comme il te fera cy-apres déclaré en fon lieu. Les derniers rameaux s’inferent 8c perdent en la tunique delà langue,pour la rendre apte à difeerner des faueurs:au moyen dequoy Galien les appelle Guftatifs. La quatrième côiugaifon 8c plus petite fe perd,& confomme prcfque toute en la tunique du palais,la rendit apte aufîi à iuger auecque la langue,des faueurs. La cinquième eft dou- a fon origine dans le Crane,& enuoye fa plus grande porriô au trou de l’oreilie,pour bailler C paflagc à la faculté auditiue,faite par la reuerberatio de l’air, de laquelle font faits les fons. L’autre portion plus petite va aux mufcles Temporaux par le trou prochain,duquel fort le nerf de la fécon- dé coniugaifon. La fixiéme après les Optiques plus grande,eftât fortie hors du Crâne toute entie- re,baille certains petits rameaux à aucuns mufcles du col, 8c du Larynx : puis defeend dans le Tho- fait les nerfs Recurrens ouReuerfifs, puis defeendent en toutes les parties des deux ventres inférieurs iufqucs à la VeflTie &aux Tefticules,ainfi que tu as entendu au premierliure.La feptiéme coniugaifonfe perd 8c s’infère aux mufcles de l’os Hyoïde 8c de la langue,& en aucuns du Larynx, pour faire le mouuement d’iceux, 8c fort hors le Crâne par le trou de l’os Occiput près des emi- nences d’iceluy : tous lefquels te feront demonftrcz par cefte figure. Première co- iugaifon. Pourquay les hargnes vi- fent mieux. Amphthiî- froide, Red- ferme. Gai. liu. B. chap. 8. de l'vfage des patries. La fécondé, La tierce. Les os de la face font fer. tutfz, pour donner paffa- ge aux nerfs delà troifief- tne coniugai- fon. La quatrief- •me, La cinquief- me. La jîxiefme. Nerfs Reçut* rens. La feptie'mt« Figure feptiéme , qui eft des huiff comugaifons des nerfs du Cerùeau. A A A Montrent la face extérieure du cérueau,qui eft comme vers entrelacez enfemble. B B La face extérieure du Cere- bellum. C C Les inftruments de l’odorat. D Le principe ou racine de l’Ef- pine medulle, contenant cri partie le quatrième ventricule, E La Spinale medulle fortât hors le Crane,començant à defeen- dre aux vertebres. F F Les nerfs optiques , qui font les premiers. G La conjonction dcfdiéts nerfs, qui eft en forme de fer de moulin. H H Les tuniques de l’œil, nom- mées Amphibliftroïdes,faibles des nerfs Optiques. II La fécondé paire des nerfs mouuans les yeux. KK La troifiefmc paire des nerfs qui s’en va au palais. Le cinquiefme Liure, L L La qtiatriefme paire des nerfs qui fe diftribuent, ainfi qu'il fera monftre cy - après. A M M La cinquiefme qui s'en va aux oreilles, où en Ton extrémité fe dilate, &c fait membrane du Cæcum foramen , laquelle t’eft monftree par O O. N N La fixiéme paire, laquelle defcend comme il te fera cy - après monftré. O O Lefquels font fous les N N. monftrcnt la feptieftne paire, laquelle s'en va à la langue pour le mouuement d'icelle. D P P La huidiefme paire, delaifsée des anciens Anatomiftes. HuiSîïefme Figure. A A A Monftrent la face extérieure du cerueau defnuée de Tes membranes. B La face du Cerebellum. C Vn des inftrumens de l'odorat. D L'vn des procès mammillaires. E L'vn des nerfs optiques. F L'vn des nerfs de la fécondé paire. G Vne portion de la tierce coniugaifon , de laquelle vn rameau va au front marqué par ( i ) d'où vne portion va à la membra- ne du nez, marquée par ( a ) & vne autre portion va à la mandibule fuperieure marquée par ( 3 ) vne autre portion va au mufcle Temporel, marqué par 4. H Monftre la plus grande portion de la k tierce paire, dont la première ramificatiô, qui t'eft marquée par ( 5 ) va aux dents &c aux genciues de la mandibule fuperieure. L'autre qui t'eft marquée par ( 6 ) s'en va à la mandibule inférieure : duquel vne portion qui t'eft marquée par ( 7} s'en va à la lèvre inférieure. Et le refte qui t'eft: marqué par ( 8 ) s'en va perdre à la tuni- | que de la langue. I Monftre la quatrième paire des nerfs, la- quelle s'en va perdre en la Tunique du pa- lais , qui t eft marquée par 9. K Monftre le plus petit nerf du cerueau,le- quel ( laifsé des anciens Anatomiftes) s'en va aux mufclcs mouuans la mandibule inférieure : fon origine eft toute prochai- ne du nerf auditif, laquelle auons mar- quée en la figure des nerfs pour la huiétié- * me paire. L Monftre la cinquième paire des nerfs , laquelle fe diuife en trois portions, dont la plus gran- de marquée par ( 10 ) fait la tunique de l'ouye. Les deux autres plus petites,qui te font mar- quées par ( 11 ) & (ü) vont au mufcle Temporal auecque vne portion de la troifiéme paire, laquelle eft faiéte en maniéré de capreoles de vigne, ainft que tu peux voir en la figure de trait dudiét nerf. MM Monftrent les nerfs de la fixiefme paire, lefquels fe diftribuent ainft que s'enfuit : Premiè- rement , ils enuoyent leur premier rameau aux mufclcs pofterieurs du col, qui t'eft marquée par (13}. Secondement, ils enuoyent vne autre portion à aucuns mufcles du Larynx,qui t'eft marquée par (14.) Tiercement, ils fe reduifent en deux rameaux, dont l'vn defeend le long de & la racine des coftes intérieurement, fe méfiant auec les nerfs Intercoftaux par certaines petites produélions marquées par ( YY) qui fortent de l'efpine médullaire, pour aller aux mufcles Intercoftaux, qui t'eft marquée par (15) : l'autre portion qui t'eft marquée par (16) defeend à l’eftomach, &fe diuife ainft que s'enfuit. Premièrement, ils renuoyent deux petits rameaux aux mufcles, qui montent du Thorax,& Clauicules vers le Larynx, qui te font marquées par (17) : puis fait le nerf t'eft marqué par (18) du cofté droit: car du cofté gauche il eft après la diftribution qui s'ehfuit : fçauoir eft, aux Poulmons,& au Péricarde : donc ceux des Poulmons te font marquez par (19), &ceux du Péricarde par (20), Ôz le refte va à l'orifi- ce fuperieur du Ventricule, & en tout fon corps. N N Monftrent la feptiefme paire des nerfs , laquelle fe diuife comme il s'enfuit : Premièrement, aux mufcles fortans de l'os Styloïde ou claual , marqué par (21 ) : Secondement aux muf- clcs de la langue , 5c à ceux de l'os Hyoïde, de en aucuns du Larynx, qui te font marque/ par ( 22 ) : Le demeurant fe méfie auec la fixiefme paire, comme tu vois par (23.) O Monftre vne portion de la Spinale medulle, iftuc hors le Crâne. de l’Anatomie Du Rets admirable 5 & glandule Bafilaire. C H a p. IX. *R de l'efprit Vital eft fait l'efprit animal, enuoyé du cœur par les arteres Carotides internes au ccrueau,pource qu'il eftoit requis qu'il fuft mieux cuit & digeré,d'autant que l’adion animale eft plus noble que la vitale. Et pourtant Nature a produit ôc bafty vne diuifion d'arteres en petits filets entrelacez enfemble en diuerfe forme,paf. faut l'vn par ddfus l'autre , par plufieurs fois fe coupant ôc diuifant maintenant en vne iorte, maintenant en autre, auec plufieurs circonuolutions, & entortilleures comme vn petit labyrinthe, faifant vne merueilleufe texture en maniéré d'vh filet ou rets. Et pour celle caufe a efté appellé des anciens tets admirable : ôc à efté ainfi fait, afin que l'efprit y fift plus longue demeure, pour illec dire mieux agité Sc élaboré ,fubtilifé ôc mis en extreme perfedion : ce qui fait l'animal prompt & idoine à rendre les fondions Sc adions ja déclarées de la faculté animale : laquelle aufli a obtenu de Nature les inftrumens plus parfaids, d'autant qu'elle excede la vitale. Or ledit rets double,fitué aux parties latérales des apophyfes Clinoïdes,diuisé ôc feparé par laglaiidulè colatoî- re , laquelle eft mife au milieu defdides apophyfes Clinoïdes fous la Dure - mere, aufquelles il y a g certains petits trous fpongieux, par lefquels pafle ôc tranfcoule la pituite excrementeuie ôc fubtile, qui defcend du moyen ventricule , par le conduit appelle Peluis ou Lacuna, pour puis après eftre iettée par les deux trous latéraux de l'osBafilaite du palais,& de là expurgé tant par le nez que par- le palais i dont ie pcnle que la faliue eft faite eii partie : attendu que ceux qui ont le cerueau humi- de , abondent en icelle , la iettant quafi continuellement par la bouche. Les Apophyfes Clinoï- des font certaines produdions d'os faides intérieurement de l'os Bafilaire , entre lefquels ladide glandule Colatoire eft fituée auec vne portion du rets admirable. Quant à celle partie,il y a gran- de difienfion entre les Anatoltiiftes : Vefaliüs nie qu'elle fe trouue aux hommes : Columbus l'ad- met, mais il femble qu'il la confonde auec le Plexus choroïdes : de ma part, ie l'ay toufiours veuë au lieu ôc en la façon que ie l'ay deferite, comme Syluius a difputé contre Vefaliüs. Toutes ces par- ties demonftrées, reliera feulement le Crâne, duquel ie te conteray les trous, à raifon qu'ils profi- tent grandement à entendre où vont les veines, arteres, ôc nerfs* Dequey, $ ou fe fait l'e- jfirit animal. Rets admi- rable-. Par la pi- tuite du cer- ueauï'expurê- ie- Peluis. Lacunài Définition des apophyfes Clinoïdes-. $leufefme figure du Rets admirable. A A Monftrent les arteres Carotides qui entrent en la tefte par les collez des apophyfes Clinoïdes, lefquclles s'entrelacent enfemble,puis ïè toutes à C,C pour aller par toute la fubftance du Cer~ lieaü, ôc au Plexus Choroïde. D Monftre la glandule Bafilaire receuant le conduit du Peluis, par la» quelle elle reçoit la pituite du moyen ventricule. Des trous de la bafie interne du Crâne. C h a p» X. E s premiers font les Ethmoïdes* Les deuxiefmes, ceux des nerfs Optiques. Les troifiefmes, des nerfs motifs de l’œil, & d'aucunes portions de la tierce paire. Les 'Il (luatr*cl'mes l'ont Pour vne partie de la quatriefme paire des neufs, qui va aux muf- clcs Crotaphites, ou des Temples. Les cinquiefmes font pour la tranfcolation- de l'humeur aqueux ôc fubtil, defeendant du moyen ventricule du cerueau au palais, faifant l'humidité fâlîualè : ôc font quafi infenfibles à l'œil,lefqucls font limez fous la glâdule co- latoké ,entre les apophyfes Clinoïdes. Le fixiefme eft en l'os Sphénoïde,Cuncïforme,ou Bafilaire* pour donner entrée aux arteres Carotides internes, faifant les rets admirables, s'en allant rendre dedans la grande creuafte ou fente. Le feptiefme eft double le plus fouuent, pour donner entrée à D vn rameau de la lugulaîre interne. Le huidiefme eft oblong en forme ouale, par lequel fort vne partie de la troifiefme pairc,& toute la quatriefme paire des nerfs. Le neufiefme fait ceux de l'ouye; Les dixiefmes font fort petits,& baillent paflageà vne veine ôc artere pour aller au conduit de l'o- reille, fituez au ddfus du trou du Cæcum. Les onziefmes font les defchirez*qui donnent ilfuë à la fixiefme paire des nerfs à vne partie de la Carotide, Ôc à vn rameau de la lugulaire interne. Le douziefme, pour donner iifuë à la feptiefme paire. Le treiziefme, eft le grand trou de l'Occiput pour donner ilfuë à la nucquc. Le quatorziefme , eft celuy qui eft le plus fouuent derrière ce grand trou, par lequel entrent les arteres ôc veines ceruicales. Des trous de la bafie externe du Crâne» C h a p. XL HV x fourals y a vn trou de chacun collé, par lequel pafte vn petit nerf de la tierce con- iugaifon, fortant de la cauité de l'orbite,pa{ïànt à trauers de l'os du front>à l'endroit du iourcil pour donner mouuement aux deux mufcles du fourcil fuperieur, ôc au front ; mais le plus fouuent le trou ne fe trouue qu'en vn codé, quelquesfois vne fente, quel- que sfois du tout point. Le fécond , eft ccluy du grand Canthus, par lequel defcend vne portion de la troifiefrae coniugaifon des nerfs à la tunique du nez,dans lequel eft (ituec la glâdule Lachi y- male. Le troifiefme eft fitué au deftous de l'œil pour la defcente d'vne autre portion de la troifief- Le cinquième Hure 136 me paire, pour aller aux parties de la face,& aux dents de la mendibule fupericure. Le quatrième A eft au commencement du palais, entre les dents incifiucs , par lequel pâlie quelque petite veine & artere , & la tunique du palais. Les cinquièmes font contenus dans les os du palais , par lefquels delcendent les nerfs de la quatricfme coniugaifon, pour faire le gouft. Les lixicfmes font les giâds trous du palais, feruans à la refpiration, & pour vuider le phlegme tombant du cerueau par de- dans le nez. Relie vne fendaftè fous le Zigoma, montant dans l’orbite , par où palfent tant les nerfs de la troifiefme paire aux mufcles Crotaphites, qu’aucunes veines tk arteres. Plus vn autre fitué entre l’apophyfe Mafto’i de, lequel ne palïè outre fenliblement. Dauantagc,vn autre qui eft à la racine pofterieure de l’apophyfe Maftoidc, appelle d’aucuns procez mammillaire, par lequel vu petit rameau de la veine lugulaire va dedans le Torcular. Quant cil du nombre de ces trous, quel- quesfois tu en trouueras plus,autresfois moins : Lefquels ferment de quatre chofes ; la première, à donner ilfuë aux nerfs , la fécondé à receuoir les veines & arteres , la troiliefme à donner entrée à l’obiedl prochain de l’ouye & du flairer, la quatriefme à vuider les exetemens du cerueau. Ve l'Ejj>ine Médullaire. Chap. XII. A moüelle Spinale eft comme vn ruificau coulant du cerneau, ainfi que d'vnc fontai- g ¥. jÆdne, laquelle enuoye par toutes les parties d'entour d'elle, qui font fous la telle des ü nerfs pour leur bailler fentiment & mouuement, les ramifiant ainfi qu'vn tronc d'ar- bre en plufieurs branches, qui font au nombre de trente de chacun cofté, que deferi— rons Cy_apres. Icelle eft enueloppce de deux membranes qui couurent le cerueau ; à fçauoir , de la Dure & Pie-mere, 8c n'y a nulle interualle entre les deux comme il y a au cerueau, parce qu'elle n’à mouuement corne le cerueau. Elle a vne autre membrane par delfus,qui les enui- rône,fort dure & efpelfe, qui fert de garder que ladite moüelle fpinale ne foit rompue, quand nous mouuons le dos. Les maladies d’icelles font femblables à celles du cerueau,à fçauoir,quc le mouue- ment & fentiment de toutes les parties inférieures font intereflèes,quand quelque roüellc de l'Efpi- ne eft blelfec : comme quand quelques vues font hors de leur place , & quand elles en font cfloi- gnées, lors il fc fait contorfion de la moüelle : &c fi vne feule fe iette hors de fon alïiette,la moüelle eftant flechie en fi peu d'efpacc & eftroit, fera griefuement trauaillée : & la roüelle eftant fortie hors de fon lieu, la comprimera pour le moins , fi elle ne la rompt Ôc defehire. Les nerfs fortans des roüelles de l'efpinedes veines & arteres y entrent par les raefmes trous,pour nourrir la raoüei- le & les roüelles ou vertebres. Origine de la mortelle de ÏEjjiine. Vfage. Maladies de la moiielle finale. Figure de la finale Medulle. A Monftre le commencement de l'efpine medulle,lequel fort de la fin du cerneau. B La moüelle du dos foutant de la capacité du taiz , commence icy à en- trer en la première vertèbre du col. C La moüelle du dos commence à n’apparoiftre plus fimple en la defeen- te, ains refièmble à plufieurs cordelettes , lefquclles jointes enfèmble, defeendent droit en bas. 3.4.3.6.7. Les racines des nerfs font marquées par ces chara&eres , lefquelles racines fortent de la moüelle du dos deuant qu'elle forte hors la capa- cité du taiz. D. 7. La partie de la moüelle du dos contenue dedans les vertébrés du col marquez depuis B, iufques à D, au cofté droit, & iufques à 7. au cofté gauche. P E. ip. La partie de la moüelle du dos contenue dans les vertébrés d'iceluy. F. 24. La partie de la moüelle du dos, qui remplit les vertébrés des Lumbes. G. 30. La partie de la moüelle du dos , contenue dedans les fix os dudiéfc Os facrum. H L’extremité de la moüelle du dos. Fin du cinquiefme Liurei 137 Table des Chapitres du fixiéme Liure, os ace' Chapitre j (| Des Dents, Chap. ij jê j Du mufle large, ou Peaucier« Chap. iij y Des Paupières & Sourcils, Chap. iv 1 - U DesXeux. Chap. v Des mufdes des Veux. Chap. vj (*.*) Chap. vij Des mufdes de la Face. Chap. viij Des mufdes de la Mafchoire inférieure. Chap. ix Des oreilles çf Parotides, Chap. x De tos Hyoïde, de fis mufles* Chap. xj De la Langue. Chap. xij De la Bouche* Chap. xiij De tyuule,ou Luette,ou Gargareum, Chap. xiv Du Larinx, ou nœud de la Gorge, Chap. xv Du Col > @r de fes parties. Chap. xvj Des mufles du Col, ( ’. * ) Ctiap. xvij Des mufles du Thorax, (ef des Lumbes* Chap. xviij Des mufles de [Omoplate. Chap. xix Defription de la main généralement prife, Chap. xx Distribution de la veine du Bras, & premièrement de la Cephalique, Ghàp. xxj Distribution de la veine Axillaire. Chap. xxij Distribution de ïartere Axillaire, Chap. xxiij Des nerfs du Col> du Metaphrene, du Bras. Chap. xxiv Defription de tos du Bras y & des mufles qui le meuuent, Chap. xxv Defription des os du Couldey des mufles qui le meuuent* Chap. xxvj Déclaration des os du Carpe, Métacarpe, & des doigts. Chap. xxvij Des mufles du Coulde, Chap. xxviij Des mufles de la main interne. Chap. xxix Defription de la ïambe généralement prife. Chap. xxx Distribution de la veine Crurale. Chap. xxxj Distribution de [artere Crurale* Chap. xxxij Des nerfs des Lumbes y de [os Sacrum y & de la Cuijfe* Chap. xxxiij Des parties propres de la Cuijfe. Chap. xxxiv ‘Des mufles qui meuuent la Cuijfe, , Chap. xxxv Des os de la ïambe. Chap, xxxvj Des mufles de la ïambe. Chap. xxx vij Des os du Pied. Chap. xxx viij Des mufles mouuans des doigts du Pied♦ Chap. xxxix. Des mufles mouuans du Pied. Chap. xl 'Briefue récapitulation de tous les os du corps humain. Chap. xlj ‘J{ecueil du nom de la connexion des os, Chap. xlij capitulation de tous les mufles du corps humain. Chap. xliij LE SIXIESME LIVRE, AVQVEL SONT CONTENVS PRINCIPALEMENT LES MYSCLES ôtles os de tout le corps, auec description de toutes les autres parties des extremitez. ■? %E F A E. Ovrcï que quelqu'vn fe pourra efmerueiller de ce que deuant qu’auoîr pourfuiuy Sc demonftré toutes les parties de laTe(le > ainfi quelles ont efté propofees , i'ay finy le .quatriefme liure de noftre œuure auquel elles fem~ vigbj ent appartenir : à celle caufe , auant que palier plus outre, i'ay propofé rendre la raifon, laquelle m'a efmeu à ce faire , qui eft telle , que i'ay deli- beré tout d’vn traiél l'Anatomie des Mufcles. Et pource que des fufdiéles parties de la Telle, celles defquelles n’âuons encore parlé,font conftituees , Sc faites, félon leur plus grande partie des mufcles : à ces fins ie les ay voulu traiéler auec fes extremitez, commençant à lapins haute partie de la Face,qui font les yeux , quand i’auray premièrement déclaré les os d'icelle , fans la cognoillance defquels ie ne te fçauroisluffifarament ny à ton profit, defigner l'origine Sc infertion defdiéls mufcles.Orauons nous dit au commencement du liure précédent ,faifant la diuiEon de la Telle, que par la Face elloit entendu tout ce qui eft contenu entre le fburcil Sc le menton : en laquelle eft vne merucilleu- fe fabrication de Nature d’auoir fait, qu’en fi petite efpace entre dix millions d'hommes il y ait tant de différence , que deux feulement ne peuuent cftre trouuez femblables , que fubit ne foient diftinguez pa.r certaines notes Sc Egnes , afin qq'on peuft cognoiftre l'vn d'auec l’autre. Pareille- ment Nature y a produit la barbe pour ornement, Sc faire la différence de l'homme auec la fem- me , Sc la maturité des corps, aages, Sc temperamens. Et y a fait aufîi vne beauté E grande, qu'au- cuns défirent mourir de leur bon gré , pour la beauté d'aucunes perfonnes , comme font les fols amoureux :8c font tant agitez , qu’aucunesfois deuiennent infenfez,& perdent du tout leur enten- dement pour lés aiguillons de celle belle face qui pénétré iufques à la plus viue partie de leur ame : qui fait que les pauures amoureux Sc paffionnez la rendent martyree, obeyftante Sc cham- brière à leur concupifcence Sc défir. Dauantage il y a encore vne autre chofe admirable à la Face, combien qu'elle ne foit plus grande que de demy pied, toutesfoîs en la moindre mutation d'icelle nous appareillent les différences des hommes Sc femmes , félon qu'ils font ioyeux, eiperans ou a- monreux , trilles, craintifs, honteux, malades ou fains, vifs ou morts. Parquoy comme ainfi foit que la Face foit en nous de telle cohfequence Sc relpeél, nous re- tournerons à l'Anatomie d’icelle : pour laquelle bien aiféraent déclarer , commencerons aux os, fans la cognoilfancc defquels on ne fçauroit bien deferire l'origine Sc infertion de fes mufcles. La Face. Lierre Boy- Jiuau en fon lin. du Theatre du monde. >0 loye. Bjpoir. Amour Des os de la Face, Cha p. I. S*at os en l'or- bits. KE s os de la Face font en nombre feize ou dixfept. Et premièrement il y en a Ex,à fça- noir trois de chacun collé, fituez autour de l'orbite de l'œil , dont il y en a vn grand , Sc Vn autrePet^t » & Fautre moyen , tant en grandeur qu'en fituatîon : tous trois touchent l'os du front en leur partie fuperieure. Dauantage, le plus gros eft conioinét par future, auec vue prodùélion Sc apophyfe de l'os petreux, Sc conftituc Sc fait le Zygoma, l'os lugal, ou l'os Paris , qui a efté fait de Nature , pour la conferuation du mufcle Temporal, ainli qu'il fera déclaré cy après. Audit os il fe trouue vne cauité > où eft contenue vne fubftance morneufepour la nour- riture des dents molaires , Sc d'vn air implanté pour l'odorat. Le plus petit eft fitué au grand Can- thus de l'œil, dedans lequel eft vn trou allant au nez , fur lequel eft vne glande, à laquelle fe fait l’Egilops. Le moyen os eft prefque au fond de l’œil, qui eft fort délié quafi comme parchemin, A celle caufe font dits efcailleux, pource qu'ils reftemblent à vne croufte ou incruftation ; parquoy ils fc brifent aisément. Apres ces trois fufdits os, fuiuent les deux du nez, lefquels font conioincls par future auec l'os du front Sc enfêble en leur partie antérieure par harmonie,c'eft à dire, de droit- te ligne , & de leur partie latérale ou pofterieure auccques les autres deux os , vnde chacun cofté, qui defeendent depuis l'os du front ( auec lequel ils font aufîi conionincls par future ) viennent re- cedoir toutes les dents. Iceux fe trouuent peu fouuent feparez, ce dit Galien, Or font ces deux cy les plus gros Sc plusefpés des os de la Face , nombrez iufques icy, Sc font connexez Sc allemblez par future, auec k plus grand os de l'orbite de l’œil, Sc deuers fa partie pofterieure auec l'os Bafi- Zygoma' L'os Paris, Beitx es du nez. de T Anatomie. A lairc,& partie interne aucc les deux petits os du palais intérieurs, lefquels condiment intérieure- ment l'extremité d'iceluy : au moyen dequoy nous les pouuons appeiler les os du palais intérieurs ôc pofterieurs,& font l’onziefme 8c douziefme os en nombre : & reçoiucnt ces deux petits os par leur partie latérale près les apophyfes Pterygoides de Pos Bafilaire(chacun de fou codé) vn des nerfs de la quatrième coniugaifon , leiquels nous auons dit cy-deflhs , fe perdre en la membrane du palais. Il y en a encores deux autres félon Galien,en la mandibule inferieure,qui font conioinds au men- ton ; combien qu'aucuns ont voulu dire n'y en auoir qu'vn, pourcequ’il n'appert au fens delà veuë aucune diuilion entre eux. Mais ceux qui le nient , ie les prie de les vouloir chercher en vn ieune enfant,& ie les puis bien aifeurer qu’ils les trouueront : &la preuue en fera foy. Mais aux parfaits d'aage ne peuuét edre apperceus, 8c font en nombre treiziefme 8c quatorziefne. Ces deux os donc, faifans la mandibule inférieure, ont en leur partie poderieure deux apophyfes de chacun codé, de la part qu’ils regardent la mandibule fuperieure-.defquelles l’vne ed faire en pointe d'efpée,appellée vulgairement Coroni : 8c l'autre monde 8c ronde, laquelle s’infere dedans la cauité limée en la ra- cine de l'apophyfe de l'os Petreux, qui ayde à faire le Zygoma près le trou de l'oreille : laquelle fe peut luxer vers la partie antérieure,en baaillanr, qui le fait par la retradion des mufcles qui naif- fent des apophyfes Pterigo’ides, 8c delîgnent aux angles inférieurs, qui font en la partie plus large de ladide mandibule. Cr ed cede mandibule cauée comme la fuperieure , & principalement en g fa partie podcrieurc : contenant en fa capacité vn humeur blanc, glaireux, propre 8c familier pour la nourriture 8c accroillement continuel des dents. Lequel ed illec fait 8c engendré du fang, rece- uant de fa partie poderieure ôc intérieure, fous la racine de PApophypfe ronde, les vaifl’eaux; c'ed à icauoir, veines, arceres, nerfs, 8c efprits apportez par lefdids vailfeaux auecque le nerf de la tierce coniugaifon, par vn troualfez infigne. Au moyen dequoy fes parties font nourries 8c viuifiées., 8c les dents outre les autres pardes,renducs fenlibles par certaine portiô defdids nerfs, illec apportez 8c didribuez auec veines 8c arteres fuffifantes pour leur nourriture 8c vie , par certains petits trous limez vifiblemêr aux profondirez des racines defdides dents : à caufe dequoy en douleur de dents, ed fenty douleur pulfatiue, pour la fluxion faide pat les arteres. Qu'il foit vray,lors qu'on les tire, on trouue en leurs racines quelque petit vedige de fubdance nerueufe. Dauantage, il faut confi- derer, comme ladite mandibule produit de fa capacité interne deux nerfs allez infigues à codé du menton, à l'endroit de la dent Canine inférieure, 8c de la première des plus petites des molaires, pour le mouuement 8c fentiment des parties à foy appartenantes : ainfi que ie l'ay déclaré en par- lant de la didribution de la tierce coniugaifon des nerfs. le t'ay bien voulu admonneder de cecy, afin que tu te donnes garde d'iceux, lors qu'il fera befoin de faire incifion aux fufdids endroids. Or il en rede encore vn autre fitué fur le palais, duquel vient le Septum cartilaginofum du nez,di- uifant le nez en deux nazeaux,& lèparant les deux trous du palais, lequel a edé obmis de tous Ana- tomides que ie fçaehe. Or afin que chacun puifle plus facilement rctenir,&: mettre en mémoire le C nombre des fufdits os, nous ferons vne briefue 8c générale répétition d'iceux. Premièrement il y en a fix, à fçauoir, trois de chacun codé , que nous pouuons appeiler orbitaires, à l'entour des yeux. Les fept 8c huid fe peuuent appeiler nazeaux. Le neufiefme 8c dixiefme. Maxillaires. Les onzième 8c douzième peuuent edre dits Os internes du palais. Les treiziefme 8c quatorzième , Os de la mandibule inférieure.Le quinziefmc peut edre ditle mur metoyen, ou Septum du nez.Ces os ainfi briefuement &fommairementnommez,nous faut maintenant parler desdcnts,fourcils,cuir,panni- cule charneux, mufcles , 8c confequcmmenr des autres parties de la Face. Deux os in- ternes du pa- lais. Deux os en la mandibule inférieure. Luxation de la mandibule inférieure, Nota que la mandibule inférieure eji caue, & con- tient vn hu- meur propre eÿ familier pourl'accroif- Jemenr nourriture des dents. Septum carttlagino• fum. Quinze os de lu Face. Des Dents. C H A p. IL H s dents font du nombre des os,dont le nombre eft de trente-deux au plus, aux hommes : ' » fçauoireft, feizeen chacune mandibule, fituées par ordre : derqueiles an la partie anterieu- re en y a quatre deflus , ôc autant deflbus, tranchantes ôc larges , nommées Incifiues , pour couper viandes : & n’ont chacune qu’vne feule racine : puis y en a deux de chacun cofté, tant def- fus que deftbus , nommées Canines , pource qu elles font aiguës & fortes comme dents de chien, pour romprc,brifer & cafter les chofes folides : aucuns les appellent Dents œilleres,en haut princi- palement, ôc n’ont pareillement chacune qu’vne feule racine, plus longue toutesfois que nulle des p autres. Apres s'enfument les Maxillaires ou Molaires, qui font dix de chacun cofté, tant en haut qu’en bas : ôc font ainfi nommées, pource qu’elles mafehent, brifent, ôc comminucnt les viandes, afin qu’elles foient plus facilement digérées dans l’eftomach : ce qu’on dit volontiers. La viande bien mafehée eft à demy digerée. Celles qui font fichées à la mandibule fuperieure ont le plus forment trois racines, ôc bien fouucnt quatre. Celles de la mandibule inférieure n’en ont que deux, ôc quelquefois troisrpourcequ’icclle mandibule eft plus dure que la fuperieure, ôc auffi à caufe que ces dents eftans affiles fur leur racine, ôc non lufpenduës,comme celles de la mandibule d’en-haur, n’auoient befoin de tant de racines pour leur Habilité ôc alfeurance. Les dents incifiues,ou tran- chantes, mordent ôc taillent les morceaux les œilleres Canines,les froiftènt, ôc les groftès Ma- xillaires,ou Molaires,qui font durcs,larges,& afpres, pilent, brifent,& menuifent ce qui aefté taille par les incifiues, ôc œilleres. Or fi lefdites dents Maxillaires eftoient liftes ôc polies, elles nfe pour- roient exercer leur office commodément: Pource que plus aifément toutes chofes font brifées de ce qui eft afpre,raboceux, ôc ruderpour celle caufe on picquc à pointe de marteau les meules de mou- lin , quand elles font trop applanies, pour les rendre afpres ôc raboteufes à mieux moudre ôc faire farine. Les dents font coniointcs aux mâdibulcs,par vne efpece de connexion,qui eft dite Gornpho- fis * c’eft à dire,fichées dans les mandibules en certaines cauitez appellées Alueolcs, comme vn pau fiché en terre,ou vn gond dans du bois:car mefmesen quelques-vns on trouueque leurs dents font Trente deux dents. Dents tren- chantes. Dents œillè- res. Dents Molai- res, Gomphofe, Alueolss. Le cinquiefme Liure, 140 ceniointes ÔC vnies auec les mandibules fi fort,qu’ alors qu’on les arrache,on emporte portion def- A dites Alueolcs ou mandibules : ce que i’ay veu fouuentesfois auec grande hemorrhagie , laquelle à grande difficulté on pouuoit eftancher. Dauantage en leurs racines font attachées par certains liga- mens, là où le nerf eft inféré, fcmblablement les veines ôc artères. Or Icfdires dents différent des autres os, parce qu’elles ont aélion , à raifon qu’elles fnafchent : auffi parce qu’elles fe peuuent ré- générer quand elles font perdues,& ont croisement côtinuel iufques à la mort,à raifon qu’en frayât, ôc principalement en la maftication, l’vne contre l’autre, fe communient Ôc s’vfcnt, ce qu’on void manifeftement à ceux qui en ont perdu quelques vnesrcclle qui n’aura plus la rencontre de celle qui eft perdue,demeurera plus longue , parce qu’elle ne s’vfeiic comminue corne elle faifoit,lors qu’el- les fe rencontroient l’vne contre l’autre. Dauantage différent encore des autres os, à raifon qu’elles font plusfolides ôc diircs,& auffi qu’elles ont fentiment : lequel leur eft porté par certains rameaux de nerfs qui fortent de la troifiefme coniugaifon, lefquels entrent dans leur fubftance : ôc pourras apperceuoir lefdits nerfs en caftant quelque dent recentcmem arrachée de la bouche de quelqu’vn, lequel verras manifeftement : dont par le fentiment d’icelles eft fenty douleur incftimable,lors qu’il s’y fait quelque defluxion, ou quand quelque grad froid les touche. Tel fentiment leur a efté don- né,afin qu’elles euftent confentement auec la langue, pour difeerner ôc inger des faneurs, comme ont les autres parties de la bouche. On pourra demander comme il fepeut faire que les dents ayent fentiment : veu qu’elles fe peuuent fcier& limer fans douleur. Mais en ce i’approuue fort l’opi- nion de Fallopius, qui eftirae qu’elles ne fentent point en leurs parties extérieures, mais feulement B par vne membrane laquelle elles ont au dedans. Tu pourras voir ce que cet Authcur en efcritplus amplement. Lefdites dents ont encor vne autre grande vtilité, ôc principalement celles de deuant, c’eft aider de bien proférer la parole. Qu/il foit vray, il eft cogneu par expérience en ceux qui les ont perdues,qu’ils ne peuuent bien proférer la parole, ainfî qu’ils faifoient auparauât les auoir per- dues,mais au contraire balbutient. Ainfi font ceux qui les ont trop courtes ou trop auancées, au dé- liant , cheuauchans les vnes fur les autres. Dauantage, il eft cogncu aux petits enfans, lefquels ne parlent ny ne proférât bien leur parole,iufques à ce qu’ils ayent leurs déts de dcuât.Pareillement les vieillards, après qu’ils les ont perdues, fe trouuent begues, ôc ne peuuent bien diftinéfement pro- noncer ce qu’ils veulent dire. Et noteras en cet endroit,que les dents font folides,& ja olîèufes aux enfans cftans encores au ventre de la mere. Ce que pourras voir à l’œil ( comme i’ay fait ) en dif- fequant vn enfant mort, fubitement âpres l’enfantement. Plus tu noteras qu’il y a deux allez gran- des cauitez fous les fourdls remplis d’aucun humeur vifqucux,qui feruent à l’odorat, comme a efté dit cy-deuant. Dauantage fout deux autres cauitez aux apophyfes Mafto'ides , ou procès mammil- laires , efquels eft contenu vn air implanté pourl’ouye. Item deux autres cauitez aux mandibules* dans lefquellcs eft contenu vn humeur vifqueux, efpés ôc gluant, qui eft pour la nourriture des dents, comme nous auons ja prédit. Différente des Dents d’auec les autres os. iPourquoy les dents ont fentiment. Les eauitex. qu'on trouue es os de l'a Face, Va mufcle Large ou Peaucier. C h a p. I I L SE s choies ainfi confiderées , il conüiendrôit maintenant ponrfuiuré les parties con- tenantes de la Face, qui font le cuir, pannicule charneux, ôc la Greffe. Mais veu qu'el- les ont été par cy-deuant fuffifamraent declarées,auant que venir à la direction de l'œil ie te pourfuiuray feulement le pannicule charneux, afin que tu puifies entièrement ôc parfaitement entendre les mouuemens faits par iceluy, tant aux parties de fa Face qu'au Fronr.Et premièrement pour le bien voir.il faut fubtilement feparer la peau, en quelque endroit delà Face: car ix tu ne te donnes garde tu loueras ce mufcle large auec ledit cuir,anquel immédiatement il ad- héré, ôc en aucuns endroits, comme aux léures,aux paupières des yeux, & tout le front,fi etroitre- ment, qu'on ne les fçauroit entièrement feparer l'vn de l'autre; Nature luy ayantdonnné mouue- ment volontaire, afin que s'èftendant & repliant alternatiuemêt il puifiè ayder à ouurir & à fermer l’œil.Pour montrer tout ce que contiet ledit mufcle,& fes adhérences & mixtions'auecle cuir,ille faut feparer le plus fubtilement que faite fe pourra.Puis ledit pannicule étant defeounert de tout le cuir, le faut feparer,commençant àj'cndroit de la Clauicule anterieure,& montant félon droit- tc ligne,iufqu'au menton, le conduifant tant qu'il fera poflîble, vers le derrière. Ce faifant tu mon- treras comment il fe méfié auec le cuir ôc mufcles des léures : ôc quand tu feras paruenu aux yeux, montreras que c'et celuy qui les ferme & ouure, & non autre, à raifon des trois genres de fibres, defquelles il et compofé& fait: combien que félon tous les Autheurs qui en ont eferit iufqu'au iourd'huy , telles ations foient attribuées à deux mufcles propres à ce faire,l'vn fitué au grâd an- gle partie fuperieure:5ri'autrequiet fait en forme de Croifiant,au petit angfe,s’etendât iufqu'à la moitié du Tarfe,auquel endroit l'anterieur define, &de la partie bafle,côprenant tout le fourcifau moyen dequoy il et rendu aucunement mobile. Etiaçoit qu'aux demontrations ordinaires & pu- bliques on les marque ainfi que ic t'ay dit, fi et-ce que i'ay opinion que ceux qui les môtrent, en font aufli incertains que moy-mefme. Et ce qui me le fait dire, c'et qu'en leuant ledit Pannicule charneux, autrement nômé mufcle large}on netrouueaufdits endroits autre chair mufculeufe,que celle dudit Pannicule,foie qu'on le conduife du front en bas,ou de la iode en haut. Outreplus s'il et befoin de faire incifion fur les fourcils au front, il et défendu de la faire tranfuerfalement, de peur que ledit mufcle Peaucier tombant vers l’œil, ne rende la paupière fupericure immobile. Et fi d’auanture telle incifion furuient par accident, pour retenir le mouuement de ladite paupière , il Ja faut coudre. Laquelle chofc nous et encores plus grand argument, que le mouuement de la fufdite paupière dépend dudit Mufcle large-, ou Peaucier. Dauantage s'il y auoit mufcles parti- culiers , ainfi fituez commme nous auons dit, veu que quand l'vn opéré, fon oppofite cefiè : ôc Inftruiïion. pour le Chi- rurgien. Mouuemens des paupières. Notable di[cours fur le mufcle des paupières. De l’Anatomie que l’opération du mufcle ( ainfi comme nous auons dit) eft de retirer la partie qu’il meut vers Ton A principe : il s’enfuiuroit que quand le mufcle ouurant l’œil opereroit, ôc Ion oppofitc cederoit, il tireroic la paupière aucunement vers fon origine, ainii que nous voyons eftre fait aux conuul— lions. Parquoy veu que nous ne voyons tel mouuement, c’eft vn certain argument, que tout le mouuement de cefte paupière dépend dudit mufcle large. L’origine dudit Mufcle , eft de la partie fuperieure du Sternon, de toutes les Clauicules de PEfpine de l’Omoplate, ôc de toutes les cfpines des vertébrés du col, de 1 occiput ôc partie haute delà telle depilecs. A cefte caule diuers mouue- mens font faits en la face , en laquelle il define , la couurant comme vu malque , par iceluy félon la diuerfité de fon origine, ôc diuerfes productions de fibres. le n’ay pourfuiuy en ce mufcle icy les neuf chofes , ainfî que ie fais aux autres parties , pour autant qu’elles ont elle fuffifamrnent déclarées parlant des mulcles de l’Epigaftre. Parquoy d’orefnauant ne faut attendre autre chofe de moy touchant les mufcles , que leur origine, infertion , adlion , ôc compofition , quand en iceux y aura quelque vaifleau inhgne, & digne d’obferuation. Origine. Des Paupières & [ourdis, C h a p. IV, aAiNTENANx puis que nous fommes tombez fur le propos des Paupières ôc fourcils, veu aujfîî que c’eft l’ordre de difledion, il faut dire que c’eft, dcquoy,& comment, & à quelles fins telles parties ont efté faites de Nature. Donc pour commencer;Les fourcils ne font autre chofe que le poil ordonné en forme de Croiffant , fur la droite ligne de l’orbite fuperieure de l’œil depuis le grand iufqu’au petit angle d’iceluy ; lefqnels Nature a ainfî ordonnez pour l’ornement du corps , comme quelque autre poil, 8c afin qu’ils feruiffent aux yeux , comme de propugnacle 8c defenfe en contre la fueur acre & mordicante, qui pouuoit couler du front fur les les yeux. Quant aux paupières, qui font deux de chacun cofté, inférieure ôc fuperieu- rc, elles ne font autre chofe que la porte des yeux , pour iceux ouurir ôc clorre en temps de neceflî- té, ôc pour chalfer l’œil au dedans de l’orbite, euitant les chofcs extérieures. Leur compofition eft de cuir mufculeux , cartilage , & poil, lequel eft mis fur l’extremité d’icelles, comme vn palais pour la defenfe des yeux ouuerts,principaIement à l’encontre des petits corps fubrils,lefquels par ie moyen de l’air pourroient entrer dedans iceux , ôc les endommager, Ils font toufiours en vue pa- reille grandeur, ôc ont efté plantez fur vne partie cartilagineufc , afin qu’ils demeuraffent droits, ôc non baillez ôc repliez : ce qu’ils euflènt peu faire, s’ils euflent creu fus vne fubftance molle. Ils n’ont efté fituez fort prés les vns des autres : attendu qu’ils fuffoqueroient, ôc obtenebreroient l’œil, s’ils enflent efté fort prez : ôc partant par vne grande prouidence de Nature ils ont eu vne fepatatio conuenablc. Quant au cartilage,fur lequel ledit poil eft fondé,il eft enueloppé du Pericra- ne iufques illec eftendu auant que faire la Coniondiue : Et a efté illec pofé ôc fitué,à celle fin que quand vne partie d’icelles feroit tires en haut, ou en bas, par le mufcle large, ou fi tu aimes mieux, par les mufcles propres dicelles , toutes les paupières fuiuilîènt à raifon de leur dureflè. On appelle tel cartilage,mefmement aux paupières fuperieures, Tarfe de l’œil. La différence de la fuperieure ôc inférieure n’eft autre finon que la fuperieure eft plus appertement mobile, ôc l’inferieure obfcure ment, comme vn chacun peut efprouuer en foy-mefme regardant en vn miroir : autrement en vain Nature auroit mis fubftance mufculeufe àl’entour d’icelle. On peut aufli dire, que leurs mouue- mens fe font par le bénéfice du Panniculle charneux. Defcription fournit, vf*ge[s lÛHTCi's' y page des Faupieres. potl des peut- pieres, D’où,commet & pounjuoy le cartlfise D>aerencg j Lcft'uuplere fuperieure de l'inférieure, Des Teux. C h a p. V. Este maintenant à parler des yeux,lefquels eftans organes &inftrumês de la faculté Jys vifiue à eux apportée par l'efprit vifuel,qui eft comme vnc petite flamme de lumière, laquelle procédé de famé , conduit par les nerfs Optiques 3 font de i'ubftance mol- éffj le» 6cquantité notable : toutesfois aux vns plus 3 aux autres moins, pour lagran- deur ou petite des corps où ils font. La fituation defquels eft au plus haut de la te- lle 3 pour illuminer & conduire le corps, ôc luy feruir de fenjzinelle , pour defcouurir les choies ex- D terieurcs qui luy pcuuent nuire : car la veuc opéré en vninftant, &: comprend foudain par vn mo- yen indicible , l'image des chofcs qui fe reprefentent à elle, & eft le principal des feus de l'animal. Car par l'oeil on confiderel'architeélure admirable des cieux,&: des autres corps : on void par l'oeil leurs couleurs, ôc grandeur, leurs formes, le nombre, les proportions 6c mefures, leur affiette, leurs mouucmens &c repos. Dieu a voulu que l'homme feuleuft la face eflcuée en haut au ciel. Ce que Guide après Pithagoras a fort bien exprimé, difant : Et néant moins que tout autre animal „ lette toufwurs fon regard principal En contre bas , Dieu a l’homme a donné La face en haut, & luy a ordonné De regarder l’exellence des deux , Et efleuer aux efloiles fes yeux. Leur figure eft pyramidale, ayansleur bafe au dehors, &: leur pointe au dedans vers les nerfs Optiques , ainfi qu'on petit voir par leur orbite, qui eft leur propre domicile lequel nature leur a ainfi baillé , afin que par iceluy ils fulTènt preferuez des chofes externes contondantes , & généra- lement de toutes autres chofes à eux nuifibles par leur dureté. Leur compofition eft de fix muf- cles,cinq tuniques,trois humeurs,d’vn efprit luifant,qui continuellemét leur afflue’ du cerneau,deux nerfs, double veine de vneartere:dauantage de beaucoup de greffe :& finalement d'vne glâde fituée Suhflanee. Quantité, Situation, ! L’homme ejleue fa voue au ciel, lieu de fa naiffm* ce. Figuré. Vtilité de l'orbite , ou cofret de l'œil. Compoftion, Le Hxiefme Liure, # fitlee ga7glJnTee angle des ye“x‘ VtilTtéde U grejfe des yeux. avl grand angle d'iceux, fur le trou aftez infignc & euident, lequel dcfcend dedans les narines tant A d’vn c°fté que d’autre : & ce pour prohiber & défendre, que les excremens du cerueau,defcendans par lefdites narines, ne régurgitent aux yeux, ainfi que nous voyons aduenir à ceux qui ont lafuf- dide glaiidule confommée, lefquels pleurent continuellement : & telle affedion eft appellée Fiftu- le lachrymalc. Apres s'enfuit la greftè , laquelle eft illec mife entre les mufcles en aftez bonne quantité,en partie pour rendre les yeux plus lubriques & faciles à mouuoîr,ainfî que font les glan- des, à raifon de quelque humidité qu elles leur communiquent : en partie auflî pour la conferua- tion de l'harmonie, & température des parties ncrueufes defdits yeux, lefquelles par leur continuel mouucment eftoient fubjettes à deficcation excelïïue. Figure des nerfs obliques. Des mufcles des Yeux. C h a p. VI. S* L y à Ax mufcles en l'œil, quatre defquels font la flexion droite, lefquels ont leur | origine du fonds de l'orbite, ôc vont defiher en mefmelieu à l'œil ; à fçauoir,au mi- * lieu, ôc enuironiient le nerf optique : &c lors qu'ils font leur action tous enfemblç, f tient l'œil en dedans :fi le fuperieur, eh haut i A l’inférieur, en bas : êc fi le dextre, à ' dextre : ôc le fèneftre, à feneftre. Les deux autres tournent l'œil, defquels le premier, qui eft le plus long &grefle, prend fon origineptefque du mefmelieu que fait celuy qui tire l'œil à dextre vers le grand Canthus, ôc lors qu'il eft paruenu à l’exterieure partie de l'angle intérieur,où laglandulelachrymale eft cminente,finit en vn petit tendon grefte,qui paftè au traders d'vne petite membrane ou auneau : puis ayant paftè au trauers, faifant vn angle droit, en le retour- nant , va finir vers la Aiperieure partie de l'œil, entre l'infertion de cesdeux mufcles,defquels l'vn tire l’œil en haut, l'autre directement à l'angle extérieur, comme Fallope efcrit,ou pluftoft comme i’ay obfcrué,entre le mufcle qui tire en haut, ôc eeluy qui tire vers l'angle intérieur. Ce cinquiefme mufcle , lors qu’il fe retire en dedans vers fon principe, par fon tendon qui eft circulaire,entortille l'œil par ce mouuement, l'attirant au grand Canthus. Le lixiefme luy eft contraire , lequel a Ion origine de l'inferieure partie de l’orbite, près vne petite Allure, par laquelle paftè le nerf de la troi- Aefme coniugaifon,&: eftant fort délié tranfuerfalement monte à l'angle extérieur , ôc ayant em- D brade l'œil tranfuerfalement, par vn petit tendon s'infere à iceluy, près l'infertion du cinquiefme, tellement que fouuentesfois le tendon de l'vn ôc l'autre ne femblent eftre qu'vn feul tendon. Pour bien obferuer telle diftèCtion , il ne faut pas arracher l'œil de l'orbite,mais il faut rompre ladite or- bite,afin de voir leur origine plus manifefte. Quant aux cinq tuniques, la première , qui en diftè- quant ledit œil fe prefente,vient duPericrane, ôc s'eftend par delfus tout le blanc de l'œifiufqu’aa cercle nommé Iris.Son vtilité eft de Armer, lier, ôc retenir ledit œil dedans fon orbite dequoy elle eft appellée ConioinCHue, ôc d’autres Admta, en Gai.lin, dixiefme de l'vfage des par- ties , en Grec Epîpephycos. La fécondé eft nommée Cornée , pour la fîmilirude qu'elle a en confî- ftence ôc couleur auec vne corne de lanterne bien deliée ôc claire, différente en foy , pcfurce qu’en fa partie antérieure circonfcritc de l'Iris , elle eft lucide ôc tranfparcntc , Ôc par derrière eft obfcure, à raifon de la diuerfe poliflure d’icelle. Dauantagc elle eft denfe en fa partie antérieure, aAn qu'elle foit protedion de l’humeur, tant Aqueux que Chryftalin : &auffitranfparente ôc lucide,aAn qu'el- le peuft mieux rranfmettre ôc donner palfage aux couleurs. Son origine eft de la Dure-mere, pro- duite par les trous intérieurs de l'orbite de l'œil,lequel elle enuironne entièrement. La troiAcAne appelée Vuée , pour la Amiîitudc qu’elle a en couleur auec vn grain de rai An noir ( i'entens quant à la partie extérieure) eft produite de la Pie - raerç, ôc enuironne tout l'ceil, liorfmis la pupille, au- Origine. Action. f Des Tuni- ques. Vtilité de la ConionSUue. Tunique Cornet, Tuniqut Vuee. De l’Anatomie. f A quel endroit elle effc trouée. Et eft adhérente à la Cornée par les veines &arteres,lefquelleselle luy communique pour Ton nourriifement 8c vie. Mais quand elle eft paruenuë iufqu’à l'Iris* baillant la Cornée,defcend intérieurement, Sc aucunement fe reflefehiflant vers le cercle 8c circonférence plus ample de l'humeur Chryftalin, à laquelle adhéré eftroitcmeut, 8c par ce moyen circonfcrit lieu à l’humeur Aqueux,ainfi qu’il te ferademonftré en fon lieu:&defend que l’humeur Albugineux n’en- leuelilfe & conure tout l’humeur Chryftalin. Outre - plus ceftc tunique eft en fa partie intérieure teinte deplefteurs 8c diuerfes couleurs,c’eftà fçauoir,noire,fufque,cerulée ou verde,&; autres,com- me l’arc du Ciel, ôc ce pour les vtilitez qui s’enfuiuent. Premièrement , à raifon que fi elle euft eu vne feule couleur, toutes choies vifibleseulfent reprefenté cefte couleur, comme nous voyons en. ' vn verre rouge , ou verd , ou jaune, ou d’autres couleurs, toutes choies reprefenter la mefine cou- leur rouge ou verde. Secondement , elle a efté noire pour congreger 8c vnir les efprits dilîipez par- ia luimere,ainfi qu’on void qu’on plombe par derrière les miroirs. Tiercement, fufque, confiée ou verde , pour la conferuation 8c refioüiftance de la veuë. Car tout ainfi que les extrêmes couleurs corrompent la veuë, ainfi les moyennes la conferuenncombien que les vues plus,les> autres moins, félon quelles approchent plus ou moins de médiocrité. Dauantage elle a efté faite molle 8c trouée: mollc,de peur qu’elle ne blellàft l’humeur Chryftalin,à la circonférence duquel elle define: troiiée au deuant dudit humeur, craignant quepar fon obfcurité elle n’empefchaft les couleurs de venir à iceluy, ains par fa noirceur externe , les efpeces des couleurs fuifenr plus vnies , recueillies, B 8c congregées comme par leur contraire, ainfi que nous voyons la chaleur eftre renforcie par l’op- pofition de froideur. Aucuns l’appellent Choroïde, à raifon qu’elle eft tiftuë abondamment de vei- nes 8c arteres , comme l’arriere-faix,ou fecondine des femmes. S’enluit la quatriefme nommée Am- phibliftroïde , c’eft adiré, Retiforrae , laquelle prenant fon origine du nerf optique conuerty en tunique, eft tiftuë en forme de rets , des veines , arteres 8c nerfs qu’elle reçoit de l’Vuée, tant pour fon nourriftement 8c vie, que pour l’humeur Vitreux, lequel ellereueft par derrière. La principale vtilité de cefte tunique , eft de fentir quand l’humeur eft altéré par iïntrodudion des efpeces à luy tranfmifes 5c enuoyées,ou de conduire l’efprit vifuel, auec la faculté vifiue par le trauers de l’hu- meur vitreux,iufqu’à l’humeur Chryftalin, principal inftrument de la veuë. Elle eft aufîî plus molle que nulle autre, de peur d’endommager ledit humeur. En quoy tu noteras l’ordre de nature auoir efte trefbien obferué en la pofition deldites tuniques, comme aufîî aux autres parties. Car tour ainfi que nature ne paftè point d’vn contraire à l’autre,fi ce n’eft par vn oü plufieurs moyens:ainfi icelle voulant adapter vne chofe dure 8c terreftre,comme la tunique Cornée, à vne molle & aqueufe,com- me les humeurs , a vfé de plufieurs moyens differens en confiftencede deux extremes , félon qu’ils approchent plus ou moins de l’vn d’iceux,comme tu peux voir. Car après les deux plus terreftres & tuniques , c’eft à fçauoir , Conionéliue 8c Cornée , elle a fait l’Vuée en degré plus molle que les précédentes : tout ainfi que la Retiforme encores plus molle que ladite Vuée, afin que comme par degrez de durefteen mollefte , Nature paftaft d’vn contraire à l’autre. La cinquiefme&: dernierc eft C nommée Arachnoïde , pour la confidence qu’elle a femblable à toile d’araignée. On la peut aufîî comparer à bon droiét à vne certaine petite tunique lucide,blache 8c tres-deliée , laquelle eft fituée entre les efpeces d’vn oignon. Icelle tunique enuironne l’humeur Chryftalin en fa partie anterieii’- re, paraduenture à celle fin qu’elle le preferue 8c defende, comme principal inftrumenrdela veuë, lors que les autres humeurs feroient intereifez : & dauantage à celle fin qu’elle luy ferue comme de verre à vn miroir, 8c que par ce moyé les efpeces des chofes vifibles introduites de la part de l’ob- jeét, foient retenuës audiéf humeur par telle connexion de l’vn auec l’autre,ainfi que nous voyons eftre en vn miroir fait de verre 8c de plomb, ou autre matière opaque,denfe 8c obfcure,qui ait for- ce d’empefeher que les efpeces ne paftent outre le verre, ains font retenuës en fa fuperficie bien ra- maftees. Son origine peut eftre de la matière excremêteufe dudit humeur, ainfi endurcie tout à l’en- tour d’iceluy par la froideur des parties circonjacentes, ainfi que la petite tunique de l’œuf enui- ronnant le blanc d’iceluy. S’enfuiuent maintenant les humeurs contenuës en l’œil, lefquels nous auons dit eftre trois en nombre rdont le premier eft appellé Aqueux,pour la fimilitude qu’il a auec l’eau : 8c eft mis & fitué entre la partie de la cornée tranfparente,& la partie de l’humeur Chryfta- lin defcouuerte en la pupille(en laquelle on void vne image corne en vn miroir,& eft la feneftre de l’œil par laquelle nous voyons ) 8c la reflexion de l’Vuée, depuis l’Iris iufqu’à la circonférence du- dit humeur Chryftalin , comme il a efté dit, afin qu’en rempliftànr tel efpace vuide , il diftende la Cornée,& par ce moyen defende quelle ne tombe fur l’humeur Chryftalin, qui feroitau domina- is ge de la veuë. Et dauantage, afin que par fon humidité il defende que ledit humeur Chryftalin ne foit par trop delîeiché. Il peut eftre engendré par la refudation de la ferofité apportée par les vaif- feaux des tuniques, lefquels félon leur plus grande partie, produifent leurs anaftomofes & extrerai- tezjiufqnes à la pupille, 8c lieu dudiél humeur Aqueux. Le fécond humeur,&: moyen en fituation, eft appellé Chryftalin,pour la couleur claire ckluifante qu’il a femblable auChryftal,fi on luy peut attribuer aucune couleur : car à la vérité les trois humeurs, 8c principalement le Chryftalin,eftans inftrumens 8c organes de la veuë, n’ont deu auoïr couleurs aucunes, de peur qu’elles n’empefchaf- fent leur adion, qui eft de reprefenter les couleurs des chofes vifibles, telles qu’elles font aduelle- ment, comme vn miroir les efpeces de ce que nous regardons. Ce qu’ils n’euftent peu faire 9 s’ils eufient efté teints de quelque particulière couleur. Car tout ainfi que les lunettes teintes de cou- leur rouge, nous reprefentent toutes les efpeces vifibles de leur couleur, combien qu’elles ne foient telles : ainfi euffent fait les humeurs à la faculté iraaginatiüë , ou fens commun, s’ils eufient eu au- cune certaine couleur , ainfi que.nous aùons dit par cy-deuant. Parquoy à bon droit le Philofo- phe a dit eftre neccfiaire, que le fujet ou matière qui deuoit reccuoir quelque formé fuft exempte totalement d’icelle, à caufe de l’empefchement qui en pouuoit enfuiure. Et pourtant nature a fait Pwrqtioy LVltee ZiZreZlZt de plufieurs Tî*r!!1ue amphibU- firoïde, Vtilite, Frouldence du£rand TJiZchnoUe' y(m Origine, Henx Humeur chryjiaüln. Jeu cme COHietirit dftîon des humeurs de l'œil. Le fixiefme Liure, 144 la matière fans forme, les humeurs de l’œil fans couleur, la cire fans figure, l’entendement fans au-* A cune cognoiftànce particulière, pource qu’ils deuoient eftre réceptacles defdiétes formes. Sa figure eft ronde, toutesfois aucunement comprimée denant & plus par le derrière, afin que les couleurs des choies vifibles foient par telle compreffion retenues fans quelles efchappent de cofté ou d’au- tre , comme elles euffent fait, fi ladite figure euft efté parfaitement ronde, 6c afin auffi que par vn coup orbe il ne peuft eftre tourné facilement de fa place,pource que ce qui eft appuyé fur la circon- férence extérieure d’vne rondeur, facilement cfchappc & fuit,comme ne touchant le plan fur lequel il eft fitué, que par vn point indiuifible. Dauantage,ceft humeur eft porté à moitié dedans l’hu- meur Vitreux, duquel il eft nourry quafi par tranfpofition de matière de l’vn à l’autre, ou pluftoft - (veu qu’il eft entièrement enuironné de la cinquiefme tunique, àcaufe dequoy ne peut eftre faite tranftbmption de matière) des vaifteaux conduits iufqucs à luy, tant par la tunique Retiformc que l’Vuee, 6c par deuant l’humeur aqueux,& l’efpace de la pupille (qui eft encores au deuantjeft pleine d’efprit aéré 6c luifant : ce qui fe peut cognoiftre, attendu que durant la vie nous voyons l’œil fort eftendu 6c plein de tous coftez,fans qu’aucune partie d’iceluy foit laxe ny ridec;mais après la mort on le trouue ridé,parcc que l’efprit en eft euaporé.On peut encores prouucr 6c aperceuoir telle cho- fc:car en fermant vn œil, on voit la pupille de l’autre s’eflargir 6c remplir, d’autant que l’efprit eft: comuniqué 6c renuoyé d’vn œil àautre.Dauantagc és perfonnes fort aagez la tunique cornee fe ri- de 6c s’amoncelle, 6c les rides tombent les vnes fur les autres , 6c lors la pupille s’eftrecit: qui fait qu’aucuns ne voyét gueres,les autres rien du tout, à caufe que la fufdire humidité 6c efprit fe con- forne 3c deftèiche par l’antiquité du téps, 6c partant l’efprit y afflue moins de fa fource 6c principe. Pareillement la tunique cornee à l’endroid qu’elle cômence des limites ou parties proche de l’iris, femble eftre fort proche de l’humeur Chryftalin, parce qu’en ce lieu là toutes les tuniques 6c hu- meurs font cohérentes,& d’autant plus qu’elle s’aduance en dehors, s’en recule toufiours de plus en plus , 6c eftantla plus efloignee quelle peut eftre àl’endroid de la papille ; ce qu’on peut voir par l’Anatomie, 6c par l’opération qui fefait lors qu’on abat la taye ou catarade:car cftant la taye au milieu de la tunique cornee,& de l’humeur Chryftalin,l’eguille qu’on pouffe dedans pour l’abaifter, fe meine deftus 6c delîbus, çà 6c là, 6c tournoyé en rond de tous coftez par vne fort grade fpatiofi- té> fans toucher l’vne ny l’autre partie, à fçauoir la cornee,ny l’humeur Chryftalin, parce qu’elles font fepareesd’vne fort grande diftancc,pleine d’efprit 6c d’humidité fubtile. Son vtilité eft de fer- uir comme de miroir à la faculté vifuelie, illec conduite par l’efprit vifuel. Le tiers 6c dernier eft le Vitreux,ou pluftoft Albugincux , ainfi nommé, à caufe qu’en confiftance& couleur il eft fcmbla- ble au verre, ou bien au blanc d’vn œuf. Sa fituation eft en la partie pofterieure du précédent, pour reprimer aucunement l’impetuofité de l’efprit defeendant audit humeur Chryftalin : ainfi que nous pouuons pareillement dire l’humeur aqueux auoir efté mis de Nature au deuant dudit humeur Chryftalin, pour réfréner l’impetuofité des couleurs qui font prefentées à iceluy. Cet humeur Vi- treux eft nourry de la tunique Retiforme. Quant aux nerfs, ils ont efté ja déclarez. Parquoy refte G que nous parlions des veines , defquelles les vnes font internes illec produises auec les 'tuniques des vaifteaux du cerneau. Les autres font externes , eftcnduës feulement 6c apertement aux par- ties externes d’iceluy, comme aux mufcles, & tunique conioinétiue, pat lefquelles fouuentesfois font faites inflammations 6c rougeurs en ladite partie externe:au moyen dequoy faut incifer la vei- ne Puppc , 6c appliquer cornets 6c ventoufes fur la partie pofterieure de la tefte, du col, 6c du pal- leron : ainfi comme és affeéHons internes de l'œil faut ouurir la veine Cephalique, pour deriuer, reueler, 6c euacuer la matière qui fait la maladie, félon que la chofe le requiert. Figure de l'humeur Chryftalin, Gai. chap. $. liu.xo.de vfu part. Raîfon pour- quoy la veuë fe diminue ou s'abolit aux 'vieilles per- fomes. Lieu oit fe faici la cata- rafte. Vtiliti. Humeur AU hugineux. Situation. Figure de l'œil. A Monftre la partie antérieure de l'œil, circonfcripte par l'Iris. B Nerf Optique fortant du Crâne pour entrer or l’œil. C C C C Quatre mufcles droiéls. D D Deux obliques. E Le feptiéme Pyramidal félon Galien, lequel ne fe trouue qu’aux belles. Du Ne%, Chap. VII. Suljlanei. Quantité. Sifuatlon Compofition. Este maintenant à parler du Nez, que les Grecs appellent Rhü , à caulc que par iceluy coulent & fluent les excremens des ventricules intérieurs du cerueau. Sa fubftance eft di- uerfe, comme tu entendras par fa compofition. Sa quantité , figure de fîtuation eft allez notoire & manifefte à vn chacun. Quant à fa compofition , il eft composé de cuir, mufcles , os. de l’Anatomie. 145 A cartilages, membrane ou tunique, nerf,veine 8c artere. Leur cuir 8c les os tant contenans que con- tenus, ontefté par cy-deuant fuffifamraent demonftrez, corne aufti les nerfs,veines & artères, Par- quoy il nous conuient parler des cartilages,lefquels font fix en nombre.Le premier eft doublc/cpa- rant les deux narines au bout du Nez,s’eftédans iufqu’àl’os Ethmoide.Lc fecôd eft fitué au défions du fufdit.Le troifiefme & quatrième Tôt côtenus auec les deux os externes dudit Nez.Le cinquié- me 8c fixiefme affez tenves 8c déliez', defeendans par la partie latérale, tant dextre que feneftre du Nez,conftituêt les ailes d’iceluy, lefquelles font prifes pour fa partie mobile. L'vtilité dcfdiéts car- tilages eft, afin que le Nez en fon extrémité foi t mobile, 8c confequemment moins fubieét aux in- jures externes, comme d’eftre rompu 8c froifle , 8c plus conuenable à la rcfpiration. Pour laquel- le parfaire. Nature luy a baillé quatre mufcles, deux de chacun cofté, vn externe 8c l'autre inter- ne. L'externe prend fon origine de la pommette, 8c d'icelle defeendant aucunemét ànnexé à celuy qui ouure la lèvre fuperieure, fe termine à l'aile ou pinc du Nez, laquelle il ouure. L'interne fort intérieurement de l'os Maxillaire,& define au commencement des cartilages qui con- B ftituent les ailes, pour icelles ferrer. Qdant à la tunique, laquelle intérieurement reueft les narines, & conduits du Nez , elle procédé delà Dure-mere par les os cribleux oufpongieux, ainfi que celle du palais , Larinx , Trachee artere,Oeibphague, 8c l'interne du ventricule ; 8c pource ne fe faut efracrueiller, fi facilement 8c promptement les affrétions defdites membranes font commu- niquees au cerneau. Dauantage ccfte tunique reçoit(i'entends tant d'vn cofté que d'autre)vne por- tion de nerf de la tierce coniugaifon , par le ttou qui par le grand angle de l'œil defeend au nez.Le tempérament du Nez eft froid & fec félon toutes fes parties.Son aétion 8c vtilité eft decoduire l'air, 8c auecques luy quelquesfois les odeurs iufques aux procez Mammillaircs, 8c de là aux ventricu- les antérieurs pour les vtilitez fufdites , à raifon dequoy Nature l'a ordonné creux. Et pource que les fufdits procez Mammillaires , conduits de l'air 8c odeurs, font doubles comme le ccrueau, & que l’vn fans Pautre pouuoit eftre bouché : à cefte caufe Nature a femblablement diuisé le creux du Nez en deux par vn moyen cartilagineux,à celle fin que fi l’vn eftoit eftouppé, l'autre demeurait ouuert, pour porterait au cerueau, pour la génération 8cconferuation de l’cfprit animal. Les deux trous du Nez montent en haut, puis defeendent en basait dedans de la bouche: 8c vont ainfi an- C fraéhieux, de peur que l’air froid 8c la poulîîere n entre en la canne du poulmon. Iccux trous font au/Iî conftruiéls pour aider a larefpiration. Les autres vtilitez du Nez font, qu’il preferuc 8c garde des dangers extérieurs l’inftrument de l’odorat, Dauantage il fert à embellir la face. six Cart!la- ges du nez,. Premier car- tiiaSe double, %C°fr'er ej qultriefme. Cinquiefme àrfixiefm*. 1?du Quatre muf- çlts dtt cie ex ne Mufdein- Urne- Les a!Jes biUs. Temperamët ne\- 'pourquoi le nez eJl dote- Me, Des mufcles de la Face. Chap. VIII. H Près auoir ainfi demonftré les fufditcs parties , faut venir aux mufcles de la face , ap- partenans tant aux leures qu’à la mafchoire balle,pour l’accompliftément de leurs mou- uemens , lefquels font dixhuiét en nombre, neuf de chacun coftéfà fçauoir quatre des idures , deux en la fuperieure , 5c autant en l’inferieurc :5c cinq de la mafchoire infé- rieure. Des fuperieurs le premier plus long 5c plus eftroit,prend fon origine de la pommette, ou os iugal j 5c defeend par l’angle de la bouche à la lèvre inférieure pour icelle amener à la fuperieure, 5c confequemment fermer la bouche. L’autre plus court 5c plus large , fort de la cauiré de l’os Maxillaire tout au delîbus du trou dudit os (par lequel vue portion des nerfs de la troifiefme cori- iugaifou defeend à ces deux mufcles, 5c autres parties de la face : 5c define à la partie fuperieure de ladite léure fuperieure, laquelle il conftitue auec le Pannicule charneux ôc le cuir , 5c l’ouure la renucrfajit vers le nez par fes fibres extérieures, 5c retirant au dedans vers les dents par les inté- rieures. Quant à ceux de la léure inférieure, le premier plus long 6c plus grefle,fort d’entre le rrou externe de la mafchoire ( par lequel le nerf fort de la partie interne d’icelle aufdits mufcles ) 5c le muscle Mafticatojre, duquel fera parlé cy - après : 5c montant en haut par l’angle de la bouche, de- j) fine à la leure fuperieure , pour icelle amener à l’inferieurc. L’autre plus court, a fon commence- ment du bord du menton , ôc partie caue d’iceluy , 6c fe termine à la léure inférieure , laquelle il conftitue , l’ouurant vers la partie interne 5cexterne, par fes fibres tant internes qu'externes com- me fbn oppofite : 6c pour le dire en vn mot, Nature pour le mouuement de la bouche a fabriqué trois genres de mufcles , defquels les vns l’ouurent, les autres la ferment, les autres la tournent en diuerfes façons.Où faut noter quequandles mufcles d’vn mefme genre font enfcmble leura&ion ( comme les deux fuperieurs que nous auons deferits les premiers, c’cft à fçauoir vn de chacun co- fté , qui amènent la léure inférieure à la fuperieure, ôc leurs oppofites ) ils font le mouuement droiét. Mais quand l’vn diceux opéré feulement 5c à part, il faiét le mouuement oblique, comme quand on tourne la bouche de trauers Or cefdiéts mufcles font infiltrez auec le cuir, fi bien que ccftcmeflange ôccommixion eft fi grandement confufe , qu’on ne peut feparer ny mufcle ny cuir, en forte qu’on les peut appeller peau mufculeufe ou mufcles de peau ( autant en eft il au dedans des mains 5c des pieds, ) lefquels mcuuent lesiouës ôc leures, iaçoitquela mandibule ne bouge , ôtf celle du tout de Ton mouuement. Dix - hulci mufcles de la Face, Premier mufcle de la lettre fuperi- eure. Mufcle fecod. Premier mufcle de la lettre inferii cure. Mufcle fecei. AÜhnn Le fixiefme Liure, Figure qui demonfîre les mufcles principaux de la face. A Monftre le mufcle Temporal. B L’os Paris, fous lequel il paflê. C Mufcle Mafticatoire. D Le mufcle petit. E Mufcle de la lèvre fuperieure. F Mufcle de la lèvre inférieure. GHIKL Mufcle de l’os Hyoïde. M Le Maftoïde. N Partie du Trapèze, O Le Scalene. P L’aile du Nez. Des mufcles de U mafehoire inférieure. C h a p. IX. Aint£NAnt faut venir aux mufcles motifs de la mafchoire infericurcj que nous auons dit eftre cinq j à fçauoir, quatre qui la ferment, ôc vn qui l’ouùre, t'entends p| toufiours de chacun cofté. Des quatre qui la fermentje premier ôc plus grand,nom- * 0 me Crotaphite; c’eft à dire,Temporal,prend Ton origine des parties latérales du froc & de l’os Pariecaljbien auant vers le haut, & defeend adhérant audit os,& au Petrcux par dcftiis l'os lugal : s'infere à l’apophyfe de la mafchoire inférieure , nommée des Grecs, pour icelle amener direélemét vers la fuperieure pour fermer la bouche. Et noteras que ccmufclc cft tendineux iufqu'au milieu de foy, lequel remplit ôc conftituc la temple, & cft fubjeél plus que nul autre,à playes mortelles,à railbn de la multitude des nerfs diftribuez par fa fubftance ; lefquels pour la propinquité de leur origine, promptement apportent danger de mort,à caufe de la conuul- fion qui ordinairement & le plus Ibuuent enfuit les affcélions dudiél mufcle : pareillement fièvre, aliénation d'cfprit, ôc vn dormir profond ; Et pour celle caufe, afin qu’il ne fuft fubje& au iniurcs externes, Nature luy a bally vne retraitte creufe comme vne folle en l’os, puis a mis vne Icuée ôc vn bord fait de l'os tourné vers ledit mufcle, afin qu’il fuft mieux preferué ôc gardé des chofes extérieures. Le feçond prefquc auffi grand appellé Mafticatoire ou Mafcheur,faifant la joue defcéd de la partie balle ôc droite ligne du plus grand os de l'orbite de l’œil (lequel s’eftéd en arriéré pour faire vne portion de l’os Iugal,ainfi qu’il t'a efté dit cy-deuant ) ôc s’infere à la mafchoire balle, de- puis l’angle d’icelle iniques à la fin de la racine de l'apophyfe Coroni, pour icelle mafchoire ame- ner en auant ôc en arriere,comme en forme de meule de moulin : à caufe dequoy Nature l’a confti- tué de doubles fibres, les vues qui Torrent de la pommette (faite en partie du plus grand os de l’or- bite de Tœil, en partie de Tos Maxillaire majeur) ôc defeendant obliquement ôc extérieurement vers Tangle ôc partie pofterieure de la mafchoire balle, pour icelle amener en auant. Les autres Tor- rent de la partie pofterieure dudit os Iugal,& defeendans auffi obliquement par delïbus les Tufdites (leTqnelles ils croiTent en forme de croix Bourguignonne ) s’implantent à ladite mafchoire pre$ la racine de la Tufdidc apophyle Coroni, pour icelle mener en arriéré. Et à caufe de ces deux contrai- res mouuemens,& quafi orbiculaires, ce mufcle cft appellé Mafcheur. Le troificfme nommé Rond, prend Ton origine de toute la genciue latérale de la Mafchoire fupcricure,& s’infere à toute la laté- rale de l'infericure, circonfcriuant les parties latérales de la bouche, de la tunique de laquelle il cft intérieurement reueftu,& extérieurement couucrt de greffe, plus que nul autre mufcle. Son aélioh eft non feulement d’amener la mafchoire inférieure à la fuperieure, mais auffi de feruir comme de pelle,pour ramener fous les dents la viande qui efchappe de dellbus iccllcs vers le dehors,ainfi que jy la langue fait du dedans. Le quatriefmc plus court ôc plus petit de tous les fufdiéls, fort du creux de l’apophyfe de l’os Bafilairc nommée Ptcrigoïde, & s’infere intérieurement à l’angle de la maf- choire inférieure, pour icelle auffi mener vers la fuperieure. Et au moyen de ce mufcle eft faiéle luxation de ladiârc mafchoire, ainfi que nous auons dit. Quant au cinquiefme& dernier des muf- cles de ladiclc mafchoire, il monte de l’apophyfe Stiloïdede l'os Petreux à la partie intérieure du menton, près la commifture des deux os de ladi&e mafchoire, pour icelle ramener de la fuperieure en bas en ouurant la bouche. Et eft kdiél mufcle grede ôc tendineux en Ton milieu pour Ton ren- fort, &charneuxen Tes extremitez. Or touscefdiéïs mufcles ont cfté faiéls par vne grande proui— dence Ôc fagefte de Nature,ponr faire diuerfes a&ions en mafchanr, par diuers mouucmens exercez les vns après les autres altcrnatiuement, pour pilcr,brifer, ôc broyer la viande en tres-petites pièces par les dents, Icfquelles font ramenées, remuées, tranfportées par la langue, fans toutesfois qu’elle foit aucunement offenfee, ny prife entre icelles dents. Et voila quant aux parties de la face, tant contenantes que contenues. Mu fcle Tem- poral. 'Playes mor- celles du Cro- taphite.. Mufcle Ma- fil cataire. Mufcle rond. Aftion. du mufcle rond. Mufcle qua- tre? fme de la mafchoire in- férieure. Mufcle cin- quiefme & dernier. Chofe digne d'ejlre notée. De l’Anatomie. Figure des mufcles de la mafchoire inférieure. A Dcmonftre le mufcle Teiti- poral. B Mufcle Mafîèter , ou Maf- cheur. G Mufcle rond cifïu de diuer- fes fibres. D Mufcle ouurant la bouche, lequel allons dit cftre ten- dineux en fon milieu. H L’os Hyoïde ou de la lan- gue. f Vu des mufcles de l’os Hyoïde , qui vient de la cofte fuperieure de l’Omo- plate , lequel eft tendineux en Ton milieu, ainfî que celuy qui ouure la bouche. B G G Deux mufcles du col, qui montent de la partie fuperieure du Sternon. H Mufcle relcueur de l’Omoplate. Des Oreilles dr Parotides. G h a Pi X* E 5 Oreilles font les organes 6c inftrumens dii fens auditif, qui diftingue des voix, f&SdÊ des Tons ôc des tons : compofees de cuir 6c peu de chair,cartilage,veine,artere 6c nerfs. Elles font pliées 6c entortillées, fans que pour cela clics fouftfcnt aucun mal : pource aucunement molles 6c carti 1 agineufes,el 1 es obeiftent à ce que l’on met def- * ' fus,comme vn chapeau, ou bonnetiOu morion,ou autre accouftrcment de tefte. Et ft nature les euft fait ofteufes, telles chofes n’euftènt peu commodément fefaire,6c fe fuftcntfouuen- tesfois rompues. Le mol où on pend volontiers les bagues, eft nommé des anciens Vivra , 6c lé deflus Pinna. Et ont efté faites par vne prouidence de Nature , de figure anfraclueufe , comme vné coquille de limaçon ouefeargot, faifant la voye tortue, auecques circuits 6c deftours obliques, toufiours allant en diminution iufques à 1’extrémité du trou d’icelie, appellé Cœcmnjfvramcn, pont mieux rcceuoir , 6c retenir Pair , 6c ramalfer les efpeftès ôc différences des Tons 6c voix : 6c genera- lement toutes chofes que nous comprenons par l’oùye j difperfees par iceluy Cæcum ; afin que par après elles puiftènt eftre conduites iufques à la membrane , qui eft médiocrement dure, faiéte des nerfs de là cinquicfme coniugaifon , appeliez auditifs. L’vtilité defdites oreilles fert à la beauté de la tefte : ce qui appert euidemment par ceux qui les ont couppees, combien ils font difformes 6c mal-plaifans à voir. Pour cefte caufe, on les coupe à ceux qu’on veut rendre difformes 6c infâ- mes pour quelque grande mefchanceté. Aufli pour auoir la iouyftance de la diuerfité des fons, 6è principalement de la parole,6cle plaifirdes harmonies 6c mélodies qui font en diuers tons 6c chats, tant de la voix humaine que des oyfeaux,6c autres animaux, 6c des inftrumens de raufique. Pareillement par Pouyenous entendons en bien peu de temps, ce que le Maiftre qui nous en- feigiie, a acquis 6c préparé par Vn bien long temps. D’autre part, elles nous font comme guettés 6c fentinclles, pourouyr 6c entendre les commoditez ou incommoditez de tout noftre corps. L’inftrument premier 6c principal de l’ouye, eft vn air fort fubtil, contenu en la cauité diéle Ma- ftoïde ou tabourin , 6c nay en iccluy dés noftre première naiftance , couuerte d’vnc petite peau fort deliee, faite du nerf auditif, ôc par l’efprit animal eft faite la vertu audiriue. Semblablement ladite anfraétuofité a efté faiéte, de peur que l’air 6c lés fons n’entrafl'ent trop impetueufement dans les oreilles,lefquels eullent peu bleftèr ou du tout gafter l’organe auditif : 6c aufli fi le trou eftoit percé droi£t,Ies ions ne s’entonneroient.pas fi bien corne ils font és lieux recourbez,eiquels ils ont rccon- jy tré , pour les faire arrefter, 6c mieux refohner. Aufli qif elles les receuroient trop grands 6c trop à coup : par ainfi ils en feroient plus confus, 6c ne les pourroient pas bien difeerner 6c entendre. Et néanmoins ladite anfraétuofiré, on voit aduenir que l’ajr eftanttrop fort agité, romp, elclatte, 6c diflipc quelquesfois cet organe auditif,corne il aduient par la trop grande vehemence deTartillcrie, du tonnerre , groflès cloches, 6c autres grands bruits femblables. Dauantàge ladite anfraéhiofité à efté faite de peur que l’air froid n’entraft trop à coup au cerneau, ny aucun corps effrange n’offen- faft l’organe auditif. Plus , Nature a enuoyé vn humeur colérique , gros 6c gluant, dans îé trou d’icelles pour purger le cerueau : mais principalement, afin que fi aucunes petites beftioleseftoient entrées dedans, qu’elles y fuftènt prifes comme en de laglux. Or pour bien entendre comme fe fait l’ouye, il faut premièrement cognoiftre ôc confideter Jà ftméhire 6c fabrication de la fufditcanfrâéfuofitéjdont fe fait l’audition au moyen de la membrane, qui eft corapofee de la tunique du nerf auditif, 6c eft tendue intérieurement dans le trou de l’oreille, comme la peau d’vn tabourin. Caricellceft enflee 6c tendue de l’air implanté dés noftre première naiftance par l’efprit auditif, lequel eft enclos dans la cauité de l’apophyfe Maftoide , dé laquelle avions parlé cydeftus au Cacum for amen : à ce qu’eftant frappee de l’air extérieur, cefte membrane reçoine l’obiect, qui eft le fon 6c la voix : qui n’eft autre chofe qu’vne qualité permanente du de- pattemet 6c fraction de l’air, faite par la collifion 6c rencontre de deux corps durs,dcfqueisl’vn are- Ccmpeftîon Figure. Fibra. Ptnnm C&cum forà- rnen. Vïilité des oreilles. Bodîn en fà Republi^uh La maniéré femme je fait l’ôuye. Le fixiefme Liure, 148 ceu le coup, 8c l'autre l’a dorme. Or cefte collifion 8c froidement s’efpand en l’air, comme d’vne A pierre iettee en l’eau, dont nous voyons par l’agitation d’icelle les cercles ôc rondeaux ou circon- uolutions, s’eftendre en rond dedans l’eau, non par tout, mais en vne certaine cfpacc. Ou comme l’on voit es fontaines 8c ruillèaux qui par vn canal eftroit 8c fumeux, coulent à trauers de quelques lieux fort rompus , raboteux 8c pierreux, l’eau venant à heurter contre les obftacles & empêche- ments qui fe rencontrent oppofez au deuanr de Ton cours , repoufièe contremont, faire pluficurs tours, plis 8c replis, qui fe mettent, s’eftêdans 8c s’eflargiffansflot après flot, les vns fur les autres, diminuans fuccefliuement 8c prefquc infcnfîblement tant qu’ils foient finis. De mefme cefte fra- ction d’air rendue en lieux couuerts 8c cauerncux corne es cifternes, puits,Eglifes,ou es efpeftes fo- refts rend plqfieurs fons les vns fur les autres, dont la duplication eft appellce Echo. Ainfi eft faide en cefte façoh l’audition par l’air , qui eft le moyen de l’ouye : lequel eft double,àfçauoir extérieur & intérieur. Par l’exterieur font portées les inondations, dont eft fait ledit Echo. L’interieur eft celuy, qui eft enclos dans ladite cauité Maftoïde, appelle tabourin des oreilles, où il y a petites cachettes, deftours 8c contours, où font elabourez les tons,& fonsdiuers ayans des oppofitions 8c rencontres , comme l’on voit que les chofes crcufes font plus propres à receuoir les ions, que les chofes mafîiues, ainfi que voyons d’vn tabourin , trompette, 8c aux inftrumens de mufique , 8c au Cæcum foramen, lequel n’eft pas pur, mais téperé par l’efprit auditif, nay auec nous. Et qu’il foit g vray,les opérations de tous les fens ne fefont que par l’efprit qui eft en eux,cômele.;fens auditif eft pour receuoir lefdites inondations,ou circuitions : 8c iceluy touche ladite membrane, laquelle ainfi que la peau du tabourin , reçoit les fons de fon air ,qui eft en iceluy enclos, appelle air implanté. Parquoy de là vient le tintement d’oreilles , quand au dedans d’elles il y a quelques vapeurs con- tre le narurel, ce qui trouble ledit air tempéré, 8c l’efprit auditif. Or tout cela n’eft afiez pour par- faire l’ouye : car encore pour mieux diftinguer les fons 8c voix , Nature a proditid trois petits of- feletsd’vn appelle Incus, l’autre Malleolusy en noftre lâgue enclume, 8c marteau ;& le troifiefmeSta- pés, pource qu’il reprefente vn eftriet d’vn chenal Reiftre : ou Deltoïde, à raifon qu’il reffemble à vn Delta des Grecs, fituez derrière laditemêbrane : lelquels Malleolus &incus cftans meus 8c agi- tez des inondations de l’air extérieur frappans ladite membrane,.conftituent les différences des Sos 8c voix, ainfi que fait la corde , qui eft au trauers de la peau pofterieure d’vn tabourin. Comme pour exemple, quand ces petits offèlets font legerement meus 8c agitez,ils reprefentent à la faculté auditiue 8c au fens commun, vn fon graue 8c obfcur:mais lors qu’ils font fort agitez, ils luy repre- fènrent vn fon efclatant 8c violent,corne en la commotion de l’air faide par le tonnerre ou artillerie cloches, clairons, 8c femblables : 8c finalement félon qu’ils font agitez encre ces deux extremes, approchans plus ou moins Tvn de l’autre, reprefentent diuers fons au fens commun, defqucls ie te donne icy la figure. q L'air eft mo- yen de l'ouye. Tabourin des oreilles. Grande an- notation. Trois ojfelets ftruansà l'ouye. Figure de V Incus , Malleolus , & Stages. A Malleolus, B Incus, lefqucls font adherans enfemble. A Malleolus, B Incus, feparez Tvn d’auec Tautre. C Stapés ou Eftrier. L’vfage duquel nul Anatomifte n’a encores eferir , au moins que ic fça- che. Eft-ce point pour fouftenir la membrane du Cæcura foramen efleué en haut, afin que la faculté ayditiue foit plus parfaide ? Et te Jùffife de la déclaration de la vertu Audîtlue : maintenant 'nous faut retourner d parler des "Parotides. Apres les Oreilles , félon Tordre Anatomique, faut confiderer & monftrer les glandes , tant des Emundoires du cerneau, nommées Parotides (lefquelles font limées, &: mifes fous,& aucunement derrière la partie balte de TOréille) que celles qui font au dcftbus de la mandibule inférieure, & D plus vers la partie pofterieure, par delfus les muicles de Tos Hyoïde, & aucuns de la Langue, aux- quelles fe font les Efcroüelles, & autres abfcez froids : de toutes lefquelles tu noteras feulement en ce lieu-cy Tvfage. Et premièrement des Parotides , lefquelles ont efté faides de Nature, afin de receuoir la matière veneneulc & virulente,repouftèe par le cerueau en icellcs, par la multitude des veines ôc ancres illec diftribuées. Quant aux autres , elles peuuent feruir à la diuifion des veines illec diuifees, & humedationde la mandibule, ou ligaraens,& membranes d’icelles,qui pouuoienc cftrc deftéichez par le continuel & fréquent mouucment de ladite mafehoire. Les autres confidc- rations requifes en icelles, ont efté déclarées au premier Liure. Des Paroti- des. Vvfvge des Parotides. Vf âge des GUndules. De l'os Hyoïde de fes mufcles. Chap. XI, Aintenant faut pourfuiure & monftrer les mufcles de Tos Hyoïde:pour laquel- |o ||| le chofe commodément faire , il faut premièrement deferire ledit os & fa fituation. Et pour commencer , tu noteras que fa fubftance eft telle que des autres. Sa figure cft telle que la lettre Grecque (Y) au moyen dequoy il a efté ainfi appelle. Sa compoiition eft de piufîeurs os conjoints ôc liez enfcmble par cartilages ; 8c auffi aux belles brutes, par liga- Suhjîanee. Figure. Compûfttîon. De l’Anatomie A mens , efquelles il fe trouue beaucoup plus long Sc en plus grand nombre. Et eft cedit os finie félon fa baie ( en fa partie antérieure bollùë , pour plus grande alfeurâce:& en l'intérieure vouftee) pour contenir Sc receuoir la racine de la langue ) fur la partie fuperieure du cartilage du Larynx nomme Scuxiforme ( duquel il^fembleeftre louftenu par deux apophyfes,montantes d'iceluy près de la bafe dudit os ) Sc de la fufdite racine de la langue. De laquelle bafe allez large il drelfe deux cornes vers les parties latérales de la langue , vne de chacun cofté ( l'entends aux hommes } lef- queiles s'attachent par certains ligamens produits d'icelles , à l'apophyfe Styloïde : au contraire des belles , aufquelles par multiplication d’os conjoints (comme nous auons dit} par ligamens, elles dclcendent iufques à la racine de ladite apophyfe Styloïde. Sa connexion eft auec les fufdi- tes parties , Sc autres qui te feront cy-apres déclarées. Son tempérament eft tel que des autres.Son vfage eft de bailler ligamens à quelques mufcles de la langue , qui forcent d'iceluy : Sc de bailler infertion , tant aux deux antérieurs Sc fuperieurs du Larynx , qu'aux fiens propres , defquels nous faut maintenant parler. Or font les mufcles de l'os Hyoïde, félon aucuns, huid en nombre, quatre de chacun cofté: defquels il y en a deux que Galien référé,l'vn entre les communs du Larynx, l'autre entre ceux qui meuuent l'Omoplate vers le haut. Toutesfois comment que ce foit, le premier des quatre prend fon origine de l'apophyfe Styloïde , Sc palfant par defius la partie nerueufe du mufcle ouurant la g mafehoire inférieure , s'infere aux cornes dudit os Hyoïde. Ce mufcle eft fort tenue,délié,& aucu- nement large,& facile à couper,fi on ne fe donne de garde,en feparant celuy qui ouurc la mâchoire inférieure. Le fécond monte de la partie fuperieure de l'Omoplate près fon Apophyfe Coracoïde, ou bec de Corbin , obliquement au commencement des cornes dudit os. Et eft ceftuy-cy rond ôc nerueux au milieu, pour fon renforcillèment, comme celuy auiïî qui ouure la fufdite mâchoire. Galien, comme nous auons dit, le référé entre ceux qui meuuent l’Omôplate en haut.Le tiers a fon origine delà partie fuperieure du Sternon , Sc fon infertion en la racine, Sc bafe dudit os Hyoïde: toutesfois Galien le référé entre lés communs du Larynx: le dire duquel doit auoir pluftoft lieu aux belles brutes qu'en l'homme , veu qu’en iceluy nous ne trouuons ce mufcle fortir, ou eftre in- féré au Larynx,comme on le trouue aux belles. Le quatriefme ôc dernier defeed intérieurement du menton à la racine de l'os Hyoïde , Sc meuuent cefdits mufcles auec leurs compagnons ledit os Hyoïde vers le haut, comme les premiers : vers le bas comme les féconds : vers le derrière, comme les troifiefmes : vers ledeuant, comme lesquatricfmes Sc dernieres. le te dedarerois d’où tous les mufcles ont leurs vailîèaux, fi ne l'auois faiél parlant de la diftribution des nerfs, veines, Sc arteres. Situation, Connexion, lemperarnét, Vfage, Des mufcles de l'os Hyoï~ de. Premier mufcle. Second, Le tiers. Le quart. Aftîoa, De U Langue. ' C h a p. XII. langue eft de fubftance charneufe,rare,laxe,molle, Sc toute diuerlè de l'autre chair, Sc C |y principalement depuis quelque peu après l'origine de Tes mufcles : qui a efmeu quelques- vns * re vne quatriefme efpcce de chair propre à la langue,differente de la chair mufcu- leufe,fibreufe, vifcereufe.Sa qualité eft telle , qu'elle fe peut aifément mouuoir Sc remuer danslaboucherdedans laquelle a Fallu qu elle fuft enclôfecomme dedans vue canerne, pour les eau- Tes qui te feront déclarées cy-aprcs. Sa figure eft triangulaire, plus groftè, & mieux exprimée en là bafe,qui eft contre la racine de l’os Hyoïde , qu’en fa poinéle : auquel endroit perdant fa figure de Triangle , eft faiéle plate ôc large.Sa compofitioneft d’vnc membrane ( qu'elle a de celle qui reueft intérieurement toute la bouche ) de mufcles qui te feront expliquez à cefte heure : de quatre por- tions de nerfs, deux de chacun cofté, venans, l'vn de la tierce coniugaifonen la fufdite tunique,&: l’autre de la feptiefme,eftendu parla fubftance des mufcles iufqucs à fon extrémité,pour icelle mou- uoir , tellement que les nerfs fenfitifs tillènt Sc ourdilfent la tunique extérieure fans toucher aux mufcles qui font delîbus,aufquels fe diftribuent les nerfs motifs de la feptiefme coniugaifon.Or les fenfitifs font pour difeerner des faueurs , Sc les autres pour faire les mouuemens d’icelles. Plus elle eft compofee de deux veines , &deux arteres , vne de chacun cofté,qu'elle reçoit des lugulaires ex- ternes Sc Carotides : lefquelles s'en vont manifeftement iufqu'au bout de la langue par fa partie in- , ferieure : afin qu’aux affedions de la bouche, & parties d'icelle,comme auiïî du Larynx,puifife eftre faide mifiîon de fang: Et font telles veines appellees vulgairement Renales,ou noires. -p Quant à fes mufcles, ils font dix en nombre , cinq de chacun cofté : defquels le premier eftroit en fon commencement, Sc large en fa fin , defeend de l'apophyfe Styloïde au haut cofté de la lan- gue, laquelle il tire en haut auec fon compagnon. Le fécond prend fon origine intérieurement de la balle mafehoire à l’endroit des dents molai- res , ôc s'implante au cofté bas de ladite langue, pour icelle tirer en bas. Le troificfme procédé de la partie intérieure du menton, ôc s'en va à la racine de la langue,pour icelle chalTcr 8c poulîèr hors de la bouche. Le quatriefme Sc le plus grand Sc large de tous,& tiftiide tous genres de fibres,fort de labafe de l’os Hyoïde,& defigne tout en la partie baile de la langue , laquelle auec fon compagnon il rame- né en arriéré dedans la bouche. Par le bénéfice de ces mufcles elle s'alonge , fe retire,fe hauftè, le baillè,fe recourbc,quand elle veut,& fert à prendre les viandes. Le cinquiefme Sc dernier vient le plus fouuent de la partie fuperieure des cornes de l'os Hyoide, Sc s'en va an cofté de la Langue entre les deux premiers , pour icelle amener à la partie latérale Sc cofté de la bouche. La fituation , nombre Sc connexion de ladite langue te font alfez notoires, par ce qui a efté cy-deuant dit fur la compofirion Sc fituation d'icelle. Son tempérament eft chaud Sc humide , comme , de toute autre chair. Son adion Sc vtilité eft premièrement de fernir d'or- gane à la faculté guftatiue, au moyen dequoy elle a efté faide rare & fpougieufe, afin que plus SuhJIance. Quantité Figure Comqofiùon. Veines Rena* 7^^ Situation. Nombre. Connexion. Terni erametU A Ri on & vtilité. Lefixiefme Liure, facilement elle peuft admettre ôc receuoir par f&fungofité , les faueurs, par le moyen de la faliuc, A. véhiculé d'icelles. Secondement, pour la confirmation ôc articulation de la voix : à caufc dequoy elle a efté flexile Ôc mobile par toutes les parties de la bouche.Telle adion eft la plus excellente qui reface par la vertu ôc faculté de l’ame ,pource quelle eft truchement ôc meffagere des cogitations de l’efprit, ôc pour glorifier Dieu par dedus tous les autres membres, Tiercemcnt, pour feruir à mafeher ôc brifer les viandes, ôc à les aualler : ôc pource a efté fàiôte comrpe vne pelle , de laquelle on remet le bled qui cfcliappc fous la meule : Et après que la viande eft bien mafehee, elle la ra- maffe en forme de pilules, afin qu'elle foit mieux auallee. Or pource que ladite Langue, quand elle eft defteichee, deuient plus tardiuc ôc inhabile à faire fon mouueraent, comme il eft manifefte à ceux qui ont grand foif tant par fiéure ardente que par autre caufe j Nature y a memeilleufement pourueu ,quelle ne fuft moleftee de tel accident, en ayant mis à la racine d’icelle deux glandules fort fpongieufes , nommees Tonfilles ou Amygdales, vne de chacun cofté ; lefquelles comme efpongcs , fuccent ôc reçoiuent perpétuellement tant du cerneau que d’ailleurs , vn humeur aqueux ôc faliual, par lequel elles lubrifient ôc hume&cm con- tinuellement , non feulement la langue, mais auffi toutes les autres parties de la bouche, comme le fifflet, ôc l'eftroit de la gorge, ôc deux autour du fifflet, ôc deux autour de l’Oefophague. Pourquoy la langue eft jpongieuft & mobile. Tonftlles delà langue. De la Bouche. Chap. XIII. BV i s que nous foraines tombez fur le propos des parties contentées dedans la Bou- che,ilfaut pourfuiure briefuemétee qui refte digne d’obteruation en icelle.Et pourtant noteras,que ce nom de Bouche emporte ôc fignifiela capacité mife entre la mafehoire fuperieure 8c inférieure : ôc les dents ôc )éures,le Larynx ôc Oefophague. L’vfage de la bouche eft pour contenir la langue , ôc luy ayder à faire ôc accomplir Tes aôHons. Et combien que iufqu’à prefent pluficurs de fes parties ayent efté déclarées, comme léures, dents, machoires,langue,tonfilles,ôc aucunement les trous du Palais defeendans du nez, fi eft-ce qu'il re- fte cncores à déclarer que c’eft qu’on appelle le Palais , la Luette, ôc Pharynx ou Faucés. Et pour commencer , le Palais n'eft autre chofe, que la partie fuperieure de la Bouche , eirconfcripte des dents ôc genciues de la mafehoire fuperieure , laquelle reucftuc de la tunique commune de la Bou- che , eft faite ridee, afpre , ôc inégale , afin que par telle afperité ôc inégalité la viande remuee Ôc agitee entre la langue Ôc le Palais , fuft mieux britee ôc comminiiee.Et quant aux nerfs qui defeen- dent de la qnatriefme coniugaifon en cefte partie, fi tu les veux trouuer,il te faut feparer ladite tu- nique du deuant de la bouche au dcrriere,& tu les trouueras fur les parties latérales ÔC pofterieures des os dudit Palais,lefquels circonfcriuent ôc terminent iceluy, fur le commencement des trous in- ternes de la Bouche,qui defeendent ( comme nous auons dit du nez , ôc de l’endroit des apophyfes Clinoides.)Et ccfdits trous ont efté ainfi ordonnez de Nature, afin que par iceux la rcfpiration fuft faiébeen dormant,ouen autre temps,ôc auffi afin que le nez eftant interefle ôc empefché, les excre- mens defeendans par icelny ,* pendent eftre cuacuez ôc deriuez par la bouche. Dauantage , elle eft dilue de filamens nerueux,pour difeernerdes faueurs ‘comme la langue,lefquels compotent vne tu- nique entre dure Ôc molle.Car fi elle euft efté trop dure , comme vn os ou cartilage,elle n'euft peu fencir : eftant auffi par trop molle, les viandes trop dures, acres, ôc poignantes, la meurtriroienc ôc enrameroient. Vfage de la bouche. Bu Palais. Le Palais, eft fait ri lé, aftre, inégal, fouryuoy. La maniéré de trouuer les nerfs venant de la qua- trîefme coiu- gaifon au Pa. lais. Vfagt des trous du Pa- lau. De l'Tuule ou Luette, ou Gargareon. Chap. XIIII. Vf âge de la Luette. SV A n t à la Luette,par icelle nous entendons vn petit corps charnu ôc ft)ongieux,de figure quafi d’vne pomme de Pin , fufpendu perpendiculairement à la nn du Palais, ôc baie de l'os Chriftæ , qui diuife les deux trous dudit Palais defeendans du nez fur l’entree du Larynx,afin qu’iceluy corps illec mis ôc finie pnifle rompre l’irapetuofité de l’air , ôc par ce moyen retardant, puilîè faire qu'il foit aucunement modéré de la trop grande froideur,par la chaleur de la bouche : Et d’auantage,afin qu’il ferue comme de Ple&re à la voix,diuifant l’air expiré,en forte qu'il puifie eftre diffus par toute la bouchc,pour en icelle relo- uant eftre articulé ôc formé de la langue.En quoy ladite partie n'appert auoir petit vfage,vcu qu’on void par expérience , que ceux efquels ceftc partie eft incifce , ou par autres accidents corrompue, iceux ont non feulement la voix viciee,parlans du nez,mais auffi en la parfinils tentent leur infpi- ration plus froide dedans les Poulmons : au moyen dequoy, s'ils viuent long-temps,ils deuiennent Phtifiques.Pareillement elle garde que la poufïîere n’entre par la canne du Poulmon en cheminant par la poufïîere. Or par le Pharynx ou Faucés nous eft figni fiee la partie intérieure ôc pofterieure de la bouche,qui eft mife deuant l’entree du Larynx Ôc Oefophague, laquelle eft ainfi appellee,pource que c’eft vn lieu angufte ôc eftroit, pour ramalterôc adapter l’air reçeu dedans la bouche,ou viande, au trou du Larynx ou de l’Oefophague. La luette partie à la •vie necejfai- re. Bu Pharynx. Vf âge du Pharynx. Du Larynx, ou Nœud de la gorge. C H A p. XV. SE s t e maintenant que nous pourfniuions l'Anatomie du Larynx , en laquelle premiè- rement faut demonftrcr que c'eft qui eft entendu par iccluy : puis après pourfniureles chofes accouftumces. Doncques pour commencer , faut fçauoir que par ce nom de Larynx n’eft entendu autre choie,que la tefte 8c extrémité de la Trachee artere, qu'on appelle vulgairement,Le morceau Aucuns l'ap- pellet le mor~ ce au d'A-da. Qjefl-ce que Larynx, De l’Anatomie. 151 A d’Adam , lequel eft plus de fubftance cartilagineufc, qu’autre. Sa quantité eft attéz notable, tou-’ tesfois diuerfe félon les aages , temperamens , & grandeur ou petitellé des corps. Sa figure repre— fente plus qu’autre chofe, la telle d’vne flatte d’Allemand. Sa corapofition ett de dix huict muf- cles , c eft à fçauoir , neuf tant d vn cofte que d’autre, pareils en quantité , force , & action : Sc de trois cartilages joints enfemble par harmonie des veines , arteres, Sc nerfs , ainfi qu’il t’a efté de- monftre parlant des vaittéaux. Semblablement de double tunique , vne interne , Sc l’autre exter- ne j ainlî qu auons dit pourluiuans la Trachée arrere. Il y a trois Cartilages conjoints enfemble par certains ligamens &. muicles. L antérieur , Sc le plus grand eft appelle des Grecs , fhyroïde, & vulgairement Scutiformc , pour la fimilitudc qu il a a vne rondelle, ou vn pauois. Le fécond moyen en quantité Sc poftericur , eft celuf qui n’a point de nom , Sc partant eft appelle des La- tins CartîLago innominata. Le tiers Sc dernier ôc plus petit de tous, eft couché fur les bords latéraux & fuperieurs » fur lequel il fait Sc conftituc vne figure femblable à vn biberon de pot à huile ou aiguiere : à caafe dequoy a efté appellé des Grecs Arytenoïde , Sc fe peut feparer en deux. Ces Cartilages aintt conjoints Sc adaptez enfemble, font la génération Sc diftindion de la voix par le- bcneficede l*Epiglotte,duquel parlerons bien toftrcnfemble de leurs mufcles, lefquels dilater ôc ou- urent, compriment Sc ferrent îefdits Cartilages, & en ce faifantfont les diuerfitez de voix.Exem- plc.Lors qu’ils s’ouurent ils font la voix grotte , comme Batte-cdntre.Au contrairc,quand ils font B comprimez, ils font la voix grette , comme vn Dettiis ; Sc ainfi félon qu’ils feront aftraints ou ou- uerts,plus ou moins, ils feront diuers tons de voix. Pource donc qu’il eftoit befoin que ces Carti- lages futtènt mobiles, au moins l’Arytenoïdc,&Thyroïdc,Naturc a donné dix-huid mufcles auf- dits Cartilages, à fçauoir neuf de chacun cofté : defquels il en y a trois communs,& fix propres.Le premier des communs , qui eft caché fous le troittefme des mufcles monuans l’os Hyoïde , prend îbn origine de la racine dudit os,& defeendant obliquement, s’infere à la bafe du Scutiforrae,pour le dilater en haut 8c en bas. Le fécond monte obliquement de la partie intérieure du Scernon,rour le long de la Trachee artere ( au moyen dequoy il eft appelle Bronchique ) en la partie batte Sc la- térale dudit Scutiforme,pour l’ouurir Sc dilater par les ailcs:& eft trouué ceditmufcle dés fon ori- gine,iufqu à quelque partie de Ion chemin,adherant eftroittement auec le tiers de Los Hyoïde:fous lefquels le manifefte vn corps glanduleux tant d’vn cofté que d’autre,tout à Lenteur de la patrie an- térieure & fuperieure de la Trachee artere , à l’endroit qu’elle fe lie auec le Larynx : lequel corps glanduleux référé pluftoft vne fubftance charneufc que nulle autre: jaçoit que ce ifoit vne glandule, laquelle pour auoir efté arrachée par vn Empirique és affections nommées Efcroüellcs , apporta confcquence de perdition de voix d’vn cofté pour Leuulfion du nerf Recurrens, montant par def- fus cefte-dite glandule pour aller au Larynx,comme dit Galien au liure De locis affeftis.Le troifiefme mufcle Sc dernier vient de la partie antérieure des fpondyles du coftcouché tranfuerfalemcnt fur les C parties latérales de LOefophague aux ailes 8c coftcz du Scudforme, pour le ferrer contre le fécond cartilage. Oc iceux mufcles font appeliez Communs , pource qu’ils prennent leur origine d’autre partie que du Larynx, pour s’inferer en aucune partie d’iceluy , tout aintt que les propres , à caufe qu’ils viennent des parties du Larynx mefmes ; lefquels nous auons dit eftrc fix de chacun cofté, dont le premier fort de la partie antérieure du fécond cartilage, acheuant le cercle fous la bafe du Scuciforme , Sc montant obliquement, s’infere à la bafe dudit Scudforme vers le derrière pour la confirmation Sc dilatation d’iceîuy. Le fécond vient pareillement du deuxiefme Cartilage de l’en- droit où il s’attache auec le premier , ôc s’en va obliquement croifanc le premier en croix Bourgui- gnonncen la partie intérieure , Sc antérieure du Cartilage nommé Thyroïde près de fa bafe , pour iceluy ferrer contre le fécond. Le troifiefme monte directement de la bafe pofterieure du fécond Cartilage, & à la bafe du tiers appellé Arytenoïde , pour Louurir Sc fermer auec le fécond mufcle. Le quatriçfme monte ayttî du cofté du fécond Cartilage près l’origine du fécond mufcle aux coftez de l’Ary tenoïde, pour aufll Louurir Sc ferrer auec le fécond. Le cinquiefme prend fon origine du milieu intérieur du Scutiforrac,& define à la partie antérieure de l’Ary tenoïde, près la fin & infér- tion du quarriefmc pour ferrer ledit cartilage. Le fixiefme ôc dernier monte de la bafe pofterieure de LArytenoïde,en la bafe antérieure de luy-mefmes pour le ferrer.Et noteras,que tous ces mufcles cy ( lefquels ont leur origine de bas en haut ) reçoiuent rameaux des nerfs Recurrens, mais princi- P paiement ceux qui omirent & ferrent LArytenoïdc.Et te fufïîfe des mufcles du Larynx. Or quant à la fituation, connexion, tempérament, Sc vfage dudit Larynx,il te peut eftre manifefte ôc cognen, parce que nous anos trai&é d’iceluy iufqu’à prefenr.Toutesfois tu noteras, que c’eft vne chofe très- difficile de pourfuiure les chofes accouftumees aux parties organiques , pour la diuerfîté de leur compotttion. Parquoy déformais, quant à la fubftance, tempérament, & autres , que pour brief- ueté nous lai fierons , tu auras recours aux parties ttmples Sc fimilaires, dcfquelles ces organiques font compofees: Comme fi pour exemple on demande de quelle fubftance Sc tempérament eft le Larynx, tu refpondras qu’il eft de fubftance cartilagineufc Sc charneufe, & par ainfi de tem- pérament froid Sc fccjchaud Sc humide. Dauantage il faut entendre , que de la racine de la Langue eft drette vn corps cartilagineux Sc membraneux,afîn qu’il fepuitté mieux mouuoir, à fçauoir efle- iter: ôc bailler : car ce qui eft plus mol que de raifon , tombe aflîduellement, Sc anffi ce qui eft trop dur,ne permet eftrc renuerfé : donc il a fallu qu’il ne fut trop dur ny trop mol, afin qu’il demeuraft etteué quand nous infpirons,& qu’il fccouchaft & baittaft quand nous anal Ions. Il eft le principal inftrument de la voix,laquclle ne pouu.oit eftrc bien faite,fi le pattage n’eftoic eftroit.il fert de com- primer le pattage Sc conduit des cartilages du Larynx , Sc principalement l’Arytenoide : il eft touf- jours humide d’vne humidité naturcllc,& lors qu’il eft detteiché par fiénre ou autremet,on ne peut parler s’il n'cft humeété,& tontes les autres parties de la bouche.ll fe viét lier Sc attacher d’vn cofté Sc d’autre,par la commune membrane de la bouche,aucc les parties latérales de L Arytenoïde iufqu’à Subftartee. Quantité. Figure. Compçfition, Trois carti- lages au Larynx. Le Cartilage Scutifoirne ou Thyoïde, l.e cartilage fans nom. Canilugo innominata. Le Cartilage arytenoïde femblaile à im bilerm. L'vfage du Larynx, Dix hulft mufcles au Larynx. Galien au liii.de locit affcftii. Premier de propre au Larynx. Second. Troifiefme, Quatriefme. Cinquiefme, Sixiefme. Situation. Connexion. Temf. eramSt & vfage. De l'Epiglot- te ou lan- guette. Le flxiefme Liure, Lu figure de l Spiglotteefi fiemblable d l'anche d’vn hautbois. G a, de l'vf des parties. Quatre mufi des de l Epi - glotte, deux ouurans & deux fermas. Les quatre mufcles de l’Epiglotte ne fie trouuent aux hommes. fa partie pofterieure,pour couurir 8c defcouurir l’orifice duLarinx,ainfi qu’vn couuercle cotiure vn A pot, à fin qu’en deglôutiftant «Se auallant le boire ou manger , rien ne defeende par ledit Larinx dedans la trachee artere : i’entends en fi grande quantité, qu’il empefehaft l’air de forcir, 8c entrer à fou aife. Car il ne faut penfer qu’il le couure fi exactement, qu’il ne coule toufiours quelque pe- tite liqueur par les parois intérieures du Larinx,pour aucunement humeCter les poulinons : autre- ment en vain on ordonneroit leLohoth es affections pectorales.- Et pource que tel corps eftoit ca- pable dumouuement volontaire, à celte caule, félon aucuns , luy ont eftébaillez quatre mufcles, deux qui l’ouurent, 8c deux qui leferment,vn de chacun cofté. Ceux qui l’ouurent, defeendent de la racine de l’os Hyoide,«Sc s’vniffans en leur infertion,definent à la racine pofterieurede l’Epiglot- te. Les autres qui le ferment (aux animaux efquels ils fe trouuent) viennent intérieurement entre la tunique d’iceluy,& fon cartilage. Or quant à ces quatre mufcles, ie ne les ay iamais veus ny difeernez aux hommes, ainfi que i’ay fait aux belles brutes, jaçoit que i’aye mis toute peine 8c deligencc à les trouuer. A celle caufe aucuns ont voulu dire,que ce petit corps icy , quafi fait en forme d’vne petite langue,n’eftoit couché ny a- dapté fur le Larinx,en mangeant ou be*uuant,que par la pefanteur des chofes tranfglouties : 8c qu’en autre teraps,à raifon de la continuelle refpiration,il demeuroit releué,pour defcouurir ledit Larinx, Finablement relie feulement fur ce repos,à confiderer deux petites finuofitez ou fiffures, lefquelles Nature a mifes fous ledit Epiglotte dedans le Larinx : vne de chacun cofté, à fin que fi de fortu- g ne quelque chofe cfchappoit du boire 6c manger, dedans ledit Larynx,il fuit là retenu : 8c afin aulli que l’air entrant trop impetueufement,fuit aucunement rebouché & réfréné par cefdites linuofitez, ainfi que le fang 8c efprit entrant au cœur par les oreilles d’iceluy. Du Col & de fes parties. C H a p. Y I. O y t e s ces choies ainfi déclarées , il faut maintenant paffer au Col, lequel nous 2'pp définirons premieremcnt,& puis pourfuyurons Tes parties, tant communes que pro- pres,defquelles iufques icy n’a efté rien dit. Car de répéter le cuir Je Panmculc char- CJM wmT neuxjles veines,arteres,nerfs,Oefophague,Trachée,artere,«Sc mufcles qui montent defeendent tout le long dudit col aux parties efquellcs ils appartiennent, ce feroic trauailler en vain.Parquoy ne faut que ru entendes par cy-apres que l'explication des Vertébrés propres parties d’iceluy,& ligamens d’icelles tant propres,quec6muns auec la tefte,& de fesmuicles târ cômuns auec ladite Telle 8c le Thorax,que propres à luy feuLPourfuyuantdôcnoftre proposée Col n’cft autrechofe que la partie de la tefte,cotenuc depuis l’os Occipital Jufques au pre- mier Spondy le du Metaphrene auquel nous faut premièrement côfiderer Tes vertebres,monftranscc qu’elles ont de comun,& differét enfemble, à fin que plus comodément &: au profit du ledleur nous puiftlos monftrerl’origine Scinfertion des mufcles naiffans 8c finiffans en icellc. Le Col eft fai <51 de ç lept vertébrés,efquelles faut confidererer premièrement leurs corps:fecondemét leurs trous,par lef- quels defeend la Spinale medulle:tierccment,leurs apophyfes : quartementjes trous,par lelquels les nerfs fortêt de la nucque aux parties externes,& ceux des Apophyfes Trâsucrfes,par lefquels les vei- nes 8c arteres,que nous auons appellees Ceruicaies,montent tout le long dudit Col,& finabîemenc les connexions des fufdites vertebres. Or quant au prcmier,par le corps de la vertébré nous enten- dons la partie enterieured’icelle,fur laquelle l’Oefbphague eft couché.Quant au trou,il ne faut co- liderer autre chofe,finon qu’il n’eft pas roufiours plus grand aux vertebres plus prochaines du Cer- neau,& eft circonfcript dudit corps , 8c des trois genres d’Apophyfes par tout,fors qu’au premier: c’eft à fçauoir,Droites,Obîiques,&: Tranfuerfesrdont par les Droites nous entendons les efpinesdu dos.lcfqucîles eftans fituees à l’oppofite du corps defdites vertebres, defeendent droitemcnttoutle long de l’efpine,aucunement enclinees enbas,ainfi que celles du Metaphrene iufqu’à l’onziefme,où ladite efpinc commence à fe drelfer en haut,fur le changement de l’ordre de réception. Par les apo- phyfes Obliques nous entendons les eminences, par lefquelles lefdites vertebres fe lient enfemble par ginglyme,en receuant lafuperienre,& eftant receue de l’inferieure.Et font fituees entre lesapo- phyfes Droites faifans l’Elpine,& les Tranfuerfes:par lefquelles nous entendons les eminences pro- chaines du corps, qui par droicle ligne diuifent la vertébré. Et font cefdites eminences trouées, pour donner paffage aux veines 8c ancres, qui t’ont efté nommées par cy-deuant,lefquelles entrans par le trou des nerfs vont nourrir la Spinale medulle,6c lefdites vertebres,& parties appartenantes à D icelles. Ourre-ce,il faut noter, que le trou,par lequel les nerfs fortent de la fpinale medulle aux par- ties externes,en l’efpinedu col,eft mis fous l’apophyfe Tranfuerfe, eftant fait& conftitué de la ver- tébré tant fuperieure qu’inferieure , au contraire des autres, qui fortent des vertebres de toute l’efpine , lefquels font faiéls de la vertebre fuperieure : 8c pource en cas de luxation des verté- brés s celle qui fe faiél au Col, peut blellèr le nerf 8c aélion d’iccluy, au contraire des autres qui fe font au demeurant de l’efpine. Quant à leur connexion,il faut entendre que toutes les vertebres de l’Efpine ont chacune fix connexions,à fçauoir deux en leurs corps,& quatre en leurs apophyfes obli- ques : par les premiers, lecorps d’vne chacune vertebre eft conioinél auec celuy de la fuperieure & inférieure : par les autres,auec les apophyfes obliques inférieures de la vertebre fuperieure,defquel- les elle eft recette, ainfi qu’elle reçoit les obliques 8c fuperieures de la vertebre inférieure. Il en faut excepter la première vertebre, parce qu’elle n’a que quatre connexions par Tes apophyfes obliques, tant fuperieures qu’inferieures, par lefquelles elle reçoit les apophyfes obliques, tant de l’os Occi- pital que du fécond Spondyle. Semblablement faut excepter la fécondé, pource quelle n’a que cinq cônexionsjà fçauoir quatre par fes apophyfes obliques,& vne par fon corps par laquelle elle eft cô- jointè auec le corps delà tierce vertebre.Et faut icy noter,que Nature n’ayat point baillé d’cfpine au Définition du Col. Définition du corps de lu vertebre. Apophyfes Droites des vertebres du Col. apophyfes Obliques. Connexion, de vertebres de le fine. De F Anatomie. 153 A premier Spondyée, l’a recompenfé d’vnc petite eminence ôc tuberofité ; fembîablement ne faifanc point vn commun trou auec le fécond pour l’iftuë du nerf, il a efté troué aux parties latérales defon corps,tant d’vn cofté que d'autre. Et a efté fait aufïi en fa partie antérieure crené Ôc tenue, ôc quafi fans corps pour reccuoir l’apophyfe antérieure dre fiée au corps fuperieur du fecôd Spondyle,qu’Hi- pocrate appelle Dent,auqucl le principal ligament de la tefte s'attacheftequel defeend interieureméc de l'os occipital fous les appphyfes Clinoïdes:& par telle articulation la tefte s'efleue ôc le bailfe en deuant ôc derrière, tout ainn qu’elle fc meut latéralement, par l’articulation du premier auec le fé- cond Spondylc.Cefteapophyfeeft attachée par deux ligamens,defquels le premier eft extérieur plus large ôc plus grand, côprenant entièrement tout à l’entour la lufdite articulation môtant des Spon- dyles à la tefte,ou pluftoft defeendant de la tefte aux Spondyles,ainfi que fait tout ligament pafiant mutuellement d’vnos en l’autre.Le fécond eft plus fort,Se chuironne l’articulation,aulfr fe méfiant auec lecartilage, lequel par foninterpofition conioiiiâ: toutes les vertébrés cnferable , horfmis la premiere,ainft que tu peux voir àl’efchine d’vn pourceau, diuifant les vertebresl’vne de l’autre. Et de tels ligamens eft coniointe toute l’efpine, ôc partie d’icelle,laqnelle Nature n’a voulu faire d’vn feul os,parce que l’homme euft efté comme embroché ou empallé &c immobile,& feroit comme vne ftatuë de bois ou de pierre. Quant à l’os facrû,ileft côpofé de quatre pièces,fans l’os appellé Caudæ. Iceluy reçoit ÔC porte les os de la hanche,& toutes les autres vertébrés comme fur leur fondement, n Ôc vont iufques à la tefte en diminuant toufiours de bas en haut : veu que ce qui eft porté ôc fou- ftenu , doit eftre moindre que ce qui porte ôc fouftient. Il y a entre icelles vertébrés vne humidité glaireufe & cfpelïc/cmblablc à celle qui eft entre les autres iointures,pour faire que lemouuement foit plus facile :lequel lors qu'il fe fait,lefdites vertébrés s'efloignent ôc efeartent les vues des autres: Les vtilitez de l’Efpine font quatrerla première,quelle eft comme fiege ôc fondemêt de tour l’alîem- blage Ôc liaifon du corps , comme la carine eft le fondement de tout le nauire. La fécondé, qu’elle eft comme le chemin de la mouelle. La troifiefme quelle eft le rempart ôc affeurance d’icellc. La quatriefme,qu'elle eft comme le bouleuert des entrailles.qui par dedans font couchées fus icelle. Pourquey »*- *?re n a f*lt V?î J Vtîlltex de l’Etyine. Figure de l’Efyine du dos. L’Efpine et diuifee en cinq parties; fçauoir eft le Col, Metaphrene, Lumbes , Tos Sacrum , & la Queue. Le Col eft composé de Tepr vertébrés contenues depuis A, iufqu’à B, & marquées par 1.2.3.4.y.6.7. Le Metaphrene de douze , fignées par C,D, entre 8. ôc 19. Les Lumbes de cinq, marquées par E , F, depuis 10. iufqiTà 24. L’os Sacrum de fix, figurées par G, H , Sc depuis 25. iufqu’à 30. lequel eft composé de trois os , ôc eft le fondement des artères. La queue ou le Coccyx, marquée entre I, ôc K , depuis 31. iufques à 34. L L Le corps des vertébrés depuis la féconde iufqu’à la vingt-qua- triefmc. M La fécondé vertebre , nommée d’Hipp. la dent, pour Ton apo- phyfe qui eft icy cachée par la première. N Les ApophyTes Tranfuerfes. O Les Efpines des Vertébrés. Or pource que nous Tommes tombez fur le propos des ligamens,il me Temble n’eftre imperti- nent que brieuement nous déclarions ce qu'il en Faut fçauoir. Et pource faire premièrement nous definerons ligament,puis montrerons la diuerfc acception d’iceluy,tiercementpourTuiur6s les dif- férences. Quant au premier, Ligamentfainfi qu’auons dit au premier liurejn’eft autre chofe qu vnc partie fimple du corps humain , la plus terreftre après Tos & le cartilage, prenant le plus Tonnent Ton origine de Tvn ou de Tautre,mediatement ou immédiatement, &dcfinant aufîi en Tvn d’iceux, ou mufcle,ou autre partie : au moyen dequoy il eft exangue, Tec, dur , & froid , infenfiblc comme les parties d’où il fort,eftant toutesfois Temblable à nerf,pour rai Ton de Ta blancheur ôc confidence, laquelle neantmoins il a pins dure que ledit nerf. Quant au fécond , il faut entendre que ligament eft vfurpé généralement ôc Tpecialement. Generalement,pour toute partie du corps, laquelle con- ioinéb vne partie auec Tautre : en laquelle acception le cuir peut eftre dit ligament , pource qu’il contient toutes les parties internes ioinéles enfemble ; Temblablement le Péritoine conioignant en- Définition de ligament. Double ac- ception de li- gament. Le fixiefme Liure, 154 fcmble toutes les parties naturelles, ôc les afleurant contre l’Efpine ainfi que la mçmbrane Pleure- A tique faid des parties vitales. Semblablement les tuniques du cerueau,nerfs,veincs,& arteres,muf- cles,membranes,&: autres femblables parties du corps,peuucnt eftre dites Ligamens,pource quelles lient vue partie aucc l’autre : comme les nerfs , tout le corps aucc le cerneau , les arteres auec le cœur,& le veines auec leFoyc. Mais Ligament fpecialement prxs,ne lignifie que la partie de noftre corps , telle que nous auons dit cy-deifus. Les différences de ligament font plufieurs. Car Tvn eft iarge,mcmbraneux ôc tenuë,l’autrc efpés ôc rond : Tvn dur,l’autre mol : l’vn grand l'autre petit:Pvn cartilagineux fimplement , Pautre tenant moyen entre os ôc cartilage , pour Pexigence du plus ou moins fort & violent mouuement des parties par iceux liees. Et voila ce qui m’a femblé bon de dé- clarer en général des Ligamens, en attendant monftrer toutes les fufdites différences ainfi quelles s’offriront félon l’ordre de diftèdion. Différences de ligament, Des mufdes du Col, Chap. XVII. Mufdes com- muns du Col, Etovrnant maintenant au premier propôs , faut déclarer & demonftrer les mufcles du Col, tant communs que propres : lefquels font vingt ou vingt-deux en nombre,dix ou onze de chacun cotte', defquels fept meunent la tefte feule , ou auec elle le premier Spondyle, & les autres trois ou quatre mcuuent ledit Col. Des fept JJ mouuans la tefte ,& auec elle le premier Spondyle, les vns l'eftendent Sc relaient, les autres la flechiftcnt Sc abaiftent, les autres la meuuent obliquement, & tous enfemble par lent* mouuement fucceflif circulaircment. Et ainfi faut eftimer de ceux du Colt Mais auant que procé- der à la defeription de l'origine Sc infertion d'iceux, ie te veux aduertir qu'il faut leuer deux muf- cles de l'Omoplate , nommez Trapèze & Rhomboïde, defquels afin que tu pnifles mieux monftrcr l'origine & infertion, ou pluftoft leur aélion , par laquelle nous cherchons ladite origine Sc infer- tion,il les faut leuer par leur infertion,qui eft l'Omoplate ( ainfi qu'il te fera monftré en fon lieu) en les renuerfant vers leur origine qui eft à l'Efpine. Outre plus,faut leuer le plus petit Rhomboï- de poftericur Sc fuperieur (nommé aufii petit Dentelé) de fon origine, qui eft és trois verfebres in- férieurs du Col, &c première Metaphrene,& lerenuerfer vers fon infertion, qui eft aux trois cfpa- ces de quatre cottes fuperieures, tout cotre l'angle pofterieur & fuperieur de l'Omoplate,ainfi qu'il te lera demonftré par cy-apres. Ces.mufcles ainfi defcouuerts, faut commencer à leuer les quatre qui leuent la Tette, 3c confequemmenrles deux qui la mcuuent obliquement, & à la parfinvn qui la flefehit & baille : & ce à raifon que tel eft l'ordre Anatomique. Toutesfois fi tu veux , tu peux leuer tour le premier fans inrereft des autres, celuy qui eft nommé Maftoïde,qui baille Sc flefehit la tefte. Quant aux quatre qui la leuent de drdîent,le premier pour raifon de fa figure nommé Sple- nique, monté des cinq fuperieures efpines du Thorax , Sc quatre inférieures du Col, obliquement q en l'occiput contre l'apophyfe Maftoïde, ou Mammillaire , duquel endroit tu le renuerferas vers fon origine. Le fécond, à raifon de fa texture eft nommé Entrelacé,ou Entortillé,filant de la 3 . 4. Sc y. apophyfes tranfuerfes duMetaphrcne,&le plus fiautient de la première du Col,mQnte droirc- inent en l’occiput, enuironnant de fon cofté la partie inférieure Sc latérale d’iceluy. Cettuy - cy le leue commodément du cofté de l'efpine vers lefdites apophyfes Tranfuerfes, Sc procez Mammillai- res de l'os Occipital. Dauantage, on le peut diuifer en deux ou en trois, combien qu'auec grande difficulté pour la complication Sc entrelaceure qui eft en iceluy. Le troifiefme Se quatriefme, qui font deux des huiét petits, quatre de chacun cofté, montent quelque peu obliquement : le premier, de toute la partie latérale du fécond Spondyle ; le fécond , de toute la partie latérale de l'apophyfe du premier,qui luy a efté donnée en lieu d'efpine,à l'occiput au droit de l'efpine. Ces deux-cy font nommez de tous Anatomiftes mufcles droiéts, mouuans la tefte feule, lefquels ne faut que leuer Sc lier fans les feparer,ny de leur originc,ny de leur infertion.Et voila quant aux quatre qui efleuent Sc drefiènt la tefte. S'enfument maintenât deux obliques de chacun cofté : defquels l'vnmeut la tefte feule, Sc l'autre le premier Spondyle premièrement, fecondement &par accident la tefte. Quant au premicr,contre l'opinion d'aucuns,il prendfon origine de l'apophyfeTranfuerfe du premier Spon- dyle,&: fe va inferer délions l'infertion du premier droit : lequel ne faut pareillement que leuer par délions fans le couper. L'autre fort de l'efpine du fécond Spondyle, Sc s'en va inferer à l'apophyfe T ranfuerfe du premier Spondyle, contre l'origine du precedét (combien qu'aucuns veulent le con- traire ) lequel te faut leuer comme les autres : afin que les contemplant tous ainfi leuez, tu puiftès voir comme ils font enfemble vn triangle égal. Ce dernier mufcle a fon aéfion contraire au pré- cédent , comme monftre tres-bien fon origine Sc infertion. Et pource quand le premier Oblique mene la tefte obliquement vers le deuant,le fécond la ramené par le premier Spondyle. Ceftuy auec fon compagnon , de l'autre cofté , peuuent eftre dits vrayement mufcles propres du Col, pource qu’ils n'appartiennent à autre partie, au contraire de tous les autres fufdits. Icy faut noter que la tefte,félon Galien, a deux mouuemens : l'vn,droit en deuant & arriéré comme en ceux qui accor- dent ou refufent quelque chofe : l'autre,quafi circulaire. Le premier, félon Galien, fe fait la pre- mière vertebre eftant remuée fus la féconde : le fécond,la tefte eftant remuée fus la première verre- tebre. En quoy il a efté repris par les recens Anatomiftes,reraonftrans que la tefte ne peut eftre re- muée circulaircment fus la première vertebre fans luxation. Quant au dernier qui flefehit ladiéle tefte, il monte de la partie fuperieurc Sc latérale du Sternon,& de la prochaine partie de la clauicu- Ie,obliqneraent à l'apophyfe Maftoïde de l'os Occipitafiau moyen dequoy eft appellé Maftoïde. Et fe peur diuifer pluftoft en deux fur fa diuerfe origine, qu'en trois. Or il euft efté meilleur tourner la tefte de tous coftez autant en derrière qu'àdextrc&ièneftre :mais fi telle chofe euft efté,il fe fuft /ouuentfait luxation, qui euft efté ànoftregrand defaduantage,&auperil de mort, parce que telle litfiruiïion pour le dif- fecieur. Mufcle ffle- niopie. Mufcle En- trelacé, Mufdes droits. Mufcle Mufloiàe. De l’Anatomie. , 155 4 facilité de mouucment ne peut dire fans que la jointe Toit fort iafche. Parquoy Nature a mieux aymé odroyer à la telle peu de mouuemens & alfeurez , que plufieurs & dangereux , qui dl caufe quelle n’a point fait fa jointe Iafche, ains forte & robufte. Apres la demonftration des fufdids mufcles, faut palier aux rrois ou quatre du col : defquds deux (qu'aucuns reduifent en vn ) fedon- dent: vn le flefchit,& le dernier le meut lateralement,& tous par leur mouuement fuccefîîf,circu- lairementjcommc nous auons dit des mufcles de la Telle. Le premier de ceux qui l'edendent(i’en- tends toujours de chacun codé) prenant fon origine de fix apophyfes Tranfuerfes de fix vertebres fuperieurs du Metaphrene ,011 pluftoll de la racine des obliques , monte droidement à l’efpine du fécond fpondyle du col, & apophyfe oblique d’iceluy : aucuns l'ont appelle Tranfuerfaire. Si tu le veux leuer, il te faut prendre du codé de l'efpine, le renuerfant vers les apophyfes Tranfuerfes : ou bien,vcu que c’ed le dernier & plus proche des os, fi tu veux, tu ne feras que le feparer vn petit de Ion compagnon par la didindion de leur origine : laquelle fi tu trouues difficile, ne t'en efmcr- ucille: car à la vérité il fe trouue obfcure feparation, didinde de ceduy-cy , auec fon compagnon nommé Efpineux, lequel fortant le plus fouuent des racines des fept fuperieures efpines du Meta- phrene, & de la dernicre du col,s’infere aux autres efpines du col : Et pource à bon droit ceduy-cy auec le précédent, font réduits par Galien à vn feul. Le tiers qui le flelchit, monte intérieurement du corps des cinq fuperieurs Spondyles du Metaphrene ( defquels il fort allez obfcurement, mef- mement aux gens extenuezj par dellbus l'Oefophague, tout le long dudid col iufqu'à l'os Occipi- B tal, à la partie intérieure duquel obfcurement il s'infere : à caufe dequoy il peut aucunement ayder à flefehir la tede. Ce mufcle ed faid de filets obliques venans du corps de la vertebre par tout le long de Ion chemin aux apophyfes Tranfuerfes de l'autre vertebre: & auec fon compagnon de l’au- tre codé femble condituer fur le corps des vertebres, vne petite voye aucunement çauc à l'Oefb- phague, ôc ed appelle mufcle long. Le quatriefme & dernier, que nous auons dit mouuoir latéra- lement ledit col, qu’on appelle Scalene, à caufe de fa figure, monte de la plus grande partie pode- rieurc & fuperieure de la première code du Thorax, à toutes les apophyfes Tranfuerfes du col,s'in- ferant en icelles par fes filaments , lefquels il a proportionnez en longueur & briefueté, pour fe pouuoir attacher depuis la derniere apophyfç du Col, & plus prochaine de ladidle code,iufqu'à la première. Et femble ce mufclc-cy edre double, à raifon de ladiftin&ion fai&e en iceluy par l'ifîuë des nerfs du bras. Quant aux veines & arteres appartenans tant au col qu'à fes partics,ellcs ont edé fulfifamment déclarées fur la didribution d'icelles. Parquoy rede que tu entendes que tous les iufdifts mufcles reçoiuent nerfs des Spondyles, defquels ils prennent leur origine. Gal.ltu l%. chaf. 6 de ï-vfage des parties. MufcleTrXf- uerfaire. Mufcle ntux. Mufcle long. Mufcle /en- lent. Figure quatriejme des mufcles. A D Demonftrent les deux mufcles qui flefchiffënt, tant la telle que les vertébrés du Col, lefqucls defeendent iufqucs à la quatricfmc vertebre du Metaphrene. 1.1.}. 4. Le corps des vertebres du Metaphrene. Le fixiefme Liure, Figure cinquiefme des mufclcs. A A A A Monftrent les deux Splenitiques qui die- uent la tefte , comme nous aupns dit aucc figures précédentes. B B Deux féconds , nommez entrelacez, ou entortillez. C C Deux releucurs de l’Omoplate. D D Deux mufclcs Sacrolumbus, qui feruent à l’infpiration. E E Deux my-efpineux. F Partie du Sacré, fi tu n’ayraes mieux en faire vn à part, qui pourra dire appellé Rachitta. G G Mufclcs Intercoftaux extérieurs, Figure fixiefme des mu files. A A A A A le mufcle entortillé, Entrelacé, ou Complexus. B Mufcle Efpineux. C Le mufcle tranfuerfal appartenant au col. D My - efpineux. E E Les deux Rachites, fi tu n'aymes à les réduire au Sacré , ou à l'Efpineu^ que tu as vcu marqué par B. FFFF Les Coftes. De l’Anatomie. Figure feptiefme des mufcles. A A Les deux SplenitiqueL B B Second mufcle nommé Entortillé > ou Eiv* trclacé, C Releueur de l’Omoplate. D La Clauicule. E Portion du mufcle Dentelé, pofterieur ôc fupericur. F F Mufcles pollerieurs de l’Omoplate,nommez Rhomboïdes , la tirant en arrière. G G Les deux mufcles tres-larges, abaiflans le bras. Figure huiSîiefne des mufcles. A Splenitique gauche. B B Second mufcle nommé Entortillé ou Com- plexus. C Releueur de l’Omoplate. D La Clauicule- E Le mufcle de l’os Hyoïde, tendineux au mi- lieu qui prend Ton origine de la colle fupe- rieure de l’Omoplate. F Le mufcle qui ouure la bouche. G G Deux petits mufcles Dentelez pofterîeurs & fuperieurs, qui dilatent les quatre colles fu- perieures du Thorax. H Mufcle Sacrolumbus. I Mufcle à demy efpineux. K Portion du mufcle Sacré. L L Petit Dentelé poftcricur & infcrieur,quî di- late les quatre colles inférieures. M Mufcle du bras fitué en la cauité fupericure de l’Omoplate, qui fe peut nommer Epo- mis ou Efpaulier. N Le fufefpaulier ou mufcle du bras, litué en la partie gibbeufe de l’Omoplate. Le fixiefme Liure, Figure des mufcle s. A A Deux mufcles droids , venans de l’Efpine de la fécondé vertebre,& s’inferent àfos de fOc- ciput : fous lefquels deux autres petits font ca- chez, qui prennent Içur origine de la première i vertébré pour s’inferer au mefme os de f Occi- put. B B Ç G Les quatre mufcles obliques. D D L’apophyfe Maftoïde. E E Les Releucurs de l’Omoplate, coupez par le milieu. F F Deux Scalenes. G G Deux Efpincux. B H Le Sacrolumbairc. Des mufcle s du Thorax, & des Lumhes. Chap. XVIII. Près ces chofes ai h fi confiderées,il conuient pourfuiure les mnfcles,tant du Thorax, clu* eruent a la refpiration , que ceux des Lumbes, afin que plus ailémenc nous puif* fions par après traiclcr ceux des extrcmitez.Mais auant quecc faire, il faut fçauoir que v partie poftcrieure du Thorax, nommée Metaphrene, eft faite de douze vertébrés,& les Lumbes de cinq , lefquelles ne différent en autre chofc de celles du Col, finon que toutes ces vertébrés font plus grollès en leur corps , que celles du col, mais non moindres en leur trou. Davantage, ces vertébrés n'ont point leurs apophyfes tranfuerfes trouées comme celles du col , pour la conduite des veines & artères ceruicales. Semblablement chacune de ces vertébrés route feule fait & conftituë de fà partie inférieure tant d’vn cofté que d'autre , le trou pour bailler paftàge au nerf iltànt de la Spinale mcdulle aux parties circonjacentes: au contraire de celles du Col, lefquelles deux enfemble font le fufdit trou, ainfi que nous auons dit. Quant aux apophyfes,foient Droites, Obliques, ou Tranfuerfes dudit Thorax, elles ne font en rien différentes de celles du Col C (i’entends iuiqu'à la dixiefme) fors que les Tranfuerfes n'eftans trouées, comme a efté dir,fouftien- nent en partie les codes eftans eftroitcment annexées auec icelles par forts ligamens,tant propres que communs. Mais depuis la dixiefme,les deux qui demeurent du Metaphrene ôc des Lumbes,font diuerfes non feulement de celles du col, mais aufïi des dix premières,par leurs apophyfes obliques: pource que depuis l'onziefme , qui eft rcccuë tant de fa fuperieurc que de Ton inférieure, pour la confirmation de ladite efpine, ôc plus facile flexion d’icelle, fans danger de fraélure ou ouuerture, les fufdites apophyfes des vertebres inférieures, qui fouloient reccuoir, font receuës, comme celles qui foüloienteftrc receuës, reçoiuent. Elles font auflî différentes de toutes les fufdites parleurs apo- phyfes droites, c'eft à dire, Efpines,à caufe que depuis l'onziéme elles commencent de les drefler peu à peu vers le haut, au contraire’des fuperieures. Et fi on demande comment la dixiefme vertebre au Metaphrene peut eftreditc le milieu de l'Efpinc,yeu quïcelle eft faite de vingt-quatre vertebres; le refpons que cela doit eftre entendu, quand on réduit les fix os de l'os Sacrum , Ôc les quatre de l'os Caudæ plus cartilagineux qu'olfeux, entre les os de l'Efpirie. Car alors depuis l'articulation de la tefte iufqu' à celle dixiefme vertebre, il en y a dix-fèpt,& de là en bas autres dix-fept. Reuenant donc aux mufcles du Thorax feruans à la refpiration, faut noter qu'ils font quatre vingts & neuf, quarante-quatre de chacun cofté , pareils en force, groffeur ,fituation & a&ion , ôc vn moyen qui eft appellé Diaphragme. Des quarâte-quatre vingt,deux dilatent ledit Thorax en l'infpiration; c'eft à fçauoir, le Soufclauier , le grâd Dentelé félon aucuns,les deux Rhomboïdes, ou Dentelez pofte- rieurcs,l'oblique afeendant de l'Epigaftre,Ies onze Intercoftaux,&: fix Intercartilaginaux extérieurs: les autres vingt deux relîerrent en l'expiration , c’eft à fçauoir , le Sacrolumbus , l'oblique defeen- dant, le Longitudinal ôc tranfuerfal de l’Epigaftre : le triangulaire interne, ou reftèrreur des Car- tilages : les fix Intercartilaginaux , ôc les onze Intercoftaux internes. Des vingt-deux dilatans le Thorax , le premier nommé Soufclauier , à caufe de fa fituation , defeend de la partie interne ÔC antérieure de la Clauiculc,obliquement au cartilage de la première coftc iulqu'au Srernon , laquelle il eftend. Le fécond appellé grand Dentelé, prenant, félon aucuns, fon origine intérieurement de toute la baie de l’Omoplate , s’en va tranfuerfalemcnt inférer aux neuf çoftes Supérieures , pro- duisant certaines apophyfes dentelées plus anant fuir les codes qu’aux efpaces moyens dïcelies, ou mufcles Intercoftaux , à caufe dequoy il a efté ainfi appellé. Aucuns ont référé ce mufcle entre ceux de l'Omoplate. Le tiers defeend des trois efpines inférieures du Col, & de la première du Meta- phrene, par vn ligament membraneux & fort délié, aux trois ou quatre colles finif- îant plus auant aux trois efpaces ou mufcles Intercoftaux dïcelies, qu’aux codes, à caufe dequoy il eft appellé Dentelé pofterieur &c Supérieur. Le quart monte femblabicment par vn ligament délié Ôc membraneux des trois fuperieures efpines des Lumbes,& des deux dernières du Metaphrene,aux “En qmy dîffe- rent les ver- tébrés u.u col d’auec celles d’en bits. Occupation. Mufcle s dtU- tans le Tho- rax tt. Mufles ref- ferrans le Thorax n. Mufcle nom- mé Soufcla- uier. Mufcle nom- mé grand Dentelé. Mufcle nom- mé Dentelé, pu (le rieur fuperieur. De l’Anatomie. A trois ou quatre coftes fauftes 6c inférieures, on dernières, s’auançant plus auant fin* lefdides coftes qu entre les efpaces ou mufcles Intercoftaux d’icelies , à raifon dequoy eft auffi appelle Dentelé pofterieur 6c inférieur. Et ont efté ces deux derniers mufcles nçunmez Rhomboïdes, à raifon de leur figure qui eft comme vne lozange, laquelle pçur parler en Mathématicien , ayant les codez oppofez , 6c les angles oppofez égaux,n’eft pas toutesfois quarrée , ny redangle. Le cinquiefme, que nous auons dit Obliquc,afccndant de l’Epigaftre,a efté fuffifammet déclaré en fon Heu. Quant aux onze Intercoftaux externes, ils defeendent obliquement du derrière vers le deuant de la partie latérale 6c inférieure de la coftc fupcrieure,en la partie latérale & fuperieure delà cofte inférieure: Au contraire des fix Intercaliginaux, lefqucls ayans femblable origine & infertion entre les cartila- ges, que les Intercoftaux entre les coftes, defeendent obliquement du deuant vers le derrière. Et voila quant à ceux qui dilatent &c eftendent le Thorax en l’infpiration : des autres vingt-deux, qui le rdîèrrent à l’expiration : le premier, prenant fon origine de l’os Sacrum, & des apophyfes obli- ques des Lumbcs, monte ( eftroittement 6c confusément adhérant ôc annexé auec le mufcle Sacré, qui te fera déclaré cy - après) à la racine des douze coftes, baillant à vne chacune vn petit tendon a mefure qu’il monte, par lequel il rellcrre 6c retire lefdiétes coftes vers les apophyfes Tranfuerfes: & eft appcllé de Nous Sacrolumbus, à raifon de fon origine. Le fécond, troifiefme,& quatrieftne, que nous auons appellés Oblique defccndant,Droit,& Tranfucrfal de l’Epigaftre, ont efté démon- lirez en leur lieu. Et faut icy noter, que ces trois derniers mufcles de l’Epigaftre aydcnç l’expira- tion par accidenr,pluftoft que d’eux-melmes; il fçauoir,en repoulfant le Diaphragme vers le Poul- mons, par les Inteftins qu’ils repoulfent auffi en haut, pendant qu’ils tirent les parties efquellcs ils font inferez, vers leur origine. Le cinquiefme, que nous pouuons appellcr le Reftèrreur des Cartilages, fortant intérieurement des coftes du Sternon, va à tous les cartilages des Vraycs coftes. Ceftuy - cy eft plus apparent 6c manifefte aux beftes brutes fous le Brichet, qu es hommes, combien qu’en iccux ne foit point par trop obfcur. Quant aux onze Intercoftaux internes, félon mon iugement, ils'prennent leur origî- me de la partie latérale 6c inférieure de la cofte fuperieure , 6c defeendans obliquement du deuant au derriere,s’inferent à la partie latérale & fuperieure de la cofte inférieure : tellement que ceux-cy enfuyuent la produ&ion des fibres des Cartilaginaux externes, ainfi que les fix Cardlaginaux in- ternes enfuiuent la fituation des Intercoftaux externes, procedans du derrière au deuant : en forte que tant les Intercoftaux que les lutercartilaginaux fe coupent 6c diuifent en forme de croix Bour- guignonne. le fçay bien qu’aucuns ont voulu dire, que les mufcles internes, foient Intercoftaux ou Incercartilaginaux, montent de la partie fuperieure 6c latérale de la cofte inférieure vers le deuant, ou vers le derrière. Mais fi cela eftoit vray, il s’enfuiuroit que tels mufcles receuroicnt le nerf par leur queue,6c non par leur tefte,veu que le nerf va toufiours par ddîbus la cofte,& non par defius. Quant au quatre-vingt-ncufiefme 6c dernier, qui eft fans compagnon,que nous auons appelle C Diaphragme , il a efté fufiifamment déclaré en noftre tiers liure. Parquoy refte que nous pallions aux mufcles des Lumb.es, lefqucls font fix en nombre,trois de chacun cofté,pareils en grolîèur,for- ce 6c fituation,dont l'vn flefehit 8c plie les Lurabes,les deux autres les dreftent 6c eftendent. Quant au dernier nommé Triangulaire, à raifon de fa figure, il monte de la plus grande partie de la cofte pofterieure des os des Iles aux apophyfes Tranfuerfes des Lumbes, 6c à la dernière Metaphrene in- tericurement, à caufc dequoy il eft fait des fibres briefues, longues, 6c moyennes, correfpondantes à la proximité ou eilongnement defdiétes apophyfes. Des autres deux, qui dreftent 6c eftendent les Lumbes,le premier(lequel à raifon qu’il prend iufqu’à la moitié de fon corps , origine des efpincs de l’os Sacrum & des Lumbes, eft appellé Demy efpineux) monte par fes fibres obliques de toutes 1er lufdiéles efpines, aux apophyfes Tranfuerfes, tant des Lumbes que du Thorax. L’autre nommé Sacré, à raifon de l’origine qu’il a de l’os Sacrum ou coftcz d’iccluy, monte par fes fibres obliques aux efpines , tant des Lumbes, qu’aux onze inférieures du Thorax. Mfifcle ®en* te-é f0h" f "iwrT** *" Voy Eudick Hure i. troH- XXXV* Thorax. Mufti* [acre P0l4rce 'sacrum crolumhm. Animaduer- de l‘Au' t^et*r’ Mufcle FeftoraL interne. Mufcles in• tercojlauK internes. Mufcles £es Lumbet. Mufcle Triangulaire ïambes ** Mufle eften* deur des Lttmbes- Des mufcles dç l'Omofhte. Chap. XIX. Près auoir fait dcmonftratio de tous les fufdirs mufcles, il faut palier aux mufcles des extremitez , & pourfuiure ceux de tout le bras, commençant aux mufcles de l'O- moplate : Pour lefquels plus deuement demonftrer , & facilement entendre, il faut premièrement obferuer le naturel d'icelle, ainfi que des autres os meus & agitez par D mufcles,afin que rien ne demeure de ce qui nous peut conduire à plus facile cognoif- Tance de la chofe prétendue. Parquoy il faut entendre, que la nature de l'Omoplate eftd’eftre au- cunement enfoncée de la partie qu'elle eft appuyée , & couchée fur les coftes, & confequemmcnt en fa partie oppofite aucunement gibbeufe ôc prominente ; ayant deux coftes, vne fuperieure, & l’autre inférieure. Par la fuperieure n'eft entendu autre chofe que l'extrémité ou ligne droitte, la- quelle regardant vers les temples, eft conduite depuis l'angle fuperieur de TOmoplate par délions la Clauiculcjiufqu'à l'apophyfe Choracoïde,ou bec de Corbin,laquelle celle cofte fuperieure pro- duit de fon extrémité. Par l'inferieure, nous entendons l'extrémité inférieure, laquelle regarde l'Epigaftre & faillies coftes. Outre plus, le naturel de l'Omoplate eft d'auoir vne bafe, vne telle & vneefpine. Par la bafe eft entendue la partie plus large de l'Omoplate, regardant Tefpine du dos. Par la telle, la partie plus eftroitte d’icelle,& par laquelle elle reçoit letourrillon,ou telle du bras, par le moyen d’vne petite bocte fuperficielle, quelle fait tant de foy, que certains cartilages qui font implantez, fichez, ou annexez tout à l'entour de ladiéle boë‘te,laquelle eft appellée Glenc. Icelle eft jointe auec Tos du bfas par vn fort ligamêt qui enuironne la jointe pour la tenir fermement,lequel eft comun à toutes Description de L’QmopU* te. Cofle fupe« rieure de l’Omoplate. Co/îc infe» rieure. Bafe de L’Omoplate, Tefie de L'Omoplate. Le fixiefme Liure, les autres jointures. Iceluy naift des bords de la cauité de l'Omoplate, ôc cmbralfe en rond toute la A. jointure,s'attachant au commencemêc de la tefte du haut du bras. Il y a encorcs outre cettuy d’au- tres,qui lient pareillemêt ladite jointe. Par l’efpine eft entendue l’Apophyfc,quieft peu à peu drel- fee fur la partie gibbeufe de ladite Omoplate , près de fa cofte fuperieure, depuis la baie d’icelle, quelque peu fous l'angle fuperieure,iufqu'à l'Acromion, lequel ladite efpine conftituc pareillemec de Ton extrémité. Or a nature machiné deux productions d’os,i’entends l’A’cromion fait de l’efpi- ne,& le Choracoide,ou bec de Corbin,fait de la code fuperieure,pour la confirmation de Particu* lation du bras auec ladiéle Omoplacc,& de peur que le bras ne fe demift vers le haut ôc deuant* Dauantage, la Clauicule eft reccué de l'Apophyfc & prominence,dite Acromion, ainfiqu’on peut mieux voir à l’œil,qu’entendre par liure. Toutes ces chofes ainfiobferuées de l’Omoplate,relie que nous venions aux mufcles qui le meuuent, lefquels font fîx en nombre : quatre propres , ôc deux communs auec le bras. Des quatre propres,le premier fitué en la partie anterieure,monte des os des fix,& le plus forment des cinq colles fuperieures au Choracoide, lequel il tire à la partie antérieure; Ôc elt nommé ce mufcle icy, petit Dentelé : pour lequel bien demonllrer,faut cerner le PeCloral de la Clauiculcjiufques prefqu'à la moitié du Sternon. Le fécond oppofite dufufdit,eft fitué en la par- tie pofterieure, lequel prenant fon origine des trois efpines inférieures.du col-, & trois fuperieures du Metaphrene, va intérieurement à toute la bafe cartilagincufe de l’Omoplate, laquelle il tire en arriéré : ôc ell appellé ccdit mufcle Rhomboïde. Le tiers, à caufe de fon a6lion,nommé Releueur, g fitué en la partie fuperieure , defeend de l’Apophyfe Tranfucrfe des quatre Spondyles fuperieures, entre l’angle fuperieur , ôc efpine de l'Omoplate. Le quart appellé Trapcze, vulgairement Capu- chon de Moine, efl fitué à la partie pofterieure: ôc prenant fon origine, comme membraneux,mais bien toft charnu , de la plus grande partie de l’Occiput, de toutes les efpines du col,& des huiét venebres fuperieures du Thorax,s'en va inferer par Aponeurofc, enuiron le milieu de la my-bafe de l’Omoplate, s’eftendant par dcfTus les mufcles d’iccllc;iufques à la demie efpine,en toute laquel- le il s'implante, tout charnu iufqucs à l'Acromion,& partie fuperieure delà Clauicule, ôc aucune- met à la cofte fuperieure. Or a ce mufcle triple aélio,à caufe de fa diuerfe origine:L’vne eft de tirer l’Omoplate vers sô origine de l'os OccipitaI,& efpine du col.L’autre eft de la tirer de la bafe droit- temêt vers l’efpine en arriéré.La tierce eft de la tirer en bas vers le dernier aulïi par l’origine qu’il a de la cinquiefmc, fixiefme,fepticfme,& huidiefmc efpine des vertébrés du Thorax. Et noteras icy, que telles allions diuerfes ne font point faites en ce mufcle par vn nerf, ains par plufieurs qui luy font communiquez de la Spinale medulle,par les trous des vertebres,tant du col que du Metaphre- ne, defquelles il prend fon commencement. Quant aux deux communs à l'Omoplate, ôc au bras , nous les déclarerons cy-apres quand nous pourfuiurons ceux du bras. Parquoy te fuffirà pour le prefent d’entendre que ces deux-là font,l’vn nommé Treflarge,montat de l’os Sacrum à l’Omoplate, Ôc au bras : l’autre appellé Pedoral, venant du Sternon ôc de la Clauicule, aulïi à l’Omoplate ôc au C bras. L’Omoplate eft aulïi attachée par les mufcles venans des vertebres ôc de la telle. Celle atta- che ôc coniondion eft nommée Syffarcofe. EJfine de l'omoplate Vfilité de V Acroml on & du Chora-, coide dé l'Omoplate Six mufcles mouuans l’Omoplate. quatre pro- pres, & deux communs anec le bras. Mufcle Den- telé, Mufcle Rhomboïde. Mufcle nie- ueur. Le mufde Trapèze a triple action à caufe de fa diuerfe origi- ne. Mttfcle Treflarge. Mufcle pe- éioral. Dcfcriptiop de U Main, généralement fnfe. C h A î. ; X X. L conuiendroit maintenant par vn inefme traiél pourfuiurc les mufcles du bras : mais anant que venir là,il faut entendre que c'ell que nous appelions Bras : laquelle chofe ne will pouuans commodément faire fans auoir l'intelligence de la Main,de laquelle le bras fait vne partie, à celle caufe il ell necellàire premier que parler dudit bras, définir que c'efl que Main : puis la diuifer en Tes parties. Or deuant que venir à la définition, il faut premièrement noter,que ce nom de Main ellprins 8c vfurpe en deux manieres;c'dlà fçauoir,generalemcnt,& fpe- cialement. Main,généralement prife,fignifie tout ce qui ell contenu depuis l'Arthrodie,ou articula- tion de la telle de i'Omoplate,iufqu’au bout & extrémité des doigts.Mais fpecialeraent,il ne lignifie que ce qui ell contenu depuis le bout des os du coulde, ou cômencement du poignet, iufqu’à ladite extrémité des doigts. Ces chofes ainfi premilès & confiderees,faut venir à la définition ôc diuifion, prétendues. La main donc en général ell l'organe des organes, 8c l'inllriimcnt des inllruments hu- mains, delliné pour prendre 8c tenir quelque chofe. Elle ell compofee de trois grandes parties ; à fçauoir,du bras,du coulde,& de la main fpecialement prife : laquelle fe diuife derechef en trois au- p. très ; à fçauoir,au Carpe,ou Poignet,au Métacarpe ou Auantmain,& les Doigts.Toutcs ces parties- cy(corame ainfi foit qu'vne chacunç foit non feulement partie organique,ains auflî partie départie organique) font compofees de toutes,ou de la plus grand' part des parties fimilaires;c'eft à fçauoir, cuir double, pannicule charneux,grelîc, veines, artères, nerfs, mufcles, ou chair, 8c tuniques,tant communes que propres,d'os, cartilages,& ligamens : defquelles les vnes appartiennent corne corm- munes à toutes les fufdiétes parties,les autres font propres à chacune partic.Quant aux communes, ce font le cuir double,le pannicule,la grelïè,veines,arteres,& nerfs. Les propres d'vne chacune font, les mufcles d'icelles,os,cartilagc,& ligamens,qui referont déclarez le plus diligemment qu’il nous fera polîible, quand nous ferons venus à leur lieu 8c ordre de dillèélion. Laquelle chofe, afin que bien toll fe face,nous entrerons fans plus long delay,à déclarer ce qui demeure des parties commu- nes , fi premièrement ie c’ay aduerty des différences de la main prifes félon la diuerfe fituation d'i- celle ; qui font fixen nombre; c'ell à fçauoir,deuanr,derriere,dedans,dehors,_haut, bas : Par le de- uant, eft entendu la partie d'icelle,qui regarde du poulce droit vers l'Omoplate. Par le derriere,fon oppofire, qui regarde du petit doigt vers la bafe de ladite Omoplate. Par le dedans , la partie d'i- celle qui regarde les parties latérales du corps : i'entends lors que fa main retient fa fituation natu- relle. Par le dehors, fa partie oppofite. Par le haut,la plus haute,& par le bas, la plus balfc partie d’icelle. Le nom de main efl pris en deux ma- niérés , géné- ralement , & fpecialement. Main généra, lement prife. Main fpecia- lement prife. Définitinn de la main. Compofition de la main. De l’Anatomie. A d’icelle. Et toutes ces différences prinfes de la Situation,tu pourras confiderer particulièrement en toutes autres parties fingulieres. Dcuat que retourner à noffre propos,ie tedeclareray la main par- ticulièrement prife.La main eft diuifée en cinq doigts, afin qu'elle puiffè prendre toutes figures : à fçauoir, rondes, triangles, quarrées,& autres, ôc recueillir les corps fort petits,auec les extremitez des doigts,comrae efpingles, areftes, pois, & autres. Nature a fait deux mains, afin que l'vneayde à l'autre,&: que les deux deçà phalique. Veine dite Médiane, inflrufiion pour le Chi- rurgien. Rciglâ dè faignée. Le fixiefme Liure, Chemin que tient U Me- de cCux qui feignent, prennent 8c omirent pour la Mediane,le rameau de la Bafilique , qui monte A p0ul- aper fajre la(|ite Médiane auec celuy de la Cephalique , ainfi qu'il a efté dit. Apres ces cho- ies ainfi confiderécs, rcuenant à noftre premier propos, il faut entendre que celle veine Médiane defeend entre les deux os du coulde iufqu'à leur extrémité : duquel endroit elle s'en va perdre, di- uifée en plufieurs rameaux, en la main extérieurement, derrière le poulce , Index 8c Médius, ou Métacarpe d’iceux : 8c quelqucsfois s'en va remettre dans le rameau qui s'enfuit, 8c alors près du poignet fe dinife 8c fepare d'iceluyis’en allant finir au lieu fufdit.L'autre rameau de la Cephalique, qUe nous pouuons appeller Cephalique antérieure 8c extérieure, defeendant directement fur l'os nommé Radius : iufqu’à fon milieu ou enuiron, fe fouruoye d'iceluy obliquement vers la partie pofterieure du bras : où fe renforcilfant d'vn rameau venant de la Bafilique,s'en va diftribuer exté- rieurement par toute la main, laquelle il nourrit auec la Mediane.Et noteras , que ces remeaux ne defeendent point fans fe communiquer aux parties par lefquclles ils paftènt, félon l’exigence d’vne chacune,ainfi que tu peux voir dedans la figure des veines : à l'imitation dequoy tu vois qu’il faut que les voituriers de marchandife payent le pallàge de leur marchandifc 8c voiture, par toutes les terres qu’ils palfent,au feigneur d’icelles. Chemin que tient la Ce- pk ait que, Diftnhuùon de la veine AxilUire. C h a p. XXII. Veine dite Axillaire fn, terne & pro- fonde. 8E s t e maintenant que nous paftîons à la veine Axillaire , laquelle commençant à l’endroit de l’infertion du mufclePedoral, ou quelque peu plus haut, après auoir pro- duit les deux Thorachiques,fe vient diuifer vn petit deftbus le fufdit tendon en deux infignes rameaux , nommez l’vn,Axillairc profonde, & l’autre Axillaire fiuperficiclle. La profonde,defcendant toufiours auec l’artere Axillaire , & la tierce paire des nerfs, après auoir produit le petit mufcle externe du bras, s’en va au milieu du ply du coulde:auquel endroit fe plon- geant &c infinuât auec l’artere &c nerfparmy les mufcles du couldc,fe diuife en trois portions,dont l’vne defcendant auec le rayon,cntre par deftbus l’anneau,en la main intérieurement, & baille deux petits rameaux au poulce, deux autres à l’indice,& vn au moyen,lefquels montent par leurs parties latérales.L’autre portion defcendant auec l’artere ainfi que la précédente félon le coulde,entre ainfi que l’autre dedans la main,fe diftribuant aux autres doigts ainfi que la prccedente.La troifiefme va antérieurement entre les deux os,iufqu’au poignet & mufcle quatre. Et fauticy noter que cefditcs veines font non feulement telles diuifions qu’auons maintenant pourfuiuy , mais autres infinies, tant par les lieux où elles paftènt, qu’es mufcles internes de la main, lefquels font nourris par icel- les. Et voyla quant à l’Axillaire interne Sc profonde. Quant à l’externe & fupcrficielle ( laquelle fe manifefte premièrement fous le cuir, aux maigres principalement quelque peu deftlis l’Apophy- fe interne du bras} elle fe diuife audit endroit ouenuiron en deux rameaux , dont l’vn defcendant vers le ply du bras, s’en va mettre 3c vnir auec celuy de la Cephalique , quelquefois plus près du ply , quelquesfois plus loing,pour faire là Médiane, ainfi qu’auons déclaré par cy-deuant. L’autre rameau , après auoir employé vn certain nombre de rameaux, les vns plus grands 3c plus grosses autres plus courts 3c plus petits, tant au cuir, qu’autres parties voifinesdelcendant félon la partie inférieure de l’os proprement appellé l’os du coulde , s’en va à la parfin jetter dedans le rameau Cephalique antérieur 3c extérieur , que nous auons dit defeendre le long du rayon : 3c ainfi vnies s’en vont à toute la main , en laquelle, fi c’eft la dextre , elles vont faire , entre le doigt moyen 3c indice ,1a Saluatelle : fi c’eft la feneftre, en mcfme endroit la Splenitique. Or pour conclufion de ces difteibutions de veines, tu reuoqueras en mémoire ce qui a efté dit vne autre fois,c’eft à fçauoir que les diftributions des vaifteaux font fi diuerfes, qu’on ne t’en fçauroit donner vne reigle certai- ne &c vraye tout par tout. Parquoy exeufe nous, fi en aucuns fujets tu trouues plus de diuifions ou moins, ou autres que nous ne mettons, te perfuadant que nous ne mettons rien, que n’ayons trou- né le plus fouuent en nos difteëtions. Veine AxiU luire externe & fuperfi- cîelle. Admonition au Lefteur. Vifirihution de l’artere AxilUire. C h a p. XIII. L conuîent maintenant félon l’ordre de diftèdion , monftrcr la diftribution de l'ar- £> | tete Axillaire, laquelle depuis fon commencement, qui eft tout foudain après les deux Thorachiques , en defcendant entre le mufcle à deux telles , & le bras auec la j veine Axillairc profonde , diftribuc vn rameau alfez inlîgne aux mufcles externes * du bras , qui eftendent le coulde, & s’en va perdre aux mufcles externes diceluy, qui prennent leur origine des apophyfes du bras extérieurement : 3c tel rameau eft appelle muf- cle , comme eft auflî la veine qui l’accompagne. Puis ladite artere eftant paruenuë au ply du coui- de , fe profondant dedans les mufcles qui plient les doigts , communique certains petits rameaux aux parties appartenantes à l’articulation du coulde auec le bras, & autres parties illec lituees, ainfi qu’elle a faiét aux parties luperieures,par lefquelles elle eft defeenduë ; en forte quec’eft vne réglé générale, que tout vaiftèau baille certaine portion deïby à toute partie par laquelle il paftè , &c en chacune félon l’exigence d'icelle , comme auons prédit. Et pourtant fi tu me demandes, pourquoy ie n’ay pourfuiuy toutes ces productions : ie te rcfponds, que noftre intention ne fut iamais que de marquer les rameaux grands & infignes de quelque vaiftèau que ce foit, defquels peut aduenir in- conuenient de mort, ou quelque grande maladie, par diuifton , incifton, ou autrement. Car de te pourfuiure entièrement les diftributions des veines , arteres, 3c nerfs, tant grandes que petites,ou- tre ce queferoit labeur infiny,& non fans confufion,tel labeur feroit inutile & fans profit:veu que les petites diftributipns que nous laifibns àeferire & noter, font fi petites ,que foit que nous ies Artere. Mufcle, Occupation. De l'Anatomie. 163 A (cachions ou ignorions, elles ne nous profitent ny incommodent pas beaucoup. le ta y bien vou- lu aduertir de cecy , afin que fi par aduantureen difièquant tu rrouues autres dillributions que celles que ie t'ay noté , tu ne penfes que nous les ayons ignorées, ôc à celle caule teucs ôc laifièes. Or pour retourner au premier propos, celle ancre ainfi plongée dedans les fufdiéls mufcics, quand elle eft paruenuc enuiron le milieu du coulde, tout foudain, ou quelque peu après , elle le bifurche en deux infignes & notables rameaux, lefquels s'en vont Tvn félon le rayon, Ôc l'autre félon le coulde, par defibus l'anneau intérieurement en la main : en laquelle tous ces deux ra- meaux fe diflribuent ôc confumcnt , ainfi qu'auons dit des rameaux de la veine Axillaire interne, c’ell à fçauoir après auoir payé le pafiage tout par tout où ils ont pafie. A la parfin de leur refidu, ccluy qui defeend par ie rayon , baille deux rameaux au poulce ; vn de chacun collé , deux à l'index pareillement , & vn au Médius. Lautre qui defeend félon le coulde, fait le femblable au petit ou Annullaire, ôc au moyen , comme tu verras par experien.ee en t'exerçant en l'art de dilléquer, le- quel ie te con (bille vouloir apprendre ; autrement tu ne fçauras iamais rien en cecy de certain. Exhortation au Leftsur. Des nerfs dtt Col , du Metaphrene, & du bras, C H A p. X X I Y. aAiNTENANxil nous faut pourfuiure les nerfs du Bras, lesquels afin que plus fa- cilement nous publions entendre , nous promettrons quelque chofe de ceux du col, Sc du Metaphrene, pource que ceux du bras précédent Sc fortent d'iceux. Et pour com- mencer faut entendre que du col fortent fept paires de nerfs : dont la première fort d'entre l'os Occipital, & la première vertebre du col : tout ainil que la premiete du Metaphrene d'entre la derniere du col,& première d'iceluy.Or font tous les nerfs dîuifc2,en deux, ou plufîeurs rameaux:dont les deux de la première paire (i'entends de chacun collé ) vonr,l'vn au petit mufcle droidl,montant de la première vertebre du coi à l'os Occipital, l'autre au mufcle long du col ante- rieur.Ceox de la fécondé fe diflribuent,les vnsauec vne portion qu'ils reçoiuent delatierce,à tout le cuir de la telle : les deux autres rameaux quelle produiront tant aux mufcles du fécond Spon- dile,à l’occiput,& du fécond au premier,qu’au mufcle long fufdit. Ceux delà troiliefmefon com- muniquczjl'vn à la teflc,ainfi qu'il a elle dit,les autres aux mufcles,qui rclcuent tant la telle que le coljfemblablement aux latéraux d;iceluy,& du long.Ceux de la quatriefme s’en vont,l'vn aux muf- cles tant du col que de la telle,&r mufcle larged'autre, après auoir baillé quelque portion de foy au long Sc latéraux mufcles du col,defcéd auec vne portion de la cinquiefme Sc llxielme paire au Dia- phragme,comme nous auons dit.Ceux de la cinquiefme fe communiquent. Tvn aux mufcles pofte- rieurs du col Sc de latefted’autre au mufcle 16g & Diaphragme,ainlî qu’il a elle ditde tiers au muf- cle 16g Sc Diaphragme-.ainfi qu'il a elle ditde tiers aux mufcles releuans le bras Sc l'Omoplate.Ceux de la fixiefmefe diftribuëc l'vn aux mufcles pofterieurs du col,& de la Cefle,l'autre au Diaphragme: ç comme allons dit : le tiers, auec vne portion de la feptiefine paire du col, Sc première Sc fécon- dé du Metaphrene , au bras Sc mufcle releuans l'Omoplate : Ceux de la fepiefme s'en vont : l’vn au mufcle Large, & fes voifins tant du Col que delà telle : l’autre , fe méfiant auec vne portion de la cinquiefme Sc fixiefme partie du col, Sc vne autre de la première Sc fécondé du Metaphrene def- cend au bras iufqu’à la main. Et faut icy noter auant que palier pins outre, que les mufcles qui prennent leur origine de plufîeurs vertebres, foit de haut en bas ou au contraire de bas en haut, re- çoiuent nerf non feulement des vertebres d’où ils fortent, ains aufîî de celles, par delfus lefquelles ils montent oudefeendent. Quant aux paires des nerfs fortans du Metaphrene, qui font douze en nombreda première paire fortât d’entre là derniere vertebre du col,& première dudit Metraphrene, le diuife(i'entends chacun nerf de fon coflé)en deux ou plufîeurs portions, ainlî que font toutes fes autres.Les rameaux ou portions de cefle première paire1s’en vont,les vns aux bras comme il t’a elle dit, les autres aux mufcles, tant du Thorax, qu’autres ayans illec leur origine, ou palîans par ledit endroit.Ceux delà feconde,fe diflribuet demefme forte que les précédents.Ceux de toutes les autres paires iufqu'à la douziefme , fe communiquent les vns aux mufcles intercdflaux , s'eflendant fous les vrayes colles iufqu’à l'os Sternon,& aux mendeufes Sc faulfes iufqu'aux mufcles droits Sc longi- tudinaux : Sc de ces rameaux intercoflaux, font renforcez les nerfs coflaux de la fîxiéme coningai- fon, à mefurre qu'ils defeendent parla racine des colles. Les autres portions dcfdiéls nerfs fe com- muniquent aux mufcles, tant du Thorax que de l'Efpine, félon que lefdits mufcles fortent ou paf- J fent fur les vertebres par lefquelles ils fortent. Apres ces chofes ainlî confîderees, Sc auoir entendu l'origine des nerfs du bras , relie maintenant que nous pourfuiuions Sc monltrions le nombre Sc dillribution d’iceux. Quant au nombre, ils font cinq, ou fi tu veux fix, prouenans des vertebres cinquiefme,fixiefme,& feptiefme du col,& première & deuxiefme du Metaphrene : dont le premier fans fe nieller aucunement auec les autres, s'en va de la cinquiefme vertebre du col, au mufcle Deltoïde , Sc au cuir qui le couure. Les autres quatre ou cinq, après s'cllre entremêliez Sc entrela- cez, non feulemêt dés leur origine Sc fource, ains s’ellant defentrelacez fous l’aillelle,fe dillribuent par après en la maniéré qui s’enfuit. Le premier d’iceux , Sc fécond à celuy qui a effcé cy,- delfus dé- claré , defeendant quelquesfois iufqu’à la main, fe communique fur fon chemin , premièrement au mufcle à deux telles rfecondement, par delfous iceluy aucc le tiers nerftiercemac au mufcle très- long du coulde , fur le ply duquel il fe diuife en deux rameaux, defeendans félon les deux os dudit coulde, conduit par le pannicule charneux : finablement fe perd au cuir , tant du coulde que de la main. Le troifiefme defeendant plus bas que le précédent, premièrement s’vnit fous le mufcle à deux celles auec le fecond:pnis fe fepare Sc baille vne fienne portion au mufcle Brachial :femblable— ment au cuir du bras anterieuremêt:finablemetellant defcêdu iufqu’au ply du coulde antérieurement fe iette dedans le cinquiefme. Le quatriefme Sc plus grand de tous, defeendant encor par delfous le DuColfor fft paire s dé nerfs. La Prefn‘erÉ seconde Troifiefme. Quatriefme, 4 , . tnîUteJmt* Sixîefmei, _ . r Sebtiefme, Doute pains de nerfs for- tans du Metaphrene seconde» t . ** Frem{er nerf du Irai, Second, - . r 1 e' * 164 Le fixielme Liure, tiers, fous le mufclc à deux telles,auec la veine Axillaire interne ôc l'artere, fe reflcfchitôcretour- A ne vers la parties extérieure, ôc derrière du bras, pour illec le communiquer aux mufcles dudiél bras qui eftendent le coulde : femblablement au cuir intérieur du bras , ôc extérieur du coulde, le demeurant dudit nerf, après qu'en defcendant il eft paruenu à l'articulation du coulde , deuallant par dellus l'olecrane d'iceluy, fe diuife en deux rameaux : dont l'vn defcend le long du coulde, fe delme ôc perd au Carpe extérieurement, l'autre deuallant par le long du Rayon, s'en va perdre ex- térieurement par deux petits furgeons,augros doigt : par deux autres,à l'indice: Ôc par vn cinquie- me,au moyen,toutesfois allez obfcurement. Le cinquième defcendant encor plus bas que le précé- dent, ôc entre les mufcles du bras , qui eftendent ôc flefchiftènt le coulde, après eftre paruenu fous l'apophyfe interne du coulde ( auquel endroit nous auons dit que le tiers fe venoit ietter dans ceftuy-cy)fe communique aux mufcles internes d'iceluy : puis fe diuife en trois portions, dont 1 vne s’en va enuironla moitié' du coulde exterieuremét bailler deux petits rameaux au petit doigt, deux au doigt nommé Médecin, ôc vn au moyen. Les autres deux s'en vont, l'vn par dellus , l'autre par dellbus l'anneau dans la main, ou tous deux, après auoir baille chacun de fon cofté aux mufcles de la main de ce qui leur appartient, fe confument ôc perdent en cinq petites portions. Dont celles du nerf quipalïènt par demis l'anneau vont deux au petit doigt, deux au doigt Médecin ou annu- laire, & vn au moyen. Et celle de ceftuy qui pâlie par dellbus , vont tout ainli aux autres , c eft a fçauoir, deux au gros doigt,deux à l'indice,& vn au moyen. Le lîxiefme & dernier eftant encores g par délions tous les autres , defcend entre le cuir ôc le Pannicule charneux parmy l'Apophyfe in- terne du bras , Ôc fe va perdre au cuir du coulde. Cinquiefme, Le fixîefme & dernier nerf du brun. Figure des Nerfs. a Le commencement de la moüelle de l’Efpine à l’endroit où elle entre de- dans la première vertè- bre. i 2 3 4 5 6 7 Sept vertébrés du Col,& les paires qui fortenc d’elles. 89 io ii ii 13 14 Douze vertebres da ij 16 17 18 19 Thorax ou Metaphrene. 2021 ai 23 24 Cinq vertebres des Lum- bes. 2/2617282930 Six os de l’os Sacrum. Q Au refte,nous ne t’auons point icy figuré l’os de la queue ou Coccyx, à rai- fon qu’il ne contiêt point de moüelle , & que nul nerf vient de luy. b b Vne partie des nerfs de la fécondé paire du col, qui va à l’Occiput ou Vertex de la telle. v • Vne partie de la premiè- re paire. Au relie, fois aduerty, Leéleur, que nous te reprelèntons feulement la face antérieure des nerfs, 6c qu’vne partie de ceux que nous te baillons , va par derrière pour le perdre aux mufcles là lîtuez. d Dillribution du rameau de la fécondé paire qui vient pardetianr. ce Le nerf diaphragmatique, qui effc fait des rameaux antérieurs de la quatriefme, cinquiefme, & fixiefme paire du Col. f Rameau antérieur delà cinquielme paire du Col, qui fe dillribuc aux mulcles voyfins du bras Sc de la Clauicule. g Portion de la fixiefme paire du Col, qui s’en va dillribuer au bras, h Portion de la feptiefme paire du Col, de la première & leconde du Thorax. Or dcfpuis f iniques ah, font les fix nerfs qui le vont dillribuer au bras , qui premièrement s entrelacent, 6c puis s’ellans déueloppez, vont au bras comme tu orras. u] Première paire des nerfs qui va en la peau du bras, le Second nerf caché fous le mufcle à deux telles, î Portion du mefine nerf à l’endroit où il tient compagnie à la Médiane, m m Troifiefme nerf du bras, qui fe va perdre aux doigts de la main en deux rameaux au pouî- ce : deux a l’index, & vn au moyen, ôc quelquesfois deux, & alors vn au Médecin. n n Le quatriefme nerf du bras, qui s’en va par derrière le bras perdre en fa plus grande partie De rAnatomie. 165 A aux mufcles s qui prennent leur origine de l’apophyfe antérieure : mais vn rameau s'en va perdre à la peau iufques fur le poignet, o o Cinquiefmc nerf du bras, qui fe va perdre à la main pour fournir de rameau aux doigts par dedans , qui n'en ont point eu de la troifiefine paire, p p p Sixiefme paire qui s’en va toufiours à la peau du bras iufques au poignet, q q q q q Les nerfs Intercollaux qui fe didribuent aux mufcles prochains, r r r r r Partie des nerfs Intercollaux qui rcnforcifiènt le nerf Codai, qui ed vne partie de la fi- xiefrae paire du cerneau, laquelle fe didribuc par tout le ventre inférieur, fi if Les nerfs des Lumbes, qui fe didribuent aux mufcles de l'Epigadre. t t Vn petit nerf venant des Lumbes, qui tient compagnie à l'arterc Spermatique, v v v Le premier nerf qui va à la cuilfe pour fe perdre en la peau d’icelle. xxx xx Second nerf de la cuifiè, dont vne partie s'en va auec la Saphcne iufqu'au bout du pied, y Troifiefme nerf de la cuifié, qui va auec le rede de l'Hypogadriquc, qui va par le trou de l'os Pubis. z z z Quatriefme nerf de la cuifiè, lequel fe didribuc par toutes les parties de la cuifiè , de la jambe ôc du pied,.& fe perd aux doigts d'iceluy, de forte qu'il baille deux nerfs par def- fous , ôc deux par defiùs. B ôc Partie des nerfs venant de l'os Sacrum,qui fe didribuent au mufcle voifin de l'os Ilium. Defription de l'os du bras, & des mufcles qui le meuuem. C H a p. XXV BP r e s ces chofes ainfi confiderées , il conuiendroit parler des mufcles mouuans le bras : mais veu que nous ne fçaurions parfaitement defigner, & monftrer leurs ori- gines (au moins des deux brachiaux) fans auoir premièrement monftré & baille la defeription du naturel de l'os du bras : à cette caufe nous parlerons premièrement d’iceluy-, puis reuiendrons aufdiéls mufcles. Le naturel doneques de l'os du bras,eft d'edre le plus grand d'entre tous les autres os , excepté l'os de la cuifiè : d’auantage d'edre rond, moiielleuxjcaue, ayant vne allez grande epiphyfe, ou condyle, ou telle en fa partie fuperieure, alîîfe fur vn moyen col par l’efpece d'articulation, nommée Symphyfe, ainfi qu'ell toute autre epiphyfe. Et a en fa partie inférieure deux apophyfes ou prominences, ou tubercules ; l’vn antérieur,& l'autre pollcrieur , ôc entre les deux comme vne demie orbite de poulie : les deux extremitez de laquelle definent, l'vne en vn trou extérieur, ôc l'autre intérieur. Quant à la telle,clle a double connexion, vne auecle col de l’os du bras, par l'cfpece de connexion que nous auons nommée Symph)fe, qui C n'ed autre chofe à dire, qu’vnion naturelle d’vn os auec l'autre, fans mouuement aucun. L'autre connexion ed auec la telle ou boüette fuperficielle de l'Omoplate, que nous auons appellé Glene, par vne cfpece de Diathrofe, nommée Arthrodie. Or ell telle connexion fiable ôc confirmée, tant par les mufcles defeendans de l'Omoplate au bras , que par les ligamens propres qui defeendent de l'orbite ôc fourcil de laboëctc de l’Acromion, ôc Coracoïde à la telle dudit os, Dauantage, ladiéle telle ell en fa partie intérieure plus qu'à l'anterieure, comme fillùrée ôc canée, pour bailler defeenre à vn des ligamens du mufcle à deux telles venant de l'Omoplate. Quant à la partie inférieure (qu’auons dit auoir deux apophyfes,l'vne antérieure, l'autre pollerieure, ôc entre les deux, comme vne demie orbite de poulie, terminée par vn trou extérieur,& vn autre interieur,pour la rétention de la flexion : ou extenfion parfaiéle du coulde) nous pouuons dire qu'elle ell coniointe par deux efpeces d'articulation auec le coulde généralement pris ; à fçauoir,par ginglyme auec l'os du coulde proprement dit,& par Arthrodie, auec le Rayon,lequel par vne boette fuperficielle reçoit l'apo- phyfe antérieure du bras, à l’entour de laquelle il voltige ôc tourne au mouuement de la main. L'a- pophyfe pollerieure ell faite principalement pour la conferuation des veines,arteres.&: nerfs. Ces chofes ainfi demonllrées, relie feulement que nous adioullions la figure de l'os contenu entre les deux cxtremités,afin qu'en cas de fraélure nous le (cachions réduire à fon naturel,corne il appartiét. Et pource faut entédre,quecedit os ell aucunemêt caue interieuremêt fous la Iciflîirc delà telle du- dit os, ôc extérieurement & aucunement antérieurement bolfu : au contraire de la partie inférieure, où antérieurement il cil cane, ôc pollericurement ôc extérieurement aucunemêt bofiu. Or cet os icy eflant mobile, tant deuant ôc derrière, que haut ôc bas, Nature luy a produit pour accomplir fon mouuementjhuiél mufcles : fix propres, ôc deux communs auec l'Omoplate: De tous lefquels,deux le meuuent à la partie antérieure, deux à la pollerieure, deux à la fuperieurc,& deux à l'inférieure. Et faut noter, que quand nous difons que deux le meuuent à la partie antérieure, deux à la pode- rieure , deux à la fuperieure , ôc deux à l'inferieure : il ne faut pas entendre que deux le meuuent droitement en la partie antérieure , fans décliner en haut ou en bas : ny les deux qui le meu- nent en haut fans décliner ou en auant,ou enarriere,& ainfi des autres. Mais il faut entendre telles commigrations de mufcles, en quelque façon qu’ils meuuent ledit os, que fi c'elt le Peéloral ôc fon compagnon , toufiours ils retirent vers le deuant, ainfi que fait le Deltoïde auec fon compagnon, en haut : ôc ainfi faut ellimer des autres. Or quant à l'origine ôc infercion defdiéls mufcles, des deux qui meuuent le bras vers le deuant, l’vn nommé Peerofité, par laquelle il reçoit le mufcle à deux telles. Outre plus en fa partie extérieure ôc moyenne, il eft quelque peu boflu ôc rond pour l'affeurance d’iceluy, à l'encontrc des iniares externcs:& en l'inté- rieure plat,pour la côraodité de l'apprehêlîo de la main. Mais fur l'endroit qu’il regarde l'os du coul- de proprement dit, il eft fait en d’os d’afne, afin que les mufcles enflent plus plantureufe origine ôc prife dudit endroit.Son allictte eft fur l'os du coulde, vis à vis du poulce. Quant à fon compagnon, que fpecialement nous appelions l'os du cou!de,il a pareillement deux epiphyfes, vne fuperieure ôc l'autre inferieure.La fuperieure & plus grande s'adapte auecques l'orbite du bras,dedâs laquelle elle va& vient àl'extenlion ôc flexion du bras,comme vne corde de dedans l'orbite ou cauité d’vne pou- lie,horfmis qu'elle ne fait point le trou entièrement à caufe des deux procez d’icelle en gradeur in- égaux, lefquels font arreftez par les trous de l'os du bras à la parfaite extenfion,de procez plus grand que nous auons appellé Olecrane par le trou exterieur:&: en la parfaite flexion,la plus petite ôc plus courte, par le trou întericur.Or eft telle articulation faite par ginglyme, corne nous auons dit,& fe ftabilie ou attache non feulemet par ligamês commis venâs des mufcles qui les meuucnt,mais auflî par Iigamens propres,lefquels defeendent des apophyles du bras,& bords des trous,rout à l'entour de l’epiphy fc dudit coulde. L'antre epiphyfe inférieure, Sc plus petite eft au dedans aucunement ca- ue, pour mieux receuoir les os du Carpe, ôc au dehors ronde tendant en pointe : à caufe dequoy eft appellee en Grec,Styloide.Dauatage,cet os eft plus grosdeuers le bras,$c plus petit deuers le Carpe te npmde Coulde ejl pris en trois maniérés, première ac- ception du Coulde. Seconde ac- ception. Tierce acce- ption. Olecranam. Le naturel du Rayon. Apophyfe, c’e/l vne emînence, ou emhoiture d'os, ou com- me vne régé- nération d'os. Situation de l'os Radins. Le naturel de l’os du coulde proprement fris. De l’Anatomie. fa tout au contraire du rayon.Semblablement fur fa plus grofle partie il eft intérieurement pîar,& au mefme endroit extérieurement quelque peu bolfu : au refte , droit & rond, fors que de l’endroit qu’il regarde le rayon, par dellus lequel il eft aflîs : auquel lieu il y a vnc ligne faite en dos d’afnc pour la plus feure origine 8c infection des mufcles iifus de telles parties des fufdids os. Finablc- il eft cauc 8c moüelleux, ainfi que ion compagnon. La fituation du Radius eft oblique, 8c ce le du Cubitus droite, afin que le mouuement du bras fuft mieux fait & accomply,pource que le mouuement par lequel le bras eft eftendu 8c flechy , fe faid de droite ligne : & fe mouuement, par lequel le fait que l’on tourne le bras ; à fçauoir,en figure prone 8c fupine,fe fait latcrallement, & à cefte caufe le Radius eft oblique , 8c le Cubitus droit ; car l’os du coulde eft député pour faire l’ex- tenfion 8c flexion,& le Rayon aux mouuemês latéraux 8c tournemens,& pour cefte raifon la join- ture de ces deux os auec le brachium ou haut du bras eft différente. Et voyia touchant la defeription des os du coulde,laquclle iet’ay voulu bailler le mieux qu’il m’a efté poflible,afin qu’en cas de cura- tion des fradures, tupuifles prendre du naturel d’vne chacune telles indications qu’il appertienr à les bien 8c deue'ment curer. Parquoy refte que maintenant nous reuenions aux mufcles mouuans le coulde généralement prisrlefquels font quatre en nombre, deux qui le plient,&: deux qui l’eftendêt. Des deux premiers l’vn eft appellé Biceps,à caufe de Ces deux teftes qui dcfcendet,l’vne de l’apophyfc Coracoide,& l’autre du bord de la boëre de l’Omoplate , par la fcilfure de la tefte de l’os du bras: fous le col duquel commençans à fe faire charnues , s’vniflent eftroittement fur le ventre & milieu du brasrpuis ainfi vnies,s’en vont implanter par vn fort tendon à la tuberofité intérieure du Rayo. L’autre nommé Crachiafà raifon de l’adherencc 8c ferme connexion qu’il a auec l’os du bras,defcend obliquement fous le rufditmufcle,depuis la partie pofterieure 8c fnperiçure dudit os du bras,iufqu’à l’os du coulde, plus que du rayon intérieurement. S’enfuyuenc maintenant les deux qui l’eftendent, defquels le premier nommé Long,defcendde la cofte inférieure del’Omoplate,& adhérant à l’os du bras s’en va(meflé auec fon compagnon fort eftroitccmcnt,8c principalement prés du couiue)là où ta orras par cy-apres. L’autre fon compagnon,que nous pouuons appeller le Court,defeend dé la par- tie pofterieure du col de l’os du bras,adhere à iccluy, & faifant vn tendon commun 8c large auec le fufdit,charnu au dehors 8c nerueux au dedans,s’en va inférer 8c embralfer tout l’Olecrane,pour en- lémble cftendre le coulde. La fituaticn du radius, fa Cubiiw. Mufclesmott- uans le Ccul- de générale- ment prü. Mufcle Bi- ceps, Mu frie Bra- chiai. MufclesCoul- de eflendears. Mujcle long. Le court. Déclaration des os du Carpe, Métacarpe, & des doigts. Chap. XXVII. HO v t e s ces choies ainfi deue'ment faiâres 8c accomplies,il faut venir à la déclaration des os,tant du Carpe,Metacarpe, que des Doigts, parce que nous ne (cautions autre- ment expliquer bien 8c dcuëment l’infertion des mufcles qui refteut encores à décla- rer. Et pourtant fans plus long delay, il te faut réduire en mémoire ce que cy-del- _ fus auons dit parlans de la main : auquel lieu nous difions qu’icelle prife (pénale- ment , lignifie ce qui eft contenu entre les os du coulde , 8c l’extremirc des doigts ; que tous les Anatomiftes diuifent en Carpe, Métacarpe , 8c Doigts. Quant au Carpe , les parties com- munes appartenantes , tant à luy qu’au Métacarpe & Doigts , t’ont efté fuffifamment déclarées iufqu’àprcfentanais que tu ayes entendu que le cuir , tant de la main que du pied , eft moyen en- tre pur cuir,&: pure chair, comme celuy du front, combien qu’il foit immobile : d’auantage fort &c denfe, plus toutesfois au pied qu’à la main , de peur d’eftre fi facilement blefic en marchant def- fus. Outre ces fufdites parties cômunes,ledit Carpe eft compofe de huiët petits os liez par rangs,& conioints auec les deux os du coulde par diarthrofe, & cnfemble par fynarthrofe auec cartilages 8c ligamensjtant commus venansdes mufcles,que propres, defeendans toufioursdes premiers aux au- tres qui s’enfuiuent. Or font cefdirs os les vns plus petits que les autres , d’auantage durs 8c fans moiielle,exterieurement gibbeux,pour plus grandefecurité 8c beauté delà partie : 8c intérieurement caues,pour le paflage des tendons qui vont aux doigts. Ils font dirigez 8c difpofez en deux rangs, dont au premier n’en y a que trois, 8c à l’autre cinq. Les trois du premier font de telle forte , que l'vn reçoit l’epiphyfe Styloide du coulde,l’autre la connexion des deux os enfemble,Ie tiers eft receu du Rayon. Des cinq du fécond rang,trois fouftiennent les quatre os du Métacarpe,auec lefqucls ils font conioints par fynarthrofe,ain(î qu’ils font aufli auec ceux du premier rang. Le quart fouftient le premier os dupoulce,auquel il eft conjoin6l(comme auec ceux du premier rang)par fynarthrofe, D Le cinquiefme 8c dernier eft aflîs intérieurement vis h vis du coulde,principalement fur l’os du pre- raicr rang, qui reçoit le Styloide du coulde. Ceftuy-cy eft le plus petit de tous 8c plus foible,à rai- fon de fa fubftance cartilagineufc , laquelle conftituc l’anneau auec certains ligamens , pafians 8c tranfuerfans d’vn'e des extremitez latérales 8c intérieures du Carpe à l’autre. Lequel anneau a efté. fait,tant pour la conferuation des nerfs,veines, 8c artères, qui paflèntpar ddfous luy (de peur qu’en nous appuyant fur la main ou Carpe, telles parties par cefte compreffion ne fulfent offenfees ) que pour la commodité de l’aétion des mufcles pliantlcs doigts, lefquels en faifans leur adion 8c Ce re- tirans, enflent peudifformer la main,fortans hors de la cauité du Carpe , à raifon que l’attradion faire par cordes,pourueu quelle ne foit empefehee, eft faite par droide ligne. S’cnfuyuent mainte- nant les os delà fécondé partie de la main, nommee Métacarpe, lefquels font quatre en nombre,bol- 1 fus extérieurement,& intérieurement faids cnarchet,à fçauoir caues au milieu,duquel eft faide la |>aulme& creux de lamain,ou la plus grande partie. Us fontdiftans les vns des autres entre leurs ex- tremitez,pour illec fituerles mufcles nommez Entrc-oflèux,& ont epiphyfeen leurs deux extremi- teZjCÔme tu peux facilement veoiren vn Squeletcd’vn petit enfant.Et faut icy noter que par le pre- mier os du Carpe 8c Métacarpe nous entendons celuy qui eft en la partie anterieure,à fçauoir,qui eft Spéciale fignî„ fcation de la main. Le Carpe cjl compofe de huiâ os qui font tous difi femhUhles. Les os du Corps ne font point moüel- leux. Vannestu de la main fa fin vfage. Le Métacarpe eft compofe 4» quatre os. Le fixiefme Liure, défions le poalce au Carpe, ou l’indice au Métacarpe , comme ceux qui en leur ordre fouftiennent A les doigts plus dignes. Apres ceux-cy s'enfument les quinze os des doigts , trois d’vn chacun, canes ôc fiftuleux, pleins de molielle fubtile ôc liquide, non grollè ôc efpcfté, comme es os des bras ôc cuilîes : aulïi extérieurement boflus, ôc intérieurement canes Ôc plats, pour l’affiette des tendons qui montent intérieurement le long des doigts iufques à la dernicre jointure. Où noteras que pour la confirmation ôc conferuation de telle afîiette de tendons, Nature a produit des bords des cauitez internes defdiéls os,vn ligament membraneux & fort, lequel allant tranlucrfalement d’vn bord à l’autre, joint fi bien les tendons contre lefdits os, qu’ils ne pcuuent fortir de leur place, ny décliner d’vn cofté ny d’autre. Us ont efté fai6ts connexes Ôc courbez par dehors, pour mieux Ter- nir à l'aéHon; car de leur partie intérieure les doigts ramolliftènt, broyent Ôc prennent toutes chofes, ce qu’ils feroient mal-aisément s’ils n’eftoient connexes ôc courbez. Or quant aux cinq premiers os des doigts, quatre font conjoinéfcs auec les quatre os du Métacarpe par fynarthrofe, veuque les os du Métacarpe nefe mcuucnt point manifeftement. Le cinquiefme pat mcfme con- nexion fc lie auec le fécond rang de l’os du Carpe. Et ne peut ceft os eftrc dit du Métacarpe, ainfi qu’aucuns ont voulu dire,veu qu’il araouuement manifefte, &: eft conjoint par diarthrofe,au con- traire de ceux du Métacarpe , lefquels font liez par fynarthrofe feulement. Quant aux féconds ôc tiers ils font conjoints, les féconds aux premiers , ôc les tiers aux féconds, par diarthrofe ôc ar- throdie: pource qu’outre le mouuement qu’ils ont manifefte, ils rcçoiuent par cauité fuperficiel- le ; c’eft à fçauoir, les premiers , ceux du Métacarpe : les féconds , les premiers des doigts : ôc les troifiefmes, les féconds. Et font touslefdiéts os des doigts en leur bafe plus grands, &c en leur ex- trémité' plus petits, &liez enfemble par ligamens principalement propres, lefquels ( comme nous auons dit cy-delfus) defeendent des premiers os aux féconds : en forte que les derniers n’ayans à qui communiquer leur ligament, ils en font & produifent les ongles. Parquoy lefdits ongles font engendrez des fibres,des ligamés, ôc de l’excrement des rendons qui fe terminent àl'extremité de la racine des ongles. Rcfte maintenant que nous pourfuyuions les os Sefamoïdes, lefquels font dix- neuf articulations internes, de chacune main, 6c autant à chacun pied ; c’eft à fçauoir, deux à la première articulation ôc jointure des quatre doigts, ôc fécondé du poulce, ôc vn en chacun des au- tres. Quant aux parties internes defdites jointures, on en trouuc le plusfouucnt vn en vne chacu- ne jointure, fors qu’à la fécondé du poulce, où il y en a deux fur les deux tendons,lefquels font quelqucsfois cartilagineux. L’vfage defdids os, eft de ftabilir Ôc confirmer lefdiétes articulations, à celle fin qu’en s’eftendant ou pliant, les os des doigts ne fe renuerfent ôc Portent de leur place par quelque fort mouuement, ainfi que fait la rotule du genouïl. Ils font appeliez Sefamoïdes, pour la fimilitude qu’ils ont auec la femence de Sefamc, qui eft longuette ôc platte. Les 9 s des doigts font quinze en nombre. Dequoy font faits les on- gle*- Les os Sefa- moides. L'vfage des es Sefamoi- des. Troifîefme Figure des Os, La face intérieure de la main droitte, en laquelle A,B,C, monftrent le premier rang des os du Carpe, le- quel immédiatement eft articulé auec le Rayon. D Demonftre le quatrieftne os du mefme ordre, lequel auec fon oppoiîte marque par E , fou— (tiennent le ligament qui fait l’Anneau. E F G H Marquent les quatre os pofterieurs articulez auec les os du Métacarpe & premier du poulce. I K L M Monftrent les quatre os du Métacarpe. a Te monftre vn os Scfamoïde, duquel tu pourras iuger des autres qui font arrangez deux à deux à la première articulation des doigts. NO P QR Monftrent les cinq os du premier rang des doigts. S T V X Y Les cinq os du fécond rang des doigts 8c du poulce. i. z. 3.4. $. Les os du dernier rang. de l’Anatomie jguatriefme Figure de la face extérieure des os de la Main droiiïe. En cefte Figure, les lettres que tu vois, marquent les menues os du Poignet ou Carpe, Des mufcles du Coulde. Chap. XXVIII. L faut venir maintenant aux mufcles qui meuuent les* fufdides parties ; & première- ment à ceux du Coulde: fecondement aux internes de la main,& finablemêt aux muf- cles Entre-ollèux. Quant aux premiers, à fçauoir du Coulde, iis font quatorze en nombre, fept externes, 8c fept internes. Des fept externes, deux renuerfent le rayon premièrement 8c fecondement, 8c par accident la main en contre-mont} à fçauoir, que la paulme regarde vers la face ou leciel,au moyê dequoy font appeliez Supinateurs,ou Mains- renuerfeurs : deux eftendeurs du Carpe,& deux des doigts: &c le dernier,Abduéleur ou Obliquateur externe. Quant aux deux premiers nommez Supinateurs,l’vn nommé Treflong, parce qu’il eft tel, defeend de la partie externe du bras,enuiron quatre doigts par delTus les apophyfes d’iceluy : 8c s’en va inférer par vn tendô rond 8c fort,à i’epiphyfe inferieure,plus intérieure qu’anterieurc du Rayon. L’autre defeend obliquement de l’apophyfe externe 8c fuperieure du bras, enuiron la tierce partie du Rayon,auquel il s’infère par ligament membraneux & charnu antérieurement & interieuremêc. Apres ceux-cy viennent les deux Eftendeurs du Carpe : defqucls le fuperieur defeendant de l’exter- ne 8c fuperieure Apophyfe du bras par deffus le Rayon, s’en va implanter par deux tendons au pre- mier & fécond os du Métacarpe, qui fbuftiennent l’indice & le moyen des doigts. L’autre 8c infé- rieure defeendant de mefme lieu que le précédent par deftiis le coulde,s’en va inferer au quatriefme os du Métacarpe, qui fouftient le petit doigt. Ces mufcles operans fculs chacun auec fon oppofîte antérieur, nommé Flecheur du Carpe, meuuent toute la main fpccialement prife, obliquement en haut ou en bas. S'enfument maintenant les deux Eftendeurs des doigts, defqucls le premier 8c plus D grand prenant fon origine de l’01ecrane,ou os du coulde, defeend fuperficiellement entre les deux os dudit coulde,iufqu au Carpe, auquel endroit il fe diuife en quatre tendons, lefquels paffans par deftbûs l’anneau illec fitué, definent ( enfermez chacun à part,par vn ligament commun deffus les os du Métacarpe) à la derniere jointure des quatre doigts, adherans toutesfois eftroittement au# os d’iceux précédents la fufdiéte jointure. L’autre,& plus petit, prenant fon origine d’enuiron le milieu du Rayon, s’en va obliquement au poulce, auquel il defîne par deux tendons, vn plus gros, qui s’inferc à la racine dudit poulce , lequel il retire des autres doigts , auec vne partie de ceux qui font dedans la main j l’autre plus petit, qui va iufqu’à la derniere articulation d’iceluy , lequel il eftend quand il opéré. Refte le feptiefme 8c dernier Abducfteur, ou autrement Obliquateur,vers la partie pofterieurc} c’eft a dire, vers le petit doigt,lequcl on trouue le plus fouuent diuiséen deux: nous l’auons trouué cefte année en trois ou quatre fujcéls diuisé en trois: dont l’vn alloit au cofté pofterieur du petit doigt 8c annulaire,par deux tendons : l’autre femblablement, au moyen 8c indi- ce : le tiers, au poulce. Et combien qu’il foit ainfî diuisé, quelques vns ne l'ont compté que pour vn,à raifon de fon vnique origine,& femblablc a&ion : qui eft de mener les doigts vers le derrière. Aucuns ont encores adjoufté l’Eftendeur du poulce auecque ceftuy-cy, à raifon de leur commune origine : 8c ainft de quatre en ont conftitué vn diuisé en fept tendons , diftribué ainfî qu’il a efte dit. Or quand l’Obliquatcur du petit doigt 8c annuitaire défaut, comme il fait le plus fouuent. Quatorze Mufcles dit Coulde , fept externes. Cÿ feft inter- nes. Aîufcles ex- ternes. Mufcles no- ruez 6upina- teurs. Mufcles Eflendeurt du Carpe, Mufcles Eftendeurs du dotais. Mu fi Ut Abdufteur eu obliqua» îtur. Le fîxiefme Liure, jinnotation. l’Eftendeur des doigts fupplee le défaut d’iceluy par certaines productions des fibres tendineufes. A lien y a aulïi qui ont voulu dire,que ce mufcle ja dit de fept tendons, n'eftoit qu’vne production du mufcle profond antérieur, laquelle eftoit enuoyce par entre la diftinétion des os du coulde: toutesfois i’aymcrois mieux dire que ce foit vn mufcle à part, veu fa ferme adhérence contre l’os tant du Coulde que du Rayon. Et voyla quant aux mufcles externes du Coulde , lefquels tu peux réduire , s’il te plaift, au nombre de fept, comme nous auons fait, ou de lîx : en faifant vn de qua- tre , ou de neuf, du précédent en faifant quatre, comme Galien, ou de huiél, dudit précédent n’en faifant que trois. Car à la vérité , le quatriefme Abduéleur ou Obliquateur du petit doigt 6c annu- laire,nc fe rreuue pas forment aux hommes. Maintenant faut venir aux fept internes , dcfquels le premier conftituc le cuir de la palme de la main, à caufc dequoy il eft appelle Palmaire. Le fécond 6c troifiefme compagnons en office, tournent le Rayon, 6c confequcmment la main, en forte que •la paulme regarde en bas vers le pieds, 6c pource font appeliez Pronateurs ou Couche-mains, Le quatriefme 6c cinquiefme auffi compagnons en œuure , plient le Carpe : ôc pourtant on les a nommez Flccheurs ou Plieurs du Carpe. Lefixiefme 6c feptiefme femblablement deftinez à plier les premières , fécondés , 6c tierces jointures des doigts , font appeliez Flecheurs des doigts.Quant à leur origine 6c infertion, le palmaire le plus petit 6c fuperficicl d’entre tous , defeend charnu de l’apophylè pofterieure du bras intérieurement, 6c quelque peu après defînant en vn tendon fort B long 6c grefle, s’en va perdre au cuir de la paulme de la îftain, iufques à l’extremité des doigts. Car il eftoit neceftàire, que ledit cuir pour la commodité non feulement de l’apprehenfion, fuft eftroittement attaché auec les parties fubjacentes, de peur qu’en ladite apprehcnfïon ledit cuir ne fe ridaft, 6c cflcuaft de la paulme de ladite main 6c des doigts ,6c par ainfi il empefehaft l’appre- henfion : mais auffi afin que la main euft vn fentiment plus exquis à difeerner le chaud, froid, fec , humide , pefant, léger,efgal, afpre, mol, dur ,grand, petit, 6c autreschofes tangibles. En après viennent les deux Pronateurs , defquels l’vn nommé Rond , vient de la partie intérieure de l’apophyfe pofterieure du bras obliquement enuiron lemy-Rayon , auquel il s’attache par vn ten- don membraneux 6c charnu, iufqu’à ladite infertion : l’autre nommé Quarté, eftant large de trois à quatre doigts , allez tenue, 6c fitué intérieurement fous tous les mufcles qui intérieurement def- cendent ou au Carpe, ou aux doigts, fur l’extremité des os du coulde, monte tranfuerfalemcnt du plus bas de l’os du coulde au plus haut Rayon, où il definepar vn tendon membraneux. Les Fie— cheurs du Carpe prennent tous deux leur origine de l’apophyfe pofterieure , mais interne, defeen- dans obliquement félon plus ou moins , l’vn félon l’os du coulde, 6c l’autre du Rayon : 6c s’info rent,celuy qui defeend félon le couldc,au huiéliefmc os du Carpe,que nous auons dit faire en par- tie l’anneau : l’autre qui fuit le Rayon félon fa plus grande partie à l’os du Carpe , 6c du demeurant s'en va iufqu’au premier os du Métacarpe, qui fouftient l’indice. Relient encores les Flccheurs des C doigts,lefquels à raifon qu’ils font couchez l’vn fur l’autre, le fuperieur eft appellé Sublime ou Su- l'inferieur Profond. Le Sublime ou Supérieur,prenant fon origine de la partie intérieure 6c inférieure de l’apophyfe pofterieure du bras,6c des parties fuperieures tant du coulde que du Ra- yon,defcend entre les deux os fans diuifion aucune, iufqu’au Carpe fur l’endroit de l’anneamauquel lieu après s’eftre diuifé en quatre tendons,s’en va implâter aux fécondes jointures des quatre doigts, lelquelles il fléchit 6c plie de fa propre infertion , comme il Fait la première , tant par le ligament commun,qne certaines portions qu’en paftant il leur laide. Et font ces quatre tendons tout contre leur infertion fendus en deux pour bailler paflage 6c plusgrande aflcurance aux tendons du mufcle Profond, defeendans à la tierce 6c derniere jointure des doigts. Or cedit mufcle Profond, prenant fon origine des parties fuperieures 6c internes,tant du coulde que duRayon,defcend entr’eux deux par deftous le Sublime ou Superieur,indiuife iufqu’au Carpe,auquel endroit il fe diuife en cinqten- donsjlefquels il produit par deftous le ligament commun,6c fifture des tendons du Sublime,iufqu’à la derrière jointure de tous les doigts lesquelles ils flechiflent par leur propre infertion, 6$ les deux précédentes par le ligament commun,6c certaines productions qu’en paflant ils leur communiquent 6c laiftcnt.il y a vn ligament membraneux,qui enuironne les tendons autour des doigts. Mufcles in- ternes du coulde. Mufcle nom- tnéPalmaire, Mufcles Pro- nateurs. Mufcles Fle- (heurs ou Plieurs du Carpe. Mufcles fle- cheurs des doigts. Leur origine & infertion, Vtilité du mufcle pal- maire. Poing pliant. Flecheur des me ou Supe* rieur. Flecheur dés doigts Pro- fond. Nota. Des mu files internes de la Main, Chap. XXIX. Sept mufcles de lu main internes. SlplP Es mufcles tant externes qu’internes du coulde ainfi déclarez, s’enfuiuent ceux de la main internes , lefquels font fept en nombre , dont le premier eft appellé Tcnar , à raifon qu’il conftituc la plus grande partie de la paulme de la main : le fécond Hypo- tenar,à raifon de fa fituation: le tiers AbduCteur externe du poulce à l’indicerles qna- tre autres font nommez Lumbricaux,à rai fonde leur figure,ou Abduéleursdes quatre doigts vers le poulce.Le premier nommé cy-delHis Tenar,plus gros 6c cras de tous les autres,prend fon origine de tous les os du Métacarpe, commençant depuis le commencement de ccluy qui fou- ftient le petit doigt,6c montant félon la ligne Vitale iufqu’à l’extremité du premier os du Métacarpe, qui fouftient l’indice, 6c fe va implanter par fes plus longues fibres, iufqu’à la derniere jointure du poulce : 6c par les moyennes 5c plus courtes, prefque par route la partie intérieure des os des deux jointures précédentes.Et à celle caufe ledit poulce eft amené à tous les doigts, 6c ramené d’iceux par fon origine plus balle. Aucuns l’ont diuife en trois pour raifon de fes actions diuerfes,alïïgnans l’o- rigine de l’vn à la racine de los du Métacarpe fouftenant le petit : de l’autre,du milieu de celuy qui fouftient le moyen,6c du tiers, de l’extremité fuperieure de celuy qui fouftient l’indice:6c l’infertion de tous telle que nous auons diél.Nous eftudians à briefueté fans rien obfcurcir, aymons mieux n’en faire qu’vn.Le î..nomméHypotenar,fort du 4. os du Metacarpe,6c diceluy du Carpe qui lefouftiêr, 6cfe va implanter par fes fibres plus longues à la féconde jointure du petit doigt, 6c à la première Mufcles no- mes Tenue, Vypotenar. De l’Anatomie A par les plus courtes.Et pour celle caufc,& à raifon auffi de fa double aéHon, aucuns l’ont fait dou- ble : vn qui le retire des autres, Sc l’autre qui l’amene au poulce. Le troifiefine Abdu&eur externe du poulce,dcfcend du premier os du Métacarpe,à la première Sc fecôde du poulce : Sc eft double le- Ion aucuns.Les quatre qui reftét nommez Lumbricaux, autrement Abducteurs internes des quatre doigts, fortent de la membrane,reueftans Sc relians enfemble &aux autres parties les tendons des Flecheurs des doigts,& fe vont delîner par vn petit tendon lateralemêt vers le collé du poulce iuf- qu’à la fécondé articulation des quatre doigts. Relie maintenant à parler des Interoflels du Meta- carpe,lefquels font lix en nombre,deux en chacune efpace,rvn interne,& l’autre externe : dont l’in- terne defeend par fibres obliques, de la partie latérale du premier os du Métacarpe , tirant auffi vers la partie latérale des doigts, pour ferrer lefdits os du Métacarpe l’vn contre l’autre , comme quand on chaulle des gants cftroits, ou quand on fait la main creufe. Aucuns ont voulu dirc,qu’il aide auffi à l’addu&ion des doigts vers le poulce. L’externe monte auffi par fibres obliques des par- ties latérales du fécond os du Metacarpe,vers les premières articulations des doigts,croifant le fufdit en forme de la lettre Grecque(X)pour eftendre la paulme de la main,& aider l’abduélion des doigts du poulce. Parquoy concluant la defeription des mufcles de la main généralement prife,tu noteras qu’ils font trente neuf en nombre,c’eft à fçanoir huicl pour le mouuementdu bras, quatre pour le mouuement du coulde généralement pris,fept de la partie externe du coulde,6c autant de la partie £ interne : fept de la partie interne de la main, Sc fîx Intcroffels. Aucuns en content d’auantage, en mettans neuf en la partie externe du coulde,& dedans la main onze. * pînddce 6 Lumbricaux. Interoffeh du Métacarpe, Defeription de la Jambe généralementprife: C h a p. XXX, SP r e s la déclaration de la main , s’enfuit celle de la iambe, en pourfuyuant laquelle, après auoir ofté toute ambiguité de ce nom de Iambe, premièrement nous la défini- rons , puis la diuiferons en fes parties plus compofées : tierecment diuiferons cnco- res celles-cy en celles qui font moins grandes & plus fimplcs:quartement pourfuyurons les parties communes à toutes les parties de ladite Iambe,& finalement les propres d’vne chacune. Ce fai6t,nous concluions 8c mettrons fin à noftre petit labeur , remercians le Créateur, 8c reco- gnoiflans que fi nous auons fait quelque chofe de bon, c’eft luy qui l’a fait en nous, 8c non point nous de nous mefmes. Mais afin que ce foit en bref,il faut entendre, que ce nom de Iambe eft vfur* pé en deux fortes,à fçauoir generaleraent,& fpccialemcnt;&: fpecialcment encores en deux maniérés, à fçauoir,fimplement,ou auec addition. Simplement,pour tout ce qui eft contenu entre le genoüil 8c le pied,mais auec addition fe prend pour le plus grand os d’icelle,qu’on appelle l’os de la Iambe. Quant à la Iambe generalementprife,ce n’eft autre chofe quel’inftrument du mouuement progref- _ fifjcomprenant tout ce qui eft contenu entre l’os Ifchion,& l’extremité du pied. Elle eft diuifee en trois grandes parties c’eft à fçauoir , en la cuifle , en la Iambe fpecialeraent prife,& au pied. Parla cuifle eft entendu tout ce qui eft compris depuis l’os ifchion iufqu’au genoüil. Par la Iambe fpecia- lement di£le,nous entendons ce qui eft contenu depuis le genoüil iufqu’au pied:& par le pied,ce qui demeure depuis l’extremité de ladite Iambe, lequel eft encores diuife en trois partïes,c’eft à fçauoir au Tarfe,Pcdion 8c Doigtsrprenant pour leTarfe,ce qui eft contenu par les fept premiers os,qui rçf- pond au Carpe de la maimpar le Pedion,ce qui eft contenu par les cinq os enfuiuans,qui refpond au Métacarpe : 8c le demeurant, pour les doigts. Et comme ainfi foit que toutes cefdites parties ayent parties communes 8c propres fuyuant noftre propos,nous pourfuyurons feulement la diftribution des veines,arteres 8c nerfs, ayans fuflifammenc expliqué toutes les autres, quand nous auons parlé en général des parties contenantes de tout le corps. Double ae- cepticn de la Jambe. Définition de la Ïambe neralevsene prife, Diuifion de la Ïambe ge*, neralement prife, Qu'efi ce que cuifis. Définition do la Jambe fiel eialemetditc, Qu'efi- ce qup Pied. Tarfe dit Pied, P edi on. Diftribution de la veine Crurale. C h a p. XXXI. BOmmençant donc à la diftribution de la veine crurale , qui commence depuis qu’elle fort du Péritoine 3 nous trouuons qu’eftant paruenuc pardeflus l’os Ifchion,& parties latérales des os barrez iufqu’aux ainnes , elle fe diuife premièrement en deux in~ figues rameaux : dclfquels l’vn defeend intérieurement félon les os de route la iambe auec l’artere 8c le nerf, ainfi qu’il te fera tantoft deraonftré : Pautre delcend fupcrfi- ciellcment 8c intérieurement tout le long de la cuifle entre lagreflè fubiacente au cuir, 8c les muf- cles iufqu’au pied , au cuir duquel elle fe perd : 8c pourtant quelle peut eftrc tonfiours apparente, eft appellée des Grecs Sapheia , 8c vulgairement faphene ; laquelle fur fon chemin , foudain après fon origine , fe diuife premièrement en deux rameaux, l’vn interne, 8c l’autre externe: dont l’interne demeure parmy les glandes des ainnes , 8c le cuir du parement, par lefquels font faites aux ainnes'les fluxions nommées Bubons ; l’autre plus ample fe perd au cuir de la partie antérieure, 8c extérieure , 8c plus haute de la cuifle. Secondement quelque peu après enuiron tikois ou quatre doigts, félon la grandeur du fujet, fe diuife en vu feul rameau, qui fe perd au cuir intérieur 8c pofterieur de ladite cuifle. Ticrccraent,qnelque peu plus bas que le milieu de la cuifle, derechef fe diuife en deux autres,l’vn au cuir antérieur, 8c l’autre au pofterieur. Quartemcnt,(c di- ftribu’c par deux autres rameaux allez petits,au cuir de la partie tat antérieure que pofterieure du ge- noüiljlefqucls quelqucsfois ne fe trouucnt point,mefmcment l’ors que la Poplitiquc pft fort ample, Quintcment vn peu deflbus le genpüil fait deux autres rameaux,fortans l’vn delfous l’autre au cuir de la partie antérieure 8c pofterieure d’iccllc:&: faut noter que le rameau qui defeend au cuir de la partie antérieure 8c pofterieure,fe va ictter par vu fieu rameau dedans vn autre delà Poplitiquc for* tant entre les deux gemeaux,defquels nous parlerons cy-apres,Sextement à l’endroit du plus gros de Veine Saphe- ne,& (Unifi- ons die elle. Par quelle veine fe fient lef huions. Le fixiefme Liure, 172 la iambe fe diuife en deux rameaux, lefquels femblablement fe diftribuent tant au cuir de la partie  ancer^eure > que pofterieure de la iambe. Finablement,après plufieurs autres ramifications (lefquel- Ls ictais à caufe de briefueté ) eftant paruenuë iufqu'à la partie antérieure de la cheuilie interne auquel endroit elle eftouuerte aux affections des parties côtenues fous le diaphragme, qui requiè- rent million de fang,elle fe diuife encore en deux autres ramcauxrdefquels le plus petit defeend vers le talon : fautre fe confomme en plufieurs rameaux au cuir de toute la partie fupericure & infe- r^cure du pfe£l,& des orteils.L’autre rameau de la fuldite veine crurale, que nous auons dit defeen- dre intérieurement auec Partere 8c le nerf iufqu'au pied,fait telles diuifions que s'enfuir. Premiere- ment,fe profondant il fait quatre ramifications : vue intcrne,defccndant par defibus l'origine de la Saphene fur le mufcle obturateur externe, 8c an aucuns des internes : les autres trois s’en vont ex- terieurement,la première vers l’os lfchion,par laquelle eft faite la goutte feiatique, 8c les deux au- tres aux mu^c^cs antérieurs de ladite cuilfe.Et telles ramifications lortent l'vnepres de l'autre. Se- condement il fe diuife tout en deux autres rameaux, vn fuperieur, vn inférieur, accompagnez tous deux de l'artere : defquels l'inferieur fe perd & confomme par plufieurs mufcles pofterieurs de la cuiflè, fe terminant près le iarret : le fuperieur outre ce qu'il donne plufieurs rameaux aux mufcles intérieurs & antérieurs de ladite cuiffe, defeendans vers le iarret, produit la Poplinquc/aitc quel- quesfois de deux rameaux iflànt l'vn de plus haut,l’autre de plus bas,laquclle defeendant par le ply du iarret fè perd maintenant au cuir du gras de la iambe , quelquesfois iufqu'au talon, maintenant B renforcie des rameaux de la faphene, s'en va au cuir de la partie fuperieure du pied,& quelquesfois de l’inferieure de la cheuilie externe. Tiercement quelque peu deltbus l’origine de la poplitiqne,& f°us Pty du gcnoU3'l fa3t L furale, laquelle fe perd aux mufcles de fura, c'eft à dire du gras de la iambe,& au cuir de la partie interne d'icelle 8c du pied, s'aduançant quelquesfois iufqu'à la partie interne du poulce. Quartement, fous la telle du folaire,ou l’Epiphyfe pofterieure des os de la iam- be , il produiCt entre cefdits deux os vne autre veine , laquelle nourrilfant les mufcles antérieurs de la iambe, fe va perdre fous le pied. Quintement & finablement fait la feiatique grande , laquel- le fe diuife en deux rameaux inégaux, à fçauoir l'vn grand, & l’autre petit : dont le plus grand def- eendant depuis fa diuifion félon la partie intérieure de l'os de la iambe par defibus les mufcles du gras de ladite iambe, s'infinuë entre icelle 8c le talon dedans la plante du pied, en laquelle il fe perd, diuisé en deux petits furgeons, à fçauoir deux au cofté de chacun doigt* L’autre 8c plus petit def- eendant félon l’os de l'efperon ou petit focile de la iambe, fe perd en iceluy Ôt le talon : neantmoins quelquesfois il eft trouué s'auancer non feulement iufqu'au mufcle AbduCleur des doigts ( duquel parlerons cy - aptes ) mais aufiî par cinq petits rameaux , iufqu'au petit doigt annulaire 8c partie latérale du moyen* Æer ' de uflpLne! ta veine * CrttraU profonde. Vetne fd»- U<*Ÿeinet,te' Mttfcule. . p * ' SttraU Sciatique grande. Dïfiribuuon de l'Artere Crurale. Chap. XXXII. A diftribution finie de la veine Crurale , il connient paftèr à celle de l’artere aufti 'Mi crurale ; laquelle commençant de mefme endroit que la fufdite veine, 5c dcfcendanc Jpl félon la crurale interne, fediuife ainfi que s’enfuit : Premièrement en la mufculeufe /M. lÉde la cuifle , laquelle fe difleminanr par les mufcles d’icelle, rencontre l’extremité de gssS l’Hypogaftrique, defeendante auec la veine par le commun trou de l’os Pubis 5c ifchion, 5c s’adioufte auec icelle. Secondement, fur le reply du genouïl elle fe diftribuë en deux pe- tits rameaux, qu’elle enuoye à la iointurc du genoüil, entre les condyles, ou apophyfes de l’os de la cuilîe. Tiercement quelque peu après fait vn autre rameau, quelle enuoye aux mufcles extérieurs de la iambe. Finalement eftant paruenuë enuiron la fiay-iambe entre les mufcles gemeaux 5c le fo- laire, elle fe diuife en deux rameaux, vn intérieur , 5c l’autre extérieur. L'intérieur , après auoir communiqué certains petits furgeons aux parties par lefquelles il defeend, 5c principalement à la ioindurc de la iambe auec le pied , fe iette fous la plante d’iceluy entre l’extremité inférieure d’icelle , 5c le talon : 5c illec paruenu fe confomrae en cinq furgeons , lefquels il enuoye deux au poulce, deux autres à l’indice , 5c vn au moyen. L’exterieur descendant femblablement à la plante du pied entre le petit focile 5c le talon, outre les autres ramifications qu’il peut faire, il en fait vne à la ioin&ure de la iambe extérieurement, 5c vne autre au mufcle Abdu&eur ou rameneur des doigts, 5c aux parties du tarfe 5c pedium : 5c ce qui demeure fe perd 5c confomme auflî en cinq D portions, lefquelles font enuoyees deux au petit doigt, deux à l’annulaire, 5c vn au moyen. Artere dite mufcaleufe. Des nerfs des Limbes, de L'os Sacrum de la cuife. Chap, XXXII L Este maintenant que nous pourfuiuions les nerfs , lefquels comme ainfi (bit qu’ils Jtë mjM defcendent tant des Lumbes que de l’os facrum, nous parlerons premièrement de ceux des Lumbes , & diftribution d'iceux, puis reuiendrons àceux de l’os factum. Il fort donc des Lumbes cinq paires de nerfs diuifees en rameaux intérieurs & exte- rieurs. Les extérieurs fe dilfeminent aux mufcles de l’efehine, au demy - efpine , au facré, Sc au cuir qui les couure. Les intérieurs vont aux mufcles de i'epigaftre obliques afeendans ôc tranfuerfaux, au péritoine, 5c pareillement aux Lumbaux 5c Thorachiques iflus dudit lieu, mais différemment, car les vns y vont entièrement, comme ceux de la première paire des Lumbes, 5c le plus fouirent de la fécondé , horfmis que quelquesfois ils enuoyent vne petite branchette aux iç- fticules, lors que le coftaldc la fixiefme coiugaifon n’y en enuoye point.Les autres inférieurs en par- tie s’y diftribuét, en partie nonrcar leurs plus grades pornos vnies premièrement enfêble, puis après auec ceux de l’os facrû,s’en vont à la cuilfe,ainfi que tu orras par cy-apres, quand nous aurons parlé Cinq paires de nerfs ijfent des Lumbes. De l’Anatomie. A des nerfs qui fortent defosfacrum:&: des diftributions particulières d'iccux. Et pour commencer, il faut entendre,que dudit os facrum fortent fix paires de nerfs, contant pour la première celle qui fort entre la derniere vertèbre des Lumbes,& premier os dudit os lacrum:& pour la fixiefme, celle qui tort entre le dernierfacré,& premier de la queue ou Coccyx. Cefdites paires de nerfs fe diui- fent en rameaux externes Ôc internes. Lex externes & plus petits fortans par les trous externes de pofteneurs de fos facrum , fe diftribuent par les parties appartenantes extérieurement à iceluy foiêt mulcles diceluy,foit le cuir qui le reueft.Car c’eft vue reigle de Nature,que chacun nerf four- nit premièrement de ce qu’il peut aux neceffitez de Tes parties prochaines,puis après aux autres,s’il peut, & les voifines en ont affaire. Parquoy fi tu veux fçauoir d où vne chacune partie a Tes vaif- féaux de plus près , c eft: à fçauoir veines, arteres , ôc nerfs,il te faut obferuer le difeours d’iceux, ôc tenir par cœur f affrété de chacune partie : 8c entendre, que quant aux veines ôc arteres , elles fe jettent & fourrent dedans les parties feloh leur plus grande commodité, maintenant par latefte,&: principe d’vnc partie,maintcnant par le milieu, & vne autre fois parla fin, ainfi qu’il fe rencontre: mais le nerf, mcfmement aux mufclcs, fe jette dedans iceux par leur tefte, ou quelque peu apres,&: iamais par la queue. Et par ainfi entendant le difeours defdids vaiflèaux,&: autres choies prédites, vn chacun pourra venir facilement à la cognoiflance de quel rameau de veine,artere & nerf,chaque partie eft nourrie , viuifiee , 8c faite fcnfible. Les autres rameaux internes des fufdites paires des nerfs,s’en vont,mefmement les quatre fuperieurs vnisdés leur commencemcnt,auec les crois infé- rieurs des Lnmbes, en toute la iambe,aiqfi que tu orras cy-apres. Mais les deux inférieurs fe per- dent aux mufcles releuareurs du fiege,& au Sphincter d’iceluy,plus aux mufcles du membre viril 8c col de la veflie aux hommes,& aux femmes au col de f Amarry & de la vefîîe:car lefdites parties en reçoiuent vne autre par leur fonds,du Coftal de la fixiefme coniugaifon du cerueau.Toutes ces cho- ies ainfi confiderees & obferuees,faut venir aux nerfs de la cuifle,lefqupls ( comme nous auons dit ) eftans ramaflèz 8c vnis dés leur principe , de la plus grande portion des trois rameaux internes 8c inférieurs des Lumbes , 8c quatre fuperieurs de î’os facrum , fe diuifent en la cuifle par quatre ra- meaux. Dont le premier &plus haut defeendant par delfus le péritoine vers le petit Troçhanter, fe perd aux mufcles internes ôc fuperficiels de la cuilfe,& au cuir qui les courue, definant quelque peu delfus le genoüil. Le fécond defeendant auec la veine 8c artere crurales par faine , fe diuiie ainfi que la veine en deux rameaux, vn interne, 8c Vautre externe : dont Vinterne defeendant auec la veine ôc artere,fe départ aux mufcles intérieurs & profonds de la çuifle,fe finilfant auffi par def- fus le genoüil : mais f externe defeendant auec la faphene fuperficiellcmentiufqu’au pied,baille par tout fon chemin certains petits rameaux au cuir qui le reueft 8c courue. Le troifiefme fitué par déf- ions les fufdids,defeendant par le trou du penil commun àfos pubis &lfchion, baille certains ra- meaux aux aines aux mufcles Obturateurs , ôc à ceux des trois certes, ôc quclquesfois à ceux du membre viril : ôc fe finit enuironle milieu de la cuifle. Le quatriefme & plus gros de tous ceux du C corps,plus dur ôc ferme,fortant entièrement des produdios de fos facrum, & defeendant extérieu- rement entre la partie inférieure dudit os facrum,& de fos des Iles,par la cuifle, baille certains ra- meaux aux mufcles pofterieurs d’icelle,fortas de la tuberofité de fos de la hanche,8c autres fembla- blement au cuir desfeflès,&: qui reueft les fufdids mufclcs:puis quelque peu après fe diuife en deux ramcauxflefquels defeendans fans aucune diuifion iufqu’au ply du genoliiftous deux fe communi- quent par diuers rameaux aux mufcles de ladide iambe, en telle force toutesfois , que le plus petit produid vn fien petit rameau de fon reliquat par la partie antérieure de la iambe félon le petit fo- cile,au delfus du piedroù fe diuifanten dix petitsfurgeons quafi infenfibles,les enuoye deux à chaf- quedoigt. L’autre plus grand defeendant auffr de fon reliquat par la partie pofterieure de la iam- be,fe jette à la plante du pied auec les veines ôc arteres,entre le talon ôc fos de ladide iambe, où fe diuifant premièrement en deux rameaux,puis vn chacun en cinq, s’en vont deux aux parties latéra- les de chafque doigt.Et celles font les diftributions defdids vaiflèaux plus infignes, ôc qui fe trou— uent le plus fouuent, ôc defquelles on a le plus affaire : laiflant à confiderer à vn chacun toutes les autres petites,& prefque infinies diftributions faites defdids vaiflèaux par toutes les parties,par lef- quelles ils partent, foient internes, externes, ou moyennes. InfiruBion pour le Chi- rurgien. Nerfs de la cuijfe. Origine & dtftributien du plus gros nerf de tout le corps. Des parties propres de U Cutjfe. Chap. XXXIV. x p L I Q_V E E s & déclarées tontes les parties communes de la ïambe généralement § fljSSpt prife , relie que defeendions aux particulières d'vue chacune, commençant à la cuille: H (JlXÉ les parties propres & particulières , de laquelle font les mufcles, os, & ligaments.Mais attendu que nul ne te fçauroit pertinemment monltrer les mufcles, lefquels en ce lieu icy fc reprefentent au fens de la veuë, après les parties communes de tout le corps, ii premièrement tu nas cogneu les os defquels ils fortent, & efquels ils definent : à celle caufe nous auons propofé, fuiuant le chemin que nous auons tenu à la traélation des mufcles du bras, te deferire les os & ar- ticulations d’iceux, premier que les mufcles , commençant aux os joinds à la partie fupericure de 1 os facrum, qui font deux , vn de chacun collé, lefquels font appeliez vulgairement les os de la hanche,ou des lies.Chacun d'iceux cft compofé de trois os, vn fuperieur, l'autre inférieur & anté- rieur , & le tiers moyen, & aucunement pollerieur. Le fuperieur eft nommé fpccialement os des Iles, &eft fort ample & grand, ayant vne epiphyfe cartilagineufe tout à l'entour de facirconferen- ce,iufqu’à la connexion qu'il a auec les autres os : la partie fupericure de laquelle nous appelions la droite ligne d'iccluy & fa bafe,qui eft vnie auec luy par fymphyfe, fe nomme le bord, ou leuie,ou fourcil , à caufe qu'elle panche aucunement dehors & dedans en forme de fourcil : mais ce qui efl pnrcp L Kaf“ Rr la droite lio-ne. s'annelle la Code. ccdit os fuperieur a deux faces ou Les os de la hanche. L'os des lies. 174 Le fixiefme Liure, ifchion, Cotyle. fuperficies caues,vne interne, de l'autre externe. Sa connexion par fymphyfceft double: vne auec îa A partiefuperieure de l’os facrum,l'autre,auec l'os Ifchion,que nous auons appelle moyen,& auctine- ment pofterieur,lequel commençant dés la partie plus eftroicte de l'os des Iles,fait la boette dedâs lequel l'os delà cuilfe eft rcceu,nommée des Grecs Cotyle,des Latins Acetabultm : de fe finit félon la partie latérale du trou commun à luy, & l'os antérieur de inférieur, qu'on appelle en Latin os Pubis, en François, l'os du Pcnil , ou l'os Barre. Et ne contient ledit os Ifchion que la fufdide bocte, horfmis que de fa partie pofterieure de inférieure il produit vne apophyfe, laquelle fe va adioufter auec le fufdid os barré à Tendroit de la partie plus bafîè du trou commun , auquel endroit elle ap- pert fort inégale &afpre, &eft nommée tubercule ou tuberofité de l'os ifchion : tout au dernier de laquelle il produit d'abondant vn petit tourrillon, fait à la fimilitude de l'apophyfe de la mafehoire inférieure, que les Grecs appellent Coronne. Le tiers de dernier ; à fçauoir ,l'os du Penil, ou barré, s'auance iufques à la partie plus haute du Penil, où rencontrant fon compagnon , s'vnit auecque luy par fymphyfe, tout ainfi qu'ils font eux trois cnfemble. Et ce dernier icy s'oüure es femmes en leur enfantement,félon aucuns, ce que ie n'ay peu apperceuoir. Si tu veux bien Voir la diftin-* dion de feparation d'vn chacun à l'œil, il te faut auoir le feelete d'vn petit enfant. Car depuis que l’homme eft deuenu grand, les cartilages,qui font entre les connexions defdids os, degenerènt en fubftance & confiftance d'os, en forte que tu ne fçaurois diftinguer la feparation de l'vn à l'autre. S’enfuit maintenant la defeription de l'os de lacuiffe, que les Latins appellent Osfemorîs , lequel eft le plus grand &plus gros de tous, rond, &voufté en forme d'archet, en fa partie antérieure, de g extérieure, pour fadeffenfeà l'encontre des iniures externes; de en fa pofterieure & intérieure faid en dos d'afne,pour plus grande aflèurance de l'origine de infertion des mufcles illec commençans ou finiftans : lequel dos d’afne quelque peu dcftbus fon milieu fe diuifeen deux lignes, tendantes, l'vne à la tuberofité interne, l’autre à l'externe de l'epiphyfe inférieure de ladite cuiftè. Et les mar- queras en ton efprit diligemment, pource que les fibres obliques des mufcles vaftes prennent leur origine d'icellcs, vn chacun de celles de fon cofté, ainfi que nous dirons en fon lieu. Dauantage, cedit os a deux Epiphyfes en fes deux extremitez, comme tu peux voir aux os d’vn ieune petit en- fant : vne en la partie fuperieure, l'autre en l'inferieure. La fuperieure fait la tefte ronde dudit os, laquelle afîîfe (comme toute autre epiphyfe) fur vn allez grand col, déclinant à la partie antérieure, eft receué, ainfi que nous auons ja dit,dedans la boette de l'os ifchioia, auec laquelle elle éft con— jjoinde par enarthrofe, de anfli eft confirmée dedans icelle par deux genres de ligamens : à fçauoir, vn commun venant des mufcles , qui de la partie fuperieure defeendant à l'entoür de fon col, de partie fuperieure dudit os : l'autre propre, lequel eft double j à fçauoir, vn membraneux de large, defeendant de tout à l'entoür de l’orbite de ladite bocte, à l'entoür de toute l'affictre de toute la tefte fur le col : l'autre gros de rond defeendant de la fécondé cauité de la boëte, laquelle s'eftend iufqu'au trou commun au plus haut de ladide tefte, ou enuiron. Outre plus,fous ladide tefte,cc- dit os a deux apophyfes, vne grande de grolîe,l'autre petite de courte. La grande fituée en la partie pofterieure eft nommée grand Trochanter : la plus petite aflîfe en la partie intérieure, eft appellée Q petit Trochanter. Et noteras que de la partie plus haute de pofterieure que le grand Trochanter, regarde la tefte dudit os, il fait vne petite finuofité, en laquelle les mufcles Gemcaux,& autres(def- qiîels nous parlerons cy - après) le vont inferer. Il faut aufïî confidcrer la multitude des trous qui font tout à l'entoür du col, entre la tefte de les deux Trochanteres , lefquelles baillent entrée aux vaifteaux (foient veines, arteres, ou nerfs) à la moüelle dudit os : au moyen dequoy la moiielle eft engendrée de faire fcnfible en fa tunique,l'os viuifié de nourry.Le fèmblable tu feras en le boct- te,tant interieurement,qu’exterieurement, afin que tu fçaehes par quel moyen la feiatique fe peut faire. L'autre epiphyfe dudit os, que nous auons dit inférieure , eft fort grande de groftè', faifant comme deux telles à l’extremité d’iceluy, diuifees par deux cauitez , vne plus fuperficiclle de anté- rieure, par laquelle ladide epiphyfe reçoit la palete du genou’il, de l’autre plus crcufè de pofterieu- re,par laquelle elle reçoit le ligament cartilagineux, de quafi olfeux, produit de l'eminence d'entre les deux cauitez de l'epiphyfe fuperieure de l'os de la jambe, qu'Hippocrates anli-ure des fradurcs appelle en fon langage Diaphyfc, Tubercule ou Tuberofité de Vos ifchion» L'os du penil ou barré. Annotation. Defeription de l'es de la cuiffe. Trochanter grand. Trochanter petit. Trochanter fignife và~ reur, La moüelle a fentiment ex- Diaphyfe. Dé l’Anatomie La Jixiefine Figure des os Femoris dextre. L'os Femoris/eloh fa partie pofterieüre, auque (A) moh- ftre la tefte ou Epiphyfe dudit os, laquelle entre de- dans la boette de l'os Ifchium. b Petite cauité en la mefme tefte,qui reçoit le ligaméc rond defcendânt de la partie cane de la fufdite boëtef c La connexion de ladicte tefte ou epiphyfe,c’eft à di- re,excroillance, ou allonge aucc ledit os de lacuiftè» d Le Col dudiél os. e La cauité qui eft entre le Col & le grand Trocha ter. f Le grand Trochanrer, dit Tourneur , ou apophyiè dudit os. g La racine dudiéfc Trochanter. h La ligne poftedeurc dudit os', en laquelle les fins,ou queues du mufcle nommé Triceps, ou à trois certes* font attachées, i Le petit Trochanter. kk Les deux Tubercules latérales 5c inférieures dudiét os, lelquelles font receuçs dans les cotyles de l’os de la jambéi 1 La connexion faide par la fimphyfe de l’Apophyfè dudir os. m La cauité d'entre les Tubercules, en laquelle s'atta- che le ligament cartilagineux de la joindure du ge- nouïl. L’autre Figure dudit os de fa partie anterieure,en laquelle feulement faut noter la cauité qui t’eft monftréepar n, qui reçoit la rotule du genou'il : car a, & c, ligni- fient les mefmes chofes qu’eti l’autre figure. Des mufcle s qui meuuent U cuijfe* C H A P. XXXV. «OvT e s ces chofes ainlî confiderées, refte que nous pourfuyuions les limfclcS mouuans la cuiftc , lefquels font quatorze en nombre : à fçauoir,deux qui la plient, 5c pourtant font nommez Flecheurs : trois qui l’eftendét, & pource appeliez Enco- deurs ; trois qui la meuuent au dedans,reiettans le genou il vers le dehors,& le talon vers le dedans , comme quand on croife les cuillès-. Aucuns de ces trois n’en font qu vn , &c le nomment mufcle à trois telles. Six, qui la rameinent dehors en la defployant & ouurant, comme en l’ade venerien : dont quatre font appeliez Gemea.ux, à raifon de leur grolîèur, prefque égale, mefme origine, infection Sc adion : les deux autres font dids obtura- teurs, à raifon qu’ils bouchent le trou comun aux os, Barré 5c Ifchion. Quant aux deux flecheurs, i’vn rond defcendânt intérieurement par fibres en longueur inégalés,de toutes lesapophyfés tranf- nerfes des Lumbes par delîus la commilfure poftedeurc de l’os Iléon & Pubis , s’en va inferer au petit Trochanter,*l’autre large 5c ample en fon origine, fort de tout le bord ou fourcil intérieur de l’os des Iles , & rempliflant la cauité interne d’iceluy , s’en va par deflîis la partie antérieure de la tefte de l’os de la cuiflc, inferer au petit Trochanter par vn gros tendon qui eft produit de luy 5c fon compagnon,mefme depuis leur partie charneufe. Et pour ce,tu ne trauailleras point de les fe- parer. S’enfuiuent les trois qui l’eftendent qui font les feftès : defquels le premier plus gros,ample & extérieur, prenant fon origine du cropion, ©s facrum, 5c de la moitié, ou d’auantage du bord ou fourcil extérieur 5c pofterieur de l’os de la hanche ou des Iles, fe va implanter par fibres obliques, depuis le grand Ttochanter,iufqü’à quatre doigts,plus ou moins félon la grandeur des perfonnes,à la ligne droite que nous auons comparé à vn dos d’afne.Le fécond moyen en grandeur ôc fituarion defeend du demeurant du fourcil, 5c de fa cofte antérieure 5c extérieure de l’os des Iles : 5c couché par ddfus la moitié dudit os, ou enuiron , fe va inferer au plus haut du grand Trochanter, fai- îant fon infection triangulaire fur la partie fuperieure & extérieure d’iceluy. Le troifiefme plus pe- tit , court,& menu que les précédons,couché par ddfous iceux,fort du milieu de la face externe de Los des Iles , 5c fe va inferer à la plus grande partie de la ligne droiéle du grand Trochanter. Ces trois mufcles icy ont grande 5c large origine,& cftroitte infection faire comme de fibres obliques aux lieux fufdids. Apres cenx-cy faut venir à ceux qui ferrent les cuiflès ou rameinent l’vne fur l’au- tre en croix,en forte que le genoüil fort 5c tire vers le dehors,& le talon vers le dedans, comme tu pourras entendre par leur infection & origine,& non au contraire, ainfi qu’aucuns ont voulu dirCé Or îefdids mufcles tous trois prennent leur origine en partie charneufe , en patrie ligamenteufè* de la partie fuperieure 5c antérieure de la circonférence de l’os barré ou os pubis : 6c s’en vont in- ferer à la ligne pofterieure de l’os de lacuifte, toutesfois l’vn plus auant, les autres moins. Car le plus petit 5c plus court demeure fous la racine du petit Trochanrer : le moyen en grandeur &c grof- ieur,defeend quelque peu plus bas : le tiers & dernier plus grand 8c plus gros defeend par les fibres plus longues iufqu’à la fin de la ligne,beaucoup plus bas que le milieu de la cuiTe. S’il eft donc ainfi MufcUi tnouuam là cuiffe font Mufcles fit* cheun de lé cuiffe. Mufcle ejttb deurs de là cuiffe* Le fixiefme Liure, que ces mufcles venans de la partie antérieure & fuperieure, s'inferent à Ja ligne pofterieure de l'os A de la cuiftè-.enfaifantleur adion tousfeuls,en ferrant les cuiflès,ils les renuerferot vers le dehors, comme quand on croife lefdites cuillés l'vne fur l'autre, 6c non point qu'vn genouïl tire vers l'au- le talon dehors. Car tel mouuement eft faid & accomply par le vafte interne de la cuiiîè mouuant la iambe. Finablement s'enfument les fix qui font remuer les fclîès : defquels quatre font appelez Geraeaux, 6c deux obturateurs. Des Cerneaux le premier & plus haut fort d'entre la com- milfure de l'os .Sacrum auec le cropion,ou pluftoft de l'extremité inférieure dudit os Sacrum : & fc va inférer dedans la cauité du grand Trochentcr par vn notable 6c aftèz long tendon. Le fécond venant de la partie caue ou fiffure qui eft entre le bord delà boëtte & la tuberofité de l'lfchion,s’en va aufîi à la cauité du grandTrochanter.Le troifiefme monte de la partie intérieure de la tuberofité de l'lfchion,& quelque peu plus haut, entre les deux Trochanteres,dcdans le creux du plus grand. Le quatriefme 6c dernier , le plus bas 6c plus large de tous, fort de toute la tuberofité extérieure de l'Ifchion , &fe va inferer au grand Trochanter. Et font ces quatre icy cachez fous le plus gros delà fefîè : au moyê dequoy pour les bien defcouurir,il les faut renuerfer vers leur origine. Relie main- tenant les deux Obturateurs , c'cft à fçauoir interne, 6c externe, lefquels tous deux prennent leur origine de la circonférence du trou qu'ils bouchent , à fçauoir commun à l’os pubis 6c Ifchion : mais l'interieur monte à la racine extérieure du grand Trochanter par la fiffure moyenne entre la B partie fuperieure delà tuberofité de l'Ifchion, 6c l’efpincdrefïèe en la bafe pofterieure de l'os Ilium: 6c l'externe delà cauité extérieure entre le Tubercule de l'Ifchion, & la partie inférieure de la boëtte à la patrie caue du grand Trochanter auecles Gemeaux. Situ veux bien voir l'Obturateur externe, il te faut ou couper l'origine du mufcle à trois telles , ou le bien 6c deuëment fèparcr , 6c puis les eftendre 6c renuerfer, 6c les verras par deflbus. L'interne fe void facilement après auoirofté la vefîie. Mufcles Gé- meaux. Mu (des ob- turateurs. Des os de U ïambe. Chap. XXXYI. P r e s ces mufcles cy deffus déclarez, afin qu'vn chacun puiftè plus facilement venir à la cognoiftance de ceux qui s'enfument; à fçauoir , qui meuuent la ïambe ; mainte- nant nous pourfuiurons la déclaration de ces os , commençant à la Rotule ou palette du genouïl : laquelle eft vn os extérieurement cartilagineux, rond en fa circonférence &: partie extérieure : & en la partie intérieure aucunemêt bolîu fur fon milieu,dcfcen- dant en applatilîànt vers les parties latérales, afin que commodément fans aucun vice de commo- deration, elle fe peuft adapter fur la jointure du genouïl, dedans la cauité antérieure des deux epi- phyfes delà cuiiîè, 6c fuperieure 6c antérieure de la jambe. Son vtilité eft de confirmer ladite join- , ture du genoüil, 6c contenir la iambe en deuë extenfion, fans qu'elle fe plie en quelque mouuemcnt que ce foit vers la partie anterieure,ainfi qu'elle fait vers la pofterieure. Il faut maintenant venir G aux os de la iambe, fpecialement prife, lefquels font deux , vn plus gros, nommé particulièrement l'Os de la iambe : l'autre plus petit, nommé l'Os de l'Efperon, ou petit Focîle. Le plus gros aucu- nement caue 6c moüelleux, eft fitué en la partie intérieure de la iambe, ayant deux apophyfes,vne plus groftè , l’autre plus petite. La plus groftè eftant afFifc fur le plus haut dudit os , 6c conjointe auec luy par fymphyfe, fait deux cauitez fiiperfidellcs 6c latérales , diftindes & feparees par vnc eminence moyenne d’icelle : au moyen deqnoy ledit os eft conjoint anec l'os1 de la cuiiîe par gin- glyme : car par fes cauitez il reçoit les tuberofitez inférieures de l'Epiphyfede l'os de ladite cuiflè, 6c par .fon éminence qui eft au milieu,eft receu de l'os delà cuiiîè entre les deux fufditcs tuberofitez. Or eft cefte articulation confirmée non feulement parla defeente des tendous des mufcles illec de- finans , mais aufîi par trois forts 6c robuftes ligamens ; defquels l'vn vient de route la partie exté- rieure de ladite connexion: l'autre de l'inierieure: le tiers dernir,d’entre les deux,que nous auons appelez félon Hippocrates, Diaphyfe. L'autre apophyfe de l'os de la iambe proprement dit, que nous auons dit eftre plus petite, eftant fituéeen la partie inférieure, fait vnecauitéquafi double,par laquelle ledit os reçoit l'aftragalc , & de fa partie intérieure fait le malléole interne , autrement dit la cheuille, tout ainfi que l'os de l’Efperon, ou petit Focilé ( comme tu orras cy après ) fait l'ex- terne: entre lelqnelles chenilles lefufdit aftragale eft receu félon fes parties latérales , en forte quïl tourne entre elles,& la fufdite cauité , comme vne noix dedans l'arbaîaftre , lors qu'il eft befoin d'eftendre ou fléchir le pied. Outre-plus le fufditos de la iambe fait en triangle a trois eminences D faites en dos d'afne la plus aiguë : defeendant félon la partie antérieure, qui eft nommée des Grecs uintîçnernion ; la fécondé, fur la partie intérieure : & l'autre fur l'exterieure. Toutes lefquelles, mais principalement l'anterieure, te faut diligemment obfèruer, pource qu'en cas de fraélure de iambe, elle te fert de guidon pour la bien remettre. S'enfuit maiteuant le plus petites que nous auons ap- pelé l'Os del'Efperon ; lequel eftant htué vers le dehors, & aucunement derrière la iambe,mefme- mentfur fa partie fuperieure , a deux epiphyfes ainfi que fon compagnon, caues fur leur partie in- térieure, & gibbeufes fur l'exterieure;parl'vne delquelles, à fçauoir, fuperieure, ledit os s'infcrc, 6c s'appuye fous l’epiphyfe interne, 6c aucunement pofterieure de ladite jambe , ne touchant en rien l'articulation d'icelle auec la cuiiîè , ains luy feruant feulement d'vn fous-appuy : 6c par l’au- tre, à fçauoir,inferieure :cemefme os non feulement eft receu tant du bas de l’os delà iambe ,que du mcfme cofté de l'aftragalc : mais aufîi il reçoit la partie dïceluy, qui du mefme cofté fe ioinc auec le talon , lors prîncipalememt qu'on plie lepied feul vers le dehors. Et eft conioint ccdit os auec les fufdits par fynarthrofe , 6c lié par forts ligamens produits de ces os & enuoyez mutuelle- ment de l'vn à l’autre , on fi ru veux , du fuperiénr à l'inférieur , comme nous auons dit au bras. Au demeurent, il eft triangulaire, ayant fa ligne plus efleuée de la partie extérieure : 6c des autres deux, l'vne à la partie antérieure, & l'autre à la pofterieure. La rotule ou palette duge- nouil. L'vfage de la falette duge, noiiil. Defai. pticn de l'os particulière- ment nommé l'Os de la iambe. Ligamens du genoùil. Hipp. au ti- nte des fra- Btire s. Defcrîptien de l es de l'Eperon, De l’Anatomie Des mufcles de la ïambe, Chap. XXXVIL E fait, il eft temps de venir aux mufcles par lefquels font faits tous les mouuemens de la ïambe : lefquels font onze en nombre , fix antérieurs 8c cinq pofterieurs : def- quels les vns meuuent la ïambe feule, comme ceux qui ont leur origine de l’os de la jjgSljM cuifiè ; les autres meuuent bien aufii la ïambe*, mais auec la cuilfe , comme ceux qui fortent plus haut que de la cuifiè, à fçauoir'des trois os Ilium,Ifchion 8c Pubis.Quant au premier des antérieurs, qu’on appelle mulcle long , autrement coufturier, il prend fon origine de 1 extrémité inférieure &c antérieure de l’efpine, ou epiphyfe de l’os des Iles, &c defeendant obli- quement par defius les mufcles, fe va inferer par vn large tendon Sc membraneux à la partieante- rieurc Sc intérieure fous le genoüil de la iambe. Son adion cfl de croilèr les iambes l’vne fur l’au- trc,pliee premièrement des mufcles qui te feront déclarez cy-apres. Il ayde aufii au mufcle à trois teites à faire la mefme aélion que nous auons dit. Le fécond des fufdits antérieurs nomme mem- brancuxjà raifon qu’il eft par tout tel, fors qu’en fon origine, defeend charnu de la racine & bafe de Ja fufditc efpine de l’os des Iles, obliquement par fon tendon membraneux 8c large ( méfié auec g la membrane commune des mnfcles ) en la partie extérieure de la iambe, laquelle il chafiè au de- hors , 8c la cuifiè auec les gémeaux : &c s’ils opèrent auec le précédent, ils aydent à l’exteniîon dé ladite iambe. Car comme nous auons dit, de deux mouuemens obliques concurrens enfemble,eft fait vn mouuement droit : 8c quafi tous ceux du corps font faits en la mefme forte : 8c les mufcles qui font tels mouuemens font fituez de mefme, à fçauoir obliquement par oppofition , comme tu as peu voir aux mouuemens 8c fituations des mufcles de la main généralement prife, 8c autres. Le tiers nommé Droit) pource qu’il defeend par defius le Crural félon la droite ligne antérieure de la cuifiè, entre les deux Vaftes ) fort d’entre î’extremité del’epiphyfe de l’os des Iles & de la boet- te , par vn ligament fort robufte,&: s’en va inferer à la partie antérieure delà iambe, pallahtpar le milieu de la palette du genoüil : laquelle iambe il eftend de foy-mefme auec les trois autres qui s enfument, 8c par accident peut ayder ceux qui plient la cuifiè. Le quatriefme 8c cinquiefme font appelles Vaftes , à raifon de leur grollèur : dont l’vn eft interne 8c l’autre externe. Tous les deux font faits de fibres droites vers leur origine, 8c vers leur infertion d’obliques : au moyen defqucl- les tous deux femblcnt auoir aélion compofée de mouuement droit 8c oblique : le droit , feruant à eftendre la iambe : 8c l’oblique,à ramener vn genoüil vers l’autre,ou le chafièr l’vn de l’autre.Quanc à leur origine, l’interne vient félon fes fibres droites delà racine du petit Trochanter: 8c félon fés obliques , de la ligne intérieure defeendante du dos d’afnc dudit os. L’externe par fes fibres droites fort de toute la racine du grand Trochanter, 8c par fés obliques , de la ligne extérieure defeendan- te aufii dudit dos d’afne;&: toutes cefdites fibres méfiées en aucuns endroits auec le mufcle crural, en forte qu’on ne les fçauroit feparer fans gafter l’vn ou l’autre , s’en vont en la iambe ( chacun dé fon cofté ) par defius la Rotule du genoüil, félon les parties latérales du mufcle Droit, auec lequel ils font vn petit tendon infeparable, comme tu orras tantoft. Le fixiefme 8c dernier des antérieurs* nommé Crural,pour la grande adhérence 8c connexion qu’il a auec l’os de la cuifiè, defeend d’en- tre les deux Trochanteres, par defious le mufcle Droit 8c les deux Vaftes > fur la partie antérieure dudit osfiufqu’à la pallette du genoüil. Et noteras, que ces quatre derniers font vn commun ten- don gros 8c large , par lequel ils couurent ladite palette,& toute l’articulation antérieure du ge- noüil,de forte qu’il eft impofiible de les feparer l’vn de l’autre fans les déchirer 8c rompre, 8c en cô lieu il fert de ligament au genoüil. Dauantage, tous cefdits mufcles operans enfemble cftendentla iambe. Apres ccux-cy s’enfuiuent les cinq pofterieurs, defquels trois naifiéntde la tuberofité de l'os Ifchion , 8c le quatriefme de la partie moyenne de l’os Pubis : 8c s’en vont trois à la partie in- tericure,& vn nommé Biceps à l’exterieure de la iambe.Où noteras , que l’vn des deux internes for- çant de la fufdite tuberofité,dcfcend ligamenteux,enuironlamoytié de la cuifiè: 8c de làfaitchar- nu,fe va inferer par vn tendon,ainfi qu’auons dit. L’autre greffe , fortant aufii du mefme lieu,s’en va mefler par fon tendon auec celuy du mufcle Long, 8c defincr à la partie intérieure de la iambe, laquelle auec fon compagnon il tire au dedans, 8c ferre contre l’autre ; ainfi qu’il fait la cuilîé,aydé D du mufcle à trois telles. Le troifiefme interne on pofterieur, defeend de la partie moyenne de l’os Pubispar vn ligament large 8c délié, & fe va inferer par vn tendon rond à la partie intérieure de la jambe,comme les deux fufdits.Le quatriefme cft nommé Biceps , ou mufcle à deux telles, kfquel- les il prend , l’vnc de la fufdite tuberofité, l’autre delà ligne extérieure de la cuifiè, defeendant du dos d’afne,& s’en va inferer à la partie extérieure de la jambe, comme nous auons dit. Le cinquief- me & dernier , nommé Poplitee : defeend charnu obliquement du Condyle externe de la cuiflè,à la partie intérieure 8c pofterieure delà jambe, prés de la commifilire du petit Facile auec l’os d’icellc. Son aélion eft détourner aucunement la jambe vers le dedans. Onze muf- clss de la ïambe. Mufcle long ou Cou/lu- rier. Action du mufcle long. Mufcle braneux. Mufcfe Droit. Mufcle Vaftes. Mufcles pà~ fierieurs dh la ïambe. Mufcle dit Pcplitee , ofi lanetieK Des os du pied. Ch af. XXXVIII. E s chofes faites, il conuiendroit félon l'ordre Anatomique, ponrfuiure les mufcles de J SM&W la jambe qui mcuuent le pied : Mais veu que pour néant 8c en vain nous t’afiignerions leur infertion , fi premièrement tu n’entendois l’ordre 8c le naturel des os du pied, à celle caufe nous les déclarerons premièrement, ainfi que nous auons fait des autres par- ties cy-deuant déclarées. Et pour commencer, tu noteras qu'ils font, vingt-fix en nombre, diftin- gnez en trois ordres ; c’ell à içauoir, fept du Tarfe, cinq du Pcdion, ou auant-pied,& quatorze des doigts. Des fept du Tarfe, quatre font nommezj& trois n’ont point de nom. Le premier des nom- Le fixiefme Liure, A frugale. mez fumant après ceux de la jambe, c'cft F Aftragale, lequel a trois connexions : Vue de fa partie fuperieure & plus large auecque les os de la jambe, defquels il eft reccu, ainfi qu’auons dit : l'autre de fli partie ‘inférieure ôc pofterieure, par laquelle il reçoit l'apophyfe fuperieure ôc intérieure de l'os du talon : La tierce, antérieure, par laquelle il eft reccu dedans la canné du nauiculaire. Par la première connexion, le pied s'eftend ôc fe plie : par la fécondé , auecques le talon fc meut vers les coftez : par la tierce , il conduit quant &-foy le demeurant du pied vers l'endroit qu il fe meut. Les deux premières connexions (ont faites par diarthrofe, la dernierc par fynarthrofe, &font confir- mées par forts ligamens & larges , defeendans ôc montans d’vn os à l'autre , ainfi qu'ils font con— nexez enfemble tout à l'entour de l'articulation, comme tu peux voir en defpoüillant vn fuiet. El- les font aiiflî confirmées par membranes, mufcles, ôc afîiettes de tendons, defeendans au pied par deftiis ou deftbus telles articulations. Au refte, cedit os a trois apophyfes faites comme trois pieds afïïs fur l’os du talon ; dont la première ôc plus petite eft deftbus la cheuille exterieurefta plus gran- defque Galien dit faire vue tefte ronde afllfe fur vn col alfez long)eft au deuant du pied à l'endroit du poulce Ôc de l'indice ; la moyenne en gro fleur , eft derrière la iambe vers le talon. le tais plufîeurs autres chofes, comme de la polillure ou afperité dudit os, ôc autres femblables, lefquelles ie defire que tu apprénes pluftoft à l’œil que par leliure.Le fécond os fitué fous ceftuy -cy,eft appellé Calca- neum,qui eft le plus gros d’entre les autres,&fur lequel nous marches ôc fouftenons tout le corps. Il y a deux apophyfes fuperieures, vne grande ôc vue petite : La grande eft receué de l'apophyfe po- fterieure ôc extérieure de l’aftragale: ôc la petite eft receué intérieurement de la tierce dudit os, que nous auons dit faire vne tefte ronde fur vn allez long col. Outre plus , en fa partie pofterieure il eft rond ôc fort reculé de la iambe , ôc en fon antérieure ôc plus auancée,il eft coniointpar fynarthrole auecques l'os Cybbide, la partie inférieure & intérieure duquel il fcmble reccuoir. Au demeurant, il a fa fuperficie toute inégale, ayant plufîeurs tuberofîtez : &en fa partie intérieure, il fait comme vn canal, pour bailler paftàge tant aux vaiftèaux qu'aux tendons, qui vont à la plante du pied ôc aux doigts. Finalement, il faut confidcrer les trous des vaiftèaux, qui entrent dedans ledit os pour fa nourriture : au moyen defquels en fraélure d'iceluy la curation eft rendue difficile, à caufe de l'expreffîon ôc contufion defdits vaiftèaux, comme dit Hippocrates au dcuxiefme liurc des Frâclu-H. tes. Quant aux ligamens d'iceluy , ils font tels que ceux de l’aftragale ? à fçauoir, tendons, mem- branes Ôc ligamens proprement dits, venans d'vn os à l’autre. Le tiers appellé Scaphoïde, c’eft à dire Nauiculaire, à raifon de la fimilitude qu'il a auec vne petite nacelle , car de l'endroit qu'il re- garde la tefte de l'Aftragale , il eft caue : Ôc de l’autre qu'il regarde les trois os innommez ( lef- quels il louftiét,& defquels il eft reccu,tout ainfi que par fa cauité il reçoit la tefte dudit Aftragale} il eft boftu comme le dos d'vne nauirc. Scs connexions font faites par fynarthrofe, Ôc font confir- mées parles ligamensfufdits. Dauantage ledit os fur fa partie fuperieure eft fait en forme de vou- fte , ôc en l'inferieurc aucunement il s’applàtit : Ôc en fa partie intérieure il define en pointe com- me laproüe d’vne nauire, ôc en l’exterieure moufle ôc obtus,comme la pouppc d'icelle. Lequatrief- me ôc dernier des nommez ,eft appellé Cyboidc, pour la fimilitude qu'il a auec vn dé , combien qu'il ne luy reftemble gueres. Cet os de fa partie antérieure fouftient le doigt annullairc,&r auricu- laire, ôc de fa pofterieure eft fouftenu de la partie pofterieure du talon. De l'interieure , il eft joint auec le Nauiculaire, Ôc celuy des Innommez, qui fouftient le doigt moyen : de l’exterieu'r , il dreft'c vneeminence faite en dos d’afne, laquelle s'eftend tranfuerfalement tout le long de la partie infé- rieure dudit os : aux deux coftez de laquelle il y a deux petites cauitez faites comme vn canal.S’en- fuyuent maintenant les trois os qui n'ont point de nom , dont le premier ôc plus grand fouftientle poulceftc plus petit ôc fécond l'indicefte tiers ôc moyen en quantité,fouftient le doigt moyen. Tous ces trois os font en leurs parties fuperieures vouliez, ôc inférieures aucunement canes. Leur conne- xion eft par fynarthrole auec les trois os fufdits,dcfqnels ils font receus : ôc de leur partie pofterieure auec le Nauiculaire, lequel ils recoiuent.il faut maintenant venir aux os du fécond ordre, à fçauoir de Fanant pied ou pedion, qui font cinq en nombre, fouftenans les os de cinq doigts : lefquels en leur partie fuperieure font aucunement boflus & vouliez, ôc en Finferieure aucunement canes. Et ont chacun deux epiphyfes en leurs extremitez : dont par les inférieures ôc premières iis reçoi- uent les trois os innommez, Ôc le Cyboïde ; ôc par les luperieures faites en tefte ronde, font reçeus des premiers os des doigts. Leurs connexions font par fynarthrofe, tant auec les doigts que les os du Tarfe. Leurs ligamens tant communs que propres , font tels que nous auons dit des autres. Refte maintenant à déclarer ceux du dernier ordre, que nous auons dit faire ôc coftituer les doigts du pied , lefquels font quatorze en nombre, à fçauoir deux au poulce , ôc trois à chacun des au- tres doigts. Les premiers font allez longs, les autres enfuiuant fort courts,cxcepté celuy du poul- ce. Et tous en leur partie fuperieure font ronds ôc vouliez, ôc en leur partie inférieure aucunement caues & plats félon leur longeur, afin que les tendons qui les plient, plus feurement ôc droitement fans décliner ny d'vn collé,ny d'autre,puifténtcftre conduits iufqu'aux dernières articulationsfiaçoit que telle conduite foit grandement aidée par le ligament membraneux ôc commun , qui fortant des parties latérales defdits os cnueloppelefdits tendons, comme nous auons dit des doigts delà main. Dauantage chacun os , excepté les derniers , a double connexion faire par diarthrofe. Et font tous de quantité inégalé , à fçauoir gros en leur commencement ( par lequel ils reçoiucnt la tefte de leurs précédents, fur laquelle ils fe meuuent comme fur vn piuot ) tendant toufiours en appetiftant iufqu'à leur fin, par laquelle ils font receus de ceux qui les enluiuent. Finalement, en leurs extre- mitez ils font deux eminêces latérales, ôc entreicelles vne cauité:à caule dequoy ils font plus gros en leurs exiremitez qu'en leur partie moyenne. Les ligamens, par lefquels leurs connexions font confirmées ôc ftabiliées,font tels que nous auons dit des précédents. Quant aux os Sefamoides, ils font femblables à ceux de la main en nombre ôc fituation. Parquoy noteras feulement,que ceux qui Vos Calca- neum. Pourquoy la fracture du Talon ejl mortelle. L’es Scapho- i de. L’os Cyhoide. Les trois os fans nom. Connexion des trois os fans nom. Defcription des os de V a- uant pied ou Pedion. Connexion des os du Pedion. Defcription des os des doigts du Pied. Annotation de la proui- dence de Nature. Les os Sefa- moitiés. De l’Anatomie. A font en îa première articulation, font allez gros, ronds, 6c oblongs extérieurement, 8c intérieure- ment canes 5c plats ; Huiez entre deux cauitez affiles entre trois promincnces, deux latérales j 6c la tierce moyenne de l’extremité du premier os du Pedion , qui fouftient le poulce principalement, 5c tous les autres. Et font ainlî appeliez , à caule qu'ils rdlemblent à la figure de la femence de Sefane, longuette 6c plarte. Leur vfage eft , qu’ils tiennent fermement les jointures des mains 5c pieds par où ils fe plient, afin qu’ils ne fe ranuerfent, 5c Portent hors de leur place , quand ils font fort tendus. Finalement, auant que venir aux mufcles , il faut noter que le pied a efté faiét pour deux intentions. L’vneeft, pour affermir 6c ftabilir tout le corps,lors qu’il eft queftion de fe tenir debout : à caule dequoy Nature n’a point mis le poulce oppolîte des autres doigts, ainfi qu’à la main, de peur que telle confirmation ne fuft vicieufe. L’autre intention eft, pour l’apprehenfioni 5c pour ce Nature l’a fait 5c composé de plulieurs doigts mobiles 6c articulez comme la main. Et dauantage, d‘autant qu’il nous falloir marcher fur le pied. Nature l’a fait en fa partie inférieure, cane 6c creux en aucuns lieux, aux autres plat : Ôc pareillement de figure triangle,afin qu’il fuft ca* pable de nous porter par tout pais, foit bolfu ou plat, égal % ou inégal. Double vfàgt La fptie/me Figure extérieure > ou Juperleure du Talon♦ A A Montrent le Talon. B L’Aftragale. C Le Nauiforme, D Le Cubiforme. » E E H Les trois os fans nom. F F F F F Les cinq du Pedion : après lefquels demeurent les quator- ze os des doigts du pied, defquels chacun en a trois* horfmis le poulce,qui nenaque deux. G G G G G Le premier rang defdits o*. La Figure intérieure & inférieure du Fied* Laquelle monftre principalement les os Sefamoidcs * marque* par les h h h h. Le fixiefme Liure, Des mufcles mouuans le Pied. ChAp. XXXIX. Jdeuf muf- cles du pied, Mufcles antérieurs. BglppLi’ P r e s ces choies ainfl confiderée? , refte à déclarer les mufclcs de la iambe qui meuuent le pied, lefquels font neuf en nombre , trois à la partie antérieure , 8c flx |iW à la poftericurè. Des trois antérieurs deux flechilfent le pied,faifans leur aélion en- femble,& chacune à part le tire de Ton cofté :1e tiers eftend principalement les doigts: le dy principalement, à caufe qu'il fcmble par Ton tendon plus délié 8c long ( lequel demeure a i'os du Pedion qui fouftient le petit doigt) aider la flexion du pied. Les deux premiers font nommez , Pvn Efperonnier, à caufe qu'il defeend félon l'os de l'Efperon , nommé cy-deuanc petit Focile : l'autre lambier antérieur , pource qu'il defeend félon l'os dit fpecialement l'os de U iambe : le tiers , à raifon de fon aétion, eft appellé Eftendeur des doigts. Quant à leur origine, l'Efperonnier, qui femble auoir deux telles , defeend de l’Epiphy fe fuperieure de l'Efperon par (à première telle : 8c par l’autre, enuiron du milieu d'iceluy, de la partie antérieure à la pofterieure, ainfl que le monllrc la fuperficie d’entre la ligne antérieure 8c extérieure dudit os:mais ellant par- uenu à l'endroit del'epiphyle inférieure 8c pofterieure dudit os , il produit double tendon par der- rière la chenille extérieure : lefquels eftans conduits par ligamens tant propres que communs,s'en vont,le plus gros fous la plante du pied,fe definant à l'os Cyboide, 8c à l'os du Pedion fouftenant S le poulce : le plus petit s'en va extérieurement au Cyboïde 8c dernier os 8c plus petit du pedion,le— quel fouftient le petit doigt. Quelquesfois vne petite portion d'iceluy s'auance iufqu'au collé du petit doigtjlequel il eftend en le retirât des autres. Le lambier antérieur fortant de l'epiph) fe fupe- rieure 8c extérieure de l'os de la iambe : defeend par dellus la fuperficie dudit os , qui eft entre la ligne antérieure 8c exterieure,aufquellesil adhère, comme fait auffi a la fuperficie iufques prefquc à leur milieu : duquel endroit il produit vn feül tendon, lequel defeendant par la partie antérieure 8c inferieure,s'en va definer intérieurement à deux os innommez, c'eft à fçauoirau premier & plus gros,& au moyen , 8c par vne lîenne petite portion au premier 8c plus gros os du Pedion , par la- quelle il eftend le gros doigt, l’amenant intérieurement vers l’autre pied. Or ce mufcle auecques le précéder plient ledit pied, s'ils opèrent enfemble : mais s'ils opèrent chacun àparr,ils le tirent cha- cun de fon coftc. Le tiers eftendeur des doigts eft double, l'vn prend fon origine du plus haut de l'os de la inféré tout le long de l'Efperon,Ce jette par défions l'anneau,au pied:auquei il fe termine par cinq tendons,qui vont à toutes les jointures des doigts,& par vn fixiefme à l'os du Pe- dion qui fouftient le petit doigt, par lequel il aide la flexion du pied , ainfl que nousauons dit. L'autre defeend enuiron le milieu dudit os del’Efperon:& inféré quelque peu en iceluy,s’en va par vn feul 8c fort tendon pafiànt par fon anneau,au poulce. Et noteras,que tous ces tendons ont leurs fibres nerueufesxlîgamcnteufes,&: charneufes, tellement feparées l’vne de l'autre, que chacun peut £ faire fofi aélioh à part,comme fl c'eftoit vn mufcle feparé : 8c ainfl faut eftimer des autres, lefquels des leur partie charneufe onotendons feparez. S'enfuiuent maintenant les-flx pofterieurs,defqueIs les deux premiets font appeliez Gemeaux,à raifon de leur pareille grofleur , origine , infertion, 8c aélion : le tiers eft nommé Plantaire, pource qu'il fe perd à la plante du pied , ainfl que le Palmaire à lapaulme de la main :1e quatriefmeeft dit Solaire,pour la fimilitude qu'il a auec vn poilfon nom- mé Sole : le cinquiefme lambier pofterieur, à caufe qu'il defeend félon la partie pofterieure de l'os de la iambede fixiefme 8c dernier eft appellé Flecheur, ou plieur des doigts, correfpondant au pro- fond de la main. Aucuns de ceftuy-cy & du lambier pofterieur en font vn feul, qui produit trois tendons :les autres en font trois, à fçauoir vn lambier , l’autre Flecheur des quatre doigts ,& le tiers Flecheur du poulce. Quant aux deux Gémeaux, l'vn eft interne , 8c l’autre externe. L’inter- ne fort de la racine du Condyle intérieur de la cuiflè , 8c de l'externe de l’exterieur : 8c fe failans tout incontinent charneux plus en leur partie extérieure qu'interieure, s’afièmblent quelque peu aptes par leurs parties charneufes, 8c s'en vont faire auec le Solaire vn gros 8c grand tendon enui- ron le milieu de la jambe, qui fe va attacher à la partie pofterieure du talon,fur lequel fe font les mules tant douloureufes. Son action eft de faire marcher fur le bout du pied : en tirant le talon vers fon origine. Le Plantaire, qui eft le plus petit, 8c plus grefle de tous, fort charnu du Condyle externe de la jambe,& enuiron trois ou quatre doigts après fe define en vn fort long 8c grefle ten- don,lequel il enuoye entre les Gémeaux & le Solaire,à la plante du pied, pourillec faire la membra- D ne qui couure la plante du pied, 8c mufcle refpondant au flecheur fublime ou fuperieur de la main. Le Solaire le plus gros de tous, 8c fitué par défions les Gemeaux, defeend de la commifiurc de l’os de la jambe 8c de l'Efperon,& fur le milieu de la jambe,après auoir méfié fon tendon auecque celuy des Gemeaux, s’en va au lieu fufdit, pour eftendre le pied àl’vfage fufdiél. Le jambier pofterieur defeend de l’cpîphyfe fuperieure de la jambe 8c de l'Efperon, & adhérant prefque tout au long d'i- ceux, fe va inferer par vn fort tendon fur la fin quafi ofièux,à l’os Scaphoïde,& aux deux premiers innommez, pour ayder l’extenfion oblique du pied. Le dernier flecheur des doigts eft double : l’vn prend fon origine de l’os de la jambe là où le Poplitée define : 8c cftant inféré audit os,s'en va iuf— ‘ qu'à la cheuille interne, par le derrière de laquelle il s'en va diuifé en quatre tendons,aux dernieres jointures des quatre doigts. L’autre prend fon origine enuiron le milieu de l’os dit l'Efperon , 8c inféré quelque peu en iceluy , s’en va par l’os du talon 8c l’Aftragale au poulce, cftant méfié auec le précédent. Leur aétion eft de plier la première articulation des doigts ,plus par Icjigament com- mun,que par quelque portion de tendon illcc defignante : 8c la dernicrc par leur propre jnfertion. Mufcle Ejperonnier. lamhier antérieur. Eftendeur des doigts. Mu [des pofterieur s. Mu [des Gemeaux. Plantaire. Solaire. lamhier pofterieur. Flecheur des doigts. De l’Anatomie. Des mufcles mouuans les doigts dupied. C k a p. XL. 'E n s vi v en t maintenant les mufcles du pied mouuans les doigts d'iceluy , lef- quels font huid en nombre, vn en la partie fuperieure,& fept en l'inferieurc. Lepre- mier ort l’Aftragale du talon,& Çyboïde par deflbus la cheuille extérieure,ou du 'æÊL %ament 05 auec a ïambe : & couché obliquement vers le plus haut du pied, fc va perdre par cinq petits tendons aux parties latérales des cinq doigts, pour iceux amener extérieurement vers fon principe : au moyen dequoy eft appellé Abdudeur d'iceux,ou biê Pedieux,pource qu'il eft couché fur le Pedion.Quant aux fept de la partie inférieure, le premier nommé Flecheur fuperieur,prend fon origine de Pos du talon,&couché tout le loua du pied fous vue forte mêbrane (qui dudit talô fe va attacher cftroitement à Pextremité des os diô,pour côfirmer les parties côtenucs fous icelle) fe va inferer par quatre tendes aux fecôdes arti- culations des quatre doigts lefquels il flechit.Où faut noter que tout cotre fon infertiô il fe fend ainfi que lefublime de la main pour bailler paftage au mufcle profond,lequel (corne nous auons dit) defeend tout le long des doigts,conduit par vn commun ligament membraneux,qui Penueloppc& ferre cotre Pos tout le long de la partie inférieure des doigts,iufques à la derniere articulatiô.Le fe- cond,qui refpond au Tenar de la main,fitué en la partie intérieure du pied, prend fon origine de la partie intérieure 8c cane du talô ôc aftragale,& fe va definer à la partie latérale & intérieure du poul- cc,lequel il ramene des autres vers la partie intérieure.Et fe peut diuifer en deux ou trois comme le Tenar de la main,pour amener le poulce vers les autres doigts, tant qu'il eft bcfoin,ainfi que nous auons dit de la main.Le troifiéme refpondant pareillement à PHypotenar de la main,fort de la par- tie extérieure du talon,& montant par la partie latérale du pied,fe va inferer à la partie aulîi latéra- le du petit doigt,pour le ramener des autres: àquoy peut feruir aufiï certaine chair contenue fous la plante du pied,laquelle s'auance iufqu’aufdits doigts : comme aulîi le peut ayder à faire le pied creux.S'enfuiuent les quatre Lumbricaux ou Verraiculaires,lefquels fortâs de la membrane du Fie-- cheur des doigts profond,fe vont inferer à la partie latérale ôc interne des quatre doigts,pour iceux tirer vers la partie interieure,au contraire du Pedieux.Refte maintenir à déclarer les mufcles Inrer- oftels de PAuant-pied ou Pedion , lefquels font huid en nombrerqnatre fuperieurs, ôc quatre infe- rieurs,differens en origine,infertion,& adion. Car les fuperieurs, d'autant qu'ils ameinent le pied auec le Pedieux en dehors, prennent leur origine de la partie antérieure ôc intérieure de Pos del’A- uant-pied,qui fouftient le petit doigt,& ainfi des autres chacun en fon ordre,& fe vont inferer à la partie extérieure ôc antérieure de Posenfuiuant. Les inférieurs au contraire fortent de la partie an- térieure ôc intérieure de Pos du Pedion , fouftenant le poulce,& ainfi des autres,chacun en fon or- dre : Ôc fe vont inferer à la partie intérieure ôc fuperieure de l'os enfuiuant, pour iceux amener q auec les Lumbricaux, vers le dedans, ou bien pour faire le pied creux comme les exterieurs,ou le pied plat ou dépouillé, ainfi que nous auons dit de ceux de la main. Huifl muf- des des doigts du pied. Mufcle ab- ducteur des " doigts. F le c heur fuperîeu r. Alu fcles Lumbri- caux. Aiufcles ta- terojfels. Briefue récapitulation de tous les os du corps humain : & faut que le Chirurgien fcache leur fuhjlance, magnitude, nombre yftuation & ajfemblage. Chapitre XLI. Près auoir exactement pourfuiuy par le menu routes les parties du corps humain, refte, auant que mettre fin à noftre labeur , que fommairement nous déclarions le nombre des os, les pourfuiuans de partie en partie. Parquoy pour commencer,nous auons dit que la telle généralement prinfe ( c'eft à fçauoir , auecque Tes parties,} eftoit faiôle de foixante os pour le moins, ôc de foixante & trois pour le plus : fça- uoir eft , quatorze du Crâne, quatorze ou dix-fept de la Face ,& trente - deux dents. De ceux du Crâne, il y en a huicl contenans, &c fix contenus. Les contenans font Pos du front, l'Occi- pital , deux Pariétaux, deux Pctreux , le Bafilaire, ôc l'os Ethmoïde ou Cribleux. Les contenus font les fix qui font enclos dans les trous des oreilles qu'on appelle Incus , Malleolus , & Sra- P pés ; c'eft à dire. Enclume, Marteau, & Eftrier. Quant à ceux de la Face : premièrement, il y en a fix dedans ou autour de l'orbite de l'œil, trois de chacun collé , que nous auons appeliez orbi- taires des yeux ; deux au Nez, nommez aufti de nous Nazeaux : deux Maxillaires mineurs,& deux majeurs, qui toufiours aux belles brutes à quatre pieds fe trouuent ainfi feparez : mais à l'homme, fi rarement, que ic n'en ay point encores veu bien apertement, ains feulement les deux qui con- tiennent toutes les dents fuperieures : deux appeliez os internes du palais : deux en la mafehoire inférieure aux petits enfans : & le dernier,l'os Criftæjd’où le Mur metoyen,ou cartilage moyen du Nez prend fon origine. Outre ceux-cy, il y en a encores trente-deux,qui font les dents, à fçauoir, feize en la mafehoire fuperieure, ôc autant en l'inférieure : fçauoir eft, huiél incifoircs , quatre ca- vingt molaires. Plus il en y a vn à la racine de la langue, nommé Hyoïde, fait de trois ou toufiours, ôc quelquesfois de onze. Apres,ces os icy, faut venir à ceux de l'Efchine ou Rachis,qui font trente-quatre : fept au col : douze au Thorax, cinq aux Lumbes,fix à Pos Sacrum, 8c quatre à Pos Caudæ. Outre-plus,il y a deux Clauicules : vingt-quatre coftes,quatorze vrayes,& dix fauftès: 8c trois à Pos Sternon le plus fouucnt, ou fept au moins, qui font trouuez quelquesfois auxieunes. Apres venant au bras,nous en trouuons, commençant de l'Omoplate,foixante &c deux : à fçauoir, deux pallerons , deux os du bras : quatre du coulde •, à fçauoir , deux couldes proprement dits, ôc deux rayons :feize du Carpe,ou Poignet,huid du Métacarpe ou auant-main,& trente des doigts. Latefle ejl faite de foixante, oh foixante trois os. Huiiï os du Crâne. Six os dans les oreilles. Quatorze ou dix fept de la face. J. OH II. OS de l'os Hyoï- de. 34. os k i’S- [chine, i. Clauicu- les. 14. Ce fie s. 3. ou 7. dtt Sternon. 6t, os aux bras. Os Sefamai- des. 6i. ou os aux. ïambes„ Le fixiefme Liure, D'auantage, on trouue les os Sefamoïdes, qui font douze intérieurs toufiours, & quelquesfois A beaucoup d’auantage, defquels la plus grande partie mérité mieux le nom de cartilage que d'os : & quelques vus extérieurs, fi nous croyons Syluius. Reftcntceux de la cuifte , lefquels ( fi nous pre- nons les os des hanches pour trois chacun, comme ils font aux petits enfans ) font ioixante &c fix, fans les Sefamoïdes : à fçauoir,deux des Iles, deux Barrez , deux Ifchions, deux des cuilfes , deu» Rotules, quatre aux ïambes, fçauoir eft, deux efperons, &: deux os de la ïambe : quatorze du Tar- fei c'eft à fçauoir , deux Talons , deux Aftragales, deux Nauiculaires, deux Cyboïdes , & fix fans nom : dix à l’Auant-pied, cinq en chacun, & vingt-huiâ: aux orteils. Quant aux Sefamoïdes , ils font égaux en nombre à ceux de la main. Le nombre donc des os du corps humain, font deux cens quarante - fept, y adiouftant l'os Hyoïde, & les fix petits , qui font dans les conduits des oreilles, fans toutesfois y comprendre les Sefamoïdes , parce que le plus fouuent aux jeunes, ne (ont que cartilagines, &c que leur nombre fe trouue toufiours incertain. Dauantage, tu obferueras, que les trois cartilages du Larins font pour vray oflèux aux hommes. Et afin que tu puilfcs mieux voir à l'œil le tout,nous t'auons baillé les figures fuiuantes. ‘Déclaration des lettres de la première figure des Os, A L'os Coronal. B Deux os Pariétaux,vu de chacun codé. C Deux os Pctreux, vn de chacun cofté. D Le Zygoma. E " La mafchoire inférieure. F La Clauicule droite,& autant de l'autre cofté. G L'Apophyfe fuperieure de l'Omoplate, dite Acromion. H L'Apophyfe antérieure de l'Omoplate, nommée Coracoide,ou bec de Corbin. I Le Sternon qui reçoit les fepc coftes vrayes. K La Cartilage nommée Xiphoïde , la Fourchette en François. L Les vingt-quatre coftes, douze de cha- cun cofté : defquelles il y en a fept vrayes,& cinq fauftès, qui te font mar- quées par 1.2.3.4.5.6. &c. M Le Bras , ou Brachium, ou Humérus, vulgairement, l’Adiutoirc. N L'os du Goulde , vulgairement dit, le gros Focile du Bras. O Le Rayon, ou %adlus, vulgairement, le petit Focile du bras. P Le Poignet, ou Carpe , compofé de huiét oftèlets. CL. L'Auant-main , ou Métacarpe, conte- nant quatre os. R Les os des doigts, trois en chacun, qui font quinze en tout. S L'os de la cuifte, dit Fémur, ou Crus, T La Palette, ou Rotule du genouïl. V L'os de la jambe. • . X L'Efperon, dit Péroné, ou Fihula, yul- gaircment app elle, le petit Focile de la jambe. Y L'Aftragale. Z Le Nauiformc, ou Nauiculaire. a Les quatre os du Tarfe. b Les cinq 05 du Pedion. c Le quatorze os des doigts, trois en chacun, & deux au poulcc. De l’Anatomie Déclaration des lettres de la fécondé figure des Os. A Fait l’endroit de la Suture Coronale. B La Suture Sagitale. C Deux Sutures Mendeufes, D La Suture Lambdo'ide. E L’os Occipital. F Le Palleron ou Omoplate* G Le col de l’Omoplate. H La tefte du bras. I L’eminence du coulde, dit des Grecs, Olecramm. K Les fept Spondyles du col, & à cofté vn peu plus bas font les colles mar- quées par 1.2.3. &c. L Les douze Spondyles ou vertébrés du Metaphrene. M Les cinq- des Lumbes. N L’os Sacrum. O L’os de la queue , dit os Caudæ , ou Coccyx. P L’os Ampluntyou 7/#«w,fait aux ieunes enfans de trois os , & vulgairement nommé de trois noms : car la partie fuperieure eft dite Ilium : celle qui re- çoit la tefte de l’os Femoris, Ifchion ; & la partie antérieure , Pubis. Q La telle de lacuifte,dite vertebrum. R Le grand Trochanter. T Le petit Trochanter. V Le Calx, Calcaneum, ou Talon. Recueil du nom de la connexion des Os. C h A p. X L11. KEv qu’il eft autant neceftaire au Chirurgien de fçauoir la naturelle réparation des os rompus, que la réduction des luxations ou diflocations : ce qui luy eft du tout ira- pofîiblefans la cognoiflance de la connexion des os : i’ay pensé de beaucoup aider le ieune Chirurgien, Ci en brief ie luy defcriuois comment, Ôc en combien de fortes les os font conioinéls entre eux : fans obmettre l’explication d’aucuns mots qui font vlitez tant en Grec qu’en Latin. J compolîtion donc vniuerfelle, ou contcxture des os du corps humain s’appelle des Grecs Sceletc. , qui lignifie Anatomie feiche. Or la maniéré, par laquelle tous ces os font conioinéls, eft de deux genres : les vnsont leur conionélion par Ar- throfe, ou Article, que les Grecs appellent Arthron : les autres par fymphyfe, naturelle vnion d’i- ceux. De l’vn & l’autre genre plufteurs efpeces fetrouuent: car article ou arthron a deux efpeces,à fçauoir Diarthrofe &: Synarthrofe: entre lefquclles il y a telle différence, & que Diarthrofcveft vne coniondiond’os, en laquelle le mouuement eft matiifefte apperceu à veu'é d’œil : & Synarthrofe a mouuement qui n’eft point du tout Ci apperceu & manifefte. Derechef ces deux efpeces ont encore deftous elles quelques autres fortes: car Diarthrofe a fous foy Enarthrofe, Arthrodie & Ginglime. Enarthrofe doc eft efpefte de Diarthrofe,en laquelle vne profonde & creufe cauité reçoit vne longue D ôc grollè tefte,côme celuy de la cuifte auec celuy de la hanche. Arthrodie, quand vne cauité legere fuperheiaire reçoit vue tefte fort petite & peu auancée,côme il aduient en la connexio du bras auec l’cfpaule,& en la première auec la fecôde vertebre.Les Grecs ont diftingué ces deux fortes de telles, & ces deux fortes de cauitez par certains mots à eux couftumiers,car quand la tefte eft grofte & lon- gue,ils l’ont appellee Cephale,les Latins Captit: & quand elle eft courte 3c aduancec,ils l’ont appcllee Corone ou Corono. Pareillemét aulîi la canité,qui eft creufe &c profôde,aefté appellee Cotyle ou bouët- te:& la peu creufe ôc prefque fuperficiaire,G’/£77£,/.La troiliefme cfpece appellee Ginglyme,fe fait quâd les os s’entrereçoiuentjc’eft à dire quâd en vn mefme os,il y a vne cauité qui reçoit la tefte de l’au- tre os, comme principalement aduient au coulde, & au genoiiil : c’eft à dirc,en la connexion de la cuifte auec l’os de la iambe : & tefuffife de Diarthrofe, & de fes trois cfpeftcs. Synarthrofe, qui eft l’autre cfpece d’Article ou d’arthrofe, a aulîi trois efpeces, félon Galien au Hure des os , fçauoir eft Suture , Gomphofe, & Harmonie. Suture eft vne compolitiond’os, faiéte à la femblance des cho- fes coufucs, comme le mot Latin l’emporte : aulîi comme tu as entendu en la connexion des os de la tefte. Gomphofe eft faicte , quand vn os eft fiché dedans l’autre, en forme d’vn clou ou d’vn gond , comme les dents font fichees dedans leurs creux ou alueoles, en l’vne & l’autre mafehoire. Harmonie troilieime efpefte de Synarthrofe, eft fai£te , quand les os font conjoints &c vnis telle- Sceletos, Article. Diarthrofe, Synarthrofe, Enarthrofe, Arthrodie, Gingîym*, Suture, Gomphofe, Harmonie, Le fixiefme Liure, 184 ment, qu’il n’y a qu’vne fimple ligne , comme aux deux os du nez , ôc en quelques vns de la face. A Or iufqu’à prefcnc auons parlé du premier genre de conionélion, ôc de Tes diffenccs relie mainte- nant que nous parlions de fymphyfe, qui eft le fécond genre principal de noftre première diuifion. Symphyfe donc n’eft rien que naturelle vnion des os, comme nous auons dit, mais elle fe fait en deux fortes : car quelquefois telle vnion eft faite par moyen ôc bénéfice d’autre matière , autres- fois fans aucun moyen. Sans aucun moyen (éloignent les os de la raafchoire inférieure , qui aux petits enfans fe trouuentfort bien diftinguez, mais toft après s’vnilfent enfemblc. Les os font vnis par moyenne matière en trois fortes, ou par cartilage au milieu : laquelle vnion les Grecs ont ap- pelle Synchondrojîs, comme il aduient à l’os Pubis, ôc quelques epiphyfes des ieunes enfans : ou par ligament,& celle efpece les Grès ont appellee en prenant ce mot de nerf largement : car quelqucsfois il effc pris pour vn tendon, autresfois pour vn ligament, autresfois pour vn nerf pro- prement dit, qui vient du cerneau ou delanucque. Telle connexion de Syneurofîs peut dire trou- uee à quelques os du Sternon , ôc des flancs : où par quelques mufcles fe conjoignenc ôc affermif- fent les os, laquelle forte d’vnion les Grecs nomment Syjfacorjîs comme la chair des genciues, qui conforme ôc rend les dents immobiles. Or en toutes les iointures qui ont mouuement manifefte. Nature y a produit vn humeur glaireux 8c vifqueux , à fin que le mouuement foit plus libre : ôc à l’imitation de ce les chartiers engrdfent les moyeux de leurs charretes, afin qu’en roulant ils tour- nent plus librement ôc promptement. Et de ce t’ay bien voulu aduertir fur la fin de mon liure,afin B que tu n’euflès à y defirer chofc qui femble appartenir à la matière Anatomique, de laquelle tu fe- ras ton profit: louant ce grand Architedeur , fadeur de toutes chofes, qui a faid ôc compofé auecvnfi indicible & incomparable artifice toutes les parties de noflre corps : ce qui nous eft monftré par l’vfage d’icelles. Or de cognoiftre fa vertu ôc cognoilfance , par laquelle il parfait toutes ces merueilles, c’eft chofe qui exccde l’intelligence humaine , parce que Dieu les faid par puiflance, vertu , ôc fapience, parquoy nous ne pouuons , finon le louer , remercier & magnifier. JgJf E SI TELLE DIVISION NE PLAIT A V CHACVN, four plufieurs obfcuritez dont elle fourrait fembler enueloppée, te me fuis adutsé de celle - cy, de laquelle ma premièrement ouuert le chemin M. Germain Courtin, Dotfeur Regent en la faculté de Médecine, laquelle à celuy qui la confiderera bien,fembler a fins intelligible, & hors de tout hazard de refrehenfion. *vnis cnferable par Symphyfe : c'cft à dire, vnion & connaturation, eftans quafi comme entez l’vn auec l’autrejfçauoir, quand en iceux il n’y a rien d’eftrange & diflemblablc qui fc puifle apperceuoir : Telle vnion fc void é$ deux os de la mafehoire inférieure pardeuanc au menton , és os du brichet enlctnble, és os des flancs auec les os des hancheSiSc barrez. De telle vnion d’os il n’y a qn’vne efpece ; car à par- ler à la vérité, les os qui auparauant eftoient diuers, font vnis par vn feul moyen, fçauoir, pat le cartila- ge, qui defaiét n’eft plus cartilage, mais eft dégénéré en os. "Emboiture , qu’on appelle Enarthrofc, fçauoir, quand tout eft dedanÿ, c’cft à dire , quand toute la tefte de l’os eft re- ceue,& du tout cachée en la boette d’vn autre os. Telle eft la jointure de l’os de la cuiiTe auec l’os de la hanche. Enfonceurc , qu’on dit Arthrodie , comme fi on vouloir dire vne telle quelle jointure; quand toute la tefte de l’os n’cft pas logée & plongée dans fa boette , ains feulement eft placée comme à demy:de forte que fi Nature d’ailleurs, comme des ligamens des mufcles voifins , n’euft bafty Sc caué réceptacle à ladite tefte d’os,il euft efté fubjed à tou- tes heures à luxation. Telle eft la jointure de l’os de l’ef- paule, qu’on dit Humérus, auec le palleron. Enclaueure,qu’on dit Ginglyme,quand les os feicçoiuét & logent l’vn l’autre. Telle eft la jointure de l'os du coul- dc, ou bras, auec l’Humcrus. ’à lafche , que l’on dit par Diarthrofe ; qui eft vne efpece de join- ture peu ferrée, faite ainfi , afin que les os peuflent ioiier à plai-., fir, & par telle com- modité faire diuers mouuemens.De telle jointure nous auons trois efpeces. afiemblcz , parce qu'on appelle arti- culation , c’eft à dire,jointure ; fça- uoir, quand iceux os font tellement abutez & alliez, qu’entre iceux fe void quelque cho- fe de diuetfc natu-’ rc , de façon qu’on peutapperceuoirla diuerfité de l’af- femblagc. Or tel aflcmblage d’os par jointure eft faiét en deux fa- çons ; fçauoir, ou Les os qui corne poulx foufticnncnt tout lebafti-- ment du corps hu- main , font ou où à rcftroic,quc l’on dit par Synarthrofc: quand la jointure des os eft ferrée & adiu- téc de prés. Ce que nature a faiéfc , à rai- . fon que tels os ne doiuent auoir aucun mouucraent, ains fe deuoient tenir abut- tcz l’vn côtrc l’autre. De tel aflcmblage d’os nous auons trois cfpeces : car les os font aflemblcz à l*c- ftroic, ou " Par fiche, qu’on dit Gomphofe , quand vn os eft receu dans l’autre, comme vn clou ou gond dans fon trou. De telle façon eft la iointute ou aflcmblage des dents, aucc leur mafehoire dedans les alucoles : car les dents font en* chaffeçs dans les mafeboires, comme vnc pierre dans le chaton d’vn anneau. Par coufture, & icclle dentclcc ou crcnelec à la façon des dents de fie , comme eft la Jointure des os du Crâne enfemblc ou cfcaillce,côrac eft la coufture des os Pierreux auec les Pariétaux. Par allignement,quc l’on dit harmonie,qnand les os op- pofez & appariez vis à vis , & tefte à tcflje Tvn de l’autre, font joinds par le moyen d’rnc feule lighc, comme eft 1» .jointure des deux os du nez. De l’Anatomie. Récapitulation de tous les mujcles du corps humain, lefquels nous auons osé nommer ( au moins de la plupart) vn peu trop hardiment,comme ilfemblera a d'aucuns : mais le plus proprement qu il a efle pojitble,pour noflre langue Françoije, afin d'éuiter les mots Grecs & Latins qui fe trouuent en l’Anatomie de Syluius. Chap. XLIIL STfiiP! y T commc nous t'auons baillé le nombre de tous les os de hoftre corps ; aufll p|j auos-nous délibéré de faire le mejfme de cous les mufclcs,la defeription defquels tu pren- fli# raS aU c^aP^tre °h nous en aLlons parlé. Commençons donc à la Face , & pourfuiuous iufqu' au bout des pieds.En la face fe trouue premièrement celuy qui eft appelle mufcle large ou Peaucier, venant du pannicule charneux,couurant tout le col & prefque toute la face. Ou- tre ceftuy-là fe trouuent les quatre qui appartiennent à la paupière fuperieurede l'œil. Plus dedans l'orbite ou cauité fe trouuent les quatorze mufeles des yeux,fept pour chacun,fçauoir quatre droits, deux obliques , & vn pyramidal. Les quatre du nez vont après, deux par dehors , vn de chacun codé , & autant dedans les nazeaux. Les externes ouurent, & les internes ferment le nez. Les dix B de la mafehoire inférieure tiennent leur rang après, fçauoir eft , deux crotaphkes ou temporaux, deux maflèteres ou mafeheurs , deux ronds ( Iciquels me femblent pluftoft appartenir aux lèvres qu’à la mafehoire } deux cachez dans la bouche qui viennent des apophyfes pterygoïdes, & deux ouure - bouche tendineux par le milieu. Les huieft des lèvres fe monftrenr après, fçauoir quatre fu- perieurs & autant inférieurs , qui ouurent & ferment la bouche, à caufe dequoy nous les pouuons appcller ouure - lèvres & ferme-lèvres. Dedans le creux de la bouchefe trouue la langue éc les dix mufeles qui luy appartiennent : parquoy en toute la face nous crouuons cinquante & vn mufeles. A la partie antérieure du col on trouue les mufeles qui appartiennent à l'os Hyoïde, qui eft Pos de la langue , & du Larinx. L'os Hyoïde eft attaché par huièfc mufeles, deux fuperieurs venans du menton, deux àcoftè venans qc Papophyfe ftyloïde, lefquels font percez au milieu , à traners def- quels pallènc les deux ouate-bouche , qui à ccft endroit- là font tendineux : deux viennent du fter- non , ôedeux de la cofte fuperieure de l'Omoplate près du Coracoïde , qui aufîî font tendineux au milieu, àPendroid: où les deux maftoïdiens font couchez par deffus eux. Le Larinx corapofé des trois cartilages, comme nous auons dit en fonlieu, a dixhuièt ou vingt mufeles : fix ou huieft com- muns , & douze propres. Des communs, deux font fuperieurs, deux inférieurs, deux à cofté de la première cartilage : aufquels tu peux adioufter les deux qui feruent à ouurir PEpiglotrc, qui touf- jours fe trouuent aux gros animaux à quatre pieds pour rabbaifler intérieurement ledit Epiglotte: mais aufli peu apparents aux hommes,comme manifeftement ils fe trouuent aufdit.es beftes.Les pro- C près font douze, lefquels viennent prefque tous de la fécondé cartilage, pour s’inierer à la première & troifîefme , defquels les vns font pardeuant, &c les autres par derrière leTyroïde. Outre ceux-là font deux Maftoïdes,qui flefehiffent la tefte. Et à la partie pofterieure du col y en a douze pour la tefte,de forte qu'elle a fon mouuement par ces quatorze mufeles, deux maftoïdiens antérieurs, & les autres pofterieurs, fçauoir eft deux fpleniques, oufplenitiqucs : deux entrelacez ou entortillez, quatre droièts & quatre ob!iqucs,qui font fort petits,ne paflànc point la première & fécondé verté- bré. Le col a huidt mufeles, deux longs pardeuant, furie corps des vercebers:deux fcaneies,qni font à cofté : deux efpineux qui font le long de l’efpinc des vertebres:dcux tranfuerfaux qui vont aux a- pophifes tranfuerfes du metaphrene. Le Thorax ou poitrine a quatre vingts ôc vn mufdes,dont les vns font pardeuant, les autres par derrière , les autres à cofté , &lont tous accouplez h or finis le Diaphragme. Ils font deux fouf-clauiers : deux grands Dentelcz,qui viennent de la bafe de l'Omo- plate ; quatre petits Rhomboïdes, deux fuperieurs , & deux inférieurs, deux facrolombaires, deux dans la poidtrine reflcrreus du cartilage.Plus vingt deux emrecoftaux extérieurs,ôc autât intérieurs, 24. entre-cartilagineux,fçauoir douze exterieurs,& douze intérieurs : de forte que les emrecoftaux & entrécartilagineux font foixàte hindi: aucc les douze fufdits font quatre vingts,& le Diaphragme qui eft feul : par ainfî le Thorax aura quatre vingts-vn mufcle pour fe dilater & refïèrrer. Et fi tu y veux adioufter les mufeles de l'Epigaftre,ie n'en debatray point beaucouprà raifon que par accident ils feruent à l’expiration & infpiration. Des huidt mufeles de l’Epigaftre d®nt il y en a quatre obli- D ques,deux defeendans Sc deux afeendans : deux droidls,aufquels tu pourras adioufter les deux petits qui viennent de l'os Pubis, fi tu les veux feparer de la tefte des droidts : deux Tranfuerfaux. Outre ceux-là, nous pourrons nombrer ceux des Lumbes, qui font fix ou huidt : deux qui les flefehiffent qui font triangulaires : deux my-efpineux,deux facrez, &c deux qui font an milieu du dos, que nous pourrons appeller Rachites. Or à prêtent, afin que nous ayons les extremitez à part, nous conte- rons les mufeles qui font aux parties honreufes. Pour les tcfticules donc tu trouueras deux Cre- mafteres ou Sufpenfeurs. A la racine de la verge, ou au Perineon,tu trouueras quatre mufclesjpar- tie pour le conduit de l'vrine & femcncc, partie pour aucunement eriger la verge. A la veflie ru trouueras le Sphindler ou ferment : & au bout de l'inteftin droit tu trouueras trois mufeles, deux pour rcleuer le fiege, & vnfphindter ou ferment, Reftemaintenant, que nous venions aux extre- mitez, & premièrement au bras : & nous femble meilleur d'en eferire feulement vn, afin que tu en pailles iuger autant de l'autre. Le bras doneques commençant de l’Omoplate, a pour le moins qua- rante-deux mufeles, & peuuent cftre en beaucoup plus grand nombre, mais pour cefte heure tu te contenteras de cccy. L'Omoplate donc a quatre mufeles, le bras fept ou huidt,le coulde trois , ou quatre, ou cinq. An coulde iuterne font fept mufeles, & autant à l’externe : puis en la main , treize pour le moins. Les quatre mufeles de l’Omoplate, font vn trapeze,reifemblânt à vn capuchon de Mufcle large ou Peaucier» Quatre muf- des de la paupière fa- perieure, Quatorze mufeles des yeux. Quatre muf* des du Nez, Dix mufeles de la maf- choire infé- rieure. Hui£l tnuf- cles des le- ttres. Dix tnufcles pour la Un* gue. Huici muf~ des pour l'os Hyoïde. , Mufeles du Larynx. Quatorze Tnufcles pour tnouucir la tefie. Huift tnufcles pour le mouMmit du Col. Quatre- vingts vn mufcle du Thorax. Mu fries de l’Epigaflre. Mufeles det Lumbes. Cremafleres. Quatre tnufcles à 1% racine de la 'verge. Sphin&er de la vejffe Trois tnufcles du Jîege. Quarante deux tnufcles du brtu. Le fixiefme Liure, m TomopUte. Sept mufdes du bras. Moine, qui efleue, abaifte tk tire en derrière l’Omoplate. Le fécond eft le releueur. Le troîfteîraefA. eft le grand Rhomboïde ou Lozenger , qui eft au deftbus le Trapeze. Le quatriefme eft le petit Dentelé, qui s’infere au Coracoïde. Le bras fe meut en deuant, en derrière , en haut,en bas, 8c en rond. Le Peéloral venant de la clauicule du Sternon &c des coftes prochaines le rire au deuant : le Ballet le tire en derrière, venant de la balle cofte de l’Omoplate. Le Deltoïde le tire en haut, 8c le tres-large le tire en bas, 8c quelque peu en derrière : les trois qui font limez autour de l’Omoplate le meuucnt en rond. L’Epomis ou efpaulier, le tire en haut : le Sur-efpaulier qui fe peut diuifer en deux , le tire en derrière 8c en bas : le Souf-efpaulier qui eft en la cauité de l’Omoplate le tire en deuant. Ainli par fon adion faide l’vne après l’antre , le bras fe meut en rond. Le coulde fe plie par deux mufcles, dont l’vn eft à deux telles, l’autre eft le Brachial. Il s’eftend par vn, ou deux, ou trois mufcles : car lî tu regardes l’origine , il a deux ou trois telles , mais vne feule infertion. Au coulde intérieur y a fept mufcles,vn paumier, deux poings-plians,ou Carpiflexeurs, deüx'Prona- teurs,ou couche-main, l’vn quarré, l’autre aucunement rond : deux doigts plians , l’vri fuperieur qui va à la fécondé jointure des doigts, l’autre inférieur, auec lequel nous remettons le poulce- plieur. Les mufcles du coulde extérieur font deux fupinateurs ou renuerfe-main, deux eftendeurs de poignet ou main-eftendeurs, deux eftendans les doigts ou doigts-eftendeurs,& vn abdudeur ou obliquateur. Les treize de la main font ceux-cy,l’vn fitué à la ligne vitale,nommé Thenar ou Mo- ® Iet,feriiant au poulce, lequel fe pourroit diuifer, non feulement en deux, mais en lïx, tant pour les adions diuerfes,que pour les feparations qui s’y trouuent. Le fécond eft l’Hypotenar,on le Lezar, qui eft pour le petit doigt. Le troiftefme cil l’Abdudeur du poulce. Apres ces trois fe trouuent les quatre Lumbricaux, ou Lamproyons, 8c les lîx entrc-oflelets , combien qu’on en püifle bien trouucr huid. Et te fuflîfe de la main. La jambe toute entière a cinquante mufcles pour le moins: car pour la cuiftè nous en trouuons quatorze, pour la jambe, onze : 8c des lîtuez en la jambe, neuf: trois par deuant, lîx par derrière, qui ferment pour le pied 8c pour les doigts : au pied, feize. Dés quatorze qui feruent à la cnifte, deux la plient, l’vn appeîlé Lumbaire, l’autre vient du creux de l’os des flancs. Les eftendeurs font les trois feffus qui condiment la feftè, le mufclc à trois telles, que tu pourras diuifer en trois h tu veux. Outre ceux-là, pour tourner la cuifle font les quatre gé- meaux , 8c les deux obturateurs ou boucheurs, l’vn interne, l’autre externe. Les onze de la jambe font, le long, le membraneux, les quatre pofterieurs, dont les trois viennent de l’os.Ifchion,& Tau tre de la commifliire de l’os Pubis : le droit, les deux vaftes,le Cuilïîer, 8c le larretticr. Les mufcles lîtuez en la jambe feruent partie au pied, partie aux doigts, 8c font trois pardeuant* & lîx par derrière. Deux des antérieurs flechiflènt le pied , defquels l’vn eft appellé lambier anté- rieur, l’autre Efperonnier, qui fe peut diuifer en deux. Le troilîefme eft le Doigt eftendeur, com bien que partie de luy flechiflè le pied, auquel mefme on réduit le Poulce-eftendeur. De ceux qui lont derrière, Tvnfert àflechir les doigts , 8c les autres pour le pied, lefquels fc trouuent en tel ot- C dre : deux Gémeaux, vn Plantaire, vn Solaire, vn lambier pofterieur, 8c le grand Doigt-plîeur ; au- quel on remet le Poulcc-plieur. Des feize lîtuez au pied,l’vn eft fuperieur lîtué fus l'auant-pied, que nous auons appelle Abdudeur des doigts : L’antre en la plante du pied, qui eft le petit Doigr- plicur, qui va à la fécondé jointure des doigts par dedans le pied. Il y en a vn pour le poulce, que nous pouuons appeller Chaflè-poulce. En dehors le pied y en a vn autre pour le petit doigt : auec ceux-cy fe trouuent les quatre Lumbricanx,ou Lamproyons : plus les huid Entre-oflèls, ou dix,li tu veux. Et te fuffile du nombre.des mufcles, pour lequel cftre général, tu les chercheras chacun en fa partie. Deux muf- cles du coul- de. Quatorze mufcles fi- coulde. Mufcles de la main. Cinquante mufcles de la iambe. Quatorze mufcles de la cuiffe. muf- cles de la iamhe. Mufcles fi- tuez en la iambe. Mufcles fi- tuez, au pied. De l’Anatomie. 187 A Figure nejifiefine é* première des mu files, laquelle te reprefiente au cofié gauche, l'homme auec fit peau : à4 au cofîé droit, tous les mufcles feparez, les vns des autres , & entores en leur heu : & ce par deuant. a Monftre le mufcle qui ferme l'œil, b Celuy qui î-ouure. , c Le Crotaphyte , ou Temporal, d Le Zygoma. e Le mufcle Mafleter, ou Mafcheur. f Muicle iupericur defeendant à la lèvre in- férieure, g Le mufcle qui defeend à la lèvre fuperieu- re, 3c aux ailes du nez. li Le mufcle rond caché de la Tunique inter- ne de la bouche, i Le mufcle inférieur qui monte à la lèvre fuperieure. k Le mufcle qui fait remuer la lèvre infé- rieure. 1 Le mufcle qui ouure la mafehoire infé- rieure. m Le mufcle Maftoïde. n L'efleueur de l'Omoplate, o La Clauiculc. p Mufcle Souf-clauier, q Le petit Dentelé antérieur, montant des cinq ou lîx colles fuperieures au Coracoï- de de l'Omoplate, r L'origine du mufcle Peèloral,qui prend de l'os Sternon. s Mufcle Pcèloral. r Deltoïde. v Mufcle Biceps ou Double telle, Flecher coulde. x Brachial Flecheur aulîî du coulde. y Vn additament ou extenfio du mufcle pré- cédent , aydant à fléchir 3c plier le mefmc coulde. z Le Pronateur de la main. 3c Le Treflong, ou Renuerfe - main. A A Les Plieurs du Carpe, ou Poing - plians. B Le fuperieur Doigt - plieur, C Le profond Doigt-plieur. D Le Palmaire. : c: J Ces h met petites lettres qui fiuiuent de la petite figure, te reprefientent la main vn petit plus amplement que l'autre. B F G Les mufcles du poulce, qui flechillent le premier &. fécond os. H H Les mufcles Lumbricaux. ... I Le mufcle qui retire le petit doigt derrière les antres. , K L’anneau du Carpe. L La filfure des quatre rendons du mufcle Doigt-pliant fuperieur : par laquelle les tendons du profond montent à la troifiefmc articulation des doigts;* M Les tendons du Profond. N Le grand Denrelé feparé , qui fert pour dilater le Thorax. ' 0 L’Oblique defeendant de l’Epigaftre. P Le Tranfiierfal. Le Droidt. R Le nombril auée ta ligne blanche. 5 Vn des petits mufcles qui montent de l’os Pubis delfus la tefte des Droits, T L’Oblique Afcendant. Y Le Membraneux de la cuiflc. X Le Droit de la cuille. Y Le Treflong, dit le Coufturier. Z Z Les deux Vaftes ou Maflîfs. i.i. 5. Le mufcle Triceps defeendant de l’os Pubis à l’os Crural intérieurement, 4 La Pallctc du genouïl. 5 L’Os de la jambe. 6 Vnc portion du mufcle lumeau. 7 Vne autre portion du Solaire. 8 Mufcle lambier , interne ou pofterieur. 9. 10. Les Fleçheurs du pied, II Eftcndeur des Doigts, 12.13. Deux Malléoles. 1 . ' u i x A Le fixiefme Liure, Figure quatorze[me 5 & fixiefme des Mufles 3 demonftrant l'Homme au coîîè A gauche y auec fa peau 3 40 /w Mufles. a Monftre l’os Occipital entièrement defcouuert. b Mufcle Splcnitique renüerfé fur le coftc gauche. O * f c Mufcle entortille, ou entrelace, d Mufcle Efpineux. c Mufcle Oblique , montant de l’efpine du fécond Spondyle à l’Apophyfe Tranfuerfe du premier, f Mufcle Oblique , qui monte de la fuf- dite Apophyfe Tranfuerfe à l’Occiput, g Mufcle droit,fous lequel eft couché fon compagnon, h h Deuroit monftrer le Trapeze , mais il eft demeuré à figurer, i Mufcle Rhomboïde de l’Omoplate, k Releueur de l’Omoplate. I Le petit mufcle qui eft couché à la ca- uité, qui eft ddfus l’Efpine de l’Omo- plate. m Mufcle Deltoïde de l’Efpine de l’O- moplate. no Le Suf-efpaulier , lequel par d’aucuns, pour néant eft diuifé en deux, p Mufcle qui déprimé & tire en derrière le bras venant de l’angle inférieur de l’Omoplate, q Mufcle Treftarge. r f Deux mufcles qui eftendent le coulde. t Vne portion du mufcle Brachial qui plie le coulde. V Origine du mufcle Treflong renuer- G feur de la main, u Olecrane ou tuberofité du coulde. x Os du coulde. y y Vne portion des deux mufcles qui flechiflent le Carpe. z Mufcle qui eftend les doigts, ôc vn des Eftendeurs du Carpe à double tefte,& double queue ou tendon. A L’autre eftendeur fon compagnon. B B Mufcle Abdu&eur du poulce. C L’Eftendeur dudit poulce. D L’Annulus , ou ligament des tendons. E Rhomboïde,ou Dentelé fupericur & pofterieur. F Le Sacrolumbus a douze tendons. G H Demy-efpineux. I Mufcle Rhomboïde ou Dentelé pofterieur & inférieur. K Mufcle Lumbal,ou pluftoft Triangulaire. L Le premier & plus gros mufcle de la fefle, çenuerfc fur le cofté gauche. M Le fécond en afîiette & grandeur. N Le tiers & plus petit. O O O O Quatre Gemeaux. P Mufcle obturateur interne. Mufcle obturateur, ou bouche externe. R Le grand Trochanter. S Le mufcle Vafte extérieur. T Le premier des Flecheurs de la jambe, lequel fe peut appeller renforcy. V Le fécond. X Le tiers, tous deux internes. D Y La plus grande portion du mufcle nommé Triceps.. a a Mufcles Gémeaux. b Mufcle Solaire. i Mufcle Tenar du pied. a Le petit doigt plieur du pied. TABLE DES CHAPITRES du fèptiefme Liure, des T umeurs en général. ■ VG ceft que Tumeur contre Nature y qui Je nomme 'vulgairement oApofleme, & des différences d'icelle. Chapitre J Des caufes des Tumeurs en général. chap. ij Des fignes des Tumeurs en générai Chap. iij Du PrognoHic en général des ApoHemes. Chap* iv (Jure générale des Tumeurs contre nature. Chap. v Des quatre Tumeurs 3 ou ApoHemes en général, d'autres réduites fous icelles. Chap. vj Du Phlegmon. Chap* vij Des caufes & fignes du Phlegmon. Chap. viij De la cure du Phlegmon. Chap. ix (Jure générale du Phlegmon 5 lors qu il efi dégénéré en ahfcés. Chap* x Des efpeces des fièvres,qui furuiennent au curation <î icelles. Chap. xj De iëryfpelas. Chap. xij La cure d'Eryfipelas, Chap. xiij De Herpes. Chap. xiv Des fié'vres qui furuiennent aux Tumeurs eryfipelateufes. Chap. xv C De iOedeme. Chap. xvj Des Tumeurs 'venteufes aqueufes. . Chap. xvij De la cure des Tumeurs qui commence, & neft encor bile. Le feptiefme Liure, 192 Les tumeurs ont quatre temps. Commence- ment. Accroifie- ment. Eftat. Déclination. Comme fe terminent les tumeurs. qui fait la tumeur, ne dégénéré 8c fe change en autre forme 8c fubftance. La déclination eft,quand A la tumeur,douleur,fiévre, inquiétude, 8c tous autres accidents fe diminuent manifeftement. ht par ainfi le Chirurgien cognoiftra comme la tumeur ou apofteme le doit terminer. Ce qui fe fait par quatre maniérés,moyennant qu’elles ne foient empefehées par repercuffion,ou d'elles-mcfmes fans aucune occafion raanifefte ne s’en retournent par delitefcence : car il aduient founent que quelques-vnes fe terminent par infenfible tranfpiracion, qu’on appelle refolution, autres par fup- puration, quand la matière fe cuit : les autres paftènt en difpofition dure fcirrheufe,dite vulgaire- ment induration, eftant feulement refoulte la plus fubtile partie de l’humeur. Autres encores beau- coup pires,defquelles les parties eftans vaincues par grandeur de la fluxion,ou par mauuaife quali- té , ou tous deux enfemble, deuiennent en fi grande intemperature, que leur adion fe perd, 8c fe tournent en gangrené, qui eft corruption & putrefadion. La meilleure voye des fufdides termi- narions, eft refolution : 8c la pire, corruption : les autres deux font moyennes : toutesfois fuppura— tion eft meilleure que feirrhofité ,ou dureté. Les figues par lefquels le Chirurgien cognoift que l’apoftemefe termine par refolution, font quand la tumeur, douleur, pulfation,tenfion,chaleur,& autres accidents fe diminuent, & par lalegereté du membre , 8c lors que le malade fe fent grande- ment allégé, apperceuant vne demangeaifon à la partie : ce qui aduient communément és apofte- mes chaudes,à raifon que tel humeur eft plus ftibtil 8c tenve. Les fignes que fuppuration fe fait, font grande douleur, chaleur,tumeur,pulfation,fîévre ; ainfi que dit l’oracle d’Hippocrates. Quand R le pus fe fait, il y a douleur 5c fièvre, plus que quand il eft ]a faid. Or il faut que le Chirurgien foie bien attentif à cognoiftre ledit pus: car founent il eft caché, tellement qu’on ne le peut apper- ceuoir,à caufe de l’efpdfeur du lieu , & du pus : Ce qui eft monftré par Hippocrates. Quand la fuppuration eftant au corps n’cft cogneuc , cela aduient à caufe de la craflîtude de la mariere,ou du lieu. Les fignes,pour cognoiftre qu’vne apofteme fe termine en feirrhe ou dureté,font diminution de la tumeur & dureté dclaifsée en la partie par l’imbecilité de nature & des humeurs cras 8c gluês, ou par l’ignorance du Chirurgien qui aura trop vsé des medicamens refolutifs, lefquels refoluenc la matière la plus fubtile ,& la plus terreftre fe delfeiche 8c s’endurcit, eftant femblable à ceux qui font pots 8c tuiles, qui par dcficcation au Soleil,ou au feu endurciflent la terre en dureté de pierre: ainfi le Chirurgien ignorant bien founent par trop grand vfage de repercuflîfs condenfe le cuir, 8c efpelîit la matière, 8c eft fouuent caufe de feirrhe. Les fignes de putrefadion 8c corruption , font quand les accidents font plus grands que n’auons dit en la fuppuration, & lors que la putrefadion 8c mortification eft faite , la douleur ceflé, 8c la couleur de la partie deuient liuide, noire, 8c bien fouuent y eft trouué grande puanteur : ce qui feracy-apres declaré,lors que parlerons de gangrène, fphacele, ou mortification. La foudaine diminution de la tumeur,eft figne que la fluxion retour- ne au dedans, tellement qu’elle n’apparoit plus : 8c aduient ladite diminution ou delitefcence au- cunesfois à caufe d’vne grande réfrigération , 8c fouuentesfois pour la venenofité de la matière, fans qu’on y aye rien appliqué par le dehors, nature fuccombant, 8c n’eftant aftèz forte pour la C chafter hors,& foudain la fièvre fuit telle diminution d’enfleure, 8c plufieurs autres mauuais fym- ptomes, comme défaillance de cœur, 8c quelqnesfois conuulfion , ou flux hépatique, félon que le cœur, le cerueau, 8c le foye en feront premièrement attaquez. Signe s de re- folutien. Signes de fupputation. Hip. apho. 47. lib. z. Document pour le Chi- rurgien. Les fignes qui dénotent le feirrhe. Signes de pu- tréfaction. Caufe de de- litefcence, fa des fignes. Du prognoftic général des Apoftemes. C H A p. IV. Catien en fa méthode lia 14. fa an fé- cond a Glauc. E s Tumeurs qui font faiéles d’vn humeur melancholique ou phlegmatique gros, gluant, ou vifqueux, font de plus longue «Se difficile curation, que celles qui font faites de sâg 8c de cholcreraufti celles qui sot faites d’humeurs no naturels,font plus difficiles à guérir que celles qui font caufees d’humeurs naturels , à caufc que les fufdiéts hu- meurs pechent plus en qualité qu’en quantité ; 8c ainfi fe conuertiifcnt en diuerfes & aliénées fùbftanccs, qui ne relfemblent en rien aux humeurs, mais à plufienrs chofes eftranges,commc fuif, bouillie,miel,fece-d’huile,& lie de vin, 8c mefmes à des corps folides,comme pierre, fablon,char- bon, feftus : Semblablement à des animaux, comme vers, ferpens,& autres chofes effranges : prin- cipalement quand la matière demeure long temps fans eftre euacuée. Les tumeurs qui viennent aux membres principaux , 8c plus aux parties internes qu’externes, font perilleufes & mortelles le plus forment, comme auffi celles qui fe font aux jointures , 8c près d’icellcs font difficiles à curer: pareillement celles qui font faites près les grands vailfeaux, comme veines, ancres, 8c nerfs* font dangereufes pour le flux de fang,refolution des efprits, de conuulfion qui y ponrrpit furuenir. Les Apoftemes énormes, c’eft à dire, exceffiues en grandeur,font fouuemcsfois mortelles,pour la gran- de refolution qui fe fait des efprits, lors qu’elles font ouuertes. Toutes apoftemes qui font dégé- nérées en feirrhes, font long temps 8c difficiles à guarir , comme celles qui font faites en corps ca- cochymes,hydropiques, elephantiques, & autres demauuaife habitude: cartels abfcez degenerent forment en vlceres cacoe'thes 8c malignes., Cure générale des Tumeurs contre nature. C h a p. V. fiipp. aph.%. lîu. 6. Première in- dication. Seconde indi- cation. BN la curation des apoftemes on doit obfemer trois choies ; premièrement l’eftènce de l’apofteme : fecondement, la qualité de l'humeur, faifant ladite apofteme : tiercement, la température de la partie où elle eft faiéle. La première indication prife de l’eflence (c'eit à dire,de la grandeur ou petitelîè delà tumeur) varie la cure, pource que félon la quanti- té de la tumeur, faut augmenter,diminuer,ou changer les remedes. La fécondé indination,qui cil prinfe de là nature de l'humeur caufant la tumeur,varie auffi la cure,pource qu’autremet faut curer Des Tumeurs en général. 193 A phlegmon , qu'Eryfipelas, autrement œdema que feirrhe, autrement la Ample que la compofee. Aulîi la cure de celles qui font faites d’humeurs naturels, n'eft femblable à celles qui font faides d’humeurs non naturels, comme aulli celle qui eft faide par congeftion , eft curce en autre ma- nière qu'vne autre faide par defluxion, La tierce indication eft prife de la nature de la partie où la rumeur eft faide , par laquçlle nous entendons leur tempérament, formation , fituation, facul- té. Car le tempérament nous demonftre qu’il conuient autres remedes aux' parties charnenfes com- me cftans plus humides , qu'aux nerueufes , qui font plus feichcs : autres à l’œil, autres à la gor- ge, &ainfi des autres parties, defquelles aucunes font plus finettes, à defluxion que les autres pour leur rarité : les autres moins , pource qu'elles font plus maflîues & denfes : par laquelle diuerfité ôc façon on pourra aisément coniedurer quels medicamens tant en quantité qu’en qualité feront conuenables î aulïï la fituation de la partie eft grandement à confidercr, pour la connexion qu'elle a quelqucsfois auec des grands vaifléaux, enfemble pour faire l'euacuation plus facile de l'humeur qui y eft contenu. Semblablement la faculté d’iceile, à laquelle Galien reduid l’vfage ôc le fenciment, diuerfifie la curation :• car les vnes font principales , comme le cerucau , le cœur, ôc le foye, d»nt leur vercu eft départie par tout le corps par le moyen des nerfs, ancres Ôc veines : les autres font moins principales, toutesfois neceflaires, d'autant que fans icelles on ne fçauroit viure g longuement, comme l'eftomach : ôc d’autres qui ont vn fentiment exquis , comme l'œil, les mem- branes , nerfs Ôc rendons , qui ne peuuent fouffrir medicamens acres ne mordicans. Ces indica- tions confiderees,la curation s'accomplira par ces trois intentions qui s'enfument : à fçauoir,ayant elgard à la matière antécédente qui decourt, ou qui eft en voyc de fluër : à la matière coniointe, ôc à la corredion des accidens, en obferuant touftours l'ordre , l'vrgçnt, ôc la caufe. Donc au com- mencement pour la matière antécédente faut appliquer repercuflîfs forts ôc débités, ayant efgard , à la tumeur qui fe fait encores, excepté en fix cas , comme nous enfeigne le Dodcur Guidon. Le premier , c'eft quand la matière ou l'humeur eft veneneux : le fécond lors qu'elles font faites par criles : le tiers, quand elles font faites près des membres principaux : le quatriefme, quand la ma- tière eft grofte, craflè , gluante , glaireufe, ôc mudlagineufe : le cinquiefme, quand la matière eft profonde : le fixiefme, quand elle le fait aux cmnndoires, principalement lors qu’elle eft faite de caufe antécédente. Or s'il y a repletion en tout le corps, faut ordonner la dietre, purger, faigner, faire fridions ôc baings. Et quant à la cacochymie, elle fera corrigée par la maniéré de viure, 3c par purgations : fi la fluxion eft caufee par l’imbécillité delà partie rcccuante il la faut fortifier : fi la fituation d’icelle eft balle, foicle malade fitué en tel artifice que la partie bleflèc (fi faire fe peut) tienne le plus haut lieu : fi c’eft à caufe de la douleur , nous l’appaiferons par medicamens anodins ôc contraires : ôc fi l’humeur eft trop fübtil, il fera engrofly par médicaments ôc aliments. Quant ç à la matière contenue en la partie,d'autant qu’elle eft contre nature,demadecftrc euacuee par refo- lutifs , par ventoufes, cornets , fcarifications , ôc autres chofes femblables, comme caraplafmcs, cmplaftres , fomentations : ou bien faifant ouuerture de la tumeur, après l’auoir fuppurcc.La troi- fitfme intention fera accomplie en corrigeant les accidents, comme fiéure, douleur, Ôc autres ; ce qui fe fera par medicamens anodins , lenitifs Ôc relaxans , comme dirons cy-apres. Troîfiefme indication-. Cure des tu- meurs en ge<> neral. Première in- tention. Six chofes qu'on doit obferuer en l'application des retenu f fa Seconde in* tention, TroiÇiefmt intention- Des quatre Tumeurs ou Apoftemes en général, & Vautres réduites fous icelles, Chap. VI. HE s principales Tumeurs engendrces de fluxions d'humeurs font quatre,à fçauoir. Phlegmon , Eryfipele , Oedeme , Scirrhe , aurquelles on peut réduire & fous icel- les comprendre innumerables autres tumeurs , qui excédent la raefure de nature, combien qu’elles ayent diuers noms,félon la diuerfité des caufes ôc parties où elles font.Lcs -tumeurs réduites (bus Phlegmon font, Vhygethlum, phyma, hunculus, ou anthrax, ophthalmia 3/ynanche, bubo , & autres, lefquellcs tumeurs fpnt chaudes ôc jy humides. Sous Eryfipele font compris, herpes milt'étrü, efthiomeneos exedens,formica, impétigo, lef- quelles font faites d’humeur colérique, comme exambemata: d’aucuns , qui font petites puftules iemblables à la petite verolle. Sous Oedeme font compris atheromata, où la matière eft fcmblable à boullie yjleatomata, femblable àfuif, & melicerides femblable à miel : Teftudo, qui eft vne tu- meur molle, talpa, ganglium, nodus , fcrophula, lupia , hydrocele, afdtes, lencophlegmatia, ou hypo~ farca , ôc toutes flatuofitez ôcaquofitez , lefquclles font faides de phlegrae. Les tumeurs reduides aux Scirrhes , font, cancri, lepra, clepanthiafis, poreaux ou verrues , myrmecïa, clams, thymus, va- rices , morphea nlgra & alba : lefquelles tumeurs font faides d'humeur melancholique. Maintenant faut traider d’icqjlcs en fpecial ,& premièrement du Phlegmon. Qttatnt principales tumeurs. Tumeurs re~ duiftes à phlegmon. Eryftpelas. Oedema. Scirrh*, Le feptiefme Liure Du Phlegmon, C h a p. VIL Gnl.lt. I .des differeces des maladies. Hiegmon, foit vray ou non eft nom général de toutes apoftemes 5c inflamma- mi tions tant feiches qu'humides particulières,faites defang : le vray eft celuyqui retient ® le propre nom de Phlegmon,qui eft fait de fang bon 5c louable, ne péchant qu'en quan- ticé. La tumeur ou apofteme phlegmonncufe prend autre nom, comme charbon , an- thrax peftifereux, cancer, gangrené, mortification, fous lefquels font contenus plufieurs pullules malignes 5c croufteufes : comme aufîî quand il fe fait mixtion d'autres humeurs auec ledit fang louable, comme phlegme, cholere, ou mclancholie : car adonc ledit apofteme ne doit eftre appel- le ne traidé comme fi le fang y eftoit feul, mais prendra dénomination de l’humeur qui eft en plus grande quantité. Exemple : Si l'humeur phlcgmatiquç eft méfié auec le fang , 5c que le fang domine, la tumeur fêta nommé Plegmon œdematodes ; au contraire, fi la pituite domine le fang, elle fera nommée œde- ma Plegmonodes : 5c ainfi fera-il des autres humeurs,en donnant toufiours la dénomination à l’hu- meur qui furmonte5c domine. Or toutes ces diftindions viennent de ce n getton. A Monftre le getton , dans lequel eft infer ée la pointe de la lancette. Figure de /’ Anneau, Autre moyen de tromper le malade , c’eft que le Chi~ rurgien aura au doigt index vn anneau, auquel fera inféré vne petite lancette, propre à faire ouuerture àl’apoftemel ou auec vn petit piftolet,comme tu vois par ces figures. Figure du piftolet qui fe débande par vn rejfort, A Monftrc la grofte cannulle. B Autre cannulle qui entre dedans la grolfe viss C La pointe du piftolet qui fort dehors. D Le reftbrt qui fait débander le piftolet. Or en ces trois maniérés d'apertions , fept cîiofes font à confiderer. Premièrement, que la feétion foit faicle à l'cdroit qui eft le plus mol,& qui enfonce fous les & fait fouuent vne pointe. Le fécond, qu'elle foit faiéfe au plus bas lieu,afin que la matière contenue ne croupi lié, ôc fe puilîè mieux écouler. Le troifiefme,qu elle foit faite felou les rides du cuir, & rectitude des mufclcs. Le qua*- triefme , qu'on euite les grands vaifteaux, comme nerfs, Veines,& arteres. Le cinquiefme, que la matière ne foie point vuidée tout à coup , principalement aux grands abfcez , afin que ne s'enfuiuc débilitation de la vertu, par la trop grande euacuation qui fe pourroit faire des efprits auec la matière. Le fixiefmc, que le lieu foit traitré dou- cement, fans exciter douleur le moins qu'il fera poffible. Le feptiéme, qu'apres l’ouuerture le lieu foit mondifié, incarnéjpuis confolidé & cicatrizé. Apres telle apertion couftumierement, refte encore quelque portion de la tu- meur , laquelle n'aura pas du tout efté fuppurée î & par- tant le Chirurgien doit auoir égard qu'il y a complica- tion de difpofition , à fçauoir tumeur & vlcere. L'ordre de curation , c'eft de guarir premièrement la tumeur que l'vlcejrc : car elle ne peut eftre guaric,que la partie ne foit rendue en fa nature. Doncques tu continueras les médi- caments fuppuratifs cy - delïus déclarez , & l'vlcere fera traiétée l'efpace de deux ou trois tours auec tel médica- ment. IL. vitell. vnius oui, terebint. Venet. & olei ro- fat. an. fi. fiat medicamentum. Puis tu mondifieras auec vn tel médicament. 1JL, mellis tofat. 3j.j. firup. rofat. &c terebint. Venet. fi. far. hord. g.ij. fiat medicamentum ad vfum. Semblablement le mundificatif de u4pto eft fingulier, duquel la description eft telle. fljL. fucci apij, abfinth. plantag. mell. comm. tereb. Venet. farinæ hord.ôc orobi pul. aloé's. rad. ireos Florcntiæ, myrrhæ, an.g.j. coqnatur mei cum fuccis, quibus confumptis addantur farinæ & puluercs,& mifceantur omniaad formam vn— guenti : de où tu voudras dauantage mondifier, vferas de /'apoftolorum, ou bien de Vvnguentum au- reum& œgyptiacu,meflez enfemblc félon ta dilcretion : & eftant mondifiée fera incarnée & cicatri- fee comme les autres vlceres, ainfi qu'il te fera déclaré en leur curation propre. Des effeces de fièvres qui furuiennent au Phlegmon, & curation d'icelles, Chapi&e XI. gN t r e les acddens qui plus communément accompagnent les Phlegmons,&: plus généra- lement affligent les malades, font les fièvres, c’en: à dire, intemperatures chaudes & leiches, excitées &c allumées au cœur, ôc d’iceluy départies à tout le corps,par les conduits des artè- res. Xcelles au Plegsnon font ou diaircs,ou fynoches non putrides,ou fynoches putrides. Fièvre eft hefmtinn dt fièvre* Le feptiefme Liure, vne ébullition de ferueur Ôc d'inflammation, que les Grecs appellent feu : car de quelque elpece A que ce (bit, eft toufiours fondée en chaleur contre nature. De la nature ôc curation defquelles ie diray icy briefuement ce que i'en ay appris de Meilleurs nos Maiftres les Docteurs en Médecine, auec lefqucls i’ay hanté ôc prattiqué. Fiéurediaire ou ephemere, eft vne intemperature chaude ôc feichée, allumée és efprits vitaux, ainfi nommée qualî comme lournaliere, du mot Latin Mes, qui lignifie lour, poureeque de fa na- ture elle fait ôc parfait Ton cours en vn accez , qui ne dure pas plus de vingt quatre heures, qui eft l'efpace d’vn iour naturel, & ce à caiife qu'elle eft allumée en vn fujet tenve ôc fubtil, aiféraent ôc en peu de temps dillipable, fçauoir és elprits, ôc ne gift point en pourriture, mais en vn efpric exhalatif embrafé. Les caufes des fiéures ephemeres font, faim, ebrieté, lalîitude, ire ou cholere, fureur, triftelîe veilles, denfation ou aftridion de cuir, foie par réfrigération ou par aduftion , bains, mutation de vie déclinant à chaleur , par application ou prife de medicamens acres, comme venins, Ôc ali—- mens chauds : Brief toutes les caufes nommées des Médecins, caufes efficientes des fiéures, horfmis la pourriture : car icelle eft propre à la génération des fiéures putrides. Le bubon mefme qui fuit l'inflammation ou Phlegmon des glandules , excite celle fiéure, félon l’Aphorifme qui dit, que les fiéures qui furuiennent aux tumeurs des glandules , font toutes malignes , excepté les diaires. Lequel Aphorifme doit eftre bien entendu , Ôc pris auec la diftinélion de Galien , diiant, cela s'en- 3 tendre feulement des tumeurs qui viennent aux glandules fans caufe manifefte. Car autrement les fiéures qui en furuiennent, ne font toufiours dangereufes, comme nous voyons par les bubons qui furuiennent fouuent aux enfans, Ôc par les bubons vénériens, qui font fans inflammation, ou cor- ruptionde foye : car tels font ordinairement fans fiéure dangereufe : aduertiflement que doit bien noter le ieune Chirurgien. Les figues communs de la fiéurediaire, font chaleur douce,haliteulè, ôc fuaue àl'attouehcmét, le pouls ville ôc fréquent, quelquesfois grand ôc fort, comme fi la diaire eft caufée de courroux: autresfois petite, fi elle eft caufee de fafcherie,trifteftè,faim,froid,crudité,au relie égal ôc biê réglé. Les lignes tres-certains de la fièvre diaire font, fi la fièvre eft furuenuc non lentement ôc peu à peu , mais fubitement Ôc inopinément de quelque caufe externe ôc euidente, fans que le malade ait efté premièrement degoufté fans auoir fenty lalîîtude fpontanée, c'eft à dire, venue fans caufe ma- nifefte, fans ofeitation ou baaillement : fi le malade eft fans grande douleur , fans iaélation de corps,ou inquiétude, fans horreur ou friflbn, fans profond fommeil ; bref, fans aucun fafcheux fymptome. La fièvre diaire n’ayant de fa propre nature qu’vn accez d’vn feul iour, comme nous auons dit, neantmoins quelquesfois elle s’eftend iufques à deux,trois, voire quatre iours. Et alors fe change aifément en fièvre putride, fi quelque erreur fc commet par le malade ou le Médecin, ou quelque q chofe extérieure. Elle fe termine ou par infenfible tranlpiration, ou par moiteur,ou par vne fueur naturelle , douce ôc. non fetide. Les fièvres Synoches non putrides, s’engendrét de fang non corrompu,mais feulement échaufée outre mefure, faifant grande euaporation par tout le corps. D'où vient que les veines fc monftrent enflées, la face enflambée, les yeux rouges ôc ardans, l'expiration chaude,toute l'habitude du corps humide : le tout à raifon de l'ebullitibn du fang, ôc defdiéles vapeurs, qui eft caufe que telle fièvre quelquesfois eft appellée Humorale. Les petits enfans y font fubieéls, comme aufli toute perlbn- ne fanguine fans cacochymie. La façon de guarir telle fièvre, eft femblablc à la cure de la fièvre diaire. Parquoy ce que nous dirons de l'vne,fèpourra accommoder à 1 autre: finon que lafaignec eft icy bien requife. Doncques la cure de la fièvre diaire confifte en l'vfage de fix chofcs non naturelles, contrarians à la caufe originale du mal. Les bains d'eau tiede ôc naturelle font trcs-vtiles, pourueu que le ma- lade ne foit point pletorique, plein d'excremcns, ou autrement fujeél à catarrhes, ôc defluxions, parce qu’en liquéfiant les humeurs, ou rclafchant,il pourroit exciter ou augmenter le catarrhe.Par- quoy en tel accideut on euitera les fridions Ôc ondions d'huile tiede : lefquelles toutesfois en la fièvre diaire font autrement fort vtiles, principalement quand elle eft caufee par trauail exceflîf,par aftridion des pores, & par le bubon. Au refte,que celle reigle foit générale d’oppofèr à chacune caufe d’où celle fièvre aura efté excitée, fon contraire pour remede : comme au trauail le repos, aux veilles le dormir, à la colere ôc fafcherie chofes plaifantes, propos ioyeux ôc récréatifs , au bu- bon la curation d’iceluy. Le vin médiocrement trempé , félon la couftume du malade, eft vtile à toutes les caufes de la fièvre diaire, excepté quand il y aura douleur de telle, quand elle fera excitée de courroux ôc d'vn bubon : Car en ce dernier cas principalement, faudra du tout retrancher le vin, tant que l’inflammation ayant pafsè fon eftat, foit en fa declinaifon. Celle forte de fièvre tra- uaille allez fouuent les petits enfans. Lors donc leurs nourrices doiuent eftre penfees comme fi elles-mefmes auoient la fièvre , afin de rendre leur laicl médicamenteux. Il fera aulïî bon de bai- gner l’enfant : ôc après le bain, l’oindre d’huile violât le long de l’efpine du dos ôc poiélrine. Que fi le phlegmon eft en vne partie interne ou fort grand, ou voifin de quelque partie noble, de forte qu’il puifle ennoyer de foy continuellement au cœur quelque portion ôc vapeur de la fub- ftance pourrie, ôc non par la feule qualité de chaleur contre nature , par continuation des parties de S'vne a l’autre, il fera 1 efpcce de fiéure que nous difons Synochc putride,!! le fang qui par con- tagion fe pourrit dans les grands vailfeaux ,eft compofè d’egalc meflange ôc permiftion des quatre humeurs. Celle fiéure fe cognotft a ce qu'elle nya aucune remiflîon ou exacerbarion, encores moins d’iutî ni IL k Elle tient le fefcricitant outre les vingt-quatre heures , ne fini fiant point lors à la moee des intermittentes par vomiftetnens, fiieurs, ou moiteurs, ou peu à peu infenfiblemcnt, mais De ta fiéure diaire. Caufes des fiéures ephe- meres. Aphor. jj. liu. 4. Signes de la fiéure diaire. Des fiéures Synoches non putrides. Signes de la fiéure Syno- che, non pu- tride. Curation de la fiéure di- aire. tour les pt. tits enfans. Des fJures Synoches pu- trides. Signes de la fiente Syno ühe pMride. Des Tumeurs en général, 199 A pcrfeuerantjdure iufques à ce qu’elle fe termine 6c quitte du tout le malade. Elle ne furprend finon ceux qui font de bonne nature, en tempérament & compiexion, abondans en beaucoup de fang, & iceluy iuftement méfié des quatre humeurs.Cefte fiéure eft de peu de dureerd’antant que le fang par fa pourriture dégénérant en bile ou melancholie , fait incontinent vne autre efpece de fiéure, fçauoir tierce ou quarte continuës.La curation de cefte fiéure ( félon que i’ay appris des bons Mé- decins ) confifte premièrement en phlébotomie. Car le fang eftant tiré , la plenitnde eft ofteerdont s’enfuit que l’obftrudion foit tolluc,& par confequent la pourriture.Or commeainfi foit qu’en ce- fte fiéure il n’y ait point feulement vice de la matière par la pourriture du fang , mais auffi de la température par l’excès de chaleurjcertes la phlébotomie ne remédie pas feulement à là pourriture, comme nous auons dit, mais auffi à l’intemperie chaude. Car le fang (auquel confifte toute la chaleur ) eftant tiré , enfemble auecques luy les excremens acres & fuligineux s’exhalent,qui re- tenus augmentent l’ardeur de la fiéure. Et outre ,en lieu du euacué, les veines attirent beau- coup d’air froid pour la fuite de vaicuté que nature abhorre, dont s’enfuit rafraichiftement de tou- te l’habitude du corps.Mefme à plufieurs par le bénéfice de la phlébotomie le ventre s’ouure,& les fueurs fortent abondamment,chofcs fort defirables en cefte efpece de fiéure. Ce qui a efraeu quel- ques vns , à dire qu’il falloir icy faigner iufques à l’hipothymie. B Toutesfois , d’autant que plufieurs par ce moyen ont auec le fang rendu l’ame entre les mains des Médecins, ie ferois pluftoft d’aduis,aduenant le cas que le malade euft befoin de grande euacua- tion de fang, de partir icclleeuacuation , oftant du fang par interualles tant que les forces du ma- lade le pourront porter. La phelebotomie ainfi deuëment faide , il faudra incontinent donner vn clyftere remollient, & modérément rafrefchifiant. Car ceux qui rafrefchillènt trop , aftraignent pluftoft le ventre qu’ils ne le lafehent. Le lendemain faudra par vn leger médicament de Cafte ou de Catholicum , faire minoration de la matière. En après ordonner fyrops , qui ayent non feule- ment force de rafrefchir,mais auffi de refifter à la pourriture. Tels font celuy de limons,de Berberis, l’accteux , de acetofitate cîtri, degranatis , oxyfacchar fimple : aufquels il faudra mefler des eaux de pareille vertu,commede l’eau d’ozeille,de rofes,& femblables. Le viure en tout foit rafraifehif- fant & humedant,au refte tenve,pour la plufpart de boiiillons de poullets,dechair de veau,alterez auecozeiIIe,Iaiduë 6c pourpié,& femences froides. Caria chaleur naturelle ayant efté fort amoin- drie par la grande phlébotomie, ne pourroit cuire beaucoup de viande. Le breuuage foit eau d’or- ge, fyrop violât, deftrempé auec beaucoup d’eau,iulep rofat, dit autrement Alexandrin,!! principa- lement il furuenoit quelque grand flux de ventre. Sur tout il faudra obferuer le quatriefme iourj car fi l’on apparoift quelques fignes de concodion , la crife fe fera le feptiefme , quelquesfois par vomiftèmétjflux de ventre,vrines fucurs,mais plus fonuentpar hemorrhagie.Etlors ne faudra rien remuerd’auantage,ains laiftèr Nature faire fondeuoir félonie chemin qu’elle aura pris. Gai. lin.57, de la Méthode, chap.y. ordonne de boire grande quantité d’eau froide au plus fort de la fiéure ar- dante 6c des fiéures fynoches : telle choie profite, 6c amollit la chaleur febrile , comme quand on iette force eau au feu pour l’efteindre : toutesfois il n’en faudra donner au malade, que première- ment on ne voye les fignes de concodion , mefme fur ladeclinaifon ne fera hors de propos donner du vin pour efraouuoir les fueurs. Curation de la fiéure Synoche pu- tride. Rofat é* Alexandrin font fynoni- mes. Del’ErtJtpeUs. C H A P. XII. BP r e sauoir traidé des Tumeurs,qui font engendrees de fang naturel, il faut main- tenant que nous parlions de celles qui fontfaides de cholere, pour la grande affinité qu’elle a auecques iceluy fang.Or les tumeurs qui font engendrees de cet humeur co- lérique naturel, font nommées des anciens Eryfîpelata, qui eft vne inflammation fort ardente, laquelle principalement occupe le cuir , & quelquesfois quelque partie & portion de la chair fubiette, eftant fait de fang, qui eft de tenve fubftance ( lequel par Ton ébulli- tion fe tourne facilement en cholere) ou de fang & cholere plus chauds qu’il n’eft requis, & quel- quesfois de cholere meflee parmy quelque fanie aqueufe. Celuy qui efl: faid de vraye & pure cholere eft appelle de Galien vray & exquis. Et quand la cholere eft meflée auecque les autres D humeurs , elle fait trois efpeces, ou différences d’Eryfipele : comme fi elle eft meflee & en plus grande quantité auecques le fang , fera appellé Eryfipelas phlegrnonodes : fi auec la pituite , Eryfi- pelas Oedematodes : fi auec la melancholie , Eryfipelas feirrhodes : de forte que le premier nom &c fubftantif lignifiera toufiours l’humeur fuperabondant : le fécond & adiedif , l’humeur qui eft méfié en moindre quantité. Audi les humeurs eftans proportionnez cnfemblc & en mefme quan- tité , feront Eryfipelas phlegmon, Eryfipelas œdème, Eryfipelas feirrhe : Galien en fait deux dif- férences , vn fans vlcere, & l’autre auec vlceration. Car lors que la cholere eft feparee du fang, pour fa fubtilité venant au cuir, elle faid i’vlcere: mais eftat meflee auec le fang, qui luy eft com- me vn frein , elle l’engarde de paruenir iufques à la fuperficie, & fait pluftoft tumeur qu’vlcere.De la cholere non naturelle, pareillement font engendrees plufieurs efpeces de tumeurs , comme her- pès exedens, mîliaris, & brief toutes tumeurs 6c vlceres , compris depuis herpès iufqu’au chancre, comme nous auons dit cy-deflus. Les lignes d’Eryfipelas font cognus par trois principaux poinds: premièrement par la couleur qui eft rouge , tendante à couleur citrine ou iaunaftre : laquelle cou- leur s’efuanoiiit fi toft qu’on la prefte du doigt, qui fe fait à caufe de la fubtilité de la matière, qui confifte plus au cuir qu’en autre partie, d’autant que la matière n’eft point contenue au profond, 6c partant eft appellee d’aucuns des anciens paffion de cuir : tiercement, pour les accidens : com- me chaleur, pulfation & douleur, L’eryfipele eft beaucoup plus chaud que le phlegmon, d’autant que la matière eft plus chaude & fubtile: aulîî la pulfation n’eft fi vehemente , pource que les par- Définition d'Eryfipele Gai. chap. 1, li, 14. de la Methe, & x.àGlaucon. Galien 1. à GUuccn. Trois diffé- rences d’Eri • fpele. Autre diffé- rence. Cal. 14, Met. Signes d'E~ ryfipeloi. Cil. 1. a Ghuc. Auhennt, Le feptiefme liure 200 ties ne font comprimées comme en phlegmon, ôc qu’il n’y a fi grande obftrudion pour la matières A qui n’eft en fi grande quantité : aufïi pour la fubtilité le refoult facilement, & ne demeure cachce. Danantagc la douleur n’eft femblable:car celle d’Eryfipelas eft poignante ôc mordicante fans aucu- ne tenfion ne pefanteur. Les caufes font femblables à celles de phlegmon,à fçauoir primitiues, an- técédentes , &c coniointes. Celle tumeur, iaçoit qu’ elle puilfe aduenir àchafque partie, toutesfois principalement occupe la face pour la rarité d’icelle, ôc fubtilité de la cholere. S’ilfuruicnt Ery— fipelas aux playes ôc vlceres , c’eft mauuais ligne. Semblablement s’il vient à fuppuration : car il demonftre qu’il y a obftrudion, à caiife de quelque humeur gros méfié auec ladite cholere.* dont s’enfuit corrofion aux parties qui font fous le cuir, l’Ery fipelas le plus fouirent fe termine par re- folution.* Quand il retourne du dedans au dehors, c’ell bon ligne : mais au contraire , quand il retourne du dehors au dedans , c’ell mauuais ligne. Semblablement s’il furuient Eryfipelas à la matrice, c’eft chofe mortelle. Il eft aulïi dangereux , s’il occupe la face en grande quantité, à cau- fe qu’il communique auec les membranes du cerueau. ryfiplle * Prognohic. Hipp.Uu.y, apho.19. Hip.ltu.6. % Uu\\ apho. 43. De U Cure d'Erjfyelas. C A p. XIII. O vr la curation de l’Eryfipelas nous deuons auoir deux intentions, àfçauoirva- cuation , 8c réfrigération. Mais d’autant qu’il y a plus de befoin de réfrigérer pour B grande ardeur qu’en phlegmon , noftreprincipal but fera de réfrigérer : ce qu’a- JMLlÊÊÊÊr' yant fait, la matière contenue fera oftee par refcJutifs médiocres, & pource nous aurons quatre poinds principaux à confiderer. Le premier confifte à la maniéré de viure qui fera froide, humide 8c incraffante : qui fe fera par les fîx chofes non naturelles , tendan- tes à frigidité 8c humidité, plus toutesfois qu’en phlegmon. Le fécond poind confifte à l’euacua- tion de la matière antécédente, ce qui fe fera par la phlébotomie, 8c par medicamens cholagogues: comme fî l’Eryfipelas eft à la face, 8c s’il occupe grandement icelle, la phlébotomie fera faille de la veine cephalique. Semblablement conuient la phlébotomie s’il y a quelque portion de fang méf- ié auecques ladicte cholere:mais s’il eft en autre partie,& qu’il ne foit en grade quatité,ou qu’il foit fait de pure cholere,la phlébotomie n’eft necdfaire,veu que le fang eft frein de cholere,lequel pour- roit eftre euacuépar icelle phlébotomie, dont la malice de l’humeur cholérique feroit augmentée. Mais s’il y a repletio au corps, fera fort expédient de tirer du fang,d’autant quefouuentesfois telle pléthore ou repletion eft caufe d’Eryfipele,côme nous monftre Galien. Or deuant que ce faire,fera bon 8c expédient donner vn clyftere remollicnt 8c réfrigérant.Quant aux medicamês cholagogues, comme apozemes 8c potions , feront ordonnées par le prudent 8c dode Médecin. Le troifîefme poind s’accomplira par medicamens topiques, lefquels feront au commencement 8c augment froids 8c humides ,& non fecs ne aftringens , dautant que la matière eftant acre 8c bouillante, ç pourroit pour leur aftridion eftre repoulfee au dedans , qui vlcereroit 8c corroderoit la partie. Galien 8C Auicenne louent grandement ce remede. ff*, aquæ frigid. f. vj. aceti opt. f. j. fiat oxy- crar. auquel tremperez des comprdfes, puis feront appliquées ddfus 8c autour la partie, 8c renou- uéllees forment : ou bien tu vferas de ceftuy. Cft. fucc. foian. planta. 8c femp. ana. f. ij. acetif.fi. mucag. femin. pfilh f. ij. fucc. hyolc. f. j. mifee. Or fi l’Eryfipelas eft à la face , vferez de tel re- mede. IL, vng. rofat. f. iij. fucc. plant, ôc femper. ana. f. j. trofcic. de camph. 5. fi. aceti pâtura, mifceantnr fimul, 8c fiat linimentum. Si la douleur & l'inflammation font fi véhémentes, qu’elles ne puiflént eftre fupportees, faudra vfer de medicamens narcotiques : comme. If. fucc. hyofch.io- la.cicut. ana. f. j. alb.ouorum j. aceti f. fi. opij, & camph. g. iiij. croci 9. fi. mucag. feminis pfillij 8c fœnugr. extrad. in aqua rofar. 8c plantag. ana. 5. j. olei de papau. f. ij. fiat Uniment, ad- dend. vng. refrig. Galeni, camph. quantum fatis. Le Chirurgien ne doit continuer long temps tek medicamens, de peur de fuffoquerla chaleur naturelle , 8c rendre la partie mortifiée , côme auons touché parlans de phlcgmompar ainfi feront appliquez auec difcretion,à fçauoir en temps 8c lieu. Ce que tu cognoiftras par trois raifons. La première eft,quand le malade ne fent fi grande douleur, ardeur,inflammation,ne pundion. La fécondé, quand tu cognois tant par la veu'é que par l’attou- chement, la partie eftre plus tempcrce que de couftume. La tierce lors que la couleur rouge & iaunaftre commence à changer en liuidité&: noirceur , adonc fubit tu defifteras d’appliquer tels 0 medicamens, vfant de refolutifs 8c roboratifs, à fin de conforter 8c reuoquer la chaleur naturelle. Comme, If, farin. hord.& orob.ana.f-. ij.far. feminis lini.f. j.fi. coquant.in hydromel, vel oxycr. addend.pul.rofar. rub.& camomil.ana.f.fi.olei anet.&camomill.ana.f.j. fiat catapl. Ou bien feras vne fomentation qui s’enfuir,^.rad.alth.f .i j.fol.mal. bifmal. pariet.abfinth. fal. ana. m. j. flot, ca- momil.melil.& rofar. rub.ana.m.ij. coquanturin æquis partib. vini & aquæ,& fiat fotuscum fpon- gia. Apres laquelle appliquerez vn emplaftre de diachylon ireatum , ou de diapalma dilfout en huile de camomille & melilot, ou autres femblables medicamens refolutifs.Le quatriefme pojnd, qui eft la corredion des accidens,fe fera ainfi que nous auons dit du Phlegmon , diuerfifiant les re- mèdes ainfi que le Chirurgien verra eftre neceftaire. Gal.i4.met. Premier, feope. Second. G al, j. met. & z. ai Glau, Cal. com.fur l'aph. l.liure. Troifiefme fchcpe, Gal.liu. àe centpof.medi- catnent. Hipp.apho.l. lit*. 6. Remedes pro- pres pour les Eryjtpelas. Gai. 14. met. Paul.liu.4-. chap 11. Ptmentatio. Quatriefme feopt. Des Herpes, C H A P. XIV. Définitim de herpes. Ga~ lien 1. a fffflfj Erpez «ft vne tumeur faite de la pure 8c finccre cholere,feparce 8c feqneftree des autres hn- meurs, laquelle pour fa tenuité s’efleue iufques à l’Epiderme, 8c occupe feulement la fuperfi-*’ 'w' cic d’iccluy. Galien en fait trois efpeces. Car fi la pure cholere médiocre en fubftance,c*eft à dire, non greffe ny cratfe,eft caufe d’icelfe,lors eft faid Herpès fimple,retenant le nom du genre. Des Tumeurs en General A Si l’humeur n’eft fi fubtil,& eft accompagné de quelque portion de pituite,fait de petites veffies au cuir en forme de millet,qui eft caufe que les anciens luy ont donné le nom de Herpès milliarü> Auffi fi auccque la cholere quelque portion de l'humeur melancholique y eft méfié, lors eft engendré Herpes exedens , c'eft à dire rongeant,corrodant,& vlcerant le cuir ôc la chair de deflus. Quant à la curation, le Chirurgien aura efgard à trois poinéts. Le premier eft , touchant la maniéré de viure, qui doit cftre femblable à celle qu'auons dit au chap.d'Eryfipelas.Le fécond,euacuer la matière an- técédente qui fe fera auec medicamens purgatifs,euacuans l'humeur péchant ; àquoy faire lescly- fteres feront quelquesfois fuffifans, fi le ventre de foy eft mol, Ôc fi les vrines auffi coulent facile- ment, d’autant qu'auec icelles grande quantité de ceft humeur fe purge. Le troifiefme poinét eft, ofter la matière conioinéte ,qui fe fera par medicamens topiques, ayant efgard à la tumeur , ôc à i’vlcere. Donc le Chirurgien fe propofera double intérion,à fçauoir refolution de la tumeur,& defic- c$tion de l’vlcere. Car tout vlcere requiert eftre deffeiché:ce qui nepeuteftre accomply que la tu- meur ne foit oftee. Et pource que le Chirurgien doit eftre attentif à l'intention principale,fans la- quelle l'autre ne peut eftre oftee, compofera Rappliquera tel raedicament3lequelferarefolutif& dc- j5ini vfti & loti fi. ccræ quantum fatis,& fiat vnguentura. Autre.^,far.hord.R lent.ana.g.ij.coquant.in decoét. corr. mali gran balauft. plantag. addendo pulu.rofat.rub.&abfinth.ana.j, fi. oleimyrtil. ôc mcll, com- B munis ana.5.vj.fiat médicament.vt artis eft. Remedes pour l'Hcrpés miliaris.Tfi.pu!, gall.malic.ba- lauft. boliarmen.ana.§.j.aquæ rofar.|.iij.aceti acecrim.§.j.axung.anfcris ôc olei myrtill.ana.g.j.fi, vnguen. ad vfum. l’ay plufieurs fois expérimenté l'onguent çnulatum cum mercu- riojoùi’ay trouué grand effeét plus qu'à nul autre, parce qu'il mortifie les puftules ,& confommç l’humeur contenu en la partie. Et pour arrefter l'humeur qui chemine & corrode , tu vferas à l'vl- cere ôc bords d'icellc d'vn médicament acre,comme eau forte,ou huile de vitriofau antre fembb- ble,& trouucras en celle chofe vn mei:ueillcux effed ; ce que i'ay plufieurs fois expérimenté. Cure de Htp- f»S. Premier peinât. Second, Trot fie fai Remedes pour les Herpes, Attcfiatîon de i'Ameur, Des fiéures qui furuiennent aux tumeurs Eryfipelateufes. Chap. XV. O m m e aux tumeurs Phlegmonneufes , auffi aux Eryfipelateufes , furuiennent fié- ures quelqucsfois , qui retiennent & Te relfentent de l'humeur duquel elles font ex- il citces, fçauoir de la bile ou cholere. Laquelle pource quelle a cela de propre d'a- . uoir des mouuçmens de trois iourstpour cela auiîî aux grands Eryfipcles excite fou- uent fiéures tierces , qui ont leurs accès de deux iours Vvn. En général , les caufes primidues de telles fiéures font grands ôc violens exercices, principalement en temps chaud, long, q vfage des chofes calefaétiues ôc deficcatiues, foient medicamens, foient aliraens , exceffiue abfti- nence , de manger ôc boire aueç trauail, foing, veilles, ôc fafcheries. Les caufes antécédentes font grande abondance d'humeur choleric. La température de tout le corps ou du foye feulement,ten- dant à chaud &; fec. Les caufes conioinétes font amas & putrefaéHon d'humeurs choleriques,hors des grands vaiifeaux, ou en toute l'habitude du corps,communiquee & efpanduë infques au cœur. Les fignes font horreur , comme quand en Hyuer après auoir vriné on trdfauc. Rigueur forte ÔC poignante , comme fi l'on fentoit quelque chofe aiguë qui poignift par tout le corps, à caufe de l’acrimonie de l’humeur bilieux , poulfé & porté violemment au commencement de l'accez par les membranes ôc corps fenfiblcs. Dés le commencement chaleur acre, le feu eftant allumé comme en bois fec. Pouls grandement efleué , Lubie, égal, ficcitc de langue , vrine rouge , enflambee , fou- uent tenue fubtile. Les accidens font veilles, foif, délires ou refueries, promptitude à ire pour lé- gère occafion , comme pour ouyr parler, ou antre petit bruit, efmotion de tout le corps ôc inquié- tude. Cefte fiéure alfaut plus couftumierement les hommes cholériques , jaunes , maigres, & en Efté. Elle Le termine ordinairement par' grandes fueurs, ou par vomifîèipens bilieux, ou deieélions jaunes, qui mefme terminent les accès particuliers. Elle a l'intcrmifîîon pure, fans aucun ligne ou reliqua de fiéure iufques à tant que l'accez fuiuant reprenne:k caufe que la matière bilieufequi donne l’accez, a efté par laconcufîîon d’iceluy toute diffipee, à raifon de fa tenuité 6c fubtiliré. Ce qui n'aduient és fiéures quotidiennes : d’autant qu'elles laifîent roufiours quelque inégalité, D moleftie, & pefanteur de corps à caufe de la pefanteur ôc tradiuité de la pituite, qui ne peut eftre du tout refoluë & digeree. L'accez dure 4. y. 6. 8. 11. iz. quelqucsfois ly. & 18. heures. Si cefte fiéure cft exquife , c'eft à dire vraye tierce , elle finit au feptiefme accez , comme dit Hippocratcs en laphotifme au 4. Hure.Au refte elleeft fans danger comme généralement toute fiéure inter- mittente par l'Aphorifme 43. du mefme Hure : pourueu qu’il ne foit commis erreur par le médecin ou malade. La fiéure tierce en Efté eft courte, 8c en Hyuer plus longue. Le commencement cft auec rigueur , l'eftat ôc declinaifon auec Lueur. Si en la fiéure tierce furuiennent vlceres au nez, ou à la bouche , ou aux lettres c'eft ligne de briefue terminaifon. Car par tel accident eft monftree la force de nature,qui peut jetter la matière febrifique du centre ou intérieur du corps,en l'exterieur. Et en outre, par ce moyen Le fait euacuation de quelque portion de la matière conioinéte. Telles vlceres toutesfois n'apparoilfent pas en la declinaifon de toute fiéure tierce , mais feulement en celles , defquelles la bile ( caufe de telle fiéure ) eft contenue' ou pouftee de quelque autre partie de la première région dans le ventricule. Car de la plus tenuë ôc fereufe portion d'icclle , portée par la continuité de la runique intérieure dudir ventricule à la bouche 8c aux léures, s’excitent aifé- ment vlceres. La curation confifte en la diete,iete ês fie- ures tierces, Viandes, Le feptiefme Liure, 202 Il faut donc que le malade infpire air frais ôc humide, mange chofes réfrigérantes ôc huraeélantes, A entant qu’il les pourra cuire , comme laitue, ozcille, courge , concombre, poirce, orge mondé, vin bien trempé, petit, tenu , ôc en petite quantité , ôc ce lors feulement que l’humeur aura com- mcncé à fe cuire , mitifier ou addoucir : car au commencement il n’en faut aucunement vler. Mais en ckchnaifon s h Lra permis d’en vfer plus libéralement, pourueu toutesfois qu’il ne foit ny fort, ny vieil. Quant au temps propre pour nourrir le malade , il fe faut donner garde le iour de l’accez luy bailler à manger plus tard que trois heures auant ledit accez ; de peur que la chaleur fébrile rencontrant les viandes encores crues en l’eftomach , ne les corrompe, putréfié ôc tourne en hu- meur bilieux , augmentant par ce moyen la matière de la fiéure , prolongeant l’accez , Ôc en outre reuoqliant nature de la concoélion ôc expulfion de l’humeur morbifique , pour s’employer à cuire les viandes prifes. Et toutesfois celle réglé fe doitentendre, pourueu que la vertu foit forte. Car où le malade feroit debile , faudroit non feulement donner nourriture vn peu parauant l’accez, majs au{]I cn pacccz mefme , combien qu’en petite quantité. Quant aux medicamcns, il faut pre- u°h' vertu du malade eft fuffifante, &fi les humeurs font furieux & mobiles. Alors faut or- donner du Diaprunum fimple , cafte frefehement mundee , decodlion de violes, myrobolans ci- trins, fyrops violât, de grenades , oxyfacchar. Autrement fi les forces du malade font petites , ne fauc piu-gcr ne fajgner que bien petitement : de peur que la diiïipation des elprits ( à laquelle les bilieux font fubiedls ) n’induife fyncope. Semblablement foient faidls clyfteres de decodlion de 3 prunes , iuiubes, violes , fon orge.Si le malade par reficcation du cerneau tomboit cn déliré, qu’on luy rafraichiftè la telle auec huile violât, rofat, ôc autres femblables. Les pieds ôc cuilfes loient mjs en eau tiede ôc douce, la plante des pieds foit oindle auecques huyle violât, ou lemblable.En la declinaifon générale de la fiéure,ell bon faire bain d’eau douce , auecques fueilles de vigne,laidlues, ôc autres refrigerans, ôc ce loind’vn leger repas.Mefme l’humeur jacuit & mitifié, les purgations générales ayans précédé, lera bon prouoquer les lueurs par l’vlage devin blanc , bien tenu & trempé. Vraycment les fueurs en toute fiéure putride font bonnes quand elles viennent en temps ôc Heu : pourcc qu’elles euacuent les matières conioindles de la maladie. Mais fur tout en la fiéure tierce:d’autant que tel humeur fe refont aifément en lueurs pour fi tenuité. Pour ayder à la fucur, fera bon auecques le vin blanc mentionné, prendre decodlion de figues, rai fins de damas mondez, chiendent ôc autres racines aperitiucs. Par dehors on prend efponges imbues en la decodlion d’her- bes chaudes, comme rofmarin, tym, Iauande,majrolainc, ôc autres, efpreintes ôc appliquées chau- Renient aux aines, ailfelles , entre efpaule du malade, tenu couuert en fon lidt. Autres rem pli lient à demy des vellîes de porc, de celle decodlion, les appliquent aux collez ôc entre les iambes,com- me aux pieds, des bouteilles de terre remplies de mefme. On doit celïèr de faire fuer , lors que la Tueur commence à fe refroidir fur le malade. Les vrincs fe provoqueront par decodlion de fenouil ôc d’anet. La faignee doit dire faite non après le tiers accez, mais dés le commencement comme le commande Galien. Car comme ainfi foit que celle fiéure fe termine en cell accez ( fi elle ell vne C tierce, comme nous auons dit ) qui attendra après le tiers accez, il faignera lors que la fiéure fc- ra en fon ellat. Or Hippocrates défend de ne rien mouuoir en l’ellat, de crainte de defbaucher nature de la concodtion ôc mitification quelle veut faire de l’hnraeur qui caufela fiéure. v-n Temps de nourrir le malade. "En quel cas il efl permis de nourrir, mefme en l’accès. Medicamens, Quand fy> pourquoy ne faut purger & falgner beaucoup. Clyfiere con- tre le déliré. Bain. Vtilité des futurs is fié■ ures fudorifi- ques. Die are ti- ques. Temps de la faignet. Aph. xy. lin. x. De l'Oedème. C H A p, XVI. l.j. Définition d'Oedemc. Gai. de tu.fy l 4. Meth. fig x. ad Glane. Différence d’Oedemc. A R cy-deuant nous auons traî<£tc des tumeurs chaudes : refie maintenant à efcrire MdJSÊl es ro^es 5 «l11* f°nt deux en général, à fçauoir Oedcme , & Scirrhe. Or le nom d'Oedemc efl pris félon les anciens, comme Hippocrates , pour route tumeur, occu- P Panc le nom de genre. Mais les modernes le prennent plus eftroittement, à fçauoir pour efpece. Doncques Oedeme efl vue tumeur molle, laxe, fans douleur, procé- dante d’humeur plegmatique, tombant fus quelque partie. Les anciens ont faiél huiél différences de tumeurs engendrees de phlegme. La première efl le vray Oedeme, fait de phlcgme naturel. Et du non naturel méfie auecques les autres humeurs , fe font trois autres cfpeces : comme s'il eft auecques le fang fera fai£1 Oedcma phkgmonodes, Ôc ainfi des autres. Dauantage le phlegme non naturel, efl ou flatueux & vaporeux, & engendre la tumeur venteufe : ou aqueux, & fait l'acqueufe: ainfi le gros & gypfeux fait les tumeurs nolieufes & phlcgmatiques, corne font ta9Sc Aicllcerîdes : femblablement le phlegme corrompu &pourry,les fcrophules dictes couflumie- rement efcrouelles. Pour comprendre toutes Icfquelles efpeces d'Oedemc méthodiquement, faut noter que la pituite, dont fe fait tumeur, efl ou naturelle,péchant feulement en quantité, dont fe fait ceque proprement nous appelions Oedeme:ou efl non naturelle,ains corrompue.Or elle fccor- rompt ou par meflange de fubflancc eflrange, comme fang , bile, Sc melancholie, dontfe font les trois efpeces d'Oedemc expliquez ; ou par pourriture de fa propre fubflanee , dont fè font les finî- mes tk cfcroiielles : ou par concrétion , dont fcfont les glandules , & toutes fortes de loupes & nodofitez; ou par refolution ,dont fe font les tumeurs aqueux & flatueux , comme l'hydocele, pneumatoccle, & toute forte d’hydropifie, fçauoir la pituite amaflee en certain lieu eflant refolue» amplifiée & eflenduc en eaux, ferofîtez ou ventofitez. Les caufes font fluxion d'humeur pituiteux, ou vapoureux , ou vn amas d'excremens phlcgmatiques ou venteux, amalfez en quelque partie, k raifon de l'imbécillité de cuire l'aliment, & chalfer les excremens. Les lignes font couleur blan- chaflre , femblablc au cuir ne les changeant beaucoup, à caufe que l’humeur efl femblable en cou- leur , tumeur molle, rare, laxe pour la grande humidité , fans douleur, à raifon que l'humeur n’efl chaud ne feruent, comme en Phlegmon , laquelle enfonce fi elle efl comprimée du doigt, la partie demeurant cane, biffant le veflige dudit doigt, parce que l'humeur efl gros, cras, & de tard mou- Caufes d’Oe- deme. Signes d'Oe- deme. Des Tumeurs en général. A uemenc. Iceux Oedemes viennent pluftoft en Hy uer qu’en Efté : car lors il s’amaflç grande quantité de pituite. Les parties, nerueufes 5c glanduleuses font plus fuiettes à telles indifpofitions > d'autant quelles font exangues ,ayans moins de chaleur que les autres : pareillement plus laxes 5c aptes à receuoir la fluxion. Les corps cacochymes,crapuleux 5c vieils, 5c qui font peu d’exercice,font cou- ftumierement vexez dé telles tumeurs. Or l'Oedeme eft terminé par refolurion ou induration le plus fouuenr, 5c rarement parfuppuration,pour la petite quantité de chaleur qui y demeure. Celuy qui eft fymptome , comme d’hydropifle ouphtifle , ne reçoit aucune curation, fl premièrement la maladie, qui eft la caufe, n'cft oftee. La curation générale confifte en dcuxpoinds,à fçauoir-à i'eua- cuation de la matière antecedente,& de la conionte:ce que nous obtiendrons par quatre intentions. La première s'accomplira par bonne maniéré de viure, 5c le moyen defix chofes nô naturelles con- trarians à la maladie , qui eft froide 5c humide , 5c pourcç tendront à, chaleur 5c ficcité. Donc il eflira l’air chaud,fec 5c fubtil.Son boirefera de bon vin gracieux 5c delioat:fon pain fera bien cuict, mangera viandes qui engendreront bon fuc, 5c pluftoft rofties que bouillies:il s’abiendra de fruids, potages , 5c de toutes chofe faites de laid,lelquelles engendrent mauuaifes humeurs, il n’vfera de poiflons, flnon de faxatiles : c'eft à dire , ceux qui viuent entre les pierres 5c grauiers î il mangera peu,& boira le moins qu’il pourra,craignant d’engendrer çruditez. A l’yflue de fes repas,il pourra vfer des pouldres digeftiucs , ou de dragee commune : fon ventre fera touflours lafche , 5c s’il ne U l’eft naturellement, le fera par art. Il s’exercera modérément 5c principalement deuant le repas,afin de difîiper touflours quelque portion de cet humeur, 5c d’exciter la chaleur naturelle. Il dormira, peu, afin de n’accumuler par le trop long dormir grande quantité d’excremens. Il ne prendra au- cun chagrin,& fuira la compagnie des femmes,tant que faire pourra, s’il a le corps imbecille,foi- ble 5c maladif de nature:car par l’exercice vénérien eftant encotes d’auantage débilité & morfondu, il amaflè dauantage de cruditez:commc au conriaire s’il eft fort decorps,de ferme 5c robufte com- plcxion, tel exercice modérément pris, 5c en temps 5c lieu, l’efchauffera dauantage feichera fes humiditez & çruditez : car ainfl faut il entendre la reigle ij.d’Hipp.au 6.des Epidémies fed.f .que, Venus eft remede 5c guarifon aux maladies qui viennent de pituite,comme l’explique fort bien Ga- lien.’La fécondé intention auraefgard à l’habitude de tout le corps,ou delà partie qui fera la four- ce de cet humeur.Car s’il prouiem de rcftomach,fera conforté:& ainfl des autres parties.Si de tou- te l’habitude du corps, on luy preferira medicamens attenuans, inciflfs 5c apéritifs, 5c de ceonau- ra recours au docte Médecin. La troiûehne conflfte à l’euacuation de l’humeur impadà la partie, ce qui fè fera par medicamens topiques, lefquels feront diuerflfiez félon les quatre temps. Car au commencement 5c augment Galien liu.z. ad Glauc. chap.j.& 14. Meth.commande d’appliquer vn oxycrat auccque vne efponge trempée en iceluy : 5c fi l’Oedeme eft à vn bras, ou à vne jambe, la li- gature expulflue eft bien neceflaire, en commençant de la partie inférieure, finiflant à la fupçrieu- re. Ou bien on vfera de tels medicamens. If, Hxiuij ex cinerib. farinent. 5c caul.ah. tartar. C 5c alum.an. g.fl. aceti mifee omnia flmul, 5c fiat dçcodio : en laquelle feras tremper ou comprefles, 5c en fera fomentée la partie. Aulîi pourras vfer de ce cataplafme. flf. farin. bord, coquant. i.n lixiuio com. addendo pul. nucis cuprcf. balauft. an. myr. aloés 5c alumi, an. §.fl. olei fiat catapl. En l’eftat 5c déclination on vfera des medicamens qui font défie* catifs 5c fumach.balauft.an. §.j.faluiæ,origa. calamcnt/i hyflbp.milef. an. m.j. abfimh. plantag. caud.equi. tapfl barbat. centinod.an.m. fl.alum.tart.& falis comraunis an.§. j. coquant.cum lixiuio,fiat fotus cum fpongia. Apres la fomentation on appliquera tel Bryoniæ, §.ij. abflnt.pîantag. centinod.camomill.mclilot.puleg.an.m.fl.co— quanturin hydromel.piftent.paflentur,addcndopul.rofar.rubra.camomil.&:rnelil.an.5.fl.far.fabai% 5c hord.an.5.j.oIei anet. 5c fiat cataplafma, lequel fera appliqué après la fomenta- tion.D’auantage tu pourras vlèr d’autres rcmedes refolutifs, comme empîaflrçs , & vnguens félon ta diferetion. Toucesfois il faut premièrement efchanffer la partie, fur laquelle on doit appliquer tels remedes , comme par fomentations,fridions, 5c euaporations. Car autrement lefdites empla- ftres ne pourroient eftre réduites de puiflànce à effed, pour la grande intemperaturc 5c froideur de * la partie , laquelle ne peut cuire , aflîmiler le nutriment à elle neceflaire, & çncore moins challer t l’humeur contenu en la partie. Les fomentations fe feront de decodion faide de lauge, rofmarin, , thym,lauande,fleurs decamomille,melilot,rofes,racines d’ircos, ftecas,& autres chofes femblables, cuittesenvin blanc, adiouftantvn peu de vinaigre, en laquelle decodion feront efteintes briques, puis enueloppées auçcque linges , 5c appliquées autour de la partie. Car d’ioelles fort vne chaleur 5c vapeur, laquelle a vertu de fubtilier, atténuer, incifer,refoudre,& conforter ladite partie. Dauan- tage, en lieu d’icelles on vfera de bouteilles ou veflîes de bœuf, ou de porc à demy remplies de la fufdide decodion, Icfquelles feront appliquées chaudes fur la partie. Les fridions fe feront auec linges chauds, continuant quelque temps : car elles reuoquent 5c attirent le fang 5c les efprits, re- foluant quelques humeurs fuligineufes detenués entre le cuir 5c la chair, dont la partie eft rendue plus forte 5c vigoureufè. Progcoflicn Oedeme fymptornatic. Cure dOe~ deine. Ptemiere in- tention. Seconde fan tention. Tro'ijieftni intention* fetpiiHtàiîtj Document pour le sets» ne Chirur- gien. Fomentation, pour ccnfor~ ter la partie. Friftions. Des Tumeurs venteufes & aqueufes. C H a p. X V I L O v s rOedeme font compris les tumeurs flatueufcs ou venteufes, aqueufes & dures, comme font Atheromata , Steatemata , & Meliceades. Les tumeurs flatueufes ou ven- teufes ,font faites d’vne vapeur flatueufe , qui eft aucunesfois enclos fous les mem- branes 5c le cuir , & fous celles qui couurent les os, comme periofte & pericrane, qui caufe vncextreme douleur pour la diftenfion : quelquesfois les vifeeres, comme ven- tricule 5c inteftins, en font remplis, comme en timpanites. Elles différent du vfaX Oedcme,d au- Génération, des tumeuH vent eu fes. Le feptiefme Liure, tantqu eftant prelfees auec le doigt, le vertige n'y demeure , à caufe qu'elles font remplies de va-  peurs 6c non d’humeurs, Icfquels eftans prêtiez rcuiennent, comme il le void à vnc balle ou velïie remplie de vent. La caufe de telle tumeur venteufe, eft pour l'imbécillité de la chaleur naturelle,laquelle ne peut dllîîper 6c confommer la matière phlegmatiquc difpofee à exciter flatuofitez : ce qui nous eft faci- le à cognoiftre par le Soleil (qui relpond à noftre chaleur naturelle fe leuant au maatin , n'ayant fi grande vertu comme au midy , ne peut aulîi facilementconfommerles humiditez qu'il attire d'icy bas, comme il fait vers le milieu du ionr:& pource s'efleuent feulemét des brouillards 6c vapeurs. Ainfi eft de la chaleur naturelle,laquelle tafehat à confommer la fufdite matière par fon imbécillité, n'y peut grandement agir,& pource,caule ôc efleue feulement vn efprit vaporeux,qui eft la matière d'inflation. D’auantage la denfité, profondité,& craflitude de la partie, caufe aulîi telles tumeurs. Car jaçoit que la chaleur naturelle foit forte, toutesfois l'humeur eftant au profond , ou les pores eftans reflerrez, cet humeur ne peut s'éuaporer , 6c par ainfl s'accumule petit à petit, & engendre cefte tumeur. Les lignes font, lors qu'on preflè des doigts fur la tumeur, on fent vne rcnitence eftans repouftez : pareillement quand on frappe deflus , la partie refonne , comme fi on frappoit fus vn tabourin , 6c principalement s'il y a grande quantité de vents , en la capacité du ventre, ou entre les grands mufcles. D'auantage la tumeur n'eft chaude ne rouge , mais pluftoft froide 6c B blaffarde, comme en l'Oedemc. Icelles occupent fouuentesfois les jointures,& principalement les genoüils, 6c font de difficile curation , comme dirons cy-apres. Si la ventofité fe faiét aux inte- ftins, icelle caufe vne colique venteufe, qui fait quelquesfois vnc telle diftenfion pour fa grande quantité,qu'elle rompt 6c defehire les inteftins , dont la mort s’enfuit. Cufts des tu- meurs veu- teufes. Les fanes. Prognofiic. De U cure des Tumeurs venteufes & aqueufes. Cap. X Y 11 L Bfÿr A curation fe fera par trois poinds principaux. Le premier eft touchant la manière |i| de viure , qui ne fera différente à celle de l’Oedeme. Le malade vfera de bonnes vian- K des, faciles à digerer & de bon fuc , pluftoft rofties que bouillies : Ton boire fera bien peu , 8c principalement de bon vin : il cuitera toutes chofes aqueufes , comme fruits, herbes 8c poiffons. La feèonde intention eft de conforter les parties feruantes à la concodion , à fçauoir l’eftomach &c foye : ce qui s'accomplira par chofes aromatiques , comme eleduaires,con- ferues , opiates , poudres, comme àiacuminum , diacalamenthum , aromatîcumgaryophillattm , arc- matteum rofatum , 8c autres , que ie laifle au dode 8c prudent Médecin. Le troifiefme feope ou in- tention , eft ofter la matière coniointe : ce qui fefera par medicamens chauds, fecs , & atrenuatifs, qu’on nomme carminatifs, afin que la partie foit rarefiee, & l’humeur diflipé : toutesfois feront diuerfifiez félon la partie. Car autres doiuent cftre appliquez au ventricule & inteftins , autres aux joindures & parties charneufes. Pour la colique on donne elyfteres carminatifs , & on appli- que fachets refolutifs, femblablement ventoufes fus Tvnibilic. Si la tumeur eft à la partie exter- ne , nous vfons de fomentations , linimens , &c principalement s’il y a quelque douleur, aulïï de cataplafmes ôcemplaftres. Comme. flor.camomil.melii.ronf. rof. rubr.anap. j. abfinth.hiffop. ana m, ij. coquant. cum lixi. addend. aceti parum, pro fotu cum fpongia. Gai. vfe d’vne fomenta- tion de oxyrhodinum, y adiouftant quelque portion de fel,& en fomente la partie auec vne efpon- ge, laquelle il laifîè fus icelle. Autre. olei camora. anet. rutæ & lilior. ana. j. olei Jau. §.fi. ceræ alb. 5. vj. aquæ j. liquéfiant omnia fimul, &: fiat linim. quo liniatur pars præmiflb fotu. far. fab. & orob. ana. iij. coquant. in decodo pulegij ,orig. cala. faluiæ,add. pul. caraom. 8c mclil. ana. J.fi. fulphu. viui fubtiliter puluerif 5. ij. olei anet. 8c camo. ana. j.-fi.fiat cata. Autre. 1JL. fterc. capr. bene tritur. iij. flor. camofh. melilot. anam. fi. furfur. far. fabar. 8c orob. coquant. cum lixiuiocomm. addend. terebent. iij. olei anet. ôc rutæ ana ij.fiat emplaf. ad vfumdidum. L’emplaftre de Vigo eft fingulierpour tel effed, cum mercurio& fine mercurio. Il faut noter que tels medicamens doiuent toufiours eftre tenus chauds par le moyen de linges chauffez, ou briques rouges, ou bouteilles mifes autour de la partie, comme auons dit en l’Oedeme. D Apres auoir refolut l’humeur contenu à la partie , il refte à la fortifier, afin de ne plus receuoir tel humeur, qui fe fera par le moyen d’vne telle fomentation 8c cataplafme. nucum cupref. cortic. granat. fumac. berber. balauft. ana. j. caud. equi. arnogl. tapfi barbat. abfint. falu. rorif lauand. ana. m. fi-camomil. melilot. rofar. anth. ana. p. j. alum. & falis communis ana. j. bul. omnia in æquis partib. aquæ fabror.ÔC vini aufteri, & fiant facculi pro fotu, aut decodio pro fotu cum fpongia. far. fab. hor. 8c lup. an. ij. tereb. comm. iij. pul. rad. ircos. maft. an. fi. mellis comm. 5. ij. f predidæ decodionis quantum fatis, vt inde fiat cataplafma ad formam pultis fatis liquidæ, applic. partib. affed. calid. præmiflb fotu. Et continuerez ce médicament tant qu’il fera befoin. Quant à la tumeur aqueufe, les lignes font femblablesà ceux de la venteufe. Et d’a- bondant, eft reluifante, 8c au tadfaid vn bruid comme vne veflîe à demy pleine d’eau. Quant à la curation,fi nous ne pouuons paruenir à la refolution,on viendra à l’aperauon,comme auons trai- dé au phlegmon, laquelle eft icy quelqnesfois ueceftaire, non feulement à raifon de la contuma- ce de l’humeur qui n’obeyt toufiours aux refolutifs: mais aulfi àcaufe que fouuent fe trouue en- fermé en vn Kyft ou membrane, qui luy eft propre , à raifon de la denfité de laquelle la force des refolutifs ne peut pénétrer iufques à l’humeur. Comme ces iours paflez i’ay expérimenté en l’hy- drocele d’vnc fille aagée de fix à fept ans, pour laquelle refoudre, ayant en vain expérimenté par vn long temps tous les refolutifs qucJ’art m’auoit enfeigné, iefus en fin contraint venir à l’ouuerturc Premier fcope touchant la maniéré de 'usure. Second fcope. Troifiefme fcope. Remedespour les tumeurs venteufes. D* la tu- meur aquett- A Des Tumeurs en général. 205 A pour donner ifTuë à Teau contenue , enfcmble attacher , & trancher la membrane qui contenoit ladite eau, comme peut tefinoigner Moniteur Hautin Dodeur en Medecine, qui m’auoit faiél ap- peller pour Texecution. D'Atherome , Steatome, & Meliceride. C h a p. XIX. Ombipn que ces tumeurs foient du genre des apoftemes, toutesfois elles differét, parce que leur matière eft contenue en vn kyft,c’cft à dire, dedans vne membrane ou S petite Sourfe. Aufïi la différence qu’il y a entre ces trois cfpeces , eft que l’humeur contenu dedans le Steatome ( ainfi que fon nom le porte ) eft vne matière femblable à du iuif, & que quclquesfois on y rrouue des corps durs & pierreux , & autresfois comme petits os,& des ongles de coq. Philoxene dit y auoir trouué des animaux femblablçs à des moufches,6<: autres chofes eftranges.Ec dans TAtherome eft trouué vn humeur femblable £ bouil- lie qu’on faid manger aux petits enfans : ôc dedans le meliceride, vn-humeur femblable à du miel commun,en couleur 6c confiftence.Ccs tumeurs fe font fans que nulle inflammation aye précédé. On les cognoiftra les vnes des autres en cefte maniéré ; c’eft que le Steatome eft plus dur que les deux autres,& n’obeït promptement aux doigts quand on prdfe deffus,&; les ayant oftez mal-aifé- ment auffi retourne,c’eft à dire; fe releue à tard, parce que l’humeur eft gros,. La tumeur eft de cou- p leur femblable à la peau & fans douleur , la figure de la tumeur eft longue. Le Meliceride obéit 6c ccde comme vn corps laxe 6c mohquand on le touche,il fe difperfe 6c dilate proraptemêt,puis fubit retourne,6c différé en figure 6c fubftancc de TAthcrome,parce que la figuré eft plus rôde,& la fub- ftance de l’humeur plus fubtile,&: d’auantage eft tranfparente.Aufîî le Meliceride eft plus large que j’Atherome, 6c fi on la foule auec les doigts, plus foudain elle obéit, 6c après les auoir oftez aulîi fubit retourne,& fans douleur,& de figure ronde. Or quand à l’opération manuelle,il n’importe fï l’humeur contenu eft femblable à miel,bouillie ou fuif,ou de quelles ellènces elles foient.Car nous auons vne feule intention, qui eft d’ofter l’humeur contenu en la partie,enfemble la bourfeconte- nât ledit humeur. Toutesfois il faut noter,qu’aucunes de ces tumeurs font efleuees fuperficiellemér, 6c quand on les touche,font mobiles : les autres au contraire font entees & infiltrées, & liees pro- fondément aux parties prochaines 6c fixes, fans les pouuoir remuer de cofté ne d’autre,& telles re- quièrent grande diligence 6c dextérité à l’opération manuelle, à caufè du danger du flux de fang,& incifion des nerfs.Il y a plufieurs autres tumeurs contre naturc,comme TefiudoiNata)GlandHU)No- dpiiirBotiumiLupiafizc.ft. loupe) 6c femblablesficfquelles font de mcfme genre que ma, & Melîcerü : car elles font toutes engendrees d’humeurs pituiteux, gros, 6c vifqueux. Et comme en ces trois icy il fe trouue de l’humeur femblable à boüillie, fuif, 6c miel ; ainfi és autres s’en trouue,non feulement de pareil, mais auffi des corps qui ont bien forme plus eftrange, comme nous dirons cy-aprcs. Or d’autant que les anciens n’ont fait aucune mention de ces tu- meurs , au moins fous tels noms , nous dirons briefuement ce que les modernes en Tentent, cora- mençans à Tefludo, qu’ils difent eftre vne tumeur contre nature molle & large , de la figure d’vne tortue,dont elle a pris lenom.Quelquesfois elle vient en la tefte,de la figure d’vnc taupc,& lors fe nomme Talparia, Nata , eft vne grande excroiftance charneufe de la forme d’vn melon, ou comme chair de feftes,dites Nates en Latin,dont luy peut eftre efcheu le nom, fi ce n’cft qu’elle vienne aux fc(Ics,pluftoft qu’en autre membre. vue rumeur ainfi diéte,parce qu’elle reffemble à vn gland,ou vneg!ande:ou parce qu’elle eft plus fonuent engendreeés glandes des emundoircs.Quant aux fcrophu!cs,nous en parlerons au chapitre fuiuant. tumeur ronde, dure & immobile, ainfi dite par fimilitude qu’il a d’vn nœud de corde. Guidon dit qu’il fe trouue volontiers és lieux nerueux.Mais nous le prenons auffi communément, 6c improprement, pour vne tumeur dure qui vient es os,laquelle eft allez fréquenté aux verolez. Les fignes de Stateeme. Meliceride, Atherme, Cure. Tefiudot que fi ce Tulputia. Nata. GlandhlA. Nodw, Des Loupes & autres femblables. C h a p. XX. V p i A , ou Loupe,eft tumeur quclquesfois molle,aucunesfois dure, toujours ron- Jffit prenant nai(Tance le plus Tonnent es lieux durs, fccs & nerueux. Or de toutes *es tumeurs,cy expliquees,les vnes font grandes,les autres petites:aucunes font mobiles D W, Sc Teparables d'aucc la partie où elles fonr,parce qiTelles ont vn Kyftis ou fachet:au- très font immobiles,d’autant qu’elles n’ont point defachet, ains font infiltrées & at- tachées en la partie d’où ils naifTcnt. Coutumierement les Loupes ont vn fachet, & de la curation d’icellcs nous entédons traider maintenant,parce quelles font les plus difficiles à guarir,principale- ment eftâs inueterees.Leurs caufes primitiues font coups orbes,chcutes de haut,deftorfes,& autres. ‘ Les antécédentes & conioinctes , font celles que nous auons dites au commencement du chapitre procèdent. Leurs figues doiuent élire recueillis de leur defeription. Pour la curation de celles qui commencent encores à venir , &: font petites , il les faut forment froter auec la main. Car par ce moyen on fubtilie5cfchauffe, & fonuent refoult-on l’humeur qui eft contenu. Si cela n’y fait rien, faut prefter delfus auec la main,ou auec vne petite piece de bois, fi fort que le Kyftis Toit creue ou rompu.Quand il fera rompu, on appliquera vne lame de plomb, frottée de vif argent, 6c Uee deffiis bien çftroittement.Car elle a vne merneilleufe vertu de confomrner,refoudre,& tarir 1 humeur con- tenu en quelque partie,comme iel’ay plufîeurs fois experimenté.Mais fi la Loupe eftoit en lien ou on ne peuft faire compreffion, comme au vifage , au thorax, au venrre,à la gorge, on y mettra vn emplaftre refolutifs,tel qui aceto,& paflent per fetaceumT addendo ol, lil. 6c l’auri. an. 5. j. aq. vitæ parum pulu. ireos,falis ammo.fulphur.viui. Lupia. Dtnijton* Le feptiefme Liure, Quatrtefme manière. vitrioli Rom.an.j.fl.incorporentur omnia firaul,& fiatemp.fecun.artem.Si partons ccs moyens la A tpmeur nefe peut refoudre,la faut ouurir auec lancette,ou cautères,faifant après tomber l’efcàrre,&: confommer entieremêt le Kyftis auec egyptiac,poudre de mercure, 5c femblables.Puis l’vlcere fera mundifié,incarné,&: cicatrilé.Aucunesfois elles font fi groftes qu'elles ne peuuent eftre guaries par- les remedes fiifdits,&: alors eft befoin de venir à l'œuure manuelle,pour en faire entière extirpation, pourueu qu'elles ne fuftènt par trop grandes 5c enormes,dufortadheretes Sc infiltrées aux parties, ou firuecs en lieu dangereux,comme ayant colligance auec greffes veines, arteres,& nerfs. En tels cas il vaudroit mieux les lailfcr.mais fi on cognoift par le contraire,qu'ellcs le puiftènt ampurer,il y faut procéder comme s'enfuit. Il faut donc faire vne petite incifion au milieu, pénétrante iufqucs au Kyftis,& par icelle faut mettre vne fonde groftè de demy doigt,ronde en fon extremite,caue au milieu,longue tant qu'il fera befoin : Sc la pouffer entre le cuir Sc ledit Kyftis,iufquesà la racine de la loupc,pour couper le cuir tout le long d'iceîle fonde. Derechef conuient faire vne autre incifion au trauers de la première , fi que ces deux facent vne croix : Cela fait, feparer le cuir de contre le • Kyftisjcommençant aux angles, Sc finiftànt vers laracinedelaloupe,& ce auec les doigts enuelop- pez d’vn linge bien délié,ou auec le rafoir, s'il eft befoin.Il fauticy noter, qu'il y a toufiours quel- ques vaiftèauxjlefquels en leur commencement eftoient petits,mais auec le temps ils fe font agran- dis Sc dilatez pour la nourriture de la loupe,de laquelle ils font comme racines. Donc fi d’auenture en le cuir , il fiuruient flux de fang de quelques veines ou arreres, il fera arrefté en les liant vers leurs racines : ou fera faide vne bonne Sc forte ligature en la racine de la loupe,auccques me- " nue ficelle ou filet en plufieurs doubles,laifiant les bouts dehors, Sc permettant que le nœud tombe defoy-mefme. Or ne fera-ce allez d’auoir amputé toute l'excroiflancc de la loupe,mais conuiendra auftî incifer Sc couper du cuir qui la couuroit Sc reueftoit,afin qu'il n’en demeure non plus qu'il en faut pour conurir la partie.Apres on fera des poinds d’aiguille pour réunir les léures de l'incifion, , mettant des tentes aux parties inférieures iufqucs à pleine mundificado,après laquelle fera la cure pourfuiuie iufqucs à la cicatrifation. Le femblable a efté pratiqué par maiftre Laurent Collo,Chi- rurgien ordinaire du Roy, Sc moy p refont Moniteur de Violencs Dodeur,Regent en la faculté de Medecine à Paris,grandement eftimé entre les gens dodes, en la perfonne de Martial Colart,Pre- uoft de Barbonne, demeurant à deux lieues de Sedane : lequel en auoit vne derrière le col de grofléur de la refte d’vn homme, pefante huid Hures, luy faifant telle peine qu'il eftoit contraint la fupporter fur fies efpaules auec vne feruiete en maniéré de facjaquelle amputation fut fi heureu- femet par nous deux faite Sc executee,que le malade guarit.Si lefdites tumeurs ont leur bafegrefle, Sc le fommer large,il les conuient lier ou couper par leur pied ou racine:& fi elles font engendrees à la gorge près les iugulaires, aifcelles Sc aifnes, Sc fous les jarrets : font tres-difficiles à extirper, pour les accidcns qui fouirent aduiennent. Au commencement font fort petites , puis peu à peu par vn long tempscroifient, à fçauoir , de quatre,cinq,fix,&: fept ans,quelquesfois moins ou plus. Aucunes d'icelles font fort dures, aucunes molles Sc obeïftantes à toucher, Sc toutes pour la plus -, part font fins douleur. On peut dire par conjedure feulement ce qui eft contenu en icelles,mais on ne le peut certainement cognoiftrc, fi ce n'eft alors qu'on en fait apertion. Toutesfois à celles qui ont grande dureté & renitence,le plus fouuenr eft trouué des matières femblables à petites pierres, & autres corps eftranges. le trouuay en vne mammellc d'vnc grande Dame , âpres eftre dccedec, eftant appelié pour l'punrir, vne fubftance grofte comme vn œuf de poulie, dure & compade ainft qu'vue pierre,aipre Sc maffiue,de couleur blanche : Sc pendant qu’elle viuoit, les Médecins Sc Chi- rurgiens eftimoient eftre vn chancre , à caufe que cefte dureté luy caufoit vne grande douleur feule- ment quand on la comprimoit tant peu que ce fuft. En cor es depuis n’agueres i'ay efté appelié pour- vu femblable cas aduenu à vne honorable & firge Dame , où plufieurs tant Médecines que Chirur- giens difoient eftre vn chancre,& tins le contraire,àcaulequc cefte tumeur n’eftoit adhérente pro- fondemétqoind qu’il n’y auoit point de mauuaife couleur à la partie,ny veines tumefiees,ny autres figues vrais Sc demonftratifs de chancre.Car ladite Dame eftoit bien réglée de fes mois , la couleur du vifage & tout le corps bien habituez, eftant fans douleur, fi on ne preftbit contre ladite tumeur. Dauantage pour demonftrcr que ce n’eftoit vn chancre,la tumeur n’eft iamais augmentée, ny aucun accident furuenmau contraire eft gaillarde Sc bien difpofee,tant de fon corps que del'efprit. Cînqmefme maniéré de Laguarifon M ei‘ Chofe nota- ble. Hifiotre d‘v- ne Inupe énor- me. TrognoJHc. Hijîoire, Autre htjloî re. Des Scrophules oh efcroïielles. C h A p. XXL D E s Efcroüelles font tumeurs œdcmateufes, faiêtes aux parties glanduleufès , comme aux mammelles , aifcelles , 5c aux aines , & le plus fouucnt à celles du col. Elles font vue ou plufieurs félon la quantité de matière dont elles font procréées, 5c font quafl toujours enueloppees en vn Kyfl: ou membrane propre à elles, comme les Atheromes, Steatomes ôc Melicerides. Elles font fai êtes & engendrees de pituite gypfee, groflè, vifqueufc, 5c lors qu'il s'y medede l’humeur raelancholic,s'efchaufFent 5c deuiennent malignes , & font vlceres corrofifs, 5c chancreux, qui rongent la fubftance des glandes 5c des parties voifines , 5c adoncfont incurables. D'abondant ce mefehant humeur court par le corps , 5c louuent où il s’aflîed , altéré 5c pourrit les os, Sc rend les panures efcroüelleux fébriles : En fin meurent miferablement , languif- fans , tabides, arides 5c fecs ,fans pouuoir trouuer guarifon des Médecins 5c Chirurgiens. Aucu- nes font fort douîoureufes , principalement quand l'humeur s’efehauffe & fe pourrit ,& dégénéré en vlceres chancreux, 5c alors il n’y faut aucunement toucher aucc ferremens ny medicamens acres. Philippe Ingraflîas , doêle Médecin de Sicile , en Ton Hure qu’il a compofé, intimé De ni- morihm fréternaturam, tome i. chapitre i. liure i. recite d’vn certain More , lequel fut pendu pour larcin, duquel fut faiête anatomie en bonne 5c grande compagnie, où ledit Ingraflîas prefi- Gai, liu, des Tumeurs vo- tre nature au 13. delà Méthode, Hiftoire d'vn More fera- thuleux. Des Tumeurs en général A doit ôc fut trouué au Mezentere foxante & dix petites tumeurs ôc fcropuleufcs ayans chacune d’i- cellcs Ton Kyftis, lefqueües adhcroient en la membrane externe des inteftins,les vne pleines d’vne matière endurcie ôc pareille à plaftre, les autres d’vne matière vifqueufe ôc gluante* les autres d’vne madere plus liquide. Et eft à noter , que le More auoic les autres parties du corps fort faines ôc entières, principalement le foye ôc ratte, comme recite l'auteur preallegué. Dequoy il collige,que Nature renuoyant tous les excremcns de ce corps fur le Mezentere &c parties voifinés , auoit re- purge ôc nettoyé les autres , ôc icelles maintenues en famé : de. forte que ledit More fut tant qu il a vefeu , peu ou point malade» Qui eft l’aduis auffi de Monfieur Fernel ,liurc 6. chapitre ou il traiâre des maladies, caufes ôc lignes du Mezentere «5c Pancréas : Sçauoir eft, que .tels abfcés ôc tumeurs contre nature fe font par vne defeharge de nature, laquelle eftant prelfee de plulîenrs excremens ,les renuoye vers le Mezentere, «5c Pancréas , comme dedans vn cloaque ou efgout de tout le corps : Car ceux qui font intemperans ôc exceffifs au boire Ôc manger , amalfent grande quantité de toute forte de pituite ôc cholere , laquelle li elle ne fe purge en temps ôc lieu , croif- lent au ventricule, foye ôc râtelle. Nature forte par après la renuoye dedans le Mezentere ôc Pan- créas , par les qui de la veine Porte s’inferent ôcfe perdent dedans le Pancréas «Sc Mezen- tere. Parquoy ce n’eft fans caufe ny fans grande railbn ôc expérience ( veu que ces parties reçoi- g uent tant d’excremens ) que ledit Fernel afferme ôc aflenre auoir trouué fouuent la caufe ôc liege des fc!ons,ou dyfenteries,mel âcholiques,hypochondnaques,diarrhees,atrophies,langueurs,fiéures lentes,6c erratiques,en icelles parties. Pour retourner à noftre propos, ledit Ingrafïias raconte Phi- ftoire que defTus,pour confirmation de ce qu’il eferit auoir leu en Iulius Pollux, que les cfcrolielles s’engendrent quelquesfois au Mezentere. Ce qui eft conforme à la dodrinede Gai. lequel veut les efcroiielles n’eftre autre chofe que glandules feirrheufes ôc endurcies. Et pour la confirmation de cecy,iattefte auoir trouué aux corps morts,quiauoient des efcroiielles aux parties cxterieures,pîu- ficurs tumeurs glâduleufes au Mezcntere,grofIes comme noix,noifctces,pois,voire auffi greffes que le poing,dans lefquelles eftoit contenue vne matière gypfee,«5c autre matière purulente.Quant à la cure,elle fe fera en ordonnant le régime, faifant vne trefgrâde diette pour rendre nature famélique, afin qu’elle confbmme ôc digéré les humeurs fuper-abondans. D’auantage le Médecin ordonnera médecines pour vacuer les humeurs fuperflucs.Semblablement le Chirurgien appliquera les remè- des félon qu’il cognoiftra eftre necelfaireaux parties extérieures , comme remollitifs, refolutifs,«Sc ficuû ânfer.& axun.porc. ôc galba, in aceto dilf.an. nouæ quant.fatis,fiat cerat.fccundum artem,ad modum diachil.mag.Leliniment de morho Gallico3ôc l’em- plaftre de Vigo cum Mcrcurio,font tres-excellens en tel cas, voire faire frotter le malade dudit H- niment, iufques à la faliuation : car par ce moyen nature fe defehargera de l’humeur caufant les cf- C croiielles : ce que fay fait auec heureufe irtuë. On vfera femblablemcnt de ces remedes Empla.diachil.alb.& mag.cerot.œfipi deferiptionis lilior.pa- rum, fiat empl. fatis molle. Et fi lefdites efcroiielles ne peuuent eftre refoultes,& qu’elles tendent à fuppuration,comme fouuent il aduient,alors on vfera dç remedes aqua comra.piftcnt.paffcnt. addend. capit.allior.fub cinerib. coctor. 5. iij.olei IiIior.& ping.anfer.8c anat. quant.fatis,vt inde formetur cataplafma,vt ars do- cct. Or il faut que le Chirurgien foit aduerti,qu’auparauant qu’il face ouuerture aufdites cfcroüel- les, faut laifîcr à perfection maturer toute la tumeur, ôc entièrement fuppurer : autrement le refte demeurera crud , ôc par confcquent difficile ôc long à guarir. Ce qui fe doit pratiquer non feule- ment és efcroiielles , mais auffi en toutes tumeurs qui doiuent fuppurer , efquelles il ne faut pas que le Chirurgien fe hafte de faire ouuerture, pour voir vne petite portion de l’humeur venue à maturité : ( fi ce n’eft en la pefte, charbons ôc parotides. ) Car ce commencement de Pus, qui eft ja cuit, fait que le refte meurira ôc fuppurera pluftoft. Ce que l’on void aux corps inanimez : com- me lors qu vne pomme commence à fe pourrir , fi l’on n’ofté lâ pôtirfiture , toft après le refte fe pourrira : ôc pour la conferuer de non fi toft fe pourrir , on ofte ce qui eft ja gafté : ainfi eft-il des humeurs contenus aux tumeurs contre nature. Il y a vne autre raifon : c’eft que la chaleur naturel- le eft caufe efficiente de fuppuration. Icclle donc par ouuerture précipitée eftant diflipée ôc rendue moindre, à raifon qu’à telle ouuerture s’enfuit dillîpation d’efprits , le refte demeurera crud ôc in- £) fuppurable. Et partant le Chirurgien aura efgard à ce précepte, qui fe doit entendre, fi la partie où eft la tumeur, n’eft fujette à corruption,commeauficge:ou fila matière contenue n’eft vene- neufe, ou critique. Il y a vne autre maniéré de curer les efcroiielles, qui eft par l’opération de la main du Chirurgien , lors qu’elles font au col ôc fuperficielles, faifânt vne incifion,afin de les fe- parer des parties où elles font attachées, puis tirées ôc coupées hors. Mais en faifant tel oeuure fe faut donner garde de toucher la veine iugulaire , ou autre, ôc l’artere carotide ôc nerfs recuirons : ôc où il y auroit danger de flux de fang, après les auoir feparées ducuir,lesfaudroitlierenleur bafe, en paftant vne efguille enfilée , les liant ôc ferrant des deutfcoftéz, afin que d’elles mefmes tombent pe- tit k petit fans danger. Cela fait, on traitera l'vlcere ainfi qu’il appartiendra. Hiftoire digne d’eftre bien confideré tant des Médecins que Chirurgiens* Ifabeau Rolant, femme de lean Bony, demeurant rué Monceaux près S. Geruais, où pend pour enfeigne larofe rouge,aagéedefoixante ans, lexxij. Octobre 1 fyS.futonuerte (eftant morte) par l'ordonnance , ôc en la prefence de monfieur Milot,DoCtenr regcnt,«Se Lecteur aux efcholes de Mé- decine : ôc fut trouué le Pancréas ôc Mezentere d'vne groffeur merueilleufe & prefque incroyable, pelant dix liures & demie, tout feirrheux pat dehors , ôc adheroit feulement vertebres des Lumbes, ôc par douant au Péritoine , lequel eftok pareillement tout feirrheux ôc iemblableà vn cartilage : duquel fut fait le lendemain diffeCtion ôc dcmonftration au logis dudit fleur Mfiot, Le'Metente« re ejl t amené ■vn efgoui dû corps. Atteflatioiï de i'Atbenh Ctiréi Emplafirês CatapUfmi fuppureuift Comparai* fan. Net*. Autre ma- niéré de curef les efcroüel- les , prife dé Cardon , chi des apeftemei froids. Hlfieire. Les e fer attel- le <■ occupent le Me\ent6•» re. Le feptiefme Liure, ioB Medecinsqui ajfîfterent x l'ouuerture. en prefence de mofîeur de Varadcs Medccin,& Confeiller du Roy,& Doyen de la faculté de Mede- A cine:monficur Broüet,Medecindu Roy,& de monfeigneur le Cardinal de Bourbon: meflieurs Cap- pel,Marefcot,Arragon,Baillou,Riolant,Do6leurs Regens en la faculté de Medecine:Pineau,maiftre Chirurgien : l’y afllftay aufli, ôc plufieurs autres,& fut trouué en icelle,vne infinité d’abfcés,ayans chacun fon Kyftis, les vns pleins d’vne liqueur pareille à huile d’oliue, les autres à miel, les autres à fuif fondu , les autres àboullic, les autres à l’humeur albugineux,les autres à l’humeur aqueux: bref autant qu’il y auoit d’abfcés,autant fe trouua-il en iccux de diuerfe matière. Or eft-il à noter qu’il y auoit huiél ans ôc plus que ladite tumeur auoit commencé,& s’eftoit ac- creu'é de plus en plus,fans douleur toutesfois : de fait, le Mezentere n’a aucun fentiment : ôc auoit ladite Rolant fes adions animales , vitales & naturelles libres ( peu s’en falloir ) comme en pleine fanté,horfmis deux mois auant que mourir, quelle s’allita pour caufe d’vne fièvre continuc,qui ne l’abandonna iufques à la morr,comme aufli pour caufe de la pefanteur de fon fardeau,lequel elle di- foit auoir fenti commefe defraciner.De fait,il fetrouua adhérant feulement aux vertébrés des Lom- bes ôc Péritoine,comme a efté dit cy-deflus,& nullement aux boyaux ôc autres parties, efquelles il eft naturellement attaché.De façon que tombant fur la vcflie,& preflant icellc,luy caufoit difficul- té d'vriner, comme aufli preflant les boyaux luy caufoit difficulté d’aller à la felle , de forte qu’elle n’y alloit que prenant quelque médicament par la bouche. Quant aux clyfteres, ils ne pouuoient -entrer : les fuppofitoires ne luy proficoicnt de rien. Elle auoit aufli difficulté de refpirer, pour la ® compreflion du Diaphragme. Aucuns des Médecins qui la penfoient, auoient opinion que c’eftoit vne mole : les autres que c’eftoit hydropifie : de fait l’hydropifie s’enfuiuit, ôc fut tiré vn feau d’eau ôc plus de fon corps. Ce qui aduient principalement pour le foye, qui eftoit tout feirrheux ôc rem- ply d’abcés , tant en dehors qu’en dedans. La ratte fe trouua auffi toute pourrie , les boyaux ôc omentum liuides ôc tauelez:bref il ne fe trouua partie aucune entière en tout le ventre inférieur. Supprtffton d’vrine. Du Ganglion. Chap. XXII. Définition. A n g l 1 o n , eft vne petite tumeur ronde, qui vient fouuentesfois aux poignets des Wmains,ou près les cheuilles des pieds,combien qu’elle fe face aufli aux autres parties du corPs>& s’engêdre àtla fuperficie du cuir,& non au profond. La caufe eft,quand le nerf ou tendon,eftant débilité par contorfion,ou cxtenfion,oupar coup,ou grand trauail,ou autre accident,nature ne pouuant faire bonne concodion ôc afîîmilation de fon nourriflèment,en- gendre vn certain humeur froid ôc gros de femblablc qualité que fon nourriflèment, lequel peu à peu s’accumule à l’entour des fibres , ôc mefme en la propre fubftance des tendons , dont celle tumeur eft dure, faite de matière pituiteufe ôc melancholique. A celles qui font près les tendons, G &aux iointures,ne faut toucher par ferrement, mais y appliquer ammoniac, ôc galbanum diflbulc en vinaigre ôc eau de vie. Autre. '1/L. gummi amm. ôc fagap. in aqua vitæ diflbl. an. j. coqu. fub cineri. calid. ad formamempl. fub finera adde fulphur. viui fubtiliter fi. fiat empl.ad vfura, Aufli l’emplaftre de Vigo cum mercurio duplicato. Et après l’auoir amolli faut frotter ôc prefler delfus, tant ÔC fi fort qu’on rompe fon kyft:cc que i’ay fait par plufieurs fois. La lamine de plomb, frottée de vif-argcnt,appliquée delfus auec forte ligature,les confomme,principaIement quand on a rompu le kyft. Il y a des- petits ganglions, qui ont leur racine grefle ôc menue , lefquels feront licz,lcs ferrant de iour en iour, tant qu’ils foient tombez. Le relie de la curation fe fera comme il appartiendra. Caufe. Cure du gan. glion eftant près les tein- tures. Des Verrues ou Porreaux, dittes Myrmecies, Acrochordon , ou Clou , Thymus, Sarcoma, ou Fungus. EL y a de cinq fortes de Verrues, à fçauoir, Myrmecies, dclquelles l’eminencc eft pe- tite , calleufe , ronde, ôc efpeflè, large, & leur bafe n’excedc gueres la groflèur d’vn lupin. Elles nailfent communément aux mains des petits enfans,& aucunesfois vien- nent fubitement,aufli s’efuanoiii fient tout à coup, ôc peu fouuent viennent pour vne feule , mais font plufieurs. Elles font curées , y appliquant delfus du pourpied pilé, ou fueilles de foucy auec vn peu de fel. Aufli les guarit l’huile de fourment,dc foulphre,ius de chc- lidoine, le laiél de tithymal. Des Porreaux. Il y a d’autres Verrues appellées Porreaux. Le nom de Porreau leur a efté donné, à caufe qu’il a la telle de Porreaux. Il y a des petits filets qui relïèmblent aux racines trouuées aufdites verrues porracées. Pour leur cure, il les faut lier ( fi fai#c fe peut) pour les fair tomber : ellans tombées on mettra delfus de la poudre de Sabina , ôc de l’ocre,faite ainfi. Jf,. foliorum fabinæ 5. ij.ochræ 5. j. puluerifentur firaul : fiat puluis. En lieu du fabin on prendra de la poudre de hermodade brullée. Si pour telles chofes nes’amortilîbient,on les touchera d’huyle de vitriol,ou eau forte,ouvn petit grain de cautere potentiel,pourueu qu’il n’y ait grande douleur ôc inflammation. ylcrochordon. Acrochordonell vne verrue pendante,ayant fa bafe fort petite, eftant calleufe, làns douleur, de figure ronde,n’excedant la groflèur d’vnc fcbue : quelquefois elle fuppure. On la cure par ligature, par fedion,& par vflion, ôc par les arracher. Chap. XXIII. Des Tumeurs en général. 209 A Clauus. ClauuSiOU clou,nommè des vulgaires cors,eft vn durillon qui vient aux iointures des orteils , 8t fous la plante des pieds , ayant fa racine dure, ancrée 8c fichée profondément, comme s’il naiftbit du periofte des os. Us caufent vnc douleur piquante, comme fi on eftoit piqué d’vne pointe de clou,lors qu’on chemine ou preftè deftiis. La caufe vient pour auoir porté des fouliers trop eftroits, ou auoir cheminé longuement à pied. Leur cal eft dur 8c efpés , comme la corne de lanterne,c’eft pourquoy font appeliez cors. Pour les curer il les faut couper iufques au fang:& pour faire mourir leur racine,on y appliquera de l’huile de vitriol ou eau forte. On fera cftày premièrement en y ap- pliquant des aulx pilez deftiis,ou de la gomme ammoniac diftbulte en eau de vie: fi elles retournent après eftrcguaries, on fera le remede comme deuanr. Nota qu’au milieu s’il s’y trouue vne petite dureté noire,il faut plonger vnc pointe d’aiguille aftez profondement,& la leuer en haut,& la cou- per, car c’cft la racine dudit cal. Thymus. Thymus eft vne petite verrue eminente,moindre beaucoup que l’Acrochordon,reprefentant eil haut la fleur du Thym : partant a efté nommée Thymus. Elle eft dure 8c raboteufe, eftroitte en fa bafe, 8c vient communément aux hommes entre le prepuce 8c le glàn,& aux femmes au col de leur matrice, engendrée d’humeur melancholic de maligne qualité,& fouuent de la verolle. Pour la eu- g re,fi elle peut eftre liée , elle le fera , y appliquant deftiis de l’huile de vitriol, poudre de fabina 8c ocre,comme auons dit. Si elle vient de la verolle , les patiens feront traidez comme il appartient à telle maladie, ou autrement n'en pourront eftre curez. Cefdites verrues viennent fouuent au col de la matrice des femmes , aucunes à la fuperficie feulement, 8c fouuent au milieu ou au profond: quelquesfois il n’y en a qu’vne feule , 8c quelquesfois plufieurs. Aucunes font peu douloureufes, les autres font tres-grande douleur. Aucuns guarilient les liant, & appliquant les remedes cy-def- lus mentionnez auec la poudre de fabina ( laquelle opéré par vne propriété occulte) 8c par vne de- codion faite de ladite fabina , adiouftant de l’onguent Egyptiac , y laiftant dedans vn peftaire trempé en ladite decodion. En fin par vne autre iniedion d’eau bien aftdngente 8c deficcatiue fans accrimonie. Par ces moyens i’en ay penfé beaucoup qui ont efté guaris, les autres non , parce quelles eftoient demauuaife qualité , engendrées d’humeur mélancolie : ioind aulîi qu’elles font fouuent en fi grande quantité , qu’elles occupent la capacité du col de la matrice, qui caufede grands accidens,comme douleur cuifantc, 8c les panures patiens difent y auoir le feu,qui fait qu’ils ne peuuent cheminer,ny le tenir debout ny aflîs,à raifon quelles frayent les vnes contre les autres* 8c qui fait auiïi qu’elles iettent beaucoup de fang. Elles degenerent fouuent en chancre , iertans vne fanie fereulè, fort fœtide , 8c en grande quantité. Les patiens ont vne fièvre lente, qui le tour- ne en hedique , 8c meurent miferablement, perdans toute la fubftance de l’humeur fubftantifiqué du corps. C De Sarcoma oh Fungus. Sarcoraa autrement dit Fungus * eft vne excroiftance de chair , qui vient de l'aliment propré dé la partie où elle n’aift,& non de la defeharge 8c fluxion d’humeur des autres parties.Et fi cefte chair n’eft reprimée,elle s’augmente beaucoup,& fouuent produit en foy des tuyaux ayans forme de vei- nes 8c arteres, par lefquelles elle prend nourriture 8c accroilfement comme l’on void aux louppes. Elle iette vne fanie fort puante : les vulgaires l’appellent Fil faind Fiacre. Il fe procrée & forme en nos corps,ainfi qu’on void aux troncs des chcfnes 8c autres arbres, quand quelque humeur à demy pourry,glueux&: vifqueux vientàfortir par refudation au trauers de l’efcorce, 8c peu à peufortant hors prend accroiftèment,& le forme le Fungus. Au refte il tient de la nature des verrues malignes; 8c vient fouuent à la fradure du crâne j autour du fiege,au col de la matrice,& autres parties. Pour la cure,où la chair feroit fort accrcnc, comme fouuent eft grofte comme vn œuf,plus ou moins,on la liera(s’il fe peut faire)auec fil de foyc,le plus près de fa racine qu’on pourra:eftant tombée on ap- pliquera deftùs de l’huile de vitriol,& autre chofes cy-deftùs mentionnées. De la fièvre qui fumient aux tumeurs œdemateufes* Cap. X X I Y» SO vt e s les efpeces& différences des tumeurs œdemateufes expliquées, refte à par- ler briefuemenc de la fie'vre accidentaire, qui aftez fouucnt furuient en icelle. Cefte fièvre retenant du mouuement de l'humeur pituiteux dont elle eft excitée, eft ordi- nairement de l’cfpece de celles que les Médecins appellent quotidiennes intermit- tentes. Les fièvres quotidiennes font celles qui retournent tk font tous les iours leur accèsjfouuêt de la longueur de dixhuid heures, donnant intermifïîon 8c relafche manifefte le refte du iour. Les caiifes primitiues de cefte forte de fièvres, font froidure 8c humidité de l'air ambient, long vfage de chofes froides 8c humides qui aifèment fc corrompent, comme fruids nouueaux, 8c chairs de poiifonsjintermiflion d’exercice accouftumè.Les caufes antécédentes font grande repletion d’humeurs , principalement phlegmatiques. La conioinde eft le phlegme putréfié hors des grands vaiifeaux en l’habitude &; cfpace de tout le corps,ou première région d’iccluy.Les figues font prins de trois chofes,fçauoir naturelles , non naturelles , 8c contre nature. Des chofes naturelles*, car le pins fouucnt cefte fièvre prend ceux qui font de nature , & tempérament froid 8c humide, comme gens vieux,femmes,petits enfans,hommes & eunuques, pour l’abondance de phlegme qui eft en eux. Des chofes non naturelles : car cefte fièvre prend le plus fouuent en .hyuer, au prin- temps, en région froide 8c humide : à caufe de la maniéré de viure oyfcufe 8c fedentaire , vfage de viandes non feulement froides & humides, mais aufîî chaudes 8c feiches,fi elles font prifes en telle 8c fiexcefîiuequantité,quelles puilîent débiliter 8c fuffoquer la chaleur naturelle.Des chofes contre Quelles fiè- vres furuien- nent aux ae- demes. Que cejl fiè- vre quoti- dienne. Caufe. Signes, Le feptiefme Liure, nature: poutee que cefte fiéure Cuit le froid,entant que tout le corps eft réfrigéré,& principalement A les exrremircz.Les accidcns font douleur d'eftomach, parce quelephiegme s'engendre pour la plus part en iceluy,d'oii s'enfuit vomiffèment pituiteux. Couleur pâlie en la face, la bouche humide ôc fans foif,quelquesfois raefme durât l'eftat ou vigueur de l'accés:à caufe que l'eftomach eftant rem- ply de pituîte,la bouche ôc la langue s'en rcftentent,pour la continuité de la tunique intérieure qui leur eft commune auec le ventricule.Doncques la fiéure quotidienne faite de phlegme doux,com- mence par froid aux extreraitez , par pouls petit ôc profond , qui toutesfois en l'eftat de l’accès fc monftre plus fort,plus grand,& plus legenpour raifon que la chaleur de cefte fiéure femble au pre- mier attouchement doucc,vaporeufe ôc humide,mais en fin y tenant plus long-temps la main,vous lafentirez acre:tout ainfi que le feu allumé en bois verd fc monftre du commencement petit, lan- guide ôc fumeux,mais en fin ardant ôc violent,lors que le bois eftant efchauffé ôc refeiché , l'adion ôc ardeur du feu n'eft plus empefehée par la prefencc de l'humidité côtraire.L’accés fe termine par petites fueurs,lefquelles ne fe monftrent point du commenccmér,mais approchant la crife furuien- nent en plus grande abondance. L’vrine eft pâlie du commencement ôc efpefle, aucunesfois tenue, fçauoir, lors qu'il y a obftrudion. Mais quand la matière eft cuite ( comme elle eft en l'eftat de la fiéure ) l1 vrine fe monftre rouffè.Si au commencement de la fiéure forment vomiffèment pituiteux, cela fignifie qu'icelle fera en peu de temps terminée,tant pour la tenuité de fa matière, que pource que par telle euacuationeft faite excrétion de la caufe coiointe de la fiéure. La fiéure quotidienne le plus fouuêt eft Iongue:parce que l'humeur pituiteux eftant de fa nature froid ôc humide,eft lourd, pefànr,& tardif à fe mouuoir,& outre non fans dànger de plus grande maladie , pource que le plus fouuent fe change en fiéure ardante ou en quarte;ainfi fe fait tranfmutation de maladies.Car com- g me ainfi foit que la faneur falée foit propre entre tous les humeurs à la feule pituite,& que telle fa- ueur eft fort proche de la faneur amerc, en laquelle mcfme elle fc change aifément ôc dégénéré par aduftion ; il ne fe faut efmerueiller ft la pituite par telle aduftion fe change en bile roufte ôc noire. Tous ceux qui relouent de fiéure quotidienne ont la faculté codrice debile,& partant ne leur con- uient bailler abondance d'aliments,& difficiles à cuire. Toute cefte fiéure dure le plus fouuent foi- xante fours. Si dés le commencement de l'accès furuient vomiftement, ôc à la fin d’iccluy grande fueur,ce font fignes de briefue terminaifon delà fiéure : pource que la matière eft obeiftànte, ôc la vertu naturelle forte,qui jette hors la matière d’icelle fiéure. Au refte, il fe faut bien donner garde d’eftre trompé,prenant vne fiéure double tierce pour vne quotidiéne,pource qu'elle répété Ôc don- ne toufiours vn accès côme la quotidienne.Or il te fera aifé de les diftinguer,fi tu confideres l’efpe- ce Ôc forme eflentielle de i’vnc ôc del'autre.Les caufes font contraires,& pareillement les fympto- mes. D'auantage les quotidiennes le plus fouuent reprennent fur le foir,commencent dés la nui et, lors que par l'abfence du Soleil l'air eftant refroidy, tout noftre corps pareillement fe refroidit:qui eft caufe que les humeurs froids ont leur mouuement, qui parauant eftoit aucunement retenu par la chaleur. Les doubles tierces au contraire prennent ordinairement vers le Midy. La briefueté & douleur de l'accez en la fiéure quotidienne font fignes de la briefueté d'icelle, ôc de guarifon,fi cela q aduient l'humeur eftant ja cuit.La curation confifte en deux chofes, fçauoir en régime,&: en medi- camens.Le viure doiteftre tenu ôc incifif,c'eft à dire,fubtil &c penetrât.L'air clair,chaud ôc fec mo- dérément.Les aliments foient pain bien cuit, bouilles faits depoulettes cuites auec racines de per- filjozeille, ôc petits hous, quelquesfois viâdes chaudes ôc Talées, pour ceux principalement qui qnc lefoyc& eftomach refroidis,& qui vomiftént le phlegme aigre.On peut manger poulets,mouton, perdrix, petits oyfelets , poiftons deau douce roftis,œufs mollets. Le bruuage foit petit vin blanc trempé auec eau cuite. Les fruits foient raifins, pruneaux, amandes,dates cuites. L'exercice modère conuienr,auec fridions de tout le corps.Le dormir eft commode aux heures deués,& proportionné aux veilles,pourueu que ce ne foit durant l'accés:car lors il eft fort nuifible,par reuocation de cha- leur du dehors au dedans. Quant aux affrétions de l'ame,il faut que le malade fe refioüifteefperant bien de fa fanté.Les medicamens font fyrops digeftifs ôc aperitifs,comme fyrops d'abfinthe,de mé- te,des deux ôc cinq racincs,oxymel,auec decodion de camomile,calamenthe, melilot, anet,& fem- blables.Lcs médicaments purgatifs foient diaphœnicum,diacartami,hiera picra,pilules aurées,aga- ric, turbit.-defquels on fera potions auec eaux de mente, melifle, hyftbpe,fauge,fenoil,fcariole. Au- cuns feront donnez en forme de bol auec fucrc,felon que le dode Médecin conftderera eft te moins molefte au maladc.Enuiron l'eftat de la maladie,il faudra auoir efgard au ventricule,& principale- ment à l'orifice d’iceluy;de tant qu'il eft le fiege principal de la pituite, qui fait la fiéure quotidien- D ne.Parquoy de deux iours l'vn fera bon l’oindre d'Emile de camomille ôc d'abfinthe,auec vn pende vin blanc. Il fera bon auffi le defeharger par vomiftement, baillant à boire au malade lue de raue, auec force oxymcljou decodion defeméce ôcracine decabaret,ou de camomile auec fyrop aceteux: Ôc ce fur le commencement de l’accès, lors que nature fc commence à cfmouuoir. Pour vne quoti- dienne inueterée, que l'on n'aura peu guarir auec remedes communs, il n’y a rien plus propre que demie drachme,ou drachme entière detheriaque vieille auec fucre,en forme debol,ou bien diftbute auec vn peu d’eau de vie. Accident. Frtjfons. Pouls. Qualité de chaleur. Progmfiïc. Vvrine, Vomîffement, Caufe de la longueur de ce fie fiéure. Accident que iaijfe la quo- tidienne. Signes de ter* minaifon. Difiinftionde la fiéure don* ble tierce d'a. me la quotu dîenne. Curation. Diete, Médicament, Posai toir et. Bu Scirrhe. C A p. XXV. Définition de vray fcirrhe- Gal, x, « Qlaucon. Scirrhe tilt» gitime. Scirrhe (km- (renne. SA r cy-deuant nous auons traidé des Tumeurs engendrées de fang, cholere, ôc pituite, refte maintenant à déclarer celles qui font faites demelancholie.Or il y a quatre différen- ces de rumeurs faites de melancholie : la première eft,le Scirrhe vray ôc legitime,qui eft vne tumeur dure fans douleur,auec petit fentiment, fait de melancholie naturelle : la fe— çonde,eft lcfcirrhenonvray,qtii eft dur, fans douleur ôc fentiment, lequel eft fait par trop grande refolution Des Tumeurs en général. A refolution 011 réfrigération, &quafi lapidifié : la tierce’eft le fcirrhe chancreux fait par aduftion ôc corruption : la quatriefme eft faite de la melancholie naturelle meflée auec les autres humeurs, comme de melancholie &:de fang , & d'icelle eft faite le fcirrhe phlegraonodés : ÔC ainfi des autres humeurs mcflez auec icclle. Les caufcs de telles tumeurs , eft vn humeur gros , glueux ôc efpés, amalîe &,endurcy en quelque partie ; ce qui prouient ou d'vn mauuais régime de viure produifant tel huraeur,ou à raifon des affections dufoye ou râtelle, comme pour quelque obftrudion ou fup- prdîîon d'hemorrhoïdes & menftruës. Les figues, font dureté ôc rerinence, couleur noiraftrc , ôc les veines qui appareillent à la partie , font fort tuméfiées pour l'humeuryos qui y eft contenu, ôc les eflargit. Le fcirrhe illégitime qui n'a ny douleur ny fentiment, ôc le cnancreux,ne recoiuent aucune curation : ôc celuy qui eft vray ôc légitime fe guarit tres-difHcilement.Ceux qui viennent à fuppuration , fe tournent fouuent en chancres ôc fiftules. Les feirrhes au commencement appa- reillent petits,raais de iour en autre deuiennent fort grands. pki*- £mom^es' Caufes de fiitrhe. St£nes° Vrogmfiit. De U curation du Scirrhe. Chap, XXVI. HA curation du Scirrhe fe fera par trois poinds principaux : le premier aura efgarcî à la maniéré de viurc, laquelle fera fobre ôc modérée, rendante à humiditc,& aucu- nement à chaleur temperée,comme il fera monftré parlant du Chancre,& euiterale courroux , ôc fur tout la copagnie des femmes.Le fécond poind fera à l’euacuation de la matière antécédente, comme par phlébotomie (où il en ferabefoin ) ôc purga- tions,prouoquant les hemorrhoides aux hommcs,&: aux femmes leurs mois.Les purgations feront de catholicum,de hiera,diafene,polypodc, epithyme» ôc autres qui auront efgardà l'euacuation de l'humeur melancholique : Ôc de ce on aura recours au dode Médecin. Le troifiefme s’accomplira par medicamens topiques emolliens au commencemcnt,& après on vfera derefolutifs , ou pluftoft de medicamens qui foient meflez de facultcz remollientc ôc refolutiue , ainfi que Galien enfeigne: car vfant feulement de remoIlitifs,il y auroit danger de faire pourriture, ôc engendrer vn Audi fi les purs refblutifs eftoient appliquez, danger feroit de refoudre le plus fubtil, ôc rendre le refte lapidifié ôc endurcy. Les rcmollitifs feront tels. rad. alth. tfe. fi. radie, lilior. co- quanr. in aqua com.pift.palîent.per fetaceura,addendo olei camomill.& lilior.an.ij.œfip.humid. fi. emplaft.diachil. alb. cum oleo lilior.dill', cer& alb. quant. fatis, fiat cerotum. gummi amraon.galba. bdellij, ftyrac.aliquid, in aceto diftblut. an. j. diachil. magn. j. fi. olei lilior.& axung. anfer. an. j.ccrot. œfip. deferip. Philap. liquef. omniafimul, addend.cent quant.fatis,vt inde fiat cerotum fatis molle. Apres que tu auras quelque temps ramolly,tu vferas de luffumigation fai de de vinaigre fort, ôc eau de vie jettée fus vne pierre nommée pyrites , ou bien q fus vne brique rougie, Ôc feront receucs de la partie malade : laquelle incife, atténué, refoult l'hu- meur qui aura efté ramolly. Cela faid par interualle on recommencera aux remollicifs , afin de préparer d'autre matière à refolution , qui fe fera en réitérant la fufdite fuffumigation : ôc conti- nueras ces remedes tant qu’il fera befoin. Car par ce moyen Gai. a guary vn feirrhe au fils de Cer- cilius. Pareillement l’emplaftre de Vigo, duplicato Mercurio, eft fingulierepour amollir, fondre ôc refoudre les tumeurs feirrheufes. Chriftofle Landré dit auoir expérimenté la fiente de chéure à difeuter les tumeurs feirrheufes:ôc pour confirmation defon dire cite le tefmoignagc de Galien. Trois inten- tions à la cü- ration du feirthe. Première. Seconde, Troifiefme4 Gai z.à Glauc. Médicament remcUitifi ficirrhet Gai. i. 4 Glauc, ch. quatriepnëi Du Chancreja faiff* Chap. XXYIL H A n c r e cft vne tumeur dure, inégalé , raboteuie, de figure ronde,immobiIe, de (f couleur cendrée ou liuide, enuironnée deplufieurs veines pleines de fang melancho- lique,apparentes &c toruues( en maniéré des pieds d'vn poiflbn appelle chancre) ôc plus tendues qu'en vn phlegmon : lefquelles ne fe monftrcnt rouges , mais de couleur noiraftre ou plombine, comme l'humeur qui y eft contenu. Au commencement il eft fort difficile à cognoiftre,entant que la tumeur eft comme vn pois chiche, ou vne petite noifette, laquelle croift D allez foudain,fi on y applique remedes qui l'irritent, ôc commence fans douleur : mais comme elle aggrandit, tourmente fort le malade d'vne douleur intollerable ôc poignante , auec vne chaleur cftrange, ôc aucunefois par interualle ne la fent beaucoup. Ceftc tumeur a pris le nom de Chan- cre , parce qu'elle luy reftèmble beaucoup : Ôc premièrement eft de figure inégalé ronde, ôc les vei- nes qui l’enuironnent, font en la maniéré des iambes ôc pieds tortus de cet animal nommé Chan- cre , lefquelles font remplies de gros fang melancholique qui s’efehauffe, Ôc eftant cfchauffe tour- mente le malade de douleur picquante ôc poignante, comme fi on luy donnoit des coups d'aiguil- le , Ôc en fort vne fanie fetide ôc fereufe , ôc fouucnt le fang tout pur s'il cft vlceré. Dauantage cet animal , quand il eft attaché de fes pieds contre quelque chofe, adhéré à elle fi fort, qu à peine on le peut arracher, principalement de fes deux pieds de deuant, qui font en maniéré de tenailles ôc pincettes : ainfi eft-il de ceft humeur , qui paroift en outre de couleur cendrée ou liuide,auec afpe- ritez , de mefmc que cet animal, duquel pour cefte caufe ie t'ay voulu donner icy le pourtrait. Définition di chancre. Nature du Chancrey Le feptiefme Liure, Figure du Chancre. Des caufes, ejfeces, ou différences, dr frognoftics de chancre. Chu. XXVIII. Caufes anté- cédentes. HE s caufes font deux, antécédente 6c coniointe. La caufeantécédente proüicnr d'v— ne maniéré de viure, produifant vn fang efpais , melancholique 6c limonneux : Ta-, ptitude du foye à engendrer telle fuperfluité, aufïi l'impuiflance de la râtelle d'ex- wæ purger le fang : la fupprefïlon des menftrucs , 6c hemorrhoïdes , 6c autres euacua- fcgtjQxKzdÀ tionsaccouftumees,iointla débilité de la parde:toutes lefquelles chofes engendrent cefte maladie. La caufe coniointe, eft rhuraeur melancholique arrefté à la partie, après fon ébulli- tion. Le fang qui eft plus doux 6c moins mauuais, 6c a acquis feulement vne qualité plus chaude, caufe le chancre non vlccré. Lors que cet humeur influé à la partie, s’échaufe 6c deuient plus acre 6c malin, fait le chancre vlceré , ainfi que l'humeur qui caufe les carboncles , quand il y a acquis vne grande inflammation, acrimonie 6c malignité, rompt,corrode, 6c vlcere la partie. Or le chan- cre deuient plus chaud 6c furieux par alimens qui échaufent le fang,6c par courroux : aufïi par les remedes indeuëment appliquez , qui font trop chauds, acres, oléagineux 6c emplaftiques. Entre les efpeces 6c différences de chancres, il y en a deux principales , àfçauoir , vn non vlceré vulgaire- ment appellé apoftemeux, 6c quafi de tous les anciens, chancre occulte ou caché , l'autre eft vlceré , 6c manifefte. Et outre il y a des chancres faits aux parties interieures,comme auxinteftins , 6c mc- zentere, matrice, fiege, 6c autres parties internes. Dauantage il y a chancre récent, inueteré, petit, grand , moins malin, 6c autre plus rebelle Ôcmalin. Ceux qui font de complexion melancholique, q 6c qui vfent d'alimens qui engendrent cet humeur , 6c qui habitent en telle région, font fuiets aux chancres. Aufïi les femmes en font plus entachées que les hommes : pareillement ceux qui ont le foye trop chaud , 6c principalement flauec cela la ratteeft fî debile qu'elle nepuiftè deuement attirer de la mafte fanguinaire, 6c expeller cet humeur limonneux, qui eft comme la lie du fang. D'abon- dant quand les hemorrhoïdes 6c raenftrnés font retenues és perfonnes qui ont accouftumé de fiuer. Tout chancre eft quafî incurable, ou tres-diftîcile à guarir : car c'eft vne tres-raauuaife maladie en tout fon genre, fçauoir eft ladrerie particulière. Aëce dit, que le chancre ne celle de ronger 6c de minerait profond delà partie où il eft, ne fe pouuant arrefter. Le chancre vient en plufleurs parties du corps , mais principalement aux laxes ôc de rare texture,fungueufes 6c glanduleufes , lefquelles font promptes à receuoir cefte groflé matière melancholique,comme font les mammelles,Ies emun- étoires, 6c les parties honteufes. Quand il eft à la mammelle,fouu,ent engendre inflammation fous les ailfelles , 6c tumeur aux glandes d'icelles,qui tourmente grandement lesmalades,6c difent femir la douleur poignante iufques au cœur. La douleur monte aufïi iufques au paleron 6c os furculaircs. S'il eftdeuenu grand , ne fe peut guarir fans l'oeuure manuelle, comme aufïi s’il eft proche des parties nobles. Toutes fois és corps qui ont peu de force 6c courage, 6c mcfmes fî les chancres font vieux,6c procréez de longues années, à iceux ne faut aucunement toucher par incifîon,ny par cau- tère aduel, ny par remedes forts 6c acres,comme cautères potentiels ; ains les pallier par remedes £) doux 6c bénins, fedens la douleur : Quoy faifant,plufîeurs malades de ce mal n’ont laiffé d'atteindre leur derniere vieilleffe : ce qui eft prouué par Hippocrates, qui dit,que c’eft pour le mieux de ne point attenter aucunement la cure du chancre occul'te,c’eft à dire , non vlceré,entantque ceux qui font medecinez meurent pluftoft, 6c ceux qui ne le font point viuent plus longuement. Par quoy * comme auons dit, faut vfer de cure palliatiue par remedes anodyns , doux 6c lenirifs. Caufes con- ioinéhs. lippe es ou différences. Chancreoc- culte. A ëc. liu. 19 chap. 44. Gai. liu. des tumeurs & %. à Glauc. frogmflïc. Aéc. Un. 16, Les parties fuiettet a çhmere. Hip. aphor. 2 8. liu. 6. La cure du Chancre qui commence, & n’efi encore vlceré, Chap. XXIX. A Glane. fur la fin. E Chancre qui commence, quelques fois eft cmpefché qu'il ne croifle, deuant qu'il aye pu pied , 8c foit enraciné plus auant en la partie malade. Car lors qu'il eft ja accreu, ne fe peut curer que par amputation : ou demeurera incuçable, à caufe que par fa malice il répugne à tous remedes. Gai. affirme auoir guari vn chancre non vlceré en fon commen- Des Tumeurs en General. A cernent. Or il fe guarit fouuent en ordonnant mcdicamens qui purgent l’humeur melancholiquc * ôc failant la faignée, li l’âge ôc les forces le peuuent porter : éuitant auffi toutes chofes qui engen- drent cet humeur épais Ôc limoneux. Pareillement, faut auoir égard à rectifier l’inremperature du foye ôc de la râtelle, ôc prouoquer les menftruës : fi c'eft vne femme, ou fille qui foit en âge, ôc les hemorrhoïdes, lî le malade y eftoit fubied, fortifiant la partie atfedée. Auffi vfera de bon régime, éuitant toutes chofes qui échauffent le fang,& vfera de celles qui refroidilfent& humedent.Éuite- ra pareillement toutes chofes aigrcs,falées, Ôc qui engendrent lue melancholiquc, comme gros vin noir & plein de lie,vinaigre,pain trop bis,choux, fourmage vieux, vieilles chairs falées, comme dé bœuf,de cerf,de chévre,grands lièvres,ails,oignons,efpices,mouftardes. S’abfticndra de trop gran- de abftinence,veilles,labeurs exceflifs,triftelfe,foucy : 5c vfera fouuent d'orge mondé,& en fes po« tages de maulues, efpinars,laiduës, ozeille,pourpicr,chicorée,hobelô,violette de Mars,bourrache, des quatre fcmences froides, mouton,vcau,chevreau,chapons,poulets, ieunes Ievraux,lapins de ga- renne,perdris,& autres femblables,qui font de bon fuc : tous oifeaux,excepté aquatiques ; poiflbns de grauier, œufs mollets, vin blanc ôc clairet de médiocre vertu. La partie où eft le chancre doit cftre doucement traittée,&: n'eftre point chargée de beaucoup de chofes dures ôc pelantes,ny d’em- plaftrcs trop folides, ny oléagineux. Au contraire , ne feront appliquez linimens doux ôc lenitifs, g vfant par interualle des rcmedes propres aux venins, comme theriaque ôc mithridat. Le laid d’af- neffè pareillement adoucit fort l’acrimoniç de cet humeur, pris par dedans : ôc fi le chancre eft vl- ceré, l’vlcere fera laué fouuent dudit laid:* A'étltü H lit 16. ckaÇi^Üs Cure du Chancre vlceré. Chap. X X Xi Chancre vlceré a aucuns lignes communs auec celuy qui ne l'eft pas j comme tu- meur ronde,inégale,ourabotcufc, 8c douleurs. Il femblc à la veuë que la tumeur foit ® mol!aftè,mais au toucher eft fort dure. Eftant vlceré eft fort fordide,ayant les lèvres WÉdÊÊpL fort groftes, dures, nqüeufcs, renuerfécs,& efleuées, horrible à voir, iettant vne fanie ichoreufe, fereule, 8c tres-puante 8c cadauereufc, tantoft noire, tantoft roulfe ou fm- guinolente, 8c fouuent en fort du fang en abondance, accompagné de fièvre lente & continue 8c le malade tombe fouuent en fyncope , principalement lors qu'il eft aux maramelles. On l'appelle vlcere malin,rebelle,intraidable, lequel ferend fort furieux 8c cruel : 8c fi on applique quelque re- mede acre 8c corrofif, on l'irrite & empire dauantage, de forte que la douleur, fièvre, 8c autres ac- cidens s'augmentent, dont la vertu eft profternéc&abbaruë, 8c le corps fe confomme,dont s'enfuit la mort. Et partant, aucuns ont appellé tels chancres, Noli me tangere, c'eft à dire, ne me touche q de nulle chofe afpre 8c forte* à caufe qu'on me rend plus malin & furieux» Signes dti chancre 1)1* ceré. Noti ttie taft gere 4 Cure du Chancre parl’œuure mamelle du Chirurgien. C h a p. XXXI» I le Chancre eft petit, 8c en partie qui puiftè fouffrir l'amputation, il faut auparaüant qu'y mettre la main, que le malade foit bien purgé 8c faigné , fi la vertu 8c l'âge y con- Tentent, ainfi qu’auons dit : 8c après l'euacuation, faut trancher 8c ofter tout ce qui eft corrompu, voire en coupper vn peudauantage, afin qu'il n'y demeure aucune portion de ce qui pourroit auoir efté épris de la nature du chancre. Auflî faut laifter couler allez de fang, à fin de décharger les veines remplies de fang melancholique, eftenduës de toutes parts és lieux Voi- fins, comme racines : parquoy il les faut exprimer, 8c prellèr de tous codez * puis appliquer vn cau- tère aëtucl,lequel robôrera la partie, en confommânt la qualité du venin imprimé en icelle, & aüflî arreftera le flux de fang. Cela fait, on appliquera remedes ledatifs de doiileur, faifant tomber l'ef- carre: puis fera procédé comme à la cure des autres vlcercs. Or en la curant,on cognoiftra le chan- cre auoir efté du tout amputé, 8>C fa malice efteinte, quand on verra la fanie louable, 8c vne chair croiftre en forme de petits grains de grenade, 8c fans nulle douleur, ponction 8c aurres mauuais accidens. Toutesfois,on peut autrement 8c plus heureufement procéder en la curation du chancre qui furuient aux lèvres , fans appliquer cautères , ny autre chofe fcmblable après la feëtion, fans mefme qu’il demeure que bien fort peu de deformité en la partie après la curation : lequel moyen a efté par moy heureufement pratiqué en la perfonne d'vn homme quinquagénaire, és prefcnces de Monficur Hautin, Doéteur Regent en la faculté de Medecine, homme bien verféen la Medecine* de lacques Guillemeau,& de Maiftre Ëuftache, Chirurgiens du Roy, de lean le leune, Chirurgien de Monfeigneur de Guyfe : la façon eft telle. Faut palier vne aiguille enfilée aUtrauers du chancre, à fin que par le moyen du fil tenu de la main gauche, on puiflècleuer 8c tenir tellement ledit chan- cre en fubieétion , fans qu'aucune portion d’iceluy échappe, 8c on lepuifte iufques à la chair viue couper auec des cileaux de la main droiéfe : 8c couper de telle forte, qu'au délions il demeure 8c refte quelque portion de ladite chair viue de la lèvre, qui puiftè feruir comme de bafe 8c fondement à la régénération de chair en lieu de la portion amputée, fuppofant que le chancre n'aura gaigné 8c ietté de fond en comble fes racines. Quoy fait,ayant laifte couler le fang en allez bonne quantité par dedans & dehors, à dextre 8c à feneftre de l'amputation , fant faire auec le rafoir des incifions allez profondes,afin que par âpres,lors que par le moyen d'vne aiguille enfilée,& par future propre aux becs de lièvre, nous voudrons approcher 8c vnir les bords de la playe 8c feélion,nous ayons la chair plus obëilfante à fuiure l'artraftion du fil 8c de l'aiguille : parfaifant au furplus le refte de là curation de meftne façon que dirous cy-apres deuoir eftre faite aux becs de lièvre. vtiiiii du cautère titjîoirfio Le fèptieffne Liure, Remedes locaux four la curation du Chancre, tant vlceré que non vlceré. Chapitre XXXI I. V commencemét on vfèrade repercufïïfs3quales funt fucci morel.plantag.hyofc.ladluc, acetof. femperui. lenticulæ paluftds,centinodiæ, burfæ paftods, granatorum,& fimi- « lium. Itemoleura rofarum omphac. Item pul.fumach. berber. litharg.ceruf. plumb. vft. pomphol. hydrarg.& d'autres femblables, defquels on pourra faire embrocac. linimens,onguents,cataplafm.emplaft. Le diachalcit. diflbut auec fuc de morelle, ôc vn peu d’huylerofat, eft propre aux chancres non vlcerez : Ôc le pompholyx laué en fuc de morel- le ou plantain profite à ceux qui font vlcerez : ou bien ceftuy. y. litharg.ceru. terantur in mortario plumbeo cum oleo rofacco,donec reducantur ad confiftcntiam liniment. vel vng.On peut vfer d'vn onguent refolutif, ôc repercuffif : comme y. plumb.vfti ôc loti, pomphol. thur. an.j.ij. fi.abfint. pont.§.fi.olei 3.vj.fucc. folani quantum fufficit ad vnguenti craffitudiné. Emplaftre de Theodoricfe datif de douleur aux Chancres vlcerez. y. Olei rofat.cer. fi.fucc. granat. ôc folani cerufæ lotæ plumb. vfti loti &ruth.præparat.an.3.fi. thur.maft.an.j.ij. fiatemplaft.molle. Autre remedc que i’ay fouuent ap- prouué. y. theriac.veter. 5.fi. fucc. lad. ôc olei rofar. an.5.).fi. vitel. ouor. codor. fub cinerib. ij. camph. 3.fi. pillent, omnia in mortario plumb. ôc fiat vnguentura. Autre. 'IL. fpu- g mæ arg.axung.porc.recent. ceræ albæ,an. lb.fi olei boni lb.fi. & vitell.ouor. aflar. vj. fiat vn- guentum, fèruetur vfui.Lors que tu en voudras vfer, le faudra mefler auec vn peu d'onguent rofar. Dauantage,i’ay appaiféde grandes douleurs, appliquant desfangfucs à l'vlccre,aux endroits que le malade lentoit vne douleur poignante, ôc par l’éuacuation du fang la partie eftoit defchargee de l’humeur malin, qui la moleftoit. Autre remede. Prenez petits chiens, ou chatons nouuellemenc naiz, ou pigeonneaux, ponlets,0u autres animaux femblables, ôc tous viuans,foient coupez le long de leurs corps, ôc foudain appliquez fur l'vlcere , ôc renouuellcz fubit que le malade fendra qu'ils feront refroidis. La chaleur naturelle de tels animaux fede grandement la douleur, ce que i’ay co- gneu plufieurs fois. loan. Bapt.Theodof. epift. 21. pour la curation du chancre approuue grande- ment le cataplafme fait de l'herbe, dite Eryfmum ou Irio, en François Vcllar, ou Tortclle, laquelle fera broyée,& appliquée en forme de cataplafme fur la partie. Auffi fi le chancre eft vlccré, il faut bouillir ladite herbe en eau,& miel, pour en faire des iniedions ôc lauemens pour le nettoyer, Sc appaifeu la douleur. Encore pour appaifer la dou!eur,ce liniment eft excellent, y. plumb.vfti loti in aq.folani, fi. antimonïj pariter loti 3. ij. pomphol. 3. iiij. cerufæ 3. j. fi. cineris cancrorum fluuiatilium 3.Ü]. fucc.folani 3.iij.olei omphacini quantum fufficit,. dueantur in mortario &piftii- lo plumbeo, donec linimenti acquifiucrint confiftcntiam : iceluy remedc fede la douleur en deflèi- ç* chant fans nulle mordication. Vn autre remede duquel i’ay veu vn grand allégement pour fèder la douleur. y. theriaeæ veteris 3.). fucci cancrorum 5.fi.fucci laducæ,plantag. folani ôc olei roiali an.j.fi. fugitiui extindi cum vitellorum ouorum codorum fub ciner. num.iiij.carapEVjrfi. pi- ftentur omnia in mortario plumbeo ôc fiat vnguentum. Aulîî l'huile d'œufs fort agitée dans vn mortier de plomb tant quelle foit épeftè,& acquière vne couleur de plomb, adiouftant vn peu de camphre ôc poudre d’écreuice brulléc, eft vn fingulier re- mede pour appaifer la douleur des chancres. Autre. Prenez huile de pauot, de nénuphar, d’aman- des douces, tirée fans feu,de chacun vne once,deux jaunes d’œufs battus long temps en vn mor- tier ôc pilon de plomb, ôc vn peu d’opium, foit fait liniment, duquel en fera appliqué fur le mal, auec cotton,& renouuellé fouuent. Et fi pour ces remedes la douleur n’eft appaifee, Gaîien com- mâde que pluftpft que le chancre gaigne tout le corps,de l’amputer,& cauterifer par cautère adueî, ou potentiel, fi le lieu le permet. Iceluy mefme loue l’vfage d'orge mondé, ôc laid clair, du laid d’afnefle, fuyant toutes viandes de haut gouft, ôc de toute replerion. Il faut ,s’il eft poflîblc, faire Huer les hemorrhoides pour donner ifluc.au fang melancholique : ôc encore pour ce faire, l’vfage des pilules d’aloé non laué, en prenant tous les iours vn fcrupule, y eft fingulier. Et pour déchar- D ger le lieu où eft le chancre, on appliquera aux lieux où l’on verra les veines plus cnflées,des fang- fués : par ainfi on oftera la tenfion ôc inflammation qui caufc la douleur, ôc vuiderez la fanie acre qui irrite ôc entretient le mal. La douleur pareillement fe peut appaifer, en appliquant fur le mal des linges en trois ou quatre doubles, trempez en fuc de plantain ôc morelle. Le mefme fuc reduic en forme de liniment, par forte agitation dans vn mortier de plomb , eft fort loiié de Paulus Ægi- neta, liu.4. On peut adioufter aufdits linimens de la poudre d’écreuiccs bruflées. Si le chancre eft en la matrice, la malade fent douleur en la partie,aux aines,au defiùs du penii, ôc aux repas, ôc fou- uent a difficulté d’vrine : s’il eft vlceré, il iette vne fanie fereufe & noiraftre,auec vne puanteur ca- dauercuCe,laquelle fort en grande quantité, ôc fouuent la malade tombe en fyncope, à caufe des va- peurs putrides qui montent au cerueau,au cœur,& autres parties : aufqueiles on doit foigneufemec prendre garde, ôc conforter le cœur par remedes cardiaques , comme conferue de rofe, buglofîc, bourrochc,thcriàque,mithridath, ele&uaire de diamargaritum frigidum, fyrops de limons, & au- tres femblables. Pareillement on appliquera epithemes fur la région du cœur, faits d’eau rofe, de chardon benift,vinaigre rofat, trochifqucs de camphre : auffi cataplafmes faits de mithndat,therra- que ôc conferue de rofe. Il faurque le régime de viure foit fobre,rafraifchiflànt,& de choies aigres. Médicament refolutif & repercuffif. Remede fort approuue. 'Remedes «modyns ap- prouuez, par l'Aut heur. Huile d’œufs. Chancre en /# matrice. Des Tumeurs en General A afin de contrarier à la putrefadion des humeurs. Le chancre de la matrice, tant vlceré que non vlceré eft incurable, pource que l’on ne le peut extirper, 8c y appliquer les remedes propres ; par- tant il faut vfer de cure palliatiue,pour adoucir la fureur, 8c feder la douleur , afin d’empefeher les accidens.Or pour leder la douleur de celuy qui eft vlceré , on appliquera tels remedes. Prenez de- mie once de cerule lauée par quatre fois en eau rôle, camphre & plomb bruflé,vne drachme,demie drachme de bol arraene, incorporez le tout enfemble auec le ius de fempecuiue,de morelle, & huile de nénuphar, cire blanche tant qu’il fiiffife, & foit fait onguent duquel on appliquera fur le mal & parties voilmes. On pourra aulîi faire cefte fomentation. If, mucaginis fem.lini, fœnug.extrad. in aqu.rofa. 8c plantag. quantum fatis, 8c ex his tepidis fiat fotus. Autre.. If. rad.alrhe. lfe.fi. co- quar. in hydr. pift. palfentur, 8c addan. olei rofar, parum, fiat cataplaf. Pareillement,©» fera pelîai- res , les diuerfifiant félon la grandeur de la douleur qui y iera: auili iniedions de fuc de plantain centinod.lad. pourpied meflez enfemble : 8c feront broyez en vn mortier de plomb, y adiouftant vn peu d’huile rofat : lequel remede eft recommandé de Galien en tout chancre vlceré. Semblable- ment on pourra vfer de l’eau fuiuante,& en faire des iniedions, de laquelle i’ay fouuentesfois vsé en tons chancres vlccrez,tant internes qu’externes,pource qu’elle refréné l’inflammation,& appai- fe la douleur. On en laue l’vlcere, & puis après on laifte des plumaceaux trempez en icelle, fi la pa rie le peut permettre. If. ftercor. biibuli ife.iiij. herb, rober. plantag. femperuiui, hyofe. portu- £ lar.endiuiæ. lacft.an.rh.j. cancros fluuiatiles xij. pift.omnia fimul, 8c diftilentur in alambico plumb, 8c iiquot vfui referuetur, de quo fiat iniedio frequens in partent. Puis on mettra ceft inftrument; dans le col de la matrice, afin que la fanic foit plus facilement cuacuée , 8c pour donner tranfpira- tion aux vapeurs 8c matières putredineufes. I» ftrument d’or ou d’argent pour mettre en la matrice , en forme de Peflaire , lequel doit cftre long de cinq à lîx doigts, 8c delà grofteur d’vn poulce à l’extrémité luperieure en laquelle y a plu- fieur : trous , par où les vapeurs putredineufes Sc fanies , auront entrée dans ladite cannule, pour fortir par l’extremité infericure,qui doit eftre large de deux doigts en rondeur, lequel aura vn ref- fort pour le tenir ouuerr, tant 8c fi peu qu on voudra. En cefte extrémité fe mettront deux atta- ches, par le moyen defquelles l’inftrument fera lié deuant 8c derrière, à vne bande que la femme au.a ceinte,de peur qu’il ne tombe. Fomenta- tion. Çataplafme, Pejfairef, Gal. 9. Uti, des Simples, A Monftre l'extrémité fuperieure où font cinq ou fix trous, B L' extrémité inférieure. r C Vne partie de ladide extrémité qui s’ouurc , 8c y a reftbrt par dedans, marqué D. E E Les deux attaches. D auantage, les chancres non vlccrez font grandement aydez par lamines de plomb frottées de vif-argent : ce qui eft confirmé par Galicn au 9. des Simples, qui dit que le plomb eft vtile aux vlceres malins 8c aux chancres. Audi le bon vieillard Guidon parlant dcfdits vlcercs , ordonne y £ appliquer lamines de plomb frottées de vif-argent : Car véritablement on peut dire qu'il eft alcxi- pharmaque 8c antidote contre les vlceres malins , qui font rebelles à tous mcdicamens , de forte qu’il confomme leur malice & virulence. Et en cet endroit pour confirmation de ce, ie reciteray vne hiftoire d’vne Dame d’honneur dclaReync Mere, nommée Madame de Montigny , laquelle auoit vn chancre en la mammclle feneftre, de grofteur d’vne noix,qui luy caufoit des douleurs par interuaîles picquantes,& fi les habillcmcns luy preftbient tant foit peu deftus, fentoit vne grande douleur. Vn iour fe complaignoit à la Reyne de Ton mal, 8c pource luy commanda de fe mettre entre mes mains pour la guarir, où fubit quelle me l’eut monftré, 8c interrogée de la maniéré, & du temps que la douleut eftoit plus grande, ie cogneus que c’cftoit vne tumeur chancreufe. Ce que ic luy celay, & perfuaday, que i’euûc auec moy monfieur Houllier, Dodeur, Regent en la Faculté de Medecine,perfonnage fignalé 8c recogneu de tout homme dode,lequel ayât veu,palpé 8c touché ladide Dame,conclud cftre vne tumeur châcreufe : 8c refolufmes enfemble qu’il falloir vfer de cure palliatiue, craignant d’irriter cefte hydre, qu’elle ne fortift en fa fureur hors de fa tafniere. Et pour ce faid,lny ordonna Ton régime, 8c certaines purgations,defquclles elle vfoit par certains iours m- terpofez : 8c fur la tumeur fut appliqué vne lamine de plomb , frottée de vif-argent, & quelques-? fois des onguents cy-deftus mentionnez, lefqucls furent continuez par l’efpace dé deux mois. A la fin ladite Dame fe commença à fafcher, difant que Ton mal ne guariftbit ny empiroit : àcaule de- Vif argent eft antidote contre les ulcérés ma- lins, Hiflaire no- table. HouU!er% homme ffa- nant en Mé- decine, Le fèptiefme Liure, quoy print nouueau confeil d’vn Médecin, lequel ayant veu Ton mal {ôc non cogneu , combien qu'il A fuft doéle) luy promit la guarir , dont elle en fut fort ioyeufe , ôc en fit récit à la Reyne, laquelle voulut fçauoir dudit Médecin s'il trouuoit le mal incurable : où promptement luy rcfpondit que non ,ôc qu’il la guariroit en bref. Alors la Reyne luy dit : le tenois pour certain que c'cftoit vn chancre, duquel iamais ne guariroit; neantmoins il perfifta en fa pnomefle , & afleura de la bien toft guarir, ce qu’il fit. Et pour ce faire contemna ôc ietta arriéré nos remedes , Ôc y appliqua des medicamens chauds, mollificatifs & attractifs : où tout fubit la tumeur s’enfla grandement, auec de grandes douleurs ôc inflammations, de façon que la mammelle fe creua ainfi qu’vne pomme de grenade, lors qu’elle eft en fa maturité,& luy luruintvn flux de fang fi grand ôc véhément, que ledit Médecin fut contraint pour l’étancher, appliquer poudres cauftiques, qui augmentèrent en- cores dauantage la douleur, inflammation, défaillance de cœur , dont la mort s’enfuiuit. Et ainfi voila comme ledit Médecin tint fa promelîè de bien toft la guarir, mais ce fut de tous maux, l'ay bien voulu réciter celle hiftoire, pour inftruire le ieune Chirurgien , afin qu'il ne tombe en tel accident. De la fièvre qui fiuruient aux tumeurs ficirrheufes. C h a' p. XXXII. ME l l e fièvre ordinairement eft quarte, ou retirant à la nature de quarte : à raifon de & l’humeur mehmcholic d’où elle eft excitée , lequel enfermé en certain lieu où il fait tu- meur par communication de vapeurs putrides, efchauffe le cœur, ôc altère les humeurs ton tenus en iceluy, dont fe fait fiéure. La fiéure quarte donc, eft celle qui retourne, Ôc a Ton accès le quatriefme iour , ayant deux iours d’intermiflîon. Les caufcs primitiues font cel- les qui multiplient & engendrent vn humeur melancholic, comme le long vfage des legumes, pain bis ôc bruflè, chairs falèes, de bœuf, chéure, cerf, vieux lièures, vieux fromages, choux , gros vins, ôc autres femblables. Les caufes antécédentes font redondance d’humeur melancholic en toutes les veines. Les coniointes font les humeurs melancholiques putréfiez hors les grands vaif- feaux , en l’habitude du corps. Les lignes delà vraye quarte font pris de trois chofes : fçauoir eft naturelles , non naturelles , ôc contre nature. Des chofes naturelles , pource que la température froide ôc feiche, l’âge vieil, ceux qui font froids & graifets , ayans petites veines & occultes, la rate imbccille ôc enflée , font fujets à telles fiéures. Des chofes non naturelles : pource qu’en temps d’Automne cefte efpece de fiéure eft fort fréquenté : non feulement pource que l’Automne eft froid & fec , & par confequent propre à faire amas d’humeur melancholic : mais auffi à caufe que par la chaleur ôc aduftion de l’Efté pafte les humeurs eftant bruflez, font aifément tournez en atra bile ( comme qui diroit, bile ou cholere noire , laquelle couleur procède :d’aduftion ) d’où fe font fié- «res quartes, beaucoup plus perilleufes que celles qui fe font Amplement de l’humeur melancho- ç lie. Bref en tout temps froid ôc fcc, région froide Ôc feiche , les corps froids Ôc fecs , aisément font induits à auoir telles fiéures : fi principalement à cela eft conioin&e vue façon Sc condition •de vie trifte, pénible ôc fafcheufe , pleine de crainte ôc anxiété. Des chofes contre Nature : c’eft quart commencement de l'accès, quand la matière s’efmeut, furuient friftbn laborieux, comme fi on auoitles osfroiftèz. Le pouls au commencement eft petit, tardif, profond , ôc comme retiré en dedans, ainfique celuy des vieilles gens. L’vrine eft blanche au commencement, &c aqueufe, déclinant à liuidité. En la declinaifon , eftant la matière cuite, l’vrinc paroift noire : non point par furuenué de quelque mauuais accident, ou excès de la chaleur, ( car ainfi feroit r elle funefte Ôc mortelle ) mais par excrétion de la matière conioinde, fçauoir de l’humeur noir melancholic. L’acccés peut durer vingt - quatre heures, &c alors donne quarante - huiét heures d’intermiflîon. Souuucnt telle fiéure prouient par l’obftruérion , douleur Sc dureté delà râtelle, rétention des mois ôc hemorrhoïdes. Efdites fiéures furuiennent au commencement des accès, rigueurs , hor-r, opilation , baaillement, grande froideur , Se tremblement, iufques à claqueter les dents , qui font les precurfeurs ou trompettes qui annoncent la venue de la fiéure. Telles chofes fe font, à caufe de la qualité & matière fiéurcufe , qui altéré ôc corrompt les humeurs contenus dedans les veines ôc arteres , lesiettent hors d’vne grande fecoulle, ôc les refpandent parmy la chair , nerfs ôc mem- branes iufques au Pannicule charneux. Cefte qualité febrilecft fi cuifante, ôc fe meut fi rudement, que les parties par où elle pafte,en ont telle douleur qu’il femble qu’on les pique ôc defchirc. Par- D quoy il ne faut trouucr eftrange,fi cefte matière fièureufe,foit froide ou chaude, caufe friflon: car Peau bouillante iettée à l’improueu fur vn corps nud, le fait trembler auflî bien que la froide ; tou- tesfois la fiéure, de quelque efpece que ce foi r,eft toufioursfondèeen chaleur. Ainfi les parties fen- fibles irritées d’humeur fébrile, fecoüent toute la perfonc,lors que la vertu expulfiue tafcheà ietrer ce qui luy nuift. De là vient le tremblement qui demonftre l’accez , lequel dure iufques à ce que la matière febrile foit confommée ôc diflipée fenfiblement Ôc infenfiblcmcnt. Scnfiblement, comme par fueurs,vomiflemens,flux de ventre,flux de fang,flux d'vrine, ôc autres. Infenfiblement, par re- folution,qui fe fait par infenfible tranfpiration , par le bénéfice des forces , ôc chaleur naturelle de noftre corps. Les fiéures quartes en Efté font briefues, en Automne font longues, ôc principale- ment fur la fin d’iceluy, félon Hippocrates; Celles qui prouicnnent de tumeur de foye, râtelle, ou autre maladie precedenre,font pires,& fouuent fe terminent en hydropifie.La quarte qui commées en Automne,fbuuent fe termine au Printemps fuiuant. Au refte , ne dureiamais plus haut d’vn an, pourueu qu'il n’y ait faute du malade,ny du Médecin : car pour cela, s'en eft veu quelquesfois du- rer douze ans. Celle qui eft faite par aduftion du fangou phlegme falé,eft déplus facile ôc briefue curation , que celle qui eft faite par aduftion d’humeur melancholic ou bilieux. L’vn eft plus fu- rieux Ôc pénétrant,l’autre eft plus pefant ôc difficile à difeuter. Fernel, liure quatriefme des fiéures, Caufes. Signes. frogneflte. Aph. xj, liu. i. Des Tumeurs en général. 217 A chapitre neufiefme,dit que les fiéures fe guariftènt plus fouuent par nature,que par les reraedes,par- ce que la caufe en eft ignorée. La cure confifte en dicte 8c medicamens. La dicte doit eftre ordonnée fur les fix chofes non naturelles, contrariant a la caufe. Le malade n’vfera de chair de pourceau ny des choies flatueufes, vilqueufes,gluantcs,oifeaux aquatiques, poilfons falez,groftè venaifon,ny d’aucune viande de dif- ficile digeftion. L’vlage de vin blanc tenu 8c médiocrement chaud, eft bon pour atténuer 8c inci— fer 1 humeur mclancholic , prouoquet les vrines 8c fueurs. Et mefines pris au commencement de l’accez, excite vomiflcment,lequel a tant de vertu pour la gnarifon de la quatte,que par iceluy feul pluficurs ont efté guaris. Les exercices,fridions deuant le repas, & autres chofes accouftumées par médiocrité,font bonnes. Les affections del’amc contraires à la caufe d’où cefte fiéure aura cftéex- citee, doiuent eftre permifes,comme tous ieux (excepté le ieud’amour) fon d’inftrumens de mufi- que,& autres chofes refiouifiantes. Du commencement, il faut doucement traitter le malade, & ne faut vler d’aucun fort ou violent médicament. Çar au commencement cet humeur opiniaftre eft rendu plus rebelle 8c reuefche , par la chaleur des violens medicamens. Si le fang eft abondant il en faut tirer de la Bafiliqne ou médiane, auec telle caution que s’il fe monftre noiraftre 8c efpais , il le faut lailfer couler : fi au contraire il fe monftre tenu 8c bien coloré, le faudra prom- ptemement arrefter. La matière doit eftre digerée 8c diminuée par fyrops d’epithyme, de fcolo- pendre , capilli Veneris, de eupatorio , auec de houblon,bourroche, buglofte,& leurs femblables. le protefte auoir efté caufe, par l’ayde de Dieu , de la guarifon de pluficurs qui long temps auoient efté vexez de ladite fiéure, donnant à boire au commencement del’accez , fur la déclination de la ma!adie,trois doigts d’eau de vie,auec vn peu detheriaqne dilfout en icelle,oudeux ou trois grains de mufe, dilTous en maluoifie. Lefquels remedes ie baillois félon la force du malade,& les indica- tions cy-deffus mentionnées : le tout après auoir vfé de remedes généraux 8c particuliers , pour la préparation & exclufion de l’humeur mclancholic. Car pour en parler à la vérité, la fiéure quarte inueterée ne peut eftre guarie , fi le corps n’eft grandement efchauffé par alimens 8c medi- camens. Parquoy en ce cas,ienc trouue hors de raifon ( ce que pluficurs difent auoir heureufement pratique ) donner au matin vin blanc à boire, dans lequel par l’cfpace d’vne nuid auront trempé fueilies de lange. C’eft aufîî chofe vtile, vn peu deuant l’accez , oindre toute l’efpine du dos, d’huiles propres à efchauffer les nerfs, comme font l’huile de rue , de poiure , auec vn deu d’eau de vie, ou huile de caftorée, qui aura cuit fur les charbons dans vne pomme de colocynthe vuidée de fes grains, auec poiure , pyrethre, & euphorbe pulucrifez, & ce iufquesà la confomption de la moitié de l’huile, le tout en après exprimé. Telles ondions valent non feulement à mitiger la vé- hémence de l’horreur & fri lion , mais auffi à efmouuoir les fueurs. Car tels medicamens par leur chaleur 8c humidité efmeuucnt & efbranlent cet humeur pefant, 8c non obéiflant à la faculté ex- pultrice : n’eft an t l’humeur mclancholic autre chofe, que comme la lie de toute la malfe du C fang. Mais fi au contraire la fiéure quarte eftoit excitée d’aduftion d’humeur bilieux , il la fau- drait traiter par remedes refrigerans 8c hurnedans, vfantde potage d’ozeille, laiduc, pourpié, concombres, citrouilles,melons, & femblables. Autrement qui voudrait vfer de remedes efchauf- fans, il rendrait tel humeur plus rebelle par diffipatîon de ce peu qui luy relierait d’humidité: * ainfi Trallian raconte auoir guary pluficurs qui auoient telles fiéures , pour auoir vfé en temps commode 8c auparauant l’accez d’epithemes médiocrement refrigerans. Quant aux medicamens purgatifs qu’il faudra vfurper deuant que venir à ces particuliers , le fené, l’agaric , rhrubarbe, diaphœnicum , font recommandez par delTiis lés autres. Aufîî eft le diacartami, duquel Rondelet fe dit auoir guary pluficurs fièvres quartes. Curation, Dit te. Vfage du x>in. Vomijfementç Médicament» Saignée, Expérience faite par l’Autheuf, liu.ll.fh.ê. De /’ Aneurifmc. Chap. XXXI Y. SNevri sme eft vne tumeur molle , qui obéift au toucher, engendrée de fang & d’efprit, efpandus fous la chair par dilatation ou relaxation d’vne artere : combien que l’Autheur des définitions femble vouloir raneurifme adnenir par dilatation de quel- que vaiffeau veineux eq général. Galien dit, que quand l’artcrc eft ouuerte par ana- pftomofe,il fe fait vne maladie dite aneuriftne. Elle fefait aulîi quand l’artereeft bleflee d'vne playe , 8c la peau qui gift deftiis, fe cloft & cicatrifc , & la playe de l’artere demeure fans eftre agglutinée , ny bouchée , ou remplie de chair : femblablement pour auoir ouuert vne artere en lieu de la veine faifantla phlébotomie. Donc les aneuriftnes fefont paranaftomofe , & diape- delè , ruption, erofion, & playe. Icelles aduiennent en toutes les parties de noftre corps , mais le plus fouuent à la gorge des femmes qui ont mauuais accouchemens:car retenant violentement leur haleine , caufe que l’artere le dilate & rompt,puis le fang 8c l’efprit fortent pctit-a-petit,& s’amaf- fent Ions locuir. Les figues font tumeur grande ou petite, auec pulfation,couleur , comme la peau eftant en fou tempérament naturel, molle au toucher, qui cede 8c obéît quand on lapreftè auec les doigts, de façon que fi la tumeur eft petite , elle fe perd du tout, à caufe que le fang 8c efprit entrent au dedans du corps de l’arterc, puis ayant ofté les doigts de deffus , retourne fubit comme elle eftoit auparauat. A d’aucuns quand on prefte des doigts deffus,on fent vn bruit ou foufflement quand on preife deflus , mais aufïï fans compreiïîon qui fe fait par l’impetuofité de l’air fpitituel, qui entre 8c fort par la petite ouuerture de l’artere. Mais és aneurifmcs qui fe font par vne gran- de ruption de l’artere,on n’entend aucun bruit : car tel fifflement vient pour l’anguftie & petite ouuerture. Si les Aneurifmes font grandes, eftans aux aifîelles, aines , 8c autres parties ou il y a grands vailfeaux,ne reçoiuent curation : parce que les iacifant, en fort fubit vne grande abondan- Définition d’anettrifmt. Les caufts. Signets On oit v» fixement ét aneurifmes, f rogne flic. Le VIL Lia Des Tum. en général. ee de fang, & d'efprit vital, qui caufc fouuent la mort du malade. Ce que i’ay veu queîquesfois, A. jg recenFC niemoire à vn Prcftre de S. André des Arts, nommé maiftre Ican Mallet, demeu- rant a la maifon demonfieur de Thou, premier Prefident. Ce Preftre auoit vnc aneurifme de grol- leur d'vne noix fur la iointure de l’cfpaule , & luy confeillay qu il fe donnait garde de la faire ou- urir fur fa vie : mais au contraire qu'il vfaft de l'vnguent de bolo , & de comprelTes trempées en jus de morelle 6c femperuiue, meflées auec formage frais 6c efcrcmé, 6c autres chofes froides 6c aftringentes, mefine de l'emplaftre contra rupturam , d’vne lamine de plomb , 6c que Tes chauffes fuflent vn peu courtes , à fin que fon pourpoint luy fèruift de ligature pour prefter defius. Aulli qu'il euitaft toutes chofes qui fubtilient le fang: mefmes qu'il fe gardait de chanter à pleine voix audit S. André, comme ilfaifoit volontiers. Ce qu'il fit par l'cfpace d'vn an ; toutesfois il ne peut tant faire que la tumeur ne s'augmentait, 6c fe retira vers vn barbier , qui penfoit que Ton aneurif- mcfult vne autre cfpece d'apoltcme : 6c pour ce luy fut appliqué au foirvn ruptoire pour faire ou- uerture. Le lendemain au matin l'ouuerture faite ietta vne grande quantité de fang , dont efpou- uenté , cria à madame la première Prefidcnte que l'on m'appellalt pour l'eltancher , en luy difant, que ie luy auois bien dit qu'il n'y falloir faire ouuerture : 6c deuanr que ie fuite vers luy, auoit ren- du l'efprit. Partant ie confeille au ieune Chirurgien qu'il fe garde d'ouurir les aneurifmes , fi elles ne ont 01t: Pet*tes > & en Part;ics non dangereufes, coupant le cuir au defllis , le feparant de lal‘tcre > puis on pafleira vne aiguille à feton , enfilée d'vn fort fil, par fous l’artere aux deux coltez g de la playe, lailfant tomber le filet de foy-mcfme : 6c ce faifant Nature engendre chair , qui fera caufe de boufeher l’artere. Les aneurifmes qui viennent aux parties intérieures , font incurables. aduiennent fouuent à ceux qui ont eu la verolle, 6e fué plufieurs fois, à caufe que leur fang a grandement efchaulfé 6c fubtilié, qui eft caufe que celuy qui elt contenu aux arteres , cherche à fbrtir hors , 6c fait dilatation du corps de l'artere, voire quelquesfois à mettre le poing. Ce que i’ay veu au corps d’vn mort nommé Bélanger, maiftre tailleur d'habits , demeurant fus le pont S. Michel, près l'enfeigne du Coq , lequel auoit vne aneurifme à l’artere veineufe , dont il mourut promptement en ioliant à la paulme, parce que ledit vaifteau fe creua. le l'anatomifay, 6c trouuay vne grande quantité de fang efpandu dedans le Thorax , 6c le corps de l'artere dilaté , iufqucs à y mettre le poing , 6c la tunique interne toute oflèufe. Ce que ie monftray peu après aux E frôles de Médecine à plufieurs auditeurs , faifant vne diftèétion anatomique, dont les fpeétateurs furent grandement efmerueillez : 6c pourcc ie le garde en mon cabinet comme chofemonftrucufe.Pendant que ledit Bélanger viuoit, auoit vn très-grand battement de toutes les arteres , 6c difoit fentir vne extrême chaleur par tout le corps, 6c fouuent tomboit en défaillance de cœur. Monfieur Sylnius Leéleur du Roy en Medecine, luy fift ofter le vin , 6c en lieu d'iccluy vfoit d’eau boiiillie, 6c fou- uenc tonte pure. fon manger eftoit de formages frais entièrement efcremez-.mefmemcnt luy en fai- foit appliquer fur la douleur, en forme de cataplafme. Au foir vfoit d'orge mondé, auquel il y auoit farine d'orge , 6c femence de pauot : par interuallc prenoit clyfteres refrigerans,ou cafte mon- q dée toute feule. Et me dit ledit Belanger, qu'il n'auoit point receu de tous autres Médecins fi gran- de ayde, que du confeil dudit Syluius. Or la caufe pour laquelle telles aneurifmes deuiennent gref- fes , 6c leur circonfcription oftèufe, c’eft que le fang de l'artere chaud 6c bouillant fait que fa tu- nique premièrement fe dilate 6c eflargift : puis en fin fe dilacerc 6c rompt, empruntant lors des par- ties voifines matière femblable à foy pour fe réunir , 6c fait lors vne tumeur grande ou petite, fé- lon la capacité de la partie, puis peu à peu la circonfcription de la tumeur fe defteiche 6c endurcift, en façon de vaifteau, fe faifant cartilagineux, voire ofteux par caufe matérielle 6c efficiente : ainfi que les pierres font procrées aux reins 6c à la vefîîe. Car la matière terreftre du fang fè defteiche 6c efpaiflift par la chaleur effrange , qui fait que s’adherant contre la tunique de l’artere, 6c des parties qu’elle occupe, s’endurcift 6c deuient ofteufe : 6c ce par vne grande prouidence de Nature ( chambrière du grand Dieu ) voulant faire rempart, comme vn bouleuert fort, de peur que le fang chaud & bouillant, 6c plein d'efprit, ne s'efcoule, 6c paftè au trauers de la tunique de l'artere aneu- rifmatizée, ou dilatée: fi ce n'eft qu'on ne vueille dire telle dureté aduenir à raifon des medica- mens froids 6c repercutions,continuellement appofez fur telles tumeurs , qui ont vertu d’endurcir ôc efpaifîîr : comme il eft aisé à colliger de ce que dit Galien chap. dernier du quatriefmc liure de Pmjaghione expulfîbm, Dauantagc à celles qui font auec grande tumeur, fouuent on n*y fent au- cune pulfition, ny auflî en preftant deftlis, on ne peut renuoyer le fang au dedans de l'artere, par- ce qu'il y en a trop grande quantité , 6c aufli qu'il fe concréc en thrombus, 6c après fe pourrit, à u caufe qu’il n'eft plus flabellé , 6c entretenu de la chaleur naturelle du cœur, dont s'enfuit extrçme douleur, puis gangrenne 6c mortification de la partie, 6c en fin la mort. 1 dire. Remede' pro- pres pour l'aneurifme, . Conclufio». Le moyen de guarir les aneurifmes par opération manuelle. Ceux qui ont eu la verolle font fui et s aux aneurif- mes internes, Hifoire Symptômes d’vne certai- aneurif Fin du Liure des Tumeurs en général. 219 TABLE DES CHAPITRES du hui&iefine Liure, des Tumeurs contre Nature en particulier. S te au qui rient à-la tetée des petits enjans, appeîlée Hydrocéphale. | Chapitre j i Polypus. Chap. ij ) De la tumeur qui efi fous les oreilles , nommée Parotide. Chap. iij B Des tumeurs (djr chair fuperfluë des Genciues 5 appellées des Grecs Epoulides, Chap. iv eDe Tfyinula 5 ou Grenouillette. Chap. v *Des Glandules té Amygdales, engrojfies té tuméfiées. Chap. vj cDe la tumeur > inflammation 0* relaxation de t F unie 3 nommée des Latins Colu- meüa. Chap. vij rDe la Squinance. Chap. viij *Du Gouetre, ou Bronchocele. Chap. ix rjDe la Pleurefie. Chap. x *T>e l'Hydrepifie. Chap. xj De la curation de t Hydropi fie. Chap. xij De la tumeur té relaxation du nombril,appellée des Grecs Exomphalos. Chap. xiij c Des Hargnes, ou greueures, qui font tumeurs aux haines (ffi aux bourfes des tefîi- cules. Chap. xiv De la curation de la Hargne. Chap. xv Du point? doré, Chap. xvj sAutre maniéré de faire le pointé doré. Chap. xvij aAutte maniéré de faire le pointé doré. Chap. xviij De la relaxation du gros Boyau culier. Chap. xix *De la tumeur du Fondement. Chap. xx Du Panaris, ou Paronychie. Chap. xxj De la tumeur des Genouils. Chap. xxij Des Dragonneaux. Chap. xxiij D - >1— ■ ■ ■ ■ — - - — — — —rw— — LE HVICTIESME LIVRE, TRAICTANt DES TVMEVRS CONTRE NATVRE EN PARTICULIER. PAR AMBROISEf PARE' DE LA VAL AY MAINE, Confeillerôc premier Chirurgien du Roy, T %E B A yÇ E. ’Avtant que la curation doit eftre diuerfifiee félon la variété de la température, B non feulement de tout le corps, mais en fpeciah.de chacune partie, 6c fuiuant la ver- tu,forme , figure,fituation,& fenfibilité d’icelle,il m'a femblé eftre tref-neceftairc de craitter des tumeurs qui aduiennent à chafquc partie,commêçant à celles de la tefte, puis aux autres. Or il vient tumeur ou à toute la tefte , ou,à quelque partie d'icelle, comme u, .x yeux,oreilles, nez,gendues,&: autres parties. Celles qui contiennent toute la tefte,font hydrocéphale 6c phyfocephale. De l'eau qui vient à la tefle des enfans, appellee Hydrocéphale. C H a p. I. Définition. Etymologie. Ceux qui font fubtefts à hydrocé- phale. Les caufes. Caufes inter- nes. IWCIYdrocephalos vne hydropifie de k tefte , ainfi nommee des anciens Grecs, parce h que l'humeur qui en cft la caufe, eft aqueux. Ce mal vient fouuçnt aux enfans. à l'heure 1 IMlll II ieurnatiuitd > quand les matrones leur preflènt la tefte ? ou la tirent par violence , ou par contufion, comme cheute ou compreffion,qui eft caufc de rompre quelque vaiftèaü, commme Veipes ou arteres, lefquelles eftans rompues, le fang fort hors &c fe corrompt, 6c fe chan- ge en vue fubftancç d'humeur aqueux , parce que les petits enfans ont encores le fang fereux. Ce- • ftc tumeur vient auffi decaufe interne,comme de quelque abondance de ferolîtez, ou par vne aeri- Q înonie &fubtilité du fang chaud & boiiillant, lequel refude 6c coule au trauers des porofitez des vaiftèaux, pénétrant entre le cuir mufculeux 6c le pcricrane,& quelquesfois entre le pcricrane 6c le crâne, ou entre le crâne 6c la dure-mere, ou aux ventricules du cerneau, 6c fubftancc d'iceluy. Les lignes pour cognoiftre quand cet humeur eft feulement entre le cuir mufculeux 6c le pericrane,c'eft qu'on voit vne tumeur molle fans douleur, qui obey t facilement quand on prefte du doigt deftus,&: retourne 6c releue fubitcmenr.Les lignes quand l'humeur eft entre le péri crâne 6c le crané,foht pref- qtie femblables,fors feulement que la tumeur eft plus dure 6c s'enfonce moins foudainemenr,parce qu'on, la touche auecque plus de diftancc & interpofition de plulîeurs parties ; ioint auffi que la douleur eft plus grande. Or lors que cet humeur eft entre le crâne, 6c la dure-mere, ou aux ventri- cules du cerueau,& en toute fa fubftance,le malade a les fens hebetez,comme l'ouye,& la veiie : 6c quandpn prefte fur la tumeur , elle ne s'enfonce pas aisément, fibn ne prefte de force, alors.elle obeyt,& principalement aux petits enfans, parce qu'ils ont leur crâne mol, 6c leurs futures laiches "6c ehtr'ouuertes naturellement, 6c par accident encores plus, à càufe de l'humèur,qui eft contre na- ture,qui les relafche 6c dilate dauantage. Cet humeur efleue le crâne,& principalement à l'endroit des futures : 6c telle chofe fe cognoit aisément, parce qu'en preftant deflus la tumeur , l'humeur s'enfuit au profond de la tefte. Et en cefte efpece d'hydrocephaîe,la douleur eft plus grande,& tou- te la tefte cft fort grofte, & le front s'auance 6c for-jette en dehors : 6c quand le malade aduife D quelque chofe, il la regarde d'œil ferme 6c arrefté, 6c larmoye,à caufe de la trop grande quantité d'humeurs contenus en la tefte. Vefale eferit auoir veu vne fille de deux ans, malade de cefte affe- du Cautere aSîuel efi telle» Des Glandules , dr Amygdales, engrojiies & tumejiées. C h A p. Y L L’entree du deftroit de la gorge vers la racine de la langue 3 Nature a mis deux W&nfàyÊxk glandules vis-à-vis l'vne de l'autre, de grandeur 8c figure d'vne amande : pour cefte caufè, cefdites glandules font dites Amygdales. Leur office eft de receuoir l'humeur faliueufe, diftilant du cerueauqui refpond fur la langue pour l'arroufcr, humeéler, 8c tenir fraifchc par deux conduits manifeftes, afin qu'en parlât ne fe delfeichc par tropj ôc n’interrompe la continuation de la parole. Qu'il foit ainfi, on void les febricitans, par la cha- leur effrange de la fiévre,qui aura confommé cefte humidité faliueufe,ne pouuoir parler,fi premiè- rement n’ont laué &humed:é la bouche. Or ces glandules,parce qu'elles font en vnlieu chaud 8c humide, font fort fubieéfes à inflâraation, Ôc fouuent auec le fang y fine vne grande portion d'hu- meur pituiteux, cru 8c vifqueux,dont s'enfuit tumeur,qui vient fouuentesfois par trop boire de vin pur 8c fumeux,manger tropgloutement les viandes,& s’eftre tenu aufereim Les malades ont gran- de peine d'aualler leurs morceaux , 8c Tentent grande douleur à les tranfgloutir 3 8c fouuent ont fièvre. Quelquesfois ces glandules font fi fort tuméfiées , enfemble les mufcles du Larinx* 8c autres du col (ce qu'on void aux Squinancesj quelles occupent la voye de l’air*dont le malade C fuffoque 8c cftrangle. Pour obuier à tel accident, faut purger 8c faigner le malade,& luy appliquer * ventoufes derrière le col, 8c fur les efpaules, 8c faire friélion 8c ligatures, & vfer de gargarifmes aftringens î 8c où elles s’apoftumeroient, on fera apertion auec la lancette. Et pofé le cas que l'on euft fait tout cela,neantmoins la fluxion fuft augmentée,de façon que le panure malade fut en dan- ger de mort, pour ne pouuoir refpirer,afin d'éuiter tel péril, faut faire incifion à la trachée artere* appellée vulgairement la canne du pdulmon au defïbus du nœud de la gorge.Or on peut faire har- diment l'incifion en ce lieu,parce que les veines 8c arteres iugulaires en font cflongnées : joint auffi qu’il y a peu de chair en ce lieu : 8c pour bien faire, on cômandcra au malade auoir la tcftè renuer- fee en derrière, afin que ladite trachée artère foit plus apparente : puis on fera l'incifion tranfuer- Paiement auec vne lancette courbée, appellée Biftorie, prenant iuftement entre les deux anneaux,fe donnant garde de toucher la fubftance cartilagineufe , mais feulement la membrane qui les tient jointes enfemble. Or les lignes que l'incifion eft bien faite, c’eft que le vent fort de la playe, qui fera tenue ouuertc iufqu’à ce que le péril de fuffocation foit pafie : puis fera coufuc fans toucher au cartilage : 8c fi les lèvres de la playe eftoient comme calleufes 8c endurcies, faudroit les couper,afin de faire la playe recente, pour mieux après la confolider, ainfi comme nous dirons aux lèvres fendues, qu'on appelle bec de lièvre. l'ay penfé quelques-vns, aufquels grande portion delà trachée artere eftoit coupée, 8c mefmement aucuns de Tes anneaux cartilagineux, qui ont efté gua- yy ris, comme i'eferiray en mon liure , Des playes de la gorge. Defcnptiàft des Amygda- les. V fag ’e des Amygdales*, Càufeih Signets Curh L'endrOti pour fairë l'incifion à là trachee artere. Signes de bonne opéra* iion. Atteflnîi-* on de L'Au- theur. De la tumeur, dr inflammation, d? relaxation de l'Punie, nommée des Latins Columella. C H a p. VIL V v v l e eft vn petit corps poinda 8c fpongîeux , de figure prefquc femblabîe à vue pp pomme de pin,fufpenduë perpendiculairement à la fin du palais, afin de rompre l'impe- tuofité de l'air extérieur, attire & infpiré des poulmons, comme nous anons dit en l'Ana- tomie. Auffi eft comme vue touche ou archer qui touche les cordes d'vnc viole pour la faire refonner. Soutient elle reçoit abondance de rheume du cerneau , qui fait qu'elle croit outre fa magnitude ou grandeur, deuenant grofle,longue 8c greffe en fa pointe : qui fait qu'elle caufe plu- fieurs acddents,comme la toux par vne continuelle irritation, qui fait perdre le dormir, 8c garde de bien proférer la parole , & parler du nez bien forment. Dauantage , le malade eft contraint de dormir la bouche ouuertc, 8c luy Terrible toufiours auoir vn morceau en la gorge , & loilutnt en vain s'efforce de l'aualler, 8c quelqueefois fuffoque. Il faut purger, faigner,ventoufer,clyfterifer, ordonner le regime,vfer de gargarifmes aftringens,& autres remedes : Sc fi par ces reniedes ne peut cftre {marie, fera cauterifee auec eau fort: ce eme i’av fait fouuent auec heureux fucccz. Et fi le Defcriptioft de l’Vuuléi Vfagti Accidents Cure. 224 Le huidiefme Liure, malade ne peut eftre guary par tels medicamens, faut venir à l'opetation manuelle pluftoft que laif- A fer fuffoquer le paume malade, pourueu que la tumeur ne foit de figure ronde. Audi fi elle eft rou- ge 8c pleine de fang , 8c fort douloureufe, ou de couleur noiraftre, comme les chancres, à telle ne faut aucunement toucher par inftrument, ny par cautere a£tuel,ny potentiel. Au contraire, fi elle eft longue ôc fubtile,fe terminant en pointe, traînant fur la languc,& par le bout eft laxe 8c molle, n'eftant trop rouge ny trop pleine de fang, mais au contraire, tirant fur la couleur blanche 8c fans douleur, le Chirurgien peut befongner aftèurément, 8c ce faifant oftera ce qui excede fa longueur naturelle. Et pour la couper on fera feoir le malade à la clairté, luy commandant d'ouurir fort la bouche, 8c fera baaillonnc; puis on prendra aueedes pincettes l'extremité de ladite Vuule, 8c auec vn cifeau fera coupé ce qui eft contre nature : ou bien fera lié auec vn tel inftrument, lequel a efté innoué par Monfieur Caftellan, homme trcs-do£le 8c de bon iugerrient. Médecin ordinaire du Roy, ôc premier de la Reyne mere : lequel inftrument peut pareillement feruir à lier les Polypus, 8c verrues du col de la matrice. Quelle Vuule doit eftre cu- ree par opé- ration ma- nuelle. Le moyen de faire l'opéra- tion. Monfieur Caftella Mé- decin très- dette. Figure d'vn inflrument four lier faire tomber tVuule trop relaxée. A Monftre vn anneau, dont fa partie fuperieure eft g vn peu cane, 8cpeut eftre d'or ou d'autre tiere. B Vn filet double &ciré, lequel s'infere dedans la cauité dudit anneau, &: Te ferre par le moyen d'vn nœud coulant. C Vn autre fil de fer, dedans lequel ledit fil paflè pour eftre ferré, lors qu’on aura pris tant de ladidte Vuule qu'il en fera befoin, pour eftre coupée fans aucun flux de fang. Et alors qu'on voudra rellerrer ledit filet, il fera repalïe par la verge de fer , marquée C : ôc ferré tant qu'on voudra : laiftànt ledit filet iufques au lende- main, dont fon extrémité pendra hors la bou- che , puis derechef fera ferré comme deuant. Or par cefte aftridion on fait tomber vne par- q tie de ladite Vuule ; & par ainfi le patient rc- couure famé. le t’ay fait figurer trois defdi&s inftrumens , que tu peux choifir à ta commo- dité , comme tu vois en cefte figure. Figure de deux diuers Spéculum orù jour retenir la bouche ouuertedu malade y à C heure de l'opération. Davantage, fi en ladite Vuule eftoit vlcere corrofiue, outre qu’elle fuft relaxée, accompagnée vn tlux de lang, alors lafaudroit cauterifer ôc confommer auec vne telle cannulc feneftrée Ôc cautere actuel, fi dextrement qu’on ne touchaft aucune autre partie de la bouche. Des Tumeurs en général. La Canmle feneHrée auec fon cautere aSîueL De la Squinance, C h A p. VIII. Q v i n A n c e eft vne inflammation delà gorge , ou du Larynx, qui empefthe fouuent Pair d'encrer 5c forcir par la trachée artere, 5c la viande d'eftre auallée en l'eftomach, lef- B quelles chofes font neceflaires à la vie des animaux.Les Grecs l'appellent Swanche.il y en a trojs e/peces 5c differences.La première eft auecques grande douleur fans apparence de tumeur au dehors , parce que l'humeur eft contenu au derrière des deux amygdales , près les ver- tébrés du col : 5c partant ne peut eftre apperceuë Ci on ne prefte fus la langue auec vne fpatule , ou fpeculum oris>&: alors on void vne rougeur 5c inflammation en celle partie. Auffi le malade a diffi- culté de refpirer & d'aualer les viades,tire la lague hors la bouche(commefaic vn chien qui a gran- dement couru ) 5c la tient ouuerte pour mieux attirer font haleine,& parle du nez, eftant contraint eftre couché , ou affis pour mieux auoir fon vent : fou boire monte 5c fort quelques fois par les na- feaux.à caufe que la voye de l'air, du boire & manger font eftouppezni a les yeux flamboyans 5c fort enflez , fe forjettant hors de leur orbite : 5c à tels fouuent aduient vne fubite fuffocation auec vne efeume forçant hors la bouche. La fécondé efpece eft celle en laquelle on void vne tumeur par de- dans la gorge , de non ou peu apparente au dehors , la langue aucunement enflée,les amygdales , & quelques fois les mandibules. La troifîefme efpece eft celle en laquelle on void la tumeur aux par- ties extérieures, 5c peu aux intérieures, 5c cefte eft la moins perilleufe. Les caufes font externes ou internes , comme quelque coup,ou vne arefte , 5c autre chofe eftrange demeurée en la gorge,ou trop grand froideur par bruynes , ou excellîue chaleur. Les caufes internes procèdent d'vnc multi- tude d'humeurs de tout le corps ou du ccrueau,qui caule fluxion : quelquefois de matière fànguine, choleriqne,ou de pituite,5c bien peu fouuent d'humeur melàncholique.Les Agnes pour cognoiftre C chacun humeur particulier, ou lors qu'ils font mellez enftèmble,ont efté dits cy-deflus parlant des apoftemes en général. La fquinanceeft plus perilleufe 5c mortelle , lors que la tumeur n'apert ny dehors ny dedans. Celle qui eft au dehors 5c non au dedans,eft la moins perilleufe , d'autant qu'elle n'empefche pas les voyes du manger & boire, ny celles de l'infpiration 5c expiration. Aucuns meu- rent de fquinance en douze heures , antres en deuxiours ou en quatre, les autres en fept;ce qui eft prouué par Hippocrates ; Qui anginam euaduntfils adpulmonem malurn tranfît,& imrafeptem dies mo~ rluntur ; fi vero hos dies euaferint, fuppurantur. Ainft telle apofteme fc termine quelque fois par deli- tcfcence, c'eft à adiré par renuoy occulte en autre pattie,comme en la poiélrine par vn empyéme,ou aux poulinons 5c autres parties principales, qui eft caufe de la mort du malade : aufîî par refolution ou fuppuration.La meilleure voye eft larefoIution,qui fe faitquand il y a peu de mariere,& qu’elle eft fubtile , 5c mefmement après la faignée, 5c auoir vfé de certains gargarifmes à ce conuenables. Quelquefois auffi fc termine par fuppuration, 5c lors qu'elle vient par voye de crife eft fouuent mortelle pour la grande quantité d'humeurs qui tombent fur cefte partie , 5c empefehent la refpi- ration. Pour fon manger il humera potage d'vne poulaille 5c de veau cuits auec laiébucs, pourpié, ozeiIIe,femences froides. S'il eft debile,on luy fera prendre des œufs mollets cuits en eau, ou quel- ques preffis 5c orge mondé, ou vne decodHon de pruneaux, raifins bouillis en eau& fucre,& autres alimens femblables. Il euitera du tout le vin,& en lieu d'iceluy boira hydromel 5c eau fucrée,en la- quelle fera mis fyrop rofat, ou violât, accteux, de limons : il euitera le long dormir. Cependant le Chirurgien aura l'œil tant aux remedes vniuerfels que particuliers , à caufe que cefte maladie ne donne grand loi fît. Parquoy il faut faigner le malade de la bafilique du cofté de la fluxion:& le iour meftne des veines de deftbus la langue , pour vacucr la matière conioinde. Auffi feront appliquées ventoufes fur le col &efpaules,fans 5c auecfcariflcation,auec fridions & ligatures doloureufes aux extermitez. Dauantage on luy donnera'clyftcres , fuppofitoires , on noliets acres 5c cuifans , â fin de diuertir 5c deftourner l’humeur conioind à la partie. Et fubit qu'on void la fluxion fc faire , il faut vfer de gargarifmes repereuffifs, afin de l'empefcher : car elle pourrait fuffoquer le malade : ce que i’ay veu aduenir,qiielquc diligence que l'on y peuft faire. Et partanr,on fera gargarifer fouuent le malade d'oxycrat,puis de ceftuy , If, pomorum filneft. an.ihj.fumach.rofar.rub.an.m.fi.berber. 5-ij. bulliant omniacum aq. fufficienti vfquc ad confumptionem medietatis, addendo vini granat. acid. §.iüj. diamor. |.ij. 5c iterum bulliant modicum, 5c fiat gargarifma, vt artis eft. On en pourra faire d'autres d'eau de plantain,morclle, ver jus auec fyrop rofat,& autres femblables. Et fi la fluxion eftoic faite de matière pituiteufe ou phlegmatiquc,il fautadionfter aufdits repereuffifs alum.cfcor- c6 de grenade , noix de cyprès , vn peu du vinaigre, 5c ne faut vfer aucunement de repereuffifs aux parties extérieures, de peur de faire renuoy de l'humeur au dedans de la gorge,mais appliquer lini- tifs,afin de relafcher 5c raréfier les parties, pour donner palfagc à quelque portion d’humeur qui fè '■ Définition, Les ejpecesfy différences. i. Ejfece, Signes, l, Ejjfece. S- Efiec*' Signes. Cm [es de fquineince, Caufes ex- ternes. Caufes in- ternes. Hip, j. li.deS Prognojiîqs, apho, 10../». î- Le hui6liefme Liure, #■ E* on vo^t flue mmcur vueille teudreà refolution, qui eft lors que le malade eft fans A 6evre>& aualle mieux les viandes, aufll qu'il refpire, 5c parle plus à Ton aife , qu'il dort bien, & a peu de doulcur,qui font lignes de prompte guarifon, lors on vfera dercmedes refolutifs. Au con- traire,fi on cognoitla tumeur fe terminer à fuppuration,feront appliquez remedes fuppuratifs,tant par dedans que par dehors, comme gargarifmes faits de racines de althea,figues, juiubes, raifins de damas,dattes bouillies en eau,tant qu'elles foientparfaitement cuittes,& d'icelle decotion en fera gargarifè, 5c tenu en la bouche. Semblablement eft bon gargarifer de lait de vache, ou de chèvre, auecque fuccre 5c huyle d'amandes douces, ou violât vn peu tiede. Car tel remede fnppure 5c ap- paife la douleur. Aux parties externes de la gorge on appliquera cataplafmcs fuppuratifs : âufli on enueloppcra le col de laine noire auec le fuif, imbue en huyle de lys. Et lors que l’on cognoiftra la tumeur eftre fuppurèe, la bouche du malade fera ouucrte auec vn fpeculum oris cy-deftus eferit, 6c la tumeur fera percée auec vne longue biftorie ou lancette courbée, femblable à cellc-cy. Apres l’ouuerture faite, on vfera de gargarifmes mondificatis, comme, 'IL. aquæ hord.tb.fi. mellis rofar. 5c fyrup.rofar. ficcar. ah. j. fiat gargarifma : Ou bien de vin 5c miel mcfl.cz enfemble, defquels à toutes heures s'en gargarifera ; & après la mondification on fera cicatrice à I'vlcere,adiouftant aux fufdits gargarifmes vn peu d'alum de roche. s' nés de U nfilatim* Gargarîfme mondificatif. ligure des deux Biftorie s courbées, dont l'vne eft ouuerte, l'autre enfermées dans fin manche 3 ou chajfe. De Gongrona ( ceft a dire Coüetre ) ou Bronchocele. Ch ap. I X. Gngrona, eftvn mot duquel vfe Hippocrates en la fentence 14. de la troifiefme G Cillliii eti°n du 6. des Epid. 5c fignifie ce qu’on dit en François Goüetre,ou Goüetron, en Grec, Bronchocele ,en Latin Hernîagutturis: qui eft vne tumeur en la gorge 5c au col,& vient du mot Grec Gongros , qui fignifie proprement certaine eminence ou appendice ronde , qui croift aux troncs des arbres, appellée par Pline, liu. 17. chap.24. Claumffungus,patella. Gongros félon Theophrafte liu. 1. de l'hiftoire des plantes, chap. 15. eft vn certain vice d'oliuier, quand il eft bruflédu Soleil. Telle indifpofition vient fouuent à la gorge des femmes, corne auons dit des aneurifmes. Or ce mot de Bronchocele eft commun en général, mais il a plufieurs efpcccs 5c différences. Car aucunes font Meliceridcs,autres Steatomes, aucunes atheromes,les autres aneu- rifmes. En aucunes eft trouué vne chair ftupide, c'eft à dire, auec peu de douleur , 5c fouuent fans douleur : toutes lefquelles feront cogneuës par leurs lignes, 5c celles qui font curables , ou incura- bles. Aucunes font petites, aucunes grandes, qui occupent quafi toute la gorge : aucunes ont vn Kift, les autres n’en ont point. En celles qui fe peuuent curer, on feraouuerturc,foit auec le cau- tère aétuel, ou potentiel, ou lancette : puis feront oftez les corps effranges tout d'vn coup, s’il eft poflible : & où on ne le pourra faire, feront oftez à plufieurs fois auec remedés propres : puis l’vl- ccre fera confolidé 5c cicatrifé. Différence de Heemia gut- taris. Cure, De la Pleurefies. Chap. X. Définition. SLEVREsiEeft vnc inflammation de la membrane appclléc Pleura , ou bien des mufcles apcllcz Mefopleurij ou intercoftaux , caûfée d’vn fang fubril ôc bilieux, lequel auec impetuofité monte de la veine caue ascendante , à celle qui eft dite Azygos , ôc d'icclle aux veines intercoftales , auquel lieu cftant paruenu , quelquesfois fe luppure, & le malade fent vne douleur poignante auec fièvre ôc difficulté de refpirer. Iceluy eftant luppu- ré, quelquesfois s’euacue par la bouche , les poulmons fueçans fe pus qui eft porté d’iccux à la tra- chée artere Ôc d'icelle à la bouche : quelquesfois auffi eft euacué par les vrines, ôc par le fiege. Et lors que Nature n’eft forte pour euacuer cefte matière, il Se fait vn grand amas de fanie, dont fe fait empyéme.Et pour Eeuacuer le Chirurgien eft contraint de faire ouuerture entre la troifiefmc Ôc quatricfme des vrayes çoftes, commençant à compter par embas : laquelle ouuerture fe doit faire à la diftance de fix ou fèpt doigts de l'efpine par le cautere a&uel ou potcntichou par le rafoir, lequel doit auoir double trcnchant comme nos Biftories, Ôc faut couper peu à peu, conduifant la pointe vers la partie infarieure de la cofte, de peur de souper la veine, artere ôc nerfs, qui accom- Signes. Hipp. Ith. de tnorbk inter- nis. Des Tumeurs en particulier. 227 A pagnent chacune cofte pour la vie & nourriture, fentiment & mouuement des mufcles interco» ftaux. .Figure d'vn Cautere aSïuel mec fa platine- Ain fi fiera eaacuée la fanie peu à peu , faifianr clorre le nez 6c la bouche du malade, afin que le diaphragme & les mufcles qui font entre les coftes, puilîent expeller la matière contenue au tho- rax. D abondant on pourra faire l’ouucrture auec ce cautere actuel, lequel a quatre trous pour mettre vue petite cheuille haut ou bas ,fielon qu’on le voudra faire profonder en bas auec vne pl itine de fer blanc , au milieu de laquelle y a vn trou pour palier au trauers lediél cautere , afin qu’il ne touche qu’à l’endroit où on le veut appliquer. Laquelle platine doit eftre vn peu courbe, à fin de s’accommoder proprement fur le collé, 6c eftre attachée par fies quatre coings auec attaches. Ht où le malade feroit grand, ayant les coftes larges , on pourroit fairel’ouuerture fur icelles auec vn trépan : laquelle eftant faite par l’vn des fufdits moyens , faudra euacuer le pus peu à peu : 6c puis y fera fait injeélions deterfiues , comme. JjL, aq. hord. vj. mellis rofar. 5. ij. fiat injeélio: & autres defiquellcs nous parlerons cy-apres aux playes, enfemblc du relie delà curation. Benediét de la Vallée , natif de la ville de Thurin , aagé de vingt-cinq ans,tomba malade d’vne pleurefie, laquelle fuppura,& fie fit vn empyéme, jettant la boue par la bouche , la crachant en grande abon- dance fort fetide 6c puante par l’efpace de fix fepmaines, puis elle s’arrefta vingt iours après : au q moyen dequoy , lors qu’il fie baiftbit 6c remuoit, on oyoit vn bruit en Ton corps , comme d’vne bouteille à demy-pleine. Et pour la guarifion de ce, appella plufieurs Médecins, à fçauoir le Grand, le Gros, Durer , Liebaut, Violaine , Malmedy , lefiqucls luy ordonnèrent plufieurs remedes ; en fiuvn iour m’enuoya quérir : 6c ayant confideré Ton mal, luy confeillay d’ouurir le collé pour donner iftuë à la matière purulente : cequ’il m’accorda,lors qu’il feroit vn peu plus fort. Quelques iours après nature fit expullîon de ladite matière par grands vomillemens , en forte que toft après fut du tour guary par la grâce de Dieu, 6c de nature , 6c fe porte bien pour le prefent eftant en bon poinél, comme s’il n’euft eu iamais mal. Hippocrares dit, que quelquesfois il faut trépaner la co- fte quand il faut vuider l’eau qui eft amalfée au thorax. Les lignes qu’il y a de l’eau contenue au thorax, c’cft que le patient à vne toux feiche, afpcritéà la gorge , friftbn , fièvre, courte haleine, 6c principalement quand on eft couché , enfleure des pieds & douleur violente : après vne grande foif & auoir beaucoup beu , il y a de l’eau dedans le coffre. On cognoift de quel collé eft l’enflcu- re au mouuement du flot, 6c y a vn fon comme d’vne bouteille à demy remplie. Hippocrares com- mande de couper la chair fur la troifiefme cofte depuis ladernierc, puis auec le foret, ou vne bien petite trépané qu’on ouurc la cofte pour vuider l’eau, ou autre matière peu à peu, tant qu’elle foit du tout vuidée. Defcrlption du cautere & de fit platine* Uifioire, Au lit*, de Morbis inter!* nfs. De V Hydiopïfie. C H A P. XI. Ydropi s i e eft nommée en Grec, Hydrops, ou Hyderos, parce que fa can(è J. matérielle eft eau ou humeur aqueux , que le Grecs appellent Hydor. Pour bien de- $1 M finir cefte maladie, nous dirons que c'eft vne tumeur contre nature, faide d’abon- || [|j dance d eau,de ventofité ou de pituite aflèmblée,quelqucsfois en toute l’habitude du corps , autresfois en quelque partie , mais le plus forment dans le ventre inférieur, à fçauoir en la capacité & efpace qui eft entre le Péritoine & les inteftins.De là vient,pour raifon de la matière & du lieu , qu’il y a diuerfes matières & efpeces d’hydropific. Et premièrement celle qui remplit l’cfpace vuidc du ventre , eft ou humide, ou feiche. L’humide eft nommée Afeitesy pour la femblance d’vn vailîeau dit en Grec Afcos > de la façon de ceux qui font faits des peaux de boucs ou chèvres pour v mettre de l’eau, du vin , ou de l’huile, parce que l’eau eft contenue dans le péritoine , comme dans vn tel vailîeau. L’hvdropifie feiche eft appellée par les Grecs ’Tyrnpani- tes , ou Tympamd* , à raifon qu’eftant en icelle le ventre enflé de ventofité , fi on le frappe, il rend vn fon approchant de celuy d’vn tabourin. Mais quand toute l’habitude du corps eft pleine de phlegmc blanc, on lapelle Anafarca, ou LeucophlegmAtU. Elle commence premièrement és par- Définition» Diuîfion* i. Bflece» i, Iftett. Le huidiefme Liure, 5. Htyect. tjes inférieures,comme eftans plus promptes à reccuoir la fluxion,6c cfloignées de la chaleur natu- A relie : fi on les comprime auec les doigts,le vertige d’iceux y demeure, 6c le malade eft tout bouffi, ayant cou|eur flu vifage toute blafarde. Elle différé des deux autres : car en icclle le ventre s’en- rte le premier , puis les parties inférieures. Voila quant aux hydropifîes générales 6c vrayes : mais il s’en fait aufli de particulières , qui prennent leur nom de la partie, en laquelle s’airafle l'humeur aqueux , comme en la tefte Hydrocéphales, à la gorge Bronchocele ,en la poictrine Pleurocele, es bourfes Hydrocele , 6c ainfi des autres. Neantmoins toutes ont vne merrne caufe efficiente, qui cft l'imbécillité ou erapefehement des facultcz, principalement alteratricc ôc concoélrice du foye, prouenante du feirrhe 6c dureté d’iceluy , ou des petites bubes pleines d’eau qui s’engendrent en la membrane qui l’inueloppe, mefme de toute forte d’intemperature grande, 6c principalement de la froide , qui a premièrement commencé audit foye , ou a fucccdé à l’intemperie chaude par dirtîpation de la chaleur naturelle, 8c telle hydropirte eft incurable : ou eft furuenue par communi- cation du vice d’vne autre partie fuperieure ou inférieure. Comme quand vne partie, auec laquel- le le foye a connexion , eft vexée d’intemperature grandement froide, confequemment le foye en refroidit. Et fi c’eft à caufe des poulinons , du diaphragme, ou des reins, le mal eft aifément ap- porté 6c reçeu és parties gibbeufes d’iceluy par les rameaux de la veine caue, qui iifent 6c refpon- dent à cet endroit. Mais fi cela vient de la ratte, eftomach, mcfenrcrcs , ou înteftins ( entre au- tres du ieiunum 6c Iléon ) la communication fe fait à la partie caue par les veines mefaraïques, 6c autres rameaux de la veine porte. Par ce moyen les afthmatiques, phthifiques , fpleniqucs , i gemment. Le hui6Hefme Liure, Parquoy pour clorre celle difpute auec Cclfe, nous ne voulons pas aftburer que tous puilîbnt A guarir par ces remedes. Or maintenant il nous faut déclarer la méthode de faire la paracentefe pour vacuer l eau contenue’ au ventre. Si l’hydropifie procédé dufoye,il faut faire ouuerture à la partie Ibncftre : 8c fi elle vient du vice de la ratte , elle fera faite à ladextre : parce que Ci le mala- de repofoit fur le cofté incifé, la douleur de la playe l’affligeroit, 8c ne la pourroit Jupporter : car l’aquofitc renuerfée fur l’ouuerture, forciroit &c diftilleroit continuellement, dont s’enfuiuroit trop grande débilitation de la vertu. Ladite incifion doit eftre faite trois doigts au ddlbus de l’Ombi- lic, à cofté des mufcles longitudinaux ( non fur la ligne blanche ) ny en l’extremité nerueufe des autres mufcles del’Epigaftre, pour obuicr à la douleur , 8c difficulté qu’il y auroit à confoixder la playe, à raifon que telles parties font exangues. François Roullet, Médecin bien eftimé entre les gens doétesj dit auoir veu à Orléans vn gros Porte-faix, furnomme. Va Ci ru peux, hydropique de long temps, defefperé de pouuoir iamais receuoir guarifon : auquel à fainèl Agnan, vn autre fem- blable beîiftre luy perça le ventre d’vn grand coup de coufteau, d’où auffi-toft fortit grande quan- tité d’eau pourrie, lequel fubitement guary , reuint à trauailler comme deuant, fans retomber en hydropifie. Il fut guary par hazard, fans que l’incifion fuft faite par la paracentefe. La manière de faire la paracentefe eft, qu’il faut fttuer le malade fur le cofté droit, fi on prétend faire l’incifion au feneftre : au contraire, fi on la veut faire au dextre, fera couché fur le feneftre : puis le Chirur- gien,auec vn (bruiteur , pincera le cuir du ventre auec le pannicule charneux, afin de l’éleuer en haut ; puis le couper en trauers iufques aux mufcles : cela fait, tirera là partie fuperieure de l’inci- ® fion qu'il aura faite, allez haut vers l’eftomach , afin que lors que l’on voudra confolider la playe, le cuir retourne deffiis pour mieux l’agglutiner : puis fera vne autre petite incifion, coupant les mufcles 8c Péritoine , fe donnant bien garde de toucher à l’omentum , ny moins aux inreftins : 8c fera mis en la playe vne tente d’or ou d’argent cannulée 8c courbée,de grolleur d’vn tuyau de plu- me d’oye,de longueur de demy doigt, ou enuiron, ayant la telle alfez large,de peur qu’elle ne tom- be en la capacité du ventre : pareillement de peur qu’elle forte de la playe, aura en fa telle deux pe- tits trous pour palier vn petit ruban, lequel fera attaché au milieu du corps, fi dextrement qu’elle ne puilïe fortir, fi ce n’eft à la volonté du Chirurgien : & par icelle l’eau fera vacuée tant 8c fi peu qu’on voudra : qui fe fera par le bénéfice d’vne éponge, qu’on mettra dedans ladite tente, laquelle éponge fera lors oftée qu’on voudra tirer l’eau. L’eau ne doit eftre tirée tout à coup, pour la refo- lution tk diffipation des efprits, qui fe feroiét auec fi grande quantité d’eau, dont s’enfuiuroit mort foudainc. Ce que i’ay veu aduenir à vn malade hydropique, qui fe donna vn coup de poinçon de- dans le ventre, pour faire fortir les eaux, 8c fe refionylfoit de les voir couler, 8c ton ventre defen- .fler ; 8c fut impoffiblc d’arreller lefdites eaux,dont le panure malade mourut en peu d’heures,à cau- fe que l’incifion n’eftoit faite félon la méthode que nous auons dit. Dauantage, ne faut obmettre à appofer vne bonne 8c greffe compreftc par deffiis, 8c vne ligature, afin de mieux tenir ladite can- nule, de peur que l’eau ne forte hors, contre la volonté du Chirurgien. Et faut icy noter,que ladi- tecannule ne doit eftre tirée hors la playe,que iufques à ce qu’on ayefait toute l’éuacuatioh qu’on prétend, attendu que puis après ne peut eftre fi bkn reraife, ny fans grande violence 8c douleur, à caulb que le cuir 8c pannicule charneux recouurent l’puuerture. Or pendant qu’on fera euacuation de l’eau, faut bien alimenter le malade, 8c auoir toufiours l’œil à Tes forces : 8c où il feroit debile, on cclTbra l’éuacuation quelques iours fans nullement tirer l’eau : puis l'ayant fuffifamment vacuée, la playe fera confolidée, cuitant qu’il ne s'y face vne fiftule : laquelle félon Hipp. liu. 6. Aphor. 8. eft incurable. Lit manieYe de faire la Paracentefe. Bijleire. *TortraiSî de la Cumule. Autre ma- niéré de vui- der l'eau. Autres vuident l'eau en celle maniéré. C’eft que l'ouuerture faite,ils reprennent les deux lèvres de l'onuerture , les percent tranfucrfalemcnt d'vne aiguille, prenant allez grande quantité de chair, afin que ladite aiguille ne rompe ce qui auroit elle pris,comme il le fait es becs de lièvre,Iors qu’on les veut réunie enfemble. Cela fait, on pafic vn filet de collé & d'autre de l'ai- guille par plulleurs fois,afin de mieux tenir les lèvres vnies 8c le trou fermé, de peur que l'eau ne s'euacué finon à la volonté du Chirurgien. Quelquesfois après auoir elle guaris les ma- lades tombent en Idericie , diète launilïe pour la guerifon de D laquelle i'ay efprouuè tel remede, auec heureufe ifluë en vingt ou trente iours,& auoient les mala- des long temps vsé de plufieurs remedes ordonnez par Médecins dodles, ftcrcor. anferis 5. ij„ dilT.cum 5. iij. vini albi. coletur, fiat potio, detur duabus horis ante pallum. De U tumeur & relaxation du Nombril, appelle des Grecs Exomphalos. Chapitre XIII. A tumeur du Nombril fe fait quelquesfois, à caufe que le Péritoine eft relaifché ou 'r rompu, qui fait que les inteftins, ou l’omentum, ou les deux enfemble y tombent, ôc m quelquesfois s’y engendre vne carnofîté : quelquesfois aullî vient par vne çffufion de fang, comme aux ancurifmes, ou par vne feule ventoiité ou aquoiîré. Si l’omcn- 49 cum fait la tumeur,Ia partie fera de couleur femblable à la peau, molle au toucher, ôc aucc fort peu de douleur,&quâd on prellè deirus,r’entre dedans le ventre, ou de foy-mefme quand Des Tumeurs en particulier. A. le .malade eft couche à la renuerfe, 5c ne fait ledit omentum aucû bruit Centrant dedans. Si ce font les inteftins , outre les lignes fufdits, la tumeur eft plus inégale ; 8c quand on preflè ddfus pour le réduire dedans, on fent vn bruit de gargouillement, comme aux hernies inteftinales. Si c'eft vne caçnofité,la tumeur fera plus dure 5c de plus grande refiftance, 5c demeurera en vn mefme endroit, fans rentrer au dedans,encore que le malade fc couche à la renuerfe, & qu'on prelfe ddfus. Si c'eft ventolîté , la tumeur fera molle , 8c fubit retourne : 8c jaçoit que le malade fc mette à la renuerfe, demeure toullours en mefme figure : auffi. quand on frappe delTus, fait quelque bruit, tout de mef— me que fi Ton frappoit auec vne baguette contre vn petit tabourin. Si c'eft aquofité, la tumeur eft femblablement molle , mais elle n'obéit pas quand on la preffe fans diminuer ou augmenter, Si c'eft effufion de fang, elle fe monftre liuide : 8c fi le fang eft arterial , les figues feront fem- blables à ceux des aneurifmes. Parquoy quand la tumeur du nombril eft faite par le vice des in- teftins,ou de l'omentura,ou des vents ou aquofitez,forment la chirurgie aura lieu,5c non des autres. Or pour la cure des inteftins 8c de l'omentum,le malade fera couché à la renuerfe,5c feront réduits les inteftins 8c omentum. Cela fait, on tiendra la peau fuipenduc où eftoient contenus lefdits in- teftins-5c omentum,puis on en prendra vne porti©,tant qu'il en fera befoin,5c paftéra-on au trauers de la peau ainfi efleuée,vne allez groffe aiguillc,enfilée d'vnc petite ficelle alfez forte. Puis on fera des incifions autour alfez profondes,tant qu'il en fera befoin, afin que ladite peau fe reagglutine mieux : puis derechef on pallèra ladite aiguille deux ou trois fois,ou plus,félon que le cuir aura efté eftendu en grolfeur,longueur 8c largeur, & fera ferrée la ficelle alfez fort, puis derechef on liera la totalité vers le ventre : 8c en ce faifant la peau qui aura efté diftendu’é,tombera auec lefdites ligatu- res. Et pour bien faire, lors que ladite peau auroit efté fort diftenduë , on la pourra amputer alfez près de la ligature extericure,puis l'vlcere feratraiélée 8c cicatrizée ainfi qu'il appartient, La ven- teufe fera curée par remedes cy-delfus eferits aux tumeurs venteufes. Celle qui eft faite d'humeur aqueux, fera vuidée, faifant petite incifion, la tenant ouuerte tant qu'il fera befoin. , * inteflinu signes de camojîré, siSnes d« Signes d’a- r°, tc* Cure de Vin- tejiinale & zitbale. Cure ve„teufe, Dei hargnes ou greueures 3 qui font tumeur $ aux aines & aux hourfes des teHiculer, C h A p. XIV. mot Hargne a efté donné à cefte maladie , parce que ceux qui en font vexez ; a (pour la douinir qu'ils Tentent) couftumierement font hargneux,c'eft à dire, mal-plai- . ans criartls > principalement les petits enfans. Les anciens en ont fait plufieurs efpeccs, toutesfois il n'y en a que trois propres 5c vrayes,à fçauoir, l'intcftinale, la zir-, baie, & celle qui eft compofée des deux. Les autres ne font que fimilitudinaires , ôc pcuiiet venir au Scrotum ou es aines, fans que les inteftins ou zirbus foient hors leur lieu naturel, q A icelles les Grecs ont baillé vn nom propre, tant félon le lieu où fe»fait telle tumeur, que félon la chofe& fubftance qui la fait : comme quand la tumeur n’eft qu’aux aines,ils ont nommé telle har- gne Bubonocele, que nous difons Inguinale, ou Hargne incomplette, à caufe qu'elle ne tombe de- dans le ferotum ou bourfe des tefticules. Car lors qu'elle y defeend, eft complette; 5c fi c'eft l'i.n- teftin, fe nomme Entrocele, ou inteftinale : fi c'eft le zirbus, Epiplocele ou Zirbale : fi les deux y descendent cnfemble, Enteroepiplocele. Si c'eft l'eau, Hydroceleouaqueufe : fi du vent,Phyfoce- le ou venteufe : 5c s'il y a du vent 5c de l'eau enfemble, comme il fe fait ordinairement, prendra femblablement le nom des deux, 5c fe nommera Hydrophyfocele, c'eft à dire, aqueufe 5c venteufe. S'il y a excroiffànce de chair en la fubftance du tefticule,ou autour d'iceluy, telle hargne fe nomera Sarcocele ou charneufe: s’il y a veines grofles dilatées 5c entortillées, Cirfocele ou variqueufe. Si ce font humeurs,la tumeur prendrais nom de l'humeur dominant,5cfera dite phlegmoneufe,œde- mateufc,5c ainfi des autres,come nous auons dit au chap. des Apoftemes. Les caufes font plufieurs, comme excez violens, coups,chcute de lieu haut, vomiffement, toux, beaucoup cheminer, fauter, dancer,cheuauchcr vn cheual allant dur, crier, fouffler aux trompes 5c trompettes,cors,cornets, 5c autres inftruments où il faut beaucoup de vent, leuer pefans fardeaux, eftre tiré fur la gefne, auffi l'vfage des viandes vifqueufes 5c vcntcufes,5c l'humidité cxcremenreufe qui vient à la partie. Tou- tes lefquelles chofes pendent dilater ou rompre la production du Peritoine,lequel eft membraneux 5c delié,5c partant fe rompt 5c dilate aisément. Les femmes qui ont porté de gros 5c pefans enfans, j-j par la grande diftenfion du ventre, ou par violens cris 5c épreintes des cruels enfantemens, la pluf- part font affligées d'vne hargne inteftinale ; en laquelle leur tombe l'inteftinen l’aine, àcaufc que le Péritoine eft relafché, 5c quelquesfois rompu, Pourmefmes caufes font pareillement fujettes à l'enfleure du nombril, parce que l'inteftin ou omentum y defeend. Pour la curation , il faut vfer des reraedes cy-deflùs efcrits,5c leur faire porter brayers 5c ligatures propres à telles difpofirions. Les lignes de l'inguinaIc,fonr cogneus parla tumeur ronde trouuée en l'aine,laquelle eftant prelfec retourne facilement au dedans. Les lignes que les inteftins font defeendus dedans le ferotum, c'eft qu'il y a tumeur dure,5c lors qu’on les réduit au dedans, ils font vn bruit gonrgouillant auec dou- leur. Au contraire,fi c’eft le zirbus,la tumeur eft mollaffe,5c femble qu'on touche de la laine ; joint qu'il eft plus difficilement réduit que l'inteftin. A caufe que les inteftins eftans continus en leur fubftance, 5c en quelque mouuement continuel, non feulement s’entrefuiuent, mais auffi s'attirent l'vn l'7 Arceau Pefpa- ce de trente ou quarante iours,Ies fclfes vn peu cfleuées,& fur tout on le garder-7 de crier ôc touflir. Acce au premier ferraon commande faire tremper du papier en Peau par Jefpace de trois iours, puis en faire vne pelotte qu'on appliquera fur Paine , ayant premièrement réduit Pinteftin, ôc ne le faut deflier de trois iours, & de ce verrez grande efficace. En lieu d'eau commune, il faut pren- dre d'vne aftringente , comme celle qu'on vie en la relaxation de la matrice. Autre remede. 'df. fangu. draconis ij. mafticis 3.). thuris fi. nucis cupreffi 3. ij. picis nxgræ j. pulucrifentnr omnia fubtiliflimè , albuminaonorum numéro duo incorporentur fimul, q ôc applicetur vt didum eft. Il faut lai (Ter ce remede fur la partie cinq ou fix iours, Ôc continuer vn mois plus ou moins, 8c fera appliqué fur des eftoupes. Autre. thuris, maftic. aloés, fangu. draconis, farcocol. boli armenici, terræ figillatæ, gummi ammoniaci torrefadi, glutinis pifeimn , balauftiorum , nucis cupreffi, gallarum > myrtillorum, hypociftidos , ladani, an. 3. j. mifee, 8c fiat puluis. De celle poudre en fera incorporé auec blanc d'œuf, Ôc appliqué fur la partie, ôc laiffé par cinq ou fix iours fans remuer. Autre , facile a faire. Prenez blanc d’œuf, farin'e volatile , incorporez enfembîe , ôc Papliquez defllis. Il faut que Pen- faut ait le ventre lafche, qui fe fera mettant en fa bouillie beurre frais, Ôc vn peu de fiicre. La nour- rice fegardera de boire eau crue, mais la fera bouillir ; auflî ne doit manger falades, nefruids cruds, & pourra boire du vin bié trempé.Et par ces remedes ic protefte queplufieurs onteftéguaris,&ay gardé les Chaftrcux de leur amputer les coüillons, defquels ils font fort friands, pour le lucre qu'ils en reçoiuent > & abufent ainfi les peres &meres, leur faifant accroire que iamais leurs enfans ne peuuent guarir, depuis que le boyau eft tombé en la bourfe : qui eft vne chofe faufle ôc menfon— gere, principalement lors que le Péritoine n’cft que relafché ôc non rompu. Car les ayant ainfi ac- couftrez , ôc tenus le temps que nous auons dit, l'enfant qui n'a encores accomply fes trois dimen- fions , guarit, pourueu qu'on garde cependant la defeente aux bourfes , ôc ce d’autant que la voye du Péritoine, par laquelle Pinteftin eftoit defcendu,s'appetiftè ôc reftrecit, pendant que d’autre part D les inteftins groffiftent. Il y a vn Chirurgien,lequel i'eftime eftre homme de bien, qui m'a dit auoir guary plufieurs enfans en donnant de la poudre d'aymant bien fubtile Ôc meflée auec leur boüillie, Ôc frottoir de miel Paine où fefaifoit la defeente de la hargne,puis finapifoit par delfiis de limature de fer bien fubtile, ôc continuoit tel remede Pefpace de dix ou douze iours, &bandoit la partie auec brayer propre. Ce qui fcmble eftre fondé fur ce que Paymant par dedans, cupide par Pinftinét qui luy eft naturel d’attirer le fer appofé par dehors , attire auec violence à foy les corps charneux ôc adipeux qui font entredeux, qui bouchans'le paftàge du Péritoine ,& auec le temps s'incorporans à iceluy , empefehent que Pinteftin ou omenturn palïè ôc tombe hors de fon lieu. Ce qui ne doit fembler plus cftrange, que de voir ledit aymant par l’entre-deux 8c trauers d'vne table , pour dou- ble ôc efpaifie qu’elle foit , tirer après foy le fer, félon qu'il eft promené de çàou de là. Autre reme- de par luy expérimenté fouuentesfois : Faut prendre des limaçons rouges , ôc les faire calciner en vn pot de terre mis au four, ôc en faire poudre, de laquelle il donne comme delfiis, auec la bouillie, ôc aux plus grandelets la fait prendre auec leur potage. La cure quelquesfois fe pourra auflî faire aux plus agez , voire à ceux qui ont accomply leurs trois dimenfions ,cftans en Page de quarante ans;éc pour le prouuer ie reciteray cefte hiftoire. C'eft qu'vn Preftrc de Sainél André des Arts nom- mé M. Ican Moret, EpiftolieriC’eft à dire,chantant PEpiftre au Dimanchedequel auoit vne hargne Maniéré de réduire tin- tefiin. Cataplafme. 2.4. thap. Jmpoflure des Cha~ jlreux. Pourquoy fe guarift la hargne des petits enfant. Des Tumeurs en particulier, 233 A inteftinale complette* fe retira vers moy , me monftrant fon mal, demandant fecours, parce qu'il difoiclentir vne trcs-grande douleur,principaIement en chantant Ton Epiftre. Voyant fa greueure, ie lu y dy , que véritablement il deuoit mettre vnjautre en fa place : ce qu’il fît, priant le Cure* (pour lors nommé Monfieur le Clerc, Doyen de la fatuité de Théologie ) & les Marguiiliers, d’en com- mettre vn autre,leur déclarant fon impuiftance. Ce que luy eftant accordé,(è mit entré mes mains, ëc ie luy ordonnay plufîeurs reraedes propres à fon mal', luy faifant prendre vn brayer, qu’il porta par i’eipece de cinq ou fix ans : Ôc vn iour luy demandant comment fe portoit fon mal , me fit rc- fponfe qu’il ne fçauoit plus que c’eftoit, ôc qu’il eftoic guari. Ce que iamais ie n’eulfe peu croire, fî ie ne l’culfe veu. Parquoy l’amenay à mon logis , Ôc vcy fes parties génitales fans aucun veftige de hargne : émerueillé grandement comment il auoit peu eftre guary cognoilfant fon âge. Or fîx moys après que ie l’eus ainfî reuifîté, aduint qu’il mourut d’vne pieurefîe : ôc ayant feeu fa mort,ie m’en allay en la maifon dudit Curé, en laqudle ledit Moret fe tenoit, le priant qu’il me permift fai- re ouuerture du corps mort, afin que i’eullè cognoilfanee quel baftiment Nature auoit fait en la voye où les inteftins defeendoient : ce que volontiers il m’accorda. le protefte à mon Dieu, que ie trouuay autour du trou de la production du péritoine vne fubftance adipeufe de la grofleur d’vn petit èfteuf, infiltrée ôc attachée fi fort audit endroit, qu’à bien grande difficulté la pouuois defta- cher fans dilacerer ôc rompre les parties adiacentes. Et voila la caufe pourquoy la guarifon s’en B eftoit enfuiuîe. Semblablement, i’ay cogncu quelques-vns qui auoient porté le brayer par longues années,faiis autrechofe eftre entièrement guaris :eftans maigres,&puis deueuans gras,les inteftins accueillent graille qui les groflît, de forte qu’ils ne tomboient nullement aux bourfes,& ont laifsé de porter le brayer fans aucune recidiue. Ces chofes nous moriftrent, qu’il ne fe faut hafter d’ofter les confiions aux panures garçons. Chofe admirable, que Nature guariftè des maladies eftiraées incurables, fi elle eft tant foit peu aydée. Le principal ayde confifte à empefeher l’inteftin de deicen- dre, pendant quelle opéré,ôc faire ce quedelfus. Pour c’eft effeâ:, aux enfans vn peu grandelets* ôc aux hommes ôc femmes, on fera porter des brayers ôc efpaulieres, de la façon qui eft portée par ces deux figures* Admtrablé proaideticëi Figure dirvn homme qui aurait njne rupture dirvn feul auec njn brayer, duquel l’efiuffon doit auoir trois eminences> deux en haut, iautre en bas, & au milieu d'iceües vne cauité, afin quil ne prejfe trop fur ios pubis, & quil riy fitee douleur. ïay tronué depuis na gueres ceHe inuention 3 laquelle me femble meilleure què toutes les autres par cy~deuant inuenteesy à caufe qu elle prohibe merueïlleufement c la de fiente des intefiins 3 & omentum, A L'efpaulicre , laquelle s'attache au deuant comme tu vois, & au derrière aulll à i'eu~ droit de D. B Le brayer* C La cauité au milieu des trois éminentes* Le huidiefine Liure, figure d'yn homme qui auroit rupture des deux comment il doit efire A bandé lié d>run brayer> four garder que les inteHins ou ïomentum ne defcendent aux bourfes : dauantageyla figure dudit de fa ligature nommée efi aubier e. A L'efpauliere fendue 6c ouuerte par le milieu, pour palier la tefte. B B Le brayer à deux coftez,entre lefquels y a vn trou pat où la verge doit paflèr. Note que chacun defdits coftez doit eftre de mefme façon que celuy de la figure precedente. Cependant il ne faut obmettre le régime du malade, luy enjoignant qu'il le garde de toutes cho- ies qui peuucnt dilater & rompre le procez ou apophyfe du péritoine, & entretenir ou augmenter le mal, foient viandes ou autres choies, pour lefquelles tu auras recours au chap. ij. parlant des caufes. Or quelquesfois, 6c fpecialement aux plus âgez, les inteftins ne fe pcuuent réduire, à caule qu'il y a trop grande quantité de matière fecale contenue en iceux. Alors nefe faut efforcer de le repouflèr par violence,mais le malade demeurera dedans le lié! bien chaudemenr,Ia telle bafiè,& les felîès on luy appliquera vn catapîafme tel qu'il s'enfuit. OJL, rad.altheæ&liîiorum ij. fem.lini &: fœnugr. folior.maî.viol. 6c parietariæ an.m.fi. coquanturin aqua commun!, poftea piftcntur 6c palfcntnr per fetaceum,addendo butyri recentis fi ne fale &o!eililiorum ah.qu. fuff. fiat cataplafraa ad formam pultis fatis liquidæ : & luy fera appliqué tout chaud , tant fur les bourfes que fur le ventre. Par ce remcde on trouue fouuent le lendemain les inteftins réduits de foy-mefmcs, parce que la ventofitç eft refoulte : 6c que la matière fecale aura fait fon drcuit,& fera r'entrée en vn autre inteftin pour eftre euacuée dehors. Et fi ladite matière n'eftoit r'entrée en vn autre inteftin pour eftre euacuée dehors. Et fi ladite matière n'eftoit r'entrée, qui fc fait à caufe des vents qui n'auroient efté refoults, on donnera vn clyftere carminatif, 6c remollitif, auquel fera ad- ioufté huile de térébenthine, d'anis, de genevre, ou de fenouil, extraide par quinte-eflence en pe- tite quantité. Aulïi eft vn excellent remede, clyftere fait de malftoifie,huile de noix,& vn peu d'eau de vie,auec quelque portion defdites huiles de quinte-eflence. Aucunesfois partons ces moyens la réduction des inteftins ne peut eftre faite, à caufe que leproceftlis n'èft allez dilaté, d'où vient que la matière fecale contenue aux Inteftins tombez dedans le ferotum,accompagnée de ventofité s'en- durcit 6c fait qu'on ne les peut plus réduire. Incontinent il s'y fait inflammation 6c accroiflèment de douleur, & qui pis eft,vn regorgement de la matière fecale, que le malade reietre par la bouche, puis gangrené & mortification ; & pour la ftricturedu boyau,la chaleur naturelle eft efteinte 6c fuf- foquée, dont toft après la mort s'enfuit. ‘Telle maladie eft nommée communément Aiiferere mei. Pour obuier à tel accident, faut venir à l'exrreme remede, pluftoft que laiffer mourir le malade fi vilainementi: ce qui fe fera par l'œuure delà main en cefte maniéré. Le malade fera fitué-, comme auons dit cy-deuant, fur vne table,ou fur vn banc ; puis luy fera faire incifion en la partie fuperieu- re du ferotura, foy donnant bien garde de toucher les inteftins. Apres faut auoir vne cannule d'ar- gent , grofle comme vne plume d'oye, ronde d'vn cofté, caue de l'autre , ainfi qu'il t’eft deraonftré par cefte figure. Catapîafme emoîlient. Clyjleres deffect mer- usilleux. Mal mifera- ble. Pierre Fran- co en fon li- ttre des Her- mes. Des Tumeurs eu particulier. Iceîlc fera mife dedans l’incifion, Sc poullée le long delà production du peritoine,pour faire ind- iîon & quuerture fur la cauité d’icelle cannule, de peur de toucher les inteftins durafoiier. L’ou- ucrture fuffifamment faiéle , on réduira les inteftins peu à peu dedans le ventre , Sc habit on fera yne coufture, en cueillant Si comprenant dudid procdfus tant profondément qu’il en foit reftref- fi : ce qui lera caule qu’apres la cicatrice ,1a defcente ne fe pourra plus faire au fcrotum, D’abon- dantj s'il y a fi grande quantité de matière fecaîc qui y foit endurcie pour fa trop longue demeure, ou par l’inflammation, que la redudion ne fe puiftè faire,il faut par neceffité incifer la produdion du péritoine iufques à linteftin,& mettant la cannule precedente dedans icelle produdion la leuer contre-mont, Si faire incifion ddfus en montant vers le ventre , Sc y faire fi bonne ouuerture que l’inteftin puilfe eftre réduit. Puis fe fera la coufture gaftroraphie,en faifant autant de poinds d’ai- B guille qu’il en fera befain , Sc cueillant ledit procdfus , comme auons dit , afin de rendre la voye plus cftroitte. Cela fait, la playe fera traidée en la maniéré dite cy-deuanr. Toutesfois, telle ope- ration ne fe fera que les vertus du malade ne foient allez fortes pour l’endurer , Sc qu’on aye fait bon prognoftic à les parcns Sc amis, parauant que d’y mettre la main. Autre trm»* de P°“r, i tremu>‘ Au tin. det tlayes- Du Poiniï doré. C h A p. XVI. I Par tous ces moyens la hargne ne peut ellre curée , à caufe de la trop grande dila- ceration ou rupture de la prodution du péritoine, & que neantmoins le malade ou parens d’iccluy , defiralïent qu’elle fuit entièrement guarie , on y procédera par le ’ doré. Pour le faire, fera appellé vn expert Chirurgien , lequel fera yn’inci- fion au delîus de l’os pubis, &c en icelle mettra vne fonde femblable à celle qu’auons cy-delfus figurée, & la poulîèra tout au delîus du procdîus , l’enleuant en haut pour le feparer de contre les parois ou il adhéré par le moyen de certaines fibres nerueufes. Apres tirera & aufli les vailîeaux fpermatiques auec le mufcle fufpenfoire du tefticule. Cela fait, il enleuera la prodution feule, cueillant &c amalîmt tout ce qui eft de luy trop dilaté, qu’il prendra £ auec des petites tenailles plattes percées au milieu , le tenant allez fermement, &c fera paftèe au trauers vne aiguille enfilée de cinq ou fix fils,pres &c iouxte lefdits vailîeaux fpermatiques,& muî- cle fufpenfoire. Dauantage, faudra encores repalîer vne autre fois l’aiguille au milieu de ce qui relie de ladite prodution , comprenant aulli les lèvres de la playe : alors on fera vn nœud fort ferré, Sc fera le filet coupé alîez long,'&: lailîé hors la playe, lequel Ce pourrillant & coupant peu a peu, tombera de foy - mcfme : & Ce faut bien garder de le tirer deuant que nature n’ay t engendré chair au droit de ladite ligature : car autrement on auroit labouré en vain. Finalement, fera la playe mundifiée, incarnée, & menée à cicatrice , de laquelle la dureté & cailofité empefeficra que les inteftins ny l’omentum ne puilîent plus tomber dedans le ferotura, Maniéré di faire le feint? doréi Autre maniéré de faire le Pointé doré, C h a p. X V I L *L fc tromie quelques vus qui font le Point doté par autre moyen qu’auons defcrir. Ils font vue incifion au delîus de l’os du penil, du collé qa’cft la hargne , laquelle pénétré iufques auprocez du péritoine, lequel eftant defcouüerrjpaftent par delîous iceluy par deux fois vn fil d’or allez délié, lequel eftant pafsé ils ferrent médiocre- ment , afin de relîèrrcr ledit procez trop relalché , fans toutesfois que les vailîeaux D fpermatiques foient comprimez. Cela fait, ils tortillent leur fil auecque de petites pincettes, deux ou trois tours, puis lecoupent allez pres,& cachent lebout du fil d’or le rempilant, afin qu’il ne picque la chair qui le couure : puis (lailîans ledit fil d’or} tràittenr la playe , comme vne firaplc playe, tenant le malade au lit les felîcs hautes, &c la telle vn peu balîe,& ce l’efpace de quinze ou vingt iours. Par telle opération plufieurs ont receu guarifori. Autres font recidiuez, à raifon que ledit fil n’elloit bien accommode, picquant ordinairement les parties voifines. Et pour plus ample cognoillance de ce , ie t’ay bien voulu faire figurer les inftrumens, par lefquels telle opération effc accomplie. Quelque temps après nature chalîe hors le fil d’or, & là fc fait vne fonde cicatrice calleufe, qui bouche la production du péritoine, par où les inteftins defeendoient. Les praticiens l’ont appelle Point doré , à caufc du fil d’or. Le huiftiefme Liure Figure des inÜrumens propres à faire le poinSi doré. A Monftre l’aiguille courbée , laquelle cft percée près fa pointe, pour palfec le fil d’or. BB Le fil d’or pafsé par l’aiguille. C La tenaille qui coupe ledit fil. D Le relîbrt de la te- naille. E La pincette qui tourne & entortil- tille ledit fil. Autre maniéré de faire le foinff doré. C h a p. XVIII. æV t r f, façon laquelle me femble la meilleure ôc la plus feure , à caufè qu’elle ne laiftè rien eftrange en la playe j c’eft qu’au lieu du fil d’or,ou y met vn de plomb delà grofleur d’vn fer d’aiguillette,lequel n’eft palfé à l’êtour duprocez du pcritoine,qu’v- ne fois, ôc l’ayant palfé, on l’eftreint tant qu’il cft befoin,à fçauoir non trop, de peur de clorre la voye aux cfprits,pour obuier à la gangrené : non auflî trop lalche, parce qu’elle ne feruiroit de rien , à caufe que la defeente ne lailleroic à fe faire. Lequel fil fera laifle en la playe , iufqu’à ce quelle foit du tout reioin&e ôc confolidée, refte la place dudit fil. Et alors fera deftors , puis tiré hors dextrement, puis le refte de la playe fera confolidé ôc cicatrifé. Or que diray-ie plus des hargnes ? c’eft que lors que la produ&ion du péritoine ,qui eft la voye par où la defeente fe fait aux bourfes , eft grandement dilatée, après que le Chirurgien aura fait ladite liga- ture du fil de plomb, il faut qu’il en prenne vn peu au dclfus, vne bonne partie , Ôc qu’il la lie, en pallant vne aiguille enfilée d’vn filet en double au dedans dudit procelfus , le plus près des vaif- J> féaux , à Içauoir des vailfeaux fpermatiques , ôc du mufcle fufpenfoire, qu’il pourra : puis fera vn nœud , Ôc coupera le fil alfez long, comme nous auons dit cy-delfus, &c le laillera hors la playe,& ne le retirera deuant que nature le vueille jetter hors : qui fera,quand ce qui aura efté lié, fera pourry. Et eftant hors on traitera le refte delà playe, la cicatrizant, ôc par ainfi la cicatrice faire, la callofité empefehera que rien plus ne defeendra au Scrotum. Or combien que telles maniérés de curer les hargnes, ne foient fans douleur Ôc péril, fi cft-ce beaucoup plus fenr d’y procéder ainfi, que d’amputer les tefticules, comme font les chaftreux , lefquels par leurs cruelles & violentes * opérations , mettent le malade en grand danger de mort. Car pour garder qu’àpres la curation il n’y demeure vne relaxation, ils tirent violemment, ôc deftachent le proedfus des parties où il ad- héré, enfemble le nerf de la fixiefme coniugaifon qui va aux tefticules. Plus arrachent,& bien fou- nent rompent les vaiiiéaux fpermatiques. Defquelles violences s’enfuit douleur extrême , fpafme, hemorrhagie,inflammation , pourriture, & confcquemment la mort. Ce que i'attefte auoir veu aux corps de quelques vns que i’ay ouuerts morts , peu de iours après eftre ainfi miferablement chaftrez. Ht fuppofé qu’il en refehapent, ils font à iamais priuez du bénéfice de génération, pour laquelle nature a donné les tefticules à l’homme, comme parties principales Ôc neceftàires pour la Conferuation del’efpece : comme dit Galien au liucedç l’Arc medecinal, chapitre ?. ôc comme nous Aduerhjje- met notable, Cruauté des chaftreux. Des Tumeurs en particulier. 237 A auons efcrit en noftrc Anatomie. Mefrne iceluy Galien ne doute point de les faite & nommer par- ties pins excellentes que le cœur : d’autant que le cœur cft le principe ôc authcur de la. vie Ample- ment , mais les tefticules font la vie meilleure. Or eft-il que c’eft choie plus digne de bien viure, que de viure feulement. De là vient, que les Eunuques & chaftrez degenerent en nature féminine, en ligne dequoy ils n ont point de barbe , leur voix change, le courage leur défaut, deuicnnent ti- mides ôc honteux , bref font inhabiles à pluüeurs bonnes adions humaines, ôc n’eft leur vie que miferable. La voix après la caftration, eft plus grefle : d'autant que les tefticules n’cfchauffent plus , &ne fortifient les nerfs ôc rauicles vocaux par le confentement qu’ils auoient enfemble au moyen de leurs nerfs : au contraire , la voix fe muë & grolîîft li toit que le garçon fe rue au ieu d’amour. Partant iaraais ne feray d’aduis qu’on couppe les coüillons aux petits enfans,ny mefmes aux plus grands, fors ,à la hargne charneufe, ou qu’iceux fuflent grangrenez ou pourris, lacques de Foiliftoux dit, que le cerf qui aura perdu Tes coüillons au rut, ou autrement, ne mue iamais. Et fi on Iç chaftre auant qu’il porte fa rameure, il n’en portera iamais. Aufli au contraire fi on le chaftre ayant fa rameure , iamais ne luy tombera. Nepluy ny moins fcra-il , s’il cft chaftre ayant fa telle ou endoüillersmols &cn fang , ôc fi demeurera toufiours ainfi fans fcicherny brunir. Tel- les choies demonftrent que les tefticules ont grande vertu, tant aux hommes qu’aux animaux. De la Hargne Zirbale. La Hargne Zirbale, nommée cy-deflus Epiplocele, eft vue relaxation du Zirbus tombant en ® l’aine ou au ferotum. Ses caufes font femblables que delà hargne inteftinale. Les lignes ontefté dits par cy-deuanr. Elle ne produit tant d’accidens que l’inteftinale. Au demeurant toutes deux ont curation femblable. Autre maniéré de curation phu/èure & pim aifée. Maiftre Theodoric, & le bon homme Guidon de Cauliac , ont mis en auant vne autre ôc telle façon. Si l’inteftin ou omentum font tombez dans le ferotum, il les faut remettre dans le ventre, le malade eftant tellement fitué , qu’il ait les feftes vn peu efleuées, ôc la telle aucunement balle. Lors le Chirurgien tirera vers la hanche vne bonne portion de la production du péritoine relaf. chée , enfemble les vailîèaux fpermatiques auec le mufcle furpenfoire. Puis appliquera vn cautere potentiel fur le relie de ladite production, droit au deftus de l’os pubis: le cautere fera de la grolîéur qu’il verra ellre de befoin , fçauoir félon que la hargne fera plus ou moins grande, & félon l’âge du malade. Apres l’efearre faite , on fera des fcarificatiom iufquës à la chair viue :puis derechef fera mis vn autre cautere , afin de pénétrer iufques àl’os. On fera après tomber l’efcarre ( laquelle fe fait d’vne partie de ladite production du péritoine } lors la playe traitée ôc conduire à cicatrice par fa callofité, boufehera ôc empefehera que rien plus ne tombe dans le ferotum. Or deuant qu’entre-prendre telle opération ,1e Chirurgien fera aduerty de fe donner garde des mefmes accidens, dcfquels nous auons parlé cy-deuant. Sçauoir, qu’en cas que les inteftins ôc q omentum fulfent tant adherans contre la production,en forte qu’on ne les peuft retirer dedans , il n’applique en façon quelconque le cautere, de peur de bruller ôc percer lefdits inteftins, dont pour- roient aduenir grands inconueniens. En cas auflî que ladite production fuit rompue, ou par trop ifiatée, de forte que les inteftins filfent vne grande ôc enorme tumeur , le Chirurgien n’entre- preiv4ia cef]-e opération, non plus qu’à ceux aufquels letefticule pendu ôc arrefté en l’aine, ne fera encore cjans \e fcrotum,ny aux enfans qui n’ont encore diferetion à fe tenir fans fe remuer, ou n eftans nets. ( Nicolas Godu en fa Chirurgie militaire , ordonne pour la curation des hargnes , à ceux qui font en âge d’adolefc-nce ôc virile, l’application du cautere aCluel, après auoir d’extrement coup- pé la chair iniques à afin défaire perdition de fubftance : &la cicatrice faite,il ne fepeut plus faire defeente, ny de l’omtatum , ny de l’inteftin. Ce que véritablement i’approuue, fi Içspatiens le veulent fouffrir. De U Hargne ac/ueu/è nommée Hydrocele. Hargne aqueufe eft vne rumeur au ferotum, faite à raifon de l’eau , laquelle s’y amalfe peu à peu, le plus fouuent contenue entre les membranés, qui couurent les tefticules , ôc fpecialement entrç le dartos ôc l’erychroïde. On la peut nommer hydropifie particulière : car elle fe fait par mefmes caufes, ôc mefrne par diminution delà chaleur naturelle. Les fignes font que la bouiTe des tefticu- les s’enfle peu à peu ôc fans douleur ; la tumeur eft pondereufe, luyfante ôc tranfparente : ce qui fe congnoiftra en mettant vne chandelle allumée d’vn collé de la tumeur. Car on voit à l’oppofite ladite tumeur claire ôc lucide. Dauantage enprcftàntle ferotum du haut en bas, ôc du bas en haut, on fait defeendre Ôc remonter l’eau, pourueu qu’elle ne foit en trop grande quantité, ôc peu fouuent retourne au dedans du ventre, comme font l’inteftinale ôc Zirbale,mais demeureprefque toufiours au ferotum, pource que le plus fouuent l’eau eft contenue en vn Kyft ou petite vdlîe. Elle eft dif- cernée d’aucc la charneufe , parce qu’en çelle-là eft la tumeur lifte ôc vnie : ôc en cefte-cy , à fçauoir la charneufe, eft afpre, inégalé Ôc raboteufe. La curation fera premièrement tentée par des rcmedes refolutifsjdeficcatifs ôc difcutiens,efcrits au chap. des apoftemes;touccsfois ie t’ay voulu donner ce remede que i’ay fouuent expérimenté. vng.-cbmirifE Ôc défie, rub. ah. 5. ij, malaxent, fimul fôc fiat médicament, ad vfum. Car par iceux eft l’eau fouuent reloulte, ou pour-plus proprement par- ler , tarie , beuc & confommée , principalement quand il y en a petite quantité. Et fi pour la trop grande quantité ces remedes ne font fuffifans ,faut venir à l’œuure manuelle, an appliquant vn feton au trauers du ferotum , ôc des membranes 011 eft contenue' l’aquofité ôc palier vne aiguille a Tèz grollè, qui air la poinCle en triangle enfilée de fil defoyeen 8. ou 9.doubles : la palier ( dy je} \ nntemcnr au trauers des trous des tenailles à feton, fe gardant bien de toucher la fubftance des fticules. Cela fait on y laiftera le fil, lequel fera remué deux ou trois fois le iour > afin que l’eau Au ftHr* & Jacques de Liu,$,(h.i 3. Signes de hf hargne aquettfe, En quoy dif- férent la har* gne charnettf fi & aqutH* fi. Curation de h* hargne aqiitufe par Chirurgie, Le Huidiefme Liure , 238 Toit euacuée peu à peu , ôc s’il y fur.uenoit grande douleur Sc inflammation, à caiife dudit feton, fubic fera ofté, ôc la propre cure delaiffée pour fubuenir aux accidens. Aucuns pradiciens n'vient point de feton , mais auec le rafoir ou Tancette , font ouuertureau bas du ferotum, grande de de- my-doigt ou enuiron, ôc profonde iufques à l’eau , foy donnant garde de toucher les tefticulcs ôc les vaifleaux : puis tiennent la playe ouucrte auecques des tentes, iufques à ce que l’eau foit entiè- rement euacuée. Apres l’euacuation , ils la confondent ôc cicatrifent. Et parce feul prefque mo- yen , fe peuucnt guarir les hydrocelcs , defquelles l’eau efl: enfermée en vn Kyft, comme nous auons enfeigné au liurc des Tumeurs en général, chap. 16, De la Hargne venteufe. Hargne venteufe efl vne tumeur au ferotum, faite de ventofité, dont la caiife cft imbécillité de la chaleur naturelle de la partie. On la cognoift $ parce que la tumeur efl: ronde, legere, retinente, luyfante,& refplendilTante. La cure fe fera par bon régime , & par application des remedes refolu- tifs& carminatifs, comme, femina ainfi ,carui, fœnugræci, agni cafti,rutæ origani,& autres delcrits par Auicenne, an traidé des Hargnes , ôc par nous cy-deuant au chap. des Apoftemes ven- teux. l’ay pour teleffed fouuent appliqué l’emplaftre de Vigo cummcrcurio ,aulïl l’emplaftre Dia- chalciteos dilfout en vin généreux, comme maluoifie, auec vn peu d’huile laurin. De la Hargne charneufe. La Hargne nommée Sareocele ou charneufe, efl: vne tumeur contre nature, qui s’engendre au- tour des tefticules, faite d’vne chair feirrheufe, procréée d’abondance d’humeurs cras ôc vifqueux, B qui n’ont peu eftre digerez ôc alîîmilez à la partie, laquelle eftaccreuë , comme par manière d’hy- perfarcofe , ou de verrues. Elle efl; le plus fouuent accompagnée des veines variqueufes , ôc croift auec douleur. Ses lignes plus propres font tumeur ôc duretc afpre, inégalé ôc raboteulc. La cure ne fe peut faire que par l’amputation : ôc pource auant que ce faire, le Chirurgien doit bien ad- nifer Ôc regarder que la carnofité ne foit trop haute , ayant ja occupé & artaint l’aine. Car fi ainfi eftoit, ne faudroit entreprendre la cure , d’autant qu’il ne la pourroit couper du tout fans grand danger de mort.Et où il en laifleroit quelque petite portion, il s’engendreroit puis après vne chair fuperfluc , comme vn fungus , qui feroit erreur pire que le premier. Mais fi la tumeur n’eft que pe- tite ou médiocre ,1e Chirurgien prendra la tumeur auec le tefticule ôc le proceflus, ôc fera incifion iufques à ladite tumeur, ôc la feparera du ferotum. Cela fait, il paflera vne aiguille enfilée d’vne fifcelle forte , au trauers du procédais, au deflus du tefticule charneux : puis fera retournée pafleu par le milieu mefine par où on l’auoit palfée. Lors le bout du fil qui n’a point pafle, ôc l’autre où efl l’aiguille , feront notiez enfemble, en comprenant l’autre moitié du proceflus. Le tout ainfi noué, faudra couper ôc entièrement amputer ledit proceflus auec le tefticule, & biffer les bputs de la fifcelle , dont on aura fait la ligature , allez longs, fortans hors la playe. Dedans la playe on mettra vn digeftif fait de jaune d’œuf, terebentine , ôc huile rofat. Apres on y appliquera des re- pereuflifs fur la playe ôc parties voifines, auec bandes ôc compreflès, ôc fera la cure paracheuée C félon la cure cy-deuant mentionnée. De la Hargne variqueufe. La Hargne appellée Cirfocele ou variqueufe , eft vne rumeur ou apparence de veines dilatée* ôc entortillées autour des tefticules ôc ferotum, lefquclles font pleines de fang melanchoEqu0» Les caiifes font celles mefines des varices. Les figues font euidens. Pour la curer fautfr*0 ouucr- turc au ferotum de la grandeur de deux doigts ou enuiron , à l’endroit de la varice. P-,rs allt par deflous la variqueufe vne aiguille enfilée d’vn double fil le plus haut de la va«^e qu’on pourra, pour la lier en haut vers fa racine. Derechef on paflera l’aiguille comme en l’autre partie bafle, laiflant vn doigt d’efpace , plus ou moins, entre les deux ligatures. Mais premier qu’eftrein- dre le fil de la derniere ligature , faut ouurir la varice en l’efpace pioyen, comme fi on vouloir faigner , afin d’euacuer le fang contenu au ferotum , ainfi que Payons pratiqué cy-deuant en la cure des varices. Puis fera la playe traittée comme l’art le commande , laiflant tomber les filets d’eux-mefmes, ôc procurant qu’il s’y face vne cicatrice Ôc callofité ,au lieu où on aura lie la veinç variqueufe : par ce moyen le fang ne pourra plus couler au trauers. De la Hargne humorale. Hargne humorale eft apofteme engendrée d’vn ou plufieurs humeurs aflemblez au fcrotum,on entre les tuniques qui enueloppent les tefticules, ôc fouuent en la propre fubftancc d’iceux. Leurs caufes , figues Ôc curations, font comme des autres apoftemes. Toutesfois pendant la curation, le malade fe tiendra en repos, ôc portera brayers ôc ligatures propres pour fouftenir les tefticules. En cét endroit ie veux aduertir le ieune Chirurgien, que quelquesfois les tefticules ne font en- corcs defeendus au ferotum, eftans retenus en l’aine,y faifans vne tumeur auec douleur : ôc pource il eftime que ce foit vne hargne inteftinale, qui eft caufe qu’il y applique cmplaftres aftringentes auec brayers ôc ligatures, pour les repoufler au dedans. Cefaifant augmente la douleur , ôc engar- de la defeente du tefticule. Ce que n’agueres i’ay veu eftanc appellé pour telle caufe : ôc après auoir cogneu que dedans le ferotum il n’y auoit qu’vn feul tefticule, le malade n’ayant iamais efté cha- ftré, feis ofter le braver ôc emplaftre qu’il portoir, ôc commanday au pere qu’il le laiflaft courir ôc faulter , afin d’ayder an tefticule à defeendre en fon lieu naturel : ce qui aduient petit à petit fans nul accident. Car pour parler à la vérité de telle chofc, faut fçauoir que la différence du malle d’a- uec la femelle, n’eft que chaleur, le propre de laquelle eft de pouffer dehors, comme du froid de retenir au dedans : de là vient que les teftiçules aux malles pendent dehors, aux femelles font refer- rez en l’enclos du bas du ventre, Parquoy il aduient qu’en quelques malles, qui font déplus froide nature, lefdics tefticules demeurent cache* iufques à ce que le feu de ieunelfe vienne à les pouffer dehors. VAutheur parle fort peu de la cure de l'Hydrocele, encore ne dit- il point l'opé- ration qu'on y fait à pré- féra, qui efi auec le cau- tère potëtiel, puis l'on perce dans L'efcarre auec la lan- cette iufqu'à l'eau. Le vraypgne qui nous fait diftîhguer la tumeur a- queufe de la venteufe efl que l'aqueufe vient peu à peu,& la ve,i teufe vient tout à coup. Expérience de V Autheur. Sareocele cu- rable,fy>com- ment. Au liu.des playes. Cure de Cir- focele par Chirurgie, Voy le liu. des Apofie* mes. Bifleîre. Différence du majlea- uec la femel- le.. Des Turneurs en général. De la relaxation du gros hoyau Culier. C H a p. XIX. «V a n D le mufcle, nommé Sphinder ( qui eft autour du fiege } eft reiafché, alors ne peut fouftenir le gros boyau, ce qui le fait fouuent aux petits enfans , 8c procédé d’vne grande humidité de ventre, tombant audit mufcle, laquelle le ramollift 8c relafche, ou le rend plus pefant que de couftume, de forte que les raufcles Icuateurs du fege, ne le peuuent plus fouftenir, puis fè renuerfe 8c fort hors du fege , ou pour vn grand flux de ventre dyfentcrique, par trop s’elpraindre d’aller à la Telle, ou pour des he- morrhoides , qui fupprimées rendent le boyau culier trop pefant, 8c fluentes le velafchent : ou pour le froid , à ceux qui en hyuer vont fans haut de chauffes, oufe tiennent long-temps aflis fur vne pierre froide ; ou pour vn coup, ou cheute fous l’os facrum : ou paralyfie des nerfs qui de là s’efpandent aux raufcles leuateurs du fiege : ou pour vne pierre pefante contenue en la veflie. Poü£ la cure , il faut garder le malade de trop boire, 8c manger potages,'8c fruids cruds : 8c pour les remedes particuliers, on vfera d’vne decodion aftringentc , comme corticis granat. gall.myrtill. ccntinod. burf. paftor. fumach. berber. nucis cuprcf. alu. rochæ, fai. coin, bouillis en eau de Ma- refchal, ou gros vin noir 8c auftere. Puis après la fomentation, on réduira l’inteftin , l’ayant pre— g mierement tout autour oind d’huile rofat, ou de myrtils : puis on le repou liera au dedans : 8c fi l’enfant ratiocine, luy faut commander que lors qu’on le remettra , qu’il retire fon haleine, 8c que le Chirurgien le remette peu à peu , auec vne efponge, ou vn linge blanc 8c délié : 8c eftant réduit, on doit entièrement eftuyer toute l’onduofité , de peur que par icelle l’inteftin ne retombe dere- chef : puis après on doit mettre dedans le fondement,le plus profondément qu’on pourra , de la poudre qu’auons prefeript pour la précipitation de la matrice. Puis après on luy mettra vne ban- de au trauers du corps , au delfus des hanches , au milieu de laquelle fera attachée vne autre ban- 'de, qui pailera entre les feftès , & à l’endroit du fiege fera mis vne efponge 8c comprefte , trempée en la decodion fufdite aftringente , afin de garder que le boyau ne forte : & la perfonne eftant d’â- ge, on luy commandera , lors qu’il ira à fes affaires , de mettre le fiege entre deux ais , feparez l'vn de l’autre d’vn poulce , plus ou moins : quoy faifant, on gardera que l’inteftin ne forte lors que le malade va à fes affaires. Autant en fera s’il fait fes affaires debout : car par telle fituation, l’inte- ftin ne tombe point. Et fi l’inteftin par ces moyens ne pouuoit eftre réduit, Hippocrat.es comman- de qu’on pende par les pieds le malade, 8c le fecoüer , 8c faire tant qu’il fe remette : & eftant ré- duit, le traider comme auons dit. D’abondant veut Hippocratcs, que l’on oigne le fiege del’ef- cume de limaçons rouges, à raifon que leur onduofité 8c ficcité refoult fort fans nulle mordica- tion , 8c partant eft propre à tel effed. Relaxation du gros yau. Hîpp. liant des Ji/lnitt, Ve la tumeur & apofieme du Fondement. C h a p. XX. ■A tumeur du fondement s’engendre, ou de caufes externes, comme pour auoir efté long-temps à chenal, ou pour eftre tombé à chcuauchons fur quelque chofe dure qui auroit contus &: meurtry le fondement & les parties voifines d’iceluy : Ou le plus fouuent de caufe interne , comme pour la douleur des hemorrhoides, 8c à raifon de , , __ , quelque matière chaude & corrompue qui eft enuoyée en cefte partie :8c par ainfi telle tumeur eft pluftoft faite par fluxion,que par congeftion de matière. Qui eft caufe qu’elle vient le plus fouuent à fuppuration : joint aufîi que la partie rcceuant eft fort fu jette à pourriture : tant à raifon de ce qu’elle eft chaude ôc humide, que pour eftre voifine 8c réceptacle des excremens. La curation fc doit commencer par les chofes vniuerfclles, confeillant pluftoft d’vfer de la faignée,que purgation , craignant de faire trop grande fluxion à la partie. Et pour les remedes des particuliers: au commencement il ne faut vfèr de remedes trop repereuffifs, ny trop maturatifs , craignant d’enfermer la matière en ladite partie, ou engendrer trop grande pourriture , 8c fouuent gangre- né : ce que i’ay veu plufieurs fois aduenir. Et pource on pourra appliquer linges imbus 8c trem- pez in oleo rofar. myrt. cydonio cum ou. album, aut, cydonio cum aceto 8c aqua coda , mifeenda cum oleo rofar. in formant cataplaf. Et pour l’augment, eftat, déclination , 8c accidens qui pour- q ront furuenir , comme entr’autres ,1a douleur, on aura recours auchap. du Phlegmon vray, Si la tumeur vient à maturation, le Chirurgien fur tout aura égard de ne la lailfer meurir , comme les autres Apoftcmes , à fçauoir , à parfaide fuppuration : mais fuiuant le précepte d’Hippocrates, il faut venir à l’ouuerture , la tumeur eftant encore verdelette , c’eft adiré, n’eftant du tout fup- purée , ains fera ouuerte lors que l’on cognoiftra qu’il y aura quelque commencement 8c apparen- ce de boiic : craignant que la matière retenue au profond , ne vinft à pourrir le boyau culier, ou le col de la veffie, d’oùfuruicnncnt les fiftules du fondement 8c perineum : car en peu de temps en icelle partie il s’engendre grande pourriture , pour les raifons fufdites. Csmftt. PrognoJUc, Cure, ohferuttion pour le Chi- rurgien. Vu Panaris, ou Paronychie. C h a p. XXL A n a r i s , eft vnc tumeur qui Te fait à l’extremité des caufée d’vn hu- meur malin 8c veneneux , auec grande inflammation, laquelle Ibuuent commence à Jft l’os » le communiquant au periofte , nerfs , & tendons qui font en cefte partie , qui caul'e cruels accidens, comme extrême douleur pulfatile, ou battement d arteres, fièvres, 8c grande inquiétude , de forte que les malades ne pcuucnt repofer , ny fe tenir en place, de deuiennent prefquc infenfez , perdans patience , ainfi que ceux qui font vexez de Le hui&iefmeLiure j 240 carboncles. Le bon vieillard Guidon, 8c lean de Vigo difent, que tel mal meine fouuent le malade A à la mort. Pour la cure , ie confeille qu’on appelle vn dode Médecin , pour faire purger 8c fai- gner le malade , 8c luy ordonner fa maniéré de viure. Et pour la cure particulière , il faut donner ifiiie' à la matière virulente 8c veneneufe, faifant promptement vne incifion en la partie intérieu- re, le long de la première iointure profonde iniques à l’os. Et dit de Virgo , qu’il n’y a point de plus grand remede que d’ouurir le lieu félon le long du doigt, &que ce foit deuant la parfaite ma- turation : Elle garde ( dit-il ) fouuent le doigt de corruption de l’os 8c des nerfs, 8c appaife la dou- leur.Ce que i’ay fait fouuent au commencement deuant que la virulence fuft grandement imprimée, auec vne vne tres-bonne iffuë. Et par l’incifion faut laitier fortir bonne quantité de fang , 8c après faire tremper le doigt en fort vinaigre allez chaud, auquel on aura dilfout du theriaque : par ce moyen on euacuë la matière virulente en luy donnant ilfiië. Et pour appaifer la douleur , on doit appliquer fur la partie, 8c tout autour de lamain,remedcs femblables à ceux des carboncles,comme feuilles d’ozeille , hyofquiame, ciguë , fueilles de mandragore cuittes fous les cendres chaudes, 8c pilées auec vnguent populeum rccentement fait, ou huile rofat., 8c beurre frais, fans fel. Auffi tels remedes peuuent grandement ayder à la fuppuration, d’autant qu’ils obtondent par leur froideur la chaleur cftrange introduite à la partie , 8c auffi fortifient la chaleur naturelle , qui eft celle qui fait ■la fuppuration, 8c chaftè ce qui eft contraire. Et voila pourquoy les anciens ont ordonné tels mc- dicamens aux anthrax 8c carboncles. Or s’il aduient que le malade n’euft voulu ( ou par l’imperitie $ du Chirurgien) que ladite incifion fuft faite ,& qu’il furuint gangrené & mortification à la partie, alors il faudra faire amputation de tout ce qui fera altéré 8c pourry , par les tenailles incifiues , 8c faire le refte de la cure , comme on verra eftre befoin 8c needfaire. Il aduient quelquefois qu’il n’eft befoin faire amputation que de l’extremité du doigt, parce qü’vne partie de l’os fe fepare, cor- rode 8c ronge, 8c fe fera confommé en bouc fetide, 8c fort puante, 8c que le refte du doigt demeu- re , mais c’eft fouuent fans ongle 8c auec difformité, tant pour la perdition de l’os , que des ten- dons 8c nerfs, 8c autres parties. Que diray-ie plus ? c’eft qu’en cefte difpofition il fe fait vn efear- re pour la chaleur 8c aduftion, 8c fe concrée vne chair fuperfluë qui a vn grand fenti- ment aigu, laquelle conuient couper auec les cizeaux, à fin que le fang coule , qui allégé fort la douleur, pource qu’il defeharge 8c euacuë l’humeur contenu en la partie. lÀu.i. ch. 4. traifté 8, Expérience faifte par l'Autheur. Remedes fup~ punitifs par accident. De U tumeur des genoüil s. Chap. XXIL OvvENTESFOisil vient tumeurs aux genoüils, après vue longue 8c fafcheuffi maladie. Auffi les corps cacochymes 8c replets , après vn long exercice, font fujets à telles indifpofitions, d’autant que l’humeur découlé facilement à la partie qui eft ef- chauffée Ôc efmeuë. Or il telles tumeurs fuyüent les longues maladies , font tres-dan- -, gereufes 8c difficiles à curer 8c pour ce ne font à négliger. Telles tumeurs fouuent font accompa- gnées de douleurs intollerables , à caufe de l’humeur, lequel eftant deflué à la partie , fait diften- fîon des membranes qui les enueloppent 8c lient. Car tel humeur eft ou grandement chaud ou extrêmement froid : 6c lors la douleur eft fî grande , ou accompagnée de quelque matière virulen- te , comme il aduient fouuent es gouttes 8c piqneures, 8c fpecialement des beftes veneneufes. Or pour la curation, fi la tumeur eft caufee de fang , fon manger 8c boire fera tenu 8c réfrigérant : & pour la reuulfion de la matière antécédente , la phlébotomie eft neceffaire, 8c les mcdicamens to~ picques feront repellens au commencement, aufquels feront adiouftez des refoluens , les diuerfi- fiant félon les quatre temps de la tumeur : 8c s’il y a douleur , feront anodins, defquels auons allez amplement parlé en Phlegmon. Et fi la douleur eft opiniaftre,& n’aye peu ceder aufdits remedes, ien’ay trouué meilleur moyen pour l’appaifer, que d’appliquer quinze ou feize fangfucs’ tout à l’entour du genoüil. Telles tumeurs font auffi fouuent eiigendrces d’vne pituite froide 8c glaireu- fe j de vents 8c aquofitez, Pour la curation, faut auoir recours aux medicamens phlegmagogues ( c’eft à dire) faifans euacuation de l’humeur pituiteux. Et quant aux topiques, ils doiuenc eftrc incififs, attenuatifs , rarefadfcifs, difeutiens 8c grandement deffcichans. La decodlion de Gaiac, eft propre pour prouoquer la fueur ; 8c pendant que le malade fera dedans le li<5t, on luy applique- ra des bouteilles de grez remplies d’eau bouillante, bien bouchee 8c cnueloppee d’vne feruiette po- feeaux du genoüil. Pareillement luy en fera appliqué vne à la plante des pieds ,& par D ce moyen on cfchauffera 8c fubtilira l’humeur contenu au genoüil. Apres fera appliqué vn cata- plafme faid de limaçons auec leurs coquilles , broyez 8c pilez fubtileraent, y adiouftant quatre onces de térébenthine, 8c vne once d’eau de vie, 8ç fera réitéré de vingt-quatre heures en vingt- quatre heures. Autre, Prenez crottes de chèvre demie lime , fleurs de camomille 8c melilot, de chacune demy poi- gnée , fon de froment vne poignee , 8c foit faid cataplafine auec gros vin noir auec fa lie. Autre plut deficcatif. Prenez farine de feue, d’orge, & orobe, de chacun tant qu’il en fera befoin, racines d’iris, ma- ftic, noix de cyprès, galles, efcorcc de grenades fubtilement puluerifees : de ce en fera faid cata- plafme auec lexiuc de chefhe, &en fera vfécomme deffus, Lefdits cataplafmes tariflent, fcichent, 8c refolucut à merncille l’humeur pituiteux 8c fereux. Apres auoir refont la tumeur , il faudra en- cores par long-temps roborer 8c fortifier la partie, par cefte dccodion. Prenez eau de forgc,en la- quelle on fera boüillir alum , fei commun, noix de cyprès galles, de chacun vne once, groflèment puluerifees , fueilles de faulge, rpfinarin , lauande, de chacun demy poignée, le tout boüilly en- semble , 8c paffé au crauers d’vne feruiette : puis feront pofées en cefte decodion , des compreffcs Ga. commet, de lafen. l. feft,4. lia. 6, Epi demi0. Ca. comment fur U feft. i. des progno- flic. fent. 67. Cure, Application de fangfués. Application de bouteille. Cataplafme de limaçons, Des Tumeurs en particulier A vn peu efpraintes : ôc auec vne ligature fera lié ledit genoüil allez-fort, fans toutesfois caufcr dou- leur. Ladite ligature a vertu de reioindre les parties diftenduës par l'humeur qui aura deflué.Sou- uentesfois cet humeur eft dedans ôc autour de la iointure , qui ne fe peut refoudre, à caufe que la partie eft debile , ayant peu de chaleur: ôc y demeurant longuement, ictte fouuent les os hors de leur propre place , comme i'ay veu aduenk à plufieurs. l'ay fouuenance que monAeur Greaulme Doébeur Regent en la faculté de Medecine à Paris, auoit vne tumeur au genoüil, faite d’humeur pituiteux ôc venteux , qui luy caufoit telle douleur qu'il ne fe pouuoit fouftenir , ôc eftoit con- traint de garder le lit, ôc vfa de plufieurs remedes qui ne luy proAtoient comme il euft bien deA- ré.Il m’appelle pour fçauoir s'il le deuoit faire ouurir : l’ayant veu ôc palpé, Ôc conA'deré que ie n'y trouuois nulle matière fuppurée, le priay d'auoir encore patience : ôc que s’il y faifort faire ouuer- ture., qu’il s’en repentiroit, que ie le fçauois pour l’auoir veu pluAeurs fois. Neantmoius il y Ac appliquer vn cautere potentiel, lequel augmenta grandement la douleur, auec telle defluxion, que les os fe mirent hors de leur place, ôc fut plus de deux ans fans fe pouuoir fouftenir fur fa iambe, ôc maudit cent fois l’heure qu’il n’auoit creu mon confeil. Les douleurs auec le temps s’appaife- rent vn peu, ôc flt faire vne iambe de fer fur laquelle il marchoit claudicant ôc à bien grand peine: en An il en eft mort de douleur ôc defplai Ar. Souuenterfois on void comme le Chirurgien aux ou- uertures des genoüils eft grandement deceu : car il cftime en telle partie eftre contenue matière fa- 8 nieufe, Ôc quelques aquoAtez , & en preftant des doigts, lent félon fon iugement, inondation, qui luy caufe de faire ouuerture : ôc l'apertion eftant faite , au lieu de quelque matière qu'il eftimoit eftre contenuë en la tumeur , n'en fort que du vent, dont puis aptes grands aeddens aduiennent pour auoir fait ladite ouuerture , comme i’ay monftré par l'hiftoire cy - deifus. Parquoy le ieune Chirurgien y prendra garde. Vertu de I4 ligature. Hiftoire, Soutient le Chirurgien eft deceu aux ouuertures dsi gtnoüils• Des Dragonneaux. Chap. XXIII. E ne puis paflèr outre que ie ne defcriue encores certaine tumeur contre nature , nom- îr||jij N|P| méc par les anciens Dragonneaux. La matière des Dragonneaux a efté en diuers temps Pili Pal* fliuers autheurs diuerfement traiélée : de façon que iafques auiourd'huy n'cn auons aucune chofe ferme ne aflèurée, à laquelle nous puilîîons nous arrefter auec fonde- ment ôc rilcre de bonne raifon. Et premièrement, quantàl’authontéde Galien, chapitre 3. duli- ure 6. De loas affettis : La génération , dit-il, des poils qui fe vuidcnt euidemment par les vrines, eft aufli eftrange, comme de ce qu ils appellent Dragonneaux, lefquels naiflènt es iambes des hom- mes , en quelque endroit d'Arabie, comme on didt : ôc font de nature nerueux, de couleur ôc grof- feur femblables aux vers. Comme ainlî foit doncques que i'aye veu pluAcurs gens qui fe difent en auoir veu, n'en ayant quant à moy iamais veu aucun, ie ne puis rien conie&urer à la vérité, ny de leur génération , ny de leur elfence. Voyla ce qu'en diét Galien. Paulus Ægineta, liurequa- triefme , chapitre dernier efcrit les Dragonneaux s'engendrer enl'Indie , ôc és parties hautes d’Æ- gypte, comme animaux rcflemblans à des vers és parties mufculeufes, Içauoir bras, cuifles, iam- bes : ôc outre iceux , aux enfans fe trainer aux codez par delîbus le cuir, auec mouuement mani- fefte. Au refte, foit que foient animaux viuans, foit que vrayement ils ne foient tels, mais que feulement ils femblent tels, à la guaraifon d'iceux eft vtile vier de fomentation chaude à fin qui- ttant le Dragonneau allez enflé , il forte dehors, ôc puiflè cttre arraché auec les doigts piece après piece. Eft aufli vtile l’application des cataplafraes fuppuratifs faits d'eau, miel ôc farine de fro- ment ôc d'orge. Voyla ce qu'en dit paulus Ægineta. Auicenne chap. 21. liu. 4. fen. 5. traiélé 3. ne fçachant à quoy fe refoudre, vacillant encline ores en ceparty, ores en cettuy-là, parlant des Dragonneaux, maintenant comme d'animaux viuans, maintenant comme d'vne Ample matière ôc humeur arreftéc en certain lieu , ayant au refte bien compris l'ellènce Sc curation de cc mal, com- me dirons cy - après. Aëce chap. dernier, dit que les Dragonneaux font femblables aux vers, ôc fe treuuent aucunesfois grands, aucunesfois petits, n'eftant leur génération différente à celle des larges vers du ventre : Car , dit - il., ils fe meuuent fous le cuir fans faire aucun mal : auec fucccf- fîon de temps le lieu où eft le Dragonneau fuppure, on ouure le cuir, puis on tire hors la D tefte d’iceluy : que lî l’on vient à l'arracher , il fait grande douleur, principalement A par tirer trop violemment il vient à rompre : car ce qui demeure fait de très - griefucs douleurs. Partant de peur que l'animal ne fc retire, faut lier le bras fort eftroit, auec vn lien bien fort, & faire cela rouf- jours , à An que le Dragonneau allant peu à peu , foit retenu par la conftridion , Ôc ne fe rompe point. Il faut arroufer la parie d’eau miellée ôc d'huile, où l'on aura cuit de l'abAnthe, ou quel— qu'autre de ceux qui font ordonnez pour les vers du ventre. Que A le Dragonneau fortant de luy- mefrae, fe peut tirer aifément , il ne faut rien faire dauantage : mais s’il tourne à fuppuration, l’on ne doit faillir à y mettre les caraplafmes, ôc à l’arroufer d’eau miellée ôc huile. Les cataplaf- mes oftez, nous auons accouftumé d'appliquer vne emplaftre de bayes de laurier. La fuppuration paracheuée, le cuir foie incilé félon la longitude : ôc eftantle Dragonneau defcouuert, foit tire hors ,Sc la peau foit emplie de plumaceaux , ôc foit fait le furplus de la curation fuppuratiue : de forte qu’ayant eét animal fuppuié ôc tiré dehors, foit l'vlcerc incarnée ôc menée à An de cicatrice. Voyla cc que nous à lailfé Aece. RhaAs chap. 24.du traidlé 7. dit : Quand le lieu commence à s'ef- leuer en veffie, ôc la veine fe hafte de fortir , il eft bon que le malade boiue au premier iour demie drachme d’aloé : au fécond , vne drachme entière : au troifiefme , deux drachmes : ôc que la partie foit aufli epithemée d'aloé, car il l'ofteradu tout : ôc après cc qui fera forty , il faudra enuelopper ce qui apparoift eftre dehors , à l’entour d'vne canne de plomb, de la pefanteur d’vne drachme, ôc L'opinion de G allen. L opin!on 4e Paulus ÆgU * nota. L’opinion d’Aui cerne. L’opinion d'A'écel. 14* Vepînlon 4e Rhafts. 242. Le hui<5Uefme Liure , îa lier auec cela, & la laiftcr pendre : car par la pefanteur d’icelle, il viendra à defcendre, à s’aîlon- A ger , & forcir dehors ; 8c quand il y aura vne partie dehors, foie enueloppé 8c lié à l’entour du- dit plomb : 8c fi ce qui eft défia forty , eft bien long, il le faut couper, 8c enuelopper encores ce qui eft demeuré, en forte que l’on ne coupe iufqu’au bouc : car fi bn le fait ainfi, il fe retirera de- dans la chair , 8c engendrera vne apofteme putride 8c maligne : parquoy il faut furuenir à cefte maladie doucement, & tirer hors la veine peu à peu* tant qu’elle forte toute,& qu’il n'en demeure rien au corps. Mais fi de fortune l’on a incifé rez àrez de l'vlcere, il faut mettre le rafoir dedans le trou , fendre, en long, & l’ouurir fi bien que l’on puifie ofter tout ce qu’il y a de refte : De-là , que l’on y mette du beurre par quelques iours, iufqu’à ce qu’il pourriftè, 8c que fa fubftance foie confomméc, puis foit curée auec les medicamens, qui engendrent chair. Voyla comment Rhafis en vne mefme fentence, parlant d’vnc mefme chofe, l'a baptifée de diuers noms , 8c encre armé de fer 8c de plomb en la curation d’icelle, tout ainfi que s’il vouloir vaincre quelque furieux ani- mal. Soranus , Médecin du temps de Galien, a eu opinion toute contraire , félon que cite de luy Paul Æginete au lieu preallegué, d’autant qu’il contefte 8c afferme le Dragonneau n’eftre point vn animal, ains vne condenfation 8c engroffiflèment de quclqne petit nerf fuperficicl au deftèus de la peau , qui femble aux malades 8c Médecins auoir mouuemcnt ; en quoy Soranus s’eft quelque peu approché de la vérité , non toutesfois fi entièrement qu’il ait comprins l’eflènee de ce mal, comme dirons cy-apres. Manardus epift. z. de fon. 7. liu. dit que tels Dragonneaux font engen- 3 drez d’vn fang mauuais, greffier,chaud,&; melancholique,ou d’vn flegme bruflé 8c deuenu à com- plexion grandement feiche. Gorreus tres-doéle Médecin , en £bn liure des Définitions , nie aucun Médecin de ces quartiers en pouuoir parler , pour eftre le mal fi infrequent qu’aucun n’en pour- roit auoir eu la veuc. L’autheur du liure intitulé l’Introduélion & des définitions, définit ce mal, ôc dit les Dragonneaux eftre vn mal fort femblable aux varices , caufant grande douleur , 8c lors que peu à peu s’efleuant vient à fe raouuoir. Parquoy le moyen de le guarir eft ( dit-il ) que, com- me en la fedion des varices, nous venons à eficuer la peau de deffus, 8c en fin à les trancher. Ce qui a efmeu le bon pere Guidon au liure des Apoftemes, chap. 8. de rapporter ce mal aux varices, comme engendrées de femblable humeur gros 8c melancholique: de fait, que pour la guarifon il vfe de mefines remedes qu’és varices. Cefte maladie a cfté baptifée par diuers autheurs de diuers noms , 8c tous luy ont donné le nom de Yena : car par Auiccnne 8c Guidon il a cfté appelle Vena Meden , pource , dit-il, qu’il eft fort fréquent en la ville de Medine : par Albucrafis, Vena ciui- lis : par Haliabbas , Vena famofa: par les autres, Vena cruris. Vrayment telle contrariété d’opi- nions répugnantes, non feulement entr’elles , mais auffi à foy-mefme , monftre éuidemment le peu d’aftèurance qu’en auoient ceux qui les ©nt mifes en auant. Et toutesfois le malheur a efte fi grand , qu'aucun des recents n’en a rien lailfé par eferit. Bien eft vray que lacques d’Alechamps, homme bien entendu en toutes les parties de la Medecine , a eferit de cefte matière en la Chirur- gie Françoife , que ce s années paffées il nous a mis en lumière : mais par le long difeours qu’il C nous en a fait, ne nous a lailfé autre tefmoignage de fon induftrie, finon d’vne diligente 8c curieu- fe recherche de la meilleure part de ce qu’en auoient eferit les anciens, fans autrement auoir vou- lu alfeoirfon jugement, 8c arrefter vne queftion tant controuerfe 8c debatuc entre tous ceux des- quels les eferits font paruenus entre nos mains. Or quant à moy, la modeftie ne m’a peu tant commander, que ie n’aye mieux aymé me mettre en hazard d’eftre eftimé trop entrepreneur, que de permettre, entant qu’il meferoit poffible, que telle queftion demeurait dauantage en controuerfe 8c litige: parquoy ie me délibéré d’en dire pre- fentement mon aduis, en forte qu’ayant réfuté l’opinion qu’en ont eu les anciens, ie viendray à confirmer par viues raifons, tout ce que i’en ay peu cognoiftre , tant touchant l’eftcnce que tou- chant la curation. Car en premier lieu, que les Dragonneaux ne foient vers femblables aux lum-t briques, 8c qu’ils ne foient chofe animée, 8c que leur génération ne foit femblable à celle des lar- ges vers du ventre, comme l’a eftimé Aëce, il eft aisé à conuainçre, tant de luy-mefme que de la raifon. Car iccluy, traiété 3. ferm.i.chap. 40. dit le ver large, qu’il appelle Tanta , eftre comme vne metamorphofe 8c tranfmutation de la tunique intérieure des inteftins grefles, en vn corps vif animé 8c mobile. Or perfonne n’a dit, ne luy-mefme ne confdléra pas que les Dragonneaux s’en- gendrent de la tunique de la veine, en laquelle ils naiftènt, ny des fibres du corps nerueux , lequel fbuuent ils abbreuuent, ny moins du cuir tous lequel ils font leur refidence. Outre , la généra- jy tion des vers , 8c autres quelconques animaux qui viennent de pourriture , ne peut eftre que par corruption de quelque matière, en laquelle nature de ce qui eft le plus bening , par le moyen de la chaleur vinifiante, efforme quelque efpece d’animal, comme monftre Ariftote au 4. des Meteores. Parquoy pour ceft effed:,faut que la matière foit difpofee à pourriture , telle qu’il eft requis pour former vn tel animal qu’ils imaginent eftre le Dragonneau : que les caufes adiuuantes concurrent pour feruir d'ayde , 8c comme prefter la main à la caufe principale agilfante : & que le lieu foit propre à la produ&ion de tel effeét. Or nulle de toutes ces caufes ne fe peut remarquer propre pour faire que les Dragonneaux, dont eft queftion , foient animaux 8c viuans : car la caufe maté- rielle dont ils font engendrez, eft par le commun accord de tous ceux qui en ont parlé,vn humeur melancholique, terreftre 8c greffier, lequel tant de ces deux qualitez premières, fçauoir frigidité & ficcitc , que de fa qualité fécondé, fçauoir acidité 8c aigreur , eft iugé non feulement le plus inepte de tous les humeurs à pourriture, mais dauantage y refifte , d’autant que la pourriture fe fait de chaleur 8c humidité fuperflue. En outre, fi la caufe matérielle de ce mal eftoit vn’ humeur pourry, 8c par pourriture changé en quelque animal viuant, il faudroit que tel mal fuft accompa- gné de puanteur, qui eft vn accident &fymptome infeparable de pourriture ; ce qui eft manifefte par la puanteur des excremens de ceux, és corps 8c inteftins defquels s’engendrent des vers.Par- L'opinion de Soranus. L'opinion de Manardtts. L'opinion de Gorreus. L'opinion de Guidon. Première raifon centre l’opinien des anciens. Seconde rai- fin* Troipefme ratfin. Des Tumeurs en particulier. A qnoy il faudroit par mefme moyen , que ce qui exhale par infenfible tranfpiration des corps de ceux qui lont infeéfez des Dragonneaux, fuft puant, comme il adulent à ceux qui font vexez de phthifiafis, c’eft à dire , de maladie de pouls , accident toutcsfois qui en ce mal n’a efté remarqué par aucun de ceux qui ont parlé des Dragonneaux. Quant à la caufe efficiente, quelle chaleur pourroit eftre fi grande entre le cuir 3c la chair ; c’eft à dire, en la fuperficie de noftre corps, que par l’aétiuité en vne matière melancholiqne , 8c du tout inepte à receuoir telle impreffion , il s’y peut former vu animal h grand 3c enorme, que nous ont dépeint ceux, qui feignent noftre corps abonder en monftres , 3c n’ont eu honte d’alleurer des Dragons eftre contiez , 3c efclos d’iceluy? confideré que tel lieu, tant par le moyen des petites artères qui le ramifient par iceluy, que par le bénéfice d’infenfible tranfpiration, eft continuellement afpiré 3c euentillé de la frigidité de l’air qui nous enuironne. Or à ces deux premières caufes, matérielle &; efficiente défaillantes, ou pour le moins fort manques 3c debiles pour produire tel effedft , quelle caufe adiuuante peut donner fe- cours ? eft-ce l’humidité des viandes ? vrayement les corps qui fe nourriflént de viandes tiedes 3c humides, comme de laiét, formage,& fruiéts meurs, font fubjecls aux vers, 3c femblable vermine, comme nous voyons par expérience és petits enfans. Et au contraire, Auicenneau lieu cité, dit qu’entre les viandes qui engendrent les Dragonneaux, font celles principalement qui font chaudes 3c feiches , 8c que ce mal ne vient pas tant és corps humides 3c accouftumez aux bains 3c viandes humides , 3c qui vfent de vin par mefure. Voire-mais la nature de l’air du pais où eft fréquent ce B mal, ne donne-elle point quelque commodité à la génération de ces animaux ? encores moins : car à tel eflfeél: eft propre l’air nébuleux , couuert 3c humide, quel nous voyons eftre au commence- ment du Printemps,lors que les grenouilles, crapaux, 3c femblables petits animaux s’engendrent à foifon. Or au contraire, M.Jacques d’Alechamps(mefme de l’opinion de tous ceux qui en ont eferit) dit chap. 83. de fa Chirurgie, tel mal des Dragonneaux eftre fréquent aux Indes, Arabie,& autres telles régions chaudes 3c baillantes, où la terre de grande aridité ne produit que bien peu de verdure. Que fi encores tel lieu de noftre corps, fçauoir, celuy qui eft immédiatement défions le cuir , auoit en foy quelque commodité de produire ou nourrir tels animaux, vrayement on au- roit quelque prétexté de dire 8c maintenir les Dragonneaux eftre animaux viuans : mais fi tel lieu n’eft apte 3c capable, comme les inteftins, efquels pour la diuerfité de leur capacité s’engendre di- uerfité de vers : fi tel lieu n’eft afpiré d’vne chaleur étoufée,ny abruué des plus greffes immon- dices de tout le corps, comme font les inteftins, ainls feulement des plus fubtiles& tenues, qui le plus aifément fe digèrent par infenfible tranfpiration, quelle caufe vallable ponrroicnt-ils alléguer d’vn effied fi admirable 3c monftrijeux ? mais nous aurions peu aduancé par nos raifons, fi enfem- blc ne confiderions à refpondre à certaines obiedions que l’on nous pourroit faire. Car en pre- mier lieu (diront-ils) pourquoy les anciens eulfent-ils’exprimé ce mal du nom d’vnechofe animée, fçauoir, des Dragonneaux? Pource qu’en la Medecine. les noms fouuent font impofez aux mala- C dies, plus par fimilitude que par propriété. Pour tout exemple, nous produirons trois maladies, l’vne appellée Cancer , l’autre Polyppts, 3c la troifiefme Elephas, lefquelles font dites, non qu’en nous par icelle s’engendre vn vray chancre, ou polype, ou clephant animé 3c viuant, mais pource que Pvn de fon eftenduë reprefente les branches d’vn chancre , l’autre de fa fubftance reprefente la corpulence 3c fubftance d’vn polype;Scie troifiefme d’autant que ceux qui font ladres, font en quelque endroit du corps d’vne croufte femblable à la peau d’vn Eléphant. Ainfi le mal dont eft queftion , a mérité le nom de Dragon, parce qu’en toute fa configuration, couleur , longueur 3c rondeur , il nous repreiente la figure 3c image d’vn Dragon. Mais , diront-ils, pourquoy le mou- uement de telle matière eft-il apparent, fi elle eft inanimée ? A cela nous pouvions relpondre ,que l’humeur caufant ce mal eft fubtil 3c boiiïllant,quieft caufe de faire tel monnement ; 3c qu’il vient 3c découlé à la partie malade aucc impetuofité, comme fluéhiant. Or , difent-ils, tonresfois fi le Dragon vient à fuppurer , on le void fortir hors de fa café. Nous refpondons qu’ils font grande- ment deceus ; d’autant que lors que la fuppuration eft faite,qnelqucsfois il demeure quelque corps nerueux , dénué , fai faut de fon corps mouuement prefque conuulfif en fimilitude d’vn vray Dra- gonneau. D’abondant pourront dire,que la douleur ne peut aduenir linon aux chofes qui ont lentement, 3c par conlequent vie : doneques quand l’on tire ce Dragonneau , il fait extrême dou- leur , 3c principalement fi à force de le tirer on le rompt. Nous relpondons que telle confequen- ce eft mal fondée : car telle douleur n’aduient linon lors que le Chirurgien mal aduifé tire le nerf D îmbh de tel humeur en guife de vray Dragonneau : dont faire ne fe peut qu’il ne face douleur, bri- fant la partie qui en nous caufe 3c apporte tout fentiment.Pour donc en bref arrefter quelque cho- ie de la nature, eifcnce & génération des Dragonneaux , i’ofe bien dire, fauf meilleur iugement, n’eftre autre chofe qu’vnc tumeur, 3c apofteme faite par vne ébullition de fang qui fe fait en la malle fanguinaire , lequel par la vertu expultrice eft enuoyé aux parties extérieures par les veines, 8c principalement aux bras, cuilfes, 3c iambes, faifant vne tumeur ronde 3c longue , fouuent de- puis la jointure de l’efpaule iufques au carpe , ou depuis l’aine iniques à l’vne des malléoles , ac- compagnée d’vne tres-grande douleur tenfiuc, pungitiue 3c bruftante , enfemble grande durete, cftant toufiours accompagnée de fièvre. Dauantage , quelqucsfois ladite tumeur eft de figure droi- te , autrefois anfraétueufe comme vne varice ; à raifon dequoy quclques-vns atteints de celle ma- ladie , fe difent eftre malades du Dragon. V oyla en bref ce que i’en ay peu comprendre , félon ce- lte région. Quant à la curation , elle n’eft point diftemblable à la fluxion phlegmoneule , diuerli- fiant les medicamens félonies quatre temps, ordonnant le régime, faignée 3c purgations , com- me nous auons dit au chapitre du Phlegmon. Il y a vne autre maladie appellée Cridons, qui pro- uient aux petits enfans , qui les vexent 3c tourmentent, ainli que s’ils auoient des efpines au dos en fe tournant ça 3c là , 3c font petits poils gros 8c allez cfpais de longueur d’vne petite efpingle. Qjmtrîefms raifort. Cincjuiefmt ra if on. Sixîefms rat- fon. Rejponfe à lit première ob- jeStion, Rejponfe à lit fécondé. Rejponfe à l* troifiejme. ReOponfe à lit cpuatrieftne. Opinion Je l'Amheur. Les Dragon- neaux ne font iamaü fans fièvre. Le 8. Liure, des Tumeurs en partie. Ils fc curent auec l’eau plus chaude que tiede, puis frottez de miel incorporé auec farine de four- ment : cela fait, on les void fortir hors du cuir, puis on les tireauecque petites pincettes. le croy que celle maladie n’a efté cogneuë aux anciens, au moins que i’aye peu encore defcouurir. Fin du HuiEîiefme Liure des Tumeurs contre Nature en particulier. TABLE DES CHAPITRES du Neufiefmt Liure , des Playes recentes & fànglantes, en général ■ V'EST-CE que Playe 5 quelles font les différences ePjeces ficelle y ifl d! ou elles font prifes. , Chapitre j Des caufs des Playes. Chap. ij Les fîgnes iugemens des Play es, Chap. iij Du prognofiic des playes, Chap. iv De la curation des playes en général, Chap. V Des Sutures, Chap. vj Du flux de ftng qui juraient aux playes, Chap. vij De la douleur qui juraient aux playes, Chap. viij Du Spa fme y ou comulfion, Chap. ix De la cure de Spafme, Chap. x (jure du Spafme par confentement douleur, Chap. xj De la Paralyfle, Chap. xij Cure de la paralyfle, Chap. xiij De jyncope. Chap. xiv Du déliré O* aliénation d’efjrit, Chap. xv LE NEVFIESME LIVRE, TRAICTANT DES PLAYES Recentes 6C Sanglantes en général. PAR AMBROISE PARE' DE LA VAL AV MAINE, Confeillerôc premier Chirurgien du Roy. gtSefl-ce que playes, quelles font les ejfeces & différences d'tcelles, & d'ou elles font prifes. Chapitre Premier. L a ye eft foliation de continuité recente, fanguinoIentc,& fans putrefa&ion,com- plette ou purulente,faite principalement es parties molles. Icelle eft dite des Latins, V'ulnns , qui eft à dite , ouuerture dilatée d’vn corps, faite par quelque coup, cheu- Jsà “ÉiOlp. te, ou morfure. Quelquesfois auflî eft appellée playe, quclquesfois vlcere re- cent, ou Simplement vlcere. Or folution de continuité aduient en toutes les parties du corps : auflî a-elle diuers noms & appellations , félon les Grecs, comme en la chair helcos : en l’os catagma: au nerf fia/rna : au ligament thlafma: aux vaifléaux apojpafina : aux mufcles rhegma. Et s’il forment folution de continuité par laperdon des orifices des vaifleaux, elle eft appellée anaHornojis : fi par tranfcolation , diapedejïs ; fi par erofion , anabrofis. Et pour plus facile intelli- gence , il m’a ferablé bon de te réduire ces différences en cefte prefente Table. Définition dt playe. Gai. lia. 3, Met h. ch.10. Diuers noms des anciens h fi- lutte de con- tinuité. Table des différences des playe s. ’GlanduIes, |Chair, (Graiffc, Moüelle. 'Molles. Dures. i Médiocres. 1 'Similaires, qui font ‘Os, Cartilages. De la nature des parties où le mal eft, les font ou Membranes, jLigamens, )Vaifieaux, Fibres. Nerfs, Veines, Artères. '"Principales. < Miniftrantes aux princi- pales. Non mini- ftrantes aux principales,* .comme Cerueau, Coeur, Foye. "Aucuns adiouftent la matrice & les te- ‘Trachée artere, Poulmons, (Efophaguc, Veflic, Eftomach, •Boyaux. Organiques,' qui font Les diffé- rences des playes font"* prifes 'Oreilles, Nez, Pieds, k. Mains. Simple, ou Cdhrpofée, ‘Quand n’y a aucune'caufe , fymptome,nc maladie , c’eft à dire, n’ayant aucune difpofltion compliquée. De leur ef- fencc, ou r En laquelle y a complication d’autres difpofitions , fans la remotion def- L quelles ne peut cftre obtenue guarifon, qui eft vn ion. Longue, Large, Profonde. Grande, Moyenne, Petite , De la quan-, tité. ‘ Courte, I Eftroitc, . Superficielle. Droite , )Oblique, ) Angulaire, Ronde. De la figure. Le neufiefme Liure, Des caufes des playes. C H a p. IL E s caufcs des playes, entant qu’elles font récentes & cncores fanglantes, font efti- m^es efi:re toutes celles qui peuuent aduenir extrinfequemenr, c’eft à dire, par cho- y? fes externes , lefquelles font animées , ou non animées. Les animées, font comme morfures, ou picqueures de belles , tant veneneufes, que non veneneufes. Les non TZ2M' animées, font comme vn coup d’efpée, de ballon, de piftolet,de pierre, dedague,& autres chofes femblables : & félon les chofes dont elles font faides , prennent diuers noms, com- me celles qui font faites par chofes poindue's, aiguës , &c poignantes, font dites picqueures : &c celles qui font caufées par chofes trenchantes, font nommées incifions , ou playes incifées : ôc cel- les faites de chofes lourdes, pefantes , obtufes , ou moulîes, font dites conciliions , ou playes con- tufes & meurtries. Diuifon des chofes exter- nes. Picqueures. Incifiens. Contufîons. Les fignes à* luge mens des playes. C H a p. III. Sentence, E s lignes des playes font cogneus par le fens de la veuc , en la confideration defquels «11 le Chirurgien auanc toutes choies , doit cognoiftre quelles playes font curables , & quelles incurables, & guariffent facilement ou difficilement. Car premièrement vn fage Chirurgien ne promettra iamais guarifon à celuy qui ne peut çfchapper , ou qui eft en péril, afin qu’il ne face foupçonner qu’il aye tué le malade, lequel fera mort par la grandeur de la playe;&Iors qu il y a grand danger, fans toutesfois que le mal foit defefperé du tout, il doit aduertir les amis & parens du malade , que la playe eft fufpede &c tres-difficile à guarir ,afin que fi la maladie eft plus forte que la fcience & moyen que l’on y fçauroit mettre, on n’eftime qu’il foit ignare , ou qu’il les aye abufez. Mais comme telle chofe eft l’office d’vn bon & prudent Chi- rurgien ; ainfi c’eft l’ade d’vn charlatan faire grand vn mal qui eft petit, afin qu’on eftime de luy plus qu’il n’a exécuté : & eft raifonnable que le Chirurgien en confeftant la curation eftre facile, oblige Ton honneur & fa réputation, afin que plus curieufement il recherche & regarde tout ce qui concerne la famé du patient, & que le mal, qui de foy-mefme eft petit, par la négligence de celuy qui le traître, ne fe face plus grand. Donc le Chirurgien doit fçauoir quelles playes font grandes pour les accidegs qu’elles amènent, ce qu’il cognoiftra, comme dit Galien , par ces trois poinds. Le premier pour l’excellence de la partie affligée, comme cerneau , cœur , grands vaillcaux, jacoit qu’elle foit peu offenfée. Le fécond à c'aufe de la grandeur ou quantité de la maladie ; comme font les playes fpatieufes , auec grande incifion , larges &c fort profondes , fans qu’il y aye quelque par- tie noble offenfée. Le troifiefme pour la malignité , comme font celles qui aduiennent és jointu- res , lefquelles font fouuent accompagnées dccacoëthieou malignité. C Galien 4. Met. chap.6. Gai. au lieu fus allégué. Du prognofiic des playes. Chap. 1111. SE s playes font fort dangereufes , quand il y a quelque grand nerf, veine ou artere bleffèz ,pour la conuulfion 6c flux de fang, tant veinai, qu’arterial qui s’enfuit, lequel l’abbat, 6c épuife la vertu du malade. Semblablement font tres- mauuaifes aux aifîèl- les jcuifîès , jointures , 8c entre les doigts : dauantage fi le tefl ou extrémité du mufcle efl attaint : les moins dangereufes font aux parties charneufes.Pareillement les playes faites à la vcfîie, cerueau , cœur , foye, poulinons, eflomach , inteflins greffes , font mortelles : 6c fi quel- que os, cartilage , nerf, portion de la ioüe ou du prépuce efl coupé, ne peut s’augmenter, réunir, ny agglutiner. Auffi les playes qui font contufes , font plus difficiles à curer que celles qui n’ont qu’vue fimple folution de continuité,à caufe que deuant i’vnion faut mener la playe à fuppuration 6c deterfion , chofes qui ne fe peuuent faire qu’en long-temps : celles qui font rondes ,font pires que toutes les autres en qualité 6c condition de figure : à raifon que l’vnion ne fe fait que par le moyen d’vn angle, c’efl à dire, rencontre de deux lignes : ce qui n’a lieu és playes rondes , de tant que la figure ronde n’efl faite que cPvne ligne oblique. Dauantage les playes font eflimées les plus grandes 6c dangereufes,defquellcs les extremitez font plus eflongées les vues des autres, ce qui fe fait és playes rondes : au contraire celles de ligne droite, 6c faites félon les fibres, reçoiuent plus facilement guarifon. Semblablement fi vn corps ieunc efl navré, fera pluflofl guary qu’vn vieil- lard , pource que nature efl plus forte 6c vigoureufe au ieune : 6c que le fang efl plus gras 6c gluant pour faire prompte vnion 6c régénération de chair, au contraire plus fcc, 6c terreflre, 6c moins abondant és hommes aagez : auffi les playes faites au Printemps ne font fi fafcheufes, que celles q font; en Hyuer ou Eflé ; car l’exceffiue froideur 6c chaleur eflcontraire à icelles. Si la connut- •* . J on lunfient a vne playe, c’efl vn mauuais prefage ; car c’efl figne que les parties nerueufes font offenfées, 6c que le cerueau, qui en efl la fource,endure 6c fouffre. Si aux grandes playes il furuiçnt tumeur , c’efl bon figne, pource que nature tafchc à fecourir la partie offenfée, 6c monflre qu’el- je (ju tQut aë>bat;Ue\ Les v) 3, ir t i c s organiques eflans du tout coupées, iamais ne fe peuuent reii- • u 1 -/il «r1/! r . , . „ r nir > d autant que la partie citant hors, 6c feparee du corps, ne peut receuoir la vie 6c mouueraent d’iccluy , fans lefquels elle ne peut aucunement viure. Les nerfs , veines 6c arteres , fe reprennent quelquesfois, enfemble les os, non toutesfois proprement, c’efl à dire, félon la première intention. ains félon la fécondé. Or la première intention efl, quand les parties diuifées fe réunifient enfern- ble # comme elles efloient auparauant fans moyen de fubflance d’autre genre ou efpece, ains par l’ayde du nourrifîèment, fçauoir efl par tranfmutation de l’aliment du tout femblable, 6c mefme Utpp, aph. 18 liu. 6. Hipp. aph. ip. Uu. 6. lugemet pris pour la figu- re* hipp. hure dû S *T)IC BYS S Hip. conuiilf. ex vulnere léthal. Htpp.apho. 66. hure ç, Gai. Uu de arteparua, Première in- tention. Des Playes en général. 247 que l’autre, comme il aduient aux parties charneufes. La fécondé intention eft , quand les cho- ies dimfées font vnies par le moyen de quelque autre fubftance que nature machine femblable à icelle, mais non raelme : Sc par tel moyen font réunies les parties fpermatiques , comme ce qui vnit les os enfemble, eft appellé Callm ou Vorm : laquelle callofité fe fait d’vn humeur vn peu plus gros, que n’eft celuy duquel l’os a efté fait ‘.lequel humeur eftant là paruenu, s’efleue Sc ioint enfemble les os, qui ne pourroient iamais autrement fe réunir enfemble, pourcc qu’ils font trop durs. Toutesfois ceux des petits enfans fe réunifient plus facilement, Sc auec moins d’addition: ce qui aduient pour leur molleflè Sc delicatellè. Or ie veux bien aduertir le ieune Chirurgien, que fouuent les playes qui font petites Sc non mortelles d’cllcs-raefmes, mènent quelquesfois le mala- de à la mort : ce qui aduient pour le vice des chofes externes ,6c non pour la faute du Chirurgien. Ce qui eft eferit par Hippocrates, difant qu’il n’eft feulement necelfaire que le Médecin ou Chi- rurgien face fon deuoir , mais aufli y eft requis l’ayde des chofes externes. Seconde in- tention- Hipp. Hua. a I* De la curation des flayts en général. Chap. V. E Ch rurgien pour la curation des playes fe doit propofer vue commune indication, |)i qui eft vnion des parties diuifées, laquelle eft notoire, mefmes aux idiots. Car ce qui 1| eft leparé, monftre facilement qu’il doit dire rejoint, d’autant qu’vnion eft contraire h à diuilîon ; mais par quel moyen, Sc comment ladite vnion doit dire faite, n’eft co- gneu de chacun. Or celle première Sc générale indication eft parfaite par nature, comme le prin- cipal agent, Sc par le Chirurgien , comme Miniftre de nature : & fi nature n’eft forte , le Chirur- gien ne pourra venir à fa fin prétendue.Or quand il exerce Ton opération,fe propoferacinq poindls principaux. Le premier eft , ofter les choies eftranges, comme bois, fer , os : car autrement la playe ne fe pourroit iamais reprendre, ains recidiueroit. Le fécond eft approcher les labiés en- lemble, d’autant que fi elles n’dloient jointes, ne pourroient fe conglutiner Sc réunir. Le troi- fiefmedl conferuer les labiés rejointes. Le quatriefme eft garder la température de la partie : car tant qu’elle feroit intemperée, iamais ne fe feroit vnion. Le cinquidme eft la correélion des acci- dens , lefquels peruertifient fouuentcsfois l’ordre de curation. Or par les chofes eftranges nous n’entendons feulement ce qui fera venu extérieurement, comme fléchés , dards, balles , bourre,& autres , defqnelles nous parlerons cy-apres, mais aufli tout ce qui dependroit du corps, Sc deman- deroit dire ofté, comme fang caillé,chair dilacerée : fragmensou cfqnilles d’os ; lefquelles choies empefehent l’aélion de nature. Aduertiflèment au ieune Chirurgien : c’dl qu’il n’vfe point de tentes , comme aucuns font ordinairement, fi ce n’eft qu’il y euft dedans la playe quelques corps eftranges,comme efquilles ou autres chofes.Car vfant de tentes on fait douleur,& font eftranges à nature, qui caufe fluxion Sc apofteme : Sc le Chirurgien ignorant ne penfc pas que ces tentes en q foient caufe , Sc n’ofe les ofter, eftimantque celle boue qui fort de la playe , pourroit dire arrdlée, . laquelle cftant arreftcc & retenue en la playe , rongeroit Sc caueroit. Au contraire , c’eft la tente qui entretient la playe à jetter beaucoup de fanie & boue, Sc lors qu’on ofte les tentes , on void que toll après la playe ne jette plus, Sc fe confolidc. Cecy eft bien confirmé par Galien au 4. de la Meth. qui dit que tout vlcere ( il prend icy vlcere pour playe ) fimple ou auec cauité , demande qu’il n’y ait rien entre les labiés , qui puille empefeher vnion : tellement que s’il aduient qu’il y ait araignée, poil , huile, Sc autres chofes eftranges, elles empefehent l’agglutination. Dieu fçait l’honneur & le profit que i’ay reçeu pour n’auoir toufiours vfé de tentes. Partant icelles doiuent dire oftées le pluftoft qu’il fera poffible., Sc principalement fi elles compriment ou picquent quel- que nerf ou tendon, dont s’enfuit grande douleur ou apofteme à quelque partie principale, ou fer- mante à icelle. Toutesfois ne faut dire fi curieux, que fi par l’extraélion d'icenx s’en peut enfuiure grande douleur, ou flux de fang, ne foit expédient pluftoft attendre que nature le chaflè petit à pe- tit , comme luy eftant contraire, ce qu’elle fait fouucnt auec la boue : Sc où l’attente ou delay,feroit dommageable, faut que le Chirurgien opéré promptement, feulement Sc auec peu de douleur, s’il luy eftoit poffible. Car és playes indiferettement maniées, furuient toutesfois flux de fang,fynco- pe, conuulfion, Sc autres mauuais accidens qui mettent le malade en plus grand danger que la pro- pre playe. Telles chofes eftranges font oftées auec les doigts ou inftrumcns propres à cela :quel- D quesfois facilement, autresfois auec difficulté, félon que la chofe eft fafcheufe à trouuer Sc tirer: ce qui aduient ou pour ladiuerfité Sc figure d’icelles chofes eftranges, ou pour la nature de la partie qui eft molle, dure, ôc laquelle icelles font moins ou plus fort attachées,& pour la crain- te qu’on a de faire ruption de quelque vaiffeau. Or le moyen d’accomplir celle première intention, enfemble les portraits des inftrumens à ce neceflaires, te feront déclarez amplement au traiélé des coups d’harquebufes, fléchés & dards. La féconde Sc troifiefmc intention s’obtiendra par mefmes moyens , qui font deux , à fçauoir , par ligatures Sc futures. Toutesfois deuant qu’vfcr des liga- tures Sc futures , auras efgard s’il y a flux de fang , lequel s’il eft trop grand , fera arrefté , & s’il n’a affez flué , on le laiftèra couler, fi ce n’eft; en la capacité des ventres, afin que la partie foie defehargée & moins vexée d’inflammation. Donc on approche & couure les léuresdes playes par future ou ligature , ce qui ne conuient pas à toutes playes, mais félon la diuerfité des parties Sc fi- gures faut vfer de l’vne ou de l’autre, ou quelquesfois de toutes les deux enfemble. Car la fimple Sc petite folution de continuités befoind’vne fimple ligature appelléc incarnatiue,principalement fi elle eft au bras Sc iambes : celle folution de continuité, qui eft autrauers des mufcles, abefoin de future Sc de ligature,afin d’approcher les labiés qui font par trop efloignées , parce que chacune par- tie fe retire vers fon commencement Sc fin. Lors qu’il y a quelque portion de chair incifee,laquelle pour la grande folution de continuité tombe en bas,a befoin de future,comme aufli toutes les parties Gai liu,j. Met. chap.l. Cinq inten- tions pour la curation des play es. Cal. Meth. Sentence do- rée. Gai. 3 .Meth' Htpp. lit*, des •vlceres. ' 248 Le neufiefme Liure, Trois manié- rés de ligatu* res. Première dite glutinaüue. auxquelles les ligatures ne peuuent eftre bien accommodées, comme aux oreilles, nez , crâne,pau- A pierc , léurcs, gorge, ôc ventre. Tous les anciens ont fait trois maniérés de ligatures. La première eft dite glutinadue ou incarnatiue , la fécondé expulfiue , la tierce retentrice. La glutinatiue ou incarnatiue appartient aux playes recentes Amples, & eft faite auec deux chefs, en commençant à l'oppofitedela playe, conduifant Ôc croifantcn ramenant lesléures feparées l'vne cotrerautre,non trop ferrée, depeur d'induire inflammation &; douleur, ny trop lafche,craignant qu'elle ne profitait de rien , ôc telle ligature fe fait principalement és bras ôc iambes. La fécondé nommée expulfiue, appartient aux vlceres fameux & fiftnleux , pour cxpeller la fanic : ôc fe fait auec vne bande à vn feul chef, commençant à comprimer au fonds du finus , auquel lieu doit eftre plus eftroittemcnt ferrée , la continuant modérément iniques à l'orifice de l'vlcere, afin, comme i'ay dit, d'cxpcller lamadere au dehors. La troifiefme eft appellée retentrice, appropriée feulement aux parties qui ne peuuent eftre eftreintes , comme au col, ventre, ôc généralement en tontes parties où il y aura dou- leur , pource que la partie doulourcufe ne permet eftre ferrée. Son vtilité eft de faire tenir les me- dicamcns : ôc telle ligature ou bande fe fait quelquesfois auec vnchef, ou auec plufieurs. Toutes lefquelles bandes feront de linge non trop neuf, trop gros ne délié, feront grandes ôc larges félon les parties où elles feront appliquées , prenant indication de la quantité, figure, ôc fituation des membres : ce que nous demonftrerons plus amplement aux traiélez des fradurcs ôc diflocations. La quatricfme intention : qui eft contregarder la température de la partie, fe fera par bonne ma- niéré de viure , ôc remedes vniuerfels ôc topiques. Quant à fa maniéré de viure , fera tenue’ froide Ôc humide , iufques à ce qu'il lolt hors des accidens qui luy pourroient fnruenir. Donc il mange- ra bien peu , ôc principalement s'il eft plethoric, ôc s'abftiendra de manger chair falée ôc efpicée, g & n'vfera de vin , principalement s'il eft bilieux ou fanguin, ôc en lieu d'icciuy vfera d'eau d'orge, ptifane , boucher. Il fe tiendra en repos : car le repos ( comme dit Celfe ) eft le meilleur médica- ment. Il euitera la compagnie des femmes : auffi fuira contention , courroux , & les pallions de l'ame ; ôc lors qu'il fera hors des accidens , il vfera de viure plus copieux , ôc boira vn peu de vin en retournant petit à petit à fa couftume ôc maniéré de viure. Les remedes vniuerfels font la phlé- botomie ôc purgation, lefquels ont vertu d'empefeher la fluxion , dont la température de la partie feroit changée. Toutesfois ie ne loue les fortes purgations aux playes recentes , d'autant qu'elles font chaudes ôc aperitiues,&émcuuent lefang, ôc les humeurs, qui font caufe d'enfiamber la pla- ye ôc la faire apoftumer , ôc autres accidens. Quant à la phlébotomie, elle n'eft pas toufiours ne- ceftaire , comme aux petites playes , ôc aux corps qui ne font cacochymes ny replets , mais aux grandes, ôc où il y a danger de fluxion, ou que le corps eft replet, ôc aux playes des jointures,ten- dons, nerfs , &,où l'on craint douleur, refueric, ôc inquiétude. Les purgations doiuent eftre dou- ces ôc bénignes, d'autant que les fortes efmeuuent ôc cfchauffent, dont fepeut enfuiurequelquè fluxion ôc inflammation. Il pourra vfer d'vn bol de callc , ou d'vne infufion de rheurbarbe, ôc de ce auras recours au doéle ôc prudent Médecin. Les medicamcns topiques font dits Collettca , les- quels doiuent eftre dcficcatifs ôc aftringens , afin de contenir les labiés cnfemble , ôc prohiber la fluxion , ayant toutesfois efgard à la nature de la partie, &à la grandeur de la maladie. Les Amples font, thus , alocs farcocolla, bolus armc.terra figillata, fanguis draco. terebinthina vulgaris,Vene- ta, gummi elemmi, plantago, cauda equina , fymphytum maius, farina volatilis molendini, & plufieurs autres , lefquels nous dirons en noftre Antidotaire. Le cinquiefme poinél, eft la corre- ction des accidens , lefquels fouuentesfois donnent grandes fafcheries ôc beaucoup d'empefehe- mens au Chirurgien, eftant contraint de laiftèr la propre cure, pour fnruenir à iceux ; comme flux de fang , douleur , inflammation , fiéure, conuulfion, paralyfie , fyncope , refuerie, ôc fembla- bles, defquels dirons le plus fucdnélement que nous pourrons. Seconde dite expulfiue. La tierce li- gature dite retentrice. ffuatrlefme intention. Cornet, Celf. Remettes vaiuerfets. A quelles play es la ph lehntomie eft neceffaire. Cinqrtiefme intention. Des Sutures ou Couftures. C h a p. VI. R s °Lue es playes font faites au long des bras , cuiftes 8c iambes , on fepeut bien |(|\ palier de les coudre, à caufe que par ligatures & compreftes fe peuuent rejoindre: Ji' mais quand elles font au trauers, demandent eftre confiés , parce que la chair 8c au- )|Vj très parties eftans coupées, fe rerirent vers les parties faines , & y eft fait grande di- (lance. A cefte caufe pour rejoindre & tenir les léures delà playe,les conuient cou- dre. Et (î la playe eft profonde , faut prendre beaucoup de chair profondément : car fi on ne prend £) que la fuperficie, la playe fe rejoint feulement fuperficiellement, 8c au profond non, 8c la fanieeft retenue , 8c fe fait apoftemes 8c vlceres canes. Maintenant faut traiéter la maniéré de les faire. Or il y a cinq principales fortes de futures. La première eft faite en lai fiant la diftancc d'vn doigt en- tre les poincts : & eft propre aux playes recelâtes, faites aux parties charncufes qui nefe peuuent joindre auec ligatures : 8c quand il n'y a rien d'eftrange en la playe, icelle fe fait en cefte maniéré. Il faut auoir vne aiguille enfilée , vnie , ayant la pointe triangulaire , afin qu’elle entre plus faci- lement en la chair : 8c faut que l’extremité de fa tefte Toit caue, afin que fil fe cache : ainfi faifant, ladite aiguille paftéra plus librement. Pareillement faut auoir vne cannule feneftrée, fus laquelle fera appuyée vne partie de la léure de la playe , afin qu'elle ne tourne ne çà ne là en pafiant ladite aiguille, 8c qu'on puifté voir par la feneftre quand l'aiguille fera pafiee , pour la tirer auecques le filet, en appuyant la léure , depeur que lors qu'on tire le fil, elle ne le fuiue. Et ayant ainfi pafie les léures de la playe , foit fait vn nœud ,8c fera coupé le fil allez près d’iccluy, depeur que le refte du fil n'adhcre contre les emplaftres , qui en les oftanr pourvoient induire douleur. Et faut noter, qu'il faut faire le premier poincft au milieu de la playe, 8c le fécond au moyen efpace , en failant qu'il y aye entre chacun poinét diftance d'vn doigt ; ôc ne faut joindre du tout les léures l’vnc Boh documet pour le ieune Chirurgien, Cinq fortes des futures. 'Première fu- ture. Defcriptlon de l'aiguille. Des playes en général. A contre l’autre, afin que le pus fe puifte vuider, &: euiter inflammation & douleur. Car fi on joindfe les lèvres enfpmble au temps que le pus fe f\iit, furuient tumeur à la partie , laquelle diftend les lèvres, 8c eftàns diftenducs le fil les coupe. Semblablement ne faut prendre la chair fupcrficielle- ment, ny trop profondément : car fi on la prend fuperficielleraent, ne tiendra point : & fi on la prend trop profondément, induit douleur 8c inflammation , de rend la cicatrice laide. Yray eft, quand les playes font profondes au trauers des gros raafcîes, il faut faire la coufture profonde, c’eft à dire , prendre beaucoup de chair, afin que les poinéts ne fe rompent. Or quelquesfois les playes fe font en tel lieu, qu’il faut auoir canon 8c aiguille courbe : autrement te ferait impofïible faire ta future comme defirerois. Et parce ie t’ay bien voulu donner le pourtraiét de l’vne dç l’autre , afin de prendre ce qui te fera le plus commode. Cannules aiguilles propres à faire les futures. La fécondé future eft faiéle en maniéré que les Pelletiers coulent leurs peaux,& eft pro- pre aux playes des inteftins , craignant que les matières ne Torrent & tombent hors par la playe, La troifiefmç eft faite, en paltànt vne ou plufieurs ai- guilles enfilées au trauers des lèvres de la playe, puis rem-- plier & tourner le fil autour d’i celles, ainft que font les Ef- coliers,lors qifiîs veulent gar- der leur aiguille dans leurs bon- nets : 8c telle future eft appro- priée aux lèvres fendues , foie par nature ou par art, comme nous monftrerons cy-apres , t’en donnant le portraiét. La quatrief- meeft dite Gaftroraphic , qui eft appropriée feulement aux grandes playes des mufcles de l’Epiga- ftre, auec incifton du Peritoine,laquelle fera déclarée en(fon propre lieu. Lacinquiefme eft la future feiche,qui s’accommode feulement aux playes de la face,laquelle nous deferirons en fon propre lieu. Secmàti /&« turç. Trdipfmi future, Quatmfm® future. Cincjuhfmi fmm, Bu flux de fang qui furuient aux playes. ChAp, VIL SO v v e k t pour quelque vaiflëau, à fçauoir veine ou arcere, qui aura efté coupéou rompu , ôc dilaceré , furuient hemorrhagie aux playes , auquel eft bien necefiàire donner prompt fecours, attendu que le fang eft le threfor de la vie, fans lequel on ne peut viure. S'il vient de l'arterc , fe cognoift parce qu'il eft fubtil, & fort en fautant, à raifon de l'efprit vital contenu aux arteres : s'il fort de la veine,il neft fi fubtil, mais gros, noir, ôc ne fort en fautelanr. Or il y a plufieurs moyens d'arrefter ledit flux de fang. Le premier 5c le plus commun , eft d’approcher les léures de la playe , ôc appliquer ( fi elle n'cft profonde) medicamens,lefquels auront vertu de reft rein dre, glutiner, réfrigérer ôc defleicher. Comme terræ figill. bol.arm. an. fi. thur. maft. myrrh. alocs , an. 5 ij. far. volatilis dini 5 j. fiat puluis qui albumine oui excipiatur. thur. ôc aloës an. partes squales : exci- piantur cum albumine oui ôc pilis leporis : ÔC d'iceux medicaracns en feront chargez les tentes ôc plumaccaux , qui feront mis tant au dedans qu’au dehors de la playe : puis par déifias fera mis vne comprefle ôc ligature propre, ôc la partie fera tenue en bonne ôc deuë fituation,& principalement (ans douleur , s'il eft pofïîble. Et là où le fang ne pourroit eftre eflanché par ces rcmedes , alors on oftera la comprefle , ôc preifera-on du doigt fur l'orifice du vaiflëau , ôc y fera tenu iufques à ce qu’il foit fait vn thrombus,c'eft à dire,que le fang dedans ôc autour l'orifice du uaiflëau feit caillé, ôc par ainfi eft engardé de fbrtir. Or fi le fang ne laiflbit de fluër , alors faudroit defeoudre la X) playe ( fi on y auoit fait future ) ôc prendre le vaiflëau par deflus auec vne aiguille.vers fa racine, aucc bonne portion de chair, félon que la partie le pourra permettre , ôc le lier. Car par ce moyen i'ay arrcflé de grands flux de fang,mcfme aux amputations des membres,comme diray en fon lieu. Quelques fois fautdefcouurir le cuir par deflus ,puis le lier,comme fi la veine ou artere iugulaire auoient cité coupées : fi elle fe retire tant en fa partiefuperieure qu'inferieure ,il faut alors , pour la lier , efleuer le cuir à l'endroit du vaiflëau , & le couper fans toucher audit vaiflëau : puis cftanc defcouuert, il connient palier vne aiguille enfilée par défions,puis la lier ; ce que i’ay fait plufieurs fois. Et deuant que d’ofter le filet duquel ou aura lié les veines ou arteres, faut que la chair foit engendrée deflus, à fin de boucher leurs orifices, de peur que le fang defcoulaft derechef: parquoy ne fe faut trop toft auancer de tirer ledit filet, que premièrement la chair ne foit régénérée. Et là où le vaiflëau en quelque partie que ce fuft, ne pourroit eftre lié , faudroit venir aux mcdicamens cfchorotiqucs, faiiant croufte, comme poudre de vitriol calciné , poudre de mercure aucc autant d’alun calciné, ou cantere potentiel, lefquels font efeare : laquelle ne faut faire tomber , iufques . ce que nature l'aye fait choir d'elle-mefme, ôc que l'orifice du vaiflëau qui en eftoit bouche, foit çuauert de chair ou d’vn thrombus. Or quclquesfois pour cftancher le fâng ,1e Chirurgien eft Le fang ejf le threfov 4$ U Vfe, Msdtc&* mens* Autre mey*a d’ejiunchef le fan*. Juive Mfc* 250 Le neufiefme Liure, A°Ur fluide}™* contraint de couper du tout le vaifleau, pource qu’eftant coupé , chaque portion fe retire vers Ton A cofté,&Tc cache dedans la chair,cftant recouuert des parties circonjacentes qui font delfus,& lors auec peu d’ayde ledit flux cft eftanché. Mais deuant que le couper , fi on le peut lier, comme auons dit cy-defllis, fera encores plus feur. De la douleur qui fur ment aux fllayes. Chap. VIII. Caufes d'in- flammation. A douleur furuenant aux playes doiteftre diligemment appaifée,parce qu’il n’y a cho- vü Prohenie & abbatte plus les vertus du malade;& jaçoit que le corps foit de bon- M ne habitude & tempcrature,toutefois icelle douleur caufe toufiours fluxiomcar à toute partie affligée eft enuoyé plus d’humeur qu’il n’eft de befoin,d’autant que Nature tal- che touiiours à la fecourir:& pour la multitude d’humeur qui y abonde péchât en quantité ou qua- lité,ou tous les deux enfemblc,s’cxcite à icelle inflâmation. Or pour empefeher telle douleur & flu- xion,on appliquera autour de la partie des defenflfs & lenitifs, lefquels auront vertu de repercuter les humeurs qui flueroient à la partie myrtini & rofar. cera cum oleis,incorporentur orania fimul,& fiat medicamcntû vt artis cftfiequel fera appliqué au delfus & autour de la partie. diachalcit.§.iiij.olei rofat.& acet.an.|.fi.liquéfiant fimul,& fiat medicamentum ad eura quem præ- fcripfimus vfum.Et pour lenir «Se adoucir lapartie,vous pourrez faire embrocation d’huile rofat, yé auec linges chauds en fon lid, ôc repofera s’il eft polîlble, fans prouoquer la fueur. Et fi le ma- lade pouuoit porter la dclpenfe, on pourroic vfer d'vn bain de laid pur, ou du tout d’huile, ou bien également proportionnez cnfemblç. Cure de fi a fi me fait pqy repletitttî hîniwsni* Cave de fi a fi me fait pay inmithn* Cure du Jpafme far confentemcnt & douleur, Chat. XL SE fpafme qui vient par confentemcnt ôc douleur, eft curé par remedes contrarians à icelle : comme fi elle procédé d’vne picqueure, ou raorfurc d’vne belle veneneufe, il faut dilater l’ouuerture ôc tenir la playe ouucrte, ôc incifer la peau, afin que l'humidité & matière veneneufeaye plus libre ilfudlemblablementon y appliquera desmcdicamés de fubtile elîence,lcfquel s feront deficcatifs ôc liquides, ayans vertu d'attirer celle venenofité,com- me theriaquc,ou mithridatdiflbult en eau de vie, auccques vn peu de pouldre de mercure, lefqucls font alexipharmaques:aullî cornets , ventoufes &c feng-fucs. De mefrae és autres caufes de douleur, il faudra vfer de medicamens contrarians à icelle cauie:comme fi le fpafme eft fait par douleur pro- uenante de pundion,on d’vn nerf ou d’vn tendon, feront appliquez medicamens propres, comme huile de terebêthine,d’euphorbe,meflées auccques eau de vie,& autres femblables,proprcs à la pic- queure des nerfs , comme nous dirons çy-apres. Or quand }e fpafme (urinent par trop grand froid ( d’autant qu il eft ennemy du cerueau, de la moüclle fpinale ôc nert) le malade fera mis en lieu chaud, comme en eftuues, fc donnant de garde de s’expolèr incontinent au grand feu , ou en bain tiede:& luy feront appliquez les linimens chauds cy-deflus mentionnez,le long de l’eipine du dos, & à la partie malade. Et le Chirurgien doit auoir efgard , lors que le malade commence à venir en fpafme,qu’il luy face tenir vn ballon entre fes dents , afin que les mandibules & dents ne fe ferrent du toutrcar par ce moyen quelques-vns fe font couppez la langue, qui n’eftfens grand prciudicedii patient : 8c fi les dents eftoient fort ferrées, la bouche fera ouuerte par vn inftrument qui le dilate & ouurc par le bénéfice d’vne viz , tant ôc fi peu qu'on veut, dont tu as icy leportraid 4 VU qui eft ouuert, ôc d’vn autre fermé. Les picyueu* res $p mof- fnres des bÿe fies venentU* fes doiuept efin diUthu Le Neufiefme Liure, Figure d'vn diUtatoïre four omrïr la boucheries dents eBans ferrées, De la Paralyfie, Chap. XII. Définition de paralyfie. Araiysie ou reFolution eft vne relaxation ou mollification des nerfs auec priua- tion du Fentiment 5c mouuement, non de tout le corps, mais d’vn cofté dextre ou fe- sl loll* neftre,& telle eft dite proprement paralyfie : ou de quelque partie Feulemcment, & telle eft dite moins proprement paraplégie : car fi elle occupoit tout le corps, telle af- feétion ne Feroit dite paralyfie, mais apoplexie. Icelle occupe quelquesFois les parties inférieures", à Fçauoir depuis la ceinture iuFques au bas , autresfois la moitié du corps. Elle Furuient aufîi à la langue, œFophague, veffie, verge, yeux, bref à toutes les parties. Elle eft différente à conuul- fion : car en icelle il y a retraéHon du membre, & en paralyfie relaxation 5c reFolution : auffi le Fen- timent eft perdu, ce qui n’eft en Fpafine 5c conuulfion : toutesfois quelques vns ont vne douleur poignante à la partie, 5c leur Femble qu'ils bruflent quelquesFois. Les cauFes font internes ou ex- ternes : les internes font humeurs gros , cras, 5c vifqueux, qui Font obftrudion de l'vn des ventri- q ailes du cerueau, ou de la moiielle Fpinale : 5c par conFequent des nerfs, dont la faculté animale, qui fait le fentiment 5c mouuement, ne peut eftre enuoyée par iceux aux parties de noftre corps. Les caufes externes Font cheute, qui cauFe, quelque luxation Stcontorfion aux vertèbres, folution de continuité, comprefîion, conftriétion : leFquels accidens empefehent que l'eFprit animal ne puiF- Fe reluire 5c paftèr en la Fubftance des nerfs. Or Félon la partie offenfée, s'enfuit paralyfie ou refb- lution , ce qui Fe voit faeilemeut par l'anatomie. Car lors que la paralyfie eft vninerfelle, c'eft adi- ré qu’elle occupe le cofté dextre ou f&neftre, nous deuons eftre a fleurez que le vice vient du cer- ueau , 5c de la Fpinale medulle : 5c fi le çhef n’eft offenFé 5c que les parties inférieures Fouffrent pa- ralyfie, c'eft figne que l'cfpine eft mal difpofée : 5c fi les bras demeurent paralytiques , c'cft figne que la cinquicfmc, fixiefmc , FeptieFme vertebre du col, Font offenFées. Semblablement quand les parties inférieures Fouffrent reFolution, les vertébrés des Lumbes 5c os Sacrum Font offenFées : ce que le Chirurgien doit FoigneuFement confiderer , afin qu'il aye recours à l’origine du mal. Si la paralyfie vient à cauFe d'vne Folution de continuité du nerf, ou d'vne grande contufion, eft incura- ble ; d’autant que le chemin par lequel eftoit porté l'eFprit animal, eft coupé. Les vieilles gens ne font iamais giiaris, ou difficilement de telle maladie, à cauFe de leur débilité, eftans deftituez de chaleur naturelle, 5c parce qu'ils abondent en cxcremens Fuperflus. N'cft auffi curable la paralyfie inueterée, 5c qui de longue main s'eft mife en poffeffion de la partie, non plus que celle qui Fur- uient à l'apoplexie. Si la fiéure Furuient à la paralyfie, c'eft bon figne, d'autant qu'elle confom- D me 5c diffipe par Fa chaleur ccft humeur gros 5c vifqueux. Lors que la partie affligée de paralyfie demeure atrophiée, 5c que la partieoppofée Fe monftre mieux refaite en tumeur , chaleur 5c dou- leur , c'eft mauuais figne , d’autant que le nourriflement n'y reluit pas : ains au contraire, Fe trans- porte tout vers la partie Faine 5c oppofitc : 5c fi la couleur naturelle fe change, cela dcmonftre que l’eFprit vital n'eft iuffiFammcnt porté à icelle. Différence entre paraly- fie apo- plexie. Différence entre conuul- fion ¶- lyfie, Caufes inter- nes. Caufes ex- ternes. Signes des parties of- fenfées. P rogne flic. Cure de Pardyjie, Chap. XIII. Vvfage du Gaiac, eji bon aux pa- ralytiques. Ho v r la curation, il Faut que leschofes vniueiTelles précédent les particulières , qui confident au régime 5c purgation : ce que ie laide au docte 5c prudent Médecin. La décoction de Gaiac eft Fort neceffaire pour leur donner à boire, d'autant qu'elle pro- uoque la Tueur, Fubtilie l'humeur gros Ôc vifqueux,& deifeiche par meFme moyen les huuiiditez fupcrfluës qui Font mbibécs aux parties nerueuFes : 5c lors qu'il Tuera , eft tres-vrile d'appliquer autour de la partie paralyfée dès bricqucs rouges de Feu, puis efteintes en vne decoétîon d'herbes reFolutiues, cuittes en vin blanc,& vne portion de vinaigre : puis enueloppées en des linges,&: appliquées autour d’icelle:ou on vFera de bouteilles à demy remplies d'eau chaude* Des Playes en général. 253 A ou de vefîie de bœuf, ou de pourceau , à demy remplies de la fufdite dccodion, parce que telle chaleur aduelle robore & viuifie la chaleur naturelle,qui cft en telle maladie grandement languide. Semblablement faut mettre le malade en vne cime figurée au chapitre des eftuues , afin de receuoir tne telle euaporation. fol. faluiæ , lauan. laur. maior. abf. thymi , ang. rutæ, an. m. fi. flor. cam. mclil. anet. anth. an. p. ij. baccar.laur.&: iunip. conqua. an. 5. j. ij. aquæ fonta- næ 8c vini alb. an. tb. iiij. ponantur omnia in vafe fupradido ad vlum. Le malade fe tiendra dans ladite cuue,ayant efgard aux forces : puis ayant reçeu ladite eftuue fera mis dedans le lid bien cou- uert, 8c Tuera encores derechef, puis fera ellùyé , 8c repofera quelque temps , après fera frotté de cet vnguenr, lequel eft grandement approuué de Leonellus Fauentinus. 1JL. olei laurini 8c de te* reb. an. §. iij. olei nard. 8c petrolei an. ij. vini maluatici iij. aquæ vitæ ij. pyrethri, piper. iînapis , gr. iunip. gummi hederæ , anacard ladani puri an. f. j. fi. terantur & mifceantur omnia cum oleis ôc vino , bulliant in duplici vafe vfque ad vini confumptionem : fada forti expreffione, adde galbani, bdellij, euphorbij, myrrhæ , caftor. adipis vrfi , anatis , an. 5. ij. fiat vnguentum ad formam linimenti, addendo ceræ parum , fi opus fuerit. Autre remede loüé de plufieurs au- theurs. fS. myrrh. eled. alocs , fpicæ nardi, fanguin. dracohis , thur. opop. bdellij , carpobalf. ammonij, farcocol. croci , mall. gummi Arabici, ftyrac. liquid. ladani , caftor. an. ij. mofchi 5. j. aquæ vitæ. 5. j. terebint. Venetæ ad pondus omnium. Les chofes qui doiuent eftrc pulueri- lées le feront, 8c les gommes feront liquéfiez auec l’eau de vie, en vn peu de vinaigre : puis le tout fera mis en vaifiéaux propres pour les diftiller in balneo Mariæ ; &d’icelle liqueur feront frot- B tez route la nucque & partie malade. Autre remede par moy forment expérimenté. Of. rad angel. ireos Florent, gent. cyper. an. 5. j. calami aromatici, cinnamo. garyophyl. nue. molcat. macis an. 5. ij. faluiæ maior. vnæ artrit. lauand. rorif. iatureiæ, puleg. calamenr. mentaft. an. m. fi.flor. camomil. melil. hyperic. anth. ftechad. an p. j. le tout fera conquaflé 8c haché* puis infufé en vne pinte d’eau de vie , 8c autant de maluoyfie , 8c feront diftiilées in balneo Mariæ , comme auons dit cy-deffus. Et de ceftc diftillation on en frottera toute l’efpine 8c les parties paralytiques : dauanra- ge on en pourra bailler au matin vne cueillerée à boire au malade auec vn peu de fuccre, à caufè qu’elle a vertu d’efehauffer l’eftomach , 8c confommer leshumiditez contenues en iceluy, qui font caufe de telle maladie. Dauantage ne faut obmettre à faire exercer la partie malade, aufïi faire frkftions longues 8c afpres auec linges chauds , afin de reuoquer la chaleur naturelle , confommer l’humeur contenu aux parties nerneufes. On pourra pareillement vfer d’huiles defaulge, rofinarin, thym , lauande, doux de girofle , noix mugnettes, 8c gencralement de tons aromates , lefquelles feront tirées , comme nous dirons cy-apres, où mefines donnerons la figure dés vaifteaux , 8c le moyen de les diftiller. Pareillement ce Uniment eft fort propre aux paralyfies 8c nerfs retirez. olei hypericonistb. j. terebent. tb. fi. olei laurini iiij. olei de fpica j. fi. baccarum iuniperi puluerifati ib. fi. pul. euphorbij 5. fi. caryophyllorum 8c zingiberis , 8c nucis mofeatæ an. j. fi. flor. lauandulæ, faluiæ 8c rorifmarini an. m. ij. aquæ vitæ §. vj. piftehtur 8c macerentur in balneo Mariæ, poftea colentur : in colatura adde ceræ quantum fiifficiet , fiat linimentum , duquel en fera oind toute la nucque 8c partie affectée, 8c toute l’efpine. Semblablement la liqueur qui s’enfuit eft tres-finguliere par deifus cous remedes, à la paralyfie : lequel i’ay retiré de Mefué , 8c après luy de Guidon &Tagauc * qui eft tel qu’il s’enfuit. Sf. myrrhæ , alocs , ipicæ nardi , fanguinis draconis, olibani , opopanacis, opobalfami , bdellij , carpobalfami, ammoniaci , farcocollæ, croci, mafti- ches, gummi arabici. ftyracis,liquidæ, an. 5. ij. fi. ladani, fucci caftorci an. ij. fi. mufchi odo- rati 5. fi. terebenth. clariflîmæ iiij. quæ debent pulnerifari, puluerifentur, ôc vnà cum terebent. fiat miftio, ac in balneo Mariæ , in vafe vitreo lento ignefecundum artem , fiat diftillarioquæ fer- uetur fie j ne euanefeat infenfibiliter. le loüerois fort , fi en cefte diftillation on adjonftoit de l’huile de térébenthine 8c eau de vie bien rectifiée auec vn peu d’huile de fauîge extraiétepar eften- ce. Mefué des maladies du cœur, Guy de Cauliac au chapitre de la paralyfie, Tagant au chap. de la paralyfie, Andréas à Cruce des playes des nerfs, fur la fin, louent tons à merueille cefte di- ftillation, comme chofe diuine à la paralyfie * prouenant de caufe externe 8c interne. DeceBim pour mettre k la fufdiâe marmite. Nota qu'il faut qu'il y ait vn punit- ion fur ladite cuue. Leone 11 tu Fuuenttnw, Mefué, De VigO. Tagau t. Remede bien Aut heurs. D ’ Bu Syncope & défaillance du cœur. Chap. XIV. S Y n c o p e cil vne foudaine 8c forte défaillance des facultez & vertus, & principa- lement de la vitale , & demeure le malade fans aucun mouuemcnt : & pour celle caiife les anciens font appelle petite mort : la caufe de fyncope furuenant aux pla- yes , ell communément pour la grande hæmorrhagie ou flux de fang, aufquelsfont contenus les efprits, ou que le malade s’effroye par vne crainte de voir fon fang, ou pour quelque peur qui cfl caufe que les efprits fe retirent fubitement, & en grande abondance au cœur, qui ell caufe de cefler fon raouuement, dont s'enfuit cellation des autres facultez. Souucnt aulîî aduient pour quelque vapeur putredineufe & veneneufe , montant par les arteres iufques au cœur, 8c par les nerfs au cerneau. Donc nous colligeons toute fyncope aduenir pour trois raifons, premièrement par diflipation d’efprits , comme en excefïiue hæmorrhagie , par oppreflîon, ob- ftrudlion ou compreflion d’iceux , comme en crainte , 8c effroy , à raifon de la conculcation des efprits , qui à la foulîe delaillans tout le relie du corps, rebroulfant leur chemin 8c cours ordinai- re, ic jettent 8c rendent au cœur par corruption , comme es corps cacochymes, 8c playes empoi- lonnces. Les lignes de fyncope font quand le malade pallill qu’il luy vient vne petite fueur, cellation du mouuemcnt des arteres , ou toft après le malade tombe en terre, fans fentir & mou- noir aucunement, 8c dénient pareillement froid par tout, tellement qu’il rdfemble plus à vn "Définition. Caufes, Le neufiefme Liure, Signes defyn. CprognoJl'‘c Cnn. ' homme mort qu’à vn vif. Plufîeurs qui tombent en fyncope , s'ils ne font feconrus , meurent. A Or le moyen de les recourir douant qu'ils y tombent, c’eft qu'il leur Faut jetter de l’eau froide au vifage , fî la fyncope vient de diffipation , les mettre à la renuerfe à terre ou lus vn li<5t , & leur donner du pain trempé en vin : & où la fyncope viendroit à raifon de quelque vapeur veneneufa ou putredineufe , fera vtile leur donner vne cucillerée d’eau de vie,en laquelle on aura dilloult vn peu de theriaque ôc mithridat : ce que i’ay fait plufîeurs fois à ceux qui efloient peftiferez Sc affligez de gangrenés &c mortifications en quelque partie. Et s’ils ne peuuent reprendre leurs efprits, à raifon de l’oppreffion «Sc comprefflon dcfdits efprits au cœur ., leur feront faites & bail- lées toutes chofes qui efpanoüillènt ôc efpandent les efprits : parquoy on leur prefentera de bon vin à boire , on leur mettra au nez fleurs &c pommes de lenteurs, on les appellera près les oreilles hautement par leur nom , & on leur tirera le poil des temples ôc derrière le col ; on leur fera fen- tir eau de vie, en laquelle auront trempé doux de girofle, muguette & gingembre 3 on leur en. frottera les temples, & les creux des mains’, «Scies poignets à l’endroit des arteres. De déliré, & aliénation dejprit. C h a p. XV. Définition. Les caufes. Elire comme nous le prenons en ce lieu-cy pour vn fymptome général, qui fur- nient fouuent aux fièvres, caufécs de playes& inflammation, 8c perturbation des 1 Cens 8c entendement. Iceluy donc furuient fouuentesfois aux playes, par vnc vehe- mente douleur 8c fièvre , lors que les parties nerucufes ,, comme les jointures , ori-v ces feftomach , 8c principalement diaphragme, lequel les anciens ont appelle Vhrenes , font offenfez : pource qu'eftant blclïe , induit phrenefic, c’eft à dire aliénation 8c pertur- bation de la faculté animale, pour la communication qu'a iceluy-, par le bénéfice des nerfs de la fixiefmc coniugaifon, diftribuez auffi à l'orifice de l'eftomach. Déliré doneques adulent pour trop grande perte de fang , le cerneau en eftant affoibly pour la défaillance des efprits, dont vient que les mouuemens de l'ame font deprauez , ce qui eft manifefte à ceux aufquels on ampute quelque membre , dont s'enfuit grand flux de fang. Pareillement, déliré furuient pour vne picqueurc d'vne befte veneneufe , ou par lafemence 8c menftrue's retenus en la matrice, ou d’vne pourriture d'vn membre gangrené 8c fphacelé,à caufe des vapeurs putredineufes qui s'efleuent au cerueau, comme nous auons dit au chapitre du fpafmc. Auffi il adulent par vne fubite 8c grande apprehen- fion : ce qui eft manifefte à ceux qui ont euitè le péril de mort, ou pour n'auoir ioiiy de ce que l'on defiroit : toutes lefquclles chofes rendent la faculté animale perturbée : 8c d'en etc rire routes les caufts feroit chofc trop prolixe. Parquoy il fufïîra d'entendre en général que toutes chofes de quelque façon que ce foit, par intemperature, principalement chaude , par affluence d'humeur, principalement choleric, par diflipation , oppreflîon ou corruption d'efprits, affbibliffèntl’enten- C dement, peuuent caufer vn déliré. Or pour la curation , lors qu’il eft caufe par l'inflammation du cerueau 8c méningés, s’il eft befoin qu'il foit purgé 8c faigné, on appellera le do&e Médecin. Et pour les remedes topiques , on luy couppera le poil, aueccifeaux 8c non auec le rafoir, de peur de donner vne cuifeur au cuir qui auroit eftérafé, le plus près qu’il fera poflible, puis on luy applique- ra vn oxyrodinum , 8c par deffus vn emplaftre, de diachalciteos diflbut en huile rofat 8c vinaigre. * Auffi on luy prouoquera le dormir auec orges mondez , aufquels auront trempé noiiets de femen- ce de pauot : 8c vfera de potages, dedans leîquels auront cuit femences froides, laiéhies, pourpier, ozeille, 8c autres. Dauantage il fendra chofes froides , comme vinaigre rofat, eau rofe, auec fe— mences de pauot conquaffces : il aura près de luy compagnie qui luy fera agréable, afin de le di- uertir tant que faire fe pourra, de beaucoup d'opinions qui luy viennent en fantaific, Sic'cftdc ‘ vice d’efprits, on y remédiera à la façon expliquée au capitre de Syncope. Gai. comm, en l’aph, 9. du Hure 7, Lors qu’on appli que vi- naigre fur la tefie ne la faut rafer : car s'enfui- uroît vne ex. treme cuifon. Fin du neufiefme lime, des playes en général, TABLE DES CHAPITRES DV DIXIEME Liure 5 des playes en particulier. Es effeces différences des fiafitures du Crâne, Chapitre j I eS caufts té fîgnes' Chap. ij g r^>es fiê>nes finfaels. Chap. iij vxtæLm r£>e fcijfure 5 qui eft [a première effece defiaffiure. Chap. iv ‘De la contujîon > qui eft la féconde effece de fiaSîure. Chap. v Des embarrures ou enfonceures 5 qui eft la troifiefme effece de fiaSîure, Chap. vj De la quatriefme effece de ftaSîure qui eft incifion. Chap. vij De la cinquiefme effece de fiaSîure qui fe fait du cafte oppoftte du coup, Chap. viij De la commotion ou efhranlement, concuffton du cerneau, Chap. ix g Du prognoftic. Chap. x Dourquoy le ffafine njient à t oppoftte du coup. Chap. xj Sommaire des fîgnes mortels cy-deffus mentionnez. Chap. xij Les ftgnes & prefages de bonne guarifon. Chap. xiij Du régime <-uniuerfiel qu d faut ordonner aux play es çfi fiaSîure s du Crâne 5 & aux accident d'icelle, Chap. xiv De la cure particulière, ei premièrement des play es du cuir mu feule ux. Chap. xv Cure des accident qui aduiennent au Crâne. Chap. xvj Des accident qui aduiennent à la Dure-mere, Chap. xvij (~Pourquoy c eft que la Dure-mere noircit. Chap. x viij HPourquoy on trépané aux fiaSîure s du Crâne'. Chap. xix Defription des trépanés, Chap. xx Des lieux efquels on doit appliquer la trépané.' Chap. xxj c De taltération de l'os de la tefîe, Chap. xxij De la cure de la concuffton ou commotion (efr efhranlement du cerneau, Chap. xxiij Des Playes de la face, Chap. xxiv Des playes des yeux. Chap. xxv Des playes des iouës, Chap. xxvj Des playes du ne%, Chap. xx vij Des playes de la langue, Cha. xxviij Des playes des oreilles, Chap. xxitf Des playes du col & de la gorge. Chap. xxx Hiftoires mémorables, Chap. xxxj Des playes du thorax (djr de la poitrine, Chap.xxxij Cure des playes du thorax fjty de la poiSîrine, Cha. xxxiij De la fièvre heSîïque 5 eau fi ,fignes 3 cure. Cha. xxxiv Des playes du centre inférieur , dit Epigafîrù Chap.xxxV Cure det playes du inférieur. Cha. xxxvj Des playes des aines 3 serges & tefîicnles, Cha. xxx vij ; Des playes des cuiffes O* des iambes. Ch. xxxviij Des playes des nerfs, Cha. xxxix Cure des playes des nerfs. Chap. xl Hiftoire du Roy Charles neufiéme, Chap. xlj 'Des playes des ioïnSîures, Chap. xlij De la fituatïon des parties blejfies, Chap. xliij Des playes des ligament. Chap. xîiv Y x LE LE DIXIESME LIVRE, TRAICTANT DES PLAYES RECENTES ET SANGLANTES en particulier. AMBROISE PARE' DE LA VAL AV MAINE, Confeiller ÔC premier Chirurgien du Roy. Des ejpeces & différences des figures du Crâne Chapitre Premier. ■ Près auoir en bref traidé des playes en général, à fçauoir de leurs dif- férences , lignes, caufes, prognoftic & curation enfemble des accidens qui y pcuuent furueuir : relie maintenant à traitter de celles qui lont faides en chafque partie, d'autant quelles diuerlîfient grandement la curation ; Çc commencerons à celles de la telle, continuant par mefme méthode à tou- tes les autres parties. Donc pour entrer en matière, il faut fçauoir que la telle eft aucunesfois blelfée aucc petite contulîon fans playe , 6c quelques- fois auec incilion du cuir qui couure le Crâne feulement. Et aulli fouuent on trouue complication des deux,, à fçauoir, Playe, 6c Contulîon. Dauanta- ge, l'os eft aucunesfois fraduré fuperliciellcment, 6c quelquesfois iufques au Diploé, 6c fouuent en toutes les deux tables, aucc les membranes, comprenant aulïï la fubftance du cerucau. Aulft fouuentesfois aduient vne commotion, ou elbranlement au cerueau : auec ruption d'aucuns vaif- feaux du dedans, 6c autres accidens. Ce qui fera déclaré cy-apres par ordre, auec la curation de chacune difpolîtion, où principalement ie fuiuray le diuin Hip. lequel en fon liure des Playes de Telle, a fait cinq efpeces, 6c différences de fradure au Crâne. La première eft appellée Fente ou Scillure. La féconde , Contulîon. La troilîelme, Embarreurc, ou Enfonccure. La quatrielme, Incilion ou Marque, La dnquiefme, dite Contre-fente, qui fe fair quand l'os eft fraduré, fen- du , ou efclatté autre part qu’à l'endroit où a efté donné le coup. Et de ces cinq efpeces font enco- res plulîeurs différences : car aucunes font grandes, moyennes , petites , & tres-petites ; aucunes ionguesjlarges, courtes,aucunes fuperficielles : les autres iulques au Diploé,& quelquesfois paflènt toutes les deux tables. Les vues font de figure droide , oblique 6c ronde : les autres lîmples : les autres cotupofées entre elles , comme Contulîon auec filïure, 6c femblables, les vnes font compli- quées auec douleur, chaleur, tumeur, flux de ftmg, 6c autres accidens : quelques-vnes font auec vne ou plulîeurs efquilles d'os feparez, autres non : toutes lefquelles différences font diuerlîlîer la cure. Or pour foulager ta mémoire , ie t'ay bien voulu bailler ces deux Tables pour plus facile intelligence,. ' \ ' , | .J^f] Les effeces & différen- ces des fra- ctures dit Crâne. Hipp. au liu. de vul. cap. fait cinq effeces de fraclutes Autres dif- férences. Des playes en particulier. Tahle des fractures du Crâne. à laveücj au ta pour couper dauantage l’os. Et pour le dire en vn mot, quand l’os eft feulement fendu ou filfuré , le Chirurgien fe contentera de dilater 8c ouudr l’os,auec les fufdites Rugines, 8c non par trépanés, encor que la' fifture pénétré les deux ta- bles : 8c fi elle ne defeend que iufques à la dcuxiefme table , ne la faut ruginer que iufques là : mais fi l’os cft contus 8C cafte en plufîeurs pièces , faut les ofter auec inftrumens con- uenables : 8c s’il eft neceftàirc y appliquer la trépané,on le fera comme nous dirons tantoft. Pau. Ægï~ nota li, 6, De U Contufion, qui eji la fécondé efpece de Fratfure. C h A p. V. SA r contufion fe fait fouuentesfois vne ecchymofc j c’eft à dire, effufion de fang, (bus le cuir mufculeux, auec coagulation dudit fàng fans playe. Et fi la contufion eft grande, &c que le cuir Toit fèparé du Crâne, alors faut faire fcétion Sc ounerture, afin d’euacuer le fang,& Rappliquer nullement rcmedes fuppuratifs ( ce qui fe pourroit faire en vne autre partie chauneufe);de peur que fos ne s'alteraft & ouurit : car toutes choies humides font contraires 2Ux os. Ce qui fera clairement monftré cy-apres. On void fouuent venir telles contufions,prin- cipalement aux ieunes enfans, &c le cuir fe deprimer,& pour leur mollcfte & rarité le fang décou- ler entre le cuir & le crâne, & fon fent vne raolieftè & inondation à f endroit de ladite contufion; ce que ïay plufi.eurs fois ouucrt auec vne lancette, & par Pouuerture faifois fouuent fortir vn fang fcreux auec thrombus, qui eft fang coagulé & fort noir ; puis après auec comprefîion raodere'e, és remedes deficcatifs, promptement eftoient guaris. Pareillement par vne grande contufion le crâne Les cio [es humides font contrai* res aux os. p-’ul Æ ; liure 6. Des Playes en particulier. 261 A des petits enfans fe peut enfoncer au dedans , comme l'on void aux deliez vailfeaux d’airain , de plomb, deftain, ou femblables , quand on preflè du doigt delîiis, il fe fait vne folle ou cauité , 8c quelquesfois fe releuent de foy-mefrae : 8c telle chofe fe fait principalement aux innés enfans , lef- quels ont encores leurs os tendres , lanuleux 8c mois , & à ceux qui font de température mollafte, comme femmes, & pituiteux : 8c où ils ne fe releuent d'eux-mefmes par le bénéfice de nature, faut appliquer vne ventoufe auec grande flamme,afin de retirer l’os enfoncé en fon lieu naturel,s'il eft pollibie , 8c faire clorre le nez 8c la bouche au malade pour retenir fon haleine. Car par ce moyen le cerneau & les membranes aydent à la ventoufe de réduire l’os en fa place. Et fi par la ventoufe ne peut dire réduit, adonc faudra faire fedion au cuir, 8c appliquer vn Tirefons comme cetuy: «Sc tirer l'os en haut, ainfi que font les tonneliers quand ils veulent retirer vne douue du dedans au dehors. Et où tel cas aduiendroit à vn os folide &c efpais, 8c que par tels moyens ne peuft dire leue : adonc faut appliquer vne petite Trépané , 8c faire ouuerture au crâne, au milieu de l'os qui fera enfoncé, 8c par l’ouüerture l'on dleuera ledit os auec cdl Eleuatoire à trois pieds , lequel le tirera de la ligne droitte ; 8c a puilïànce telle qu'on la peut defirer pour dleuer les os enfoncez. Sa figure a dlé faite triangle, à fin qu'il peuft dire affis en toutes les parties de la telle : pource qu'elle eft de figure ronde : pareillement l’on pourra en fon extrémité inferer diuerfes poindes félon qu’il en fera befoin, ainfi qu'il t’eft monftré par ce portraiél* Tiré-fins, -Elemtotre trois fitds, tAutre Eleuatoire. A A Monftrcnt la pointe de l’Eleuatoire, laquelle doit eftre mouftè, à raifon qu’elle fe doit cou- ler doucement dedans la fraéture du crâne ioignant la Dure - mere , Icelle pointe Ct hauf- fe & baifte tant & Ci peu qu’il eft befoin. B Le corps de l’Elcuatoire lequel doit eftre quarté , à fin que la poinéte dudit Eleuatoire qui s’y inféré , ne varie & tourne : l’extrcmité d’iceluy corps doit eftre appuyee fur i os fain, à fin de tenir fermement. L’vfanc d’iceluy Eleuatoire eft tel, qu’il faut, eftant bien mis dedans la fradture, foufteuer la main Le Dixiefme Liure, en haut, à fin d’efleuer l’os rompu & embarré. , A C Monftrela première branche du fécond Eleuatoire, l’extremité duquel fe coule per dellbus Pos embarré & fraduré. D La fécondé branche laquelle doit s’appuyer fur l’os fain, afin de tenir coup pour eileuer le- dit os embarré. L’vfage d’iceluy eft tel, qu’il faut,eftant bien accommodé, prclfer le manche en bas, car par telle compreflion la première branche foufleue l’os fraduré. Ce qu’il faut faire en la fratfure & depreffien d'vu feul cojlé de l'os. Scies propres a couper les os de la telle. Et où il aduiendroit que l'os feroit rompu ôc dé- primé d'vn cofté feulement, fans que toute la pièce fuft enfoncée , il faut pour l'efleuer ôc donner ifiüe aux chofes cftranges, faire ouuerture auec feies fem- blables àcelles-cy : car par icelles on peut couper de l'os (fans comprimer ddfus) tant Ôc fi peu qu'on vou- dra , fans eftre en danger de comprimer l'os fra&uré fur les membranes, ôc par confequcnr fur le cerueau. Trépané exfoliaùue. Et fi l'os n'eftoit contus que iuf- ques à la fécondé table, ou moins : ôc qu’il n'y euft figne que lafra&u- re ne penetraft plus outre, il fuffi- ra de defcouurir l’os iufqucs à la fin de la contufion,de peur qu'il n'ac- quiere inflammatio, ou autre mau- uailè dilpofition : laquelle chofe Ce fera auec vne Trépané exfoliatiue, par laquelle le fera amputation de l'os, tant ôc fi peu que l’on voudra. Des embarrems, ou enfonceures, qui ejl pour la troijiéme ejpece defraffure* Chapire VI. R grands coups orbes, comme de bafton pelant, rond, ou quarré,en ruant ou frap- W P Pai cheutes d en-haut en bas à plomb ( comme nous auons dit) fouuent les rÜ rane ont ro^^ez> Rendus & enfoncez, plus ou moins,&en diuerfes maniérés, félon la vehemence du coup, & la diuerfité des inftrumcns qui bleftent, & la partie qui eft endommagée. Et par ainfi lelon la diuerfité defdites fradures, & defdits accidens qui en enfument, faut changer de remèdes inftrumcns. Or pofons le fait que l’os Toit enfoncé auec vnc ou plufieurs pièces d efquillcs feparees, lelquellcs le peuuent tirer & eileuer fans l’application de la Trépané : laquelle choie fc pourra faire auccque eleuatoires propres à ce faire, comme celles qui 13 et font icy portraides. Eleuatoires0 Caution en ejleuant les «/quilles» Or il faut bien fe don- ner garde en efleuant &c cirant Icfditcs efquilles, ou portions d'os , qu on ne bleiîe les membranes; car aucunes ont des afpe- ritez & pointes qui les peuuenc blefter en les ti-« tant, fi Ton n'y pred bien garde. Aulîî quelquesfois on ne les peut extraire Des Playes en particulier. A fans accroiftte l'ouuerture de la fradure : & en tel cas, où il y aurait efpace & lieu à mettre l'extte- mite de ces tenailles, facilement on pourra couper auec icelles tînt & (i peu de l'os que Ion voû- ta, pour donner mue aufdites efquilles feparees, fans appliquer ta Trépané : ce que i’ay fait plu- fcurs fois auec bonne iffuë. L'opération defdites tenailles eft plus briefue & plus feurc que par la 1 repane : ce que nous deuons toujours chercher. r Tenailles capitales incijlues 3 dites bec de Perroquet, cAutres Tenailles, Et d’abondant tu as encores icy diuerfes figures de petits cizeaux, auec le maillet de plomb ,pour applanir les afperitez des os, enfemble des pincettes, dont les figures font telles. Figures de dîners ciseaux & pincettes, auec maillet de plomb. Or il faut en cet endroit noter qu’on ne doit appli- quer Trepaneny Eleuatoire fur l'os entièrement fradu- ré,de peur qu’en prellant defTus,on ne blelTàft les mem- branes,mais feront appliquez fur l’os fain & entier, & le plus près de la fradure qu’on pourra, afin de n’ofter de l’os,& ne defcouurir le cçrueau que le moins qu’on pourra. Pareillement faut encores bien noter, que fi la fradure eftoit grande, c’efl à dire, longue, ne la faut du tout ofter : non plus que les longues fifïures ne doiuenc aufîi eftre fuiuies ( comme nous auons dit ) mais fuffira donner ifïue à la matière, & elleuer l’os s’il comprime les membranes, comme nous auons dit cy-deuant. Car nature réunit Ôc glutine le crâne par vn callus , comme elle fait aufïi es autres parties du corps. Ce qui a efté fait puis n’agueres à l’vn des feruiteurs de Monficur Grolo, lequel eut vn coup de pied de mulet a la tcftc, de forte que le crampon du fer luy fradura> & fit em- Une faut Ap- pliquer Tré- pané , ny elt- uatoire fur l’os entière- ment frafl** s re. Uijloirr, Le dixiefme Liure, 264 bamire à l'os Coronal. Et eflant mandé pour le panier , ayant cogneu l'os eftre enfoncé au de- A dans ; ie feis feélion triangulaire pour appliquer la-trepane. Et le lendemain le rrepanay pour efle- uer l'os fraéluré, 8c ayant fait l'ouuermre, voulus extraire l'os fraduré, 8c le voulant tirer hors, coo-ncus la grandeur d'icelle fradure ( parce que l'os branloit ) laquelle comprcnoit depuis le mi- lieu du front, iufques au petit Canthus, ou coin de l'œil. Adonc ceffant de tirer cer os, ie corn- mencay à l’efteuer en haut, de façon qu'il ne prellbit plus la dure - mere , 8c par l'ouuetture de laTrepane yftbient les matières, la dure- mere auoit tranfpiration , neantmoins feisprognoftique audit Grolo ( lequel efloit fort curieux de faire traitter Ton feruiteur ) qu'à grand peine,vcu la gran- deur de ladite fradure, pourroit-il refehapper : touresfois, grâces à Dieu , il cft guary, refté l'œil du coflé de la fradure qu'il a perdu. Partant ne faut ofter les grandes pièces d'os , h elles ne font ju tollt feparées de l'os non fraduré, pource qu'ils fe réuni lient par vn câlins, ainfi que les os des autres parties : ce qui cft attefté &c commandé par le diuin Hippocrates au liure des Playes de la te- lle , & par Celfe, comme nous auons dit cy-delfus. Et à celle fin 8c intention , Nature, entre les deux tables du Grane, appelle Diploé, a fait prouifion d'vn aliment fanguin pour préparer la fub- ftance perdtié : comme en-la cauité des autres os, vn aliment qui tient de la nature de moelle. line conuiet toufiours ti- rer L‘os du tout fracturé. De la quatriefine efie ce de Fracture , qui efl inctfion 5 appelles d'Hippocvates, Marque ou fiegs : autrementfigure delaifiée du hafion, duquel l’os aura efiéfiappe. Chapitre VIL Dîner fes ef- p”res d‘inci- fions. L y a femblablement plufieurs efpeces d’incifions faites au Crâne : aucunes fuper- ficielles, autres moyennes, pénétrantes iufques au Diploé , autres pénétrantes tou- tes les deux tables : aucunes font auec perdition de la fubftance d’os : aucunes font WÆL longues , autres courtes : aucunes larges, les autres cftroites : aucunes font fai des auec vn infiniment aigu , comme la poinde d’vne dague, poinçon, ou de halle- barde , ou autres femblables. Aucunes font compliquées auec contufion, Fi fibres , 8c Embarru- res, 8c autres accidens : 8c félon la diuerfiré de ces différences , il faut pareillement diuerfifier la cure. Et partant en aucunes d’icellcs feront appliquez Rugines , Trépané, 8c autres inftrumens, félon que la necefïïté le requerra , comme auons dit par cy-dcuant. Or il faut icy noter, que s’il aduient qu’il y ait grande playe après auoir coupé du tout l’os , 8c que portion du cuir mufculeux fuft demeurée fans cftre entièrement coupée : en tel cas ne faut paracheucr de couper ledit cuir, ny feparer l’os ( qui fera du tout coupé ) d’auec le Pericrane, mais réduire lefdits os 8c cuir enfem- ble en leur lieu. Ce que Celfe commande , 8c feis au Capitaine Hydron, lequel puis peu de temps fut bleffé en celle ville d’vn coup d’efpée au milieu de l’os Coronal. Et eftoit ledit os coupé du C tout iufques à la dure-merc , de grandeur 8c largeur de trois doigts ou enuiron, tellement qu’il fe renuerfoit fur le vifage , 8c ne tenoit plus qu’au Pericrane 8c cuir mufculeux, enuiron trois doigts: 8c promptement voyant icelle playe , fus quafi d’opinion de paracheucr du tout le couper : mais ie confîderay qu’Hippocrates 8c les autres bons praticiens ont toufiours prohibé de ne laiflèrle cerneau dekouuert, s’il eft pofifible : puis i’dfuyay le fang qui eftoit tombé furla dure-mere, la- quelle oryvoyoit fort mouuoir , à l’œil puis renuerfay la piece qui eftoit feparée, la pofànt en fon lieu : 8c pour la mieux tenir, feis trois points d’aiguille aux parties fupeneures, 8c mis des petites tentes aux codez de la playe, afin de donner ifiuc à la fanie. Et le tout fut fi bien adapté, que par la grâce de Dieu il en guarit, jaçoit qu’il euft encor plufieurs grands coups d’eipéc , tant au tra- uers d’vne cuifie , qu’au vifage , 8c vn autre au cofté droit près la mammclle , pafiànt le long des codes,, pénétrant outre de l’autre part en la partie bafie de l’Omoplate. Et pour conclurre, ne faut faire amputation de l’os ny cuir mufculeux qui couure le Crâne, 8c moins encorcs des os d'iceluy , finon le moins qu’il fera pofiiblc, de peur que le cerueau ne foit defcouuert. îlifoire du Capitaine Hydron. 1SIe faut laif fer le cerneau fy fes mem- branes d def- couuert. De la cinquiefime efpece de FraHure , qui fe fiait du collé oppofite du coup. Chap. VIII. La contre- fente fe peut faire. A fracture fe fait quclquesfois du cofté oppofite du coup : comme fi le coup eft en D J|| ÿÊÊi la partie dextrc, la fracture ou filfure fe fait au codé feneftre : qui eft vue chofe bien ® dangercufe, à caufe que rarement on peut cognoiftre le mal, 8c n’y a moyen ny artifice vray de le cognoiftre , comme dit Hippocrates , Hure De vulneribus capitisi parquoy en tel cas quand la mort s’enfuit le Chirurgien eft excitable. Ce que ie puis vrayement attcfter auoir veu aducnir , combien que Paul Ægineta s’en mocque, difant que nature a faillie Crâne depluficurs pièces, & commiftures qui le fcparcnr , afin que s’il aduenoit Fracture à vn cofté , qu’elle ne fuft communiquée à l’autre. Et ainfi conclud qu’icelle fraéturc ne peutcftrg faite au cofté oppofite du coup. Or ie dy, que telle chofe eft vraye en ceux qui ont leurs commif- fures faiétcs : mais en ceux qui n’en ont point, ou font imparfaites , il fe pourra faire qu’vn coftc eftant frappé , l’autre oppofite foit bielle. Ce qui eft aduenu plusieurs fois , 8c mcfmes puis n’a- gueres à l’vn des fcruiteurs de Monfieur du Mats , Contrerollcur des Poftes , lequel eut vn coup de pierre fur l’os Pariétal, partie dextre , auec petite playe , 8c grande contufion 8c tumeur. Et luy fut faite indfion pour aggrandir la playe , 8c faire vacuation du fang contenu en ladite tu- teur. Et fut traitté par défunt maiftre Thierry de Hery, duquel fuis afieucc qu’il n’oublia rien à Htflotte d'vn feruiteur de monfaur d« Mat s Thierry de Hery. Des Piayes en particulier. A faire fon deuoir , pource qu il auoit Dieu deuant les yeux , 8c qu’il eftoit bien exercé à la Chi- rurgie. Ec après l’incifion faite , cogneut à l’œil que l’os eftoit entier ; neantmoins auoit conje- cture grande que l’os pouuoit eftre fraéturé, pource qu’incontinent qu’il fut frappé, tomba en ter- re , 8c vomit : 8c eut autres accidcns, qui denotoient Fradure. Tant y a que le patient mourut le vingt 8c vniefme iour, dont ledit Thierry tn’enuoya quérir, par lapciTuafion dudit du Mats, pour fçauoir la caufe de fa mort. Et luy ayant fcié le crâne , trouuafmes à la partie oppofite du coup, l’os feifturé Sc fendu , grande quantité de fanie 8c apofteme en la Dure-mere, 8c mefraes en la lubftance du cerueau : 8c ne luy fut trouué aucune commifture , excepté les deux mendeufes. Et partant conclus aucc l'authorité d’Hippocrates, 8c par raifon 8c expérience , qu’il fe peut faire Fra- dure du cofté oppofite du coup , principalement à ceux qui n’auront commiffures , ou qu’elles foient fort jointes enfemble. D’autre cofté il n’eft pas aufti impoffible que la fiftîire fe face à l’op- poftte du coup affis au mefme os, 8c non en l’autre , en ceux qui ont le crâne bien conformé 8c di- ftingué par futures. Et telle eft l’intention d’Hippocrates en ce paftàge , parquoy ne doit eftre fui- uie l’opinion de Celfe en ce lieu , eftimant le coup affis en vn os , 8c la Fïffiue en vn autre : ny de Paulus Ægineta, rejettant la fentcnce d’Hippocrates, comme chofe impoffible. Et faut noter que i'oppofite du coup en mefme os fe peut entendre en deux maniérés. Premièrement, quand la fra- dure eft en la mefme fupcrficie de l’os frappé : comme ft la partie d’vn des os bregmatis , qui eft vers la future lambdoïde, eftant frappée, celle qui eft vers la future coronale, fe raonftre bleftée, B Secondement,quand non la fupcrficie qui a reçeu le coup eft bleifée, mais celle feulement qui eft au ddîbus , comme lors que la première table eft frappée fans eftre fradurée, & que la fecondceft rompue. Ce que i’ay veu aduenir à vn Gentilhomme de la Compagnie de Monfieur d’Eftampes, lequel fut bleue fur la breche du chafteau de Hedin, d’vn coup d’harquebufe qu’il receut fur l’os Pariétal, ayant vn habillement de tefte , lequel la balle enfonça fans eftre rompu, ny pareillement le cuir, ny le crâne extérieurement, 8c le fixiefme iour mourut apopledique. Donc aduint que pour l’enuie que i’auois de cognoiftre la caufe de fa mort, ie luy ouuris le crâne, auquel crouuay la féconde table rompue, auec efquilles d’os , qui cftoient inférez dans la fubftance du cerueau , en- core que la première table fuft entière. Ce que pareillement attefte auoir veu 8c monftré depuis à Meffieurs Chapelain , premier Médecin du Roy , 8c Caftellan premier de la Royne, en vn Gen- tilhomme qui fur bleffié àl’aftautdeRoiien. Or Hippocraces ne baille aucune manière de traitter icclle cinquiefmecfpece defradure , pource qu’on ne peut vrayement cognoiftre ie lieu blelfé, pourtant le plus fouuent font mortelles. Toutesfois fe faut efforcer à les cognoiftre, en appliquant deffiis ( ayant tout rafé le poil ) vue emplaftre qui ferafaide de poix liquide, 8c de poix noire,cire, auec térébenthine, 8c poudre d’iris 8c Maftich : & fi on void quelque endroit eftre plus humide 8c plus mol , 8c aucunement tuméfié & enflé, on pourra dire par cojedure qu’en tel endroit doit eftre la fradure fcilfurée. loint auffi que le patient met fouuent la main à l’endroit où eft la fradure:& £ voyant telles chofes auec autres lignes conjéducatifs par cy-dcuant eferits , pluftoft que laifler le patient mourir , ie confeillc de trépaner, vfant parauant de bon Prognoftiquc aux païens 8c amis du patient. Auffi appellant confeil, tant de Dodeurs, Médecins , que Chirurgiens , de peur qu’il ne fe trouue empefché, fi d’auenture le patient vient à mourir ; car ce fera chofe plus aifee à quatre de le porter en terre , qu’il ne feroit à vn fcul. Or retournons a noftre propos , concluans qu’en- tre les efpeces des fradures du Crâne , font quatre qui peuuent deceuoir le Chirurgien. Lapre- miere, quand l’os eft contus , 8c promptement retourne en fa place. La fécondé , quand il y a vue petite feilfure comme vn poil. La tierce, quand l’os eft efcîatté au dedans, 8c par dehors eft en- tier. La quatiefine , quand l’os eft fraduré à la partie oppofite du coup. FraBure ft peut faire dtt cofié oppefite du coup ; ce que authori~ té y raison & experiece de» montrent. Jleflai- fé * q**tr« ”qykvn W. il y a quatr* tipeces de F™t£lures TultuoirU chirurgien, dont le pâ- tient De la Commotion ou esbranlement, & concufsion ou efcoujfe du cerueau. C h A p. IX. Gal.l.de l(t cepofition dit médicament, chu . 6. & fur /’Aph, 5 S. feS. 7. Hifieire de Hîppe. an Ç, liure des Epidémies, Avantage, faut entendre qu’outre les rafdites Fraélures , il le faiél vne autre dif- P0^c*0n » appellée Commotion , ou efbranlement 8c concuffion du cerucau, qui caufe femblables accidens que les fraélures du Crâne : laquelle Commotion fe fait pourauoir 1 tombé de haut en bas fur chofe folide 8c dure, ou par coups orbes, comme de pierre, D ou d’vne malle , ou d’vn coup de lance, ou l’air d’vn coup d’artillerie, ou du tonnerre tombant près ■ de la perfonnc, voire de la main, ou autres femblables. Qu’il foit vray, Hippocrates au y. liure des Epidémies en efcrit cefte hiftoire qui s’enfuit. Vne fort belle pucelle fille de Nerus, âgée de vingt ans , eftant frappée par maniéré de ieu , fur l’os du Brcgma, de la main eftenduc d’vne fienne amie,fut incontinent furprife de Vertigine fans refpirer. Auffi-toft qu’elle fut de retour en famaj- fon , vne fièvre aiguë la faifit, auec douleur de telle 8c rougeur de la face, & aufeptiefme iour elle vuida par l’oreille dextre vn bon verre de bolie puante 8c rougeaftre , & luy fembla dire allégée. Mais dcrec hef la fièvre furuint, 8c lors fut alfoupie ne pouuant parler, auec conuulfion de la partie dextre de la face 8c difficulté d’halener. Audi la conuulfion 8c tremblement de tout le corps enfui- uit, lalangueliée, l’oeil immobile, 8c au neufiefme iour elle mourut. Dauantage noteras que le patient, ia çoit qu’il ait vn armée ou autre habillement de telle, l’ors qu’il fera frappé, ncantmoins par grand effort 8c efbranlement de la telle, fe peuuent rompre veines 8c arteres, non feulement celles qui pallent 8c entrent par les futures , mais auflî aucunes de celles qui vont par cy 8c par là. entre les deux tables , au lieu dit dipîoé , tant pour fufpendre & arracher la durc-mere, contre le Crâne ,afin que lecerueau ait fon mouuernent plus libre,que pour porter lefang & aliment au Crâne, au lieu qu’iceluy n a moelle, ains dl nourry du fang contenu au diploé , ainfi qu’auons de- Paul. Ægtft, Corneliut Ctlfw, Le dixiefme Liure, claré en l’Anatomie. Dont s’enfuit flux de fang, qui découle ou entre l’os Sc les membranes-, ou A entre les membranes &c le cerneau , Sc en cet endroit le malade fent grande douleur , Sc laveué s’obfcurcit : lequel fang eftant hors de fes propres vaiffeaux fe corrompt Sc putréfié; Ce qui eft ap- prouué par Hipp. en l’Aphorifme, Si in ventrem fanguis prœter naturarn. Dont plufieurs accidens aduiennent, comme efbloiiiffemenr de veuc, vomi ffement, lequel fe fait parla colligance& amitié qu’a l’eftoraaeh auec le cerneau par les nerfs de la fixiefme coniugaifon, lefquels defeendent du cerueau , Sc fe vontinferer à fon orifice fuperieur, Sc de là en toute fa fubftance, au moyen dequoy par la focicté qu’ils ont enfemble,fe comprime,referre en foy,& comme ferenuerfe}Sc alors jette premièrement ce qui eft contenu en fa capacité, & d’abondant, ce qui y peut affluer des parties qui luy font voifincs , Sc alliées, comme du foye, Sc vcfîie du fiel : entre lefquelles choies la bile, comme la plus mobile, Sc par legereté naturelle prompte à fuiure ce mouuement par le haut fort la première , Sc en plus grande abondance, qui eft la vraye caufc du vomiffèment bilieux, tant rechanté par les Médecins , és folutions de continuité , qui aduiennent tant au Crâne qu’au cef- ueau. Quelque temps après furuient inflammation aux membranes , Sc au cerueau : à raifon'du fang qui fort des veines Sc arteres rompues pour la violence du coup, Sc efpandu par la fubftance du cerueau, fe corrompt Sc pourrit, incontinent telle inflammation eft communiquée à toutes les parties du corps,fe fait fièvre auffi- toft,auffi aduient rcfuerie,par altération du cerueau Sc affbu- piffement, par aliénation : lefquels accidens és playes de teftefont fort dangereux, fuiuant l'autho- nté d’Hippoc. en l’Aphorifme, In capîtü ilia obftupefcemia & dejîpientîa, malum : Sc ftupeur, qui eft ® diminution de mouuoir Sc fentir, faite par l’obftrudtion des voyes Sc conduits de l’efprit animal: puis apofteme Sc pourriture au cerueau, auec tres-grande difficulté de rcfpirer , qui prouient du cerueau offensé, qui fait que le-thorax, qui eft propre inftrumcnt de la respiration , ne peut faire fon office , pource que les mufcles qui ont mouuement du cerueau Sc de. l’efpine médullaire, par l’efprit animal enuoyé par les nerfs, ne pcuuent éleuer ledit Thorax, parce qu’ils font priuez de la faculté de mouuoir, Sc par tels accidents la mort s'enfuit. Tous lefquels accidents, ou la plufparr, on a veu aduenir au feu Roy Henry dernier décédé, lequel au tournoy reccut vn très-grand coup de lance au corps, qui fut caufe luy éleuer la vifiere,&: vn éclat du contre-coup luy donna au dcl- fous du fourcil dextre, Sc kiy dilacera le cuir mufculeux du front près l’os tranfuerfalemcnt iuf- ques au petit coin de l’œil feneftre, Sc auec ce plufieurs petits fragmens ou efquilles de l’éclat de- meurèrent en la fubftance dudit œil, fans faire aucune fraéture aux os. Donc à caufe de telle com- motion ou efbranlement du cerueau il décéda l’onziefrae iour après qu’il fut frappé. Et après fon decez, on luy trouua en la partie oppofite du coup, comme enuiron le milieu de la commiffurc de l’os Occipital, vnc quantité de fang épandu entre la Dure-mere, Sc pic-mere; & altération en la fubftance du cerueau ,qui cftoit de couleur flaue ou jaunaftre, enuiron la grandeur d’vn poulce: auquel lieu fut trouué commencement de putrefa&ion : qui furent caufes fuffifantes de la mort aduenuc audit Seigneur, Sc non le vice de l'œil feulement. A quoy ncantmoins quelques-vns ont C voulu referer la caufe de fa mort : car on a veu plufieurs qui ont receu de plus grands coups que ccftuy-là fur les yeux, qui toutesfois ne font pas morts. Comme auffi on a veu de fraifche memoi- re,à Monfieur de fainét Iean,Efcuyer duRoy,lequel eftant au tournoy,qui fut fait deuant l’Hofteî de Guyfe , eut vn coup d’éclat de lance par dedans fa vifiere , de longueur Sc groffeur d’vn doigt, fous l’œil dedans l’orbite, pénétrant de trois doigts ou enuiron dedans la tefte, Sc letraittay aucc bonne compagnie , tant de Médecins que de Chirurgiens, par le commandement du Roy Henry defunét : entre lefquels eftoient Meffieurs Valeran Médecin ordinaire du Roy, Louys Durer, Ro- dolphe de l’Or, Poéleurs Regens en la faculté de Medecine à Paris, Sc Jacques le Roy Chirurgien ordinaire du Roy : neantmoins la playe faite par vn fi grand coup a efté guarie par l’aydc de Dieu. Et d’abondàt en cet endroit ne veux laiffèr en arriéré la tres-grande playe que Monfèigneur Fran- çois de Lorraine, Duc de Guyfe ,receut deuant Boulongne, d’vn coup de lance , qui au deffbus de l'œil dextre, déclinant vers le nez, entra Sc paffa outre de l’autre-part, entre la nucque Sc l’oreille, d’vne fi grande violence que le fer de la lance auec vue portion de bois fut rompue',& demeura de- dans, en forte qu’il ne peut eftre tiré hors qu’à grande force, mefmes auec tenailles de Marefchaî; nonobftant toutesfois ccfte grande violence, qui ne fut fans fracture d’os, nerfs, veines, arteres, Sc autres parties rompues &brifees par ledit coup de lance,mondit Seigneur,grâces àEfieu,fut guery. Donc concluons qu’aucuns meurent de bien petites playes, les autres rechapent de tres-grandes, ~ voire qui font entièrement defefperées, tant aux Médecins qu’aux Chirurgiens : mais telles chofes fe doinent quelquesfois referer aux températures , Sc principalement à Dieu, qui tient la vie des hommes en fa main. Et te fuffife de la commotion du cerueau , Sc des efpeccs de fra&ure du Crâ- ne. Maintenant faut parler du prognoftique. Hip. Apho. 10. liu. 6. Hipp. Aph. 14. lin. 7. HiPoire du feu Roy H en» ry II. Ht Poire de Alonpeur de Suinti le an, Efcuyer du 5 oy. Htploire de Monfeigneur le Duc de Guyfe, Du prognoïü(\ue. C H A p. X. L ne faut négliger les playes de telle , & n’y euft - il que le cuir incifé o u contus; lliiif üËsal ma*s cncores m°ins l’ors qu’ily a fraéture au crâne, à raifon que quelques fois fur- uicnncnt grands accidcns , Sc le plus fouuent la mort : principalement aux corps ca* cochymcs , comme font verolez, ladres, hydropiques, phthifiques, ou he&iqucs, bouffis, lentigineux, & généralement tous cache&iques ; car à tels, leurs playes font difficiles à curer, Sc bien fouuent împoffibles,à raifon que les playes ne fè guariffènt que par vnion &confolidation , lefquellcs choses ne fe font que par affluence de bon fang Sc louable, Sc par la force denature.Or l'affluence de fang défaut aux heéliques Sc phthifiques : le fang bon Sc îoiia- ble défaut généralement à tous cacochymes Sc cache&iques : comme la force Si vigueur de la fa- Hip, au lin. de vulnsr. wapitis. Des Playes en particulier. 267 A culte naturelle , manque à tous deux. Les fractures de telle faites à ceux qui rcleuentde maladie, font difficiles à curer , Ôc quelquesfois impolîibles. Les playes de telle faites par contufion font plus longues & difficiles à guarir, que celles qui font faites par incilîon. L'os ne le rompt point, que la chair de délias ne foie blelïee, excepté la fra&ure, qui fe fait à l’oppofite du coup. Les os des enfans font moins durs, plus deliez, ôc plus arroufez ôc imbus de fang, que ceux des vieux : ôc partant s’altèrent ôc pourrilîènt pluftoll. Parquoy telles playes font plus daugereufes ôc mortelles qu’elles ne font es vieilles gens, parce que leurs os s'altèrent ôc pourrilîènt pluftoll à raifon qu'ils font de température plus chaude ôc humide, Ôc par confequcnt plus faciles à pourrir : ôc pour leur tendreté ôc mollelîè communiquent pluftoll leurs pourritures aux membranes, ôc au cerneau, dont la mort s'enfuit pluftoll qu'à ceux qui font d'âge viril : combien qu’es vieilles gens les playes,» tant celles qui font à la chair, que celles qui font és os de la telle, ne s'agglutinent, ôc vaillent pas fi toft qu'és enfans, à caufe que les vieilles gens ont les os plus fecs & plus durs, ôc par confequent moins agglutinables , ôc ont moins de fang, ôc mefme ce peu qu’ils en ont, eft plus fereux, ôc par confequent moins propre à faire l'agglutination. L'homme vit plus long temps d’vne playe mor- telle faite au Crâne , en Hyuer qu'en efté : à raifon qu'en Hyuer la chaleur naturelle eft plus forte qu'en Elle : pareillement l’humeur fc pourrit pluftoll en Elle qu'en Hyuer, au moyen que la cha- leur contre nature, eft plus grande en Efté qu’en Hyuer. Ce qui eftapprouué par Hippocrates en l'Aphorifme quinzicfine du premier liurc. Ventres hyeme, ôcc. où la chalenr naturelle ne peut cu- ® rer la fradture. Nature eftant plus forte prolonge la vie. Les playes du cerneau & des membra- nes font mortelles le plus fouuent, à caulc que fouuentesfois s’enfuit ablation de l’aélion des muf- cles du Thorax, ôc des autres feruans à la refpiration : dont de neceflité la mort s'enfuit. Ce que nous auons par cy-dcuant déclaré. Si après vn coup donné à la telle il furuient tumeur, ôc le perd toft, c'eft mauuais ligue : lî ce n'eft par caufe raifonnable , comme après vne faignée, purgation, ou raedicamens refolutifs : ce qui eft proiméparHippoc.-Quand la fièvre vient au commencement, c’eft à fçauoir dans le quatricfme ou fepdefme iour ( ce qu'elle fait le plus fouuent ) on peut iuger qu'elle vient pour la regeneratiô de la fanie,ainlî qu'il eft efcritpar Hipppcr.Dmnfiits conficïturjôce. Et telle fièvre n’eft tant à craindre lors,que quand elle vient après lefeptiefmeiour, auquel iour a de couftume de laiiîer le patient : mais quand elle vient au dixiefme ou quatorziefme, ôc auec froid ôc tremblement,elle eft dangereufe, pource qu'il y a fufpicion qu'elle foit caufée de quelque putre- faélion,qui fe faiél au cerneau, ou à la Dure-mere, ou au Crâne, principalement il elle eft accom- pagnée d’autres accidens ; comme li la couleur de la playe n'eft rouge mais blafarde, comme chair lauée laquelle chofe fe fait à raifon que la chaleur naturelle cil prefque efteinte , ôc le pus deuienc vifqneux,pource que la chair eft liquéfiée. Puis toft après ladite playe deuient aride ôc feiche, com- me d’vne chair falée,ôc quelquesfois de couleur plombée ôcnoiraftre, neiettant quafi rien , à caufe que la chaleur naturelle eft pareillement languide,ôc quafi fuffoquée, qui eft ligne de corruption qui fe fai<51 en l'os , qui alors fe faicl afpre ôc éleué (comme on letrouue lors qu'il eft carieux & pourry ) où auparauant eftoit lilfé ôc poly,ôc en fin deuient de couleur iaunaftre, puis liuide, quand il eft corrompu dauantage,& entre les deux tables y a matière purulente ôc fanieufe,ce que i’ay veu plufîcurs fois : ôc alors l'on peut prognoftiquer le patient ellre en péril ôc danger de mort : mais fi ladite fiéure procédé d’Eryfipelas fait ou à faire, le plus fouuuent n’eft mortelle. Et pour difeer— lier ôc fçauoir fi ladite fiéureeft caufée de matière Eryfipelatculè ou bilieufe: c’eft quelle fera tier- ce , Ôc qu’elle commencera auec grand froid, puis vient la chaleur auec fueur, ôc ne laillèra le pa- tient iufques à la fuppuration ou refolucion de la matière bilieulè. Aulfi les léures de la playe, ôc autres parties à 1’enuiron , feront tuméfiées , cnfemble toute la face , auec grande inflammation aux yeux , ayant les mafehoires ôc col, roides ôc tendues , ne pourtant tourner la telle, ny cumu- la bouche. Ôr telle defluxion Eryfipelateufe eft engendrée ôc faite de fang cholérique, fubtil, chaud ôc fec, lequel occupe communément la face pour deux raifon : la première, pour la fubti- lité de l’humeur : l’autre, pour la tenuité ôc rarité du cuir. Ainfi les accidens font plus grands que d’vne fluxion phlegmoneufe , qui font chaleur, ôc douleur poignante ôc mordante , auec rou- geur tirant furie citrin , ou iaunaftre : parce que chacun humeur donne fa teinture au cuir,comme auons dit cy-deftus. Et fubit qu'on prelîè du doigt delfus la couleur s’éuanoüift , ôc toft retourne. Et pour la curation , faut auoir deux intentions : i’vne à l'éuacuation, l'autre à la réfrigération Ôc huraeélation. Et fi l’humeur eft Amplement cholérique, ne faut faigner, mais le purger par re- p medès qui purgent la cholere, appeliez des anciens, Cholagogues. Toutesfois fi c’eftoit vn Ery- fipelas phlegmoneux, faudroit faire faignée de la veine Cephalique, du collé auquel le mal feroit plus grand. Et pour ce faire appelleras le Mcdecin,fi tu es en lieu où on le puifte recouure. Et après les chofes vninerfelles faites, il faut appliquer medicamens refrigeratifs ÔC humeélatifs , comme Succum folani , femperuiui, portulacæ , laélucæ, vmbilici vencris , lenticulæ paluftris , cucurbi- tæ : defquels vferas félon que les pourras rccouurer, pource qu'il n’eft neceffaire les prendre tou- tes , mais ieles ay inférées, afin que Ion vfe des vnes ou des autres. Pareillement pourras vfer de Acetofa, coda in aqua communi ad m. ij. poftea piftetur ôc coletur per fetaceum , addendo vn- guenti rofacci vcl populeonis portionem aliquam fiôc autres femblables, lefquels feront renouuel- Icz fouuent, iufques à ce que la chaleur qui eft contre Nature , foit efteinte. Et faut euiter toutes chofes ondueufes ôc oleagineufes , à raifon que promptement s’enflamment, ôc feroient le mal plus grand. Puis après s’il eft befoin , Ion vfera de remedes refolutifs : ôc icy noteras que c’eft vn bon guarifon , lors que l'humeur eft jetté du dedans au dehors : ôc au contraire, quand il retourne de dehors auldedans, c’eft mauuais prefage, ainfi que l'experiencc le monllre. Ce qu'aulfi Hipp. aefcric. Quand l’os eft purulent, il vient des pullules à la langue, pource qu’il tombe de Jafanie par les trous du palais fur ladite langue :ÔC quand elle y eft arreftée, par fon acrimonie fait Hip.au liu„ de vul.cap. Htppocrat. Aph.lyli.lt Htp. Aph, 6 5. liu, j. Htp. Aph, 47. liu, t, Signes mer* tels par les leur es de lu playe. . Pourqftoy l'Ery fipela* occupe la fa* ce. Cal. 1 y de la Meth.au liu, des tumeurs contre NatUi rt. Rem g Je s pro- pres aux Ery• fipelts. Htp. Aph, 15. liu. 6. Eryftpelai ah inieriorihW) Le Dixiefme Liure, elleuer lefdites pullules : 8c quand tel accident aduient, peu de gens en rechapent. C'eft vn mau- A nais figne , quand le malade vient comme apoplectique, après auoir efté frappé : car tel accident ne monftre feulement l'os eftre blelfé, mais auflî le cerueau, lequel Ce peut pourrir 8c fphaceler : ce qui eft prouué par Hippocrates,difant, que quand l’os eftja purulent, il naift des pullules à la lan- gue , 8c le malade meurt n'ayant les fens entiers : 8c aux vns furuient conuullîon ou fpafme à la par- tie oppofite du coup : auflî l'on void communément par expérience, qu'apres tel fpafme la mort aduient 8c vn feul n'en réchappe : ce que i'ay toulîours veu , ouurant la telle de ceux qui de tels ac- cidens mouroientjoù i’ay trouué portion de la fubftance du cerueau 8c des membranes pourries 8c fphacelée. le veux en cet endroit aduertir le iepue Chirurgien , qu'à aucuns les poulinons font attachez contre les colles ( comme fouuent il fe void par l'ouuerture des corps morts ) qui fait qu'à tels , fi on fait vne contrc-ouuerture au Thorax , rien n'en peut fortir : en ce cas le Chirurgien eft fruftré de fon intention : pour cela ne faut pas qu’il delailfe vne autre fois faire telles ouuertures quand il en ferabefoin : car telle adhérence ne fc void pas toulîours , mais rarement. Bip. au lift, des play es de te fie. Pourquoy le Jpafme vient à l'oppofite du coup. Chap. XL R la caiife pourquoy le {palme vient à l'oppofite du coup, a efté iufques icy par plu- lîeurs recherchée, mais non allez clairement expliquée : pourcem’afemblébon , de vouer vu chapitre à part à telle queftion. l’eftime tel accident prouenir à raifon de B la douleur de la playe , & auflî que les humeurs & efprits naturellement courent vers la partie blelfée : lefquelles deuxehofes épuifent,feichent & confument le collé de la partie faine, dont puis après tombe en conuullîon. Ce qui fe peut prouuer par Galien au qnarrief- me liure de vfu partium,qui dit que le fouuerain conduÂeura conjoint les trois efprits en mutuelle connexion , 8c infragile confédération par leurs productions , qui font veines , arteres 8c nerfs: parquoy fi vn défaut en vn membre, les autres pareillement le négligent : & partant la partie de- meure languide, & deuient en atrophie, ou elle fe meurt du tout. Et Ci on m'objeéle que Nature a fait tout nollre corps double, afin que Ci vne partie elloit blelfée, l'autre demeurait en fon entier, ie l'accorde. Mais ie nie quelle ait fait tous les vailleaux doubles : car n'y a qu’vne veine pour le nourrilïèment de tout le cerueau, ôc de fes membranes, qui eft le Torcular , par laquelle la partie feneftre blelfée peut épuifer l'aliment de la dextrc,& par confequent caufe# la conuullîon par défaut d’aliment. Or il eft vray qu'aux parties où les mufcles congencrezfont égaux en grandeur, force 8c nombre,la refolution d'vue partie caufe conuullîon accidenraire à l’autre,mais au cerueau ne fe fait les deux parties,c'eîl à fçauoir,d'extre & feneftre font chacune leur office à part,& ne s'at- tendent l’vne à l’autre,comrae il appert en paralyfie : autrement il s’enfuiuroit qu’icelle,lors qu’elle eft vniuerfelle ( c'eft à fçauoir de la moitié du corps ) apporterait quant &-foy conuullîon à la par- tie oppofite. Ce qui eft faux, comme on void iournellement par expérience. Parquoy ie conclus q ( faqf meilleur iugement ) que le fpafme qui eft à l'oppofite du coup , vient par inanition, 8c faute d’aliment , 8c nourriture. Toutesfois Dalechamps en fa Chirurgie Françoife eft en celle opinion: Pour liquider ce doute ( dit-il ) fautprcfuppofer ce ligne de conuullîon en la partie contraire , pro- pofé d’Hip. aduenir , quand pour la grandeur 8c vehemence de l’inflammation faire en la partie blelfée , qui ja eft tournée en gangrené du cerueau , & de fes membranes, auec commencement de Iphacele au tell, le patient doit mourir. En telle dilpolîtion& ainlî conditionnée, eft neceflaire le fentimeht 8c mouuemenr eftre perdu , comme nous voyons aux autres gangrenés ,par l'extinélitm de la chaleur naturelle;& dauantage,par la grandeur de l'inflammation eftre tellement bouoHfcz conduits de l'efprit animal, qu'il ne peut defeendre ou palier aux parties inférieures 8c prochaines du cerueau de ce cofté-là:& quand bien y pourroit defeendre 8c palier , Ci feroit-il inhabile à com- muniquer 8c porter la vertu du fentiment 8c mouuemenr, eftant infeél & altéré de la putrefaélion aduenuë en la playe. D'où s’enfuit que la partie blelfée , priuée de fentiment, n'eft prouoquée à fe retirer pour fecourir &: chalfer de foy ce qui luy pourroit eftre molefte , luy demeurant lefens ; 8c pour celle raifon les nerfs procedans d’elle,ne font aulîi point retirez & affligez de conuullîon :da- uantage que tons les nerfs ayans leur origine de celle partie , font deftituez de la prefence &c aC- lîftancc de l'efprit animal, comme a effé déclaré : 8c de là procédé la paralyfie des parties fituées au collé de la blelfée. Car paralyfie fe fait,ou eftant le nerf coupé, comme aux grandes playes ; ou D eftant le palfage d'iceluy bouché,comme en l'apoplexie:ou eftant fa fubftance abbreuuée 8c moili- fiée de quelque humeur fubtile , ou par quelque grande imtemperature tellement offenféc, qu'elle ne peut receuoir l’affluence & vertu de l'efprit animal.Quant à la partie contraire,& fa conuullîon, nous tenons pour chofe accordée, le fpafme eftre fait ou par repletion , qui en eftendant lafub- ftancêdes nerfs l'accourcit : ou par inanition , quand eftant confommée& dilîîpée leur humidité naturelle, la propre fubftance d'içcux eft defeichée & retirée, comme nous voyons vne corde de luth approchée du feu : ou par fentiment de quelque vapeur, ou de quelque humidité fanieule, acre Sc mordante , ou d'vne douleur excelïîue , comme il aduient en l’epi lepfie caufée d'vne exha- lation veneneufe,qui du pied monte au cerueau : aux piqueures des nerfs,quand eftant fermé l'ori- fice de la playe,la matière fanieufe y eft retenue : 8c aux playes des nerfs quand quelque nerf eftant feulement à demy coupé, excite douleur vehemente. Or nous trouuons en la partie contrairexle la blelfée , deux de ces caufcs infignes : vne matière fanieufe refudante de la gangrène, acre 8c effi- lante , que Hippocrates au dénombrement des accidens mortels pour fignificr fa malignité , ap- pelle îchora.y 8c au liure des Fraélnres, Dacryon , 8c non Pyon ; dauantage, vne vapeur exhalante . de la gangrené, puante 8c infeéle, comme d’vne charongne pourrie. Ce n’eft donc merueille fi la partie contraire,eftant fon fentiment bon & enticr,eft offenfée,tant de la matière fanieufe,que de la Grands an~ notation. Opinion de Dalechamps. Trois caisfes de paralyfie. Signification dapnot Ichor. Des Playes en particulier. 269 A vapeur infede , de pour les dechaf&r fe retire, fccout, de branle, à quoy s'enfuit la conunlfion des nerfs, qui prennent leur origine d'icelle , comme en l’epilepfic. A mon iugement, voyla comment fe doit expliquer le dire d'Hippocrates de d’Auicenne. Hors l’occafion d'vne playe ainfi mortelle , les praticiens adnotent quelquesfois en la partie bldfée eftre paralyfie , en ioppolite conmillion : quelquesfois en la blefiéc conunlfion , en la contraire , paralyfie : quel- quesfois en toutes deux conunlfion ou paralyfie : quelquesfois en chacune d'icelles feparément conunlfion , ou paralyfie, fans que l'autre foit offenfée ; mais icy n'eft le lieu de rechercher les caufes de cela. Voyla le difeours de Dalechamps. Annotation au Chirurgien, qu'aux playes du ventre , où il y a playe aux inteftins , ne faut donner clyftere aux blefiez , à raifon que le clyftere fôrtîroit par la playe des inteftins , de demeureroit en la capacité du ventre , qui fe pourrit auec le fang , & s'elleuent grandes ventofitez putredineufes, qui font enflure , de tenfion au ventre : 6c quand telle choie aduient, fay que le malade bien-toft mourra, ce que i'ay veuplu- lieurs fois aduenir. Et principalement quand le malade eft fcbricitant, de dit fentir vne extreme douleur aux tcfticules. Opînîon DaUchamps tçnte con* traire à ceüê de lamheH,% Sommaire des fignes mortels cj-deffus mentionnez,. Chap. XII. ■ T pour retourner à noftre propos , & te dire tout en fosnmaire ; de tous les acci- dens fufdirs , tu peux faire pronoftic de la mort du patient, lors qu'il perd fa ratio- cination , & n'ayant plus de mémoire , parle fans occafion, ôc a les yeux tenebreux, ■ n'oyant point, ôc fe veut jetter hors du lict, ou ne peut mouuoir, ayant fièvre con- -—a tinuc , auec pullules à la langue, qui raefme luy deuient feiche ôc noire , & fa playe aride , ne jettant aucune chofe , ou bien peu, & de couleur comme chair falée : ou s'il luy furuient apoplexie, phrenefie, fpafme , paralyfie, ÔC le pouls formicanc, rétention d’vrine , & autres ex- cremcns , ôc s'il tombe fouuent en fyncope , alors fay ton prognoftique, que bien-toft ton patient mourra. Or les fufdits accidens viennent quelquesfois aux premiers iours, ôc quelquesfois allez long-temps après le coup donné. Et s'ils viennent au commencement, c'eft quand le cerneau eft bielle par incifion, contufion, compreffion ou ponction, ou par com|notion que nous auons par cy-deuant appelle , Ebranlement. Et quand ils viennent quelque temps après, c'eft lors qu'il fur- uient inflammation, ôc que le fang fe putréfié, ôc que l'os fe fait purulent, ôc par confequent apo- fteme au cerueau. D'abondant noterez que fouuentesfois vne playe faite au Crâne,caufevn àpofteme au foye. Ce que Robert Greaume , Regent en la faculté de Medecine , ôc Binofque, Chirurgien iuré à Paris, ôc moy , auons veu puis n’agucres en trois patieps. Et fi tu m’objeéles que telle àpofteme eftoit ja concreéc auparauant le coup donné: ie refpons C que les patiens, auparauant eftre blelfez , auoienr vne viue ôc naturelle couleur fans aucun ligne d'eftre hépatiques , ôc eftoient bien habituez, faifans toutes leurs opérations : ce que tu pourras voir par expérience y prenant garde , comme i'ay fait. La caufe de ce peut eftre que nature fe Ten- tant offenfée par grande vehemence du coup , collige ôc retire à Ton fecours , Tes forces & vertus de toutes les parties du corps ( qui font le fang ôc les efprits ) vers le cœur &le foye : ainfi que voyons en peur ôc crainte , Sc adoncques fait inflammation au foye : ainfi qu'il fe fait en quel- que partie, lors que le fang coule en plus grande quantité qu'il n'eft befoin pour fa nourriture: dont le foye ayant reçeu plus de fang & efprits, lefqueîs ne pcuuent eftre deucment cuentilez, pour l'exiguité ôc anguftie ( c'eft à dire , pour la peritelïè & eftroiflèur de fes vaifleaux ) alors fe fait fièvre ôc àpofteme phlegmoneufe en fa propre fubftance , dont la mort s'enfuir. Ou fi tu aimes mieux dire auec Monfieur de la Corde , que nature fuccombant fous le faix du mal, vient à renuoyer vne partie de cefte matière purulente auec le moins d’incommodité qu'il fepeut au foye par les veines : ôc qu'ainfi foit, tous ceux aufquels vne àpofteme fe fait au foye, le cerueau bielle , meurent. La chair ayfément fe régénéré en tous les endroits de la telle , fors à la partie du front, qui eft vn peu au delfus du milieu des fourciîs : car en ce lieu-là à peine y peut-elle croilire, de forte que toute la vie du malade, l’vlcere y demeure, parce qu'en tel endroit, il y a vne inter- cauité en l'os, pleine d'air, qui fe rend aux os cribleux du nez , lequel air empefche la confolida- tion dudit vlcere,& en outre , l'os eft fi épais ôc denfe, qu'il ne peut fuinter allez d'aliment pour la j) régénération de la chair. Adioufté que du nez ,& des yeux eftcnuoyée en l'vlccre grande quantité d’excremens, qui empefehent que l'vlcere ne foit menée à cicatrice , dont aduient que lors qu'on fait lerrer le nez ôc la bouche du malade, & qu’il s’efforce à fouffler , l’air fort du trou de l’vlcere en fi grande quantité, qu’il peut efteindre vne bien grolfe chandelle. Ce que ie protefte auoirveu en vn quidam que i'auois trépané , parce que l’os Coronal en cet endroit auoit efté rompu ôc en- foncé , vn peu au delfus defdites cauitez. Playe au Crâne fait àpofteme ait foye. Hijioire. Caufes des apoftemes qui Çe font au foj/e. Corn. Celf. liu.i. cha.4. Hificirt- Le Dixiefme Liure, Les ftgnes & prefuges de borne guarifon. Chap. XIII. V contraire , les lignes ôc prefages de bonne guarifon , font lors que le patient n’a WWM point de fièvre, ratiocine, mange ôc boit de bon appétit, dort, alfelle bien, Ôc que la playe eft vermeille , non aride ôc feiche , jettant pus louable , ôc l’os gardant fa cou- leur naturelle , ôc que la Dure-mere a fon mouuement libre. Toutesfois tu noteras que les anciens ont eferit ( ce qu’on void fouuent par expérience ) que les fra&ures du Crâne ne font hors du péril, iufques à cent iours après la blelfure faite : partant, fay auec ton pa- tient bon guet, tant en fon boire, manger, repos, coït,& autres chofes.Et aufil faut qu’il fe garde du grand froid , pour le péril ôc danger de mort, qu’on a veu en telles playes fouuentesfois arri- uer pour tels accidens , après la guarifon faite defdites Raclures. Outre-plus , i’ay à te déclarer que le callus , foulde , ou vnion des os du Crâne, fc fait ordinairement en quarante ou cinquante iours: toutesfois on n’en peur donner vraye certitude pour la diuerfité des temperamens ôc âges, non plus que des fraëhires des autres parties , comme nous dirons cy-âpres. Car aux iuncs fe fait pluftoft, aux vieils plus tard. Et te fuftife des prefages. Maintenant faut parler de la cure géné- rale , puis de la fpeciale : qui fe fera le plus fuccintcment, ôc le plus clair qu’il me fera poflible. Laquelle chofe fe fera premièrement en ordonnant le régime fur les fix chofes non naturelles. Le f fratlures de la tefte ne font hors de péril de mort iufques à cent iours. Du régime vniuerfel qu'il faut ordonner aux playes &fiaftures du Crâne aux accidens d'tcelles. Chap. XIIII. Moyens def- chauffsr l’air. ■ T premièrement faut tenir le patient en vn air temperé, qui fe fera par art, s’il n eft tel par nature : comme fi c’eft en Hyuer,faut faire bon feu en la chambre du malade, les feneftres ôc portes bien clofes , cuitant la fumée , de peur de prouoquer la fter- nutation &: autres accidcns : & aufil alors que tu traiteras ôc penferas le malade , te faut anoir vue baflînoire pleine de braife , ou vne pelle de fer, laquelle fera tant ef- chauffée qu’elle deuienne rouge, ôc qu’vn feruitcur la tienne fur la telle du malade,de telle hauteur que le patient en fente aucunement la chaleur: afin que par la reuerberation d’icelle, l’air ambienr, c’eft à dire, qui eft à l’entour , foit corrigé. Çar le froid ( comme dit Hippocrates ) eft ennemy du ccrueau,des os,& de tous les nerfs,& généralement de toute noftre nature, ce que nous auons dir. Aulïî eft-il contraire aux vlceres en feichant les excremens , qui puis après minent l’vlcere,empef- chant la fuppuration : & pource que cefte partie n’a accouftumé d’eftre defcouuerte de fa peau : ôc mefme,comme dit Galien,il fe faut donner garde de refroidir le cerueau quand on trcpane,& après eftre trépané : car c’eft le plus grand mal qui peut aduenir au malade qui a la telle rompue. Or fi q l’air cftoit plus chaud que le cerueau,il ne le refroidiroit pas:& cncores que foyons en Efté, ôc que l’air foit excefiluemët chaud,le cerueau delcouucrten eft refroidy,& demande fubit eftre efchauffc. Voyla ce que Galien nous en a lailfé par eferit, Sc ne fc faut efmerueüler fi plufieurs meurent de playes faites à la refte,par faute d’eftre à couuert. Pareillement la trop grande chaleur fera modérée enrafraifchillant la chambre auec eau froide,ou oxycrat,rameaux defaulx,fueilles de vignes,& au- tres chofes femblablcs.Semblablement ne fera ledit patient expoféen grande clairté,principalemet iufques à ce que les accidens foient paftèzrà caufe qu’icelle diflipe & refoult les efprits,& augmen- te la douleur,fiévre ôc autres accidens. Il faut aufii du tout éuiter le vin:ce que Hipp.enfeigne:mais en lieu de vin,pourra boire eau d’orge, ou eau cuitte, en laquelle on mettra mie de pain, que nous appelions eau panée, ou bien hippocras d’eau, ou eau boüillie, puis mellée auec fyrop rofat,vio— lat, ou aceteux, ou autre breuuage,appellé Lotus dîuinus, lequel eft fait d’eau cuite fucrée, ôc ius de limon ou citron, defquels tu pourras bailler félon le gouft du patient, ôc que fon eftomach pourra bien vfer. Et de tels breuuages doit vfer le patient, iufques à ce que les grands accidens foient paf- fez , qui font communément Ôc le plus fouuent dans le quatorziefme iour. Son manger fera pana- de,orge mundé,& non amande : pource que les amandes caufent douleur de tefte, à raifon qu’elles font vaporeufes : aufil il pourra vfer de prunes de Damas cuittes , paftules , raifin de damas confits auec vn peu de fuccre ôc canelle ( laquelle eft fingulicre, pource qu’elle conforte Peftomach, ôc re- D fioüit les efprits ) ôc par fois d’vn petit poulet, pigeonneau,vean, chevreau, levraux, petits oyfcaux des champs,commcfaifans,merles,tourtres,perdris,griues,aloüettes, ôc autres bonnes viâdes bouil- lies auec laidue's,pourpier,ozcille,bourroche,buglofe,cichorée,cndiue,& femblables, Aufil par fois pourront lefdites viandes aucune eftre rofties : ôc peut ledit malade vfer auec icelles , de verjus, orenges , citrons, limons, grenades aigres, jus d’ozeille , les diuerfifiant félon le gouft & la puif- fance de la bourfe du patient. Et à celuy qui voudra manger du poiftbn, truites, loches, brochets, nourris en eau claire ôc non limoneufe, ôc autres femblables : pareillement raifins ôc prunes de Da- mas,cerifes aigres,paftulesrmais qu’il s’abftienne de choux, Sc de tous legumages, parce qu’ils cau- fent douleur de tefte. Et après le paft, vfera de dragée commune, ouanis, fenouil, coriande confits, conferues de rofes,ou cotignat,afin de garder que les vapeurs ôc fumées qui montent de l’eftomach à la tefte, ne bldîènt le cerueau : pareillement le cotignat pris deuant le paft, aftraint le ventre à caufe qu’il eft ftyptique ôc aftringent, ôc partant ferre l’eftomach : mais prins après le paft, le lalche : à raifon aufiî qu'il le refièrre, aftraint, ôc contraint les viandes dedortir hors. Si c’eft vn enfant,luy conuiendra donner petit ôc fouuent à manger : pource que les ieunes nepeuuent porter la faim,comme les plus âgez,à raifon qu’ils ont vne grande chaleurrparquoy ils ont befoinde gran- de nourriture,autrement leurs corps fe confommeroientrau contraire, le vieil a fa chaleur naturelle Hipp.Uure y. aph. 18. Galion S. de l'vfage des fart. chap. 1. Son boire. Hipp. au liu. De vul. ca. Bftroite diete principale- ment iufques au 14. tour.. Son manger. Double fa- culté du co- signât. Hip. aph. 13. & 14,lift. l. Des Playes en particulier. A plus imbecillcjà caufe dequoy il porte mieux la faim que le ieune.Et par femblablc raifon en temps d Hyuetjfaut en routes âges donner plus d’alimens, qu'en Efté : pour ce que la chaleur naturelle eft plus grande en Hyuer qu'en autre temps , ainfi qu'il eft prouué par Hippocrates. Et après le 144 iour ( a fçauoir,s'il n'y a rien qui repugne,commc heure ôc autres accidens ) on peut donner vn peu de vin, &c augmenter Ton manger peu à peu, félon qu'il ferabefoin * prenant toufiours indication de ; la vertu 8c couftume du malade. Il doit éuiter le dormir de iour,s’il eft poflîble,fi ce n'eft bien peu, pourueu que la Dure-mere,ou le cerueaune (oit affligé de phlegmon ; car en telle neceffité,il feroie meilleur faire du iour la nui<51:,&: principalement de la première partie du iour, à fçauoir,dc hx heu- res du matin iufqu'àdix : pource qu'en cefte partie du iour,comme auffi au Printemps 3 le fang do- mine au corpsjcorame dit Hipp.aucommencement du 2.des Epidémies.Or c'eft chofe toute notoi- re,que par les veilles,le fang eft efpandu au dchors,fupcrftcie & extrémité du corps, comme au con- traire par le dormir,il fe retire au dedans vers les parties noblesrparquoy fi aucc ce que par le bénéfi- ce du Soleil leuant le fang fe leuc 8c efpand en l'habitude du corps, il venoit encore à s'y cfpâdre da- uantage par les veilles, l'inflammation 8c phlegmon fe redoubleroit en la méningé 8c cerueau. Par- quoy il eft tres-expedient par le dormir, brider Sc retirer le cours du fang en telle partie du iour, en cas d'inflammation,de l'habitude & parties externes du corps. Le veiller pareillement doit eftre modéré , car le trop veiller corrompt la bonne température du B cerueau,& de toute l'habitude du corps : pource qu’auflï excite cruditez , douleur 5 pefanteur de te- fte, 8c rend les playes arides, feichcs, 8c malignes. Mais fi le patient ne peut dormir jà caufe de l’in- flammation des membranes du cerueau , Galien commande au treiziefme de la Méthode , faire des eerfufions, linimens , vnétions dans les narines, 8c au front, ou és oreilles , de choies refrigerati- ues : à caufe qu'elles endorment, 8c rendent ftupides les membranes , & le cerueau, qui font ex- ceflîuement efchauflez* Pour cefte raifon, on appliquera aux temples, vnguentum populeum , ou rofatum, auec oxyrhodinum, ou oxycrat. Auffi luy faut faire fentir vne efponge trempée en vne decoétion de pauot blanc ou noir, auec efcorce de mandragore , femence de hyofcyame, laicftuë, pourpier, plantin , morelle, ou autres. Semblablement on luy pourra faire vn potage , ou vn orge mondé , auquel l'on mettra vne emulfionde femence papaueris albi : ou bien prendre 5. j. vel j. fl.fyrupi papau. auec J.ij. aquæ la&ucæ ; 8c faut que ledit patient vfe de telles chofes quatre heu- res après fouper, à fin de luy prouoquer le dormir. Lequel dormir ayde grandement à faire la di- geftion. Il reftaure la fubftance du corps 8c efprits qui font diffipez par le trop veiller. Dauanta- ge, appaife les douleurs : il fortifie ceux qui ont laffitude : pareillement fait oublier les courroux Sc trifteflès , &c corrige le iugement depraué .* parquoy eft befoin au Chirurgien prouoquer le dor- mir au malade lors qu'il luy eft neceflàire. Pareillement fi le patient eft replet, foit faite éuacuation Par lignée, ou purgation 8c grande diette,felon l'aduis 8c confeil du doéte Médecin. Et en cét cn- droit noteras, qu'on doit éuiter les médecines fortes aufdites playes, principalement au commcnce- nient, de peur d'enflammer les humeurs, 8c faire commotion à toutes les facultez : qui feroit caufe d’induire inflammation, douleur, fiéure, 8c autres accidens ; ce quei’ay veuaduenir founentesfois. Et quant auffi à la faignée ( félon Galien, au 4. de la Méthode ) ne doit eftre feulement faite pour l’abondance du fang, mais auffi pour la grandeur de la maladie prefente ou future : à fin de diuertir 8c faire reuulfion pour tirer la fluxion, laquelle commence aux parties contraires : 8c celle qui eft-ja coniointe, doit eftre vacuée de la partie mefme, ou la deriuer de la partie proche* Exemple pour faire la reuulfion ; Si la partie dextre de la tefte eftbleflee, la faignée fe fera de la veine Cephaliqne du bras droit, s'il n'y auoit grande plénitude : 8c en défaut de la Cephaliqiie, faut ouurir la Média- ne ; 8c Ci on ne peut trouuer la Médiane, foit prinfe la Bafilique : 8c fi la blcflèure eft du cofté fene- flre,fera faitlcfemblable du bras feneftre, pluftoftqu'àl'oppofite, à fin que plus ayfément on attire 8c defeharge la partie, par la rectitude des filamens : 8c en tirant le fang, faut auoir égard fur toutes chofes à la vertu du patient, qui fe fera en touchant fon pouls ( fi le Médecin n'eft prefent ) pour-ce, comme dit Galien au liure de Sangulnis mîffwne , qu'il monftre infalliblement la vertu 8c force du patient. Parquoy faut auoir égard en fa mutation'& inégalités fi tu le trouues petit & lent auec- ques vne petite fueur qui commence à venir au front, mal de cœur, comme volonté de vomir , 8c bien fouuent d’affeeller, auec baaillemens, 8c mutation de couleur , ayant les lèvres pâlies : fi telles chofes apparoiflent, fubit te faut clorre la veine, de peur que tu ne tires l'ameauec le fang ; 8c alors donneras au malade vn peu de pain trempé en vin, &luy frotteras les temples 8c le nez de fort vi- naigre, 8c le feras coucher tout plat à larenuerfe. Et quant au fécond poinét, qui eft de la fluxion ja faite 8c arreftée en la partie, elle doit eftre vacuée par la partie mefme, ou eftre deriuée parla proche. La partie fera defehargée de la fluxion coniointe 8c arreftée en la partie, faifant desTcarifi- cations aux lèvres de la playe, ou par application de fangfucs bien préparées : la matière fera deri- uée en ouurant les veines proches de la playe, â fçauoir, de la veine Puppe, ou celle du milieu du front,ou des veines 8c artères les plus apparentes des temples , ou celles de delîbus la langue. Pa- reillement feront 8c applications de ventoufes fur les efpaules , foit auec fearifi- cation, ou fins fcarification, félon la neceffité. Outre pins,noteras que pendant la curation , fou- uentesfois il conuiendra faire des friélions aflez longues 8c fortes , auec linges vn peu afpres, vni- uerfellement par tout le corps, excepté la tefte: lefquelles fendront, tant pour faire reuulfion des matières qui pourroient monter en haut [per alîtum) c'eft à dire par exhalation, ou infenfible cranl- piration de certaines vapeurs contenues entre cuir 8c chair , lefquelles s'augmentent fort en noftre corps, 8c principalement par fautelde faire l’exercice accouftumé. D’abondant ie ne veux putre- paffer , que ie ne recite de la faignée cefte hiftoire digne au Chirurgien,& à tous d'eftre bien notée* C'eft que cesiours paftez, fus appellé aux fauxbourgs S. Germain des Prez, à l’image S. Michel, au io2is du fire lean Matiau, pour vifiter & medicamenter vn ieune homme de monfieur Douradour, Hip. aph.t$* liurc t. Ventres byt- me>&c. Du dormit» Du 'Veiller i DecoÊto dot* tnitiue. Vtîlité dti dormir * Adulé tou- chât les for- tes purgatifs» Saignée ré- uuljiue. Il nefl necèf- faire au Chi- rurgie de tou* cher pouls au malade ,fi U Médecin nef prefent. Saignée va- cuatiue. Saignée ders- uatiue. tîifoire mé- morable de la , faignée. f Le Dixiefme Liure, âgé de vingt-huid ans ou enuiron , ôc de température Fanguine, l’vn des maiftres d’Hoftel de Ma- A darael’Admiralle Brion : lequel cftoit tombé la tefte fur vue pierre, à l’endroit de l’os pariétal par- tie Feneftre , ôc au moyen du coup , s’eftoit Fait vne playe contufe , fans toutesfois aucune fradu- re d’os : par le moyen de laquelle le 7. iour luy Furuint vne fièvre continué ôc refuerie,auecgrande inflammation phlegmoneuFe , caufée par la lefion du Pericrane accompagnée d’vne tumeur mer- ueillcufe de toute la tefte ôc le col, ayant le vifage grandement défiguré , ne pouuant voir ny parler , ôc moins aualler aucunes chofcs, fi elles n’eftoient bien liquides. Subit, voyant tels ac- cideiis, combien que le iour de deuant qui eftoit le 8. iour de Fa blefleure, il euft efté Faigné par Germain Agace, maiftre Barbier audit S. Germain , lequel luy auoit tiré quatre palettes de Fang: ôc voyant les accidens fi grands , la Force ôc vertu du patient bonne ,reireray la Faignce , &luy tiray quatorze palettes pour ceftc Fois : puis le iour Fumant, voyant que la fièvre ny aucuns des accidens ne s’eftoient nullement diminuez , mais pluftoft eftoient augmentez, réitéré la Faignée, ôc luy tire derecheFquatre palettes , qui eftoient vingt-deux : & le lendemain voyant cncores les accidensn’eftre diminuez, Fus encores d’aduis le reFaigner , ce que noFay Faire Feul, vcu la grande éuacuation qu’on auoit ja Faite. Et alors priay Monficur Violene, Dodcur rcgent en la Faculté de Médecine , homme doéte ôc de bon iugement, de voir le patient. Lequel Fubic luy ayant touché le pouls, le trouuaut Fort robufte, ôc voyant pareillement à l’œil la grande rumeur, l’impetuofité ôc vehemcnce de l’inflammation , Fut d’aduis que promptement Fuft refaigné : ôc luy ayant dit que B ja on en auoit tiré vingt-deux palettes,m’vfa de ces motsiEjlo, qu’on luy en euft tiré dauantage, fi cft_ce qu’il luy en Faut encores tirer : attendu que les deux indications principales qui nous indî- ftLient a Faire Faignée , Font preFentes : à Fçauoir la grandeur de la maladie, ôc la Force ôc vertu L1 patient. Adonc Fus bien ioyeux, Ôc fondain luy en tiray encore trois palettes en la preFence: ôc luy en voulois tirer dauantage , ce qu’il remit à l’apreFdinéc , où ie luy en retire encore deux, qui Font vingt-Fept palettes,qui Furent tirées audit patient en quatre iours Fuiuans.Et la nuid Fumante ]e patient repoFa Fort bien:& le lendemain letrouuay Fans fiévre,la tumeur grandement diminuée, l’inflammation preique toute efteinte, horfinis les paupières Fuperieures des yeux, ôc le mollet des oreilles, leFquels endroits s’apoftumerent, ôc jetterent allez grande quantité de bouc. Et protefte qu’il Fut entièrement guary, grâces à Dieu, par les remedes : qui Fans la benedidion d’iceluy,Font du tout inutiles. Or i’ay bien voulu reciter telle hiftoire, afin que le ieune Chirurgien ne Foit timi- de à tirer du fang aux grandes inflammations : pourueu que principalement la force ôc vertu du patient Foit grande : ie dy grande, parce qu’il y a des perFonncs que fi on leur auoit tiré trois pa- Jettes de Fang , on Feroit quelquesfois cauFe de leur ofter la vie. Et pour retourner à noftre pro- Pos » Faut que le malade éuite l’ade venerien , non Feulement pendant que Fa playe n’eft encores confolidée, mais long-temps après, pource qu’en petite quantité de femence , eft contenu grande quantité d’efprits : ôc qu’vne grande portion de ladite Femence procédé du cerueau, qüi cft cauFe q de débiliter les vertus, & principalement la faculté animalerdont grands accidens,& Fouuent mort nrochaine aduient par tel ade à ceux qui ont playes à la tefte : ce que ie puis attefter auoir’veu fouuent aduenir en bien petites playes de tefte, encores que la playe fuft du tout confolidée. Sem- blablement le Chirurgien ne doit meFpriFer les aflFedions de l’ame , pource qu’elles caufent grands mouuemens ôc mutations au corps, à cauFe qu elles dilatent ou compriment le cœur ôc en ce Fai- Fant les efprirs Fe rcfoluent, ou aftraignent, ôc FufFoquent : ces pallions Font ioye , amour , eipe- rance, ire, triftefle, crainte, Ôc autres : toutes lefquelles doiuent eftre corrigées par leurs contraires. Dauantage, faut que le malade Foit en vn lieu de repos , ôc hors de grand bruit,s’il eft polfible, comme loin de cloches, non près de marefchal, tonnelier, raaletier, armurier , paftàges decha- rettes ,ôc leurs Ferablables , pource que le bruit luy augmente la douleur, la fièvre, ôc autres mau- uais accidens. Et me Tournent quand i’eftois dernièrement au chafteau de Hedin,qu’à l’heure qu’on faifoit la batterie,Ie bruit ôc retentiflement de l’artillerie caufoit aux patiens vne douleur extreme, principalement à ceux qui eftoient bldfez à la tefte : car ils difoient qu’il leur Fembloit, qu’au- tant de coups de canon qu’on droit, qu’on leur donnoit autant de coups de bafton Fur leurs pîa- yes : & mefmément leur furuenoit flux de Fang par icelles , Ôc faifoient grands pleurs ôc lamenta- tions : de Forte que la douleur : fièvre, ôc autres accidens, eftoient par telle vehemence grande- ment augmentez , ôc la mort accélérée. Et te Fuffife du régime vniuerfel : maintenant faut decla- rer la cure particulière Félon qu’aucuns des anciens ont eferit, Ôc aufii Félon ce que i’ay experimen- L té par plu fleurs années. Deux indi- cations de la faignée. Les palettes de Paris peu ttent tenir trois onces & plus. Aux playes de tefle faut éuiter lacis venerien. Des affeclios de L'ame. Repos. Jiijloire de la neceffité d’vn lieu de re- quop. De la cure -particulière , & premièrement des playes du cuir mufculeux. C h a p. X Vo Gai. 4. de la Met hy de. T pour la cure particulière, nous commencerons à vne playe fimple, laquelle pour fa cure n’a qu’vn fcul & fimple fcope, qui eft vnion : car fi elle ne pénétré iniques au crâne, elle eft penfée & curée comme celles des autres parties de noftre corps:mais fi || elle eft compofée , autant qu’il y aura de complications, autant faudra-il qu’il y ayt Pt1 d’indications.Et en icelles faut garder l’ordre,l’vrgent,& la caufe. Donc fi la playe eft fimple & iuperficielle,faut premièrement raferle poil d’alentour elle,&appliquer vn médicament, fait cum albumine oui,& bolo armenico & aloc;& le lendemain aqpliquer vne emplaftre de lanua ou Gratia Dei, & la continuer iufqu’à la parfaite vnion de la playe : mais fila playe eft profonde iufqu’au Pericranc, on ne peut faillir au fécond appareil, à mettre dans icelle vn digeftif, fait cum rerebenthina Veneta,vitellisouorum,oleo rofaceo,&tantillocrod:&en fera continué iufqu’à ce que la playe jettera fanie : Ôc alors fera adioufté audit digeftif mel rofatum , & farina hordei. Des PJayes en particulier. 273 A Pais après feront appliquez autres medicamens, aufquels n’entrera aucune huile, ny autre choie vnclueufe , comme celluy. f. tereb. Venctæ g.ij.fyrupi rofati §.).pal. alocs, myrrhæ 5c maftich. ah. 3. h. incorporentur limul ,& fiat vnguentum : duquel il faudra vfer iufqu’à la procréation de la chair. Puis pour faire cicatrice, fera appliqué la poudre qui s’enfuit, ff. aluminis combufti, cor- ticis granatorum combuftorum ah. 5.]. mifceantur fimul,& fiat puluis. Et fila playceftoit fi gran- de qu’il fuit befoin faire aucun poinct d’aiguille, feront faits en tel nombre qu’il fera befoin. Com- me ie fis à vn foldat qui elloit dans le chaileau de Hedin, vn peu deuant le fiege dernier , qui bef- choit en terre auec plulieurs autres , pour la porter fur les ramparts,fiur aucuns defcpuels tomba vne grande quantité de ladite terre, qui en étouffa la plus grande partie : ledit foldat fut tiré de def- fous , 5c eut tout le cuir mufculeux incifé, 5c déprimé iufques au pericrane, commençant fa pîaye deux doigts au delfus du lommct de la telle , 5c elloit renuerfé fur le vifage : ce qui faifoit grande horreur à regarder. Et l’ayant veu, fis appcller Charles Lambert, Chirurgien de defunél moniteur le Marefchal Duc de Bouillon , pour m’ayder à le penfer : dont l’ordre fut tel. le lauay fa playe de vin vn peu tiede, tant pour oller le fang coagulé, que la terre qui y elloit : puis fut icelle bien ef- fuyée auec linge mollet 5c délié. Et luy appliquay fur toutefaditeplaye terebentinede Venilè, méf- iée auec vn peu d’eau de vie, en laquelle auoit ellé dillbult fang de dragon, alocs ; 5c poudre de maftic : 5c après luy renuerfay 8c remis ledit cuir en fon lieu naturel , 5c luy fis plulieurs poinéls d’aiguille peu ferrez , pour euiter augmentation de douleur* 5c inflammation , qui le fait principa- B le ment au temps quelafanie fe fait, pour tenir ioinéles les parties qui elloient diffames «Scfeparées, 5c garder l’altération de l’air, lequel nuill grandement à telles playes, comme nous auons dit. Aulïî luy furent mifes des tentes alfez longues 5c plattes, aux parties inférieures de la playe, tant d’vn codé que d’autre, pour donner ifluë à la fanie. Et par deflus toute la telle luy fut appliqué vn cataplafme tel que s’enfuit. rf. farinæ hordei, &fabar. ah. vj. olci rofa. 3. iij. aceti quant, fuff. fiat cataplaf. adformam pultis : lequel a vertu deficcatiue , refrigeratiuc , & reperculîîue : auffi de leder la douleur, ellancher le flux de fang, 5c éuiter inflammation : 5c luy elloit renouuellé fou- uent, de peur qu’ellanr delfeiché les farines ne vinifient à clone les pores, fe rendans trop empla- llriques, & par confequent 11e permillent qu’il fe fill aucune exhalation, 5c refolution des vapeurs contenues en la partie. Et audit foldat ne luy full fait faignée, à railon qu’il auoit eu grand flux de fang , principalement par certaines arteres qui lont aux temples : 5c ellant bien aduerty que l’en- nemvnous venoit toll alfieger, luy confeillay de le retirer à Abbeuille, à finqu’il full mieux trait- té, ce qu’il fit. Et depuis vous puis bien alfeurcr, l’auoir veu audit Abbeuille du tout guary, lors que ie retournav de prifon d’entre les mains des ennemis. Mais fi la playe elloit frite par morfure de belle, il la faudroit traiter par autre maniéré. Ce que ic te veux bien en cét endroit aulîî demonllrcr par l’hilloire qui s’enfuit. Vn iour ellans les Lyons du dcffunél Roy Henry en celle ville auxTournelles, comme plulieurs les alloient voir , il aduint qu’vu d’iceux fe dellacha 5c ietta fa griffe fur vne fille âgée de 11. ans, ou enuiron, 8c l’atterra : ce C frit, engouia fa telle, 5c auec les dents luy fit plulieurs playes, fans toutesfois luy faire aucune fra— élure aux os. Et eft vray-femblable qu’il l’euft dénotée, n’eull ellé que le maillre defdits Lyons luy olla celle panure fille d’entre les dents 5c les griffes. En cét endroit fe trouua vn nommé Roland Claret, maillre Barbier Chirurgien àParis, qui penfa 5c medicamentaladite fille. Et quelques iours après fus mandé pour la vifiter, laquelle trouuay febridtanre, auec grande tumeur 5c inflamma- tion de toute la telle ; enfemble d vne efpaule , 5c du thorax, principalement aux endroits où les dents 5c griffes dudit Lyon auoient entré : 5c elloient les lèvres defdites playes liuides, 5c d’icelles fortoit matière fereufe , virulente , acre, 5c fortfœtide, 5c quafi intolérable à fentir , ainfi que d’v- necharongne, de couleur noire & verdoyante : 5c di foi t ladite fille fentir grandes douleurs pongi- tiues 5c mo dalités. Voyant tels accidens, il me vint promptement en mémoire que les anciens auoient lailfé par efcrit,que toutes picé[ueures 5c morfures de belles (voire fullent-elles faites d’hommes ) elloient veneneufes; les vncs plus, les autres moins : 5c partant ic conclus qu’il falloir auoir égard à l’impreflîpn du venin delailfé, tant par les dents que par les griffes dudit Lyon , &: qu’il conuenoit appliquer chofes qui euflent faculté 5c puilfance d’obtundre tous venins : & par- tant on luy fit plulieurs fcarifications autour de fes playes,&y furent appliquées des faugfucs, pou* tirer le venin dehors,& dçfcharger les parties enflammées ; 5c fubit luy fut fait ablution d’egyptiac, mithridat Sc theriaque, auec vn petit d’eau de vie, ainfi qu’il s’enfuit, à fçauoir : If, mithridat, j. thetiaeæ veter. 3. ij. ægypt. §. fi. diflbluantur omnia cum aqua vitæ , 5c cardui bcnediéli : 5c luy D en furent lauées & fomentées toutes fes playes. Et aux medicamens qu’on appliquoit tant dedans fes playes, que dehors, elloit mis defdits theriaque 5c mithridat : pareillement luy en fut donné parl’efpace de quelques iours à boire auec conferue derofes & buglofe , dillbult dans eau de pe- tite ozeille 5c chardon béni 11, pour la corroboration du cœur, afin qu’il ne full infeélé des vapeurs malignes. Pareillement luy fut appliqué fur la région du cœur telepithemc. ff. aquae rofarum & nenupharis ah. 3. iiij. aceti fcillitici. j. corallorum 5c fantallorum arborum 5c rubrorum , rofa- rum rubrarum , pul. fpodij, ah. 3. j, mithridatij., theriaeæ, ah. 3. ij. florum cordialium puluerila- torum p. ij.croci. 3. j. dilfolue omnia fimul. fiatepithema, quod luperponatur cordi , cum panno coccinco aut fpongia. Et elloit cedit remede renouuellé fouuent : 5c vous puis alfeurcr , que dés la première fois que nous eufmes fait tels remedes, la douleur 5c inflammation , auec autres mauuais accidens, commencèrent à diminuer, 5c depuis fut guarie : relie, que plus de deux ans après, au lieu qu’elle fouloit dire gralfe &en bon poinél, demeura fort maigre 5c extenuée de tous fes membres, mais à prelent ellefe porte bien.Or i’ay bien voulu reciter telle hiltoire au ienne Chirurgien, à fin qu’il tienne en mémoire,que les playes faites par picqueures& morfures de belles,demandent autre cure que les autres faiéles par autres caufes. Médicament > epulotique.ou cicatri&aiif Ht flaire d'vn foldat qui fut blefé au chafieat* de Hedin. ; Chofe à noter , touchant les poinfts d’ai- guidet. Hifîoire d'v- ne fille merje d'vn Lyon, Toutes mor~ fûtes &ptc- queures de befles ,font veneneufes. 274 Le Dixiefme Liure, Or maintenant il nous fait retourner aux autres difpofitions , comme fi c'eft vn coup orbe qui A. ait caufé contufion fans playe : alors ayant razé tout le poil ( ce qu'il faut toufiours faire , à fin de cognoiftre mieux le mal, 6c que les teraedes puiflènt pareillement mieux profiter ) pour le premier appareil on doit vfer de repereuffifs, comme d'oxyrhodinum ,011 tel qui s’enfuit ; Of. olei rofati. 5. iij.albumina ouorum numéro ij. pulueris nuciscupreffi,balauft.aluminis rochæ,rafarumrubrarum, an. j.j.incorporentur fimul,fiat medicamehtum ad vfum didum.Ou au lieu d'iceluy,on peut appli- quer le cataplafme fait de farine d’orge,de féues,& d’oxicrar,& huile rofat,cy-deflus écrit,ou autres fcmblablesflcfquels rcmedes fe doiuent renouuellerfouuent.Et après que la fluxion & douleurs font appaifées,faut appliquer des refolutifs à fin de refoudre les humeurs defluez à la partie. cmplaftri de mucilaginibus j. cmplaftri de meliloto & oxycrocei an.^.j.olei camomiliæ,& anethi fimul, 6c fiat emplaftrum ad vfum di£lum:duquel fera appliqué fur ladite partie. Pareillement en tçl cas on peut vfer de fomentation,comme de cefte-cy : rubri tb.iiij. lixi— uij communis tb.rj.nuces cupreflî contufas,numéro x. pulueris myrtillorum J.j.rofarum rubrarum, abfinthijjfoliorum falniæ,raaioranæ,ftœchados,florum camomiliæ, meliloti ah.m. fi. aluminis ro- chæ,radicis cypcri,calami aromatici an. fi.bulliant omnia fimul,& fiat deco&io pro fotu : 6c d’i- cclle foit fomenté le lieu blefle auec efponges,ou feutres. Icelle fomentation refout 6c feiche le fang meurtry, comme on peut cognoiftre par fes ingrediens : 6c la’faut faire longuemcnr,&: après faut ef- fuyer 6c fcicher tres-bien la tefte auec linges chauds , 6c appliquer diffus encores chofes plus refo- lutiues, pour toufiours confumcr 6c refoudre, comme le Cerat, eferit par de Vigo, appelle Cerotum B de minio,lequel a vertu d’amollir 6c refoudre,& eft tel : olei camomiliæ, liliorum an. x. olei maftiehis veruecis tb.j. lithargiri aurci viij.rainij vini boni cyathum vnum, bulliant omnia fimul,baculo agitando,in primis lento igne,& in fine,ignis angraentetur, donec ac- quirat colorem nigrum,vel tendentem ad nigredinem, addendo in fine cofturæ rerebenthinæ ib.fi. pul. maftiehis §. ij. gummi elemi g.j.ceræ quantum fufficit,& bulliant rurfus vna ebullitione,& fiat emplaftrum molle. Et fi par tels moyens on ne peut refondre, & qu’on voye y auoir molleflc 6c inondation, alors fautouurir la tumeur le pluflroft qu’il fera pofifible. Car quand la chair eft: enflammée 6c pourrie , elle altéré l’os, 6c le rend purulent, tant à caufe de l’inflammation qu’à caulc aulli de l'acrimonie de la fanie qui tombe deflus : parquoy faut promptement faire apertion, 6c mundifier la playe auec vn rofati, 6c abfinthij,an.f .j.terebimhinæ fi.pulueris ireos,alocs,maftiehis,rayrrhæ,farinæ hordei,an.5 fi.ou egyptiac méfié auec apoftolorum, parties efgales, ou pur, s’il eft befoin pour mundifier vne grande pourriture ; 6c après la mundifiça- tion,fauc vfer de rçmçdes incamadfs,puis cicatrizatifs, Gai. au g. de la metked.âît que la feme- tatio longue- ment faite refout pim qu'elle n'at- tire, Cerotum de minio. Les eau fes de te Ire L'os pu- rulent. Cure des accidens qui aduiennent au Crâne, C H A p. XVI. & après auoir parle des remedcs propres au cuir mufèuleux , félon la diuerfité des di- C y (È$0sà!\ fpofitions d'iccluy : maintenant faut déclarer ceux du Crâne & de la Dure-mere.Donc- ques fi l'os efl; fraéluré, 6c qu'il foit befoin de le trépaner, ou l'efleuer, ou ruginer : après auoir fait feélion audit cuir mufculeux , faut déprimer le Pcricrane de contre le Crâne, ainfi qu'auons dit. Ce qui ne fe peut faire fans grande douleur pour la fenfibilité d'iceluy, & la connexion qu'il a aux membranes du cerneau par les futures :& partant faut bien auoir égard à mitiger la douleur, pour éuiter inflammation, 6c autres accidens. Doncqnes après qu'on aura fait le premier appareil,& efleué les angles de la playe j au fécond fera mis vn digeftif fait de iaune d'œuf 6c d’huile rofat, auccvn peu de terebenthine , &c fur l'os qu'on voudra garder fain , ne faut nulle- ment toucher de chofes humides , enfumant Galien , qui dit, qu’on ne doit nullement vfer aux os débitiez,de chofes vn&ueufès , mais au contraire de tontes chofes qui deflèichent toute humidité fùperflué, Dont faut mettre fur ledit os charpy fec, ou pouldres cephaliques (lefquelles deferirons cy-apres ) 5c garder qu’il ne foit altéré , tant de l'air que des medicamens humides. Pareillement après qu'on aura trépane,faut auoir grande folicitude à bien traiter la Dure-mere. Cat quelquesfois il fort grande quantité de fang de quelque vai fléau, qui pourrait eftre attaché contre la fécondé ta- ble:ce que que i’ay veu fou tient aduenir. Et toutesfois ne le faut fubiteftancher, mais le laillèr fluer ièîon la plénitude, force , 6c vertu du malade ; car par tel moyen la fièvre 6c autres accidens font moins grands ; ce qui efl; prouué par Hippocrates,qui dit, qu'il efl; neceflairc lai (Ter fluer le fang aux D playes récentes, excepté aux ventres : car par tel moyen elles feront moins moleftode douleur, in- d'autres accidens. Et les vielles (dit-il) on les doit faire forment faigner,à raifonque par tel moyen on defeharge la partie des humeurs contenues en icelle. Or donc après en auoir laifle fluer allez,fera arreflé auec ce remedeeferit de Galien:^.pul.alocs ouorum,numero ij.agitemur fimul cum pilis leporis minutim incifis,fiat medicamcntum. Et après que le flux fera eftanché pour feder la douleup,{èra appliqué deflus ladite Dure-mere, fang depigeo, recentcment tiré de deflbus l'aile:puis de celle poudre qui s'enfuit;!^.alocs,thuris,mirrhæ, fangui— nis draconis ah.5.]. mifce,fiat puluis fubtilis. Et pourral’on aufli faire vne embrocation d'oxyrho- dinura,ou autre repcrcufsif,comrac le cataplafme fait de farine, de vinaigre,& huile rofat,pour ad- doucir & appaifer la douleur 6c euiter inflammation iufques au quatriefme iounpuis on pourra fèu- rement vfer duCerat de Vigo , lequel me fcmblceftre fort propre pour les os du Crâne fraélurez, pource qu'il attire la matière du profond à la fuperficie,refoult 6c dcfeiche modérément : 6c à caufc de fon odeur, refiouift; l'efprit animal, robore le cerneau 6c les membranes. Ccfaifanr, ap- paife la douleur, comme on le pourra cognoiftrc par les ingrediens , qui entrent en fa com- pofition , qui eft telle: Oleirafati omphadni, refmæpini, gummi demi an.j.ij.nuftich.g. j.fl. DigejVtf. Cal- 6. liu.de la meth. Hlp. auîiure des vlceres. & Gai au li~ ure 4. de la Méthode. Au 6. de la Meth. Cerat de Vi- go propre aux fractures du Crâne. Des Playes en particulier. 275 A pinguecUnis arictis §.ij. fi. foliorum bcthonicæ, raatrifyluæ,anthos an. manip. j. ammoniaci |.fi. granorum tindorum 3. x. liquéfiât pingucdo, 8c trituranda triturentur, 8c liquefac fimul ammo- niacum cum aceto fcillitico : deinde bulliant omnia fimul in ife. ij. vihi boni, lento igné vfque ad conlumptionem vini, deinde exprimantur : cum expreffione addantur terebenthinæ Venetæ 3.iiij. ceræ albæ quantum fufficit, fiat cerotum molle : defquelsremedes fera vfé félon laneceffité: ce qui eft cnioint par Hip. 8c en la méthode de Galien, qui commandent toufiours indications contrai- rcs. Pareillement faudra frotter toute la nucque du col, 8c l’efpine malade de ce Uniment > lequel a grande faculté d’addoucir les nerfs,pour empefeher le fpafme :> corne pourras cognoiftre auffi par les ingrediens qui herbæ pàralyfis,an. m. fi.radicis florum chamænieli,meliloti,hypedtonis, an.mq.pi- ftentur 8c maccrcntur omnia in vino albo per nodrem : deinde coquantur in vafé duplici cum oleo lumbricorum, liliorum 3 8c de tercbintliina axungiæ anferis 8c huma; ah. ij, vfqüc ad confump- tionem vini : poftea colentur, 8c in côlatura adde terebinthinæ Venetæ iij. aquæ vit£ §.fi. cetæ quantum fufficit, fiat linimentum fecundum artem : mais la douleur eftant appaifée faut defifter de toutes chofes vndueufes j de peur qu’elles ne rendent là playe fordide &c maligne 3 & que les parties proches nefe pourriftènt, 8c par conféquent la Dure-merè, 8c l’os ; poürce que les parties ne feroient gardées par leurs 3 ce qui fe doit faire pat remedes deficcatifs. Parqüoy ne faut aux playes 8c fradures de la telle vfer de remèdes oléagineux, humides & fuppuraiifs : fi ce 15 n’eft pour mitiger la douleur, 8c fuppurer en cas de necelîîté : ( car comme dit Gâlien ) il faut laif- fer fouuentesfois la propre cure, pour fubüenir aux accidens. Dauantage , Hipp. ne veut qu'aux fradures du Crâne y foit fait fomentation de vin , ou bien peu : 8c ce bien peu encores, comme interprété Vidas Vidius , fi ce n’eft quand on craint inflammation : pource que la fomentation de vin a faculté de reprimer , refroidir, 8c feicher ( fuppîé que ledit vin foit noir 8c rude. ) Et com- bien que ledit vin ait faculté 8c vertu deficcatiue 3 tôutesfois actuellement humede. Ce qui eft grandement contraire aux playes de la telle , 8c principalement fi l’os eft defcouuert : en forte qu’il y auroit danger j par la réfrigération, qu’il feroit au cerneau, qu’il ne futuinft fpafme, ou autre mauuais accident. Et partant ne faut vfer de chofes ffoides ôc humides 3 fi ce n’eft , comme àuons dit, pour reprimer l’inflammation3 8c appaifer la douleur, caufée par ladite inflammation : mais feront appliquez fur les os defnuez, poüldres catagmatiques 3 8c cephaliqucs , ainfi appellées des anciens Grecs, parce qu’elles font propres aux fradures des os de la telle 8c autres : à câufe que leur ficcité, confomment l’humeur fuperflu, 8c en ce faifant 3 aydent à Nature à feparer lefdits os, Ôc engendrer chair delfus. Et font lefdites poudres telles. Thus 3 radix ireos Florentiæ , farina hor dei, ôcerui, pulu. alocs hcpaticæ, fanguis draconis , maft. myrrhà3 radix ariftolochiæ , gentiânæ, crucæ, 8c généralement tous Amples qui font deficcatifs, abfterfifs fans erofion : lefquels feront appliquez après que la douleur, inflammation 8c apofteme feront palîez : mais alors qu’on voudra q mundificr les membranes , 8c faire feparer , incarner , 8c couurir les ûs , en conuient vfer en les di- uerfifiant félon la température, 8c habitude du corps , ôc des accidens qui feront trouuez àufdites fradures, ayant en confideration , que l’os porte plus forts remedes, 8c veut auffi plus dire deflei- ché que le Pericrane, ôc Durc-mere, d’autant qu’il eft plus fcc, ôc non fenfiblc. Et pour celle rai- fon, lorsqu’on appliquera lefdites poudres cephaliqucs aux membranes , feront méfiées auec miel* ou fyrop rolàt, ou d’abfinthe, ou leurs femblables, à fin de les rendre moins deficcatiues 8c acres» j, ecp. Linimeni Lt ** * GaL au 4» de la . Poudrés cd~ tag, cephh La vêtit* dit poudres ct'~ Phaii^»e(" Des accidens qui aduiennent à la Dure-mere, C h a p. X Y I L SI par fortune la Dure- mere dl indice ou efcorchéc, pour f agglutiner, Hipp. com- mande y appliquer fuccum nepetæ , méfié aucc farine d’orge* En lieu d’iceluy re- mede , on peut vfer de celle pouldre, qui a pareille faculté. colophoniæ 5. iij. myrrh. ak»cs, maft. fang.dra. an. %.]. croci,farc.an.5.fi. mif. & fiat pul. fubtilis* Et pour expurger le fang Sc la fanie qui di, ou peut eilre , entre le crâne Sc la Dure* mere, faut mettre vnc tente de linge délié en quatre ou cinq doubles , trempé en fyrop rofar Sc d’abfinthe : auec vn peu d’eau de vie, entre le Crâne & la Dure-mere, afin d’abaifter la Dure-mere de peur qu’elle ne touche au Crâne, pour donner ilTuS au fang & à la fanie, qui peuuent dire tom- bez entre l’os & ladite Dure-mere : Sc aulîî pour deffendre, que par la pulfation du cerneau, la Du- re-mere ne frappe contre les bords du circuit de l’afperité de l’os qu aura coupé la trépane* Et à chaqu’vne fois que le patient fera habillé, on mettra vne autre tente fcmblable, iufqu’à ce que la mondification foit faite. Mefmelc Chirurgien, chacune fois qu’il habillera lé patient, compri- mera la Dure-mere auec vil tel inftrument : Sc luy faut faire clorre le nez & la bouche , Sc qu’il fouille Sc expire : a fin que par tel moyen il expurge la fanie , qui dl entre l’os Sc la Dure-mere. Ledit inftrument duquel fera comprimée ladite Dure-mere, doit dire rond, large , poly , & vny en fon extrémité, comme cdluy*cy. ti ipp. di vuln. cap. Pouldre prit* pre pour la Durt-nteri « 276 Le Dixiehne JLiure, Infiniment propre pourprejfer dr haijfer la Dure-mere en bas, afin de donner ijftïé à la fanie. Et par deflfus la fufdide pouldrc , Toit mife fur la Dure-mere vne efponge trempée ôc cfprcinte en vne decodion, laquelle ait faculté dcficcatiue , roboratiue, faite de chofcs aroraatiques,propres à la telle, comme il s'enfuit. If, foliorum faluiæ, maioranæ,beto- nicæ, rofarum rubrarum, ablinthij ôc rrtyrtillorum, florum chamæm. meIiloti,ftœcha- dos vtriufquean.rn.fi. radicis cyperi, calami aromatici, ireos, caryophyllatæ angelicæ an. 1?. bulliant omnia fecundum arrem, cum aqua fabrorum,& vino rubro : fiat dc- codio ad vfum didum. Et en lieu d'icclle on pourra vfer de vin clairet, auec portion d'eail de vie: afin que ladite efponge attire &c fciche lafanie’, ôc autres humiditez. Icelie efponge fera plus propre qu’vn linge ou autre chofe, pource que d’elie-mefme elle attire la finiie,& auffi qu’elle obéit par fa molleflc, à la pulfation du ccrucau.Et par dcllus tou- te la playe ôc parties proches, fera appliqué vn cmplaftre fait de Dialchalciteos liquéfié auec vinaigre, ou vin,&: huile rofat, afin qu’icclpy emplaflrc foit rendu moins chaud, ôc plus mol. Car(comme dit Hippocrates) on ne doit mettre aucune chofe dure, & fort pe- lante fur les playes de la telle, ny faire ligature fort ferrée, de peur d’induire douleur & inflammation : ce qui ell aulïï recité par Galien, gu’vn Apothicaire auoit bandé & lié lî fort la telle à quelqu’vn, qui auoit douleur caufeé d’inflammation, qu'il fut caufe de luy B faire fortir les yeux hors la telle, à raifon que telle ligature comprimoit les futures, en forte que le vapeurs fuligineux qui s’exhalent tant par lefdites futures, que par les poro- fitez du Crâne, ne fe pouuoient exhaler par icclles: ôc auffi que par telle cçmpreffion, les arteres ne pouuoient auoir leur mouucment pulfatif. Pour ces eaufes, la douleur ôc inflammation fut fi grandement augmentée, que les yeux luy creuerent, ôc fortirent hors la telle. Par ainfi, à bon droit Hipp. deffend couurir Ôc lier par trop les playes de la telle. En quoy tu re- tiendras en mémoire, que les emplaflres que tu appliqueras fur la telle, feront de confiftance mol- le : ôc les compreflés pareillement feront faites de linge mol ôc fubeil, ou de cotton, ou de laine,ou d’ellouppcs, ôc fera la telle (comme auons dit) peu ferrée ôc preflee. Et après que le malade aura elle habillé, fi la playe iette beaucoup, le faudra faire fituer fur la playe s’il ell poffible , ôc qu’il cllouppe par fois le nez Ôc la bouche, ôc qu’il expire pour faire elleucr ôc enfler le cerueau ; à fin que par tel moyen la fanie contenue au dedans, foit expellée, de peur qu’elle n’acquiere acrimo- nie , Ôc autre mauuaife qualité. Autrement il faudra gratifier le malade, de le tenir & fituer en la façon qui luy fera plus aifée, & qui luy viendra mieux à plaifir. On pourra mettre auffi entre le crâne & la Dure-mere, huile de terebentine, ôc vn peu d'eau de vie, auec aloës ôc faffran fubtile- ment puluerifé, pour mondifier ôc defleicher la fanie. Autre pour mefme effed. Jf. mell. . far.hor. pul aloë. mall. ôc ireos Florcn. an. 5.fi.aquæ vitæ parum : incorporentur fimul, fiat mun- dificatiuum ad vfum didum. Or quclquesfois fe fait inflammation après la trépanation, à la Du- re-mere, laquelle fe leue ôc fort grandement par le trou qu’on aura trépané au defl’us du Crâne, dont plufieurs mauuais accidens s'enfuiuent ; mais pour obuier à la mort, faut faire plus grande ouuer- tur© au Crâne, auec nos tenailles capitalles incifiues ? à fin de donner plus grande tranfpiration Ôc éuacuation aux matières contenues fous le Crâne : ôc alors fera réitérée la faignée ou purgation: cnfembleconuientordonncr vne dicte tenue au patient, Ôc tout parle confeil du dode Médecin: ôc appliquer remedes contrarians à l’inflammation : qui fe fera auec fomentation d’vne decoélion faite d’eau, en laquelle on fera bouillir feminis lini, altheæ, fœnugræci, pfilij, rofarum rubra- rum , an. j. folani, plantaginis an. m. j. ou autres remedes prçpres à tels accidens ; ôc inAiller remedes anodyns &repercuffifs dans les oreilles : ôc. fi elle eft grandement cfieucc, pour la baiflèr ôc refierrer on y doit appliquer de la farine de lentille, ou fueilles de vigne broyées auec graillé d’oyc , ou autres femblables remedes. Et fi on void qu’icelle tumeur ne fe refolue, ôc que l’on eufl foupçon qu'il y eufl de la boue au ddTbns,alors on doit faire incifion à la Dure-mere auec vnç lan- cette , ou auec vne billorie, tournant fa poindre vers le Ciel, de peur de toucher la fubflance du cerueau : ôc par tel moyen on donnera ifiuë à ladite boue. Ce que i’ay fait, ôc autres Chirurgiens, dont aucuns font réchappez , autres font morts. Mais il vaut mieux tenter vn remede grand ôc ex- trême, ayant encores quelque efperance, que de laiflér mourir le patient fans eflayer aucune chofe. tiip. au Hure des play es de la telle, Galen. en fon liu.de la ma- niéré de ban- der. Tout ce qu'on applique fur la tejle doit ejlre léger & mol. Mundificatif propre à la Dure-mtre. Pau. Ægî. iiu.6.eh. 90. Pourquoy c'eft que la Dure - mere fe noircit. Chap. XVIII. SL aduient aufll que la Dure-mere eft noire par la contufion & du coup, & fang refpandu ôc coagulé ddfus, ou par altération d’air froid, ou par application des remedes non propres à fa fubftancc , & tempérament, ou par putrefa&ion. Par- quoy il faut bien que le Chirurgien ayt égard à corriger tels vices. Donc pour o- fter la noirceur faite par contufion, il faut appliquer olcum de vitellis ouorum, auec vn peu d’eau de vie & faffran, & racine d’ircos de Florence fubtilemcntpuluerifée. Aulïi faut faire fomentations de choies refolutiucs, & aromatiques, lefquelles feront bouillies en eau & en vin. Pareillement fera appliqué le Ccrat de Vigo, que nous auons eferit par cy-deuant. Et fi c’efi: par fang congelé & efpandu ddfus la Dure-mere , fera ofté auec tel remede. aquæ vitæ i j. granæ finifllme fubtiliter trituratæ 5. ij. fi.croci 9 j. mellis rofati | j. fi. farcocollæ 5. iij. bulliant omnia fimul parum, & colentur : ôc foitappliqué ddfus, iufqu’à ce que la noirceur foir oftée. Et fi c’eft par l’altération de l’air, fera appliqué tel remede 2C. terebenthinæ Vcnetæ J.iij. mellis rofati J.ij. vitellunfvnius oui, farina: hordei 5. iij. croci fcrupulumi. farcocollæ 5. ij. aquæ vitæ 3.iij. in- Tomentatios refolutiucs & aromati- ques* Des Playes en général. 277 A corporentur fimul , & bulliant paululum : &c en foit appliqué fur la Dure-mere, iufqu’à ce que la noirceur & fa température foit reélifiée. Sic’ell par application de remedes induëment appli- quez , il y faut mettre d’autres contrarians. Comme fi la noirceur vient par indue application dé choies trop humides feront appliquez remedes deficcatifs , comme font les pouldres catagraatiques & cephaliques.Si.c’dl par remedes acres, foyent appliquez remedes doux 6c familiers.Or fila noir- ceur vient à putrefadion, de Vigo loue tel rcmede. vitæ 3.ij.mellis rofaci 5 fi.Et fi par tel moyen la putrefaélion ne peut dire ollée, fera appliqué remede plus fort, comme celluy. aquæ vitæ §. ii). mellis rolati £j. pulueris mcrcurij 5 ij. 6c vnica ebullitione ad inuicem bulliant, mifce ad vfum didum. Autre. aquæ vitæ 5,]. fi. fyrupi abfinthij, 6c mellis rofati ah.ji). vnguenti Æ~ gyptiaci 5 ij. fi. farcocollæ ,myrrhæ, alocsan.3. j. vini albi boni 6c odorjferi % j. bulliant omnia fi- ni ul parum : dcinde colentur ad vfum didum. Outre plus fi la putrcfadion eftoit fi grande, qu’elîé ne peull dire ollée parles remedes que nous auons ja dit, fera appliqué egypriac pur, fait en eau de plantin en lieu de vinaigre, ou pouldre de mercure toute feule, ou meflée auec vn peu d’alum. Et ne faut craindre appliquer tels remedes fur la Dure-mere, lors qu elle dl putréfiée : à caufe qu’aux grandes maladies il faut vfer de forts remedes. loint que comme moindre Galicn à la fin du 6. de la Méthode, la Dure - merè peut de fa nature porter tels medicamens fort ddfeichans pour deux raifons : la première, que les corps fecs 6c durs , quels font les membranes, ne font altérez que par medicamens forts. L’autre, que le principal foin du Médecin doittoufiours dire de gar- der la température de la partie par medicamens de lemblable qualité. Que fi le conduit de l’ouye,- nonobdant qu’il pénétre 6c touche infqnes à la Dure - merc, 6c reçoiue le nerf qui luÿ vient du cerueau > porte 6c requiert medicamens de telle qualité : à plus forte raifon les pourra porter la Dure-mere: Et fi par tels moyens la putréfaction ne celle , 6c que la tumeur full fi grande que la Dure-mere iortifl hors du Crâne j fans aucunement foy mouuoir, «5e qu’elle full noire «Se aride , 6c les yeux du patient rouges 6e enflammez, fortans comme hors de la telle, fa veuc non alfeurée, auec inquiétude 6C phrenefie, fi tels accidens ne edfent bien toll, fay prognollique que le patient en bref mourra , pource que la Dure-mere dl gangrenée, 5e la chaleur naturelle dleinte. Au con- traire , fi la Dure-mere a fa chaleur naturelle, 6c qu’elle ayt fon mouuement allez libre, la playe non aride, 5c la fanie louable, 6c que le patient foit peu fcbricitant, ayes bon cfpoir qu’il guarira; ce qu’auons dit par cy - deuant. JSgypt'tat pour ojier la puttefaftioH^ Hip. Jphi C, luire i i Pourquoy on trépané aux fraftares du Crâne* Chaf. XIX, HR à prefenc conuient au ieune Chirurgien fçauoir la raifort pourquoy ôn trépané les fraélures des os de la telle , 8c non des autres parties de noftre corps ; Ce qui fefait pour quatre caiifcs. La première, pour elkucr les os, 8c ofter lesefclars, fragmens 8c efquilles fraélurces , qui compriment ou picquent les membranes, 8c quelquesfois la fubftance du cerueau. Secondement, afin qu'on puille vacuerde,terger 8c feichcr le fang ou la fanie, qui font ia tombez par la fraélure, pour la ruption des vaifteaux, femez entre les deux tables ( die Diploé )ou de ceux qui attachent la Dure-mere auec le Crâne,qui pourroit pourrir l'os 8c les mem- branes,& mefme le cerueau. Tiercernent,pour appliquer remedes conuenables à la playe & fractu- re , félon qu'il eft needfiare. Quartement pour fuppleer à la ligature repercuffiue 8c defenlîue de fluxiort 8C inflammation , laquelle fi elle pouuoic y eftrc accommodée , comme es autres membres expelleroit «3c prohiberoit les fuperfluitez du lieu affeélé. Or pourquoy les ligatures qui font pro- pres aux fraCtures des autres parties de noftre corps ne font vtiîes 8c commodes à celles du Crâne, c'eft à caufe que la figure de la telle eft ronde, laquelle ne fe peut bien commodément ferrer 8c lier , tant pour tenir les os fraClurez eu leUr lieu naturel, que pour exprimer 8C renuoyer le fang loing de la partie vulnerée 8c fraClurée , 8c aulïi pour empefeher qu'il ne fe face nouuelle fluxion: ce qu'il eft impolîible défaire à la telle , tant à caufe de fa figure, qui ne peut permettre telle liga- ture , que pource que les vaifteaux, à fçauoir veines 8c arteres, qui font au dclfous du Crâne, nd peuuent cftre ferrées, pour exprimer 8c renuoyer lefang, ains feulement les extérieures, ce qui cau- leroit douleur 8c inflammation ; d'autant que telle ligature empefeheroit par fa comprclîîon le mouuement des arteres : pareillement arrefteroic l'éuacuation des excremens fuligineux, qui s'e- uaporent parles commiflures du tell, à caufe quelles feroient trop ferrées : pareillement renuoye- roit le fang du lieu blelfé aux membranes 8c au cerueau ( comme nous auons prédit) & feroit-on caufe d’induire douleur, chaleur, fiéure, apofteme, apoplexie, fpafme, paralyfie, & par confis- quent la mort. Et partant pour cuitertcls accidens, nous conuient faire ouuerture au Crâne, lors qu’il eft fracturé ou contus, ce qu'il n'eft befoin aux autres parties. Et auparauant que l’on appli- que la trépané , faut bien fituer le patient, 8c luy mettre fous la telle quelque drap plie en plu- fieurs doubles, 8c prefter fur le cheuet ou trauerfin, à fin que lors qu'on fera l’opération, que la telle du patient n'enfonce en la plume, mais qu'elle foit fiable, fans quelle tourne d'vn collé ne d’autre , ny quelle enfonce, fi ce n’eft par le commandement du Chirurgten qui trépané. Auec cela, luy faut bien eftoupper les oreilles de corton : à fin d’obtondre le bruit de la Trépané, ou au- tres inftrumens capitaux. Et auparauant que d’appliquer la Trépané ,'on doit commencer à percer l’os auec vn inftrument, lequel aura fa poinéle de figure triangulaire, afin qu'il entre mieux 8c plus fubir, 8c n'aura fa poinéle non plus grofte que le clou de la Trépané, à fin qu'elle ne vacille de collé ny d’autre. La figure eft prefque femblable à vn Foret, horf- mis la poinéle , comme tu •vois par ce portraiél. Rai fin petit* quoy on tre> panes La fitùatlon du patient qu’on veut treparner, Le Dixiefme Liure, 2 78 foret four commencera ouurir le Crâne. A Te monftre le manche. B B Les poindes qui s'inferent dans le manche par vne viz. Definitio des Trépanés. Trépaner , ce fi à dire percer yqui eft lors qu'on emporte vne fiece du mi» lieu de l'os. Befcription des Trépanés. Chap. XX. SR e p a n e s font fcies rondes, qui coupent l'os circulairement plus ou moins, fé- lon quelles pcuuent eftre grandes ou petites : lefquclles doiuent auoir vn clou aigu, ou poinéle au milieu de leur circuit, &c qui palïè vn petit outre les dents de la Tré- pané : à fin qu'en trépanant foit ftable, ôc ne vacille de collé ou d'autre, iufques à ce qu'elles ayent fait leur circuit, ôc coupe pour le moins la première table, ou enuiron. Adonc faut oller ledit clou, de peur qu'il ne touche ( l'os cftant coupé ) la Durc- mere. Puis s'il eft befoin, foit continuée la perforation endere des deux tables. Dauantage faut qu’autour de la trépané y ait vn chaperon, à fin qu'elle ne puilïe palier ôc couper l'os plus qu'on ne voudra ÿ de peur aulîî qu'en trépanant, on ne l'enfonce fur la Dure-mere, Pareillement on doit vn peu huiler ladite trépane, à celle fin qu'elle coule mieux ôc plus doucement. Ce qüi eft co- gneu par les artifans , qui frottent leurs fcies de chofes oleagineulès, à celle fin qu elles entrent mieux. Semblablement faut fouuent en trépanant leuer la trépané, ôcla tremper en eau froide, à celle fin qu'elle n'efchauftc trop l'os : car toutes chofcs folides qui tournent auec vehemcnce, s'ef- C chauffent : ôc par ainfî la trépané tournant en l'os s’efehauffe, Ôc l'os femblablement aulïi s'efehauf- fc ôc ddlèiche, ôc par confequent s'altere : dont s'en pourroit feparer dauantage après la trépana- tion. Et icy ne faut ignorer , que toufiours Nature iette vne exfoliation d’os, où la trépané aura fait fon circuit &: aura touché, ôc aulïi vne petite efcaille de lafuperficie qui auraefté defcouuerte, Ôc que l’air aura touché. Et pour ayder à Nature à faire ladie exfoliation, on appliquera ddîùs pouldre d'eruca, autrement dite roquette, bryonia, concombre fauuage, ariftolochia, ôc autres qui feront deelarees cy-aprcs. Et alors qu'elles feront feparées, l’on appliquera celle pouldre, la- quelle a faculté d'augmenter la chair fur l'os ôc l'endurcir. pulueris ireos Illyricæ, alocs, man- næ, thuris, myrrhæ, ariftoioch. ah 5. j. Puis après la génération de chair, foit faite cicatrice, auec poudres d’efcorce de grenades brullées , ôc alum cuit. Et ne doit le Chirurgien en tirer lefdites efcailles ôc os par violence ; mais faut attendre que Nature ayt bafty vne chair ddîbus, ôc qu'elle iette l'os de foy-raefme : ou autrement fe feroit nouuelle altération, ôc corruption dudit os. Ce qui fera cy-apres plus amplement déclaré aux Icaries des os. Celuy qui trépané doit confiderer que la Figure de la telle eft ronde, pareillement fa trépané, Ôc par ainfi ne peut couper 1 os comme fi c'eftoit fur vn lieu plat. Audi que l'os n’eft pas tout d'vne mefme dpdlèur : Ôc partant faut qu'il regarde fouuent s'il coupe l’os plus d’vn cofté que d'autre, qui fe fera en prenant garde fouuent au circuit qu'aura fait fa Trépané , auec vne efpingle ou chofe fcmblable. Et où il fera trouué eftre coupé plus d'vn cofté que d'autre,faut décliner ôc prefier la Trépané fur celuy qui fera 0 moins coupé, ôc plus efpais. Or quand à la Trépané,plufieurs en ont innoué à leur plaifir : de forte que maintenant on en trouue de plufieurs ôc diuerfes façons : mais ie te puis bien aficurer que ce- fte-cy,qui eft par moy inuentée,eft plus feure que nulle autre ( au moins que i’aye cogncu ) pourcc qu'elle ne peut aucunement enfoncer dedans le Crâne, ôc par confequent bldîèr les membranes ÔC le cerueau , à raifon d'vne pièce de fer appcllée Chaperon , lequel fehaulle & baille du tout à ta volonté , Ôc garde que le Trépan ne pénétré ôc pâlie outre ce que feulement tu pretens couper de l'os, lequel { comme nous auons dit) n'eft dVne mefmegrollèur , efpelfeur Ôc dureté : ôc par ainfi nulle Trépané ne peut dire faite de certaine hauteur ou petitcllê fans iceluy Chaperon , lequel fe hauflànt & baillant, fait tel arrdl à ladite Trépané qu’il te plaift , voire Ôc fuft de l'efpdfeur d'vne ligne. Et le danger de pénétrer fon Trépan aux membranes ôc au cerueau, n’emporte feulement que la vie du patient: ce que i’ay veu aduenir plufieurs fois, non feulement par la faute des ieu- nes Chirurgiens , mais aulïi de ceux qui plufieurs fois auoient trépané. Auiourd’huy i'efpcre que jeunes Ôc vieils, voire apprentifs, pourroient trépaner fans danger auec cefdites Trépanés, def- quelles tu as icy le pourtraict. Hlp. devul. cap. Note. Grande an- notation peur le ieme Chirurgien, Des Play es en particulier. 279 Figure de la Trépané démontée. Figure de la Trépané montée. A Monftre le manche entier de la Trépane. B Le Chaperon. C LaVirolIe. D D Les Yiz qui tiennent la Trépané 3c Virollc. E La Trépané fans la pointe. F La Trépané auec fa Pointe. A Le Manche & la Trépané montée. B Le lieu où Te met la Trépané. CGC L’cxtremité de la Trépané qui s’infere dedans le Manche. D La Trépané auec Ton Capichon. E La Virolle. F La Viz qui Terre la Trépane dans le manche. G L’autre Viz qui ferre la Virollc con=- tre le Trépan4 H La pointe triangulaire. oAutre Trépané démontée, \Autre Trépané montée. A Le Manche. B La Trépané. C La Viz percuilîfs froids , ôc humides, lefquels feront rcnouucllez fouuent. Et faut euirer ceux qui font fecs ôc fort ailringens, comme vnguentnm debolo, ou femblables, pource qu’ils oppilcnt par trop, ôc gardent que les matières fuligineufes ne fe peuuent exhaler, tant par les futures, que par les po- rolîtez du Crâne 5c du cuir qui couure la telle. Donc tant s’en faut qu’ils gardaient qu’il ne fur- uiat inflammation,que pluftoft par iceux elle feroit augmentéc.Pareillement luy faut donner clv- ftercs IbuucntjS’il n’a bon ventre,afin de garder que les vapeurs ne montent au cerueau : qui fe fera aulïi auec Tayde des fridions & ligatures faites aux bras, cuilîès ôc iambes, ôc par ventoufes ap- pliquées fur les elpaules , ôc le plus près du col que l’on pourra , lefquelles feront allez grandes, ôc auec grande flambe , pour fe faire plus grande reuulfion , ôc dellourner le fang qu’il ne monte par trop grande impetuouté au cerueau, lequel cauferoit inflammation, ôc autres mauuais accidens. Et le lendemain faut ouurir la veine Puppe , qui ell lîtuée audcllus de la future Lambdoide , la- < quelle a grande communication auec celle du cerueau : ôc ellant ouuerte, faut commander au pa- 1 tient qu’il ferme la bouche , ôc le nez , ôc qu’il refpirc le plus fort qu’il pourra. Car en ce faifant J les membranes s’efleuent, ôc par ce moyen le fang qui feroit refpandu entre le Crâne ôc les mem- branes , ell euacué, mais non celuy qui ell entre le cerueau ôc lefiites membranes. Et où tel acci- • dent aduientla chofe cil defefperée , s’il y en a trop grande quantité, ôc que Nature ne foitallez forte pour le fuppurer Ôc jetter hors. Lon peut pareillement ouurir quelques iours après celles du milieu du front, &les arteres des temples, aulïi les veines de délions la langue, afin que par telles ouuertures on puille faire vacuation de la matière conjoinde.Pareillemet le patient doit tenir die- ■ re tenue, fans boire nullement vin , principalement iufques au quatorziefmeiour ,qui ell le terme J couflumier où les accidens font encore en vigueur. Aulïi les medicamens reperculîîfs doiuent dire * continuez iufques au quatrielmc iour : ôc puis après on doit venir auxrefolutifs, commençant aux doux ôc amiablcsjcomme celle altheæ aromatici an. faluiæ,maioranæ,betonicæ, florum camomillæ, mcliloti, rofarum rubrarum,llœcha- dos an.m. fi. falis communis iij. bulliant orania limul fecundùm artem cum vino rubro& aqua fabrorum, fiat decoéliorde laquelle on fera fomentation deux fois le iour auec feutres ou éponges. Et te conuient en cét endroit noter,qu’ilne faut trop échaufer la telle,de peur d’induire douleur Ôc inflammation. Puis appliqueras le Cerat eferit par de Vigo , lequel a faculté de refoudre modéré- ment , delfeicher ôc attirer par les porofitez l’humidité qui ell fous le Crâne : ôc par là vertu aro- j manque conforte le cerueau ôc l’efprit animal : lequel Cerat ell en celle forme. furfuris bene triturati |.iiij.farinæ lentium foliorum Ôc granorum cius an.^.j.calamiJ C aromatici 5.]. 1?.camomillæ,meliloti an.m.fi.nuces cuprelfi, numéro vj. olei rofacei ôc camomillæ, an.g.iij.ceræ albæ 5.ij.fi.thuris,malliches, an.3.iij.myrrhæ S.ij.puluerifatispuluerifandiSi&liquc-.. faélis oleis cum ccra , omnia mifceantur fimul:& fiat mixtura, quæ erit inter formam emplaftri ôc ccroti. Et dit en auoir vfé à vn Gentilhomme du Duc d’Vrbin, lequel cheut de chcual fur le pont S. Ange à Rome,la telle fur vne pierre de marbre,& demeura en terre comme mort, ôc faigna par le nez,bouche,&: oreilles : ôc fubir la telle luy deuint fort enflée,enfemble tout le vifage,auec cou- leur Iiuide,& demeura vingt ious après dire bielle, fans parler : aulïi fut vingt iours làns boire ny manger,fors de la gelée fondue &âdes boitillons de chapon , auec fucre,&: autres femblablesmeant- moins fut guary;vray ell qu’il perdit fa mémoire,& luy demeura vne balbutie, c’dl à dire, fut be- gue,ne fçachanr expliquer ce qu’il dclîroit dire.Ce qui confirme le dire d’Hippocrates,Iequel affir- me que ceux qui pour quelque caufe ont conculfion au cerueaû,perdent incontinét la parole:voire comme note Gal.au Commentaire, toute aélion qui vient de volonté. Or en tel cas ie n’çllime de petite efficace non moins que de Vigo , la faculté d’vu tel Cerat, d’auoir prohibé l’apollcme qui fe pouuoit aifément faire au cerueau. Ce qu’aucuns bigarrez hors de raifon, ne veulent concéder, Ôc maintiennent ne fe pouuoir faire apolleme en la fubllance du cerueau. Pareillement ne croyenc qu’on en puille échapper,lors qu’il y a portion de la fubllâce du cerueau déperduc,& donnent des raifons en l’air, que ne veux icy reciter pour euiter prolixité : mais il me fuifira leprouuer par l’au- D thorité des Anciens,qui ont lai lie par eferit telles chofes dire aduenucs : joint que par expérience on le void fouuent aduenir. Et premièrement Hippocrates dit, que celuy qui a grande douleur de telle,s’il aduient qu’il j«ttc du pus,des eaux ou du fang par le nez,& par la bouche,ou par les oreil- Ics,cela guarit le malade.Pareillement Galien au liure de trhtquali temperîe, ôc Rafis au troifiefme li- ure de fon Continent,chap. 4. ôc Auicenne au chapitre des Exiturcs,en la troifiefme partie du qua- triefme liure , chap. 20. affirment que Nature jette la fanie faite au cerueau , parle nez , bouche, ôc oreilles. Or par expérience, aulïi on a veu aduenir telle chofe. Et me fouuient que Maillre Pro- thais Coulon, Chirurgien de defunél Moniteur de Langey,m’a recité ôc affirmé auoir veu vn ieune garçon en la ville du Mans,lequel aydoit à fonner vne grotfe cloche,& fe pendoit à la corde , par laquelle fut efleuc en haut, ôc tomba la telle première fur les quarreaux. Et fubit perdit la parole, l’oüyCj&'la veuc,& toute cognoillànce ôc raifon,auec rétention des excremens : puis tofl après luy furuint la fièvre,auec delire, ôc autres mauuais accidens. Et ne fut le patient trépané,à caufe qu’on ne trouuoit aucune fraélure au Crâne. Et au feptiefme iour il luy furuint vne grande Tueur ôc fier- nutation,auec laquelle jetta grande quantité de pus par le nez , oreilles , & bouche. Et après celle euacuation les accidens ceirerent,6c guarit. Dauantage i’ay fait ouuerture fouuentesfois pour faire rapport en iullicé, à caufe de la mort de plufieurs qui auoient efté blellez à la telle : ou ie trouuois grande quantité de pus auec pourriture de la propre fubllance du cerueau. Rèlle femblablemenc Gai. au liu, de Sanguin, rnijpone. Ouuerturt dç la veine Fuppû. Les accident font encores tn 'vigueur Iufques an 14. iour. Cerat de Vt~ go propre aux coneuf~ fions de lu tefte. Hijhire, Hipp. aph. 5 8. liu. 7. S}ui h fit cere- hrum aliqua, Aph. \o. a» lift. 6. Au lift, de In&quali temperie, Hlfleire. Prothais. Coulon, Le Dixiefme Liure, 286 prouuer que les playes auec perdition de fubflance du cerneau , ne font necellairement mortelles. A Ce que le bon vieillard Guidon recite auoir veu vne playe en la telle, partie poflerieure,de laquelle efloit forty de la fubflance du cerneau , 6c le patient guarit. Et quant à moy , ie puis alfeurer en auoir auffi veu, dont icy en raconteray quelques hifloires. Dés l’an mil cinq cens trente-huid, comme i’eflois à Thurin , Chirurgien de defund Monlieur le Marefchal de Montejan, penfay l’vn de fes Pages, qui reçeut vn coup de pierre à la telle par vn de fes compagnons , jouant au palet, 6c le coup fut fur l’os Pariétal, partie dextre , aucc fradure 6c embarrurc dudit os , 6c fortoit par fa playe de la fubflance du cerneau , la grolfeur de demie auclaine ou enuiron. Et fubit qu’appcrceus telle chofe , difois la playe eflre mortelle. Et fur ce faid arriua vn ieunc Médecin , lequel conte - fla fort contre moy, difant qu’icelle portion du cerneau efloit graifte, 6c non du cerueau. Auquel ie dis qu’il la gardafl iufques à ce que i’eufié habillé le patient, ôc que mon dire feroit trouué vé- ritable. Et après auoir penfe ledit Page, afin de prouuer par raifon 6c expérience qu’icelle portion du cerueau ne pouuoit eflre graille: ie luy dy premièrement qu’au dedans le Crâne il ne fe peut faire graille, encores que les parties foient froides : à caufe qu’il y a grande quantité d’cfprits ani- maux qui font tres-chauds 6c fubtils, joint la multitude des vapeurs efleuées de tout le corps à la telle, lefquelles chofes empefehent la génération de la graifte : 6c quant à Pexperience par la diffe- 1 dion des corps morts , iamais on n’y void aucune graille. Et neantmoins vouloir gagner fon dire par toufiours coutelier. En fin luy dis que Pexperience nous mettroit d’accord. Ce que plufieurs Gentils-hommes 6c autres afîîflans defirerent bien voir 6c entendre : car ie tenois que fi c’efloit graille , elle nageroit fur l’eau : au contraire que fi c’efloit de la fubflance du cerueau, qu’elle iroic au fonds. Dauantage fi c’efloit grailfe , en la mettant fur vne pelle chaude, elle fondroit ; 6c fi c’e- floit du cerueau , il fe delfeicheroit 6c demeureroit aride comme parchemin , fans fe fondre ou li- quéfier , 6c promptement bruflcroit, pource qu’il eft gluant, humide, 6c aqueux. Et furent faites telles épreuues , dont fut trouué mon dire ellrevray ; 6c combien que ledit Page eut telle portion de la fubflance du cerueau perdue , il guarit,relie qu’il demeura fourd. Liu. 8. de H'vf.dei part. Hifiûire. Il ne fe peut engendrer graijfe fotd le Crâne, Signes par le'quels la gra/jje ejl tiiftinguée d’auec'la fubflance du cerueau. Des playes de la Face, C H A P. X XI Y. Différence de , playes de la Face. R âüoir aînfi traite des playes & fraétures de la telle, maintenant faut parler ce^es face» lefquclles fc doiuent foigneufement traiéler, afin que les cicatri- ces ne demeurent laydes & difformes. Les caufes penuent eflre ferablables à celles dit j Crâne , fçauoir eft, externes. Mais aux efpeccs 6c différences on peut adioufter am- putation totale des parties, comme d’vne oreille , ou d’vn œil creué ,ou du tout for- ty hors de la telle : aufîî le nez du tout coupé, 6c auec portion de la léure, ou totalité d’icelle. Pareillement la playe peut eflre faite de chofe fi violente, comme d’vn coup d’harquebufe, 6c au- tre chofe femblable , qui aura rompu 6c emporté portion des os du palais : de façon que le patient q îamais puis après ne pourra parler que Régnant, c’efl à dire , parlant du nez , s’il n’eft fecoliru par le bénéfice de la Chirurgie : ce qui te fera déclaré cy-apres. Nous commencerons donc aux playes des Sourcils, en continuant toutes les autres parties du corps. Aucunesfois il aduient que la playe fera frite au trauers des fourcils , en forte que les mufcles 6c pànnicules charneux , qui les meu- rent 6c eflcuent feront du toutdilacerez 6c coupez. Adoucies paupières ne peuuent eflre cfleuées, 6c les yeux demeureront clos , de façon que le patient ( s’il veut voir ) fera contraint ( voire après la confolidation de la playe) efleuer de fa main ladite paupière: ce que i’ay veu plufieurs fois: 6c tel accident le plus forment vient de l’impcritie ou inaduerrance du Chirurgien , faute d’auoir deuement coufu la playe , &d’y auoir appliqué compreffcs ,&fait ligature propre. Et où tel acci- dent feroit furuenu , faudroit couper, 6c du tout amputer autant du cuir 6c du pannicule charneux qu’il en fera befoin ; afin que la paupière fe tienne cfleuée en haut, fans que le patient foit con- traint y mettre la main. Puis faut coudre deuement la playe, de couflure de peletier : 6c par defïus fera appliqué de mon baume, &aux parties voifînes ,tel médicament. olei rofati fi. albu-* mina ouorum , numéro duo , boli arraenici, fanguinis draconis , mafliches ah. 3. j. agitentur fi- mul, fiat medicamentum : 6c foit fait bandage & ligature propre pour tel cas. Puis après on vfera de l’cmplaflrc Gratia Dei , vel betonicæ, vel diachalciteos, ou autres femblables , iufques à ce que • la playe foit confolidée : 6c telles playes 6c autres de la face , fe curent facilement, fi elles ne font D accompagnées d’autres mauuais accidens , ou que les patiens fullènt fort cacochymes. Il aduient vn autre accident du tour contraire, que la paupière demeure efleuée en haut, en forte que les ma- lades dorment les yeux ouuerts, ne les pouuans clorre : les Grecs les nomment Lagophpthalmos. La* caufe vient de caufe interne, comme d’vn charbon , ou autre apofteme : ou cxterieure,comme d’vn coup d’efpée , ou d’autre ballon. La cure fe fera en faifant vne incifion au deffus de la paupière , de figure de croilîant, 6c que les angles ou pointes foient contre-bas, afin de relafchcr 6c abaiffer ce qui effc trop efleué de la paupière, 6c ne faut nullement toucher le cartilage, pource qu’apres ne fe pourroit plus, releuer. Le refte de la cure fe fera ainfi qu’il appartient. Des playes des fourcils. Tante de fu- ture liga- ture,preiudi- siable. Les playes de la face fe eu. rent facile- ment. Des plajes des Teux, C H A p. XX Y. E s playcs des Yeux font faites de chofes poignantes, trenchames, contondantes, ou M îjirpé’ autrement. Et félon icelles différences, faut que le Chirurgien diuerfifie la cure. Or s’il y a aucune chofe eftrange dans l'œil, faut fubit la tirer hors, renuerfant ( s'il eft V-Y?; O'e- Eefoin j la palpebre doucement aucc la queue de l’efpatule, ou vne piece d’argent. Et où ne la pourras apperceuoir 6c voir , appliqueras dans l’œil trois ou quatre grains de Moyen de jet« ter les corps efrages hors l'oeil. Des Playes en particulier. 2 6 g A de femence d'Ormium, ou Toute-bonne, laquelle a puiflance de purger & nettoyer les ordures, ôc petits corps cftranges des Yeux , non toutesfois inferez » tk grandement attachez contre les membranes : mais où la choie eftrange feroit adhérante, & inferée aux membranes, alors vferas de cet inftrumcnr, lequel poferas fur l'œil, ôc ouuriras les paupières, ôc prelleras doucement l'œil : 8c par iceluy fera tenu ledit œil ftable, ôc aucc petites pincettes fera tirée la choie eftrange hors. La figure dudit inftrument cft telle. Figure cCvn Spéculum Oculi, pour dilater & tenir les paupières fiables : lequel fie peut accroifire dr referrer félon U grandeur des jeux. Or après auoir extrait les chofes eftranges , fera appliqué dans l’œil tel médicament. Prenez germes d'œufs dix ou douze, agitez en vn mortier de plomb, auec vn peu d'eau rofe , 8c le mettez dans l’œil, 8c par fus ledit cfcil, ôc parties voilînes, fera mis repereuflif tel que ceftuy. If. albumi- na ouorum num.iiij. pulucris aluminis rochse combufti J.ij.fanguinis draconis 3. j. aquæ rofarum Sc plantag. ah. ij. agitentur iîmul, fiat rcperculîîuum : duquel on vfera, 8c fera réitéré fouuent. Autre. Prenez formage frais, bien écrefmé, eau rofe ôc blanc d'œuf, 8c fuc de acacie. Autre plus excellent 8c de plus grande force à reprimer la fluxion,& ofter l'inflammation. OJL, gummi Arabici 8c tragacanthi ah.J.iij. pfillij, cydoniorum, feminis portulacæ, plantaginis, fumach. ah, g.ij. fiant mucilag.extrahantur cum aqua plantaginis,folani 8c rofarum,& fiat collyrium:duquel on en pour- ra feurement vfèr,tant au dehors l'œil qu'au dedans. Et noteras que tous les remedes que tuappli- queras à l'œil,& autour d'iceluy fe doiuent appliquer tiedes , tant à fin qu'ils pénétrent mieux par le moyen de la chaleur moderée, quauflî à raifon que les chofes froides aduellemet font ennemies des yeux 8c delà veüe, par incraflation 8c ftupefadion des cfprits vififs: de fait, que i'en a y veu quelques-vns à qui la veüe cft demeurée trouble à faute de ce faire : comme auflî i’ay veu aucuns ayans playes aux yeux faites par pondion d'aiguille, ou de poinçon , ou chofes femblables , en la fubftance de l'œil, toutesfois en la pupille, fortir bonne quantité de l'humeur aqueux, & gnarir, en Q y appliquant les remedes fufdits,& tels mucilages. Et par fois faut faire inftiller ou rayer du retin laid de femme laidante, parce qu'il n’eft fi chaud, lequel a faculté d'adoucir Ôc appaifer la dou- leur, mondifier 8c nettoyer. Semblablement on pourra vfer du fang de tourterelle, pigeon , ou de poulets, incifant la veine qui eft fous leurs aile. Icenx auflî refoluent, mondifient, 8c appaifent la douleur. Auflî fera appliqué fur l'œil ôc parties voifines ce cataplafme , lequel a grande vertu 8c anodyne ôc fedatiue de douleur , ôc prohibe la fluxion ôc inflammation. IL, carnis pomorum fub cinere calido decodorum ouorum num.iij.caflîæ fiftulæ recentcr extrada: §.fi. muci- laginis pfillij,altheæ Ôc hordei parnm : incorporentur omnia fimul,fiatcatap. Auflî on peut vler de poulinons de mouton, ou d'autres belles, vn peu parboüillis en laid, ôc tous chauds les appliquer delfus , ôc les renouueler promptement que le patient fentira qu'ils feront froids. Et où cedit remede n’auroit puiflance de feder la douleur, à caufe d’vne extreme cha- leur , foit fait tel remede. Prenez fueilles de iufquiamc vne poignée, cuittes Ibus les cendres, puis pilées en vn mortier , auec mucilages pfilij ôc cydoniorum , extraits en eau de raorelle ôc plantain: 8c en foit appliqué entre deux linges fur les yeux ôc temples. Autre. Prenez mucilages pfilij,& cydoniorum,extraids en vne decoétion de papauer,& vn peu d'opium auec caurofe.Et où la playe auroit befoiu d'eftre môdifiée ôc incarnée,fera appliqué rofaci defic- cis j.aq.fœnic.&ruthæ ah.j.ij.alocs lotæ,olibani ad vfum didum. Semblablement les fiels de raye,de Heure, de perdris diflbus en eau d'eufrafe ôc fenoil,font propres à lamondificatiô I) d’icelles playes. Pareillement ce Collyre.dL.aquæ mellis dclpumati g.iij, aloés ter lotæin plantag.& faccarari cand.an.J.j.fiat collyriura : 8c s'il eft befoin engendrer chair,on vfera de ccftuy. gummi olibani, arabici, 8c tragacanthi, farcocollæ in aqua hordei extrada: ah.g.iij.aloës ter lotæ in aqua rofij.j.ceru.vftæ ôc ablutæ,tuthiæ præparatæ ah.3.fi.fiat collyrium. Or il faut noter que la coniondiué» airmoyen de la folution de continnité,ou autrement, s’efle- ue quelquesfois en fi grande tumeur pous la defluxion d'humeur ou ventofitez , quelle couure du tout la pupille, & fort bien fort hors des paupières, ôc femble à vne chair fuperfluc, perdant fa cou- leur naturelle, 8c deuient rouge : qui fe fait au moyen de la douleur ôc chaleur eftrange , auec ven- tofité 8c quelque aquofité,en forte que l'œil ne fe peut ouurir ny clorre.Et me fuis trouué en com- pagnie d’vn ieune Chirurgien, qui finis moy vouloir couper & adapter remedes corrofifs pour am- puter l'exuberance de ladite conjondiue : mais îe l'engarday , parce qu'il euft éfté caufe de rendre aueugle Ton patient, auquel ordonnay vne fomentation d'vne decodion de camomille, melilot, rofes, abfinthe, ruë,fenoüil Ôc anis, racine d'iris, ÔC de fouchet, bouillis en laid; &auec éponges fu- rent faites fomentations, puis après auec cefte-cy plus forte 8c deficcatiue. df. nucis cuprelu, gal- larum,balauft.ah.5.).plantag. abfinthij, hippuris,florumcamorailJæ ,meliloti, rofarum riibrarum Médicament reperce fitfs, Poînfi nota• Me, Remedes fn- des yeux, CatapUfint lürt an6tyn* cataplafme réfrigérant, Mundicattf ProPre atiX dl'* v inearvatîf 288 ' Le dixiefme Liure, an.in.Æ. baillant fimul cum aqua fabrorum , fiat dccoélio pfo fotu. Semblablement on peut faite A cataplafme de ladite décoction , auec farines hordei* fabarum ,pulueris raaftiches, myrrhæ, ireos. Puis en la declinaifon de la refolution,fut vfé de celle liqueur dans l’œihlaquelleâ grâdillime vertu d’allreindre , confirmer, feicher,& roborer ladite conionéliue relaxee, qui eft telle. Faites durcir va œuf frais, & fubit le dépouillez defacocqne , & ollez le moyeu : ôc dedans le relie du blanc, met- tez vn (empale de vitriol Romain en poudre : puis l’épreindrez dans va linge blanc ôc net, ôc d’i- celle liqueur en foit mis quelques iours dans Fœil , auec quelque portion d’eau de forge, en la- quelle on auroit fait boliillir fumach , Ôc rofes rouges. Et te puis alleurer, que tel remede ell de grand efféél. Mais où le cas aduiendroit qu’il fe fift chair fupercroiflante en la conioncliue , elle pourra eflre confumée par celle poudre.^,olîîs fepiæ ôc tellarum ouorum calcinatarum an.5.).fiat puluis fubtilis. On peut pareillement vfer de vitriol calciné, ou alum bruflé,ou autres femblables: mais auec grande diîcretion , en vfant toulîours de reperculîifs delFus l’œil ôc à l’entour , pour ob- uicr aux accidens. Or il faut entendre, que la fluxion fe fait quelquesfois en fi grande quantité ôc qualité d’humeur aigu , que le Cornée fe rompt ôc fe creue , de forte que tous les humeurs fortent hors. Dauantage icy noteras , que pendant que tu cures les playes 5c autres difpofitions mauuaifes des yeux, tu dois fituer la telle du patient allez haut, & tenir clos l’œil qui ell fain : à rai Ton que toute partie vulnerée doit ellre en repos , ôc parce qu’vn œil ne fe peut mouuoir, que l’autre ne fe meuue : pour celle caufe le fain doit dire tenu bandé ôc clos, à fin que l’œil malade demeure en re- pos , pour la connexion ôc colligance qu’ils ont l’vn auec l’autre par le bénéfice des nerfs optiques ôc motifs. Dure 6c Pie-mere, Pcricrane, veines, artères, ôc autres parties, qui fait que lors que l’vn fouffre, l’autre quelquesfois fient la douleur de fou compagnon : de façon que le Chirurgien y doit prendre grande folidtude : pourcc que le plus fouuent Ion void vne fluxion s’y faire fi grande, que par les remedes fufdits ne peut ellre arrellée, de forte qu’il ell befoin d’vn autre plus extreme , qui ell le cautère aéluel auec Seton appliqué detriere le col, lequel a vne merueilleufe efficace aux flu- xions inueterées. Qu’il foit vray , l’cxpericnce quotidiane mpnffre que toll après que l’vlcere fait par ledit cautère, iette bolie, la veiie fe clarifie, voire à ceux qui ja l’auoient quafi du tout perdue, ce qui s’efF veu de frefche mémoire à vn honnelle Italien Orfcure , nommé melîîre Paule, demeu- rant, en Nefle, prés les Augullins de Paris , lequel eut vne fluxion furies yeux, où plufieurs, tant Médecins que Chirurgiens,& autres, y auoient mis la main, ddquelsreceut peu d’ayde : ôc ne le pouuant plus conduire, m’appclla, ôc luy confeillay d’aller à l’extreme remede, qui elloit le Seton ; ce que volontiers accorda, & l’ayant appliqué, Ôc fon vlcerc cllant conuertie en matiete ou fanie, commença à mieux voir, ôc à mefure que fon vlcere couloir, toufiours alloit en amendant,de façon qu’il recouura du tout fa veuc,& porta ledit Seton enuiron vn an ou plus : puis s’en fafcha, penfant qu’il ne luy faifoit plus aucun profit, dont le voulut oller, ôc faire clorre fa playe : mais fix mois après toomba en pareil accident, perdant la veuc comme deuant. Parquoy me renuoya quérir pour luy appliquer derechef ledit Seton, donc toft après recouura pareillement fa veue‘,& le porte en- core à prcfènt. Or ie ne te puis encores allez louer l’effecl dudit Seton ; car depuis peu de iours en ça l’ay appliqué par le confeil de lacqncs Houlier ,Do6leur Regent en la faculté de Mededne, homme de grande érudition ôc de fingnliere doélrine, à vn ieunc homme âgé de vingt ans ou en- C1 uiron, lequel tomboit fouuent d’cpilepfie: mais incontinent que fon vlcere commença à ietter fa- nie , n’efl tombé audit accident.* ôc efl vray-femblable que le virus ôc venenofité prend yffuc par l’vlcere fait dudit Seton. le diray icy fommairemenc que c’cfl qu’Epilepfie. G’efl vn mot Grec, qui fignifîe furprife, ou rétention de tous les fentimcns,dont iladuient que le malade cher en ter- re s’il n’eft fouftenu. Car il perd tout à coup la veiie, l’ouye, ôc autres fentimens , comme par vne lyncope, ou comme par vne apoplexie. Mais il y a différence. Car en l’apoplexie ôc fyncope , il n’y a nul mouuement ny fentiment : ôc en l’Epilepfie , le corps fe meut fort roidement, ôc trauaille de conuulfion ou retirement des nerfs inuolonrairement. On le nomme aufll le mal fainéllean, pourcc que la telle de fainél lean cheut en terre lors qu’il fut décapité , puis pofée dedans vn plat, â l’appetit d’Herodias. Or maintenant faut deferire au ieune Chirurgien la maniéré d’appliquer le Seton, & luy en bailler la figure. Premièrement faut que le malade foit afîîs fur vne efcabelle, luy commandant bai fier la telle vn peu en arriéré : à fin que le cuir auec le pannicule charneux , foit plus laxe. Puis faut qu’vn feruiteur tire ôc efleue en haut ledit cuir, ayant rafé le poil s’il y en a, ôc alors le Chirurgien pincera le plus profond ôc prés du poil qu’il pourra ledit cuir, fans aucune- D ment toucher à aucun mufcle du col, pour les accidens qui en pourraient aduenir, comme fpafines, ôc autres,, ôc ferrera les tenailles ( alors qu’il mettra le cautere ardent ) allez fort, ôc par ce moyen le patient ne fentira l’aélion du feu. Car deux douleurs cnfemble, faites en raefmes parties ôc lieu, la plus grande fait que la plus petite nefe fent point ou peu. L’ouuerture fe doit faire en long, ôc non en trauers:car par ce moyen l’euacuacion des matières fe fera mieux pour la reélitude des fibres. Les tenaillles feront percées au milieu, pour palier le cautere au trauers , lequel fera en fon extré- mité aigu , triangle , ou quarré, à fin que fon aélion foie pins prompte. Puis fondain palleras au trauers deldites tenailles, ôc cuir que tu auras cautérisé, vne aiguillé à Seton, enfilée de fil de cot- tonen trois ou quatre doubles, lequel fera imbu ôc trempé dans albumen oui ôc oleum rofatum. Puis appliqueras comprcffcs trempées audit médicament, ôc feras ligature propre à la partie. Collyre fin- guher pour deffeicher l'humeur co- tenu en la conioinciiue. ySduertljfe- tnent au ieu- ne Chirur- gien. Hiftoîre di- gne d'eflre bien notée. Hijioire, Seton , reme- de en l'Epi- lefjit. Hipp- aph, Duobtu dolorihut, lit. Des Playes en particulier. i8o Les figures des Tenailles , Cautere aSïuel, Aiguille à Selon fini tels. Or le lendemain on fera embrocarion d'huile rofat autour du col , & fera continué le fafdit remede auec lefdites comprelîès : 6c le Seton fera imbu de digeftif, faidl de jaune d'œuf 6c huile rofat, iniques à ce que l'vlcere ierre bolie : 3c alors on vfera d'vn tel médicament,autour de ladite corde faite de cotton. If. terebenth. Yeneræ iiij. fyrupi rof. 6c abfinthij, an. |. fi. pulueris ireos, diacrydij, agarici trochifcati, 6c rheubarb. an. 3. fi. incorporentur omnia fimul , fiat vnedicamcntum : duquel on vfera tant que l'on voudra tenir l’vlcere ouuert, pource qu'il a vertu d'attirer les matières du profond, 6c les mundifier fans douleur. l'ay trouué puis n'ague- res par expérience , que l'ouuerture faite auec vne grolîè aiguille triangulaire bien trcnchame, femblable à celles des emballeurs , eft moins douloureufe, qu'auec le cautere aéluel cy-delfus mentionné. Partant ie confeille au ieune Chirurgien, de ne plus vfer defdits cautères La figure de ladite aiguille t'ell icy reprefentée. Le Set on doit eflre faift de fil de cotton ou foye cra- moifie. Mundifica- tif. Figure de l'aiguille triangulaire. Des playes des loues. Chapitre XXVI. Aintenant nous faut en bricf parler des playes des iodes. Si la playe a bcfoin de coufture, la faut faire feicher , à fin que les cicatrices ne de- \p Îa meurent laides : car il y en a plufieurs qui craignent tel accident, 6c prin- cipalement les belles Damoifelles. Et pour ce faire, tu prendras deux W W pièces de toille neufue, qui ne fera ny trop greffe ny trop deliée, de gran- % f/Qm y deur qu'il conuiendra pour la playe , couucrtes 6c emplaftrées de tel medi- J Jv cament. maft. fang.drac.thùr. far. volât, tragacanthi pifti, gypfi, picis, farcocollæ, an.j.ij. picis nigræ 3. j. fi. alb. ouor. quæ fufficiant : fiat medic. Le blanc de l'œuf, auec de la farine fait le femblable. Et feront appliquées à chacun collé de la playe , & diftant l'vne de 1 autre d’vn doigt ou enuiron. Et feront lai (fées feicher , puis après coufuees en les approchant Pvne contre l’autre , comme tu vois par celle figure. Et par ainlî la playe fera glutinée, tant par ladite future , que par les medicamens propres, comprefles & bandages : tous'lcfquels bandages de la face fc doiuent attacher à vnç coéîfe ou bonnet de nui&> que le malade aura fur la telle. Médicament agglutina- tifs, propres aux future* feiehes. Le Dixiefme Liure, 2ÇO Autre forte de future. Or quand la playe eft fort grande & les lèvres d’icelles Fort disantes, lors telle future n’y pourroit en rien, ou peuferuir. Au moyen dequoy faut vfer d'aiguilles quarrèes ou triangulaires, afin qu'elles pénétrer & palîènr plus aisément fans gran- de douleur, enfilées de fil ciré, en trauerfant d'icel- les les lèvres de la playe, & replier le fil autour cinq ou fix fois (en la maniéré que les femmes font, lors qu’elles veulent garder leurs aiguilles fur leur man- che,ou les Coufturiers dans leurs bonnets) & laifter ainfi les aiguilles attachées iufques à la confolida- tion de la playe. Telle maniéré de coufturc fe fait aux lèvres : & font aufîi neceffaires aux becs de liè- vre, c’eft à dire, aux lèvres fendues de natiuitè, par „ défaut de la vertu formatrice. Mais telle coufture n’auroit aucun effeét s’il y auoit du cuir entre les lèvres. Et partant le faut du tout couper,ou autre- ment l’vnion ne pourroit eftre faite. Autre manière de futures profite peu en telles playes, à raifbn que les parties font mobiles, tant par la maftication que le parler : partant le fil couperoit la chair : & enco- rcs pour cefte caufe, on doit par lefdi&es aiguille- prendre beaucoup de fubftance charneufe,commc il appert par cefte figure. Rente des aux becs de He- ure■, La figure des futures des lèvres : au dejfous t'eft monBré l'Aiguille, autour de U~ C quelle efi entortillé le fily comme doit eBre fait au dejfus de la léure. Hifltire. En cet endroit ie reciteray vnc hifloirc, à fin que s’il aduient entre tes mains tel accident, que tu faces le fera- blable. Comme i’eflois à la Fere en Picardie, deux iours après la journée fainél Laurent, trouuay grand nombre de foldats bleflcz, entre Icfquels y auoit vn Gafcon, qui eut vn coup d’efpée au trauers de la mandibule fuperieu- re, pénétrant iufques à la bouche, auec grande difformité du vifage : ôc parce qu’il auoit elle trois iours après fa blcffure fans eftre habillé , Binofque Chirurgien iuré à Paris &moy, trouuâfines grande quantité de vers en fa- dite playe, ôc grande feteur. Promptement luy lauafmes fi playe auec vnc decoëlion d’abfinthe ôc aloës, auec vn peu d’egyptiac, tant pour faire tomber les vers, que pour mundifier la pourriture : ôc pour refondre la tumeur des léures de fa playe , fifmes fomentations refolutiues : pa- reillement luy furent appliquez cataplafmes rcfolutifs.Ec fubit la refolution faite, ledit Binofque luy fit plufieurs poincts d’aiguille en la maniéré cy-deffus eferite : ôc par ddfus ôc dedans fa playe, ne luy fut mis autre remede que ccftuy. terebenthinæVenetæ J.vj.gummi elem. ij. ' n *■“. ; pul.boli armcn.fangu.draconis, maft. myrrhæ, aloës an» 5. fi. incorporentur fimul, fiat medic. ôc en peu de iours fut la playe dudit Gafcon confolidée, en ne reliant qu vn bien petit trou , près la conionélion de la mandibule inférieure à la fuperieure, non plus grand qu a mettre la telle d’vne efpingle: duquel luy fortoit en parlant, ou mafehant grande quantité d eau fort claire, ce que i’ay fouuentesfois veu. Et pour arrellcr ladite aquofité, luy fut applique au profond de fon vlcere, de l’eau forte , ôc quelquesfois de la poudre de vitriol, bruflé. Et par ces remedes fut la playe guarie. Renie de ag- glutintuiff Chofe digne d'eftre notée. Des Playes en particulier. 201 Des playes du Ne%. Chap. X X V 11. clucI(luffo|is kkfle Par playe, froilfure 6c fraéture : 8c alors faut le réduire ’ jn L°” 1CU nature (s i auecque la queue d'vne efpatulc, ou d’vn bafton dC i Çl°pres enueloPpé d’eftoupes,cotton,ou linge,en efleuant 6c reduifant les os WSSSi Cn .Ur, gUr® naturclle:& aPres lawduéfcion faidte, foient mifes comptes au* f P"°fs laterales, pour tenir le nez en fa figure : lefquelles feront trempées 6c imbues nvmeftramtif fait ex albumine oui, maftiche, bolo armcnio,6c fahguinc draconis,alumine com- bufto. Puis Toit faite ligature propre, en forte quelle ne prefic fur le nez , de peur de rendre puis après le patient camus, comme aucuns ont fait par leur imperitie. Et après ce fait,faut mettre dans les nazeaux tentes cumulées aucunement plattes, lefquelles feront attachées par vn fil, à la coëffe ou bonnet du bleiîé , de peur quelles ne tombent : lefquelles feruirontde tenir les os fraéhirez en leur heu naturel, 6c donner ifiuë à la fanies’il en y a , 6c pareillement à l’infpiration 6c exni- ration. r r Reduélion du Nez fret* éluté. Vtilité deS tentes càn• nuits s. La Figure des tentes cannulées efl telle. Or fi le nez ou portion d’iceluy n’eft du tout tranché Sc abbatu,& qu’il y ait encore fuf- filammenr chair pour donner nourriture, alors le faut coudre , ce qui a lieu en fon inférieure partie , qui eft cartilagineufe , qui fe peut bien cafter, enfoncer , tordre Sc couper , mais non rompre ou fradurer , comme la fuperieure qui a nature Sc fubftance dos. Des flayes de la Langue, Chap. XXVIII. jjfcsA Langue cft aucnnesfois vulnerée auecques perdition de fubftance , 6c quelques- M Fois incifée 6c fendue au long , 6c aucresfois en trauers. S'il y a perdition de lubftan- ® ce, iamaisla piece ne peut eftrereprife, pource que toute partie feparce du corps vi- A wfeè&vfâ uant,aucc lequel elle eftoit conioinéte par vie, perd la vie en mefme inftant. Or,com- me Jjfgju; }cs Philofophes , kpnuanone ad habitum non fit regreffm : mais s'eile n’eft qu’incifée en long,faciIcment eft curée,enla réunifiant auec coupure : 6c s'eile n'eft indice en tra- uers,& qu'il y ait encores quelque portion de fa chair pour bailler vie,il fe faut bien garder la para- cheuer de couper,(pour l'excellence de fon vfage;)mais la conuiendra recoudre-en faifâc les poinéts d’aiguille defius &c défions : 6c la faut tenir fennement,pendant qu'on la couft, auec vn linge blanc, net & délié, pource qu’elle glifieroit d’entre les doigts, àcaufede fa lubricité, ainii que fait vne an- couperas le fil le plus près du nœud qu’il te fera poiïible, de peur qu’iceluy ne loir mis en- tre les dentSjlors que la langue fe meut en la boucherqui pourroit eftre caiife que les points feroiét dilacerez & rôpus.Puis faut commander au malade qu’il mange orge monde,lai6fc d’amandes,gelée, coulis,prellifs, œufs mollets,& autres chofesfemblables:6c qu’il tienne iouuenc en fa bouche lucre rofat, fyrop de coings, decerifes confites, ou autres femblablcs confitures, pource que telles choies alimentent 6c nourriffent,5c feruent de medicamens agglutinatifs.Or iete puis aiIcurer,qu’oncques n’ay veu en aucun Hure, ce que ie t’eferis de la langue,ny ouy d’aucun précepteur ; mais ie l’ay pra- tiqué deux fois, comme tu orras à ptefent. Vn iour fus appelle en la raaifon de defund monfienr Coüet, Aduocat en Parlement, pourpenfer vn lien fils, âgé de trois ans : lequel tomba le menton fur vne pierre, 6c fe coupa de les dents bonne portion del’extrcmité de fa langue, 6c ne tenoit qu’à bien peu de chair: 6c ayant peu d’efpcrancequ’elle fepeur réunir, cuiday parachcuer la luy-éoupcr, mais toutesfois auec vn très-grand regret, veu que puis après n'euft peu parler ; qui me fit différer cognoifiant que quelquesfois.nature fait des chofes admirables : 6c que la langue eft d’vne chair fungueufe, laxe 6c fpongicafe : aulTi qu’elle n’eft fubiede aux injures extérieures de l’air. Adonc- ques luy fis deux poincts d’aiguille , l’vn defius, 6c l’autre delfous, 5c commanday à la mere. dudit uifant qu’elle euft à le nourrir des alimens prédits : 6c vous puis aflèurer qu’en peu de jours l’en- fant fut parfaiélement guary, 6c à prefent parle trefbien. Vncas femblable arriua vn peu de temps après au filsdeMonfieurdeMarigny Prefidentaux Enqueftes,qui fut femblablcmenr guary. le puis narrer vn cas pareil aduenu depuis n’agueres à vn charpentier, homme de bien en Ion eftat, nommé maiftre lean Piet, demeurant au fauxbourg Saincft Germain des Prcz, lequel tomba d’af- fez haut fur vne picce de bois, 6c fe coupa auffi l'extremité de la la lamnie, & fubit vint vers raoy Vne portion de la langue entièrement tranchée ne fe peut réu- nir à l'autre. lit foire de lu langue prefque coup- pée au fils de Coùet, Aduocat en Parlement. Autre hlfio'i re du fis ds monfeur le P/eJident de Marigny, Le Dixiefme Liure, 2ÇZ pour la luy paracheuer de couper, parce qu'elle ne tenoic qu'à peu de chofe : ce que ne luy vou- A lus accorder, vcu l'experience quei'en auois faite auparauant. Doncques la luy rccoufis, Ôc peu de jours après fut pareillement guary auecques les remcdes fufdits. Parquoy ces chofes entendues au ieune Chirurgien, faut qu'il traite bien ( s’il n’a meilleur moyen ) les playes de la langue en la façon dite, ôc honneur ôc profit luy en aduiendra. Des play es des Oreilles. Chap. XXIX. Aintenant faut parler des playes des Oreilles, lefquelles font aucunesfois du tout cou- pées, ou vne partie d'icellcs,&: aucunesfois rcfte encore quelque portion qui tient. Par- quoy faut auoir égard, comme auons dit, s'il y a encores fuffifante nourriture, ôc lors tu y feras futurc:& de ton aiguille ne toucheras au Cartilage, de peur que la partie ne tôbe en gangrené ( ce que fouuentesfois eft arriué) mais feulement prendras le cuir , ôc ce peu de chair qui eft autour ledit cartilage : &: auec compreffes Ôc bandages,& reraedes propres à ce faire,prohi- beras l'inflammation, ôc autres accidens. Auffi donneras fl bon ordre,qu'il rie- s'engendre chair fu- perfluc au conduit de l’oreillè,dc peur qu'elle ne face obftru6lion,qui eftoupcroit la voye dcl'ouye. Pour cefte caufe tu y mettras toufiours vn peu d'éponges, à fin de tenir le trou de l’oreille ouuert. Auftîvferas de medicamens fecs, attendu que la partie eft cartiligincufe,& par confequcnt fort fci- g che. Et où le cas aduiendroit qu'elle fuft du tout coupée,apres la guarifon & cicatrization,le malade pourra porter ( pour cacher fon iraperfe&ion ) vn bonnet appellé calotte, ôc à l'endroit de ladite oreille, fera embourré de cotton ou drap , pour cacher le vice de ladite oreille qui auracfté amputée. E» quel ccü fe peut recou- dre l'oreille. coupée. Des play es du Col & de U Gorge. C H A p, XXX. lu gjge fa coi, Playes S01Se on,: fimples,c*eft à dire,auecques folution de continuité III feule és raufcles : ou compliquées, à fçauoir auecques playe en la chair & aux-os,comme és vertébrés. Sonnent auffi les veines iugulaires,tant internes qu'externes, enfemble les Carotides font offenfées. Quelquesfois la Trachée artere & Oefophaguc font navrez, voire du t0uc C0Upez} & p0ur Jes fufftites playes, fouuent s'enfuit la mort. Parquoy le Chirurgien denant que de toucher à la playe, doit faire fon prognoftic , félon qu'il verra les accidens grands ou petits, d'autant que la folution de continuité eft forment caufe de perdre quelque mouuemenr, ou de la mort, comme nous auons dit. Car à celle du col, fouuentesfois il y a quelque grand nerf ou tendon atteint, qui eft caufe de la priuation du mouuement: ôc fi elles pénétrent iufques à la C na^e mcdulle, auec lefion d'icelle, le mal eft incurable. Les playes de l'Oefophague ôc Trachée artere font très difficiles à curer pour leur perpétuel mouuement, ôc que ladite Trachée artere eft cartilagineufe ôc exangue. Celles de l’Oefophague fc cognoiftront, fi le patient crache du fang par la bouche, ôc que fon manger ôc boire fortira par la playe : &s'il eft du tout coupé , ne pourra Iamais auaUer> parce que chacune partie fe retire, à fçauoir l'vne en haut, ôc l'autre en bas , & fi la Trachée artere eft blelfée, le vent fortira par la playe : femblablement crachera le fang, ôc n’aura cefiè de toulîer. Celles des veines iugulaires ôc arteres carotides, eftans grandes font mortelles, pource qu'elles ne peuuent eftre eftreintes ôc comprimées par ligatures, à caufe que le col ne peut e^re olt 4ue l°n ne fuffoquaft le malade : au moyen dequoy s'enfuit vn flux de fang, qui cail^e de mort : & fi le nerf recurrens eft coupé du cofté dextre ou feneftre , la voix demeure rauque : fi de tous les deux, le malade ne pourra iamais parler, pource que l'inftrument qui eft cau- le de la voix,eft tranché. Quant à la curation, fila playe n’offenfe aucun grand vaifièau, ny la Tra- chée artere, ou Ocfophague, ôc fi elle eft petite , fera facilement curée : s'il eft neceflairc y faire poinefs d'aiguille, feront faiéh comme auons dit cy-deflus : puis fera inftillé térébenthine deVe- nife auec vn peu de bol fin, ou bien de noftre baume, qui eft tel. Jf.. terebenth. Venet. ib. fi. gum- mi demi, hyperico. iij. bol. armen.& j.aquæ vitæ 5.ij.liquéfiant orania lento igné, ôc fiat balfam.vt artis eft ; addend.pulu. ireos Floren. aloës, maft. myrrhæ D Duquel baume i’ay fait chofes admirables pour confolider ôc agglutiner les playes,aufquel- les n'y auoit chofes effranges, ou complication des maladies : ôc par deflùs fera appliqué l'empla- Arc diachalciteos, diflout en huile rofat ôc vinaigre, laquelle a vertu de reprimer les humeurs , Ôc euiter l'inflammation, ou bien fera appliqué l'emplaftre de Gratia Dei, ou de ianua. Et fi la playe eft auec incifion des veines iugulaires, ôc arteres carotides, l'eff ufion de fang fera arreftée, corn- me nous auons deferit au chapitre du flux de fang : ôc lors que la Trachée artere ôc Oefophague eronc C0L1Pez > 1£ Chirurgien y fera future le plus proprement que luy fera poffible, ôc le malade n'auallera chofe qui loit difficile à tranfgloutir ,mais vfera de bouillons, reftaurans , gelée, orge mandé : ôc s'il eft befoin de gargarifmes , ceftuy fera fort propre. IJi. hord. m. j. flor. rofar. p. j. paiful. mund. iuiubar. an. îj. fi. liquirit, j. bulliant omnia fimul adden. mellis rofat. ôc fy- rupum rofatnm an. ij. fiat gargarifm. vt artis eft ; duquel tiède en laucra ôc gargarifèra fa bouche : il lenift ôc addoucift la partie, fede la douleur, deterge ôc agglutine, ôc aide à la ref- pi ration. rognoj u. signa des playes de l’Oefophague. Signes de ce!, artere*' Signes des playes des veines iugu- Gal* de vfu par ’tium. J Cure. Baume ani- fieîel de * Autheiir’ -Playes des veines mgu- ‘pll'rs de la Trachée ar- tere fa Oefo- phagne. Des Playes en particulier. z9i A Or icy reciteray-ie cefte hiftoire, digne d’eftre laiflee à la ieunefle des Chirurgiens. L’an mil cinq cens feptante-quatre, le premier iour de May , François Brege, patiffier de Monfeigneur de Guife , fut bledé à leinuilled’vn coup d’efpée à la gorge, coupant vnc partie de la Trachée artère, ôc l'vne des veines iugulaires , dont s’enfuiuit grand flux de fang, ôc vn chifllement par ladite Trachée artere. La playe fut coufuc , ôc apppliqué remedes aftringens : ôc toft après le vent qui fortoit delà playe , s’introduit entre le panniculc charneux, Ôc lefpace des mufcles , non feulement de la gorge, mais aulîl de tout le corps ( comme vn mouton qu’on a foufflé pour l’cfcorcher) ne pouuant aucunement parler. La face eftoit tellement enflée qu’on ne voyoit apparence de nez, ny des yeux. Voyant tels accidens, tous les afîîflans iugerent que ledit Brege auoit plus .befoin d’vn Preftre que d’vn Chirurgien : ôc partant l’extreme - Onâion luy fut adminiftrée. Le lendemain Monfeigneur de Guife commanda à maiftre Ican le leune, fou Chirurgien ordinaire , aller voir ledit Brege , accompagné de moniteur Buho , Mede- cin célébré de Madame la douairière de Guife, enfemble lacques Girardin , maiftre Barbier Chirurgien au lieu de leinuille, lefquels l’ayans veu , ledit Médecin fut d’aduis de le laif- fer , n’efperant aucune guarifon , ôc ne trouuoit le pouls des artères aucunement battre pour la grande enfleure du cuir. Ledit le leune ne voulant laifler le malade fans luy faire quelque chofe , ôc comme hardy Operateur , pour la bonne expérience qu’il a eu , d’vn vif efprit , fut d’aduis d’vfer d’vn extrême remede, qui fut luy faire plu fleurs fearifications af- B fez profondes, par lefquelles le fang ôc ventofltez furent vacuées. En fin ledit patiiîier re- couura la parole , ôc la veiie , ôc fut quelque temps après du tout guary, par la grâce de Dieu , ôc eft encore viuant , faifant feruice à Monfeigneur de Guife de fon eftat de pa- nifier. Htftotre me morahle d’vn pari {fier de Monfeigneut de Guifi. aAutre H i Boire* Noble homme François Preuoft, Enfeigne de la Colonelle de moniteur de l’Archan , aage de vingt-cinq ans fut blelfé d’vn coup d’efpec au trauers de la gorge , paflant près la Tra- chee artere f qui coupa les rameaux de la veine ôc artere iugulairc : dont il furuint vn bien grand flux de fang , qui à grande difficulté fut eftanché. Dauantage vn des nerfs vocales fut coupé. Semblablement les nerfs qui naiflent des vertebres du col, qui fe difperfent aux bras : dont tout fubit le bras demeura impotent ôc paralytique. Dauantage la parole gran- dement deprauée : joinâ: que le col demeura vn peu tors , ne le pouuant tourner comme auparavant. Néanmoins eft réchappé la vie faune. Il fut mené en la maifon de maiftre Pierre Pelotot , maiftre Barbier- Chirurgien demeurant à la place Maubert , dont fubit fus enuoyé quérir par le malade , pour le penfer auec ledit Pelotot. Où eftant ardue, ôc Payant pensé, i’eus vne grande desfiance de fa guarifon , pour les accidens qui luy furuindrent. A cefte caufe ie fis appeller meilleurs Cointeret, ôc Pierre , hommes bien entendus en la Chirurgie , ôc filmes rapport en luftice , qu’à grande difficulté en pourroit-il refehapper, ôc que fa playe eftoit mortelle. le l’ay penfé iufques à la fin, ôc Dieu l’a guary. Toutesfois eft demeuré impotent du bras , ôc fa parole deprauée. Peurquoy le brm tomba en U paraly~ fie. Peurquoy lu parole efieit deprauee. , Fourquoy le col luy de~ mettra tors a - caufe des : nerfs & mu- files du col qui furent ’ ceupeT. eAutres Hi Boires mémorables. Chap. XXXI. R en cet endroit ie veux bien réciter ces trois hiftoires, afin qu*el- les féruent d’inftruélion fignalce pour le ieune Chirurgien , fi telles playes luy tombent entre Tes mains. La première fut Tan mil cinq W i Và cens cinciuante : Vn feruiteur de Monfieur de Champagne , Gentil- > |H M homme du pays d’Anjou , fut navré d’vn coup d’efpee à la gorge , en forte qu’il auoit l’vne des veines iugulaires coupée auec la Tra- chee artère , au moyen dequoy auoit vn bien grand flux de fang : joint qu’il ne pouuoit aucunement parler , iufques à ce que fa playe fuft coufuë 5c medicamentee. Or pendant que les medicamens eftoienc liquides , il les attiroit entre les poincls d’aiguille , 5c les rendoit par la bouche. Donc confiderant la magnitude de la playe , &c la nature des parties blellèes , principalement de la trachee artère 5c veine iugulaire , lefquelles font fpermatiques , froides 5c feiches , paf ainfi difficiles à réunir : auec ce auffi que la Trachce artere eft fubicéle au mouuement qui fe fait en la deglution , à raiion de la tunique interne laquelle eft contenue en celle de l’Oefophague , obeiftant l’vnt à l’autre par vn mouuement réciproque, comme corde à dou- ble chef dedans vne poulie : confiderant aufiî l’vfage defdites parties, c’eft que la Trachee artere fert à la refpiration , laquelle eft necelTàire à la fymmetrie 5c chaleur vitale du cœur, 5c que la veine ingulairc eft fort requife à la nutrition des parties fuperieures. Dauantage ayant elgard à la très-grande quantité de fang, qu’il auoit perdu , 5c perdoit par fa playe (qui eft le thrclor de Nature, concernant la chaleur naturelle Sc efprits vitaux) 5c autres accidens, faifois mon prognoftic de mort prochaine: tontesfois ie te puis afteurer qu’il eft rechapé. Ce que ie croy eftre pluftoft aduenu par la grâce de Dieu, que par le moyen & ayde de l’homme , ny des medicamens. La fécondé hiftoire eft, que depuis peu de temps eftoienc deux Anglois logez Première ht flaire. Second* hifioirt. Le Dixiefme Liure, 294 enfemble, près la porte S. Marcel, en celle ville de Paris, d'ont l'vn auoit quelque Tomme d’efeus, A 8c vue allez grolfe chaifne d'or,auec quelques autres riches bagues qu'il portoit ordinairement fur foy. Son compagnon voulant s'emparer de tels ioyaux fit tant qu'il le mena ioiier vers le bois de Vincenne : 8c eftant dedans les vignes , luy coupa la Trachee artere 8c l'Oefophague, 8c luy donna certains coups de dague, 8c penfoit bien l'auoir tué , le laiftant prefque en chemifc. Ayant fait celle trahifon &; mefchancete , incontinent retourna en celle ville. Puis le navré qui auoit feint eftre mort, fe leua , 8c fit tant qu’il fe traina à la maifon d’vn parlant, lequel par pitié le fit penfer » 8c medicamenter. Il fut apporté en celle ville, où toft après vn de les compagnons m'enuoya qué- rir pour le penfer: 8c trouuay qu'il auoit la Trachée artere auec l'Ofophague, ou Mery ( qui eft la voye du boire 8c du manger) entièrement coupée : &fubit ie recoufus fa playe, prenant la Trachee artete,& r'approchant plus prés qu'il me fut polïible Tes deux extremitez l’vne contre l'autre : mais de l’Ofophague non , parce qu'il s'eftoit retiré vers l'eftomach : puis à fa playe appliquay remedes auec comprelfe 8c ligature propre : 8c incontinent qu'il fut ainfi habillé, commença à parler, 8c nommer celuy qui luy auoit faiél cet excez. Le meurtrier toft après fut pris aux faux-bourgs S. Marcel : 8c le trouua-on faify des bardes dudit patient,dont il fut conftitué prifonnier,& le fait vé- rifié après la mort du patient, laquelle fut le quatrième iour de fableffure. Toft après lemeurdrier fut rompu fur la roue prés fainéle Catherine du val des EfchoIiers,& le meurtre verifié,pour auoir rccoufu la playe dudit patient, l'ayant fait parler. La troifiéme hifloire prefque femblable d'vn B- Allemand, penfionnairc d'vn banquier nommé Perot, demeurant à la rue des Noyers en celle ville de Paris, lequel par vne phrenefie, 8c folle opinion , lanuiéb fe couppa la gorge d'vncoufteau,&: fc donna plufieurs autres coups, tant au Thorax qu'au ventre, dont aucuns penetroient au dedans, 8c les autres eftoient fuperficiels. Le lendemain matin, aucuns de Tes compagnons le voulans vi- fîter le trouuerent fort mal, auec grande quantité de lang refpandu autour de luy. Et voyant tel fpeélacle croyoient 8c penfoient que c'euft efté fon ferniteur qui luy auoit fait tel excez , parce qu'il couchoit en fa chambre : lequel fut prins & mené prifonnier au Chaftclet, en luy mettant fus auoir ainfi meudry fon maiftre. Or ie fus enuoyé quérir pour vifîter 8c penfer le malade : 8c voyant la Trachée artere 8c l'Oefophague couppé, auec plufieurs autres playes, n'eus aucune efpe- rance de fa vie : parquoy fus d'aduis qu'on appellaft Eftienne de la Riuierc , Chirurgien ordinaire du Roy, & Germain Cheual, Chirurgien luré à Paris, 8c fut conclu entre nous, qu'il falloir recou- dre la playe de la gorge, comme il a efté recité cy-deuant. Promptement la playe coufué 8c ban- dée 5 ledit patient Allemand commença à parler : 8c confdfa que luy-mefme s'eftoit fait tel excez, 8c defehargea du tout fon pauure ferniteur en nos prcfences , 8c de plufieurs autres , 8c principa- lement de deux Notaires, 8c d'vn Commiftaire du Chaftelet : par ce moyen fut mis ledi: feruiteur hors de prifon, 8c abfous entièrement par la confeflion que fit fon maiftre : 8c vous puis aftéurer qu'il vefeut quatre iours, jaçoit que iamais depuis fa blclfure nefçeut aualler aucune chofe , mais Q fut aucunement alimenté par clyfteres nutritifs, 8c chofes odoriférantes nutritiues, comme mie de pain chaud, trempee en vin, 8c autres chofes que ie te laifle à dire, à caufe de briefueté. Seulement ie t'afteureray, que par le bénéfice de la Chirurgie , fut donné moyen audit Allemand, de parler par l'cfpace de trois iours ; qui fut caufe que fon feruiteiir,& fon hofte furent du tout def- chargez, 8c la vérité du fait entièrement cogneuë. Troijîeftne hiftoire. Cmfejfîon au malade. Des play es du Thorax ou Poittrine. ChAp. XXXII. E s playes du Thorax ou Poitrine , les vnes font faites par deuant, les autres par derrière : aucunes pénétrent au dedans ôc profondément, les autres non rauflî au- ||cunes font auec lefion des parties contenues, comme mediaftin , poulmons , epeur, diaphragme , veine cane 8c grande ancre afeendante, 8c quelquesfois pénétrent de part en part tout au trauers du corps , auec fracture d'os pulfez au dedans, par l'en— tree de la playe, 8c à la fortie chalfez au dehors : parquoy aucunes font mortelles , les autres non. Les lignes qu'elles pénétrent au dedans font cogneus , quand l'air fort de la playe auec vn fiftle- ment. Et pour bien cognoiffcre cela , on fera boucher le nez & bouche du malade, afin que Ton vent foit retenu. Ce faifant, fi la playe pénétré, on verra fortir le vent, approchant vue petite chandelle allumée près la playe , 8c lors on voit la flambe fe mouuoir, 8c quelquesfois cfteindre la 1 chandelle : joint aufli que le malade a peine de refpirer 8c expirer , 8c principalement quand il y aura du fang tombe fur le Diaphragme. Les lignes par lefquels on cognoift le cœur eftre bielle, c’eft qu'il fort grande quantité de fang , auec vn tremblement vniuerfel de tout le corps : le pouls eft fort languide 8c petit, la couleur fort pâlie 8c Tueur froide, auec fyncope, les extremîtez de- meurans refroidies , & promptement la mort s'enfuit. Touresfois ie protefte auoir veu à Thurin vn Gentil-homme , lequel fe combatoit auec vn autre,qui luy donna vn coup d’efpee fous la mam- melle feneftre pénétrant iufques en la fubflance du cœur , 8c ne laifla de tirer encores quelques coups d’efpee contre fon cnnemy qui s'enfuyoit, le pourfuiuant la longueur de deux cens pas,puis tomba en terre mort : 8c en feis ouuerture, où ie trouuay vne playe en la fubflance du cœur , de grandeur à mettre le doigt, 8c grande quantité de fang tombé fur le Diaphragme. Les lignes qui aduiennent quand les poulmons font vulnerez , c'eft qu'il fort de la playe vn fang fpumeux auec vne toux, le malade fe couche volontiers fur la playe,telle lîtuation quelquesfois parle ayfé- rnent, 8c fc tournant de l'autre cofté perd la parole , &c a grande difficulté de refpirer ,8c douleur aux coftéz qui n'eftoit auparauant. Les lignes qui demonftrent le Diaphragme eftre bldfé, font pefanteur au lieu blelfé, déliré , c'eft à dire perturbation de raifon , qui fe fait par la communica- tion des nerfs de la lixiefmc coniugaifon qui s'inferent au Diaphragme : grande difficulté d'hale- Différées des playes du Thorax. Signes que lu playe efl en la capacité du Thorax. Les flgnes qui detnonfirent quelle partie efl offert fée. Signes du cœur bleffé, Hifloire. Signes des poulmons ' blejfegj Diaphragme, Des Playes en particulier. 295 A ner, toux,de douleurs aiguës ; les flancs fe retirent Sc rellèrrent contremont : & par celle grande & vehemente inipiration , eft quelquesfois attiré l’eftomach Sc les inteftins par la playe en la capa- cité du Thorax , ce que i’ay remarqué à deux perfbnncs î L’vn eftoit ayde à maçon., lequel fut blefteau milieu du Diaphragme , en fa partie nerueufc , dont il mourut le troifiefme iour : & luy ayant ouuert le ventre inférieur , ne peus trouuer fon eftomach : ce qui me fit grandement cfmcr- ueiiler , penfanr que ce fuft vue chofe monftrueufe d’eftre fans eftomach. Mais ayant diligemment confideré , cogneus en fin qu’il eftoit monté dans le Thorax, jaçoit que la playe du Diaphragme ne fuft plus grande qu’à mettre le poulce : Sc ayant ouuert le Thorax, trouuay ledit eftomach enflé &' plein de vent, aucc peu d’aquofité. D’abondant ie ne veux omettre celle hiftoirc aduenuë depuis peu de temps, d’vn Capitaine nommé François d’Alon natif de Xaintonge, lequel eftant à la fuitte de Moniteur de Biron, Grand maiftre de l’artillerie de France , reçeut deuant la Rochelle vn coup d’harquebufe , dont l’entree eftoit à la fin du Sternum près le cartilage feutiforme, palFant au tra- uers du Diaphragme en fa partie charneufe , dont la fortie eftoit entre la cinq Sc fixiefme des colles vrayes du collé gauche, duquel coup fa playe fut bien confolidec par dehors , toutesfois il luy reftoit touliours depuis vne débilité d’eftomach, comme vne efpece de cholique , àraifon dequoy il n’ofoit fouper que bien legerement. Huid mois après luy furuint vne grande douleur au petit ventre , comme vne colique, Sc fut fecoura bien foigheufement par Moniteur de Malraedy, Do- deur Regent en la faculté de Medecine , Sc Ledeur du Roy, Sc Moniteur du Val pareillement Do- B deur en la faculté de Medecine, hommes fçauans en la Medecine & Chirurgie : neantmoins quel- ques remedes qu’on y peut administrer , mourut, & fus d’aduis l’anatomifer, pour fçauoir la cau- fe de fa mort, & des grandes douleurs qu’il fentoit pendant fa maladie : ce qui fut fait par lacques Guillemeau, Chirurgien du Roy , Sc luré à Paris , grandement verfé en l’anatomie, Sc és autres parties de la Chirurgie : Sc fut trouué en la capacité du Thorax vne grande partie de l’inteftin Co- lon remply de vent , qui eftoit entré par le trou du Diaphragme fait par la blcfteurc : toutesfois n’eftoic ledit trou fuffifânt qu’à mettre le bout du petit doigt. Maintenant nous retournerons à no- ftre propos. On peut cognoiftre le fang dire tombé dedans le Thorax par la difficulté derefpirer, pourueu que le patient foir alïis ou debout : car eftant couché lur l’efpine du dos, le fang contenu en la capacité, s’elpanche du long de l’efpine, ne comprimant ny les Poulinons, ny le Diaphragme, qui fait que quelquesfois il y a grande quantité de fang contenu audit Thorax , au moyen dequoy le Chirurgien ne {tenant bien fon patient, peut dire trompé en fon prognoftic. Pareillemens auffi fe cognoift par là, Sc par l’accroillcmcnt de la fièvre ayant l’haleinc puante, Sc crachement de fang, Sc autres accidens qui prouierinent, lors que le fang eft hors de Tes vailleaux,fe conuertiflant en vne fanie fetide , altérant les parties efquelles elle touche de fa fubftancc ou de fa vapeur. Auffi, que le malade ne peut demeurer couché que deftus le dos , Sc a volonté de vomir : defire dire fou- uent leué , qui eft caufe qu’il tombe en fyncope , à caufe de la faculté vitale qui fouftient le corps eftant grandement débilitée , tant à raifon de la playe, qu’à raifon des gremeaux de fang , qui en C quelque partie qu’ils tombent, acquerans qualité veneneule par corruption du fang faillydefes vailFeaux, affoiblillènt Sc diffipent grandement les forces du cœur. Les fignes que la moüelle de l’efpine eft blelFee , c’eft qu’il fe fait paralylîe , Sc fouuent conuulfion ou fpafme : le fentiment Sc mouuement des parties inférieures fubit fe perd , &les excremens comme matière fecale&l’vrine, font jettez inuolontairement, Sc fouuent du tout retenus. Les lignes que la veine caue Sc grande artere font vnlnerccs,c’eft que le malade meurt promptement, à caufe de la fubite Sc grande vacua- tion qui fe fait du fang Sc dpritsqni rcmplilïencleThorax,faifant cdlerl’aéliondes Poulinons Sc du cœur, donc Je pamire malade dl promptement fuffoqnc. De Vigo au Traité des playes de la poitrine, chap, loriirqu’il y a difeord entre les Chirurgiens, parce que les vus font d’auis de clor- re la playe pencéfctj.te au dedans le plus fubit que faire fe pourra , fans s’amufér à la tenir ouuerte auec tentes, de peur que l’air froid n’enrre au cœur, Sc que les efprits vitaux forcent Sc fe diffipent. Les autres tiennent le contraire, & commandent de tenir la playe ouuerte: voire lî elle n’dl gran- de , qu’il la faut ouurir , afin que le fang contenu au dedans paille dire vacué, craignant qu’il ne le pourrilîe Sc putréfié , donc fièvre fiftule , Sc autres pernicieux accidens aduiendroicnr. Or vérita- blement ceux qui tiennent que promptement faut clorre la playe fans y mettre aucune tente , ont grande raifon , pourueu qu’il n’y ait point de fang , ou bien petite quantité tombée au dedans, de peur des accidens fufdics. Auffi ceux qui tiennent qu’il faut tenir la playe ouuerte, ont femblablc- ment raifon , pour les accidens qui pcuuent venir , eftant le fang tombé en grande quantité au dedans Sc retenu. Et en cet endroit ie veux reciter celle hiftoire. Eftant à Thurin au feruice de dcffunél Monfeigneur de Moutcjan , ie fus appelle pour penfer vn foldat nommé i’Euefque, natif de Paris, qui eftoit lors fous la charge du Capitaine Renoliart,qui fut bldïé de trois grands coups d’efpee , defquels en auoit vn au collé dextre fous la mamelle , où la playe eftoit allez grande, pénétrant en la capacité du Thorax, & eftoit découlé grande quantité de fang fur le Diaphragme, qui empefehoir la refpiration , Sc ne pouuoic qu’à bien grande peine parler, ayant vne fièvre fort vehemente , Sc aucc la toux jeetoit le fang par la bouche , Sc difoic fentir vne douleur extrême au collé blelFé. Or le Chirurgien qui premièrement l’auoit penfé , auoit coufu du tout fa playe , de forte que rien n’en pouuoic fortir : Sc le lendemain ie fus appellé pour vifiter le malade, où eftant arriué , voyant les accidens 5c la mort proche , fus d’aduis de defeoudre la playe , à l’orifice de la- quelle ie trouuay du fang coagulé, dont fubit feis elleuer le malade par les jambes la telle en bas, lai Tant vne partie du corps déifias le liél, s’appuyant vne main fus vne cfcabclle plus balle que le lidl : Sc eftanfainfi finie , luy feis fermer la bouche Sc le’nez , afin que les poulmonÿfé tumefiaf- fent *6c le Diaphragme s’efleuaft , & les mufcles intercoftaux fe comprimaflent, enfemble ceux de l’Epigaftre , afin que le fang découlé au Thorax fut jetté hors par la plave : 5c encores pour mieux Hîjlclre me» morable. Autre ht» foire. Signes pour cognoiftre le fang efire contenu au Thorax. Spinale me- dulle. Veine Caué & grande artere. Doute pour la curation des playes du Thorax, Hijîoire, Moyens de faire [or tir le fang dtcouU au Thorax, 296 Le Dixiefme Liure, faire, mettois le doigt allez profondément en la playe pour defbouchcr ladite playe du fang coa- A gulé, 8c en fortit prés de fept à huit onces ja fetide &c corrompu : puis le feis fitucr au Ht, 8c luy faifant des in jetions en fa playe d'eau d'orge, en laquelle auois fait bouillir miel rofat 8c fuccre candi, le faifois tourner de cofté 8c d'autre ; 8c derechef le feis efleuer par les iambes comme au- parauant. Lors on voyoit fortir auec ladite injetion des petits thrombus 8c gremeaux de fang. Cela fait, les accidens diminuèrent, 8c petit à petit ceiferent. Le lendemain luy fis encore inje- tion , en laquelle adiouftay centaure , abfinthe , aloës , pour encores mieux mundifier : mais le malade toft après me dit qu'il fentoit vnc trcs-grande amertume en Ja bouche , 8c volonté de vo- mir. Alors me vint en mémoire auoir veu aduenir vne pareille choie à l’Hoftel Dieu de Paris à vu quidam qui aiu t vne fiftule au Thorax : 8c confiderant que telles choies ameres s’imbiboient en la fubftance des «oulmons , 8c que par leur rarité 8c fpongiofitp facilement fe communiquoient à la Trachee artère 8c Oefophague, 8c par confequent à la bouche, cela fut caufe que n'y appliquay plus ( 8cne feray ) telles choies ameres en telles playes , à caufe quelles donnent plus de fafcherie au malade que de bien. Or pour conclurejadite playe fut fi bien traittee, qu'outre mon efperance le malade guarit. le reciteray fur ce propos vnc autre hiftoire. Quelque temps y a que fus appelle pour traitter vn Gentil-homme Allemand , au logis de S. Michel, rue S. Dcnys , lequel fut bleiîe d’vn coup d'cfpee pénétrant au Thorax ; 8c pour le premier appareil le penfa vn barbier Ton voy- fin , & mit vne allez grolîè tente dedans la playe. Le lendemain vifitay ledit Allemand ,8c ayant g veu fa playe, 8c examiné s'il y auoit du fang coulé au dedans,cognoiflant qu'il n'y en auoit point, pource qu'il n'auoit fièvre, ny pefanteur,&: qu'il n’auoit craché du fang : lors luy oftay fa tente, 8c luy inftillay de mon baume, 8c par deifus vn emplaftre de Dîachalclteos, 8c toft après fut guary : ce que ie protefte auoir fait en cas pareil par plufieurs fois. Et puis icy attefter, que pour tenir trop longuemen t des tentes és playes du Thorax, icelles degenerent en fiftules, 8c font rendues incura- bles le plus ion uent. i Andréas à Crncc , Médecin tres-fameux à Venife, en fon quatricfme Hure , fetion première de fa Chirurgie parlant des playes du Thorax, 8c comment il faut tirer le fang ou autre humeur de la capacité d'iccluy , recommande entre tous remedes l'emplaftre qui s'enfuit, duquel voicy les paroles exprefiès. Nous trouuons tres-feur 8c expédient vfer de l’emplaftre qui s'enfuit, aux pla- yes du Thorax 8c femblables, appliqué extérieurement, fans mettre aucunement tentes ny can? nules , que ie puis alleurer , 8c prens Dieu à tefmoin, qu'il eft d’vn effet merueilleux : pour rai- fon dequoy il eft appellé Saint, digérant les playes profondes, anguftes 8c caucrncules, roboranc les parties voy fines , attirant par vne merueilleufe prouidence les matières eftranges du profond ôc centre du corps, 8c fi il abfterge, delléiche, 8c confolide toute playe faite d'eftoc fans nullement trauailler le malade. C’eftoit des fecrets de defund mon perc, qui a long-temps régné en ces quar- tiers auec vne honnefte réputation. Il eft préparé comme s’enfuit, J/L. refinæ pini recentis claræ 8c odoratæ olei laurini puri, terebenthinæ optimæ, j. £ gummi elemni tranfparentis, grauis ac boni odoris iiij. mifcc. Il faut tout premièrement mettre la refine 8c la gomme en vn poillon , ou petit baffin d’eftain furie feu , le remuant iufques à ce qu'ils foient mcflez enfcmble l'vn auec l'autre : puis faut adiou— fier l'huile laurin 8c la térébenthine, 8c derechef les faire reboüillir, remuant toufiours : 8c lors que vous verrez que ledit médicament viendra efpés, le faut pafîèr au trauers d'vn gros linge, 8c le mertre dans vn pot de terre plombé , 8c bien bouché , 8c en eftendre fur du cuir, 8c faire vn em- plaftre , qui couunra non feulement la playe, mais quatre ou cinq doigts és enuirons luy donnant jour au milieu , pour donner pafiage aux matières eftranges. Il faut feulement penfer lefdits mala- des vne fois le iour en hyuer, 8c deux en efté. Il loiie aufli grandement, comme eferit Galien au y. Hure de locis aftedis , 8c au chap. z. du f. Hure de la Méthode, 8c Diofcoride liu. y. chap. 9, l'vfage dumelicratum, qui eft faid de deux parties d'eau de riuiere 8c vne de miel. Il incife 8c atténué le fang caillé, qui autrement ne pourroit paftèr, pour raifon de l'anguftie de la playe,pris en potion , ou bien en y faifaut injedion dans icelle playe. Galien au 7. Hure des adminiftrations Anatomiques recite cefte hiftoire, que le feruiteur de Marillus Mimographe , receut vn coup fur le brichet, duquel au commencement il ne fit conte : 8c en après ne fut bien conduit ny gouucrné. Eftre paflé quatré mois , il monftradcla fange en la partie qui auoit efté frappée : celuy qui le penfoit, la Voulant euacucr , fit incifion : 8c comme il cuidoit deuoir eftre fait, incontinent fit venir l'vlccre à cicatrice. Par après ladite partie s'enflamma D derechef 8c s'apoftema , & derechef fut incifee , 8c ne fut de là en auant poffible la cicatrifer. A ce- fte raifon fon maiftre aftèmbla plufieurs Médecins , du nombre defquels ie fus, 8c les pria confulter deguarifon. Or comme tous cuiderent la maladie eftre vnfphacele, 8c corruption du brichet, fe voyant 8c apparoiftànt le mouuement du cœur en la partie feneftre , aucun n'ofa entreprendre de couper l’os gafté 8c corrompu : lors ie promis de le couper, au refte ie n'afteurois point le gua- rir parfaitement. Auoir donc coupé l'os corrompu, à l'endroit où luy eft adhérente la pointe de l'cftuy du cœur, fc monftrant le cœur tout nud , par ce que fon eftuy ou Péricarde cftoit pourry: en cet inftant nous concenfmcs mauuailê opinion 8c efperance dudit feruiteur : ce neantmoins il fut totalement guary en peu de temps : ce que ne fuft aduenu , fi on n'euft pris la hardiefle de cou- per l'os gafté. Cecy font les paroles de Galien dignes de grande admiration , comme vn homme a ■peu viure , luy ayant veu le cœur à nud, 8c hors de fon enueloppe ou tunique, nommé Péricarde, Et fi c'eftoit vu autre que ce grand perfonnage Galien, difficilement on le pourroit croire. On ne doit faire inie- ciions ameres «t* Thorax. Hifioire. tîifloire mé- morable d'v- ne cure que fit Galien à •vne auquel on voyoit le cœur à md. Des Playes en particulier. Z97 Cuie des Playes du thorax ou potiïrwe. Chap. XXXIII. I la playe pénétré au dedans du Thorax, au premier appareil ne la faut clorre j mais fera tenue ouuerte deux ou trois iours : 3c fl on voit le malade eftre auec peu de douleur, n'ayant pefanteur fur le Diaphragme , & qu’il rcfpire bien , lors on oftera fÊw la tente, ôc la playe fera confolidee le pluftoft qu’il fera pofllble , en mettant vn linge délié beaucoup plus grand que la playe , couuert de baume agglutinatif, fe gardant y mettre de la charpie , de crainte qu'il ne foit attiré au dedans , lorsque le malade infpire. Dauantageles tentes que l'on applique à telles playes doiucnt eftre attachées ou liees aux comprefles , & qu’elles ayent femblablement la tefte groftè ôc large, afin qu'elles ne puif* fent tomber au dedans ; car cftans tombées cauferoient putrefadion , ôc par confeqnent la mort : parquoy le ieune Chirurgien y prendra garde.On appliquera fur la playe vn emplaftre de diachal- citeos,ou autre femblablc. Son regime,& les purgations, faignees,&" autres chofes neceffaires,, luy feront adminiftrees, ainfi qu’il fera requis. Auffi fi l'on cognoift qu’il fuft tombé beaucoup de fang au dedans du Thorax,il faut tenir l’orifice de la playe ouuert auec grofles tcntes,iufques à ce que la fanie caufee par ledit fang, foit vuidee:& fi le cas aduient(qui fe fait le plus fouuent,quelque gran- de diligence que l’on puiftè faire)que la playe dégénéré en fiftnles,lefquelles peu fouuentfeguarif- B fent, parce que les raufcles du Thorax, qui font entre les codes, font en perpétuel itiounemcnt, ôc auffi que par dedans ne font couuerts que de la membrane plenrctique,qui eft exangue ; joint auffi que la playe na point d’appuy pour eftre coprimee , confiée ôc liee pour ayder à nature à r’approcher les îabies,& y faire régénération & agglutination : tout cela fait que les fiftules en cet endroidfont le plus forment incurables.Or pour la cure il faut,après les chofes vniucrfelles faites,douer au ma- lade de la potion vulnéraire , ÔC luy en faire des iniedions dedans ladite fiftule ; en laquelle on ad- iouftera du fyrop,des rofes fciches, &miel rofat,&vn peu d’eau de vie,auec vne Syringue : Ôc où il yauroit grande pourriture,i’ay fouuentesfoisadioufté de l’onguent Ægypriac. Et fautauoir efgard à la quantité de l'injedion, à fin delà faire fortir, ôc qu’il n’y en demeure nulle portion, sfil eft poffible ; car y demeurant, nuift à la partie , parce qu’elle fe corrompt eftant là retenue. f Belle amoM* tiorh Pourquoi Ut fijtules du Thorax font fouuent inetts râbles, Figure d'vne Syringue pour faire inie fiions en quelques parties que ce fit, lors qu'il en faut ietter en grande quantité. L’imedion fortie,on mettra vne tente cannulée faite d’or, d’argent, ou plomb,laquelIefera per- tuifee, afin que la fanie entre en icelle,& quelle foitvuidee par dedans ladite cannule.Dauantagene faut omettre qu’elle foit bien liee, craignant qu’elle ne tombe au dedans : ôc à l’orifice d icelle,on y mettra vne grande efponge trempee en vin ôc eau de vie, puis efprainte , ôc toute chaude fera mile fur la partie. Ladite efponge fert à clorre l’orifice de l’vlcere, de peur que l’air extérieur n’entre au dedansidauantage eft.prqprepour aucunement attirer Ôc contenir la matière fortant d’icelle, qui fe fera par l’ayde du malachylequel fonuent tant le iour que la nuid,bouchera le nez ôc la bouche,& pouftera fon vent, ôc fe‘,panchera cofté malade , à fin d’expurger ladite fanie. Or ladite cannule fera oftee, lors que la fiftule iettera peu : puis feracicatrifee. Et fi la fiftule ne pouuoit eftre cürec , a caufe que l’orifice d’icellceft en la partie fuperieure, alors faudroit faire vne contr’ouuerture, ainfi que nous auons dit cy-deftus de l’Empieme. , v^e } tentei canna* lees, & de i ejjonge. L’vfage de la contre ou< aerturc* Figure des Tentes cannulée s, auec leurs liens dr efponge s. TtyteXquc lefdites cannule s ne doiuent auoir plufîeur s trous, comme tu vois par ces figures , mais feule- ment deux ou trois en leurs extrémités , a raifbn que la chair s'imprime & entre dedans lefdits trous, qui eft caufe qn on ne les peut retirer fans douleur, & nuire a la playe. Je le fcay pour Pamir expérimente. Vue playe faire aux poulmons fe peut gua- rir, pourueu qu elle ne Toit trop grande, qu'elle foit fans inflammation > & qu'elle Toit faite aux extrcmiteZ , ôc non en la partie fiipcrieure , ôc que le malade fe tienne en repos fans touffir ny parler, & fans grandement halener. Car Ci le malade touffe, la playe fe dilatera , ôc y furuien- dra inflammation, puis la vertu expultrice s ef- forçant ietter ce qui luy nuit par la toux (car les poulmos nefe peuuent purger que par ce moye} eft caufe que l'vlcere fe dilate de plus en plus en Des playes des pculmnêo 29B Le Dixiefme Liure, touflànt, ôc ainfi la playe s’agrandit, & l'inflammation accroift , ôc par ainfi demeure incurable, A & le malade meurt tabide à caufe dudit vlcere aride & fec. Et pour mondifier, agglutiner, ôc ci- carrifcr la playe, on fera vfer au malade d’aliments ôc médicaments emplaftiques, auftcres & aftrin- gens, comme terre figillée , bol d’Armenie, hypocifthis , balaufte , plantin, renoiiee , berbcris, fumach , acacia , ôc leurs femblables , defquels on fera vfer au malade en potage ôc lohots, y met- tant du miel rofat, qui leur fera comme véhiculé ôc aydera à deterger ôc mondifier la playe : ÔC lors que le malade vféra de lohots fera couché à l’enuers , ôc luy fera commandé tenir lefdits lo- hots longuement en la bouche,en relafchant les mufcles du larynx : ce faifant le médicament cou- lem Peu peu le long des parois de la Trachée artère. Et faut le garder qu’il ne deflue trop à coup, de peur d’exciter la toux -, mais qu’il defeende par dedans la Trachée artere , ainfi que fait l’eau le long d’vn mur : ce faifant la toux ne fera excitée. Le laid de vache , ou d’afnefte, ou de chèvre, font propres , aufquels fera adioufté du miel, qui le garde de fe coaguler en l’eftomach. Celuy de femme eft excellent par deilus tous. Le fuccre rolat eft fort fmgulier en ce cas, ôc recommandé grandement par Auicenne : comme ayant vertu cnfemble de mondifier ôc aftraindre , qui font les deux chofes fouhaitables en vn vlcere. Mais de tant que comme nous auons noté cy-deuant, la fièvre hedique furuienr ayfemcnt ôc allez fouuent aux playes ôc maladies des parties Thoraciques, ôc nommément du Poulmon, il fera bon de dire quelque chofe de la façon de penfer telle forte de fièvre : afin que le Chirurgien en l’abfence du Médecin aye dequoy donner quelque contente- ment ôc allégeance au malade, en attendant que la venue du Médecin defiré,& en tels cas bien neceflaire, puillè apporter quelque plus grand fecours , Ôc guarifon entière. PROBLEME. Pourquoy efi-ce que les playes faites en la fuhflame des Poulmon s, caufent ffuie s, defquelles fort grande quantité de matière purulente & fetide : qui fait que les malades meurent tahides & heftiques? S S t-c e point que le Poulmon vlcerè , attire beaucoup de fang du cœur parla veine arterieufe , comme d’vne pompe , Sc l’ayant attiré ne le peut affimiler, ains fe cor- rompt Sc tourne en fanie fetide , àraifon quelle eft retenue enclofe au Thorax fans pouuoir dire euentilèee, laquelle eft jettée par la playe , Sc quelqucsfois par vomif- fement Sc par les Telles Sc vrines î Or ladite fanie efchauffe les parties qu’elle tou- che , Sc croupit, comme le Diaphragme Sc autres parties du Thorax , Sc d’elle s’efleuent vapeurs putredineufes, lefquelles font communiquées au cœur ou au cerneau , dont s’enfuit plufieurs ac- cidens , Sc principalement fièvre heélique Sc choliquatiue, Sc altération de l’efprit de la refpira- C tion : qui eft la caufe pourquoy les anciens ont appelle telle maladie Therioma, pour la voracité de l’vlcere, laquelle s’aggraildit toufiours par le moyen du mouuement du Poulmon. Qu’il foie vray , véritablement i’ay fait plufieurs ouuertures de corps morts par coups d’harquebuzes, dont le boulet ne pouuoit cftre plus gros que le bout du doigt, neantmoins ie trouuois la playe aux poulinons , grande à mettre vn efteuf. Or celle vlcere attire à foy le fang, comme vn loup affamé, de la veine arterieufe du cœur , Sc le cœur de la veine caue , dont tout le corps en eft confomme Sc rendu fec , aride , Sc heélique ; dont la mort s’enfuit. Et quant aux fiftulcs , aucunes , neantmoins que le Poulmon ne Toit point vulnerè , ne laifîènt à jetter grande quantité de matière purulente, parce qu’elleé font voyfines du cœur , qui fontaine du fang ( félon î’vfance commune de nature, qui eft de fecourir la partie affligée, tant qu’elle peut, de fang Sc efprits, venant des rameaux de la veine azygos ) en fournit fans fin Sc fans mefure, aufdites parties offenfées, fans ce que d’elles mefmes, par douleur ou par chaleur , ou par leurs mouuemens ( comme les Poulinons Sc Diaphragme ) en peuuent attirer à foy. Or ce fang fluant Sc ■enuoyé , ne péchant ny en quantité ny en qualité , imbu de la malignité de la partie vulnerée, fe fait purulent : d’où vient que toufiours nouuelle fanie s’engendre Sc defgorgeà la playe ou vlcere, qui en fin conduit le malade en vn marafme , le rendant fec , aride, & heélique : dont le plus fou- lient le malade meurt d’vne fièvre heélique. De la fièvre hectique , de fies différences , caufe s 5 fignes „ & cure. 'Etymologie de fièvre he- 3ic[ue, A fièvre heélique eft ainfi appellée , ou pource qu'elle eft fiable & difficile à guarir Sc Jw °^er » comme les choies qui ont prins leur habitude : car le mot Grec Hexü, lignifie €| ilPiiii habitude • 011 pource qu’elle occupe les parties folides de noftre corps > lefquelles les Grecs appellent hexeü : mefme que le mot Latin habitas , le prend en l’vne & l’autre lignification. L’on fait trois fortes de fièvre heélique, qui pour en parler à la vérité , font pluftoft degrez qu’efpeces d’icelle. Le premier degré donc eft, quand la chaleur heélique confomme l'hu- midité des parties folides.Le fecond,quand il deuorela fubftance charneufc d’icellcs.Le troifief* me Sc dernier qui eft incurable,quand il s’attache Sc rauagepar les os & autres parties folides:Touc ainfi que la flamme d’vne lampe ccnfume premièrement l’huile, en après la propre humidité du lumignon , en fin le corps du lumignon mefme , Sc lors qu’il n’a point de moyen , ny d’efperance de le pouuoir r’allumer , bien que iuy donniez l’huile à regorger. Celle fièvre ne peut que bien Chap. xxxiy. D inijtpn de fièvre heBi- qtte par fies degrez.. Des Playes en particulier. 299 A rarement , &c à peine, commencer d’elle-mefine, parquoy elle fuit toufiours quelque autre fièvre. Lies caufes donc de la fièvre heètique font fièvres aiguës de ardentes mal-penfèes, 5e principale- ment aufquelles on n’a donné réfrigération compétente par epithemes fur le cœur & hypochon- dres, ny eau froide à boire en temps de faiion requife.Elle peut auffi eftre caufèe d’vne fièvre dfai- re , qui aura eu Ton commencement de quelque grande, forte, & longue fafcherie ou cholere , la caufc de impreffion d’icclle perfeuerant long-temps en nous : ou de quelque trauail exceiîîf en lieu de ch temps chaud de ardent , de en corps floiiet de de peu de fang de humidité. Elle eft auffi forment caufèe d’vn vlcere de inflammation des poulinons , empyeme de Thorax , d’vn grand de long phlegmon de foye, ventricule, mefentere, amarry, reins, yeffie, inteflins ieiunum & colon: voyreaulli des autres, s’ils font enflammez d'vue vehemente de longue diarrhée, lienterie, ou dy- ienterie, dont auffi s’cnfqit inflammation , reficcation , émaciation de tout le corps, de par conié- quent fièvre heélique: car l’humidité eftant confommée la chaleur fe faitpîusacre de ardente. Celle fièvre de tant elle cfl plus ayfèc à cognoiftre qu’elle cil difficile à guarir. Le pouls donc en icelle eft dur à caufe de la ficcitè de l’artere , qui eft partie folide, de débile pour l’infirmité de la faculté vitale, le cœur eftant en toute fa fubftance alïailly : au refte petit de fréquent, à caufe de lJin- temperature de ardeur du cœur ,qui ne pouuant faire grand pouls pour fe réfrigérer à caufe de fon imbécillité, tafche à fe reuanger de refraifchir ( mais en vain}par fréquence d’iceluy. Le propre figne de telle fièvre pour le refpeél du pouls eft, qu’vne heure ou deux après le repas le pouls le monftre grand de leger , de mefme la chaleur lors au corps du malade fe monftre plus grande ; ce B qui dure tant que la diftribution de l’aliment fe fait, de que la ficcitè du cœur eft aucunement cor- rigée, de fa fubftance humedée par la furuenuc de l’aliment : qui eft caufc que la chaleur s'augmen- te , ne plus ne moins que la chaux parauant froide à l’attouchement, s’efehauffe iufques à fumer de bouillir quand elle eft arroufèe d’eau. Au refte, la chaleur de le pouls demeurent toufiours ef- gaux en leur petireflè , langueur, obfcuritè, dureté, fréquence, fans aucune exacerbation , fi bien que le malade mëfmes ne penfe pas auoir la fièvre, de ne fent aucun mal de douleur, qui eft vn autre figne propre de la fièvre heétique. La raifon vient de ce que la chaleur ne fe monftre point, n’eftant placée en la fuperficie des efprits ou humeurs, comme en la diaire de putride, ains eft com- me cachée de plongée au plus profond de la fubftance des parties folides, combien que rouresfois .fi vous tenez long-temps voftre main fur fon corps, en fin la chaleur fe monftre acre de mordican- te, le paftàge luy eftant ouuert par le cuir raréfié par l’attouchement doux de bénin d’vne main bien temperée. Que fi le malade en celle fièvre fent quelque douleur , de que par l’inégalité de exacer- bation de la chaleur il fe iuge , de fente luy mefme auoir la fièvre, c’cft figne que telle heélique n’eft pas (impie , mais compliquée auec fièvre putride , qui apporte auec foy telle inégalité, félon que le feu vient à embrafer moins ou plus la matière fujette à pourriture *. autrement la fièvre he- dique, de foy eft exempte d’inégalité : fi ce n’eft par quelque accident, comme après le repas,ainfi qu’il a efté expliqué cy-deuant. Au refte , fi la face Hippocratique a lieu en quelque maladie,cer- Q tes elle eft monftréc és hediques , à caufe de la colliquation de leur fubftance. Pour la cure de ce- lle fièvre, il faut curieufement confiderer, auec quelles affections elle eft compliquée, de de quelle caufe elle aura efté excitée. Premièrement faut fçauoir fi elle eft maladie ou fymptome : car fi elle eft fymptomatique,elle ne pourra eftre guarieja maladie perfiftante : comme fi elle eft caufèe d’vne fiftule au Thorax , à raifon d’vne playe reçeuc en ce lieu , ou d’vne vlcere dyfcnterique d’inteftins, elle ne pourra guarir, que premièrement la fiftule ou vlcere ne foit guarie, d'autant que la mala- die entretient le fymptome, comme la caufc fon effed : mais fi elle eft fimple de tant que fon cfi- fence eft mile en intempérie chaude & feiche, qui eft placée non feulement aux humeurs, mais és parties folides, toute l’intention de conieil du Médecin fe doit rapporter à altérer, de corriger ,& non à purger : car les feuls humeurs font capables de purgation , de non les parties folides. Refte donc maintenant de refraifehir de humeder les parties folides, ce qui fe fait par chofes prifes au dedans de appofées par dehors. Les chofes qui fe peuuentfort heureufement prendre au dedans du corps, font les aliments mé- dicamenteux , qui profitent fans comparaifon plus que les chofes qui peuuent fimplement altérer, c’eft à dire refraifehir de humecter fans donner nourriture : car par le refpcd de la portion alimcn- tcufé qui eft en eux, eftans attirez de appofez à la partie , de tournez en la fubftance d’icclle, ils viennent à l’humeder de refraifehir , non fuperficiellement , comme les chofes qui altèrent fim- plenient, mais intérieurement. De telles chofes auons nous entre les herbes , entre les frnids, j) entre les racines , entre les femences , entre les chofes que nous prenons ordinairement pour la nourriture de noftre corps. Entre les herbes eft fort recommandée pour cet effed la viole,pourpié, la bugloflè , l’endiue, de la l’entillc paluftre, laraaulue auffi quand principalement il y a aftriclion de ventre. Les fruicls font dé courge , de concombre , pommes, pruneaux , la paflerille, amandes douces de recentes, les pignons. Des femences, les quatre femences froides grandes de petites , de icelles recentes , à caufe de l’humidité conjointe , les femences de pauot, de berberis , de coings, les fleurs de bugloflè , de violes, de nénuphar : defquclles chofes l’on fait des condirs auec vn pou- let pour prendre âu matin,la première concodion cftanr accoraplie,cequ’on continuera par l’efpa-*- ce de neuf iours. Quant aux viandes pour le commencement, lors que les facilitez ne font enco- rcs fort debiles , qu'il prenne aliments qui à la vérité foient difficiles à cuire, mais qui nourrifient fort de long-temps , quels font les extremitez des animaux , comme pieds de veau, pourceau non filiez : chair de tortue , qui premier aura efté nourrie en quelque jardin , pour fe gourmer de pur- ger defes humiditez excrementitielles , la chair de limaçons blancs pris és vignes, les grenouil- les , efereuidés de riuiere , anguilles , prifes en eau pure de bien aflaitonnees, œufs durs , mangez aucc ius d’ozeille fans efpiçe , le ftocfich de merlu bien deftrempez de deffiillez, des afnons & pou- Les caufes* Signes au te leurs caufes. fort notables. Belle eompa* raifon. Caufe de ta face Hippn- étatique. Aduertijfe* ment fur la cutt de i'he~ Bique. La maladie entretient le fymptome. Chofes à prendre dam le corps. Régime de usure. Préparation de la chair de tortue' Le dixiefme Liure, goo çepieds, la femoule , 6c autres femblables. Car telles choies ayans vn fuc viTqueux s’agglutinent A ay le ment aux parties de noftrc corps 6c ne peuuent dire diffipées fi ayfément par l’ardeur de la chaleur : mais lors que la fièvre heétique aura ja long-temps trahie dans le corps , de lorte que les facultez ferablent fort affaiblies , il faudra donner viandes ayfèes à cuire, 6c icelles encore plu- ftoft bouillies que rofties : d’autant que les bouillies humeélent d’auantage , 6c que les rofties fc tournent plus ayfément en bile. Les viandes feront veau , chéureau , chappons , poulets cuks en licrbes , 6c femcnces qui refraifchilient ôc humeélent : les orges mandez , les amandes leur font propres : comme aulïï la panade faite de mie de pain blanc arrofée , puis cuitte en la decoélion des quatre femcnces froides, auec du fuccre rofat en forme de bouillie : telle panade refraifchit le. foye 6c l’habitude de tout le corps, 6c nourrit grandement, comme aufïi les tefticulcs , les foyes, aillerons, de icunes coqs, les figues 6c rai fins de damas. Que fi toutesfois le malade eft degoullé des viandes bouillies, que la chair qu’on luy donnera ne foit gueres roftie ,6c qu'on ne luy donne de la fuperficie de la chair qui eft plus feiche 6c brüflèe , mais de l’interieure qui eft plus humide, 6c ce qu’on luy en donnera encore foit tempéré d’eau rofe , de fuc de citrons, d’orenges, de grena- des. Qu’il s’abftienne de poillons fallez 6c durs, les meilleurs font les faxariles, pour l’exercice qu’ils font eftans continuellement heurtez entre les rochers : ceux aufïi qui ont chair glutincufe comme ceux que nous auons cy-deuant nommez. Le laid d’afnefiè pris chaudement, 6c corrigé auec vn peu de lel , de inccre, ou miel 6c fenoüil, ou anis, de peur qu’il ne fe corrompe ou aigrifle en l’eftomach , ou bien le laid de femme fuccé de la mammelle, font fort recommandez en celle ® maladie, le tout pris iniques à demie Hure : mais celuy de la femme ell plus vtile , parce qu’il dl plus doux 6c nourri liant, 6c approchant de plus près de noftfe naturel, moyennant qu’il foit prias d’vne nourrice bien temperée 6c habituée , mefine qu’il ell fingulier aux erofions dei’ellomach 6c vlceres des poulinons, dont s’enfuit émaciation 6c phthifie. Quant au laid d’afnefle, il le faudra choifir qu’elle foit nourrie d’orge 6c auoine , fueilles de chcfne , afin que par le bénéfice de telle nourriture il foit plus profitable 6c moins fujed à corruption. Et où le malade auroit le ventre trop lafche , on fera vn peu bouillir le laid 6c y des cailloux tout rouges 6c ardents. Et noteras, que fi le laid pris, ledit malade auoit rots aigres, difficulté d’haleine , chaleur non ac- coulluméè, enfleure , Ôc fluduarion de ventre , douleur de telle, comme il aduient à plufieurs , il faudra delifber à prendre ledit laid. Qu’il trempe fon vin auec quelque peu d’eau de laiduc pour- pier , ou nénuphar , 6c beaucoup de celle de bugloflè, tant pource qu’elle humede grandement, qu’auffi elle a vertu fpeciale de refioüir 6c nourrir le cœur, la fubllance folide duquel ell fort af- fligée en celle maladie ; 6c telles font les choies qu’il tonifient prendre au dedans. Celles qui le doiuent appliquer par dehors , font les ondions , les bains, les epithemes , les ely Heres. Les on- dions fontdiuerfes, félon la diuerfité de l’indication prife des parties fur lefquellesil les faut ap- pliquer. Car fur le dos, 6c fur toute l’elpine Gai. y fait des ondions de chofes froides 6c aftrin- gentes modérément , c’eftàdire qui puiuent roborer les parties, empefeher la colliquation, d’icel- les, 6c non boufeher le palEage à l’infenfible tranfpiration , qui rendroit la chaleur encore plus acre par la rétention des humeurs fuligineux. Tels font les linimens qu’on peut faire d’huile ro- fat , de nénuphar, de coings, mucilages de gomme tragachant 6c arabic, tirées en eau de morellc, Q quelque petite quantité de camphre incorporé auec vn peu de cire , s’il vient à propos. Les par- ties pedoraies au contraire doiuent dire oindes de chofes moyennement refraifchiffiintes 6c relaf- chanres : ie dy , moyennement refraifchhïàntes, parce que le froid en tput leur eft ennemy : Je dy auffi relafchantes, pour raifort que les aftringentes apporteraient vne difficulté de relpirer 6c de moauoir librement les mnfcles du Thorax. Telles font les ondions qui fe peuuent faire d’huile violât, de failles, d’huile de femence de laiduë, de pauor, de nénuphar, y méfiant de l’huile d’a- mandes douces, pour tempérer l’aftridion ôc frigidité qu’ils pourroient auoir. Sur tout que l’on fe garde que l’Apothicaire, par auarice, en lieu de ces huiles recentement tirées , ne vous en fuppofe de vieilles rancides, 6e (allées : car en lieu de refraifehir vous efchaufferiez, comme ainfi foit que le vin , le miel 6c huile acquièrent par l’aage vne chaleur exceffiue. A défaut de bonnes huiles , nous i(fs oindrons de beurre premièrement laué diligemment en eau de violes Ôc de folanum. L’vfage de telles ondions eft de refraifehir , humeder 6c conforter les parties , 6c fe doiuent faire matin ôc foir, quand le malade s’ira coucher, principalement après le bain. Quant aux bains, nous les ordonnons ou pour Amplement humeder , 6c lors fuffira le bain d’eau D tiede, dans laquelle on pourra jetter fleurs de violes, de nénuphar , fueilles de faules, 6c orge mun- dé*: ou pour non feulement humeder, mais auffi relafcher les parties qui font tendues de ficcité ôc aridité hedique,&c outre leur apporter quelque meilleure habitude,à ce qu’elles iemblent mieux refaites &c nourries , ôc lors on y peut méfier la decodion d’vne telle 6c tripes de mouton , 6c en- femble quelque quantité de beurre. Or il faut qif ilait pris 6c cuit quelque viande denant que d’en- trer dans ce bain,afin que par-la chaleur dudit bain,l’alimcr ja cuit foit attiré aux parties 6c en toute l’habitude du corps:car d’y entrer l’eftomach vuide 6c à ieun, il fe feroit trop grande di Ablution des forces du corps. Le régime donc qu’il cônuiendra tenir deuant que d’entrer dedans , doit dire tel: que le iour de deuant fur le matin,on luy donne vn clyftere rèraollient, afin que les excremens, qui ont de couftume d’eftre retenus dans Tes inteftins par î’intemperie feiche, foienr euacnez : qu’on le face difiler' par après fus les neuf heures,luy donnant viande de folide nourriture.-qu’il foupe fur les quatre heures,mais moins, 6c de viandes aifées à cuire : vne heure après minuiél qu’il prenne la de- coélion d’vn.poulet,ou vn orge mundé,ou deux œufs mollets,dans lefquels on mettra vn peu d’eau rofe 6c de fuccre en lieu de fiel : quatre ou cinq heures après, qu’il entre dans le bain à la façon que dit eft : en après au fortir du bain , qu’on le nsttoye 6c frotte doucement auec linges mois & dé- liez câpres qu’il foit oind à la mode cy-deuant defçrirerpuis qu’il repofe 6c dorme dans Je liél deux Choi k de la viande rofiie. Pourquoy les potffons faxa- tiles font tdt Le lai cl de femme. * Vertu de l'eau de buglojfe. OnSllons fur l'etyme du dos. Ofi'Üîos pour les purtits peftorales. Caution tou- chant l’aua- vice des Apo- thiquaires. R eghne h te- nir deuàt que d'entrer dans le bain. Des Playes en particulier. A ou trois heures fi pofiible eft : à Ton refiieil qu'il boiue de la ptifane , 8c qu’il prenne des potages de facile digeftiomà Ton fouper qu’il boiue du vin,&: qu’il fe nourri fie des viandes plus folides. Le matin qu’on luy rédonne vn orge mundé,ou autre viande de pareille eftoffc:en après qu’il r'entre dans le bain à la mode fufdire. Ce luy fera chofe tres-profitable qu’il vfe ainfi artificiellement du bain de dix ioursren dix iours 8c ce par l’efpace de trois iours continus.Que fi le malade eft fujet à quelque crudité d’eftomach,de forte qu’il ne puifie endurer le bain fans dâger,& de fyncope Vau- tres accidens,il luy conuiendraroborer le ventricule auec Uniment d’huile de coings,d’abfinthe,&: de raafticrou bien luy appofer vue croufte de pain afpergée de poudre de rôles,dé fandafde girofle, de vin odoriférant fur la région du ventricule, 8c par derrière enuiron la treziefrac vertébré" du dos, où par l’intelligence de l’anatomie , nous entendons refpondre la bouche de l’eftomach. Les epithemes luy doiuent eftre appofez fut le foye 8c fur le cœur, afin de temperer l’ardeur acre d’icelles parties, 8c corriger leur ficcité par vue humidité raifonnable ; parquoy tels epithemes fe préparent de chofes froides 8c huraedantes , mais plus humectantes que froides , d’autant que ce qui eft fort froid, coupe 8c ferme palfage à l’humidité. A cela font propres les eaux de bnglolle 8c de violes iniques à vn quarteron, auec quelques gouttes de vin blanc. Mais celuy qui fefait d’or- ge mundé, de femcnce de courge, de pompons ou de concombre iufques à trois drachmes de cha- cun en la decodion , en y méfiant-par forte agitation , huile de violes ou d’amandes douces , eft plus excellent que tous les autres. Le moyen d’appliquer ces epithemes, eft de plonger des dra~" peaux dedans , 8c les appliquer fur le cœur & fur les hypochondres, les changeant d’heure à autre, B a mefure qu’ils s’efehaufteront fur la partie. Quant aux clÿfteres parce que par l’imbécillité de la . faculté concodrice plulieurs excremens s’amalfent és corps des hediques, il fera vtile d’en vfer louucnt tout le long de la maladie : on les préparera de la decodion d’herbes, fleurs , 8c fcmences réfrigérantes 8c humedantes fans y dilîbudre autre médicament que la cafte auec le fuccre, huile violât ou de nénuphar ,& autres fcmblables. Mais aufti d’autant qu’à la fièvre hediqne , quand elle eft fort auancée , furuienneut des flux de venrre fort pernicieux, denotans imbécillité de tou- tes les facilitez & colliquarion de la lubftance du corps, il y faudra remedier par chofes refrige- rantes 8c aftringentes, par aliment de grofte fubftance comme de rys, de pois chiches5, appliquant par dehors chofes qui aftraignent 8c roborent, luy donnant en outre à boire eau , en laquelle l’on aura fait cuire auparavant auoine ou orge rofty. Quant au refte il faudra traitrér le malade le plus doucement que l’on pourra , le tenant en perpétuel repos, 8c le faifant le plus dormir qu’il fera pofiible. L’on dit que la liqueur des limaces blanches , prifes 8c nourries és vignes , des tortues nourries à la façon parauant expliquée, au refte pilées & diftillées en l’alambic de verre, inbalneo mariæ,baillée auec fyrop de pauot, de nénuphar, ou eau de decodion de lai du es 8c de poulIet,eft finguîierement bonne en la fièvre hedique. Telle fièvre peut aftaillir les petits enfans', ou pour quelque defpit , ou longue crainte en laquelle ils auroient cfté tenus , ou pour auoir vne nourrice cholérique de nature 8c de façon de viurc, de laquelle partant le laid eft trop chaud &ardant :ou C pour eftre nourris devin, ou pour eftre tenus continuellement au .Soleil ; en ce cas il leur faudra changer de nourrice 8c façon de viure, en autre toute contraire, les tenant en air chaud 8c humide tempèrément : les oindre d'huile violât, 8c faire à peu près les chofes cy-deuant expliquées pour les refroidir 8c humeder. Que fi la fièvre eft compliquée d’hedique, & putride , il faudra pareil- lement accoupler les remedes pour l’vne 8c l’autre intention par bonne méthode. chefes nom- ble. 'Epithemes, clÿfteres, Eemede con- tre fitiX fe fièvres hetti- Des playes du Ventre inférieur dit Bpigafre. Chap. XXXV. Près auoir fommairement traitté des playes du Thorax, refte maintenant à parler f de celles du ventre inférieur : dont lei vnes font faites par douant, les autres par der- rierc : aucunes font fuperficiclles, les autres penctrent au dedans : d'autres paflènt de |v'W part en part au txauers du corps , & quelqucsfois l’inftrument demeure dedans : au- cnnes font anec lefion des parties contenues, comme du foye, râtelle, eftomach,in- teftin, reins : & aucunes d’icelles font 11 grandes,que partie del’omentum fort dehors:autres péné- trent iufques en la fubftance du Pancréas : autres à la veflie & pores vreteres : autres en la matrice ôc corps des grands vailfeaux , comme de la grande veine ou artere. Or les fignes que le foye eft bldfé , c'eft qu'il fort grand quantité de fangpar la playe , ôe le bldfé fent vne douleur pongitiue, qui s’eftend iufques au cartilage Xiphoidcou Scutiforme : auquel eft attaché le foye : quelqucsfois £> le bldfé vomit pure cholere, 8c fe trouue mieux d’eftre couché fus le ventre qu’en autre maniéré. Si l’eftomach ou aucuns des inreftins greftes fontoffenfez ,le manger & boire fort par la playe, les flancs fe tuméfient &: deuiennent durs, le malade a le hocquct, & vomit fouuentesfois pure chole- re,a grande douleur & comorfion au ventre , luy furuiennent petites Tueurs &: refroidiftémenr des cxtremitez:& fi les gros inreftins font vulnerez, la matière fecale fort par la playe. Si la râtelle eft naurée, le fang fort du cofté feneftre gros & noir,& le malade eft alteré,&a les mefmes fignes que nous auons dit du foye. Si les rognons Tons offenfez’, le malade a difticulté d’vriner , & pilfe du fang : a douleur aux aines, à la verge & tefticules. Si la veflie ou pores vreteres font naurez,le ma- lade fent douleur aux flancs, les parties du penil font tendues, & au lieu d’vrine fait du fang , ou l'vrine fimglante, & quelqucsfois mefme fort par la playe. Si la matrice eft vulnerée, il fort du fang par les parties honteufes, & telles bhfteures ont prefque fcmblables accident que ceux de la veflie. Les playes faites au foye font mortelles, parce que c’eft la partie qui fanguifie, & eft necelTàire a la vie : adioufté que la veine cane ou porte font incifées en leurs rameaux, par telles playes, dont s'en- fuit grande hernorrhagie,ou flux de fang,qui coule non feulement aux parties interieures,mais aufli aux extérieures,au moyen deqnoy les efprits s’exalent, & pour le regard du fang qui eft coulé aux Dîulfion des playes du ventre infé- rieur. Signes du foye blejfe. Eflomach & intejîins. Gros inte- flins. Râtelle. Rognons,vef- Jîe , & pores vreteres. Pouryuoy les playes du foye font mortel- les. Le Dixiefme Liure, 302 Paul. Ægin. S 2. cha. 1.6. H’pp. Hfh, iS. lin. 6. parties intérieures , ils s’efehauffe ôc pourrit, dont s'enfuit douleur , inflammation , ôc par confe- A (jUent la mort. Toutesfois Paulus Ægincta dit,qu’vnc partie ôc portion du lobe du foye peut eilrc pans mort< Audi les playes de l’eftomach , inteftins grefles , &: principalement du jeiunum Pour la multitude des vailfcaux qui font en iceluy , ôc pour la fubtilité de fa fubftance nerueufe, auifi pource qu’il reçoit la colere du cyftis fellis ) font mortelles : pareillement celles de la râtelle, roignons, vaiffeaux vreteres, veiïie , matrice, cyftis fellis font pernîcieufcs, ôc fouirent mortelles: pource que l’vfage de telles parties cft neceftaire à la vie, ôc aufll qu’aucunes font exangues, & ner- ueufes, ôc que par icelles paflbnt les humiditez cxcrementeufcs, ôc qu’il eft difficile d’appliquer les remedes, à caufe qu’elles font en la profondité du corps, ôc partant font dites mortelles, ôc prin- cipalement ft elles font grandes. Mefmes toutes playes qui pénétrent feulement en la profondité des ventres fans lefton des parties internes , fon fort dangereufes .* parce que l’air ambiens ou ex- térieur entre dedans, lequel n’eftant elabouré , nuit grandement aux parties intérieures : joint que les efprits s’exhalent, dont les vertus font rendues imbecilles : ôc pource qu’on ne peut bien mon- difier telles playes,qui eft caufe qu elles degenerent en fiftules,prmdpalement au Thorax, comme auons dit : il fe fait collcdion de matière , dont en fin la mort s’enfuit. Toutesfois i’en ay penfé plufieurs qui aaoient de coups d’efpée, ôc de piftoles au trauers du corps , qui font guaris. Et pour tefmoignage de ce , i’ay penfé en la ville de Melun , l’Argentier de l’Ambalfadeur du Roy de Por- tugal , qui auoit vn coup d’efpée au trauers du corps, par lequel les inteftins furent vulnerez, en forte que quand on l’habilloit, fortoit par la playe affez grande quantité de matière fecale neant- moins ledit Argentier a cfté guary. Mefme ces derniers iours ic fus appellé pour vn Gentil-hom- me, natif de Paris,nommé Gilles le Maiftre, Seigneur de Belle-jambe, demeurant à la rue S. André des Arts, auec Meilleurs Botal, Médecin ordinaire du Roy & de laRoyne, Richard Hubert Chi- rurgien ordinaire dudit Seigneur, ôc laques Guiliemcau, Chirurgien du Roy, ôc Juré à Paris,hom- mes Tçauans ôc bien expérimentez en la Chirurgie : lequel auoit rcçeu vn coup defpée tout au tra- uers du corps, dont par plufieurs iours jetta le lang par la bouche ôc fiege, en allez grande quanti- té , qui denotoit les inteftins cftre offenfez , toutesfois en quinze ou vingt iours fut guary. Pareil- lement les playes des grands vaiflèaux font mortelles, pour la grande efFufion de fang ôc cfprit qui s»en enfuit. Hijloiré. Hifloire, Comeliuf. Celfm, Ut*, y. chap. 16. Cure des playes du Ventre inférieur. Chap. XXXVI. Le moyen de remettre l'itu tejlin ejlant fort y & cou- /«• V a n t à la curation, il faut confideref fi la playe penctre en la capacité ou non : & cel- â es Cîu‘ ne eront Clue iu^4u’au Péritoine, feront traidées comme playes fimplcs, qui de- mandent feule vnion : mais celles qui font en la capacité, requièrent autre curation : car fouuét les inteftins ou omentum,ou tous deux eniemblc,Portent par la playc.Quelques- Q fois anffi l’inteftin eft blefte, lequel doit eftre coufu de la future du peletier à petits poinds, comme nous auons dit cy-deifus , puis jetter delfus poudre demaftic, myrrhe, alocs, bol :& la future eftant faite, doit eftre remis au dedans petit à petit, & non tout à coup, faifant fituer le malade au con- traire de la playe : comme s'il eft bielle à la partie dextre , il doit repofer fus le cofté gauche, & au contraire ; Je li la playe eft aux parties inférieures , le faudra foufleuer, ayant les feftes plus hau- tes que la tefte : Sc Ci elle eft aux parties fuperieures , faut faire fituer le malade au contraire , afin que les inteftins tombent & preftent place à remettre ceux qui font fortis. Or fouuentesfois les inteftins Ce tuméfient & enflent à caiife de quelques ventofitez qui y font contenues , & pour Pair ambiens qui les a refroidis & fait enfier,qni eft caufe que difficilement fc peuucnt remettre:& pour ce le Chirurgien fera fomentations aufdits inteftins , de décodions refoluantes &c difeutientes, aufquelles aura cuit camomille, meliîot, femence d’anis, fenoiiil : ou bien appliquerez deftusiceux inteftins, vnc volaille viue tranchée par le milieu , ou bien de petits chienneaux, ou vne veffie de porc à demy pleine de ladecodion fufdite : car telle chaleur difeute & refont mehieilleufement les ventofitez contenues aufdits inteftins , &: conforte la partie. Et fi par tels remedes les ventofitez ne peuuent eftre diftîpées , & que l’orifice de la playe foit eftroit, il fera expédient de la dilater,afin de donner lieu à les remettre plus facilement. Et s’ils font incifcz , il doiuent eftre recoufus,prin- cipaleraent les gros , & non les grefles, s’ils ne font du tout altérez 6c changez de leur couleur & chaleur naturelle. Or ils Ce corrompent en peu de temps par Pair extérieur. La maniéré de faire 15 la coufture eft, qu’il faut les recoudre comme font les peletiers leurs panx ; & après , de peur que la matière fccale ne forte hors, on mettra fur la playe vn peu de poudre de maftic fubtilcment puU uerifée, puis les faut remettre dedans le ventre : & faut que les bouts du fil foient paftez hors de la playe3afin que Pinteftin repris on les puiftè retirer. Or fi la playe faite au ventre eft fi eftroittc qu’on ne puifte réduire les boyaux au dedans,il faut accroiftre la playe auec vne biftorie,ayant vn bouton au bout,& qu’elle ne trenche que d’vn cofté, de peur qu’en faifant Pincifion pour agrandir la playe, on ne blefte les boyaux. Et fi les inteftins font fi enflez de ventofitez, qu’on ne les puifle réduire, lors on les fomentera d’eau chaude , auec huile , puis après de gros vin noir, tiède & aftingent, ÔC autres chofes cy-delîus dites. Et s’il y auoit fi grande quantité de vents qu’ils ne peufiènt eftre réduits,il les faut percer auec vne aiguille pour faire fortir les vents,ainfi qu’on void vne veffie de porc remplie de vents lors qu’on la perce d’vne épingle. Ce que i’ay fait aux inteftins auec heureu- Ce iftlic. Cela fait, il les faut réduire au dedans , commençant aux derniers fortis , afin que chacun puiftè eftre remis en fa place : & pendant qu’on les poulie dedans le ventrc,faut que le blefte retire Ton haleine. Et eftans reduits,il faut coudre la playe, Sc y faire tant de poinds qu’il lèra de befoin. Et fi la playe eft grande,il faudra faire la coufture nommée des Anciens Gaftroraphie. C’eft que le premier poind prenne la lèvre de la playe auec le Péritoine,& la lèvre de Pautre cofté laifte le Peri- ritoine,ne prenant que la chair,3c de l’autre cofté le Péritoine. Notable poil cl de l* fit nation du maLide» Des Playes en particulier. ÿ>3 A Et faudra faire cela tant de fois, qu’il fera necefiaire pour recoudre tonte la playe. Or telle cou- pure a efté inuêtéc des Anciens à bonne raifon,parce que fi on prenait le Péritoine tant d’vn cofté que d’autre,il banderoit 8c fc déchircroit, 8c demeurcroit vne efpace vuide à l’endroit de la playe, qui feroit que les inteftins feroient vne tumeur iembiable aux hargnes intcftinales. Apres auoir réduit les boyaux ,8c recoufu la playe, le malade doit eftre vn peu elbranlé 8c lecoiié , afin que les boyaux fc remettent d’eux-mefmes en leur playe. Tout cela fait, on appliquera fur la playe reme- des propres auxplayes récentes. Si l’Omentum eftforty , doit eftre remis le pluftoft qu’il ferapofi fible,car il eft lujet à loy putreficr,eftant de fubftance pinguedineufc,!aquelle eftant expofée à l’air, fc congele,& fa chaleur naturelle s’efteint,& toft après tourne à pourriture. Ce qui eft prouué par Hipp ocrâtes,difant,Si le Zirbus viêt à fortir hors,il pourrira.Ce que le Chirurgien çognoiftra lors qu’il fera liuide,noiraftre,& refroidy au tad,& lors ne le remettra ainfi putrcfiéicar les parties d’i- celuy corrompues pourroient endommager les autres rmaisle liera auec vn fil retors au ddEus de la putrefadion, 8c extirpera ce qui eft corrompu , 8c fera réduit en fon propre lieu. Toutesfois on doit laiftèr prendre le filet,afin d’attirer ce que par le moyen du filet, qui auroit efté ferre,pourroit choir en la capacité du ventre. Aucuns ont voulu laiftèr i'Omentum dehors eftant lié : ce qu’il fe faut bien garder de faire, à caufe que ce faifant, il eft tenu fufpendu , n’eftanr couché fur les inte- ftins,qui eft fon propre lieu : dont s’enfuit grande douleur, & trenchées au ventre : 8c pour euiter . * . , 1 À r & ... ■ r ■ 1 • tels accidens,le faut remettre comme nous auons dit,qui pourroit faire quelque pourriture , com- me chofe effrange à Nature. Lors que l’inteftin & Oraentum font remis , la playe eftant grande, p doit eftre coufuë par le bénéfice de la future,ditc Gaftroraphie,délai fiant vn petit otifice en la par- tis plus décliné,pour donner ifiuë à la fanie.Grande annotation au ieune Chirurgien : c’eft qu’aux playes faites aux boyaux , ne faut donner clyfteres,à raifon que le clyftere fortiroir par la playe des inteftins,& deraeureroit en la capacité du ventre,& fepourriroit auec Iefang,dont s’efteueroiét de grandes ventofitez putredineufes, qui feroient enfleures, 8c tenfion au ventre. Et quand telles chofes aduicnncnt, 8c que le malade fe plaint lentir grande douleur aux tefticnles , fay progno- ftic, que ton malade bien toft mourra : ce que i’ay veu plufieurs fois. En lieu de cîyfteres on peut vfer de fuppofttoires,ounoets. Et quant aux playes pénétrantes en la fubftance du foye , râtelle, cftomach, & autres parties contenues,ne doiuent eftre delaifiées : mais le Chirurgien fera fon de- uoir en ce qu’il luy fera polïibleijaçoit que par ce moyen n’aye certaine efperance de guarir,néant- moins vneelperance douteufe eft meilleure qu’vn defefpoir afïèuré; Si eft blcftée,ou la matrice, 8c gros inteftin , feront faites injedions par leurs propres conduits. le n’ay veu aucun Autheur qui aye parlé des playes faites en la graille , mais les ont toufiours référées à celles de la chair 8c des mufcles : partant en cét endroit m’a fcmblé bon de dire ce mot en pafiant : c’eft que lors qu’il fera fait vne playe fimple feulement en la fubftance de la graille : encor quelle fuft bien profonde,il n’y faut mettre nulle tente.mais feulement y jetter de noftre baume dedans,& vn era- plaftre par dcllus de Gratia Dei ,ou autre femblable:ce faifant ladite playe fera toft après confoli- dée,fermée,& cicatrifce,ce que i’ay fait plufieurs fois. L'Om'ntutn doit ejîre fon- dai» remit. Hipp. aph. 58. lîu. 6. Signes que l'ümentutn eft corotnpu, Qbferuaîio» pour le Chi- rurgien. Nota que les parties de no* fire corps rie* flans en leur propre Lieu apport et gra- des douleurs, Gai, lin. (t. Met. ch. 4. Annotation, Sentencê de Corn. Celf. Des playes de lagraijfe. Des play es des Aines , Verge , & Tejitcules. Chap. XXXVII. L aduient quelquesfois playes aux Aines, 6e parties voiiîncs, 6e alors il faut auoir égard fi elles penetrét au dedans,& cognoiftrc quelles parties font vulnerées,commc vefiie,matrice,inteftin droit,parce qu’elles ont grande conjonction enlemble, de fa- Çon cïue fonuent font blcffées toutes enfemble d'vn coup : & pour lecognoiftre,voy les deux fufdits chapitres.Or quant au playes des refticules Se parties génitales,parce qu'elles font necefiàires à la génération , Se qu'elles mettent la paix en la maifon, on les conleruera le plus foigneufement qu’il fera poffible,y procédant ainfi que Ion verra eftre necellaire, fuiuant la dodrine donnée par cy-deuant,diuerfifiant les remedes félon les accidens qui viendrontrcar deferi- re tellechofe en particulier , ne feroit iamais fait. Playes des Aines, Playes des Tejikuleu Des play es des Cuijfes , & des Ïambes. Chap. XXXVI1Î. E s playes faites au dedans des Cuiflès, font fonuent caufe de mort fnbite , quand elles \ pénétrent en la grolfc veine Saphene , ou grofle artère , 6e aux nerfs qui les accom- ‘ 'ÆiïK pagnent : ce que i’ay veu forment aduenir. Or lors qu'elles font firaples, il n'y a rien JJjgj qui peruertilfe la cure , fors qu'il faut que le malade garde le li<£b . fumant le prouerbe commun des Italiens, àfçauoir , Lamanoal petto , la gamba al letto. Mais quand elles pénétrent profondément, fonuent aduicnnent grands accidens, comme inflammation , apofteme 6c pour- riture aux membranes qui couurent les mufcles , qui canfent que l'vlcere jette vne tres-grande quantité de matière, de façon que le malade meurt en atrophie , 6e tout deiîèiché. Et partant faut que le Chirurgien foit aduifé à bien traitter telles playes, vlceres & fiftules, faifânt des incifions, afin de pouuoir extirper & mondrficr les membranes pourries, & les callofitcz.Cau vne petite por- tion peut faire grands accidens , 6e tenir l’vlcere long-temps ouuert. Et quand les tendons du jar- ret Se antres font couppez , aucuns Chirurgiens ont bien oie les coudre bout a bout, afin de les réunir enfemblc ; ce que iamais n'ay ofé faire , de peur qu'il n'y furuint extreme douleur, conuul- lîon , 8e autres accidens. l'ay bien veu le gros tendon fait de trois mufcles du molet déjà iambç., lequel s'infere au talon, eftant couppé d’vn coup d'efpée, la playe eftre long-temps fans fe pouuoir confolider : de après eftre cicatrifée, quand le malade commcnçoit à cheminer , la playe s ouuioit comme auparauantj Se partant ie confeille , le faid aduenant ,que l’on commande au malade de Playes dei te eu vrouerhi italien. Jndon aft des murs 4, rroye, 304 Le dixiefme Liure, bien long-temps ne cheminer fur la iarabc bleflec,iufques à ce que la cicatrice Toit endurcie, ôc bien A ferme: à celle caufe il doit cheminer long-temps fur potences. Des playes des Nerfs , & parties nerueufes. Chap. XXXIX. M L Te fait folution de continuité és parties nerueufes, par caufes externes , en diuerjfes K||| |||» maniérés, à fçauoir, par chofes qui contondent,meurtrificnt ôc écachent,comme coups de pierre , de bafton, de marteau, demafie, baie d’harqucbufe,garrot d'arbalefte, d’vne raorfure , piqueure, ôc femblables : par chofes aiguës & piquantes, comme d'vne ai- guille , poinçon , lancette , dard , flefchc, efpine , cfcharde, ou quelque partie de befte piquante, comme dJvne yiue: aufîi par chofes trcnchantes , comme d’efpée ôc coufteau : ou qui eftendent fi fort qu ils rompent & dilacerent, comme eftre rompus fur la gefne. De-là vient que des playes qui en prouiennent, les vnes font plus compofées que les autres, aucunes font fuperncielles ôc petites, autres longues ôc profondes,& aucunes àufïi font faites félon la longueur du nerf, tendon,& mem- brane : les autres félon la largeur, auccincifïon totale , ou d’vne portion feulement. Il y a d'autres différences, lefquellcs ie delaifiè pour caufe de briefueté. Les accidens qui en aduiennent, font douleur vehemente, fluxion , inflammation, fièvre, déliré, fyncope, apofteme, gangrené, ôc totale mortification delà partie, fpafme, & fouuent la mort ,& ce pour la communication ôc colligance qu'ils ont au cerueau , ôc autres parties nobles. Entre toutes les bleflèures des parties nerueufes, ® la piqueure cft celle qui plus amene de pernicieux accidens,parce que la playe eft petite ôc eftroite: au moyen dequoy ny le médicament n'y peut entrcr,ny la fanie fortir, laquelle par fa demeure ac- quiert vne virulence,dont elle imbibe la fubftance des nerfs,tcndons, & membranes, ôc fait qu'en eftans engrofïis , s’accourci fient, ôc par telle repletion cft caufée douleur, inflammation, fpafme, Ôc les autres accidens dcflufdits. Aprescelles-cy , les plus dangereufes font les playes, où les nerfs , tendons , ôc membranes ne font couppez qu'àdcmy,ou fuperficiellcment, parce que la portion qui n’eft couppée, fe retire vers fon principe,qui caufe grande douleur ôc fpafme par communication. Cecy eft manifefte aux pla- yes de la tefte,lors que le Pericrane n’eft qu'à demy-couppé, & mefmcs quand on l'incife pour ap- pliquer le trépan. Car n’eftant que demy incifé, la douleur ôc accidens y demeurent bien plus grands ,que s’il l'eft du tout. Parquoy la plus feure playe des nerfs, eft celle où ils font du tout couppez , d’autant qu’ils ne communiquent rien aux autres parties fuperieurcs, & que s'en retirant ils ne trouuent point de contrariété. Bien cft vray que la partie demeure debile, ôc priuée de fon aftion, ôc le plus fouucntde mouuement. Les accident qui aduitn- net aux nerfs vaincrez. Dangereufes playes des nerfs. Cure des playes des Nerfs. Chap. XL. Indîcatio eu ratiue autre qués playes (communes. s pLycs des Nerfs , félon la commune pratique des anciens Médecins ôc Chirurgiens l|| ne doiuent eftre promptement agglutinées , fumant la générale indication de folution de continuité : mais pluftoft fi elles font trop eftroites , comme les piqueures, ils com- Q mandent qu elles foient agrandies par incifion de ce qui eft deflus ,ôc qu’on les tienne long-temps ouuertes,afin de donner ifliië à la fanie, ôc entrée aux medicamens. Quant à moy , i’ay plufieurs fois traitté telles playes tout autrement, ôc de frefche mémoire en vn nommé Monfieur le Cocq, Procureur en Cour d’Eglife, demeurant en la rue de Noftre Dame, lequel en ferrant certains papiers qui cftoient fur fon contoir, trouua entre iceux vn trenchc-plumc, qui luy paflà tout au trauers de la main. Auflî en vn mien voifin, qui voulant embrocher vn aloyau de bœuf qui eftoit gelé , fe perça auccla broche le milieu de la main dé part en part. le leur ay agglutiné incontinent leurs playes , y mettant dés le premier appareil de mon baume allez chaud, fans nulle tente, ôc autour vn defenfif , ôc furent bien toft guaris , fans leur aduenir aucuns accidens. Toutesfois *eneconkille pas au ieunc Chirurgien de fe hazarder à fuiure telle façon de pratiquer , que pre- mieremerit il ne foit bien exercé à difeerner les diuerfes complexions ôc habitudes des corps : car cela ne poutroît bien fucceder , fi le corps eftoit pléthorique, cacochyme, ou de fèntiment fort aigu : en tel cas feroir plus feur d’y befongner , comme nous dirons cy-apres. Or non feulement les playes des nerfs différent en curation d’aucc les autres playes , mais aufli font différentes en- £> tr’elles : car combien que tous medicamens foient propres aux nerfs bleflez , lefquels attirent du profond , ôc çariflent les humiditez ôc ianies , fi eft-ce que ceux qu’on applique aux piqueures, ôc où les nerfs ne font pas déniiez, requièrent ôc endurent bien remedes plus forts , fubtils , ôc défio catifs ( toutesfois fansmordication) afin qu’ils puiflènt pénétrer au profond , en attirer ôc fêicher l'humeur Ôc fanie qui eft autour, ou en la fubftance d’iceux nerfs. Au contraire, quand ils font defcouuerts , il n’eft befoin que de medicamens doux , &qui fcichent fans aucune mordication. Exemple pour la piqueure de nerf. If. terebenthinæ Venetæ , olei veteris an. j. aquæ vitæ pa- rum. Autre. If. olei terebenthinæ 5. j, aqu# vitæ 5. j. euphorbij 5. fi. Autre, f. radices dragon- rheæ , brioniæ, valerianæ ôc gentianæ exficcatas, ôc in puluerem redaélas, mifee c,um decoélo cen- taurei, ôc oleo, autaxungia veteri : tu en mettras chaudement dedans la playe. Autre : Prenez gal- banum, poix grafle, opopanax, liquéfiez en eau de vie ôc fort vinaigre, puis y meflez axungc de porc,d’oye, de poule, de chapon, d’ours, huile vieille, huile de lis, & femblables. Autre. If. olei hyper, fambuci ôc dccuphorbio an. j. fulphuris viui fubtiliter puluc. fi. gummi ammon. bdel- |jj ah. 5. jj. aCcci boni J. ij. vermium terreftrium præparatorum j. bulliant omnia fimul ad con- fiimptioncm accti. On inftilcraen la playe de ccmcdicàment,puisfera appliqué tel cerat,lequel attire la matière du f .j. terebinth. Venetæ |.fi.diachylonis albi cum gummis Hsfiotres. Eu quel cas ne/fsrecentes fe doiuem in- continentag~ glutiner. Kimeâet pour lu piqueure des nerfs. Des Playes en particulier. 305 A 5. x. ammoniaci, bdellij. in aceto diflblutorum an. 5, ij. refinæ pini, gummi elemi,picj$ naualis, an. 5. v. ceræ quod fuflicit , fiat ceratum lads molle. Tu vferas prudemment aux piqueures des nerfs de tels ôc femblables remedes , les diuerfifiant félon la qualité Ôc profondeur d’icelles,& aufli félon la température ôc habitude des corps , & ayant égard aux autres chofcs confiderables. Et où par tels moyens la douleur ne feroit appaifée, mais pluftoft augmentée ,& qu’on veift la partie enflammée , & les léures de là playe efleuéc, jettant vne fanie fereufe , fubtile , Se virulente, nom- mée Ichor ( Hune curandi rationem F taie fini de Tarama lih. i. c.de conuuljîone , annotauit, vt & nerui indfionem ) on y doit appliquer de l’huile toute feruente,aucc vn peu de linge attaché autour d’vne efpatule , Ôc en toucher le fonds ôc les parois de la playe trois ou quatre fois. Celle cauterization fera toll après appaifer la douleur, à caufe qu’en bruflanr le nerf, tendon ou membrane , on ofte le fentiment, &c par confeqnent la douleur : ainfi qu’il appert aux grandes ôc extrêmes douleurs des dents pertuifées , lors qu’on peut toucher au profond do leurs racines d’vn fer ardant, ou d’huile de vitriol reftifiée, ou eau de vie: car cela fait promptement celler la douleur , en baillant le nerf qui s’inlere efdites racines. Nous voyons aufli aux vlceres corrofiucs 3c ambulatiues ( touf- jours accompagnées de douleur extreme ) qu’apres y auoir appliqué vn médicament efearotique, comme poudre d’alum, de mercure, egyptiac fortifié, icellc douleur celle incontinent. Or fuppo- fons encores que la douleur perfeuere, ôc qu’il y ait ja commencement deretradion des nerfs ôc fpafme , ôc que le malade foit en danger de mort, en tel cas il eft expédient de couper du tout le “ nerf ou tendon du trauers. Par ce moyen chafque partie d’iceluy fe retirant vers ion collé, n’y aura plus de contradion , vray ell que l’adion fera perdue , mais il vaut mieux la perdre que la vie , ce que les Anciens ont commandé. Huile ferue- te Pot4r f1* extreme ܰU eW' Hïfime du feu Roy Charles neujiefme. Chap, X L I, aR pour inftruire le ieunc Chirurgien , 8c le drellèr mieux à la pratique dcflùfditc , ie j reciteray celle hiftoire, qui n'eft hors de propos , pour la curation des piqueures des i nerfs. Le Roy ayant la fièvre , Monfieur Chapelain Ton premier Médecin , &'Mon- iteur Caftcllan, aulîî Médecin de fa Majefté , Ôc premier de la Royne fa mere, luy or- donnèrent la faignée : 8c pour la faire onappella vn qui auoit le bruit de bien faigner , lequel Gui- dant faire ouuerture à la veine,piquale nerf : qui fit promptement efcrier le Roy,difant auoirfen- cy vne tres-grande douleur. Parquoy allez hautement ie dy qu'on delîerraft la ligature, autrement que le bras s'enfleroit bien fort:cc qui aduint fubit auec vne contraction du bras, de maniéré qu’il ne le pouuoit fléchir ny eftendre librement, & y eftoit la douleur extreme , tant à l'endroit de la piqueurc, que de tout le bras. Pour le premier 8c plus prompt remede, i’appliquay vn petit empla- ftre de bafilicon, de peur que la playe ne s'agglutinait, de par defllis tout le bras des comprelîes im- C bues enoxycrat, auec vne ligature expulfiue, commençant au carpe, 8c finilïànt près l'efpaule,pour faire renuoy du fang 8c efprits au centre du corps, de peur que les mufcles ne receuflent trop gran- de fluxion, inflammation, 8c autres accidens. Cela fait, nous nous retirafmes à part, pour adui- . fer 8c conclurre quels mcdicamcns on y deuoit appliquer pour feder la douleur , 8c obuier aux ac- 1 cidens qui viennent ordinairement aux piqueures des nerfs.Ie mis fur le bureau, qu'on deuoit met- ; cre en la piqueure de l'huile de térébenthine allez chaude, auec vn peu d'eau de vie rc£lifiée,&fur ' tout ie bras vn emplallre de diachalciteos , dillbut àuec vinaigre 8c huile rofat, en continuant la , fufdite ligature expulfiue.Mes raifons elloient que ladite huile 8c eau de vie ont puiflancc de péné- trer iufqucs au fonds delà piqueure,&: feicher l'humidité qui fortoit de la fubllance du nerf,& par leur chaleur, tant adluelle que potentielle, feder la douleur;& ledit emplallre de diachalciteos a pa- reillemét vertu de refoudre l'humeur ja couru au bras,& prohibe la defeete d'autre humeur. Quant à la ligature, elle fert de roborcr 8c altrcindre les mufcles , exprimer 8c renuoyer aux parties fupe- rieures l'humeur ja defeendu, 8c empefeher nouuclle fluxion. Ce que lefdits Médecins accordè- rent y 8c conclurent tels remedes y eftre vtiies 8c neceflàires. Par ainfi la douleur celîà. Et pour dauantage refoudre , 8c tarir l'humeur contenu en la partie , on vfa puis après des remedes refolu— tifs 8c deficcatifs, comme de celtuy. farinæ hordei 8c orobi an. ij. flor. camom. 8c mcliloci an. p. ij. butyri recent, fine fale §. j. fi. lixiuij barbitonforis,q. fulf. fiat catapl. ad formara pultis. Le Roy demeura trois mois 8c plus, fans pouuoir bien fléchir ny eftendre ion bras : neantmoins d ( grâces à Dieu) il fut parfaitement guary ,fans que l'ation fuit demeurée aucunement vidée. Or auions-nous conclu, où les fufdits medicamens n'euflènt efté fufHfans pour obtenir la curation, d’vlèr d’huile feruente, afin de cauterifer le nerf, ou mefmes de le couper totalement : parce qu'il eftoit plus expédient qu’il perdift l'ation du bras , que de le laifler mourir miferablement à faute de ce faire. Comme il eftoit aduenu de rccente mémoire à Madamoifelle la Bailliue Courtin , de- meurant rué fainte Croix, prés la Bretonnerie à Paris, à laquelle pour auoir efté ainfi, mal-faignée, le bras luy tomba en gangrené 8c totale mortification , dont elle mourut par faute d'auoir efté ainfi fccourué. Et ce fuffira pour la curation des piqueures.Mais où les nerfs feront defcouuerts, n’y fau- dra appliquer medicamens fi forts: car ils induiroient plus grande douleur,5c ameneroient plus grands accidens ‘.partant on en appliquera de doux, qui feichent fans aucune acrimonie oumordi- cation. Exemple. tereb. Venet. lotæ in aqua rofar. boli arm. fubtil. puluerifati, 8c ireos Florent, an. 5. ij. incorp. fimul. Pareillement noftre baume eft en tel cas excellent. Auflieft bien ceftuy fort recommandé de Vigo. rof. omphacini îj.fi. olei de terebenth. 3.iifucci plantag, fi. feminis hypericonis aliquantulum contriti m. fi. tuthiæ præparatæ 5. iij. calcis decies lotæ cum aqua plantag. 5. ij. antimonij. 5. j. fepi hircini 8c vitul. an. 5. v. vermium terreftrium loro- rum cum vino X. j. fi. bulliant orania fimul dempta tuthia-, in cyatho decoélionis hordei vfque ad. Hifoire du Roy Charles. Raiforts dé l'Autheur touchant lee médicament faf le bras du Roy. Autre ht- (ioire de M i'ay encôrçs à aduertir tou-1 chant les ligamens vaincrez, qu'ils n'ont rien de particulier, finon qu'il les conuien- dra agglutiner, ddTèicher , ôc confolider plus feurement, ôc auec medicamensplus forts : parce qu'ils font fort durs Ôc fecs , ôc n'ont point de fentiment. Leur curation a été comprife cy-delfus,& fpecialement fous les playes des iointurcs.Quant aux ae- cidens que nous auons dit au commencement fuyure les playes des nerfsjaucnns appartiennent ail Médecin , & ceux qui touchent le Chirurgien , ont été traiélez ailleurs, partant nous ne notis y arrêterons dauantage , ôc ferons en cet endroit finir ce prefent liurc, duquel Dieu Toit lotie ÔC remercié. fin du dîxiefme lime , des playes en particulier. îo8 T> \ E F A C E. SVR L’ONZIESME LIVRE DES PLAYES FAICTES PAR HARQVEBVSES- PAR AMBROISE PARE' DE LA VAL AV MAINE, Confeiller 6c premier Chirurgien du Roy. Intention de l’Authenr. a n t qu'entrer à bon efcient en la defcription des playes faites par m Harquebufes de curation d’iceiles , il m’a femblé bon pour mettre le Le- ® éleur en gouft , deuant que le prefenter à vne table diuerfifiéc de tant de Pl mets > & fricallées de poudre à canon , toucher icy en bref, qui fut Fin— If uenteur d'vne fi pernicieufe machine de guerre, en combien d'efpeces elle H a efté tournée & variée, ayant chacune fon nom félon Ton vfage, & com- ||| bien elle eft dommageable au genre humain. Polydore Virgile, chapitre fe- cond , du liure deuxième des inuenteurs des chofes , dit l’artillerie auoir efté inuentéc par vn Allemand de balle condition , & ce par vne telle rencontre & occafion. Cét homme né pour la ruyne de dcftruéHon de l’humain lignage, gar- doit vn iour pour quelque certaine intention dans vn mortier, de la poudre, qui depuis pour ion principal vfage, a efté appellée poudre à canon, &c l’auoit couuerte d’vne pierre. Aduint qu*cn battant fon fufil, vne petite eftincelle tomba dans ce mortier, & foudain la poudre ayant pris feu, fît fauter ccfte pierre en haut , ce qui l’eftonna, de enfcmble luy apprit la force de ceftc matière non cogneuc auparauant, de forte que faifant vn petit canon de fer, de compolânt la poudre, il ef- làya cefte machine : de voyant fon fait reülîir à fon fouhait, il enlèigna premièrement aux Véni- tiens l'vfage de cefte diablerie, en la guerre qu’ils eurent contre les Gencuois , l’an de noftrelalut, £ mil trois cens oétante, en vn lieu jadis nommé Folle Clodiane,à prefent Chioggia. Combien que félon le iugement de Pierre Melîie, chapitre huicriéme, en la première partie de fes diuerfes Le- çons, cefte inuention doit eftre plus ancienne : à caufe qu’en la Chronique d’Alphonfe vnzieme, Roy de Caftille, qui conquit les Ifles Argezircs, il fe trouue qu’eftant au fîcge de la ville, en i’an mil trois cens quarante trois , les Mores alïïegez tiroient certains mortiers de fer , dont les coups rendoient vn Ion efclattant de horrible, à l’égal de celuy du tonnerre. Le Seigneur Dom Petre Euefque de Léon, en la Chronique du Roy Alphonfe, celuy qui conquit Tolède, eferit qu’en vne bataille nauale, qui fut entre le Roy de T unes, de le Roy More de Seuile ( il y a quatre cens ans Ôe plus ) auquel le Roy Alphonfe fauprifoit, les Tuningeois auoient certains tonneaux de fer ou bombardes, de qu’auec ce ils tiroient force tonnerres de feu : ce qui deuoit eftre artillerie , bien quelle ne fuft à la perfection de maintenant. L’inuenteur de cefte machine a eu pour recompen- fc, que fon nom de fa profelïion ont efté incogneus de tout le monde , comme indignes d’aucune mémoire, pour vne fi malheureufe de damnable inuention. Combien qu’André Theuet en fa Cof- mographie , parlant des Suéuians, peuples d’Allemagne, auance de l’authorité d'vn certain vieil liure eferit à la main, tel homme auoir efté Moine de Philofophe, ou Alchimifte de profefïîon, du pays de Fribourg , nommé Conftantin Anclzen. Quoy qu’il en foit, cefte machine a efté premie- D rement appellée Bombarde, à caufe du bruit quelle fait, que les Latins conformément au naturel du fon, appellent hombta. Depuis à cefte première inuention de foy rude de imparfaite , le temps, l’art, de fur tout la malice des hommes a beaucoup adjoufté. Car premièrement quant à la matiè- re , au fer ont fuccedé le bronze , de le cuyure, métaux plus traitables de fufiles , moins aufîi fub- jeets à la rouille. Secondement cefte première fimple de lourde malle de canon a efté diuerfifiée en cent façons, iufques à les monter fur des roiies, à fin que non feulement de plus haut,mais aufll de plus grande vitelTè,, elles pendent courir à la ruine des hommes , les premiers mortiers ne fem- blans allez maniables , ny allez cruels par vn fimple vomillèment de fer de de feu. De là font ve- nus ces horribles mônftres de Canons , doubles Canons, Baftardes , Moufqucts , Paftè-volans, de pièces de campagne, ces furieufe§ belles de Coulevrines , Serpentines , Bafiliqs, Sacres, Faucons, Fauconneaux, Verles, Fleures, Orgues, de autres infinies efpeces, toutes de diuers noms , non feu- lement tirez de pris de leur figure de qualité , mais bien dauantage de leurs effééts de cruauté. En quoy certes fc font monftrez fages de bien entendus en lachofe, ceux qui premièrement leur ont impofé tels noms, qui font pris non feulement des animaux les plus rauilfans , comme des Sacres & Faucons ; mais aulTi des plus pernicieux de ennemis du genre humain, comme des Serpens,Cou- leuures, de Bafiliqs, pour monftrer que telles machines guerrières n’ont autre vfage, de n’ont efté muentées à autre fin de intention,que pour rauir promptement de cruellement la vie aux hommes. Inuention de la poudre. Les Vénitiens ont premiers eu Vartille- rie. Diuerfes opi- nions tou. chant le teps Auquel l’ar- tillerie a eflé. Vaut heur de l’artillt rie, fy fon nom. Comme on a adioujH à l'artillerie. Dîners nems de l'artillerie & doit Us font pris. Préfacé. 309 A Sc que les oyafts feulement nommer, nous les enflions en horreur 8c deteftation. ïe laiftè plufieurs autres pièces moindres en corps, mais de force Ôc cruauté plus pcrnicieufes, d'autant qu'elles atta- quent noftre vie de plus près, & qu'elles nous peuuent furprendre à l’improuifte ôc trahifon, fans qu’il y ayt moyen de s'en donner garde, comme font les pilloles, piftolets, petits bidets, ôc autres femblables, petits lézards ôc feorpions, que l'on peut aisément cacher dedans les chauffes. Entre ces deux cfpeces tiennent le moyen les harquebufes à croq , que l’on ne peut bien tirer , fi elles ne (ont lices ôc accrochées fur du bois, les moufquets, poitrinails, que l'on ne couche en ioüe, à caufe de leur calibre grôs ôc court, mais qui fe tirent de la poiélrine, Ôc les harquebufes communes : le tout inuenté pour la commodité des gens de pied, 5c pour delferrer balles & dragées. Le mot gé- néral imposé par les Latins, eft: Sdopus, à l’imitation du fon , & des Italiens qui difent Sclopetcre: par les François harquebufe : mot pareillement tiré des Italiens, à caufe du trou , par lequel le feu du baflînet entre auant dans le canon : car les Italiens nomment vn trou ‘Bkz.o , 6e fe nomme arc, à cauie qu'on en vfc maintenant, comme iadis on faifoit des arcs à la guerre, veu que les archers auoient le temps palfé la première pointe comme à prefent ont les harquebufiers aux combats ôc batailles. De cefte miferable boutique 5c magazin de cruauté,font fortis les mines, contre-mines, les fapes , les pots à feu, les traicls, les lances ôc arbaleftes à feu, les tonneaux meurtriers, les fa- chets, les trainées, les fuzées, les fagots bruflans, les cercles, les oranges,)âs grenades, les pelottes, les paux Sc carreaux à feu, très-miferable inuention , par laquelle nous voyons fouuent vnc mil- g liafle de pauures hommes fricaflez fous vne mine, ou cazematte : les autres en l’ardeur du combat atteins, voire legereraent de quelqu'vn de ces engins, brufler cruellement dans leurs harnois,fans mefme que les eaux puiflent réfréner ôc cfteindre la furie d’vn tel feu. Ce n'eftoit doneques aftez d'auoir armé le fer, Sc le feu contre nous, fî mefme pour hafter le coup on n'euft quafi comme em- penné telles armes, les faifant voler aux defpens de noftre vie, appropriant des ailes à la mort,pour accabler l'homme plus foudainemenr, pour laconferuation duquel toutesfois telles chofes auoient efte premièrement créées. Vrayement quand i'oy parler des machines defquellcs les anciens vfoiêt, fuft pour alfaillir les hommes en combat ôc rencontre, comme font les arcs, dards, arbaleftes, fon*- des,fuft pour forcer les villes,comme font beliers,cheuaux,vignes,tortucs,baliftcs,&autres fembla- bles,il me femble que i’oy parler de petits,ioüets d’enfans,au regard de celles-cy,qui pour parler à la ' vérité,furpaflênt en figure ôc cruauté les chofes que l’on fçauroit penfer les plus cruelles.Que fçau- roit-on imaginer en ce monde de plus efpouuantable ôc furieux que la foudre ôc le tonnerre ? Et toutesfois le tonnerre ordinaire ôc naturel, n'eft par manière de dire rien, au regard de ces machi- nes infernales : ce qui fe pourra aifément comprendre par la comparaifon des efteéls de l'vn Sc de l'autre. Nature a bien voulu honorer ôc pfiuilegier l'homme, inférieur en force corporelle aux belles, de cecy : c'cft que le feul homme ne meurt toufiours eftant frappé de foudre,& au contrai- re pour peu que les autres animaux, qui font fubjeéls à la foudre, en foient touchez , ils meurent foudain. Car tous animaux frappez du foudre,tombent de l’autre cofté,le feul homme n’en meurt C point, s’il ne tombe fur la partie frappée du foudre , ou s’il n’eft tourné par force du collé d'où la foudre vient. Mais l'artillerie n'cfpargne non plus les hommes que les belles, ôc fans djfcretion de quelque collé qu’elle vienne, de quelque collé qu’elle frappe, en quelque façon qu’elle les renuer- fe, leur emporte la vie. Il y a plufieurs remedes pour fe garder contre le tonnerre. Car outre les charmes, par lefquels les anciens Romains croyoient la foudre pouuoir dire coniuréc Ôc diuertic, ou excitée, on ne veir iamais la foudre defeendre plus auant que cinq pieds en terre. De là vient, que ceux qui la craignent , font canes profondes en terre, pour s'y retirer comme en fauucté. On dit que le laurier n'eft iamais frappé de la foudre, c'eft pourquoy le temps palfé & encores aujour- d'huy, il eft pris pour vn lignai devidloire. Parquoy l'Empereur Tibere craignant fur toutes cho- fes le tonnerre, fe faifoit promptement couronner de laurier, au moindre bruit qu’il euft ouy en l’air. On lit quelques vns auoirfait faire des tentes de peaux de veaux rnarins,pourceque cet ani- •mal a cela de particulier, que iamais il n'eft atteint de la foudre. L'Aigle aullî eft dit auoir ce pri- nilege entre les oyfeaux de n’eftre frappée de la fondre : c'eft pourquoy on l'appelle coufteliere de lupiter, dit Pline, liu.z. ch.54. ôc yy. Mais contre l'artillerie, rien ne feruent les paroles ôc incan- tations, rien le laurier vi6lorieux,rien le veau marin, rien chofe quelconque , non pas mefme vne muraille oppofée, efpeftè de dix pieds. Bref cecy moudre la fureur inuinciblc de l'artillerie,au re- gard du tonnerre: c'cft que le tonnerre fe peut diftiper par fon de cloches, badins d’airain,& mef- me par le bruit de l'artillerie, les nuees du heurt ôc combat defquellcs fe fait le tonnerre, eftans par D telle agitation de l’air Ou diflipées, ou chaftees en autre pays bien mais la fureur Sc orgueil de l’artillerie nes'appaifèpour chofe quelconque.il y a quelques temps ôc quelques régions exem- ptes de foudre : car on ne voitgueres tomber la foudre au cœur de l’Hyucr, non plus qu’au gros de l'Efté. Ce qui aduient de deux raifons contraires : car en Hyucr l'air eft fort cfpais , auflî font les nuées, de forte qu’aifément efteignent tout le feu, que pourroienr auoir chargé les exhalations de la terre, qui neantmoins font fort froides ôc glaciales. De là vient que la Scythie ôc les régions froides qui font à l'enuiron, c'eft à dire, la Tartarie, Liuonie, Mofcouie, Ruflîe, ôc autres pays voi- fins, font exempts de foudre, comme au contraire les grandes chaleurs en preferuent l’Egypte. Car les exhalations ôc vapeurs de la Terre ,qui font chaudes & feichcs, fe conuertilfent par la chaleur vehemente en petites nuées, qui n’ont point de force, comme dit Pline. Mais comme l’inuencion, auflî la tempefte ôc dommage de l’artillerie, s'eft efpandue comme vnepefte par toutes les Prouinccs de la Terre , ôc en tout temps le Ciel retentit fous la plaintiuc voix de ceux qui en fen- tent les furieux cfteéls. Le tonnerre ordinairement n'a qu’vn coup , qu’vnc foudre, ôc ne frappe qu'vn homme à la fois : mais l'artillerie d'vn feul coup peut accabler vne centaine d’hommes. La ® * " 2 •'**** *** ’ jes machines des anciens *** noftres. , \a/°udru l'auiüe- rie. Corne Vhom* me, *^re e a*°u* plinMure chap. 54. Plin.l i.c.ff ue^es cp0 fes pontpre. feruees de U foudre. Suet' in ehajfe [t ton. nerre. la fondre. Liu.t.c. yo. fieflei» & 1,Ht de l'*r~ tiUerie, 310 I. Difcours fur le Liure, foudre le plus fouuent, comme eftant chofe naturelle, tombe fortuitement, tantoft fur vn chefne, A tantoft fur vne montagne , tantoft fur vne tour , ôc rarement fur l’homme : mais l’artillerie con- duite par la maligne dextérité de l’homme, n’a autre but que l’homme , le mire feul ôc choifit feul, entre vne milliaffe de chofes. La foudre par le bruit de fon tonnerre auant-coureur quelque bon- ne efpace de temps deuant, nous aduertit de fa tempefte future : Mais l’artillerie , qui eft le com- ble de tout mal, en grondant frappe, ôc en frappant gronde , enuoyant aufii-toft la balle mortelle dans l’eftomach, que le fon ôc bruit dedans l’oreille. C’eft donc à bon droit que nous deteftons l’autheur d’vne fi dommageable ôc pernicieufe inuention : comme au contraire deuons eftimer ceux dignes de grandes louanges, qui ou par paroles tafehent à reuoquer les Princes ôc Rois de la pratique d’vne fi miferablc ôc funefte machine, ou par effeds ôc eferits, s’eftudient à donner quel- ques remedes à ceux qui en auroient efté attaints. Ce qui m’a efmeu prefque le premier entre les François , à eferire de cefte matière. Mais deuant que faire courir ma plume en cefte carrière, il m’a fcmblé bon pour plus facile intelligence duTraidé principal que ie pretens mettre en lumiè- re, des playes faites par harquebufes, faire marcher deuant deux Difcours, pour arracher quelques opinions de la fantafie de plufieurs, qui me femblent du tout faulfes : la falfité defquels fi ellen’eft conuaincuë , il n’eft pas pofliblc de rien entendre en l’eflènee de ce mal, ny rien faire à profit & honneur en la cure d’iceluy. Le premier difcours addrdfé au Ledeur, condamne par viues rai- fons la façon de Vigo , qui brufloit les playes faites par harquebufes , ôc les cauterifoit, penfant qu’elles partipalfent de quelque venenofité. Au contraire , celle qui guarit telles playes par les ® fuppuratifs,eft autant douce ôc falubre,comme celle dudit de Vigo eft cruelle ôc pernicieufe. Le fé- cond Difcours addrelfé au Roy , monftre lefditcs playes ne praticiper d’aucune venenofité, ains la cacocthie & male morigeration d’icelles, dépendre entièrement du vice de l’air, ôc de la cacochy- mie des corps offenfez. Ce qui incite V Autheur à eferire des playes d’har- quebufes., Sommaire du fremier Dif- cottrs. Sommaire du fécond Dif- cours. TUSCOVRS PREMIER , SFR LE FA1CT des Efarquebufades, & autres ballons à feu. t * A n mil cinq cens trente fix > le grand Roy François enuoya vue grande armée en Piedmont, pour enuitailler Thurin, & reprendre les villes ôc cha- fteaux, qu’auoit pris le Marquis du Guaft Lieutenant General de l'armée, & Monfieur de Montejan, Capitaine General des gens de pied, duquel alors mm i’eftois Chirurgien. Vne grande partie de l’armée arriuée au pas de Suze, wU trouuafmcs ennemis qui tenoientle paflagc,& auoient fait certains forts & tranchées, de façon que pour les faire debufquer & quitter la place, il conuint combattre, où il y eut plufieurs tuez &blefiez, tant d’vnepart que d’autre : mais ce fut à eux de tout quitter, ôc gaigner Je Chafteau : où bien coft furent fommez de fe rendre: ce qu’ils feirent, & fordrent feulement la vie fauue en chemiie: ôc le bafton blanc au poing, dont la plus grand’part s’en allèrent gaigner le Chafteau de Vilanne, où il y auoit enuiron deux cens Efpagols. Monfeigneur le Conneftable ne le voulut Jailïèr en ar- riéré, à fin de rendre le chemin libre. Ce Chafteau eft aflîs fur vne petite montagne, qui don- noit grande alfeurance à ceux de dedans , qu’on ne pourroit afieoir l’artillerie pour le battre : ôc fu- rent fommez de fe rendre, ou qu’on les mettroit en pièces : ce qu’ils refufèrent, rcfpondans qu'ils eftoient autant bons & fidèles feruiteurs de l’Empereur , que pounoit eftre monficur le Connefta- ble du Roy fon raaiftre. Leur refponfe entendue', on fit de nuid monter deux gros canons à force de bras auecques cordages, par les Suifies ôc Lanfquenets ; où le malheur voulut qu’eftans les deux canons aftis, vn Canonnier mit par inaduertence le feu dedans vn fac plein de poudre à ca- non , dont il fut bruflé , enfemble dix ou douze foldats. Et en outre la flamme de la poudre fut caufe de defeonurir l’artillerie, qui fit que toute la nuid ceux du Chafteau tirèrent plufieurs coups d’arquebufes , à l’endroit où ils auoient peu defcouurir les deux canons, dont ils tuèrent Ôc blef- ferent quelque nombre de nos gens. Le lendamain de grand matin on commença la batterie, qui en peu d’heure fit brèche. Eftant faite , ceux de dedans demandèrent à parlementer , mais ce fut ® trop tard,car cependant nÆs gens de pied François, les voyant cllonnez, montèrent à la breche, ôc entrèrent dedans,& les mirent tous en pieces,excepté vne fort belle Ôc ieune Piedmontoife ,qu’vti grand Seigneur voulut auoir pour luy tenir compagnie la nuid,de peur du Loup-garou. Le Capi- taine Ôc Enfeignc furent pris en vie,mais bien toft après pendus & effrangiez fur les créneaux de la porte de la ville, afin de donner exemple ôc crainte aufdids foldats Impériaux, n’eftre fi temeraires ôc fi fols de vouloir tenir telles places contre vne fi grande armée. Or tous les fufdirs foldats du Chafteau, voyans venir nos gens d’vne tres-grandc furie, firent tout deuoir de fe deffendre,tuerenr Ôc bldferent vn grand nombre de nos foldats à coups de picques ôc d’harquebufes ,où les Chirur~ gicns eurent beaucoup de befongne taillée. l’eftois en ce temps-là bien doux defel,parce que ien’auois encores veu traider les playes faites par harquebufes : il eft vray que i’auois leu cnlean de Vigo,liu.i. des Playes en général,chap.S.que les playes faides par baftons à feu,participent de venenofité, à caufe de la poudre, &pour leur cu- ration commande les caurerizer,auec huyle de fambuc, en laquelle foit méfié vn peu de theriaque. Et. pour ne faillir, parauantqu’vfer de ladite huyle feruente, fçaehant que telle chofe pourroit Fat de Situe. Le Chafteau de Vtünne ajftegè & fris. entre en ma- itéré. Des Playes d’harquebulès. A porter au malade extrême douleur , ic voulu fçauoir premièrement que d'en appliquer , comme les autres Chirurgics faifoiét pour le premier appareil,qui eftoit d’appliquer ladite huile la plus bouil- lante qui leur eftoit poffible dedans les playes , auec tentes & fêtons, dont ie prins hardieflè faire comme eux : en fin mon huile me manqua, &fus contraint d’appliquer en Ton lieu vn digeftif fait de iaune d’œuf, huile rofat, 8c térébenthine. La nuiél ic ne peu bien dormir à mon aife, penfant que par faute d’auoir canterifé, ie trouualle les blefiez, où i’auoisfailly à mettre deladite huile, morts . empoifonnez , qui me fit leuei de grand matin pour les vifiter. Où outre mon efperance trouuay 1 ceux aufquels i’auois rais le médicament digeftif, fentir peu de douleur à leurs playes fans inflam- mation 8c tumeur, ayans allez bien reposé la nuict : les autres où l’on auoit appliqué ladite huile, les trouuay febricitans , auec grande douleur, tumeur & inflammation aux enuirons de leurs pla- yes : adonc ie me deliberay de ne iamais plus brufler ainfi cruellement les pauures blelTêz d’har- quebufades. Lors que nous entraînes àThurin , il fe trouua vn Chirurgien , qui auoit le bruit par deflus tous de bien medicamenter les harquebufades , en la grâce duquel trouuay moyen m’infinucr, & luy fis la cour près de deux ans &demy, auparauanc qu’il me voulfit déclarer fon remede, qu’il appelloit Ton baume. Cependant moniteur le Marefchal de Montejan, qui eftoit demeuré Lieute- nant General du Roy en Picdmont, mourut : adonc remonftray au Chirurgien que m’en voulois retourner a Paris, & luy fuppliay qu’il me tinft promefle de me donner la recepte de fon baume : ce que volontairement il fit, attendu que ie luy quittois le pays. Il m’enuoya quérir deux petits chiens, £ vue liure de vers de terre , deux liurcs d’huile de lys, fix onces de térébenthine de Venilè, & vne once d’eau de vie : 8c en ma prefence il fit bouillir les chiens tous viuans en ladite huile , iufqu'à ce que la chair lai (laft les os : & après inities vers qu’il auoit auparanant fait mourir en vin blanc, à fin qu’ils iettalfent la terre qui eft toufiours contenue en leurs ventres. Eftant ainfi vuidée , les fit cuire en ladite huile, iufqu’à ce qu’ils deuindrent tous arides & fecs : alors fit le tout palier par vne fermette fans grandement en faire exprelîîon: cela fait, y adioufta la térébenthine, & à la fin de Peau de vie : Sc appella Dieu par tefmoing que c’eftoit fon baume , duquel il vfoit aux playes faites par harquebufes, 8c autres qu’on pretendoit fuppurcr , &• me pria de nediuulguer fon fecrer. De là ie m’en vins à Paris, où quelque temps après monficur Syluius, Leétcur du Roy en Medecine, homme grandement eftimé entre les gens dodes, me pria d’aller difner auec luy : ce que ie fis vo- Jontiersroù il m’interrogea comme on traidoit les coups d’arqnebufes 8c les combuftios faites par la poudre à canon : où tout fubit ie luy prouuay que la poudre à canon n’eftoit aucunement vene- neufe, parce que nul fiiaplc qui entre en icelle n’eft trouué veneneux, & moins fa compofition, & aulîî que l’experience en faifoit foy : parce qu’aucuns foldats eftans blcflèz en prenoient auec du vin , difans qu’icelle prinfe par dedans gardoit les accidens d’aduenir ( ce que ie n’approuue ) ioind qu’aucuns ayans quelques vlceres fur leurs corps , pour les deflèicher, y metroient delîus C de ladite poudre, fans qu’il leur en furuinft aucun mal. Et quant aux balles, ne pourraient çon- ceuoir fi grande chaleur, qu’elles enflent vertu de brufler: Car vne balle eftant tirée contre vne mu- railie, on la pouuoit promptement tenir en la main nuë ; combien que pour la collifion faite Con- tre la pierre elle deuroit encores eftre plus échauffée :8c quant aux combuftions faites delà pou- dre à canon , ie n’auois rien trouué de particulier, pour diuerfifierla cure des autres combuftions: , de luy racontay cefte hiftoire, qu’vn garçon de cuifine de Monfieur le Marefchal de Montejan tomba en vne chaudière pleine d’huile quafi bouillante , pour lequel penfer eftant enuoyé quérir, promptement m’en allay demander à vn Apothicaire des medicamcns refrigerans, qu’on auoit de couftume d’appliquer aux brufieures. Là fe trouua vne bonne vieille villageoife, qui entendant que ie parlois de cefte brufleurc , me confeilla y appliquer pour le premier appareil ( de peur qu’il n’y furuinft des pullules ou empoulles ) des oignons crus pilez auec vn peu de fel. le demanday à ladite vieille, fi autresfois l’auoit expérimenté : elle me iura en fon iargon. Si féde dé. qui m’incita à en vouloir bien faire l’experience furie foirillon de cuifine , où véritablement trou- uay le lendemain les endroits où auoienr touché les oignons, n’auoff aucunes veflîes, ou cmpoul- les ; & où ils n’auoient touché,tout eftre veflié.Quelque temps après vn Allemâdde la garde dudit feigneueur de Montejan s’eftoit for-beu : le feu printenTon flafque qui luy feit grand dcfaftre aux D mains 8c au vifage,& fus appellé pour le penfer.I’appliquay des oignons à lamoitié du vifage,& de l’autre cofté les remedes communs : au fécond appareil trouuay le cofté ou i’auois appliqué lesoi- gnons,fans nulles vefliesny excoriation,& l’autre tout empoullé;& lors propofay d’eferire l’cffedt dcfdits oignons. Dauantage ie dy audit Syluius, que pour bien extraire les balles demeurées de- dans quelque partie du corps , il falloir fituer le bleffé en telle fituation qu’il eftoit lors qu’il fut y frappe, Sc outre ie luy difeouru beaucoup d’autres chofes contenues en ce liure. Mon difeours pa- racheué, il me pria de grande affeéHon de le mettre par eferit, afin que cefte faulfe opinion de Yigo futenuoyée à val l’eau : ce que volontairement luy voulus accordcr,& feis tailler plufieurs inftru- mens pour extraire les balles , & autres chofes effranges, ce qu’on n’auoit encores fait, 8c fut pre- mièrement imprimé l’an 1 545. & bien receu : qui a efté caule de me le faire retrait, & encore-le faire réimprimer l'an xyyz. 8c pour la derniere fois l’an 1 jé 4. où ie l'cnrichy de beaucoup d’autres chofes, pour auoir fuiuy depuis les guerres,& anoir efté aux batailles,& enferméés villes,comme à Mets Sc Hedin. Pareillement pouf auoir efté au feruice de cinq Rois,où i’ay toufiours par tout voulu communiquer auec les Médecins & Chirurgiens fçauans, lors que i’auois quelque doute,pour def- couurir s'il y auoit autre moyé de traitrer lefdites playes faites par harquebufes, dont la plus grand part, au moins ceux qui ont fuiuy les guerres, 8c y ont peu cognoiftre quelque chofè par raiibn 8c expérience , font de mon aduis les medicamenter, en vfant de fuppuratifs au commencement, 8c non d huile bouillante. Et proteftay en outre audit Syluius, auoir trouué telles playes autant Remede trou. ué par acci- dent. Oîeum eattl- lorum. La poudre d canon ritji- veneneufe» Les playes tCh arquebu- ses font fans combufiion. Remede trou* ué par acci- dent. Ce remede efl affrouué de Celfeli, 5. ch. 17. Ht foire. Comment il faHt fituer four extraire les balles» Second Difcours fur le Liure, Ce qnl rend les playes d'harquebu- [es difficiles àgnarir. aifees à traîner , eftans aux parties charneufes, que les autres faites par grandes contnfions ; mais A où le boulet rencontre les os & parties nerueufes, il les brife,dilacere,rompt,& fend par éclats, non v feulement où il touche , mais beaucoup plus loing, fans aucune mifericorde, caillant grands acci- dents,qui furuienneht principalement aux jointures &anx corps cacochymes : 6c en temps fujet à corruption, à fçauoir, quand l'air cft chaud 6c humide, adonc la cure eft tics - difficile, 6c fouuent impofiible, non feulement des playes fai des par baftons à feu , mais auffi de celles qui font faides par autres inftrumcns , voire encores qu'elles fuffent aux parties charneufes. Partant les fufdids accidents ne prouiennent de la venenofité qui eft en la poudre à canon, ou par la combuftion faide par le boulet. Pour preuuc dequoy,ie puis alléguer ce que i'ay n'agueres expérimenté en la perTon- ne du Comte de Courdon, feigneur d’Achindon Efcolfois, que i'ay pensé par le commandement de la Reyne mere du Roy, lequel fut bleffé d'vn coup de piftolet au trauers des deux cuiffes, fans fradure d'os, luy eftant donné de fi près que le feu flamboir en Tes chauffes : 6c fut entièrement gimry en 31. iours, fans qu'il luy furuinft fièvre, ny autre marinais accident ; & le medicamentay à faind lean de Latran , au logis de monfieur l'Ambafladeur d’Efcolfe, Archeuefque de Glalco, le- c]iicl tous les iours affiftoit à le voir penfer. Ce que peuuent tefinoigner eftre vray monfieur Bri- gard, Dodeur Regenren la faculté de Médecin , qui l'affifta auec moy , cnfemble lacqnes Guille- meau,Chirurgien du Roy 6c luré à Paris, iufqu'à laparfaide guarifon. Le mefine peut tefinoigner monfieur Hautin , Dodeur Regent en la faculté de Médecine, qui'le vint voir par iours interpo- fez.: & Gilles Buzet Efcoftbis, Chirurgien ,rous lefqucls s'efraerucilloient comme il auoit efté fi toft guary, fans application de médicaments forts 6c acres. Or l'intention pourqupy i'ay fait ce petit Difcours, eft pour demonftrer qu'il y a plus de trente ans que i’ay trouué le moyen de traitter les playes faites par harquebufades, fans vfer d'hoylc bouillante, ny d’autres medicaméns forts 6c c ni Tant s : fi ce n‘clique l’on y fait contraint, pour les accidents qui aduicnnent aux corps cacochy- mes,& pour la raauuaiic difpofition & malignité de l'air, comme ie demonftrc plus amplement en ce fuyuant Difcours, que ie fis au Roy defund, après laprife de Rolien. Ht foire. *À VTR E DISCO VR Sy SVR CS QV'IL PLEVT vn tour, au Roy defuntt Charles IX. me demander touchant le fatcl des harquebufades, çf autres basions à feu , à fbn retour du flepe prtfe de la ville de Rouen. v R c E clu pleur vn our à voftre Majefté ( S i r e ) à celle de la Roync voftre Mere, à .monfieur le Prince de la R©chc-fur-Yon, à plufiturs autres Prin- q Mi ces & grands Seigneurs, me demander comme il aduenoit qu'en ces dernicres guerres, la plufpart des Gcntils-hommcs & foldats bleffez de coups d’harquebu- IMM lés,& autres inftrumcns, raouroient fans y pouuoir aucunement remédier, ou à bien grand' peine releuoient de leur maladie, ores que les playes par eux receües, fu[fent bien petite apparence: &c que les Chirurgiens appeliez pour leur gua- rifon,y employaftent tout leurdeuoir & fçauoir: I'ay bien ose mettre ce Difcours en auant,faus- faifant.en pai rie au deuoir de mon Art, & ne dérogeant à l’honneur premier de ma profeffion, que voftre Majefté m'a pleinement continué iufqu'à ce iour, pour vous faire entendre les raifons qui peuuent auoir causé la mort à tant de vaillans hommes : la plufpart defquels i’ay veu, à mon grand regret, finir pit-eufemenc leurs iours,fans qu'il mefuft poffible,ny à autre encore plus efprouué que moy, y donner aucun remede. le fçayquc le fuyuant difcours eftonnera quelqnes-vns ,qui fc re— pofans fur leurs opinions particulières,& ne recherchans les matières iufqu au fond du fac,trouue- ront le premier front de raadifpute allez eftrange; pouice que contrariant à ce que de long-temps ils ont imprimé en leur efprit, ie ne leur accorde la caiife de la malignité des harquebufades, procé- der du venin ou empoifonnement, que leur ccrueau fonge eftre porté par la poudre à canon , ou par les balles trempées &fdquallces en quelque matière venenenfe. Toutesfois fi Icurdebonnai- rete & patience auffi ie peuuent eftendre iufqucs là, que la première vueille pefer le zele qui m'a meu de profiter à la Republique, entiers laquelle fi par le pâlie me fuis efforcé faire valoir le talentj D que la finguliere prouidence de Dieu m'a voulu départir, encor' maintenant ie m’y employé danan- tage :Jk l’autre auec entier iugeraent examiner les raifons,defquelIes i’vfe en ce prefent 'Irai dé : ie luis feur qu'ils auront mon labeur agréable, & l'exempteront de toute calomnie: ou bien qu'ils fe- ront tant mal-aftedcz en mon endroit, que fi ie m’addreffois à eux, enrichydetous lesthrefors des anciens Philofophcs, encor me voudtoient-ils mettre au rang des plus appauuris & ignorans hom- mes de tout le monde. Pour donc obuier aux argumens que les fauteurs du venin & empoifonne- ment cy-ddlus mentionné pourroient mettre en jeu , ie feray voir à voftre Majefté (Sire) que l'offenfe des harquebufades ne prouientdu venin que la poudre ou la balle porte quant-&-foy, & moins encore de lacombuftion ou cauterization , que ladide balle échauffée par le feu mis en la poudre 5 face és parties qu'elle rompt par fa violence : ce que toutesfois quelques-vns s’efforcent ioullenir, alleguans pour toutes raifons qu'autres-fois on a veu vne tour pleine de poudre, ruinée en vu infta-nt par vn feul coup de canon : Semblablement vne maifon couuertedc chaume s’embra- zer au feul coup d'vne harquebufe. Auec ce, qu'en la pratique des playes que font les inftrumcns à fe u , nous voyons ordinairement les orifices & parties circonuoiimes aufdites playes, fi noires qu’on diroit vn cautere aduel y auoir paffé : joint auffi que Pou voit fiprtii & tomber l'efcarre,tom- Ocrafion de ce dtfcours. Infivuittîm en lu bonne grâce de ceux qui font d'o» pinio» COU' traire. t,' Auteur propofe les deux poinfls qu’il veut réfuter a [ça- uoir le poifon de ta, poudre, & ta feu du ho filet. Des Playes d’harquebufe. 313 A me ils difent. Fous lefquels argumens font fi mai appuyez , que leur fondement ne mérité qu’on s’y arrefte , & moins encor’ que la refolution de voftre demande foit ptife d’eux , ainfi que i’èfperc vous faire entendre par la difpute qui s’enfuit , laquelle ( âpres auoir veu grand nombre de telles playes, icelles obferué diligemment, Sc mediçamenté pat grand’ méthode) i’ay recueillie des anciens Philofophes , & Chirurgiens , pour en faire prêtent à voftre Majefté, cime venenofité, mais pour quelque caufe generalle dépendant ou de la cacochymie des corps,cor— ruption de l’air, ou du vice des viures , dont les vlceres font rendus plus malins, cacocthes, 8c rebelles aux medicamens.De dire que ce foit la combuftion du boulet auffi qui face le danger,ie ne le puis entendre , veu que les balles faites ordinairement de plomb , ne pourroient endurer fi extrê- me chaleur, fans fe fondre 8c diftbudre du tout , lefquelles nonobftant nous voyons paftèr au traners d’vu harnois , 8c pénétrer le corps d’outre en outre ,8c demeurer encores entières. Dauan- tage , nous obferuons lors qu’on les tire contre vne pierre, ou quelque autre matière folide, pou- uoir au mefme inftant eftre maniées de nous , & tenues en la main , fans qu’elles rendent notable ou aidante chaleur : combien que l’attouchement 8c collifion d’icelles auecla pierre deuft accroi— ftte leur chaleur,fi aucune y en auoit. Qui pins eft,fi on tire quelque balle dans vn fac plein de pou- dre à canon,le feu n’y prend aucunemcnt:par ce i’ofe hardiment dire & a fleurer, que quand le feu fe met en vne poudre refemée en quelque tour, ou en autre lieu, cela fe peut faire non par le feu que la balle porte quanc-&-foy, mais par l’attrition d’icelle, frapant contre la pierre de ladite tour,& en faifant (orcir quelques eftincelles de feu qui tombent en la poudreine pins nemoins qu’en la mechç du fuzil nous voyons cheofo quelques eftincelles par la collifion du fer 8c du caillou. Le femblable La dîfjpute pr*fente eft p ife des Phu lofoph?s. Mé- decins , Chirurgiens. Corrpcfition de la ' ou dre à canon. 'ialpefire eji fel de pierre, Eexeple pris des Reiftres, Allemands,, fy des fol- dats Fran- çois, feruant, à la mefme probation. Réfutation de ceux qui difent le hou- lit eftre em- poifonné : es qui femon- firera cy a- J>res plu* am, plement. Réfutation de ceux qui difent la h al, le faire corn« bu fit on. II. Difcours llirleLiure, 314 denons-nous iugcr des couuemires de chaume , qui ne s'embraient par la chaleur compagne du A boulet,mais pluftoft par quelque linge, bourre, ou autre telle matière attachée à la balle. Ce qui me rend encore plus ferme en i’allcurancc de mon dire , eft que fi nous voulons tirer d’vne balle de cire,ne portanç aucun feu quant-&-loy { car autrement elle fe fondroit) encore percera clic vn bois de rcfpcflcur de demy-doigt ; argument allez valable pour monftrer que les balles ne peu- uent eftre elehauffées en forte qu’elles cauterifent 8c brulîcnt ainfi que quelques- vns ont eftimé. Et pour rcfpondre à la noirceur qui fe trouue ordinairement en l’orifice des playes & des parties prochesde dy cét accident ne prouenk à raifon de quelque feu accompagnant la balle,mais à caufe de la grande contufion qu’elle fait:& pource auflî qu’elle ne peut emret au corps,finô par vnc for- ce 8c violence incroyable à caufe de fa figure ronde. Sur quoy fi on vouloir interroger les mefmes naîtrez,ie croy qu’ils feroient fnfEfans tefmoins de mon dire , pource qu’ils ne font fi toft frapez, qu’au mefme infiant ne leur loit aduis qu’vne poutre,ou autre fcmblable fardeau leur foit tombé fur la partie offenféc,en laquelle aulîi fentent vne douleur aggrauante,vne ftupeur 8c endormifte- ment, qui diffipe & quelqucsfois efteint la chaleur naturelle auec les efprits qui y font contenus: dont le plusfouuent s’enfuyucnt gangrené & mortificatiô delà partie,voire quclquesfois du corps vniuerfel. Et quant à l’efearre qu’ils difent y eftre,& en fortir,ils s’abufent : attédu que ce font cer- taines portions des membranes 8c chair contufcs, dilacctées par la balle,qui fe font corrompues,& fe feparent des parties faines : ce qui aduient fouuent à toutes les parties grandement contufes , 8c autres. Combien que ces raifons monftrcnt affez euidemment n’y auoir aucun venin en la poudre B à canon, ny aucun feu porte par le boulet,fi eft-ce que plufieurs fe ruans fur la Philofophte natu- rellcjfoufticnnent tour le contrairc:& pour me preualoir en celle opinion,difent les coups de canô eftre du tout femblables aux coups de tonnerres 8c foudres,que les nuées rôpucs en la moyenne ré- gion de l’air précipitent en terre. De laquelle fimilitude inferem & côclucnt qu’il y a du feu & du venin au bouler,fortant de la bouche du canon. le fçay,Dieu mercy,que la foudre engendrée d’v- ne exhalation cralfe 8c vifqueufe, au moyen de la vapeur qui luy eft coniointe , n’efclatte iamais la nue pour fe lancer ça bas, qu’elle ne traine quant- &-foy quelque feu , tantoft plus fubtil, tantoft plus efpcz,félon la diuerfitéde la matière dont l’exhalation eft compofée : car Seneque eferit au 2. Iiu.de Tes Queftions naturelles, y a feulemét trois genres de foudres tous différons l’vn de l’autre,felon la quantité 8c forte de leur inflammation:I’vn,qui à caufe de fa matière plus fubti- Je Sc tenue,perce feulement 8c pénétré comme en pcrtuifant,les objets qu’il atteint; l’autre,qui par fa violence rompt & difïïpe les mefmes chofes,pource que fa matière eft plus côpa6le,& tempefta- tiue,comme vn orage:& le tiers,qui compofé d’vne matière plus terreftrc,brufle auec indices mani- feftes de fon ardeur. le fçay dauantage que la foudre eft de nature peftilcnte 8c fétide , à raifon de fa matière cralfe 8c vifqueufe, laquelle bruflée réd vne odeur fi pnâte que les animauxaccouftumez de gifter en leurs cauernes 8c tanicres,font contraints les abandonner,fi d’aduenture la foudre y eft tombée, ne pouuans endurer la puanteur infeéle de ce poifon. Mefme que Olaus Magnus en fon hiftoire Septentrionale a remarqué qu’en quelques lieux où la foudre eft tobée, incontinent après C la cheuce,la campagne fe trouue toute couuertc 8c furfemée de fonlphre,inutile toutesfois,&: qua- fi comme efteint. Si eft-ce que pour ces raifons ne me faudra confcffer que les coups de canon foi eut accompagnez de poifon 8c de feu,comme font les coups de foudre : car ores qu’ils conuien- nent les vns auec les autjrcs en quelque fimilitude , ce n'eft pourtant en leur fubftance 8c matière, mais pluftoft en la maniéré qu’ils ont de ca(fcribrifcr,& difliper les objets qu’ils rencontrent,à fça- uoir les coups de foudre par leur feu,& par la pierre aucuncsfois engendrée en iceluy;& les coups de canon,par l’air impetueufement poufié,qui conduifant vne balle fait vn pareil defaftrc. Que fi i’eftois conuaincu par argumens plus forts, iufqu’à auerer les foudres 8c canons eftre de femblable fubftance , encor ne ferais-ic forcé de dire les canonnades 8c harquebufades porter feu quant-&- foy ; confideré que parmy les foudres s’en trouuent quelques-vns ( ainfi que dit Pline au fécond liure de fon hiftoire, chap.cinquante 8c vniefme) qui compoftz de matière merueilleufement fei- che.diffipent tout ce qu’ils rencontrent, fans toutesfois le brufler aucunement : les autres de na- ture plus humide,qui pareillement ne bruflent, mais noirciflem à l’auantage;& quelques-vns d’v- ne matière beaucoup plus claire 8c diaphane , le naturel defquels eft tant émerueillablc, qu’on ne peut douter(comme a bien dit Seneque)qu’il n’y ait en eux quelque vertu diuine en ce qu’ils fon- dent fubtilement l’or 8c l’argent,fans que les bougettes Sc bourfes en foient ancunemct intereffées. fondent vne efpée, le fourreau demeurant en fon entienfont diftiller le fer d’vne picque,fans que le bois conçoiue aucune ardcurrefpandct le vin des tonneaux fans y faire ouuerture,ne les brufler. D Suiuac lequel tefmoignage, ie pourrais aftcurer,& fans preiudice aucun,les foudres,qui feulement rompent 8c diflîpent fans brqfler aucunement, &qui laiffent quelques effets pleins de grande ad- miration, n’cftre femblables en fubftance aux canonnades, mais ceux-là qui quant-&-foy portent 8c flamme & feu. Pour appronuer mon dire,ie feray content de l’exemple d’vu fo!dat,dc la cuifle duquel me fouuient auoir tiré vne balle,laquelle enueloppée du taffetas de Tes chauffes, luy auoic fait vnc profonde playe : toutesfois ie l’en rctiray auec le mefme taffetas , fans qu’il fuft en façon aucune inrerelfé ny bruflé. Qui plus eft,i’ay veu plufieurs hommes,Icfquels fans eftre frappez, ny aucunement touchez , mefmes en leurs habillemcns, ont rcceu tel eftonnement des canonnades pnffans près d’eux,que leurs membres en font devenus noirs & liuides au pofîible , puis toft âpres le font gangrenez 8c mortifiez,dont finalement font morts. Ces effeéls font femblables à ceux de la foudrc,toutesfois il n'y a en eux aucun feu ou vcnin,qui me fait hardiment conclure n’y auoir poifon aucun en 1 artifice ordinaire de la poudre. Puis donc que le defaftrc a efté commun à tous ceux qui ont efte blellcz en ces dernieres guerres, 8c que ce n’eft par fcu,ne par venin que tant de vaillans hommes font morts,à quelle caufe pourrons-nous imputer ce malheur ? le fuis à l’endroit. L'exemple d'vne bulle de cire. D’où vient que les playes de harque- buz.es font ordinaire- ment noires. Raifons de ceux qnî font de contraire opinion. Sensque. Trois genres de foudres. Refyiytf’S aux rxifons contraires. "Effet mer- ueiüeux des foudres. Exemple. Des Playes cTharquebufes. A Sire, où i’efpere prefencement la Faire entendue à voftre Majefté, afin qu’elle en Toit pleinement fa- tisfaite. Ceux qui ont confirmé leur âge 6c eftude aux fecrets de la Philofophic naturelle , nous en ont laide vu entre autres pour authenrique,& approuué de tout tempsrc eft que les eîemcns fymbo- liient tellement les vns auec les autres, qu’ils fe tranfmuent l’vn en l’autre:de forte que non feule- ment leurs qualitez premieres,qui font chaleur, froideur, feicherefie & humidité ; mais aulîl leurs fubftances fe changent par rarefa6tion,ou condenfation de foy-mefme:ainfi le feu fc conuertit or- dinairement en air, l’air en eau : l’eau en terre : 6c à l’oppofite, la terre en eau, l’eau en air,& l’air en feu. Ce que nous pouuons voir à l’œil, & éprouuer es foufflets de cuiure que les Allemands nous apporrentjcompofcz en forme de boulle : laquelle remplie d’eau , 6c n’ayant qu'vn petit trou au milieu de fa forme fpherique,reçoit la tranfmutation de fon eau en air, parl’adiàon du feu,pres lequel la boulle fera pofée,& poulie auec violéce ledit air dehors, le faifant bruire impetueufemét, iufqu’à ce qu’il foit du tout forty. Le femblable fe peut cognoiftre es chaftaignes 6c marrons lors qu’on les jette au feu fans les auoir entamées : car adonc l’humidité aqueufe qui y eft contenue , fc change en air par l’adtion du feu,& l’air voulant fortir,creue le marron, pource qu’occupât plus dê place,a forme d’air en laquelle il eft changé par raréfaction caufée par lefeu,qu’il ne faifoit fous la forme d’aquofité,&: ne trouuant ouuerture,eft contraint en frire vne par violcnce:fclon la vérité de la propofitio tenue pour toute afifeuréc entre les Phyficiens,fçauoir,que d’vne partie de terre il s’en fait dix d’eau,& d’vne d’eau,dixdJair,comme d’vne d’air,dix de fcu.I’en oie autant dire 6c affermer des matières contenues en la poudre à canon,qui par le moyen du feu, fe conuertiflent en vne tres- £ grande quantité d’air, lequel ne pouuant eftre contenu au lieu où la matière eftoit auparauant fa tranfmutation,eft forcé fortir hors auec vne incroyable violéce,moyénant laquelle le boulet poulie romptjcaflè 6c brife tout ce qu’il rencontre,fans toutesfois l’accompagner. Qu’il foit vray,vnarc, vne fonde,ou arc à jallet,jettent loin vne pierre,fleche ou jallet, fans aucun air. Mais la balle chafîé bien deuant foy vn vent fi fubtil,8c h roidement agité,queles corps en font premieremét faifîs que du bouler,ores que la chofe ne foit defcouuerte à la veuc:car bien fouuêt l’aélion fe faitpar ce feul vent, fans que la balle donne fon coup,voire iufqucs à rompre les os fans manifefte diuifion de là chair ; ce que nous auons défia dit eftre commun au foudre. Le pareil éprouuons-nous en ladite poudre,lors qu’eftant enclofedans les mines,& conuerticen vent par le feu qu’on y met,bouîeuer- fe les monceaux de terre aufli gros que montagnes.On a veu cefte année en voftre ville de Paris vne certaine quantité de poudre fraifeheraent faite en l’ArfenaI,caufcr vne fi grande tempefte,que tou- te la ville en trembla d’vnc horrible furie,rua par terre toutes les maifons prochaines , découurit ôc defeneftra celles qui eftoient plus à l’écart. Et bref ( comme vn foudre éclattant ) renuerfa ça 6c là pluficurs hommes demy-morts : aux vns ofta la veuc,aux autres l’ouye,& en laifta d’autres non moins defehirez en leurs pauures membres ,que fi quatre cheuaux les eulfent écartelez. Ht ce pat la feule agitation de l’air,en la fubftance duquel la poudre eftoit conuertierqui félon la quantité & C qualité de fa matière,félon aufïi fon mouuement plus ou moins fort,a caufé des euenemens émer- ueillables en nos Prouinccs, 6c du tout femblables à ceux que font les vents enclos fous viie terre non profpirable , lefquels voulans fortir, fouillent auec vne fi forte agitation, qu’ils font tremblef toute la terre aux enuirons, la hauftant 6c bailfant,tantoft cy,tantoft là,dctnoliftànt les baftimens, 6c les tranfportant d’vn lieu en autre:comme les villes de Megare & d’Egine,anciennement fort cé- lébrés au pais de Grece,peries par trcmblemés de terre,nous peuuent tcfmoigner.Ie laiftè àdifcoü- rir ( comme peu feruant à noftre propos ) que le vent enclos aux entrailles de latêrre,rend vn bruit de diuers fons, 6c fort eftranges, félon la diuerfc forme des conduirs,& l’cmboucheitre des foufpi- raux par lefquels il fort,ne plus ny moins que des inftrumens de Mufique,lefquels eftans larges,ren- dent le fon plus gros & bas : eftans eftroks,Ie rendent haut 6c aigu : 6c s’ils font courbes 6c repliez, lerendent diuers : ainfi qu’on void en vn cornet de chaiîeur, 6c aux trompettes,comme auiïi eftans moittes 6c moliillez , grondent & jettent vne voix enrouée. Semblablement ces bruits, murmures 6c bourdonnemens , félon la forme des lieux d’où ils partent, fe trouuent diuers 6c meflez, Telle- ment qn’on àquelquesfois oüy des fifflemens ,qui fembloient reprefenter aftaults de villes, cris 6c mugiffemens de taureaux, ou henniftemens de cheuaux , rugiflèmens de lions, ou de tromper- tes , &c coups d’artillerie, 6c beaucoup d’autres chofes efpoiluentables,mefines voix humaines. Ce D qui fut raconté d’vn qui auoit oiiy vne voix , comme d’vne femme que Ion battoir, 6c qui fe plai- gnoit,doiit il eut vne h grande frayeur,qu’à peine l’haleine luy eftoit demeurée pour le pouuoir ra- conter. Mais on luy dit la caufe de cefte voix plaintiue:& après l’auoir entendue fut deliuré de cefte grande peur , qui autrement eftoit fuftîfante pour le faire mourir. Mais quelqu’vn dira ces chofcs auoir efté de tout temps,& non moins ordinaires au temps paffé qu’elles font à prefent,&: que c’eft folie à moy de les alléguer pour caufés efficientes de la mort de tant d’hommes : ce que librement ieconfellerois s’il eftoit ainfi que ie les prefentafie pour telles , mais veu que par icelles ie veux feulement parangonner l’impetuofité des canons ,auecques celle des foudres 6c des mouuemens de terre,il fe trouuera que cela ne fait rien contre mon intention , ce que i’efpere monftrer clairement, 6c que fans raifon ie fuis calomnié,fi l’on veut prefter l’oreille à la deduârion en laquelle feutre pre- fentement pour arrefter la caufe principale de cefte mort. Au nombre des chofes neceflaires à noftrê vie,n’y a rien qui nous puiife plus altérer que l’air,leqnel continuellement bon-gré & mal-gré nous, infpirons par les conduits que Nature a déléguez à ce faire,comme font la bouche, le nez, 6c ge- neralcmént les ouuertures du cuir, 6c des arteres qui luy font adhérantes : ce que nous faifons beuuans, mangeans, veillans, dormans, 6c faifans toute autre aéfcion naturelle, virale 6c animale. De là vient que l’air infpiré dans les poulinons,le cœur, Sc le cerneau. 6c vniuerfellement en tontes les parties du corps pour les rafraifehir , 6c aucunes-fois nourrir , fait que l’homme ne peut viure vne feule minute fans fon infpiration. Sniuant lequel bénéfice le Médecin Hippocrates En qmy lei elemens fytri* bolifent les vns auec lés Autres» EJfefl du, cé* non femhlé* ble à celuy du foudre» Exempte Ai l’Arfenal ds Pari*. Megare & Egine , •vititi de Grecs $ fé- rié s par tri» élément dê terre, T)iuersttuUi ijfam des ■peines de lé terre* Pointt prtn~ cipaf&'vr « ye explicatif de U queftifa 11. Difcours fur le Liure, 314 Hipp. en la Préfacé du Progno. dy Gal.au Com. a véritablement prononcé,que l’air a ie ne fçay quoy de diuîn en foy , pource que fouffiant par le A monde vniuerfcl , circuit toutes les choies contenues en iceluy, les nourrit miraculeufement, les fouftient fermement ,ôc les entretient en amiable vnion le tout fymbolifant aucc les aftres, efqucls la prouidence diuine eft infufe, qui change l’air à fon plaiiîr , Ôc luy donne puifïance, tant fur la mutation du temps, que des corps naturels. Pource les Philofophes Se Médecins ont ex- ' prcflefnenc commandé d’auoir égard aux affiettes des lieux, ôc aux conftitutions de Pair , lors qu’il eft queftion de garder la fanté , ou de guarir les maladies : à l’endroit defquelles la fuitte & la mu- tation dudit air a fort grande puiflancc, ainiî qu’aifément nous pouuons cognoiftre par les quatre faifons de l’année. Car Pair eftant chaud ôc fec erçEfté , nos corps pareillement s’efehauffent ôc ddfeichent, comme en hyuer l’humidité de Pair ôc froidure nous remplit de mejfmes qualitez, en tel ordre toutesfois , ôcCi bonne difpoiition de nature , qu’ores que noftre tempérament femble changer félon les quatre faifons, fi eft-ce que nous n’encourons aucun mal, pourueu que les temps gardent leurs faifons ôc qualitez exemptes de tout excès. Au contraire , fi les faifons font perucr- ties, de façon que l’Efté foit froid ,PHyuer chaud, & les autres en pareille intempérance, ce dif- cord amene grande perturbation , tant en nos corps qu’en nos^efprits, contraints toutesfois d’en reccuoir le danger,pource que les caufes font externes,& nous enuironnent de tous coftez,iufques à nous contraindre les hebergeren nos organes & conduits déléguez par nature,partie à mettre hors les excreraens fuperflus de noftre nourriture, partie à receuoir lefdites caufes venantes de dehors, qui font les vents produifans diuers effeéts en nous, félon les parties du monde dont ils procè- dent. Or comme ainfi foit que le vent Auftral foit chaud Ôc humide, celuy de Septentrion froid & fecJ’Oriental net Ôc pur,celuy d’aual nub/lcux & tout moitte de pluye,c’eft chofe toute afleurée, que Pair lequel aifiduellement nous infpirons, tient en tout ôc par tout la qualité du vent, qui par fon fouffler domine fur les autres : pource nous faut neceifairement confidereren toutes maladies, ôc és inconueniens, qui furuiennent en icclles,la qualité des vents,& la puiflance qu’ils ont fur nos perfonnes , ainfi que doctement Hippocrates nous a laifté par eferit au 3. liure de fes aphorifmes, difant nos corps reccuoir grande altération par les viciiîitudcs des temps ôc faifons de l’année,com- me par le vent auftral, qui nous aifujettità toutes maladies , recognoillàntes l’humidité pour leur caufe premiere,& affoiblit noftre chaleur naturelle,laquelle en cas oppofite fe fortifie ôc rend plus vigoureufe par vn vent froid ôc fec,qui pareillement rend nos efprits plus fubtils ôc agiles. La vé- rité de laquelle fcntence expérimentent trop à leur dam les habitans du territoire de Narbonne, qui autrement affis entre les peuples les -plus gaillards ôc difpos de toute la France, font toutesfois ordinairement raal-fains,comme leurs corps defcharnez,leurs vifages triftes, leurs faces bafanées, ôc de couleur d’oliue, le monftrcnt euidemment. Aufîi entre autres maux ils font prefque fujets à la lepre blanche,& les moindres vlceres, defquellcs on ne feroit cas à Poiriers ou à Paris,y durent vn an d’ordinairemon pour autre raifon,comme eux-mefmes confeftént, Ôc comme recognoiffonc tous les eftrangers, qui ont demeuré en leurs pais , finon qu’ils font fouffîez ôc halencz fouuenc d’vne forte de vent Meredional, qu’ils appellent Aultan, qui leur fait l’air greffier Ôc nébuleux, ôc qui caufe en leurs corps tous les effeds attribuez aux vents de Midy par Hippoc. Aph. y. liu. 3. q fçauoir quand il regne,les fait oüir dur,leur elbloüit la veuë, leur enfle ôc aggrauele chef,leur ap- pefantit ôc abbat toutes les forces du corps.Auffi quand ledit Hippocrates compare les températu- res les vnesauec les autrcs,il laille ce poindpour refoIiuQue les feichereflès font fans comparaifon plus faines,que les humiditez continuées par longue fuccefEon de temps : pource ( à fon aduis du tout conforme à la raifon ) que l’exceffiue humidité eft la vraye matière de pourriture , ainfi que l’experience nous fait voir és lieux où le vent marin exerce fa tyrannie,efquels vne viande,tant foit- elle fraifche, fe corrompt ôc pourrit en moins d’vne bonne heure. Ces chofes confiderées,& qu’il eft neceflàire pour conferuer nos corps en leur entier , que les faifons fe fuiuent pas à pas en leur température naturelle,fans aucun excezou contrariété,!! n’y a doute aucune que les corps ne tom- bent en affedion contre nature,lors que les faifons peruertiftént leurs qualitez par la mauuaifè dif- pofition de l’air, ôc du vent qui domine en iceluy. Comme donc ainfi foit que depuis trois ans en caftes failons de chafque année n’ayent gardé leurs qualitez ordinaires , ôc que l’Efté ait eu peu de chaleur,l’hyuer peu ou point de froidure:anffi qu’en toutes les faifons fe foient deftbordées des hu- miditez continuelles auec vn vent Auftral,du naturel cy-delfus déclaré, ôc ce par toute la France;ie ne fçache homme fi peu verfé en la Philofophic naturelle, ny en l’Aftrologie, qui ne réeherchc en l’air la caufe efficiente de tant de maux qui depuis l’efpace defdits trois ans font furuenus au Royau- me de France. Car d’où procederoient tant de peftes contagieufes indifféremment aduenuës aux D vieux , aux ieunes, aux panures ôc aux riches , ôc en tant de diuers lieux : finon de l’air qui n’a efté chiche de fon poifon , mais nous en a infedez à fon plaifir ? D’où feroient venues tant de coque- luches, de pîeurefies,d’apoftemes,catherres,fluxions,petites verolles ôc galles : tant de beftes venc- neufes,comme grenoüilles,crapaux,fauterelIes,chenilles, araignées, moufehes, hanetons, limaçons, ferpens,viperes,couleuures,lezards,fcorpions,& afpics,finon d’vne trop grande pourriture,que l’ex- cedantc humidité de l’air,accompagnée d’vne chaleur Ianguide,a engendrée, tant en nous qu’en la terre vniuerfelle de noftre Prouincc ? Voyla comme noftre chaleur naturelle a efté affoiblie, com- me noftre fang ôc nos humeurs ont efté corrompus par la malignité de l’air, que le vent Auftral a caufé par fon humidité chaleureufo. Qu’il foit ainfi , on a tiré cefte année bien peu de fang à quelque perfonne qui en ait eu befoin, foie jeune ou vieille, blcffée ou non blelfée, de bonne tem- pérature ou de mauuaifè , qui n’ait efté vicié ôc veu de couleur blanche ôc verdoyante : ce que i’ay toufiours obferué en ces dernicres guerres, ôc és autres lieux , aufquels on m’appclloit pour guarir les bleflez, ou phlebororaer ceux qui tant pour précaution, que pour quelque guarifon de mala- die , Ce faifoient tirer du fang par l’ordonnance des Médecins, en tous lefquels indifféremment ie Hipp. au co- mencement du Hure de Jëre,locis,& aquis. L'aliénation des faifcns caufe mala- dies. Hipp. au liu. 3. des aphor. (h. 17. Liu. 3. aph. L'air intem- peré a pro- duit les ma* ladies pajfées. Des Playes d’harquebufes. 315 A crouuois le fang putréfié & corrompu. Ce poinéb arrefté,c'cft choie plus que véritable que la char- neure de nos corps ne peut auoir efté que mal difpofée , ôc tous nos corps cacochymes , puis que leur nourriture . qui eft le fang , eftoit putrefiée,& l'air tout corrompmdont s'enfuit que les corps naurez en leur fubftance charneufe,eftoient difficiles à guarir , confideré qu’il y auoit en iceux per- dition de fubftance, laquelle ayant befoin de régénération de chair, n’en pouuoit venir à bout,fuft par medicamens, ou par artifice de Chirurgien, tant grande eftoit fa cacochymie. Tout ainfî qu’en vn hydropique la chair ne fe peut engendrer, pource que le fang y eft trop froid 5c aqueux t & qu’en vn elephantique la chair 5c les autres parties du corps demeurent en leur putrçfadion , à caule du fang corrompu dont elles font nourries : pareillement és playes des corps cacochymes ne le peut faire acquifition nouuclle, ny régénération de bonne fubftance : pource que pour rendre vne chair louable à la partie nauréc,: il eft neeeflaire que le fang ne peche en quantité ne qualités melme que la partie offenfée foit en fa température naturelle. Toutes lefquelles chofes défaillantes au temps des dernieres guerres,' il ne fe faut efbahir fi les naureures, tant fuftènt-eîles petites Ôc de peu de confequêce,mefmes és parties non nobles & amené quant-&-foy tant d’ac- cidens fafcheux , 5c en fin la mort : confideré que l'air qui nous.enuironne , rend par fon infpi- ration 5c tranfpiration les playes pourries Sc puantes, lors qu'il eft altéré ôc pourry : ce qüe font auffi les humeurs préparez à cét inconuenient par leur cacochymie. Nous en fbmmes deuenus fa- ges par l’experience de tant de playes,lefquelles lors que ie m'efforçois à les guarir, rendoient vne • U telle ôc fi grande puanteur , indice ôc tefmoignage très-certain de pourriture Si infeétion , que les affiftans ne la pouuoient fentir qu’à contre-cœur , 6c auec bien grande difficulté. Il ne faut allé- guer que ce fuft par faute de les tenir nettement,de les penfer fouuent, ny de leur adrainiftrer tou- tes chofès neceftairesxar telle pourriture eftoit commune aux Princes,aux grands Seigneürs,& aux pauures foldats : aux playes defquels ( fi d’auenture on lailïbit couler vn iour fans les penfer , tant eftoit grande la multitude des naurez ) on trouuoit le lendemain vne grande quantité de vers,aüec vne puanteur raerueilleufe. Qui plus eft,leur furuenoient à tous plufieurs apoftemes en diuerè lieux de leurs corps és parties oppofites à leurs naureures : car s'ils eftoient bleftez cn l'efpaule dextre l'apofteme fe faifoit au genoüil feneftre : ôc fi la playe eftoit en la iambedextre , l’apofteme fe faifoit au brâs feneftre : comme il aduint au feu Roy de Nauarre, à Monficur deNeuers, ôc à Monfîeur de Rendan , & prefque à tous les autres. Ainfi Nature fembloit tant chargée d'humeurs vicieux , qu’elle n'eftoit contente fe purger par leurs feules playes , ains enuoyoit vne portion dé fon vice en autre lieu apparent ou caché : car fi les apoftemes ne fe manifeftoient par les trouuoit és parties internes, comme au foye , aux poulmons, ou en la ràtte. Des mefmeS putréfa- ctions s’efleuoient quelques vapeurs, qui par leur communication auec le cœur caufoient fièvres continués, aüec le foye empefehoient la pure génération du fang, ôc auec le cerüeau caufoient aliénation d’efprit, refuerie,conuulfion , ôc confequemment la mort. A caufe defquels accidens n’a efté poffible à aucun Chirurgien (tant expert fuft-il ) de dompter la malignité defdites playes: C dequoy toutesfois ne dokient eftre repris ceux qui s'y font employez , pource qu'il n'eft poffible de combattre contre Dieu, ny contre l'air, auquel fouuentesfois font cachées les verges de fa diui- ne iufticc. Si donc , fuiuant la fentence de l’ancien Hippocrates ,qui dit toute playe contufe de- * noir eftre conduite à fuppuration pour eftre parfaitement guarie, nous nous forames efforcez de ‘ ce faire,& toutesfois n’en femmes venus à bout, à caufe des pourritures , gangrenés, ôc mortifi- cations qui s'y font mifes par le moyen de l’air vicié : qui eft-ce qui iuftement nous en acculera? confideré auffi que la neceffité nous a contraints changer noftre façon de faire, ôc au lieu de medi- camens fuppuratifs , vfer d’autres remedes pour entièrement combatte les accidens furuenus iiori feulement aux coups d’arquebufes, mais auffi d’efpees, ôc autres baftons à main, lefquelsftouueanx remedes fe pourront voir en la leéfure de ce prefent traiété. Outre les caufes humaines, l’homme eft mal inftruit en la cognoiffance des chofcs celeftes, qui ne tient pour tout certain l'ire de Dieu fe bébander fur nous pour punir les fautes qu'ordinairement nous commettons contre fa Majefté; Ses fléaux ont efté prefts, fes verbes & fes armes ont eu leurs Miniftres toufiours appareillez pour exécuter les commandemens de fa diurne iuftice, aux fccrets de laquelle ne pouuant entrer plus ananc, i'ayme mieux me contenir en vne fimplicité, que pafter plus outre , ôc conclure auec les mieux aduifez l'occafion principale des morts procéder de la pure ôc fimple volonté de Dieu, qui par la température, que fon bon plaifir a donné à l'air , ôc aux vents, heraux de fa diuine iuftice, nous a rendus aptesàreceuoir les inconueniens , que nous auons encourus par noftre iniquité» Sîmilîttids prife des hy-> d? opi que s des lépreux» Puanteur ifa [apport allé [optant des playes des nakreii, Playes es kms es flayes fates Par harquebufis. Chap. ij É m°^en Penfer h fiâtes playes au premier appa- ° 'Description des inBrumens propres pour tirer les baies 5 autres chofis eBranges. Chap. iv cManiéré de traiter les play es au premier appareil, après que les chofis eHranges en fint hors. Chap. v Qomment il faut traiter les playes après le premier appareil. Chap. vj «îMoyens de tirer les chofis eBranges qui feraient demeurées à extraire. Chap. vij Indications quil faut obfiruer aufdites playes. Chap. viij Comme les maladies font compliquées, Chap. ix Comme le Chirurgien pourrapour future le traitement defdites playes. Chap. x 'Des baies qui demeurent en quelques parties long temps après la guari- fin des playes. Chap. xj Des grandes contufîons & dilacérations faites par les boullets d’artillerie. Chap. xi j 'Des moyens qu il faut tenir pour ratifier Pair > pif pour corroborer les C parties ($r fortifier tout le corps. Chap. xiij HiBoires mémorables. Chap. xiv touchant les playes faites par les harquebufis. Chap. xv tAutre difiêurs fur la queBion de la yenenofité des playes d’harquebu- fade. Chap. xvj Les différences des playes faites par flefihes, O* de celles qui fint faites par harquebufis. Chap. xvij 'De la différence des flefihes ftfi dards. Chap. xviij 'De la différence des parties blefiées. Chap. xix De ïextration des flefihes. Chap. xx D Comment il faut procéder pour tirer les flefihes rompues. Chap, xxj Ce quil tant faire > fi la fie fiche efi inférée en tos. Chap. xxij Des bleffures enuenimées• Chap. xxiij LONZIESME LIVRE DES PLAYES FAICTES PAR HAR- quebufes, &C autres baftons à feu, flefches, dards , &C des accidents d’icelles. Tar Ambroise Pare , i Laual au Maine 3 ConfeiÜer & premier Chirurgien du Roy. Dinifion des Playes félon la diuerfîté, tant des parties ofFenfees, que des baies dont elles font faides» Chapitre I. Bi-, .'Z.'".,;, jÿf Qy t e s les playes que les baftons à feu caulent au corps de l'homme, cant mP^es que compliquées,auec contufion,dilaceration,intemperature, ôc tumeur, fe font les vues és parties nobles, les autres és ignobles : quel- 1 ques-vnes és parties charneufes, quelques-autres és nerueufes ôc oflèules: tÊêjJÊ/ aucunesf°ls auec ruption ôc dilacération des grands vaifléaux , comme des , veines & artères,& quelquesfois fans la ruption d'iceux. Telles playes auf- . fi font aucuncsfois fuperficielles , & fouuent profondes , iufqu'à pénétrer outre le corps, ôc les membres , efquels on les reçoit. Vnc autre diuerfité n"‘ " ' ' J fe cognoift en elles , félon la différence des baies , entre lefquclles s'en trouue de grofles, de moyennes , ôc de petites comme dragée, dont la matière ( qui n'eft ordinai- rement que de plomb ) fe lailfe aucuncsfois conuertir en acier,en fer, ou en eftain, rarement en ar- moins encores en or. Suiuant lefquelles differences,le Chirugien doit prendre diuerfes indi- ç cations pour operer, ôc félon icclles diuerfifier les remedes. Or nous ne deuonsiuger les grands accidens de ces playes prouenir par aduftion de la baie, ny par la venenofité ,ou autre mauuaifè qualité de la poudre à canon, pour les raifons qu'auons déduites aux Difcours preccdens : mais à caufe de la contufion,dilaceration,& fradion, que fait la violence de la baie és parties nerueufes Ôc ofleufes. Car quand il aduient que la baie ne touche que les parties charneufes,& en corps de bonne température , i'ay trouué autresfois telles playes autant peu rebelles à curation , ôc aufli faciles à trait ter , que celles qui font faites par autres baftons faifant vulneres. ronds , contus , ôc de telle figure que fait le boulet. Pour ce eft-il necellàire auoir plus d'égard aux fymptoraes ou accidens de la concufion,dilaceration, fradure d'os ôc violence de l’air enuironnant, qu’à la combuftion qu'on eftimeroit prouenir du boulet, & venenofité de la poudre à canon , pour les raifons prédites. Ce que mettant en lumière pour ayder aux ieunes &nouueaux Pradiciens en Chirurgie, i’ay voulu traider briefuement , toutesfois ainfi que i'ay peu expérimenter à la fuitte des guerres que i'ay continué par l'efpace de quarante ans. En quoy ieprotefte auoir fuiuy le confcil des Médecins, ôc gens de ma profeflîon plus renommez, ôc approuviez, tant par leur dodrine,que longue expérien- ce: lefqucls ie m’aflèure fçauoir chofes trop plus grandes que ne pourroient contenir meseferits. Par ainfi ie n'efery pas pour eux, ains pour les nouucaux apprentifs en cet Art, ôc pour ceux qui rfauront meilleur ayde pour furuenir aux cas vrgens,prouenans defditcs blcflèures, lefquelles fur- prennent quelquesfois le confeil du Chirurgien , fi la raifon ôc expérience ne conduifent Ton ceuure. Dîuifton. Différences des parties bleflées. Différences de la matîtrê des baies. D'oU dépend la maligniti des playes des hanpuebufes. Intention di l'Authettr., Des figues des play es faites par harquebufes, C H A p. IL ■ V commencement de la curation , il faut cognoiftre fi la playe eft faire par coup de harquebufe : ce qui lera aifé à voir, fi la figure de la playe eft ronde & liuide en cou- leur,& la couleur naturelle delà partie eft changée,àfçauoir iaune,vioiettc,liuideou noire. Semblablement fi à l'inftant que le patient a receu le coup, il dit auoir fenty vue douleur aggrauanre , comme s'il euft efté frappé d'vn grand coup de pierre ,ou cju'vne poutre, ou quelque autre grand fardeau luy fuft tombé fur la partie vulnerée. Pereillement fi le coup n’attaint quelque gros vaifleau,s'il en fort peu de fang des parties bleflees,d'autant qu'el- les font contufes & grandement meurtries, qui eft caule qu'elles s’enflent bien toft après le coup, de façon qu'elles boufchent quelquefois le paflage, tant que l'on n'y peut mettre tente ne feton: ÔC cela peut aduenir , que le fang eft fupprimé, lequel autrement couleroit par les orifices. Auflîle malade y fent grande chaleur, à caufe de l'impetuofité du mouuement violent, & de la vehemente impulfion de l'air, aucc la ruption de la chair ôc des parties nerueufes : quelquesfois aufli pour les Les Jîgnss par lefquels on cognoift les playes faim par harq**~ hafes. 318 L’onziefme Liure, os fracturez qui pîcquent Sc preflent lefdides parties, dont s'enfuit fluxion & inflammation : auflî A pour la grande contuflon que fait la bale,qui ne peut entrer en aucune partie de noftre corps, que par grande force, pour fa figure ronde, dont le lieu en eft rendu noir, & les parties voilines liuidcs: parquoy l'enfument plu fleurs grands accidents, comme douleur, fluxion, inflammation, apofteme, fpafme,alienation,paralylie,gangrene,mortificatiô,&aprcs la mort. Elles iettent fouuent vne fanie virulente fort fetide,qui prouient de la trop grande abondance des humeurs qui fluent à la partie bleflée,à caufede la vehemente raeürtrifleure, contuflô & dilacération des parties,& par.défant de la chaleur naturelleqpîi ne la peut régir &: gouuerner : pareillement auflî à càufé de la cacochymie du corps & des parties nerueufes, corne les jointures. Audi tels coups fonftrouuez toufiours.plus grands que la blèfture des cornes d’vncerf,ou d’vn coup de pierre iettee d’vnefonde,ou autres ton- tufions femblables, parce que la chofe eftant ronde,il faut que l'effort foit très - violent & impé- tueux, pouf la faire pénétrer au dedans, comme elle fait à l’égal d’vn coùp de foudre. Le moyen de pen fer lefdites play es au premier appareil. C h a p. III. O v r ccs caufes il faut.que promptement le Chirurgiec amplifie la playe, fi la partie \JêT%9 le permet, tant pour donner irtuc à la fanie,quc pour donner libre pafiage aux chofes eftranges,& les ofter (fi aucunes y a) comme portion d'habits,bourre,drapeau, papier, pièces de harnois,mailles,balles,dragées,efquilles d'os,chair dilater ée, & autres chofes qui s'y peuuent trouuer : & dés le premier appareil,fi poiïible eft. Car les accidês de douleur & fen- fibilité ne font fi grands au commencement, comme és autres temps de la maladie. Or pour mieux les extraire,il faut faire mettre le patient en la mefme fituatio qu’il eftoit lors qu'il aura efté blerte, pourcc que les mufcles & autres parties autrement fituées peuuent eftouper & empefeher la voye. Et pour regardera bien trouuer lefdites baies &: autres chofes eftranges,il les faut chercher auecle doigt (s'il eft poiïible ) pluftoft qu’auec autre inftrument, parce que le fens du taél eft plus certain que nulle fonde ou autre chofc infenfible. Que fi la baie a profonde bien auant,lors il la conuient chercher auee vue fonde , ronde en fon extrémité, de peur de faire douleur: toutesfois il aduicnc fouucnt, que par la fonde on ne peut trouuer ladite baie, comme il efcheut au camp deParpignan, à Monfeigneur le Marcfchal de Briflac, offenfé d'vn coup d'harquebufe près l'Omoplate droite, où plufieurs Chirurgiens ne pouuant trouuer ladite bale,difoient qu’elleeftoit entrée dedans le corps, attendu qu'il n'y apparoilîbit irtuë aucune.Mais n'ayant cefte opinion,ie vins à chercher ladite baie, ôc n’y voulus aucunement mettre la fonde,mais luy fis faire tel gefte du corps qu'il faifoit lors qu'il fut blerte. Puis compriraay doucemét les parties circonuoifines de la playe: ce faifant trouuay vne tumeur & dureté en la chair,auec fentimët de douleur &liuiditc au lieu où eftoit la baie,qui eftoit entre la partie inférieure de i’Omoplàte,& enuiron la y.& S.vertebre du dos : auquel lieu fut faite incifion pour tirer la baie, dont puis après fut tort: guary. Parquoy eft fort bon chercher la baie, non feulement auec la fonde, mais (comme i'ay prédit ) auec les doigts, en maniant & traittant le lieu & les enuirons d'iceluy,où l'on conieéture la baie auoir peu pénétrer. Le moyen de fituer le ma- lade pour ti- rer les chofes efranges. 'iHifleire de Monfieur de Brtjfac. Defcription des mjlrumens propres pour tirer les baies, & autres chofes efir ange s. aV an t aux chofes effranges, elles peuuent eftre tirées par les inftruments cy-apres dé- peints,qui font de diuerfe figure & grandeur, félon la necefllté : les vns font dentelez,les autres non ; & faut que le Chirurgien en ait de plufieurs & diuerfes façons, les vns plus grands,les autres plus petits,en chacune de fes formes,afin de les accommoder aux corps &: aux playes, 6c non les corps ny les playes à fes inftrumens. Chapitre IV. Infirumens requis a tirer les chofes efir ange s. Bec de Corbin. Bec de Grue coudé. Ceftuy eft nommé bec de Gruc,pour la fimilitude : lequel pareillement doit eftre dentelé, & eft propre à extraire du profond, dragées, mailles, efquilles d'os fracturez, & autres chofes. Des Playes d’harquebufes. lïec de Grue, droit, de Cane. Ceftuy qui eft nommé Bec de Ca- ne,ayant vnc cauitéen fon extrémité, large & ronde, dentelée , pour mieux prendre la baie, eft propre , principa- lement lors que la baie eft aux parties charneufes. cintre façon de 'Tire ~ baie. Autre Figure de Tire-baie, nommé Bec de Le~ tard jour tirer la baie dors qu'elle fera appla- tie : cottée de me fines lettres que l'autre. A Monftre fa cannulc. B La verge qui fait ouurir & fermer la charnier?, C La charnière. Autre infiniment nommé Bec de Perroquet, pour tirer quelques pièces de harnois inférées au profond des membres , mefmes dedans les os. 320 L’Onziefme Liure, TSec de Perroquet, A Monftre la queue delà Viz. B L’Efcrouc. DD La coulillè. C Le coulant, lequel au moyen d'vne Viz fe haulfe ôc baille. Autre infiniment nommé Bec de Cygne, lequel s’ouure à Viz, accompagné d’vne pincette, que par cy-deuant nous auons nommée Bec de Grue droit : & fert à tirer quelque chofe eftrangc, après auoir dilate la playe auec lediél Bec de Cygne. 7ïec de Cygne. Si les corps eftranges, fpecialcment les baies & dragées , font peu profonds, on les pourra ti- rer aucc Eleuatoircs. Canmle de Tire - fond. Autre infiniment , nommé Tire-fond, lequel tourne à Viz dedans vne Cannule, Sc efl fort conuenable à tirer lefdites baies, lors quelles ont pénétré iufques dedans les os : car fa pointe entre dedans ladite balotte , pourueu qu’elle Toit de plomb ou eftain: (car elle ne pourroit entrer en vn corps plus dur) & par ce moyen peut eftre aisément oflée. Tire-fond. Dilatatoire. Cefluy efl nommé Dilatatoire,duquel on peut vler à ouurir & dilater les playes, afin de mieux trouuer lefdites chofes eftranges. Car en com- primant enfcmble deux de Tes extremitez, les au- tres s’ouurent : & peut aufîi feruir en plufteurs lieux, comme aux narines , au fiege, & autres parties. Les inftrumens qui s'enfument, font nommez Aiguilles à Seton , lefquelles font conuenables. Des Playes d’harquebufes. A lors qu’on peut palier vn Secon pour tenir la playe, 8c la voyc de la baie ouuerte, iniques à ce que l on ait tire hors les choies eftranges qui y peuuent encores eftre. Outre ce,peuuent leruir à fonder les playes profondes,pour rrouucr la baie, 8c ne caufent point de douleur,pource qu’elles font ron- des & polies en leur extrémité. Faut donc entendre que les fondes, defquelles on cherche la baie, doiuent eftre moyennement grolles, polies 8c rondes en leur extrémité: pource que les parois de la playe, 8c les voyes par ou la baie a paife, incontinent fe r’approchent, 8c retouchent l’vne contre i’autre,de forte que ladite playe ou voye appert au fens de la veuë beaucoup plus petite qu’elle n’eft. Ht pour celte caule les londes grelles & aiguës font moins commodes ; car elles s’arreftent à la chair rapprochée & contiguë, 8c ne peuuent fi facilement aller au lieu de la baie, comme celles qui font médiocrement grolles ; joint audi qu elles picquent la chair delà playe,&ce failant moleftent fort le patient : qui eft iouuent caufe, que les baies ne peuuent eftre trouuées. On en doit auill auoir de plus grandes pour palier au trauers d’vne cuilfe, lors que le cas le requiert. Par ainfi la longueur d'icelles fe doit changer félon la grolfcur du membre blefte : 8c ne fuis d’auis qu’on s’efforce beau- coup à les faire toufiours palier au trauers des parties blelfées, de peur d’induire douleur,& autres accidents. Car le malade ne laillera pas à guarir pour le feton , qui ne fera pafte tout au trauers, comme l’experience en fait foy, lors qu’vne baie palfc au trauers du corps, on ne palTe point de fe- ton , 8c néanmoins guariflènr. De quelle grojfeur & longueur dot* uent eftr* les fondes, B Sondes qui peuuent feruirde fêtons. La manière de traitter les playes au premier appareil, après que les chofes ejlranges font tirées. Chapitre V. HP r e s auoir tiré les choies eflranges par les moyens fufdits, la principale inten- tion fera de batailler contre la contulion & altération de l’air , s’il eft chaud & hu- mide ôc difposé à pourriture : ce qui fe fera tant par rcmedes pris par dedans, que par autres appliquez par dehors , ôc aulîl rais dedans les playes. Ceux qui doiuent eftre adminirtrez par dedans, fe prendront parle confeil ôc ordonnance du prudent Médecin : à la doctrine duquel ie laillc tout ce qui peut appartenir à la maniéré de viure, & à la purgation du malade. Et quant aux medicamens topiques , le Chirurgien fumant les chofes fuf- dices, doit confldercr la conftitution du temps & de l’air : car s’il n’y a danger que la partie tombe en gangrené, il vfera de fuppuratifs comme aux playes contufcs, quels font l’oleum catellorum, ou d’vn digeftif, ayant efgard à la nature de la partie : attendu que les parties nerueufcs deman- dent medicamens plus fecs que les charneufes, comme nous auons amplement didl au traiété des playes des ioinélures. Donc aufdices iointures ôc parties nerueufcs, on vfera de térébenthine de Venifc , ou d’huile de cire, demaftic, de iaunes d’œufs , ôc autres femblables , y adiouftant vn peu d’eau de vie reditîee. Telles chofes ont puiflance de deflcichcr ôc confommer l’humidité fereufe, yflant des parties nerueufcs, ôc feder la douleur. Moniteur loubert Médecin ordinaire du Roy , ôc Chancelier en fon Vniuerfité de Montpellier, qui a trçs-dodementefcrit des Harquebufades, pour auoir veu plufieurs bleflez à la fuite des guerres , au traiâré qu’il en a fait, did, que aux Amples coups d’harquebufes l’on ne doit vfer de medicamens efcharotiques, tant aducls que potentiels, parce qu’ils induifent douleur, inflammation , gangrène , fièvre, & autres pernicieux accidens. Aulïï que l’efeharre oucroufte, garde la fuppuration qu’on doit faire promptement, pour feparer la chair meurdrie d’auec la faine, de peur que tout ne fe pourrillè : comme il fe fait aisément, quand l’humeur fuperflu croupift longuement en vn lieu n’ayant ifluë libre, ôc mefmcs pour fes vapeurs, qui ne fe peuuent exhaler , à caufe qu’elles font enclofcs ôc couuertes de l’efearre, fe multipliant toujours où elles font enclofes , requérant vn plus grand lieu qu’il ne leur eft permis, paflant ÔC entrant des petits v aideaux aux plus grands, ôc de là aux parties nobles , dont s’enfuit le plus fou- La principale intention du Chirurgien» Quelle cau- tion on doit auoir vfant des fuppura- tifs. Pourquoy H ne faut vfer d'efcharOti- ques. L’Onziefme Liure, uent de la mort. Toutesfois s'il y a foupçon de pourriture, lors il faudra palier des fuppuratifs aux A remedes contrarians à la putrefadion, delailTant la propre cure pour furueuenir aux accidents.Par- quoy au premier appareil, dans les playes, en cas de putrefadion , fera appliqué tel onguent qui s'enfuit. puluer. aluminis rochæ, viridis æris, vitrioli Romani, mellis rofati aceti bo- ni quantum fufficit : bulliant omnia fimul fecundùm artem, de fiac medicaraentum ad formara mellis. Les vertus de cet onguent font, que par fa chaleur de tenuité il incife de atténué les hu- meurs , reuoque la chaleur naturelle, laquelle a elle repouffeepar la vehemente impulfion du coup, & violente agitation de l'air conduit par la balle. Dauantagc il corrige la putrefadion de l'humeur virulent, qui promptement abbreuue la chair conteree de meurdrie , fi fort qu'il fait efearre. Ceft onguent toutes de quantesfois qu'il en fera bcfoin,fe pourra appliquer ailée tentes ou fêtons, eftant diflbult aucc vin ou eau de vie : lefquelles tentes feront afîez groffes de longues pour le pre- mier appareil, afin d'eflargir de dilater la playe, pour mieux y ietrer les medicamens : puis après ne feront appliquées fi longues de greffes. AufH pour mieux couler au profond des playes, fe pour- ra ietter auec,vne fyringue. Qui plus eft, fa vertu de fa force fera diminuée félon la température des corps, de fenfibilitédes parties bleffees : comme fi la playe eft és lieux nerueux, fera méfié a- uec huiles de térébenthine de d'hippericon , en telle quantité que le Chirurgien expert cognoiftra eftre neceffaire : l'çn fepeut mefme de doit-on pafîèr del'Egyptiac de n'en vfer aucunement,quand l'on n'a point à combattre vn temps peftilent de pernicieux pour lefdires bleflbures, tel qu’on a veu les années palfees. Apres l’vfage de l'Egyptiac on fera tomber de feparer l'efcarre, auec chofes re- mollitiues de lenitiues , comme eft l'huile qui s’enfuit, la’faifant chauffer vn peu plus chaude que tiede. If. olei violati tb. iiij. in quibus coquantur catelli duo nuper nati, vfque ad dilîblutionem olïium, addendo vermium terreftrium præparatorum vt decet tb. j. coquantur fimul lento igné, dc- inde fiat expreffio, quæ feruetùr in vfura prædidum , addendo rerebent. Vencræ iij. aquæ vi- tæ Ladite huile eft de grande de merueilleufe efficace, tanfpour appaifer la douleur, que pour fuppurer la playe , de faire tomber l'efcarre. En défaut d'icelle, faut appliquer celle qui s'enfuit qui eft plus facile à trouuer. If. olei feminis Uni de liliorum an §. iij. vnguenti bafilici J.j. liquéfiant fimul, de ex eis vul- neri indacur quant, fuff. l'ay bien cogneu que lefdites huiles appliquées au commencement de la bleffeure médiocrement chaudes, appaifent la douleur , lubrcfient, relafchent de humedent les parois de la playe , la difpofans à la fuppuration , qui eft la vraye maniéré degnarir telles playes. Ce que Galicn recite d'Hippocrates difanr, fi la chair eft contufe, meurdrie, ou battue de quelque dard , ou en autre manière, qu'il la faut medicamenter en telle forte qu elle fuppure le pluftoft que faire fe pourra. Car par ce moyen elle fera moins moleftee de flegmon : auffi eft ncceflàire que la chair contufe de battue foit putrefiee, liquefiee , de conuertie en pus , puis après nouuelîe chair en- gendree. Monfieur loubert approuue fort tel remede, lequel toutesfois n'ay encores expérimenté} il eft tel. Prenez poudre de Mercure deux fois calcinée 5. j. grailfe de porc reccnte ou beurre frais 3j. viij. camphre diflbult en eau de vie 5. ij, meflez le tout, adiouftant vn peu d'huile de lis ou de lin. L'experience monftre que ce remede eft excellent, de la raifon le confirme auflî. Car la pou- dre de Mercure accompagnée de matière craffe de humedante, fait que la chair meurtrie fuppure C facilement, de en peu de temps fans qu’il y aduienne fort grande douleur. Et quant au camphre , foit chaud ou froid, il yfert grandement, pour l'excellente tenuité de Tes parties, à raifon de laquel- le tout médicament de quelque qualité qu'il foit, pénétré mieux de pouffe plus auant fa vertu ; da- uantage ledit camphre refifte à toute putrefadion. Aucuns inftillent en la playe eau de yie, en la quelle on diflbult vitriol calciné. Tel remede n'eft fnppuratif, mais refifte à la pourriture, duquel on peut vfer en temps chaud de humide. Autre. olei tereb. jf.iij. aquæ vitæ ij.fi. mifee. Or Ci le coup eft donné de fort près, véritablement la playe fera brullee pet la poudre enflammee , de lors on appliquera remedes propres à la combuftion,fans toutesfois delaiflèr la contufion.Et quant aux parties de deffus la playe,l'on n'appliquera médicaments refrigeratifs & aftringens,ains remol- liens de fuppuratifs : fi ce n'eft peut-eftre au premier appareil : pource qu'ils refrôidilfent de affbi- bliflènt la partie, de empefehent la fuppuration : aulîî conftipcnt le cuir , qui eft caufc de ne don- ner tranfpiration aux vapeurs fuligineufes , dont s’enfuit gangrené de mortification par l’indeuc application de tels remedes.Et où la contufion {croit grande,on pourra faire desfcarifications pour defeharger la partie du fang meurtry qui eft fubiet a fe pourrir. Mais aux parties circonuoifines, D qui font au deffus de la contufion, de cfloignees de la playe, faut appliquer remedes refroidifîàns de corroborans, pour repoufïer de empefeher la fluxion des humeurs, comme eft ceftuy-cy. If. pul. boli armenij, fanguinis draconis, pul. myrrh.an. $.j. fucci folani, femperuiui, portulacæ an. 5 j.fi. album.iiij.ouor. oxyrrh. quant, fufficit: fiat linim. vt decet, ou autres femblables, defquels il conuient vfer iufques à ce que l'on foit afleuré des accidens. Pareillement il ne faut faillir à bien bander le membre , le fituant en figure propre de fins douleur , s'il eft pofîîble. Au commencement il ne faut penfer le malade iufques à ce que la playe commence à fuppurer , que de xxiv. heures en xxiv.heures.Et quand la fuppuration coramencc,& par confequent la douleur,fiéure,& inquiétude s'augmentent, il faut penfer le bleffé de douze heures en douze heures. Et alors qu'il y a grande quantité de matière qui molefte le malade,on le penfera de huitl heures en huiét heures. Et quand le pus commence à fe diminuer naturellement, il fuffit de douze heures en douze heures. Finale- ment quand Yvlcere fe remplit de chair,& partant ne rend gueres de matière,c'eft allez le penfer vne fois le iour, ainfi que du commencement. Defcription de 1‘Egyptine propre t$,u[di- tes playes. Quand il co- ule n dra vfer dudit Egypti- ac. Oleum catel- lorum. PoinSb fou- uerain & principal en la cure des playes des harpuebufes. Vertus du ' camphre. Combufîion ioincie es pla. yes des har- qmbufes. Bandage. - Temps de penfer le ma- lade. Des Playes d’harquebufes. Comment il faut traitter lefdties playes après le premier appareil. Chap. VI. Y fécond appareil 6c autres fuiuans, s'il n'y auoit foupçon de pourriture & gangre- ne, faut feulement vfer d'vne defdites huiles, y adiouftant des moyeux d'œufs auec vn peu defaffran ; ce que l'on continuera iufques à ce que l'excrement delà playefoit Aj digéré 6c tourné à fuppuration. En quoy chacun doit bien noter, que le pus eft plus jy long teps à s'y faire,qu'és autres playes faites par autres inftrumens,pource que la balle 6c l'air qu'elle poulie deuant foy , dilïîpe ( à caufe de fa grande contufion ) la chaleur naturelle 6c les efprits de la partie, qui eft caufe que lacoclion n'eft pas fi toft , ne fi bien faite au de faut de la chaleur naturelle dont furuient vne tres-grade puanteur en la-fanie, 6c autres accidens fort dange- reux.Toutesfois elle le fait le plus fouuét en trois ou quatre iours,quelquefois aulîi plus toft,ou plus tard félon le temperamêt du corps 6c de la partie,& l'air ambient chaud ou froid.Ces chofes fait.es,il fera befoin de commencer à mundifîer peu à peu la playc : en adiouftant au médicament fufdit de la térébenthine lauée en eau de rofes ou d'orge, ou femblables, pour luy diminuer fa chaleur 6c mordacité. Si ladifpofition du temps eftoit fort froide, on y pourroit adioufter de l’eau de vie, fuiuant le confeil de Galien qui enfeigne qu'en Hyiier il faut appliquer medicamens plus chauds, 6c en Efté moins. En après nous faut vfer de ce mundificatif, '1/L. aquæ decoëfio. hord. quantum fufficit, fucci plantaginis, apij, agriraoniæ, centaurij. minons an. §.j. bulliant omnia fimul : in fine decoétionis adde terebenthinæ Veneræ iij. mellis rofati 3. ij. farinas hordei 5-iij. croci 9.j. mifceantur fimul omnia benè agitando , fiat mundifîcat. rnediocris confiftentiæ. Autre. 2£. fucc. clymeni, plantaginis, abfinthij, apij, terebenth. Venetæ.g.iiij. fyrupi ablinth. 6c mellis rofa. an. 3.). bulliant omnia fecundum artera, poftea colentur,& in colatura adde pul. aloës, ma- ftich. ireos Flor. far. hord. ana. J.j. fiat mundif. ad vfum didum. Ou ceftuy-cy. tereb. Vene, lotæ.in aq. rof. 3.V. ol. rofa. j. mcll. rofa. §.iij. myrr. aloës , maftic. ariftolo. rotnndæ ana, 5 j. fi.far.hor.g.iij. mifce,fiat mundif.lequel fera appliqué dedans la playe anec tentes ou fetons,netrop longs ne trop gros,pource qu'ils ponrroiét erapefeher l’euacuatiô de la fanie 6c des vapeurs efleuées des playes : efquelles fi lefdites vapeurs font retcnuës,c’eft chofc certaine qu'elles s’efehauffent de acquièrent vne acrimonie, qui puis après erode les parois & collez delà playe ,dont s’enfuir dou- leur,fluxion, inflammation, flux de fang, apofteme,& pourriture, qui font communiquez aux par- ties nobles, 6c caufent puis après plufieurs pernicieux accidens. Pource il ne faut que le Chirurgien craigne aucunement, que lefdites playes fe puilïent glutiner & clorre, parce que la chair fi grande- ment contufe 6c lacérée ne fe peut confolider , que premièrement la contufion 6c meurdrifleure ne foit fuppurée 6c mundifiée : à caufe dequoy ie luy confeille de n'vfer de fêtons 6c tentes, fi elles ne font greffes 6c menues, afin quelles n'empefchcnt l'ilEuë des matières, 6c que le patient ne les C fouffre aifement, afin d’euiter les accidens prédits. L'vfage des tentes 6c fêtons eft pour porter les remedes iufqu'au profond des playes, & les tenir ouucrtes, principalement en l'orifice, iufques à ce que les chofes eftranges foient mifes hors. Et fi la playe eft finueufe & profonde , en forte que les medicamens ne puilient atteindre toutes les parties offensées, lors il faudra faire injeëlion auec la décoction qui s’enfuit. aquæ hordei tfe. iiij. foîior. agrimoniæ, centaurij minoris, pimpinellæ, abfinthij, plantag. ana m. fi. radic.ariftol.rotundæ 5.fi. fiat decoét.ad Ife.j. in colatura exprelfa dilfolue aloës hepaticæ 3.iiij. mellis rofati jpij. bulliant modicum. Puis foit faite inieétions dedans la playe trois ou qua- tre fois à chacune heure que le patient fera penfé. Et fi ceremede n'eft fuffifant pour nettoyer la fa- nic, 6c confommer la chair fpongieufe, morte ou pourrie, il faut adioufter en la decoëfion de l'e- gyptiac liquefié,en telle quantité quelanecefîîté commandera i comme pour vne liure de ladite de- coëlion , enuiron vne once dudit egyptiac plus ou moins , lequel eft de tres-grandc efficace pour corriger la chair fpongieufe 6c mauuaife au profond defdites playes : ce que fait anffi ledit egypti- ac appliqué feul fur la croilîancc de la chair mauuaife. l'ay femblablement expérimenté la poudre de mercure 6c aluni bruflé , meflez en égalé portion , auoir en tel cas vertu toute pareille à celle du fubliraé ou de l'arfenic(cobien qu'elle ne foit tant doulcureufe)&qu'elle fait trcs-grande efearre, dont fouuentesfois me fuis efmerueillé.Quelques practicicns laillènt le plus fouuent grande quan- tité de décoction au profond des playes finueufes, ce que ie n'approuue. Car outre ce qu’elle ac- quiert pourriture 6c fe corrompt,elle tient les parties tendues(qui leur eft chofe eftrange)& les hu- meëte, qui fait que nature ne peut faire fon deuoir à régénérer la chair : confideré que pour la cu- ration de tout vlcere, entant qu’il eft vlcere, comme dit Hippôcrates, le but doit rendre à delTèi- cher 6c non à humecter,plufieur.s errent aufiien l'vfage trop fréquent 6c afîidu de fètons,en ce que ne s’accommodans à laraifon , les rcnouuellent toufiours , 6c les font frayer aux parois des playes, par lequel frayement caufent douleur aufdites playes, leur renouuellent autres mauuais accidens. Pourtant i'approuue dauantage les tentes cannulées faiélcs d'or , d’argent, ou de plomb, comme celles qui font deferites aux playes du Thorax i'entends où elles auront lien , 6c où y auroit grande quantité de fanie. Auffi faut-il appliquer des comprellès à l'endroit du fonds du finus, afin de com- primer les parties efloignées de l’orifice, & chalïer la fanie : raefme eft bien conuenable, que la compreflè foit pertuifée à l'endroit de l'orifice de l'vlccre finueux , 6c fus les tentes cannulées, 6c qu’il y foit mis vne efpongc pour receuoir la fanie , pource que par tel moyen l'expulfion , euacua- tion , 6c abfumption d'icelle fe fera beaucoup mieux, en commençant la ligature au fond du finus, 6c la comprimant mediocremennafin que la matière ne foit retenue au dedans. Les bandes 6c com- prdfcs propres à cefte opération feront mouillées en oxicrat, en vin auftere , ou en quelque autre liqueur aftringente pour roborer à la partie , 6c empefeher la fluxion : mais il fe faut garder de n'a- Le pta eft vn temps à faire es playes d’harqueha- fes. Médicament miidificatif. Gai, au la Méthode ch. 8, Aduertiffe- ment au Chu rurgien. L'vfage des tentes fê- tons. Iniectlens, Poudre ca~ thtret'upue. Compr effet. Ligature. 326 L’Onziefme Luire, ftraindrepar trop la partie, pource que par icelle aftridion fe cauferoit vue douleur, au moyen de A l'exhalation des excremens fuligineux, qui feroit empefchée : pareillement fe pourroir faire atro- phie au membre, par trop long temps continuer lefdites bandes. Des moyens de tirer les chofès eflranges qui [croient demeurées a extraire. C H a p. VII. ST là où il y auroit quelques cfquilles d’os, qui du commencement n’auroient cfté tirées par les prédits inftrumens, lors il faudroit appliquer ce remede, ayant grande puiflance de les attirer, & autres chofes eftranges. fdf. Radicis ireos Florentiæ, pa- naris Si capparum ana 5.ij.ariftoloc. rotundæ, mannæ , thuris ana 5.]. pulucnfentur fubtiliter. Si incorporentur fimul cummellis rofati Si terebenthinæ Vcnetæ Autre remede pour ofter lefdides efquilles Si corruption des os, pini ficcæ 5,1'ij. punie, combufti Si extindi invino albo, rad.ireos, ariftolochiæ ah.3.fi.thuris J.j. fquamm3C æris 3 ij.puluerifcntur omnia diligenter, incorporentur cum melle rofato, fiat medicamentum.Ou- tre ces remedes qui ont en eux Si de leur nature telle puiftance d’attirer les chofes eftranges, il en y a d’autres qui l’ont acquife par putrefadion, comme eft toute liante d’animaux. Si le leuain, ainfi qu’eferit Galien. Remedes pour Attirer chofes eftranges. Des indicationsquilfautobferueraufditesplaces. Chap. VIII. A mundification Si extraction defdites choies eftranges faire , faut ayder nature à re- M générer la chair , & cicatrifer, tant par chofes prifes par dedans, que par medicamens P a ce conuenables , Si procéder par certaines indications qui font prifes, premiere- t| mentdel’effence de la maladie, & de la caule d’icelle, fi elle eft prefente : jaçoit que *** |a caupe primitiue ( ielon Galien au troifiefine de la méthode ) ne fe doit prendre in- dication non plus que du temps : ce qu'il entend de la caule abfente. Si du temps prétérit. Pareil- lement faut prendre indication des temps vniuerfels de la maladie curable, c’cft à fçauoir du com- mencement, accroifièmehv.eitat. Si déclination : félon lefquels faut diuerfifier les remedes. Autre indication eft prife de la température du patient, laquelle aufli change la curation : comme tout Chirurgien rarionel Si méthodique entend bien qu’il faut d’autres remedes à vn cholérique qu’à vn phlegmatique, Si ainfi des autres températures , tant fimples que composées : fous la- quelle indication de tempérament fera comprife celle de l’âge, qui ne reçoit indifféremment tous remedes, mais en veut d’autres pour les jeunes perfonnes , Si d’autres pour les vieilles. Dauanta- ge fe doit prendre indication de la couftume de viure du patient : comme s’il auoit accouftumé de manger Si boire beaucoup , Si à toutes heures , lors ne luy faudra ordonner dicte fi exquife, qu’à celuy qui eft accouftumé de peu manger Si boire Si à certaines heures. Pour ce les dictes de q panades ne font fi propres aux François qu’aux Italiensrpource qu’il faut relafcher Si remettre quel- que chofe à la couftume qui eft vne autre nature. Sous cefte maniéré accouftumée de viure,fe peu- uent entendre la condition de vie,& l’exercice du patient : d’autant qu'il faut vfer de remedes plus forts à l’endroit des ruftiques, des gens de trauail, Si qui ont la chair dure, qu’il ne faut à l’endroit des délicats qui peu trauaillêt3& font peud’exercice.Quclques-vns routesfois ont mieux aimé con- prendre celle indication fous le tempérament : de ma part, ie n’en difputeray , en lailîànr la refo- îution plus entière aux Dodeurs. L’indication prife de la vertu du patient fur toutes autres eft à refpcder, pource qu’icelle défaillant, ou cftant fortdebile , il faut neceftaircment dclaiftcr tou- tes autres chofes pour luy fubuenir : comme quand laneceffité nous force de coupef vn membre, ou faire quelques grandes incifions, ou autres chofes femblables : fi la patient n’a vertu fuffifante de tolérer la douleur, il eft necelfaire de différer telles opérations (s’il eft poffible) tant que nature foir reftaurée. Si air recouuré fes vertus par bons alimens Si repos. Autre indication fe peut pren- dre de l’air qui nous enuironne, fous lequel font compris lafaifon de l’année , la région, le lieu de noftre demeure , Si la conftitution du temps. Car félon la chaleur, froideur, feichereffe Si humi- dité , félon aufîi la continuation de ces qnalitez , il faut adapter les remedes. Pource difoit Gui- don , les playes de la tefte eftrc plus difficiles à guarir à Paris qu’en Auignon, Si les playes des jam- bes, plus fafcheufes en Auignon qu’à Paris : pour raifon qu’à Paris l’air eft froid Si humide, qui eft chofe contraire,principalement aux vlceres de la tefte. Au contraire, en Auignon la chaleur de l’air £) enuironnant,eft caufe de liquéfier Si fubtilier les humeurs. Ainfi plus facilement Si en plus gran- de abondance les humeurs découlent aux jambes,dont vient que laguarifon des jambes eft plus dif- ficile en Auignon qu’à Paris. Que fi aucuns allèguent l’experience au contraire, & que les playes de la tefte font plus fouuent îethales ou mortelles és régions chaudes : ie luy refpondray, cela ne prouenir à raifon de l’air , d’autant qu’il eft plus chaud Si fec, mais à raifon de quelque humidité fuperfluc,ou mauuaife vapeur communiquée à l’air,comeés lieux de Prouence Si d’Italie,prochains de la mer Méditerranée. L’indication de guarir fe peut auffi prendre de la température des parties bleffees: car les charneufes demandent autre remede que les os , ny que les parties nerueufes. Si ainfi des autres. Ce qu’en pareil cas fait la fenfibilité defdites parties, laquelle change la curation: comme ainfi foit qu’il neconuienne appliquer medicamens fi acres & violens aux nerfs &tendôs, qu’aux ligamens. Si autres parties infenfibles. La dignité Si adion des parties n’a moins de priui- lege au fait de la gnarifon : car fi la playe eft au cerneau , ou en aucunes des parties vitales Si natu- relles , il faut félon leur dignité & adion changer Si appliquer les remedes : veu mefmcs que pour la contemplation d’icelles, eft fouuentesfois faid certain prognoftic de l’euenemenr. Pource que Indi cations. Indication prife de la température du corps. Coujïume, Die tes. L’indication prife de la vertu du pa- tient. Sentence de Guidon. Vemonftra tion de la fentence. Indication de la partie. Prognoftic des parties blepfe.es. Afhor. 18. lin. 6. Des Playes d’harquebufes. 327 4A les playes qui pénétrent au ventricule du cerneau, au cœur , aux grands vaiflèaux , du Thorax , en la partie nerueufe du Diaphragme, au foye, au ventricule, aux inteftins grefles , Ôc à la veflîe, fi elles font grandes , font ncceflairement mortelles : aulîî celles qui font es jointures ou près d’iccl- les, ôc es corps cacochymes , font plus fouuent mortelles, ce qu’auons dit cy-deuant. Pareillement il ne faut oublier les indications prifes de la pofition Ôc coiligancc de la partie afleftée, ne mefme de fa figure , comme Galien a aifez expliqué au 7. de fa Meth. &qu fécond à Glaucon. Comme les maladies font compliquées, C H A p. IX. 'A v a n t a g e , en prenant lefditcs indications, faut confîderer s’il y a complica- Üb non maladie ou non. Car ainfi que la maladie fimple propofe indication fimple, ifkfcli V complication des difpofitions contre nature propofe indications compli- 4u^es- Or les complications fe font en trois maniérés, c'eft àfçauoir, maladie auec maladie, comme playe auec apofteme ou fradture d'os : maladie auec caufe, comme vlcere auec fluxion : ôc maladie auec fymptome , comme playe auec douleur ou flux de fang : ou toutes choies contre nature enfemble, comme maladie,caufe ôc fymptome. Or pour fçauoir trait- ter artificiellement toutes ces complications , on doit fuiure la doéhine de Gai. au 7. de la Meth, laquelle nous exhorte à confiderer les affections compliquées , la plus vrgente, la caufe, ôc celle ® fans laquelle la maladie ne peut eftre oftée , qui font chofes de grande importance en toute cu- ration. Et en cecy l'empirique demeure vague, incertain , ôc fans confeil ny refolution , ne fça- chant à quelle des affeétions il doit premièrement s’arrefter pour la cure : mais le Médecin ration- nel au contraire eft dirigé par ces trois petits mots dorez, defquels defpend l'ordre ôc méthode de procéder en telles difpofitions ÔC affrétions compliquées. Les fymptomes, entant qu'ils font fymptomes,ne donnent aucune indication, & ne changent l'ordre de curation :pource qu'en oftant la maladie qui eft caufe du fymptome, iceluy eft ofté : car il dépend d'icelle, comme l'om- bre du corps ; combien que forment nous foyons contraints de laiflèr la maladie en cure irregulie- re , pour fubuenir aux accidens de la maladie, lefquels s'ils font vrgens, & tiennent le lieu de la caufe non proprement des fymptomes. Pour conclufion, toutes lefdites indications ne font que pour venir à deux fins,c'eft à fçauoir,rendre la partie en fa température naturelle,& que le fang ne peche ny en quantité, ny en qualité. Cela fait, comme dit Galien , rien n’empefchera que la régénération de la chair , ôc vnion de l’vlcere ne feface. aucunesfois il n’eft pofïible mettre lefdites indications en exécution , à caufe de la grandeur de la playe, ou par cxcez ôc inobeyllànce du patient, ou à raifon de quelques autres indifpofitions furuenués par l'ignorance du Chirur- gien , ou mauuaife ôc indeuc application des medicamens : pource qu’au moyen de ces chofes, furuiennent grandes douleurs, fièvres, apoftemes , gangrenés ( vulgairement ôc abufiuement dit— tes Eftiomencs ) mortification , ôc fouuentesfois la mort. Dauantage ceux qui reçoiuent coups d’harquebufes, fouuent meurent, ou bien demeurent eftropiez ou mutilez à iamais. Vv fage & fin des indi- cations. Au 5. de fin Méthode» C Comment le Chirurgie» fourra four fuiure le traitement defdites flajes. Chap. X. SV commencement donc faut bien auoir efgard à mitiger la douleur en repercuranc les fluxions , en ordonnant régime fur les fix choies non naturelles, ôc leurs annexes, en euitant choies calefaéfiues ôc acres , ôc en oftant ou diminuant le vin,de peur qu'il n'efchauffe, fubtilie, ôc face fluer les humeurs. Sa maniéré de viure au commencement doit eftre allez tenue, afin de faire reuulfion. Car quand l'eftomach n eft allez plein,il attire de tous collez à foy,au moyen dequoy les parties externes s'en relîèntans, demeurent vuides. Voyla pourquoy on doit nourrir moins le malade aux premiers iours de là blelîèure. Lecoïtluy cil fort contraire, d'autant qu'il enflamme les humeurs ôc efprits, plus que tout autre mouuemenr, ôc pour celle caufe , rend la playe fort enflammée, 5c fubjette à defluxion. Et ne fera que bon au commencement, s'il y a flux de fang, en lailîèr médiocrement couler afin de defeharger le corps ôc la partie. Et où il n'auroit fuffifamment coulé , faudra le iour fuiuant vfer de phlébotomie re- uulfiue , ôc en tirer félon la plénitude ôc vertu du patient. Il ne faut aulîi craindre faire auerfion D du fang vers les parties nobles. Car ( comme nous auons dit ) il n'y a aucune qualité vcncneule. Toutesfois nous noterons que telles playes à l'inllant ne jettent gueres de fang , à raifon que la grande contulîon faite par la balle , ôc la vehemence de l'air agitc,font caufe de repouffer les efprits au dedans,&: aux parties voifmes de la playe,comme auons dit cy-deuant : ce qui eft ordinairement cogneu en ceux à qui vn gros boulet aura emporté vn membre. Car à l'heure de leur blefleure ne fort que bien peu de fang de la playe , combien qu'il y ait de grandes veines, Ôc arteres rompus Ôc dilacerez. Mais quelque temps après, comme au quatriefme, cinquiefme, ôc fixiefrae iour , ôc quel- quesfois plus tard , le fang coulera en grande abondance, à caufe que la chaleur naturelle ôc les efprits y retournent. Quant aux médecines purgatiues , ie les laifle à Meilleurs les Doélcurs : tou- tesfois en l'abfence d'iceux , il eft necelfaire de lafeher Ôc mouuoir le ventre du patient, pour le moins vne fois le iour , foit par art ou par nature : ce qui fc fera pluftoft par clyfteres que purga- tions , principalement és premiers iours, parce que l'agitation des humeurs en tel cas eft fufpeéle, pour la crainte qu'il ne fe face plus grande fluxion à la partieblclfée. Toutesfois Galien liurequa- triefme de la Méthode , chapitre 6. parlant des indications de la faignée ôc purgation , dit, que pour la grandeur du mal, font neceflàires la faignée ôc purgation , combien que le malade foit fans repletion ou cacochymie, La douleur fe doit appaifer félon l'intention ôc remiffion d icelle; & oour v remédier, fi d'aduenture y a inflammation, on appliquera pour médicament local, vn- Fapen de re- uulfion par diete tenue. La phleloto- mie efi necef1 faire aux play es d'har- quebufes. Pcurquoy en telles playes n adulent toujours he- tmrrhagi*. 328 L’Onziefme Liure, guentum nutritnm , compofé anec leius de plantain , joubarbe , morelle, &c leurs femblables. A L’onguent diachalciteos défait par Galien en Ton premier liure de la Compofition des medica- mens félon les genres, chapitre fixiefme, ôc liquéfie auec huile de pauot, de rofes ôc vinaigrc,n’cft de moindre efficace , ne l’onguent de bolo, ne plufieurs autres de telle faculté, ores qu’ils ne foient proprement anodyns ( car tous anodyns font chauds au premier degré ,cu jpour le moins pareils en chaleur à noftre corps , Galien liure cinquiefme, chapitre dix-neuficfme des Simples ) ôc les fuf-* dits medicamcns font froids, non pas tant toutesfois qu’ils foient narcotiques, lefqucls font froids au quatriefme degré. Mais quoy ? les fufdits mentionnez au cas prédit, appaifent la douleur très- commodément, pource qu’ils contrarient aux intemperaturcs chaudes,& fluxions d'humeurs fou- uent acres ôc bilieufes , lefquelles coulent pluftoft que les froides, ôc caufent plus grande douleur. Apres l’vfage des repereuffifs , i’approuue mcrueilleufement ce cataplafme. 'dyü. micæ panis infufæ jn [a fes merusil- leufes. l’Egyptiac eft excellent à corriger ime pourriture en la chair. Des Play es d’harquebutes. 331 A toine Mander, homme de bien, 6c grandement expérimenté en la Chirurgie , demeurant à Mons en Haynaut, 6c moy , fuîmes d’auis luy faire des fomentations d’vne decoélion faide de faulge, romarin , thym , Jauande , fleurs de camomile , melilot, rofes rouges cuites en vin blanc,&c en le- xiue taire de bois de ehefne, 6c quelque portion de vinaigre, 6c vne poignée de Tel. Cefte déco- ction ainfi faite auoic vertu & puiftànce de fubtilier , atténuer, incifer , refoude , & feicher l’hu- meur gros, froid , 6c pituireux, 6c roborer les parties bleftées. Lefdires fomentations fefaifoient longuement, afin que la refblution fuft plus grande :car eftant ainfi faite longuement, refoluoit plus qu elle ne pouuoit attirer , en liquéfiant l’humeur qui eftoit au profond, 6c rarefioit le cuir, voyre la chair des mufclcs. Et pour cefte intention nous Iuy faifions des fndions,auec couure-chefs chauds, en toutes ma- niérés ; à fçauoir , de haut en bas, 6c de bas en haut, à dextre, à feneftre , & en rond, & fort lon- guement : caries briefues , c’eft à dire ,faidcs en peu de temps, font attraction fans aucunement refondre.Semblablement par iours interpofez luy fut appliqué tout autour de lacuille & de la iam- be, Sc à la plante du pied, des bricques échauffées 6c arroufées de vinaigre & vin blanc, auec vnc portion d’eau de vie : 6c par cefte euaporarion on voyoit forrir des porofirez du cuir plufieurs a- quofitez,par lueur,l’enfleure fe diminuer,& la chaleur naturelle eftre reuoquée.Aprcs on luy appli- quoit des comprdfes trempées en vne lexiue faiéle de cendre de ehefne , en laquelle on auoit faic £ boiiillir faulge,rofmarin,lauande,fel,eau de vie,cloux degirofle:& faifoit-on les ligatures fi dextre- ment,que le malade les pouuoit bien endurcr:au refte auec tel profit que où on les laiftbit vn iour, la tumeur accroilïbir. Aufli on appliquoit des greffes compreflés au fonds des finus des vlceres, pour chafier 6c expurger la fanie:& encor pour mieux ce faire les orifices des vlceres eftoient tenus ouuuerrs parle bénéfice des tentes cannulées. Par fois aufli pour refondre la tumeur, on luy appli- quoit vn cataplafme faiét ainfi : 2£,far. hord. fabar. & orobi ah. vj. mcllis comm. 6c terebenthinæ ah. ij. pulu. florum camomil.meliloti,&: rofarura rubrarum fi.pul. radicum ireos Floren- tiæ,cyperi,maft. ah, 5. iij. oxymellis fimplic.quantum fufîîciat, fiat cataplaf. adformam pultis fatis liquidæ.Pareillement il luy fut appliqué des emplaftres de Vigo fine mercurio , qui luy donnèrent grande aide à feder fies doaleurs,& à refondre ladite tumeurjtoutesfois c’eftoit après auoir échauffé les parties fur lefquelles elle eftoit appliquée par les fomentations , friétions, 6c euaporations : car autrement ladite emplaftren’euft peu eftre réduite de puiffance en effe fante fa à propos, Necejfîté des tentes fa fe- tons. extradition du Médecin, L'Eçyptiae neftfuppura« tîf. Cotradicîiûn touchant le teps d'habil~ 1er les playes d'harquebu- fes. Les mauuak praticiens font otturir le ciel fa lé terre. Autre dïfcours fur la quejlion de la venenofité des playes des Harquebufes. C h A p. XVI. E me fuis trouué depuis quelques mois en la compagnie de quelques doéles Médecins, j$g|i| Sc bien experts Chirurgiens , lefquelspar maniéré de deuis, remettans en ieu la que- ftion de venenofité des playes d’harquebufes s’efforçoient principalement par cinq rai- IPCiUsâ&g! fons de prouuer la venenofité eftre conjointe auec icelles playes , non à raifon de la pouldre à canon, laquelle its confeflbient auec moy eftre exempte de tout venin, & en fa çompo- fition & en fonelîènce : mais à raifon de la balle, dedans laquelle le venin pouuoit eftre tranfmis, mixtionné Sc incorporé. La première raifon eft, que le plomb cftant fort rare Sc Ipongieux, comme la facilité de fa fufion Sc mollellc le monftrent, eft par confeqnent fort propre à s'imbiber de quel- conque liqueur. Mais telle confequencome ferable peu allcurée : car en toute mixtion artificielle, quelle eft celle dont nous parlons, il y a deux chofes à confiderer : la matière des corps qui entrent en la mixtion, Sc la forme félon la matière. Tels corps doiuent eftre liquides, ou mois,ou friables, Sc aifez a mettre en petites portions , afin que facilement de toutes parts elles fe puiftènt rencon- trer , joindre , & vnir. Selon la forme, elles doiuent eftre alliables & compatibles les vnes auec les autres : ce qui fe cognoift euidemment en l’eau , combien que leur matières foient liquides, Sc aifées à mefler auec infinies autres chofes , ne pouuans toutesfois eftre méfiées enfembleà raifon de l’antipathie de leurs formes. Ainfi l’or & l’argent font tant amoureux du plomb, que quand il eft queftion de les fondre, on les met peflc-mefle auec le plomb : mais l’airain fuit autant le plomb, que l’or Sc argent fuyent l’eftain (ou plomb blanc. ) Si donc le plomb & l’airain liquéfiez ne fe peuuentmefler enfemble, bien qu’ils foient contenus fous vnmefme genre &efpece métallique, comme fe pourroit incorporer le plomb auec autre chofe veneneufe, d’efpece Sc forme toute diffé- rente ? Venons à la fécondé raifon. Le fer ( difent-ils ) qui eft plus denfe, folide, & moins poreux, peut receuoir quelque qualité veneneufe, comme le monftrent les fléchés enuenimées, dont les an- ciens vfoient :parquoy le plomb pourra à plus forte raifon receuoir tel venin. Pour refponfe,ie dy que le venin peut bien eftre reçeu en la fupcrficic du fer, mais non pas en fa fubftance intérieure par meflange. Or eft-ilicy queftion d’incorporation ,& non de Ample enduifement & inonélion. Premiers raifon. Seconde rai- [en. Refionfe, L’Onziefme Liure, Troifiefme raifon. Voyons la troifiefme raifon. Nonobstant ( difent-ils ) que le plomb rejette fa crade 8c ordure à la A fonte, toutesfois il ne lairra dercceuoir 8c s'abruuer de quelque fubftance eftrangerc : ainli que l'a- cier, métal entre tous le plus folide, reçoit vue trempe qui l'endurcit,de toute contraire fubftance. Pour refponfe,re dy que quand la trempe eft donnée à l'acier , icelle n'eft recette dedans la fubftan- ce intérieure d’iceluy : car fi telle chofe elloit neceffaire pour l’endurci dément, cela fe feroit plus aifémentlors que l’on fond,& liquéfié ledit acier, meflanc la trempe parmy pour l'incorporer, plu- ftoft que d'attendre qu'il foit pris 8c confolidé en barre. Celle relponfe feruira mefmé de réfuta- tion pour la quatriefme raifon, par laquelle ils difent que de ius de Napellus 8c Rhododendron, d'apium rifus, 8c autres, qui de touteleur fubftance blelfent 8c corrompent la noftre, meflées auec le plomb , on peut faire des mixtions fi veneneufes, que les playes en feront necedairement vene- neufes. le dy au contraire , que la mixtion eft feulement des chofes qui fe peuuent non feulement appliquer, mais aulîî attacher 8c adhérer, bref incorporer 8c vnirles vnes auec les autres. Or com- me pourra feulement adhérer l'eau ou autre ius quelconque liquide auec le plomb /qui eft dur 8c folide, tant s'en faut qu'il fepuiffe vnir ? La variété de cela fe ingéra mieux pat expérience que par raifon. Faites fondre le plomb dedans les ius recitez cy-delfus, ou autres que voudrez choifir. Cela faiél,pofez l'vn 8c l’autre,vous trouuerez relier l'égalemefure defdits ius , 8c l'égal poids du plomb qui elloit par deuant : ligne tres-euident, que riy le plomb ne s'eft rien incorporé defdits ius,ny les ius rien perdu de leur fubftance. La cinquième raifon eft telle. La balle lafehée d'vne harquebufe contre quelque pierre ,ou autre corps de pareille dureté, ne s’efehauffé pas tant, qu'elle ne fe laide bien manier auec la main, fi on la prend incontinent après le coup. Parquoy cela eft faux , que le venin empraint dedans la balle puilfe eftre confommé par le feu de la poudre enflammée. Pour re— fponfefauc noter , que quand nous difons, qu'encores qu’on peuft empoigner la balle , toutesfois le feu confommeroit le venin , nous entendons cela non du feu de la poudre cflammée, lors qu'on defferre la harquebufe: mais du feu , par lequel l'on incorpore le plomb fondu auec ledit poifon: lequel agiffant immédiatement fur le venin non encores enueloppé ny embrouillé d'aucun corps eftrange, 8c agiffant auec temps 8c loifir, non en vn inftant 8c tout à coup , peut, finon confo ai- mer, à tout le moins rabattre grandement les forces du venin. Ceux qui ne fe voudront contenter de cèsraifons , qu'ils lifenc Matheole fur la Préfacé du liure fixiefmede Diofcoride. Il y a , dit-il, ? des Modernes fi fols &ignoraus, qu’ils ont fait jetter dedans l'or ou l’argent fondu , defquels on vouloir faire des vafes, de la theriaque, dumithridat, 8c d'autres antidotes, afin que ces métaux . .ayant acquis à la fonte les vertus defdits antidotes puiffent refifter aux venins. Mais combien celle • opinion eft fotte8c ridicule, ceux-mefmes le peuuuent iuger qui n'ont que médiocre cognoiffance des chofes naturelles, 8c principalement des métaux, tant s’en faut quelle ait befoin de plus eui- dente réfutation. Voila les raifons, voila l’authorité, qui me retiennent en ma première opinion des playes faites par harquebufes, non conjointes auec venenofité. C Reïfonje. Quatriefme raifon. Reffonfe. Cinquiefme raifon. Rejfonfe. Grande an- notation. L’Autheur fe àefen-i tant epu il peut, contre fes en- uieux & en- nemis de fon liure. Les différences des playes faites par fléchés, & de celles qui font faites par harquebufe s, C h a p. XVII. Les playes de trait sot fou- uent fans co~ tufion,(y>font fouuent ve- neneufes. E s playes qui font faites par fléchés, traiéls d’arbalefte , ou autres baftons fembla- JÉ blés, différent en deux choies de celles qhi font faites par harquebufes , & autres ba- M' fions à feu : car aucuncs-fois elles font trouuées fans contofion , ce que iamais n’ad- nient aux playes faites par baftons à feu ; fouuent aufîî font veneneufes. Et félon ces deux différences faut diuerfifier la curation : puis confîderer les différences des flé- chés & des dards, pource quelles feruent beaucoup à la cognoiffance tk curation defditcs playes. De U différence des fléchés & dards. Chap. XYIII. Différences des fléchés & dards au - très înflru- mens. BE s fléchés 8c dards différent en matière,en forme ou figure, en magnitude, en nom- bre , en maniéré 8c faculté ou vertu. La différence en matière eft que quelqnes-vnes font de bois, 8c les autres de cannes ou rofeaux ; les vues font en leur extrémité gar- D nies de fer, de plomb , d’eftain, d'airain, de corne, de verre, ou d'os ; les autres non. _ La différence de la forme eft telle , que les vnes font rondes, les autres angulaires, les autres barbelées en forme d'efpy : les vnes ont la pointe tirant en arriéré , les autres en bas : 8c aucunes ont pointe vers les deux parties,fçauoir en auant 8c arriéré : aucunes de codé & d’autre: aucunes font larges deuant 8c trenchantes en forme de cizeau. Quant à la grandeur , aucunes font, longues de trois doigts, 8c les autres moyennes. Le nombre les fait différentes en ce , que les vnes font fimples,n'ayàns qu'vne feule pointe : les autres font compofées en ayant deux ,011 plufîeurs. Audi en icelles la maniéré eft diuerfe. Car les vnes ont le fer inféré dedans le fuft : les autres ont le fuft inféré dedans le fer : les vnes ont le fer attaché 8c cloué : les autres non, 8c tiennent fî peu, qu'en les tirant, le fer demeure , qui font les playes beaucoup plus dangereufes. La faculté les fait différer , en ce qu’aucunes font ( comme a fté dit ) enuenimées, les autres non. Telles font les différences fpeciales 8c propres des flechez 8c dards , félon lefquelles les difpofirions qu'elles delaiffént, diuerfifient la curation. Tu peux voix en celle figure les différences fufdires. Différence des dards en maniéré. Des Playes cTharquebufe De la différence des parties biffées. C h a p. XIX. SE s différences cxpofées, il nous faut confequemment parler de la diuerfite' des pat- ries affectées, qui font ou charncufes, ou ollèufes : quelques-vnes près les jointures, les autres dedans icelles : aucunes auec grand flux de fang & fraétured’os, les autres non : aucunes font es membres principaux, les autres fuperficielles. Et fi en aucunes de telles playes apparoiffent Agnes manifeftes de mort , il en faudra faire bon pro- gnoftic deuanr qu’y toucher,afin de ne donner occafion aux ignorans de médire de noftre Art. Or laifler lerraiôtau corps,cauferoitla mort ineuitable, &: feroit eftimer le Chirurgien inhumain & impitoyable, & farrachant le malade parauenture en rechapera : car comme nous auons dit, il vaut mieux tenter vn rcracde douteux, que biffer le malade fans fecours. Lu différence des play es fé- lon leurs lieux. Prognoïl'tC nsceffairt-j pour euiter l'infamie. De i'extraiïïon des flcfches. C h a p. XX. HO v c h A n t l’extracftion des flefehes, il faut éuiter d’incifer , dilaccrcr & rompre les veines, artères, nerfs,& tendons, s’il eft poffiblc : car ce feroit chofe ignominieufe , ôc contre l’art, il on offenfoit nature plus que la fléché. La maniéré de les tirer eft double. L’vne fe fait par extra6tion,& l’autre par poufler outre. Pourtant des le commencemêc & premier appareil, il conuient ofter les chofes eftranges (Il aucunes y en a) corne les fers defdires fléchés,leur fuft,ou bois,& autres chofes femblables,ainfi qu’il a efté dit des playes faites par harT qnebuies, & par les mefmes moyens. Et pour mieux les extraire, conuiendra fituer le patient en la figure qu’il eftoit lors qu’il aura efté bldlé, pour les raifons fufdiiftes, s’il eft poffiblc, Sc vfer d in- ft ru mens propres à cet effect, principalement comme eft ceftuy,qui a vue cannule fendue, & den- telée par deliors,en laquelle s’infere vue verge femblable à celle du tire-fonds de l’harquebufe, qui a efté figuré cy-deuant, horfmis quelle n’eft faite à viz en Ton extrémité. Auffi eft-elle plus groi- fe, afin de dilater la cannule pour remplir la cauité du fer, & l’extraire hors, tant des parties char- neufes qu’olfeufes, pourueu qu’il ne foit demeuré du bois delà floche en la cauite du fer. Ceft m- ftrumenr aufll y eft propre, qui fe dilate en comprimant les deux extremitez de derrière, dentcle auflî par le dehors, ainfi que tu peux voir en cefte figure. Les Agnes pour cognoiftrc où eft le fer, font, que fi l’on touche la partie où il eft , l’on fendra afperité, & inégalité : auffi la chair appa- roiftra contufe, liuide & noire , ôc le patient fendra pefanteur & douleur continuelle en la partie vulnerée. Deux moyens d'extraire les fléchés. Paul. Ægtn, Hipocr. Les fignet pour cognoî- flre ou efl le fer. Irff rumens propres a tirer les fers de fléchés, dont le fujl ejî dehors. Ceftuy s’ouure par vne viz qui s’infere daais fa cannule. Ceftuy fe dilate en comprimant la poignce. 558 L’Onziefme Liure, Tenailles à viz auec le bec de Corbin. Inftrument fermant & ouurant à viz, com- mode à tirer les fers des flèches , auec vn bec de Corbin propre à tirer les maiücs,& autres petits corps eftranges. Autre petit crochet pour tirer les mailles 8c autres chofes eftranges , qui fc pourront accro- cher ; duquel aufli te pourras feruir à ce mefm« cffeét aux blcflures des harquebufes. Que fi par cas fortuit le fer barbelé, foit de fléché, picque, dard, ou lancé, demeuie en quelque partie du corps, comme (pour exemple) en la cuilfe ou jambe,encores auec portion de bois qui fuft rompu par éclats : alors faudra que le Chirurgien coupe le bois au deflus des éclats , auec tenailles incifiues : puis qu’il tire ledit fer auec tenailles dentelées,cômc tu peux cognoiftrepar celte figure. Hîppocrates au cinquiefine des Epidémies, dit auoir ofté le fer d'vne fagette, fix ans après, cftant près l'aine. Comme H faut procéder pour tirer les fléchés rompues. Chap. XXL 1 s fi 1£ fer efi d’auenture rompu de telle forte, qu'on ne le puiflè prendre aucc les Inu la fufidites tenailles,foit tiré, fi poffible eft,auec le bec de Grue ou de Corbin, ou autres SwIIa lI inftrumens propres , qui ont efté dépeints cy-deuant. Et fi le fuft eft rompu fi près y du fer , qu'on ne puifle auoir prife audit fer, ny au fuft auec le bec de Grue , alors faudra l'extraire auec le Tire-fond de l'harquebufe. Car s’il s'infere dedans le plomb, à plus forte raifon il entrera bien dedans le bois. Pareillement, fi le fer eftoit barbelé, ainfi que E> fouuent cft le fer des fléchés Angloifes ; lors s’il cft poflible,lc conuient poufler outre la partie auec vn inftrument propre : car par ce moyen l'on enitera plus grand danger, pource qu’en le tirant, les barbillons pourroient rompre,tant les nerfs que les veines , ancres & autres parties. Ce qnefoi- gneufement on doit éuiter. Pource eft-il meilleur de faire vne contre - ouuerture de l’autre part à l’endroit du fer, & le ihcttre hors en pouffant outre, fuppofé qu'il y euft petite épeflèur à indien car par ce moyen ôc en moindre danger la playe qui aura double ifluë , l'vne par deuant, & l'autre par derrière, (è guarirapluftoft, à raifon qu'on y peut appliquer remedes d'vue part 8c d’autre: & aulîl qu’elle femondifiera mieux. Au contraire,!! le fer ayant barbillons, eftoit à l'endroit d'vn os, ou inféré dedans, ce que fouuent aduienr, au profond des mufcles delà cuiflc, des bras,des jambes, ou d'autres parties, efquelles y auroit grande diftance, lors ne le conuient poufler, mais pluftoft di- later la playe, en éuitant les nerfs 8c grands vaifleaux, ainfi que fait le bon & expert Chirurgien anatomique. Aufll faut deuement appliquer vn Dilatatoire cane en fa partie interne, & faire en forte que l'on puifle prendre les deux ailles du fer,puis auec le bec de Grue le tenir ferme, & tirer les trois eufemble, connue ceftuy te monftre. Dangereufe playe. Quelque sfois on doit fuir» vne contt’ou- uerture. Des Playes d’harquebufes. 5 qui a certaine cauité au dedans auec yn bec de Grue, tenant '~un fer barbelé. Ce quil faut faire quand la fléché ejl inférée en l'os. Chap. XXII. H R. fi le traid ou la fléché eft inferée dedans l’os, de façon qu’il ne puific eftre ofté en poulîant outre, mais bien en le tirant par le lieu où il eft entré, il le conuient ébran- ler & mouuoir fagemenr, fi d’auenture il rient fort : fe donnant bien garde, qu’il ne fe rompe , 5c que portion d’iceluy ne demeure dedans l'os, ce que pourras faire par rinftrumcnt nommé Bec de Corbin,ou autres propres à ce,cy-deuant figurez.Quant 5c quant ne faudras à exprimer le fang, le lailTant alfez couler, prenant indication de la vertu, afin que la partie foir defehargée, & moins moleftée d’inflammation,de pourriture,& d’autres mauuais accidens. L’extradion faide , & le premier appareil, fi la playe eft fimple, tu la traitteras comme /impie : mais s'il y a complication , tu la cureras félon que les difpofitions feront compliquées. Pour appaifer la douleur , tu pourras appliquer auec grand profit, oleum catellorum de noftrc defeription cy-deuant. Et pour furuenir aux autres accidens, auras recours aux playes en général, &; à celles des harquebufades. Il faut laijf fr couler du fang. Des blejfures e nue nimées» ChAp. XXIII. s T E maintenant entendre & confiderer, que ces playes font quelquesfois cnuc- nimées (comme nous auons dit)&que cela prouient de la caufe primitiue des fléchés ainfi préparées par l’ennemy. Ce que l'on peut cognoiftre,tant par le récit du navré, difant fentir grande & poignante douleur, comme s'il euft efté mords de moufehes q à miel ( principalement és venins chauds, defqucls on vfc plus fouuent en tel cas) que par la chair du vuîneré, qui deuient pafle &c aucunement liuide, auec quelque apparence de mortification. A quoy plufieurs autres griefs & plus grands accidens furuiennenr, qui n'ont cou- ftume d’aduenir aux autres playes, où n'y a point de venenofité. Parquoy du commencement ( après auoir tiré les chofes eftranges, fi aucunes y en a ) faut faire des fcarifications afiez profon- des autour de la playe , y appliquant ventoufes auec grande flambe, afin de faire attradion & va- „ cuation de la matière virulente. Pareillement ladite attradion fe fera en faifanr fuccer la playe par quelque homme qui tiendra cependant vn peu d’huile en fa bouche, & qui n'aye aucune vlcere en icelle, de peur que le venin fuccé & attiré ne s'y âttache. Se fera aufîl attradion par application d’onguents, cataplafmes, emplaftres, veficcatoires, cautères, epithemes, & autres chofes qui feront déclarées cy-apres, parlant des morfurcs Ôc picqueures de belles veneneufes. Signes des playes enue* nimées. Tin de ÏOnftéme Liure des Playes des harquehufes 9fiefehes & dards. 340 table des chapitres du douzième Liure,des Conciliions, Combuftions, & Gangrenés. £ la différence des Contuftons Meurt rijfares. Chapitre j De la curation yniuerfille des grandes & énormes Contuftons, (P I De la maniéré de traiter les Contuftons auecplaye. Chap. iij Des Contuftons fans play es. Chap. . iv cj)es moyens d'obuier aux menaces des gangrennes qui pement future les Contuftons. Chap. V lerueilleux accidens qui tiennent aux contuftons faites fur les cotes. Chap. vj Di[cours de l'Autheur> touchant bru fige de la Mumie > contenant dix Chapitres. Des CombuHionsy bruflures, différences d’iceÜes. Chap. vij Des medicamens chauds & attratifs , qui oftent la douleur &* inflammation. Chap. xviij Jéfuune profonde combuftion nefl tant douloureufe quvne faperficiçüe, Chap. xix Des Gangrenés (çfr mortifications, . Chap. xx Des caufesgénérales de gangrené, Chap. xxj Des caufts particulières de gangrené, Chap. xxij Des eau fies antécédentes de gangrené. Chap. xxiij Des ftgnes de gangrené. Chap. xxiv Du prognoBic des gangrenés. ’ , * Chap. xxv De la cure générale de gangrené, Chap. xxvj De la cure particulière de gangrené. Chap^xvij Des ftgnes des mortifications parfaites. Cha. xxviij Du lieu où il faut commencer l'amputation du membre, Chap. xxix Du moyen de procéder à la fiction du membre. Chap. xxx Des moyens pour arrefter le flux de fang quand le membre eft coupe. Chap, xxxj Qomment il faut procéder au traitement du membre amputé fie flux de fang arrefté, Chap. xxxij £e quit faut faire s'il fùruenoitflux de fàng,àcaufi d’vn defdits uaiffiaux déliez. Cha. xxxiij « Des medicamens emplaBiques. Cha. xxxiv Digreffton de l'Autheur fort neceffaire à bien conftderer touchant tes cautères atuelsy defquels on a usé iufques icy après l'amputation. Chap.xxxy La maniéré de pourfaiure la curation du membre amputé. Cha. xxxvj HiBoire mémorable d'une mortification aduenu'é à un fildat, auquel le bras fat coupé à la jointure du coude: Cha. xxx vi LE DOVZIESME LIVRE TRAICTANT DES CONTVSIONS, COMBVSTIONS ET GANGRENES. PAR AMBROISE PARE' DE LA VAL AV MAINE, ConfeillerSc premier Chirurgien du Roy. Des différences des contufions & meurtriffeures. Chap. I. HAintenant nous traiterons des contufions & meurtrîlTLires, coin-* mençans par la définition de coatufion ; qui eft félon Galien (liure De Conftîttitiene artü ) folution de continuité en chair, ou os, faite par bafton, ou ferrement gros &; pefant, ou par cheute de haut. Le fymptome qui en— fuit telle maladie, eft meurtrifièure,dited’Hippocrates en la fedion fécondé du liure des fradures, Feliojïs, ou MeU/hta, c'eft à dire, noirceur ou liueur. Ce qui fe fait en diuerfes manières, félon le fang qui tantoft s’épand aux parties fol ides, tantoft aux canircz profondes du corps, &c quclquesfois feu- lement aux parties extérieures. Or le fang s’épand dedans le corps, quand, pour exemple, quelqu’vn cher du haut en bas d’vne brèche : ou quand il a eftépreffé fous quelque grand & pefant fardeau , comme il aduient és mines , aufquelles bien forment grande quantité de terre ou de pierres tombent furies foldats& milieux: ou par vne extreme tenfion,commeeft celle de la gefne : ou par trop defordonnéme.nt crier, au moyen duquel excès quelque vaifièau des poul- inons fe peut rompre. Pareillement,pour vne harquebufade receuc au trauers du corps,le fang périt fortir des vaifièaux : vne partie duquel fe jette par les Celles ôc vrincs, ainfi que i’ay veu aduenir à plufieurs, mefmement à défund monfieur de Martigues, qui au dernier fiege de Hedin,voulat voir ç par defilis le rampart de la muraille, les ennemis qui la fapoient au pied , fut frappé d’vn coup de harquebufe au trauers du corps : dont toft après jetta le lang par la bouchc,par le fiege, & la verge, qui fut caufe de fa mort. Danantage, le fang fe peut efpandre dans le corps, pour eftre frappé de coups orbes, comme font ceux de bafton, de malTe de pierre, & pour dire en vn mot,dc toutes cho- ies qui pcuuent contundre, meurtrir,& faire fortir le fang hors des veines !k ancres : qui à caufe de ce font prefiees, exprimées, rompues, & dilascerées : mefines le plus Tonnent les parties extérieures en font aufîî grandement contufes & blefiees aucc playe, ôc quelquesfois fans playe , de façon que le cuir demeure tout entier,mais le fang cft efpandu par les mufcles,& entre cuir & chair feulement: laquelle dilpoficion aefté nommée des anciens Ecchymojîs : & particulieremêt d’Hippocrates Nau- fiofis , 2.feeffc. du liu. des Frad. pour autant que les veines femblent vouloir comme vomir. Donc contufion fe fait, quand quelque grofie choie lourde & pelante tombe fur vne partie, qui rompt la chair, & où le fang prend fon cours,qui fe nomme Effufion, & la chair demeure enticre : mais il cft certain que les petites veines font rompues, quand ce mal aduient. La ruption fe fait, quand les fibres des mufcles font fort eftendues , & Tonnent quelques vnes fe rompent, &c de là s’enfuit in- flammation &c apofteme. Suiuant la différence de ces contufions, il nous faudra diuerfifier la cura- tion d’icelles, ainfi que prefentement nous déclarerons. Dijferencet des contufios. Ht faire de monfieur de Mur figues, blejfé au fiege de Hedin. Hcchymjîs, De la curation vniuerfelk des grandes & énormes contufions. C H A P. I I, HE fang qui eft découlé dedans le corps, fe doit éuacuer fenfiblement ou infenfiblemcnt L euacuatiôn fcnfibje fe fera,tant par faignées, vemoufes,cornets,aucc fcarifications, Sc fkngftiSs, que par médecines propres de dediées à telle choie , comme font les folutifs, moyennant que le malade n’aye fièvre forte &c continue. On l’éuacuera infenfiblement par potions refolntiues prouoquanres la Tueur,ou par bains,& par la manière de dicte tenuiffîme de la faignée. Nous anons texte exprès dans Galien, où il dit : Si quelqu’vn cft tombé de haut, enco- tes qu’il neuft a'ficz de fang, fi eft-ce qu’il luy en faut tirer,pour obuier qu’il ne fe coagule & pour- ride au dedans,eftant hors de Tes propres vaifièaux. Parquoy ne faut que le Chirurgien obmette à tirer du fang, félon la grande vehemcnce du mal,& la plénitude & force du malade. Ce qu’ayant faitjluy doit donner à boire telle potion. rad. gent.J. iij.bul.in oxycrat.încolat.diff.rhei eleéf. 3. j. fiat potio. Tels remedes refoluent, difiblucnc, tk iettent hors par le cracher le fang caille, s il cft es poulinons. Puis l'enuelopper en vue peau de mouton reccntement efcorché, fur laquelle fe- ra efpandu de la poudre de myrte , de nafturce , & dufel fubtilement puluerife. On le pofera puis après en fon liét,où eftant bien couucrt,fuera tout à fonaife.Lc lendemain faudraofter la peau, & Poindre du Uniment qui s’enfuit,leqnel appaife la douleur & refout le fang meurtry.^.vnguen- Sur la feu. 6% delà 5. feft. du lin. Dear, ticul. Indicatitns principales pour tirer d» fang, Linimeut, 34* Douziefme Liure des Contü fions. Potion fudo- rifique. ti de althæa Iumbric.camo.anethian.|.ij.tereb.Venet.§.iiij.farinæ fœnugræci.rofar.rubr. A puluerif.pulu.myrt.an.5j.fiat litus ad vfum diélum. Pareillement on luy donnera à boire de la po~ tion fubfequente, laquelle prouoque la fueur,& difloult le fang coagulé dedans le corps. 1C. ligni gaiaci § viij.rad.enulæ campanæ, confolidæ maioris, ireos Florcntiæ , polypodij quercini fem.corian.anifian.|.fi.glycyrrhizæ 5 ij.ncpetæ,centaureæ,caryoph.cardui bened. verbenæ an.m. fi. aquæ fontanæ ife xij. omnia concaflata infundantur per fpatium duodecim horarum, quæ om- nia lento, igné fecundùm attem coquantur ad confumptioncm medietatis. Quand le malade aura Pr*s matin demy-feptier de celle potion vn peu tiede , le laiflèra Tuer vne heure dedans le liél plus ou mons par chacune fois , 6c continuera lîx ou fept iours, félon qu'il en lera befoin. Si c’e- quelque panure foldat qui ne peull auoir telles commoditez , il le conuiendra mettre dans du fien,l’enueloppant premièrement en vn drap, & luy mettant vn peu du foing, ou de paille blanche, auant que l’enfeuelir dans ledit fien iufqu’à la gorge , 6c luy tenir tant qu'on verra qu'il aura allez : ce que a7 plusieurs fois. On donnera pareillement aux malades quelques fyrops à boire, f°nc propres pour empefeher la coagulation 6c pourriture du fang, comme fyrops aceteux, de limons, ou de acctofitate citri, la quantité d'vne once difloult en eau de feabieufe, ou de chardon benill,pour chacune fois. Aulîl doit on donner promptement ce potus , qui eft propre pour gar- der quelefang ne fe coagule , 6c qui femblablement conforte les parties internes. theu. eleéli puluenf.5 î- aqu:E rubiæ maioris & plant, an. theriaeæ gfi. fyrupi de refis ficcis |fi. fiat potus. Lequel fera donné tout auffi toft que le malade fera tombé , 6c réitéré par quatre ou cinq matins. Ou enfonlieu on luy fera boire vne drachme de nature de baleine diflbulte auec eau de bugloflè, ou jes eaux cy-delfus eferites, auec vne once ou demye de fyrop de capill.Yen.Apres l'vfage de la- dite potion, il conuiendra faire prendre au malade par l'efpace de neuf iours au matin , deux heu- res ou trois deuant le paft de la poudre qui s'enfuir,s’il ell neceflaire, 2£.rub.torref. rad.rub. maio- ris, centaurij,gentianæ,ariftoloch.rotundæ an.5 fi.De laquelle en fera baillé pour chacune fois vne drachme auec fyrop aceteux,& de l'eau de chardon benift. D'auantage l'eau de noix vertes,tiréc en l'alambic 6c beüe,a grande vertu de dilîbudrc le fang amafle 6c coagulé. On peut vfer pareillement des bains faits auec dccoélion de racine d'ireos,enulæ campanæ,oxalidis , fœniculi,altheæ, ofinoii- dæ regalis , confolidæ maioris,feminis fœnugræci,foliorum faluiæ,maioranæ, florumcamomillæ* melil. 6c de leurs femblablcs. Anfll les femences trouuées fous le foing ont grande efficace à celle mefmc fin. Le bain en chaleur tempérée a celle vtilité, qu’il lafche 6c raréfié le cuir , fond 6c dif- fouit le fang grommclé,incife les humeurs vifqueufes, addoucill les acres,& les tire du profond du corps iufqu’à la fuperficifie du cuir , de façon qu'vne partie d'eux ell vuidée par fueur vniuerfelle, vne autre par cracher 6c moucher, fi d'auenture l’afleélion ell aux parties fuperieures : parie fiege Sc vrine , fi elle ell aux inférieures. Les bains aulfi font profitables aux inflamations des poul- inons,& aux pleuretiques félon Hippocrates,au t).DeviÜuacHtorum>6c 3.liure Demorbis : mais c’ell lors que la fiéure ell mitigée 6c addoucic:car lors ils appaifent la douleur,& aydent à fuppurer 6c iet- C ter par les crachats les fuperfluicez contenues aufdites parties. Ils peuuent pareillement furuenir à plufieurs autres difpofitions, moyennant qu'ils foient faits deüement après les chofes vniuerfelles. Car s'ils elloient adminillrez deuant la faignee 6c purgation , iis nuiroient grandement, àraifon qu'ils pourroient caufer nouuelle fluxion aux parties malades. Parquoy ie te confeille d'vfer touf- jours du confeil du doéle 6c expert Médecin,s'il t'ell polfible. . let pan tires** Aujft l'oxy- cmt donné h boire efi vne Cierl co*~ nom diront ey-après. Peuldre. Vtilité des iainsy De la maniéré de traitter les contufons auec playe. C H A P. III. Bfâ) N toute grande, contufion faut premièrement faigner, ou purger, ou faire tous les deux P|f enfemble, tant pour l’euacuation , que pour la reuuliion. Ce qui eft prouué par Hipp. en la z. fcélion Defrafturis, où en la contufion du talon , il donne purgation vomitoi- re dés le mefme iour , ouïe lendemain pour le plus tard. Puis fi la contufion eft aucc playe , il faut au commencement empefeher la defluxion auec onguent de bolo, blancs d’œufs, de l’huyle rofat, de myrte,de la poudre de rofes rouges , d'alum , & maftic. Et au fécond appareil on vfera d'vn digeftif de iaune d’œuf, & huile violât, aucc vn peu de térébenthine. On pourra aufli mettre fur les parties voifines, pour ayderà fuppurer, lecataplafme qui rad. alth.& li- iiij folio.main, viola, fenecionis ah.ra.fi .coquant. complété in aqua communi, & paflen- turper fetaceum ,addcndo butyri recent.& olei viol. iij. farinai volatilis quantum fufïîcit,fiat D cataplaf.ad formam pultis fatis liquida: : ou autres femblables,en application dciquels auras égard, pource que s’ils font indeüement appliquez, rendent les playes phîegmoneufcs, fordides & putri- des. Donc après la fuppuration faite , la playe fera mundifiéc, & la chair régénérée, puis conduite a cicatrice. Toutesfois fi la chair contufe eft grandement dilacerce, 8c deftituée de la. chaleur naT turelle , il enconuiendra faire amputation. Mais s’il y a encores efperancc qu’elle fe puifie agglu- tiner fans couper , elle fera coufuc comme la chofe le requiert: & ne feront lespoin&s d'aiguille tant ferrez , comme fi c’eftoit vne playe fimplc fans contufion : pource que telles playes s’enflam-. ment Sc enflent : qui feroit caufe de dilacerer tout le cuir auec la chair , & rompre les poinéts. Rente de fort bon contre les contufions. Comment il faut coudre les playes emtufeî. Des contufion s fansplaye. C H A p. I 111. R s’il n’y a playe qui appareille, & que le cuir demeure entier, les parties de deflbus de- ( vOvV meurans contufes,& qu’il y aiteffufion de fang fous le cuir,telle difpofidon ( comme nous auonsdit ) eft nommée des anciens Ecchymafs. Pour la curation de laquelle faut tenir bon regime,iufques a ce que les accidens foient paftez, Au commencement fera tiré du fane de la partie Que cefl qu'Ecchymo- fis. Corn buttions & Gangrenés, 343 A oppofite,sJil en eft befoin,tant pour l’euacuation, que pour la reuulfion. Pareillement feront faites des fcarifications égales fur lacontufiôn : 8c puis feront appliquées des ventoufes ou corners, tant pour vuider le lang qui fait tumeur 8c tendon à la partie , que pour donner inflammation,de peur qu’il ne fe face gangrené,& autres mauuais accidens. Audi faut lafeher le ventre, comme on verra eftre necelfaire.Et pour les topiques particuliers remedes, au commencement faut vfer de reme- des forts 8c aftringens, principalement vn peu au deflus du lieu flgiilé. Hipp. commande que l’on commence à bander fur la partie contufe, à fin de referrer les veines & arteres,pour roborer la par- empefeher la defluxion , & chafler le fang hors de la partie bleflée * 8c appliquer vn medica- mentjcomme peut eftre ceftuy-cy que i’ay en vfage ordinairement.^.album, ouor. num.tria, olei myrtij&rof.ân.g j.boli fi.nuc.cuprefli,gallarum,pul.alum.vfti ah.5 ij.incorpo- rentur o.mnia,addendo aceti parum,& fiat raedicam. Puis après on vfera de fomentations,cataplaf- mes 8c cmplaftrcs refolutifs.Ces deux defcripcions d’emplaftre ont efté dés long-temps ordonnées, pour les Roys,Princes, 8c autres grands Seigneurs fuiuans la Cour, lefquellcs ont efté confirmées par les premiers Médecins de Roy en Roy,en forte que quand quelqu'vn eft contus en noftre Cour, on a recours à l’Apothicaire du Roy, à demander les emplaftres de la contufion , ordonnez pour le Roy. / Ad nouai çontufiones. boîi arm. 3 ij. terras figillaræ fi. rofar, rubr. myrtill.ah.3 vj. nucis cupreflî 3 ij. omnium fandalorum ah,3 j. nucis mofeatæ 3 fi.maft. ftyracis,calam. ah. 3j. fi. cerænouæ3 vj. picisnaualis E § iij.tereb. quant, futf. fiat emplaftrum. Ad çontufiones antîquas. ftyracis calamitæ,labdani,benioin,ah.3 vj.maft. iridis Flor.baccarura lauri, cinamomi, ga- ryoph. calami ar0m.ah.3j.fi. lignialoé's. flor. cham.lauendulæ, nucis mofcaræah. 3 fi.mofchi 3 j. ceræ nouæ § vj refinæ ij. tereb. 8c olei rof. quantum fuflîcit, fiat emplaftrum. Des moyens et obuieraux menaces des gangrenés qui peuuent fiyure les contufions. Chap. V «Es grandes contufions font dangereufes : car par icelles furuiennent aucunesfois gan- grenés 6c mortifications : ce qu’Hipp. déclaré aduenir quand la partie eft dure 6c liui- de,au fécond De fraEhirü. Or quand la partie eft fort noire & liuide , iufques à fem- blcr qu’elle foit morte , 6c fa chaleur prefque efteinte, pour la grande concrétion du lang detiué en icelle, qui empefchc que l’efprit vital ne puifie paruenir à la partie pour l’entrete- nir en Ton eftre, 6c mefmc efteint la chaleur naturelle de ladite partie,on doit, pour vuider 6c def- chargcr la partie, appliquer ventoufes ou cornets , ayant premièrement fearifié la partie auec vu rafoir, lancettes, ou flammetres , ou bien de l’inftrument appelle fcarificateur, que tu vois icy fi- guré , dedans lequel font inférées dixhuid roues tranchantes comme vn rafoir, marquées F FF, qu’on bande auec vn reftbtt marqué G , 6c font demandées par vn autre marqué D, duquel lors que voudras faire plufieurs fcarifications pour vacuerlefang efpandu fous le cuir , tu t’en pourras aider plus promptement 6c à moindre douleur, à raifon que dixhuid incifions font aufïi toft fai- -tes qu’vnc feule. Toutes gran- des comufios font perilleu- fes. fifnÜrument appelle Scarificateur. a Monftre le couuerclç. b La boite. Puis on doit fomenter ladide partie de fort vinaigre, auquel on aura fait bouillir radices ra~ phani, ou de ferpentaria major, Arom, ou Sigillum Salomonis, auripigmentum,& autres fcmbla- blcs : car telles chofcs acres échauffent fort, difeutent, refoluerit,& attirent du profond à la fuper- ficie le fangmeurtry : defquels neantmoins tu vferas par difcretion,de peur d'attirer non feulement le fang,qui eft hors dès veines,mais aulïï celuy qui eft contenu en icelles. Pareillement n’en yferas qu’ai ors que la fluxion fera du tout arreftée. Aux petites meurtrifleures , que nous cognoil ons quand la partie liuideeft molle, félon Galien, fur le i. De frAÏhtrü , on appliquera feulement e a cire vierge fondue auec delà poudre de cumin , & du clou de girofle, &c vn peu de racine e igi lum-Mariæ, qui en tel cas a grande puilfance de degafter, & de promptement refoudre toutes ec- chymofes & meurdrilfures. Audi on pefit appliquer de l’abfmthe vn peu piftée& chauftcc lui vne nellc de fer chaude, & l’arroufer d’vn peu? de vin blanc, ou la faire fricaller dedans vue poelle Remede pour dijfîper le fang caillé & ejpandu au profond de la chair. 344 Douziefme liure des Conciliions, auec du vin, de l'huile de camomille, vn peu de Ton de froment,ôc de poudre de clou de girofle de A mucruette, y adionftant fur la fin vn peu d'eau de vie : puis la mettre entre deux linges déliez, de Rappliquer allez chaude fur la partie. Pareillement l'emplaflrc qui s’enfuit, cft fort refolutif du fiang nigræ gummi demi ftyracis liquidæ,6c pulue- ris fulphuris viui §.j. liquéfiant fimul, fiat emplaft. extendatur fuper alutam. fmrefolutif J ‘ MertteiHeux accidens qui viennent aux contufions faites furies cofies. Chap. VI lllpp. au liu. des artic.fec. 3. fent, 5 8. & 65. Chofe mer- ueilleufe qui fur nient aux contufions. SV e l e s F o i s par vne grande contufion la chair contufc dénient mucqueufè ôc bourfoLiflée, comme fi on l'auoit.enflée de vent, la peau demeurant entière : ce qui fe voit principalement fur les coftes , ôc lors qu'on comprime dcllus auec la main , on fient l'air qui fe départ auec vn petit fiflement, Ôc y demeure l'impreffion des doigts, comme aux Oedemes. Que fi on n'y donne bonne ordre, à raifon que la chair n'eft attachée contre lefidites coftes , il s'y amafte du pus, qui vient à occu- per l'efpace vuide, Ôc Ce fait altération des os, comme l'on voit aduenir le plus forment. Pour la curation de cefte tumeur mucqueufe, il faut comprimer ôc lier la partie le plus fort que le patient pourra endurer : toutesfois en luy laiftant fa refpiradon libre le plus qu'il fera poffible, fi g c’eft au TIaorax. Puis fera appliqué fur la partie vn emplaftre d'oxycroceum , ou diachylon irea- tum, méfié auec l'emplaftrc de meliloto , ôc fomentations refolutiues. Or la caufe de celle tumeur eft vne pituite glaireufe, qui fe fait par faute de bonne concodion en la partie , ôc d'vn aliment à demy-cuit, ainfi que l'on voit fouuentesfois la coniondiue de l'œil, par vne contufion s'enfler lî fort, qu’elle fort hors la cauité de l'œil, à caufe que la vertu concodrice de la partie eft débile, pour raifon de l’intemperature immodérée, ou pour l’humeur qui y afflue comme l’on voir aux tu- meurs œdematiques. Car de l'humeur aqueux ôc pituiteux, par la moyen d'vne chaleur imbecille, s’excitent aifement des flatuofitez , qui méfiées parmy le refte de l’humeur , font monftrer ôc paroiftre la tumeur plus grande ôc ondoyante , comme explique Galien, liure 6. de Sympt.caufis. Caufe de hourfoufe ment en la partie cotufe. Vifcours de la Mumie. C h A p. VII. .L ne fe faut donner mcrucille, fi en ce traifté des contufions ie n’ay fait aucune men- on um*e 3 ppur en donner à boire ou à manger , comme font la plus part des Médecins ôc Chirurgiens, parce qu'elle ne vaut rien, ce que ie prouueray par ce pre- jM fient dificours. La Mumie a pris fion nom & origine des anciens luifs , Arabes, ôc IÊJÊÊÊ&ÊêêêM Chaldées, ôc principalement des Egyptiens, mefimes long-temps auparauant Moyfç, C Sc depuis eux les Grecs & Latins : tous lefiquels ont eu en fi grand honneur , reuerence, ôc recom- mandation , les corps des trefipallèz’, pour l'efiperance de la refiurreftion, qu'ils ont fort re- cherché les moyens, non feulement de les enfienclir3mais auffi de les confieruer àiamais,s'ilsl'eufi- fient peu faire par certaines drogues precieufies, & chofies odoriférantes , lefiquels corps ainfi, em- baumez fie gardoient longuement entiers fans fie pourrir. Et par lefidits Arabes ont cfté appeliez Mumie, qui vaut autant à dire, qa'vn corps mort, accouftré de chofies odoriférantes ôc conîerua- trices de pourriture. Or pour le premier, Hérodote tres-ancien Hiftorien Grec, & après luy Dio- dore Sicilien, parlant de la ficpulture ôc conduirte des corps des trefipalîez , ôc des pleurs ôc gemif- femens qui fie failoient fur iccnx par les auciens Egyptiens, racontent que lors qu'il decedoit quel- qu'vn des domeftiqes d'vnc maifion qui éftoit de refpedt ôc apparence, comme vn grand Seigneur ou Dame , alors fie tranfiportoient tout d’vn cofté toutes les femmes de la famille ôc parentage au lieu ou le defund; eftoit décédé , habillées toutes de dueil pleurantes ôc lamcntantes. Puis ayans laifie le corps mort en fion lieu , s'en alloient par la ville comme vagabondes, courans çà 6c là, eftans ceintes ôc troulfées par le milieu du corps , déplorantes leurs vies ôc raifieres, auec leurs mammelles ôc parties plus proches , toutes nues Ôc dcficouuertes. De l'autre cofté alloient les hom- mes , ayant pareillement la poitrine toute deficouuerre, ôc fie frappoient ôc battoient en detefta- tion du defundt. Cela eftant fait, ils fie tranfiportoient par deuers ceux qui eftoient députez pour embaumer les corps morts,qu'on appelloit Salleurs ou Embaumeurs,lefiquels leur mpnftroient trois D figures de corps morts embaumez peintes en vn beau linceul, de diuerfie valeur ôc eftimation : l'v- ne comme la plus riche , exquifie, ôc élabourée, vallant vn talent, l'autre, vn demy , Ôc la tierce de vil prix, ôc à bon marché, qui cftoit pour le commun populaire , qui leur donnoit félon leur puifi- fimee. Ayans marchandé l'vnedes trois effigies ou figures pour les embaumer ôc enfieuelir, ils laifi- ioient le corps mort entre leurs mains. Ey lors les embaumeurs- tiroient tout anfîî toft , ancc vn fer courbé , par Iç# narines x.toutela iubftançe du cerceau , puis incitaient auec vnè pierre aiguë ôc bien tranchante le ventre , & en oftoient les entrailles, ôc puis lauoient tout le corps de vin, au- quel auoit boüilly plufieurs chofies aromatiques. Cela fait, remplilfoient le corps de myrrhe, aloës, de cinamome , fiaffran, ôc autres chofies odoriférantes , ôc precieufies : puis après le failoient ôc mettoient en vn laloir par Tcfipace de 70. iours. Lequel temps expiré, le retiroient pour faire .ficicher, Ôc après l'enucloppoiét en vn beau drap précieux, ôc derechef l'oignoîêt de certaines gom- mes allez commîmes. Apres toutes ces chofies luy faifioient faire vne effigie fur fa tombe &fepulchte où ils voûtaient qu'il fuft polé pour la mémoire cternelle, ôc le laiftoienc- là pour dormir & re- pofer , iufques (ditaient- ils ) au grand iour de la Réfurredbion. Les deux autres façons d'embaumet fe failoient d’autres drogues non fi piecieufes, ny fi cheres, Ôc félon l'argent on eftoic feruy. Mumie eji vn mot Hrabe, Hérodote, Diodore. Les femmes etuaient les fnammeües defcouuertes. Les hommes fe battaient. Safîsur.< ou embaumeurs. Chofe appro- chante des fe» pulchres & epitaphesque l'o fait encor miourd' Luy. Combuftions & Gangrenés. S45 Chap. VIII. Trabo dit, que les luifs pour la confiture de leurs corps fouloient vfer de bitume, 4U1 cff vne P°^x liquide, qui fe prend en la mer Rouge, près Sodome. Or bien à pei- ne s trquue nation tant, barbare fuft-elle, qui n’ayent embaumé lés corps morts non pas melme les Scythes , qui femblenten barbarie auoir furpalle le refte des hom- mes. Car iceux, comme dit Hérodote , Hure 4. de Ton Hiftoire , n'enterrent point le corps de leur Roy ,que premièrement ils ne Payent mis en cire, aptes auoir curé le ventre, ôc net- toyé > puis remply de cyprc concaffé, d'encens, de graine de percil, ôc d'anis, ôc en après recou- iu. De celle melme chofe les Ethiopiens fe (ont monftrez curieux, faifans leurs repultures de ver- re en celle forte : C'eft qu'apres qu'ils auoient vuidé &defcharné iniques aux os, comme vne ana- tomie fdche , les corps de leurs amis defunéls, ils les accouftroicnt ôc liffoientdc plafire, fur le- quel ils iettoient après vne peinture qui approchoit du vif, autant qu'il leur eftoit pofllble. Et ce fait, ils l'enfermoient dans vne colomne de verre creux. Le corps ainfi enchaffé apparoiftoit au trauers le verre, fans rendre mauuaife odeur , ôc fans defagreer aucunement. Les plus proches parens le gardoient chez eux l'clpace d'vn an , en luy faifant offrandes ôc facrifices, ôc au bout de l'an le tranfportoienr hors la ville au lieu deftiné, ainfi que nous faifons aux cemctieres comme jg eferit le mefme Herodore. Straho. La maniéré des Scythes d'embaumer les corps. Hérodote. Autre ma- niéré des E- thiopiens. Pource qu’il n'y auoit que les os. Hérodote liu Chap. IX. A i s le (oing ôc curiofité eft encore entrée plus auant dedans le cœur des Egyptiens Ëi clue nu^e autre nation, dont ils ont mérité grande loüange, s'eftans monftrcz k| tant ec^l°nncz a la mémoire de leurs parens, que pour la confirmation d’icelle ils eftoient couftumiers d'embaumer les corps tous entiers d'iceux en vaifleaux de verre diaphane, & tranfparent, Se les mettoicnc en lieu plus honorable de leurs maifons pour en auoir tou (tours la mémoire deuant les yeux, ôc leur feruir d'aiguillon pour les ftîmulcr de les en fuyure, & imiter leurs vertus , afin de ne dégénérer ôc forligner de leur naturel & inclina- tion. Et dauantage feruoient iceux corps ainfi embaumez , de fouuerains gages , & aflTeurance de leur foy : fi bien que s'il eftoit aduenu qu’aucun défaits Egyptiens euft affaire de quelque groflè fomme d'argent, il ne failloit point delà trouuer à emprunter chez Tes voifins fur le gaige d'vn corps de Tes pâfens, fe tenans tous affeurez les créditeurs, que moyennant tel gaige, le débiteur manqueroit pluftoft de vie que de foy, tant ils auoient à cœur de retirer tel gaige. Et fi la fortune faifoit, ôc le malheur fuft fi grand, qu'aucun s’oubliaft de tant en Tes neccffitcz, que de ne vou- loir ou fçauoir trouuer moyen de retirer fon gaige, il tomboit ert tel deshonneur ôc infamie , qu'il C n’eufi pas efté bon à donner à manger aux chiens, 5c ne fe fuft ofé monftrcr en public. Car on luy faifoit la huée , comme l'on fait à vn loup , ou vn chien enragé , Ôc de liberté, tomboit en vne ignominîeufe feruitude, comme ayant defauoüé & renoncé fa race , ôc origine. Ce qui eft tcf- moigné par Claude Paradin, en la préfacé du Hure qu’il a fait des Alliances ôc Généalogies des Roys ôc Princes de la Gaule. Pierre Mdlîe en fes diuerfes leçons , chapitre 8. eferit,, que les an- ciens Romains auoient vne couftume de brufier les corps morts, ôc que le premier des Sénateurs qui fut brufic après fa mort, futSylla, & après luy plufieurs autres hommes notables ôc illuftres; les cendres defqucls on gardoit dedans des vrnes ou vaifteaux de terre, puis on les pofoit dedans les (epulchres ou tombeaux fous terre, faits en voulte. Les Grecs auoient aufiî cefte maniéré de brufier les corps morts. Scobee eferit, que les Colches n'enterroient point leurs morts, mais les pendoient aux arbres. Les Scythes d’Afie fe feruoient pour boire , de l’os du crâne de leurs parens ôc amis, enchalfé en or, pour en auoir toufiours mémoire ; ôc entre tous les threfors ôc chofcs pre- cieufes eftimoient lefaites taftes. La maniéré d'embaumer les corps par les Epyptiens, Les Fgypties n'auoient point de plue précieux gai- ges que les corps de leurs ayeuls. Claude Peu radin. Pierre Mejfîe. Les Romains brujloient les corps■ morts, Les Grecs brujloient leurs corps morts. Les Scythes beuuoientdâs le crâne de leurs peres & autres pares. Chap. X. Avantage les Ëypriens recognoifians celle vie dire de peu de durée au regard de celle que nous auons à viure après la réparation du corps d’auec l’arae, cftoienc D r 01C ne§^Sens ® baftir maifons pour eux loger , mais au refte fi magnifiques à edi- fier Pyramides, defquelles ils fe vouloient feruir pour leurs fepulchres, que pour le baftiment d'vne qui fut entreprife par Cheopes l'vn de leurs Roys, cent mille hom- mes y furent employez , chacun trois moys, l'cfpace de vingt ans : laquelle eftant de forme quar- rée, auoit de profondeur cinq ftades , & en chacun front huiél cens pieds de large, & autant de haut, chaque pierte ayant le plus ordinairement trente pieds , fort bien ouuree, comme raconte Hcrodore. Or deuant qu'enfermer les corps dedans ces fuperbes fepulchres , ils les portoient auec pompes magnifiques vers les Salleurs ou Embaumeurs ( office bien falarié du peuple) qui les em- baumoient de chofes aromatiques & exquifes, félon la volonté 8c puillànce des parens 8c amis, comme nous auons dit cy - deffius : lefquels refous ils rctournoient prendre , 8c eflans biens lauez 8c nettoyez les lioient de bandes faites d'vn drap de foye collé auec certaines gommes. Et lors les parens 8c amis reprcnoienc le corps, 8c luy faifoient faire vneftuy de bois moullé &c effi- gié d'homme, dedans lequel ils le pofoient. Voyla comme les Egyptiens enterroient leurs Roys 8c Princes. Autres raettoyent dedans les corps ainfi préparez, vne idole faite de cuyure, ou mar- bre , 8c quelquesfois d'or 8c d'argent, qu’ils adoroient : 8c auoient cefte opinion 9 que le corps Cheopes Roy d’Egypte. Herodotf Hure x. 346 Douziefme Liure des Contu fions, eftoit gardée ôc confetuée de putrefadion, ayans leurs Dieux repofans auec leurs corps dedâs leurs A monuraens , ôc que telle fuperftition donnoit foulagcment à l’ame. Fay veu au cabinet de 1 he- uet, vue petite idole de marbre blanche, marquetée d’vn certain verd , qu’il affirme auoir appor- tée de ce pays Ià,& qu’elle auoit efté trouuée en vn corps mumié. Ainfi voit-on comme les Égyp- tiens cftoient fort cérémonieux ôc grands idolâtres. Louys de Paradis , Chirurgien, natif de Vi— try en Partois , m’a dit qu’eftant au grand Caire il veit 18. ou zo. Pyramides faites de bricques. Entre-autres il en vit vne de merueilleufe grandeur, de figure quarrée , ayant en chaque face trojs ccns pas> Celle-là eftoit la plus grande, appellée la Pyramide de Pharaon, où font plufieurs corps mumiez. En outre , qu’il entra dedans vne defdites Pyramides où il veit plus de deux cens corps encorcs tous entiers, qui auoient les ongles rouges : parce que c’eftoit la couftume de ce pa- ys-là que pour auoir de belles mains, il falloir auoir les ongles rouges. Les gens du pays ne veu- lent fo offrir qu’on tranfporte aucun defdits corps, difans que les Chreftiens font indignes de man- ger leurs corps morts. Que fi on les tire hors du pays,c’eft par le moyen de quelques luifs, qui les defrobent & emballent auec leur marchandife, afin qu’on ne les puiffe cognoiftre. Le Seigneur de la Popeliniere , en fon 3. liure Des trois mondes, dit, que quand les Indiens de Canarie meu- rent , c’eft pitié des hurlemcns ôc plaintes que font les femmes, lefquelles racontent leurs loüan- ges d’auoir bien tué & mangé les hommes eftans leurs ennemis : Et qu’aptes leur auoir lié les bras ôc pieds , elles les enueloppent de leur lid de cotton , & les enterrent en vne folle ronde ôc pro- fonde, & prefque tout debout,auec quelques colliers ôc plumafferie qu’ils auront plus aimé : com- me les Indiens du Pérou font de leurs Roys ôc Caciques,auec quantité d’or Ôc pierres precicufes : B Ôc les Celtes anciennement, qui eftoient enterrez auec le plus beau de leurs meubles : & la fem- me qu’ils auoient la plus aymée. Loup de P>1- rae*ù- ‘ Grande bar- barie. Chapitre XL E cefte raefme cnriofité nos François cfmeus & incitez font la plus grande part em- baumer les corps des Roys & grâds Seigneurs, & drellent des figures enlcuces en bof- 1 vsti I es * ou en l^ates Pclntures » approchans de la grandeur ôc figure au plus près qu’ils r Feuucnt du trcfpaîle. On en trouuc tefmoignage en l’Eglife de S. Denys en France ç: & en beaucoup d’autres, lieux, là où l’on voit plufieurs effigies des Roys & Roynes, ôc autres grands Seigneurs : ce que Chrcftiennement ils ont euidemment tiré tant du nouueau Te- ftament que du vieil, ôc façon de faire ancienne des luifs. Car il eft did au nouueau Teftamcnr, que lofeph achepta vn linceul, ôc que Nicodeme apporta vne mixtion de myrrhe ôc d’aloés, iuf- qu’au poids d’enuiron cent liures , de laquelle auec autres odeurs aromatiques ils embaumèrent ôc enfeuelirent le corps de lefus-Chrift , commme la couftume des luifs eftoit d’enfeuelir leurs corps embaumez , en ligne de cefte incorruption qu’ils efperoicnt en la refurredion des morts , com- me nous auons dit. Ce que mefines depuis eux voulurent faire les Maries : ce qu’ils auoient appris de leurs peres anciens. Car lofeph, au vieil Teftament, commanda à Tes Médecins d’embaumer Ion q pere. Or qui eft caufe qu’à prefent nos Roys , Princes, ôc grands Seigneurs , encore qu’ils foienc vuidez ôc lauez d’eau de vie ôc de vinaigre, &c falpoudrez de chofes grandement aromatiques , n’y efpargnans aucunes chofes pour les embaumer, neantraoins auec tout cela, en cinq ou fix iours, ou moins, fentent fi mal, qu’on ne peut endurer eftre aux lieux où ils font, ôc eft-on contraint les enfermer en leur cercueil de plomb ? Car nonobftant tel appareil, parce qu’ils ne font plongez en faumeurcs auec lefdites éhofes aromatiques, comme anciennement on faifoit, Ôc auffi pour la grande multitude de gens qui y entrent pour les voir, ôc le grand nombre de torches ôc lumières y eftans iour ôc nuid , l’air s’efehauffe fi fort, que le corps n’ayant efté imbu allez long-temps de chofes qui gardent la pourriture, il aduient qu’en peu de iours s’elleue vne vapeur puante ôc cada- uereufe, qui olfenfe grandement ceux qui la Tentent. Icy ie veux aduertir le Ledeur, fur ce qu’on m’a voulu donner quelquesfois blafme de n’auoir fçeu bien embaumer les Roys, attendu la pour- riture qui toft après s’elleuoit de leurs corps. Car ma refponfe eftoit facile à faire, c’eft qu’ils n’a- uoient efté trempez ôc falez foîxante ôc dix iours, comme les anciens faifoient, dedans le vinaigre ôc chofes aromatiques, ôc que la faute ne procedoit que de là, comme il fe peut prouuer, que le vi- naigre garde de pourriture, d’autant qu’il eft froid & fcc, qui font deux chofes répugnantes à pu- trefadion , ce que l’experience monftrc : attendu qu’en iceluy on garde les herbes, fleurs, fruids, voire fi fort humides , comme concombre, pourpié , ôc autres chofes, fans qu’elles le pourriflent. le puis dire auoir vn corps en ma maifon, lequel me fut donné par le Lieutenant Criminel, nom- mé, Seguier, Seigneur de laVerriere, après auoir efté exécuté par luftice, il y a vingt-fept ans paf- fez, que. i’anatomifay, ôc leuay prefque tous les mufcles du corps de la partie dextre ( à fin que lors que ie veux faire quelques incifions à quelque malade, voyant les parties de reccnte mémoire , ie fois plus alleuré en mes œuures ) la partie feneftre lailtee en fon entier : pour lequel mieux conler- uer ie le picquay d’vn poinçon en plufieurs endroits, à fin que la liqueur penetraft au profond des mufcles, ÔC autres parties , ôc voit - on encore à prefent les poulinons entiers, cœur , diaphragme, mediaftin , eftomach , râtelle, reins ; femblablement le poil de la barbe, ôc d’autres parties, voi- re les ongles, lefquelsi’ay apperceu euidemment rccroiftre, après les auoir par diuerfes fois cou- pez. S. le an zo. Cenefe ji. Pourquoy les Roys embau- mez à U mo- de qui court, ne fe peuusnt garder. Dette refpon- fe de l'Au- theur. Pourquoy tAutheur garde vn mort anato» Combuftions & Gangrenés. Chapitre XI L HA r ce recueil on peut voir, que les anciens eftoient fort curieux d’embaumer leurs corps , mais non pas à l’intention qu’ils feruillènt à manger ôc à boire aux viuans, comme on les a fait feruir iufqu’à prefent. Car iamais ne penferent à telle vanité ôc abomination, mais bien, ou pour l’opinion qu’ils auoient de la refurredion vniuei'- felle, ou pour vne mémoire de leurs parens ôc amis dccedez. Cela eft confirmé par André Theuet, en fa Coimographie, où il dit, auoir efté en Egypte en des cauernes longues d’vn traid d’arc, & de largeur allez grande, dans lefquels il y a des tombeaux, où anciennement eftoiêm pofez les corps morts embaumez, où il faut porter du feu à raifon de l’obfcurité, &c des belles ve- neneufes qui y habitent.il y a (dit-il) des corps pâlie deux mil ans enclos en des tombeaux de pier- re, fermez & cimentez. le laillèà penfèr quelle bonne viande on feroit d’en boire ou manger à prefent. On dit que la Mumie, dont on a vfé iufques auiourd’huy , eft venue de là : à raifon d’vn maftin Médecin luif, qui par vne brutalité auoit eferit que celle chair ainfi confite & embaumée feruoit grandement à la curation de plufieurs maladies, ôc principalement aux cheutes & coups orbes,& meurtriflures, pour garder que le fang ne fe caillebotaft ôc congelait dedans le corps : qui £ a efté caufe que l’on les tiroir furtiuement, ou par argent, hors des tombeaux. Ce qui femble chofe fabuleufe, parce que les nobles, riches, ôc anciennes maifons n’eullént iamais enduré pour rien du monde,que les fepulchres de leurs parens &amis, defqucls iis eftoient tant curieux,fullènt ouucrrs, &c les corps emportez hors de leur pais, pour eftre mangez des Chreftiens, ôc difent qu’ris ne font dignes de manger de leurs corps. Et s’il eft aduenu que l’on en ait rranfporté, c’a efté de la popula- ce, qui ont efté embaumez de la feule poix afphalte ,ou pillafphalte, dequoy on poillè les natures. Autres difent, que Mumie n’eft autre chofe qu’vne fimple chair humaine prife des corps morts trouviez dans les fables ôc arenes qui font és delerts d’Arabie, où l’on dit que lefdicles arenes s’efle- uent fi haut par la violence des vents ,que fouuent elles couurent ôc eftouffent les pafiàns : d’où vient que les corps morts refleichfez, tant par la chaleur ôc aridité des arenes, que par lefouffle- ment des vents, fe donnent ôc feruent en vfage medecinale pour Mumie. Matheolé fuiuant la plus commune opinion, dit, que Mumie n’eft autre chofe qu’vne liqueur relîèkhée , fortant des corps humains aromatifez ôc embaumez. Serapion ôc Auicenne n’ont cogneu autre Mumie quepifiafphalte,qui eft vne forte d’efcüme qui prouient de lamer. Ladite efeume, pendant quelle nage ôc flotte fur l’eau eft molle,&: comme liui- de : mais peu après cftant portée par l’impetuofité des vagues aux riuages,&: arreftéc entre les ro- chers ôc cailloux, fe ddfeiche ôc affermit plus dure que la poix refFcichée, comme il eft difeouru par Diofcoride,liu.i. chap.84. C Autres tiennent que la Mumie fe fait ôc façonne en noftrc France : Ôc que Fou deffobe de nuiél les corps aux gibetsjpuis on les cure oftant le cerneau ôc les les fait-on feicher au four, puis on les trempe en poix noire,apres on les vend pourvraye& bonne Mumie,& dit-on les auoir acheptez des Marchands Portugais, ÔC auoir efté apportez d’Egypte. Mais qui voudra rechercher, comme i’ay fait,chez les Apothicaires,on trouuera des membres ôc portiôs des corps morts,voire de tous entiers,eftre embaumez depoixnoire,lcfquels fentent vne odeur cadauereufe. Neantmoins ie croy qu’ils font auflî bons que ceux qu’on apporte d’Egypte: parce quetout n’en vaut rien. fourquoÿ îii anciens fi fai fient em* baumet. Ai. Theuet,• Vn Médecin luif a efté caufeque l'oit a mangé les corps des Egyptiens, Autre fret* niete de AIn~ mie* Autre» Autre* Les corps mumiez, en France font auffi bons que ceux d'Egypte‘.eut tout n'en vaut rien. Chapitre XIII. 1E p v i s nagueres deuilant auec Guide de la Fontaine, Médecin célébré du Roy de ‘ Nauarre,fçachant qu’il auoit voyagé en Egypte & en la Barbarie , ie le priay me faire participât de ce qu’il auoit appris de la Licorne, ôc de la Mumie. Il me dit que c’eftoiéc toutes bayes ce qu’on bruyoit par deçà de la Licorne , & que iamais n’en auoit rien feeu defcouurir. Et quant à la Mumie , qu’eftant l’an 1564. en le ville d’Alexandrie d’Egypte, il ouït dire qu’il y auoit vn luif qui en faifoit grand trafic : en la maifon duquel allant, le fupplia de luy vouloir monftrer les corps mumiez : Ce qu’il fit volontiers , & luy ouurit vn magafin , où il y auoit plufieurs corps entaifez les vns fur les autres. Iceluy priant derechef le luif de luy vouloir dire où il auoit recouuré ces corps,& s’ils fe trouuoient comme en auoient eferit les anciens,és fe- pulchres du pais : ledit luif en fe mocquant de ceftc impofture,fe print à rire,l’aftcurant ÔC affermât qu’il n’y auoit point quatre ans que tous lefdits corps qu’il voyoit là en nombre de trente ou qua- rante , il les preparoit luy-mefme, que c’eftoient corps d’efclaues , ou autres perfonnes. Ledit de la Fontaine luy demandant encore, de quelle n.ation,& s’ils n’eftoient point morts de mauuaife mala- die,comme de lepre,verole,ou pefte : il luy refpondit,qu’il ne fe foucioit point d’où ils fulfent, ny de quelle mort ils eftoient morts,ou s’ils eftoiét vieils ou ieunes,malles ou femelles, pourueu qu’il en euft, & qu’on ne les pouuoit cognoiftre quand ils eftoient embaumez. Encore luy dit-il qu’il s’efmerueilloit grandement comme les Chreftiens eftoient tant friands de manger les corps des morts. Ledit de la Fontaine l’importunant de luy déclarer la façon qu’il tenoit à les embaumer,dit qu’il vuidoit le cerucau& les entrailles, ôc faifoit de grandes incitions au profond des mufcles, ôc après les rempliffoitde poix indée,appellée afphaltitc,& prenoit des vieux linges trempez en ladite liqueur , & les pofoit dans lefditcs incifions , après bandoit chacune partie feparément : & eftans ainfi bandez,enucloppoit tout le corps d’vn drap trempé femblablement en ladite liqueurdefquels ainfi accouftrez,les mettoiten certains lieux, où il les lailfoit pour confire deux ou trois mois. Fi- nalement ledit de la Fontaine difant que les Chreftiens eftoient doneques bien trompez, de croire Le luif fa mocqué des Chrefiie'. qui font fi friant de manger de lu chair des corps morts. Refponfe du luif digne d’eflre bien notée. Douziefme Liure, des Contufions, 348 que les corps mumiez fuftent tirez des fiepulchres anciens des luifs : le luif luy fit refiponfe , qu’il A eftoit impoffible que l'Egypte euft peu fournir de tant de milliers de corps , qui ont efté enleuez ' depuis que celle cérémonie a efté. Car de dire auiourd'huy qu’elle s'obferue , cela eft faux : d au- tant que celte région eft feulement habitée des Turcs , des luifs, 8c des Chreftiens , qui ne font couftumiers d'vfer de telle cérémonie d’embaumement, comme du temps que les Roys d’Egypte y commandoient. Chapitre XI Yî R par ce difcours du luif, on voit comme on nous fait aualler indifcrettement 8c brutalement la charongnc puante 8c infecte des pendus, ou de la plus vile canaille de la populace d'Egypte, ou de’verolez , ou peftiferez , ou ladres , comme s'il n’y auoic moyen de fauuer vn homme tombé de haut, contus , 8c meurtry , finon en luy inle- rant,& comme entant vn autre homme dedans le corps, 8c s’il n'y auoit autre moyen de recouurerlànté , finon que par vue plus que brutale inhumanité. Et fi en ce remede y auoit quel - que efficace, véritablement il y auroit quelque prétexté d’excufe.Mais le fait eft tel de celle me fi- chante drogue, que non feulement elle ne profite de rien aux malades , comme i’ay plufieurs fois veupar expérience à ceux aufquels on en auoit fait prendre, ains leur caufe grande douleur à l’e- ftomach,auec puanteur de bouche,grand vomiiremcnr,qui eft pluftoft caufe d'efimouuoir le fang, 8c B le faire dauantage fortir hors de fies vaifteaux , que de l'arrefter ; les peficheurs vfient d'appafts pnans pour allicher les poilfons ; à celle caufe ils vfient de Mumie , parce qu'elle eft fort puante. Theuet dit L’auoir expérimenté en loy-mefme, en ayant quelquesfois pris en Egypte , à la fiuficitation d’vn nommé Idere , luif. A celle caufe ie protefte de iamais n'en ordonner ny permettre à aucun en prendre s'il m’eft poffible.Quoy ? dira quelqu’vn,quefera-on donc pour garder que le fang fie coa- gule dedans le corps de ceux qui fieront tombez de haut en bas , ou auront receu coups orbes,com- me de pierre , ou de bafton , ou de quelque autre choie lourde 8c pelante ; ou fie feront violente— ment heurté contre quelque chofic dure, ou par vne grande extenfion , comme ceux lefiquels on tire fur la gehenne , ou pour extrêmement crier, dont quelque vaifteau du poulmon fie peut rom- pre , ou pour vn coup d’harquebufie, ou d'efipée, ou autre inftrument ficmblable , & pour le dire en vn mot, toutes chofes qui peuuent incifier , contundrc, & meurtrir, cafter, eficacher, 8c rom- pre , non feulement les parties molles , mais auffi les os, 8c faire fiortir le fang hors des veines 8c arteres , qui à caufe de ce font preffées , exprimées, rompues , 8c dilacerées , dont le fang tombe dedans les parties intérieures du corps , 8c fiouuent eft ietté non feulement par les playes , mais par la verge , fiege, 8c par la bouche ? Ce que i’ay veu plufieurs fois : mcfmes les parties extérieures en font pareillement contufes 8c blefteesauec playes , 8c fiouuent fans playes, de forte que le cuir demeure tout entier ,raais le fang eft refipandu par la chair des mufcles, 8c entre cuir 8c chair feu- q lementrdont la partie eft rendue liuide 8c noire,laquelle difpofition eft nommée des anciens Grecs, Ecchymojîs. En quoy l’on obficrue entre autres chofes,que fi quelqu’vn eft tombé de haut,ou frap- pé de coup orbe, 8c qu’il fiaigne par le nez, bouche 8c oreilles, cela véritablement demonftre qu’il y a quelque veine ou artere rompue 8c ouuerte dedans la tefte,& fiouuent aduienc que le malade meurt. Les lignes de mort font vomiftemens , défaillance de cœur , perdition de parole, déliré , ou refiuerie,fiueur froide,vrine retenuc,& les eieélions fiortent hors,ou font retenues inuolontairement. En tout cecy faut fiuiure la doélrine des anciens , comme Hipp. en la z. fedion des Eraflures, qui dit,qu’en toutes grandes contufions il faut baigner , ou purger , ou faire les deux enfiemble , à fin de retirer le fang,qu’il ne fluë aux parties intérieures , 8c pourl’éuacucr quand il y a plénitude. Pareillement Galienfiur la fentence 6z. de la 3. fiecl. du Hure des Articles, que fi quelqu’vn eft tom- bé de haut, encore qu’il n'euft aftez de fang , fi eft-ce qu'il luy en faut tirer. Pourquoy ie Chirur- gien ne faudra à tirer du fang félon la grandeur du mal, 8c plénitude, 8c force du malade. Ce qu’a- yant fait,on luy donnera à boire de l’oxycrat, par le commandement du mefirae Galienjiure y. de la Methode,chap.y. qui a faculté de réfrigérer 8c reftraindre ,& incifer les thrombus, 8c caillots de fang, 8c garde qu'il ne fecoagule dedans les parties tant intérieures, qu’exterieures : toutes fois il ne faut donner à boire à ceux qui ont vlceres aux poulmons,& qui ont l'eftomach plein de vian- des. Au lieu del’oxycrat , on fera prendre au malade de la rheubarbe , qui eft ainfi ordonnée par Ralis, «ScMefiué , comme s’enfuit. IJL. rheubarbari elefli .5. j. aquæ rubiæ maioris 8c plantaginis £) an. ïj.j. theriaeæ g.fi. fiyrupi de rolîs ficcis g.fi. fiat potus : lequel fera donné tout auffi toft que le malade fiera tombé, 8c fiera réitéré par trois matins, s'il eft neceftàire. Autres l'ordonnent en celle façon. radicum gentianæ g.iij. bulliantin oxycraro , in quo dilîblurio rheubarbari elcfli 5. j. fiatpotio. Dauantage l’eau de noix verres tirées par l'alambic eft auffi fort loiiée,donnée à boire la quantité d'vne ou deuxonces,qui a grandiffime vertu de dillbudre le fang caillé , tombé dedans le corps, ceque i'ay dit cy-deftus. Qu’à la mienne volonté,Ies Apothicaires fuftent autant curieux d'en dire fournisjcomme ils ont efté, 8c font encore d’auoir de la Mumie,& qu’ils la védiflènt au qua- druplexe fieroit le mieux pour les malades. Et i’efipere qu’apres auoir entendu par cét eferit la bon- ne drogue quec’eft que la Mumie, ils n’en voudront tenir en leurs boutiques ,ny lapins vendre qu’aux peficheurs pour prendre les poiftbns. Mais pour retourner à noftre propos,apres auoir baillé au malade les potions tufidites,il le faut enuelopper dedans l#peau d’vn mouton,ou d’vn veau frefi- chement efcorchéftur laquelle fiera afipergé 8c efipandu de la poudre de myrte : puis le pofier dedans vn lifl chaudement,où il fiera bien counert,& fiuera tout à fion aifie,fans toutesfois dormir de qua- tre ou cinq heures, afin que le lang ne fie retire au dedans du corps , 8c le lendemain on luy oftera la peau, 8c fiera oingt de ce Uniment, lequel a puiflànce de feder la douleur, 8c refondre le fang Nota. :"Expérience pat Theuet, OhteBion. Signes de mort. Uippocrate, Saignée, Catien. Rafs Mefué. L'eau de noix 'vertes fingu- liere , donnée h boire pour garder que le fang ne fe caillehotte aux parties du dedans. Combattions &c Gangrenés. 349 A vnguenti de olei lumbricdrum,càmomillæ 8c anéthi an.j.ij. terebenthinæ Ye~ netæ farinæ fœnugræci , & rofarum rubrarum, myrtillorum puluerifatorum fiat lini- mentum. Et iî c’eft quelque homme qui ne puifle auoir telles commoditez, il le faut mettre dedans du fien: mais premièrement defius vnpeu de foin, ou paille blanche, puis l’enuelopper en vn drap* Sc le couurir dudit fien iufqu’a la gorge,& l’y faire tenir tant qu’il ait bien fué. Dauantage, faut que les malades tiennent bon régime de viure,& ne boire vin de fept iours,ains feulemét de l'hydromel* ou oxymel, ou hippocras d’eau. Et file mal eftgrand,de forte que le malade fuft tant meurtry,qu’il ne peuft remuer les membres,on luy donnera vne potion fudorifique,& le baignera-on en eau, ou on aura fait bouillir herbes neruales, 8c principalement les femences que l’on tronue fous lefoing* qui ont grande vertu de difloudre le fang meurtry,tant des parties intérieures, qu’exterieures.Tou- îesfois, s'il y auoit fiévre,ne le faudroit mettre au bain, & ferois d’adnis qu’on appellaft vn dode Médecin.Or après auoir difeouru foramairemêt des remedes pour garder que le fang ne fe cong#le, caillebotte, 8c pourrifie dedans les parties intérieures du corps, nous traiterons à prefent des con- tufions 8c meurtrifiures, qui fefont aux parties exterieüres,quelquesfois auec playe, autrésfois fans playe , en forte que le cuir demeure tout entier , mais le fang eft refpandu par les mufcles ôc entre cuir 8cchair feulement: laquelleindifpofition a efté nommée des anciens Ecchymofe. B L faut diuerfifier les remedes félon les parties blefiees. Aü commencement oh doit v^er remec^es ffoids & aftringens,afin que le fang ne tombe fur les parties offen- es * re^rrer 1£3 veines & artères, pour empelchcr la fluxion.* comme ceftuy-cy. Prenez onguent de bolo , blanc d'œuf, huile rofat, & de myrte, poudre de maftic, alum cuit. Autre, que i'ay en vfage ordinairement. OJi, albumina ouor. num. tria, olei myrtill.& rofarum an.îj. j. nucum cuprcffî, & gallarum pulucrifatarum, aluminis vfti incorporentur fimul, addendoaccti parum , fiat vnguentum. Apres auoir vfé fuffifamment de re- percullifs , on vfera de fomentation , emplaftres , Ôc cataplafmes refolutifs. Exemple. Prenez de la bouc de vache, lie de vin, Ton de fourment, térébenthine commune , beurre frais, Sc foit faitf cataplafme,y adiouftant de Peau de vie , & vn peu de vinaigre. Ce cataplafrae eft propre à refondre quelque grande raeurtrifieure fur les bras Sc iambes des paumes gens. Aux riches on vfera de ces emplaftres , qui ont efté de long-temps ordonnez pour les Roys, Princes Sc grands Seigneurs allans à la chafiè. Lors qu'il tomboient de cheual, ou fe hetirtoient, les Chirurgiens appliquoient cét cmplaftre au boli armeni, terræ figillatæ an. §. j. fi. rolarum rubrarum, myrtillorum an. 3. vj. nucis cupreffi J.ij. omnium fandalorum an.j.p nucis mofeatæ 3.fi. maftichis,ftyracis,calamitæ , an.3.j.fi.ccræ nouæ vj. picis naualis §.ij. tere- benthinæ Vcnetæ , quantum fuftîcit ; fiat emplaftrum. Et quand il eftoit befoin de refoudre da- 12 uantage,on vfoit de ceftuy-cy. ftyracis calamitæ, labdani,benjoin.an.3.iij,maftichis,ireos Flo~ rentiæ,baccarum lauri,cinaraomi,caryophyli,calami aromâtici,an.3.j.ligni aloës,florum camomil- læ,!auandulæ,nucis mofcatæ,an.3.fi.mofchi 3.j.ceræ vj. refinæ ij. terebenthinæ venetæ iij. olei rofarum quantum fuftîcit : fiat emplaftrum. S'il aduient qu’on foit blefte au vifage , Sc que l'on ait les yeux ( comme l'on dit) pochez au beurre noir , faur fubit prendre vn moufehoir trempe' en eau froide , & vinaigre, Sc en badiner la partie. Cependant on aura blancs-d'œufs bat- tus en eau rofe, pour les appliquer dedans Sc autour des yeux, Sc parties proçhcs. Et fubit que tel rcmede fera lec, on y en remettra d’autre : Et après du fang de pigeon ou autre volaille, qui ont faculté' de feder la douleur, Sc refoudre le fang meurtry des yeux. Audi on fera vne fomentation de fange, thym, romarin, marjolaine bouillies en eau Sc vin. Da- üantage on peut prendre de l’aluyne hache'e, Sc pofée fur vne pelle chaude , Sc l'appliquer defllis entre deux linges. La farine de feues cuite en oxymel y eft auiïi bien propre. Quant aux emplaftres de diachylon ireatum , de meliloto oxycrocoum, elles font pareillement refolutiues : mais lur tous autres remedes ( pourueu qu’il n'y ait ny douleur ny chaleur ) la racine de figillum beatæ Matiæ appliquée par roiielles, ou ratifiée , difeute Sc refont le fang meurtry comme chofe miraculeufe. Que fi l’on s'eftoic heurté contre quelque chofe dure, ou receu quelque coup,ou prefie, ou efcaché les ongles qui font en danger de tomber , ou marqué de noirceur,à raifon du fang qui eft flué défions : Cela aduenant,tout fubit on prendra vn linge trempé en vinaigre froid, &eftrein- w dra le doigt blefie de l'autre main, le plus fort que Ion le pourra endurer , afin de reprimer la Au- xion:& pour feder la douleur, on mettra defiîis vn cataplafme fait de fueilles d’ozeille , cuites fous les cendres chaudes , puis pilées auec onguent rofat, ou beurre frais. Et pour refoudre le fang ja defluc ,on y appliquera cataplafmes faits de crotes de chèvres,incorporés auec pondre de fonphre, Sc vn peu d’eau de vie. La cure fera paracheuée félon que l'on verra eftre de befoin. Dauantage fi par vne grande contufion Sc meurtrifièure furuient quelquefois gangrène, Sc mortification,qui fe cognoift quand la partie deuient fort liuide Sc noire, iufques à fembler que fa chaleur eft prefque fuffbquée Sc efteinte pour la grande concrétion de fang deflué en la partie , qui empefche que les efprirs ne peuuent paruenir pour en fon eftre : Alors il faut vfer de fearifications fuper- ficicîles ,ou profondes , Sc appliquer des venroufes, pour faire attraction Sc vacuation du fang efpaiidu hors des veines : Sc s’il y auoir totale mortification , coliuicndroit faire amputation de ce qui feroit mort. Si quclqu'vna fauté Sc tombé fur le talon de haut à plomb,fur quelque chofe du- par la contufion le fang fort hors de fes veines,dont il furuient grande douleur, puis tumeur, Sc après il fe noircit Sc fe figé,puis fe pourrir. La douleur vient pour la contufion qui s eft faiCte à l’aponeurofe du gros tendon compofé de trois mufcles du pommeau de la iambe,qui s’implante fous Chapitre XV. Vaut dluerji- fier les remè- des félon les parties hlej- fée Si Ces remeiht font efcrits PV*4H« Scarifications fupefficitües. Douziefme liure des Contufions, 350 le talon , Sc fus toute la folle du pied , ôc des nerfs qui font en ces parties-là : à quelques-vns leur A. furuient fièvre , fpafme , ôc autres cruels accidens : ce que ie certifie auoir veu aduenir. Partant il y faut obuier tant que poffible fera, en faifant la faignée au bras du cofté malade : puis faire va- cuation du fang meurtry, à fçauoir en coupant la peau delfous le talon , pour luy donner tranfpi- ration, de peur qu’il ne fe pourrifle,&: qu’il ne face apofteme ou gangrené. Et fi la peau eftoit dure, comme elle eft ordinairement, il eft befoin auparauant que la couper, faire des fomentations d’eau chaude , ôc huile allez longuement : puis y appliquer deflùs du cerat, ôc autres remedes : lamuf- cofité des limaçons auec poudre d’encens, aloé's ,ôc myrrhe, feichent à merueille le fang meurtry; faifant le bandage comme Ion a accouftumé aux fraCtures, commençant fur le talon, afin de chalfer le fang loin de la contufion, ôc fituant le pied plus haut que le relie du corps , & les guarilfent en foixante ioiirs,s’ils fe tiennent en repos fans nullement marcher.Hippocrate dit que fi l’qs du talon vient carieux, la maladie dure vn fiecle , c’eft à dire de la vie de l’homme , ôc que le malade ne doit boire de vin, ains en lieu d’iceluy, de l’hydromel, ôc non oxymel : car lors que les nerfs font offen- fez,le vinaigre leur eft du tout contraire.Pareillement pour quelque coup orbe,ou s’entorfcr,pour quelque mcfmarcheure, ou entorfure que les os peuuent fortir de leurs places,& fe rompre,fendre, Ôc efclatter, ôc enfoncent quelquesfois iufques à la moüelle : ôc félon les différences, faut diuerfi- fier la cure. Et fomraairement pour ce faire, faut tenir , pouffer , efleuer , fitner, bander Ôc lier la partie , ôc la tenir en repos : toutes lefquelles chofes trouueras amplement eferites en l’onziefine, quatorzicfme, Ôc quinziefme liures de mes œuures. g Le douziefme iour de Mars 1582.. vn gentil-homme de la fuirte de Monfieur le Marefchal de Biron , nommé Berhaut de l’Eftelle, Seigneur dudit lieu, ioüant à l’efcrime au logis dudit Marcf- chal , eut vne playe contufe dans l’œil feneftre trauerfant de l’autre part près la quarriefme verté- bré du col, icellc faite d’vne efpée rabbatué , au bout de laquelle y auoit vn bouton rond ôc plat, de groffeur d’vn bon poulee , qui fut donné par vn Gentil-homme du pais de Quercy , nommé le Baron du Bouluet. Toutesfois ledit coup,n’auoit paffé tout outre de l’autre parr,nc rompu entière- ment le cuir , mais y eftoit demeuré vne petite tumeur liuidc ôc noire de la groflèur d’vne aueline. D’abondant toute la tefte ôc le col luy enflerent,nc la pouuant tourner pour le fang qui eftoit ref- pandu entre les rnufcles du col. Auffi ledit Seigneur jetta le fang par le nez , ôc par la bouche , ôc fut fort eftonné dudit coup. Et ne veux oublier que ledit Seigneur Baron,homme fort ôc puifîànt, ayant blcffé ledit Bernaut,auffi toft qu’il eut donné le coup voulant retirer l’elpéc, ne le peut qu’à grande difficulté , ôc s’efforça par deux diuerfes fois auparauant que de la r’auoir, à caufe que les os de l’orbite de l’œil auoient cfté rompus ôc enfoncez au dedans par la grande violence du coup. Mondit Seigneur le Marefchal m’enuoya prier d’aller en fa maifon pour penfer ledit bielle : où eftant arriué , le me recommanda d’autant bonne affeélion, que fi c'euft efté vn de fes propres en- fans. Adonc ie luy feis promefte , que ic folliciterois comme fi c’cftoit fa perfonne. L’ayant veu, ie fus dedans auec Paradis, Chirurgien de mondit Seigneur leMarefchal, ôc Solin Crinel, Chirur- gien des bandes Françoifes ( hommes bien entendus en la Chirurgie , pour leurs grandes ôc longues C expériences, qui le folliciterent auec moy iufques à ce qu’il fuft du tout guary ) qu’il fut fugué de la veine Cephalique,du cofté de la blefleure. Et en l’œil fut appliqué du fang de Pigeon ( qui eft 1 vn vray baume des yeux ) ôc aux parties voifinesblanÇs-d’œufs battus en eau rofe ôc plantain, ôc fur toute la tefte luy fut faite vne embrocation d’oxythodinum : puis luy fut appliqué vn empla- ftre diachalciteos ( après luy auoit ofté le poil ) dilfopt en huile rofat ôc vinaigre, pour euiter l’in- flammation des parties intérieures du cerneau. II luy fut femblablement fait ouucrtnre, à l’endroit où le bout de l’efpée n’auoir paffé outre, de laquelle en fortit bonne quantité de fimg noir ôc cail- lebotté ôc fut tenue ouuerte tant que nous vcifmes la tefte ôc le col tour defènflez : ôc les accidens paflèz *, nous luy fi fines plufieurs autres chofes, que ie lai lie à caufe de brieueté. le ne veux palier fous filence, que Meffieurs Pigray , Cointret, le Fort, Dioniau , Viard , ôc Nicolas Marc, ôc plu- fieurs autres, tant Médecins que Chirurgiens, viendrent voir penféc celle blefleure, fans perdre la veuc , qui eft véritablement chofe admirable. Il fut guary, grâces à Dieu,en vingt-quatre iours, ôc ce fans que nulle portion d’os en fuft fortie, qui eft encore plus cfmerueillable.Que fi quelqu’vn demande comment cela s’eft peu faire : le luy refpondray que peut-eftre les os de l’orbite qui a- uoient efté pouflez au dedans ,peurcnt auffi cftre réduits en leur lieu , retirant l’efpée au dehors. Remede peur le talon con- tas. Hippoc. au liure des Articles. Hjloire, Chofe admi- rable & fort rare. Chapitre XVI. Hijiolrt. E feptiefme iour de luin , mil cinq cens quatre vingts & deux, le fils de Mathurin le M Beau, Marchant Bonnetier, demeurant rue. S. Denys, à l’enfeigne de la Couronne m d’argent, aagé de vingt-fix mois , eftant au milieu de la rue , vne coche chargée de 41 c^ncl Gentils-hommes ;la rolie de deuant paflaau trauersdu corps dudit enfant. Le peUple criant au cocher qu’il arreftaft fes chenaux , les fit reculer en arriéré, & la roue repalîa encore vne fois par dcflùs le corps de l’enfant. Il fut porté en la maifon de fon pere, ôc penfoit-on qu’il fùft mort, ôc tout éuentré. Subit ie fus enuoyé quérir pour penfer ledit en- fant : lequel ie reuifitay bien exactement , & ne trouuay aucune fraélure,fty luxation en aucun en- droit de fon corps. Tout à l’heure i’enuoye quérir à la porte de Paris vn mouton que ie feis efcor- cher ; & après auoir frotté le corps dudit enfant d’huile rofar ôc de myrtille , ie l'enueloppay nud en la peau dudit mouton tout chaudement : puis luy feis boire de l'oxycraten lieu.de Mumie, pour garder que le fang ne fe cail!ebotaft,& figeait dedans le corps. Dauantage ie dy à la mere qu’elle le gardait de dormir le plus qu’elle pourrait, pour le moins quatre ou cinq heures , afin que le fang ne couruft pas tant aux parties intérieures du corps ( ce quelle fit. ) En outre ie luy appliquay des Bon aduer- tljfment. Combuftions & Gangrenés. 351 A fomentations d'herbes rcfolutiucs Sc cmplaftres, propres aux contufions , peur refoudre le fang meurtry. Trois ou quatre iours après, apperceuantque ledit enfant ne fe pouuoit tenihdebout, & moins cheminer,iefeis appeller Monfieur Pierre,Do£teur Regenr en la faculté de Medecine,hom- me d excellent fçauoir , qui luy ordonna quelque petite médecine , parce qu'il auoitle ventre fort conftipé : Sc craignant que la rétention des cxcremens ne procédai!; pour la lefion de l’elpine Sc les nerfs qui lafchenc Sc aftraignent les excremens : comme ainlifoic que les malades qui ont frachi- re ou luxation aux vertèbres, fouuent laillcnt aller leurs excremens inuolontaircment , autresfois font retenus fans les pouuoir jetter dehors , ce que i'ay veu plufieurs fois : joint auflîque par vne grande conrufion les coftes fe pointent feparer des vertebres, où elles font jointe. Pareillement le défaut de fe fouftenir de marcher, me faifant craindre que ie n'eufle trouué le vice par la veuc Ôc au toucher, (cachant que deux yeux voyait plusqu'vn, ie feis femblablement appeller lean Coin- tret, Sc lacques Guillemeau , Chirurgiens du Roy , autant bien entendus en la Chirurgie qu'il y en ait à Paris : où eftans arriuez vilîterent ledit enfant, fur lequel ne trouuercnt aucune fraCturc ne luxation. Ainfi pourfuiuant la cure iniques a la fin , il eft du tout guary, grâces à Dieu ,& chemi- ne comme il faifoit auparauant qu’il fuit bielle. Et fi l'on demande comment la rôtie de la coche chargée de cinq hommes puifle auoir pâlie au rrauers du corpsde l'enfant, fans auoir rompu les coftes Sc vertebres : le refpôndray , que les coftes , Sc principalement les faufles font cartilagineu- fes, Sc mollalfes , nommément aux ieunes enfans, &: partant fe peuuent grandement ployer, fans ® eftre rompues. Cefte prefente hiftoire pourra encore feruir au ieune Chirurgien , pour faire le femblabie, ou mieux s'il peut, à l’endroit de telles blclfeures. Voyla comme les anciens Médecins commandent de traider ceux qui font tombez de haut,ou ont efté frappez , contas & meurtris, pour obuier que le fang ne fe coagule ,ou caiilebote , ou fe pourri Ile, tant aux parties intérieures, qu'cxrerieures , lefquels n'ont jamais parlé, ny ordonné à manger ny a boire de la Mumie, Sc chair des corps mores. Partant nous la renuoyerons en Egypte, comme nous ferons de la Licorne aux deferts inaccelîibles. Des combinions, bmjleures, & différences d'icelles. Chap. XVII, eu P^L1S c^ klon les matières où il eft imprimé , comme celny qui cft au M 'Mj tffîsk bois de chefne, eft plus chaud que celuy qui cft au Taule , ou en la paille : celuy qui Ja eft au fer , eft plus chaud que celuy qui eft en l'or : celuy qui eft en l’huile , plus ff que celuy qui git en l’eau, &c ainfi des autres matières. Mais le plus chaud & plus fubtil 5c mortel, eft celuy du Ciel, qui vient par les foudres Sc tonnerres, 5c eft le feu des feux. Les brufteures faites par poudre à canon , ou métaux , huile , eau , Sc généralement toutes autres matières qui bruflent,ne différent qu’en la feule quantité de la combuftion.Lefquel- les tout fubit impriment à la partie vne douleur Sc chaleur eftrange, qui retient la qualité du feu ( que les Grecs appellent Empyreuma ) plus ou moins félon la nature & qualité de lachofe qui bruf- le , 5c le temps qu’elle aura demeuré fur la partie. Si la brufleure eft luperficielle ,il s’efleue des pullules ou vefties fl on n’y preuoit : Sc ft la brufleure eft profonde, il s’y fait: efearre ou croufte, qui cft la chair bruflée. L’adion du feu faifant combuftion, lailïe à la partie intemperarure chaude qui condenfe, reftrecir, 5c efpeflît le cuir , le rendant dur & reflèrré > caufant grande douleur, comme auons dit : qui eft caufcd’attirer les humeurs des parties prochaines & lointaines, qui fe conuertiflènt en aquofitez fereufes, qui cherchansiftuë, qui leur cft deniée à raifon du cuir efpefli par le feu, efleuent ainfl que nous voyons la peau excitant veilles. Et de ces différences font prifes indications, dont on tire les remedes, entre lefqnels les vns oftentl’empyreume, qui cft la chaleur eftrange imprimée en la partie bruflée , Sc appaifent la douleur qu’elle excitoit. Les autres empef- chent qu’il ne s’efleue vcfïies. Autres preuoyent à la cure des vlceres, en faifant premièrement tom- ber l’efeatre, mondifient, incarnent, Sc cicatrifent. Les remedes qui oftent l’ardeur , douleur, Sc inflammation , font de deux fortes. Les vns le font par leur vertu réfrigérante , par laquelle ils cfteignent Sc amortiffent la chaleur eftrange, Sc repouflent le fang, Sc les autres humeurs qui af- flueroient à la partie, à caufe de la douleur Sc inflammation. Les autres font de nature du tout contraires , à fçauoir chauds Sc attradifs, qui rclafchent le cuir, Sc ouurent les pores, refoluenc Sc conformaient l’humidité fereufe , qui caufe les vefîies : 5c par ce moyen appaifent la douleur Sc inflammation. Exemple des refrigeratifs, l’eau froide , eau de plantain, de morelle, de iufquiame, de ciguë , Sc jus d’herbes réfrigérantes, comme de pourpié , laicluës, plantain , ioubarde, pauot, mandragore, Sc autres femblables. On en pourra femblablement faire de compofez : Exemple, biancs-d’œufs batus, aufïi eaux ou fucs, la fange de chemin dilayée en fort vinaigre, l’alum de ro- che fondu en eau , en laquelle feront battus blancs-d’œufs, l’encre qu’on eferit mefléeen oxycrac anec vn peu de camphre, vnguentum nutritum, populeum , recenteraent faits , ou antres fembla- bles , lefquels ferontrenouuellez fouuent au commencement tant que l'Empyreumc Sc la douleur foient appaifées. Dauantage ne faut oublier d’appliquer lefdits remedes vn peu chauds , parce que s’ils eftoient froids actuellement, inciteroient douleur, Sc par confcqucnt fluxion : joint auflî que leur vertu ne pourroit pénétrer fi facilement, Sc eftre réduits de puiltance eneffed, Sc eftans ainfl appliquez fedent la douleur, prohibent l'inflammation, Sc les veflies. Différence de bru fleure. "Ejfe&s de brufture. L'aiïîcn du feu. Comment fe font les vef- fies par feu. Médicament réfrigérât ifs. Annotation four le hune Chirurgien, Douziefme Hure des Contufions, Des medkamcns chauds & attractifs, qui oflent la douleur & inflammation, Chapitre XVIIL Médicament attractifs. ■ E feu tient le premier lieu aux petites brufleures. Quand on approche le lieu bruflé contre vne chandelle ou charbon ardant, 6c le tient-on allez longuement, on void par expérience , que celle chaleur attire à foy ce que le feu auoit délailîe de la qua- lité, dont procedoit la douleur : & eft par ce moyen le vray alexitere 6c contrepoi- fon du mal qu’il auoit fait. Autre remede,c’eft d’appliquer fubit des oignons cruds, pilez aucc vn peu de Tel. Et cil à noter, qu’il ne les faut appliquer s’il y auoit vlcere, parce qu’ils cauferoient douleur,& feroient augmétation d’inflammation:ce qui ne fe fait où le cuir eft demeu- ré entier, fans dire efcorché, mais prohibent qu’il ne fe procrée bubes ou vdîies : & à celte occa- sion Hippocrates s’en fert pour faire tomber les efearres. Et quant aux parties circonuoifines, eft: vtile y appliquer remedes refrigerans. le fçay queplufieurs n’ayans encores expérimenté ce remè- de des oignons, confideré leur qualité chaude, contemneront l’application d’iceux, voulant dis- puter les maladies dire curées par leurs contraires, & que combuftion dl faite par chaleur : par- quoy pour fa cure demande remedes froids. Toutesfois s’ils veulent oüir la raifon ils compren- dront, L’apparente probation de l’vtilité des oignons au premier appareil des combuftions. Les oignons, comme dit Galien , font chauds au quatriefme degré : dont tant s’en faut qu’ils contrarient aux combuftions, que pluftoft doiucnt dire caufe de l’augmenter : parquoy n’y peu- uent commodément dire appliquez. Or nonobftant que telle raifon ait quelque apparence de pro- babilité , toutefois l’experience , raifon authorité nous en demonftrent le contraire, ce que i’ay veu plufieurs fois par expérience. Et par raifon fe peut premier , que les oignons font chauds potentiellement, & actuellement humides : ainfi par leur température chaude ratifient, & par leur humidité aduelle relaxent le cuir : par ce moyen attirent, confomment, tarilTènt, & feichent l’humeur ja flué : ce faifant prohibent les vdîies : qui eft aulîi la raifon pourquoy il dl bon prom- ptement qu’on dl bruflé , d’approcher la partie du feu. Par audorité, Galien me perfuade au cin- quiefme liure des fimples,comme les maladies ne font toufiours guaries par contraires qualitez, mais aucunesfois par femblables : combien que toute curation foit faite par contrariété', prenant contrariété largement. Ce que manifeftement appert aux phlegmons , qui font fouuentcsfois cu- rez par medicamens refolutifs , lefquels en euacuant la matière les curent. Parquoy i’ofe conclure l’application des oignons dire commode au commencement des brufieures , non toutesfois efeor- chées ou vlcerées. Autre. Prenez fiente de cheual toute recente, & foit fricaflee en huile de noix ou huile rofat, & foit appliquée fur le lieu bruflé. Il raur renouueller ces remedes trois ou quatre C fois le iour 6c la nuid, s’il y a grande douleur. lAutre remode. Prenez huile de noix, Cueilles de fureau, ou d’hiebles, cuites en ladite huile, 6c foient pilées, y adieuftant vn peu defel, Ôc appliqué comme deflùs. Autre. Prenez chaux efteintc,&; lauéepar fix fois puluerifée, 6c incorporée auec onguent roiat. Autre. Prenez Cueilles de jarus, autrement vit de chien, fueillcs de faulge, pilées auec vn peu de fd. Autre. Prenez colle des Mcnuifiers, fondue en eau chaude,en double vaifleau, 6c en appliquez aucc vne plume fur la partie bruflée. Et fi par ces remedes on ne peut tant faire qu’il ne s’y fafle quelques vdfiesjles faudra couper aufli toft qu’elles feront cfleuées : pource que l'humeur retenu fous icellçs acquiert vne acrimonie, qui corrode la chair , qui caufe vlceres canes. Ainfi par la multiplication de caufe, & accroiflement de matière s’augmente l’inflammation,non feulement neuf iours(félon le vulgaire ) mais quelquesfois plus long temps,& aucunesfois moins, félon la diuerfité des corps, 6c aufli tant que la douleur foit fedée ,& la fluxion arreftée. Si la brufleure eftoit fi grande,qu'elle euft fait efearre, on la fera tomber par remedes remolliens, 6c humedans, comme axunges, huiles, beurre,auec vn peu d’onguent bafilicum,ou cet onguent, &cydoniorum gummi tragacanthi %. ij. extrahantur cum aqua parietariæ , olei ij.fl. ceræ nouæ quantum fuft*. vnguentnm molle. Et fur les efcorcheuresou vlceres feront appliquez remedes propres à tel- les vlceres, lefquelles n’anront nulle acrimonie, comme vngnenti albi rafis camphorati, deficca- tiuumrubeum, onguent rofat, auquel n’y entre point de vinaigre, ou nurritum,fait comme ceftuy. lithargyri aurei , olei rofati iij. olei de papauere J.ij. aquæ folani vel fucci 6c planta, vnguenti 5.). fiat vnguent. in morrario plumbeo fccundum artem. Autre. Prenez huile d’œufs batuc en vn mortier de plomb : aufli chaux viue lauée par neuf fois, puis incorporée auec onguent rofat ou beurre frais fans fel, 6c quelque nombre de moyeufs d’œufs durcis : ou butyri recentis fine fale vftulati 6c colati onorum iiij. certifie lotæ in aqua plantag vel rofafum fimiliter lotæ 5.iij. plumbi vfti 6c loti 5.1'j, miîceantur omnia fimul, fiat linimentum vt decer. Et faudra augmenter ou diminuer la deficcation de l’vlcere félon qu’on verra dire befoin. Autre, lambuci viridis & olei rofati an.lfe.j. bulliant fimul lento igne,poftea colentnr,&: adde olei onorum cerufæ& tuthiæ præparatæ ceræ albæ quantum fuflficit, fiat vnguentum molle fecupdùm a^tern. Les onguent font propres aux comba- ttons. Baifons de l'vtilité des oignons és combustions. Plufieurs re» modes centre les brujleures. B.emede con- tre l’efcarre. Remtde con- tre les efcor- cheures. Onguent bien approuué. Combuftions & Gangrenés. A Autre pour le vi/àge. Il faut prendre de la pommade |.ij. mucilage de pfyllion tiré en eau rofe §.j. camphre 9.j. fper- me de baleine , 5. ij. 8c foit fait onguent. S’il y auoir vne grande chaleur 8c douleur, on prendra fuc deiufquiame , iombarbe , ciguë, fueille de nénuphar, de chacun tant qu’il fera befoin , beur- re frais, ou huile rofat ; puis incorporez le tout dans vne efcuelle furvn refehaut : 8c foit appliqué deflus la brufleure , 8c renouuellé fouuent. Onguent pour les taches des grains de poudre a canon. vnguenti citrini rccenter difpenfati ij.ij. olei rofati 5.fi. incorporentur, 8c fiat linimentum. Autre cjui a vertu d‘appaifèr la douleur. Prenez moyens d’œufs cinq ou fix, 8c foient incorporez auec mucilages de femcnce de lin , de pfyllium 8c de coings, «5c renouuellcz fouuent. Autre. mucilagin. fera, linj, pfyllij 8c cydonio. extraët. in aqua rofa. vel communi, addendo camph. parum. Et à fin que ce remede ne fe dellei- che trop fubitement, faut adioufter vn peu d’huile rofat. Autre dont les Dames de l’Hofiel- Dieu de Parts vfent aux brufieures. lardi confcifli per frufta Ife. j .liquéfiât in aqua rofar. deinde coletur per rarnm linteum , 8c frigidum lanceur quater cnm aqua iufquiam, vel alrerius generis ciufdem,deinde cum eo incorpo- rentur vitelli ouorum récent, num. viij. fiat vnguentum. ' Lors qu’il y a grande douleur,comme aduient toufiours à telles vlceres,on doit mettre deflus de la toile de crefpe,afin que lors qu’6 les efluye,on ne les touche à nud 8c au trauers de ladite toile de B crefpe la fanie fort librement, 8c les remedes y entrent pareillement : ce fai Tant le malade eft gran- dement foulage de la douleur , à caufe qu’en eftiiyant la fanie on ne touche à nud l’vlcere. Dauan- tage faut bien garder, que fi les brufleures font Elites aux palpebres, ou aux léures, ou entre les doigtSjOii à la gorge, ou fous les aifelles, ou aux jarrets, ou au ply des bras, qu’icelles parties ne fe ioignent les vues contre les autres : partant on y pouruoira en bien fituant les parties bruflecs, 8c mettant toufiours quelques linges entre deux. le ne veux icy mettre en arriéré, que la poudre à ca- non enflammée pénétré en la chair, fans qnelquesfois vlcerer le cuir : ce qui aduient pour fa tenui- té 8c fubtilité. Elle demeure de telle façon au profond d’icclle chair, qu’elle n’en peut aucune- ment eftre oftée : en forte qu’ayant eflayé à l’en tirer par tous moyens qu’il m’a efté pofllble, com- me auec veficatoires , fcarifications 8c corners appliquez deflus, ce neantmoins la teinture 8c mar- que d’icelle y eft demeurée, tout ainfi que l’on void les caraéteres ou lettres qu’on a fait aux efcla- ues y demeurer à iamais, quelque chofe qu’on y puifle faire. E»n docu- ment au ton- ne Chirur- gien. Vne profonde brttfleure nef tint douloureufie qu'vne fuperficielle. Chapitre XIX. ’Avantage vne profonde brufleure ayant fait efearre dure, n’eft tant doulou- reufe comme vne qui eft fuperficielle ; ce que l’cxperience quotidienne monftre en W cenx qui font cauterifez : cartoft après la cauterifation ne fentent que bien petite C douleur, à raifonqu’icellegrande combuftionofte le fentiment, en bruflant&mor- tifiant les parties fenfibles, comme nous auons dit cy-dcflus parlans des playes des parties nerueufes, 8c de la douleur des dents. Et à telles efearres fera fait des fcarifications, tant 8c fi profondes , qu’on aille à la chair viue, à fin de doner tranfpirarion aux humeurs, 8c places aux medicamens remollitifs pour pluftoft faire tomber l’efearre, 6c après on appliquera remedes deter— fifs, &generatifs de chair , adiouftant aux fufdits onguens qu’auons parlé cy-delfus, des poudres minérales. Et quant à la quantité ie ne la puis deferire fans eftre taxé auec ceux que Galien dit, chaufler toutes perfonnes à vne forme : dontielaiflè la quantité d’icelles poudres à la prudentecon- ieclure du Chirurgien, cognoiflant bien, que la quantité des medicamens ne fe peutrationellement deferire/’non plus qu’vn peintre la inchangé de fes couleurs ) tant pour la diu.erfité des difpofitions, que des corps,& des parties d’iceux,& auflî félon la variété des accidens, 8c autres chofes qu’auons cy-deuant dit, parlans des indications. Et après que nature aura remply de chair l’vlcere, on vfera de medicamens cicatrizatifs qui ont vertu de faire le cuir. Or la cicatrice des brufieures demeure fouuent laide & raboteufe : parquoy fera applanie {8c principalement aux mains 8c àla face)par les remedes eferits au traiélé de la pefte,chapitre trentehuiéliefme. La brufleure faite par le tonnerre doit eftre traiélee comme celles qui font faieftes par la poudre à canon. On ne peut af/gner par Hure la quantité des medica- me» s. Des Gangrenés ér mortifications. C h a p. XX. iV-gi N tontes les playes 8c folutions de continuité ( defquelles i’ay parlé cy-deflus ) fur- Llienncnc le plus fouuent grands & griefs accidens, tant pour Pinaduertence du Chi- ■ fj rurgien , que par les fautes qui viennent auflîbien du patient, que des autres cho- fes extérieures: ou pour la grandeur de la maladie : 8c principalement entre au- très accidens aduicnnent gangrené «Sc mortification, qui font de tres-grande im- portance 8c péril de vie , fi diligemment on rfy remédié. Partant m’a femblé bon eferire defdites Gangrené & mortification , «Sc ce pour deux railons : L’vne eft , que lefdites gangrené 6c morti- fication donnent plus de mal, tant aux Chirurgiens qu’aux patiens, que les maladies auxquelles furuiennent,au moyen dequoy faut délai lier la propre cure,pour obuier à leur fureur 8c malignité. L’autre raifon eft , que i’ay défia déclaré par cy-deuant, vne partie des caufes defdites gangrenés & 'mortifications : toutesfois de toutes i’en ay voulu eferire amplement 8c de leur curation,afin qu vu chacun puiflè auoir entière cognoilfance de les curer ainfi qu’il appartient. le commenceray donc il fout laijfer la propre cu~ re pour fur- uenir aux accidens. Doüziefme liure des Contufions, 354 à la définition, puis te declarcray les caufes, leurs lignes , prognoftic , & confequemment la eu- A ration , que ie donneray à entendre par exemple 8ç demonftration familière. Gangrené eft vne difpofition, qui tend à mortification de la partie bldfée, qui n eft encores morte ne priuée du tout de fentiment, mais elle fe meurt peu à peu , en forte que fi bien toft on n’y donne ordre , elle fe mortifiera du tout, voire iniques aux os : qui alors eft appellée des Grecs Sphacelos, ou Necrofis, des LatinsSyderatio, 8c Efthiomenos félon les modernes, 8c des vulgaires le Feu faind Antoine, ou faind Marcel. Définition de gangrené. Des caufes générales de Gangrené, Chap. XXL A Caufe première ôc générale de Gangrené, eft quand par la dilfolution de l’har- |gj monie ou température des quatre qualitez, vne partie ne peut recenoir les vertus ||| ou efprits qui la maintiennent ôc conferucnt en fon cftre, à fçauoir l’efprit naturel Æj pprocédant du foye, porté par les veines pour luy donner nourriture. Semblable— ment l’efprit vital, enuoyé du cœur par les arteres pour la vinifier. Audi l’efprit animal enuoyé du cerueau par les nerfs pour bailler fentiment ôc mouuement rlefquels efprits re- ceus en la partie,conferuent ôc reftaurent l’eftre ôc température delà partie en fon entier. Et au con- traire. Ci par quelque empefehement ne font communiquez àicclle partie, faut qu’elle foit corrom- pue ôc gaftée , ôc fon mouuement depraué : qui cft la caufe principale defdites gangrené ôc mor- tification ; laquelle aulïi prouient d’autres caufes fpeciales ôc particulières cy-apres déclarées. ta caufe gé- nérale de gangrené & mortifieatio. Des caufes particulières de Gangrené. Chap. XXII. Combufiion* ■ E s caufes fpeciales font primitiues, ou antécédentes. Les primitiucs ôc externes font comburtions(par le moyen defquelles furniennenr grandes inflammations) fai- tes actuellement,ou potentiellement ; Actuellement, comme brullures caufées par feu, huile, eau, poudre à canon , ou lemblables : Potentiellement, par applica- K2&À tion de mcdicamens acres, comme fublimé, vitriol, cautères potentiels , ou au- tres : Par frigerations ou grandes morfondures faites par l’air qui nous enuiron- ne, ou par indeuc application des rcmedes froids ôc ftupefaCtis, fraCtures, luxations, grandes con- tufions ou meurtrilfeurcs , fortes ligatures, morfeures de belles veneneufes , ou autres non vene- neufes, piqueures de nerfs ou tendons, playes faites es parties ncrueufes , commme és iointnres ou près d’icelIes:ou faites és corps pléthoriques ôc cacochymes. Autres playes efquelles les vai fléaux qui apportent la vie , font du tout tranchez ou en partie, dont à aucuns s’enfuit ce que les Grecs ap- pellent Aneurifme : ôc autres caufes, lefquelles ic laifle pour briefueté. G Frigeratien. Aneurifme, Des caufes antécédentes de Gangrené. Chap. XXIII. k s cau^s antécédentes ou internes font grandes fluxions d’humeurs chaudes ou H froides, qui tombent fur vne partie en plus grande quantité qu’elle ne peut altérer, digerer Ôc régir par Tes facilitez , en forte que telles fluxions fuftoquent& efteignent il la chaleur naturelle ôc les efprits , par faute de tranfpiration. Car pour la petite Ôc eftroitte efpace du lieu, les arteres ne peuuent auoir leurs mouuemens naturels. Ou- tre-plus Gaîiendir qu’aucunesfois l’inflammation Commence aux os : ce qui nous eft auiourd’hny bien manifefte. Ce que mefrae dit Hippocrares en la fentence 2. des Épidémies. Et non feule- ment inflammation Ample, mais carie ôc corruption dcfdits os, principalement aux verolez , ôc elephantiques ou mezeauz : defquels lachair ôc cuir le monftre fain en aucuns endroits 6c non cor- rompu , ôc au deffous on tronue les os tous pourris, corrodez , pertuilez ôc vermolus, ôc mcfme le plus forment perdition de leur propre fubflance, voire en grande quantité. Ce qui fe fait d’v- ne matière veneneufe, dont la qualité ne fe peut exprimer. L’hiftoire fuiuantfc en fera foy : hiftoi- re , dy-ie , fort remarquable ôc digne de grande admiration , d’vn Receuenr de Madame la Con- neftable, demeurant en la ville de Senlis , nommé duFrcfnoy, lequel m’enuoya prier de l’aller voir, à caiife qu’il auoit-enTa telle vne rumeur de la grolfeur d’vn œuf entre l’os occipital ôc pa - rietal, pour fçauoir de moy s’il y falloir faire ouuerture, eftiraant qu’il y euft de la boue. l’y trou- uay deux Médecins Ôc deux Chirurgiens demeurans audit Senlis, gens d'honneur ôc de bon fça- uoir : nous confiiltafmes fur le faiél de l’ouuerture. Ayant confideré la tumeur , ôc entendu com- me elle eftoit venue peu à peu, ôc de longue main, ôc après auoir fenty & remarqué vne pulfation { qui eftoit le mouuement du cerneau,) penfant que ce fuft vne artere, parce que lors que i’appu- yois ma main déifias , la tumeur s’abailfoît ôc diminuoit, véritablement i’eus opinion que c’eftoic vn Aneurifme : ôc des lors ic dy, qu’il fe falloir bien garder de faire ouuerture de ladite tumeur, de peur d’vne hemorrhagie , ôc par confequent de mort fubite. -Or il y auoit vn des médecins , ÔC vn des Chirurgiens , qui tenoient qu’il n’y auoit aucun danger de l’ouurir , eftimans qu’il n’y euft ■que de la boue. Le procez eftant ainfl party en deux , ie fus d’aduis qu’on enuoyaft quérir Mon- fleur Fabry, Médecin ordinaire du Roy , ôc de madame la Conneftable, qui eftoit lors à Chan- tilly, pour aduifer s’il y falloir faire ouuerture ou non : lequel donna promptement fon aduis, efti- mant comme les autres , qu’il y auoit du pus, ôc qu’on pouuoit fans nul danger faire enacuation d’iceluy. Toutesfois lors que ie luy dy que i’auois opinion que ce fuft vn Aneurifme , parles li- gnes qui y apparoiflbient, il changea de propos,& conclud qu’on n’y touchait nullement, ôc qu’il falloir peu fer ladite tumeur comme vn aneurifme, qui auoit touliours efté mon aduis. Larefolu- Fluxio caufe de gangrené. Gai. au Uu. des tumeurs contre Natu- re, Hifîolre. Tumeur en la te fie-de la groffeur d'vn œuf entre Vos occipital & pariétal. Combuftions & Gangrenés. A tion faite , ie m’en rcuins à Paris : mais ledit Receueur trois iours après enuoya quérir vu Barbier à vn village près de Senlis , lequel fi toft qu’il fut ardue, 8c qu’il euft veu le patient, dit qu’il y auoit du pus contenu en ladite tnmeur,& qu’il n’y auoic point de danger de l’ouurir ; ce qu’il fit,& en heu de bouc , en fortit de la propre fubfrance du cerueau , 8c deux iours après ledit Receueur mourut. Apes ion deccz , la telle luy fut ouuerte par Adam Hannequain , 8c Hamard Chcron , Maillres Barbiers 8c Chirurgiens demeurans audit Senlis : leiquels m’ont attefté que la tumeur elloit faite de la propre fubilance du cerueau, auec déperdition de deux tables du crâne, delagran- deur d’vn Noble à la Rofe. l’ay bien voulu reciter celle hilloirc, à fin d’aduertir le ieune Chi- rurgien de ne faire ouuerrure à la fcmblables tumeurs. Et pour retourner à no lire propos. Gai. dit au Commentaire furie 54. Aphor.du y.liure, que mefme Nature forte peut ietter la boue au trauers la fubilance des os. Souuentesfois aulïi quand la chair de quelque partie efb vlccrée, il s’engendre vne maunaifefanie , acre 8c fetide , de laquelle files os fuiets font imbus , fecorrom- pent 8c carient. Ce qu’on void forment aduenir aux vlceres cacoëthes 8c malins, ou autres , qui de long temps ont demeure fur aucune partie. Aulïi Hippoc. le tefmoigne, difant qu’en tous vl- ceres d’vn an ou de plus long temps, il dl neeflaire que l’os fc fepare 8c tombe, 8c qu’il y demeure cicatrices profondes 8c caues. Semblablement lefdites gangrènes 8c mortifications aduiennentpar qualité veneneufe, chaude ou froide : Chaude, comme on voit aux charbons 8c anthrax pelliferez, qu’en moins de vingt-quatre heures fe feraefearre & mortification en la partie affeélée : Froide, g comme on void fubit aduenir en vne partie fans douleur précédente, ny tumeur, ny liuiditc, ou autres lignes de gangrené. Ce que de Vigo certifie auoir veu aduenir à vne noble femme de la cité de Genncs. Il me fouuient aulïi audit veu femblable faiël en celle ville de Paris, à vn homme, le- quel fai foie bonne chcre le foir, ne fe plaignant de nulle douleur : toutesfoisla nuiël luy furuint gangrené & mortification aux deux iambes, fans tumeur ny inflammation : mais il y auoit vne couleur en certains endroits tendante à liuidité , noirceur , verdeur : en aucuns autres endroits elloit la couleur quali naturelle : 8c toutesfois il n’y auoit aucun fentiment, 8c lors qu’on le piquoit auecques la pointe de la lancette , ou bien auec vne épingle , il n’en fortoit aucunement point de fang, 8c de chaleur au fens du ra<5t il n’y en auoit aucune , mais au contraire on fentoit plullofl; vne froideur. Ce voyant, appellay confeil, par lequel fut délibéré 8c ordonné qu’on luy feroit plulîeurs 8c profondes incifions pour tenter la cure ; ce que ie fis , mais d’icellcs incifions n’en lortoit qu’vn peu de fang fort noir , gros 8c qualî congelé. Plulîeurs autres remedes furent tentez : ce neantmoins en bref rendit fon efprit à Dieu auecques grandes refueries, ayant le vifage 8c tout le corps liuide. le laifle à penfer fi la caufc n’efloit point veneneufe. Pareil cas aduintà vn quidam à Turin, l’an mil cinq cens trente- lix , ainfi que i’ay entendu par le récit que me fit Fran- çois Voile, Chirurgien très - doéle, citoyen dudit Turin. En ce lieu ne fera impertinent déclarer 8c expofer comme font faites gangrenés 8c mortifications par le froid fans qualité veneneule:ce que i’ay feulement touché en vn mot auxcaufes externes. Doncques pour plus grande clarté ie te l’ex- C pliqueray. Le froid extrerae, foit par l’air ambiens , ou par application de remedes repercullîfs. Froids, 8c llupefaélifs,fait vne intempérie froide,fi grande que les efprits font fuffoquez &dleints. Et lors que Nature ou la prouidence de tout le corps renuoye autres efprits pour fubuenir à ladite partie, lefdits efprits ne trouuans l’harmonie bien difpolee pour dire receus, fe retirent fubit vers leur origine , comme s’ils elloient repouflez par le grand froid de ladite partie, ennemy, 8c du tout contraire à Nature : 8c pourtant ladite partie ainfi ddlituée defditsefprits , promptement fe mor- tifie. Cecy fe cognoilt raani Tellement en ceux qui marchent par les neiges 8c glaces ; car par l’ex- treme froid perdent aucuns de leurs membres , &: bien fouirent la vie, comme prefentement dé- clarerons. Tay bonne mémoire auoir medicamenté en Piedmont plulîeurs foldats ayans pafle les montagnes en Hyuer : dcfquels les vns par l’extreme froid auoient perdu les oreilles, les autres la moitié d’vn bras , les autres le membre viril, autres les orteils des pieds, aucuns y perdirent la vie , tcfmoin la Chapelle des Tranfis, fituée fur le mont Senis. Aulïi me fouuient qu’en temps d’Hyuer , vnpauure Breton, feruiteur d’ellable, demeurant à Paris, s’en alla coucher lus vn H61, après auoir bien beu, près lequel y auoit vne fenellre à délny ouuerte , par laquelle le froid entra, 8c tellement luy arteral’vnc de fes iambes, qu’à Ion réueil penfant le leuer , ne fe peull foullenir. Et pourtant fut pofé près le feu , duquel il approcha fa iambe, cuidant qu’elle full feulement en- dormie; mais fe brulla la plante du pied d’épailfeur d’vn doigt fans rien fentir ; parce qu’elle elloit P ja mortifiée par le froid plus qu’à la moitié. Le lendemain ledit Breton fut apporté à l’Hoftel-Dieu, où il fut vifité par le Chirurgien , 8c autres, lefquels conclurent qu’il elloit necelîàire couper 8c amputer ladite iambe ainfi mortifiée, ce qui fut fait : mais ce neantmoins ladite mortification gai - gna les parties fuperieures, en forte que dedans trois iours après, ledit breton mourut auec fueur froide, refueries, grands tourmens 8c fyncopes. Dauantage audit mefme temps d’Hyuer faifoit fi grand froid , qu’à aucuns-maîades couchez audit Hoftel-Dieul’cxtremité du nez fe mortifia fans y auoir aucune pourriture ; à quatre d’iceuxie fis amputation de ladite partie, defquels les deux gua- rirent, les autres moururent. Cependant faut noter , qu’en ce cas de froidure les parties extrê- mes , 8c entre celles-cy les plus cfloignées du cœur, comme les pieds & iambes : ou les plus froi- des de leur tempérament, comme le nez ou oreilles, 8c autres cartilagineufes, font toufiours fai- lles de gangrenés les premières. Puis que i’ay déclaré amplement toutes les caufes de gangrené 8c mortification, faut procéder à la déclaration des lignes dcfdites gangrenés 8c mortification,lefquel- les iedillinguerav félon leurs caufes , à fin de bailler aux ieunes Chirirgiens non encores exercez, l’entiere cognoitfance dcfdites gangrenés 8c mortification , 8c de leurs caufes. L$ fuhiïanu du cerneau fortit de la tumeur en lieu de bous prétendue. Jphor, 41, Un, 6. Qualité ve* neneufe. Rejponfe. Gangrené incurable. Comment le froid caufe gangrenés. Hijîolre, Chapelle des Tranfis. Hifoire. Douziefrne liure des Contufions, 356 Des fignes de gangrené. Chap. XXIIII. Signes de gangrené '$> mortification par inflam- mation. E s lignes de Gangrenés faiétes par inflammation , font quand la grande douleur WÊwffÊg. 8sC pulfation qui auoient précédé lefdites inflammations , font grandement dirai- nuées, 8c la couleur rubiconde ou vermeille, qui elloit auparauant en ladite partie, WiJîwfa cil changée en couleur pâlie, fufque 8c aucunement tendante à liuidité , comme fort amplement deferit Hippocrates, en la fécondé feétion du liure De frafturl*, où il parle de la gangrène du talon, i’entens icy douleur pullatile, non celle qui eft faiéle par lemou- uement des artères, mais vne pulfation ieétigatiue, ou poignante, qui fc fait, quand par le com- bat d’entre les deux chaleurs ( fçauoir eft naturelle 8c non naturelle ) s’efleuent plulîeurs vapeurs des humeurs 8c matières qui tendent à pourriture és parties enflammées. Si le froid eft caufe def- dites gangrené 8c mortification , fera aifé à cognoiftre : car ( comme vu chacun Içair} le grand froid promptement fait à la partie grande douleur poignante 8c cuifante, 8crougeur efteincelante, 8c toft après la rend liuide, 8c fort froide, 8c quafi fans moüuement 8c fentiment, auec horreur ou tremblement, comme fi on auoit vn commencement de fieure quarte. Si le froid continue plus long temps que la chaleur de ladite partie ne puilfc refifter, fiituicndragangrène , 8c par con- fequent mortification ( fi on n’y donne ordre) 8c à la parfin la mort : car ( comme dit Hippocra- tes ) le froid eft contraire 8c ennemy aux os, dents, nerfs, au cerneau, 8c à la moelle du dos, ge- ® neralement à noftre vie, laquelle confifte en chaleur 8c humidité, à caufe qu’il fait fpafmes ou con- uulfions, 8c autres mouuemens contre noftre vouloir, agitation defordonnéc de tout le corps, que .nous appelions friflbns, 8c confequemment par fa grande violence eft fouuentesfois caufe de no- ftre mort. Quant eft des gangrenés 8c mortifications faites par ligatures fortes és fraélutes, luxa- tions , grandes contufions, tu les cognoiftras facilement à la dureté, qui eft pour la defluxîon, pa- reillement des veflies qui feront efleuéesau cuir, lesquelles viennent à raifon delà grande inflam- mation qui eft en la partie : ce qui fe void manifeftement aux brufleures : aufll par la pefanter 8c impotence de la partie, qui fe fait à railon que les efprits manquent, 8c lors qu’on prefic defîus, la foflè demeure fans fè releuer, comme aux œdemes, 8c le cuir le plus forment fe fepare de la chair. Les fignes déclarez aux gangrenés engendrées par inflammation, te pourront donner cognoilfance des gangrenés faites par morfures, piqueures, aneurifmes , playes faites és corps pléthoriques 8c cacochymes : car par ces caufes eft faite fluxion, 8c attradion d’humeurs en trop grande quantité, qui empefehent ( comme i’ay dit ) l’air Sceuentilation de la partie. Mais ie te veux encore aduertir qu’ayant cogneu par les fignes les mortifications , ne faut différer à faire amputation du membre, iaçoit que les extremitez fc remuent : car la tefte des mufcles fc remuant tire la queue, ou leurs ten- dons. Dauantage encore qu’il y euft quelque peu de fentiment, ne faut différer l’amputation, iuf- ques à ce qu’il n’y en aye plus , attendu qu’elle pourriroit les parties voifiues. Quant aux fignes de gangrène 8c mortification prouenantes de venins , icy n’eft befoin de tecirer la façon comme l’on peut cognoiftre 8c diftinguer lesaccidcns qui aduiennent /tant des venins chauds que froids : car nous en pourrons parler plus amplement cy - après. Signes de gangrené par froidure, Aphor. i8, lin. j. Signes de ga- grene par li- gature, bruf- leures y & autres eau- - fes. Du frognofiic des Gangrènes. C h a p. XXV. SP r e s donc que l’on a cogneu la gangrené 8c mortification par les firmes 8c caules, r 1 o o o l ■ .& J faut allant que tenter quelque choie de la cure, regarder quel efred: pourra auoir la- dite difpofition, 8c le prédire 8c lignifier aux parens ou amis des malades ( ce que nous difons prognoftiquer ) comme ie te diray. Gangrené 8c mortification font de fi gran- de férocité 8c malignité, que fi on n’y remedie promptement, la partie facilement, 8c du tout mourra, 8c corrompra les parties proches : ce qui eft caufe que quelqucs-vns ont appel- le la Gangrené Çhylomenos, pource que telle corruption chemine par toute la partie comme venin, 8c la corrode comme fait le feu épris au bois lec, tant que finalement fera mourir lespatiens. Et auparauant qu’ils meurent, ont tous vne fueur yniuerfcllè froide, auec délires ou refueries, fyn- copes ou éuanoliiflemens, rouélemens 8c hocquets : à caufe que les vapeurs éleuées de la putré- faction & pourriture, font communiquées 8c portées par les veines , artères, 8c nerfs aux parties nobles. Ton prognoftic faiéf, faut mettre - la main à l’œuure, ainfi que ie declareray mainte- nant. D Prognojlic de gangrené. Auant- cou- reurs de mort en gangrènes. De la cure générale de Gangrené. Chap. XXVI. Cure généra- le de gangre- né. SN la curatîen de Gangrené, faut prendre les indications d’icelle. Car il faut diuer- fificr la cure félon l’eflènee ou grandeur du mal : parce qu'aucunes gangrenés de mortifications occupent toute vne partie, les autres feulement vue portion : les vnes font profondes, les autres luperficielles. Les caufesaufîî dinerfes font diuerfifier la cure. A toutes caufçs ne conuient appliquer vu mefme remede. Semblablement faut auoir égard au tempérament du corps 8c de la partie. Car aucuns ( comme a— uons par cy-deuant dit ) font de température molle 8c délicate, comme femmes, ieunes enfans, gens oififs & viuans délicatement, chaftrez , Sc autres , lefquels demandent remedes plus doux& moins violens, que ceux qui font d’habitude ou fubftancc dure 8c robufte, comme laboureurs, mariniers, bateliers, chaflèurs, porte - faix, 8c autres gens de ttauail. Non feulement faut auoir celle confideration du corps, mais aulïï des parties bleffées. Car il y a diiference des parties muf- Du tempéra- ment dn corps. Combinions & Gangrènes. 357 A calcules & charneufes , comme bras ou iambe ou parties nerueufes, dures ôc folides, comme (bon- dyles, jointures, ôc autres : aufii des parties chaudes & humides, comme font les parties hpn- teofes, la bouche , la matrice, l'anus , efquelles plus promptement aduient corruption &: pourri- ture , par caufe interne , ôc fluxion d'humeurs , qu'aux autres parties de noftre corps. Parquoy ici on i'eflènee , température , Ôc difpofition naturelle de ces parties & du corps, faut adminiftaer reraedes, ôc procéder à la cure. Et entre les autres remedes , faut ordonner bon régime ôc manie- rc de viure, fur les fix choies non naturelles , pour obuier & contrarier ( tant qu'il nous fera pof- iîble ) à la maladie, & à la caufe, fi elle eft encore prefente. Si l'habitude du corps eft pléthori- que ou cacochyme, faut baigner ou purger félon le confeii du Médecin. Et pour autant que les vapeurs qui s'efleucnc de la partie gangrenée , font communiquées par les artères au cœur, Ôc confecutiuement aux autres parties nobles : faut roborer le cœur , à hn qu'il ne foit infcélé de ces vapeurs malignes , en donnant à boire theriaque dillbutc en eau de pente ozeille ou chardon bénit: mithridat à manger , 5c conferue de rôles ou buglofcs , opiates , ôc autres chofes cordiales , qui ont cfté déclarées cy-deflus. On pourra auffi appliquer cet epitheme par dehors fur la région du cœur pour toujours roborer. %L. aq. rof.nenuph. ah. fdiij.accti fcyllitici 3.J.corail, ôc fantal.al- bo. ôc rubr. rof. rubr. puluer. ôc fpodij. ah. 5.). mithridatij , ther. ah. 3.ij.fi. trochife. de camp. 3. ij. flor. cordial, pulu. p.ij. crod 3. j. dillbluantur omnia iimul, fiat epithema, quod fuperponatur cordi cura panno coccineo, aut fpongia. Voila briefuement le foinmaire des chofes vniuerfelles: il nous faut venir maintenant à la curation propre ÔC particulière defdites gangrenés. 1)6 ”*tum rt^esîart*es' Maniéré. de v*Hre‘ Reme^e cen~ trf tow ve‘ uToJur De la cure particuliers de Gangrené, Chap. XXVII, A cure de Gangrène faite par fluxion de fang , &'autres humeurs qui fufFoqnent la partie, ainfi que l’on void îouuent aduenir aux grandes inflammations, fe doit faire Wml en cuacuant 6c feichant promptement le fang 6c humeur corrompus , qui font arre- liez en la partie dolente , auecqucs plufieurs fcarifications & incitions grandes, mo- yennes , petites, profondes, 6c friper-fidclles, félon qu’il fera befoin 6c ncccflaire ; à fin que ladite partie ie puifle euentiler 6c flabelcr, 6c les vapeurs corrompues exhaler. L’on fait les incifions quand le mal efl grand, profond, 6c prochain à pourriture, 6c les fcarificationsquand il commence à putréfier. Car d’autant que le mal efl: grand , il a befoin de remedes grands 6c vio- lens.Parquoy h ledit mal va iufques aux os, faut diuifer le cuir 6c la chair de plufieurs 6c profon- des incifions, que pourras faire auec rafoir à ce propre 6c conucnablc. Toutesfois fe faut donner garde de toucher les nerfs 6c vaifleaux notables , s’ils ne font du tout pourris 6c corrompus. Car en ce cas faut faire incifion, fans auoir égard aufdits vaifleaux : mais s’ils font entiers, les incifi- ons foient faites entre lefdits vaifleaux fans les toucher, s’il efl; pofîiblc. Si la gangrené efl: moindre, n’efl: befoin que de fcarifications feulement. Apres les fcarifications 6c incifions faites , faut laiflèr Q couler beaucoup de fang , à fin de vacuer la matière coniointe, décharger 6c feicher la partie. Puis appliquer remedes qui ont faculté d’ofter la pourriture par leur vertu calfa&iue, deficcatiue, refo- lutiue, deterfiue , 6c aperitiue, 6c pénétrer au profond, à fin de confumer la matière virulente & corrompue , laquelle efl: arreftée 6c fixe en la partie gangrenée. Et à celle intention, feras ablu- tion auec lexiuc faite de cendes de figuier ou de chefne,en laquelle on aura fait boliillir lupins,tant qu’ils foient parfaitement cuits. Ou pour auoir remedes plus parables, faut prendre de l’eau fit- lée, en laqueilleon aura fajCl boiillir alocs 6c Egyptiac, y adiouftant à la fin de l’eau de vie. L’eau de vie 6c vitriol calciné efl: iingulier remede. Autre. 2L. aceti optimi tb.j.mellis rofati 5. iiij. fyrupiacetofi iij. falis comm. v.bullianr fi- mul, addeaquæ vitæ ib.fi. D’icelles ablutions faut laucr par plufieurs fois la partie : car elles font de grande efficace aux gangrenés. Cefdircs ablutions faites, appliqueras Egyptiac fur plumaceaux; car c cil le plus excellent 6c premier en dignité entre les remedes conuenables aux pourritures,pour- ce qu’il fait feparer la chair pourrie d’auccques la faine faifant efearre : defquelles en tel cas ne faut attendre la chcute, mais pluftoft: les couper , 6c oller ce qui fera corrompu auec rafoir ou cizeaux: puis y remettre dudit Egyptiac tant de fois qu’il fera befoin. Ce que cognoiftras à la couleur delà chair , à lafeteur &.fenfibilité des pariies fubiacentcs. Ladefcription dudit Egyptiac ( duquel i’ay toufiours cogneu grands effeCls en tel cas) efl telle. IL. floris æris , aluminis rochæ , mellis coin, aceti acerrimi falis vitrjoli Romani §.fi. fublimati puluerifati g.ij.bul- D liant omnia fimul ad ignem, fiat vnguentum : s’il eft befoin , on le fera moins fort, Auec l’appli- cation dudit Egyptiac, faut mettre fur toute la partie affc&ée ceftuy cataplafme, lequel empefche 6c prohibe la putrefa&ion , refbut, deterge, defleiche 6c fede la douleur. fabar, hord. oro- bi,lent. lupinor. an.tb.fi.fil.comm.6c mel.rof.an. j.iiij.fucci abfinth. myrrhæ 6c aquæ vitæ oxymelitis fimplicis quant, fufficit, fiat caraplafma molle fccundu'm artem. Gal.l. 3. de la Compofition des medicamens, ordonne faire cataplafme pour prohiber la pourriture des gangrenes,fait de farine d’orge & lexiue:auflile capitel des cautères efl: fort propre. Lefdits remedes confomment,rcfoluent 6c détergent la fanie virulente 6c matière pourrie ; 6c pour leur grande ficcitc 6c tenuité d’eflencc pénétrent au profond, empefehent la putrefadjrion , fedent la douleur , 6c roborent la partie : ce qui efl: plus neceflaire en tel cas. On doit aufïï appliquer au deflus du mal vn tel ou femblable defenfif, pour obuier 6c reprimer ladefcente des humeurs, 6c garder que les vapeurs pourries cfleuées de la putréfaction, ne montent au cœur, ou aux parties fu- perieures 6c nobles. olci rofati, myrr. an. iiij. fucci plantaginis, folani, feroperuiui an. ij. albumina ouor. numéro quinque, boli armenici, rcrræ iîgillatæ fubtiliter pulucrifatæ,afi, §.j, çxycrati quantum fufficit, mifcead vfiim diclum. L'on en pourra faite aufli d’autres ayansparcilh Incîfions. Hipp. aph. Extremis morbis. Scarifica- tions. Ablutions ou Uumevs. ’Egjpt'usc qui eft fort corn- uenable auv pourritures. Cataplafm», : Les remettes 358 Douzième Liure, des Contufions, vertu: mais faut noter que cefdits remedes fedoiuent renouueller fouuent. Car lors qu’ils font Ai froids,refroidi fient la partie,qui eft languide,à caufe que fa chaleur eft prefque fufFoquée : 3c par- tant il y faut fouuent appliquer linges chauds,ou briques , ou bouteilles remplies d’eau bouillan- te, afin de roborer la chaleur naturelle qui eft prefque du tout efteinte. Et ne faut prendre indica- tion , fi la gangrené a efté faite par inflammation , mais de la difpofition qu’elle aura laiilee en la partie. Or fi le mal eft fi grand qu’il ne vueilie ceder aux fufdids remedes , faut venir à d’autres plus vehemens 3c violens, qui font les cautères aduels. Apres l’application defquels Galien au fé- cond à Glane, commande que ius de porreaux auec Tel pile 3c dilfbult foit mis delfus, à caufe que tel remede pénétré 3c fciche fort, &c par ce moyen empefche la pourriture» Dauantage, fi lefdids cautères ne profitent, il eft befoin venir à l’extreme,qui eft faire amputation de la partie, fuiuant le ie d’Hippocrates : Aux maladies extremes conuiennent extrêmes 3c derniers remedes. Toutesfois on ne doit ce faire, que premièrement l’on n’ait certaine cognoiflance fi la partie eft totalement morte. Car ce n’eft petit cas de couper vn membre , s’il n’eft plus que neceîfaire. Parquoy ie te donneray entière 3c infaillible cognoillàncc des parfaites mortifications 3c fphacelcs,par les fignes cy - après déclarez. Ouide ; Le membre infett d'vne playe incurables Se doit couper, que le fain il n'accable. {wuueUer fouuent. Aph. 6,liu.l, Des fignes des Mortifications parfaifles. ChAp. XXVIII. I on cognoift en la partie affedee noirceur 8c froideur, prouenant de l’ex tin dion de la chaleur naturelle,non de l'air enuironnant;grande mollefte,laquelle Ci on compri- me ne fe peut relener,ains y demeure cauité ou foflé ; feparation du cuir d'auecques la chair fubiacente,& ne fent-on nul battement des arterestgrande puanteur, comme charongne ( principalement fi ledit fphaceleeft vlceré ) dont la lenteur eft tant acre & forte , quelle eft intolérable 8c abominable à toutes perfonnes , 8c en fort vne liqueur vif- queufe de couleur noire 8c verdoyante, totale priuation du fentiment 8c mouuement, foit qu’on tire , frappe , prerte, brufle, coupe, touche, ou picquc: certainement pourras conclure vne mor- tification parfaide ou fphacele : routesfois faut auec bon iugement explorer ladite priuation du fentiment. Car ie fçay que plufieurs ont efté deceus, fe fians à vn fentiment que les patiens diTent auoir, fi on picque, preflè , ou autrement attouche,lequel eft totalement faux &: deceptible. Car il ne vient que d’vne grande apprehenfion de la douleur extreme,qui auparauantleftoit en la partie: 8c principalement par la continuité 8c confentemcnt qu’ont encore les parties mortes auec les vi- lles. Comme pour exemple familier,nous voyons que fi l’on tire vne chemifc ou autre vertement adhérant à noftre corps,nous difons le fentir, jaçoitque ledit vertement eft infcnfîble 8c feulement Q contigu a noftre corps. De ce faux fentiment auras argument manifefte après l'amputation des parties mortifiées. Caries patiens longtemps après l’amputation faite, difent encor’ fentir douleur es parties mortes 8c amputées, & de ce fe plaignent fort : choie digne d’admiration,8c quafi incrc— dible a gens qui de ce n'ont expérience. Parquoy fefaut donner garde que tel fentiment ne nous retarde à faire ledeuoir de la parfaite curation : comme quelqucsfois i'ay veu couper vn membre à deux ou à trois fois,pour s'eftre arrefté à vn fentiment faux& incertain. Donc après auoir cogneu que la partie eft vrayemenc morte, la faut promptement 8c fans delay , tant petit foit-il,couper 8c amputer : car la contagion 8c corruption rauit 8c gaignefans ccftc les parties prochaines faines 8c viues: & pource Hippocrates en la léptiefme fedion du fixiefme liure des Epidémies , dit que les fedions , vliions & trépans, fe doiuent promptement execurer. Ce remede eft miferablc 8c digne de compaflîon, tant au patient qu’au Chirurgien : mais c eft le (cul 8c dernier refuge que l'on doit toufiours préférer à la mort, laquelle s’enfuiura, fi l'on cherche autres moyens que fedion de la partie mortifiée. Fvinâ nota- ble fur le fin. tlment en gangrené. Accident ad mirabie. Amputation de ‘ la’partie morte fe doit faire prom- ptement. Du heu ou H faut commencer l'amputation. C H a p. XXIX. L ne fuftîttoutesfois de cognoiftre qu'il eft nei? eftaire d'amputer la partie mortifiée,mais 5g ||||| faut fçauoir le lieu où l'on doit faire 8c commencer l'amputation : 8cen celagift le iu- ||||| gement & prudence du Chirurgien. L'art commande que l'on commence à la partie faine,mais ie declareray cecy facilement. Pofons pour exemple,qu’aucun ait vnEfthio- mene au pied iufqu’aux malléoles ou chenilles. En tel cas faut bien confîderer là où tu dois faire l’amputation : car félon l’art faut garderie corps humain entier, tant qu’il fera poflîble. Parquoy tu dois ofter le moins que tu pourras de la partie faine. Ce neantmoins faut auoir confédération de l’adion & ornement de la partie,lcfquels te donneront confeil de couper ladite iambe, à cinq doigts ou enuiron prés legenoüil. Pource que l’amputation faicledn ce lieu, la partie pourra après mieux faire Ton adion, qui fera marcher auec vne iambe de bois. Car s'il eftoit ainfi que l’on coupaft vn peu au delîus du mal,le patient feroit en peine de porter trois iambcs,là où il n’en portera que deux, le Içay que le Capitaine François le Clerc,eftant fur vn nature eut vncoup de canon,qui luy empor- ta le pied vn peu au delîus de la chenille , de laquelle playe fut guary : mais quelque temps apré$ voyant que iaiambe luy nuifoit,la fit couper iufques à cinq doigts prés du genoiiil ; & maintenant fc trou lie mieux à marcher qu'il ne faifoir auparauant. Au bras faut faire au contraire, qui eft ofter le moins que l'on pourra de la partie faine, pour la diuerfité des adions du bras & de la iambe. Et principalement pource que le corps nefe repofe fur le bras, comme fur les pieds 8c iambes. l’ay de- Quel tape- ment eft re. qui s en la fi- ction d'vn membre. Autre ccnfi- deratîon pour la fecilon df vn broc. Combufbons &: Gangrenés. A clare cy-deuant comme l'on pourra cognoiftre la neceflîté de la fedion, ée le lieu d'icelle ; faut à prefenc monftrer le moyen de procéder de exercer la feètion. Du moyen de procéder à la feftion du membre. Char. XXX. il premier lieu roboreras la force & vertu du patient, s'il eftbefoin,par alimens propres* H acI^e^&e^^on & pleins d'efpritsrcommeœufs mollets,roftie trempée en bon vin,ou autres fcmblables. Puis fituclc patient ainfi qu'il appartient, de dre les mufcles en haut «tfdM vers les parties faines, de fais vne ligature extrerae vn peu au ddfus du lieu que l'on vou* dra amputer, auec vn fort lien délié, & de figure platte comme ceux delquels les femmes lient leurs cheueux. Icelle ligature fert de trois chofes. La première eft, qu'elle tient auec l'aide du feruiteur, le cuir 5c mufcles elleuez en haut : à fin qu'apres l'oeuure ils recouurent l'extremité des os qui auront cfté coupez,8c après la confolidation de la cicatrice faire, lefdits cuirs de mufcles fer- lient comme d’vn couffinet aufditcs extremitez des os. Par ainlî la partie pourra demeurer plus for- moins douloureufe fi l’on comprime delfus. loint auffi que la curation eft plus briefue :car d'autant qu'on laiflcplus de chair fur lefdits os , pluftoft ils font comierts. La fécondé eft , qu'elle g prohibe l'hemorrhagie ou flusdefang, à caufequ'elle preftèles veines & arteres. La troifiefmeeft, qu'elle rend obtus , 6e ofte grandement le fentiraent de la partie : pource qu'elle empefche par la grande comprefîîon l’efpritanimal,qui donne fentiment par les nerfs à la partie. Donc âpres la li- gature forte ainfi faite , faut promptement couper tous les mufcles 6e autres parties iufqu'aux os, auec vn rafoir bien trcnchant, ou coupant courbé,comme ceftuy fuinant:apres auoir deuefti 6e def- couuert l'os de fon periofte ,à fin que lafeie pafte mieux 6e plus promptement,6e à moindre douleur. Nota que lors qu'on veut faire amputation d'vne iambe, faut qu'elle foit vn peu p!oyée,6e qu'a- pres la feètion on l'eftende, afin que les vaiftèaux qu'on prétend lier pour arrefter le fang,fe raani- feftent mieux pour plus facilement les pincer, tirer 6e lier. Ceux qui auront mis la main à tel œu- ure, facilement entendront cefte méthode, 6e crois que nul patient ne l'a encore diète ny eferite, au moins que ic fçaehe. Coufteau courbé pour couper les membres. Il te faut noter icy, qu’il y a entre les os portion d’au- cuns mufcles,que ne pourras bien couper auec ledit rafoir ou coufteau. Pourtant les couperas àuec vn infiniment fait en maniéré de lancette courbée, le t’aduertis de ceî car fi tu laifies autre chofe que l’os à couper à la fine, cer- tainement tu feras en la iciant grande douleur au patient, à caufe que la fine ne peut qu’à grande peine couper les chofes molles , comme chair, tendons de membranes, ainfi qu’elle fait les os durs de folides. Apres auoir entièrement coupé toutes les par- ties iniques aux os , les faut fcier promptement aucc telle fcie, de grandeur d'vn pied,trois poul— ces ou cnuiron. Dauantage , tu mettras vn linge » n.. » .. , . - y* en double au dediis de l'os qu'on veut fcier, de peur que les dents de la fcie ne touchent à la chair, & ne la defehirent. Scie* Des moyens peur arrejler le flux de fang quand le membre eft coupé. Chapitre XXXI. HO r s que l'amputation du membre eft faite: il eft neceftaire que quelque quantité de fang s'efcoule, afin que la partie defehargée y furuiennent moins d'accidens, & ee félon la plénitude & force du malade. Le fang efeoulé en quantité fuffifante ( pre- nant toufiours indication des forces du malade ) il faut promptement lier les greffes veines ôcarteres fi ferme, qu'elles ne fluent plus. Ce qui fe fera en prenant lefdits vaiftèaux auec tels inftrumens, nommez Becs de Corbln. dé laijfer efcoti- 1er le fang. Ligature des vaijfeaux. 360 Douziefme Liure des Contu fions, *2Icc de Corbin propre à tirer les piafliqüe. Repercujfifli Vtilitê des repereuffifti "temps pour renouUellet l'appareil. Digrefion de l'autheurfort neceffaire à bien conftderer touchant les cautères affuels a defquels on a usé iufques icy après l'amputation. Chapitre XXXV. E confelîè librement, & auec grand regret, que i’ay par cy-denant pratique tout autrement que ie n’eferis à celle heure, après que l'amputation des bras & iambes eftoit faite. Mais qüoy ? l’auois veu ainfi faire à ceux que l'on appclloit pour telles pratiques , lefquels incontinatlt après le membre extirpé , vfoientde plufieurs eau- teres, tant aéluels que potentiels , pour empefeher le flux de fang j chofc très - hor- rible ôc cruelle feulement à raconter : car cela caufoit vue extrême douleur aux patiens* attendu que telles playes reccntcment faites font fort fenfibles* ôc au moyen de cefte fen/ibilité, fi on y ap- plique chofes cauftiques delfus, Ôc contre les parties nerueufes, foudain leur adion ôc impreflion eft communiquée aux parties internes, dont furuiennent de très-grands & pernicieux accidens, ôc le plus fouuent la mort. Qu'il foit vray , on ne veit oneques de fix ainfi cruellement craidez, ef- çhapper deux , encores eftoient - ils long temps malades, ôc mal-aifément cftoient les playes ainfi bruflées , menées à confohdation * poürcequ'vne telle vllion faifoit des douleurs fi vehemenres3 que les malades tomboient en fiéure, en fpafme, & autres mortels accidens* auec ce que le plus fou- uent l'efcarrc cheute furuenoit nouueau flux de fang , qu'il falloir encore eftancher auec les cau- tères aduels ou potentiels, lefquels repetez confommoient vne grande quantité de chair, ôc autres parties nerueufes. Pour laquelle déperdition , les os demeuroient puis après nuds & defcouuerts. Ce qui a rendu à plufieurs lacicatrization impofliblc,ayans tout le relie de leur vie gardé vn vlcere au lieu du membre coupé, qui leur oftoit le moyen de le pouuoir feruir d'vue jambe ou bras, faits artificiellement. Parce ie confeille aùieune Chirurgien de lailfer tellecruauté &inhumanité,pour pluftoft fuiurc cefte mienne façon de pradiquer,de laquelle il a pieu à Dieu m'aduifer,fans que ia- p) mais l'culle veu faine àaucun,oüy dire,ny lcu,finon en Galien,au y .liure de fa Methodcjoù il eferit qu'il faut lier les vailfeaux vers leurs racines, qui font le foye ôc le cœur, pour eftancher ce grand flux de fang. Or ayant plufieurs fois vsé de cefte maniéré de coudre les veines & arteres aux playes recentes, aufquelles fe faifoit vne hemorrhagic, i'ay pensé qu'il s'en pouuoit bien autant faire en l'extirpation d'vn membre. Dequoy ayant conféré auec Eftienne de la Riuiere, Chirurgien ordi- naire duRoy>& autres Chirurgiens lurez à Paris, & fur ce,leur ayant déclaré mon opinion,furent d'aduis que nous en Allions l'efpreuue au premier malade qui s'offriroic,combicn que nous enflions les cautères tous prefts pour en vfer au défaut de la ligature. Ce que i'ay pradiqué à l'endroit de plufieurs,auec tres-bônne ifliië, encore depuis peu de iours en çà en la perfonne d'vn poftillon, fer- iiiteur de Brufquet, nommé Pirou Garbier , auquel fut coupée la jambe dextre, quatre doigts au delfus du genoüil, pour vne Efthiomene qui luy eftoit furuenuë â caufe d'vne fradure. Partanr,ie confeille au ieune Chirurgien de lailfer cefte raiferable maniéré de brufler & carnacer, fi quelque reliqua de gangrené ne le contraignoit de ce faire, l'admonneftant de ne plus dire , le I'ay leu au liure des anciens Pradiciens , le I'ay veu faire à mes vieux peres & maiftres, fuiuant la pradiqué delquels ie ne puis aucunement faillir. Ce que ie t’accorde , fi tu veux entendre ton bon mai lire Galien au liure cy-delfus allégué, ôc Tes femblablcs : mais fi ru te veux arrefter à ton pere & à tes Accident péh nicieux des cautères t après Vans* putatisfti Flàx dé fan g furuemnt a- pres la cheutt de l'efcarre» Grande cruauté de brufler pour arreJter vu flux de fang, veu qu'il y A autre moyen 362 Douziefme Hure des Conciliions, maiftres, pour auoir prefcription de temps,& licence demal-faire, y voulant toujours perfeuefer, A ainfi mefmes que Ton fait quafi ordinairement en toutes chofes , tu en rendras compte deuant Dieu,& non deuant ton pere ou tes bons maiftres pradidens, qui traident les hommes de ft cruel- le façon. La maniéré de four future la curation du membre amputé. Chap. XXXVI R pour reprendre noftre premier poind,ôc paracheuer la cure encommencée par le moyen des remedes propres 8c conucnablcs à nos vlceres,il faut premièrement noter, Kqu’auparauant que d’ofter les liens defquels on aura lié les vaifteaux, il conuient que I l’agglutination d’iceux foit faite j 8c de peur qu’il ne vienne nouueau flux de fang*: qu’ils foient couucrts de chair, qui fe fera en appliquant delfus quelque remedes froids, aftringens & emplaftiques, comme la poudre qui s’enfuit : arm.farinæ hordei, picis refinæ, gypfi alocs, nucum cuprefli, cortic. granar. incorporentur omnia fi- mul, fiat pul.fubtilis, de laquelle en fera afpergée 8c faulpoudrée toute l’vlcere par l’cfpace de trois ou quatre iours : puis après l’on n’en vfera qu’à l’endroit des vaifteaux qui auront efté liez , 8c en fera encore continué par l’efpace de huid ou dix iours,afin qu’on foit bien afteuré que les vaifteaux foient eftoupez 8c couuerts de chair : mais fur le refte de l’vlcere fera appliqué vn digeftif,& conti- nué iufques à ce qu’elle foit tournée à fuppuration. Car lors on quittera le digeftif pour prendre les medicamens mundificatifs , comme font ceux qui s’enfuiuenr. 2f. terebenthinæ Venctæ , lotæ in aqu. vitæ mellis rofaticolati fucci plantaginis, api] ôccentaurij minoris bul- liant omnia fimul vfque ad confumptionem fuccorum, auferantur ab igné, addendo farinæ hordei „ 8c fabar. theriac. Gai.fi. aloës, myrrhæ , ariftolochiæ, croci 9.j. fiat mundifica- tiuum. Or il eft ainfi que long temps après l’amputation, les patiens penfent encore auoir en fon entier le membre qui leur a efté amputé, comme i’ay dit : ce qui leur aduient, comme il me fem- ble, pource que les nerfs fe retirent vers leur origine, Car, comme eferit Galien au liure De motu mufculonim.)contradion eft la vraye 8c propre adion du nerf 8c raufclc : 8c quant à l’extenfion , ce n’eft tant adion que mouuement. Or les nerfs en fe retirant font grande douleur, 8c prefque fem- blablc aux retradions qui fe font au fpafme. Pour à quoy remedier, faut leur frotter la nucque,ôc toute la partie affedée aucc le Uniment qui s’enfuit, 8c qui eft de grande efficace contre fpafme, paralyfic,ftupeur,contorfions,diftenfions,ôc autres affedions, principalement des parties nerueufes prouenantes des caufes froides. 2JL. faluiæ, chamæpyt. maioranæ, rorifmarini, menthæ, rutæ, la- uand.an. m.j. florum camom. melil. fummitatum anethi ôc hyperici an. p. ij. baccharum lauri 8c iuniperi an. ij. radie, pyreth. g.ij. raaft. aflæ odoratæ ah. fi. terebenthinæ Ycnetæ ib. j. olei lumbricorura, anethi, & catellorum olei terebenthinæ iij. axungiæ humanæ croci 3-j. vini albi odoriferi tb.j. ceræ quantum fufficit : contundenda contundantur, puluerifanda pul- uerifentur, deinde macerentur omnia in vino per nodem, pofteà coquantur cum oleis 8c axungia prædidis in vafe duplici : fiat linimentum fecundum artem : in fine adde aquæ vitæ iij. Dauan- tage en traidant celle playe, il eft conuenable de procurer la cheute des extremitez des os, que la icie 8c l’air auront touchez : ce que le Chirurgien fera par l’application des cautères aduels fur lefdits os , en l’application defquels fe doit bien garder de toucher aucunement les parties fenfi— blés, mais en vfer diferettement, comme i’ay deferit par cy-deuant. Sur quoy tu noteras que les os ne fe doiuent tirer par violence ,ainsen les efbranlant peu à peu : defquels nonobftant ru ne dois cfperer la cheute de trente iours, ou plus, ou moins, après l’amputation. Ce faid, tu vferas des remedes propres pour confommer les chairs fpongieufes 8c fupercroiftàntes, comme font vi- triol bruflé, poudre de Mercure, ôc autres, entre lefquels l’alum cuit ôc puluerisé, en ce cas eft fort commode, li on l’applique feul, ou auec autres mundificatifs. De ces remedes tu pourras vfer iuf- qu’à l’entiere guarifon de l’vlcere, ôc les diuerfifier, comme tu verras qu’il en fera befoin. Poudre »- firingente emplafiique. Digefiif. Mundifica- tif. Liniment propre pour les ajfeftions dr nerfs. La os ne fe doiuent tirer par violence. Alum cuit propre aux chairs jpon~ gieufet. Hifloire mémorable d'vne mortification adaenue à vn foldat, auquel le bras fut coupé à la i oint are du coulde. Chap. XXXVIL ®riÉ8'E,sT imï auoir allez amplement traidé les moyens de curer la Gangrené ôc Ipha- cek : toutcsfois afin que tu puiftes mieux entendre ce que i’ay dit, ie te feray récit JyJ ( comme pour exemple ) d'vne cure que ie feis eftant àThurin au feruicede Monficur £y||| Marefchal de Montejan. Vn panure loldat receut au bras fcneftrepres la carpe ôc iointure de la main , vn coup d’arquebufc : au moyen duquel la balle auoit dilaceré q & rompu pluiieurs os , tendons, ôc autres parties nerueufes, dontfuruinr gangrené, puis efthio- mene : iufques à la iointure du coulde ôc iniques à l’elpaule y auoir gangrené, ôc en la moitié du Thorax grande inflammation, 8c ja notable à la préparation de gangrené, dont auoit k patient grands routemens, fyncopcs, inquiétudes, 8c autres mauuais accidens, denonçans la mort. Par- quoy ledit loldat fut delaifté de plufieurs Chirurgiens, 8c alors fus ftimuié d’aucuns de Tes amis de levifiter, ce que ie feis : 8c après auoir cogneu ladite mortification, prins la hardielle, fuiuant le commandement de noftre Art, luy couper le bras par la jointure du coulde , ôc en premier lieu luy, liay eftroidemcnt le bras au defliis du coulde pour les raifons fufdites : ce fait luy coupay le bras fans fcie,pource que la mortification n’eftoit outre la iointure du coulde : ôc là commençay l’amputation, incifant les ligamens qui ioignent les os. Et ne fe faut efbayr de telle amputation de la iointure : car Hippocrates en la quatriefme fedion de fon liure des Arti- cles, la recommande , 8c dit qu’elle efl fort facile à guarir, 8c n’y voit rien à craindre que la lyn- Hlftoire, Bref dif- cours d’vne amputation & feclion d’vn bras mortifié. Combufbons & Gangrenés. A cope , a came de la douleur en l’incifiôn des tendons «Sc ligamens communs. Mon incifion Faite(no- nobflant la ligature } luruinc grand flux de lang , à caufe des vai fléaux qui font en icelle partie, le- quel laiflày Fumfàmmcnt couler pour deicharger, alléger, 5c euentüer la partie, & auflî pour em- pelcher la gangrené qui efloit au bras.ja tendât à mortification. Puis arreftay ledit fahg auec cautè- res acluels,n ayant en ce tetnps-là autre rnethode ny Façon defairerce Fait,defliay doucemct la liora- tuie, 5v après Feis lut la gangrène pluheurs grandes 3c proFondes incifions , euitant la partie inter- ne du bras , à caufe des g roue s veines , artères, & multitude de nerfs qui y Font. Ët derccheF cautciilay quelques vues des incifions , tant pour au reflet le lang , que pour delîeicher «Sc conFu- mer aucune matière virulente imbue en la partie :puis appliquay des rcmedes cy-deuant eFcrits, fur icelle & Fur l’inflammation du Thorax, grande quantité de reFrenatiFs «Sc repercuflfîfs : pareille- ment epithemes Fur le cœur , «Sc autres choFes cordiales que ie luy donnay : leFquels remedes ic continuay, iuFques à tant que les rou terriens 5c autres accidents aduenus par le moyen des vapeurs efleuees de la pourriture, «Sc communiquées au cœur par les arrêtes, Furent ccdez «Sc appàiféz. Or ie ne puis obmettre à raconter (pour s’en donner garde ) que quinze iours après Furuint au panure l'oldat vn FpaFme : lequel i’auois parauanr prognofliqué, à cauFe du Froid , 8c qu’il efloit mal cou- ché en vn grenier , là où non Feulement auoit peu de couuerture, mais aullî efloit exposé à tous vents, Fans leu. «Sc autres choFes necelîàires à la vie humaine. Et le voyant en tel FpaFme «Sc retra- élion de membres, les dents Ferrées, les lèvres, «Sc toute la Faite tortue «Sc retirée, comme s’il euft ® voulu rire du ris Sardonic, qui Font lignes maniFeftes de conuulfion : émeu de pitié, 3c délirant Faire le deu de mon arr,ne pouuant autre choFe luy Faire pour lors, le fls mettre en vne eftable , en laquelle efloit grand nombre de beftail, 3c grande quantité de Fumier, puis trouuay moyen d’auoir du feu en deux rechauds , près leFquels luy Frottay la hucque , bras «Sc jambes, euitant les parties pectorales, auec linimens cy-deuant eFcrits pour les retractions «Sc FpaFmcs. Apres cnueloppay le- dit patient en vn drap chaud , le limant audit Fumier , l’ayant premièrement garny & couuert de paille blanche : puis Fut dudit Fumier tres-Tien couuert, où il demeura trois iours 3c trois nuicts lans Fe leuer: dedans lequel ht y Furuint vn petit flux de ventre 3c vne grofle Fueur : cependant il commença vu petit à ouurir la bouche , dont peu à peu luy ayday auecque tel inftrument, lequel ie mettois entre Fcs dents* Document pour le te une Chirurgien. *a*i* Mevens ge curltion du- dit Jpu/me, "Dilatai oïre a ouurir la bouche, lequel tourne à Apres auoir ouuerc la bouche par cedit infiniment, luy mettois vn petit ballon de faux, afin que la bouche demeurall ouucrte , ayant retiré ledit infiniment : de cependant qu’il ne pouuoit raalcheiy, ie luy faifois donner du laid de vache de œufs mollets : par ces moyens fut guary dudit fpafiné. Confeqncmment ie fuiuy la cure du bras, en réitérant l’application des cautères aduels fur l’extremité de l’os adiutoire, pour toufiours confirmer de feicher les humiditez eftranges : de te faut noter que le patient auoit grande deledation, lors qu’on luy appliquoit lefdits cauteres,pouf- ce qu’il difoit fentir vn prurit tout au long dudit os adiutoire, qui eftoit pour la chaleur commnni- D quée par le moyen defdids cautères le long de l’os. Ce que fouuentesfois auois veu aduenir à l’Hoftel-Dieu de Paris en cas femblables. Ainfi tombèrent grandes fqnamraes ou efcaillcs de Pex- tfèmîté dudit os, tant pour l’air extérieur, que pour l’application defdits cautères* Pareillement,ie fomentois fouucnt la partie affedée, pour toufiours la defieichcr & roborer : lefquelles fomenta- tions eftoient fai des aucc vn vin aufiere, gros de aftringent, auquel faifois bouillir rofes rouges, abfinthc, faulge, laurier, fleurs de camomille de melilot, anet, & autres medicamens predids : par ainfi fut guary le panure foldat. Parquoy faut que le Chirurgien ait toufiours deuant les yeux, que Dieu de Nature luy commandent ne lai (Ter les patiens fans faire toufiours fon deuoir, com- bien qu'il preuoye tous lignes mortels. Car nature fait fouuent ce qu’il femble au Chirurgien eftre impolîîble : comme tres-fagement nous demonftre l’vn de nos Dodcurs anciens , dilant, Comîngunt in morhis monfira,fient & inwatnra. Prurit plat- fant par le cautcre. JÎduertîfft* ment. Vin du douzième L 'mre des Contufionsy CombuH\onsy Gangrenés. table des chapitres du treziéme Liure , des VIceres,, Fit! u les& Hemorrhoides. E la définition çfi caufis des njlceres. Chapitre j ü es fis1265 es 'v^ceres' Chap. ij t Du prognoBk des ulcérés. Chap. iij W Mb C^>e a Œraiwn des ulcérés. Chap. iv De !' cere intemperée. Chap. v De douloureufè. Chap. vj De l' vlcere compliquée auec fupercroijfance de chair. Chap. vij De njermineufe 3 & putredineufi, Chap. viij De l’ylcere fordide. Chap. ix Des ylceres y iraient es ? corrodantes s cacoéthes, & chironiques 5 ou phegedeniques. Chap. x aAduertiJfement au ieune Chirurgien touchant la diBance du temps qud faut penfer les njlceres cacoëthes. Chap. xj Du bandage des ylceres. Chap. xij 'Des ylceres en particulier ? premièrement des yeux. Chap. xiij Des rvlceres du nez^y enfmble de la punaifie ou mauuaifi fnteur d'iceluy y diBe des Grecs Latins y 0%oena. Chap. xiv Des nulcérés de la bouche. Chap. xv Des <~vlceres des oreilles. Chap. xyj Des ylceres de la Trachée artere > OefophqgueJlBomachtâ InteBins. Chap. xvij Des rvlceres des reins de la njefie. Chap. xviij Des rvlceres de la matrice. Chap. xix Des varices, moyens de les couper. Chap. xx Des fiBules. Chap. xxj Qure des fiBules. Chap. xxij Des fiBules du fondement ou fiege. Chap. xxiij Des Hemorrhoides. Chap. xxiv TREZIESME LIVRE, TRAICTANT DES VLCERES. FISTVLES, ET HEMORRHOIDES. PAR AMBROISE PARE' DE LA VAL AV MAINE, Confeiller 6c premier Chirurgien du Roy. ‘Xte la définition & caufes des ulcérés. Chapitre premier. -A ® v s auons par cy-deuant traittë de la Nature, différence, caufes, lignes, & curation des playes fanglan.tes : Il faut maintenant parler des vlceres,qui %L eft vnefolution de continuité aux parties molles, non fanglante, ains inue- iQOm® fi tcrée,de laquelle fort pus ou fanie , quelquesfois eftant accompagnée d’vne 011 pluf eufs indifpofîtions, qui empefchcnt, 8c retardent l’vnion & confoli- dation d’icelle : ou pour dire plus briefuement félon Galien,chap.6.du liure II? ®e Conttitutîone artis, folution ne continuité faite par erofion. Les caufes font internes, ou externes. Les caufes internes, font humeurs pechans,plus en qualité qu’en quantité, 8c quelquesfois en tous les deux, lefquels pour leur malignité font erofon au cuir 8c parties molles. Ce qui prouient par vn mauuais régime de viurc,ou pour quelque vice qui eft en quelque partie principale, comme au foye, à la ratelle,ou par toute l’habitude du corps. Les caufes externes font, comme extrême froideur, qui occupera quel- le que partie, & principalement les extremitez,à fçauoir,bras & jambes, dont s’enfuit douleur,qui eft caufe d’attirer le fang &cfprits à icelle, qui fe corrompent par le défaut de la chaleur naturelle 8c extreme froideur, dont s’enfuit vlceration de la partie. Semblablement vlcere vient à raifon d’vn coup,ou froiffementjou pour application de medicamens acres, ou pour quelquecombuftion.Aufli contagion 8c attouchement peut eftre caufe d’vlcere : ce qui eft manifefte à voir en ceux qui ont vlceres aux parties honteufes , ou qui auront couché auec quelqu’vn qui auroit la maladie vene- rienne. Définition. Caufes. Caufes inter- nes. Caufes ex- ternes. 366 Treizième Liure des Vlceres, 'Figure , dW L'vlce-' re. Rond, tortu , Crochu, Triangle. ' Simple feul & fans adionctïo d'autre dtftoft- tion , duquel font prifes les différences, Propres de trois cho- fes, 4y?4- la Longueur. Lonç. C> Court. Larges. Eflroit. CMediocrC- Superficiel. Profond, CMoyen. Dimenfion en Largeur. Egalité 4 0» 1 inegaHté, vl- cere ( Prof odeur. Egal : aujlt long, large , profond, & ce tant en vn endroit qu'a Ineral au contraires. Temps, vlceres Recent > Inuetcré. De hricfue ou longue durée. sfpparence, \ vlceres ( Euident Caché. Du tout. En partie. Vlcere eft lution de con- tinuité en par- ticmol le, d'où fort matiè- re & finie : & eft double. Defihiré , Incisé. 'Partie defihiré , & partie„> incisé. Maniéré de génération, vlceres CM oins propres ou acciden- taire s de px comme du Coposé en p!u- ficurs manie- résout ne font Jtffe- rentes d'il- ocres, mais addi- tions d% 1 ceux, auec Générale, vlceres intérieur, pofierieur. Intérieur, extérieur. Supérieur, inférieur. Dextrey fenefire. Situation commencement, cyFu milieu. En U fin mufil,j■ iides , noirailres , c’eft ligne que le patient eft proche de mort, d'autant que les facultcz qui nourri lient le corps, lont debiles 3c languides,qui ne peuuent fecourir de fuc nourriflant la partie muiaae. Et félon i humeur qui fera à la partie 3 i’vlcereen aura la couleur : comme s'il y a quelque portion ucbile, fera iaunaftredé melancholie3liuideou noiraftre,& de pituite blanchaftre.Ceux qui ont vu ce tes accompagnez de tumeur ne tombent louuent.en conunlfion,& ne deuiennent pas fols ne 1 -feu fez 3 d autant que tels humeurs malings contenus en la tumeur, ne font communiquez aux pai nés nerueu/es,ny au cerneau , dont s'enfuiuent les fufdits accidens. Mais fi telle tumeur vient a s duanoiiir lans aucune caufe manifefte, comme pour application de quelque médicament refo- îunfj on par quelque flux de fang, à ceux qui auront vlceres au dos3aduicndra conuulfion,pource que 1a dudite matière fera retournée aux parties nerueufès,& auxmufclesdu Thorax, lefquels im- bus de cefte matière par rep!etion,feront fpafmc 3c conuulfion.Et ceux qui auront vlceres à la par-* tie antérieure,deuiendront fols,infenfez , 3c phreneriques, pour la multitude des veines & arteres qui fine en icelle, par lefqueîles telle humeur eft portée au cèrueau,dont s'enfuit phrenefie & ma- rne. Audi h clics occupent le Thorax,furüiendra pieurefic, ou empyeme,fila matière découlé en la capacité du Thorax. Les vlceres qui font accompagnez de tumeur laxe, lignifient conco&iondes humeurs qui font à la partie : 3c font plus faciles à guarir que ceux qui font accompagnez de tu- meur dnre,d'autant que la nature 3c partie du membre afledé n’en a fait encore concodion,laqueI- p> le naturellement en nous fe fait par elixation , 3c non par aflation , comme dit Ariftoteau 4. des Mcceor. qui eft caufe qu'aux tnmenrs,Ia mollette cft ligne de concodion 8c mitification de la ma- tière. Les vlceres qui font aux parties pileufes3quand le poil qui eft autour chet, ou bien quand le cuir qui cft autour fe deflcùre, font rebelles, malings 3c difficiles à cicatrifer,pource qu'ils demon- i t renr qu’il y a au profond dç la partie quelque mauuais humeur, qui ronge &corrode,tant le cuir que la racine des cheueux qui naifient 3c s’entretiennent en nous de l’exhalation d'vn fuc louable 3c nourrillant, d'où vient que par les longues fièvres,& par la verole 3c ladrerie, le poil tombe. Es vlceres où il y a carie d'os3fi la chair eft: linide,comme plombée,oü de couleur citrine,c’eft mauuais ligne : car cela dénoté que la chaleur naturelle eft efteinte, 3c que l'os fubjet eft grandement altéré 3c corrompu. Les vlceres qui furuiennent à caufe de quelque maladie , comme pour hydropifie, font tres-difficiîes à guarir : femblablement ceux qui font accompagnez de varices, de quelque in- temperatqre,ou qui ont les bords durs,de qui font de figure ronde. Tout vlcerc remply de chair & cicatriie, s'il fe renouuclle 3 eft en danger de tomber en fiftule : femblablement s'il occupe quelque tendon, cft difficile à guarir,& tres-doulourcux. Es vlceres qui n'ont efté raondifiez comme il ap- partientjs’engendrc toufiours fupercroi(lance de chair : s'ils occupent quelque bras ou iambe, ex- citent fouirent phlegmon , ou autre tumeur aux aines & parties glanduleufes, 3c principalement lî le corps eft cacochyme. Car telles parties font fubjettes à fluxion , pour leur imbécillité 3c rarité. Albucrafis dit , que pour neuf eau les les vlceres font difficiles à glutiner, incarner, 3c cicatrifer. q La première , quand le corps a faute de fang. La fécondé , quand il peche en qualité. La tierce3par i’indeuë application des medicamens qui neluy font conucnables. La qnatriefme, lors que l'vlce- re cft lordidc. La cinquiefme, quand l’vlcere eft putride ou pourry. La fixiefme3qnand en vnepro- uince il régné quelque peftilence, ou maladie epidemiqne,qui fait les vlceres difficiles à guarir. La fcpriefmc , quand il y a callohtc. La huiâriefnie , quand la nature du pais eft telle, que les vlce- rcs y font de longue durée, comme en Saragoce d'Aragon3ou les apoftemes durent vn an.La neu- ficimc,quand les os font carieux 3c corrompus. Cornélius Celfus dit qu'il y a aucuns lignes, par lefquels on peur cognoiftre combien il faut efperer ou craindre , touchant la curation : car les li- gnes qui nous dénotent quelque chofe de bon3(ontdormir 3c rcpos3librement refpirer,n’eftrepoint altéré,n'auoir en horreur 3c defdainles viandes,eftre exempt de fièvre , 3c li le malade l'auoit eue, ne l’auoir point:aulîî c]ue l’vlcere rende vn pus blanc, poly , 3c égal , 3c non de mauuaife odeur. Nous difons le pus eftre poly 3 quand toutes fes partiesdont cnites,& ne fe trouue aucune afperité à l’attouchement , qui puifle monftrer qu’il y ait encores quelque portion d’humeur crue 3c non incurie. Nous l'appelions égal,quand il n'eft point départies de nature diflemblables. Nous le di- fons blanc,qnand il cft non de couleur blanche parfaitement ,mais de couleur de cendre:d'autanC que telles chofes lignifient que la chaleur naturelle concurrant en la génération , furmonte celle qui eft contre nature 3 3c que la matière obc’it à l’opération de la chaleur, dont la mauuaife comple- xion du membre cft redifiée,& par confcquent, nature pourra mieux faire curation de l'vlcere. Or les lignes qui nous dénotent quelque chofe de mauuais font veille,inquietude,difficulté d’ex- pirer , 3c grande altération,defgouftemcnt,&: voir les viandes à contre-cœur,eftrefebricitant,& de l’vlcere fortir pus noir , limonncux 3c de mauuaife odeur : dauantage, quand la curation eft bien auancce, 3c s’il furnieryc flux de fang. Car, comme dit Hippocrates, Quand l’hémorragie & fou- daine eflluxion de fang forment aux vlceres, qui pour l'inflammation qu’ils ont font grande pul— fition, c’eft mauuais ligne, pource que telle eflluxion fortant de l'artere s'y arrefte allez difficile- ment ; 3c auffi pource que la partie eft lors moleftée d’inflammation 3c douleur, par laquelle le fang atténué 3c bouillonnant, fe delbonde tout à coup , rompant de violence fes canaux 3c arteres : a quoy s’enfuit vn autre inconuenient, fçauoir mortification de la chaleur naturelle, parla déperdi- tion de fang ; & par confequent faute de fuppurarion , 3c en fin gangrené. Il refte encore du pro- gnoftic à parler des excremens qui fortent des vlceres, à fçauoir vn nommé en Grec Jchor, 3c en Latin Sanies , lequel cft double;l'vn fubtil 3c virulent, comme on void fortir aux piqueures des nerfs 3c malins vlceres ; l’autre eft gras 3c glutineux, qu’on void ordinairement fortir des playes des jointures. Il en y a vn autre nommé Sarcles, qui cft encore plus gras { dont l’vlcere eft dite fordide ) de couleur noiraftre , autresfois rougeaftre, cendrée, inégalé, comme lie de vin 3c d odeur feride.- Hîpp.progn- liu.l.cha.Sy uippo. lit*t Apho. 6], Hîp.feEl. Apho. 67. Htp.liu.6, Apho. 4. Hip. Apho,- i. liu.’j. Hip de vie. Haï. cha.z. & f. du 4. de la Meth. Auicenne. Tour neuf caujes les vlceres font difficiles à curer & ci* catrifer. Corn.Celf. Signes dû mauuaife guarifo». Hippo.Uu.7-- Apho. il. T reiziefme Liure des Viceres. 370 Signes que le pus efi bon. La tenuité de la fanie iflant des vlceres qui eft rougcaftre,femblabIe àlaueure de chair,monftreque A la matière eft chaude , 5c fi elle eft blancheaftre, monftre qu'elle eft froide. Et celle qui eft blan- cIiejp0lie}C’eft à dire,douce au toucher, égale, 5c en petite quantité, auec vue vifquofité fans.nulle mauuaife odeur,fignifie eftre bonne,& que nature fait génération de chair. De la curation des viceres. Chap. I V. Deux poînBs notes font la curation des •viceres, Gai.4. & f. Met ho. Gui- don Traicié des viceres. Gai. 7. Met. V " cul'at^on des viceres deux choies nous font proposes : fçauoir l’vlcere Ample, ei** lequel n’eft accompagné d’aucun accident ,2c l’vlcere compolé ou compliqué aucc M fa caiife,maladie ou fymptome. Or l’vlcere fimple,entant qu’il eft vlcere,a vnc corn- ez mime indication de enration,à fçauoir exlîccation. Car tout vlcerc,entant que vlce- re,a befoin de deliccadon , 2c d’autant qu’il eft plus humide que la playe, il requiert aulîi plus grande deliccadon. Or lors qu’il y a plulîeurs complications qui accompagnent l’vlcerc, pour l’ordre de leur curation,Galien veut que le Chirurgien methodic fe propofe trois principaux poin6ts,qui font l’vrgét,la caufe,6c la choie fans laquelle la maladie ne Içauroit ellre oftée. Et pour facile intelligence de ce, ie te donneray cet exemple. Pofons îe’cas qu’il y ait vn vlcereà la iambe, fitué à la partie intérieure,vn peu au delîusdu malléole , eftant fort doulourénx,caue,putride,auec carie en l’os,de figure ronde,ayant les bords calleux 2c durs,auec tumeur 2c inflammation des par- g ties voifines,& accompagné d’vne varice. L’ordre de curation de tel vlcere fe doit commencer aux choies vniueiTelles,ayant efgard à l’habitude de tout le corps,qui elt plcthoric 5c cacochyme : lel- quelles indifpolitions pourront eftre amendées par les lix choies non naturelles ordonnées par le doéte Médecin ; ce qu’eftant deuement fait oflera la caufe dudit vlcere. Car tel eft le commande- ment de Galien, chap. i. du 4. liure des Medicamens félon les genres. Si ( dit-il} le corps a beloin de quelque préparation , il faut qu’elle foit faite deuant que toucher à l’vlcere. Car fouirent pour la guarifon de quelques viceres,la leule purgation fnflit, à autres la lenle faignée , à autres tous les deux, félon que la caufe de l’vlcere cfl cacochyrae,ou pléthore,ou tous les deux. Et quant à la cure particulière,nous aurons efgard à ce qui eft le plus vrgent, qui fera premièrement de feder la dou- leur par rcmedes contrariants à icelle ; comme fi c’eft à raifon d’vne intemperaturc phlegmoneuie qui dés long temps a occupé, diftcndu,& endurcy la partie , elle fera oftée par enacuation, faifànc premièrement fomentation d’eau chaude,afin d’amollir 2c relafcher le cuir, 2c que l’euacuation des humeurs'contenus fe fafle plus aifément : puis on fera des fcarifications pour euacuer le fang , fé- lon que l’on verra eftre neceflaire. Si le malade eftoit délicat, ne voulant tolerer icellcs fearifica- tionsjon appliquera des fangfucs : puis fera mis fur la partie vn eraplaftre de Cerat réfrigérant de Galien, oui autre femblable : 2c pour paracheuer à vacuer l’humeur arrefté , on vfera de remèdes conuenablcs,felon la doétrineeferite és tumeurs contre nature. Celafait,on aura efgard à la chofe, fans laquelle la maladie ne pourra eftre oftée,qui fe fera en gardant l’ordre des fufdites difpofitions compliquées : comme la Carie,laquelle fera oftée par cautères a6buels,& en l’application d’iceux on fera de forte, que l’on rendra l’vlcere d’autre figure que rondc,à fçauoir longue ou triangulaire, 6c par ce moyen on confommera la callofité, 2c la pourriture de l’vlcere fera corrigée : puis on procé- dera à faire cheoir l’efcarrc:ar le toucher, la Tentant rude 6c dure. Telle intemperature feguarira par remedes humeëlansffai- fant vne fomentation d’eau tiède, fuyuant l’opinion de Galien ,au linre 4. de la Metho. ou bien hydrelæo , c’eft à dire , huile 6c eau (ayant efgard, comme nous enffigne Galien , que fi le corps eft plethoric ou cacochyme, il le faudroic premièrement purger 6c faigner , craignant d’attirer dauantage à la partie. Telle fomentation fera continuée iufques à ce que la chair vienne rougea- ftre , mollalîe ,.6c humide , 6c que la partie s’enfle vn peu : car fi on cohrinuoit dauantage, on re- foudroit l’humidité qu’on auroit attirée. La fomentation faire, fera mile fus l’vlcere tel ou ffm- blable remede. 1JL. cremor. hordei ij. fol. mal. in aqua coët. j. pingued. porc. j. fi. raellis commun. fi. mifee inmorrar. 6c fiat vnguent admoueatur parti, præmil, fotu. L’intemperature g humide fe cognoift par la quantité des excrcmens que jette l’vlcere , par la chair baueufe 5c fuper- croiliante : parquoy faudra vfer de remedes plus fecs, tels que font les Sarcotiques, ayant efgard à la quantité de la matière, & à la nature de la partie,6c autres indications effrites cy-deffus. Entre autres remedes Galien Hure 1. Defimpl. med.facult.chap. 7. loue fort Peau alumineuffrcar elledeff feiche,mondifie , 6c fortifie la partie. On peut auffi fomenter la partie vlcerée, d’vne telle déco- ction. IfL. rofar.rub. abfinrh. betonicæ ,tapfi barbat. an. m. j. gallar.nucum cupreff.an.g.ij. alumi- nis roch. 5. j. fiat decoët. in vino auftero ,de quo fiat fotus. La fomentation faite, fera appliqué fus l’vlcere de Hemplaftre de ccrufa de minio , 6c autres. Ic lotie fort la poudre d’alum calcinée, mile en petite quantité, pour l’experience quei’en ay fait. Quant à l’intemperature chaude elle fera • cogneuë par la couleur rouge, ou iaunaftre , par l’attouchement du Chirurgien , 6c par la douleur que fendra le malade ,ainfi que monftre Galien Hure 4. de la Méthode. Lors nous aurons recours aux remedes refrigerans , comme l’onguent rofat de meffne, refrigerans Galeni Populeum : aufîi les compreffes 6c bandages feront trempées en eau de plantain , morelle , oxycrat. l’ay founenc pratiqué les ffarifications profiter plus quêtons remedes, ou bien les fangfuës : car pat tel moyen le rang efchauffé 6c préparé à corruption , eft ofté de la partie, 6C de tel fardeau grandement def- chargée. L'incemperacure froide fe cognoiftrapar la couleur blanche, par l’attouchemcut du Chi- rurgien , 6c fendaient du malade, lequel dit fentir froid à la partie. Pour laquelle guarir, tout au- tour de la partie refroidie feront appofez bouteilles pleines"d’eau, chaude ou veflies de porc à de- £ my remplies d’vne telle decoëdon. origa: puleg.camomill.melilo. an. m, j. abfinth. fai. raaior. roril. an. m. fi. dccodl:. in vino generofo, addendo aquæ vitæ q. fatis. L’vlcere pourramefme eftrc fomenté, auec efponges trempées en cefte dite decoéfion. Pareillement on vffra de l’emplaftre de meliloro,oxycroceum de Vigo? cum 6c fine raercurio. Or fi l’vlcere eft compliqué, auec deux for- tes d’intemperatures, les remedes pareillement feront dinerfifiez félon icelles, 6c touchant le refte de la guarifon , elle fera paracheuée , comme a efté dit cy-deffus, en mondifiant l’vlcere,puis l’in- carnant afin de le rendre à cicatrice. Signes de Vint température feîche. Curation. Signes de Vin. température humide. Curation, Signes pour cognoifire l’intempera- ture chaude. Curation, Signes de Vin• température froide. Curation, De l'vlcere douloureux. C h a p. VI. O v v h n t à rai Ton dcfdites températures l’vlcere eft fort douloureux. Pour à quoy remec^er > on aiira recours aux remedes fufdits,6c où la douleur perffuereroit, 6c ne voudroit obéir à iceux, on palîeroit aux narcotiques. Tels font les cataplaîmcs faits ex mandragoræ,fymphy. hyofcÿami, iolani, cicutæ, 6c oleis eiufdem,aufquels on adioufte oleum papaueris, mandragoræ,opium, vnguentum populeum, 6c autres femblables , deferitsau Hure des Tumeurs,parlant delà douleur. Mais H telle douleur luruientpour quelque malice 6c virulence d’humeur , lequel forment corrode 6c ronge la chair 6c bords de l’vl- cere, ne pourra cftre appaifee par remedes anodyns ny narcotiques, ains au contraire augmente- Y) rade plus en plus,eftant dauantage irritée par remedes doux & gracieux,que s’ils eftoient plus forts. Pourquoy pour appaifer telle douleur,faut auoir recours aux remedes forts & catheretiques: car aux maladies fortes, faut vfer de forts remedes. Parquoy il fera appliqué fus l’vlcere vn pluma- ceau, charge 6c couuert de noftreÆgyptiacfortifié tout pur,ou bien vn peu d’huile de vitriol, ou d’vnmondificatif, auquel on aura adjoufte pouldre de mercure. Tels remedes ont vertu d’obtundre Sc abbatre la virulence , & malice de l’humeur qui entretenoit la douleur : cependant tout autour d’icelle, feront mis remedes réfrigérants, craignant que la douleur cauféepar le remede acre ne face fluxion à la partie. Comme Von fait aux charbons chancres vl~ cerex*, Aux fortesv maladies, forts remè- des. De l'vlcere compliqué auec fupercroijpmce de chair. C h A p. VII. N l’vlcere,tant pour la négligence du Chirurgien , que pour la faute du malade > furuiènt vue chair fuperfluë plus qu’il n’eft de bcfoin, eftant quelquesfois enuironnce de bords ou lèvres dures 6c calleufcs. Si telle chair eft mollaffe ôc baueufe, fe pourra ofler pai re- medes deficcatifs, comme font galla,thuris cortex,aloës1tiulüa,autimonium,pomp>holyx chalcitis. L* chair fu~ percroiffante prouient aux vlceretcotua. Treizième Liure des VIceres, plumbum vftum, brûliez ôc lauez s’il en eft befoin, defquels feront faits pouldres ôc medicamens, A auec vn peu d’huile ôc cire. Et où tels remedes ne feront fuffifans , la chair eftant dure ôc ferme, faudra d’iceux pafter aux cauftiques,ou bien la couper. Car comme dit Galien liure 5. de la Meth. chap. 6. d’ofter la chair fuccroiftànte n’eft œuurede nature, comme l’vnion & génération d’icelle, mais c’eft l’œuure du médicament fort dcfteichant, ou la main du Chirurgien, Entre autres reme- des , ie loue fort la poudre de mercure , auec portion d’alum calciné , ou le vitriol feul calcine. Et quant aux lèvres de l’vlcere dures ôc calleufes , feront amollies par remedes emolliens, comme font , pinguedines vituli, anferis, gallinæ, anatis, olea liliorum , araygdalarum dulcium , lum- bricorum , catellorum , œfipus , mucagines altheæ , Uni, fœnugræci , gummi ammoniac, galba- ni, bdellij : defquels fimples feront faits emplaftrcs, onguent ôc Uniment : ou bien on vfera de i’emplaftrc diachylum, de mucaginibus, ou de Vigo cum raercurio. Apres auoir vfé quelque temps de ces remedes, fera appliqué vne lamine de plomb, frotté de vif - argent, laquelle a grande ver- tu d’applanir l’vlcere, ôc abbailfer les bords d’iceluy ; ôc où tels remedes ne feroient fuftifans,fau- droit appliquer remedes cauftiques. Que h la callofité eftoit fi dure, que les remedes ne pendent faire leur opération , faudroit premièrement les fearifier, ou bien les couper du tout, afin de don- ner prife au médicament ,ôc ce iufques au vif, comme dit Galien liure 4. de la Meth. chap. z. ayant cfgard au precepte d’Hippocrates, liure des VIceres. Que fi l’vlcere cft rond, luy faudra don- ner autre figure, à fçauoir oblongue ou triangulaire. De l'vlcere vermlneux dr putredineux. Chap. VIII. S Y e l egy e s F o i s es vlceres il s’engendre des vers : dont ils font dits vermineux. La caufe de ce , eft la trop grande humidité excrememeufc préparée à pourriture par la chaleur immodérée , ôc contre nature. Ce qui aduient, ou parce que l’vlcere eft né- gligé , ou pour l’intemperature ôc cacochymie de tout le corps ,ou de la partie, ou parce que telle humidité excrementcufe ne fe peut égourcr n’ayant libre ilîuë : ce que Ion void ad- uenir en l’oreille , nez , fiege , col de la matrice, & és vlceres cuniculeux. Pour guarir tels vlce- res ; faut premièrement que le médecin aye égard à toute l’habitude du corps, ordonnant la pur- gation ôc laignée, fans omettre la bonne maniéré de viure. Secondement faudra ofter les vers, puis ddîeicher cefte trop grande humidité. Parquoy l’vlcere fer;ï fomenté d’vne telle decoéHon, laquelle a vertu de les faire mourir : car les voulant ofter viuans , on feroit douleur , à caufe que fouuent ils tiennent à la partie vlcerée. abfinth. centaur. maior. marrub. an. m. j. fiat decoéfio ad ib. 15. in qua dilfol. aloe's 15. vnguen. ægyptiaci 5. j. I>e ce remede fera laué l’vlcere , ôc les plumaceaux trempez en icelle y feront laiftez. Or fi l’vlcerc cft finueux ôc cuniculeux , on fera injedion d’icclle decoétiqn. Archigenes loue fort ce remede. ccrufæ , poli j montani an. 3;.fi. picis naualis liquidæ q. f. mifee in raortario pro linimento. Sonnent la pourriture eft fi grande, qu’elle ne fc peut corriger par tels remedes ; Ôc lors faut paftér aux plus forts , mefmes au caute- C res aéluels, ou bien à la fedlion : toutesfois fuinant le precepte d’Hippocrates , nous commence- rons aux plus légers , fi la maladie le permet , comme de ce remede eferit par Galien , liure 4. pe compofition des medicamens. 2L. ceræ ib. j. ccrufæ viij. olei rofati ib. j. falis ammon. £* ammæ ij. thuris, alum. ærug. malicor. calcis viuæ an. j. fiat cmplaft. ou bien de ceftuy. terebinth. lotæ 3. ij. ceræ albæ 5. fi. liquef. fimul, addendo fublimati 5. fi. falis rorre- faét. ôc vitrioli calcinât, an. 5. j. fiat mundif. ou bien nous vferons de noftre egyptiac pur, auquel il entre du fublimé. Cependant les enuirons de l’vlcere feront munis de defenfifs, craignant la trop grande douleur. Remedespeur tirer les vers des vlceres. Ce remede fe lm mite* quantité'. De l'vlcerefordide. Chap. IX. V lcîKe fordide (après les chofes vniucrfèlles ) fera gnary par medicamens deter- fifs, en confiderant que fouucnt y a vn excreraent gros ôc cfpais , accompagné de cer- raine humidité ôc fanie fuperfluc,qui font commerempats ôc bouleuars fus les parties vlcerces,a(lbupiffant fouuent la force & vertu des medicaraens,pour forts qu'ils foienr. Il faut pour celle caufe premièrement lauer l'vlcere auccques telle decoélion. 2L. lixiuij coramunis ife. j. abfînth. marrub. apij, cent. vtriufquc,hypcriconis ah. m. h. coquant. in colat. quod fufficir. adde mellis rofa. §. j. vnguent. ægypt. £. fi. fiat decoclio : puis fera mis vn tel 1} apij Ôc plantag. ah. ij. mellis comm. j. fi. pulu. ireos Florent. ôc alocs ah. fi. fiat mundificat. Aufïî le vin doux , auquel on aura fait bouillir herbes deterfiues , comme panax , ari- flolochc , ablînthe, ôc autres femblables : puis y adiouller miel rolar , ôc eau de vie. Celluy lanc- inent deterge ôc defieiche les vlceres caues ôc cuniculeux. Le Chirurgien doit confiderer diligem- ment en combien d’appareils il pourra auoir defcouuert l'cxcrement fordide. Se dclfeiché l'humeur fuperflu : car quelqucsfois on pentoller tels excremens à vn lèul appareil : ôc quelquesfois auflî on ne le peut faire qu’à plufieurs fois, àraifon que la partie eft fort fenfible , ou que le corps eft déli- cat. Et lors qu'on aura derergé l'vlcere,faut euiter les remedes forts ôc acres, de peur d'inciter douleur, fluxion , inflammation ôc erofion,qui feroit caufe de rendre l’vlcere encore plus caue, parquoy on appliquera remèdes qui delléichent fans acrimonie , afin d'aider à Nature à engendrer &c produire la chair. Tels remedes font poudred'aloës ,maftic,myrrhe,ireos ,litharge,antimoine, racine de gentiane , farine d’orgc,& leurs femblablables ; puis appofer dcllus charpy fait de linge vieil ôc délié , Ôc par dellus vne lamine de plomb, frottée de vif-argent : Ôc feront lefdits deterfifs ôc defîccatifs , plus ou moins forts, félon qu’on verra ëftre necetfaire. Leut quantité ne fe peut bien Poudres m- e’Arnâtiutf. Fiftules & Hemorrhoides. 373 A delcrire : mais la faut çognoiftre par conjecture artificielle > qui fera quand on verra î’vlcere eftre trop humide, fec, ou aride. S'il eft trop humide, il fe cognoiftra par la quantité de la fanie , 8c par la chair baueufe,laxe & mollaffè. S’il eft trop deffeichéffl fe cognoiftra à raifon qu’il fera iec,jcttant peu d’excremens , enfemble parla mutation de la couleur de la fanie. Or quclquesfois par l’indelie application des medicarnens fort deterfifs 8c defieçatifs , les vice- res fe cauent, & jettent grande quantité de matière : ce qui trompe 8c déçoit fouuent les Chirur- giens : car voyans les vlceres jetter tant de fanie , ils y appliquent derechef encore de plus forts & acres remedes, ce qui nous eft confirmé par l'Hiftoire d’vn Empirique récitée par Qalien , lequel traittoit vn vlcere fordide , y appliquant vu médicament verd qui eftoit mordant & corrofif. Ce médicament conlummoit la chair fubjeéte, caillant douleur ôc chaleur à la partie, 8c parce moyen de iour en iour la rendoit plus caue : mais voyant que ledit vlcere jettoit beaucoup d’excremens, penfant que Ion médicament ne fuft allez dererfif, y adjoufta de plus forts deterfifs j 8c ce faifant l’vlcere jetta encore dauantage : dont eftant fort eftonné, il y adioufta derechef des remedes en- cores plus forts, pour cuider tarir l’excrement d’iceluy : mais de plus en plus l’vlcere fe cauoititel- lement que par fon ignorance il ne le peut guarir. Or la caufe pour laquelle l’vlcere jettoit telle quantité de fanie, eftoit que la chair fe colliquoit & fondoit en pus 8c fanie par la violence de fon P médicament trop abfterfif, 8c la douleur qui caufoit fluxion. Parquoy il faut bien auoir égard , fi l’vlcere eft deuenu fordide par erofion , ôc colliquation de la chair fubjeétc : comme auffi prendre garde, fi le médicament que Ion y aura appliqué , l’aura allez nettoyé. Ce qui fe cognoiftra par la douleur , 8c par les lèvres qui font plus rouges , 8c plus chaudes Et pour ces rai- fons faut diuerfifier les medicarnens, félon que Ion verra l’vlcere eftre trop humide ou fec, & que les corps feront plus forts ou robuftes. Or on appelle les corps forts, ceux qui font de tempéra- ture feiche , comme Laboureurs , Crocheteurs, Mariniers, Chalfeurs, ôc autres, de grand tra- uail, 8c qui demeurent en région chaude. Tels ont leur corps ferme 8c fec, eftant de couleur noi- raftre. Les foibles font ceux qui font de température humide , comme femmes, cnfans,eunnques, gens oififs 8c fedentaires, 8c qui demeurent en pais froid, tels ont leur corps humide & phlegma- tique, 8c par confcquent mol, blanc , 8c fort fenlîble. Et pour ce pft-il impoftible qu’vn médica- ment puiftè feruir à tous corps ; àcefte caufe il le conuient diuerfifier félon la température , tant du corps que de la partie vlcerée , de la faifon de l’année , région, âge, fexe, & autres chofcs pri- Tes des chofes naturelles, non naturelles , 8c contre nature, comme plus amplement i’ay deferjt en l’introducftion : combien que la quantité, qualité, 8c mixtion de tels medicarnens , ne fepuiffe au vray deferire, non plus que le meftange des couleurs aux peintres. Toutesfois le Chirurgien prudent par vne conjeéture artificielle prendra indication , que les corps robuftes , endurcis à la peine , de grand labeur , demandent remedes forts : car des doux ôc bénins n’en peunent auoir C aucun amendement. Au contraire ceux qui font de température molle 8c délicate, requièrent re- medes doux fans aucune erofion : autrement en lieu de vouloir produire chair en leurs vlreresffcs remedes forts la confommeroient ôc caucroient dauantage : comme les remedes doux & fans ero- fion appliquez és vlceres des corps robuftes , les rendroient fordides & fanieufes, 8c en fin putri- des. Bifoire. Grande an- notation le teune Chim utrgien. Indicatio des teperaturcs. Les remedet doiuent eftrt chdgez. félon les tempera• mens. La quantité & qualité mixtion des médicament ne fe peuuent bien deferir Des vlceres virulens , corrodans , cacoëthes , chironiques , ou fhagedemques. C H A P. X. E s Vlceres virulens & corrodans ne font difFerens les vns des autres , finon par le 1| plus ou le moins. Car l'vlcere virulent eft celuy duquel fort vn excrement, dit vul- i m gairement virus : lequel lors qu'il eft rendu plus malin ôc corrodant, mine 8c ronge 4$ WÊêÊ$L les parties fubjacentes 8c voilînes de l'vlcere, dont il eft dit pour lors corrpfif: ils * viennent d'vn humeur melancholic, erugineux & malin , 8c (muent les chancres de bien près. Tels vlceres font nommez de Galien, Hure quatriefrae, De la composition des medica- , mens , dyfepulotiques, c'eft a dire de difficile cicatrization. rappelle tels vlceres cacocthes(dit-il) P quand la partie Souffrante eft tant cakeétique & intemperée, qu'elle altéré & corrompt le fàngqui afflue pour la nourrir, ores que de foy fut bon 8c aile à digerer : dyfèpulotiques, quand le fang eft fi maimais ôc fi cacochyme, qu'il ronge la partie qui de foy eft tempérée : puis il dit vlcere nien , c'eft à dire, vlcere, qui eft bien fort cacocthe. Pour la guarifon , confideré qu'entre iceux il y a grande latitude 8c différence, entant que les vns font plus dyfcpulotiques & plus cacoëthes, les autres moins , il eft needfaire qifil y ait autant df nombre de medicamcns qui les guariront, que de différences d'vlceres. Parquoy ce n'eft de merueille, fi ceux font forment deceus de leur in- tention, lefqucls n'ont qu’vn médicament pour guarir tous vlceres cacoëthes. Gai. liu. 4. De la compofition des medicamcns ,chap. 4. recommande ce médicament fquam- mæ,ærug. raf. an. j. ceræ tb. fi. refinæ caricis j. fi. ea quæ liquari poffurit, aridis affundantnr. Telle emplaftre fera appliquée feulement fur l’vlcere,& à l'enuiron, pour engarder l'inflammation, ou autre médicament froid.Pareillement Galien au Hure fus-ailegué , loue fort cerernede : Epulo- tiqnc ( dit-il ) de Primion aux defefpcrez , c'eft à dire, aux vlceres, que maints Médecins fe font efforcez de guarir, mais ils n'en font venus à bout, & Ips ont délai liez comme incurables : il conr uient auoir fiance en ce médicament, tant pour autres chofes, que pource qu'il eft approuué par expérience. Vlceres fer~ parts , c'eft 4 dire,qui arp- bulet & cor. rodent, & caftent la parti*. Remed* d’Afclepitf* des. Car ex, ht rit appelles gla* die lut , oh glaieu. T reziefme Liure des Vlceres, c_Adu,erùffmenî au ieune Chirurgien , touchant la dtflance du temps qu’il faut penfer les vlceres cacoethes. Chap. XL O v R monftrer l’vfagc de l’emplaftre cy-deffus eferite d’Afclepiades, 5c pour la fau- re qui le commet auiourd’huy entre la plulpart des Chirurgiens , de penier deux ou [|| trois fois le iour les vlceres malins , caçocthes , 5c de difficile guarifon , eftimans par gd ce moyen pluftoft les guarir : l’ay bien voulu icy leur mettre l’authorité de Gai.(qui eft du tout contraire à leur pratique ) laquelle eft pareillement appuyée fur la raifbn. Alclepuides ( dit-il ) a bien fait d’adjoufter à la fin de la reccpte du médicament fufdit ce qui s’en- fuit. Ofte ta bande ôc l’cmplaftre tous les trois iours , 5c fomente l’vlcere : 5c lors que tu auras nettoyé ton petit emplaftre , 5c malaxé, remets-le deftus , eftant certain que fi vu médicament ne fejourne longtemps fur le corps, il ne profite aucunement : chofe qu’aucuns Médecins ont tant ignoré , qu’ils penfent trop mieux befongner , quand ils abftergent la fanie de l’vlcere trois fois le iour, que ceux qui ne les nettoyeur que deux fois. Et eft cefte mauuaife couftume tant inuete- rée , que les malades raefmes accufcnt fouuent les Chirurgiens de négligence, qui ne les habillent qu’vue fois le iour : mais ils font bien dcceus;car comme auez entendu 5c leu en plulieurs lieux de mes œuures, les qualirez de tous corps qui s’entretouchent, agillent l’vn contre l’autre, 5c tous deux patilîent quelque chofe, 5c fuft l’vne d’icelles beaucoup plus forte que l’autre : au moyen de- ® quoy lefditcs qualitez s’vnilîcnt 5c fermentent auec le temps, combien qu’elles foient de beaucoup différentes : de maniéré que la qualité du médicament s’vnit, 5c quelquesfois deuient femblable à celle du corps, qui eft chofe fort vtile, Parquoy deuez louer celuy qui premier a inuenté d’vfer encores , 5c de remettre le premier emplaftre, «Se l’imiter : d’autant qu’auez plus cogneu par expé- rience Ion inuention eftre bonne. A iufte raifon il a encores commandé , qu’on fomente l’vlccrc tons les trois iours, c’eft à dire toutes les fois qu’on l’habillera : car eftant le médicament fort, ce n’eft de merueilles s’il a befoin de quelque mitigation. Telle authorité de Galien peut eftre con- fermée par raifons. C’eft chofe toute notoire , que les médicament nc pcuuent agir , finon par le bénéfice de la chaleur naturelle, laquelle doit exciter la faculté du médicament à faire fon opéra- tion. Or eft-il ainfi, qu’en tels vlceres malins 5c rebelles , la chaleur de la partie eft foible, langui- de , 5c quafi comme cachée 5c enfeuelie par la chaleur effrange 5c contre nature , de forte qu'elle ne peut fi toft fe mettre en euidence 5c effort, pour exciter 5c efueiller le remede à faire fon opé- ration , 5c pour ce a befoin d’efpace de temps : de forte que lors qu’il feroit excité à fon ceüure,& comme au milieu de fon opération , la chaleur eftant attirée , 5c s’eftant fortifiée , fi vous deman- dez la partie 5c oftez l’emplaftre , l’vlcere fera expofé à l’air , qui rendra la chaleur plus foible 5c petite, la repouftant au dedans ; 5c le remede qui fera ja excité 5c éguillonné à agir 5c operer , per- dra cefte première force acquife , de forte que le remettant en vn autre, il faudra toufiours recom- q mencer noiuiellc befongne, n’ayant permis qu’il euft fait toute fon opération en imprimant fa faculté à la partie vlcerée. Pareille faute font ceux, qui en habillant fi.fouuent les vlceres, les elluyent bien fort : car ils oftcntnon feulement l’excrement inutile, qui eft la boiie 5c fanie de l’vlcere, mais aufli le naturel, qui font Ros, Cambium 5c Gluten , dont eft engendrée la chair bonne.& louable en l’vlcere. Parquoy pour les raifons fufdites, il n’eft befoin de fi fouuent pen- fer les vlceres : s’il n’y a accident qui y furuienne , ny de les elfuycr fi foigneufement. Gai. Itu. 4 de la Compofi tion des mé- dicament, fe Un les genres. Grande an- notation. Raifon fui- u*nt i’ autho- rité. Autre faute touchât ceux qui effuyent les vlceres. Du bandage des vlceres, C H A p. XII. lî'ppocrates a eflépremier inventeur de cefte maniéré de bander. nc vcux oll^^,er demonftrer la manière de bander & lier les parties vlcerées:C’eft BSj que la bande commencera fus l’vlcere , 5c foit tant large , qu’elle comprendra non feulement l’vlccre, mais auffiquelque portion des parties fuperieures & inférieures, 5c qu’elle comprime médiocrement fus l’vlccre , afin qu'elle expurge les humeurs hors dudit vlcere. Ce faifant, on la rendra plus leiche, qui eft la voye de guariion, comme dit Hppocrates au commencement du liure des vlceres. Et ne faut que la bande foit ferrée trop fort ny trop lafche: car la forte feroit douleur & fluxion, &c la foible ne feruiroit de rien ; 5c partant il faut en toutes chofcs médiocrité. On peut tremper les compreifes 5c bandes en oxycrat, ou en gros vin auftere, 5c principalement en Efté. Le bandage fait, la partie doit offre tenue en £) repos ; comme fi i’vlcere eft; aux iambes, le malade fui liant la dcélrine d’Hippocrates, ne fc tien- dra debout, ny afïïs, mais couché au liét, faifant exercice de fes bras en les maniant 5c baillant, ayant de groftes baies pelantes, comme de plomb ou d’autre matière. Au contraire, fi l’vlcere eft au bras, il exercera les iambes en cheminant ; Et où il ne pourroit cheminer, on les luy frottera , enfemble les cnilles en deualanr en bas : afin de faire reuulfion 5c deriuation des efprits 5c humeurs , qui fluent à la partie vlcerée, en trop grande abondance. Des vlceres en particulier, & premièrement desTeux. C h A p. XIII. SpF O v s auons par cy-deuant expofé les différences des vlceres , canfes 5c fîgnes d'iccux, & combien il y ena, & quelle eft l'indication d’vn chacun , enfemble leur curation: maintenant refte à fpecifier ceux qui occupent quelques parties : car félon Galien i liure qu u.i me de la Méthode , diuerfe indication doit eftre prife de la fîtuation , forme & figure , de rvtiiicc 5c vfage,& du fentiment aigu, ou hébété de la partie. Et pour ce commencerons aux Fiftules & Hemorrhoïdes. 375 A vlceres des Yeux. Telles vlceres aduienncnc fouuent, comme dit Celle liure 6. chap. 6, àraifbn de quelque puftule, ou pour quelque fluxion d'humeurs acres , qui corrodent les membranes , ou pour quelque coup. Paulus Ægineta liure troifiefme en remarque telles différences. Si l’vlcere eft fltué en la membrane cornée , & qu'il foit caue ( dit-il ) eftroit 5c net , les Grecs l'appellent-#0- tryon : que s'il eft plus large, moins caue & profond , cfl nommé Cceloma : &c lors que l'vlcere eft: au cercle de la pupille , eft dit Argemon. S'il eft crouteux 5c fordide , eft appellé Epkanma, Iceux en général requièrent vne femblable guarifon comme les autres, à fçauoir eftre raondifiez,incar- nez , dellèichez , & cicatrizez : mais particulièrement la partie demande remedes plus doux & moins douloureux. En premier lieu , le malade fera purgé , baigné , laigné , tant du bras que des veines 5c arteres temporales , «5c pour les remedes Topiques , afin de deftourner la fluxion, luy fe- ront appliquées ventoufes derrière les cfpaules auec fçarifications, s'il en eft befoin ; ou bien vn gros pain bis chaud , arroufé d'eau de vie «5c bon vin lus la nucque du col, & fus le front & tem- ples en forme de frontal, «5c vne cmplaftre aftringente , comme celle contra rupturam , ou l'on- guent cornïtijfx., 5c deficcatiuum rubrum meflez enfemble , 5c dedans l’œil fera mis tel collyre,def- crit par Celle au lieu fus-allcgué , approuué par Hollier. f. æris vfti, cadmiæ vftæ 5c lotæ myrrh. opi j,an.3.ij. acac.gum.Arab.an.5.iij.cum aqua fingitur collyrium, quod liquore oui dilîbl- uitur. Le Chirurgien doit prendre garde à la douleur, 5c pource par interualle fera bon d'vfcr de quelque collyre anodyn : afin d’accouftumer l’œil au fufdit. Aulli on pourra faire collyres de de- 13 coétion de plantain , abfinthe, fenugrec , y diftbluant fuccre candi , tuthie, gomme diatragacan- thi , myrrhe, 5c vn peu de vitriol. L'vlcere eftant mondifié fera incarné d'vn tel remede.^.farco- collæ nutritæ in laéL mulieb. 3 iij.pul.diærcos fimpl.gummi Arabici, tragacanthi, an.g.fl.mucag. fœnug.qüan.fuff.vt inde fiat collyrium.il faut noter qu’aux vlceres qui font fort humides,les pou- dres font plus conuenables que les collyres. L'vlcere remply, la cicatrice fera faire par vn tel col- vt decet,cerufæ,antim.olibani an.3.fi.myrrhæ,farc. fang. draco. alocsjopij an.B.fl.cum aqua plantag.fiat collyrium. Ou bien la poudre fera mife feule. Celfeliu.6. chap, 6.remarque deux vices d'icelles cicatrices : car ou elles font grolfes comme enlcuées, ou bien canes. Si elles font caues , elles demandent d'eftre remplies par vn tel remede.^Æ.papauer. lacrym. 3.fl.fagapeni,opop.an.3.j..fl.ærug.3.j.cumini 3.iiij. piperis 3.1'j. cadmiæ lotæ, ceruf. an. 3.j.fi. cum aquapluuiali , fiat collyrium. Si la cicatrice eft groflé 5c efleuée , il recommande tel collyre. f. cinamo.acaciæ an.3.fi.cadmiæ lotæ, croci,myrrhæ , papaueris lachrymæ, gummi Arabici, an. 3,j, piperis albi, thuris an. 5.).fi.æris combufti aquapluuiali fiat collyrium. Or fi la cicatrice eft fus la cornée , 5c qu'elle couure la pupille, le malade ne pourra veoir de cet œil, à raifon que l'efprit vifuel ne peut reluire au trauers, n'eftant tranfparente & lucide comme auparauant. Et eft à noter , que les cicatrices qui font à la cornée , font blanches, 5c celles de la conjonétiue font rouges , d'autant que la conjonftiue eft plus garnie de veines ,que la cornée, lefquelles remplies q de fang , qui y eft coulé 5c forty dehors, fait que çefte partie demeure ronge. Or la cornée eftant du tour fpermatique 5c exangue , ne peut receuoir cefte fluxion de fang : mefme la matière qui la doit nourrir, enuoyée à icclle pour s'aflimiler , eft de couleur lucide «Sc tranfparente, laquelle ma- tiere endurcie par la chaleur, deuient blanche, comme il appert au blanc d'vn œuf, qui deuient blanc eftant durcy par le feu. Caufes du vlceret de» 'uerefiC ’ Cm*. Collyre de Celfe‘ ment au chi- rurgien. v>ce c>m catrices qui viennent aux yeHX' cicatrice caufe d« Pomquoy les cicatrices des y*u}cfont de ifff* C0**' Des vlceres du enfemble de Upunaïfic ou mauuaife fenteur d'keluy, dite de Grecs & Latins O’fœna. Chap. XIIII. V m A ï s i e ou Ozæna, n’eft ancre choie qu’vn vlcere profond & puant » qui cffc au SUPsWf dedans du Nez , duquel forcent plufieurs crouftes de raauuaife odeur. Celle les ap- ®|M|| pelle vlccres puants de mauuaife odeur , de de difficile guarifon. La caiife defquels, comme eferit Galien liure 3. Delà compoficion des medicamens félon les lieux, chap. 3. prouient d'humeurs acres & pourris , qui tombent de la tefte dedans les na- zeaux, vers les apophyfes mammillaircs. Pour la guerifon, il eft neceflaire d’vfer de bon régime, puis après préparer l’humeur péchant, de eftant préparé , le purger par medednes connenables, de melme par la faignée, fibefoin eft. Apres faut defeichcr de roborer la tefte ,afin qu’elle ne re- D çoiue , de qu’elle ne renuoye aucun excrement en bas. Puis faut venir à la partie vlcerée, & tafeher àrelèichcr l’vlcerc, par medicamens qui ayent vertu de repoufter l’humeur & le refondre : comme font le vin de grenade, cuit à la moitié en vn vaifteau d’airain , poudre de coral, fandaux , poudre de calamité , de nafturtium, d’hellebore blanc ,fuc de ranunculus, auquel on adiouftera de l'alum, de autres qué Ion peut lire en Celfe. Galien au lieu allégué , dé l’authoricé d’Archigenes, confeille que Ion tire le ius de calamcnt par le nez , de qu’on feiche ledit calament, & eftant mis en poudre bien fubtile, qu’on le fouffle auec vn petit canal, comme par vn tuyau de plume dedans le nez. Au- tres vfenede cefte poudre. If., rofarum rubrarum, myrtil. calam. aromat. radie, ang. gent. macis, caryophyl.ah.5,ft.camph.amb.g.iiij.mofci g.vj. fiat pul.fubtilis.Manardus en fes Epiftres,liure zo. Epiftre y.loüefur tout le caput pnrgium,fait ex vrina afinî. Et là où le mal feroit tant enraciné qu’il ne fe pourroit appaifer par les fufdits remedes , il faudroit auoir recours au vitriol, verd degris, fel ammoniac, de alum auec vinaigre. Souuent les os Ethmoïdes s’altèrent par telles vlceres.Que fi cela aduenoit, ne les faudroit tirer par violence, mais les lailler feparer par nature , faifant petites inje- ctions , auec eau de vie, en laquelle on auroit infufé les poudres cephaliques pour ddfeicher l’alté- ration d’iceux, x Liu.6. ch.t. Cure, Remette d'Archi* genes. Il faut laiffer cheotr les os de foy-mef- me. T reiziefme Liure des Vlceres, Des vlceres de la bouche. Chap. XV. E s vlceres delà bouche, des Grecs font dites Aphræ , maladie familière aux petits m enfans, comme il eft noté au troifiefme liure des Aphorifmes. Telles vlceres fou- || uent commencent parles gcnciucs, 8c cheminent iufqu’an palais ; 8c en fin gagnent iufques à la luette &gauion, comme monftre Celfe liure fixielme chapitre 11. Ga- & üen Comment.du troifiefme des Epidemies,en fait de deux efpeces, dot les vues font allez traiétables, les autres malignes 8c rebelles. La caufe pour les petits enfans vient à raifon de la delicateftè de leur bouche, eftant mollafté, tendre, 8c facile à exulcerer, enfemble aufti les excre- mens acres, dont s’enfuit vlceres malins. Pour la guarifon , faut eniter toutes viandes qui échau- fent:& fic’eft vn nourriftbn,faut que le laid de la nourrice foit redifié par viandes rcfraichi liantes, bains, 8c fomentations à fes mammelles d’eau tiede, comme commande Celfe liure fixicfme chap. 11. Et quant aux remedes Topiques, ayant égard à l’âge, faut vfer des remedes qui opèrent prom- ptement , attendu qu’ils ne peuuent demeurer longuement fur la partie vlcerée: & pource ont be- foin de fubite opération , à fin qu’ils facenten vninftant telle adion, comme s’ils eftoit foibles, ils pourroient faire en vingt-quatre heures, demeurans toufiours fur la pâlie. Donc fi l’vicere eft ma- ligne,fera touchée d’eau forte efteintc(diteeau de Separation)ou auec la commune qui n’a feruy ,à laquelle on adiouftera pour vne goutte d’icelle , cinq ou fix d’eau de fontaine ou de puits, plus ou moins félon la malignité. Aufll on pourra vfer d’huile de vitriol, de foulphre , d’antimoine, d’eau fublimé, 8c autres femblables. Aëce veut que relies vlceres putrides ioient corrigées auec— ques huile bouillante , trempant en icelle vn floc de laine, attachée au bout d’vne elprouuette,puis l’appliquer fur la partie vlcerée , iufques à ce que de toute part elle appareillé blanche, 8c qnel’vl- cere foit applanie. Par ce moyen on arrefte lacorrofion de l’vlcere,& fait-on que la chair faine s’a- uance, pour remplir 8c couurir ce qui eft rongé 8c confommé. Apres telle cauterifation , on vfera d’vn tel gargarifme , lequel profitera aux vlceres non malignes. IJL. hord. inte. p. j. plan, ceterac pilofel.agrira. an.m.j. fiat decod. ad tfe.j. in aqua dilEmel.rof.|.ij. diamor. fi.fiat garga. Sembla- bles gargarifmes peuuent eftre faits d’écorce de grenade, balaufte, fumac, berberis, rofes rouges, y dilfoluant du diamorum 8c dianucum auec vn peu d’alum. Gai. chap. 10. liu. 6. de la Méthode, dit que les vlceres de la bouche fimples, doiuent eftre guéris par medicamens, qui deftéichent médio- crement, comme diamorum 8c dianucum, 8c que fi elles font autres, faut vfer de plus forfs reme- des. Lors que telles vlceres font au palais , faut les traiter plus foigneufement, craignant quepar la chaleur 8c humidité de telle partie, l’os eftant rare 8c fpongieux , il ne s’altere 8c corrompe 5 qui feroit qu eftant tombé, le malade parleroit régnant comme nous monftrerons au liure , D’adiou- fter ce qui défaut. Que fi l’vicere eft verollique , faut auoir recours à Ton alexitere, qui eft le vif- C argent, lai liant tous remedes communs. Or fouuent il y a des vlceres fiftuleufes aux gencines, dont s’enfuit carie à la racine de la dent, 8c en fin l’vicere pénétré par dehors , comme fous le menton: ce qu’aucuns eftiment eftre elcroülles, eftimans eftre incurables , ne fe pouuant guarir par aucun remede fufdit. En relies vlceres faut fuiure le confeil d’Aëce, & de Celfe, liure 6. chap. 1 3 qui eft: arracher la dent offenfée; car par ce moyen on extirpera lafiftule, la genciue s’abaiftéra , 8c ce qui refte de la curation,fera plus facile,pource qu’il n’y auoir que la pourriture de la dent qui l’entrete- noit. Et quant eft des vlceres de la langue, elles ne fequierent autres remedes que celles de la bou- che : vray eft, comme dit Celfe liu. 6. chap. 12. que celles qui font aux collez font plus difficiles à guarir, 8c qu’il faut prendre garde s’il n’y a point quelque dent aiguë qui luy touche, laquelle s’il eftoit ainfi , la faudroit limer. Différences. Cure. Faut vfer de remedes qui eperet prom- ptement. Remede d'Aëce. Gargarifme (fi (iules des ltendues. Vlceres de U langue Des vlceres des Oreilles. C h a p. XVI. E adaient vlcereau conduit de l’oreille, ou par caufe externe , comme coup, cheurc, 011 pour vne apofteme. De telles vlceres fou lient fort grande quantité de matière, m | dz font aux corps des vieilles femmes. Signes. Cure. Vrognofiie. Fiftules & Hemorrhoides A Galicn commande les remedes fort dcficcatifs : afin d’eiurer la pourriçure,à laquelle celle partie pour fa chaleur 5c humidité eft lubjede, de comme fentine de tous les excremens du corps. Si l’vl- cere eft au profond, on fera telle injedion. integri p.ij.gaiaci j.rad.ireos g.fLabfinth. piancag. centaur.vtriufquean.m.j.fiat dccod.in aqua fabror.an.tfe.ij.in quibus dilf. mellis rofati 3c fyrup. de abhuth. an. iij. fiat injeélio. Si lafeteur ne ccfloit, entre autres remedes i’ay iouuent ciprouué cetuy. If., vini rubri ife. j. vnguent.ægyptiaci J.ij.bulliant parum. Tel remede corrige la pourriture «5c malice de l’humeur,laquclle fouucnt eft caufc de la douleur. Puis on pourra faire des parfums tels qui s'enfument. Prenez efcorce d’encens, maftic, graine de genévre, labdanum , de chacun demie once,orpigment rougc,ou citrin}5.ij. cinabre demie once, 5c feront formez trochif- ques auec rcrebenthine , pour jetter fur le feu,«5c en faire rçceuoir la fumee. Et s’il y auoit grande ardeur «5c inflammation,on feroit injeélion auec ius de plantain,5c de morelle, ou eau de forge, en laquelle on fera bouillir telles de pauot concalfécs, trochifques de camphre , «Sc autres femblables. Les vlceres mundifiées feront cicatrifées par eaux proprcs,comrnc eau alumineufe,eau de plantain, en laquelle on aura dillbult vn peu de vitriol ou aîum. Si telles vlceres degenerent en chancre, on aura recours aux remedes anodyns «Sc propres à telle affeélion , lefquels font amplement deferits ■ aux chapitres du Chancre. Touchant les vlceres du fondement, nous en parlerons au chap. des Fi- ftulcsjcomme de celles de la verge au liure de la Verolle. Les vlceres de la matri- ce fouifent dégénèrent en chancre. Des Varices , & le moyen de les couper, C h a p. XX. BA r i c e eft vne dilatation de veine, quelquesfois d’vn fimple rameau , quelquesfpis ! de plufîeurs. Aucunesfois elles font courbées 8c repliées en plufîeurs circonuolutions ‘ emmoncellécs : & peuuent venir en plufîeurs parties de noftre corps, comme aux tem- pies,au deftbus du nombril,& tefticules, à l'amarry, 8c fîege, mais le plus fouuent aux cuifîes 6c iambes. La matière pour la plus part eft vn fang melancholic. Les varices s'engendrent aux perfonnes qui font mclancholiques,& qui fe nourriftent de viandes mclancholiques. Les fein- ( mes grofles en font communément efprifes,à caufe du fang raelancholique,qui retenu pendant leuç grofteftè,fait que les veines fe dilatent,& dcniennet variqucufes pour la grande multitude du fang; auflî elles viennent à caufe d’vn grand & vehement mouuemcnt, comme de courir, faulter,& dan- fer, voyager à pied , 8c porter grands fardeaux , tomber de haut en bas , ou eftre tiré fus la gefne. Quant aux lignes, ils font manifeftes pour l’amplitude 8c groflèur des veines. Il eft meilleur de ne toucher aux inueterées , parce qu'elles preferuent de plufieurs maladies , à caufe que le fang re- gorge aux parties nobles , dont s'enfuit vlceres , chancres 8c fuffocations. Lors qu'elles font plu- fleurs 8c jointes enfemble aux iambes, quelquesfois dedans icelles on trouue des thrombus de fang defteichç 8c dur, caufant grande douleur au malade lors qu'il chemine, ou quand on prefte deftus, A telles on fera ouuerture au corps de la veine,afln d’euacuer la trop grande abondance contenue € en icelles, enfemble les thrombus, comprimant tant en haut qu'en bas, afin de les faire fortir ; ce que i'ay fait auec bonne 8z heureufe iftuc, faifant tenir quelque temps le malade en repos,& y ap- pliquant médicamens propres. L'on coupe fouuentesfois la varice au dedans de la cuiffe , vn peu au de (fus du genoüil, où à la plus part fe trouue l'origine 8c production de la veine variqueufe. Car communément plus bas elle fe diuife en plufîeurs rameaux,à raifon dequoy l'opération eft plus mal-aifée. Or la caufe pourquoy l’on incife, eft à celle fin de couper le chemin,& faire rampart au fang 8c autres humeurs contenus auec luy, qui abreuuent quelques vlceres eftans aux iambes : ou pour défendre les humeurs qui fluent à icelles, qui font caufe que le malade ne peut cheminer : ou pour la crainte qu’on peut auoir , que par quelque accident, la veine ainfî grandement eftenduc 8c dilatée,ne s’y face ouuerture, laquelle feroit caufe d’vn très-grand flux de fang, & cauferoit la mort du malade,s'il n’eftoit promptement fecouru. A ccfte caufe les anciens commandent de les couper; 8c pour ce faire faut fîtuer le malade à-la renuerfe,ayant les iambes eftenduës, non du tout, mais vn peu fléchies. Cela fait, on fera vne ligature à la cuirtè, vn peu au delfus de l'ouuerture qu'on y fera , 8c quatre doigts au delfous vne autre,afin de tuméfier la veinc:& delfus le cuir, à l’endroit de la veine , on fera vne marque d’encre, pour ne faillir à faire l'incifion, laquelle fe fera en cefte ma- niéré : C'eft que l’on elleuera le cuir en haut des deux coftez , 8c on fera l'incifion au cuir fus le corps de la veine fans toucher à icelle, où l’on auoit marqué d’encre. L'incifion faite, la veine fera manifefte à la veiie, & par deffous icelle on paflèra vne aiguille à feton, enfilée à double fil, non D ayant poinde aigiie, mais vn peu ronde, de peur d’incifer la veine, 8c on feparera les membranes de la veine tant en haut qu’en bas,puis on desfait les bandages de la cuiffe, 8c après on liera ferme- ment la veine à la partie fuperieurc , puis le corps de la veine au defîbus de la ligature fera incifc, ainfi que fi l'on vouloir faire vne faignée ; 8c par cefte ouuerture fera éuacuç le fang de la partie inférieure , tant qu’il fera neceffaire : 8c lors on liera la partie inférieure de la veine, comme on a fait la fupericure, 8c après on occupera entièrement le corps de la veine entre les deux ligatures, laquelle eftant occupée. Tes deux extremitez fe retirent 8c cachent tant d’vn cofté que d’autre, Et faut noter , que la ligature de la veine doit eftre lairtee, iufqu'à ce qu’elle tombe de foy-mefine. Eç pour les remedes particuliers,on appliquera vn reftreintif tât fus laplaye,comesds parties voiflnes, 8c de trois iours ne fera touché à la playe. Le refte de la cure fe fera comme les autres. Autre ma- niéré de couper la varice : C’eft d’appliquer vn cautere potentiel, qui ronge ôc coupe la veine, puis fe retire en haut & en bas : 8c par ce moyen il y demeure vne efpacc vuide , où après s’engen- dre de la chair : 8c puis la cicatrice, qui fera dure 8c efpelTe , empefehera la fluxion, cnboufchant le palîage de ladite veine. Et par ce moyen la veine variqueufe fera guarie. §Uçe c'efi que varice. Les caufes des varices. Signes, Cure, Le lieu cà Ion cpupe la Varice. Pcurquoy l'on coupe la varice. Paul. JFgin, ch.ti. lin.s. tç moyen de faire l'opéra- tion. 389 Treziefme Liure des Vlceres, Des Fistules. C H a p. XXL Istvle eft vne finuofité profonde, eftroitre,calleufe , 6c quclquesfois infenfibîc, fâipW ainfi dite des anciens, pour la fimilitude 6c figure qu'elle a à l’inftrument nommé Jjj| Fiente, parce que les fiftulesfont femblablementcaues 6c vuides. Elle fe fait en plu- fieurs 6c différentes parties de noftre corps, & Tonnent après quelques apoftemes on vlceres mal-traiiftces 6c penfees. Quelquesfois auffi clips font critiques de plufieurs autres maladies, félon le texte d’Hipp. fent.zS. de la 3. feét. du liu. De humoribus , où il dit que les fiftules guarifiènt d’autres maladies, voire celles qui font aiguës : comme aduicnr quand la fiftule de la iambe eft indicatoire de la peripneumonie,comme eferit Hipp.au Prognoft.64.de la iStit. 6c a telle fiftule ne conuicnt fi toft toucher. La callofité eft vne chair blanche, folidc, feiche, 6c fans douleur, laquelle eft engendree par congeftion d’vn excrement pituiteux ddfeiché, ou melancho- lique adufte, qui enduit la circonférence de l'vlçere , 6c occupe le lieu fur lequel fe deuroit en- gendrer la bonne chair. La finuofité quelquesfois eft du tout feiche , quelquesfois humide : 6c cftant humide, pleure 6c iette inceftamment, aulîi quelquesfois elle celle de couler , 6c l’orifice d’icelle fe ferme du tout, de forte qu'elle déçoit le malade , 6c le Chirurgien eftimant la guarifon g d'icelle : puis quelque temps après s'ouurc 6c fine comme auparauant. Les fiftules quelquesfois proniennent du vice des os, quelquesfois des nerfs , ou membranes, ou d'autres parties. Les vnes font droiébes, autres tortues : les vnes ont vn feul orifice ou finuofité, les autres plufieurs : quel- ques vnes font aux iointures, autres pénétrent en quelque capacité du corps , comme dedans le thorax, ventre, boyaux,matrice, velîie, 6c autres : les vnes fe guarifiènt facilement, autres diffici- lemenr,& s’en trouue quelques vnes incurables.Aux fiftules fe trouuent diuers fignes,felon la par- tie où elles finiftènr. Celles qui fe rendent 6c terminent aux os , fecognoiftent par la refiftancc, quand on y met l’efprouuette : car lors ou rencontre la fubftance d’iceluy dure, qui fonne calfé, & fi i’efprouuette cftant fur l’os giifie, comme fjr quelque chofe brunie 6c polie,on peut conieébu- rer i'os eftre fain 6c entier : 6c fi elle s'arrefte deflus en quelque lieu que ce foit, c’eft ligne que l'os cft afpre,raboteux,carieux,6c correpu. Quelquesfois l'os nous cft raanifefte à la veüe,& pour- ce n'auons befoin de fonde ny efprouuette, 6c la matière qui en fort eft huileufe ou vifqueufe, rap- portant à l'aliment & humeur cotenu en la cauité de l’os fçauoir à la raoclIe,comme ainfi foit que tout excrement retient la condition de l’aliment delà partie dont il vient. En celle qui fe rend à quelque nerf,le malade fendra vne douleur poignante,principalement fi la matière eft acre, ou vne ftupeur,fi elle eft froide : de forte que le mouuement de la partiefera vicié : 6c lors que l’on voudra fonder lafiftuIc,on caufera douleur,& la matière qui en fortiraferafanieufc,fubtile,aqneufe,glueu- fe,& non huileufe,comme celle qui fort des os,reprefente en tout la matière dont eft nourry le nerf pour la raifon fufditc. Ces mefraes accidens aduiennent, quand les fiftules pénétrent aux membra- G nés,qui enucloppent les mufcles,& aux tendons d’iceux. Si elles finifiènt en la chair,la matière eft plus efpelfc& moins liquide,cgalc,lifte,blanche,6c en grande quantité.Si la fiftule finit aux veines, les accidens font femblables à ceux qui fe trouuent en la fiftule des nerfs, mais moindres,comme és pointures & douleurs,& n’y a aucun mouuement empefehé. Si elles fe finifiènt en l’artere,les mef- mes accidens fe trouuent qu’en celles de la veine. Mais fi la matière de l’vlçere eft fi acre , qu’elle corrode les fufdits vaifïeaux, il lortira du fang gros en abondance de la veine, 6c de l’artçre du làng fubtil auec vn bruit, comme nous dirons cy-apres de l’aneurifme. Les vieilles fiftules qui ont par longues années coulé, lors qu’elles fe referment, caufent foupent la mort, 6c principalement aux vieilles gens, à raifon que les humeurs, qui auoient couftume de couler, regorgent en la raaffè fanguinaire,& fe pourrifiènt engendrans fièvres 6c autres accidens, &rpar conlèquent la mort. Définitif des fiftules. D'ok eft dite fiftule. Génération des fiftules. Gfise c'efi que callofité. Différences. Signes des fi finies félon les parties. Signes des fi- fiules en la chair. Vrognofiic, Cure de fflules. C h a p. XXII. O y r la curation on commencera par la fonde , qui fera d'vne chandelle de cire, ou p^omI)> d,or, ou d'argent : & par icelles on cognoiftra la profondeur 6c anfra— éluofitcz. Et fi la fiftule a deux orifices ou plusieurs , ayant des cauitez cuniculeu— j& IpEslif es 5 que l'on les punie bien fonder , & fuiure leurs cauitez , alors on doit icttei: yne jniedtion par l’vn des orifices, & obfcruer TilTue de ladite inieétion par les autres ouuertures : & par ce moyen on cognoiftra s’il y a vue feule ou plufieurs cauitez pro- fondes ou fuperficiclles. Gela feiét on fera des incifions pour defcouurir &c amputer les calofitez qui fe feront auec le rafoir , ou par medicamens cauftiques, ou par cautere actuel. Car iamais on ne pourroit guarir l'vlçere fiftuleufe, que premièrement on n'euft ofté la callofité, à raifon que Nature ne peut produire 6c agglutiner les parties diftantes, lors qu'il y a chair calleufe : d’autant que deux corps durs ne fe peuuent vnir que par le moyen de quelque humidité gluante , qu'elle cft le bon lang. Or les callofitez occupantes de toutes parts la fuperficie de la chair vlceree,empef- chcnt qu’içeluy puilfe fort ii| des veines capillaires pour l'vnion defdites parties. Semblablement on vfera d'inieétions cauftiques, ôc après on boufehera le permis, afin qu’elles faftent leur opération; laquelle fera cogneuc eftre bonne lors que la partie demeure enflée,& la matière qui eftoit en abon- dance , fort digefte 6c en petite quantité. Apres faut accélérer la chcute de l'efcarre , puis tramer l'vlçere comme auec déperdition de fubftance. Souuent la collofité qui eft autour de la finuofité on cauftéde la fiftule, vaincue des medicamens acres & efcarotiques,ayans fait efearre, fe fepare 8cfort entieré,& lors au défibras on trouue la fiftule nette & vermeille.Ce que i’ay yen à vn Gentil-hom- me, lequel ayant fiftule à vile cuiiTe , pour vn coup de harquebuze, 6c ayant vsé de medicamens Signes que l'opération a efié bonne. Corn. Celf. Jiifioire. Fiftules & Hemorrhoides. 381 A acres, comme Ægypdac fortifié,quelques iours après l'efcarre Torde d’autpur de la circonTcripdon de la fiftule Temblable à vne membrane. Ce que voyant ledit Gentil-homme, eftimoit dire quel- que linge, que le Chirurgien , qui premièrement Tauoie pensé , n’auoit cogneu , le taxant de Ton impericie. ToutesTois, Tçachant que c’eftoit la croufte de ladite eTcarre,luy dis que c’eftoit la chair calleuTe & dure que i’auois Tait Teparer par le moyen des reraedes forts Ôc cuiTans qu'il auoit bien Tenty : Sc que telle choie eftoit ligne qu'il Teroit bien tort: guary. Ce qu’il fut, parce que i’inftilay de mon baume dedans toute la cauité. Les fiftules qui font près des grands vailfeaux,comme vei- nes,arteres,&: nerfs, ou de quelque partie noble, ne Te doiuent toucher,!! ce n’eft auec grande pru- dence Sc artifice. Or quand la fiftule vient à cauTe de Tos altéré Sc pourry , on doit confiderer fi le vice eft en Ta Tuperficie ou profondité,ou s’il eft du tout corrompu : & s’il n’dl qu’en la Tuperficic, il Tera raclé Sc ruginé Teulcment : Sc fi la carie ert: profonde, on la doit ofter auec vn trépan exfo- liarif; & fi la corruption ert: communiquée iufques à la mortelle , elle Tera oftée auec vne tenaille indfiue, pour y faire plus ample ouuerrure,y appliquant premièrement, fi befoin ert:, vn petit tre- pan pour donner partage à ladite tenaille,& s’il ert; du tout corrompu , il Tera pareillement du tout coupé,comme en l’os d’vne jointure du doigt,du rayon,du coulde,de Tos de la greue,ou tibia.Mais aduenant ce mal à la boirte de la hanche,ou en la telle de Tos de la cuirte,ou à vne vertcbre,ne faut entreprendre la cure non plus qu’à autre quelconque fiftule , qui de Toy eft incurable , quelles font celles qui pénétrent iniques aux membres principaux, ou Te rencontrent aux parties veineuTes, ar- B terieufesjou nerueules:ou qui aduicnnentà perfonnes délicates,qui choifiroient pluftoft de mourir auec leur mal,qu’endurer le tourment de Toperation : ou bien quand de Tincifion doit Turuenir au- tre plus faTcheuTe dilpofition , comme conuulfion en fiftule de partie ncrueuTe: en tel cas le Chi- rurgien ne doit chercher Tcntierc cure & parfaidc, ains Te doit contenter de la paliiatiue, qui Te fera en preuoyant qu’il ne tombe Tur la partie autre nouuelle fluxion, failant par bon régime que trop d’excremens ne s’amaftent dans le corps. Et en cas qu’ils s’y amaflenr, les purgeant par inter- ualle,& diuertirtant Tur vne partie moins noble,fi mieux on ne peut : mundifiant la chair vicieuTc qui croift en Tvlcere,& laTanie auec medicamcns qui n’irritent& ne cauTent putrefadion. Le ieu- ne Chirurgien Tera aduerti, que lors qu’on verra aux fiftules que la Tonde ou tente demeurera noire, ou qu’il y aura quelque fetidité,on ne doit pourtant acertener qu’il y ait carie aux os. Car Touuen- tesfois cela aduient à cauTe qu’il y eft demeuré dedans quelque morceau d’eTponge ou de linge, qui Te pourrift , comme i’ay veu par expérience. Paui ftule pnue- n*nt à raifort w# Des fifiules du fondement ou fiege. C h a p, XXIII. BE s fiftules du fondement font faites comme les précédentes , à fçauoir d'vn abfcés ou dVne playe mal-curée, ou d'vnc hémorroïde apoftuméc. Les vnes font cachées, les autres manifeftes. Celles qui feront cachées, le cognoiftront, d'autant que par le fîege Tordra vne humidité fanieufe tk purulente, & que le malade Tendra douleur à la partie. Celles qui Tont manifeftes , Te cognoiftront en les Tondant : & pour ce faite le Chirurgien mettra Ton doigt dedans le fiege, &: par l'orifice delà fiftule mettra Ta fonde de plomb : laquelle fi elle touche le doigt à nud , Tans aucune interpofition , c'eft vn figne infaillible qu'elle pénétré dedans la cauité du boyau : joint aufîî que non feulement par le fiege fort vne ma- tière fanieufe, & fouuentesfois des vers,mais en outre par le trou que la matière par fon acrimonie fe fera ouuert à cofté. Les fiftules cuniculeufes & tortueufes comme vn labyrinthe , fe iugent à ce que la fonde ne pénétré gueres auant, & neantmoins il en fluë plus grande quantité de matière qu'il ifeft requis pour vne petite vlcere : or en l’orifice de toutes le voit prefque toufiours quelque callofité eminente , que les Chirurgiens appellent vulgairement Cul de poulie. Aux fiftules du fondement il aduient fouuent plufieurs aeddens, comme tenefme , que nous appelions efpreintes par acrimonie de la matière ; ftrangurie,qui eft vn découlcmêt d'vrine : procidence ou relaxation du fondement : découlement de matière fanieufe & puante, le tout par communication de matière effrange,& fympathie par voifinage des parties, comme note Hippocrates liure des Fiftules. Lors que nous voudrons curer la fiftule par ceuure manuelle, faut faire fituer le malade à la renuerfe, en torte qu'il tienne les jambes efleuées en haut,de façon qu'il aye les cuiffes jointes vers fon ventre; puis le Chirurgien mettra le doigt dans le fiege, oind de quelque médicament ondueux , ayant rongné fon ongle : puis par l’orifice de l’vlcere mettra vne greffe aiguille de plomb enfilée, partie de fil & de queue' de cheual, laquelle aiguille cftant rencontrée par le doigt à nud, qui eft au fon- dement , fera courbée & ramenée dehors par le fiege pour paflèr ledit fil : lequel eftant palfé, fera lié & ferré à nœud coulant, afin que de iour en autre on le puiffe ferrer dauantage : & auparauant de le rdlérrcr, on le tirera vers foy, comme fi on le vouloir Tcier ; car par ce moyen ledit fil coupe- ra la fiftule , fans auoir aucun flux de fang. Or quelquesfois telles fiftules ne pénétrent iufqu'à la cauité du boyau, tellement que le doigt ne touche immédiatement la fonde,à caufe de quelque cal- lofité qui fera interpofée entre la fonde & le doigt. Et pour la curation faudra mettre vne fonde de fer ou d’argent, laquelle fera creufe, & par dedans fa cauité on jettera vne aiguille picquante & trenchante , afin de rompre ladite callofité : ce que l'on ne pourroit faire par le bénéfice d’vne de plomb, ou d’vne autre qui fuft ronde , fans vne grande douleur. Différences, Signes de fi- finies ca~ che'es. Signes déifia finies Mpfes* rentes. Paul. Ægîn, Accident qui furniennent es telles fifiu• les. Curation, 382 TreziémeLiure des Vlceres , Sonde d'argent creufè,auec l'aiguille de plomb. A Montre l’aiguille. B La fonde creufè. C L’aiguille 5c fonde. D L’aiguille de plomb enfilée. Puis eftant rompue , fera liée comme la fufdiéle. Celle qui eft fuperficielle, n’a bcfoin d’eftre liée, ains feulement fera coupée auec vne biftoric courbe, ou cifeaux propres à ce faire, 5c après fera oftée la callofité, 5c traictée commeauons dit cy-deifus des autres fiftules. Cependant, il faut noter en ce lieu, qu’apres auoir coupé la fiftule, s’il demeure quelque callofité, & cuir cicatrizé,qui n’ait efté emporté 5c trenché par le fer ou médicament, la fiftule a couftume de retourner. Des Hemorrhoides. C h a p. XXIV. §lue c'efi que hemorrheide, E s Hemorrhoides, félon que le mot eft pris vulgaircment,font tumeurs aux extre- 1k mitez des veines qui font autour du fiege, faites par vne fluxion d’humeurs mclan- M choliques pour la plufpart,5c font félon les anciens,efpeces de varices Les vnes font ouuertes , 5c par fucceffion de temps l’ouuerture deuient callcufe : les autres fer- niées, eftans feulement enflées fans rien ietter : ôc autres font grandes, petites, gref- fes : 5c autres apparentes, autres cachées,icttans pour la plufpart fang, auec vne ferofité jaunaftre, G qui eft: celle qui de fa ténuité a fait courir le fang en tel lieu, 5c de Ton acrimonie a ouuert lefdiélcs veines. D’icelles , lors qu’elles font fermées , aucunes font femblables à vne ampoulle faiéfe de brufleure , à raifon dequoy les patiens les nomment Vcficales, 5c font engendrées par aflluxion d’humeur pituiteux 5c fereux : autres à vn grain de rai fin, qu’ils nomment Vuales, qui font engen- drées par aflluxion de fang loiiable en qualité , redondant en quantité. Aucunes font femblables à vne meure, 5c font dites Morales, caufées par aflluxion de fang mclancholiqne : autres font dites Verrucales, pour la fimilitude d’vue verruë,5c font engendrées de pareille caufe. Cefte difpofition eft: caufe de plusieurs accidents aux hommes , parce qu’elle ofte la naturelle beauté , à raifon que pour la grande éuacuation de fang, la couleur de tout le corps eft changée 5c corrompue , 5c les conduit à vne miferable vie, 5c pour la foibleife de tout le corps , elles mettent fouuent le malade en danger de mort : à caufe que l’éuacuation immodérée qui s’en enfuit, fait hydropifie. Elles fluent volontiers de mois en mois,ou de trois mois en trois mois : ce qui ne fc fait forment qu’anec grande douleur, qui excite quelquesfois inflammation, abfcés, 5c fiftules , fi promptement on n’y rcmedie.Or fi elles icttenc moderément,5c le malade fouftienne bien l’éuacuation fans ennuy,on ne les doit arrefter du tout,parce qu’elles preferuent de me!ancholie,manie, lepre,ftrangurie, 5c autres afle&ions,commepleurefie,peripneumonie,5cmalins vlceres, félon la fent.37.de la 3.feét.du 6. des Epidemies:6c ores qu’on les vouluft curer,il eft bon,félon l’Aph.i z.du liu. é.en laiflèr vne: mais fi le flux de fang eft demefuré on i’arreftera : car autrement il cauie hydropifie, pour la réfrigération du foyc , auec vne confomption 5c exténuation de tout le corps. Pareillement, eftant indeuement retenu , il regorge aux poulinons , rompant quelque vaifleau, qui caufe la mort du malade : ou au ioye , caufant la mefme hydropyfie, réfrigérant ledit foye par fuflbcation de fa chaleur naturelle., Pour la curation, lors quelles fluent trop, on y appliquera vne tente faite de poil de lièvre, cou- uerte d’vn tel médicament. 1JL. pul.thuris,balauft.fang. drac. an.5.fi. incorp. omnia cum alb. oui, fiat medicam. ad vfum. Autre. Prenez du drappeau bruflé , comme fi on le vouloit mettre en vn fufil, 5c le mettez ddfus. Et lors qu’elles font fort tuméfiées fans eftre ouucrtes,on doit faire cui- re vn pignon fous la cendre, 5c piler enfcmble vn fiel de bœuf, 5C de tout ce en faire médicament, qui fera appliqué 5c renouuellé de cinq en cinq heures. Tel remede eft propre lors qu’elles font internes 5c cachées, 5c lors qu’elles font apparentes on y appliquera des fanglucs, ou bien on fera apertion auec la lancette.( Le (qc 5c marc de l’herbe nommée galiopfis,autrement vrtica Labeonîs, poféfur les hemorrhoides, les ouure 5c fait faigner,auffi cure les fungus 5c thymus qui font autour du fiege. S’il y a grande ardeur, cuiflbn 5c douleur, on fera afteoir le malade en vn demy bain : 8c s’il y a quelques vUeres,on y appliquera tel médicament, olei rof.f.iiij. ceruf.f.j. litharg.g.fi. .Différences, Hemoroides 'veficales. Vuales. Morales. Verrucales. Le temps que les hemor- rhoides flu~ eut. Cure, Fiftules & Hemorrhoïdes. ceræ nonæ 5. vj. opij 9. j. fiat vnguenr* fecund. art. Autre pour feder les grandes douleurs ôc durcîmes. If. thur.myrrh.croci an.j.j. °pij 9-j- fiac vngàent.cümpleorofa.&mucag.lem.pfyllij, addend.vitel. vnius oui. Autre. Prenez fueilles de faulge, de confolida media, de millefolium, & de lierre terreftre, de chacun dcmy poignée, pilée en vn mortier auec jaune d’œuf: & de tel reme- de en appliquer fur le mal. Autre. vngucnti populeonis J.ij.vîrel.ouor.numero duo : agitent, fimul in mortario plumbeo : ou prenez de la moelle de bœuf auec beurre frais,du tout lauc en eau rofe, foit fait onguent. Le relie de la cure fe paracheuera ainlrqu’il fera necelfaire. Remette pour jffdulfun e^n- Fin du Treiqeme hure 0 Des: Vlceres> Fijîules 5 Qd Hemorrhoides* TABLE DES CHAPITRES du Quatorzième Liure , des Bandages. * F F £ Æ N £ E des bandes. Chapitre j |p Indications & préceptes généraux pour les bandes ligature *À mm | Troü bandes requifes aux fraSîures, Chap. iij U c^es bandes des fraSîures auec playes. Chap. iv &}~jj s, ui'fw TPreceptes obferuations communes pour les fraSîures ÿ tions, Chap. v 'Utilité des bandes. Chap. vj Ufage des comprejfes, Chap. vij Vfage des ferules, attelles > torches > g/ quejjes* Chap. viij ttDes lacqs liens, Chap. ix SDes accidents de trop ferrer les parties du corps, Chap. x L E QVATORZIESME LIVRE TRAICTANT DES BANDAGES, PAR A MBROISE PARE' DE LA VAL AV MAINE, Confeiller & premier Chirurgien du Roy. Différence des bandes. C h a p. L Différence des bandes prifes de ta matière. B L s bandes, defquellcs on fait Iigature,font différentes entre-clles. En icel- œfcpj les nous confiderons, félon Galiçn au liure des bandages, fix chofes, la ma- tiere, la figure, la longueur, la largeur, la ftrudure ou façon, 6c les parties. tæk i La mat*ere eft triple, membraneufe, ou faite de cuir, laquelle eft: propre aux SÊiy Cartilages du nez fraduré : celle de laine, comme aux parties enflammées, %mn °ù ne faut prellér : de linge, comme où il faut preffer. Et de celle - cy les U vncs f°Ilc de lin,les autres de chanvre fort, comme note Hip.en la 3.fcd.de l’Officine du Chirurgien. Et pour eftre bonnes, elles doiuent eftre de toile qui aura défia feruy , afin qu’elles foient plus molles ôc traidables, Auffi faut qu’elles foient fortes, dp peur qu’elles ne fe rompent, & qu’elles puiflcnc fermement tenir 6c cxpeller l'humeur,pour prohiber les fluxions. Et faut quelles n’ayent aucun ourlet,bord,liziere, ny coufture : parce que l'ourler, Sc coufturc bleflént : d’autant que l’ourlet,qui eftdur,comprime la chair , & la liziere, ne permet bien lier , 6c la bande comprime trop à l’endroit delà lizicre, 6c ne ferre au milieu, parce qu'elle h’pbe'it, mais tient ferme. Dauantage,elles doiuent eftre nettes, afin que fi on fait quelque infufion, elles puiftént eftrc imbues de liqueur hecelfaire, 6c icellcs paf- fèrau trauers. Auffi elles doiuent eftre coupées de droid fil, 6c non de biais-, parce qu’elles tien- dront plus ferme, 6c feront égales ; c'eft à dire, non plus larges , ny plus cfttoittes en vn endroit qu'en l'autre, four la différence delà figure, aucunes font ourlées, aufquelles ne faut rien coudre, les autres tranchées par leurs extremitez (comme aux mammclles)ou par le milieu:les autres ont plusieurs bandes coufucs enfemble, pour faire diuçrs chefs, reprefentans vne diucrfc figure, com- me en la tefte. Aucunes font longues , les autres courtes ; aucunes fort larges , les autres fort cftroittes , félon qu’il eft requis. Or la longueur Sc largeur d'icellcs ne fe peut particulièrement eferire, mais elles feront diuerfifiées félon la diuerfité des corps,& la longueur, largeur,& grofièur des parties blefïées : 6c pour le dire en vn mot, il faut bander la tefte en autre maniéré que la gor- ge. Ainfi eft>ii des clauicules, des bras?tedns,aincs,tefticules,fiege,cuiflés,jambes,picds,&: doigts, félon leur ftrudure. Les vjnes font pour fufpcndre ou efleuer , comme aux mamrhelles, tefticules, hargnes, auffi ferrant à tenir les medicamens fur les parties pour curer les inflammations, ou faire fuppmation. Galien commande que le ieune Chirurgien s’exerce & apprenne à faire les bandages fur vn homme iain, 6c lier les malades bien dextrement quand il en fera befoin. Les parties font les corps de la bande,& les chefs. Le corps eft ceftc longueur & largeur : les chefs font les extremi- tez, tant félon le long que félon le trauers, comme eferit Galien, fur la zz. fent. de la z. fed. de l'officine du Chirurgien, Conditionf requifes en vne bonne bande. La figure d s bandes fa des différences. Indications & préceptes généraux pour les bandes falivatures. C H a p. IL A bande ou ligature, doit auoir deux indications, l'vnc à la partie, l'autre à la ma- ladie, comme dit Hippocrares en la première & fécondé fédion du Hure des Fradu- rcs* Quand on bande vne jambe, il la faut bander eftant droite : car il on la bande eftant ployée, le bandage fe déféra lors qu'elle fera eftenduë,à caufe que les mufcles fe mettent en autre figure. Au contraire, lors que nous voulons bander le bras, il faut qu il foit ployé : car s'il eft eftendu , 6c qu’on le ployé après , la ligature fe lafehera, à caufe /comme nous auons dit) que les mufcles feront peruertis en autre figure. ‘ Sur quoy nous obferue- ronS, qu'il faut bander &c lier les parties en la figure qu'on veut qu'elles demeurent. Il faut que les compreflès 6c aftelles embraflént toute Impartie fraduréc : touresfois aux os iugulaires, 6c aux coftes,& aux vertébrés,cela ne fepeut faire,parce que telles parties ne peuuent eftrc enuironnées. Quant à l'indication de la maladie,s'il y a vn vlcere caue,finucux,& cuniculeux, iettant grande quantité de fanic, ii faut commencer à lier & comprimer au fond du finus, 6c finir à l'orifice de l'vlcerc : foit que le finus foit en haut,on en bas, ou aux coftez : afin que par ce moyen on expurge ia fanic, & qu’on faffe approcher les parties feparées 6c diftantes. Car fi la fanie demeure fans eftrc Lu iambe fa bras fe ban- de façon toute traire. Les parties doiuent eflre bandées com- me on veut qu'elles de- / meurent. Beau préce- pte pour le Chirurgien. Des Bandages. 385 A euacuée,elle ronge & corrode les partics,& fait croiftre l’vlcere,& le rend founent fait carie aux os : parce qu'ils s’altèrent 5c pourri (lent, à caufe que les humeurs acres s’imbibent en leur iubftance. Or entre les bandages les vns font par eux mefmes remedes, comme ceux qui conjoignent les chofes des-joinéles & feparées : les autres feruent aux remedes , comme ceux qui feruent pour tenir les medicamens appropriez aux maladies. Tel bandage , dit Hippocrates au commencement de la fécondé fedion de l’Officine du Médecin , ou il fe fait,quilappelleDeligatio operans , ou il eft fait,qu’il appelle Deligatio operata. Quant au premier , pour bien bander , il faut que la bande foit roulée eftroittement, afin qu’elle foit mieux entortillée autour de la partie qu’on veut bander, &que le Chirurgien la tienne fermement en fa main. Dauanrage en bandant faut prendre garde que les bouts des bandes, & la coufture , ne foienc finis furie lieu douloureux,mais au delfas, oix au défions, ou à cofté. Outre plus il fe faut bien garder de mettre quelque nœud fur ledit lieu , ou bien à l’endroit du dos, ou des feftès, ou aux coftez ny à l’endroit des jointureSj ou au derrière de la tefte , ou aux coftez des temples , ny fous les aillelles , aines, & plantes des pieds : 5c pour dire en vn mot, à l’endroit où le malade a accouftumé fe coucher, 5c s’appuyer. Plus il faut plier les bandes à l’endroit qu’on veut qu’elles fuient attachées 5c conflues , afin qu'el- les tiennent plus ferme : car quand les bouts font larges, encores qu’elles foient liées eftroitte- ment , toutesfois elles ne tiennent pas fidellemenr. Parquoy i'ay toufiours de coufturae de les re- plier en long en leur extrémité, lors que ie les veux couldre 5c arrefter. Quant au fécond , le Chi- rurgien qui aura fait les ligatures, doit prendre garde aux intentions pourquoy elles ont efté fai- p tes, & s’il a bandé bien proprement, 5c face qu’elles foient belles à veoir, 5c quelles ne rident point, afin de contenter les malades 5c les affiftans : car chacun ouurier doit polir &c embellir fon ouurage tant que polliblc luy fera.Les bandages trop lafehes aux fraétures 5c luxations font fou- uent caufe de rendre les parties tortues , bolfucs, 5c contrefaittcs. Aux fractures , luxations, 5c feparations des os, auffi aux playes Sc contnfions, faut commen- cer Je bandage, 8c y faire les premières reuolutions, ou tortillemens , qui feront deux ou trois,& les ferrer ( s’il poilîble } plus en tels endroits qu’és autres, afin de tenir fermement les os en leur lieu , 5c exprimer Sc expulfer le fang 8c autres humeurs qui peuvent eftre jà fluez, & auffi pour garder qu’il n’en fine plus qu'il ne fera befoin. Car par vne fracture ( laquelle ne fe fait jamais fans contufion ) le fang fort de fes vaifteaux, à raifon qu’ils font violentement foulez ,prelfez , ôç exprimez : qui caufe meurdriltèure en la chair , de couleur premièrement rouge,puis liuide ou noire, parce que le fang eftant hors de fes propres vaifteaux , s’eft efpandu en la chair 5c fous le cuir, Sc en la fubftance des parties fubjacentes. Partant faut conduire la bande le plus loing de la partie fraélurée , ou luxée, que l’on pourra. Car qui feroit autrement, il renuoycroit le fang au lieu blefTé , 5c pourroit caufer apofteraes , 5c autres mauuais accidens. Or le fang qui flùë, rend en bas feulement par vn chemin : 5c celuy qui eft exprimé , va par deux , à fçauoir de haut en bas , 5c C de bas en haut. Toutesfois il faut auoir efgard de le repouflèr pluftoft vers les extremitez, parce qu’elles ne font allez capables, ny fortes pour receuoir fans accident telle abondance de fang : car il s’y pourroir faire vne inflammation ou apofteme : Sc lors qu’on le repouflè vers le corps, il eft regy Sc gouucrné par les vertus Sc facilitez naturelles, Hip. fent. 4* de la i. feti* de l'Officine» Préceptes pour les ban» dagts. Vtîlitê du bandage fuf la partie , $r> en quel cas il fe fait, Galien fur la fent.iyde la l.feft. des fraftnres> Trois bandes necejftires aux fratfures. Ch A p. III. Poul: bien & deuëment tenir les os luxez Sc fracturez, il eft: neceftaire au Chirur- M gien s'ayder félon Hippocrates, fentcnc. 24. de la fécondé fedion de l'Officine du jrSj Médecin , de deux efpeccs de bandes : les vnes font appellees de luy Hypodefmides* |CJ ç'cft à dire , fous-bandes , les autres Epidefmi , c’eft à dire , fus-bandes. Les fous- ibbsaÉfp~ Kpndps font deux , quelquefois trois , dont la première commencera fur lafradure? y faifant trois ou quatre reuolutions , & qu'il ait égard à la figure de la fraéture, pource que félon icelle faut faire Sc diuerfifier le bandage. Car il faut mener la bande vers le cofté contraire à celuy vers lequel la luxation ou fradture eft enclinéc , afin que l’os eminent foit repoulfé, &c tenu ferme en £* fon lieu naturel, auquel on l'aura reftirué. Telle chofe fe fera bien en celle maniéré ; à fçauoir, quand la partie dextre eft plus éminente , la bande alors commencera à la mefme partie, ôc fera menée vers la feneftre: Au contraire , fx la feneftre eft excédante , faut que la bande commence à icelle,& foie conduite vers la dextres.Partant il faut que le Chirurgien vfe de la main dextre Sc fe- neftre , pour bien faire iceUes ligature : 5c conduire fa première en haut, c’eft à dire vers le corps pour les raifons prédites. * Cefte maniéré de comprimer fur les fradnres n'cft feulement propre 5c particulière à icelles, mais auffi aux luxations. Car quand il fe fait luxation en vne partie , & qu'elle eft réduite , il faut comprimer 5c bander plus doucement le cofté d’où l’os eft party, 5c ferrer plus fort celuy auquel il eft tombé. Dont le bandage doit eftre amené du lieu fur lequel l'os eft tombé, & que celuy du- quel il eft tombé foie lafche & non prelfé de la bande 5c comprefie, afin qu’on la pouffe &c face ten- dre Sc tirer vers la partie contraire, où s’eft faite la luxation. Car fi on bandoir autrement, le ban- dage cederoic au mal, pource que la partie a efté relafchée <5c des-jointe de fon lieu naturel : & par- tant on pourroit eftre caufe de la repou(îer,ou renuoyer derechef l'os hors de fon lieu,où il auroic efté réduit. Mais tant s’en faut qu'il le faille bander vers la partie où s’eft faite la luxation, qu’Hip- pocrates veut qu’on la rameine vn peu plus que fon naturel. Or pour pour fuiure nos fous-bandes,ayant fait la première, on en prendra vne fécondé, la- quelle commencera pareillement fur la fradure, Sc n’y fera qu’vn tour ou deux : parce qu’il ne faut Le Chîrurgit doit ejire bidextre, s'il eft pojfble. Seconde ban- de. 386 Le quatorziefme Liure, tant enuoyer de fang vers les extremirez , comme aux parties fuperieures ( ainfi que nous auons A des-ja dcmonftré ) 8c fera conduite vers le bas ou extrémité de la partie , la ferrant doucement, à fin aufïi d’exprimer le fang de la partie bleftee,&: la remenerons en haunce que fi nous ne voulons faire , prendrons vne troifiefme fous-bandc, qui commencera où la fécondé aura finy,& fera con- duite en haut, qui fert à réduire les mufcles ,qui ont efté deftors 8c tournez de leur fituation na- turelle par les deux premières bandes. Or il faut ferrer les bandes modérément, mefurans la mé- diocrité par noftre iugeraent, 8c le fentiment du malade, qui dit eftre affez ferré , 8c que s'il l'e- ftoit plus , il ne le pourroit endurer : confiderans aufîl la tumeur ou enfleure qui doit eftre fans inflammation, 8c l'habitude du corps. Car les corps mois ne peuuent tant endurer eftre ferrez 8c preftez que les durs. Or pour auoir trop lié & bandé vne fradure ou luxation , on jette 8c ex- pelle les humeurs aux extremitez , dont fouuentesfois furuiennent de grandes tumeurs œdema- teufes. Et pour y remédier il faut defiier le lieu fraduré ou luxé, puis on commencera à bander 8c comprimer les parties enflées, & conduire la bande vers les parties fuperieures, afin de defehar- ger la partie enflée : 8c où on ne deflieroit la partie fradurée, ou luxée, l'humeur ne pourroit eftre renuoyé és parties fuperieures. Cefte méthode eft lailîèr la propre cure pour fubuenir aux acci- dens. Ce que le Chirurgien rationel fera toufiours , quand il cognoiftra eftre neceflàire. Et pour cefte caufe Hippocrates commande qu'on dcflie la ligature de trois en trois iours, & à chacune fois qu'on fomente la partie d'eau chaude , afin que les humeurs contenus en la fradure, lefquelsy font fluez par le moyen de la douleur , foient refouls 8c euacuez, pour prohiber vn prurit, 8c au - g très accidens : 8c après qu'ils feront pafléz 011 defliera la ligature plus à tard , 8c la fera-on plus lafche , afin que le fang 8c la matière qui doit faire le callus , ne foit empefché, mais qu'il y flue plus librement. Troifiefme fginde. Quel moyen doitefiregar„ dé en ferrant les bandes. Méthode ex- traordinaire. Des bandages des fraflures auec fUye. C h a p, IV. æV c v n e s fradures font auec playe : 8c lors qu'il y a playe , encor les faut-il ban- der : autrement elles enfleroient, recenans les humeurs des autres parties, dont plu- fieurs accidens furuiendroient. Mais il ne faut pas que le bandage foit auec des cir- conuolutions , comme nous auons dit, parce qu'il faut tous les iours traittei*la playe, pour la mondifier 8c mcdicamenter : 8c s’il y auoit des circonuolutions, il faudroic tous les iours remuer la partie, qui feroit caufe de faire douleur au malade, quiengarderoitl'vnion de 1' os, laquelle demande repos. Partant iccluy bandage fe fera ( en paftànt feulement vue fois au- tour d'icclle playe) auecques vne bande qui fera en deux ou trois doubles , en façon d'vne com- prelîc, laquelle fera d’extrement coufuc : 8c fera de telle largeur, qu'elle comprime entièrement toute la playe, pour les raifons que dirons cy-apres au liurc des fradures. Et fi la playe eft de figu- re félon la longitude du corps, les comprefles &aftelles doiuent eftre appliquées aux coftez ,afin de q rejoindre la playe, 8c cxpeller les cxcremcns : mais fi elle eft au trauers, ne faut appliquer telle ma- niéré de comprcflcs 8c aftelles : car on dilateroit la playe 8c jetteroit-on les excremens dans icelle, comme eferit Galien fur la douziefme fentence de la fécondé fedion du liure des fradures. 'Necejfté de bandage en frailure a- uec playe. Bandages fans circen- uelutions. Diuerfité de bandages fé- lon la ditter- Jîté de U pla. S*‘ Préceptes & ohferuations communes pour les fraffures & luxations. Chapitre V. Avantage en toute fradure 8c luxation les parties canes 8c extenuées, comme celles qui font vers les jointures,doiuent eftre remplies de comprefiés, ou bandes appliquées autour , pour faire la partie cigale, afin que ,les aftclles la compriment WÊÊfyifôfy également, pour mieux tenir les os en leur lieu naturel ; comme quand on bande le genoliil, il faut emplir lacauité, c'eft à dire, la partie pofterieure, qui eft le jarret,à fin que le bandage foit mieux & plus promptement fait. Il faut faire le femblable fous les aifièlles, ôc au delfous du talon, 8c au bras près le carpe, 8c en toutes les autres parties, où il y a cauité 8c inégalité. Apres auoir bandé & lié, faut interroger le malade s’il fent la partie eftre trop ferrée, 8c s'il dit ouy, 8c qu'il ne la peut endurer , la fautdeiTerrer. Car fi le bandage eft trop ferré , il excite douleur, D chaleur, fluxion, gangrène, 8c par coniequent mortification : 8c celuy qui n'eft pas allez ferré, ne profite rien principalement aux fradures 8c luxations. Or fi la partie eft bien bandée, c’eft à dire fi elle n'eft trop lafche ny trop ferrée, on la trouuera le lendemain enflée d'vue tumeur molle œde- mateufe, à caufe que la ligateure a exprimé le fang du lieu fracturé. Au contraire, fi elle eft trop ferrée, la tumeur fera dure. Et fi on ne trouue aucune tumeur le lendemain : c’eft figne que la li- gature n'eft allez ferrée : 8c qu'elle n'a aucunement chalîe 8c exprimé le fang de la partie fradurée ou luxee. Sidoncques on cognoift que pour la ligature trop ferrée , il foit furuenu vue tumeur grande & dure, ilia conuient promptement cafter, pour empefeher les accidens ; 8c faut fomenter la partie d’eau chaude auec huile, puis la rebander médiocrement, ne ferrant fort les bandes , pen- dant qu’il y aura douleur & inflammation. Durant lequel temps ne faut aufîi mettre chofès pelan- tes ,de peur d'augmenter les accidens fufdits. Et lors que lemalade fe porte bien, faut lailîèr le ban- dage trois ou quatre iours lans le defiier, pluftoft aux délicats, 8c plus tard aux robuftes. Toutes- fois il faut icy noter, que le troifiefme iour ,8c de là en anant iufques au feptiefme, on trouue les bandes lafehes, 8c la partie plus grefle, qui eft bon figne, à caufe que la tumeur s’efuanoiiit 6c re- Incommodi- té?, de la ha- de trop ou trop peu fer- rée. Hip. fent.yj. & }8. feft.i, detfraft. Vêtir corriger U dureté qui efi en la par- tie frafturée. Hlppe. fen. 3£.40. 4y.de la, fe H. x-, des fraH. Des Bandages. 387 A fout 5 parce que par la ligature on a exprimé le fang qui auoic coûta à la partie : joint que pat la compreflion on a défendu vue portion du nourrilîèment , qui la fait monftrer plus grefle 3c amai- grie. Et ainfi les os rompus 3 en les ferrant, fe drellèront 3c toucheront mieux : & lors on doit allez ferrer fur la fracture* & ailleurs moins : ôc à l'endroit où la fraélure fait cmincnce, faut com- primer & ferrer dauantage auec comprefles ôc aftelles. Et pour le dire en vti mot, le fepriefme iour pâlie, il faut plus eftroittement bander qu'auparauanr,pource qu'en tel temps l'inflammation, douleur , & autres acddens , font communément pallèz. Or ce que nous auons cy-delfus déclaré des trois bandes ne peut eftre deucment fait en toutes parties, comme aux fraélures de la mandi- bule, à l'os furculaire , à la telle , au nez,& aux colles : parce qu'à raifon quelles ne font lon- gues 3c rondes, on ne peut faire la ligature toutautour d'icelles parties, comme l'on fait aux bras, aux cuilles &c iambes : mais elle fe fait par dehors. Vtilité des bandages. C H a p» VI. ■ A r les chofes précédentes nous cognoiflbns , que l’vtilité dès bandages eft, que par iceux les chofes des-jointes & feparées , font poulîécscn leur lieu naturel, & leâ entfouuertes font conjointes, comme es fraeftures ,fentes, contufions; vlcercs fi- nueux : efquelles chofes l’vtilité eft perdue, & pour la conjondion defquclles les bandes font neceflaires 2 outre-plus , par icelles les chofes lefquelles feroient ferrées ôc coniomtes, tenues feparées comme on void, qu’és combuftions les doigts fe joignent cnfemblc, ôc les jarrets, ôc aufti les aiffelles contre la poidrine, & le menton contre le fternon : ôc par bien bander, icelles chofes n’aduiennent point. Les bandes ôc ligatures feruent pareillement a refaire les parties emaciées ôc amaigries. Exemple, Si la iambe dextre eft en attrophie , il faut lier la fè- neftre , commençant au pied , ôc finiftant en l’aine. Si c’eft le bras dextre on liera le feneftre,cora- , mençant à la main, ôc finiftant fous l’aiftclle : car en ce faifimr ,on renuoye vne grande portion du fang de ces parties ainfi liées en la veine cane : laquelle eftant plus pleine , en feraenuoyé à la partie emaciée , en laquelle les vaifteaux ne font remplis , mais aucunement vuides. Or il en com- ment emioyer beaucoup,d’autant que la partie eft vuide, ôc pareillement pour l’alimenter. Davan- tage, faut que la partie faine foit en repos , ôc qu’elle foit bandée ôc liée fans douleur , afin que le fang ôc efprits y fluent moins : ce qu’ils feroient dauantage , fi elle eftoit liéeauec douleur. Plus les ligatures ôc compreftcs feruent à eftancher le flux de fang des playes, dequoy l’expericnce iour- nelle nous fait foy , en ce qu’apres vne faignée, y mettant vne comprefle Ôc ligature deftusje fang eft eftanché. D’abondant les ligatures feruent au femmes nouuellemenc accouchées, ôc lors qu’on bande leur ventre , on exprime le fang de leur matrice , qui en eft grandement arroufée Ôc imbue, £ ôc par ce moyen on ayde à la vertu expultdce à le jetter hors. Aufti ceftc ligature prohibe que les vents n’encrent en icelle matrice. La ligature ferc aufti aux femmes groftès à fupportêr le fardeau de leur geoflefte , en celles principalement qui portent leurs enfans fi bas qu’ils leur pendent entre les iambes, leur empefehant la liberté de marcher : car par la ligature appellée des femmes nom- brillere, outre qu’elles font foulagées de la pefanteur, le faix eftant retroufte, l’enfant eft contraint remonter plus haut, dont leur eft le marcher plus aifé. Outre ce s chofes , les ligatures feruent à faire reuulfion , ôc deriuation de pluficurs parties du corps , & aufti à tenir les medicaracns ap- propriez au maladies, comme au col , au thorax ôc au venrre. Galien au troifiefme commentaire de l’officine du Médecin commande de commencer le bandage fur les fradures ôc luxations, Ôc fut les playes ôc contufions, afin de defeharger la partie du fahg& humeurs, qui ontdefluéfur icelle, ôc garder qu’ils ne fluenr. Toutcsfois s’il y a finus aufdits vlceres, il faut commencer fur iceluy: afin d’euacuer le pus ou fanie par l’ouuerture de l’vlcere. Que diray-ie plus ? la ligature a trois vti- lirez en l’amputation des membres , comme bras ôc iambes. La première, c’eft qu’elle tient le cuir ôc les mufcles efteuez en haut, afin qu’apres l’œuure ils recouurent l’extremiré des os , qui auront efté coupez. Car après la confolidation Ôc la cicatrice faide les mufcles feruent comme d’vn couf- finec aux extremitez des os. Et par ainfi la partie pourra demeurer plus forte , 8c moins doulou- reufe , quand on prdfera ddfus , joind aufti que la curation eft plus briefoe : car d’autant que la partie eft plus çouuertc de chair , pluftoft aufti les os font çouuerts. La fécondé eft , qu’elle pro- D hibe l’hemorrhagie, ou flux de fang, à caufe qu’elle prelfe les veines ôc arteres ; de forte qu’il n’en peut fortir que bien peu. La troifiefme eft , qu’elle rend obtus ôc hebeté, c’eft à dire, quelle oftç grandement le fentiment de la partie, parce qu’elle empefche par fa grande aftridion , que l’efprit animal, lequel donne fentiment par les nerfs , ne peut reluire à la partie pendant qu’on la coupe, Les bandages feruent aux parties atro* phi de s. Les ligatures feruet h efâ- cher le fang des playes. Premiers vtilité. Ss£Of>d*i • Tto'tfeftiïQ* Vfage des Comfrejfes. C H A p. VII, 1 'V s a g e clés Comprefles eft double,à fçauoir , pour emplir les parties çaues , ôc & celles qui ne font fi grades vers leurs extremitez, comme vers le milieu. Exemple m des parties caucs qu'il faut remplir , comme fous les ailîel les, fous les jarrets, aux ■§ clauicules Ôc aux aines. Quant à celles qui ne font fi greffes vers leurs extremitez, comme vers le milieu, ce font les bras près le carpe , Ôc les iambes près le pied , ôc la cuifie au deffus dugcnoüil : aufquels lieux il faut mettre des comprefles ôc bandes tous; autour, tant que l'on verra la partie cftre égale. Le fécond vfage eft, d’entretenir les premières deux ban- des , appliquées fur la partie fradurcc : ôc différent en ce , qu’au premier vfage on les tRCt de £?$- Htp.fent. », de la ?. fefâ» VOffre & f«n. nd<9 la i. fefi. fmftmts. 388 Le Quatorzième Liure, tiers, Ôc au fécond de long. On peut auffi vfer de comprefles , quand on veut cftendre vn mem- A bre luxé pour le réduire, de peur que les liens ne compriment 8c faflènt douleur, Pource faut gar- nir de comprefles la partie qui doit eftre eftenduë , afin que les liens ne compriment par trop , 8c par ce moyen on engardera qu’ils ne bleflent, tant qu’il eft poffible. Les comprefles doiuent eftre ebpefles de trois ou quatre doubles , plus ou moins, 8c longues 8c larges, plus ou moins , félon qu’on verra eftre beboin , 8c doiuent eftre trempées en oxycrat, ou en vin , ou en huile,ou Cerat, s’il y auoit douleur , afin qu’elles boient plus mollettes , 8c qu’elles tiennent plus ferme. Ffige des ferules , afi elles , ter ch es , & quejfes, C'Hap, VIII. HP r e s auoir parlé des bandes 8c comprefles , àprebent nous faut traiCterdes feruu les 8c attelles ,& autres choies qui feruent à tenir les os en leur place , comme font fachets, couffins, oreillers, torches de paille, & quelfes. Les ferules,ou attelles, bontfaiéles de papiers colez enfemble , ou de bois mince 8c délié, ou de cuir de- quoy on fait des femelles aux bouliers , ou d’ebcorce d’arbre, ou lames de fer blanc, ou de plomb, ou d’autre matière bemblable , qu’on pourra commodément recouurer : bref, com- me dit Auicenne , de matière qui en ba dureté boit douce, 8c be puifle ployer. Vray eft, que ie conbeille qu’on prenne vne matière la plus legerc qu’il fera poffible de trouuer , de peur que par ba pebanteur elle ne bielle la partie, comme d’ebcorce de ferule qui eft fort propre , ou papier collé, enueloppé de laine ou de cotton, ou de linge mollet, de peur qu’on ne face douleur. Pareille- ment faut qu’elles boient de longueur 8c largeur, 8c en nombre tel qu’il fera neceflàire : auffi qu’elles boient courbées , ou droictes , belon que la partie le requerra : 8c qu’elles ne portent bur les eminences des os, comme bur les chenilles des pieds, des genoüils , des couldes, 8c autres par- ties eminentes, de peur quelles ne les bleflènt, 8c qu’elles boient plus minces vers leurs extrcrtiitez, 8c plus ebpdfes vers la fraéture. Leur vbage eft de tenir ferme les os fraéturez , ou luxez, afin qu’ils ne vaeilent d’vn cofté ny d’autre. Et pour ce faire, ne faut qu’il y ait beaucoup de comprefles, 8c de reuolutions de bandes , parce qu’elles beroient tenues trop lafehement , bous le nombre des rc- uolutions , ou ebpeftéur des comprefles. Les torches ou fenons, font faiéles de baftons de groflèur d’vn doigt : lebquels on cnueloppe de paille, puis d’vn demy linceul ; Ôc bout appropriez principa- lement aux iambes 8c cuifles rompues. Les quelles font faiéles de fer blanc, ou de bois. Leur vba- ge eft de tenir les os en bonne figure , 8c mebraement quand le malade befaicl leuer d’vn iiél,pour be faire porter en vn autre , ou quand il va à bes affaires : 8c pour le dire en vn mot, quand il faut appuyer 8c fîtuer les parties fraélurées 8c luxées fermement, de façon qu’elles ne be puiflent mou- uoir à dextre ou à beneftre, en haut ny en bas, boit en veillant ou en dormant : auffi quelles ne pendent en bas, Sc qu’elles ne boient trop liées ôc ferrées , de peur que les humeurs ne courent à Q la partie bleftée , 8c qu’il n’y buruienne douleur , inflammation, apofteme , gangrène, 8c mortifi- cation. On peut appeller , belon Hippocrates , les calfoles, torches, 8c tous autres inftrnmens, qu’on accommode aux fraélures,pour tenir le membre en figure droite 8c indouloureube,Gloflbco- mes , c’cft à dire, engins , ou machines, lebquels on applique pour tenir les membres en vn eftat, bans que le malade les puiflè remuer aucunement à dextre ou à beneftre, haut ou bas , boit en veil- lant ou en dormant : & pour le dire en vn mot, Gloflbcomes lignifient tous inftrnmens,qui ber- nent à réduire les fraétures, ou luxations. Hippocrates appelle les plumaceaux , les linges dequoy on fait les comprefles, 8c ce qu’il appelle fulcimens , c’eft à dire, appuis, qui affermiflènt, com- me font les bandes , comprefles, canaux , aftelles ,& autres chobes qui appuyent. Ceux qui ne font encores exercez en la pratique de Chirurgie , ne peuuent bonnement entendre ces chobes: car il eft tres-diflicile de mettre par eberit la diuerfité des bandes,comprefles , aftelles, ferules , 8c autres chobes qu’on fait par la main. Mais il faut imaginer ce qui en eft icy eberit, 8c auffi auoir veubebongner les bonsmaiftres , auparauant que d’y pouuoir bien mettre la main. Et m’aflèurc, que ceux qui auront pratiqué ôc veu pratiquer prendront grand plaifir en celle îeélnre, parce que ce qu’on void par les feus , eft plus croyable que ce qu’on comprend par raibon. Toutesfois i’ay mis peine, non feulement en cet endroit, mais par tous mes eberits, d’enfeigner 8c expober aux ieu- nes Chirurgiens, le plus clairement qu’il m’a efté poffible, leur mettant quafi l’image des chobes deuant les yeux. X) Matière des ferules , ou ajteüet. Vfage des férules. Vfuge des tor- ches (y fe- nons. Vfage des quejfss. Ghffocomes. Des Uqs & liens. C H a p. IX. L refte encores à parler des laqs ou liens , defqnels il y a plufleurs différences. Les vns WÊÊ ont grands & larges, comme ceux qu’on vfe à réduire la hanche , ou les vertébrés; autres Perits , pour lier les aflellcs aux fractures Ôc luxations : antres à tenir ceux que bon taille de la pierre, & aux femmes lors qu’on les deliure de leurs enfans:autres à WÊt'ÆÊÊÊÊài Hcr la production du Péritoine , en l’amputation des hargnes 8c tefticules : autres à lier les veines 8c artères ; autres à lier les bras & iambes pour faire les baignées : autres à lier l’vm- bil ic de l’enfant nouuelîement nay î autres à lier les bras , cuifles & iambes, pour faire reuulfion à ceux qui baignent trop : autres à lier les excroiflances des parties honteufes des femmes : autres aux polypus , ou verrues , aux louppes, Ôc antres cxcroidances de chair : autres à lier les fiftules du fondement, ou les fungus qui n ai dent entre les dents ,& en autres parties. Des Bandages. Les accidents qui aduïennent pour trop lier & ferrer les parties du corps, Chapitre X- v r trop ferrer la tefte aux inflammations des yeux,on les fait forment fortlç h°rs leur orbite : ce que i’ay veu,comme i’ay efcrit cy-deflus aux playes de tefte, fX chap. xvij. Aux playes faites au nez , par le trop ferrer 5c prcflèr on rend les jV ’ malades camus. - Pareillement, aux playes des ioucs 5c lèvres, on rend la bouche tortue*. W- 'Par trop ferrer 6e comprimer les vertébrés du dos, on les ictte hors de leur place ; qui fait que les filles font boflue’s, & grandement emaciées par faute d’a- liment , ce qu’on void fouuenr. Car i’ay fouuenance auoir ouuerc le corps mort d’vne Dame de noftre Cour, qui pour vouloir monftrer auoir le corps beau 6e grefle , fe faifoit ferrer , de forte que ie trouuay les faillies coftcs cheuauchans les vues par défias les autres ; qui faifoit que fon cftomach eftant prefie, ne pouuoit s’eftendre pour contenir la viande,6c après auoir mangé 6c beu, cftoit contrainte de la reietter, 6c le corps n’eftant nourry deuint maigre , n’ayant prefque que le cuir fur les os, qui fut caufe de fa mort. Pour trop lier vne partie, on eft caufe de gangrené , ôc de totale mortification, par trop lier 6c ferrer vn enfant en fon maillot, on l’eftouffe, faute de refpiration; D’auantagc, par trop lier 6c comprefter vue jointure, on caufe fouuent vne luxation ou diftor- fion, 6c deprauation de fadion. Par trop ferrer le ventre aux femmes grofiès, on fait que les enfans font bofius 6c contrefaits, 5c la mere auortant fouuent meurt auec l’enfant. Par trop ferrer l’eftomach , 6c les parties dédiées à la refpiration, on eft caufe d’vne fuflocation 5c mort fubite : ce que de recente mémoire on a veu aduenir l’an 1481. en l'Eglife faint Nicolas des Champs, où vne ieune efpoufée de lean de la Foreft, maiftre Barbier Chirurgien à Paris, fille de défunt Jacques Ochede Marchand Pafièmcntier , 6c de Claude Boufaut j laquelle pour eftrc trop ferrée Sc prefiee en fes habits nuptiaux, fortant de l’Autel, après auoir pris du pain 5c du vin à la façon accouftumée, penfant retourner en fa place, tomba roide morte, faute de refpiration, ôc le jour mefme fut enterrée en ladite Eglife. Et quelques iours après , ledit de la Foreft cfpoufa à faint Germain en Laye ladite Boufaut mere de ladite fille defunte : parce que fon Cuté auoit refuie faire ledit mariage, difant qu’aucun ne pouuoit efpoufer la fille5c la mere. Par trop comprimer la prodution du péritoine par vn brayer, on garde la defccme des tefticu- îes au Scrotum, Pour porter des fouliers trop courts ôc eftroits , on fait que les ongles entrent en la chair,6c les orteils cheuauchent l’vn par defiiis l’autre, 5c s’y font des cors, qui caufcnt de grandes douleurs. Par trop longuement lier 5c ferrer les parties, on les atrophie, 5c en fin on leur ofte la vie. Que diray-ie plus ? c’eft que par trop ferrer la gorge à quelque perfonne que ce foit on C gie > 6c luy fait - on perdre la vie. Hlfloîre, Hîfakt,, Fin du QjUtorziefme Liure des Bandages* 59° TABLE DES CHAPITRES du Quinzième Liure, des fraftures des os. fra^ures des os' Chapitre j w Des fignes des fiaSîures, Chap. ij '4 ffl | des fiaSîures, Chap. iij & I Cure des fiaSîures (efi diflocations. Chap, iv |s Jntentïon de corriger les accidents aux fiaSîures, Chap. v if,uu t- ?X)e [a fiaSîure du nez* Chap. vj "De la fiaSîure de la mandibule inférieure. Chap. vij De la fiaSîure de l'os Clauiculaire. Chap. Viij De la fiaSîure de l'Omoplate, Chap. ix De la fiaSîure ou deprejjîon du Sternon, Chap. x De la fiaSîure des coftes, Chap. xj aAccidens qui viennent des cofies rompues. Chap. xij De la fiaSîure des vertebres, Chap. xiij De la fiaSîure de l'os fiacrum. ; ( ) Chap. xiv De la fiaSîure de cropion, Chap. xv De la fiaSîure de l'os de la hanche, Chap. xvj De la fiaSîure de l'os du haut du bras, Chap. xvij De la fiaSîure de l'os du coulde, Chap. xviij De la fiaSîure de la main, Chap. xix De la fiaSîure de l'os de la cuijfe, Chap. xx Delà fiaSîure fàiSîe près la jointure de la hanche. Chap. xxj De la fiaSîure du genouü, Chap. xxij De la fiaSîure de la jambe, Chap. xxiij fie qu il faut obferuer aux bandages, quand il y a playe fiaSîure. Chap. xxiv HiHoire de l'Autheur ayant la jambe rompue, Chap. xxv De la caufe des trejfaille mens aux membres fiaSîureChap. xxvj nAduertijfement touchant les parties fur lefquelles le corps ejl appuyé eHant couché au HSÎ, Chap.xxvij SPar quels fignes on cognoiftra le CaÜus fi faire, Cha. xxviij Des chofies qui empefihent la fomentation du CaÜus, Chap. xxix Des fomentations quon fait aux fiaSîure s des os, Chap. xxx De la fiaSîure de l'os du pied, Chap. xxxj LE QVINZIESME LIVRE, TRAICTANT DES FRACTV- RES DES OS.. H?dr Ambroise Pare, de Laual au Maine , Confeiüer & premier Chirurgien du Roy. Jgue cejl que jfaffûte, & de fes différences. C h a p, I, SR A c t v R e , félon Galien au 6. liu.de la Méthode, eft folution de con- tinuité faille en l’os , nommée en Grec Catagma. Or toute offenfe d'os a plufieurs efpeces& différences, à fçauoir , feparation , luxation, vnion ou conionélion, exçifion ou diuifion , contufion, apofteme, carie, pourriture, deuément auecque perdition de fa couiterture, fràélure ( de laquelle vou- lons traitter maintenant) complette , incomplette, quelquesfois faire en long, de autresfois au trauers, ou obliquement ôc de biais ; ôc les pièces ou efquilles rompues, quelquesfois ont leur bout moufle , ôc autresfois aigu ôc pointu , qui picquc la chair ou les nerfs, ôc fouuent les veines ôc arteres. Quelquesfois la fraélure eft faite en raifort: c’eft lors que l'os li’eft point éclatté en efquilles,mais cil rompu vniment: les Grecs l’ont nommé fRjoaphanidon. En noix : c’eft en plufieurs petites piè- ces (comme vne noix caffee fur vne enclume auecque vn marteau) feparées l’vne de l’autre,comme nous voyons ordinairement eftre fait aux coups de piftolets , & autres ballons à feu , en Grec Alphltîdon. En fente apparente, ou capillaire j c’eft à dire, petite comme vn poil, de façon qu’on ne la peut apperceuoir au fens de la veue : partant on eft contraint d’y mettre de l’encre qui defeend C en dedans, ôc la racler pour la cognoiftre : les Grecs Enfonceure : VouR ture, fehauflant l’os en haut. Brifeure, c’eft à dire, diuifion de l’os en plufieürr éclats. Aucunes de cefdites fraétures font faites en largejçn long.en trauers t les Vnfes aüecques pièces égales,Ies autres dentelées ôc inégalés, ôc efquilleufes. Aucunes font faites en la fuperficie feulement de l’os , auec perdition de quelque portion d’jceluy, comme vne efcaille feparée : les autres,fans que les os foient feparez les vns des autres, mais feulement fendus en long : les autres defeendantes iufques à la moelle de l’os. Aucunesfois les os fe courbent fans eftre rompus , comme l’on voidaux colles ôc aux Cartilages , Sc auflî aux bras ôc iambes, principalement aux ieuncs qui ont les os encores mois Ôc tendres. Aucunèsfois auflî les os fe cauent ôc boffellent comme l’on void aux pots d’eftain ôc de ciiiure, on void fouuent aduenir au crâne par contufion de ceux qui ont les os tendres. le dy da- nantage que quelquesfois les efquilles des os ne bougent de leur placc:alors le mal eft difficile à e— ftrecogneu, parce que rien ne pique ne recroche contre-mont, au toucher tout eft égal ôc vny , la partie garde fa forme entiere.Toutesfois on peut prendre coicélure de ce que la partie fe deult quaci l’on prefle deffus, & qu’elle ne peut faire fon office, & qu’elle s’enfle ôc dénient chaude ôc enflam- mée : loint qu’il y a eu caiife manifefte qui aura précédé, comme cheute ou coup orbe. Aucunes font Amples, c’eft à direffans eftre accompagnées d’aucunes indifpofition ny accidenr:comme playc,flux de iang , inflammation , gangrenés ôc autres complications. Toutes lefquelles différences deman- dent indications propres a chacun genre d’icelles. Pareillement faut confiderer la partie en laquel- J le la fraélure eft faite , pource que bien fouuent elle aduient à la tefte , aux codes, aux bras, aux iambes, aux iointures, ôc autres parties du corps. Aufli aux corps vieux, ieunes , ôc bien ternperez, ôc auflî aux inremperez , ôc mal habituez , & félon icelles différences faut diuerfifier la cure. Or les caiifes des fraélures font toutes choies externes, qui peuuent couper, froiffèr, brifer, ôc calTcr les os : ôc auflî pour tomber de haut en bas, voire çn tant de façons qu’il fetoit difficile de tenir Iç nombre dcfdites caules. Les ejfeces & différences dés os ojfefeç. Fraflure fai» te en raifort„ F r attitré fai, te en noix. Tratture fai- te en fente. Fra&ure en« foncée. Fraftttte bri- fée. Des fignes des Fraffurcs. C H A p. II. Signe (mais de fraftart *n l’es. IiE s lignes des fragilités font allez euidens & manifefteS : defquels le premier & plus Éyp| certain eft , quand en maniant la partie fraéluréc, on ttouue les parties des os fepa- rées,& fenr-on vnc crépitation ôc attrition, ou croqucment : c’eft à dire vn bruit qui vient du frayemcnt des os qui touchent les vns contre les autres. On cognoift aulîî la fraélurc par l’impuiflance de la partie , fur tout fi ladite fraélureeft aux adiutoires , ôc au gros os de la iâbe.Car n’eftant feulement qu’à vn des petits fociles du bras,ou de la iambe,pour T reiziefme Liure des Vlceres, 392 cela le malade ne laiflcra de manier aucunement le bras, ou dcchemincr fur le pied , pource que A ce Pet^c focile ne fert qu'à fouftenir les mufcles ôc non le corps , comme fait le grand os. Danan- tagc la fradure peut eftre cogneüë par la figure de la partie changée ; qui eft cane au lieu d'où eft party l'os, Ôc boffuë au lieu où il s'cft arrcftc , accompagnée d'vne tres-gande douleur, qui vient caufe de la bleffùrede la membrane dite Periofte , ôc de celle qui couure la moiielle, ôc des autres parties qui font preflées ou piquées, ôc les nerfs qui lont peruertis de leur lieu. Le petit facile de U iambe ne fert qu'à [oufttmr les mtifcles • Prognoftic des Fractures. Ç h a p. III- Que ceft que prognofii- quer. SE Chirurgien doit prognoftiquer, qui eft prédire les inconueniens 8c iffucs qui peu- uent aduenir aux fractures, à fçauoir fi elles font mortelles, ou curables : ou fi leur curation fera longue, ou briefue : 8c quels accidens les peuuent accompagner, afin qu'il déclaré la vérité aux païens 8c amis du malade , pour euiter la calomnie des hom- mes , ce qu’il fera ayant la cognoiflànce non feulement de l'anatomie des os , mais aulli de la com- pofition 8c habitude de tout le corps,: 8c en bien prognoftiquant peut acquérir honneur 8c profit : 8c où il verra la fradure douteufe, il doit pluftoft décliner adpericulurn, quam ad fiemitatem. Car fi le malade réchappe , ce luy fera plus grand honneur , que s'il auoit dit qu'il deuft eftre guary, 8c puis il en mouruft. Douant que paflèr plus outre , ie diray qu'en Hyuer lors qu'il gcle , à la moindre cheute les os fe rompent plus facilement qu'en autre temps. Car par la ficcité de l’air les os deuiennent plus fragiles & frangibles , où en temps humide ils deuiennent plus ployabîes 8c o- bcïftàns. Ce que nous pouuons cognoiftre aux chandelles de fuif 8c de cire» Pour entrer doneques en matière touchant le prognoftic des fradurcs, il faut entendre que les os (à caufe de leur fciche- reflej ne fe peuuent aifément glutiner, comme fait la chair ( finon aux petits enfans, comme eferit Galien !n arte parua, aufquels à caufe qu’ils ont beaucoup de fubftançe humide , l'os le reprend félon la première intention ) mais à l'entour de leurs fradures s'engendre vne fubftance dure, appellce , callus ( qui le fait de ce qui abonde de l'aliment de l'os rompu ) laquelle le tient 8c l’agglutine, & auec le temps s'endurcit fi fort, que l'endroit de telle glutination fe trouueplus ferme 8c plus dur que l'autre partie non rompue. Car comme la colle fert au bois pour le ioindre, fcmblablement le callus fert aux os rompus pour les ioindre 8c agglutiner enfemble. Ce n'cft donc fans grande raifon , que les os fradurez , pour eftre vnis , demandent le repos. Car fi on remue la partie , auant que l'agglutination foit deuement parfaite , le callus fe rompt 8c dilfout, 8c l'os ne fe pourra iamais réunir. La matière d'içeluy ne doit peçher en qualité ny en quantiié , non plus que le fang en la génération de la chair deperduc ; 8c partant pour le bien faire, il faut que la partie foit en fon tempérament naturel : autrement ne fe pourra faire , ou pour le moins fera grandemêt retardé.Les fradures aux ieunes font trop plus faciles à guarir qu'aux vieux poureeque les ieunes fontencorcs pleins de fuc glaireux 8c vifqueux, 8c abondent en humidité na- q tutelle, radicale 8c lubftantifiquc : combien qu'on puifle alléguer les vieux auoir plus d'humidité que les ieunes : à quoy ie penfc auoir refpondu en vfant de ce mot, humidité fubftantifique 8c natu- relle , à la différence de celle des vieux qui n'eft telle, plais fuperfluë 8c excrementeufe, dont s’en- fuit quelle eft moins apte & propre à faire la génération du Callus. Et par cecy l’on void qu'il n’eft poffible de douer reiglc certaine du temps de la génération du callus:parce qu'aucuns os s'vniftenc pluftoft, 8c les autres plus tard : qui fe fait auflî par laconftitutionde l'année, de la region,du tem- pérament du malade, 8c de fa maniéré de viurc, 8c pour la façon delà ligature. Auflî quand le ma- lade eft debile , Sc que l’humeur eft trop aqueux 8c fubtil, lors il n’cft propre pour faire le callus. Aq, contraire quand les forces 8c vertus font entières, lors elles font leur deuoir à ioindre les os enfem- bîe : 8c principalement fi la matière eft grofle 8c épeftè, elle eft facilement conuertie en la fubftan- ce du callus. Pource il conuient ordonner au malade alimens , 8c medicamens propres pour aider Nature à ce faire ; ce que nous dirons cy-apres. Lors qu'il fe faid fradure près les iointures , le mouuement eft après difficile, 8c principalement quand le callus demeure gros : 8c auflî du tout du , fi la iointure eft attrite 8c froilfée : 8c encor en tel accident y a grand danger , que la partie ne tombe en grande inflammation , à caufeque les tendons excitent douleur, 8c que la mort n’enfui- ue. Les fradures faites aux deux os du bras, 8c des iambes, font plus difficiles à guarir, que celles qui fqnt feulement à l’vndesfociles des bras & des iambes, parce quelles font plus mal-aifées à te- nir, que lors qu’il n’y a qu’vn feul focile rompu : pource que celuy qui demeure entier ,fouftient 8c appuyé Çeluy qui eft rbmpu. Semblablemét il faut plus de temps à faire le callus en vn gros os,qu’à vn petit. Auflî les os qui font rares 8c fpongieux , font pluftoft glutinez par le callus, que ceux qui ne font de telle nature. Dauantage les os fradurez és corps de température fanguine, font pluftoft vnis qu’aux cholériques. En quelque corps que ce foit, les os rompus ne peuuent iamais fi bien eftre vnis, qu'il n'y demeure quelque inégalités eminence, àyaifon de l'vnion des os faite par le callus. Et partant le Chirurgien doit deuement faire la ligature, autrement le callus demeureroiç plus gros, ou plus menu qu’il n'eft befoin. La fradure la moins fafchcufè eft la fimple : Ôc celle qui eft en éclats, eft pire : 8c la plus difficile de toutes, ceft celle où il y a des fragmens qui piquent à caufe que par pointure de nerf ou periofte fe faid conuulfion. Or quelquesfois les pièces de l'os rompu demeurent en leur place : auflî le plus forment font hors de leur lieu, ou l’vne cheuauche fur l'autre : fi les pièces font hors de leur lieu,il y aura cauité, ÔC au toucher inégalité, 8c les cfqml- Ics piquent &preffent. Auflî fi les extremitez de l'os ne font ioinres bout à bout, le membre eft plus court que le fain : 8c fes mufcles font plus tuméfiez & enflez , d'autant qu’ils fe retirent vers leur origine : c’eft pourquoy fi on trouue l’os enfoncé, fubit il faut cftendre le membre : car les mufcles 3c nerfs tendus par l'os, ôc retirez vers leur chef ou leur fin, ne permettront que les pièces de l'os Les os fe rom- pent plus fa- cilement en Hyuer qu’en Ejlé. Raifon pour- que y les os des ieunes font pluftoft agglutinez, que ceux des vieux. Chofes requi- fes pour lu génération du câlins. Frulhtres fafcheufes. Hipp.fen. 18, & 19 de la 1. ftcl. des fr. La ligature aide beau- coup à faire bien le callas. Extenfion du membre fra- tluré. Des Fractures. A retournent en leur place, fi on neleseftend de force & violence. Et fi cela n’eft fait des les premiers iours , il y furüient inflammation ; durant laquelle il efl tres-dangercux de forcer les nerfs 8c ten- dons , parce qu’il en adulent fouucnt apofteme, fpafme , gangrené , & mortification : 8c pôurce Hippocrates confeilie en la fentenec crente-fixiefme de la troifiefme fedion des Fractures , que nous nous gardions de faire exrenfion le trois &c quatriefme iour , pour crainte d’inflammation. Les fradures font pcrilleufes, quand les éclats font grands, & fortent hors, 8c encores principa- lement aux os, qui font pleins de moüelle. Lors que les os rompus, ou luxez , ne peuuent eftre réduits en leur firuation naturelle, la partie tombe en atrophie , à caiife que les veines, arteres,& nerfs font peruertis de leur propre lien , 8c que la partie ne fe meut point ou à grande difficulté, Parquoy les elprits n’y peuuent reluire, 8c l’alimêt n’y vient pas en, telle qualité qu’il deuroit pour nourrir la partie, dont l’atrophie s’enfuit ; lequel mefime accident pour venir par trop longuement 8c eftroittement tenir la partie liée : dequoy nous traiderons plus amplement cy-apres. Lors que le membre rompu , ou luxé, efl: grandement enflammé, il y a danger , en voulant réduire la fra- dure , que le malade ne tombe en fpafme : partant faut différer la redudion ( s’il efl: poffible ) iuf- ques à ce que les humeurs foient refouts, 8c la partie defenflée , 8c la grande douleur ceflee. En que! etii fraftnre & luxation a- meimnt atr&< phie. , /« ndu&on* Cure vniuerfclie des fractures & luxations. C H a p. 111 î. £ r’habiller vne partie.rompue, ou luxée & feparée, eft la réduire en fon lieu. Par- quoy les vulgaires à bon droit appellent ceux qui reduifcnt les os fracturez ou lu- xez , Rhabilleurs ou renoüenrs. Et pour bien redrdlcr & r’habiller les os ,il Faut auoir parfaite cognoiftance de l'anatomie d'iceux, Sc la pratique de ce faire, apprile des bons Maiftres, Sc continuée de longue-main. Et en la cure de telles difpofitions, on doit auoir trois intentions. La première eft remettre l'os en Ton lieu. La féconde , l’y faire te- nir. La tierce, empefcher qu'il n'y furuiennt aucuns mauuais accidcns : & s'ils y eftoient furue- nus,lcs corrigenqui font comme douleur, inflammation , fièvre, apofteme, gangrené, mortifica- autres. Donc pour réduire aifément vne fradure ou luxation, il le faut faire tout chaude- menr,ou du premier iour,s’il eft poflible : pource qu'alors le malade eft moins molefté de douleur Sc inflammation , Sc que les mufcles ne font encores fort refroidis. Et pour y procéder , faut que le malade, «Se la partie luxée,& le Chirurgien foient en bonne veuë,& ayept bons feruiteurs, bon- nes Jigatures,& bonnes machines, fi le cas le requiert; auflî que les aflîftans fe taifent, &efcoutent leredu61:eur,& necrient,ncdifent,ne facent aucune chofe, qui empefche le Chirurgien de faire fou œuure.En après faut lier Sc tenir la partie près de la fradure,ou luxation,tant d'vn cofté que d'au- tre,c'eft à dire,tant vers la partie fnpcrieure(par laquelle i'entês celle qui eft vers le centre du corps) qu'inferieure, de peur qu'é faifant l'extéfion par trop loing d'icelles,l'on ne blefle les parties faines: Sc auflî que l'extenfion ne fe peuft deuëment faire:pareilrement, de peur que le malade en tirant ne C fuiuele Chirurgien,s'il n'eftoit lié qu'en la partie inferieure,& non vers le corps. Ces chofeseftâs ainfi ordonnées,faut que le Chirurgien eftende , & tire bien droit la partie offenfée, d'autant que les os eftans rompus,ou luzez , les mufcles fe retirent vers leur origine : Sc par mefme moyen tout l'os fe retire,comme efcrit Gai. fur la i.fent. de la i .fedion des Fradnres. Pource il eft impoflible de les réduire fans eftendre les mufcles. La partie ainfi tirée,lcs os feront plus aifément réduits en leur lieu, prelîant auec les mains deftiis, s'ils font quelque eminence. Et les reduifant, il Ce faut donner garde que les bouts des os fradurez ne s'entrechoquent,depeur qu’ils s’efbrechent & rompent.Car les efqnillcs feroient canfe de faire apoftemc,pourpuis après eftre jettez hors. Si vn os rompu fur- pafte la peau, «Sequ'il foie nud & defcouuert, & ne puilFe eftre réduit, alors le faut feier ou couper, qui eft l'aduis d'Hippocrates:& du iour mefme,s'il eft poflible. Puis feront bandez,& liez auecques compreftés Sc aftelles. Et fi c'eft vne luxation,après l'extenfion faite faut poufler,tourner «Se virer la partie luxée, félon qu'il fera neceftàire. Quelquesfois le Chirurgien eft contraint d'vfer de machi- nes,comme aux luxations inueterées,«Se aux fradures Sc luxations des grands os,«Se aux corps robu- ftes, 6e aux grandes jointures : pource que la force qui y eft requife,ne peut eftre fouuentesfois faite par la feule main du Chirurgien, Car d’autant plus que les mufcles font forts 6e robuftes, d’autant ils ont plus de force 6e vertu,pour fe tirer vers leur origine. Partant à ceux-là nous Tommes con- traints d’vfer de machines, parce que les mains du Chirurgien ne font pas fuffifantes pour tirer Sc réduire telles fractures ou luxations. Toutesfois il fe faut bien donner garde de tirer trop fort, de E* peur d'encourir és accidens fufdits : qui font rompre les mufcles & nerfs,& caufer douleur,gangre- né, conuulfion,paraîy fie,Sc autres accidens, lefqueis viennent pluftoft aux robuftes Sc vieux qu'aux ieunes gens,pource qu'ils font moins bleflez que les vieux , lors qu'ils font fort tirez à caufe qu’ils ont le corps plus humide Sc mol. Car tout ainfi qu’on tirefort les cuirs fans les déchirer Sc rompre, lors qu’ils font mouillez Sc mols,raais quand ils font durs Sc fecs, ils fe rompent pîuftoft,ainfi cft- iî des mufcles, nerfs,6c ligamens. Car quand ils font humides Sc moîs,ils obeylTenr Sc ne rompent facilement ; mais quand ils font fecs Sc durs,ils ne fe peuuent eftendre fansgrande force,non feu- lement s’ils font tirez plus qu'il ne faut,mais auflî s'ils ne font que moyennement eftendus,pource qu'en ce cas les fibres nerneufes, Sc corps des mufcles,fe rompent : ce qui n'aduient aux ieunes, qui font humides Sc mols,& généralement à tous ceux qui ont la chair mollalîc Sc humide, comme en- fans, femmes,Sc eunuques. Parquoy ( comme nous auons dit ) le Chirurgien y aura efgard, afin de faire la réduction ainfi qu'il appartient : laquelle on cognoiftra eftre bien faite,quand la douleur eft appaifée, à faifon que les fibres des mufcles, Sc autres parties font remifes en leur fituation naturel- que les os ne prelient plus : aucc ce qu’au toucher on ne fent aucune eminence, mais vne éga- lité. Et fi les fradures ,ou luxations font aux cuillès ,ou aux iambes, pour cognoiftrç files os font Que cefi que r habiller vn membre. Trois pûinlîi principaux en la re du- el ion. Pour la pre- mière inten- tion. Que reftpar* tie fuperku* re. Htppi fen.Go,, de la. t.feêit des fraci. Quand U Chirurgien doit vfer do machines* les vieux font plujioft blejfez de trop eftendp* que les ieu- »es. Signes de la reduîtioft bien faite. 394 Le quinziefme Liure, Pourquoy il •vient des treffaillemens aux os fra- cturez bien réduits, il faut faire conférence de la partie faine aucc la malade, approchant les pieds 8c A genoux l’vn près de l’autre, pour veoir s’ils font bien égaux en longueur. Laquelle choie on doit obferuer toutes les fois qu’on traitrera le malade, pource que l'os réduit peut refortir hors de fon lieu,le malade fe tournant de cofté 8c d'autre en fon lid,ou par certains trelfaillemens,qui viennent lors qu'il dort : ce qui fe fait par la force des mufcles fe retirans vers leurs origines, 8c ce faifant cfbranlent 8c mouuent l’os fracturé, qui à raifon de ce ne garde la fituation que le Chirurgien luy a baillée,ains cheuauche l’vn fur l’autre,dont le malade fent vne extrême douleur, iufques à ce que les os foient derechef remis en leurs placesrà quoy le Chirurgien doit eftre fort attentif:car le cal- lus fe faifant,fi les os chcuauchent les vus fur les autrcs,l’os demeurera d’autant plus court, 8c par confequent le membrerqui fera toufiours clocher le malade à fon grand regret, 8c def-honneui du Chirurgien. Parquoy faut que le malade y donne bon ordre de fon cofté,fe gardât bien de remuer la partie rompue,le plus qu’il luy fera poflîble, iufques à ce que le callus foit affermy 8c endnrcy; mais la luxation eftant réduite 8c bien bandée, ne fe défait pas fi facilement comme la fiadurc. Or ayant fait la redudion ainfi qu’il a efté declaré,fauc venir à la fécondé intention par la curation des fradures & luxations ; c’eft que la partie qui eftoit rompue ou luxéc,& eft remife tienne ferme en fon licurqui fe fera par bandages,comprelîès, 8c autres chofes que nous déclarerons particuliè- rement cy-apres,fclon chacune partie,& aufiî par les medicamens propres:à quoy fert pareillement tenir la partie en repos, 8c en fa figure 8c fituation naturelle 8c accouftumée ,afin qu’elle y puifie longuement demeurer,& la penfer quand il fera befoin, cuitant la dou!eur,tant qu’il fera polfible. g Et pattat aptes la redudion faite,il eft bon d’appliquer tout autour du Cerar,& autres reperenffifs, puis des relolutifs , félon qu’il fera befoin : 8c faut que les bandes 8c comprefiès en foient imbues: autrement ils beuroiét ledit Cerat par leur feicherefiè,& partant profiteront peu. Cefte dodrine eft prife d’HippocrateSjdu 3.Hure de l’Officine du Médecin.Et fi c’eft fradure fimple faut que les ban- des 8c comprefies foict trempées & baignées en oxycrat ou oxyrrhodinum, ou en gros vin auftere, &autres liqueurs femblables,vn peu tiedes,fi la fradure eft auecplaye,c6me eferit Galien fur la n. fcnt.dela i.fed. des Fradures,lefqnelles faudra fouuentesfois huraeder,principalemêt en Efté;car par ce moyen on robore la partie, en répondant la defluxiou, 8c par confequent on empefchel’in- flammarion 8c la douleur. Et quand les accidens feront pafièz , il faut defifter d’humeder les ban- des,de peur de retarder le callus , à la génération duquel il faut procéder par les chofes qui aydent à le faire, comme nous déclarerons cy-apres. Or quant à la figure que l’on doit obferuer , elle fera conuenable , fi les mufcles font en leur fituation naturelle : ce qui fe fera fi la partie eft tenue en fi- gure moyenne,en laquelle fi elle eft fans douleur,le malade pourra longuement demeurer. Ces cho- ies faites,il luy faudra demader s’il eft point trop ferrérôc s’il dit que non,fi ce n’eft vn peu fur la fra- dure ou luxation, adonc faudra conclurre qu’il eft bicn:5c fi c’eft vne fradure,il la conuient lai liée trois ou quatre iours, plus ou moins, fans la deflier,s’il ne fent grande douleur. Mais aux luxations on la pourra bien lai fier fept ou huid ious, s’il n’y fumient aucun accident. Et faut que le Chirur- gien entende,qu’en ttaittant les os ftadurez ou luxcz,il doit partons moyens prendre garde d’em- C pefcher les accidens,qui pourroient eftlatroifiefrae intention que traitterôs à prefènr. La fécondé intention. Medicamens propres à la partie après t& réduction. Teps de def- lier le banda- ge aux fra- ctures & lu- xations. La troificfme intention ejl corriger les accidens. C h a p. Y. La troifîefme intention. Ovrcc faire Faut traitter la partie le plus doucement, 8c auecques moins de dou- eur fi110 rc Pourra (alnfi qu^la e^c' cy-deuant déclaré ) prenant garde d’empef- c^er a fluxi°n fur la partie:& ce par medicamens qui ont vertu de corroborer, 8c re- mlSfr poufier les humeurs:& par bonne maniéré de viure,auffi par purgation 8c phleboto- mje sql cn eft befoin. Que fi les accidens font défia furuenus, il y faut remedier félon la diuerfité d’iceux ; car il y en a de pluficurs 8c diuerfes fortes : entre lefquels fe fait communé- ment vn prurit ou demangeaifon au commencement. Or le prurit eft engendré des vapeurs de ce qui refte du fang, 8c des autres humeurs contenus en la partie,qui font vne mordication modérée, d’où vient prurit fimple, ou mordication grande, doù vient prurit douloureux. Gai. fur la 4. fent. de la 1. fed. des Fradures. Parquoy lors que telle matiereeft vuidée, la caufe du prurit eft cefièe. Ôr lefdites vapeurs ne fe peuuent bien exhaler , pource que la partie eft preliée 8c couuerte d’em- plaftrcs, de comprelfes, 8c de bandes : joint auffi qu’elle demeure fans fon exercice accouftumc, 8c pour ce y a moins de chaleur naturelle. Partant conuient deflier les bandes de trois jours en trois iours, pour donner air 8c tranfpiration aux excremens fuligineux, 8c matières fanicufes,con- I> tenues fous le cuir, de peur qu’elles ne le rompent 8c vlcerent :cc qui eft fùrucnu àplufieurs par faute de ce faire. Pareillement faut fomenter la partie aucc eau chaude, & ce allez longuement:car comme il eft eferit au 3. de l’Officine du Chirurgien, longue fomentation d’eau chaude ,atté- nué 8c euacué , la moindre remplit & amollit: aufïi vfer de legeres fridions auec la main ou lin- ges chauds,defqucls on la.frotrera en toute figure : à fçauoir, en haut, en bas,à dextre,à feneftre,& en rond. Pareillement on peut vfer de fomentation faite d’vne decodion de fange , camomille, melilot, rofes, 8c femblablcs, bouillis en eau & en vin. Et par ces moyens petit à petit on oftera le prurit. Etoùil y auroit défia veffies,il les conuient couper,pour donner prompte ilfué à l’humeur, lequel retenu pourroit corroder 8c faire vlccre : 6e après faudra appliquer quelque médicament re- frigeratif,comme eft l'onguent album Rhafis camphoratura,ou deficcatiuum rubrum,ou vnguétnm rofatùjoù il n’entre point de vinaigre, auquel on y adionftera poudre de bois pourry,ou de latuthie préparée, ou autres femblables. Mais il aduient auffi quelquefois des accidens beaucoup plus grands 8c dangereux, que nous déclarerons cy-apres. Or s’il y auoit quelques pièces ou efquilles d’os qui fuifent du tout ieparées, il les faut promptement ofter , principalement s'ils piquent les îl faut tenir régime iuf- ques au dix- iefme tour. Caufe du prurit. Remedes con- tre Le prurit. Hlp.fent. 46". fett. v. des fracf. Des Fradures. 395 A minciesauiïî lî l’os eftoit éclatté 8c forti hors la chair,en force qu’on ne le peut!: reduire,il le con- uienc couper auec tenailles incihues , ou par le Bec de Perroquet : defquels t’aideras félon que ver- ras eftre vtile. Le Chirurgien doit pareillement prendre garde que la partie bleifée ait fouueut vne flabellation , afin quelle n’acquiere inflammation : aulîi garder quelle ne foit trop couuerte ny preflee. La flabellation fc fera en la changeant de place, & la foufleuant par fois. Tel precepte n eft feulement à noter pour les fradures, mais auflî pour toutes parties bleflees 8c vlcerécs. Ayant donc ainfi difeouru des fradures 8c luxations en général, maintenant ic traideray des particu- lières , commençant au Nez. De la fraffure du Nez. C h a p. VI. SL faut entendre que le Nez eft cartilagineux en fa partie inférieure, & ofleux en fa fuperieure. En fa partie cartilagineufe il n'aduient point fradure, fi ce n'eft mar- que ou fiege : ains feulement enfonceure ou entorfeure,contufion ou meurtri fleure; mais en la partie ofleufe, fouuent adulent fradure 5c enfonceure au dedans : & où il ne fera bien réduit, le malade demeurera camus, ou aura le nez tortu , Sc par confè- qnent difficulté de refpirer. Or pour réduire cefte fradure , faut abaiflèr l'os qui eft B trop éminent, Sc celuy qui eft trop bai (Té, le faut releuer auec vne efpatule , ou vn petit bafton ap- proprié à ce faire , garny 5c enueloppé de cotton ou de linge , afin de faire moins de douleur au malade : Sc faut tenir ladite efprouuecte d’vne main , Sc de l’autre faire laredudion.Puis l'os eftant fuffifamment eflené Sc réduit en fon lieu , on mettra des tentes longues 5c greffes dans les nazeaux faites d’éponges ou d’écoupes : parce que telles chofes font molles, 5c tiennent le nez haut efleué. Pareillement feront appliquées compreflcs des deux coftez, pour mieux tenir l’os en fa figure natu- relle,iufqucs à ce que l’agglutination foie faite. Souuentesfois i’y ay rnis des tentes cannulées, fai- tes d'or ou d’argent,ou de plomb,Icfquclles eftoient attachées par vn filet à la cocfte,ou bounet de nuid du malade, qui feruoieiÀ à tenir les os, & donner ifllfé à la fanie,& autres excremens fortans du nez : Sc femoient aufïi à l'infpiration Sc expiration.Dauantage,s'il n'eft neceflàire, on fe gardera de prefler le nez par le bandagc,de peur de le rendre large,enfoncé ou tortu:& où il y aura playc,ru y procéderas ainfi que i'ay déclaré enmo liure des playes de la tefte humaine. Apres l'auoir réduit, tu vferas de ce médicament ,5c a toutes autres parties feiches , lequel a puiflance de répercuter Sc réprimer la luxation, aftreindre , tarir Sc deflèicher l'humeur jadefiué,& aider à tenir les os en leur C lieu. , maftichcs, boli armeniæ , fanguinis draconis an. 5.fi. aluminis rochæ, refinæ pini fîccæ an.J.ij. puluerifentur fubtiliflimc : item farinæ volatilis fi. alburainum ouorum quantum jfùffîcic : incorporcntur omnia fimul, Sc fiat medicamcntum.Si la partie cartilagineufe eft pareille- ment fraduree , on y procédera comme en la fubftance ofleufe.Or il faut entendre que la folution de continuité faite aux cartilages, eft nommeed’Hippocrates fradure, comme en l'os,pource qu'il »tae peut treuuer autre vocable plus propre, attendu que c’eft la partie la plus dure aptes l’os.Le cal- lus en la fradure du nez eft communément fait en douze ou quinze iours s’il n'y furuient accident. Hip, fient. de la t. fit ÏÏ, des art. Le maniéré de réduire U nez. en fa fi- gure natu- relle. L'vfage pro- pre des tente cumulées. Hip, fe$. %. du Hure des art. fen. 47. fyGal, au comment. De la fraiïure de la mandibule inférieure, C h a p. VIL BA mandibule inférieure fe termine en deux maniérés de cornes, dont l’vne fe finit en pointe, ôc reçoit vn tendon du mufcle temporel,l'autre en tubercule rond,qui eft allié à l'os fous nomraee mammillaire, & illec s'implante en vne petite cauité. Elleeft ioindeau milieu du menton par coalefcence , 5c eft moücllcufc au dedans.Lors qu'elle eft fraduree,elle fera reduide eu Ton lieu en mettant les doigts en la bouche du malade,preflànt les eminences tant par dedans que par dehors,à fin d’vnir & appo- fer les os l'vn contre l'aucre.Et fi elle eft du tout fradurée en trauers , 5c que les bouts fulfenr l'vn p fur l’autre,il faut faire extenfion Sc contr'extenfion,c'eft à dire,tirant en deux parts contrai tes,pour mieux adioufter les bouts de l'os au droid l'vn de l'autre. Et fi les dents fons diuifces,efbranlccs,ou fèparces hots de leurs alueoles ou petites cauitez, elles doiuent eflre reduides en leurs places ; 5c feront liées 5c attachées contre celles qui font fermes, aucc-ques vn fil d’or,ou d'argent* ou de lin. Et les y faut tenir iufquesà ce quelles foient bien affermies, 5c le callusfoit refait 5c rendu folide. Et y fera appliquée vne ferule faite de cuir , dequoy on fait les femelles aux fouliers, fendue par le milieu à l’endrdit du menton,de longueur &c largeur de la mandibule:& y fera-on vne ligature auec vne bande large de deux doits,& logue tant qu'il fera befoin,coupee par les deux bouts,laiflat d’en- tier vn pouce:&: à l’endroit du menton fera pareillement fendue,? fin qu'elle empoigne 5c compri- me mieux le mcnton:&des quatre boutsjes deux inférieurs feront confus fur ie fommet de la tefte, à vn bonnet de nuidou callote,«5e les deux autres bouts fuperienrs feront conduits detrauers,& fe- ront confus au derrière dudit bonnette tout fi dextrement qu’il fera pofîiblc,pour bien tenir la fra- dure.Le figue qu'elle eft bien redaidc,c’eft quand les dents plâtees en icelle font en pareille afliette de leur rang. Le malade ne fe couchera point fur la partie fraduree, de peur que les os ne fc démet- tent, 5c que la fluxion ne s'y face dauanrage.S'il n'y furuient inflammation,ou autre accident,le câl- ins fe fait en vingt iours, parce qu'elle eft fpongieufe , creufe , 5c pleine de fubftance moéllenfe, 5c principalement en fon milieu,quelquesfpis plus tard,felon la téperatured' aage du raalade,cômc il fc fait en tous les autres os. On vfera du médicament agglutinatif & repercnffif cy-deflhs eferit, 5c d’autres qu'on verra eftre neccifaircs. Le malade doit eifre nourry de chofes qu'il ne faille maf~ cher,iufques à ce que le callus foit fait &c bié affermy,pource qu’il ne les pourroit mafcher,& auflî que lamafticationluy fetoir contraire.Parquoy vfera de boüillic,panade, coulis,prefîis,orgcs-mun- dez, gelecs ,potages, œufs mollets, jus de confitures, reftaurans, 5c autres fcmblables. Dificriptio» anatomique de la mandi- bule inféri- eure. Ligature des dents esbran- lees. Les ccmpref- fes & ligatu- res do tuent eflre fendues d l'endroit du menton. Signe de bon- ne réduction. Temps de ge» neratson du câlins. T reiziefme Liure des V Iceres, De lafraffure de l'os clauiculaire, oufimulaire. Chap. VIII. A fradure de ccft os fera réduite, félon qu'il fera hors de fa place. Or foit celle fra- éture faite en quelque forte que ce fuit, toufiours le bout qui eft attaché contre l'ef- Ü paule, eft plus abaifté contre-bas que l'autre bout, qui eft attaché contre le fternon, parce que le bras le tire contre-bas. Si la fradure eft faite en trauers , elle eft plus ‘îKT’tæ&ii facüe à eftre réduite, & aufli plus aifee à gnarir que celle qui fe faid en long. Car tour os rompu de trauers, plus facilement retourne en fon lieu naturel, en fe foufleuant d’vn cofté ou d'autre auec les doigts, 8c plus facilement fe remet, que celuy qui eft rompu en raiforc,qui eft phis-mal-aifé à eftre réduit, 8c aufli les bouts des os à fe tenir l’vn contre l'autre, 8c plus difficile- ment fe collent enfcmblc.Car remuant les bras tant foit peu,l'vne partie de l'os s'efearte 8c fe fepare de l’autre , 8c la piece qui eft proche de Iefpauîe, defeend à l'inferieure partie de la poidrinc : à raifon que l'os clauiculaire n’a de foy aucun mouucment, mais fuit le mouuement du bras 8c del’ef* paulc,qui rite contre-bas la portion qui luy eft contigue.Or pour réduire ccfte fradure faite en rai- forr,ou autre façon que les bouts de l'os ne foient l’vn fur l'autre,ou efcartez,faut qu'vn feruiteur ti- re le bras en arriéré,& vn autre au côtraire tirera Iefpauîe vers foy àl'oppofitc,&: ainfi fefera lacô- tr’extcnfîon : cependant le Chirurgien r'habillera auec fes doigts la fradure, pouftànt contre-bas ce qui eft éminent & releué, &c retirant contre-mont en dehors ce qui eft enfoncé en bas. Aucuns pour mieux réduire ceftc fradure,mettcnt vne grofte comprefte ronde fous l'ai (Telle du malade:puis preffient le coulde contre les coftes : 8c le Chirurgien réduit la fradure. Si d’aduenture les bouts de l'os eftoient tant enfoncez contre-bas, & que par les moyens fufdits n'euftent peu eftre releuez, alors il faut faire coucher le malade à la renuerfe, 8c luy mettre entre les deux cfpaules vn oreiller, ou vn quarreau a (lez dur,ou le cul d'vne jatte,ou chaudron,ayant mis premièrement deflus quelque couucrture. Puis vn feruiteur preftèra contre-bas les efpaules du malade , afin que les bouts de i’os cachez 8c defeendus contre bas retournent contre-mont. Et par ce moyen le Chirurgien réduira facilement la fradure. Et fi d’aduanture l'os eftoir en telle façon rompu 8c efclaté , qu'il n'euft peu eftre réduit en fa place , 8c qu'aucun de fes efclats picquaft 8c entrait dedans la chair, 8c qu’il cau- faft difficulté de refpirer, alors on feroit contraint de faire incifion, 8c le releuer auec vn crochet, 8c couper les poindes pour obuicr aux accidens de la mort : ôc puis traider la playeainfi qu'il eft befoin. Et fi ledit os eftoit rompu en plusieurs pièces, aptes les auoir réduites en leurs places, il faut appliquer deffius vn médicament colletic, comme farine de froment, thus, bol-armcne, fang-dra- gon , refine de pin , puluerifez , 8c incorporez en blancs-d'œufs, 8c mettre par deflus des ferules autour de l'os cnueloppécsde linge vfé, oindes dudit médicament : 8c pareillement trois compref- fes, à fçauoir deux aux collez, mais la troificfme fera plus grofte, 8c poféefur l'endroit de l'os emi- nent, qui le repouftera 8c l'engardera de fe releuer , oindes pareillement du médicament fufdir, à finqu'eftant defteiché il ne puiftè bouger dedeffius,& que les extremitez de l'os ne déclinent àdextre ny àfcneftre, 8c ne s'efleuent en haut. Et faut pareillement que lefdites compreftes foient de grof- ieur 8c largeur qu'il fera befoin pour remplir les cauitez qui font au deftbus & au deflus dudit os. Puis on bandera commodément auec vne bande à double chef,& lamctrra-on en Croix Saind An- C dré, & fera de la largeur d'vne palme , 8c longue d'vne toife 8c demie , plus ou moins félon le cor- fage du malade : 8c fera-on qu’elle tire le bras en derniere. Aufli ne faut oublier à mettre des com- prelles fous les aiflèlles, 8c principalement fous celle de la fradure, pour remplir les cauircz d'i- celle , afin que le malade comporte 8c endure mieux la ligature. Semblablement ne faut oublier à commander au malade de tenir les bras en arriéré , pofant fa main fur la hanche, ainfi que les vila- geois la mettent quand ils danfent, fai fan s laie renie-goy, à fin que l'os foit mieux tenu en fa pla- cy. Toutesfois quelque diligence qu'on puifle faire , il y demeure quafi toufiours deformité, pour- ce qu'on ne peut bien faire la ligature qui puifle enuironner l’os tout autour comme l'o fait au bras 8c à la jambe. Le callus en cet os eft fait le plus fouuent en vingt iours , à caufe qu'il eft rare 8c fpongiuex. - Hippo. fent. 6 j. feci. I. des Artic, Vne jraSure faicie de tra- uers efl plus facile à efirg réduite que nulle autre. Plufeursfa- fons de rédu- ction. Accident mortel. Médicament glutinatif. Bande pour la claui cule. Il demeure toufiours de- formité après la réduction de la claui- cule. De lafrafture de l'omoplate. Chap. IX. Moplate, eft vh mot Grec qui fignifie efpaulette ou paleron de Iefpauîe. Elle n’cft point enioindée,mais plaquée feulemêt au derrière des codes de la poidrine, attac^^e auec f°s occipital,& auecles fpondyles du dos par le moyê des mufcles, & au deuant par ràcromiumfqui eft vue apophyle ou vn auanccment de l’extremité de facrefteou efpine) où l'os clauiculaire eft appuyé &joind,Aucûs anatom.ftes ap- pellent celle mefme coniondion,acromium.Elle à vne autre production 8c apophyfc,appellée le col del'Omoplate,&: au bout il y a vnecauitéqui reçoit la telle de l'os du haut du bras«Dauanragë elle a vne autre petite apophyfe, appellée Coracoïde eh Gtcc,à. caufe quelle tepre fente vn bec de Cor- beau , pource qu’en Ton extrémité eft crochue. Or elle peut eftre fradurée en toutes Tes parties. Quelquesfois en fa tefte,qui eft au milieu d'elle,que nature luy a donnée pour fa tuition & defeufe, comme ont les vettebres du dos. Quelques foi s aufli que la partie large eft enfoncée au dedans, & qudqùesfois en la iointure, ou l'os du haut du bras eft pofé en fa cauité. Et félon ces différen- ces , les accidens ions plus grands ou moindres. On cognoift la fradure eftre en fa crefte, quand en touchant deifus on troune vne inégalité qui caufe douleur. L’enfonceure de fa partie large fc cognoift pareillement au toucher, parce qu'on y rrouue vne cauité, & vne ftupeur ,-qu endormiftement, au bras du cofté bleftee,& le malade fent Defcripîion anatomique de Vomopla- te. Gai. auliu. dt; os. L'omoplate a deux prodli- ft ions , l'.vns appelles acro. mium, & Vautre cora- coïde. Signes, de fractures. Des Fra&ures. 397 A vne douleur poignante quand on y touche ; 5c telle chofe Te fait à caufe des nerfs,qui fe diftribuent aux mufcles de l’elpaule. Si les pièces de l’os ne font du tout icparces , 5c ne picquent point, il les faut redreftèr en leur fituation naturelle, 5c les y faire tenir aucc reraedes agglutinatifs,qui engen- drent le callus , 5c auec comprellés 5c bandages propres à cefte partie. Et fi les pièces bougent, ou remuent,& picquent la chair,il Jera fait incilion pour les ofter,& feront tirées auec vn infiniment nommé Bec de Corbin. Et en cet endroit faut noter h les efclats > ou quelques portions des os fra- élurez ne font du tout feparez,& qu’ils tiennent cncores au periofte 5c ligamens>s’ils ne piquent la chair,ne les faut ofter : pource que f ay veu plufieurs fois, qu’ils fe prenoient 5c vniflbient enfem- ble,non feulement à 1 Omoplate, mais aufli aux autres parties, comme fay monftré par cy-deuanc aux piayes de la telle. Mais alors qu’ils font du tout feparez ,& n’adherans plus au periofte , ne- edfairement les fant tirer dehors, ou autrement nature auec le temps les ehaüera hors,parce qu’ils n’ont plus de vie auec leur tout, 5c faut * comme dit Hippocrates au liure des fraélures de telle,que le vifchalfe le mort. Ce qui eftaduenu le Marquis deVillars, lequel rcceut en cefte partie vn coup de piftolet à la bataille de Dreux, 5c dés lors on luy tira quelque efquille de l’os,5c quelque piece de fou harnois , 5c de la balle , 5c fi la playe quelque temps après fut confolidée 5c du tout clofe : toutesfois après la bataille de Mont-contour, pour auoir longuement porté le har- nois fur fon dos , il fe lit vne nouuelle fluxion «Sc inflammation fur la cicatrice , en forte qu’elle fe r’ouurit 5c en forcit derechef plufieurs efquiîles d’os , 5c portion de la balle. Si la fraélurc eft faite ® au col du paleron, ou à la joinélure de l’efpaule, rarement on en efchappe, quelque grande dili- gence qu’on puiflè faire. Ce qu’on a veu n’agueres aduenir aux defunéls Roy de Nauarre, 5c à Mondent de Guife, 5c au Comte Ringraue Philibert, 5c plufieurs autres , en ces dernieres batail- les , à caufe qu’autour de celle jointure il y a plufieurs & gros vaiflèaux , àfçauoir la veine 5c arrê- te axillaire , &les nerfs naiflans des vertébrés du col, qui fe diftribuent à tous les mufcles du bras. Dauantage,lors qu’il s’y fait inflammation Sc pourriture, facilement font communiquez au cœur* 5c autres parties nobles : donc plufieurs accidens aduiennent » 5c fouirent la mort. Curation* ies os fmt dutout feparez de leurpe”oft* De la friiïure ou deprefrion du Sternum ou Brechet. C H a p. X. E Sternum quelquesfois eft fradure , 8c quelquesfois il n’y a qu’vne deprelîîon 8c enfonceure au dedans fans fradure. Le ligne qu'il eft fradure, c'eft qu'au lieu delà llg fradure on trouue vne inégalité , 6c quand on touche delfus, il obéit au doigt, & fent-on vne crépitation 8c bruit. Et lors qu'il eft enfoncé , on voit vne inégalité & cauité, 8c adonc le malade fent grande douleur 8c a difficulté de refpiter, à caufe que l’os preffe les membranes , 8c les poulmons qui font au delfus de ces parties- là : pareillement à la toux, 8c forment crache du fang. Or pour réduire cet os, il faut fituer le malade comme nous a- _ lions dit en la redudion de l’os clauiculaire , à fçauoir le mettant à la renuerfe : 8C luy mettra-oa vn quarreau fous Ton dos , puis fera foulé fur Tes efpaules contre-bas , 5c auec les mains on réduira l'os prellànt les coftes d'vn collé 8c d'autre : 8c fera-on en forte que la redudion foit bien faite. Puis après on appliquera les remedes cy-deflus mentionnez , pour prohiber l'inflammation , 8c fe* der la douleur. Et y feront adaptées promptement des compreflcs : aufll la ligature fera croyfee par delfus les efpaules , laquelle ne doit dire trop ferrée , de peur qu elle n'engarde la refpiration du malade. S'il eft befoin on tirera du fang, & fera-on toutes autres chofes ncceftàircs& requifes à cet dfed. L’an 1563. ie fus enuoyé par le commandement du defund Roy de Nauarrc, Lieute- nant général du Roy , pour penfer Antoine Bcnand, Seigneur de Ville-neufue, Cheualier de l’or- dre du Roy , 5c Gentil-homme de fa chambre , Capitaine de crois cens hommes, lequel fur bldfé près la porte de la ville de Mehun , d’vn coup de moufquet, au milieu du Sternum, dont fa cui- racc enfonça les os dudit Sternum : qui fut caufe qu'il tomba par terre comme mort, jettant gran- de quantité de fang par la bouche , 8c en cracha par l'efpace de trois mois après. Et pour réduire les os, i’y proceday comme i’ay dit, & reccut parfaite guarifon , eftant encore à prefent viuant. Signe de fra* Hure au Ster* nutn. La toux niiSt à caufe que les poulmons font préfet* fîifioifii De la fracture des Cofres. C h a p. XL E s colles vrayes font olfeufes,& reçoîuent fradure en toute partie : mais les colles D faulfes ne fe peuuent fracturer que près l'efpine du dos } auquel endroit font ofleu- fes : car en la partie antérieure elles font cartilagineufes , & partant en cet endroit Æ Te peuuent plier,& non fradurer.Or elles fe peuuent toutes rompre en dedans & en dehors. Auffi elles ne font quelquesfois du tout rompues, mais feulement cfclatées & fenducs,& quelquesfois par dedans,&: non par dehors:& la faillite ou fente pénétré ancunesfois lufqnes au milieu de leur fubftàcc,quï eft rare& fpongieufe:& quelquesfois ar.lït font du tout rom- pues,& efclattéesjdont les efclats prdïènt &picquent la membrane pleurerique,qui les couure par ■ dedans. Adonc le danger eft grand;mais lors qu'il n’y a que fimplé fradure,fans que ladide tnêbra- ne foit rompue ou grandemêt prdfce,ou autre complication de difpoütion,lemal ell petit,& ponr- ce Hippocrates confeille qu'ils mangent alfez libéralement, parce que le ventre modérément plein redrdfela colleté qui eft vray. Ceux qui ont fradure aux faulfes colles,fe trouuent plus mal allant manger qu’apres, à raifon qu’auant le paft ils Tentent les colles fufpendue's, fans qu'elles foient au- cunement fouftenuës par les alimens contenus en l’eftomach. Pareillement la fradure , qui eft au dehors , eft trop plus aifée à guarir, que celle du dedans , à caufe qu’elle picque la pleure , excite inflammation , & forment empyeme. Car celle de dehors Te réduit facilement, à caufe quon la -peut coucher, mais celle de dedans ne fe peut toucher. Celle qui eft faite au dehors fe peut guarir Quelles cofies & en quelU partie peUU&t encourir fta* clure. Prognùftic de la frdÜurt des cejlest Le Quinziefme Liure, Signes, en iours, s’il n’y fiuruient quelque mandais accident. Les lignes des colles rompues , ne font A pas difficiles à eftre cognns.Gâr touchant des doigts à l’endroit de la douleur, on trouue la fraéhi- re en fientant vne inégalité 5c crépitation , principalement ff elles font du tout rompues. Et fi la colle remplie cft tournée vers le dcdans,le malade fient vne vehemente douleur pundiue, & enco- res plus violente 5c faficheufic qu’en laplcurcfie, parce que la membrane qui couure les colles, eft picquée 5c preflee par les eficlats de la fradure. Au moyen dequoy le malade a vne trcs-grande dif- ficulté de refipirer,toulfie,& fiouuent crache du fiang, parce que les,poulmons le fiuccent 5c attirent: qui à caufie de la dilaceration,eft hors de fies vailfieaux , 5c d’iccux entre en la Trachée artère , 5c de là eff jetté par la bouche. On peut bien redrelfier auec les doigts les fradures des colles, faites au dehors : mais fi elles font tournées au dedans , il eft impolîible, parce qu’on ne peut faire ce qu’il appartient, qui eft tirer 5c contre-tirer,& prelfer fur les eminences de la fradure. Aucuns pour re- tirer l’os fraduré en dehors , commandent appliquer vne ventoufie , mais ils font mal : car par la contràdion & compreffîondes parties circqnjacentes, ou voifines, faite par la ventoufie, feroient attradion des hum'éurs,&r augmentation de douleur à la partie malade : & partant ne la faut nulle- ment appliquer : ce qu’aulîî Hippocrates défend. Mais pour la réduire , on feracoucher le malade fiurlecofté fiain. Puis on mettra fur la fradure vne emplaftre couuerte fur de la toile neuue & forte,faide de terebenthine,refine,& poix noire, farine de fourment, maftic, alocs : 5c l’ayant lailfie quelque efipace de temps,fiera elleuée 3>c tirée de force contre-mont, 5c par ce moyen la colle lera ti- g *éc en haut : 5c fera-on cela non feulement vne fois : mais par plufieurs , tant que le malade fie fien- te allegé,& auoir fou haleine plus libre. Pourquoy faire plus aifiément, le malade peut grandement aider au Chirurgien,en touflànt,& retenant fion haleine, lorsqu’on tirera l’emplaftre. Mais aulïi fi nous fommes contraints par vne grande necelîité,à caufie que la njembrane qui couure les coftes,& ]cs nerfs emi accompagnent les veines 5c arteres qui font fous chacune colle, font grandement -*■ , 1 il/* 11 o * 1 L * prdîez Sc forte que le malade lent vne extrême douleur , & ne peut qu auec bien gran- de peine refipirer, 5c aulïi qu’il crache du fiang 5c tonifie, 5c eft febricitant : alors pour obuier à la mort, il faut faire incifion , 5c deficouurir vne portion de la colle fracturée : puis auec vn crochet edeuer les eficlats de l’os qui picquent les faire forcir dehors en les coupant, ou autrement. Et fi la playe eft grande, il la faut coudre, 5c la traitter comme il appartient. Et fiera ordonné régime au malade, & la fieignée 5c purgation , ainfi que verra le dode Médecin eftre befioin : car comme cficrit Hippocrates, en la fimple fradure il n’eft grand befioin de tel régime, parce qu’il n’y a fièvre, ny aucun malin accident : mais en la compofiée,qui eft auec conuulfion ou playe des muficles, il eft de necelïité pour la fièvre 5c empieme. Et fur la partie fiera appliqué vn Ccrat 5c autres remedes. félon les accidens qui furuiendront. Les bandages qu’on fait à celle partie, ne peuuentfieruir qu’a tenir les remedes. Et quand à la fituation du malade, il fie doit mettre en telle alîiette qu’il pourra endurer,& fie trouuer mieux. De lafra- flure en dehors. Ll!p. au liu. des art, feëi, 3. fent. 51. & Paul. liu. 6,chap, 96. Auic. en [on 4. Lrnplaftre four ejleuer la cafte rom- pue en haut. Landes reîeru tines. Accidens qui viennent des cofies rompues. C h a p. XI L BL nous relie à prefent traitter en bref des accidens qui aduicnnent à caufedela con- tufion faite fur les colles. C’ell que la chair contufe deuient bourfoufflée,piruiteufe, muqueufe, & glutineufe, à raifon que la partie ne peut cuire & digerer l’aliment qui luy eftenuoyé : partant il demeure à demy-cuiél, à caufe de l’imbécillité de la partie, & de la trop grande multitude de l’humeur qui influe : d’où vient que de telle crudi- té &c humeur indigefte,s’efleucnt plufieurs flatuofitez, pource que la vertu concoélriceeft debile, à raifon de l’imbécillité & intempérie de la partie.Hippocrates 3.des Art. dont on trouue la chair en ccll endroit tuméfiée,comme fi on l’auoit foufflée;& lors qu’on coprimc deflus auec la main on fène l’air qui fe defpàrt,& le lieu qu’on a comprimé demeure caue,commc on voit aux fluxions œdema- teufes. Et fi on n’y donne ordre, il s’y fait inflammation, fièvre, apofteme,difficulté de refpirer : & quelquesfois les colles fe pourriflènt, à caufe que la chair eft efieuée de contre l’os : lequel demeu- rant nud fans fa couuerture naturelle,il s’introduit, 6e: eft frappé d’vn air qui quelquesfois eft caufe d’alterer l’os & le pourrir.Et lors que cela fe fait,Ies malades iettent la boiie par la bouche,puis de- uiennent tabides,dont la mort s’enfuit. Or pour obuier à tels accidens , faut promptement faire la redu6lion,comme nous auons dit.Etpour refbudre celle tumeur muqueufe, faut appliquer remedes proprcsjbander & comprimer auec compreflés , afin que la chair touche à l’os , & qu’il ne demeure nud.Et quand à la maniéré de la comprefîion, on appliquera le bandage allez ferré , touresfois non tant que les colles nefe puilfent mouuoir,& que la refpiration foit empefehée.Puis on vferades re- medes refolutifs & calcfaélifs pour dilîiper l’humeur. Et faudra diuerfifier les remedes félon que les accidens fe prefenteronr. S’il furuierit apofteme, elle fera ouuertefans trop tarder,.de peur que l’os ne fepourrilfe,&: après l’ounerture faite , on euacuera la matière : & pour ce faire on mettra vue tente cannulée dans l’vlcere, fi bien attachée qu’elle ne puifle tomber en la capacité du thorax. Et feront faites toutes autres choies neceflàires & requîtes à telles difpofitions. La caufe de l'altération & pourriture des cojtes. Cure de tel accident. De la fracture des vertébrés ou rouelles de l’ejpine & de fes apophyfes, ou faillies. Chapitre XIII. Accident incurable. A rondeur,on circonférence des vertébrés,eft quelquesfois rompu c,comufe Renfoncée ||| dedans , qui fait que les membranes qui couurent lamoiiellefpinale, ouelle-mefme cftant ainfi prdféejcaufent pluficurs mauuais accidens,& peut-on prefager eftre incura— ble, félon qu’ils feront grands ; à fçauoir , quand on voit que les bras &c les mains du malade font ftupid.es & paralytiques,fans les pouuoir remuer:& audlî qu’en les picquant ou ferrant. Des Fradlures. A le malade ne fent rien : femblablement quand les aeddens fufdits fe trouùent aux ïambes Sc aux pieds ; & que le malade laifle fortir fes excremcns fans les lentir , Sc les pouuoir tenir , ou aulïï qu’il ne peut vriner : car félon Hippocrates feél.z. du Prorrhet. de quelque caulè, que la moitié de l’efpine foit bleflee , ces accidens furuicnnent , on peut alors, prefager la mort prochaine : Sc après l’auoir prédit aux parens Sc amis, Sc aux affirtans, il fe faut enhardir (s’il eftpOlïïble) de faire inci- lion pour ofter les efquilles ou efclats,qui fc font enfoncez j Sc compriment la mortelle Sc les. nerfs.? Sc s’il n’eft polïïble, faut appliquer remedes qui fedent la douleur , & qui prohibent l’inflamma- tion , Sc réduire les parties fraélurées en leur lieu , les y failant tenir par les moyens que dirons en la luxation de l’efpinCi Que fi feulement les apophyfes des vertebres font rompues (qui fe cognoi- ftra, parce que les accidens fuldits n’y furuicnnent, & qu’en pouffant du doigt ddîrts, on fent la piece ou efclar de l’os fe rem nef, & changer de place , ioint aulîî qu’au lieu de la fraélure on troitue vne cauité Sc enfonceure , auec quelque bruit d’vne petite crépitation ou craquement ; d’abon- dant fi le malade veut plier l’efchine,il fent douleur , parce que la peau qui eft à l’endroit de la fra- élure, s’eftend Sc prefle des efclats de l’os, principalement s’ils font pointus Sc efpineux, picquants la chair ; Sc s’il le drelle il fe trouue mieux à caufe que ladite peau eft lafche : partant les efquilles de l’os picquent moins) alors on les pourra réduire , s’ils ne font du tout feparez de leur perioftes g mais aulîî s’ils en font entièrement feparez , adonc faut faire incilion Sc les ofter ,puis traitter la playe comme il appartient. Les fraélures des apophyfes des vertebres fe guàriflènt aifément, poutueu qu’elles ne foient ac- compagnées d’autres difpofitions,comme quelque grande contufion , ou autres : parce que tous os rares Sc fpongieux,en peu de temps fe conlolident,comme nous auons dit. Cumhth Stgfiès des feules apà- phyfes reril* pues. VrOgkôftlc!. Delà fraffure de l'os facrum. C h A p, XIV* Vlîl pos facrum peut eftre fraélure en certaine partie,où lé patient peut recouurer fan— té : ce que i’ay veu plufieurs fois s’eftre fait par coups de boulets, ou autre chofe bri- hmre : mais °ù la fraélure fera faite à l’endroit de lefpine,& fi elle ert blellce, à peine le malade peut euiter la mort,pour les raifons qu’auons déclaré cy-dellus» §)uelle frit- clure de l oi facrum eft tnortell«K De la fr affûte des os du creupionju de la queue. Ch ap< XVi Bi E croupion,nommé os Coccyx,eft compofé de quatre petits oflelets, dont le premier à vne cauité ou s’infere la fin de l’os facrumtles trois autres font ioints cnfemble par fym- 1 phyfe,à l’extremité defquels il y a vn petit cartilage. Or la fraélure de ces os fera réduite , en mettant le doigt dedans le fiege du malade* tant qu’il foit appofé à l’endroit du lieu de la fraélure duquel il repouflera l’os,&. l’égalera auec l’au- tre main l’cxpofànt extérieurement fur la fraélure. Et afin qu’elle foit mieùx Sc pluftoft glutinée* faut que le malade fe tienne au liél pendant la curation : Sc où il fe leuera , faut qu’il fe mette en vne chaire percée,afin qu’il n’y ait rien qui prefle fur la fraélure. Et feront appliquez les rcmedes canuenables aux fraélures,les diuerfifiant félon qu’on verra eftre necellaire. Dtfcrip tiers ariaténiiquê de l'Os Cos* cyx. Réduction De la fraffûte de Cos de la hanche* C h a p. X V L Os chacune hanche ert: compofé de trois os, le premier eft nommé os îlion, le fécond py , le tiers os Pubis. Ces trois os font rt bien conioints cnfemble ( aux hommes ontaccomply leurs trois dimenrtons) qu’on ne les peut nullement feparcr 4 mais aux ' petits enfans, iis fc peuucnt aifément feparer l’vn d’auec l’autre. Et pour les bien enten- dre,ie te renuoyeray à mon anatomie, où i’en ay amplement eferit : Sc dirons que cedit os peuteftre rompu en toutes fes parties,pour eftre tombé de haut en bas fur quelque chofe dure,ou par coup dé quelque certain inftrument,comme de piftole,arbaleftre,ou autre façon. Celle fraélure fe cognoift comme les autres , à fçauoir, par le fentiment dé douleur pungîtiue Sc pulfatiue,& ftupeur en la jambe du collé mefmc, quâd le milieu ert enfoncérclle fe cognoift aulîî au feus de la verte, Sc du toucher,& veut eftre habillée félon qu’on verra eftre necetfaire.Faut tirer les pièces d’os,fi elles font du tout feparées,du premier apparéifs’il eft polïïble , faifant incilion, s’il en eft befoin,euitant découper le chef des mufclés,ou quelque vailfeamprincipalement le grand & gros nerf qui fe diftribue entre les mufcles de la cuilfe Sc de toute la iambe. Et les efclats ou fragmens4 qui ne font entièrement feparez de leur periofte4 feront falfemblez Sc réduits auec les doigts. Et confequerament on procédera à la relie de la curation , comme on verra eftre necellaire. t!os de là hanche eft compofè de trois aateeii Signes s De la fraffure de l'os du bras, ou adiutoïre. Chap. XVII* jO s du haut du bras ell rond, cane, Sc plein de rnoiielle , ayant vne a(fez grande Ei tefte en fa partie fiipcrietire, affife fuperieure, affife fur vn moyen col. Il a en la fil partie inférieure deux apophyfes , ou prominences, l’vne antérieure ; l’autre porte- rieure : & y a entre les deux comme vne demie orbite , ou catfité d’vne poulie , les ux extrémité?, de laquelle fe definent, l’vne en l’vne cauité extérieure, & 1 autrein- terieure , pour l’arreft de la flexion Sc extenlîon , c’cft à dire , de peur que l’os du couldc ne tour- naft tout autour de fa cauité : qui ert femblable à vne poulie. Et Ci telle chofe aduenoit, Laétion Cufaiîon. Dejcnptioii anatomique de l'os df» hriu* 400 Le quinziefme Liure du bras euft efié imparfaite, parce qu’ il fe fufi: plié autant au dehors comme an dedans. Cecy efi A necdlairc fcauoir au Chirurgien , pour la réduction des fratures & luxations de cefte partie. Et ne faut feulement l’apprendre par ce liure , mais qu’il aille aux cimetières l’apprendre fur les os des morts , comme i’ay fait, &c autres Anatomiftcs. Si les extremitez deceft os fraturé cheuauchent beaucoup les vues fur les autres, & que ce foit vn homme fort robufte : alors pour le réduire , il faudra faire grande extenfion au bras, ayant premièrement fait feoir le malade allez bas, afin qu’il ne fe puilfe lener lors qu’on réduira la frature , & auffi que le Chirurgien face fon opération plus à fon aife ,' bien que Hippocrates meu d’autres confiderations vueillc le malade foit fitué haut.- Semblablement ne faut faillir en faifant l’extenfion , de la faire en tirant ledit os en bas vers la terre en ligne droite , & que le couldefoit femblablement plié auffi lors qu’on le veut fituer pour eftre tenu en efcharpe. Car fi on vouloir faire la reduélion, le bras citant haufie & cftendu ou en quelque autre figure , il le faudroir roufiours tenir en celte raefme fituation en laquelle on l’auroit réduit : ou autrement, le voulant mettre en efcharpe , la frature le pourroit aifément défaire. Ce qui ell tres-necellaire au Chirurgien d’obferuer, en remettant ledit os rompu , tenant le bras cou- ché, prefque contre le corps vers la ceinture. En quoy le Chirurgien prendra auffi garde en le ban- dant , ôc y appofant les attelles, qu’elles ne prelfent fur les jointures : car comme eferit Hippocra- tes, fetion 5. de l’officine du Chirurgien , & fetion 1. des fratures , il ne faut que les attelles prelfent les parties defeharnées, ncrueufes & fenlibles de peur de douleur & dénudation , tant du g nerf que de l’os:& principalement à l’interieute partie,vers laquelle fe fait la fiction,de peur qu’el- le ne face douleur & inflammation : &partant il faut en cet endroit quelles foient plus courtes. Et après auoir ainfi t’habillé le bras, il fera pofé contre la poitrine , en figure d’angle droit, & y fera lié , afin que le malade fe remuant, il ne peruertilfe la figure de l’os , qu’on aura réduit en fon lieu. En telles fratures il faut que le bras demeure à repos , iufques à ce que le callus foit fait, qui fe fait en quarante iours , & quelquesfois plus tard : dont on n’en peut donner reigle ccrtaine,non feulement de la frature du bras, mais de tontes les autres, comme nous auons dit* Ce qu'on doit obferuer en la reduBlon de la fraBure de l'os du haut du bras. Po fit ion du hrm après la réduction. De U fiacîure de L'os du coulde, & du rayon, défi à dire > des deux fociles du bras. C H A P IT RE XVIII. Différentes fractures de Us du coul- V e l e s F o i s l’os du coulde8c du rayon font rompus enfiembîc d’vne mefime fra- ture ,& quelquefois vn d’eux feulement. Auffi il aduientque la frature efi faite ou au milieu d’iceux , ou en l’extremité prochaine du coulde , ou du poignet. La pire frature eft quand tous les deux os font rompus enfiemble. Car le bras demeure du tour impo- tent : 8c la curation en fiera plus difficile,parce qu’ils font plus mal aifiez à tenir,que lors qu’il n’y en _ auraqu vn fieul: pource que ccluy qui demeure entier fiouftient encores le bras, & garde que les muficles ne fie retirent, comme ils font lors qu’ils font du tout rompus enfiemble. Et la pire d’après. c’e(p quancJ pos du coulde eft rompu:& la plus facile à guarir,c’eft quand l’os du rayon fieul eft fra- turé , parce qu’il eft fiupporté 8c fiouftenu fur l’os du coulde : & fi ces deux os font rompus, il faut faire la contr’cxtenfion plus forte, parce que les muficles font pins retirez que s’il n’y en auoit qu’vu feuJ} & pvn demeurant entier fiert plus que les bandes &aftellcs à fouftenir l’autre. Auffi s’il n’y a qU*vn d’iceux rompu; pour réduire,il faudra faire moindre extenfion que fi tous les deux l’eftoient, parce que les mufcles font moins retirez , demeurant entier l’vn defidirs os qui les rient droits : 8c cftans réduits , bandez, 8c aftelez ainfi qu’il appartient ,1e bras fieras pendu cn efcharpe 5 de forte que la main ne foit gueres plus haute que le coulde, afin que lefiang 8c autres humeurs ne tombent fur la main : laquelle pareillement fera fituée 8c tenue en figure, qui foit moyenne entre la prone 8c fiupine , félon laquelle figure , l’os du rayon eft droitement fitué fur le coulde , comme il eft cn Hippocrates fientence 3. fiction 1. du liure des Frations. La raifion eft, qu’il y a peruerfion tant en l’os qu’aux muficles par la figure fiupine : car premièrement pour l’os, l’apophyfie ftylo'ide 8c l’olc- crane du coulde doiuent eftre au niueau, 8c vis à vis l’vn de l’autre : ce qui ne fie fait en la figure fiupine, par laquelle l’apophyfie ftylo'ide du coulde eft vis à vis de l’os de l’apophyfie interne de l’os du coulde. Pour les muficles, parce que quelle eft l’nfiertion & la tefte du muficle , telle eft la fitua- tion de fion ventre, 8c l’infiertion de fia queue. Or par la figure fiupine des muficles qui viennent de D l’apophyfie interne de l’os du bras, 8c flechiflent le coulde, ont leur queue finpcrieurc 8c extérieure. D’abondant tu n’oublieras pareillement à fléchir &eftendre par fois lebras du maiade, toutesfois fans douleur le moins qu’il fera poffiblc pour obuier que par la fluxion ( qui fie fait à la jointure du coulde 8c parties voifines ) & la longue demeure, les os d’icclle iointure ne s’agglutinent enfiemble, dontfienfiuit après immobilité de laiointurc,commc s’il y auoit vn callus formé : 8c de là vient que puis après le bras ne fie peut plier ny eftendre : ce que i’ay veu aduenir à plufieurs : auffi Galien le nous a laiffié par eficrit: 8c tel vice eft nommé Ancyle ou Ancylofts. Or fi la frature eft accompa- §nce fvn hra* rompu y auec playe. De lu fiaffure de la main. C h a p. XIX. SE s os du Carpe, Métacarpe, &: les doigts de la main, font quelquesfois rompus & caliez : mais , comme cfcric Hippocrates fcél. z. des Fradures , le plus fouucnr ils ont l’elpece de fradure, qui s’appelle marque ou lîege. Toutesfois ils font rompus ou caliez : le moyen de les réduire ; c’eft que le malade ellende fa main fur vne table égale. Ce faicl ; vn feruiteur tirera les os fradurez, &: le Chirurgien les redreflè- ra, «Sc pofera en leur fituatio.n naturelle. Puis appliquera les remedes propres, ôc allelles : & les doigts feront liez enfemble aucc leurs voifins qui les colloyent : car en celle façon ils demeurent mieux. Il faut que le Chirurgien confidcre,que ces os font de fubllance rare & fpongieufe,& par- tant le callus le fait aisément. Dauantage, il faut appliquer vne comprelle ronde au dedans de la main, pour mieux tenir les os rompus en leurs places, & les doigts en figure moyenne, à fçauoir, n’ellans du tout ployez ny dreflez : pource que s’ils demeuroient autrement, le callus qui fe feroit, depraucroit l’action de la main, qui ell de prendre, ou bien l’aboliroit du tout. Au contraire , les orteils des pieds fradurez feront teiïns droids , &c non ployez , afin que le cheminer ne foit em~ pefché. Nota, Des fi allure s delà cutjfe fai fies en la main de l'os. C h a p. XX. N trouue communément les extremitez de l’os de la cuillèeflant rompu , chcnaucher l’vn fur l’autre, à caufe des gros & forts mufcles qui font en içelle,lefquels fe retirent tous vers eur or*g‘ncJ comme nous auons dit cy-deuant. Parquoy lors qu’on réduira celle fraClure , faut que le malade foit couché fur le dos, & ait la jambe ellenduë r &■ C i que le Chirurgien tire bien fort la cuifle : & où il ne le pourra faire feul, il aura deux {bruiteurs forts & puiflants,pour ramener les extremitez des os rompus l’vne cotre l’autre.Et à ces fins les anciens auoient l’inftrument nommé Glolfocomium , lors que la main n’eftbit allez forte. Pourqupy let os de Let cuijfe ropue fe fur- patient ïvn l’autre. Figure dvn instrument nommé Glojfocomium. En lieu d’iceluy on peur pareillement s’ayder de noftre moufïle : car Hippocrates permet la ten- fion fi grande, que mefme il bande fans anoir re- , joint les os, parce que où le mufcle cft plus puif- fant que le bandage, aisément les os le remettent par la contraction du mufcle. D’abondant,le Chi- rurgien confiderera , en reduifant celle fraClure. que cet os eft courbé en la partie intérieure,& gib- beux en : partant il le faut remettre en fa figure naturelle,& auoir mepaoire, qu’il n’eft de figure droite : & où Ton y commettra faute, le malade demeurera claudicant à iamais. A celle caufe faut appliquer Vne compreffe au dedans de la cuifle, qui remplifle le plat & cauité d’icelle , de peur que l’os ne fe demette de fa place : laquelle fera couuerte d’onguent rofat,ou de quelque autre médicament glutineux, de peur qu’elle ne fe def- place. Semblablement, on mettra d’autres coin— prefles fur la partie qui cil plus grclle, laquelle cil près du genouïl , afin que les ligatures foient éga- lés, lefquelles fe font pour trois intcntiôs dites cy- defltis. La première ell, pour contenir l’os en la figure où il aura effcé réduit, iniques à ce que les pièces foient conglutinées par le câlins qui les fon- de. La deuxième , pour empefeher la fluxion, qui aisément y vient, tant pour la douleur, que pour la débilité de la partie. La troificme ,pour contenir Figure de l'os ds let cuijfe. Le Quinziefme Liure, les comprefles ôc aftelles,&: les rcmedes qu’on y applique. L’inflammation eft empefehée en reprî- A' mant, ôc rechaffant le fang &: les autres humeurs , qui autrement y flüeroient, ôc en exprimant le fang contenu en la partie fradurée vers les parties prochaines,tanr fuperieures qu’inferieures. Et panant lefdides bandes fe doiuent faire de bonne toile forte,& non rude. Leur largeur ôc longueur gift en la coniedure artificielle du Chirurgien, qui les mefure félon que la fradure eft grande, ou petite, ôc la grofleur ou longueur de la partie : ôc doiuent toufiours couurir toute la partie fradu- rée,& grande portion de la faine. Or parce qu’au liure des Bandages, i’ay exposé principalement le bandage d’Hippocrates, ie te veux icy expofer celuy de no dre pradique ordinaire : qui efl: que nos pradiciens veulent auoir trois bandes pour telles fradures. La première fe doit commencer fur la fradure (comme nous auons dit au liure des bandes) y faifant deux ou trois trous , & plus ferrées qu‘e les autres , qui feront menées, contremoat où elle doit eflre terminée : & fes reuolutions doiuent eftre fort jointes l’vne contre l’autre: ainfi con- duite , fait qu’elle tient les os , ôc exprime Ôc reprime le fang loing de la fradure. La deuxrefme fera auffi deux tours fur la fradure , puis fera menée contre-bas auec reuolutions plus efeartées l’vnc de l’autre que la première, ôc de bas on la fera retourner contre-mont, où ainfi fe finira. Sou effed eft femblablemcnt d’exprimer ôc reprimer:& fes reuolutions descendent contre-bas, ôc font moins iointes , afin qu’il fe fafle moindre expreflîon de fang aux extremitez, qui ne peuuent fans inflammation en receuoir beaucoup, à caufe qu’elles font loing de la chaleur naturelle,qui eft plus grande au centre quelle n’eft aux extremitez. La troisième doit commencer en bas à l’extrémité B du membre, ôc eftre conduite doucement contre-mont, ôc faire fes reuolutions au contraire des deux premières , afin de réduire les mufcles qui peuuent auoir efté deftors de leur deuë Situation naturelle. Apres auoir fait ces bandages,il faut appliquer trois aftelles faides de gros papier de carte, ou autre matière, comme nous auons dit. La première fera pofée au ddlbus de la fradure aSfez large, ôc longue, tant qu’il fera befoin : Ôc deux autres,vnc de chacun cofté, diftantes l’vne de l’autre d’vn doigt, afin de tenir l’os qu’il ne vueille çà ou là, enueloppéd’eftoupes ou de cotton, ôc auec des liens les ferrer tant qu’il Sera conucnable. Et après il faut faire Situation de la partie : la- quelle doit auoir trois intentions,à fçauoir mol,égal, ôc haut. M©1, parce que la dure comprimant la partie malade, caufe douleur ôc inflammation. D’auantage le malade ne la pouuant fouffrir,eft contraint pour la changer ôc fe foulager remuer la partie fradurce,laquelle doit demeurer en repos fans eftre remuée.Egal,parce que le contraire fait douleur ôc diftorSîon de la partie,quand vne par- tie d’icelle eft appuyée, ôc l’autre fufpendue fans appuy : ôc pource fefaut garder, dit Hippocrates fed.i.des Fradures,que le talon ôc pied ne demeure fufpendu fans appuy, parce qu’incontinent fe feroit douleur ôc fluxion fafcheufe.Haut,pour empefeher la fluxion, qui eft irritée par la Situation baftè ôc penchante : ÔC partant la cuiflè ôc la iambe feront tenues plus haut que le refte du corps, fur certains oreillers, ou quelques matelats, gardant toutesfois en cefte hauteur telle médiocrité, que la partie ne foit trop tendue,comme aduertit Hippocrates fent.y6.fed.i.-dcs Frad.Et fera auSIi tenue la cuiflc en pareille longueur que la faine : ôc pour ce faire la faut appuyer de cofté ôc d’au- tre auec des torches de paille,comme nous dirons bien toft d’vnc iambe rompue.Or quand le ban- dage eft ainfi conduit que nous auons dit,la nuid ôc le lendemain le malade fe fenr plus ferré que lors qu’on l’a mis du commencement : ôc augenoüil fefaid vne tumeur molle par l’expulfion de l’humeur qui eftoit en la partie fradurée,& le deuxiefme iour la ligature fe lafche , pour ce qu’vnc partie de l’humeur fe refont : ôc le troifiefme iour on la trouue encore plus lafche, pource que la matière s’eft d’auantage refolué. Adoncques faut débander la ligature , de peur qu’elle ne fafche le malade pour la Situation où il demeure fi longuement contraint fans aucunement Se remuer : ÔC auffi eftant la partie couuerte &enueloppée Si long temps fans eftre débandée,qu’il n’y furuienne vu prurit, qui vient par faute de tranfpiration Sc refolution de l’humeur iaarreftée;&: auffi de celuy qui flue,àraifon de la chaleur ôc douleur,& des excreraens ôc fiipcrfluitez du nourriflèment de la partie, qui abondent pour raifon de fon imbecillité.Car par la rétention d’iceux non feulcmét aucuns fen- renr vnedemangeaifon,mais auffi fouuent fefont des vlceres à la peau, à raifon des humeurs fameux & acres qui croupiftent là.Et quand tel accident aduieat, il faut fomenter la partie d’eau tiede auec huile,aurantd’elpace de temps qu’il fera befoin,pource qu’elle appaife ladouleur,relafche ce qui eft trop tendu par lacompreffion du bandage,efchaufte la partie refroidie par la repereuffion &expref- fion du fang,& des efprits qu’ont fait les bandes. S’il y a tumeur auec grande meurdrifleure, il fauc longuement faire ladite fomentation pour refoudre ce qui eft eftrangecn la partie , & y appliquer antres remedes plus refolutifs. Toutesfois faut auoir égard de non les trop continuer , pource qu’ils u empefcheroientla génération du callus : parquoy nous aurons toufiours égard en ce faid à la reigle mife par Hippocrates,fentence ip.fedion 3.de l’officine du Chirurgien, touchant le temps, & du- rée de la fomentation ; qui eft petite fomentation attire & ne refont rien. D’auantage faut con- fidercrle tempérament ôc habitude du malade : car s’il eftoit pléthorique, ils attireroient les hu- meurs luperflus en la partie. Les anciens veulent iufques aufeptiéme iour qu’on remué le bandage de trois iours en trois iours ; ôc palfé le feptiefme , de fept iours en fept iours. Mais à cela on n’en peut donner reigle certaine: car félon lesaccidens il faut habiller le malade , plus roft ou plus tard, félon la douleur ôc autres accidens.IÎ eft vray que s’il n’y auoit aucun accident, ie ferois bien d’auis que ce f uft le plus tard qu’il feroit poffible : car fi les bords de l’os fraduré font csbranlez ôc re- muez , cela empefche l’agglutination du callus : car ainfi que l’on ioint les pièces de bois auec de la colle, ou les potiers d’eftain leurs pots : ainfi nature cimente les os rompus auec le callusj.dc façon qu’ils ont grand befoin ( pendant que le callus fefait) de demeurer à repos ; ou autrement la matière du callus fe fend , &ne s’agglutine point. Pour aider à l’agglutination du callus( qui com- mence à fe faire après le treiziefme iour , ou bien le quinziefme , pluftoft ou plus tard, félon que Situation de la partie. te malade doit eftre ha. biüé le troi- fiéme io»r. Hip.au liure des Fr allure s fient. 4 o. & $1, fie ci. i. Vtillté de l’eau tiede. Intention des anciens. D es Fra6lures. 403 A la partie fera en Ton tempérament ) on y appliquera vn emplaftre fait de blanc d’œuf, battu auec poudre de rôles rouges Sc farine de froment, Ôc autres emplaftres catagmatiques, qui feront ey- après efcrites à la fracture d’vne iambe rompue. De la fiaffure faite près la jointure dudit os. C h a p* XXL SV e l esïoi s il fe faid fradure près la jointure de la hanche au col de l'os femoris : ce que ie protefte auoir veu en vne honnefte Dame, ayant efté appelle pour la penfer. Voyant que fa iambe eftoit plus courte que l'autre : auec vne eminencô que le Trochanter fai foi t extérieurement au deftus de la iointe de rifchion ; i’cftC mois de prime face, que ce fuft la tefte de l’os, de y auoir luxation, de non fracture* Alors ie tiray & pouflay l'os cerne fembloit en fà boete, attendu que les deuxiambes eftoient ega* les en longueur &c figure : & la penfay &c accouftray comme d’vne luxation. Deux iours après ie la ® fus reuoir,qui feplaignoitfentir vne extrême douleur,& trouuay fa iambe courte,&Ion pied tourné au dedans. Alors ie défis toutes les bandes , & trouuay l'eminence comme auparauant. Adonc ie m'efforçay derechef à réduire l’os en fa bocte.Ccpendant i’apperceu que l'os crepitoit, de eu efgard qu'il n'y auoit nulle cauité en la iointe,lors ie cogneu qu’il y auoit fracture,de non luxation. Pareil- lement l'epiphyfiede la tefte de cet osquelquesfois fe fepare de deftoint, de forte que le Chirurgien eft deceu,eftimant qu’il y ait luxation , de non difiondion de l’epiphyfie dudit os. Adonc ie réduis l'os,appliquant des aftelles fur les compreftes,& feis la ligature à deux chefs,la crôifant par deftus la iointure,& autour du corps en croix S. André : & le refte de la curation le feit,ainfi quations dit pat cy deuant : de pofay vn arc de cerceau par deftus le pied, de peur que la couuerture ne preftaft fur les orteils. D’abbndant feis attacher vne corde au plancher au milieu de Ton lid, comme oh doit toufiours faire aux fractures & luxations de la cuille de de la iambe , à laquelle les malades le fou- (tiennent des bras,pour fe foufleuer lors qu’ils vont à leurs affaires, de aulîl pour quclquesfois vn bien peu Ce tourner de efteucr le dos de le croupion , afin de donner vne tranfpiration aux parties _ preirées,qui par trop long temps leur eftant deniée,caufe vnedouleurj& chaleur eftrange:donts'en- fuit vlcere le plus fouuent au croupion, lequel induit douleur, fiéure, de vne fi grande que la mort s'enfuit,!! on n'y donne bon ordre. Audi que d'autant que la fradure eft faide près des eft plus difficile à traiter,&: plus malaifément guarie:pourcequ'à caufe des nerfs, - tendons de ligamens communs elle apporte de plus grands accidens , de que ce lieu eft exàngue. Celle qui eft faide au milieu de l’os,eft plus aifée à traitter & pluftoft curée* Que diray-ie plus ? c'eft qu’il faut que le Chirurgien prenne fouuent garde , que l'ps ne fc dé- mette comme on l'aura réduit.Ce qu'il fait aifément,par ce qu'il eft feul,& que par la moindre fau- te du malade,fe foufleuant en allant à fes affaires,ou autrement, l'os de la cuille fe déplace,& les ex- tremitez cheuauchent l’vne fur l’autre : de partant faut à toutes les fois qu'on l’habille, auoir égard à la figure de l'os,«Sc conférer la longueur de la iambe faine à la malade : de auparauant que îh callus fbit faid,la tirer de reduire,cn forte que le malade ne demeure bokoux , de qu'il fe remue •aùflî le moins qu'il pourra. Auiccnne dit que peu fouuent on guarit fi heureufement la fradure de la cuiïïèi que le malade ne demeure boiteux.Autres anciens aulîi rtàus ont lailfé par eferit,que l'os de la cuif- fe eft confolidé en cinquante iours : mais à cela il n'y a point de reigle certaine,comme i'ay dit cy~ deftus. D’auantage, foit que le callus foit fait en cinquante oufoixante iours,fi eft-cépourtant que le malade nefe pourra pas encores de longtemps fouftenir de cheminer deftus,à caufe que la partie P demeure bien long temps debile, de partant les malades cheminent quelque temps fur des crolfes* Ainfi faut-il entendre en toutes les autres parties fracturées de luxées, du temps prefix , qu’ils leur ont baillé pour eftre le callus fait,&les ioinces affermies. Icy le ieune Chirurgien notera , que les epiphyfies des os fouuent fe defioignent de feparent : qui vne efpôtc de luxation,- laquelle Co- lombus au Chapitre fécond de Ton anatomie dit,que malaifement fe réunit, à raifon que telle con- iondion de alliance d’os ne fefait pas par vne feule refte entrant enVne feule cauité , mais par le moyen de plufieurs tubercules teceuës dedans pkifieurs finuofirez, laquelle rencontre eft mal-aifè'é à réduire : qui le fait de caufe interne ou externe : externe qitelquesfois par la faute du qui manie trop rudement les os tendres des petits enfans,ou par cheutes, ou autres caufes qu'auons dit cy-deftus : interne, à caufe de certaines humeurs qui ont coulé de croupy ert quelque iointure* ainfi que nous voyons fouuent arriuer en la petite dé groftè ve.rolle3ou d'autre hument non vcrolli- que,ainfi que de recente mémoire eft aduenu à defund Monfieur Marchante Aduocat au Chaftelec de Parisjhomrae d'honneur de de bonne dodrine de experiencejfëquel eut vne defluxion à la join- ture du genoiiil,qui le tourmenta par l’cfpace de huid mois, de appelîa plufieurs gens dodes , tant Médecins que Chirurgiens poux cuider le foulager : ce qu’on ne peut faire par aucun moyen,à cau- fc que Ton mal commença à l'os.Vn iour fe tournant en fon lid, l’os de la cuifte fe rompit près lé genoliil,dont il mourut bien toft après.La cuille fut ouUerte,& luy fut trouué fradûre de feparation de rapophyfc dudit os* lequel Pareillement eftoit tout carieux & pourry , fans tout.esfois qu'il éuft jamais eida verdie. A bonne caufe a efté dit par nos anciens , que les os peuuent fouffrir les genres de maladies,àlçanoir folution de continuité,incommoderation, ou mauuaife composition# de intempérie. Htftshé, Signes dé fraBstre* Ctoratitoi Pourrai) td fraftnre prêt la iointttre ejê pim fafckeü* fi- 2,‘oi de ÎA cuijfe fe dë» iffet mfériïëtà j ■ traiàé t< thap. 14» Utftoift* Le Quinzième Liure, De la rotule du genoutl. Chàp. XXII. œWfit A rotule du gcnoüil fouirent eft contufe, 5c moins fouirent fe rompt : toutesfois elle rwp fc fepare en deux ou trois pièces, quelquesfois en long , quelqnesfois en trauers : 5c quelquesfois eft feulement fendue, voire de toute fon efpdfeur, 5c quelquesfois bri- AjfÆ fée en petites pièces. Et telles chofes aduiennent fans playe , ou auec playe. Les fi— gnes font manifeftfcs pour l’impotence de la iambe : 5c auffi qu’en la maniant 011 trouue cauité 5c réparation des pièces rompues : 5c les maniant 5c faifant toucher l’vne contre l’autre,on fent vn bruit faifant crépitation ou craquement. On les réduit en eftendant la iambe, 5c approchant les pièces les vnes contre lcsautres,& appliquant propres rcmedes,&: vire greffe com- prcfTc fous le jarret pour remplir la cauité,afin que le malade ne puifte plier la iambe, pendant que le câlins fe fera : car la pliant,on feroit derechef feparerles pièces qu’on auroit réduites enfemble. Aufïï feront pareillement faites les ligatures, 5c appofées les torches de paille, comme nous auons dit a la fraélure de l’os femoris. Et faut fituer 5c tenir la iambe comme fi elle eftoit rompue , iirfi- ques à ce que le callus foit fait &endurcy. Pour le prognoftic , ic dy que iamais ie n’ay veu que ceux qui ont eu celle partie rompue, nefoient demeurez clandicans : parce que la conionétion fai- te par le callus, empefche le genoliil fe pouuoir fléchir , 5c les malades tr-àuaillent beaucoup en 3 montant : mais en cheminant en lieu applany,ccfte peine ne fe manifefte point. Celle fraélure de- mande vne longue demeure dans le li£l,pour le moins quarante iours ou plus. Signes. Opération. Ceux qui ont la rotule ro- pue clochent le refie de leur vie. De la fratture de la iambe. Chap. XXIII. N rhabille ccfte fracture comme l’os du petit bras , quand les deux os font rompus enfemble. Hippocrates prognoftiquc,que la fracture de l’os delà gréue eft plus dan- S| gerciile, tardiue à girarir,que celle du petit os : parce qu’il eft plus gros', 5c Ëj auiîl foufticnt tout le corps : 5c le petit n’eft que pour appuy & fouftien des mufcles qui font à la iambe , pour mouuoir le pied. L’os de la gréue feulement rompu fe trouue au dedans de la iambe, parce que le petit citant entier, ne lai lie ictter en dehors : 5c auflî le petit feulement rompu fc trouue en dehors, parce que l’os de la greue ellant entier, ne lailfe ietrer en dedans :mais aulîî l’vn 5c l’autre eltans rompus fcpeuuent auffi bien tourner en deuant qu’en dcrriere,& en derrière qu’en deuaifr. Aulïï quand il n’y en a qu’vn rompuîla fracture eft beaucoup plus aiféc à guarir, que lors qu’ils lefoiTt tous deux : pource que (comme nous auons dû en la fra- cture du petit bras) celuy qui demeure entier, fert à fon compagnon, ymre plus que les altclles. Ot pour coufiours mieux inltruire le ieune Chirurgien ie veux réciter vne hiftoire laquelle me fur bien chere. Le mal-heur me vint en la prefence de defunCt Neltor, DoCteur regent en la faculté G de Medecine, 5c de Richard Hubert Chirurgien ordinaire du Roy ( duquel le renom eft allez co- gneu)qui eftoient mandez 5c moyauec eux, pour vifiter quelque malade au village des Bons-hom- mes près Paris. Or voulant palfer l'eau , 5c tafeher à faire entrer mon cheual en vn batteau , ie luy donnay d'vnehouffinc fur la croupe, dont la belle irritée me rua vn tel coup de pied , qu’elle me brifa entièrement les deux os de la iambe feneftre, à quatre doigts audeltus de la iointuredu pied. -Ayant receu le coup & craignant que le cheual ne me ruait derechef, ie demarchay vn pas ; mais foudain tombant en terre,les os ia fraéturez fortirent hors, 5c rompirent la chair,la chaude , 6c la botte, dont ie fenty telle douleur qu’il eft poilîble à l’homme d’endurer. Mes os ainfi rompus 5c le pied contre-mont, ie craignois grandement qu’il me falluft couper la iambe : pource iettant ma vcüe 5c mon efprit au ciel, i’inuoqnay mon Dieu , 5c le priay qu’il luy pîeuft par fa benigne grâce me vouloir ailifter en mon extreme neceftîté. Soudain fus porté dans le batteau , pour palier de l’autre part, pour me faire penfer : mais le branlement d’iccluy me cuida faire mourir, pource que l’extrémité des os rompus frayoit contre la chair , 6c ceux qui me portoient n’y pouuoient donner ordre.Eftant hors, fus porté en vne maifon du village, auec plus grande douleur que ie n’auois en- duré au batteau : car l’vn me tenoit le corps, l’autre la iambe , l’autre le pied : 6c en cheminant l’vn bauftbit à feneftre,!’autre baiftbît à dextre. En fin toutesfois on me pofa fur vn liél pour reprendre vn peu mon haleine,où pendant que mon appareil fe faifoit, ie me fis elluyer tout le corps , pource que i’eftois en fueur vniuerfélle : 5c fi on m’euft ietté en l’eau, ie n’euflè efté plus mouillé. Ce fait on me pcnfaauec vn médicament, tel que nous peufmes pratiquer audit lieu , lequel nous com- pofafines de blancs d’œufs, de farine de froment, defuye de four, auec du beurre frais fondu. Sur tout,ie priay maiftre Richard Hubert,ne m’efpargner non plus que fi i’eufté efté le plus cftrange du monde en fon endroit : 6c qu’en reduifant la fraétureil mift en oubly l’amitié qu’il meportoit. D auantage l’admoneftay (ores qu’il feeuft bien fon art) de tirer fort le pied en figure droite, 6c que fi la playe n’eftoic fuflîlarçte, qu’il la creuft auec vn rafoir, pour mettre plus aifément les os en leur pofition naturelle,& qu’il recherchai! diligemment la playe auec les doigts, pluftoft qu’auec autre infiniment ( car le fentiment du taél eft plus certain que nul autre infiniment ) pour ofter les fra- gmens 6c pièces des os,qui pouuoient eftre du tout feparées : mefines qu’il exprimaft , & feiftfortir lefang, qui eftoit en grande abondance aux enuirons de la playe : 5c qu’il me bandaft & fituaft la iambe ainfi qu’il fçauoit, & ce faifant qu’il euft trois bandes , comme nous auons dit cy-deflus, & qu’il commençait à bander ladite playe : puis fulfent mifes des aftelles , les vues de largeur de trois doigts,les autres de deux,& longues de demy pied,& cambrées,pour mieux fc coucher autour de la iambe : lefquelles auffi eftoient moins larges par les bouts,& loing l’vne de l’autre d’vn doigt. Puis furent liées auec petits ruban? de filet, icmblablcs à ceux dont les femmes entortillent 5c lient leur Lîu. des fra tfnres feli, z. fent.6J. Signet pour difeerner la frafture de Vos de la gré- ue ,de celle du petit os. 'Htfloire de. Vautheur. Fralîure enorme & douloureufc. Bon médica- ment de vil- lage prompte- ment appa- reille'. Le talî du doigt efl plus feur que nul aune. Des Fradures. 405 A cheueux: &tout cé * afin qu’elles comprimalfent mieux , ôc fuflent vn peu plus ferrées à l’endroit de la fraéfure qu’en autre lieu. Apres la iambe ainfi bandée, ie luy feis remplir la cauitc du iarret ôc celle qui ed entre le pommeau de la iambe ôc du talon ,de comprdfes faites d’edonpes, enuelo- pécs de linge. Puis y furent appofez deux Tenons ou torches de paille j dans lefquclles on mit vn petit badon à chacune, pour tenir la paille ferme ôc roide ,& enueloppée d’vn demy linceul,puis appoiéeau codé de la iambe : ôc comprenoit en longueur depuis le talon iufques près de l’aine , ôc furent après liées en quatre endroiéfs : ôc par ce moyen la iambe ne peut edre peruerrie ny tournée d’vn codé ou d’autre : ôc après fut fituéeen figure droitte, ôc non courbée , ôc edeuée en médiocre hautur, mollement, ôc vniement, afin d’euiter douleur, fluxion, inflammation, ôc autres Or il faut icy noter, que fi on fait faute à bien fituer la iambe, on rendra le malade boiteux: pour autant que fi elle demeute trop haute , la fraéfure demeurera concaue en fa partie antérieure: au contraire , fi elle demeure trop bafîè, elle fera connexe &gibbeufe en fa partie anrerieure. Da- vantage tu obferueras, que fi on fauta bien remplir ôc vnir le lieu caue, qui ed entre le pommeau de la iambe & les chenilles du pied , le talon fouffrira beaucoup, à caule qu’il demeure longuement predé qui fait vne extrême douleur ( cequeie Içay pour l’auoir fenty en moy-mefme } à caufe que les efprits n’y peuuent deiiement reluire, ôc fouuenr il s’y fait vne chaleur effrange. Parquoy fea- chant la caufe de telle douleur , louuenresfois me faifois vn peu leuer le talon , afin de donner air, ôc que les efprits peullent reluire, ôc quelque vapeur tranfpirer. Et pour le déclarer en vu mot, ® ma iambe fur pofée fur vn couffinet, bandée ôc liée auec torches de paille , comme tu vois par cé- dé figures, il fàüt icaf~ tours remplir les cauîtez, des parties frail urées pour les rôti* dre égales. Figure dirüne jambe rompue auec playh Ce quil faut neccfalternent obferuer aux bandages , quand il y a playe auec fracture* Chapitre XXIIII. L n’y y a doute aucune , félon la doélrine des anciens , qu’il ne faille bander fur la playe autrement elle s’enfleroit, receuant les humeurs des autres parties, dont plu- vMSl curs accidens furuiendroient : ainfi que l’on peut voir par expérience en quelque Par^e charneufe , ôc bien faine , fi elle n’eft bandée qu’en haut ôc en bas, ians y comprendre le milieu, la partie non comprimée deuiendra fort enflée , & changera fa couleur, deuenant liuidc, à caufe de la trop grande multitude d’humeurs, qui font enuoyez des parties ci rcouuoi fi nés prelfées. Par plus forte raifon telle chofe fe fera, fi la partie ed vlcerée, veu que fans vkere ou playe telle humeur ou liuidité fe fait. Pour ces caufes l’vlcere demeure infup- purable ôc lacrymeux , c’ed à dire , que d’iceluy didille vue fanie crue & claire , comme font les larmes qui dégouttent des yeux , lors qu’ils font offenfez d’inflammation. Or fi celle humeur crue coule & demeure long temps fur lafubllance des os ,il les altéré , & pourrit encores pludod s’ils font rares ôc mois, que s’ils font plus folides ôc durs. Laquelle corruption ôc altération le cognoift, parce que l’vlcere iette plus de boiie claire ôc plus fetide, qu’il ne feroit en vn fimple vlcere : auffi pour Voir les léures de l’vlcere renuerfées, ôc la chair baueufe ôc mollaffe, & le malade dit fentir quelquesfois vue douleur pulfatiue au profond de l’vlcere : pareillement en tondant on trouue l’os du tout defnué de fou période , ôc fouuentesfois afpre ôc raboteux : ou qu’en prdîant delfits auec la fonde, elle entre dedans lafubdance de l’os. Mais icy ic laifleray ce propos , veu que i’ay eferit D ( ce me femble ) affez fudifamment de l’altération des os.Or cede al ter ation & pourriture n’aduien- dra jamais, fi le malade ed bien bandé ôc pente. Pourcc i’aducrty le Chirurgien à ne faillir de bander fur la playe,s’il ed poflible,c’ed à dire,s’il n’y a vnc fi grade douleur ôc inflammation,qu’elle peud engarder de ce faire ; car lors on feroit contraint de laitier la propre cure pour furuenir à l’ac- cident : pour l’égard duquel fera prife vne piece de toile non trop vfée , qu’on ployerà en deux ou trois doubles, ôc fera de telle largeur qu’elle couurira ôc comprimera entièrement la playe, ôc les parties proches, ôc ne feraqu’vne feule reuolution, ÔC fera coufue au codé de la playe, afin que lors qu’on la voudra penfer on ne face que la defeoudre, fans aucunement ( s’il ed poffible ) remuer ny etbranler les os fradhirez , pource que la fraéture ne demande a edre remuée forment, comme fait la nlaye, pour edre traittéc ainfi qu’il ed requis. Il fe faut garder de trop edraindre ôc prefier iur la playe pour prohiber douleur, inflammation, ÔC autres mauuâis accidens. Et pour le dire en vh mot, fi la playe ed liée , preflee ôc bandée comme il appartiens, elle cmpcfche la defeente des Hu- meurs : mais auffi fi elle n’ed bien faite , il s’y fera apodeme, principalement quand elle fera trop lafche ou trop ferrée. Or code admonition ed pour les apprenrifs , qui n’ont encore leur juge- ment entier en cede pratique ; ioint que plufieurs fuiuent la pratique de Paulus, ôc font circon- Faut bander fur la plap Hip. feiï 3 i des fruit. Signes pour tegnoiftre l’ti eftre cofrotn» pu. Eh quel eût ne faut baii~ der fur lé plaj/é. Le quinziefme Liure, uolutions deçà 5c delà , félon le lieu fuperieur & inférieur de la playe, puis ramènent la bande & & circonuolutions, en croix fainét André. Mais tel bandagefeneftré ne vaut rien , & faut faire ccluy que ie t’ay déclaré fuiuant Hippocrates. le veux à prefent retourner à déclarer comme ie fus trai- dlé de ma fradure après le premier appareil. Comme l'autheurfut irai filé ayant ejlé porte en fon logis après le premier appareil. Chapitre XXV. Saignée. O v r retourner donc à mon malheur : ma iambe traiétée de poînét en poinét en la Jpj maniéré prcdiôle, ie fus après difncr porté en mon logis, où ie me feis tirer trois ai'î] palettes de Tang de la bafilique Teneftre. Et au fécond appareil, & autres Tuiuans, ie 0n Tus Tollicité de mes compagnons 8c amis, Chirurgiens iurez de Paris. Et autour de ia playe 8c de fes parties voifincs, ie feis appliquer de Tonguent rofat : lequel eft fort lotie des anciens au commencement desfraétures, parce qu’il Tede la douleur, 8c prohibe l'in- flammation , répondant les humeurs loing de la partie bldfée, à caufe qu'il eft froid, aftringenc 8c repercullîf : lequel eftoit fait d’huile omphacin , eau rofe, & vn peu de vinaigre Sc de cire blanche : continué infqu'au fixiefmeiour. Les compreftes 8c bandes eftoient trempées en oxycrat, 8c quelquesfois en vin gros 8c aftringenc, pour roborer la partie. Ce qui eft principalement re- commandé d’Hippocrates aux fraéturcs auec playe , pour aftrcindre& repercuter les humeurs : 8c B quand elles eftoient feiches, ie les faifois arroufer dudit oxycrat, 8c autresfois d’oxyrhodinum. Car quand elles Tont trop Teiches, douleur & inflammation furuiennent à la partie , ù caufe qu'el- les la Terrent dauantage qu’elles ne faifoient quand elles eftoient mouillées. Il y a plnfieurs Chi- rurgiens , qui en tel cas depuis le commencement iufqnes à la fin n'vTcnc que de medicamensa— ftringens 8c cmplaftiques, contre la méthode d'Hippocrates 5e de Galicn : confideré que par leur aftriclion & eraplaftration ils eftoupent les pores du cuir de la partie : ce faifant augmentent la cha- leur eftrange , auec vn grand prurit ou demangeaifon, Au moyen dequoy s'engendre Tous le cuit vne certaine humidité Tereufe , acre & raordicante , qui fait vlcere : qui donne bien à cognoiftre, que tels medicamens ne peuuent eftre continuez que cinq ou fix iours : donc au lieu d’iceux on. vfera des emplaftres cy-apres déclarées. Et pour retourner à mon propos, ie garday au commen- cement de ma maladie vne fi extreme dicte, que par TeTpace de neuf iours ne mangeoy par chacun jour que douze pruneaux de damas, auec fix morceaux de pain : 8c beuuois vne chopine d'Hip— pocras d'eau compofé , en cefte maniéré. OJL, Tacchar. albilîîmi vij. aqnæ fontanæ Ife. xij. cinna. 5. iij. bulliant fimul Tecundùm artem. Autresfois du Tyrop capil. Vener. auec eau cuite. Autresfois du Potus diuinns fait aquæ coétæ ib. vj.Tacchari albilf. iiij. Tucci limonum §. 3.Le tout Toit battu enfemble dans deux efguieres de verre , ou autres vaifteaux pour boire. Par fois auflî i'vfois d’vn bol de cafte auec vn peu de rheubarbe. Autresfois de Tupofitoircs de Tauon pour pro- uoquer mon ventre : chofe que iecraignois beaucoup, à caufe qu'il me falloir remuer pour mettre vn drap délions moy , auec ce que, quand i'eftois quelque temps Tans y aller , ie Tentois grande chaleur aux reins. Il n'y eut toutesfois fi exquis régime , ny autres chofes ,qui peuftent garder que la fièvre ne me laifift en l'onziefmc iour auec defluxion, qui caufa vne apofteme, laquelle Tuppura long-temps : tout ce que ie croy m’eftre aduenu, tant à caufe de quelque humeur retenu en la par- tie , que pour n'auoir Tçeu endurer que la playe fuft allez bandée , mefmes pour quelques efquilles comminuées 8c Teparées des extremitez des os , faites tant par la fraéture, qu’en la reduélion d'icelîe : car le bout de l’vne 8c de l’autre n'eftoit égal, 8c l'ors qu'il y a quelques petits fragmens du tout Teparez , ils ne peuuent plus eftre vnis ny glutinez , &par ainfi s'altèrent 8c pourri lient : qui eft Tonnent caufe de faire apofteme 8c autres grands accidens. Or les figues qui me faifoient co- gnoiftre qu'il y anoit des os Teparez,eftoient que de la playe Tortoit vne Tanie claire 8c crue: pareil- lement les lèvres d'icelles eftoient fort enflées,& la chair laxe & molle commeefponge. Outre lefquellcs caufes il me femble que la principale occafionde la fièvre,& del'apofteme,prouint de ce qu’vne nuiél en dormant les mufcles Te retirèrent par vne violence fi grande, que ie leuay ma iam- be en Tair/voire de telle Torte,que les os Tortirent hors de leur fituation,& preftèrent les lèvres de la playe,tellement qu’il falut derechef tiret & poufter les os pour les réduire. Enquoy faifant i’endu- ray encores plus dedouleur,que n'auoisfait la première fois que fus penfé.Cefte fièvre me continua Tept iours, au bout defquels fut terminée partie par Tapofteme , 8c partie par tres-grandes Tueurs, p Onguent ro- fat. Erreur de I vftge des medicamens cmpbtlit lues & ajlringes. Bouchet, Votus dlui- nm. La fleure fur. uint l’onziè- me iour. Les figurés pour cognoi- fire qu'il y a des e [quille s fepàrées. De la caufe des treffaillemens aux membres fraèlurez. Çhap. XXVI. E ne veux oublier de dire en cet endroit,ce qu'il me femble de la cotraétion 8c treftàil- lement des mufclcs, qui en dormant Taraient ordinairement aux fractures. La caufeeft %?%■ ( 'a mon aduis ) qu’en dormant la chaleur naturelle Te retirant au centre de noftre corps, fait que les extremitez deuiennent refroidies : dont aduient que nature voulant par Ton accouftumée prudence enuoyer quelques eTprits pour Tecourir la partie bleftée , ôc nela trou- uant difpoféeà les receuoir , permet que Tubit ils Te retirent au dedans, dont ils Tont ennoyez. Les muTcîes Temblablcraent tirent les os , auTquels ils Tont attachez : & failans Ceftc retraéb'on vers leur origine , comme nous auons dit cy-deuant, tirent les os fracturez , qui eft cauTe de les Ad- joindre 8c Teparer de nouueau , auec vne tres-grande douleur» Des Fra6lures. o-/duertîjjement touchant les parties, fur lefquelles eft appuyé le malade eftant couche au lift* Chap. XXV.IL R pource qu’en demeurant long temps au lift à la rentier fe farts Se pouuoir aucune- | V ment remuer, qu’auec vne extrême douleur, on fent au lieu frafturé,& auffi pource que ‘es Particsî lesquelles font appuyées(qui lont le talon, le dos,& l’os Sacrum ) & que les mufcles de la cuifle & de la jambe frafturée demeurent tendus & lans Faire aucunement leurs monuemens accouftumez, ces parties deuicnnent premièrement endormies & ftupides, puis après s’efehauflent d’vne chaleur non naturelle : dont aduient fluxion , apofteme ,& vlcere, principalement à l’endroit de Tos Sacrum , ou croupion , pource qu’eq cefte partie il y a peu de chair : ôc le talon remblablement,qui eft fort Senfible& Subjeft à pareils irtconueniens. Et les vice- res faits en iceiles parties difficilement fe guariflent, & fouuenr s’y fait carie , corruption, & mot- tification : dont on a veu enfuiure fièvre continue', déliré, {palme & Sanglot : qui vient à caufede la Sympathie qui Se fait par fimilitude de Subftance des nerfs de la fixiefme coniugaifon , qui Sont diftribuez à Peftomach, ôc du gros tendon du talon qui vient des trois mulcles.Tous leSquels acci- dens aduenus font mourir le malade en peu de iours, tant pour l’inflammation, que des vapeurs pourries qui Sont communiquées aux parties nobles par les veines , nerfs, & artères : ôc après l’expiration ôc infpiration défaillante , par conSequenc la mort s’enfuit. Conflderant toutes ces choSes , qu’antresfois auois veu aduenir , ie me faiSois Soutient efleuer le talon î auffi auec vne cor- de , qui eftoit au plancher de mon lift, me Soufleuois par fois vn peu , pour donner tranSpiration aux parties preflees. Pareillement me faiSois mettre vn bourrelet Sous mes fefles de figure ronde, remply de duuet, afin que le cropion fuft porté en l’air, &c qu’il ne touchait à rien ; Semblablement en faiSois mettre vn autre petit ions le talon, ôc faiiois Soutient appliquer emplaftres d’onguent ro- fat, pour remedier à la douleur ôc chaleur defdites parties. Or depuis ma guarifon, eftant appelle pour Semblables fractures , ayant mémoire de la douleur Sc inflammation que ie Sentois au dos, ôc principalement SousletalonV& que les malades Seplaignoicnt de Semblables accidens : i’ay inuen- té vne calfole de fer blanc, en laquelle on pofela jambe frafturée ( après l’auoir penfée ) qui Sert de la tenir en Sa figure naturelle, Sans qu’elle puifle tourner ça 6e là, fi ce n’eft à la volonté du mala- de , plus aifément que ne font les tenons ou torche? de paille. Auffi empefehe que le talon ne por- te à plomb, ains eft Souftenu en l’air : ce qui Se fait en pofant vne grofle comprefle vers le mollet de la iambe Sous icelle caflble, qui eft caufe que le talon eft fbufleué en l’air, à raifon qu’icelle caf- fole, eft efchancréeen ce lieu. Pareillement elle Sert de tenir la plante du pied droite Ôc appuyée, ÔC que lacouuerture ne touche deflus les doigts dudit pied, par le moyen d’vne Semelle de fer blanc accommodée à icelle , laquelle eft enuironnée d’vn archet de Semblable fer , comme ru peux veoir par ces figures qui te SonticypreSentées, dont l’vne eft entière, Sc l’autre ouuertc ôc delmontée. Hipp. fent. it desfraéî. Ceux qui ont uë[ vftre{’vn bourrelet fous leurs feffet. premiers utilité. Seconde utilité* Troifiefms utilité, Figure des Cajfoles* A A Le fond de la Calîble. B B Les aiderons qui s'omirent & ferment comme Tort veut. C La fin des aiderons où le met la femelle, D D D L’archet de fer blanc* E E La femelle. F F L’efchancreure où pade le talon. Maintenant nous faut retourner à la refte de la cure. Le Quinzième Liure, Quels remeâcs furent appliquez à l’vkere accompagnéd'apefleme. A Quand ie cogneus l’apofteme fe faire,ie fis appliquer vn fuppuratif fait de iauncs d’œnfs,d“huilc x- commune , & terebenthine , aucc vn peu de farine de froment, tant que la fuppuration fut faiéle. Quelque temps après pour-mondifier l’vlcere, i’vfay de tel médicament. !J£. fyrupi rofati, terchen- thinæ Venetæ,ah.§.ij. pul.radicis ireos Florentinæ,aloës,maft:iches,far.hord.an. g.fi.incorporentur omnia fimul,fiat mundificatiuum. Et àrendroit où i’auois coniedurc les os deuoir fortir,i’y faifois mettre tentes d’éponges , d’étoupes de lin ,pour tenir l’vlcere ouüert : 8c dedans le profond de l’vl- cere,des poudres catagmatiques aucc vn peu d’alum cuit, pour faire fortir lesfragmens des os fepa- rez,lefquels mis hors,l’vlcere fut guary, 8c cicatrizé aucc alum cuit : lequel ayant vertu deficcatiue 8c aftringente, que fait la chair (qui eft molle 8c fpongieufe , 8c arroufée d’humidité fupeVfluc ) efl: rendue ferme & dure : 8c en fin aide Nature à faire le cuir &: la cicatrice. Or les pièces de l’ps,à cau- fe de leur ficcité, nefe peunenr rcioindre immédiatement : mais ont befoin de callofité,qüi fe cail- le 8c efpefîit à l’entour de leurs bords , qui les attache cnfemble, comme vne fouldure ou ciment, qui fe fait de la propre fubftancc de l’os 8c de fa moüelle, 8c par l’aide des raedicamens qui font em- plaftiqnes,& cfchaufFent modérément. Au contraire ceux qui ont puilfance de refouldre 8c de fub- tilier, diminuent lecallus. Partant on vfera de .ces emplaftres fuiuans, defquels i’ay cogneu de grands effeéls pour aidera Nature, à la génération du callus, myrtil.& rof.omphac.an.tb.fi. rad. alth. tb.ij.radicis fraxini 8c folior.eiufdem,rad. confol.maioris, 8c fol. eiufdem, fol. falicis ah. ra. j. fiat decoélioin fufficienti quantitate vini nigri 8c aquæ fabrorum ad raediam confumptio- g nem. Addeincolatura pul.myrrhæ& tur. ah. fi. adipis hirci tb fi. terebenrh.lotæ maftich. 5 iij.litharg.auri 8c argent! ah. 3 ij. boli Armeniæ , 8c terræ figil. ah.§ j. fi. mini) 3 vj. ceræ albæ. quan.fufF.fiat empl. vt ars docet. En lieu d’iccluy on peut vfer d’cmplaftrum nigrum , fait en celle maniéré. tb j.olei & aceti ib ii. coquantur fimul lento igné, doncc nigrum 8c fplcn- dens reddatur emplaftrum,& nonadhærear digitis. Autre. 'If. olei rofa.myrt. ah. ij. nnc.cuprelïï, boli Armeniæ , fang. drac.puluerif. ah. 3 fi. emplaft. diachalciteos § iii). liquéfiant fimul, 8c fiat emplaft.lècundum artem. Et en défaut d’iceux,faut vfer de Sparadrap,dont voicy la compofition. pul.thurisjfar.volatilis, mallic. boli Armcniæ,refinæ pini,nucum cuprelïî, rubeæ tinélorum ah. % ij feui arietini , ceræ albæ. an. tb. fi. fiat emplaftrum. Auquel on doit plonger ( pendant qu’il efl: chaud) quelque toile alîèz vféc pour s’en feruir comme defius. L*erhpkftre de diachalciteos efl: fort loüée des anciens pour les fradlures,mais il la faut accommoder félon le temps : comme en Efté fera liquéfiée en fuc de plantain 8c de morelle, de peur qu’elle n’échauffe par trop. Auflî faudra toufiours auoir égard à la température du corps. Car nul ne doute, s’il n’eft bien déponruen de rai- fbn , qu’il faille tant defeicher à vn ieune enfant, comme il faut à vn vieil; parce que fi on vfoir de mcdicamens,autant deficcatifsà vn enfant, qu’on feroit à vn vieil, on confummeroit l’humeur dont fe fait le callus. Pource il efl: neceflaire au Chirurgien de bien regarder à telles chofes. Car combien que les remedes foient bons 8c loiiables,ncantmoins pour eftre indiferettement appliquez, fouuent aduiennent de trcs-pernicieux accidens, dont on peut accufer le Chirurgien , qui n’a con- £ du.it fon œiture par méthode raifonnable , comme il appert quand le callus efl; fait trop mol, trop gros,trop petit,tortu,ou trop retardé à faire. ‘ V, Vertu de la poudre a il- ium cuit. TLmplaflre pour faire le callus ou fouldure des os. Tmpiajlrum nigrum. Sparadrap eu toile gantier. Parquetsfigms ûn cognoisîra le câlins fefaire. C h a p. XXVIII. R ie cogneu que le callus fe commençoic à faire en ma fraélure , lors que IMcerc commenÇa à jetter moins la fanie que de coufturae:aufîi que les douleurs ce fier en t, Si -pareillement les trefïàillemens : qui fut canfe que ic ne voulus faire penfer ma jam- be fi fouuent, que ie faifoy auparauant. Car en efi'uyant laplaye quand le callus le "fai^l, ondellèiche les matières du callus, c’eft: à fçauoir, ros,cambium , 8c glu- ten, qui font les propres alimens de la fubftance , tant de l’os que de la chair. le îe cogneu auffi, pource qu’à l’entour de laplaye on voyoît fortir par les pores vne petite fueur lan- guinolente, qui teignoit les bandes 8c comprefies, comme les anciens ont laille par eferit. Ce qui adment, pour-ce que la matière du callus amafièe en ce lieu, Nature poulfe hors par les porofirez du cuir quelque rofee fanguinolente , en maniéré de refudarion. Puis aufïï ie fentois vne vapeur, ou exhalation, auec vne chaleur temperec, qui procedoit des parties fuperieifies iufques à la playe, auec vn fenriment qui m’eftoit fort agréable. Alors ie ne voulus plus tenir la partie tant ferree ,-de peur d’empefeher la defeente de la matière du callus : d’autant que l’os ne fe réunit point par le cal- ® lus , fi ce n’eft: par le moyen du fang qui y vient, ne péchant en quantité ny en qualité. Et com- mençay a vfer d’alimens propres pour engendrer vn fang gros 8c vifqueux : 8c qui facilement fe mue en la fubftance du callus : comme font les extremitez tendineufes 8c cartilagincufes, à fçauoir, tremeaux, gigoteaux pieds de bœuf,groins 8c oreilles de porc ,tefte de cheureau, de mouton, d’ai- gneau : Icfquels efloient cuits le plus fouuent auec ris, ou orge-monde : en les diuerfifiant auiour- d’huy de l’vne,& demain de l’autre forme.I’vfoy aufïï de Tourmentée,ou panade de pain de pur fro-» ment,cuit en bouillon de chapon 8c moyeux d’œufs. le beuuois du vin clairet allez gros 8c aftrin- gent, médiocrement trempé , 8c au defiert chaftaigncs 8c nefles. Or ce n’cfl; fans rai fon que ie t’ay fpecifîé ces alimens : car il y a autant de danger d’vfer de viandes trop dures , comme de chair de bœuf, comme de trop car les dures font vn callus trop fec, & les trop legeres le font rrop deflié, Or doit-il eftre vifqueux, comme eferit Galien au 6. de la Meth. chap. 5. Lcfquels alimens reçcus premièrement en l’eftomach ( auquel ils font préparez ) font depuis cn.ubyez aux intefiins, îefquels font attirez aux veines mefaraïques, 8c d’icclles à la veine-porte, 8c d’elle an foye , puis à la grande veine caue, êc de là és veines qui font diftribuées par tout le corps ; dont aucunes por- Il faut peu ejfuyer l'vl- cere cjuand le eaüus fe fait. nip.feâ. 1. des Fraciu, font. 43. Alimens pro- pres pour la génération du callus. Gal. Uu. «r. de la Meth, thap, f. Des Fradures. A tént mefmeraent le fang dans lés os, aufqüels eft faite là rrioüelle, qui éft îa propre nourriture ceux : tk pour ceftc railon elle eft contenue en la cauité des grands os * Sc aux petites cauitez 8c porofitez des petits , dans lefquels il y a vn humeur qui eft leur propre nourriture, en lieu de là moüeilc. Or la moüelle eft engendrée de la plus efpedé partie du fang : qui eft portée aux cauitez des grands os par grandes veines & arteres, & aux petits par petites qui finirent aux porofitez d'i- ceux. Car aux grands os on trouue cauitez manifeftes, par où entrent lefdites /eines & arteres, pour les cailles que dellus. Semblablement auffi y entrent des nerfs, defqucls eft faite vne membra- ne,qui enueloppe ôc couure ladite moüelle : au moyen dequoy ladite membrane afend ment exquis* âinfi que IVxpericnce lemonftre : non que ie vueille dire, que ladite moüelle ait de fov fentiment, ains feulement de fa membrane. Or d'icelle medulle,& delà propre fubftance de lJos,fe fait vhe re- fudation cra(Iè& terreftre,dont s'engendre & faiclecallus,par là vertu nutritiue,tenant lieu de for- matrice : du temps duquel callus, ne lé peut donner reigle (comme nous auons dit cy-delfus) pour- ce que les chofcs qui empefehent la génération d’iceluy , font oftées aux vns pluftoft j 8c aux autres plus tard. Et pour retourner à noftre propos ,Ies fimples fraébures fans playe de la jambe, le plus fouillent font en cinquante iours par le callus : mais à caufe de la pîaye & efquiiles fepa- rées,& autres accidens quieftoient à ma jambe,ie fus trois mois Sc plus,deuant que ie callus fut fait, pendant lefqiieîs ie demeuray toufioufs couché à la renuerfe, qui eft vne efpece de gefnc à vn pau- $ urc malade. Encores fus-ie vn autre mois auant que iepeufté bien appuyer le pied en terre fans pO- tence : ce queie commençay auec douleur , à ràifon que le callus tenoit la place des mufcles. Car àuparauant que le mounement puifté eftre libre, il eft neceftaire que peu à peu les tendons 8c mena- brades l'oient dés jointes , ou deprilés contre la cicatrice* Que diray-ie plus ; Ma jambe faine aidoit à la nialàdejcomme fait la main à fa fceur,& le bras à Ton compagnon qui feroit rompu * aidant à la foufleuer, tourner 8c virer dJvn cofté & d'antre, la couurant 8c découurant lors qu'il eftoic neceftai- re, d'vne prouidence admirable : Ainfi que nous voyons que (Nature voulant defendre la vie) fou- lient l'homme ietteau deuant de ce qui nous peut ofténeer les mains feules-, & prend l’efpée nue* perdant eftre mieux qu'elles forent bleirées,meiirrnes, voire entièrement amputées, que,le cerueau ou le cœur foient offenfez , pource que ce font parties principales 8c fource de noftre vie : ce qu'on void ordinairemcnt,fausque premièrement on y aye penfé : 8c telles choies font offices ded’ame à nous incomprehenfibles. Or i'ay bien voulu icy alléguer cefte hiftoire de ma iambe , afin qu’elle ferue de méthode à toutes autres fraélures accompagnées de playe. Üequby, eft engendrée là ■ Comme fe fait lecullM, En ccmlien temPsi en* f Le calltu en- g'tadrê pourà yuoy.,am* mo[ e^nt libre. Confentemëc Tttei' Des chofes qui emfefchent la formation du Callus : & de la maniéré de le corriger s'il eji vitté. Gvh apître XXIX* C Près auoir ainfi déclaré les fignes,dônt on cognoiÀra le commencement du Callus, Ta génération,& la maniéré par laquelle il fe fait : maintenant il conuient dire ce qui cmpefchc la génération d'iceluy,& ce qui aide Nature à le former & endurcir. Or les i| chofes qui empefchent que le callus ne fe face,ou qui le retardent, font toutes chofes qui ont grande puilfance de refoudre & lubtilier,& qui fonton6hieufes,oleagineufess & humides.Car par [celles s'amollir, rclaxc,fubtilie, liquéfié,& confomme l'humeur, dont il fe doit faire ; lequel à l'oppofitcon doit defeicher, engroffir, Sc efpefllr, 8c endurcir auec médicamentcm- pSafh’qucs, modérément chauds Sc aftringehs. Toutesfois iene veux nier, que les medicamens hu- mides & relaXans ne doiucnt auoir lieu où le callus feroit trop gros & tortu , ou d'autre maunaile figure , afin de le diminuer 8c rompre de nouueau. Ce qui fe fait lors que la partie eft grandement difforme , 8c Ton adion deprauée , pburueu qu'il foie encores recent. Ce que l'on doit faire âaec fomentation faite de decoétion de tripes ou de telle de mouton, cfquelles on fera cuire des racines de guimauue, couIcurée,femence de lin,fenugrec,fiente de pigeon,graine de laurier, & autres fem- blables.Aufïï faudra vfer de ce Uniment & ernplaftre.^.vnguenti de iiij.ol.liUj.&axung. ânferis an. j. aquæ vitæ partira : liquéfiant fîmul , fiat linimentum : duquel faut frotter la partie, puis mettre deftus cet ernplaftre. emplaftri de Vigo cum mercurio, cerati œfypati defcriptionc Philagrij, an. iij. ol. aneth. & lilioruman. j. liquéfiant omnia fimul, fiat cmplaftrum, exrenda- tur fuper alutam ad vfum dictum. Le callus eftant aftèzamolly, faut le rompre, & redrefter les os D en leur figure naturelle , 8c pratiquer toutes les chofes de nouueau neceftaircs à la fradurepour parfaire la curariom Si le callus cftoit trop cndurcy 8c vieil, il vaut riiieux ne s'eftorccr à le rom- pre, ains le lailfer,dc peur de faire pis au malade. Car il peut aduenir, le voulant rompre, que l'os fe rompra pluftoft en vn autre endroit , qu'au lieu du callus. Parquoy le malade fera plus fage de fe contenter de vittre eftant boiteux , que de fe mettre en hazard de mourir. Si le callus eftoit trop gros, on le diminuera (au moins s'il eft recent) par medicamens mollificatifs & refolütifs , 8c fort aftdngens, qui ont vertu de liquéfier * confommer, 8c defeicher. Pareillement fera bon le frotter fouacnresfois longuement auec huile laurin,auquel on dilfoudra du falpeftre, ou d’autre Tel. Et la rumeur fera bandée , y appliquant vne lame de plomb allez eftroitenient ferrée , qui empefehera que le nourrilfement ne pourra pénétrer à la partie, 8c par ainfi le callus fera diminué. Si le cal- lus eft quelqnesfois trop petit & retardé à faire,à caufe que les bandes ont efté trop ferrées , 8c aufli parce que la partie à efté longuement en repos fans aucun exercice ( qui eft vne des occasions principales qui la rendent emaciée, confidcré que le mouuement efchanffe la partie , dont elle eft mieux nourrie, Sc pat confcquent plus forre) ou fi ladite retardation vient par faute des alimcnspe- chans en qualité ou en quantité, ou entons les deux cnfemble : aufli pour auoir trop fouuent defhé la patrie,ou s’eftre trop hafté delamouuoir ;on obuiera a ces Yiccs,adminiftrant au malade le boite Les refolutifi empefchent la génération du câlins. En qnel coi les relaxa»* ont lieu en là génération du callus. Lînimet fort nmollitif, Ernplaftre grandement remollitius. Pour amoin- drir le caüttt. Pourquoy la partie eft t ma cite paf Otftmîé, Le Seiziefme Liure 8c manger par cy-deuant eferit, parlant de la génération du callus.Si c’cft pont auoir trop ferré la A partie,il la faudra deferrer , 8c olter du tout la bande de dellus la fraClure : au lieu de laquelle fera faite vne autre manière deligature,qui commencera à la racine des vaifleaux, à fçauoir près l’aine, 8c au bras près l’aifcelle, la conduifant iufques près la fradufe» Car par ce moyen on exprime le fann-,& le fait-on couler à la partie offenfée, ainfi que par cy-deuanc en auons 'dent. Au contrai- re,pour chalfer le fang de la partie. Pareillement on peut vfer de friélions molles,& fomentations auec eau chaude temperément, qu’il faudra dclailfcr , lors qu’on verra quelque chaleur 8c tumeur en la partie Car fi on pourfuiuoit d’auanrage, on refoudroit ce qu’on y auroit attiré. Partant tu noteras que les frictions & fomentations ont contraire dfeét , félon qu’elles feront longues ou briefues.D’auantage pour faire attraction de l’aliment,on appliquera emplaftres de poix,& fomen- tations ncceflaires aux actrophies» ejftcis des fïiciioHs & fomentations. Des fomentations quon fait aux fiatfures des Os» C h a £• XXX. de Veau chaude félon Hipp. fent. î f feiï. 3. de L'offici- ne du Chi- rurgien. N fait les fomentations pour plufieurs 8c diuerfes intentions,& en diucrfe maniere.Lâ ikj fomentation d’eau chaude doit dire tempérée,( c’dl à dire moyenne, entre bouillante & froidc)& celle température fe cognoift, partie aufentiment de nollrc main,partie au g I ens malacMlli eEant interrogé , la dit dire trop chaude, ou trop froide, ou mo- dcrce. Icelle eau ainfi modérément chaude, appliquée par peu de temps par fomenta- tion , efchauffe 8C fubtilie l’humeur qui dl à lafuperficie du cuir , 8c le prépare à refoîution : aufîi fait attraction du fang 8c de l’aliment necdîairea vne partie qui en aura befoin. Pareillement ap- paifeles douleurs * relafche ce qui dl trop tendu : efchauffe modérément vne partie trop refroidie par Pexpulfion 8c exprdîîon du fang 8c des efprits, qui autoit peû dire faite par les bandes 8c liga- tures ; & s’il y a intemperature chaude , elle la refroidit accidentellement , qui fe fait en refoluanc l’humeur chaud contenu en la partie : que fi elle dl exfenuée ôc amaigrie,la rend charnue Sc mieux nonrrie,& fuccnîente,taillant vne humidité grasieufe,comme font les bains d’eau douce. Nous Ju- geons la fomentation auoir dlé appliquée peu de temps, quand en la partie il commence y appa- roillre vn peu de rougeur 8c tumeur : modérément, quand la rougeur 8c tumeur font apparentes 8c manifdles : longuement, quand la rougeur qui apparoiflbit,dl perdue,& la tumeur abaifTee.il faut auoir auffi vne confideration de l’habitude du corps qu’on fomente.Car s’il dl plcthorique,la mé- diocre fomentation remplira la partie d’humeurs fuperfiusnnais aufîî s’il dl maigre &cxtenuc,ren- dfa la partie qu’on fomente charnue, mieux nourric,rucculente,&refaite.Refte à parler des fractu- res des os du Pied. ■ «■ Signes de lu fomentation. dsu'ément faite* De la frattitré des os du Pied» Chap. X X X L Es os de Panant-pied 8c ceux des orteils peuuent dire fraéturez , comme ceux de la M -Sf-Æ main. Parquoy ils pourront dire traittez comme nous auons dit par cy-deuant» f|j Toutesfois (pédaleraient les orteils ne feront tenus courbez comme les doigts de la main,afin que leur aétion ne foit empefchée,qui ell de tenir l’homme droit & debout* *■ comme les iambes pour le faire marcher : 8c auiïi faut que le malade fe tienne au iiét Sc en repos,fans cheminer, iufques à ce que le callus foit bien formé» Opération naturelle. Tin du Quinzième Liure des fraSîüres. Table des Chapitres du Seziéme Liure, des Luxations. ESCR1PT ION & énumération des luxations. Chapitre j fDifférence des Luxations. Chap. ij faufes des Luxations. Chap. iii Signes Tmiuerfls pour cognoiHre les defoüeures* Chap. iv ‘PrognoHic des Luxations. Chap. v Cure rvniuerfeüe des Luxations. Chap* vj rDefcriptwn de quelques inHrumens feruans au Luxations. Chap. vij la Luxation de la mandibule. Chap. viij Maniéré de réduire la mandibule lors quelle ejl luxée en la partie antérieure des deux cottes Chap. ix Manière de réduire la mandibule luxée feulement d’nyn cofîé, Ch a p. x (T>e la luxation de l’os clauiculaire 5 ou iugulaire. Chap. xj LDe ïetyint luxée. Chap. xij Béde la luxation de la auec la première rvertebre du coL Chap. xiij rX>e la luxation dex vertébrés du col, Chap. xiv Des Luxations. 411 Dela luxation des vertebres du dos, Chap. xv La maniéré de réduire teffine luxée en la partie extérieure, Chap. xvj "De la luxation des vertebres faite de caufe interne, Chap. xvij DrôgnoBic de la luxation des vertebres, Chap. xviij De la luxation de t os > ou queûe. Chap. xix De la la luxation des coHes, ' Chap. xx De la luxation de l'effaule. Chap. xxj La maniéré de réduire tejfauleauec le poingyou les doigts joinfôs enseble.Chap. xxij La maniéré de réduire l'efaule auec le talon. Chap. xxiij oAutre maniéré de réduire l'effaule. Chap. xxiv La maniéré de réduire te faute auec vne efchelle, autrement. Chap. xxv oAutre maniéré de réduire te faute. Chap. xxvj La maniéré de réduire te faute > quand la luxation ejl faiSîe en la partie antérieu- re. Chap.xxvij De la luxation de tenante faite en la partie extérieure. Cha. xxviij De la luxation de te faute faite en la partie intérieure. Chap. xxix De la dtfloûeure du Coulde. Chap. xxx La maniéré de réduire la luxation du coulde faite en la paftie extérieure, Chap. xxxj De la luxation faite en la partie intérieure. Chap.xxxij De la defloûeure de t extrémité de t os du coulde, appellé fiyloïdey proche du car- pe. Cha. xxxiij De la luxation du poignet. Cha. xxxiv De la luxation des os du carpe. Chap.xxxv De la luxation des os du métacarpe» Cha. xxxvj De la luxation des doigts, Cha.xxxvij De la luxation de la hanche. Ch. xxxviij DrognoÜic de la luxation de la hanche, Cha. xxxix De la luxation de la hanche faite en dehors. Chap. xi Lesfîgnes que la luxation de la hanche eflfkioîe en dehors. . Chap. xlj De la luxation de la hanche fkifâe en deuant. Chap. xlij De la luxation de la hanche fkiffie en derrière, Chap. xliîj La maniéré de réduire la luxation de la cuiffe > faite en dedans. Chap. xliv tAuîre maniéré de réduire ladite luxation par machines 5 (êf’c. Chap. xlv La maniéré de réduire la luxation de la cuiffe > faite en dehors. Chap. xlvj La maniéré de réduire la luxation de la cuiffe faite en dedans. Chap. xlvij La maniéré de réduire la luxation de la cuiffe faite en derrière, Chap.xlviij De la luxation de la rouelle du genoüil. Chap. xlix De la defloûeure du genoüil. Chap. I De la luxation du genoüil, faite en deuant. Chap. Ij De la luxation difioncîion du petit focile du bras. Chap. lij De la luxation du grand facile auec taBragale. Chap. Jiij De la luxation du talon. ' Chap. liv Des accidents qui viennent pour la contufîon faitîe au talon. Chap. 1 v De la luxation de tos aftragale. Chap. Ivj De la luxation des os du tarfe & dupedium. Chap. Ivij De la luxation des os de la plante du pied (gff des orteils. Chap. Iviij Des complications ou accidens qui peuuent aduenir a la partie fraSîurée ou luxée. Chap. lix i r T a LE SEIZIESME LIVRE, TRAICTANT DES LVXATIONS. PAR AMBROISE PARE' DE LA VAL AV MAINE, Confeiller de premier Chirurgien du Roy. De friction & énumération des luxations, cejla direydefoüemes dr déhoetures d'os Chapitre premier. Description de luxation. Vxatiqn eft fortie de la tefte de l’os hors fa cauité en vn lieu IfilÊl hraccouftumé , qui empcfche le mouuement volontaire. Il y a vne autre cfpece de luxation, qui fc fait par élongation ou eflargilîèment des ligamens qui lient les jointures : laquelle n’eft pas vraye difloca- mais eft vn chemin à ce faire : & telle chofe fefait par vne tres- grande diftenfion & relaxation des ligamens,comme de celuy qui eft au dedans de la jointure de la hanche , à ceux qu’on aura tiré fur la *|ip| gcfnc : ou de ceux qui enuironnent la jointe, comme l’efpaule, pour auoir eu l’eftrapade : ou le pied , à ceux qui font quelque faux pas,& tordent, ou renuerfent. Il y a au/îî vne autre efpece de luxation, qui fc fait quand les os s’eflochcnt, s’entr’ouurent, & entrc-baillent, fans toutesfois eftre luxez : ÔC principalement cela fe void és petites fociles du bras, & de la jambe : & quand cela fe fait, les liga- mens font aufli dilatez , & quelquesfois rompus & dilacerez. Nous auons vne autre forte de lu- xation, qui fe fait (principalement és os des ieunes) par vne feparation des Epiphyfcs,commc de Q la tefte de l’os adiutoire & femoris, & autres jointures : & cela fe cognoift en ce qu’on void fepara- tion des os auec crépitation & impotence de la partie. Dauantage, par vne violence les os des ieu- nes enfans fe courbent & cambrent, ce que i’ay veu plufieurs fois : mais ceux des vieux fe rompent pluftoft que de fe ployer, à caufe de leur dureté. Les os aux ieunes feccur* bent & plo- yent quel- quesfois fans eftre rompus. Différences des luxations. C h a p. II. Simples lu- xations & compofées. V c v n e s- luxations Ton /impies, les autres compofées. Nous di/ons eftre /impies, auec lelfquelles il n'y a aucune difpofition adiointe. Les compofées font celles, où r y a complication de difpofition, comme fracfure,playe,apofteme, inflammation, WÙdouleur tres-grande, & autres : pour lefquelles nous fommes quelquefois contrains de laifler la luxation fans eftre réduite. Autres differêces font prifes de ce qu’aucunes /ont complettesjcôme lors que l’os eft du tout forty de fa boëte. Les autres incompletres, quand il n’eft du tout forty de fa cauité,& eft appelle contorfionou élongation &c entr’ouuerture.Cefte def- loiieure imparfaite n’a point de différence, finon en tant que les os naturellement contigus font plus ou moins feparez les vns des autres. Aulîî félon la diuerfité du lieu,la luxation eft diucrfe,pour D ce qu’aucunes font faidesenla partie antérieure, pofterieure, fuperieure ôc inférieure: aucunes en toutes ces parties,c’eft à dire,en toutes les maniérés fufdites,& les autres en aucunes d’icelles feule- ment. Parquoy félon icelles différences, faut diuerfifier l’opération manuelle, comme nous dirons cy-après. Outre lefquelles différences il y en a d’autres prifes des iointures, comme grandes ou pe- tites : profondes , ou peu canes. On peut encores adioufter autres différences prifes du temps, en ce que la luxation eft recente ou vieille. Et toutes ces différences fuiurons par ordre en chafque partie du corps humain , traiéfansd’icelle particulièrement. Différence principale du Lieu. La différence prife dei ioir, tares & du temps, Caufi des luxations. C h a p. III. E s caufes des luxations font trois en général, à fçauoir internes , & externes, ôc la troifiefme eft héréditaire. Internes, comme quand il y a certaines humeurs & ventofi- Mj tez qui tombent aux iointuresen fi grande abondance,qu elles lubrifient & relafchent les ligaments qui lient les os enfemble,& les iettent hors de leur bcëttc, ou bien rem- plirent îefdits ligamens,de telle forte qu’iceux engroflîs, & par confequenr accourcis, venans à fe retirer enfemble, retirent ou les apophyfes des os, dont ils ont leur origine,ou bien les os mefraes hors leurs ilnus & cauité : ce qu’on voit fouuent aduenir à la hanche par vne feiatique. Caufes inter nés. DesL uxationS. •A & aux vertebres, qui rendent les patiens boffus & contrefaits , à raifon qu’elles font dcfplacées de leur propre lieu. Externes,comme tomber de haut en bas,ou receuoir quelque coup orbe, ou dire tiré fur vne gefne,ou endurer l’dlrapade,ou s’entorfer violenrement par vne mefmarcheure. Audi par vne indue fituation,comme l’on voités ieunes garçons qui belutent la farine,& tondeurs, les- quels par vne longue continuadonjiettenc les genoüils au dedans. Pareillement les enfans qui ap- prennent à dciïre,par vne indue fituation fe tournans décollé, hauffans l’efpauîe deuiennent bof- fusi Auffi les autres manouuners,par vne coullume à exercer leur arr, (ce que l’on voit aux labou- reurs) fe pliant le dos, deuiennent courbes & contrefaits, & les ieunes filles par leur trop ferrer le corps font rendues bollues. Toutes lefquellcs ehofes font que les os fortent de leur place & lieu naturel : ce qui adulent auffi fouuentesfois aux enfantemens difficiles , quand les fages-femnjes titans les bras des enfans, dilloquent les iointures de l’efpaule ou de lacuiffe. La caufe héréditaire cil celle qui vient de pere & mere aux enfans, tomme quand les bollus engendrent des enfans bof- fus & contrefaits,& les boiteux engendrent des boiteux : dont l’experience fait foy , non pas touf- iours, mais le plus fouuent; D’abondant Hippocrares liu.des art.fe6L3.fent. S8.& 94 & fcél.q.fenr. 3.& 4.dit que les enfans au ventre delà mere le peuuent luxer les bras & jambes par cheutes,coups, ou pour auoir elle prelfez : ce que nous voyons en ceux qui ont les pieds bots , ou pour auoir les articles trop humides & laxes. Et dece,ne fe faut non pins clbahir, que de ce que Gai- elcrit au Commentaire fur le liu.re des articlcs,à fçauoir que l'enfant ellant au ventre de fa mere, peut auoir “ des apoff umes,qui fe peuuent ouurir & cicatrizcr.il aduient auffi qu’aucuns ont les cauitez de leurs iointures peu profondes, & que les lcures ou bords de leurs pyxides ou cauitez , font fort rabba- tues : dont les telles des os n’entrent allez profondément en icelles : & que les ligamens qui tien- nent les os en leurs iointures,ne font fermes : mais fort deliez & menus de leur conformation : ou font humides d’eux mcfmes,& fort lubriques ou humeélez par vne fluxion d’humeurs pituiteux ôc muqneuxj qui relafchent & amollilfent les ligamens,qui doiuent tenir ferme laliaifon des os,com- me nous auons déclaré : & h ceux-là les os fe defioignent facilement de leurs iointures , &; auffi facilement y font réduits , de façon que les malades le plus fouuent les remettent d’eux-mçfmes fans ayde du Chirurgien : ce que i’ay veu plufieurs fois. Auffi quand les marges ou bords des ca- uitez font rompus,& la cauité d’iceux ellapplanie, s’enfuit pareillement facile luxation* Caufes ex- ternes,, La caufe hé*" redit aire,. Les enfans asi rventre de leur mere- peuuent auetr apofiemes, (%• fouffrir lu. xatien s. Signes vniucrfelspourcornoi/lreles dcflo'ücures. C H a p. IV. %llCS les vns font communs à toutes defloiieurcs,les autres propres à chacune. Ldi Agnes communs font,tumcurs ou gibbofitez, ou l’os cil forjetré, & cauité au lieu dont JS&JH Les particuliers feront recitez en traittant particulièrement de chacuns. Les lignes de la luxation complcttc ldut,que l’adion de la partie ell perduc,c’eft à dire, qu’die ne fe meut point.Oh cbgnbift auffi la difloeâtion par lelentiment de douleur,laquelle prb- G nient à caufe que l’os n’ell en Ton lieu haturfel,& qu’il preflè lachair,& faitdillenfion aux nerfs.qui font pareillement pernertis de leur fituation naturelle. A ce fert auffi la comparaifon de la pareille iointure de la partie faine à celle qui ell malade,pourucu que ladite partie laine ne foit point vidée contre naturè,comrtle tortue ou extenuée,ou trop grolfe, ou qu’elle ait quelque autre vice qui peut émpcfcher de cogtioidre l’os déplacé de fa boette. Et partant il faut entendre qu’elle foit en folï tempérament & figure naturelle. Le ligne delà luxation incomplette ell, que le mouuemcnt de la partie n’ell du tout perdu, maïs il ell grandement depraué. Le figue que les ligamens qui lient les jointures,font allongez,ell que quand on preffè des doigts vn colle de l’os,on le chaffc de l’aurrc,& fubit il retourne en fon lieu ; d’auantage quand on prcllè du doigt fur la iointure, il y entre facile- ment : ioint auffi que l’aélion de la partie cil grandement deprauée,& fouuent du tout perdue. Signes de lu- xation cont- plette. Caufe de douleur aux dtjlocations. Signb de ht* xatien hue* plette. Prognoflic des luxations. C h a p. V, « Dûtes jointures fe peuuent defloüer,raais toutes ne fe peuuent pas remettre, comme telle : parce que tout promptement tue le malade , pour corapreffion qui le fait à la moiiellc de l’efpine : pareillement les>vertebres del’e(pine,& la mafehoire tombée rffes deux codez, fi auparavant que les remettre il y a défia grande tumeur &: inflam- mation. Aux autres jointes , pource que les os ne font tous luxez d vne mefime forte, D ains quelqucsfôis phis,autresfois moins ; félon celle diuèrfité,la rcduélion fera plus ou moins diffi- cile.Car d’autant que les os feront moins efloignez de leur cauité,d’autant auffi feront-ils plus aifez à dire reduits:& d’autant qu’ils en.fcront plus efloignbz, d’autant en feront-ils plus difficiles : auffi pour la figure,comme celle du coulde.D’auantage d’autant que la luxation fe fait plus aifément eu quelque partie . d’autant'aufîî la redudion en eft pareillement plus aiféc , que où l’os ne fe.des- boette qu a grande difficulté. Les os de ceux qui font bien charnus & gras, ne fe. defboéttent pas li aifément, que de ceux qui font maigres : & auffi lors qu’ils font hors de leur lieu, plus difficile- ment fe remettent : & ceux qui font plus maigres que de coullume , leurs os le luxent 8ç reduifent plus facilement.Or la caufe pourquoy aux gras les ps ne tobent facilemcnt,eft que leur iointpp ell entièrement comprimée de toute part par les mufcles fk greffe. Au contraire ceux qui elloient puis font deuenus maigres,Ieurs jointures en font plus lafçhes : parquoy plus facilement fe defqoët- tent : ioint que les jointures aux hommes qui deuiennent maigres,fe remplillent de mucçofitq? par défaut de. bonne nourriture,8c de chaleur de la partie,qui rend le. lieu plus glifiant,comme diqflip- pocrates en la fent. vingt-neuf de la fed. première du liurc des articles. Mais en vn corps maigre & fcc de fa nature les mufcles font plus robulles, ôc les ligamens plus fôrts 8z fecs ; Sc pour celle raufe les os fe ddloquçnt à tard : auffi à plus grande force font-ils réduits lors qu'ils font defloiiçz* Luxation dé la tefle incu- rable. Aux gras th os font plia difficilement luxe&i Le Seiziefme Liure, Ctîfws^ Aucuns os eftans joints , s’entr’ouurent Ôc feparent Tvn de l’autre, comme l’Omoplate de la cia- A uiculaire , au lieu que les Grecs nomment nAcromîum : l’os du coulde ôc du rayon : l’os de 1 efpe- ron , ou petite focile de contre l’os de la greueou grand focile : l’os calcaneum de contre l’aftraga- le , ou l’oftéler. Tous lefquels ne fc rejoignent iamais, comme ils eftoient auparauant qu’ils fuf- fent efcartez ôc deftoints. Auffi la partie en demeure le plus fouuent difforme , ôc ne recouure point fî bien Ion adion ôc vfage, à raifon que le plus fouuent les ligamens qui feruent à lier , atta- cher 5 renforcir , Ôc reueftir les parties de noftre corps les vues auec les autres, font rompus ÔC trop relafchez. Ceux qui ont luxation de caufe interne, icelle eftant réduite , peut reuenir de re- chef, & fouuent : parce que les ligamens eftans imbus ôc arroufez de l’humeur fuperflu , qui cft decouJé, ne petiuent faire tenir les os : ce qui aduient auffi quand les ligamens font rompus : de jors qU’on eftinie que le malade foit guary, les os lortenr de leur place 3ôc puis les ayant dere- chef réduits , n’y peuuent demeurer. Quelquesfois les ligamens ne font du tout rompus, mais portion d’iceux : dont l’adion de la partie félon la difpofttion fera plus ou moins deprauce ou per- duc. Il y a auffi vue autre luxation incurable , qui aduient à raifon des mefmes ligamens : fçauo*r jors qUqCCLlx font tellement remplis ôc abreuuez d’humidité fuperfluc, que venans à fe racourctr retirer, enlèmbleauecfoy retirent ôc font deftradion des appendices d’auec leurs os. Car à rai- fon de la multieude des cauitez ôc tubercules,par l’infertion defquels l’appendice eft jointe auec Ton os, il eft presque impoffible que la rencontre s’en face de mcfme qu’auparauant. Pareillement li les luxations font inueterees,&: qu’il y ait quelque humeur accreuë aux cauitez des jointures,les os ne B pourront tenir. Auffi lors que les teftes de l’os adiutoire,ou femoris, ont ja fait par diuturnité de temps vn lieu brové ôc battu , auquel elles font defeenduës ou montées, iamais les os ne pourront . 1 , , ' . . , i . , . , . , • ' j i • • demeurer dans leurs jointures, encores qu on les y ait bien réduits : pource que la camte de la join- ture s’eft remplie de ceft humeur glaireux, lequel s’endurcit ôc augmente, qui fait que l’os ne peut entrer ny demeurer en fa jointure,& que la tefte defdits os afaid autre lieu ou cauité tenant la pla- ce defdits os, laquelle eft broyee &: calleufe. Outre plus ceux qui ont le haut du bras luxé , peuuent faire quelque œuure de leur main,auffi bien que de l’autre bras qui n’eft luxé. Car les mains ne por- tent pas le corps, comme font les iambes. Et d’autant qu’on fait exercice de la main : d’autant auffi le bras eft mieux nourry. Mais au contraire, quand il y a luxation à l’os femoris , principalement en lapal-tie intérieure, il fe fait vue grande atrophie à la iambe , pource qu’on n’en peut faire nul mouuement. Car les parties qui ont moins de monuement, font auffi moins nourries. Dont dit Hippocrates, L’vfage ôc exercice des parties les robore&entretient bien habituées: au contraire L Parelfè de ceflation du mouuemenr,les extenue ôc débilité. Finalement lors qu’il y a vne luxation accompagnée d’vne grande playe ôc fradure, la voulant réduire, & faifant extenfion, il y a danger qu’on ne face trop grande extenfion aux nerfs,& ruption aux ligamens, veines, ôc artères : qui font caufe de conuulfion ôc fpafme, ou inflammation, ôc autres accidens. Parquoy en tel cas Hippocra- tes confeille ne réduire telle luxation, ôc d’autant qu’il vaut mieux laiftèr deuenir le malade impo- tent, que de luy ofter la vie. Car toute deftoiieure fe doit remettre auant que l’inflammation y foit venue : ôc fi ja elle y cftoit, il faut laiifer le malade en repos, Ôc ofter l’inflammation, ôc n’irriter point le mal , de peur d’y caufer yne extteme douleur, gangrené , fpafme , ôc par confequent la mort ; ce que i’ay veu aduenir quelquesfois. Et quand l’inflammation , tumeur , ôc autres accidens feront ce(fez,il faut eflayer à réduire l’os aux membres qui le peuuent fouflfir : ôc à cela ayde beau- coup l’habitude du corps : Car fi le corps eft délicat ôc mollace, on fera la reduélion plus prom- ptement & facilement : au contraire non. Et fuftife du prognoftic: maintenant il nous faut venir à la cure vniuerfelle. La luxation d« caufe in- terne reudt- uefument. vfage des hem & li- gamem. Pourquoy les 05 ne PCHliet tenir en leur jointure La. caufe de l atrophie. Un g Epi feiï. 5. fent. io.&fe&.}. de art. fent. Cure vmuerfiUe des Luxations, Ch A p. VI. Cinq inten tiens en la cure des lu- xations. HS V t r e ce que nous aubns déclaré cy-denant delà cure générale des fra&ures & lu- xations , il fera bon d'eferire encore maintenant ce qui appartient plus fpecialement aufdites luxations,t’aduertiftàntprcmieremêt d’obferucr cinq intentions, ou relpeéts, lefquels conuient faire par ordre ôe fucccflîuemcnt. La première, tenir ; la fécondé, tirer : la ti’ôifîefme, poulïèr : la quarriefme, faire deuë fîtuation ; la cinquiefme,corri- ger les accidens. La première intention , qui eft tenir , le doit entendre de tout le corps, ou feule- ment d'vue partie. Tout le corps fe doit tenir, lors que l’efpauleeft hors de fa place,ou Jes’vçrtebres, ou l'os de la cuifle.ïl ne faut tenir que la partie,quand la luxation eft à l'os furculaire , ou au coulde, ou en la main,ou au genoüifou aux pieds:&“ la raifon pourquoy on tient,c’eft de peur qu’en tirât,le corps riefuiuela partie que l'on tire : &oùil ne feroit tenu fermé,on nepourroit bien réduire la lu- xation. La fécondé intention,quicft de tirer,c’eft à fin qu'il y ait interualle libre &fpacieux entre les os dèsjointsrfurquoy il faut noter,qu’on doit mettre toufîours la partie, en laquelle l'os eft tombé, au déftus,& celle dont il eft tombé,au ddîbus,ou à cofté. Or les façons de tirer,c’eft à dire,eften dre, forrt diuerfeSjfelon que les mufcles de ligamens font puillàns, de les os font tranfportez en çà ou en là:&pour ce faire on s’ayde feulement des mains.Quefîles mains ne font fuftîfantes,on vfe d’inftru- mens & machines propres à ce faire,comme tu verras par les figurer cy-apres dépeintes. Mais pour euitér l’inconuenient qui pourroit venir de trop eftendre, l’extenlion fera faite feulement tant que l’os foir vis à vis de fa cauité. La troifîefme intention eft , qu'apres que la partie fera fufïifammenc 'Tendu?, faut pou (fer,tour ner,&: virer l’os déplacé,félon qu’il fera befoin.En quoy faut bien prendre : pouffer en autre lieu qu’en fa boëtte,parce qu’on pourroit faire paffer l’os d’vne partie en ne fi l'os adiutoireou femoris font luxez en la partie antérieure, en les trop pouftant,on • -on paffer en la partie pofterieure, fans les faire entrer en leur jointe. Pour à quoy La première intention. Seconde in~ ttntion. Troifiefme *rr,y Des Luxations. 415 A ponrnoîr , les os feront pouflez par la mefme voye qu'ils font fortîs : laquelle chofe fe fait facile* ment aux luxations recentes,à cauie desmufcles qui fe retirent vers leur origine* lors qu'ils fon ai- dez par la main du Chirurgien. On cognoift l'os y eftre mis, quand entrant dans fa boette* il fait vn bruit Tonnant clocq : 8c la partie qui cftoit defloliée , an toucher 8C à la veuë eft femblable à la laine de figurc,conformation 8c grandeur,& la douleur eft appaifce , 8c que la partie fait fes mou- uemens naturels , à fçauoir flexion,extenfion prone & fupine , la haulfant & bailfant & tournant, comme elle faifoit auparauant eftre luxée. Laquatriefme intention,qui eft de faire deuë fituation, c'eft afin que l’os qui aura efté réduit, fe puiflé contenir,& derechef ne forte de fa boe’tte. En la lu- xation du bras on le tiendra enefcharpe : &en celle de la hanche, dugenoüil, & du pied, au liCh ainfî des antres parties qui font déclarées chacune à par-foy. En qüoy faut dbferuer , qu’après la reduCHon faie»t pas ma* nifeftement apperceuctr. De la luxa- tion faite dit cofté infe* rieur, Le Seiziefme Liure, mains fur les genoux , puis le Chirurgien pouflèra fur l'emincnce tant qu’elle foir réduite. Et fi A la luxation eft faite en la partie intérieure, il n’ell pollîble qu'elle foit réduite par la main du Chj* rurgien , non plus que la luxation des vertébrés faite en dedans, pour les raifons rufditcs. De la luxation de l'ejpattle. C H A P- XXL L fe fait facilement luxation en l'efpaule,parce qo'en celle jointure les ligamens font lafehes , 8c la cauité de l’Omoplate peu caue, 8c de toutes parcs égalé 8c Iifièe,c'cll à mw SfejHfc dire, polie , & pareillement la telle de l’auant-bras : ce qui fe fait par le moyen des carthages, 8c de certain humeur glaireux, qui la lubrifient 8c humeélent ; joint aufll I qu'il n’y a point de ligament en celle jointure d’os en os, comme il y a en la hanche, 8c au genoüil. Et telle chofe a effcé faite par la prouidcnce de nature , à caufc qu'icelîe ne fait feu- lement extenfion 8c flexion , comme le couldc , mais fait dauantage : c’ell qu'elle contourne le bras circulairement en figure fupine 8c prone , 8c en toutes parts. L'os adiutoire, qu'Hippocratcs appelle l’auant-bras, fe peut luxer en quatre manières , cell à fçauoir , en la partie fuperieure, in- férieure, antérieure, 8c extérieure : iamais en la pollerieurc , à raifon de la cauité dupalleron qui reçoit la telle de l’auant-bras : iamais aulîl en l’interieure partie de la jointure , tant pour le grand 8c fort mufcle deltoïde qu’elle a par defilis , que la crelle du pallcron 8c de l’acromium qu'elle a tirant vers le col, 8c l’apophyfe Ancyroide qu’elle a tirant en dedans. Communément 8c le plus ** forment elle fe fait en la partie inférieure : partant nous la deferirons premièrement. Doncques le ligne que la luxation effc faite en la partie inférieure, ell, qu’on ttouue vne cauité fur l’efpaule : 8C Textremité de l’omoplate nommée Acromium , fe trouue ellre aiguë 8c auancée en dehors , parce que la telle du haut du bras ell defcenduc fous l’aifielle, qui fait vne eminence. Le coulde fe jette en dehors, 8c s’efearte des colles : toutesfois l’approchant de force on le fait joindre 8c toucher à icelles. Aulîî il ell plus difficile au malade de l’auancer en deuant, que le retirer en derrière, da- uantage le bras ell plus long. Pareillement le malade ne peut leuer le bras fur l’autreefpaule, ny porter fa main à la bouche,8c fent douleur quâd il manie fon bras en quelque maniéré que ce foit, pource que les mufcles font prefièz 8c tendus,& aucunes de leurs fibres rompues. Et ce ligne n’cll particulier pour la partie inférieure, mais pour les luxatios faites en toute autre partie de l'efpaule* Il faut icy entendre, que le ligne de ne pouuoir leuer le bras ny l’ellendre, n’cll certain pour con- clurre la luxation.Car cela peut aulîî venir de contufion,fra6lure,inflammation,pIayc,apolleme ou feirrhe , ou fluxion faite fur les nerfs ,qui naifient des vertèbres du col, pour ellre dillribuez au bras. Or il y a fix maniérés de réduire la luxation, quand elle ell faite en la partie inférieure. La preraiereauec le poing ou les doigts.La fécondé auec l'efpaule mife fous lesaifièllesrlefquelles deux conuiennentà la delloüeure recentc, 8c facile à réduire , comme aux ieunes enfans ,& ceux qui font peu charnus, 8c généralement qui ont vne habitude mollafie 8c pituîtculc. La troifiefme,auec _ le peloton de fil poufle par le talon. La quatriefme , auec vne pelote , jettant le bras fur vne barre de bois, ou fur vue courge, ou autre chofe femblable, fouftenuc par deux feruiteurs, ou entre deux colomnes , ou fur vne porte. La cinquiefme, auec l’efchelle. La fixicfme,auec l’Amby. Tou- tes Icfquelles nous deferirons maintenant : 8c en quelque maniéré quelles foient luxées, faut pour les réduire tirer le bras en bas vers la terre. Gai. fur la fent. i. & x. du liure des Art. Levrayfigne que l'os ejl luxé en la partie infé- rieure. Pelle anno- tation. Six maniérés pour réduire la luxation qui fe fait deff'-m vers l'tfaille. La première maniéré de réduire Cefpaule auec le poing, ou les doigts joints enfcmble. Chapitre XXI. L faut premièrement tenir fermement le malade au défias le la jointure de Pelpauîe, ma Far vn homme afièz fort : fecondement luy faire tirer le bras par vn autre au defilis Rllil uSeI cou^e contre-bas , tellement que la telle de l’auant-bras foit pofee viz à viz de fa Hffl boette. Ayant tiré fufKfamraent, le Chirurgien haulfera 8c poufièra de fes mains ou de fon poing l’os dedans fa cauité. Et icy noteras , qu'aux luxations recentes, & aux ieunes, 8c aux peu charnus, & à ceux qui font de tempérament mollafie, lors qu'on fait fufiirantc extenfion , la telle de l’os cflant defueloppée d'entre les mufclcs , 8c autres parties qui la compri- ment , lefdits mufcles de celle partie foudain lafehez, aydent à réduire l'os : ce que i’ay cogneu quelquesfois : car ne faifant feulement qu'vue préparation en tirant 8c haufiant vn peu le bras , la réduction fe faifoit fans y penfer : ce qui fe falloir par le moyen des mufcles qui le retiroient vers deur principe, 8c ce faifant tiroient l’os en fa boette. Et fi par ce moyen la main n’ell fuffifante , tu attacheras l'efpaule du malade par le lien qu’auons cy-deiîus figuré contre vn pilier, ou tenu par derrière par vn fort homme : puis le bras du malade fera lié au delfiis du coulde auec vn efcheucau de fil , lequel fera attaché auec vue corde, «Sc tiré par la moufle , qu'àuons pareillement deferite cy- defilis, 8c vn feruiteur tirera la corde tant & fi peu qu'on voudra. Puis le Chirurgien aura vne fer- mette , ou autre lien, qui fera paflefous le bras du malade, afièz prés de la delloüeurc , lequel fera palfé fur le col du Chirurgien, afin qu'il efleuele bras en haut : & de fes deux mains réduira l’os en fon lieu, en tournant le bras vers la poitrine du malade, coipme tu vois par celle figure. Poîniï dota- bit. Quelqttesfoà . ta réduction fe fait outre l’ejpoir quafi de foy.mefme. Des Luxations Apres la réduction faut appliquer fur toutes les parties voifines de l’efpaule vn médicament fait de folle farine,bo!e armene, myrtilles,encens,poix,refine,alum,fubtilement puluerifez, & incorpo- rez auec blancs - d’œufs. Et faut mettre fous l’aiflelle vn peloton de laine ou de cotton , ou vne comprefié de drapeau trempée en huyle rofat, ou de myrtille 3 auec vn peu de vinaigre, 8e vn peu d’onguent rofat réfrigérant de Galien, de peur qu’elle ne tienne au poil 3 s’il y en auoit. Apres on fera la ligature large de cinq doigts ou plus, ou moins , félon la grofiéur du malade 3 8e longue de deux bradées ou plus3laquellefera à deux chefs, commençant le bandage par le milieu d’icellc, iet- tée fous l’ailTclle,&: menée par delfus l’efpaule malade, puis par dellbus l’autre aifiélle, de forte que fes reuolutions fc croifent en forme de croix fainâ: André, 8e faire tant de rours qu’il fera befoin. Apres on attachera le bras contre les codes, & fera fi tué en efcharpe alfez haut en figure d’vn an- gle droit, tenant la main près l’efpaule faine , afin que l’os recentement remis ne tombe derechef hors de fa boette, 8e ne faudra remuer l’appareil de quatre ou de cinq iours, s’il n’y furuienr quel- que accident. Rejlram&if, ” * situation du maniéré de réduire fejpaule auee le talon, lors que le malade ne fe pourrait tenir droici nyafits. Chap. XXIII. a A v x faire coucher le malade contre terre fur quelque couuerture ou matelats : puis on luy mettra fous l’ailfellc vn peloton de fifou vue pelotte de cuir remplie de bour- re ou de cocton, de grofleur proportionnée à la capacité de l'aiirelle,afîn que du talon on puilîè mieux poulfer l’os en fa place. Car lors qu’on tire le bras , il fe fait plus grancje cauité en l'ailTelle,à caufe des tendons & des raufcles qui font des deux collez. Puis le Chirurgien s’alliera vis à vis du malade au deuât du bras dellûüé.Et 11 c'eft l’efpaule droitte, il accommodera le talon de Ton pied droit fur lapelottc;& Ci c’eft l’efpaule gauche, il accomodera le talon du pied gauche. Puis après il empoignera le bras du malade, 8c le tirera vers les pieds,& auec le talon il poulîèra fort contre l’aifTelle. Et pendant que cela fe fait, il y aura vn feruiceur par der- rière la telle du malade lequel h au liera le bras auec quelque feruiette deliée , ou quelque lien, ou courroye propre à ce faire, 8c pofera la plante de fon pied fur l’efpaule du malade , ôc la poulfcra en bas. Et dauantage,pour bien faire, il y aura vn autre feruiteur alïis de l’autre collé qui tiendra le corps de le bras fain du malade,afin qu’il n’obeïlïe,& ne foit elleué ny tourné çà 8c là,lors qu’on fera la rcduélion. Le Seiziefme Liure, zAutre maniéré de réduire teljbaule. Il faut mettre l'ailîcllc du malade fur le bout aigu de l'efpaule d'vn homme allez fort, Ôc plus grand que le malade, ou qu'il aye quelque cho- ie fous Tes pieds pour le haulîèr, ôc luy tirera le bras vers fa poidrine, en forte que le corps du malade demeurera fufpendu. Et fi le malade eft fort leger, il faut que quclqu'vn pefant fuffifam- ment pour luy donner contrepoids, fe pende ÔC branfle fur iceluy : ôc par ce moyen le bras cftant ainfi tire contre bas, ôc elbranlé en tournant & virant en la partie contraire , faifant cela auec l'ayde du Chirurgien , qui prefiera l'efpaule du malade contre-bas, la redudion ferafaide,corn- g me tu vois par celle figure. Loutre maniéré de réduire l'efpaule. C h a p. X X1 Y. N prend vn bafton aftèz plat, comme vne courge ( dont les Chambrières de Paris | portent deux féaux d’eau fur leurs eipaules} de largeur de deux poulces, 6c long en- ü u^ron d’vnetoife: au milieu duquel fera attaché vn peloton de fil , ou vn eftcuf iiSt Æxsrî &r°l^ur conuenablc à l'aillcile : 6c à chacun cofté y aura vne chcuille efleuée, qui engardera que l’efpaule ne vacille en çà ou en là. Puis y aura deux hommes plus grands que le malade ( ou pour le moins auront quelque chpfe fous leurs pieds, qui les hauflèra tant que befoin fera) 6c tiendront le bafton fur leurs cfpaulcs, puis le malade pofera fon aiflelle fur le peloton, ôc le Chirurgien tirera fort le bras contre-bas, de façon que le malade demeurera fufpendu fur le bafton. Adonc la redudion fe fera comme tu vois par cefte figure fuiuante : en C laquelle tu vois aufli le bafton >auecque le peloton 6c les cheuilles. On peut- nommer ce bafton Courge. t)es Luxations. La c 'wquiefme maniéré de réduire Cejpaule auec vne ejehclle* Chapitré XXV. N la réduit pareillement auec le d’vne efchelle , comme iî s’enfuit. Il faut * atcac^éir lU c^cbelon quelque chofe fonde, comme vn peloton de fil , de groffeur <î11 puilïe entrer delfous l'aiflèlle du malade , comme auons dit : puis on le fera monter lur vne petite cfcabelle, ôc luy liera-on les deux jambes cnfemble, ôc le bras fain derrière le dos , afin qu’il ne prenne ôc fe remette fur l’efchelle quand on fera la réduction : puis faut pofer l'ailfelle du malade droittement fur le peloton, ÔC luy commander d'approcher fon corps tant qu’il luy fera poflîble contre i’efchelon : autrement il y auroit danger de rompre l'os du haut du bras, fans réduire la luxation. Auftî ne faut que le malade pofe fa teftô entre les efchellons. Puis on liera le bras luxé au delfus du coulde auec vn efcheueau de fil ,ou autre lien propre à ce faire, ôc vn feruiteur le tirera fort contre-bas, ôc tout à l'heure vn autre fer- uiteur luy tirera l’efchelle. Ainfi l’os fera réduit ou de foy-mefme, ou auec i’ayde du Chirurgien> qui pouffera l’efpaule contre-bas , en branflant le bras d’vn cofté ôc d’autre. L'os réduit, tout à £ l'inftant on remettra vne autre efcabelle fous les pieds du malade, afin qu'il puilïè retirer fon bras de delfus l’efchelle plus aisément : car s'il le releuoit trop contre-mont, il y auroit danger que l'os recentcment remis fortift derechef de fa place. Tu peux cognoiftre l'induftrie de réduire l’cf- paule par cefte figure de l'efchelle : laquelle doit eftre toute droitte* ôc non en autre figure. le ne veux en cet endroit laifîer en arriéré l'aftu- cc ôc inuention du Chirurgien de Monfeigneur le Duc de Lorraine, nommé Nicolas Picart, lequel fut appelle en vn village près Nancy , pour réduire vne luxation de l’efpaule d’vn pa'ifan : en la mai- fon duquel il n'y aüoit que luy & fa femme. Il mit ôc attacha lediét païfan fur vne efchelle, com- me cy-delfus auons dit, ôc print vn bafton entre fes jambes , ôc le pofa fous l'vn des efchellons , ÔC attacha vn lien au delfus du coulde du bras luxé: puis de toute fa pefanteur ôc force preffa fur le ba- fton , Ôc commanda à la femme de tirer la Telle de delfous les pieds : Ôc tout à l'inftant remit l'os en fon lieu, comme tu vois par cefte figure. Et par faute d'vnc efchelle , on Ce peut aydef d'vne perche pofée en trauers de deux colomnes* ou d'vne porte , comme tu vois par cefte figure: en laquelle t’eft monftré vn bois auec liens, qui te fera déclaré tout maintenant» 1 42.6 Le Seiziefme Liure, Figure pour réduire l'ejpuule for i'ejchelie, oAutre figure four réduire l'effaule A fur rvne forte. smroi-üju-i Hippocr.au commence- ment Au lin. des praèlures fait mention de ces deux moyens de ré- duire l’ejpa fi- le luxée. titre manière de réduire Cejf aule, Chap. XXVI. Hîpp. au i. lin, des art. dit ces propres paroles ,/ent. tp- II,pocR-ATES l°uc fur tQutes les maniérés de réduire l'efpaule luxée, cefte-cy. Il % \ faut prendre, dit-il, vn bois large de quatre ou cinq doigts,& efpais de deux,ou moins, I | & de longueur de deux coudées , ou plus court. Il faut que l'vn des bouts foie foirt eftroir,& fort tenuë;& qu'il y ait vue petite tefte ronde,& vn peu caue,& qui loit vn peu eminente, non vers les coftes, ains vers la tefte de l'os du haut du bras, afin qu'eftant mis fous la- dite tefte de l'os du haut du bras, il foit approprié à l'ailfelle près les coftes. L'on colera quelque piece de drap au bout dudit bois, ou quelques comprefles de cotton , ou de linge, afin qu'il bldîc moins les parties où il touche. Apres il faut mettre le plus auant qu'on peut la tefte dudit bois en J'aiftclle , entre la tefte de l'os du haut du bras & les coftes. Pareillement tout le bras fera eftendu fur ledit bois, 6clié au deflbus de l'ailfelle, 6c vn peu au delfus du coude 6c de la main , afin qu'il loit immobile. Or c'eft chofc qui importe, 8c qu’il faut faire, que le bout de ce bois pafle la tefte de 1: ’os du haut du bras , de façon qu'il entre fort auant fous l’ailfelle. En après il faut mettre vne grande piece de bois en trauers , de grofteur du manche d'vne houe , au milieu de deux colomnes, aufquelles ladite piece foit bien attachée : fur laquelle anec le bois il faut mettre tellement le bras, qu’il foit d'vn cofté,& le refte du corps foit de l'autre. Et doit ladite piece eftre fous l'aiftèlle ; &c fit après il faut tirer d'vn cofté le bras autour de la piece de bois , 6c de l'autre cofté il faut tirer le _ corps. Or il faut lier la pièce de bois fi haut, que le malade foit pendu de tout le refte du corps, de forte qu'il ne touche en terre. Aufïi qu'on le balance contre bas. Ce moyen de réduire la luxa- tion de l’elpaule eft le meilleur de tous les autres. Au lieu de deux colomnes , on s’aydera d'vne efchelle , ou d'vne porte , ou de deux pieds de lich Maiftrc Henry Aruet Chirurgien demeurant à Orléans , homme de bien , 6c grandement experimenté-en la Chirurgie, m'a r _rmé que iamais n’auoit fait faute à réduire cefte luxation par cefte maniéré , fi par luccefïîon de temps ( comme dit Hippoc. ) la chair n'eftoit accreuc en la cauitc de la jointure, 6c aufiî la tefte de l’os n’auoit fait vn lieu tout battu , auquel elle fuft defcenduc. Car alors l’os ne pourroit eftre remis, ny de- meurer en fon lieu, mais retomberoitaulieu battu 6c ja calleux , qui tient lieu d’vne jointure. Da- uantage, ne veux encor oublier de bien inftruireîe icunc Chirurgien ,quc fi dauanture la tefte 6c l’os du haut du bras faut à entrer tout à l’heure en fa cauité, il faut que le Chirurgien branle ça 6c là le bras difioqué, 6c pat ce moyen la tefte de l’os r’entrera en fa boette : 6c y eftanr r'entrée, on rhabillera 6c appliquera-on les compreftès & les ligatures, comme nous auons dit par cy-deuant. Outre & par delfus les figures cy-delfus dépeintes, i'en ay voulu encor donner vne autre, pour ré- duire ladite luxation auec la piece de bois qu’eferit Hippocrates , qui fera attachée d’vne chenille Defcriptton de l’infini- ment Ambi. Preuue de l'indrument Amhi par ex- périence. Dextérité te, quife s’ai- der de L'amhî. Des Luxations. 427 A de fer dans vn treteau,laquellefe pourra hauftèr 3c bailler tant & fi peu qu’on voudra , comme tu vois par ces figures. A dénoté le bois. B. le treteau. Glojfocome d’Hippo- craies , nommé Ambi. Or le malade doit eftre alîîs fur vne petite Tel- le / vn peu plus bas que n’ell la hauteur du tre- teau,ayant les pieds liez enfemble, de peur qu'il ne s’elleue lors que le Chirurgien réduira la lu- xation : ce qu’il fera ayant posé & lié le bras lu- xé fur la pièce de bois , & icelle appliquée fous la telle du haut du bras , comme a ellé dit cy- delTus : & après ce fait, baillera le bout de ladite picce de bois oppofite à la telle caue & ronde .contre bas. Ce faifant, Tos Te réduira en Ta boe’te. Dauantage, ie t’ay encores fait dépeindre en particulier la piece de bois, nommée Ambi : laquelle en Ta telle a vne cauité marquée par B, Sc Ta totalité marquée par A, auec trois liens pour lier le bras ferme , de peur qu’il ne vacille çà ou là, comme tu vois par celle figure. Depuis la première imprelîîon de mon Liure, ellant à Nancy en Lorraine par le commande- ment du Roy , pour la maladie de Madame la Duchefle : Maillre Nicolas Picart, Chirurgien de Monfeigneur le Duc , me monllra vn Ambi, auquel il auoit adioullé quelques choies par demis celuy que i’auois tiré d’Hippocr. duquel ie t’ay bien voulu donner le portxaid, enfemble l'expUcation d’iceluy. Le Seizielme Liure, Figure dudit Ambï 3 enfemhle la Jituation du malade. C'ejl vne cho* fe bien decete aux Chirur- giens demeu- ras aux ville s d'auoir tels inftrumens four réduire les luxations de l'ejpaule. A A, Monftre deux aillerons ou oreilles qui font audit Ambi, afin de retenir le haut du bras, qu’il ne vacille çà ny là. B B Le pilier fur lequel eft attaché ledit Ambi. C C La petite chenille qui rient ledit Ambi joinél dans le pilier. D D Les viroles qui tiennent ferme la pâte du pilier, afin qu’il ne fe haulïe,ou vacille en la redu- £ élion. E E Les trous de la patte où eft inféré le pilier, joint au plancher. La manière de réduire Cejpaule, quand la luxation cji faiffe en la partie antérieure. Chapitre XXVI I. L n’aduient pas forment que l’efpaule Ce luxe en la partie antérieure. Toutesfois il n’y a lili llrl rien ft11* Par vne l*ouclaine violence ne Ce falîè : tellement que les os Ce luxent,combien que leurs articles foient bien munis pourempefeher la luxation : comme en cet article il y a vn grand obftacle ou cmpefchement,à fçauoir, l’acromium, Sc l’extremité de l’os furcu- laire,quieft appuyé de contre,&aufti le gros mufcle ôc fort, nommé Epomis,&celuy à deux telles, , & autres. Donc lors qu’elle Ce fait, il y a vne grande violence; ce qu’Hipp. dit n’auoir iamais veu: neantmoins Gai. dit l’auoir veu cinq fois : vne fois en A fie en la ville de Smyrne,& 4. en la ville de Rome: laquelle, dit-il, eftoit alors fi peuplée,qu’on pouuoit dire que c’eftoit l’Epitoroe de toute la terre habitée ; & aux villes où Hippoc. habitoir, n’y pouuoit anoir tant de gens qu’en vne feule rué ' de la ville de Rome. Parquoy Galien dit, qu’il ne fe faut elmerneillcr s’il n’auoit veu telles luxa- tions. Car où il y a beaucoup de gens, on void pareillement plüifieurs & diuers accidens. De ma . : part, ic protefte n’en auoir iamais veu qu’vne feule en vne Nonnain, qui fe voulant fauuer de fon D Monaftere,fe ietta d’vne feneftre en terre,& tomba fur le coulde : dont elle fe fit luxation en la par- tie antérieure de l’efpaule. On peut cognoiftre telle luxation par la figure de la partie viciée, & en touchât de la main deftiis l’article,on trouue la telle de l’auant-bras vers la poiélrine. Pareillement, le malade ne peutflefehir le coulde. Telle luxation eft réduite comme les autres,à fçauoir,en tirant &c poulfant. Et pour ce faire, faut faire coucher le malade à la renuerfe, & faire l’extenfion du bras a la partie contraire. Mais premièrement que ce faire, il faut mettre vn lien propre pour tenir la jointure fermement ( comme celuy qui eft appellé de Galien fur le lime des Articles, Carchefien)& remplir la cauité de l’ailfelle d’vn peloton de fil,ou autre chofe femblable,& tirer le bras par delfus le coulde. Et faut norer.que lors que la telle dudit os eft aftreintedesmufcles, il faut tourner vers la partie pofterieure , qui eft oppofité à l'anterienre. Aufîi faut Ce donner garde qu’il ne tombe en bas fous l’aillelle ; ce qu’on éuitera en l’eftendant & tirant vers diuerfes parties : àquoy auftl fert de munir Sc garnir la cauité de l’aillelle du peloton ddfufdit. Puis faut pouftèr la telle de l’os qui eft ferrée entre les raufcles : ôc après en lafehant l'extenfion , faut laifter remettre Pos en fon lieu auec les mufclcs ,qui s’en retourneront d’eux-mefmcs à leur origine. tiip. fetl. 1. lm. des Art. Gai. com. fur dès*Art fera. 2.3. Signes. Secf, l, fent. 13. Des Luxations De la luxation de l’ejpaule fatote en La partie extérieure. Ch a p. XXVIII. BL fe peut faire luxation en Pefpaule vers la partie extérieure ; mais aulîî rarement. Le ligne de celle luxation eft, qu’on ne peut eftendre le bras, 8c fe meut pins difficilement en i’ellendant vers la partie extérieure , que vers l'anterieure : joinéb aulli qu’on trouue vue eminence de la telle de l’os vers la partie extérieure de Pefpaule, 8c vnc cauité à celle qui cil contraire. Pour réduire telle luxation , faut lîtuer le malade fur le ventre , & luy tirer fort lecoulde vers les paties contraires à la luxation, & pouffer l’eminence en fa cauité :¶infi Los fe remettra en fa place. En quelque maniéré que la luxation de Pefpaule fait faite pour la re~ duire, il faut eftendre le bras vers la partie inférieure, le tenant toufiours droit. Le ligne que lare- duélion eft faide en toutes ces maniérés de luxations , c’eft qu’on oit vn bruit faifant eloeq , lors que l’os entre en fa boette. Pareillement le malade peut plier , eftendre * 8c haulfer le bras ; joint aufîî que la douleur celle. Outre-plus on le cognoit en conférant le bras malade auec fautre fain, comme auons dit cy-deftus.Apres la redudion faite, on appliquera raedicamens propres,& mettra on fous l’aillelle vne pelotte, qui fera accommodée félon la cauité, 8c pareillement des comprelîès aux codez où fera faite la luxation. Puis feront liez auec vnc bonne & large bande à deux chefs* qui fera tournée fur l’efpaulc en forme de croix faind André , & fera menée par deftus l’autre aif- lelle , &c fera-on tant de reuolutions qu’il fera befoin. Puis le bras fera tenu en efcharpe, faifant vn angle droit. Laquelle figure non feulement en celle luxation, mais aufîî au coulde , 8c à la main luxée ou fradurée eft propre , parce qu’elle eft la moins douloureufe , joint que ladite partie peut B long-temps demeurer immobile en cefte figure. Càmme l'tn doit fituer t» e” fle en la far* tie pofterieu* De la luxation faiffe en la partie fuperieure de i'efpaule. Chap. XXIX. L fe fait auffi qnelqucsfois luxation à la fuperieure partis de I’efpaule. Le figne de ce- f le defloiieure eft , que l’on trouue la teftede l’os du haut du bras joignant le défions >5 jj de la furculs, ôc cauité fous l’ailfelle : ôc le coulde plus fort cfloigné des coftes, que 1 Mfm pA l°rs °lae luxation eft faidte en la parité inférieure , ôc fembîablement impotence du !^bras. Pour réduire telle luxation,faut que le Chirurgien mette foivefpaule fous le coulde du malade, Sc qu’il la haulîe contre-mont, & à l’inftant qu’il prelfe ou face preflèr Sc pouf- fer par vn feruiteur la telle de l’os dans fa cauité. Autre maniéré. Il faut faire coucher le malade à la renuerfe fir vue table , ou àterre , & qu’vn feruiteur tire le bras , ôc le Chirurgien de fes mains pouffera l’os en fa place. Apres la réduction faite, on y procédera comme nous auons dit és autres luxations, fçauoir qu’on mettra les compreffes où l’os eftoit forietté, conduifant la ligature,comme auons cy-deuant enfeigné. De la dejlo'üeure du Coulde. Chap. XXX. E Coulde Te peut pareillement luxer en quatre maniérés , à fçauoir en la partie inre- rieure, extérieure, fuperieure ôc inférieure. Par la partie intérieure , i’entends celle 0r qui regarde le centre du corps , le bras eftant en fa iîtuation naturelle, fçauoir efl:, M en figure entre prône Ôc fupine : par l’extericure , celle qui luy eft oppofite : & par la partie fuperieure* celle qui regarde le Ciel : ôc par l’inferieure , celle qui regarde la terre. Et d’autant que la jointure du coulde a plus grandes diuerfitez d’eminenccs ôc caui- tez , que celle de l’efpaule , d’autant aullî la luxation d’icelle efl: plus fafcheufe. Auffi i’os fe dé-- place plus difficilement, Ôc pareillement fe réduit plus malaifément. Or le coulde cil joint auec l’os du haut d*i bras, ôc entrent mutuellement l’vn dedans l’autre, comme vnc fiche en vngond qu’on attache à vhe feneftre pour fournir Sc fermer. Autre comparaifon. L’os du coulde tourne autour du haut du haut du bras , corne autour d’vne demie poulie, pour fléchir ôc eftendre le bras, le dis demie poulie,pource que fi Nature l’euft faiél tourner d’auantage,l’adion du bras n’euft peu fe faire commodément : parce que le bras fe fuft plié au dehors comme au dedans : ce que l’on peut cognoiftre par l’Anatomie. Donc nous dirons,que le coulde fe luîte,à caufe que fes deux apo- phyfes ne trauerfent pas tout autour de l’os de l’auant-bras , qui le reçoiuent. Parquoy lors qu’on fait plus grande flexion, que là où fon apophyfe intérieure rencontre le fonds de fa cauité,& l’apo- phyfe pofterieure fe déplace en derrière : &: auffi quand on fait vne extenfion violente , l apophyfe D antérieure touche le fonds de fa cauité , ôc alors ladite apophyfe fe iettehors de fon lieu : ôc cefte luxation eft plus difficile à réduire que la première : ioint auffi que l’extremité du coulde , nommée Olecrane, eft fort haute, ôc fon intérieure fort abaiflee. Parquoy il nous eft plus facile à le fléchir qu’à l’eftendre : à caufe dcauoy telle defloiieure fe fait par plus violente force, que celle qui fe fait eu la partie intérieure. Le figue de cefte luxation eft, que le bras demeure eftendu , &c ne fe peut plier pource que l’apophyfe interne du coude demeuré en la cauité externe, qui eft en la partie in- ferierre de l’os du haut du bras , laquelle eftoit auparauant occupée de la partie interne de l’Ole- crane,qui eft l’extremité du coude : dont alors là réduction eft tres-difficile,pource que ladite apo- phyfe demeure accrochée dans icelle cauité. * Le figne que la luxation eft faite en la partie inte- ricure,c’eft que le bras ne fe peut eftendre, ôc demeure plié. b Le figne qu’elle eft faite aux parties latérales eft , que la figure de la iointurc du coude demeure viciée entre la flexion & l’extenfion. En en toutes ces luxations l’adlion du coude ne fe peut faire iufquesà ce que la réduction foit faite. Pareillement o*i trouae vnc eminence du cofté où la luxation eft faite, Sc vnc cauité à la partie Ce que V Au* theur appelle fuperieure fy inférieure partis. Hip, fendern. fecl. 3 des fallu» res l’appelle antérieure & poflerieure. Au fi fait Celfe Chap, I £.//«.8. G a. li. i- de l'vf des part* Caufes. a Ce figne efl attribué par Hip. & Celfe a la luxation fai3e en la partie anté- rieure. a Ce figne efl attribué par Celfe à la lu* xatîon en la partie pofle- rieure. b II appelle parties late- raleSy ce qu’il a dît partie fuperieure (y Le Seizième Liure, inférieure. Ce figne ejl ûetriàué par Cet fe à ta lu xaticn en la partie inté- rieure ex- térieure. contraire : ce qui ell commun à toutes luxations. Outre-plus la luxation du coulde fe fait com- A plcttc, ou incomplette. Celle qui ell incomplette , ell facile à fe faire, 8c aulîl à fe réduire. Mais celle qui cil complette, tout ainfi qu'elle ell difficile à fe faire , aulîl cft-elle fort difficile à réduire, fi on n’y procédé promptement, &c auant que l’inflammation y loir furuenuc : car h bile y efl-ja, la curation ell tres-dilficile , 8c forment du tout impolfible, principalement celle qui ellfaiélecn dehors. La manière de réduire la luxation du conlde , faille en la partie extérieure. Chapitre XXXI. BTlorsqu’on void que le bras du malade demeure prefque en figure droite > fans le pouuoir aucunement fléchir, faut conclurre la luxation ellre faite en la partie exté- rieure. Parquoy la faut réduire promptement, à caufc qu’il s'y fait fluxion 8c in- flammation , pour l’extreme douleur qui interuient. Pour faite donc la réduction, en quelque partie que la luxation foie faite, faut qu’vn feruiteur tienne fermement; le bras du malade au delîbus de la jointure de l'efpaule, 8c le Chirurgien tirera le bras par la main, 8c pouffera l’os de l’anant-bras en dehors, 8c Perainence du coulde en dedans, &c tirera le bras petit à petit en le tournant d’vn codé 8c d’autrre, afin de jetter l’os en facauité. le veux icy aduertir le ieune Chirurgien, que pour réduire celle delloüeure ne faut fléchir le brasjpourcc que iaraais par ce moyen l’os ne pourroit ellre reduit,à caufe que l’apophyfe intérieu- re de l’os du coulde effc en la place de l’apophyfe extérieure de la canité de l’os du haut du bras : 8c partant en pliant le bras on ne fait feulement que haulfer le coulde, &ne le tire-on pas en fa cauiré. Et où telle chofe ne fe pourra faire par la main, adonefaut faire que le bras luxé embrafle vne co- lomne , ou le pied d’vn liél, 8c qu'il foie vn peu plié : puis on empoignera d’vne forte lifiere l’ex- tremité du coulde, dite Olecrane, la tirant vers fa cauité auec vn ballon entortillé dans ladite lifie- rc, comme tu vois par celle figure. Telle def- lo'ùewe re- quiert propt fecours. Polnlî nota- ble de grande importance. Laf.gure qui monftre à faire la réduction du coulde autour d’vn pilier auec vn haït on. Lafigure qui monstre à faire la réduction du coulde par vn lien. Le figue que l’os fera réduit, c’efl: que le ma- lade eftend 8c flefchic le bras , 8c la douleur ell cellee, 8c la figure viciée remife en fon eilat na- turel. Autre maniéré encore plus facile : c’efl: que le bras cftant autour du pilier, on mettra vn bien fort lien de la largeur d’vn poulce fur l'extremité du coulde,puis fera tiré tant que l’os tombe en fa place : comme tu vois par celle figure. Signet de ré- duction. De la luxation du coulde afaille en U partie intérieure. Chap, XXXIL I la luxation cft faite en la partie intérieure, pour la réduire il fauteftcndre fort le bras, & le fléchir fondainemcnt & impetueufement, de façon que la main touche droit fur l’efpaule du bras luxé. Aucuns mettent quelque chofe ronde 8c dure au ply du coude, puis flechilîcnt fort le bras, comme nous auons dit. Des Luxations. De la luxation incomplette du coude ,faiffe en la partie fuperieure ou inférieure. Si I os du coude eft (eulemcnt quelque peu forty de fa place en la partie fuperieure ou inférieure, en le tirant & poullant vêts la cauité, on le réduit facilement en celle façon. Deux feruiteurs tien- dront le bras eftendu (l’vn par i'auant-bras , ôc l’autre par le bralîàl) ôc le tireront chacun vers foy i en parties contraires,& le Chirurgien auec fa main repouflera l'os en fou lien. Apres ces réductions 4 fai êtes , faut poler le bras en figure d’angle droit, ôc le bander , ôc y appliquer remedes cy-deflus mentionnez.puis le pendre au col auec vne efcharpe, ainfi qu’auons dit en la luxation de l’efpaillé. Hippocrates veut qu’apres la réduction de celte partie, le malade remue fouuent Ton bras«n figuré pronc ôc lupinc, ôc au fil qu’il l’eftendc ôc flechifle : pareillement que quelqucsfois il foufleue de fa main quelque choie pelante , afin d’adoucir ôc aflbupir les ligamens qui lient celte iointure,de peur que les os ne s’vnifient Ôc coalefcent enfemble par vne maniéré de callus, noltimé des Qrecs, An— cylofis ; qui fer oit caufe que le malade ne ponrroit iamais après flefehir ny eftendre le bras. Ce que i’ay veu fouuent aduenir , pour auoir cité trop long-temps fans auoir remué ladite iointure : parce que l'humeur vifqueux, qui eft naturellement auxiointures, ôc autres fupcrfluitéZ qui intetuien- nent à caille de la douleur, s’y cndurcilîènt, ôc font coller les os enfemble. Parquoy pour obuier à tel accident, il faut remuer l'appareil de trois ioursen trois iours , ôc commander au malade de re- muer Ion bras en toutes maniérés, toutesfois fans nulle violence, Icelle luxation eft alleurée en vingt, ou vingt cinq iours, ou moins, félon les accidens qui feront interuenus. Il faut dauantage q>*c le Chirurgien contemple , que lors que le coude eft hors de fon lieu entièrement, l’autre os nommé rayon, le defboëtte pareillement. Partant en reduifant le coulde , il prendra garde de ré- duire le rayon en fon lieu : ôc notera qu’en fa partie fuperieure il y a vne apophyfequi eft caue ÔC ronde, qui reçoit l’os du haut du bras , ôc vne petite cminence où s’incere le mufcle Biceps. Situation bandage duhras ternes. De la dedoueure de C extrémité de l'os du Coulde, appellée flyloide , qui eft proche du Carpe, Chapitre XXXIII. SV e l Qjy e.s fois l’extremîté ou apophyfc de l’os du coulde, appellée ftyloïde,eft feparéc du rayon , quelqucsfois en dedans , ôc quelqucsfois en dehors, pour cftre 1 tombé de hault fur les mains.La manière de le réduire fera de le repoulfcr en fa pla- , ce, Ôc y faire bonne Ôc feutc ligature, ôc y appliquer medicamens grandement aftrin- gens ôc deficcatifs. Mais encorcs qu'on face toutes chofcs necellaires, ledit os ne fe i peut iamais bic reioindue & tenir à la place dont il eft ilfu.Ce qui eft confirmé par Hip.au liurc des Articles,qui dit : Quand le rayon eft feparé de l’os du coulde, telle réparation eft incurablc,comme toute autre diftraCtion des os ioints pat fymphyfe, c'eft à dire, vnion : pource que l’os ne peut bien ç demeurer en fa place , à raifon des ligamens qui ont efté trop eftendus ôc relafchez: ce que i'ay veu louuentesfois, quelque diligence qu'on y peur faire* Caufes d’Anciyofü. Dr la luxa- tion de* rayon près du cohL~ de. Sen.l.feft. », [en. der- nier e [eft. 5 3 des Frn&, De la luxation du poignet. Chap. XXXI1IL B|p|| E Poignet eft la conionCHon du radius auec les huidosdu carpe.En iceluy il y a dou- |||if ble iointure, afin que l'vne fupplee au défaut de l'autre.Exemple. Le mouuemenf cir- culaire, c'eft à dire, tourner la main, en ddfus,cn deftbuS, fe fait par le bénéfice du ra- yon,& la fluxion ôc extenfion par le moyen de l'os du coulde. Il le fait en iceluy luxa- tion intérieurement, extérieurement, ôc aux coftez* Le ligne quelle eft faide ihterieurement, c’eft que la main demeure renuerfee; & lors qu'elle l'eft extérieurement, la main demeure flefehie. Et fi elle eft aux coftez, la main eft tournée au contraire , à fçauoir vers le poulce ou le petit doigt* Aullî quelqucsfois il n’y a que l'vn des os luxez : qui fc cognoiftra facilement par la figure viciée, ôc par l'adion blcflce.Le moyen de réduire lefdits os, eft, qu'il faut tenir l'auant-bras,& tirer allez fort la main, la ficuant fur vue table, ou fur quelque autre ckofe ferme,& faifant que la partie d'où l'os eft luxé , foit au cofté inférieur d'où il eft forty , ôc celle où il eft luxé , au cofté, fuperieur. Puis fautpoulîèr fur les eminences des os, tant que la redudiôn foit bien faite. Il y a icy pu- reiie dijcor- dance en la nomination dei efpeces de luxations-, & raport des fi- gues a chaos. ne d'icelles , entre 1‘ Att- theur,faCel- fe, Hipp. JentiX.feft.i. des Art. que par auat ch, jO* De la luxation des os du Carpe. Chap. XXXV. aV Carpe il y a huiCt oflelets,lefquels par vne grande force peuuent fortir de leur Ci- tuation Ôc conionCHon naturelle* Les lignes font,qu’on trouue qu’ils font tumeur & cauitc , ainfi que les autres os luxez. Le moyen de les réduire, eft , qu'il faut faire fi- tuer la main du malade fur vne table : ôc s'ils font luxez au dedâs,on couchera la main fur la table à larennerfe: &lors le Chirurgien preffera de fa main fur les oseminens, & les réduira en leur lieu : & s'ils fonr luxez en dehors le dedans de la main fera pofé fur la cable,& fera prelfée comme deflus : ôc fi la luxation eft vers vn des coftez ,on les repouflera en la partie contraire 8c oppofite : ôc la réduction faite, on y appliquera les remedes necellaires ; ôc fera la main lice Sc bandée, 8c le bras pofé en efcharpe. Signet4 Opération, Le Seiziefme Liure, De la luxation des os du OHetacarpe. Chap. XXXV I. Comment fe peunet luxer les os du Me- tacarpe. V Métacarpe il y a quatre os , defquels les deux du milieu ne Ce peuuent luxer h codé,-à caufe de leurs pareils ou compagnons. Audi celuy qui foudient l'Index , 2c l'autre qui foudient le petit doigt, ne fe peuuent luxer du codé auquel ils font oppofez à ceux du milieu, mais feulement de l'autre codé : tous fe peuuent luxer en dedans 2c en dehors.La maniéré de les réduire ed femblable à celle du Carpe. Delà luxation des Doigts. Chap. X X X YI L La réduction des doigts lu. xez, ejl facile. ïjHSfW Es doigts Te luxent en quatre maniérés, à fçauoir,en la partie intérieure, exterienre,& m aux collez. Pour les réduire,il faut tirer 6c pouffer de figure droite, 6c par ce moyen W||g on les remettra en leur lieu. Us font réduits facilement , parce que leurà jointures ’-l ont Peu caues> & qu'elles rontfuperfidelles, & leurs ligamens lafches & foibles. ccfl-e luxation eft communément affermie en douze iours, ainfi que celles du Carpe 6c Métacarpe. De la luxation de U Hanche. Chap. XXXVIII. Galion fur la fent 47. de la 4,fect.du liu, des Anicl. A Hanche fc ddlouë en quatre façons,à fçauir en dedans,en dchors,en deuant,& en Il derrière : mais le plus fouuent en dehors 6c en dedans, en deuant 6c en derrière ra- il rement. En celle iointnre ne fepeut faireluxation incomplette, principalement des Æ caufes exterieures,ainh qu’il fe fait au coulde, à la main , au genoüil, 6c à la chenille des pieds,à caufe que la telle de l’os de la cuilfe eft ronde, 6c que la cauité où il fe lo- ge a des bords tout autour : ioint que les mufcles en celle partie font forts : 6c partant il ne le peut faire qu’vne partie ou portion de la telle foit dedans fa cauité, 6c l’autre dehors, pource qu’en tournant 6c mouuant elle rctourneroit dans fa boette par la force des mufcles , mais és luxations faites de caufe interne,ellcpeut eftre incomplette,parce que les mufcles & ligamens font relafchez, 6c n’ont la force de ramener ledit os en fa iqinte ou cauité. Le ligne qu’elle eft desboettée en de- dans,eft que la jambe malade comparée à la faine fe monftre plus longue,& le genoüil plus abbaif- lé 6c tourné en dehors, 6c le malade ne peut plier la jambe : 6c auffi qu’a l’endroit de l’aine on trou- nc manifeftement la telle de l’os femoris, qui y eft arreftée 6c retenue. Elle fe monftre plus longue» pource que la telle dudit os n’eft plus en fa boëtte,& eft deicenduc plus bas,partant la jambes s’al- longe : auffi le genoüil fe tourne en dehors, parce que de neceffité le bout inférieur de l’os femoris fe tourne au contraire de fa boe'tte,qui eft vne chofe commune à tous les os luxez, que quand il y a luxation d’vn collé , l’autre extrémité du mefmcos eft toufiours tournée vers la partie oppohte à C celle qui eft luxée. Parquoy quand la telle de l’os de la cuilfe eft defloüceen la partie intérieure, l’autre extrémité qui eft au genoüil eft neceftairement tournée vers le dehors : 6c ainfi des autres parties. Pareillement on ne peut plier la cuiftc vers l’aine , à caufe que l’os defplacé tient lesmuf- des,qui font extenfion,lî tendus,qu’ils ne peuuent obéir à ceux qui la doiuent plier : car la flexion doit précéder l’extenlîon, 6c l’cxtenlion la flexion. Signes & caufes d’i~ ceux. Gai, au !lu. du mouuernet des mufcles. Pïognojlicde la luxation de U Hanche. Chap. XXXIX. V x uxatl'ons de a cuilîè il y a danger, ou que l’os Toit réduit mal aiferaent, ou qu’é- Haut reduic ne tombe derechef. Car lî les mufcles, tendons & ligamens de celle par- tie font forts 6c durs, à peine laiftent-ils réduire l’os en fa place. Pareillement s’ils font trop foibles, laxes 6c mois , ils ne le peunent tenir quand il eft réduit : femblablement quand le ligament court & rond, qui iointeftroittement la telle dudit os au fond de fa cauité, eft rompu ou relafché. Or ledit ligament fc rompt par quelque violente force : & fe reiafche par vne humidité glaireufe 6c fuperlluc , amalfée és parties voifînes de celle jointure, qui l’abbreuuent 6c mollifient. Et fi ledit ligament eft rompu, encores que l’os foit réduit, ne tient iamais, 6c retom- be toujours, quelque diligence qu’on y puiffe faire : ce que i’ay veu plnfieurs fois.S’il eft feulemêt humeelé 6c relafché, après l’auoir reduit,fi on peutconsômer 6c feicher l’humeur par mcdicamens, u 6c par cautères potentiels,ou acluels,appliquez autour de la jointure, l’os y demeure ferme, 6c nà retombe plus. Donc pour le dire en vn mot, quand ce ligament eft rompu ou trop relafché,l’os ne peut tenir ferme en la boette lors qu’il y eft remis,principalemét en ceux qui font maigres, pourec qu’icellc jointure n’eft liée de ligamens par dehors, comme eft la jointure du genoüil, 6c qu’il n’y a point d’aponeurofe, c’eft à dire, tendons larges, comme nous auons dit. Dauancage,les parties qui font près d’vne luxation,qui n’a efté réduite, deuiennenten atrophie,c’eft à dire, qu’ilsamaigrif- fent, en forte que la chair des mufcles eft extenuée 6c confommée, à raifon que l’os n’eft en fon lieu: 6c partant ladite partie ne peut faire fon aélion : 6c auffi que les veines , arteres, 6c nerfs, ne font pareillement en leur fituation naturelle, qui garde que la nourriture 6c les efprits n’y pcuuent fuf- fifamment reluire : 6c eftant imbecille ne peut attirer & retenir, cuire, n’affimiler le nutriment. Exemple. Ceux qui ont l’os femoris luxé, 6c n’a efté réduit, ledit os ne croift plus comme les au- tres os du corps, 6c aulîî deuient pins court que celuy qui eft en fa boette, pource qu’il eft près du lieu où eft le mal. Toutesfois les os de la jambe 6c du pied ne font empefehez à croiftre , d’autant qu’ils demeurent en leur fituation naturelle. Néanmoins la jambe leur deuient plus grefle,c’eft à Pourquoy le j ligament de j la hanche fe rompt ou fe reiafche. Voyez Gai. fur U fent. 41. de la feft. 4. du liu, des Artic, Pourquoy l'os femoris ne croifi quand il eft hors de Ja cauité. Des Luxations. 433 A dire , les mufcles atrophiez. Autant s'en fait-il à l'os du haut du bras ( ce qui eft commun à rou- tes luxatios non réduites) lequel auflî deuient puis court, ôc les mufcles plus emaciez ôc consôraez que ceux du bas du bras,& de la main. Et pour le dire en vn mot,les os qui font plus près de la ioin- ture luxée , deuiennent plus courts , ôc leurs muicles plus atrophiez, parce que les efprits ôc ali- mens ne peuuent eftre portez en icelles parties :qui eft caufe quelles tombent en Atrophie. Or quand Hip. dit plus courts, il faut entendre en ceux qui n'onc pas accomply leur croiflance. Car à ceux qui font paruenus à leurs trois dimenfions, les os ne fe peuuent accourcir,mais bien diminuer en groflèur. Il faut auflî entendre que l'exercice de la main fert grandement à ce que la chair de tout le bras demeure plus nourrie, ôc principalement depuis le coulde iufques aux doigts : mais quand l'os femoris eft luxé, ôc principalement en la partie intérieure,& que les enfans font encores au ven- tre de leur mere, ou qu'ils font en leur enfance , les mufcles feront plus emaciez qu'au bras à raifon qu'ils ne fe peuuent aider de la iambe, ny du pied, en la luxation de l'os femoris, comme ils font de la main , en la luxation de l'os du haut du bras. Belle annota* tion. De la luxation de la Hanche faite en dehors. C H A p. X L, Tî Vand la luxation de la cuilfe eft faite en dehors,& qu’elle demeure fans eftre remife, ou^etir auec L temps s’appaife, 3c la chair d’entôur deuienr calleufe 3c dure , corn- me la main des laboureurs 3c artifans,& la tefte de )’os fe forme, 3c fait vne cauitéen la- quelle elle fe met, de façon qu’auec le temps le màlade peut cheminer fans potance ou bafton. Adoc la caille 3c la iambe ne font tant atrophiées ou amaigries. Mais fi la luxation eft faite avi dedans, l’atrophie fera plus grande, d’autant que les vaifteaux qui de leur naturel vont 3c tirent toufiours plus vers le dedans, comme note Galien fur la fentcnceyi. delà 3. fedion du Hure des Articles, font plus p reliez, 3c que la partie ne peut fe mouuoir ny tourner contre l’os pubis, ou du penil.Dauâtagecefte luxation n’eftant point reduite,quelque téps après les malades cheminent co- me les boeufs, à fçauoir en tournoyât la iambe vers la partie de dehors.Pareillcméc le malade eftant fouftenu fur la iambe luxée , ne peut demeurer en figure droide, mais oblique. Aufii la iambe fai- ne fait peu d’efpace quand elle fe meut, à comparaifon de celle qui eft luxée, parce que celle qui eft luxée, fait Ton mouuement en tournoyant, 3c l’autre le fait fans tournoyer. Pour celle caufe les ma- lades portent vne potence ou vn bafton , afin qu’ils foient appuyez fur la partie malade , de peur C qu’ils ne tombent en terre. Dauantage ceux qui ont cét os luxé en dehors, ou en derrière , qui n’a peu eftre réduit, par fucceflîon de temps la tefte dudit os rend la partie calleufe, qui permet que le iarretfe plie fans grande douleur, mais les malades fe fouftiennent& marchent feulement fur la ra- cine des orteils. Toutesfois ils font contraints defe courber en deuant, lors qu’ils cheminent bien fort, pourcc que la jambe eft plus courte, 3c tiennent à chacun pas la main fur la caille malade, à caufe que la tefte de l’os n’eft pas droittement fous le corps portant à plomb ; néant-moins à la lon- gue les malades peuuent cheminincr fans potance ny bafton , lors qu’ils y font accouftumez.Pareil- lement la iambe faine par vne couftume 3c vfage deuient difforme, pource qu’elle aide à la malade en s’appuyant en terre En quoy faifant, il eft ncceftaire que la cuifte 3c le iarret foient courbez. Au contraire,quand la luxation eft faire en deuant,& n’a efté reduite,&que le malade(côme anons dit) eft paruena àfes trois dimenfions, l’os ayant accouftumé de tourner au lieu auquel il eft tombé,&: que la partie eft deuenuë calleufe 3c dure,alors il chemine fans bafton, potence,ou croce, 8c marche du tout droit : pourcc que la iambe luxée ne fe peut facilement plier , ny en l’aine, ny au iarret, 8c que les malades s’appuyent plus volontiers fur le talon , qu’ils ne font fur la racine des doigts des pieds. le ne veux encores lai (fer en arriéré de memorer que fi cefte luxation, comme toutes les au- tres , eft inucterée, iamais ne fe peut réduire. Or voila les lignes 3c accidcns qui viennent quand la luxation eft faite en dedans, 3c que le ligament qui attache l’os en la cauité de la iointe, eft rom- £ pu ou trop relafché. ffiueSe luxa* Tio» de la cui^eefiPiM toler mais elle ne le peur flefehir. Accident qu’ameine la defo'âere ex- terne de C o$ femoris, Le Seiziefme Liure, 4S4 De U luxation faite en deuant. Chap. X L I I. Signe de la defloüeure de Vos femoris eu deuant. ■ A luxation en deuant fe fait bien rarement. Les lignes font, qu’on trouue la tefte de l'os de la cuiffe tombée fur l'os du penil : dont on voit l’aine tuméfiée, & la feffe apparoift ridée ôc defeharnée, à caufe de la contraction des mufcles : aufli que le malade peut eftendre la iambe fans douleur, mais il ne la peut ployer vers l’aine, à caufe que le mufcle antérieur , qui naift de l'os ilion, eft prefle de la tefte de l’os qui ne fe peut eftendre : ôc fi le malade eft contraint de flefehir le jarret, il lent grand'douleur : 8c lors qu'on fait cbmparaifon de la iambe malade auec la faine,on les trouue égales en longueur. Néant- moins le malade ne fe peut fouftenir fur la racine des orteils : ôc fi on veut l'efforcer de le faire mar- cher , il ne fe peut appuyer que deffus le talon. Dauantage le bout du pied ne fe peur tourner vers la partie antérieure, Souuenresfois en cefte luxation l'vrine eft fupprimée , à caufe que la tefte de l’os preffe les grands nerfs , defquels naiflent ceux qui vont à la veflîe : laquelle fe reffentant de la douleur, tombe en inflammation , qui afflige le mufcle Sphinéter de la veflie : qui fait que pen- dant icelle inflammation, l’vrine ne peut paffer qu'à grande difHculté,parce que les parties enflam- mées ôc tuméfiées ferment le paflàge de l’vrine. Accident de telle dejlsiieu- re. De U luxation faite en derrière. Chap. XLIII. Pourquey l’es femoru rare ment fe def- leüe en der- rière. Are itLEMENiIa luxation faite en derrière vient rarement, parce que la partie pofterieure de la boette de la hanche eft fort profonde,comme l'anterieure l'eft beau- coup moinsrau moyen dequoy la luxation faite au dedans eft plus fréquenté que nul- yfjjfffr le des autres. Les lignes font, que le malade ne peut eftendre la iambe, ôc aufli il ne ja peLlt plier> à caufe que les mufcl.es qui font autour de la tefte de l'os font gran- dement preffez ôc tcndus:&: la douleur s’augméte quand il veut ployer le jarret,à raifon qu'on tire les mufcles dauantage. Pareillement la iâbe malade eft plus courte que la faine:& quand on prefle fur la feflè , on trouue la tefte de l'os prpminente entre les mufcles feftlers : ôc trouue-l’on cauité en l'aine, dont eft trouuée lafche ôc molle quand on la touche:& le talon ne peut toucher en terre, parce que la tefte de l’os eft cachée entre les mufcles delà fefle , qui la retirent contre-mont, ôc principalement le gros mufcle fefîîer, qui fait le coufîinet de la feffe, lequel en cefte luxation eft plus prffé que nul des autres : qui fait que le malade ne peut flefehir le genoüil, à caufe que le fl ef- chiffant on fait grande extenfion del’aponeurofe, ou tendon large, qui couure le genoüil. Et il le malade s'efforce de fe tenir fur le pied de la cuilfe luxée fans quelque appuy, il tombe en derrière, parce que le corps panche en cefte partie, à caufe que la tefte de l'os n’eft pas droittement au def- C fous du corps pour l’eftançonner : ôc pour cefte raifon il faut qu'il s'appuyé fur vne potence pofée fous l'aifcelle du cofté luxé. Apres auoir fuffifammant deferit les figues, accidens , prognoftic, ôc diuerfitédes luxations faites en la hanche, maintenant il refteà eferire ôc monftrer la maniéré de réduire l’os, félon la diuerfité des lieux où il tombe, auecques la meilleure méthode , ôc la plus briefue qucil me fera pofîiblc. Premièrement il faut firuer le malade fur vn banc, ou fur vne table ( mettant deftbus luy quelque matelas ou couuerture de lict, de peur qu'il ne foit preffe } ou à la renuerfe , ou fur le ventre, ou fur le cofté : de façon que la partie où l'os eft forjetté, loit toufiours lapins haute , ôc celle d'où il eft forty, la plus baffe. Exemple. Si la luxation eft faite en dehors ou en derrière , faut fituer le malade fur le ventre. Si elle eft faite en dedans, le faut fituer à la renuerfe fur le dos. Si elle eft faite en deuant, il faut le fituer fur le cofté fain. Et l'os fera toufiours tiré ôc pouffé vers la jointe , pour le chaffer dedans. Si la luxation eft recente , ou que ce foit vn ieune enfant, ou femme, ou autres qui ont naturellement les jointures laxes , il ne fera befoin pour réduire l’os de faire grande extenfion par liens : mais la feule main du Chirurgien fuffira : ou bien on fe contetera d'vne forte liziere, ou d'vne portion d'vne nappe ou feruiette:& auecques cer- taines comprefles mifes entre les iambes, à fçauoir, autour de la jointure de la hanche, fera tenu fermement. Puisle Chirurgien tirera lacuiflè de droitte ligne au deffus du genoüil, viz àviz de la boette d’où l'os eft iffu : ôc par ce moyen fera réduit, pourueu qu’on tire vn peu plus haut la te- fte de l'os, de peur que les hors de fa cauité n’engardent eftre remis, fi elle n’eftoit tirée ôc efieuée u vn peu plus haut que fa cauité. Où l’os ne fera allez tiré , on doit eftre affeuré qu'il ne pourra eftre réduit. Partant il faut pluftoft pécher à tirer vn peu plus que trop peu : toutesfois il fe faut bien garder de trop tirer, de peur de rompre quelquemufcle ou tendon, ou autre partie nerucufe:& où on ne pourra réduire l’os par la feule main, alors faudra vfer de machine, comme noftre moufle attachée à deux poteaux, ôc la corde tirée tant qu'il en foit befoin. Or cependant qu'on fera ces réductions violentes par machines , ne faut que les parens ÔC amis du malade foient prefens , s’il eft pofïible, comme eftant vn fpeélacle odieux à veoir : ôc ouïr crier le malade : ôc aufli que le Chirurgien foit afleuré, non piteux, ne craintif, lors qu'il fera la réduction, ôc ne foit nullement cfmcu par la clameur du malade , ny moins des alliftans : ôc que pour ceja il ne fe hafte point plus qu’il ne doit, pourcc que ce luy feroit grand def-honneur n'àuoir peu réduire l’os, Ôc aufli grand dommage au malade. Apres auoir ainfi difeouru des luxations de la hanche, il faut pour l'inftru- & fera~on les ligatures ainfi qu il eft requis : 8c defendra-on au malade de cheminer fur la iambe , iniques à ce qu’on verra eftrebcfoin. De la luxation & difionclion de l'os Péroné, autrement dit petit Foale de la iambe. Chapitre LIT. De Vos pero» ne entr’ou- uert & luxé» Caufes , E petit Focile de la iambe eft appofé fans cauité cotte le gros Focile, à fçaiioir en la partie || fiipedenre près le genoüil, de en bas près l’aftragalc : &fe peut luxer, defioindrc,& entrou- urir dcfdites parties en trois maniérés , à fçauoir en la partie antérieure, & aux deux collez-. Cela fe fait communément lors qu’en cheminant on fe mcfmarcHe,& que le pied faut, de fe tour- ne en dedans, ou en dehors,&le corps s’appuyant au dclFus, fait qu’il entr’ouure, déprimé Se luxe. Audi telle chofe fe peut faire pour tomber de haut,ou pour quelque grand coup orbe.Pareillement quelquesfois fes epiphyfesfe defioignent & fe rompent. Or pour les faire tenir de Joindre enfem- ble, elles feront réduites par la main du Chirurgien en les poulTanr en leur lîtuation naturelle : & les faut puis après bien bander & mettre des corapreflTes au colle auquel le petit focille a elle per- uerty , commençant la ligature delTus la luxation, pour les raifons prédites : de le malade gardera leliél quarante iours, 3c tant qu’on cognoillra les ligamens dire bien affermis. Opération* Le Seiziefme Liure, De la luxation du grand Focile auecï Ajlragale. Chap. LUI. L fe fait auffi luxation du grand Focile d’auec l’Aftragale, tant au dedans du pied,qu’au iuji 01'5. On la cognoift par l’eminence trouueeau coite où la luxation cil faite.S’il n’y a pgl clue uxat^on incomplette , ôc que l’os ne Toit qu’vn peu feparé, adonc la réduction fera facile , en pouftant feulement l’os en fon lieu: Ôc après la réduction, faut appliquer des comprellès ôc ligatures comme il eft befbin, à fçauoir , en appelant &c tournant la bande au cofté oppofite à la luxation,comme nous auons déclaré cy-deuant,afin qu’on repoufte l’os en Ion lieu d’ou il eft forty:& fe faut garder de trop comprimer le gros tendon qui eft au talon. Ladite luxation cft affermie en quarante iours communément,s’il n’y aduient aucun raauuais accident. Signes, Opération. De U luxation du talon. Chap. L I Y. SV A n d on faute de bien haut lieu , ôc qu’on tombe fur le talon,adonc l’os du talon fe luxe, ôc s’efloigne de l’os nommé aftragale. Telle luxation fe fait plus communément vers la partie intérieure qu’exterieure, à caufe que le petit focile paftè ôc embrafte l’a- ftragale, qui eft caufe qui le tient plus fort que de l’autre cofté, où il n’y a telle apodia- tion ou eftanceure. La réduction fe fera en tirant ôc pouftant les os en leur lieu naturel : laquelle eft B aftèz facile, pourueu qu’il n’y ait grande fluxion ôc inflammation. Quant au bandage qu’on y fera, il faut plus preftèr fur le mal qu’en autre part,afin d’expellcr le fang du lieu blefte aux parties voy- flnes, toutesfois fans caufer douleur que le moins qu’on pourra , fe donnant garde de trop preftèr les nerfs,ôc le gros tendon qui eft au talon,comme nous auons dit. Il faut que le malade foit à repos par l’efpace de quarante iours pour le moins, encore qu’iFn’y furuienne nuls accidensxe qui fe fait fouuent par la contuflon faite en cefte partie,parquoy eft bon en faire chapitre. Caufe pourquoy le talon fe luxe plus en ds~ dans. Opérations. Des accidens qui viennent far U contujîon faite au talon. Chap. L Y. Caufe d'in- flamation en la deftoüeure du talon. HR pour cefte grande contuflon les veines ôc arteres jettent du flmg au trauers de leurs tuniques, ôc par leurs petits orifices. Au moyen dequoy fe fait vne Ecchymofe, c’eft à dire,meurdriftèureaulieudela jointure,& au talon : Ôc alors furuient grande douleur & tumeur.' Parquoy il eft expédient d’y remédier : qui fe fera en ordonnant bon régime, fâignée, ôc purgations s’il en eft befoin ,y appliquant auffi des remedes propres,Ôc principalement en atténuant le cuir qui eft fous le talon, s’il eft trop dur ( cornue naturellement il eft ) par fomen- tation d’eau chaude ôc huile:mefme le faut couper,s’il eft trop calleux,aftez profondément auec vu rafoir,éuitant la chair viue. Telles chofcs fe font afin que le cuir foit plus tranfpirable , ôc que la refolution de la meurdrifteure fe puilfe mieux faire. Et faut qu’au talon ces chofes foient faites de- q uant que l’inflammation y foit furuenuc,de peur qu’il n’y furuienne fpafme:car le fang ilfu hors de fes vailfeaux fe pourrit, pource que la partie pour fa denfité ne permet qu’il fe puilfe bien exhaler ôc refoudre,& auffi que le gros tendon,qui eft attaché fous le talon , eft fort fenfible : joint qu’il y a des nerfs qui paftént en fes parties latérales : ce que i’ay monftré en l’Anatomie vniuérfelle. L’in- flammation vient pareillement en cefte partiepour trop longuement demeurer à la renuerfe,& eftrc appuyé ôc couché delfus , ôc principalement fur vne chofe dure , ainfi qu’auons déclaré en la fra- éture de la iambe, parlans de la fituation du talon. Parquoy le Chirurgien y procédera comme il eft dit, de peur qu’il n’y furuienne apofteme,ôc par confequent carie. Car par icelle il furuient plu- fleurs accidens, comme fièvre continue, aiguë, ôc d’icelle s’enfuit tremblement, fangiot, ôc déliré. Car par la carie de céc os les parties proches qui l’enuironnent communiquent leur mal aux par- ties nobles, pource que le gros tendon, fait de trois mufcles du pommeau de la jambe, eftant en- flammé, communique l’inflammation aufdits mufcles, Ôc aux nerfs qui font diftribuez par iceux. Auffi les arteres qui font fcrablablement preftees ôc efchauffécs , communiquent leur chaleur au cœur : dont s’enfuit fiévre,& par les nerfs diftenfion, fpafme ôc fangiot, à caufe des nerfs qui font diflrrîbuez à l’eftomach,lequel eft auffi nerueux , ôc pareillement aux nerfs qui font diftribuez aux mufcles de la refpiration. Pour le dire en vn mot,lors qu’il y a carie , c’eft à dire,pourriture en l’os du talon,ce mal eft incurable. Poupqitoy il faut couper te cuir qui eft fous le talon. La carie du talon caufe de grands accidens. De la luxation de l'os Ajîragale 5 cejl a dire , de l'ojfdet, C h a p . L Y I. Signes. S ’O s Aftragale fe peut luxer en toutes parts:ôc quand il fe place en dedans, le deffbus du pied fe retourne en dehors:ôc quand il fe déplacé au contraire, le ligne eft auffi contrai- re. Et s’il eft luxé en deuant, le gros tendon qui s’implante au talon , eft dur ôc tendu. Et s’il eft luxé en derrière, l’os du talon eft prefque caché au dedans du pied : ôc telle luxation cft faite par vne extreme violence. On le réduit auec les mains, en tirant ôc pouftant par grande force le pied aux parties oppofites d’où il fera déplacé. Apres la reduélion , on appliquera remedes ôc ligatures propres. Il faudra que le malade garde longuement le liéfc , parce que ceft oftè- let fouftient tout le corps : ôc n’eftans point encores les ligamens qui le tiennent retournez en leur première force, ôc cedans au faix qu’ils portent, il y auroit danger que de rechef ne (brtift hors de fon lieu. Ce qu'il faut faire après la réduction. Des Luxations. De U luxation des os du Tarfe, & du Pedium. C h a P. LVII. E s os du Tarfe ôc du Pedium fe peuuenr pareillement luxer, ôc la luxation fe fait 1»; quelquesfois fous le pied , autresfois deflus, ôc aucuns d’iceux aux coftez. Si on les É void eftre eminens ôc efleuez fur le pied, faut que le malade appuyé fon pied fur quel- que aisrpuis que le Chirurgien prefle fur l’os eminenc tant qu’il foit remis en fon lieu. Au contraire, fi l’cminence eft trotinée fous le pied , il faut faire le femblable , c’eft à fçauoir, preflèr l’os par défions tant qu’il (oit réduit. Et s’ils font auxcoftez,on les preflèra, de for- te qu’on les réduira en leur lieu naturel. Comment fe luxet le Tar~ fe & Pediiï, De U luxation des os de la fiant e du fied,& des orteils. C h a p, L Y111. E s doigts du pied fe luxent en quatre manières, comme les doigts de la main :8c la A manière de les réduire eft aufli femblable, qui’eft de les tirer de ligne droirte , ôc les PoulLr en leu;* jointure, ôc les bander commodément. Et pour le prcfagc,ils font re- M duits facilement,à caufe que la fortie de leur lieu eft petite. Toute la curation eft pa- U *0%rcille à celle destdoigts de la main , hors-mis qu’il faut garder le lid pour le pied , ôc pour la main mettre le bras en efcharpe. Il faut commander au malade de fe repofer par i’efpace de vingt iours,plus ou moins,à fçauoir,iulques à fe qu’il fe puiftè aifémentfouftenir deflus. Réduction. Prognoflic. Ce qu'il faut faire après l'opérationt Des complications $ accidens qui fautent fumenir a la partie fiatfurée ou luxée, Chapitre LIX. R il y a plufieurs complications de maladies Sc accidens, quifouuent accompagnent les fradtures ôc luxationsxommeconcufion, douleur extrême, inflammation, lièvre, apofteme,gangrene,efthiomene,vlcere, fiftule, altération, ôc carie aux os,atrophic,ou amaigriflèment de la partie, deprauatioh del’aétion des parties, ôc autres : lefquellcs requièrent pour leur curation grande méthode ôc diligence. Quant à la contufion, elle eft faite lors que quelque choie groflè Ôc pefante combe fur vue partie, ou par tomber de haut en bas,dont fe fait effufion defang:lequel,s'il efl: en grande quantité, fera fubit euacué par fcarifica- tions,afin de defeharger la partie, de peur qu'elle ne tombe en gangrené ôc pourriture : & d'autant qu'on cognoiftra le fang eftre plus gros,& le cuir efpais, les fcarifications feront faites plus profon- y peut-on femblablement mettre des fangfuës. Or nous auons parlé cy-deuant de la douleur, C fçauoir eft,qu'elle fe fait au moyen que les os ne font en leur lieu naturel ,faifans punition ôc com- prelîîon aux mufcles ôc parties nerueufes,dont l'inflammation furuient>& par confequentla fièvre, ôc fouucnc apoftcme,pour la deflnxion ôc inflammation:& de l'inflammation gangrené, de gangre- né efthiomcne,puis vlcere ôc fiftule : de fiftule, carie ôc pourriture aux os. L'atrophie,ou amaigrillè- ment vient d'auoir trop long-temps tenu la partie en repos, &aufîi pour l’auoir tenu liée : car telles choTes peinent la partie d'aliment,parcc que le fang ôc efprics font comprimez ôc empefehez de tom- ber en la partie. ’ ' Pour la cure de l’atrophie,fi la partie efl: trop liée,on la defliera;& fi elle peut eftre exercée,on le fera,en l’eftendant,flechiftànt,hauflànt ôc baiflant,& tournantxar par ces moyens la chaleur natu- relle fera excitée,& par confequent les efprits reluyront plus abondamment en icelle.Et où la par- tie ne pourra eftre exercée,faut faire des friitions, &\fomentations d'eau chaude. Les fridions fe- ront modérées , fçauoir eft,entre dures ôc molles,aufTi entre celles qui fe font trop briefuemeht, ôc trop long-temps. Quant à la qualité de l’eau pour les fomentations,il faut pareillement qu'elle foit moyenne entre la fort chaude , Ôc celle qui eft tiede. AuiTi ne faut faire la fomentation trop Ion- guement,ny trop peir.pource que fi on la faifoit trop longuement, on pourroit refoudre ce qu’on auroit attiré:& fi on la fait peu de temps,on attire peu ou rien. Apres la fomentation on applique- ra medicamens chauds ôc emplaftiqucs,faits de poix,de terebenthine,euphorbe,pyrethre,foulphre, ôc leurs fcmblables , tel que ceftuy-cy : kfquels faudra remuer tous les iours, plus ou moins,félon D qu’on verra eftre neceftaire. Of. picis nigræ,ammoniaci , bdel. gummi demi in aqua vitæ dilfol. an.5. ij. olei laurini J.J.puI. piperis,zingiberis,granorum paradifi,baccarum lauri,&iuniperi an.5.ij.fiat emplaft.fecund.artem, extendatur fuper alutam. Dauantage faut bander ôc lier l'autre partie faine,toutesfois fans douleur. Exemple : Si le bras dextre eft atrophié,on bandera le feneftre, commençant à la main,& finiflànt à l'ailïelle:&: fi c'eft la iambe dextrc,on liera la feneftre, commençant au pied, ôc finiflànt à l'aine,car en ce faifant on renuoye vne portion du fang ôc efprits en la veine cane : ôc d’elle eftant pleine, il en fera renuoyé en la p. r :ie atrophiée, en laquelle les vailleaux ne font remplis, mais aucunement vuides.Pareillement faut que la partie faine foit en repos,afin que l'aliment y fluc moins.Or il con- uient en faire aller beaucoup en la partie emaciée,d’autant qifelleeft vuide,& aufli pour l’alimenter. Dauantage vne partie atrophiée peut eftre reftaurée en la liant ôc ferrant mediocremct:car ainfi on attirera le fang , comme quand nous voulons faire vue faignéc, nous lions les bras, ou les iambes, pour attirer le fang aux veines.Plus,on peut faire fouuét tremper la partie atrophiée dans de 1 eau, vu peu plus chaude que tiede,ôc l’y tenir iufques à ce qu’ellefe tuméfié Ôc rougifte ; ôc par ce moyen on attire le fartgaux veinestee qui fe void quand nous voulons ounrir les veines des mains ôc des pieds. Or lors que par les remedes cy-deftus mentionnez,les parties atrophiées s’efchauflcnr, rou- Caufe de contufion. Caufe de U douleur. Caufe d'a- trophie. Cure d'atro- phie. Méthode de faire doue-. ment les fo- mentations & frictions peur reparer vne partie a~ trophiée. Vrapax, Ligature, Le Seiziefme Liure, Prognoftic de l’atrophie cu- rable oh non curable. giftcnt,& enftent,c’eft figue dé’guarifonrau contraire non ; 3c partant les faut laitier, 3c n y perdre A temps ny argent. Dauantage s'il demeure dureté aux jointures après les fraétures 8c luxations,il les conuient amol!ir,& refondre l'humeur contenu en icclles par fomentanons,linimens,cataplalmes, emplaftresjfaits de racines de guiraauues,bryone,oignons de lis/emence de lin, fenugrec,&; autres femblables:pareillement de gommes fondues en fort vinaigre,comme ammoniac,bdellium,opopa- nax,ladanum,fagapenum,ftyrax liquida:auffi de graiffe d’oye,de geline,humaine,huile de lis,& au- tres femblables:& commander expreifément au malade qu'il remué la partie le plus qu il luy fera poffible fans douleur,afin qu'il efchauffe,5e fubtilie,& confomme l'humeur contenu en icclle,& par tel moyen fera la partie reftituée en fon naturel, fi poffible eft. le dis,fi poffible eft : car fi 1 impuif- fance vient à caufe que lafraéture eft près de la jointure ( comme nous auons dit ) le mouucment après eft difficile, 3c fouuent du tout impoffible : principalement fi Iccallus eft trop gros , ou fi la jointure mefmes a cfté attrite,froiftee,&: fra6turée,comme on voici ordinairement aux coups d har- quebufies. Que diray-je plus?C'eft qu'il fe fait quclquesfois dilatation des membranes & fibres,tant nerueufes que mufculeufes,appellée des Grecs Apojpafma:8c dilacération des mefiries parties,nom- mée femblablcment Rhegma3 fe fait par vne grande 3c violente extenfion, comme ceux que 1 on tire fur la gefne,ou par tomber de haut en bas,oupar vne mefmarchcure, ou vouloir tirer vn coup de raquette à vn icü de paulme,ou jetter vne pierre ou barre,ou faire autre violente extenfion : lef- quelles caufcnt grande douleur,& deprauation de l’action de la partie, fans rien apparoiftre an de- hors,dont fouuent me fuis trouué bien empefehé. Et pour feepurir à tel accidenr,faut au commen- cement appliquer fur la partie de l'oxyrodinum,qui eft huile rofat 3c vinaigre , puis après l'empla- ftrediachalciteos fondue auec dudit oxyrodinum ; puis deux ou trois iours après oindre toute la partie d'huile de térébenthine , 3c eau de vie,laquelle confortera les parties bleflees, en refoluant la meurtrilléure des parties nerueufes. > Delà depra- uation de l'a. EH on de la partie. ..Apofpafma, Rhegma. Fin du Seizième Liure des Luxations. Table des Chapitres du Dixfeptiéme Liure 5 traitant do plufieurs opérations appartenantes au Chirurgien. & l'dlopeeie, Chapitre j I \ C^>e Teigne. Chap. ij | Scotomie ou vertige. Chap. iij • r[)e la Migraine. Chap. iv L 'Du moyen de rehaujfer la paupière fuperieure. Chap. v De l’Agophthalmie, ou œil de lié<~ure, Chap. vj De la graijfe des paupières, Chap. vij D’vne Jubftance grafj'e qui Je couche fous la paupière,5 nommée Hy datés, Chap. viij Des paupières prinfes & jointes enfemhle, Chap. ix Du prurit des palpebres, Chap. x De lippitude ou chafie des yeus. Chap. xj De ophthalmia, Chap. xij De l’œil qui chet dehors , diffi proptofs. Chap. xiij De <-vngula, Chap. xiv Des fifiules lacrymales, ' Chap. xv Defaphylome. Chap. xvj De l’œil plein de matière purulente,dit Hypopyon. Chap. xvij D De la dilatation de lapaupiere>appellée des anciens Mydriafs, Chap. xviij Des cataraSïes, ' Chap. xix Cure des cataratfes, Chapr xx Signes pour cognoiftre les cataracîes ou non, Chap. xxj Cure des cataraSies par l’œuure de main, Chap. xxij Du conduit de l’oreille bouchée, Chap. xxiij La maniéré de tirer les areftes autres chofes ef ranges en la gorge, Chap. xxiv De la douleur des dents, Chap. xxv De plufeurs indifjjofîtions qui aduiennent aux dents. Chap. xxvj Les infirumens propres pour arracher & rompre les dents, Chap. xx vij » De la Des Luxations. 441 De la limofité, ou rouillemens des dents, Cha. xxviij De témpefchement retraSîion de la langue* Chap. xxix Des doigts Juperflttf, & de ceux qui font joints enfmhle. Chap. xxx La maniéré d'habiller le prepuce. Chap. xxxj Du prepuce fiferré que l'on ne peut defcouurir le glan, dit Vhymofis, ou Varaphy- mofis. Chap.xxxij De ceux qui nont point de trou au bout du glan. Cha. xxxilj De la caufe des pierres. Cha. xXxiv Des fignes des pierres es reins (efi en la Vefiie. Ghap.xxxv Des prognofîiques des pierres. Cha. xxxvj De la cure preferuatiue. Cha.xxxvij Des moyens de fi courir celuy qui aurait <~une pierre defcenduë du rûngnon dans tvn des njreteres. Ch. xxxviij Qomment il faut procéder a la guarifon de la pierre efiant defcenduë en la veffie. Cha. xxxix De la pierre efiant au conduit de la verge, ou au col de la Chap. xl Des moyens quil faut njfer pour tirer par incifion njne pierre arreflée au conduit de taurine 5 que ton naura peu extraire par les voyes fufdiffies* Chap. xlj Qomment il faut traitter la playe faite par incifion. Chap. xlij De la maniéré de tirer par incifion les pierres qui font en la yefiie d'vn petit enfant. Chap. xliij De la maniéré d'extraire la pierre aux hommes3appetlé le haut appareil. Chap. xliv Qomment il faut ptnfer larplaye après textraÜion de la pierre. Chap. xlv De la fituation quon doit donner au malade topération fitifîe. Chap. xlvj fomment il faut traitter la playe faite par incifion. Chap. xlvij Des moyens de guarir les vlceres par lefquels long temps après textraction du calcul tvrine paffe, Chap.xlviij De la maniéré de tirer les pierres aux femmes. Chap. xlix Des caufe s de la rétention dtnjrïne. Chap. 1 Digreffion de tAutheur contenant aucunes notables H i Hoir es. Chap. Ij Des caufe s extérieures de la rétention de l'urine. Chap. Jij Du prognoflic de la rétention de tvrine, Chap. liij De l'urine fanglanté. Chap. liv Des fignes des aux teins, Chap. Iv Des vlceres en la <~uef]ie, & des fignes d'icclles, Chap. Ivj Du prognoflic des <~vlceres en la Chap. Ivij De la curation de la rétention de ïnjrine. Chap. Iviij De diabete fîrangurie. Chap. lix Des caufe s de diabete. Chap. Ix Des caufes de fîrangurie, Chap. Ixj Des fignes de diabete. Chap. Ixij De la cure de diabete. Chap. Ixiij De la cure de fîrangurie* Chap. Ixiv De la colique. Chap. Ixv De la faignée. Chap. Ixvj Le moyen dt faire la faignée. Chap. Ixvij Des <~ventoufes. Cha. Ixviij Des fangfuës. Chap. Jxix L E L E DIXSEPTIESME LIVRE, TRAICTANT [DE PLVSIEVRS INDISPOSITIONS, ET OPERATIONS particulières, appartenantes au Chirurgien, PAR A MBROISE PARE' DE LA VAL AY MAINE* Confeiller 6c premier Chirurgien du Roy. De l’Alopécie. C h a p. I. Que c'efi yu’Alopécie, ’Ai opecie eft cheute du poil de la tefte, 8c queîques-fois des ourcds>barbe,& autres parties, dite vulgairement la Pelade. Elle eft ainfi appehce des Médecins, comme maledie des renards, parce qu’ils font fujets à telle indifpofttion , pour certaine galle qui leur furuienc en leur vieilleftè. Icelle fe fait par le défaut de matière dont les poils doiuent eftre nourris,ou pour la corruption d’icelle matière , comme aPres fi&u'es longues : ou par vieil Ieftè,faute d’humidité radicale : ou par application des onguens trop chauds, comme ceux qui fe veu- lent faire noircir les cheucux : aiilïï par l’indeue application des depi- latoires,ou par -vne brufteure ou déperdition de fubftance du cuir,qui après la guarifonfait que la cicatrice demeure dure : 8c généralement pour tout vice de la fubftan- , ce d’iceluy en trop grande rarité,qui fait que l’excrement fuligineux n’eft point arrefté : ou denfi- ré,qui fait qu’iceluy retenu deffous le cuir n’a point iffuc pour donner eftènee aux cheueux.Or pour q la corruption des humeurs qui altèrent la vapeur 8c matière dont les cheueux font engendrez, vient alopecie:cc qui procédé du vice de tout le corps,comme l’on voit en la maladie Neapolitaine, autrement grofte verole,on à ceux qui font préparez à lepre,ou qui en font du tout infedez. Celle qui vient par vieilîefte,ou par fiéure hedique, ou brulleure,aux chauues, lepreux, teigneux, eft in- curable : & partant le Chirurgien n’y doit mettre la main. Celle qui fe peut cu»rer, le fera oftant la cauie : comme il c’eft par corruption d’humeurs,le Médecin fera appellé , lequel ordonnera la ma- niéré de viure,purgation 8c faignée , ainfi qu’il cognoiftra eftre qeceftairc : puis le Chirurgien ra- iera le poil,& vfera de fomentations attradiues,& refolutiucs:appliquera des corners 8c fang-fuës, afin d’attirer la malice de l’humeur au dehors. Cela fait, on lauera la tefte du malade de lexiue, en laquelle on aura fait bouillir miel, racines d’ireos, aloe’s, afin de bien mondifier les lieux affedez. Or fi l’Alopecie vient par faute d’aliment, on frottera la partie auec vne piece de toile neufue , ou auec fueilles de figuier,tant que l’on voye vne rougeur,ou d’oignons cruds.Pareillemcnt on picque- ra en plufieurs endroits la partie aucc vue aiguille : puis feront appliquez onguents faits delada- num,fiente de pigeon, ftaphyfagria, huile laurin, terebenth. y mettant tant de cire qu’il eft befbin pour en faire onguent, pour attirer le fang &c la matière du poil. Si l’Alopecie vient de la grofte veroIc,le malade doit eftre bien frotté iufques à ce qu’il entre au Royaume de Bauiere : 8c par ce moyen recouurira Ion poil,& parfaide fanté. Si elle eft caufée par quelque vice de cuir , il le corri- gera par fon contraire, le raréfiant ou condenfant,félon que le cas le requerra. Caufes d'A- iopecie. Le poil ne croijî îamaii fur les cica- trices. Projnofîtc. Cure d'Ale• pecîe, Cure â'Alo- pécie faite par faute d'aliment. Cure d’Alo- pécie faite far U greffe ruer oie. De la Tciguë. C H a p. II. Que ceft que leîgoe. Hop5 E i g n e eft vue galle efpéftè, qui fe produit en la tefte auecqnes cfcailles 8c crouftes de WÊ, cc*y^eiu‘ cendrée,& quelquesfois iaulnejiideufe à voir , aucc vue lenteur puante & cada- uereufe. Elle eft ainfi appellée du vulgaire, parce que le cuir de la tefte apparoir troué 8c rongé, comme le drap mangé de teignes , qui font vers qui rongent les habillemens. Il y en a trois différences. La première eft appellée Squamofa, à caufc que lors que le malade le gratte, fait fortir grande quantité de petites efcailles blancheaftres,femblables h du Ton : d'aucuns praticiens eft di- te teigne feichc,pour la grande aduftion de rhumeur.La fécondé efpecceft nommée Fko/afa. raifon que lors qu’on ofte la croufte, qui eft iaunaftre, on trouue deflbus de petits grains de chair rouge, ferablables aux grains d’vne figuc,& iette vnematiere fangninolente. Latroifiefmeeft dire Corro- fnta, à raifon que l’on y trouue pkificurs vlceres,auiquelles y a plulîcurs petits trous, defquels fort vne fanie liquide , femblable à la laueure de chair fanglante , aucc portion de poil. Icelle eft fort puante 8c cadanereufe,de couleur plombine ou iaunaftre,par fois faite d’humeur pituiteux, nitreux. Première ef- pece dicte ejpece jifo vicefa. La trbifiefme âme Lom- ' Opérations de Chirurgie. 443 A 8c aucunesfois de cholere adufte, & de melancholie. Toutes les fufdites efpéces fe font d’humeufs corrompus félon la diuerfitéd’icelles,plus ou moins,commeIa furfureufc,moins que la fiqueufe, & la fiqueufe moins quel’vlcercufc. Quclquesfois elle vient dés lanatiuité de l’enfant, Sc lors eft de tres-difficile curation : oud’vnc nourrice tcigneufe , Sc alors ne faut attenter la cure iufques à ce que l’enfant Toit paruenu en aagc fuffifant. pour tollerer les remedes : toutesfois on pourra appli- quer des fueilles de choux,ou de porée,ointes d’vn peu de beurre frais, ou autre remede doux, qui aye puilfance d’amollir Sc donner ilfuc à la matière qui fait la teigne. Ceux qui font en sage fuffi- fant,feront faignez , purgez , Sc baignez, ainfi qu’il fera neccftàire, Il y a encore vne autre efpece moins maligne, familière aux enfans, qui leur douure par fois toute la telle , & le vifage, qui vient de l’impurité du fang , dont ils dloicnc nourris au ventre de leur mere. Et pour les medicamens topicques , on fera vne fomentation remolliente& difeutiente, faiéle auec racine d’althea, de lis, lapath. aciti, lefquelles feront boiiillicscn lexiue, adjoullant vn peu de vinaigre. Apres la fomen- tation faite, qui fera continuée par cinq ou fixiours (deux fois chalque iourj on fera raire le mala- de : &c feront faides pluficurs Ratifications , applications de fangfucs, cornets.: puis on frottera la telle d’huile de flaphyfagre , auec vn peu de fanon noir , afin d’attirer & obtondre l’humeur conjoindà la partie. Aulîî on pourra vfer de ce médicament, tant que l’on cognoillrala guarifon parfaite,lequel eft grandement loué de Vigo, Gourdon,& hellebori albi Sc nigri,atram. auripigmentijitharg. auri,calc.viu.vitrioli,alum.gallar.fulig. ciner.clauellatarum ah. g fi.arg. viui extindi iij.ærug.æris 5. ij.fiat pul.qui incorp. cum fucco borraginis, fcabiolæ, fumariæ, oxyla- pachi, aceti ah. quart, j. olei antiqnitb j. bull, vfque ad confumpt. fuccorum : tune in finedecod. g ponantur pulueres , addendo picis liquid. h. ceræ quant, fuff. fiat vng. Quant au vif-argent il le faucelleindre auecvn peu de terebenthine Sc axuqge, puis l’incorporer auec les antres ingrediens. Les fufdits autheurs afferment cet onguent guarir dç toute efpece de teigne. Et quant à moy véri- tablement ie l’approuue grandemcntjconfiderant lapromelfc des fuldits autheurs, de les ingrediens qui entrent en la compofition. La cronfleufc, nommée Ficoft, fera auflî fomentée tant que les croufles foient tombées : Sc pour promptement les faire tomber , on y appliquera du creffon pilé Sc fricalfé auec graille de porc, Sc le lendemain les croulles tomberont fans nulle doute : Sc mefmement fi on en continue long- temps ledit creffon la guarit du tout : ce que i’ay expérimenté : Sc fera appliqué dclfus du fufdic onguent. l’en ay traitte qui ont efté guaris par application d’huile de vitriol, Sc parfois de l'egy- ptiac fortifié. Et fi l’on void la racine du poil cftre pourrie, on les doit arracher auec pincçttes : SC fi telle corruption comprenoit tout ou grande partie delà telle , pour plus promptement les arra- cher,faut prendre des pièces de futaine,j& efpandre fus l’endroit velu vn tel remede.!^.picis nigrae 5 vj. picis refinæ virid. æris Sc vitrioli Rom. ah. j. vel 5 fi. coquan. orania fimul in ace- to accrrimo quan. fuff.fiat medicam. ad vfum : qui fera appliqué fus la telle , Sc lailfé par l’efpacc de trois iours, puis feront lefdits emplallres tirez à contre-poil alfcz violentement, afin d’arracher aueefes racines iceluy poil : Sc tel remede fera continué , tant que l’on verra dire necdfàire. Et quant à la troifiefrae efpece , nommée teigne corrofiue, il faut mondificr les vlceres , y appliquant vn tel onguent. vng. enulat. cum mcrcur. duplic. ægyptiac. ah. iij. vitrioli albi puluer.5 j. incorp. omnia fimul, fiat vnguent. ad vfum. Ou bien on vfera du fufdit. Et s’il aduenoit quelque douleur ou autre accident, on y remédiera comme le prudent Chirurgien cognoiflra dire nccef- faire. Sur tous autres remedes i’ay bien approuué ceux-cy, J/L. caphur. g.fi. alumin. roch. vitr. vi- rid.æris, fulphur. viui, fulig. forna.ah. g vj. olei amygd. dulc. & axung.porci ij. incorporen- tur fimul in mortario,fiat vnguentum. Autres prennent du jus de fumier de brebis, Sc en frottent les lieux où eft la teigne, Sc y lailfent vn linge trempé par delfus. Or fi le malade ne peut dire guary par ces remedes , Sc qu’il eull en fon corps vlceres croulleux, femblables à ceux qui font à la telle , ie confeille qu’on luy frotte la telle d’vn Uniment fait d’axunge Sc vif-argent, auec vn peu de foulphre: puis qu’il luy foit appliqué fus la telle l’emplallre de Vigo cum mercurio, en façon de bonnet : femblablement furies elpaules , cuilfes Sc iambes , Sc que l’on le tienne en vne chanlbre chaudement, dlant traidé comme ceux qui ont la grofte verole : car par ce moyen plu- fieurs en ont efté guaris. Et celuy qui l’a premièrement expérimenté de ma cognoifiance , ce fut maillre Simonie Blanc, Chirurgien ordinaire du Roy , homme grandement expérimenté en la j} Chirurgie, qui appliqua l’cmplallre de Vigo cum mercurio , fus vn ieunc homme qui auoit la tei- gne,ayant auparauantdfayétous moyens de le guarir : ce qu’il ne peut obtenir, finon par les fuf- dits emplallres, letraittant comme s’il eull eu la verole , Sc fut parfaidement guary. La teigne dl horrible à voir,& iette fouucnt vne fanie fort puante , Sc cadauerenfe : la recente eft difficile à cu- rer, Sc la vieille encores plus fafcheufe : Sc lors que l’on eftime le malade dire guary,quelque temps après renient Sc repullule, à caufe de la mauuaifc imprdïïon de l’humeur qui aura rendue la partie intemperée. La teigne eft contagieufe , &fouuent vient de caufe héréditaire ; auili pour vfer de viandes qui corrompent le fang. Ladite teigne dl fort difficile à curer, à raifon que le cuir de la telle cf: fort efpés Sc ferré : Sc partant l’humeur difficile d’eftre defraciné de là. Elle delaifté fou- uent après dire curée, vne dcpilation,& reproche au Chirurgien, de forte que plufieurs en ont lailfé la cure aux empiriques,&: aux femmes. Remedes pour les petits enfant. Cure de ht furfureufe. Remedes to» picques. Onguent fou- utraîn pour la teigne,pris mot à mot de Vlgo. Les vertus du fufdit on- guent. Cure de la croufleufe, dicie Ficofa, Onguent bien efyrouué. Cure de la teigne corTB-* fine. Frognofic, La teigne laiffe fouaent vue Alopécie, LeDixfeptiefme Liure,de plu fieurs De Scotomïe, ou Vertigo. C h a p. III. A maladie nommée Vertigoy eft vn esbloüilficment 6c olfufcation de la veuc,cauféc d’vn j||) efprit vaporeux 6c chaud , qui monte par les artères carotides à la telle , 6c remplit le Hl WÊvÊ. ecrueau, faifant vn mouuement des humeurs 6c efprits contenus en icelu'y , lequel eft ÜI illiplll hiegal, confus,& turbulent, comme quand noftre corps tournoyé, ou quand on a beu trop de vin fort, purifiant, 6c fans eau. Cet efprit bouillant le plus fouuent eft enuoyé du cœur au cerueau par les arteres carotides internes , 6c d'elles à celles du rets admirable : quel- quefois eft engendré dedans le cerueau , mefmes eftant intemperé en chaleur. Pareillement peut venir d’autre part,comme de l'eftomach,foye râtelle, ou autre viieere. Les lignes font, que les ma- lades ont la veuë perturbée,!! tant peu ils tournent le corps , ou regardent quelque chofe qui tour-> ne, comme vne rouë,ou l'eau courante,& autre chofe ayant vn mouuement fubit. Si la caufe vient du cerueau,les malades ont douleur 6c grande pefanteur de tefte,bruic aux oreilles, 6c ne fentent ie plus fouuent rien par le nez. Pourlacure, Paulus Ægineta commande Rire l’incifion des arteres derrière les oreilles,combien qu'il fembleroitmeilleur faire l'încifion des arteres qui font auxtem- ples : mais fi elle vient d'autre partie,peu profite ; 6c partant le do6te Médecin y pouruoyera. Que c'efl que Vertige. Caufe de Vertige. Jj'où vient tel efprit Va- poreux. Signes. Curation. Paul •M Ægi. li. 6.ch. 4. 6SP ch. xx. De U cMigraine. Chapitre IY. I g R A i n e , elt proprement quand la douleur ne tient que La moitié de la telle,dex- i0 \ M rre,ou feneftre. Aufli la douleur quelquesfois ne monte point plus haut que les muf- yy des temporaux , auili quelquesfois monte iufques au fommet de la tcftc. La Ë Û caufe de celle douleur peut venir des veines ou arteres, tant internes qu'externes, ou des méningés,ou meime de la fubftance du cerneau, ou feulement du Pericrane, ou cuir* mufculeux qui couure le crâne* Aufll peut venir de certaines vapeurs putrides qui montent de l’eftomach , ou de la matrice, ou de quelque vifcere, à la telle. La caufe eft interne, ou externe. L'externe,comme chaud, froid, ou trop boire ou manger viandes chaudes &c vaporeu- Tes,ou quelque vapeur 6c exhalation,comme celle d'antimoine, vif argent,ou autre : ce qui eft caufe que les Orfèvres & Doreurs en font forment efpris. L'interne , comme inrcmperaturc fimplc ou q compofce,auée inflammation & tenfion. La pefanteur de telle monftre l'abondance d’humeur : 6c quand la douleur eft poignante, pulfatilc, 6c tenfiuejes humeurs 6c vapeurs enfemble en font eau- fe. Si la douleur eft faite par l'abondance d'vne vapeur fubtile auec pulfation , cela vient à cau- fe de l'inflammation des membranes du cerueau. La fleure y furuient à caufe de la grand in- flammation , principalement quand l'humeur qui caufe la douleur putréfié. Quand la douleur eft fuperficielle, la caufe d'icellc eft au Pericrane : 6c quand elle eft profonde, 6c que le malade fient la douleur iufqu'à la racine des yeux,ccla monftre la caufe eftreaux membranes du cerueau, & Ton- nent eft fi cruelle, que le malade ne peut endurer que l'on luy touche à la telle. Or ces douleurs font quelquesfois continues, quelquesfois ont des paroxyfmes qui viennent fans ordre , 6c fouuenc tourmentent tan t le malade, qu'il ne peut fouffrir qu'on face bruit en fa chambre , ny parler haut, 6c ne peut voir la clarté , ny fentir aucune chofe odorante, ne faire mouuement defon corps , 6c ellime que l'on luy rompe 6c brifela telle auec vn maillet, & ne peur boire vin. Lors que la caufe eft d’vn fang boiiillant,(iibtil 6c vaporeux, 6c que tous les autres remedes n'auront feruy , l'inciflon des arteres es temples eft vn très-grand remede, foit que la caufe vienne des vaifleaux interieurs,ou extérieurs : à caufe qu'il fe fait toufiours euacuation de fang 6c efprits, Icfqucls doiuent ellre eua- cuez félon la force du malade. Chriftophle Landré dit auoir guary vne infinité de gens de la mi- graine , appliquant vn cataplafme fait de fiente de palombes ou pigeons , broyée auec huile de noyaux depefche. Orne fera icy hors de propos reciter celle hiftoire de Monfeigncur le Prince de la Roche fur-Yon,lequel eftoic extrêmement tourmenté d’vne douleur de telle, tant deiour que de nuiél, anec peu d’intennilîîon : 6c pour le guarir appclla Meilleurs Chapelain premier Médecin du Roy , 6c Caftellan , aulli Médecin dudit Seigneur , 6c premier de la Royne-Mere, 6c Moniteur Durer , Lcéleur 6c Médecin ordinaire du Roy, hommes fort fçauans 6c beaucoup ellimez entre les gens dotlesjefquels luy ordonnèrent plulîeurs remedes , tant par dedans que par dehors , blement faignées, ventoufes, bains, friélions, dicte : bref, tout ce qui fe pouuoic excogiter : tous lefquels remedes ne luy peurent iamais appaifer la douleur. Adonc m'enuoya quérir , pour enten- dre de moy fi i'auois aucun moyen à luy feder la douleur 5 ou promptement luy confeillay fe faire ounrir l’artere de la temple, du collé où il fentoit fa plus grande douleur : 6c luyjdis que i'auois grande conieélure quéla caufe de fa douleur elloit contenue aux arteres,& non aux veines, 6c qu'a- uoisfait fonuent telle ouuerture, dont les malades eftoient guaris , 6c que les anciens le confeil- loienc , mcfme que ie me I’auois fait ounrir pour femblabledouleur,& que depuis n’auois lenty au- cun mal. Subit enuoyaquérir les fufdits Médecins, lelqucls furent de mon aduis , & en leur pre- fencefis ouuerture de l'artere,choififlant la plus apparente à la temple,6c qui auoir plus grand bat- tement, auec vne fimple incifion,comme pour faire vue phlébotomie, 6c fut tiré du fang deux pa~ Que c'efl que Migraine. Caufe. Caufe e ster- ne. Caufe inter- ne. Les fanes. Signes que la douleur ejl au Pericrane, La curation. A'éce , Al~ bucrafis, Paul, liu.6, chap. 4. Ht faire mé- morable de Monfeigncur le Prince de la, Roche-fur- Yon. Gd.x$. Met. eheiernier. Opérations de Chirurgie. 445 A Jettes 8c plus , lequel fortuit par vue grande impctuofité de ladite artere , fauteîant loing à raifon du diaftolé 8c fyftolé d'icelle : 8c protefte que par le moyen de celle ouucrture il perdit inconti- , nent fa douleur, fans plus luy retourner; dont lediét Seigneur me fit vn honorable prefent. Aucuns ont lufpeéte cefte incifion des arteres , pource qu'il eft difficile d’arrefter le flux de fang: 8c que ce faifant, la cicatrice autour de l'artere caufe aneurifme , maladie fafcheufe 8c dangereufe, 8c que l'artere eftant en perpétuel mouuement ne fe peut aisément confolider : 8c pource confeil- lent de couper premièrement le cuir, puis l’efcorcher 8c feparer, 8c la lier de deux coftez, puis la couper , comme nous auons dit de la varice. Mais ie te puis a fleurer l’apertion auec la lancette, comme on fait la faignée, n'eftre dangereufe,commei'ay expérimenté fouuentesfois, 8c que la confolidation fe fait aufli bien que de la veine , non Ci tort toutesfois , 8c qu'il ne furuient aucun flux de fang : pourucu que la ligature foit bien faite , 8c qu'elle demeure trois ou quatre iours, en y mettant vne conuenable comprefle. Voy le chap, des varices. "Des maladies ou mdiJfoJïtions qui aduiennent aux Teux. Gcs iours paflez eftant en confultation auec Monfieur Cappel, Doéleur Regent en la faculté de Médecine à Paris , homme très - doéle 8c de grande recherche, pour vn quidan qui auoit vne grande inflammation aux yeux, dont il ne voyoit rien : deuifant auec luy , ie luy dis que fauois g très - grand defir de trouuer quelque doéte Médecin en la langue Grecque, pour faire vn Recueil de toutes les maladies des yeux , 8c en bailler l'interpretation en langue Françoife, afin que les ieunes Chirurgiens les peuflènt difeerner 8c cognoiftre les vncs des autres, pour pouuoir plus facilement paruenir à la curation. Alors il me dit qu'il le feroit volontiers pour Famour de moy, & du public : Ce que depuis il a fait, en ayant recueilly lapins grande part, lefquellcs par après pour plus grande facilité, i'ay rédigées en cefte Table. METHODIQVE DIVISION &; dénombrement des maladies qui furuiennent aux yeux. 'Exophthal-' mia Frominentia oculi3en Latln.Oeilde bœuf Gros œil:qui fefait quand l’œil fort hors l’orbite par naturepluflofi que par accident. Imminutio oculi3L.Extenuation : qui efl vn emmaîgriflement de toutes les parties de l’œil3apponant vne profondité &cauité d'iceluy.Gal.in deflnlt. Medic. Atrophia Ecplefnos • ExituSyExprejfiOyExertioyL.Cheute de l’œil : Quand il efl du tout hors de fa cauité3& principalement par fluxion ou coup. Aéce Hure 7. Strabiflnus Strabofitas, L .Eflre louche3ou bigle. C’efl vne difiorfon contrainte auec in - égalité de la veut .F aul.lîuj. chap.i. "Froptnqua viflo 3 L. Quand naturellement l’on ne peut voir les chefs que d; pres3& difficilement de loin3 & fmhle que l’on voye des moufches.Aece Mure 7. Catopfîs & Myopiafls Remota viflo 3 L, Quand l’on ne peut voir & dlfilnguer les chofes que de loin,en dilatant fort les yeuxxefie affeflion efl contraire a la précédente. Hyperofla Anopfla Quand on ne peut dîflerner les obiefls s’ils ne font vn peu efleuez.. > Hallucinatio, ou caligatio3L.Abufement de veiie ou d’œil: Quand on prend vne chofipour vne autre3& efl l'duant-coureur d’aueuglernent. Sauonarola. Farorafls ' Hebetudo, L. E sbloüiflemem continuel & diminution de la veùefans aucu- ne apparence extérieure 3 mais feulement par altération médiocre des hu- )?neurs3 ejprits ou tuniques, Monfeur Fernel l’a dit venir quand la cornée deuienttrop dure.Faul.liu. 3 .chap. 11. Aéce Hure 7. Arnhylopîa ' DelacrymatioMitu.it a curfksyL.Teux pleur ans 3moit es ou moufles : Quand .les humeurs coulent aux yeux,&pleurent perpétuellement. Celfè Hure G. Epiphora r l’œil en- tier y com- me Rexts 'Ruptura ab îfiu3L. Rupture : Quand les membranes 3 & principalement l'Euee ou la Cornée font toutes rompues par quelque coup3de forte que l’œil .efldu tout creuéjous les humeursfirtans.Aece Hure 7. Synchifls ’Confufo 3 L. Quand tous les humeurs font me fez. & confits enfemhle par grande plaje ou inflammation, la prunelle apparoifi de diuerfs couleurs. „Gal.in /fag. Paralyfls ! Refolutio, L, Quand 1‘œil ne fe peut momoir efiant perchts de fes mufles, • Gai.en L’introdufHon.Aéce 3 ibidem. •Equm3L.Ceft vn branlement perpétuel de l’œil, venant de la natiuitéde | la perfonne : Aucuns l’attribuent aux paupières,& le nomment en Latin, ) Ni flatta alignement d’œil3 œil d’hypocrite : d’autant que l’on remue touf .jours les paupières 3ou l’œil rnefne. Hippos Nifhatio Quand l’œil efl tout bourfouffié perdant fa ndifue couleur 3fe remuant diffi- cilement. Gal.in Aledico. Les mala- dies ou af- feflios des y euxy com- me eferit Gai. chap. 1 $.de l’In- îroduélton, font en no- brede cent treize, def quelles au- cunes occu- pent Oedema Sepedon Gangrena ' P utre do 3L. Quand l’œilfe vient du tout à pourrir quelques fois fe gan- grené. Gal, en l’introdufi. Anthracho- fi ' Carbmculatio 3 L.Oeil rojiy : c efl vne ejpece de charbon a l’œil.(julien en . l’Jntrodufiion. JHyftalopîa Hemeralo- pia Acies fola- ris Tenebroft _ ajfefHo ’Nofiurna ou veffiertîna cendue3vne pommette. Melon Helos ClauptSsL.Clou. Ce qui adulent quand la fufdite Urne fi vient a endurcir,reprefientant la ttfie d’vn clou.Auîcenne. ’iJÀIydriafis Tlatycoria PupilU é loco remotio PupilU dilatatio, L.EJlarglffement de La prunelle,qui fi fait quand la mehrane vucé i s’eflargit a l'endroit du trou, & reprefinte l'obi Ai plus grand, imparfait, & confus. 1 Aèce liu.-j.ch.ç z. Quelque s fois la prunelle femble n’efire pas droitenient au milieu* •mais changée de fa place,&fi dit par A rnaud,pHpilla é ioco remot io,pag. i j 4. Prunelle < Ththifis Tabès pupilU, L.Quandla prunelle dénient plus petite G1 obfinre que le naturel alors les objets femblem plus grands. Aece ibid. Suffnfio} L. CataraEle cucoulijfe. C’efi vne concrétion d’humeur entre la Cornée & l’humeur Cryfiaiin,qui efi le fignede la difiinttion des couleurs.Et quandelie couure La prunelle}ou vient a s’endurcir en l’vuce , qui efi le fondement de laprunelle , elle efiappellée rougeur 6c chaleur. Icel- C le efl faide de caufe primkiue, comme cheute, coup , pouldre, ou fable qui peut jal- lir aux yeux : ou d’antecedente , comme par vne defiuxion d’humeurs fus la membra- ne. Les lignes fuiuent l’humeur donc elles font compofées. Si c’eft lefang , il y aura douleur, rou- geur, chaleur 6c dccoulement de larmes, & femble aü malade qu’il aye du fable aux yeux ; bref tous les lignes qui fuiuent le fang, &ainfi des'autres humeurs , comme nous auons dit cy-deflus. Si elle prouienc de route la telle , on fent grande pefanteur en icelle : 6c s’il y a grande douleur 6c inflammation versie front, c’ell ligne qu’elle prouient de quelque intemperature qui vient de la Dure-mere ou Pericrane. Lors que le malade a volonté de vomir, c’ell ligne qu’elle prend fon ori- gine de l’eftomach. Entre toutes les inflammations celles des yeux font les plus douloureufes, & pource plufieurs défirent fouuentesfois la mort, pour la grande 6c extreme douleur qu’ils lèntcnr, donc forment les yeux forcent hors de leur propre lieu 6c fe creuent,comme nous dirons cy-apres. Pour la curation, le Chirurgien fe propofera trois poinéls. Le premier efl: le régime de viure. Le fécond, euacuation de la matière antécédente. Le troifiefme eft application de medicamens topi- ques. Le régime de viure fera modéré, euitant toutes viandes vaporeufes, & vfera de celles qui erapefehent les fumées de monter en haut. Il s abftiendra de vin, fi ce n’eft que la douleur foit eau- / fée d’vn humeur gros 6c vifqueux , comme dit Galien. Le fécond pomél, qui eft l’euacuation delà maniéré antécédente, 6c de la conjoinéle , fe fera par purgations 6c phlébotomie : fcmblablement les ventoufes appliquées fur les efpaules auec fcarification,& fans fcarification font neceflaires,en- fcmble les fri étions. Et fi la fluxion augraentoir, il feroit tres-expedienc d’appliquer vn Seton, afin de fiire euacuation 6c deriuation de la matière antecedçnte. Pareillement après les chofes vniuer- felles, Galien recommande fort l’apertion des veines & arteres au front 6c temples : à caule que fouuentesfois le fang chaud 6c vapoureux remplit les vaiflèaux , qui caufent telle douleur. Le troi- fiefme , qui eft application de medicamens topiques, feront diuerfifiez félon les quatre temps ; car au commencement lots que la matière eft chaude, les repercuilifs feront grandement profitables, 6c en l’augment les repereuffifs 6c aucunement refolutifs , comme If. aqu. rofar. 6c plantaginis, an. p). fi. alb. vnius oui, mucaginis , gummi tragacanrhi, f. fi. fiatcollyrium, lequel tiede fera mis en l’œil, & par deflus on appliquera vne petite compreflè trempée en ce collyre. Autre. 2C. mucag. fem. pfyllij 6c cydon. excrad. in aqua plant, an. fi. aquæ foîani, &C lad. muf. an. y. fi. trochifc; hlbi rafis 9. j. fiat collyrium, duquel vferez comme du précédent ,& on appliquera fur le front 6c aux temples vn tel defenfif. 2£. bol. arm. 6c fang. drac. maftic. an. 5-j.fi. alb. vnius oui, aquæ’rofar. 6c accti an. j. terebinrh. lotæ 6c olei cydonior. ’an. j, fi. 'fiat de- fenf. Ou bien en lieu d’iccluy on vfera de l'onguent de bolo , on l'emplaftre de diachaldt. ou con- tra ruptnr. dillbult en huile de myrtils ,6c vn peu de vinaigre. Et fi la douleur eft grande, on ap- pliquera tel cataplafrae. 3f. medull. pomor. fub cinerib. coclor. g. üj. lad. muL % fi. fiat caraplaf. §}ue c'eji epu Ophthal- mit. Signes. Rrognofic. Gai, de lacis ajfetfis. Cure. Cotnm. fur l’Aph. 3 I. fo la fecl. 6. Remede pour les vieilles cphthalmies. Gai. 13. Meth. ch. former. 0| aérations de Chirurgie. A lequel fera applique fur l'œil, ayant mis du collyre , Sc renouuelié fouuent : ou mucag. fem. piylii) Sc cydonior. an. ïj. fi. micæ panis albi in lade inFuf. ij. aquæ rofiar. 5. fi. fiat catapl. Da- uantage pourras vfer des cataplafimes cy-deffus efcrits à la douleur de phlegmon. Aufïi le fiang de tourterelle , pigeon ou volaille appaifent grandement k douleur. Semblablement les bains appai- fient la douleur , «Se arrêtent la fluxion , à caufe que par fiueur fie fait euacuation de tout le corps. En l’eftat lors que les douleurs fieront codées,on vfiera de tels remedes. 2C. fiarcoc. nutr. in lad. mul. 5. j. alocs lotæ in aqua rofiar. 9. ij. trochif. alb. raf. 5. fi. fiacc. cand. 5. ij. aquæ rofiar. 5. iij. fiat collyrium , lequel fiera appliqué tiede én l'œil. Autre.JJ. fiemi- nis foenic. Sc fœnugræci an. 5. ij. florum camomil. meliloti an. m. fi. coquantur in aqua commun! ad 5. iij, collaturæ adde tuthiæ preparatæ , Sc fiarcocollæ nutritæ lad. mul. an. 5. j. fi. fiacchar. cand. 5. fi. fiat collyrium vt artis eft. En la déclination on fomentera la partie d'vne decodion carminatiue, puis fiera appliqué ce collyre. fiarcocol. nur. 5. ij. aloës lotæ Sc myrtil. an. 5. j. aquæ rofar. Sc euphrafi. an. ij. fiat collyrium vt artis eft : vtatur vt dixi. De l’Oeil qui chet dehors 3dit Profit ofis. Chap. X IIL L y a vne indifpofition nommée en Grec Proptofis, Exîtns en Latin, Ingroftation ou B prominence en François, qtii eft quand l'œil fort hors de fa cauité par trop grande S® gfl replérion de matière tombant fur les yeux , qui fe fait par vn grand & vehement vo- ») milTèment,& par trop crier , tk aux femmes par labeur d’enfanter , ou par trop gran- mwmm de refolution des mufcles , ou par vne douleur extreme de tefte. Et quelquesfois par cefte prominence ou procidence , la velie fe perd du tout , & l'œil fe creue,& les humeurs fortent dehors. Ce que i'ay veu aduenir à la feeur de Louys de Billy , marchand Drapier demeurant pfes le pont Saind Michel à Paris , laquelle eut vne fi extreme douleur , inflammation & fluxion , que les yeux iuy forcirent hors de la tefte en ma prefence. La cure fera diuerfifiée félon les caufes. Et après les chofes vniuerfelles , on appliquera ventoufes fur la nucque du col & furies efpaules:auffi vn feton ou cautere. Et pour les particuliers, l'œil fera comprimé auecques corapreftes imbues en decodion aftringence, cum fucco acaciæ,rofarum rubrar. fueiiles de pauoc, efcorces de grenades, fueilles de rofes, de iufquiame. Et auffi dcfdices chofes on pourra faire catapiafme auecque farine d’orge , & autres rcmedes lemblables. D'atrophie de l’Oeil. Il y a vne autre maladie contraire à la prominence de l'Oeil, nommée atrophie, qui eft priua- tion de nourriftement ; de/açon que toute la fubftance de l'œil eft aucunement fleftrie & confom- méc auec grande anguftie de la pupille. L'atrophie fera curée par fon contraire. Et pour le particu- lier, on fera des fomentations chaudes & attradiues , &c fridions aux parties proches, & autres C applications de chofes qui reuoquent le nourrilTement, & les efprits à la partie. De Chemojîs. Chemofis eft vn mot Grec , c’eft quand l'vne & l'autre palpebre font renuerfées par grande in- flammation , qu’à grande peine peuuent couurir les yeux : joint auffi que la conjondiue eft beau- coup plus erainente que la cornée , eft rouge & non blanche. Les caufes font antécédentes & pri- mitiues : Antécédentes, comme multitude d'humeurs : Primitiues , comme playe, contufion, &c autres. La curefe fera félon la difpofition qu’on verra eftre delailfée en la partie. De l’agglutination qui Je fait des palpebres l’vne contre l’autre. L'agglutination des palpebres fe fait quelquesfois par nature, c'eft à dire, par le défaut de la vertu formatrice au ventre de la mere ( comme Ion voit les doigts fe tenir enfemblc, ou le ficge,ou l’orifice du col de la matrice) combien que les yeux foient bien formez : ce qu’on peut voir à la «noftèur de l'œil dedans l'orbite , & au mouuement de l'œil. Aucunesfois telle chofe aduient pat playe ,ou par aduftion , ou par apofteme , anthrax,& fouuent par la petite verolle , ou autres caufes. Cure. La cure , c'eft de mettre la queue d’vne efpatule entre les palpebres, la îeuant en haut ( de peur de toucher la fubftance de l’œil ) puis faire incifion auecques vnel’ancette courbee 3&c feparera-on D les paupières l'vne d’auecques l'autre. Et feran-a playe traittée ainfi qu'il appartient. Et fe faut don- ner garde que derechef elles ne s'agglutinent qui fefera, y appliquant vn peu de linge delie,& me- dicamens propres entre-deux, iufques à ce que la cicatrice foit faide. Les asufi h Hiftoire. Comprejfit afirirgentes. Cure> Fuchfus en fa Methed\ De VnguU. Chap. XIIII. * EVtre indifpofition vient aux yeux, appellée Vngula, qui eft vne excroiflance de chair membrancufe, qui peu à peu croift fur la coniondiue, prenant Ton origine le plus fouuent du grand angle de l'œil, & quelquesfois du petit : aucnnesfois couure entièrement la coniondiue, & autresfois portion de la cornée , & aucnnesfois la pu- pille, qui fait que le malade ne voit goutte. Autres ne font en leur milieu nullement adhérantes contre la coniondiue : de façon qu on peut mettre vne petite fonde entre-deux. Aucu- nes font de couleur rouge,citrine,brune, les autres blanches. Leurs caufes font primitiues, comme coups,cheuttes,& autres : auffi peuuent venir des antécédentes, comme fluxions qui fe font lur les yeux. Les lignes feront cogncus des chofes prédites ; l'ongle qui eft greffe,large, & fort attachée a la coniondiue, eft difficile à guarir : fi elle couure entièrement la pupille , le Chirurgien n y doit coucher : car la cicatrice qui demeureroit après, ne permettroit la faculté animale viluelle reluire Caufes. Prognofiîc. 454 Le Dixfeptiéme Liure, de pîufieurs , Curatton. an trauers. Icelles font Tonnent accompagnées d’ophthalmie, demangeaifon ou cuifon , auec don- A leur larmoyanre,& tumeur des paupières. Or quant à la curarion, au commencement faut vfer de bon régime de viurefeftre purgé, faigné, principalement s'il y a grande inflammation. Et pour les mcdicamens topiques, afin de confommer icelle excroiflànce,& prohiber l'augmentation, on met- tra fonuent dans l'œil de noftre collyre de vitriol defcrit au chapitre des playes des yeux : & fi pour tel remede ne laiflc à prendre croilTànce,ou qu'on n'euft efté appelle au commencement 5 de forte qu'elle fut confirmée, la cure fera faide par opération manuelle, comme s'enfuir : . Ayant finie le patient fur vn banc à larenuerfe, à demy couché, & tenu ferme par vn fcruiteur, luy faut ouurir les paupières, & les tenir ftablcs par I'inftrument,dit Spéculum oculiycCcïk au chapi- tre des Playes des yeux. Lors le Chirurgien efleuera & fufpendra en haut l'Vngula par Ton milieu, auec certains petits crochets : & l'ayant efleué ,faut palier vne aiguille enfilée de fil vny entre la coniondiue & l'vngula : puis fera ofté le crochet, & efleuée l’vngula en haut par le fil, puis com- mencera à la feparcr doucement, commençant vers Ton origine, auec vne petite Biftorie iufques à Ton extrémité,en fe donnant bien garde de toucher la fubftance de la coniondiue ou cornée. Extirpation de l’vngula Les Figures des Crochets 3 Aiguille 5 BiHorie font telles. frochcts. zAiguille, HiHone. pourqnoy fmt que le malade ou- UmeŸ/er~t L'œil L1IS era couP^e aucc cifeaux, Sc fera appliqué dans l'œil albumen oui cum aqua roferum,& fera fouuènt renouuellé ceftuy remede. Auflî il faut que le patient ouure ôc remue fouucnt fon œil,de peur que la palpebre ne fe coaldce contre la partie, d’où on aura tiré l'VnguIa. Aucuns pradiciens nt uen eu feParci: fVnguIa auec la Biftorie , prennent le tuyau d'vnc plume d’oye bien ac- couftree,trenchanre ôc polie : les autres la feparent aucc vn poil de queue de chenal : ôc quand elle fera feparée,îa faut couper auec la pointe de cifeaux deliez Ôc bien trcnchans,en fe gardant expref- fement de toucher à la glandule qui eft au grand Canthus : pource que fi elle eftoit coupée, fon viage feroit perdu, ôc le patient ietreroit larmes toute fa vie. Or luy ayant coupé , faut mafti- cher Tel commun ôc du cumin, & le mettre dans l'œil, de peur que la paupière ne fe reprenne à l’en- droit d'où on aura amputé l'VnguIa. On pourra mettre par deftlis l'œil des repercufîifs eferitsaux playes des yeux, pour cuiter l'inflammation, ôc autres accidens. Des fjîules Lacrymales, appelles des Grecs Aegilops. Chaf. XV. vfage de la BV grand coin de l’œil il y a vne glande fetéle de Nature, pour receuoir & contenir v- ne humidité,pour lubrifier & humedter lœil, afin qu’il ne fuft par les monuemens def- feiché : ce que nous auons aflez dcmonllré cy-delfus en l'Anatomie de celle partie. Or celle glande par fluxions phlegmonneulcs , ou par matière catharreulc & pituiceule tombant du cerueau , s’apolleme & vlccre, & quelquesfois dégénéré en fillule, & par quelque temps le fait carie en l’os. Aucunes dcfdiétes fillules font oyucrtes par dehors , principalement la phlegmonneufe : les autres par dedans, qui le fait de matière catharreufe , de forte qu’il n’ap- pert aucune ouuerture par dehors , fors vne tumeur de grofleur d’vn poids : ôc lors qu’on prefle deflus, on fait fortir vne fanie fereufe & ronfle, autresfois blanche & vifqueufe par le coin de l’œil, ou par dedans le nez : aucuns iettenr ladite fanie continuellement : les autres font vn mois ou plus fans rien ictrcr, qui ell le propre d’aucunes fillules. Les vieilles fillules lacrymales font caufc de rendre l'œil atrophié, & puante haleine, & quelquesfois de faire perdre du tout l’adion de l’œil : parquoy ell beloin que le patient appelle confeil , tant du Médecin que du Chirurgien, pour obuier à tels accidens. Pour la curation , il faut que les chofes vniuerfelles précédent les par- ticulières. Donc fi l’vlcere n’éft allez ample , faudra appliquer des tentes d’efponge ; & pour cor- riger & confommer la chair fuperflue de ladite glande , on appliquera dextrement an profond, medicamens catheretiques, comme pouldre de vitriol calciné, ou de mercure, eau forte , huile de vitriol, ou vn petit cautere potentiel. Et Ci tels reraedes ne profitent, & qu’il y eull carie en l’os Différences, Cure. catiue & fort ajîrin- gente. Opérations de Chirurgie. 455 A 5c que le patient vouluft endurer,on doit vfer de cautere aélueflequel ieloüe plus que le potentiel, pource que Ton opération cft plus prompte & feure,& puis bien allèurer qu’à plufieurs ie l’ay ap~ pliqué auec heureufe iffuë. En tel cas aucuns praticiens veulent que ledit cautere foie d'argent,les autres d or, pource (difent-ils) que tels métaux font plus excellons que le fer : mais quant a moy,ie n’y trouue aucune raifon ; parce que c’eft toufiours le feu qui opéré, 5c non la matière des cautères. Que s il eft queftion d eftre fi cérémonieux pour le choix defdicls métaux : ie trouue par raifon le fc. plus propre a telle opération qu aucun autre, d’autant qu’il eft plus allongent 5c deficcatif que n y l’or,ny l’argent,pource qu’il eft plus terreftre, comme l’effet le monftre es eaux qui palfent par les mines de fer. La figure du cautere doit eftre de ligure triangulaire, & vn peu aigu en Ton extre- mité,afin que plus promptement il fade Ton effet. Et alors qu’on l’appliquera,on doit bander l’œil lain, de peur que le malade ne voye le feu. Etluy fera tenu la telle ferme, de peur qu’il ne la tourne de colle ny d’autre. Et fur l’œil fiftulé , fera appliqué vne pièce de fer, laquelle fe cambre félon la cauite du grand canthus de l’œil, en laquelle y aura vn trou qui fera pofé à l’endroit de la filiale, par lequel on appliquera le cautcre : ce faifant on ne touchera nulle autre partie que l’endroit qu’on veut cauterifer. Et d’abondantjfert pareillement de clone entièrement l’œil, de peur que le patient n’apperçoiue ledit cautère : la figure duquel eft telle auec la piece de fer. La figure du Cautere aciuel, fg) la fie ce de fer trouée. Dauantage, le Chi- rurgie auffi aura égard que lors qu'il appli - quera le cautere, ou fe- ra quelque autre gran- de œuure de Chirur- gie, comme couper vn bras,ou autre partie du corps, ou faire quelque ouuerture, 8c générale- ment toute opération cruelle, iamais ne doit, s'il eft pofîible, permettre y affifter aucuns des parens 8c amis du malade, fors feulement les fer- uiteurs , ou ceux qui puiftènt bien ratiociner 8c entendre > que tels aéles fe font félon l'art, afin de luy donner aide Sc fecours pour la guerifon de fa maladie. Car ceux qui portent folle amitié au patient, &: qui peu ratiocinent, tant s'en faut qu'ils donnent louange à ton œuure, qu'au contrai- q re la vitupéreront, 8c t’appelleront non Chirurgien ,mais bourreau : pource que la fcience n'eft iamais contenance , fi ce n'eft par gens ignares , empiriques, 8c fans raifon. Or après auoir dcuc- ment appliqué ledit cautère, mettras dans l’ouuerture& fur l'œil 8c parties voifines,blancs d'œufs agitez en eau rofe , plantain, 8c morclle : 8c fera le patient pofé au liét, ou en vne chaire la tefte vn peu haute, 8c fera renouuellé ledit remede , fubit qu’il commencera à fe deftèicher. Puis fera procuré la cheute de l'efcarre, auec vn peu de beurre frais : lac|uelle eftant tombée, fera l'vlcere mondifié, puis incarné, 8c cicatrifé félon l'art : 8c où l'os fera trouué eftre carié, feront appliquez remedes propres aux caries des os , lefquels déclarerons cy-apres. Aux grandes opérât tort s de Chirurgie les pares du ma- lade ne doi- ttenf agi fier. La fclence nejl iamavs mefprifee que par gens ig- nares. Des Stafhylomes. C H A p. XVI. TaphyiomEjcII vne tumeur de la cornée de l’œil auec l’vuée , qui vient à ®{'MB, caufe d’vne defluxion ou vlcere faite en l’œil, la cornée eftant relafchéc ou pouftee en dehors, par vne puftule engendrée au deflous. Ceftc tumeur reflèmble à vn grain (ffimÊwVwL ra^n >en la figure & rondeur, au refte quelquesfois eftant de couleur noire, quel- quesfois blanche. Or fi la cornée eft vlcerée 5c corrodée, de forte que la tunique vuée forte par l'vlcere , la couleur du Staphylome, fera noire, fcmblable à vn grain de raifin noir ( poureeque la membrane vuée eft en Ton extérieure partie noire ) qui s’apparoift quand la cornée D eft rompue. Et lors que la cornée n’eft que relafchée 5c non rompuë,Ie Staphylome eft blanchea- ftre comme vn raifin cJTii n’eft encore meur. Les anciens en ont fait plufieurs différences. Premiè- rement s’il y a petite ouuerture à la cornée, là où Pvuée apparoiftra , eft lors appelle tefte de mouf- che : 5c quand elle eft plus ouuerte , 5c enfemble dure 5c calleufe , fera appellé tefte de clou : & fi elle eft dauantage ouuerte, fera dit grain de raifin. Et en quelque forte que ce mal aduîenne, il apporte deux inconueniens Sc dangers : l’vn , de perdre 5c deftruire la veuë : l’autre , de gafter Sc défigurer le vifage. La Chirurgie y ferr, non pour reftituer la veuë : car elle eft ja perdue , mais feulement pour embellir l’œil, ce qui fe fera en coupant ce qui eft trop eminent : toutesfois fe faut donner garde de faire trop grande ouuerture , que les humeurs ne tombent dehors. Caufe de Staphylome, Aëce, Paul, Prcgnoftic. De L'œil plein de matière purulente, dit Hjpopyon. Chap. XVII. SL le fait fouucntcsfois du pus entre la cornée Sc l’vuée : ce qui aduient ou de caufe inter- ne , ou externe : de caufe interne,comme de quelque fluxion, & fouuent après vue gran- de inflammation ; de caufe externe , comme de quelque coup , de façon que quelque vaille au fe rompt : puis le fanu eftant hors de fes vaiifeaux , fe pourrit. Pour la curation on doit Caufe de hy- popyea. Cure. 456 Le dix-feptiefme liure, de plufieurs ( les choies vniuerfelles premifes ) appliquer ventoufes , 6c faire fcarifications , enfemble des fri- A ftions de haut en bas , afin que l’autre œil par confcntement ne foudre , & appliquer collyres ic- datifs de douleur 6c refolutifs. Galien dit auoir fait vacuation de cefte matière purulente en inci- faut la cornée quelque peu au ddfus de l’Iris : qui eft le lieu où toutes les tuniques fe joignent en- femble. Ce que i’ay fait en la prefence de lacques Guillemeau Chirurgien iuré à Paris , auec heu- reufe ilfuë. Et ayant fait cefte ouuerture , 6c vuidé la matière, onmundifieral’vlcere auecqucs eau miellée , ou autre chofe femblable. Gal.li. 14 Je la Meth. ch, dernier. De la dilatation de la pupille, appellée des anciens Mydriafis. C h a p. XVIII. Différences de Mydriafis. aYDRiAsis félon les anciens, eft dilatation de la pupille de l’œil, laquelle fe fait naturellement, ou par accident. Celle qui eft naturelle, vient de la natiuitc, 5c ne fc peut reparer : celle qui fe fait par accident, eft double, à fçauoir qui vient de caufe an- técédente , 5c l’antre de primitiue. Celle de caufe antécédente vient par vnedefluxion du cerueau : la cure de laquelle fe fera parle dode 5c prudent Médecin. A celle qui vient de caufe primitiue, comme pour vn coup, cheute ou contufion faidc à l’œil , y conuient foudain appli- quer delfus chofes repercufîîucs, 5c appaifer la douleur, 5c prohiber la fluxion par bon régime de viure , phlébotomie, ventoufes, fridions , 5c autres chofes que l’on verra eftre vtiles : puis après on vfera des remedes refolutifs , comme du fang dç tourterelle , pigeon, ou de quelque volaille, que l’on appliquera tout chaud, tant dedans l’œil que dehors ,5c fus l’œil 5c aux parties voifines tel cataplafme. If. far. fab. hord. an. iiij. olei rofar. 5c myrtil. an. 5. j. fi. pul. ireos Florent. 5. ij. cum fapa, fiat catapl. Dauantage on vfera de cefte fomentation. If. rof. rub. myrtill. an. m. j. flor. melil. 5c camom. an. p. j. nucum cuprefîî j. vini aufteriib. fi. aquæ rofar. 5c planrag. an. iij. fiat omnium decod. profotu, cum fpongia. Æginetalib. 3. deRcmedica, loué pour cefte affedion l’eau marine, 5c en défaut, lafaumure* Actius après luy en dit le mefme, Aduarius aufîi, Gourdon , 5c de Vigo l’approuuenr. Cure. Telle fomen- tation a ver- tu de réduire la paupière. Des Cat ara fées. Chap. XIX. §lue défi que Hypochyma. »R quelquesfois aufîi par coup , ou cheute, 5c autres caufes, font faites catarades,def- quelles ie traitteray icy le plus bricfucment qu’il me fera pofîible. Catarade, eft autre- ment appellée des Grecs Hypochyma,àes Latins Suffiffïo,ôc du vulgaire maille. Or il ne faut icy difputer des nôs,mais delà chofe afin qu’elle foit entêdue.Parquoy disos que Cataracte n’eft autre chofe qu’vne raye ou petite peau, qui naift fous la tunique Cornée,à l’endroit de la pupille ou prunelle de l’œil, nageant fur l’humeur aqueux : à la différence des taches, macu- les, 6c cicatrices qui font delfus ladite Cornée. Aucunesfois la pupille en eft du tour couuerte,5c au- cunesfois feulement à moitié, 5c quelquesfois n’y a que bien petite portion d’icelle. Et félon icel- les différences , l’adion de l’œil eft deprauée 5c empefehée , ou du tout perdue 5c abolie, à raiion que l’efprit animal vifuel ne peut reluyreau trauers d’icelle taye. Les caufes font exterieures,ou in- térieures. Les extérieures, comme coups ou cheutes, ou auoir eu trop grande chaleur ou froideur à la tefte, qui auroient caulé quelque douleur 5c fluxion aux yeux. Les intérieures font greffes va- peurs 5c fumées efleuées de l’eftomach(par faute de boue digeftiô) au moyen d’auoir vfé indeuemée de grolîes viandes,vins forts,5c généralement toutes chofes vapoureufes,dont font faites greffes va- peurs 5c fumées corrompues, qui montent de l’eftomach au cerneau : puis defeendent aux yeux par quelque efpace de temps, lefqnelles fe liquéfient 5c fondent en humeur vifqueux, puis fc conden- fent5c congèlent par lafroideur des membranes , ainfi que voyons en la génération de la glace. Les figues peuuent eftre pris de la defeription prédite, parce qu’on void,principalementlorsqu’el- le eft confirmée , vne taye, membrane, ou petite peau fur la pupille, laquelle eft quelquesfois blan- che, noire, celefte, cendrée ou liuide, citrine, verde, 5c quelquesfois relfemblant à argent'vif, fe monftrant fort mouuante entre toutes les autres. Toutes lefquelles font ainfi colorées félon la di- uerfité de l’humeur dont elles font faites. Du commencement que la Catarade fe forme, il femble au patient veoir en l’air petites moufehes , poils, rets, 5c autres diuerfes chofes qui montent 5c def- D cendent,5c qu’vne chofe foit double : aufîi que la lumière , 5c charaderes ou images, luy femblent plus petits qu’ils n’auoient accouftumé , àcaufe que la faculté animale vifuelle ne peut deuëmenc reluyre,ponr l’obfcurité que fait la tayc:ainfi que font les nuées lefqnelles empefehent la lumière du Soleil 5c delà Lune reluyre fur la terre. Pareillement lors que la Catarade eft en fbn accroiflè- ment, le patient voit moins en plein iour , que vers le foir , parce que le iour eftant en fa grande lumière, refont 5c difîîpe l’efprit vifuel. Et pour cefte caufe, les fimulacres, images, 5c charaderes, femblent plus petits en plein iour, que vers le foir ; àraifon que l’Efprit animal vifuel fe fortifie lors que le iour n’eft en fa grande clarté. Dauantage, fi la Catarade n’occupe qu’vne portion de la pupil- le,alors le patient voit chofes obfcures 5c diuerfes formes,comme de croiflànts ou feneftres obion- gués, 5c autres corps fantaftiques. Car fi la taye occupe le centre de la pupille, tous objeds qui fe prefenteront à luy, luy fembleront eftre feneftres,cftimantcequ’il ne veoid point du milieu des ob- jeds, eftre comme ouuertures en iceux. Au contraire,fi ellex>ccnpe la moytié de la pupille, il ne ver- ra 5c difcerneraqne la moytié des objeds,n’ayant l’vfage libre que de la moytié de l’humeur ciifta- lin : comme aufîi quand elle comité du tout la pupille , 5c qu’elle eft confirmée , ne peur plus rien difeerner de fa veuc, fors quelque lueur du iour 5c delà Lnne,5c Eftoiîles,ou de la chandelle : tou- tesfois fans rien en pouuoir difeerner. Caufes. Les vapeurs qui s’efteuent de l’eftomach mentant aux yeux, caufent les catara- ctes y félon leurs quali- tés & fub- fiances font diuerfement colorées. Pourquey en 'voit plus clair en lieu obfcur qu’en plein iour. o perations de Chirurgie. ' 457 N Cure des Cataracles. Chap. XX. A CLire des Catara&es qui commencent à fe formelle fera en ordonnant au parient *on rcgime »euitant v*ns forts,& viandes qui engendrent lue phlegmatiquc 8c grof- fe s vapeurs , & généralement toutes chofes aiguës , comme faleures, dpiceries,a»Ts, °lgnonSî mouftarde, pois, févcs,nauets,chaftaignes,& leurs femblablc$;«Sc prîneipa- lement le coït immodéré , qui en tel càs eft fort contraire. Son pain fera fait auec fenoliil, pource qu’il a vertu de clarifier la veuë, 8c prohiber les vapeurs de monter en haut, les dimpant en l’cftomach deuant qu’elles paillent gaigner le cerueau par fa vertu carminatiue.Et pour cefte caufe après le paft , le patient doit vfer de cotignac , conferue de rofes, ou dragée,compo- lée de chofes carminatiues. Semblablement fera purgé 8c faigné ( s’il en eft befoin. ) Pareillement feront faites friéHons diuerfiues , applications de ventoufes derrière le col. Auffi le matin vfera de mafticatoire, pour faire deriuation des matières pituiteufes par la bouche. Quelque ancien pra- ticien nous a laiftc par eferit, que la fridion faite des doigts fur la palpebre, ôc regarder forment les Eftoiles du Ciel ( 8c quelquefois la Lune en fon plein ) confirment Sc diffipent la raye,toutesfois non encores confirmée : aulîi fait le regard du miroir d’acier 8c des pierres predeufes,& générale- B ment de toutes chofes vertes 8c luyfantes, à raifon, peut-eftre, que par la vertu de leurs rayons 8>C fplendeur,elles peuuent dilîîper çà 8c là,& tarir tel humeur. Pareillement l’efflation ou foufflemenc fait par quelque perlonne ( après la frition faite fur la palpebre ) qui âye l’haleine douce, ayant mafché fenouil , anis, coriande, noix de muguette > clou de girofle , candie, «Se leurs femblables, fi ainlî eft que les ayant encore en fa bouche, luy facecftlation dans l’œil, 8c le plus près que faire fe pourra,& faut continuer telle chofe par plufieurs 8c diuerfes fois : car par ce moyen on efchauffe, fubciJiejrcfoiilt,r6pt,& diffipe la Catarate.Outreplus on doit vfer de ce collyre qu’eferit deVigo, lequel a auffi grande vertu de clarifier la veuë, 8c prohiber que les Gatarates ne fe confirment : ôc mefmemcnt les diffipe,& fouuentesfois les cure. OJL. hepatis hircini fani «Screcentis ib. ij. calami aromatici, mellis an. fi. fitcci ruthæ 5. iij. aquæ chelidoriiæ ,fœniculi, verbenæ 8c eufrafiæ an. 5- iij. piperis longi, nucis mufcatæ,garyophyllorum an. ij. croci fcuupulum j. floris rorifmarini aliquantulum contriti m. fi. farcocollse, aloës hepaticæ ah. 5. iij. fellis rayæ, leporis Sc perdicis ah. j. Ces chofes foient pilées , 8c puis foi: adioufté facchari albi 5. ij. mellis rofati 5. vj. & le tout enfemble foit mis en l’alambic de verre , 8c diftillé inbalneo Mariæ , 8c de cefte diftillation en foit fouirent mis aux yeux» Et fi par tous ces remedes ladite taye n’eft curée, mais au contraire,fe for- me 8c engroffir plus fort ; alors la faut lailîer endurcit & confirmer, afin qu on la paille guarir par opération manuelle , qui fe fera en l’abatant auecques l’aiguille ( comme nous dirons bien toft } car fi elle eft trop tendre lors qu’on la voudroit abacre, l’aiguille palferoit au trauers,& nelapour- roit-on abatte. Au contraire fi elle eft trop dure, difficilement eft abatuë. Donc eft befoin au Chi- ' rurgien cognoiftre celles qui font confirmées ou non confirmées : Semblablement celles qui font curables , & celles qui font incurables : lefquelies chofes fe peuuent cognoiftre par les figues qui s’enfuiuent. Friction ventoufes. CcÜyre de de Vigoi Signes pour cognoifire les Cataractes curables , ou non. Chap. XXI. Remierement, celle qui eft confirmée, l'œil fâin eftant fermé , lors que dû poulce on vient doucement à frotter celuy où eft la Catarate, «Sc que fubit on l’ou- jjm ure, on void que la pupille fe dilate, Sc toft retourne en fon lieu * en mefme cftat ôc couleur qu’elle eftoit auparauant : fans demeurer efparfe & dilatée. Secondement, li jc parient ne peuc voir gç difeerner aucune chofe par le fens de la veuë , c’eft figue infaillible que la Catara&e eft entièrement confirmée. Au contraire, fi le patient void encores, 8c peut difeerner aucune chofe par la veuë: & auffi que la pupille demeure dilatée & efparfe après la friëtion de l'œil, c’eft ligne qu’elle n’eft ericores confirmée. Or à fçauoir, pourquoy le Chirurgien oculifte pour cognoiftre fi les Cataractes font incurables 8c confirmées, cloft l'oeil fain du patient, D & frotte l'autre. Eft-ce point afin que l’efprit animal vifuël de l’œil fain aille en plus grande abon- dance à celuy que l’on frotte , &que l’on fait ouvrit promptement, fans l’autre qui fait que la pu- pille fe dilate,& la Cataracte fe manifefte oculairement ? Or les CataraCtes qui font incurables, font celles qui s'enfiiiuenttc’eft à fçauoir celle qui eft auecqucs grande dilation de pupille, 6c qu’on ne void aucunement branller lors qu’on aura frotté la palpebre de deftus l’œil, ayant clos premiè- rement l’œil fain, & que la pupille de l’œil où eft la CataraCle ne s’eflargift : car telle chofe lire qu’il y a obftruCtion au nerf optique ; au moyen dequoy l’efprit animal vifuël n’y reluift plus. Parquoy encore qu’on l’euft abbatuë,on ne profitèroit riert.Dauantage s’il y a émaciation ou araai- grilîëracnrà l'œil, n’y aura aucune vtiliré àabatre la CataraCte. Aullî fi elle eft caufée par coup ou cheute, & après grande 8c extreme douleur de tefte. Pareillement celles qui font de couleur gyp- lèufe , verte, noire , plombée, cirrine, ou de couleur d’argent vif, le plus fouuéntfont incurables: au contraire celles qui foht de couleur celcfte , ou blanche , ou de couleur de chaftaigne , font cu- rables : 8c entre toutes, U celefte, lors qu’elle eft accompagnée de quelque blancheur : 8c principa- lement quand elle branfleen la pupille fubit qu’on aura frotté l’œil où fera ladite Catàraële. Il ne faut toucher vaux vieilles gens , parce quelles viennent par faute d’efprits vifuels, ny aullî à ceux qui ont l’œil fort petit 8c enfoncé» Catatraties incurables. Pierre Fran- co en fon li - ure des Her± nies, Le dix-feptiéme Hure, de plufieurs Cure des Cataraffes par l'œuure de main, C h a p. XXII. Accidens qu'il faut ap- paifer deuant que venir à l'œuure. BY a n t ainfi cogneu par ces lignes la Cataraéle dire confirmée & curable , fera pro- cédé par opération manuelle. Toutesfois, fi le patient a douleur de telle, toux , ou vo- railïèraent,nc luy faut toucher,iufques à ce que tels accidens foient remis : car en vain tu labourerois.Et lors que ru voudras ouurer,te faut eflire vn temps propre pour telle chofe.c’ell àfçauoir,en decours de la Lune,& que ne foit au temps des foudres ôc tonnerres, & au temps que le Soleil c(l au ligne d’Aries qui regarde ta telle. Adonc le Chirurgien prendra confeil du doéte Medecin,afin que fi le patient a befoin d’dlre purgé & baigné, il le foit : de peur qu'il ne furuienne aucun raauuais accident, qui par faute de ce pourroit aduenir. Puis deux iours après auoir fait les chofes vniuerfelhss , faut eflire vn lieu médiocrement clair : & à ieun faire afleoirle patiet fur vn banc allez ellroit,le vifage tourné non viz à viz de la lumiere,c'eft à dire,du iour ou de la chandelle, mais à collé : & dois de rechef bien noter que la lumière ne doit ellre grande, ce qui effc commandé par Hipp. au liure de l’Officinc du Médecin , & luy bander l’oeil fain auec cot- ton, ou chofe femblable, afin qu’il ne fe menue pendant l'œuure. Puis le Chirurgien s'alién a fur le banc viz à viz de luy ( comme deux fourbillèurs) toutesfois le Chirurgien vn peu plus haut que le malade, luy faisant pofer les mains à fa ceinture,& doit embralîer de les jambes les genoux du patient, & qu'il y ait vn feruiteur qui tienne la telle du malade par derrière , afin qu'il ne la b tourne ny cà ny là, ains qu'elle demeure ferme & fiable. Et ayant préparé l’aiguille, qui fera l'a- uoir palfée plufieurs fois au trauers de Ton bonnet ou autre accoullrement, afin de la rendre plus polie & aucunement cfchauffée , pour accomplir l'œuure auec moins de douleur. Ladite aiguille doit dire de fer ou d’acier , plultoll que d’or ou d’argent : & la poinéte vn peu platte, afin qu’elle entre plus aifément & abatc ladite Cataracte : & fera inferée dedans vn manche , de peur qu’elle ne vacille , comme tu peux voir par ce pourtraiél. En qu'elle fî- tuation doit ejire le pa- tient. Préparât ion de l’aiguille. dAiguïlle pour abbattre les CataraSîes 3 auec fon manche. Opération manuelle. Ayant ainfi fitué le malade , ôc préparé l’aiguille, luy commanderas qu’il regarde vers fon nez: adonc poferas ladite aiguille tout droit ( iufques en la cauité de l’œil fans aucune crainte ) dedans la conjonéliue , entre le petit canthus & la tunique cornée, droitteraent au milieu des deux, eui- tant les veines qui font en ladite conjonéliue , ôc alors pouftèras la poinéle de l’aiguille iufques à ceclu eUe foîc au milieu de la pupille. Puis eftant là paruenuc, faut abbattre la cataraéle, en com- mençant à la partie fuperieure, la tournant tout doucement parle milieu, ôc l’abbaifièr tout au bas & toute entières il eftpoffible. Et eftant ainfi abbaifféelà luy faut lailïer, la tenant fu— jcéle de 1 aiguille par l’efpace de dire vne patenoftre ou enuiron,depeur qusclle ne remonte,& pen- dant faire mouuoir vers le Ciel l’œil au malade. Puis faut retirer l’aiguille en haut, peu à peu en la tournant, ôc encores ne la tirant du tout hors de l’œil, à caiife que fi la cataraéle remontoir, fau- droir de rechef la rabbatre vers le petit canthus,tant de fois quelle y demeure.Et icy noteras qu’en faifant telle chofe , fc faut bien donner garde de toucher à l’humeur cryftalin ( pource que , com- me nous auons dit, il eft le principal infiniment de la veuë ) ny pareillement à la pupille, de peur de la dilater : puis fera l’aiguille tirée hors de l’œil doucement, en la tournant ainfi qu’elle y auoir cfte mile, pour crainte que l’on ne retirait la cataraéle fur la pupille. Quelques-yns après l’opéra- tion faite prelentent quelque chofe au malade pour cognoiftre s’il peut difeerner 8c voir diftinélc- ment ou non : ce que toutesfois defend Paulus Ægineta liu. 6. chap. zi. parce, dit-il, que quand le malade vient a s efforcer pour regarder attentiuement, la cataraéle derechef remonte prompte- met:pourquoy le plus feur fera d’appliquer fubit vn reftreinétif fur l’œil ôc parties voifines,fait de albumine Quorum ôc aqna rofarum,enlemble agitez auec alum de roche crud.Et ne faut remuer ce ftmede que iufques au lendemain : auffi ne faut omettre à bandet l’œil fain,commenous auons dit: car s il n cftoit bande, fe mouueroit,&r ce faifant l’œil malade le remueroitaufîî,pour la grande col- liganecqu ilsonrenfemble comme nous auons dit:& partant la cataraéle pourroit remoter. Le ma- lade eftant ainfi bandc,doit eftre pofé dans vn liét la tefte allez haute. Et ne doit parler que le moins ôc le plus bas qu’il pourra,& doit eftre hors du grâd bruit,& ne doit mafeher chofes foiides ; car en mafticant pourroit fane remonter la cataraéle ; mais vfera de panade,orge-mondé ou amandé,cou- lis,prefîîs,geiée,œufs mollets,& leurs fcmblables. Etayat ainfi demeuré par l’efpace de huiéi jours, le faut defbander&luy lauer lœil d’eau rôle, ôc luy commander non regarder promptement grande clairte, luy faifant porter deuant l’œil taffetas veft ou lunetces,iufques à ce qu’il puilfe bien tolerer la clairte (ans douleur.Et s il aduenoit quelques iours après que la cataraéle remotaft fur la pupille, alors la faut rabbatre de rechef comme deffusrmaisil ne faut paffer l'aiguille au lieu où elle auraefté poi.ee auparauât,a îaiso qu’il eft plus douîoureux.Orquelquesfois la cataradle n’eft abbatue entière. Gal.au com- met.fur Hip. de l'Off. du Médecin. Ce qu'il oh - ferue après l'opération. Opérations de Chirurgie. 459 A mais fe rompe par pièces : adonc faut abbattre toutes les pièces l'vne après l’autre;& encorçs qu'il en demeurait quelque petite portion , ne faut douter qu'elle ne le confommepar le bénéfice de la chaleur naturelle : pareillement aucunes catarades en les voulant abbattre , deuiennent comme laid ou eau trouble , à raifoti qu elles ne font encores allez dures : 6c combien que telle choie ad- uienne, fi eft-ce qu'il y a cfperançe de guarifon , pource que puis après elle ne le peut r'alfembler, & après quelque temps l'œil fc clarifie, principalement aux ieunes. S'ils fumenoit quelques aed- densjon prendra nouueau confcil, diucrlîfiant les remedes félon qu'il en fera befoin. Remets fur les *cc'tden* IZion, *** Du conduit de t oreille bouché naturellement, ou far accident 3 & des chofes ejitanges qui tombent dedans, Chap. XXIII. SV e l e s F o i s aux petits enfans nouuellement nais , on trouue les conduits des oreilles bouchez, à raifon de quelque chair, ou membrane procréée au fond,ou en la fuperficie des oreilles. Elle cil bouchée aufïi par accident depuis noflre nati- uité , à caufe de quelque apofleme , playe ou vlcere : au moyen dequoy y furuient quelque chair fuperfluë. Lors que l'obffruéfion fe faiél au profond, la cure eff plus difficile , que quand elle eff à la fuperficie. Et pour la curation la faut incifer «Sc couper,ou la con- k fommer 6c corroder auec medicamens acres & corrofifs. Or il faut traitter ce mal bien curieufc- ment, de peur de faire tomber le malade en conuulfion , «Sc le faire mourir, pour la grande fenfi- bilité de celle partie, & aufïi pourcc qu'elle eff proche du cerueau. Quelquesfois aufli le conduit de l’oreille eff bouché pat choies effranges qui font tombées dedans : comme petites pierres,ver- rc, balotte de plomb, d’or ou d'argent, de fer, «5c femblablc matiere,perles,noyaux decerifesqiois, graines,«5c autres chofes.Les corps folides demeurent toufiours és oreilles en leur propre grandeur.* mais les pois «5c graines,& noyaux de ceriies, s'imbibent & enflent de l’humidité qui naturellement eff aux oreillcs:«5c partant caufenc de tres-grandes douleurs. Parquoylc pluffoff que l’on les pour- ra tirer, c'eff le meilleur , qui ie fera auec petites pincettes 6c inffrumens courbez en maniéré de cure-oreille : Sc fi ces chofes effoient fi fort enflées que l'on n'y peufl remedier par ce moyen , on les tirera auec vn petit tirc-fond,dequoy on tire les baies de plomb.Les pierres & autres corps durs feront tirez auec inffrumens propres :& fi on ne le peut faire par cemoyen,on mettra vn peu d’hui- le d’amendes douces dans les oreilles,ou autre femblable: puis on fera touflcr le malade,le prouo- C quant à effernuer par flernutatoires,«5c fermera la bouche ferrant les narilles auec les doigts quand il eflernue’ra , afin de faire fortir hors de l’oreijle ce qui eff contre nature par l’impetuofité de l’air agité,cherchant if Lue par vne violente commotion, 6c efbranleracnt de tout le corps. Et fi tels re- mèdes ne profitcntjfaut faire vne petite incifion au profond de l’oreille,afin de donner lieu aux in- ffrumens pour extraire les choies effranges. D’abondant quelquesfois il entre en l'orcillé de petites befiioles,comme puces,punaifes,fourmis,moufcherons, perfe-oreilles,«5c autres fcmblablcs : toutes lefquelles peuuent effre tuées , inffillant de l'huile ou vinaigre. Et quant à la petite beffiolede per- le-oreille,on la pourra attirer,appliquant la moytié d’vne pomme douce joignant l’oreille:car celle petite belfiole la voulantgrignotter, fera foudainement tirée,comme nous auons dit cy-dcuant en l'Introduéfion. Cauft, Cure, Senfibilïté de la partie, Autres eau- fies. Le moyen d'extraire les pierres & corps durs des oreilles. Le moyen tTû. fitr les peti- tes befiioles des oreilles. La manière de tirer les arejlcs , & antres chofes effranges qui s'attachent a (a gorge. Chapitre XXIIIL O v v e n t en mangeant on aualle des areffes, ou quelques petits os,ou antre chofe frange. Si en ouurant la bouche on les peut voir/cront off ées auec pincettes longues PhkWv & cUruittes,coui bées comme vn bec de grue : «5c fi on ncles peut appercenoir, il faut que le malade aualle vn morceau de pain mcller,ou vne figue feiche bien peu mafehée, QU aufre c[1Qfe . ou bien le faire vomir : car par ce moyen la chofe cftrange eff fouuent ponirée dehors : ou bien on prendra vn porreau courbé degroflèur que l'on cognoiffraeffre necel- faire,Iuy ayant coupé le bout de la teffe,îaquelle fera huilée : Sc ayant fait ouurir la bouche du ma- lade,fera mis dans le gofier allez profondément,tant de fois que la chofe effrange foit jettee en bas, ou retirée en haut. Et où le porreau dcfaudroit,on prendra vn plomb approprié à ce faire,de figure du porreau. Or s'il y a quelque chofe effrange qui foit entrée en la trachée artere,il faut prouoquer îa toux auec quelques chofes aigres , & jetter dedans le nez vn ffernntatoire : car en faifant cette grande agitation par l’expiration violente , fouuent ces chofes effranges font jettées hors. Remedes peu?- cfier vne are- fie attachée à la gorge. La toux pr9• fite à ceux OjUt ont quel- que chofe at- tachée a la trachée arte- re. De la douleur des dents. C h a p. XXV. a douleur des dents eff la plus grande & cruelle qui foie entre toutes les douleurs, jfîjj pHbfig fans mort: & pour la preuue, ie laiffe à ceux qui ont effé vexez. l'ay mémoire Mj qu*vn valet de Chambre de defundt Monfeigneur le Conneftable, eftant à Chan- tilly , me dit, que pour vne extrême douleur de dent qu'il auoit, s'il n'euft eu peur ï-k d'eflre damné , il fe fuft jette par vne feneflrc dans les folfez , & fe fuft noyé, pour eflre exempt de fa douleundauantage me dit,qu’cn vingt-quatre heures il fe fit vne apoffeme fur la genciue , qui fe fuppura à l'endroit de fa douleur, 8c peu deiours après fa dent tomba en pièces, qui monffre que les dents peuuent apoflumer, & pourrir comme les autres os : ce qu’on void, parce Hifloirejoh- chant la cru au-é dit mal des déts. 460 Le Dixfeptiéme Liure, de plufieurs qu’elles fe pertnifent, 8c corrodent, 8c par celle pourriture les vers s’y engendrent. Ce qui eft A prouué par Hippocrates au Hure 4. des Epidémies, en l’hiftoire de Hegefiftrarius, difant queies dents peuuent endurer tumeur contre nature en leurs propres corps : ce qu’il recite comme par vn grand miracle de Nature , attendu que les tumeurs ne viennent finon aux lieux où il fc peut Faire extenfion. Dauantage Galicn liu. y. chap. 8. de la compofinon des medicamens Félon les lieux, dit auoir efprouué en Foy-meFme,lors qu’il fut trauaillé d’vne force douleur de dent ,que non feule- ment le nerf& la membrane qui lie la dent, cftoit trauâilîée de douleur, mais auffi la propre iub- ftance de fa dent cftoit douloureufe 8c agitée de phlegmon j 8c de la mcfme puîfarion que les par- ties charneufes : 8c dit qu’il tient cela pour chofc efmcrueillable,pour la grande dureté de la dent, comme la pulfation fe peut faire pour la difficuté de l’extenfion. La caufe de la douleur des dents vient de caufe anteccdente,ou de primitiuc : d’antecedente,comme rheume 8c deflaxion chaude ou jfroide,tombant fur icelles,qui remplit l’alueole,de façon qu’elle poulfe la dent hors,qui fait qu’el- les font fouuent auancées en dehors, tellement que le malade n’ofe , & ne peut aucunementmaf- chcr dellus pour l’extremc douleur qu’il fent, 8c la fluxion fait qu’elles font relafchces , qui caule les faire branler : 8c fi elles font corrodées,creufes,& pcrtuiféesiufques à la racine, lors que le ma- lade boit, fur tout quelque liqueur froide , il luy femble qu’on luy donne vn coup de poinçon de- dans. Les lignes que la caufe eft que la douleur eft aiguë 8c poignante,comme fi on met* toit des aiguilles dedans. On fent auffi vne grande pulfation en la racine, 8c aux temples : pareil- lement fera cogneuc quand on applique remedes froids qui appaifent la douleur. Les lignes que la caufe de la douleur eft froide, c’eft: que le malade a grande pefanteur de tefte, 8c jette beaucoup de g faliue 8c d’humîditez par la bouche,&: la douleur s’appaife par remedes chauds:& en ces douleurs, ne faut que les Barbiers & dentateurs ( c’eft à dire arracheurs de dents ) fe haftent trop lubie les arracher fans le confeil des plusaduifez qu’ils ne font quelqnesfois. Pour la cure il y a trois intentions : La première eft, ordonner le régime : La fécondé, purger la matière antécédente: La troifiefme,appIication de remedes particuliers propres à feder celle extrê- me douleur. La première intention eft , ordonner le régime fur les fixehofes non naturelles. La deuxiefme eft,vacuer la matière antécédente,comme s’il eft beloin qu’il foit faigné 8c purgé ; aulïî pour dtuertir la fluxion , on appliquera des ventoufes derrière le col,& lur les cipaules : 8c fi la ma- tière eft chaude, on appliquera fur la genciue à l’endroit de la douleur, des fangfuës pour vacuer la matière conjointe , 8c ouurira-on les veines de dcftbus la langue : ce que i’ay fait par plufieurs fois,& fedé des douleurs extrêmes : mais auparauant que les appliquer, ie faifoispetitesîcarifica- tions auec vn déchauflbir de dents. La tierce intention fera accomplie en appliquant plufieurs re- mèdes contrarians à la caufe de la douleur: comme fi la matière eft chaude,iî faut tenir en la bou- che vin de grenade , auec eau de plantain , & vn peu de vinaigre boüilli auec rofes 8c fumach , 8c q fleurs de grenades, il faut icy noter,que les remedes fedatifs de la douleur des dents, doiuent eftrc de tenue iubftance,à caufe qu’elles font fort dures : 8c partant les anciens ont toufiours voulu met- tre du vinaigre,parce qu’il eft incifif 8c penetratif. Autre. Prenez rofes rouges,fumach,orge,de chacun vne demie poignée, fcmence de iufquiame concaf- fee deux dragmes,de tons les fandauls de chacun vne dragrac, laitue, fommité de ronces, morel- le,plantain, de chacun demie poignée ; le tout fera boüilly en quatre Hures d’eau commune, 8c vn peu de vinaigre,iuiques à ce que l’orge fc creue,& d’icelle decoclion en fera tenue en la bouche vn peu tiède. Autre. Prenez femencc de iufquiame, fandaracha,coriandre,opium,de chacuu demi,ô dragme,le tout pilé 8c incorporé auec vinaigre,& en foient formez trochifques, puis en foit appo- fc lur la dent douloureufe. Autre rrochifque. Prenez femencc de pourpié, de iufquiame, corian- dre , lentilles, efcorce de fandal citrin , rofes rouges, pyrethre , camphre , de chacun demie dra- gme , Sc foient bien pilées enfembleauec fort vinaigre, 8c foient formez trochifques : lo-ts qu’on en voudra vler , on en prendra vn ou deux auec eau rofe, 8c en fera frottée la genciue, 8c tenu en la bouche. Autre rcmede. Si les genciucs font relaxées, faut que le malade fc gargarife de chofes froides & aftiingentes, comme oxycrat, auquel on aura fait bouillir noix de cyprès, myrtilles, 8c vn peu d’alum : & fi la douleur ne cellbit, faut vfer de narcotiques pour ftupefier le nerf. Exem- ple. IJi. feminis iufqnia. alb. opij, camph. papan. alb. an. q. f. coquantur cura fapa, 8c foit appli- qué fur la dent. Pareillement fera mis dedans l’oreille ce qui s’enfuit. opij, 8c caftor. an. 9- j. D mifceantur cura oleo rofat. L’oimerture de la veine qui eft au derrière de l’oreille, fede la douleur ( chofc par moy fouuent expérimentée) autres la font au milieu de l’oreille par dedans , au defllis du trou de i’oiiye : auffi vn petit cmplaftre de poix '8c de maftic , pofé fur l'artere de la temple , du ( codé de la douleur. Pour feder la douleur de caufe froide , prenez eau de vie meflée auec vne de- cotion faite de vin 8c vinaigre , rofmarin , faulge , pyrethre, 8c vn peu de tberiaque , 8c ioit po- fé fur la dent. Autre. Prenez arraoniac difloult en eau de vie , 8c vn peu d,c iandaracha, de myr- rhe , 8c foit appliqué fur la dent : chofe loiiée 8c approuuée de Vigo. Autre. Mefué dit que pour feder la douleur, faut tenir des ails pilez en la main du cofté de la douleur. Autre. Pour vne extreme douleur de dents que i’auois , vne petite bonne femme me confeifla y mettre defllis vne golfe d’ails vn peu cuitte fooislcs cendres 8c la mettre la plus chaude que ie pour- rois endurer ; ce que ie feis , & toft après ma douleur fut ceffée , tellement que depuis ie l’ay pra- tiqué en plufieurs,où l’on a veu vn effet merueilleux: aulïî on en mettra dedans l’oreille. Autre. rad. pyret. 3. fi. ment. 8c rut. an, p. bulliant in accto , & d’icelle en fera tenu chaud en la bou- che. Autre. Faites fumigation de graines de coloquintes , 8c demouftarde, 8c d’ails, rcceuc par en- tonnoir à la dent, du cofté de la douleur : auffi on mettra en l’oreille huile de caftor, ou de giro- fle , ou autre tirée par quinte effençc., Autre. Soit fait parfum ou fuffumigation ainfique s’enfuir. Caufe de la douleur des dents. Les Çtgnes pour cognai - Jire (lia doub- leur eft faicïe de matière chaude ou froide. Cure. Remedes fe- d a tifs *e don- lew , en ma- tière chaude. Remede fou- nsnt appren- ne. Tel remede Je de toft la douleur. Pour feder la douleur de eau Je froide. Expérience faifte fur lAuthcur. O peracions de Chirurgie. 461 A rad. pyrec. gingib. cinamo. altim. roch. falis communis, nue. rnofeat. nue. cuprcC amT. /cm. imap. enphorb. De ces choies en fera pris Se faiéte décoction en oxycrat, de à la fin fera adioufté vn peu d'eau de vie , Se en fera receuif la vapeur , ou fumée par vn entonnoir : aufli en fera fait gargarilaïcs : dauancage en fera mis vne goutte ou deux dedans les oreilles auec vn peu de cotton. -rtutre. Soit appliqué vn velîcatoire au dellous des oreilles , à fçauoir, en la cauité où fe conjoint la mandibule inférieure , la douleur celle : d'autant qu'en celle partie il y a veine, artere, & nerf, lesquels fe distribuent aux racines des dents : Se par la vcficationon fait vacuation de l'humeur ja fine, de deceluy qui découlé , &c partant la douleur s'appaife : ce que i'ay fait plufieurs folk. On fera tenir en la bouche du malade du vin,auquel on aura fait bouillir femencc de iufquiame, ou mandragore. Dauantage, prenez racines de tithymal, boulines en vin de vinaigre , Se d'icclles qu il en loir tenu en la bouche , ce remede ell bienapprouué fi la dent eft; pertuifée , de que le ma- lade ne vueille permettre l'arracher pour appaifer vne extrême douleur : il n'y a rien plus allèuré, que d'y appliquer chofes cauftiques, comme huile de vitriol, ou eau fort, ou le cautère adluel : car par celle cauteri fanon, on brulle je nerf, lequel eftant bruflé n'a plus de fentiment, & n'en ayant plus, ne peut faire douleur. Lors que les gcnciues Se les ioués s'enflent au dehors, c’ell bon figue: car la douleur celle, à caufe que Nature a poulie l'humeur du dedans, au dehors : Se fi on veut fai- re tomber la dent par pièces , faut prendre laiél tinthymal, Se pouldre d'encens incorporez auec vn peu de fleur d'amidon, en faire parte , Sc en foit enueloppce la dent, fans toucher aux autres. Renffdet pour matière chaude. De plufteurs indiJJ>ofitions qui aduienncnt aux dents. C H a p. XXVI. ■ L y a autres vices & accidcns qui aduienncnt aux dents,à fçauoir quand elles font relaxées , & qu’elles branflent, pourriture,corruption, pertuifcment,& des vers en- gendrez en icçlles,congélation, & autres. Les dents branflent pour la relaxation des genciucs , qui fe fait de caufe primitiue , comme cheute , ou coup : & aufli par caufc antecedente, comme fluxion qui defeend du cerueau : ou par certaines vapeurs efle- uées de l’eltomach , & quelqucsfois par faute de nourriflèmenc , ce qu’on void aux Vieilles gens; pareillement par corrofion de certain humeur acre qui tombe aux genciues.Or le branfleraent qui vient par feicherelte & défaut d’aliment, eft pernicieux, comme tefmoigne Hippocrates en l'a- phor. Z4<$. aux Coaques, ôciamais ne fe cure : mais les autres feront aidez par chofes contraires. ‘ Et premièrement le malade euitera de mafeher chofes dures , & de trop parler. Si le branflementJ vient par coups ou cheutes , & fi elles font aucunement hors de leur place , le Chirurgien les ré- duira , & les liera aux autres proches qui font fermes lk entières, & ne les doit-on acheuer d’ar- cs tacher : car elles fe peuucnt r’afferrnir èc tenir fermement en leurs alueoles. Ce que i’ay cncorcs depuis n’agueres fait à vn mien voifln & amy, nommé Antoine de la Rue , maiftre tailleur d’ha- bits , demeurant au bout du pont Sainét Michel, lequel receut vn coup de pommeau de dague fus la mandibule inférieure , tellement qu’elle fut entièrement fra&urée ,& trois dents mifes &ren- uerfées en la bouche , & prcfque du tout hors de leurs alueoles : toutesfois la fra&ure delà man- dibule fut réduite, & les dents remifes en leurs places,liées & attachées auec vn fil en double,ciré, auec les prochaines. le luy ordonnay viandes qu’il ne failloit mafcher,comme prcflîs,coulis,orge,- mondé,panade,gelée,ius d’eclanche de mouton,&: autres femblablcs:auflî laueraens &gargarifmes aftringés,& autres chofes necdlàircs à la fradure,& ainfi fut guary,de façon qu’auiourd’huy il raaf- che autant bien delfus l’efdites dents qu’il fit iamais : partant le ieune Chirurgien fera le fcmbla- ble lors qu’il fe trouuera en tels accidens.Or pofons le faiét qu’il y euft vne dent mife du tout hors de fa place par quelque coup , ou par l’imperitie de l’arracheur de dents, ou du malade qui luy en auroit fai€ la limofite ou r ouille ure des dents î & la manière de les confèruer, Chapitre XXVIII. BL faut après le repas lauer la bouche d’eau 3c vin , ou eau auec vn peu de vinaigre: femblablement les nettoyer , afin qu’il ne demeure quelque petit refte de viande, la- quelle fc corrompt entre les dents , qui fait qu’apres elles s’altèrent 3c pourriftent, & font que l’haleine eft de mauuaife odeur. Auffi il fe concréc vne matière terreftre, comme vne roiiillefur icelles, de couleur iaunaftre,qui les corrode comme la rouille le fer : ce qui aduient par faute de les nettoyer 3c de ne raafcher deftus : il faut ofter 3c racler relie matière auec petits inftrumens propres à ce faire,puis après feront les dents frottées d’vn peu d’eau forte , 3c eau de vie meflées enfemble, afin d’ofter le refte que les inftrumens n’aurqjent peu faire. Pour les conferuer ne faut raafcher chofes par trop dures, ny rompre noyaux , ny os , & autres fcmblables : auffi qu’on ne les cure ordinairement auec chofc qui les déchauftè, 3c qu’on les frotte auec dentifrices faits de racines de guimauucs boüillics en vin blanc 3c aluni de roche,& en foient fouuent frottées les dents : auffi la poudre faite d’os de feiche, pourcelaine , pierre ponce , alum g cuit, corne de cerf, 3c vn peu de canelle, y eft fouueraincment bonne : aucuns ne prennent que de la croufte de pain baillée mife en poudre. Eau pour blanchir les dents fort excellente, 3c gemm. an. îj. j. alum. roch. 5. fi. addendo aquæ rofarum quod fufficit, 3c fiat diftillatio, de la- quelle vferez , & en frotterez vos dents. Caufes. Poudre pro- pre pour net• toyer les dëts. De l'empef bernent & retraffion de la langue. C h a p. XXIX. Caufe. 8’Empeschement & retraéUon de la langue aucunesfois eft naturelle, eftant la langue retenue par les mufcles 3c membranes, qui dés le premier iour de leuf na- tiuiré , font ou trop durs , ou trop courts Quelquesfois auffi vient par accident ,à caufe de quelque cicatrice dure, après vn vlcere fait fous icclle. On cognoift ce vice eftre naturel, quand le malade du commencement eft fort tardif à parler , 3c quand la parole luy eft venuc,ii parle haftiuement en bredoiiiliant:femblablement le ligament qui eft fous la langue , eft raccourcy plus qu’il ne doir,tellement que Le malade ne peut bien pouftèrladangue hors de la bouche. Quand ce vice vient par accident, faut trencher 3c couper au trauers , l’attache nerueufe ( dite vulgairement le filet ) qui la retient, & en ce faifant,fe faut donner garde d’incifer les veines 3c artères qui font fous icelle, de peur du flux de fang , qui après feroit difficile à eftan- cher. L’opération faite , faut faire lauer la bouche du malade d’oxycrat, puis mettre vn drapeau q en double,trempé en fyrop de rofes feiches, ou de mieil rofat, dedans la playe , 3c principalement de nuict, de peur qu’elle ne fe reprenne : pource qu’en dormant le malade ne parle point, 3c ne re- mue point la langue. Anflî paflèra fouuentesfois fon doigt au ddfous, & tirera la langue par inter- ualle hors la bouche. Or quand il y a danger de flux de fang, à caufe de l’incifion , on coupera ce ligament, en pallànt vne aiguille enfilée au deftbus,la ferrant fi fort de iour en autre qu’il le coupe. Quelquesfois ce ligament eft fi large 3c court, tenant la langue fi fubjeéle, que la Chirurgie n’y a lieu fans grand flux de fang, 3c péril du malade. Signes. Cure, Pour empef. cher l'agglu- tination. Moye de fai - te inctfo fans hemorrhagit. Des doigts fuperflus , & de ceux qui font joints enfemble. C H A P. XXX. Dluifto» des doigts fuptr- fins. E nombre naturel des doigts de la main eft de cinq, 3c s’il y en a plus ou moins, c’eft |y|| choie fuperflué , 3c contre nature. Ce qui défaut ne peut eftrc reftitué par Chirurgie: llps. au contraircjce qui eft fuperflu fe peut ofter,quelquesfois non. Ceux qui font fuperflus naiftent près le poulce, ou près le petit doigt, 3c rarementles void-on naiftre aux au- tres doigts. Iceux font ou du tout charneux , ou bien ont des os en leur compofition , 3c fouuen- tesfois des ongles. Ceux qui ont des os : naiftent ou de la jointure, ayant l’aflèmblage d’icelle com- me le doigt naturel : ou naiftent de l’efeadron des os des doigts, & ceux n’ont aucun mouuemenr. Les autres qui naiftènt des jointures, quelquesfois fe remuent 3c ont raouuemcnt, & ieplus com- p munément font plus courts , 3c quelquesfois d’égale grandeur au naturel. Quelquesfois auffi les doigts font vnis enfemble, 3c autrefois bien peu feparez l’vn de l’autre : ce qui aduient naturelle- ment,ou par accident : naturellement,dés le ventre de la mere,par le vice delà vertu formatricc:par accident, comme à caufe d’vnc playe, 3c le plus fouuent d’vnebrufleure , par l’ignorance du Chi- rurgien , qui n’a eu égard pendant la cure, mettre du linge & autre chofc entre iceux ; car le cuir eftant vlceré tant d’vn que d’autre cofté des doigts ,eft caule qu’ils fe joignent enfemble. En ces deux accidens. fi le Chirurgien cognoift qq’il y aye peu d’efpaiftcur, n’ayant que le cuit 3c bien peu de chair qui les tiennent liez & attachez l’vn contre l’autre ,aifémcnt feront feparez auec vn rafoir bien trenchant. Au contraire s’ils eftoienr grandement joints, 3c les tendons 3c nerfs vnis enfern- ble , en tel cas le Chirurgien n’y touchera. On ampute aifément ceux qui font charneux,coupant auec le rafoir ce qui eft fuperflu : 3c s’il y a des os , feront trenchez auec tenailles incifiues , com- me tu vois par ces figures. Et le refte de la cure fe paracheuera ainfl qu'il appartient. Des doigts vnis enfem- ble. Cure des doigts joints & vnis en- emble. Çure des doigts fuper- flus. Opérations de Chirurgie. 465 Figure des tenailles incijiues. oAutre tenaille four cou fer les doigts Juferfluj0 le diray encore qu'il y a plusieurs aufquels les ongles entrent en la chair des orteils, qui létir donnent douleurs extrcmes,& fouucntesfois on n'auance rien à couper l'ongle : car recroilfant, il fait le femblable mal. Et partant, pour la cure il conuient couper entièrement la chair, où la por- tion de l’ongle fe cache ,ce que i'ay fait fouuent aucc bonne ilfuc. Pareillement, aucuns ont des cors aux orteils , qui font grandes douleurs. On lesguarit, coupant toute la calloiîté, on corne, puis on applique deffus aulx pilez : mais pour le plus expédient, les faut cauterifer auec eau fort, ou huile de vitriol. La manière Rhabiller le Prefuce trop court 3 & des Pet aillez. Chaî. XXXI. fe void à aucuns le Prcpuce eftre trop court, & ne couurir le glan ou extrémité' de la æ||sa vierge. Or cela aduient, ou naturellement, ou par tailleurc dés lenfance, ôc ce par com- ï|k|| nandement de Religion, à fçauoir, Circonfion, comme aux luiFs, Turcs, & autres.Pour ia curation, faut renuerfer le Prépuce , puis couper la peau intérieure en toute fa cir- confeription, euitant la veine ou artere qui font droittement fur la verge, entre les deux peaux du- q dit Prepuce : puis fera tiré contre-bas tant que le glan foit cornière &c caché, mettant première- ment entre le glan ôc le Prepuce, vue petite emplaftrc deficcatiue ,de peur qu'ils ne fe Joignent en- femble : cela fait, il faudra lier le prepuce ( que Pon aura tiré ) à fon extrémité, iufques à ce que la cicatrice foit faiéte, ôc ne faut obmettre lailîer vne petite Cannule au conduit de la verge, à fin que le malade puille vriner à fa volonté. Il eft eft icy à noter, que ceux qui ont efté taillez ôc circon- cis par commandement de la Loy eu leur enfance : puis quittent icclle aucc toutes Tes ceremonies( à fin de n'eftre recogneus pour luifs circoncis) font gnaris en celle forte. On coupe la peau delà ver- ge contre la racine tout autour, ôc quand elle aura ainfi perdu fa continuté, on la tire peu à peu en bas, iufques à ce que le glan foit couuert, puis on procédera à la cure pour y faire cicatrice. Tels iont appeliez des latins T^eçutîti, ôc des François , Retaillez Caufefo Cur!i Retaillez, Du Prepuce fi ferré quon ne peut defiouurir le Glan,dit Phymofis & Paraphymofis Chapitre XXXII. HA conftrudion du Prepuce a deux efpeces : la première, quand le glan eft couüert d’ice- luy,& qu’on ne le peut retirer contre-niont & defcouurir. La féconde,quand le prépu- ce eft retiré contre-mont, qui fait le glan defcouuevt, & on ne le peut rennerfer, & réduire fus le glan. La première cfpece eft nommée Phymofis , la fécondé Taraphymojïs. La caufc de la première efpecc,qui eft quand le glan ne peut eftre defeonuert,vient naturellement, ou pour quelque cicatrice & excroiflance de prépuce : comme il aduient forment pour des verrues. La fécondé efpece vient pour quelque inflammation de la verge,commc pour auoir attouché fem- mes ordes,dont s’eft fait des vlceres entre le prepuce & balanus, auec tumeur & inflammation \ de forte que l’on ne le peut renuerfer : au moyen deqnoy on ne fçauroit traitter lefdirs vlceres, dont s’enfuit le plus forment gangrené & mortification de toute la verge , à caufc deqnoy eft neceflairc faire amputation d’icellè,pour euiter la mort.Pour la cure du prepuce ferré,ayant mis le malade en bonne fituation , on tire le prepuce en douant, l’eftendant & ouurant autant qu’il fera poftîble : & ft la conftridion eft faite à raifon d’vne cicatrice, on le coupera en trois ou quarte endroits en fon intérieure partie,ce qui fe fera commodément auec vne Biftorie courbe : & ne faut que lefdites in- cifions pénétrent iniques à l’extérieure partie d’iceluy , lefquelles feront diftantes 1 vne de 1 autre également. Si l’aftridion vient pour quelque chair fuperfiueou verrues , conuiendra la coniom- racr,comme les verrues du col de la matrice , & de la verge. Et là où il feroit tout en fa circonfé- rence adhérant contre le glan,ne reçoit curation. Thymofls. TaraphymO” fis. Cttufe. Cute dîueffé félon lu dî- ner fi té dej caufes. 466 Le Dixfeptiéme Liure, de pîufieurs De ceux qui ri ont -point de trou au bout duglanju qui l'ont au deffous , & qui ont Le ligament de la Verge trop court. C h A p. XXXIII. Symptômes du gUn non percé. HLvsievRs de leur naifsâce n’ont point leboutduglan percé,mais bien au defibus près le filet,à caufe dequoy ils ne pcuuent vriner droit, s’ils ne renuerfent la verge contre le ventre ; ils ne pcuuent auffi engendrer , parce que cefte imperfection les empefche de iecter droit la femence dans la matrice. En telle difpofition on vfe de la Chirurgie, C’eft que l’on tire le prepuce de la main feneftre,&: de la dextre on coupe le bout du prepuce,& Eex- tremité du glan,ioignant le trou qui eft defibus. Aucuns ont le ligament de la verge fort court ; de façon qu’en Eerediond’icelle cllen’eft droitc,ains tortue, en forte que cela empefche la génération, la fcmencenc pouuanr eftre iectée en la matrice de ligne droite : ôc pource faut couper le filet le plus dextrement qu’il fera pofîiblc-& traitrer la playe comme les autres,ayant égard à la partie.il y a des enfans qui naiftenc ayans le fiege clos d’vne membrane qui garde les excremcns de fortir: aulquels pour ledeuoir de noftre art,il conuient faire ouuerture,& l’ayant faite,on void fortir quel- ques cxcremens : mais nonobftant cefte ouucrture , i’ay remarqué que tels enfans ne viuent pas longs jours,ains meurent en peu de temps. Cure du liga. Vient trop fourf. De la caufe des pierres. Ch A p. XXXI Y. Caufe des pierres. P*enes fi11* k ont en ve^e > prennent le plus fouuent leur origine des reins, ôc defeendenr en la vefiîe par les vaiftèaux vrinaircs. La caufe d’icelles eft double,à fçauoir matérielle,& efficiente.La caufe matérielle, pour la plufpart font gros humeurs gluans, é efpés &vifqueux, faits de cruditezcauféespar intemperature, & exercices immoderez, principalement foudain après lepaft : ôc pour cefte caufe les enfans font plus fnjets à celle maladie que les plusaagez, ainfi que l’on void par experiencc,à raifon de leur infatiable voracité. La caufe efficiente,eft la chaleur excefliue, qui confume la ferofité fubeile, ôc la plus terreftre demeure ôc fe feiche,ainfi que voyons eftre fait és tuiles Ôc briques,defquelles le feu confumanc l’humidité,le re- ftefe tourne en pierre.Ce qui y aide beaucoup,cefont les conduits ôc voyes vrinaircs trop cftroits, en forte que les cxcremcns gros ôc vifqueux ne pcuuent palier, ôc eftre iettez hors par iccux, ains demeurent dans la fubftance des reins ou de la vefiîe,puis s’amaftène les vns fur les autres : ainfi par addition eft faite vne pierre comme par efcailIe,croufteou efcorce. Et tour ainfi que le Chandelier trempant fa mefche par plufieursfois dans le fiiif, en fait vne grofte chandelle : femblablement la partie de l’vrine plus crafiè & gluante en paffimt fur vne petite arene ou pierre , adhérant contre, ôc s’incrnftant, ôc après par eipacc de temps le grofiiffant, fait en fin vne grofte pierre. L’vrine contenue en la veflie, depuis qu’elle eft efchauffée , rend grande chaleur au corps : partant il eft C bon de pi (fer fouuent. Les enfans font plus fu- ies s a la pier- re que les plus aagez,, Caufe adiu- uante. Des Jignés des pierres és reins, d* en la vefie, Chap. XXXV. TJippoc. aux Epidémies. KE s lignes de la pierre engendrée és reins font, que le patient ictre ancc Evrinc des arènes rouges ou iaunaftres , ôc fent vn prurit obtus aux reins , auec granité & pe- fanreur des lumbes : ôc quand il fe meut, il foufFre vne dt>uleur poignante, ôc ftu- penr ou formiemenr aux lumbes , hanches Ôc cuifies, à caufe que la pierre chant enclofè dedans le rein ou dans le pore vretere , prellè les nerfs procedans des ver- tébrés des lumbes. On pourra facilement cognoiftre que la pierre eft dans la veflie par les lignes fuiuans : c’eft que le malade fent vnepefanteur ( fçauoir eft fi elle eft grofte} au fiege ôc peri- neum, auec douleur icdigatiue ôc poignante , qui s’eftend iulques à Eextremité de la verge, telle- ment qu'il la tire Sc frotte toufiours, dont elle vient allongée ôc relaxée outre'mefure : ôc le plus forment l’a roide , pour la douleur qu’il foufFre, auec grande enuie de pilfer, mais ne peut bien li- brement , & quelquefois ne pifte que goûte à goûte : Ôc eh vrinant fent vne extreme douleur, croi- fanr les iambes , ôc feanr contre terre auec cris ôc gemiflemens , auec très grandes cfpreintcs , à caufe que la pierre eft chofe eftange à Nature. Parquoy la vertu expultrice s’eflbree à la ietrer hors, qui cause les efpreintes : ôc par icelles fouuent le mufcle du fiege nommé Sphindcr, eft relafché: D lors portion del’inteftin droit fort dehors , Ôc à d’aucuns, par les efpreintes leur viennent les he- morrhoides auec extreme doulenr.En outre, au fond de leur vrine eft trouué vn humeur gros, vif- queux & gluant,quelquesfois aufîigros comme de petites huiftres, ou comme du blanc d’œuf : ôc rellechofe demonftre que la pierre eft faire par diminution dechaleur naturelle. D’auantage le ma- lade a vne couleur pafle, iaunaftre, ou liuide, ôc les yeux battus, ne pouuanc repofer ny dormir qu a grand peine, à caufe qu’il eft prefque en continuelle dogleur. D’abondant, on recognoiftra par la fonde, en fituanr le patient debout vn peu courbé deuaht, les iambes diftantes l’vne de l’au- tre d’vn pied on enuiron, ôc faut qu’il foit appuyé par derrière : alors on appliquera vne de ces fon- des (telle qu’il fera befoin ) premièrement oinde d’huile ou beurre , la patient dextrement iuf- ques dedansfa-capacité de la vefiîe s’il eft poflîble. Et où par telle fituation on ne pourroit met- tre la fonde en la vefiîe, il conuiendra fituer le malade fur le bore de fon lid vn peu à la renuerfe, les genoux pliez ,&Ies talons près desfefies, comme tu pourras voir en la figure depeintecy-apres de ceux à qui on tire la pierre par incifion. Ce faifant on mettra la fonde plus facilement dedans la vefiîe, ôc par icellc on fendra la pierre par vne refiftance Ôc dureté d’vn corps dur, auec vn fon iordcau au bout de la fonde, qui fera iuger véritablement y auoir vue pierre. Et noteras icy pour Signes des pierres en la vejfie. Caafes des enfreintes. Situation de ceiny quon vent fonder. filtre fit na- tion. Opérations de Chirurgie. 467 A vn precepte, qu’entre tous les lignes fufdits, celuy de la fécondé eft le plus certain pour cognoiftre s’il y a pierre ou non. Il aduient neantmoins quelqucsfois qu’on ne la peut trouucr au feus du taét, à caufe qu’elle fera peut-eftre contenue envne apofteme,ou cnueloppéc d’vn humeur gluant ou vifqueuxjou couuerte d’vnc membrane. Quelqucsfois aufîî que la pierre eft petite & errante en la vefîîe, qui Fait qu’on ne la peut pas toujours trouuer , & quelques iours après on la trouue. Or les fondes doiuem eftre proportionnées félon le fcxe& les aages. Partant , il en faut auoir de petites, longues,moyennes,groflès,menu‘és,courbées,&: droites. Dauantage, lors qu’on les met en la vefîîe pour les faire vriner, il y faut mettre dedans vn filet d’argent,pour empefeher que quelque humeur ou fang ne s’engorge au bout, qui feroit caufe que l’vrinc ne pourroit paffer au trauers ; & quand elle fera dans la vefîîe , on doit retirer le fil d’argent, afin que l’vrine pafle librement au trauers d’icelle. . cognait lit faiftemetfar la fond*t. La figure des Sondes dufil et argent ejl telle. Du prognolîic des pierres. Chap. XXXV 1. A pierre eftant fortie hors de l’vn des reins,& arrête dans Ton vretere,en forte qu’el- C lr abouche du tout,le patient neantmoins ne lablera d’vriner : parce que nature ayant. bé fait noftre corps double l’vrine régurgitera & fera vacuée par l'autre vretere. Et fi Eàl&ÊP2* tel accident aduient aux deux , l'vrine fera du tout fupprimée, qui fera caufede la mort qu patientj & en mourant fera femblables afpirations que ceux qui fe noyent en vne grande eau, à raifon que l’vrine regorge dedans la grande veine cauc, & par confcqucnt es au- tres , ôc meurent : pource que la chaleur naturelle eft fufFoquee & cfteinte parla trop grande mul- titude d'vrine : ôc aulfi aucuns la vomilfent, ce que i’ateefte auoir veu fouuentesfois. Quelquesfois nature ictte quelque petite pierre des reins, ôc s’arrefte aux vaiftèanx vretercs, dont aucunes font vne extreme douleur, iufques à ce qu'elles loienc defccnducs dans la velfie , & caufcnt plufieurs accidens, comme efpreintes , & volonté d'aller à la felle & vriner , & néant- moins les malades ne peuuent,pource qu’ils font le plus fouuenc conftipez de venrofitez : qu'il foie vray , ils routent quafi continuellement. Et fi le patient efternuë , ou qu'il rouife , ou qu'il Face quelque grande commotion de corps', il fent vne douleur poignante ( principlement fi elle eft con- nue,& fi elle eft aucc afperitez) à l'endroit où eft la pierre arreftee. Semblablement la douleur eft communiquée àla hanche & à la cuifte, & à d'aucuns leur femble qu'on leur tire en haut les tefti- cules par vne grande violence.D’auantage font vexez de la colique , auec vomiftemens bilieux, &: lueurs vniuerfclles. La pierre s’engendre plus fouuent aux vieilles gens és reins , qu’elle ne fait aux ieunes,à raifon que leur faculté expültrice eft plus debile.Au contraire , die s'engendre en la velfie U des ieunes plus fouuent qu'aux vieux , d'autant que leur chaleur naturelle eft plus forte , & par confequent leur faculté expültrice eft plus vigoureufe , & aulfi pource qu'ils font plus exccfiîfs à la crapule, comme avions die cy-deuanr. Et quand elle eft en la velfie, & que le patient iette du fang auec l'vrine,c'eft ligne que la pierre n'eft groftè ny vnie , mais au contraire eft petite & cornue , ou efpineufe , c’eft à dirô auec afperitez : car d’aurant plus qu’elle eft petite , plus facilement entre de- dans le col ôc orifice de la velfie, ôe par ce moyê à plus de peine à en eftre reculée, & à feutrer dedas fa violence, pource quelle efgratignè & vlcere les parties où telles afperitez touchent,qui eft caufe de ietrer le fang par la verge. Aulfi quand l'vrine eft blanche & taiëfceufe,c’eft ligne que la pierre eft vnie : pareillement le patient ne fent telle douleur que lors qu’elle a des aipcricez. Et fi la pierre eftanr aux reins eft efpineufc,il fentira douleur picquantc,commc d'aiguillons , ne fe pourtant plier ny remuer qu'auec peine : s’il trauaiilc il iette vne vrine fanguinolente, voire quelquesfois le lang tout pur, à caufe de la violence qu’ellefait contre les parois des colatoires où elle a efté procréée. Or les pierres qui «aillent aux reins feront grolfes ou petites, & de diuerfes formes &c figures, a raifon des interceptions ou petits ventricules qui font au profond des cauitez des colatoires. Véri- tablement i’en ay trouué en aucuns eftans decedez, de grandes comme le doigt, & de figure d’vn En quel cas fupprejfitn d'vrine viet au calcul des reins. Sigmsde pîêr~ re defcendâte des reins. La pierre fé- lon Vaage e(l pluftofi aux reins ou à la velfie. Signes de pierre vole. Les pierres font de di- usrfes figures* 468 Le dix-feptiefme liure, de plufieurs lévrier, autresfois d’vn porc, autresfois rondes Sc vnies, autresfois quarrées, ôc aucc plufieurs af- A périrez, comme pommé de pin : autresfois vne feule, autresfois plusieurs ôc de diuerfes couleurs, comme noires, iaünaftres,blancheaftres, rougcaftres, cendrées,& autres de diuerfes formes Ôc cou- leurs, félon la température des patiens.Des cholériques ôc maigres,lcs pierres font communément faites par chaleur ôc ficcité eftrangc: & des phlegmatiques & gras,par froideur ôc parobftruéfion des conduits. La pierre qui eft en la veflie cft quelquesfois errante, autresfois atta- chée en haut, ou en bas, au fond. Si elle cft attachée au fond, le patient pour pifler à Ton aile fe couche fur lesreins:& û elle eft en haut,il fe courbe pour vriner:fi elle eft en bas,il fe tient debout ôc fi elle eft errante,qui eft lors qu’elle eft petitc,il fe met en diuerfes figures.Quelquesfois la pierre tôbe du fond de la veflie au conduit de l'vrinc,& du tout le bouche,dont aduiét entière fuppreflîon d’vrine. Alors il faut lituer le patient fur le dos, & cfleuer les iambes en l’air, l’agitant ÔC fecoüant, comme fi on vouloir enficher quelquechofe dans vn fac , à fin de la repouflet hors du conduit de l’vrine ; ôc femblablement fe peut repoulfer auec vne fonde. Ceux qui ont la pierre és reins ou en la veflie font prefquc en continuelle douleur, toutesfois à d’aucuns leur douleur vient par paro- x y fines, ôc feront quelquesfois vn mois ou deux , plus ou moins, voire vn an entier , fans fentir douleur : qui eft lors que les pierres font liflccs ôc polies : mais fi elles font raboteufes auec afperité caufcnt de tres-grandes douleurs, principalement après auoir pifle ; à caufe que le corps de la veflie fe comprime 8c referre contre la pierre pour ietter l’vrine, ôc la pierre qui luy eft contre nature, la vertu expulfiue s’efforce autant qu’elle peut la vouloir ietter hors. Qr ces panures lapidaires,pour l’extreme douleur qu’ils endurent, défirent plus mourir que viure,qui fait qu’ils s’expofent entre les g mains du tailleur, mais le plus fouuent c’eft trop tard. Car iamais ils ne s’y mettent, fi ce n’eft lors que leurs vertus font profternées Sc abbatués, ôc la veflie efcorchée Ôc vlcerée, qui eft caufe qu’ils meurent. Partant n’en faut donner aucun blafme au Chirurgien. Ceux qui ont pierres aux reins, le plus fouuent font les vrines claires , ôc quelquesfois laideufes Sc fanienfes auec du poil. Les femmes ne font fifubjedes d’engendrer pierres comme les hommes, à caufe qu’elles ont le col de la veflie plus court & plus large, laxe ôc ample ; parquoy lors qu’il y a commencement de pierre, elle fort deuant qu’elle foit fortgrolle : ncatraoins à aucunes fe forment ôc groflifent autant qu’aux hommes, dont les conuient incifer, ôc leurayder par femblables remedes qu’on fait aux hommes. Lors que la pierre excede lagrofleur d’vn œuf és hommes, le plus fouuent en la tirant on dilacere le corps de la veflie.Et fi telle chofe eft faite,!’vrinc fluera inuolontairement à iamais,à caufe quels veflie eft nerueufe Ôc exangne ; parquoy ne fe peut confolider ny réunir, ôc d’auantage le plus fou- uent y furuient inflammation Sc gangrené, & par confequent la mort. Les pierres médiocrement groflès fe tirent plus feurement,& le malade en cfchappe pluftoft que fi elles eftoient petites, à rai- fon que le malade cft accouftuméde longue main à patience, en tolérant ordinairement inflamma- tion, douleur,& autres accidens : ce qui n’eft de mefme aux autres. Si la pierre adhéré fort contre la veflie, ôc eft couuerte d’vne membrane,la voulant tirer on dilacere ladite veflie,& par tel moyen s'enfuit conuulfion,gangrené,ôc par confequent la mort.Tu dois icy noter,que la pierre eftant ainfi couuerte d’vne membrane , mal-aifément fe peut trouuer par la fonde. En outre, fi la pierre eft de figure longue,& que l’on la prenne en trauers , on dilaccrera ôc rompra-ton la veflie , dont s’enfui- uront les accidens prcdits.Si le Chirurgien, par cas-fortuit, pince le corps de la veflie auec fes in- ftrumens, ôc qu’il la dilacere ôc fepare des parties où elle eft ioinre , s’enfuiura conuulfion , ôc au-' très accidens prédits. Or parce qu’elle fera feparée des parties où elle adhere,fc fera grande inflam- mation , à caufe du fang qui coulera entre icellcs parties,laquelle fe putréfiera,fuiuant l’aphorifine d’Hipp. qui dit, Si tn ventrempinguispr&ter naturam ejfunditur, necejfario putrefeît. Parquoy s’enfui- ura aulfi gangrené, mortification, ôc confequemment la mort. Aj3res auoir ainfi eferit les caufes des pierres qui font troquées au corps, la maniéré comme elles font procréées, les fignes des lieux où elles font, les fymptomes ôc accidens , Ôc le prognoftic : à prefent faut èferire la curation,à fça- uoir, preferuatiue,& curatiue,& comme il faut diuerfifier les remedes ôc inftrumens félon les corps ôc parties où elles font trouuécs. Moyen de re- culer lutter- re du conduit de l'-veine. Les femmes ne sot fi fub- telles an cal- cul que les hommes, La vejfie di- lacerée , on rend inuolo- t alternent l’vrine. V terres enue- loppées d'vne membrane. De la cure preferuatiue. Chap. XXXVII.' A'glme, A cure prefetuatinc fera faite en ordonnant le régime furies fix chofesnon naturelles, M en euitant les caufes qui engendrent humeurs gros & vilqucux.Doncpour t’eninftrui- M re fommairement, fautcuiter la demeure en vn air gros & vaporeux. Quant aux ali- mens, faut s’abftcnir de poiflbn, chair de bœuf, de por.c, oifeaux de riniere, légumes, h- m ;c ,, laidages, œufs frits ôc durs, ris, patifleries,pain fans lenain,& généralement tons autres alimens qui fontobftrudion. Anfli fe garder démanger ails, oignons, poireaux, raouftarde, efpi- ceries, ôc généralement toutes chofes qui elehauflent le fang, ôc principalement ceux efqueîs on -aura conieduré que la caufe de la pierre vient par excefliue chaleur. Et quant à leur boire, faut s’abftenir de mauuàiles eaux, marefeageufes ôc bourbeufès, & de gros vins troubles, bieres,& autres breunages femblabes. En outre ne faut trop manger, ne gloutemenr , de crainte qu’il ne s’engen- dre des cruditez, ôc par confequent obftrudions. Le dormir toft après le repas eft fort nuifible, à caufe qu’il engendre cruditez. Le trop veiller, tranaillcr, & ieufner , font auffî incommodes, pourcc qu’ils enflamment le fang , ôc fi font caufe auffi d’indigeftion, ôc de chaleur eftrange. S’il y a repletion, faut vacuer tant ôc phlébotomie , que par vomiflement, lequel cft vn fingulier remede pour précaution de la pierre. Il ne faut anfli mefprifer les paffions de l’efprir. Et pour l’énaenation des humeurs cras &vifqueux,tu pourras auoir le confcil du dode Médecin: routcsfGisconfiderant qu’on ne peut toufiours le recouurer , ic t’ay bien icy voulu deferire aucuns Quels ail me s peuuent eau fer la pierre. Quels uages doit fuir celuy qui efl difpo. fi à auoir la pierre. Opérations de Chirurgie. 469 ■A remcdes bons 3c approu«ez,defquels pourras vfer félon que verras eftre befoim& icy noteras pour vn precepce de Galien,qui a commâdc qu'il faut éuiter les chofes diurétiques,& forces purgations, au commencement de l'inflammation des reins ou delà veille, parce qu'elles l'augmciateroient, y failanc fluer les humeurs en plus grande abondance, qui feroic caiife d'augmenter la douleur 3c autres accidens. Parquoy faudra vfer en tel cas de choies réfrigérantes 3c lenientes,tant par dedans que par dehors,comme de ce fyrop.2£.fummitatum maluæ,bifmal.& violante,ah.m.fi.radie.altheæ g.j.glycyrrhizæ ralæ J.iij.fl.q.leminum frigid.maiorum ah. 5/j. fiat decoétio. Accipe prædiclæ de- codlionis tb.fi.ôc in colatura diflolue facch.albilf g.ij.meliis albi §.j,fi. fiat fyruptus fecundùm ar— tcm;duquei le patient pourra vfer fouirent. Auffi vfera par fois d'vne demie once de cafle frai fiche- ment rauudée,auec vne dragme,ou dragme 3c deraie,ou deux dragmes de rheubarbe en poudre,fé- lon qu’il en fera befoin,dcux heures deuant le paft.Tu pourras aulîî vfer de cét apozeme auec grâd polypodij qijerci ni, paflhîarum muudatarum niofæyagrimoniæiOmnium capill.& bipincllæ ah.m.fi.quatuor femin.frigid.maiorum, feminis fœ- niculi J.vj.fiat decoélio ad tb.fi.in colatura dilfoluatur fyrupi de aida. &de hcr- niofa ah.fi.fiat apozema claril.& aromatifeum tantillo cinnamomi pro duabus dofibus : capiat primamdolm manè duabus horis ante cibm-n , dcalteram quarta pomeridiana. L'vfage des chofes diurétiques font boues à ceux qui font fubjecls à jetter de la grandie,d'autant qu’elles prouoquent à vriner , 3c ne demeurent gueres à paflèr par les reins 3c pores vreteres. Les matières qui caufent B la pierre, n'ont pas loyfir des'alfembler pour s’endurcir 3c la pidifier.Parquoy on vfera parfois du bouillon qui s'enfuit,lequel eftdemerueilleux effe£t,& bien experimâté.Prenez vn coq,& vn jarret de veau, qu’on fera cuire en eau auec vne poignée d’orge,racines de pcrlil,ozeille,fenoüil, chicorée, brufi:i,de dhacun vne oncerdes quatre femences froides concalfées, de chacune demie once:à la fin on adioliftera fueilles d’ozeille,pourpié,laictué,fornmitez de maulue,violettes de Mars,de chacune demie poignée : puis fera gardé le bouillon, duquel le patient en prendra par quatre marins , deux heures deuant manger,la quantité de demy-fieprier,auec vn doigt deius de citron, le failanc bouil- lir vn bouillon iuant chafque prife: en bref on verra vne opération merueilleufe. Car par l'vrine onv_ ra arenes , *Ô£ grande quantité de matière crade 3c vifqucufe. Parquoy demonftre par fon eftcéf qu'il aetcoye 3C expelle les matières des parties dediées a l'vrine, Sc ne fait aucune nuifan- ce à i’eftonaaeh, nv aux autres parties par où il pafle : ie puis dire que c'eft vn aliment medicamcn- te x. Tu pourras auffi vfer de la poudre fuiuante auec grand profit. nucleorum mêfipil. 3 j. pul, cleéL diatrag. frigidi 3 ij. quatuor feminum frigidor. maiorum mundatorum , glycyrrhizæ rælæ ah. 5 j. fera. faxï. 3 ij. feminum milij folis,geniftæ,pimpinellæ, brufei, ôcafparagi ah. 9.j. fe- min. altheæ 3 j.fi. face, albiffimi 3 vj. fiat puluis. Il faut vfer de celle poudre le premier iour de la Lune nouuelle,du premier quartier de la pleine Lune , 3c du dernier quartier , 3c tous les mois en- fuiuanSjSc en prendre la quantité d’vne cuillerée au matin , à trois heures deuant manger. Auffi le- xiue faite des cendres de troncs de febues , eft fingulierc pour tel effeél. Outre plus pourra le pa- £ tient vfer d’vn cîyftere tel que ceftuy-cy. 'dJL. laducæ, feariolæ, fol. fali.portulacæ,ah.m.j. flor.viol. 3c nenuph.ah.p. fi.fiat decoct. adib j. In colatura dilfolue cajffiæ fiftulæ 3 j. mell. viol, ôc face* rub. ah.3 j.olej viol', 3 iiij. fiat clyfter.Aqtrepour feder pareillement la douleur. 1JL. flor. camom. melil. fummit.ancth.berul.ah.p.ij.fiat decoét. in laéle vaccino, & in colatura diflolue cafl. fift. 3c facc.albi § j.vitell.ouor.num.iij. olei aneth. 3c cam. ah. ij. fiat clyft. Par dehors furies reins 3c au long on appliquera de l’onguent rofiat, nurrit. ou popul. feuls ou meflez enfemble : puis par delfus vne fer- mette trempée en oxycrat.Or fi la génération de la pierre prouient par frigidité, il y faut fubuenir par chofes contraires,dont faudra vfer fouuent du remede rereb. veter. 3 jicortic. citnh 3 ij. aquæ coélæ j.fi.mifice, fiat potus. Autre potion, recenr. cxtraél.3 vj. benedic. 3 iiij. aquæ fœnic. 3 i). aquæ afpar.3 j. fi.fiat pot.capiat tribus hor. anteprandium,Pourra femblablement vfer d'vn tel apozeme. '1/L. rad. cyper. barda, gramin. ah. 5 iij. bilmal. cum toto , béton, ah. m. fi. fem.mil.folisjbard.vrti.ah.3 ij.fem. melo. glycyrrhizæ ralæ ah. 3 ij. fi. fie. iiij. num. fiat decodu ad quar.iij. colato 3c expreflb , diflolue fyr. de raph. ôcoxymelitis fquillitici ah. 5 j.fi.facc.albif § iij. fiat apozema pro tribus dofibus clarifie.3c aroraatif. cura 3). cinnam. 3c 5. fi. faut, citrini ; capiat 3 iiij. trib. hor. ante prandium. D'auantage on peut vfer de celle poudre qui a grande efficace pour diffiper la matière du calcul. 2C. fera, petrofelini 3c radicis eiufdem mundatæ ah. 3. iiij. lem. card. quem calcitra. vocant, 3 j. deficcentur in furno lento igni, poftea piftentur feparatim , quibus fiat pul. de quo capiat æger 9 j.fi.vel 9 ij.cum vinoalbo,vel cum iuregallinacei puîli,dequo bibat æger tribus diebus ieiuno ftomacho. Autre remede. 1JL. rad.petrol, fœnic.ah.3 j.faxifrag. pimpineLgra- nor.alkekengi 3c bardanæ,ah. rh.fi.4.fera, frigid.maior. mund. fera.milij folis ah. 3 ij mifcc,fiat de- coél.capc decola.lb.fi. in qua dilffacchar.rub.& fyrup.capill.Veneris ah.3 j,fi.capiat in tribus do- fibus duabus horis ante cibum.Autre poudre. coriand. præp.9 4. anifi, marathri, granor. alke- kengi,milij folis ah.3 ij. zinzib.cinnam. ah.9 ij.turbit.eleél.5 j.carui 9 ij. galang. nucis mofeat. 3c lapid.Iudaici ah. 9 j.folio.fenæ mund.ad duplum omnium,diagredij 3 ij.fi.milce>& fiat pulu.dofis erit ad 3 j.cum vino albo : capiat æger tribus horis ante prandium. Le patient pourra auffi vfer de tels clyftcrcs contre les ventofitez. maluæ , biflnaluæ, parier. origani,calamenthi,flor. camomillæ, fummitatum anethi, ah. m.j.anifi, carui,cumini, fœniculi an, 3 fi.bacc. lauri 3 iij.fcm. rutæ 3 ij.fiat decoétio : in colatura diflolue benediélæ vel diaphocnici § fi. confeélionis bac. laur. 3 iij. facchari rubei 3 j- oleorum anethi, camom. rutæ ah. f j.fiat clyfter. Autre facile à faire pour mefme intention, nucum, vini raaluar. ah.lb, fi. aquæ vitæ 3. fi. On les doit tenir le plus longuement que l’on pourra, parce qu’ils feront meilleure opération , & appaiferont mieux les douleurs : & par les moyens fuldits on peut empei’cher la génération des pier- ies,& fubuenir auffi à la douleur delà colique, tant vemeuie quenephritique. Aa b Syropi Boiiitlm. Poudre fin- guliere cotre la pierre, Cîyftere^ Autre clyfte- re Peur aP~ Brsuuage fort conuma- . contre Poudre fort propre à dit* jiper la ma - tien du cal” chL Cîyftere, Le Dixfeptiéme Liure, de plufieurs Des moyens de fecourirceluy qui auroit vnepierre dans ivn des 'uretères dcfcendïie du rein. Chapitre XXXVIII. Signes de la pierre demeu- ré- dans Us vreteres. S Y a n t afiez parle de la cure preferuatiuede la pierre , il nous refte de pourfuiure les moyens pour foulager ceux qui en font affligez,tant aux reins ,vreteres , qu'en la vei- lle : 8c en premier lieu nous parlerons d'vn patient qui auroit vne pierre fortie de i'vn des reins , eftant demeurée dedans l'vn des vrcteres , 8c que l’vrinc eft fupprimée en partie : lors le patient fent grande douleur à l'endroit où elle eft demeurée, 8c par confentcment 8c voifinage à la hanche, veille, tefticules,& à la verge, auec vne volonté d’vriner,& aller à la Tel- le. Pour la faire defeendre , faut ( s'il eft pofîîble au patient) qu'il monte fur vn trottier courtaut, & qu'il lecheuauche vne lieue , plus ou moins : car par cefteéquitation & mouuement, la pierre fouuent defeend en la veille : 8c où il n'aura le moyen d'aller à cheual, faut qu'il monte 8c de- feende vn efcalier pluiîeurs fois, iniques à ce qu'il ioit las 8c en Tueur. Et luy faut alors donner à boire chofes qui lénifient, adouciilént, 8c relaxent, comme huile d'amendes douces, recememcnt tirée,auec eau de pariétaire,& vin blancauffi on doit faire des frictions auec linges chauds en deua- lant enbas,& appliquer des ventoufes auec grades flammcs:& doiuent cftre appliquées tantoftfur ]J les lumbes, tantoft fur le ventre,tirant vers les aines, vn peu au défions delà douleur, pour touf- iours attirer à la veille.Si le patient ne vomift il le faut prouoquer à ce faire,en luy donnant à boire eau 8c huile tiede, en quantité fuffifante ; car le vomiflément aide beaucoup à chalïèr la pierre contre-bas, à caufe delacompreilîon des parties qui fe fait en telleaétion. Et il par tels remedes le patient n’eft allégé, le faut mettre en vn demy-bain fait de la decoélion qui s'enfuit. If. maluæ, bilan.cum toto ah.m.ij bethon.naftur.& berulæ,faxifr. parietariæ, violariæ ah.m. iij.fcm.melonis, milij folis, alkekcngi an. vj. cicerum rubr.ib. rad. apij,grain, fœnic. 8c ering.ah. 5 iij.coquant. omniain fufF. quan. aq.pro incefiu. Toutes ces chofcs feront miles dans vnfac, fur Lequel fera aiïïs le patient, 8c qu'il fe trempe iufques au nombril. Et ne faut qu'il y demeure iufques à extreme foi- bleile : car par les bains cft faite grande reiblution des efprits 8c défaillance des vertus. Tels bains fedent la douleur, relaxent toutes les parties,ouurent 8c dilatent les voyes de l'vrine. En quoy fai- faut fouuentesfois la pierre defeend en la veflie. Et où la pierre par tel moyen ne déplaçai!:, Sc qu'il y euft entière fupprcflîon d'vrine, &aufïiqu'auparauant le bain on n'euft fçeu faire pafièr la fonde en la veflie,le faut derechef fonder à la lortie du baimpource que lors la fonde y entrera plus facilement qu'auparaUant, 8c pareillement ferihguer auec huile d'amendes douces. D'auantagcil faut que le malade fe garde bien du froid. Tu pourras par cefte figure cognoiftre la façon d'vne chaire pour faire le demy-bain. q Breuuage, Briffions. Vomijfement. Bai». Combien il fe faut tenir au bain. Figure de la chaire à demy-hain. « Defcriftion de la chaire à demy-hain. a La chaire. b Le trou d'icclle, là où le patient cft afiîs. c La cuuette où on met l'eau, d La fontaine pour vacuer l'eau quand elle cft trop froide, e L'entonnoir par lequel on met de l’eau | chaude. 't / D Autre déco- étio four fai- re vn demy- hain. Aune deco&ion pour faire vn demy~bain.3£.rad.raph.alth.an.tb.ij.rad.brufci,petrolel.& alpa- ragi an. xb j.cuminffoenic. dulcis., ameos an. iiij.fèm. Jini, 8c fœnug.an. § yj.flor. camom.melil. Opérations de Chirurgie. 471 A aneth.fQlionmarrub.parier.an.m.ij.bjil.omniafiraul fecund ùm artem, cmnaqua fuflîdemi, 8c pa- rum vini aibi ododfcri, vlque ad confomptionem teniæ partis, 8c fiat femicupium. Dauantageeft vtiledeccfte décoction en faire clyftere auec huile de lys quatre onces , 8c deux iaunes d'œufs : «Se lors qu'on le voudra donner au patient , citant en la chaulle ou canon à elyItéré on y adiouftera vnedragme d'huile degeneure ; vous alleurant qu'elle fede promptement la douleur eau fée par ven- tohtez. Et icy faut noter qu'aux grandes douleurs ncphriciques ne faut bailler trop grande quan- tité de decoblion , de peur que les inteftins trop remplis ne compriment les reins 8c pores vreteres qui (ont ja commencez à enflammer: pouteeque par cela.la douleur s'augmenteroir, & féroient prouoquez autres accidens. Outre-plus on peut appliquer vntel catapIaCmc 1fur l'endroit de la dou- leur , 8c au petit ventre, 8c lur les parties génitales, lequel a grande puiftànce d’appaifer la douleur, 8c ayder à faire defeendre la pierre des vreteres en la veflts. fœni- cu.fenecionis, nafturtij, berulæ ah.m.j.herniariæ m.fi.omnibus in aqua fufficiçnter dccoétis, dein- de pillatis, adde olei anethi, camorail. pinguedinis cuniculi ah.g.ij. farinæ cicerura quantum fyf- ficic ; fiatcataplafmaad vfum dictum. La deccftion fuj'ditetfl fort bonne à faire ciyfierea tejie mefme fin, Comment il faut procéder à la ruarifon de la pierre e fiant defeendue en la Vffsie. Chapitre XXXIX. fEÜ®T eftant la pierre tombée en la vclîie , s'il n'y en a qu’vne ( car ionnentesfois il y en a plulieurs qui defcendcnt auec multitude d'arenc ou fable) lors la douleur celle » 8c fen- il tira lepaticnt prurit,auec vn petit aiguillonncment à l'extrémité de la verge , Sc au Cie- ge.Et alors s'il n'efl; debile, faut qu’il trauaille à pied ou à chenal, & qu'il vfc d’vne tel- le poudre.^£.pul.elcéluarij lithontribon 5.].tribus Iroris ram ante-prandium quaman- te cœnara cum vino albo , vel cum iure cicerum rubrorum. Et faut auffi qu'il boiue de bon vin blanc en allez bonne quantité, 8c qu'i Ere tienne longuement Ton vrine s'il peut, à fin que le grand amas d’icclle challè 8c poulie plus aifément la pierre hors la veiîie. Pareillement luy faut faire tel- le inieclion. Veneris f.j. aquæalkekengi f.iij. olei de feorpionibus h. 8c d'icel- Ic luy enferaietté en la veille auec vne fyringue, La pierre en la velîie fait vlcere par Ton afperité 8c aftriébion, 8c la fanie qui en fort mordique & ronge les parties où elle demeure., qui fait touf- iours augmentation de douleur , 8c autres accidens. Poudre pro- pre pour com« miner Is fa- ble. De la perte e fiant au conduit de la verge ou au col de la vejfie. Chap. XL. A pierre eftant fortie hors du corps de la veflîe, 8c demeurée au col d’icelle , ou à la verSe > il feut alors que le Chirurgien fe garde bien de la repou lier au dedans : mais la mènera tant que faire fe pourra , auec les doigts à l'extremité de la verge, en y iettant C huile d'amendes douces , ou autres chofes lubrifiantes. Et fi elledefcend iufques à l'ex- tremité de la verge , 8c qu’elle y demeure, la faut tirer auec petits crochets : Et fi on ne peut par tels crochets l'extraire, on mettra cét infiniment nommé Tire - fond auec fa cannule, en la verge iufques auprès delà pierre : puis on le tournera doucement, à fin qu'il comminue'la pierre & la mettre en petites portionds, qui fe fera aifémenr,parce que ledit Tire-fons a fon extrémité en ma- niéré de Foret : ce quei'ay fait plufieurs fois. Moyes de ti- rer la pierre hors du col de la vejfie, Figure d’vu Tire-fond propre à commime la pierre dans la 'verge. oAutre plus petit. Et faut noter qu’il ne doit eftrt gros non plus qu’vnc grofle fonde, à fin qu'il ne face violence a le mettre dedans la verge. Le dix-feptiefme Hure, de plufieurs 471 Des moyens qu'il faut vfer pour tirer par incifion vne pierre arrefiée au conduit de l'vrine, que l'on aura peu extraire par les voyes fufdites. Chapitre X L I. 'Abondant, pofant le cas qu’elle full fi greffe & dure, ou ayant des afperitez & loing de l’extremité de la verge,de façon qu’elle ne peut ellre tirée, & l’vrine full ISSW fupprimée ;adonc faut faire incifion ( ce que i’ay plufieurs fois fait ( à collé de la verge, & non au deflus, ny au défions. Au deffus, àraifon d’vne grofie veine & ar- tere, qui pourroit ellre caufe du flux de fang. Au deffous n’ell conucnable, parce que la partie eft exangue,& pource difficile à ellre confolidée,& aulfique l’vrine ne permettroie 1 v- nion ellre faite,parce" quelle pafleroit par l’vlccre & tomberoit entre les lèvres de la playe. Et pour ces caufes fincifion fera faite fur la pierre à collé , qui eft vne partie plus charneufe. Mais tu dois icy noter, qu’auant que faire fincifion, il te faut lier la verge au deflus , & bien près de la pierre, pour la tenir contrainte & fubiette, Scployef la verge en cercle , pour mieux faire fortifia pierre puis tirer allez fort vers toy le prepuce, à fin qu’apres fincifion , le cuir ellant relafche, retourne B & couure ladite incifion, dont plusaifément & briefuement l’vnion Ôc confolidation de la playe fe fera puis après. Lors tu tireras la pierre auec tel infiniment. "En quel lieu faut incifer lu verge., Adu ert 2fe- nte t au Chi- rurgien. InBmmens propres à extraire la pierre, après t incifion de la eft telle-, Et auflî H on ne peut, 6c qu*il faille dilater la plâye dauantage, la pierre eftant trop groftè,adorté faut vfer de cét inftrument nommé Dilatatoire, lequel ayant mis dedans la veille, fera pris par les deux bouts, les preilànt enfemble : par cela on dilatera la playe tant qu’on voudra. La figure d'vn Dilatatoire clos. La figure dtvn Dilatatoire ouutrî. Apres la dilaceratiçn 8c dilatation tu te Terniras du bec de Cane cy - délias eferit, ou de cçftuy qui eft courbé. Le Dixfeptiéme Liure, de plufieurs 476 Tenailles en forme de bec de Cane courbé. Par icelles tenailles fera cherchée la pierre,dilatant la playe pourl’cmpoigner,& iors que l’ope- rateur cognoiftrala pierre eftre entre ces tenailles, promptement faut lier les branches d’icelles, ôc la tenir fermement, puis la tirer non tout à coup ; mais la faut tourner d’vn cofté & d’autreft’ame- nant dehors peu à peu auec la plus grande dextérité que l’on pourra. Et ce faifant fe faut garder de trop comprimer & eftreindre la pierre par lefdits inftrumens, de peur de la comminuer &c rompre en pièces. Aucuns , afin qu’elle n’efchappc d’entre les inftrumens, mettent deux doigts dedans le ftege,6c gaignent le dcftus de la pierre : choie qui ayde grandement à la tirer , & que i’approuue. Les autres fe feruent de ces deux pièces appelléeç aillerons , & les mettent à cofté des tenailles: l’vne deftus, 8c l’autre dcflbus : puis les joignent enfemble, de forte que la pierre ne peut aucune- ment efchapper, comme tu vois par cefte figure. Figure des aiferom de la pierre prife en keux auec le bec de Cane, Opérations de Chirurgie. 477 A La Figure ou à 1extrémité des aijleronsy a vne viz pour les mieux tenir 3auec vne pieu de fet pliée, pour Us ferrer encor dauantage, Ladite pie ce eft marquée, a a. En lieu des aillerons, on peut vfer d'vn bec de Caüe, & l’extra&ion en fera plus Entité, ôc auee moins de douleur. La pierre tirée par les moyens cy-delfus, il la faut diligemment regarder pour voir Ci elle eft en quelque endroit vice ôc polie : ce qui fe fait par la collilion, confriéUon, & attricion d’vnc ou de plulieurs autres pierres. Toutcsfois, le ligne le plus certain(commc par cy-deuant nous auons dit} c’eft la fonde, qui fe peut faire à prefent auec vn des boucs de l'inllrumcnc defcrit cy-deiîbus : du- quel tu te feruiras, tant de fonde que de curette. Stgnef qsii autre pierrè refte en la vejUe après l'extraéion* Figure d'vn inftrument d''argent, nommé Curette propre pour ïtxtraftion d'vne pierre, fonder s'il y en a d'autres, & auft pour recueillir & amajfer le fable fang coagulé3& autres chofes e sir anges qui fer oient en la vefie, la pierre Urée. Si par iceluy on cognoit en la veflie y auoir autres pierres, il les faut tirer comme deuànt : 8c les ayant ainfi tirées, faut mettre en la veflie l’autre bout qui eft cauc en façon de cueillier, 8c le tourner d’vn cofté 8c d’autre, pour prendre 8c attirer les chofes eftranges qui peuuent refter en la veflie, comme fang coagulé &arenes, qui puis après feroient caüfe de génération d’autres pierres, Remberc de Doüay, Médecin de l’Empereur Cefar, en fes obferuations medcdnales , au liure pre- micr, chapitre quarante-quatre, dit s’eftre trouué douze pierres en la veflie d'vn homme* dont la plus greffe eftoit d’vne noix. Pour retourner à noftrc propos, où la pierre feroit trouuée trop gref- fe, 8c qu’il y euft danger de rompre 8c dilacerer le corps de la veflie,la voulant tirer, il la faut rom- pre auec becs de Corbin tels que ceux - cy. Moyen de tU rer Us autres Pterres *Pret rga t 478 Le Dix-feptiéme Liure, de plufieurs La figure d’vn bec de Corbin dentelé, four rompre les pierres en la rvcjfie, lequel ferme à ‘~vi%. aAutre bec de Corbin. Comment il faut penfer la playe > la pierre cflant tirée. C h a p. X L Y. 8P r e s auoir ainfi tiré la pierre 8c autres chofes effranges, fi on void qu’il foit necefiairc faire vn poind d’aiguille ou deux à la playe(laifiant feulement l’efpace à mettre vue can- nule) il les faut faire, & faut que le fil foit de foye cramoifie afiez greffe 8c forte, 8c vn peu cirée, de peur que fi elle eftoit trop déliée, ne trenchaft la chafr, & anffi qu elle ne fe pourrift pour l’humidité de l’vrine, 8c pour les excrcmens de la playe. Faiiant icelle coufture, iera pris afiez bonne portion de chair, quelle ne fe rompe 8c dilacere : à fin que la douleur faite au pa- tient par ladite coufture,n’ait efté faite en vain,& fans aucum profit. Tout cela fait,faut mettre de- dans la playe iufques à la vefiîe,vne tente d’argent cannulée, de laquelle tu as icy plufieurs figures. Moyendefat. guille fur l’inafion, Cumules d'argent pourfèruir en la playe, l'extraction de la pierre faite, dont tu en as ïcy de plufieurs fortes , a fin de les accommoder aux play es, cS* non pas les play es aux canmles. Ces trou ten- tes ne doiuent efire trouées qu'en leurs extremitez. four les rai- fins diftes cy- douant. Il faut tenir la cumule en la flaye% iuf- quesàee qu’o reur des Chirurgiens. Caufes. Opérations de Chirurgie. 481 comme, à lïnteftin redurn , auquel fe peut faire vne inflammation , à caufe de laquelle ledit inre- ftin tuméfié Sc douloureux fera vne rétention d’vrine, au moyen que la veille effc preflec de fin- flammarion & tumeur , auflî pour la connexion Sc voifinage que la veflie Sc l’inteftin ont enfem- blc ; lemblablemenr pour le vice du foye,ce quon void aux hydropiques qui ne peuuent vriner: ou vice de faculté fegregatrice du ferum abolie , par quelque intempérie des reins : auflî par le vice de faculté animale , comme l'on void aux maniaques , lehargiques , apoplectiques, paralytiques , Sc aux ipafmes. Semblablement la pituite Sc autres humeurs froids, gros, vifqueux, fe peuuent pur- ger de tout le corps par la veflie : Sc iceluy humeur paflant par les voyes de l'vrine, fait quelques- fois telle obftruétion, qu'il émpefche que l'vrine ne peut palier r.auflî pour auoir retenu trop lon- guement l'vrine, au moyen dequoy la veflie eftant extrêmement pleine, l'vrine ne peut fortir , à caufe que le conduit eft eftre cy, Sc rendu plus angufte ; ioinCt que la vertu expultrice ne peut comprimer la veflie pour ietter ce qui efl: contenu , à raifon de la grande dilatation d'iccllc j Sc de la douleur qui débilité Sc abat incontinent toutes les vertus de la partie aflîegée : 3c partant il fe lait entière fuppreflion d’yrine* Ce qu'on a veu adnenir à plufieurs : Sc encores n’agueres à vn ieu- ne feruiteur qui rcuenoit des champs , menant ert croupe vne honnefte Damoifelle fa maiftrefle bien accompagnée 3c eftant à cheual luy print vouloir de piller : touresfois n'ofoit defeendre , 3c. moins encores faire fon vrinc à cheual. Eftant arriué en celle ville, il voulut pilfer, mais il ne peut nullement ; 3c auoit de très - grandes douleurs Sc efpreinres : auec vne fueur vniuerfellc, Sc tomba g prelque en fyncope. Et alors l'on m'enuoya quérir : Sc difoit - on que c'eftoit vne pierre qui l’en- gardoit de piller : Scellant arriué luy mis vne fonde dedans la veflie, Sc preflày le ventre : Sc par ce moyen pilla enuiron vne pinte d'eau : 3c n'y trouuay aucune pierre, Sc depuis ne s'en eftfenty.Da- uantage les vicils ont grande difficulté de jetter les vrines, parce que les parties dediées à l'vrine, fonr fleftries defleichécs > Sc ont la vertu expultrice foible Sc debile, Sc quelquesfors aufli ne lapeu- üent retenir, parce quelle eft acre Sc mordante. t™ vlifnes de U veflïs f*** fuPPref° on' Quels hu- meurs fe peu* uent expur- ger par lu vejjie. Ht flaire mê* morable. Difours de l'Aut heur, du fang & pu* qui peuuent eftre euacuez par les vrines* Chapitre LI. accordé entre les Médecins & Chirurgiens tant anciens que modernes, qinl w peut fortmpar la verge du fang ôc du pus féparement,&: aufii mefiez enfemble ; lequel a vient ou de la verge, de la vellîe , des vrecercs, des reins, du foye, râtelle, mezentere, pancréas, inteftins, & de la matrice : ou des parties plus hautes qui font fur le dia- phragme, comme du poulmon ôc poiéhïnc , du cœur, ou des bras ,011 de quelque au- tre partie, voire de toute l'habitude du corps.Pour cognoiftre de quelle partie il vient, il faut con- iîderer le lieu de la douleur, la couleur ôc odeur de ce qui fort, &des accidens qui ont precedé,ou q font encores prefens,comme douleur ôc fiéure & autres, ôc du temps que celle defeharge s’eft faite: aulîl le fera la quantité & qualité du pus.Telles chofes demonftrerot le lieu d'où s’écoule le pus.Car s’il vient des poulmons, ou d’vne empyéme, ou du foye, ou de la râtelle, ôc en grande abondance, fera cogncu ne procéder des reins : parce que telle quantité ne peut eflre contenue en iceux.Ioinét que lors qu’il vient du foye, ou d’autres parties fituéesfur le diaphragme, le pus eft bien plus exa- ctement méfié auec l’vrine , qu’alors qu’il vient des reins ou de la vellîe. S’il vient feulement de la verge, le pus fera jetté pur fans l’vrine. Or il vient delà verge pour quelqueapoftelne qui y fera fai- te, ou de quelque carnofitc, ou d’vne chaudc-pifte. S’il vient de la velîîe vlcerée, il fera méfié ôc iet- té auec l’vrine: mais à la fin après auoir pi (Te, il eft jetté fans l’vrine, &c fi fera fetide : d’autantqu’il fort d’vne partie membraneufe ; & fi on y trouue de petites efcailles furfureufes, la vellîe fera ron- cneufé. Pareillement quand on void vn fediment ou lie cfpefte ôc vifqueufe , comme mucilage de blanc d’œuf méfié auec l’vrine , &que promptement il aille au fond, cela monftre qu’il a fa géné- ration en la vefiîc : Sc telle chofc fe fait ordinairement pour vne pierre qui fera en. la vellîe. Hippo- cratcs dit, que fi quelqu’vn pille pus ou fang,ou efcailles auec matmaife odeur, cftla monftre la vef- fieeftre vlcerée. Si les vreteres ou reins font vlcercz, le pus ou fang fort parla verge. Galien eferic que le pus de l’apofteme du poulmoureceu par l’artere veineufe au feneftre ventricule du cœur, de là en la grande artere,& d’icellc en l’emulgente du rein, peut palier par lesvrines. MoilfieurHou- lier fur le Commentaire de l’Aphor* yy. liure 4. dit, qu’vne notable femme par l’elpace de quatre mois entiers pillôit delà bouc , ôc quelquesfois du fang auec, àcaiife de l’acrimonie qui corrodoit quelque veine. Les Médecins la traiélerent comme fi les reins eulfent efté vlcerez : parce que par interualleellcy fentoitgrandes douleurs : ôc mourut le quatriefmemois. Eftant ouuerte, on trou- ua les reins Ôc la veille en leur entier : mais il fut trouué deux pierres en Ton cœur, ôc plufieurs apo- ftemes , lefquelles fe purgeoient parles vrines, &cn palfanrpar les reinscaufoicnt douleur. Galien dit, que les menftrues retenues font iettées par l’vrine , laquelle fe trouue fanguinolentc, ôc quel- quesfois efpeftè ôc noire comme encfe: ce que i’ay veu. La pituite ÔC autres humeurs froids ôc vif- queux fc peuuem femblablement purger parles vrines, ôc par les hemorrhoïdes. Or maintenant il nous faut parler du fang qui eft jetté enlavelÏÏe, ôc de là en la verge. Telle cho- fe fe fair pource que les hemorrhoïdes oumenftruësfont fupprimees, ou pour quelque grade plé- nitude de fang contenu aux veines, péchant en quantité ou qualité, ouïes deux enfemble, lefquel- les fe repurgent par les veines emulgentes aux reins,& de là par les pores vreteres à la vellîe : ou à caufe d’vne imbecilité du foye,ou des veines mezaraïques, ou d’autres parties:ou pour vne imbeci- lité des reins, lefquels ne peuuent afiîmiler le fang enuoyé pour leur nourriiure : oü par attrition ÔC fray d’vne pierre contenue aufdits reins.Ce que ic fçay véritablement pour l’awoir veu à plufieurs. Signes pottï cogmiflre le lieu d'oh fort le pue , eu le fang eflant purgé pat l'vrine« Apho. Si* Au 4. ch. dfê 6. Hure de loc. ajfeél. Hijloire de Mcnfîeur Heurter. Pierres trou* nées an cueut Aureliamst Le dix-fëptiéme Hure, de plufieurs AureHamis dode Médecin djr que l’on prflé le fang tout pur, pour auoir vfé inrempeftiucment de A' Venus. Et tout ainfi que par certain temps les mois aduicnnent promptement aux femmes, 8c aux hommes les hemofrhoides, ainfi il fe fait vn amas de fang au corps, lequel fe purge quclquesfois parles reins, 8c d’iceux à la veOie, fans qu’il y ait rupture d’aucun vaifléau : au moyen dequoy les vîmes font ententes ôc fanglantes. Pour auoir pris aufli du poifon, comme cantharides, ou autres choies femblables.il y en a qui pour auoir elle trop longtemps à chenal, ont pille le fang ; ie le fçay par m'oy-melme, allant en polie au camp de Parpignan , eftant près de Lyon ie pillois le fang tout pur. Tou tes foi s à la vérité on ne doit dire piller le iang, quand il fort de la verge pur, mais fe doit dire cmillion de fang. Le fang fort pareillement auec les vrines par diapedefe ou anaftomofe des vaifléaux , 8c alors il ne form a pur , mais les vrines feront feulement teintes. Dauantage le fang fort par fncifîon des veines promptement 8c en abondance en vrinantreomme i’ay elerir cy-dcuanc de defund Monfieur de Martigues, qui fut bielle d’vu coup d’harquebufe à la prife du Chaftcau de Hedin , au milieu du thorax, dont tout fubit jetta le fang parla playe , par la bouche , & parlés vjines 8c Telles, 8c mourut bien - toft aptes. Monfieur Seiccgue Aleman , Colonne! des Reiftrcs, eut en celle ville vn coup d’efpée au trauers ie ventre , dont incontinent jetta le fang pur par la verge, le liege, & par Tes play es, 8c non feulement le fang, mais aufli la matière fecale. Il fut pen- sé par Monfieur de la Corde Médecin célébré, & Docteur à Paris , 8c Monfieur Pigray Chirurgien g ordinaire du Roy, & moy , & Dieu le guarir. l’ay veu plufieurs qui ont ferablables playes qui ont refehappé , & d’autres de bien petites qui en font morts. Or quant an pus qui eftuetté des bras par les vrines, cela fera demonftré par ces deux hiftoircs. r l’a y veu Monfieur Sarret Secrétaire du Roy , auoir vn coup de piftolct au bras dextre ; à fa playe funtindrent plufieurs accidcns 8c apoftemes , defquelles fortoit bien grande quantité de boue , 8c par quelques iours n’en lortit que bien peu:& alors la iercoit par le liege 8c par lés vrints;& quand fies vlceres iertoient beaucoup , on ne voyoit ny par les Telles, ny par les vrines aucune apparence de bouc . 8c fur gnary grâces à Dieu, 8c cil encore à prelént viuant. Monfieur Houlier , Dodeur Regent en la faculté de Médecine à Paris, Germain Chenal, & Maillre RalTéjChirurgiens iurez, hommes excelicns en la Médecine, 8c moy,auons pensé vn Gen- til- homme nommé Monfieur de la Croix, qui fut blclfé d’vn coup d’efpée au bras feneftre, auquel aduint pareille chofe : toutesfois il mourut. Or Maillre Raflé difoit, qu’il eftoit impoflible que la boue pend prendre vn fi long chemin pour ellre vacuée : ioint qu’elle ne ponuoit palfér par les vrines, fans qu’eile full mcfléc auec le fang,8c partant qu’elle ponuoit pluftoft venir du mezentere, ou des intellins, 8c non du bras ou de quelque autre part. lechlois au contraire, qu’elle venoit du bras, à raifon que lors que Tes vlceres jettoient vne grande quantité de fanic, il n’en fortoit nulle- ment par en bas.Monfieur Houlier eftoit de mon party, difant que les Anciens auoient laifle par ef- q crit telle chofe fe pouuoir faire : 8c ce qui nous mettroit d’accord , feroit que lors que ledit de la Croix feroit mort , qu’on regardait en fon corps s’il y auoit quelque apoftemeou vlcere. Il mourut 8c fis ouuerture de fon corps en la prefcnce des fuldits,& ayant regardé 8c examiné toutes les parties internes,ne fut tronué aucun lieu, d’où la boüepcuft fortir:dont fut conclu de tous,que ladite boue \ proccdoit du bras , eftant vacuée par les Telles 8c vrines : adjouftant que telle chofe n’eftoit pas im- pollîble, parce que noftre corps eft confluxible 8c tranfpirable. Dauantage nous voyons par expé- rience de deux vaifléaux de verre appeliez Monte-vins, que l’vn-Toit remply d’eau, 8c l’autre devin clairet, & foient pofez l’vn fur l’autre, à fçauoir celny qui fera remply d’eau fur l’antre remply de vin, on void à l’œil le vin monter en haut du vaifléau au trauers de l’eau, 8c l’eau delcendre dedans le vin , fans melîange des deux, ce que nous auons dit par cy-deuanr. Et fi telle chofe fe fait ainfi extérieurement & apertement au fensde noftre veuëpar chofés inanimées: il faut croire en noftre entendement, qucNature peut faire paflér laboüe par les veines , fans qu’elle Toit meflée auecle- fang. Parquoy faut conclurreauec Galien , que la bolie faite aux parties intérieures, 8c loing des reins 8c de la veflîe, peut cftre vacuée par les vrines : ce qui fe peut encore premier. Car aux excrc- mens de noftre corps qui s’expurgent parles reins, inreftins, râtelle, kyftisfeüis, Nature par ia ver- tu fequcftricc y referue quelque portion du fang 8c fuc bénin, & propre pour leur nourriture, que chacune d’iceîle partie attire & fepare d’auec les excremens. Dauantage le fang pur & le meilleur D qui Toit au corps enuoyé de toutes les parties, pour cftre jette par la verge, afin de génération, paflé par dedâs les vaifléaux fpermanques,qui toufiours font remplis de fang: ncantmoins la femêce cou- le au trauers fans fe mefler aucunement.D’abondant ne void-onpas que les femmes nouueîlemenc accouchées,jettent le laid pur contenu aux mamelles par leur matriceflequel aufli faut qu’il paflé au trauers des veines &:arrefes mammiilaircs ? Tour le lémblable fefait aux veines mezaraïques , par lefquelles le chv!e fi." porte au foye, pour eftre fait fang , ôc fait fang aux boyaux, pour leur nour- riture , fans meflange de l’vn auec l’autre. Le pus peut aufli paflér au trauers des os , ce qui eft prouuc par Galien au Commentaire fur le 54- Aphorilme du 7. Hure, 8c pareillement par autres parties, par conduits imperfpirables. Exem- ple , comme nous voyons fortir le laid d’vne Nourrice par le bouc de fon retin , Sc la Tueur par les pores de noftre cuir à groflés goures comme perles, neantmoins on ne peut trouuer aucun conduit, pour y mettre aucune chofe tant déliée foic-elle.Dauancagene void-onpas aux paunres verolez, qui jetteront par chacun iour 8c nu ici, cinq 8c fix grandes baflinées de baue ? Semblablement aux flux de ventre , vn malade jettera par le fiegedes matières de dinerfes fubftances 8c couleurs, la quan- tité qu'on ne peut eftimer pouuoir cftre contenue aux inreftins. Pareillement par le vomiflémenç on jette grande quantité d'humeurs qui y abordent de tontes les parties du corps,comme torrens, par conduits imper fpi râbles &incogneus. Il faucauflî remarquer qu’il apparoift aux vrines quatre fubftances, à fçauoir la femeuce, le pus, la pituite, 8c le fang : la feracnce nage deflus, parce qu’el- Ri fiche. Première Ri. flaire de M. Sarret. Seconde ht- flaire de Si. de U Croix, Belle compa- raifon. Gai. au 4. De loc. ajf. J> jbm peut pafferau tra~ uers des os. 'Exemple, de la reEpira- flou. Opérations de Chirurgie. A le eft plus legere&fubtile: le pus & la pituitevont au fond, la pituite eft vnie, au contraire le pus le diftbnlt lors que l’vrine eft agitée : 8c quant au fang, il apparoit aucunesfois feul, & quelqucs- fbis meflé auec l’vrine, comme nous auons dit cy-defllis. Il faut de neceffité conclurre , que rou- tes cefdites matières ne viennent feulement des lieux où ils fortenr parce qu'il, eft impolîible qu’ils puiftènt contenir vne ft grande abondance de matières qui en fortenr. Apres auoir difcouru des matières qui s’cuacucnc par les parties inférieures, faut efcrire de cel- les qui s’euacuent par les fuperieures. Exemple. Les menftrucs fe peuuent purger par vomifTemens, par le nez , 8c par les mammelles , voire en grande quantité tous les mois ( commefay eferit cy- deuant ) ou par vne apofterae faite au thorax : comme d’vne pleurefie le pus fort partie par la bou- che en crachant,ou par vomilfement ; 8c partie par les vrines,comme fay défia dit. Semblablement l’vrine eft jettée par vomillement ( ce que fay veu plufieurs fois} quand les pores vretercs font boufehez, ou la veflîe 8c verge gangrenez. Véritablement fay veu à vn corps mort vn des pores vrereres de grofteur d’vn doigt, plein d’vne matière gypfeule, 8c en l’autre/y auoir vne pierre qui eftoit defeenduc dans les reins , en forte que l’vrinc ne pouuoit couler en la vellîe, 8c regorgeoic en haut. Le patient deux iours deuant que mourir , vomiftoit & jettoit fon vrine parla bouche. Pareillement quand les inteftins font cftoupez, comme lors que nous les voyons eftrè defcendu$ aux bourfes , 8c aux femmes entre les mufcles de fEpigaftre , ou pour eftre entortillez par les vers, B 8c qu’ils n’ont peu eftre réduits, lors la matière fecale remonte en l’eftomach, 8c eft vomie par la bouche : tel accident eft appelle Aîïfèrere. Il refte encor vne difficulté à laquelle il faut refpondre, fçauoir eft comme le pus fepeut pureer par la veffie, fans fc mefier parmy le fang. A cela faut refpondre, que noftre corps eft gouuerné de faculté fecrctrice, qui peut tirer 8c faire chois des matières entièrement confufes 8c méfiées de bon 8c de mauuais. Exemple. La*veffie du fiel attire à foy la cholere d’auec le fang,& la ratte la melan- cholie, qui n’apparoiftbient au fens de la veue eftre dedans le fang.Auffi les rongnons tirent la fero- fité du fang, 8c la mettent à part, laquelle eft jettée par l’vrine. Dauantage, plufieurs bien toft a- pres auoir pris leur refedtion, vomiront grande quantité de pituite 8c cholere , fans jetter vn feul morceau de leur viande, ce que ie fçay pour l’auoir expérimenté en moy-mefme. Et icy notera le ieune Chirurgien,que lors que nous difons qu’il y a certaines vertus 8c facilitez naturellesrcommc, Animale. Augmenratricc. Auditiue. Mcmoratricé. Vitale. Expultrice. Odoratiue. Concupifcibldi Naturelle. Senfitiue. Guftatiue. Chylifique. Attradrice. Motiue. Tadile. Sanguifique. C Retentdce. Génératrice. Ratiocinatricê. Colorifique. Concodrice. Régénératrice. Animofitiue. Ladificatricè. Affimilatrice. Agglutinatrice. Rififique. Scqueftrice, 8c autres* Formatrice. Vifible. Imaginatrice. Il ne faut pourtant imaginer que telles facultcz ayent entendement 8c raifon pour faire leurs cf- feds : car elles ne font quinftrumens de noftre ame,laqucllca efté creée par l’eternclle prouidence de Dieu efpandue en toutes les parties du corps 3 8c enticre en foy , qui if occupe point de lieu par extenfion corporelle, laquelle eft incomprehcnfible à l’efprit humain. Manîeret quis’eua- cuent parles P*rties ,iCHrts‘ Comme lé pw fepeui Wy il r*r.g, Des catifes extérieures de U rétention de L'Frine. C h a p. LIL HE s caufcs extérieures font pareillement plulieurs , comme s’eflre baigné en eau froi- de , ou auoir efté longuement au froid 3 ou auoir par trop appliqué de chofes nar- cotiques fur la région des reins 3 8c vfc de viandes trop froides, 8c autres chpfes fem- blables. Pareillement pourvue luxation intérieure faite aux vertébrés des lumbes* àcaufe de la comprcflîon des nerfs 3 qui fortent d’entre lefdites vertèbres 3 y eft faite ftupeur j dont la faculté expultrice eftafloiblie, 8c partant le mufcle qui tient la veille ferree , ne permet que l’vrine forte. Du prognottic de la rétention de l'Frine. C h a p. LUI. SI l’Vrine n’eft cuacuée félon que Nature le delîre , 8c qu’on foit quelques iours fans vriner , le patient mourra s’il ne lu y vient heure ou flux de vc-ntre , ou les en- femble : par lefquels l’vrinc puifle eftre confomméc 8c euacuacuce par autres voyes que par la veille. Car retenue en la veille par plusieurs iours plus qu elle ne doit3ac- quiert vne qualité acre 8c veneneufe, dont aduient que par la repletion de la veflic, venant à regorger en haut, le melle parmy toute la malle du fang : mefnie le tranfporte aifement au cerueau , à raifort de la fympathie qu’ont lés méningés auec la veille, par iirailitudc de matiè- re membraneufe. Or en tel cas Nature Ci elle eft forte, forment fe defeharge manifefteuient par le ventre3autrcsfois par le moyen d’vne hcvre'.fenhblerrient 3 h a icelle furuient vne grande fucui» ou par vomiflement 3 comme ainfi foie que la matière de la fueur & de l’vrine eft mefme . in- fcnfibleraent 3 l’vrine cftanc refoluc en tenues 8c fubriles exhalations par l'ardeur de la chaleur e- ureufe. Par vue réfrigération du Sphindcr de la veflic 3 ou d’vn humeur froid qui y fêta découlé* il fc fait paraîylie , dont l’vrinc ne peut eftre icttée, aufli par la lefion de l’efpine , comme d vne playe ou contufion : par mefme moyen aulîi coule inuolontairement aucc les autres exaemens* pour la ielîon de ladite efpinc. ProgncJUci 484 LeDixfeptiémeLiure, de plufieurs De l’Frme fanglante é* purulente. Chap. LIIII. Caufes du flux de fang parla verge. e"“ y c v n s pillent le fang tout pur, autresfois méfié auec l'vrine, comme vne eau en îa- quclle on aura laué quelque piece de chair fanglante, Ôc quelquesfois auec de la boiie meflée auecques l'vrine. Les caufes font piufieurs, comme de trop grande repleuion de fang lequel s’euacue’ par période ôc paroxyfme , ainfi que fait le flux menftrual ou he- morrhoïdal, ôc s'entrouuent piufieurs , à qui tels flux font edfez, s'euacuant par les reins. Auffi par vne caufe de maladie faite de rcpletion , ou par exefion de veine , ou par quelque humeur acre ôc mordant : ou pour auoir leué trop pefant fardeau , ou fauté , ou tombé de haut en bas, ou auoir efté frappé de quelque coup orbe , ou qu'il fut tombé quelque chofc pefante fur les reins, ou couru la pofte ; ôc fait autres exercices grands ôc violents, ôc ( comme nous auons dit cy-def- fus ) pour vne pierre aux reins, afperitez ôc pointes ou cornets, ou pour l'imbécillité de la facul- té retentrice d'iceux, ou pour auoir vfé immodérément de l'ade venerique, ôc autres femblables, ou pour auoir receu quelque playe aux parties feruantes à l'vrine. Pareillement pour auoir vfé de quelques potions, alimens ôc medicamens tropchauds,acres ôc diurétiques, ôc contraires de tou- te leur fubftance aux parties dediées à l'vrine, comme cantharides, ôc autres que ie ne veux icy nommer. Et pour ces caufes , il fe fait aux reins & à la veffie vne fî grande inflammation , qu'elle B fe termine le plus fouuent en apofteme ôc fuppuration , ôc par confequent en vlcere : duquel la fa- nie eft iettée par les voyes des vrines. En telle ôc fi grande variété de caufes d'vrine fanglante, nous difeernerons d'où procédé tel fymptome par l’adion de telle ou telle partie offensée, par la qualité du fang qui fort, ou pur ou méfié : auec l'vrine feule, ou auec du pus. Exemple : Si la fa- nie vient des poulinons , du foye, des reins, ou des vertèbres luxez ,ou du vice de l'inteftin droit, ou d'autre partie, fera cogneu par la fituation des parties affedées, ôc par les accidens, qui font, fîéure , douleur , ôc autres qui ont précédé, ou font encores prefens , & demonftreront infailli- blement le lieu d'où procédé ôc coule la fanie, auffi fera la quantité ôc qualité du pus. Car fi c'eft d'vn vlcere fitué au bras, comme nous auon dit, lors que de l’vlcere fertira quantité de fanie, ne s'en fera emiffion par les vrines. Au contraire, lors que l’vcere demeure fcc , on la void fortir par les vrines ou felles ? voire en grande quantité. Semblablement fi elle vient des poulmons, comme d'vn empyeme,ou du foye, ôc en abondance , fera cogneu , pource que telle quantité de fanie ne peut eftre contenue aux reins : ioint que comme fortant du conduit de l'vrine, tel fang eft punauffi venant du foye ou autre partie de deffus le diaphragme, eft bien plus exadement méfié auec l'vri- ne que lors qu'il vient des reins, ou de la veffie. Quant à la curation , nous fortirons des bornes de noftre profeffion, fi nous la voulons pourfuiure fpecialement ; Il fnffira de dire en vn mot, qu'il ne faut efpcrer guarir vn tel fymptome , que la caufe , c'eft à dire.le vice de telle ou telle partie, ne C foit guary premièrement. Au refte , fi tel flux d'vrine fanglante vient par fimple ouunerture de vaifleaux, il fera guary par chofes aftringentes : fi de rupture, par agglutinantes : fi d'erofion, par farcotiques. Exemple. Des fignes des vlceres aux Rems, C h a p. L V. O m b r e n que ie n'euflè délibéré de pourfuiure fpecialement les caufes d'vrine fân- §^ante : t°utesfois parce que celle qui dépend des vlcercs des reins 8c de la vefïie, tom- be fort fouuent en pratique , il m'a femblé bon d'en dire vn mot en partant. Les lignes des vlceres des reins, font douleur aux iambes. Dauantage la fanie, qui fort de leurlub- ftance,eft meflée auec l'vrine, 8c trouue-on les fediraens fameux 8c rouges : 8c îamais ne fort qu'a- uec ladite vrine, 8c toufiours refide au fond d’icelle. Dauantage, des vlcercs des reins fortent quel- quesfois de petites pellicules, 8c portions de chair, 8c filamens rougeaftres. Outre - plus n'cftde fi mauuaife odeur, comme celle qui vient de l'vicere de la vefïie , d'autant qu'elle eft de fubftance nerueufe, à caufe dequoy la matière ne peut eftre bien fuppurée, comme és reins qui font charneux. Des vlceres en la vesfie, & des fignes d’iceux. Chap. L V L Les (Ignés des vlceres de la vejjte. V l e e r e de la Veffie peur eftre fait au profond ôc capacité d’icelle, pareille— ment en Ton col. Les lignes que l'vlcere eü en la veffie, c'eft que le patient fent pér- il petuellc douleur au profond du penil. Et fi l’vlcere eft au col, le patient ne fent que flmkïÆm peu de douleur, fi ce n'eft alors qu'il pille, ôc vn peu après auoir piiîe, comme nous dirôs és chaude-pillès. La fanicqui fort de l'vlcere de lavelîîe eft: fort fetide, Ôc auffi qu en la ietrant, la verge le plus fouuent fe roidit, à caufe de la douleur qu'elle fait paftant par la voye de l vrine. Outre-plus on void dedans l'vrine de petites peaux blanches, ôc déliées , & non rouges ou peu fouuent. Et void-on icelle fanie eftre à la fin iettée après l'vrinc,& non tant meflée auec 1 vrine, comme lors qu’elle vient des parties fuperieures. Duprognosiic des vlceres des reo'ns, & de la vefie. Chap. L Y 11. reins eft plu- ftoftguarie que teUe de a vejfte. s v^ceres cs reins font pluftoft guaries que celles de la veflîe, d’autant qu'ils font char- mm nus, ôc la veffie exangue, membraneufe, nerueufe ôc plus fcnfible. L'vlcere qui eft au fond ’ de la vellîe eft incurable ou fort difficile à curer, à caufe qu'elle eft nerueufe , ôc que l'vrine qui, defeend ÔC y demeure, poingt ôc mordique, dont augmente toufiours l'vlcere , tellement Opérations de Chirurgie. 485 A qu’elle ne peut cftre glutinée qu’a grande peine :car iamais l’vrine ne peut cftre du tout euacuee : & le relie qui elt lai lie, eft efchaufte par l’intemperature de la veffie, & parce auffi qu’elle Ce dilate & fe referre félon l’vrine qu’elle contient. Qu’il Toit vray , nous voyons aux fuppreffions d'icelle jcner vnc pinte d’vrine à vn coup. Quand les vlccres font en la veffie & que les cnilTès du malade maigriftenc tk tombent en atrophie, c’eft ligne de mort prochaine. Si les vlceres ne font roll gua- ries tant d’vne partie que d’autre, demeurent incurables. Si la fanie vient des parties fuperieu— res, comme des bras, ainlî qu’auons dit, ou des poulinons , du foyc ou râtelle, fera cogneu, à caule que telles parties ont elle premièrement bleîfe'cs. Noteti Signes de morti De la curation de la rétention d'vrine. Chap. LVI1L HO v r la curation des chofes qui prohibent vriner, il faut prendre indication de la maladie 3c de fa caiife, fi elle eft encore prefente. Pareillement félon les parties bleflees faut diuerfifier les remedes , appellant le Médecin s'il t’eft poflîble : lequel ordonnnera les chofes vniuerfelles au malade , 3c ce qu’il appartiendra à la Chirur- gie, aueefon confcil, les mettras en exécution. Et fubit voyant vne difficulté d’v- riner * ne courras aux remede des pierres ou fables, comme founenr font ceux qui ne font con- duits par méthode, qui ordonnent chofes diurétiques , lefquelles font caiife de pernicieux aed- B dens. Si déficit vn humeur acre, ou quelque fang caufé d’vne contulion, ou par trop auoir exercé fade venerique, ou autre grand ôc violent exercice, ou auoir vfé de quelques potions chaudes, aufquelles y euft cantharides , ou apoPicmes & vlceres qui fuflenr es parties dediées à l’vrine , ou pour auoir tenu trop longuement Ton vrine , 3c autres femblables. Car fi en telles chofes on don- noir les diurétiques, on accroiftroit là douleur ôc inflammation * gangrené , ôc par confequent on feroit caiife de la mort du patient. Mais telles chofes diurétiques pourrofent aiioir lieu , lors qu’il y auroit quelque petite pierre ou fable , ou vn humeur gros 3c vifqneux , demeuré aux voyes de Pvrine. Et lemblabieracnt pour s’eftre baigné en eau froide, ou par le froid intérieur , ou indue application des chofes narcotiques fur les reins ou à la veflîe, ou d’vn empyeme , ou de pituite, ôc humeurs froids , efpés 3c vifqneux, qui fulfenc caufe de faire obftruétion aux voyes de Pvrine, ôc autres femblables, les diurétiques pourroient alors auoir lieu , polirueu encor que les chofes vniuerfelles fulient faites , & non autrement. Or les diurétiques peuuent eftre adminiftrezen di- uerfes façons comme s’enfuit. Pour prouoquet Pvrine. Agrim. vrticæ, & parietariiàé, furcul. rubros habentis an. m.j. radicum afparagi mundatar. g. alkckengi num. xx. fem. maluæ radie, acori bulliânt omnia fimul infexlibris aquæ dulcis ad tertias, deindecületur, de qua ca- piat æger. . iiij. cum 5.). fâcchari cand. ôc calidum bibat iéiuno ftomâcho tribus horis ante ci- bum. Pour mefine effeét. Prenez trente ou quarante, voire plus, bayes de Iierrre,& les broyez en vin blanc , & en baillez à boire au patient deux heures deuanc manger. Autre pour mefine caiife. q fem. vrr. puluerifatæ 5.]. diflbluatur cum decoéHone pulli. > Et faut que le patient Pauàlle le plus fubit qu’il pourra, de peur qu’il n’adhere contre la gorge : pourçc qu’il y cauferoit ardeur. Au- tre. Ifé, deco&ionis milij folis, bipinellæ, parietariæ : faxifrag. rad. petrofelini, afparagi , aco- ri , brufei, 3c ireos, 3c en foit donné a boire au patient la quantité de trois ou quatre onces riedes. Et entre tous cefte eau eft excellente pour prouoquer Pvrine, 3c deftouper les voyes d’icelle , de quelque caufe que ce foit, Rad. ofinondæ regalis , cyperi, bifinal. graminis petrofelini, fœ- niculi an. §.ij. raphani craflloris in taleolas feéti iiij. macerentut per nocftein in acetô albo a- ccrrimo , bulliânt poftea in aquæ fluuialis tb. x. faxifra. criftæ marinæ, rubiæ tin&orum , millij folis, fummitarum maluæ , bifinal. an. p. ij. folio, viol. p. iij. berulæ , cicerutn rub. ah. p. j. fi> minis melonum, cituli, ah. fi. alkekengi grana xx. glicyrrhizæ j. bulliânt omnia fimul ad tertias : in colatura infunde per noflem foliculorura fenæ oriental. tb. fi. fiat iterum parua ebulli- T.io, in exprelfi colata infunde cinamomi eleéti 5. vj. colentur,iterum colatura inijciatur in alem- bicum vitreum , poftea adde terebenthinæ venctæ lucidæib. ij. aquæ vitæ 5. vj. agitentur omnia fimul diligentiflimé , lutetur alcmbicum luto fapientiæ, fiat diftillatio lento igné in baleno Ma- riæ , defqucls tu as les figures cy- aptes. Aquæ ftillatitiæ præfcriptæ §. ij. aut iij. fecundum operationem quam præftabit, quatuor horis ante paftuni. Auflî au lieu d’icelle , on peut donner eau de raues , diftillée paleillement in balneoMariæ : & donnée à boire la quantité de trois ou qua- tre onces auec fuccre , deux heures deuant manger , très - propre pour deftouper les voyes de l’v- rinc , foit de caufe pimiteufe , fable ou autre obftruction. Les bains 3c demy - bains faits corn- modémenc relaxent, dilatent 3c ouurent 3c amoliflent tout le corps :3c à la fortie d’iceux, lors qu’on veut fort deftouper, on donnera les chofes diurétiques, comme encores pour exemple , de- mie dragme de theriaque diflbut en eau de raues, ou autres chofes femblables. Maintenant nous deferirons quelques remedes pour la mundification des vlceres des reins, ôc de la veflîe. Et pre- miernement les îyrops de capil. Yeneris, de rôles , beuz auec hydromel, ou eau d’orge, la quan- tité pour chacune fois d’vne once , font bons pour lefdits vlceres : aulfi le laitft d’afnelÈc on de che- ure y eft propre , à caufe que de là fubftance fereufe les deterge , 3c les giutinc pour fa fubftance formageufe, il nourrift. pour fa fubftance butireule ; 3c doit eftre pris, s’il eft poflible , tout re- centement tiré de la befte. Le malade en prendra pour chacune fois vn poflbn, auec vn peu de mielrofat,& vn peu de Tel, de peur qu’il ne le corrompe & tourne en Pcftomach. Dauanrage, âpres Pauoir pris,on ne doit boire ne manger que iufques à ce qu’il foit digéré, &pa(Tc hors l cftomach. Les trochifques qui s’cnfniucnr, foiK pareillement propres pour raondifier les vlceres des reins & de la veflîe. 0/*. quatuor feminum frigidiorum maiorum fernin. papaueris albi , portmaeæ, plantaginis cydoniorum, tnirtillorurr», gummi tragacanthi 3c arabici, pinearum , glycyrrhizæ Indication* Aduertife* ment notable* Quand il faut vfer de% diunti^uei. Eau dijîilléi propre peut prouotjuer l'vrint. Vfilité dei bains. Vfilîlé du lai ci d’afnf- fe, & U mo- yen d'ë vfer, Troehifyutf, 486 Le dix-feptiefme liure, de plufieurs mundatæ, 5c hordeimundati, pfillij,amygdal.dulciurn,ana g.j.boli armer».fang.draco.fpo- A. ciij, rof.maftich. terræ figillatæ, myrtnæ ij.fccundum artem conficiantur cum oxymel.fimpli, 5c fiant trochifci. Et le patient en doit prendre demie drachmc,diffoute en laid clair, ou ptifane,ou eau d’orge, & autres femblabîes. Pareillement tu en peux difloudreen eau de plantain, 5c en jetter auffi auec la fyringue dedans la veffie. Le malade en lieu devin, boira eau d’orge, ou hydfomel,ou ptifane faite auec vne once de raifîns de damas, aufquds on aura oftéles pépins du dedans, 5c fe- ront faits boliillir en cinq chopines d’eau de riuiere , en vn pot vernifle , ou en vne fiolle de verre, iufqu’à la confomption d’vne quarte puis y foit adioufté fur la fin vne once de reglifie mondée , 5c deuxdragmes de femcnces froides concalfées , & les faire derechef vn peu bouillir, puis les palier par lachaufle d’hippocrats, auec vn quarreton defuccre fin , 5c deux trefeaux de cannelle tirce, 5c d’iccllc en fera vfé en lieu de vin. Le refte delà cure s’accomplira félon l’art. Iviefllon. Ptyfanearti- fi. ulle. De Diahetes & Strangurie. C h a p. L1X. Près auoir deferit les caufes de la rétention d’vrine, 5c des vlceres des reins , 5c mÆM de la veffie : ic ne puis encores paffer, que ie ne déclaré aucunement les caufes de jet- rer Evrine inuolontaircment goutte à goutte, ou tout àl’inftant que le malade aura etl : v*cnt Far défaut de la vertu rctentrice, 5c d’vne deprauation de la vertu expultrice. Si l’vrine eft jettée en grande quantité,les ancies l’appellent Diabètes : 5c Ci elle eft jettée feulement goutte à goutte, telle difpofition cft nommée ftrangurie : qui eft vne inuo- g lontaire emiffion d’vrine fréquenté en petite quantité : aucunesfois auec douleur,& autresfois fâs ' douleur. l’ay founenance auoir traidé auec monfîeur Houlier, Médecin tres-dode, defund Mon- fieur Goyer, Aduocat du Roy au Chaftelct de Pàris, lequel auoit vne difficulté de retenir fon vrine dide ftrangurie, 5c piflbtoit ordinairement tant le iour que la nuid, auec tres-grandes douleurs, fe plaignant fentir grande chaleur 5c cuifon à la veffie , ôc à l’extreraité de la verge , 5c jettant fes vrines laideufes, & à la fin de l’vrine, du pus. On luy fit beaucoup de remedes : & pour luy appai- fer la douleur, ie luy faifois par l’aduis dudit Houlier, des iniedions auec eau de plantein, centino- dium ,aufquelles eftoit diflbult de la craye 5c terre figillée. Autresfois ie luy faifois des iniedions faites de mucilages de coins, 5c de pfyllium auec eau de plantain , 5c de role, lefquels remedes ten- doient à fin de rafrefehir l’intemperie de la veffie, 5c delfeicher les vlceres.Deuifant auec ledit Hou- lier, pour fçauoir la caufe des fufdits accidcns,il me dit que Goyer auoit la veffie rongneufe & tei- gneufe, auec petits vlceres, 5c lors que l’vrinetomboit à la veffie, elle raordiquoit les vlceres : qui faifoitque la faculté expultrice la vouloir promptement jetter , 5c que le pus qu’il jettoir après l’v- rine , venoit de la rongne qui eftoit à la veffie, pour la compreffion qu’elle faifoit à jetter icelle v- rine.Lcdit Goyer eftant décédé, ie fis ouuerture de fon corps à la prefence dudit Houlier : & trou- uafmes la veffie toute calleufe 6c pleine de puftules, de grofleur d’vn petit pois, 5c lors que ie les coroprimois , en fortoit du pus tout blanc, tel que celuy qui eftoit jette auec les vrines pendant fa vie. - C tJîfioire. Des caufes de Diabètes. C h a p. L X. ■ E s caufes de Diabete font doubles , à fçauoir internes 5c externes. Les externes c’eft: d’auoir vfé intempeftiuement de chofes trop chaudes & diurétiques,ou trop grand tra- uail immodéré , 5c autres femblabîes. Les caufes internes font plufieurs, comme flammarion de foye, poulinons, râtelle , reins, velfie, ou du vice de tout le corps» comme par vne crife de quelque maladie, laquelle fe termine par flux d’vrines. Les caufes de Strangurie. C h A Pi L XI. E s caufes de Strangurie font auffi primitiues, 5c antécédentes. Les primitiucs, d’auoir IÜ beu rroP §ranc^e quantité d’eau froide , ou auoir enduré trop grand froid. Les antece- dentés, font humeurs froids defluez fur les parties dediees à l’vrine , qui les rend para- lyriques : au moyen dequoy le mnfcle qui ferre la vefïïe , eft: aucunement relaxé 5c a- molîy : parquoy ne peut tenir la veffie ferree , ou bien boufehent en partie le conduit de l’vrine : dent s’enfuit cours d’vrine goutte- à goutte , contre noftre volonté. rj Desfgnes & progmftic des diabètes. C h a p. L X 11. X pourra cognoiftre la caufe 4’intenaperature chaude par ces fignes : à fçauoir que !e patient fent vue douleur poignante & mordante , aufcc vue grande altération $c Ujj foif extreme, ioin& auffi qu’il fe trouuc bien d’vfer des chofes réfrigérantes, & non diurétiques : au contraire il fe trouue mal de chofes chaudes. Et fi la caufe prouienc d’intçmperature froide , au contraire la douleur fera petite 5c quafi infenfible : & Ce rrouuera le malade mal, à l’vfage des chofes froides. Or neantmoins que la caufe de diabere foie chaude, li eft-ce que l’vrine n’eft rrouuéc teinte ou ronge, ny trouble ny efpefle : mais crue & blan- che : claire 5c fubtiîe,àraifon qu’elle demeure peu au foye,&en la grande veine cane : mais eft atti- rée par la chaleur intêperce des reins 5c de la veffie,fans aucune ou peu de concodion.Et quant au prognoftic,fi tels flux d’vrines durent longuement,donneront grande fafcherie au malade, & tom- bera en atrophie 5c émaciation , ou amaigriïfement de tout le corps , 5c par confequent mourra. Fmyqupy t'vrin' n'tfi2 rouge. Opérations de Chirurgie. De U cure du Diabète> Chap. L X 11 I. CUIC era on diuerfité de la caufe. Exemple. Si c’eft par vne intemperatu- re chaude,le patient fera purgé 5c faigné. Et faut icy noter,que les quatre fèmences froides, neantmoins qu’elles foient froides, font diurétiques, prouoquans IVrine: p\' partant en telle indifpofition ne conuient en donner au patient. Et vfera d’alimens froids 5c aftringens, qui engendrent gros fuc, comme riz , orge-mondé, 5c leurs femblables : boira eau froide,ou gros vin aftringeat,aucc bonne quantité d’eau. Et fur les reins & parties dediées à l’vrine, feront appliquées chofes fort froides 5c narcotiques , prenant indication de la fltuation des reins, qui font fous les mufcles lumbaires. Parquoy tu dois appliquer les remedes plus froids,que s’ils eftoient fuperficiels. Dont tu vferas d’huile papaueris albi,iufquiami, opijfte- minis portulacæ, ladhicæ, aceti, corticis mandragoræ, 5c leurs femblables, foit en linimens , cata- plalmes,& onguents,pour efteindre la chaleur eftrange,& roborerles parties affedrées. Au contrai- re,fl la caufe vient du froid,faut changer du tout les remedes froids,tant par dedas,que par dehors; 5c vfera de viandes pluftoft rofties que bouillies. Ce rcmede eft flngulier : faut faire boire de la ceruelle de lièvre, cuite 5c deflayée en vin clairet,5c en donner à boire, quand le malade s’ira cou- cher. Ce remede a fouuent efté approuuc eftre excellent pour ceux qui iettent l’vrine inuolon- ** tairement. Les qudltrt fetnëces froî-> des font diu retiques. Il faut vfer de rhofes ex- tremement froides par dehors pouf les reins. De U cure de Strangurie. G h a p. L X111 î< A r e i l L ë indication doit eftre fuiuie pour les remedes de la StrangurîeA fçauoir cirant iceux de la variété des caufes dont elle eft faite. Car comme ainfl foit que toute intempérie peut caufer ftrangurie , comme eferit Galien fur l’Aphor.iy. de la J%| fed.3. certes félon que fera le vice d’intemperature, félon cela nous vferons de fo- mentations contraires comme fl elle eft froide, nous eftuuèrons les parties honteu- fes de decodion de mauueSjrofes,origan,calament,& femblables : puis les oindrons d’huile laurin, de caftoreum,& d’autres de pareil effed. Commanderons au malade de boire de bon vin, 5c iceluy pur : comme auffi quand la ftrangurie fera excitée par obftrudio de quelque humeur,5c fans froid, fans pléthore : mais fi elle vient de quelque inflammation auec pléthore, nous la guarirons par la faignée, comme note Galien fur l’Aphorifme 48. de lâ fc6L7.Au refte,fl tel mal vient d’obftrudion de quelque chofe,nous y rcmedierôs par diurétiques chauds,ou froids,felon la qualité du corps,qui fera telle obftrudion. Quant à la dyfuries c’eft à dire,difficulté d’vrine, nous n’en parlerons point dauantagc,pourautant que les caufes 5c remedes d’icelle font mefmes auec l’ifcurie,c’eft à dire,fup- q preffion d’vrine, dont nous auons parlé cy-deuant, différant feulement félon le plus ou moins. De U Colique* Chap. LXVi S’I l adulent quelque obftruction on autre accident, que les matières contenues aux boyaux ne puülent eftre vacuées par la décharge ordinaire, qui fe fait par le flege: fl le vice eft aux greffes, il s’appelle voluuhts,ou ileos (vulgairement Aîi/erere s’il eft aux gros, c’eft ce que nous nommons proprement colique,qui a pris fou nom delà partie malade,qui eft colon,c’eft à dire, la continuité des gros boyaux : mais prin- cipalement en celuy que nous nommons colon. Pour cefte caufe la colique eft diffînie par Auicen- ne, douleur inteftinale, en laquelle mal-aisément on rend Tes excremens par le flege. Paulus Ægi- neta réduit la caufe en quatre efpeccs : à fçauoir crafïitude d’humeurs, contenus entre les tuniques des boyaux,8cefprits flatueux, qui ne peuucnt fortir, inflammation des inteftins, & humeurs acres 5c mordans. Mais pour mieux inftruirc le ieune Chirurgien, nous en parlerons plus particulière- ment ,&c dirons les caufcs & différences eftre plusieurs. Et premièrement pour auoir trop vsé de viandes pituiteufes, venteufcs,&: gluantes. La colique venteule eft procréée, ou pour auoir mangé de plu fleurs 5c diuerfes fortes de viandes , en trop grande quantité (neantmoins qu’elles fuflènt de bon fuc) fe feroient engendrées cruditez 5c obftrudiion, puis ventoficez , caufant vne douleur ten- pj fiue: ou pour auoir beaucoup mangé de fruids cruds, 5c beu par trop froid après s’eftre trop ef- chauffé : car par cefte froideur l’eftomach & les boyaux font refroidis,& les humeurs aucunement congelez. Il y a vne colique appellée nephrîtiqne qui eft attx reins,ainfl appellée,pàrce qu’en Grece le ro- gnon eft dit Nephros. Cefte colique procédé comunément de quelque pierre ou grauicr engendrée aux rcinsjou eftant defcenduc aux pores vrinaires : alors le malade fent douleur à la hanche 5c aux lumbes,à caufe qu’elles preflènt les nerfs qui nai fient des vertebres des lumbes, lefquelles fe rami- fient autour de la jointure de la hanche,& aux mnfcles des lumbes & de la cuific. Semblablement, les pores vrcteres (qui fontnerfs caues) 5c les mufcles fufpenfoires patifiènt; 5c eft aduisauxmala- des qu’on leur tire en haut les tcfticules d’vne grande violence, auec douleurs extremes accompa- gnées de grands vomiflemens pitniteux & bilieux, Sc fueurs vniuerfelles qui durent iufques à ce que la pierre ou fable foient descendus en la yeffie. Or le vomiftemét vient à caufe que l’eftomach, pour la continuité 5c voiflnage qu’il a auec les inteftins, fouftfe pareille peine 5c douleur,que font les boyaux: mefmes que l’eftomach eft de fembîable fubftance que les boyaux ,n’eftans lefdids boyaux qu’vne produdion de l’eftomach : parquoy quand nature veut ietter ce qui eft contenu contre nature aux reins,ou aux pores vrinaires,ou entre les tuuiques des inteftins, ou au mezente- Atiîcen. tt.jt Paul, Ægîn-, liu.}.ch,4$. Caufe de ÎA colique ven- teufe. Colique né- phritique pdf fympathie. PoUfqUO'f vient le vd* mlffementi Le dix-feptiéme Liure, de plufieurs re, ou au pancréas & hypochondres, caufe la douleur coliqueufe, auec grandes douleurs 8c vomif- A femcns. Dauantage,la colique fc fait par intcmperaturc chaude & feiche,qui fait douleur poignan- te & mordante,deireichante les excrcmens contenus aux boyaux, enfemble les humiditez qui doi- tient rendre les boyaux gliftans 8c coulans : aulîi fc fait par vne pituite greffe & vifqueufe, acre, & glutineufe. Pareillement, la colique fe fait par vne contorlîon, c’eft à dire que les boyaux s’entor- tillent , 6c tournoyent, de forte que la matière fecale ne peut paftèr pour eftre ieitée hors, comme nous voyons euidemracnt en la defcente des boyaux en la bourfe des tefticules, qu’on appelle har- gne inteftinale. Semblablement par les vers qui s’entortillent dedans le bpyau colon, qu’ils occu- pent enfemble, retortillent Sc replient le boyau. Hippocrates liure $. des maladies, traitant du vuIhuIhs , dit vulgairement Àdiferere met, confeille (après auoir vsé de plufieurs remedes) d’intro- duire du vent dedans le ventre auec vn foüffîec qui fera mis au fiege, afin de faire diftendre lediéf ventre,& deftourner le boyau entortillé. Aulîi par trop longue demeure des matières fecales con- tenues aux inteftins , qui fe fait par l’intemperature du malade , chaude & fciche , ou pour auoir voyagé en temps de grandes chaleurs, ou pour auoir long temps vsé de viandes trop feiches. Vc- ritablementjie cognois des perlonncs qui feront huiétoudix iours fans pouuoir aller à leurs affai- quand ils y vont, leurs excremens font fecs 8c durs , comme crottes de chèvre : 8c tels font fort fujets à la colique, 8c mal de telle, pour les vapeurs qui s’efleuent au cerneau, voire que telle ® chofe eft caufe de la mort des malades. l’ay fouuenance auoir ouuert le corps mort d’vn ieune gar- çon aagéde douze ans,qui auoit entièrement tous les inteftins remplis de matière fecale,fort dure 8c fciche,&*auparuant fa mort la jettoir par la bouche, qui fut caufe le faire mourir faute de l’anoir fècouru en temps conuenable. Or voila les caufes 8c différences de la colique, ce que i’ay peu ap- prendre des anciens 8c modernes Médecins. A prefent il nous faut parler des lignes de chacune cfpece en particulier. Les lignes de la colique nephritique, ou pierreufe : c’eft que la douleur eft fixe,c’eft à dire, arreftée en vn lieu , à l’endroit des reins, joint que fouuent auparauant, le malade aura jetté quelque petite pierre ou fable par fes vrincs,& lent vne douleur à la hanche 8c aux tefti- cules,pour les raifons cy-delfus alléguées : joint aulîi que le malade a vne extrême enuie d’afteller 8: vrincr,à caufe que nature s’efforce mettre & jetter hors ce qui luy nuit. Les lignes de la venteu- le, c’eft que le malade fent vne grande douleur tenliue, comme qui luy tireroit ôc defehireroit les boyaux, auec bruit dedans le ventre , qu’Hippocrates a couftume de nommer Borboryghies. Par telle ventolîte quelqucsfois les boyaux fe rompent, ainlî qu’on void à vne vellîe de porc , lors qu’on la remplîft trop de vent,on voit les fibres de fes tuniques fe rompre: 8c quand cela aduient le malade meurt, auec grands vomiftemens, ne pouUant tenir aucune chofe du boire ou manger : qui fe fait à caufe que les boyaux eftans remplis de vents,preflent l’eftomach, de façon que les alimens n’y peuuent demeurer pour eftre cuits 8c digerez. La colique qui fe fait parles excrcmens retenus, le patient fent vne extreme douleur 8c pefanteur au ventre, 8c tcnlion aux boyaux, 8c lors qu’on preflé fur le ventre, on fent vne grande dureté, 8c aulîi que le malade n’a de long temps efté à fes affaires. La colique qui eft faiéle par inflammation bilieufe, le malade fent vne grande chaleur 8c pulfation au milieu du ventrc,à caufe des veines 8c artères qui font au pancréas 8c mezentere, 8c de celles qui font difteminées entre les tuniques des inteftins , 8c autres lignes des inflammations qu’on trounc aux apoftemes caufees par inflammation. Aulîi l’inflammation fe fait à caufe d’vne pituite falée,acre, grolîè, 8c glutineufe, qui ne peut eftre iettée hors, combien que nature s’efforce de ce faire, tant par les vomiftemens,que par grandes efpreintes, auec difficulté d’vriner, parce que la velîîe eft preftee pour l’inflammation del’inteftin droit, pour l’affinité 8c conionétion qu’ils ont enfemble. La colique fe fait, parce que les boyaux font entors 8c repliez, que le malade fent vne extreme douleur, à caufe que l’inteftin n’cft en fon lieu, 8c lîtuation naturelle, 8c aulîi que la matiè- re pour fa trop longue demeure , acquiert vne chaleur effrange. Et faut icy noter en paflant, que toutes les fois qu’vue partie n’eft en fon lieu naturel, on fendra toulîours douleur iufques à ce qu’elle y foit réduite. Et voila que plufieurs meurent les inteftins eftans tombez ployez au fero- tum par vne hargne ,* la matière fecale y eftant endurcie, accompagnée de ventofitez 8c inflamma- tion, ne pouuant eftre remis dedans le ventre, la matière regorge par la bouche, 8c fait la maladie nommée Miferere mei. Et quant aux lignes des hargnes, il n’efi point icy befoin les eferire, parce \ qu’il en a elle fuffifamment parlé cy-deuanr, efcriuant des hargnes. Les prognofttes de la Colique. Les prognoftics de la Colique font de deux fortes, les vns bons,lcs autres marinais.Les mauuais fe diuifent en deux, à fçauoir, en ceux qui font dangereux, 8c en ceux qui font mortels : les bons font, lelon Auicenne, quand la douleur n’eft pas fixe : c’eft à dire, arreftée en vn lieu, 8c aulîi que les matières ne font du tout retenues. Les lignes mauuais auec danger de mort font extrêmes douleurs,vomiftemens continuels, fiieur froide,& les extremitez : qui fe font, parce que le fang 8c les efprits fe retirent au dedans du corps : hocquec continuel, qui fe fait par la fympathie,&: conti- nuité des inteftins à l’eftomach; aliénation d’efprit par communication de l’eftomach au cerneau, 8c par confequcnt conunllîon par tranfport aux nerfs. Hippocrates dit que les trenchées 8c dou- leur du nombril , qui ne s’appaifent ny par faignée , ny par purgation, fe terminent en hydropifie fciche, c’eft à dire, en tympanite. Cure, La cure fera diuerfifiée félon les efpeces & différences : car celle qui prouient de la pierre ou fa- ble , fe doit curer par les remedes propres aux nephririques : aulîi celle qui eft faite par la hargne, . par la repofition definteftin : Ôc celle qui eft faiéfe parle vice des vers , par medicamens propres à iccnx, à fçauoir par potions atneres pour les faire mourir, & principalement s’ils font au delfus du nombril, faites de rheubarbe infufe en eau d’ablînthe, & autres chofes propres à tuer les vers : 8c Colique de caufe chau- de. Colique de replirure & eniorîcure. Colique par les vers. Par trop lon- gue demeure des matières fecales. Hiftoire. Signes de la colique ne ■ phtisique. Signe} de la venteufe. Pourquoy’ le 'vomijjement •vient à la colique ven- teufe. Signes des excremens retenus. Signes quelle eft faicle par inflamma- tion. Signes dé cel- le qui eft fai- te par re- pliante. Prognoftic. Ltu. 3. jlpho. du 4, liu. Cure, Opérations de Chirurgie. 489 A s’ils font audeftbus du nombril, par clyftere faits de choies douces, afin de les faire defcendre 8c forcir parlcfiege. Si elle eft caufée par débilitation 5c réfrigération desinteftins 5c del’eftomach, ils feront roborez , tant par bons alimens , que par application des chofes chaudes fur l’eftomàch & fur le ventre, 5c par iniedions de clyfteres. La colique qui eft faite de pituite vifqueufe 5c de ventofitez , fe commencera premièrement à feder la douleur , parce qu’il n’y a chofc qui profterne & abbacte plus les vertus que fait la douleur. Et les trenchées font caufées de gros phlegmes vif- queux , 5c de ventofitez , lelquelles enflent 5c font tenfion auxinteftins. Aufli qne tels phlegmes ne peuuenc entrer des orifices des veines mezara'iques dedans les boyaux fans donner des tren- chées 5c excoriions. Exemple : Nous voyons des phlegmes fort efpez iettez par les fclles des co- liqueux, qui ne peuitent venir de l’eftomach, ny du dedans des boyaux , attendu que pluiieurs vomiftèmeus 5c aftéllations ont précédé, 5c n’euftcht peu tant feiourner là. Il faut donc condui- re qu’ils viennent d’ailleurs , lefquels faut qu’ils pallènr par les orifices des veines mezara'iques, non fans faire grande douleur : neantmoins qu’ils n’y pallènt auiîigros que nous les voyons par les déliés : car ils filent délié au forcir, 5c depuis fe ramaftent 5c eipeiïifenc comme glaire d’œufs. Et partant il faut faire des bains & demy - bains, fomentations , ou il y entre matures, guimauucs, violiers, pouliot, fenoil, origan , femences de lin, fœnugrec, fleurs de camomille , meliloc, 5c autres famblables , qui ayenc faculté d’efehaufter, fcicher, atténuer 5c raréfier le cuir, à fin que les vents loient diftipez :5c doiuenc toufiours eftrc aduellement tenus chauds fur le ventre. Et ® pour les remedes topiques 5c particuliers, on frottera tout le ventre d’huile de camomille , d’aner, beurre frais,de chacun vue once, femence d’apion, 5c pétrofelinum, galanga,de chacun demie dra- gmc,5c vn peu d’eau de vie,5c huile de fange,& de thym,extraides par quinre-efsêcc : ces remedes fondent ces groftes humeurs, 5c les font couler plus facilement. Autre de Houlier , qui afferme ce linimenteftrefort excellent & bien approuué. rutæ 5c nardi an.5vj. galbani cnm aqua vitæ dilïbluci J.ij. liquéfiant fimul :adde zibet. g.iiij.croci g vj, fiat linimentum. Semblablement feront appliquez fachets, où il y aura du mil,ou de l’auoine, du tel, fri^callez en vne poifle, auec vn peu de vin blanc , puis appliquez tous chauds fur le ventre, & fur les hanches, 5c renouuellez lors qu’ils fe refroidiront : en lieu de fachecs,on pourra mettre des vefîlcs de bœuf, demies pleines d’vne de- codion d’herbes refolutiues, comme faulge, rofmarin, thym , lauande, bayes de laurier, & autres femblablcs. Cela faid, on baillera clyftere tel qui s’enfuit, remollitiuorum an.m.j.ori- gani,pulegij,calami,an.m.fi.anifi, carufan.g.j. florura anechi p.j. fiat decodio in hydromel, ad Ib.j. in qua diftoluebenedid. laxat.mcllis anthof. facchari rubri an.J.j.olei anerhi 5c De ce foient faids clyfteres pour deux iniedions, à raifon que les boyaux eftans remplis, ne peu- uenc receuoir grande quantité de decodion. Autre excellent, 5c bien approuué. 2£. vini maluati- ci,5c olei aquæ vitæ olei iuniperi,vcl olei ruthæ 5,iij. fiat clyfter, 5c fera bail- lé le plus chaud qu’il fera pofîible, toutesfois fans brufler le malade, 5e faut que l'huile de genéure, q ou de rué, foient extraides par quincc-effcnce. le protefte en auoir fouuent vfc moy-mefme auec heureufe iftuc , qnafi comme chofe miraculeufe à feder promptement vne veheraente douleur cau- fée de ventofitez, 5c de matières crues 5e vifqueufes. Auicenne ordonne clyftere carminatif, compofé d’hyfope,origan,achor , femence d’anis, cyperi, calam. aromat. 5e autres femblables chofes chaudes. Le malade doit vfer de bonnes viandes, 5e fa- ciles à digerer, 5e boliillons, aufquels feront mis moyeux d’œufs, faffran, fines hcrbes,5e bonnes ef- pices de muguette,5e doux degirofle,5e boire de bon vin généreux,ou raaluoifie,ouhippocras faid de bon vin, à fin d’efehauffer l’eftomac, ôe les întcftinsrparce que route flatuofité prouient de cha- leur debile,comme eferit Galien, partant il faut vfer de toutes chofes chaudes.Dauautage fi la dou- leur perfifte, il faut appliquer vne allez grande ventoufe fur le nombril : car elle diflipe les vents. Galien dit que la ventoufe eft fi admirable contre les flatueufes douleurs, qu’il fcrable eftre vn en- chantement , parce qu’elle les appaife promptement, à caufe qu’elle diiïlpe 5c confommeles vents Aufïî il ne faut oublier à bien fort ferrer le ventre, auec forces 5c larges bandes, à fin de pouffer les ventofitez hors, 5c roborer les boyaux : ce que les malades mefmes nous monftreut, parce qu’ils fe preflent le ventre auec leurs mains, 5c mettent la telle entre les genoux : 5c fi la douleur perfifte, nous vferons de remedes qui opèrent parla propriété occulte , comme inteftinum lupi reficcatum duquel puluerifé, on donnera à boire vne dragme, auec du vin blanc. De la colîcjue bilieufè. £) La colique bîlieufe eft celle qui prouient d’inflammation , laquelle demande remede ; contraires à celle qui eft faidede ventofitez 5c decruditcz. Le premier eft la faignée, régime de viure réfri- gérant : potions decatholicum,caftè, diflbults encan d’orge : clyfteres refrigerans,aufquels feront cafte, cacholicum, diftbults en eau d’orge. En lagrande douleur , Auicenne ordonne des narcoti- ques , pource qu’ils font froids : ils contrarient à la caufe de la maladie qui eft chaude 5c feiche, comme font les pilules de Philonium , ou de hiere picre , la quantité de B.iiij. opij 5c croci an.g.j. fiant pilulæcum vino. Aulïï les bains faids d’eau douce, aufquels feront mifes mauues, guimau- ucs, violiers, fleurs de nénuphar, laiducs, pourpié, 5c autres femblables refrigerans à fin de corri- ger l’acrimonie des humeurs chaudes , caufans la maladie Celle qui eft faite d’vne pituite falée, a- cre, grofte, 5c glutineufe, il faut premièrement atténuer l’humeur, puis le fondre 5c l’attirer, qui fe fera py remedes chauds , pris tant par la bouche , que par clyfteres , 5c applications extérieures qui feront ordonnées par la dode Médecin. Cure de la Colîcjue faille par rétention des excremens, & des replis des Boyaux. En icellc Auicenne recommande les alimens qui ont vertu d’amollir le ventre , comme routes efpeces de bouillons humides, 5c entre autres celuy qui eft faid d’vn vieil coq,qu’on aura fait courir long temps, puis battu, 5c le faire cuire auec anet 5c polypode , 5c quelque peu de fel, nuques à Maniérés des bains & fo- mentations. Houlier, Nota. Clyfleres ex- cellons. Auicenne. Aliment. De fympto. Caujïs. Au dernier ch, de la Méthode, Le dix-feptiéme liure, de plufieurs ce que telle fubllance Ce refonde encan. Faudra pareillement vfer de clylleres deterlîfs, à quoy le A mefrae autheur feferc de cclluy-cy. betæ m.j.furfuris p.j. ficuam numéro x.altheæ m.j. fiat de- cocl ad ibq.in quadilfolne nitri Sc muuiæ an.j.ij.facchari fefam.3j.ij.Et fi l’obllruélion cil trop contumace, il en faut vfer de plus forts, aufquels on mettra du cyclamen Sc de la centau- re , Sc de la hiere , diacolocin. ad 3 i j. Et Ci encore pour toutes ces chofes le malade n’efl: allégé , Sc qu’il iette fa matière fecale par la bouche , Marianus Sanélus, homme fort expérimenté en la Mé- decine & Chirurgie, dit auoir veu plufieurs qui clloient efchappez de l’iliaque palîîon ( maladie mortelle)en prenant trois liurcs d’argent vif auec de l’eau fimplementrce qui aduient, d'autant que par fa ponderofité détourne l’intdlin qui clloit entors & replié , Sc poulfc la matière fecale en bas & faid mourir les vers qui pourroient auoir caufé ladite contorlion. Maillre lean de Sainél Ger- main , Apothicaire à Paris , homme bien accomply en Ton art, m’a affermé auoir penfé vn gentil- homme ayant la colique accôpagnée d’extremes douleurs, Sc pour s’en deffaire,auoir pris plufieurs clylleres,& autres chofes ordonnées par doéles Medecinsrneantmoins tout cela, fa douleur ne cef- foit point. Il furuint vn Allemand, fon amy, qui luy confeilla boire trois onces d’huile d’amendes douces, tirée fins fcu,mixtionnée auec du vin blanc,& eau de paritoire,cc qu’il fit, puis toll après luy fit aualler vne balle de harquebufe faite de plomb,frottée & blanchie de vif argent(à fin qu’el- le coulall mieux ) où bien toll après les iettta par le lîege, Sc quant Sc quant fa douleur fut du tout ceflee., Telle chofe peut aider grandement à la Colique venteufe. En la Colique l’cllomach fouf- fre, Sc partant aucuns difentauoir la Colique d’ellomach. lîifloire, Manama lîh deenfu & ojfenfione. Hifioire. QtCefi - ce que Saignée. Chap. L X V I. lebotomie, ell inciflon de veine euacuant le fangauecles autres humeurs, sjjjÊ comme l’incilîon de l’artere eft didc Artériotomie; Le premier feope de la phlebo- tomie, ell euacuer le fang péchant en quantité : combien aufli que fouuent on fe pro- Jgl "ÊÊÊSÉw pofe de tirer le fang qui peche en qualité, ou tous les deux enfemble. La quantité ou replcdon s’entend en deux maniercsd’vne quant à la vertu,iaçoit que les veines ne le monftrent trop pleines, qui rend foudain les hommes foibles& debiles , nature ne pouuant porter vu tel faix ou pelanteurd’autre maniéré de repletion fe prend quant aux vaifleaux qui contiennent le fang, Sc fe rapporte à l’abondance d’iceluy, encoreque la vertu lecomporte fans aucun ennny.En celle repletion les veines fonuent fe rompent,& le malade crache le fang, ou bien il fort par quique autre partie du corps, comme par le nez, par la bouche en vomiflant,par la matrice aux femmes par les rognoSjde façon que Ion pille le fang tout pur, ou par les hemotrho’ides,ou quelques veines va- riqueufes, ou fans dire variqueufes. La repletion qui fe fait quant à la vertu, fe cognoill par la pe- fanteur Sc lallîtude détour le corps.La repletionquantaux vaifleaux,fe cognoill par l’extenfion d’i- cctix, & qu’ils apparoillènt fort pleins:&l’vne Sc l’autre repletion à befoin d’euacuation. Dauanta- ç, ge, pour cinq intentions on fait la Phlebotomie.La premiers effc pour euacuer l’abondance du fang, des humeurs, comme és pléthoriques , Sc à ceux qui font vexez de quelque paillon lans pléthore, comme pour quelque inflammation. La fécondé eft, pour dellourner Sc diuertir,ce que l’on appel- le réuni flou, comme lorsqu’il luruientvn flux de fang par la narille fcnellre, on doit faire la faignée au codé dextre, Sc ainlî au contraire. La troifîefme cil pour attirer, comme lors que nous voulons prouoquer les mois des femmes, nous ouurons les veines faphenes aux malléoles. La quatriefme dl,pour altérer, comme nous faignons ésfiéures aiguës,à fin d’euacuer le fang boüiilanr,& refroi- dir ce qui relie. La cinquielme ell, pour prcleruer, comme nous phlebotomons au printemps , Sc autone, ceux qui font difpofez à cracher le fang,ou luiets à fquinâce,pleurelîe,epilepîîe,apopIexie, gouttes,&à d’autres indipofitions,aulîî és playes nous faignos pour cuiter le phlegmon. Auat que laigner , on doit confiderer lî les excremcns du ventre ont dlé retenus long temps dans les boyaux: Sc Ci ainlî ell, les faut premièrement vuider auec clylleres gracieux, ou fuppolîtoires : ou noliets, à fin que les veines raefaraïques ne tirent des boyaux quelque fubllance putride. On ne doit dai- gner les vieils ( lî ce n’efl en vne necellîté } pour crainte de la diminution de leur chaleur naturelle, Sc delîccation de leur fubllance, pareillement ny les ieunes enfans , pour crainte de trop grande refolution de leur habitude, faicle par l’abondance de leur chaleur naturelle : à raifon de la rarité de l’habitude de leurs corps, aullî de la molleire Sc delicatellc de leur lubllance. La quantité du fang que l’on tire, fe mefure à la force de la vertu & à la grandeur de la maladie. Si le malade ell débi- le, Sc que la maladie demande grande euacuation, on fera la faignée à deux ou à trois fois, Sc quel- D ques iours interpofez,Pour vne grande douleur de telle qui cil en la partie pollerieurc, nous inei- Ions les veines du front, Sc premièrement nous fomentons la partie auec eau chaude pour amollir le cuir , Sc attirer dauantage de fang dans les vaifleaux. Aux fquinances, on ouurira les veines au trauers, qui font fous la langue, fans aucunement lier le col, de peur de fuftoquer le malade. A toutes affrétions ou maladies, qui client l’haleinc , & nous ellranglent, Sc à celles qui foudain font perdre la parole , la phlébotomie ell necelfairc : à toutes grandes conciliions des parties inter- nes,ou externes, comme ell tomber de haut,ou auoir receu quelque coup orbc,encores que la vertu fuft debile, & que le fang ne pechaft ny en quantité ny en qualité, il faut faire la faignée : pareille- ment en apoplexie, fquinance, pieurefe, fiéures ardantes. Aullî fi le malade, après s’ellre précipité, vomill le fang,foudain luy faucouurir la veine: autrement le fang lepourroit cailler, lî on Je laide repofer Sc refroidir. Il ne faut faigner le malade en la vigueur de la fiéure: Or fi la fiéurc necroill plus, Sc aullî ne dccroifl point, Sc n’efperons aucune déclination d’icelle, en tel cas il ne faut per- dre celle occafion de la faignée, encore qu’elle foit pire qu’en la déclination de l’accez, Quelques- vns débattent que le fang doit dire tiré au plus loing qu’il ell poflîblc du lieu où il fait le mal, Premier feo- pe de la phlé- botomie. Veux fortes de repletion, La première ad vires. L* fécondé ad va fa. Accident de la repletion ad vafa. La phleheto• mie fe fait four cinq in- tentions. Ce qu'il faut confiderer a- uant que fai- gner. _ Lei vieils ny ieunesne doi- vent eftrs faigne^. L'on ne doit faigner en la •vigueur de la Heure. Opérations de Chirurgie. A Sc y caufe inflammation, Sc que parce moyen le cours des humeurs eft deftourné : le fai Tant aurre- menr,que Ton attire à la partie malade ce qui la charge Sc offenfe. Celle opinion ell fauflè : car la laignee vuide Sc euacuë premièrement le lieu le plus prochain. Car i’ay fouuentesfois ouucrt les veines Sc arteres du melme lieu, comme à lachiragre, & podagre, les veines du pied ou de la main & à la migraine les artères Sc veines des temples : Sc par celle euacuation de lang qui elloit flué a- ucc le virus arthritique , Sc les efprits boitillants qui elloient euacuez, la douleur fondant s’appai- foic : ce que i’ay fait plulieurs fois auec bonne Sc heureure ifluë. Ainli Galien commande incifer les artères des temples pour la fluxion des yeux , Sc pour vne douleur de telle inueterée , ou pour vue migraine : ce que i'ay faift par plulieurs fois auec bon fuccez. G»t. 'î- Le moyen de bienfaire Lafatgnée. Chap. LXyiI. Aintenant ietc veux donner le moyen de bien faire la faignée. Première- ; fôj ment faut bien fituer le malade,à fçauoir,s’il effc foible,fera fugué dedans le lift: Sc 1 PI ** es vcrcus^ont forteSjfera afîîs dans vne chaire,ficuéc de manière que le iourdon- Jaj 0 ne droift au lieu où l’on voudra incifcr le vaifleau. Cela fait, le Chirurgien frottera Jl la partie auec fa main ou linge chaud, afin d'attirer lefang au vaifleau ; puis fera vne ‘ ligature vu peu au ddfus dudit vaifleau qu’il voudra ouurir, Sc rennoycra le fingdcs parties infe- g rieurcs vers la ligature, & empoignera le bras du malade aucc fa main feneftre,fi c’cft le bras droift; & fi c’eft du bras feneftre,le prendra de la dextre,mettant le poulcc vn peu plus bas que le vaifleau, à fin qu'il le tienne, & ne vacille çà & là,le faire efleuer à calife du fang qui aura efté enuoyé.Cela faift, de Ton ongle marquera le cuir qui fera fus la veine, à l’endroit où il la voudra incifcr, puis fubit prendra vne petite goutte d’huile ou de beurre frais, &frottera le lieu marqué par l’ongle, à fin de rendre le cuir plus lice,& l’amollir,& par ce moyen fera plus facile à couper,& fera moindre douleur au malade,à raiion que la lancette entrera plus doucement.Or le Chirurgien tiendra fa lan- cette du poulce Sc de l'index, non trop Joing ny trop près de la poinfte,& de fes trois autres doigts s’appuyera contre la partie : Sc d’abondant mettra les deux doigts fufdits dclqueîs il tient la lancet- te , fus le poulcc , pour auoir dauantage fa main ferme Sc non tremblante : alors fera incifion vn peu obliquement au corps du vaifleau , qui (oit moyenne, non trop grande ny trop petite , félon le corps du vaifleau , 8c le fang gros 8c fubtil que l’on aura coniefturé y eftre contenu. Et fe faut garder de toucher l’arterc qui eft fouucnr couchée fous la bafiliquei 8c fous la médiane vn nerf, ou le tendon du biceps : &c quanta la veine cephalique,il n’y a aucun danger. Il fera tiré du fang félon qu’il fera befoin ; puis défera la ligature, Sc en fera vne autre fur le corps de la veine, pour arrefter le fang auec vne petite comprefle : la ligature ne fera trop lafche, ny trop ferrée, de façon que le ma- lade pourra plier le bras à Ton aife : Sc pour la faire comme il appartient , faudra à l’heure que l’on la voudra faire , commander au malade de plier le bras , car fi on le bendoit cftant droit, il ne le q pourroit après plier , ainfi qu’il a efté dit cy-deflus : ce qui fe fera auec vne telle lancette. Situation dH malade. Ce qu'il faut faire drhunt queuurir /4 veine. Pour ramollît le tuir. Façon de Tenir la la/i» ceue. Davger de t eue far l« nerf ou l'aT? tere en inci- tât U veine* Lancette pour faire les faignées. Des Ventoufes. Chap. L X V I I I. Entovses eft vu vaiflcan ventru qu’on applique fur le corps pour attirer vio- lentement. Il y en a de cuiurc, de corne,de verre, de bois, de tene, d oi & d argent, les vues font grandes , autre* petites ( appellécs jpetits cornets ) les autres moyen- nés. Et s’il aduient qu’on ne trouuaft des ventoulcs, on fc peut aider d’vn verre ou gobelet, ou d’vn petit pot de terre. Elles font grandes ou petites, félon la diucime des parties où elles ferot appliquées.Or celles qui ont l’embouichcure cftroice, & qui iont longuet- tes, tirent de plus loin. On met dedans des eftouppes ou chandelles de cire allumées au cul d icel- les. Les petits cornets font appliquez les ayant trempez en eau chaude, & après qu on les a vn peu D efchauflez à la flamme d’vne chandelle,ou de lampe ayant grande flâmeou par fuçccr aucc la bou- che. On applique les ventoufes lors que l’on veut faire vacuâtron de quelque matière conjointe en vne partie,principalement quand elles font auec fcarification,& fontaullj appliquées pour raîic te uulfion & derjuation en quelque partie , comme pour ladcfluxion qui fe fait aux yeux. On les applique fur les efpaules aucc grandes flammes : car par ce moyen font plus grande attrattion. Pareillement auflî fous les mammellcs des femmes pour faire reuulfion de leurs mois quand ils fluent trop,& font pareillement appliquées aux plats des cui,fl’es,quâd ils ne coulent allez : aulh aux morfures des belles veneneufes, & bubons, & charbons pcllufeicz, pour attirer le venin u e ans au dehors.Cornel.Ccl fus veut qu’on applique la vcntoulc Car la partie dolente que nous prétend os guarir,en faifant euacuatiodu fang& efprit flatueux imprimez en quelque partie.Les vetou es s ap cliquent fus le nombril pour refoudre vne grolTe ventofité enfermée en nos boyaux,ou en queJquc autre fpaciolité , comme entre quelque membrane des mule les de l epigallrc , qui eau ent co iquc* Aufll font appliquées fus le flanc dextre ou feneftre, quand au foye, ou en la rate e i ) douleureufe faite des vcntofitez,ou qu’il y a hemorrhagie par le nez. On les app ,ci au 1 ur 'e„s reins ôc fur le ventre, à l’endroit où font fleuez les vretercs, pour faire defçendre a pierre a a ve Vftge de* venttafes. Lu ven'ovfê vit le princi- palement à tirer les vettr tûftttt,- Le Dix-feptiéme Liure, de plufieurs fie , 8c font appliquées plus grandes ou plus petites , félon la neceffitc. Dauantage, tu vferas des A. cornets comme des fufdiclcs ventoufes, es lieux efqucls les ventoufes ne peuucnc dire , pour leur grandeur /appliquées : desquelles t’ay voulu donner le pourtrair. Vfage des (Ost/cij, Ventoufes de diuerfe grandeur, ayans de petits trous, lefjuels feront bouchez de are, lors quêlles feront appliquées: & quand on les voudra oiïer on leur donnera vent par iceux. Cornets de plufieurs fortes , auec les flamrmttes, & lancette propre pour faires les fartf cations. Cornets qui attirent fans feu, mais par le h e ne fcc de la bouche , en retirant fin haleine. Des le moyen d'en vfr. C h a p. L X I X. BA Sangfuë eft vn ver aquatique,de.figure d’vn ver de terre. Au bout où eft la telle, elle a vn trou rond, comme celuy d’vn Lamproyon, & trois petites dents ou aiguill- ions auec lefquels elle perce la peau , non feulement de l’homme , mais aulîî d’vn chenal ou d vn bœuf, & s’y attache & fucce, & fe rempli!! de fang. Il y en a qui font venimeufes , & font celles qui ont grolfo telle , de couleur verdoyante , & reluifenc comme vers ardans, &c font rayées de bleu lux le dos , ou routes noires. Aulîî font venimeufes Sang fut s vt nimeufes. Opérations de Chirurgie. 493 A celles qui viennent es marefts , &aux eaux bourbcufes, de engendrent inflammation, apofteme, fièvre , de malings vlceres , voire fouuent incurables. Les bonnes font celles qui font de couleur de foye, menues, rondes, ayans petite tefte, le ventre rougeaftre, de le dos verd, & rayé de couleur d’or par deftùs, de qui habitent es eaux claires de coulantes. Apres les auoir prifes, il les faut gar- der enuiron vn mois de plus, à fin qu'elles fe dégorgent de leur baue de ordure , de leur changer d'eau fouuent : parce qu’aucunesfois elles fe feront iettées fur quelque befte morte de charon— gneufe, de qui les appliqueroit fans dire dégorgées, elles pourroient imprimer quelque venin à la partie. Partant il les conuient faire dégorger de vomir leur ordure auparauant que les appliquer. Or on les applique aux endroits du corps , où les ventoufes de cornets ne peuuent tenir , comme au fondement, pour rompre la tunique des veines hemorrhoïdales, à l’entrée de la vulue, aux genciues, lèvres , nez, de fur les doigts. Si on veut faire grande euacuation de fang après que la langfuc eft tombée , fi le lieu le permet, on appliquera des ventoufes ou cornets, ou bien on en remettra d’autres. Il faut noter, que fi la fangfuë eft maniée à main nue , elle ferend defdaigneu.4 fe de defpiteufe, de ne veut pas mordre : parquoy quand on la veut appliquer , on la prendra auec vn linge blanc , de net, faifant auparauant fur la partie petites fcarifications, ou mouchetures, ou bien fera mis fus quelque peu de fang tiré de quelque befte : car par ce moyen elle prendra plus facilement. Et pour;la faire tomber, on iette fur fa tefte de la poudre d’alocs, du fel, ou de la g cendre : de eftant tombée, fi Ion veut fçauoir combien de fang elle aura tiré, on la mettra dans vn vaiftèau,&' fera couuerte de fel broyé bien menu,& foudain elle vomift tout ce quelle a fuccé : de qui la voudra faire tirer dauantage , auant qu'elle lafche prife , de démorde, il la faut couper d’vn cizeau par en bas vers la troifiefine partie de fon corps : en cefte façon elle tire toufiours; de le fang qu’elle attire découle par fon corps. Or la fangfuc par Ton fucceraent attire profond, de des parties voifines : de non feulement de celle qui eft malade fur laquelle elle eft appliquée. Ce qui eft ma- nifefte à voir , à raifon qu’eftant tombée, il fort bonne quantité de fang , de par longue efpace de temps, parla morfure, encore qu’elle foit petite, joint que difficilement on l'eftanche : ce qui ne fè fait par les fcarifications, de applications des cornets de ventoufes. Si on ne pouuoit eftancher le fang après la morfure, il faut appliquer la moitié d'vne fève : la tenant de prenant ddTùs,iufques a ce qu’elle y demeure attachée de adhérante, infailliblement cela retient le fang : ou bien y ap- pliquer du linge bruflé auec comprefle de ligature propre. ’ le ne veux laiflér en arriéré vne autre opération, qui fe fait par poindure ou picqueure auec vne efpingle, ou aiguille, ou par la pointe de la lancette, ou par la picqueure des fangfues. On picque le petites apoftemes és membranes de l’œil, pour abbattreles catarades, ou pour euacuer le pus, appelle hydropopyon, contenu en- tre les membranes de l’œil, ou appliquer vn feton, ou faire future à couldre les playes,& aunes. Bonnes fang- Le lieu où on es fansfu'*s' Lors n veut »e i”f faut tenir à »»d. Le m°yen (U lu fangfuë aura tiré de fang, : Le moyen ; d’ejlancher le Vin du Dix ~ feptiefme Liure 5 de plujîeurs opérations de Chirurgie\ 494 TABLE DES CHAPITRES du Dix - huitième Liure, de la ma- ladie articulaire, vulgairement appellée Goûte. • il PS CR1PT10 N de la maladie articulairey dite - ment Goûte. Chapitre j 'Des caufes occultes des goûtes. Chap. ij HiBoires mémorables, Chap. iij eDes caufes manifeBes des goûtes, Chap. iv De ïorigine delà de fluxion des goûtes, Chap. v Signes que la fluxion Client du cerueau, Chap. vj Signes que la fluxion yient du foye. Chap. vij Signes pour cognoiBre qud [humeur accompagne le yinu arthritique. Chap. viij Signes de la fluxion cholérique. Chap. ix Signes de la fluxion pituiteufe. Chap. x Signes de [humeur melancholique. Chap. xj DrognoBic de la goûte, Chap. xij Qure preflruatiue & curatiue des goûtes. Chap. xiij 'Du uomijfement. Chap. xiv Diuers remedes pour les goûtes. Chap. xv De la maniéré de ruiure des gouteux. Chap. xvj Du boire des gouteux. Chap. xvij Dour roborer les jointures. Chap. xviij De la cure paüiatiue des goûtes. Chap. xix Des remedes topiques pour la goûte de matière froide. Chap. xx Remedes locaux pour la goûte de matière chaude 5 principalement faicîe de fdng. Chap. xxj Remedes topiques pour la goûte de [humeur cholérique. Chap. xxij *Remedes de la douleur arthritique > faite d'intemperature fans matière. Chap. xxiij (e quilfaut faire la douleur des goûtes cefèe. Chap. xxiv Des tophes ou nœuds des gouteux. - Chap. xxv Des y ftfl leurs remedes. Chap. xxvj De la fViatique. Chap. xx vij Qure, de la feiatique. Cha. xxviij De la goûte grampe. Chap. xxix L E DIX-H VICTIESME LIVRE, TRAICTANT DE LA MALADIE ARTHRITIQVE, VVLGAIREMENT APPELLEE GOVTE. AMBROISE PARE' DE LA VAL AY MAINE, Confeiller 6c premier Chirurgien du Roy. Dcfcrïpion de la maladie articulaire, dite vulgairement Goûte. Chapitre I Rthritis, ou Goûte , eft vne maladie qui afflige ôc gafte princi- palement la fubftance des articles d'vne matière virulente , accompa- gnée de quatre humeurs : ôc pour cefte caufe eft nommée des Grecs ylr- thrltis, ôc des Latins, Aiorhm articuUrü. Et ce nom eft général pour tou- tes les iointures : mais le vocable de Goûte, qui eft François , luy peut a- uoir efté attribué, parce que les humeurs diftillcnt goûte à goûte fur les iointures : ou pource que quelquesfois vne feule goutte de cet humeur fait douleur très - grande, ôc peut venir à toutes les iointures du corps, ôc fé- lon les lieux où la fluxion fe fait, prend diuers noms. Parquoy nous dirons quelle a autant d'ef- peces ôc différences qu'il y a de iointures. Comme fi la fluxion fe fait fur la iointure des mandibu- les, elle pourra eftre nommée Slagonagra t parce que les Grecs appellent la mandibule Sîagon. Si el- le vient au col, fe peut appelller Trachelagra : pource que les Grecs nomment le col Trachelos. Si elle vient fur l'efpine du dos, on la pourra nommer %hachifagra ; parce que les Grecs nomment l'efpine Rachûs. Aux efpaules, Omagra : à caufe que la iointure de l’cfpaule ôc du bras eft dide des Grecs Omos. Aux iointures ||y Médecin duRoy,Callellan Confeiller Sc Médecin du Roy,& premier de la Roync,aucc lÉi’iiPiiL. Monfieur de la Talle,Medecin demeurant à Bordeaux,maillrc Nicole Lambert,Chirur— gjen ordinaire du Roy,pour vilîter 8c donner confeil à vneDamoifielle,âgée de quaran- te ans ou enuiron,malade d’vne tumeur de lagrofléur d’vn petit pois,fituéeau deflbus de la iointu- re de la hanche fieneftre , partie externe : ôc fur ladite tumeur & parties voifines, fientoit par inter- ualle de temps vne extreme douleur,comme ie declarcray cy-apres:& pour l’appaifier,onauoircher- che tons moyens,appeüant pour ce faire plu fleurs Médecins & Chirurgiens,voire mefme des for- ciers de forcieres ; tous lefquels ne luy iceurent donner aucun allégement de fa douleur. Or ayans tous entendu celte hilloire,ie defiray fort fçauoir quels accidens fuiuoient en l’accez de fa douleur: dont ic m’en allay au logis de ladite DamoifieIle,accompagné dudit de la Talle : où bien toftapres'- cftans arriuez , fa douleur luy print, Sc alors elle commença àxrier , fc iettant ça & là, faifianr dey mouuemens incroyables. Car elle mettoit fa telle entre fies iambcs,&les pieds fur les clpaules, auec plufieurs autre : mouuemens merucilleux. Cet acccz luy dura près d’vn quart d’heure : pendant le- quel ie m’efforçay à predre garde s'il furuenoit tumeur,ou quelque inflammation au lieu de la dou- leur : mais ie puis acertener qu’il n’y en auoit aucune, ny au fens du taël, ny de la veuë. Vray efl que lors que i’y touchois elle crioit dauantage. L’accez pa(Té,clle demeuroit en vue grande chaleur & lueur vniuerfielle 8c laflîtude de tous Tes membres,oe fie pouuaijc aucunement remuer. Or âpres Des Goûtes. A aiioir veu telle chofe,ie demeuray grandement efmerueillé,comme aufli fit ledit de la Taftejauquel ie demanday ce qui luy en fembloit: il me fit refponfe,qu’il eftimoit que c’eftoit vn Démon qui tour- mentoit ccfte pauure créature. En quoy ic ne luy voulus contredire pour l’heure , attendu que ja- mais n’auois veu ny ouy parler de tel accident. Car fi c’euft efté vne maladie cpileptique,il fe fuit eufuiuy perdition de tous les fens,auecconuulfion; mais cefte damoifelle ratiocinoit bien,&: parloic encore mieux. Apres qu’eu fines fait rapport de ce fpetacle à meilleurs Chapelain de Caftellan , ils furent grandement eftonnez ; de fut conclu de nous tous (attendu qu’on auoit procédé auparauant par plufieurs moyens,leiqucls ne luy auoient aucunement ofté fa douleur} qu’on luy appliqueroit fur la turmeur vn cautere potentiel,lequel i’appliquay : de l’efcarre cheute,tomba vne fanie viru- lente de couleur fort noire : de fut veuc depuis n’auoir aucune douleur. Parquoy ie veux conclure par cefte hiftoire,que la caufe de fa douleur eftoit vn virus venimeux , lequel pechoit plus en qua- lité' qu’en quantité : qui eut iffuc par le moyen de l’ouuerture faite par le cautere* Vn femblable fait eft aduenu à la femme du Cocher de la Royne , demeurant à Amboife,au milieu du bras droit,ayant par certains iours femblables douleurs que la fiifdice damoifêlledaquclle nous vint trouuer , meilleurs Chapelain, Caftellan, de moy à Orléans , nous fuppliant que nous enflions à luy vouloir donner fècours à fa dou!eur,qui eftoit ii vehemente qu’elle fc vouloir ietter par les feneftres, ayant pour cette occafion gardes auec elle. Nous conclûmes qu’on luy applique- P roit vn cautere potentiel fur la partie mefime, ainfi qu’auions faid à la fufdite damoifelle, ce que ie fis : de l’ouuerture faite , fa douleur ceffa, de l’a depuis du tout perdue. Or pour retourner à noftre propos , le vice des humeurs n’eft pas feulement caufe des goutes,parce qtle le mal ne feroit pas feulement aux ioindures, mais aufli aux parties mufculeufes ; de ne cauferôittelles douleurs, com- me i’ay dit. Audi on peut dire à laverité,quc le mal ne vient pas de l’imbécillité des ioindures(com- me plufieurs eftiment ) laquelle ieule aufli ne peut caufer telles douleurs. Car s’il eftoit ainfi , les douleurs ne ceflcroient iamais pendant que l’homme vit,d’aurant que l’imbécillité eft toufiours aux articles ; ains les deux enfemble,c’eft à fçauoir,la redondance vicieufe de l’humeur,& l’imbécillité des articles. Que diray-ie plus pour demonftrer l’incertitude de la caufe des goûtes ? C’eft qu’elles font comme vne rente conftituée,pource qu’elles reuiennent tous les ans à certains termes,princi- paiement en Automne de au Printemps, quelque diligence que l’on y fçache faire: dequoy l’expe- rience faid foy. Et qui plus cft,celles mefmement qui viennent de naiffance , c*eft à dire par he- tirage du pere de de la mere, ne peuuent iamais guarir vrayement, comme i’ay dit ; ains feulement reçoiuent cure palliatiue. Et pour y proceder,lcs Médecins de Chirurgiens doiucnt auoir bon pied, bon œil,de qu’ils foient munis de bon jugement, de de plufieurs de diuers remedes : à fin qu’on en puilfechoifir , félon qu’on verra les accidens aduenir,pour federles douleurs tant chaudes que froi- des, ou miftionnées enferable, tant qu’il fera poflible. Autre hijtî/s* re. patli ffgim Caufes de la douleur Ar- Aphor. 5 j, Un. 6. La goûte qui , Des caufes acquifes & man fefes des Goûtes. Chap. 111 I. Omsien que nous ayons demonftré la caufe des goures eftre incogneuë, roucesfois communément on luy afîigne des caufes, dont le Médecin peut douer quelques rai Tons* Or tout ainfi qu’il y a trois caufes aux autres maladies, à fçauoir,primitiue,anteceden- î|6pi|| te , 8c coniointe , auffi y a-il aux goûtes. Quant àla primitiue, elle eft double : l’vnc "Çwraw vient de la première génération , comme celuy qui aura efté procréé de pere 8c mere gonteux : principalement quand la matière virulente eft en reut, c’eft à dire en mouuement, 8c que l'homme fc iointauec fa compagne, & qu’il engendre, il eft bien difficile que les enfans ne fçient goûteux,à caufequecefte matière virulente fe mefle auec la femence : d’autant que la matière de la femence vient de tout le corps, comme monftre Ariftote au liure De generaîlone animalium ; pareil- lement Hippocrates au liure de l’air des régions, 8c des eaux. L’autre prouient par intemperature, tant de la maniéré de viurc , que de trop fréquent exercice de l’ate venerien, & autres chofes que déclarerons cy-apres. Celle qui prouient des parens gonteux, peut eftre appellée maladie hérédi- taire , pourcequ’elle vient de pere en fils : ce que touresfois n’aduientpas toufiours,comme 1 expé- rience le monftre. Car on void plufîcurs eftre vexez de goûtes, defquels les pere 8c mere iamais n’en auoient efté malades : 8c d’autres n’en eftre aucunement affligez, 8c tontesfois leur pere 8c me- re en eftoient grandement tourmentez : laquelle chofe fe fait par la bonté de la femence delà fem- me,& par laponne température de la matrice d’icelle corrrigeant l’intemperature de la femence vi- D rile : tout ainfi que celle de l’homme peut corriger celle de la femme : comme on void fouuent par expérience des enfans n’eftre point gouteux , lepreux, teigneux, epileptiques, encore que leur pere ou mere fuftent fubiets à telles maladies. Laquelle corretion fi elle défaut au pere ou à la mere, les enfans ne peunent échapper qu’ils ne foient fubiets aufdites maladies : lefquelles ne fe peu- uent parfaitement curer, quelque diligence qu’on y puifte faire. Parquoy on ne doit ( comme nous auons dit ) calomnier la Medecine ny la Chirurgie , ny moins les drogues de l’Apothicaire ; pour- ce que la femence fuit la complexion & tempérament de celuy qui engendre , en forte qu’vn hom- me & vue femme bien temperez, produiront vne femence bien complexionnée. Au contraire, s’ils font intemperez, produiront vne femence mal-complexionnée , 8c non propre pour engendrer vn enfant bien complexionné , comme déduit Auicenne. Parquoy celuy qui fera gouteux, s’il fait vn enfant, à grande peine pourra-il euader qu’il ne foit gouteux, fi ce n’eft par la rétification de la femence de la mere ou du pere , ainfi qu'auons déclaré. La fécondé caufe vient des fjpernuitez de noftre corps , qui s’altèrent 8c fe conuertifiént en cét humeur virulent. Or ces fuperfluitez pio- duites par vne grande plénitude, ou obftrution des vaifteaux ( qui fe fait principalement par a mauuaife maniéré de viure,&pour auoirCrapulé 8c beu des vins forts ) font efleuer au cerneau Cattfes des goûtes herè* ditairss, Au ï. lin, chap, 17, Pourqucy les maladies dei petes me ~ res ne paffent toufictm aux enfant. ta femence fuit le tempe* rament de celuy qui en* gendre. A ui cerne. liu. ifen. il. trai 1rs i.chap, 5, •DixhuiiHefme Liure, plu fleurs vapeurs , qui remplirent la tefte ; puis les membranes , nerfs , 8c tendons , en font rendus A laxes & imbecilles, & par confequent les iointures. Auflî cela aduient pour auoir mangé plufleurs 8c diuerfes viandes à chacun repas, en trop grande quantité : lefqudles engendrent vne cacochymie. Auflî dormir toft après le repas, 8c longuement, & prendre peu d’exercice > telles chofes corrom- pent la faculté digeftiue. Car lors qu’elle défaut, s’enfuiuent cruditez , obftrudions 8c ferofltez, qui tombent fur les iointures : leiquelles fur toutes autres parties, font debiles naturellement, ou par accident: naturellement, comme en ceux qui les ont dés leur première génération laxes & fai- bles : par accident, comme en ceux qui ont beaucoup cheminé à pied , ou fe font tenus debout, ou ont enduré le froid : pource que par la longue intemperature, les iointures font rendues im- becilles. Auflî cela peut aduenir par cheute , ou coups, ou pour auoir efté eftendu fur la gefne , ou auoir enduré l’aftrapade : pareillement à ceux qui font exccffîfs au coït, & principalement toft a- pres le repas , d’autant que tout le corps eft réfrigéré , parce que la chaleur naturelle s’amoindrit, pour la grande quantité d’efprits qui fontiettez au coït, 8c que la faculté digeftiue en eft affaiblie: &c partant s’enfuiuent cruditez fereufes, qui defluent fur les iointures, à caufe defquclles,& auflî de ladite réfrigération, lefditcs iointures font débilitées, qui eft caufe des goûtes. Or veu que ladite faculté digeftiue défaut aux vieilles gens , il ne fe faut émcrueiller s’ils font goûteux. Outre-plus, les euacuations accouftumées retenues, comme le vomifïent, flux menftruel, hcroorrhoïdal, flux de ventre, 8c autres, fouuent font caufe de la goûte c partant les femmes ne font finettes aux gou- ® tes, pendant qu’elles ont leurs flux, mais bien après 1 auoir perdu. Ce que dit Hippocrates : parce que les fuperfiuitez font retenues , lefqudles auoient acçcouftumé de fe purger. Dauantage, ceux à qui quelques vieux vlceres ou fiftules auront coulé par longues années, 8c puis font clofes 8c confolidées , s’ils ne tiennent après bon régime , 8c ne fe purgent par fois, font en danger d’eftre gouteux : comme au contraire,les varices des cuifles 8c iambes,& les hemorrhoïdes,flux dysentéri- vieux vlceres, empefehent la génération des goures. Plus, ceux qui relouent de quelque grande maladie, lefquels n’ont point efté bien purgez par mcdecine,ou par nature,forment deuien- nent gouteux : ceux qui ont le cerueau fort froid 8c humide, font pareillement fubiets aux goûtes. Or pour conclure en peu de paroles,les caufes manifeftes de cefte maladie font, mauuaife maniéré de viure, qui engendre cruditez 8c ferofltez, le coït fuperflu , cheminer trop haftinement, ou plus longuement que nature ne le peut porter , demeurer trop longuement debout, équitations de trop longue durée, euacuations accouftumées retenues, le vice des païens,lequel les enfans font con- traints de fentir,qualî par droit héréditaire. Quant aux caufcs internes entre les principales font re- dondance des humeurs crus, 8c l’amplitude des vaifîéaux, la farce des principales parties mandan- tes, 8c l’imbécillité des receuantes, auec laxe capacité des conduits 8c inanitez d’iceîles, 8c la fltua- tion inférieure delà partie affligée.Or leieune Chirurgien doit fçauoir,qu’il y a quatre facultés na- turelles , par lefquellcs les plantes 8c animaux fe gouuerncnt. La première eft celle qui attire l’ali- ment : la fécondé, qui le retient :1a tierce , qui le change 8c digere : la quarte, qui reierte le fu- petflu,parce qu’il peche en quantité ou en qualité,ouen tous les deux enfemble : auflî le virus 8c les humeurs font iettez par la vertu expultrice aux iointures. Quant à ce que ledit humeur s’arrefte pluftoft aux iointures qu’aux parties mufculeufes,cela fe Fait,pource que les iointures font exagues Sc froides , c’eft à dire, auec vn peu de fang, 8c de fubftance denfe 8c ferrée, 8c que les parties qui ‘ font entre icdles font charneufes, laxes 8c molles , 8c la grande aftridion du cuir (qui eft ordinai- rement aux vieux pour la ficcité) fait que la tranfpiration eft empefehée , 8c les fuperfiuitez rete- nues : dont fouuent s’enfuit la goûte, ou quelque grand prurit par tout le corps, ou gratelles, ou rongnes, 8c leurs vrincs acres. Or la douleur qui fe fait en cefte maladie, vient pour l’acrimonie de la qualité virulente, quelquesfois toute feule fans nulle autre humeur ; 8c auflî le plus fouuent la douleur faiétc du virus, eft caufe d’attirer des efprits flatueux, 8c humeurs ja préparez à fluer, com- me le fang ; 8c alors la fluxion fera phlegmoneufe : fl c’eft la cholere, eryfipelateufe, fl c’eft îe phle- gme , œdemateufe : fl c’eft l’humeur mlancholic , feirrheufe. Et s’il y a deux humeurs mefiez en- femblc, la dénomination fe prendra de celuy qui fera en plus grande quantité, comme fi le fang do- mine la cholere, on pourra dire phlegmon eryflpelateux : au contraire , fl c’eft la cholere , fera nommé eryflpelas phlcgmoneux; 8c ainfl des autres humeurs. Et cefte matière virulente accom- pagnée des humeurs 8c efprits flatueux, eftans aux iointures, les remplit & fait diftenfion aux par- jpy ries, comme membranes, aponeurofes, tendons, 8c autres parties, qui lient les iointures. Crudité,mere des goûtes. Caufes de l'imbécillité des iointures. Gai. au i. Hure de fe- mine. jfpher. iy. Hure 6, Caufes prî- mitiues des goûtes. Caufes înter~ nés. Voy Guidon au chap. des goûtes. Tourquoy l'humeur s'arrefie p luf- toft aux ioin- tures qu'aux autres par- ties. De l'origine de U de fluxion des goûtes. Chap. V. Source de l’humeur Arthritique. Fernel. DiftinBio» de la four ce d>s humeur. Jlrthriti- %ues. «éfl ' Origine delà defluxion & matière des goures vient du cerneau, ou du foye. Lors M qu’elle vient du cerueau, on peut dire que c’eft la pituite fercufe, claire 8c fubrile, telle qu’on void le plus fouuent diftiler 8c couler par le nez 8c par la bouche, accompagnée du virus indicible, laquelle diffluc par les tuniques des nerfs 8c rendons par defïbus le cuir mufcnleux, qui couure le crâne, 8c par dedans le grand trou, par lequel la nuque pafle : 8c tel- le fluxion eft ton fours froide. Lors qu’elle vient du foye , elle court &c fluë par les veine 8c artè- res chargées d’abondance d’humeurs, qu’elles ne pcuuent contenir pour la quantité, on pour la qualité vicieufe. Et peut - on'lors dire que ce font les quatre humeurs contenus en la niafle fangui- naire , Amples ou compofez , accompagnez pareillement du virus arthritique : 8c font pluftoft chauds que froids, au contraire de ce qui aduienr lors que la fluxion fe fait du cerueau. Or cefte matière, de laquelle font faites les goûtes, que nous auons maintenant déclarées, eft la fluxion qui fe fait des autres parties : outre laquelle il y a vue autre caufe appcllée congeftionrà fçanoir, quand quelque partie ne peut faire concodion de ce qui luy eft baillé par Nature"pour fa nourriture. Et Des Goûtes. A quant à moy il me femble (fàuf meilleur iugement que le mien)que la matière virulente des goûtes eft en la malle fanguinaire * voire en toute l'habitude du corps : Ôc que celle ferofité virulente fe meut par certaines cauTes, qu’auons cy-deflus mentionnées. Encore outre ces raifons naturelles, il y a quelque choie qu’on ne peut expliquer, ainh qu’à l’epilepfie , fièvre quarte , ôcà vne infinité d’autres maladies : ce qu’Hippocrates a dit au liure premier des Prognolliques 3 qu’aux maladies il y a quelque chofede diuin* Lesfignes que lafluxion vient du cerneau, C h a p. Y I. S ma^ac^cs 9 l°rs (lue flexion fe veut faire, fe fentent appefantis, endormis, 6c fÊ ie^ei:ez auec grand fentiment de douleur aux parties externes de la telle, 6c princi- J|| paiement quand on leur renuerfe leurs cheueux* 6c fouuentesfois on leur trouuc vne iSyilPE' rumeur œdemateufe au cuir qui couurele crâne : 6c leur femble qu’ils ayent changé leur nature à vne autre prefque toute effrange, de forte qu’il leur eft; aduis qu’ils ne font plus eux-mefmes , pource que la virulence de là matière a renuerfé 6c changé les fondions, 6c toute l’œconomie du corps. Aufîî ils fentent grandes cruditez en l’cftomach , 6c routemens ai- gres. Et mefme l’humeur qui caufe la migraine, a fimilitude pour la malice 6c virulence , à celuy qui caufe les goûtes : laquelle pource qu’alots elle communique fa douleur à toute la moitié de la g telle, a efté appellée des anciens Hemicrania. A aucuns la fluxion defeend du cerneau entre cuir 6c chair aux iointures, voire iufques à celle des doigts des pieds , 6c telle defluxion procédé lente- ment, au contraire de l’humeur qui eft chaud * duquel la fluxion fe fait promptement, 6c auec fentiment de douleur. AUant-eoU- reun de flû- xion Arlhri* tique du cer- neau. Dijlin&ion de la tempe- rie de L’hu- meur ArthrU tique* Les Jtgnes que la fluxion vient du foye, & de la majje Janguinairei CliAP. VII E s malades fentent chaleur au foye * 5c aux parties intérieures de leurs corps, 5c ||j font communément de température fanguine & cholérique , ayans les veines larges % & grolfes : ioind que la fluxion fe fait promptement : dont fe fait fluxion de fang, 6c delà cholere auec les autres humeurs.Mais quelquesfois le fang peut dégénérer de fa * qualité chaude , & deuenir pituiteux 5c fereux par multiplication des cruditez, 6c au- tres chofes quicaufent 6c engendrent la pituite : 6c alors peut aduenir , que la màlfe fanguinaire, comme du cerneau , tombe 6c découlé fur les iointures, vn humeur pituiteux auecques le virus: tout ainfique fi l’humeur melancholique eft en grande abondance, il y peut aufiî découler : ce que toutesfois eft: rare, comme nous demonftrerons en fon lieu : partant pour mieux diftinguer la dif- férence defdits humeurs , nous les defcrirdns particulièrement. Comme le fang dégénéré en aquojite^. Les fignes pour cognoifire quel humeur accompagne le virus Arthritique. Chap* VIII. Remierement pour Cognoiftre fi le fang domine, faut confiderer l’âge, com- ‘ me la ieunelfe du malade , fa température fanguine, le temps de l’année , qui eli le ill Printemps, la région temperée : aufli s’il a vfé de maniéré de viure, chaude 6c hu- mide, multipliant le fang : 6c qu’au matin ladouleur cftplus grande 6c plus pulfa- tjue fc tenfiue, auec vne pefanteur , 6c la couleur de la partie rouge 6c vermeille ; Joint qu’il y a grande tumeur, non feulement des veines, mais de toute la partie malade : 6c y a grande diftenfion en la partie , tellement qu’il femble qu’elle fe rompt. Les vrines font rouges 6c efpeces : dauantage,ils ne peuuent endurer l’application des remedes chauds, ains par l’application d’iceux , la douleur s’aigrit dauantage. Plus, les exacerbations ou accès, fe font 6c repetent tous les iours , 6c principalement au matin. De toutes ces chofes tu peuxconclurre que le fang domine. Signes du fdg abondant. Le fang a fes paroxyfmet le matin. Les figues de la Cholere* C h a F. IX. BV s s î les lignes de la Cholere font,que là couleur de la partie fera trduuee blalfarde, auec grande chaleur ignée, 6c peu de tumeur, douleur poignante, 6c extrêmement ai- guë : 6c le malade Tenu pluftoft chaleur, que diftenfion 6c pefanteur : 6c combien que là partie apparoiire rouge,toutesfois elle tend plus à citririité* c’eft: à dire couleur iau- naftre,qu’à la couleur fanguine;& fi elle eft: prelfée du doigt,le fang cholerique(à caule qu’il eft: fort fubtil) fuit facilement, puis habit retourne* & renient plus rougeàftre qu’auparauant. Car deuât qu’on comprimai! la partie,l’humeur plus vicieux & flâne occupoit la fnperficie du cuir, 6c par la compreffion du doigt, le fang qui eftoit caché fous le cuir, fait monftre 6c parade de foy, iufqücs à ce que l’elfed de la comprelîion celle, l’humeur bilieux retourne en fon premier lieu, donc iceluy apparoift plus blafard , qu’en vn phlegmon fait de fang pur, comme nous auons dit: joint que la partie effc plus aidée par medicamens refrigerans 6c humedatifs , que par ceux qui ef- chauffent 6c feichenc. Le patient a le pouls fort ville 6C fréquent, 6c effc de tempérament choléri- que. Aufïï la douleur fera trouuéc plus grande fur le midy , iufques à quatre heures du iour , qu a autres heures, parce que la cholere fc meut en tel temps. Dauantage les patiens ont des exacerba- tions , c’eft à dire , rcnouuellemens de douleur de trois iours en trois iours, comme on void aux fiéures tierces. Audi la chaleur du temps donne indice, comme l’Efté. Outre-plus la qualité des viandes efb à confiderer , comme il le malade a vfc de viandes, qui multiplient Sc engendrent la cholere , fes vrines feront trouuées fort fubtilcs , 6c de couleur cicrine, 6c quelquesfois tellement acres, qu’elles offenfent le conduit vrinah Couleur d’E*> ryfipeluu te rnouue* ment de l'hU ; meur cholé- rique. Dixhui6liefme Liure, Signes de L'humeur pituiteux. C H ap. X. Quelle eppece de pituite fait U goûte pituiteufe. ' H v m e y R pituiteux, qui caufe les goûtes, eft fereux , ôc quafi toufiours fembla- M ble à celuy qu'on void diftiller du ccrueau en temps froid , par le nez, comme auons Je dit.Lors qu'il defluc fur quelque iointure,ilfaut qu'elle apparoilfe enflée, ôc de la cou- || leur du cuir : ôc ne différé grandement en couleur de la partiefaine, c’eft à dire, qu'el- le n'elt ny rouge ny chaude , mais on fent froideur au fens du tad : Ôc l'application des chofes froi- des nuit grandement au patient, mais les chaudes luy font profitables. Or pour engendrer tel humeur , la vieillcfle y fait beaucoup, Ôc aufîi le tempérament froid ôc humide , ôc l’air ambiens de mefme, pareillement le temps d'Hyuer, l’oyfiueté , les viandes froides ôc humides, fruids, lé- gumes , ôc généralement routes chofcs qui engendrent la pituite : ôc la douleur eft en temps d’Hy- uer, plus grande la nnid que le iour, pourec que la pituite afes exacerbations , ou mouuemeris, tous les iours, ôc principalement la nuid. La tumeur fera trouuée molle, en laquelle après auoir prefle du doigt defliis , la folle y demeure quelque temps après, comme on void aux ccdemes. Les vrines feront trouuées crues ôc efpcllès , ôc de couleur blancheaftre , comme routes les autres fu- perfluitez phlegmatiques, mucqueufes, ôc glaireufcs. Si la pituite eft falce , le patient fendra vn g grand prurit,& mordacité à la partie. Le pouls au toucher fera trouué mol,lent,& diuers. Aufîi on prend garde que le malade n’a fait exercice. Et cet humeur caufe le plus fouuent les goutes,prind- palcment quand il eft cru : ôc pour abréger, d'autant que les fufdits humeurs feront cfloignez de leurs temperamens, ôc auront acquis vue qualité acre ôc virulente, d'autant aufîî en feront les dou- leurs Ôc accidents plus grands. La pituite a fon principal mouuement la nuici. Signe de pi- tuite falée. Signes de C humeur me lanch clique. C h a p. XI. Caufes qui amajjent l'humeur me- lancholique, N la partie y aura peu de rumeur ôc douleur , & fera comme endormie en femiment de 031 pefanteur. La couleur fera aucunement liuide ôc plombine, ôc le plus fouuent on fent la partie froide , quand on la touche. Aufîi peut eftre que le malade eft de température melancholiquc,& atténué : pareillement qu'il aura Vsc de viandes qui multiplient l’hu- meur La caufe aufîi de tel humeur eft la région froide ôc feiche , ôc fes alimens qui engendrent fuc melancholique : aufîi la trifteflè, le temps d’Automne, ou l'Hyuer, & l'âge qui eft vers la vieillelTe. Le pouls fera trouué dur, tenfif, Ôc petit. Le patient aura peu d'appetit de boire ôc manger. Les vrines le plus fouuent au commencement font tenues ôc aqueufes , à caufe des obftrudions, ôc après plus noires qu'elles nedoiuent eftre félon Nature, & moyennement craf- fes. La refidence eft quelquesfois mellée de maticre cruente,& fufque. Les exacerbations feront de q quatre iours en quatre iours, ôc la douleur fera trouuée plus grande après midy vers le foir,qu'à au- tre heure du iour, à caufe que le mouuement de l’humeur melancholique eft tel, ce qu’on void aux fièvres quartes, qui font faites de tel humeur. Or plufieurs eftiment que les goûtes ne s’engendrent d'hurpeur melancholique, à caufe de fa fubftance grofte ôc terreftre, qui à peine peut flucr aux join- tures ; ce que ie concédé, s'il eftoit feul : mais eftant accompagné du virus predid, peut fluer aux jointures. le temps du mouuement de l'humeur melancholi- que. Prognottk. C h a p. XI I. SE s anciens Médecins nous ont laifse par eferit , que les maladies des jointures font trouuées entre les plus griefs maux, ôc tourmens prefque infupportables, tellement que quelquesfois les malades perdent le fens & entendement, & défirent plus la mort que la vie. Les goûtes tiennent leur période ôc paroxyfme du virus, Ôc des humeurs dont elles font faides : elles viennent volontiers au Printemps, & en Autumne , comme nous auons par cy-deuant déclaré. Et ceux qui font vexez de goûtes naturelles, c'eft à dire, qui les ont héréditaires, ne guéri fient iamais parfaitement , ou bien rarement. Lors aufîî que les nœuds ,oa nodolitez font aux jointures , ils ne fe peuuent parfaitement curer , principalement fi la matière efb gyplce, parce quelle ne fe peut refoudre, & encores moins fuppurer. Les goûtes faites de ma- ticre pituiteufe & froide , ne font pas tant douloureufes, que celles qui font faites de matière chaude, comme de fang ou de cholere : aufîi elles ne font fi toft curées, parce que les chaudes font pluftoft digérées &rcfo!uës,à caufe de leur chaleur ôc fubtilité. Car les froides durent le plus fouuent quarante iours ou plus, à caufe que la matière eft greffe ôc efpelfe : quelquesfois pluftofi: ôc quelquesfois plus tard, félon que le malade tiendra bon régime, ôc qu’il fera bien penfé du Mé- decin ôc Chirurgien. Aufîi d'autant plus que la partie, où s'eft faite la fluxion , eft efpcfle, com- me la jointure du genoifil, ou fous le talon, ou en lieu profond, comme à la hanche,6c qu’elle a la vertu expultrice imbecille,le mal eft plus long àguarir,que quad le côtraire fe fait. Celles qui font chaudes, durent quatorze iours, ôc bien fouuent vingt, ou plus, quelque diligence qu'on y fçahe faire. Les goûtes qui font caufees d'humeurs gros ôc vifqueux, ne font pareillement grande dou- leur,& ne font auflî toft guaries. Celles qui font faites d'humeurs chauds ôc choleriques,font tres- donloureufes, ôc mettent quelquesfois le patient en defefpoir, caufent à aucuns paralyfie , ôc difficulté de refpirer , perturbation d’efprit, gangrené ôc mortification en la partie, & par confe- quent la mort. Entre toutes lés douleurs arthritiques, la feiatique emporte le prix,poureftre plus douloureufc, ôc caufer plus grands accidens, comme fièvre, inquiétude, luxation, & claudication Lagaute efi accompagnée de douleur in [apport a- hle. Hipt>. li. 6, Aphsr y f. Goûtes incu- rables. Gai. au Cornm. du 49. Aph. de la 6,fecl. Des Goûtes. A perpétuelle, émaciation, ou amaigridément de toute la cuiflè Se de la jambe , Se quelquesfois de tout le corps. La caufede la claudication & de l’emaciation eft,que l'humeur aura jercé l’os Femo- ris hors de (a boette Se lieu naturel ; lequel eftant hors,preflè les mufcles, veines, arteres,& le gros nerf qui defeend le long de la cuillè,iufqu à Fextrcmité des orteils , pour fe diflribuer aux mufcles: au moyen dequoy les elprirs ne peuuent reluire aux parties inférieures j Se par confcquent fe rabe- lîent, Se deuiennent conlommées Se amaigries : dont le panure goûteux demeure après claudicant tout le long de fa vie. Or plufieurs demeurent claudicans, combien qu’ils n’ayent luxation ; qui le fait à caiife que l’humeur glaireux, propre tant pour la nourriture des jointures,que pour les lubri- fier Se les rendre plus faciles à mouuoir, s’endurcit par la chaleur effrange : Se pareillement parce, qu’il n’eff fubtilié par le mouuement qui auoit accoutumé d’effre fait :Se les autres humeurs, qui font defluez en plus grande quantité,que la partie n’a peu digerer, Se alîimiler en fa fu bilan ce, par congeflion font demeurez impacles Se endurcis, qui fait que le mouuement ne peut eflre faief Se accomply. Dauantagejagoute caufeede matièregrolîè&yilqueufe,defluant furvne partic,fouuenc rend les membres courbez Se tortus, iufqu es à jetter les os hors de leurs propres jointures : ce oue l’on void, non ieulemcnt es grandes jointures , mais es doigts des mains Se des pieds,lefquels par vne goûte nouée font quelquesfois jettez de leurs jointures, au moyen dequoy ils deuiennent tout crochus : Se principalemcnt,quand l’humeur tombe en grande abondance, rend la partie languide Se atrophiée,c’cfl adiré, confumée,aridc,6e feiche, Se fon aélion deprauée,& fouucnt du tout per- B duc. Car toute intemperarure qui demeure longuement fur vne partie , diminue la force Se vertu d’icelle, Se par confequent fon action, comme nous auons dit cy-deffus. Lors que le virus caufanc les goutes,n’eflfeIon fon cours ordinaire Se paroxyfme accouflumé,ietté aux jointures (par l’imbc- cilité de le vertu expulfiue) il caufe maladies cruelles,grandes Se mortelles. Car quand il arriue en la fubflance du foye il excite inflammation d’iceluy : s’il demeure aux grandes veines, il engen- dre vne fiéure continue : Se s’il tombe fur la membrane qui couure les coftes, il caufera vne pleu- refîe : s’il demeure Se s’attache aux inteflins ,/era caufe de faire vne colique , ou iliaque pafîîon, 'auec très - grande douleur : Se ainfi fur les autres parties fait accidens diuers. Ce qu’on void, en ce qu’aucuns goûteux deuiennent paralytiques, à caufe que la matière des goûtes bouche les porohtez des nerfs , de forte que l’efprit animal n’y peut reluire : parquoy la partie demeure im- mobile , Se rcfoluc. Les vieillards ne peuuent iamais eflre deliurez de leurs goûtes, parce que leur fang , Se toute leur malle fànguinaire efl altérée , Se ne peut eflre reélifiée, non plus qu’vn vin bas, tk deuenu aigre. Les goûtes qui viennent promptement, procèdent d’intemperarure chaude, Se fou tient fans matière : qui fe cognoift, parce qu’il n’y a aucune tumeur apparente à la partie , ny au dehors , ny au dedans des iointures : Se fent - on aperteraent par le toucher la partie fort chaude, Se le patient fe fent allégé par remedes froids , ainfi que nous auons dit. Au contraire la fluxion faite de matière froide découlé lentement quelquesfois au fort de l’Hyuer, pour la grande froidure , qui bleflè les parties nctueufes , 8e comprime les humeurs les chalîànt C aux iointures. Pareillement aucuns en font vexez au fort de l’Eflé , pour la grande chaleur, qui liquéfié Se fond les humeurs, dilate les conduits. Se parties ncrueufes Se membraneufes. Or elles peuuent venir en tout temps de l’année, pource que les goûteux fe desbauchent, Se ne tiennenent reigle en leur maniéré de viure ; toutesfois elles reuiennent pluftofl au Printemps, Se en Automne, comme nous demonftrerons cy-aprcs. Dauantage, les goûteux prognofliquent ordinairement le changement de temps , comme pluye, neige, ou quelque autre temps nubileux: tellement qu’ils portent auec eux vn Almanach qui leur ferr toute leur vie, à caufe de l’air gros Se vaporeux que le vent Auftral, ou de Midy ameine Se conduit, qui remplir les corps d’humiditez , Se efmeut intérieurement les humeurs. Se les agite : Se lors qu’ils font ainfi efmcus, fe fait nouiielle fluxion fur les parties imbéciles. Se principalement fur les iointures, qui font peu charneufes. Se exangnes, ou princes de fang. Se par confcquent de cha- leur naturelles parce aulîi qu’elles ont eflé malades,affligées Se débilitées de long-tcmps,non feu- lement en leur harmonie, maisaufli en leur propre fubflance: Se partant les panures goûteux au changement du temps,& lors qu’il veut pleuuoir, leurs douleurs leur vicnncnt,5des tourmentent plus aigrement. Il y a aucuns goûteux qui défirent grandement le coït pendant leurs doulcurs,par- ce qu’ils fentét vne grande chaleur cftrangeau dedans du corps, laquelle ne fe refont Se difîipe point en exhalations , comme l’ardeur febrile : mais font fondre l’humidité feminalc, qui courant anal vers les parties génitales, les fait enfler Se en-oigueillir, Ce que nous voyons mefme tous les iours aduenir aux mulets defehargez. Se aux chenaux de poflc rendus en l’eftable, après auoir couru vn long chemin. Toutesfois tel aéle aux goûteux eft bien contraire, à caufe que par le edit ( comme nous auons dit) les efprits , Se chaleur naturelle fe rcioluent, dont la chaleur effrange s’augmente. Se quant-&-quant leurs douleurs. Parquoy ie leur confeille qu’ils s’en gardent s’ils le peuuent fai- re , & s’ils font figes, Se principalement ceux qui ne font pas mariez. Les anciens Médecins, Se - ceux de noftre temps , ont tenu que celle maladie eftoit incurable; toutesfois on en a veu guarir, principalement celle qui n’cft pas héréditaire , ou innererée , h,le malade veut tenir bon régime. Se n’cftre fujet à fes plaifirs. Les riches font plus forment tourmentez de goûte, que les panures, parce qu’ils ne trauaillent pas , Se qu’ils mangent beaucoup , Se de diiicrfcs viandes en tous leurs re- pas , Se boiuent d’autant, Se immodérément, Se trop fouucnt ioüent aux Dames rabatucs. Aufîl on a veu des riches ( leurs biens confifquez ) retourner à la table des pauures , Sc failans exer- cice, auoir efte guaris d’icelles, qui auparauant les vexoient beaucoup. Et de fait, on void rarement les paures Laboureurs Se Anifans auoir les goûtes. Parquoy ceux qui fe veulent de- limer des goûtes, faut qu’ils mangent peu, Se vfent de viandes qui engendrent de bon fuc ; qu ils s’exercent modérément} Se laiflènt l’vfase du vin Se des femmes, ou pour le moins qu ils en vient Caufe de la claudication aux goûtes fciatiquts, Autre caufe de La claudi- cation. ■décident mortel du cours d'hu- meur arthri- tique fuppri- mé. Les vieil- lards ne peu* tient ejtre guaris des goûtes. Les goût eux prognofliquet le changent et de temps. Les gouteux défirent le coït. La goûte vient plufiofl aux riches qu'aux paHi ttres. 502 Dixhuidiefme Liure, modérément, 5e aufll qu’ils vomiflent Se fc purgent par l’ordonnance du dode Medecin.Hipocra- A. tes dit que les enfans ne font goûteux auant qu’ils vfent du coit : toutesfois on void aucuns éba- ttrez cftre goûteux, principalement ceux qui viuent en oyfmeté , 5e-ne trauaiilent point, comme les fedentaires 5e crapuleux ; qui caufequ’ils amaflent cruditez en leurs corps, 5e humeurs malins 5e fuperflus , qui caufent les goûtes. Semblablement les femmes ne font point gouteufes pendant qu’elles ont leurs mois : car par iceux tout leur corps fe purge : au contraire lors qu’ils font trop toft retenus , beaucoup de matière 5e humeurs s’amattent en leurs corps, qui le plus fouuent leur caufent les goûtes. Hîpp, Aph, 3. Lin. 6. Abhor, iÿ. feci, 6. Cure preferuatme & curât me des Goûtes. Chap. XIII. E v A n t tontes chofes , il faut derechef diftinguer toutes les caufcs, & la diuer- Etc de leur origine , à fin de diuerfifier les medicamens félon la nature de l’hu— k T meut péchant en quantité, ou en qualité, afin de les guarir par leur contraire. Or il y a trois caufes en général, comme nous auons dit, qui font les goûtes. La première qui vient par héritage , de pere en fils. La fécondé , par le vice 5c altéra- tion des humeurs. La tierce, de lafoibleflè 5c imbécillité des iointures. Et pour contrarier à tel- g les chofes, il faut auoir double indication , à fçauoir euacuation Sc altération des humeurs fupera- bondans, 5c la fortification 5c roboration des iointures debiles. Or telles chofes fe feront par bon régime, purgation , faignée, 5c en prouoquant les hemorrhoïdes, Vomiffèmens, fueurs ôc vrincs, & autres félon qu on verra eftre neceflaire , & par application des rernedes locaux. Les remedes qui feruent à la preferuation des goures , ferment auffi à la curation , tant curatiue, que palliatiue. il eft donc neceflaire de contrarier aux caufes qui font les goûtes , comme à l’vfage immodéré du vin ,5c de fade venerien , 5c i'oifiueté, au dormir toft après le repas , & autres chofes qifauons eferit aux caufes. Lors que le malade cognoiftra le temps approcher, auquel les goûtes ledoiuent prendre, il tiendra bon régime , &fe purgera : 5c fi la douleur prouient du fang, il fe fera faigner (sul n'y a chofe qui l’empefche ) de la partie contraire, pour faire vacuation 5c rcuulfion. Exemple: Si les parties fuperieures font enflammées , on tirera du fang des parties inférieures : au contraire fi les parties inférieures font enflammées, on faignera les fuperieures , en gardant la reélitnde des filamens : comme fi c'cft le bras droit, on ouurira la veine de la jambe droite : 5c fi c’eft le bras fe- neftre, on faignera la jambe feneftre : & fera tiré du fang en telle quantité qu'il fera befoin. Et a- pres auoir ainfi fait la faignée vniurcfelle, Sc que pour cela la douleur 5c inflammation continuaf- fenr, alors on fera apertion de la veine la plus proche de la douleur : ce que i'ay par plufieurs fois fait, auec bonne 5c heureufe ifluë. Ce que commande Hippocrates en la fentcnce j. de la fi.fe- éfcion , furie 6, Hure des Epidémies, qui dit, qu'aux douleurs il faut euacner 5c tirer de la partie q prochaine 5cmalade par fection 5c vftion, qui eft vn fouuerain remede. Or ie feray toufiours d’ad- uis, que pour faigner 5c purger, on prenne le confeil du doéte Médecin , parce qu'il ne faut pas toufiours tirer du fang tous les ans aux goureux, s'il n’eft l>ien neceflaire. Car auecques le fang, l’efprit vital fe perd, les forces s’affbibliflcnt, &le corps fe refroidit : par ainfi on abregeroit la vie du panure goutenx. Dauantage, la faignée ne profite à ceux qui font continuellement affligez de goures, 5c qui ont le corps imbécile Sc froid , &c à qui la pituite feule domine. Auflî les purgations font queîquesfois ncceflàires, mais où elles feroient fréquentés, font dangereufes. Parquoy il vaut mieux corriger le vice des humeurs par bon régime de viure que d'vfèr tant fouuent de fai- gnée 5c de purgations. Dauantage ceux qui font excelïïfs au manger, ôc boire, 5c à l'exercice vé- nérien , Sc qui ont beaucoup de cruditez , trouuent peu d’aide de la faignée & purgation, pourcc que les humeurs crus n'obeïlîcnt aux médecines. Et pour cefte caufè le plus fouuent plufieurs goû- teux ne peuuenr guarir , ny eftre aidez par aucun remede,pour la grande intemperature, 5c crudité qu’ils ont en toute l’habitude de leurs co-rps , ôc de l'altération de la fubftanccdes parties affligées. Or pour retourner à noftre propos , le malade vfera de chofes réfrigérantes, 5c euitera le vin, principalement s’il a les goûtes chaudes, ou pour le moins y mettra beaucoup d’eau félon que fon eftoraach le pourra fouffrir. Le temps principal auquel on fe doit purger eft le commencement du Printemps, 5c d’Autorane, parce que les goûtes font communément efmeucs en ce temps'là, fé- lon l'authorité d’Hyppocraces, 5c l’experience. Car en Automne elles font excitées, parce qu'en Q Efté la faculté concoétrice a efté fort débilitée, à caufe de l'air ambiens qui attire hors noftre cha- leur naturelle : ioint qu'en temps d’Efté, nous vfons volontiers de fruits crus, qui engendrent grande quantité de cruditez , 5c corruption en la maflè fangninairc, lefquels en Automne ( à cau- fe de la froidure extérieure ) s'alfemblent au dedans, puis montent à la tefte 5c après par leur gra- nité 5c pefanteur tombent aux iointures, lefquelles alors reçoiuêt plus facilement la fluxion,pource que par la chaleur de l'Efté, s’eft faiét dilatation des conduits, & par l'intemperature inégalé d’Au- tomne, les articles font fort débilitez. Au printemps les humeurs s'efmcuuent, pource que par la froidure d’Hyuer, ils ont efté ferrez 5c comprimez au dedans du corps : 5c eftans fubtiliez 5c ef- chauffez , au Printemps ils fortent hors du centre, 5c courent aux iointures. Parquoy il cft befoin en çe temps-là , purger 5c faigner les goutenx , fi on void qu'il foit neceflaire, comme nous auons dit, afin de vacuer les humeurs qui caufent les goures. Car en ce temps les humeurs s'efpandent, 5c font efmcus 5c préparez à euacuation , par laquelle fi on ne cure 5c garde de venir les douleurs arthritiques, pour le moins elles en feront beaucoup moindres* Trois caufes generaUs des goûtes. Plufeurs ont eïîé guaris pour aunir taijfé le vin & les fer» ■ mes. Re&itude des filament. -Saignée par- ticulière. Pottrquoy il ne faut fai- gner foirent fy témérai- rement. Aphor. fj. Hure 6. Pourquoy les goûtes ont leur paroxyf- rne en Au- tomne. Pourquny au Printemps. Des Goûtes. ΰS Du Vomijfement. Chai». XIIII. ■ O v s les anciens ont fort approuué le vomiflement fur toutes autres purgations, lors que principalement la caufe des goûtes prouient du cerneau & de l’eftomach. Car par iceluy il fe fait euacuation 8c diuerfion des humeurs pituiteux, fereux , 8c cholériques , qui defluent plus communément que les autres humeurs aux iointu- res. Pareillement le vomiflement atténué le phlegme gros 8c vifqueux contenu en l’eftomach , 8c partant il eft loiié , tant au commencement qu à l’accroilfement, e- ftat 8c déclinai fon , 8c auffi tant à la preferuation qu’à la curation des goûtes, 8c deliure de plu- fieurs autres maladies, 8c purge l’humeur virulent, comme nous monftrerons au traiélé de la Pe- lle. Tu prendras toutesfois garde, que le patient n’ait le thorax 8c cerueau debile : car en ce cas le vomiflement leroit fufpeét. Et pour le regard de l’ordre & temps qu’il conuient vomir , ceux- là doitient vomir auant le paft , aufquels pour quelque exercice que ce foit, ou autre mouuement, les excremens fluent en l’eftomach : au contraire doiuent vomir après le paft, ceux qui ont amaf- fé grande quantité d’humeurs pituiteufes. le loué plus le vomiflement après la prife des viandes, qu’à ieun , parce qu’il faut plus grand effort à ietter la pituite qui eft contre les parois de l’efto- mach eftant vuide, que lors qu’il eft plein de viande : 8c par le vomiflement qui eft fait par force, y a danger qu’il ne fe rompe quelque veine ou artere de la poiétrine, ou des poulmons. Dauanta- ge , à ceux qui ont la poitrine eftrpitte 8c le col long , en temps d’Hyuer le vomiflent eft contrai- re , s’ils ne l’ont accouftumé , 8c que Nature ne tendift à fe defeharger par telle voye , 8c faut que le parient vomiflé de quinze iours en quinze iours, plus ou moins, félon la répétition 8c vexation delà goûte. Or il me fouuient auoir penfé en cefte ville vn gentil-homme Geneuois , lequel auoit vne extrême douleur à la iointurede l’efpaulefeneftrc, auec impotence de tout le bras , 8c auoit ja efté traiété par plufieurs Médecins 8c Chirurgiens, tant de Lyon, que de cefte ville : 8c me recita que pour luy ofter fa douleur, il auoit cfté purgé , Aligné, 8c auoit fait diette, tant par le gayac, que par l’efquine, 8c qu’on luy auoit fait plufieurs applications fur le lieu de fa douleur, néant- moins ne luy auoient toutes ces chofes rien ou peu profité. Sur quoy luy demanday s’il n’auoit point eu la greffe verolle , à caufe de là douleur qui eftoit plus grande la nuiét que le iour : parce que la caufe eftoit vne pituite 8c matière froide : il m’afferma que non : & ayant entendu tous les remedes qui luy auoient efté faits, 8c ce par gens doétes, ne luy fçauois^qu’ordonner, fors que le vomiflement. Et m’ayant dit qu’il eftoit difficile, à vomir, ie luy confeillay qu’il crapulaft, 8c mangeaft plufieurs 8c diuerfes viandes au fouper , auec oignons, porreaux , 8c femblables, 8c puis qu’il beuft d’autant, 8c de diuers vins, à fçauoir doux 8c aigre : pource que la grande quantité 8c diuerfité de viandes 8c de breuuage , eft caufe du vomiflement, à raifon qu’aucunes font cuites 8c q pourries les vnes deuantles autres , 8c la grande quantité ne permet icelles eftre digérées en l’efto- mach, dont s’enfuit qu’on vomit plus aifément. Auffi luy ordonnay qu’apres cela il fe couchaft aflèz toft , 8c qu’à fon premier refueil il fe prouoquaft à vomir , mettant vne plume ou le doigt en la gorge , à fin que plus aifément il iettaft auec fa viande' le phlegme gros, vifqueux, 8c fereux, 8c qu’il fift cét exces par deux ou trois iours fuiuans : pource qu’en ce faifant ( comme dit Hippocra- tes) le fécond 8c le tiers iour pcuuent pouffer ce qui refte du premier. Et luy dis qu’il continuaft ce vomiflement vne fois ou deux le mois, 8c qu’il prinft en fa bouche 8c mafehaft par fois du ma- ftic à ieun , à fin qu’il fift par ce moyen éuacuation 8c diuerfion de l’humeur qu’il fentoit, difoit-il, couler de la teftefur fon efpaule.Semblablcmenr qu’il frotaft fa nucque 8c fon efpaule d’eau de vie, en laquelle on auroitinfufé rofmarin, lauande,clou de girofle,vnpeu concaflez : pareillement qu’il fift exercice médiocre de fon bras. Quelque temps après ie le trouuay, 8c me dit qu’il auoit fait ce que ie luy auois confeillé, 8c n’auoit iamais trouué meilleur moyen pour appaifer fa douleur 8c la perdre : 8c par ainfi fut du tout guary, s’aydant autant bien de fon bras que iamais auoit fait. Ceux qui ne Veulent crapuler pour leur prouoquer le vomir, boiront bonne quantité d’eau en la- quelle aura boüilly des raues, auecques demye once d’oxymel : toutesfois ne faut en faire couftu- me : mais fuffira deux ou trois fois le mois, 8c quand le malade fentira fon eftomach chargé 8c que Nature le ftimule à ce faire. Or maintenant il nous faut pourfuiure noftre propos de la curation, preferuatiue. Le vomîffe- ment efiap- prouuê des anciens aux gouteux. Grande an- notation. Hijîoire d'vn Geneuois qui perdit vne douleur de goûte par le vomijfement. Moyen de fa- ciliter le •vo- mijfement. Hip. au li.de rations viét. Vomitoirî, Diuers remedes four Us Goût eux» Chap. XV. «MftM E malade gouteux, pour garder que les humeurs fereux &: pituiteux ne courent W&SÉL aux jointures , vfcra quelquesfois de chofes diurétiques pour les faire vuiderpar les Wi vrines , comme font racines d’ozeille, perfil, fenoil, bruchus, afperges , gramen, 1(autrement dit dent de chien)& leurs femblables : lefquels fera bouillir aux potages, & feront donnez au malade. Surquoy faut fçauoir que quand le patient a grand flux d’vrines , 8c quelles font efpcires , fes douleurs cefîent. Auffi aucuns des anciens commandent(ce que i’ay fait plufieurs fois )' faire des vlceres auec cautères potentiels, &c les tenir ouuerres, à fin de douer ifllié à euacuer le virus qui fait les goûtesrpource que par telles ouuertures le virus s’efcoule. Ainfique voyons aux verollcz, lors qu’ils ont vlceres qui coulent, ils ne Tentent, fans comparai- Ton , tant de douleur que lors qu’ils n’en ont point : ou auront efté confolidez fans auoiv ofte ledit virus par fon alexitete , qui eft le vif-argent , parce que par icelles ouuertures découle 8c s euacuë portion du virus verolique. Tout ainfiaduient aux goûtes lors qu’on leur aura fait des ouuertures: lefquelles feront diuerfifiées félon la diuerfité des lieux par où fe fait la fluxion. Exemple. Si laflu- Chofe digne d'eftre notée. 504 Dixhuidiefme Liure, xion fe fait du cerneau tombant fur les os clauiculaires , l’ouuerture fe fera par derrière le col ; 8c A fi elle tombe fur les iointures des efpaules, 8c aux couldes , ou fur les mains, on appliquera les cautères au délions des mufcles Epomis : & il elle tombe à la hanche, ou aux genoüils , 8c aux pieds , ils feront appliquez trois doigts au dclfous des genoüils , partie intérieure, pourueu que le patient n’euft pas à faire grand exercice : pource qu’eftant faite î’ouuerture en ce lieu, il fe fera plus grande éuacuation , à caufe de la veine faphene qui eft en telle partie. Au contraire fi c’eft vnieuunc homme auquel il foit necelîairc de beaucoup trauailler 8c aller à cheual , l’ouuerture le fera en la partie extérieure entre les deux fociles, à fin que l’eftriuiere 8c la Telle du cheual ne luy foit trop molefte 8cdouloureufè. Or relies ouuertures fe feront par cautères aétuels'ou potentiels, félon qu’on verra eftre necelfaire, 8c la volonté du malade. Si on veut vfer de factuel , il fera de figure triangle, trenchant 8c aigu, à fin que plus promptement il face Ton opération , 8c à moins de douleur. Dauantage, il fe peut mettre vnc piece de fer trouée fur l’endroit où l’on veut appli- quer le cautere, laquelle feruira qu’il ne touche finon qu’au lieu où l’on vent qu’il foit appliqué, comme nous auons didau chapitre de l’Ægilops. Et fera tenue l’vlcere ouuertc , y mettant de- dans vne petite ballotte faite d’or ou d’argent, ou de racine d’iris, ou d’hermodades ,ou de liege, Jou de gentiane, ou de cire, auec laquelle on incorporera poudre de vitriol, mercure, ou alum, de peur que l'vlcere ne fe confolide iufques à la volonté du malade, & confeil du Médecin 8c Chirur- 3 gien. Dauantage il faut purger le cerneau ( qui eft le plus fouuent la fontaine de ce mal) vne fois le mois , auec pilules cochées, 8c d’aflajert en Hyner : 8c en Elle, de pilules fine quibus, ou im- périales , defquelles la dofe fera vne drachme deuant la pleine Lune, 8c le lendemain on prendra vn bouillon de pois cichcs , auec racines aperitiues 8c diurétiques. L’vfage des diurétiques eft bon, pource qu’ils purgent les fuperfluitez fereufes de la fécondé 8c tierce digeftion. On peut femblablement vfer d’autres pilules , qui ont vertu de purger l’humeur pituiteux 8c fereux, comme celle-cy. y. pilularura fœtidarum 8c de hermodaft. an. 5. fi. mifee, 8c cum fucco vel fyrupo ro- fàrum folutiuo formentur pilulæ. y. alocs 3. iij. agarici trochif.rhabarb. an.5.]. maftæ pilularum arthriticarû,& de hermo.an.9.ij.diagredij B.j.cum melle rofato,fiatmaftà.Dcfquelles en fera donné au malade vne dragrac, plus ou moins, félon fa force 8c vertu. Les remedes des purgatifs feront changez félon que le doéte Médecin verra eftre befoin à purger les humeurs luperflus qui caufenr les goûtes : comme fi la cholere en eft caufe, on vfera de remedes cholagogues : 8c entre tous le catholicum eft loué , 8c }es pilules communes. Et après pour roborer les parties intérieures, on donnera demie dragme de theriaque, trois heures deuant le paft. Or il faut icy entendre , que pour purger le cerneau , les pilules ont efté plus loliées des anciens , que les autres médecines li- quides , à caufe qu’elles demeurent plus longuement en l’eftomach à faire leur opération : 8c par ce moyen elles attirent mieux du cerueau, 8c des parties lointaines , l’humeur qui doit eftre deriué 8c euacuépar le fiege. l’ay cogneii aucuns qui ont vfé des pilules aufquelles y entroit bonne quanti- Q té de fcammonce , à fçauoir, fept ou huict grains pour vnc prife , lefquels après iettoient grande quantité d’eau , 8c ferofitez : 8c pareillement aufdites pilules y entroit du gingembre, de peur qu’elles ne fiflent mal à l’eftoraaeh. Or en tel cas, après Ja prife 8c opération, on baillera à man- ger au malade vn peu d’orge mundé , pource qu’il adoucift 8c lenift les parois de l’eftomach , qui pourroit auoir efté blelfé defdites pilules.Et le lendemain on pourra pareillement bailler du theria- que la grofïenr d’vne féue ; lequel ne conforte pas feulement la débilité de l’eftomach, procédante des purgations , mais aufîi corrige le virus arthritique. Il ne faut pareillement omettre , qu’apres le paft faut vfer de dragées, de fenoüil, anis, 8c coriandre, ou cotignac , ou conferuc de rofes , à fin de rabattre les fumées qui montent de l’eftomach au cerueau. Semblablement on vfera de par- fums en temps humide, lefquels feront ainfi faits. y. thuris, vernicis 8c granor. iu- nip.bacc. lauri ligni alocs odoratæ j.j.fi.conqualîèntur groftb modo : & en foient parfumées eftouppes de chanvre, ou cotton cardé, 8c foient polées chaudement fur la tefte. Da~ uantage, on pourra frotter la tefte du patient de cefte pouldrc par l’cfpacede quinze iours , plus ou moins, à fin de toufiours defïeicher les humiditez fuperflucs. y. rofarum rubr. folior fenæ, ftœ~ chados vtriufque an.m.fi. milij. furfuris lori in vino albo iij, fior. camom. melil. an.p.j. iem.anifî falis foit faite pouldre qu’on mettra en petits fachets de toile, 8c les fe- ra-on cfchauffer dedans vne poéfle, 8c d’iceux on frottera la tefte au matin. On peut aufîi vfer des pilules qui enfuiuenr. y. pulu. hieræ fimplicis 5.]. agarici recenter trochifcati 8c rhaba-rbari eîeéH £> an. g.ij. myrabalanorum , chelubarum 5.fi.tamarindorum 9.ij. cum infufione fenæ fiatmaffa , 8c exea formentur pilulæ vj. prodragma, capiat duas afite cocnam oélauo quoque die. On peut da- uantage prendre au matin, au temps de la fluxion, pilule de la compofition fuiuante , la te- nant vn quart d’heure en la bouche , la mafehant, 8c crachant continuellement ce qui aura efté attire 8c deriue en la bouche. y. cubebarura , nucis mofeatæ , glycyrrhizæ , anifi an.5.]. pyrethri , radicis ftaphjfagriæ , eryngij.an. 3. ij. Toutes ceschofes foient puluerifées & méf- iées enfemble, 8c en foit fait des petits noüets entre deux linges ou taffetas , & foient formées pa- rités pilules de la groflèur d’vne aueleine. Et pour obtundre la virulence de l’humeur qni caufe les goûtes , on doit prendre quelque peu de theriaque par interualle, auec de laconferue de rofes, ou de fleurs derofmarin, parce qu’il confomme vne partie des humeurs fuperflus, &re&ifie 8c ob- pund l’inremperaturedu virus arthritique, comme nous auons dit cy-deffus. Il 'faut f’U 'cuuenun pour lesgou- *es‘ Pilules pro- pres. L vfage des n re es. Pourqmy sot OfdOYlTiéCS LCi pilules pour le cerneau, Parfums, Apophlegmet- L’vfage du sbernique eft le virus des f9HfeSt Des Goûtes. De U maniéré de vime des Gouteux, C h a p. XVI. ■ L ne faut manger viandes fur viandes , c'eft à dire , que la digcftion ne foie faire en l’eflomach,de peur que le foye n'attire les cruditéz par les veines mefaraïques , dont le nourriiîement du corps demeure cru 8c infalubre. Et faut icy noter,quc la fécondé digcftion ne corrige point la première , ny la tierce, la fécondé. Les viandes doi— tient eflre de bon fuc 8c de facile digcftion, 8c doiuent eftre rofties pour les pitui— teux : mais pour les fanguins,choleriques,&: melancholiques,pluftoft bouillies que rolties. Il faut euiter la variété des viandes en vn repas ; auffi tous legumes , le laiél 8c le fromage, & toutes cho- ies acides,comrae verjus,vin aigre,orenges,cicrons,& leurs femblablcs, ii ce n'eit en petite quantité. Le malade ne doit manger s'il n'a appétit: auffi il ne mangera iufques à fatieté,mais fe leuera de ta- ble auec appétit. Il euitera de manger grands oifeaux,comme cygnes,grues,paons,& leurs fembla- bles : car ils font de difficile digeftion,& engendrent mauuais fuc. Les anciens défendeur l'vfage or- dinaire de chapons,& autres poulailles,parce quelles font forment vexées de podagre,dequoy l'ex-, perience fait foy. Les poi flans ne leur font bons,parcc qu'ils engendrent beaucoup de fuperfluitez, 8c auffi fe corrompent facilement, 8c engendrent phlegmes , 8c amollillent &c relaxent l'eftomaçh. Les moins nuifibles , font ceux que déclarerons au chapitre du régime de la Pelle. Or entre les belles à quatre pieds, le veau efl recommandé,parce qu'il engendre bon fuc 8c vn fang bientempe- ré,ioincl qu’il efl de facile digeflion. Le mouton pareillement eft bon. Or il faut icy noter, que les gouteux doiuent tenir grand régime, tant au manger qu'au boire : toutesfois il faut auoir efgard au tempérament d'vn chacun,diuerlîfiant les alimens : tant en quantité qu’en qualité. Car les choléri- ques 8c fanguins(pource qu’ils ont la chaleur forte,& qu'ils confômment beaucoup ) ont befoinde manger d'auantage, parce que le ieuner rend la cholere plus acre,& par confcqucnt augmente les douleurs. D'autre part,il ne faut pas qu'ils vfent de viandes trop humides : car leur humidité a- grandit la fluxion, 8c pourrit les humeurs, 8c les fait couler auxiointures. On doit efpeffir la cho- lere,tant par medicamens pris par dedans,que par dehors , de peur que par fa tenuité , elle ne coule plus facilement aux iointures. Les phlegmatiqucs, qui ont la chaleur debile, portent prefque leur aliment auec enx,& endurent mieux le ieufne ; auffi le régime humide leur nuit beaucoup , d’au- tant qu’il augmente les defluxions. Neantmoins aux vns & autres on aura efgard , qu'on ne leur baille rien qui foit de difficile concoélion 8c de facile corruption. Car à rai Ton delà douleur,ils ont le plus forment vne fièvre lente, laquelle diminue leur chaleur naturelle, 8c efl; caufe de conuertir leurs alimens à pourriture. D'abondant, il fe faut bien garder de leur donner trop d’alimens, où la chaleur naturelle eflant occupée à la digeflion d’iceux,fait moindre concoélion des humeurs qui caufent les goûtes, ne les peut furmonter. Parquoy les cholériques 8c fanguins vferont des viandes de bô fuc,& de facile digeflion,lefquelles feront froides d’elles-mefmes, c’efl à dire,de leur faculté, ou feront altérées par herbes froides & humides,corne lai6luc,pourpier,ozeille,&leurs femblables: auffi les femcnces froides concaflces, feront mifes en leurs potages. Ils pourront vfer d'orge mun— dé , dans lequel on mettra pareillement femences froides. Ceux qui ont perdu vne partie de leur corps , comme vn bras ou vne iambc,oufi elle efl atrophiée , ne doiuent tant manger ny boire qu'ils faifoient lors que leur corps eftoit entier ; car la nourriture , qui auoit couftume d’aller à telle partie , coule fouuent fur les iointures , 8c caufe la goûte : 8c pour abréger, ceux qui font de bonne habitude , 8c qui viuent fobremcnr,tenant bon regime,font peu vexez de goûte : mais ceux qui font fort replets,& bien nourris fans exercice,& exceffifs en bonnes 8c diuerlés viandcs,ou qui fe nourriflènt de mauuaifes,font volontiers gouteux. Axiome en Médecine, Les gouteux doiuet euitcr la dîner(ité des viandes à vn repas. Les go ut eux doiuent vfer peu de poijfet. Le ieufner efi contraire aux choléri- ques. Les phlegma- tiques endu- rent mieux la faim. Ceux qui tôt quelque më- bre doiuent retrancher leur otdi- nuire. Du boire des Gouteux. Chap. XVII. E v x qui font fubieftsaux goûtes, fe doiuent bien garder de boire trop , non feule- ment de vin,mais aufîî de tout brcuuage : car cela fait nager la viande en 1 eftomach, frjql Ôceinpefche & eftcint la chaleur naturelle, à caufe dequoy la concoédon eft plus dif- y!lP| ficile ; de là s'enfument grandes cruditez , dont lont engendrez beaucoup d humeurs h fercux & fubtils , lelquels facilement coulent aux iointures. Aucuns Médecins or- donnent de boire du vin blanc, pource qu’il excite les vrines,ce qui n’eft à rejetter,moyennant que le corps loit pur Sc net : mais s’il y a plusieurs excremcns Sc cruditez {Sc que ce foir en vn corps de température chaude)par tel vin feront portées aux iointures,Sc exciteront les goutes.Parquoy en tel cas il le faut du tout éuiter, s’il n’eftoit clairet,petit,debile,& allongent, afin qu’il bouche les orifi- ces des veines & artères , de peur que les humeurs colériques Sc fercux ne diffluent facilement aux iointures.Et lî le patient veut du tour s’en abftenir ce fera le meilleur:& en lieu d’iceluy,il vfera d’hy- dromel fait tb iiij.meilis optimi q.f.bulliantadconfumptionem libræ vnius,benede- fpumando, adde faluiæ p.fi. Et où le parient feroit de température phlegmatique,on y adiovv fiera de la canelle,& vn peu de muguette,& clou de girofle.Et pour les choleriques,on fera hippocras d eau en ceftc fonds tb iiij.faccharitb fi. colenturper manicara Hippocratis fine ebulli- tione,addendo in fine cinnamomi 5 ij.& luy feruira auffigrandement àroborer l’eftomach.Onpeut lent faire vfer de ptifanc,cn laquelle en la fin de la cuifion,on mettra vn peu de rofes fciches, ou de fvuop de grenades, de peur qu’elle ne foit rendue bilieufe au ventricule, Sc fubit qu elle feiatiree hors du feu , la faut laificr repofer, Sc puis la couler par vne manche de drap , ou fermette blanche.. Les phlegmatiques doiuent pareillement vfer de viandes de bon fuc , Sc de bonne digeftion : mais faut qu’elles foient chaudes de leur nature , ou altérées dechofes chaudes, pourueu qu ils n ayenc À 4-i *> /% Incommodi- tés de trop boire. Il faut cfltt le vin aux goûtes chau- des. Ejpece de punaise, Dixhui6Hefme Liure, fièvre, ou grande chaleur,à raifon de la grande douleur:car alors il fc faut garder d’alimens chauds* A Et pour ces caufes , la maniéré de viure fera diuerfîfiée félon l’aduis du doéle Médecin, 6c lailîèra- onla propre curation , pour fubuenir à l’accident. Et auflî il faudra par conieclure artificielle, changer tous les rcmedes , tant ceux qui font pris par dedans, qu’appliquez par dehors,lelon que la difpofition,le tempérament,& les accidens le requerront : 6c à la fin de table,vferont de chair de coings,parce qu’elle a puiflançc de défendre que les vapeurs ne montent de i’eftomach au cerucau. Et combien que de fa nature elle eftreigne,toutesfois eftant prile apreslepaft,cllelafchele ventre, pource qu’en referrant l’eftomach par hant,elle aide à faire bonne digeftion, 6c faiqallcr à la Telle. L’exercice eft fort profitable contre lesgoutes,&: l’oifiucté eft merc d’icelles. Car comme le fer qui eft laiflé fans eftre manié, bien toft fe rouille : auflî noftre corps eftant fanss’exccrccr, fe remplift d’humeurs fuperflus, qui eft fouuent caufe des goûtes. Ce qu’on void par expérience , qu’entre mille laboureurs,& autres hommes de grand trauail de corps,s’en trouue peu de goutcux.Et partant il faut faire exercice au raatin,apres qu’on aura rendu Tes excremens. Et ceux qui font fuiets à auoir la goûte aux pieds , exerceront les bras. Car par ce moyen ne fe fait feulement refolution 6c con- fomption des excremens qui font aux parties du corps , mais auflî fe fait rcuulfion d’iceux. Il faut auflî éuiter les pallions de l’ame, comme cholere, trifteflè , 6c autres. L’aéle venerien doit eftre du tout délai lfé,pour les caufes qu’auons expolées par cy-deuant : mais ceux qui à caufe du mariage ne s’en peuuent exempter, en vferont après que la digeftion fera faite en l’eftomach,& s’y gouucrne- ronr fi bien,qu’il ne leur fera qu’vn peu de mal. ® L’exercice efi fort bon aux gouteux. Vfage de Ve- rtu*. Pour roborerles iointures. C h a p. XVIII. ■, L relie pour la cure preferuatrice parler delà roboration des iointures , à fin qu’elles puiflènt refillcr aux humeurs qui tombent fur icelles. Et pour ce faire , il efl bon les trotter foir 6c matin d’huile d’oliues, non meures, appelléeoleum omphacinum , ©u , ,, d’huile rofat, aufquelles on incorporera fel commun broyé fubtilement : on le pour- ra auflî mefler aucc huile commune , 6c y adioufter de la limature de corne de cerf, parce quelle deflciche &aftreint. Auflî efl bon delauer les iointures de lexiue ,faite en cefte ma- niéré. îf, Corticum granatorum,nucum cuprefli,gallarum,fumach, corticis quercini, an. £. ij. falis communis,aluminis j.fuluiæ,rorifmarini,laüandulæ,lauri,iuæ arthriticæ an.iîi.j. rofa- rumrubrarum m. fi. Toutes ces chofes foient boiiilliesenfemble , en fix Hures de gros vin aflrim. gent, 6c lexiue faite d’eau ferrée , auec cendres de chefne : 6c de cefle dccoélion, on fera fomenta- tion auec feutres ou efponges. Et icelle faite, faut bien cfluyer les parties aucc linges chauds, & le garder du froid. Le fuc de fenelles vertes délayé en oxycrat, efl vn remede lîngulicr. Auflî pour roborer vne partie débilitée de caufe froide, on prendra de l’eau de vie, 6c vin vermeil fort allon- gent , aufquels on fera infufer & tremper,ou faire boüiller in balneo Mariæ,fauge,romarin, thim, lauande,laurier,abfmthe,an.m.j. doux degirofle,gingembre,poyure,tout concafle 6c feront les iointures fomentées de celle raillure chaudeflbir 6c matin,à fin d’efehauffer 6c reélifier Tintern- perature délaiflee par le froid.On trouue auflî parexpcrience,que fouler la vendange conforte fort C les iointures : &c qui ne le peut fairc,on fomentera les pieds de vin récent pris en la cuue. On peut femblablcment faire des petits fachets, dans lefquels on mettra ce qui s’enfuit. Salis communis, alurainis rochæ,corticum granatorura,fumach,berb.nucum fol. faluiæ, rorifm. rofar. rubrar.an.rn.fi.bullianr omnia fimul cum lixiuio, fiat decoélio, pro fotu. Et d’icelle on fomentera les jointures auec efponges, ou feutre allez longuement. Voila ce qu’il mcfemblc pour la robora- tion des jointures, à fin qu’elles foient fortifiées contre les fluxions. Friction-, Fomentation. Pour matière froide. De la curation faliiatiue des Goûtes. C h a p. XIX. Contre les omp triques. O v R bien procéder à la curation de celle maladie,il faut confidcrer la diuerfité des caufcs d’icelle,&; les temperaraens du corps,& autres chofes,lerquelles ne font tonf- jours fernblables,& partant ne peuuent eftre curées par vn fcul remede, comme efti- jmu ment les vulgaires & empiriques, qui veulent d’vn feul remede guarir toutes efpcces gOUtes ; ne confiderans pas, que celles qui font faites de matière froide, accom- pagnant le virus , demandent autre maniéré de curer, que celles qui viennent de matière chaude: auflî celles qui font faites d’vn feul humeur iîmple, que celles qui font faites de compofé. Car celles qui font faites de cholerc pure, caufent douleurs grandes 6c extrêmes : mais lors qu’elle eft mixtionnee aucc phlcgme , elle n’eft tant douloureufe. Plus il faut autre remede au commen- ment, qu’al’accroiflèment, & ain/î des autres temps. Semblablement, félon les parties où font les goûtes. Car en la feiatique n’efl befbin d’v/er de medicamens repercuflîfs. S’il n’y auoit grande in- flammation ; ce qu’on peut bien faire aux autres parties ; finalement fi la goûte vient du cerneau, il faut vfer d’autres rcmedes, que lors qu’elle vient du foye,& de la mafic du fang. Ces chofes ain/î premifes, nous commencerons la cure,non promptement cnratiue,mais pluftoft palliatiue ( princi- palement de celle qui vient par héritage) laquelle confifteen quatre chofes : la première, à ordon- ner le régime fur les fix chofes naturelles , félon la diuerfité des caufes : la fécondé , à éuacuer 6c diuertir la matière antecedenre, tant par médecines laxatiues , que par faignees , s’il eft bc- foin : la tierce , par deuëmenc appliquer les remedes locaux 6c particuliers, les diuerfifianr félon l'humeur qui caufe les goûtes , à fçauoir, par rcmedes chauds aux humeurs froids , & par froids remedes aux humeurs chauds, en les changeant auflî félon les quatre temps : à fçauoir, commen- cement , accroiflcmenc,eftar>& declinaifon, comme a efté dit. Et s’il y a vne intemperature fimple Les remedes des goûtes doiuent eflre diutrfifisz,. félon le temps fy les parties. Quatre tMe- ttons requifes À la cure pal- liatîtte des foutes. Des Goûtes. 507 A (ans matière,on appliquera remedes alteratifs/âs qef ils foiér vacnatifs.La quarte,eft corriger les ac- cidens,& principalemét la doulear,qui en celle alfeétion tourmête extrememet les panures gouteux, voire leur caufe qneiquesfois vnc mort fubirejfi le virus eft grand,comme nous auons dit cy-dcllus. Or il faut idy noter, que fou tient le Chirurgien eft deceu à cognoiftre la caufe de la douleur : car en appliquant remedes froids & narcotiques aux goûtes froides, ft la douleur s’appaife, on e- ftime qùe tel humeur foie chaud, ce qui aduieiir toutesfois à caufe que tels remedes ftupefieht, en- 1 dorment, & oftent le fennment delà partie, encores que la caufe de la goûte foit froide. Au con- traire , quclquesfois nous eftimons que la matière foit chaude, combien qu’ elle foit froide : pource < que quand nous appliquons mcdicamens chauds,ils appailenc la douleur,en raréfiant,atténuant, re- foluanr, & diflîpant portion de la matière, par infenfible tranfpiration : 8c partant à caufe de l’ayde qui s'enfuit de ces remedes chauds, on pourroit penfer que la matière feroic froide, à caufe de ce qu'on dit communément, Contraria contrariés curantur : 8c au contraire , Slmilla fmllihm confir- mant nr. Donc pour le dire en vn mot, l'indice pris des chofes qui aydenc ou nuifent , eft forment fallacicux:d’abondant il découlé quclquesfois vne grande quantité de matière froide,laquelle cau- fe grande douleur, mais c'eft à caufe du virus 8c de quelque humeur cholérique, qui fubtilie 8c con- ■ duic l'humeur froid,& vifqueux aux iointuresflepuel humeur virulent &: cholérique induit la dou- leur, 8c non la pituite : à caufe de la douleur, la partie chaude & enflammée, 8c bien forment caufe fiérire 8c grande altération : 8c alors nous croyons que le caufe principale foit chaude, & toutesfois B elle eft froide : partant nous femmes fouuentesfois deceus, 8c ce qui en eft daufe, eft que la fluxion delcend par les nerfs 8c tendons ce qui nous appert par dehors.Dauantage quand les humeurs font meflez enfemble ,quelquesfois la couleur de la partie nous déçoit : car combien qu'elles nous ap- pareille cirrine, ou blaftarde ( ce qui véritablement aduient de l’humeur cholérique : lequel aifé- ment, à caufe qu’il eft de lubtile 8c tenue fubftance , eft ietté du profond du corps à la fuperficic du cuirjtoutesfois il le peut faire que le phlegme fereux découlé aux jointures, & foit la principale caufe delà goûte, à raifon qu'il induit vne grande & extreme douleur, principalement la nuict, 8c communément lors qu’il eft accompagné d'vne portion de l'humeur cholérique : dont le fang 8c les esprits s’cfmouuerOnc, & fe monftretont à la fuperficic du cuir de la partie afte6Iée,qui la feront apparoiftrè rouge & chaude/ Dauantage , au moyen de la douleur il furuiendra au malade, par le défaut du repos, 8c pour la grande inquiétude, vne fi étire, laquelle liquéfié 8c fubtilie l'humeur, 8c l'e(chauffe , & le fait fluet dauantage aux Jointures : ioint auflî que l’vrine fera teinCle,& le pouls fort efincu : Sc toutes foi s la cau(e du mal lcra froide. Et partant en tous cas ce feroic grand erreur de vouloir procéder à la cure comme h la caufe de la goûte cftoit chaude. Yray eft qu'il faut fon- dent laillèr la propre cure pour fubuenir aux accidens : au contraire il fe peut faire que la cholere foit caufe du mal, lans toutesfois que la couleur de la partie affeârée dcmonftreapercemenc icclle: mais pluftoft la couleur fera blanche ou plombine , 8c la partie froide, à caufe du froid de l'air am- biensjou de quelque application deremede froid,qui aurafait qu'elle reprefente pluftoft la qualité du phlegme, que de la cholere. Dont nous concluons,qu'il ne fe faut arreftër tOu(tours à la couleur 8c froidure de la partie , pource que les humeurs , qui (ont profonds au dedans d’icellc , ne chan- gent pas touiiours en couleur le dehors , fi ce n'eftoit qu'ils perfeueraflènt long-temps. Outre- plus , il aduient fouuentesfois que le corps eft tant reraply d'humeurs gros, efpés, vifqueux, que Nature en iecre vne partie aux Jointures en lai lie vne portion au profond du corps, à caufe de l'imbecilicé de la vertu cxpulti'ice : laquelle portion eftanc arreftée en quelque partie intérieure, fait obftruéh'on 8c pourriture,dont eft engendrée vne fièvre interm,ittente,c’eft à dire,qui a relafche quelque efpace de temps encre les accez , fçauoireft, fi elle fe fait aux petites veines: mais elle fera continue , fi cela aduient aux grandes veines. Et telle chofe aduenant, le Médecin 8c Chirurgien ne doiuenc pas feulement confiderer la maladie articulaire,mais beaucoup plus la fièvre : laquelle fi elle eft continué,apporte toufiours danger au malade,& deshonneur au Médecin : fi elle eft inter- mittente,elle pâlie facilement en continué, fi on n’y donne medicamens propres. Car il faut alors doucement purger le ventre , 8c ouuric la veine , fi le Médecin cognoift qu’il en foit befoin : puis après auoir préparé 8c cuit les humeurs , on donnera au patient vne bonne 8c forte purgacion,fi on , void qu’il en foit befoin. le dis bonne,de peur que la maladie articulaire ne s’augmente : ce qui ad- nient fouuenc quandonne fait qu’cfmouuoirles humeurs fans les purger : car eftans clrneus, ils fe jettent toufiours fur la partie affligée. Partant, tout cecy gift en la contemplation du Médecin 8c Chirurgien.lefqucls par conieéture artificielle cognoiftront lamatieccdcs goûtes : à fçauoir, parla couleur,par le toucher,par l’ayde ou nuifance des remedes,par le régime que le patient aura aupa- ravant renu,par fon tempérament’,âge,region , par la confiderarion du temps de l’année , la maniéré de la douleur, Sc auquel temps du iottr elle s’efmeut , 8c eft plus grande , & quel eft fon période 8c paroxyfmc,au(ïi par le jugement des vrines,& autres fuperfluitez qui forcent du corps du malade:cc que nous auons par cy-deuant déclaré plus particulièrement. Or aucuns difent,qu’ilne faut purger ny faigner les gouteux pendant lents grandes douleurs,toutcsfois il eft aifé de prouuer le contraire. Car veu que laloy de Médecine gift en addition 8c detraélion , 8c quela goûte vient d’addition & d’augmentation d’humeurs fnperflns,qni accompagnent le virus arthritique ; ioint que les douleurs ne fe peuuent appaifer,linon quand la caufe eft horstil s’enfuit neceflairement, que la laîgnee 8c pur- gation font grandement vuiles.Metrius en fon trai&é de la Goure , dit, qu’il faut toufiours vfer de purgations, pour vuider & éuacuer l’humeur fuperflu , 8c non feulement en la déclination , mats auflî en la force 8c vigueur de la maladie : ce que nous auons trouué par expérience eftre grande- ment profitable , 8c pris d’Hippoc. difinit. Quand il a douleur, il faut donner médecine par bas. Audi cela fe peut prouuer parauthorité d’Hipp. au liure De ajfeflionibm , parlant de Arthriti'de. Et femblablement par Galien,au Comment, fur, fe 13.Aphorif.de la feét. 1 .qui commande qu on faigns En quoy Fin* dïce pris des chofes qui ai- dët ounuîfent ejl fallacieux. Autre occa- fort d'efire deceu, Troijîems oc- caftan d’cflrt deceu. Sonnent le Chirurgien laijfs la pro~ pre cure pour furuenir aux a c ci tiens. Fièvre inter - miltete quefi. es. Corne il faut purger les gouteux. Signes pour cognaifire la matière des goûtes. Qu'on pfuo falgner & purger en l’accès ar- thritique. Dix - hui&iefme Liure, aux grandes inflammations 8c fièvres ardantes, 8c grandiffimes douleurs,difant qu’il n’y a point de A meilleur rcmede: 8c s’ils ne peuucnt eftre aydez par la faignc'e& purgation deuement faite, cela aduientfcommc dit Galien au liure, De curatione ferfmguirm mijjlonem) que les intemperans, gour- mands , 8c yvrongnes, ne font guaris par purgations , ny par faignées, pource que l’intemperance aftèmble abondance d'humeurs crus, lefquels ne cedent aux remedes. Partant les gouteux goulus 8c intemperans, ne peuuent eftre aydez par aucuns remedes, combien qu’ils foient adminiftrez par vraye 8c bonne méthode. Quels gens ne font fecou- rtes par fai- gnée & pur- gations. Des remedes topiques, ou particuliers,pour matière froide. C h a p. XX. Les remedes topiqees n'aydent fi tes généraux n'ont procédé. Aintenant il nous faut défaire les remèdes locaux ou particuliers , pour con- ■ trader à chaque humeur. Et premièrement noteras, que les remedes topiques appor- tent peu de profit,!! le corps du gouteux n’cft pur 8c net des cxcremens : joinéb qu’il y a danger de renuoycr la fluxion 8c le virus aux parties nobles par les forts repereuf- fifs , dont s’enfuit mort fubite,comme on l’a veu aduenir plufieurs fois. Parquoy il faut que les chofes vnkierfèllcs précédent les particulières. Or nous traiterons premièrement de la douleur caufée de pituite, ou phîegme : parce qu’elle aduient plus fouuent que de matière chaude. Ay commencement faut vfer de remedes repereuftifs domeftiques, ayans faculté d'aftreindre 8c feicher, non toutesfois en la feiatique. « Ifé, Foliorum fabinæ m. fi. nucis cuprefli 3. iij. aluminis rochæ %.j. gummi tragacanthi j.iiij. mucilaginis pfyllij,&cydoniorum quantum fufficit, fiat cataplafma. Autre. 1JL. Stercoris bubuli recentis Ib.j. mellis rofati olei rofati 8c aceti an.5* ij* bullianc flmul parum,fiat cataplaf. Olei rofati ÔC myrtini pulueris myrrhæ, alocs ah. §.j. acaciæ ij.fi. incorporentur cum aqua gallarum cotarum 8c fiat vnguentum. Autre rcmede. Ofi. Aceti quantum fufficit,in quo coques faluiam,florcs camomillæ, meliloti, abfinthij 8c ebuli ah. m. j. faut tremper la partie en icellc decotion chaude, 8c l’y lailfer allez longuement : ce que i’ay experimété plufieurs fois auec bonne ifluc. Ce remede repoufle l’humeur,& le confomme,& fi fortifie la par- tiel le faut faire plufieurs fois,cncor’qu’il y euft chaleur. Le marc des oliucsrecent,appliqué def- fus ,fede la douleur : aufÏÏ font lesorenges feiches, 8c boüillics en vinaigre,& puis broyées.Antre. Ofi. Medij corticis vlmi tb.fi.caudæ equinæ,ftœch.confolidæ maioris ah.m.fi.aluminis rochæ,thu. ah.§ v.lixiuij comm.quantum fufficit,fiat cataplaf. ad formam pultis fatis liquidæ fecû- dum artem. Lors que la partie eft enflée,la douleur celle le plus fouucnr,à caufe’qneîa vertu expul- fiue a ietté l’humeur du Centre à la circonférence, c’eft à dire, du dedans au dehors : ce qui nous appert en ceux qui ont vne extreme douleur aux dents : lors que le vifage s’enfle, on void fubit la douleur cellèr. Apres auoir ainfi vfc de repereuflifs, il faut venir aux refolutifs 8c éuacuatifs : car toute fluxion arreftée fur vne partie,demande vacuation. Et ne fe faut efmeruciller fi on ne refbult toft la matière contenue aux ligamens,mcmbranes, & parties nerueufes, parce qu’elles fontfolides, 8c non aifées à refolution, comme font les parties charneufes. Radicis bryoniæ,figilli bcatæ Mariæ ah.5 iij.bull, in lixiuio, poftea terantur ôc colenturper G fetaceum, addendofar. hord. 8c fabarum ah.5 j.olei iij. fiat cataplaf. Autre. 1JL. Farinæ hor.& lupinorum ah.3 iv.fulphu. viui 8c j.mellis cômunis 5 v.pulu.alocs 8c myr- rhæ ah. 3.fi. aquæ vitæ 5.j.& cum lixiuio fiat cataplaf. Autre. OJL. Succi caulium rubrorum, aceti boni pulueris hermodaétylorum 3; .fi. vitellos ouorum numéro iij.olei camo- croci 9.ij. Autre. Radices ôc caules brafficæ,vre,&mifcecincrem cum axungia fuilla 8c puluere ircos, ôc fiat medicamentum. Autre. rdjf. Laétis vaccini tb.ij. micæ panis albi quantum fufficit, bulliant fimul addendo pulueris fubtilis flor.camomil, meliloti ah.m. fi. croci 9.j. vitellos ouorum numéro iiij.olei rofarum §.iij.butyri recentis §.j. terebenthinæ J.ij.fiar cataplaf.ad forma pultis fatis liquidæ. Or il faut noter que ce cataplafme eft propre à toutes douleurs de goûtes , foie au l’accroiffement, eftat,ou en la fin, 8c en toutes températures : 8c doit eftre re- nouuellc deux ou trois fois le iour. Le theriaque diflbult en vin,& appliqué, fede grandement la douleur. On peut aufïi vler d’emplaftres, onguents, cerots, 8c liniments. Gummi ammoniaci,bdellij,ftyracis ah.j.ij.cum aceto 8c aqua vitæ diftblue, 8c adde far.fœ- olei camomil. 8c anethi ceræ quantum fuffî. fiat emplaft. molle. Autre. Radi- cis bryoniæ 8c figilli beatæ Mariæ ah. 3. v. bulliant in lixiuio complété, 8c colentur per fetaceum, addendo olei camomillæ hircini 3.iiij. ceræ nouæ quantum fufficit, fiat emplaftrû molle, Autre. Gummi ammoniaci, opopanacis,galbani ah. 3. ij. diflbluantur in aceto,poftea colentur; 8c adde olei liliorum,tcrebcnt. picis naualis 8c ceræ nouæ quantum fuffi.fiat emplaft, molle. ty- Succorum radicum cnulæ campanæ 8c ebuli radicis altheæ lb.fi.coquantur& colen- turper fetaceum,addendo flor.camomil. melilo.fambuci, rorifmarini,& hyperici ah.p.ij. nuces cu- preffi numéro iiij.olei chamæmeli,aneti, hyperici, liliorum, 8c de fpica ah.p.ij. pinguedinis anatis, gallinæ,& anferis virides viuas numéro vj. catellos duos nuper natos : bulliant omnia fimul in ib.ij.fi. vini odoriferi ôc vnaaquæ vitæ ad confumptionem fuccorum 8c vini,ac oflîum ca- tellorum diflblutioncm,& fortitercxprimâtur:expreflioni adde quant.fuflî.fiat cmplaftrum molle. On peut vfer pour mefmc effect à refoudre, des emplaftrcs de de Vigo, oxycro- ccum,de mucilaginibus,de meliloto,&autres femblablesjes méfiant enfemble,&;Ies liquéfiant auec huiles 8c axungcs refolutiues, diminuant ou augmentant leurs forces, comme on verra eftre neccf- faire, & que le mal le requerra. Anferem pinguem, ôc impie catcllis ij. de quitus deme cutem, vifeera, caput 8c pedes. Item Cataplafme tepereuffif La douleur intérieure ceffe quand, le dehors s'enfle, Refolution difficile a faire aux parties ner- ueufes. Refolutifs. Empîaflre. Autre pour refoudre appui fer les douleurs, fa roborer les ioinflures. Onguent, Des Goûtes. 509 A acciperanas numéro x. colubros detrada cute in fruftula difledos numéro iiij. mîthridatij & the- riaeæ ah. 5. fi. foliorum faluiæ , rorifmarini, thymi, ruthæ,ah. m. fi.baccarum lauri, 6c iuniperi concallàrarum ah. j. pulueris nucis mofeatæ, zinziberis , caryophyllorum, piperisah. j.Ec du degouft foit fait onguent ou Uniment, auec cire, ou térébenthine de Yenife, y adiouftant vn peu d’eau de vie. Tel onguent appaife à merueilles la douleur faite de caufe froide. Autre. 1JL. Gummi fini 6c ladani, ah. g. iiij. gummi demi 6c picis naualis ah. §. j. fi. terebenthinæ Venetæ claræ 5, vj. olei chamæraeli 6c de lilio ah. iiij. yini rubri tb. j. fem. aquæ vitæ & faluiæ ah. vj. omnia hinul diftoluantur lento igné, baculo femper agitando. Deinde adde pulueris ireos Florentiæ,bac- carum lauri 6c hermoda&ylorum ah. ij. fera, maftiches , myrrhæ 6c olibani ah. ij. farinæ fa- barum iiij. omnia fimul incorporentur , & fiat vnguentum molle. Autre. Muccaginis ferainis fœnugræci in aceto extradæ quantum volueris ,cui mifee mellis quan- tum iufficit ; coqaantur fimul, donec fpiflîtudinem vnguenti acquirant. Ces chofes foient appli- quées a la partie malade , 6c remuées fi fouuent qu’on verra eftre bèfoin. Et pour mefme effed, à fçauoir , à appaifer la douleur 6c refoudre, on fera des fomentations. Exemple. 1JL. fol. rutæ , fal- uiæ , rorifmarini ,ah. m. j. flor. camomil. melilot. ah. m. fi. vini albi 6c lixiuij farment. ah. lib. iiij. bul. omnia fimul : fiat decodio pro fotu. Autre. origani , fatureiæ, calaminthæ, faluiæ, rorifmar. flor. camomi. melilot. lauand. hyperici, g rofar. rub. abfinth. ah. m. j. bulliantcum aceto Sc vino : fiat decod. pro fotu. Celle decodion eft propre non feulement à la goutte froide , mais aulîi à celle qui eft chaude, pource quelle refont, aflreint, 6c robore la partie, 6c garde la defluxion. Il faut bien prendre garde que les raedicamens des goûtes foient fonuuent changez , car l'vn profite à vne heure, 6c nuift à l’autre. Que fi la douleur 6c l’humeur eftoient fi opiniaftres,que par les remedes fufdits ils ne vouluftènt debufquer , alors faudra venir aux plus forts , fuiuant la do- <5lrine d’Hippocrates , qui dit qu’aux extremes 6c rebelles maladies > il faut vfer de forts 6c violens remedes, comme ceux qui s'enfument. axung. gallinæ, olei laurini, 6c cuphorbij, ah. j. olei maftiches j. pulu. euphorb. 6c pyrechri ah. 5. j. ou plus ou moins, félon l’intemperature qu’on cognoiftra élire en la partie. Ces chofes foient mellées cnlèmble 6c foit fait médicament, duquel on frottera la partie tous les iours. Ce remede eft bon : car l’euphorbe & pyrethre cfchauflent 6c fubtilient, diftbluent 6c font refolu- tion : l’huile 6c axunge amollillent, 6c l’huile de maftic par fon aftridion empefche la fluxion nou- uelle. Autre. Prenez huile de regnard , en laquelle on aura fait boüillir des vers de terre , 6c de la racine d’enule 6c bryonia, 6c auec vn peu deterebenthine 6c cire foit fait onguent, lequel amollift, attcnuc,& refoult l’humeur froid qui eft aux joindures. lem. finapi puluerifati 6c accerrimo aceto diftbluti iij. mellis anacardini ij. aquæ vitæ §.). falis com.5. ij. Le tout foit mcflé,& en foit appliqué fur la douleur. q Autre. picis nigræ §. iij. terebenthinæ Venetæ 5. ij. fulphu. viui fubtiliter puluerifati j, cuphorbij 6c pyrethri ah. fi. empla. oxycrocei iij. olei quant, fuf. liquéfiant fimul, 6c fiat emplaftrum , extendatur fuper alutam : 8c foit lailféel’efpace de deux ou trois iours , file malade fent allégement de fa douleur : finon foit ofté, comme dellus eft dit. Pour celle mefme intention , on peut appliquer fur la douleur des orties griefehes , puis lauerle lieu d’eau falée : pareillement lafiante de pigeons boullie allez longuement en vinaigre, duquel en foit fomentée la partie. Aulîî le veficatoirefait de leuain bien aigre, cantharides , ftaphifagre , 6c vn peu d’eau de vie, eft fouuerain remede pour vacuer la matierè conjoinde : car par tel veficatoi- re fort vne certaine cerofité& virulence, laquelle eftant hors s’enfuit allégeance des douleurs. Or il ne fe faut efmerueiller fi ces remedes acres, corrofifs, 6c veficatifs, donnent allegeance,& appai- fent les douleurscaufées de matière froide 6c pituiteufe, non plus que les bains froids 6c humides à bonne 6c iufte raifon profitent aux douleurs compofées d’humeurs chauds 6c acres,pource qu’ils humedent 6c refroidirent. Car il y a des douleurs arthritiques qui ne peuuent iaraais eftre appai- fées que par remedes plus grands que n’cft l’intemperature : partant lefdits veficatoires ne doiuent eftre dejettez , veu que les anciens ont commandé le fer chaud 6c ardant, comme nous dirons cy- apres. Chriftofle l’André, en fon Oecoïatrie, recommande la fiente de bœuf ou de vache,enuelop- pée de fueilles de choux,ou de vigne,pofée fur les cendres,& puis chaude appliquée fur la douleur. Changement de medica- mens. Hlpp. Aph, liu. I. Huile de rt- gnard. Anodjn, Remede fin- gulier aux douleurs des goûtes. Remedes locaux four matière chaude , pincifalement faite de fwg. Chah tre XXI. aut v^er repercn^fs au commencement, qui font froids, fccs, & aftringens ,afin fÜËl de contrarier aux qualitez du fang qui eft chaud 6c humide , & ce après les chofcs vni- oil uerfelles. 1JL. albuminaouor. numéro iiij. fucci laducæ & folani ah. j. aquæ rofarum ij. incorporentur fimul, fiat linimcntum : lequel fera renouuellé forment. Autre. Prenez de la farine d’orge , de lentilles, acacia, huile rofat 6c de myrtilles, vn peu de vi- naigre , & de ce foit fait cataplairae. Autre. ' Prenez fumach, myrtilles, bol armeniac, de chacun deraye dragme, acacia, efcorce de grenades, balauftes,de chacun vne drachme:eau de plantain 6c de rofes,de chacun trois onces,huile rofat on- ce 6c demye,vinaigre vne once, farine d’orge 6c de lentilles, de chacun tant qu’il en faudra, & loit fait cataplafme,lequel eft fort excellent pour arrefter les fluxions phlegmoncufes 6c cryfipelateules. Autre. Prenez mucilage de coings extrait en eau rofe, caflc mundée, huile rofat> 6c vinaigre, &: de ce foit fait cataplafme- Prenez deux ou trois poignées de fueilles de vignes pilees verdes, lelque - les feront faites bouillir en oxycrat d’eau de marefchal, puis on y adiouftera vne,once de lumac Remedes re- percujpfs. Autre de femblabl» vertu. Dixhuidiefme Liure, concafte, huile rofat deux onces, farine d’orge , tant qu’il en faudra : & foit fait cataplafme, Sc foit appliqué fur la partie. femperuiui, hyofcyami 8c portnlacæ an. §.iiij. corticum mali granati g.j.fi. farinæ hordei §.v.vini aufteri quantum fuffidt, fiat cataplafma. Tel cataplafme eft fort à loiier, pource que le vin 8c l’efcorce de grenade aftreingent, 8c les ius refroidilfent, & la farine aufïï dauantage elpdïift 8c forme le cataplafme. Autre. . Foliorum hiofeiami, acctofæ an. m. j. lefquclles feront enueloppécs dans du papier, 8c cuites entre deux enderes, 8c puis piftées auec deux onces d’vnguentum populcum, ou rofat, 8c foient appliquées tiedes fur la partie. Autre. 7/L. Florum iufquiami Ife.ij. ponantur in phiala vitreata, 8c reconde in fimo equino donec putrue- rint : accipe ex putredine in qua dilïblue olei de iunipero fi. fiat linimentum & advfum. Autre. Prenez des citrouilles piftées , 8c foient appliquées defllis. Autre. IJL. Mucaginis pfyllij , cydoniorum , extrada; in aqua rofarum 8c fblani an. iiij. olei rofati omphacini iij. vini gra- natorum j. vitellos ouorum cum albumine numéro iij. camphoræ 3. iij. incorporentur fimul, fiat linimentum. Olei rofati omphacini iiij. albumina ouorum cum vitellis numéro vj. fucci planta- ginis, laducæ, 8c folani farinæ hordei j|.iij. incorporentur fimul, fiat cataplafma. Autre. OjC. Farine hordei 8c olei rofati §.ij. oxycrati quantum fuffidt, coquantur fimul, fiat cataplafina. Autre. Mucaginis feminis pfyllij^.iiij. olei rofati 5.1'j.aceti 5.J. vitellos ouorum numéro iij. croci fcrupulum vnum mifee ; fiat medicamentum. Pline au vingt-deuxiefme liure eferit, qu’vn lurifconfulte eftantà veoir vanner fonbled ayant les goûtes aux pieds, il fc mit dans fon bled par dellus les genoux, 8c s’y tint quelque temps, 8c par ce moyen fa douleur cefta. Or il faut icy noter, que quelquesfois la douleur ne fe peut ceder , à caufe de la multitude du fang qui eft deflué fur la partie, 8c partant le faut euacuence que véritablement i’ay pratiqué,fai- Tant ouuerturc de la veine plus apparente 8c proche de la douleur, 8c fubit elle eftoit edfée. Il faut aufîî noter, qu’il ne fautvfer trop de remedes repercufïifs, de peur d’endurcir la matière, qui puis après à grande difficulté pourroit eftre refoluë , 8c y auroit danger qu’elle ne fuft comiertie en nœuds Sc pierres gypfées : 8c partant on y prendra garde. Et après l’vfage des repercufïifs , il faut appliquer des refolutifs, qui feront cy-apres déclarez , à fin de refondre l’humeur qui pourroic eftre demeuré en la iointure. Telles goûtes eft dent chau- des. Expérience faite par V Autheur auec bonne ijfuë touchât la fargn’ee faite de la partie ma- lade. Remedes topiques pour l'humeur cholérique. Chap. XXII. Remede re • fercujjtf four la cho- lere. s remedes locaux doiuenr eftre froids & humides , à fin de contrarier aux deux qualitcz de la cholere, qui eft chaude & feiche. Comme fneilles de folanum , por- Jf tulaca, fcmperuiuum, hyofcyamus, papauer, acetofa, plantage, aqua frigida, Sc au- 4| très fcmblablcs , defquels on fait plufieurs compofitions. Succihyof- q cyami, femperuiui, laélucæ farinæ hordei rofati 5 ij.agitando fimul fiat medicamentum : &foit rcnounellé fouuent:tel remede fede grandement l’inflammation. Autre. Le cerueau de porc, broyé auec amydon, ou farine d’orge,& huile rofat,eft vn remede fingulienpa- reillement les mauues cuites en eau broyées Sc pilées, 8c appliquées dellus, fedent grandement la douleur. Autre.2£.Mucaginis pfyllij extraéfæ in aquafolani vel rofarum farinæ quantum fuffidt : fiat linimentum. Autre. vnguenti rofati Mefuæ & num j. albumina ouorum numéro iij. mifceantur fimul :& foit fait comme dellus. Pareillement: vne efpongc irabuë en oxycrat,& peu efpreinte, fait le femblable. Autre. Prenez fueilles de choux rouges deux poignées, cuittes en eau& vinaigre, puis broyées, y adiouftant trois moyeufs d’œufs, huile rofat, trois onces,farine d’orge : tant qu’il fuffira : 8c foit fait catapIafme.On peutaufïï pren- dre le fuc cru des choux 8c des hiebles, rofes piftées, huile rofat, & farine d’orge,tant qu’il Cuffift: & foit fait cataplafme. En Hyuer qu’on ne peut trouuer des herbes récentes , en lieu d’icelles on prendra de l’onguent de Galien réfrigérant, auec du populcum. ceræ albæ cr°ci opij D.iiij. olei rofati quant, fuffidt : macerentur opium 8c crocus in aceto, deinde terantur 8c incarporentur cum cera &c oleo, fiat ceratum ; lequel fera eftendu fur du linge, Sc appliqué délias le lieu dolent, & aux parties voifines, 8c renouuellé fouuent. Or vérita- blement ce remede eft à louer, à caufe qu’il y entre du vinaigre, lequel refoult 8c feiche grande- guemenr, Scouure les porofitez de laqiartie, 8c fait penetrer vertu des aurres iugrcdiens,qni dif- £> fipent l’acrimonie du virus arthritique,& partant fede les douleurs : ce qu’on veu à prufieurs. Autres prennent grenouilles toutes viues,& les fendent par le ventre, 8c les appliquent fur le lieu doulou- reux. Autres ont trouué que l’eau mufqueufe des limaçons rouges, fede grandement la douleur Sc inflammatiou. Il faut prendre cinquante oufoixante limaçons rouges, & les mettre dans vn pot de cuyurc, & les faupoudrer de fel commun , & les laiftèr par l’elpace d’vn jour entier : puis on les coulera par vneeftamine, 8c d’icelle coulature on en trempera des linges, lefquels feront appliquez fur le mal, 8c renouuelez fouuent. Et faut icy noter que s’il y auoit grande inflammation , on fera bouillir les limaçons en vinaigre 8c eau rofe. Cedit remede eft fort excellent, ainfi que i’ay plli- fieurs fois expérimenté. Et mefmem’a confirmé monfieur le Longuemeau , Gentil-homme d’hon- neur, 8c digne de foye , lequel ayant efté malade & tourmenté d’vne feiatique l’efpace de fix mois: pour la guarifon de laquelle îl auoit fait plufieurs remedes, tant vniucrfels que particuliers, fans luy rien profiter: en fin receut par cedit moyen guarifon en vfant par l’efpace de fept ou huiét fours. Pareillement les pommes de citrons ou orenges cuittes en vinaigre , puis piftées auec vn peu de farine d’orge ou de fèves, & appliquées dellus. Autre.2£.pomorum coélorum in la&e tfc.j.buiyrii.j. vitellos ij.ouorum-aceti t.j.fiat cataplafma. Onguent re- perça ftf fort excellent. L'eau de li- maçons efl fe- datiue de douleur cau- fe'e de matiè- re chaude. Des Goûtes. 511 Aucuns prennent vn formage frais eferemé , battu auec huile rofat, 8c farine d’orge. Il reprime l’inflammation, 8c fede la douleur. Autres prennent de la cafte reccntcmenc mondée, 8c la méfient auec jus de coucourde ou melon. Autres prennent des fueilles de choux , 8c d’hiebles, ou d'ache, ou les crois enfemble broyées auec vn peu de vinaigre, 8c les appliquent fur le lieu douleur. Les autres prennent de la femence de lin vne once, &cn tirent mucilage auec biere ; puis y adiouftenç huile rolac,&: farine d’orge, «Sc en font cataplafme. Autres prennent huile de pauot auec de la chair de citrouille pilez enfemble, Sc l'appliquent fur la partie dolente. çyfutre rente de, par lequel a eîfé guary vn homme en Gajcongne >en la ville de Bafas, qui auoît efté affligé de la goûte fort long temps , auec les plus eftranges douleurs qu'on feauroit cxcogiter, & n'a fenty depuis aucune douleur. Prcns vne tuile feftiere grande, force 8c efpefTe, 8c la fay chauffer iufques à ce qu'elle foie deue- nue rouge, laquelle tu mettras dans vne autre cuille pareille en grandeur, toute froide, de crainte que le linge du li6t où fera le malade ne fe brade. Puis tu rempliras la fufdiéfce tuille chaude de fueilles d’hiebles , en tdle quantité que la partie malade y puifle eftre poféc, 8c demeurer dedans fans fe brader. Le malade en endurera la chaleur &c fueur l’efpace d’vne heure ou plus s'il peur, r'adjouftant derechef des hiebles après que les premières feront dellèichées,changeât aufll de mil- le réchauffée, d la première ne te femble affez chaude. Ces chofes faites, la partie fera efluyée auec vn linge, 8c continueras lefdites eftuues douze ou quinze iours le matin , l'eftomach cftant à jeun; Ôc après la partie fera oimde du Uniment fuiuanc, eftant vn peu chauffé. 2L. Succi ebuli tfe. j. fi. olei communis ife. j. mifceantur fimul Sc ponantur in vafe fidtili ,cuius otificium fît ftriélum admodum, & cum luto bene obturatum : poftea bulliant in duplici vafe cum vino ad médias diluto,per fpatium deeem vcl duodecim horarum : refrigetentur & feruentur vfui, addendo vndionis rempote guttas aliquot aquæ vicæ. Inungi poterie bis aut ter in die longe à paftu. Pareillement les racines 8c fueilles d’hieble cuites en eau, pillées ôc appliquées fuir la dou- leur, la ledenjr. Semblablement, l’huile d’hiebles extraiéle en quinte-efîence , eft fingulicre pour feder les douleurs. Or fi la douleur eftoit fi rebelle qu'elle ne peuft cflre fedée par les remedes fuf- di6ls,& qu’elle fuft: intolérable auec vne tres-grande chaleur &ferueur en la partie, tellement que les efprits fuflent refont s, 8c les forces abbatuës,& que le malade tombaft en iyncope : il faut alors vler de remedes narcotiques 8c ftupefaélifs, combien que par iceux la température de la partie foie diflbluë, 8c la chaleur naturelle diminuée , voire efteinte,‘fi on en vfoit trop longuement ; néant- moins ils doiuent pluftoft eftre appliquez , que de permettre que tout le corps perilfe de douleur intolérable. Leur vertu eft de grandement refrigerer,& feicher,& d'hebeter le fentiment de la par- tie : 8c qui plus eft, ils efpefïiflenc 8c incraflent les humeurs fubtils, acres 8c mordicans, comme eft l’humeur cholérique. Si la matière eftoit craftè 8c impaéle en la partie , alors les faut éuiter, ou , pour le moins en vfer auec grande difcrecion, de peur d'induire ftupeur. Micæ panis fecalini parum codi in la6te ij. vitellos ouor. num. ij. opij 5.]. fuccorum lo- lani, hyofcyami, mandragoræ,portulacæ, femperuiui, j. Le tout foit méfié enfemble, 8c en foit appliqué deftlis, 8c renouuellé fouuent. Autre. Prenez fueilles de iufquiame, ciguë, ozeilie,de chacune vne poignée , lefqnelles feront bouillies en oxycrat, puis pilées 8c broyées auec moyeufs d’œufs cruds, huile rofat, deux onces, farine d’orge tant qu’il fuffira : Sc foit fait caraplafme, lequel fera appliqué fur la douleur , 8c fera continué iufques à ce que l’inflammation foit cefiée. Ce re- mede eft fort approuué , 8c duquel i'ay vsé fouuent auec bonne iftuc. Autre. IL. opij 3.Ü j. cam- phoræ 3.fi. olei nenupharis îj.j. laélis ij. vnguenti rofati deferiptione Galeni incorporen- rur fimul in mortario. Et de ce en foit appliqué fur la partie. Outre-plus,,l’eau froide appliquée & jettée goûte à goûte fur la partie, eft narcotique & ftupe- faéliue, comme dit Hippocrates, Aphorifm.iy.de la fe6Ly. adiouftant icelle pour vne autre raifon, eftre fort propre en toute efpecc de goûte , fçauoir, empefehant par fa vertu repercufiiue que les humeurs n’affluent dauantage fur la partie. Autre. Prenez pommes de mandragore cuittes en lai61, puis pilées 8c appliquéesdeflus. Autre. Prenez fueilles de iufquiame, ciguë, pourpié,lai6lues cuit- tes en lai6l,& ioient pilées 8c appliquées deftlis. Et qui voudra que ces remedes foient plus froids, il ne les faudra cuire, mais les appliquer tous cruds. Or fubit que la douleur 8c ferueur fera efteinte 8c celfée, il faut défi lier de tels remedes , 8c roborer 8c fortifier la partie auec remedes chauds 8c , refolutifs. Car autrement y autoit danger qu'elle ne fuft rendue debile , 8c inremperée : ou que puis après elle fuft fujette à toutes fluxions, Parquoy , pour la fortifier, il faut vfer de decoélions faidles d'herbes refolutiues, & autres chofes deferites cy - deuant, ou autres qui s'enfument. 3/C. gummi ammoniaci, bdelîij ana. §.j. difibluantur in aceto, 8c paftentur per fetaceum , addendo fty- racis liquidæ, farinæ fœnugræci ana. |.fi. pulucris ireos J iij. olei camomillæ §.ij. pulueris pyrc- thri 5.ij. cum cera,fiat emplaftrum molle. Autre. radicum cnulæ, cbuli,ahheæ ana. tfe.fi. femi- nis lini, fœnugræci ana. 3. ij. ficuum pinguium num. xxij. coquantur complète , 8c paflencùr per fetaceum, addendo pulueris euphorbij 5.1]. olei camomilî. anet.rutæ, ana. iij. medullæ cerui 3. iiij. fiat cataplafma. Nous auons par cy-deuant fait mention de plufieurs autres refolutifs,defquels le Chirurgien fe pourra ayder, félon qu’il cognoiftra eftre befoin : 8c fe gardera de trop refoudie,& feicher, de peur de confumer l’humeur fubtil, détaillant le gros endurcy 8c putréfié, dont fepour- roient faire des tophes Sc nœuds , ainfi qu’il fe peut faire aufii pat l'indeuë application de reper- eulîifs. le ne veux cncores tailler en arriéré, que les anciens ont fort loué les bains faits d eau dou- ce, en laquelle on fera bouillir herbes réfrigérantes , 8c font profitables eftans adminiftrez princi-r paiement crois heures après vn leger paft; car après la viande, le bain a plus grand pouuoir de cor- riger les incemperatures bilieufes , 8c principalement à ceux qui font greftes 8c de rare texture. Vertu de l'huile d’hit- blet. Le temps ru*' quel il faut vfer de nar- cotiques. Vertu des médicament narcotiques. Médicament narcotique, Vertu de l'eau froide. Annotation aux ieuncs Chirurgiens digne d’eftrt obferuée. Le trop vfer de refolutifs fait ftirrhe. Bain après le paft pour les bilieux. 512 Dixhui6liefme Liure, parce qu’ils hume&ent l'habitude du corps, Ôc euacuent l’humeur cholérique par infenfible A tranlpiradon : d’autant que les conduits fontouucrts & dilatez par le bain , & les humeurs liqué- fiez. Apres le bain, il faut oindre tout le corps d’eau & d’huile d’oliue,afin d’humeder & garder que la chaleur naturelle ne s’exhale:& les faut continuer iufques à ce que le Chirurgien verra eftrc neceflairc. Aulli huit noter que les viandes de gros fuc, comme bœuf, pieds de mouton , riz , ôc leurs femblables, leur font meilleures que les délicates ( pourueu que le malade les digéré bien,» pource qu’ils incraflcnt le fang bilieux , dont il n’eft fi facile à defluer aux iointures. Pourquoy on ordonne les viandes de gros fuc aux cholériques. Des aydes delà douleurfaite d'mtemycrature fins matière. Chap. XXIII. L y a des douleurs aux iointures qui fe font d’intemperature fans matière, ce qui n’ad- nient pas fouuent : toutesfois iel’ay expérimenté fur moy-mefrae il y a enuiron de dix llll à douze ans. Eftant en hyuer en mon eftude vn vent coulis me donna fur la hanche fe- neftre , lequel ie ne fentois alors, à caufe que la vertu imaginatiue eftoit occupée à l'ellude : puis me voulant leuer, il me fut impoflîble de me pouuoir fouftenir debout : ôc auois vn fentiment de douleur fi extrême Sc intolérable , qu’il me feroit impoflîble la deferire, fans aucune apparence d’intemperature , ny de tumeur au fens de la la veuë. Lors force me fut faire mettre g dedans le liél : Sc confiderant que fi le froid ( qui eft du tout ennemy des parties nerueufes ) eftoit caufe de ma douleur, me feis appliquer plufieurs linges chauds delfus : Sc néanmoins qu’ils fuf- fent fort chauds, ie ne fentois qu’à peine la chaleur fur l'endroit de ma douleur , tant eftoit l’in- temperature grapde : Sc es autres parties voifines, ie la fentois fi bien qu’elle me bruftoit, iufqnes à me faite leuer des veflies. Dauautage ie feis appliquer des fachets remplis d’auoine ôc 4e mil Fri- caftez enfemble , Sc imbus de vin vermeil : pareillement autresfois y faifois appliquer veflies de bœuf, dans leiquelles y auoic de ladecodion d’herbes refolutiues, & n’eftoient qu’à demy pleines, afin qu’elles adheralfent mieux fut le lieu de la douleur. Autresfois y faifois appliquer vne efcuel- le de bois creufe, prefque remplie de cendres chaudes , Sc par dcftlis de la fauîge, rofmarin Ôc rue vn peu piftez : puis ladite efcuclle eftoit couuerte ôc enueloppée d’vn linge , fur lequel on iettoit eau u>vic, de laquelle fortoit vne vapeur humide qui donnoit grand allégement à ma douleur. Au tresfois y faifois appliquer la mie d’vn gros pain tout recentement tiré du four, arroufé d’eau de vie , ôc enueloppée dans vne feruierte : femblablcment me faifois appliquer aux pieds des bouteil- les de terre remplies d’eau boüillante, afin que l’intemperaturc fuft plus amplement corrigée, d’autant que la chaleur de ce rernede peut fe communiquer au ceruau , pour la reélitude des nerfs. Ceftc extreme douleur me dura enuiron vingt-quatre heures , ôc fut ceftce par les remedes fufdits. Il y a encore vne autre efpece d'humeur excrementicieux , lequel pour dire de fubftance fort dé- liée ôc fubrile, ne fe peut voir à l’œil, qui s’appelle fuligineux , à caufe qu’il eft femblablc au noir Q qui s’engendre de la fumée d’vne lampe, lequel eftant accompagné de ferofitc virulente , pafte par tout, failant des extremes douleurs, tantoft à vne partie, tantoft à l’autre, ne demandant qu’à fortir : partant luy faut ouurir la porte en quelque forte que ce foit, ou par application des yen- toufes Ôc cornets, & fcarificadons, ou par veficatoires& cautères. Hipp. Jph, 18. //. J. Moyens d'ap- pui fer vne douleur de caufe froide. Ce qu ilfiwtfaire Ja douleur cejfée des Coûtes. Chap. XXIV. Moyens de roborer vne partie. B|p|| A douleur eftant appaifée, il faut roborer , Ôc fortifier les iointures. Or ce mot de Ibpl roborer , fe doit non feulement entendre à vfer des aftringcns , & dcficcatifs, mais |i|® aiülî contrarier à i’indifpofition delailfée à la partie. Comme s’il y a quelque humeur fupcrflujil faut refoudre : & s’il y a quelque feichere/Te, il faut humeéler & relafcher: ôc au contraire,/! les jointures choient trop lubriques ôc relaxees(comme fouuent ad* uient aux podagres , dcfquels la goûte a cfté faite de matière pituiteufe).alors faut vfer de remedes dcficcatifs,& fort aftringcns : ôc ain/î des autres intemperaturcs, comme oousanons dit cy-delfus. Outre-plus,faut entendre, que les podagres après auoir perdu leur douleur (laquelle comence tan- toft fous le talon , ôc quelquesfois fous la cauité du pied jneantmoins demeurent long temps fans pouuoir marcher qu’à grand peine:à caufe que les nerfs ôc tendons qui font en grand nombre aux pieds,font imbus ôc arroufez d’vn humeur pituiteux,& par ce moyê ont efté relaxez,de forte qu’ils D font demeurez amollis comme vn parchemin mouillé, qui fait que le pauure podagre ne peut che- miner , &Iuy femble qu’il marchefur des efpines. Et pour le faire cheminer,il faut nece/îàirement conforamer l’humeur conjoinél , Ôc delailfé aux parties nerueufes : qui fe fera auec fomentations, cataplaimes, & emplaftrcs aftringcns & deficcarifs, comtue ceux qui s’enfuiuent. Pour la fomentation , on vfera de celle qui eft eferitte cy-deflhs,au chapitre de laroboration des jointures:pour la preferuation , augmentant la quantité de l’alum Se du fel, adjouftant du ioulphrc vif en pareille quantitérpuis on vfera de celle emplaftre. Malfæ emplaftri contra rupturam iiij. terebenth. ij.pulu.rofarum rubr. nucum cnprefli, gallarum , granorum myrri,& foliorum eiufdem,thu- maftic. caryophyl. an.j.j. malaxentur omnia fimul manibus inun&is oleomyrtino ôc maftichino, & fat emplaftrum extenfum fnpra alutam dé- bita: magnitudinis Sc Iatitndinis:& foit appofé fur les pieds tant defius que delTbus,puis faut auoir vne chaulle de cuir de chien conroyé, laquelle foit laffée bien proprement fur toute la jambe. Or celle emplaftre eft fort vtile,d’autant qu’elle fortifie les nerfs,& confume l’humeur imbu en iceux, ôc empelcbe la fluxion;& la chaulle de cuir de chien conferue la chaleur natutelle:& parce qu'elle comprime Sc ferre , elle empefche au/Ii la fluxion de fe faire fur les pieds. Les podagres ne peuuent cheminer, la douleur cef- fét. 'Emplajlre. Chauffe de cuir de chien. Des Goûtes. Des tophes ou nœuds qui viennent aux iointures des goût eux. G h a p. XXV. lÉ'ffeiÉ ‘ aucuns gouteux s’engendrent des nœuds aux iointures, appeliez des anciens tophi, ou n°di 5 ou tuberofitez :lefqucls font faits par congeftion d’vne pituite crallè, vif- queufe » crue, 5c indigefte, accompagnée d’vn humeur bilieux, acre & chaud : lefquels conioints 5c delailfcz en la partie ( pour l'imbécillité d’icelle ) ne pcuucnt eftre refoules: 5c auilî pour la douleur du virus arthritique, il fe fait vne autre augmentation de chaleur eftrange Sc adufte,qui confomme& refoult la partie la plus fubtile de l*humeur,& le gros Sc terreftre demeure 5c s endurcit, 5c fe conuertit en matière gypfeufe ÔC pierreufe, comme craye : 5c par confequent four engendrez des nœuds ôc pierres, ainfi qu’on void fe faire en la veffie. Pareillement les nœuds Ce font quelquesfois pour indue application des medicamens repercuflîfs 5c refolutifs, d’autant que par les repercuflîfs les humeurs s’efpeflîftent & congèlent, 5c par les refolutifs le plus fubtil fe refoult, ôc le refte fe tourne en pierre.Parquoy le Chirurgien, qui fera appelle pour curer les deflu- xionsjfedoit bien garder de trop longuement vfer de remedes repercuflîfs, refolutifs 5c deficcatifs. Les medicamens qui doiucnt amollir, ont vne chaleur modérée, 5c doiuent mediocremeut hu- U naeder, pour liquéfier l’humeur conioint ôc attaché en la partie, comme l’eau tiede.Anflî on pour- ra faire boüillir des herbes emollientes, ou en lieu d’icelles la decodion de trippes, pieds ,&■ te- ftes de veau , ou de mouron 5c autres femblables. Et après auoir deuement fomenté, on vfurade ce médicament. axungiæ humanæ , anferis 5c gallinæ , medullæ ceruinæ ah. ij. terebenthinæ Venetæ vitæparum, ceræ quantum fuificit, fiat vnguentum molle. Génération des noeuds fa tophes, Comme Vin« deuë applica- tion des re- percuffifs fa refolutifs caufe les noeuds. Remedes qui amellijfem fa rompent le cuir. çyffres auoir quelque temps vfe de ce médicament, on vfer a de ceBuy-cy. 3£.rad.altheæ, lilio.bryoniæ, lapathi acuti coquant. complété & paftentur per fetaceu: adde gum.amrnon.bdellij,galba.ôpopana. inaccto diif. medullæ ceruinæ ah.g.j.fi. incorpo- rentur firaul,& applicenturparti aifedæ. lilio.éc amygda.dulcium, medul. cruris cer- ui an.j.ij.fi. mucaginis,feminis lini, althcæ,& ceræ quant, fuff.fîat ceratum.Autre. emplaft. de Vigo cum merc. Ôcf. ccrati de œzipo humida defcriptionc philagrij. ana ij. maîa- xentur fimul cum oleo lilio. liât rfiaflâ. gura. aramon. opopa. galb. bdellij, dilTblutorum in aceto panno lineo coljatis addepulueris fulphu. nitri, nnapi.byrethri li- quida; , axungiæ pini, tereb. Vene. ana J.fi.cer. quantum fuff.fiat ceratum mol- le. Et entre tous autres ceftuy-cy eft fort approuué des anciens, pour rompre le cuir, 5c faire fon- dre les nodoiîtez putréfiées 5c nommément de Gai. liu. 10. des Amples 7. 5c d’Auicenne fen. 22. C liu. 3. traidé 2.ch. pedes porcello.bene falfos mira. iij. 5c veterem pernam cum illis coque, addendo lub finem rad,. alth. bryoniæ, lapath. acuti ah. axung. taur. ôc medullæ ceruinæ ana 5-j* & cum cafeo putrefiido, fiat empla.fatis molle ad vfum.Autre bien excellent DJL. cafei acris 5c putrefadi pul.fulph. viui, cuphorbi] 5c byrethri ana îj.iij.communia veteris pernæ Sc pedum porccllo.falitorum quod fufF. ad incorporandnm ducantur in mortario, fiat empla.ad vfum. Autre. fpumæ nitri vj. téreb. vij. olci veteris viij. lixiui] quo lanæ pileorum lauantur, Sc ceræ quantum fuificit fiat ceratum fatis molle. Et après l’vfagedes remollitifs, on fera vneeuaporation, auec la pierre byrite , ou de moulin , ou d’vne bricquebien chaude , Sc fur icelle ferajetté de bon vinaigre& eau de vie : car relie vapeur diifouIc,fubtilie,incife, Sc rompt la matière grumeufe, gyp- ieufe, Sc endurcie , Sc fait fouuent ouucrture au cuir. Et nefefaut efmerueiller fi tels remedes rom- pent le cuir, attendu que leplus fouuent en tel cas la peau s’ouure d’elle-raefme fans nulle incifion; Sc pour le dire en vn mot, les remeds qui font propres à curer les fchirres , font bons pour amol- lir les nodus : mais il faut entendre, que lors qu’il y a matière coniointe 5c ja conuerticen pierre par vne autre fluxion,quclquesfois le fuppure, &cft needfaire de faire ouuerture pour vacuerl’hu- fiipcrflu contenu en la partie : lequel humeur eft laideux , puis la fubftance gypfeufe qui fait les nodofitez , fort dure comme plaftre : Ôc après eftrefortie, il faut curer l’vlccre , 5c mettre l’empla- ftre de gratia Dci, & autres que le Chirurgien verra eftrc neceftaircs. Lx celle t mé- dicament [ut toMA pour les nodoÿtev, auquel entre vieil iambon fa vieil fro- mage, Les noeuds quelquesfoü fuppurent. Des ventofitez qui le plus fouuent font trornées auec les toutes, & de leurs remedes. Chapitre XXVI. Arm Y les humeurs acccompagnez du virus qui fait la goûte, fouuentcsfois eft trouuce grande quantité de ventofitez, principalement es grandes iointures, comme à la hanche & aux genoluls, qui font quelques-fois fortifies os de leur propre lieu: Jjffîj &font cogneus eftrecn la partie , en ce que lemalade fent grande douleur tenfiue, fans pefanteur : 5c lors qu'on prefte deifus du doigt, il n’y demeure point de cauité, comme aux œdemes : mais l’efprit flatueux repoufle 5c fe releue en haut, comme qui preftèroit vnc balle remplie de vent : ioint aullî que la partie ne peut faire ion adion, à caufe que les vents rem- pliifcnt les cfpaces vuides, ôc empefehent le mouucment de fepouuoir faire.Or aucuns ieunes Chi- rurgiens mettans leurs doigts deifus, en efleuant IVn 5c preilant l'autre, Tentent la ventofite s efie- uer entre leurs doigts, corne vne inondation de pus ja fait en vnc apofteme, 5c y ayant fait ouuer- ture, icellc faite n’ont apperceu fortir aucune matière : 5c partant ont efté deceu, 5c caufe de grands accidcns , comme augmentation de douleur , & fluxion d’humeurs, qui ont faid defboetter les os hors de leurs iointures,5c les malades font demeurez à iamais claudicans.Et pour ces cames te con- fcille aux coûteux,en tel cas, d’appellcr pour leur ayde des Chirurgiens expérimentez.On void peu Signes de 'venteJîteZc aux iointu- res. ‘Document ■four le ieutti Chirurgien, Le dix - huidHefme Liure, Prognoflic, fo.uuenr telles ventpfitez fans qu’elles foient accopagnces de quelque humeur pituiteux,lequel n’eft A troperud ny demeurent longuemct fans pouuoir eftre refoluës, a caufe de l’i,«température froide que fait la matière venteufe, 8c des membranes 8c ligamens qui lient les jointures, lefquefies font d en les 8c dures , & par confcquent leurs porcs font fcrrcz,de fa- çon qu’à grande difficulté les matières ne fe peuucnt cuaporer ny fortir hors. Or pour la curation il conuient pour confirmer les ventolirez, vfer de fomentations refolutiucs, carrainatiues, difeuf- fiues,& dcficcatiucs: aulquelles auront bonïlly fenouil, anis, rue, camomille, melilor, faulgc, rof- marin, origan, calaraenthe, marrubium , & leurs femblables, cnittes auec vin 8c lexiuc, 8c vn peu de vinaigre rofat, 8c du Tel commun. Et après la fomentation on appliquera ce Uniment qui s’en- fuir. f. Olei camomillæ, anethi,rutæ, laurini, 8c cum ceraalba fiat linimcncum,addendo aquæ viræparnm. Dauantagc, après ce Uniment on appliquera cataplafme. Sf. Florum camo- millæ, meliloti, anethi, rofarum rubrarum pulnerif. an. m. j. folîornm maluarum 8c ablînthij an. m.fi. furfuris m. j. builiaht orania fimul cum lixiuio 8c vino rubro : deinde piftentur cum mcdulla panis & farina fabarum quantum fufticit : fiat cataplafma , addendo olèi rofati & martini an. -f- ij. - Aucuns ont lôljé pour telle difpofition,ce remede pour tarir la ventofité.2Z. Axung. fuillæ éj. iüj. caicis viuæ g. j, fi. Ces cHofes foient fort battues en vn mortier , &r appliquées delfus. Autre J$t. Stercoris caprini codli cum viuo 8c aceto an.tfe.fi; térébenthine Vehetæ, 8c mollis comrhunis aqàæ vite g.(5. pulùeris rad.ireos Florentin, fabine oid riitæ 8c anethi ah^.j.fa- rine fabarum quantum Inffidt: fiat cataplafma ad forai am pultis. ® Il faut appliquer des compreftcs trempées(& efpreinres) en oxyefat, auquel on aura fait bouillir abfinthe , origan , camomille , mcfilot,ruë, fel commun , y adiouftant eau de vie ; 8c fera la partie liée 8c ferrée le plus qu’il fera poffible, 8c que le malade le pourra endurer. Et fur la fin,pour robo- rcr la partie,on appliquera delfus de la lexiuc faite de cendre de chefne 8c de farment,en laquelle on aura fait bouillir fel, foulphre , aluni de Séché, en ferrant 8c liant la partie , comme delfus, auec comprdfes trempées en icelle lexiue. Or s’il y auoit grande douleur, alors faudroit laiftèr la pro- pre cure pour fiirüciiir aux accidens, en frotranr la partie de quelque huile carminatiue, auec laine à tour le luif, 8c autres remedes qu’on verra eftre necellaires. Cure. Remede bien carmimtif. Autre, bon fy bien ap- prouué. De U Sciatique. Chap. XXVII. Aintenant il nous relie à trai&er de la goûte Sciatique, laquelle fur tontes ) comme Tay dit au prognoftic) emporte le pTrix pour eftre la plus douloureuse, 8c cau- PjVI Te grands 8c extremes accidens , àraifon de la iointurc qui eft plus profonde que les SiAzk autres, 8c que le plus fondent l’humeur eftanten grandeabondancc 8c pituiteux, froid, gros 8c vifqueux , difficilement le peut - on faire debufquer de la partie : 8c vient le plus iouuent après vue longue maladie d’vn humeur malin, lequel deliurant les parties d’où il cft venu , caufe vue extreme douleur, non feulement à la iointure de la hanche, mais encore plus profondément dedans les mufcles de la fdfe, aux aines, genoliils, & iufqucs à l’extremité des orteils, &: quel- quesfois aux vertébrés deslumbes, qui donnent grand tourment au malade : lequel penfe ( 8c auffi les Médecins 8c Chirurgiens ) eftre vne colique venteufe ou pierreufe, ce qui n’eft pas. Mais la caufe pourquoy on fent fi extremes douleurs , eft: à raifort des nerfs qui viennent des vertébrés des 1 umbes, 8c de ceux de l'os factum, qui defeendent 8c fe didèminent aux mufcles de la eu i fie 8c de la jambe, iufqucs à l’extremité des orteils : ce que i’ay amplement mouftfc en l’Anatomie. Le plus fouucnt on n’y apperçoit aucune tumeur hy rougeur, ny autre intemperature à la veuc : parce qu’au cuir de celle partie y a peu de veines fuperficiclles , & que l’humeur eft fiché fort profondes ment, &nc fe moudre à la fupcfficié. Auffi au contraire, nous voyons qnclquesfois , qu’à raifort de l’extreme douleur , il fe fait fi grand amas d’humeurs 8c ventofirez , qui amplifient la cauité de la boette, & relaxent fi fort le ligament intérieur 8c les extérieurs , qu’ils chalfent l’os du tout hors de la cauité ; 8c s’il y demeure longtemps,il ne faut efperér qu’il puilfe eftre iamais réduit, 8c n qu’il fe tienne en fa place, à caufe que l’humeur a occupé le lieu & cauité de la telle de l’os femoris, 8c auffi que les bords de la boette ( qui font cartilagineux ) fe font cflrecis, 8c les ligamens relaxez 8c allongez : dont s'enfument plufieurs accidens pernicieux , comme claudication perpétuelle, amaigri fiement de toute la cuifle 8c de la jambe : parce que l’os n’ed en fou lieu naturel, prelTc les mufcles, veines, arteres, 8c nerfs , 8c y manque le mouuement : au moyen dequoy les elprits eftans ainfî comprimez 8c arreftrez,ne pcuuent reluire aux parties inférieures , 8c par con- fequent fe tabefient &deuiennent eh émaciation, c’ed à dire , amaigriffemenc, non feulement de toute la cuific Sc de la jambe , mais quelquesfois auffi de tout le corps, auec vne fièvre hcélique, qui meiiie la malade à la mort. Parquoy faut qne les Médecins 8c Chirurgiens, qui feront appel- iez eu telle difpofition , ayent grand efgard à ne laifler aduenir tels accidens, 8c qu’ils vfent de re- mèdes forts 8c vigoureux, lors qu’il en fera befoin, comme nous dirons cy-apres. Coûte Sciât!, que,plus deu- loureufe que (es autres. lufques ou s’cjiend la douleur Scia- tique. La Sciatique efi fans tu- meur çfy rougeur. La partie a- nutigrît quiid Vos n’efi en fa place natu- relle. Des Goûtes. 5*5 Cure de U ScUtique. C h a p» XXVIIL N la goûte Sciatiquc, combien que communément elle Toit faite de pituite cra(îê, toutesfois fi le corps du malade abonde en fang, ôc qu'il foie fort & de température ■ ElESsB fanguine » faut a^re laignéc : car par icclle il fe fait égale Vacuationdes humeurs : ôc partant la fluxion ne fera li prompte à courir fur la partie. le vous puis aflèurer que n’ay iamais trouué plus prefent reraede à feder la douleur caufée d’inflammation phlgmoneufe, que lafaignée , premièrement faite de la veine bafiliqueau bras qui eft du cofté malade , comme i’ay dit cy-deuant ( à lin de faire reuulfion : ) ôc après (pour defeharger & vacuer la matière con- jointe) de faigner la veine feiatique, qui eft fur le malléole extérieur du piedjcauoir efl, fi la dou- leur occupe plus celle partie î ôc n elle efl: plus grande aii dedans, faut ouurir la veine faphene, qui efl; fur le malléole interne : ôc faut tirer du fang/elon qu’on verra eftre neceflàire. Et à ce faire ie conieille au ieunc Chirurgien qu’il appelle le Médecin , afin qu’il foit prefent lors qu’on tirera le fang : Ôc où le cas aduiendroit qu’il ne s’y peuft trouüer, ôc qu’il ordonnait tirer trois pallettes,plus ou moins, de fang des veines feiatique ôc faphene , il pourroit faillir à la quantité du fang ; à caufe que pour faigner telles veines aux pieds, il les faut mettre en eau chaude , &le fang fe méfiant en B î eau , on peut bien obferuer la quantité , fi ce n’eft qu’en faifant mettre le pied du patient dedans le vaifieau auquel fera l’eau , il fera vne marque à la hauteur de l’eau, puis il adiouftera deux ou trois pallettes d’autre eau, plus ou moins , félon qu'aura ordonné le Médecin, ôc fera derechef vue autre marque audit vaifieau : puis retirera la quantité de l’eau proportionnée du fang qu’il faudra tirer, ôc ainfi il ne pourra faillir à tirer plus ou moins la quantité du fang qu’aura ordonné le Mé- decin. Pareillement les clyfteres forts ôc aigus font vtiles, pourueu qu’il n’y ait rien qui les empef- chafl , comme feroient vlceres aux inteftins ôc hemorrhoïdes. CljL. Rad.acori centaurij, rutæ, faluiæ, rorifmarini, calamenthi, origanis, pulegij, an. m.fi. flcechados Arabicæ, florum chamæmcli , meliloti, anethi an. p. j. feminis anifi,fœniculi an fi* fiat decodio adtb.j. in colatura difiblue hieræ, diaphœnici ah,3. fi. mellisanthofati, ôc faccariru- bri ah. olei liliorum §.iij. fiat clyfter.Lequel il faudra accommoder au tempérament,aage &au temps, félon la prudence du Médecin. Aufii les purgations vigoureufes, comme les pilules d’her- modades , fétides, arthritiques, afiajeret pour les pituiteux, ôc autres cy-deflus mentionnées. L’e- leduaire de diacartami purge l’humeur cholérique ôc pituiteux» Les Vomifiemens frequens ( fi le malade le peut faire commodément ) font euacuation non feulement des humeurs, mais aufii reuul- fion d’iceux, comme nous auons dit par cy-deuant. Les baings ôc fueurs font femblablement bons. Aufii la decoélion de gaiac ou de la falfeparille : Ôc en vfer tant ôc fi peu qu’on verra eftre neceflàire Et fi on cognoift qu’il y ait chaleur, on frottera la partie d’oxyrhodinnm, qui efl mixtion d’huile rofat ôc de vinaigre , principalement quand la douleur eft profonde» Car le vinaigre,à caufe de fa tenuité,penetrât iufques au profod,fait yoye à l’huile, laquelle de fon naturel appaife les douleurs. Aufii on pourra vfer d’autres repereufiifs , fi on cognoift eftre befoin : ôc après on appliquera re- mèdes qui attirent ôc refoluent,lefquels ne feront nullement appliquez, que premièrement on n’ait fait vacuation vniuerfelle, de peur qu’on n’attiraft trop d’humeur à la partie, ôc qu’il ne fuft rendu vifqueux ôc efpais. Dont après les chofes vniuerfelles,pour attirer l’humeur du profond à la fiipcr- ficie, on vfera de l’emplaftre fait de poix ôc d’euphorbe Ôc de foulphre, faite ainfi. IL. picis nauaîis îb.j. fulphuris viui fubtiliter puluerifati euphorbij puluerifati 3. ij. lardi §. fi. fiat cmplaftrum iecundum artem , ôc extendatur fuper alutam (dont il faut vfer auec prudence, de peur qu’il n’y furuienne inflammation ) ou vn emplaftre d’ammoniac , euphorbe, térébenthine, propolis, galb. bdel. ppop. ôc femblablement d’huile de faulge, rofmarin, de byrethre , ôc autres femblables, ex- traides par quinte-eflence : Icfquelles font bien plus à lolier que les autres, d’autant que d’iccllcs les vertus font plus pures , ôc leur adion plus prompte fans comparaifon , que celles qui ne font ti- rées par quintceflence , parce qu’elles font de tenue ôc fubtile fubftance, ôc pénétrent fort profon- dément , ôc refoluent ôc roborentles parties nerueufes. Semblablement on fera des fomentations d’herbes difeutientes ôi refolutiues, comme racines ôc fueilles d’hicbles, ireos, graine de laurier, geneure, ôc femence de fœnugrec , anis, fœnoiiil, faulge, rofmarin, camomille, melilot fueilles du fureau, ôc leurs femblables : ôc les faut faire cuire en vin ôc en huile , ôc de ce foit faire fomenta- tion. Aufii celle emplaftre eft fort louée des anciens pour refouldre ôc feder la douleur , auec ce D qu’elle attire les cfpines ôc os pourris. Seminis verticæ mundatæ, fpumæ boracis, falis ammo- niaci, radicis aritlolochiæ rotundæ , colocynthidos, terebent. Vcnetæ ah. 3 x. fœnugr. piperis longi, xylobalfami , thuris myrrhæ , adipis caprilli, gummi pini ah.3.v. ccræ ib. fi. ladis ficus fil- ueftris 3.iij.fi. Il faut liquéfier les chofes feiches auec quantité fuffifante d’huile de lis ôc bon vin, ôc le tout incorporé enfemble foit fait emplaftre, & en foit appliqué defliis l’os Ifchion. Autre Sinapi aceto acerrimo dilfoluti %.ij. fermenti acris g.fi.pulueris hermodadilorum 3.!]. melliscom- munis g.iij. tercbent.3. iiij. olei laur. ôc de fpica ah.g.ij. far.fœn. §.j.fi. terræ formi.cum ouisib. j. foliorum lauri, faluix, rutæ, rorifmarini, an. m. fi.verm. terreft.præp.ib fi. La terre de fourmis, ôC leurs œufs , Ôc les vers cuiront à part, auec les herbes hachées auec vin blanc, puis coulées , ôc en icelle cou latine on adiouftera les autres chofes félon l’art : ôc de ce foit appliqué fous l’os ifchmn, comme defliis. Autre. If. Radicis cnulæ campanæ, figilli Salomonis ,bryoniæ, bifmaluæ an.J.ij* coquantur complexé Ôc piftentur , ôc paflèntur per fetaceum, addend. farinas fœnugreci ôc hordei ah. §.j. olei liliorum & camomillæ ah. §.iij. terebenth. §.iiij. ceræ quantum fuflîcit, fiatcataplaf- ma. Il refont ôc appaife la douleur , ôc attire la matière du profond à la fuperficie. Aime. Of. Ra- dicis figilli beaeæ Mariæ |.vj. emplaftridiachylonis albi |.üij.croci diflbluti in aqua vitœ 3-ij. tere- Quand it faut faîgnef en U Sciati- que, Choix de té veine fciati« que t ou fa* phene» Subtile ob- feruation di l'Autheur, Les hatngs hypccaujtei font propres aux cholsri* ques. Vertu des huiles de quinte- ejfeli• ce. Auîcenne lotie cefie ettt§ plafire. 516 Le dixhui£Hefme Liure, des Goûtes. benthinæ 5.j.olei de fpica nardi quantum fufficit; fiat emplaftrum,applicetur fuper alutam calidc. Lay appliqué pluficurs fois de la feule racine de figillum beatæ Maria: en rolielles fur toute la han- che, qui a fedé toft la douleur caufée de matière froide. Autre, Ceræ citrinæ de terebenthinæ abietis fundantur flmul in vafe duplici: de vbi refrixerinr, addepulueris hermodadilorum fl.flomm‘camomillæ, iridis Florentiæ an.g.iij. fpicæ nardi, fiorum thymi an. 5. ij. interioris ci- namomi cledi de feroinis nafturtij an. 5. ij. croci B.iiij. malaxentur flmul manibus axungia porci vetere non falita vndis, de fiat mafia emplaftri. Et fl par ces remedes on ne peut feder la douleur, alors faut venir aux plus forts, comme appliquer defius grandes ventoufes auec grande flamme, pour attirer l’humeur du profond à la fuperficie : puis appliquer vefleatoires , à fin que l’on face vacuation manifefte de l’humeur contenu à la partie. Qf,. Cantharidum , quibus detradæ funt alæ 5. ij. aftaphidis agriæ 5. iij. finap.J.j. fl. ferment! a- cerrimi £.fl. Ces chofes foient incorporées enfemble, de foit fait vefîcatoire. Autre. Prenez l’interieur de l’efcorce de viorne, le poids de deux efeus, & appliquez au délions de la douleur. Les vlceres faits par les veffies feront tenus longuement ouuerts, à fin de vacucr de tirer l’humeur conioint en la partie. Si la cuilfe tombe en atrophie, on y procédera en la ma- niéré que nous auons cy deuant déclaré , traittant des accidens des fradurcs de luxations. Et fl pour tous ces remedes le panure gouteux ne trouue allégement de fon mal, il faut venir à l’ex- tremeremede par le commandement d’Hippocrates , qui dit, que ceux qui font affligez de douleur diuturne en l’ifchion, la cuilfe fe luxe, de deuiennent tabides, de clochent à perpétuité, fl on ne les B cauterife. Aulîi Cclfe commande qu’on vlcere la peau aux vieilles douleurs iciatiques en trois ou quatre lieux, auec cautères : car toutes telles douleurs, quand elles font enuieillies, à grande peine peuuent eftre guaries fans brufleures : de a-on veu pluficurs qui ont recouucrt fanté après l’applica- tion des cautères. Parquoy pour feder l’extreme douleur, de prohiber les accidents, prédits, on ap- pliquera trois ou quatre cautères aduels ou potentiels, autour de la iointure de l’Ifchion, les fai- Tant profonder en la chair l’clpelfeur d’vn doigt ( plus ou moins, félon que le malade fera gras ou maigre} fe donnant garde de toucher les nerfs. Et pour bien faire, le Chirururgien doit tenir les vlceres longuement ouuerts, à fin de donner ifiuë à la matière coniointe, qui aefté de long temps retenue en la partie affedée : qui fe fera par le moyen de petites boulettes faites d’or ou d’argent, gentiane, ou de cire fondue auec poudre de vitriol ou de mercure, ou d’autre matière çathe- retique. Or les cautères profitent pareillement, à caufequ’efehauftans la partie, aufiî ils eichauffent, 8e dilfoluent les humeurs froids, de fubtilient les gros de vifqueux, de les attirent dehors pour eftre euacuez par les excremens queiettentles vlceres : de aufii que les ligamens fc referrent par les ci- catrices, de la partie affedée demeure puis après fortifiée. Annotation au ieune Chirurgien: c’eft qu’il faut faire fléchir de eftendre la cuifie malade de celuy qui aura vne feiatique, de quelque caufe que ce foit, de peur que le ligament cartilagineux , qui lie les os enfemble, ne s’enfle au de- dans de la iointure. Se que les os ne fcconioignenü enfemble , de fe face vne Enchylofis. C Expérience fai ci e par l’Aut heur. Vefîcatoire. Aphor. do. lÎH. 6. Celfe liti. 4. Autre vtili- té des cau~ teres. De U Goûte grampe. Ch ap. XXIX. Defcrlptlon, A Goûte gmmpe eft vne efpece de conuulfion , faite d’vne matière flatulente, par le moyen de laquelle fouuentesfois le col, les bras, & iambes , font par vne gran- de force retirées,ou eftenducs , caufant vnè extreme douleur, non toutesfois de 4? longue durée. La caufe d’vn tel mal eft vne vapeur crafie de lente, qui eft entre les <1membranes des mufcles. Qui vient pluftoft de nuid que de iour , à raifon que la chaleur naturelle de efprits fe retirent au centre du corps , qui fait que la matière flatulente s’efieue, de fait renfion aux parties, où s’introduit la goûte grampe. Auflfi quelquesfois vient à ceux qui nagenc en eau froide, qui les fait noyer, pour l’impuiflàncc qu’ils ont, ne pouuans nager, demen- rans immobiles, parce que par la frigidité de l’eau, le cuir eft efpeflî de retrait, de les pores ionc clos, de forte qu’il ne fc peut faire euaporation de ladite matière flatulente, mais au contraire elle s’augmente par l’eau froide. Ceux qui font addonnez à yurongnerie, oiflueté, de pardlfc, pour les cruditcz qu’ils amafiènt, font le plus fouirent épris de cefte maladie. Pour la curé, faut tenir bon régime, de trauailler modérément, de roborer les parties où tel mal aduient, qui fe fera par fri- dions longues , anec linges chauds , eau de vie, en laquelle on aura infufé fucillcs de fange, roma- _ rin , thym, fariette, lauande, doux de girofles, gingembre, ou autres femblabîes difeutiens 8e refo- lutifs. Et pour feder la douleur, lors que la goûte grampe occupe quelque partie, promptement elle fera appaifée par fridion, ou par extenfion, ou flexion, ou par cheminer. Caufe. Pourquoy eVe vient pluftijl de nu Ici. Prognofîic. Cure. Tin du dïxhuiiïiefmt Liure, des Coûtes. î«7 TABLE DES CHAPITRES du Dix-neufiéme Liure,dela Greffe Verolle. ssjj esCKlVTlon delà,Verole. Chapitre j Hi) es eau je s de la Verole. Chap. ij En quel humeur le fi lefdiSîes de la rverole, enfemblc de leur curation, Chap.xxvij Des remedes conuenables pour cicatrifer les ylceres après l ablation des carnofitetz Cha. xxviij Des bubons , ou poulains yeneriens, Chap. xxix Des tophes ou nodus yenans du rvirus y erotique, Chap. xxx Des eau fies pour quoy l'os s'altéré & pourrit, (efr des fignes pour le bien cognoiïîre, Chap. xxxj Des moyens de procéder à la fèparation des os carieux, Chap.xxxij Des cautères aSîuels ptfi potentiels. Cha. xxxuj Du mal qui adulent des cautères aSîuels indeuément & quels remedes u faut appliquer après l'y fige d'iceux, Cha, xxxiv 5*8 De la potion nvulnéraire. Chap.xxxv Des dartres ou fcijjures ferpigineufes. Cha. xxxvj De la maladie yenenenne , ou grojfe Verole 3 qui fumient aux petits enfims. Cha.xxxvij Defcription de ïeau theriacale. Ch. xxxviij De la puanteur d’haleine 3 des aijfelles3 des pieds3 de la fàeur rvniuerfeüe. Cha. xxxix De la furdité des oreilles. Chap. xî AV LECTEVR E n’ay voulu lailfer en arriéré à parler de la Grolfo ||iwVerole. Et pour ce faire, i’ay pris la plus grande» part de ce qu en auoit efcrit deflfunél Thierry do Hery, Chirurgien demeurant à Paris : lequel en a, autant bien traité qu’aucun de ceux que i’ay peu lire, qui en auoient parlé deuant luy. Et pource, ie n’ay voulu changer fa méthode &c maniéré de prattiquer, à raifon aque io neulfe feeu mieux faire: 6C l’ay inféré en ce prefent Liure pour deux raifons : La première, afin que le ieune Chirurgien no defiraft la méthode de guarir celle maladie en ce prefent œuure: La féconde, pour le faire renaiftre, fi poflible m’eftoit, pour la, preüd’hommie du perfonnage, 6C bonne amitié que nous auions enfômble dés nos jeunes ans. LE DIX-NEVFIESME LIVRE, TRAICTANT DE LA GROSSE VEROLE, DITE MALADIE VENERIENNE, « ôc des accidents qui aduicancnc à icelle. HPar Ambroise Pare, de Lan al au Maine , Confeiller & premier Chirurgien du Roy, Vefcription de la Verole. Chapitre I. 8a Es François nomment celle maladie, la maladie de Naples, ôc les Ncapolitains, lo mal di Francefe : les Geneuois , lo mal di Bronfufe ; les Efpagnols, la bouez : les Alcmans, Françoufe : les Latins, Pudendagra. Tous lefquels noms ont elle ainfi impofez félon le plaifir des nations : mais pour ne faillir, ie fuis d’aduis que fi le François en cil vexé , que l'on l’appelle la maladie du François : ôc fi c’eft le Neapolitain, la maladie du Neapolitain: ôc ainfi des autres nations. Et ne faut élire curieux des noms, pourueu que l'on entende la chofe par eux lignifiée. Verole eft vne maladie caufée par q attouchement, & principalement de compagnie charnelle , auec qualité occulte, commençant le plus fouuent par vlceres des parties honteufes, pullules en la telle, & en autres parties extérieures , infeélant aulE les parties internes , auec douleurs nodlurnes extrê- mes à la telle, efpaules, iointures , & autres parties. Et par fuccelïïon de temps fait des nodofitez, altération, & caries aux os , les liquéfiant, comme fi celloit métal fondu, lailfant les parties charneufes d’autour] fouuent en leur entier : enfemble caufe plufieurs autres ôc diuers accidens, comme corruption totale des parties , félon l’inremperature ôc cachexie des corps, ôc la diuturni- té du temps que le malade en fera épris. Car aucuns perdent vn œil, ôc fouuent les deux, ou vne bonne portion des paupières, ôc les malades demeurent après dire curez , hideux à regarder, a- yans les yeux éraillez : autres perdent fouie, autres le nez : autres ont le palais trolié,auec déper- dition d’os, qui eft caufe de les faire parler Renaud : autres ont la bouche torfe, comme renicurs de Dieu : autres perdent le cultiueur du champ de nature humaine, de façon qu’ils demeurent après fleriles: ôc les femmes y laiflènt la moitié , Ôc quelquefois dauantage, de leurs parties génitales; qui fait qu’elles font lailfées, comme inhabiles d’auoir la compagnie des hommes : ôc d’aucuns par vçi rcliqua d’vne chaudc-piflè, fe procrée des carnofitez en la verge , qui fait que iamais ne peuuent piller que par le bénéfice d'vne fonde, ôc fouuent meurent par vne fuppreffion d’vrinc, ou d’vne gangrène à la verge. Autres demeurent impotens des bras ou jambes,chcminans tout le cours de leur vie à potences. Autres demeurent en vne contraction de tous leurs membres, de maniéré qu’il ne leur relie que la parole,qui ell le plus fouuent en criant ôc lamcntant,maudilTans l’heure qu’ils ont cllé engendrez. Autres demeurent allhmatiques ôc hediques,auec vne fiéure lente, & meurent rapi- des ôc ddîèichez : aucuns deuiennent lepreux : autres ont des vlceres putrides chancreufes ôc cor- rofiues à la gorge , ôc autres parties du corps : aucuns ont vne cheutre de poil, dicle alopécie, ou pellade:aurres des dartres fquanmeufes aux pieds ôc mains: il fe concrée à d’aucuns des boutons ôc pullules dans le conduit de l’vrine,qui s’exulcerent ôc enflamraent,& fe tuméfient,de façon que les malades ne peuuent vriner, puis la gangrené ôc mortification furuiennent : qui fait, que pour leur fauuer la vie , leur conuient entièrement couper la verge fi on n’y remedie. Aucuns font vexez d’e- pilepfie,autres des flux de ventre,iettans les matières fanguinolentcs ôc corrompues.Et pour le dire en vn mot , on peut voir la verolle compliquée de toutes efpeces ôc différences de maladies, lef- quelles ne fe peuuent guarir fans ablation du virus verolliqne, auec fon alexipharmaque, qui ell le vif- argent, que l’on peut comparer à vn furet, faifant fortir le connin hors de fon terrier. Dîners ncmt de la mala- die ventri- enne. Verole eft vne confufion de dîners acci- dent coi ointe '< enfemble, Accident de la verole. Vif-argent, antidote d'humeur vtf rellique. Dixhuidliefme Liure, Des caufes de la Verole, C H A p. IL Peux caufes de la verole, La ver oie eji le fléau mi- ferable des paillards. Comment La verole fe pred par Le coït. œL y a deux caufes de la Verole. La première vient par vne faculté fpecifique & occulte, laquelle n'eft finette à aucune demonftration : on la peut toutesfois attribuer à l'ire de Dicu,lequel a permis que cefte maladie tombaft fus le genre humain, pour réfréner leur lafciueté , ôc defbordée concupifcence. La fécondé, eft pour auoir eu compagnie d'homme ou de femme ayant ladite maladie, laquelle fe prend à caufe que l'homme aura à la ver- ge quelques vlceres de verole ou chaude-pifle, ou la femme'a Ta matrice : ou qu’elle aura vne chaude pice ( qu’elles appellent fleurs blanches} ou de la femence recentement receuc de quel- que verolé : ôc par le contad de la verge, la mucofité ôc fanie virulente retenue aux rngofitez du col de fa matrice , s’imprime aux porofitez delà verge, caufant vlceres malins , ou chaude-pifle. Puis le virus pullulera ôc cheminera par les veine?, ancres ôc nerfs aux parties nobles ; ainfi que l’on void le feu épris à vne corde d’harquebuze : ôc lefoyc fe reftènjant de tel vice, forment par fa fa- culté expultrice,chaflè ledit virus aux aines,& fait apoftemes,appeIlées bubons (vulgairement pou- lains ) lefquels s’ils ne iettent leur gourme, ôc retournent au dedans par delitefccnce , ce venin in- fede la mallé du fang,dont s’enfuit la verole. Toutesfois elle peut aduenir par autre caufe , comme par la réception de l’haleine infedée d'vn verolé, ou veroiée, baifant plufienrs fois vn enfant : ce qui n’efl: hors de raifon. Car par la réception des vapeurs corrompues, le virus fc peut imprimer au corps de l’enfant, attendu fa delicatcfle ôc rarité puérile. Pareillement pour auoir extrait ôc receu g vn enfant d'vne femme verolée-,les matrones en pcuucnt eftre entachées, d’autant que par les poro- fitez de leurs mains, le virus fe communique aux veines ÔC arteres, ôc d'icelles par tout le corps. Comme monfieur le Coq, Dodeur Médecin à Paris, tefmoignc auoir veu au traidé qu'il a faid, De ligna fantlo non permljcendo. Auflî par expérience on void, que gens de toutes complcxions, fexes,foiencenfans,adolefcens, hommes en âges, confiftans, folides,& robuftes,couchans auec au- tres infedez de ceftc maladie,fans aucune compagnie charnelle s'en trouucnt atteints ôc épris. Il ne faut pas en attendre moins de celuy qui couchera au lid d'vn verolé,fi la Tueur ou fanie fortant de quelque vlcere,infede les draps ôc couuerturc,eftans imbus de ce venin : à caufe que nos veines ôc arrêtes attirent l’air,rnettant en nos corps la qualité maligne des excremens imprimez aux linceuls. Autant en fera-il de manger ôc boire aux vaiftèaux où ils auront beu ôc mangé : car de leur bou- che ils y laiflent vne faliue fanieufe,conrenué entre leurs dents , laquelle eft veneneufe en fon efpe- ce,ainfi qu’aux lepreux, ou que la baue d'vn chien enragé en la fienne. Semblablement Icsenfans alaidans nourrices verolées en font infedez : attendu que le laid n'eft que fang blanchy , lequel eftant infedé du virus, ôc l’enfant en eftant nourry , en prend les mefmes qualitez. D’autant que nous retenons de la nature dequoy nous fournies nourris. Sonnent aufti l’enfant ayant la ve- role , la donne à fa mere nourrice : car par la grande chaleur ôc vlcere qu’il a en fa bouche, ôc par les vapeurs qui s'efleuent de fon corps , il imprime au mammellon,qui eft poreux, laxe, ôc rare, le virus qui fubit fe communique par tout le corps,qui premièrement ôc le plus fouuent femonftre au C mammclon. En céc endroit ie veux bien reciter cefte hiftoirc. Vne honnefte ôc riche femme pria fon mary qu’il luy permift d’eftre nourrice d’vn fien enfant : ce qu’il luy accorda, pourucu quelle prinft vne autre nourrice pour la foulager à nourrir l'enfant. Icelle nourrice auoicla verole,& la bailla à l’en- fanc, ôc l’enfant à la mere, ôc la mere au mary , ôc le mary à deux antres petits enfans , qu'il fai foi t ordinairement boire & manger,& fouuent coucher auecques luy,non ayant cognoiffance qu'il fuft entaché de cefte maladie. Or la mere confiderant que le petit enfant ne profitoit aucunement, & qu’il eftoit en cry perpétuel, m’enuoya quérir pour cognoiftre fa maladie, qui ne fut difficile à iuger : d’autant qu'il eftoit tout couucrt de boutons ÔC puftules , ôc que les tetins de la nourrice eftoient tous vlcerez : pareillement ceux de la mere, ayant fus fon corps plufieurs boutons : fem- blablemcnt le pere, §c les deux petits enfans , dont l’vn eftoit âgé de crois, ôc l'autre de quatre ans. Lors declaray au pere Ôc mere qu'ils eftoient tous entachez de la verole,ce qui eftoit prouenu par la nourrice : lefquels i’ay traidé, ôc furent tous gnaris, refte le petit enfant qui mourut, ôc la nour- rice eut le fouet fous la cuftode,& l’euft eu par les carrefours,n’euft efté de crainte de deshonnorer la raaifon. Si le poulain ne iette fa geurme,e/l caufe de vé- role. Autre caufe de veto le. Hfpece de caufe de Ve- nte admira- ble. V enfant peut donner la ve> foie a fa mere. Hi/loire me» moralité. Ceux qui sot entachez, de '•verolenepeu- uent profiter. En quel humeur le virus verolique eft enracine. C h a p. III. Lefor.demcnt de cefte ma • ladie eft à la pituite vif- queufe fa1 froide. Ombien que félon aucuns , la caufe antécédente de cefte maladie fe fait indifFe- ÿ remmène des quatre humeurs : tontesfoisil me femble que le fondement ôc la caufe &matérielle, première ôc principale d’icelle,eft vne matière pitnitenfe,groflé ôc vifqueu- le> altérée ôc viciée par ce virus : lequel con/equemmenc alrere ôc corrompt les au- tres humeurs,fclon la préparation qu'ils auront à lerecenoir.Etpour probation que ce virus eft fondé en l'humeur pituiteux, c’eft que par l'euacuation qui fe fait de céc humeur , foit par flux de bouche ou de ventre,ou par Tvrine,fueurs,& entoures téperacures,foit cholériques,fàngui- nes,ou melancholiqucs,ladite verole eft guarie:ce que Ton void parexperiêce.Auflî que les paroxyf- mes ôc mouuemensdes douleurs fè font la nuid plus que leiour,parcequclors la matière eft en Ton rut ou mouuementjfaifant diftenfion au periofte,membranes,& autres parties neruÈufes,&: retourne tous les iours en mefmc maniéré que fait vne fièvre quotidienne3caufée d’humeurs picuireux.Aufiî Ton void que les cholériques,fanguins,ôc melancholiqucs,ne peuuenteftre gnaris que par i’euacua- tion de l'humeur pituiteux , ôc font tous,ou la plufpart,des accidens fuiuans c’efte maladie , caufez Première raifon. Seconde. Trolj7 fmt. De !a greffe V erole. 521 A d humeurs froids. Pareillement les malades le Tentent bleflez auecchofes froides, & aidez &gna-* ns par choses chaudes , Toit par décodions , onguens , emplaftres, parfums, Sc autres remedes, P11'3 tant pai dedans que par dehors. D abondant en toutes pullules ou vlceres , on trouue vne uietc en la racine, encores qu elles appareillent extérieurement bilieufes ou fanguines : car les ayant ouuertes , on les trouuera farcies d’vne matière gypfeufe Si blanche,ou vnc pituite crafle,ou v il queux : aulfi les pairies froides & Iperraatiques en font plus affedées que les chaudes. Les explloies ou nodus , ne font procréées que d'vne pituite crafle Sc vifqueufe. AulH les vlceres nepeuuent dire curez , que le corps ne foit vacué,& principalement par Tueur : parquoy fi lama- neie dloic chaude'Sc feiche, feroit plufloll entretenue par tels remedes,que guarie. Pareillement on yoid que ladite verole eft guarie par remedes chauds Sc fecs, comme par ladecodion de gaiac, d elquine, farfeparilie, Sc vif-argent. Si autr< s chofes prouaquans la Tueur. De la Pelade, La Pelade Te fait d*humcur fereufe introduite fous le cuir, qui corrode la racine des cheueux. On cognoill quand on void déperdition de poil à la telle , barbe & fourcils. Elle ell plufloll cureepar l’ondion, que par la diette. Rondelet eferit que pour faire renaillre le poil, faut prendre vne taupe , Sc la faire boüiller, Sc en frotter la partie. Dauantage, celle maladie fe cache au corps vn an,fans demonllrer quelquesfois lignes apparens : ce que ne font les maladies eau fées £ d’intemperature chaude.Parquoy ces chofes confiderées,on peut conclure,qne la bafe & fondement du virus verolique ell l'humeur pituiteux : toucesfois elle peut dire compliquée aucc autres hu- meurs , comme il appert aux tumeurs contre nature, lefquelles fe treuuent peu ou point, qui pa- rement Sc Amplement foient faites d'vn feul humeur , mais celuy qui domine en la tumeur, prend la dcnominadon,comme nous auons dit au craidé des Tumeurs contre nature. & *”* La pelade. Sixisfme, Signes de la Verole, C H a p. II îî. HO r s que la verole eft recente, il s’apparoift vlceres à la verge, ou à la vulue , tu- meurs aux aines , chaude-pifle , iettant quelquesfois fanie puante Sc fort feride , la- quelle prouient des paraftates, ou des vlceres qui font au conduit de la verge : ils ont . lufli douleurs aux jointures , tefte, efpaules , Sc autres parties, aucc vne iaffitude des bras & iambes , de façon que les malades difent qu’il leur femble auoir efté battus de baftons, ne pouuans cheminer , ny porter leurs mains fur la tefte,Anon aucc grande difficulté. Il leur furuienc inflammation à la bouche, & tumeur aux amygdales, qui les garde de bien parler, & anal 1er leurs viandes , & mcfmesleur faliue : ai ffi ils ont puftules & boutons à la tefte , & par tout le corps, Sô fouuent vu chappelet autour du front, cheute de poil ( dite alopécie, ou pelade) à la tefte,fourdls q & à la barbe , auec amaigri flement de tout le corps, & grandes inquiétudes. Il faut icy noter,que tous ces Agnes ne furuicnnent pas à chacun malade,mais à aucuns d’icenx. Les plus certains font, quand le malade a quelque vlcere malin aux parties honteufes,cal!eux,dur, & difficile : & encorcs que les vlcercs foient confolidées , Sc qu’il y refte certaine dureté, princi- palement à la verge , cela dénoncé la verole à curer , & appareillent tumeurs aux aines, qui s’en retournent dedans le corps fans fe fuppnrer. Et lors qu’il furuient aucun des Agnes fufdits , il faut iuger qu'ils ontla verolertoutesfois il faut bien noter,que pluAeurs ont Agnes euidens de la verole, fans qu'ils ayenr vlcercs à la vergc,ny bubons aux aines, ne chaude-pifles, neantmoins qu’en telles parties le plus fouuent s’apparoiflent les premiers Agnes : mais ont quelques vlceres ou puftules en autres parties, lefquelles ne peuucnr eftre curées , quelque diligence qu’on y puifte faire, A ce n’eft par le bénéfice du vif-argent. Lors qu’elle eft inueterée, les douleurs font fixes Sc arreftées, auec tophes ou nodus,carie Sc pourriture aux os de la tefte, ou aux bras, Sc au deuant des iambes : auffi ils ont des tumeurs noiieufès, remplies de matière dure, en maniéré de chaftaignes , ou comme vn nerf ou tendon pourry, qui font fort enracinées : Sc après eftre ouuertes , degenerent en diuerfes efpcces d’vlccres,à fçauoir,putrides Sc corroAues,&: autrcs,fclon ladiuerfitédes corps. Les douleurs vexent plus les malades la nuid que le iour : ce qui aduient, pource qu’eftans tenus chaudement, icclle chaleur efmcut l'humeur : joint que le virus verolique s'attache le plus fouuent à l’humeur pituiteux,lequel la nuid a fon mouuemct : partant il s’efleue Sc diftend le periofte,& autres parties nerueufes , qui efteaufe aucc l’acrimonie du virus, faire de grandes douleurs. Qu’il foit vray ,les panures verolezau matin, après auoir crié toute la nuid , commencent à fe repofer : parce que le- dit humeur pituiteux commence à s’abbaiffer , Sc quitter place au fang, qui a fa domination au ma- tin. On peut icy adioufter autre raifon , c’eftque le malade ne trouuantoccaAon de parler la nuid à aucuns, Sc voir chofes diuerfes, fon efpriteft attentif du tout à fa douleur. Source des chaude Ch appelé? de bout font» Signes cer- tains de lé verole, Signes de ve* rôle inuete* rée. Pourqucy tes font plus tourml« ter. la nuift que le tour. Du Prognojlic. C H a p. V. T ccfte maladie eft: recente anec peu d’accidens, comme puftules , & quelques petites l°uleurs mobiles, Sc que le corps foitienne Sc de bonne habitude , Sc que le temps îoit comraodexommc le Printemps,la cure fe fera facilement.Mais àl*oppofitc,celIe cl inuerei'ée aucc grâd nombre d'accidcns,comc douleurs de tefte, nodus,& carie aux os,pareillemét vlcercs cacocthesen corps fort extenuez,débiles, Sc qui auror elle par diuerfes fois pelez par empiriques,ou bien par perfonnes methodiqucs,qui n’auront rien oubÜc félon l’art à executer ; à quoy toutesfois la maladie n’aura voulu ceder par fa grande malice, de fa- çon que le virus lera plus fort que les remedes. Sc aufîi lors que le malade eft fore emadié , fec Sc Signes de vé- role curables, Signes incu- rables. Dix - neufiefme Liure, heéfique ( pour la confommation de l'humidité radicale ) lors fera du tout incurable. Parquoy à A tels Faut ordonner curepalliatiue, toutesfois faut vfer de grande prudence en prognoftiquant,pour n'encourir mauuaife réputation : parce que l'on en a veu plufiéurs que l'on eftimoit ne deuoir ia- mais recouurcr fauté , auoir efté guaris : car Dieu & Nature font forment chofes admirables. Les ieunes, qui font de texture mollalfe , rare, ôc delicate,font plus difpofez à receuoir tels virus, que ceux qUi font de contraires températures, Ôc non préparez à receuoir tel venin. Comme nous voyons en temps de pefte, que tous ceux d'vne maifon en feront morts, ôc qu'aitciins conuerferonc aueceux iour & nui6t,voire à ieun orl faouls , qui ne prendront aucun mal : ce qui appert forment eh aucuns qui habiteront auec femmes infcatiendettant cette indication la première 6c principale entre les autres.ll y a encor vne autre cho- ie,à laquelle il faut fur toutes autres anoir efgard,qui cft caufe de tous les maux 6c recidiues , qui furuiçnnent aux affligez de cette maladie : c eft la quantité des remedes, 6c nombre des friftions: laquelle (auec la parfaifte cognoifiance 6c gradation des temps de la maladie , 6c de la température des corps, 6c parties ( frit la medecine coniefturale 6c deuinereffle, 6c y font tous méthodiques 6c rationels bien empcfchez.Ie vous bitte donc à prefuppofer,comrae vn tas de vieilles,6c autres em- piriques pourront limiter la quantité d’iceux? Et ne m’efmerueille plus fi l'on void,par expérience, vn nombre infiny de gens perdus à iamais.Suiuant doneques nos indications tant de fois répétées, il faut auec méthode 6c raifon en approcher le plus que nous pourrons, 6c fçauoir quand nous cef- ierons lefdires friftions. loinft qu’il n’eft poffible exactement deferire le nombre d’icelles, ou quantité des medicamens. Il ne faut doneques, comme nos Empiriques, en donner(felon leur rece- pte ) aux vns quatre,aux autres cinq, aux autres fix,ny plus,ny moins,à l’vn comme à 1’autre,pour- ce qu'ils n’ont qu’vne forme pour chauffer vn chacun : mais faut pour la grandeur 6ç qualité de la maladie,ôc la nature des corps,les appliquer,en cotinuant iufques à ce que l’on cognoitte fuffifante eduftion des humeurs veneneux,foic par flux de bouche,de ventre,fueurs,vrines,ou refolutions in- fcnfibles : qui fe cognoiftra par la deüccation des puftules,ôc vlceres,fedation des douleurs, 6c au- tres accidens communs à telle maladie. Et où nous verrions qu’és corps folides 6c robuftes nature B ne voudroit parla manière des friftions fufdites s'efmouuoir,i’ay praftiquéen aucuns, qu’il eftoit bon les frotter fur la fin deuxfois le iour,vne au raatin,6c l'autre au foir, enuiron cinq oufix heu- res après le difner ( parce que lors la digeftion fera acheuée ) 6c ay trouué qu’elles faifoient trop plus d’aftion,que ne feroient trois par trois diuers iours : comme au contraire és corps délicats, 6c de températures rares,i’ay bitte maintesfois(par mefme prouidencc ) vn iour entre deux friftions, voire deux,ou trois,de crainte que par les fréquentés ne fe fift trop grande refolution des efprits,6c fuft par confequent nature rendue fi imbecille ( laquelle ett principale agente en cecy ) qu'elle ne peuft nous ayder àexpugner 6c chalfer hors ce qui luy eft eftrange 6c inuifible. Et faut noter qu’és dernieres friftions, fpecialcment quand ils commencent à cracher, les corps font tellement prépa- rez à caufe des précédentes, qu’vne fera plus que deux au commencement. Pour cette caufe ayant toufiours les indications deuant les yeux, faut confiderer la nature 6c la force des corps, 6c (s’il eft pofflble}ne point donner plus d’vne friftion , lors qu’on verra nature efinuc , foie par flux de bou- che, de ventre ou autres des fufdits,ôc feroit trop plus fenr les faire à diuerfes fois, fuiuanr Gai. en fon liure De vente feftione, où il dit, que fi la maladie eft grande,5cia vertu foible , il faut tirer du fan g mon à vne fois , mais à plufieurs. Auffi Mafia raconte vne hiftoire d’vn qui eftoit tout maraf- mé, 6c deffeiché,auec axtremes douleurs , lequel il penfa, eftant quafi déploré d’vn chacun : 6c dit, qu’apres l’auoir fait frotter par quelques fois, il le laittbit refociller 6c reprendre fes forces par au- cuns iours : 6c ainfi continua par fi long temps, qu’il fut frotté trente-fept fois , 6c fut guary. l’en ay veu traitter à aucuns de mes compagnons,8c fait frotter plufieurs, quinze, feize oudixfept fois ( laittant quelques internalles ) ÔC par aptes eftre guaris. Autant s’en doit faire és corps refoults 6c C debiles : prenant toutesfois garde que les friftions ne foient par trop imbecilles, 6c en fi petit nombre, que la caufe ne fuft fuffifamment touchée : car par art 6c ayde des medicamens, fe procure vne crife, par le moyen de laquelle nature aydée, 6c dominatrice, cxpelle 6c chatte le venin par les euacuations fufdites , de forte qu’eftant la crife parfaifte, il s’enfuit vraye 6c entière curation. Les figues de ladite crife font inquiétudes telles, que debout ny couché, les patiens ne fe peuuent con- tenir, boire ny manger: 6c font auec perpétuelles laffitudes, quafi iufques à fyncope : toutesfois le pouls bon, fort 6c efgal : il leur furuient des efprcintes , ietrans par leurs Telles quelque matière fanguinolentc 6c vifqueufe : puis au bout d’vn iour ou deux , que Nature commencera à expeller, 6c le defehargeant euacuer la caufe du mal, autant fe diminuent tels accidens, 6c Tentent allégement de toutes douleurs. Mais pour n’eftre les remedes fufflfans,la crife demeure imparfaifte,6c bitte tou- fiours quelque refte'de ferment, qui pourra corrompre toute la maffe, 6c engendrer recidiues de la maladie, dont s’enluiuront accidens pires que les premiers : 6c eft caulè qu'aucunesfois demeure caché ce leuain en vn corps, fix mois , vn an, deux ans, 6c plus. Auffi pareillement il faut bien fe donner de garde que les medicamens ne foient trop violents, on indiferetteraent appliquez , pour les grands accidens qui ont de couftume d’en aduenir : comme i’ay veu en plufieurs , qui par telles fautes eftoient tourmentez 6c affligez en plufieurs 6c diuerfes fortes : les vns ( pour la trop grande £ violence des medicamens quiauoient colliqué, 6c confumé l’humeur radical ) eftoient deuenus ta- bides : Aux autres furuenoient vîceres fordides , 6c putrides en la bouche , qui mangeoient 6c rou- geoient vne bonne partie d’icelle, 6c de la langue : quelquesfois fe degeneroient iufques en gan- grené 6c mortification , dont aucuns font morts mifcrablement : A aucuns la langue s’eft tellement enflée , qu’elle remplittbit toute la bouche, ne pouuant manger, qui eftoit caufe de leur mort. Es autres lacolliquation eftoit telle , quVn mois après leur fluoit la bouche , 6c jettoient continuelle- mét humidité par icelle.S’enfuit auffi aucunefois vne déperdition 6c deprauation grande de l’aftion des mufcles, qui font le mouuuement de la mandibule inférieure, en forte qu’aucuns font demeurez fans iamais ouurir la bouche que bien peu. Autres ont perdu les dents auec déperdition delamaf- choire : qui eft chofe admirable , que par l’ignorance 6c afncrie de tels coquins, tant de perfonnes fans occafion languiflent, ou mifcrablement periflent : attendu mefme que pour la cognoilfanct qu'ont auiourd’htiy gens rationels ( plus que iamais ) tant de La maladie , que des remedes, il ef poffible de les curer plus feurement, 6c auec moindre violence. Lors qu'on craint le flux de bou- che trop grand après deux ou trois friftions, faut purger le malade, félon l’aduis de Rondelet Semblablement il ne faut toufiours continuer les friftions,iufques à ce qu'il fe faffeflux de bouche La quantité des remedes ne fe peut efsrîre. Signes pour ccgnoiftye la fuffifance des fripions. înîermiflhn des friftions* Hiftoire. Signes de la crife. Crife impar* faUfe, Le Dix-neufiefme Liure, 528 ou de vendrc,parce qu’il y en a plufieuül,à qui iamais il n’aduient,encores qu’on le frottaft infinie- A ment ( à quoy ayde beaucoup la préparation precedente des humeurs : ) ôc à beaucoup d’iccux (traidez méthodiquement) ayde nature par les refolutions infenfiblcs, ou flux d’vrine,auec quel- que petit flux de ventre incité de nature,ou par art : ôc me fuis fort bien trouué en tel cas de leur faire vfer après par quelques iours d’vne dccodion de gaiac le matin, aucunement laxatiuepour la nature de l’humeur. Et Ci le corps eft plein ou abondât en humeur cpas,lcnt ôc vifqueux,fy adioufte du vin blanc parmy. Mefmes ie l’ay veu auffi préparé auec vinfeul profiter à des gens , voire bi- lieux marafmez. S’il furuient dyfenterie après les fridions, il faut bailler clyfteres, aufquels y en- tre bonne quantité d’axunge de porc, afin de tenir Ôc adoucir l’acrimonie du médicament qui a caufé la dyfenterie. Auffi le laid en tel cas eft fouuerain, délayé auec theriaque rccente. Il ne faut toujours at. tendre flux de bouche ou de ventre a- près la fri- Bion. De la. troifiefme curation par ceroinss, ou emplaftres, vicaires de la friction. Chapitre XII L O y r c e que plufieurs abhorrent le nom, ôc l’vfage de la fridion faidc auec £^i‘t:s onguents > 011 a pratiqué Padmotion des ccroines , ou emplaftres, lefquelles >p| font vicaires 5 & tiennent les lieux des fridions : excepté feulement qu’elles font jk plus tardiues : & non feulement doiuent eftre pratiquées ôc vfitées en ce faid , cel- [es qUi font deferites par de Vigo, mais auffi ( comme auons dit des fridions ) celles qui font compofées de chofes plus ou moins anodines, emollientes , incifiues, refolutiues, ou de- ficcatiues, pour la nature des fymptomesouaccidens , auffi des humeurs, qui doiuent eftre vacuez ôc autres indications fufdides, fans oublier l’argent-vif pour alexipharmac contre le venin, caufe de la maladie, par vne tranfpiration infenfible par fueurs & flux de bouche : elles mitigent les 1 doulcüts ôc refoluent les nodus Ôc autres durerez. Au lieu de l’emplaftre de de Vigo on peut vfer de cefte-cy. Jfl. Maifæ emplaftri de meliloto &oxycrocei ah. tb. fi. argenti viui extjndi vj. oleo laurino ôc de fpica, reducantur ad formam empl. Lefdites emplaftres, font de grand effed pource quedemeurans continuellement fur les parties, leur adion eft auffi continuelle : ôc doiuent eftre appliquées,fpecialement aux rccidiues,& où les humeurs font gros , vifqucux ôc adherans aux par- ties profondes, ôc difficiles à cradiquer , parce qu’elles befongnent ôc font leur adion plus lente- ment , ôc auec moindre violence, que ne font les fridions : de forte que nous fommes maintesfois contraints fur la fin de l’vfagc defdites emplaftres donner quelques fridions , pour inciter nature à plus prompte euaenation. Nous les auons auffi quelquefois appliqué à des natures, Ôc où les humeurs eftoient tellement préparez qu’au bout de deux ou trois iours elles auoient faid adion fuffifante, pour la confomption de la caufe de la maladie : ôc falloir les ofter, autrement euflent fait collication, & les mefraes accidens que nous auons dit de la fridion violente,& trop copieufet q pource faut auoir mefrae iugement à les ofter comme nous auons dit en la fridion. Les empla- ftres fc doiuent eftendre fur du cuir vniment, ôc les appliquer à l’enuiron des articles, ôc mefmes lieux des fridions. Les autres couurent tout le bras depuis la main iufqu’à l’efpaule ôc les jambes depuis le ddfus du genou iliufqu'à l'extremité des doigts : mais à l’endroit des articles ic voudrois eftendre l’emplaftre vn petit plus efpés. Et faudra les y laifter iufques à ce que nature aydée par le moyen de la enfé fufdite, faftè edudion ou cuacuadon des humeurs corrompus de ce venin, com- me nous auons déduit parlans des fridions. Et faut auffi les augmenter ou diminuer fuiuant les intentions fufdites. Et où en l'vfage d’icelles furuiendra prurit ou demangeaifon , lors faudra 1c- uer les emplaftres , ôc fomenter les lieux auec vin chaud , y adiouftant flores chamæm. raeliloti, rofarum , ôc feinblables pouc refoudre ce qui eft caufe dudit prurit : lequel edfé, faudra les y re- mettre. Auffi pour euiter ledit prurit pourrez couurir les emplaftres de quelque taffetas , ou linge délié, appelle dïefpe : afin de garder qu’ils ne s'attachent, ou adhèrent au cuir pour empefeher la tranfpiration. Les effeds d’iceux emplaftres font tels que des fridions , ôc font crife quelqnesfois par refolution infenfibîe, flux d’vrine, flux de ventre : mais le plus fouirent par flux de bouche, qui eft bien plus certain. Doncques au moyen de l’opération faite par l’application des emplaftres & auffi de la fridion ( incitant le flux de bouche fufdit ) font procréez vlceres virulens ôc fordides par l’acrimonie des humeurs malins ôc corrompus de ce venin adherans aux parois de la bouche: qui fait erofion , ôc s augmente autant, comme l’humeur acre continuellement pallànt les abbreu- £) ne. Et pour empefeher leur augmentation , ôc le grand flux de bouche, faudroit vfer forment de clyfteres remollitifs feulement, pour empefeher les humeurs des parties inférieures de ne monter aux fupencurcs : qui feroit caufe d’augmenter le flux fans vtilité , fpecialement au commence- ment d’iceluy , ôc lors que les humeurs fê commencent à efmouuoir ôc fe fondre. Aucuns pour la mefrae intention donnent au malade médicament purgatif à l’heure du mouuement des humeurs, afin de les euacuer par les Telles, ôc euiter lefdits vlceres de la bouche, qui n’cft toutesfois la voye plus certaine. La curation de tels vlceres eft différente des autres, parce que nullement doiuent eftre reprimez , ou repercutez , encores que foient enflammez ; mais pcuuent eftre temperez auec gargarifmes anodyns, pour leur diminuer l'ardeur ôc defendre par ce fréquent lancinent, que les humeurs gros & vifqneux ( adherans aux parties internes de la bouche} n’augmentent les vlceres: à qnoy eft bon l’vfage de la dccodion d’orge, laid de vache tiede tenu dedans la bouche, auffi mucilages fèin.inalnar, akh. pfÿllij, laducsc 3 linî, extradæ in aqua horde!, malnæ vel parietariæ: lefqucls tenus en la bouche, adouciftcut les vlceres ôc empefehent les humeurs d’y adhérer. Pour le commencement il Ce faut garder d’y appliquer chofes fort dctcrfiues , paçcc que la plufpart des medicamens deterfifsont quelque acrimonie qui pourroit caufec douleur : & fi les vlceres eftoient Vicaires des fixions. L’utilité des emplastrcs. Voy le chai z8. de la comp.de s tnt dicame js. Quand il faudra louer les empla- ftres. Cure uuent,ayans à chacune fois laué & nettoyé la bouche. Pareillement vletont de décoction de gaiac,aroraatifée cum cinamomo,ou de vin vieil bien meur, clairet v fubtifauec eau d’orge:fi on veut leur donner vn boire plus noirriirant,pour autant qu’ils ne mangent rien de folidc, on pourra leur faire tremper de la mie de pain blanc bien leué auec du vin prédit,puis l’exprimer pour mefler de la fubftance du pain auec le vin qui le rendra plus nour- riflant,& luy diminuera fon acrimonie : autrement faire tremper du pain chaud auec du vin par l’efpace d’vne nuict, puis les faire diftiller in balneo Mariæ : le commencement de la liqueur qui fo rtira fera quelque peu force : mais l’autre fera douce,& d’icclle pourra mefler parmi Ion vin,qui le refocillera, 8c nourrira. Aufii ou pour les grandes cuacuarions le patient feroit fort debile,ou fyn- copiferoit, on luy pourroit donner à fèntir bon vin baftard,rnaluoifie,hippocras, eau rofe,vinaigre iofac,ôc autres telles chofes, pour reftaurer les efprits:toutesfois faut obferuer la nature du patient, 8c s’enquérir diligemment fi en fanté il les a appetez ou non, pource qu'autrement telles chofes luy ponrroient pluftoft nuire qu’ayder,les ayant en horreur. Sur toutes chofes ne faut négliger fon ven- tre , 5c où il sJendurciroit,doit vfèt de clyfteres, lefquels feront doux 8c lenitifs : parquoy eft bon auoir l’a du i s du Médecin. Fortsdeftcca- tifsés vlceres de bouche. pou/ ceux qui ont flux d* heu- c^e- Breuuaf,e j vindiJUllé. La quatriefne manière de curer la Ver oie par parfums. Chap. XI Y. SL faut à prefent parler de l'vfage des parfums, qu'aucuns ont dit eftre la troilîelme ou quatriefmc voyc générale de curer ladite maladie vénérienne, laquelle ic n ap- prouue beaucoup pour les accidens qui en aduiennent , parce quils blelîent le cer- neau, poulinons, & demeurent les malades parfumez auec vue haleine puante toute leur vie : auffi, que plufieurs en les traiélant font tombez en rpafme, tremblement de telle 8c iambes,en apoplexie,furdité,& font morts pour la maunaile vapeur & qualité du foülphre & vif-argent,dont ledit cinabre eft compofé,qui blelfe le cerneau,& autres parties no- bles.Parquoy ie confeille n'en vfer vniuerfellemêtny par le nez,ny par la boucheanais bien particu- • liercmét pour deflèicher quelque vlcerc caoëthe, ou quelque nodus ôc douleur fixe,qui n auroiêr peu dire curez par les autres moyens: car véritablement Icfdits parfums ontpuiflance par le moyen du vif-argent d atténuer , incifer & refondre ce qui pourroit auoir relié particulièrement en quelque partie? Ceux qui en vient vniuerfellemcnt, font pofer les pauures malades fous vu pau/Hon cou- uert & clos de toutes parts,auquel y a vn vailfeau plein de braife, fous laquelle jettentkur cinabre, 8c les fricalfent & parfument comme font les marefehaux quelque cheual morueux : & continuent par tant des iours lefdits parfums, qu'ils voyent venir le flux de bouche. Or la matière principa- le & fondement des parfums , eft le cinabre, qui eft compote de foülphre & argent-vif : on ad- ioufte auec luy rad. ireos Flor. thus , olib. myrrh. iunc. odorat, allam odoraram , malt, tere- benthin. & theriac. lefquels ont puiflancc d'empefeher la trop grande dilfolution de nature, 8c de corriger la feteur , & mauuaifc qualité du vif-argent. On peut faire autre parfums après auoir vfé le vif-argent, qui le fera ainfi. Il faut faire fondre du plomb, puis lors quil ieia d reloue refroidy il faut mefler l'argent - vif cnfemblc , puis fera rédigé en poudre , adioultanc Réprobation des parfums. En quel cm efî licite l'v~ Juge des fur* fums. Le Dix-neufiefme Liure, antimonium, alocs, maftic, vitriol voripig. benjoin en pouldre 8c auec térébenthine,on en forme A trochifques. Autre. J j. ftyracis rubri & calamitæ, nue. mofearæ an. 5 iij. benjoin § fLexcipeterebenthina , fiant trochifci pondère 3 ij. ad vfum didum. La térébenthine y eft mife pour lier les autres choies qui font fcichcs : pour auffi faire fumée , on y adioufte fcmblablemcnc des gommes. On parfume les vlceres cacocthes caufees de la verole,apres qu'elles font mundifiees, & non auparauant. Exemple d'vn parfum pour les Cinnabaris 3 j.benjoin,myrrhæ,fty- racis,olibani,opopanacis an.3 fi.maftich.macis,thuris an.5 ij. excipiatur terebenthina,& fiat fumi- gium. Autre pour delfeicher les vlceres Cinnabaris 5 j.benjoin,ftyracis, olibani,opo- panacis an.| fi. mafti. thuris an. ij. nucis cupreiïï & corticis granatorum an.§ fi. terebenthinæ coramunis quantum fufficiat : fiant trochifci pro fumigio. Et feront lefdits parfums continuez tant qu'il fera befoin. Curation desJympiomes, ou accident de la maladie venerienne, ou verole, dr premièrement des vlceres de la verge. Chapitre XV. L Ce fait à la verge vlceres calleufes de malignes : de celles qui naiffent fur le gîan 11111 le font moins que celles qui naillent fur le prepuce, de font rebelles aux medicamens i|3j W\ communs aLlx vlceres faites par autre caufe , de forment fe terminent en gangrené, en forte que plufieurs y perdent la telle de la verge , voire tout le corps, comme auons dit cy-delfus , faute de recourir à l’alexipharmaque, qui eft le vif-argent. Toutesfois ie fuis d’aduis que fou commence premièrement aux remedes communs de propres à la curâtien des vlceres : car toutes vlceres qui viennent à la verge par le coït, ne font pas veroliques. Mais après auoir vfé de plufieurs remedes , de que Ion voyel’vlcere cheminer, de ne voulant ceder à nul médicament , a- îors on doit venir à ceux aufquels entre le furet, pour obuier que le venin n’occupe toute l'habi- tude du corps. Les, relfiedes que l’on doit appliquer ,faut qu’ils ayent faculté d’obtundre l’acri- monie de ce virus, comme ce collyre de Vini albi ife.j. aquærofar.& plant.an.p. j. au- ripig. 3.ij. virid. æris 3.]. aloës,myrrh.an3.j. terantur fubrilif de fiat coliyiïum. Auffi on les pour- ra toucher d’eau de fublimé , ou d’eau fort qui aura feruy aux orféures, didc eau bleue : ou bien on y appliquera vn peu depouldre de mercure, ou de noftre ægyptiac : de pour prouoquerla cheutc de l’efearre , on vfera de bafilicon ou beurre frais. Tels medicamens acres feront appliquez auec diferetion , de peur de gangrené de mortification , qui fouuent vient à cefte partie. Et où la per- tinacité de rébellion de ladite vlcere viendraient de la vehemence du virus verolique, en forte quïls ne voulfiffent ceder aux remedes fufdits,alors faut faire fridion aux aines, perineum, de auf- dites vlceres , auec les onguens prefetits pour la fridion. Aufîi on pourra faire parfums, comme nous auons dit cy-delfus : ce fanant, on verra la malice de acrimonie de l’humeur eftre abattue, les durctez amollies,& les vlceres quafi fe delfeicher de mondifier de confolider.Or quelquesfois après la curation de cicatrifation defdites vlccres,en aucuns s’enfuiuent lignes apparens de la verole,com- me douleurs nodurnes, pullules, lefquelles ne font apparues auparauant la curation defdites vlce- res , parce que le virus auoit ilfuc par icelles , de eftant clofes , le virus fe manifefte par les autres voyes:à telles faut vferde la fridion vniuerfelle. Icy ic veuxaduertir le icune Chirurgien, que s’il aduient qu’apres auoir renuerfé de difcouuert le gland pour penfer les vlceres qui nailient entre le prepuce de le balanus , le prepuce ne peut plus retourner en fon lieu. Ce que aduient auffi fouuent à quelque folaftre ieune marié , trouuant la partie génitale de la femme angufte de fort eftroitte, voulant entrer au champ de bataille, comme par force, defcouure le gland , de renuerfe en haut le prepuce, de façon que fouuent ne Ce peut rabattre pour couurir le gland. Il fe fait vne inflam- mation de gangrené. Donc pour fauuerla vie dudit combattant , il conuient entièrement coupe* lecultiueur du champ de nature humaine. Librement ie confellc y auoir efté autresfois bien era- pefché , mettant fomentations, cataplafmes ,& emplaftres refolutifs de rclaxatifs , pour tout cela ie n’auançois rien, au contraire la tumeur de douleur s’augmentoient.Eftant à Milan deuifant auec vn vieil Chirurgien , il me dit qu’il failloit baffiner le petit ventre de parties génitales d'eau fort froide , de efpreindre toute la verge auec la main allez fort : par ces chofes les parties fe retirent au dedans , de fletriflent, puis faut retirer le prepuce en fon lieu , ce que i’ay faid plufieurs fois auec heureufe ilfuë. Et fi la tumeur du prepuce eft fi grande que ces remedes n’y enflent point de lieu , alors faudrait faire des fcarifications tout autour. Car par icelles les vents ie refoluent, de le prepuce fe refafche,qui fait qu’apres on le peut plus facilement réduire. Vleere di pré- facé plu* dà gereux que de la verge, Collyre de Laufrancjîn- gulier pour telles vlceres Le moyen d’appliquer tels me die a- mens. Choft digne d'ejire notée. En quoy différé la Gonorrhee de la chaude-p ffe. C h a p. XVI. ■ Vc vns ont iufques icy penfé , que la chaude-piflè euft quelque chofe de cummun auec la gonorrhéc des anciens : mais elles font fort différentes fvne de l’autre , com- me tu pourras vois par ce traidé. Car la gonorrhée eft vn flux de femencc inuo- lontaire , découlant de toutes les parties de noftre corps aux parties génitales , cau- fée par la refolution de paralyfie de faculté retendue d’icelles parties , comme dît Galien à la fin du liure 6. De lacis ajfcdiis, ou bien de trop grande abondance de fang de ma- tière feminale dedans le corps , qui ne fe tournant point en graille de habitude du corps, prend fon cours vers les parties génitales. Au contraire , la chaude - pille ou ardeur d’viïne, eft vne fanie qui fort par la verge , de couleur iaunaftre , quelquesfois verdoyante , autrefois fanguinolente, approchant de la qualité d’vn pus non bien cuit de de mauuaife odeur , auec vne T)cni eft faite la femence. G al au liure dt lot. ajfeB. De la girofle Verole. 53 A acrimonie qui le plus fouuent ronge «Se vlcerc le canal de l'vrine , faifant eredion de la verge 8C des parties génitales auec douleur : pourcc qu'en ladite eredion fe fait vne contradion comme par vn fpafme particu!ier,tefmoins les patiens, qui difent fenrir comme vne corde qui leur tire la verge contre-bas : 8c telle chofe fe fait au moyen d’vn efprit flatueux qui remplit le canal ou le nerf ca- ucrneux,«3e toute la fubftance du membre viril, A caufe de laquelle repletion fe fait vne diftenflon de la verge.Outrelefquels accidcns,lorsque le conduit eft vlceré,le patient vrinant fent vne griefue douleur: pourcc que l'vrine partant par les vlceres, les mordique 8c poingt. Or le flux de ladite fanic continue quelquesfois deux ou trois ans 8c plus : qui nous fait croire que la chaude pille n a rien de commun auec lagonorrhee , comme nous monftrerons cy-apres,deicriuant les parties qui principalement font affedées. Auec ce qu'il cft impoflible que la femence peuft fortir hors du corps par vn Ci long temps , qu'elle ne fuft caufe que le corps deuinft languide , debile, 8c affoibly (attendu que la femence eft faite d’vn fang bening, prouenanc de toutes les parties du corps ) donc la mort s'enfuiuroit, comme dit l’autheur des définitions. Ce qui eft aufli aifé à cognoiftre en ceux qui ont eu cinq ou fix fois la compagnie d'vne femme , voire moins , le corps defquels fetrouué fort debile 8c abbatu,& à quelques-vns tout affoupy. Parquoy faut conclurre que la fanie que l’on jette aux chaude-piftes , ne procédé du fuc bon 8c dédié à la génération de la femence humaine; mais pluftoft que c’cft vn humeur virulent, acre,vilqueux,altéré 8c corrompu. B La chaudt- pijfe continué long temps« De /’érection & tenfion continue du membre génital. C H A P. X V 11, Es accidens s'appellent en Latin Priapifmws, 8c Satyriafs : 8c font deux noms flgm- 6/ flans deux choies de diuerfes efpeces. Car le premier aduient feulement aux hommes# vne ten^on du membre viril fans aucun appétit charnel : leiecond aduient aux horamcSjôc femmes , accompagné d'vn defîr furieux. Outre cela , le premier eft fans effuiion de femence,le fécond auec efTuflon,d’où vient que iî toft que l'habitation a efté auec la femme,incontinent il cefte. Mais au premier rien moins, qui eft caufe qu'il s'augmente dé telle façon,que fi l'on n'y preuoit bien toft,furuient vne mort cruelle,ou conuulfion infupportable. L’vne 8c l'autre procédé d’vne excefllue chaleur,& dilatation des arteres, d'abondance de vents qui rempliflent le nerf cane du membre génital,pour auoir mangé trop de viandes venteüfes, 8c autres caufes. Si cela aduient à vne femme,au lieu de la tenfion fent en Tes parties génitales vn prurir,ar- deur,& douleur,accompagné d'vn deflr intolérable de Venus,& eft contrainte de porter fouuent la main pour fe frotter. Pour curer l’credion,foit appliqué fur les reins vn cataplafme fait de morelle, jombarbe , pour- pié, laidues,iufqaiame,nenuphar,ciguelpilezenfémble,& appliquez fur lefdits reins,8c fur l'entre- £ fcllbn. Faut boire de l'eau froide , 8c vfer de viandes femblablcs. Maintenant nous retournerons à parler des caufes 8c différences de la chaude-piffe. Des caujds de la chaude-fffe, différences d'icelle. Ch a p. XVII I. ■ A Chaude-pifle vient de trois cailles : àfçanoir , de trop grande repletion , de trop grande inanitiôn,& de contagion.Celle qui le fait par repletion,cftcaufée d’vne trop grande abondance de fang,ou pour anoir efté à cheual ayant le Soleil à dos,ou pour auoir vfé de viandes chaudes , acres,diurétiques, 8c flatüeufcs,qui eau lent tenfîon & chaleur, dont s'enfuit inflammation des parties génitales : qui cft calife de faire fluçr non feuieraent la femence, mais aulïï les humeurs fur lefdices parties,principalement lur les glandes proftates fituéesau commencement du col delà veille, là où finiflent 8c dehnent les vaifleaux fper- matiques : ou pour s'eftre trop long temps abftenu de la compagnie des femmes en ceux qui ont de coufturae d’en vfer : & defquels l’excretrice de celles parties eft debile, ne s'en pouuânt desfaite de foy-mefme : de tant que telle matière (opprimée fe corrompe, 8c venant à forcir fait ardeur 8c douleur par acrimonie de chaleur cftrange. Or ces proftates puis après s'apoftement, 8c leur fanic qui découlé auec vne certaine corrofion , le long du canal de la verge , y fait quelques vlceres, au moyen defquels l’vrine qui eft acre,partant par deltas , les mordique 8c corrode d'auantage : chofe qui caufe aux patiens vne grande douleur, qui mefme cotinuë quelque têps après auoir vrincranllî en Feredion de la verge fe fait vne contradion ( comme deftus a efté dit ) qui promeut de l'in- flammation 8c de l'efprit flatueux, qui remplit le nerf cauerneux , par laquelle repletion la verge fe groflic & allongit. Celle qui fe fait par inanition, aduient pour auoir trop 8c intempeftiuement vfé de l'accolade amoureufe : car tel excès 8c autres femblablcs tarilfent l'humidité huileufe 8c naturelle de cefte glandule , laquelle confommée , l’vrine de Ton acrimonie bleflè 8c offence la verge , caufmt vne cuifon 8c chaleur contre nature en cefte partie , qui fe fenr principalement en vrinant, dont eft appellée piffc-chaude. Celle qui vient de contagion , fe fait pour auoir eu la compagnie de ceux qui en font infedez,foit homme ou femme, pour auoir habité aucc celle qui peu auparauant auroit receu la femence de l'homme contaminé dudit mal, ou qui au mit les purga- tions blanches , quelque vlccre dans les parties honteufes , quelque matière procédante déjà veroîe , ou quelque efprit veneneux 8c virulent , qui s’inflnuanC és parties génitales , les infecte, 8c quelquesfois tout le corps. Car ( comme Galien monftre au troifiéme Hure, De loch affecîis ) qui cft>ce, qui fans le voir , croiroicque par la picure d'vn feorpion le corps peuft eftre fi fort blelfé, attendu la petite quantité de venin qu'il introduit dedans le corps, 8c qui neantmoins a h grande puiftance, qu'il faid mourir ccluy qui en eft picqué. Dauantage, void-on pas que par vne Chaude-pijfg de repletion, situation de} glanda pro- fiat es. Chaude-pifè faite par tua* nition, Chaude pifft faite par ci1- tagiorii. Chap. f. 532, Dix - neufiefme Liure, petite picqueure demoufcheà miel, ou d’vne guefpe, oud’vn frelon , aduiennenc douleurs, tu- A. meurs, de inflammations tres-grandes ? Et combien que telles picqueares ne ioient que fupcrfi- cielles leur venin toutesfois peut commuuiquer fa malice iufques aux parties nobles. En cas fem- blables fe peut faire que la vapeur du virus de la lemence,ou d’autres humeurs corrompues , foient communiquez aux parties génitales , principalement aux proftates, lefquels reçoiuent non feule- ment la femence,mais les autres humeurs,qui feputrefians caufentapoftemes de vlceres, defquclles fort vn pus fétide de virulent, que les hommes jettent par la verge, de les femmes par le col de la matrice. Quelquesfois auffi vne partie de ladite fluxion tombe fur les tefticuies de fur le perineum, rne^'rac ur a vergc»6 fe" plus fol idc, Sc quand aufïî on verra fortir du fang. Des cautères affût ls & potentiels. Chap. XXXIII. Fourquoy les cautères a~ üuels font à frepofer aux potentiels. BT fi ces inftrumens prédits n’auoient lieu : à caufe de la trop grande corruption , il conuiendroit vfer de cautères aéhiels ou potentiels : entre lefquels ie prife plus les aéhiels : parce que leur aétion eft plus foudaine, 8c plus feure , 8c ne bruflent qu’où ils touchent a fans oftenferles parties proches. loint qu’ils font ennemis de toute pourriture, parce qu’ils confomment, 8c deflèichent l’humidité eftrangc, imbue en la fubftancc des os, & corrigent l’intemperature froide & humide , ce que ne peuuent faire les potentiels. Toutesfois nous fommes fouuent contraints d’vfcr d’iceux, pource que les malades abhorrent le fer ardent, pour leur delicatefle efféminée, 8c auffi pour la coüardife 8c timidité des Chirurgiens. Or l’aélion des potentiels eft tardiue,& ne brufle pas feulement l’en- droit où ils font appliquez : mais aullî pendant qu’ils font cfchauffez par la chaleur naturelle de la partie5ils agiflènt 8c impriment leur qualité ignée tout doucemet,& plus loin î 8c aux corps caco- chymes, quclquesfois caufenc inflammation, gangrené, 8c mortification. Ce quei’ay veu, à mon B grand regret : toutesfois nous fommes fouuent contraints d’en vfer, pource que les patiens abhor- rent fouuentesfois le fer ardent. Les potentiels font comme eau-forte , eau de vitriol, huile fer- uente, foulphre fondu & bouillant, & autres femblables. En l’application defquels eft requife au Chirurgien grande diferetion & habilité. Car il y a danger que par faute d'induftrie & dexté- rité, il touche d’iceux quelque partie de la chair faine ; qui feroic caufe d’exciter grandes douleurs 8c inflammation , chofe grandement à craindre. Quant aux aduels, ils font faits en tant de for- tes , que le récit en feroit trop long pour la diuerfité des formes, qui ne peuteftre limitée , 8c en- cores moins efcrite,à caufe qu’il les faut diuerfifier félon la grandeur du raa!,& figure des os carieux toutesfois ic propoferay icy quelques portraits de ceux qui font maintenir plus vfitez pour lefdires caries : defquels aucuns fontculteilaires, les autres punéiuels,les autres oliuaires, 8c d’autre figure. Diuerfitez. des cautères acîuels , defquels pourras vfer à ta commodité» Cautères po- tentiels. neutres cautères. De la greffe Verole, A cautères. Ceftuy fuyuant ell propre aux nodus de la verole, qui font au crâne, lors qu’on veut emporter la chair qui couure l’os : pour celle caiife ell fait cane & trenchant, de figure triangulaire, 3c quaA drangulaire, 3c feparc en trois, pour en vfer à ta commodité. Ceux qui s'enfument, auront lieu Ci l’os carieux ell profond, en forte qu'on y puillè toucher fans bruller les bords & lèvres de l’vlcere , qui ne fe faitTans grande douleur : pource e(l-il plus leur 3c doux vfer de cannule de fer, par laquelle l’on fera palier le cautère a&uel iufquesfur la ca- rie , en la façon qui s’enfuit ; fans que la chair fente notable aélion de feu. Cautères aSîuels auec cannules. Du mal qui advient des cautères attuels indettement appliquez, & quels vemedes ilfaut mettre aptes L'vfage d'iceux. C h A ï>. XXXIII. mm te aut *cy nocer » pourris , 8c fra&urci , accompagnée de fièvre ardente. le ne luy voulu aucunement toucher , le lendemain décéda. On voit auflî à plulicurs grande portion des gcnciues carieufes 8c pourries » aucc grande fetcur : telle corruption fe fait de vapeurs putredineu- fes qui s’efleuent des parties intérieures à la bouche , 8c meurent prcfquc tous , quelque diligence qu'on leur fçache faire. On voit dauantage par la difteélion des corps qui en font morts,' que lef- dites maladies laillènc le plus fouucnt yne merucilleufè rntémpc rature aux parties du dedans, com- me au foye, à la rate, 8c aux intéftins , dont s'enfuit à plufieurs hydropilie , phtilîc, enroüeurc de voix courte haleine , flux de yentre , auec vlceres aux intéftins, 8c par confcquent la mort, félon que ces pullules ont rauage par ces parties intérieures, dé mefine furie que l’on les voit allcoir fur la peau. Et quant aux parties externes, elles laiftçnt non feulement deformité, principalement au vifage, à caufe des pullules & vlcéres , qui paftàns la {«perfide du cuir ont profonde en la chair, dcfqucllcs font demeurées des laides cicatrices ; mais auflî qüelqucsfois elles gaftent & font per- dre lemouucment des jointures, & principalement des couldcs, poignets , genoux,& du pied. Aucuns en ont du tout perdu la veuë , ainfi qu'a fait le Seigneur de Guyincnay , 8c vue infinité d'autres : auflî quelques-vns ont pcrd« l’oüyc, autres le fleurer, par excroiftànce de chair lu menue g aux conduits , tant des oreilles que du nez , après les pullules fortics i comme elles font auflî en tous les endroits du corps , tant par dehors que par dedans.( ainfi que nous auons demonftrc par cy-deuant ( lefquelles cmpcfchcnt les conduits des oreilles 8c du nez. Bref ,ic puis dire que tour- tes les apoftemes qui aduiennent aux petits enfans ayans eu la verole ou rougeole, dcfqnellcs ils n'auront pas cfté purgez à fuffifance pour la defeharge de nature , tiennent de la malignité 8c vene- nofitc de l'humeur qui fait lefdites maladies , & partant font fort malaifées à guarir. Et pour le dire en vn mot, la petite verole Sc rougeole iTeftans pas bien purgées, caufenc d'aufli diuers 8c fau- cheux accidcns, que fait la groftè verole. A utfi hi fioirt. Grands acci- dent de la fuite verolt. De U Cure de U petite verole & rougeole. Chap. II. Cttr* de la njerol* pofii- lente. A cure d'icclles fera dîuerlîfiee félon que l'Humeur, participera de la pcfie, ou n'âura M aucune communication aucc icelle. Car fi elles font pcftilentes , & aux cnfans qui c^cores tetent, on fera vfer à la nourrice de choies qui contrarient au venin, com- & fg&gm nous dirons en la cure de l'enfant peftiferé, afin d’empcfcher que le venin n’aillc faj(ir le cœur. Et faut tenir l'enfant en chambre chaude , où le vent n'entre point* & l’enuclopper de drap d'cfcarlatc, ou d'autre drap rouge, c’eft à dire, en faire les euftodes ôc cou- q uerture de Ton liél, auquel on le fera tenir , le couuraut médiocrement iniques à ce que la verollê ou rougeolle foit fottic du tout. Aulïi faut que la nourrice mange en Tes potages,pourpié ,lai6luc* vinette , cichoree, bourrache * ôc qu'on y mette vn noiiet d'orge-mundé. Elle cuiteradu tout les viandes chaudes, comme falcures, paftifièrics cfpicerics , & le vin, s'il n’eftoit bien trempé d'eau* de peur de rendre Ton fang trop chaud, qui efchaufferoit d’auanrage celuy de l'enfant : parquoy en lieu d’iccluy , elle boira ptifane cuitte auec raifins & racine de vinette. Et faut qu'elle prenne les mcdicamcns en lieu de l’enfant, comme fi elle mefine auoit celle maladie : ôc partant on luy or- donnera Ton régime ôc manière de viurc » ôc médecines qui foicnr en quantité conucnables ôc pro- portionnées à elle, ôc en qualité propres à l'enfant, afin de rendre le laiél médicamenteux : car il prend ncccllairement la vertu ôc nature de ce que la nourrice a pris, ainfi que nous auons promu; par cy-deuant : ôc partant le laiél d'icclle fiipplée au défaut des remèdes qu'il deuroit prendre luy mefine par dedans : Ôc pour le dire en vn mot, elle tiendra le régime qu'on a accoullumé de tenir aux fièvres pcftilentes. Il ne faut donner bouillie à l'enfant, ou on luy en donnera en bien petite quantité. Et s'il eft fevré ôc ja grandelet, il n’vfera pareillement de chair, iniques à ce que la fièvre foit palTée & grandement diminuée , ôc que la vérole foit du tout fortie : mais il mangera orge- mondé fort liquide, ou laiéld'amandes, ou potage de poulets cuits auec les herbes fufdites , pana- de , gelée, coulis, pruneaux & raifins de Damas. Pour Ton boire, vfera de ptifane fai te auec orge- mondé , racines de dent de chien , & de vinette , vn noüct des quatre femences froides , pruneaux u Ôc raifins de Damas, auec pouldre d'yuoire Ôc de corne de cerf : Ôc auec icelle entre les repas on pourra méfier du fyrop violât, Ôc non rofat, ny autre allongent, de peur d'arrefter l'humeur , ôc l’empefcher de fortir hors. Le dormir de l'enfant doit dire modéré, ôc non trop profond, de peur de retirer les matières au centre du corps, ôc augmenter la chaleur de la fièvre. Il ne faut purger ny faigner ( s’il n’y auoit grande plénitude , ou quelque complication de maladie, comme vne pleu- refic ,’ophthalmic, fquinancie, & autres ièmblables ) fi ce n'cft en la declinaifon , ou bien le premier ou fécond iour au plus tard de la maladie, de peur d’interrompre le cours de nature : mais on fe contentera de donner quelque clyftere,ou bouillon de mauues, violettes de Mars , bourrache, ou jus de pruneaux, ôc raifins au matin. Et aux cnfans plus grandclets , quelque bolus de cafiè, pour amollir le ventre , Ôc aider nature à jetter hors les humeurs pourris ôc corrompus, qui caufent la verole ou rougeole : ce qui fe fait volontiers au rroilielmeou quatriefrae iour,plus ou moins,felon la difpofidon du corps ôc l'humeur préparé à forrir hors , ou félon l'air ambiens. Et alors faut prouoquer la fueur par rèmedes qui ouurent les pores, ôc fubtilient les humeurs, ôc les faccnt for- tir par fueur, de peur que la matière virulente ne demeure au dedans du corps,ôc foit caufe de la mort des malades. Ce que i'ay veu depuis peu de temps en çà auec maiftre Richard Hubert, Chi- rurgien iuré à Paris, en deux filles, l'vne aagée de quatre ans, l’autre de dix-fept : auxquelles après Dieto pour U nourrieo. Du mangtr do t enfant fovre. Dm hoirt. Du dormir. Do U purga- tion cr fai- gnto. Hiflrfrto De la petite Verole, & Lepre ' 549 A leur mort auons trouuéles parties intérieures toutes coiiuertes de boutons crouteux, 6c tousfem- blables à ceux qui font au dehors. Or s'il aduenoit que le fang fonift par le nez, ne faut penfer que la matière de la petite verole fepuilfe toufiours parfaitement euacucr par iceluy : car i’ay veu fou- uentesfois qu’au quatriefme ou cinquiefme iour furuenoit grand flux de fang par le nez aux mala- des,& toutesfois pour cefte vacuation la verole ne laiflbit à forcir en grande abondance, tellement que leur corps en eftoit tout couuert. Et pource ne faut arrefter ledit flux s’il n’eftoit trop impé- tueux , 6c qu’on cogneuft les forces abbatuës,àquoy alors on procedera,cômcnous diros.Et pour retourner à la fueur ; pour la prouoquer fera vtile la potion faite de decoétiô de figues feichcsjen- tilles efcorcées, femencc de citron, de fenouil,d’ache, perfil, 6c les racines de regîifle,& leurs iem- blables,auec raifins de Damas , 6c daétes. Or que telles chofes foient bien propres à faire fortir la verole Ôc rougeoIe,il appert parce que la decoétion feule des figues prouoque grandement la fueur, aufli elle adoucit 6c abfterge doucement. Les femenccs de fenoiiil 6c autres mentionnées, ouurent les pores pour donner ifluc aux humeurs : les lentilles empefehent que la gorge 6c autres parties in- ternes ne foient efprifes de boutons delà verole,pource qu’elles ont vne aftriétion benigne, & fer- uent aufli pour engarder le flux de ventre : on les y met efcorcées,parce que l’efcorce eft trop aftrin* gentefles daétes y (ont mifes pour roborer l’ellomach : la femence de citron, pour defendre le cœur 6c la reglifle pour adoucir la gorge, 6c empefeher l’enroüeure, ioinét aufli qu'elle aide à prouoquer la fueur. Et de ces Amples on fait des dofes grandes ou petices,fe!on la qualité 6c force des malades, B 6c la vehemenccdc la maladie , 6c fes accidens. La fueur fera prouoquée loing du repas , tant par chofes intérieures qu’excerieures. Et faut enuelopper l’enfant en vn linceul mouillé en la fufdite decoétion chaudement, 6c exprimé bien fort : ce qui fe peut bien faire, non feulement aux enfans, mais aufli aux grands. Dauantage la decoétion de millet, figues 6c raifins auec fuccre, prouoque la Tueur. Outreplus on peur appliquer aux parties extérieures veflies,ou efponges,ou cailloux chauds. Aufli eft bon efuencillcr le vifage, pendant que le malade fuë,auec vn efuentoir,afin de corroborer la chaleur naturelle , 8c engarder que le malade ne tombe en défaillance de cœur par la chaleur 6c fueur : ce faifanc la vertu eft mieux confcruée, &parconfequent les fupeifluirez ferrent mieux par les pores du cuir, 6c par le cracher & moucher. Pareillement on fera fentir au malade vinaigre 6c eau rofe,auec vn peu de camphre,& autres fenteüfs qui ont vertu de rafraifehir : ce qui fert encor pour defendre le dedans du nez de la verole. Du flux df fang par h Petion fado* rif^ute Temps Je fueure pelles parties faut preferuerde la verole. Chap. III. M x r. e les parties du corps qui (ont fort fubicttes à eftre gaftécs 6c perdues de ladite vero^c » es yeux , le nez , la gorge, les poulinons & inteftins y font fort enclins , dont quelquefois la mort s'enfuit rparquoy il y faut remedier tant quepofîible fera. Et pre- miercment, pour furuenir aux yeux qu'ils ne foient gaftez, au commencement on doit mettre autour des paupières eau rofe, verjus, auec vn peu de camphre, ou faire vne decoétion de fu- mach , berberis, efcorce de grenade, aloé auec vn peu de faffram Le jus de grenades aigres eft bon à cefte intention. Aufli on peut mettre fouucnt dedans les yeux,des blancs d’eufs & eau rofe battus enfemble : pareillement du laid de femme 6c eau rofe autant d’vn que d'autre, &les renouuellec forment. Et pour le dire en vn mot, les chofes froides 6c qui repouflent font bonnes néanmoins fi on voit les yeux fort tuméfiez 6c rouges , il ne faut vfer de fîmples repercuflîfs , mais ils feront méfiez auec chofes abftcrfiues, 6c qui ayent faculté de corroborer la veuë,comme l’eau d’euphrafe, fenoiiil, 6c autres femblablcs. Et lors qu'il y a inflammation 6c rougeur, il ne faut que le malade voye grande clairté, ny chofes rouges, de peur d’augmenter la douleur 6c inflammation. Et quand la verole eft en fbn eftat,qui eft fon plus grand mal,& qu’il y a grande chaleur 6c rowgcur aux yeux, adonc on doit vfer de remedes deficcatifs 6c refblutifs, doux& benings, 6c ayans vertu de roborer la veuc,comme font aloé, tuthic, antimoine lanez, eau de fenoiiil, d'euphrafe , 6c de rofes. Pour defendre le nez, on doit faire fentir au malade vinaigre, 6c eau rofe auec vn peu de camphre, ou verjus Sc vinaigre, & en mouiller forment le nez auec vn mouchoir : 6c aux parties fuperieures on doit appliquer des remedes repercuflîfs cy-defllis mentionnez. Pour defendre la gorge , 6c que la refpiration ne foit empefchée,on fera des gargarifmes d’oxycrat, ou de vin de grenades aigres,& en conuientmafcher,& tenir des grains fouuent en labouchc:oudcs noiietsfaitsdepfyllium,de coings 6c autres chofes froides 6c aitringemes. Quant eft des poulmons , pour les defendre 6c erapefeher la courte haleine , le malade vfera fouuent de fyrop de iuiubes, ou violât, ou rofat, ou de pauot blanc, ou de grenades, ou de nénuphar, 6c autres lemblables. Et quand la verole & rougeole font du tout forties dehors. Il ne faut tant tenir la chambre clofe ny fi chaude comme on faifoit : ains alors quant à la verole,la faut fuppurer, puis l’ouurir,la defleicher,& faire tomber les crouftes.Mais la rongeolle ne fe fuppure point, on la faiét refoudre 6c feichcr feulement. On fuppure la verolle auec beurre frais,ou auec vne fomentationfaire de figues, racines deguimauues, oignons de Iys,fe- mence de lin,& leurs femblables. Et quand les grains de verole font meurs,on les doit couper auec cifeaux , ou autrement ouurir auec vne aiguille d’or ou dargent,de peur que la boue & fanie ne fa- ce crofionà la chair de deflbus, 6c que puis après n’y demeurent des petites folîètesôc cicatrices ca- liez,qui eft chofe laide, principalement en la face. Or après qu'elles font ouuertes, il les conuient deflcicher, puis les faire tomber, qui fe fera auec onguent rofat,auquel on adiouflera cerufe,lithar- ge, alocs fubtiîement pulueriséaucc vn peu de faflran : ce qui non feulement deflèiche,mais aufli aide nature à engendrer chair. Et pourec , on peut diflbudre de la farine d’orge , 6c de lupins défi ayez auec eau rofe , & auec vn linge bien délié on en oingt les parties malades. Au- cuns les greflènt de coine de lard vn peu bouillie auec eau 6c vin, puis rcfpandent deflus de la fari- Teu*> Le nez, L(t g0rggi poulmons« q„ doit cou- f>er les tou* fuppu* res> Le vingtiefme Liure ne d’orge, ou de lupins, ou toutes les deux enfcmble : les autres prennent du miel venant de la ru- A che, auec farine d’orge,& oignent les boutons pour les feicher ôc faire tomber, ôc quand ils font , du tout feichez, pour les auancer de fe feparer, ils mettent de l’huile rofat, ou violât i ou d’amandes douces tiede, ou de la crefme. Apres que la verole eft fortie , il furuient vn grand prurit ôc deman- geaifon, ôc par fe trop gratter quelquesfois aduiennentgrandes efcorcheuresôc vlceres, parce que Te gratter eft caufe de faire attraction à la partie , ôc y caufer vlceres, dont les cicatrices font puis après laides,& la face difforme : parquoy , fi c’eft vn enfant qui foit malade, il luy faudra lier les mains,& fomenter les lieux du prurit, de la dccoétion de guimauues,orge, lupins, ôc fel. Et quand le cuir eft efcorché, il y faut appliquer de l’onguent dit album rafis camphré, y adiouftant vn peu d’aloës en pouldre ôc de cinabre , on de deficcatif rouge, ou autres femblables remedes. Que fi la verole s’eft jettée aux yeux, nonobftant quelque defenfc qu’on ait peu faire , premièrement il faut défendre la trop grande clarté , Ôc la veue des chofes rouges , ôc y appliquer des collyres, les diuerfifiant félon la diuerfité des accidens. Et faut bien auoir cfgard à la grande tumeur Ôc in- flammation qui y furuient quelquesfois : comme l’on voit à pluficurs enfans le mal eftre fi grand qu’ils perdent la veue, ôcmefmes à aucuns les yeux fe creuent ôc fortent du tout hors delà tefte, à quoy le Chirurgien pouruoira, ôc y remédiera tant qu’il luy fera poffiblc. Pareillement s’il furuient des graiusde verole dedans le nez, qui deuiennent en crouftes ôc vlceres,on y appliquera remedes propres, les y adaptant auec des tentes de linge ou de coton. Audi le plus fouuent en la bouche ôc au gofier y viennent efcorcheures, auec enroüeure de voix , ôc grande difficulté d’auallet les vian- des : ÔC pour y remédier , il la conuient gargarifer auec eau d’orge ôc de plantain, ou de cerfueil, aufquelles on diftbudra du fyrop rofat ôc diaraorum : auffi le malade tiendra fouuent en la bouche fucte rofat,ou diatragaentha froid,ou pilules blanches,fucrc candy, alphenic,& diaireos. Et quant aux cicatrices ou marques qui demeurent au cuir, pour les ofter il faut auoir efgarden quelle par- tie elles fontrcar fi ccft au vifage,& qu’il y ait grande tuberofité,il les conuient couper auec eifeaux. ce quei’ay fouuentesfois fait : auffi on y appliquera de l’onguent citrin recentement fait, ou de la pommade, ou ce liniment. IJL. amyli triticci Ôc amygdalarum excorticatarum an. 5. j. fi. gummi tragacanthi 5. fi. feminis melonura, fabarum ficcarura excorticatarum,far. bord. an. 5. iij . pulue- rifentur omnia fubtiliter,deinde incorporentur cum aqua rofacea, Ôc fiat linimentum : duquel en faut oindre la face auec vne plume, ôc le lailîèr toute la nuiéfc , ôc le lendemain la lauer auec eau de fon de fourment. Le laiét virginal y eft pareillement propre. La graille d’oyc,ou de canard, ou de poulaille , eft propre pour lenir ôc addoucir l’afperité du cuir,comme l’huile de lys. Le fimg de liéure tout chaud, appliqué fouuent, eft fouucrafn pour remplir les cauitez ôc faire le cuir égal, ôc corrige la noirceur qui demeure és cicatrices:pour cet effeét auffi vne coine de lard chaude eft pro- pre , frottant d’icelle la partie. Pareillement l’eau diftillée de fleurs de féues ôc de racines de lys,eft fingnîiere pour effacer ôc polir les cicatrices : auffi l’eau diftillée de racines de canne Ôc de coques d’œufs, ôc mefme l’huile d’œuf ôc plufieurs autres remedes femblables. • q Pour corriger les accidens» Des yeux've- niez. Des cicatri- ces ou mar- ques qui de- nse refit au f fuir. Pour effarer les cicatrices. De certains animaux monjlrueux qui naiffent contre nature aux corps des hommes, femmes , & petits enfans, SO v t ainfi qu’au grand monde il y a deux grandes lumières , fçauoir le Soleil ôc la Lune , auffi au corps humain il y a deux yeux qui l’illuminent, lequel eft appelle Microcofine, ou petit pourtrait du grand monde accourcy, qui eft compofc des qua- tre Elemens comme le grand monde, auquel le font des vents, tonnerres , trcmble- mens de terre, pluye, rofee, vapeurs , exhalations , grefles, eclipfcs , inondations d’eaux , fterilité , fertilité, pierres, montagnes, fruiéts, ôc plufieurs ôc diuerfes efpeces d’animaux. Aulîî fc fait-il le femblable au petit monde, qui eft le corps humain. Exemple des vents : Ils fe voyent cftre enclos es apoftemes venteufes, ôc aux boyaux de ceux qui ont la colique venteufe , ÔC pareillement en aucunes femmes , aufquelles on oyt le ventre bruire de telle forte, qu’il femble y auoir vne grenouillère, lefquels fortans par le fiege rendent bruits comme coups de canonades. Et encore que la piece (bit braquée vers la terre, neantmoins toufiours la fumée du canon donne con- tre le nez du canonnier , ôc de ceux qui font proches de luy. Exemple des pluyes ôc inondations d’eaux ; cela fe voit aux apoftemes aqueufes, ôc au ventre des hydropiques. Exemple du tremble- ment de terre : telle choie fe voit au commencement des accez des fièvres , où les panures febri- citans ont vn tremblement vniuerfel de tout le corps. Exemple de l’eclipfe : cela fe voit aux fynco- pes ou défaillances de cœur , Ôc aux fuffocations de la matrice. Exemple des pierres : on les voit à ceuxaufquels on en extrait de la veffie, ôc autres parties du corps. Exemples des fruiéts : combien en voit-on qui au vifage ou autres parties extérieures du corps , ont la figure d’vne cerife, d’vne prune, d'vne corme, d’vne figue, d’vne meure ? La caufe dequoy a efté toufiours referée à la forte imagination de la femme conceuante ou enceinte, efmeué de l’apperit vehement, ou de l’afpeâ:, ou d’vn attouchement d’iccluy à l’improuifte : comme mefrae de ce qu’on en voit naiftre d’aucuns ayans en quelque endroiâ: du corps la figure ôc fubftance d’vne coine de lard, d’autres d’vne fouris, d'autres d’vne cfcreuiftè, d’autres d’vne lolle, Ôc d’autres femblables.Ce qui n’eft point hors de rai- fon, entendu la force de l’imagination fe joignant auec la vertu conformatrîce,la mollelfe de l’em- bryon prompte, ôc comme vne cire molle à receuoir toute forme, ôc que quand on voudra efplu- cher tous ceux qui font ainfi marquez,il fe trouuera que leurs meres auront efté efmuës durant leur groftèftè de quelque tel appétit ou accident. Où nous remarquerons en paflant, combien eft dan- gereux d’offenfèr vne femme gro(Te, de luy monftrer ôc ramenteuoir quelque viande , de laquelle die nepuilîè auoir la ioüylfance promptement, voire ôc de leur faire vcftr des animaux ou pour- Vents. Tluyes. Tremblement de terre. 'Ecclipfe. Pierres. Fruits, De la petite Vcroie, & Lepre. A traits d’iceux d’iffbrmcs ôc monftrüeux. En quoy fattcns que qucîqu vn m’objeéle que le ne de-* trois donc rien inferer de femblable en mon Hure de la génération. Mais ie luy refpons en vn mot, que ie n clcris point pour les femmes. Retournons à noftrc propos. Exemple des montagnes : on les voit aux bouflus ,& à ceux qui ont des loupes grofics ôc énormes. Exemple de fterilité ôc fei- cherché ; on le voit aux heéliques, qui ont la chair de leur corps prefque toute confommée. Exem- pie de fertilité ; on la cognoit à ceux qui font fort gras, fclfus, & ventrus, tant qu’ils creucnten leur peau , force leur eft de demeurer touiîours couchez ou a(Es : pour ne pouuoir porter la grolïé malfc de leur corps. Exemple des animaux qui fe procréent en nos corps * à feauoir , pouls , pu- naifes, ôc morpions , ôc autres que deferirons à preienr. Moniteur Boulier eferit en fa Pratique, qu il traittoit vn Italien tourmenté d'vne extrerae douleur de telle s dont il mourut. Et l’ayant fait ouurir , luy fut trouué en la fubftance du cerueau vn animal femblable à vn Scorpion, comme tu vois par celle figure. Mmtàigfiii Stérilité à Fettslite’ ÀmMAM* Lequel, comme penfc ledit Boulier, s’eftoit engendré pouf âuoir continuellement fenty du hâ~> filic. Ce qui eft fort vray-femblable j Veu que Chryfippus ,Diophanes 5 ôc Pline ont efcrit, que lî le bafilic eft broyé entre deux pierres, &c exposé au Soleil, d’iceluy naiftra vn fcorpion, Monfieur Fernel efcrit d’vn foldat, lequel eftoit fort camus, tellement qu’il ne fe pouuoit moucher aucune- ment , fi bien que de l’excrement retenu tk pourry, s’engendrerent deux vers velus Sz cornus de la grofieur d’vn demydoigt, lefquelles le rendirent furieux par l’cfpace de vingt iours, furent eau- fe de la mort. Tu en vois la figure. Htjloire ftê■ table-, -=5^/7'" c Depuis n’agueres vu ieune homme ânoit vne apofteme au milieu de la cuiffe partie externe , de laquelle forcit cet animal, lequel me fut apporté par Lacques Guillemeau Chirurgien ordinaire du Roy , qui difoit l’anolr tiré : & l’ay mis en vne phiole de verre, & a demeuré vif plus d’vn moisTans aucun aliment. La figure t’eft icy reprefentée. Hîjîelre Monfieur Durer m’a affirmé auoîr jette par la verge après vne longue maladie, vne belle viuan- te femblable à vn clouporte,queles Italiens appellent Porcelleti,qui elloit de couleurrougexom- me tu vois par ce pourtraiél, ' Htjîotre. Monfieur le Comte Charles de Mansfeld * n’agueres citant malade d’vne grande fièvre continue à l’hoftel de Guife , a jette par la verge vne certaine matière femblable à vn animal dont la nguie t’ell icy reprefentée. • • • Hîjioîrti Il Ce fait pareillement en la matrice des femmes , beaucoup de formes d'animaux ( qui fouuenf (e . treuuent auec les moles 6c enfans bien formez ) comme grenouilles ,crapaux,lerpens, lezais, lai 551 Le vingtiefme Liure Nicole "Flo- rentin. pyçs. Nicole Florentin les compare à chat-huans , & dit deuoir eftre appellées belles Tannages. Les harpyes ont efté appellées des anciens, freres Lombars,parce que telles choies aduenoientaux fem- mes de Lombard ie,& qu'elles nailïbient en vne mefme matrice comme les enfans bien formez,qui a donné occafion de les nommer freres vterins, par vne mefdifance d'vne perfonhe que Fon hait. Or les femmes du Royaume de Naples y font fort fujettes , à caufe de la mauuaifc nourriture qu elles prennent j lefquelles de tous temps ont mieux aymé auoïr le ventre de bureau que de velours : c eft à dire, manger fruiéls , herbages , & autres chofes de mauuais fuc , qui engendrent tels animaux par putrefaélion, que manger viandes de bonne nourriture pour efpargner eftre braues & bien ac- couftrées. Moniteur loubert eferit de deux Italiennes,Fvne femme d’vn Frippier,& Fautre Damoy- Telle, qui dans vn mefme mois accouchèrent chacune d'vn part monftrueux : celuy de la Frippiere cftoit petit relfèmblant à vn rat fans queuë,Fautre de la Damoyfelle eftoit gros comme vn chat : ils eftoient de couleur noire : & au partir de leurs matrices , tels monftres grimpèrent en haut contre la paroy de la ruelle du licft , & s'y attachèrent fermement. Lycofthencs eferit, queFari vne femme de Cracouie, en vne place nommée Sainél Efprit, enfanta vn enfant mort, qui auoit vn ferpent vif attaché à Ton dos, qui rongeoit celle petite créa' ture morte : comme tu vois par celle figure. Gourdon lin 7. ch. 18. Au Hure des erreurs popt* Inires. Lyeo/lhenes en fes prédi- te Lewiniuscn raconte vne mcrueîlleùfc hiftoire en cefte façon. Ces années paftccs vne femme vint vers moX p°lir rue demander confeihlaquellc ayant conceu d’vn marinier, le ventre luy commença à enfler de relie forte,qu’on penfoit qu’elle ne deuft iamais porter à termc.Le neufiefme mois palîé, elle enuoye quérir la Sage femme : &c auec grands efforts, premièrement accoucha d’vne malfe de chair fans forme, ayant à chacun cofté deux anfes longues d’vn bras , qui remuoit & auoit vie comme les efponges. Apres luy fortit de la matrice vn monftre ayant le nez crochu,le collongj les yeux eftincelans, vue queue aiguë , les pieds fort agiles. le c’en reprefente la figure. RtJUtu.rJe *ccult.YMtur. chap, 8. Si toft que ledit monftre fut fbrty , il commença de bruire, & remplir toute la chambre de fif- fiemens, courant çà & là pour fc cacher. Sur lequel les femmes fe jetterent, & le fuffoquerent auec des oreillers. A la fin la pauure femme toute lafte &c rompue , accoucha d’vn enfant mafle, tant bourrelé & tourmenté par ce monftre, qu’il mourut fi toft qu’il eut reçeu Baptefme. Cornélius Gemma, Médecin de Louuain , en vn liure qu’il a fait depuis peu de temps , intitule Dé natura dîninû charaiïerîjrnis, raconte vne hiftoire admirable d’vne ieune fille de ladite ville, agee de quinze ans, du corps de laquelle après douleurs infinies, fortirent plufîeurs chofes effran- ges par haut & par bas. Entre lefquelles elle rendit par le fîege auec les cxcremcns, vn animal vif, long d vn pied & demy, plus gros que le poulce, reprefentant fi bien vne vraye & naturelle anguille, qu il n y auoit rien a redire, forts qu’il auoit la queue fort peine : comme tu peux voir par le por- traid cy-dçflbus, femblablc à celuy que ledit Gemma a mis en fon Liure, Hijitirc, De la petite Verole, & Lepre. 553 Maiftre Pierre Barque, Chirurgien des bandes Françoifes,& Claude le Grand, Chirurgien, de- meurais à Verdun , n'aguercs m'ont affirmé auoir penfé la femme d'vn nommé Gras-bonnet, de- meurant audit Verdun , laquelle aaoit vnc apofteme au ventre : de laquelle ouuerte fortit auec le pus grand nombre de vers , gros comme les doigts , ayans la telle aiguë, lefqucls luy auoient rongé les inteftins , en forte;qu elle fut long-temps quelle iettoitfes excremens fécaux par l'vlcere, Sc à prefent eft du tout guaric. Antonius Beuenius, Médecin de Florence , dent qu'vn quidam, nommé ïean Mcnufier, âge de quarante ans, auoit prcfque vne affiduelle douleur de cœur, pour laquelle auoit efté en danger de mort. Et pour y obuier , eut l'opinion de plufieurs Médecins de Ton temps , fans toutesfois en a- noir receu aucun allégement. Quelque temps âpres s'adreffa vers luy ayant confideré fa douleur, luy donna vn vomitoire, par lequel ietta grande quantité de matière pourrie Sc corrompue, fans toutesfois appaifer fa douleur. Derechef luy ordonna vn autre vomitoire, au moyen duquel il vomit grande quantité de matière ; cnfémblc vn ver de grandeur de quatre doigts, la tefte rouge, ronde, Sc de groffeur d'vn gros poids , ayant le corps plein de poil follet, la queue fourchue en forme de croilïànt, enfembie quatre pieds, deux au deuant, Si deux au derrière : comme tu vois par celle figure. Figure d'nyn njer ietté par yomijfement. Histoire, Hifltlrt, le dis encore qu’aux apoftemes il fe trouue des corps fort cftfangeçr/comrne pierre, croye , far blon, charbon, coquilles de limaçon, efpices, foin * cornes, poil, Sc autres choies, enfembie plu- fieurs Sc diuers animaux, tant morts que viuans. Defquelles chofes la génération ( faite par cor- ruption Sc diuerfe altération ) ne nous doir eftonner beaucoup , fi nous confiderons que comme Nature féconde a mis proportionnéraent en l'excellent Microcofme toute forte de matière, pour le faire reftèmbler xSc dire comme image viuc de ce grand monde : auffi clic s'efbat à y reprefentec toutes Tes aélions Sc mouuemens, n’eftant Jamais oifiue quand la matière ne luy défaut point. Des vers qui s'engendrent és boyaux, C h A p. IV. H E s vers Ce font d’vne matière grofîc , vifqueufe 6c crue, laquelle Ce corrompt en w l’eftomac , puis defeend es inteftins : & veu qu’elle n’eft pas bien chylifiéc , c'eft à [h dire façonnée par la première concodHon qui Ce fait en feftomac, elle Ce pourrit du tout : 6c pour fa vifeofité, qui la fait adhérer à iceux, ne la peuuent ietter hors le ventre, donc y eftant retenuë,fe putréfie dauantage : dequoy font produits & engen- drez des vers par f a&ion de la chaleur, qui puis après viuent d’icelledaquelle eftant confumée,fi on ne leur baille promptement vue autre matière pour les nourrir & faouler, ils Ce promènent par les inteftins , caulàns grandes douleurs aux malades, 6c montent quelquesfois iufques en Tefto- mach , 6c les ietre-t on par la bouche, 6c aucuncsfois pallènt par les trous du palais , & forcent par le nez. Ce que fay veu plufieurs fois. Il y a trois efpcces 6c différences des vers,à fçauoir,de ronds 6c longsdarges Sc longs,& de petits &C grcfles. Les premiers font nommez des anciens Tereces, c'cft à dire, ronds en longueur. Les fé- conds font dits Tæniæ, parce qifils font longs 6c larges en forme d'vne bandc.Les tiers font appel- iez Afcarides , poyrec que tels communément font fautelans. Il y a d'autres différences des vers, prifesdes couleurs, comme rouges, blancs, noirs, gris, citrins, 6c quelques-vns trouuez cornus ôc velus , ayans la tefte d’vn chabot. En aucftnsmalades s'en procrée grand nombre, quils iettent tous les iours par le fiege , 6c font menus comme filets ou poils, 6c tels font volontiers de couleur blanche : ce font ceux que nous auons appeliez Afcarides. La diuerfité des couleurs fe fait félon la caufe des humeurs pourris : non pas que des vecs4.cs vns foient engendrez de cholere, autres de mclancholie, autres de pituite , comme les Médecins Grecs ont eftimé : car la mclancholie 6c cho- lere font humeurs pour le regard de leurs qualitez du tout ineptes à la génération des vers. Mais parce que parmy la fubftance chyleufe ou pituiteufe, dont ils font engendrez , il y a quelque mef- lange des humeurs, delà vient la diuerfité des couleurs és vers. Or les longs, & larges, ou plats, tiennent quelquesfois tout le long des inteftins , 6c tels font comme vne fubftance mucqueufe 6c glaireufe : 6c véritablement i*cn ay veu vn qui fortit hors d’vne femme, 6c cftoit femblable à vn Icrpent, de longueur de plus d'vne toife» Dequoy ne fe faut émerueiller , veu que les anciens ef* criuent en auoir veu de toute la longueur des inteftins, qui eft fept fois la longueur de noftre corps, parce que les boyaux de chacun homme ont telle longueur : 6c le fçay pour fauoir veu, 6c mon- ftré quelquesfois aux Efcholes de Médecine de cefte ville, faifant difieélions anatomiques publia ques. Dauantage Ican Vuier, Médecin tres-dofte du Duc de Cleues, eferit en Con liure De l'im- pofture des Diabtcs , qu'vn villageois ietta vn ver de huiét pieds 6c vn doigt de long , lequel auoit la gueule prcfque femblable à vn bec de Cane, comme tu vois par cefte figure. Génération des vers, Caufe effet» ente, Il y a trois différences de vers. Différence des, ver s, félon les couleurs, S Grand# loti» gueur def vers. H ifi oire. Hifioirt, Le vingtiefme Liure, "Figure d'vn njer ayant la tefie comme *vne Cane. Monfieur Valeriola, Médecin d’Arles, au linre de Tes Obfcruations, difcourant dodcment lue les caufes de la génération des vers, dit en auoir veu en la ville d’Arles ayant neuf pieds & plus de tout ainfi que les vers font differensles vns des autres ,aulfi il y a diuerfité de lieux où ils le procréent : caries ronds & longs s’engendrent volontiers és inteftins grefles, les autres aux gros, & principalement les petits vers capillaires, & jamais cnl’eftomach : car nul animal ne fe fait en la concoétion delà viande : mais feulement en la diftribution és boyaux, après quelle a commence à eftre corrompue en l’eftoinac, efquels boyaux elle fe corrompt & pourrit dauantage, & de là naif- fent des ils s’engendrent dés que l’enfant eft: au ventre de la mere, à caufe de 11 mauuaife nourriture qu’il prend d’elje, & aufïî à caufe qu’ils ne vuident lors rien par le fondement: dont aduient que de la rétention de tels excremens s’engendrent vers, comme quelques - vns ont noté de la féncnce d’Hippocrates, au liurc quatriefme De morbis, fur la fin. Et pour le dire en vn mot, ils s’engendrent en tous âges, tk principalement aux crapuleux, goulus, &: à ceux qui viuent de mauuaife nourriture, cortime de fruids cruds, formage & laidage. Or pour cognoiftre en quels endroits du corps font les vers, il faut entendre que lors qu’ils font aux inteftins fuperieurs , les malades ont vnc douleur d’eftomach auec appétit canin & deprauc, c’eft à dire, qu’ils défirent à manger diuerfes viandes, & grande quantité : parce que leur nourri- ture eft confumée & mangée par les vers,& tombent fouucntcn defaillâce de cœur,à raifon du con- fentement & fympathie de l’orifice du ventricule & eftomach , qui a fentiment auec le cœur. Dauantage, ils fentent vn prurit & demangeaifon au nez, & ont l’haleine forte & puante, a caufe de la corruption des viandes en l’eftomach, dont les exhalations montent en haut, qui fait pareillement qu’ils lont fort aflommeillez , & trcfl'aillent en dormant. Outre - plus, ils ont quafi toufiours vne petite fiéure lente, auec touxféiche, les yeux connillans, & fouuent changement de couleur au vilage. On cognoift les longs & larges, quand on voit aux felles des excremens fem- blables à fcraenccs de melons ou cougourdes : les autres, fçauoir les afearides, fe cognoillent par le prurit & demangeaifon qu’ils font au fiege : ainfi que morfure de fourmis, par vn tenefme, & défi- cenre du gros boyau. La raifon de tous ces fymptomes eft telle : le fommeil de ceux qqi font in- quiétez des vers eft turbulent, iufques à crier en dormant, quand les vapeurs excitées par le remue- ment des vers, & enuoyées au cerneau , font chaudes, fubtiles , & acres : comme au contraire le lommeil eft profond lors que telles vapeurs font froides & grolfieres : ils fongent en dormant man- ger & analer,ou bien grincent les dents,à calife que les vers lors deuorans le chylus,enuoyé du vétre aux inteftins excitent fcmblable fentiment & imagination en eux lors qu’ils dorment : ils ont vnc toux feichepar le confcntcment des parties qui font dédiées à la refpiration ; auec celles qu’on ap- pelle naturelles, defquelles vapeurs putrides font elleuées, qui venans à heurter contre le diaphrag- me , l’irritent à excrétion , comme pour ietter quelque chofe nuifible : lefquclles venans à monter à l’orifice de l’eftomach , partie fort fenfible de noftre corps , excitent vn fanglot, ou fyncope, félon qu’elles font fubtiles , grolfieres, ou acres : & venans à s’efleuer vers la telle, excitent vne de- mangeaifon des narines,& elbloliilTement à la veuë. Ceux qui font grands font pires que les petits, les longes plus mauuais que les blancs, les vifs que les morts, & les bigarrez plus que ceux qui font d’vne feule couleur, de tant qu’ils, demohftrent plus grande pourriture. Et lors qu’il y en a grand nombre, ils demonftrent d’autant grande quantité de pourriture. Ceux qui fortent auec le fang, lignifient mal, parce qu’ils demonftrent que les inteftins font offenfez d’erofion : car quelqnesfois ils les rongent, de façon qu’ils fortent hors des inteftins , & fe difperfent en plulîeurs endroits du ventre, &c font caufe de la mort des panures malades. Ainfi eferit Jacques Honlier, Sc Manard en fes Epiftres , Hure troifiefme, chapitre duquante-quatre,des maladies internes, qu’on a veu quel- quesfois des vers fortir par les aines , s’eftans eux - mefmes fait le chemin par erofion. Quand les enfans ont des vers, & ne peuuent auoir haleine qu’à peine, & font moites , c’cft ligne que la mort eft à la porte. Dauantage, au commencement des fiéures aiguës , files vers ronds & longs for- cent en vie, c’cft figue que la fiéure eft peftilente , demonftrant qu’ils ne peuuent endurer tel ve- nin : & encores s’ils font morts, ils donnent à cognoiftre dauantage qu’il y a plus grande corru- ption & venenofité. Nul Animal ne fe fait en l'tjiomacb. Signes des •vers aux intestins gre/les. Signes tins longs & lar- ges. Signes d'4- fcart des. Raifon des fymptomss. De la petite Verole, &Lepre De U cure des vers. G h a p. V. \ * ■ O v t e l'intention de la cure eft,faire fortir les vers vifs ou morts hors du corps, de tant qu’ils font de ce genre des choies qu’on dit eftre du tout contre Nature. Il faut euiter toutes viandes qui engendrent corruption , comme fruiéts cruds , fromages, laidages,& le poillbn, & généralement toutes chofes de difficile digeftion,& de fa- cile corruption. La boliillic eft bonne aux enfans, à caufe qu’ils ont befoin d’vne nourriture humide,de groffieur conforme au laid,non de trop difficile digeftion: lef- quelles conditions font trouuées en la boliiIlie,pourueu que la farine de froment ne Toit crue,mais cuitte àuparauant au four, à fin qu’elle ne Toit tant vifqueufe Si groffiere, & auffi à fin que le laict ne cuife pas fi longuement,parce qu’il faut que pour donner cuifion à la farine,le lai£t cuile fembla- blement long temps,en quoy il perd fa bonté,parce que le cuifant beaucoup, fa lubftance aqueufe fc confirme par le feu,& engendre gros fiing,comme il fie fait par la boiiillle, lors que la farine n’eft cuitte auparauant : car il pçrd en celle façon la fubllanccde maigue Si de beurre , y reliant feule- ment la formageufe, grolTe,vifqueufe,&: de difficile digeftion, ôc par confequcntpefante,(S<: faifant obftruélio aux premières veines 5c au foye:qui fouuentesfois caufe qu'il s’engenore des vers à l'en- des pierres,& autres mauuais accidens,pour n’eftrc ladite farine cuitte, Si de lai£l trop cuit: parquoy ceux qui ont des enfans,y prendront garde,fi bon leur femble. Et ne fert de rien alléguer, que par expérience quotidienne, on voit plitfieurs enfans qui mangent bouillie fans que la farine k foie cuitte , le porter bien : car ie dy que cela fe fai& pluftoft d’auenture ,ou de bonne nature , que de la bonté de celle nourriture. On doit donner fouuent à manger aux malades de bonne viandes,de peur que les vers ne piquent Si rongent les inteftins : Si veu que tel animaux font forment engendrez de pourriture,il faut pur- ger le malade , Si corriger icelîcs par remedes eferits cy-apres en la pelle. Et pour les faire mourir & fortir promptement,Ie fyrop de chicorée , ou de limons, auccrheubarbe. Si vn peu de lucre. Si theriaqueou mithridat, eft vn fingulier remede pourueu qu’il n’eull fièvre coniointe , ou en lieu de ce, on pourra vfer delà médecine qui cornu cerui. puluer. raf. ebor. an. J.j. fi. feminis tanac. contra venues an. 3 j. fiat decodlio pro parua dofi : in colatura infunde rhabar. optirai 3.). cinnam. 9.j. diftblue fyrupi de abfinth. fiat dof. detur manc rrib. hor. ante pallum. Outre-plus , l'huylc d’oliue prife par la bouche fait mourir les vers, comme auffi l’eau de cor- rigiole donnée à boire auec du laidl : toutes choies ameres les tuent. Mais deuant que d’vfer d’icel- Ies,il faut donner vn clyllere de laidl auec miel Si fucre,auqucl on ne doit mettre huile ou graille, ny chofes ameres, de peur de les renuoyer contre-mont, parce que les chofes douces les attirent, C Si les ameres les repoulïcnt. D’auantage, tu noteras qu’il faut toufiours donner Si méfier chofes douces auec les ameres, à fin que par la douceur , les vers attirent ce qui les pourra faire mourir. Et partant faut donner l’efpace de deux ou trois iours du laidl fucré au malade, puis après y melîer chofes ameres, comme femences de centaure , alocs , rue, abfynthe , Si leurs femblables. Auffi la corne de Cerf a grande vertu contre les vers. Si en doit-on bailler tant à boire qu’à manger,à fça- uoir,là mettant en poudre,& la faifant boiiilliren'eau,laquelIe on donnera à boire au malade : auffi on en mettra cuire vn petit noüetauec la viande. Pareillement le theriaque donné à boire en boüil- lon, tué les vers. Le pourpié cil femblablement bon en potage,ou en decodlion &,breiiuage, Si le faut faire bouillir en eau, Si en faire boire aux petits enfans, Si aux grands, on le pourra donner auec du vin.Le femblable eft de la chicorée & de la menthe. Auffi aizoon minus,Si les febeftes font propres,en faifant vne decoélion d’iceux, Si en donnant à boire deuant le repas auec vn peu de lu- cre. On donnera aux enfans à manger de la poudre de la femence contre les vers dedans leur boliil- lie,ou auec vne pomme bien cuitte. Dauantagc , on pourra faire fuppofitoircs, comme ceftuy. Prenez du coral qui tire fur le blanc, des racleures d'yuoire , de la corne de cerf bruflée , Si d’iris, de chacun deux fcrupules,du miel blanc,deux onces &demie,& de l’eau de corrigioîe, autant qu’il en faut pour incorporer le tout enfemble , Si faites fuppofitoircs : dont on en appliquera tous les iours vn qui foit du poids de deux dragmes aux enfans,& plus pefant aux grands. De tels fuppofi- toires faut principalement vfer, lors que ceux defquels le malade eft tourmente, font du genre de ceux que l’on appelle Afcarides, parce qu’eftans attachez Si logez dans le boyau appelle Droit, ils peuuent par tel remede eftre promptement tirez. Quant aux petits enfans qui ne peuuent rien prendre par la bouche,il leur faut appliquer fur le nombril cataplefmes faits de poudre de cn- min,incorporée auec fiel de bœuf,& farine de lupins,abfynthe, aurofne,& tenafie , fueilles d’arti- chaut , rue,poudre de colocynthe,fcmence de citron,aloës,perficaria,mentaftrum , fueilles de per- fiquier , coftamer,zedoaire, fanon mol. On applique telles chofes non feulement,fur le nombril, mais fur tout le ventre, & fur l’eftomach : toutesfois on y doit meüer des aftringens , de peur de le trop rclafcher , comme font huile de myrtilles, de coings,maftic. Si autres femblables. Outre- plus , on leur peut appliquer fur le nombril vn gros oignon,lequel on creufera, Si fera rempiy d’a* locs Si theriaque,puis on le fera cuire fous labraife: & le tout chaud, pifté auec amendes ameres, Si fiel de bœuf. D’auantage, on leur pourra faire emplaftres de chofes ameres,comme ceftuy. Pre- nez du fuc d’abfynthe,& du fiel de bœuf,de chacun deux onces : adiouftant de la coîocynthc huiéfc dragmes : le tout foit broyé Si méfié enfemble,Si incorporé auec farine de lupins. Si de ce foit fait emplaftre, qui fera appliqué fur le nombril de l’enfant. Ou on pourra faire onguens Si linimens de icmblables matières pour leur frotter le ventre. Les pilules communes font pareillement fort bonnes à en faire emplaftres pour appliquer deiîus le nombril. Et pour les faire encore pluftou de- Viande qtt'li faut entier, De la bo’/il- lie. Belle anno- tation. Remede ton* tre les vers. Corrigioîe, c efl U r$* noiie'e, La etfnc dé Cerf efl prû~ pre çontre le) vers. Suppoftohe» Cataplafmt contre les vers. Emplâtre \pour Appll* 1 qiter fur lé nombril« 556 Le vîngtiefme Liure, bufquer 8c forcir hors,faut oindre le fiege du malade de miel 8c de lucre,parce qu'ils fuyent l’amer- tumcj «5e courent à la douceur : & partant fortent pluftoft du ventre.Pareiiiement faut prendre des mefmes vers, «5c les faire feicher fur vne pelle de fer fort chaude,puis les puluerifer,& en donner à boire auec vin, ou autre breuuagc , 8c promptement mourront. Auffi le ius de citron en petite quantité donné à boire dans vne cuillicr auec huile d'amendes ameres,ou huile d’oliue. D'abon- ciant,on pourra faire bains contre les vers,commc le fuiuanr. Prenez de Pabfynthe & noix de galle autant qu'il enfaudra,faites bouillir le tout en cau,& mettez l'enfant dans icellc,&: le lauez chau- dement. Finalement on peut baigner l'enfant dans de l’eau, en laquelle on aura fait bouillir des fueilles depefeher 8c d’abfynthc : ce qui cft principalement propre contre les vers qui font appel- iez Afcandes. Or en toute celle curation > faut auoir égard que le mal des vers êfb fouuent com- pliqué auec maladie plus grande 8c principale , comme auec lièvre aiguë & ardente, auec flux de ventrc,& lemblables accidens,efquels cas lî,pour exemple,vous donniez incontinent femen contra. ou theriaque vieille , myrrhe, ou aloës , vous augmenteriez l'ardeur de la fièvre, 8c flux de ven- tre, d'autant que les chofes ameres font contraires à laguarifon de ces deux accidens : comme au cas P 6 ayant égard au flux de ventre, par lequel les vers font reiettez, vous ordonnez du co- rail,pourpié, fariné de Ientilles,vous rendez la fièvre plus difficile à guarir,de tant que toutes cho- fes aftringenres &:feiches rendent la matière de la fièvre plus contumace. Parquoy il faut élire diligent à confiderer fi la fièvre ell dépendante des vers , ou bien fi elle ell caufc propre , comme ellant fièvre première, propre , efienticlle, 8c non fymptomatique : 8c toufiours ordonner medi- camens qui combattent la maladie principalc:autremehton peutchoifir medicamens qui combat- tent l'vn & l’autre: comme laxatifs, 8c quelque peu amers en la fièvre 8c vers : amers, 8c quelque peu aftringens en vers ioints auec flux de ventre. Les vers morts pris en breuuage ch a fient les •Ùtfs.' Les chofes ameres au- gmentent la fièvre. Des Poux, Morpions, & Cirons. C H A P. VI. Des poux „ ■ Es trois fortes d’animaux font engendrez de grande multitude d’humeurs & humi- direz corrompue,faite d’vne portion crafie & vilqueufe de la fueur, laquelle s’amallè & s’arrefte aux méats des pores du vray cuir. Les poux font appeliez en Latin Pediculi, pour la multitude de leurs pieds ,& excitent vne maladie, que les Latins appellent Morhm pedicularü. Ils nailTent par tout le corps, principalement es lieux chauds 6c humides,comme font les aifièlles,aux aines,à la tcfte,pouria multitude du poil:& voit-on commu- német qu’ils s’engendrêtà l’entour du col,parce qu’il y a vneemundoireaccompagne'edepluficurs grands vai fléaux, par lefquels fortent plu heurs humiditez fuperflucs,pour l’abondance des Tueurs. Les petits enfans y font Fort fujets, à raifon qu’ils crapulent 6c engendrent beaucoup d’excremens. Il ne faut négliger celle maladie : car plufieurs perfonnes en ont eftè tranaillées,& en ont perdu la vie, comme Herode Roy de ludèe, Syila Dictateur de Rome,le Poète Alcman, Acaftus fils de Pc- iias , Pherecydes Theologien,Callillhenes Olynthicn, Mutins lurifconfukcjEunus,qui fut le pre- mier qui fufeita la guerre des ferfs en la Sicile,& Antiochus. Ils fepeuucntengendrer par toutes les parties de noftre corps, mefme dans la malfe du fang, c»rame tenuoigne Pline en plulîeurs lieux, au liu.y.chap.y i .liu. 11 .chap. 3 3. La curation de ce mal conlîlle en trois poinds. Le premier eft d’ordonner le régime de vfüre delîccatif, & euiter les viandes qui engendrent mauuais fuc, 6c principalement les figues 6c cha— ftaignes,&: faut vfer de viandes ameres.Le lceond,de purger l’humeur que le Médecin verra eftre de belbin. Le troifiefme cil,raréfier le corps par bains,anfqueis entrera de la ftaphifagre,gentiane,aluî- ne,ruc,marrubium,& autres herbes ameres. Apres le bain , on frottera le corps d’vn onguent faid d’axunge de porc, en laquelle l’on fera bouillir les herbes fufdites : puis il fera méfié foulphre vif hibtilement puluerifé,ftaphifagre,orpiment,aloès,&: vif-argent, lequel eft propre contre les poux® morpions,& cirons : puis on réitérera le bain &Iefdits remedes,tant qu’il fera befoin. Des Morptons. Les Morpions font fort adherans à la peau,fi bien qu’on ne les peut qu’à peine arracher.Par leurs- morfures ils pénétrent le cuir iufques dedans la chair,& mefmes aux paupières des yeux, qui caufe vn extreme prurit 6c demangeaifon, & ( comme eferit Celfe,liu.6. ) par la grande fridion s’y fait defluxion, qui vient à gafter &: corrompre la veu'e : tant eft infupportable ledit prurit, comme i’ay veu d’vne femme qui fe lauoic lès yeux de'bien fort vinaigre. Or ils font engendrez d’vne matière plus feiche que les Poux,qui fait qu’ils font auffi plus plats,& moins nourris. La cure fera fembla- ble à celle des Poux. , Des Cirons. > Les Cirons font petits animaux, toufiours cachez fous le cuir, fous lequel ils fe trailnent, ram- pent , 6c le rongent petit à petit , excitans vne fafcheufe demangeaifon 6c gratelle. Ils font faits d'vne matière feiche, laquelle par défaut de vifeofité , eft diuifèe Ôc feparce, comme petits ato- mes viuans. J Cure. Les Cirons Ce doiuent tirer auec efpingles ou aiguilles : toutesfois il vaut mieux les tuer aueç onguens & décodions faites des chofes ameres 5c falées.Xe remede prompt eft le vinaigre,dans le- quel on aura fait bouillir du ftaphîfagre,& fel commun. eyfutre. Prenez axunge 6c vif-argent,auec vn peu de fiiblimé 6c alocs,& foit fait onguent, lequel eft ex- cellent entrerons les remedes pour tueries morpions. Progmftic, Pline. Curation. Vif-argent, ermemy mor- tel des four, morpions t (y cirons. De la petite Verole, & Lepre. 557 ftaphifagriæ tritæ J.ij.accti fcillitici, &olei amygdalarum amararum fraxini , & fucci geniftæ an.f .fi. cum fucco athanafiæ, fiat inftar raellis pro lieu partium affréta- rum. L’eau marine anec le foulphrc , & du fiel de bœuf méfiez enfemble, y font aufli fort fingu- Ifers. Le bon homme de Guidon , traiété 6. doét. 1. chapitre 3. promet, qu’vne ceinture de laine portée fur la chair, frottée dJonguent vif- argentin , tue entièrement 6c fait mourir les poux, de quelque efpcce qu’ils foient, 6c en quelque partie que fou l’applique. utre Uniment. ** r Vhap. r. Brtefue defcription de la Lepre oh Ladrerie. C h a p. VIL Este maladie eft appellée des Grecs Elephantîafis, parce que les malades ont leur peau afpre , feabre, ridée Ôc inégalé, ainfi que les Elcphans : ce qui eft dit à caufe de la gran- deur de la maladie. Quelques Chirurgiens fuyuans l’opinion des Arabes, luy ont atrri- **** bué ce nom de Lepre ( mais improprement, d’autant qu’il lignifie vne cfpec.c de feabie, ou galle, & vice du cuir , appelle du commun peuple, Le mal S. Main ) duquel nous vferons auflî 5c le retiendrons pour le prefent, comme eftant fort commun 6c vfité. Donc nous dirons pre- mièrement, que Lepre ou Ladrerie ( félon Paulus Ægineta) eft vn chancre vninerfel de tout le corps. Auincenne l’appelle Maladie vniuerfelle , laquelle corrompt la complexion , forme ou fi- gure des membres. Galien dit, que c’eft vne maladie tres-grande, prouenaut de l’erreur de la ver- tu digeftiue ôc fanguificatiue du foye, par lequel erreur ôc défaut, la vertu affîmilatiue de la chair eft grandement deprauée ôc changée. Le mefme Galien , liure deuxicfmc, à Glaucon, définie ce- fte maladie, effnfion de fang trouble ôc greffier, contenu és veines par tout lecorps, ôc habitude d’iceluy. Outre, Lepre eft diéle maladie tres-grande, à caufe qu’elle participe d’vn virus véné- neux , corrompant les membres ôc la beauté du corps : car qu’elle participe de venin, il eft aifé à cognoiftre, c’eft qu’il n’eft pas neceflaire que tous ceux qui en tout leur corps font mclancholiques foient ladres. Elle contient les trois genres de maladies : ôc premièrement elle eft de mauuaifè complexion , à fçauoir, chaude ôc fciche au commencement, & en fin l’ebullition ôc ardeur paf- fée Ôc efiianoiiic, froide , ôc feiche : qui eft la caufe immédiate de lepre confirmée. Elle eft de raau- uaife compofition , pource qu’elle corrompt la forme ôc figure des membres : auffî elle fait foin- tion de continuité, qui eft maladie commune. Paul.Ægi», Hure 4.eh.u Auicenne. Galien. Chap, m. La Lepre co* tient trois genres de ma* ladies. Des caufes de Lepre C H a p. VIII. s cail^es Lepre font trois, à fçauoir , pnrnitiue, antécédente , & conjointe. La tk caufe primitiue eft double, à fçauoir, celle qui eft introduite au ventre delà mere, ® comme lors que quelqu’vn eft engendre au temps des menftrucs , ou qu’il a cfté faiét de la femence d’vn pere ou mere lepreux, $c partant on la peut aflèurémeut dire cftre vne maladie hereditairercar vn ladre engendre vn ladre,veu que la femence ou genitu- re promeut de toutes les parties du corps : partant les par t icVqrrin ci pales eftans viciées , ôc la malle du fang altérée, corrompue &: infeélée, pource il eft neceflaire que la femence le foit auffî, dont ce- luy qui eft engendré, eft infeété. Pareillement celle maladie peut venir d'antres caufes , à fçauoir, pour faire fa demeure en lieux maritimes, où l’air eftant eouftumicrcment efpais ôc ncbuleux,rend par fucceflîon de temps telle toute l’habitude de noftre corps,felon le dire d’Hip.Que quel eft Pair, tels font les efprits , tels font nos humeurs : ou pour l’habitude des lieux &pays trop chauds, dont noftre fang deuient adufte ôc bruflé : ou lieux trop froids, dont il dénient elpais, tardif & conge- lé : ainfi voyons-nous en quelque partie d’Allemagne beaucoup de ladres, ôc en Afrique 5c Efpa- gne, plus qu’au refte du monde, ôc en noftre Languedoc, Prouence , 5c Guyenne, plus qu’aurefte de la France : ou pour communiqcr & fréquenter auec les ladres, 5c coucher aucc eux, pource que leur fueur 5c exhalation des vapeurs qui fortent hors de leurs corps , font veneneufes. Ainfî eft de leur haleine,& de boire aux verres, 5c autres vaifteaux aufquels ils auront beurcar de leur bouche ils y lailfent vne faliue fanieufe contenue entre leurs genciues, 5c contre les dents, laquelle eft venc- neufe en fon efpece, ainfî que la bane du chien enrage eft en la fienne. Pour cefte caufe les Magi- ftrats leur enioignent ne boire qu’en leur bariU 5c à la mienne volonté que tous les ladres le fif- fent, à celle fin qu’ils n’eflent occafion d'infefter perfonne par ce moyen. Or icy fe peut efmou- noir vne queftion, à fçauoir , fi vne femme peut auoir compagnie d’homme lepreux, fans qu’elle foit infeélée : ce qui eft poflîble , fi bien toft après fes mois coulent, d'autant que Nature fe purge & nettoye par tel flux : mais au contraire,l’homme à tard ôc difficilement fe peut fauuer qu’il ne foit le- preux , s’il a compagnie d’vne femme lepreufe, ou qui recentemcnt ait habité aucc vn lepreux, ÔC qu’elle ait encor quelque portion de la matière fpermatiqu'c, demeurée aux rugofitez du coi de fa matrice, pource que l’homme eft apte ôc prompt à receuoir le virus ou venin lepreux, à caufe que la verge virile eft fort fpongieufe 5c rare,au moyen dequoy reçoit facilement le virus, eflenédes va- peurs de la matière fpermatipue, qui eft communiquée aux efprits par les veines & arrêtes, ôc aux membres principaux ôc de là en toute l’habitude du corps, ainfi qu’on voit communément que la grollè vérole fe prend par tel aéte. Or les lepreux défirent grandement le coït principalement lors que leur maladie eft en fon commencement ôc en eftat , à caufe qu’ils fentent grande chaleur e- ftrangeaux parties internes de leurs côrps,& partant bruflent du defir de dame Venus : mais tel dé- duit leur eft fort contraire,d’autant que par iccluy les efprits & chaleur naturelle fe relôluent,dontla chaleur eftrâgeeft fort augmétée,& les brufle dauantage.Aufïi cefte maladie peut aduenir pour auoir yfé de viandes trop falées, efpicées ôc acres,grolles ôc craffès, comme chair de porc, d aine, d ours: Caufe prlmi- tins de Lepre, Wfpacrate^ A ffuoîrfi par le coït la lepre fe peut communi- quer. Par vn mau- uaU régime l'homme peut eflre lepreux. 558 Le vingtieftne Liure, aufïi de pois,febues,& autres legumes , lai Des * 7. hures.& Stnciue5> Enecis i/urerie. De ïhaleîn* 10. De ve’x° t ji De la defe- dation du *‘ ti. De l’ardeur du corps , & des punâivs 13* Des mufcles confumet. 14- Delà, fi u feu? ou diminutié de la fitultS fenfitiue, 560 Le vingtiefme Liure, que véritablement ils font ladres. Or pourquoy ils perdent ainfi le fcntimcm, le mouuement leur demeurant entier , la caufe eft que les nerfs qui (ont dilfcminez au cuir,font plus aftçdez, & ceux qui font aux mufcles , ne le font tant, & pource quajid on les pique profondément, ils Tentent la picqucure, ce qu'ils ne font à la fuperficic du cuir. Le quinziefme , auec ce qu'ils n'ont point ou peu de fentiment en leurs extremitez, & iceilcs tombent principalement en la dcclinaifon, à caufe que la faculté expultrice ictte les humeurs pourris qui la moleftent, le plus loing qu’elle peut des parties nobles, dont vient que l'humeur melancholique eftant de fubftancégroflfc accompagnée du virus lepreux, opile les nerfs, de façon que l'efprit fenfitif ne peut pénétrer & reluire iufqu'aux ex- tremitezjlefquelles font loing delà chaleur naturelle ; joint que depuis que l’vne des principales fa- cilitez manque en vue partie , les autres ladefdaignent, & n'y reluifent a (fez fuffifammenf pour la fvmpathiequ’elles ont les vnes auec les autres, & par ainfi la partie tombe en totale mortification. Le (eiziéme , ils ont fonges & idées en dormant fort épouuanrables : car qudqucsfois il leur eft acju]*s qaJjls voyent des diables, ferpens, & manoirs obfcurs, fepulchrcs, corps morts, &c autres. chofes femblables, lefquellcs impreffions font fai des au fens commun , à caufe des vapeurs fuligi- neufes de l'humeur meîancholique,qui montent au cerneau , ainfi que nous voyons auffi aduenirà ceux qui eftans mords de chiens cnragez,tombent en hydrophobie. Pour le dixfeptiéme, nous met- trons, qu'ils font quafi tous cauteleux, trompeurs, & furieux fur le commencement, & incrément e eur maLdie,â raifon de l’aduftion des humeurs , à laquelle dauantage la ficcité fert d'aiguillon: mais en l’eftat & dcclinaifon de la maladie,ils deuiennent cauteleux, & trompeurs & foupçonneux, à caufe qu’ils font dcfîîans d’eux-raefmes, à raifon de la melancholie,qui froide & feiche, les rend ineptes à executer toutes chofes , foit du corps oud’efprit : d’où vient que craignâs toutes chofes voire les plus afteurées , ils tafehent toufiours à paruenir & fuppléer par malice , ce qu'ils fçauenr, leur défaillir d'efprit &c d’addrefte : qui eft la mcfme caufe pourquoy les vieilles gens , les malades. & femmes font fur tous fubiers à tels vices. Ils défirent auffi grandement la compagnie des fem- mes, & principalement au temps de l'accroidément & cftat de leur maladie, à raifon de la chaleur eftrange qui les brufie au dedans : mais en la dcclinaifon ils abhorroient tel dediwt,parce que leur chaleur naturelle eft prefque exhalée & efteinte. Cela peut auffi prouenir de la craffitie de leurs humeurs,lefquels outre qu'ils font terreftres, font dauantage embrouillez d’vn efpric flatulcnt, cx- ciaî Pr°umené dedans la malle fanguinaire par la chaleur non naturelle. Le dixhuidiefme, leur vrineeft cfpai(fe comme celle des iumens, & qudqucsfois fubtile, pour l’anguftie des vaïlfeaus par oùpafte l’vrine, par lefquels le plus fubtil s’euacuë : icelle eft auffi quelquesfoisblafarde,& decou- leur cendrée , &fetide , comme tous leurs autres excremens. Ledixneufiefmc, ils ont lefang fore gros,adulte , & de couleur noiraftre & plombinc : fi on le laue, on le trouuera arenuleux en fa profondité pour la grande aduftion. Le vingtiefme eft, qu’ils ont le pouls fort debile & languide. * ra^on qne cœur & faculté pulfatiue refidente en iceluy , eft tellement opprimée des vapeurs fuligineufes qui s’efleuent de leurs humeurs greffiers &c mclancholiques, quelle ne peut librement battre. Or nous avions plufieurs autres lignes de ladrerie, comme dureté de ventre, à raifon de l’ar- deur du foye : rots frequents,à caufe de la frigidité de l’eftomach, caufée de l'humeur melancholi- qlie qL1j regorge en iceluy ; fréquente fternutation, pour la plénitude du cerneau : mais entre tons, ceftuy leur eft Fort fréquent, c’eft que leur vifage& tout leur cuir apparoift toufiours ondueux , à raifon de l’ardeur & chaleur non naturelle, qui diftbut Sc liquéfié toute la graille qui eft fous la peau,dont elle femble toute arrouféc. Ce qui fe cognoiftra, fi on leur ictte de l’eau nette fur la peau; car l'on verra icelle ne s’arrefter en aucun lieu par faute de prife. Or des fignes fufdits,les vns font vniuoqucs,c'eft à dirc,qui dcmonftrent véritablement la lepre : les antres font equiuoques ou com- muns,& furuenans à d'autres maladies qu'à icelle Iepre,touresfois feruent grandement à la cognoi- ftre. Et pour conclufion, fi toutes ces chofes-là,ou la plufpart, font trouuées,elles dcmonftrent vé- ritablement la ladrerie parfaide. Bufent'iment des extremi- *e\i 1 Des f*nge$ Tiens ejpou- ttaeita-bles, 17- T>e la caure- defir'du coït Du de/îr du coït. y De Vvrine DeU qualité du fang. Du tou 'ls La peau des Udres appu- rcijlonclueu» Du pognojhc de Lepe. C h A p. X I. Lepre he e- ditaire. A Lepre eft vne maladie héréditaire & contagîeufe, quafi comme la pelle,& datent incurable , comme aufïi fouuent eft la pefte. Celle contagion eft fi grande qu'elle rtplgy vient aux enfans des enfans,&: encore plus loing, dequoy l'experience fait foy. Or elle eft incurable , parce que (comme nous auons dit) c’eft vn chancre vniuerfel de tout le corps , car fi vn chancre qui eft en vne feule partie d'iceluy , ne reçoit aucu- ne curation , comment fe pourra guarir celuy qui occupe vniuerfellement tout le corps ? Audi elle ne fe peut guarir, parce que le mal eft plus grand,que remede aucun qu’on ait iufques à prefent peu trouuet&: inuenter. Outre plus, il faut eftimer que lors que les lignes apparoiftent au dehors , le commencement eft long temps auparauant au dedans, àraifon qu'elle le fait toufiours pluftoft aux parties intérieures qu’exterieures : toutesfois aucuns ont la face belle , & le cuir poly & lifte , ne donnant aucun indice de Lepre par dehors , comme font les ladres blancs , appeliez Cacots, Ca- gots, & Capots, que l’on trouue en bafte Bretagne , & en Guyenne vers Bordeaux , où ils les ap- pellent Gabets : es vifages defquels, bien que peu ou point des lignes fus alléguez apparoifient, fi eft-cc que telle ardeur & chaleur eftrange leur fort du corps, ce que par expérience i'ay veu : quel- quefois l'vn d’iceux tenant en fa maifon l’efpace d'vne heure vne pomme frefchc, icelle après ap- paroiftbic aufifi aride & ridée , que fi elle euft efté l'efpaccde huiél iours au Soleil. Or tels ladres font blancs & beaux, qnafi comme le refte des hommes , à caiife que leur ladrerie confifte en ma- tière pituiteufe , laquelle refteichée par aduftion , eft faite atrabilaire, fi que retenant toufiours fa La lepre efl premieremet au dedans falis communis , fulphuris viui an. 5. iij. terebenthinæ lotæ in fucco limonum §. ij. lithargyri §• fi. ceræ modicum : fiat vnguentum. Or ce médicament fera de plus grande efficace , fi on y adioufte deux onces de vif-argent, de deux dragmes de fublimé : de aura gran- de vertu, appliqué après le bain. Car le bain amollit de ouure les porcs, de par confequent le fait pénétrer plus fort. Prenez racines d’enula campanaf. iiij. cuites en fort vinaigre, puis pilees de palfées par l'efta- mine,adioufl:ez foulphre vif fi. ius de limon beurre frais f. iiij. & de ce Toit fait onguent. Si la rongne eft rebelle àguadr , les parties malades feront frottées de l'vngucnt Enulatum cum Mercudo. Autre. Autre. Prenez axunge de porc iiij. fouphre vif §. j. fcl fubtilement puluerifé , terebenthine lauée vne once de demie, de de ce foit fait onguent. Des Dûmes, Les dartres font afperitez du cuir, comme petites enleucurcs auec grande demangeaifon , qui jettent vne matière fereufe. Pour les remedes topiques, Hipocrates, au Hure De merbü mulierum, recommande le vinaigre où l’on aura fait tremper de la pierre-ponce , ou foulphre vif. Pareille- ment l’huile de fourment extraite fur vne enclume auec vne paëlle toute rouge , de en frotter la dartre tant de fois que l’on cognoiftra eftre guarie : l’eau de fublimé aura pareille vertu, ou l'eau forte qui aura feruy aux orfèvres. Fin dit rvlngtiefme Hure s de la petite Verole, 'Rougeole > té Lepre TABLE DES CHAPITRES du vingt-vniefme Liure, des venins. fi R 0 TtAutheur a efrit des 'venins* Chapitre j I Autre que filon. Chap. iij zA fçauoirfi les animaux viuans de befies venimeufes font vem~ ig meux téfi on en peut manger fans danger. Chap. iv 'Desfgnes des venins en général. Chap. v Vopinion d'aucuns repromée. Chap. vj T ourJe donner garde d'ejîre empoifinné. Chap. vij Kemedes prompts contre lespoifns. Chap. vlij DesDiuerfions. f-J Chap. ix Des venins en particulier. Chap. x De la corruption de l'air. Chap. xj *Tronoftic des venins en général. Chap. xij fPronofîic du venin des befles. Chap. xiij Des befie s venimeufes Chap. xiv* Delà cure runiuerjelie, Chap. xv La caufi pourquoy les chiens deuiennentpluftoft enragezjque les autres befîes. Ch.xvj Signes pour cognoifire le chien enragé, Chap. xv ij Signes pour cognoifire morfure dlalf ics. Chap. xxx De la morfure de coleuuré. Chap. xxxj De la morfure du crapaut. , \ Chap.xxxij ‘De la piqueure du forpion. Cha. xxxiij De la morfure piqueure des moufches chenilles. Cha. xxxiv De la morfure des araignées. Chap.xxxV Des moufches canthandes. Cha. xxxvj De la moufche nommée bupreBe, N Cha.xxxvij De la fang - fue ou fucce - fang. Ch. xxxviij De la murene. v (*.„•) Cha. xxxix De la piqueure d'vne viue. Chap. xi De la piqueure de la tareronde ou paBenaque• Chap. xlj De la rvenenofté du liénjre marin. Chap. xlij Du venin du chat. Chap. xliij De la rvenenofté de certaines plantes. Chap. xliv Du Chap. xlV Des métaux & minéraux Chap. xlvj De la propriété de targent rvif. Chap. Ixvij D fours de la Licorne, contenant les Chapitres xîviij ïufques a IxV LE VINGTVNIESME LIVRE, TRAICTANT DES VENINS ET MORSVRE DE CHIENS ENRAGEZ, ET AVTRES MORSVRES ET PIQJ/EVRES de bcftes veneneulcs. *Tar Ambrois.e Pare', A Laual au Maine 3 Confeiller & premier Chirurgien du Roy, Peurquoy ly Autheut 4 eferit des venins, C h a p. I. al n Q.j:hofès m’ont incite de colliger des anciens ce petit traîtté des venins: dont la première eft , afin d’inftruiré le ieune Chirurgien des rcmedes qu’il doit vfer pour promptement furuenir aux affligez , attendant le fecours du doële Médecin. La fécondé, afin qu’il puifle auoir vraye 8c exaéle cognoif- fànce de ceux qui pourroient eftre empoifonnez, pour fidellcment faire rap- port à luftice, lors qu’il en fera requis. La troifiéme , auflî afin que ceux qui font relidens aux champs, comme les nobles 8c peres de familles, ayans mes œuurcs puiftent fecourir leurs panures fubjets , où ils feroicnr piquez ou mordus des belles vcnimenfes,ou des chiens enragez, 8c autres belles. La 4. afin que chacun fe puiftè preferuer d’ellre empoifonné, 8c furuenir aux accidens. La y. eft le dé- fit que i’ay toufiours eu &auray toute ma vie, de feruir à Dieu 8c au publié, auec protellation do- uant Dieu de ne vouloir enfeigner à mal-faire, comme aucuns mal-vucillans me pourroient taxer: ains ie defirerois que les inaenteurs des poifons fufient auortez au ventre de leurs meres. Pour donc entrer en matière, nous commencerons par la diuifion de venins en général, puis nous pour-- luiurons vnc chacune efpece en particulier. Et dirons premièrement, que venin ou poifon eft vne choie laquelle cllant entrée ou appliquée au corps humain , a la vertu de le combatte 8c vaincre: tout ainfi que le corps eft vidorieux de la nourriture qu’il prend iournellement , qui fe fait par ! qualités manifelles, ou par proprietez occultes 8c fecrettes. Le conciliateur au liure qu’il a fait des Venins dit, que tout venin pris dedans le corps , de toutes fes proprierez eft du tout contraire à la viande, de laquelle nous fommes nourris. Car comme la viande feconucrtir en fang, 8c rend tou- tes les parties fcmblàbles aux membres, lefquels principalement elle nourrit, fe mettant au lieu de ce qui continuellement s’efcoule de noftre corps , fe refout 8c conformité : Aulîi le venin tout au contraire tranfmuë le corps 8c les membres qu’il touche , en vne nature particulière 8c venimeufe. Donc ne plus ny moins que tous animaux, 8c tous fruits que la terre produit, fe pouuant conuertir en aliment, fi nous les mangeons,fe tournent «n nourriture : aufli à l’oppofite les chofes venimeu- ses priies dedans le corps, rendent tous les membres de noftre corps venimeux : car comme tout agent eft plus fort que lepatient;aufli le venin par fa plus grade force furmote noftre fubftance,& 1 la conuertit en fa nature venimeufe : par mefme raifon que le feu par fa tres-grâde chaleur tit foudainement la paille à foy 8c la conformité. Et pource les anciens grands inquifiteurs des cho- ies naturelles, ont dit que le venin tue les hommes , d’autant qu’il corrompt la température complexion de leurs corps. Or tous venins 8c poifons procèdent de l’air corrompu, ou des foudres 8c tonnerres, 8c leurs ef- cîairs : Ou du naturel des belles, plantes, 8c minéraux : Ou par artifice, 8c fublimations des mef- chans, traiftres, empoifonneurs , 8c parfumeurs : defquellcs chofes fe prennent les différences. Car tous venins ne font pat leurs effets d’vite mefme forte , 6c ne procèdent lefdits effeëls d’vite mefme caufe : car aucuns opèrent par l’excès des qualitez élémentaires, defquelles ils font compo- iez : autres opèrent par leur propriété fpecifique ou fecrctte : dont aucuns tuent pluftoft, les autres plus tard. Audi tous venins ne cherchent premièrement le cœur pour luy nuire , mais nuifenr A certains membres : comme l’on voit les cantharides qui offenfent la veffie, la ciguë le cerueau, le îiéure marin , les poulinons, la torpille qui engourdit 8c ftupefie les mains de ceux qui touchent feulement les rets où elle eft prife. Autres blelîent autres parties , puis après le cœur. Comme l’on vcoit les médecines qui confortent le cœur , comme le fafran , autres le cerueau , comme le ftccas,aurres l’eftomach,comme la canelle autres,aurres,parties. Il y a anfîi des venins qui opèrent par qualitez manifeftes , 8c par qualitez fpecifiques tout enfemble » comme l'euphorbe. Sonne affe- flion de l'Autheur. Que e'ejt que venin. D'oh procè- dent les vt- nim. Des Venins. 565 A lequel jaçoit que par fa force venimeufe qu'il a de l’excès de fa chaleur,, il infc&e toucesfois auf- U par Ton autre force, qui procédé de fa vertu Ipecifiquc : ce qui le cognoift par le rheriaque,la pro- pre vertu duquel eft de lurmontcr toutes poifons qui opèrent de leur vertu occulte, lequel eft de tres-grande efficace contre l’euphorbe. Que h ledit euphorbe nuifoit de fa feule excefliuc qualité. tant s’en finit que le theriaquequi eft de foy fort chaud, luy fuft contraire , que pluftoft il entre- tiendroit fa force 5c nuilance, ce qu’il ne fait. Les venins qui opèrent par leur vertu fpecifique, ne le font pas, parce qu'ils font chauds, froids , fecs , ou d’humidité exccflîue : mais c’eft parce qu’ils ont ce naturel particulier des influences celeftes , contraires à la nature humaine. Pourcc tels ve- nins pris en bien petite quantité, font ncantmoins d’vne force fi maligne ôc tant cruelle, que quel- quesfois en vne heure ou moins ils tuér.Les venins ne tuent pas fculemêt pris par la bouche,mais auflî appliquez extericuremét.Semblablemcnt les beftes ne tuent pas feulement par leurs morfures, piqueures , ou egratigneures ; mais auflî par leur baue,regard , ou par le feul attouchement, ou par leur haleine , ou par manger 5c boire de leurfang, ou par leur cry 5c fifflemenrs, ou par leurs excremens. Belle contera-' C ''rur£nr*' Jïueftiûn, C H A P. IL O m m £ fe peut faire que le poifon baillé en petite quantité, ou la piqueure d’vne be- he vénimeufe, monftre fes effets en fi peu d’heure par toutes les actions du corps, tant animales, que vitales ôc naturelles, fait enfler tout le corps , comme vnebefteque l’on veut efcorchcr qu’on aura foufllée î Et comment auflî fe peut faire que la contre-poi- fon puillè rabattre vne telle vertu ? attendu qu’il eft impoflible qu’vne petite portion de liqueur fç tranfporte à tant de parties. Galien dit, que la fubftance du poifon & contre-poifon n’eft point di- ftribuée par le corps , mais feulement la qualité d’iccluy. Toutesfois les Philofophes tiennent que nulle qualité ne peut eftrc fans corps. Nous dirons que ces qualitez font tellement diftribuées pat tout le corps, qu’il n’eft pas needfaire que la petite portion du poifon foit partie en tan: & tant de parts (car il leroit impoflible) mais il faut entendre que quantr-&>quant que ce peu de poifon eft: entré dedans le corps le venin gaigne ôc conuertit en fa propre fubftance , ce qui de prime face luy vient au deuanr, foit le fang qui eft es veines ôc artères, foit du phlegmc dedans l>eftomach,&: au- tres humeurs, ou és boyaux, dont puis après s’ayde à gaigner le refte du corps : ainfi qu’vn Capi- taine voulant liurer vne ville entre les mains d’vn ennemy , tache d’attirer le plus d’hommes qu’il peut, pour fe feruir au iour donné.Le poifon doneques par ce moyen que i’ay dit,commence à s’ef- pandre par les veines,artères,ôc nerfs,& ainfi fe comunique au foye,& au cœur,au cerueau,mefme côuertift en fa nature tout le refte du corps.Et quant eft du contrepoifon,pourautant qu’il eft pris allez grande quantité, eftant entré dedans l’eftoraaeh, où il s’efehauffe, il efleue des vapeurs, lef- quelles efparfes par tout le corps, combattent par leurs vertus la force du venin. C’eft pourquoy le contre-poifon pris en trop petite quantité ne peut vaincre le poifon , à caufe que les vapeurs ne font fuffifantes pour eftrc enuoyces en tant d'endroits , ôc partant il faut que le contre-poifon foit plus fort que le poifon, afin de furmonter ôc vaincre le venin du poifon. Exemple, • Il faut quel* , contrepoifen feît plu* fort ‘ que le poifon. Autre qucïüon* C h a p. III. æS ç A v o i r s’il eft poflîble de donner des poifons qui faflènt mourir les hommes à certain temps prefîx, comme d’vn mois* plus ou moins ? Theophrafte dit que néant- moins qu’il y a des venins qui tuent pluftoft, autres plus tard, toutesfoisqu'il eft im- poflible de pouuoir donner vn terme prefix , comme aucuns penfent. Car ce que les venins tuent , ou pluftoft ou plus tard , il ne procédé , félon les Médecins, de leur propre naturel ôc force, mais de ce que la nature de celuy qui l’aura pris refifte plus ou moins auf- dits venins:ce que l’experience monftre, car il eft certain qu’vn mefmc venin d’vnmefme poids ôc mcfme quantité baillé à diuerfes perfonnes de diuerfes natures,tuera les vns dedans vne heure,les autres dedans quatre,autres dedans vn iour,& à d’aucuns ne portera grande nuifance:ce qu’on ex- perimete tous les ioursaux médecines laxatiues:car fi diuerfes perfonnes prennent vne mefme me- decine,de mefme poids,quâttté,& qualité,en aucuns elle raonftrera fubit Ton cffeét,en aucuns tard, en aucuns fera bien petite opération,en d’autres grande, és autres point du tout,en aucuns purgera fans fafcherie, en autres aucc grand trauail ôc douleur:Ce qui ne procède d’autre caufe que de la di- uerfc ôc diflemblable température des malades , laquelle ne fe peut ft parfaitement co~ gnoiftre , qu’on puilfe fçauoir iufques à quand la chaleur naturelle ait puiftancede refifter au ve- nin. Il procède aflî de ce qu’aucuns ont les artères larges ou fort ferrées. Car le venin ayant trou- ué les chemins ôc conduits larges , non feulement il pénétré legerement, mais auCCi aifémentil pafte auec l’air , qui continuellement entre en noftre corps , pour flabeller ôc réfrigérer le cœur. Fourquoy le venin tue plufieft, eu pîm tar4r Le vingt-vniefme Liure, Ksi fçauoirfiles animaux vittans de bettes venimeufes ,font venimeux >&fi on en peut manger fans danger. C h a p. 111 I. Quefiion, H-s Canars, les Cicoigncs, les Herons,les Paonsftes Cocqs d’Inde,«Se autres poulail- les mangent Sc viuent de crapaux,viperes,afpics,coulcuures,fcorpions,araignes,che- nilles,& autres belles venimeufes. Sçauoir , fi tels animaux ayans mangé telles be- ftes,puis mangez des homes, les peuuent infeéler Sc empoifonnerîMatthiole dit,que tous les modernes qui ont eferit des venins , tiennent alfeurément que tels animaux mangezne peuuent aucunement nuitc, au contraire nourrillcnt le corps ne plus ne moins que les autres qui n’auront mangé telles viandes venimeufes , parce que les animaux conuertiftent en leur nature les viandes venimeufes. Laquelle raifon 3c opinion , encore qu’elle aye grande apparence que ce venin fe digéré Sc Ce conuertillè en la fubftance de ces animaux qui en viuent oïdinairemêt; toutesfois ie croy qu’il ne s’enfuit pas que la chair faiéle de tel aliment venimeux,mangée des ho- mes,ne porte quelque nuifance,& croy que fi on en mangeoit fouuent,elle pourrok caufer plufieurs maladies , Sc en fin la mort. l’ay pour tefmoins Diofcoride Sc Galien, qui afteurent le laiél, qui n’eft autre chofc que le fang deux fois cuit, tiré des belles qui paillent la feamonée, l’ellcbore, ou le tithymal, eftre mcrueilleufement laxatif, fi on en boit. Pareillement on voit quand les Méde- cins veulent purger vn enfant ellant encore à lamaramelle , donner des médecines laxatiues aux nourrices , pour rendre leur laid médicamenteux , Sc purgatif. Ce que i’ay veu de rccente mé- moire, qu’vue nourrice malade, les Médecins luy ayant ordonné vnemedecine laxatiue , Sc l’en- fant l’ayant après tettée auoir le cours de ventre , Sc eftoit-on bien empelchc de l’arrefter, Sc fut on contraint luy bailler vne autre nourrice , attendant le temps que la medecine eull du tout fait fon opération. D’auantage on veoit les griues ayans mangé de la graine de gcnéure,que leur chair s’en relient. Auflî les poulailles ayans mangé de l’aluyue, leur chair eft amere§ Sc s’ils ont mangé «des ails, le Tententfemblablement. Les molues Sc autres poilîbns, ayant efté prins auec les ails, ils Tentent fi fort que plufieurs n’en peuuent manger : neantmoins qu’on les falle , fricafte, ou qu’on les face boüillir, retiennent toufiours l’odeur Sc faneur des ails. Auflî les connins ayans efté nour- ris de pouliot Sc de genéure, leur chair s’en relient, retenant l’odeur Sc gouft plaifant. Au contrai- re , s’ils font nourris de choux, Sc de fang de bœuf ( comme on fait à Paris ) difficilement on en peut manger, à caufe qu’ils retiennent le gouft de choux. le diray encore dauantage, que les Mé- decins commandement de nourrir les chéures, vaches Sc afndîes d’herbes propres, quand ils veu- lent faire boire leur laiél aux he6liques,ou à d’autres malades : ce que Gai. dit qu’il n’ignore point, que les chairs des animaux font altérées Sc fumées par la viande Sc nourriture qu’ils prennent. Or pour le dire en vn mot, ic fuis d’aduis qu’on ne mange de tels animaux qui auront deuoré les be- lles venimeufes, fi n’eftoit long temps après, Sc que premièrement le venin n’eull efté elabouré Sc digéré, Sc tranfmué en autre qualité par le bénéfice de la chaleur naturelle des animaux qui les au- roient mangées : car on voit des mc*ts fubites aduenir,dont la caufe eft incognuë aux hommes,qui pfcut eftre pour auoir mangé de telles belles , dont l’vn peut cfchapper , Sc l’autre mourir. Cela fe fait pour la préparation Sc difpofition des corps qui reçoiucnt Sc répugnent au venin. Mathiclt, Credence de tAuthmr. Catien. niftoire mé- morable. Liu.t.des fimpUs, Lesfignes des venins en général. Ch A p, V. j| O v s dirons les lignes des Venins en général, puis nous poufuiurons vne chacune |É Jr efpecc en particulier. Nous cognoiftbns vn homme eftre empoifonné par quelque C \ façon que ce foit, quand il fe plaint d’vne grande pefanteur de tout le corps, qui fait ÿ fe qu’il fe defplaift en foy-mcfine : quand de l’eftomach il luy monte quelque gouft; horrible à la bouche , tout autre que les viandes communes ne font , quelques mauuaifes qu’elles foient : quand la couleur de la face fe change , maintenant liuide , tantoft ci- trine, Sc de toute autre couleur eftrange Sc difforme : quand il fent nausée Sc volonté de vomir: quand il a inquiétude de tout le corps , Sc qu’il luy femble que tout tourne c’en - dellus - ddlbus. Nous cognoilîons ledit venin prins agir de toute fa fubftance Sc propriété oculte, quand fans appa- rence de grande Sc in/îgne chaleur , ou froideur, le malade tombe fouuent en défaillance de cœur, auec vne Tueur froide , à raifon que tel venin n’a point pour objeél aucune certaine partie , contre laquelle de certaine affeélion , Sc quart comme par chois elle agi lie, comme font les cantharides contre la veille , & le liéure marin contre les poulmons. Mais comme ce venin agit de toute fa fubftance Sc forme fecrette : ainfî à guerre ouverte il oppugne la forme Sc eiîènce de la vie,qui gift en la faculté vitale, qui eft au cœur. A prefent nous faut déclarer particulièrement les figues des ve- nins : qui opèrent par leurs qualitez premières Sc manifeftes. Les venins ou poifons qui opèrent par leurs qualitez manifeftes, caufent leurs propres accidens, dcfquelsils monftrcnt leurs lignes apparens. Car ceux qui ont vne chaleur excdîîue , lubit ils en- flamment la langue Sc le gofier,l’eftomach,les intertins,& généralement toutes les parties interieu- res,auec grande altération & inquiétude , & Tueur continuelle. Et fi auec leur chaleur cxcelTiue ils ont vne force corrofiue,&putrefa6liue,commel’arfenic, le fublimé,rcagal,vcrd degrisd’orpimenr, & autres femblabîcs, ils caufent en l'eftomach, Sc aux boyaux,des ponélions intolérables, «Sc gran- des venrofitezjefquelles on oyt fouuent bruire dedans le ventre, Sc ont vne foif inrollcrable.Apres ces accidens furuiennent fouuent vojnifteraens auec fueurs,tanto£l chaudes, tantoft froides, Sc dé- faillance de vertus, puis la mort. Venin par propriété Cf» rnlte. Venins qui opèrent par qualitez. ma- nifejits. Des Venins y6/ Signes des venins froids. Les venins qui font d’vne exceflluc froideur, caufent aux malades vn fommeil profond,que fou- üenc on ne les peut efueiller qu’à bien grande peine:aucunesfois ils eflourdilfent le ccrueau, que les malades font contraints faire plufieurs mouuemens defordonnez, tant de la bouche que des yeux, &: des bras & iambes, comme s’ils fulfent yures, ou infenfez : d’abondant il leur furuient vne gran- de Tueur froide, 8c ont la couleur du vifage liuide, & iaunaftre,& fort hideufe à voir , 8c ont tout le corps ftupide 8c endormy , 8c s’ils ne font bien tort fecourus, ils meurent : lefqucls venins font comme ciguë, pauot, morellc, iufquiame, mandragore, 8c autres femblables. Signes des Venins fecs. Les venins fecs ont prefqne toujours la chaleur pour compagne, âuec vhè certaine hümîditéi car neantmoins que l’on die que le foulphre Toit chaud 8c fec, toutes-fois il a vne humidité pour congreger fa forme , comme toutes autres chofes compofécs requièrent : mais on donne aux cho- Tes la qualité qui domine en elles. Les venins fecs rendent la langue aridc,& la gorge fèiche,auec Vne foif non extinguible, c’eft à dire, qui ne le peut appaifer. Le ventre Te reférre , 8c les autres parties imerieures,ainfi que le parchemin fait deuant lefeu. A celle caufe l’vrine ne fort qu'àgran- de difficulté : tous les membres deuicnnent fecs 8c retirez , & les malades ne peuüent dormir : îef- quels venins font comme litharge, cerafe,pîaftre,efcaille d’airin, limeurc de plornb,antimoine pré- parc, 8c autres femblables. Signes des Venins humides. Les venins humides caillent vn perpetucf fommeil, flux de ventre,aüec rclafchemént de tous les nerfs 8c ioinéhires : tellement que quelquesfois les yeux fortent hors de la telle'. Il s’enfuit aulïî fouuent vne pourriture des mains , pieds, nez, oreilles, 8c vne foif extremé, pour la chaleur qui prouienc de la grande pourriture, puis la mort s’enfuit. Aucuns tiennent qu’il ne fq trouuc point de poifon humide, parce qu’il eft impoflible de trouuer d’humiditez iufqucsau qüatriefme degré. Toutesfois le contraire fe vérifié par l’exemple de celuy qui dormant de nùiiSt fut mordu d’vn fer- penr, ainlî que Gilbertus Anglicus récite : 8c mourant, fon valet au matin le tirant par le bras le penfant refueiller, toute la chair dudit bras pourrie tomba, les os defnuez de chair : ce qui ne peut eftreaduenu que par l’excelïiue humidité du venin qui elloit aux dents 8c banedù ferpent. Auffi Hippocrates a bien diél, que la difpolîtion de l’année cllant pluuieufe 8c humide,fujette âu vent dé inidy, il eft aduémi par cette humidité veneneufe 8c Corrompue, qu’en aucuns la chair des bras 8c des jambes pourrie tomboit en pièces , 8c les os deraeuroient nuds 8c dcfnüez d’icelle : non feule- ment à d’aucuns la chair fe trouuoit pourrie,mais aulli la propre fubftance des os:d’où on peut con- duire qu’il y a des venins d’vne humidité fi cxcelîiue,qu’ils pcüuent faire mourir les perfonnes par l’cntiere putrefaélron des membres : ce qu’on voit aduenir à la verole, tant greffe que petite,& aux charbons 8c anthrax peftiferez. Et quand tels 8c pareils lignes appareillent, il fera facile les combattre par leurs contraires : en- core que l’on ne cognoilfe le venin particulierement.il n’y a point de lignes certains dès venins qui opèrent par propriété fpecifique ou occulte, parce qu’ils ont celle nature de l’influence du Ciel, qui ne s’emeut iamais à faire fa propre adion, fans que l’objet de fon contraire fe prefente : 8c partant on ne les cognoift que par expérience , fans en pouuoir donner aucune taifon, comme la Torpil- le qui ftupefie le bras de celuy qui la touche , le Liéure marin qui galle les poulmons , les Cantha- rides qui bleftentla velîie > la piqueure de la Viue qui caufe gangrené 8c autres accidens. Ce que nous dirons cy-apres. v V’tnht * 01 *' Premier liste des tempéra- ment* Vopinion d’aucuns reprouuée. G h a p, VI. Bilj E v x érrent grandeméc qu’il diTent que le venin des belles venîmcnTcs eft froid,par- :e que ceux qui en font mordus,ou piquez, fubic deuiennent froids;&: que les ferpens qO ( comme craignahs le froid quand l'hyuer s’approche ) fe cachent és cauernes fous if terre,ou fous les pierres,qui eft le naturel des Vipères, où quelques fois on les trouée JSl fi furprifes de froid, qu'elles demeurent toutes amorties 8c imtnôbiles, comme fi el- eftoient gelées. Or véritablement la froidure de ceux qui en font mordus ou piquez , ne procédé pas de la froidure du venin : mais de ce que leur chaleur naturelle fe retire des parties extérieures aux intérieures, pour fecourir le cœur, 8c aulîl qu’elle eft furmontée & efteinte parle venin : 8c ne fautconclurre que tous ferpens foient froids, parce qu'on les trouue en Hyuer en leurs trous tous comme immobiles 8c comme morts. Cela ne procédé finon que leur chaleur naturelle eft retirée en leur centre, pour refifter à Tair ambiens qui eft froid. Pourfe donner garde d'eflre empoifonné* C h a p. V I I. tA maniéré de Te donner garde d’eftre emppifonné, eft fort difficilercar les mefchans M\ cmpoiTanneurs 8c parfumeurs, qui fccrettement baillent les poifôns1, conduifenr leur f 5C rrahifon & leur mefchanceté fi finement,qu'ils trompent les' gens les plus experts,& 0 de meilleur jugement qu'on Tçaufoit trouucr. Car ils client l'amertume aes venins* 8c les méfient anéc chofes douces:ainfi ils leur font perdre leur mauüaife odeur par la mixtiô des chofes odorâtes 8c parfums.Anfil la poifon douée auec TaulTes,appétilTâtes eft fort dange- reufe,d'autât qu'elle eft auallée auidemcnt,& plus diffîcilcract vomie.Et partât ceux qui craignet d e- ftre empoifonnez,corne Touuent aduiét aux Prélats 8c beneficiers pour auoir lem delpouille,ie _ot- uent garder. de toutes viâdes appaueilléesfpar gens Tufpeélslauec TaulTes,qni Ton fort douces, ou fore 568 Le vingt-vnielme Liure, Talés , ou aigres , 3c généralement toutes celles qui font de haut gouft. Pareillement eftans bien altérez ne doiuent boire à grands traids , ne manger goulûment : mais bien confiderer le gouft de ce qu’ils mangent &c boiuent. Dauantage ils doiuent manger des choies qui rompent toute la force du venin deuanc toutes viandes : 3c principalement vn boiiillon gras faid de bonnes viandcs.Scmblableraent doiuent prendre au matin vnpeu demithridat, ou theriaque, aucc vn pende bon vin oumaluoific,ou desfueilles de ruc,auccques vne noix 3c figues feiches , qui eft vnhngulierremede.Etoàquelqu’vnauroit foupçon d’auoir pris quelque poifon par la bouche, ne faut dormir en tel cas : car la force du venin eft quelquesfois fi grande 3c fi fort ennemie de nature, qu’elle execute Ton ponuoir , que fbuuent elle monftrctel eflfed en nos corps que faidlefeu allu- mé en la paille feiche. Car Tonnent aduient, que ceux qui font empoifonnez , deuant que pouuoiu auoir fecours des Médecins & Chirurgiens, meurent. Dont fiibit il Te doit faire vomir en prenant de l’huile Sc eau chaude : en lieu de l’huile on fera fondre du beurre, 3c le prendre auec eau chaude, ou decodion de graine de lin, ou fenugrec,ou quelque bouillon gras. Car telles chofes font jetter le venin hors par le vomilîemcntiioind qu’ils lafehent le ventre,& par telles cuacuarions le venin eft vuidéhors,& Ton acrimonie amortie.Ce qu’on voit par expérience, que lors que nous voulons ap- pliquer des cautères potentiels, ou veficatoires,fi la partie eft oinde de chofcs huileufes,tels reme- des acres ne pourront vlccrer la partie. D’auantage, le vomiftement profite, non feulement parce quJ il euacuë le venin : mais auffi,que fouirent il manifefte, ou par l’odeur, ou par la couleur, ce qui aura efté prins. Et auflî par tel moyen on pourra auoir recours aux remedes contrarians au venin. Apres auoir vomy, fi on a coniedure que la poifon foit defeendue aux boyaux,on pourra vfer de clyftercs acres, pour euacuer ce qui pourroit eftee demeuré & attaché contre les inteftins. Et où le malade ne pourroit vomir, il luy faut faire prendre des purgations propres , qui refiftent aux ve- nins : comme eft l’agaric, l’aloës , la petite centaure, la rheubarbe , & autres chofes ordonnées par le dode Médecin.* L’on doit vfer puis après de clyfteres compofez de cafte, de boiiillon gras, aucc fuif de mouton, ou beurre, ou laid de vache , & mucilages de lin , 3c pfylij, ou de coings, afin que la poifon n'adherc contre les boyaux,comrae on a accouftumé donner aux dyfenteries. Par leur onduofité 3c vifeofité, ils amorti lient l’acrimonie du venin qui peut adhérer contre les boyaux, 3c défendent les parties faines, qu’elles ne lentent la force du venin. Ils font bons pareillement quand le venin a vlceré les parties intérieures. Pour cefte caufe le laid beu en grande quantité , après le vomiftement, & baillé par clyftercs , eft vn rcmede très - finguîier , parce qu’il rompt la force du venin , 3c forment le guarir. Il faut icy noter , qu’on doit toufiours commencer à tirer le ve- nin par la voye où il aura entré. Comme s’il a efté baillé par odeur, pour faire efternuer ; fi par le boire ou manger,par vomiftement : fi par le fiege, par clyfteres : fi par le col delà matricc,par fyrin- guer : fi par morfures, ou piqueures, ouelgratigneures, par remedes qui l’attirent au dehors, com- me nous dirons cy-apres. Rttnedes prompts con tre les poi- fons. Chofe digne d'ejlre notee, Des diuerfions. Chap. Y11L ME s diuerfions Tont bonnes ôc neceffaires,à cauTe que non Teulement empeTchcnt que m venln iTaille au cœur,mais au contraire,elles Battirent du dedans au dehors,& par- % |tant les ligatures fortes,faites au bras, euilies ôc jambcs,Tont bonnes. Aufli les grandes jS ventouTes auecgrande flambe,appliquées Tur plusieurs parties du corps. Pareillement le bain d’eau chaude, auec des herbes contraires aux venins, comme l’auroTne, le ca~ îament, rue , bethoinc, moulaine blanche, marrubin, poulliot, laurier, le Tcordium, l’achc , Ica- bieuTc, menthe, valerienne , & autres Temblables. Ain/î les eftuucs Teiches , ôc y faire fuer lon- guement le malade j prenant toufiours indication de fa force ôc vertu. Or f le patient cft grand feigneur, en lieu de bains ôc efthuesjil fera mis dedans le ventre d’vn bœuf, ou d’vne vache,ou d'vn cheual,ou mulet,afin de le faire fuer, ôc attirer par ce moyen le venin au dehors : ôc quand ils feront refroidis, il fera mis dedans vn autre, ôc fera-on toutes chofes neceffakes ôc requifes en tel cas , ôc tout par le confeil du doéle Médecin, s’il le peut trouuer. Des Venins en particulier. Chap. IX. Près auoirdilcouru lommaircment des chofes vniuerfelles des venins, maintenant ff nous faut venir aux particuIiercs,commcnçans à l’air,puis aux morfures,& piqucures, & clgratigneures des beftes venimeules,puis aux plantes & minéraux. Les belles veni- meules font alpics, crapaux, vipères, dragons, fcorpions. Heures marins, pallenaques, viues,torpedcs, araignées, cantharides,bupreftes, chenilles de pin, fangfues, ôc infinité d’autres. Or lefdites beftes ne tuent pas feulement par leurs piqueures ôc moriures , ou efgratigneurcs, mais auiïi parleur baue, haleine, elcumc, regard, cry, ôc f ftlemcnt,veüe, ôc par leurs autres excrc- mens. Aufli celles qui font mortes d'elles-melmes , ou pour pelle, ou fouldre, ou rage. Il y a aufli des venins artificiels, ôc fi cruels, que li on en met fur vue Telle de cheual, font mourir celuy qui aura cfté quelque temps delfus : ôc autres,que li on en frotte les eftriers,percent les bottes de ceux qui ont les pieds dedans : defqucls veniksjes Turcs ôc autres Barbares vfent fouuent en leurs fléchés ôc dards, pour faire mourir leurs ennemîs*& les cerfs, ôc autres beftes fauuages qui en font frappées : qui cft vue chofe difficile à croire, veu que le venin appliqué à la Telle ôc aux dîners, sTa touché à la chair nue ; towtesfois cda Te peut faire ; car pour toucher les rets où Tera prins le Mêthiole. Des Venins. 569 pgillon nommé lorpedç, les mains demeurent ftupides, & fait mourir l'homme, comme auons dit cy-dcüus. Ainfile Bafilic par Ton feul regard, ôc par Ton cry fait mourir les hommes, ôc tue toutes autres belles venimeufes , qui font près où il fait fa demeure. le diray dauantage , que le meilleur vin cil poifon , parce qu'il ofte le fens ôc entendement, ôc fuffoque, & femblablemen.c toutes autres bonnes viandes , lors qu'on en prend en trop grande quantité. De U corruption de l'air. C H A p. X* H' A i r eft venimeux Ôc corrompu par certaines vapeurs meflées auec luy, comme par vne grande multitude de corps morts , non allez toft enfeuclis en la terre, com- me d'hommes ôc chcuaux, ôc autres faifans vne vapeur putredineufe. Ce qui ad- ulent fouuent après vne grande bataille, ou après vn grand tremblement de terre* lequel fort dehors , qui. auoit efté retenu par long-temps aux entrailles de la terre, ôc par faute, d’auoir efté cfuenté, il a acquis vne pourriture, laquelle eft difperfée en Tair , Ôc la tirant en nos corps , il nous empoifonné : comme par vne feule infpiration d’vn peftiferé , on prend la pefte. Il y a encores d’autres caiifes de la corruption de Tair , que nous dirons cy-apres au liurc de la pefte. Il y a pareillement du venin en Tair, qui accompagne les tonnerres , fouldres, ôc ef- clairs, lequel tué ceux qui en font frappez, ou à grand peine en pcuuent - ils efchapper, qui fc fait par vne certaine venenofite fulphurée, ce qu'oncognoift aux corps qui en font touchez. Ec fi les belles mangent celles qu'il aura tuées, elles meurent Ôc enragent. Et quant au feu du foul- dre , il eft plus chaud que nul autre feu ; parquoy à bon droid il eft appelle le feu des feux : à caulc qu'il a vne chaleur tres-vehemente, ôc plus fubtile que Tair : ce qui le void, qu'il fond le fer d’vrçe pique fans brader le bois , ainfi fond Tor ôc Tardent dedans Vne bourfe fans l’endommager. Et partant il ne le faut cfmerueiUer s'ilfracalîè, brife , 6c comminué les os à ceux qu’il touche. Audi Tefclair efteint ôc fuffbque la veuc à ceux qui le regardent. Le tonnerre par fon grand bruit ôc tin- tamarre tué les enfans au ventre de leurs meres. Ce quife ptouue par Herodian en la vie des Empereurs. Sur Adart la noble Dame Romaine Tomba du Ciel de la foudre fondai ne : Sans que fon corps fut bleffé & atteint, Son enfant fut dedans fon corps efiaint. Pareillement rend les hommes fourds, & fait plufieurs autres chofes grandes Ôc admirables, qu'il eft impoiîîble aux hommes d'en donner raifon : ôc partant nous poinions dire, qu'aux foui- cires ôc tonnerres il y a quelque diuinité. Ce qui fc peut premier par Dauid , Pfeaume cent qua- tricfme , qui dit ? Et fouldre & feu fort prompts a ton feruice , Sont les Sergents de ta haute lufHce. L'air pareillement eft enuenimé par parfums ôc odeurs, & pat l'artifice des traiftres empoifon- tieurs ôc parfumeurs > lequel nous conuient attirer , pour la conferuation de noftre vie : car fans luy ne pouuons viure. Or nous l’attirons pat l’attraction qui fe Fait des poulinons ôc des parties pectorales dédiées à la rcfpiration , ôc par le nez és ventricules du cerueau. Pareillement par la tranfpiration qui fe fait és petits pores , ou permis inlenfibles de tout le corps, ôc aufîî des artères efpanducs aucuir.Ce qui fe fait tant pour la génération de l’efprit de vie, que pour refrefehir Ôc fer- menter noftre chaleur naturelle. A ccftc caulc s’il eft enuenfiné, il altéré nos efprits, ôc corrompt aufiilcs humeurs , ôc lesconuertit en fa qualité venimeufe y ôc infeCtc toutes les parties nobles, ôc principalement le cœur t ÔC alors il fe fait vti combat entre le venin ôc Nature laquelle fi elle eft plus forte, par fa vertu expulfiue , les.chaife dehors par fternutations ôc vomilfemens , fueurs , ôc flux de ventre , ou par autres maniérés, comme par flux de fang, ou par les vrines. Au contraire, fi le venin eft plus fout. Nature demeure vaincue, ôc par confequent lafiort s’enfuit, auec griefs ôc diuers accidens, félon la nature ôc qualité du venin. Or le venin prins par l’odeur eft merueil- leufement fubit, parce qu’il n’a que faire d’aucun humeur qui luy ferue de conduite pour entrer en noftre corps, ôc agrir en iceluy. Car la vapeur eftant fubtile eft facilement portée auec l'air, que nous attirons ôc expirons. Et fi quelqu'vn me vouloir objeder , que par vne torche ou caifole on ne peut empoifonner, attendu que le feu purifie Ôc confomme le venin, fi aucun y en auoit : Ref- ponfe , néanmoins que le feu Toit efpris en vne allumette fulphurée , la flamme eft très - puante. Tentant le foulphrc. Semblablement le feu eftant efpris au bois d'aiocs, ou genéure, ou en autre bonne fenteur, ne laide à fentir vne odeur plaifante ôc bonne. Or fi on veut,voir Texperience, ie mettray fus le bureau le Pape Clément, Oncle de la Royne mere du Roy, qui fut empoifonné de la vapeur d vne torche enuenimée. Matthiole fur ce propos parlant des venins, dit, qu’en la place de Senes, il y auoit deux CharlatansTheriacleurs : Tvn des deux auoit empoifonné vn œillet, le- quel il bailla à flairer à Ion compagnon , ôc l'ayant fenty, fubit tomba en terre roide mort. Dauan- tagc,vn quidam de recente mémoire, ayant odoré vne pomme de fenteurs enuenimée, fubit le vifage luy enfla , Ôc eut vne grande vertigine, de façon qu’il luy fembloit que tout tournai! c en- deffus-ddlous , Ôc perdit pour quelque temps la parole ôc toutecognoiftancc , ôc n’euft efté qu il fut promptement fccouru par fternutatoires, ôc autres chofes, il fuft allé auec le Pape Clément. Le vray alexirere de ces parfums enuenimez, c’eft de non iamais les odorer, 6c fuir tels parfumeurs comme la pefte , ôc les chalTèr hors du Royaume de France, ôc les enuôyer auec les Turcs ôc Infi- dèles. Le vingt-vniefme Liure, PrognoJHc des Venins en général. Chap. XL L y a plufîeurs fortes de venins , auffi ils ont diuerfité d’accidens : car il dl imppffi- SÉI blecjue tous accidensqui furuicnnent aux poifons, fuiuent à vn certain poifon. Car au- S||i| fâ ttement c’cull dlé chofe fuperfluc aux Authcurs de traitter chacun poifon à part, ÔC des remedes particuliers de chacun.Donc on ne trouuerapoint qu’vn feul 8c mefme ve- nin caufe vne exccffiuc chaleur d’dlomach, de ventre , de foye, veffie, reins , qu’il face venir ie hocquet,quil face trembler ôc frillbnner tout le corps,qu’il ofte la parole,qu’il face côuulhon,qu'il rende le pouls languide, qui empefche la refpiration, qui rende la perfonne toute endormie Ôc af- fonpie,qui caufe vertigine ou tournement de telle , qui dbloüilfc laveuc, qui dlrangle, qui alté- ré , qui face flux de fang,qui caufe la fîévre,qui retienne l’vrine,qui prouoque continuel vomilfe- ment,qui face rougir le malade, qui le rende liuide, pâlie,infenfé,qui le face ronfler 8c petcr,per- dre toute force,& plulicurs autres accidens,que les venins particulierenaét font. Et quand ces ac- cidens furuiennent aux empoifonnez, il dl difficile de bien cognoiftre quel dl le venin qu’on au- ra pris. Il dl vray que les venins chauds tuent pluftoft que les froids, parce que la chaleur natu- relle les réduit plus promptement de puilfance à leur effed, qu’elle ne fait les froids. Galicn dit qu'il fe peut engendrer en nos corps vne fubftance approchante du venin. le dis que tel venin eft bien difficile d’eftre cogneu. Lift.des lieux àjftftex, ch.f. Prognojlït du Venin des hejles Chap. XII. Des morfures & piqueures qui font fort venimeufes. Ornelivs Celfus, 8c tous les anciens Medecins,tiennent que tontes morfures 8c feBJa dgradgncures, piqueures & banc des animaux participent de quelque mauuaile qua- > toutesfois les vnes plus , 8c les autres moins. Les plus font celles qui font fai- lli» des de belles venimeufes , comme d’alpics , viperes , couleuures, & autres ferpens, bafllic 3 dragon,crapaux,chien enragé,lcorpion,araignes , moufehes à miel, guefpes, ôc vne infinité' d’autres. Les moins venimeufes font celles qui font failles d'autres animaux non vcniraeuxjcommc le chcual, le linge , le chat, le chien non enrage , 8c pln/îeurs autres : lefquels, cncorcs qu’ils ne foient venimeux, leurs morfures font toutesfois plus donlourcufes 8c difficiles à guarir, que les playes ordinaires faides d’antres caufes : ce que aduient, parce qu’ils ont en leur faliueou baue, quelque chofe contraire à noftre nature, laquelle induit vne mauuaife qualité en l’vlcere , la rendant plus douloureufe, & rebelle aux remedes : ce que non feulement nous appar- tenons en telles morfures , mais aaffi auxdgratigneures des belles qui ont des ongles , comme les lions, les chats, 8c autres. Aucuns ne veulent excepter de celle condition demorfure , celle des hommes , affermans icelle participer de quelque yenenolité , principalement des.rouflfeaux pi- quetez de marques tannées , noires , 8c autre couleur, qu’ils ont par tout leur corps, 8c en- cotes plus s’ils font choierez. Quant à ceux qui ne font de tel tempérament , on peut tenir leur morfure n’eftre participante d’aucune venenolîté, à raifon de leur faliue , laquelle on voit par ex- périence cftant appliquée es petits vlceres,Ies guarir. Parquoy la difficulté qui vient de guarir la morfure qu’aura fait vn homme non roux, vient, à raifon de la meurtrilléurc qui fe fait au moyen des dents , qui font mouccs ôc non tranchantes , lefquelles ne peuucnt entrer dedans la chair, linon en efcachant 8c contufant , comme fe font les coups orbes ,& les playes faides auec des pierres ou ballons , ou autres femblables, lefquelles .on voit dire plus difficiles à guarir , que celles qui font faides auec glaiucs tranchans. Et pour retourner à noftre propos , nous dirons qu’entre les belles que nous auons dit dire les plus venimeufes , il s’en trouue peu qui foient de tardiuc opération : mais elles font communément mourir foudainement ceux qui en font mords ou piquez.Sur quoy faut obferuer,que les venins iettez par les animaux vifs,font plus forts & vio- lens que de ceux qui font morts , d’autant qu’ils ont vne chaleur naturelle , qui leur fert de véhi- cule pour les conduire au corps. Aulli outrere, la tenuité de la fubftance fait que le venin en dt plus haftif. Dauantage , il y a des belles qui ont le venin lî dangereux , qu’il fait mourir vne perfone en moins d’vne heure, comme font les afpics, balxlics , & crapaux. Les autres n’ont leur venin li lu- ricux,donnans induces deux ou crois iours,& quelquesfois plus deuant que faire mourir la perfon- ne, comme la couleuure,& autres. Outre lefquelles il y en à qui donnent encores plus long efpace de vie,comme le feorpion 8c araignes. Bref, il y a certains venins , lefquels dlans entrez au corps de l’homme,voire en petite quantité, y opèrent d’vne fi grande violence 8c promptitude, que fait le feu en la paille feiche, tellement que Ion n’y peut remedier par aucune maniéré , à caufe que la vertu du venin dl plus grande que le rcmede n’ell fort : & partant alors il renuerfè , conuertit 8c tranfmuc promptement les efprks 8c humeurs enfon naturel. Car tout ainfî que les viandes que nous mangeons,fcconucrtilient en noftre nature ; auffiau contraire, tels venins dlans dedans no- ftre corps,rendent tous les membres infedez,non moins que l’air pellilent eftant receu par vne feule infpiration d’vn homme pelliferé. De celle malignité aduient qu’aucuns ont vne grande in- quicrude,& meurent furieux Ôc enragez. Au contraire,on en voit d’antres qui font fortalîbupis ÔC endormis,& deuicnnent enflez comme hydropiques. Outre ces chofes,faut entendre, que le lieu & le temps auquel les belles venimeufes font nourries, donnent plus ou moins de vigueur à leur poifon. Car celles qui font nourries aux montagnes & lieux fecs , font plus dangereufes que celles Tourqucy le venin de l’a- nimal vif efi plus dange- reux que lors %u’il efi mort. ,A aucuns venins efi impoffible d’y rmtiitr. Selon le lieu auquel les be» fies vemmeu- fes naijfent , leur venin efi plus ou moins fort& vio- hnt^ Des Venins. A qui font nourries es lieux froids 5c marafcageux. Auffi toutes morfures de belles venîmeufès , ap< portent plus de danger en Elle qu'en Hyuer. Dauantage, celles que font affamées, ou ont elle irr ricees,font plus dangereufes que les autres,& leur venin eft plus pernicieux à ieun, qu’apres qu'ils ont mangé. Pareillement les icuncs,& qui fontamoureufes,c’eft à dire, en rut, font plus malignes que les vieilles , 5c que celles qui ne font en rut. Audi on tient que le venin des femelles eft plus dangereux queceluy des malles.Plus,Ies piqueures 5c morfures des belles venimeufes qui mangent les autres belles veneneufes (commeles couleuures qui mangent les crapaux, 5c les viperes qui mangent les icorpions 5c araignes, 5c les cantharides 5c bupreftes) font beaucoup plus pernicieu- Jcs que les autres qui n'en mangent point. Or 1’imprelfion fubire,ou la refîllance au venin,aduîent le plus l'ouucnt félon que le venin eft de fubtile, ou de grolle fubftancc, ou que la complexion 5c température de ceux qui font mords ou piquez , eft chaude ou froide, forte ou débile. Car ceux qui font de température chaude,ont leurs veines 5c arteres plus greffes 5c dilatées , comme nous auons dit par cy-deuant,& par confequent tous les conduits du corps plus ouuerts, qui fait que le venin pâlie 5c entre promptement iufques au cœur : ce qui ne fe fait fi fubitement à ceux qui font de température froide, 5c qui ont les veines 5c arteres plus ferrées, 5c par confequent le ve- nm ne pénétré fi toft , qui fait qu'ils meurent plus tard : non plus ne moins que nous voyons ad- uenir fouuentesfois parles médecines laxatines , qu'on donne aux malades , que deux dragmes de B rheubarbe feront plus à vn , que quatre à vn autre,pour la diuerfitédes complexions de ceux qui la prennent. Dauantage, les venins ne peuuent tant nuire à ceux qui ont mangé 5c beu, qu'à ceux qui font à ieun , à caufe que par les alimens , les veines 5c arteres , 5c les conduits du corps cftans remplis, 5c les efprits fortifiez, cela garde que le venin n’agit fi fort 5c promptement, qu'il feroic fi le malade n'auoit mangé ny beu. Et voila les raifons pourquoy ceux qui font mords ou pique?, meurent pluftoft ou plus tard les vns que les autres, ayans efté empoifonnez de belles venimeufes. Or fi'le venin opéré par qualité occulte, le prognoftic 5c la cure en font fort difficiles : 5c alors faut auoir recours aux alexitercs, qui ont aulïï vne propriété incogneuë , 5c principalement au theriaque , pourcequ’en fa compofition il y entre des venins chauds, froids , fccs , 5c humides, Sc pourtant il refifteà tous venins , 5c principalement aux naturels, comme des belles, plantes 5c minéraux , 5c non aux artificiels , defquels à la mienne volonté que iamais homme n’euft mis lia main à la plume pour en elerire, &n’cullent iamais efté innentez, afin que nous n'eulîîons à com- battre que les naturels des belles, pource qu'on s’en peut mieux garder, que de ceux qui font faits par la malice des traiftres , mefehans , bourreaux, empoifonneurs 5c parfumeurs. Pourquoy ceux qui font mords ou pi- quez.} meuret plu/iofi ou plus tard les vas que les autres. Cure de U morfure & ftequeure des bettes venimeufes, Chap. XIII. *L Faut promptement & fans deky remédier à. la morfure & piqueure des belles en- ragées ôc venimeufes par tous moyens , qui confirment le venin, à fiu qu’il n’entre dedans le corps * ôc ne corrompe les parties nobles ; defquelles tout venin de Ton naturel ne demande que la mort &deftru6lion.Et fi par nonchalence, ou ignorance, les remedes propres font dclaifiez Ôc intermis au commencement, certainement en vain feront appliquez en autre temps, principalement fi la matière venimeufe a def- ja fai fi les parties nobles. Donc pour commencer celle cure, les anciens nous propofent deux in- dications , à fçauoir , vacuation de l’humeur virulent & venimeux, ôc altération d’keluy. Or com- me ainfi (bit qu’il y ait deux maniérés de vacuation, à fçanoir, par voye vniuerfeilc ou intérieure, ôc par particulière ou extérieure, nous commencerons à la particulière, declarans les remedes to- piques, propres pour attirer Ôc abbartre le venin , combien que la commune opinion d’aucuns eft qu’il Faut commencer aux chofes vniuerfelles : ce qui me femble ne deuoir ellre aucunement obfer- uc es maladies externes, comme playes Fraélures, luxations , 6c aux morfures 6c piqueures des be- lles venimeufes , efquelles la première chofe que l’on doit faire, eft de procéder incontinent aux topiques, puis auoir, égard aux chofes vniuerfelles , comme régime, purgation, breuuages, fai- gnée, Ôc autres telles chofes , félon qu’il en fera befoin. Parquoy en celle maladie, la première choie que l’on fera , fera d’appliquer promptement medicamens conuenables fur la morfure ou pi- queurc ; Ôc fur tout eft fort conuenable de lauer incontinent la playe d’vrine , ou d’eau ta- lée , ou d’eau de vie , ou en lieu d’icelles , de bon vin, ou vinaigre , & y dilïbudre du the- riaque le plus vieil qu’on pourra trouuer , frottant allez rudement la partie :& faut que le laue- ment foit le plus chaud que le malade pourra endurer ; puis le laifter deftus : & alentour de la pla- ye du charpy trempé en icelle mixtion. Or aucuns tiennent, qu’il ne faut appliquer ledit theriaque fur la morfure,pource ( difenr - ils qu’il repoulle le venin au dedans: mais ( fauf leur rcuerence ) leur opinion eft renucrlec par authorité, raifon, ôc expérience, comme ie diray en mon Hure de la Pelle. Par authorité : Galien au liuredcs Commoditez du theriaque. Ad Vifonem , commande en donner par dedans & pat dehors , poqr les morfures & piqueures venimeufes , lefquellcs ( dit-il ) il guarit, fi on en vfc deuant que le venin ait faifi les parties nobles. Par raifon , pource qu en la eompofition il y entre de la chair de Vipère, qui eft vn ferpent venimeux, qui par fa fimilitude attire le venin , ainfi que le magnés attire le fer , & l'ambre le fcftu ; ôc l’ayant attiré, les autres medicamens qui entrent en fa eompofition, refoluent&confument favirulencc ôc venenofite ; ÔC cflant pris par dedans , il défend le coeur, ôc autres parties nobles, & fortifie les efprits. Quant à l’cxperience , ie puis alfeurer auoir penfé plufieurs, ayans ellé mords ôc piquez de belles veni- meufes , qui par le bénéfice du theriaque ont tous receu guarifon , ponrueu que ( comme i’ay ad-» uerty cy - délias } on les ait traictez auparauant que le venin euft faifi les parties nobles. Partant Deux indi- cations pour, curer la mer- fure & pi- queute des le/les vent- tneufes. Première indication. Remedes peur le com- mencement des morfures & piqueures. Authorité peur l'appli« cation du theriaque. Expérience. 572 Le vingt - vniefme Liure, on pourra affairement v fer de theriaque, ou en lieu d’iceluy on prendra du mithridat, lequel a A pareillement grande vertu pour cct efted. ' J Danamage , pour faire la vacuation deflufdite, les remedes doiuent dire de tenue fubftance, tant ceux qu’on applique dehors,que ceux qu’on prend par dedans, à caufe qu'ils pénétrent le corps promptement, pour dompter & abbatre la malice du venin. Et partant les ails, oignons, por- reaux, font vtiles , pource qu’ils font vaporeux, fumeux 5c de ténue fubftance ; pareillement la rue , le feordion , le didamnus, centaurea minor , prafflum, roquette, laid de figues non meures, Sc autres ferablables : aulli la buglofle fauuage entre toutes les herbes, a vertu contre les morfurcs de tous ferpens, Ôc a cfté nommée Vipérine, & ce pour deux raifons : l’vnc , pource qu’elle porte la grainefemblable à la tefte d’vne vipere : 5c l'autre, à caufequ'çlle guarit lamorfure d’icellc,pil- lée&appliquée par dehors , & par dedans prifeauec du vin , le fcrpolec a la mefme vertu. Et neantmoins que le venin foit chaud, fl eft-ce que les remedes fufdits font conucnables,parce qu’ils refoluenc la fubftance du venin, &lcconfument 5c euaporent.Toutesfois on aura égard à la qua- lité de l’humeur , pour l’alterer s’il eft befoin , comme nous aduertirons cy - après. Outre - plus, l’application des ventoufes & cornets, auec grande flambe, & profondes fearifacauons eft profita- ble , fi le lieu permet de ce faire. Aufll eft bon de fomenter 5c lauer promptement la partie de fort vinaigre, le plus chaud que l’on pourra endurer : ou on prendra de l'eau 5c du Tel, & de ce on en frottera la playe allez rudement, ou mefme de l'vîine du patient, comme nous avions dit. Pa- reillement la mouftarde delayée en vrine ou vinaigre eft propre. Dauantage, fera bon faire fuccer le lieu par quelque perfonne de balle condition, moyennant qu’il ait laué fa bouche de vin, au- quel on aura diflbuc du theriaque ou mithridat, Sc après auec huile commune. Aufïï faut prendre garde qu’il n’ait vlcere en la bouche, de peur que le venin ne s’y imprime facilement. Les fang- fués font pareillement propres pour cet effed. On pourra auffi mettre fur la playe le cul des pou- lailles , & entre autres, des poules qui ponnent, parce qu'elles ont le cul plus grand &c plus ouuert: ou en lieu d’icellcs , prendre des coqs ou poules d'Inde, parce qu'elles ont pins de vigueur d’attirer que les communes, ôc leur faut mettre vn grain de fel dedans le cul, 5c leur clorre le bec, & fou- rnir par Interuales, 5c fi elles meurent, en remettre d'autres. Si on veut, on pourra fendre lefdi- tes volailles toutes viues, lefquclles d'vn difeord naturel refiftent au venin, parce que les poullail- les font de nature fort chaude. Qu’il foit vray , elles mangent 5c digèrent les belles venimeufes, comme crapaux, viperes, afpics, feorpions, 5c autres : 5c confommenc pareillement les plus fei- chés graines qui foient, raefmes des petites pierres 5c fablon. Parquoy appliquez deflus, ont grand force d’attirer le venin : ou en lieu d’icellcs , on prendra des petits chiens ou chatons, lefqucls cftans fendus, feront appliquez tous chauds fur la playe 5c fur les fcarificarions , les y laiflànt ini- ques à ce qu'ils foient refroidis, puis on en remettra d’autres, tant qu'il en fera befoin. Outre toutes ces chofès , l’application de cautères eft grandement à louer pour abattre 5c confommet la G malignité du venin : mais en ce cas, ï’aducl eft plus excellent que le potentiel, d’autafft que l’a- diondufeu confomme le venin plus promptement , 5c fait que la playe demeure plus longuement ouucrte. Mais ils doiuent dire appliquez deuant que le venin ait faifi les parties nobles : car autre- ment ils ne pourroient en rien profiter, ains donneroient fafcherie en vain au panure malade : 5c s’il craipt le feu, on vfera de potentiel. Et après l’application d’iceux , faut promptement faire chcoîr fefearre, à fin de donner plus fubite ifluë au venin. Partant l’efcarre eftant faite ,on fera des fcarifications deflus, pénétrantes îufques à la chair viue : puis on y appliquera des choies on- dueufes, comme beurre 5c axunge. Et deflus la playe 5c parties voifincs, on vfera d’emplaftres accradiues faites de gommes, comme galbanum, de térébenthine, pojx noire, poix grade rneflée auec ius de porreaux & oignons , 5c autres (èmblablcs. Et lors que l’edearre fera rombéc on appli- quera de l’onguent bafilicum , auquel on adiouftera poudre de mercure, qui en ce cas a grande ef- ficace , d’autant qu'elle attire la fanie Sc virulence du profond de la playe , ôc ne la permet reelorre: ce qui eft bien neceflaire, car on la doit tenir long - temps ouuerte ,à fin d'euacucr la matière vc- nimeule. Et pour ce faire, on appliquera de l’efpongc, ou racines de gentiane, ou d’hermoda- des , ou quelques medicamens acres , comme cgyptiac , ou poudre de mercure rneflée auec alum cuit, ou vn peu de poudre faite de cautere potentiel. Et ne faut oublier à mefler touliours auec les onguens vn peu de theriaque ou mithridat, ou ius d’hypericon , ou de nepeta , ôc autres (cm- D blables , qui ont vertu d'attirer & refoudre le venin ,& d’abftcrger & nettoyefl’vlcere. Toutes- fois fi on voyoit qu’il y euft trop grande chaleur, douleur, & acuité, laquelle contraint l'humi- dité de faire ébullition , qui fc tourne quelquesfois en virulence ôc pouriture , gangrené, mortifi- cation , alors faut laitier la propre cure pour furuenir aux aecidcns. Et voila quant à l’enacuatkm particulière a qui fe doit faire es morfures 5c piqweures veuirneufes. Remtdespour les Venins, On peut fuc- 6er vue playe ivenimeufe fans danger , pourueu qu'on face ce qu'il faut faire. Tant faire promptemewt tomber l'efa cam. On doit tenir l'vlcere lon- guement ou* utrt. Des Venins De U cuve vniuerfelle. Ch AP. XIII L ■ V A n t à Teuacuation vniuerfelle, il faut obferuer que l’on ne face faignée, 6c que l'on ne donne medecinelaxatiuc , ny clyftere , ny vomitoire, ny bains, ou autres ludatoiresy qu’il n'y ait pour le moins trois jours pallèz après la morfurc faite:aufli que le patient cuite le coit, de peur de faire commotion Sc perturbation aux hu- meurs , Ôc cfprits, 6c que le venin fuft par ces moyens plus promptement porte au cœur : mais quand la matière venimeufe fera efparfe , ôc l'acuité diminuée , alors telles euacua— rions pourront eftre faites, Sc non autrement. Mais pour tous medicamens intérieurs, fuflira vfer de contre-poifons au commencement, comme de toutes fortes de theriaque,mithridat, Sc autres femblables chofcs : lefquelles eftans contraires aux venins,changent Sc altèrent tout le corps : non pas qu'il faille entendre que leur fubftance pénétré Sc paife tout le corps , ( car il eft impoflîble qu'en fi peu de temps vne fi petite quantité de matière j qu'on donne pour contre-poifon, puilîe pafièr vne fi grofie malle de noftre corps ) mais elle s'èfpand,& enuoye Tes vertus Sc qualitez : com- me iournellcment nous voyons, que quand nous auons pris des pilules , neantmoins que leur fub- fiance, ou matière demeure en l’eftomach, leur vertu eft efpanduë iufques au cerueau, Sc par tout le corps. On en peut autant dire d'vn clyftere , qui eftant dans les inteftins , a puiflance d'attirer les humeurs du cerueau. On voitauflî ceteffed és médecines , qui attirent par leur vertu iufques au dedans des jointures , Sc de routes les parties du corps» Et pour le dire en vrt mot, les contre- poifons opèrent en nos corps, pour combattre le venin, Sc le chalfer, Sc vaincre fa virulence, ainfi que le venin fait pour exercer fa tyrannie, Sc faifir le cœur : toutesfois il faut bien noter , que la contre-poifon doit eftre plus forte que la poifon, afin qu'elle domine : Sc partant enfant vfer en plus grande quantité que n’eft le venin , à ce qu’elle foit plus forte à le vaincre Sc chalîèr. Et en faut donner deux fois le ioür , continuant tant que l’on verra le venin eftre amorty, Sc les accidens celiez. Et cecy eft non feulement profitable pour l'euacuation delà poifon , mais aufll pour fortifier les parties noblei. Or outre les chofes fufdites , faut auoir égard à altérer l'humeur: ce que nous auons dit eftre la féconde indication qu’on fe doit propofer en la cure prefente.Cequi fe fera en changeant vne qualité contraire par vne autre contraire. Exemple , fi le patient fent vne vehemente chaleur au lieu où eft la morfure, ou en tout le corps , alors il faudra appliquer remè- des refrigerans : au contraire, s'il fent froidure , remedes calefadifs , ôc ainfi des autres qualitez. Cecy te fufïîlc pour le regard des Venins , Sc de leur cure en général : il en faut traider mainte- nant en particulier. Et premièrement nous commencerons aux morfurcs des chiens enragez. Temps faut donner les ré • medes géné - raux* ' Corne les ïe* medes fe ré- pandent far tout le corfso Altérât hn de l’humeur vt- nensux. La caufe pottrquoy les chiens deuiennent plujîoft enragez, que les autres hejles. Chapitre XV* SE t a aduient * parce que de leur nature ils font préparez 6c enclins à telle difpofitionî ôc pource aufti qu’ils mangent quelquesfois corps morts, charongneux , 6c autres cho- fes pourries 6c pleines de vers , 6c boiuent des eaux de femblable nature : aufiî par vne trop grande melancholie d'auoir perdu leur maiftre ,flont courent cà& là pour le trou- uer, delaiftàns le manger 6c boire , dequoy s’enfuir ébullition de leur fang* qui puis après fe tour- ne en melancholie, 6c puis en rage. Dauantagc, pour deux autres caufes contraires :1a première* par la trop grande chaleur : la fécondé, par l’extreme froidure. Comme l'on voit que le plus fou- uentils enragent és iours caniculaires, 6c en Hyucr durant les grandes gelées. Ce qui aduient, parce que les chiens font de leur nature froids 6c fecs , & par confequent ils ont beaucoup d’hu- meurs melancholiqucs1, lefquels en telles faifons chaleurcufes ,fe tournent aifément en humeurs atrabilaires par aduftion, comme en Hyucr par conftipation de cuir , 6c fupprefTion d'excremens fuligineux, qui leur caufent vne fièvre continué grandement ardente, 6c vne phrenefie 6t rage. Legrand froid de l’air augmente fcmblablcment leur chaleur du dedans, laquelle eftant repoulfée s’augmente* & allume les humeurs préparez à telle rage 6c pourriture : lefquels font d’autant plus dangereux , que ne pouuans fortir 6c euaporcr parles pores 6c permis du cuir (qui pour lors font du tout fermez ) ils demeurent dedans, 6c font alors les mefmes accidens que fait la grande cha- leur de l’Efté. Aufti deuiennent enragez pour vfer de viandes tfop chaudes, qui leur efchauffent le fang , 6c leur caufent fièvre , puis la rage : femblablement aufti pour auoir efté mords d’autres chiens, ou loup, ou autres animaux enragez. tes caufes chteits (ieute* £e„ Gai. ch. io. hfimpl* ifij'd'opim» cotrairey tou- le tem- chaud &fer, Signes four cognoifire le chien efire enragé. C h a p- X V L n|pll| Ors qu'il voit de l'eau , il tremble, Sc la craint , & a vne horripilation , c'cft à dire, que le poil luy drefle. Il a les yeux rouges & fort flamboyans , Sc renuerfcz , auec vu regard véhément, fixe 6c horrible, regardant de trauers» il porte fa telle fort bas, & la tourne de collé. Il ouurefa gueule , Sc tire fa langue qu'on voit liuide & noire ,ha- lectc,éc jette grande quâtité de baue cfcumenfe,&: plulîeuts autres humiditez decoulentde Ion nez. Il chemine en crainte , tantoft à dextre tantoft à feneftre , comme s'il eftoit yure, ôc tombe lou- uent en terre. Lors qu'il voit quelque forme , il court à l’cncontrc pour l'afiaillir, foit que ce foit vne muraille , ou vn arbre , ou quelque animal qu'il rencontre. Les autres chiens le fuyent, Sc le Tentent de loing : SC s’il s’en trouue quclqu'vn près de luy * il le flatte, de luy obéit, 6c talchea le tes chies éfî* font Le vingt-vniefme Liure, 574 fuis de ceux qui ne le font point. defrober ôc fuyr de luy , encore qu’il foit plus grand ôc plus fort. Il ne boit ny mange ; il efl du tout muet , c’eft adiré , qu’il n’abboye point, a les oreilles fort pendantes', ôc la queue retirée entre les cuiflés : il regarde de trauers, ôc plus uïftement que de couflume : il mord également belles Ôc gens , tant domeftiques ôc familiers qu’eftrangers , ôc ne cognoift aucunement fon mai lire , ny la maifon où il a ellé nourry : parce que l’humeur melancholique luy trouble tous les fens. Ce qui duient pareillement aux hommes qui font vexez de tel humeur melancholique : car ils tuent quei- uesfos leurs peres, mères, femmes, ouenfans, ôc fouuentesfois eux - mefmcs. Les flânes pour cognoijhe *vn homme auoir ejîe mordu d'vn chien enrage. Chapitre XVII. SplSpIPIl L ort difficile de cognoiftrc du commencement quand quelqu’vn a ellé mords d’vn chien enragé ou non ; parce que la playe faite par la morfure , n afflige au commence- menc malade , non plus qu’vne autre playè , au contraire de celles qui font faiéles par mprfiures ou piqueures des autres belles venimeules : car fubitement on y lent vne ex- trême douleur , ôc la partie s’enflamme ôc enfle, ôc furuiennent grands ôc diuers accidens, félon la di uer fi té de la malignité du venin, comme nous dirons cy-apres. Donc nous conclurons j que le venin ait parla rage ne fe monllre pas au commencement, ôc qu’il n ait premièrement fain ôc altéré les parties nobles. Parquoy fi on doute au commencement que la morfure nefull faite d vn chien enragé , on le pourra véritablement cognoillre en mouillant du pain au fang ou en la fanie de la playe, que Ion donnera à vn chien affamé : ôc s’il le refufe à manger , mefrne qu il defdaignele flairer, cela dcmonllre que la playe ell faite d'vn chien enragé : au contraire, s il le mange il n efloit point enragé.Dauantage, pluficurs ont eferit, que fi on donne le pain ainfi trempe à vne pouîaille, ôc qu’elle le mange, elle mourra dans vn iour ou enuiron , fi le chien efloit enrage. Mais pour cer- tain , i’ay fait telle expérience, ôc fçauois véritablement que le chien efloit enrage par les lignes prédits, toutesfois les poulailles ne mouroient point après auoir mange dudit pain, Parquoy 1 ef* preuue du pain donné aux chiens efl plus certain , pource qu’ils ont vn fentiment exquis de flaûer naturellement, qui fait qu’ils fentent l’odeur du fang, ou fanie de la playe faite d vn chien emagee® ôc pour ce aucunement n'y touchent. Le venin fait far la rage ne fe monflre pas au com- mencement. Expérience faille par L'Autheur. Des accidens qui viennent a ceux aufquels le venin du chien enrage ejl commence d ejîre impri- mé aux parties nobles. Chap. XYIII. SV commencement le malade deuient fort penfif,ôc murmure entre Tes dents : il icfpond fans propos ,& deuient cholcreplus que de couftume : il penfe voir endormant vne infinité de choies fantailiqucs, ôc finalement tombe en vne maladie nommee des Grecs® Hydrophobia , c’eft à dire, crainte d’eàn. Les fignes qtie la rage efl du tout confirmée aux parties nobles. Puis après que le venin s’efl dauantage augmenté , ôc ja du tout changé l’oeconomie ou haimo- nie des parties nobles, alors la vertu imaginatiue, ôc toute rai Ton ôc mémoire ,ôc autres lens le pcr" dent : & par confcquent le malade deuient fol ôc infenfé, ôc ne cognoift aucunement les familiers amis, ôc domeftiques , ôc le defehire , ôc elgratigne, ôc mord foy-mefme, ôc les premiers venus qu ii peut attraper; qui fe fait àcaule des vapeurs & fuméesmelancholiques qui montentauccrueau,& altèrent & corrompent le tempérament d’iceluy : parquoy la rai Ion cil perdue , enfeipble tous les autres fens, dont le panure malade cil incité à courroux , ôc à mordre. Semblablement'il a fouuenc des mouuemens ôc tfèflailletnenS inuolontaires, ôc contrariions de nerfs : qui fe fait à caiifc de la ficcité véhémente s, prouenant du venin chaud ôc fcc, qui bielle le tempérament des nerfs qui font difleminez és mufclcs, ôc auffi qui leur confomme l’humiditc fubilantifîque. Pareillement le pa- tient a vue grande feichcreflè en la bouche, ôc la langue aride & feiche, auec vne foif intolérable» toutesfois fans appétit de boire, pourtant que défia Ton corps a pris vne affe&ion contraire à Tes a - clions naturellesjdontil aduient qu'il ne délire les chofes qui naturellement appaifent la foif.Plus,iî a la Face & les yeux rouges, & grandement enflambez,ôc pareillement tout le corps, à caufe de î’ex- treme chaleur ôc ficcité prouenant du virus veneneux ôc malin. Il s’imagine qu’il voit ôc oit des chiens,& veut pareillement japper & mordre : qui fe fait parce que le venin du chien enragé chan- ge ôc altéré toute la température de l’homme en toute facomplexion ôc fimilitude : en forte que tous les feus, penfées, paroles ôc vi fions,Ôc généralement toutes fes aélions font deprauées par l’humeur melancholique & veneneux,efpandu es ventricules du cerueau,lequel leur change refprit,telîcmcnt que le malade penle voir ôc ouïr des chiens, voire croit Iuy-mefme élire chien, duquel auffi il en- fuit la voix enrouée,parce qu'il jappé,abboye,crie,& hurle comme chiens, fans honte ôc rclpedl de Ion honneur,au grand efpouuantGment de ceux qui font prefens,& qui l'oyent. L’enroiieure vient par la grande leicherelfe , qui a defleiché la Trachée arterée, ôc les inftrumens de la voix. Il fuit grandement la lumière , à caufe que l'humeur melancholique, qui cil obfcur ôc ténébreux, ell con- traire à i celle : qui fait que le malade defire les tenebres,qui luy font femblables.il craint auffi à voit l’eau ( encore que ce foit vn remede fort vtile pour rafrefehir fon exrrerae chaleur ôc ficcité )ou quand il regarde eu vn miroir , il luy efl aduis & s’imagine qu’il voit des chiens , 8c que ce fouuc- nir luy fait auoir celle crainte. Pour celle caufe il craint l’eau, ôc toutes chofes tranfparcntcs ôc luy- fantes , ayans quelque rsueiberation : 8c quand il les voit,il crie ôc tremble, de peur d’eftre encore Vn home en- ragé a vne foif intoléra- ble , ncant- moins n'a au- cun appétit de boire. pourqueyil craint les chofes luy- famés. Des Venins, A mords : dont vient qu*il tombe , & fe veaütre en terre,pour fe cuider coüurir d'iceîlc. Ët telle chofc Te fait, à caufe que les vapeurs altérées & corrompues pénétrent parles yeux,& eftans paruenucs à l’eau ou miroir ,011 autres corps ferablablcs, par leur reuerberation luy reprefentent des choies* Or ils difent que celuy qui eft mords d’vn chien enragé, s’imagine toujours voir le chien duquel il a efté mordu , la crainte duquel luy fait âinli fuir ôc craindre l’eau. Autres difent cela aduenir , à caufe que par la rage,le corps tombe en vne extrême lîccité,quile fait fuir l’humidité , comme fou contraire. Rufus dit que la rage eft vne efpece de maladie melancholique. Or nous fçauons eftre chofc propre à tous mclancholiques , d’auoir quelque chofe particulièrement en crainte : par l’A- phorifme vingt -cinquielme de la Seélion fixiefme. Mais principalement ils craignent toutes cho- ies luylantes, comme l’eau , les miroirs à caulè qu’ils cherchent les tenebres , pource qu’à icelles les inuiteleur humeur noir » obfcur ôc ténébreux. Il a vne Tueur froide, ôc fort de IMcerc vn virus efeumeux , fétide, virulent, &crugincux , c’eft à dire , de couleur de roüilleure d’airain : qui ad- uient par l’extreme chaleur & acuité de l’acrimonie du virus qui adhéré en la partie, laquelle faid ébullition ôc pourriture. Aülîl on trouue l’vlcete quelquesfois aride & fec. L’vrine eft le plus fou- uent claire 5c fubtile , à caufe que les colatoircs des reins font fort relieriez ôc eftreffis , pour la chaleur ôc ficcité du venin : aulïï quelquesfois eft fore efpelfe ôc noire, qüi fe faid , à caufe que la g vertu expultrice chalîè tant qu’elle peut par les vrines l’humeur melancholique , qui a efté corrom- pu par le venin. Pareillement elle eft aucunesfois totalement fupprimée & retenue par la ficciré du virus , ôc des matières cralîes , vifqueufes ôc gluantes ,dont fe faid totale obftuudion des par- ties dediées à l’vrine. Bref, le panure malade eft tellement tourmenté par ces accidens , qu’en la fin vaincu de douleur Ôc de trauail, à faute de manger ôc boire , il meurt furieux ôc enragé. Mais lors que du commencement ( ôc deuanc que le venin ait entré au corps, ôc gaigné les parties nobles ) on adminiftre les remedes propres, les malades ne Taillent à guarir,& peu de perfonnes font morts, aufquels on ait diligemment pourucu. PrognoJHc. ' C h a p. X I X. 8N ne Te peut bien garder de la morfure des chiens enragez, atrenda qu’ils font tour- jours parmy les hommes , au moyen dequoy on eft en plus grand danger d'eux, que de toutes autres beftes venimeufes en leurs morfures.Et d'autant que le chien eft do- meftique & familier à l'homme pendant qu’il eft fain * d'autant luy eft il eiînemy depuis qu'il eft forty de fa nature accouftumée, qui fe faid par vne rage. Or le virus qui e(t en ia baue , eft chaud & fcc , malin , veneneux & contagieux , tellement qu'il communique la mefmeaflFedion à ccluy qu'il mord ( ft on n’y poaruoit détonné heure ) Toit vu homme, ou vne autre befte : Sc fbn venin eft tant fubtil, que Facilement pénétré par les pores du cuin&r eftanr attiré par les artères , par le continuel mouuemcnt d’icelles , il èft conduit au demeurant du corps. Par- quoy on peut conclure, que le venin de fa rage à la vertu,non feulement de faire enrager ceux qu'il mord, mais auffi ceux aufquels il aura jette Ton efcume,ou baue contre leur peau, fi elle y fait long fejour ; mais ft elle eft efluyée , & le lieu promptement laué d'eau Talée ou d'vrinc, elle n'y fera au- cun mal. Et faut icy entendre,que toute morfure de chien enragé ne nuift pas également, & ne tue pas en mefme-temps, ainft qu'auons cy-deftus demonftré du venin des beftes venimeufes.Car félon la difpofttion de l’air chaud ou froid,& la vehcmece du vcnin,& le lieu & profondeur de la morfu- re & ladiuerfîté des forces de ceux qui font mordus , & la cacochymie & mauuaifc habitude,c'eft à dire, félon que leurs humeurs font ja préparez à cftre pourris, ou qu'ils ont leurs conduits eftroits, ou plus larges,de là vient que les accidens apparoiftent pluftoft ou plus tard. Car aucuns viennent quarante ioufs après la morfure, antresfois fix mois, voyre vn an,& aux autres plus tard ou pluftoft, comme nous auons dit cy-deuant. Plusieurs après auoir efté mords deuiennent epileptiques, puis démoniaques & enragez. Ceux qui (ont tombez en hydrophobie, iamais ne guarilfent : toutesfois Auiccnne dit, qu’encores y a efperance, pourueu qu’ils fe cognoiftènt en vn miroir i car on voit par cela, que le venin n'a cncores du tout occupé les facultcz animales : & ceux-là ont befoin d'eftre vlolentemcnt purgez , comme nous dirons cy - après. Aecc raconte d’vn Philofophe mordu d’vn chien enragé, lequel voulant d vn grand courage rehfter à ce mal d’hydrophobie, vint au bain, où l’apparence d'vn chien fe prefentant deuant luy ( car il auoit cefte vifion , comme les autres frappez de femblable maladie ) &c ayant longuement penfé en foy - mefme : Qu'y a-il, dit * il, entre vn chien & vn bain ? Apres ces paroles il entra dedans le bain, & en beut fans auoir peur, dont il furmonta le mal, & guarit. Quand le malade fe veautre contre la terre , comme les chiens , c’eft figne de mort prochaine, parce querelle chofc demonftre que l’humeur melancholique, virulent & veneneux , eft en grande abondance, & eft communiqué par tous les membres. Audi quand le patient a la voix enroiiée , c’eft vn tres-mauuais figne , pourec que telle chofe demonftre qu'en la Trachée artere il y a quelque afperité par ficcitéde virus venimeux. En fomme, quand les parties nobles font failles du venin, il n’y a plus efperance de guarifon. Les hommes peuuent eftre fur- pris de la rage fans eftre mords de chiens enragez : car tout ainft que les humeurs fè bruflent, cau- fans vn chancre ou ladrerie , pareillement la rage peut aduenir, & principalement aux melancholi- ques. Dauantage, les morfurcs des beftes , comme Vipères , & autres animaux venimeux, ne cau- fenr tels accidens comme celles des chiens enragez, parce qu'elles font mourir, deuant que les accidens fufdits puiftent venir : joint auffi que la qualité d'iccux venins eft diuerfe. Plus , les gran- des playes faiéles par morfures de chiens enragez, ne font fi dangereufes que les petites, pourcc que par vne grande playe fort beaucoup de fang & de faniequi euacuë le venin» Le venin du chien enragé '‘fi chaud (y* [et. La baue fait enrager* Uijlotri» Signes de mort pro- chaine. Les hommes fettuent eftri furprii de La rage fans a- uoir ejfé mords d'au- cune be/it enragée* Le vingt-vniefme Liure, Cure de U mot fur e d’vn Chien enragé. C h a p. XX. BS O y s auonS die par cy-deuant, qu’aux picqueures 3c morfures des beftes venimeufes, il falloir vfer de prompts 3c fubtils remedes , afin que le venin n’entre dedans le corps, & ne corrompe les parties nobles. Et s’ils font obmis au commencement,en vain feront appliquez en autre temps. Ainfi qu’arriua à Balde, grand lurifconfulte, le ioüant auec vn lien petit chien , qui elloit enragé , duquel cftant tant foit peu mordu en la lèvre , ne fçaehant qu'il fuit enragé , négligea fa morfure , 3c quatre mois après mourut furieux & enragé, Sc n’y eut nul remede qui le peüft fauuer , pour ne l’auoir pris d’heure. Donc pour preuoir à tel accident, tout ce que nous auons déclaré cy-delfus en la cure générale des beftes venimeufes, tant pour l’cuacua- tion de l’humeur virulent ,que pour l’altération d’iceluy , doit cftre pareillement obferué en la morfure des chiens enragez. Et partant, fi quelqu'vn cognoift qu’il eft mords d’vn chien enragé,il s'eftorcera d’attirer le venin par tous moyens,come par ventoufesjcornetsjfcarifications, fanglucs, applications de volailles ,3c autres animaux , & par medicamens propres à ce faire , quiprelente- ment feront déclarez. Et fi laplayeeft grande, il la faut laifter faigner le plus qu’il fera poffible,afin que le venin forte auec le fang. Et là où elle ne fera allez grande , on y pourra faire des fcarifica- tions , ou y appliquer cautères aétuels : 3c fera tenue ouucrte pour le moins iufques à ce que qua- rante ioiirs foient pallèz, L’ozeille pilée 3c appliquée fur la morfure, 3c le bouillon d’icclle pris par la bouche, eft de grande vertu. Ce qu’Acce nous a laiifé par eferit, difant auoir ccgneu vn vieil- lard Chirurgien , lequel n’vfoit d’autre remede pour curer telles morfures. De ma part, ie confcillc de prendre promptement de l’vrine, 3c en frotter aflez rudement la playe,& y lai lier vn linge trem- pé delfus. Aulîî la mouftarde bien delayee en vrine , ou vinaigre, eft propre à ceft effeéf. Pareille- ment tous remedes acres, poîgnans, 3c fort attirans. Autre. Prenez roquette bouluë 3c pilée auec beurre 3c fel, 3c l’appliquez fur la morfure. Autre. Prenez farine d’orobe , miel, fel, 3c vinaigre, & ce foit tout chaud appliqué dellus. Autre.La fiente de chèvre bouluc en fort vinaigre,& appliquée. Autre. Prenez foulphre fubtilement puluerifé , 3c incorporé auec faliuc d’homme , 3c l’appliquez delfus. Autre. Prenez poix noire fondue auec fel, 3c vn peu d'euphorbe , 3c l’appliquez deîîus. Au- tre. Le poil du chien enragé, appliqué delfus la playe tout feul, a vertu d’attirer le venin par quel- que fimilitude : ce qu’on a plulîeurs fois expérimenté, ainfi que faiéfc le Scorpion , cftant efcaché 3c mis fur la picqucure d'iceluy. Aucuns Autheurs ont laide par eferit, que ledit poil de chien, brullc 3c puluerifé, 3c donné à boire auec du vin, preferue de la rage. Autre. Prenez froment maf- ché cru , 3c l’appliquez fur la morfure. Autre. Prenez des febues, 3c les mettez vn peu fous les cen- dres chaudes, puis les pelez , 8c fendez , 3c les appliquez delfus. Il faut faire bouillir du lapathum acutum, 3c de la decodion en laucr 3c fomenter la playc,puis y lailfer l’herbe pilée dellus ; auffien faut donner à boire delà decoélion au patient. Il afferme auoir faift de grandes cures auec ce feul remede : 3c dit que cefte decodion fait beaucoup pilfer : qui eft vue choie excellente à cefte maladie. Autre. Preilcz betoine , fueilles d’ortie, 3c fel commun, bro- yez-Ies, 3c appliquez dellus. Autre. Prenez vn oignon commun , fueilles de rué , 3c iel,broycz- les enfemblc, & appliquez delfus. Or entre tous les remedes, le theriaque eft finguiier , comme il a cfté dit, le faifant dillbudre en eau de vie, ou en vin, 3c en frottant alfez rudement la playe, tant que elle faigne. Puis y faut laillèr dedans du charpy imbu en icelle mixtion : 3c par delfus la playe, y appliquer des ails ou oignons, pilez auec miel commun 3c térébenthine : 3c tel remede eft excel- lent par lus tous ceux que i’ay veu par expérience. Et pour la probation de mon dire , i’allcgueray icy vne hiftoire dcl’vne des filles dcMadamoyfelle de Gronc, narine de cefte ville de Paris, laquelle fut mordue d’vn chiern enragé , au milieu de la jambe dextre , où le chien imprima les dents bien profondément en la chair : laquelle fut guarie par le moyen du theriaque, fans que iamais luy furuint aucun mauuais accident : lequel theriaque ie mcllois dans les medicamens deterfifs , 3c au- tres , iniques à la fin de fa guarifon. Or de vouloir icy déclarer tous les autres que i’ay penlé de telles morfures, ce feroit vne chofe trop prolixe: & partant cefte hiftoire fuftira pour le prefenr, pour inftruire chacun à remedier à tel accident. Il faut promptement manger vn ail, auec vn peu de pain, puisvboire vn peu de vin : 3c c’eft vn fouuerain remede, àcauleque l’odeur, 3c la grande chaleur fpirituculc qui eft aux ails, prohibe que le venin de la morfure n’offenfe les parties nobles. Autres commandent de manger du foye rofty du chien qui a mordu, ou du foye de bouc : ce que ie n’ay efprouuc. Antre remede. Prenez vne dragme de femence d’agnus caftus, auec vin 3c beurre , 3c en foit donné à boire. Autre. Prenez pouldrc d icreuilfes baillées, 3c la delayez en vin , & en donnez à boire. Autre. Prenez racine de gentiane deux dragmes, efcreuillés de riuierc baillées au four , 3c puluerifées trois dragmes, terre figil- lee quatre dragmes. La dofe fera vne dragme, auec eau, en laquelle on aura faid bouillir qnan- i tire d’efcreuilles, 3c en foit donné à boire comme delfus. Aucuns fe font plongez en la mer après eftre mords de chiens enragez , qui n’ont lailfé deftre furpris delà rage , ainfi que tefmoigne Fer- rand Pouzet, Cardinal, en Ton liure des Venins : partant ne s’y faut fier : mais pluftoft aux remè- des approuucz des anciens & modernes médecins 3c Chirurgiens. Il eft vray que la confidence que peut auoir le malade aux remedes , 3c au Chirurgien , fert beaucoup en cefte cure : au con- traire, felfroy & la crainte nuift beaucoup , 3c accéléré la rage. Partant il faut toufiours bien alïèurer le parient de fa parfaidle guarifon. Or il faut entendre, que le venin du chien enragé, ou la faliue d’vne Vipere, ou la baue d’vn Crapaut, 3c d’autres beftes venimeufes, n'enueniment pas en touchant feulement , mais faut que le venin entre dedans, tellement que fi a l’heure ou feifuye, ne pourra faire aucun mal. Hiftoire de Balde lurif- confultt. Tant tenir telles plages long temps ouuertes. Les remedes poignems & attradifs font fort louer, pour attirer le venin. Autre reme- de approuué d’A et i (os. Remedeex- cellent. Hiftoire, Autres reme. de< qu'Ô peut prendre par dedans. Se plonger en la /fier n’ejl remede cer- tain contre lu rage. Des Venins De la cure de ceux qui font ja en Hydrophobie , & manîmoms fe recognoijfent en cor es en vn miroir. Chap. XXL Hvx aufquels le venin n'a encores occupé les faoultez animales , il les conuient a grandement purger par médecines bien fortes. Et en cela il me femble que l'anti- il JSfàSl moine feroit profitable, d'autant qu'il prouoque la lueur, flux de ventre , & vomilîe- ment. Car ce feroit grande folie bailler en tels cas medicamens légers,quand le venin eil fort malin , Sc ja imprimé aux parties intérieures. Semblablement les bains leur font bons, pour leur prouoquer la fucur : la faignée ne doit ellre faiéle , de peur d’attirer le venin du dehors au dedans. Audi il faut qu'ils vfent ibuuent de theriaque ou mitrhidat.En ce temps-là pareillement leur faut faire boire de l'eau, Sc la bailler aux malades dedans quelque vailfeau cou- uerc, de peur qu'ils ne la voyent, pour les raifons fufdites. Vfage de l'antimoine* Mc'je àe fuir» boire l’eau an malade* Du régime de ceux qui ont efi empoifonnez & mords des Chiens enragezde picqueures & morfure s des besies venimeufes, Le malade doit demeurer en lieu chaud , & en air bien clair, de peur que le venin ne foie chade au dedans par le froid , & audi afin que les efprits foient recrcez, Sc efmcus du centre à la circon- férence par le moyen de la clarté: Audi on doit parfumer lachambre de choies odoriférantes.Sem- blableméc, il doit mâger au comencemcc viandes acres & lalees,corne ails, oignôs,porreaux,efpice- ries, jambons de Majcnce, & leurs femblables, & boire bon vin,& fans eau,à raifoil que telles cho- fes font fort vaporeufes & pleines d’efprits , qui refilent au venin , Sc ne permettent que fa vertu foir elpanduë au corps,& ne fe faifille des parties nobles.Pareillement on doit vfer de viandes craf- fes Se vifqueufes,parce qu'elles font obdruélion, & cftoupent les conduits, 6c parties vuides : audi en faut pluffcoffc manger plus que trop peu,à caufe que l'inanition accroift la malignité des humeurs qui cil chofe contraire aux playès venimeufes : toutesfois il y faut tenir médiocrité. Et cinq ou fix iours après on laidera lefdites viandes , ôc en lieu d’icelles, on vfera de temperees, 5c pluftoft hu- mides que fèiches : lefquelles feront efleucs félon qu'on les ordonne aux melancholiques : & mettra-on en leurs potages racines aperitiues, lefquelles ont vertu de faire vriner. On leur tien- dra le ventre allez lafche : Sc s'il y a repletion de fang, leur en fera tiré , non au commencement, mais cinq ou fix iours après la morfure fai 61e , pour les raifons quations deuant diéles. Pour le boire au repas, on vfera de vin médiocrement trempé , à fçauoir cinq ou fix iours après la morfu- re , ou d'oxymeî, ou de fyrop De acetojîtate citrl, auec eau boüillie : & entre les repas, de iulep faiét en celle maniéré. Prenez demie once de ius de limons, St autant de citrons , vin de grenades aigres deux onces, eau de petite ozeille , «Sceau rofe, de chacune vue once,eau de fontaine bouillie tant qu’il fera befoin , & foit faiil iulep. Il faut que le malade euitc le dormir, iufques à ce que lafor- ce du venin foit amortie & confomrace : car par le dormir, le fang ôc les efprits fc retirent au cen- tre du corps , & par ce moyen le venin eft porté aux parties nobles. Audi on luy doit faire vfer de chofes qui refilent aux venins, comme limons, oranges, citrons, racines de gentiane, angé- lique, tormentille , pimpernelle , verbene , chardon benill, bourrache , buglofe, & autres fem- bîables :&généralement routes viandes qui engendrent bonfuc, comme veau, chevreau, mou- ton, perdrix, poulailles, Sc autres femblables. L'inanition accroijl hs malignité du venin, Il ne faut faîgner até commence- ment, Chofes qui refirent aux venins. De la morfure & picqueure de la Viper e, & de fes accidens. Chap. XXII, ■ O v s les remedcs qui ont eftecy-déviant efctics des morfures des chiens enragez, peuuent pareillement aider à toutes morfures Sc picqueurcs des autres animaux ve- nimeux. Toutesfois on crouue des particuliers remedcs pour chacune morfure & picqueure. Ce que dirons le plus Tuccindement qu’il fera polîîble. Les Vipères ont entre leurs genciues , certaines petites veffies pleines de venin, qui s’imprime incontinent au lieu où elles font ouuerture. Les patiens Tentent douleur grandement poignante en la partie, laquelle promptement s’enfle bien fort, voire tout le corps. fi on n’y don- ne fnbit rcmede. Il Tort.de la playe vne fanie crafle &c Tanguinolente.: & autour d’icelle , il Te faid des veilles , comme celles des brufleures : Sc Tvlcere corrode & mange la chair, Auffi les malades l'entent inflammation au foye , & aux genciues : &.tout le corps deuient fort aride «5c fcc , de couleur pâlie & blafarde, ôc ont vne foif inextinguible. Ils Tentent par fois grandes tranchées au ventre, Sc vomiflent plulleurs humeurs cholériques,,.Sc tombent Tonnent en lyncope, Sc ont hoc- quets, comme vne conuullîon d’eftomach, auec vne Tueur froide , & la mort s’enfuit, s’ils ne font Tecourus denant que le venin ait Tailî les parties nobles. Mathiole dit auoir veu vn paifan, qui fau- chant vn pré , auoit par fortune coupé vne Vipère par le milieu : Sc iceluy print le tronçon de la telle , l’eftimant morte. Aduint que la telle Te courbant contre fa main , le mordit afprement au doigt : &Tucçant la playe,pour cuider attirer le Tang ( qui jaauoit elté enuenimé ) il mourut fur le champ. Or ie veux icy reciter vne autre hiftoire , afin de toufiours inftruire le icône Chirurgien. Le Roy Charles citant à Mont-pelier , ie fus mords d’vne Vipère au bout du doigt Index , entre Retnt des ge~ nermx. Accident qui viennent a ceux qui ont efté morde des Viferes, Hijîosr*, Autre hifloi- re de V Ah~ theur. Le vingt-vniefme Liure, 578 l’ongle 8c la chair, en la maifon d'vn Apothicaire, nommé de Fargcs,Iequel difpenfoit alors le the- riaque , auquel ic demanday à voir les Viperes qu'il deuoit mettre en la compoficion. Il m'en fit monftrer allez bon nombre, qu'il gardoit en vn vaillèau de verre,où i'en prins vne, 8c fus mords çpjçejjg youlant voir Tes dents, qui font en la mandibule fuperieure de fa glieule, couuerte d'vnc pe- tite membrane , en laquelle elle garde Ton venin ,lequel s’imprime ( comme i'ay dit) en la partie, incotincnt qu'elle y a faiél ouuerture. Et ayant receu celle morfure, ie fends fubit vne extrême douleur , tant pour la fenfibilité de la partie , qu'à caufe du venin : alors ie me ferray bien fort le au delfus de laplaye , afin de faire fbrtir le fang , 8c vacuer le venin , &c garder qu'il ne gajgnafl; aB delfus. Puis demanday du vieil rheriaque, lequel delauay auec d'eau de vie, en la main de l'vn des feruitcurs dudit de Fargcs, 8c trempay ducottonen lamifture , 8c l’appliquay fur la morfure : 8c après peu de iours ie fus guary fans aucun accident, auec ce reraede feul. En lieu de theriaque, on peut alîèurément vfer de mithridat. On peut pareillement vfer de tous re- medes poignans, 8c fort ateirans, pour obtundre la malice du venin. Comme la fquille , cuitte fous la cendre, ou des ails 8c porreaux pilez , 8c appliquez delfus. Autre. Prenez farine d'orge dé- layée auec vinaigre, miel, crottes de chèvre, 8c appliquez delfus en forme de cataplafmc. Autre. Tout promptement on doit laucr 8c fomenter la playe auec vinaigre , 8c fel , 8c vn peu de miel. Galien dit au liure delà Theriaque à Pifon , que l'on attire le venin d'vne morfure de Vipère , y appliquant vne telle de Vipere fur la playe : autresy mettent la Vipère entière bien pilée. Autre hï~ ftotre de i Ahc .eur. Ligature vn peu audeffw a H e' Du Serpent appelle Coule-fang. Chap. XXII L BE Coule - fang a efté ainfi appelle, pour autant que le fang coule par tous les con- duits du corps, qui enaefte mordu. C’eft: vn petit Serpent comme vneVipere, ayant les yeux fort ardans, 6c fa peau fort luifante. Auicenne dit qu’il a le dos marqueté de taches noires 6c blanches , 6c le col fort eftroit, 6c la queue fort menue.Les acci- dens qui fuiuent la morfure, c’eft que la partie deuient noire, à caufe que la chaleur naturelle eft efteinte par la malice du venin,lequel luy eft ennemy mortel,puis vn mal de l’eftomach 6c du cœur, qui facilement fe tellement du venin, ennemy capital defdites parties , 6c principale- ment en maladie veneneufe, ainfi que nous voyous aduenir en la Perte, laquelle eft fuiuie inconti- nent par les vomifleraens , qui ne fe font pour autre caufe, que pour la mauuaife difpofition qu’ils Tentent. Il s’enfuit auflî grand flux de ventre , qui fefai. 17. La figure de la Salemandre. Elle a vne vertu chaude, corrofiue de vlceratiuc : on en vfc aux medicamens , comme des can- rharides, à faire veflîes, pour nettoyer de confommer les matières coniointes en quelque partie merieurc du corps aux lepreux. Des Venins 58! ' De U Torpille. C h a p. X XV I H. A Torpille eft ainfi notnmee, à caufe qu’elle rend les membres endormis. Elle vie M\ aux riuages Fangeux, de chair des autres poilfons qu’elle prend par finefte : car eftanc W' cachée dans le limon, elle rend les poilTbns qui s’approchent d’elle, tellement endor- M mis , eftourdis & immobiles, qu’elle les prend , & en ioiiit à Ton plaifir : non Fcu- lement a ccftc vertu contre les poiftbns , mais aulïi contre les hommes. Car fi vn homme luy touche auec vue verge , elle luy endormira le bras : auffi Fait-elle aux pefcheurs qui l'ont priFe en leurs rets. Ce que tefinoigne Pline liure xxxij. chap. j. Ce qui eft confirmé par le dode Seigneur du Barras an dnquieFme liurc de la Sepmaine par Fes vers, " La Torpille , qui fiait quelle porte en fin flanc Vn hyuer infinfiblc , vn pefiifere fangy Vn incogneu pauot, une haleine cruelle, Qui raidit tous les corps qui Fauoifinent d’elle: Ver fi traiftreufiment fur les proches poijfins, le ne fiay quels venins, ie ne fiay quels glaçons. Dont l’efirange vertu s’ejpandent par les ondes N’arrefte feulement leurs troupes vagabondes: Ains me fine endort leurs finspuis fe paifi de leurs corps. Dont les tnernbres gelez. font & morts & non morts. La figure de la Torpille t’eft icy reprefentéc Tigure de U Torpille De lamorfttre d'Ajpicy. Chap. XXIX. A P^a)'e petite comme la picqueure d’vne aiguille , & ne fait aucune en- mW%L fleure. Les accidens qui aduierment après lamorfure, font,que les malades le lenrent colt après la veüc troublée , 6c pluflcurs douleurs par le corps aflez legeres , 6c lentenc qlcur à peftomach . & il peau du front fe ride , & le malade clmotte toufiours les yeuxj comme s’il auoit vouloir de dormir.: 6c toit après, 6c le plus fouuent dedans trois iouis. Atciient« Le vingt-vniefme Liure, 5Si autres en huid heures, meurent en conuulfion, h on n'y donne ordre.Lc malle Fait deux piquâmes A & *a femelle quatre, comme font les vipères. Or le venin de l’Afpic fait congeler le fang és veines & arteres : & partant faut douner,pour contrarier à iceluy,chofes calefadiues,& de tenue fubftâce, comme eau de vie,en laquelle on aura dilfout theriaque ou mithridat ôc autres femblablesraufli ou en appliquera dedans la playe,& fera-t’on efchauffer le patient par bains,fridions, 5c annulations, 5c autres femblables. Lors que la partie morfc deuient purpurée, noire ou verdoyante,telle chofc demonftre que la chaleur naturelle eft fuffoquée 5c cfteinte par la malignité du venin : alors la fauc amputer s’il eft pofllble, 5c que les forces le permettent. De Vigo en fa pratique de Chirur- gie, dit auoir veu à Florence vn Charlattan Triacleur , lequel pour mieux vendre Ion theriaque, fe feit mordre à vn afpic,de laquelle morfure il mourut en quatre heures. Matthiole seblablement le recitc,& dit,qu’ils eftoient deux Charlattas,dôtl’vn habloit Sc haranguoit mieux que l'autrc,pour mieux faire valoir Tes denrées, lequel conceut vue enuie mortelle contre fon compagnon : parquoy trouua moyen de luy changer fon afpic , qui auoit ja perdu fa virulence par la longue nourritu- re , & l'ayant ofté de fa caftble , y en mit vn autre reccntement pris 5c tout aftamé. Dont aduint que ce habladpür penfant que ce fuft le f en, fe fit mordre au tetin, ainfi qu'il auoit de cou- ftumede print après de fon theriaquc,lequel ne luy feruoit qu’à donner couleur,pour abufer 5c trô- par le peuple , qui voyant ceftebefte le mordre fans en reftentir aucune offenfe , conroit après luy, cftimamfon theriaque fouuerain. Mais le panure Charlattan trompé par fon compagnon, qui luy auoir change fa befte priuée 5c altérée de fon venin , en moins de quatre heures labia la vie : & les E accidens qui luy furuindrent, furent qu’il perdit la vcüe , & tous fes autres fens : fa face deuint liuide, 5c la lange fort noire, &: eut grand tremblement de tous fesmembres,auec fueur froide , 5c défaillance de cœur,puisla mort, & ce en la prefence des affiftans, 5c fubit le meurtrier gaigna au pied. Matthiolus dit, que ces Charlattans triacleurs , pour tromper le peuple à mieux vendre leur theriaque, prennent afpics 5c vipères, long temps après le pintemps, lors qu’ils ont jetré le plus dangereux de leur venin ; puis les apriuoifenr par viandes non accouftumées, & leur font changer en partie la nature venimeufe : 5c après ce les font mordre dedans de gros morceaux de chair , afin de tirer leur venin enclos en vne petite membrane qui eft entre leur dents Sc genciues ; puis ils leur font remordre fur l’heure quelque compofition, qui leur eftoupe les conduits , par lequel le venin a de couftume de fortir : tellement qifaprès qu’elles mordent,leur morfure n’apporte aucun danger. Et parce moyen ces larrons 5c pipeurs de Charlattans fe font admirer au fimple peuple , auquel ils vendent leur theriaque falfifié, bien 5c chèrement. Chiftofle l’André en fon liure intitulé Oecoiatrie , dit qu’aux ifles d’Efpagne y a grande multitude de ferpens, afpics &autres beftiaux veneneux , contre la morfure defquels iamais le theriaque ne peu feruir : 5>c par expérience on a trouué ce remede tres-excellent. Prenez des fueilles de thapfus barbatus, caryophyllata, giroflier rouge, autant d’vnqué d’autre: faites-les bouillir en fort vinaigre, 5c vrinc d’homme bien fain, 5c _ en fomentez la partie. Et fi le venin a efté jalong temps gardé , faut que le malade boiuc quatre doigts de ladide decodion àienn, d’eux heures deuant manger. Ledit autheur iure Dieu , que tel remede eft bien expérimenté, 5c qu’il s’oferoit bien faire mordre au plus dangereux afpic , lans en receuoit aucun mal. nmklt froid u Hiftoire. De la morfure de Couleuure. Chap. XXX. Hiftoire ré- cente & me- motvhle d'v i4* morfure de Gouleum*. «V a n t eft de la morfure de la Couleuure , ie produiray icy vnc hiftoire: Le Roy eftant à Moulins, Monlîeur le Févre Médecin ordinaire du Roy, Maiftre Jacques le Roy,Chirurgien ordinaire dudit Sêigneur,& moy,fufmes appeliez pour medicamen- ter le cuilînicr de madame de Caftclpers, lequel en cucillât en vne haye du houblon, pour faire vne falade , fut mords d vne Couleuure fur la main,& fueça le fang de la piaye,douttoft après la langue s’enfla lî fort, qu’il ne pouuoitqu’àbien grande peine parlêr,ny eftre entendu.Dauantage tout le bras iniques à l’efpaulcjs’cnfla & bourfouffla grandement,dc façon qu on çuft dit qu’on l’auoit foufllé:& difoit le patient y fentir vne extrême douleur, &c tomba en nos pre- fences deux fois en défaillance de cœuncomme eftant mort, & auoit la couleur du vifage & de tout le corps iaunaftrc & plombine. Nous voyans tels accidens diftons la mort eftre prochaine : néant- moins il ne fut laifte fans fccoursrqui fut,luy Jauer la bouche de theriaqne deftreropéen vin blanc, puisluy en fut donné à boire aucc eau de vie. Et futïon bras bourfoufflé, ieluy feis plulîeurslcarifi- «ations aftezprofondes,& mcfmemcnt fur la morfure,& laiflay fuffifamment fluer le fang f qui n’e- ftoit qu’vne lerolîté ) puis après furent lauez d’eau de vie, en laquelle i’auois fait dilîoudre du the- riaque & mithridat. Et après le patient fut pofé dans vn lift bien chaudement,& Iefeit-on fuer, le gardant de dormit, de peur que le venin ne fe retirait: auec la chaleur naturelle au cœur. Et vérita- blement le lendemain tous les accidens furent celiez , Sc fut toft après guary defdites fcarifications, foutesfois i’vlcere de la morfufe fut tenue longuement ouucne, y appliquant toujours du theria- queauec les autres medicaraens. Ainfl ledit cuiftnier receut entière & parfaire guarifon. Et te fuf- hfc de celle hiftoire pour preuoir à la morfure de la Couleuure. Cure d'icelle tnsrjurt.] Comment les Cmpauxim* friment leur v*nm' Mcores que les Crapaux n'ayent des dents , neantmoins ne lai fient d’empeilonnci: la partie qu’ils mordent de leurs babines , 5c genciues, qui font afpres 5c rudes, faifans palier 'leur venin par les conduits delà partie qu’ils mordent. Auffi iettent leur venin par leur Vrine, baue., & vomilfemcnt furies herbes principalement fur les fraifes , dont ils font fore De la morfure du Crapaut. Chap. XXXI. Des Venins. 583 Inans. Et ne le faut e£rnerueillcr, il après auoir pris tel venin, les personnes meurent de mort lubitc , donc en cet endroit ne veux laitier en derrière vne biliaire , que depuis peu de iours vu homme d'honneur m’a recité : Deux marchands eftans 3. vne difnée près deTouloufe, s’en aile- tent au jardin de leur hollc cueillir des fueilles de fange , lefquelles mirent en leur vin (ans eftrc 1 anées : & deuant qu’ils enflent acheué de difner * perdirent la veuc ,ayans premièrement vne ver- tîgine , tellement qu’il leur fembloit que la mai Ton tournait c’en delfus delfous , &c tombèrent en ipafmc Sc défaillance de cœur , ayans les lèvres 8c la langue noire, 6c balbutioicnt , «Se auoient le regard hideux & de trauers , ayans vue Tueur froide auec grands vomiftemens, 8c enfierentbicn fort, 8c peu après moururent, dont l’hofte 8c généralement tous ceux de la maifon furent bien fort eftonnez. Et tort: après la Indice les 8c les mit en prifon , leur mettant fus auoir empoifonné les deux Marchands. Et les ayans tous interrogé fur le crime qu’on leur itnpofoit de les auoir era- poiionnez , dirent qu’ils auoient mangé 8c beu des mefmes viandes, refte qu’ils n’auoient mis de la (aulge en leur vin. Adonc le luge feitappeller vnMédecin,pour fçauoir Ton pouuoit empoifonner la (aulge : 8c dit que oüy , 8c qu’il falloir aller au iardin , pour fçauoir T on pourroit apperceuôit quelque belle venimeufe , qui peuft auoir ietté Ton venin deftus. Ce que véritablement on rroutia, qui cftoit grand nombre de crapaux gros 8c petits, lefquels cftoient logez en vn trou fous le langé, allez profondément en terre , & les feit-011 fortir en fouillant 8c jettant de l’eau chaude autour de leur demeure. Et là fut conclu que là fange cftoit empoifonnée, tant par la baue que de l’vrine des crapaux , 8c par leur vapeur venimeufe , 8c l’hofte auec fa famille abfout. Et partant nous recueil- lirons par certe hiftoire, qu’on ne doit manger aucunes herbes, ny des fraifes, que premièrement clics n’a y en t efté bien lauées : ôc aufli que l’exhalation , morfure , banc 8c vrine des crapaux font fort venimeufes. Pareillement il fe faut bien garder de dormir aux champs, ayant la bouche prés de quelque tro«u , où les crapaux , 8c autres belles venimeufes font leur demeure , de peur d’attirer leur venin en refpirant ,qui pourroit eftre caufe de la mort du dormant. Audi faut euitet dc.manger des grenoüilles au mois de May , à caufe que les crapaux frayent auec elles. Ce qu’on veoit à l’œil au mois de May aux marefts 8c autres lieux où elles liabitec.il y en a de petits,qui font quelquesfois aualîez des bœufs 8c vaches auec les herbes qu’ils paiflent : 8c tort après il leur furuient vne telle enfîeure de tout le corps , qu’ils en creuent le plus fouuent. Or ce venin n’eft feulement dangereux pris par dedans, mais aufli ertant attaché au cuifpar dehors , ainT qu’il aduient lors qu’ils jettent leur venin quand on les tue ou autrement. Parquoy il faut promptement elfuyer 8c lauer le lieu d’v- nnc , ou d’eau falée, ou autres chofes qui ont efté cy-delfus déclarées aux morfurcs des chiens en- ragez. Les accidens qui aduiennent de leur venin, font que le malade deuient iaune, 8c tout le corps luy enfle, en forte qu’il ne peut auoir fon haleine, 8c halette comme vn chien qui a grandement couru: parce que le diaphragme (principal inftrument de la refpiration) nepouuant auoir fon raouuement naturel : redouble incontinent, 8c fait hafter le cours de la refpiration 8c expiration. Puis luy vien- nent d’abondant vertigines, fpafme, défaillance de cœur, 8c après, la mort, s’il neft promptement fecouru. Ce qui aduient non à raifon de la qualité de leur venin , lequel eft froid & humide, mais de fa malignité particulière, laquelle pourrit les humeurs. Or d’autant que ce venin eft cnnemy mortel de toute fa fubftance, il le faut combattre tant par qualitez manifeftes, que par antidotes ou contrepoifons : qui fc fera par vorailfemens (principalement T le venin eft donné par boire ou man- ger ) par clyfteres, 8c routes chofcs chaudes 8c de fubtiles parties , comme bon vin, auquel on aura dilîbuc theriaque ou mithridat, 8c autres chofes qu’auons par cy-deuant déclarées aux morfures des chiens enragez. Audi les bains, eftuues, & grand exercice font à lolier, afin de diflbudre, fubtilier, 8c vacuer l’humeur venimeux. Rondelet en l’hiftoiredes poifonsdit, que le crapaut eft vertu d’vne grolîè peau dure 8c mal-aifée à percer 8c rompre, parce qu’il fe confie 8c enfle, fe rempliflànt d’air, au moyen dequoy il refifte aux coups : peu fouuent mord,mais il jette vne vrine 8c haleine venimeufe à ceux qui le fentent, demeurans enflez par tout le corps , 8c bien tort meurent. Il dit auoir veu vue femme , qui mourut pour auoir mangé des herbes fur lefquels vn crapaut auoit halené& jette fon venin. Les mefehans bourreaux empoifonneurs en font plufieurs venins, lefquels il faut pluftoft taire que dire. Iceluy a la veflie fort grande, où il garde quantité d’vrine, qu’il jette contre ceux qui l’aflaillent. Les Alexitaircs & contrepoifons font,boire du jus deBetoine,de Plantain,& d’Armoife: pareillement le fang de Tortue , auec farine, & réduit en pilules, puis deftrempé auec du vin. Pline dit, que leur ratte 8c cœur refiftent contre leur venin. L’opinion du vulgaire eft faillie, penfant qu’on trouue dedans leur telle vne pierre nommée crapaudine , bonne contre le venin. Hifidn, Accident. Moyè defmri foTtir Us cra» paux hors de terre. Lei Accident ™2*JS*S “/uiennent du venin des crapaux. . ”/# pD{d fa mide , peur* r'f*Kt lci *Jtit}'eurs' Hifione à« Roni^eiet% Pline dit que leur ratte & cœur refifient contre leur venin. De U picqueure du Scorpion terre sire. Chai». XXXII. ftTfSSÿ5® Scorpion eft vne petite bcfte, ayant le corps en oualle, & a plufieitrs pieds, & la queue longue , faite en maniéré de patenoftres , attachées bout à bout l’vne contre § | l'autre ', la derniere plus grolfe que les autres, Ôc vn peu plus longue, à l'extrémité de laquelle il y a vn aiguillon, &c aucuns en ont deux, lefquels font creux remplis de ve- «, nih froid , par lefquels ils jettent leur venin dedans la playe qu'ils picquent. Il a de chaque codé cinq jambes fourchues en maniéré de tenailles : les deux de deuant font beaucoup plus grandes que les autres, faiétes en maniéré de celles d’vnc efcreuille. 11 eft de couleur noiraftre, com- me de couleur de fuye ; il chemine de biais : il s'attache f fort auec le bec & pieds contre les per- fonnes , que bien difficilement on le peut arracher. Aucuns ont des ailles femblables à celles des fauterelles qui mangent les bleds , qui ne font trouuez en France ; & iccux volent de région en autre , ainfî qu’on void des fourmis volans. Ce qui eft vray-femblable, parce que les payfans de Vefcription du Scorpion» Ê« la queuté gifl le venin» Scorpiont *fbfc 5B4 Le vingt - vniefme Liure, Caftillc (ainfi qu eferit Matrhiolus) en labourant la terre, trouucnt fouucnç en lieu de fourmilières, vne bien grande quantité de feorpions , qui s'y retirent l'hyuer. Pline eferit qu'en Ethiopie y a vn grand pays defert pour raifon des feorpions, qui n’y ont 1 ailie ny gens ny, belles. Les anciens font plufieurs cfpeces Sc différences de feorpions, Icfquels font diftinguez félon les diuer lirez de couleurs, comme iaunes , roux , cendrez, verds, blancs, noirs ; les vus ayans des aides : les autres point. Ils font plus au moins mortels, félon les régions où ils habitent, comme en la Tofcane Sc en Scythie font fort venimeux : en autres régions comme en l'Ifle de Pharo Sc à Trente , leur picqueure n'cft venimeufe, Sc n’en aduient aucun mauuais accident. Il futuient inflammation en la partie offenfée , aucc grande rougeur , dureté , tumeur, Sc douleur, laquelle fe change, à fçanoir, tantoft chaude, Sc tantoft froide : aufïî accroift intempeftiuement, Sc pat interualle ceffe , puis toft aptes accroift : pareillement le malade a vne Tueur Sc froiflonneraent, comme ceux qui ont la fièvre , Sc a vnc horripilation, c'eft à dire , que les cheuenx luy dreflént. Il fent auffi des punitions parmy le corps, comme fi on le picquoit auec aiguilles, Sc grande quantité de vents par le fiege : il a volonté de vomir Sc aller à Tes affaires , Sc n’y peut toutesfois aller, Sc tombe en défaillance de cœur, fièvre continue , Sc deuient enflé, Si fi on ne luy donncfecours , la mort s’enfuir. Antonius Beniuenius, au liure i. chap.fé. dit auoir eu vn feruiteur, lequel fut picqué d'vn feorpion , Sc tout fubit luy fur- uint vne fueur froide comme glace : fut preferuc de la mort en beuuant du theriaque dilfout en vin. Diofcoride liure z. chapitre 10. dit que le feorpion terreftre crud efcaché ou broyé , Sc mis fur la picqueure , ou l'huile d’iceluy, eft fon vray alcxitaire. On le mange aufïî rofty Sc bruflé pour ce mefme efteit, dequoy l'eXpcricnce fait foy. Autre remede. Prenez laid de figuier, & inflillez en la playe , tel remede guarit promptement. Autre. Prenez calamcnt broyé, Sc appliquez deflus: auffi la farine d’orge incorporée en décoction de ru’é , Sc appliquée delfus. Et potir remede excel- lent, il Ce faut jetrer dedans vn bain, Sc fe faire tres-bien fuer. Pour feder la douleur promptement, il faut piler des efeargots aucc leur coquille, Sc les appliquer deflus la picqueure. Audi le foulphre vif puluerifé , Sc incorporé auec térébenthine ; eft fouuerain remede. La rue pilée , Sc appliquée deflus, eft bonne. Auffi pour vn fingulier remede on y applique l'herbe nommée feorpioides, dont on a pris le nom. Autre remede. Racine de couleurée bouîuc , Sc pilée auec vn peu de foulphre. Autre. Les auls pilez , foulphre Sc huile vieille méfiez enfemble, Sc appliquez delfus. Autre. L'agaric puluerifé ou en decodion , cure leur picqueure. Pour 1 es chafler il faut faire fuffumigation de foulphre, Sc galbanum. L'huile auffi faite d'icenx, appliquée aux troux où ils habitent, garde qu’ils n'en peuuent fortir. Amant en fait le jus de raifort. Et pour les garder qu’ils n'approchent Sc picquent perfonne, il fe faut frotter de jus de raifort, ou d’auls : car par ce moyen iaraas n’approchent de ccluy qui s’en fera frotté. Plufieurs autres remedes ont eferit les anciens, mais ie n'ay pris que ceux qu’on peut aiféraent recouurer, & font grandement loliez par delfus tous autres. fline lin. g. chap. z9. Les accident Vent VVux yui font pic- ynez, des feorpions. Cure. Antidote, Remedes qui chaffent les feorpions. De la morfure & picqueure des moufehes dr chenilles. ChAp. XXXIII La picqueure de tnoufcht t!eft touftour s mortelle. E s abeilles ou autres, les guefpes , les freflons, les bourdons, les taons, après auoir fait ounerture au cuir , les vnes par leur mordue , les autres par leur picqueure,. caufent vnc grande douler, pour la malignité du venin quelles jettent en la playe, laquelle toutcsFois n'eft pas toujours mortelle : vray eft que fe jettans icelles belles en grand nombre fur vn homme, elles le peuuent tuer : car on en a mcfme veu mou- rir les chenaux. Ceux qui en font inopinément offenfez , pour la grande douleur qu'ils lentent, e (liment que ce foit quelque autre belle venimeufe. Et pour celle caufe il eft bon de fçanoir les lignes Sc accidens de leur pointure. C'ell qu'ils caillent grande douleur , laquelle demeure iniques à ce que leurs dents ou picquerons foient ollez , & le lien. deuient promptement rouge , Sc enflé à l’entoirr , Sc s'y forme vnc veille , pour caufe de la virulence qu'elles jettent ayans fait ouuerture du cuir. Pour la curation , il faut promptement fuccer le lieu le plus fort que l'on pourra, pour ofter leurs dents Sc aiguillons : Sc lî par ce moyen ne peuuent dire ex- traites , faut incifer le lieu ( lî la partie Je permet} ou prendre cendres , Sc leuain , Sc huile , incor-: porez cnfemble , Sc l'appliquer deflus. Autre remede. Il faut mettre la partie en eau chaude, Sc le badiner par l'efpace de demie heure ou plus , Sc après lauer la playe d’eau Talée. Autre. Le crclfon pile, Sc appliqué deflus fede la douleur, Sc refont l’humeur contenu en la tumeur. Autant en fait la hante de bœuf détrempée en huije Sc vinaigre, Sc appliquée afléz chaude deflus. Autre. Feues mâchées:& appliquées deflus, fedent pareillement la douleur. Audi fait la perle pilée aucc oxycrar. Aucuns commandent prendre defdfies moufehes, Sc les efcacher Sc en frotter le lieu , Sc les lai lier délias, ainh qu'on fait aux pkqueures de feorpions. Autre. Faut prendre vinaigre , miel, & Tel, Sc le plus chaud qu’on pourra enfrOtter le lieu , Sc y lai(1er vn linge en double deflus, Autre. Prenez foulphre vif puluerifé, & incorporé en faliue d'homme , Sc appliquez delfus. Autre. Laid de figues non meures, incorporé auec du miel, eft aulîï vn foùuerain remede. On peut eftre aflèuré fur tous rcmedes, du theriaqne (que Galien approuueau liure De theriaca ad Pifoncm) le difant eftre le plus falubré remede dont on puifle vfer aux picqueures Sc mordues des belles yenimeufes, com- me i’ay dit cy-defths. Pour garder que lefdites moufehes ne mordent Sc picquent, il le faut oindre lç corps de jus de manne incorporé auec huile, Sc pour les chafler bien toft , il faut faire parfum de foulphre Sc d’auls. Galien dit que la guefpc a celle malice , que voyant vne vipere morte , elle s‘en va tromper Ton aiguillon au venin d'iceîle , Sc de là ( dit-il ) les hommes on* appris a smpoifoniier Ics-flçches, Les chenilles rouilès Sc velues, appellées en Latin engendrer*t Cure. tes moufehes remédient à leur venin. Pour chajfer hien tofl les tnoufches, Accident. Des Venins. grande demattgeaifon, rougeur Sc tumeur au lieu quelles mordent, ou feront attachées, ou efea- chccs : &: celles qui feront nourries es pins encores plus. Les oignons pilez auec vinaigre eft Cure* vn nngulier reraede pour appliquer au lieu, Sc pareillement les autres remedes qu’auons eferit auxmorfures Sz picqueures des mouches. De la morfure des Ardignes, Chap. XXXIV. C 5 ra,SneS ourdiftent leur toile de diuerfes façons, Sz y font vn petit trou, dans le- ont roufîours enembufeade , pour attraper Sz prendre les moufches Sz moufehe- rons, defquels elles fe nourrifténe. Il y en a de plufieurs efpeces. L’vne eft appelée Rha- gion, laquelle eft ronde, & de couleur noire, comme vn grain de raifin , dont elle por- te le nom : elle à la bouche au milieu du ventre,& les jambes courtes, Sz faiél mefmc douleur, que le icoipion. Il y en a vne autre efpece nommée Loup, pource qu’elle ne chailè feulement aux mouf- ches communes , mais auiîi aux abeilles Sz aux taons , Sz généralement à toutes petites beftioles qu elles peut attraper en fa toile. La rroifiefme efpece eft appellée Formillon , pource quelle ref- fcmble à vne grande formis , Sz eft noire, Sc a le corps marqueté de certaines petites eftoiles lui- fantes, Sz principalement vers le dos. Laquatriefme efpece eft appellée de Matthiolus Dyfderis, Sc eft iembiableaux moufches gucfpes, refte qu’elle n’a nulles ailcs,Sr eft de couleur aucunement rou- ge, laquelle ne vit que d’herbes. Or les anciens tiennent que leur morfure eft fort venimeufe , Sc que le venin eft froid , parce que les accidens qui en prouiennent font grandes ventofitez au ven- tre , Sz froideur des extremitez , Sc au lieu de leur morfure, le malade fent vnc ftupeur, Sz grande réfrigération , &avne grande horripilation. Il fautlauerlaplayepromptementdevinaigrele plus chaud qu on le pourra endurcis Pareillement faut piler des aulx Sz oignons, Sz les appliquer defilis, ou bien delà fiente de chèvre fricaffée en vinaigre. Semblablement eft bon qu'on prouoque Ja lueur foit par bains, eftuues , ou autrement. Et fur tout le theriaque eft excellent, tant donné par dedans, qu’appliqué par dehors. Différence*, Accident t Cure, Des moufches cantharides, C H A P. XXXV, BE s moufches cantharides font refplendiftantcs comme or , Sz font fort belles à voir, à raifon de leur couleur azurée parmy le iaulnc, toutcsfois de très-mauuaife odeur. Elles lont chaudes & feiches iufques au quacriefme degré, Sz partant corrofiues, bruf- lantes &c venimeufes , non feulement à caufe de leur chaleur Sz feichcrdfe cxceffiuc, mais aufli à caufe d’vne particulière inimitié que nature leur a donnée, principalement contre les parties dédiées à fvrine , non feulement prifes par la bouche, mais aufli appliquées par dehors, quand il ett befoin de veiller ou vlcerer quelque partie. Les fignes ou accidens d'auoir pris des cantharides par dedans♦ Le premier eft que le malade fent au gouft comme poix noire fonduc,qui procédé des humeurs vaporeufes bruflées en l'eftomach Sc au foye par la vehemente chaleur putredineufe de leur poifon: & toft après qu'elles font entrées dedans l'eftomach , le rongent & y caufent grande douleur, Sz excitent vnc inflammation au foye Sz aux boyaux, dont il s'enfuit flux de ventre', par lequel le malade jette par fes (elles, des excreraens fcmblables à l’eau , dans laquelle on a laué chair fànglanre,ou comme le flux des dyienteries Sc caquefangues. Et à caufe de l'aduftion qu'elles font aux humeurs, furuient fièvre ardanre, de façon que les malades deuiennent vertigineux & infen- fez, ne fe pouuans tenir en place pour les fumées Sz exhalations venimeufes , qui montent des par- ties balles au cerneau , lequel rellèntant telle vapeur, peruertit le ingénient Sz la raifon : tous lef- quels fignes apparoilfans, on peut iuger la maladie eftre incurable. Et quant aux parties dediées à fvrine , caufent inflammation , excoriation , Sz vlcere , auec vne extreme douleur, ercdlion de la verge , Sz tumeur aux hommes & aux femmes, de toutes leurs parties génitales, qui fait quei’vrine fort en moindre quantité , Sz cncorcs le peu qui en fort, efl: fan gui no lent : voire fouucntesfois les patiens pillent le fang tout pur , Sz quelquesfois aufli les conduits de l’vrine font du tout cftou- pez , dont s’enfuit gangrené Sc mortification , Sz par confequent la mort. La cure du venin des cantharides prifes par dedans ou par dehors , ne différé que félon plus ou moins. Lors que qucl- qu’vn aura pris des cantharides faut promptement le faire vomir , &luy donner du laicl de va- che à boire,lequcl a vertu d’efteindre l’ardeur de la poifon, Sz reftreindre le flux de ventre, feder la douleur , parce qu'il lenit Sc adoucit la chaleur Sz feicherelic. Pour ceftc caufe on en vfera tant au boire,qu’en clyftercs Sz inieétions : Sz qui n’aura du lai£l,on vfera d’huile d’oliuc, ou d’amandes douces,pour addoucir l’acrimonie de leur venin, qui pourroit eftre attaché contre les parois de i'e- ftomach & inteftins. Et leur fera-on autres chofes , qui feront recitées par celle hiftoirc, laquelle il m’afemblé bon de recirer , non pour enfeigner le moyen d’en vfer,mais au contraire afin de s'en preferueivSc cndoélriner le Chirurgien,où telle chofe aduiendroit,dy remedier. Vn Abbé de moyen aage, eftant en celle ville pour folicitcr vn procès, folicita pareillement vne femme honnefte de Ton mefticr, pour deuifer vne nùiél auec elle, lî bien que marché fait, il arriua en fa maifon. Elle re- cueillit Monfieur l’Abbé amiablement, Sz le voulant gratifier , luy donna pour fa collation quelque confiture, en laquelle y entroit des cantharides, pour mieux l'inciter an déduit venerique. Or quel- que temps après, à Içauoir le lendemain, les accidens que i’ay par cy-deuant déclarez aduindrent à Monfieur l’Abbé, Sz encores plus grands, parce qu’il piffoit&iettoit le làng tout pur par le fie- ge, Sc par la verge. Les Médecins cftans appeliez , voyans l’Abbé auoir tels accidens , auecere- jdlion de verge , cogncurent à le voir qu’il auûiî pris des cantharides. Ils luy ordonnèrent des Le venin des Cantharides efl chaud. & fcc. Cure de eeii% qui auront prii des can* tharides„ tiifloirè d'vni ieune Abbé qaiprint dti cantharides par dedans., 586 Le vingt-vniefme Liure, vomitoires Sc clyfteres, faits d'orge-mondé,de riz, & decodion de mauues, feraence de lin, de fe- J nugrec, d'huile de lis, fuif de bouc,ou de cerf, Sc puis après vn peu de theriaquc mixtionné auec conferue de roles,pour faire lortir la poiion dehors. Pareillement on luy donna à boire du laid,Sc un luy en fit auffi des inicdions en la verge,& aux inteftins auec autres chofes refiigcrantes,gîai- reufes Sc gluantes,pour cuider obtundres Sc amortir la virulence & malignité du venin. Or telles chofes à bon droit ont efté ordonnée des anciens Médecins , parce qu'elles demeurent long temps attachées aux parties intérieures offenfées Sc vlcerées , ioind auffi qu'ellles gardent que le virus n'y peut pénétrer : Sc partant le laid y eft fort bon. Audi le beurre frais beu Sc jette en la veffie, Sc l'huile d'amandes douces recentement tirée : fcmblablement les mucilages de plyllium,de mau- ues,de coings : Sc le fyrop de nénuphar, de pauot,de violes,de jus de laidués,pourpié,concombres, de courges, Sc de melons. Or fon boire eftoit eau d'orge & ptilane : fon manger eftoit poulailles, veau cheurcan, cochonsgras boullus aueclaidués, ponrpié, mauues, violier de Mars, orge,lefquels alimens luy eftoient auffi raedicamens , tant pour lafcher le ventre, que pour addoucir & feder les douleurs de l'acrimonie du venin : Sc fur la région des reins, lumbes, Sc fur le perineummeit plu- /icurs chofes refrigerantes,&humedâtes.Dauâtage il fut baigné pour cuidcr donner iifuë au venin par les pores du cuir : mais pour tous ces remedes faids félon l’art, Monheur l’Abbé ne delaiftà à mourir auec gangrené de la verge. Et partant ic confeille,à telles Dames ne prendre de telles con- fitures, Sc moins encores en donner à homme viuant, pour les accidens qui en aduiennent. le ra- conteray encore cefle hiftoire. Depuis quelques ans en çà, vne Damoifclle vint à Paris fort coupe- rofée au vifage , y ayant de gros faphirs , ou boutons auec grande rougeur, en forte que plufieurs qui la voyoient l'eftimoient eftre lepreufe, iufques à luy interdire de non plus entrer en l'Eglifc de fa Paroi ftè,de/ peur qu'elle ne gaftaftles fains. Icelle appellaauecmoy Meffieurs Jacques Hollier , 5c Robert Grcaume, Dodeurs Regens en la faculté de Médecine, auec Eftienne de la Riuiere,& Ger- main Cheual, Chirurgiens iurez à Paris, pour donner aide à fon mal. Et après qu'elle nous eut monltré plufeurs receptes des remedes quelle auoit pris pour cuider eftre guarie : après auffi fa- lloir exactement vifirée Sc examinée , fut conclu & accordé , qu'elle,n’eftoir aucunement lepreufe: parquoy pour guarir fa couperofe, on luy appliqueroit vn veficatoire fait de cantharide fur toute la face , afin d'attirer la matière des boutons, 5c l'humeur fuperflu qui eftoit pareillement imbu en tout fon vifage. Ce que ie feis. Et trois ou quatre heures après que le veficatoire fut réduit de puif- fance en efted , elle eut vne chaleur merueillcufe à la veffie, & grande tumeur au col de la matrice auec grandes efpreintes : Sc vomiftoir , pillbit 5c affelloit incelîàmment, fe jettant çà& là,comme fi elleeuft efté dans vn feu , Sc eftoit comme toute infenfée Sc febricitante : dont ie fus alors ef~ merucillé de telle chofe. Partant ie r'appellay la compagnie , tant les Médecins que Chirurgiens. ( Et voyant que tel accidens venoient à raifon des canrharides qu'on luy auoit appliquées pour faire le veficatoire , fut adnifé qu’on luy donneroit du laid à boire en grande quantité, auffi qu'on luy en bailleroit en clyfteres Sc iniedions, tant au col de la veffie que de la matrice. Sem- blablement elle fut baignée en eau modérément chaude , en laquelle auoit boüilly fcmence de lin, racines & fueilles de mauues, Sc guimauues , violiers de Mars, iufquiame, pourpié , lai du es : Sc s'v tint allez long temps,à caufe qu’en iceluy elle perdoit fa douleur. Puis eftant pofée dedans le lid, Sc elfu yée, on luy appliqua fur la région des lumbes,5c autour des parties génitales , onguent rolat Sc populeum , incorporez en oxycrat, afin de réfréner l'intemperature de ces parties. Et par ces moyens les autres accidens furent celiez. Et quant à fon vifage, il fut entièrement veffié:6c iet- ta grande quantité de fanie purulente. Et par ce moyen perdit ccfte grande deformité de la face qu'elle auoit auparauant. Et après eftre guarie, nous luy donnafmes atteftation qu'elle n'eftoit au- cunement entachée de lepre. Et toft après eftant retournée en famaifon, fut mariée, & a eu depuis de beaux enfans, Sc vit encore fans qu'on l'apperçoiue auoir eu la face efcorchée. Ces deuxhiftoi— res inftruiront le ieune Chirurgien à remedier à ceux qui auront pris des camharidcs, tant par dedans que par dehors, s'ils font appeliez pour y prenoir. Or denantqne les fufditsaccidens foienc 1 unie nu s Sc gaandement accreus, on fera boire de l'huile au malade,ou quelque decodion relaxante: pareillement on en baillera par clyfteres Sc iniedions, afin de prouoquer le vomir , Sc lafcher le ventre : Sc principalement pour garder que le venin n'adhere contre les parties par où il paile: comme lors que nous voulons appliquer vn cautere potentiel, ou vn veficatoire fur vne partie , fi eliceft huileufe ou engraiftee, ils ne pourront faire leur opération , que premièrement on n'ait ofté 1 ondnofiré. Et pour le dire en vn mot,fi vn venin a efté prins par la bouche, & eft encore en l’e- ftomacli, il faut prouoquer le vomir ; Sc s'il eft ja defeendu aux boyaux gros , il faut donner clyfte- res ; & fi on a opinion que ia vertu foit efpanduc par tout le corps , il faut donner chofes qui ont puilîance de chafter le venin du centre à la circonférence, comme bains , eftuues : ou mettre le ma- lade dedans le corps de belles recentement tuées , comme bœufs, vaches, mules & mulets Sc faire autres choies qui prouoquent la lueur comme auons dit cy~deuanr. Pluf eurs re- m~des contre l'ardeur des cantharides. Jlutre hi flai- re d’vne Da- molfelle cou- perosée. MerueiÜsux ajfeiis dès cnn harides appliquées par dehors. Preutie du remede des chofes oa- Bueufes con- tre les venins cerroftfs. Delà moufihe nommée Btiprejîe. Chap. XXXVI. Tourqttoy l’enfteure •vient a ceux qui ont man- gé des bupre - jfes. vne moufche femblable à la cantharide, laquelle eftant mangée auec l'hcr- W t>e Par animaux paiftans,comme bœufs,moutons,6c autres, les fait mourir enflez com- me tabourins. Et pour cefte caufe eft appeilée des Paftcurs, enfle-bœuf. Et fi vn homme en mange, il aura fcmblables accidens que s'il auoit pris des cantharides, 6c le fait pareil- lement enfler , ainfi que fi le malade eftoit affligé de l'hydropifîe nommée Tympanités. Cela ad- iiient par les vapeurs, lefquelles s'efleuent des humeurs liquéfiez 6c fondus pat la vertu de leur ve- nin. Les remedes font femblabies à ceux des cantharides. Des Venins De U fang fié, ouficce-fang, C H A p. XXXVII., E s fang-fues font venimeufes * 6c principalement celles qui font nourries es eaux m bourbeufes, 6c celles qui font és eaux claires moins. Et pour celle caufe , lors qu’on Cl s en veuc rulL » ü l£s faut premièrement faire dégorger en eau claire, trois ou qua- tre i°uTs Pouy 1£ moins : autrement elles laiflent le plus fouuent des vlcercs où elles feront attachées , lefquelles puis après feront difficiles à curer : ce qui fe fait encore dauantage il on les arrache par force , pource quelles laiflent leurs dents en la chair. Or fi quel- qu’vn en a aualé vue par inaduertance * il le faut interroger * pour fçauoir l’endroit, où il la fent tirer. Et h elle eft demeurée au gofier, ou au milieu d’iccluy * pour la faire defmordre, faut que le malade fe gargarize plufieurs fois de vinaigre , auquel on auradîflbult vn peu de mouftarde : 6c fi elle eftoit près de forifice de l’eftomach, il faut qu’il aualle de l’huile peu à peu auec vn peu de vi- naigre : 6c où elle feroit defeenduë au fond de l’eftomach , le malade la fendra tirer 6c fuccer , 6c quelquesfois crachera le fang, 6c tombera en vne peur, comme ayant perdu le fens : 6c pour la faire deftacher , boira bonne quantité d’eau tiède auec huile : 6c où elle feroit opiniaftre, pour la faire encore plus promptement debufquer * on y meflera vn peu d’alocs, ou quelque antre chofe amere* & par ce moyen elle fera deftachée 6c vomie : ce qui fe cognoift en celles qui font attachées exté- rieurement : car on les fait démordre 6c quitter la place en mettant telles ehofes fur leurs teftesc Puis on donnera quelque chofe aftringente pour cftancher le fang de fa morfure , comme cortferue de rofes, auec vn peu de terre figillée, «Se bol armenic, 6c autres ehofes plus aftringentes s’il en eft befoin. Car fi elles s’attachent conttré vn gros rameau de veine,ou artere, le fang coulera en plus grande abondance , 6c par confequent fera plus difficile à eftre eftanché'qu’en vn petit rameau. Or il ne fe trouue pas feulement des animaux venimeux fur la terre, 6c és cauernes d’icellc, mais auffi ils fe trouuenten la mer des poiflons venimeux, comme la Murene, laPaftenaque,Ia Yiue, là Torpille,le Lièvre marin, defqucls nous faut à prefent parler, commençant à la Murene. Préparation des fang- fues. date. Preutts du rernedesh De U Murene. Chap, XXXVIII. BA Murène eft Vn poiffon dé Mer * reflemblanf à la lamproye* toutesfois die eft pluâ large, & a la gueule plus grande: elle a les dents fort longues , aiguës 6c courbées ad dedans. Elle eft de couleur brune , fa peau couuertc de petites taches blancheaftres, le corps long de deux coudées. Les anciens les priloient beaucoup en viandes, tant à rai fon quelles font de bon gouft, que pour autant qu’on les peut longuement gar- der dedans les viuiers 6c boutiques pour s’en feruir en temps : elles font faciles à s’appriuoifer,tef- moin celle de Craflus , de laquelle àuons parlé cy - deuant. Leurs morfures ameinent femblables accidens que celles des viperes ; & partant font guaries par les mefmes remedes. Ælian dit, quela Murene fe iette fur terre, 6c qu’elle va chercher la vipere iufques dedans faca- uerne pour frayer auec elle. Ce qui eft prouué par les vers de Nicandre. Il court de la Aiurenc vn bruit tout ajfeure\ C’efl cfuvn firpent l’elpoufi, & que defin plein gré Elle fin de la mer, puis toute defireufie* s Elle va s’écoulera la befle amour eu fie, La Viue a eu ce nom à raifon de fa grande viuacité,car eftant tirée de la mer,demenre long tetnpS en vie:fcs aiguillons font veneneux,principalement ceux qui font au bout de fes oüyes. Pour celle caufe les cuifinicrs leur coupent la telle deuant que les feruir à table. A Rouen comme à prefent à Paris les poirtbnniers ne les ôfent vendre, que premièrement ne leur ayent coupé la telle. Ceux qui en font piquez , fentent grande douleur à la partie* auec inflammation d’icelle fièvre , défaillance de cœur , grangrene 6c mortification , 6c par confequent la mort, fi promptement on n’y remedie. Premier UuH des animaux* ta Ÿîuii De la picqueure d'vne Fine, Chap. XXXIX. HV i s n’agueres, la femme de Monfieut Fromager Greffier aux Requeftes du Palais fut picquée d’vne Yiue au doigt medicus;& peu de temps après il s'enfla bien fort auec gra- de rougeur*«&: pende douleur. Elle voyantquela tumeur s’augmeptoit iufqu’à la main, craignoit qu’il ne luy furuinft vil tel accident * qui de n’agueres pour vn cas femblabie eftoit adiienu à vne flenne voifine, vefue de Monfieur Bragelonne, Lieutenant particulier au Cha- jftelct de Paris, pour auoir cfté ainfi picquée : dont luy eftoit furuenu (pour fa négligence) vne gan- grené & mortification totale du bras, 6c cil fin mourut miferablemcnt. Or eftant arriué vers ma- dame Fromaget,& ayant entendu la caufe de fon mal, promptement ie lily appliquay fur le doigt, 6c femblableraent fur la main, vn cataplafme fait d’vn gros oignon cuit fous la braife, & du leuain, auec vn peu de theriaque. Et le lendemain matin ie luy fis tremper toute fa main en de Peau allez chaude,afin d’attirer le venin au dehors,3c après ie luy fis plufieurs fuperficielles au- tour du doigt: puis luy appliquay des fang-fues fur lefdites fcarifications* lefquelles tirèrent fuffi- famment du fang : 6c après i’appliquay du theriaque dilfout en eau de vie , 6c le lendemain froü- uay fen doigt 6c fa main prefque toute defenflée, &fans nulle douleur : 6c quelques iours après fut entièrement guarie. Autant en auois-ie fait n'agueres au cuifinier de Monfieur de Soufly , Trefo- rier de l’Efpargne , lequel fe picqua fcmblablcmcnt d'vne Viue , dont tout le bras eftoit enfle 6i ijifioîte d'vt ne femtoe picquée d’if* ne ViftCi 588 Le vingt-vniefme Liurc, & enflamme iufqu’à l’efpaulc, £< en brefs iours fut pareillement guary. Ces hiftoircs fendront aux ieunes Chirurgiens, quand ils fe troqueront à l’endroit de pareilles picqueures. Diofcoride efcrit que pour remédier à la piqueure , faut appliquer la Viue fendue par la moitié , ou de l’aluync, ou dé la fange, ou du foulphre incorporé auec du vinaigre. L’on atrouué depuis quelque temps, que le foye de la Viue appliqué promptement fur la playe eft vn tref-prompt ôc infaillible remede contre fon venin , il faut, fi toft qu’on fe fent piqué, onurir la playe par vne petite incifion , pour donner iftué au fang, & après la frotter aftez fort auec ledit foye & l’appliquer deftus : ce remede eft fi certain contre celle piqueure qu’il n’enarriue aucun accident, non plus qu’à vne autre fimple piqueure d*efpingle,d’efguille ou d’efpine,& s’efprouue iournellemét par ceux qui manier ccpoifto. Remede de Diafcoride. Piqueure deU Tareronde ou Pasîenaque, C h a p. XL. Liure. 3. E. c e efcrit, qu’apres la piqueure de la Tareronde , s’enfuit vne douleur continuel- endormi(Tement de tout le corps, & aucuns en meurent promptement auec conuulfion. Pline dit qu’il n’y a rien plus exécrable , que l’aiguillon enlcué fur la i/0iÉÊkv\! queue de la Paftenaque, lequel eft de grandeur de cinq poulces. Il fait mourir les ar- Eres qUj cn fonc piquez par la racine. Il dit dauantage , que l’aiguillon cft bon pour la douleur des dents, quand l’on cn fcarifieles genciues : &c réduit en pouldreauec hellebore blanc les fait tomber fans douleur. Ce poilîbn cft bon à manger, hors-mis la tefte &C la queue. Aucuns de ces poiftbns ont deux aiguillons, autres vn feuî, lefquels font pointus , garnis de dents des deux coftez , comme dents de feie fe tournant vers la tefte. Oppian efcrit, que l’aiguillon eft plus venimeux que les fléchés des Perfes enuenimées, lequel garde fon venin , encore que le poilîbn Toit mort, &c n’eft , dit - il, feulement venimeux aux animaux , mais aulli aux arbres & plantes. Les dents Sc aiguillons de ce poilîbn , ont eflé renuerfées par nature vers la tefte, afin qu’elles en- trent & percent plus aîfement, &plus mal-aifement fortent, pource qu’en les tirant on les tire à contre - poil. Et s’il en picqne quelque poilîbn , il le tient enferré comme d’vn hameçon. Ronde- let dit , que fes aiguillons font au milieu de la queue. Il faut qu’il en y ait de plufieurs fortes : car i’ayjm.& gardé en mon cabinet vne queue d’vnc Paftenaque , qu’vn Gentil-homme de Bretagne m’a donnée, longue de cinq pieds & plus, au commencement de laquelle nailîènt & font attachez deux aiguillons, & cft toute femée de petites boucles femblables à eftoilcs fort aiguës. Les pef- cheurs fubit qu’ils ont pris ce poilfon, luy oftent les aiguillons, de peur qu’il ne les blelîè de fon venin, &: lors qu’ils en font picquez , ils l’ouurent ôc prennent le foye, & l’appliquent fur la playe: aufïï eftant brufté & mis en cendre, & pôle fur la playe, eft la vtaye contre-poifon de fon venin. Elle vit en lieux fangeux près des riuages de la mer, & vit des poiftbns quelle prend de fon aiguil- lon. La figure eft comme vne raye , ainfi que tu vois par celle figure. Litt.y.ch. 48 Oppian, Rondelet au liure des foiffons. Figure du foijfon nomme Pasîenaque. Des Venins De la venenojïté du Lièvre Marin, C h a p. X L I. BE Lièvre Marin eft appelle de Pline, mafle , ou piece de chair fans forme : Ælian le compare à vn Limaçon hors la coquille. Il eft fort venimeux par le tefmoignagc de' tous les Anciens, ôc partant il eft bon de le cognoiftre , pour le garder d’en vler en viandes, & auffi le lentir , ou le regarder par trop, ôc pour en vfer contre Ion venin melme. Il naift en la mer, ôc aux eftangs de la mer, principalement fangeux. Il eft de couleur de poil de Lièvre de terre. A la tefte il a vn trou par lequel il jette hors vne chair muc- queufe, laquelle il retire quandil veut. Il vit dansf eaulimonneufe d’ordure ôc vilenie. Paulus Ægi- nera, Aece, Pline, Galien, Nicandre, difent qu’il eft fi venimeux, que 11 vne femme greffe le regarde, elle vomira, puis auortera. Les hommes qui ont beu de Ion poifon, comme dit Diofconde, ont dou- leur de ventre, ôc rétention d’vrine, &c s’iladuient qu’ils vrinent, leur vrine fera rouge ôc fanguino- lente. Ils ont vne flieur puante, fentant le poiflon. Ils vomiflént de la cholere meflée auec du fang. Aê’ce dit qu’ils deuiennent iaunes par tout le corps. La face s’enfle, ôc les pieds, ôc principalement le membre génital, qui eft caufe que 1 vrine ne peur couler. Galien dit que le lièvre marin blefle ôc vlcere le poulmon. Son alexirere ôc contre-poilon eft le laiéf d’afnelfe, &: du vin cuit, ou de la de- coéHon de fueilles de mauues. Ce lièvre marin eft bon à faire tomber le poil. La figure t’eft icy re- prefentèe , prinfe au liure des poiflbns de Rondelet. Aufone en les Epigrammes luy fait prendre vn chien, mais il falloir que ce chien fuft bien près ou qu’il ne couruft glieres vifte : car ce laid animal ne le remue gueres plus promptement qu’vn limaçon. Ce que le doefte Scaliger, en ton Hypercfiti- que , difeourt affiez amplement, au iugement qu’il faicd’Aulone , à quoy ie renuoye le Lcriteur cu- rieux. Or ie ne me veux pas conftitucr luge entre l’vn & l’autre , leur différend n’eftant pas de ma profeffion : mais ie puis dire qu’vn ferpent, vne couleuure, ôc plulieurs autres animaux mal-faifanS ont les mouuemens prefque auffi tardifs, ôc toutesfois ils ne laiflent de mordre, picqucr ôc ruer les hommes, les chiens, ôc les cheuaux en les furprenant ; ôc lors on peut dire , ce me femble, ôc prin- cipalement vn Poète , à qui il eft permis d’abufer des fens ôc des paroles, que le ferpent fans fe re- muer a pris vn homme,vn chcual, ou vn chien,encore qu’ils coureuflent bien fort,&; en ces figures, antithetes, ôc contrarierez bien accordantes, confiftc vne des grandes grâces de laPoèfie. Ælîan, Paul, Ægin. A'èctj. CUntj, Galien Nicandre^i. Llure de la tkenetjtie à Pîfen. Figure du Lièvre Marin. Du venin du Chat. C h a p. X L11. s iats ri’infedtent feulement par leur ceruellc , mais auffi par leur poil, haleine, Ôc regard : car jaçoitque toutpoil aualéfansy penfer, puifle luftoqucrla perfonne, en eftoupant les conduits de la refpiration , toutes fois le poil du Chat eft dangereux par- iai\ fus tous autres : leur haleine eft infcèle d’vne poifontabifîque. Et ditMatthiole auoir cogneu aucuns, prenans plaifir aux Chats, qu’ils n’euflent iamais dormy fans en auoir quelques-vns couchez auprès d’eux , de l’haleine defquels longuement attirée auec Pair, ils deuin- drentphthifiques, &enfinmiferablement moururent. Les Chats auffi offenfent de leur regard, tel- lement qu’aucuns voyans ouoyans vnChat, tremblent, &ont vne peur grande, quife fait par vne antipathie venant de l’influence du Ciel. Matthiole eferit qu’eftant en Alemagne,loupant en bonne compagnie .en vn poifle , en temps d’Hyuer , l’hoftefle cognoiflant le naturel de l’vn des conuiez, enferma vn petit chat (quelle nourrilToir) dedans vn coffre audit poifle, de peur que ce perlbnnage le voyant ne fe courrouçait : mais encore qu’il ne vift ny oiiift le chat, peu de temps aprei auoir at- tiré l’air infed: de l’haleine du chat, faXemperature ennemie des chats en eftanc irritée, commença a fuer Ôc pallir, ôc en tremblant crier ( non fans grande admiration de tous ) qu’il y auoir vn chat en quelque coing dudit poifle , alors on mit le chat hors de lamaifon. Or le chatinfcéte auffi ceux qui mangent de fa ccruelle , & font tourmentez de grandes douleurs de tefte , ôc quelques focs en de- uiennent infenfez. Pour les guarir, il les faut faire vomir , ôc le vray alexitere eft le mufe donne a boire demy fcrupule auec de bon vin, ôc reïterer ce remede tant qu’on verra rMre befoin. le diray flauantage ,'que le chat eft vne befte pernicieufe aux enfans du berceau, parce qu’il fe couche fur cnrs vilages, ÔC les eftouffe, parquoy il s’en faut bien donner garde. Matthiolt->. Histoires » Î9° Le vingt-vniefme Liure, De la venenofitéde certaines plantes. Chap. XLI1I. Près auoir difcouru delà venenofité des animaux, à prefent il nous conuient eferire de celles d’aucunes plantes, &c les accidens qui aduiennent à ceux qui en auront pris, ôc commencerons ài’Apiumrifus. L’Apium rifus, autrement appelle Sardonia, elpece de ranunculus, rend les hommes infenfez, induifant vne conuulfion ôc diftenfion des nerfs, telle que les lèvres le retirent, en forte qu’il fcmble que le malade rie, dont eft venu en prouerbe , Ris Sardonien, pour vn ris mal-heureux ôc mortel ; Ton bezahar , ou contre- poifon eft le fuc de meliffe. Le fuc, fruiél ou fubftance de Napellus tue fon homme en vn iour, ou en trois au plus tard , mefmes fîpar antidotes ôc contre-poifons exhibez en temps ôc lieu on en ref- chappe, le malade tombe en lièvre heélique, ou en chartre, ou en mal caduc, comme dit Auicenne: c’eft dequoy les Barbares empoifonnent leurs flefehes. Les accidents qu’il induit font tels : Inconti- nent les lèvres s’enflamment, ôc la langue s’enfle: en forte quelle ne peut demeurer en la bouche, ains fort dehors auec grande hideur, les yeux aufli s’enflamment &c fortent hors la telle ; les malades tombent en vertiginolirez &c défaillance de cœur , ils ne peuuent mouuoir ny bouger les jambes, tant ont les cuifles foibles ôc débilitées : d’ailleurs ils ont le corps enflé &terny , tant eft grande la malignité de ce poifon. Son Bezahar eft vn petit animal comme vne fouris , qui s’engendre près la racine dudit Napellus, feiché ôc pris en breuuage du poids de deux drames : ou à faute de ce la graine de raue ou de naueaux mife en breuuage , oignant le corps d’huile de Scorpions. Matthiole Hurequatriefme de Diofcoride, dit, que toute la plante du napellus eft tres-pernicicufc & veneneufe : mais la racine eft plus cruelle que toutes fes autres parties: tellement que tenue quel- que elpace de temps dedans la main, iufques ace qu’elle s’y efchauffe, fait mourir celuy qui la tient, le fçay, dit-il, des bergers eftre morts pour auoirpris imprudemment vne tige de Napellus, pour leur feruir de broche à roftir des petits oyfeaux. Le Dorycnium ôc folanum manicum , ou mortale , ont accidens aflez femblablcs. Le Doryc- nium baillé en breuuage , donne vn gouft comme de laid: à ccluy qui en a beu, induit fanglots continuels , charge la langue d’humiditez, fait ietter le fang par la bouche, ôc par embas vne cer- taine matière baueufe, tout ainfi qu’on voit és dyfenteries &: caquefangues. Son Bezahar, font tou- tes fortes de poiflbns à coquille , foient cruds ouroftis : les langouftes aufli ôc efereuifles de mer y font bonnes, & le bouillon où elles ont-cuir. Quanta la racine de folanum manicum prife en breuuage auec vin au poids d’vne dragme , il caule des vifions aflez plaifantes : mais fi on redouble le poids, ou qu’on en prenne trois dragmes, elle rend la perfonne infenfée : ôc qui en prendroit qua- tre , elle feroit mourir , comme eferit Diofcoride. Le bezahar eft femblable à celuy du dorycnium. La iufquiame induit vne aliénation d’efprit telle que fl on eftoit yure , vn tournement de corps tel que les malades fe diftordent les membres, auec tremblement. Sur tout ce fymptome en ce venin eft infigne : c’eft que les malades fortent tellement hors du fens,que l’imagination en eux troublée, ilspenfent qu’on les fouette par tout le corps, bégayant de voix , ôc bramans comme afnes , puis henniflans ainfi que chenaux, comme eferit Auicenne. Son bezahar font les Piftaches mangées en bonne quantité. Auicenne lotie le theriaque ôc le mithridat, ôc boire du vin pur , aufli. de l’aluyne ôc de la rue , ôc du laid:. Des champignons, les vns font veneneux de leur nature ; fçauoir ceux qui rompus changent in- continent de couleur, ôc fe corrompent fubit ( à cefte caufe Auicenne difoit que les champignons pers ôc verds eftoient venimeux : ) les autres, bien que de leur nature ne font tels, fi cft-ce que pris en trop grande quantité, engendrent en nous accidens mortels. Vrayement ie ne puis qu’efmeu de compaflîon de laplufpart deshommes, qui pouffez d’vne trop grande friandife, ne fe peuuent laou- îer dé cefte femence mortelle : ie ne puis, dy~je , que ie n’enfeigne le moyen comment on pourra, apprefter les champignons fans qu’ils facent mal, içauoir, les faifant cuire auec poires fauuages : au défaut defquelles on pourra vfer de poires domeftiques , pourueu qu’on prenne de celles qui font plus afpres , fans regarder fi elles font frefehes ou feichées au Soleil : ôc non feulement les poires, mais aufli les fueilles ôc efcorces du poirier , tant fauuage quedomeftique , y font bonnes : ainfi ac- couftrez les faut jetter aux priuez , ôc partant ne feront nul mal. Car la vraye contre-poifon du champignon , c’eft le poirier. T ous les champignons en général eftranglent ôc eftouffent ceux qui en mangent : mais ceux qui font veneneux en outre rongent les boyaux , gonflent ôc enflent l’efto- mach, donnent pointures, fanglots, tremblemens, oppreflion d’arteres, défaillance de cœur, fueurs froides, ôc finalement la mort. La raifon de tous ces accidens eft, que tous champignons font na- turellement fort froids ôc humides, ôc mefmes fort vifqueux ôc gluans : car pour parlera la vérité de leur eflence, ils ne font autre chofe finon vne pituite excrementitielle de la terre, ou des arbres fur lefquels ils naiflent; de là vient que fi on en prend en quantité, ils furmonrent& fuffoquent la cha- leur du corps, & eftouffent la perfonne. Leur bezahar eft l’ail mangé touterud, comme dit le Con - ciliateur de Aba.no : ou bien aufli le vinaigre, d’autant que par la tenuité de fa fubftance , il a vertu d’arténuer ôc indfer les humeurs gluans ôc vifqueux ,qui engendrer en nous par l’vfage des cham- pignons, caufent foffocation , comme dit Galien fur la feét. f. des Epidémies. Ceux qui ont pris de l’Ephemerum, que quelques-vns nomment Cholchicon, ou bulbe fauuage, fentent vne demangeaifbn généralement par tout le corps, tout ainfi que qui fe feroit frotté d’ortie ou d’efquille : fentent vn rongementd’inteftins, auec grande pefanteur ôc ardeur d’eftomach : mais quand le mal s’augmente, on vuide par le bas des racleitres de boyaux méfiées auec du fang. Le bezahar eft le laicft de femme , d’afnefle, ou de vache, pris tiede. La mandragore nrife en quantité cxcefllue eft venimeufe,& de fa raçine, La ciguë prife en breuuage caufe Vertiginesjtroublant l’entendement, tellement qu’on diroit les malades eftre enragez : offufque la veuc, elle prûuoqiie hoquets , rend les extremitez toutes gelées, caufcconuulfion r laTrachée artereferrée 8c eftoupée, ils meurenteomme fi on les eftrangloit.Par- quoy il faut iaire vomir promptement le malade , 8c luy bailler clyfteres. Cela fait, il luy faut faire boire de bon vin tout pur,ou maluoifie,ou hippocras, à fin d’efchaufterlcs parties intérieures, & mefmes trois ou quatre doigts d’eau de vie.Matthiole furie Hure fixiefme deDiofcoride,dit auoir cogneu lefdits accidens par expérience à vn Vigneron , culduant fes vignes auec fa hoiic, par for- tune arracha des racines de ciguë, cuidant que ce fuflent racines de paftenades, lefquclles il fit cui- re en fa maifon,& les mangea à louper auec fa femme, après fouper ils s’en allerét coucher. A la mi- nuiét eftans réueillez,couroient çà & là. par la raaifon, ne voyans goûte,-comme fols 8c enragez , fe heurtans la tefte centre les parois, tellement qu’au matin ils eftoient tous meurtris, 8c les paupières des yeux groftes , monftrans vne hideufe face. Les voifins m’appellcrent pour les guarir, & m’eftant enquis des domeftiques de ce qu'ils auoient mangé à leur fouper,ie trouuay qu’ils auoient mangé des racines de ciguë en lieu de paftenades. Car ie me tranfportay en la vigne, où on me monftra le lieu d’où le vigneron auoir tiré lefdires racines • on en trouua d’autres, qui commcnçoient à produi- re des fueilles. Ce qu’ayant confideré, ie reuins fubit vers les malades, aufqucls moyennant l'aide de Dieu , ie fis retourner en peu de temps leur première fanté , 8c entendement. Pctrus Aponcnfis cftime fort en ce cas vn breuuage fait de deux dragmes de theriaque ancc de decoélion de diélam, ou de racine de gentiane auec du vin : 8c affirme que c’eft le vray antidote contre la ciguë. De l’Aconit. L’Aconit eft vne herbe , qu’aucuns appellent parce qu’elle tuë les Loups. Elle croift en Acones, dont elle a pris ie nom, qui eft vn village des Pcryandis. Matthiole dir, qu'on en trouue en abondance auxmontagnes de Trente : les païfans d’alentour , l'appellent Vidparia, parce qu’outre qu’elle tue les Loups , elle tue auflî les Renards. Semblablement les chiens, chats, 8c tous autres animaux qui en mangent;elle tuë les rats 8c fouris de la feule odeur. Auicenne l’appelle Strangtda- tor qu’elle cftranglc les Leopars. Diofcoride dit, que les Scorpions touchez de fa ra- cine, demeurent tous eftourdis, & meurent : 8c méfiée parmy la chair, tue les Sangliers, Loups, & Panthères, 8c généralement toutes autres belles fauuages.Les fléchés trempées dedans fon ius,leurs bleftèures lont mortelles. Les perfonnes qui auront pris de l’Aconit, en beuuant ou mangeant, fentent vngouft aftringent,& aucunement doux,mais après celle afpreté & douceur, ils fentent vne certaine amertume : ce qu’eferit Aetius. Il caufe vertigine, 8c perturbation de i’efprir. Il fait venir les larmes aux yeux : il caufe grande pefanteur d’eftomac, 8c au ventre , & fait perer fou- uent. Il induit tremblement de tout le corps, auec grande enflcuure, comme fi on eftoit hydropi- quc. Pline eferit auliureiy.chap.j.que fon venin eft vne poifon fifubite, que fi on touche les par- ties honteufes des animaux femelles, il les fait mourir le mefme iour. Son principal antidote eft de promptement vomir. Le Conciliateur,& Petrus de Abano, ordonnent de la Sarafine,ou de l’Arifto- loche longue. Matthiole dit, que s’il y a du venin dedans le corps,il fe combat contreluy,ayant fait rencontre de pareil : 8c donne feulement ce combat quand il trouue le venin dedans les par- ties nobles. C’eft miracle que deux venins mortels eftans dedans vn corps , l’vn amortit 1 autre, tellement que la perfonne demeure fauue. Or celle herbe eft figurée en Matthiole, lequel dit auoir fes fueilles femblables au concombre , 8c n’en a que quatre pour le plus , & aucunement velues 8c heriffées, 8c pleines d’aiguillons, fcmblablemcnt les queues. Sa racine eft reluifanre comme alba- ftre quand elle eft recence , & degrollènrd’vn doigt,large au commenccmcnt,puis peu à peufinil- fanc en pointe courbée noücufe, reflemblant à la queue d’vn Scorpion. Sa tige eft longue d’vn Pauot naît* Wjîeire de la ciguë rect- tée de Mat- tkisle. Petrtu nenjis. Auieenne. Diofccride, MatthicU, 591 Le vingt-vniefme Liure, empau. Au fommer a vn heaume femblable à celuy d’vn homme d’armes (pour monftrer qu’il eft armé enuers tous & contre tous animaux) où eft enclofe fa femcnce , contenant vn cruel venin, mortel, & diabolique, par vne occulte & indicible caufe. La figure duquel efi telle, De ITf. Il y a femblabîemenr des arbres venimeux , comme l’Yf, & le Noyer : les chenaux, bceufs& va— ches qui mangent des fueilles de l’Yf, 8c les homme qni dorment deftbus le plus fouuent meurent. Les accidens qu’il caufe, fout flux de ventre, vn froid partout le corps, &c vn eftouffement à l’en- droit de la gorge. Ce qui aduient non feulement à caulede fa froideur,mais aufli par vne particu- lière nature,& malignité,cachée en luydaquelle aulîi particulièrement pourrit les humeurs , & ef- corche le dedans des boyaux.Sa contre-poifon eft femblable à celle de la ciguë. Nicandte ordonne à boire de bon vin pur. Du Noyer. , Le Noyer eft fcmblablement venimeux comme l’Yf. Ce que Greuin dit auoîr expérimenté fans y penfer. Car ayant dormy long temps fous vn noyer en plein Efté, il fentit tout le corps refroidy, auec vn grand mal de refte, qui luy dura cinq ou flx iours. On peut vfer contre fon poifon de cho- fe femblable que contre l’Yf. F.n fon liure des Venins, Du Bezahar. C H A p, XLIIII. Que ce fi que Beyahar. ’A v t a n t qu’en parlant des Agnes de chacun venin à part,nous auons nômé fon an- tidotc Bezahar, il faut fçauoir que veut direcemot. Vraycment venin n’eft autre cho- fe que ce qni deftruit la vie : parquoy les antidotes 8c contre-poifons ont efté appeliez par les Arabes en leur langue Bezahar,c’eft à dire en leur barragoüin, Conferuateur de vie. De là eft venu que tous antidotes 8c conrrc-poifons,par excellence ont efté appeliez Bezatdi- ca , d'vn nom emprunté des Arabes : parce que telle contre-poifon eftant venue d’Arabie, 8c de Perle, aefté cogneüc& celebrée par leurs eferits , fans que les Grecs en ayent fait aucune mention. Mais entre tous ceux de noftre temps , en a fort diftineftement parlé vn Médecin du Vice-Roy des Indes pour le Roy de Portugal, nommé Garcia du lardin , en l’hiftoire qu’il a compofée des Aro- mates 8c Simples naiftans és Indes. Au pais de Perfe (dit-il) 8c en quelque région des Indes, fe void vne efpece de Bouc, appellé en langue Perfique,Pazain J dont la pierrc,à proprement parler , doit eftre appcllée Pazar,du mot Pazain, qui fignifie Bouc : mais nous d’vn mot corrompu l’appelions Bezar ) pour la plufpart en couleur,de hauteur moyenne, au ventricule duquel fe concrée cefte pier- re appellée Bezar , en forme de prefure , toujours augmentant 8c groflîflant entour vne paille , en forme de tuniques d’oignon couchées l'vn fur l’autre, de fortequela première lameleuée, celles de deflous fe monftrcnt toufîours claires 8c refplendi(Tantes de plus en plus,qui eft vn figne entre autres de bonne 8c] légitimé pierre Bazahar. Cefte pierre fe void de plufieurs formes 8c figures , mais or- dinairement elle fe rencontre de figure de gland , ou de noyau de datte , de couleur defang , tan- toft de rniei, tantoft de iaune-paille, mais pour la plufpart de verd-brun , comme nous voyons és pommes qu’on appelle Mala infimet) ou le chats qui font la ciuetre. Cefte pierre n’a point de cœur, ou noyau au milieu , mais eft cane eniceluy, pleine d’vne poudre , qui a mefmc vertu & fubftancc que la pierre: Au refte elle eft lice& douce,& telle qu’on la peut aiTcment rapper comme l’albaftre, mcfmcqa’clle fe fond eftant long temps en Beau. Du commencement elle eftoit aflèz commune 8c de vil prix, parce que les marchands de ces pais de deçatrafiquans en Perfe , & és Indes, en pou- uoient recouuret aiféinent ; mais depuis fa force eftant cogneüe, elle aefté plus rare ôc chcre, de Garda fie Horto. O» fe trouue Se Bzahar. Description, Des Venins. tant que pat Ediél des Rois dupais, il acfté défendu de vendre aucun Bouc aux marchands de dehors, que premier il n'cuft efté tué, & fa pierre portée au Roy. L'vn des moyens dcfprouuer celle pierre fi elle eft légitimé ou non (car 011 en apporte par deçà plufieurs adultérées 8c fauflès,qui fait que l’on n’adioufte foy à la vertu du Bezahar tant finguliere) a elle dit cy-ddîiis. L'antre eft qu'on la comprime auec les doigts , après on la fait boufer de vent comme le cuir de buffle : car ff on s'apperçoit que l'air & vent paffé outre , elle eft tenue pour fauftè 8c adultérée. Ils en vfent à noftre exemple , non feulement contre les poifons 8c venins , mais auffî contre les mprfures des belles veneneufes. Les plus riches du pais fe purgent deux fois l'an, fçauoir en Mars 8c en Septem- bre : cinq jours continus après , ils prennent pour chafque iour dix grains de celle pierre macérez en eau de rofe : & par tel remede ils diient la ieunelfe & force des membres leur dire conferuée: quelques-vns en prennent iufques à trente grains, mais les plus fages n’approuuent point fi grande dofe. Ledit autheur Garcia , dit auoir couftpme d'en vfer heureufement aux maladies melancholi- ques inueterées, comme en la galle, lepre, deraangeaifon, impetiginc : & par mcfme raifon penfe qu'elle feroit fort propre contre la fièvre quarte , & dit fçauoir pour vray que la poudre de celle pierre : eftanc mile fus les morfures des belles venimeufes , deliure promptement de danger, & auoir mefmc force fur les charbons de la pelle , icenx eftans ouuuerts, fçauoir qu'elle challe enrie- rement le venin peftilent. Et d’autant (dit-il) qu’és Indes la verole & rougeole,8c herpès font fort frequens, 8c très-dangereux & mortels, nous en donnons fort heureufçmenr par chacun iour vn ou deux grains dans l'eau rofe. Voila ce que Garcia du lardin eferit de la génération 8c effeds delà pierre Bezahar , non point pour l'auoir leu ou ouy dire , mais ( comme il alfeure ) pour l’auoir veu 8c expérimenté. Matthiole chap. 73. du Commentaire fur le 5.Hure de Diolcoridc, dit auoir fouuentesfois éprouué, que celle pierre eft plus exquife contre tous venins, que tous autres limples medicamens, voire que le the- riaquemefme, 8c tous autres contrepoifons. Abdalanarach en eferit ainfi : Lay veu lapierre appel- lée Bezahar, entre les mains des fils d'Almixama, gardien de la loy de Dieu, pour laquelle il bailla en échange vne magnifique maifon , 8c prefque vn Palais qu'il auoit à Cordube. Toutes lefquelles chofes ainff expliquées, il feraaifé au Chirurgien iuger de tel 8c tel venin, par les lignes 4'vn cha- cun d’iceux menrionnez, 8c en faire rapport en lufticc lors qu'il fera appellé. Le Roy dernièrement décédé , cftant en fa ville de Clermonr en Auuergnè, vn Seigneur luy ap- porta d'Efpagne vne pierre de Bezahar, qu'il luy alfermoiteftre bonne contre tous venins, & l'efti- moit grandement. Or eftant lors en la chambre dudit Seigneur Roy , il m'appella , 8c me demanda s’il fe pouuoit ttouuer quelque certaine 8c lîmple drogue, qui fuft bonne contre toute poifon, où toutfubit luy rcfpons, que non, difant qu'il y auoir plulîeurs fortes 8c maniérés de venins , dont les vns pouuoient eftrc prins par dedâs,lcs autres par dehors.le luy reraoftre que les venins ne font leurs effeds d'vnemefme forte, 8c ne procèdent lefdits effeds d’vne mefme caufe ; car aucuns opè- rent par l’exccz des qualitez élémentaires , defqgellcs ils font compofcz. Autres opèrent par leur propre qualité Ipecifiquc , occulte 8c fecrette, non fubiede à aucune railbn , 8c félon la diuerfité d’iccux falloir contrarier ; comme s’ils cftoient chauds, eftoient guaris par remedes froids, Sc les froids par remedes chauds, 8c ainfi des autres qualitez. Ledit Seigneur qui apporta la pierre, voulut outre mes raifons fouftenir qu’elle eftoic propre contre tous venins. Adonc ie dy au Roy , qu'on auoit bien moyen d’en faire certaine expérience fur quelque coquin qui auroit gaigné le pendre: lors promptement enuoya quérir monfieur de la Troulîè, Preuoft de fon hoftel, 8c luy demanda s'il auoir quelqu’vn qui euft mérité la corde. Il luy dit qu'il auoit en fes prifons vn Cuifinier , lequel auoit defrobé deux plats d’argent en la mailon de fon maiftre , où il eftoit doraeftique , 8c que le lendemain deuoit eftre pendu 8c eftranglé. Le Roy luy dift qu'il vouloir faire expérience d’vue pierre qu'on difoic eftre bonne contre tous venins qu'il feeuft dudit cuifinier , aptes fa con- demnacion , s'il vouloir prendre quelque certaine poifon , 8c qu'à l'inftant on luy bailleroit vne contre - poifon , 8c que où il efchappcroit, il s'en iroit la vie faune: ce que ledit cuifinier tres-vo- lonriers accorda, difant qu’il aimeroit trop mieux encore mourir de ladite poifon en laprifon , que d'eftre eftranglé à la v.euè' du peuple. Et toft après vn Apothicaire fèruanr, luy donna certaine poi- fon en potion, 8c fubit de ladite pierre de Bezahar. Ayant ces deux bonnes drogues en l’eftoinach, il fe print à vomir , 8c bien toft aller à la felle, auecques grandes épreintes,difanc qu’il auoit le feu au corps , demandant de l’eau à boire , çc qui ne luy fut refufé, Vne heure après , çftantaduerry que ledit cuifinier auoit prins celle bonne drogue, ie priay ledit Seigneur de la Troulîè me vouloir permettre l'aller voir , ce qu'il m'accorda , accompagné de trois de les archers ; 8c crouuay le pan- ure cuifinier à quatre pieds, cheminant comme vne beftefta langue hors la bonchejles yeux 8c tou- te la face flamboyante , délirant toufiours vomir , àuec grandes fueurs froides : 8z iettoit le fang parles oreilles,nez,bouche parle fiege,& par la verge.Ie luy feis boire enuiron demy-lcxder d'hui- le, penfant luy aider 8c fauuer la vie , mais elle ne luy feruit de rien , parce qu’elle fut baillée trop tard, 8c mourut milèrablemenc,criant qu'il luy euft mieuxvallu eftre mort à la potence. Il vefeue fept heures ou enuiron. Et cftanc décédé, ie feis ouucrture de fon corps en la prefcnce dudit Sei- gneur de la Troulîè, 8c quatre de fes archers , où ie trouuay le fonds de fon eftomach noir,aride, 8ç fec, comme fi vn cautere y euft pâlie, qui me donna cognoiffànce qu'il auoir analié du fubhme, & par les accidens qu’il auoit pendant fa vie. Et ainfi la pierre d’Efpagne, comme l’experience le mon» lira, n’eut aucune vertu. A celle caufe , le Roy commanda qu’on la iettaft au feu : ce qui fut fait. Le moyen det le cognoifîre. Vfage, liifîoire. Expeur-ce du fa ite [ar le unit. ar/de- men • du iioy Chut le ■ iX, Matthîole narre vne fef hblahU hi- fi ci i c du Paie CUment PU, lequel voulut faire efpreu- ue. pour le bien public d’vu untido* te , cfjap, ÿ, lin. 4. fur t/to/caride. Le vingt-vniefme Liure, Des métaux & minéraux venimeux. C h a p. X L V. De Varfenie ér fublimé. E s métaux & minéraux viennent de k terre & des fournaifes : aucuns font vénéneux, JÉ commearfenic,fublimé,plaftrc,ccruzc,litharge, verd de gris,orpigment, limeure de fer 6c d’airain, aymant, reagal , chaux , 6c autres. Ceux qui ont pris du fublimé, jm fubit la langue 6c le gofier leur deuiennent fi afpres , que s’ils auoient pris du jus de cormes vertes , laquelle afpreté ne fe peut ofter par nuls gargarilmes lenitifs , finon qu’auec grande difficulté 6c longueur de temps. Car fubit qu’il eft defeendu en l’eftomach, il s’atta- che contre , pour çefte caufe, il le ronge Sc vlcere peu de temps après. Il caufe vne foif iniatiable, ôc des angoiftes indicibles. Il furuient enfleure à la langue, défaillance de cœur, fuppreffion d’vrine, difficulté de refpirer, trcnchées au ventre 6c en l’eftomach intolérables , auec vne contorfîon des membres fi grande,que fi on n’y remedie promptement, les pauures empoifonnez meurent, les inteftins 6c eftomach rongez & percez, 6c de couleur noire, comme fi vn fer ardant y euft palfé. Les patiens jettent le fang par les oreilles , nez, bouche, par la verge, 6c le fiege : 6c i’attefte auoir veu au panure larron cuifinier, cy-deftlts mentionné , tous les accidens fufdits. On guarit ceux qui en ont aualé, 6c tous autres venins corrofifs, par mefmes remedes, qui ont efté cy-deftus bail- lez à ceux qui ont pris des cantharides. Le verd de gris eftoupe fi fort les conduits de la refpiration , qu’il eftoufte ceux qui en auront aualé. On les guarift comme ceux qui auront pris de l’arfènic : le bain pareillement leur eft profi- table. La litharge beuë, caufe vne pefanteur d’eftomach 6c du ventre , empefchc d’vriner , & rend le corps enflé 6c liuide : on y remédie faifant vomir le malade, puis fubit luy donnant de la fiente fei- che de pigeon, delayée en bon vin. Pctrus Aponenfis commande boire de l’huile d’amandes dou- ces , 6c manger des figues fciches. Il eft pareillement bon leur bailler clyftercs relafchans 6c hume- étans, 6c leur frotter le ventre de beurre frais, ou huile de lys. L’efcailled’airaineftanrbeué,caufefluxde ventre,6c grand vomifTemént, qui prouient des poin- tures 6c douleurs de l’eftomach : fon contre-poifon eft de faire vomir promptement le malade, puis après le faire baigner dans vn bain où l’on aura mis grande quantité d’efeargots, 6c luy frotter le thorax 6c le ventre de beurre 6c huile de lys, 6c luy donner clyftercs relaxans 6c humeétans. L’aymant rend fols ceux qui en ont pris : fon contre-poifon eft l’or fubtilement pulucrifé , & la pierre d’efmeraude beuz auec bon vin, 6c clyftercs de laiét 6c huile d’amandes douces. La limeure de plomb 6c merde de fer font grands tourmens pareillement à ceux qui en auront pris par dedans : leur çontrepoifon eft boire grande quantité de laiét,& beurre frais fondu,ou huile d’amandes douces tirée fans feu, 6c leur donner clyftercs relafchans de humectans, 6c continuer ces remedes iufques à ce que les douleurs 6c tranchées foient paflfées. < Le reagal pour eftre de nature fort chaude 6c feiche, induit foif & efchaufaifon, 6c ardeur par tout le corps , auec telle confommation de toutes les humiditez , qu’encores que l’on faune la vie aux patiens par prompts 6c fouuerains remedes , fi demeurent-ils toutesfois perclus de leurs mem- bres par vehemente reficcation, 6c contraction de toutes les iointures : fon alexitere eft l’huile de pignolat, donné promptement iufques à demie Hure , 6c puis vomir : après donner à boire du laiét, ôc en faire clyftercs, 6c nourrir le malade de bouillons gras. La chaux viue 6c orpigment, que les Grecs appellent Ar/ènicum, pris en breuuage rongent refto- mach, 6c les inteftins, auec grandes douleurs : ils caufent vne foif intolérable ,auec vneafperiréde gorge, difficulté de refpirer, fuppreffion d’vrine 6c dyfenterie, il faut remedier auec routes choies, qui ont vertu d’efteindre leur acrimonie, 6c qui foient relaxans 6c humeétans : comme le fuc de gui- raauuc , mauue , violiers de Mars , decoétion de graine de lin , bouillons gras , 6c généralement toutes chofes cy-delfus mentionnées aux remedes des cantharides. Il eft fort difficile pouuoir remedier à l’eau forte, de laquelle les orfèvres feparent l’or de l’argent, parce que tout fubit elle brufle la gorge 6c l’eftomach. Il faut remedier comme à la chaux 6c or- pigment. La ceruze caufe hocquets & la toux , 6c rend la langue feiche, & les extremitez du corps froides 6c ftupides, 6c les yeux clinottent toufiours : 6c fouuent en plein iouril femble au malade qu’il voit quelque fantofrae : leur vrine eft noire, & fouuent fanglante, s’ils ne font promptement fecourus, ils fuffioquent 6c meurent. Les remedes, félon Aëce'& Auicenne, eft de leur faire boire de la Team- I monee, auec eau miellée , 6c autres chofcs qui ont vertu de les faire beaucoup vrincr. Il ne faut oublier à les faire fouuent vomir, & leur donner clyftercs humeétans 6c relafchans. Le plaftre s’endurcit comme pierre en l’eftomach , 6c ceux qui en ont aualé eftranglent, parce qu’il relferre les conduits de la refpiration. On les guarift comme ceux qui ont mangé des cham- pignons. Auicenne dit qu’il y faut remedier comme à ceux qui ont pris de la ceruze. Et fi le ventre eft conftipé , on leur baillera clyftercs compofez d’huile, 6c de graille de canard , 6c leur oindre Je ventre d’huile de lys 6c de beurre. Verd de gris. La litharge. Petrut Apo- neufs. L'efcaille d'airain. L'aymant. Limeure de plomb & merde de fer. Reagal, Chaux viue; & orpigment. L'eau - forte. La ceruze. FUJI ri. De la propriété de l'Argent - vif. C H A p. X L Y L Ceux qui tiennent It "Vif argent ehaud. ’Argcnt-vif a efté ainfi nommé parce qu’il reprefente l’argent en couleur, 6c aufiî pource qu’il eftquafi en vn perpétuel mouuement, & femble qu’il foit vif. Il y a grande con- trarieté entre les Anciens qui ont eferit du vif-argent. Les vns tiennent qu’il eft chaud, Wéfi&Smx" comme Galien, liure 4. des Simples. Haliabas en fa fécondé pratique , chap. cent Des Venins. quarante-huièfe. Rhafes au 5. ad Almenfor. Ariftote 4. Metcor. Conftantin , ïfaac, Plarearius, Nicolas Maffa. Or véritablement ils ont tous raifon fur ce qui eft dit, que Ton prend indication des remedes qui aydent &c qui nuifent. Dauantage, il eft d'vnc fubftancc fi tenue, qu'il pénétré les corps métalliques fort durs ,3c les diflbult , & fait autres aètions de chaleur , comme d'attenuer, incifer, pénétrer, fubtilier , refoudre , feicher , prouoquer Tueurs , flux de ventre , vrines, flux de bouche : & non feulement vacuë les humeurs Tubtils, mais auffi le gros, cras & vifqucux, ce qu'on voit à l’œil aux verolez , qui en vfent par les frièlions , ou par emplaftrcs. Lefquellcs chofes ne Te peuuent faire que par medicamens chauds , & de fubtile fubftancc , ce que fait 1 argent-vif. Aunes difent qu'il eft extrêmement froid, & humide, d'autant qu'il ftupefie & appaife toutes douleurs eftant appliqué aux onguens 3c emplaftres, réfrénant les ardentes puftules , phlegmoneufes , & cholériques. Dauantage, pour fa grande humidité il amollit les tumeurs dures, ôc diftout celles qui font faites par concrétion : ce qu'on voit aux tophes 3c nodus des os. Auffi ceux qui en ont efté frot- tez , ou pris par parfums , ont leur haleine puante, qui eft vn ligne qu'il pourrit par fou exceffiue humidité, les humeurs qu'il trouuc en l’eftomach , &c parties voilînes. D'abondant, Auicenne ameine vn exemple d'vnlinge, lequel ayant beu de î'argent-vifmourut, 8c l'ayaut onuert, on trouua du fang coagulé autour du cœur. Semblablement Matthiole fut le commentaire de Diofcoride , chapitre vingr-huiéHefme , dit que le vif-argent fait mourir les per- sonnes qui en prendroienten trop grande quantité , par fon exceffiue froideur & humidité, parce, dit-il, qu'il congele le fang , 3c les cfprits vitaux de toute la fubftancc du cœur. Ce qui a elle co- gneu de Petrus Aponenlîs par celle hiftoire , qu'vn Apothicaire Surpris d'vnc fièvre tres-ardente, tourmenté d’vne ioif intolérable , & troublé de fon entendement, allant çà & là, vint en fa bouti- que cherchant quelque breuuagc pour fe defalterer : par fortune il prit la boite du vif-argent, & en beut en grande quantité , en lieu d’eau : cela fait, il s'en retourna coucher , où peu d'heures après il mourut. Ses feruitcurs ayans tronué grande quantité de vif-argent forty par le fondement , ap- pelèrent les Médecins, pour fçauoir la caufe de la mort, qu'ils eftimoient vn grand miracle. Lef- quels commandèrent d’apporter la boitte du vif-argent, laquelle r.rouuant vuide , ils cogn eurent la caufe de la mort aduenuc à l'Apothicaire. Dauantage , le corps mort &ouucrt, trouuercnr encore dedans l’eftomach 3c inteftîns, enniron vnc liure d'argent-vif, 3c du fang congelé autour du cœur. Qui eft caufe pour premier le vif-ar- gent eftue extrêmement froid, pour raifon de ladite coagulation. Autres le difent froid, ponree qu'il eft fait de plomb, & autre matière froide, ce qui ne s'enfuit pa/s ; car la chaux viue eft faite de cail- loux , 3c pierres froides , neantmoins eft chaude 3c cauftiqué. Paracelfe , liure quatricfme de la nature des chofes , dit le vif-argent eftre chaud au dedans, 8c froid au dehors : c'eft à fçauoir qu'eftant tel comme il vient de la mine, qu'il eft froid, mais quand il eft préparé par art, que fa frigidité eft oftcc , 3c que fa chaleur, qui eft au dedans, fe raanifefte, en forte qu'il fert de teinture à la tranfmutation des métaux. C'eft vne réglé générale des Alkcmiftes, que tous métaux font froids en leur dehors, à caufe de la partie aqueufe , laquelle y prédominé: mais au dedans ils ont vne grande chaleur , laquelle apparoift lors que la froideur fe fepare aucc l’humidité , par le moyen du mefrae fujet qu'elles ont, à fçauoir l'humidité, deuiennent cauftiqncs par la calcination. Aucuns ont opinion qu’il eft vénéneux , neantmoins l'expcrience monftre le contraire : ce que plufieurs doéles perfonnages tefmoigncnt. Marianns Santus Baralitanns , homme fort expérimenté en la Chirurgie, traitant De cafu & offenfione, dit auoir veu plufieurs qui en ont auallé fans aucune incommodité ou lefion. Et pour confirmation de fon dire, raconte vne hiftoire d'vnc femme, à la- quelle il afferme auoir veu prendre pour quelque intention , à plufieurs 3c diuerfes fois , vne liure & demie de vif-argent , qu'elle rejettoir par le fiege fans aucun dommage. Mefmes il dit, qu'en l'Iliaque paffion ( diéle Mifèrere met, maladie mortelle ) plufieurs cftoient efchappcz prenant trois onces d'argent-vif auec de l’eau Amplement. Ce qui adnient, d'autant, dit-il , que par fa ponde- rofité il deftourne l'inteftin , 3c poulie la matière fecalc endurcie en bas ; ainfi qu'auons eferit cy- deuant parlans de la colique. Dauantage , il afferme autres auoir efté gnaris delà colique , en pre- nant trois onces de vif-argent. Antonius Mufa dit, qu'il a de couftume en donner à boire aux petits enfans eftans demy-morts, à l'occafion des vçrs. Ce qui eft encore approuué par Auicenne , où il dit que plufieurs en boinent fins en eftre aucunement endommagez. Auffi ledit Auicenne l'ordonne pour la teigne des petits enfans : 3i mefmc en Tes onguents pour larongne. Semblablement on voit ordinaircmeht les bon- nes femmes de village en frotter la telle de leurs petits enfans, eftant mixtionné auec beurre , ou graillé de porc, pour faire mourir leurs poux. Matthiole dit, qu'aucuns en donnent pour le dernier remede aux femmes qui ne peuuent accoucher : ie protefte que i'en ay fait aualler vne liure à vn petit 3c ienne chien , qui le rejetra parle fiege , fans reffentir aucun mal. Toutes lefquelles chofes me font iuger iceluy n’eftre venimeux. Voilà ce que i’ay peû recueillir des Authcurs , tant anciens que modernes. Et ne nous faut ar- refter aux difpures, mais à l'aèlion 3c faculté diceluy, chofe plus neceffaire que toutes dilputes qu on en peut faire/Et quant à Tes allions 8c facultez, nous le voyons eftre le vray alcxitere , 3c conrre- poifon de la groffe verole , 3c propre aux vlceres malings de quelques genres qu'ils puiflent eftre, de façon qu’il confomrac la virulence 8c malignité qui eft en eux , plus que nuls autres remedes operans par leurs qualicez premières. Spécialement fi on en frotte vne lamine de plomb, comme l’enfeignele bon vieillard Guidon , & qu'on l’applique fur l'vlccre en le bandant proprement, ra- mollit les bords defdits vlceres , eftant continuée ameine l’vlceie à cicatrice, ce que i’ay cogneu par diuerfes fois. Ce qui eft auffi confirmé par Galien, lequel l’appreuue pour les vlceres malings , 3c Aucuns tien- nent qu'il eji froid & bu- mide. Au i renne, Matthieu, HI fia ire des Pet rus Apÿ~ nenfi. Varac elfes. Autres tien- nent qu’il eji veneneux. Mariants* Santta. Histoires. VAutbeur n' appreut tefte quantité d’argent- vif. Antonim Mufa , ati îraicîé des métaux, Auicenne, au chap des argenta v'tuo, Matthioles. Faculté*, du vifurgent. Guidon, Î96 Le vingt-vniefme Liure, pour les chancres. Mefmes nous voyons par expérience, que le plomb ( lequel aucuns difenî véné- neux , parce que l’argent-vif cft fait de luy ) peut demeurer long temps en noftre corps fans faire aucune corruption ; comme l’on peut cognoiftre en ceux qui ont eu des coups d’arquebufes, la balle demeurer aux parties charncufes par l’efpace de trois, quatre , voire dix ans , ôc defeendre du haut en bas fans faire aucune putrefaélion ou nuifance à nature, qui demonftre n’aucir nulle venenofité, mais pluftoft quelque chofe de familier auec noftre nature. Galion ne dit pas que le plomb foit vé- néneux , mais dit que l’eau contenue long temps es canaux de plomb, pour le limon qui s’y attache, caufe dyfenteries ôc flux de ventre , ce que feroit bien l’airain ou le cuyure. Thierry de Hcry recite celle hiftoire. Ces iours pafîèz iefus enuoyé quérir pour vilîter vn enfant en la maifon d’vn Doéleur en Médecine , lequel auoit vue parotide , ( qui eft vne apolleme aux en- uirons des oreilles ) auec grande tumeur ôc inflammation , douleur, pulfation , ôc tels lignes ligni- fient génération de matière. Au moyen dequoy nous aduifafmes qu’il feroit bon y appliquer vn médicament anodyn , ce qui fut fait ; ôc au premier remuement de l’cmplallre, fc trouua grande diminution de la rumeur, ôc de tous les autres accidens, dont nous fufmcs elbahis, parce que nous auions délibéré ce iour , ou le lendemain , y faire ouuerture. A la féconde fois fe trouua fans in- flammation , pulfation , ny douleur , ôc apparente diminution de la tumeur , & fentoit l’enfant la partie élire qualî route defehargée. Au troilîcfmc appareil, i’apperceu dedans le cataplafme du vif- argent, parquoy nous enquerans d’où pouuoir procéder cela, trouuafmes qu'vn feruitcur, auquel on auoit commandé faire ce médicament ( faute de curioficé ) i’auoit mellé auec vn onguent ellanr au mortier, auquel y auoit de l’argent vif. Toutesfoiscet enfant fut guary quatre ou cinq iours après, fans fuppuration , ny aucun accident. Autre hilloire dudit de Hery. Quelque temps aptes vne Damoifelle fut affligée d’vne femblable maladie, laquelle non feulement luy coraprenoit le derrière des oreilles, mais aulïî vne partie de la gorge, Ôc quafi toute la loué. Nonobftant quelque diligence , nous ne fceufmes tant faire que na- ture voulull tendre à aucune euacuation , ôc auoit vne telle douleur , que iour ny nuid ne pouuoit repofer ; quoy voyant, ie raconte aux Médecins l’hiftoirc precedente, lefqucls furent d’aduis qu’on adioulleroit du vif-argent aux emplaftres , ce qui fut fait, Ôc la Damoifelle Ternit amélioration de fa douleur, ôc peu de iours après la tumeur fut entièrement refoluc. Voilà deux hifloires que ie croy dire vrayes. L’onguent où entre le vif-argent guarill la tongne , appeilée du vulgaire, mal fainél Main ( fupplé après auoir fait les chofes vniucrfelîes , comme purgations , faignees, bains ) ce que les autres medicamens ne peuuenc faire. le tiens que l’argent-vif eft l’antidote delà verole (auffi fait Rondelet ) ôc de Tes accidens, ôc la guarift en quelque forte qu’elle foit : parce qu’il elmeut les lueurs , ôc deffeiche la caufe de fa fubftance ; ce que ne font point les autres medicamens, au moins que i’aye peu cognoiftre. Or quelques-vns tiennent qu’il refout ôc diffipe la vertu des nerfs, comme l’on voit quelques- vns qui ont efté frottez pour la verole, auoir vn tremblement des membres : il cft vray quand on en vfe indiferettement Ôc fans raifon , qu’il en pourra dire caufe. Autant en aduiendra-il aux doreurs 6c fondeurs de plomb , ôc à ceux qui font aux minières : car par l’indue ôc affiduelle réception des vapeurs, il fe fera non feulement vacuation des humeurs malings ôc corrompus, mais auffi refoîu- tion ôc conforaption des efprits ôc humiditez radicales, lefquelles refolucs, fpecialement des parties nerueufes, il s’enfuit vn tremblement quelqucsfois perpétuel, non par la malice du vif-argent, mais par l’indue application ôc mauuais vfage. Eftant efteint auec axungc de porc, qu’on en oigne vne lifiere de drap, puis qu’on l’applique à nud en ceinture au milieu du corps , il chalTe les poux , pu- ces , punaifes, ôc morpions : ôc tue les vers contenus au ventre, ôc principalement fi on en frotte le creux du nombril. Si on en frotte le lieu où habitent les punaifes ôc morpions, il les fait mourir, &empefche que plus n’y retournent. Or il y a deux efpeces d’argent-vif, naturelle & artificielle : de la naturelle il s’en treuue coulant par les veines ôc cauitez de la terre,comme on voit en diuers lieux: ôc auffi il fe treuue entre les métaux, ôc aux vouftes des fodines d’argent. De l’artificielle il s’en fait de million, auffi de meilleures de marbre , comme eferit Vitmue. Il eft vray-femblabîe qu’il s’en pourroit tirer de tous métaux par artifice , ôc principalement du plomb , 6c du Cinabre. Telles efpeces ôc différences fe peuuenc cognoiftre par leur couleur fufque ôc noiraftre, par leur fubftance lente ôc efpcflè , qui en coulant laille veftigeVras, comme excrement de plomb. Le meilleur de tous eft celuy qui eft pur , clair , fubtil, ôc blanc. Et pour le purifier de Ton plomb , ôc autres ex- cremens, ôc le rendre bon Ôc tres-fubdl, il le faut faire bouillir en vinaigre, auec faulge, romarin, thym , lauende , ou le faire aualler à vn chien vne Hure à la fois : puis l’ayant rejetté par ie fiege , le cueillir , ôc derechef le faire vn peu boliillir audit vinaigre. Cela fait, on peut dire dire vn maiftre lean, qui fait chofes grandes, & quafi rairaculeufes , pourucu qu’on le fçache bien manier à luy faire fauter le ballon. Car à peine le trouuc-il homme, qui fe puifle vanter d’entendre fa nature ÔC vertu en tout ÔC par tout. Les Alchcmiftes ont fi grande opinion de cemaiftrc lean, que la plufparc d’iceux l’ont couru à force d'or ôc d’argent, pour cuider l’arrefter, ôc toutesfois n’en ont encore feeu venir à bout. Les riches en font deuenus pauures, pourl’auoir foufflé, ôc les pauures,idiots,infenfèz, ôc tous defehirez. Il n’a plus grand ennemy que le feu , lequel le fait monter en haut, encore qu’il foit fort pefant, ôc auffi luy fait quitter l’or fon plus grand arny qu’il air point. Gai. 7. cata- top. Histoire dcj Hery , en fon traiBé de la Verole , bien expérimenté en la Chirur- gie. Autre hiftoi- re dudit dc~> Hery. Le vif-arget tué les poux, puces,punai- fes , cirons , morpions, & autres ver- mines. Deux eSpeces d'argent-vif. Vifruue au 7. liu. de fon architecture. Vif - argent nommé par V Autheur , maiftre lean. Des Venins Difcours deU Licorne. Chap. X LV 11. R c E *llie plufieurs s'eftiment bien aftèurez, 6c munis contre la pefte,& toutes for- teS P°^ons & venins,par le moyen de la corne de Licorne ou Monoceros, prife en pouldre,ou en infufion ; i'ay penfé faire chofe agréable 6c profitable au publie,fi par ce cfi%>urs l’examine cefte opinion tant inuecerée , 6c toutesfois fort incertaine, premièrement on entend par ce mot de Licorne , vne belle naillance en fort loing- tain pays , ayant vire feule corne au front, qui eft prife comme chofe miraculeufe contre tous venins, 2c fort eftimée des Roys , Princes, 6c grands Seigneurs, 6c mefme du vulgaire. Les Grecs l'appellent Monoceros , 6c les Latins Vnkornis. Et de pouuoir dire 6c aflèurer à la vérité quelle eft cefte befte , il eft fort difficile , mefme qu’aucuns doutent que ce foie vne chofe faufte & controu- üée par le vulgaire, laquelle auec le temps Toit venue en opinion, 6c que quelqu vn en peut auoit ef- crit,foit par fimplicité ou deleélation, voulant emplir Tes liures de chofes merucilleufes & extraua- gances , fe fondant bien peu fi elles eftoient vrayes, ou faulfes. De fait la defcription de ladite Li- corne porte anec foy vne doute manifefte, veu que les vns difent que c'eft vne befte incognuë 6c cftrange, 6c qu'elle naift aux Indes, les autres en Ethiopie, d’autres es terresNeufues, les autres és defercs : dont on peut conieélurer (comme dit André Marin Médecin tres-doéle de Venife, au liure qu'il a fait de la fauftè opinion de la Licorne)que ce peu de cognoiflance que l'on en a eu iufques à prefcnc en noftre Europe,comme d’vne chofe eftrange, a efté donnée par gens Barbares , lefquels, comme il appert,n'ont peu dire autre chofe, finon qu'elle naift és defercs , & qu'elle eft folitaire,& hante les lieux inacceffibles, 6c partant que c’eft vne chofe qui fe voit fort rarement. Qui demon- ftre allez , que ces gens là n'en fçauenc rien au vray,& qu'ils n’en parlent que par opinion , 6c par ouy dire. Intention dé i‘ Autheur. Defcription de la Licor* net Variété d'O* piniem tou- chant la de* feription de la Licorne, Chap. XLVIIL Avantage * les Autheurs qui en ont eferit du Commencement , eftoient fort É Peu renommez, 6c n'en faifoit on pas grand cas. Car le premier qui en a cfcric(com- ’ 'ÊÊmwr me on Peur v°ir en Pline, au Hure 8. chap. 11. ) fut Ctefias, duquel Ariftoteen fon linre 8.de fon hiftoire des Animaux,chap.18.parle comme d’vn Autheur peu croya- hle. Or touchant Ælian , il femble qu'il en doitauoir parlé à la vérité , comme ne Parlant profdlion que de parler des animaux : 6c toutesFois Pon voit qu'il eft en doute , en parlant toufiours en ces termes, 011 dit, ils dilent , on entend» Et parce que tous les Autheurs qui en ont cfcric iniques à prefenr,en ont tous parlé diuerfement. Et de fait,comme ils font differens en la de- feription dcslieux,où naift ladite Licorne, ainfi font-ils en la forme d’icelle. Les vns difent qu'elle rellcm ble à vn Cheual,les autres à Afne,les autres à vn Cerf, les autres àvn Eléphant, autres à vn Rhinocéros,autres àvn Léurier d’attache ; Bref,chacun en dit ce qu’il en aoüy dire,ou ce quil luy plaift de cotrouuer.Les vn en font deux trois.Il y en a qui difent qu'elle a la corne du pied entière comme celle d’vn Chenal,autres fendue comme celle d'vne Chéure, autres comme d'vn Eléphant , commc,Pline,&: Ælian. Or lefdits Autheurs ne difeordent pas feulement pour le regard des lieux de la naillance , ny de la forme de ladite Licorne, mais aulÏÏ en la defcription de la corne d'icelle. Car les vns la figurent noire, les autres de bay obfcur, 6c qu'elle eft blanche en bas, & noire en haut. Vn autre dit que vers le haut elle tire fur le pourpre, vn autre qu’elle eft polie, ôc d’autres que depuis le haut iufques en bas elle eft rayée tout à l'entour comme vne coquille de li- maçon , par vn artifice tres-bcau. Plus les vns la deferiuent moins large , les autres plus longue. Conclufion , tous différent, tant les anciens que les modernes : mefmes ils fe font trouucz confus eu l’experience de plufieurs cornes prétendues de Licornes, qui fe rrouuent es threfors des Rois 6c Princes Chrefticns , en ce que efditcs cornes ne fe fonttrouuces toutes propres àvn mefme vfage : mai* en certaines chofes ils ont trouué vray ce qu’en on dit les anciens, 6c en beau- coup d'autres , non. Et ce qui en fait douter dauantage , ce font les promelfes exccfîîues , & in- croyables , que quelques-vns mettent en auant des vertus de ceftc corne contre la pefte, le fpafme, mal caduc, contre la fièvre quarte , la morfure des chiens enragez , viperes, & picqucures de feor- pions,& cotre tous venins.Et pour le faire croire aux Princesrils difent qu’il n'cft befoin en prêdre par la bouche,come 1*6 fait de la theriaque, 6c autres alexiteres préfet-natifs,mais qu'il fuftît que ce- lle corne Toit tcnu vrier d’attache , non fi grelîc par le corps. Son poil cftoit de couleur de Caftor, fort lifte , le col greffe, petites oreilles, vfie corne entre les deux oreilles fort liftée, de couleur obfcure bazanée, de longueur d’vn pied ds Roy feulement, la telle courte 5c feiche, ie muffle rond, quafi femblable à Marc Paul Venetien. Licorne aydt la te fie fiem- bUhle à vn pourceau. Licornes frl- fgs viues. Deux Licor- nes veu es en la Mecque de dans le Ser■ rail du Roy. Opinion de Pline, Louys Para- dis Chirur- gien.. Des Venins. 599 ccluy d’vn veau , les yeux allez grands, ayant vn regard fort farouche, les jambes feiches, les pieds fendus comme vne biche, la queue ronde ôc courte comme celle d’vn ferf. Elle eftoit toute d’vne mefmc couleur, fors vu pied de deuant, qui eftoit de couleur iaune. Son manger eftoit de lentilles , pois, feues , mais principalement de cannes de fuccre. Ce fut au mois d’Aurilmil cinq cens foixante ôc treize. Il s'enquit par vn truchement de ceux qui auoient amené ladite Licorne, s'il y auoic beaucoup de pareils animaux en cefte prouince.On luy ht refpôfe qu'oüy,& que c’eftoic vn animal fort furieux, Ôc tres-difficile à prendre, principalement lors qu'il effc en rut, & que les habitaus du pais le craignent plus que nul autre animal feroce. Ledit Paradis affirme, qu'ils luy monftrcrent vn fragment de corne de Licorne , qui eftoit comme de couleur du dedans d’vne piece de Rheubarbe frefehement rompue. Albert eferit auoir veu vne corne de Licorne, & mefmc ma- mée de fa main propre, large en fa bafe d’vne palme & demie,& en diamètre large de dix pieds fans aucune raye, ôc au demeurant femblable à vne corne de cerf. Et par la proportion de cefte longueur ôc grofteur , fi nous confiderons là grandeur de la tefte qui doit produire ôc fouftenir vne fi de- mefurée corne , «5c venans par là à conie/fturer quel doit eftre tout le corps, nous ferons con- traints de confcfter , que cet animal doit eftre auffi grand qu'vn grand Nauire, ôc non comme vn Eléphant. Quant à moy , ie croy que cefte corne doit eftre quelque corne, os, ou arefte de quel- que monftre'marin merueilleufement grand. Munfter, lequel ( comme ditMathiole) n'a iamais veu de Licornes qu'en peinture, dit, icelles eftre fembiables non à vn chenal, mais à vn poulain de trois mois, ayant les pieds non fembiables à ceux d'vn Eléphant, mais fendus comme ceux d'v- ne chèvre : au refte portant vne corne efleuée au front , noire «5c longue de deux ou trois couldées. Quant à la befte, elle eft de couleur d’vne Belette, ayant la tefte comme vn Cerf, le col non pas fort long , ôc garny de peu de crins, pendans feulement d'vn cofté , les jam- bes greffes ôc minces , les cuiftès heronnieres, fort couuertes de poil. Toutesfois Cardan , con- tredifant à tous deux, dit, cefte befte porter au milieu du front vne corne longue non de deux ou trois couldées , mais de deux ou trois doigts feulement. André Theuet en fa Cofmographie, de l'aurhorité «Sc récit d'vn Sangiach , Seigneur Turc, fait mention d'vne Licorne veuë par ledit Sei- gneur , grande comme vn taureau de cinq ou fix mois, portant vne feule corne droit au fommet de la tefte, ôc non au front, ainfi que l'on dit des autres , ayant les pieds ôc jambes peu différentes des afnes de noftre Europe , mais le poil long , ôc les oreilles fembiables à celles d'vn Rangifere. Garcias ab Horto , Médecin fort célébré du Viceroy d'Indie, dit qu'au promontoire du Cap de bonne Efpcrance, l'on a veu vn animal terreftre, lequel aufîi fe plaifoit d’eftre dedans la mer, ayant la tefte ôc la perruque d'vn cheual, ôc vne corne longue de deux palmes, qui eft mobile, laquelle il tourne àfon plaifir, tantoft à dextre tantoft à fenellre, en haut & en bas. Cet animal, dit-il, combat entre les Elephans tres-crucllement. La corne d’iceluy eft fort recommandée contre les venins. André Theuet en fa Cofmographie , dit qu’il s'en trouue vne autre en Æthiopie , prcfque femblable, nommée , Camphur, en l'ifle Mouluque , qui eft amphibie, c’cft à direviuanten l’eau ôc en la terre , comme le Crocodile. Cefte befte eft de grandeur d'vne Biche, ayant vue corne au front, mobile de longueur de trois pieds ôc demy, de grofteur comme le bras d’vn homme, plein de poil autour du col, tirant à la couleur grifaftre. Elle a deux pattes comme celles d’vne Oye, qui luy feruent à nager, & les autres deux pieds de deuant comme ceux d'vu Cerf ou Biche : 8c vit depoifton. Il y en a quelques-vns qui fe font perfuadez que c’eftoit vne cfpece de Licorne, ôc que fa corne eft: fort riche, ôc excellente contre les venins, la figure de laquelle refera icy reprefentéc. corne de li- corne veu'é far -Albert* Opinion de l'Autheur, °P,on de Mn * * opinion de Cardan. />nd,e cardas ah Horto, Camphur, Crocodile. Tnr 1 6oo Le vingt - vniefme Liure, Figure du Camphur > animal amphibie. Or il y a plulîeurs autres animaux marins qui n’ont qu’vne feule corne, ôc beaucoup d’autres animaux terreftres : car on a veu des cheuaux,chévres,&: daims, pareillement des taureaux,vaches , ôc afnes,auoir vne feule corne. Parquoy Monoceros ou Vnicorne, eft vn nom qui conuicnt a tout animal qui n’a qu’vne feule corne. Or confiderant la variété des Efcriuains,& des cornes qui font toutes différentes les vues des autres, l’on peut croire véritablement quelles (ont de diuerfes belles engendrées en la mer , Sc en diuerfes contrées de la terre. Et pour la renommée des vertus qu’on attribue à la Licorne, chacune nation fe plaift à luy donner le nom de Licorne. Chapitre LI. Orateur de Soliman. *D a t z A g a , Orateur de Soliman , attelle auoir veu en l’Arabie deferte , des Licornes courantes cà &là à grands troupeaux. Quanta moy, ie croy que c’elloicnc plufboft des Daims,ou Chèvres de ce pais la, 3c non des Licornes. Philollrate en la vie d'Apollonius Tyancus,chap.i. lin.3. dit, qu'aux mardis voifins du fleuuePhafis fe trouuét des Afnes fauuagcs,portans vue corne au front, auec laquelle ils combat- tent furieufement comme taureaux : de laquelle corne les Indiens font des talfes qui garentiflent l’homme de toutes fortes de maladies le iour qu'il y a beu, 5c s'il ell bielle ce iour là, il ne fent aucune douleur. Danantage, il peutpalfer par le trauers d’vn feu fans fe brufler nullement. Mefme il n'y a venin ny poifon beu , ou autrement pris , qui luy puiffe nuire : 5c que pour celle caiife il n’y a que les Rois qui boiuent dans lefditcs talfes : de faidt que la challe defdits Afnes n’clb permife qu'aux Rois du pays : de forte que l’on dit, qu'Apollonius Philofophc graue , regarda curieufement celle belle fauuage , 5c auec grande admiration confidera fa nature. Quoy voyant Damis, luy demanda s’il croyoit ce qu’on difoit de la vertu defdites talfes :Ielecroiray , dit-il* quand i’entendray que ie Roy de ce pais fera immortel. Refponfe que ie délibéré d'orefnauât faire à tous ceux qui me demanderont, fi ie croy ce que Pondit des vertus de la corne de Licorne. Thiloftrate liu.ychap.ï. Apollonius. Tyantus. Responfe fort fnbtile. Chap. LU, Difcord des Autheurs. Oindre n’dHa contrariété des Antheurs touchant le naturel de ladite Licorne. Cax \ ne au eiï cy-dcflus allégué,la dit dire la plus furicufe de toutes les belles : mefmcs ( clu*c^e lÎUl'le oir Hideufement, & que jamais on ne la prend viue. Cardan la dit pa- | reillement dire fort cruelle, comme naillant es lieux deferts d'Ethiopie en terre or*- de, & entre les crapaux & belles venimeufes. Gefncrus dit, que le Roy d'Ethiopie en l’Epiftre Hébraïque qu'il a eferite au Pontife de Rome , dit que le Lion craint infiniment la Li- corne 3 5c que quand il la void, il fe retire vers quelque gros arbre , 3c fc cache derrière ledit arbre. Louys de Barthar.t. Des Venins. Lors la Licorne le voulant frapper,fichc Ta corne bien auant dans l’arbre &: demeure îà prife,& lors le Lion la tue : toutçsfois il aduient aucunesfois autrement. Autres au contraire la difenc fort dou- ce,benigne,& d’vncf mignotife la plus grande du monde,pourueu que Ton ne l’offenfe point. Louys de Barthame en Tes nauigadons cy-deffus alléguées , eft de celte opinion, niant les Licornes eftre cruellesjcoine en ayant veu deux enuoyes d’Ethiopie au Soudan, qui les falloir nourrir en la Mec- que, ville de l'Arabie heurcufe(où eft le Sepulchre de Mahomcu)enfermées en certains treillis, qui n'eftoient nullement farouches. Theuet die auoir voyagé en ces régions là, & s'eftre enquis dili- gemment des habirans, n’auoîr toutesfois iamais fccu rencontrer homme qui en euft veu, ou qui enft peu rapporter quelque certitude de la figure 6c nature de celte, befte. Otho dit auoir veu 6c manié àRomc,aumagafm du threfor des Papes,vne corne de Licorne,qui eftoit luilanre 6c polie comme yuoire, & qu'il fut fort cfmerueillé de lavoir h petite : fe prenant à rire,d’autant qu’elle n’anoit à grand peine que deux palmes.de longueur, on luy dit que par le trop gràd& frequet vlage de l’auoir raaniée,eîlc eftoit deuenucainli petite.il y en a auffi vnequi eft gar- dée par grande fîngularité dans le cœur du grand Temple de Strafbourg.laquelleeft de longueur de fept pieds 6c demy,encore qu’ôn en a coupé furtiuemet. le,bout de la pointe,laquelle fans cela,feroit encore plus longue. Elle eft par le bas de la grofteur d’vn bras, & va en tortillant comme vn.cierge qui eft tords,& s’eftend vers la pointe en forme de Pyramide,citât de couleur noiraftre par dehors, comme vn blanc faly pour auoir cité manié,& par dedans elle eft blanche comme yuoire, ayant vn trou au milieu comme pour mettre le petit doigc,qui va tout au long. Les cornas qui fe monftrenc aux Feftcs folcmnelles publiquement à Venife au Temple de S.Marc, différent de celte là en gran- denr, couleur 6c figure, tellement qu’il n’y a nulle conformité entre-elles. Pareillement en i’Eglife de Sainét Denys en France il y a, à ce qu’on dit,vne corne de Licorne qui en g ro fleur, longueur 6c Egure,fc rapporte aucunement à celle de Strafbourg. Or h lefdites cornes ne font de vrayes Licor- nés, de quelles beftes font-elles ? dira quelqu'vn. Theuet à opinion,que telles cornes ne font que dentsd’Elephants,ainu crenelées 6c miles en œuure : Carainfî dit-il, les defniaileurs qui fetrou- uenten Lcuanr,vendent les rouelles des dents de Rohart pour cornes de Licornes , les creufent 6c alonuent à leur aile. Et à la vérité cefte corne de Licorne eftant bruflée, rend ôc Tefpirefemblable . t> . - . r , , . i t j. , odeur que 1 yuoire. Et afin que celte façon de contrefaire ne terrible impollible ; Cardan dit que les dents des Eléphants fe peuuent amollit 6c eftendre comme les cornes de bœuf. touys dé Sanhatn*, Othi, co*ne /é7àstraf-* bourg, cornes dé Licorne que l'on monfin a Venife~ R Lient d'eRe- hart. Les dents det e^,ans Ie penuent amo-' iir dre. Figure d’vn Eléphant. Louys Paradis, Chirurgien natif deVitryen Partois, duquel i’ay faiét mention cy-deuant, dit auoir veu en Alexandrie d’Egypte deux aiguilles, appellées les aiguilles de Cefar,hautes & grandes à merueilles,ncantmoins chacune route d’vnc picce : 6c tient-on pour vray qu’elles font de pierres fondues.Hors ladite ville enuirô huiét cens pas,il y a vne Colône,qui s'appelle la Colonede Popce demerneilleufe grofteur & hauteur,tell eméc que c'cft tout ce que peut faire le plus fort homme,de iettervne pierre fur le fommctd’iccllc.La grofîeur eft telic,que cinq homes âyans les bras eftendus ne la pourroient entourer.ncâtmoins on dit qu’elle eft d'vnc pièce, 6c de diuciTes couleurs de pier- res,comme noire,grife,blanche,incarnate,6c dit-on qu’elle eft aulîî de pierres fondues : que ft ainfl eft,que de telle matière on air peu conftruirc lefdites aiguilles 6c colomne,qui empefehera que l’on ne puifTe contrefaire les cornes de Licornes? Coîomne de Pompée, Lti f terref fi peuuent fi** 4rt, 6oi Le vingt-vniefme Liure, c h a p. lui. Defcnptîon du Rhinocé- ros. BS A v s a n 1 a s eferit,que le Rhinocéros a deux cornes, 5c non vne feule : l’vne fur le ncz,affez grande,de couleur noire,& de grofteur ôc longueur de celle d’vn buffle,non toutesfois creufc dedans, ny tortuë,mais toute folide,& fort pefanre: l’autre luy fort en haut de l’efpaule, affez petite, mais fort aiguë. Par cela appa— 1 roit que ce ne peut eftre la Licorne , laquelle n’en doit auoir qu’vne , comme tefti^e f°n nom Monoceros. On dit qu’il reflemble à l’Elephant, &quafi de la mefme ftaturc,finon qu’il a les jambes plus courtes,& les ongles des pieds fen- dues , la tefte comme vn pourceau , le corps arme d’vn cuir efcaillé &c très - dur, comme celuy du Crocodille,reffemblant aux bardes d’vn cheual guerrier. Feftus dit, que quelques-vns penfent que ce foie vn bœuf fauuage d’Egypte. Tefiw, Figure du Rhinocéros armé de toutes pièces* C h a P. L 1111. P? 'M.Ndre' Baccy dit, qu’il a des Médecins Portugais, qui ont demeuré long temps es terres Neufues pour rechercher les chofcs rares & precieufes,lefquels affermét qu’ils n’ont iamais peu dcfcouurir de la Licorne, finon que les gens du pais difent que c*eft feulement vne corne de Rhinocéros, & qu’elle eft tenue au lieu de Licorne ,& com- me preferuatif contre tous venins. Toutesfois Pline eferit particulièrement en Ton Hure 8. cbap. 20. que le Rhinocéros eft vne efpecc d’animal cruel, différent de la Licorne, & dit que du temps de Pompée le Grand il fut veu vn Rhinocéros, qui auoit vne corne fur le nez. Or le Rhinocéros eftant merueilleufement ennemy de l’Elephant,il aiguifefa corne contre vn rocher, & fe met en bataille contre luy valeureufement, comme vn taureau, & demeure vainqueur, & tue l’Elephant : duquel combat Salufte du Bartas en fon 6, iour de la Sepmaine fait mention par ecs vers ; £Maü cet effrit fubtlfi ny cet enorme corps Ch(e le peut garentir des cauteleux efforts Ibu fin Rhinocéros3 qui neutre onc en bataille, fondait d'aueugle rage, alns plufiofi quil affadie L'aduerfaire Eléphant 3 affile contre <~un roc ç~De fon armé mufeau le dangereux eBoc: tlJuü menant au combat, ne tire à Fanent un, La raideur de fies coups fur fit cuiraffie dure : idins choifit, prouident, fous le entre vne peau, feule craint le fil de tefguisé couHeau. Du Rartas en la Sep- main*. Des Venins Figure du Combat du Rhinocéros contre ÎSlephant. Chapitre L Y. L fe trouue és Indes plufîcurs fortes d'animaux,ayans vne feule corne,comme vaches & taureaux, nra® ffîÊm cheuaux,afnes,chèvres,daims,Monoccros ; autres ayans deux cornes, & plus. Et pour la renom- «Pi des vertus que Ion attribue à la Licorne,il eft vray femblable,que chacune nation fe plaift à Igg Jffigluy donner le nom dcLicorne,commcauonsdit cy-delfus. Theuet tome z.liu.i;.chap.i.dir,qu’tn la Floride fe trouue de grands Taureaux, que les Saunages appellent Butrol, qui ont les cornes longues feulement d’vn pied, ayant fur le dos vne tumeur , ou boffe comme d’vn Chameau,le poil long par deffus le dos, de couleur fauue, la queue comme celle d’vn Lyon. Cét animal eft des plus farouches qu'on ffache trouuer, à caufe dcquoy iamais ne fe laifle appriuoifer, s'il n’eft defrobé & rauy petit à fa mere. Les Sauuages fe feruent de leur peau contre le froid ; & font fes cornes fort eftim/'es, pour la propriété qu’elles ont contre le venin :& partant les Barbares en gardent à fin d’obuier aux poifons & vermines qu'ils rencon- trent allans par pays. Il y a phi• fleurs befies és Indes, qui n'ont feule corne.. Entrai. Cornes d'tce- luy contre let poifons* ligure du Taureau de la Floride, 6 04 Le vingt-vniefme Liure, Chapitre L VI. Defcrriptîen du Piraffoipi, l’Arabie près la mer Rouge, il fe trouqe vnc autre belle, que les Tannages appel- les Cnt 3 §ranc^e comme vn mulet, & fa telle quafi Temblable,toutlbn corps P& en 0ime vn urs * vn Peu P^us coloré , tirant fur le fauueau , ayant les pieds fendus comme vn Ccii, Cet animal a deux cornes à la telle Tort longues , fans rameutes , haut cfleuees , qui approchent des Licornes, derqucllcs Te feruent les Sauuages, lors qu ils font blcllez ou mords des belles portails venin, les mettans dedans Peau par 1 efpace de fix pu lept heures, puis après font boire ladite eau au patient. Et voi- cy le portraiéltiré du cinquiefme liure delà Cofraographic d’André Theuet. Les SaunagesPaf- Pomment, quand ils la peuuent attraper, puis l’efcorchent de la mangent. tes cornes du Tiraffoipi fer. tient contre les venins. Figure du Pirajfoipiy effiece de Licorne, Chapitre LVIÎ. InfùnBnxtu- rel merueil- leux. Jnduftrie des mariniers. Ector Boëtius au liure qu’il a eferit de la defeription d*’Efcol!e, dit, que l’animal, du- | l quel cy-apres fuit l’effigie , fe nomme Eléphant de mer,& efl plus gros qu’vn Eléphant, 1 ÈM I ccl habite en Peau & en la terre , ayant deux dents femblables à celle dJvn Eléphant, & par lefquelles lorsqu’il veut prendre fon fommeil , il s’attache & pend aux rochers, & dort fi profondément que les mariniers l’apperceuans ont leloifir de prendre terre , & de le lier auec de grolfes cordes en plufieurs endroits. Puis meinent vn grand bruit, & luy iettent des pier- res pour le reiuciller ; & lors tafche à fe ietter comme de coullume auec grande impetuofité en la mer. Mais fe voyant pris, fe rend tellement paifible, quei’oji en peut facilement iouyr : ils l’ai- fomment& en tirent la grailfe , puis Pefcorchcnr pour en faire des courroyes : lefquelles parce qu’elles font fortes , & ne pourriflènt, font fort eftimées, & encores plus fes dents, que par arti- fice ils drefient &c creufent, & les vendent pour corne de Licorne , comme on fait celles du Re- part de de PElephant. l)tnts de l‘E- lebhnnt de mer, Des Venins 6 G G figure dSrvn Eléphant de Merà Chapitre L Y 11L L fe void au goulfre d’Arabie vn poiflbn nommé Cafpilly, armé d’aigtiillons 4 dont den a vn au milieu du front comme vne corne, long de quatre pieds * fort aigu. Ice- voyanc ve,dr ia Baleine , fe cache fous les ondes , 8c choifit l’endroit plus aile à blefler, qui eft le nombril, & la frappant, il la met en telle necelïité, que le plus fouuent elle meurt de telle bleflèure : Sc fe Tentant touchée au vif, commence à faire Vn grand bruit* fe tourmentant, 5c barrant les ondes, efeumant coriime vn verrat,& va d’vhe fi tres- grande fureur & roideur , fe Tentant près des abbois delà mort, qu’elle culbute 8c renuerfe les natu- res qu’elle rencontre,«Se fait tel naufrage, qu’elle les enfeuelit au profond de la mer. Ledit poilîoneft merueillcufementgrand ôc fort, 8c lors que les Arabes le veulent prendre* ils font comme au Cro- codile,fçauoir eft auec vne longue èc forte corde, au bout de laquelle ils attachent vne piece de chair de Chameau, ou autre befte:«Sc lots que cepoiflon apperçoit la proye, il ne faut à Te ietter deltus, 8c l’engloutir. Et eftartt l’hameçon auallé, &fe Tentant picqué, il y a plaifir à luy voir faire des faults en l’air 8c dedans Beau : puis eftant las , les Arabes le tirent à coups de fléchés , 8c lüy donnent tant de coups de leuier , qu’ils fallbrri nient : puis le mangent, 8c gardent fa plus grande corne , pour en vfér contre les venins, ainfi q ue les autres font des cornes de Licornesi Defictiptiéna du Caipitlv. Rufe d’ice- luy. îl eft pris âè tel artifice, que le Croro- dile. Figure du poîjfon nommé Cafpilly, Le vingt-deuxiefme Liure, Chapitre LIX. ’Dcfcriptîen du pcijfon ap pelé Vletif, N d r e' Theuet en fa Cofmographie , dit, que courant fortune en l’Occean es co- \ \ffk lies d’Afrique, vilîtant la Guinée & l’Anopie, il a veu le poilfon cy-aprcs reprefenté ayant vue corne fur le front en maniéré d’vne feie , longue de trois pieds ôc demy, Sc large de quatre doigts,ayant Tes pointes des deux codez fort aiguës. Il fc combat fllt|eufement de celle corne. Ceux de la Guinée rappellent en leur iargon Vletif. Defunél Monfieur le Coq , Auditeur en la chambre des Comptes à Paris, me donna vne corne dudit poilfon , qu’il gardoiten Ton cabinet bien chèrement ; lequel Içachant que i’ellois curieux de rechercher les choies rares & monftrueufes, délira qu’elle full mile en mon cabinet, auec mes autres raretez. Ladite corne effc longue de trois pieds Sc demy , pelant cinq limes ou enuiron, a- yanc cinquante & vne dent, aiguës Sc tranchantes, longues du trauers d’vn poulce ôc demy , cllans icelles dents vingt-cinq d’vn collé , ôc vingt-lix de l’autre. Celle corne en fon coramence» ment cil large d’vn demy-pied , on enuiron, allant toujours en diminuant iufqu’à Ton extrémité, , où elle efl obtufe , ou moufleufe, ellanc plarte , & non ronde, comme les autres cornes. Le delfus ’ efl de couleur comme d’vne Sole , Sc le délions aucunement blanc ôc fort poreux. Il s’en trouuc d’autres moindres Sc plus petites , félon l’âge du poilfon. Plulieurs eftiment ledit animal eftre vne Licorne marine , &c s’en feruent contre les morfures & piqueures de belles venimeufes, comme l’on fait de la corne de Licorne. Le populaire l’eftime ellre vne langue de Serpent, qui eft choie faute. Curlcpté île V Autheur. Defcrtptio de la corne du- dit Vletif. Vletif ejlimé d"aucuns vne Licerne ma- rine. Erreur popu- laire. Figure du poiffon nommé Vletif, ejfece de Licorne de mer. Chapitre LX. Poijfo» r»f. fembUntpur Folfr aU vlilr. h s N e r v s dit, qu’en la merOceane naill vu poil!bn,ayant la telle d’vn Porc-fanglicr, lequel eft de mcrueilleufe grandeur , couuert d’efcailles , miles par grand ordre de Na- ture> ayant les dents canines fort longues, trenchantcs& aiguës, femblables à celles; d’vn § Porcfanglier , lefquellcs on eftime ellre bonnes contre les venins,comme h Licorne. Des Venins. 607 ligure du poijjon ayant la tefte dyn fôrc pinçiler Ainrt void-on comme chacune nation penfe auoir la Licorne , luy donnant plufieurs vertus, Si proprierez rares &c excellentes : mais ie croy qu’il y a plus de menfonge que de vérité. Or qui a ellé caufe de la réputation de la Licorne, ç’aefte celle propriété occulte, que l’on luy a attribué de preferuer de perte, & de toutes fortes de venins. Tellement que quelques-vns voyans que l’on en faifoit li grand cas , pou liez d’auarice, ont mis en auant certains fragmens de quelques cornes, di- fans , Sc alFeürans que c’cftoic de la vraye Licorne toucesfois le plus forment de n’eft autre cho- fe que quelques pièces d’yuoire:, corne , ou dent de quelque belle marine , ou pierre fondue. Par- lez auiourd’huy à tous les Apothicaires de la France,il n;y a celuy qui ne vous die & alleuue auoir de la Licorne > Sc de la vraye, Sc quelquesfois en ailes bonne quantité. Or comment fe pourroit- ilFaire, veu t|uc la plulpart des elcriiiaius difent, que le naturel de la Licorne eft de demeurer aux deterts, Sc es lieux inaccelrtbles, Sc s’efloigner iî fort des lieux fréquentez , que c’eft quart vne choie mira'culelife d’en trouuer quelquesfois vne corne, qui peut auoir ellé apportée par les inon- dations des eaux , iufqu’aux riuages de la mer , & ce quand l’animal ell mort î qui eft routesfojs vne choie encore douteufe: car lapelanteur de la corne la fetoit pluftoft aller au fond. Mais c’ert tout vn, polons qu’il s’en troune quelquesfois vne, comment feroic - il poflîble que ces trompeurs en fullent tous rt bien fournis ? A cela cognoift-on qu’il y a bien de l’impofturc. Et certes n’eftoit l’authoricé de l’Efcripture Sainéle, à laquelle nous fouîmes tenus d’adjoufter foy,ie ne croyrois pas qu’il full des Licornes. Mais quand i’oy Dauid au Pfalme zi* verfet zz. qui dit, Deliure - moy, Seigneur , de la gueule du Lyon , Sc deliure mon humilité des cornes des Licornes : lors iefuis contraint de le croyre. Pareillement Ertue chap. 54. parlant de l’ire de Dieu contre Tes ennemis, Sc perfecutcurs de fon peuple, dit, Et les Licornes defeendfont auec eux , & les Taùfeaux auec les puilïàns. l’allegucrois à ce propos vne infinité de partages de l’Efcripture Sainéle , comme lé chapitre v i ngt - h u i <5li ertnc du Deuteronomc , le trenteaeufiertne chapitre verCi 3. & 13. de lob,les Plahnes de Dauid, z8. 77. 80. Sc plufieurs autres, rt ie ne craignois d’attedier le Leéleur. Il faut donc croyre qu’il cil des Licornes , mais elle n’ont pas les vertus qu’on leur attribue'. Erreur pepü* luire. D’oh viet lé réputation de la Licorne. fe de l'impo* fiüre des marchands de Lie ortie. Difficulté grade de pou*' noir recou- urer de la Licorne. Doute. Faut adieu- fter foy h l’Efcriptur* Sainiie. Chap. L X L E l a donc fiippofe, fçauoir ell, qu’il Te tfouue quantité de cornes de Licornes,& que jTc^acun ea ayt, fçauoir, (1 elles ont telles vertus Sc efficaces contre les venins Sc poy- ions qu'on leur attribue ? le dy que non. Ce que ie prouueray par expérience , autho- rite Sc railon. Et pour commencer à l’cxperience, ie puis arteurer, après l’auoir efprou- uc pluiieurs fois, n’auoir ianiais cogneu aucun effeél en la corne prétendue de Licorne. Pluiieurs tiennent, que rt on la fait tfemper en l’eau,& que de celle eau on face vu cercle lut vne table, puis que fon mette dedans ledit cercle vn Scorpion,ou Araignée,ou vn Crapaut,que ces belles meureni, Sc qu’elles ne partent aucunement par delllis leccrclc,voyre que le Crapaut fe creue* le l’ay expéri- menté, 8c trouuay cela dire faux Sc menfongençar lefdits animaux partaient & repartaient hors du circuit du cercle , Sc ne mouraient point* Mefmement ne me contentant pas d’auoir mis vn Cra- pane dedans le circuit de l’eau,oii la Licorne auoit trempé, par deltas lequel il partait Sc repallbitric le mis tremper en vn vaifléau plein d’eau,où la corne de Licorne auoit trempé,& le lailfay en ladite eau par l’efpace de trois Jours,au bout dcfquels le Crapaut elloit aulïi gaillard que lors que ie l’y mis* Quelqu'vn me dira , que poflîble la corne n’elloit de vraye Licorne. A quoy ie refpons que ce! le de S. Denys en France,ccîle du Rov , que l’on tient en grande ellime, & celles des Marchands de Paris, qu’ils vendent à grand prix,ne font doneques pas vrayes cornes de Licornes : car ç’acllé de celles- là que i’ay fait efpreuue.Er li on ne me veut croyre,que l’on vienne àl'eflay commemoy, Sc on co- gnoiflra la vérité contre le menfonge. Autres tiennent que la vraye Licorne ellant mife en 1 eau fe prend à boüillonncr,faifant erteuer petites bulles d’eau corne perles.le dy que cela le fait aurtî bien auec cornes de bœuf,de chèvres,de mouton,ou autres animaux,auec dents d’Elephât,telles de pots, cuilles,bois,bol armene, & terre rtgillée : Sc pour le dire en vn mot, auec tous autres corps poreux. Car l’air qui ell enclos en iccux,fort par les pororttéî,pour douer place àl’eau:qui caufele boüillo- §}ue(lio tou* chat les w* tue pretedues de laite or ne* Rejponfe. Expérience (tontine fntif- /'• 0 hieftiort. Refponf** Autre expé- rience. Le vingt-vniefme Liure, Autre. ncmenc,& les petites bubes qu'on voici efleucr en l'eau. Autres difenr,que fi on en faifoit aualer à vn pigeon ou poulet, qui euft pris del'arfenic , , ou autre venin , qu'il n'en (endroit aucun mal. Cela eft pareillement faux,corne l'experience en fera foy. Autres difent, que l'eau, en laquelle aura trempé ladite corne,efteint le feu volage,appelle Herpes miliarü. le dy que ce n'eft pas la ver- tu de la cornc,mais la feule vertu de l’eau,qui eft froide & humide,contraire au mal, qui eft chaud & ec* Ce qui fe trouuera par cfted, en y appliquant de la feule eau froide , fans autre choie. Et pour prouuer mon dire , il y a vne honnefte Dame,marchande de cornes de Licornes en cefte vil- le,demeurant fur le pont au Change,qui en a bonne quantité de greffes 8c de menues , de ieunes 8c de vieilles. Elle en tient toufiours vn aflez gros morceau,attaché à vne chaine d'argcnt,qui trempe ordinairement en vne aiguiere pleine d eau, de laquelle elle donne aflez volontiers à tous ceux qui luy en demandent. Orn'agueres vne panure femme luy demanda de fon eau de Licorne : aduint qu'elle l'auoit toute diftribuée,&: ne voulant renuoyer cefte pauure fcmme,laquelle à iointes mains la prioit de luy en donner pour efteindre le feu volage qu'auoit vn fien petit enfant, qui occnpoir tour fon vifiige : en lieu de l'eau de Licorne, elle luy donna de l'eau de riuicre en laquelle nulle- mcnt nJauojt trempé la corne de Licorne. Et neantmoins ladite eau de riuiere ne laifla pas de gua- ...... . r . ,r « rir le mal de 1 entant. Quoy voyant cefte pauure femme , dix ou douze rours après vient remer- cier Madame la marchande de fon eau de Licorne, luy difant que fon enfant eftoir du tout guary. Ainfi voila comme l'eau de riuiere fut aufli bonne que l'eau de fa Licorne : & toutesfois elle vend ladite corne prétendue de Licorne, beaucoup plus cher que l'or,commeon peut voir par la fuppu- tation. Car à vendre le grain d'or fin onze deniers pile , la liure ne vaut que fept vingts huiéi cf- eus fol : & la liure de corne de Licorne contenant feize onces, contient neuf mil deux cens feize la^ns"* & ure a dix fols le grain , la fomme fe monte à quatre vingts douze mil cent foixante » 4ui font quatre mil fix cens huiél Hures,& en efeus, mil cinq cens trente fix efeus fol. Et me femble,qu’à ce prix la bonne femme ne vend pas moins fa Licorne , que fit vn certain Marchand Tudefque , lequel en vendit vne piece au Pape Iules troifiefme , douze mil efeus , comme récite baccy,Medecin de Florence ,en fon liure de la nature de la Licorne. Mais laiflbns ces bons Marchands,rcuenons à l'experience. On dit d’auantage que la corne de Licorne fuë en prefence du venin. Mais cela eft impolîible, parce quec'cft vn effeél procédant de la vertu expultrice. Or ladite corne eft priuée de telle vertu. Et fi onl’avcuë fuer,ccla aefté par accident, veu que toutes chofe* polies,comme le verre,les miroirs , le marbre,pour quelque peu d'humidité qu'ils rcçoiuenr, mef- mes de l’air excefliuement froid & humide , ou chaud & humide, apparoiflent fuer : mais ce n'eft vraye fueur. Car lafucur eft vn cfFcâ; d’vnc chofe viuante. Or la corne de Licorne n'eft point vne chofe viuante, mais pour eftre polie 8c frefche, elle reçoit vn terniflement de l'air froid 8c humide, qui la fait fuer. Autres difent, que la mettant près le feu , elle rend vne odeur de mufe: aufli que l'eau où elle aura trempe deuiendra laiétueufe 8c blanchaftre. Telles chofes ne fe voyent point, comme l’experience lé monftrc. Autn•. Mlfloire e fille tr&hîen à propos. • Emu der'tuie’ te donee peur eau de Ltcor- „g' T)e combien la Licorne fe vedpim cher que l'or. Hiftoire d'vn Tudefque qui vendit de la Licorne au Tape Iules 3. Autre expé- rience. Autre expe- rimee, Chap. LXIL Preuue faite far autho- rité. Hipfocrates. Galien. Aciftete, SVant à l'authorité,il le trouuera laplufpart des do&cs gens debien,& expérimentez Médecins , qui afieureront cefte corne n’auoir aucune des vertus que l’on luy ami- buë.S'il faut commencer aux Anciens,il eftcertain qu’Hippocratcs, ny Galien , qui toutesfois fe font feruis de la corne de Cerf,& de l’Yuoire, n’ont iamais parle de celle corne de Licornc,ny mefme Ariftorc, lequel neautmoins au chap.i.du liu.?.des par- ties des Animaux,parlant de ceux qui n’ont qu’vnecorne,fait bien mention de faine Indien,& dvn autre nommé Oryx,fans faire aucune mention de la Licorne,combien qu’il parle en ce lieu des cho- ies de moindre confequence. Or s’il faut venir anx Modernes, Chriftofle l’André,Do appelle e bubon , ou bojfe. Cha. xxxiij De la cure de l'apofteme peftiferée.Cha.. xxxiv Defcrtption du charbon peftiferé, & de fes eau* fes,ftgnes & marques. Chap. xxxv Prognoftic des apoftemes & charbons pefttfe- re%. Cha, xxxvj De la cure du charbon peftiferé. Ch. xxxvij Du prurit & demangeaïfon qui vient autour de l'vltere, & de la maniéré de produire la cicatrice. Ch. xxx viij De plufteurs euacuaùons qui fe fo'nt outre les précédentes, & premièrement de la fueur. Cha. xxxix Duvomiffement. Chap. xl Du cracher & bauer, Chap. xlj De iefternuer dr moucher. / Chap. xlij De l'eruBation ourouttement, & du fanglot. Chap. xiiij De Vvrine. Chap. xliiij Du flux menftruel. Chap. xlv Des hemorrhoïdes. Chap. xlvj Pour prouoquer le flux de ventre. Chap. xlvij Pour arrefter le flux de ventre. Chap.xlviij De Céuacuation faïcîe par infenfble tr an frira- ùon. Chap. xlix De la curation des enfans efpris de La pefte. Chap. 1. Difcours des incommoditez de la pefte , & du fouuerain remede. Chap. lj Epilogue ou condufton de ce difcours. Chap. Iij LE VINGT-DEVXIESME Liure, traitant de la Perte 'Par Ambrojse Pare\ de Laual au Maine > Confeiller 6^ premier Chirurgien du Roy. De fer lotion de U Petfe. Chap. L Este eft vné maladie venant de l’ire de Dieu, furieüfe, tempeftatiue, ha- \ ftiue mon^ & cfpouuantablc,cofltagieufe,terribIe,appeiléede Galicii <î JzWiii auuage> farouche & fort cruelle,ennemie mortelle de la vie des hom- ; 11 mes, & de plufieurs beftes * plantes > & arbres. Les anciens l’ont appcllée ' Epidémie,quand la corruption venoit de l’air, qui promptement fait mourir plufieurs en vh inftât,& en mefme region:auffi ont-ils appelle Endcmie vne maladie qui eft propre & familière en certain pays,comme les cfcroüélles en le gouetron en Sauoye,Ia lepreen Guyenne vers Bordeaux,les ma- lades de laquelle on appelle Gabets,&en la balfe Bretaiglie Cacots, &fontnommez ladres blancsj ôc ainfi d’autres maladies q«i régnent es autres prouinccs. Or la pefte eft fouuent accompagnée de tres-cmels ôc pernicieux accidens qui fourdent iournellement auec elle : comme fièvres, bubons, chàrbons,pourprc, flux de vcntrc,delire,frenefie & douleur mordicatiue d’eftomach,palpitation de cœur,pcfanteur,&: lalïîtude de tous les membres,fommeil profonde les fens tous hebetez* Aucuns ont vne chaleur interne bruflante,& font froids au dehors auec inquietude,difficulté de refpirer,vo- miftèmens frequens,flux de ventre, flux de làng par le nez, & par autres parties du corps, appétit perdu, grade altération,la langue feichc,noire & aride,le regard haue& hideuxda face pâlie ôc plô- bine, ôc quelqucs-fois rouge Sc enflambee , tremblement vniuerfel, crachement defang, puanteur des excremens, ôc plufieurs autres accidens qui fe font félon la pourriture ôc altération de l’air pe- ftiferé, ôc de la cacochymie de ceux qui en font frappez. Neantmoins tous ces accidens ne fe trou- tient pas toufiours à vne fois, ny en toutes perfonnes, mais en aucunes s’en apperçoiuent plufieurs, aux autres peu : voire à grande peine voit-on deux malades infedez de celle pefte les auoir fem- blables , mais diuers les vns des autres , félon leseffeds qu’elle produit. Ce qui prouient delà diuerfité du venin j de la cacochymie , & complexion des malades * des années ôc finfons, tk des parties qu’elle aura faifies. AufÏÏ qu elle n’eft pas toufiours d’vne nefme forte, mais diuerfe l’vne de l’autre ; qui a efté caufe que l’on luy a donné diuers noms, à fçauoir fièvre peftilente, caquefangne, coqueluche, fuette, rroulîè-galant, boflè , charbon, pourpre, ôc autres , que déduirons cy-apres. Or l’efièncc de ce venin peftiferé eft incôgnu ôc inexpliqüable , dont nous pouuons dire la peftd eftre vn quatriefme genre de maladie* Car fi elle eftoit vne intemperature fimple, elle feroit chau- de ou froide, ou humide, ou feiche,ou compofée d’icelles:&: lors auec medicamcns contrarians,par leur feule qualité chaude,froide,feiche,humide , ou mixtionnccs enfemble,feroit guarie. Si c’eftoit încommoderation $ c’eft à dire de mauuaifc compofition, elle feroit en indelie conformation, ou fi- gure, ou en nombre, ou en magnitude,ou en fituation. Si c’eftoit âulïl folution de continuité, ce fe- roiterofion,contufion,incifion,pcrforation, morfure, picqueure,& ruption, toutes lelquelle chofes feroient guaries par les remedes eferits des anciens : mais elle vient non feulement d’vnc fimple corruption j mais aüfli d’vne contagion d’air peftiferé indicible ôc incogneuc, qui imprime fur vn ► corps ja préparé le catadere de fon venin. Or , me dira quclqu’vn : Comment fera-il pofîible à vn Chirurgien pouuoir guarir celle contagion par vraye methode,attendu que fa caufe ne peut eftre co- gneuc ? A quoy faut refpondrc, qu’il faut fuiurele mouucraentde nature, lequel ayant en horreur là qualité venimeufe, qui premièrement faifit le cœur, tafçhe ôc s’efforce de chaftèr Ôc pouffer de- hors les matières que le venin a corrompu,lefquelles entretiennent le mal, Ôc dont s’engendrent fiè- vres peftilentiellesjcarboncles, bubons, pourpre, ôc autres accidens au grand foulagement des par- ties nobles : tellement que fi le tout ( ou la plus grande partie ) peut eftre ainfi poulfée dehors fans rentrer au dedans, le patient peut efchapper du danger. Parquoy le Médecin ôc Chirurgien,qui font miniftres & coadiutcurs de nature , n’ont autre chofe à faire quepourfuiure tels mouucmens : com- me en ptouoquant les fueurs ôc vomiflèment dés le commencement * & par chofes qui fortifient le cœur , vfant de tous remedes efprouuez contre la putrefadion ôc venenofité, En fomme , il faut munir le cœur par antidotes, Ôc attirer au dehors la matière conioinde,&: pourueoir aux accidens, diuerfifiant les remedes félon la nature d’iceux. Voila ce qu’il me femble de la defeription de la Pe- fte , laquelle n’eft jamais vniuerfelle,ny d’vnc mefme forte, comme nous auons dit cy-delfus. Cacots ladres blancs. Accident, La fe/le n'tff pas toufiours d’vne mefrtii forte. Différencié de (ointitin de cotinuiis Le vingt-vniefme Liure, Des caufes diuines de U Peste. C H A p. Il- 'Est vnecholèrcPoluc entre les vrais Chreftiés,aufquels l'Eternel a rcuelé les fecreîs Vde la Sapience, que la Pelle 8c autres maladies, qui aduiennenc ordinairement aux hommes , procèdent de la main de Dieu ainli que le Prophète nous enfeigne : Quelle aduerfité fera en la cité,que le Seigneur n’aye fakcîCe que nous deuons en tout temps Poigneufement méditer pouf deux raifons : La première eft, pour recognoiftre que te que nous auons de vie,fancé, mouueraent 8c dire , procédé diredlcmem de la pure bonté de Dieu» qui eft lepere dcsjumieres,à fin que par ce moyen nous luy rendions grâces de Tes bénéfices. L au- tre cft, que la cognoilîance des affligions, qui nous lont enuoyées de Dieu , nous achemine à vnc droiéte intelligence de fa iuftice fur nos pechez , à fin qu'à l’exemple de Dauid nous nous humi- lions fous fa main puiffànte, pour garder que nollre ame ne peche par impatience : aulîî qu’dlans releucz de defefpoir , nous inuoquions fa Majdlé pour nous deliurcr de tous maux par fa mileri- corde. Voila comme nous apprendrons de chercher & en Dieu 8c en nous , au Ciel & en la terre, la droiélc cognoilîance des caufes de la pelle, de laquelle nous Pommes vifitez , & comment par la Philofophie diuine nous Pommes inftruiéls,que Dieu eft le principe 8c cauPe des caufes moyennes, lans laquelle les lecohdcs caufes 8c inférieures ncpeuuent produire aucun effeél, ains Pont condui- tes ôc addreftees par la volonté Pecrettc 8c confeil priué d’iccluy, qui s'en Pert comme d'inftrumens, pour accomplir Ton œuurc , félon Ion décret 8c ordonnance immuable. Pourtant il ne faut attri- buer fimplement la cauPe de la pelle aux chofes prochaines, à l’exemple des Lucianiftes , Naturali- ftes, 8c. autres infidelles : mais il nous faut confiderer , que tout ainfi que Dieu par Pa toute-puif- Tance a créé toutes chofes, hautes,moyennes &c baffès,auffi que par fa Pagefte il les conferue, modè- re, encline où bon luy fcmble, mefme Pôuueiit change le cours naturel d’icelles,Pelon Ton bon plai- lîr. Voila pourquoy le Prophète nous exhorte : N'apprenez point les voyes des Gentils,& ne crai- gnez point les lignes du ciel, comme les Gentils les craignent. Et ne faut que nul foie Pi Hardy &c plein de rage,de vouloir attacher Dieu,qui eft lafouueraine caufe de toutes chofes, aux caufes Pecô- des 8c inférieures , 8c à Tes crcatures,ou à la première difpofidonque luy-mefmea baillée, &c Peroic rauir à Dieu ce tiltre de Tout-puiflant,& luy ofter la liberté de plus ri en changer 8c difpoferautre- ment qu'il n'a fait du commencement, comme fi l'ordre qu'il a eftably le tenoit Pubieél 8c lié. Pans qu'il peuft rien innouer. Car quelque ordre ou difpofition que Dieu aye rais cp Nature , en la re- uolution des fàiîbns, au mouuemcnt des Aftres & Planettcs , il eft plus que très - certain , qu'il n’ell point lié ny Pubjet à créature quelconque : ains befongne 8c fait Tes œnures en toute liberté, 8c n’eft aucunement Pujeél de Puiure l'ordre qu'il a eftably en nature : mais s'il veut punir les hommes à caufe de leurs pcchez , à fin de leur monftrer Paiuftice,ou les combler de biens , pour leur faire fentir fa bonté paternelle , il change Pans difficulté cet ordre quand bon luy fcmble, ôC le fait feruir à Pa volonté , félon qu'il voit eftrc bon 8c iufte. Car tout ainfi qu'au commence- ment de la création du monde , par le commandement de Dieu , la terre produit verdure, ar- bres fruidiers , la mer Tes poiftbfls : la lumière auffi efclairoic anant que ces deux grapds luminai- res, le Soleil 8c la Lune, fulient creez, pour nous apprendre que c’eft le Tout-puiflant,qui par icy- mefinc a fait toutes chofes : auffi depuis que le gouuerncment des créatures a efté aflîgné au Soleil, & aux Planettes, defquels la terre,& ce qu'elle contient,reçoit aliment & nourriture, nous Pçauons comme ce grand Dieu a changé le cours naturel d'iceux, pour le bien 8c profit de Ion Egli/e. C’eft ce que nous liions , que le Seigneur alloit deuanc les Ifraélires par iour en colomne de nuee, pour les conduire par la voye , 8c de nuiél en colomne de feu pour les clclairer. En celle mefme façon le Soleil 8c la Lune furent arreftez, 8c changèrent leur cours à la priere de lofué. Auffi par la priered’Helie,il ne pleut point l'efpace de trois ans 8c fix mois. Par ces exemples donc il appert clai- rement,que Dieu difpofe de les créatures félon Ton bon plaifir,tant pour Pa gloire , que pour le Pa- int de ceux qui l'inuoquent en efprit 8c vérité. Or comme le Seigneur Pe Pert de ces chofes infé- rieures , pour eftre miniftres de Pa volonté, 8c tefmoignages de Pagrace à ceux qui le craignent,auflt clics luy feruent de hérauts 8c exécuteurs de fa iuftice , pour punir les iniquitez 8c oftenles des pécheurs, 8c contempteurs de fa Majefté. Et partant, pour le dire en vnmot, c’eft la main de Dieu, qui par fou iufte iugcment,dardcdu ciel celle pelle 8c contagion,pour nouschaftier de nos offenlcs, 8c iniquicezjfelon la menace qui cft contenue en l’Efcriture. Le SeignOur dit ainfi : le feray venir Pur vous le glaiue exécuteur, pour la vengeance de mon alliance,& quand vous ferez raffcmblez en vos villes, ie vous enuoyeray la pcftilence au milieu de vous , & ferez liurez en la main de l’cnne- mY- Qu’on iife auffi ce qui eft eferit en Habacnc, chapitre 3. Le Seigneur des armées dit : Voicy, i’enuoye iur eux l'efpée , la famine , 8c la pelle. Semblablement Dieu commanda à Moyfeiettcr en l’air certaine poudre en la prefehee de Pharaon , à fin qu'en tonte la terred’Egypte,les hommes 8c autres animaux fulfent affligez d’apoftemes peftilendellcs, vlceres, ôc plufieurs autres maladies. Ce que Dauid a confirmé , difant, que Dieu enuoya en Egypte des Moufchcs , qui deuorerent le pais, 8c des Grenouilles qui les deftruirent,& donna leurs fruiéls aux Chenilles,& leur labeur aux Sau- terelles : 8c gafta leurs vignes par greffe, 8c leurs figuiers Pauuages par la tcmpefte:& livra leurs iu- mens à la greffe,& leurs troupeaux à la foudre. Puis adioufte, qu’il drefta voye à Ton ire, & n'efpar- gna de les mettre à mort, & lima leur vie à la pefte. Pareillement au Deutcronome,Moyfe menace les tranfgrefTcnrs de laLoy de Dieu de plufieurs malediélions, & encre autres de pefte, apoftemes, enffeiues , Sc maladies ardentes. Or le Peul exemple de Dauid nous monftre l’exccution de ces me- naces terribles , quand Dieu pour Ton péché , fit mourir de pefte Peptante mille hommes , ainfi que i’EPcripture tcPmoigne au 1, hure des Rois , chapitre 14. Le Prophète Gad fut enuoyé à Amos 3, Aftes 17. Voyez, à ce propos le Ffeau. 39. leremie xo. Les caufes inférieures ne peu uent agir fans l/t première, qui e/i Dieu, Genef t. Exode 1 5. lofué 10. 1. Roü 17, Epifire fainéi Jacques^/?, S- Dieu ennoye la pejle. Leuit. 1 €. leremie 19. Exode 9. ffeau, -S. 3Oeut 18. Soixante & dix milhom- mes morts de pelle. De la Pefte. 617 Dauidaitec commandement de Dieu : le t'offre trois chofes,efly l'vne d’icellcs, 6c ie le fer ay* lequel veux-tu ? Ou que fept ans de famine viennent fur la terre : Ou que par l’efpace de trois mois ru fuyes deuant tes ennemis, 8c qu’ils te pourfuiuent : Ou que par trois iours la pefte foit fur la terre! Là delfus Dauid prie de cheoir pîuftoft entre les mains de Dieu, qu’entre celles des hommes : d’au- tant, dit-il, qu'il eft mifericordieux. Et quelqu'vn pourra dire que ce peuple n’auoit pas mérité la mort pour l’offcnfe de fon Roy. On peut rcfpondre qu'il eftoic encore plus mefehant que luy* Car il le teferua pour la gloire de fon faind Nom. Nous lifons pareillement, que le Seigneur punit l'idolâtrie 8c profanation de fonferuice pat le fléau de la pefte. Car voicy comme il parle : Pource que tu as viole mon faind lieu en tes infamecez 8c abominations, ic le briferay auffi , mon œil ne l’efpagnera point, 8c n'en auray point de pitié : caria troifieftne partie mourra de pefte. Concluons donc que la pefte,6c autres maladies dangereufes, fonttefmoignages de la fureur diuine fur les pé- chez, idolâtries 6c fuperftitions qui régnent en la terre , comme mefmes vn autheur profane eft contraint de confefler qu'il y a quelque chofe de diuin aux maladies. Et pourtant lors qu'il plaift au Seigneur des Seigneurs, & Créateur de toutes chofes, vfer de Tes iuftes iugemens, nulle de les créa- tures ne peut euiter fa fureur cfpouuantable, voire mefme ciel & terre en tremblent, ainfique Da- uid nous enfeigneî Les CieuSc fondirent en /heurt La terre trembla de la peur De ta face terrible, Que fera-cedonc de nous pauures humains,quî nous efcoulofts coine la neigéîCôment pburrôs- fious fubfifter deuant le feü de l'ire de Dieu,veu que nous fommes foin & paillc,6c que nos iours s'é- nanoüiflènt corne vapeur de fuméc?Apprcnons,aprenos denous côuertir de nos voyes mauuaifcs à la pureté du feruice de Dieu:6c ne fuyrions point l'exemple des fols malades, qui fc plaignent de la chaleur 8c altération de la fiéure, 8c cependant reiettent la mcdecine, qui leur eft re prêtent cé pour les guarir de la caufe de la maladie* Sçachons que c’eft icy le principal antidote contre la pefte, que la conuerfion 8c amendement de nos vies. Et tout ainfi que les Apothicaires font du theriaque de la chair du Serpent, pour la morfure venimeufe : aulîi delà caufe de nos maladies, c'eft à fçauoir de nos pcchez, tirons le remede 6c guarifon, en regardant vers le Fils de Dieu lefus-Chrift noftre Sei- gneur : lequel ne guarir pas feulement le corps defes infirmitez ôc maladies , mais nettoye l’ame de tour péché 8c ordure,6c à l’exemple de Dauid, gemillbns 8c recognoilîbns : prians ce bon Dieu de cœur 6c de bouche, comme il s'enfuit : Ne vueille pas, o Sire, JlLe reprendre en ton tre Jlioy qui t’ay irtité, Grc, Voila la première6c principale confideration que tous Chreftiens doiuent cognoiftre en recher- chant les caufes diurnes de la pefte, 6c le préparatif qu’il faut prendre pour la guarifon de telle ma- ladie, Et outre ce , ic confeille au Chirurgien de ne vouloir auffi négliger les rcmedes approuuez par les Médecins anciens 6c modernes i car combien que par la volonté de Dieu telle maladie foit enuoyé? aux hommes,fi eft-ce que par fa fainde volonté les moyens 6c fccours nous ionr donnez pareillement de luy, pour en vfer comme d'inftrumens à fa gloire, cherchans remedes en nos maux mefmes en fes créatures , aufquelles il a donné certaines propriecez 6c vertus pour le foulagement des pauures malades. Et vent que nous vfions des caufes fécondés 8c naturelles , comme d’inftru- men$ de fa benedidion j autrement nous ferions bien ingrats, 8c mefpriferions fa bencficcnce. Car il eft eferit, que le Seigneur a donné aux hommes la fcience de l'ai t de Medecine,pour eftre glorifié en fes merueilles. Et partant ne faut négliger tous autres moyens , que deferirons cy-apres. Il refte maintenant rechercher les caufes 6c raifons naturelles de ceftc pefte* ■■ ■ ■ ■ ■■■ Il I.I i —■■Mil I .. —■■■■■! ■■■— ■■■■—«I.—— Sj/kV** — —11». ' Ml ■■■■■«— « ■ ■■ 1 rn—mmmimm ■■> il • I niV ' i i.Sam.ifa Hîpp.chap. i. du i. liili des progno- fiscs. Pfeau.Ci* Principal an* tidote contra la pefte. Pfeau.6» Dieu ne ■Veut que negligios les remedef naturels* £«/«/}*, Des caufes humaines , ou naturelles, & fimences générales de la pefte prifis de la corru- ption de Ghap. III. ÎfêÙ&ijÊ E s caufes générales 6c naturelles de la pefte font deux, à fçauoir l'air infedé & cor- mjmislk rompu , 6c 1' altération des humeurs viciez en noftre corps : 6c préparera prendre la pefte 6c air peftilelit. Ce qui eft prouué par Galicn,qui dit que les humeurs de noftre corps fe peuuent pourrir , & acquérir venenofité* Or l'air fe corrompt lors qu'il y a excez es faifons de l'année, lefquelles ne tiennent lent confticution naturelle, qui fe faid parce que prefque toute l'année aura efté humide,à caufe des pluyes 6c greffes nuées* L'hyuer pour la plus grande partie n’aura efté froidrny pareillement le printemps tiede ou tempcré,côme il a de couftumeiauffi qu'en automne on veoid en 1*air flambes ardentes, eftoiles coul âtes, & cometes de diuerfes figures,lefquelles chofes font produites des exhalatiôs feiches* Demefme fi l’efté eft chaud, 8c que les vents n'ayent foufflé finon du Midy,6c encore fi doucement, qu'à peine on les aura peu fentir:6c qnelquesfois auffi on a veu que les nuées eftoicnt pouflees du Midy au Septentrion, i elles conftiturions de faifons font efcrites par Hippocrates,au liuredes Epidémies, Hure premier, 8c an troifiéme Hure des Aphor. leiquels fans doute rendent l'ai», du tout pcftiferé : car alors par Ton intemperature il difpofe à pourriture les humeurs fercux de noftre corps, 8c par fa chaleur non na- turelle les brufle 6c enflammc:coutesfois toutes conftitutions non naturelles n’engendrent pas touf- iours la pefte,mais pîuftoft autres maladies epidemiales. Quelquesfois l'air peftilent, qui eft attire au corps par vne feule infpirarion d'vn peftiferé , rend tous les membres infedez. Dauantage,! air (è corrompt par certaines vapeurs méfiées auec luy , comme nous auons dit cy - deuanc Caufes i L’air edrropu préparé nos ccrp.i à cer* ruptiom Le Vingt-deuxiefme Liure, comme par grande multitude de corps morts,non allez toft enfeuclis en la terre,comme d'hommes, cheuaux & autres chofes faifans vnevapeur putride ôc charongneufe,qui infeble l’air ; ce qui fou- uenc aduientapres vne bataille,ou de plulîeurs hommes péris par naufragc,puis icttez par les flots de la mer au riuage : ou quand la mer a ietté pluficurs poilîbns Ôc belles, lors que les riuieres font grandes inondations fur la terre, &les rauiflent en la mer, dont ils meurent, n’eftans pas accouflu- mez de viure en i’eau falée. Or la mer lailîè quclquesfois grande quantité de poilîbns à fcc, quand les gouffres ou ounerture delà terre,fai6les par le mouueraent d’icelle, s’emplilîènt d’cau,ou quand le flot de la mer lailîe les grands poiflons ellans fortis du profond d’icelle : ainfi que de noflre temps vne Baleine fut putréfiée en la colle de la Tufcane, qui amena la pelle par tout le païs. Or les poil- fons,bien que raremét,cômc dit Arillote au 8. de l'hiftoirc des Animaux,pcuucnt élire infeélez par les mauuaifesexhalations eflcuées de la terre, qui ell au dclfous l’eau, 3c palfans par dedans icel— le ; aulîî peuuentfentir la contagion de l’air ambiens, lors qu’il fe mettent fur l’eau. Et pour ces deux cardes, il fe fait que la pelle effcant en quelque païs, les poilîbns font trouuez morts en grand nombre, principalement és eftangs,lacs,& riuieres, qui font peu agitées, que l’on appelle eaux dor- mantes : ce qui ne fe fai6b en la mer ; car par Ton grand mouuement impétueux, 3c par fa falfitude, n’ell iuiette à pourriture : Ôc partantjes poilîbns qui font en icelle, ne reçoiucnt l’infc6lion pelli— lente , comme ceux des eàux dormantes. Outre plus, l’air ell infeélé des mefehantes vapeurs de quelques lacs, ellangs bourbeux ôc marefeageux , eaux croupies és mailons où il y a des égouts 3c conduits fous la terre , qui ne s’cfcoulent point, 3c fe corrompent en Eflé ; elleuans certaines va- par vneexcelîluc chaleur du Soleil. Comme l’on trouue par eferit, qu’à Padoüe il y auoitvn puits que l’on auoit longuement tenu couuert : puis ayant elle defcouuert,qni fut en Ellé,il en fortit vne grande exhalation putride,tellement que l’air circôuoifin fut du tout corrompu,dont procéda vne pelle merueilleufe , qui durafort longtemps, 3c de laquelle bien grand nombre de peuple mourut. Pareillement l’air extérieur ell corrompu par certaines exhalations , fumées , ôc loufpirs des vapeurs pourries ôc infeélées , enfermées és entrailles de la terre , ayans elle long temps retenues, croupies, ôc elloufFées és lieux ténébreux & profonds d'icelle, qui viennent puis après à fonir par vn tremblement de terre. Par le tremblement de la terre, les eaux Tentent le foulphre, ou autre ma- tière métallique ôc font chaudes ôc troublées : cela fe fait des exhalations de la terre par le fecoüe- menc ou efbranlement d’icelle. Es temps defqucls l’on oit fouuent diuerfes voix, comme gemille- mens de ceux qui meurent aux batailles , ôc aulîî diuers cris d’animaux. Semblablement on voit forcir de terre plulîeurs animaux,comme crapaux,couleuures, afpics, viperes,& autres vermines.Et par lefditcs exhalations ainfî forties , l’air eflant infeélé , infeéle pareillement non feulement les hommes ôc autres animaux,mais aufïî les plantes,fruiéls ôc grains,& généralement toute leur nour- riture : d’autant que comme l’eau troublée ôc puante ne lailîè viure le poifîbn qui efl dedans , auffi Pair malin 6c peftiferé ne l’aille viure les hommes : mais altéré les efprits, ôc corrompt les hu- meurs , ôc finalement les faiéb mourir , & mefmemcnt les belles ôc plantes , comme nous auons di6b. Dauantage , on a veu quelques-vns creufans la terre pour faire des puits, Ternir vne vapeur iî priante & infebte, qu’ils mouroient promptement. Et encorcs n’agueres és faux-bourgs Saindl Ho- noré de ccfle ville de Pads,moururent cinq hommes, icunes ôc forts,en curant vne foffe,oïi l’efgout du liens des pourceaux cfloit de long temps croupy , ôc retenu fans aucune exhalation , & fur on contraint emplir de terre ladite fofîc,pour l’ellouper promptemcr,& ebuier à plus grands aeddens. Semblable chofc a elle dés long temps obfcruée par Empedocles Phiîofophe : lequel voyant qu’il y auoit vne ouuerturè de terre entre les montagnes,laquelle caufoit la pelle pour les mauuaifes va- peurs qui en fortoient,la fit bouchcr,& par ainfi chafla la pefle du païs de Sicile. On a cognu cobien cecy effcoit vray par la corruption aduenuc des corps morts au challeau de Pene,furla riuiere de Lot; auquel lieu l’an iy62.au mois de Septembre,pendant les troubles premiers aduenus à caufe de lare- ligion fut ietté grand nombre de corps morts dedans vn puits profond de cent bralîccs ou enui- ron , duquel deux mois après s’ellcua vne vapeur puante ôc cadauereufe, qui s’efpandit par tout le pais d’Agenois, Ôc lieux circonuoifins,iufques à dix lîeuèes à la ronde , dont plulîeurs furent in- feélez de la y elle. Dequoy ne fe faut efmerueiller,veu mefmes que les vents foufflans , poulfent les exhalations Ôc fumées pourries d’vn païs en autre : donc aulîî on y voit prouenir la pelle, comme auons dir cy-deuant en la 1. Apologie. Or fi quelqu’vn vouloir obieéter : difant que fi la purrefa- 6lion de l’air ell caufe delà pefte,il s’enfuiuroit par necelïîté qu’en tous lieux où il y a charongnes, eftangs,raarefcages,ou autres lieux putrides, la pelle y feroït toufionrs,à caufe que l’air reçoit faci- lement putrefa6lion,aiilîi que toute putrefaélion,quand elle ell entrée au corps par infpiration,en- gendreroit la pefle : laquelle chofe neantmoins ell contre l’cxpeiïence,comme l’on voit en ceux qui habitent ôc fréquentent és lieux putridcs,côme és poiflbnneries,cfcorcheries,cimaiercs,hofpitaux, cloaques,& tanneries , aulîî és laboureurs qui manient ôc mcuuent les fiens pourris ôc corrompus par putrefaélion , & ceux qui curent les latrines j, ôc plulîeurs autres chofes fcmblables. A cela faut rcfpondre, que la putrefaélion de la pelle efl bien différente de toutes autres putrefadlions, pource qu’il y a vne malignité cachée ôc indicible , de laquelle on ne peut donner raifon , non plus que de l’avmant qui tire le fer , Ôc plulîeurs autres medicamens, qui attirent & purgent certai- nes humeurs de noflre corps. Pareillement la malignité occulté, qui efl en celte putrefaélion pelli- ferée, n'efl point aux autres chofes corrompues de corruption ordinaire , lefquelles toutesfois en temps de pefle fe tournent facilement en femblable malignité ; tellement que toutes les apoftemes Ôc figures putrides , & autreres maladies procedentes de putrefaélion , en temps de pelle fe tour- nent facilement en telle corruption extraordinaire , & du tout eflrange. Et partant en telle con- llkudon de temps, il fait bon cuirer les lieux infeéls , ôc la fréquentation des pelliferez , de peur que par la vapeur ôc exalation de l’air corrompu nous ne foyons infeélez , combien qu’aulfi il n'efl Los poijjens peuuent ejire infeftez, de pejie. Hijîoire de Padoüe. La pefte des plantes eft appellee Si- dération, Hijîoire, Autre hi- fioiré. d'Em- pedocles. Hijîoire. Ob le cil an. Retyonfe, De la Pefte. pas necefTaîre que tous ceux qui attirent l’air peftiferé prennent la pefte , car on ne la peut prendre qu’il n’y air quelque préparation ôc difpofition : ce que i’experience iournaliere demonftre. Audi Galien le déclaré au liure des différences des fièvres, difant que nulle caufe ne peut produire fon < effeét, fans que le corps y foit apte & préparé , autrement tous feroient infeélez de mefme caufe', neantmoins par continue fréquentation des lieux ôc perfonn.es enuenimées de tel venin , on peut acquérir vne difpofition Ôc préparation àreceuoir icelle pefte : car combien que le bois verd ne foie difpofé à brafler, fi eft-ce que pour eftre long temps au feu, il bmfle. Partant ie confeille de fe pre- leruer toufiours, ôc euiter les lieux ôc perfonnespeftiferées : carie venin pris par l odeur des vapeurs venimeufes eft memeilleufement foudain, ôc n’a affaire d’aucun humeur qui luy ferue de conduite pour entrer en noftre corps, ôc agir en icelüy, comme nous auons dit par cy-deuant. Car lefdites Vapeurs eftans fubtiles, font facilement attirées auec l’air dedans lespoulmons, ôc d’iceux dedans le cœur (domicile de la vie) puis paffentpar les altérés , ôc d’elles fe communiquent par tout le corps: gaftans premièrement les efprits , puis les humeurs, ôc en la fin la fubftance mefine des parties. Or quand nous parlons de l’air peftilent, nous ne voulons pas qu’il foit eftimé fimple Ôc élémentaire: car eftant fimple, iamais il n’acquiert de pourriture, mais par addition ôc meflangc des vapeurs pour- ries cfparfês en luy. Parquoy veu que l’air qui nous enuironne , ôc eft contigu, eft perpétuellement neceflaire à noftre vie , ôc que fans luy nous ne pouuons viure , il faut que félon fa difpofition, noftre corps foit en plufieurs ôc diuerfes maniérés altéré , à caufe que continuellement nous l’atti- rons par l’attraélion qui fe faiéfc des poulmons és parties pectorales dediées à la tranfpiration , Ôc pa- reillement par la tranfpiration qui fe fait par les pores & petits pertuits infenfible de tout le corps, ôc des arteres efpanducs au cuir : ce quife fait tant pour la génération de l’efprit de vie, que pour rafraif* chir noftre chaleur naturelle. A cefte caufe , s’il eft immodérément chaud, froid, humide, ou fec, il altéré Ôc change la température du corps en femblable conftitution que la fieime. Mais entre toutes les conftitutions de l’air, celle qui eft chaude Ôc humide eft fort dangereufe : car telles qualitezfont caufe de putrefaCtion , ainfî que l’experience nous fait voir és lieux où le vent marin en Efté exerce fa tyrannie , efquels vne viande , tant foit-elle fraifche , fe corrompt ôc pourrit en moins de demie heure. Semblablement nous voyons que l’abondance despluyes engendre beaucoup de vapeurs, lefquelles lors que le Soleil ne les peut refoudre ôc confumcr , altèrent ôc corrompent l’air , ôc le rendent idoine à la pefte. Mais il faut icy noter que lapourriturc qui vient des corps morts des hom- mes , eft plus pernicieufe aux hommes , que celle des autres animaux : aufîî celle des bœufs aux bœufs, des cheuaux aux cheuaux, des pourceaux aux pourceaux , ainfi des moutons ôc autres ani- maux : ce qui prouient pour la fympathie Ôc concordance qu’ils ont les vns aux autres , comme on veoit qu’en vne famille ôc perfonnes qui font de femblable tempérament, fi l’vn eft épris de pefte, elle fe communique ordinairement à tous. Toutesfois on a veu aufîï pour efcorcher des bœufs, ôc autres belles mortes de pefte, l’efcorcheur mourir fubitement, ôc le corps d’iceluy deuenir tout enflé. Le tonnerre ôc efclairs par fon grand bruit ôc tintamarre efmeut fi Vehcmentement l’air, qu’il fait renforcer la pefte. Or pour conclurre des effeéls diuers de l’air, nous dirons , que félon qu’il eft di- uers ÔC diflemblable , aufli il rend difllmilitude d’affeélions ôc differens effeéls , mefmes és efprits, lefquels il rend gros Ôc hebetez , ou fubtils ôc aigus : ôc pour le dire en vn mot, l’air a empire fur cous les hommes , Ôc autres animaux, plantes, arbres, ôc arbrifieaux. Galsen, L'aîr [impîtj îamais n ac- quiert pBUV~ rittirtj. Double ul- tra filon dej l'air. Chaleur & humidité* La pefte fo communique plies aifement à animaux de mefm(-j ejpece & complexiorfz De L'altération des humeurs, qui fe fait principalement par la maniéré de viure. C H a p. 11 I I. HP r E s auoir fuffifamment déclaré les caufes de l'altération de l’air qui nous enuiron- ne , ôc que nous infpirons par neceflité , vueillons ou non : maintenant il nous Faut déclarer la caufe de la corruption des humeurs de noftre corps. Or nos humeurs fe corrompent ôc tournent en pourriture par vne trop grande plénitude ou obftmdion, j ou inremperaturc, ou malignité de matière, qui fe fait principalement par la mauuaife maniéré de viure : ôc de là procèdent les caufes principales de corruption, par lefquelles tels corps font foudainement frappez de pefte : car après auoirbeu des vins pouffez ôc corrompus, ôc des eaux mauuaifes ôc putrides, cpmme celles qui font bourbeufes ôc marefcageufes , dans lefquelles fe dé- gorgent les égouts puants ôc corrompus, fans qu’iceux ayent aucun cours : efquelles aufîî on aura jette quelque ordure , ôc laué le linge, Ôc jetté les excremens des peftiferez, comme eft vn égout de l’Hoftel-Dieu de Paris : où après auoir mangé mefchantes viandes, comme grains pourris, herbes, fruits fauuagcs , ôc autres alimens altérez , &non accouftumez , comme on faid par vne grande famine, ôc aux villes ôc places affiegées (ce queie fçay pour y auoir efté) tellement que par neceflité les hommes font contraints de manger la viande des pourceaux , comme on a veu en l’an caufe de la cherté, faire du pain d’auoine, feues, pois, lentilles,veffe,glan,racine de feugere,&: dent de chien : aulfi manger troncs de choux, Ôc autres chofesfemblables : après, dy-je, telle manière de viure, furuient ordinairement vne pefte. Car telle nourriture engendre obftrudtions ôc pourriture d’humeurs, dont s’enfuiuent galles , apoflemes, vlcercs ôc fièvres putrides, qui font préparatifs a la pefte: à quoy auffi aide grandement la perturbation des efprits ôc humeurs, comme de crainte, frayeur ,*fafcherie , ou autre caufe : car telles chofes changent l’œconomie de toute l’habitude du corps. Et comme és iours caniculaires on veoit, que par la grande chaleur ôc ébullition , la lie eft eflcuéc en haut, ôc meflce parmy le vin ; ainfi la melancholie, & autres humeurs, eftans méfiez ôc partroublez , infedent le fang , ôc le difpofentà pourriture ôc venenofité, dont la pefte eft foütient procréée , ôc autres pourritures : ce que n’aguercs nous a efté mapifefté en plufieurs de ceux qui Caufes de ta corruption de nas humeurs» Les mauual* fes viandes caufent tna~ ladies « Rondelet en fa praëiiqui. Le vingt-deuxiefme Liure, furent bleftèz à la bataille près S. Dcnys, les play es dcfquels degeneroient en grandes pourritures, accompagnées de fièvres putrides, de autres grands accidcns : de prefque tous mouroient tant d’vne part que d’autre, voire encores que leurs playes fuflènt petites, de en lieux du corps non dangereux: de auflî qu’ils fuflènt traiélez de toutes choies necelfaires, tant à leur maniéré de viure , qu’autres chofes. Dont plufieurs affirmoient, & philofophoient, que c’eftoit àraifon de la poudre à canon, de des boulets empoifonnez. Ce qui me femble'n’eftre vray, ainfi que i’ay amplement difeouru au trai- té des playes faiéles parharquebuzes, de autres ballons à feu, tant par auèloritc, raifon, qu’expe- riencc. Dauantage, les pourritures de autresaccidens ne venoient feulement aux playes faiéles par ballons à feu, mais auflî à celles qui eftoient faites par autres armes, comme d’elpées, de piques, de lances, de autres. Partant il me femble ( lous correèlion ) que les accidens ne venoient par la mali- gnité de la pouldre à canon, de moins des boulets qu’on difoic eftre enuenimez,mais pluftoft à caufe de Tebullirion du fang &: des autres humeurs fe broiiillans & meflans enfemble, tant pour Textreme chblcre de effroy deTapprchenfiondelamort, qu’on void fi proche, de principalement auflî pour la conftitution de pourriture de Tair. Et qu’il foit vray , vn iour ou deux qu’on tiroir du fang aux ma- lades pour fumenir aux accidens, il fe trouuoit de couleur non rouge , mais du tout changé de fa nature, à fçauoir blanc, ou verdoyant comme fanie des apoftemes, qui demonftroit eftre du tout cor- rompu. loinèl auflî que lors qu’on faifoit ouuerture des corps morts, on trouuoit prefque à tous des apoftemes aux parties intérieures, comme au foye de aux poulmons, qui le faifoitpour la pourriture acquife par le broliillement du fang, de principalement de Tair ambiens altéré de corrompu, de non par la pouldre à canon, ny les boulets, que aucuns tenoient eftre empoifonnez. Maintenant nous def- crirons les lignes de prefages de la pefte à aduenir, pris de la corruption de Tair. Caufe de la malignité fa pourritures des playes. Les fignes oh prefages de la Pefte a aduenir, pris de la corruption de Pair C H A p. Y» V an D les faifons de Tannée ne gardent leurs qualitez de températures naturelles, de font fort immodérées, à fçauoir quand on void le temps fort piuuicux de Auftral, de TEfté fort chaud, & que le vent Auftral dure long temps fans pluye, &e que Ton aU cometes & eft°des ardentes, qui voltigent & partent de leurs places, tant qu’il femble qu’elles tombent auec abondance de tonnerres , de autres chofes que nous auonspar cy-deuant dit. Auflî, fi on void grande quantité de chenilles, de autre vermine qui broutent de rongent les fueilles de gettons des arbres , de les fruids eftre venimeux , de les oifeaux laifter leurs nids, voire leurs œufs de leurs petits,&: plufieurs femmes enceintes auorter(quife faiclpour la vapeur venimeufe de Tair peftilent, lequel eftant inlpiré par la mere,eftouffe Tcnfantpar fa malignk té ennemie de nature : ) Si ces chofes,dy-je,font veué's, on peut véritablement prefagir de dire que les caufes de lignes de corruption font préféras,& qu’ils nous menacent de la pefte,Tour es fois il fauticy entendre que telles chofes apparentes en Tair ne font point propres caules de lapefte, mais que telles impreflîons aériennes font engendrées des exhalations de Vapeurs de la terre, lefquelles en fin infe- dentl’air,dont la pefte procédé : car Tair fe corrompt parles vapeurs putrides efleuées des entrailles de la terre, pourles corruptions qui font en icelle, comme de corps morts, égouts, eaux croupies, de autres caules qu’auons déclarées cy-deuant, lefquelles le Soleil par fa vertu attire en la moyenne re-r gion de Tair en temps de grandes chaleurs. Et pour ce il ne fe pcüt faire, qu’à caufe de Tair eftant ainfi corrompu, ne s’enfuiuent diuers effeds félon la diuerfité de la corruption. Et de là s’engendrent pluficurs maladies Epidemiales, c’eft à dire , populaires , ou vulgaires, ainfi que Tan i fio. lîiruint vne maladie par tout le Royaume de France , tant és villes qu’és villages, nommée par le commun Coqueluche : parce que quand aucuns eftoient efpris de celle maladie, ils fentoient grande douleur en la telle , enlemble en Teftomach, és reins, de és jambes , de auoient fièvre continué , auec de- lire de frenefie : de lors qu’on les purgeoit ou faignoit, on abbregeoit leurs iours. Et d’icclle mourut vn bien grand nombre d’hommes, tant riches que pauures. Aulfii Tan i y 28. furuint vne autre ma- ladie en Angleterre , de aux baflès AHemagnes, qui fut nommée du peuple la Suette , pource que les patiens auoient vne bien grande fueur par tout le corps, auec grand frifîbn , tremblement, & palpitation de cœur accompagnée de fièvre continue , de mouroient en peu de iours, de celle ma- ladie tua auflî vn bien grand nombre de perfonnes. Pareillement Tan régna en la ville du Puy en Auuergne, vne autre maladie nommée du peuple Trouflé-galaiid, pource que peu de ceux qui en eftoient efpris, efchappoienr, ains mouroient en deux ou trois iours ou moins, & pluftoftles robuftes que les debilcs,& les riches que les pauures. Au commencement les patiens auoient grande pefanteur de tout le corps , auec vne extrême douleur de telle , & fièvre continué , de perdoient toute cognoiftance , de faifoient tous leurs excremens inuoîontairemencfous eux, de auoient grand delire , de forte qu’il tes falloit lier de attacher. Que 11 aucuns elehappoient, leurs chcucux tom- boient, de ladiéle maladie eftoit fort contagieule. L’année luiuante vint en ladite ville vne autre plus grande pefte accompagnée de bubons de charbons, qui fit auflî mourir vn grand nombre de peuple : ce que i’ay bien voulu icy annoter, afin que le Chirurgien prenne garde à la grande diuerfité de malignité de celle maladie peftilente pour y obuier, Taduertiflant dauantage, qu’en certains temps aduiennenr plufieurs autres maladies populaires, comme fièvres putrides, flux de ventre, rheumes, toux, frenefies, fquinancies, pleurefies, peripneumonies, ophtalmies, apoplexies,léthargies,pourpre, rougeole, petite verolle, galles, anthrax, ou charbons, de autres pullules malignes, lelquellespren- • nent en mefme temps. Partant la pelle n’eft pas roufiours , ny en tout temps d’vne mefmc forte, mais diuerfe Tvne de Tautre:quia efté caufe qu’on luy a doné diuers noms,félon les eftèéls de accidens; Autre vent méridional fere de putré- faction. Autre vent méridional fere de putré- faction. La Coquelu- ches. La Suette, Autre diBe Trouffe ga~ Imd. De la Petite. qif elle produit : cc qui prouient principalement pour la diuerfité du venin qui eft en l'air. Car ainfi qu’il eft caufe de la vie aux animaux, auflî eft-il caufe des maladies, 8c de la mort d’iceux, ce que fans iceluy l’animant ne peut eftrc ne durer , mefmes vn bien peu de temps : d’autant qu’il eft du tout neceflaire qu’il foit attiré par la refpiration des poulraons, lequel.eftant pourry 8c attiré en la fubftance du cœur, abat toutes les forces du corps * 8c fait mourir plüfieurs animaux pour la necefllré qu’ils ont de refpirer. Parquoy lorsque l’air pourry 8cpeftiferé exerce fa tyrannie , il tue non feulement le genre humain, mais auflî les beftes de la terre, 8c les oyfeaux du ciel. Et pour lé dire en vn mot, tel air peftilent eft fi furieux , qu ilrenuerfe, diflîpe, altéré, brife, 8c corrompt l’har- monie naturelle 8c température de tous animaux, ainfi qu vn certain foudre 8c tonnerre liquéfié 8c confume l’argent d’vne bourfe farts la galber. Pareillement fait fortir le vin des tonneaux, fans qu’on puiflé apperceuoir aucune ouuer U e : auflî fond le fer d’vne piqüe fans coucher au bois : comminuë 8c brife les os du corps fans aucune apparence en la chair : qui fe fait par vne vertu indicible, de la- quelle on ne peut donner raifon. Combien qu’Ariftote, Hure 3. desMeteores, chap.î. ayant pour refolurion de cesqueftions faitdiuifion des foudres en ceux qui font plus parcidpansde terreftrité, 8c en ceux qui retiennent plus de la natute 8c fiibftanée de la flamme , 8c qui font plus fubtils : dit cela aduenir , parce que tels foudres de leur fubdlité pénétrent aifément au traders des corps rares 8c poreux , comme font le bois, le cuir, la chair, 8c peau, fans les offenfer : mais qu’au trauers des denfes 8c folides, ils nepeuuent pafîér fans effort 8c violence, dont vient qué pour la refiftance qui leur eft filiale au partage , ils les rompent 8c fracaflent. Ce que mefme aptes Ariftoce a confirmé Pline , liure 1. chap. f 1. 8c Seneque liüre i. de fes Queftions naturelles t ainfi éft-il de la pefte, qui deftmit 8c corrompt toute l’œconomie de nature. tait tficaU” fe principal» d« fanté été maladies. Raifort rfo l'a Ri en du foudres* Les ftgnes de la pelle a venir} pris de la corruption qui eft en la terre. Chap. VI. s %nes de pelta à aduenir, pris de la corruption de la terre, font* que l’on Voidl Ma Wprn&L forcir d’icclle abondance de champignons ou potirons, 8c le froment produite yuraye, J|| 8c autre chofe contre leur naturel. Auflî que fur icelle appareillent grandes trouppes de M petits animaux, comme araignes, chenilles, papillons,cigales,hannetons, moufches,8c moufehetons, feorpions, efeargots, limaçons, faUterelies, grenoüilIettes,Vers,8c autres (emblabks, quife procréent de pourriture : pareillement les beftes fauuages laifîcnt leurs caüernes 8c cachots ; aulîî en forcent lufieurs autres, comme taulpes, crapaux, viperes, couleuures,lezards, afpics , crocodih s, 8c autres de plufîeurs 8c diuerfes cfpeces : toutes lefquelles belles forcent pour la fafcheriede la vapeur putride 8c veneneufe qui eft contenue és entrailles d’icdle, de laquelle mefme la plufpartde telle vermine fe fait : ioin viurt-). De Vexerci- se-). De l'air. Vent de Se- ptentrion contraire à la petit Il faut faire du feu , & parfumer la maifon. A ieun on prend pluHojl la petit-). Hitioire cC A, lexandre Be~ nedittw en fon liure en temps dt-> petit-). Du de fieu- ntr* A qui les aulx font h ans. De la Pelle. 623 A & à ceux qui ont accouftumé d'en vfer : aufll à ceux aufqüèls ils n’engendrent point de douleur de tefte, 8c ne les efchauftent par trop , à raifon que le tempérament de ceux-là cft plus robufte, 8c leur lang moins aifé à s’enflammer : au contraire ils nuilent aux délicats , comme femmes, en fan s, 8c cholériques, 8c à ceux qui viuent en oiflueté, 8c qui ont le lang aifé à s’enflammer : partant à iccux les aulx leroient poilon, au lieu qu’ils font mededne aux ruftiques, aulquels tels remedes ainfl Forts (ont propres, 8c ont efté inuentez par bonne railon, pource qu’ils contrarient du tout au venin , à caille qu’ils font remplis d’vne tres-grande vapeur Ipirimeule , laquelle fuffoque, altéré , corromp, 8c chafie leyvcnin horsMu corps. Quant à l’eau, de laquelle on doit vfer en temps peftilent, il faut auoir cfgard li la pcftç prouient du vice de l’air: car alors ne faut vfer d’eau de pluye , pource que l’air dont elle prouient cft infedé , partant alors fera meilleur de boire de l’eau des puits fort pro- fonds ; au contraire , Il le vice vient de la terre , on vfera de l’eau de cifteme , 8c de fontaine : 8c faut attendre à en boire iufques à ce que le Soleil l’ait purifiée par fes rayons : 8c fi on craint quelle (oit vidée, on la corrigera, la faifant vn peü bouillir, ou la ferrer auec acier, ou or, ou argent chaud, ou par mie de pain rpftie ou non roftie. Or à fin que tu la puifles mieux eflire, ru la pourras efprou- B ucr en trois maniérés, à fçauoir, parla veue, le gouft, 8c l’odeur : quant à la veue, elle fe doit mon- fixer claire 8c nette , 8c à la bouche de nulle faueur, ny qualité aucune : aufll ne doit point auoir d’odeür. Outre plus, celle qui fera toft elchauffée 8c toft refroidie , efl: plus legere, 8c par confie- quent meilleure ; 8c pour la faire encore plus excellente, la faut faire vn peu bouillir : ie dy vn peu, car l’eflant trop elle deuient amere 8c falée. De l’eau qu'a doit vfer en teps de peftet. preutte de U bonne eau* Deficription d'eaux cordiales, eleciuaires, optâtes, pilules, ér autres remedes à prendrez par la bouche, preferuatifs & curatifs de la Pesiez. Chap. VIII. v x ni°nt acèouftumé & abhorrent à manger ait marin, prendront quelque me- dicarnent contrariant au venin, & entre tous l’eau Theriacale eft trcs-exccilente , de W laquelle, après s’eftre habillé, 6c ayant rendu Tes excremens, 6c Fait quelque exercice, il conuient boire vn doigt, la méfiant auec bon vin, 6c d’icelle auffi on s’en lauera les mains 6c la face , 6c pareillement la bouche 6c les oreilles, 6c on en tirera auffi Vn peu par le nez. Car elle conforte le cœur, chaffie le venin loin d’iceluy, 6c n’eft feulement vtile pour précaution , mais auffi eft propre pour la curation , à prendre promptement qu’on le fent frappé, parce qu’elle prouoqüe grandement la Tueur, & partant chaffie le venin des parties internes aux ex- C ternes : 6c la doit-on faire aü mois de luin , attendu que les herbes en iceluy temps Tout en leur grande vigueur 6c force. La compofition eft telle. J/L. Radicum gentianæ , cyperi , tormentillæ, didamni, enulæ campanæ an.3a. foliorum tapfi barbati, cardui benedidi, mordis diaboli, pimpi- nellæ, Tcabiofæ, oxalidis agreftis minoris an.m.fi.fiimmitatum rutæ p.i. baccarum myrri 3.i. rofarum purpurearum , florum bugloffi, boraginis 6c hypericonis mündentur onlnia, piftentur 6c ma- cerentur xxüii. horarum fpatio in vini albi aut maluatici, aquæ rofarum 6c oXalidis an. lib.i. deinde reponantur in vafe vitreo,&: addatur theriaeæ 6c mithridatij fiat diftillatio in baîneo Marias. Et l’eau eftant diftillée on la mettra en vne phiolc de verre , 6c derechef on y adiouftera croci 3.1*. terras figillatæ , boli Armeniæ, fantali citrini, rafuræ eboris, limaturæ cornu cerui iunioris prope ca- put affiumpti an. jffi. Puis on eftoupera la phiole , 6c la laiftèra-on fermenter aü Soleil par l’efpace de huidoit dix iours, 6c fera gardée : 6c lors qu’on en voudra vfer, on en prendra deux doigts en vn verre, plus ou moins, félon la force 6c vigueur des perfonnes. On en peut bailler aux petis en fans qui encores tettent, 6c à ceux qui font ja feVrez , & aux femmes groffies : 6c afin quelle foir plus gracicufe 6c facile à boire , on la peut faire paffier par la chauffe d’hippocras, lors qu’on la voudra prendre, y adiouftant vn peu de fuccrc , 6c canelle concaflée. Autres prennent au matin pour pré- caution , de la racine d’enule campane, oü zedoar*, ou angelique, en les mafehant Sc tenant en la bouche. Les autres prennent de la racine de gentiane pilée, le poids d’vn efeu, 6c trempée la nuid en vin blanc, 6c en boiucnt deux doigts au matin à ieun : les autres prennent du vin d’aluyne : au- très vfent deconferue derofes , de buglofe , de chicorée , violettes de Mars, fenouil doux : autres prennent de la terre figillée, ou de la corne de cerf ratifiée le poids d’vn efeu, dedans Vn œuf mollet auec vn peu de fafran , puis boiuent deux doigts de vin ; aucuns prennent de l’eau de vie , 6c y méfient de bon vin blanc , du bol d’Arménie , racine de gentiane, tormentille , dide femence de genévre , doux de girofle , macis, canelle, fafran , 6c autres femblables , les faifant diftiller in bal- neo Mariæ. On pourra auffi vfer de ccfte eau cordiale , qui a tres-grande vertu. Radicis arifto- lochiæ longæ 6c rotundæ , tormentillæ , didamni an. 3-iii. zedoariæ 3.Ü. ligni aloes, fantali citrini an. 3-i. foliorum feordij, hypericonis, acetofæ, rutæ, faluiæ, an. 5.15. feminis iuniperi, baccarum lauri an. feminis citri 3.Û caryophyllorum, macis, nucis mofeatæ an. 5.Ü. maftiches, olibani, boli Armeniæ , terræ figillatæ, rafuræ eboris, cornu cerui an.3.1. croc! 9 .i. conferuæ rofarum, florum bugloffi 6c nenupharis, rheriaeæ veteris an. camphuræ 3-15.aquæ vitæ ife.fi. vinialblib.ii* fi* fiat diftillatio in balneo Mariæ. Cefte eau fera referuée en vne phiole de verre bien boufehée, pour en vfer au matin , comme de l’eau cy-deffius nommée Theriacale , la quantité de deux doigts en vn verre : elle eft auffi de merueilleuxeffied. Pareillement cet eleduaire eft profitable pour preferuer. OJL. Theriaeæ optimæ îj.iii. radicis tormentillæ, feminis iuniperi 6c cardui benedidi an.3d.fi. boli Armenicæ præparatæ 3.fi* pulueris eleduari) de gemmis 6cdiamarg. frigidi, rafuræ cornucerui, co- ralli rubri an. 3.!. cum fyrupo de corneibusde acctofitate citri : mifee , 6c fiat eleduarium liquidum in forma opiatæ. De cefte compofition en faut prendre tous les matins la groffieur d’vne aiteline, auec vn peu d’eau de rôles, ou d’cndiuc , chardon bénit, ou feabieufe, ou de cerifes, ou autre eau Vertus d(jj l'eau thersa~ calcul Defcrlpticü d'icellcjt Racines fre* feruatiuesk Eau ccrdiaît de grandes ejptaccj. Elcflud&eJ fort ptefi’a~ hle pour pre~ feruer. Opitite ex•* ceüente con- tre U pésîe, 624 Le vingt-cleuxiefme Liure, cordiale : ou en lieu d’icelle vn peu de bon vin. Aufii i’opiate fuiuante eft bonne ôc excellente , de laquelle on peut faire tablettes. ’Jf. Radicis gencianæ ôc angeiicæ , zedoadæ , enulæ campanæ an. 3.Ü. feminis citri ôc acetofæ an.3.fi. corticis citri lîcci, cinamomi, baccarum lauri &iuniperi, croci an. 9.i. conferuæ rolarum ôc buglolli an. 3j.i. facchari optimi quantum fufircit : formentur tabellæ ponderis 3.fi. vel fiat opiata cum æquis partibus conferuæ buglolfi & mellis anthofati, ilia omnia aridaexcipiendo. Si vous les laifiez en tablettes , on en prendra vne au matin , ôc les petits enfans Ôc femmes grofles demie : ôc conuient demeurer deux heures après fans manger ny boire , fi on ne vouloir aualler vn peu de vin incontinent après les auoir prifes. Si vous en faiéles opiate, la dofe fera comme des fuiuantes. ff. Radicum valerianæ, tormentillæ, didtamni, foliorum rutæ .fi. croci, macis, nucis mofeatæ an. 3.fi. boli Armenicæ præparatæ 3.ÜÜ. conferuæ rofarum ôc lyrupi de limonibus an. quantum lufiieit, fiat opiata fatis liquida. Autre. If, Radicum arifiolochiæ vtriuf- que, gentianæ, tormentillæ, diélamni an. 3d.fi. zinziberis folior. rutæ, faluiæ, mentæ, pulegij, an.3.ii. baccarum lauri & iuniperi, fem.citri an.9 diij. macis, nucis mofcatæ,caryophyllorum, cinna- momi an. 3.Ü. xyloaloe's, ôc fantali citrini an. 30. thuris mafculi, maftiches, raluræ eboris, cornu cerui an. 9.ii. croci 3.!?. boli Armeniæ, terræ figillatæ , coralli rubri, margaritarum eleéfarum an. 3.Û conferuæ rofarum , buglofiî ôc nymphææ , theriaeæ optimæ &c veteris an. |.i. facchari albilfimi tfe.i. adde fub finem confeétionis alkermes 5. ii. caphuræ in aqua rofarum difl'olutæ 3.L fiat opiata lecundum artem. La dofe fera demie dragme ou vn lcrupule , ou dix grains lelon les perfonnes. Et après l’auoir prife , on peut boire vn doigt ou deux de bon vin , ou quelque eau cordiale. Le the- riaque ôc methridat fidèlement compofez font les principaux de tous les remedes, ôc les plus ap- prouuez, en y adiouftant pour vne demie once de chacun ou enuiron, vne once ôc demie de bonne conferuc de rofes, ou de buglofe , ou viole , ôc la pefanteur de trois efeus de bon bol Armene pré- paré , puis le tout bien battu ôc incorporé, en faire conferue , de laquelle on vfera au matin deux heures deuant le repas, la greffer d’vne auelaine., Et faut entendre que le bon theriaque ne doit eftre recent que de quatre ans, ne plus vieil que de douze ans, ôc qu’il laifie fa faueur longuement en la bouche : eftant nouucau il eft propre aux cholériques , ôc eftant vieil il conuient aux vieux , ÔC à ceux qui font de température froide, comme les pituiteux ôc melancholiques : à caufe de la vertu refrigeratiuc de l’opium, qui entrant en la compofition du theriaque, retient la pleine force pour quelques premières années : en fin par la fermentation eftant rabatue , faicl que toute la compofi- tion demeure plus chaude. La confection d’alkermes eft femblabiement bonne, tant pour prefer- uer, que donner à ceux qui font ja frappez de venin. Audi la rheubarbe tenue en la bouche , ôc mafehée au matin , lagroffeur d’vne auelaine, auec vn clou de girofle , eft preferaatiue. Pareille- ment cefte compofition eft profitable pour preferuer quand on va en vn lieu fiifpeâ;. If. corticum citri ôc mâli aureifaccharo conditorura an.3.).conferuæ rofarum ôc radicis buglolfi an.g.üj’.fem. citri 3.iij. fem. anifi ôc fœniculi an. 3.fi. radicis angeiicæ 9.iiij. facchari rofati quantum fufficit : fiatcon- ditum coopertum foliis aureis, quo vtatur ex cochleari, vt dixi, in exitudomus : ou If, granorum pini mundatorum & piftatorum , infuforum m aqua rofarum ôc feabiofæ per fex horas an. J.ij amy- gdalarum excorticatamm in aquis prædiétis lfe.fi. corticum citri ôc mali aurei faccharo conditorum ait. 3.). fi. radicis angeiicæ 9.iiij. milce lecundùm artem ad formait! panis marfici vel confeélionis alterius, ôc teneat fruftulum fréquenter in ore. Pareillement en ce cas ces tablettes font profitables. If. radicis di&amni, tormentillæ , valerianæ , enulæ campanæ , eryngij an. 3.fi. boli Armenicæ, terræ figillatæ an. 9«j* caphuræ , cinnamomi , feminis oxalidis agreftis , zedoariæ an. 9-j. pulueris eleduarij diamargarit.frigidi 9.i|. conferuæ rofarum , buglolfi, corticis citri conditi, mithridatij, theriaeæ an. 3,j. facchari optimi diflbluti in aqua feabiofæ ôc cardui benediéH quantum fufficit : fiant tabeîlæ ponderis , 3.}. vel 3.!?. On prendra de ces tablettes tous les iours à ieun , deux heures de- uant le repas, comme delfiis eft dit. Outre-plus, les pilules de la compofition de Rufus lont fort approuuées des doétes Médecins, pource qu’on les a trouuées de grand efFedt : Ôc dit ledit Rufus, que iamais qé veid perfonne en auoir vfé , qui n’ait efté preferué de pefte, pourueu que les parties nobles n’euftént efté ja grandement infeéfées. La compofition defdites pilules eft telle. If. aloes he- paticæ 3.fi.ammoniaci eleéti 3.1*1).myrrhæ3.ij.fi. maftiches3.ij. croci g.vij. contundantur omnia, ôc incorporentur cum fucco mali citri) aut fyrupo de limonibus,ôc fiat mafia. Laquelle on gardera bien enueloppée dedans vn cuir: fielors qu’on en voudra vlèr, on en formera vne pilule ou deux, qu’on prendra au matin deux heures ou trois deuant le repas, ou bien le poids de demy efeu ou d’vn efeu, félon la volonté d’vn chacun. Et après les auoir prifes, on peut prendre deux doigts de bon vin ou d’eau d’ozeillc , laquelle a pareillement grande vertu contre le venin peftiferé , à caufe qu’elle eft de tenue fubftance ,ôc garde de putrefaélion parfon acetofité : mefmeson a trouué par expérience, qu’àceluy qui en auroit mangé deuant qu’vn feorpion le morde , il n’aduïendroit aucun mal. Et quanrà la faculté des chofes qui entrent en la compofition defdites pilules, l’aloes nettoye ôc purge, la myrrhe refifte à pourriture, le maftic robore Ôc fortifie , Ôc le fafran refioüitles facilitez ; partant nous conclurons qu’elles font de merueilleux effeét, comme Ja raifon ÔC expérience le deraonftre. On les peut donner en potion , comme le mefme Autheur faifoit. Bonne opiate, Autre opiate Conferue ai fée à faire. Choix du Jeton /o temps. Compoftion preferuatiue. Autre toin pofition. Tablettes pre. feruatîues. Pilules dcj 'Rurus~ye- commandéss des dotées Médecins, L'eau d’o- ’Jeille refisie à la pelle. Autres pilules pour rnejrne ejfeôt, bien expérimentées. 2C. aloes myrrhæ %.fi. croci orientalis 9.j. agarici trochifcati 3.). rhabarbari eleéH puluerifati g.j.cinnamomi èleéli 9.ij. maftiches 3;.|.fi. feminis citri g.xîj. puluerifentur omnia vt decet, & cum fÿrupb capillorum veneris fiat mafia. Laquelle on gardera bien enueloppée dedans du cuir , & en prendras comme defius, plus ou moins, félon qu’il fera necefiaire. Et fi lefdites pilules eftoienttrop dures , on les amoliraauec du lÿrop de limons, ou antres femblables à cet efTe«5t. Ces pilules qui s’enfument font pareillement de mande opération» IL. aloes lotæ iî. croci 3.1. myrrhæ 3. fi. Des Venins. àmmon. dilf. in vino albo jk mell. rof. zedoariæ, fantal. rubr. an.3.j. boli armen. præp. 3 ij. co- ralli rubri §T.caphuræ fcr.fi.fiant pilulç fecundùm artem. La dofe pour fe prelcruer eft en prendre tous les matins vne , ôc fi on fe veut purger, on en prendra vne dragme au matin,qui eft le temps le plus propre àfaire les euacuations , à raifon que le fang domine, ôc eft en fa force ôc vigueur, auffi que les vertus font reparées par le repos de la nuiéb , ôc que la digeftion & faire. Ceux qui ont le flux des hemorhoides exceflîf,ncdoiuent vfer d’aucunes pilules où il entre del’alocs , de peur d’au- gmenter le flux, 6c le faire trop grand ôc impétueux. D’abondant, les Anciens efcriuent,qu’aprcs la mort du Roy Mithridates on trouua par eferit de fa propre main, en fon cabinet entre fes chofes ' plus predeufes, que fi quelqu’vn prend deux noix de noyer feiches non moifies , deux figues, vingt fueilles de rué , ôc deux ou trois grains de fiel, pilez ôc broyez enfemble , ôc en mange la grolfeur d’vneauelinc, puis foudain auale vnpeu devin* ôc ce deux heures auant que prendre le repas, ce- ftuy iour celuy qui en aura pris, ne peut eftreen danger de prendre aucun venin. Outre-plus ce remede eft fingulier à ceux qui ont efté mords ou picquez de quelque befte veneneufe, à caufe de la rue principalement : toutesfois les femmes groflès n’en do'iuent vfer aucunement, de peur de nuire à leurfruiét, principalement pour le refpeét de la rue, qui cftant chaude ôc feiche au troifiefme de- gré , purge violemment l’amary , & fait couler les mois promptement ; dont eftant fubftraite la nourriture à l’enfant, il eft neceftairc qu’il meure. On eflira les remedes cy-ddfus mentionnez au gouft de chacun,& les changera-on par fois, de peur que nature n’en face habitude,& auffi pour la diuerfité des temperamens, ôc fi on n’en trouue de l’vn, on prendra de l’autre. Le matin propre aux euacuatienst, Retnede fin* gutier du Roy Aiitkti* dates. Lu rue en* nemie au# femmes greffes* Des remedes particuliers * ou chofes quon applique par le dehors, C h a p* IX» 8 V t r e les chofes cy-deuant efcrites à prendre par le dedans ne faut encor négliger de tenir en la main quelques chofes aromatiques, aftnngcntcs,&: pleines de vapeurs, Icfquelles ayent propriété de chafler cet air peftiferé &c empefeher qu’il ne tcouue place en aucune partie de noftre corps : auffi qu’elles ayent vertu de roborer le cer- autres membres principaux,lefquels eftans fortifiez, confortent pareillement toute l’habitude du corps : comme font la rue,la melifle,rofraarin,fcordium,fauge, abfinre, doux de girofle,muguecte, fafran,racine d’angelique, racine deliuefchc, qui a pareille vertu, ôc autres fem- blables,lefquclIeson fera tremper vne nuiden fort vinaigre ôc eau de vie,& enprendra-on de tou- tes enfemble la grollcur d’vn œuf, enueloppeeen vn mouchoir,ou en vne efponge trempee ÔC im- £ bue en ladite eau : car il n’y a rien qui contienne plus les vertus ôc efprits des chofes aromatiques & odorantes que fait l’efponge, ôc partant on en doibt pluftoft vfer que diantre mariera-, foit pour flairer au nez , ou pour appliquer fur le cœur * pour faire epithemes ôc fomentations. Or telle chofes odoriférantes feront diuerfifiees félon que l’air fera chaud ou froid s comme pour exemple, en Efté vous prendrez vne efponge trempee en bon vinaigre rofat autant d’vn que d’autre, canelle ôc doux de girofle concaflez, y adiouftant vn peu de fafran, &c la tenez enueloppee en la main de- dans vn mouchoir , ôc fentez fouuenr, ou faites ainfi. abfinthij m. fi. caryophilL numéro x. ra- dias gentianæ ôc angdicæ an. 5. ij. aceti ôc aquæ rofar. an. ij. theriaeæ ôc mithridatij. an. 3- j. Le tout foit pilé enfemble * puis enueloppé en vn mouchoir aucc vne petite efponge : laquelle gar- dera que la liqueur ne tombe. On peut aufli enfermer telles chofes en des bouettes de bois odori- ferantjcorame de genévre* cedre, cyprès * lefquelles feront trouées en plusieurs endroits,& tenues près la bouche en les flairant fouuent. Auffi en pareil cas fera bon de faire des pommes de fenteurs, comme celte Santali citrini,macis,corticum cirri, rolarum,foIiorum myrti an. J.ij. benioin, ladani,ftyracis an. 3* f.cinnanomi, croci an. 9. ij. caphuræ& ambræ an. 9.j. alga!iæ,mofci an.gr. iij. cum aqua rofarum infufionis tragacanthi/orraetur pomum. Autre rubrarum* flo- rum nymphææ , violar. an, j. fantalorum omnium , coriandri, corticis cirri an. 5. f. caphuræ 5. j. puluerifentur omnia, ôc cum aqua rofarum & tragacantho fiat pomunu En Hyuer vous pour- rez vferd’vne telle pomme. 'dJL. ftyracis, calamitœ, benioin an. 5. j. mofeij algaliæ an. 3. j. caryo- phyllorum, lauandulæ, cyperi an.5. ij. radicis ireos Florentiæ, Ôc calami aromatici an. J.ij.f.ambræ grifeæ iij. gummi tiagacanthi dilfoluti in aqua vitæ ôc rofarum quantum fufficit ; fiat pomum. On peut pareillement porter fur foy des poudres aromatiques, comme d’ambre, ftyrax,iris de Flo- D renee,noix rnuguettc,canelle,macis,doux de girofle,fafran,benjoin,rrtufc,camphre, rofes, violettes de Mars, fquinant, marjolaine, ôc autres femblables, ôc les fentir au nez. Et de ces Amples, on en pourra faire des compofces,comme celte ireos Florentiæ J.ij.cyperi* calami aromatici rofarum rubrarum an. 3. f. carypphyllorum 5. f. ftyracis calamitæ 3. ]. mofei gr.viij.mifce, ôc fiat puluis in ireos Florentiæ |.ij. rofarum rubrar.fantali albi, ftyracis calamitæ an. §. j. cyperi 5. j. calami aromatici maioranæ caryophyllorum 5. iij. lauandulæ 3.f co- riandri 3. ij.mofei boni 9.f.ladani, benioini an. 3q.nuds mofeatæ, cinnamomi an. jjj.fîac puluis fubtilis,concludatur facculo.Dauantage on portera fur la région du cœur fantal citrin,macis,cloux de girofle,caneüe,fafran,& theriaquefle tout concafle,incorporé,ôc arrousé de vinaigre bon ôc fort, ôc eau rofe en Efté, en Hyuer de bon vin ou maluoifie. Tous ces remedes ainfi forts, ôc qui ont vne grande vertu aromatique & vaporeufe,pleins d’efprits fubtils, font au corps de merueilleux effeéts, fortifient les parties principales, ftimulans la vertu expulfiue à chalfcr le venin hors , Ôc prohiber qu’il n’entre dedans : au contraire l’odeur puante caufc vne naufee ou volonté de vomir, ôc défail- lance de cœur. Parquoy ceux qui confeillent en temps de pefte de prendre l’odeur des retraits ôc au- tres lieux infeétsjfont raaî,& contre l’opinion d’Hippocrates,comme nous demonftrerons cy après. Or il ne fuffit pas feulement porter preferuatifs fur foy,mais on fe pourralauer tout le corps de vi- naigre , auquel on aura fait bouillir graine de genévre , laurier , racine de gentiane , fouchctj Reine fa: nâï: nutisk L’ejfong! eft propre pour contenir les chofes are- mdtiquesi Pomthef dé fenteurs pour L’Eftit Pommes de fenteurs pour l’Hyuer« Poudres aro* matiquts. Autre poudré dre aromaii* que* Ablution de tout li r corfti Le vingt-deuxiefme Liure, hypericon , ôc autres fcmbîables , & y deftremper du theriâque ou mithridat. Or le vinaigre eft contraire aux venins tant chauds que froids, ôc garde de pourriture, d’autant qu'il eft froid & fcc, qui font deux chofes contraires ôc répugnantes à laputrefadion : ce que l’expcrience meurtre : car en iceluy on garde corps morts, chairs,herbes,fruits,& autres chofcs,fans qu'elles fe pour ri lient.Et fi quelqu’vn veut obieder que le vinaigre n'eft 'Vtile à fe lauer le corps, à caufe qu'il feroit obftru- dions des pores ôc empefeheroit la perfpiration(ce qui eft fort conuenable à pourriture)il doit auffi confidcrer qu’on ne le met feul, Ôc que fes qnalitez froides ôc feichesfont corrigées par les autres chofes méfiées auec luy. Et partant eft bon d’en vfer, comme nous auons dit,& qui ne fe voudra la- uer tout le corps,pour le moins on fe frottera les aiftellcs Ôc la région du cceur,les temples, les aines, ôc parties gcnitales,parce qu'elles ont grand confenremêt au cœur,& à toutes les parties noblesrpar- quoy feront frottées ÔC lauées de ce lauement,ou d'autre fait de bonnes fenteurs,ou de cet onguent. 3/Z. Olei iiij. olei defpica ij. pulueris cinamoni,caryophillomm odorat fi. mofei gr. vj. theriaeæ 5. fi. terebenthinæ Yenetæ 5. j. f. ceræ quantum fufficit, fiat vnguentum molle. On peut pareillement mettre és oreilles vn peu d’huile de maftic , ou de fauge, ou de clou* de girofle , ou autres fcmbîables , y délayant vn peu de mufeou de ciuette. l ertu du vinaigre, Ablution particnliere, 'les" parties ge- nitaleu D'aucunes chofes que L'on doit ohferuer outre les freccdentes pur la freferuation. B C H A P. X. SN cet endroit ic veux bien encore déclarer aucunes chofcs,lefquelles pourroient nuire à vn chacun , ôc le rendre plus idoine à prendre la perte : partant auffi eft bon pour la preferuation de les obferucr. Et fur toutes autres choies faut euiter la fré- quentation des femmes , d'autant que par icelles les forces Ôc vertus font diminuées, & les efprits fe refoluét ôc afFoibliftènt,principalemét tort après le repas,pource qu'on debilitel’eftomach,& par ce moyen fe fait crudité, de laquelle procédé corruption, ôc autres infinis accidens:parquoy on peut conclurre que Dame Venus eft la vraye perte, fi on n'en vfe auec diferetion. Auffi fefaut garder de viure enoifiuetc,& manger ôc boire fans diferetiomear telles chofcs engendrent auffi obftrudios ôc des humeurs vicieux,dont ceux qui font tels excez,lbnt plus fujets à prêdre la pefte.Si les femmes font réglées de leurs fleurs,cela les preferue beaucoup : auffi fi elles font retenues, cela leur peut grandement nuire, parce qu'en temps de pefte elles fe corrompent facilementrparquoy elles doiucnt prendre garde à les prouoquer,comme nous déclarerons cy-apres Pareillement ceux qui auront vieils vlccres,fiftules &c galles,ne les feront cicatrifer en têps de perte, mais pluftoft en feront de nouuelles , afin que par icelles, comme par vn elgout de tout le corps, le venin,fi aucun y enauoit en nous, fcpuifleeuacuer fans s'y accroupir aucunement. Auffi ceux qui ont flux de fang par le nez , ou par hemorhoïdes, le laifleront fluer, ne l'eftancheront s'il n'e~ * ftoit exceffif. Bref en temps de pefte ne faut retenir aucun humeur vicieux dedans le corps , ny pareillement faire trop grade euacuation. Outre-plus onfe doit garder audittcmpsd’achcpter cho- fesjefqueîles l'air peftilent fe peut couuer aisément &garder,comme en chanvre,lin,lids où auront couche les peftiferez,fourrures,habillemens de draps,de laine,tapiflèries,& autres fcmbîables, D'a- uantage,il ne faut faire fa demeure près les cimetières ( ôc principalement près de ceux efquels les corps morts ne font enterrez profondement,comme ordinairement on faid à S.Innocent, de façon que quelquefois les chiens le déterrent Ôc mangent)ny près des voiries,efcorcheries, poiflbnneries, tanneries, teinturiers, chandeliers, frippiers, reuendeurs,peaufficrs,conroyeurs, &c tous lieux où on fond les metauxrny foüfFrir fiens près fa maifon,& principalement celuy des pourceaux,ny cloaques, eaux croupies Ôc charongneufes,& fcmbîables chofcs infedes ôc puantes. D'auantage,ne faut aller aucunement à la felle és retraits où on iette les excremens des peftiferez ; auffi faut euiter la fré- quentation de ceux qui hantent les malades de pefte,comme les Médecins, Chirurgiens, Apothi- caires,Barbiets,Prcftres,gardes,feruiteurs, ôc foflbyeurs qui enterrent les corps morts de pefte : car iaçoit qu’vn homme n’ait la pefte , neantmoins venant de l’air peftiferé, la peut porter auec foy en fes habillemens. Ce qui eft cogncu par experience:que fi on demeure quelque temps en la boutique d'vn parfumeur,fortant de là on fent lcparfum,bon ou maunais,àraifon que l'exhalation &c vapeur du parfum s'eftend parmy l'air qui eft alentour , lequel entre en nos habillemens , Ôc par ce moyen baille l'odeur qu'il a rcccu des drogues du parfumeur : auffi l'air peftiferé fait le fcmblable, partant J faut euiter telles chofes. Finalement il faut auoir égard aux chofes appellées non naturelles,defquel- les nous auons ja parauant touché aucunes,& adioufterons encores , qu'il faut euiter defe courrou- cer grandement : car par la cholerc il fe fait grande ébullition du fang ôc des efprits, ôc dilatation des ouucrtures ôc conduits , & par ce moyen l’air peftilent en tel cas engendre promptement fièvre peftilente , ce qu'on a veu aduenir fouuent. Au contraire, il fe faut tenir ioyeux en bonne ÔC petite côpagnie,& par fois oüir Chantres ôc inftrumens de Mufique,& aucunesfois lire, ou oüir lire quelque ledurc plaifante, ôc principalement de la fainde Efcritüre* Dauantagc,il faut euiter le trop veiller la nmd, les grands Ôc cxceffifs mouuemens, l’ardeur du Soleil,la faim &foif, parce que telles chofes efchauffent les efprits , &caufent la fièvre ephemere, de laquelle prouient fouuent lapefti- Icntielle. Que diray-ie plus ?c’eft quefiquelqu’vn eft contraint de faire fa rcfidenceenvnemaifcn ou chambre d’vn peftiferé, il la faut auparauant parfumer ôc tout reblanchîr auec dé la chaux. Car îe venin peftiferé Ôc contagieux s’attache longuement*ux parois. Purgation des femmes. Des vlceresy fijlules, & galles. Habitations àfuir. Il faut euî- ter ceux qui hantent les malades. De laPefte 617 De l'office des Magiftrats & Officiers publics, qui ont U charge de la police C H A iv XL E s Magiftrats doiuent faire tenir les maifons Ôc rues nettes, & n'y fouffrir liens, lîy yfëSç autres ordures , Ôc faire porter les belles mortes, ôc autres immondices loing de la gliC ville i ôc les enterrer profondément : aulîi faire tenir les riuicres , puits ôc fontaines ||||/ nettes de toute imparité : pareillement défendre exprès de ne vendre bleds corrom- pus , ÔC chair infede aux boucheries , ny poilîbns altérez ôc corrompus. Ils doi- uent defendre les eftuues ôc bains , à raifon qu'apres qu'on en eft forty, la chair ôc toute l'habitude du corps en eft ramollie , ôc les pores ouuerts ; ôc partant la vapeur peftiferee peut entrer prom- ptement dedans le corps s ôc faire mourir fubitement : ce qu'on a veu aduenir plulieurs fois. Ils doiuent challer ôc tuer les chiens & chats , de peur qu'ils n'apportent la pelle des maifons aux au- tres, pource qu'ils peuuent manger le relie des malades pellifercz , ou leurs cxcremens, ôc parce moyen peuuent prendre la pelle, ôc la porter ailleurs : en font malades , pour- ce que leur tempérament n'y cil point difposé. Ils feront vilîter les malades par Médecins a Chi- rurgiens ôc Apothicaires gens de bien,cxperimentez,& fçauront ceux qui feront pelliferez,ôc les fe- rot lèqueftrcrdes enuoyâs aux lieux ellablispour les faire traider,oubié les ferot enfermer en leurs maifons ( ce que toutesfois ien’approuue pas, mais plulloft leur défendre laconuerfation des fainsj ôc les enuoyeront penfer ôc alimenter à leurs defpens, s’ils ont dequoy ; ôc s'ils font panures, aux defpens des deniers communs de la ville. Aullî ne doiuent permettre que les Citoyens mettent en vente aucuns meubles de ceux qui font morts de pelle. Ils doiuent fermer les portes de leurs vil- les non encor entachées du venin , pour obuier que les voyageurs venans de quelque lieu infed ne leur apportent la pelle : car ainfi-qu’vne brebis galleufe peut infeder tout vu troupeau, aulîi vn pelliferé peut infeder toute vne ville. D’auantage , ils doiuent faire pendre vne nappe ou au- tre lignai au£ fcnellres des maifons où aucuns feront morts de pelle. Il faut aulîi que les Chirur- giens, ôc ceux qui conucrfent auecles pelliferez , portent vne verge blanche en la main lors qu’ils, iront par la ville , à fin qu’ils falîènt retirer le peuple arriéré d'eux. Pareillement ils feront en- terrer promptement les corps morts > parce qu’îîsfe corrompent ôcpourrilfent plus en vne heu- re , que ne feront en trois iours ceux qui ne font morts depefie 4 ôc d'iccux s'efleuent certaines va- peurs putrides par exhalation fort fetide, voire plus fans coraparaifon , que lors qu'ils vi tient, pour i'abfencede la chaleur naturelle qui tenoiten bride,& temperoit la pourriture : ôc de faid,on void que les corps morts de pelle ne sot magez d'aucun animal jraefmes les corbeaux n*y toucher point,ô£ s’ils en mangeoyent,i!s mourroient fubitemêtkCar côbien que vrayemét les efprits des cotps morts ne fecommuniquent pas 11 aifément comme des viuans, à caufe de l’exfpiration ôc tranfpiration per- due, h font-ils plus pernicieux. Dauantage, pour cognoillre qu’vn homme cil mort de pelle , c’ell que route la charnure de Ton corps eft fort molaftrc, ce qui eft caufe de la putrefadion ; car bien que celle mollelfe fuft aulîi le malade cftant vif, toutesfois à caufe delà pourriture augmentée , el- le eft aulîi augmentée, principalemér après que la vie ôc chaleur naturelle eft cftcinte.Dôr cognoif- îant tant par les lignes delîus dits, que par ceux qui auront précédé en la maladie, qu’vu homme tera mort de pefte,on le doit enterrer en vn lieu à ce deftiné le plulloft que faire fe pourra, comme nous auons dit. Or pource qu'entre toutes les chofcs qui peuuent redifier l'air , le feu eft le plus requis ôc lîngulier, on imitera en cecy Hippocrates, lequel ( ainlî que les Anciens nous ont faille par efcrit)fît celîcr vue grande ôc merueillcufe pelle en la ville d'Athenes en faifant faire grands feux la nuid par les maifons, Ôc aulîi parmy les rués de la ville ,ôc autour d’icelle , ôc ietter fur la braife chofes odoriférantes , comme genévre , terebentine, geneft , ôc femblables cho- îès rendant grande fumée aromatique, ôc par ce moyen la pelle celfa : parquoy les Citoyens luy firent eriger vneftatnë d’or au milieu delà place,ôc par eux fut adoré comme vn Dieu ôc con- feruatcur du pays : ce que Jamais n'auoit efté fait à aucun. Outre - plus Leuinus Lcmnius au Hure a. De occultls natHra miraculis , chap. 10. dit que la pelle eftaiit àTournay,les foldatspour y pre- uoir, mettoient d0a. pondre à canon fans boulet dedans les pièces d’artillerie, qu'ils dclafchoient la nuid,ôc fur le poind du iour : ainlî par ce Ton violent ôc odeur fumeufe, la contagion de l’air fut corrigée Ôc chalfee,& la ville deliurée de pelle. Partant les Magiftrats pour bien s'acquiter de leur charge enuers la Republique feront aulîi toutes chofcs necelfaires pour preferuer leur ville: Que diray-ie plus ? C'eft qu'ils doiuent auoir l'œil fur certains larrons , meurtriers ôc empoifon- ncurs,plus qu'inhumains, qui greffent ôc barbouillent les parois ôc portes des bonnes maifons, delà fanie des charbons ôc bolîcs , Ôc autres excreraens des pelliferez : à fin de iqs infeder , pour puis après auoir moyen d’entrer dedans, piller ôc defrober , voire eftranglcr les pahures malades en leur lid : ce qui a efté fait à Lyon l’an i $ 6p. O Dieu, que tels galands méritent grande punition exem- plaire. Ce que ic lailfc à la diferedon defdits Magiftrats, qui ont charge de la Police, Ds tenih toutes cha* fies nettes, Faut fina- les efiuuest, Des chien» & chats. De tiachfi ter des meu- bles des ps- fiiferex, « Signe fie corps mort depefie. • Le feu pu- rifie l'air i Wfislre di le maniéré de l'air par coups dar* t Hier te» Dîgfejfioà fur la fauei commune des Mugi* ■ firatti Comment on doit procéder à l'élection des Médecins, Chirurgiens, & apothicaires, four medicamenterlesfefiifereC H A p, XII* ■ V ant aux Medecins,Chirurgiens, ôc Apothicaires, lefdits Magiftrats elliront gens de bien ôc expérimentez pour fccourir le pauvirc peuple,non paf le Ton de trompette, faifans procia- Le vingt-deuxiefme Liure, mer (pour auoir bon marché d’vnemauuaifc tnarchandife ) que s’il y a aucuns Compagnons Sar- - tiers & Apoticaires,qui veulent penfer les peftiferez, qu’ils feront pour cela receus Maiftres.O Dieul quels bons Maiftrcs : en lieu de guarir, ils font le plus fouuent par leur impericie ouurir le Ciel 8c la Terre, parce (peut-eftre) qu’ils n’auront iamais veu ny cogneu vn feul malade de cefte maladie: parquoy ils feront cent fois plus à craindre que les brigans 8c meurtriers guectans par les bois 8c chemins j parce qu’on les peut euiter 8c chercher vn autre chemin : mais le chirurgien eft cher- ché du pauüre pcltîferé, qui tend la gorge , efpcrant auoir fecours de ceîuy qui luy ofte la vie. Que s’ils prennent quelques Médecins 8c Chirurgiens expérimentez , ce fera par fauftes pro- meftès ou par violence , menaçant de les chaflèr à iamais de leurs villes. le vous laiflè à penfer. Meilleurs , comme les pauures malades peuuent eftre bien traittez , fi ceux qui font ordonnez pour les medicamenter y font employez par cefte force 8c violence : puis l’accident pafte,font caftez de leurs gages : 8c voila les pauures Medecins,Chirurgiens,Apothicaires,& Barbiers à blanc, lefquels ayans cefte marque d’auoir efté conftituez à penfer les peftiferez , font fuis après de tout le monde comme la pefte mefme, 8c ne font plus appeliez à l’exercice de leur art ; puis leurs compagnons les voyans après quafi mendier leur vie, doutans de tomber puis après en tel defaftre de pauureté,qu’ils craignent cent mille fois plus que la pefte, ny veulent aller : car c’eft vne grande pefte à l’homme de n’auoir point dargent pour fecourir £à pauure vie. Partant ie fupplie meilleurs les Magiftrats qu’ils eilifent(comrae i’ay dit) gens bien expérimentez pour fecourir les malades peftiferez , 8c leur donnent vne penfion honnefte,non feulement pendant lancceiïïté, mais toute leur vie. Adonc ne faudra nulle trompette : mais au contraire les plus expérimentez fe prefenteront volontairement au feruice d’eux, 8c de leurs citoyens. On fuît ceux qui ont ajft- Jlé aux pe- fitferez Moyens d’a- uoir gens de ffauotr four penfer les peftife- Ce que doiuent foire ceux qui feront efteuz à penfer & medicamenter tes peftiferez. C H A P. XIII. BjREMiEREMENxil faut qu’ils confidence qu’ils font appeliez de Dieu à cette vocation , pour exercer la Chirurgic:partanty doiuent aller d’vn grand courage fans aucune crain- te , ayans ferme foy que Dieu nous conferue 8c ofte la vie ainfi 8c quand il luy plaift: towtesfois (comme i’ay dit cy-dcuant) ne faut négliger ny mefprifer les remedes prefer- uatifs,ou autrement nous ferions accufez d’ingratitude, veu que Dieu nous les a donnez, ayant tout faidfc pour le bien de l’homme. Doncques les Chirurgiens qui feront appeliez pour medicamentet les malades de pefte , fe feront purger 8c faigner s’ils en ont befoin,afin de rendre leurs corps & non difpofez à prendre ce venin : puis après fe feront deux ouuerrures ( s’ils n’auoyent quelque vlcere qui coulaft)auec cautères potentiels : l’vneau bras droit vn peu au défions du mufclc Epo- niisjl’autre trois doigts au ddfous du genoüil feneftre partie externe, car véritablement on a cogneu, par expérience, que ceux qui auoyent telles ouuertures, n’ont efté fujets à prendre la pefte , 8c n’ont receu aucun mal, combien qu’ils fuftènt journellement auec les peftiferez. Pareillement ils fe îaue- ront bien fouuent tout le corps auccccfte eau, laquelle a grande vertu aromatique, 8c eft fort plei- ne d’efprifîs vaporeux 8c fubtils,& du tout contraires à tel venin.2£. aquæ rofarum, acccî rofatiaut fambucinijvini albi aut maluatici ah.tb. vj. rad.enulæcampanæ, angelicæ, gendanæ, biftortæ, zc- doariæ ah.g.iij.baccharum iuniperi 8c hederæ ah. ij. faluiæ, rorifmarini, abfynthij,rutæan.m.j. corticis citri f. theriacæ,mithridatij ah. j. conqualfandaconquaftentur, 8c bulliant lento igni, 8c feruenturad vfum. On fe laucra tout le corps de cefte eau auec vneefpdge , la faisât vn peu tiédir. Et mcfmes enn- uient en lauer la bouche,& en tirer vn peu par le nez , auffi en mettre quelque petite quantité de- dans les oreilles. Ils doiuent pareillement porter 8c pofer fur la région du cœur vn fâcher ou epi- themc,femblableàceux que nous auons deferir cy-deuant.A ce propos leanBaptifteTheodofe en la fécondé de fes Epiftres medccinales , eferites à Athanafe Médecin Florentin , dit eftrc vtile qu’on porte de l’arfenic ou autre poifon fur la région du cœur, afin qu’il accouftume le eœur,au venin, 8c que par ainfi il en foit moins offensé, d’autant que tous venins cherchent le cœur. Toutesfois tu noteras fur ce propos ce que nous en auons dit auparauant. Leurs habillcmen4|j£ront de camelot, Large d’Arras,fatin,taffetàs,ou femblables.Et s’ils n’ont la puiftance, il auront du raarroquin,ou treil- ly d’Alemagne,ou autre belle toile noire, 8c non de drap, ny de frife , ou de fourrure, de peur que le venin n’y foit referué,& qu’ils puiftènt porter la mort aux fains. ils changeront fouuent d’habits, chemifes, 8c de linceux,fi leur commodité le porte , 8c les parfumeront en fumee dechofes aroma- lors qu’ils approcheront des malades, fe garderont de prendre leur haleine, 8c l’odeur de leurs excremens , & pareillement de fe couurir de leurs habillemens ou couuerture , ny manger 8c boire auecques eux,oularefte qu’ils auront touché de la bouche. Plus,il leur conuient defieuner de bon matin : 8c s’ils abhorrent le manger,comme font aucuns,en lieu d’alimcns ils pourront prendre quelques medicamens preferuatifs , dcfquels nous auons cy-deuant fait mention : 8c lors qu’ils approcheront du raaladc,ils tiendront en leur bouche vn clou de girofle, ou vn peu de canelle , ou de racine d’angelique,ou graine de genévre,ou autres chofcs alexiteres, pour occuper, 8c emplir les fpatiofitez vuides, 8c ainfi la vapeur peftiferee ne pourra trrouner place pour s’y loger. l’allcgucray icy pour exemple,du danger qu’il y a de hanter les infe&ez, ce qui m’aduint vue fois allant penfer vn peftiferé qui auoit vn bubon peftiferé en l’aine dextre,& deux grands charbons au ventre : près duquel eftant ariué,ie leuay de deflus luy le drap 8c la conuertnre,dôt après me vint faifir vne odeur tres-fetide, prouenant tant de la Tueur de Ton corps,que de l’exhalation putride du couleraient de la boiic de Ton apoftcmeêcde Tes charbons & lors ayant efté cnglouty de cefte vapeur, ie tombay Quelles eua- ctiations font requifes à ceux qui hâ- tent les fefii- fi"Ki "Eau prefer» uatiue. Des fâche t s four la ré- gion du coeur. Caution en abordant vn fejltfer.g. Hiflôîre ad- venue à Vau- i theur vifitat , •vn peftiferé, i Des Venins, A fubitement à terre comme mort, ainfî que font ceux qui fyncopifent, c’eft à dire, à qui le cœur dé- faut , mais fans aucune douleur,ny mal de cœur, figne manifefte que la feule faculté animale eftoic offenfee : puis toft après m’eftant releué, il me fembloit que lâmaifon tournai! s’en defius défions, & fus contraint d’embraflèr vn des pilliers du liél où eftoit couché le malade, autrement ie fufiè tombé derechef. Et ayant quelque peu de temps repris mes efprits , i’efternuay dix ou douze fois auec telle violence,que le fang me fortit par le nez : qui fut caufe,à mon opinion(fauf meilleur iu- gement)que la vapeur peftiferee ne me fît aucune imprefïion. Or îe laifie au Leéleur à philofophcr fi la mort nes’en fuft pas enfuiuie , n’euft efté la force de la vertu eXpultrice de mon cerueau, veu que tous mes fens, & principalement la faculté animale, me défaillirent en Vn moment,qui font les inftrumens del'ame. Pour ces chofes ie confeille tant aux Médecins qu’aux Chirurgiens* mefmes à tous ceux qui fréquentent ceux qui font infeétez de celle pernicieufe màlàdie,qü’ils fc gardent, tant qu’il leur fera poffiblc, de receuoir leur haleine 5c vapeur de leurs excrcmehs , tant gros que liquides 5c vaporeux: aufll qu'ils defieunent les matins,ou prennent quelquecontrepoifon , aupa- rauant que de les aller voir, afin de mieux fe munir contre le venin peftiferé. Et pour cohclufion, obferuera toutes chofes que l’on cognoiftraeftre profitables ou nuifibks en celle maladie j.eftilen- g te* afin de les fuiure ou euiter lèlon qu’il en ferabefoin, recognoifiànt toutesfois que la preferua- tion gift plus en la prouidence diuine, qu’au confeil du Médecin ou Chirurgien. Confeil dé i'Atith’eutk Des fignes de la pefie prefinte* C h a p. XIV. L v s i evrs défirent fçauoir les fignes de la peftc prefente,afin d’y pouniôir de bonne & MtfJI&Êi heure>Pource qu’ordinairemcnton y eft deccu,& le commun peuple ne la cognoic ia- p maisjiufques à ce qu'il fente quelque douleur 5c apoftemes aux emuh£toires,ou quel- le ques tâches fur le corps ou charbons : qui eft trop tard , parce que plufieurs meurent deuant que telles chofes appareillent : parquoy ne fout toufiours attendre tels acci- dens , mais faut prendre indication, qu’en la pefte, le cœur,auquel gift la vie ; eft principalement aftàilly, 5c endure plus que tous les autres membres , dont les fignes pris de luy font plus certains t que de nulle autre partie principale. Parquoy les malades frappez de peftc ont fouirent defailîan- { ce de cœur,& tombent comme efuanoys.Le pouls eft quelquesfois remis>& par fois trop fréquent 5c principalement la nuiél. Ils fentent des punitions 5c demangeaifon par tout le corps,& princi- , paiement aux narrines, comme piqueures d’efpingles,qui procèdent de la vapeur maligne,montant ç des parties inférieures à la fuperficie du corps , & à la telle. Ils ont femblablemcnt la poiélrine chaude 5c ardente,auec grande palpitation 5c battement de cœur,difans fentir grande douleur fous le mammelon du tetin feneftrc*auec courte haleine,& grade difficulté de refpiren& halettenr com- . me vn chien qui a grandement couru * à caufe que le Diaphragme* principal infiniment de larclpi- ratiort.ne pouuant auoir fon mouuemet naturel,redoubleincontinent,& auance le cours de la ref- piration & expiration. Pareillement ils ont toux 5c douleur d’eftomac ,enfleure des flancs ou co- ftez ; pource qu’à caufe de la débilité de la chaleur naturelle, fe multiplient beaucoup de ventofi- tcz,qui font caufe de ladite extenfiomvoire que le ventre eh eft quelquesfois fi fort enflé, qu’on di- roit eftre vne efpece d’hydropifie,nommée Tympanites. Dauantage,ils ont naufee,ou appétit de vo- mir, c’eft à dire que l’cftomach leur bondit, qui vient à raifon qu’il a connexion auecques les par- ties nobles,& fc tellement du venin mortel de tout le corps : autres on grands vomiftemens 5c fre- quens,ierrans vne cholere ialrnc 5c aucunesfois verde ou noire,correfpondantc aux fellcs en variété de matière 5c coulcur:&: à aucuns fort le fang tout pur en grande abondance, non, feulement par le vomilîèment,maisauffi quelquesfois par le nez,par le fiege, 5c par la verge,& aux femmes par leur matrice : 5c ceux-là ne palfcnt guercs le troifiefme iour , tant eft grande l’acrimonie du venin. Au- cuns ont grande froidure aux parties extérieures, mais neantmoins fentent vne extreme chaleur Sc ardeur merueilleufc àu dedans. Or la caufe pour laquelle nous voyons qu'és fièvres peftileritièlles le dedans brufle,& le dehors eft frôid,c’cft pource qu’il y a inflammation en quelque partiè profon- de du corps,en forte que toute la chaleur auec le fang 5c les efprits eft attirée comme d’vnc ventou- fe,par les parties intérieures enflammées, dont les parties extérieures appareillent froides, 5c alors la face fe monftre hideufe , 5c eft veüe de Couleur plombine & liuide, les yeux ardehs, eftincellans, p rouges* & comme pleins de fang,ou d’autre couleur , & larmoyans. Le tour des paupières eft li- uide 5c noir > comme fi elles âUoient cfté battues 5c meurdries, 5c ont la face hideufe à voir * 5c tout le corps iaunaftre , tellement qu’ils ne relfemblent point à eux-mefmcs , de façon qu’on les dccognoift,& telle chofe fignifîela mort proche. Aucuns ont la fièvre fi tres-ardente , qu’elle câu- fe vlceres au profond de la gorge * 5c autres parties de la bouche , auec vne feichereftè qui rend la langue aride 5c feiche , liuide 5c noire , accompagnée d’vne altération 5c chaleur fi grande, qu’ils fc difent brufler comme s’ils eftoient dedans vn feu,aitec vne extreme douleur de tefte , qui le plus fouuent les fait refuer ; de forte qu’ils ne peuuent iamais repofer ny dormir 5c tombent en vne fu- reur cruelle,côme frénétiques, s’enfuyans tous nuds,fe icttants es puits,riuiéres, & par les feneftres fe precipitans de haut en bas.Au contraire,ils font quelquesfois eu vne fi grande relolntion de tous les membres,qu’ils ne fe fçauroient fouftenir, 5c aüfiî font au commencement tant endormis, qü’on ne les peut efueiller,pource que la chaleur de la fièvre fait efleuer à la tefte des vapeurs grofiès,crues, & froides, lefquelles abondent ait corpsxe qui aduient communément lors que la matière de la bof- fe,ou le charbon fe fait, ou petites taches 5c éruptions efparfes au cuir,qui fouuent s’ap paroi fient à leur refueil,accompagnées d'vne fueur fort puante. Or lefdites exhalations 5c fumees acquièrent fouuent acrimonies, 5c font quelquesfois fi mordantes, qu’elles gardent les malades de dormir , 5C leur incitent grande douleur de tefte, qui les fait tomber en refuerie, puis frenefie, manie & tage. t. Signé dt pefie pre- fente. x.Signe. 3. Signe. 4. Signe. ï .Signe. 6. Signet, 7, Signe, Pourquoy et fièvres pefti* lent telle s le dedans bru* fié, & le dehors ejl froid. 8. Signet y. Signet VeUfquoy tes pe fit ferez ' font quel- ‘ quesfois tn~ L dormit. Le vingt-deuxiefme Liure, Parquoy la variété de ces derniers figues Ôc accidens ne procédé que de la diuerfîté du venin pe- i ftiferé, ôc des températures des malades. Qu'il foit vray , nous voyons en certaines faifons ce ve- nin exercer diuerfement fa tyrannie, voire en toutes températures, ôc extraordinairement ôc éga- lement à plufieurs ôc de tous aages Ôc temperamens , comme nous auons cy-deuant monftré de la fuette , troufie-galland , coqueluche, & autres maladies epidemiales. Quant cft de la diuerfîté de températures , ceux qui font de complexion chaude , comme les fanguins ôc cholériques , font vexez bien fouuent de fièvres bien aidantes , ôc tombent fouuent en furie : au contraire les me- lancholiques ôc pituiteux font tant aflbupis ôc endormis, qu’à peine on les peut refueiller. Les vrines ne font pas toufiours , ny en tous, trouuees d’vne mefme couleur ôc confiftence : car quei- quesfois elles font trouuees femblables à celles des fains,à fçauoir belles en couleur, ôc bonnes en leur fubftance, à raifon que la fièvre fai£t plus Ton effort dedans les artcres,qu’és veines contenantes le fang , duquel procédé l’vrine, veu que le foye le plus fouuent ne fouffre fi fort en vne fièvre pe- ftilente, que les autres parties, ôc fur toutes le cœur, mefmement quand il n’y a point de tumeur ap- parente aux aines , où cela fe fait : jpource que les humeurs contenus aux vailfeaux , iaçoit qu’ils foient en chemin,& comme infieri d eftre viciez ôc entachez de ce venin, ce neantmoins ils ne font point pourris ne corrompus : celle corruption eftant vrayeraent ja parfaiéle en la fubftance des ef- prits(fupposé que telle pefte eft de celles qui ont leur caufe ôc origine de la malignité de l'air}& d’i- ceux n’ayant encores paffé ôc coulé dans les humeurs : car fi la pourriture eftoit ja imbue en iccux, ils en donneroient certain tefmoignage par les vrines , qui font certains ôc propres fignes des affe- ctions des humeurs contenus aux veines. Et partant ne deuons point eftimer que cela aduicnne(co- me aucuns ont pensé) à raifon que Nature comme efpouuantee,& fuyant la malignité de ce venin, n’ofe affailiir la maladie.Aucuns ont les vrines fort dilîèmblables des fains, defquels nous parlerons cy-apres.Pareillement aucuns icttent par le fiege vne matière fort fetide, liquide, fubtile,gluante,& de diuerfes couleurs: g? que déclarerons auffi. Il y en a d’autres qui ont l’appetit depraüé, ou du tour perdu,tellement qu’on en a veu oui ont demeuré trois ou quatre ioursfans manger, ce qui procédé d’vne douleur mordante Ôc poignante,qui eft en l’eftomachjlaquelle prouient des vapeurs veneneu- fes enuoyees à iccluy. Et pour le dire en vn mot,on voit en cefte pernicicufe pefte vne grande ban- de ôc multitude de plufieurs .efpcces de fymptomes & accidens confus, fourdre iournellement, qui fe font félon la pourriture ôc altération de l’air, ôc la cacochymie ôc maunaife température de ceux qui en font frappez. Parquoy faut bien icy noter, que tous ces fignes Ôc accidens ne fe tiennent pas toufiours en vne fois, ny en toutes perfonnes* mais à aucuns s’en apperçoiuent plufieurs, à au- tres peu, voire à grande peine voit-on deux hommes infeélez de cefte contagion, auoir femblables accidensr&qui plus eft,il y en a aucuns à qui ils apparoifient fubit, ôc dés le commencemenr,& les autres plus tard. Et de tous ces fignes, il y en a qui font totalement mortels , autres moins mau- uais, ôc d’autres ambigus. no» Signe. Vvrine des femhle lo'mble. Sî. îi. Signe, Un la pefle on voit gra- de multitu de d’accides. Signes mortels de la fefle, Chap. XV. Difficulté U'rhjpiration. E s fignes mortels , ôc qui demonftrcnt le cœur eftre fai fi font fièvres très-ardentes % ôc continues , la langue aride & feiche , de couleur noire,& quand les malades ont W 1grande difficulté d’infpirer , tellement qu'ils ont plus de peine à attirer l'air qu’à le rendre : qui fe fait pour la vehemente chaleur qu’ils ont au corps , ôc ont vne foif fi grande , qu’on ne la peut efteindre. Autres ont veilles continuelles , dont s’en- fuit reuieric& aliénation d’efprit, & fouuent meurent comme furieux & enragez. Aucuns ont vne contraction &conuu!fion de tous les merabrcs,dcfaillanccs fréquentes de cœur, accompagnées de hocquets,& tombent fouuent en fyncope. Autres ont vne palpitation ou tremblement de cœur,quî cft vn mouueraent manifefte de la vertu expultrice , qui s’efforce de repoufièr le venin qui luy eft du tout contraire & mortel. Le pouls pareillement fe meuthaftiuemet & exceffiuement fans mefu- re, qui monftre que la faculté vitale eft grandement enflammee, ôc albrs les malades font en gran- de agitation ôc inquiétude,c’eft à dire,fe remuent çà ôc là, fans qu’ils fe puiifent tenir à requoy ôc en repos, ôc ont appétit continuel de vomir, qui prouient de la venenofité de la matière , laquelle fe communique au cœur,& à l’orifice de l’eftomach : & le voraifiement eft puant,& de matière verde comme ius de pourreâux, ôc quelques-fois de couleur noire ou rongerauffi aucunesfois eft de fang tout pur, comme nous auons dit, ôc ont fucur froide, la face liuide, hideufe ôc noire , ôc le regard efgaré. Ils ont femblablement grand treffaillement, fremiifement, ôc aiguillonnement entre cuir ôc chair,baaillement ôc eftenduc des membres, tournans les yeux en latefte, parlent enroiié ôc bé- gayent,voire quelqnesfoisdés les premiers iours,& ne ratiocinent pas, ôc quand on parlera eux, ils ne refpondent a propos. Ils ont la langue fort aride Ôc feichediuide ou noire,qui fe fait des exhala- tions putrides qui l’efchauffent & defieichét,îeur caufànt des efcorchcnres en la bouche. Outre-plus, aucuns ont les vrines liuides ou uoircs ôc troublées , comme greffe lexiue, ôc y voit-on des nuees Huides,& dediuerfes couleurs,comme verdoyante,pIombceou noire, qui eft vn vray ligne mortel. Aulîî quand on voit vn cercle par ddfus, comme greffe ou toiles d’araignes iettees les vnes fur les autres.Si les malades ont charbons,Ôc la chair d’iceux eft noire Ôc fciche,corne vne chaleur brufiee, &Ies parties prochaines liuides,les boffes, charbons ôc taches retournans au dedans, &n’apparoif- fans plus au dehors,flux de ventre cholérique,qui ne donne aucun allégement au malade, fort feti- de,Iiquide,fubtil,gl liant,& dediuerfecouleur,cornmcnoire,verdoyante, reffemblantcà verd de gris ôc de tres-manuaife odeur,auec grande quantité de vers,qui dénoté grande corruption Sc pourritu- re aux humeurs : s’ils ont vn dblouyflcment qui vient par l’imbeciîlité ôc défaut des efprirs, ôc de route i’œconomie de nature qui ja commepçç à chanceler : fi la chaleur naturelle fe retirant au de- Caufe de naufee aux pejîifsreZ,, Vrines mot• telles pejti - lentes, De la Pefte. hors, fuyant cé venin , cfmeut vne füeür fort puante 5 Ôc les yeux du malade s’enfoncent pour l’abfence de ladite chaleur, accompagnée du fang, Ôc efprits : fi le bout du nez eft retors auec vn ris fardonic , c’eft à dire, vn. ris forcé , qui fe fait pour la retraéfion des fibres diifeminez aux mufcles de la face, defleichez par l’abfence du fang ÔC de l’cfprit animal ; fi aüfli les ongles noirciiTenr, com- me approchans d’vne mortification : puis furuiennent fanglôts ôc conuulfion vniuerfelle pour la re- iolution des nerfs, fi qu’en fin lapauure chaleur naturelle demeurant fuffoquée ôc efteinte , indu- bitablement la mort s enfiiit. En tous ces lignes ne faut laigner, mais bailler chofes cordiales aux malades, ôc les recommander à Dieu. Neântmoins ie prie les Chrirurgiens de ne laifler ôc abandon- ner les pauures malades , encore qu’ils euflént tous ces lignes mortels , mais toufiours s’efforcer à faire ce que l’art commande : car Nature fait quelquesfois chofcs merueilleufes contre l’opinion des Médecins ôc Chirurgiens, ainfi que i’ay delnonftré cy-deflus en mon hure des playes de hacque- butes. Or pour conclufion , la diuerfité de ces accidens vient pour la diuerfité du venin, ôc des tem- peramens, ôc de l’air ambiens : 8c tant plus on trouuera des lignes ôc accidens fufdiéls, tant plus les pauures peftiferez font proches de la mort : mais fi Vn oü deux apparoiffent feulement, il n’eft pas neceflàire qu’ils meurent: ioinéf aufli que‘plufieürs de ces lignes font communs à d’autres maladies;, Caufe du ré fatdonic, Ke fauu abandonner les peRiferet, mefme en fi* gnes mortelsi Des fignes par lefquels on peut cognoisirc que le malade eft infeffé de U Pejhu> •venant du vice de Pair, & non des humeurs, C H a p. X Y I. B* Ncorës que noüs ayons amplement déclaré les Lignes de la pefte prefente , fi eft ce que confidcrans qu’il y a deux fortes de pefte , pour la diuerfité des caufes ; l’vne prouenante du vice de l’ait, l’ahtre de la corruption des humeurs, nous auons bien W voulu fpedfier les figues qui font propres à l’vne ôc à l’autre, commençans par celle qui vient du vice de l’air. Dont les lignes par lelquels on la pourra cognoiftre , font tels, à içauoir, qu’elle eft plus maligne Ôc contagieüfeôc les hommes meurent en plus grand nombre ôc plus fubitement : car plufieurs faifans leurs aéfions accouftunlées*, fe pour- menans par les Temples ôc rues fans aucune contagion apparente meurent en peu d’heures, voire promptement fans fentir auparauant aucune douleur : parce que l’air corrompu par fa virulence gafte promptement les eiprits, ôc fuftbque le cœur d'vn feu caché. Dauantage , les malades ne font fi ç, tourmentez d’itiqüietude, ôc ne ie jettent point çà ôc là, pource que la force naturelle eft du tout profternée ôc abbatue i ôc partant ils ont continuelle défaillance de cœur, ôçà plüfieurs ne furuien- nent bubons , oü autres puftulles , ny aucun flux de Ventre , à caufe que le venin peftiferé abbat tellement les forces Ôc le cœut, qu’ils ne peuuent chafler d’eux aucune chofe nuiiîble, qüi eft caüfe de la mort ainfi fubite. Leur vrine eft iemblable à la naturelle , parce qu’il n’y a point de vice aux humeurs , d’autant qüe les vrines demonftrent certainement le vice qui eft aux humeurs, comme il a efté déclaré cy-deuant,. Detîx forte$ depefte^i En là peRrJ faite de l'ait les hommes meurent fu* hit , & en grand mm* brc^a Signes prit des vrineu Signes que le malade ef infetfé de U Peste 5 prouenant de la corruption des humeurs* G h a p* XVII. S. O v s auons par cy-deuant déclaré les caufes de la corruption des humeurs de tioftre ' corps, laquelle fe fait comme d’vne trop grande plénitude , ou par obftruétion des vaiffeaux des Vifceres ou entrailles* caufée par humeurs efpés Ôc vifqueux , ou par in- temperature , oü malignité de matière, routes lefquellcs choies fe font par là mauuaife maniéré de viure : Il faut maintenant déclarer les lignes, par lefqucls on peut cognoi- ftre vn chacun humcür dominant eftre infeété ôc corrompu , afin de contrarier à iceliiy. Quand donc on verra la couleur de tout le corps eftre plus iaune que de couftume , cela demonftre que le corps abonde en cholefe : fi elle eft plus liuide ôc noire, en melancholie ; fi elle eft: plus blanche, en pituite, ou phlegme : ôc fi elle eft plus rouge, ôc que les veines foient fort enflées,il abonde en lang: aufliles apoftemes ôc püftules tiennent (emblablement la couleur de l’hurticur qui caufe icelles : pa- reillement les excremens, comme vomiffemens, les fellês ôc vrincs : aufli fi le malade eft fort aflbu- py 8>c endormy , cela deiüonftre la pituite ; au contraire , s’il a veilles, dcmonftre la cholerc. Sem- blablement la nature de la fièvre demonftre l’humeur qui abonde : car la fièvre tierce deitlonftre la cholere , la quarte la melancholie, la quotidienne, la pituite, la continue, le fang. Le temps le de- monftre pareillement ; car au Printemps le corps accumule plus de fang , enEfté plus de cholere, en Automne de melancholie, en Hyuer de pituite qüi domine en ccfte faifon. Apres s’enfuit le pais, lequel s’il eft temperé , le fang abonde : s’il eft chaüd & fec , la cholere ; s’il eft froid ôc humide, la pituite. Dauantage , l’aage le demonftre ; car les ieunes abondent plus en fang, 6c les vieux en phlegme. Finalement l’art ôc maniéré de viure t car ceux qui cüifent les métaux , ôc fabriquent ou- urages métalliques , comme Marcfchaüx , Serruriers, Orfèvres, Affincurs, Fondeurs de lettres, abondent plus en cholerc ; les fedentaires, eftudians Ôc pefcheurs en pituite. Voilà les obfentations qu’on doit auoir pour cognoiftre vn chacun humeur dominant en noftre corps , afin de le purger quand il en fera befoin. Ôr pour deiboucher les orifices des vaiffeaux , tant du foye, que de la rate ôc dés reins, les mcdicamens doiuent auoir faculté Ôc puiflance d’incifer , pénétrer, atténuer, ôc de- terger ; ce que ie laifte à faire à Meilleurs les Médecins. Et faut icy noter , que communément les humeurs fe poumlfent en temps de pefte , dont le font non feulement des fièvres continues, mais Catife Js lA corruption des hutneurts, En quels th’è* fiiers en ac* quîert plue d'humeur bi& lieux. Le vingt-deuxiefme Liure, auffi des intermittentes, c’eft à dire, qui biffent le malade vn iour ou deux, plus ou moins fans fièvre, puis l’afl'aillent derechef,comme font les fièvres tierces & quartes : ce quife fait félon la diuerfitéde lapourriture de l’humeur dont elles font faites, comme nous auons dit par cy-deuant. Pareillement on les peut cognoiftre par les accidens : comme fi la pefte eft en l’humeur cholérique , elle occit la plus grand part des hommes, 8c meurent promptement : 8c ont vomiflèmens affiduels de couleur iaunaftre , 8c flux de ventre, auec extremes douleurs 8c defir perpétuel d’aller à la felle , parce que la cholcre pique 8c vlcere les boyaux : auffi ont vne inappétence, 8c tout ce qu’ils boiuent 8c man- gent , leur femble amer. S’ils ont quelques éruptions ou tumeurs contre nature, elles font trouuées auec peu d’enfleure, 8c de couleur citrine. Quand elle eft aux greffes humeurs, 8c au fang adufte, elle occit plus tard, 8c les malades ont grandes fueurs, flux de ventre de diuerfes couleurs, 8c prin- cipalement fanguinolcntes, 8c jettent fouuent le fang pur : ils ont communément bubons 8c char- bons , ou éruptions par tout le corps, auec grandes tumeurs enflammées, fièvres continues, délires, 8c l’haleine puante. Lors quelle eft à l’humeur pituiteux , ils ont laflîtudes de tous les membres, 8c tout le corps bien fort appefanti, 8c font grandement endormis 8c affoupis , & à leur refueil ont vn tremblement vniuerfelde tout le corps, qui fe fait pour l’obftrudion des conduits clos aux efprits: 8c s’il y a quelques bubons , charbons, ou éruptions, elles font laxes 8c de couleur blanchaftre , 8c difficiles à fuppurer. Et quand l’humeur melancholique en eft vitié , les malades font fort attriftez, ayans grande pefanteur 8c douleur de telle,&: ont le poulx petit 8c profond,& la couleur de leur apo- fteme , voire de tout le corps , plombée 8c noire ; car chacun humeur donne fa couleur au cuir. Or qui demonftre encor les humeurs eftre corrompus, c’eft que les vrines des malades font troublées, 8c femblables à celles des iumens : auffi quelquesfois font veucs noires auec vn cercle verdoyant, qui fignifie grande pourriture eftre aux humeurs : car il eft impoflîble que les humeurs puiflent eftre corrompus, que les vrines ne le foient. Aucuns ont grande loif, les autres nulle, parce que la pi- tuite putride abonde à l’orifice de l’eftomach , 8c luy change fon tempérament, 8c le rend languide auec inappétence. Semblablement aucuns ont fièvre grandement ardente, 8c fe difent brufler au dedans : ce neantmoins les parties extérieures font trouuées quelquesfois fort froides. Que fi la pe- fte prouient du vice de l’air, 8c des humeurs compliquez, comme ils font le plus fouuent, on ne les peut bien diftinguer, 8c les fi’gnes font fort confondus enfemble. Signes du l'humeur cheleriquU, Hip.liure des humeurs. Du Prognofiic. Chap. XVIII. Moyens du bien progno- fttquer. Moyens du bien progno- fti^uer. Rognosti e r eft prédire les choies à aduenir, qui fe fait par la cognoiflancc de la maladie, 6c de Tes accidens, 8c principalement de la température ôc dignité de la partie malade, 8c aéHon d’icelle : parquoy pour ce faire, fera bien ncceftaire que Jii iÊÊÊÉÊ* Chirurgien aye cognoiflance de l’Anatomie , 8c aye veu plufieurs malades : car ainfi faifant prognoftic , 8c deduifanr bien aux parens 8c amis du malade les aCcidcns 1 qui peuuent aduenir en la maladie , acquerra honneur & profit. Toutesfois quant à la pefte nous difons qu’il n’y a point de iugement certain de la vie, du de la mort; car cefte dçteftable,abominable 8c traiftrefle maladie a fes mouuemens par interualles inégaux 8c incertains, 8c eft quelquesfois tant haftiue 8c fallace , qu’elle tue l’homme, fans qu’on y puiffe prendre garde , ce qui aduient à aucuns en dix, quinze, ou 24. heures, ou beaucoup moins. Et tel venin eft quelquesfois fi violent, qu’in- continent qu’on reçoit le foufflement ou haleine du peftiferé , on voit fubit s’efleuer puftules 8c ampoulles au cuir, auec douleur acre , comme fi on eftoit mords d’vne moufche à miel. Et par la violence de ce venin fi prompte 8c fubite , ceux qui iont frappez , font pluftoft morts qu’ils n’ont penfé à mourir, 8c mefmes en beuuant, mangeant, 8c vacquanr à leurs affaires, tombent morts en cheminant par les rues 8c Temples, ce qu’auons veu n’agueres le Roy eftant à Lyon. Quelquesfois auflî les accidens fe relafchcnt, &femble que le malade Ce doiue bien porter , faifant bonne chere; ce qui aduint à vnc des Damoifelles de la Royne , nommée la Mare, le Roy eftant au Chafteau de Rouffillon , lac|uelle fut frappée de cefte pefte , ayant vn bubon en l’aine , qui s’en retourna au dedans, 8c le troifiéme iour difoit ne fentir aucun mal, fors qu’vne difficulté d’vrine ( à caufe de l’inflammation qui occupoit les parties dediées à l’vrine ) Ce pourmenant par la chambre, auec bon- ne ratiocination : toutesfois ce iour mefme rendit l’cfprit à Dieu : qui fut caufe de nous faire prom- ptement debufquer dudit lieu. Et partant les Médecins 8c Chirurgiens font le plus fouuent deceus en telle maladie ; car aucuns meurent pluftoft , les autres plus tard, félon que le venin eft violenter fort : 8c pour le dire en vn mot, en cefte maladie il n’y a point d’heure, de iour, ny de temps prefix. Outre-plus on voit par expérience que gens de route nature, fexe , 8c diuerfes complexions, foient enfans, adolefcens, ou hommes en aage confiftant, foiblesou robuftes, ieunes ou vieux, yuron- gués , crapuleux , 8c ceux qui font abftinence en leur viure , tant oifeux que ceux qui trauaillent, riches ou panures , Roys, Roynes , Princes, Princeftès , Papes 8c Cardinaux , font tous fujeefts à eftre pris de la pefte : neantmoins on voit que les ieunes cholériques & fanguins, qui font de tem- pérament chaud 8c humide , y font plus fujets que les vieux , qui font de température froide 8c fei- che, pource que leur fang ne s’enflamme pas fi toft : auflî que l’humidité d’iceux , dont s’engendre la corruption, eft exhalée, 8c aucunement confirmée. Mais les humeurs des içunes fe corrompent pour legere occafion , & par confequcnt reçoiuent la vapeur veneneufe , laquelle facilement eft attirée 8c pénétré au centre du corps , qui eft de telle température chaude 8c humide, 8c partant dif- pofée à receuoir inflammation 8c pourriture , à caufe qu’ils ont les veines 8c arteres plus larges, 8c par confequent tous les conduits du corps : dont il aduient que l’air peftilent trouuant les pores ou- uerts , entre dedans plus facilement auecques l’air attire par le continuel mouuement des artères. Dauantage la pefte venant de l’air prend pluftoft les ieunes que les vieux, parce qu’ils ont les pores Il n'y a point de iugement certain en la peftu. litflo'tru. Perfonne nefl exempt du peliu. pefie->. De Pape Pe~ iagiM mou- rut de pciîu. De quelles température-} & aage les malades du feïle fent en plus grand danger. De îa Pefte. plus oüüerts que les vieux. Pareillement ceux qui font hors des maifons, font alors pluftoft cipris que ceux qui demeurent dcdaiis. Et quand la pelle vient de la corruption des humeurs , elic n’eftpas tant contagieuie que celle qui vient du vice de Tait. Mais les pituiteux , melancholiques, ëc gens aagez font en plus grand danger de mort, lors qu’ils font frappez d’iceluy venin venant de caufe corporelle., parce qu’il ne fe peut bien exhaler & fortir hors à caufe de la clofture, ou conden- fation de leurs conduits 8c pores du cuir. Audi ceux qui font cacochymes & remplis d’humeurs vi- cieux , font plus prompts & difpofez à en cftre infeélez, & en plus grand danger que ceux qui font de bonne température : toutainii qu’vn fagor fec eft pluftoft allumé du feu , & bruilé qu’vn verd, ainlî font-ils préparez , de mefme façon que le foulphre eft préparé à prendre le feü. Et pat ainft voit-on communément, qu’en temps de pefte , nulles ou peu d'autres maladies apparoiftent, d’au- > tant qu’elles fe tourmentent facilement en icelle, 8c lors quelles commencent à régner , la pefte ‘ aufli commence à cefler. Donc comme vn homme cacochyme eft plus dilpolé à eftte frappé de i pefte : aullî au contraire vn homme bien temperé difficilement en peut cftre frappé. Car combien que le feu fort violent r neantmoins il demeure amorty & vaincu , quand il ne trouiie contre quoy agir. Semblablement vn homme bien fain 8c nettoyé de mauüaifes humeurs, bien tard 8c à grand, peine eft malade de celle pefte ; & où il en léroit elpris, elle ne pourroit luy faire telle nuifance, comme aux autres qui font remplis de ïhaüuaifes humeurs-: toutesfois on obferue que ceux qui ont fièvre quarte, 8c chancres vlcerez , alifti les punais , ladres, verollez , efcroucllcux , teigneux , 8c ceux qui ont fiftules, 8c vlcetes carieufes coulantes , ne font, fort fubjets à prendre la pefte : parce - qu’ils ne font feulement cacochymes , mais demi pourris, ôc leur cacochymie ne permet fouuent entrer la pefte en leurs corps, quali comme lî elle leur eftoic vn alexitere contre le venin peftiferé. Les femmes enceintes font fort fubjeclcs à dire prifes de la pefte , à caufe de la grande abondance d’humeurs fuperflus 8c corruptibles qui abondent en elles pour le défaut de leurs purgations, ioindi aufli qu’elles ont tous leurs conduits fort ouuerts : & quand elles font frappées de celle maladie 8c font leurs enfans , elles meurent prcfque routes ; dequoy l’expcriencc fait foy. Aufli les filles auf- quelles le flux menfttüel commence à fluer, font fort fubjeéles à prendre ce venin, comme aufli les petits enfans , parce qu’ils font lanuleùx , c’eft à ditft, mois 8c tendres , 8c de rare textüre , joinél qu’ils viuent defreiglément. Le menu peuple fouffreteux , 8c ceux qui habitent es maifons ordes, 8c qui en tout temps viuent ordement, 8c qui ne changent point d’habits, d’autant qu’ils approchent plus prés de la putrefaélion, s’acquierent vue difpofition &c conformité grande à la pefte, 8c partant lont pluftoft aflaillis que ceux qui viüent au contraire. Outre-plus ceux qui en celle maladie ont fommcilprofond , meurent quafl tous, àcaule delà craftitude des vapeurs qui montent au cerneau, lefquelles nature ne peut vaincre. Aüfti ceux qui ont la refpiration fort pilante outre leur coufturae meurent tous : pource que la pourriture eft du tout confirmée en la fubftance du coeur, 8c aux poul- mons. Or plufieurs meurent fubitement de la pelle, à caufe que le venin faifit le cœur, 8c inftru- mens qui ferment à 1’inlpiration ôc expiration , lelqdels eftans ferrez 8c comprimez à caufe de l’in- flammation qui eft aux poulinons, au diaphragme , 8c aux mufcles du larinx , laquelle fait que le pauure malade eft fubit eftranglé 8c fuftbquépar faute de relpiration. Aulïi fi les bofles , charbons, pullules 8c éruptions, qu’on appelle pourpre, qui viennent à lafüperficie du cuir , font de couleur noire , ou verte, ou violette, ou liuide, peu en refehappent, parce qu’ils demonftrerit mortification de la chaleur naturelle. Quand le bubon apparoift premier que la fièvre, c’eft bon ligne, car il dé- mon lire que le venin eft moins furieux , 8c que nature a cfté maiftrefle , 8c qu’elle a eu viéioire, l’ayant jetté 8c chaflfé hors : au contraire , s’il apparoift après la fièvre, cela vient de l impetuofité du venin , lequel domine : partant eft vri. ligne pernicieux, 8c le plus fouuent mortel, qui deraonftre nature dire gaignée 8c abbatuc. D’abondant au decours de la Lune, les malades meurent pluftoft, ou pour le moins leur mal 8c accidens s’augmentent, parce que les vertus font plus debiles, ioinél aullî que lès humiditez de noftre corps abondent dauantage. Or que les vertus de noftre corps (oient plus debiles au decours de la Lune , la caufe eft , qüe la vigueur des facilitez confifte en cha- leur. Or eft-il qu’au decours de la Lune les corps font plus froids 8c humides pour la defeéluofité de la Lune , qui eft la caufe pourquoy fur la fin du mois les femmes ont reglément leur flux : car lors le fang eftant plus humide , eft plus prompt à couler, & noftre chaleur eftant moindre ne peut retenir vn tel cours, comme elle fouloir, eftant fortifiée 8c guidée de là vertu de la Lune, qui a plus de lumière , 8c par confequcnt de chaleur , eftant pleine , qu’en decours : comme tres-bien dit Ariftote auliure 7. De hittoriaanimal, chap.2. Auffi faut noter que fi l’air peftiferé eft fubtil comme bize , il eft plus dangereux & contagieux, 8c tue pluftoft que lors qu’il eft gros 8c nébuleux. Qu’il foit vray , lors que la pefte eft en cette ville de Paris, elle n’eft fi dangereufe que lors qu’elle eft en Prouence 8c en Gafcogne : qui le fait à caufe que l’air de cette ville eft plus gros 8c nébuleux : 8c «ft tel, tanta raifon de la fituation , que de la grande multitude du peuple , & excreraens des belles, boucheries , cuifines , latrines, 8c autres caules, qui font efteuer plufieurs groftes vapeurs, lefquel- les eftans attirées des poulinons ne permettent que l’air peftiferé entre fi au profond de noftre corps. Outre les caules de mort cy-deftus alléguées, nous voyoïis plufieurs perfonnes mou- rir par faute d’eftte promptement fecourus, parce qu’il y en a bien peu qui vueillent prendre confeil ' de bonne heure, 8c parauant que le venin ait faillie cœur , & que plufieurs accidens ne leur foient défia furüenus. Or le cœur eftant ainfi il y a peu d’clperance de fauté , ce que toutesfois on attend ordinairement : d’autant qu’il eft tres-diflicile de cognoiftrc la pelle dés le commencement, parce que les accidens nefontpastouliours femblables , comme nousauons défia dit : parquoy plufieurs Médecins &c Chirurgiens y fontabufez , tant experts püiflcnt-ils eftte : dont ne fe faut efmerueiller fi le prognoftic de celle maladie ne peut çftre certain. Qui plus eft , elle eft fi deteftable 8c efpou - uantable . au’aiicuns de la feule apprehenfion meurent.. parce due la vertu imaeinatiue ou fantafie Pourquoy en temps de peïiù ne courent* gueres autres maladies. Ceux qui nts font gueres fubîets à auoir la pesît->. Des filles petits eri' fans. Couleur des tumeurs. Il eft bon qué le bubon ap- paroijfe douât la ftévrtj. Pourquoy nom femmes pim faibles au decours 4i la LhkO. Potirqitoj placeurs meurent* de peficjè Le vingt-deuxiefine Liure, a fi grande feigneurie en nous ( ainfi que i’ay eferit en mon liure de l’Anatomie du corps humain) que ic corps naturellement luy obéit en plufieurs 8c diuerfes fortes, lors quelle ell fermement arre- itée en quelque imagination. Donc en crainte 8c peur beaucoup de fang fe retire au cœur, qui eftouffe 8c fufloque du tout la chaleur naturelle , 8c les elprits, la rendant plus foible pour refifter au venin , dont la mort s’enfuit : au contraire , il aduient quelquesfois que ceux qui fréquentent ordinairement les pelliferez , n’en reçoiuent aucun mal, parce qu’ils n’apprehendent rien. Pour Conclufion : on voit communément que tous ceux qui en font frappez, ne meurent pas, combien qu’ils n’ayent receu grand fecours, 8c ceux qui vfent de bons antidotes, ou chofes contrariantes à tel venin , ne laiflént forment à ellre pris 8c, mourir. Bref quand on en refehappe , on peut bien dire que c’cll vne chofe plus diuine que humaine , veu qu’on ell forment incertain de la caufe. Partant nous deuons ellimer que telle chofe fe faibl par la volonté de Dieu, auquel, quand il luy plaift faire fonner fa trompette pour nous appeller, on ne peut refifter , ny euiter le parlement par aucun artifice humain. La crainto peut donner la pesiez. Commet Je fai et la fièvre pesüUnudlc. C H A p. XIX. E v a n t que venir à la curation de celle maladie pcllilenticlle , il nous conuicnt premièrement déclarer comment le faibl la fièvre en icelle : C’ellque quand laper- lonne a attiré cet air peftilent par inlpiration faite par le nez 8c la bouche : au moyen de l’attrablion que font les poulinons, 8c autres parties dediées à ce faire, 8c auflî vniuerfellementpar les pores 8c petits trous du cuir, 8c cauitez des arteres 8c veines, qui ionc cliiieminées par iceluy , lequel airellant attiré & conduit en toute la malfe fanguinaire, 8c aux humeurs, qui font plus aptes à receuoir tel venin, les conuertit en fa qualité veneneufe, 8c com- me fi c’elloit chaux viue , fur laquelle on jettall de l’eau , s’dleue vne vapeur putride, qui ell com- muniquée aux parties nobles, & principalement au cœur, fang 8c elprits, lequel bouillonne dedans fes ventricules, dont le fait vne ébullition appellée lièvre, qui ell communiquée par tout le corps par le moyen des arteres, voire iufqucs en la lübftance des parties les plus folides, qui font les os, les efchauffant li fort comme s’ils brufloient, faifans diuerfes altérations lélon la diuerle température des corps, 8c nature de l’humeur où ladite lièvre ell fondée : 8c lors fe fait vn combat entre le venin, 8c nature, laquelle li elle ell plus forte , par fa vertu expultrice le chalfe loing des parties nobles, 8c caufe par dehors fueurs , vomiHémens, flux de fang, apollemes aux emundloires, charbons, ou autres pullules 8c éruptions par tout le corps : aufli flux de ventre, flux d’vrine, euacuations par in- fenlible tranlpiration , 8c autres que déclarerons cy-apres. Au contraire, fi le venin ell plus fort que la vertu expultrice, natute demeure vaincue, 8c par confequent la mort s’enfuit. Or pour co- gnoillre que la fièvre ellpellilcntielle , c’ell que dés le premier iour qu’elle commence , les forces lont prollernées 8c abbatuës fans aucune caufe qui ait précédé auparauant ; car fans grande euacua- , tion faible , les panures malades font tant debiles 8c affaiblis, qu’on ellimeroit qu’ils auroient efte vexez de quelque grande maladie , 8c plufieurs fentent mordication à l’orifice de l’eftomach, 8c grande palpitation de cœur, & ont fommeil profond, 8c les lens de l’entendement hebetez. Ils fentent auflî grande chaleur au dedans de leurs corps, 8c les parties extérieures lont trouuées froi- des , de façon que ceux qui ne font expérimentez en telle maladie font facilement deceus, ellimans qu’il n’y ait nulle fièvre, pource que le pouls 8c vrine des malades ne font gueres changez , 8c tou- tcsfoisils ont grande inquiétude 8c difficulté de relpirer,*& ont leurs excremens fortfetides, 8c au- tres griefs accidens, 8c le plus louuent le troifiéme iour ont refiierie & grand flux de ventre 8c vo- miflemens, auec vne extrême foif, 8c n’ont point d’appetit. Partant il faut prendre garde qu’aucuns de ces fignes font toujours prefens, 8c les autres viennent lors qu’il y a quelque partie offenlée: comme s’il y a difficulté de relpirer, cela demonllrc que les parties peblorales font offenlées, 8c quand le déliré vient, cela lignifie qu’il y a vice au diaphragme , 8c au cerneau , qui fe fait quand la matière du charbon fe putréfié prés d’icelles parties , ou en icelles mefmes. Or en toutes ces choies l’imbécillité des forces ell commune, 8c les affrétions du cœur pareillement, veu que ce ve- nin pclliferé ell contraire à nollrc nature , 8c qu’il infeble principalement le cœur, fontaine de vie. Et combien que celle fièvre furpaflé en malignité les autres qui ne participent point'du venin pefti- fere , li ell-ce qu’elle ell aufli diuerfe comme icelles ; car quelquesfois elle a fes exhalations comme la tierce, autresfois quarte, autresfois quotidienne , félon la diuerfité de l’humeur qui ell principa- J lement affeblé : ce qu’on cognpifl parlesintemales,c’eftàdire,refpace interpofé entre les accez. Pa- reillement elfe ell dite Ample, quand la quantité veneneufe confille feulemêt à l’elprit vital,& que les numeurs ne lont encores corrompus.Elle ell dite compofée ou compliquée,quand ladible qualité efl fourrée es elprits 8c aux humeurs en toute la fubllance du corps, auec charbons, bofl'es 8c pourpre. Aufli il y a d’autres différences 8c diuerfitez d’icelles, quife cognoiflent par les vrines , excremens, habitude vniuerfelle du corps , température d’iceluy : auflî par les accez , la chaleur, le pouls , 8c autres. Donc lelon que la fièvre tiendra la nature de tierce, quarte, quotidienne, ou continue, faudra diuerfifier les remedes pour la curation d’icelle : ce que ie laifl'e à Meilleurs les Médecins. Ce venin pe- Jiilët conuer- tit Iss hu- meurs en fa qualité ve- neneufe^j. Signes de Na- ture maifirej. /o. Signes pour cognai Hrcj li fiévrtv fefiilentev. Rende'et en fa praciique. La faeuhé vitale /o monsire fai- lle en toute pefiev. Fièvres pe~ pilent et, tierces, quartes quotidien- nes. Comment le malade fe doit retirer du lieu infeft frbit quil fe fentfiappé de peÏÏes. C h A p. XX. Y a n t amplement défait la pelle 8c tous Tes fignes 8c accidens, 8c la maniéré de s’en pre- femer , il faut maintenant traibler de la curation , en laquelle il faut auoir elgard fur toutes n chofçs, de prendre incontinent quelque alexitaire pour contrarier au venin : mais pour De la Pefte, A Tordre de demonftration 8c enfeignement, nous déclarerons premièrement la cüre vniuerfelle. Commençant par le lieu auquel celuy qui fe fent frappé , doit habiter. Et partant il eft bon , que le malade fe retire fubit en quelque lieu prochain , où l’air foit bien fain , 8c faut auoir cela en fin- guliere recommandation : car en ce gift vne grande partie de la cure , parce que Tair eft Vne des chofes premières &: plus neceflaires pour la conferuation de noftre vie : veu que VUeillotls ou non, 8c en quelque lieu que ce foit, il nous conuient l’attirer au dedans du corps , 8c le jetter au dehors parle moyen despoulmons , 8c imperceptibles ouuertures des petites arteres , qui font difleminées en noftre cuir, 8c de làfe communiquent aux grandes arteres , lefquelles Tenüoyent au cœur fon- taine de vie, 8c derechef icelüy le diftribuë par tout le corps, quàfi de mefme façon que cefte por- tion d’air qui entré pat les Uârilles , laquelle eft promptement élaborée en la fubftance du cerneau. Et pour cefte caufe il eft tres-neceflaire eflire vn bon air au malade , contrariant à la caufe de la pefte, afin que pluftoft 8c plus feurement il foit garanty. il faut fUï tout prendre quelque aie- xitere pour defendre qU$ le venin ne faififfe lt*> cœur. ® De lafituaîïon & habitation de la maifon du malade de pe fie, é* moyen d'y rectifier tair,. C h A *. XXXI. SVand la pefte vient de i’intemperature de Tair , on ne fe doit tenir en lieu haut efteué : mais en lieu bas enuironné d’air froid, efpés 8c marécageux , & fe tenir ca- ché dans les maifons : 8c partant ceux qui font prifonniers, 8c les Moines 8c Nonnains enfermez en leurs cachots 8c conuents, font plus (alternent, 8c hors de la portée du canon peftiferé , que ceux qui habitent en autre lieu : touresfois il ne fe faut tenir tant enfermé qu’on n’ouure quelquesfois les portes 8c feneftres au vent contraire à celuy d’où vient l’air peftilertt, afin que l’air frais 8c bon y entre le matin 8c le foir, pour purifier la mâifon des exha- lations 8c Vapeurs qui y font tenues, 8c le corrompent daUantage , s’il n’eft efuenté 8c fiabellé : 8c fur le midy feront clofes 8c fermées. Outre-plus lors qu’il ne fait vent, comme on void aux gran- des chaleurs,il faut efmouuoir l’air autour du malade aüec vn efilentoir,oü auec vil grand iac de toile, dans lequel on porte la farine au moulin. Et faut qu’il Toit trempé en eau 8c vinaigre, 8c pofé fur vn gros& long baftort , puis l’agiter fort: car par cefte agitation on rendvne tres-grande réfrigération par toute la chambre, ainfi que l’experience le monftrei Or fi la pefte vient du vice des vapeurs de la terre , on fe logera és lieux médiocrement hauts 8c bien aérez : 8c pour le dire en vn mot, on fera toutes chofes qui peuüent contrarier à l’intemperature de l’air peftilent, de quelque caufe que la pe- fte foit procréée. Auflî conuient faire changer tous les iours de chambre 8c linceux aux malades, s’ils le peuuent commodément faire : principalement quand ils ont Tué, de peur que les ordures que nature a jettées , ne foient attirées par les pores 8c arteres, qui font difîeminces au cuir* qui fuccent 8c attirent l’air indifféremment, foit bon, ou mauuais : femblablement faire du feu en la chambre, principalement la nuieft , afin de rendre l’air plus purifié des vapeurs nocturnes, 8c de l’exhalation 8c expiration du malade , 8c de Tes excremens. Parquoy il couchera vne nui& en Vue chambre, 8c l’autre nuiét en vne autre. En quoy on doit auoir efgard à la difpofition dü temps : car aux grandes 8c extrêmes chaleurs , il n’y faut faire grand feu , de peur d’augmenter la chaleur de l’air, ny pareil- lement vfer de parfums forts 8c odoriferans, parce que telles chofes augmentent la fièvre 8c la dou- leur de tefte , d’autant qu’en tel temps noftre chaleur naturelle eft languide , 8c les efprits 8c hu- meurs bouillent 8c bruftént : parquoy il faut pluftoft vfer de chofes qui rafraichiflent, que de cel- les qui efchauffcnr. Partant en efté il faut arroufer la chambre d’eau froide meflée en vinaigre , 8c dpandre fueilles de vigne , qui auront trempé en eau froide , canes ou rofeaüx , aubefpinc , îoncs, fueilles 8c fleurs de nénuphar , peuplier, rameaux de chefne , 8c leurs femblables : lefquels feront renouuellez fouuent, comme auflî l’agitation de l’air auec le fac cy-deuant diète doit eftre réitérée quand il en fera befoin. Pareillement on attachera autour du li<£t du malade des linceüx gros 8c neufs & non fort blancs (pource que la blancheur diflîpe la veüe, 8c augmente la douleur de tefte) lefquels feruiront de euftodes , 8c les faut arroufer fouuentesfois d‘eaü 8c de vinaigre , ou eâü'rofe, fi le malade eft riche. On pourra tendre en la chambre plufieurs linceux de toile neuue trempez en oxycrat, qui luy feruiront de tapiflerie. Et faut que le iour il foit en peu de clarté, 8c au contraire la nuièt auec grande lumiere,pource que par la grande clarté du iour les efjprits fe diflîpent 8c affoi- bliflent, &par confequent tout le corps : 8c par la lumière de la nuièt ils (ont reuoquez au dehors. Auflî on fera brufler par fois bois de geneft, de genévre, frefne , 8c tâmarix, mis en petites pièces, éfcorces d’orenges , citrons, limons, pelures de pommes de courtpendu, doux de girofle, benjoin, gomme Arabique , racine d’iris, myrrhe , prenant de chacun tant qu’on voudra. Et feront cori- caflez groflemenc , 8c mixtionnez enfemble , 8c jettez fur vn refehaut plein dé braize , 8c ce foit réitéré tant qu’il fera befoin : mais entre tous, le bois & graine de genévre Ont grande vertu contre le venin , ainfi que les anciens ontlaifle par eferit, ce qu’on cognoift auflî par effeèt : car alors qu’on en brufle , ils chaflent tous ferpens vénéneux qui font autour. Le frefne a femblablement grande vertu : car nulle befte veneneufe n’ofe approcher feulement de fon ombre, tellement qu’vu animal vénéneux fe mettra pluftoft dedans le feu , que d’approcher ou pafler par deflus le bois de frefne, comme monftre Pline , 8c dit le fçauoir par expérience , liu. 16. chap. 15. Pareillement le parfum fuiuant eft doux 8c amiable. Il faut faire fort chauffer des pierres de graiz, & les mettre dedans des chaudcrons , puis on verfera deflus du vinaigre, auquel on aura faièt bouillir de la tue , fauge, rof- marin, graine de laurier, genévre, noix de ciprés, 8c leurs femblables : ce faifant il s efleuera vne greffe vapeur 8c fumée büi rectifiera l’air , 8c donnera bonne odeur par toute la chambre. Moyen dtj refraifchiff L'air, Il faut fairu du feu en là chambre dté maiadcj. En temps chaud faut fuir les cho* fes qui ef. chauffent» Ornement du lift. Parfum cdn* tre le venin* : Vertu* dt* bois dtj , fr*fnmach, ou vice aux poulinons, en vferonc moins que les autres, ou feront corrigées auec fuccre :anelle. Et quelquesfois auffi le-maladc pourra bien manger quelques viandes bouillies auec mes herbes, comme laiduc, pourpié, feariole, bourrache, ofcillc , houbelon, bugloflé, creftbn, iperneIlc,{oucie,ccrfueil, courmentille, quintefueille, feabieufe, femenccs froides, orge &c auoi- nondez, & leurs lemblables, auec vu peu de faftraii, qui pareillement en tel cas cil fouuerain, Jtanc qu’il corrige le venin. Les potages ne font à lolier, h ce n’cft en petite quantité, à caufè leur grande humidité ( aufquels on fera cuire racines ôc femences aperitiucs, lefqueties ont tu de prouoquer l’vrine ôc defopiler ) ny pareillement les chofes grades ôc oleagineufes, parce elles s'enflamment promptement. Les câpres font bonnes, à caiife qu’elles aiguifent l’appetit ôc -opilent, 8c doiuent eftre bien deftàlées 8c mangées au commencement du repas, auec vn bien i d’huile d’oliue 8c vinaigre ; on en peut pareillement vfer en potages. Les oliucs prifes en peti- pantité ne font auffi à reietrer. Aux iours maigres. fi le malade cil fcrupuleux, &c friand de lion ( ce que ie n’approuuc, pource qu’il eft facile à Ce corrompre &c engendrer mauuais fuc ) il pourra vler : mais on luy ellira les moins nuiixblcs, comme font les faxatilcs,c’eft à dire, viuans eau claire,où il y a force grauicr,pierres ôc rochers : auffi ceux qui font friables,c’eft à dire,aifez : commiuuer Scfroillcr , comme tmittes , brochets , gardons, perches, dars, loches, efcreuilîès ncipalemcnt cftouffees en laid, tourtucs 8c autres femblables. Quant aux poilïbns de mer, il ma vfer de dorades, rougets, gounauds, merlus, celerins , fardines fraifehes ôc non falees,mu- s, merlangs, efperîams, aigrefins, turbots, ôc leurs femblables, lefquels feront cuits en eau Ôc aigre, 8c bonnes herbes. Audi les œufs pochez en eau mangez auec jus d’ofeille, ôc autres cy- lus mentionnez leur feront propres. L’orge naundé auquel on mettra graine de grenades aigres, pareillement fort excellent en tel cas , pource qu’il eft de facile digeftion ôc de bonne nourri- ’c : auffi qu’il raftaifehit, humede, deterge &lafche vn peu le ventre. On y pourra adioufter de graine de pauot ôc femences de melons, fi la fièvre eft grande : toutesfois aucuns ne le peuucnc ;erer, de leur caufc vne naufec ôc douleur de tefte : ôc à tels ne leur en fera baillé aucunement, .is en lieu d’iccluy , on leur donnera panades, ou pain gratté auec-bouillon de chapon, auquel fera bouillir les herbes cy - ddîiis mentionnées auec des femences froides. Quant aux fruits , le malade pourra vfer des raifins defleichez ôc confits entre deux plats auec i rofe 8c fiacre, pruneaux de damats aigrets , figues , cerifes aigrettes , pommes de court-pendu, ires de bon-chreftien, 8c autres tels bons fruids. Et après le repas , on luy donnera coings cuits : la braife ou cotignac, ou conferue de rofes, de buglofe, violettes, bourachc, ôc leurs lemblables, celle poudre cordiale. %. coriandri præparar. 5. ij.margaritarum cledarum, rofarum , rafuræ oris , cornu cerui an. 5. f. carabes 9. ij. cinnamomi 9. j. ôcoffis de corde cerui 9. f. facchariro- i iiij. fiat puluis : vtatur poil paftum. Si le malade eft fort debile, on luy donnera de la gelee itc de chapon ôc veau , y faifant bouillir eau d’ozeille, de chardon bénit, ôc vn peu vinaigre rofat, candie , fucre, & autres chofcs 'qu’on verra dire neceftaires. La nuidnc faut :rc degarny de quelques bons preffis ôc bouillons ( y adjouftant vn peu de jus de citron ou de gre- idcs aigres ) lefquels en cette maladie font plus à louer que ie coulis, à caufe qu’ils font tropclpcs, nt obftrudion aux veines mefaraïques & capillaires dufoye, ôc caufent foif pour la rardiuité de ur diftribution & donnent peine à l’eftomach de les cuire, lequel ( comme auffi le cœur ÔC autres embres nobles ) a allez d’autres empefehemens à vaincre Ton cnnemy, 11 n’eft auffi impertinent nfr ôc faire préparer le reftaurant qui s’enfuit, afin de n’ennuyer le malade d’vne forte de viandes, ais le recreer aucunement en ditiers vfages d’alimens,non que par ce moyen on luy vucillerecher- 1er ôc concicer vn appétit, mais le fortifier, ôc cependant le contenter en quelque façon , ôc luy mner courage de refifter à fa maladie : partant on pourra vfer de cctuy- cy. Prenez conferue de iglofc , bourrache , violettes de Mars, nénuphar ôc cichorce, de chacun deux onces, pouldrc eleduaire de diamargaritum froid ôc diatragacant froid, trochifques de camphre, de chacun ois drachmes, femence de citron, chardon benift, ôc aceteufe, racine de didamne ,-Sc tormen- 11e , de chacun deux dragmes, eau de dccodion d’vn ieune chappon fix liures, meflcc auec fueil- s de laiduc aceteufe, pourpié, buglofe, ôc bourrache, de chacun demie poignee. Le tout foitmis 1 vn alambic de verre auec la chair de deux poulets ôc deux perdrix :foit faide diftillacion à petit ai. Puis fera pris demie liure de la diftillation predide, auec deux onces de fuccre blanc ôc demie ragme de cannelle ; ces chofes foient paftees par la manche d’hypocras j ôc que le malade enboiue uand il aura foif, ou qu’il vfc de ceftuy fuiuant. Prenez vn vieil chappon ôc vn jarret de veau, eux perdrix hachees,canelic entière deux drachmes: le tout mis en vn vaiftèau de verre bien Houppe fans aucune autre liqueur, ôc foient faits bouillir au bain Marie iufques àcequ’ilsioient arfaidement cuits, ou eu vn vaifleau d’eftain, qui c’eft reprefenté en la page fumante, lequel fe loti à vis , de façon , que nulle vapeur ne peut forcir dehors, ôc eft propre pour faire reftaurens, ôc otions vulnéraires , ôc décodions de gaiac, Ôc cfquine, Ôc généralement toutes cho- is qui fe doiuent cuire au bain Marie. Les pelages tse font pro- pres aux ma- lades depefle, Vfagt d( poijfon. Orge mondé, A qui Porgt mondé n'fft' bon. Poudre cii~ diale. La gelee eft comme proprt pour les ma- lades Miles. Reftaurtnf* Juin rt~ fiant tnt. Le vingt-deuxiefme Liure, Car par ce moyen la chair fc cuit en fon propre ius , fans que le feu y porte dommage : puis le ius foie exprime dedans des predès propres à telle chofe, duquel en fera donné vue once ou plus pour chacune fois auec vn peu d'eaux cordia- les,comme eau de bourrache,dc violettes, de buglofc , de feabieufe, de rofes, ou de coferue d'icelles, & du triafantal,diamar- garitum frigidum, defquelles on ervdif- loudra,& en fera donné fouuent au mala- fçauoir, de trois heures en trois heu- res, plus ou moins,félon que le malade le pourra digerer, Sc que la fièvre &c autres accidens le permettront : car félon que la fièvre fera grande ou diminuée, il faudra diuerfifier les alimens, tant en quantité qu'en qualité. Or on ordonne les reftau- rens , coulis, & preffis, Sc eau de chair à ceux qui ont l'eftomach debile,Sc ne peu- uent cuire les viandes. Outre-plus, il efl bon de manger fouuent en petite quanti- té confitures aigretres,comrac prunes,ce- rifes,& autres dont nous auons fait men- tion cy-deflus. Et faut du tout euiter les confitures douces : car(comme nous au5s dit cy-deflus) tou tes chofes douces prom- ptement s'enflamment en noflre corps, fc rournans en cholere , Sc fouuent engen- drent obflruélion au foye Sc à la râtelle. Et faut icy noter,qu'il n'y a point de ma- ladie qui débilité tant nature que fait la pelle. Parquoy il faut donner à manger au malade peu tk fouuent,félon qu'on ver- ra dire necdfairc,ayât efgard à la couftu- me, à l'aage, au temps, à la région, Sc fur toutes chofes à la vertu du malade, afin que le venin qui a efté chafsé Sc expulsé aux parties extérieures, ne foit derechef attiré au dedans par inanition. Confiderc aulîî que la putrefaélion veneneufe cor- rompt, altéré, Sc dilïipe les efprits viraux & naturels, lefquels doiuent dire fouuent reftaurez par manger Sc boire , comme nous fanons défia aduerti cy-deuant:tou- resfois il faut prendre garde que par trop manger on ne charge le malade de re fuperfluc, partant en ce on tiendra mé- diocrité. Et quand l’appetit fera venu , il ne faut différer de donner à manger Sc à boire,tant pour les caufes fufditcs,qu'auffi •de peur que l'eftomach ne fe remplifle d’humeurs acres,bilieufes, & ameres, dont s'enfuiuent plu- fîeurs extorfions Sc mordications en iceluy,inquiétude, ôcpriuation de fommeil, rétention des ex- cremens,lefquels aulîi font faiéls plus acres Sc mordicans. Dauantage, faut auoir efgard de donner en Hyuer plus à manger qu'en Efté,à caufe que la chaleur naturelle eft plus grande. Plus, ceux qui font de complexion froide, Sc qui ont débilité d’eftomach , vferont moins de chofes réfrigérantes, ou feront corrigées anecques autres chofes chaudes, comme canelle, doux de girofle, muguette, macis, Sc autres. Outreplus, ceux qui ont grand flux de ventre, doiuent vfer de ius de grenades * tant au manger qu’au boire. Et l’ordre de prendre les viandes, c'eft que les liquides Sc de facile di~ geftion, feront prifes denant les folides, Sc plus difficiles à digerer. Er ce te fuffife du manger du malade. A prefent il nous faut traitter du boire. Les chôfes douces font eotraires aux fiévreux. Quantité de mâger réglés. Du boire du pestiféré malade, Chap. XXIII. Manière dtj faire exymtl. I le malade a grande fièvre ardante , il s’abftiendra entièrement de vin s’il ne îny furuient défaillance de cœur : mais en lieu d’iceluy il pourra boire de l’oxymel fait comme s'enfuit; Vous prendrez la quantité que voudrez de la meilleure eau que pourrez recouurer, & pour fîx liures d’eau y mettrez quatre onces de miel, &c le ferez bouillir en l’efcumant iufques à la con- fomption de la troifiefmc partie : puis fera coulé s &: mis en quelque vaillèau de verre : puis on De la Pcfte. adiouftera trois ou quatre onces de vinaigre : 8c fera aromatife de canelle fine. Pareillement pour- ra vfer de l’hippocras d’eau fait en cete force. Prenez vue quarte d’eau de fontaine, fix onces de fuccre , deux dragmes de candie , 8c le tout enfemblc coulerez par vnc manche d’hippocras, fans aucunement le faire bouillir : 5c s’il n’eft alfcz doux au gouft du malade, vous y pourrez adioufter dauantage du fuccre enfcmble, vn peu de ius de citron , 5c lors mefmement qu’il demande à boire, Leiyrop de acecoiîtate citri emporte le prix entre tous les autres contre la peftc. Il pourra auffi vfer du iulcp qui s’enfuit entre les repas auec eau bouillie, ou eau d’ozeille, de laidues,rcabieufe,& bu- glofe, de chacune égalé portion : comme. Prenez ius d’ozeille bien purifié demie îiure , jus de lai- tues auffi bien purifié quatre onces , fuccre fin vne Hure : clarifiez le tout cnfemble , 5c le faites bouillir à perfedion, 5c le coulez, y adiouftât fur la fin vn peu de vinaigre,& en vfera comme deffiis eft dit;& s’il n’eft agréable au malade en cete fotte,vous lepourrez faire en la manière fuiuante. Pre- nez 4 onces dudit iulcp clarifié 5c coulé,& le meflez auec vne Hure defditcs eaux cordiales,5c les fe- rez bouillir enfembîe 3.011 4. boüillons,& eftant hors du feu y iettez vnc dragme de fantal citrin, 5c deray dragme de canelle cocafièexe faid le coulerez par vne manche d’hippocras,5c eftât froid, le baillerez à boire au malade auec jus de citron,comme delfus. Ceux qui ont accouftumé de boire du peré,ou du pommé,ou de la ceruoife, ou biere,lc pourront faire,pourueu que la biere fuit bon- ne , claire &c delice, 5c le peré 5c pommé faid de pommes 5c poires aigres, qui foyent bien puri- fiées : car s’ils eftoient gros & troubles, non feulement engendreroyent mauuaifes humeurs, mais auffi grandes cruditez 5c inflations à l’eftomach, 5c plnfieurs obftrudions, dont la fiéure fe pour- roit augmenter, & par confequent faire mauuais accidens, parquoy ie confeille n’en vfer aucu- nement, fi le malade ne le dehroit, & fuft accouftumé à boire tels breuuages. Pour eflancher la grande foif, 5c contrarier à la matière putride 5c veneneufe , on donnera à boire au malade de l’eau 5c vinaigre faids commes’cnluit.Prencz deux Hures d'eau de fontaine,trois onces de vinaigre blanc ou rouge, quatre onces de fuccre fin, deux onces de fyrop de rofes : le tout foit faid bouillir vn petit bouillon, 5c en foit donné à boire au malade.Ce iulep fuiuantcfl: pareillement proppe pour donner à ceux qui font fortfebricitans, lequel a vertu de rafraifehir le cœur, 5c retient en bride la fureur du venin,& garde les humeurs de pourriture.Prencz demie once de jus de limons, 5c autant de citrons,vin de grenades aigres deux onces,eau de petite ozeillc, 5c eau rofe, de chacune vne on- ce , eau de fontaine bouillie, tant qu’il fera befoin , 5c foit faid iulep , duquel en fera vfé entre les repas. Autre. Prenez fyrop de citrons 5c degrofeilles rouges, appellees ribes, do chacun vne on- ce, eau de nénuphar quatre onces, eau de fontaine, huid onces, 5c de ce foit fait iulep à boire com- me delfus. Autre. Prenez fyrop de nénuphar, & fyrop aceteux fimple, de chacun demie once: foient dilîbuts en cinq onces d’eau de petite ozeille, 5c vne Hure d’eau de fontaine , 5c de ce foie faid iulep. Et fi le malade cftoit ieune, 5c de température chaude, 5c l’eftoraaeh bon,il pourra boire de bonne eau froide venant d’vnc claire 5c viue fontaine , a grands traids, afin d’efteindre fon ex- trême foif, 5c la vehemente fureur 5c ardeur de la fiéure. le dy à grands traids, ponree que s’il beu- uoit peu 5c fouuent, iamais fa foif ne pourroit eftre eftanchee, ny la chaleur diminuee,mais pluftoft feroient augmentées. Ce que nous cognoilfons par l’exemple du marcfchal,qui voulant cfchauffer le fer, arroufe fon feu auec vne efcouuettc, 5c parce la vertu du feu en eft rendue plus chaude 5c ar- dente : 5c lors qu’il le veut efteindre, il iette bonne quantité d’eau delfus , qui fait que le feu en eft iuffoquéôc du tout efteint : auffi le panure febricirant altéré d’vne exereme foif,lors qu’on luy don- ne vn grand traid d’eau frefche, on luy fuifoqué par ce moyen fa vehemente chaleur , 5c defir de boire.Èt en telle extreme foif ne faut tenir mefuredu boire:& où le malade vomira apres,iln’y aura pas grand danger : 5c cccy eft mefine approuué de Celfc,qui dit qu’apres que l’eau froide aura réfri- géré les parties intérieures, il la conuient vomir : ce que toutesfois aucuns ne font pas, mais en v- fent comme de médicament. Dauantage le malade tiendra en fa bouche ces pfyllij 5.ij.feminiscidoniorum 5.]. 5c fi. faccari candi in aqua rofarum tro- chilci lupinis fimiles , teneat femper in orc. Ces trochifques humedenr grandement la bouche du malade. Auffi pour appaifer la foif, on pourra faire tenir en la bouche vn morceau de melon, ou concombre,ou courge,ou quelques fueilles de laiduës,ou d’ozeille,ou pourpié trempé en eau froi- de , 5c le renouueller fouuent. Il pourra pareillement y tenir des lefches de citron vn peu fuccrees 5c afpergees d’eau rofe : femblablcmcnt auffi des grains de grenades aigres. Outre plus, le vinaigre raixtionné auec eau, ainfi qu’on le préparé dedans les galcres pour boire refroidit 5c garde de pour- riture, fait palier 5c defeendrel’eau par les parties, diffipc les obftrucHons , 5c eftanche racfueilleu- fementla foif, par la vertu de fa froideur 5c acidité : auffi il refifte 5c amortit beaucoupl’cbullirion des humeurs, qui caufent la Heure putride. Pareillement les fyrops fuiuans font propres , comme aceteux, denenuphar, violât, de papaueresdeHmons,citrons,dc ribes,berberis, 5c de grenades.L’vn d’iccnx fera battu 5c «fixtionne auec eau boiiillie,& en fera donné à boire aux malades, comme i’ay cy-delfus dit, moyennant qu’ils n’aycnt toux, ny crachats de fang, ou le fanglor, ou l’eftomach de- bile : car alors oh doit du tout fuir telles chofcs acctcufes. Or encor que i’ayc cy-deuant défendu le viuji’entcndois que le malade fuft ieune 5c robufte 5c enft fiéure ardente.-mais s’il eftoit vieil 5c dé- bile ,5c de température pituitcufe,&: euft accouftumé de boire toufiours vin,auffi qu’il enft palfé l’e- ftat de fa maladie,& n’euft fiéure trop grande ne ardente,il peut boire à Tes repas vin blâc ou clairet fort trempé, félon la force du vin, 5c la dinerfité des chaleurs du temps. Et ce n’eft àreietter ; car il n’y a rien qui conforte pluftoft les vertus,& qui augmente 5c reniuifie les efprits que lait le bon vin, 5c partant en tel cas en faudra donner : 5c à la fin de la table on luy donnera quelque petit vin ver- meil, verdelet 8c aftringent, afin qu’il ferme 5c ferre l’orifice de l’eftomach,&: repoufte les viandes au profod,auffi qu’il abbate les fumées qui monftret à latefte.Et pour ce faiour la malignité du ve- nin : lequel fang ainfl altéré 5c corrompu pourrit les autres humeurs, & partant con- cluent qu il conuient faigner. Ceux qui la défendent, difent que le plus fouucnt le fang n’eft point corrompu , mais que te font les autres humeurs 3 5c partant concluent qu'il les conuient feulement purgei. Quant àmoy 3 confîderant les différences de pefte que i’ay déclarées par cy deuant, à fça- uoir , que l vue prouient du vice de l’air , 5c l’autre de là corruption des humeurs, ôc que le venin peftifere s efpand dedans les conduits du corps 3 5c de là aux parties principales, comme on void pat les apoftemes ,qui apparoiftènt tantoft derrière les oreilles,tantoftaux àiffeilésjou aux ai- nes , félon que le cerueau,lc cœur, 5c le foye font infedez : duquel venin procèdent aufîi les char- bons Sc éruptions aux autres parties du corps , qui fe font à caufé que Nature fe defchatge 5c iette hors ledit venin aux emodoires, conftituées pour reccuoir les excremens des membres principaux. En tel cas il me femble qu’il faut que le Chirurgien aide Nature à faire fa defeharge où elle pretéd, fuiuant la dodrine d’Hipocrates,& qu'il fuiue lemouuement d’icelle,qui fe fait des parties intérieu- res aux extérieures : parquoy ne faut en telle chofe purger ny faigner,s’il n’y a grande plenirude,de peur d interrompre le mouuement deNattlre, 5c de retirer la matière veneneufe au dedans : ce qui eft ordinairement cogneu cn ceux qui ont commencement de bubons veneriens:car lors qu’on les purge ou faigne, on cft fouuentesfois caufe qu’ils ne viennêc à fuppuration,& que la matière viru- lente fe retire au dedans,dont laverole s’enfuit. Parquoy au commencement des bubons,charbons, 5c éruptions peftiferées , caufées feulement du vice de l’air, ne faut purger ny faigner, mais fuf- hra de munir le cœur 5c toutes les parties nobles de Médecines alexiteres,qui ont vertu 8c proprié- té occulte d’abattre la malignité du venin tant par dedans que par dehors, par où elle prétend fai- re fa defeharge. Et note ce que i’ay dit du vice de l’air , parce que l’on void ordinairement, que ceux que l’on faigne 5c purge en tel cas, font en grand péril de leurs perfonnes : pource qu’ayant Vacue le fang 5c les efprits contenus auec luy 3 la contagion prouenante de l’air peftifere, eft plus promptement portée aux poultüons 5c aü cœur,& eft rendue plus forte,& partant elle exerce pîii- ftoft fa tyrannie. Semblablement le corps eftant efmeü par grandes purgations, il fe fait prompte- ment refolution des efprits,à caufe que la chair de toute rhabitude du corps fe liquéfié 5c confume par vne grande vacuation. Sur quoy ie te veux bien aduertir de ce que i’ay obfenié au voyage de Bayonne , que i'ay fait auec mon Roy en l’an 1 p6y. c’eft que ie me fuis enquis des Médecins, Chi- rirgiens,& Barbiers de toutes les villes où nous auons parte 3 efquelles la pefte auoit efté, comme il leur eftoit aduenu d’auoir faigne les peftiferez : lefquels m’ont attefte que prefque tous ceux qu’on auoit faignez 5c grandement purgez , eftoient morts,& ceux qui n’auoicnt efté faignez ny purgez* efchappoient prefque tous : qui fait eftre vray-fcmblable que la pefte venoit du vice de l’air,& non de la corruption des humeurs* Semblable chofe auoit défia efté auparaualit obferuée en la maladie nommée Coqueluche, comme i’ay eferit cy-deuant : car alors qu’on purgeoit 5c faignoit ceux qui en eftoient efpris,tant s'en faut qu'on les fift efchapper, que mefme on leur abregeoit leur vie,& en mouroient pluftoft. Or celle chofe a efté cogneuc par expérience : à fçauoir après la mort de plü- fieurs : toutesfois il y a quelque raifon en ce qu’aucuns ont obferué, lors que la pefte venoit du vi- ce de l’air,les bubons 5c charbons le plus fouuent apparoiftre auparauant la fièvre. Donc veu que l’expericnce eft iointe auec la raifon , il ne faut indifféremment, comme l’on fait communément, aufll-toft qu’on void le malade frappé de pefte,luy ordonner la faignee, ou quelque grande purga- tion : ce qui a efté par cy-deuant bien fouuent caufe de la mort d'vne infinité de perfonnes. Tou- resfois s’il y auoit grande rcpletion ou corruption d’humeurs , au commencement de la douleur 5c tumeur du bubon 5c charbon pcftiferé,fuppofé anfîi qu’il n’y cüft que bien peu de matière con- iointe. Nature eftant encor en rut, c’cft à dire , en fon mouuement d’expeller ce qui la molefte, alors on doit donner médicament grandement purgeant, pour ietter hors l’abondance 5c plénitu- de de la matière veneneufe contenue aux humeurs, 5c en tonte l’habitude du corps ; 5c ce fuiuant l’Aphorifmc d’Hippocrates, qui dit, que toutes maladies qui font faides de plénitude, font curees par cuacLiation. Plus en vn autre lieu, il nous enfeigne qu’il faut donner medecine aux maladies yï-W'l Opinions coH. traire s de là faignee çfp purgation. Refclutîcn touchant la faignee & purgathne Hipp. aph, ii Mua. A Ne faut pur- ger ny fat- gner en pefte qui vient de l'air» Ohferuatson de l'Autheuf Ohferüatictt de la faigneè en la CoqUé* Imhe, "Eu qUels il faut purgea Hif>p, ftphr, u. liu. i, aphor. iOi lin» 4* Le vingc-deuxiefme Liure, violentes ôc tres-aiguës, voire le raefme iour,fi la matière eft turgente ; car en telle choie il cil dan- gereux de retarder. Or h la matière eft turgente en quantité, qualité ôc mouucment, faut tirer vne refolution , qu’en la pelle caufee du vice de l'air auec plénitude de fang ôc d'humeurs, la faignee & purgation y font necelTaires. Parquoy les medicamcns hypercathariques, c’eft à dire, qui font opé- ration effrenée par propriété occulte, comme alexiteres refiftans au venin , font propres pour cftrc baillez au commencement de ce mal,pourueu que Nature foit allez forte : car à ceux qui font con- ftituez au hazard de leur vie, ôc au danger de mourir, vaut mieux tenter de donner vn fort remede, que de lailîèr le malade defpourueu detoutayde, eftant à la mifericordc de l’ennemy , qui eft l’hu- ■ méur peftilent : ce qui eft aulîi approuué deCelfe,qui dit, que d’autant que la pelle eft vne maladie haciue ôc tempeftatiue , faut promptement vfer de rcmedes, mefmes auec témérité. Parquoy faut conliderer fi le malade peftiferé a vne heure ardante ôc grande repletion aux conduits , ôc que la vertu foit forte ; qui fe peut cognoiftre, lors que les veines font fort pleines ôc ellenducs, les yeux ôc la face grandement enflammez,aulîî que quelquesfois a crachement de fang, auec grande pnlfa- tion des artères des templs , douleur au goher, difficuté de rcfpirer, efpoinçonnement par tout le / corps, auec tres-grande pefanteur 6c laffitude, les vrines eftant rougeaftres,troubles, ôc efpelTès. En tel cas faut baigner promptement, pour aider nature à fe defcharger,depeur qu’il ne fc face fuffoca- tion de la chaleur naturelle, pour la trop grande abondance de fang , comme la mefchc s’efteint en vne Iampe,lors qu’il y a trop d’huile : adonc tu ouuriras pluftoft fa veine bafiliquedtt collé fene- lire que du dextre ,à caufe que le cœur ôc la râtelle en celle maladie font fort afteélez : ôc tireras du fang en abondance,felon que verras dire neceftaire,prenant indication fur toutes chofes de la force ôc vertu du malade. Et garderas que tu ne faces la faignee pendant qu’il y aurafrilîbn de heure, parce que la chaleur naturelle ôc les efprits font retirez au dedans,& alors les parties externes lonc vuides de fang, ôc fi on en riroit lors, on debiliteroit grandement les vertus. Aulîi pendant que tu baigneras le malade, tu luy feras tenir vn grain de fcl en la bouche, ou del’eau froide, ôc luy feras fentir du vinaigre, duquel aulîi luy frotteras le nez, la bouche, ôc les temples, de peur qu’il ne tom- be en lyncope.Dauantagc,il ne doit dormir toll après la baignée ; car par le dormir, le venin ôc cha- leur naturelle le retirent au centre du corps, ôc augmentent la chaleur eftrange, dont la héure ôc au- tres accidens accroiflent. Or il faut icy noter qu’en telle Repletion la faignee fe doibt faire autre- ment en héure peftîlente fimple, qu’en celle qui eft; accompagnée d’vn bubon ou charbon : car s’il y auoit l’vn ou tous les deux conioinëlsauec la héure grande ôc furieufe, alors il faudroit ouurir la veine plus proche de l’apofteme ou charbon, & félon la reélitude des hbres,àhn que par icelle le sâg foit tiré ôc euacué plus direélement : pour autant que toute retraélion ôc reuulfion de fang infeéfc vers les parties nobles eft defendue de tous bons Autheurs Médecins ôc Chirurgiens.Pofons donc pour exemple, que le malade ait vne grande repletion, laquelle furpafle la capacité des veines ôc les forces naturelles, ce que les médecins nomment ad vafa,ôc ad vires, &qu’il ait vn apofteme peftifer é ou vn charbon és parties de la telle ôc du col, il faut que la faignee foit faide de la veine cephaîi- queou médiane, ou de Tvn des rameaux d’icelle,au bras qui eft du collé malade. Et où telles veines ne pourront apparoiftre pour dire onuertes à caufe de la grande quantité de grdfe , ou autrement, faut ouurir celle qui eft entre le poulce ôc le fécond doigt, ou vne autre prochaine & plus apparente mettant la main du malade en eau chandexar la chaleur de l’eau fait enfler la veine>& attire le fang du profond aux parties extérieures du corps. Et fi l’apofteme eft lous les aifelies ou aux enuirons, faut aulîi tirer du fang de la veine Bafiliquc , ou médiane au ddfiis de la main. Et fi la tumeur s ap- paroir aux aines, on ouurira la veine Poplitiqne, qui eft milieu du jarret, ou la veine Saphenc, qui eft au deftus de la chenille du pied de dedans , ou vn autre rameau le plus apparent qui foit fur le pied , ôc toulîours du collé mefrae de l’apofteme , mettant aulîi le pied en eau chaude pour lacaule ddfufdite.Et fera tiré du fang lelon que le malade fera ieune& robulle,ayant les veines fort enflees, ôc autres lignes cy - deffus mentionnez , lefquels s’ils appareillent tous , ou la plus part d’iccux, ne faut pourtant craindre d’ouurir la veine : ce qui le doit faire deuant le troifiefme iour , à caufe que celle maladie peftilente vient promptement en fon cftat, voyre quelquesfois en vingt-quatre heures. Et en tirant le fang,tu confidercras les forces du malade,luy touchant le pouls,fi le Médecin n’eft prefenr ;car Galien dit, que le pouls monftre infailliblement la vertu & force du raalade.Donc il le faut toucher ôc anoir égard à fa mutation ôc inégalité : ôc s’il eft trouué lent ôc petit, alors on doit foudainement cefter ôc clorre la veine, ou faire la baignée à deux ou trois fois, fi la force man- que. Il faut bien icy obferuer, qu’aucuns par vne timidité tombent en fyncope deuant qu’on leur j ait tiré vne palette de fang : parquoy il faut cognoiftre les lignes de fyncope : qui fe fera par vne petite fueur qui commence à venir au front, & mal de cœur, comme volonté de vomir , ôc bien louuent d’aller à la belle, baaillement ôc changement de couleur, les léures deuenans pâlies : ôc le ligne infaillible, comme i’ay dit, eft le pouls qui fera trouué lent ôc petit. Et lors que tels lignes apparoiftront, faut mettre le doigt fur le permis de la veine tant que le malade foit plus affairé, Ôc luy donner vne roftie de pain trempé en vin, ou quelque choie femblablc. Et aptes la baignée ainli faite, on ne lailîera de donner promptement à boire au malade quelque alexitere ayant vertu ôc puilfance de vaincre la malignité du venin ôc le chalfer hors, comme pour exemple, du theria- que ou merhridat difîbut auec eau d’ozeille fauuage, ou del’eau theriacalc, ou autres fcmblables que nous auons cy - deuant défaits, Or c’eft alfez parlé de la faignee, venons maintenant à la purgation. Celfe Un. 3. eh. 7. De quel copié la faignee doit dire fai lie. Le dormir nuit après la faignee. Pourquoy en fatgne le pied au main en eau. Cal. au liure De fanguinis mijfione. Signes pre- ourfeurs de fyncope en lu faignee. De la Pefte. Des medicamens purgatifs. C h A p. XXVII. SI on void queja purgation foie neceflairc par les intentions fufdi<5l:es,on y procédera comme la choie le requiert, c’eft à içauoir, en confiderant que c’eft icy vne maladie violente} laquelle a befoin de remedes prompts pour combattre Scyacuer la pourri- ture des humeurs hors du corps , Sc les Faut diuerfifier félon qu’on cognoiftra l’hu- meur péchant : anlïï en prenant indication du tempérament du malade , de l’aape, CouftumCjpaiSjfaifon de rannée,fcxc,air ambiens,& plufieurs autres chofes femblables,qu’oh>erra eftre neceflaires,& principalement de la vertu. Partant, fion qu’il foit neceftaire que le mala- de loir purgé,& qu’il foit fort robufte, on luy donnera vne dragme de theriaque , aucc fix grains, voire dix grains de feammonée en poudre. On peut femblableilient bailler des pilules faites ainfi. thetiaeæ 3c raithridatij ah.j.j. fulphuris viui fubtiliter puluerifati 3.fi diagredi g.iiij. fiant pi- lulæ. Autres pilules. If. Aloës 5-iij. myrrhæ,croci an.3.j.hellebori albi, azari an.fcr.iiij. cum the- riaca veteri fiat mafla,capiat fcr.iiij. pro dofi, tribus horis ante paftum. Les pilules de Rufus , donc Jious auons parle cy-deuant, font propres pour donner aux moins forts 3c robuftes pour vn reme- de gracieux, defquclles faut prendre vne dragme en pilules ou potion. Les Anciens ont fort lolié l’agaric, parce qu’il attire les humeurs de tous les membres, 3c a vertu approchante du theriaque, parce qu’il renforce le cœur, 3c le purge détour venin : 011 en peut donnée deux dragmes aux robu- ftes, vne aux raediocres,& demie aux délicats. Et par ainfi félon la force du malade, en fera don- né en trochifque Ôc bien préparé. Et vaut mieux qu’il foit baillé en dccodion qu’en fubftance, parce que quelquesfois il n’eft pas bien efleu 3c preparerque s’il eft bien cfleu 3c prépare, on le peut dire eftre vue medecine diuine contre lapefte caufee par le vice des humeurs , de laquelle plufieurs expériences ont efté faides.Quelques-vns approuuét 3c recommandent fort l’antimoine,aIleguans plufieurs expériences qu’ils ont veu. Toutesfois parce que l’vfage d’iceluy eft reprouué par Mei- lleurs de la faculté de Medecine, ie me deporteray d’en rien eferire en ce lieu. Maintenant venons aux autres remedes defquels on vfe principalement lors que le vice gift en l’incempcrature de l'air,& non des humeurs,lefqucls ont la vertu d’efmouuoir les fueurs:& quel remede en tel cas eft le premier 3c plus excellent entre tous autres : or entre tous les remedes celuy qui s’enfuit eft de mer- ueilleulé vertu : 3c l’ay entendu de Mefiîre Matthias Rholder, Chancelier de Monfeigneur le Duc George, Comte Palatin , homme de bien 3c d’honneur , demeurant àSchimeten,lequel m’a puis n’agueres eferit qu’on a efté fort vexé de pefte en Allemagne , 3c le plus grand 3c fingulier reme- de qu’ils ayenr peu trouuer ( par le moyen d’vn dode Médecin ) eftoit prendre vne bradée d’herbe nommée "Armoife, & de la cendre d’icellc on faifoit de la lexiue auec vne quarte d’eau pure, puis on la falloir boliiliir & confirmer fur le feu dedans vn vaifteau de terre plombé , iufqu’à ce qu’elle delaillaft vne matière efpeftc comme fcl,& de ce on faifoit trochifques chacun de la pefanteur d’vn ftorin d’or ; 3c l’ors qu’on fe fentoit frappé de pefte , on faifoit diflbudrel’vn defdits trochifques, ou deux, ou plus ou moins, félon la force & âge des malades, auec quatre ou cinq doigts de bon vin ou maluoifie : puis fe pourmenoyent après l’cfpace de demie heure, & fe mettoyent dans le lid de fuoyent deux ou trois heures plus ou moins , félon que la force 3c vertu des malades eftoit grande j aulîi vomillbient 3c alloient à la Telle comme s’ils enflent pris de l’antimoine ; 3c par cere- mede,ceux qui en ont vfe auparanant que le venin euft faifi le cœur, font prefque tous elcfiapez : ce que i’ay expérimenté depuis en cette ville de Paris , auec bonne ifluc. Les anciens ont fort loué l’Armoifc prile par dedans 3c dehors,conrre la morfure deferpcns:& partant eft à louer donnée à la pefte. Aufli il m’a efté afléuré par Maiftre Gilbert Eroüard Doétcur en Medecine à Montpelier, que luy cftant en Sicile , Médecin du Vicc-Roy d’icelle Prouince , entra en familiarité & amitié auec vn Nauarrois, qui auoit feruy auec grande réputation la Religion de Malte l’efpace de quarante ans : lequel eftant à Rhodes, en l’hofpital de ladite Religion, pour penfer les peftiferez, à la grande inftance 3c prière d’vn Patron de Nauire Ragufois , malade de pefte, auroitefté contraint luy per- mettre déboire vn grand plein verre de faumure d’anchois , pource que ledit malade difoit cela eftre vn fingulier remede contre la pefte : auquel breuuage ayant fuccedé vne grande chaleur,le ma- lade fe trouira finis fièvre, 3c entièrement guary : 3c afleuroit ledit Nauarrois auoir donné depuis ce remede à plufieurs qui ont efté guaris. Dauantagc, ledit Eroüard m’a affirmé, qu’ayant ouy ce recitjil en a fait l’cxpcricnce àplufieurs,&mefme en adonné à deux enfans de Monfieur delà Ter- rafle , Maiftre des Requeftes du Roy, qui eftoient malades de pefte, 3c ont efté guaris. De l’eflécl du- quel remede luy ayant demandé quelle raifon il en pourroit donner , il m’allégua que la pefte n’eft autre chofe qu’vne cfpece de putrefaélion 3c corruption infigne , à laquelle les mcdicamcns grandement defleichans font propres 3c vtiles : & partant le fel(comme eftanr fort excellent à gar- der toutes chofes fubiedes à corruption ) a force 3c vigueur de confumer l’indicible pntrefaélion où le venin peftilentiel eft attaché. Or il faut icy noter au ieune Chirurgien, qu’il ne faut attribuer ce remede aux anchois , mais du tout à la falfitudc. Aucuns prenent le poids d’vne dragme de fe- mence d’hicble mile en infufionen vin blanc , qui fait prefque femblable effeét que l’antimoine, ce que ie fçay par expérience : Autres prennent vne dragme de femence de rue pilee , y meflans le ' gros d’vn febue de theriaque , 3c donnent cela à boire au malade auec quatre doigts de maluoifie. Il y en a aufli aucuns qui prennent vne poignée de fueilles& fommitez de geneft , & les pilent auec demy - feptier de vin blanc, 3c le donnent à boire , & toft après les malades vomi dent, allei- Icnr, 3c frient : ce que i’approuue , d’autant qu’on void par expérience , que ceux qui lont mordus de belles veneneufes : lians du geneft deflus la morfure , ont gardé que le venin ne pâlie plus ornant ; pareillement on en donne à boire , pour garder que le venin ne faififle le cœur. Indications qu'il faut future , toU* chant les purgations en la pefte. Pilules, Autres, De la vertu de l'agaric. Ma tt ht etc. Rhodler y Chancelier du Duc Georges Palatin. Trochifques de lexiue de cendres d'Ar* moifesyfaifds femblables vacuations que l'Anti- moine. Gilbert Erotiard, Do Sieur en Medecine à Montfelier. Venu admi- rable de [em- mure. S'm'êce d'hîîr blés propre peur euacua* Le vingt-deuxie/me Liure, 646 Autres vfent de racines de Enula campana, gentiane, tormentillc, graine d’efcarlate 5c de genévre, limured’iuoire 6c de corne de cerf, prenansde chacun d’iceux à la volonté,à fçauoir demie dragme pour l’ordinaire , 6c le tout concalfé 6c mis en infufion en vin blanc 6c en eau de vie par l’efpace de vingtquatrc heures fur les cendres chaudes, coulent le tout, 6c d’icelle collaturecn donnent trois ou quatre doigts, plus ou moins, au malade de peftc/clon qu’il ell befoin: puis on le met dedans le liél, 6c on le comme bien. Icellc mellange prouoque beaucoup la fueur, 6c chalïé le venin,d’autant quelle cil cordiale , 5c a vne grande euaporationfpiritueufe , ioinél quelle cil alcxiterc, comme on peut voir par fes ingrediens.Aulfi la potion fumante a efte experimentéea uec heureux Tuerez, 6c cil principalement propre pour les ruftiques. Autre hreu- uage ptopre principale- ment aux rusii^ues. Prenez moullarde acre ( 6c non faite de moull) demie once , dellayez-Iacn vin blanc 6c vn peu d’eau de vie, 6c y mellez le gros d’vne febuc de theriaque ou raethridat, puis l'ayant beuc , fe faut promener &fuer,coramc dclîus ell dit. Pareillement le remede fuiuant leur fera conucnable. Il faut prendre vn gros oignon, 6c le creufcr, 6c y mettre du theriaque ou methridat demie dragme auec vinaigre,6c faire cuire le tout cnfembfe,puis l’exprimer ; 6c de ce on en baillera à boire au ma- lade auec eau d’ozcille ou de chardon benill,ou autre eau cordiale , ou de bon vin ; puis on le fera pourraener tant 6c fi peu qu’il fera befoin,&après on le mettra dans vn liél pour fucr,corne delTlis: ou on en feraeôme s’enfuit. Prenez telle d’ail la quantité d’vne noix allez grolîè, vingt fueilles de ruc,& autant d’cfclaire,qu’on appelle en Latin Chelldonium malus', pilez tout auec vin blanc, 6c vn peu d’eau de vie,puis exprimez 6c en beuucz cinq ou fix doigts. Aucuns prennent duius d’efclaire, 6c de mauueSjtirez auec quatre doigts de vinaigre,qu’ils boiuent auec deux doigts d’huile de noix, puis le pourracneut allez longuement, 6c toft après vomilLcnt, 6c leur ventre s’ouure, 6c vont à la lelle : 6c par te moyen font garantis. Autres vfent de fueilles de laureolle dedéichéos , le poids d’vn efeu, plus ou moins félon la vertu du malade, lefquelles ils trempent deux iours dedans du vi- naigre, 6c en donnent à boire : cela les fait fuer, vomir 6c alleUer, 6c par ce moyen chalîe le venin: qui ell vn remede plus commode lors que le vice ell aux humeurs, comme aulïl font les fuiuans. Mathiolc au liure de la verolle, dit que la poudre de mercure donnée auec vn peu de fuc de chardon berfill, ou eleétuaire de gemmis, challè la pelle deuant qu’elle foitconfirmee,en faifant vomir,fuer, 6c alîcllcr. Outre plus ledit Mathiole confeille de donner delà coupcrole dilïbtilte en eau rofe , le poids d’vn efeu aux pelliferez, parce qu’elle fait vomir 6c fuer, 6c adeller : 5c par ce moyen chalîe îe f venin. Autres donnent de l’huile defeorpions en petite quantité ou, auec vin blanc, laquelle pro- f uoque grandement le vomir,5c peut attirer 6c vàcuer auec foy le venin peftifcrc : 6c mefmcmenr en frottent la région du cœur, 6c les arteres des temples 6c du poignet. Et d’autant que ce venin pcfli- lent ell ennemy mortel de nature, d’autant le faut-il cÔbattre tant par qualitez manifefl.es, que par antidotes. Or telles grandes euacuations ne font loliees pour cure reguliere, maisirreguliere, 6c ne font aulïl à reietter,pource qu’ils diucrtillént 6c vacuent l’humeur veneneux, tant par leventre,vo- miflement, que par lueurs. Et ne faut vfer de médecines trop debiles en maladie fi cruelle 6c forte, pource qu’elles ne font gueres d’aétion,ains feulement efmeuuét les humeurs fans les euacuer,dont fouuent les Heures s’augmentent. Et partant fi on cognoilt que tels remedes purgatifs n’ayent fait fuffifamment leur deuoir, tu les dois réitérer & augmenter : car (comme nous auons dit ) aux for- tes maladies il faut vfer de forts & foudains remedes : toutesfoisfe faut donner de garde que la mé- decine ne foit trop forte, parce qu’elle llernçroit & abbattroit les vertus , lefquelles ne pourroient batailler en vn mefme temps contre deux, à’fçauoir, contre la medecine 6c le venin : 6c par ainfi on pourroic empefeher le mouuement de nature à ietter le venin hors : partant fur tontes chofcs la vertu 6c force du malade doit dire recommandée. Et pour celle caufe ie confeille que les remedes ainfi forts & violents ne foient donnez qu’aux forts 6c robulles, comme laboureurs,mariniers,cro- chcteurs, chalîeurs 6c autres de forte complexion, fi ce n’ell en petite quantité. Et après auoir vie de medicamens laxatifs, il faut donner des chofcs qui roborent l’ellomach , 6c répondent le ve- nin du cœur, 6c appaifent l’agitation des humeurs, comme la compofition d’alkermes , ou autres chofcs cy - dedus mentionnées au chapitre des Alcxiteres. Autre re~ rnede ben & appreutté. Autre. Des fueilles de Immole. La poudre de mercure cotre la pelle. 7fip. Aph.6. lit*. 1. Des accidens & complications des maladies qui aduiennent auxpeHifcrez, : à' premièrement de la douleur de te fie. Chapitre XXVIII. Accidens de la tesîe, L nous conuient à prcfent traiter des accidens, qui le plus fouuent aduiennent en celle SySp deteftable maladie, 6c delà correction d’iceux, comme font douleur de telle & de reins, Ipll J|||£ éruptions & pullules faiéles au cuir, apollemcs charbons,flux de ventre, & vue infinité SttOrinKgwl d’autres : 6c commencerons par la douleur de telle , laquelle ed fort commune en ce- lle maladie. Car lî le venin ell rauy au ccrueau , 6c que nature ne l’ait peu expeller , adonc ad- uient en iceluy, 6c en Tes membranes inflammation, laquelle venant principalement à failîr & oc- cuper la partie anterieure,le fens commun Sc imagination le troublent : fi c’efl au milieu, il ne ratio- cine point ; 6c fi c’ell en la partie pollerieure,il perd fa mémoire, dont le plus fouuent, par faute d’y remedier, le malade tombe en delyre,frenefie, manie,& rage : laquelle ne vient feulement à caufe de la qualité chaude, mais par vne particulière malignité du venin. Or celle douleur fi grande 6c ex- trême prouient d’vne trop grande 6c abondante quâtité defang,& de certaines vapeurs putrides,qni montent des parties inférieures à la tefte.Qu’il foit vray, on leur voi t la face 6c les yeux fort enflam- mez, rouges, 6c larraoyans , auec grande pefanteur 6c chaleur de toute la telle : partant il faut foi- gueufemem fubuenir à tel accidcnt.Donc pour la curation,il faut prcmieiemetoimrir le ventre par Caufe de la douleur de tefte. Cure de la douleur de tefte. De la Pefte. 647 clyfteres 3 & après faigner de la veine cephalique , du codé auquel fera la plus grande douleur. Et h pour cela la douleur ne celle alors on incifera les arteres des temples, ôc on tirera du fang félon la vehemcnce du mal, ôc la vertu du malade. Et ne faut différer à ouurir telles arteres des temples, ôc tirer du fang, pour crainte qu’apres on ne peut eftancher le fang, à caufc de leur raouuement (qui eft fyftolé ôc diaftolé, c’eft à dire, contraction ôc dilatation)car véritablement ie l’ay faiélplu- fieursfois,& n’y trouue non plus de difficulté à l’eftancher que des veines : ioint auflî,qifau lende- main on trouuoit fouuerture aufli-toft confolidee qu’es veines, parquoy ne faut craindre à incifer lefditcs artcres:& vous puis aflèurer qu’on void grand effed du fang qui eft vacué par icelles, voire cent fois plus que des veines, qui demonftrc bien que la matière putride ôc vaporeufe eft plus con- tenue en icelles qu’es veines. On pourra fembîablement prouoquer la faignéepar le nez, fi on voit que nature y tendexar elle profite grandement auxobftructions ôc inflammations du cerueau,& de ies membranes, ôc peut par icelîeeftre vacuc beaucoup defangpourry ôc corrompu:car par telle va- cuation, on voit délires, ôc fiéurcs ardantes allégées ôc du tout guaries : ce qui eft auflî prouué par Hip. difant qu’à ccluy qui a grande douleur de tefte, la boue,eau, ou fang découlant par la bouche, ôc par le nez,ou parles oreilles, guarit la maladie. Parquoy faut que le Chirurgien ayde à nature à ietter hors ce qui luy nuit : à quoy eîleparuiendra , en faifant que le malade s’efforce à moucher, ôc gratter auec l’ongle le dedans de fon nez,ou qu’il fe picque auec foye de porc,& qu’il tienne fa tefte en bas,afin d’ouurir quelque veine,de laquelle la matière côioincte fe peut euacuer. Queîquesfois à aucuns le fang s’efcoule de foy-mefme, parce qu’il eft chaud,fubtil,& bilieux,auflî que nature veut faire facrife : ce que i’ay veu aduënir àmonfieur de Fontaine, Cheualier de l’ordre du Roy (fa Ma- jefté eftant à Byonne(lequeî auoit vne fiéure continué',&peftilenrc,accompagnée de plufîeurs char- bons en diuerfes parties du corps,& fut deux iours fans ccfler de faigner par le nez:& par iceluy flux fa fiéureceffa auec vne tres-grande fueur : tk toft après fes charbons fuppurerér,& fut par moy pen- fe , & par la grâce de Dieu guary. En tel cas faut laillér couler ledit flux : mais fi on on voyoit que nature fuft defreiglee ôc icttaft trop de fang ,par la vuidange duquel les forces s’affoibliflent trop* adonc il doit eftre arrefté tant par ligatures fortes , faicles aux bras & iambes, application de ven- toufes fous les mammelles,&fur les parties honteufcs,ou fous les ai fiel les, eftoupes ou elponges im- beue's en oxycrat, ou quelque autre liqueur froide, ôc appliquées froides ôc reïterees fouuent. Pa- reillement on luy fera tenir en la bouche eau froide, & dedans le nez du cotton, du faulx, ou quel- que reftrain&if fait de poil d’entre les cuiffes, ou fous la gorge du Heure , bol armene,terre figillee incoporceauec ius de plantain ôccentinode,ou autre fêblablc,& le fituer en Iieufrais,& qu’il puillc attirer l’air à fon aife. Et pour retourner à noftre propos,apres la faignee, fi la douleur perfeueroit & qu’on vift les veilles eftre grandes, de façon que le panure malade nepeuft dormir ny nuid ne iour, à caufe des vapeurs putrides qui ont efchauffé ôc delfciché le cerneau, alors il faut vfer de re- mèdes qui prouoquent le dormir, ôc ayent faculté de refroidir ôc humeder : lefquels ferontadmi- niftrez tant par dedans que par dehors. Et pour exemple. On pourra donner à manger au malade orge mundé , fait auec eau de nénuphar ôc d’ozeillc, de chacun deux onces, opium fix ou huid grains, des quatre femences froides ôc du pauot blanc , de chacun demie once. En fes potages on mettfa laidues, pourpied, femence de pauot, ôc des femen" ces froides concaflees. On luy pourra auflî donner vne pilule de cynogloffa, dans laquelle y entre de l’opium. Semblablement on luy pourra faire prendre vn peu de diacodion fine fpeciebus. Et pour fon boire, eaux de laidues ôc de nénuphar, aufqueiles on aura lait bouillir femence de pauot, à fçauoir demie once d’iceluy auec crois onces defdites eaux, ou vne once ôc demie de lyrop de né- nuphar ou de pauot, auec trois onces de la decodion de laidues, ou la potion fuiuante, La- ctucarum rccentium m, j. florum nénuphar. ôc viol. an. p. ij. caput vnum papaueris albi contufuni cum feminib. pondéré 5. ij. liquiritiæ, paflul. an.5.]. fi. fiat decodio: incolaturadiffolue diacodij fine potio larga danda hora fourni. Outre-plus ,011 doit vfer de clyfteres dormitifs pour refroidir la vehemente chaleur qui eft au centre du corps , faits en la maniéré qui s’enfuit. Decodionis hordei mundati quartaria iij. olci violati ôc nennpharis an. ij. aquæ plantaginis & portulacæ, vel fuccorum iij. caphuræ gr. vij. album ouor. iij. fiat clyfter. Et quant aux choies qu’il conuient faire par dehors, il faut rafer le poil, ôc appliquer fur toute la tefte de l’oxyrrhodi- num, qui eft huile ôc vinaigre miftionnez cnfemblc , ôc luy laitier dellus vn linge en double trem- pé, lequel fera rcnouuellé ôc remouillé fouuent. Pareillement on appliquera poulmons de veau, ou de mouton reccntcment tirez de la befte, ou vn coq vif fendu en deux, ôc le renonuelîera-on ainfi qu’on verra, eftre befoin. Semblablement on appliquera des ventoufes derrière le col, ôc fur lesef- paulesfans fcarification , Ôc auec fcarification. Auflî on fera des fridions ôc ligatures aux bras ôc iambes, afin de diuértir ôc euacuer vne partie de la matière. Outre-plus, luy fera fait vn frontal en celle maniéré. ôc nennpharis an. ij. olei papaueris j5.fi. opij.j.j. aceti rolàti.^.j,ca- phuræ 5.fi. Ces chofcs foienr incorporées enfernble, & foit fait vn frontal, lequel doit eftre réitéré par fois : Ôc feront continuées ces chofes feulement iufq’à ce que la vehemente infiâmation foit paf- fee,de peur de trop réfrigérer le cerneau. Auflî on luy fera fentir au nez fleurs de pauot,iufquiame, nenuphar,mandragore,broyez auec vinaigre ôc eau rofc,& vn peu de camphre enuelopez enlcmble en vn mou(choir:& foiét tenus affez longuement cotre le nez,afin que l’odeur fe puilfe comuniqucr au cerueau,& par ce moyen foit prouoqué le dormir. On luy peut pareillement appliquer cataplaf- mes furie front à ces mefines fins,comme peut eftre le mucilaginis feminis pfyllij & cy- dorilorum in aqua rofarum extradæ § .iij. farinæ hordei §. iii j. pulueris rofarum rubrarum , florum nennpharis, violarum feminis papaueris ÔC portulace an. aquærofiirum ôc aceti rolan an. 5. iij. fiat cataplafma : ôc l’appliquez tiede fur le front, & mcfme fur toute la tefte. Autre. Of. Succorum laducæ, nennpharis, hyofcyami, portulacæ. an. Ih. fi. rofarum rubrarum puluerifa- Vtilitv de /• artérioto- mie. Hîpp. aph, lO.liu.6. H ifoire. Moyen d'ar- rêter l'he- morrkafie. Pour provo- quer le dor- mir. Pilule de cy~ noglojfa. Clyjîere dor- mitif. Frontal. Odeurs peur prouoijuer U dormir. CatapUfitst, Antre, Le vingt-deuxiefme Liurc, 648 tarum, feminis papaucris, an. fi. oleirofaci 3. iij.aceti 5. ij. farinæ hord. quantum fufficit: fiat cataplafma ad formam pulti, latis liquidæ. Apres l'inflammation appaifcc, on fera des fomentations refoludaes, à fin de refondre quelque humeur contenu au cerueau 8c en Tes membranes. Et en ceft endroit noteras , que plufienrs font decens aux grandes douleurs detefte caulees par inflammation qui commandent de ferrer & lier très-fort la tefte pour appaifer la douleur : car tant s’en faut que cela y profice,qu’au contrairel’au- muence, par ce qu’au moyen de celle aftridionfle mouuement des arteres cil empefché : dcfquelles i’vfage,qui cil d’euentiller & rafrefehir le corps , tant par attraction de l’air qui nous auoifirie » cpœ par expreffion d’cxcremcns chauds 8c fuligineux , eft de beaucoup empefché & aboly ; ol1trc plus ferrent & compriment les futures ou iointnres des os du crâne, 8c en ce faifant gardent que les vapeurs & fumees ne fe peuuens euaporer. Et partant font caufe d’accroillre vne extrerne douleur 8c chaleur,fièvre,refuerie,&: autres grands accidcns,voire quelquesfois iufqu’à faire fortir creuer les yeux hors de la tefte,& eftre caufe de la mort des pauures malades : ce quei’attefteauoir veu,ainfi pue i’ay eferit enmonliure des playes de la telle humaine.D’auantage, aucuns font fi en- dormis 6c aftommez,qu’ils ne fc peuucnt aider:partant il leur faut mettre dedans le nez choies odo- rantes,& qui ayant, vertu de les faire efternuer, à fin que la faculté animale loir aiguillonnée* & ex- citée à fe défendre : 8c s’ils ne fe peuuent aider, il leur faut ouurir la bouche par force,pour leur fai- re auallcr quelque aliment ou médicament. Combien nu!fi trop fer• rer le front en douleur de te fie. Réfrigérant de Galien. De la chaleur des reins. Chap. XXIX Areillement pour d’auantage diminu er la chaleur des reins>on appliquera deflus de l’onguent réfrigérant de Galien rcccnteracnt faid , y adiouftanl blancs-d’œufs très- bien battus, à fin que fon humidité foir plus longuement gardee : & le faut renou- ncllcr à chaTque quart d'heure, 5c l'elTuyer quand on en mettra d’autre : ce que Ton fera iufqu’à quatre fois : car autrement eftant cTchauffé en la partie,il ne refrigere- roit pas,mais pluftoft augmenterait la chaleur. Audi ou pourra vfer du remede Aqua- rum rofarum ft.fi.Tucci plantaginis ouorum iiij.olei rolacei 5c nenupharis an. g.ij. aceti roTati iij. mifee ad vfum. Les reins eftans frottez de Tvn defdits onguens , on appliquera dellus fueilles de nénuphar récentes ou autres fcmblables herbes réfrigérantes , puis après vne fer- mette trempee en oxycrat,& efprcintc 5c renouuellee louuent. Audi le malade ne couchera fur lids de plume : ains Inÿ fera mis par dellus vn matelas,ou vne paillaiflé d'auoine, ou vn gros linceuil de toile ncufne ployé en plufieurs doubles , ou de camelot, de peur que la plume n'augmente d'auan- ( tagela chaleur des ricns,& vniuerfellement de tout le corps.On pourra audl appliquer fur la région du cœur vn médicament réfrigérant & contrariant vn venin, comme ceftuy fuiuant. . Vnguenti rofati nenupharis §.ij.aceti rofati & aqnæ J.j.cro- ci 3.$. Lefdites chofes foient incorporées 5c fondues enfcmble, 5c foitfait onguent mol, lequel fera eftendu fur vnc picce d'cfcarlate, ou fur du cuir , 5c appliqué fur la région du cœur. Autre theriaeæ optimœ 3q.fi. fucci acidi citri & limonisah.J.fi.coralli rubri, feminis rofarum rub. an. 3.fi. caphuræ,croci ah. g. iiij. incorporentnr omnia fimul: fiat vnguentum vcl linimentum. D’a- bondant an fera pleuuoir par artifice , en faifant découler de Teau de quelque haut lieu dans vn badin,& qu'elle facetel bruit qu'elle puirteeftre cftéduë du malade.Et audiluy faudra frotter dou- cement les mains 5c pieds , cuitant tout bruit en la chambre , de laquelle on tiendra les portes Sc fenertres clofes, à fin qu'elle foit rendue plus obTcurc ; audi fera refrefehie auec Hcs chofes prédites, cuitant toufiours les odeurs chaudes, pour-cc quelles nuiTent beaucoup à la douleur de tefte, eau- fee de matière chauda. Onguent pour fietter la re- l ion du cœur. Pluye artifi- cielle. Accident de pefie appelle Ca que.fan- gut. Accidens de fiejte. Chap. XXX. f L y a vu accident de perte appelle Caquc-Tangue, qui cft vn flux de ventre qui vî- jÆÊjj cere &c corrode les iùteftins, tellement que par les Telles on voit Tortir comme vu raclure de boyaux, & du Tang tout pur ou bouc , oh autres matières purulentes, auec vnc extreme douleur, qui irrite la malade d’aller Tonnent à la Telle , 5c n'y peur rien faire , ou bien peu , encore cft-ce auec bien grandes cTpreintes, & ce qu'il jet- te eft fort puant, & de diuerTe couleur , comme ronflé , iaunaiftre, verte , cendree, noire ,voirele Tangtout pur. Ce que i'ay veu plufieursfois aducnir,meTmeau camp d'Amiens,où plufieurs moururent de tel flux , lequel ertoitfort contagieux,& principalement à ceux qui alloient aux priuez après eux, ou pour y auoir jette tels excreraens. Si que voulant Tçauoir le lieu d'où cefte grande quantité de Tang pouuoit Tortir, ie lis ouuerture de quelques-vns après leur mort, 5c trouuay la bouche des veines 5c artères mezaraïques ouuertes , 5c tuméfiées la part où elles abou- tiflént dedans les intertins , en forme de petits cotylédons de giofîéur d’vn petit pois,delquelslors que ie les prellois, le Tang Tortoit à veuc d'œil : 5c par là ie cognus les voyes , par Idquelles le Tmg eftoit jette par les Tellei. Monfieur le Grand Médecin ordinaire du Roy, qui eftoit auec moy au camp parla commodément du Roy Henry defamrt, en Tanna plufieurs : 5c entre autres remedes leur faiToit boire du laid de vache, fcrré,& audlen faiToit Tonnent jetter par le iiege,pour corriger ôc addoucir l’acrimonie de l'humeur. De la Coqueluche. Il y a vn autre accident de perte , appelle Coqueluche, ainrt dit, parce que ceux qui en eftoient clprins, Tcntoient vnc extrême douleur de tefte, 5c à Tt-rtomach , aux reins, & aux jambes , aue? Hlfolrt. Curiofité de'. L'Autheur. / Curinfité de monfieur le Grand, Autre acfiàet dr pefie ap- pelle Coque- luche. De la Perte. fièvre côntinüe, &c fouuent auec delyre &c frenefie,& lors qu’on les purgeoit ou faignoit, on a cô- gneu leur auoir abbregé leurs iours. La S nette. Il y a vn autre accident appelle là Suette,qui a efté en Angleterre,&aux baffes Allemagncs,àînfi nommee,parce que les patiens auoient vne bien grande fueiir vniuerfelle auec grand friffon , trem- blement, &c palpitation de cœur, accompagné de lièvre continue, 3c mouroient en peu de iours : & tua vn bien grand nombre dépeuplé. Drouffe - galand. Il y a vn autre accident, appelle TrOuffe-galand, qui a efté au Puy en Auucrgne, ainfi homme* parce que ceux qui en eftoiét eiprins, mouroient en deux ou trois iours,& pluftoft les robuftes que les foibles 3c debiles, & les riches que les paüures aüec fièvre continue, déliré 3c frenefie, 3c mou- roient comme enragez,en forte qu’il les falloir lier Sc attacher. Si quelqu’vn refehappoit, tout lé poil luy tombait : 3c cefte maladie eftoit fort contagieüfe; Autre acci- dent de peffk appelle Trouffe-gà- iand; Des éruptions & pujlules appdlees pourpre. Ch ap. XXXI. «Avcvns aduiennent éruptions au cuir , femblables à morfures depulces ou de punaifes: auili font quelquesfois eileuees , comme petits grains de mil , ou de petite verolle qu’on voit aux enfans.Et lors quelles font trouuees en grande quantité, c’eft bon ligne : au con- traire non. Audi félon la veliemence du venin, &lamatiere dont elles font procréées, font veües de diuerfes couleurs,à fçauoir rouges,citrines, tannees,violettes, azurees,liuides,ou noi- res. Les vulgaires les appellent le tac, les autres le pourpre, pource qu’elles lontiouùentesfois trou- uees à la iimiîitude de graine de pourpre;autres les appellent Lenticules,parce qu’elles font veues quelquesfois corne petites Ictilles.Audl aucuns les nôment papillots,à caufe qu’elles le manifeftent tantoft au vifage , tantoft aux bras &c iambes, voltigeans de place en place comme petits papillots volans ; ôc quelquesfois occupent tout le corps, non feulemeric la fuperficie du cuir,mais pénétrent plus profondément dedans la chair, principalement lors qu’elles.iont faietes de greffe matière adu- lte. Aucunes font trouuees grandes & larges, occupans preique tout vn bras,ou vne iambe,ou la face,comme vn erydpele , &c partant diuerlifient félon que l’humeur peche en quantité ou en qua- lité. Et fi elles font de couleur pourprée,noire, ou violette, aucc défaillance de cœur,& s’en retour- nent fans caufe manifefte , c’eft vn ligne infaillible de mort. La caufe defdi&es éruptions eft la fu- reur de Lebullition du fang , faiëte par l’humeur malin &c venÇneux. Elles viennent communé- ment auec la fièvre peftilentielle , & quelquesfois deuant que la boffe ou charbon foient apparus, quelquesfois auffi après : qui alors demondrent vne grande corruption d’humeürs au corps : car outre l’expulfion de la matière de la boffe , ou du charbon , ladite corruption eft fi abondante, qu4clle fe démon ft te aux autres lieux du corps, dont le plus fouuent le panure peftiferé meurt. Quelquesfois aufil font trouuees feules, à fçauoir fans boite ny charborts, & alors qu elles (ont rou- ées fans eftre accompagnées d’autres mauuais accidens , ne font mortelles. Elles apparoiffent communément au troifiénic ouquatricfme iour, & quelquesfois plus tard: auffi iouuentesfois ne font apperceues qu’apres la mort du maladc,à caufe que ! ébullition des humeurs faiële par la pour- riture n’eft du tout efteinte': 3c partant la chaleur qui refie , excitee de pourriture, iette des excre- mens ait cuir , qui faitft fortir les éruptions. Ou pluftoft parce que nature fur le dernier combat ayant monftré quelque effort plus grand ( comme eft lacouftume de toutes choies qui tirent à leur fin) que d’ordinaire s’efl defpetrée fur l’inftant de la mort de qUelque portion de l’humeur peflilent vers le cuir : tellement toutefois qu’affoiblie de tel effort elle fuccombe fous le faix & malignité du reile de la matière* Defcrîptîon des et'Uptionti D/iieh nefà des éruption? Là caufe de* éruptions. Différences de pourpre, Prognojîic mortel. " Sonnent le pourpre ne s'apparoiji qu'après là mort. De la cure des éruptions. C h a p. XXXIL O v r la curation des éruptions il faut le garder für tout de repouffer l’humeur au de- Êp dans ; Stpaftant faut euiter le froid, pareillement lés médecines laxatiues , lalaigilee, de le dormir profond, parce que telles choies retirent les humeurs au dedans,départant pourraient interrompre le mouueiticnr de nature , laquelle s’efforce de ietterhors ce malin humeur : mais au contraire faut fuiure nature la part où elle tend, c eft à dire , donner yflue aux humeurs où elle veut faire fa defeharge , par remedes qui attirent le venin au dehors & princi- palement par fUeurs. Et pour encore ayder nature àrepoufîer le pourpre hors,faudra donner au ma- lade vue once de fyrop de limons ou de grenades , aucc deux onces d’eau cordiale , comme de melifle ou feabieufe , y adiouftant vne demie dragme de theriaque oumithridat. Aülîîpour atei-. rer le venin au dehors, on mettra autour du col, foUs les ailfelles, & aux ‘aines, efponges trempees & exprimées en vne decoftion d’herbes refolutiues, comme lauaiide , laurier, faulge, rofrtiatrin» 8c femblables : car files éruptions ne fortent, il y a danger qüe le venin ne fuffoque le cœur, ou qu’il ne face vn flux de ventre mortel. Êt pour obuier à tels accidens , ie mettray icy fur le bureau vn remede fingulier que i’ay trouué de grand & excellent effed ( principalement quand l a Vertu ex- pulrricc cflVoiblc,& le cuir trop dur, & refferré,de forte que le pourpre ne peut eftreietté hors,mais demeure fous le cuir,y faifant petites tuberofitez) qui eft vn onguent, duquel fay guary(pàt lia gra-? ce de Dieu,pluficurs verollez. Cognoiflant qu’en la verolle y auoit vn certain venin qui ne le peiit, dire iiy efcrire,non plus que celuy qui caufe la pefte, non queie vueille dire quelle luit maladie epi- demiale, dépendant des aftres,ny de l’infpiration de l’air,mais de Dieu , qui par ce moyen punit les offences des hommes Sc femmes, & par fpeeial du péché de luxure , ce quon void en ce qu elle ' prend le plus fouuent fon commencement par contagion des parties génitales, principalement Htpp. Aph* tl. lit*. U 650 Le vingt-deuxiefme Liure, pour habiter auec hommes ou femmes infeéls ou fouillez de venin verollique , lequel traine auec oy Vn k*en gran(i nombre d’accidens, ainfi que faict celuy de la pefte, comme font puftules ma- lignes & corrofiues , qui commencent aux parties honteufes,puis toft après fc manifeftent à la tefte 8c au front, 8c par toutes les parties du corps:puis vlceres en la bouche 8c aux parties honteufes, 8c autres qui les mangent & rongent iulques aux os:en après leur luruiennent apoftemes dures aux os, appellees nodus,ou gouttes noüees,auec extrêmes douleurs,& principalement la nui&,qui pallion- nent 8c font quafi defelperer les pauures verollez *. 8c quelque temps après leur aduient pourriture aux os , 8c le plus fouuent fans enfleure ou tumeur extérieure apparente , dont les vns perdent les yeux , autres le nez, les autres le palais,qui eft caufe qu’ils parlent régnant : à aucuns la bouche dé- nient torfe, comme à vn renieur de Dieu,& bien fouuent deuiennent ladres,& ont autres infinis ac- çidens.Et pour le dire en vn mot,ce virus Venerien rend le plus fouuent le pauure verollé impotent de tous fes membres, 8c finalement produid vne fièvre hedique, qui après l’auoir rendu tout fec, n’ayant plus fur le corps que la peau, le confine miferablement à la mort.Tous lefquels accidens ne Peuuent eftre appaifez ny curez par aucun remede,fors que par les ondions 8c emplaftres vif-arge- tees,ouparfums cinnabarifez,qui font les vrais alexiteres de celle deteftablc verolle,ainfi que le the- riaque 8c methridat font du tout côtraircs au venin peftiferé.Parquoy cognoiflant que par le, moyen jju vjf^rgent>cefte verolle fe curoit,i’ay voulu femblablement expérimenter la fridion vniuerfellc pourattirer le venin defditcs éruptions au dehors par fueurs,auec l’onguent propre à curer la verolle, confidbrant que le vif argent eft lavraye contre-poifon à la verolle, 8c qu’il eft de très fubtile fub- ftance : auflt qu’il liquéfié les humeurs gros 8c vilqueux,&; les rend mobiles auec le theriaque & les autres medicamens qui entrent en lacompofition de ceft onguent, 8c ftimule la vertu expulfiue à ietter hors du corps,& abbatre par fa faculté occulte le venin peftiferc comme il faid au virus ve- rollique, à fçauoir tant par fueurs, que par infenfible tranfpiration, Tomiftémens,flux de ventre,flux d’vriner&par puftules euoquees au cuir par flux de bouche(lpecîaiement à ceux qui font dilpofez à cracher ) 8c autres euacuations. Parquoy voyant que nature tendoit à fe defeharger du venin par lefdites éruptions 8c puftules purpurees,i’en ay faid frotter quelques-vns, comme s’ils enflent eu la verollertoutesfois auparauant leur faifois donner vn clyftere,puis l’ayant rendu,leur donnois à boi- re quatre doigts d’eau thcriacale , l’eftomach eftanrvuide , à fin de prouoquer la fueur, pour faire mieux fortir les humeurs, 8c cependant corroborer le cœur. Et au lieu de l’eau theriacale, on pour- ra vfer de la decodion de gaiac,d’autant qu’il efchaufte, 8c feiche, prouoque la fueur, 8c refifte à la pourrfiufe.Et pour le faire plus rigoureux,on mettra en ladite decodion vn peu de vinaigre,à fin de le rendre de plus fubtile fubftance : ce faifant refiftera dauantage à la putrefadion,& melfnement lî le corps eft pituiteux. Or quant à longuent il fe fera ainfi. 'IL. axungiæ fuillætb. j. coquatur aliquantulum cum foliorum faluias,thymi, rorifmarini an.m.fi. poftca coletur, 8c in ea extinguatur argenti viui,quod prius in aceto ebullierit cum prædidis herbis. v.falis nitri j.iij.theriacæ èc Venetæ,olei de feorpionibus 8c lau- rini ouorum ad duritiem codos numéro vj.aquæ vitæ 3.Ü). Le tout loit incorporé en vn mortier,& foit faid onguent,duquel on frottera le corps du malade, principalemét les aiflelles 8c les aines,euitant la tefte,les parties pedoralcs,& l’efpine du dosrpuis en vn drap chaud, &mis dedans le lid 8c couuert, 8c qu’il fue deux heures ou plus: & doit-on mettre autour de (on lid des draps rouges, & qu’il les regarde aufliduellement 8c atten- tiuement. Car parce regard la matière veneneufe eft attirée du dedans au dehors,puis ilferaeffuyé iegerement,à fin que le médicament produife dauantage fon cflfed,&: fera mis en vn autre lid,s’il y a commodité : puis ôn luy donnera quelque bouillon dechappon ,ou des œufs mollets, ou autres bons alimens : 8c faut derechef réitérer la fridion iulques à ce qu’on voye que lefdides éruptions loient forties 8c efteintes, qui fe faid en deux ou trois iours. Que s’il aduient flux de bouche, ne le Ludra empefeher. Et quad on void que le pourpre eft du toutforty,& les fueurs pafl'ees,encor eft-il bon de donner chofes diurétiques , c’cft à dire, prouocatiues d’vrine , parce que fouuent on void lefdites éruptions eftre euacuees par telle defeharge. Outre plus feroit bon pour les riches, en lieu de ceft onguent, fendre le ventre d’vn cheual ou mulet, 8c ofterlcs entrailles, 8c mettre le malade nud ayant la tefte dehors, 8c qu’il y demeure iufques à ce qu’il commence à fe refroidir,puis qu’il fe remette fubit dans vn autre, 8c réitéré tant de fois qu’on verra eftre neceflaire:& telle chofe eft fort loiiee des anciens, à caufe que la chaleur naturelle de ces beftes attire merueilleufement le venin, tant par fueur que par infenfible tranfpiration : ce qu’on acogneu par expérience, comme dit Mat- thiolus au Proëme fur le fixiefme liure de Diofcoride,où il déclaré que le Seigneur Valentin, nep- ucu aPc Alexandre fixiefine , cfchappa par ce moyen de la mort, encor qu’il fuft empoifonné: car voulant cmpoifûnncr certains Cardinaux en vn feftin, il s’empoifonna foy-mcfme, 8c pareille- ment moniteur fon oncle le Pape fans y penfer. Mandela * Le vif-argït «ft le vray aiexitere de i* verolle. yf jg ja dtcoàion du gain, Onguent vif argente. Quelles par tfes nedomet deTl'onguent vif argenté. Remettes \at- 'fehluiŸd venin, * Mijioirt. De ïappjleme peftiferée, appelle bubon ou bojfi. Chap. XXXIII. Cal. an liure de Theriaca ad Pifonem, »R pofons le cas que nature ne peu defeharger par aucuns moyens 8c remedes fufdits, mais pluftoft par vne apdfteme faite aux emun&oires, laquelle d’aucuns ell appellee bubon peftiferé , d’autres la boflë, d’autres la pelle» ou fufee, & de Galien belle fauuage 8c farouche j 8c aux autres parties du corps, charbon, anthrax, &car- boncle. Nous dirons que la bolTe ell vne tumeur qui en Ton commencement efl de forme longuette 8c mobile,& en fon ellat ronde ou poinduë, 8c immobile, fixe & attachée fort pro- fondemêt aux emôëloircs,côme du cerueau à la gorge, du cœur aux aiflëlles,du foye aux aines, ôc ell faille de matière plus crade 8c vifqueufe que le charbô,lcquelell faiël d’vnc matière plus acre,bouil* De la Pefte. 651 tante ôc furieüfe faifànt fefearre où il s’arrefte.Au commencement que la fluxion de là bofle fe fait, les malades difent fentir à l’emunbloire comme vne corde tendue, ou vn nerf dur auec douleur poi- gnante j puis la matière s’affemble comme vne glande , Ôc à peu, ôc en brief temps s’êngroflît ôc s’enflamme, Ôc eft accompagnée d’autres accidens deflus mentionnez. Si la tumeur eft rouge Ôc fe groflît peu à peu, c’eftbon figne. Celle qui eft liuide Ôc noirc,& tardiue à venir,eft dangereüfe.Aufi il il y en a qui viennent promptement Ôc d’vne grande furie , Ôc ne tiennent la forme commune, c’eft à dire, qui fubitement deuicnnent enflammées auec grande tumeur ôc douleur intollerable, Ôï telles (ont communément mortelles» On en a veu auflî qui tenoient de la couleur du cuir naturel, ôc fembloient eftre vne tumeür oedemateufe, qui toutesfois faifoienr mourir le malade,auflî toft que celles qui eftoient de couleur noire ou plombee : parquoy il ne s’y faut fiet. Signes,, Progno/Uc-, De la cure de l'apofleme pejhfiré. C H a f. X X X 1111. N appliquera deflus promptement vnc ventoufe auec grande flamme,fi elle n eftoit ] l| «Uc » comme celle qu auons dibt cy-deflus,à fauoir,auec grande imflammation, ôc J M douleur intollerable , & auec grande rumeur. Auflî on doit premièrement oindre le cuir d’huile de lis, à l’endroid; où on appliquera ladite ventoufe , afin de le rendre plus laxe , ôc que parce moyen elle face plus grande attrablion , «Sc fera reîteree de trois en trois heures : ôc y demeurera à chacune fois vn quart d’heure plus ou moins feloti la vertu du malade, ôc la vehemence de la matière, à fin d’attirer le venin des parties nobles au de- hors , ôc auflî aider nature à faire fuppuration plus fubite, ou refblution : qui fe fera en appliquant deflus vn tel liniment. y. Vnguenti dialtheat j.j.fi.oleide feorpionibus diflbluti cum aqua vitæ 5.]*. Ce liniment a vertu de relaxer le cuir, ôc ouurir les pores, ôc faire exhalation de quelque portion de la matière pcfliferee,qui a cfté attirée par la ventouie. On peut auflî en lieu d’iceluy faire des fomen- tations remollitiues, difeutientes ôc refolutiues, &: autres remedes attractifs ôc fuppuratifs, quedef- crirons cy-apres. D’auantage , on doit faire vnveficatoire audeflous delà bofle , non au deflus, ce que i’ay faibt plüfieurs fois auec heureufe ilfuë.Comme pour exemple,fi l’apofteme efloit à la gorge, fera appliqué fur l’efpaule,&: ducofté mefme : &fi elle eft fous raiflelle,au milieu du bras partie in- terne : ôc fi elle eft aux aines,au milieu du plat de la cuifle,afin de donner prompte iflue à vne par- tie du venin , ôc le départir en demt : dont par ce moyen la partie,où premièrement s’aflembloit lé venin en l’apofteme, fera plus defehargee. Or pour faire ampoulles ou veflîes, les chofes fumantes font propres,à fçauoir,rithymal,bâthrachium, autrement nommé ranunculus,ou apium ri(us:auflî le ranunculus,ou bulbofus,perficaria, pes îeonis,autrement nommé pommellee,vitis alba,vel bryonia, • ôc principalemcntpar deflus tous la moyenne efcorce de viburnum appelle viorne , auflî l’efcorce de tapfus barbatus,ou flambef laquelle eft ainfi nommee des anciens, parce qu’elle eft cauftique, ôc faibl veflîes,& enflamme la partie ) ôc autres femblables Simples. Et où ne pourras troüuer defdits remedes, comme on faibl difficilement en hyuef, tu vferas de ceftuy composé,lequel on petit faire en tous temps. y. Cantharidum pul. piperis, euphorbij, pyrethrij an. 3. iij. finapi 3. j.aeeti parum. î’y adioüfte peu de vinaigre , d’autant qu’il abbat la vertu des cantharides. Et en vne extrémité, qu’on ne peut recouürertelsremedes,faut prendre huile feruente, ou eau bouillante, ou vne chan- delle flambante , voire vn charbon ardant, qui fera vne vefication telle qu’on defirefa. Et après que les veflîes ou ampoulles feront faites, il les faut fubir couper , ôc laitier les vlceres long-temps ouuerts, en mettant deflus fueilles de choux rouges, bette, ou poiree,oude lierre, amorties en eau chaude , ôc les oindre auec huile ôc beurre frais. Aucuns appliquent des cautères pour faire lefdi- bles ouuertures, mais les veflîee font beaucoup plus à loiier, parce que parauant que les efcharres fuflént cheutes, le malade pourrait mourir. Et faut entendre , que les ouuuertures faibles parles Veficatoires feruent beaucoup pour enacuer promptement le venin ( ce qui a efté expérimenté par pluficurs fois(parce que le venin peftiferé peche plus en qualité qu’en quantité. Et fur l’apofteme feront appliquées des fomentations, comme nous auons dibl cy-defl'us : puis on vfera de ce reme- de, qui a vertu d’attirer la matière au dehors y. Ctepammagnam, excaua & impie theriaca cum foliisrutaî \ deinde coque fub cineribus calidis, poftea contunde cum pauco fermento ôc axungia 1 iuilla ad quantitatem fuflîcientem : ôc ce foit appliqué chaud fur la bofle, ôc le faudra renouueller de fixen fix heures. Autre attrablif. y. Radicum bifmaluæ ôc liliorum an. lib.fi.feminis lini,fœnugræ- d ôc finapi 3.|.ficuspingues numéro x. axungiæ fuillæ quantum fuflîcit:fiat cataplaf- ma fecundum artem. Autre cataplafme. ôc alliorum fub cineribus coblorum an.|.iij.contünde cum fermenti acris vnguenti bafilicônis 3.j.mitthridatij 3.f.axungiæfuillæ veteris cantharidumpulueri- fatarum 9.j. ftefeoris columbini 5. ij. Le tout foie pifté ÔC meflé enfemble, ôc foit faibl cataplafme. Autre.La vieille prefurc eft fort acre & chaude,ôc par confeqüent attrabliue,meflee auec vieil leuain, ôc vn peu de bafilicüttl. On en peut faire d’autres femblables,defquels on vfera iufqu’à ce qu’il y au- ra fufiîfante attrablion, ôc que la bofle foit fort efleuee en tumeur : mais fi on void que dés le com- mencement il y euft tres-grande inflammation ôc douleur extreme, comme il fe fait bien fouuent, ôc principalement aux charbons,en tel cas fe faut garder d’vfer de tels remedes ainfi chauds ôc attra- £lifs,& de ceux auflî qui font fort emplaftiques ôc vifqueux , lefquels condenfent Sc opilent les po- res duéuir,ou refoluent, confirment ôc icichent l’humeur (ubtil,qui pourrait eftre caufe d aider a la fuppuration : pareillement augmentent la douleur ôc la fiévre,& attirent trop grande quantité d hu- meurs chaudes , dont le venin s’en fait plus grand ôc dangereux , rendant la matière plus re- belle , la tournant pluftoft à corruption qu’à maturation : parquoy fouuent s’enfuit douleur Ventoufe fur l’apofie • me ptfiiferd. Liniment. Pemetatiotoh Veficatoires-, Exemple de» veficatoires /impies. Cataplafmi attractif. Autre. Autre plur* fort. 652 Le vingt-deuxiefme Liure, extrême caufant fpafme,gangrene,&: par confcqucnt la mort fubite. Donc en tel cas tu euiteras tels remcdes,&; en appliqueras des froids ôc temperez,à fin de diminuer la grande ferueur & ébullition de fang : ce faifant nature fera aidée , dont la fuppuration fe fera mieux. Et de telle forte font les cataplafmes faids de fueilles de iufquiamc 8c ozeiile cuitte fous la braife, aufli lapulte de Galien, 8c autres que déclarerons cy-apres. On a veu des malades de pefte,lefquels ont eu fi grande apprehenfion de la mort,qne d’vn grand courage & conftâceeux mefmes fe font tirez la bofle auec tenailles de marefchal.Autres font coup- pee en plufieurs endroits,la cernans tout autour : les autres ont efté fi alfeurez , qu’eux-mefmcs fe font appliquez fers ardans,& fe font brûliez pour donner ilfuë à l’humeur peftiferé : ce que ie n’ap- prouue. Car la malignité peftilente n’eft pas comme la morfure & picqueurc des belles venimeu- ses a parce que le venin vient du dedans, 8c non du dehors , comme en la morfure 8c picqueure des belles venimeufes. Et telles cruautez fi violentes accroiftënt pluftoft la douleur & chaleur delà fievre,empirent Sc augmentent la venenofité, 8c pour ccfle caufe abbregentleur vie. Parquoy tu te contenteras en tel cas deremedes rclaxans 8c ouurans les pores du cuir, &c euacuans par refolution & paraduftion eft faid gros 8c rebelle aux rcmedes, 8c partant eft difficilement vaincu par Nature ) 8c qu’auffî on vift qu’il y euft grand danger de gangrené 8c mortification en la partie,alors il fandroit vfer de medicamens repercufîifs autour & non ddfus,afin de prohiber que la fluxion ne s’augmentaft par trop, 8c que la partie ne receuft tant d’humeurs,que la chaleur naturelle fuft fnftoquee 8c efteinde , 8c que la matière veneneufe ne remontaft au cœur, alors on appliquera autour medicamens repereuffifs, lefquels feront renouuellez fouuent : 6c en ce failant on laide la propre cure pour fnruenir aux accidens. Exemple de repereuffifs. pomutn granatum acidumrcoque in aceto:poftea contundecum vnguento rof. vel populeonc rccenter fado : & ce foit appliqué autour du chabron ou bolfe , 8c renouuellé forment. Aurrc.2£. fucci fcmperuiui,portu 1 acæ,acctofie,folani ouorum numéro iij.olei rof.& nénuphar.an.ij.fi,ces choies foient agitees,<& appliquées comme ddfus.Et fi on veoitqucla bofie ou charbon fuftent fort veneneux 8c de mauuaife couleur, auec trop grande multitude de matière, 8c qu il y euft danger de gangrené , 8c mortification , il faut faire ddfus 8c aux enuirons plufieurs 8c profondes fcarifications (fi la partie le permet) afin d’attirer, la defeharger, 8c euacucr le venin. Fomentation refolutiue & relaxatiue. Signes de la houe faits. Ne faut ai tendre que V ouverture fe face par nature. Vf âge do ven, to"r*s fur la lejfe. Temps à'vfer de repercttf ffs. De la Perte. & la trop grande multitude des humeurs qui fuffoquent 6c efteingnentla chaleur naturelle de la par- tie,afin que plus facilement puiflènt auoir air , euitant toufiours les grands vaiffeaux,comme nerfs, veines & arreres,de peur dcfpafme 6c flux deiang,Iequel en tel cas eft difficile à eftanchcr,à caufe que le lieu eft grandement enflammé , 6c que les parties voifines font tant efchauffecs de la malice de l'humeur,6c anffi pour le defir que Nature auec fa vertu cxpultrice a de foy defeharger : ce qui faiét que fouentesfüis on ne peut cftancher le fang , de forte que le malade meurt entre les mains du Chirurgien : ce que i’attefte auoir veu aduenir plufieurs fois : parquoy ru y prendras garde. Or tu dois fçauoir que relie euacuation faide du lieu afledé profite à merueilles : car par ce moyen Natu- re fe defeharge par le raelme lieu où elle a faid amas du venin,pour eftre euacué : partant tu laifTè- ras couler laqnanrirédu fang que ru cognoiftras eftre befoin, prenant toufiours indications de la vertu du malade , qui pourra principalement eftre cogneüe par la force du pouls, 6c autres indices, qu'auons par cy-denant eferits. Aufîî on fera des fomentations relaxantes, remollitiues* 6c refolu- tiues pour toufiours euaporer 6c donner iffue au venin. Exemple cf vne fomentation rernollitine & rejoint me. 2Z.radicisaltheæ,liliorû 6c cnulæ campanæ ah.tb.j.feminis lini 6c fœnugr. fœnicu- li,anifi bulliant omnia muhfiat decodio pro fotu fecund.artem.De ceftedecodion on en fomentera la partie aflez longue- ment auec feutres,on efponges,ou linges défaut d'efponges. On pourra aufîî prendre vne poulail- le , 6c principalement vnc poulie commune qui ponde , afin qu elle ait le cul plus ouuert, ou vne groflè poulie d'Inde,6c leur faudra plumer le cul, mettre dedans deux ou trois grains de Tel profon- dement:afin que l'acrimonie du fel irritant le boyau cuillier, le leur tienne toufiours ouuert, 6c leur tenir le cul delîiis la bollè ou charbon(apres auoir faid premietemét des fcarificatios fuperficielles) iufques à ce qu’elles raeurent:puis ertant mortes on y en remettra d'autres en nombre de cinq ou fix, ou dauantage,par l'cfpace de demie heure , fi le malade le peut fouffrir, leur ferrant par fois le bec, afin qu’elles attirent plus viuement le venin. Cette attraction faide par le cul de poulailles attire plus ledit venin que ne faid la ventoufe,parce qu’on tient qu’elles ont vne contrariété naturelle co- tre le venin.comme il fe peut prouuer,parce qu'elles mangent & digèrent les beftes veneneufes,co- me crapaux,viperes,couIcuures,afpics 6c autres ferpens, fans qu'elles en reçoiuent aucun mal. On peut pareillement prendre lefdices volailles,ou pigcons,ou petits chiens 6c chats nouueîlement nez fendus tous vifs, 6c les y appliquer tous chauds , 6c lors qu’on cognoiftra qu’ils refroidiront, on y en remettra d’autres : femblablement poulinons de mouron ou de veau , appliquez tout fu- bit eftant tirez hors de la befte. Car par ceftc chaleur moderee 6c naturelle de ces beftes,fe fait at- tradion familière du venin,6clapartie malade eft parcemoyê defehargee 6c fortifice:6c faut mettre fubit ces beftes mortes profondément en terre, ou les brufler,de peur que les chiens 6c chats ne les inâgenc 6c apportent le venin aux maifons.Et fi on voyoit que laboflè ou charbon tendifient à vne gangrené,qui eft préparation de mortification, alors on doit faire plufieurs fcarifications profon- des, toutesfois euitant les grads vaifieaux(come i'ay did) lai (Tant fluer du fang,ainfi que verras eftre nècdïàire,afin d’aleger la partie, 6c après feras ablution d’eau falee,vinaigre,6c eau de vie,aueclef- qu'elles diflbudras cgyptiac,metndat,outheriaque : car telle ablution a tres-grande vertu de corri- ger la pourriture gangreneufe,6c garder que le fang ne fe coagule, 6c deterger la virulence de l’hu- meur imbu au lieu infed tendant à pourriture.Et où on cognoiftra que la gangrené ne voulut obéir à tels remedes,alors faut venir aux plus forts qui font les cautères adnels ou potétiels,parce qu’aux fortes maladies ils faut vfer de grands 6c forts remedes. Et en tel cas les cautères aduels font plus excellens que les potentiels, à raifon que leur adion eft plus fubite 6c plus cotraireau venin,6c laif- fent meilleure difpofition à la partie. Apres la cauterization,prôptement on fearifiera l'efcarreiuf- ques à la chair viue,afin de faire exhaller quelque vapeur,6c donner ifluc à quelque humeur conte- nu en la partie. Et ne faut attendre que l’efcharre tombe de foy-mefme,raais on appliquera remedes pour la faire tomber , comme ceftuy. rdJ. Mucilaginis, altheæ, feminis lini an. J.ij.butyri rcccntis vcl axungiæ porei §.j. vitellos ouorum numéro iij. incorporentur fimul 6c fiat hnîmentum. Aufîî on peut vfer de beurre frais,ou feinde porc,huile rofat,auec moyeux d'ceufs:puis après la cheute de rcfcharrc,ru vferas de mondificatifs : cômc plantaginis,clymeni 6c apij ro- fati pulueris aloës J.ij.olei rolati g. iiij. theriaeæ 5.fi. fiat mundificatiuum fecundùm artera.Autre Ægyptiaci 6c bafiliconis 5.fi.incorporentur fimul,fiat vngùentum. Autre, Venetæ iiij.fyrupi de rofis fic- cis 6c de abfinthio an.3q.pubiens aloës,maftiches,rnyrrhæ,far.hord.an.3.j.mithridacij. 5.fi.incor- porentur fimul : fiat medicamuntum. Ou' on vfeta d’vn tel,qui eft appropié aux vlceres depafeents, putrides, virulens,& gangreneux. rlf. Auripigmenti rubri |.j.calcis viuæ,ahiminis vfti, corticum granacorum an.g.vij.thiuisjgallarum an.3. iij.ceræ 6c olei quantum fufficit :fiat vnguentnm. Ce- ftuy onguent eft fort deterfif, 8c confomtne la chair pourrie, 6c ddîèichc l’hurùidité virulente, qui eftmere nourrice de pourriture gangreneufe. Pareillement en lieu de ccftuy on fera del’egyptiac fortifié, lequel aufîî corrige la chair pourrie,6c confbmme celle qui croift par trop, dauantageob- tund 6c efteint l’humeur virulent qui eft en la partie,qui caufe fouuentesfois tres-grande doulcur,6c eft excellent par deflus tous autres remedes pour teleffcd : d'autant qu'en fa compofition n'entrenc huile ny cire , lefquelles chofes rompent la force 6c acrimonie des médicaments acres,qai font pro- pres à tels vlceres. La force de ces medicamens deterfifs lera diminuée ou augmentée félon qu’on verra l’vlcere eftre fordicïe , 6c putride , aucunesfois plus tatd,felon que la matière eft plus ou moins furieufe,aucc grande chaleur,ardeur,& douleur lancinâ- tc 8c poignante,comme poindes d’aiguilles,laquelle eft tres-cuifante 8c intolerable,principalement vers le foir Sc la nuidplus que le iour,& plus lors que la concodion fe fait en l’eftomach,que quâd elle eft faide:& au milieu apparoift vne petite veflîe, en laquelle fcmble eftre contenue quelque fa- nie:& fi on l’ouurc,& qu’on dcfcouure le cuir,on trouue au dellbus la chair brufiee 8c noire,comme fi vn charbon ardent y auoit efté appliquée pour ceftc caufe les anciens l’ont appcllé Charbon. Et la chair d’entour eft trouuee de diuerfe couleur, comme l’on voit en l’arc-en-ciel, à fçauoir,rouge, brune,perfc,violette,plombee 8c noiraftre,auec fplcndcur ou lueur eftinccllante,comme poix noire, embrafee 8c cnflamee,ayant pareillement fimilitude à vne pierre nommee Efcarboucle , dont aufii aucuns luy ont attribué ce nom.Les vulgaires les appellent clouds, parce que la matière d’iceux cau- fe douleur fèmblable,comme fi vn cloud eftoit fiché à la partie.il y a aucuns charbons qui prennent leiu* commencement d’vn vlccre croufteux,fims puftule, 8c de couleur noire , comme fi on y auoit appliqué vn cautère potentid,ou vnfer ardant,qui croift auflî fubitemenr,& quclquesfois plus tard, félon que la matière eft plus ou moins maligne,comme nous auons dir. Tous îcfquels charbons pe** ftiferez font toufiours accompagnez de fièvre continue, 8c autres accidens fort cruels : 8c fernble au malade qü’il a vue grande charge de plomb fur la partie charbonnière : 8c qu’elle foir eftroidement Iiee(& véritablement ie le fçay pour l’auoir fenty en mon corps)qui fe faid à caufe de la corruption 8c fuffôcation des cfprits, 8c delà chaleur naturelle de lapartie,en laquelle eft le charbon,dom fou- ucntesfois s’enfuit défaillance de cœur , inquiétude , aliénation d’efprits,& furie 8c gangrenne,& mortification, 8c par confcquent la mort, non feulement de la partie , mais auflî de tout le corps, ainfi qu’on void auflî fouuent aduenir à l’apoftemepeftiferé. Et à la vérité on peut dire,quele char- bon 8c la bofie font comme confins gerraains,lefqucls ne vont gueres l’vn fans l’autre, 8c la matière d’iceux ne différé feulement, finon que celle de la bolîë eft plus crafie& vifqneufe,& celle du char- bon plus acre,boüillante,furieufe 8c fubtile, faifant efcharre au lieu où il fe fied, ainfi qu’auons de- , clarécy-deflus. Signes. Pourquoy le charbon «fi ainfi ap- pelle'. Différence de la boffe & charbon. Prognojlic des apojlemes & charbons Chap. XXXVI. Ile fi meil- leur que les charbons & boffes appa- roiffent dem uant la fle- ure qu'âpres. H|Vc y n s n’ont qu’vn charbon , les autres plnfieurs,& fe iettent par toutes les parties j du corps. Il aduient à aucuns qu'ils auront le charbon & la bofie deuant la fièvre, 8c I n’ont autres maunaîs accidents, qui eft vn bon figne, car cela demonftre que nature a efté forte(comrae nousauons dit cy-dcfius)&qu’elle aietté le venin au dehors deuant ' que le cœur en fuft faify : mais quand ils apparoififent après la fièvre, c’eft raauuais fi- ’ gne : car cela lignifie que les humeurs font altérez & corrompus , 8c que le cœur mefme en eft fai- fi, d’autant que la fièvre ayant Ton propre fiege au cœur, fe refpand d’iceluy, comme d’vn centre à toute la circonférence du corps. Si le malade n eft point troublé d’entendement du commencement iniques au feptiefme iour, c’cft bon figne. Lors que la bofie & le charbon s’en retournent, c'eft vue chofe le plus fouuent mortelle , fpecialement quand mauuais accidcns furuicnnent après. Pareille- ment quand ils font fuppurez,& fcdelfdchcnt fans caufe raifonnable, c’eft figne de mort. Les char- bons qui font faids de lang, font plus grand efcharre, que ceux qui font faids d’humeur choléri- que , d’autant que le fang eft de plus grofle fubftance : partant occupent 8c prennent plus grande quantité de chair que ne fait l’humeur cholérique, qui eft plusfuperficiel,ainfi que voyons aux ery- fipeles. Fay veu des charbons qui de leur efcharre occnpoient prcfque la moitié du dos , les autres les deux clauicules tirant vers la gorge , &auoicnt rongé fi fort les parties fubiacentes , que l’on pouuoit’ voir la trachee artere defcouuerte ; autres occnpoient la moitié des mufcJcs de l’Epi- gaftre,& l'efcare cheute on voyoit à l'œil le Péritoine defcouuert : ce qui eft aduenu à moy-mefrne d’vn charbon que i’ay eu au vcntre,dnquel la cicatrice m’eft demeuree de la grandeur de la palme de la main. Et lorsqu’ils (ont ainfi grands 8c énormes,le plus fouuent font mortels. Il y a des charbons 8c bofiès qui commencent fous le menton, puis la tumeur s'augmente peu à peu iufques aux claui- cules, & eftranglent le malade. Semblablement il y en a aux aines, qui occupent grande partie des mnfdes du ventre : mais la plus dangereufe apofteme, eft celle qui fe fait fous les aiftèlies : d'auranc qu’elle eft plus proche du cœur. Il y en a auflî qui font enormes,grands & hideux à Regarder,& de tels le plus fouuent le malade meurr,ou la partie demeure meheignee , y reftant après la confolida- tion vnc tumeur elephantiquc,& quclquesfois fon adi.on eft du tout perdue : ce que i’ay ven plti- reurs fois. Dauantage aucunesfois pour la grarçde pourriture de la matière, la chair laifle les os def- Signes mor- tels. Des grands charbons. Vautheuv à eu le charbon & la psfte. Charbons & biffes dan• gereufes. De la Pelle. u55 k huez, & les jointures 8c îigamens Te trouuent tous refolus, tant eft ia poumtûre chaude éc humide. Les charbons jettent vue fanie virulente , tres-puante, d’eftrange nature , qui fairi’vlcere corrofif & ambulatif, pourry 8c corrompu, 8c le plus fouuent fe procréent plufieurs veflîes aux parties voi- fincs, lefqu elles après s’aflémblent.toutes en vne, 8c jettent fanie en petite quantité, principalement ceux qui font faiéls de cholere, à caufe de la ficcité de la matière bruflée, qui fait efcharre, 8c tard fe conuertiflcnt en bonne boue oufanie louable , parce que la matière eft bruflée , 8c non pourrie, par FacHuité excefliue de Finflammation 8c corrolion. Outre-plus, la tumeur de la bofl’e & dü charbon eft quafi touflôurs rebelle, 8c tres-diflicile à eftre refoluë oufuppurée j pour la malignité de leur nature. Et quand ils ne fuppurent par aucuns medicamens, 8c que la tlimeür demeure de cou- leur noire ,&iion veut attenter à les ouürir , qu’il n’en forte qu’vne ferofité noiraftre, 8c le plus fouuent nulle humidité : de mille malades ainfl affrétez à peine en refehappe vn fcul. Ce que Fay plufieurs fois remarqué , pénfant les peftifereZ à FHoftel-Dieu de Paris. Il y à des charbons, aux- quels quand ils font ouuerts, on trouue vne chair molle 8c fpongieufe , qui ne fe peut corriger : car quand on en confume quelque portion, il en reüient dauantage : 8c tels font mortels, parce qu’ils ne cedent aux remedes, ce que i’ay veu fouuentesfois à mon grand regret. Dauantage aucuns font faids d’vne fi grande corruption d’humeurs, 6c fi maîings, que les membres tombent en mortifi- cation , tellement qu on void le pied fe feparer de la jambe , 8c le bras de Fefpaule. Auflî autoui d’aucuns charbons 8c boflés ,fe font petites veilles, comme s’ils auoient efté piquez d’orties , ou comme celles qu’on voici aux herpes milliaires , lefquêlles font procréées de vapeurs exhalantes dé matières conjoindes 8c arteftées en la partie que nature jette hors. Telles veffies ne prefagiflént pas neceflairementlamort : mais fi la partie charbonnière deuient bourfouftlée 8c de couleur purpürée on verdoyante , plombine 8c noire , 8c qu’autour Fon trouue des ampoulles femblables à celles des bmflüres, 8c qüe le malade die n’y fentirplüs de douleur , foit que Fon le pique, coupe, ou brufle, c’eft figue non feulement de gangrené , mais de mortification totale, &quc la chaleur naturelle eft foftbquée 8c efteinte par la malignité du venin. Outre-plus, i’ay efté curieux eftant à FHoftel-Dieu de Paris, ayant veu des malades de pefte , aufquelss’eftoient apparues quelques tumeurs aux emun- doires, lefquelles le lendemain n’apparoiflbicnt aucunement, dont les malades mouroient, de cher- cher à la partie la caufe de la mort ; 8c véritablement, i’ay trouüéà aucuns, ayant fait incifion aflez profonde, la chair y eftre bruflée , comme fi vn cautere aduel y auoit pafle. Les boflés 8c charbons n e font iamais gueres fans fièvre , laquelle eft plus grande , lors qu’ils fe font aux emundoires, 8c aux parties nemeufes, qu'aux charneufes ; toutesfois ceux qui font de bonne température , ayans les Vertus 8c facultez fortes, ont lafiévre moindre , 8c pareillement tous les autres accidens. Les charbons n’occupent pas feulement les parties externes, mais aufli quelquesfois les internes, 8c quelquesfois les deux enfemble. Si intérieurement le cœür en eft faifi fans aucune apparence exté- rieure , la vie eft déplorée 8c briefue , & les malades meurentfouüent en mangeant, beuuant, Sc en cheminant. Si le poüîmon ou le diaphragme 8c autres parties dediées à Finfpiration 8c expiration en font occupées , le malade meurt en vingrquatre heures ou moins , parce qu’il eft fuffoqué par faute de refpiration. Si le cerueau en eft afîailly, s'enfuit frenefie 8c rage , puis la mort. Si le venin fe jette fur les parties dediées à Fvrine , le malade meurt par faute d’vrinet. Ce qui aduint au Cha- fteau de Roüffillon à Vne Damoifelle de la Royne , de laquelle auons parlé cy-defl’us. Aufli fi le charbonfe jette en Feftomach,cela eft mortel : Cequi furuint au gouuerneur des Dames de FHoftel- Dieu de Paris, lors que i’eftois audit lieu perdant les malades. Or iceluy eftoit vn Moyne ieune, hault, droit, fort 8c puiflant, de l’Ordre fainét Viéior, auquel furuint vne fièvre continue , 8c âuoit la langue aride, feiche 8c raboteufe, de couleur noire, à caufe de Fextréme chaleur de la fièvre & de la vapeur putride, qui montoit des parties intérieures à la bouche (càr félon le dire du vulgaire, quand vn four eft bien chaud , la gueule s'en reflént ) 8c droit la langue hors ia bouche comme vn chien qui a longu cment couru, 8c auoit vne extrême altération, defiraht perpétuellement boire aüec grande défaillance de cœur, 8c appétit continuel de vomir , 8c mourut au troifiéme iour en con- uulfion vniUerfelle de tousfes membres. Les Danies voyans le pauure Moyne defpefché en fi brief temps, 8c confiderans les accidens qui furent fi Cruels , aftkmoienr qu’il auoit efté empoifonné: dont Meilleurs les Gouuerneurs dudit Hoftcl-Dieu , ayans efté aduertis, commandèrent que le corps du Moyne fuft ouuert, pour en fçauoir la vérité. Et pour ce faire furent appelez vn Médecin 8c vn Chirurgien auec moy , 8c Fayans ôüüert, nous trouuafraes au fond de ion eftomach vn verti- ge .femblable à celuy que laiflé vn cautere potentiel, auec vne efcharre ou croufte de largeur d’vne ongle, 8c le refte de Feftomach fort retiré 8c bien dur. Alors tous d’vn confentement promptement concîüfines , qu’il auoit efté empoifonné du fublimé ou arfenic , veu Fefcharre laquelle penetroit bien profondément. Et ainfi que ie recoufois le corps d’iceluy , i’apperceus plufieurs petites taches noires, femées fur fou corps : 8c lors ie rappelay la compagnie poür contempler lefdites taches, leur diiant 8c affirmant que c’eftoit du pourpre : mais le Médecin 8c Chirurgien me dirent que c’eftoient morfures de pulc.es, ou de pünaifes : ce que ne voulus aucunement accorder , parce qu’il y en auoit en grande quantité. Et pour vérifier mon dire,ie prins vne efpingle, la pouffant aflez profondément dans le cuir en plilfieurs endroits , 8c le leuay en haut, puis le coupay auec cifeaux, 8c fur trouuéç la chair de deflbus bien fort noire. Pareillement nous confiderafmes la couleur liuide du nez , des oreilles , 8c des ongles, mefmes de tout le corps, plus noire quelle n’a couftume d’eftre aux morts d’autres maladies , & principalement le vifage changé , tellement qu’il eftoit quafi impoffible de le pouuoir recognoiftre. Adonc changèrent d’opinion, 8c feifines rapport que le Moyne eftoit mort d’vn charbon peftiferé , 8c non d’autre poifom Charbons, ambulatifs auec eroforti Pràgnoitiè mortel. Charboàs gangrentuH: Les hojfés & charbonsra* rement [ont fans fièvre. Charboni mortels; tiifîoirës Compajficn des DafneSi Moyen dcj cognoisîre les éruptions ou pourpre , le malade eflat mort, 65 6 Le vingt-deuxiefme Liure, De U cure du charbon yestifae. Chap. XXXVII. Le charbon caufe dou- leur , fièvre, & mort. O v s auons dit par cy-deuant qu’au charbon y auoit grande inflammation &: extre- f $ me douleur > qui entretient 8c augmente la fièvre , & autres griefs accidens, lefquels J & affoibliffent ôc abbattent les vertus, ce que fouuentesfois eft caufe de la mort des 1 SÉk j| pauures malades : ôc cela prouient de la putrefaûion ôc corruption qui fe fait de U fubftance du fang corrompu, &c de la venenofité d’iceluy. Parquoy il faut que lé Chirurgien ait efgard à contrarier à la caufe d’icelle douleur, & n’applique deffus le charbon remè- des fort chauds Ôc atrradHfs, ny fort emplaftiques ôc vifqueux , comme nous auons dit du bubon, parce qu’ils empefehent quelque exhalation du venin, efchauffent ôc opilent trop, dont les tumeurs font rendues plus rebelles à fiippuration. Et partant il vfera de relaxatifs, qui ouurent les pores ôc contrarient à la vehemente chaleur du venin , ôc fuppurent : ce quife fait rarement, à caufe que la partie charbonnière eftantroftie de chaleur effrange, jette vn morceau de chair nommé efcharre, ôc après eftre eheute , demeure en vlcere cane , fordide , ôc de difficile curation. Donc pour le commencement on fomentera le lieu d’eau chaude ôc d’huile , en laquelle on mettra vnpeu de theriaque , y laiffant deffus eftoupes ou laine grade , ou du cotton : ou en lieu de telles choies, on vfera d’vne decoélion faidc de guimauues, oignons de lys, femence de lin, figues gradés, huile d’hypericon, afin de raréfier le cuir, ôc attirer la matière au dehors : puis le lendemain on y appli- quera ce cataplafme. f. foliorum acetofæ ôc hyofcyami an.m.ij. coquantur fub cineribus calidis, poftea piftenrur cum, vitellis ouorum numéro iiij. theriaeæ 5.!). olei liliorum 3. iij. farinæ hordei quantum fufficir : fiac cataplafma ad formam pultis fatis liquidæ. Tel cataplafme fede la douleur , reprime l’inflammation ôc fiippure,& ce faifant fortifie les forces du malade. Autre. If. radiçum altheæ & liliorum feminis fini coquantur complété, ôc colentur per fetaceum, addendo butyrirecentis mi" thridatij 5.). farinæ hordei quantum fufficit : fiat cataplafma vt decet. Les cataplafmes fuiuans font propres pour attirer la matière veneneufe , ôc ayder nature à faire fuppuration , lors que la fluxion n’eft grande, f. radicis liliorum alborum , cæparum, ferment! am3.fi. feminis finapi, fimi colum- bini, faponis mollis an. 3.}. limaces vj. cum teftis , faethari optimi , theriaeæ fiemithridatij. am3.fi* piflentur omnia , ôc incorporentur fimul cum vitellis ouorum, & fiat cataplafma, lequel fera appliqué vn peu chaud fur le charbon. Et te puis affeurer que d’iceluy verras vn efléét merueilleux pour fup- purer ôc attirer la matière virulente du dedans au dehors. Autre. vitellos ouorum numéro vj„ falis communis puluerifati 3. j. olei liliorum ôc theriaeæ an. 3.fi. farinæ hordei quantum fufficit : fiac cataplafma. Et en lieu d’iccux, on vfera du médicament fuiuant. If. diachylonis parui 3.1V. vnguenri bafiliconis olei violamm 3.#. fiat medicamentum. Plufieurs Autheurs ont loué à grand’ mer- ueille la feabieufe broyée entre deux pierres , ôc mixtionnée auec vieil oing, iaulnes d’œuf, & vn peu de fel, pour faire fuppurer le charbon. Auffi l’œuf entier méfié auecques huile violât ôc farine de fourment, appaife la douleur ôc fuppure. Dauantagc la racine de raifort coupée en petites pièces, ôc appliquée fur les charbons ôc apoftemes peftiferées , ôc renouuellée fouuent, attire grandement le venin. Et pour efteindre la grande inflammation, on pourra pareillement appliquer fur les boflés ôc charbons, çataplafmes faiéls d’efeargots ou limaçons auec leur coquille fubtilement pilez ÔC broyez , y adiouftant du theriaque ou methridat, Ôc renouuellé fouuent. <*Antre. Prenez vers de terre tant qu’il fera befoin, comme vne bonne poignée, ôc les y appliquez deffiis, eflant mis dedans vn petit linge bien délié , fait en manière de fachet. ’utre. Prenez grenouilles hachées Ôc piléçs, & les appliquez deffus. <»y4utre. Prenez efcreuices broyées &püéés fubtilement auec leur coquille. filtre. Prenez huiflres auec leur coquille ôc leur e^u, ôc les pilez ôc appliquez deffus. Tels animaux ainfi appliquez fedent la douleur , ôc efteignent la grande ferucur ôc inflammation , ôc attirent à merueille le venin peftiferé. Si on abhorre cefdits animaux , en lieu d’iceux on vfera fur toute la partie charbonnière enflammée ôc embrafée , de remedes froids ôc humides , comme fueillcs d’o- zcille , iufquiame , mandragore , ciguë , morelîe , plantain, ôc autres femblables , de chacun vne poignée : ôc feront appliquez auec leur jus,& renouuellez fbuucnt,& continuez feulement tant que la grande douleur , ferueur ôc ébullition de l’inflammation fera efteinte. Que fi quelqu’vn dit que tels remedes extrêmement froids pourroient repercuter le venin du dehors au dedans, ôc fuffoquer la chaleur naturelle de la partie par leur extrême froideur : à cela il eft aifé de refpondre, que l’intention pourquoy on les applique,eft pourfeder la douleur,ôc efteindre l’impetuofité Ôc ferueur de la grande inflammaiion,qui fait augmentation de la fièvre,auffi pour euiter la gangrené ôc mortification de la partie, comme nous auons dit. Auffi le jus de l’herbe nommée Tuflîlago,ou Pafd’afne, efteint pareil- lement l’inflammation des charbons : comme auffi fait l’herbe nommée Morfus diaboli, piftée ôc appliquée deffus. l’ay fouuent vfé du remede fuiuant pour reboufeher ôc abbattre la grande ferueur ôc douleur , ôc ayder nature à faire fuppuration. Prenez quatre onces de fuye , qui eft adhérante contre les parois de la cheminée, deux onces de gros fel, &les puluerifez fubtilement, y adiouftant des rnoyeufs d’œufs,tant que le tout foit en forme de bouillie,&’ ce foit appliqué vn peu tiede furie charbon. Dauantagc ne fuit obmettre à l’augmentation du charbon de cauterifer la poimfte, fi elle apparoir noire, auec huile feruenre ou eau force ; car par ladite cauterifation on abbat ôc foudroyé Is CatapJafme anodyn & fuppuratif, pour charbonnière influxion. De la fca. bieupu. , De l'œuf en- tier. Racine ao raifort. OhieBion. Retyonftj. lut de Tujfi- lago. Mot fus ài aboli. Cauterifatio de la poinflfu du charbon. De la Pefte. 657 venin , & appaile-on la grande douleur, ôc âutreS acddens : Ôc te puis affieurer que ie î’ay fait plu- heurs fois auec bonne 8c heureufe ifliië, 8c puis bien afTeurer qu elle ne fait grande douleur, à caufe qu'on ne touche que la poindre du charbon, qui eft le commencement d’efeharre qiiàfi infenfible* Et après 1’auoir cauterifée on continuera les remedes fufdidrs iufques à ce que Ton verra que l’efcharré le ieparéra d autour , comme vn cercle, qui eft lors vn bon prefage , lignifiant que nature effc forte, , oki’tutui ? « Sccræ albæ 3.iij. Uquefiant ifta fimul lento igné, deinde adde rliniS igné, donec infrigidentur, poftea addes trochifcorum fpermat c, Ji.lnerifatorum z iii caphur. *.)• tandem cummalicitrijfucco omniadihgentermif- On peut ’vfet defdits medicamens pour oftet la rougeur, & principalement duiv.fag=,les deflusaufoir, & lesy laifl’ant toute la nui* . puis au matin on fe lauera d eau de fon vn peu «de. De plu fleurs euacuatums qm fefmt, outre Us précédas. & de Ufuenr. Chapitré XXXIX. a Y AN T parle des euacuations qui fe font par l’apofteme peftiferé, par les charbons & i autres éruptions du cuir, il nous refte de prefént à parler de celles qui le font par fueur, ! vomiflemens, flux de fang par le nez, ou hemorrhoîdes, & par les mois aux femmes, I aufll par le flux de ventre & autres , afin que par telles euacuations on ayde encores S nature à expellet le venin du dedans au dehors, & principalement que celuy qui n eft encores paruenu iufques cœur. n’y puifle aller aucunement. Et en telles euacuations le Chirur- gien aura efgard où nature eft coufturoiere à faire fa defeharge , & suffi ou elle tend a fane fa enfe. toutesfois i celles euacuations ne font pas toufiours critiques, mais lymptomatiques, ou accidentai- res comme nature n’ayant toufiours puiflance de faire bonne concoéhon comme elle defireroit, a caufe de la malignité de la matière, qui eft altérée & corrompue, & du tout contraire aux principes dont nous femmes compofez. Et pour commencer à la fueur, fi nature tend a fe defeharger par icclle elle fera prouoquée en faifant coucher le malade en vn lift bien chaud & bien couucr • “ _ ’ cailloux chauds, bouteilles ou veilles de porc ou de bœuf remplies d eau chaude , o„ efoonves trempées en quelque decoâion chaude , & puis cfpteintes, & faifant ce qu auons dit cy- deuaîif pour prouoquet la îheur. Les Anciens nous ont laifTé par eferit, que routes futurs font bon- maladies ai>ucs, pourueu qu’elles foient faites aux iours critiques, & forent vn.uetfelles & fi unifiées en Lr demonfttatif : mais en telle maladie de pefte ne faut attendre crife cfmme nous auons dit, mais ayder nature à chalfer fubitement le venin hors par tous moy ens où on verra que nature s’enclineta le plus. Le malade donc fuera vne heure ou deux, plus ou moins, félon qu on verra eftre ne ce (Taire. Faut eonfi derer le che- min où tend natures. Moyen des provoquer la fueur. Vh vomijfement. C H A P. XL • v s s i le yomiflement purge les humeurs , ce que les medecmes fortes rie peuucnc WwÆm bien faire , Ôc par le moyen de cefte euacuation l’humeur vénéneux eft jette le plus fouuent hors. Parquoy fi nature tend à fe defehargerpar iceluy, onluy aydera en don- nant à boire au malade demie liure d’eau tiede, quatre onces d’huile d ohue, vue once de vinaigre, Ôc vn peu de jus de raifort *. puis toft après luy fanant mettre en la gorge vnc plume d’oye imbue en huile , ou vnepetite branche de rofmarin . on mettra es P fond de la gorge, pour fe prouoquer à vomir. Autre vomitoire. Prenez eau de lemence de 1 , - quelle foie mucilagineufe , & en faut boire vn verre d’icelle eftant vn peu tiede. Autre. Prenez de la decodion de raifort ou de fafemence , 6e femence d’arroche, de chacun trou[dragmes, demieonce d’oxymel, 6e autant de fyrop aceteux,6e en faut donner à boire au malade en bonne quantité vn peu tiede. Autre. Prenez fix onces d’oxymel de Galien , ôc deux onces d huile commune , ôc loit doni tiede. Or fi nature n eft facile à fe defeharger par le vomiflement, ne la faut contrainde ; car eftàn fait par vehemence , il caufe diftention aux fibres nerueufes de 1 eftomach , ôc a at es ver , quclquesfois rompt quelque vaifleau aux poulmons, dont s enfuit flux de lang,qui a rege a s le malade. Parquoy en tel cas ne faut prouoquer le vomir, maispluftoft 1 eftomac cracorro on;p dehors de fachets faids de rofes,abrynthe,fantaulx(c€ que deferirons plus amplemet pa dedans de jus de coings, ou berberisjôc bons boüillons,&autres chofcs qui corroborent e omae Moyens des provoquer les ‘vomir. Autre vûtfti- toirtj. Autres. Le vomiffe- ment véhé- ment efi dangereux. Chap. XLI. Ar cracher & bauer fe faitaufll grande euacuation : ce qu on void pal expérience à JœiP plusieurs qui ont eu apoftemes aux codes, nommee Pleurefie, alors que la fuppuration Æ eft faite , la fanie eft jettcc par la fubftance rare ÔC fpongieufe des poulmons, & de la Jfe conduite par la trachée artere en la bouche. Et quant au bauer, il eft bien niamj e“c que les pauures verolez fe purgent par iceluy , comme aufll par le cracher. Orora pourra prouoquer le cracher ôc bauer auec mafticatoires faits de racines d iris, & de pyrethre, ma ic* ôc autres fcmblables : aufli en tenant dedans la bouche ôc gargarifant, mucilage de lemence de im. De cracher é* hauer. Pour prouo quer le cru- cher & ba~ wr. De la Perte. 6j9 De l'efternuer & moucher,, Chap. XLIL SV s s i par efternuer ôc moucher , Nature éuacue fouuent ce qui luy eft fuperflù ou nuiliblc, quand le cerneau de Ion propre naturel, ou par artifice fe defeharge par le nez1, ce qu’on void manifeftemenr en ceux qui ont le cerueau fort humide , comme petits enfans , tk vieilles gens , lefqüels fe pürgent fort par cet endroit. La caufe d’iceux eft intérieure ou extérieure : intérieure , comme vne matière pituiteüfe ou vapoureufe qui moleftc lé cerueau, pluftolè toütesfois à l’efternuer qu’au moucher : extérieure, comme lors que le Soleil don- ne droit dedans le nez , ou alors qu’on y met vne plume, ou autre chofe femblable , ou quelque poudre mordicatiue, comme hellébore, euphorbe, poivre, mouftarde, ou autre femblable fternu- tatoire : car alors par le bénéfice de la faculté naturelle expultrice, le cerueau s’aftreint & ferre pour jetter ce qui luy nuit ; tk cela procédé principalement de la partie ànterieure d’iceluyi Or ladite fternutation ié fait aUec fon & bruit, à raiion que les matières pafient par lieux anguftes tk eftroits qui font les colatoircs ou les os cribleüx , qui font âu nez. Et ne fe doit procurer en grande reple- tion, fi les chofes vniiicrfellcs n’ont précédé, de peur de faire trop grande attraction au cerueau, qui pourroit caufer apoplexie, vertigine, & autres mauuais âccidehs. Sterttutâïcs •> rts. De l'eruffathn ou rouftentent, à4 du fanglot, Ch Ap. XLIII. Avantage il fe fait quelque vàcüation par rcmClation , ou roulement, Sc par le fanglot. Quant à l’eruétation elle prouient des ventofitez contenues en l’efto- 1/ macfi > jettées par la faculté expultrice d’iccluy, lelquellcs font procréées par indige- fti°u , c’efl: à dire , faute de coneodion, comme pour auoir pris trop de viandes ou t>reuuages, ou pour auôir vfé de choies Vaporeufes, comme pois, feues, chaftaignes, nauets , raues , paftenades * carotes , vin nouueaü, &; leurs femblablcs : ou par faute de dormir, &c généralement par toutes chofes qui corrompent ou empefehent la Vertu concodrice, félon la di ; uêrfité dcfquelîes Todeur de l’erudatiort fera diuerle , à fçaudir douce ou fetide, amere, acide, poi- gnante j ou d’autre qualité. Si le roudemeht eft doux, & fe fait feulement deux ou trois fois, cela eft bon ; aU contraire, s’il eft puant & réitéré par plufieurs fois, cela cil mauuais j car c’eft ligne que la vertu digeftiuc eft corrompue. Et poür y lubüenir , s’il vient en trop grande abondance , il faut faire vomir le malade : que fi c’eft par inteniperâture de l’eftomach, il fera corrigé par le confeil d’vn dode Médecin. Quant au fanglot ou hoquet, c’eft vne contradion tk extenlion des fibres nerueu- fes de l’eftomach , qui fe fait pour expeller tk jefter hors certaines Vapeurs qui luy Huilent. Les cail- les d’icelùy font inanition ou repletion 3 ou certaines vapeurs prouenantes de quelque putrefadion qui eft en la capacité de l’eftomach , ou comme le plüs fouuent attachée obftinément aux tuniques, ou portées enicelûy de quelques bofles, charbons, ou autres apoftemes & vlceres putrides, qui font és autres parties, ou poür aüoir mangé chofes fort aigres tk aiguës , comme vinaigre , forces efpi- ccrics, tk autres femblables, qui mordent & piqüent l’eftomach. S’il vient après vne grande vacua- tion , foit naturelle , oü artificielle, oufurüient en laplaye, fpecialemertt fi elle eft en la celle, dont la fanie tombant en l’eftomach , procrée ledit fanglot, &qü’il continue, c’eft chofeperilleüle. Aulfi s’il vient après le vomir, c’eft mauuais fighe : que fi après iceluy le ipafme fumient, cela eft mortel. Or poür y remedier, il faut confiderer la caufe : car s’il vient par repletion, on y remédiera par éva- cuation : aü contraire, fi par vacuation oü inanition 3 oh y procédera pat repletion : s’il prouient par vapeurs efleuées de putrefadion, il faut donner du theriaque , tk autres chofes alcxitereS qui con- trarient à la poürriturejqu’auons déclarées cy-deuant ; & fi c*eft de chofes aigres tk aiguës* il faudra vfer des remedes qui contrarient à icclles, tk ainfi des autres* Eructation.. ■ PrognoUii Sanglot on hocquet. PrognofUc dit fanglet. Remede pouf le [mgioti De l'vrine. C«a t. XLlV. SVtkfe cuacuation fc fait par l’vriné, & grandes maladies Ce terminent par icelle, comme voyons quelquesfois aduenir aux verolez, aüfquels l’onCHon vif-argentée,n’ayantpeü pro- curer aucun flux de bouche * furuient flux d’vrinc , & guariflent : comme aufiî fouuent adüieht en aucunes fièvres, & plufieurs autres maladies. Or l’vrinc fera prouoquée par les remedes diüretiqiles eferits en mon Liure des Pierres : toütesfois il le faut bien donner garde d’en vfer de trop forts s’il y auoit inflammation à la Veille, à caufe que Ton feroit fluer dauantage les humeurs , choie qui la pohrroit gangrener, & accélérer la mort du pauure malade. Donc en ce cas il fera plus expédient de diuertir par fueürs ou autre maniéré. Du flux menïîruel. C h a p. X L y. HAreillement fi oh void aux fcmrhes que Nature Te vueilte defchargcr par le flux menftruel, on leur aidera par remedes qui le prouoquent, tant pris par dedans, qu ap- pliquez par dehors. Ce que l’on doit prendre parla bouche, font efcorce de canne de cafté ratifiée , efcorce de racine de itleurief, fafran , agaric , noix muguette, fauinier, racine de boüillon blanc, pallel diagrede, &: plufieursautres. Èt s’ileft queftion d’vfer de plus Forts, on prendra racine de titliymal, antimoine, & cantharides ( toütesfois en petite quan- tité) lefquels prouoquent grandement tel flux. Aufti on fera fridions tk ligatures aux cuiifes & iam- bcs, application de ventoufes fur le plat des cuiifes,àpertion de la veine Saphcne,fangluës appliquées Remettes prié ti'Hip.liti. Dt. ji.it. mtilitr. Dt Dlofccri- ât Hure 3. Nath. Syl- uiu4 liurej des mois. 66o Le vingt-deuxiefme Liure, à l’orifice du col de la matrice, pelfaires, noüets, clylrcres, bains, fomentations faites de chofes odo- riférantes, qui efchauflènt, fubtilient, de incifent la groflëur des humeurs, de ouurent les orifices des veines qui font elloupées, par obllmêtion,comme (ont Racines de bouillon blanc,guimauue,iris,pcr- fil, fenoifbrufcus,fueilles d>e fleurs de mille permis,afperges,roquette,bafilic,melilfe,cerfueil,armoi- fé, menthe, poulior, farriette, ro(marin,ruë,thym,hyflope,lauge,bayes de laurier de de genévre,gin- gembre, doux de girofle,poivre,muguertc,& autres femblablcs,qu’on fera bouillir,& en receuoir la vapeur au col de la matrice, par vn entonnoir dedans vne chaire percéc,ou faudra faire bains vniuer- fels : on en pourra faire des parriculiers,aufquels la femme fe mettra feulement les iambes iufques au deflus du genoüil,&; s’y tiendra le plus longuement qu’il luy lcra poflible.Ou bien vfera de pelfaires, comme ceux qui s’enfument. Theriacæ de mithridatij an.5.fi. callorei, de gummi ammoniacian. g.j. mifee cum boinbace infucco mercurialis tinéla, de fiat peflarium. Autre. Jfl. Radices petrofelini dé fœniculilub cineribus codas, deinde contufas cum puf ftaphyf. pirethri, cioco de oleo lilior. de de ce foit fait vn pellaire en forme de iuppofitoires ou noüets, qui feront enudoppez en linge tiflü, en maniéré d’vn lac de longueur de quatre ou cinq doigts, ou plus. Autre, jfl. Pul. myrrhæ dcaloes an. g.j. fol.fabinaî , nigeilæ , artemif an. J.ij. rad. helleb. nigri g.j. croci 9-.j-.com lucco mercur. de mellc commiat peflarium cum bombacc. Autre plus fort. ïütae de abfinth. myrrhæ, euphorb. callorei, fabinæ , diagredij, tefebenrh. galbani, theria. an.fiat peflarium fecundum artem. Ces pelfaires feront liez de attachez auec du fil, lequel pen- dra allez long , à fin de le retirer du col de la matrice quand on voudra. Aufli le Chirurgien doit confiderer que fi le flux ell partrop exceflif, le faut eflancher, quife fera en plufieurs manières ; premièrement par alimens qui efpefliflént le fang , aufli par la laignée faite au bras, par application des ventoufes lous les mammellcs , par mêlions de ligatures faites au bras, appofition de pelfaires, emplallres, de autres medicamens froids & allringcns pofez fur la région des lumbes. Et faut que la femme foit limée en lieupropre , non couchée fur la plume , de peur que par icellc le fang ne full clchauffé dauantage. Et fera bon aufli vier de celle inieêlion pour arreller tel flux. %. Aquæplantag. de fabr. an.tb.j. nuc.cup.gallar.non matur.an.g.ij.berb. fumach, balaull. vitrioli Rom. alumi.rochæ an.g.ij. bul. omnia limul, de fiat dccoêlio : de laquelle en fera faicle inic- clion en la matrice. Et faut que le Chirurgien fe gouuerne fagement, tant à la prouocarion que reflriêlion, de peur qu’il n’y commette erreur : parquoy en ce cas doit prendre le confeil d’vn doêle Médecin , s’il luy ell poflible ; ie dy s’il luy ell poflible , parce qu’il s’en trouue peu qui vueillcnt viliter les panures pcllifcrez : chofe qui m’a incité d’amplifier cet eferir , pour inllruire les ieunes Chirurgiens à mieux penfer ceux qui feront malades de pelle. Remedes qui ne font pris parla bou- che~>. PcJfairtJ. Autres pffaire-'. titre pe(fai- re plus fort que Us pré- cédons. Remedes dtj flux mtn~ ftruel trop exceflif. Rourquty l'Auteur et icy iruîclé des euacHO,• lions. Des Hemorrhoïdes. C h a p* X L Y L SI on cognoit que Nature fe vouluft defcharger par les Hemorrhoïdcs, elles pourront dire prouoquécs par friêlions tk ligatures allez fortes faites aux cuilfes & aux iambes, application de grandes ventoufes, auec grande flambe fur le plat du dedans des cuil- les : aufli on mettra des choies chaudes de attraêliues fur le liege , comme fomenta- tions, de oignons cuits fous les cendres, pilez auec vnpeu de thcriaque. Dauantage, on frottera les veines hemorrhoïdales de linges rudes, ou auec fueilles de figuier,: ou oignon crud, ou fiel de bœuf incorpore auec vn peu de poudre de colocynthe. Pareillement y fe- ront appliquées fangfuës préparées, & bien choifies, «Sepour le dernier la lancette,fi les veines font allez fbrties hors du liege , &c enflées & pleines de fang : toutesfois fi le flux n’dl reiglé , mais ex- ceflif, il lera eftanché par les remedes qu’auons déclarez pour atteller le flux menllruel. Pour prouo- quer les he- morrlmàes, Pour prouoquer le flux de ventre. Chap. XLVII. Différences de flux 80 ventre^, 1. Diarrl.ee, i. Lienterie. L fe fait lembiablement vacuation de l’humeur pellilent par le flux de ventre , à « fçauoir quand Nature de fon propre mouuement, ou par l’aide de medicamens laxa- c^s ’ PLirge jette hors les excremens & humeurs contenus au ventre , de en topte pcW l’habitude du corps, à fçauoir par flux diarrheique, lientherique de dylenterique. Et pour bien difeerner vn flux d’auec l’autre, il faut voir lesfelies du malade : de s’il jette humeurs liquides, linceres, c’ell à dire d’vue forte, ou efpece,comme de pituite feule, cholere ou melancholie , de en grande quantité lans vlceration aucune des intellins, de douleur grande : tel flux ell appelé diarrheique, c’ell à dire, humoral. Flux lientherique ell lors que les intellins ne retiennent point deuëment les viandes, mais deuant qu’elles l'oient bien cuites en l’ellomach, elles découlent crues, de telles quelles ont elle mangées Tel flux vient de la débilité de la vertu retendue de l’ellomach , pour vne trop grande abondance, d’humeurs, ou de la débilité de la concoêlrice d’iceluy pour vne trop grande frigidité. Flux dylen- terique ell, lors qu’il y a vlceration aux intellins, auec grandes douleurs &c tranchées , qu’il fe fait d’vne corruption d’humeurs, principalement d’vne cholere brullée , laquelle corrode la tunique des intellins , dont s’enluit que le fang fort tout pur parle fiege. Or en celle abominable maladie pellilente furuient à aucuns grand & exceflif flux de ventre , par lequel quelques-vns jettent vne matière liquide , fubtile , glutineufe, de efeumeufe, reflcmblant quelquesfois à greffe fondue , à caufe de la chaleur putride , qui liquéfié de corrompt les excremens, de empefche la concoêlion, dont les felles font quelquesfois veuës de diuerfes couleurs , comme ronfles violettes , iaunallres, verdes , noires, cendrées, ou d’autre couleur , dont fort vne feteur intolérable , comme aufli de leur fueur de haleine , qui prouient d’vne chaleur putredineufe engendrée d’humeurs ténues. 3. Vyfente- rie. De la Pelle, 661 cholériques, Sc acres par pourriture, dont eft grandement irritée la vertu expulfiue à excrétion. Et quelquesfois aufli s’y trouue quantité devers , qui demonftrent pareillement grande pourriture d es humeurs. Et quand l’humeur eft ardant de baillant, il irrite Nature à jetter non feulement les e x- cremens & humeurs, mais aufll le lang tout pur, dont la mort s’enfuit. Ce que i’ay veu adueilir au camp d’Amiens à plufieurs foldats forts de puiflans. Et véritablement ie fis difledion de quelques- vns après leur mort, pour cognoiftre d’où celle quantité de fang ainfi pur pouuoit fortir : de trou- uay la bouche des veines de arteres Melaraïques ouuertes «Se efleuées, ou tuméfiées la part où elles aboutiflent dans les inteftins en forme de petits cotylédons, delquels lors que les comprimois, le fang fortoit tout pur. Or quelquesfois ce vice n’cft qu’aux gros inteftins, quelquesfois feulement aux grefles, de aucunesfois aux gros «Seaux grefles ; partant le Chirurgien prendra indication du lieu où le malade dit fentir contorfions de douleurs. Car fi ce n’eft qu’és grefles ou menus, la douleur fera vers l’eftomach : au contraire , fi c’eft aux gros, la douleur fera vers le petit ventre au deflbus du nombril. Donc fi le mal eft aux inteftins grefles, on baillera remedes par la bouche : au con- traire fi c’eft aux gros, faut procéder par clyfteres : de fi l’afledion eft en tous, faut y remédier par haut & par bas. Et pour ces caufes , le Chirurgien rafionel prendra indication de la diuerfité du flux de ventre , de des accidens qui fe prefenteront : comme fi on void que le malade ait tenefmes de grandes empreintes ( qui eft vn ligne que Nature fe veut defeharger par le ventre ) en luy aidera par medicamens pris par la bouche , comme demie once de hiere fimplé auec deux onces d’eau d’abfinthe, en y adiouftant vne dragme de diaphœnicum, ou autres femblables : aufli à cefte intention les clyfteres apportent grand profit, pource qu’ils purgent les fuperfluitez des inteftins, diflipent les ventofitez, appailenr les douleurs , 8c en tirant les ordures contenues aux boyaux, par conséquent ils attirent aufll par fucceflion des parties fuperieures , & mefmement des veines de diuertiflent des parties nobles. Pourquoy te* excretnës des Pemftref signes pour Viels intc~ f U * * Exemple d’vn clyftere , pour Irriter la venu expuhrîce d jetter dehors les fdperfluzte?. Florum main# , violariæ, mercurialis an. m. j. feminis lini 5. fi. fiat decodio ad tb. j. in qua diflbluc confedionis hamech, diaprunis folutiiii an.5.fi. theriaeæ g.iij. olei vlolati nfufion,ou tois dragmes de calle, ou vne once de fyrop rofat laxatif, ou demie once de fyrop de chicorée composé auec rheubarbe: ou celle médecine qui s’enfuit.^.rhab.elccli pul.j. j.infundc in aqua cardui benediéti cum cinna- momi 9.fin colatura dillblue catholici 3. ij. fyrupi rofati laxatiui 3. iij. fiat parua.potio. Or tou- tes ces chofes fedoiuent faire par le confeil d’vn doéle Médecin s'il ell polîible de le recouurer. Et quant au relie de la cure , elle fe parfera ainfi qu’auons déclaré par cy-deuant, ayant efgard à leur nature tendre &c délicate. Moyens de prouoquer la fueur. Médiocrité de fuer aux enfans. De la hoffe & charbons furuenans aux enfans. De la purga- tion des en- fans. Dtfcours des imommodttez, que la Pefie apporte entre les hommes, dr du fouuerain remede. Chap. LI. La pefte eft l’vn des fléaux de Dieu, SU 'A y cy-dclTus remonllré fur les câufes de la pelle , qu’eftant vn des fléaux de Tire de % Dieu,n.cxusne pouuons finon tomber en toute extrémité de maux , quand l’cnormité de f nos pechez a prouoqué fa bonté à retirer fa main fauorable de nous, 8c nous ennoyer vne telle playe : il me fuffira donc pour la fin , de remémorer quelques incommodi- tez,ou plulloft à vray dire , horribles calamitez qui aduiennent en la focieté humai- ne pour celle dangereufe maladie, afin que félon les moyens humains que Dieu a ordonnez pour y pourueoir, nous foyons par la grandeur du mal plus enclins à chercher 8c vfer des rcmedesqui nous en peuuent preferuer Confiderons donc, qu'aulîi - toll que la Pelle eft en quelque Prouince, tout commerce de marchandile, dont les hommes ont befoin de s'entretenir par aide réciproque des vns & des autres, vient à ellre interrompu & delailîe : car nul ne fc veut bazarder de venir rien appor- ter au lieu où ell la Pelle, de peur de perdre fa vie. De là s'enfuit que les viures viennent bien toft en grande cherté , 8c en fin à défaillir du tout, mefmemcnt aux villes où il y a grand peuple, qui a accoullumé de viure au iour la iournee,fans faire prouifion, car les marchands allans çà 8c là pour en apporter , ne pouuant non feulement entrer aux villes ny villages, mais fouuent en font def- chalîez par armes, 8c à coups d’hacquebutes, arbalelles,& de pierres, pour ne les lailfer approcher, tant que quelqnesfois ils font tuez 8c raalfacrez inhumainement, au lieu du fecours qu'on leur de- uroit donner en leurs necelïîtez. De là vient que les autres n'y veulent aller , 8c eux qui fouloient fubuenir à ce que leur ville , ne tombait en défaut de viures, 8c autres chofes, font contraints d'en- . durer la famine auec leurs concitoyens. Sonuent les enfans font contraints d’enterrer leurs peres 8c meres,les peres 8c mères leurs enfans, les maris leurs femmes,& les femmes leurs maris (qui leur ell vn grand creuecœur) pour ne tronuer perfonne qui les veuille enterrer. Soutient aulîî on laille les corps fans les enterrer, defquels s’efleuent vapeurs putredineufes, qui renforcent la pelle. Outre- plus, les plus opulents,mefmes les Magiflrars & autres qui ont quelque authorité au gouuernement de la choie publique , s’abfcntent ordinairement des premiers,& fe retirent ailleurs,de lorteque la lullicc n'eft plus adminillree, n’y ayant perfonne à qui on la puillè requérir : 8c lors tout s'yn va à confufion,qui ell vn mal des plus grands qui fçanroit aduenir à vne Republique, & adonc les raef- chans ameinent bien vne autre pelle : car ils entrent és maifons, & y pillent 8c defrobent à leur ai- fe impunément, & coupent le plus fouuent la gorge aux malades, voire aux fains mefmes, afin de n'ellre.cogneus & accufez après. Qui en voudra des exemples bien recents, il en pourra fçauoir des habirans de Lyon , au voyage que le Roy y a faidl. Aulli en celle ville de Paris fe font trouuez des gens,qui auec fayde de tels raaillrcs ayans fait entendre quvn quidam leur ennemy auoic la pelle, fans neantraoins qu'il eull mal quelconque, le iour qu'il deuoit parler de fon procez,on faire quel- que aéle où fa prefencc elloic requife, le firent rauir 8c emporter à l’Hoftel-Dicu par la force de ces Les Magi- strats ahsëts de Uur tu ri fdiction, lu iujiice ceffe. H/finir f. De la Pefte. 665 galands,quelquerefiftence qu’il peuft faire, eftans plulîcurs contre vn: & fi de fottuné il imploiroîè l’aide & mifericorde du peuple qui le voyoitjes larrons ôc meurtriers l’empefchoienr,& crioiét en- cores plus fort que luy afin qu’il ne fuft entendu:ou bien ils donnoicnt à entendre que le mal i’auok rendu furieux Ôc demonfaquCjpour faire fuir’chacun d’auprès, ôc cepcdant eurent moyen de le pouf- ici audiél Hoftel-Dieu,&: le faire lier &c coucher auec les pclliferez, où quelques iours après il mou- rut tant de defplaifir,que de l'air infedé, ayant efté fa mort auparauant vendue ôc acheptee à beaux deniers contans. le n’ay que faire de déduire icy au long ce que l’on nefçait que trop,c’eft à fçauoir que les villes delailîèesdeuiennentchampeftres, iufques à y voir l'herbe croiftre par les rues, les la- boureurs delailïans leurs maifons ôc les fruits fur la terre,laquelle demeure en friche, les troupeaux font efgarez ôc cfperdns par leschampsdes homes s’entre-recontrans fuyent arriéré les vns des au- tres,ligne de grande punition de Dieu. le me contenteray d’adioufter icy que celle maladie rend par tout l’homme fi miferable,& infortune,que fi tollqu’il ell foupçôné,fa maifon(qui luy eftoit lieu le plus feur ôc le plus libre ) luy fert d’vne cruelle prifon : car on l’enferme dedans fans qu’il puilfc for- tir , ny que perfonne y foie admife pour le fecourir. Si cependant quelqu’vn de ceux qui font ainfi referrez ôc enfermez fc meurt,il faut que les autres qui font là dedans,voyent quelquesfois du- rant long-temps ceft horrible fpedacle d’vn corpsrcmply de vermine& pourrkure,auec vne gran- de puanteur charongncufe,qui fait renforcer l’infedion ôc venenofité de l’air, qui puis après fait re- doubler la pelle , & ell forment caufe de la mort de tous ceux qui font en la maifon. Et fi on fc re- tire aux champs,la mefme crainte ôc horreur y ell, ôc fe trouue en tout chacun qui les voit, & plus cncoresjd’autant qu’on a moins d’amitié ou cognoilfance. Tout ell clos ôc fermé aux villes,villages, ôc bourgades , voire les maifons propres font clofes à leurs maillres, tellement que forment on ell contraint de faire quelque logette aux champs, arriéré de toute conuerfation ôc cognoillàncercom- traint de faire quelque logette aux champs, arriéré de toute conuerfion ôc cognoillance : comme on faifoit à Lyon fur le rofnejà où les malades s’ellans retirez le chaud du iour les eftouffoit,&: le froid de la nuid les morfondoit,& leur amenoit d’autres mortelles maladies. Et qui plus ell, n’a-on pas veu efditcs loges,que le pere &la mere cllans griefuement malades, ne pouuans aider à leur enfant, le virent fuffoquer ôc manger auxmoufches Guefpes, &lamerecuidant le fecourir,fe leuer , puis tomber morte entre l’enfant ôc le mary ?Plus, on n’eft recogneu des vâlTaux,fubieds, ou feruiteinrs qu’on ait : chacun tourne le dos,& perfonne n’y oferoit aller : mefmes le pere abandonne l’enfant,& l’enfant le pere ; le mary la femme, ôc la femme le mary : le frere lafœur, ôc la fœur le frere : voirë ceux que nous penfons les plus intimes ôc feables amis, en ce temps nous abandonnent, pour l’hor- reur ôc danger de celle maladie. Et s’il y a quelqu’vn qui meu de pitié ôc charité Chreftienne , ou pour la confanguinité vueille s’auancer pour fecourir ôc vifiter vn malade, il n’aura après parent ny amy qui le vueille fréquenter ny approcher. Qu’ainfi foit, on a veu à Lyon, lors qu’on apperce- uoit feulement és rués les Médecins , Chirurgiens ôc Barbiers elleus pour penfer les malades, cha- cun courir après eux à coups de pierres pour les tuer corne chiens enragez,difans qu’il falloir qu’ils n’allaifent que de nuid,de peur d’infeder les fains. Combien de pauures femmes grolïès,fans élire aucunement malades de pelle ( pour-ce qu’en tel temps toutes autres maladies font fufpedes)ont cité pour le feul foupçon dclaiflecs ôc abandonnées à leur enfantement, dont ell prouenué la mort des meres ôc desenfans ?Ic puis véritablement dire auoir trouuéauxmammelîes d’vne femme mor- te de pelle fon enfant tettant encores le venin mortel, qui ledeuoit tuer bien toll après. Si la nour- rice d’vn enfant vient à deccder, encores que ce ne fuft de la pelle, il ne s’en trouucra point d’autre, pour le foupçon qu’on a qu’elle foit morte de pelle, tant ell celle maladie effroyable Ôc efpouuan- table ; que fi toll que quelqu’vn en ell furpris , il ne trouue fecours de perfonne, ains attent feule- ment la morcmiferable. Qu'il foit ainfi, entre vne infinité d’autres exemples que Ion en voit ordi- nairement, nous lifons qu’vne ieune femme,fon mary ellant mort ôc deux de fes enfans, fe voyant frappee, commença à s’enfeuelir elle-mefme, ôcfuttrouuee a demy enfeuelie,ayant encores le fil & l’aiguille entre fes mains. Outre-plus , vn homme fort ôc robulle ayant la pelle , ell allé au ceme- tiere, ôc en fa prefence a faid faire la folle , 5c auant qu’elle fuft paracheuec, il mourut fur le bord. Au contraire, il en y a qui ont eu telle apprehenfion de la mort, cllans frappez de celle maladie pe- ftilente, que pour fe fecourir eux-mefines, fe font appliquez des fers ardansfur labolfe, fe brullans tous vifs. Autres auec tenailles l’ont arrachée fe penfans guarentir. Aulîî aucuns par la ferueur ôc rage de celle maladie fe font jettez dedans le feu, autres dans les puits, aucuns és riuiercs, antres fe font précipitez par les feneftres , autres en leurs extrêmes douleurs fe font heurtez la telle con- tre la muraille iufqu’à en faire fortir la ceruelle , ce que i’ay veu : autres aulîi fe font tuez eux- mcfmesàcoups de dagueou decouftcau. Lucrèce Pocte Latin a remarqué , la pelle auoir efté autresfois fi furieufe au pais d’Athènes , que plusieurs furmontez de la vehcmencc de la maladie fe precipitoient dedans l’eau. On raconte que la pelle, il y aenuiron quatre vingts ans, auoit de telle rage couru par la Gaule Lyonnoife, que les femmes principalement fans apparence d’aucun mal en leur corps, fe jettoient dedans leurs puits , furmontees de la fureur de telle maladie. Et à ce propos m’a efté alîeuré , que depuis n’agueres vn Preftre de la parroifiè S. Euftache en celle ville de Paris, ellant malade de la pelle en l’Hoftel - Dieu ; de furie fe leua du lid, ôc prit vne dague , de laquelle il frappa plulieurs des pauures malades couchez dedans leur lid, & en tua trois ; ôc n’euft efté qu’il fut apperceu ôc empoigné du Chirurgien dudit Hoftel ( qui receutde luy vn coup de dague dedans le ventre, le voulant faifir, dont il cuida raourir)il cneuft occis autant qu’il eneufttrouué : mais fi toll qu’il fur retenu, ôc que celle furie diminua , il rendit l’efprit. Vn autre cas non moins horrible ell aduenu à Lyon rué Mercicrc , où la femme d’vn Chirurgien nommé Amy Ballon ( qui eftoit mort de pelle ( fix iours après ellant efprife de la mefme contagion, tomba en refilerie , puis en fre- nelîe , ôc fe mit à la feneftre de fa chambre , tenant ôc tourmentant fon petit enfant entre fes bras: Vn figne dé grande pu- nition dé Dieu, IncctnmoAU tex. des lo- gettes failles près Lyon, Hl/ioire oh* feruee par l'Autheuft Au Uure des Ht(loires prodîgieufes. ABeS horri• blés des ma* Indes de pe~ /le. Hljhire, Autre hiftoi* re. 666 Le vingt-de uxiefme Liure, ce que voyans fes voifins ladmoneftoient de ne luy faire mabmais au lieu d'auoir efgard à leur ad- uertiftèment,le jette incontinent en terre,puis toft aprcsellc s'y précipita : ainfi la mere 3c l'enfant moururent. Il y a vue infinité d'autres femblables exemples , lelquels fi ie voulois raconter iamais la matière ne me defaudroie : mais tant y a que le tout aduient le plus forment aux malades,par fau- te qu'on n'ofe conuerfcr, ny eftre alentour d’eux pour les fecourir : ce qui ne fe fait aux autres ma- ladies, mefmeenlepre : car enicelleles malades font fecourus, mais en cefte-cy on eft dcfchaftfé de fes païens ôc amis , voire de fa propre maifon , comme nous auous dit : dequoy fe faut d'autant moins efraerueiller,que l'on fçait la charité des hommes eftre auiourd'huy tellement refroidie, que ceux mefmes qui ont toute liberté, encores qu'ils ayent or ôc argent pour fatisfaire, ne peuuent en temps de pefte auoir fecours d'autruy. En cet endroit, ie ne veux palfer fous filence , ce que reci- te le bon vieillard Guidon, qu’en l’an mil trois cens quarante 3c huict, vint vne pefte & mortalité, dont ceux qui eneftoient efpris, mouroient en trois iours ou en cinq au plus, 3c eftoit fi contagicu- fe,quenon feulement en conuerfant enfemble, maisaulfi en regardant l'vn l’autre fe prenoir, 3c les perfonnes mouroient fans feruitcurs, 6c eftoient enterrez fans preftres , 3c mouroit de iour en iour vn fi grand nombre de peftiferez, que ne pouuant fuftire à les enterrer, on eftoit contraint de faire de grandes folles aux cemetiercs , ôc les ietter dedans à monceaux, les vns morts, les autres eftans encore en agonie. Le perc ne vifitoit l’enfant, ny l'enfant le pere, ny la femme lemary , ny lemary la femme, comme auons dit cy-dcflus : toute charité eftoit morte, 3c cfperance abbaruc.Cefte raau- diéle peftilence fut quafi par tout le monde , 3c n’en laiftà prefque la quarte partie. Elle fut fort honteufe, 3c non profitable aux Médecins 3c Chirurgiens, lefquels n’ofoient vifiter les malades de peur d’eftre infcdlez : ioint auffi que tous les remedes ne profitoient en rien : car tous ceux qui eftoient frappez de cefte pefte mouroient. En aucunes contrées de pais on eftimoic que les luifs enflent enuenimé le monde , 3c à cefte caufe on leur couroit lus, 3c les alîbmmoir. Les autres cui- doient que ce fulîènt lés panures Manchets, pour laquelle occafion eftoient chaffez. Les autres en foupçonnoient les Nobles , 3c pour ce n'ofoient aller par le monde. Et finalement les portes des villes Furent gardées, 3c ne lailîbit-on entrer perfonne dedans s'il n'eftoit bien cogneu. Et fi qucl- ques-vns auoientpouîdrc ou onguents, l’on penfoit que ce fulîènt poilons , qui eftoit caufe qu'on leur faifçit analler. Ladite pefte dura fept mois fans celle. Voila ce que le bon homme Guidon en eferit, chofc à la vérité de grande remarque , touchant l'ire de Dieu. On doit fuir pluftoft les ladres que les malades de pesîe. Hiftoire de Guidon. le croy que c'eftoîent les gueux. Epilogue ou concluftM de ce dtfcours de la Pejle, C H A P. LU. HR ie m'a fleure que le Lecteur qui aura appris en ce petit traiélé le moyen de s'en pré- ferucr , 3c mefmefans danger vifiter & recourir fon prochain , ne mefprifera point ( mon labeur , combien que , fi fairejè pouuoit, i'aymerois beaucoup mieux qu'il ne fuft befoin àperfonne s'en aider, 3c quelafcrenité de l'air par la bonté denoftreDieu _J fuft toufiours telle, que la pefte perdift Ton nom 3c Tes effeéls.Mais puis que cela pro- meut par l'iniquité des hommes,laquelle fe perpétué auec eux tout le cours de leur vie,en retenant patiemment ce qu’il plaift à Dieu nous enuoyer, nous ftiiuons aufïï fa volonté,quand nous appren- drons &: vferons des remedes, (félon qu’en toutes chofes il en a mis la propriété & vertu, pour fer- uir à l'vfagc de l'homme,)tant à la nourriture du corps, qu'à la conformation ôc recouurement de la famé d'iceluy. Et d’autant plus que ce mal eft grand, d'autant faut* il recourir promptement au rc- mede,qui eft feul 3c général : c'eft que grands ôc petits de bonne heure implorions la mifericorde de Dieu par côfefîron Ôc defplaifance de nos forfaiéls, auec certaine délibération &c propos de nous amender, 3c donner gloire au nom de Dieu , cherchans en tout Ôc par tout de luy obeyr 3c com- plaire, fuiuant fa fainfte parole , fans eftriuerà l'encontre de luy par nos defordonnees pallions, comme nous auons faiét 3c faifons iournelleraent. Et s'il luy plaift encores après cela nous battre de ces verges-là ,ou de quelques autres félon fon confeil éternel, faut l'endurer patiemment, fça- chant que c'eft tout pour noftre profit 3c amendement : 3c cependant s'entre - aider des remedes qu'on pourra trouuer, fans s'abandonner ainfi les vns les autres, par vnc extreme barbarie 3c inhu- manité. Croyons que le mal feroit beaucoup moindre , ayans ayde 3c confolation les vns des au- tres. Le Turc lefaiél, 3c nous Chreftiens de nom , n'en tenons compte, 3c abandonnons nos frè- res affligez : comme fî nous penfîons en cefte forte efchapper des mains de Dieu. Hclas I où nous pourrons-nous cacher que ne foyons trouuez ? Recognoiftbns pluftoft auec le Pfalmifte : Si ie pren les ailles de l'aube du iour , 3c que i’habitc aux dernieres parties de la mer , là au fît ta main me conduira , 3c ta dextre m’empoignera. Croyons que quand nous pourrions euiter la mort de ce cofté - là ( ce qui ne peut dire ) il a cent mille morts plus honteufes 3c miferablcs pour nous at- traper ailleurs 3c confondre de corps 3c. d'ame pour dire tourmentez à tout iamais. Parquoy ayans nos cœurs remplis de charité, il nous faut retourner à luy , d'autant qu’il eft plein de clemencè 3c bénignité, preft à nous foulager en nos tribulations, 3c eft tout bon, &nous aime comme fes cn- fans : 8c quand il luy plaira, il retournera toutes nos affligions en noftre Paint, voire mieux que nous ne fçaurions fouhaiter ou imaginer. De là prenons cefte refblution ferme de nous aftujettir & renger paifiblement à fa bonté 3c faindte volonté : qui eft la reigle de toute fageftè, à laquelle nous deuons conformer toutes nos cogitations 3c actions. Voila vn trcfbon onguent alexitcre pour adoucir noftre pefte , 3c vn remede falutaire pour appaifer nos murmures , 3c nous impofer flence , 3c vn arreft certain pour faire ceiler le procez que nous intentons couftumiercmcnr con- tre fa iuftice diuine , quand il nous chaftie plus rudement qu’il ne nous femble bon 8c profitable au jugement de la chair 3c non de l’efprit. Parquoy apprenons à nous captiuer 3c brider noftre appé- tit , cftimans que Dieu fait toutes chofes par poids, &c inclure: 3c quoy qu’il nous enuoye pefte. Zevray fouuerain trelupefiè îl fefaut feceurir l'vn l'autre Pfal, I Bon aîexi- ten contre i* pefte* De la Pefte. 667 famine, on guerre, & autres infinies calàmitez, il ne fait rien qui ne foie bon & dtoiél. Ëtquand il luy plaira nous retirer de ce monde , de lànaiftra noftre heur Sc félicité, veu que cette vie crai- ne auec foy vne infinité de trauaux Sc mifercs où nous foinmes prcfque abyfmez de cholés'cadu- ques & tranlitoires. Et par cette mort nous Tommes appeliez à la pleine fruition du royaume ce- lefte , comme par vn héraut & ambalfadc enuoié du Cieh Si vu Roy par vnmelfager appelioit vn panure Sc miferable à foy pour le faire participant de Ton royaume , quel plaifir & foulas receuroic il ? A plus forte raifondeuons-nous élire ioyeux, quand Dieu par la mort nous enuoye ce melfager qui nous guide à luy , pour heriter Ton Royaume eternel Sc bien-heureux. Veu donc que l'efchan- geeft tel, nous auons matière de confolation , la mort nous eflant ceft heureux meflàger, lequel nous faid paftèr de ce monde au ciel, de celle vie miferable à la vie cternelle , de mal - heur en fé- licité , d'eunuy en belle de mifere en profperité, qui nous doit grandement confolcr, Sc t'ollir tou- te occafion de lamentcrl, quand il plaift à Dieu nous appeller Sc enuoyer la mort , laquelle il a fouf- fert pour noftre redeption. Et par tel argument derefionilfance Ezcchias defire la mort, non qu'il fuft defpité contre Dieu : mais cftant ennuyé des fafcherics & courmensdu monde, il défit oit d'en fortir,pourueu toutesrois que Dieu s’y accordaft. Car noftre vie eft comme vne garni Ton en laquelle Dieu nous amis, nous enjoignant y demeurer iniques à ce qu'il nous appelle, Sc nous licentie pour en fortir auec certaine foy Sc alïèurance qu'il n'eft pas venu en ce monde fouffrir, Sc eftrc mis en croix que pour la rédemption des pécheurs > Sc non des iuftes, comme il a dit ( d’autant qu'vn homme Tain n’a que faire de Médecin. ) Donc il fefaut humilier , Sc auoir ferme .fiance qu’il nous pardonnera toutcs.nos fautes, pourueu que nous luy addrelîions nos prières du profond de noftre cœur , Sc de droicle Sc ardente affeélion, croyans que luy mefrae a dit qu'il ne vouloir la mort du pécheur , mais la rédemption. Efaïe dit quil mettra nos pechez derrière le dos, voire au profond de la mer, Sc n’en aura jamais de recordation.Ces chofes confiderecs nous ne deuons crain- dre la mort,n’eftans en ce monde que comme en maifon empruntée,de laquelle il nous faut deilo- ger quand il plaira au Seigneur, auquel elle appartient. Que fi le parlement de ce monde eft; vne entree à vie,qu’eft-ce de ce monde finon vn fepulchre ou tombeau ?£t comme les mariniers défi- rent vn bon port, aullî deuons nous délirer de fortir de celle grande mer de mifere~£c calamitéj pour aller au port du falut où tout mal ceflera, Sc n'y aura orage ne tourmente, mais route ioye Sc repos îlob dit que l’homme nay de femme cil de peu de iours, Sc remply de mifetes , qui fort hors comme la fleur, Sc eft coupé,& s'enfuit comme l'ombrc,& n’arrelte point. Autres comparent cette vie à vne fumee ou vapeur d’vnc bouteille d'eau qui s'efleuc en temps de pluye. Autres à vne nacelle eftant au milieu de la mer agitee çà Sc là des vents Sc des ondes, heurtant contre les rochers,qui fou- uent fe perd aux gouffres Sc abyfmes profondes* Et par ainfi il faut mettre en là protedioil de Dieu la grâce de noftre ame , qu’il nous a donnée pour ellre reünie à ce corps : lequel fera glorifié en la refurredion vniuerfelle des morts. Et pour conclufion, fi nous rapportons le tout au confeil de Dieu,nous aurons dequoy nous confoler au milieu des plus grandes angoilfes Sc deftrelfes qui nous pourroient aduenir : lequel nous prions de bon cœur, Sc de ferme Sc viue foy, qu'il nous par- donne nos pechez,lefquels font caiife de celle maladie peftifetee Sc autres, croyant que c’ell le vray antidote contre la pefte.Car lefus Chrift voulant guarirle Paralytique luy dit; Tes pechez te font pardonnez : monllrant Sc déclarant par cela , que la caufe Sc racine de fa maladie procedoir de fon péché , Sc que pour en auoir la fin , il falloir que l'ire de Dieu fuft appailee , Sc quil luy fuft propice Sc fauorable par la remilïïon de Tes pechez. Ainfi donc nous implorerojis fa grâce d'vn cœur atdant,ayant fiance qu'il nous gardera Sc défendra , nous donnant ce qui nous eft necelfaite, tant au corps qu’à Pâme. Que s'il luy plaift nous appeller , il fera noftre Rédempteur , & nous ayant retiré de ce labyrinthe & gouffre de tous maux Sc miferes, il nous introduira en l'heritage de fa gloire , pour l'amour de fon cher fils noftre Sauueur lefus-Chriil, auquel foie gloire éternelle. Ainfi foit-il. nefaUi Tp™Xnlu. mftre ame efi enferme* loh. 14, Saunent ûft meurt uunt que fortir de la mutricet, Vin du Vingt - deuxlefme Hure > tralEîant de la Pelle. JDV ERTISSEMENT ’AvthevR a Fai6t cefte petite admonition pour le jeune Chirurgien , Ce trouuant 1| quelquesfois aux lieux où il n'y a Preftres , ny autres gens d’Eglife à la mort des pau- W, ures peftifcrcz. Comme i*ay veu le Roy Charles cftant à Lyon « pendant la grande M mortalité , où l’on enfermoit aux bonnes maifons vn Chirurgien pour medicamenter ceux qui eftoientpeftifcrez, fans pouuoir dire fecourus d’aucunes perfonnes pour les confolcr à l’extrémité de la mort : & ledit Chirurgien ayant efté inftruidt de cefte petite admoni- tion «pourra feruir à la neceffitc d’vn plus grand Clerc que luy. Et ne veux jcy palier les bornes de ma vocation ; mais feulement ayder aux panures peftiferez en leur extrémité de la mort. Blonde lAutheut* 668 Le vingt'deuxiefme Liure, La mort efl la peur des riche si Le defir des'pauures. La ioye des fages. La crainte des mefibans. Fin de toutes miferes, Et commencement de la eterneüe. Bien-heureufe aux eficus. Et mal-heureufie aux reprouue\. TABLE DES CHAPITRES DV. vingt - troifîefme Liure, traidant des moyens &C artifices d’adioufter ce qui défaut. E moyen d'auoir œil artificiel. Chapitre j Le moyen de contrefaire ‘-un nez\ far artifice. Chap. ij mS&Êjfe La manière d!accommoder les dents artificielles. Chap. iij Le moyen d’adapter vn inHrument au Talaü pour rendre la parole mieux formée. Chap. iv Le moyen de ficourir à ceux qui auraient la langue coupeeyO* les faire parler. Chap. v Le moyen de reparer le vice de la face desfiguree. Chap. vj De ïoreille perdue Chap. vij "De ceux qui font nyoute^ayans l'eLfme courbee. Chap. viij LDe ceux qui iettent leur rurine inuolont aire ment > le moyen de ficourir à ceux qui o?it la uerge perdue. Chap. ix Vartifice de mettre ron poulder ou doigtier. Chap. x Du vice dont le malade e[î appelle Vams, ftfi Valgus> des iambes tropgrefles:Ch.xj Les moyens d'accommoder des mains} bras iambes artificiellesa au lieu des membres extirpez. Chap. xij Le moyen de faire aller droiSl personne qui ferait boiteux à rai fin de taccour~ cijfement de la iambe, Chap. xiij ■w 669 LE VINGT-TROISIES ME LIVRE, TRAICTANT DES MOYENS ET ARTIFICES D’ADIOVSTER CE qui défaut naturellement ou par 3f cidenr. TPar Ambroise Pare', de Laual au Mairie , Confeiller & premier Chirurgien du Roy. PREFACE. Le moyen d’aueir vn œil artificiel. C H A Pi. L BA r cy-deuant nous auons amplement défait aux liures des Tumeurs, Playes, Vlceres, Fractures, & Diflocations, les trois poinéls aufquels s'exercent les opé- rations de Chirurgie, qui font, joindre le teparé, ofter le fuperflu , &: feparer le continu. Pvefte maintenant en bref le quatriefme, qui eft adioufter ce qui défaut naturellement, ou par accident* Or pour entrer en matière, fans dauantage s'a- nuiter à diteonrir & préfacer , nous voyons fouirent les yeux fe creuer, fortir de la telle , ou bien deuenir emaciez , à raifon de quelque coup ou inflammation. Partant où tel accident aduiendroit après la curation de l'vlcere,on pourra adapter dans l'orbite vti œil fait par artifice comme ceux-cy figurer, qui font feulement pour l'ornement du malade. Quatrîefîni partie de Chirurgie* Teux artificiels}defquels t'efl demonftré le dejfus ér le dejfous qui feront d'or e[maillé, & de couleur femblable aux naturels, Et s'il aduenoit qu’011 ne peuft loger cet deîl artifi- ciel dedans l'orbite,on pourra encore en faire vn autres tel que tu vois par cette figurerait d’yn fil de fer appla- ty, plie ôc couucrt de velours ou taffetas, ayant fou ex- trémité plattc, afin qu'il ne bielle , & l'autre extrémité fera couuerte de cuir façonnc,& le peintre luy donnera par fon artifice figure d'œil. Cela fai6l,on le potera fur l’orbite. Or ledit fil fepeut eftendre & relferrer comme faiteeluy que les femmes ont à tenir leurs cheucux. Il fera pafse par delfus l'oreille, autour de la moitié de la telle. Autre figure d'œil artificiels Il aduîcnt forment aux petits enfans vnc maladie* diéle Strahîfmm, qui eft vue diftorlîon coh~ Vingt-troifiefme Liure, 670 trainde aaec inégalité da la veuë, nous les appelions en François , Louches ou biglés. Le plus Ton- nent telle maladie aduient ( comme nous dirons plus amplement au liure de la Génération ) pour auoir mal fitué le berceau de l'enfant, Toit de nuid ou de iour, le mettant à cofté de la lueur : qui faid que pour voir ladite lueur il eft contraint, de retourner Tes yeux à cofté d’icclle, eftant touf- iours defireux de la regarder : ou bien pource que la nourrice eft louche, qui faid que l’enfant La contrefait. Or pofons le cas, que quelque petit enfant fuft louche, ayant la veuë torfe, ou par le vice de la nourrice, ou autrement. Paul Æginetc liure 5. chapitre 22. nous a laiftc vn moyen propre pour y remedier , & redrdfer la veuc, lequel n’a efté pradiqué d’aucun de noftrc temps, que Paye peu fçauoir : C’eft qu’il veut que l’on face vn faux vifage en forme de mafque , lequel doit cftrc ft bien proportionné & accommodé fur le vifage de l’enfant, qu’il ne le blclfe aucune- ment : &c toutesfois il faut qu’il foit fi iufte, que le iour n’y puifte entrer par les entredeux, crai- gnant que ledit enfant ne tournait fa veuë vers le iour. Tel faux vifage ou mafque aura feulement deux petits trous droidau milieu de l’œil, afin que le iour y puifte reluire : ce qui fera caufe que l’enfant n’apperecuant autre lumière ôc clarté que par les trous , tiendra fa veuë toufiours fichee en cet endroit, de forte que l’œil s'accouftumera à demeurer droid & arrefté , reprenant vne non» uellc habitude, Sc laiftant celle qu’il auoit acquife regardant de cofté. Ledit faux vifage fera faid de matière la plus legere que l’on pourra, ôc ne doit couurir le vifage plus bas que le nez laiftant la bouche à defcouuert, afin que l’enfant puifte à toute heure tetter ou manger : attendu qu’il doit demeurer continuellement fur fon‘ vifage : pour lequel tenir plus commodément, il fera attaché par le derrière de la tefte auecquatrç petites attaches, deux de chaque cofté, comme on peut voit par ce portraid. Portraiff d'vn tnnfique,fM lequel U veue efi redrefiée Au lieu de ce mafque on pourra pareillement vfer de beficles faides de corne , que l’on adapte- ra fur du cuir, 8c feront pofees fur les yeux : au milieu y aura vn petit trou, par lequel l’enfant pourra voir, 8c addreficr la veuë. Les beficles font marquées par BB, 8c la piece du cuir par A. Les courroyes par lefquelles font attachées, par CC. Figure des hejtcles. d’adioufter ce qui défaut Le moyen de contrefaire vn nez par artifice, Chap. IL Areillement le nez peut eftre du tout conppé , ou portion d’iceluy, & ne peut jamais eftre reiqint, parce que vnion ne peut eftre faiéle aux membres orga- ndi niques : ce qui eft prouué par Hippocrates. La raifon eft, qu'vne partie de noftrc ZÊj corPs Poar e^re reioinde & confolidee , a befoin de receiioir nutrition, vie & fèn- timenc des membres principaux, au contraire des greffes qui fe reprennent aux troncs des arbres. Parquoy il faut que celuy qui aura perdu Ton nez , en face faire vn autre par artifice , Toit d’or, ou d’argent, ou de papier & linges colez , de telle figure & couleur queftoit le ficn : lequel iera lié ôc attaché par certains filets derrière l’occiput, ou à vn bonnet. Et d’abon- dant s'il aduenoit ( comme fouirent fe faiéb ( qu’auecques le nez on emportait portion, ou toute la iéure fuperieure, iet’ay bien voulu donner les figures afin d’ayder à l’ornement du patient , lequel s’il portoit barbe j en pourra faire adapter , ainfi qu'il en fera necelfairc. Pourquoy vnttn ne fe ffauroit foi- re aux par- ties organi- ques. Fortraicîs de nez. Il s’ell trouué en Italie vn Chirurgien , qui par Ton artifice refaifoit des nez de chair en celle maniéré. C’eft qu’il coupoic entièrement les bords calleux ou cicatrifez du nez perdu, comme l’on faiél aux becs de Heure , puis faifoit vne incifion tant grande tk profonde qu’il eftoit necef- faire, au milieu du mufcle dit Biceps, qui effc l’vn de ceux qui fléchit le bras : puis lubie falloir po- fer le nez en ladite incifion, & bandoit fi bien la telle auec le bras, qu’il ne pouuoit vaciller çà ne là : & certains ioijrs après, qui eft ordinairement fur le quarantième iour, cognoiffànt l’agglu- tination du nez auec la chair dudit mufcle, en coupoit tant qu’il en falloir pour la portion du nez qui manquoit : en aptes la façonnoit de forte, qu’il rendoitle nez en figure, grandeur 8c grofleur qu’il eftoit requis, 8c traittoit cependant la playe du bras, comme les autres lors qu’ily a déper- dition de fubftance : 8c durant lefdits quarante iours faifoit vfer à fou malade de panades, preflis, 8c autres viandes faciles à rranfgloutir, 8c quant aux remedes defquels il vfoit, elloient de quel- ques baumes agglutinatifs. Nous auons de ce tefmoignagc d’vn Gentilhomme nommé le Cadet de faiuétThoan , lequel ayant perdu le nez , 8c porté long temps vn d’argent, fc fafcha pour la remarque , qui n'efloit fans vne rifee, lors qu’il eftoit en compagnie. Et ayant ouy dire , qu’il y auoit en Italie vn maiftre tefaifeurde nez perdus,s’en alla le trouucr,qui le luy refaçonna en la ma- niéré que délias, comme vne infinité de gens l’ont veu defpuis, non fans grande admiration de ceux qui l’auoyent cogncu auparauant vn nez d’argent. Telle chofe n’eft impoflible, toutesfois me femb’e fort difficile 8c onereufe au malade , tant pour la peine de tenir la telle liee long temps auec le bras , que pour la douleur des incifions faiéles aux parties faines,coupant & efleuant por- tion de la chair du bras pour former le nez: ioinét aufli qu’icellechair n’eft de telle température ny femblable à celle du uez , 8c pareillement eftant agglutinée 8c reprife, ne peut iamais eftre de telle figure 8c couleur que celle qui eftoit auparauant à la portion du nez perdu : aufli les creux des narines ne peuuent eftre tels, comme ils elloient premièrement. Fapon non* utile de ri » faire les ntt* Hijloirt, Telle choft ft fait ainfi qu'on ente les fauuageaux. La maniéré d'accommoder les dents artificielles. Chap. III. SV e l e s F o i s par vn coup orbe ou autrement, les dents de deuant font rom- . pue’s ; ce qui fait que puis après le patient demeure edenté , & défiguréauec depraua- tion de fa parole. Parquoy aptes la cure faiébe, & que les genciues feront endurcies, luy en faut adapter d’autres d’os ou yuoire, ou de dents de Rohart qui font excellentes pour cet effcéb fai&es par artifice, lefquelles feront lices aux autres dents proches , auec fil com- mun d’or ou d’argent, comme nous apprend Hipporates au Hure ‘Z)*? articulü , a. lent, ay. De ces chofes tu en as icy les figures. Incommodité apportent es dents fer* dues. 6yz Le vingt-troifiefme Liure, Ligure des dents artificielles» Le moyen d'adapter vn instrument au palais peur rendre la parole mieux formées. Chapitre IV. Jnconueniem de l'os du pa* lais perd.ti SV e i e s F o i s vnc portion de l’os du palais eft brifée & emportée par coup de hacquebutcou autrement, ou bien par vlcere de vcrole, dont aduient que pour celle caufe les patiens ne peuuent bien prononcer ny faire entendre ce qu’ils veulent dire: pour à quoy fubuenir , nous leur auons trouué vn expédient par l’ayde & miniftere denollre art. Ce qui fe fera en appliquant vn infirmaient vn peu plus grand que le trou où l’os de faudra. Et ledit-inftrument fera fait d’or ou d’argent, de figurevontee, & délié, d’ef- pelfeur comme d’vn efeu, auquel fera attachée vne efponge, par laquelle ellant mis ledit infiniment au trou où manquera l’os, ladite efponge alfez toll s’imbibera & s’enflera, par certaine humidité, ôç puis après tiendra ferme : Et par ce moyen la parole fe formera mieux, l’ay veu aduenir aux guer- res tels inconueniens, quelquesfois par coups de hacquebute & autres fortes d’armes : mais prin- cipalement (comme i’ay dit) par vlceres prouenus de la verole, lefqueis i’ay fecourus par ce moyen. Or tu as icy le portraiél des inllrumens dont il eft quellion. figure des infirumens diffs obturateurs du palais utre infirument fans efionge, lequel a vne eminence par derrière, qui fe tourne en vn petit bec de corbin ( que tu vois en cefie figure ) lors qu'on le met dans le trou. Le moyen defecourir ceux qui auroient la langue coupée s & les faire parler. Chapitre V. Hijloire. Aintenant faut déclarer î’ayde que peut donner le Chirurgien à celuy qui auroit perdu por— don de la langue, au moyen dequoy il auroit du tout perdu la parole : artifice qui n’a elle J trouué que par accident, ainfi comme ie deduiray prefentemcnt. Vn quidam demeurant à vu village nommé Yuoy le Chafteau, qui cft à dix ou douze lieues de Bourges, eut portion de la langue coupéc,& demeura près de trois ans fans pouuoir par fa parole eftre entendu. Aduint que luy eftant aux champs auec des faucheurs,bcuuant en vue efcuelle de bois allez deliée : Tvn deux le chatouilla, ainfi! qu’il auoic l’efcuelle entre fes dents, & profera quelque parole, en forte qu’il fut entendu. Puis derechef cognoilfantauoir ainfi parlé,reprint fon efcuelle,& s’efforça à la mettre en mefmefîtuarion qu’elle cftoit aüparauant : &c derechef parloir, de forte qu’on le pouuoit bien entendre auecque§ la- dite efcuelle. Et fut long temps qu’il la portoiten fon fein, pour interpréter ce qu’il vouloir dire, la mettant roufiours entre fes dents. Puis quelque temps après s’aduifa ( par la necefîîté qui ell maiflreflè des arts)de faire vn infiniment de bois,de telle figure que celluy : lequel il porroit pendu à fon col. Et par le moyen d’iceluy faifoit entendre par fa parole tout ce qu’il vouloir dire. Jüstejfité tnaiftrejfe des arts „ D’adioufter ce qui défaut. Infiniment pour aydera parler à vn patient, lequel auroit portion de la langue coupee L vfage eft tel ( A ) eft la partie fupericure , qui doit eftre d’efpefteur enuiron d’vn tefton & demyj laquelle il tenoit entre les dents de deuant, nom- mées incifiucs * non qu'elle fortift hors, mais fern- bloit qu’il n'euft rien en fa bouche. ( B ) la partie inférieure plus fubtile : erpaiife d'vn tefton, feule- ment la tenoit iuftement contre l’extremiré du re- fte de la langue eftant au droit du filet ou ligament de la langue : & ce qui eft vn peu concaue inté- rieurement ( qui eft latroifiefme portion dudit in ftruraent) marquée par ( C) la tenoit délions en fa fituation toute platte.Et quant au filet que tu vois, c'eftoit pour pendre ledit infiniment àii col.(D) eft la partie extérieure dudit inftrument. Or ie te puis afîèurcr qu'aprés auoir rccouüré ledit inftrument, & la maniéré d’en vfer (qui fut par le moyen de moniteur leTellier , Médecin très - doéle, demeurant à Bourges ) i’en ay veu Tex- perience à vn ieune garçon, auquel on auoit coupé la langue , lequel neantraoins par lebencfice dudit inftrument, proferoit fi bien fes mots, qu'on le pouuoit entendre entièrement, ou tout ce qu'il vouloir dire &c expliquer. Et de ce chacun en face l'efpreuue , lors qu'on fe trouuera à l'en- droit pour ce faire. Description dudit in- ftrHthent* Le moyen de reparer le vice de U face de figurée * C H A p. VI. *L aduisnt quelquesfois par vne brufîeure de poudre à canon , charbon peftiferé ou autre occafîon , que la face demeure extrêmement hideufe à voir , de façon que le malade eft grandement efpouuentable. A ceux-là donc, il faut bailler vn mafque fait Ci proprement qu’ils puiftèht conuerfer auec les hommes. Audi peut-on reparer le vice des lettres qui auront cfté amputées par vn coup d’efpée ou d’vn charbon pc- ftilent, ou par vn chancre qui aura occupé telle partie, les dents demeurans defeou- uertes après l’auoir extirpé , ce qui eft difforme à voir. A tels on doit reparer ce qui defaütau plus près du naturel par le moyen d’vne léurc d’or efmailllé , de couleur du vifage, laquelle fera atta- chée à vne petite calotte, ou pluftoft à la face: que nous auons heureufement pratiquée enfei- gnée cy-dcuantau chapitre du chancre. De L'oreille perdue. C h a p. VIL fMZm Evx qui auront faute d’oreilles, foit par le défaut de nature, ou par accident, dcomme par playe * ou par vn charbon peftiferé , ou parmorfure de befte ,ou par au- tre man*ere > f1 l’oreille n'a efté du tout emportée, Sc qu’il en foit refté bonne portion on doit trouer le cartilage auec vne petite porte-piece, & y faire des trous , tant qu'il fera neceflàire. Apres la cicatrifation defdits trous, on attachera vne oreille artifi- cielle: & où l'oreille auroit efté du tout amputée, on y en appliquera vne artificielle de papier col- lé ou cuir boiiillyj façonnée de bonne grâce, comme tu vois par cefte figure. Et fera tenue auec petits liens autour de la telle : ou le malade laiflera croiftre lès cheueux longs, ou portera vne ca- lotte. Audi lors qu'il y a eu grande quantité du crâne perdu, faudra porter vn bonet de cuir boüil- ly pour refifter aux iniures externes > ainfi que i'ay par cy-deuant eferitaux playes de telle. Figure d'vne oreille artificielle* 6/4 Le vingt-troifiefme Liure, De ceux qui font ayant L'ejpme courbée. Chap. VIII. Cpufs de •veuture tn l’efyîne. §« V e l Qjy e s - v n s ôc principalement les filles, parce qu'elles font plus mollaf- fes , deuuiennent bolfuës, pource que leur efpine n’eftpas droite, mais en arc , ou en figure de S. & tel accident leur aduient parce que quelquesfois par cheute ou coups , ou quelque vice de fe fituer, comme nous auons amplement raonftré au li- me des Luxations. Ou pareillement parce que les folles meres, fubit qu’elles vo- yent leurs filles fe pouuoir tant foit peu tenir debout, leur apprennent à faire la reuerencCjîesraifant bailler l’efpine du dos, de laquelle eftant encore les ligamens laxes, mois ôc glaireux, en fe releuantpour la pefanteur de tout le corps , dont l’efpine eft le fondement comme la canne d’vne nauire , fe contourne de collé ôc d’autre, ôc fe ployé en figure de la lettre S. qui fait qu’elles demeurent tortues ôc bolides, ôc quelquesfois boiceufes. Aulîi plufieurs filles font bof- fuës ôc contrefaites pour leur auoir en leur ieunellè par trop ferré le corps. Qu’il foit vray ,on void que de mille filles villageoifes, on n’en trouue pas vne bolluc : à railon qu’ils n’ont eu le corps aftraint & trop ferré. Parquoy les meres ôc nourrices y doiuent prendre exemple. Pour reparer ôc cacher tel vice , on leur fera porter les corcelets de fer délié, lefquels feront trouez:afin qu’ils ne poifent pas tant, ôc feront fi bien appropriez &c embourrez qu’ils ne blelferom aucunement, ôc feront lefdits corcelets changez fouuentesfois fi le malade n’a accomply fes trois dimenfions, ôc à ceux qui croilîènt, les faudra changer de trois.mois en trois mois , plus ou moins, ainfi que l’on verra eftre nccclîairc : car autrement en lieu de faire vn bien , on feroit yn mal. La figure du corcelet eft telle. Corcelet pour drejjer <~vn corps tortu. De ceux qui iettent leur vrine inuolontairement, ér le moyen de furuenir a ceux qui ont la verge perdue. Chapitre IX. 1——1—« Trangvrie, eft lors que l’vrinc diftille inuolontairement goûte à goûte i ce qui aduient par le défaut de la vertu retentrice ôc deprauation de l’expulfiue , com- me àuons dit en Ton lieu. Ceux qui ont telle indifpofition , font en grande peine» yÆp Et pour les foulager, i’ay inuenté cet inftrument, lequel eft de fer blanc de la figure d’vnebrayette, & contient en fa cauité enuiron vn pofîbn. Il fe doit mettre en la brayette du malade, à laquelle il fera attache auec vne aiguillette par l’anneau qui , t’eft allez apparent. Et le malade pofera l’extremité de fa verge dans la cauité marquée C. en la- quelle y a vne piece auffi de fer blanc, enfoncez allez profondément, tant pour fouftenir le bout de la verge, que pour garder ôc empefeher l’vrine de fortir hors, mefmes en cheminant. B mon- ftre ladite piece. A ôc D. monftrent le corps dudit inftrument, à fçauoir A, la partie antérieure, ôc D. la pofterieure. D’adjoufter ce qui défaut Figure d'vn instrument qui peut eître dit refèruoir de l'vrine> Ceux qui ont entièrement perdu la verge virile iufqucs au ventte,font en peine lors qu'ils lent vriner,& font contraints s’accroupir comme les femmes. le leur ay inuenté cefte Canule, la- quelle on peut faire de bois,ou de fer blanc,ou d’autre matiere,de longueur Sc grolîeur d’vn doigt* & caue. A. C. monftrent le corps Sc longueur de ladite Cannule. B, 1 extrémité fuperieure,qui eft: platte Sc plus large que le corps. D, la partie externe d’icelle extrémité. Il s’appliquera par fa partie fuperieure platte contre le conduit de l’vrine, laquelle pafifera au trauers , Sc ainfi pourra vrmeï debout fans s’accroupir. Figure dudit instrument en Canule pour ceux qui ont perdu la Verge, quon peut nommer Vretere. L'artifice de mettre vn poulcter ou doigtiez Chap. X. Ors qu'vn nerf ou tendon font entièrement coupez, l’a&ion qu’ils faifoient fc | rKM® perd , &c partant la partie demeure manque à fléchir ou cftendre, Sc quelquesfois ) peut eftre aydee par l’artifice du Chirurgien. Ce que i’ay fait à vn Gentilhomme qui \ ItMÊÊfflL eftoit à Monfeigncur le Conneftablc, lequel receut vn coup de coutelas le iour de la * kataiHe X)reux pres la iointure de la main dextre partie externe, de forte que les ten- dons qui efleuent le poulce, furent du tout coupez , dont ledit poulce après la confolidation de la playe demeura flcchy au dedans de la main fans fe pouuoir leuer, fi ce n’eftoit par le bénéfice de l’autre main ; mais fubit fe retournoit à réfléchir, comme auparauant,qui eftoit caufequele Gentil- homme ne pouuoit prendre ny tenir efpec, dague, lance, pique, ny autres armes. Or voyant fa main eftre quafi inutile Sc priuee du maniement des armes, il me pria luy couper le poulce, ce que ic ne luy voulus accorder : mais au contraire luy fis faire vn inftrumenr de fer blanc , dans lequel il mettoit fon poulce. Ledit infiniment eftoit attaché par deux lanières à deux petits annelets fur la jointure de la main, fi dextrement, que le poulce demeurait efieué : Sc par ainfi le gentilhomme pouuoit tenir efpec , pique lance, Sc autres armes. La figure t’eft icy reprefentee. Hiflotié Apige du doigtiez1. Figure d'vn poulcier de fer blanc pour tenir le poulce ejleuê, 6y6 Le Vingt-troifiefme Liure, Du vice des ïambes dont les malades font & Valgi, & des iambes trop greiles. Chapitre XL Cattfe à* ‘vice dont'le malade efl appelle Va- rm ou Val- gH4, S* L m*a femblé bon d’efcrîre vn vice dont le patient félon la difpofition eft nommé | en Latin Vanu, fçauoir eft quand le pied eft tourné vers le dedans : «3c ce vice vient quelquesfois dés le ventre de la mere : laquelle pendant fagrolfelfe s’ell tenue trop | longuement alïïfe les iambes croifees : ou pource que la mere a tel vice : ou pour la mauuaifc figure qu’aura tenue la nourrice entiers l’cfant pour ne l'auoir tenu bîfen droit, ou pour auoir preifé 6c tourné le pied contre fa figure naturelle. Car les oi des petits enfans nouuellement nez font fort mois. Au contraire, quand le pied eft tourné vers la partie extérieure, on nomme le patient qui a tel vice Valgm , qui fe fait aulfi de mefme caufe : «Sc î’vn 6c l’autre vice eft nommé du vulgaire pied bot : «Sc n’aduientpas feulement aux pieds, mais aux geuoüils pareillement. Pour remédier à tels vices, 6c réduire les os en leur lieu, il les faut poulfer en leur fituation naturelle. Et faut icy noter, que fi le malade eft Varus, il faut poulfer le pied, «Sc le tenir comme fi on le vouloir rendre Yalgus. Au contraire, s’il eftoit Valgus, le faut poulfer comme fi on le vouloir rendre Varus : 6c les y faut tenir allez long temps, afin que les os puilfent demeurer en leur deué fituation. Car où l’on fe contenteroit de remettre feulement les os en leur place, ils retourneroient en leur premier vice. Parquoy il faut dauantage les poulfer, 6c les y faut tenir , tant par bandages 6c comprelfes appliquées au lieu vers lequel tend le vice , 6c aulîi par petites botines propres à ce faire , lefquelles feront de l’efpelfeur d’vn tefton , faites de cuir boüilly , 6c fendues par le deuant 6c fous le pied, afin qu’elles s’ouurcnt mieux pour y met- tre le pied, 6c feront liees 6c attachées commodément : 6c y fera appliqué ce remede, qui en tel cas eft excellent. 2£. Thuris , maftiches, aloés, boli armeniæ an. §. j. aluminis rochæ, refinæ pini ficcæ fubtilif- fimè pulnerifatorum an. 5. iij. far. volatilis fi. albumina ouorum q. f. fiat medicam. On y peut adioufter de la terebenthine , de peur qu’il ne fe dclfeichc trop. Il faut icy noter qu’on ne doit au- cunement faire cheminer les enfans Vares 6c Valges, que premièrement les iointures ne foient bien affermies , de peur qu’ils ne fe delboitent derechef. Et lors qu’on voudra les faire marcher, on leur baükra des fouliers alfez hauts comme des demies botines, 6c lacez par le deuant, ou attachez à vn petit crochet, 6c qu’ils foient de cuir alfez folide, à fin de tenir toufiours les os fermes fur leur iointure, 6c qu’ils foient contraints d’y demeurer : 6c faut faire que la femelle foit plus haute du cofté où le vice eft enclin à fe tourner, à fin de le faire renuerfer du collé qu’il ne fera nccelfaire comme tu vois par celle figure. Ohferuation bonne fp ne• cefjaite pour réduire les os. Quand on doit faire cheminer Ui Vares (fp Valges. Fourtraitt de deux petites Botines , l’vne cuucrtc, & iautre clofè De la Génération Les moyens d’accommoder des mains, bras & jambes artificielles > au lieu de ceux qui auront efic coupez, C h a p. XII. A neceffîté nous a contraints à chercher les moyens d'imiter Nature, $c fuppléer au i défaut des membres déperdus, comme tu verras aux membres artificiels. Les figu- res ôc pourcraits des mains, bras & jambes qui s’enfui lient, reprefentent les mouue- rh. mens volontaires d’aulîi près qu’il eft poffibie à l’art d’en fui lire Nature. Car flexion 8c extenfion fe pcuuent faire par bras 8c jambes artificiellement faiétes fur ces pouu- traiéls ; lelquels i’ay par grande priere recouucrt, d’vn nommé le petit Lorrain , Serrurier demeu- rant à Paris, homme de bon efpnt,auec les noms & explication de chacune partie defdiéts pout- traiéls, faides en propres termes,& mots de l’artifan : afin que chacun Serrurier ou Horlogeur les puilTe bien entendre , 8c faire bras ou jambes artificillcs femblables : qui feruent non feulement à l’a&ion des parties coupées, mais aulîi à la beauté 8c ornement d’icclles,comme on peut cognoiftre ôc voir par les figures fumantes. Le petit Lot* tain , ingé- nieux Sevra- ritr. *TotirtraiB de U main artificielle, Defription de la main de fer. ï Pignons feruans à vn chacun dqigc qui font de la piece mefme des doigts* adiouflez & afl'emblez dedans le dos de la main. t Broche de fer qui' pâlie par le milieu defdids pignons, en laquelle ils tour- neur. 3 Gafchettes pour tenir ferme vn chacun doigt. 4 Eftoqueaux * ou atrefts defdides gaf- chettes , au milieu defquelles font cheuilles pour arrefter lefdides gaf- chettes. J La grande gafehetté pour ouurir les quatre petites gafchettes qui tiennent les doigts fermez. G Le bouton de la queue de la grande gafehette, lequel h on poulie la main s’ouurira. 7 Le relîort qui eft delîbus la grande gafehette foinant à la faire retourner en fon lieu3& tenant la main fermée. 5 Les rellbrts de chacun doigt.qui ramè- nent 8c font ouurir les doigts d’eux* mefmes, quand ils font fermez. 9 Les lames des doigts. La fgure fuiuante te monstre le dehors de la main, & le moyen de l'attacher au bras & à la manche du pourpoint. Le vingt-deuxiefme Liure, 6y8 Vefcrlplon du hras de fer. i Le bracelet de fer pour la forme du bras. z L'arbre mis au dedans du grand reflbrt pour le tendre. 3 Le grand reftbrt qui eft au coude, lequel doit eftre d’acier trempé, Sc de trois pieds de lon- gueur ou plus. 4 Le roquet. 5 La gafcherte. 6 Lcrdlbrt qui poife fur la gafchette, Sc arrefte les dents du roquer. 7 Le clou à viz pour Fermer le reflbrt. 8 Le tournant de la haufte de l’auant-bras , qui eft au détins du coude. 9 La trompe du gantelet fait à tournant auec le canon de l’auant-bras qui eft à la main ; les- quels feruent à faire la main prone Sc fupine : c'eft à fçauoir prone vers la terre , Sc fupi* ne vers le Ciel. oyimre pourtraift. D’vnc main faiétc de cuir boüilly, ou papier colé,les doigts tenans vnc plume pour eferire, pro- pre à celuy qui auroit eu la main du tout coupée Sc amputee (le malade'mettant Ton moignon de- dans le plus auant qu'il pourra ) laquelle s’attache à la manche du pourpoint par certains trous que tu vois en la figure. Semblablement quand à quelqu’vn par vne playe les tendons Sc neyfs de deflus la main feront coupez , qui fait que le malade ne petit leuer la main, demeurant quafi. inutile : elle fera tenue ef- leuce par cet infiniment fait de fer blanc, couuert de taffetas, ou antre chofe, Sc fera pofé ibus la main, Joignant la première Jointure des doigts : ptiis attaché par deffus le carpe. Cela fait, que la main demeure droiéte, de façon que le malade s’en ayde parle moyen dudit infiniment, qu'on peut nommçr Dreffe-main. Le bout de cet inftrument qui eft rond , fe doit mettre contre la pre- mière iointure des doigts, & l’autre bout contre le Carpe, Sc fera ferré par les liens fort ou peu fer- •rez , ainfi qu'il fera ncceffaire. Dadjoufter ce qui défaut. ligure du drejji - main. rune jambe de bois four les pauures, Defcription de la figure de la jambe de bois pour les pauures. a a Rcprcfente l’arbre de la jambe. b b Les deux fourchons pour inférer la cuifîe , dont le plus court fe doit mettre dedans jambe, c c Te monftre le coufïîner, lequel fe met pour fuppor- ter mollement le gcnou'il fur la rondeur de l’arbre. d d Sont les courroyes auec boucles tranfucrfàntes en deux endroids les fourchons de la cuiffe pour la ferrer ôc tenir entre iceux. Par c, t’eft marquée la cuifiè, afin de t’enfeigner la vraye pofition d’icelle fur la jambe de bois. Figure d>fvne bande pour ayder à leuer le pied. D’abondant, il aduient fouuenr, que pouf auôir recetl quelque coup d’efpée , ou autre inftrument tranchant aux tendons & nerfs de la jambe, le malade après la confoli- dation ne peut qu’à bien grande peine marcher & ieuer le pied, le trainant en arriéré, comme cftant à demy paraly- tique. Pour remedier à cet accident, le malade aura vn chaufibn au pied auquel fera attachée vne bande mar- quée par A A , icelle faide de toile large de trois doigts, laquelle fera fendue au milieu de la jambe , afin qu’elle pafie aux coftcz du genouïl, attachée fermement aux œillets du pourpoint, afin de tenir le pkd efleué lors que le malade chemine. La figure eft telle. Le moyen de faire aller droiftvne perfonne qui ferait boiteux, à ràifen l’accourcijfement de la jambe. C H A p. VIII. I par quelque accident la jambe demeuroit courte, dont le malade feroit boiteux : A tel fymptome faudra vfer de cet infiniment , dit potence à fiege, laquelle eft faidc de tel artifice, que bon pourra facilement aller droid & bien à i’aife , eu efgard à la grandeur de l’inconuenient : de laquelle potence ie t’ay voulu donner le portrait: accommodé à la perfon- ne, tant par deuant que par derrière. D’adjoufter ce qui défaut. figure d’ vn homme boiteuxfttuéfarvne potence de i'ay momert de (JlUifire Nicolas Ptcart Chirurgie» de Duc de Lorraine. A Monftre l’arbre de la potence, lequel eft de bois» B Le iîege qui eft de fer, lequel en\bralfe la cuillè le long du ply de la feflè. C L’arc%- boutant qui fouftient ledit liege. ’ \ D L’eftrier de fer 3 fur lequel eft pofee la plante du pied » lequel eft crochu, afiii de tenir le pied fujec. „ v f E L’arc - boutant dudit eftrier. F Yn fer à plufieurs pointes pour tenir la potence qu’elle ne glillè* C La croix de la potence, laquelle fe met fous Taillèllc. Ceux qui auront perdu leurs chcueux , pour auoir eu la tignè, pelade, ou d’autre caule, auront vne fauftè perruque. Audi les femmes qui auront leurs cheucux argentez , dé peur d’eftre efti- mees vieilles porteront de ratepenades , defquelles à prefent elles fe fçauent bien accouftrer & far- der , pour fouuent deceuoir les hommes. Et aulïï pour fe monftrcr plus grandes qu’elles ne font* portent des patins à la façon des femmes Italiennes, & d’Efpagne. Elles font aufîî plufieurs au- tres chofes pour tromper les hommes, que ic ne veux icy deferire, de peur d’encourir leur mau* uaife grâce. • ' vf' Fin du vingt - troifiefine Lmre, iralitant dadieuBer ce qui défauts naturellement eu par accidentb 68i TABLE DES CHAPITRES du vingt-quatriefme Liure de la Génération. ■ OVRQVOT les parties generatiues font accompagnées de grand plaifir. De qualité eft la femence dont efi engendré le mafe & la fente des. Pourquoy les femelles des hefes brutes, après eflre empreintes , ne défirent pk*4 de s'accoupler aux mufles* Chap. üj La maniéré d'habiter & faire génération. Chap. iv Les fignes que la femme aura conceu, & tfi greffe d'enfant. Chap. v Comment la matrice fe rejferre ft tofi que la femence y efijettée & retenue. Chap. v j De la génération du nombril. Chap. vi j Des vaijfeaux qui font au nombril de l'enfant. Chap. viij De l'ébullition des femencts a la matrice , & des trois ampoulles qui font les lieux des trois mem- bres principaux, a fçauoir, le foye, le cœur, & le cerueau. Chap. ix De la troifiefme ampoulée où la tejle fe forme. Chap. x De l'Ame. Chap. xj Des excremens naturels, & de ceux que iettent l'enfant en la matrice de fa mere. Chap. xij Comme C enfant efant à terme, s'efforce de fortir hors du ventre de fa mere , & defa natiuite. Chap. xiij De lajituatton de l'enfant au ventre de la mers. Chap. xiv Du temps commode ou incommode de la natiuité de l'enfant. Chap. x v Les fignes de la femme de bien tofl enfanter. Chap. xvj Ce qu'ilfaut faire a l'enfant fubit qu'il efi nay. Chap. xvij Delà matière d'extraire l'arriéré faix après l'enfantement. Chap. xvii j Ce qu'on doit bailler à l'enfant par la bouche deuant que luy donner à t citer. Chap. xix De l'efieUion dtvne bonne nourrice. Chap. xx De quelle qualité doitefire choifie la nourrice. Chap. xxj De l'aage de la nourrice. Chap. xxij De l'habitude du corps de la nourrice. Chap. xxiij Des mœurs de la nourrice. Chap. xxiv D es mammelies efi delà poittrine de la nourrice. Chap. xx v De la nature du latiï delà nourrice. Chap. xxvj De ladifiénee du temps que la nourrice a enfanté, efi du fixe de fin enfant. Chap. xxvij Du régime de la nourrice. Ch. xxviij Comme l'on doit accoufirer la bouillie du petit enfant. Chap. xxix Ln quel temps ilfaut fevrer l'enfant. Chap. xxx Lesfignes pour cognoifire fi l'enfant efiviuant ou mort au ventre de la mere. Chap. xxxj De la maniéré de bien fituer la femme pour luy extraire l'enfant. Chap. xxxij De la maniéré de tirer les enfans hors le ventre de la mereyanà morts que viuans. Ch. xxxiij Ce qu'il faut faire à la femme fubit qu'elle efi accouchée. Ch. xxxiv Ce qu'ilfaut faire aux tetins de la nouvelle accouchée. C h. xxx v Des caufes de la difficulté d'enfanter. Ch. xxxvj Des caufes de l'auortement des femmey. Ch. xxxvij Des moyens de fur (tenir à l'enfant la mere morte. Ch. xxx viij De la fiperfstation, c efi à dire , conception y citer ée , ou firengendrée. Ch. xxxix De la mole engendrée en la matrice, appelle e des femmes, mauuais germe. Chap. xl Des fignes pour cognoifire vne mole d'anec vnepfant. Chap. xlj Cure de lamole. Chap- xlij De la fier dite, qui efi défaut d'engendrer aux hommes. Chap. xliij De lafierilité efi fécondité des femme s. Chap. xliv Les fignés de la matrice intemperée. Chap. xi / De La Table. 683 De la précipitation ouperuerfion de la matrice. Chap* xlvj Cure de la précipitation de ta matrice. Chap. xlvij Comme ilfautfituer la femme lors que la matrice efi tombée. Chap. xl viij De la membrane appellée Hymen. Chap. xlix Ni Boire mémorable de le an Vuier de U membrane appellée Hymen. Chap. I, DePhimon. Chap. Ij. De la fuffocation de la matrice a appellée des femmes le mal de la mere > fi des caufes. Chap. 1 ij Lesfignes que tofi la femme aura fujfocation de matrice. Chap. liij Les fignes pour cognoifîre fi vne femme efi morte ou non par vne fitjfocation de matrice. Chap. liv Les différences de fuffocation de matrice. Chap. Iv Les fignes pour cognoifîre fila fuffocation vient par la fimence retenue fi corrompue, fi non du fan g menfiruel. - Chap. Ivj Cure de la fuffocation de la matrice. (.’.) Chap. Ivij Du fux menfiruel des femmes. , Chap. Iviij Pourquoy Nature a faicrque la femme a vn fax menftrueL Chap. lix La caufe des menfirues aux femmes. Chap. Ix Les caufes pourquoy le flux menfiruel efi retenu aux femmes. Chap. Ixj Les fignes é‘ prognofüc que les menfirues font retenues, fi Les maladies fi accidens qui en ad- uiennent. Chap. Ixij Des moyens pour pyouoquer le flux menfiruel aux femmes. Chap. Ixiij Les fignes que les mois veulent couler aux femmes fi filles. Chap. Ixiv Les accidens qui viennent au flux du fang menfiruel immodéré. Chap. Ixv Le moyen Barre fier le flux menfiruel excefiif Chap. Ix v j Les remedes particuliers qu on doit appliquer en la matrice pour t flancher le flux de fang immo- déré. Chap. Ixvi) Du flux muliehre ou fleurs blanches. Chap. Ixviij Caufes des fleurs blanches. Chap. Ixix Cure du flux muliebre ou fleurs blanches. Chap. Ixx Des pâlies couleurs.' (.*.) Chap. Ixxj Du battement de cœur. Chap. Ixxij Bourfeufieure. Chap. Ixxiij corrompu fi depraué. Chap. Ixxiv 2faufiéefi vomiffement. Chap. Ixxv Friffons fi rigueurs. (.*.) Chap. Ixxvj Des fioujpirs, gemiffemens efi ris. C h. 1 xx v i j Fefueries. Ch. Ixxviij De l'euanouiffement. Ch. Ixxix De la fièvre erratique. Ch. Ixxx Soif fi altérations. (.'.) Ch. Ixxxj Du veiller. Ch. Ixxxij Ch. Ixxxiij Des hemorrhoides qui naiffent au col de la matrice. Ch. Ixxxiv Des verrues qui viennent au col de la matrice. Ch. Ixxxv De thym efiece de verrue. Ch. Ixxxvj Des Rhagadies fi conddomes. Ch. Ixxxvij Du prurit de la matrice. Ch. Ixxxviij De l'hydropifie de la matrice, (.*.) Ch. Ixxxix De /’inflammation de la matrice. Chap. xc Des pierres fi fables contenus en la matrice. ■ Chap.. xc) Du col de U matrice trop large, trop ouuert fi trop lubrique. v Chap. * xcij De la relation du gros intefiin qui fe fait aux femmes. Chap. xciij De la relation fi enfieure du nombril qui fefai fi aux enfans. Chap, xciv De la douleur des dents des petits enfans. Chap. yfN 684 LE VINGT-QVATRIESME LIVRE, TRAICTANT DE LA GENERATION DE L’HOMME, RE- cucilly des Anciens & Modernes. l?ar Ambroise Pare , i Laual au Maine > Confeiller & premier Chirurgien du Roy, Préfacé. I e v le Créateur de toutes chofes : au commencement du Monde , par vu confeil indicible & prudence ineftimablc, a créé non feulement en l'efpece humainemais aufll en toutes efpeces d'animaux , deux fexes : l'vn mafie, if l'autre femelle: lefquels par certains allechcmens de volupté fc conioin- jr droyent enfembîe pour la génération de leur femblable , à caufe de la condi- Itionincuitabledemort à tous indiuidus animaux, que la volonté diuineleur IÜ auoit ordonnée. En celle conionélion volnptueufe l'homme 8c la femme, principalement au facré Mariage, jettent leurs femences, lefquelîes jointes l'vne auec l’autre, font recettes & conferuécs en la matrice de la femme. Or la femence eft vn humeur eleumeux , plein d’efprit vinifiant, qui la faicl bouillonner 8c accroiftre en la matrice : 8c font lefdiétes femences, la matière Sc la forme naturelle de l’enfant, faiél du fang le plus pur de la matfe fanguinaire. La virile eftant jettée en la matrice , fe fait principe 8c caufe cflfe&iuc de la génération de l'animal. Icelle femcnce doit eftre blanche , (plendide 3c claire , gluti- neufe , globulente , 3c d'odeur de fureau, ou de palme, 3c appetée des mouches , ddeendante au fond de l'eau : car fi elle nage delfus, elle fera inféconde. Or la plus grande partie d'icelle vient duccrueau , mais le total procède de tout le corps voilier- Tel, 3c de chacune partie, tant folide que molle. Car c'eft choie manifefte que fi elle ne vcnoit de tout le corps, les parties de l’enfant n’en pourroient eftre faiélcs, parce qu’il faut que toutes les par- ties foient faiétes de leur femblable. Et cecy eft prouué par la fimilitude ou femblance des enfans aux pere 8c mere, 8c par l'imbécillité de certains membres : car fi le pere ou mere ont le cerneau ou foye , poulmon , eftomach, ou autre partie debile, l'enfant le plus forment tient de celle débilité, 8c racfme eft fubjecl à certaines maladies héréditaires, tant du corps que de l’efprir. Or il faut icy entendre , que lors que les anciens ont dit la femence venir de toutes les parties du corps , il ne le faut entendre de la matière : car elle eft tirée de lamaftc fanguinaire, mais auec icelle l'efprit animal, vital, 8c naturel, 8c les idées de la vertu formatrice d'vne chacune des parties font tirées de tout le corps en général, 8c parties d'iceluy. Et qu’il ne foit ainfi, nous voyons ceux aufquels on a coupé vn bras ou vne jambe, ou autre partie, auoir toutes fois des enfans bien formez. Or la femence at- tize & allume le defir d’habiter, 8c caufe vn plaifir deieélable , 3c principalement â l'emiflîon d’i- celle, de crainte que l’homme, de foy brane 8c fier , ne defdaignaft vn aéte tel que femble l'accou- plement charnel, 3c parce moyen ne fe fouciaft de perpétuer fon nom à la pofterité par lignée pro- créée de fon corps , 3c de peur que la femence ne fuft jettée en autre lieu qu'en la matrice. Et afin que la génération fuft faiéte, les mafles ayans compagnie de la femelle,les parties génitales de l'vn & de l’autre s'eftendent de toutes parts,: aux mafles la verge, pour jetter droiét la femence en la capacité de la matrice : 3c aux femelles , le col de la matrice, qui pour la receuoir s'ouure 8c eflargit, 3c fe tient droiél pour auflî vuider fa femence,qui eft enuoyée par les vaifleaux fpermatiques aux tefticulcs, tant de l’homme que de la femme : lefquels vaifleaux font plufieurs retours , reuolutions & replis comme capreoles de vignes , afin que dans ces entortilleures 8c anfraéhiofitez le fang 8c efprit en- uoyez aux tcfticules foient cuits 3c digérez par fi long chemin , 8c partant elabourez 3c blanchis en fubftancefeminale : 8c fc terminent ces dernieres entortilleures aux tefticules, qui font de fubftance rare, laxe ôc fpongieufe, receuans ceft humeur qui ja a commencé d’eftre cuit aux vaiffeaux, 8c l'a- cheuent de cuire en plus grande perfection, luy donnant les qualitez, forme 3c effence requife pouf la génération de l’animal. Or la femence eft rendue blanche par la faculté des tefticulcs qui font blancs. Le malle jette la femence hors de fon corps, 8c la femelle dedans le fien , par les vaifleaux fpermatiques qui font implantez dans la capacité interne de fa matrice. G a!, au 14. liu. del'vfa- ge des par- fies. §lttefi~ce en la femme femence mafculine & féminine, 686 Le vingt-QuatriefmeLiure, l’homme, eft contenue femence mafculine & féminine. Toutesfois il faut entendre, qu’il ne fepro- A duit pas toujours en vn homme, vnefcmence pour engendrer vn fils, ny auffi pour faire vne fille: mais cela varie félon la variété de l’aage & façon de viure : ce qu’on void prefque ordinairement: ainfi eft-il de la femme. Parquoy nul ne fe doit efmerueiller, de ce qu’vn mefme homme auec vnc mcfmc femme,engendrent tantoft vn enfant malle Sc tantoft vne femelle. De quelle qualité ejl la femence dont ejl engendré le mafie & la femelle. Chapitre II. ïltppor* au kiu. de la nature de l'enfant. ■' L eft certain que la femencc plus chaude &c plus fciche engendre le malle , 5c la plus froide 5c humide la femelle : car il y a beaucoup moins de vertu au froid qu’au chaud: ainll l’humidité eft de moindre efficace que la ficcité : 5c c’eft pourquoy la femelle eft plus tard formée que le malle. En la femence gift la vertu creatiue ôc formatrice: Exemple, en vne graine de melon, potentiellement eft le tronc, les branches, lesfeuil- les,les fleurs, le frui6t,la forme la couleur, l’odcur,la faueur,& femence: ainft eft-il de toutes autres fcmenccs. Ce qu’on cognoift auffi aux greffes entecs fur fauuageons, rerenans la nature du fruiû de l’arbre, d’où ils font tirez. Semblablement quand la femence du pere, furmontecclle de la mere lors l’enfant reflèmble au pere : 5c quand celle de la femme,furmonte celle de l’homme,l’enfant ref- fembleaupere :5c quand celle de la femme furmonte celle de l’homme, l’enfant reflèmble à la mere, Toutesfois on void le plus communément les enfans reflèmbler plus au pere qu’à la mere , poitr la grande imagination 5c ardeur qu’a la mere en la copulation charnelle : tellement que l’enfant atti- re la forme 5c couleur de ce que fl fort elle cognoift 5c imagine en fou entendement : comme il ad- uint de la Royne d’Ethiopie , laquelle en la copulation de fon mary , imaginant vne couleur fore blanche , enfanta vn fils blanc. Telle chofc fe peut encores premier par l’artifice de lacob , qui meit des verges de diuerfes couleurs dans l’eau, au temps de la coniondtion defes brebis : ce qui fera cy-apres déclaré plus au long parlant des monftres. Il aduient auffi quelques-fois, mais rarement, que l’enfant ne reflèmble à pere ny mere : mais à quelques vns de leurs parens, comme à leur pere & mere grands 5c ayeuls : parce que naturellement la vertu des ayeuls eft fichee 5c enracinée aux cœurs de ceux qui engendrent. En quoy Nature reflèmble à vn peintre, qui portraiCt vne choie au naturel, s’efforçant de faire reflèmbler les enfans aux parens Je plus qu’il luy eft poffible. Les enfans ne reflèmblcnt feulement à leurs, pere 5c mere de corfage (comme en ce qu’ils font grands ou petits, gros ou deliez, camus ou boffus, boiteux ou tortus)de parler, 5c de maniéré de cheminer: mais auffi retiennent les maladies , aulquelles lefdits pere 5c mere font fubiets, qu’on appelle he- reditaireSjCome il fe void aux lcpreux,gouteux,epileptiques,lapidaires, fplenctiques,afthmatiqucs, 5c autres femblables : parce que la femence fuit lacomplexion 5c tempérament de celuy qui engen- dre, en forte qu’vn homme 5c vne femme bien temperez produiront vne femence bien complexion- nee. Au contraire s’ils font intemperez, produiront vne femence mal complexicnnee , 5c non pro- pre pour engendrer vn enfant fain 5c de bonne habitude, fuiuant la femence de Catulle. Vn cha- cun toufiours fuit l’origine & femencc de fa nature propre. Parquoy celuy qui fera goûteux,lépreux, ou en autre difpofition fufdite : s’il s’engendre vn enfant, à grand peine pourra-il euader qu’il ne foit fujet'aux maladies du pere 5c de la mere : ce que toutesfois n’aduient pas toufiours,corome l’ex- perience fe monftre, ainfi que i’ay eferit aux liures des Goûtes. Car on void plusieurs eftre vexez de Gouttes 5c d’autres maladies, defquelles les pères & meres n’auoient efté malades : 5c d’autres n’en eftre iamais affligez, defquels toutesfois les pere &mereen eftoient grandement tourmentez. Laquelle chofe fe fait par la bonté de la femence de la femme, & température de fa matrice,corn- géant l’intemperature de la femencc virile , tout ainfi que celle de l’homme peut corriger celle de la femme. De là vient qu’on void fouuent par expérience des enfans n’eftre point goûteux,ou fujets à autres maladies héréditaires, encores que leurs pere ou merefuffent fubjeéls à telles difpofitions: laquelle correction fi elle défaut à la femence du pere ou de la mere, à grand peine les enfans peu- uent-ils cfchapper qu’ils ne foient fujeCts aufdites maladies , qui ne fe peuuuent parfaitement gua- rir, quelque grande diligence qu’on puiffe faire : parce qu’elles ont pris leur habitude auec les prin- cipes de la génération de l’enfant. Plurarquc au îiure intitulé, pourquoy la iufticeDiuine différé quelquesfois la punition des ma- léfices , dit que Hefiode confeille de n’engendrer point enfans quand l’on a efté aux obfeques 5c fu- nérailles des trépaflèz , mais bien après auoireftéen quelque magnifique banquet, 5c comédies ioyeufes, car combien que la femence Srgeniture reçoiuc non feulement la bonté ou malice de fa matrice , mais auffi elle transféré la ioyc , la trifteflè, & femblables affeClions en la procréation des enfans,les faifans gais ioyeux 5c gaillards, ou melancholiqucs, félon la compofition de la femence, 5c de la vertu imaginatiue. L'imagina- tion,caufe de la fimilitude de figure. Arift.au lin. de la généra- tion des ani- maux. Hipp. au liu. de l'air des régions fades eaux. D’o» vient que t ouf ours les maladies ne pajfent *ux enfans. Pourquoy les femelles des hefics brutes, après dire empreintes, ne défirent pim de s’accoupler auxmafies. Chap. III. Afifi poil 7.fetl.de U eoniofiRion mamelle. ’E s t qu’elles s’addreflent feulement à ce qui s’offre,&qui eft prefent en leur chaleur 5c J rut, n’ayant aucune rccordation du plaifir après eftre empreintes : mefmes abhorrent le coït après la conception : parce que leur imagination ne leur eft donnée de nature que s&S&s&ÈI pour leur efpece, 5c non pour la volonté 5c délégation. Or les mafles les vont chercher De la Génération A lors qu’elles font en rut, à caufe qu’il s’efleue de leur"matnce vne certaine exalation vaporeufe,qui s’epand en l’air, Sc les mafles Tentant cefte odeur entrent en amour, qui fait qu’ils délirent s’accou- pler cnfemble. Le contraire eft aux femmes : car elles défirent pour la délégation , & non feule- ment pour l’efpece,& auffi quelles abondent en fang qui les efchauffe, quand elles s'en recordent, ik que la vertu imaginatiue procédante du cerueau, Sc la concupifcible, ou defireufe , du foye(qui efl: i’vne des plus principales caufes d’habiter) s’en reflentent, ayans recordation de ce plaifir deli- deux quelles ontreceu au coit : Sc faut entendre, que la vertu concupifcible ou dcfireufe,comman- de à la vertu expulfiue du cœur,lequel lors enuoyela chaleur aux parties génitales par les arteres, Sc le foye par les veines, Ôc icelle chaleur accompagnée d’efprits vapoureux font enfler Sc tendre les parties génitales, tant aux hommes qu’aux femmes, puis par le coït la femence efl: cxpulfec. Les belles Tannages font grandement furieufes quand elles demandent les femelles : ainfi nous voyons le cerf cftanten rut, bramer & crier après les biches : auffi les afnes en deuiennent à peu prés enra- gez,parce que leur membre fort alors fort efchauffe d’vn defir des femelles : Sc tel defir de s’accou- pler les ditpofe à telle ire & fureur ; mais auffi après l’accointance de femelles, font rendus doux Sc paifibles. Or comme i’ay dit cy-defliis, il y a vne tres-grande delcdadon en la copulation du malle Sc de la femelle, parce que c’eft vn ade fi abjed Sc immonde, que s’il n’eftoit accompagné d’vn tel L plaifir délicieux,tous animaux naturellcmêt le fuyroient Sc l’auroient en horreur; ce quicaufcroic en bref la confommation des efpeces : mais nature s’exerçant volontiers en telle voluptueufe titil- lation fait, que chacune efpcce efl conferuee, Sc de plus en plus eft augmentée. Les chcfès neceffaires a la génération, Tro is choies font necelîaires à la génération : la première , l’excrement humide Sc bénin , qui vient lapins grande part du cerueau : la fécondé, ventofitez pleines d’efprits vitaux,qui procèdent du cœur, qui caufe diftenfion Sc eredion des parties génitales : la troifiefme efl vne concupifcence Sc appétit naturel, lequel prend fa fource du foye : de là s’efpand par les parties génitales. D’abon- dant faut que l’objcd plaife , Sc foit defiré tant de la part de l’homme que de la femme : fi l’vne de ces chofes manquent, les perfonnes font irapuiflàntcs. Pourqucy la femme en tout temps a defir de s'accoupler. La concupif- cence c on fi fie au foye. Art fi.en fes Problèmes, Pour accom- flirl'af trois 7ho/ès: lha- leuryventofi~ &.humi- dité. La manière d’habiter & faire génération. ’H o m m e eftant couché auec fa compagne 6c efpoufe, la doit mignarder, chatoüiller, carefler 6c efmouuoir, s’il trouuoit qu’elle fuft dure à l’efperon : 6c le culriueur n’entre- M ra *^eclans Ie champ de Nature humaine à l’eftourdy, fans que premièrement n’aye fait fes approches, qui fe feront en la baifant, 6c luy parlant du ieu des Darnes rabbatuës, aufîi en maniant Tes parties génitales, 6c petits mamelons , à fin qu’elle foit aiguillonnée 6c titillée tant qu’elle foit efprife des délits du malle (qui eft lors que fa matrice luy frétillé) afin qu’elle prenne volonté 5c appétit d’habiter 6c faire vne petite créature de Dieu , 6c que les deux femences fe pniflent rencontrer enfemble : car aucunes femmes ne font pas fi promptes à ce jeu, que les hom- mes. Et pour encor auancer la befongne, la femme fera vne fomentation d’herbes chaudes, cuites en bon vin ou maluoifie,à fes parties génitales, 8c mettra pareillement dedans je col de fa matrice vn peu de mufe 6c ciuet?tc:8clors qu’elle fentiraeftre aiguillonnée6c efmu'é,lc dira àfonmary:adonc fe Joindront enfemble, 6c accompliront leur jeu doucement, attendant l’vn l'autre, faifantplaifir à fon compagnon. Quand les deux femences feront iettces,l’bomme ne doit promptement le defioin- dre , à fin que l’air n’entre en la matrice, 6c n’altcre les femences,6c qu’elles fe mixtionnent mieux l'vne auec l’autre, 6c fubit que l’homme fera defeendu, la femme fe doit tenir coy, 6c croifer 6c Join- dre les cuifîès 6c iambes, les tenant doucement rehaulfees, de peur que par le mouuement 6c fitna- tion décliné de l’amarry, la fcmence ne s’efcoule hors, pour lesquelles mefmes raifons il faut qu’cl- ie ne parle,ne touffe,ny efternuë , 6c qu’elle dorme promptement après s’il luy eft polfible. Ainfi Dieu donna à l’homme la femme pour fon ayde 6c compagne, 6c mit à l’vn 6c à l’autre vne vertu d'amour, 6c vn defir d’engendrer lignee, ayant préparé en eux vn humeur 6c efprit inflatil, auec in- ftrumens conuenablcs, à rel vfage. Et à celle fin que l’vn ne dédaignait l’attouchement de l’autre, il adioufta en eux certains allechemens 6c façons de faire attradiues, auec vn appétit 6c mutuel embraffement,afin que quand ils conuiendroient, il leur aduint de receuoir vn foüef 6c délicieux Car de vray fi cela n’eftoit infus de nature en toutes efpeces d’animaux, de pouruoir à la po- fterité, 6c tendre à génération : véritablement tout le genre humain periroit 6c viendroit à néant 6c ne pourroit longuement fubfiftcr. Puis donc que telle affedion eft fi forte 6c difficile à dompter. Dieu a permis à ceux qui ne peuuent modérer leurs conuoitifes, 6c qui font defpouruens du don de continence , le lid de mariage : afin qu’ils puiffent fe contenir dedans les bornes d’iceluy, 6c nefe point contaminer par vne paillardife çà 6c là vagabonde. Ce ch. efi pris de Gourde», liu, 7, ch, 14, lequel i’ay exprimé le plush cnne- ftement qu'il m'a tfié pef- fille. Les fignes que la femme aura corné» y & tftgwjfe d'enfant. C H A p. V, h s %lies Par lefquels la femme fera alîeurec d’auoir eonceu , font premièrement fi |ï | eHc a eu autrefois enfans, elle prendra garde quand la femence ne luy fera point for- i YM tie de fa matrice après la copulation : car fi elle eft retenue elle fera alfeuree d’auoir 4Û conçcu : pareillement elle lent lors que Icsfemenccs font ioindes , vn petit frifibn, & g, horipilation , ou hcriffonnement en tout le corps : 6c telle choie fe faid àcaule que la matière le comprime , 6c Ton orifice le cloft pour retenir les femences : ainfi que par fois nous Tentons à la fin qu’auons pifie, qui fe fait par la conrradion de la vellîe, à canfe de Pair qui fubit s’introduit pour remplir aucunement ce qui eft vuide ; aulîi s’elle a fenty quelque petjte douleur autour du nombril 5c petit ventre, fi elle eft fort endormie, 5c fi la compagnie de l’homme Signes de concept ic». Le vingt-quatriefme Liure, 68B ne luy plaift comme auparauant : fi fa face eft decoulourée, entre blanche 5: pâlie, c’eft figne de conception. Aucunes quelques temps âpres la conception ont des tauclcures en la face , les yeux enfoncez , 5c le blanc d’iceux liuidc ; autres ont douleur de telle auec vn vertige , leur femblant que tout tourne deffns défions , pour la conturbation des efprits animaux canlce de vapeurs qui s’efteuent au chef du fang mcnftrucl retenu, 5c le terme de fes fleurs retenu , au lieu de les auoir, fes retins s’en durci lien ç 5c luy cuifcnt : à raifon du fang qui les diftend & amplifie. Adonc peut eftrc alîèurée d’eftre grolfe d’enfant : joint que fur les trois ou quatre mois le mouuement de l’enfant les rend certaines 5c aftèurées : 5c lors que l’enfant eft ja parfaid, 5c commence à fe monuoir, le laid fort des mammelles. Autres font rechignées, melancholiqucs, & defplaifantes à ellcs-mefmes, tant pource que les efprits font obfcurcis des vapeurs fufeitées de bas en haut, que pour le fardeau non accouftumé dont tout le corps eft appefanty , aucunes ont mal de dents, défaillance de cœur, appétit depraué , auec naufée, dide des anciens Pica, faifant qu’elles defdaignent les bonnes vian- des , 5c quelquesfois appetent chofes contre nature , comme charbons, terre , cendres , vieux harens pourris , fruits verts & afpres , poivre, 5c autres efpiceries, boire vinaigre, & autres fem- blables , le tout félon la qualité 5c faneur des humeurs qui regorgent de l’amarry au ventricule. Or quelquesfois tel appétit depraué dure iufqucs à ce que la femme ait enfanté : & auffi fouuent celle lors que l’enfant eft plus grand, qui conformée tout le fuperflu tant bon que manuais. Les femmes vefues 5c autres filles , qui ne font greffes , font remédiées en leur prouoquant leurs mois ( car cédant la caufe celfe l’effed ) lefqueîs en vain on combat 5c tafche à guarir pendant que leur caufe eft entretenue : mais aux femmes greffes on ne le doit faire, de peur de les faire auorter , ade inhumain &daranable. Autres ont tel mal le plus fouueut trois mois après , 5c fe rengrege lors que les cheueux viennent à l’enfant, 5c principalement quand c’eft vne fille. D’anamage, com- munément au fécond mois il furuient rétention des fleurs ; parce que d’autant que l’enfant agran- dit, aufti plus attire-il de fang pour fa nourriture que de couftume, lequel eft employé en trois par- ties , de la première defquelles, plus pure , l’enfant fe nourrift. La fécondé, qui eft moins pure, cftenuoyéeaux mammelles de la femme à faire le laid pour la nourriture de l’enfant quand il fera né. La troifiefmc , qui eft la moins pure que les deux autres, demeure en la matrice, faifant ce qu’on appelle le gifte ou arriere-faix feruant de lid 5c couffin , attendu que dedans icclny l’enfant nage, &y eft fupporté , puis jette deuant & après l’enfantement. Autres fentent leur vrine plus chaude 5c ardente que de couftume, 5c en outre rougeaftre : car à caufe de la rétention des mois, la bouche de la matrice eft efchauffée, 5c par confisquent laveffie qui luy eft au dellus , conjoindc par certains petits filamens , par lefqueîs la plus fubtile 5c fanieufe portion du fang refude dans icelle , qui pour cete caufe fait l’vrine teinte de rougeur, comme monftre Hip. au liu, i. De morbü vmliemm. Autres ont grande douleur aux reins 5c aux aines, 5c par internalles fentent trenchécs au ventre. Item fi les veines de la poitrine &: celles qui font fus les mammelles, font plus enflées que de couftume ; mefme les mammelles s’enflent 5c durcilfent dés le fécond mois, 5c leur cuifent vn peu , à raifon du fang qui monte : auffi leurs papilles 5c mammclons deuiennent rougeaftres ou noiraftres , auec petites tubercules femblables à porreaux , tout le corps s’appefantift , le ventrj? s’enfle, parce que l’enfant prend croiflance. Partant les coftcs Sc Limbes le dilatent, 5c par fucccf- fion de temps les mammelles rendent du laicl qui eft quand l’enfant eft japarfaiéf, acheué, 5c com- mence à fe monuoir ; 5c lors qu’ils font fus les derniers mois, fentent grande pefanteur auxhanckes, la face maigrift , les yeux , le nez , la bouche agrandiflent, 5c fes parties génitales fe tuméfient. Item toutes les veines de fon corps font fort pleines de fang, principalement celles des cuifles 5c des jambes, & autour de leur nature, 5c font trouüées fouuent variqneufes, dilarées,&: entortillées, 5c quelquesfois de plufîeurs reuolutions circulaires jointes enfemble pour la fuppreffion du fangt dont s’enfuit granité 5c pefanteur de tout le corps, qui faiét qu’elles ne peuuent cheminer qu’à bien grande peine , principalement quand elles font proches d’accoucher. Hip. Aphor. 41. li. y. dief, que pour prouuer fi vne femme eft grolle , il luy faut faire boire de l’hydromel fait auec eau de pluye , quand elle s’en va coucher : fi elle eft grofîè , fendra des tranchées , pourueu qu’elle ne foie accouftumé à tel breuuage. Les femmes greffes font choleres. Le fang des i mois eflant retenus aux femmes gref- fes cfl em- ployé en trois parties. De l’vrine des femmes greffes. Comment la matrice fe rejferre fi tçfi que la femence y efi jettee & retenue. Chap. VI Ors que les deux femences feront ainfi recettes en la matrice , l’orifice intérieur Mb d’icelle fe rdferre fermement 5c eftroittcment, afin qu’elles ne retombent : 5c quand fi jMIPl!!» ta matrice a pris 5cretenu les deux femences méfiées enfemble ( dont celle du malle Æ eft nourrie de celle de la femelle, qui luy eft plus familière que le fang , parce que chafque'chofe plus facilement eft nourrie 5c augmentée de ce qui luy eft fémblable) fe coagulent & adhèrent contre les parois de la matrice, & par fa chaleur naturelle font efchauffées fubi t & fi fort, qu’à l’entour fe concrée vnc petite peau fubtile fémblable à celle qui fe faidl fur du laid non eferemé , ou d’vne toile d’araignée , de façon que le tout eft fait comme vn œuf abortif, c’eft à dire qui n'a encore fa coquille ferme & dure. Or à l'entour font veus des filamens entrelace? enfemble , auec vnc fubftance glutineufe & glaireufe , de couleur rouge, 5c aucunement méfiée de gros fang noir, & au milieu fe manifefte vn peu le nombril, duquel eft produire ladite taye : & à la vérité l’on peut auoir cognoiffance de beaucoup de chofes des enfaus au ventre de la merc , en faifant couuer vingt œufs à vne ou plufîeurs poulies, les caftant tous les iours l’vn après l’autre en vingt iours : car en ce temps-là le poulet eft parfaid , & a vn nombril. Ladite pel- licule eft nommée fecondine ou chorrion , & des vulgaires arriere-faix , ou le lidde l’enfant, & icelle eft faite dés les fix premiers iours, félon Hippocrates, 5c ne fert point feulement à contenir La femence du majle ejl nourrie de ceüt de la femme. Première peau ou membrane. de la Génération. 689 les deux femences enfemble enfermées, mais auftî à attirer leur aliment par les orifices des veines ôc arteres, qui fe terminent en la matrice pat.où eft expurgé le fang menftruel, pour la purgation vni- ucrfelle de la femme en temps oportun : ôc iceux orifices ont efté appeliez des Crées Cotylédons, Ôc des Latins Acetables, ôc relfemblent aux petites eminences ou appendices, qui font aux extremitez des Scches : aux femmes font peu appareils , par lefquels eft ladite fecondine attachée Ôc liée de toutes parts à la matrice, pour la confcruation ôc augmentation defdites femences. Les anciens ont lailïe par eferit, que la bouche de la matrice des femmes enceintes eft tant rdèrrée, que depuis la conception iufques à l’acconchement , la poinde d’vn poinçon n’y fçauroit entrer : toutesfois on peut monllrer que le contraire eft véritable : tefmoin la fuperfetation , à fçauoir , engendrer dere-' chef fur vn engendrement, laquelle chofe ne fe feroit , fila matrice ne s’ouuroit. D’auantage on veoit jetter fouuent aux femmes groftès grande quantité d’aquofitez , ôc autres excremens hors la matrice , qu’on ne peut dire venir feulement du col, qui n’a pas alfez de capacité pour contenit tant de matière. Plus la femme grofte ayant affaire à fou mary , jette fa geniturehors : ôc fi elle ne s’ouuroit, elle ne pourroit en découler. Item il y a des femmes qui ont leurs fleurs eftant encein- des, qui ne peuuent venir que du dedans de la matrice par l’ouuerture de certaines veines acetabu* laires ou cotylédons, aufquelles l’enfant n’eft pas attaché par fa fecondine ou arricre-faix. Car s’il venoit par icelles mefmes , il s’enfniuroic auortement. Ce qui ne fe fait, ôc ce fang pallagcr n’em- pefcheiSc n’offence non plus l’enfant enueloppé en Tes membranes, que font leurs ôc autres matières putrides, qui font produites ôc faites defdites membranes. Il peut bien dire tou- tesfois (ce qui n’eft pas pourtant needfaire) que lors Nature fe defeharge immédiatement par quel- ques veines du col de la matrice , comme elle faid aulfi par les hemorrhoides, ôc par le nez, lieux plus mal à propos , que le col de la matrice , voire mefme l’on a veu telles defeharges aduenir par vomilfemens de fang, ôc par les retins au temps prefix, que les fleurs doiuent couler, chofes ad- mirables en telles diuerfions Ôc vacuations, qui fe font par Nature, ôc non imitables par artifice du Médecin. D’auantage, il s’eft veu que la femme eftant grofte de deux enfans, la matrice s’ouurc quel- quesfois pour en jetter vn mort,comme à elle eftrange,fans que le vif forte qu’à fon terme prefix. Liure de ta Nature de l’enfant. Roufet au lh de l'enfante* ment Cefa*> rien», De U génération du nombril. C h A p. VIL BR en chacun de ces orifices de veines & arteres , dits cotylédons, la femme ayant conceu , il s'engendre vn autre vaillèau nouueau, qui eft vne veine, au droit de la veine, Ôc vne artere au droit de l’artcre ; ces vaillèaux nouueaux font attachez par vne membrane fubtile ôc defliee , qui par dehors eft eftenduë à l’enuiron tous lefdits vaillèaux , ôc cohere ou adhéré à iccux. Cefte membrane ferç aufilicls vaillèaux de rempart, de ligature, ôc couuerture, qui les attache en- femblc, Sc fe redouble auec les deux autres, pour couurir le boyau ou vmhilic faid de la veine ôc arteres vmbilicales , iniques au pcrtuis de l’vmbilic de l’enfant. Or chacun de Tes vaillèaux nou- ueaux commence vis à vis des emboucheures de ceux de la matrice, appeliez cy - deftus Cotylé- dons, ôc font bien petits ôc deliez comme font les dernicres racines d’vnarbre planté en terre : mais eftans auanccz vn peu , ils s’accouplent deux à deux : tellement qu’il s’en fait de deux vn, puis de- rechef ils s’alîèmblent, à fçauoir veine auec veine, artete auec artere : ôc cela va toufiours en con- tinuant ôc augmentant enfemble, iufquesàce que finablement tous les petits vaillèaux fe rappor- tent ôc finilîènt en deux grands vaillèaux vmbilicaux , qui entrent au corps de l’enfant pal* le per- mis du nombril. Et icy Galien admire la grandeur de Dieu ôc de Nature, qu’en fi grand nombre de vaillèaux, conduits ôc menez par fi grande efpace de chemin , iamais l’altere ne s’adioufte à la veine , ny la veine à l’artere, mais chacune d’icelles cognoift le vaillèau de fa prppre efpece , ôc à celuy-là s’addrelïè ôc Ce joint : fubit que les veines font palïèes outre le nombril, elles Ce ioignent enfemble , ôc d’icelles en eft veu vne feule, qui entre en la partiecaue du foye de l’enfant, Ôc l’al- tere fubit qu elle y eft entree, Ce fourche en deux , qui defeendent aux collez de la veffie, ôc s’infe- rent aux deux arteres iliaques, ôc font couuertes, eftans dedans le corps de l’enfant,du péritoine, qui les lie aux parties où elles paftènt. Les veines ôc arteres nouuellement engendrées, faites de cotylé- dons, font comme les racines d’vn arbre, ôc la veine ôc artere vmbilicale font comme le gros tronc, pour attirer le nourri ftcment,&: vinifier la femence,dont l’enfant eft faid : car nous virions comme les plantes, Ôc après comme les belles brutes au ventre de la mere. La féconde tunique eft appcllée Amnios ou Agnelette , qui cnueloppe de toutes parts la femence. Or ces membranes font fort dé- liées, relîemblans au commencement à petites toilettes d’araignées,& font les vues fur les auttes,& en plufieurs lieux ôc endroits font vnics ôc attachées enfemble par certains filets fubtils , qui vent cfpars les vns entre les autres, ôc ainfi fe fortifient : comme vne corde ou tillu de poil, de laine, ou de fil qui acquiert grande force par complication des chofes alîemblécs, combien que chacune d’i- celles feparément foient fort foibles* Et telle chofe cil à refpondre à ceux qui voudroient demander comme il eft poftible,que lefdites membranes ne fe la femme grolfe dance & fauke, ôc aulfi que l’enfant fe remue quclquesfois violentement au ventre de fa mere : car eftans lefdites membranes liées ôc entrelacées elles fc fortifient eftans enfemble,c6me par l’exéple d’vn tilTu,com- me nous auons dit,& ne font feparées les vnes des autres,& netrouue-on rien entr’elles, à fçauoir, fueur ne vrine. Nature toutesfois ne les a voulu faire fi fortes qu’elles ne fe rompent à l’heure que l’enfant veut fortir ôc naiftre. Or le contraire de cela eft tant enraciné en l’opinion de plufieurs, qu’il eft impoftîble leur pouuoir ofter , mais pour-ce faire, ie les renuoyeray au liure de Nature, c’eft qu’ils ouurent vne femme morte , grolfe d’enfant, ôc alors ils pourront voir ôc cognoiftre la vérité , s'ils veulent ouurir les yeux ; ce que i'ay voulu faire fans croire au crédit d’autruy. Diurne con* templatson„ Seconde tu* meur ou membrane. Bip. appelle toutes les trois tnyes fecondinesi Gai. lia. de vfu par, Le vingt-Quatriefme Liure, 690 Des vaiffeaux qui font au nombril de /’enfant, Chap. Y 111. Trois vaif- feaux vm- hilicaux. V c v n s de nos deuanciers ont eferit, qu’au nombril il y aùoit cinq vaifièaux , à | fçauoir,dcux veines 5e deux arteres, 5e le conduit appellé vrachus : mais quant à moy, | iamais ie n’en ay feeu trouuer que trois,à feauoir la veine vmbilicale , qui eft fort impie , de façon qu’on y mettoit aifément le fer d’vue aiguillette : 5e deux arteres, » lefquelles ne font fi grofiès à beaucoup près : Et telle choie a efté ainfi faite, parce qu’il falloir plus de fang à l’enfant pour fa nourriture 5e augmentation que d’efprit vital. Or ces veines 5e arteres(dont eft conftitué le nombril, qui eft fait le 9.iour eftans enfemble fe redoublent 5e entortillent, 5e font certains nœuds comme la ceinture d’vn Cordclier : 5c ccfdits nœuds ainfi anfratueux n’ont efté faits fans grande vtilité, qui eft à fin que le fang conduit au corps de l’enfant fuft arrefté , 5e cefiaft vn petit fon cours, à fin qu’il fut plus parfaitement élaboré, cuir, 5e digère ainfi qu’il fe fait aux vaifièaux fpermatiques , dits Eiaculatoires, c’eft à dire, feruans à darder 5c ietter la femence , aufiî lefdits vaifièaux vmbilicaux ont efté faits de longueur de plus de demie brafièe pour la raifqn prédite : tellement qu’à d’aucuns enfans ontrouue ledit nombril entortillé vue ou deux fois autour du col, 5e autresfois autour de leurs jambes. L’enfant, comme auons dit, reçoit fonalliment 5e vie au ventre de la merepar l’vmbilic, Ôe ne prend aucun aliment par la bou- che : aufîi n’a-il aucun vfage des yeux, nez, oreilles, ny du fiege, pendant qu’il eft au ventre de fa mere.Dauantage il n’a befoîn de l’office du cœur : car le fangfpirituel luy eft enuoyé par les arteres vmbilicales aux arteres iliaques, 5e d’icclles à toutes les autres arteres,par lefquelles l'éfant rcfpire: 5e partant l’air n’eft pas porté des poulinons au cœur,mais du cœur aux poulinons, tellement qu’il ne trauaillc point en la génération du fang, ny des efprits vitaux, par le bénéfice des pouhnons.Car ces chofes eftans ja élaborées, cuites 5e digerees par la mere, font portées à tontes les parties de l’enfant: lequel ne doit encores eftre appellé enfanr,tant que toutes fes parties foient bien formées 5e figurées, 5e que l’ame y foit introduite, mais feulement fera appellé Genicura, ou Embryon,ou pullulant, ou n ai fiant, ou meurifiant, ou fœtus. Le nombril de l enfant tfi formé le iour. L'enfant prend fon nourrijfe- ment par fon nombril, ainfi que fait le fruit par fa queue pendant à l'urbre^j. M. Nicole du Haut-pas au Hure de la generatio. De l'ehuhtion des femences en la matrice, & des trois ampoulies , qui font les lieux des trois membres principaux , a feauoir, le foye, le cœur, & le cerneau. Chap. IX. Temps de formation des v ai féaux & nombril. V'x fix premiers iours fefont les vaifièaux nouueaux , qui naifiènt des orifices des veines & arteres > appeliez cy-defius cotylédons, comme certaines fibres par toute la femence, laquelle boulttoufiours dedans lefdires membranes, 5e le neufiéme iour eft V Formé l’vmbilic. Or il faut icy entendre, que ces vaiftèaux produits des cotiledons font pareiUe ouuerture à la fecondine, qu’à la matrice : par lefquelles ouuertures paf- Fe grande quantité de fang & d’efprits dedans les petites veines qui font tifiuës & entrelacées au- tour de ladite Fecondine, 5e dedans la femence, tant pour la nourriture &: augmentation de l'em- bryon, comme pour la conformation des membres principaux. Les efprits donc 5e le fang meflez auec la femence , qui défia anparauant boiiilloit, &bout tonfîours de plus en plus, font efieuer trois petites ampoulles femblablcs à trois petites bulles ou veflîes rcfiemblantcs à celles qui s’efle— tient en l'eau agitée par la pluye : 5e icelles empoulles font les lieux où feront formez le Foyc , le cœur,&le ccrueau: auparauant qu'icelles foient efieuées,Ia femence eft toufiours appelléedémen- ce, Se non encores fœtus ou pullulant. Le quatriefme iour après que la veine vmbilicale eft faite, elle fuccc par les cotylédons, le fang plus gros, 5e de plus grand nourrifièment, lequel à caufe de fa groflèflè fe coagule aifément au lieu où fc doit engendrer le foye : eftant acheué 5e parfait, il eft admirable en la grandeur, pour laquel- le dés le commencement à comparaifon des autres membres,il fe peut aifément remarquer. Or en outre il peut auffl eftre dit admirable en ce que, ce dont il a perfection & croifiànce, n'eft qu'vne effufion de fang , dont il eft appellé Parenchyma. Il s’engendre en fa partiebofliië vn gros tronc de veine,qui eft la veine cane, laquelle inferée,eftend fes rameaux par toute lafubftance du foye, puis après drelfedeux rameaux, dont Tvn va aux parties fuperieures, de l'autre aux inférieures, qui fera- mefient 5e diftribuent en toutes leurs particules pour leur formation 5e nourriture : 5e cela fait, la vertu formatrice ayant la matière , drefiè fes delineamens pour faire le mefentere , les inteftins, eftomach, râtelle, 8e tons autres membres nutritifs, & les rend parfaiétsainfi qu'il appartient. L'artere vmbilicale fucce pareillement le fang arterial des artères cotyledoines , qui eft tres- chaud, 5e fort fpiritue! i duquel en cefte fécondé ampoulle le forme le cœur, qui eft de fubftance charneufe, folide 5e efpeftè , ainfi qu'il appartient au membre le plus chaud de tous les autres : en la fubftance duquel Nature formatrice fait deux ventricules , l'vn à dextre, l’autre à feneftre. Au droit ventricule fe vient inférer le tronc de la veine caue , 5e icelle apporte la nourriture au cœur. Au ventricule feneftre fe fait vn tronc d'artere, qui pareillement fc diuife en deux : l’vn moindre monte aux parties fuperieures, & l'autre plus grand aux inférieures, lefquels fe ramefient 5e fc di- ftribuent par toutes les parties pour les viuifien Comment fe font les trois ampoul- les, La, premiers eu le foye fe ke- La fécondsy eu le cœur prend fa for- me. De la Génération 691 De la troijîefme ampoulle ou la telle fe forme, C h a p. X. Près la produdion des parties deuant dides, la plus grande partie de la lettien- ce Pou^e en troifiefme ampoulle, de laquelle le cerueau eft fait, Sc n’eft: fait de fang comme les autres bubcs Ôe autres parties : mais eft faid de la feule femence, comme font aufifi les os,cartilages,veines,«Se arteres,nerfs,ligamens,pannicules,la peau excerieure.Toutes icelles parties font faites de la feule femence,& partant font appe- lées membres fpermatiques : îcfques toutesfois font nourris de femence ; car depuis qu’ils font for- mez, prénent aliment mefmc auec lescharneufcs,comme lefoye,le cœur,les poulmons,îes mufcles, qui font nourris de fang.Et après le cerueau formé,font adiouftees «Se formées toutes les autres par- ties de la tefte : autour de laquelle eft faite vn couuercle,lequel par fucceflion de temps fe delfeche 6c eft fait ofteux. Or du cerueau Sc de la moiielle de l’efehine procèdent les nerfs ,qui font diftribuez par toutes les parties du corps,quiontbefoin demouuement 6c fentiment.La tefte(comme fiege des lèns rcnpart de raifofi Sc de fapience,de laquelle comme d’vne fontaine fortent diuerfes opérations eft fituée fus tout lecorps,à fin que l’efprit animal regifte,gouuerne,& difpofe de tout ce que Natu- re a ordonné fous icelle : Ôc pour le dire en vn mot,en icellcfont contenues les facilitez de l'ame, qui font chofes fublimes Sc obfcures,fi bien que leur excellence furmonte la capacité denoftre entende- mcnt.Puis ainfi que les ardiitedés,maçons, Sc charpentiers ayans ietté le premier fondement d’vne maifon, ou dreftela (farine d’vne nauirç,édifient Sc baftiftent le refte du baftimentîauffi Nature par bonne raifon,apres auoir bafty ces trois principes, fait lesos,qui font comme fondement des autres parties : Sc ainfi font-ils mis au défiais Sc au deftbus , comme muraille Sc rempart. Les premiers formez font les os des Ifles : Sc entre iceux les vertébrés : puis après toutes les autres parties , Na- ture fabrique auec vn indicible, admirable , Sc incomparacle artifice , les bras Sc lesiambes , «Se au dedans du corps les creux Sc canaux : Sc en la tefte faidfept trous,à fçauoir,deux aux oreilles,deux aux yeux,deux au nez,«Se vn pour la bouche,«Se aux parties inferieures,vn pour le fiege,vn autre pour le canal de la vefîîe,«5e aux femelles vn pour leur matrice, fans lequel ne pourroient eftre appellecs meres r puis Nature couure tout le corps de cuir lequel elle poIit,cotnme font les ouuriers leurs der- niers ouurages. Or de cognoiftre comme Nature faid parfaidement toutes ces chofes, cela excede l'intelligence humaine. Apres ce noble ouurage, appelle des anciens Mycrocofme,ainfi parfaide- ment bafty, Diculuy infonde ôc tranfmct famé,de laquelle nous parlerons cy-apres le plus fuccin- dement qu’il fera poftible. I Or au foixantiefrae iour l’enfant commence à fe motmoir Sc auoir vie : mais la mere ne le peut apperceuoir poqr eftre encore trop débile. En iceluy temps l’ame raifonnable eft eftiméc entrer au corps de l’enfant. Ce que S. Auguftin prouue par le tefraoignage de Moife. Si quelqu’vn dit-il, frappe vnc femme enceintc,«Se qu’elle en auorte, fi l’enfant eft ja formé, qu’il en perde la vie : mais s’il n’eft encore formé,qu'il foit condamné à amende pécuniaire. Par laquelle ordonnance il déno- té clairement que l’ame n’eft point à l’enfant, qu’il ne foit entièrement! formé de tous fes membres. Et pour cefte caufe il ne faut point croire que l’ame foit deriuée d’Adam, ou des pere Sc mere, mais qu’à chacun moment elle eft crcée «Se infufe diuinement. Aufîî les moles Sc faux germes, «Se ancres chofes monftrueufes , encore qu’ils fe meuucnt? Sc qu’il femhle qu*ils ayent quelque vie , fi eft ce toutesfois qu’ils ne tiennent rien de l’ame raifonnable,mais feulement de la faculté de la matrice, Sc de l’efpritgeneratif,qui font en la femence Sc au fang menftruel,& par iceux mefmc ils recoiuent accroiftcmenc Sc vie au ventre de la mere, Sc non de l’ame raifonnable. Conforma* tion & matière dû cerneau * Conforma* tien du crû* ne. Vtiliié des es efi de fou* fienirle corps-, Soit veu La* fiance de l’e* f ifice de Dieu, Queft. 80. L'ame fe créé , 0 efî l’infiant de la fermât ion de L’enfant* De l'Ame. C H A P. XI. 'Ame eft vn efprit diuîn,inuifibIc,«S(: immortel,refpandu en toutes îes parties du corps, infufe par la puilîànce de Dieu le Créateur fans aucune vertu de la femence génitale, , M quand les membres font-dcfia formez & figurez au ventre de la mere, qui eft le 40.1‘our , au mafle(d'autant que fa chaleur eft plus grande,& fa matière plus vigoureufe) & le 50. à la femelle, quclquesfois plus toft,quelquesfois plus tard : toutesfois à l’inftant qu’elle eft infufe, elle ne peut encore faire les fondions ou opérations, à caufe qu’en l’enfance les organes ou inftru- mens ne font encores capables pourluy feruir : mais auec le temps , & à mefure que rcfdits.orga- nes fe parfont(& que le corps croit, alors elle commence à agir en fes operationsfiefquelles à la vé- rité , manquent quand iceux organes ne font en bonne difpofition. Or ils peuuent eftre videz dés la première conformation, comme à ceux qui ont le fommet de la tefte efleué en poindc, comme i'auoient Therfités Grec , Triboulct &Tonin ; tels n’ont i’amais bonne ratiocination, & partant ' font naturellement fols, àraifon que les ventricules du cerueau, Sc autres organes fontanguftes Sc \ preftez,partant l’amene peut faire fes œuures. Pareillement iceux organes peuuent eftre viciez par t mauuais regime,comme par trop boire Sc s’enyurer, ou par vne fièvre chaude qui aura caufé vue j phrenefie,ou autre accident : par autre intemperature, comme à ceux qui par trop grande humidi- té du cerueau tombent en léthargie :tou auoir reccu quelques coups fur la tefte,ou par autres cho- fes femblables fortuites aduenuës, ou par la faute de la fage-femme en tirant de force l’enfant, qui naturellement prefenta la tefte : on de la nourrice en donnant mauuaife conformation ou fituation aux os tendres «Se délicats, dont feroit venu empefehement és organes «Se inftrumens de l’ame. Or Dieu a diftribnc, après la création «Seinfufion d’icelle,ccrtains dons particuliers à vn chacun, à me* ffure Sc propordomàl’vn de prophetie,à l’autre l’expofition des Efcritures faindes, aux autres d’e- ftre cqnftituez Roys,Princes,6e grâds feieneurs : aux vns de fuiurc la Medecine,aux autres d’ébrafter S. Augufi. en U défini* tien de la f°h PoUrqmy l'Ame fe monflre Dt* fiée en fes fondions.. I. CûK ÏS. i. Cor. i- 692 Le vingt-quatriefme Liure, les loix : à quelques-vns de nauiger fur la mer , aux autres de labourer la terre , aux autres de fer- i uird’aydes aux maçons,&: aux autres chofes : de forte que les vns font fubtils, les autres greffiers, 8c s’addonnent à chofes diuerfes : ainfi ont les autres animaux leurs diuerfes proprietez & nature, félon que la fapience infinie ordonne , 8c qu’il luy plaift : 8c ne faut que nul contefte contre fon Créateur. Et ne faut eftimer qu’elle foit vne partie de la diuinité, 8c que Dieu l’aye creée de fon elfcncc, comme lepere l’enfant félon le corps,ce feroit grand blafpheme. Car il s’enfuiuroit, que la nature de Dieu feroit fuiette à mutation 6c paffion : ce qui n’eft pas. Mais d’autant que l’amc eft immortelle, 8c qu’apres cefte vie,elle eft necelfairement fujette au bien ou mal : nous pouuons dire en cet endroid, qu’il n’eft pas licite ny poffible à l’homme de fçauoir le fecret des chofes que Dieu faid par fa predeftination : 8c partant l’ignorance en eft dode,& l’appetit de les fçauoir vne efpece de rage : pource que fi nous attentions de pénétrer 8c entrer en fonconfcil facré 6c eternel,cc nous feroit vn abyfme pour nous engloutir. Gardons nous donc fur toutes chofes de ce rocher auquel on ne peut heurter fans malcncontre. Car la chofe formée dira-elle à celuy qui l’a formée. Pour- quoy m’as-tu fait ainfi ? Le potier de terre n’a-il point de puiflance d’vne maffe de terre faire vn vaiftèau à honneur ,&vnà deshonneur ? Or ce n’eft icy de ma vacation rendre la caufe de tels hauts fecrets de Dieu, lequel a voulu que fuffions curieux, non de les fçauoir 8c comprendre, mais feulement de les admiter en toute humilité : 8c partant ie ne veux ny ne puis entrer plus auant au cabinet du confeil priué 8c facré de Dieu : mais ie diray que la bonne ame contemne les chofes élémentaires, c’eft à dire, corporelles 8c fenfibles, 8c prife les chofes hautes 8c celeftcs pour con- templer la béatitude eternelle , laquelle fortie du corps, fe peut dire heureufe , eftant hors de tou- te ignorance 8c de tous maux , 8c en eftat de demeurer à iamais en repos : i’entends l’aine de ceux qui par la grâce de Dieu font faits dignes 8c capables de telle condition 8c félicité. Cefte ame eft l’entclechie, ou perfedion intérieure , donnant mouuement 8c caufant l’adion naturelle 8c vo- lontaire ; eft la vraye forme de l’homme appellée l’efprit celefte, d’effence fuperieure, incorporée, inuifible, inrelleduelle 8c immortelle, extraide comme de l’idée de la diuinité, diuinement com- muniquée 8c tranfmife en l’homme extérieur ; laquelle tout ainfi qu’elle eft viue,auffi donne-elle au corps vie 8c mouuement, quand elle eft conioindc 8c vnie àiceluy : c’eft le réceptacle d’illumi- nation diuine, attendu que par la prefence d’icelle, le corps ne meurt point, créé par puiftfancc de Dieu , qui n’eft point corporelle, ny compofee d’aucune matière ,faide pour vinifier le corps hu- main , 6c le conduite à toute œuure de vertu 8c pieté, à l’honneur de fon Créateur , 8c à l’aide de fon prochain. Dauamage, outre ce qu’elle eft vn efprit inuifible, efpanduë par toutes les parties du corps,elle eft toutesfois toute entière en vne chacune partie d’iceluy,& vne en foy,ayârpIuficurs fa- cilitez, puilfances,vertus,& opérations en diuerfes parties du corps,corne imaginer,entendre,iuger, rememorer,& régir les mouuemens volontaires : elle void,oit, odore goufte, 8c ratiocine ; de forte que nous voyons qu’elle contient le Ciel &la terre , fans qu’ils s’y entr’empefehent : le pafle 8c le prefent, fans qu’ils s’entre-nuifent : infinis lieux, perfonnes , villes, fans qu’il y ait prelEc en noftre entendement. Que les chofes grandes y font félon leur grandeur,lcs petites félon leur petitefle , les vnes 8c les autres toutes entières , en elle toute entière, 8c non partie d’elles, ou en vne partie d’elle feulement. Dauantage,plus elle fe remplit,& plus elle eft capable,plus elle loge de chofes 8c plus en appete-elle, & plus grandes elles font, 8c plus propre eft-eile à receuoir les tres-grandes. S’enfuit donc que cefte ame,qui eft en quelque façô infinie,ne peut eftre vn corps:& d’autât moins le peut- ellc eftre, que logeant tant de chofes 8c fi grandes en elle, elle loge foy-mefme en vn fi petit corps. Derechef, comme mille lieux diuers fe trouuent en elle fans tenir place, auffi fans changer de pla- ce fetrouue-elle en mille lieux , 8c non par fucceffion de temps,ny par interualles, mais bien fou- uent tout en vn moment. Exemple : commande à ton efprit d’aller en Conftantinople ; à l’heure mefme de reüenir àRome,6c derechef à Paris ou à Lyon : commande luy de paftèr le trauers de l’A- merique ou de circuit de l’Afriquefil fait tout ce chemin en vn inftant,& entant quetucomandes, il y eft,& premier que Payes r’appellé , en eft reuenu. Selon lefquelles opérations elle obtient plu- fieurs noms. Elle eft appellccame, pource qu’elle anime, 8c viuifie le corps. Elle eft dide efprit» pource qu’elle afpire au corps. Elle eft appellee raifon,pource qu’elle iuge 8c fepare le vray d’auec le faux. Elle eft dide penfee,parce qu’elle recolle les chofes paftèes. Elle eft diète courage, pour l’opé- ration de la volonté. Elle eft dite fens , parce qu’elle fent les chofes fenfibles : 8c dauantage elle eft innifible,intadible,& de nature intellectuelle. Et pource auffi qu’elle eft incorporee,n’occupc point de lieu par extenfion corporelle,& eftant de fimple nature, rte croit ny diminue : car elle n’eft point plus grande en vn grand corps qu’en vn petit, ny plus petite en vn petit qu’en vn grand : & eft auffi grande en fa nature dés le commencement de la vie d’vn petit enfant, qu’elle fera iamais , félon la diftindion qui fera cy après touchée. L’ame eft vne partie principale,& plus excellente de l’homme, creée de Dieu, vn efprit par lequel non feulement nous fentons,moun6s,& viuons,mais auffi vou- lons êc entendons,habitant au corps comme en vn domicilie pour auoir primauté, régir & gouucr- ner la vie de l’homme, donner vigueur aux membres , rendre les organes ou inftrumens extérieurs propres 8c vtilcs à leurs adions,non feulement és chofes qui concernent la vie corporelle,mais auffi la vie fpirituelle 8c eternelle. S. Paul aux Rom, chaf.i. Définition de l’ame. Gabriel du Preau,au li. de la cognoif- fance de foy- mefme, dit que teüe de- (cription efi apprife par oracles cele- jles}& non far dijputes des Pht Lofe - fhes. Phi lippes de Mornay liu. de la Religio Chrefiienne, chap. i j,.par- lant de l’im- mortalité de ’ame. Diuers noms de l'ame. Autre défini- tion. Autre définition. Il y a trois maniérés de corps, qui ont ame. L’ame eft vn efprit orné de raifon & d’inrelled(comme efcrit Moyfe en Ton Hure de la création du monde)laquelle eft celcfte & diuine,âr n’a rien deconuenance auec noftrc corps terreftrc : mais il luy fett feuiement d’habitation , auquel il faut qu’elle demeure iniques au temps qu’il plaira à Dieu la r’apeler. Or il y a trois maniérés de corps qui ont ame , par laquelle ils viuent : le premier & le plus imparfait eft celuy des plantes : le fecond,des beftes : & le tiers5des hommes. Les plantes, viuent par l’ame veeetatiue, qui eft caufe de trois chofes à fçauoir , mourir, croiftre 8c engen- De la Génération. 693 drcr ; les belles par l’ame fenfitiue : & les hommes outre ces deux, par l'aine raifonnablc & intel- leduelle. Les belles qui ont l'amc fenfitiue, ont pareillement les adions de l’ame vegetatiue , qui cil es plantes : mais l’ame humaine qui efb intelleduelle , emporte toutes les perfedions & vertus des autres : &c partant tout ainfi que l'amc vegetatiue donne vie aux plantes, & les fait croiflre, aulfifait l’ame intelleduelle au corps humain : ôc comme les belles ont mouuement & fentimenc par l'ame fenfitiue, qui cil en elles , aufïi l’ame intelleduelle ( au moyen de la portion fenfitiue, par laquelle elle participe auec les beftes ) donne fenriment ôc mouuement au corps humain : mais par delfus ces deux portions, elle a la ratiocination , qui efb la vraye cognoüfance des chofes, la- quelle procédé d’vne lumière diuine, Ôc par fpecial priuilege a elle faite à l'Image & femblance de Dieu. Et y a différence entre l'amc ôc l'efprit. Car lame efl commune à toute chofe ayant vie, comme nous âuons ditcy-dclfus ; mais l'efprit efb immortel ôc fufceptible de raifon ôc fdence , ôc cil feul propre ôc particulier à l'homme. Et pour conclure, l’ame humaine a toutes les trois puif- fances fufdites non feparément, mais vnies en vnc feule. Or pource que nous auons dit cy-deffus que l’amc a plufieurs facilitez , puilfances, vertus ,ôc opérations en diuerfes parties du corps , il feroit befoin dédire de chacune en particulier : mais lai fans cela à ceux qui voudront Philofopher plus amplement, nous nous contenterons, pour acheuer ce difeours, de parler feulement du Sens commun, de la fantafie , delà ratiocination , ôc de la mémoire. 2)« Sens commun. Le Sens commun, eft ce qui reçoit les images & formes à luy offertes, & apportées par les cinq feus extérieurs, &• difeerne les objeéh d’iceux, c’eft à dire, qu’il comprend & reçoit les opérations, efpeces, ou femblances des choies matérielles , qui ont efté rcceuës par les cinq fens extérieurs, îefquels font feulement comme meffagers au fens commun, pource qu’il n’y a rien en l’entendement ou fens commun, qui premièrement n’ait efté aux fens extérieurs : & partant le fens commun nous eft donné pour receuoir les aélions des fens extérieurs. Car l’œil ne cognoit point le blanc , ou noir , partant ne peut difeerner les couleurs, ny la langue ce quelle goufte , ny le nez ce qu’il odore , n’y l’oreille ce qu’elle entend , ny la main ce qu’elle touche & palpe, foit chaud ou froid; parce que telles actions appartiennent au fens commun , qui iuge l’oeil auoir veu blanc, rouge ou noir, ou auoir veu vn homme ou vn cheual ou autre chofc matérielle, comme vn chafteau ou na- uire, ou autres chofcs femblables : & nonobftant qu’on ne les voye plus, on aura neantmoins co- gnoiftancc que la chofe eftoit blanche ou noire, grande ou petite, ou auoir fenty vne odeur fi elle eft bonne ou mauuaifc, ou après auoir goufté vne chofe douce ouamere , ou auoir ouy vn Ton eftre grauc ou aigu, ou ayant palpé ou touché vne chofe Ci elle eft chaude ou froide : car toutes les allions des fens extérieurs finiffentau fens commun comme à leur centre, ainfique d’vn cercle toutes les lignes viennent de la circonférence finir au centre , qui eft le poind commun , comme il te peut eftre demonftré par cete petite figure. Et pour cete caufe eft appellé iceluy , Sens commun , & prince de tous les fens ex- térieurs , pource qu’il en vfe comme de fes feruitenrs en diuers négoces & maniérés, iugeant ôc difeernant les chofes qui luy ont efté offertes & portées. Et pour conclu- fion, l’intention de Nature a efté feulement que les fens extérieurs ne receuftent linon que fuperfîciellement les objeéts , comme vn miroir fait, non pour autre fin , linon que pour les prefenter au fens commun , comme à leur centre, prince & Ceigneur: afin de les difeerner & communiquer à l’ame , le fîcge duquel , félon Auicennc & Auerrocs, eft en la partie antérieure du cerucau. Partant le fens commun eft comme vn réceptacle vniuerfel des fens extérieurs. Les a fiions des fens ex- térieurs ap- partiennent au fem com- mun. Aidions des fens exté- rieurs au fem Commun, Sens commun prince de têtu les fens exté- rieurs. De la Vhantajie ou Imagination. Apres le Sens commun vient l'Imagination , appellée des Grecs Phantajîa , à caufe que d’icelle viennent les idées 8c vifions qu’on appelle Fantafies, laquelle n’a point d’arreft,fi ce n’eft en donnant: - encore le plus Tonnent eft occupée en fongeanc 8c refilant plufieurs chofes qui n’ont efte 8c jamais ne feront. Iceluy fens a grande feigneurîe en nous, tellement que le corps naturellement luy obéit en plufieurs & diuerfes chofes, lors qu’il eft fort arrefté en quelque imagination. Qu’il Toit vray, les hiftoires font mention qu’Alexandre le Macedon eftant à difner, fon harpeur Timothé eioliant fur fa harpe vn aftàut de guerre, luy fit abandonner la table, 8c demander fes armes, 8c alors qu’il changcoit 8c adouciftoit fon ieu , fe r’afteoir : 8c par telle admiration d’harmonie de fes Tons forts 8c concitez , fes efprits demeurans vaincus, eftoient contraints y obeyr , le rendant audacieux, tranquille 8c ioyeux , félon la mutation du fon de fa harpe. D’auantage , cete,imagination donne effroy 8c peur , lors qu’on void quelqu'vn en quelque péril emihenr. Exemple , lors qu’vu certain Turc dançoit fur vne corde en ceftc ville de Paris les pieds dans vn badin , plufieurs le voyans en péril de fc rompre le col , bras 8c jambes, trembloient de peur , ne l’ofans bonnement regarder. Pareillement quelqucsfois cefte vertu imaginatiue fait cheoir la perfonne de deftus quelque planche, ou quelque lieu haut, pour la grande apprehenfion 8c timidité qu’elle a de tomber : 8c partant auec les chofes deuant dides, nous auons cncorcs befoin d’vne plus haute faculté, pour fçauoir dilcerner fi les chofes imaginées, veucs , oüycs, 8c fendes par dehors, font bonnes ou mauuaifes. Et pour cefte caufe Nature nous a donné autre puiftance , qui difeerne le bien 8c le mal, à caufe dequoy elle eft appellce Raifort, ou cogitation, que déclarerons bien toft. Or cefte facuké imaginatiue a fon fiege , pareillement aux ventricules antérieures ducerueau, anec le fens commun ; mais le lens commun eft fitué ( comme nous auons did,) en la partie antérieure defdits ventricules, & i ima-*- ginadue plus derrière. Que cejî que fantafic. Histoire. Turc danfat fur la corde. Sh?e de U faculté im&- ginntsue. Le vingt-quatriefme Liure, 694 Raifon , Ratiocina- tion, enten- dement eft la principale partie de l'atne. De la Ratiocination'. Apres l’Imagination, eft la faculté nommée Raifon, qui gir en l’entendement, laquelle eft com- me vne lampe prouenante de là püifiancc de Dieu, pour conduire toutes nos délibérations, & mo- dérer noftre volonté, qui eft la principale partie de l'Ame, laquelle peut ratiociner, compofer 6c diuifer, & iuger en dernier reflbre : 6c pour cefte caufe a efté nommée des Anciens Intellcduelle, qui eft vne puilfance fupréme , non fubjcde à aucun organe ou infiniment,ne chofe corporelle, mais au contraire , en toutes fes adions eft libre & pénétrante iufqu’aux profonditez des chofes: fe treuue fans bouger en mille lieux , trauerfe les mers , pénétré les cieux , perce iufquesaux abyf- mes de la terre, & faidvne infinité d’œuures admirables que nous ne pouuons cognoiftre, qui fe font par vn haut fccret caché en la Sapience Diuine , qui ne peur tomber en la petitefte de noftre entendement humain. Parquoy nous les deuons admirer. Car l’homme n’eft pas proprement ce que nous voyons, mais bien l’ame ôc l’efprit, lequel nous ne voyons pas, qui a le corps pour fon logis. En lomine, icelle feule inuente le vray, iuge le faux, 6c diftingue ce que de l’vn ou de l’autre s’enfuit, ou répugné, en rapportant les circonftances des choies veuës 6c imaginées, les compa- rant les vues aux autres , 6c ainfi difeerne la chofe fe deuoir faire ou non. Et pour conclufion , ce- lle ratiocination nous eft plus que necelfaire, Sc eft vn grand bien à vn homme de n’eftre trop fon- dait! à faire ou parler , fans que premièrement Railon ait difeouru 6c difeerné le bien d’aucc le mal. Car plufieurs fe lailfent aller par leur habite apprehenfion, n’attendans le iugement de Rai- ion pour penfer , 6c difeourir aux circonftances particulières : par ce moyen tombent en plufieurs inconueniens, dont puis après s’en repentent. Le fiege de ladite Ratiocination eft au ventricule moyen , tefinoin Galien au 3. liure de Placîtü , comme la plus haute &feuere forterelfc de toute la telle , à caufe de fa principauté. Mémoire. Apres la Ratiocination deferite , nous faut parler delà Mémoire, laquelle comme fidelle tutrice, retire 6c garde ce qui a efté aux trois ventricules du cerueau rcceu 6c elabouré. Et pour cefte caufe à bon droiél elle a efté des anciens accomparéc au greffe , auquel ( comme après vn procès debatu) ce qui eft décrété , eft enregiftré : car par mefme raifon , ce qui a efté longuement en doute & cou- troucrfe,par la ratiocination ,6c après conclu 6c arrefté en l’efprir, eft à la fin imprimé en la Mémoire, à fin qu’il foit reuoqué, & qu’on s’en puillc aider quand il fera requis &: necelfaire. Qu’il foit vray, que vaudroit d’auoir tant de conceptions en fon efprit, & tant de diuerfirez , fi elles n’e- ftoient eu quelques lieux gardées ? Et pour cefte caufe le grand Architedeur, fadeur déroutes cho- fes, curieux de noftre perfedion, nous a donné ce fingulier rcmede prompt & commode, contre l’ignorance & oubliance des chofes., qu’a l’ayde de la Mémoire, nous pouuons de ce que nous auons veu (comme des chofes cnregiftrées ) remémorer, & des appréhendées ratiociner. Aucuns Philo- fophes appellent la Mémoire le threfor de Science : de là vient que Sapience eft fille de Mémoire 6c d’experience : d’autant que la Mémoire eft vn cabinet de tout ce que nous apprenons , & voyons. Le fiege & domicile d’icelle eft‘au ventricule pofterienr, fitué au Cerebelle, moins humide & plus folide que nulle autre partie du cerueau ; pour cefte caufe apte, 6c idoine à receuoir les chofes, qui ont efté aux trois ventricules receucs 6c clabourées. Et outre toutes ces chofes , l’Ame a encores fix autres facilitez, par lefqnelles chafque partie de noftre corps eft conferuée : la première attradri- cc , qui attire fon aliment : la fécondé retentrice, qui le retient : la tierce concodrice, qui le cuit: la quatricfme affîmilatnce, ou génératrice, & augmentatrice, c’eft à dire , qui le rend femblablc à la partie : la einquiefme expultrice, qui jette hors les cxcremens qui pechent en quantité ou quali- té, ou tous les deux enferable, & toutes les chofes qui luy font contraires, comme le fer d’vnc flef- che , vne baie , vne efquüled’os , & autres chofes eftranges. La fixiefrae feparatrice, qui fepare les choies qui doiuent eftrc leparées : exemple , comme le laid dans le fang, ou le pus ou les humeurs de la maffe fangninaire, comme làcholere qui eft enuoyée à lafolicule du fiel, la melancholic à la ratte, l’vrine à la vclïie, 6c autres chofes qui fe font par le bénéfice de Nature. ‘De la Mémoire. Vtilire de la mémoire. Le fiege de la mémoire. Six autres facilitez, na- turelles de l'Ame, Des excremens naturels, & de ceux que j ettent l'enfant en la matrice de fa mertD Chapitre XII. E v a n t que d’efcrire par quels conduits l’enfant eftant au ventre de fa merc , jette D Tes excreraens, il m’a fcmblé bon depropofer au ieune Chirurgien eaux qui font na- turcls. Donc on appelle cxcrement ce que Nature fepared’auec le pur & net. Et d'i- ceux y a plufieurs genres : le premier eft de la première digeftion, laquelle fe fait en l’eftomach , qui eftant poulfé par les inteftins, fort par le fondement. Le fécond procédé du foye,& comprend deux fçauoir la cholere,de laquelle vne partie eft enuoyée du l oye au kyftis fellis > pour irriter la faculté expultricc à jetrer la matière fecale à fortirpar les inte- ftins : l’autre lemblable à megue & ferofités'en va du foye par les grandes veines auec le fang pour luy feruir de véhiculé à couler çà 6c là : quoy fait, reuoqué & chafte par Nature fort par l’vrine 6c (ueur. L autre efpece eft l’humeur melancholic , lequel eft attire par la rate : fe nourrillant du meilleur d’iceluy, & jettant le refte, partie à la bouche de l’eftomach, à fin d’irriter l'appetit par fon acrimonie , partie aux inteftins. Le dernier fe fait à chacune partie du corps, par la derniere dige- ftion propre à chacune d’iccllcs , 6c eft poulfé hors du corps , partie par titenfpirationinfenfib'e, 6c quelquesfois par fueur par les pores du cuir, partie aullipar certains paftages, & conduits propres à chacunes defdites parties : comme fut toutes autres aduient au cerueau , lequel fç purge par plu- sieurs canaux, comme par le nez,par la bouche,de ce troifiefme excrement.qui defeond par les trous Que .c eft pu ex crtmes. Cal. devfu partium, De la Génération 695 du palais, par les oreilles , par les commiifures du crâne, par les yeux : Sc tous ces cxcremens le doi- uent purger tous les matins, encore qu'en autre temps du iour cela Te peut auffi Taire : & fi quel- ques vns font par trop long temps retenus , il faut remedier aux caufes de leur rétention * tant par régime, eue par medecine. Il y a bien d’autres cxcremens * leiquels ne font naturels , dcfquels fi tu veux auoir la cognoilîànce, voy le traiélé de la Pefte* L'enfant eftant au ventre de Ta mere * commence à vtiner Toudain que toutes Tes parties font formées , par le conduit de î'Vmbilic nommé Vrachus, mais aux derniers mois, prochains de là natiuité , ledit Vrachus Te ferme * comme auons dit, Sc alors l’enfant malle vrine par la verge, la femelle parle col delà vellic. Celte vrine Te conferue auec les autres excremens, afçauoir, la Tueur ôc les Terolîrez, Sc autres fupernuitez du Tang menftrücl, qui Teruent pour Tupporter plus facile- ment l'enfant nageant en icelles : Sc lors que le temps eft venu d'enfanter, il rompt les membranes, & adonc lefdites aqnolîtez Tortent, «Se lors les matrones predifent que bien-toft la femme accou- chera , puis que les eaux s’efcoulent : Sc fi l'enfant fort promptement auec l’expullîon d'icelles (ou fubit âpres ) l'enfantement fera heureux : car par l’humidité defdites eaux * le col de la matrice, SC autres parties font rendues plus lubriques, laxes, glilfantes ou coulantes, qui fait que plus facile- ment le col de la matrice fe dilate Sc ouure. Et II l'enfant retarde à fortir après qu'elles font iffiics, la femme enfantera auec vne trs-grande difficulté , parce que l'enfant demeure à fec, Sc aulfi que la matrice, Sc le col d’icellefe rellèrrent. Les matrones rendent bons tefmoignages de cela i car quand la mere a perdu en abondance * «Sc tout à coup Tes eaux , long temps auparauant que l'enfant fe pre- fente au coronnement de la partie honteufe , elles font contraintes ( à l’exemple Sc imitation de Nature ) oindre le col de la matrice de chofes onélueufes Sc oleagineufes* Or ledit enfant ne jette aucune raaticre fecale par le fondement, eftant au ventre de fa mere * fi ce n'eft lors que la femme eft prefte d’accoucher , Sc qu’il aye rompu les tayes. La raifon eft qu'il ne prend point d’aliment par la bouche, Sc auffi que Ion eftomacft ne fait encores fon office , dont rien n’eft tranfporté aux boyaux, Sc luy eftant enuoyé vn fang pur Sc digéré, il n’y a nulle fuperfluité fecale. Qu’il Toit vray, i'ay veu des enfans naiftre à terme, lefquels n'auoicnt aucune ounerture au fiege, iccluy eftant clos d’vne petite peau, de laquelle ayant fait apertion , tout fubit en fortoit des excremens : dont nous conclurons que l’enfant ne jette autre excrementau ventre de fâ mere, fors la Tueur Sc l’vrine, parce qu’il eft nourry de fang bénin Sc louable , Sc non de fàng menftrücl, vilain Sc corrompu , comme aucuns ont penfé & clcrit. Or il faut icy noter , que lefdites aquofitez font en la capacité de la matrice enclofès dans les membranes , efquelles l'enfant nage entièrement, Sc ne font feparées de l’enfant, comme on void aux chèvres , brebis, chiens, & autres belles : ce que ie i'ay bien obferué plufieurs fois. il y a d’au- tres excré- ment contri naturel, V enfant efiant au ventre de f* mere , ne prend nul aliment par la hanche , auffi ne ietti rien par U fige. Si elle eft grofted’vn fils, la femme eft plus difpofe& gaillarde en toute Ta grôltcfTe, & a la cou- leur plus vermeille , l’œil gay , vif, Sc le rein plus net 3c plus clair que d'vne fille* Parce que le fils eftant plus chaud de Ton tempérament, redouble la chaleur de la mere , la femme aura meilleur appétit, elle Tent Ton enfant mouuoir dedans trois mois Sc detny , Sc d'vne fille plus tard i Ton ven- tre eft pointu , toutes Tes parties droites font plus habiles à tous mouuemens : Sc dit-on que le pre- mier pas qu'elle fait eftant debout, eft du pied droift : & eftant afïife quand elle Te veut leuer, met pluftoft la main droite fur le genoüil droit pour s’y appuyer. L'œil dextre eft plus mobile, le terin droit en grofïït pluftoft', Sc le mouueraent de l'enfant eft plus au codé droit : le contraire eft d'vne fille. Ces fignes aduiennent le plus Touuent, comme les Anciens Sc modernes ont remarqué. L'en- fant malle eft plus excellent Sc parfait que la femelle, tcfmoin l’authonté Sc prééminence que Dieu luy a donné , leconftituant fur la femme comme chef Sc Teigneur. Plufieurs tiennent que les malles fe font par la vertu du tefticule droit, parce qu’il eft plus chaud Sc plus Tolide , à caufe dequoy il rend vne Temencc plus chaude Sc Teiche, Sc plus Tpiritueüfc ; partant plus idoine à engendrer malles* Et c'eft pourquoy les pafteurs, lors qu'ils veulent auoir des malles de leur bcftial, lient le tefticule gauche autoreau * belier , bouc , Sc autres malles , qui doiuent faillir les vaches * chèvres, brebis* Sc autres* Outre ces belles raiforts, on void par expérience, que des hommes à qui ort a amputé le tefticule dextre , engendreront des enfans malles. Et par la feule vertu Sc volonté de Dieu les malles Sc femelles font engendrés ainfi qu’il luyplaift en ordonner : &lne fcmble que les maris ne font Tages, Te courroucer contre leurs femmes Sc compagnes,pour auoir fait des filles : car il n'cft en la puifian- ce de l'homme ny de la femme d’engendrer vn malle oü vne femelle quand ils veulent* Les fignes cjue la femme aura conceti vn mafe , ou vne femelle * Htp, àfh, 41. /;«.f, Comme tenfant estant à terme, s'efforce de fortir hors du ventre defa mare, & de fa natiuité. Chapitré XIIL 8 V a n d l'enfant eft venu à fon terme prefix, il a lots affaire de plus grand nôurrif- fement qu’auparauant, Sc n en pouuant tirer par le nombril tant qu'il en a befoin, cela eft caufe que par vne grande impetuofité il cherche à fortir hors , adonc il le meut, Sc rompt les membranes qui leiouftienncnt : & fi elles eftoient fi dures qu'el- les ne peuflent fe rompre , il les faudroit fendre Sc defehirer auec les doigts, pour donner libre iffuc aux eaux 3c à l'enfant, que la matrice ne peut plus fouftenir, s'en Tentant offcncée & interelfée : adonc elle s’ouurc , &c par icelle ounerture l'enfant Tentant l'air entrer , le pourTuit, Sc s’efforce de fortir hors la telle deuant ; alors Te fait la natiuité naturelle de l'enfant, non Tans Caufe dé l'effort de l’enfant pouf fortir> 6g6 Le vingt*quatriefme Liure, Tourquoy Ü enfant pleu- re venant au monde. L'enfante- ment fe fait moyennant la diiira&ton des os des hanches d’a- uec l’os fa- crum. douleur de Ton corps tendre 8c délicat cftant prefle , dont en pleurant il fait Ton entrée es calami tez de la vie humaine : Semblablement la mere enfante anec vne extrême douleur, parce qu’il faut que le col de fa matrice ( qui eft rond , eftroit 8c nerneux ) fe dilate 8c dlargilfe grandement pour faire partage à l’enfant, & auili que les os des hanches fe fcpatënt de l’os facrum , à fin qu’eftans dilatez, toutes les autres parties fe pniflènt plus facilement ouurir. Or que lefdits os fe defioignent 8c feparent, il eft aifé à croire 8c à prouuer ; car comme feroit-il poffible qu’vn enfant cftant à ter- me, ou deux gémeaux s’entretenans, joints enfemble pétillent pafler par cefte petite voye cftroitie, fans que leldirs os ne fulfent difioints l’vn d’auec l’autre ? Or véritablement ie le fçay , pour auoir OLiucrt des femmes , habit après auoir rendu leur fruit, aufqnclles i’ay trouué entre les os des han- ches 8c os facrum, diftance à mettre le doigt entre deux» Dauantage , i’ay remarque, cftant appelle aux accouchemcns des femmes , ayant la main fous leur croupion, auoir oüy 8c fenty vn bruit de crépitation ou croquement defdiéls os pour la feparation qui s’y faifoit : 8c mefmes i’ay entendu de plufieurs femmes honorables, que quelques iours vn peu deuant que d’accoucher , apperceuoyent aucc douleur certains bruits defdiéfs os qui croquetoicnt enfemble. Dauantage , les femmes qui ont recenrément enfanté le plaignent fort auoir douleur en la région de l’os Coccyx ou Caudœ, qu’ils appellent les Reins ; 8c icy ie conclus ( fauf meilleur iugement que le mien ) que lefdits os com- mencent à s’entr’ounrir, quelquesfois deuant l’enfantement, 8c principalement à l’heure que l’en- faut fort, 8c eft mis fur terre. Mais véritablement les os des hanches 8c Pubis s’ouurcnt 8c fepa- rent les vns des autres, en forte que plufieurs femmes ( faute que Nature ne les a puis après bien rejoints ) font demeurées boiteufes. Et quant à ce qu’on dit, qu’en Italie on rompt l’os Pubis aux ieuncs filles ( afin que lors qu’elles auront des enfans, accouchent plus facilement) c’eft vne chofc faillie 8c menfongere : Car encorcs qu’on les euft rompus, il s’y feroit vn callus, comme il fe fait toufiours aux fradtures des os , dont puis âpres l’enfantement feroit rendu plus difficile. Il y a des hommes fi fermes en leurs opinions, qu’encores qu’on leur fift toucher au doigt, &c voir à l’œil la vérité du contraire de ce qu’ils maintiennent, fi eft-cc toutesfois que iaraais ils ne fe voudront départir de ce qu’ils auront conceu & engraué en leur efprit : en quoy ils fe monftrenr, ou merueilleufement amoureux d’eux mefmes s’ils aiment mieux leurs opinions que la raifon : ou fort ennemis de la pofterité, fi cognoiflans la vérité , veulent toutesfois icelle eftre cachée 8c ignorée. Sainét Auguftin n’a point fait de difficulté de compofer luy-mefmes vn Hure de Tes Re- tracions. Pareillement Hippocratcs eferit , comme font les excellens hommes, & qui fe tiennent aliéniez de leur grand fçauoir, qu’il aefté deceu à rccognoiftrc la future de la tefte d’auec lafraCure. Certes, comme eferit Celle , les petits 8c foihles efprits, parce qu’ils n’ont rien , ne fe peuuent auffi rien ofter : mais il eft bien feant à vn généreux efprit, de conferter & aduoüer plainement fa vraye faute, 8c principalement cncores qu’on l’enfeigne à la pofterité pour le bien public, afin que nos fucceflcurs ne fe trompent en mefrae façon que nous auons efté. Or qui me fait tenir ce pro- pos , eft que iniques icy i’auois maintenu 8c par parole & par eferit, les os Pubis ne fe pouuoir fe- parer 8c cnrr ouurir aucunement en l’enfantement : toutesfois il m’eft apparu du contraire le pre- mier iour de Février , mil cinq cens feptante-neuf, par l’anatomie d’vne femme , qui aùoit efté pendue quinze iours après eftre accouchée de laquelle ie vis la dilfeCion , 8c trouuay î’os Pubis ré- paré en Ion milieu d’enuiron demy doigt, es prefences de Maiftre Claude Rebours, DoCeur Re- gent en la faculté de Médecine, de Maiftre lean d’Amboifc , Cointeret, Du bois, Dionneau , Pi- neau , Larbaleftier , Viart, tous Chirurgiens iurez à Paris : 8c mefmes nous veifmes l’os Ifchion feparé de contre l’os Sacrum. Qui ne le voudra croire, ie le remtoyeray au liure de Nature, laquelle fait des choies que noftre intelligence n’eft pas capable d’entendre : 8c principalement ces os s’ou- urcnt 8c ferment à l’enfantement. UcurJe Ita- lienne con- uaincuë de faux. Celfej, De la fit nation de l'enfant an ventre de la mercj* Chapitre XIV. Diuerfe fi- tnation de l'enfant en i'V,erttt, N ne peut bien defcrite îa vraye fitnation de l'enfant au ventre de fa mere : car ve- ritablcment ie l’ay trouuce diuerfe, tant aux femmes mortes qu’aux viues : aux mor- teS} en es promptement après qu’elles auoient jette le dernier foufpir : aux viues, lors que i’ay efté appelle pour les deliurer , Nature ne polluant faire Ton de- noir, ayant la main en leur matrice, trouuoisquelquesfois la tefte de l’enfant en bas: autresfois en haut, & les pieds premiers , autresfois les'fertes : autresfois les mains 8c les pieds enfemble. Et faut icy noter , que le petit fœtus ou embryon , eft toujours trouue en figure fphe- rique : mais alors que l’ame y eft infufe , de à mefurc qu’il croit, il fe defueloppe , 8c eftend Tes membres, 8c prend autre figure, comme tu vois par ces figures fumantes. de la Génération Autresfois les genoux,autresfois vn feul pied, autresfois le dos,autresfois le ventrejes màins k pieds en haut, comme tu vois par la figure fumante;, Le vingt-Qiiatriefme Liure, Àutres-fois les pieds efeartez l’vn de l’autre : Aucuns , dont Tvn d’iceux vient la autres-fois vn leul bras , dlant 1 enfant herma- telle première , & l’autre les pieds, comme tu phroditc, comme tu vois par celle figure. peux voir par cette figure. Aux femmes mortes, lors que l’enfant eftoit encores fort petit, ic les ay frouuez en figure ron- de , ayans la tcfte fur les genoüils , 5c les dei*x mains par ddîbus, 5c les talons contre lesfcfiès, qui ferable dire la plus vrayc 5c naturelle fituation de l’enfant : dauantage , ie protefte en auoir rrou- në vn ( ayant ouuert la mere promptement eftant decedée ) fitoc de Ton long, la face vers ie Ciel, 5c encor viuant, ayant les mains iointes : 5c partant nul ne peut donner reigle certaine de la fi- tuation des enfans au ventre de leurs meres. Du temps commode on incommode de U naîimtc de l'enfant. C H A P, XV. Arift. cap 4. de générât, animalium JPli.li. 7. 5, Autenti de refit. &e<* qu& peperit 'vndecimo menfe. Hip. lib. dtv aliment, M. Nicole du Haut pas liu. de la Contempla- tion de na- ture humai- »o A lift, ou fes Problèmes. O v s animaux ont certain temps limité de charger 5e porter leurs petits, mais l’hom- nie n a aucun temps prefix , ains vient au monde en tout temps : ainfi les vns naifiènt à fept mois , les autres à huiél, les autres à neuf, qui dl le plus commun, cs autres a dix > voh*c au commencement de l’onziefme. Mafilirius dit, que Lucius Papyrius condamna par arirell vn fubllitué fur le rapport de la mere du Pollhume,in- llitué héritier , qu’elle difoit auoir porté treize mois après la mort du teflateur : tant y a qu’il n’y a aucun terme certain 5c definy à porter les enfans. L’enfant naifianc à fix mois ne peut viure , à caiife que Tes membres 5c tout Ton corps n’ont point encor toute leur perfection, au feptiefmc il peut viure, ce que l’cxperience nous monllrc , 5c toutesfois au huiCliefme ne viuent iamais , ou rarement. Maillre Nicole du Haut-pas,en Ton Liure de la Contemplation de la nature huraaine,dH: que la raifon ne fe doit rapporter à l’AllroIogie, 5c tient que le huiCliefmc mois n’ell critique com- me le fcptielrae, ou le ncufiefme, ou l’onziefme, 5c que le huiCliefme ell attribué à Saturne , en- nemy des vies & naifianccs : où ils viuent, feront tout le cours de leurs vie valétudinaires. Les enfans qui naifiènt au huiClielme mois, ne viuent gueres , 5c font appelez genitures de la Lune, pource que la Lune ell planette froide, & par fa grande froideur prefiè le fruià,de façon qu’en bref il meurt. Toutesfois la vraye railon dépend de ce que l’enfant, toufioursfnrle fcptiefmemois s’ef- force de fortir hors , ce qu’il faitheureufement,&: auec afièurance de vie fans autre accident s’il efi: fort 5c puifiant de nature. Que fi au contraire il ellfoible &floüet, non feulement il ne peut fortir: mais en outre ellant dauantage debile par le combat 5c effort qu’il a fait en vain pour fortir,a bcToin quafi d’ellre comme recuit & retenu de l’vterus iufques à deux ou trois mois après, ne fortam que fur le neufiefme ou dixiefme mois, pour cependant recueillir 5c ramafièr fes forces. Que s’il fort vn mois après, fçauoir fur le huidliefme mois,il ell elliraé mal-heurcux,& fans efperâce de longue vie, pource qu’il n’a eu afièz de temps à reparer 5c ramafièr fes debiles forces atténuées par le confiiél, pour fortir naturellement au feptiefme mois. Note toutesfois que fi la femme ell forte 5c gaillarde, qu’elle peur heureufement enfanter au huicliefme mois ; de forte que l’enfant mefmc fera vital, comme tcfmoignc Arillote des femmes d’Egypte , 5c Auicenne des femmes d’Efpagne.En la naif- fimee de l'enfant on peut dire aulficecy élire vne chofe fort admirable, 5c qui furpafiè i’entende- Pourquoy l'enfant neft rvhal si h H ici mois. Delà Génération. 699 ment humain : car i orifice de la matrice tout le temps que la femme efi grolfe , cft tellement clos* que feulement la pointe d’vne efprouuetce, ou d’vue aiguille n’y peut entrer, fi ce n’eft qu’il fe face vue fuperfetation , ou que Nature fc defeharge de grande quantité de fang 6c d’eau qui font en la matrice : 6c au contraire , au temps de l’enfantement , soutire 6c s’eftend de façon que l’enfant eftant forty , ledit orifice fc relferre incontinent après par vue tres-grande prouidence de Nature, laquelle ne te peut exprimer : 6: pour ce nul ne doic eftre fi hardy 6c audacieux de s’enquefter, com- me relie choie le fait : car fi on entreprend de palier outre, 6c d’elplucher par le menu comme telle chofe le fait, on demeurera condamné 6c conuaincu de n’auoir cognu la puilîance de Dieu , ny la foiblelîè de Ton efprir. Communément les femmes font plus trauaillées à leur premier enfantement qu’aux autres, 6c tant plus qu’elles ont enfanté , trauaillcnt moins que la première fois : 6c parce ie leur conlèille d’vfer d’vn onguent emollient comme ceftuy, quelque temps deuant l’enfantement. fd/i, Ipermatis ceti ij.olei amygdalar. dulcium g.iiij. ceræ albæ 6c medullæ ceruinæ an. 5. iij. axung. anferis 6c gall. an. 3. j. terebentinæ Venetæ ij. fiat vnguentum, duquel en feront frot- tez les cuilîes 6c le ventre de la femme grolfe : &cout autour de Tes parties génitales : dauantage, pourra femblablcment porter vne manière de ligature faite de peaux de cuir de chien déliée,laquel- le fera frottee de l’ongueftt fufdit, qui luy aidera à fupporter l’enfant. Plus quand elle fera fus fon neufiefrae mois, faut qu’elle fe baigne par plufieurs fois dans vn bain,auquel auront boüilly herbes 1 emollientes. Or l’enfantement naturel eft, quand la telle vient la première, 6c fuit fes eaux : l’autre 1 qui eft moins bon 6c facile, eft quand il vient les pieds deuant : tous les autres font très-difficiles. Parquoy ie veux icy aduertir les matrones, que là où elles cognoiftront que l’enfant ne viendra point en ces deux manières, mais le dos premier , ou le ventre, ou les mains & pieds enfemble, ou ‘ vn bras , ou en autre figure, quelles ayent à les tourner 6c les tirer par les pieds dehors : 6c fi elles ’ ne fe Tentent allez expérimentées, qu’elles appellent les Chirurgiens exercez en cet affaire. Car comme feroit-il poflible à la Nattare les ietrer hors eftans ainfi fituez , fi ce n’eftoient d’auenture petits auortons lefquels pour leur petiteflè,Nature pourrait ainfi facilement mettre hors. Prouïdence ds Nature, If enfante- ment nattà* rel. Enfantement contre IJatu* re, Lesfignes à lafemme de bicn-tof enfanter, Chap. XVI. SE s fignes font, qu’elle fcnt douleur au délions de l’vmbilic, 6c aux aines, & eft la- dite douleur communiquée aux vertébrés des lombes,& principalement lors que les os des hanches fc fcparenc de contre l’os Sacrum, ôc l’os de la queue fc recule en ar- riéré : leurs cuilîes 6c parties génitales fc tuméfient, 6c leur font grande douleur : da- uantage il leur furuient vn tremblement vuiuerfel de tout le corps , tel qu’il fe fait au commencement des accez des fièvres : plus leur face rougit, à caufe que le fang s’efehauffe &: boüillonne,parce que Nature s’aide de toutes fes forces à mettre hors l’enfant, lequel s’cfmeut ve- hementement , ôc le fang ainfi cfchauffé &c efmeu , fort auec portion des aquofitez premier que l’enfant. Et fi tels lignes le démon firent, fois alleurè qu’en brief la femme enfantera : 6c partant qu’on luy préparé tout ce qu'elle aura befoin pour tel affaire, 6c principalement à la bien limer en vn liét en figure moyenne, à fçauoir non du tout à la renuerfe ny alfife, mais aucunement le dos efieué, afin quelle puilfe mieux refpirer, 6c auoir force à mettre l'enfant hors. D’auantage, faut' qu’elle ait les iambes courbées , & les talons vers le fellès, 6c les cuilîes efeartees i’vne de l’autre, 6c qu’elle s’appuye contre vnebufche de bois polèe au trauers de Ton liét, ayant vn peu les fellès elîeuees. Aucunes accouchentdebout eftans appuyées des bras fur le bord.du lidt, ou d’vn banc: autres en vue chaire propre à cela , laquelle ne doit pas eftre plus haute de la terre, que de deux pieds. L’vtilité de ccfte chaire n’eft à raefprifer, parce que la femme grofiè y efi fituee cftant ren- uerfee fur le dos , de forte qu’elle a Ton infpiration 6c expiration libre : aulîî que l’os Sacrum 6c l’os Caudæ font en l’air, n’eftans aucunement prêtiez, qui fait que lefdits os fe delioignent 6c repa- rent plus aisément. Pareillement l’os Pubis, à caufe que les cuilîes font efeartees l’vne de l’autre, ioinét aulli que la fage-femme befongne plus à l’aife , eftant alîife deuant la femme grolfe. L’on mettra vn oreiller au doflier de la chaire, 6c quelques linges, où les cuilîes feront appuyées, afin que la femme grollè foit plus à fou aife. Signes d'en* fanternen# prochain. Aucuns s 'veulent eftt debout,au- trei cou* chses, autres afiifes en une chaire, Le vingt'Qûatriefme Liure, 700 La figure de la chaire te fi ky refrefient ce. Jduertiffe ment aux matrones. Or il faut bien fc garder de mettre la femme aux peines de trauail, deuant que les fignes fufdiéls précédent : car deuant iceux le trauail cil faiél en vain , ôc en font les pauures femmes plus moleftces ôc debiles, quand fe vient à mettre hors l'enfant à bon efeient , à caufc qu'elles n'ont tant de force ôc vertu , lors que l'expulfion de l'enfant fe doit faire. Eftat la femme en trauail d’enfant, le tout ve- nant bien 3 faut laitier faire Nature 3 ôc la fage-femme : toutesfois faut comman- der à la femme ( lors qu’elle aura des on- dées ôc tranchées ) qu'elle s'efpreigne le plus qu'elle pourra3 luy clouant le nez ôc la bouche, ôc vne matrone luy prellè les parties fuperieures du ventre en poullànt l’enfant en basxar telle choie ay de gran- dement à les faire accoucher , n’dlans 11 vexces des tranchées oùondees : comme i'ay fouucntesfois expérimenté en plu- lîeurs femmes 3 où i'ay efté appelle pour leur ayder à accoucher. Si le trauail cil long ôc labourieux ( à caufç que les vui- danges font forties longtemps auât i’en- fanrement, ôc que la matrice demeure à fec) faut faire ce qui s’enfuit. butyri rccentis fine Cale in aqua artemif loti. §.ij.mucag.feminis Uni, ficuum, &femi- nis alth. cum aqua fabin. extraél. an. fi. olei liliorum 5. j. fiat Uniment, ex quo obftetrix Jiniac fréquenter collum vteri : ou huile d’amendes douces, ou graille d’oye, ou d'autre fembîable, afin de les lubrifier ôc relafcher. Auffion baillera decellc poudre, corti. calf. fift. diélam. an.5. j.fi.facchar. alb.ad pond.omn. ôc fiatpulu. fubtiliffi fumât J.iiij. cum dccoélo ferainis Uni ; cekrio- rem enlm & facillorem partum facit : cum mînori molefha poteji hic puluis dari cum vino albo tennî. Dauantage, lafage-femme ( quand le trauail efb ainfifafcheux ) pourra oindre fa main de ce Uni- mcnt,&en mettre dans le col ôc parties voifincs delà matrice.2£,olei de femin.lini. g.j.fi.olei mof- celini §.fi.gall.m&fcatæ J.iij. ladami 5.].fiat linimenrum. Plus on fera ellernuer la femme cumpeluercpiperis, vel pantlüo hcîebori albi, in nam tmmijfo. Plus pour faire haller la femme d’accoucher, la femence de Un, pilee auec eau darmoife & de fabine fert grandement, ou ce Corde, caffi.ffil. cum vino al- bo, & cum aqua fufficienti,addendofub finemfabinæ g.ij. &fiat dccoél.incoll. pro vnadofi ; adde cin.an.J.fi.croci gr.vj.fîat potio : après elle tafehera à ellernuer auecllernutaroires : qnoy faifant, la femme auec moins de trauail enfantera. Quelquesfois les enfans naillans apportent autour de la te- lle vne partie delà membrane agnelette, principalement quand les parties génitales de la mere par s’efforcer d’enfanter , ôc par le bénéfice de Nature fe font ouuertes ôc cllargies, ôc que l’enfant fort quand ôc quand les eaux ; ôc alors les matrones prefagent que l'enfant ell heureux,parce(difent-cî- les) qu’il dl nay coeffé. Véritablement ie fuis d'auec elles, ôc encores ie dis dananrage, que la me- re ell anlîi bien heureufe,à caufe que l'enfant ell forty allez librement : quand l'enfantement ell la- borieux , les enfans n'apportent iamais celle membrane fur la telle, car elle ell arrellee au palfagc, ainfi qu’vne couleuure voulant lailler fapeau,palfe par vn lieu ellroit pour dire defpoüillee : ainfi le femblablc fe fait à l’enfant laillànt fa coc'ffe au ventre de fa mere. On baillera à la femme fubit après l'enfantement deux ou trois cuillerées d’huile d’amêdes douces tirees fans feu auec vn peu de fuccre. Autres prenent deux iaunes d'œufs auec fuccre, autres prennent de bon hippocras : antres vn confomméjou de la gclee. Ainfi on diuerfifiera telles choies félon legoull, ôc la neceÛité qu’il faudra pour alimenter l'accoucheee , ôc garder les trenchees, lelquelles viennent à caufe que les veines fe defgorgent du fang fuperflu qui clloit retenu à caufe de l’enfant, ôc ellant gros ôc bour- beux comme lye, s’amafle de toutes parts, & accourt par les veines ôc arteres en la matrice, la- quelle il pénétré difficilement , ôc par grande violence le reiette comme inutile qui la refroi- dit , ôc enfle. Auffi lefdides trenchees font fouuent caufees du vent qui entre au corps ôc capacité de la matrice , faute d’auoir ferré les enfiles, ôc lié le ventre de l’accouchee com- me il falloir. Moyens d'ai- der à la fini me en fin trauail. Remedes ex- périmentez. I pour ietter ( l'enfant l'ar- riéré fais re- tenu. i Comment faut ente»l dre l'enfant effre heureux qui naift eoejfé. Caufe des trtnchees. De la Génération. 7oi Ce qu il faut faire à l'enfant fabit qu'il eft naj, Chap, XVIL SRemierement eftant forty du ventre de la mere,la {âge-femme doit fubit tjter l’ar* rierc-faix,s’il luy eft poffible,&s’il eft befoin mettra fa main dans la matrice de la femme pour l’extraire ôc mettre hors,autrementfortiroit après auecgrande difficulté, parce que la matrice 5c routes les autres parties fe rdîerrent incontinent que l’enfant en eft hors. Cela fait, l’enfant doit eftre ieparc d’auec Ton arriéré faix en luy liant le nombril d’vn fil double, à diftance du ventte de la largeur d’vn poulce , Ôc non plus : ôc la ligature ne doit eftre trop ferree, de peur que la partie qui eft outre la ligature,ne tombe pluftoft qu’il n’eft befoin : ne auffi trop làf- che, de peur que le fang ne fluë des vaiflèaux vmbilicaux , auffi que l’air n’entre dedans le ventre de I enfant. Et après eftre lié , il doit eftre coupé deux doigts dellbus la ligature , auec vn rafoir oucifeau bien trenchant, ôc puis appliqué fus vn linge en double, trempé en huile rofat ou d’a- mendes douces : pour feder la douleur ; ôc après cela,au bout de quelques iours, ce qui eft couppé tombera auec la ligature. Aduertillement auxfages-femme : c’eft que la portion du nombril, après falloir lié & coupé demeure pendante, qui le meurt peu à peu, en fin tombe en gangrené, puis en mortification. Les fages - femmes le couchent communément contre la chair nue du ventre de 1 enfant dont ils s’enfuit grandes trenchees pour la froideur de ce qui eft mortifié ; à celle caufe il faut 1' enuclopper des linges ou cotton , iufques à ce qu’il foit tombé. Or plusieurs matrones coupent incontinent le nombril après l’auoir lié , fans attendre que f arriéré - faix foit, h ors : mais celles qui entendent mieux ces chofes, différent iufques à ce qu’elles ayent tiré ledit arriéré - faix hors la matrice. Cela fait, l’enfant doit eftre;nettoyé d’huile rofat, ou de myrtilles, pour luy ofter la craiTe ôc excrement qu’il apporte deftus fon cuir : auffi pour clone les pores , afin qu’après fon habitude en foit rendue plus ferme. Aucuns les baignent en eau chaude ôc vin allongent, puis les huilent des huiles lus-nommees, ou bien fe contentent de macerer ôc faire boiiillir dans le vin, du- quel ils doiuent baigner l’enfant de rofes rouges, ou fueilles demyttils, y adiouftans vn peu de fel: &r font cela par cinq ou lix iours, afin de nettoyer fon corps,& refoudre les mcurtriflèures, ôc giand- foulement qu’il a eu en forçant hors du ventre de fa mere.il luy faut pareillement minier les doigts les vns après les autres , eftendre ôc fléchir fes iointures des bras ôc jambes, voire par plufieurs ou ditiers iours , afin de chafter quelque humeur fnperflu qui pourroit eftre en fes jointures. Et Ci on voir qu’il y ait quelque vice aux os, il les faut habiller, foit qu’ils foient hors de leur place, où fraéfurez, lefquels feront réduits & redrdfez par la main du Chirurgien, D’auantage,faut auoir efgard fi fes conduits font eftoupez par quelque petite membrane (qui fe fait à d’aucuns)commc aux oreilles,nez,bouche,vergc,fondement, ôc à l’orifice du col de la matrice aux femelles : & fi telle chofe fe trouue, feront deftoupez par l’artifice di Ce qu’on doit bailler a l'enfant par la bouche deuant que luy donner a teter. Chapitre XIX. N cîoît frotter la boliche 3c le palais de l’enfant, àuec vn peu de theriaque Sc de miel, ou d’huile d’amendes douces tirées fans feu , luy tenant la tefte efleuce 5 afin qu’il en aualle quelque peu : car alors fortent de fa bouche quelques humiditez, 3c quelquesfois cela ciment l’eftomach à vomir les fuperfluitez qui y font, lesquelles eft bon de mettre holsxar non feulement on penfe que l’enfant aye des fuperfluitez à la bouche, palais & gorge, niais il eft à croire qu’il en a encore plus en 1 eftomach, 3c mefme aux inreftins. Parquoy eft bon de bailler les chofes fufdites deuant que de faire teter, de peur que le lai6t ne fe mefle auec telle ordure, &c foit corrompu , 5c qu’il ne s’efleue quelques va- peurs rrtauuaifes au cerneau qui pourroyent beaucoup nuire à l’enfant. Or que l’enfant nouuelle- ment nay n’apporte du ventre de fa mere beaucoup de fuperfluitez, on le void oculaircmcnt par les cxcrements qu’il iette des inteftins auparauant qu'il ait iamais teté , riy pris aucunes chofcs par là bouche , qui font de diuerfes couleurs, à fçauoir citrines, verdès, noites comme encre, & autres couleurs. Parquoy pour vuider telles fuperfluitez des inteftins, & garder qu’elles ne caufent des tranchées eftans retenues , il eft befoin donner à l’enfant vii peu de fyrop de rofes laxatif, ou de theriaque, ou du miel le gtos d’vn poix chiche, ou demy cuilleree d’huile d’amandes douces taee fans feu , auec vn peu de fuccre 3c eau de vie. Et auant que l’enfant tete, il fera bon luy faite rayer vn peu de laidt en la bouche , afin que les fibres de l’eftomach s’exercent peu à peu à tirer ]e laid. Rourquoy efi baille de la theriaque & miel aux enu fâi nouueauX 704 Le vingt-Quatriefme Liure, De ïejkïïion d'vne bonne nourrice. Chap. XX. faut à prefent parler de l’efledion d'vne bonne nourricepour allaider Scalimen- ter l'enfant, qui le fera toutesfois de la propre mere s’il eft poflîble, pluftoft qued’v- ne cftrangere : car puis qu'il eft ainfi , que l'enfant eftant au ventre de lamere, eft pjSj nourry du fang d’icelle, & que du fang eftfaid lelaidaux mammelles : veritablemét le laid de la mere fera plus propre que nul autre , parce qu'il eft plus femblableà la lubftance dont il eftoit nourry dedans le ventre de fa mere : Toutesfois ne luy don- nera à teter dés les premiers iours après qu elle fera accouchée, iniques à ce qu'elle foit bien purgee de fes vuidanges, 6c cependant fe fera teter par quelques vns,afin quefon laid foit purifié. Car és premiers iours elle eft encore efmeuë 6c alteree , à caiife de l'enfantement ; aufîi que fon laid a demeuré long temps croupy aux mammelles,dont il pourroit eftre trop efpés & cailleboté,& aucu- nement altéré 6c corrompu,ainfi que par fa fubftancegrofîîcre,quaIité excefliuement chaude,& cou- leur citrine, eft aisé à iuger : toutes lefquelles altérations ne prouiennent au laid que delà douleur qu'a enduré la mere en l'enfantement. Parquoy les femmes qui veulent eftre nourrices de leurs enfans, fe doiuent aux premiers iours faire teter par quelque panure fille , afin que le laid mari- nais foit enacué , 6c le bon foit de nouueau engendré : 6c par ainfi en quelque temps que la mere fera mal difpofee, ne doit allaider ion enfant iufques à ce quelle foit bien reftirnee en bonne dif- pofition , & bien purgee de fes vuidanges , de peur d'infeder l'enfant: 6c ne luy foit communi- quée femblable difpofition qu'auroitla mere, comme fièvre , flux de ventre, & autres : qui feroic caufe de le faire mourir, ou luy imprimer quelque grande maladie, comme tranchées 6c epilepfie, apoftemes, & autres indifpofitions : mefmes les mœurs de leurs riurrices, ioind qu’elles les peu- uent changer à d'autres enfans, ce qu’on a veu. Et pour ce ie fuis d’aduis , 6c confeille aux meres dallaider 6c nourrir leurs enfans, non feulement à raifon qu'ils ne changent de nourricement, mais auffi d’autant qu'elles en ont plus grand foin 6c folicitude.Marc Anrele Empereur Romain dit, que les femmes doiuent nourrir 6c allaider leurs enfans, afin qu’elles foient meres entières, 6c non iir parfaides : Car la femme eft moitié mere pour l'enfanter , 6c moitié pout la nourriture de fon fruid,de maniéré que la femme fe peut appeller mere entière , lors qu'elle a enfanté 6c nourry fon enfant du laid de fês propres mammelles. Caries nourrices n'aiment les enfans d'autruy que d'v- ne amour fuppofee, 6c pour vn loyer mercenaire. Mais les meres les nourriftent par vne amitié, 6c grande affedion naturelle; parquoy elles nourriront leurs enfans elles mefmes s’elles peuuent, 8c que leurs maris le veulent fouffrir. Et s il aduient que la mere ne vucille ou ne puiftè nourrir fon enfant, alors on luy choifira vne bonne nourrice. L'accouchee ne doit fon- dai» allai- ter fon en- fant que de quatre tour: après la na- tiuité. Marc Aüre- le Empereur Romain. De quelle qualité doit efire choijie la nourrice. Chap. XXL Dix chofes a confiderer h vne I enne nourrie?. O v r bien choifir vne bonne nourrice , faut qu'elle aye enfanté deux ou trois en- fans,d’autant que les mammelles qui ont efté pleines,ont les veines & ancres qui font 4É| en icclles, plus grolfcs 6c dilatées , partant contiendront du laid dauantage : &c puis JsjS? 'ÊÊÊSÊp? faut confiderer les chofes qui s'enluiuenr, à fçauoir, l'aage l'habitude du corps, les mœurs , la forme des mammelles & raammelons, la nature du laid, la diftance du temps qu'elle a enfanté , le fexe de Ton dernier enfant, qu'elle ne foit point enceinte, 6c qu'elle foit faine , fans aucun foupçon de lepte ou de verole : pourcc que c'eft vne reigle infaillible, que du laid que l'enfant tette dépend toute faute corporelle delà vie de l'enfant. De l'aage de la nourrice. Chap. XXII. Tourquoy l'ange de 15 .à 3 f. ans ejl propre pour vne nourrice. ■HPH A nourrice ne doit dire plus ieune que de vingt cinq ans, ne plus vieille que de tren- iyi| et cinq, par-ce que l'efpace de temps qui eft entre-deux, eft l’aage de vigueur, d'autant qu'il eft plus temperé 6c plus fain que les autres aages , par-ce qu'il n'abonde tant en fuperfluitez d'humeurs : d’autant aulîî que le corps ne croift plus , d'autant eft-il plus abondant en fang : mais au delïous de vingt cinq ans le corps croift encores, parquoy elle n’a pas le nourriflçment, ny le fang lî parfait : 6c depuis trente cinq ans les mois ceftènt a beau- coup , ou bien clics en ont peu : 6c partant cela monftre qu'elles ont moins de nourrilfement, 6c moins de bon laid pour allaider l’enfant. De l'habitude du corps de la nourrice. ChAp. XXIII. Examen de la nourrice. BL faut que la nourrice foit de bone habitude,8c bien faine, bien qnarreede poitrine,6c bien croifee d'cfpaules,ayât bonne 6c viue couleur,ny trop grade, ny trop maigre, la chair nô mollafîe,mais ferme,afin qu'elle foit plus robufte à veiller & trauaillcr à l'é- tour de l'enfam,& qu'elle ne (bit roulle,au0i qu’ellcaye le vidage beau.Et qu'elle foit brunette , par ce que le laid eft meilleur que d'vne blanche : car les brunes font de température plus chaude que les blanches : partant la chaleur digéré , &cuit mieux l'aliment,dont le laid eft rendu beaucoup meilleur. Ce qui fe prouue par Sexte Cheroenfe , lequel au Hure de la nourriture des enfans did , qu'ainfi que la terre noire eft plus fertile que n*eft la blanche : de mefrac la femme brunette porte toufi ours le laid plus fubftantkux.On doit regarder à fa telle li elle de la Génération. 705 n’a point de tigne, ou autre mal ; fî aufïî elle a les dents gaftees, 8c ficllé al'halcinc forte ; quelle n’aye point d’vlccre fus Ton corps , ou quelques antres indifpofitions, comme de race de gouteux ou iepreux : dauantage qu’elle foit habillée honeftemenr. Pourqttoy les enfans tiennent des mœurs de leurs nour- rices plujîo/î que de leurs pere s & mè- res. Des mœurs de la nourrice, Chap. X X 1111, SL E e doit eftre diligente 8c nçn fetarde à tenir l’enfant nettement xchafté, fobte ioyeuie , chantant 8c riant àl enfant, l’aimant comme le lien mefmc, & plus s’il eft poffible : aufïï faut qu’elle parle 8c proféré bien fa parole, d’autant que l’enfant ap- prend à parler par fa mere nourrice ; femblablemertt qu’elle Toit fage, 8c bicn-mori- ginee : car l’enfant ne tire tant du naturel de perfonne, après, çcluy de pere 8c de me- re, que de la nourrice, à raifon du laid qu’il tete ; ce qui eft cogneu par expérience des petits chiens qui feront allaidez d’vne Louue ou d’vne Lyonne, lefquels feront plus furieux,hardis 8c marinais. Au contraireon appriuoife les petits Lionceaux & Leopars,lcs faifant nourrir de laid de chèvre ou de vache. Dauantage les petits agnelets qu’allaidera vne chèvre : auront leur laine plus dure: au contraire les chévreaux qu’allaide vne brebis, auront leur poil mol ; l’agneau qui aura teté vne chèvre, n’aura pas feulement la laine plus rude, mais aufïî fera plus farouche que ne porte Ton na- turel. Platon admonefte les nourrices de ne compter pas indifféremment routes fortes de fables aux petits enfans, de peur que leur ame dés ce commencement s’abbreuue de folie, 8c de mauuaife opi- nion. Et aufîi confeille fagenient le Poète Phocylides, quand il dit. Phocylîdes Poète, Dés que l’homme efi en fa première enfance, çjfrlonïlrer luyfaut du bien la cognoiffance. Parquoy ie confeille qu’on regarde bien à eflire vne nourrice, & qu’elle ne foît gloute, neaddon- nec au vin ; non feulement parce que plufîeurs s’eftans endormies al lai dan s l’enfant, l’ont fuffoqué de leurs maramelles : ce que i’ay veu trop fouuent aduenir en celle ville de Paris : mais parce que quafî auec le laid les mœurs 8c vices delà nourrice influent dans les enfans, Dauantage elle ne doit que rarement coucher auec les hommes , pour plufîeurs raifons : car premièrement le coït trouble Ton fang, par confcquent le laid : fecondement il diminue’ la quantité du laid, parce qu’il prono- que les fleurs, en diuertilîànt par le moyen du coït le fang des maramelles à la matrice, qui eft l’vnç des principales caufes qui altère 8c corrompt le laid :çat le coït cfraeutlefang raenftmeUe fait for- tir 8c changer de fîtuation : tiercement il engendre mauuaife odeur au laid 8c qualité vitieufe, telle que nous Tentons exhaler des corps de ceux qui font en rut 8c efchauffez en l’amour &ade véné- rien : la quatrième raifon, c’eft que le coït eft quelquesfois caufe d’engroffir la nourrice, dont il aduient double inconuenient, l’vn à l’enfant qu’elle nourrir, l’autre à l’enfant qu’ellea dedans Iç ventre : car le meilleur fang abandonne les maramelles , eftant attiré à la matrice pour nourrir 8c augmenter l’enfant qui eft conceu,& le pire Ce retire aux maramelles, duquel eft fait le laid pour la nourriture de l’enfant nourriçon , lequel fe corrompt 8c diminué. Parquoy l’enfant qui eft au ventre de la nourrice , ne prend fuffifante nourriture , 8c l’enfant qui eft an dehors, en prend de mauuaife. Les petits enfans fe deledentà veoir chofes belles & luifantes, c’cft pourquDy ils regardent vo- lontiers le feu 8c les chandelles allumées, 8c autres chofes qui flamboient : 8c à ouyr paroles flateu- fes,8c qui les mignardent,tellement que les plus criarts 8c difficiles à appailer fe raifent oyans chan- ter, 8c lors qu’on preférite deuat leurs yeux chofes laides 8c hideufes. Parquoy quand quelque fem- me vieille, laide, 8c ridee porte vn petit enfant entre les bras, fi toft qu’il la void,treflault tout pleu- rant : au contraire, là où ce fera quelque belle femme & proprement habillée qui s’approchera,lors l’enfant luy tendra les bras , pour aller vers elle. Parquoy il ne fautqu’vne nourrice lois trifte ny melancholique, mais belle, gaillarde, chantant volontiers, bien habillée, 8c qu’plie aime (comme ij. a cftedit) Ton nourriçon comme le fîpn propre. La uotmiee ne doit cou- cher auec les hommes* Des Olïammdlcs, & de la poicîrine de la Nourrice, ChAp. XXV» SL l e doit auoir la poidrine large , Ôc les mamrnell.es allez grofies , 8c non lafchea ôc pendantes , moyennes entre dures 8c molles : car celles qui ont yne moyenne fer- meté , digèrent mieux le laid de leur chaleur naturelle , laquelle eft toujours plus forte en vne chair ferme , pleine de veines 8c arteres, apparentes par dehors , qu'en vne chair lafche 8c mollafte : celles qui ont vne moyenne groflèur, comprennent le laid fuffifam- ment pour le nourriflement de 1’enfant : 8c celles qui font dures 8c ferrees, ont le laid quafî eftouf- fc : parquoy il fluc difficilement quand l’enfant le fuccc 8c tire. D’abondant l'enfant imprime le bout de Ton nez à lamammelle : la trouuant trop dure fe fafche, 8c ne veut teter, 8c quelquesfois en deuient camus : 8c aufïî les molles 8c lafches n’ont point la vertu ladifiante allez forte. Pareil- lement les bouts des mammellcs ne doiuent eftre cachez ne rétirez au dedans , parce que l’enfant ne les pourroit fuccer qu’à bien grande peine ; ny trop gros, à raifon qu’ils rçmpliroiçnt la bouche de l'enfant, qui feroit caufe qu’il ne pourroit bien auaîUr, Pourquey le$ matnmeUes doiuent eflrt fermes & moyennement tr0S‘{' Le vingt-quatriefme Liure, 7o6 i De la nature du laici de la nourrices* Chap. XXVI Cinq chofes pour cognoi- ftre le ben laid. Quantité, Qualité. Couleur. Odeur. Gouft. N faid iugement du bon laid , à la quantité ou fubftancc , à la qualité, à la cou- leur, à l’odeur, au gouft : à la quantité , le peu de laid outre qu’il ne fufiît pas Il P01U' nourrir l’enfant, aufll ne peut-il pas eftre guere bon , pao-ce qu’il demonftre tempérament trop chaud ôc trop fec : aufli la trop grande quantité n’eft pas bon- lâs ne, tant pour la nourrice , que pour l’enfant, de crainte qu’il (ne le caillcbotte & corrompe aux mammelles : toutesfois il vaut trop mieux qu’il y en ait trop que trop peu ‘, car elle en peut efpancher quelque quantité deuant qu’en donner à l’enfant. De la fubftance, le laid qui eft entre fubeil ôc gros Sc blanc, fignifie que la vertu ladifiante a pleine domination en la digeftion du laid, ôc par confequent que le laid en eft tres-bon. Or pour le cognoiftre il en faut tirer de la mammellc vne goutte deflus l’ongle , ôc s’il coule ôc s’cfpand fans branfler l’ongle,c’cft ligne qu’il eft aqueux, non fuffifant pour nourrir : au contraire s’il ne coule point en baiflant l’ongle il eft trop gros Sc gluant ; mais s’il demeure ferme fans incliner l’ongle, ôc en la panchant il coule tout bellement, c’eft ligne qu’il eft bon. On peut iuger le laid pareillement eftre bon par fa couleur, par-ce que ledit laid n’eft autre chofe qu’vn langblanchy : Sc celuy qui eft fait d’vn fang temperé, eft tout blanc , ôc celuy qui eft d’autre couleur, fedoitreietter : car s’il tire fut le brun, c’eft figne qu il eft procréé de fang melancholique : ôc s’il eft verdoyant, fignifie aduftion : ôc s’il eft aucune- ment citrin , c’eft figne qu’il eft cholérique : ôc s’il eft rubicond, c’eft figne que la vertu digeftiue ladifiante eft debile. Icy nous deuons bien admirer la prouidence de Nature, d’auoirainfi tranf- mue le fang en couleur blanche par la vertu ladifiante des mammelles : car fi elle fe fuft oubliée , ( ce que iamais n’a fait ) de laiflèr couler le fang en fa fubftance ôc couleur rouge, la femme nour- rice euft eu en horreur de voir ainfi efpandrefon fang, & aufll cela euft efté odieux à l’enfant de le fuccer pur ôc rouge de la mammelle : ioind que nous n’euflions point eu de beurre ny fourmage. Pareillement les afliftans enflent abhorré de voir la bouche de l’enfant, ôc retins de la merc fan- glants ; bref Dieu a fait toutes Tes ceuures par vne tres-grandc fagefle. C’eft ce que chante ce grand Prophète du Ciel ; Pour cognoi- ftre le bon laiéî. Probation dit ben laid. Couleur du bon laici. Pourquoy Nature a voulu que le laici fuft blanc. En tout Je voîd tu grand’ vertu parfaire, lufqu’a la bouche aux enfans qu'on allait}e - Et rends par là confus & abbatu Tout ennemy, qui nie ta vertu. Pf. 8. Odeur du laid. Et quant à l’odeur , elle doit eftre douce Ôc fuaue ôc non autre : car s’il eftoit de mauuaife odeur comme d’elchauffaifon , c’eft figue de chaleur fuperfluë, ôc de fang adufte, comme volontiers on voit celuy des femmes ronfles-; s’il fent l’aigre, il dcmonftre l’humeur melancholique : 6c quant au gouft, il doit eftre fuccré, ôc ne faut pas qu’il foie amer ny falé, ny aigre, ny ftyptique, c’efl: à dire de haut gouft, comme verjus. Gouft du bon laid. De la dtjlance du temps que la nourrice a enfanté, ér du fixe de fon enfant. Chapitre XXVII. tt0ljrrice doit eftrc cinq ou lîx iours après qu’elle a enfanté , deuant que donner à tetter à l’enfant, pour les raifons qu’auons dides cy-deflus : auiïî d’autant qu’elle de- MmM meure long temps au lid fins faire nul exercice eparquoy fe fera teter, ou foy-mefrac fe tetera auec vn inftrumcnt de verre que nous déclarerons cy*apres, 8c en donnerons le portraid. Si la nourrice a enfanté vn malle dernier , fon laid eft plus à louer, par - ce qu’elle a Ton fang plus élabouré , 8c par.confequcnt moins excrementeux , de forte que le laid qui en f£ra engendré fera meilleur ; car l’enfant malle eftant au ventre de fa mere, l’efchauffe de fa chaleur naturelle plus qu’vne femelle : ce qui fe cognoift par expérience , en ce que la femme grolle d’vn malle fe porte mieux couftumiercment, ioind aulîi qu’elle eft mieux coloree : aulîi faut que la nourrice aye porté fon enfant à terme, car l’auortement faid de caufç interne, demonftre qu’il y a quelque vice au corps. Le laili d’vne femme accouches d'vn mafle ejl meilleur. Du régime de la nourrice, & comme elle doit coucher l'enfant. Chapitre XXVIII. De l'exercice de la mur- vice. N doit auoir foin au régime de la nourrice, foie au manger & boire, dormir & veiller , exercice &: repos, & les diuerfifier félon la difpofition ôc habitude del’en- *MÊf ; comme s’il eft trop chaud, doit vfer de régime réfrigérant, & ainfi des autres températures : ôc vfera de viandes de bon nourriflement, en quantité mefuree, ôc . ■ a-âji doit euiter le mauuais air ôc s’abftenir de coucher auec les hommes pour les raifons ] uldites : elle cuitera toutes viandes qui efchauffent le fang, comme efpifleries , patiflèrics, la- leurcs, mouftarde, vins forts & fans eau, Sc fur tout aufll la cholere , Ôc toutes chofes qui bruflent le fang. Toutes nourrices doiuent vfer de médiocre exercice, ôc plus s’exercer les parties hautes que les balles, à fin que l'attradion y foie plus forte. De la Génération. Quand la nourrice couche l’enfant en fon petit berceau, fa telle doit eftirc mife plus haute que le relie du corps , à fin que par telle fituation les fuperfluitez du cerneau defeendent plus aifément vers les parties balles. Et le faut lier 8c bander en fon petit grabat de fi bonne façon,que fon col 8c fon dos foyent aucunement courbez. Et pour luy faire venir le fommeil, on le bercera doucement d’vn mouucment égal, 8c non point fort. Car le fort 8c inégal efineut le laid qui eft enl’eflomach, empelche la digeftion , trouble & eftonne le cerueau, 8c fouuent le faid vomir, & pour l’engarder d ellre courbé, il eft bon de le couchef droitemenr fur fon dos, 8c non fur les collez : principalement durant le temps qu’il tere,& n vfe point encores de viandes folides, 8c n’eft pas encores fortifié, ny fes os allez endurcis : par-ce que l’efpine du dos eft fouftenement de tout le corps comme la carinc de toute la nauire, 8c eft plus leur que tous les autres os, fur lefquels l’enfant s’appuye en dormant, comme fus vn fondement qui eft fort.S’il cftoit couché fur les codez, l’vn cofté ne pourroit foufte- nir l’autre, parce que les codes font encores bien menues,laxes 8c molles:& partant il y auroit dan- ger,couchant longuement l’enfant delfus l’vn des collez,d’encolirir en contorfion de l’efpine du dos & deuenir bolfus ; par-ce que les coftes font ployables, à caufe de leur mollelîè, 8c les ligaments qui les lientjfont encores laxes 8c mois,comme nous auons did. Pendant donc le temps que l’enfant te- te,& iufques à ce que les dents commencent à fortir , 8c n’vfc de nourrilfement plus folide que le laid,il doit dire couché fur fon dosrmais lors que fes membres deuiennenc plus forts,&: fes os plus durs,doit eftre couché cour à tour fur vn cofté, puis fur l’autre,& quelquefois fur le dos:&tant plus il recertifiera 8c croiftra,tant pins fera couché fur les codez. Il faut aulîî que la nourrice aye efgard à la fituation de l’enfant,qu’il aye la lumière de ligne droite, autrement il feroit louché.La raifon eft, que noftre œil eft vne fubftance de fa nature pellucide 8c lumineufe ; dont aduienc que pour ce ref- ped il cherche coufiours la lumière, abhorrant les tenebres , comme chacune chofe naturellement fe delede de voir, 8c cherche fon femblable, 8c fuit fon contraire.Parquoy fi d’ordinaire l’enfant eft tellement fitué dans fon berceau qu’il n’aye la lumière oppofice diredement à foy,il eft contraint de la chercher à cofté ; dont aduient que fe virant 8c contournant de cofté il prend vn ply, lequel ne peut aifément laifler par après : pour laquelle mcfme raifon les nourrices inftruides par expérien- ce des inconueniens qu’elles ont veu furuenir, couurent la telle de leurs nourriçons couchez dans le berceau d’vn archet d’ofier.& vn linge par delfus,à fin que la veuë de l’enfant foit arreftee,!aquel- le autrement fe contournant vers tous les obieds circonuoifins, luy rendroit la veuë farouche,ef- garee, 8c louche. La nourrice louche ne peut regarder fon enfant finon que de cofté : de là vient que l’enfant comme en toute fa fubftance,ainfi en fon œil eftant fort humide , par accouftumancc d’cftreainfi regardé, prend aifément le ply de regarder de cofté,lequel par après il ne peut bonnemeat delailfer. La raifon eft qu’és yeux des louches les mufcles qui trauailent le plus font les deux qui ameinent les yeux vers le petit ou grand anglc.Ceux-cy donc,ou ceux-là par ce premier ply 8c continué d’adion s’eftans fortifiez 8c comme endurcis (comme toute partie en nous par fon adionfe rend plusrobu- fte)les deux autres mufcles antagoniftes,c’eft à dire,qui leur font aifément tirez, 8c tout l’œil tour- né vers l’angle grand ou petit, félon que la nourrice fera louche de celle façon ou d’autre : aulîi que par le mouuement continuel le mufclc s’efehauffe. Et par confequent le nerf inféré en iceluy (fe dilate comme le propre de la chaleur eft d’ouurir 8c dilater les conduits)dont aduient que i’cfpric premier àutheur du rnouuemenr,Iequel s’efpand tant cfvh cofté que d’autre indifféremment, s’in- lereez parties lefquelles il trouueles plus ouucrres,faifant en icelles principalement le mouucmer. Ainfi voyons nous les enfans deuenir gauchers, lors que s’exerçans coufiours de la main feneftre, la dextre demeure oifiue,laquelIe par mefmc moyen eft moins nourrie , 8c par confequent plus foible. Que fi vn homme ja faid, 8c ayant âccomply fes trois dimenfions, s'accointant d’vn boiteux,prend 8c retient ie ne fçay quoy du train du boiteux : poutquoy le femblable ne fe fcra-il aux enfans, def- quels la chair molle 8c délicate eft prompte à toutes mutations 8c inflexions ? Or iaçoit que la nour- rice ne foit louche, routesfois ce vice vient aux enfans héréditairement, ainfi que fon void adue- nir ez bolfus 8c boiteux, comme nous auons did cy-delfus. On doit ctü* cher l'enfant fur ledos,pem àant qu il tete, Comment l’enfant doit eïlre fitué vis à vis dej la lumière. ta nourrice ne doit esirti> loucha Comme l'on doit acconlîrer la bouillie du petit enfant. Chai?. XXIX. bouillie eft bonne aux petits enfans, à caufe qu’ils ont befoin d'vne nourriture hu- k mide , de groiTcur conforme au laid, non de trop digeftion,lefquelles conditions font I trouuees en la bouillie, pourueu que la farine de forment ne foit crue : laquelle on I doit mettre dans Vn pot de terre neuf, & le mettre dans vu four, & qu’il y demeure fitant que le pain met à cuire , à fin qu’elle ne foit tant vifqueufe 8c grofficre, 8c aulïî que le laid ne cuife pas' fi longuement, parce qu’il faut que pour donner cuiflbn à la farine, le laid cuife fcmblablement long temps : en quoy il perd fa bonté , parce que le cuifant beaucoup , fa fubftanceaqueufe fe coniomme par le feu, 8c engendre gros fang, comme il fe fait par la bouil- lie , lors que la farine n’eft cuitte au parauant j ear il perd en cete façon fa fubftance de maigue de beurre : il en relie tant feulement la fourmageufe , greffe, vifqueufe , 8c de difficile digeftion , & par confequent pefante, &C faifant obftrudion ez premières veines 8c au foye , qui fouuent caufe qu’ils ont des trenchees , 8c qu’il s’engendre des vers, à l’enfant , 8c des pierres, 8c autres mcuuais aecidens, pour n’eftre ladite farine cuite , 8c le laid trop cuit. Parquoy ceux qui ont des enfans, y prendront garde fi bon leur femble. Et ne fert rien d’alleguer que par expérien- ce quotidiane on void plufieurs enfans qui mangent boiiillie fans que la farine foit cüitte, 8c fe por- tent bien : car ie dy que cela fc fait pluftoft d’aduenture , ou de bonne nature , que de la boute de celle nourriture. Or on ne luy doit donner boiiillie de dix ou douze iours après dire nay* On Mi faire cuirs la fari- ne pour faire la bouillie. 708 Le vingt-quatriefme Liure, Mefme Gaîien liu. i. De Jkmtate tuenda, veut que les enfans foient feulement nourris de lai à caulc que Nature fie veut deficharger de l'enfant mort, qui ne luy eft plus naturel. Car c’eft vn axiome ou reigle véritable que toufiours le vif chafle le mort, d’autant que la chofic morte n'a rien de commun auec celle qui eft viue. Or ce qui allie & tient les chofies en vnion , c'eft la communauté 6c fimilitude : ainfi voyons-nous aux vlceres que la chair viue pouffe & jette celle qui cft purulente 6c fianieufie , & és fiphaceles que l'os vif chalTe hors les efiquilles de la portion de celuy qui eft mort &pourry. Pareillement en pofant la main fus fion ventre & parties génitales, on les fient aucunement refroidies : joind auffi que la mere fient froideur dedans fia matrice, 6c telle chofie fie fait par l'extindion de la chaleur vitale dudit enfant. D'auanrage il fort certaines humi- ditez , 6c autres excremens fort feetides hors la matrice, 6c fion haleine eft auffi fort puante : ce qui fe fait volontiers au deuxiefime outroifiefime iour au plus près que l'enfant eft mort, 6c tombe fiou- uent en fiyncope ou efiuanoüiftement. Telles chofies fie font à raifon des vapeurs ou fumées putri- des 6c corrompues , qui s'efleuent de l’enfant mort , 6c de fion arriere-faix , qui font communi- quées au cœur «Se au cerueau. Et icy noteras, que l’enfant mort eftant en la matrice de fa mere, fe corrompt plus en vn iôur qu'il ne feroit en quatre , ou plus , s'il eftoit hors de ladite matrice, d’autant que c'eft vn axiome approuué par Galicn au liure De tumorihus. Que toutes chofies chau- des «Se humides retenues en vn lieu pareillement chaud 6c humide fie corrompent 6c putréfient, principalement fi le lieu eft eftroit, par faute du bénéfice de tranfipiration. Auffi peut-on coniedu- rer par la couleur de la face qui fie trouue changée, apparoilîànt comme plombine ou tendante à liuidité : au moyen dequoy la femme ainfi empcfichec d'vn enfant mort en fion ventre eft hideufie à voir , a les mammelles ramollies , 6c fion ventre grandement enflé 6c dur plus qu’il n’eftoit anpara- uant: duquel ligne la raifon eft de notable contemplation. Car en toutes chofies pourries vne chaleur effrange 6c excclliue vient à dominer «Sc s'augmenter, par l'adion de laquelle les humidirez du corps pourry viennent à fie refondre en vapeurs 6c veutofitez, quitenans plus de lieu que nefaifioient les Signes infait- libles d'ëfant mort. Toutesfois Ar- quantes que l'arriéré faix fort douant l’enfant , en peut prefagel ejlre mort. Le vif chajfe le mort, ou lé mort Ui'è U vif Occasion di pourriture* 7io Le vingt - quatrieffne Liure, humiditez(comme ainfi foit que félon l’opinion des Phyficiens d’vne portion d’eaù par refoîuiioti il s’en fait dix d’air)font enfler la chofe pourrie , comme iournellcmcnt nous voyons aux corps de ceux qui font noyez : de és parties gangrenées,(defquelles nonobftantque par l’aétion de la chaleur putredineufe nous voyons exhaler vne groflè fumée de vapeurs > deuiennent neantmoins plus enflées que de couftutne. Et de tous ces lignes ( quand plufieurs fe trouucnt en vne perfonne de en vn mefme temps pourras iuger certainement que l’enfant eft mort, au contraire non. Et note que toutes ces choies cogneuës de confiderées le Chirurgien doit faire diligence d’aider à la mere le pluftoft qu’il fera poflîble, de faut qu’il foit bien inftruid à telle œuure à caufe qu’elle requiert vne finguliete prouidence de expérience ; car s’il faut à faire fon deuoir, forment il tue la mere de l’en- fant s’il eft vif ? de qu'il cognoifte s’il peut befongner fans danger de mort de la mere, pour euitef fcandale : qui fefera en confiderant les forces de vertus d'icelle, en taftant fon pouls, fçauoir s’il eft debile ou grandement changé outre le naturel.Et d’auanrage,faut contempler la face,comme nous auons did, fçauoir fi elle eft grandement changée du naturel, de fi elle'a le nez de les extremitez froides auec fueurs pareillement froides, de qu’elle tombe forment en fyncope, aufli fi elle a perdu prefque toute cognoiftànce :'de fi tels fignes appareillent, on doit prognoftiquer la mort eftre pro- chaine : parquoy la faut laifler à Nature,de la recommander à Dieu : toutesfois après bon progno- ftic faicl au mary de aux parens de la patiente, le Chirurgien auec leur ferme refolution de volon- té, doit s’efforcer de la deliurer, parce qu’il vaut mieux tenter vn remede incertain auec cfperancc, que laifler le malade en vn dcfefpoir tout afteuré,car tant qu’il refte vne fcintille de vie Nature ay- dée peut faire les chofes incroyables au récit. Mais aufli au contraire,!! la vertu eft forte, il luy faut ayderen diligence à cxpeller l’enfant par potions, bains, fuffumigations faides de chofes fœtides prifepar le nez de par la bouche, de de chofes aromatiques de deledablcs prifes par les parties d’em- bas,fternucatoires,vornitoires,&linirncns,peflàires, faids de poudre de fabin,d’ariftoloche,pculdre d’ellebore blanc, fiente de pigeon, incorporez auec miel mercurial, appliquez tant par dedans que par dehors la vulue. Vtnfant mort doit eftrè tiré fubitemsnt. Médicament] jpour chajfer l’enfant mort. §luel doit eftre l'air. De la maniéré de bienfituer la femme pour luy extraire l'enfant. C H A p. XXXIL Situation de la femme. T fi telles choies ne profitent, faut befongner par œuure manuelle , de inftrumens |r propres,en la maniéré qui s’enfuit. Premièrement rectifieras l’air de la chambre,fça- noir eft , s’il eft froid l'efchaulîeras , de s’il eftvrop chaud le refroidiras : cela fai Cl, faut fitucr la mere, en la pofant près le bord du lid, de la coucher à l’cnuers ayant les feftès aucunementefteuéesfur quelque carreau dur,ou autre chofe femblable, de qu’elle foit renuerfée,toutesfois en figure moyenne, c’eft à fçauoir, qu’elle ne foit du tout couchee ny courbée, comme nous auons dit cy-deftus,à fin qu’elle puifte mieux auoir fon infpiration de ex- piration plus libre,de que les ligamens delà matrice ne tendent point tant que fi elle eftoit couchee du tout à la réuerfè. Aufli luy faut courber les jabes ayat les talôs aftez près des feftes,& les lier auec vne grade & large bande de toil!e,ou autre chofe,laquclle poferas prcmicrcmct par deftlis le eol,& au trauers des elpaules de ladite fcrame,en manière de croix S. André : Puis derechef croiferas ladi- te bande à chacun pied, de la tourneras autour des iambes de cuiftès,lefquclles feront efeartees l’vnc de l’autre , en rapportant encore ladite lifiere par deftlis le col, de la faut lier de attacher fi ferme que ladite patiête ne fe puiflè monuoir çà ny là,ainfi qu’6 lie ceux anfquels on extraid la pierre de ia vefïïe. Et feras en forte qu’elle aye les talons appuyez contre le bout du lid, de la feras tenir par deftbus les aiflélles& cuifles par bons feruiteurs,tellcmcntqu’entirant l’enfant fon corps ne fuyue: car en fuyuant de obéiftànr on ne pourroit faire l’extradion. Cela faid,faur prendre vn drap chaud en double, de le pofer fur les cuiflcs de ladite patiente, afin que l’air extérieur ne bleftc la matrice, de que l’opération foit plus honefte,à caufe des affiftans:puis faire oindre toutesfes parties génita- les auecchofes ondueufes, afin de les rendre plus gliftantes & coulantes, pour plus facilement ex- traire l’enfant ; ayant le Chirurgien Tes ongles rongnez, de qu’il n’aye aucun anneau en fes doitgs, pour garder qu’il ne face lefion aux parties où il touchera. Comme doit eftre la main du Chirur- gien. De la manière de tirer les enfans hors le votre de la mere}tant morts que vittas.Ch. XXXIII. SE Chirurgien ayant ain fi fitué la femme , mettra la main doucement fans aucune violence dans la matriceicc faifant cognoiftraen quelle fituation de figure fera l'en- fant,&: s’il eft féal ou accompagné.Et pofé le fait qu’il fuft tourné félon nature, ayant la telle au couronementrpour deuement l’extraire par art,faut doucement le repoui- fer côtre-môt,& chercher les pieds,& les tirer près le couronnement:ce faifant tour- neras facilement l’enfant : de alors qu’auras attiré ainfi les pieds, en faut tirer vn hors , de le lier au délias du talon, en maniéré de laqs courant, auec vn ruban femblable à ceux dont les femmes lient leurs cheucux,ou autres femblable, puis remettras ledit pied ainfi lié dans la matrieexe faiél, chercheras l’autre pied, de l’ayant trouué , le tireras hors, & alors tireras le lien où l’autre pied eft attaché: &fe doit-on bien donner garde s’il y auoit deux enfans, de tirer vne iambe de chacun en vnc fois ; car par ce moyen on befongneroit en vain , &c feroit-oncaufe de la mort de la mere, de des enfans s'ils elloient viuans. Or pour ne s’abufer, & les bien difeerner l’vn de l’autre,c’eft qu’a- pres auoir tiré l'vn des pieds hors de la matrice, fera lié au delfus du talon , de alors le faut remet- tre en la matrice : comme auons did : car il occuperoit la voye, de engarderoit que le Chirurgien ne pourroit mettre fa main pour chercher l’autre , puis fuyura la ligature, laquelle le conduira au pied lié ; 8c l’ayant trouué, coulera fa main iufqu’aux aines, de de là cherchera l’autre cuille, de Caution pour gémeaux. De la Génération. 711 aufîî la iambe, laquelle quelquesfois eft trouuée derrière le dos, voire furfon col : Sc l’ayant trou- née , amènera hors ledit pied non lié, puis tirera le lien, à fin d’amener les deux pieds enfemble pour extraire l’enfant : Sc après qu’il les aura ainfi attirez hors la matrice, il les tirera ioinéls éga- lement enfemble, Sc peu à peu, fans violence tirera l’enfant Iniques à ce qu’il foit dehors , Sc pen- dant ce, faut comprimer le ventre de la mere, comme auons dit cy-dcflùs,& qu’elle tienne fon ha- leine par internallc, en fermant le nez Sc la bouche, Sc quelle s’efpreigne tant que polfible luy fera Sc face autres choies, qu’auons prediét. Ht l’enfant eftant forty, faut fubit pareillement tirer l’ar- riere-faix. Au refte quand le Chirurgien aura tiré l’enfant de cefte façon par les pieds, Sc l’aura amené dehors iufqu’aux faux du corps : fe faut bien donner garde de pourfuiure le refte de l’extra- élion du corps , les deux bras eftans couchez de leur long , fur les deux coftez : ains faut que l’vn dcfdirs bras feulement foit ainfi fitné, Sc l’autre fera repouflé en haut le long du col par delfus la telle : car autrement Nature eftant deliuree de cefte grofleur de l’enfaur, feroit que les os Sc orifice de l’amarry promptement fe reioindroient, Sc eftans reioints, la telle puis après ne pourroit palfer, Sc par ainfi pourroit l’enfant eftre eftrangîé, la telle duquel demeureroit dedans, fi on ne le tiroir par force , mettant les crochets fous le menton , ou dans la bouche, ou orbite des yeux : mais s’il aduenoit ( ce qui fe fait pluficurs fois) que l’enfant euft les mains au couronnement, ou ja hors les parties génitales, iamais on ne doit tendre ny eflayer à l’extraélion par icellcs, veu qu’il viendroit la telle ployee auec les efpaules : ce faifant on feroit caufe de faire grande lefion à la mere, & à l’en- fant s’il auoit vie." Tay efté appelé quelquesfois à extraire des enfans morts que les matrones ( foy difans fages-femmes ) s’eftoient efforcées le tirer par vn des bras, lequel elles auoienr par cefte vio- lence, caufeed’imtemperie, fait gangrener Sc mortifier, Sc par conséquent fait mourir l’enfant, de forte mefme qu’on ne le pouuoit remettre dans la matrice pour la grande tumeur tant des parties génitales de la femme , que du bras de l’enfant, tellement que de necellîté le falloir amputer. Or le moyen de ce faire , eft couper tous les mufcles auec le rafoir, le plus près de l’efpaule qu’il eft pof- fible, toutesfois en obferuant que parauant l’incifion l’on tire la partie charneufe en haut : puis faut couper l’os auec tenailles incifiues, afin que la chair couurant l’extremiré de l’os, ne face lefion aux parties génitales : puis cela fait, faut chercher les pièces du petit enfant, &: l’extraire hors , comme auons par cy - deuant déclaré, s’il eft pofllble. Et là où ledit enfant mort feroit fi gros naturelle- ment , ou par accident tuméfié par la putrefaélion , en forte qu’il ne peut aucunement dire extrait premièrement que laifler mourir la mere , faudroit par tous moyens diminuer la grofleur dudit en- fant ,Sc s’il aduenoit qu’il euft la tefte au couronnement, la faudroit repou lier en haut s’il eftoit poflible, & le tirer par les pieds comme auons dit :Sc où il ne feroit poflible le repouffer , &que l’enfant fuft mort, il fera tiré par des crochets femblabjes à ceux-cy: te donnant bien garde de bief- fer la femme par iceux, lefquels mettras dedans les yeux , ou en la bouche, ou fous le menton. Bon aduer* tiffement pour le Chî~ rurgîen (y fages-fem- met, La methe- de de couper le bras h l’efant ejlant mort au ■ventre de la mere. Et où la refte de l’enfant viendroît la première droiét au couronnemét,& neantmoins que lafem- me ne peuft accoucher , à raifon qu’icclle eft énorme en gro fleur que les Grecs appellent Macro- phyfocephale ) à caufe qu elle eft remplie de ventofitez , ou aquofitez , que les Grecs appellent Hy* drocephale : alors fi on void la femme eftre en vn extreme trauail, Sc qu’on cognoiffè l’enfant eftre mort, faut faire incifion aux futures du Crâne , pour euacucr ce qui eft contre Nature, &c le tirer par pièces s’il eft befoin. Auflî fi le Thorax eft pareillement trop gros, le faut vuider , puis le tirer piece à piece. Confie au courbé propre pour couper le ventre de l'enfant mort, efiant dam le corpt de la mere. Macrcphÿ focephale* Hydroce- p haie. Et fi le ventre eftoit auflî trop enflé , qui Te fait par hydropi fie , ou ventofitez > y fera faite incifion auecvnpetit coufteau courbé;femblable à cefte figure que tu as cy-deflùs,lequel tiendias entre les doigts,en le pofant dedans la matrice,puis vuideras les entrailles:& ce faifant,les aquofitez MoJende tirer latejî* yiz Le vingt-quatriefme Liure, s’efcouleront, 8c ainfi fera l’enfant plus facilement tiré. Or fi la tefte de Venfant demeure feule ( ce que i ay veu à mon grand regret) alors faut pofer la main feneftrc dans la matrice, l’ayant premiè- rement oinde d’huile de lys , ou de beurre frais, 8c chercheras la bouche de l’enfant, en laquelle mettras les doigts , 8c de ta main dextre couleras vn crochet au long de la feneftre , 8c le mettras dedans la bouche, ou l’œil, ou fous le menton, puis la tireras hors, s’il t’eft poflîble. Et au lieu def- dits crochets , tu te pourras ayder de ces deux inftrumens, que i’ay pris au liure de la Chirurgie Françoife de moniteur d’Alechamps,qui font propres à tel effed,àraifon qu’ils peuuent empoigner vn corps rond comme la tefte de l’enfant. Instruments difts Pieds de griffons 3 propres pour extraire la tefie dvn enfant demeuree dans le ventre de la mere. î'ay dit, qtfon la tirera , s’il eft polîîble , parce qu’eftam demeurce feule, tourne en la matrice à caufe de fa rotondité , en forte qu’à bien grande peine elle peut eftre tiree, fi on ne prdle le ventre de la mere par le haut, & aux deux coftez,à fin que la tefte de l’enfant ne tourne çà ny là. , Ce qu’il faut bailler a la femmefubit quelle ejl accouchée, & ce quil luy conuientfaire. Chapitre XXXIV. Tant garder laccouchée d'air froid. BL faut garder que la femme rccentcment accouchée, ne rcçoiue aucun air froid par fa matrice : car cftant vuide 8c vague après l’enfantement, facilement eft remplie de ventofitez , lefquelles la refroidiftent, diftendent& tuméfient, & boufehent les ori- fices des cotylédons, qui empefche fes vuidanges, dont s’enfuit après fuffocation de matrice, & de tres-grandes tranchées 8c douleurs , fievres, 8c autres griefs acci- dens , 8c fouirent la mort. Et pour obuier à cela , 8c à fin aulïï que les parties diftantes fe puifient mieux rejoindre,il faut quelle aye les cuiftès croifeesles vnes furies autres. Dauantage, on luy com- primera le ventre d’vne bande allez large, pour prohiber que l’air froid n’entre en fa matrice : ioint aulliqu’icelle ligature aidera beaucoup à exprimer lefang imbu en icelle : cela fait, on donnera à l’accouchee vn prelïis de chappon,ou vn chaudeau où il y aura du fafran,& vn peu de poudre de duc ou vne roftie aneede bon hippocras, on moyeux d’œufs auec fucre candy,à fin de reftaurer les ver- tus, 8c engarder les tranchées. Aucuns donnent des bouillons, moyeux d’œufs, auec fucre 8c cand- ie : autres des coulis 8c prelïïs, 8c autres chofes fort nourriftantes : 8c en cela on peut grandement faire faute. Car pent-eftre que la femme aura bien difné ou foupé vn peu auparauant qu’accou- chcr : de forte qu’elle n’aura befoin de telle nourriture, puis qu’elle a allez de viandes en l’eftomach encorcs crcües & non cuittes. Car ce n’eft bien fait de mettre crud fur crud, 8c décharger l’efto- raaeh, lequel s’en afFoibliroit pluftoft que d’en eftrc fortifié, 8c par confequent tout le corps. Mais on luy pourra bien donner à boire, 8c non à manger, iufques à ce que la digeftion foit faite, pour cuiter la fievre & autres accidens, 8c la faut nourrir coipme vne perfonne qui aura la fievredaquel- le elle a communément, iufques à tant que la douleur 8c autres accidens foient palfez , 8c qu’elle foit bien purgee. Ce qui fepeut faire en huid ou dix iours, plus ou moins, félon qu’elle fera bien gouuernce : âpres elle doit eftre bien nourrie. Or fi la femme eftoic famélique, fubit après fon en- fantemenr,on luy donnera chofes nourrilfantes cy ddfus mentionnées.On ne peut faillir de douner promptement de l’huile d’amédes douces tiree fans feu,auec fucre candi,à fin d’humeder 8c adoucir la gorge,qui aura efté elchaulfee 8c alteree : pource que l’accouchee aura grandement crié, pour les extrêmes douleurs qu’elle aura eu en l’enfantement : non pas que cefte huile aille iufqn’à la matrice, où eft la caufe de telles douleurs de tranchées, mais parce qu’elle eft receüe dedans les boyaux, elle fert comme de fomentation lenitiue à la matrice , qui eft voifine des boyaux , ôefait vuider plus facilement les fuperfluitez contenues en iccux. Car plufieurs femmes trauaillent longuement en Tourquoy on lie le ventre à'vne femme efiant recen- tement ac- couchée. De la Génération. *m accouchant, 8C crient a gorge defployée, lequel crÿ aide grandement à énfantet à raifoii que par Ig cry, les mufcles du ventre, enfemble ceux de la poitrine 8c le diaphragme font prdfez au moyen de- quoy la matrice eft contrainde par la compreffion, 8c par ce moyen elle fe defeharge plus aifé- menc. Autant en font celles qui ont fait leurs enfans fans maty, lors qu elles accouchent aux lieux où elles n’ofent crier : parce qu’elles retiennent leur haleine, 8c s’efpreignent commellors que noua voulons aller vuider noftre ventre. Ori doit mettre fubic que la femme eft accouchée ( principa- lement en temps d’Hyuer ) l’arriere-faix fur fon ventre : 8c en Efté , on prendra la peau d’vn mou- ton noir , lequel fera efcorché tout vif * oit tout fubit luy ayant coupé la gorge, &fera appliquée toute chaude fus le ventre 8c fus les reins. Les feneftres 8c portes de fa chambre 8c euftodes de fon lid feront clofes 8c fermées, 8c la laiflcra-on repofer fans bruit : 6c cinq ou fix heures âpres que la peau de mouton y aura efté mife, fera oftee, puis luy faudra oindre le ventre de l’onguent qui s’en- fuit. ceti ij. olei amygd.dulci. hiperic. an.3 j. f. feui hirc.3 j.olci inyrr.i ij.ceræ nouæ quantum fuff.flat vnguentum ad vfum, duquel en fera vlé deux fois le iour ; 8c fus le nombril fera appliqué vn petit emplaftre de Galbanum, au milieu duquel y aura Vn peu de ciuetce 8c mufe, 8c fera-on en forte que la fenteur d’icelle ne vienne au nez de l’accouchee : puis llir tout le ventre fera appliquée celle toile Gautier. * 3f. Ceræ nouæ 3 iiij.lpermat.cet.f j.fi.terebetitinæ Venctifc in aqua tofar. lotæ ij. olei amigd. dulc.& hyperic. an.3 j. olei maft.& myrt. an.J fi.aXung.celui 3 jffi. liquéfiant fimul auferendo ab igné, impone telanl ex cannab.ad magnitudinem vehtris : ladite toile fera appliquée fur le ventre. Prenez limaçons rouges vue Hure , fleurs de romarin trois quarterons, le tout trenchez 8c ha- chez menu enfemble, puis les mettez en vn pot de terre plombé 8c bien luté,&: foie enfeuely en dü fiens de cheual par quarante iours : 8c après faut exprimer 8c mettre la liqueur en vne phiole de verre bien boufchcc, 8c pofee par trois ou quatre iours au Soleil, 8c d’icelle liqueur on en frottera le ventre de la nouuelle accouchée : ces remedes gardent le ventre d’eftre ridé 8c martelé. Or fi la femme eft grandement oppreflèe de tranchées ; on luy donnera de celle poudre. nucis mofc.corqu ccrui vft.an.3 j.fi.nucleor.dady.g.iij.lig.alocs, cinnamo. ân.j|.ij.fiatpul.fubtili£ cap.5 j.cum vino alb.càlid. maior. 3 j.fi. nucleor. perf. nucis mofeatæ an, 3 ij. carabe 5 fi.ambr.gtif.gr.iiij. fiat pul.cap, 3 j. cum Vino albo. Si la femme eftoir febricitante,« on luy, donnera auec vn bouillon de chappon. Auffi feront appliquez petits fachets de toile, où il y aura du mil, ou de l’auoine fricalfecen vin blanc : 8c tous chauds 011 les appliquera lus le ventre,8c fus les parties génitales de la femme, 8c mefmemcnt aux reins. Tiîïe Gâté*' tier. Autre teffii* de bien ex* tdlents Rertieies fin* guliers peut les trdcheeii Les caufès des Tranchées* Les caufes des Tranchées aux nouuelles accouchées fe font, quand le fang grôs 8c féculent com- me lye de vin, s’amafle de tous coftez, 8c court aux veines 8c artères de la matrice, qui la refroidit 8c enfle, lequel fang pénétré difficilement, 8c par grande violence eft reietté comme inutile. Etaufîi Icfdites tranchées le pcuuent pareillement faire par le vent qui fera entré promptement dans le corps de la femme après l’enfantement. Ce qu’il faut faire aux tetim de la nouuelle accouchée. G H a p. X X X Y, MîTQi! faut oindre les retins de ce Uniment > à fin défaite fnïrle laiéHôrsqu’il vient éri trop gi'ande abondance , 8c le faire enacuer par la matrice à celles qui ne défirent JOJ eftre nourrices. If Olei fôfar.rhÿrt.an. $ iij. accti j. incorpor. fimül. De ce en vfcj feront frottées les mammelles trois ou quatre fois le iour,puis on alpctgcra dclfus de L__———Ja poudre de myrtils, 8c quelques iours après on vfera de cet emplaftre. rdf. Pul.maft.nuc.mofca.an.3 ifnucis boli Arm. terne figil. an. 3 fi • fang. drac. 3 ij. myrt.balauft.an.3 i.fi. ircos flor.§ fi. olei myrtini 3 iij.tereb. Yen. § ij. cet* nouæ quant, iuff. fiat emplaft.molle. La berle,lecrdfon,&: les fueillcs de buys bouillies en $rine& vinaigre, eft vn fin- gulicr remede pour faite Fuir le Iai6t des mammelles. Autre. Prenez fange Crouuee au fond de l’au- ge des couftelicrs ou efmouleurs, meflce auec huile rofat, 8c foit appliqué tiede fur les mammelles: tel remede fede la douleur 8c inflammation , 8c chalfc le laid en peu de temps. Auffi le lierre ter- reftre, peruanche , fange bouillie enfemble en oxycrat, 8c de telle dccodionen feront fomentees les mammelles , adiouflant des rofes 8c aluni de roche. Auffi lyé de vin vermeil auec vinaigre, 8c appliquée deflus les mammelles. Autre. Eau diftilee de pommes de pin non mcures,appliqueedéf- fus auec linges. Autre bien approuucc ; Ciguë pilee 8c fueïlles de courges récentes , appliquées comme dcfliis. Autre remede tres-afleurc : Prenez oxirrodinum, c’eft huile rofat 8c vinaigre, mi- ftionnez enfemble, fueillcs de fange, ache, rue, cerfueil , hachées bien menues, le tout miftionne enfemble, 8c appliqué fur les mammelles vn peu tiede, 8c renôuuellé par trois fois le iour. Pareil- lement on appliquera des ventoufes au plat des cuilfes 8c des aines, 8c au deflus de Pvmbilic, lef- quellcs ont grande vertu d’attirer le laid des mammelles en la matrice , 8c le ietter hors , pour-te qu’en ce lieu il y a des veines de la matrice , qui communiquent auec celles defdites mammelles. Semblablement l’accouchec fe fera tetter par vne grande perfonne, ou par de petits chiefi’s, iufqucs à tarir tout fon laid : 8c faut fouuent faire cela, à fin qu’il foit tiré auparauant qu’il foit parfaide- ment cuid, incrafle 8c imbu d’auantage és glandules des mammelles. Et où elle ne voudra, ou que l’on ne peut trouitcr aucun pour fe faire ainfi tetter , elle mefmc le pourra faire par ceft inftrumcnt de verre, dedans lequel mettra le bout de fon tetin, 8c de l’autre fuccera de fa bouche .* ainfî tirera fon laid, tant 8c Ci peu qu’elle voudra. Rerr,e dëS pour faire tarir le laitf. Renie de liefi approuvé pour faîré fuir le laiéi des matnmel Tes poulmons ne font plus leur aétion, qui eftoit attirer l’air extérieur par la bou- che, & le conduire par la trachee artere aux poulmons, 8c d’icenx au cœur par l’artere venale,& du cœur par la grande artere aux arteres de la matrice, 8c d’iceîlc par les cotylédons, qui font au cho~ ri on ou arriere-faix, à l’vmbilic de l’enfant par l’artere vmbilicale, 8c de là aux arteres iliaques,pnis au cœur, & d’iceluy à toutes les parties de l’enfant. Parquoy la mere eftant deccdec, tons ces mou- uemcns ceflàns,quclque bailîonnage 8c ouucrture que l’on feeuft faire tant à la bouche qu’ez parties génitales dç la mere , l’enfanr ne fçauroit plus receuoir ny attirer aucun air : tellement que le mouuement naturel du enfant celferoit en bref, après que la mcrcauroit rendu l’efprit. L'enfant ne peut prendre aucun air, encore que la bouche le col de jjg de la Génération. fi ée forte que Ci toft qu'elle aura ietté le dernier foufpir , il la faut ouurîr en diligence, &ne fe fer aucunement aufdites ouuertures. Et quand à l’ouuerturepour extraire l’enfant,elle doit eftre com- mencée près le cartilage nommé xiphoide , ou pomum granatum , enleuant le cuir 5c mufcles du ventre , 5c le péritoine en figure d’efcullbn , en euitant bien de faire apertion des inccftiiis : puis fubit on incifera la matrice la leuant en haut,de peur qu’en faifant l’incifion on ne touche du rafoir à l’enfâr,lequel trouueras nager aux aquofiteziufdites ,& forment le nôbril emonrtilléaucol, ou aux bras 5c jâbes.Faidc l’ouuerture,ledit enfant ne fe meut pas toufîours pour l’opprelïion 5c débilita- tion 5c faute des efprits ôc vertus qu’il n’aura peu receuoir àfuftifance, à caufe du decez de la mè- re. Parquoy de prime face, fembleraaux afliftansqu’il n’aura nulle vie : ce que cognoiftras véri- tablement, en touchant 5c taftant fon vmbilic, auquel fentiras pouftér & battre l’artere vmbilica- le, s’il a vie : aufli que fi toft qu’il aurafénty l’air, ilmouuera tout en vn coup ancuns de fes mem- bres. Or fi tu cognois que les vertus 5c forces foient debiles,fauu bien euiter de lier 5c reparer l’vm- bilic d’auec l’arriére faix , à caufe que ledit enfant peut attirer 5c receuoir chaleur , 5c quelque re- lie d’efprits contenus encore audit arrierc-faix : parquoy le poferas fus le ventre de l’enfant, 5c le laidéras iufques à ce que la chaleur foit exhalee : par ce moyen feras caufé d'augmenter fes vertus, 5c par confequent d’allonger fa vie : mais là où ledit enfant feroit fort, alors pourras lier fubit ledit vmbilic, comme nous auons dit cy-delfus,&: au telle laifter l’enfant à Dieu 5c aux femmes, qui luy feront ce que nous auons eferit. Et s’il aduenoir, comme quelquesfois il fe fait, que par la violence d’auoir attiré l’enfant, on euft dilacéré les parties génitales de la mere, 5c que des deux trous il ne s’en fuft fait qu’vn , alors il faudra faire quelques poinds d’aiguille, pour reünir ce qui feroit contre nature feparé, 6c traider la playe félon l’art ; 5c lors que tel accident aduient c’eft vn grand defaftre à la pauure femme, parce que fî elle renient à eftre greffe après, 5c que fon heu- re foie venue d’enfanter , fes parties génitales ne fe penuent plus allez fuftîfamment dilater , pour doner palfage à l’enfant à caufe de lacicatricejparquoy on eft contraint la couper vn peu puis la di- îaeerer, à raifon que l’vnion fè fait mieux,ou autrement la femme ne pourroic iamais accoucher, ce que i’ay fait à deux de celle ville de Paris. Orie m’efmerueille comme aucuns veulent affermer auoir veu des femmes,aufqùeiîcs pour extraire leurs enfans,l’onauroit incifé le vétre,non feulemcc vnefois,mais plufieursxar telle chofe par raifon in’eft du tout impofîîble à croire,attendu que pout donner ilTuc à l’enfant, il faudroit faire vne grande playe aux mufcles de i'Epigaftre, 5c pareille- ment à la matrice, laquelle eftant imbue de grande quantité de fang , 5c y faifant vne diuifion fi grande,il y auroit vne tres-grande hemorrhagie,dont la mort s’enfuiuroit. D’auantage après auoir confolidé la playe, la cicatrice ne permettroit aptes à la matrice de fe dilater pour porter enfant.Il y a encorcs d’autres accidens qui en pourroient aduenir, 5c le pis, vne mort fubite à la mere : 5c par- tant ie ne confeilleray iamais de faire tel œuüte, où il y aft grand péril, fans nul efpoir, en parlant humainement. Toutesfois l’on m’a aftèuré qü’vn nommé maiftre Vincent Barbié de Hericy , près Fontaine-bleau, a faid cete perillcufe opération auec heureufe iftuë , la femme que l’on dit auoir efté incifee , 5c ledit M. Vincent font encore auiourd’huy viuans , tant de gens d’honneur , dignes de foy me l’ont affermé, iufques mefmes à me dire auoir veu faire l’opération, 5c extraire l’enfant que ie ne veux ny ofe les meferoire. Mais cela eftant,i’ofe bien dire que c’eft vn vray miracle de na- ture , c’eft à dire l’infinité 5c eternelle puifiance de Dieu qui allonge , accourcit, & retarde les iours de l’homme quand bon luy femble , ainfi qu’il fit iadis les mouuemens du Soleil, 5c non vn cffecl de la dextedté,prudencc 5c fcience d’vn Barbier de village : Partant nous deuons louer 5c bé- nir fon nom,& le prier humblement en toutes nos opérations,qu’il nous vueille afîîfter de fa grâce, afin que les œuures de noftre main puilîènc tourner au falut des humains affligez, 5c à la gloire de fon Saind nom. la matrice de were blinde fauuer l‘en~ fanty la me* re mme* Ce qu'il faut faire l°rs au Hure de morhis mul. Lru. 14 de vft* partium. Delà Génération* fig parvienne à parfaire conformation. Fermel dit,que la caufe efficiente d’vne moie,n,eft fèulefoenr de iang menftruel, ny que la fcmenec feule de la femme nb la peut faire, veu qu’on ne veid iamais femme auoir cqnceu vne mole fans la compagnie d’homme : pàrquoy principalement la cadfe de la moleeftie la iemence de l’homme : qui fait fermenter celle de la femme , comme la préfute , le foin mage : ou leleuain -, la pafte. Ce que Fernel apprins d’Hippocrates, 8c delaplufpartdesbons autheurs,qui tiennent que mole n’eft faite ians la femence virile,mais plus de féminine , & d’vne grande quantité de fang menftruàl contenu aux vaifléaux de la matrice,lequel auec la grande quan- tité de la femence féminine corrompt 8c fufFoquc la virile, empefehant que la vertu formatrice ne Lice fon ation, laquelle fe fait par vne bonne température , 8c au contraire eft corrompue par vnô immoderation:& telle opinion eft là plus raifoniiable : car telle mole ou mafle de chair ne s'enten- dre en 1 vterus a la façon des vers d’vne fimplc chaleur,& d’vn humeur efpés 8c vifqueux, tnaîs en outre des deux femences de l’homme 8c de la femme, par le moyen de 1 efprir generatif, ce qui eft aise àcognoiftre par les membranes, defquelles elle eft enueloppeeparles ligamens auec vn fœtus forme, qui fe void quelquesfois attaché à icclle par fuperfoetation,par accroiflement;,& par le mou- ucment tremblotant. Or par raauuaife quantité ou qualité des femences n’eft feulement faite vne thole,mais aufïï enfans imparfaits &monftreuxiVoire quelquesfois des animaux, 8c autres chofes monftrucufes , dont nous parlerons cy-apres. Et fi on tenoit qu’vné mole peuft eftre einTendree fans femence d’homme, aucunes femmes pôurroient par là couurir leur impudicité ; ce qui ne fe fait iamais* FemL PoürqUoy té mole ne fe peut engen- drer [uns là femence vi- rile. Desfignes four cogmfln vne Mole d'attec vn enfant. C h a p. X L L HN voiden vne mole quafi tous les figues des fèmraés groiTes d’enfant. Les figues du commencement de mole*font douleur poignante au ventre,comme decholique : le ven- tre s’enfle plus fubit &plus fort que d’vn enfant, 8c fera plus dur. Pareillement la mole eft plus difficile à porter qu’vn enfant, parce qu’elle eft cotre nature, 8c corne vne chofe fans cfprit 8c vie,& l’enfant eft félon nature,ayant vne ame diuine. Les mamrheües s’enflent au cô~ menceraent, mais en fin demeurent mollafles 8c flaiftries, & diminuent, pburce que nature en vain y enuoyetoit du laid veu qu’il n’y a point .d’enfant pour l’allaiter 8c nburririd’auâtage le nôbril ne fort hors,come lors qu’il y a enfat.Deuâtle troifiefme mois on y trouue mouuem5t,toutesfois fort oblcur, petir,& corne tremblotant:ce qui n’cft trouué à vn enfant.Or côbicn que la mole fe meuuc, 6c qu’il femble y auoir quelque vie, neantmoins elle ne tient point cefte vie de l’ame raifonnable, mais feulement de la faculté de la matricei& de l’efprit generatif,qui gift aux femcncesi & au fang ' menftruel, lefquclles chofes nourrilîent 8c entretiennent 8c donnent forme à l’enfant pour quelque , temps : mais puis après fa formation,Dieu luy tranfmet l’Ame,qui eft en vne infpiration de i’efprit diuin , laquelle diftingue Fhommé des belles, 8c le rend immortel ce qui défaut à la mole , car elle 1 a feulement vie vegetatiue comme les plantes. Aufii l’enfant en Ton temps a Ton mouüement dif- ferent,parce qu’il fe meut de cofté dextre 8c feneftre,ce qui n’aduient en vne mole fans compteflîon, 8c la comprimant à dextre eft poulîee à feneftre, 8c du cofté feneftre au dextre, 8c retourne en mef- tne lieu d’où elle auoit cfté poufieerau contraire de l’enfant,que pour l’hbure qu’on le poulie ne fore de fa place.Pareillement quand la femme fe tourne en fon lit,elle la fient tourner de cofté 8c d’autre auec vne pefanteur,comme fi c’eftoit vne bouîe.Dàuantage tout le corps de la femme deuient mol- laftre 8c emacié,c’eft à dire amaigry 8c fec,principaleraent les cuilfcs 8c ïambes, lefiqüelles s’enflent Vers le fioir,de forte que la femme ne fe peut bien fouftenir defius,à caufie delà débilité de la chaleur nantrellc,qui commence à défaillir aux parties plus eflongnees du cœurrauflî le ventre eft fort en- flé,& femble que ce foithydropifie jexcepté qu’il eft plus dur,& ne rend point de foh de tabourin lors qu’on frappe delfus. Telle enfleure de ventre prouient de ce que le fang menftruel qui tombe dans l’vterus,n’cft point employé en nourriture j mais s’accumule ainfi peu à peu* Auffi le nombril ne fort dehorsjcomme quand il y a enfant.Pareillement en la mole iainais les fleurs ne coulent,corn- me il fe fait quelquesfois à la femme groltè d’enfant,fi ce n’eft à d’aucunes,à qui aduiennent grandes vuidartges,qui les allègent fort de lapefanteur de leur ventre- Aucunsfois la mole eft tantadheran- te,& attachée contre les parois de la matrice,&aux orifices des vaifleàux ( qü’auônspar cy-deuant nommez Cotylédons) queiamais n’en peut eftre fepâree : partant la pauure femme la porte quel- quesfois fix ou fept ans, 8c mefme toute fa vie. La femme de Guillaume Roger, Maiftre porter d’eftain demeurant rue faint Vitor,aagee de cinquante ans 8c plus, a porté vne mole dixfept ans ouenuiron, 8c le 27* ioilr de luillet 1574. cftant decedee , fon mary m’appella pour ouürir le corps, 011 ie trouuay fa matrice n’eftant aucunement attachée 8c liee, finon que par le col d’icelîe matrice, 8c bien peu par l’omentum : n’ayant qu’vn feultefticulé du cofté droit, alfez large , mol 8c fleftri. Et quant aux cornes de ladite matrice * n’eftoient aucunement apparentes, finon que bien peu du fufdit cofté. Èlle ne receuoit aucuns vaifleaux finon que par ledit col, lefqüels eftoien.t fort ap- parents en la fuperficie. Telle matrice eftoit de grofieur de la tefte d vn grand 8c puiflànt homme. L’ayant feparee toute entiete*ie la feis porter à mon logis pour ladecouper,& fçaüoir cè qui eftoit contenu en icclle ; ce que ne voulus faire fans àüoir compagnie de dotes Médecins 8c Chirurgiens, les noms defquels s’enfuiuent : Monfieur de Mazille, Confeiller 8c premier médecin du mon- fieur Alexis, premier Médecin de la Royne de France, monfieur Vigor premier Médecin de laRoi- ne Regentc, monfieur de S. Pont, premier Médecin de la Royne de Nauarre, Meilleurs le Brouet, Médecins ordinaires du Roy, Meilleurs Yiolaines, Geraume,Marefcôt, Rauinî Milot,Hau- rin, Riollan, Lullbn, Doteurs Regens en la faculté de Médecine : Cointret, Chirurgien du Roy au Chaftelet de Paris, & premier de la Royne :1e Brun, & Guiilemeau, Chirurgiens iurez à Paris:: Garnie a vii m6uue™ent lés épongés at~ tachees con~ tr£lcs r?~ „ dèmer.' Lemouumët fceluyJvé enfant, iM mole, Hiftoirêi 7 20 Le vingt-quatriefme Liure, en la prefence defquels ic feis ouuerture de ladite matrice , laquelle nous troliuafmes en fa fubftan~ ce & propre tunique ( l’autre qui vient du péritoine eftant au rcftc faine & entière ) toute feir- rheufe & fi extrêmement dure , qu’à bien grande peine le coufteau , bien trenchant qu'il fuft , y pouuoit entrer : & eftoit icelle matrice d efpelfenr de trois doigts & plus. Au milieu & capaciic d’icelle fut trouué vne chair lemblable à vne tetine de vache, de groflèur de deux poings , n’eftanc adhérante aux parois d’icelle, linon qu’en certains endroits, eftant fort denfe & grumuleufe : en la fubftance de laquelle cftoient infiltrez des corps eftranges, comme atheromes , cartilages & os: & fut conclu de tous, que le commencement de telle chair auoic efté vne mole , prenant nourrif- fement & accroilïèmcnt comme les loupes qui aduiennent en quelque partie de noftre corps : la- quelle auec le temps s’eftoit tournée en feirrhe , & femblablcment toute la fubftance de la matrice. Dauantage nous trouuafmes vne tumeur au milieu du col de la matrice , de grof- feur ôc rondeur d’vn bien gros œuf de poulie d’Inde , dure en toute fa fubftance, meflee de carti- lages & os , occupant du tout le col d’icelle, & principalement la bouche intérieure de la matrice, diète vulgairement le couronnement, de forte que rien n’y pouuoit entrer ny fortir. Le tout eftoit 1 de pefanteur de neuf Hures demy quarteron.le la garde en mon cabinet,comme chofe monftrueufe. Lors que cefte femme viuoit, ellefentoit grande douleur au ventre, l’ayant dur & grand à mer- ueilles,, comme fi elle euft efté grofte de plufieurs enfans , fi bien que quelques Médecins voyans letemps légitimé d’enfanter, l’auoient rraiètec comme hydropique, toutesfois ne feeurent rien gaigner fur l’enfleure de fon ventre : quelquesfois aufll elle auoit fiipreffion d’vriner l’efpace de deux otuxois-iours , &: lors n’vrinoit finon qu’auec grande douleur : pareillement elle eftoit quel- quesfoisfcpt ou huièt ioursfans aller à la felle, pour la comprelfion des inteftins que faifoit cefte cnorme malle. Et par interuale comme de trois mois en trois mois, elle auoit de grandes vuidan- ges, lefquelles ne pouuoient fortir de la capacité de la matrice, attendu ( comme nous auons dit) quelle eftoit remplie & exactement clofe , fermeè & eftouppec : mais telles vuidanges fortoienc par les vaifteaux dont les filles fe purgent de leurs mois , & aucunes femmes grofles. Au refte, pour l’enormité remarquable de telle mole,ie c’en ay bien voulu icy .reprefenter la figure l’vne entiè- re, Ce l’autre eftant ouuerte. Forme de mole. Male pefant neuf Irures & demy* quarteron* Figure de la Matrice entiers. A Monftre le corps de la matrice, B Le tefticule. C Le col de ladite matrice , auquel la petite tumeur eftoit contenue. D L extrémité du col de la matrice reparéenfemble les vaifteauxpar Icfquels ladiétc matrice eftoit nourrie. E Le lien. F F F Les vailTcaux efpandus. De la Génération 7 21 V 'igure de la matrice ouuerte. A A Monftrent le deflus du corps de la matrice. BBB L’efpelfeur du corps de la matrice. C La mole. DD La cauité en laquelle la- dite mole e- jftoit contenue. Rembert Dondonay Medecîn , en fes obferuations medecinales chapitre 49. did s’eftre troùué vue mole à vne vefue, laquelle eftoit prcfque de la longueur d’vn pied, large de demy pied, Si ef- pefle de quatre doigts. Aufîi il aduient à quelques-vnes, qu’elles ne la portent qu’vn mois ou deux, ou plus, ou moins : Si alors qu’elle eft iettee hors, les femmes la nomment mauuais germe. Il s’en eft trouué autresfois deux ou trois feparees l’vne de l’autre. Autresfois il s’en eft veu de deliees Si at- tachées auec vn fœtus bien formé, comme raconte Valeriola de la femme qui ietta vne mole qu’elle auoit porté doute mois à laquelle eftoit lié vn fœtus de quatre mois, auquel ladite mole fit tort, luy oftant fa nourriture, Si ne pouuoit auoir allez de place pour aller au terme de fa maturi- té. Orc’eft chofe toute alternée quecefte mole, comme vne mefehante. Si cruelle befte, tue touf- iours le fœtus auec lequel elle eft liee. Il me fouuient auoir ouuert vne femme , laquelle mourut parce qu’elle auoit vne mole de la grofteut d’vn œuf d’Oye, que nature vouloir ietter hors, Si ne pouuant elle demeura. Si fe pourrift , dont la mort s’enfuiuit. Auicennedit ,que la femme a des douleurs comme fi elle vouloir accoucher Si ietter vne malle de chair fans forme. Autres ne iet- tent quefeules ventofitez fortans par le col de la matrice auec bruit Si fon , qui a efté caufe qu’on dit telles femmes aüoir accouché d’vn pet. Or pour conclufion, quand la femme penfe eftre grollè de qu’on void palier le temps d’enfanter,faut conclurre que ce n’eft enfant. Si partant faut remédier à faire ietter hors, s’il eft poflible, ce qui eft contre nature. HiHoîrt.il Hiftotrej'l Hifioir mais courbee, de façon qu’il ne fe peut faire intromiffion. Sembla- blement il fe troiiue quelques-vns qui n’ont point le trou au bout de la verge, mais ils l’ont deflbus, à caule dequoy ils ne peuuent engendrer, parce que cefte imperfection les cmpefche de jetter la fe- mence droiét en la matrice. Auffi par vne paralyfie particulière de la verge peut venir fterilité, qui fe cognoiftra faifant tremper les parties génitales en de l’eau froide, Si fi elles ne fc retirent, c’eft ligne qu’il y a paralyfie à la partie : car en telles maladies les parties ne fe retirent point : mais de- meurent toufiours laxes Si molles, Si y a quelquesfois peu de fentiment: joinél que la femence fore fans que la verge fe drefle, fans nul plaifir , Si les tcfticules font froids au taCh Bref, les caufes de l’impuiflànce d’engendrer viennent ou du défaut de fuffifante Si bonne nourriture, comme on void es céliques,emacicz&: cacheétiques ; ou d’intemperie , comme en ceux qui font trop chauds on trop froids , ou de vice de conformation. On peut aider à ceux qui font de nature trop froide, en leur ordonnant eledftuaires chauds de diafatyrion Si diatrium piperum : auffi de viandes telles qu’il s’enfuit, à fçauoir, pigeonneaux, paftèreaux, perdreaux, levraux,haitoudeaux, œufs frais & mollets, tefticules Si creftes de coq : auffi le membre génital d’vn taureau, & refticule de fanglier, ont tres- grande vertu : ris cuit auec laiét de vache, adiouftant faffran, canelle, clou de girofle, muguetee, poivre, afperges cuites auec vn bouillon mangees auec beurre frais. Si pouldrede duc. Auflî nauets Si raues cuits en bouillon gras auec vn peu de poivre, marrons, truffies,porreaux,oignons,ciboulles, muguettes, menthe, roquette, pignons, piftaches, fatyrion, erynge Si perfil. Et pour le dire en vn mot, toutes viandes, qui engendrent efprit ventueux, Si boiront d’vn vin généreux, ou hypocras, oumaluoifie , Si tout en quantité médiocre. Pour les remedes extérieurs, Prenez huile de fuzeau, en laquelle ferez infufer des fourmis , Si en frotterez les reins Si parties génitales. L'incijton de* veines qui font deniers les oreilles caufent fie- rilitt. Syluiiu liurt de la gentra- tien. G cardon. *Autfe> Prenez œufs de fourmis, &c les faites bouillit en huile de camomille , &c y mettez poudre de fe- mence de ciboules, de roquette, d’euphorbe, Si caftorcum, cire tant qu’il fuffira,& foit fait onguent, duquel en frotterez comme deffius. Si la femme eft froide au déduit, elle fe frottera le col de fa ma- trice, d’ambre, ciuette, Si mufe. L’homme pareillement fc frottera la verge de poudre de pyrethre, de poivre , mixtionnez auec miel : Si cecy efchauffera la matrice trop refroidie. Retournons fur nos brifees. Cefte derniere caufe eft bien difficile à curer, principalement fi ellegift en defcéhiofité. Il y a d’autres défauts Si maléfices es parties génitales aux hommes, qui fc .font par incantation, qui les rend inféconds , comme leur auoit noué l’aiguillette, & fait autres charmes que ie ne puis dire ny eferire , par la vertu defquels eft reftrainte fi fort la vertu naturelle d’engendrer , qu’il leur eft du tout impoflîble pouuoir feruirde maris aux femmes pour certain temps, qui a efté autresfois caufe que les mariages ont efté feparez. Qu’il foit vray , les Canoniftes ont cftably loy fur ce fait, ayant dreffié vt tiltre particulier , des froids, maleficiez, impotens, & enforcelez. Il ne faut douter qu’il n’y ait des forciers qui noüent l’aiguillette à l’heure des efpoufaillcs, pour empefeher l’habita- tion des mariez, defquels ils fe veulent venger mefehantement pour femer difeorde, qui eft le vray mefticr Si office du diable. Or pour vray , fainél Auguftin, entre les moyens de nuire qu’il a re- marque eftre aux forciers, il fpeci fie les ligatures au feptiefme traiélé fur l’Euangile fainét lean , Si nolier l’aiguillette eft vne efpece de ligature. Il fera icy après plus amplement déduit de ces forciers, parlant de Part Magique. çecy furpafle l’efprit de l'Awhtwr, 724 Le vingt-quatrierme Liure, De lafierdité & fécondité des femmes. Chap. LXI'III. SE s femmes font di&çs fteriles, lors qu'elles ne peuuent monftrer le talent de mariage, ôc demeurent fans lignee(qui eft contre leur défit) pour rendre leur nom immortel : ou bien cela fait quand la voyede la femencc eft bonchee , ou le col de la matrice eft trop eftroiâ; de nature , par le défaut de la vertu formatrice : ou quelquesfois eft clos d’vne membrane appcllec Hymen, dont nous parlerons cy-apres, ou par accident, comme par quelque tumeur feirrheufe , ou par vn vlcere,qui a fait cicatrice , qui ne permet l’intromiffion de la verge: auftipar quelques verrues ou fcjftlires, &c rhadagiesrou que la matrice eft trop lubrique ôc dilateeioti que fes mois font retenus,ou qu’ils fluent dereglément ôc immodérément,qui font couler la femen- çc auec le fang : ou par vn flux muliebre, qui vient du vice de la matrice , ou de tout le corps. Tels accidens viennent à caiife (pie la matrice eft trop chaude,à rai Ton dequoy refour,& diffipe la femen- cc,& la brufle.Tclle chaleur fe cognoift aux femmes holnmafles ôc viragines barbués,hautaines ôc felonnes,qui ont la voix greffe,lefquelles fentenr des chatoüillemens ôc titillations vénériennes en leurs parties lion teufes,auec ardeur ôc grand prurit, ôc ont leurs mois auec peine ôc enpctitc quanti- quelquesfois pointrd’autant que leur grande chaleur difïipelefang.Lafterilité vient auftî par trop grande frigidité qui congele ôc aftraint fa femence qu’elle aura receuë. Telle intemperature fe cognoift en ce que la femme n’a aucun defir du déduit de Venus : au contraire le fuit ôc abhorre du tourelle n’a fes fleurs que bien peu,encores toutes aqueufes ôc elle fent vne ftupeur aux lumbes,&: cuiflès,& en toutes les parties génitales. La matrice trop humide corrompt &fuffo- quela femence , & ne la peut tenir, à caufede fa grande lubricité, ôc la laifle incontinent efcouler. Les figues font pefantenr aux lumbes ÔC parties genitales,& a fes fleurs en abondâce,&: tontes aqueu- fes ôc blancheaftrcs. La matrice trop feiche confomme ôc deuore la femence, Ôc ne fe peut aggluri-f ner, à raifon de fa trop grande feicherdfe ôc denfité. Pareillement la femme trop maigre ne peut conceuoir fi elle n’eft engreftee;aufti le trop boire d’eau froide ôc manger fruiéls cruds ôc non meurs, parce qu’ils rendent le corps froid,& plein de fuperfluitez,indigeftes, qui font obftrudicn. Pareil- lement pour vfer des choies narcotiques, parce qu’elles empefehent que la femence ne peut eftre ietree,mais demeure concrette ôc glacee : ôc encores qu’elle foit iettee, ne pourra eftre generatiue* parce que l’efprit ôc la chaleur font aucunement efteinéls, c’eft à dire, fans vie, aufti que les ori- fices des veines & arteres delà matrice appeliez Cotylédons font bouchez, tellement que les mois ne peuuent aucunement couler. D’auantage , quand l’homme eft trop gras fdfu,ou la femme, oü tous les deux enfemble,cela eft caufe de fterilité ; parce que les parties génitales ne peuuêt ioindre ôc conucnir enfemble pour le trop de la graifte qui enfle le ventre , voirequelques-fois de demy pied, ou plus , &c aufïi que le fang eft employé en la grefle , ôc partant ils engendrent moins de femence ôc de fang menftrual. Car la Génération & formation de l’enfant prend Ton origine de deux cho- fes : la première eft de la femence de l’homme ôc de la femme : la fécondé, eft du fang menftrual, ôc efprits qui donnent forme de matière ôc nouriturc à l’enfant eftant au ventre de fa merc : Ôc par- tant ceux qui font ainfi gras appetent moins Venus,& bien à tard en vfent : ferablablement le grand trauail exceffif, ôc le trop ieufner, longues veilles, ôc grandes euacuations , parce qu’elles confir- ment le fang ôc les efprits. Les femmes pâlies ôc maigres , ôc qui font brunetes font plus chau- des ôc plus auides de la compagnie de leurs maris que les grallès ôc rouges de vifage : parce qu'elles ont leurs parties génitales imbues d’vn humeur falfugineufe , ,acre, ôc mordicantc, qui les titille ôc aiguillonne , ôc pource demandent d’eftre arroufees ôc humeétees du fuc veneriq : mais celles qui font grades ôc rouges de vifage, pourautant qu’elles font plus humides, ôc par confequent leur femence plus aqueufe Ôc plus froide,fbnt moins ardentes à l’aéte venerique. La multitude des poils qui font autour des parties honteufes, tant de l’homme que de la femme, monftrent fouirent la fé- condité ou infécondité. Et pour le dire en vn mot, Hippocrates liure i. De rnorbis mulierum re- marque quatre caufes générales : pour lefquelles les femmes font fteriles ôc inhabiles à engendrer: ou pource qu’elles ne peuuent receuoir , comme les non perforées, la femence virile, pource que l’ayans receue elles ne la peuuent conceuoir, ou pource que l’ayant conceuc , ne la peuuent por- ter ôc retenir : ou pource que l’ayans retenue ne la peuuent nourrir. Quelques femmes portent plaideurs enfans,ce qui fe vérifié par ces hiftoircs. Monfieur loubert homme d’honneur ôc de gran- de érudition { & à qui les Chirurgiens font grandement redeuables pour plufieurs Hures qu’il a ■ mis en lumiere-de la Chirurgie) récite deux hiftoires, lefquelles i’ay tirees de Ton liure de mot à mot. Madamoifelle de Beaunilleauoit vne garce belle Ôc gaillarde : de laquelle Ton mary fcmbloic eftre amoureux. Elle pour s’en desfaire plus honneftement, la marie. Cefte garce de la première groilefle fait trois enfans, dequoy la Damoifelle print fantafie que Ton mary y auoit participé : ne îê polluant perfuader, qu’vne femme d’vn feul homme peuft conceuoir tel nombred’enfans, dont elle redouble fa jaloufie : ôc quoy qu’on luy fçeuft remonftrer au contraire,print à diffamer ôc hayr d’anantage la panure garce.Aduint que la Damoifelle fut grofléde là à quelque tcmps:eftant gref- fé elle enfanta neuf filles. Ce qu’on interpréta eftre d’vne punition de Dieu , afin qu’elle enft honte de fa calomnie, puis qu’on luy pouuoir obie&er vne plus grande faute,comme d’auoir pail- larde auec plufieurs : car elle fouftenoit toufiours opiniaftrement que d’vn homme on ne pou- uoit conceuoir au pins haut que deux enfans, comme l’homme n’a que deux genitoires , ôc la fem- me deux maramelles. Ainfi fort honteufe , craignant la diffame ôc condemnation par fa propré fentcnce , fut tellement tenree du mauuais efprit, qui la conduit à cedefefpoirde faire noyer les huiél de fes filles, Sc n’en retint qu’vne : ayant la chofe fccrette entre la fage femme ôc vne cham- brière , à laquelle fur donnée cefte maudite commifîîon. Mais Dieu, qui preferua le petit Movfe Diutrfet caufes de fie- riiité. X* generatio & formation de ï enfant rend [on ori- gine de deux chofes, Galien fait mention de ceft humeur falfugineux d« vfu part. De la Génération. de femblable mefehef, voulut que le mary reuenant de la chalîè rencontra la chambrière î 8c def-. couurant le fait preferua les filles innocentes de mort : les feit nourrir au defeeu de la mere, 8c au baptefme furent toutes nommées d’vn nom, à fçauoir, Bourgue : comme aulïi la neufiefrae que la mere s’eftoit|referuee.Puis quand elles furent grandelettes les fift venir en fa maifon toutes habillées d’vne eftoffe& femblable façon,ayant aulïi fait habiller de mefmc celle delà maifon. Eftans mifes enfemble dedans vne chambre, il y fait venir fa femme, accompagnée de parens communs 8c fami- liers amis :‘8c luy dit qu elle appellaft Bourgue. A celle appellation chacune des neuf refpondir* Dequoy la mere bien eftonnee Sc plus encor de les voir lemblables Tvne à l’autre, tant de face, con- tenance 8c voix que d’habits : fut confufe en elle mefme î 8c foudain le cœur luy diét que c’eftoienc fes neuf filles : 8c que Dieu auoit preferué les huift quelle auoit expofees, 8c cuidoit eftre mortes* Dequoy le mary Tefclaircit mieux, luy reprochant deuant toute la compagnie fon inhumanité : 8c remonftrant, que ce pouuoit eftre aduenu pour la confondre de la mauuaife opinion qu’elle auoit coufiours eu de luy à l’endroit de cefte garce. Voilà à peu prés comme on le recite. Autre hiftoire prefque femblable, eft le faiél des Pourcelets de la ville d’Arles en Prouence,d’où eft fortie la noble maifon des Pourcelets , lefquels furent ainfi nommez , parce que la chambrière qui portoit noyer les huiét, eftant rencontrée du mary, difoit que c’eftoient Pourcelets,qu’elle alloi t noyer, d’autant que la truye n’en pouuoit tant nourrir.Et en mémoire de cela ilsjfurent nommez Poui*celcts:5c ont vne truye pour armoiries. On dit que ce fut pas Timprecation d’vne panure femme qui demandoit Tauraofnc à la dame de la maifon , ladite femme eftant enuironnee de plufieurs fiens petits enfans. Ce que la femme luy reprocha, comme procédante de Iafciueté,& d’eftre trop addonnee aux hom- mes. Lors la pauure femme qui eftoit femme de bien , fit cefte imprecation(comme Ton dit) qu’i- celle dame peuft engrofter d’autant d’enfans qu’vne truie fait des petits, 8c qu’il aduint ainfi parle vouloir de Dieu,pour monftrer à la noble Dame qu’il ne faut imputer à vice ce qui eft d’vne gran- de benediétion. Ainfi plufieurs hiftoires telmoignent que la femme irrégulièrement porte grand nombre d’enfans. A Paris au cimetiere S. Innocent au 9. pilier de la grande gallerie, prés le S. Ef- priteft attaché vn epitaphe en pierre tel qui s’enfuir, Cy gift honorable femme Yollande Bailly ia- dis femme d’honorable homme Denis Capel, Procureur au Chaftelct à Paris, qui trefpafta le 17 i d’Auril, le 88. an de fon aage, le 42. de fon veufage, laquelle a veu, ou a peu voir deuant Ion tref- pas deux cens quatre vingts enfans ifiùs d’elle. Bodin Hure y. de la Republique , recite que luftin eferit, que Herotimus Roy de Parthe auoit fix cens enfans pour la pluralité des femmes qu’il auoit ôc aimoit. Car pour faire des enfans, il faut auoir Tobieét, la volonté,& la puilfance,&: que les fe- mences fe rencontrent, 8c foient retenues iufques au temps prefixen la matrice. Autre hîfas* fioire* Histoire, Hifloîn* Lesfignes de U matrice wtemperee, Chap. XL Y. E s lignes qui deraonftrent la matrice trop chaude, font que les mois fortenten pe- Jm fJJtire quantité,vne bonne partie de leur matière eftant refoluë par infenfibic tranfpira- tion,à caufe de TaéHuité delà chaleur,le fang eft gros &noir,comme ainfi Toit que le /$| propre de la chaleur eft d’cfpailîît par refolutiô des partifs les plus tcnuës,& de noir- cir par aduftion,& coule auec acuité 8c douleur, la femme déliré Taéle venerien,auec prompte expulfion de la femêce,accompagnée d’vne cuifeur 8c mordacité,après eftre iettee aux par- ties par où elle aura pâlie,à caufe de l’acrimonie chaleureufe, Les lignes delà matrice froide, font que les mois font fuprimez , ou font rares & en petite quantité 8c de couleur blaffardc , & de tar- diue cxpullîon , à caufe que le propre de la froideur eft de retenir, comme au contraire de la cha- leur de poufter hors : le pareil fe peut dire en la femence, laquelle par telles femmes eft iettee auec peu de plaifir 8c deleétation , 8c le linge fur lequel fera tombée fe lauc légèrement, à caufe que telle femence n’eft point efpcfte 8c corpulente , ains liquide & de nature d’eau. Le ligne de la ma- trice trop humide , eft vue grande humidité coulante du col d’icelle, qui caufe quelle ne peut re- tenir la femence de l’homme : 8c s’il aduienr qu’elle la retienne 8c engendre enfant, elle auortefa- cilement,principalement quand l’enfant commence à croiftre.Lcs lignes que la matrice eft trop fei- che,fc monftrent par la petite quantité de fes mois, 8c iette peu de femence,& déliré volontiers l’a- éle venerien pour eftre humc&ee , & lubrifiée, & le col de la matrice eft fujeél aux vhagadies, fi (Tu- rcs & prurit(defquels accidens parlerons cy après) à caufe que par le défaut d’humidiié (le propre de laquelle eft de lier &c agglutiner les parties l’vne auec Tautte)il endure aifément folution de con- tinuité de fa fubftance, tout ainli que nous voyons la terre delfeichee par Tardeur du Soleil, fe fen- dre Sc cntr’ouurir en plufieurs endroits. La femme engendre volontiers fur le poinél qu’elle celle à ietteu fes fleurs (tant parce qu’elle eft bien nettoyee, 8c partant apte à bien conceuoir 3 qu’aulîî à caufe que Tvterus eft encore ouuert, qui faict qu’il peut aifément receuoir la femence de l’homme, 8c mcfme que les bouches & cotylédons des veines qui abbutilîènt en iceluy,font encores entr’ou- uertes, qui fait que l’vrdrus en fa capacité intérieure, afpre , inégal , 8c comme raboteux , retient commodément la femence recette ) ou lors qu’elles luy veulent venir ; cas elles s’y arreftent par la vertu de la femence : combien que lors y ait danger que le fang venant pour fon commencement à couler en grande abondance ne noyé 8c fuffoque la femence virile. Audi quelques vues engen- drent pendant qu’elles coulent encore, qui n’eft pas fans danget, que le fœtus ne s’en reftente, de quelque marque fus fon corps, 8c eft fujet à plufieurs maladies, voire quelquefois à lepre,principa- lement fi telles femmes font cacochymes, mal-faines, & valétudinaires : autrement le fang d’vne femme laine eftant fain &loiiable , ne pourra communiquer aucun vice ny feminaire de maladie à Tenfant, finon , (peut eftre)de pléthore 8c replction. Or il fe trou ne quelques femmes, l’orifice de Tvterus dcfquelies fe referme aulïi toft que leurs mois ont commence à couler, fçauoir le premier 00 Signes qit& la mat ri te eft trop I chaude, ftt Signes qu$ la matrice efl trop hu- mide. Le temps que la femme en« gendre voloft, tiers. 726 Le Vingt-quatriefme Liure, fécond iour paftë , de forte que par après elles nepenuent receuoir la femencc virile. Et à telles femmes, fi elles veulent auoir enfans , Ariftote commande de fe joindre & habiter auec leurs ma- ris lors que leurs mois coulent, car autrement n’en pourront-elles iamais auoir : qui eft vn poinét fort remarquable 8c digne de confideration. Pour reuenir à noftre premier poinéfc , auffi quand l’homme a les reins vlcerez, il découlé quelquesfois du fangauec la femencc, qui peut pareillement eftre caufe de donner quelque tache à l’enfant, ainft que fait le fang menftruei de la femme. Or la femme peut engendrer depuis lequatorzicfme an iufques au cinquantiefme, & l’homme depuis le douziefrae iufques a foixante Sc dix. Toutcsfois touchant cet article , il y a grande variété félon, la diuerfité de l’air , du tempérament de la propre 8c fpecialc nature d’vn chacun en particulier, des humeurs, de la maniéré de viure : dont vient que Pline liure 7. chap.14. eferit, que MafinilTà Roy deNuraidie, ayant paffé l’aage de quatre vingts ans , engendra vn enfant : chofe mefme qu’il afferme de Cato Cenforius. Outre entre les femmes, la Romaine Corneliaà 61. ans auoir enfanté. Valcfius deTarcnta, liure, 6. chap.iz. afferme auoir veu vne femme, qui eut vn enfant en l’aage de forxante-fept ans, icelle mefme en ayant ja en à foixante 8c foixante 8c vn. Monfieur loubert, tres- doéfce Médecin , dit, qu'en Auignon , la femme d’vn tailleur d’habits nommé André, fer uiteur de Monfieur de loycufe, continua à faire des enfans à l’aage de foixante 8c dix ans. Ariftote Un. 7. ch.17. ' Hifîohe. Zitt.i.dei er- reurs popu- laires. De la précipitation ou peruerfion de la matrice, cefi a dire, tombée ou renuerfee hors de fin lieu naturel. Chap. X L Y I. §l»e c eft que précipitation d'amany. précipitation ou peruerfion de la matrice aduient, quand elleeffc hors de fon pro- M Pre [ieu> comme cftant fon fond relafché vers l’vn des flancs 8c collez, ou dedans fon M col, ou qu’vne grande partie d’icclle fort du tout hors d’iceluy. Hippocrate, au traiélé es mala(Hes flcs femmes, dit, qu’on aveu fortir la matrice hors du corps iufques aux enfiles , voire félon Aëtius , aulfi grolfequ’vn œuf d’Auftruche, qui ne peut eftre le feu! col,fans que tout le corps n’y foit deuallé,renuerfé 8c retourné comme vn fac. Or celle malle de chair defeenduë n’a pas grand fendaient, mais les lieux aufquels elle effc attachée font fort fenfiblcs. Les caufes,lignes & accidens de ce mal, font ou la relaxation, ou ruption des ligamens qui lient la matrice, «Sc la tiennent en fon lieu naturel. Or ils fc rdafchcnt ourompeht le plus fouuent après vn enfantement violent, ou par l’imprudence des matrones, qui tirent la matrice auecl’arriere-faix par trop grand’ force,ce que i’ay veu aduenir plufieurs fois : aulfi par vne vehemente extenfion,Iors que la femme elfc groflë d’enfant, en eftendant du linge , leuant les bras en haut, ou leuant de terre vn pefant fardeau, ou autres chofes femblables : pareillement par vn grand effort de crier, ou par vne roux violente, par tenefnie (c’elfc à dire grandes efpreintes à s’efforcer d’aller à la Telle, ou de piller;) aulfi cheutes, coups orbes donnez contre le ventre, ou cheuaucher vn chenal allant trop dur : anfîi grandes ftèrnutations, dancer, fauter de haut en bas les jambes feparees I’vne de l’autre. Aulfi la rétention de l’haleine par defiuxion de quelque matière pituiteufe, accompagnée de quelques ven- tofitez, qui relafchent 8c huraedentles ligamens de la motrice, ou parajyfie d’iceux, 8c toutes cho- fes qui compriment violentement le diaphragme, 8c les mufcles de l’epigalfcre : aulfi pour auoir en- fanté fouuent, car l’enfant pefant au ventre la fait rclafcher 8c defeendre en bas pour auoir rcceu air froid , comme pendant l’enfantement, ou du flux menlfcrucl, ou pour s’eftre long temps tenuë lue vne pierre froide , ou pour auoir eu vne violente expulfion de l’enfant, ou faulfe geniture comme vne mole. Ariflote chap.z. Hu.y. de l’hifloire des animaux,remarque vne autre caufe fort notable de la chcute de l’vtcrus : A plufieurs femmes ( dit-il ) l’vterus tombe pour le defir qu’elles ont de s’accoupler aux hommes, de forte que leur araarry ne peut eftre remis en fa place que par le rcmede de la conception. Les lignes que la matrice eft defeenduë, c’eft que la femme fent douleur aux par- ties efquellcs la matrice eft lieeôc attachée, à fçauoir, aux flancs, aux lumbes, & à l’os facré, 8c lent au col de fa matrice vne tumeur auec les doigts : 8c fi elle eft dauantage relafchee, on la void eftre fortie hors la nature de la femme, comme vne chair rouge en forme d’oualle 8c diuerfe en quantité, félon la grandeur de la relaxation ; 8c aura la femme difficulté d’alfeller 8c vriner , parce que ladite matrice comprime l’inteftin droit, 8c le col de la velfie : femblablement la femme fent en la nature vne pefanteur 8c grande fafcherie, & l’empefche de cheminer , 8c de faire le ieu de Venus. La rc~ . centeou nouuclle relaxation de la matrice en vneieune femme eft curable, au contraire non : fi elle tombe par paralyfie des ligamens , elle eft difficile à gnarir, & fi elle tombe par pourriture , eft du tout incurable : fi elle eft fort defeenduë entre les cuifles, elle ne peut eftre réduite, 8c fe corrompt par l’alf imbiens , s’vlcere 8c. putréfie par le continuel attouchement de Tvn ne 8c matière fecale, 8c auffi par la compreffion 8c contufion du fray des enfiles. l’attefte auoir veu & medicamenté vne ieu- ne femme . à qui fa matrice tomboit hors de fa nature la grofteur d’vn gros œuf de poulie, 8c auoit cfté guarie , 8c porté depuis des enfans, «3c fa matrice n’cftre iamais rerombee. Caufes' de précipitation. La rétention d’haleine pre* eipite l'a- marry. Signes, Prsgnojlic, telle fu/e. Ûi[î'àirt. Cure de la précipitation de la matrice, Chap. XLVII. Les vsntou- fcs rcfiitues t l'amarry en fon Heu. I la matrice eft cfleuee en haut, elle fera aydee par les remedes que defcrirons cy- aPres en la/uffocation de la matrice : de fi elle cftoit relafchee du cofté droit, faut appliquer vemoufes au cofté feneftre : & fi elle eftoit peruertie au feneftre , on les )Jw appliquera au dex:tre ; & fi elle eftoit tombée en bas, 8c peu fortie hors le col d'icel- le, il faut faire fituer la femme en forte qu'elleaye les fefies fort efleuees en haut, 8c les enfiles croifees i'vne fur l’autre, 8c appliquer des vemoufes fur le nombril & petit De la Génération. 727 vdntre. puis eftant réduits en fon lieu , on fera des inîedions au col de la matrice de chofes aftrin- gentes , & fort delîccatiucs , parfums fetides , reccus par le col de ladite matrice,& par la bouche & le nez : d autres, faits de chofes odoriférantes. Si elle eft endurcie , la faut eftuuer de vinaigre tiede, puis la faulpoudrer de fel fort menu. Or fi la matrice tombe grandement entre les cuiflcs de la femme, &: n'a peu eftre réduite par les moyens fufdits : on y remédiera par autre voye, tant en la lîtuacion qu'en remede. \ Comme il faut Jîtuerla femme 5 lors que la matrice cfl grandement tombée hors la nature de la femme. ChAp. XLVIIL *L faut fituer la femme à la rennerfe, les felfes &: cailles elleuees en haut, ainfi que fi on luy vouloir extraire fon arriere-faix ou enfant, puis oindre le col de la matri- ce, & tout ce qui eft forty hors, aucc huile de lis ou beurre frais, graille de geline, ou autres femblables, puis fera réduite en fon lieu, en pouflantauec les doigts tout ce qui eft forty dehors non tout à vncoup, mais peu à peu , auec vii linge délié : 5c pendant qu'elle iera ainfi poulïee, la femme retirera fon haleine tant qu'elle pourra Sc fubit qu'elle fera réduite, faut elïuyer de linges deliez l’omftuofité qu'on y auoit appliquée, afin que les parties ainfi oinéles ne foient lailîces lubriques : car par ainfi la matrice pourroit facilement tomber derechef. Cela fair on fomentera toutes les parties génitales de la femme d'vne decodion faite de chofcs aftringentes comme cefte-cy, cortic.granat.nuc. cuprcf. gall. alum. roch. caud. equi. fumach , berber. cumaquafabror. fiat decodl. pro foui: &c de ces chofes en fera faite pareil- lement pouldre , laquelle on afpergera deflus, & fera mis vn peflaire dedans le col de la matrice de grolîèur médiocre, de longueur de huidl à neuf doigts, plus ou moins félon la nature de le femme. D'auantage on y en appliquera d'autres de figure d’oualle, fait de liege counert de cire, pour le ren- dre plus lice, au bout duquel y aura vn lien pour le tirer quand on voudra. On en fait pareillement d'autres , fai6ts en jond comme en cercle j qui font auffi fort propres, Sc ne fortept hors comme ceux qui font de figure d'oualle. Fomentation comirlngëte. Les figures te font icy reprefintees* Figure des Pejfaires en figure ouaüe. A Le corps du Peflaire. B Le lieu , lequel doit cftre attaché à la cüifîe* Cela fait, la femme fe tiendra en repos huict ou dix iours , & aura les felTès hautes, & les iambes croi- fces. Pareillement on luy appliquera fur les flancs des vcntoufes aflez grandes, à fin de faire tenir la matrice en Ton lieu : & s'il aduenoir pour auoir eftc trop long- temps defcenduc & expofee à l'air, qu'elle fuft fort refroidie, il la faut fomenter d’vne deco<5lion chaude &■ carminatiue, pour refondre les ventofitcz, comme celle - cy. alth. falui. lauand. rorifmarini, ÔC artemif. flor. camora. melil.an. m.fi, fenlinis anififce- nic. an. j. coquantur omnia complété in aqna & vi- no & fiat decoélio ad vfum. Pareillement ne faut ou- blier à luy donner des clyfteres , pour ietter hors les cxcremens des inrdlins, à fin que la matrice aye meil- leure place à fe tenir en fon lieu : & pareillement faire 728 Levingt-quatriefmeLiure, en forte que la vefïîe foit toufiours vuide , autrement l'vtcrus eftans fitué au milieu d'icclle , 3c du boyau cullier, par la compreffion 3c plénitude de l'vn 3c de l'autre , (croit toufiours repouffé de- hors. Pofons le cas que la matrice n'euft peu eftre réduite par tous ces moyens, 3c fuft vlcer«e 3c putréfiée,les anciens commandent l'amputer : mais premièrement veulent qu'on la lie , 3c qu'on coupe ce qui cft ncccffaire , puis la cauterifer 3c paracheuer la cure félon l'art. On a veu des fem- mes à qui toute la matrice auoit efté extirpée, 3c neantmoins ont furuefeu long temps après. Ce quetefmoignePaulusau liure fus allégué ; 3c de rccente mémoire loanncs Langius , Medeqjn du Comte Palatin , au liure fécond de fes Epiftres raedecinales, Epift.39. dit qu'en la prelènce vn Chi- rurgien nommé Carpus, extirpa la matrice d'vne femme çk la ville dite Bononie : ce qui fut fait heureufement, 3c fans la mort de la femme. D'auantage Antonius Bcneuenius Médecin de Floren- ce, traiété Dernirandis morb. caujîs, chapitre 12. diéf, qu’il fut apellé par vn Médecin nommé Vgo- lius pour guarir vne femme, à laquelle fa matrice tomba par pièces toute corrompue, 3c toutesfois depuis a vefeu dix ans. Auicenne 3c Auenzoar portent fuffilant teimoignage, que la femme peut perdre toute fa matrice , 3c toutesfois luy demeurera la vie. Paul. li.$. Hifioire. Hifioire. Histoire d’vne femme a qui la matrice fut extlrpc'e le leur des Roy s lyyy. Hifioire, Vne femme aagée de vingt cinq à trente ans, faine 3c bien réglée de Tes purgations viennes, colli ne elle difoic, & réputée fort honnefte 3c de bonne vie, fe maria pour la fécondé fois en l'an 1571. n'ayant eu enfans de fon premier mariage. Peu après la copulation, eut lignes de conception: toutesfois auec progrès de temps, fentant vne pefanreur es parties baffes fi fafcheufe pour la dou- leur , rétention d’vrine, 3c autres accidens, qu'elle ne la pouuoit plus endurer, s'en defcouurit a va Barbier Chirurgien fon voifin 3c amy , nomme Chriftofle Mombeau, demeurant aux faux-bourgs S. Germain des Prcz, lequel ainfî qu'il me rapporta, voyant vne enfieure au périnée, -fumant le iu- gement de fon art, appliqua ambrocations 3c cataplafmes de décoction d’herbes, & autres remedes anodyns 3c remollitifs, par le moyen defquels la douleur cellà. Mais apparut à la lèvre intérieure de la partie honteufe, vne ouuerture comme d'abfcez rompu, par laquelle fortit, vne longue efpacc de temps, fanie, tamoft rougeaftre,tantoft iaunaftrc,tamoft blafarde. Cependant cefte pefanreur ne fe perdoit point, ains s'augmentoit, 3c vint à telle confequence, que l’an 1573. & les autres enfui- nans iufques au iour de lacheute, fi la malade fe vouloir tourner au lift, elle ne le pouuoit aifèmenc fans mettre les mains au ventre pour ayder à fupporter ce faix du coftè qu'elle fe vouloir tourner; &lors encor fentoit-elle comme vne boule tombant à plomb, de quelque coftè que l'inclination du corps fe fift. Debout, ou aflife, ne pouuoit vrincr, n’aller à fes affaires, fans foufleuer vers leDia- phragme auec les mains ledit faix. Marchant, auoit grandifîime difficulté de mouuoir les jambes, ôc penfoit auoir toufiours quelque chofe entre deux qui l’empefehaft. Quelqnesfois aufîi de l'an- ncc, fc renouueloit ladite ouuerture , 3c yffuc de matière : 3c lors fentoit douleurs de tefte & ès autres membres, defaillemens de cœur , degouftemens, vomifîèmens, fuffocations, tant qu'en fin vaincue de mal 3c impatience, le vingt-feptiefme Décembre dernier , fous promefle de certaine 3c afîcurèe guarifon, fut perfuadèe par vne femme empirique de prendre de l’antimoine. Dont la vio- lence fut telle, qu'apres auoir plufieurs fois vomy auec grands efforts, & fait plufieurs felles d'eaux, fentit (penfoit elle) fon fondement relafchè. Vifitèe par vnefienne amie ,fut cpnfeillèc d'appeler Daide des Chirurgiens, parce que ce quifortoit, neluy fembloit eftre le boyau cullier, mais autre choie partant de fa nature, le fus donc appelé le fixiefmc iour de lanuicr dernier, ôc M. lacqnes Guillcmeau , Chirurgien iurc à Paris , enfemble maiftre Antoine du Vieux , maiftre Barbier Chi- rurgien demeurant aux Faux bourgs fainèb Germain des Prez , voifin de ladite malade. Et après auoir tout bien confideré , aduifafmes pour le meilleur, qu'il falloir extirper ce qui paroiiTbit, at- tendu la couleur noire , puanteur , 3c autres figues de fubftance pourrie. Si commcnçafmes à tirer peu à peu par deux diuers iours, fans douleur, vn corps, qnifutiugéde meilleurs Alexis Gaudin, Médecin ordinaire du Roy , 3c premier de la Royne, P. le Fèure , auffi Médecin ordinaire du Roy, 3c de Madame la Princefiè de la Roche fur-Yon , Dc-Violaines Doèteuren l’Vniuerfitè de Paris, & nous Chirurgiens , eftre le corps de la ipatrice à raifon que fut rrouuè l’vn des tefticules, 3c vne grofle membrane reftant d'vne mole qui s’eftoit apoftuméc , creuce ôc vuidèe , comme diét cft. Apres l'extirpation de cefte partie, la malade fe trouua mieux. Il y auoit neuf iours deuant l’extir- pation , qu’elle n'auoit efté à fes affaires, 3c quatre iours qu'elle n'auoit vrinè : ce qu'elle fit depuis règlement, fe trouuantfort bien par l’efpacedc trois mois , au bout defquels luy furuint vne pleu- refie , auec vne grande fièvre continue , dont elle mourut. Eftant adnerti qu'elle cftoit decedèe, defireux de fçauoir ce que Nature auoit bafty au lieu de fa matrice, en fis ouuerture : 3c n’y trouuay point de matrice , ains en fon lieu vne callofitè dure, que Nature auoit machiné durant les trois mois de fi peu qui en reftoit, pour tafeher à refaire ce qui eftoit perdu. D’auantage François Rouffec en fon liure de l'enfantement Cefarien , récité certaines hiftoîres des femmes > auiquelles on a veu tomber entièrement leurs matrices. Entre autres dit, que feue Madame Blancafort l'aifnce, ayant de long temps peu à peu la matrice précipitée , de forte qu'elle ne la pouuoit plus réduire ny fupporter , voyant qu'elle commençoit à fe pourrir , l’alla trouuer à Momargis, pour la penfer ou conduire à Paris ; mais elle luy tomba en chemin , 3c ne laiffa néant- moins de palier outre, 3c ne luy fut pour cela fait autre chofe qu'vn lancinent de vin 3c de rofe, par Felle Chirurgien , qui à fon dire n’apperceut au lieu où fouloit eftre la matrice , qu'vue vacuité. Semblablement ledit Roulîèt fait mention de Perrine Boucher, vieille chambrière , chez maiftre François Quatre, Aduocat à Momargis , laquelle pour auoir eu plufieurs accouchemens violens, auoit de long-temps vne précipitation de matrice, qui peu à peu s'augmenta tant qu'elle ne la pou- uoit plus remettre,?!! fin fe gangrena,& tomba d'elle-mefme en cuidanc vnncrjdcquoy font plufieurs Cejle fxnie estait de la mole fup~ purée. Vantimoine produit des ejfefîs mer- ueiUeux. Hifioire, Autre ht* fi sire. De la Génération. 729 tefmoinsnnonficur Contuge Medccin,& maiftre leân de Beàuüais,Chirurgien de Montargis: dont elle ne daigna garder le liéfc , ôc vefeut trois ans après bien faine, finon que depuis elle eftoit fiubie- éts à fie tenir couucrte par embas,autrement fientoit douleur de colique. Finablement iccluyRoufi- fiet abfenr, eftant en ïceîle morte de fièvre continue , 8c ayant défia efté inhumée , fut à fion retour deterrée par petmiffion de luftice, à fia fiolicitation. L'ouuerture fut faite par Felie Chirurgien, és prefences dudit ficur Contuge Mededn& de lafiage-femme, & autres, 8c n'apperceurent entre la veille 8c legros boyau , au lieu où deuoit eftre la matrice , rien qu’vn lieu vuide tout cicatrifié : ÔC eftoit à la vérité, l'ouuerture par laquelle elle prenoit le froid , caufiant douleur de colique. De la membrane > apellêe Hymen. G h a p. XLIX. *Areillemeht il fe troüuc quelqucsfois en aucunes vierges vne membrane à l'orifice du col de la matrice, appcllée des anciens Hymen , qui empefiche d’auoir la compagnie de l'homme,& fait la femme fterile.Or le vulgaire(voire plufieurs gens do fie rompans ou s'ouurans ne pouuans fiouftenir cefte extenfion fans douleur 8c j fins de fiang, lors que la fille n'a accomply fies dimenfions : mais fi la fille pucelle eft en âge fuffifian- te, eftanc mariée auecque vn homme qui auta fia verge proportionnée au col de fia matrice, n'aurai aucune douleur , ny flux de fiang eftant depucclée. Dont il eft aifé à entendre, combien grande- ment font abufiez les habitans de Fez, cité principale de Mauritanie en Afrique : defiqucls la cou- ftume és nocces eft telle ( comme raconte Léon l'Africain liure 3. de fion Hiftoire d'Afrique :} Si toft (dit-il ) que l'efipoux 8c l'efipoufe font parnenùs en lamaifon , s'enferment tous deux en vne : chambre, où ils demeurent cependant que le feftîn s’aprefte , & y a vne femme dehors, attendant iufiqu’à tant que le mary ave défloré l’efipoufe, tend vn petit linge mouillé du fiang de l’efpôufiee à la femme qui eft à la porte l'attendant, qui tenant ce drapeau entre les mains , s’en va criant à ceux qui font inuitez à haute voix , que la fille eftoit pucelle : parquOy on les fait banqueter. Mais fi de mal-heur elle n’eftoit trouuée n’ayant ietté le fiang , elle eft rendue par le mary au pere & à la mere , qui en réçoiucnt vne grande honte , auec ce que les inuitez s’en retournent l’efto- mach creux , fans donner coup de dent. Mais le cas fie rencontrant tel que Fauons deferit cy- ddfius , ils fieront bien deceus. Et partant ne faut coficlurre , comme aucuns veulent, que la fille au premier coït, qui ne iette le fiang par le col de la matrice, né fuit pucelle j pareillement Les ancîens {i font ahufeZ. porr auoir mal obfsrtié l’Hjmek Auîcenm lu *•/*»• trait. I, cap, i; La tnemhra~L ne Hymen efi contre na- ture. Chofe digne d’eftre bien fiotee. Léon l’dfri* cain, Itftn Vviern 75° Le vingt-quatriefme Liure, aulîî celle qui en iette le foitiparce qu’aucunes par les mefehantes maquerelles 5c impudétes,qui ont accouftumé vendre filles pour pucelles , fe font contrefaire celle taye , par le moyen de certaines inieélions d’eaux aftringentes, puis mettent profondément au col de leur matrice vne efpongc im- bue" en fang de quelque belle , ou en rempliftent quelque petite veftîe, comme la veffie où eft con- tenu l’humeur cholérique aux moutons, ou autres beftes qu’on apppellc la veftîe du fiel , 5c alors que l’homme vient auoir compagnie d’elles, font les relferrecs, crians comme fi on les depucelloit, ou qu’on leur fit vne douleur extreme : 5c en l’aéle, ledit fang qui en cil exprimé , coule dehors, 5z le panure badelory , doux de Tel, penfe auoir eu la crcme , où il n’aura eu que le fonds du pot, voire que de ces pucelles en fera quelquesfois yflli de petites créatures, qui fe degenerenren hom- mes ou femmes. loinél aulïï que ces pucelles font fardées comme vn fepulchrc blanchy , qui eft poly par dehors , 5c dedans remply de pourriture 5c puanteur comme les boettes des Apoticaircs, peintes par dehors anec or & azur, 5c dedans pleines de poifon : Ainfi eft-il de ces putains afletees qui baillent la verolle , 5c font caufe que les pauurcs amoureux tranfeis meurent mifèfablement arides 5c fecs. Partant garde le heure qui pourra. Hiïîoire mémorable etc Jean Vvier, de la membrane apjpellee Hymen. Chapitre L. Chap. }8 an Médecin du Duc de Cleues , en Ton Liurc de l’irapofture Sc tromperie des flkbles,des cnchantemens &forcelleries,recîte qu’il y auoit vne fille en Chambourg, pllnfrl laquelle auoit vne taye forte 5c dure , nommee Hymen , qui empefcha que Tes men- Malo ru^s > I°rs qu’elles luy furuindrent, ne peurent eftré vacuees : 5c pour la régurgita- cion du fang qui remontoir en haut, auoit le ventre fort enflé & tendu, 5c auoit de grandes 5c extrêmes douleurs, comme fl elle euft dew enfanter. Alors les matrones furent man- dées, lefquelles la virent auoir le ventre ainfi dur 5c tendu , 5c des douleurs fi extrêmes, que d’vu commun accord elles dirent qu’elle eftoit grofle d’enfant, encores que la paume fille leur contre- dift anec grands fermens, & affermait n’auoir iamais eu cognoiflance d’homme : 5c dit qu’il fut ap- pellé, lors que les femmes ne luy pouuoicnt plus rien faire, 5c qu’elles en defefperoient, à raifoa des douleurs infupporrablcs, lefquelles auoîent défia duré trois fepmaines , fans luy donner repos ne iour ne nuicl, auec quelques fupprefîion d’vrine, veilles perpétuelles, 5c perte d’appetir. Incon- tinent qu’il fut arriué, il recogneutîa partie malade, où il trouua l’orifice du col de la matrice clos 5c eftoupé par vne taye , tellement qu’il n’en pouuoit rien ou peu fortir : 5c s’enqtiit de Ton aage, qui eftoit de vingt 5c vn an, 5c que iamais n’auoit eu fes fleurs : lors cognent celle tumeur ne pro- céder flnon d’vne fubicc defeharge 5c fluxion de fang ,*vers k région de l’vterus 5c vailfeaux d’ice- luy : parquoy appella vn Chirurgien, 5c luy commanda faire vne ouucrrure à ladite taye, 5c peu à peu en fortic bien huiél Hures de fang coagulé, noir , 5c ja commencé à fe pourrir , 5c l’euacuation du fang faite, trois iours après fut du tout guarie. Pour celle caufe ie confeilleray toufiours aux peres 5c meres,qni auront la cognoiflance que leurs filles ayent ladite Hymen,qu’ils la falfent cou- per, s’il n’y auoit fuffifante ouuerture à expurger leurs fieurs,ponrcc que quelques-vnespour fem- blable caufe font mortes par faute que le fang menftrual n’auoit ifllic. Hifioire mé- morable. Retent!on de mois prife pourgrojfejfe. Cure de l'Hymen. De Phimon. Chap. L I. fSHimon eft vne indifpofirio des femmes,qui n’ont point la nature percee,quelquesfois êm Wvj de leur naillànce, & aufîî quelquesfois par accident. Cet empefehement eft aucunes— fois en l’orifice du col de la matrice : autresfois aux ailes, 5c quelquesfois en l’efpace qui eft entre-elles : or ponree que les bords font pris 5c attachez , telles chofes pro- hibent la conception, 5c flux menftrnal. Si le paflage eft du tout bouché: pour la cu- ration, faut que la main du Chirurgien y befongne,en coupant & extirpant ce qui empefche, s’il eft poflîble , y appliquant vn peftaireque les Grecs appellent Vria^lfcum, femblable à k verge de l’homme, ou vne cannule de plomb, oinéle d’vn médicament propre. De la fujfocation de la matrice, appellee des femmes le mal de la mere & de fes enfans, Chapitre L I I. Qitec'eft que fujfo cation â'amarry. Vffocation de matrice eft ablation de libre infpiration & expiration qui vient, ou pour ce que l’vterus gouflîe & s'enfle , 5c pour ce qu'il eft rauy 5c emporté en haut pair vn mouuemcnt forcé, 5c comme conuulfif, à caufe de la plénitude de Tes vaifleaux. L’vte- rus le gouflîe & s’enfle , pour ce que quelque fubftancc pourrie 5c corrompue en iceluy fc refont en vapeur & ventoiîtez de la rétention des menftrnes, ou delà corruption de la femence, ou d’vne apofteme faiéle en la matrice , ou fleurs blanches, 5c autres mauuaifes humeurs, qui fe putrifient en icelles , ou de ventofitez : ce qui fe peut cognoiftre, parce que la femme aura grands' foufpirs, vertigincs, feotomies, douleurs de tefte, naufec, ro auec grand battement de cœur ; la matrice & Tes vaiftfeaux s'enflent à quel- ques-vnes, qui les gardent de fe drellèr debout, mais fe couchent courbées fus le ventre, pour auoir moindre douleur , mettant la main deftus, prelfant & s'efforçant, pour empef- cher que la matrice ne monte, comme elles cuident quelle monte , ce quelle ne fait : mais comme nous auonsdit, ce font les vapeurs putredineufes, La patiente eft fort décolorée, 8c deuient pafle & iaunaftre , ne fe pouuant tenir debout, pource que les jambes & vertus luy défaillent : partant tombe en terre, 6c fe laiftè aller comme fi elle eftoit morte: 8c plufieurs perdent tout fentiment Sc mouuement, 8c le pouls eft tant petit, qu'on ne le fent aucunement, de façon qu'on eftiracroit qu'elles fulfent mortes , toutesfois elles ne le font pas , combien que la refpiration ne nous appa- roiftè , qui eft aélion infeparable de vie : bref, les fymptomes apparoilfentdiuers, félon que la va- peur efleuee de l'vterus, heurte maintenant ces parties, 8c maintenant celles-là. Car fi telle vapeur donne vers le diaphragme, 8c parties thorachiques, elle caufe vne refpiration briefue 8c fréquenté 8c comme abolie ; fi elle donne vers le cœur, induit fyncope : fi vers le cerueau , elle ameinc auec foy quelquesfois vne fureur auec babil , quelquesfoisftupidiré , endormilfement, auec taciturnité non accouftumee , le tout félon la nature de l'humeur bilieux ou greffier 8c melancholic, dont la vapeur eft: efleuee. Mais il n'y arien plus admirable qu'àquelques-vnes cefte affeélion commêcepar vn ris, à autres par pleurs, à autres par tous deux enfemble. A ce propos Moniteur Houlier raconte, que les deux filles du Prefidant de Rouen , qui eftoit de fou temps, lors qu'elles commençoient à entrer en paroxyfmcs de ce mal eftoient furprifes d’vn ris, qui leur duroit vne 8c deux heures , les- quelles on ne pouuoit arrefter , ny par leur faire peur 8c terreur, ny par honte 8c admonitions, de forte que tancees par leurs parens, refpondoient n'eftre en leur puilfance de fc garder de rire. Au- tres tombent en extafe, qui eft vn euanouïlfement ou rauilîèment des efprits, comme fi l'ame eftoit feparee du corps. Autres difent que c'eft vn fommeil, par lequel les forces, facultez 8c puiflances ’ame font enfeuelies, en forte qu'il femble que l'on foitraort. Ce qui fait f enfer ques la matrice HiBoire pri- fe de Hou- lier‘ J Lesfignes pour cognolUre fi vne femme eft morte on non par vne fiiffocation de matrice, Chapitre L 1 Y. La refpiratto n'efinecc-fl'ai- re pour U vie. ’Avt akt que plufieurs femmes , non feulement du temps paflc , mais auffi de Éf pN||W frefche mémoire efprifes de celle maladie , ont efté portées en terre pour mortes, qui toutesfois nel'eftoient ; l’ay penfé qu'il feroit plus que tres-neceflàire de donner figues demonftratifs de mort ou de vie en tel accident. Premièrement, donc cela fc cognoiftra par application d’vn miroir bien net& poly au nez & à la bouche, pourcc que la vapeur de la refpiration en celles qui refpirent, l'obnubile couurc 8c tache d'vne petite va- peur , & le ternir : & fi telle chofc apparoir, c’eft vn tres-certain figne de vie. Auffi pourra-on en- cores le cognoiftrc en luy appliquant vue plume tres-molle , comme de duuet, ou vn petit flocron de laine cardee, qui par le mouuement puille teftifier la refpiration. Toutesfois ces lignes font fou- nent trompeurs, 8c non du tout afteurez ; parquoy plus feurement on peut cognoiftrc, s'il y a cncores quelque refte de vie en la femme par les medicamens fternutatoires, comme pofant prés le nez de l’eiebore ou du pyrethre, ou bien les foufflant dans le nez, lors qu'ils font réduits en poudre. Or encores que nulle refpiration apparoilfe, fi eft-ce pourtant qu'il ne faut conclure la femme eftre morte : car ellepeut encores auoir vne petitechaleur qui luy refte au centre du corps par le bénéfice de laquelle elle eft conferuee;& cefte petite chaleur n'a pas grand befoindcla refpiration de la poi- trine, ny de l'atio des poulmos pour fa conferuatio(c’eft à dire refrigeratio,ventilatio& nutrition) tout ainfi que tons autres animaux froids, lefquels en Hyuer fe cachent en terre fi auant qu'ils ne peuuent rcfpirer, 8c toutesfois font entretenus de tranfpiration du cœur 8c des arteres : ainfi fc fait- il à la femme. Silnius eferit qu'aucunes ont efté par trois iours efuanouycs , 8c penfoit-on qu'elles Liftent mortes , parce qu'elles ne refpiroient nullement, 8c auoient tous autres lignes de mort, à fçauoir, n'ayans nul fentiment, mouuement, ny chaleur, partant en telle difpofition ne fe faut hafter les enfeueîir, & moins ouurir leurs corps, de peur d'encourir vne calomnie. Ainfi que de ce fiecle eft arriué à vn grand Anatomifte:ie dy grand 8c célébré,duquel les liures reparent auiourd’huy les eftudes des hommes doéles, lequel eftant pour lors refidant en Efpagne, fut mandé pour ouwrir vne femme de maifon , qu’on eftimoit eftre morte par vne fuffocation de matrice. Le dcuxiefme coup de rafoir qu'il luy donna , commença ladite femme à le mouuoir, Sc demonftrer par autres lignes, qu’elle viuoit encores, dont tous les affiftans furent grandement eftonnez : ie laifte à penfer au Leéleur comme ce bon feigneur faifant cet œuure fut en perplexité, comme on cria Toile après îuy, tellement que tout ce qu'il peut faire, fut de s'abfenter du pays : car ceux qui le deuoientexcu- fer , c’eftoient ceux qui luy couroient fus : 8c eftant exilé, toft après mourut de defplaifir ; qui n’a efté fins vne grande perte pour la République. Or i'ay bien voulu reciter cefte hiftoire , à fin din- ftruhe toufiours le ieune Chirurgien eftre diferet à fe garder qu'il ne tombe en tels accidcns : & faut noter que l'on peut cognoiftre la mort de la femme, par l’efcume qui luy fort de la bouche. Hlfioire d'v~ ne femme ou- nette n'eftxnt morte. De la Génération 733 Des différences de feuffoquation de la matrice, C H a p. L V. R il y a plufieurs différences defuffoquation de la matrice, qui fe font félon îagran- flcur & différence de la caule efficiente , parce que les accidens font plus grands ou i'i 'V;fi ph|S petits : car aucunes femmes fenrent, fe remuent ôc ratiocinent, mais elles ont lne défaillance de coeur 8c de refpiration par interuale ; auffi aucunes fe remuent d’vn mouucment inuolontaire ( comme les epilepriques ) remuent les bras ôc les ïambes auecgrincemens de dents ,par laconuulfipn des mufcles des temples ,les antres font fur- priles, comme auons dit, d’vn très-profond fommeil (dit des Grecs Caros ) comme fi elles eftoient apopîediques , cous les fentimens ôc raouuemens defaillans. Les au contraire crient ôc ri- ent , ôc ne font que parler : ôc après que les caufes de ce mal font ccflèes, refoluc’s , ôc vacuees , a- lors le corps commence à s’affermir, 8c la rougeur venir au vifage, 8c les mandibules à s’ouurir: Ôc à plufieurs d’icelles s’efcoule quelque humeur de leur matrice, Ôc à quelques - vnes ils’euàcue dehors vne grolfc femence, voire en grande quantité , auec trauail ôc plaifir, ainfi que fi elles elloienr en l’aète venerien, principalement à celles à qui les matrones titillent le col de leur matri- ce : ôc alors que les matières font elcoulées , la matrice ferelafche peu à peu , ôc tous les accidens cefîènt. Car os, pro* fond fem* meili Les (ignés peur cognoistre fe la fuffoquation vient par la femence retenue & & non du feangmenHrual. C h a p. L V I. s T cll,c touc leur forment vne difficulté de refpiration : puis tofl après pri- fi uation d’icclle : la femme retire les iambes en haut, & fent quelque chofe eftre efle- WgjSc ut‘e mdtnce bouche de l’homach , 6c au cœur, comme nous auons dit fi la femme cfl addonnée à l’homme , 6c qu’elle s’en foie ja dés long - temps retenue , ou sra kjen qUçce f0itvne'fille vierge, fuccûlente 6e fanguine, vfant de viandes chaudes, humides & venteufes, 6c qu’elle foit oifiue, & auec irritation d’homme , appelant Venus , 6c les mois luy font fupprimez , cela demonftre que la fuffoquation vient de la femence retenue. Les accidens qui viennent aux hommes par la femence retenue, font moins fafcheux qu’au femmes, parce qu’ils difîîpent par le trauail la plus grande part de la corruption. Accidens ds l* rettmt- La cure de la fuffoquation de la matrice. C H A p. L V 11. ■ A fuffoquation procedente de la matrice, pource que c’ell: vn grief ôc pernicieux ac- cident, fe veur fecourir promptement, voire en négligeant pour l’heure la caufe'd’i- celle. Donc que la femme fubit foit fituée fus l’efpine du dos, ayant vn peu le tho- rax efleué, à fin.quelle expire plus librement, ôc que promptement on luy deftache les lacets de fa poitrine, ôc qu’on l'appelle à haiite voix par Ton nom , criant à fies oreilles , qu’on luy tire le poil des temples, 8c de derrière le col, ou pluftoft ccluy des parties honreufes, à fin que non feulement elle foie efueillée, mais danantage que par la douleur excitée en bas, la vapeur qui monte en haut ôc fait la fuffoquation , foit retirée 8c rappelée en bas par reuulfion : auflî luy faut lier les bras ôc iambes de liens douloureux , cnfemble qu'on la frotte rudement auec gros linges, afpres &: rudes , auec douleur, trempez en vinaigre & fiel. D’auantageon luy appliquera vn pef- faire à la matrice femblable à ceftuy. mercur. 8c artemif. ah. g.ij. in quibus dilfol. pul.be- nediél. 5.Ü). pul. rad. cnul. campa, galangæ minoris , ah. 5. j. fiat pelfar. puis luy faut oindre la plante des pieds d’huile laurin , ou autre femblable : après on luy appliquera vne grande ventoufe fur le petit ventre au deflbus du nombril auec grande flambe , auffi luy en feront appliquées au plat des cuifles , c’eft à dire, aux parties intérieures , près les aines , à fin de retirer la matrice eu îbn lieu, Ôc faire reuulfion des matières qui caufent ce mal. S’il eft befoin fera faid parfum en la matrice auec chofes fort odorantes : mais premièrement faut tenir le col de la matrice ouuert, à fin que le parfum puifle mieux entrer dedans, qui fera fait auec vn inftrument fait en façon de pef- faire , pertuifé en plufieurs lieux, à la bouche duquel y aura vn petit reflbrt qui le pourra tenir ouuert, tant 8c fi peu que l’on voudra : 8c fera attaché par deux liens à vne bande ceinte au milieu du corps de la femme., lequel fèrafaid d’or ou d'argent, ou de fer blanc : le portrait duquel eft icy donné. Sir tint Ion dè la maladet Pejfaire„ Pu luis ex que tur benc* dm ut 734 Le vingt-quatriefme Liure, Pefifaire four tenir le col de lamatrice, ouuert far le bénéfice d’vn r effort Portrait d'vn Pot four receuoir les farfiums au col de la matrice, Matière du parfums odo~ riper ans. Les matières des parfums odoriferans font* Ci-' namo. calam. aromat. xylalocs , ladamum, benioin, thym , piper , caryophil, lauan. calamcnr, artemifi puleg. alipta mofc. gall. mof. muf.amb. iuncus odo- rarus, & autres femblables , qui par leur grande ver- tu aromatique attirent la matrice en Ton lieu, ôc con- fument les ventofitez putredineufes. Et faut garder que ladite fumce n’entre point aux narines ; au con- traire luy faut faire yn parfum de chofes puantes» qu’elle receura par le nez ôc par la bouche , comme Galbanum, fagapenurfi , ammoniacum , alla fœtida, bitumen , oleura gagatæ, huile de foulphre ôc de pé- trole : auflî des chandelles de fuif recentement eftein- tes, plumes de perdrix , becaflès , ôc de tous autres oifcaux 5 poil d’homme, de bouc , de vache , draps» feutre , vieilles fauattes de foulier , ongles , ôc cornes de belles , pouldre à canon & foulphre vif brûliez, ôc autres chofes femblables , à fin que celle puante vapeur contraigne la matrice d’aller en bas : d’autant que la matrice, d’vn inftindl naturel ôc peculiere fa- culté , fuit les chofes puantes, ôc fe plaiffc aux chofes odoriférantes. Or quand on dit qu’il faut vfer de parfums faiéls de chofes puantes , cela ne fe doit en- tendre des corps des animaux cadauereux, ôc des eaux des efgouts delà voirie , & autres chofes femblables, parce que de leur vapeur putredineufe pourroient in- fecter le malade ôc les affiftans. Semblablement on prouoquera le vomir , en mettant vue plume d’oye fort profondément en la gorge , ou les cheueux mef- me de la malade après on luy donnera quinze grains de poyure noir pilez auec hydromel, ou bon vin, qui effc le fecret d’Auicenne : pareillement on luy peut donner vne demie drachme de theriaque dif- lout en vue once d’eau d’abfinthe , trois heures auant le paft. Autre remede bien approuué : Vne goûte d’huile de genets mife fur la langue. Autre remede.Prenez demie drachme de callor, dillbut en vin blanc, ou bouillon de chappon, ôc luy en donnez à boire. Pareillement luy fera ietté pro- fondément dans le col de fa matrice, theriaque diffout auec eau de vie, ôc luy en fera donné vne ou deux cuillerées : ôc dans les oreilles & nez on luy mettra deux ou trois gouttes d’huile de fange de quinte-elfence. On la fera efternucr, en luy mettant dans les narines de la poudre d’hellebore, ou de poyure, ou autrefemblablc, à fin de refueiller l’efprit vital ôc animal, qui en tel cas eil comme endormy &aflbupy. Dauantgc, on fera des inie&ions, carminatiues dans le fiege ôc ma- trice , faiCtes de deco&ion decalamenthe , armoife lauande , pouliot, camomille , melilot, ôc au- tres femblables ; outre plus on fera fuppofitoires & peflàires de ladanum , gingembre, galla mofc. theriaque , methridat, ciuettc , mufe ; auflî d’huile de girofle, anis, faulge , rofmarin, ôc autres femblables1, extraites parquinte-eflènee, D’auantage on pourra vfer de clyfteres, comme ceftuy- cy. rad. enul$ campa, ireos.ebul. ariftoloch. an. fol. abfinth. artemif. matricar. puleg.ori- gan. an.m.j. baccW, lauri & iunip. fambuc.an.p.j. fem. ruræ, cumini ,ammonios an. £.ij. florum ftœchad, rorifm, faluiæ, centaur. minor. an. p. ij. fiat decoClio , cape decolat. tfe.j. in aqua diflbl- ue mellis anthof facch. rub, ôc bened. an.m.j. diacath. 5,1’), oleiancth. ôc nard. an. fi. fiat clyftr. D’auantage on leur pourra appliquer celle emplaflre fur le ventre. malf. emplaft. oxycroc. ôc de melil. an, ioiii-olei nard, quant, fuff. ad. raalaxand. fiat empla, extendatur fuper alutam , Ôc i Maniéré ' des parfums feti, des. Secret d‘Atii. €snnt. Jnieiïiins carmina- tiues, EmplalJn, De la Génération. 71S applicetur feg.matricis. Et fi la femme eft mariee , le paroxyfme eftant ja palfé , & là femme eftant refueillee , qu’elle aye conpagnie de Ion mary , car telle chofe furpafle tous autres remedes : 8c fi c’eft vue femme grollè qui fouffre fuffocation, de ce rcmede aura grand 8c prompt fecours, 8c feur: Car des autres aydes n’en doit vfer qu’aucc grande prudence ôc confeil du doéle Médecin, de peur d'auorter,& en lieu de la compagnie de Ton mary, la fage- femme doit oindre fes doigts auec huile nardin , ou de muguette , ou de clou de girofle, ou d’afpic, meflez enfemble, aueemufe & ambre gris , 8c ciuette, Ôc quelques poudres fubtiles 8c aromatiques , 8c les appliquer au profond du col de la matrice : 8c en frotant quelle titille ledit col de l’orifice d’iceluy , 8c quelle l’efchauffe pre- mièrement de quelque linge. Et toutes ces chofes fe feront, à fin que la femence corrompue , ou autres humeurs venimeux , ou ventofitez ( qui font caufe de fes maux ) fe puiftènt refoudre ,& s’efcouler hors , afin qu’eftans euacuees, la matrice puiflè defeendre , &que foudain la femme rc- uienne à conualefcence de fa luffocation , 8c en fit première fanté : qui fe cognoiftra , les ioües com- mençant à rougir , 8c les mandibulles à s’ouurir, 8c les yeux à s’efleucr , & le pouls àfe inanifefter, 8c la femme aura cognoiflance des aflîftans, 8c commencera à le refiouyr, 8c autres figues de rc- conualefccnce. Quelques-vns tiennent pour vn grand fecret de frotter l’vmbilic defuc exprimé d’vn ail cuit , méfié auec vn peu d’aloé. La fleur eft fondement ou préparatif à la femence, 8c au fruit de chaque plante. Pour celle caufe on appelle fleurs les purgations menllruales de la femme, d’autant qu’elles précédent communément, 8c font comme préparatifs à leur fruiél qui eft l’enfant, dont il s’enfuit que les femmes nepeuuent auoir enfant deuant qu’auoir les fleurs. Or icy faut en- tendre que la femme eft froide 8c humide plus que l’homme, 8c engendre plus de fang qu’elle ne peut confommer à la nourriture de fon corps , principalement depuis l’aage de douze ans, auquel terme elle a faiélla plus part de fon accroilfement : alors commence le fang eftre fuperflu , 8c n’e- ftant tour employé à la nourriture des parties, il s’amafle peu à peu autour de la matrice , 8c quand il en y a fuffifante quantité , la vertu expultrice le jette dehors comme chofe inutile. Carie fang qu'elle jette tous les mois, n’eft que la portion de tout le fang la plus crue &c indigefte, 8c non pas comme plufieurs ont penfé, infeél 8c de mauuaife 8c pernicicufe qualité ,8c n'eft à reprouuer que de fa crudité , pourueu que la femme foie faine 8c gaillarde : 8c parce qu’elle abonde grandement en fang , Nature a ordonné que la portion moins digefte s’efcouleroit tous les mois. InonZHons. Signés di conualefceti” ce de la fuf * foquatiom Philofophie de M.louberP li. des Er- reurs poprt* laires. Du flux menflruel des femmes. Chap. LXVIÏI. E s femmes appellent leur flux de fang par la matrice, Mois , parce que quand elles font |LI faines , elles s’euacuent par tel flux quafi tous les mois : les autres appellent leur temps, parce qu’il coule toufiours,ou le plus fouuent en certain temps : autres le nomment Sep- ** maines , à caufe que ce flux à acconftumé de fluer en quelques-vnes qui font principale- ment oifiues 8c gourmandes) par feptiours : autres l'appellent leurs purgations, pource que par tel flux fepurge tout le corps: les autres l’appellent fleurs rouges , & celles qui font blanches, fleurs blanches , parce que tout ainfi que la fleur précédé le fruiél des plantes, pareillement les femmes ne conçoiuent point ou rarement) que leurs mois n’ayent coulé. Et pource aucuns font en doute, Ci vne fille eftant meure 8c apte à receuoir l’homme, & qu'elle n’aye encore eu fes fleurs , peut con- ceuoir ; de ma part i’eftime que difficilement cela fe peut faire. Car puis que ce qui aide à la con- ception défaut, 8c que la matrice eft deftituee de l’humeur dont il faut que l’enfant foit nourry, comme fe pourroit-il faire que la conception fe parfift ? Ce qui fepentpronuer par la fimilitude des arbres 8c plantes qui iecrent leurs fleurs, aufquels le fruidl n’eft point dénié, 8c nul arbre qui fleurit n’eft fterilermais bien tout arbre qui eft priué de fa fleur, eft infertile. Ainfi les filles qui ne iettent encores leurs fleurs, ncpeuuent engendrer 8c deuenir grofles : mais celles qui fontd’aage , conçoi- uent 8c font des enfans tant que leurs mois durent, toutesfois il fe peut faire, mais rarement, que les filles conçoiuent fans auoiriamais eu leurs fleurs, à caufe qu’il s’amaftè en leur matrice autant de fang qu’il y a coufturae d’en relier à celles à qui leurs fleurs coulét.Or fi les femmes 8c filles font faines, elles s’euacuent tons les mois, comme nous auons ditrtoutesfois il faut entendre que cela ne fe fait pas ordinairement à toutes femmes tous les mois, ne toufiours auffi en vn mois, mais en au- cunes plus fouuent, en autres plus rarement ; car il y a des femmes qui les ont trois fois en vn mois, qui fe fait pour la grande multitude de fang, à caufe de leur habitude 8c icunefle , 8c defir d’habi- ter auec les hommes : les autres ne les ont que de deux en deux mois, plus ou moins. Dauantage, aucunes les ont à la nouuelle Lune, les autres au défaut, 8c telle chofe fe fait pour la diuerfe com- plexion & température qu’elles ont des vues aux autres, à fçauoir plus chaudes ou froides , & pour plufieurs autres caufes qui feroient longues à eferire. Car pour le dire en vn mot, celles qui ont les veines amples,le foye grand, qui prennent beaucoup de viandes 8c bien nourriftantes, qui font fe- denraires& oyfiucs,qui dorment beaucoup,& viuentcn pais & air pluuieux 8c auftrafqui vient de bains d’eaux douces, ou de legeres frictions incontinent après le repas. Les ieunes & brunettes ont leurs mois en plus grande abondance:comme au contraire, en moindre quantité l’ont celles qui ont les veines eftroittes 8c peu apparentes , les bien charnues 8c graflcs(d’autant que la fuperfluité de l'alimét fe conuertit en corpuléce 8c grefle )les mollafles 8c blâcheaftres( parce qu’elles ont le cuir plus rare,& partat endurét plus dediffipatiô de leur fubftâce, que les brunes qui ont le cuir plus défie 8c ferme)& qui fotfubiertes à quelque autre euacuatiô,& couftumieres de ietrer du fang,foitpar les hemorrhoïdes,ou autre endroit du corps:quant aux ieunes,elles ont leurs mois en la nouuelle Lune, 8c les vieilles au contraire en pleine Lune,ou decroiflate. La raiso eft telle,la Lune eft vne planette qui fcigneurie,& efmeut les corps, de là vient que pour la diuerfité du cours d’icelle, la mer s’enfle, fluc,& reflue,les os s'cpliffét de moüelle,& les plates d’humidité : parquoy les ieunes qui ont beau- Raifort dsi mot du flux de fang que ont les f*m* mes, S’jllttUA lu des mois. La conce* ption ne ft faiB fans flux men« firueL, C/tufes dé l’abondance des mois. Vourqucy la 'vieille Lu• ne purge les 'uidi- 736 Le vingt-quatrieimeLiure, coup de Tang,& Tant plus fortes 3c gaillardes, font aifément cfmeuës, voire au premier quartier 3c croilfant de la Lune nouuelle : mais les vieilles, d’autant qu’elles ont moins de Tang, requièrent vne Lune plus forte 3c vigoureufe,parquoy ne font eTmeiies à auoir leurs mois, Tmô en pleine Lune,ou de croiflànce , en laquelle le Tang amafte par la plénitude 3c vigueur de la Lune pa(Tee,eft aifément incité à couler 3c fluer,raifon que i’ay tiree du texte d’Ariftote du générât ione animdium. au con- traire. Pourquoy Nature a faiff que la femme a vn flux menflrual. Chap. L IX. R Nature a faid que la femme a vn flux menftruahcar pour autant que Dieu l’a crece P0LU e^-ie compagne à Thomme,& auflî pour luy feruir de Tu jet 3c champ fertile à la génération des indiuidusnl a efté auflî Toigneux de la nourriture du petit enfant con- cci1 > & formé en la matrice de la femme : auflî a compofé la femme de tempérament froid 3c humide, à ce quelle peuft araalfer TuftiTante quantité de Tang Tuperflu,appcl- , élaug menftrual,non feulement pour la nourriture de Ton corps,mais aufli pour s’en Ternir à nour- rir Tenfantj&luy donner accroiftement tout le temps qu’il y Teroit:meTmement pour d’iceluy Tang conuerty en laid es mammcîles, donner aliment quelque efpace de temps à l’enfant eftant lorty du ventre de la raere. Qu’il Toit vray , ce Tang raenftrual ne commence à paroiftre aux femmes, que lors qu’elles font capables d’eftre mariées 3c porter enfans,qui eft en Taage de quatorze,quinze 3c Teize ans, 3c celle à celles qui approchent de quarante 3c cinquante ans. îly » des em7urs^U* purTiufaues à cinquante ans. La caufe des menslrues aux femmes. Chap. L X. ri. en [es problèmes. O v r c e que les femmes font de température froide, au refpect des'hommes, aufli îs nourrilïèment ne fe peut fl toft conucrtir en bon fang , de façon que la plus grande par- tie demeure indigefte, 8c fe conuertit en menftrue’s , defquellcs la femme faine fe purge 8c nettoye, ie dy faineexprelfément : car aucunes femmes malades en font exemptes. Or on peut affirmer qu’aucunes femmes abondent cent fois plus en fang que l'homme : qu’il loic vray, depuis treize ou quatorze ans iufques à cinquante,&: quelques-vnes iufques à foixante,elles retient tous les mois grande quantité de fang : 8c quelques-vnes , me fine encore qu’elles foienc grolles d’enfanr,aufquelles faut abondance de fang pour fa nourriture 8c croiiïànce, eftant au ven- tre de fa mere. Dauantagc, il fe trouue des femmes greffes qui auortent. Ci elles ne font faignees,8c difent qu'elles fuftbqueroientfl elles nel'eftoient. Plus quand l'enfant vient;fus terre , la mere ietre grande quantité de fang : 8c encore après l'efpace de dix ou douze ioprs, 8c encore pendant cefte purgation le fang monte aux mammelles,& fe conuertit en laid,qui n'cfl qu’vn fang blanchy,!equei l'enfant fucce 8c tette jour 8c nuid ; 8c iufques à ce qu'il foit vn peu grandelet,fouuent la nourrice eft contrainte d'efpandrc fon laid,ou fe faire tetter à vn autre. Et lors que l'enfant eft aggrandy 8c P^us ort: 5 aufli fuccera-il d’auantagè du laid des mammclles, voire que iour 8c nuid en P£ut tirer demie liurc ou plus, 8c neantmoins plufleurs nourrices ne laifleront d'auoir leurs fleurs tous les mois : 8c pour ces caufes on peut vrayement dire que la femme a beaucoup plus de lang que l’homme, mais nous retournerons lefueillet, 8c dirons qu'vne drachme de fang d'vn homme vaut mieux flue deux Hures deceluy d'vne femmc,parce qu'il eft plus cuit 8c digéré,& plus fpirituel. Parquoy l’homme ayant vne chaleur plus vigoureufe,tourneaifémcnt 8c promptement en fubft.ance de fon corps tout l’aliment qu'il prend : 6c: s'il y a quelque fuperfluité par le moyen d’icelle chaleur» il ladifcute& dillîpe promptement parinfenfible tranfpiration:mais la femme au contraire eft plus froide, partant appete 8c prend plus d'aliment qu elle ne peut cuire, pourçc amafle beaucoup d'hu- meur luperflu,lequel pour l'imbecilité de fa chaleur, elle ne peut refoudre par infenhblc tranfpira- tion : de là vient que la femelle eft fubjede au flux mcnftruel, 8c non le malle. Le laiti eft "chy par le be- neficedeU •vertu /«#<- fiant e qui eft TntllTT™' Les caufes pourquoy le flux menftruel eft retenu aux femmes Chap. L X I. Teut ce q»i deffeiche peut retenir les mais E s caufcs de la rétention 3c ceflàtion font pluficurs, comme par maladies aiguës, M 011 longues,par triftdfe,peur,faim,ou grands trauanx 3c veiller , ou pour eftre grolle d’éfant,ou autre raauuaisgerme,3c flux de ventre,ou par hemorrhoi- S. OL1 Aux de fang par le nez, ou par la bouche, ou d’autres parties : auflî pour eftre trop f0Ulient faignees, par Tueurs, auflî vlccres,fluants en grande quantité,par multi- tude de galles au cuir,par lièvres quartes lôgues, par aage,comme vieilleftè,par eftre nourrice d’en- fant,& autres ôc pour le dire en vn mot,par toutes chofes qui ddTeichent 3c euacuent le corps. Pa- reillement les menftrnës lont Tupprimees , parce que le fang eft trop gros & glutineux, lequel ne peut for tir par Toriliccdes veinesrauflî pour auoir mangé grande quantité de fruids cruds, 3c non mcurs,& auoir beu eau froide,comme font volontiers les femmes:auflî font Tupprimees pour quel- que vice de la matrice, comme quelque intemperature,ou apofteme,vlcerc,ou pour clofture de Ton orifice par vne callofitc ou excroiftance de chair faide par playe ou vlcere ou quelque membrane nee 3c adhérante à la bouche de la matrice,ou pour y auoir trop ietté de certaines eaux aftringétes, pour faire que le col de leur matrice fuft plus petit ôc eftroit:toutes leTquelie chofes bouchent la ma- trice, que nous auons par cy-deuant appelle Hymen, qui font que les menftrucs ne peuuent couler &c le Tang eft contraind régurgiter en la mafte Tanguinaire,qui cauTe plufieurs maladies 3c accidens, voire Touuent la mort. D’auantage aucunes femmes, ayans perdu leurs fleurs, ou iamais n’ayans eu îe cours d’icelles,degenerenL en nature virile, 3c font appellees hommafles, 3c des Latins parce qu’elles font robuftes,audadeuTes,& Tuperbes, 3c ont la voix d’homme 3c deuienuent velues Femmet hommajfes, j ùti.87 * wjhire, De la Génération. 757 5c barbues, à raifon que ce fang qu'elles perdent chacun mois eft retenu,ce qui cft plôuuc par Hyp- pocratcs difant qu'en Abdere , Phactufa femme de Pytheas, au commencement qu'elle fut mariée, porta enfans, mais quelque temps après Ton mary eftant exile pour quelque deli5t, perdit les fleurs, à raifon dequoy luy furuindrent des douleurs 5c rougeurs aux articles. Et cela luy eftant iuruenu. Ton corps le changea en homme , deuenant velue 5c barbue, la voix eftant rude 5c afprè , puis il adioufte : Le femblable aufli aduienten Thafo , à Namyfia, femme de Gorgippus* Telles femmes ou Allés font naturellement plus fortes 5c de température chaude 5c feiche,de lorte qu’elles peüuenC aifement difliper par infenfiblc tranfpiration les fuperfluitez de leur nourriture à la façon des hommes, 5c en outre font fterileSi. Les figues & pognoîîic que les menîîruts font retenues, & les maladies & accident > qui en aduienmnt. ChaP( LXII. ■ Y A n d les mois font retenus par obftruftion des veines. 5c arteres qui font à là matrice &: col d’i celle, dediees à cxpulfer tel fang , alors il féfait plufieurs maladies 5c accidens , comme iuffioquation de matrice , dont lions aùôns parlé cy-delfus, les mammelles de la femme deuiennent enflees 5c dures, 5c les, parties génitales : auffi douleur de refte, défaillance de cœur 5c founent palpitation d’iceluy, inflammation à la matrice, Heure, apofteme, chancre, dîgeftioh debile, hydropi nie, naufce,vomiffiement comme aux femmes greffes, H que plufieurs le Guident eftre; dauantage aucunes ont vue ftrangurié , c’eft h dire ne pcuucnt rendre leur vrinc que goutte à goutte,à caufe qüe la matrice eftant rcmplie,prcflé 5c.ferme quafi la vefsie qui luy eft ail demis : ou bien fi elles vrinent librement leur vrine eft efpe- fc , noirafire , ou rougeaftre , pour vne partie du fang retenu coulant par icelle * comme raconté Galien au liure De'atrabile. Il y a des femmes qui lors qifelles viennent furie poincft que leurs mois veulent couler, {entent de grandes douleurs aux reins , 5c trenchecs au ventre , à caufe que leur fang eft fort greffier, qui fait qu’il pellette difficilement par les veines 8c arteres. Les femmes fe peuuent purger de leurs mois non feulement par la matrice, mais auffi par vomift'ement, par les vrines, par les hemorrhoides, le fçay que ma femme eftant fille au lieu d’auoir fes fleurs par le lieu deftiné de nature , les rendent par le nez l’efpacc d’vn an entier i d’ananrage la femme de Pier- re le Féure vendeur de fer , demeurant à Cliafteaudun, les rend par les mamrnelles auec telle quan- tité , que tous les. mois elle gafte trois ou quatre fermettes. Auffi Rcmbert Dodonay Médecin ’de rEmpcreur Cclar en fes obfcruations Medêcinales liure i.chap. ty. dit auoir veu vne fille aagee de feizéans, laquelle iettoit fes fleurs par les yeux , comme goûtes de fang, en maniéré de larmes : au- tres ont auffi difficulté de rcfpirer , trifteffie ians caufe raifonnable, manie , principalement quand les mois font retenus, ou la ieraencé ( comme nous allons diét ) quelques-vnes deuiennent poda- griques , la couleur du vifage liuide , bouffie, blaff»rde 5c difforme, pareillement tout le corps, & deuiennent flafques Ôc languiflantes, appétit perdu, phthifie, epilepfie , paralyfie , apoplexie outre tout cela vu infatiable appétit de Venus , par-ce que toutes les parties de la matrice (ont ti- tillées & cfmeue’s du fang h putréfiant, qui y eft retenu. Or ces chofes aduiennent principalement à celles qui font oyfiucs, 5c qui viuent copieufemcnt de viandes , multipliant 5c efchauffiant le fang 5c qui ont faid ceffation du coyt, 5c d’enfanter , auffi eftant couftumieremént auec les hommes, defquels maux, lors qu’il y en a quelqu’vn japcefent, ou preft de s’engendrer, il leur faut ai- der à prouoquer leurs menftrucs par les chofes propres 5c dediees à ce faire, comme nous déclare- rons bien-toft. Or à la femme grofle, combien que les mois luy foient longuement füpprimezi tourcsfois jamais ne luy apportent tel accident ( ou c’eft bien rarement ) parce que de la plus pure partie d’iceux fenfant en eft nourry en la matrice, 5c le refte qui eft plus gros , 5c non gueres cor- rompu , s’y garde pour fupporter d’enfant, 5c aidera à l’expulfer hors quand l’heure eft venue d’*enfanter , qui fc faitft par vne grande prouidence de Dieu j 5c de nature. Les femmes qui conçoi- tient ne font tant fujetres aux maladies de la matrice, que celles qui ne conçoiuent, par-ce que la femme eftant grofle, fes fc rempliflcnt,puis après Ce purge mieux de fes menftrucs : Quel- quesfois il s’engendre des vents eh la matrice, qui l’enflent 5c durciflent, 5c leurs fleurs font rete- nues , de façon que la femme penfe eftre grofle 5c ne l’eft pas ; & quélquesfois fait des vents par le col de la matrice comme par le fiege. La femme ayant Ton flux , a l’apppetit perdu , 5c mange peu, comme dit a efté par cy-deuanc : par-ce qu’en ce temps-la Nature peine 5c trauaille plus à ietter fes menftrucs qu’à digérer l’aliment, 5c fi elle mangeoit comme de couftume,la viande ne pourroit eftre digeree ; à celle caufe Nature prudente en tontes les actions abhorre les viandes. Auffi la femme ayant fes fleurs, a la couleur pâlie ; par-ce que durant tel flux la chaleur naturelle fe retire des par- ties extérieures, aux intérieures j pour ayder à expeller tel flux, laquelle abfente de la face caufe tel- le couleur pâlie. Et faut noter que lafuppüration du fang menftrual retenu dans les veines : quel- quesfois fcconuertit en matière purulente. Ce qu’Hippocrates aeferit au liure des maladies des femmes, dont nous pouuons colliger ce qu’on dit vulgairement eftre faux , que la fuppuration n’eft jamais fans apofteme &: vlceres. Galien iur le commentaire du troifiefme liure de* Epidémies, faiét mention d’vne femme qui pour la fuppreffion de fes fleurs jdeuint maigre &fort exrenuee, pâlie 5c ridée, à raifon de l’imputité du fang corrompu, laquelle il guaric, & luy fit reuenir fes mois par fréquentés faignees. Antonitis Beneuenius aoliure i. chap. 41. dit qu’vne femme eftoit tour- mentée d’vne grande douleur de tefte , à caufe que fes mois eftoient retenus, 5c les ayans vomis, fa douleur de tefte fut ceflce. H s flairer, PrOgnofîtC. Uip.au li. dés maladies qui adtsiennent aux femmes Arift. en fes Probl. Le fang fe pourrit dans la 'veines. La femme peut ietter fes mois pat 'vomiffemenfs 7^8 Le vingt-quatriefme Liure, Des moyens four frouoquer le flux me nfruai aux femmes C h A p* L XII. Cerf eft prie de Sylttim U- Hre des mois. uPPre^on des méftruës eft vne difpofidon procedâte,premiereméc de replenon; Jiji IprMgEr parquoy pour fa cure demade euacuation de la matière qui fait la repletiô, 5c fe fera as en vacuant Je fang,ouurant les veines faphenes:mais où il y auroit fort grande pie— nitude en tout le corps,faudroit premicremêt ouurir celles des bras,à fin de n’en atti- rcr trop à la matrice qui fèroic caufe d'y faire plus grande obftruétion : pareillement l’application des fangfuës au colde la matrice eft vdleraufîî les peftaires,principalemét aux femmes 5c non aux filles,car à icelles par honneur 5c honte virginale les fuffumigations font plus propres que les peftàires : onguens , linimens, emplaftres, huiles, cataplafmes appofez au col de la matri- ce, ligatures , fri étions aux cuifles 5c aux jambes, ventoufes appliquées près les aines, & fus le plat des cuiftes, clifteres, parfums pris per tmhotum, faiéls de chofes aromatiques, fomentations, fternu- tations, équitation, fauter, cheminer, 5c autre grand exercice : auflî fur tout la compagnie de leurs mainsjs’ils ne font maleficiez. D’auantage on peut faire receuoir auecvn entonnoir, 5c cet infini- ment pofe dans le col de la matrice, ccftc euaporation faiéte de baies de laurier, genévre, poulior, thym,alfa odorara, 5c autres chofcs odoriférantes. Et fi c’eft vne fille, l’euaporation fufdite eft con- uenable : aufiî vn petit de cotton trempe en ius defabina ou d*aluine,ou petite centaure, ou bien trempe en fiel de bœuf, Sc appliqué au col de la matrice en forme de noiiet eft vn fingulier remè- de. Les herbes 5c autres chofes qui prouoquent les mois , vt folia 5c flores hypericonis, endiuia, chico.radiccs fœniculi, afparagi, brufei, petrofel. berula, bafilic.meliflà,betonica, allia,cepæ,crifta marina,cortex caflîæ fiftulæ,calament.orig.puleg.artemifîa,thimus,hyftbp.faluia raaiorana,rofmar. marrubium, ruta,fabina,tithymallus,crocus,agaricus,flores fambuci,bacc.lanr.hedera,fcammo.can- tharid.pyreth.euphor. Les aromatiques font ammo.cinam.iuncus odorat.calamus aromat.cyperus. gingiber, nux mofeat. cariophyl. galanga, piper, cubeb.amb.mofc.fpica nardi,5c autres.Et de rou- tes ces chofes on en peut faire bouillons, bolus, potus, pilules, opiates,firops,apozemes, defquclles chofes on aura recours au dode Médecin : toutesfois ic te donneray ceft exemple d’apozeme,pour- cc qu’il eft fort expérimenté. Folior,& fiorum didamni an. p. ij. pimpinel.rn.fi,omnium capil.an.p.j.artemif maior.thimi, orig.an.m.fi.rad.rubiæ cicer. rubror.fe- minis pæoni.fenicufian. 5. fi.fiat decod.in aqua fufficien.ad ife.j.addendo cinam.j.iij.in coIar.diflbL fyrup.deartemif.5cfiyftop.an.§.j.diarh.abbat.5*j*palfétur per manicam hipp.cnm 5*ij«nucIeor.da& vn autre , appelle flux muliebre * par-ce quJil eft il JÊ là] propre 3c particulier aux femmes , qui leur cil à d’aucunes vue longue & continuelle » & qoafi fans douleur , qui vient de la matrice : 3c par icclle fc purge l’a- j ,i bondance des fuperfiuitez de tout le corps, ainfi que quelquesfois fe faiét par les reins: LÜÉgggksgLl, aux autres il fe faiét par interualle, ôc eft tel flux fort douloureux, principalement lors que la matrice eft: vlceree. Or cedit flux eft différent du flux menftrual, de la Gonorrhee ou flux de femence , de la chaude-pilfe, 3c de celuy qui fort des vlcercs de la matrice. Quand à la purgation raenftruale , le fang louable en peu de iours fluc autant qu’il en doit cftre vuidé ; mais au flux mu- liebre , le fang qui fort eûçorrompu , de couleur quelquesfois ronge , qui eft vne faliie de fang mefrae: quelquesfois fereux 3c liuide, autresfois blanc 3c efpés comme vn coulis dorge-mnndé, anrresfois jaunaftre, caufé le plus fou tient de fang phlegmatique. Qu’il foit vray , tel flux aduienc plus fouuent aux femmes phlegfiiadques 3c qui ont la chair mollallc, qu’aux autres, 3c eft nommé d’elles , fleurs blanches. Or le flux de la Gonorrhee ou de femence , eft beaucoup différent : il eft touftours blailchaftre, Sc porte fubit vn amaigriflement Sc grande foiblelfe , auec vne mauuaife couleur à tout le corps, encore qu’au fortir il excite quelque petite titillation de volupté. Les femmes le jettent fouuent par leur matrice, laquelle matière eft crue 3c fereufe, 3c fort en petite quantité, non afïîduellcment ny tous les iours , mais feulement par interualle, 3c n’eft nullement puant ny acre. Icelüy aduienc aux femmes luxurienfesjôc aux vefues, qui fe font long temps abftenu du coïrf La matière fanieufe,purulentc 3c blancheaftre , qui fort des vlceres de la matrice , eft auftî diffé- rente des fleurs blanches. Car les fleurs blanches font plus liquides, fereufes 3c aqueufes : 3c aufîî moins blanches 3c moins fétides : ioinét aufîi qu’elles fuient en plus grande quantité,quele pus qui vient es vlceres de la matrice. D’auantage efdiéls vlceres il y a douleur , en forte que la femme ne peut endurer l’habitation de Ton mary : 8c aux fleurs blanches ne fent nulle, ou bien petite douleur. Le flux de la chaude-pilfe promeut d’vne virulence venerienne , qui flu’e inceflamment comme les fleurs blanches , mais d’vne matière plus efpelfe, tantoft blancheaftre , tantoft rougeaftre , ou verdoyante, acre, ou corrodante , 3c puante , qui toft excite vlceres aux parties honteufes , qui defeend des vaifteanx fpermatiques, 3c non des veines, qui font flucr les menftrues, 3c fleurs blan- ches. Tel flux de chaude-pilfe ne celle point à la venue du fang menftrual, mais il pciTeuere deuanr, 3c auec luy * 3c après : au contraire des fleurs blanches, quiceftènt à l’éruption des mois, & quel- que peu de temps après. Le flux de chaude-pifte fait douleur 3c cuifon , eft puant, ôc coule quel- quesfois en grande quantité, 3c eft de couleur verdoyante ou jaunaftre. Aux hommes faiét eriger la verge, qui leur caufe grande douleur* principalement en pillant : ce qui ne fe fait au flux des fleurs blanches. Or la matière de tels flux fera cogncuë par la couleur, comme fi C’eft cholere, ou pituite, ou melancholie , les linges feront teints de l’humeur qui abonde en iceluy : 3c Ci c’eft lang pur, faut eftimer que tel flux vient par erofton ou par débilitation des vai fléaux de la matrice ou de ceux de fon col. Rarement tel flux fe fait de matière fanguine, fçauoir lors feulement que les femmes font greffes , ou que leurs mois font arreftez : car en lieu de fang menftrual fort vn excrement fereux, lequel rougit aucunement , ainfî que feroit vne eau teinte 3c meflce de quelque peu de fang. Fort rarement fefaid auftî tel flux d’humeur melancholie,où s’il Ce fait eft incontinent excité vn cancer en l’vterus: quelquefois la matière qui fort de quelque vlcere, caché dans l’vterus, abufele Mcdecin 3c Chirurgien , penfalit que ce foicnr fleurs blanches 3c mnliebres, toutesfois ces deux affections font aifeesà diftinguer : car la matière qui fluë d'vn vlcere eftant purulente , eft plus crafle, fetide 8c blanche , 3c en moindre quantité que celle qui promeut du flux muliebre. En outre telles fem- mes ne peuuent endurer la compagnie de l’homme fans grande douleur , fi principalement l’vlccre eft au col de l’amarry : mais en fon corps non. Madamoifelle de Chalange de Bretagne, ayant quel- ques fleurs blanches vint à Paris pour auoir confeil des Médecins , 3c eftre deliuree de ce flux, efpe- rant qu’apres en eftre guarie elle àuroit des enfans. Or quelques iours après il luy furuint vne grande douleur de collé, accompagnée d’vne fièvre. Meilleurs le Grand, Durer, 3c Rebours Docteurs en Médecine furent appeliez, eftans afîemblez fut conclud qu’elleauoit vne pleurefie coniointe d’vne peripneumonie. En ce temps-là elle auoit Tes fleurs, neantmoin$ luy fut ordonné vn clyftere 8c la iaigrice, qu’elle rcfufa tout à plat. Le iour d’après qui eftoit le feptiefme iour, 3c par-ce que les ac- cidens croiflcnt* elle fut laignee. Monfieur Durer la venoit voir deux fois le iour, 3c dit que s’il luy furuenoit douleur de refte auec prurit, qu’elle mourroit : & que cela aduenant il fe feroit tranfport de la matière des poulinons, à la telle. Le iour fumant la douleur & demangeaiion de tefte luy fur- uindrent, 3c peu d’heures après mourut. Quatre ou cinq iours après, Monfieur Rebours , Yiardÿ Flux mm* JlruuL Flux de [4 Gonorthee oH femence. Flux des vî* Ceres de lu matrice. Flux de Î4 chmde-pijffn Hifîôîréi Bratiè pro~ gnojhci 742 Le vingt-quatriefme Liure, de moy nous ouurifmes vn Preftre, lequel mourut d’vne pleurefie de peripneumonie j auquel furuint vne douleur de tefte : nous voulûmes veoir fi le prognoftic cy-deflus auoit lieu, de s'il fe leroit faid tranflation delà matière du pleura au cerueau. Apres auoir ouuert le crâne nous le trouuafmes tout remply de pus, entre la Pie-mere de le cerueau , comme en la Damoifelle fufdite. Caufe des fleurs blanches. Chap. LXIX. H s caufcs des fleurs blanches viennent fouuent par la débilitation de la concodion de l’eftomach, ou de tout le corps, de de grande triftdfc , ou pour auoir vfé trop de viandes crues de phlegmatiqucs. Le cours de ces fleurs, combien qu'elles foienî blancches , confcrue le corps en fanté , pourueu qu'iceluy foie modéré , à fçauoir, qu’il ne foit trop grand ny trop petit, de n’aye nulle acrimonie : autrement tel flux engendre débilitation de laftîcude vniuerfelle de tout le corps, couleur pâlie, l'appetit abbatu, atro- phie ou amaigrillemcnt de tout le corps, triftelfc , qui ne le peut appaiferpour la vergogne du de- coulement d’vn tel flux, tumeurs œdemateufes au;x jambes, de fait à d'aucunes defeendre la matrice en bas , ce que nous auons par cy-deuant appelle , précipitation de la matrice. Tel flux empefcha la conception, parce qu'il corrompt la femence, ou la contraint de fortiren s'efcoulant : aufîi quel- quesfois acquiert vne acrimonie , pour auoir demeuré cinq ou fix mois fans eftre euacué , lequel s'apofteme au corps de la matrice ou au col d'icelle, de acquiert pourriture , laquelle eft fouuent iettcc hors, qui caufe vlceres putrides de chancreux. A aucunes femmes fe font apoftemes aux ai- nes de hanches, qui font fouuent caufe de leur mort, de le plus fouuent pour ne s'eftre monftrees de déclarées aux Médecins de Chirurgiens en temps opportun, pour honte et vergongne qu’elles ont à monftrer leur mal. A ce propos Montanus récite cefte hiftoire , qu’vne fois entre autres, il fut ap- pelle pour voir vne noble Damoifellc d'Italie, laquelle auoit des fleurs blanches, de ayant cogneu fon mal, luy ordonna qu’elle fc fift fèringuer, de deterger fa matrice : ce qu’ayant entendu ladidc Damoyfclle tomba en fyncope s de pria fon mary de non iamais l'appeller. Et partant les maladies la matrice font difficiles à cognoiftre, de difficiles à curer : car la matrice reçoit là plus grande art des luperfluitez de tout le corps, tant pour-ce qu’elle eft partie debile , que pour ce qu'elle eft bas, de a plufieurs vailfeaux qui aboutiftent en foy, de d'auantage eft naturellement fujette purgations Ôe fluxions. TrogmHic. Autre hi- fieire. Cure du flux muliebre, ou fleurs blanches Chap. L X X. Saignee, liii V flux muliebre rouge, il faut faigner & faire les autres chofes qui ont cfté déclarées pour arrefter le flux menftrual immodéré j de au blanc, ou d'autre couleur, faut pur- gcr par remcdes propres : comme s'il eft caufé de cholere, par racdicamens propres a*ce^e> & ainfi des autres humeurs. Lesremedes feront changez de diuerfifiez félon lacaufe d'iceluy flux, lequel faut laiftèr couler quelque peu de temps, afin que la ma- trice , & tout le corps fc purge des humeurs fuperabondans. Les bains alumineux & fulphurez,oti bitumineux, ou ferrez, font propres à celuy qui eft caufe de pituite , ou en lieu d’iceux faut faire vne decodion d'herbes chaudes aromatiques & deficcatiues , de laquelle fera faid baing, jettant dedans plufieurs pierres &c cailloux ardens, de quelque portion d'alum, afin de le rendre plus aftrin- genr. Et le rcmede plus excellent que l'on tient, c'eft de boire des eaux minérales de Spa au Liege, ou de Plombiere , lefquels ont vertu admirable de tarir les fleurs blanches de chaudes-piffes. Tcu~ tesfois fc faut bien garder d'arrefter trop toft tels flux par mcdicamens repereuffifs Se aftringens, de peur de faire renuoy de cefte matière au foye, qui feroit caufe d'ydropifie, ou quelque fièvre , ou apofteme, ou maladie au cerucau , ou chancre à la matrice, ou autres accidcns : dont après les chofes vniuerfelles deiiement faites, on vfera de remedes qui auront puiflance d’aftraindre, nettoyer de fechcr la matrice , & le col d'icelle, auec injedions , pdfaires , parfums , de autres. Exemple d'vnc decodion de injedion deterfiue de deficcatiue. Floi\abfint.agrimonxeininod.burf.paftor.an.rn.fi. bulîiant firaul, de fiat decod.in qua difîbl. mellis rof.§.ij.aloés,myrr.falis nitri.an.5.j.& fiat iniedio.La femme fera fitucc en vn lid,auquel fe- ra vn matelas, de aura quelque oreillier fous fes fefles, en forte que le col de la matrice foit efleué en baut:& après auoir faid î'injed!on,pour la faire demeurer quelque temps, on fera croifer les cuilîés de jambes de la malade , les ferrant l'vne contre l’autre, & fléchies vers lés belles : & fi on veut plus aftreindre de feicher,on adiouftera chofc propre à cefaire,corame fuccus acaciæ,gall.virid.cortex gr. alumen roch.vitriol.roman.boüillis en eau de marefchal, de vin noir& auftere. Onpcutfemblable- ment faire des pdfaires ayans femblable vertu. Or fi les matières qui fortent delà marr1ice,font fort fétides & puantes,& de mauuaife couleur,elles lignifient qu’il y a vlccre putride : alors on doit vfer de remedes qui ont puilfance de corriger tel vice,come Ægyptiac(duqucl i'ay faid mention en mon traidé des Harquebuzadesj ditïbuh en lexiue ou vin noir, y adiouftant vn peu d'eau de vie,& faire toute autre chofe neceflaire en tel cas. D’auantage aucunes bonnes Dames difent qu'elles ont leurs fleurs blanches (qui eft vne gonorrhee ouchaude-pilfe)jettans grande quantité de matière purulente, comme au flux muliebre, aulquelles le Chirurgien, outre les autres fufdits remedes pourra ayder: de s’il cognoift que ledit flux ou vlceres fnfient caufe de la verolle, alors faudroit faire fuer & bauer ladite Dame,ou autrement ne pourroit guarir. Pareillement fera pofé en fa matrice vn inftrument en forme de peflaire , ayant certains petits trous en fon extrémité, à fin que les matières s’efcoulcnt, de n’acquicrenc acrimonie,& que la matrice foit vn peu efuentillee. Se aucunement refroidie par le bé- néfice d’vn rdforr qui le ciendta ouuerr. Maintenant il nous faut traider des pâlies couleurs. Batns artlfi- fiels. Remedes peur L vicere e amnny. De la Génération. 743 Des pâlies couleurs. Chap. LXXI. O v s auons did cy-deuant que le fang menftrual commence à apparoiftre aux filles | ojj ja meures, commençans à lentir leur cœur, ôc deuenir amoureufes, ôc eftre capables d’eftre mariées , ôc porter enfans, qui eft en l’aage de quatorze, quinze, ôc feize ans: il Kl Iras si qui eft lors que le fang s'efehauffe «Sc boüillonne dedans les veines,«Sc monte auxmam- melles , qui les font enfler ôc durcir. Semblablement le poil folet commence à appa- roiftre autour de leurs parties génitales, qui lors font chaudes ôc tuméfiées : leur voix fe mue ôc dé- nient plus graue:elles fentenc douleur à la tefte,auec vomiflèment de cholere ôc pituité.Le fang de leurs fleurs vient à fortir goutte à goutte,femblable en couleur à la laticure de chair fanglate, par- ce qu'il n’eft encore bien cuit,à caufe de leur tendre ieuncfle,qui fait qu'il eft fereux,aqueux &blaf- fard. On void aduenir de grands accidens par la rétention de leurs fleurs,& encor plus grands,!! par l'irritation de la copulation charnelle elles ne rendent leur femencc.Car eftant retenue,fe corrompt 6c acquiert venenofité, d'où procèdent les pâlies couleurs. Or à d’aucunes le fang menftrual ne s’ef- coule,à caufe que les vaiflèaux, à fçauoir veines Ôc arteres,font anguftes ôc cftroits, «5c encores non deftoupez : fi que ne pouuant fortir regorge en la maffe fanguinaire qui s'altère ôc corrompt, faute d’eftre euacué,«Sc toute l'habitude du corps ne peut eftre bien nourrie,dont fefait Leucophlcgmatie, qui fait le corps tout bouffy, thym, origan, agripaume, fabine Sc autres fcmblables. On fera aufli parfums aux parties génitales, faicls de poyure gingem- bre, clou de girofle,mufc, ciuctte,noixmnguctte. Puis il faut que la malade chemine,faulte,trauaille Saigner. Purgation, Ventoufes appliquées* fur le plate, 746 Le vingt-quatrieme Liure, des cuiffes. Parfums, Fripions aux cuijfes fy iambes, Pourquoy les filles des vil- lages ne font fuhiettes aux f ailes cou- leurs. dance, monte 3c defeende fouuent, qu’elle tire de l’eau d’vn puits , & autres exercices , H elle les peu t fupporter, fans que par iceux fe face plus grande irritation des matières amalfées 3c fuppri- mées, ny que les douleurs 3c autres accidens mentionnez fe rcfueillent 3c enaigriftënt d’auantage. Plus luy conuiendra faire des friélions aux cuilfes 3c iambes, auec linges rudes au matin. Il faut faire ces remedes au commencement des Lunes nouuelles, ou autre temps auquel les femmes ou fil- les malades auoient ou pouuoient auoir leurs purgations, autrement on trauailîeroit en vain. Les filles villageoifes ne font fubieéles aux pâlies couleurs, 3c aux fufdits accidents, à raifon qu’elles trauaillent beaucoup , 3c ne mangent tant de diuerfitez de viandes , comme celles des vil- les : auffi qu’elles font toufiours en plein air, lequel faidl diffipation & digeftion de la fubftance fnperfluë de tout leur fang par infenfible tranfpiration : qui faiél qu’elles ne fentent point ou peu les incommoditez de leurs fleurs arreftees. Des Hemorrhoïdes qui naijfentau col de la matrice* Chap. LXXXIIII. Hrjjyh O v T ainfiqu’il fe faidl des hemorrhoïdes au Hege, ainfi fefai6t-il au col delà ma- sfyL trice, lefquelles font extremitez des orifices des vaifleaux des rameaux des veinest qui viennent de la veine caue , defeendante àl'entour du propre orifice de la matrice: 3c du col d'icelle, par lefquelles les vierges 3c femmes groftès fe purgent de leurs mois : d’aurant qu’en elles l’orifice ou bouche de la matrice, eft fermée aux fem- mes grofles à raifon de l’enfant conceu,auquel les cotylédons referuent le fang pour fa nourriture; 3c aux vierges , parce qu’elles n’ont point encor efté ouuertcs. Ces extremitez des veines quel" ques-fois fe groffifent 3c ferment, fans ietter fang , 3c quelquefois auffi font ouuertes, 3c iettent vn gros fang noiraftre, comme font les hemorhoïdes du Hege >, fans ordre ny période auec douleur. Partant tel flux eft appelé Hemorrhoidal, 3c non menftrual, encore que tel flux forte par tnefmes veines* Elles viennent après les inflammations, Rhagadies de la matrice. Elles fonticogneuës pat l’effufion du fang qui coule, non par temps certain, comme faiélle flux menftrual, mais par inter- lude & fans ordre. Cure. La cure eft femblable à celle du Hege, qui eft d’appaifer la douleur par fomentations faiéles de femence de lin , de guimauues, fueilles de bouillon blanc :par liniments faiéls d’huile de pauor, de nénuphar, d’amandes douces , battues long - temps en vn mortier 3c pilon de plomb, adiou- ftant vn iaunc d’œuf auec vn peu d’opium. Des verrues qui viennent au col de la CMatrice. Chap. LXXXY* V col de la matrice le font des verruës de plu Heurs fortes : aucunes font eràinentes contre la peau, ou lèvres de la partie honteufe, fort peu releuees, calleufes, tubercu- leufes, &noiraftrcs, ayans la bafe large. Les Grecs les ont appelées Jldyrmecia, c’eft dire, fourmilières : parce qu'au froid elles font douleur , comme H vn fourray les mordoit. Les Arabes les nomment Verrues morales, parce quelles font greffes crm - me vne meure, 3c qu'elles font compofées de plufieurs eminences petites, comme vne meure de fes grains. Il y en a d’autres nommées acrochordon, qui font eminences calleufes , 3c qui ont la ra- cine grefle , 3c la tefte groftette,de forte qu'on diroit cftre vu nœud de corde, penduvn filer : les Latins les appellent Verrues penfiles. Autres font appellées Porales, parce qu’elles ont la tefte di- uifée en plufieurs parties,comme la tefte d'vn porreau : elles font longuettes 3c creuaifées par deifus, defquelles lort du fang en grande quantité après la compagnie de l'homme , ou H la femme chemi- ne, ou fai61 grand exercice. Pour le prognoftic , toutes les verrues font engendrées d'vn humeur pituiteux 3c melancholique , enuoyé de toutesdes parties du corps, parce que cefte partie eft com- me vn cloaque, où font enuoyez tous les excremens du corps. Nota, qu’en toutes ces verruës, s'il y a douleur , n'y faut toucher de medicamens acres, parce qu'elles font faiéles d'humeur malin, 3c qu’elles fe pourroient tourner en chancre : parquoy les faut pallier* Si elles ne font douloüreufes on les pourra lier, ou couper , ou appliquer cauftiques , à fin d’ofter leur racine, 3c qu’elles ne re- pullulent : ce qui fe fera auec huile de vitriol, ou eau forte , ou eau de fublimç , ou par telle eau. Aquæ plantaginis vj. virid. æris J.ij. alum. rochæ. J.ij. falis comm. 7). j. vitrioli Romani 3c fublimati ah. 5. H. terantur omnia fimul, 3c refeructur aqua ad vfum diëlum. Do cummt pour le teune Chirurgien.' Sel, feq. De Jhym, ejpece de verrue qui vient au col de la matrice. Chap. L X X X Y I a H y m naîil aux ailles du col de la matrice ,ou dedans le col itiefme , qui eft vne ef- pecede verrue auecafperitez creuacées, femblable à la telle du thym. Les Arabes les nomment verrues porales, pàrcc quela telle eft diuiféeen plufieursparties, com- me la telle d\n porreau en Tes filets. Il y en a deux efpeces, vn petit, 6c l'autre foxt grand , qui s’appelle Ficus> ou Fie, 3c du populace, le mal fainél Fiacre. LVn eft ma- lin , & l'autre bénin & gracieux. Le bénin eft vne petite chair eftroittcpar embas , 3c large par en haut, auec deux eminenccs peu apparentes blancheaftres ou rougeaftres , fans douleur. Le malin eft plus grand , plus dur, plus afpre ou rabouteux, dé couleur liuide, fungueux, auec vne douleur poignante, comme poinéies d aiguilles. Tous deux s’indignent au toucher, 3c iettent grande quantité de fang ellans coupez ou irritez , principalement après la compagnie de l'homme, ou que la femme aye cheminé , ou faiél quelque grand exercice* De la Génération 447 Cure. Ils doiuent eftre defteichez par remedes fecs 8c aftringens : auiîî les lier &couper.Ceux qui font malins 8c douloureux, les faut pallier, 8c n'y coucher, de peur qu’il n'y furuienne vn chancre ; on pourra mettre le fpeculura matricis, à fin de voir plus aifément. Diuers fourtraiffs deffieculum matricü. A Dcmonftrc la viz qui le cloft Sc ouure. B B B Les branches qui doiuent eftre de longeur de huiét ou neuf doigts. Ils doiuent eftre de grandeur & longueur félon l’âge de la femme : & lors que tu voudras appli- quer l’vn d’iceux , feras fituer la femme en telle façon , comme nous auons dit cy - deffiis à i’extra- élion de l’enfant mort, duquel ie t’ay baille le portraiéb. Or celles qui fe pourront lier, fe lieront par vn inftrumcnt propre , defcrit au chapitre de la relaxation de l’vuule,& feront ferrées d VinteHin & 9?nentum. De la relaxation & enfleure du nombril, qui fe fait aux enfans, Chapitre X CI Y. Caufet,' SV e l E s F o i s aduient auflî aux enfans noUuellement nez, que leur nombril eft tuméfié de grofteur d'vn œuf, qui procédé pour auoir eftè mal coupé, ou lié, ou pour quelques humeurs 8c aquofitez qui y font amaflees, ou de trop crier pour les tranchées : quclquesfois auflî apportent cefte tumeur du ventre de la merè, accom- pagnée d'vne apofteme, à laquelle ie confieille au ieune Chirurgien ne toucher pour y faire ouuerture : car eftant faiCle les inteftins fortent. Ce que i’ay veu aduenir plufieurs fois, 8c mefimement à l’enfant de defunCt Monfîeur de Martigues , lequel auoit efipoufié Madame de Laual, qui eftoit de la maifion de Lautrec : dont le Chirurgien, nommé Maiftre Pierre de la Roque, fut eu grand danger de fia perfionne : 8c n'euft eftè Monficur d'Eftampes, 8c mondit fieur de Martigues, les fieruiteurs luy eullcnc coupé la gorge , eftimans que la mort eftoit fiuruenuë à l'enfant par la faute dudit Chirurgien. Et encores depuis n'agueres telle chofie eft aduenuë à l’enfant de lean Gourmonr, Tailleur d’hiftoires, demeurant à l'Arbre fiée, ruë S. lean de Latran, en TVninerfité de Paris, lequel m’enuoya quérir pour faire ouuerture audit vmbilic : ce queie refufiay,& luy dis qu'il mourroit bien fans moy.Trois iours après 1 apofteme fiecreua d'elle-mefime,& les inteftins fiortirét,dont il mourut. Hliïoîres. De la douleur des dents des petits enfans Chap. XCY. BE s petits enfans ont auflî vne grande douleur de dents , principalement quand elles percent les genciues, 8c fortent hors : ce qui aduient communément à fepr mois, quclquesfois pluftoft, ou plus tard : 8c quand elles veulent fortir, leur font douleur auec vn prurit, demangeaifon 8c piqueure aux genciues,a) ans fouuent flux de ventre, fièvre, epiîepfie,fpafme,qui leur caufe quclquesfois la mort. Les figues qu'elles veu- lent fortir font, que la nourrice fient la bouche de l'enfant plus chaude que de couftume, 8c les gen- ciues leur fiontenflees, & les iodes : auflî font plus criards, 8c ne peuuenr dormir : le prurit 8c de- mageaifion le cognoit,parce que l'enfant met fouuct les doigts en la bouche,pour les cuidcr frotter» & baue fonda douleur vient à raifion que la pointe de la dent rompt 8c perce la chair de lagendne, qui eft fienfible 8c tendrc.Pour remédier à la douleur,faut que la nourrice fioit traiClee comme fi elle auoit la fièvre,de ne fera teter l'enfant tant que de couftume, mais luy fera boire iulep Alexandrin, ou fiyrop de limons,ou de grenade,auec eau bouillie,pour luy eftancher fion extreme fioif,& le rafrefi- chirrtoutesfois il ne luy faut rien mettre en la bouche qui fioit actuellement froid,de peur du retar- dement d’icelles,mais chofes douces &Ienitiues,afin de dilater Iagenciue,& appaifier la douleunpar- quoy la nourrice frottera fouuent de fies doitgs les gcnciues,& auec huile d'amâdes douces,ou beurre frais,ou miel 8c fucre,on de mucilages de fieméce de pfiylliu,guimauue,coings extraiCts en decoCHon de petitoire : 8c par dehors on appliquera vn cataplafime de farine d'orge,laiCl, huile rofiar, moyeux d'œufs ; dauantage on luy frottera fouuent les genciues de ccruelle de lièvre roftie , ou bouillie, à canfie qu'elle relafiche, &a vne propriété occulte d'aider à faire fortir les dents, ce que l'experience Caufes. Signet. €ure. De la Génération* 7J1 fnohftre : aufti eft propre la ccruclle de cochon. Ôn leiir baille volontiers vn ballon de rccliffe trempé en bon miel, où en lieu cTiceluy, vn hochet auquel eft enchalfe vne dent de loup > donc ils frottent leurs genciues : Sc par ce moyen l’enfant prend que lors que Tes dents veu- lent forcir -y il fcnt vn prurit Sc demangeaifon aux genciues j Sc les frottant les raréfié Sc fubtilie, &c pour cefte caufe les dents forcent pluftoft. Les nourrices font adiouftet au hochet de petites fermettes , qui leur feruent à ioüer, Sc folaftrer auec eux. Or fouucntesfois tels remedes ne pro- fitent de rien, à raifori que la genciue eft fort dure qui eft caufe que les dents ne là peuuent per- cer , dont s’enfuit pour la tertfion d’icelle , que les enfans Ontextremes douleurs, dont s’enfuit la fiéure , Sc autres accidents fufdits , & en fin la mort. Etpource ie fuis d’aduis que le Chirurgien face vne incifion fus la genciue , Sc ce fus la dent, pour luy Oüurir le pafiage , à fin qu’elle forte plus aifément. Ce que i’ay faiâ: à mes enfans, en prefence de Mbnfieur le Féure Médecin ordinaire du Roy, Sc de Madame laPrincelfede la Roche fur - Yon y Sc de meilleurs Haurin, Courtin, Do- cteurs Regens en la faculté deMedecine à Paris , & de Jacques Guillemeau, Chirurgien ordinaire du Roy, Sc lurcàParis : mefme aucunes nourrices, de leur inftind naturel, defehirent le detlus delà genciue auec leur ongle * à fin de faire voyc aux dents qui veillent fortir. Or il ne fera hors de propos reciter cefte hiftoire : Monfeigneur de Neuers m’enuoya quérir pour anatomifer fon fils mort, aagé de huiét mois ou ènuiron, auquel n’eftoit percé aucune dent* Ayant diligemment re- gardé qui pouuoiteftre caufe de fa mort, n’en fuft trouuee aucune, finon qu’il auoit les genciues fort dures, grolfes Sc enflees, Sc les ayant coupees par deftus , trouuay toutes les dents preftes à fortir , pour le peu d’aide qu’on y euft faiét en coupant la genciue : ce qui fut conclud des Méde- cins prefents, Sc de moy , que la feule caufe de fa mort eftoit, que Nature n’auoit efté alfez forte pour percer la genciue, Sc pouffer les dents dehors , à raifon que pour l’aage qu’il auoit elles eftoient trop dures, Sc plus mefme quelles ne doiuenteftre à vn plus aagé qu’il n’eftoit. Expert ehcè de l’Authetif faite fur fei enfant. HiBcirOt Pin du mswt - qUatriefm Liure > tralitant de la Génération, 75 2. TABLE DES CHAPITRES DV LIVRE DES MONSTRES. sp====^i===;===s E S caufis des Monftres. Chapitre j Exemple de la gloire de Dieu* Chap. ij # ExeMftg l-ite de Dieu. Chap. iij I Exemple de la trop grande quantité de fimence. Chap. iv L Desfemmes qui portent plufieurs enfans d'vne ventrée. Chap. v y Des Hermafiodites ou Androgynesy ce fi a vn mefme corps efi trouué deux fixes. Chap. vj Hiftoires mémorables de certaines femmes qui font dégénérées en hom- mes. Chap. vij Exemple du défaut de la quantité de lafimence. Chap. viij Exemple des montres qut fi font par imagination, Chap. ix Exemple de l'angnfiie ou petiteffe de la matrice. Chap. x Exemple des mon tire s qui fi font, la mere s'eftant trop longuement afiife, ayant eu les cuijfes croifies, eu pour s'eftre bandée trop le ventre durant qu'elle eftoit grojfi. Chap. xj Exemple des monftres qui font engendrez,, la mere ayant receu quelque coup, ou cheute y eftant grojfi d'enfant. s Chap. xij Exemple des monftres qui fi font par maladies héréditaires ou accidentales. Chap. xiij Exemple des monftres faits par maladies accidentales. Chap. xiv Des pierres qui s'engendrent au corps humain. C hap. x v De certaines chofis eftrages que nature expelle parfin incoprehenfible prouidence. Chap. x vj De plufieurs ch ofies eftrange s. Chap. xvij Exemple des monflres quifi font de pourriture & corruption. Chap. xvii j Exemple de la commïxtion & mejlange de fiemence. Chap. xix Exemple de l artifice des mefichansgueux de l'hofiiere. Chap. xx L'impofture d'vne belifèrejfefeignant auoir vn chancre en lamammelle. Chap. xxj L'impofture d'vn certain maraut qui contrefaifoit le ladre. Chap. xxij D'vne caignardiere feignante eftre malade du mal drfainff Fiacre, é* luy fortoit du cul vn long & gros boyau fait par artifice. Chap. xxiij D'vne grojfê garce de Normandie, qui feïgnoit auoir vn firpent dans le ventre. Chap. xxiv Exemple des chef ?s faites par les démons. Chap. xxv De ceux qui font poffedez des démons parlent en diuerfes parties de leurs corps. Chap. xx vj Comme les démons habitent és carrières. Chap. xxvij Comme les démons nous peuuent deceuoir. Ch. xxviij Exemple deplufieurs illufions diaboliques. Chap. xxix De l'art magique. ? Chap. xxx De certaines maladies eftr anges. Chap. xxxj Des noüeurs d'aiguillette. : ; Chap. xxxij Des Incubes & Succubes. Ch. xxxiij Des monftres marins. : Ch. xxxiv Des monftres volatiles. Ch. xxxv Des monftres terreftres. Ch. xxxvj Des monftres celefies. Ch. xxxvij abraham Ortelius, du theatre de l'Vniuers-. Ch. xxxviij 7SI LE VINGTCINQVIESME LIVRE, TRAICTANT DES MONSTRES ET PRODIGES. l?ar Ambroise Pare de Laual au Maine 5 Confeiller & premier Chirurgien du Roy. Préfacé. ■ Onstres, font chofes qui appareillent outre le cours de Nature ( Sc font le plus fouuent lignes de quelque mal - heur à aduenir ) comme vn en- fant qui naift auec vn feul bras , vn autre qui aura deux telles, Sc autres membres, outre l’ordinaire. Prodiges , font chofes qui viennent du tout contre Nature, comme vue femme qui enfantera vn ferpent, ou vn chien, ou autre chofe du tout contre Nature , comme nous monftrerons cy - après m Par plulieurs exemples d’iceux monftres Sc prodiges : lefqucls i’ay recueillis auec les figures de plulieurs autheurs : comme des Hiftoires prodigieufes de Pierre Boiftuau , Sc de Claude Tellerant, de fainél Paul, fajnél Augu- ftin , Efdras le Prophète : Sc des anciens Philofophes ; à fçauoir, d’Hippocrates, Galien , Empe- docles, AriIlote,Pline, Lycofthene , Sc autres qui feront cottez félon qu’il viendra à propos. Les mutilez, font comme aueugles , borgnes, boftus, boiteux, hermaphrodites, ou ceux qui ont lix doigts à la main , ou aux pieds, ou moins de cinq , ou joints enfemble , ou les bras trop courts, ou le nez trop enfoncé, comme ont les camus, ou les lèvres greffes Sc renuerfees , ou les parties gé- nitales clofes , comme quelques filles pour caufe de l’hymen , ou chair fupernaturelle, ou quel- ques taches ou verrues, ou louppes, ou autre chofe contre nature. Les nows es Altt^^urs^t4 témoignage defquels i’ay recueiUy cei montres & f'TDci^es' Des caufe s des Aionflrcs. Chapitre I. s caL1)^es des monftres font plulieurs. La première eft, la gloire de Deu. Lafe- condc, Ton ire. La troincfme la trop grande quantité de fcmence. La quatriefme, mk la trop petite quantité. La cinquiefme , l’imagination. La fixiefrae, l’anguftie ou petitellè de la matrice. Lafeptiefme, l’alîîete indecente de la merc , comme li cftauc grolîe, elle s’eft tenue'trop longuement alîifeles cuilïès croifees ou ferrecs contre le ventre. La huiélicfiiie, cheute, ou coups donnez contre le ventre de la mere eftanr greffe d’enfant. La neufuiefme , maladies héréditaires, ou accidentales. La dixiefme , pourriture ou corruption delà femence. L’onzicfrae, mixtion oumeflangede femence. Ladouzi.efme , l’artifice des mef- chans beliftres de l’oftiere. La treziefme, les Démons ou Diables. Treize cas*- fes des won- fires. Exemple de la gloire de Dieu. C h a p. IL æL efteferiten fainéllean d’vn homme quieftoitné aueugle, lequel ayant recouuré la veué par la grâce de lefus - Chriffc, fut interrogé de fes Difciplcs, fi le péché de luy, ou de fes parens, efloit caufe qu’il eull efté ainfi produit aueugle dés le iour de fa natiuiré. Et lefus - Chrift leur refpondit : que luy , ne fon pere , ne fa mere , n’auoient péché, mais que c’eftoit à fin que les œuures de Dieu fuflent magnifiées en luy. De (ieu^e Exemple de l'ire de Dieu. Chap. III. L y a d’autres créatures , qui nous eftonnent doublement, parce qu’elles ne procèdent VfM es cau^es friTcii ces , mais d’vne confusion d’eftranges efpeces , qui rendent la nature non Æ feulement monftrueufe , mais prodigieufe : c’eft à dire, du tout abhorrente Sc contre na- ture , comme font ceux qui ont la figure d’vn chien , & la tefte d’vne volaille , quatre cornes à la tefte , quatre pieds de bœuf, Sc les cuiffes defehiquetees, la tefte d’vn Perroquet, Sc Le vingt-cinquiefme Liure, 75 4 deux panaches fur la tefte , 8c quatre griffes, 8c autres formes que tu pourras voir par plu fleurs 8c diuerfes figures , cy-apres dépeintes à leur reflcmblancc. Il eft certain que le plus fouirent ces créatures monftrucufes 8c prodigieufes procèdent du iuge- mentdeDieu, lequel permet que les peres &meres produifent telles abominations pour le dclor- dre qu’ils font en la copulation comme beftes brutes, où leur appétit les guide, fans refpcdcr le temps , ou autres loix ordonnées de Dieu 8c de Nature, comme il eft eferit en Efdras le Prophè- te, que les femmes foiiillees de fang menftruel engendreront des monftres. Pareillement Moyfe défend telle coniondion au Leuitique chapitre 16. Auffi les anciens ont obferué par longues ex- périences, que la femme qui aura conceu durant fies fleurs, engendrera enfans lepreux , tîgneux, gouteux, cicrolielleux, ou fnjets à mille maladies : d’autant que l’enfant conceu durant le flux menftruel, prend nourriture 8c acçroiflèment eftant au ventre de la rnere d’vn fang vicieux , falc 8c corrompu , lequel aucc le temps ayant enraciné fon infedion,,fe manifefte, ôc fait apparoiftre fa malignité : aucuns feront tigneux, autres gouteux , autres lepreux , autres auront la petite ve- rolle ou rougeolle , 8c autres infirmitez de maladies. Conclufion , c’eft vne cfiofe fale 8c brutale d’auoir affaire à vne femme pendant qu’elle fe purge. Lefdics anciens eftirnoicnt tels prodiges ve- nir fouuent de la pure volonté de Dieu, pour nous aduertir des mal -> heurs dont nous fommes menacez de quelque grand defordre, ainfi que le cours ordinaire de Nature fembloit eftre peruer- ty en vne mal -heureufe engeance. L’Italie en fit prenue aflèz fuflîfante, pour les trauaux qu’elle endura en la guerre qui fut entre les Florentins 8c les Pifans, après auoir veu à Yeronne l’an 1254. vne iurnent qui poulina vn poulin qui auoit vne tefte d’homme bien formée, 8c le refte d’vn che- nal , comme tu vois par cefte figure. Cap. 5. U. 4 Aloyfe, Figure d'yn poulain ayant la teHe d'homme, Pourtyaiff d'vn monfîte mtweiüeux Autre premje. Du temps que le Pape Iules IL fufj dta tant de mal - heurs en Italie, 8c qu’il euft la guerre contre le Roy Louys XII. 1512. laquelle fut fuyuie d'vne fanglante bataille donnée prés de R4- . uenne, peu de temps après on veid naiftre en lamef- ■ me ville vn naonftre ayant vne corne à la tefte, deux aides , 8c vn feulPicd, femblable à celuy d’vn oy- feau de proye : à la iointure dn genoüil vn œil : ôc participant de la nature de mafle ôc de femelle, com- me tu vois par ce pourtraid. Des Monftres 755 Exempts de trop grande quantité'de femence C H A F. I I I L Ippocrates fur la Génération ifr K des Monftres , dit, que s’il y a trop ■|vJ njMiy grande abondance de matière, il fe 1 % fera grand nombre de portées, ou vn enfant monllrueux, ayant des parties fiiperflucs 8c inutiles ; comme deux celles , quatre bras, quatre jambes, fix doigts és mains 8c pieds, ou autres ebofes : au contraire , fi la femencc défaut en quanti té,quelque membre defaudra, comme n'auoir qu'vue main, point de bras,ou de pied, ou de telle, ou autres parties défaillantes. Saind Auguftin dit, que de Ton temps il nafquit en Orient vn enfant qui auoit le ventre en hauc,toutcs les parties fuperieures doubles,& les inférieures il auoit deux telles 8c quatre yeux,deux poidrines & 4. mains, & le relié comme vn autre honime,lequel vefquit allez long teps. Cælius Rhodiginus a eferit au liu. de Ces Antiques leçons, auoir veu en Italie deux monllres, l'vn malle 8c l'autre femelle* leurs corps bien parfaits 8c proportionnez, relie la duplication de la telle ; le malle mourut peu de iours après fa natiuité,& la fe- melle, de laquelle tu vois icy le pourtraid , vefquit vingt-cinq ans âpres, qui efb contre le naturel des monllres, lefquels ordinairement ne viuent gueres* pource qu'ils fe defplaifent, 8c melancholient de fe voir aînfi en opprobre de tout le monde, fi bien que leur vie elt briefuc. Or il faut icy noter que Licollhene eferit vne chofe merueilleufe de ce monllre femelle : car referué la duplication de la telle. Nature n'y auoir rien obmis# ces deux telles(dit-il)auoient mefme défit* de boire 8c manger, Sc dormir , 8c la parole femblable, comme elloient mefmcs toutes les alfedionS. Celle fille alloit d'huis en huis chercher fa vie, 8c luy donnoit-on volontiers pour la nouueautc d'vn fi ellrange 8c nouiieaufpedacle:toutcsfois elle fut defchaflèe à la longue de la Duché deBauiere,parce(diloit-on) qu'elle pourroit gallcr le fruid des femmes greffes, pour l’apprehenfion , 8c idees qui pourroient demeurer en la vertu imaginatiue, de la figure de celle créature ainfi monftrueufes. Ch dp, 8. de Ut Cité de Dieu. Cap. 3. t4i lik Les moKftrt ne viuent guère s. Il n’ejl bleu que les mon - fires coha- bitent en- tre noiM* Figure de deux files gemettes, tointtes és* vnies par les parties poferieures* Figuré d'vn homme, du ventre duquel fortoitvn autre homme. 756 Le vingt-cinquiefme Liure, L’an de grâce 1475.furent engendrees pareillemétcn Italie en la ville de Vcronne deux filles con- jointes par les reins, depu/s les efpaules iufques aux fellès: & parce que leurs parens edoiem pan- ures, elles furent portées par plufieurs villes d’Italie, pour amaîlcr argent du peuple, qui edoit fort ardent de voir ce nouucau fpedacle de Nature. En celle mefme année Charles Duc de Bourgongne occupa par armes la Duché de Lorraine. Vne grande partie de Cracouie fut mife en cendre par vn violent embrafement. Le Royaume d’Efpagne diuifé entre Ferdinand le grand Roy d’Efpagne , & Alphonfe Roy de Portugal. Ce moudre fut fuiuyde plufieurs autres effets qu’il femble auoir pre~ fagiez.' L’an 1530. on a veu vn homme de celle ville de Paris,du ventre duquel fortoit vn autre homme bien formé de tous fes membres,referué la tcde,&: cet homme edoit aagé de quarante ans ou enui- ron, & portoitainfî ce corps entre fes bras , auec fi grande merueillc, que le inonde s’aflèmbloit à grandes troupes pour le voir,la figure duquel t’ed icy reprefentee au vif. En Piedmont en la ville de Quiers, didante de Thurin enuiron de cinq lieues, vne honnede Dame accoucha d’vnmondre le dix - fepriefme iour de lanuier à huiét heures du foir , ccdc pre— fente annee 1578. la face edant bien proportionnée en toutes fes parties. Il a edé mondrueux an rede de la tede, en ce q,u’il en fortoit cinq cornes approchantes à celles d’vn bélier . rengees les vues contre les autres, en haut du front, & au derrière vne longue pièce de chair pendante le long du dos , en maniéré d’vn chaperon de Damoifelle. Il auoit autour de fon côl vne piece de chair double couchee en la maniéré d’vn collet de chemife tout vny , les extremitez des doigts relTern- blans aux griffes de quelque oyfeau de proyc, les genoux aux jarrets. Le pied de la iambe droide edoient d’vn rouge fort haut en couleur. Le rede du corps edoir de la couleur d’vn gris enfumé. On dit qu’à la naiflàncc de ce moudre qu’il ietta vn grand cry , qui edonna tellement la fage-fem- me & toute la compagnie , que l’effroy qu’ils en eurent, leur fit quitter le logis. Cede nouuelle edant venue iufques à Moniteur le Prince de Piedmont, pour le defir qu’il auoit de le voir , l’en— noya quérir , en la prefence duquel plufieurs en firent diuers iugemens. La figure t’ed icy repre- fentee après le naturel. Ce prefent Monftre que voyez cy - dépeint comme vne autre Medufc , a cfté trouué dedans vn œuf, ayant la face &c rifk— ge d’vn homme,tous leschcueux de petits ferpenteaux tous vifs & la barbe à la mode Sc façon de trois ferpens qui luy fortoient hors du menton : Sc fut trouué le quinziefme iour du mois de Mars dernier pafte Jf6 le {quelles sentretenaient far le fiont. Sebaftien Monfter cfcrit auoir vcu deux filles Tan rail quatre cens nonante - cinq au mois de Septembre prés de Vuormes,au village nommé Brillant, lefquelles auoient les corps entiers ôc bien formez , mais leurs fronts s’entretenoient enfemble , fans que par artifice humain on les peuft réparer , & s’entretouchoient prcfquc du nez : ôc vefquirent iufques à dix ans , Ôc lors en mourut vne, laquelle fut oftee ôc fcparec de l’autre, ôc celle qui demeura viue mourut bien toft après, quand on fepara fa fœur morte d’auec elle, pour la playe qu’elle auoit rcceuë de la fepara- tion : la figure defquelles t’efticy ddfus reprefentee. Figure de deux en fans monHrueux y baguer es nez* à Farà. l’an mil cinq cens l'optante, le vingtîefmc iour du mois de luiliet, à Paris, ruë des Grauilliers, à l’cnfeigne de la Cloche, nafquirem ces deux enfans ainfi figurez , remarquez par les Chirur- Oour malle & femelle, & furent baptifez à làin£t Nicolas des Champs,& nommez Louys & . Le pere auoit nom Pierre Germain, dit petit Dieu, de Ton mefticr ayde à maçon, & leur mere Perneile, Figuras Des Monftres 7S9 Figure de deux filet ioinSîes enfmhle> nagueres nées en la Ville du Font de Sée, frés Angers. FourtraiSl d)rvn montre ayant deux tejîes, ïvne de ma/le> t autre de fe- melle: ‘ Le Lundy dixiefme iour de Tuilier, mil cinqfens foixante 8c douze , en la ville de Pont de Sée* prés d'Angers , nafquirent deux enfans femelles, lefqucls vefquirent demie heure * ôc recourent baptefme , ôc eftoient bien formez, fors qu’vne main feneftre n’auoit feulement que quatre doigts ôc eftoient conioinéls enfemble en leurs parties antérieures, à fçauoir, depuis le menton iufques à l’vmbilic, ôc n’auoicnt qu’vn feul nombril, ôc vn fcul cœur, le foye diuifé en quatre lobes. Cælius Rhodiginus, chapitre troilîcfme ,liure vingtquatriefme de fes Antiques leçons ,cfcrit qu'il fut produit vn monftrc à Ferrarc en Italie, Pan de grâce,mil cinq cens quarante, le dix-neu- fiefrne iour de Mars, lequel lors qu’il fut enfanté,eftoit auflî grand ôc bien formé , que s'il euft eu quatre mois accomplis, ayant le fexe féminin ôc mafeulin , ôc deux teftes , Pvnc de malle ôc l’autre de femelle. Celle annee fut toute remplie de prodiges, ôc de miferes qui les fuiuirent. A Milan nalquit vn veau aucc deux teftes parfaiéles , iointes enfemble par l’occiput. Le vingt-lixiefme Décembre, en plulîeurs lieux d’Allemagne fut veiie deuant le iour vne eftoile dedans le corps de la Lune, de laquelle en ylîîrent deux le lendemain qui rendoielit vne tres-grande lumière. Le cinquiefmelanuier vn enfant monftrueux nafquit en Allemagne aucc deux teftes tournez vers le dos , defquelles les faces oppofees l’vne auec l’aütre s’entreregardoient d’vne contenance farouche , ôc pleine de menace. - Vne comete parut, ôc le Soleil fouffrit vne tres-grande Eclipfe, le feptiefme d’Audi. Il y eut de grandes 8c cruelles guerres en celle annee. Plulîeurs trembleraens de terre, tant en Allemagne, qu'aillcurs* auec tres-grandes ruines. L’Eglife Cathédrale de Prague ville capitale de Boheme* aucc le Palais Royal, furent entière- ment brûliez. Les principaux elfeds de la reuolte des Gantois executez par le commandement de Charles cinquielfnc. L’Efté fut tres-ardent ôc fcc , auec vne tres-grande difette d’herbages ôc legnmes ôc autres ne- celïïtez. Tous lefquels mal-heurs, ôc plulîeurs autres qui arriuerent en celle annee,fcmblent auoir elle prédits par ces monftres. Car tout ainlî qu en la compolîtion parfaite de l’indiuidude tous les animaux, telles formes font monftrueufes, extraordinaires Ôc horribles à voir : ces accidcns le font de mefme aux Eftats, Citez Ôc Républiques qui en reçoiuent les affligions. 760 Le vingt-cinquième Liure, Figure d>rvn enfant mafle ayant quatre bras & quatre jambes. Figure d'vn homme ayant yne teHe au milieu du njentre. louinianus Pontanus efcrit que Pan mil cinq cens vingt-neuf, le neufiefme de lanuier, il fut veu en Allemagne vn enfant malle ayant quatre bras& quatre jambes, duquel tu vois icy le portrait, L’Ellé pluuiueux extraordinairement perdit vniuerfellement tous les biens de la terre. La mcfme annee que le Grand Roy François fit la paix auecles Suylîes nafquiten Allemagne £ vn monftre ayant vne telle au milieu du ventre : iceluy vefquic iniques à l’aage d’homme ; iceils telle prenoit aliment comme l’autre. nPourtraiffi de deux enfkns monürueux, aufquels yn feul fixe féminin fie manifeste. Le dernier iour de Feurier mil cinq cens feptante-deux, en la Parroilîc de Viabam, fur le che- min de Paris à Chartres, au lieu des petites Bordes, vne femme nommée Cypriane Girande, fem- me de lacques Marchand Laboureur , accoucha de ce monftre, lequel vefquit iufques au Diman- che enfuiuant. Des Monftres /6i Figure £rvn cochon monBrueux né à Mets en Lorraine• L’an 1772.le lendemain de Pafques à Mets en Lorraine, dans l’hoftelleric du fain F au fie opt- - fit 6 touchant les cellules de V Arnarry, Caufe des gé- meaux* Ues Hcmafiodites} ou Androgjnes, ceft à dite , qui en vn mefime corps ont deuxfixes. Chapitre VI. D àfcriptîon des herma- frodites. Andrîgyne en Grec fi* gnifie homme femme homme. Teriruam c'efi a drre l’entrefejfon. E s Hérmafrodites ou Androgines font des enfans qui «aident auec double membre ül genital,l'vn mafculin,l'autre féminin , 6c partant font appeliez en noftrc langue Fran— 9°^e hommes & femmes. Or quant à la caufe, c'cft que femme fournit autant de fe- mcnce que Fhomme proportionneraient, & pource la vertu formatrice, qui roulions tafche à faire Ton femblable,à fçauoir,de la matière mafculinc vn ruade ,& de la féminine vue fc- radie, fait qu'en vn mefme corps font trouuez quelqucsfois les deux fexes , que l'on nomme Hcr • mafrodites : defqnels il y a quatre différences,à fçauoir, hermafrodite made , qui cft celuy qui aie fexe de l'homme parfaiéi, &qui peut engendrer, 6c a au perinæum ( qui cft le lieu entre le ferotum 6c le fiegej vn trou en forme de vulue, toutesfois non pénétrant au dedans du corps, 6c d'iceluy ne fort vrine ne femcnce. La femme hermafrodite,outre la vulue qui cft bien compofée, par laquelle elle iette la femenee & Tes mois,a vn membre viril,fitné au delfus de ladite vulue,près le pend, fans picpuce: mais vne peau deliée,laquelle ne fe peut renuerfer ne retourner, 5c fans aucuneeredion, 6c d'iceluy ne fort vrine ny lcmcnce,& ne s'y trouue veftige de ferotum, ne tefticules. Les Ferma- frodites qui ne font ny l'vn ny l'autre , font ceux qui font du tout forclos, 6c exempts de généra- tion , 6c leurs fexes du tout imparfaits, 6c font fîtuez à codé l'vn de l'autre,6c quelquesfois l'vn delfus 6c l'autre ddîbus , 6c ne s'en peuuent feruir que pour ictter l’vrine. Hermafrodires mades 6c femelles,ce font ceux qui ont les deux fexes bien formez,& s'en & feruir à la généra- tion : Sc à ceux-cy les loix anciennes 6c modernes ont fait 6c font encore cdité,duquel fexe ils veu- lent vfer,auec deffenfe, fur peine de perdre la vie, de ne fe feruir que de celuy duquel ils auront fait edetion pour les inconueniens qui enpourroient aduenir. . Car aucuns en ont abusé de telle for- ce,que par vn vfage mutuel 6c réciproque, paillardoient de l’vn 6c de l'autre fexe : tantod d'homme: tantod de femme, à caufe qu’ils auoient nature d'homme & de femme , proportionnée à tel aéle, voire comme deferit Aridote, leur tetin droit cd comme celuy d’vn homme, & le gauche comme celuy d'vne femme. Les Médecins 6c Chirurgiens bien experts & bien aduifez,peuuent cognoidrc quel fexc,les hermafrodites doiuent tenir de made ou femelle,ou s’ils peuuent vfer des deux ou de pas vn. Et telle choie fc cognoidra aux parties génitales, à fçauoir, fi le fexe féminin ed propre en les dimenfions, pour receuoir la verge virile, 6c li par iceluy fluent les mendrnes, pareillement pat levifagc,6t fi les cheueuxlonc deliez on gros ; fi la parole ed virile ou grede, fi les retins font ferai— blables à ceux des hommes, ou des femmes : femblablement fi toute l'habitude du corps ed robude, ou efféminée, s’ils font hardis ou craintifs , 6c aux autres aélions propres 6c familières aux mades, ou aux femelles. Et quant aux parties génitales qui appartiennent à l'homme, faut examiner 6c vc r s'il y a grande quantité de poil au pend 6c autour du fiege ; car communément, 6c quafi rouf- jours les femmes n’en ont point au liège. Semblablement faut bien examiner fi la verge virile ed bien proportionnée en grolléur & longueur, 6c fi elle fe dreffé, 6c d’icelle fort lémence : qui fe fera par la confeflion de l'hermafrodite,lors qu'il aura eu la compagnie de femme : 6c par cet examen ©a pourra véritablement difeemer 6c cograoiffre l'herraafrodite made 6c femelle, ou ceux qui ferot j tolrleThtr- mafrodîtes ent eHéohfer- uees des an- !TerL- Les médecins & chirurgies peuuent dif- te<. 1 Arift. en fes prohl. feti. 0 II. g. chap. 69.Plin.li.7. ehap. a,. Des Montes. 763 A & Tvn& l’autre,oü qui neferotny Tvrt tiy l’autre.Et fi le fexe de f hermafrodite tient pins de l'hom- me que de lafemmcjil doit eftre appelle homme ; 8c ainfi fera-il de la femme. Et fi l’hermafrodité tient autant de fvn que de 1 autre, il fera appelle hermafrodite homme & femme, comme tu peux voir par ce pourtraiéh eT?ourtralSî d’vn hermajrodite homme çf femme. figure de deux en fans gemeauxher- mafroditesy eHans ioïnts dos à dos3 l'nan auec l'autre. L’an mil quatre cens quatre-vingts & fix, on veid naiftre au Palatinat allez prés de Heidelberg* en vn bourg nommé Rhobarchie , deux'enfansgemeaux s'entretenans, & ioints enfemble dos à dos, qui eftoient hermafrodites, comme on les peut voir par ce portraiél. Figure d'vn monsîre ayant quatre bras quatre pieds y & deux natures de femme. Le îour que les Vénitiens 8c Geneuois furent reconciliez , nafquit en Italie ( comme raconte Boiftuau ) vn monftre qui auoit quatre bras 8c qua- tre jambes, 8c n'auoit qu'vnc telle, auec la propor- tion gardée en tout le relie du corps, 8c fut baptisé, 8c vefquit quelque temps après. Jacques Ruef> Chirurgien de Surich , eferit en auoir veu vn fem- blable, lequel auoit deux natures de femmeacomcn® tu peux voir par ce pourtraiéh 7 64 Le vingt-cinquiefine Liure, Hifioires mémorables de certaines femmes qui font dégénérées en hommes. Chap. VIL M a t y s Lufitanus recite , qu’il y eut en vn bourg nommé Efgucina , vne fille ap- pellée Marie Pateca , laquelle eftant fur le temps que les filles commencent à auoir leurs fleurs , au lieu defdites fleurs , luy fortit vn membre viril, lequel eftoit caché dc- dans auparauant, 8c ainfi de femelle deuint malle : parquoy elle fut veftuc de rob- bes d’homme , 8c Ton nom de Marie fut changé en Emanuel. Depuis il trafiqua long temps és In- des , où ayant acquis grand bruit, 8c grandes richelfes,à Ton retour fe maria : toutesfois cet au- theur ne fçait s’il eut cnfans,vray eft ( dit-il ) qu’il demeura tonfiours fans barbe. Antoine LoqueneuxReceueur des tailles pour le Roy à faind Quentin, n’agueres m’a affirmé auoir veu vn homme au logis du Cygne à Rheins, l’an foixante , lequel femblablement on auoir eftimé eftre fille, iufques en l’aage de quatorze ans : mais fe ioüant 8c folaftrant, eftant couché auec vne chambrière , Tes parties génitales d’homme fe vindrent à deuelopper ; le pere 8c la mere le co- gnoilfant eftre tel, luy firent par authorité de l’Eglife changer le nom de leanne à lean , Sc luy fu- rent baillez habillemens d’homme. Auffi eftant à la (uitte du Roy , à Vitry le François en Cham- paigne i’y vei vn certain perfonnage nommé Germain Garnier , aucuns le nommoient Germain Mariemarce qù’eftant fille on l’appelloit Marie, icune homme, de taille moyenne, trappe, 8c bien a- maflé portant barbe rouflè, aftez efpece, lequel iufqu’au quinziefme an de fon aage auoit cfté tenu pour fille, attendu qu’en luy ne fe monftroit aucune marque de virilité , 8c mefmes qu’il Ce tenoit auec les filles en habit de femme. Or ayant atteint faage fufdit, comme il eftoit aux champs, 8c pourfuiuoit aftez viuement Tes pourceaux qui alloient dedans vn bled , trouuant vn foffié le voulut affranchir : & l’ayant fauté , à l’inftant Tes genitoircs vindrent à fe defuelopper, 8c la verge virile, s’eftans rompus, lefquels auparauant eftoient tenus clos 8c enferrez (ce qui ne luy aduint fans dou- leur) 8c s’en retourna larmoyant en la mai fon de fa mere,difant que fes trippes luy eftoient Tordes hors du ventre: laquelle fut fort eftonnéede ce fpedacle. Et ayant aftèmblc des Médecins 8c Chi- rurgiens , pour là deffus auoir aduis, on trouua qu’elle eftoit homme, &non plus fille : 8c tantoft après en auoir fait le rapport à l’Euefque , qui eftoit le defund Cardinal de Lenoncourt, par fon authorité, 8c aftemblée du peuple, il rcceut le nom d’homme : 8c au lieu de Marie(car il eftoit ainfi nommé auparauant ) il fur appelé Germain , 8c luy fut baillé habit d’homme, 8c croy que luy 8c fa mere font encore viuans. Pline Hure 7. chapitre 4. dit femblablement qu’vne fille deuint garçon, 8c fut confiné pour cefte caufe en vne Ifle deferte 8c inhabitée par arreft des Arufpices. Il me fem- ble que ces deuincurs n’auoientoccafion de ce faire, pour les raifons cy-deffiusalléguées ; toutesfois ils eftimoient que telle monftrucufe chofe leur eftoit raauuais augure 8c prefàge, qui eftoit la caufe de les chalfer 8c exiller. La raifon pourquoy les femmes fe pcuuent dégénérer en homme, c’eft que les femmes ont autant de caché dedans le corps, qnelcs hommes defcouurent dehors : refte feule- ment qu’elles n’ont pas tant de chaleur, ny fuffifance pour pouffer dehors, ce que par la froidure de leur température eft tenu comme lié au dedans. Parquoy fi auec le temps, l’humidité de l’en- fance qui empefcheroitla chaleur de faire fon plein deuoir,eftant pour la plus part exhalée, lâcha- ient eft rendue plus robufte, acre, &adiue, ce n’eft chofe incredible , qu’icelle principalement aidée de quelque mouuemcnt violent, ne puiffe pouffer dehors ce qui eftoit caché dedans. Or com- me telle methamophorfe a lieu en Nature, parles raifons 8c exemples allégués : auffi nous ne trouvions Jamais en hiftoire véritable, que homme aucun foitdeuenu femme pource que nature tend tonfiours à ce qui eft le plus parfaid, 8c non au contraire, faire que ce qui eft parfaid, de- uienne imparfaid. Autre ht flai- re fembUble. Autre hi- fleire , le Cio y Charles régnant. de Lenoncourt. Vline II. 7. chip. 4. ou deuineuts. Nature tend toufiours à perfection. Exemple du défaut delà quantité de la femence. Chap. VIII. I la quantité de la femencc ( comme nous anons par cy-deuant dit) manque, parcille- ment quelque membre defaudra auffi,plus ou moins. De là viendra que l’enfant aura «|i deux teftes 8c vn bras, l’autre n’aura point de bras : vn autre n’aura ny bras ny iambes, ou autres parties défaillantes, comme nous auons dit cy - deffus : l’autre aura deux teftes, 8c vn feul bras , 8c le refte du corps bien accomply. L’an 1573* ie veis à Paris à la porte de Saind André des Ars, vn enfant monftrueux aagé de neuf ans, natif de Parpeuile, village trois lieues près de Guife, ( Ton pere fe nommoit Pierre Re- nard & fa merc qui le portoit, Marquette ) qui n’auoit que_deux doigts à la main dextre, 8c le bras eftoit alfezbien formé depuis l’cfpaule iufques aucouldc, mais depuis le coulde iufques aux deux doigts eftoit fort difforme. Il eftoit fans iambes, toutesfois luy fortoit hors de la fefîè dextre , vne figure incoraplettc d’vn pied , apparence de quatre orteils : de l’autre fellè feneftre en fortoit du milieu deux doigts l’vn defquels refïèmbloit prefque à la verge virile. Lequel teft demonftré au vray par cefte prefente figure* tiisloirtJ, Des Monftres. 76y Figure cÜyn enfant monfîmeux, par le défaut de la femena en deué quantité9 L*an mil cinq cens foixante - deux, premier iour de Nouembre, nafquit à Ville-Franche de Hijhsrti fîeyran en Gafcongne, ce prelent monftre fans tefte, lequel m'a efté donné parMonfieur Hautin, Doéteur Regent en la faculté de Mcdecine à Paris, duquel monftre tu vois icy la figure, tant an- térieure que pofterieure, ôc m'a affirmé l'auoir veu. Figure ctrun Monftre femelle fans tefte. Chofç foH tnonftrueufi $ deux iambes, <~vn fui bras. Figure d>rvn homme fans bras. H iflaire mer• ueilleufe. On a veu depuis quelque temps en ça à Paris vn homme fans bras , aagé de quarante ans ou enuiron , fort 3c robufte, lequel faifoit prefque toutes les adions qu’vn autre pouuoit faire de fes mains : à fçauoir, auec Ton moignon d’efpaule , 3c la telle ruoit vne coignec contre vne piece de bois, aufli ferme qu’vn autre homme euft feeu faire aucc fes bras. Pareillement faifoit cliquetter vn foliet de charrier , 3c faifoit plufieurs autres adions : 3c auec fes pieds mangeoit, beuuoit, 3c ioüoit aux cartes 3c aux dez, ce qui t’eft deraonftré par cepourtraid: à la fin fut larron, voleur, 3c meurtrier, 3c exécuté en Gueldres, à fçauoir pendu, puis mis fus la roue. Semblablement de rccente mémoire, on a veu à Paris vne femme fans bras, qui tailloir 3c cou- foit, 3c faifoit plufieurs autres adions. Hippocrates au liure z.des Epidémies, eferit que la femme d’Antigenes accoucha d’vn enfant tout de chair, n’ayant aucun os, neantmoins auoit toutes les parties bien formées. SgU.i, Exemple des monHres qui fe font par imagination. C H A P. IX. Ariflote , Hippocr. & Emped. La vertu imaginatiue fait receucir aux enfans plufieurs formes. Moyfe 30. chap. Hifioire. imm anc^ens ont recherché les fecrets de Nature , ont cnfeigné d’antres caufes des P enfans nionftrueux , & les ont referez à vne ardente 3c obftinee imagination , que ® Pcut au0*r a f£mme cependant qu’elle conçoit, par quelque obied, ou fongc fanta- fliquc, de quelques vifions nodurnes , que l’homme ou la femme ont fur l’heure de gn. ja conceptjon# Cecy mefme eft vérifié par lauthorité deMoyfe, où il monftre coin- J me lacob deceut Ton beau-pcrc Laban, & s’enrichit de Ton beftial, ayant faitpéler des verges, qu’il raie à l’abreuoir, à fin que les chcvres & brebis regardans ces verges de couleurs diuerfes , formaf- fent leurs petits marquetez de diuerfes taches : parce que l’imagination a tant de p ni fiance fus la femence &. geniture, que le rayon, ôc charadere en demeure fus la chofe enfantee. Qu’il foit vray, Heliodorc efcrit,que P«rfina, Royne d’Ethiopie, conceut du Roy Hydafpes,tous.deux Ethiopiens, vne fille qui eftoit blanche , & ce par l’imagination qu’elle attira de la femblance de la belle An- dromeda, dont elle auoit la peinture deuant fes yeux , pendant les embralïèmens defquels elle de- uint grofle. Damafcene, aurheur graue, attelle auoir veu vne fille velue comme vn Ours, laquelle la mere auoit enfantee ainfi difforme & hideufe, pour auoir trop attentiuement regardé la figure d’vn faind lean veftu de peau auec Ton poil, laquelle eftoit attachée aux pieds de Ton lid, pendant qu elle conceuoit. Par femblable raifon Hippocrates fauua vnePrinccflé accufee d’adultere , parce qu’elle auoit enfanté vn enfant noir comme vn More, Ton mary 3c elleayans la chair blanche, la- quelle à la fualîon d’Hippocrates fut abfoute, pour le portraid d’vn More femblable à l’enfant, le- quel couftumierement eftoit attaché à Ton lid. D’auantage , on voidque les connins 3c paons qui font enfermez en des lieux blancs, par vertu imaginatiue engendrent leurs petits blancs. Damafcene. Bîppocr* Des Monftres. 767 Figure d*rie fille njelué > té dtrvn en- fant noir ) faits far la vertu imaginaire• Figure d’vn Monjîre fort hideux, ayant les mains pieds de bœuf autres chofes fort monHrueuJes, Et partant faut que les femmes, à l’heure de la conception , & lors que l'enfant n'eft encores formé ( qui eft de trente ou trente - cinq iouts aux malles, 8c de quarante ou quarante - deux, comme dit Hippocratcs liure De mturapueri, aux femelles ) n’ayent à regarder, ny imaginer cho- fes monftrucufcs : mais la formation de l’enfant eftant faite , iaçoit que la femme regarde ou ima- gine attentiuement chofesmonftrueufes, toutesfois alors l’imagination n’aura aucun lieu, pource qu’il ne fe fait point de transformation depuis que l’enfant eft du tout formé. En Saxe en vn village nomme Stecquer, fut né vn monftrc ayant quatre pieds de bœuf, les yeux ,1a bouche, 8c le nez fcmblables à vn veau, ayant dclfus la telle vne chair rouge , de forme ronde ; vne autre par derrière,femblable à vn capuchon de Moyne, les cuilîes déchiquetées, com- me tu vois par celle figure cy - dellus peinte. L’an mil cinq cens dix - fept en la pareille de Blois - le Roy dans la foreft de Bievre, fur le che- min de Fontainebleau, nafquit vn enfant ayant la face d’vnc grenouille, qui a elle veu ôc vifité par Maiftre lean Belangier, Chirurgien en la fuittede l’Artillerie du Roy , és prefenccs des Mef- fieurs de la lufticc de Harmois. A fçauoir, honorable homme lacques Bribon, Procureur du Roy dudit lieu, ôc Eftiennc Lardot, Bourgeois de Melun, 8c Ican de Vitry , Notaire Royal à Mclun, 8c autres : le pere s'appelle Efme Petit, 8c la mere Magdaleine Sarboucart. Ledit Bélanger , hom- me de bon cfprit, délirant fçauoir la caufe de ce monftre, s’enquit au pere d’où cela pouuoit pro- céder , lequel luy dit,qu’il eftimoit que fa femme ayant la fievre, vne de Tes voifines luy conleilla pour guarir fa fievre, qu’elle prift vne grenouille viuc en fa main,& qu’elle la tint iufques à ce que ladite grenouille full morte: la nuid elle s’en alla coucher auec fon mary ayant toufiours ladite grenouille en fa main , fon mary 8c elle s’embralferent, 8c conceut, 8c par la vertu imaginatiue «e monftte auoireftéajnfi produit , comme tu vois par celle figure. Préceptes fout les fern* met qui en- chargent. La femme ni peut faire nui fan ce h bien fermer fon enfant qu'en la con- ception & conformai. Hiftoirts* 768 Le vingt-cinquième Liure, figure prodigieufa difvn enfant ayant la face de Grenouille. Exemple de l'angnsîieé* yetiteffe de la Matrice. C h a p. X. Kjy L fe fait aufïï des Mpnftres pour la detreftè du corps de la matrice,comme Ton void, que lors qu’vne poire attachée à l’arbre,poféc en vn vaifïeau eftroit deuat quelle foit accreuc,ne peut prendre çroifïance complette; ce qui eft aufîî cogneu aux Dames,qui _ nourrirent des jeunes chiens en petits paniers ou autres vaifîèaux eftroits , pour les garder de croiftrc. Pareillement la plante naiffant de terre trouuant vne pierre,on au- tre chofe folide à l’endroit où elle vient, deuient tortue, grofîiflant en vne partie, ôc demeurant grefle en l’autre, pour mefme caufc les enfans forcent du ventre de leurs meres, monftrueux ôc dif- formes.Car Hippocrates dit qu’il eft necefîaire qu’vn corps qui fe meut en lieu eftroit,deuiêne mu- tile &c manque. Empedocle ôc Diphille ont attribué femblablemcnt cela àfuperabondance , ou dé- faut corruption de la femence, ou à l’indifpoiition de la matrice : ce qui peut eftre véritable par la fimilitude des chofes furibles,efqiielles fi la matière qu’on veut fondre n’eft bien cuicte, purifiée Ôc préparée, ou que le moule foit raboteux, ou autrement mal ordonné la médaille, ou effigie qui en eft faidc eft defedueufe, hideufe ôc difforme. Raifonpar pmi lit tuie. Hip.Uu. de lageniture, Caufes des Momiresy faciès. "" 'S Exemple des monjtres qui fefont la mere seflant terne trop longuement eu les cu/jfes croifees, ou pour s’efre bandé & ferré trop le ventre durant qui elles ejioit greffes. C H A p. XI. Ces enfans font apelez, ' R queîqnesfoîs aufîî ii aduicnc par accident, que la matrice eft allez ample naturellement, routesfois la femme citant groilè, pour s’eftre tenue quaii tonfîours ailifc pendant fa grolîcf- y v' fc,& les cuiftès croifécs, comme voloriers font les Coufturieres, ou celles qui befongnent en tapifferies fur leurs genouïls,ou s'eftre bandé, Ôc trop ferré le ventre,font des enfans courbez, bof- fus,& contrefaits, aucuns ayans les mains ôc les pieds tortus,comrae tu vois par celle figure. Des Monftres] 769 Figure £ on en void eftre engendrees aux jointures des genoux. Antonios Beniuenius Médecin Florentin , an liure i.chap.iq.didl, qu’vn nommé Henry Alleraan , ietta vne pierre de la groffeur d’vnc auclaine, en tonifiant. T>' Alechamç en fa Chi~ rurgie Fran- foife, Liu. y des Épidémies. Mifoire. Liu. i. ch. de la Palpitaiio du cœur. "Elfoire. Eîfoire. Hifoire. Ht foire. Pierres trou- uees fous la langue. Vne pierre îettee en touffant. De certaines chofies e Ht ange s que Nature repoujfe par fin incowprdjcnfiue pouidence. Ch ap. XVI. Hifoire d’v- ne aiguille auallee. con*us Beniuenius Médecin de Florence., eferit qu’vne certaine femme aualla vnc aiguille d’airain,fans auoir fenty aucune douleur i’efpace d’vn anffequel cftant palfié, luy furuint grande douleur au ventre, Sc pour ce eut l’opinion de plufieurs Médecins touchant celle douleur, fans leur faire mention decefte aiguille qu’elle auoit auallce; toutesfois aucun ne luy feent donner allégement : 3c vcfquit ainfi l’efpace de deux ans : lors tout à coup par vn petit trou prés le nombril, ladite aiguille fort, 3c fut guarie en peu de temps. Vn Efcolicr nommé Chambeîanr,natif de Bourges, eftudiant à Paris au Collège de Preffe, aualla vn efpy d’herbe nommé Gramen, lequel fortit quelque temps après, entre les coftes tout en- tier, dont il cuida mourir ; & fur penfé par defuncl monfieur Fernel,& monfieur Huguer,Doclcurs en la faculté de Medecine. Il me femble que c’cffoit forfaiél à Nature d’auoir expulfé ledit elpy de la fubftance des poulmons,& auoir fait ouuenure à la membrane pleuretique, ôc aux mufclcs qui font entre les coftes , 3c neantmoins il rcceut guerifon, 3c croy qu’il fôit encore vinanr. Cabrollc Chirurgien de monfieur le Marefchal d’Anville,n’agucrcs m’a certifié que François Guillemet Chi- rurgien de Sommieres,petite ville,qui cft à quatre iieücs prés de Montpellier, auoit penfé ôeguery vn berger, auquel des volleurs auoientfaiélaualler vn couftcau de longueur dedemy-pied, duquel le manche eftoit de corne, de groffeur d’vn ponlce,qui fut l’efpate de fix mois en fon corps,fepîai- gnant des grandes douleurs qu’il fentoit&: deuint heéliqnc, fec, 3c émacié, en fin luy furuint vnc apofteme au deffbns de l’aine, iettant grande quantité de pus fort puant 3c infeél , par laquelle en prefence de laluftice fut tiré ledit coufteau,lequcl monfieur louberr, Médecin célébré à Montpel- lier, garde en fon cabinet, 3c l’a monftré à plufieurs, comme vne chofe admirable , monftrueufe 3c digne de grande mémoire. lacques Guillemeau, Chirurgien luré à Paris m’a affermé auoir veu ce coufteau au cabinet dudit fieur loubert, pour lors cftant à Montpellier. Monfieur de Rohan auoit vn fol nommé Guion, qui aualla la poinéle d’vne efpee tranchante,de longueur de trois doigts ou enuiron , 3c douze iours après la ietra par le fiege, 3c ne fut fans luy aduenir de grands accidens» toutesfois il en refehappa : il y a des gentils-hommes de Bretagne encores viuans qui la luy virent aualler. On a veu auflî à certaines femmes l’enfant eftant mort dans leur matrice , les os fortir par l’vmbilic Ôc la chair par pourriture eftre iettee par le col de leur matrice,& par le fiege,s’eftant fait abfcés, ce que deux Chirurgiens célébrés 3c dignes de foy m’ont certifié auoir veu à deux diuerfes fcmmes.Parcillcment monfieur d’Alechamps en la Chirurgie Françoife, recite qu’Albucrafis auoit traiefté vne Dame de mefme chofie,dont l’ylfiuc fut bonne, ayant recouuré fa’fanté,toutesfois elle ne porta plus d’enfans depuis. Semblablement eft vne chofe bien monftrueufe devoir vne fcmmc,d’v- ne fiuffbcation de matrice eftre trois iours fans fe mouuoir, falïs apparence de refpirer, fans appa- rente pulfation d’artere : dont quclques-vnes ont efté enterrees vincs , penfans leurs amis qu'elles fuffènc mortes, Monfieur Fernçl,eferit d’vu certain adolefcent,lequel après auoir pris grand exer- Htsfolrci. Hifoire, Grande ad- Tindnfrie de Hature. mfotrt. Autre ht pire. ' Des Mon (1res. 773 cise, commença à toulÏÏr iufques à tant qu’il euft ietté vne apofteme entière de la grofleur d'vn œuf, laquelle eftant ouucrte fut trouuee pleine de boiie blanche , enucloppce en vne membrane. Icelüy tracha le fang par deux iours,auec vne grande fiévre,Sc toutesfois refehappa. L'enfant d’vn marchant drappier , nommé de Pleurs, demeurant au coin de la rué neufue noftreDame de Paris, aagé de vingt-deux mois, aualla vne piece d’vn miroir d’acier , qui defeendit en la boude , 8c fut caufe de fa mort. Eftant décédé fut ouucrt en la prefence de monfieur le Gros, Doéleur Regenc en la faculté de Medecine à Paris , homme de tref-grand fçauoir , 8c l’ouuerture fai61e par maiftre Balthafar,Chirurgien pour lors de l'EIoftel Dieu : ce qu'ayant entendu curieux de la vérité,ie m’en allay parler à la femme dudit de Pleurs , laquelle m’affirma la chofe eftre vraye , «Sc me monftra la piece de miroir qu’elle portoic en fa bourfe, qui eftoit de telle figure 8c grandeur. Autre y *4 re. * Figure à'vne piece de miroir qu'au ail*, vn enfant aagé de vingt-deux mois, qui fut cauje de fa mort. Valefctis de Tarante Médecin, en lès obferuanons médicinales «Sc exem- P^cs tares, dit qu'vne ieune fille Vénitienne aualla vne aiguille en dor- . plp raant., de la longueur de quatre doigts, «Sc dix mois après la iecta par la jfg vblîtc auec l'vrine. L'an i fyB. au mois d’Oélobre, Tiennette Charrier, demeurant àfainél Maur les Folfez, femme vefue aagee de quarante ans , ellant malade d’vne fièvre tierce vomift au commencement de Ion accez grande quantité d’humeur bilieux,auec lequel elle reiecta trois vers, qui elloient velus , «Sc du tout femblables en figure, couleur, longueur, «Sc groflèur à chenilles, finon qu'ils elloienc plus noirs, lefqucls depuis vcfquirent huiél iours «Sc plus, fins aucun aliment. Et.furent iceux apportez parle Barbier dudit S.Maur à monfieur MilotDo- éleur «Sc Lecteur des elçoles en Medecine, qui penfoic lors ladite Charrier , lequel me les monftra. .Meilleurs le Févre, le Gros, Marcfcor,«Sc Courtin Docteurs en Medecine, les ont aulïï veus. le ne puis encore paflèr que ie ne récité.celle hiftoire prife aux Chroniques de Monllrelct, d'vn franc- archer de Meudon prés Paris, qui effcoic prifonnier au Challelec pour plufieurs larcins,pour raifon defquels il fur condamné d’eftre pendu,«5c eftranglé : il en appella en la Cour de Parlement, «Sc par icelle Cour, fut dit qu'il auoit efte bien iugé «Semai appeilé. Enmefme jour fut remonllré auRoy par les Médecins de la ville,que plufieurs elloient forttrauaillez êc molellez de pierre, colique paf- lion , Sc maladie de collé , dont eftoit fort molellé ledit franc-Archer , «Sc aulïï defiires maladies efloit fort molellé Monfeigneur de Bofcage, 8c qu'il feroit fort requis de voir les lieux où lefdites maladies font concreées dedans les corps humains, laquelle chofe nepouuoit eftre mieux feeuë qu’en incffint le corps d'vn homme viuant : ce qui pouuoit eftre bien fait en la petfonne d'iceluy franc-Archer, qui aulïï bien eftoit prell de fouffrir la mort : laquelle ouuerture fut faiéte au corps dudit franc-Archer, 8c dedans iceluy quis,«Sc regardé le lieu defdites maladies, 8c après qu’ils eurent efté veus, fut recoufu, 8c fes entrailles renfiles dedans : «Sc par l'ordonnance du Roy fut bien pen- lé, tellement que dedans quelques iours il fut bien guery , 8c eut fa rcmilïïon , 8c luy fut donné auec ce argent. Autre ht• Jloire. Hljîoirei Autre hi* floira. Le Roy Loys, De plufieurs chofes ef ranges. Chap. XVII. Lexandrc Benedicl recirc en fa pratique , auoir veu vne femme nommee Victoire, laquelle auoirperdu toutes Tes dents, «Sc citant deiicnuë chaulue, antres dents luy re- \|| uindrent toutes en l'aage de quatre-vingts ans. Antonius Beniuenius Mcdecin,au liu. 1 «chap.B 3. faicl mention d'vn ncftnmé lacques le latron , lequel eftant décédé luy fut troUL1é le cœur tout couuert de poil. EftienneTelïïer , maiftre Barbier Chirurgien 'demeurant àOrleans,hommc de bien «Sc expérimenté en fonarr,m'a reciré que depuis peu de temps auoit penfé 8c medicamenté Charles Verignel,forgent demeurant à Orleans,d'vnc playe quJil airoïc rccciie au jarret, partie dcxtre,auec incifion totale de deux tendons qui flechiflent le jarret,& pour l'habiller luy fit fléchir la jambe, en forte qu’il confit les deux tendons bout à bout Tvn de l'autre, & Je fitua «Sc traiéla fi bien , que la playe fut confolidee fans eftre demeuré boiteux : chofe digne d’eftre bien notee au ieune Chirurgien , à fin que lors qu'il luy viendra entre fes mains telle cho- fe, il falfe le femblable. Que diray-ie d'auantage? C’eft que i’ay veu plufieurs guaris,ayans des coups d’efpees,de flèches, d'harquebufe , au trauers du corps; d’autres des playes à la celle, auec déperdition de la fubllance du cerneau : autres auoir les bras 8c les jambes emportées de coups de canon, neantmoins receuoir guarifon : «Sc d'autres qui n’auoiem que des petites playes fnperficielles, que l'on ellimoic n’eftre rien, routesfois mouroienc auec grands «Sc cruels accidens. Hippocrates au cinquième des Epidé- mies, diéfc auoir arraché lîx ans après vn fer de fléché qui eftoit demeuré au profond de l'aine , «Sc ne rend autre caufe de celle longue demeure , finon qu'il clloit demeuré entre les nerfs, veines, «Sc artères fans en bleflèr vne feule. Et pour conclufion ie diray auec Hippocrates(pere «Sc autheur de la Medecine ) qu’aux maladies il y a quelques chofcs de diuin , dont l’homme ne fçauroic donner raifon. le ferois icy mention de plufieurs autres chofes monftrueufes , qui fefont aux maladies, n'elkfit que ie crains d'ellrc trop prolixe, «Sc répéter vne chofe trop de fois. Ltti.66.Ch.t, Autre hi~ fioire. Comîujîon, Le vingt-cinqiefme Liure, 774 Exemple des mon fixes qui fifont par corruption (fi pourriture. Chap. X V 11 L Hiffoire,. Boiituau O 1 s t e a v en fes Hiftoires prodigieufes efcrit, que luy cftant en Auignon , vn artifan ouurant vn cercueil de plomb d’vn mort, bien couuert &Nbudé , de façon °l nV auoit aucun air fut mordu d’vn ferpent qui cftoit enclos dedans, la mor- » JË lure duquel eftoit fi veneufe , qu’il cuida mourir. L’on peut bien donner raifon de la naillànce 6c de la vie de cet animal, c’eft qu’il fut engendré de la pourriture du corps mort. Baptifte Léon efcrit pareillement, que du temps du Pape Martin cinquiefme, fut trouué en vne grande pierre folide vn ferpent vif enclos , n’y ayant aucune apparence de veftige , pat lequel il deuil refpirer. En ccft endroit ie veux reciter vne femblable hiftoire. Ellant en vne mienne vigne près le village de Meudon, où ie faifois rompre de bien grandes 6c grolfes pierres folides, on trou- üa au milieu de l’vne d’icelles vn gros crapaut vif, 6c n’y auoit aucune apparence d’ouuerture, 6c mefucrueillay comme cet animal auoit peu naiftre, croiftre, 6c auoit vie. Lors le Carrier me dit, qu’il ne s’en falloir efmerueiller, parce que plufieurs fois il auoit trouué de tels, 6c autres ani- maux au profond des pierres, fans apparence d’aucune ouucrture. On peut dulïï donner raifon de la naifiance & vie de ces animaux, c’eft qu’ils font engendrez de quelque fubftance humide des pierres, laquelle humidité putrefiee produit telles belles. Baptifttj Léon. Crapaut trouué au milieu d’vne greffe pierre fans appa- rence dfiu- uerture. Exemple de la commiîiion . Chap. XIX. Impiété abc minable des Sodomites. *L y a des monftres qui naiflent moitié de figure debeftes, 6c l’autre humaine, ou du tour retenans des animaux , qui font produids de Sodomites 6c Athciftes , qui fe ioignent 6c desbordent contre nature aucc les belles, & de là s'engendrent plu- fieurs monftres hideux, 6c grandement honteux à voir , & à en parler : toutesfoi* la deshonnefteté gift en effed, & non en paroles, 6c cft lors que cela fe faid, vne chofe fort mal - heureufe & abominable , 6c grande infamie 6c abomination à l’homme ou à la femme fe mcller 6c accoupler auec les belles ; dont aucuns naiflent demy - hom- mes Sc demy - belles. Le femblable fe faid, fi belles de diuerfes efpeces cohabitent les vnes auec les autres , à caufeque Nauretafche toufiours à faire fon femblable ; comme ils’eft veu vn aigneau ayant la telle d’vn porc , parce qu’vn verrat auoit couucrt la brebis : car nous voyons mefines aux chofes inanimées, comme d’vn grain de froment, venir non l’orge, mais le froment :6c du noyau d’abricot,Venir vu abricotier, 6c nô le pômier,parce que Nature garde toufiours fo gère 6c .efpcce. Kature taf- ehe toufiours à faire fon femblable. Figure d'vn enfant demy - chien. Lan 1493. vil enfant fut conccu 6c engendré d’vne femme & d’vn chien ayant depuis le nombril les parties fuperieures femblables à la forme & figure de la raere, &eftoitbien accomply, fans que • Nature y euft rien obmis : 6c depuis le nombril auoit toutes les parties inferies femblables aulîî à la forme & figure de l’animal, qui eftoit le pere, lequel ( ainfi que Volateranus efcrit ) fur enuoyé au Pape qui regnoit en ce temps-là.Cardan liure i4.chap. 64.de la variété des chofes, en fait mention. Cœlius Rhodiginus en fes Antiques Leçons,diél qu’vn pafteur nômé Cratain en Cybarc, ayant exercé aucc vne defes chevres fou defir brutal, la chcvre chevreta quelque teps après vn chevreau qui auoit la telle de figure humaine,& féblable au pafteur : mais le refte du corps fébioic à la chèvre. VeUttrnn Cardan, Cœliut Rhod, Des Monftres 77 J Figure d’vnCochon ayant la te[le, fieds mains d’homme,& le refie de cochon. L’an onze cens de dix, Vne truye en vn Bourg du Liege cochonna vn co- chon ayant la telle de le vifage d’vn homme, fem- blablement les mains de les pieds, de le relie com- me vn cochon. Lycofiéne:\ Figure Monfire demy homme (èfr demy pourceau. L an 1564. à Bruxelles, au logis d'vn nommé loell Dickpert, demeurant rue VVarmoefbroeck, vne truye cochonna fix cochons, defquels le premier elloit vn monftre ayant face d’homme, en— femblc bras ôc mains, reprefentant l’humanité, généralement depuis les efpaules : ôc les deux jam- bes ôc le train de derrière de pourceau, ayant la nature de truye j il tettoit comme les autres, ôc vefquit deux iours,puis fut tué auccla truye,pour l’horreur qu’en auoit le peuple : duquel monllré tu as icy le pourtraiél, qui t’ell reprefenté Le plus naturellement qu’il ell polîjble. 'V rPonrtraiciprodigieux d'vn monjîre Chien, ayant la tejîe pmhlahle à vne Volaille» L’an 1571. à Anuers, la femme d’vn compagnon Imprimeur, nommé Michel, demeurant au lo- gis de îean Mol lin Tailleur d’hilloires , à l’enfeigne du pied d’or , à la Cameftrate , le propre iour S. Thomas fur les dix heures du ttiatin, accoucha d’vn monftre , reprefentanr la figure d vn vray chien, excepté qu’il auoit le col fort court, de la telle ne' plus ne moins qu’vnc volaille 3 toutesfois j‘-iï/iotré tiïSfs UtitltHfa Le vingt-cinquième Liure, 77 6 fans poil ; 8c n’eut point de vie, parce que ladite femme accoucha auant terme : 8c à l'heure mefmc de fou cet cfpouuantable monflre icttant vn fort horrible cry (chofe efmcrueillable} la cheminée du logis chcut par terre, fans aucunement olfenfer quatre petits enfans qui elloient à l’entour du foyer ; 8c parce que c'ell vne chofe toute recente, il m'a femblc bon d'en donner icy le vray pourtraiél. Louys Cellee eferit auoir leu en vn autheur approuué , qu’vne brebis conceut 8c aignela d'vn Lyon : chofe monllrucufe en nature. Figure Aigneau monstrueux. Le 3$. iour d'Auril mil cinq cens feptante-trois, vn Aigneau nafquit eh vn lieu nommé Chambenoift , Faux- bourg de Sezanne, en la maifon de lean Poulet mefnreur de fel, de ne fut cogneu en cet Aigneau vieffinon qu'il fut veu remuer bien peu : Sous les oreilles y auoit vne emboucheute ap- prochant de la forme d'vue lamproye: la figure duquel eft telle que tu vois icy repuefentée. Figure d'njn Aigneau ayant trois te fie s. Ülfiûtre. Ariiïnîe, V .tite annéeprefente mil cinq cens feptante-fept, nafquit vn Aigneau au village nomméBlan- dy, vne heuc 8c demie près de Melun , ayant trois telles en vnc ; Celle du milieu eftoic plus erolîc que les deux armes, & quand vne defdides telles belloit, les autres faifoient le femblable. Maillrc lem JJellanger Chirurgie», demeurant en la ville de Melun, affirme l'auoir veu,& rçefme en a faift Des Monftres. 777 pourcrake la figure , laquelle a cfté criée 5c vendue par cefte ville de Paris, auecPriuilege , auee deux autres monftres, l’vn de deux filles iuraellcs, 5c vn autre ayant la face d vne grenouille, qui a efté cy - deuant figuré. Il y a des chofes diuines cachées 5c admirables aux monftres, principalement ceux qui aduien- nent du tout contre nature : car à iceuxles principes de Philofophie faillent, partant on n’y peut atfeoir certain iugement. Ariftote en fes Problèmes dit, qu’il fe faicl des monftres en nature, à caufe de la mauuaife difpoficion de la matrice, 5c cours de certaines conftellations. Ce qui aduinc du temps d’Albert, en vne métairie en laquelle vne vache feit vn veau demy-homme : dequoy les villageois foupçonnans le pafteur, l’accuferent en iugement, prétendant le faire brufler auec ladite vache : mais Albert pour auoir fait plufeurs expériences en Aftronomie, cognoifibic ( difoit- il) la vérité du fait, Sc dit cela eftrepar vne (peciale conftellation : de forte que le pafteur fut de- liuré 5c purgé de l’impoficion de tel execrable crime. le doute fort fi le iu-gement du feigneur Al- bert eftoit bon. Or ie delaifié icy à eferire de plufieurs autres monftres engendrez de cefte farine, enfemble leurs portraits, lefquels font fi hydeux 5c abominables, non feulement à voir, mais auffi à en ouyr parler que pour leur grande deteftation ic n’en ay rien voulu dire, ny les faire portrai- re. Car (comme dit Boifteau après auoir recité plufieurs hiftoires facrces 5c prophanes, qui font toutes remplies degriefues peines fur les paillards ) que doiuencefperer les Atheillcs & Sodomites, qui fe joignent, contre Dieu 5c Nature (comme i’ay dit cy - delfus ) auec les belles brutes ? A ce propos Sainél Auguftin dit, la peine des paillards eftre de tomber en aueuglemenc, &: deuenir enragez après qu’ils font delaiffez de Dieu , 5c ne voir point leur aueuglemenc, ne pouuans efeou- ter bon confeil, prouoquans l’ire de Dieu contr’cux. z> iugement des Aflrolo- sues sftfort jeremie’m Dieu n'ejl ° point fuia etu.x fjfgj-J Exemple de /*artifice des mefehans gueux de l'oftlere C H A ?. XX. SI ’ A y fouuenance eftant à Angers, mil cinq cens vingt cinq , qû’vn mefehant co- J quin auoit coupé le bras d’vn pendu, encores puant & infed, lequel il auoit attaché à fon pourpoint, le tenant appuyé d’vne fourchette contre fon codé , 5c cachoit fon J bras naturel derrière fon dos, couuertde Ion manteau, afin qu’on eftimaft que le bras W..T.TT. cju penJL1 eftoit leficn propre , 5c crioit à la porte du temple qu'on luy donnaft l’au- mofne en l’honneur de Sainél Antoine. Vn iour du Vendredy fainél, le monde voyant ainfi le bras pourry, luy faifoit aulnofne, penfant quece fuft véritablement fon bras. Le coquin ayant par lon- gue efpace de temps remué ce bras , en fin , il fe dcftacha 5c tomba en terre, où tout fubit le relo- uant , fut appcrceu de quelques - vns auoir deux bons bras fans celuy du pendu, alors fut mené pri- fonnier , puis condamné à auoir le follet, par l’ordonnance du Magiftrat, ayant le bras pourry pendu à fon coi , deuant fon eftomach , 5c banny à iamaishors du pays. Hifteir&j» Ldimposîun d'vne bdiîrejfe feignant auoir vn chancre a la mammetle Chapitre XXL N mien frere nommé lean Paré, Chirurgien demeurant à Vitré, ville de Bretagne vcitvne grofife 5c potelee cagnardiere, demandant l’aufmone à laported’vn temple vn Dimanche, laquelle feignoit auoiu vn chancre à la maternelle, qui eftoit vne chofc fort hideufe à voir , à caufc (f vne grande quantité de boue, qui fembloit en decotiier fur vn linge qu'elle auoit deuant,foy. Mondit frere contemplant fa face, qui eftoit d’vue viue couleur, monftrant eftre bien faine, & les parties d’autour Ton chancre vlce- rc blanches , 5c de bonne couleur , 5c le refte de fon corps bien habitué , iugea en foy - mefne que celle garce ne pouuoit auoir chancre eftant ainfi grade, potelee, 5c goulue , s’afteurant que c’eftoit vne impofturc : ce qu’il dénonça au Magiftrat ( dit en ce pays - là l’Aloué ) lequel permit à mondiél frere la faire mener en fon logis pour cognoiftre plus certainement l’impofture. Elle donc y eftant arriuee, il luy defconurit toute fa poiclrine, Sc trouua qu’elle auoit fous fon ailfelle vne efponge trempee 5c imbuë de fang de belle & de laiélmeflez enfemble , 5c vn petit tuyau de fureau, par lequel cefte mixtion eftoit conduite par des faux trous de Ion chancre vlccré, découlant fus le linge qu’elle auoit deuant foy,&: par cela cognent pour certain que ce chancre eftoit artificiel.Alors print de l'eau chaude ,5c fomenta la mammelle , & l’ayant humedlee, leua plufeurs peaux de grenouilles noires, vertes , 5c jaunaftres , mifes les vues* fur les autres, collees auec bol armene &c blanc d’œuf, 5c farine , ce que l’on fçeut par fa confelïion ; 5c les ayant toutes leuees, on trouua le tetin fain 5c entier, 5c en au (Il bonne difpof tion que l’autre. Cefte impofture defcouuerte, ledit Aloué la feit conftituer prifonniere, 5c eftant interrogée, confefta l’impofture , 5c dit que ç’auoic cfté fon gueux qui l’auoit ainfi accouftree : lequel ferablablemcnt feignoit auoir vne vlcere grand & enorme à la iambe : ce qui fembloit eftre vray par le moyen d’vue ratte de bœuf qu’il poloit le long 5c autour de fa jambe , attachée 5c feneftree bien proprement, auec vieux drapeaux aux deux extremitez : de façon qu’elle lembloit eftre plus grolfe deux fois que la naturelle : 5c pour faire la chofe plus monftrueufe 5c hideufe à voir , faifoit plufeurs cauitez en ladite ratte, 5c par delfus iertoit de cefte mixtion faiéle de fang 5c de laid, 5c lus tous Tes drapeaux. Ledit Aloué feit chercher ce maiftre gueux , larron , impfrfteur , lequel ne pût eftre trouué , 5c condamna la pute à auoir du fouet, 5c la bannit hors du pays ; qui ne fut fans eftre auparauant bien cftrilleede coups de fouet de cordes noüees, ainlî qu’on faifoit en ce temps - là. Comment telle impo- ftnre fut co* gntue. Le vingt-cinquième Liure, 77 8 V impofture d'vn certain maraut qui contrefaifoit le ladre. C h A p. X X 1 î. SN an après vint vn gros maraut,qui contrefaifoit ie ladr'e,& fe mit à la porte du Tem- ple dcfployant Ton oriflan, qui eftoit vn conure-chef,dur lequel pofa Ton baril tk plu- fieurs efpeces de petite monnoye : reniant en fa main dextre des cliquettes, les failant cliqueter allez haut : fa face couucrte de gros boutons, faits de certaine colle forte, 5c peinte d’vne façon rongeaftre 5c liuidc,approchant à la couleur des ladres,& eftoit fort hideufe à voir : ainfi par compaffion chacun luy faifoit aumofne. Mondid frere s’approcha de luy, ôc luy demanda depuis quel temps il eftoit ainfi malade : il luy refpondit d’vne voix calice 5c rau- que, qu’il eftoit ladre dés le ventre de fa mere, & que fes pere 5c mere eftoient morts , & que leurs membres leur en eftoient tombez par pièces. Ce ladre auoit certaine lificre de drap,entorrillce au- tour de fon col, <3e par délions Ton manteau , de fa main feneftre le ferroit la gorge, à fin de fe faire monter le fang -à la face, pour la rendre encore plus hideufe 5c défigurée, & aulli pour faire fa voix enroiiee, qui fe faifoit par l’anguftie 5c ftridure de la trachce artere, ferree parla lifiere. Mondid frere eftant ainfi à deuifer auec luy , le ladre ne peut fi long-temps demeurer qu’il ne delferraft fa lifiere,pour reprendre vn peu fon haleine : ce que mondit frere appcrceut, 5c par ainfi eut toupçon que ce fuft quelque faulfeté 5c impofture. Parquoy s’en alla vers le Magiftrat, le priant luy vou- loir tenir la main,pour en fçauoir la vérité : ce que volontiers luy accorda, commandant qu’il fuft mené en fa maifon pour efprouuet s’il eftoit ladre. La première chofe qu’il fit, ce fut de luy ofter la ligature d’autour du col,puis luy lauer la face auec de l’eau chaude,& par icelle tous fes boutons le deftachcrenr, 5c tombèrent, & la face demeura viuc 5c naturelle fans nul vice. Cela faid il le faid defpoiiiller nud ,& ne trouua fur fon corps aucun ligne de lepre, tant vniuoqne qu’equiuoquc. Le Magiftrat eftant aduerty de cc,le fit conftituer prifonnicr, & trois iours après fut interrogé : où il confella la vérité ( qu’il ne pouuoit nier) après vue longue remonftrance que luy fit ie Magiftrat, luy mettant deuant les yeux , qu’il eftoit vn larron du peuple, eftant jfain 5c entier pour trauaiîler. Ce ladre luy dit,qu’il ne fçauoit meft.ier autre que de contrefaire ceux qui font crauaillez du mal S. Ican, S. Fiacre, S. Main. Bref qu’il fçauoit contrefaire plufieurs maladies, 5c qu’il n’en auoit ia- mais trouué de plus grand reuenu que de contrefaire le ladre, alors fut condamné, d’auoir le fouet par trois diuers Samedis, ayant fon baril pendu au col deuant fa poidrine, 5c fes cliquettes derriè- re fon dos;& banny à jamais hors du pays fur peine delà hart. Quand ce vint au dernier Sam«dy, le peuple crioit à haute voix au Bourreau : Boute, boute moniteur l’officier,il n’enfent rien,c’elbvn ladre : dont à la voix du peuple,moniteur le bourreau s’acharna tellement à le fouetter, que peu de temps après il mourut, tant pour le fouet dernier, que pour luy auoir renouuellé fes play es par trois diuerfes fois, chofe qui ne fut grandement dommageable pour le pays. Les vns demandent à loger 5c eftre à couuert au loir : &c les ayans par pitié mis au dedans on- urent les portes,& donnent entree a leurs compagnons, lefquels pillent 5c forment tuent ceux qui les ont hebergez : ainfi vn homme de bien fous bonne foy forment fera tué,& pillé de tels mef- chans, ce qu’on a veu plufieurs fois. Autres s’énueloppent la tefte de quelque mefehant drapeau , 5c fe couchent dedans fe fient en certains lieux où le monde pâlie, demandans l’aumofne auec vue voix balle, 5c tremblante,comme ceux qui ont vn commencement de fièvre: 5c ainfi contrefaîfans eftre bien naïades, le monde en ayant pitié leur donne, 5c cependant n’ont aucun mal. Ils ont vn certain jargon par lequel ils fe cognoilîent, 5c entendent les vns les autres, pour mieux deceuolr le monde , 5c fous ombre de compallion on leur donne l’aumofne, qui les entre- tient en leur mefchanceté 5c impofture. Les femmes feignent eftre greffes, voire preftes d’accoucher, pofiins vn oreiller de plume fur le ventre, demandant du linge, 5c autres choies necelïaires pour leurs couches, ce qu’encores n’ague- res i’ay defcouuert en celle ville de Paris. Autres fe difent ideriques , & auoir la jauni lie, fe barboüillans tout le vifage, bras, iatnbes 5c poidrine, auec de la fuye delayee en eauimais telle impofture eft aifee à defeounrir, regardant feu- lement le blanc de leurs yeux: car c’eft la partie du corps où ladide iaunilîe fe monftre première- ment : autrement, leur frottant le vifage auec vn linge trempé en eau, leur fallace eft delcouuertc. Certes, tels larrons, beliftres,& impofteurs , pour viure en oyfiueté , ne veulent iamais apprendre autre art,qne telle mendicité : qui à la vérité cft vné efchole de tonte mefchanceté : car quels per- Tonnages fçauroit-on trouuer plus propres pour exercer macquerellages,fcmer poifons par les vil- lages 5c villes, pour eftre boute-feux, pour faire trahi Tons, «Se ferait d’efpions, pour defrober, bri— gander, 5c manier toute autre mefehante pradique ? Car outre ceux qui ont efté meurtriers d’eux- mcfmes, 5c qui ont cauterizé 5c ftigmatizé leurs corps , ou qui ont vfé d’herbes 5c drogues , pour rendre leurs playes 5c leurs corps plus hydeux, il s’en eft trouué qui ont defrobédes petits enfans, 5c leur ont rompu les bras 5c iambes, cteué les yeux, coupé la langue, prelfé 5c enfoncé la poidri- ne, difans que la foudre les auoit ainfi meurdris, pour ( les portans parmy le monde ) auoir couleur de mendier, &attrapper deniers. Autres prennent deux petits enfans, 5c les mettent en deux paniers fur vn afnc , crians qu’ils ont efté expoliez, 5c leur maifon brullee. Autres prennent vue pance de mouton , l’approprians fur le bas du ventre,difans eftre rompus &greuez,&: qu’il les conuicnt tailler,& amputer leurs tcfticules. Autres cheminent fur deux petites tablettes,qui pcuuent voltiger, 5c faire foubreïàuts autant qu’va bon baftclcur. Autres feigpent venir de Ierufaîem,rapportans quelques bagatelles pour reliques, 5c les vendent aux bonnes gens de village. Autres ont vne iambe pendue à leur col. Autres contrefont Malice inge- nieuji. Confejfîon du ladre & con- demnation. Des Mon (1res. 779 eftre aüeugles, fourds, iMpotens, chcrainans à deux potences, au demeurant bons compagnons. Que diray-ie plus ? C’eft qu’ils départent les Prouinces, pour en certain temps rapporter tout au commua butin, feignans faire voyage à S.Claiide,S.Main,S.Maturin,S.Huberr,à npftreDame de Lorctte,en lerufalem, 8c font ainfî enuoyez pour voir le monde, 8c apprendre, par Icfquels ils man- dent de ville en ville aux gueux leurs copagnons en leur jargon,ce qu’ils fçauent de nouueau,Chirurgien ordi- naire de fa Majeftc, 8c Claude Viard Chirurgien à Paris, certifions ce jourd’huy par la priere du Procureur des pauurcs,auoir veu 8c vifité és prifons de S.Benoift vn quidam , lequel n’a voulu dire Ton nom, aagé de quarante ans ou enuiron, fur lequel auos troüué vne tierce partie de l’oreille dex- tre perdue,qui luy a efté coupee.Semblablement vne marque fürl’efpaule dextre,qu’eftimons auoir efté faiéle par vn fer chaud. D’au an rage contrefaifoic vn grand tremblement deiambe,iceluy difant prouenir par vne déperdition de Fos de lacuiflc, qui eft Vne chofefanlFe > d’autant que ledit os y eft tout entier : 8c ne paroift aucun figne parquoy puiflîons dire iceluy tremblement venir d’aucune maladie qui auroit preccdc,mais prouenir d’vn mouuement volontaire.Item,auons vifité fa bouche ( à raifon qu’il nous vouloir Brader fa langue luy auoir efté tiree par la nucque du col, impofture grande, & qui ne fe peut faire)mais auons trouué fa langue entière, fans aucune lefion d’icelle, ny des inftrumens feruans à fon mouuement: toutesfois, quand il veut parler,il vfed’vn inftrument d’argent, lequel ne peut en rien y feruir,ains pluftoft nuire àla prolation. Item, dit eftre fourd, ce qui n’cft pas, à raifon que Panons interrogé : fçauoir qui luy auoit couppé l’oreille , il nous a ref- pondu par fignes, qu’on luy auoit couppé auec les dents. Apres que lefdits Seigneurs du Bureau eurent receu ledit rapport pat vn crocheteur,ils firent ap- porter le vénérable importent à l’Hofpiral S Germain des Prez, 8c luy fut ofté fon inftrument d’ar- gent. La mué! il pafla par defllis la muraille , qui eft affez haute, 8c de là s’en alla à Rouen , où il voulut vfèr de fon impofture, laquelle fut defcouuerte, & eftant appréhendé, fut foiietté,& banny hors la Duché de Normandie, fur peine de la hart ; 8c de ce m’en a afleuré monfieur le Bailly des pauures de ceftedite ville. Voyager*, Jmhaff»-. eurs SHeux' C D'vne Cagnardiere feignant eHre malade du 9nal de S. Fiacre, & luy fort oit du cul *vn long & gros boyau , fait par artifice. C H A p. X XII L SOnfîctir Flecelle, Do&eur en la faculté de Medecine , homme fçauant 8c bien expéri- menté , me pria vn iour raccompagner au village de Champigny , deux lieues prés de Paris, où il auoit vue petite maifon, où eftant arriué, cependant qu'il fe promenoir en la court, vint vue greffe garce,en bon poin6b,luy demandant l’aumofne en fhonneur de monficur S.Fiacre, & leuant fa cotre 8c chemife,monftra vn gros boyau de longueur de demy-pied 8c plus,qui luy fortoit du cul, duquel decouloit vne liqueur iemblablc à de la boiie,d’apofteme qui îuy auoit teint 8c barbouillé toutes Tes cui(fes,enfemble fachemife deuant& derrière,de façon que cela eftoit fort vilain & des-honnefte à voir. L’ayant interrogée combien il y auoit de temps qu’elle auoit ce mal, elle hly fît refponcc,qu’il y auoit enuiron quatre ans:alors ledit Flecelle contéplant le vifage 8c l’habitude de tout Ton corps, cognent qu’il eftoit impoflîble ( eftant ainfî graffe 8c fefluë } qu’il peuft fortir telle quantité d’excremens,qu’cllene deuint cmaciee,feichc,&, he6tique:alors d’vn plein faut fe jetta de grande cholere fus cefte garce , luy donnant plufieurs coups de pied fous le ventre, tellement qu’il l’atterra, & luy fît fortir le boyau hors de Ton fîege, auec Ton 8c bruit,& au- tre chofe : 8c la contraignit luy déclarer l’impofturc ; ce qu’elle fît, difant que c’eftoit vn boyau de bœuf noué en deux lieux, dont l’vn des nœuds eftoit dans le cul, 8c eftoit ledit boyau remply de fang 8c de laiét meflez enfcmble, auquel elle auoit faiét plufieurs trous, à fin que cefte mixtion de- coulaft : 8c derechef cognoilfant cefte impofture,\uy donna plufieurs autres coups de pied deifus le ventre,de forte qu’elle feignoit eftre morte. Lors eftant entré en fa maifon pour appeller quelqu’vn de /es gens , feignant enuoyef quérir des Sergens pour la conftitucr prifonniere : elle voyant la porte de la court ouuerte,fc leua fubiten fürfaut,aînfique fi ellen’euft point efté battue,8c feprint à courir, 8c iamais plus ne fut veüe audit Champigny. Et encore de fraifche mémoire viht vne vi- laine cagnardiere, priant Meilleurs du Bureau des panures de Paris, qu’elle fuft mife à l’aumofne* difant que par vn iliauuais enfantement fa matrice luy eftoit tombée , qui eftoit eaufe qu’elle ne pouuoit gaignerfa vie. Alors Meflîeurs la firent vifiter parles Chirurgiens commis à cefte charge, 8c trouuerent que c’eftoit vne vefîîe de bœuf, qui eftoit demie pleine de venjt, 8c barbouillée de fang, ayant attaché le col d’icellc vefîîe profondément au conduit de fa matrice bien proprement, par le moyen d’vue efpongc qu’elle auoit mife à l’extremité d’icelle vefîîe ,laquelle eftant imbue s’enfle & grofîîr, qui eftoit caiife de la faire tcnir,de façon qu’on ne luy pouuoit tirer que par for- ce, 6c ainfî marchoit fans que ladite vefîîe peuft tomber. Ayant defcouuert l’impofture , Meflîeurs la firent conftitucr prifonniere, 8c nc,fortit des prifons que premièrement le bourreau n’euft biep carillonné fur Ton dos, 8c après fut bannie à iamais hors de la ville de Paris# WJloirti Impofture defcouuerté par Flecelle $ Médecin. Hiffcjtfi. Le vingt-cinqiefme Liure, ?8o D’vne vrojfe garce de Normandie qui faignoit auoir vn ferpent dans le ventre. Chapitre XXIIIL Autre lot- fioire. 'An 1561. vint en celle ville vne grofte garce fdîîië, porelee , Sc en bon poinél, aagée de trente ans, ou enuiron, laquelle fe difoic eflre de Normandie, Sc s’en alloit par I£S bonnes maifons des dames Sc damoifellcs, leur demandant l’aumofnc, difant qu’elle auoir vn ferpent dans je ventre, qui luy cftoit entré ellant endormie en vne cheneuiere : Sc leur faifoit mettre la mafii fus fon ventre, pour leur faire fentir le mouuemcnt du ferpent, qui la rongeoit Sc tourmentoit iour Sc nuiél, comme elle difoit : ainfi tout le monde luy faifoit aumofne par vne grande compalîîon qu’on auoit de lavoir, ioincl qu’elle faifoit bonne pippée. Or il y eut vne Damoifelle honorable Sc grande aufmoniere qui la print en fon logis, Sc me feit appeller (enfemble monficur Eîollicr Dodcur Regent en la faculté de Medecine Sc Germain Chenal, Chirurgien iuré à Paris ) pour fçauoir s’il y auroit moyen de chalfer ce dragon hors le corps de celle panure femme : Sc l’ayant veuë, moniteur Hollier luy ordonna vne medecine qui clloit allez gaillarde (laquelle luy fit faire plufieurs Telles ) tendant à fin de faire fortir celle belle, neantmoins elle ne fortit point. Bilans derechef ralfemblcz nous conclufmes que ic luy mettrois vn fpecuîum au col de la matrice : Sc partant fut pofée fur vne table, où fon enfeigne fut defplo- y ée, pour appliquer le fpecuîum, par lequel ie feis allez bonne Sc ample dilatation , pour fçauoir fi on pourroit apperceuoir queue ou telle de celle belle : mais il ne fut rien apperceu , excepté vn mounement volontaire que faifoit ladite garce par lemoyen des mufcles de l’epigaftre:& ayant co- gneu fon impollurc , nous retirafmes à part, où il fut refolu que ce mouuemcnt ne venoit d’aucu- ne belle, mais qu’elle le faifoit par l’aélion defdits mufcles. Et pour l’efpouuanter Sc cognoillre plus amplement la vérité , on luy diél qu’on reitercroic à luy donner encores vne autre medecine beaucoup plus forte, à fin de luy faire confeffer la vérité du fait, Sc elle craignant reprendre vne fi forte medecine ellant alfeurée qu’elle n’auoit point de ferpent, le foir mefme s’en alla fans dire adieu à fa damoifelle, Sc voila comme l’impofture fut defcouuerte. Six ionrs après ie la trouuay hors la porte de Mont-martre fus vn chenal de bail, jambe deçà iambe delà, qui rioit à gorge defployée, Sc s’en alloit auec des îhalîe-marées, pour auec eux(comraeie croy ) faire voler fon dragon, Sc re- tourner en fon pays. Ceux qui contrefont les muets , replient Sc retirent leur langue en la bouche : aulîî ceux qui contrefont le mal fainél leah , fe font mettre des menottes aux mains , fe veautrent Sc plongent en la fange , Sc mettent du fang de quelques belles fur leur telle , difans qu’en fe debatrans ils fe font ainfi bleftèz Sc meurtris : eftans tombez par terre , ils, remuent les bras Sc les iambes, fe débattent de tout le corps , Sc mettent du fauon en leur bouche pour fe faire efeumer, ainfi que font les épileptiques en leur accès. Autres font vne certaine colle auec farine delayée, & la pofent fus tout le corps, crians qu’ils font malades du mal faincl Main, Or long temps y a que ces larrons impofteurs ont commencé le train d’abufer le peuple, car ils elloient ja dés le temps d’Hippocrates enl’Afie, comme ileferit au liurc de l’air Sc des eaux ; par- tant il les faut dcfcouurir tant qu’il ferapolîîble, Sc les deferer au Magiftrat, à ce que punition en foit faire ainfi que i’enormité du cas le requiert. La garce s’en alla fans dire adieu à fon hoftfje. •Exemple des chofes monsirneufes faites par les Démons & Sorciers. Chap. XXV. *L y a des forciers, enchanteurs, crapoifonneurs vcnefiques , mefchans, ruiez, trompeurs , lefquels font leur fort parlapaélion qu’ils ont faite auec les Démons, qui leur font efclaues Sc valîaux. Et nul ne peut eftre forcier que premièrement il n’aye renoncé à Dieu Ton Créateur Sc Sauueur, &prins volontairement l’alliance & amitié du Diable, pour le recognoiftre Sc aduoiier , au lieu du Dieu viuant& fe foie donné àiuy. Or ce n’eft que par vue infidélité «Se défiance des promeftès Sc afiîftance de Dieu, que celle maniéré de gens deurennent forciers ou par mefpris,ou pour vne curiofitc de fçauoir cho- ies fecrettes Sc futures ; ou eftans prclTez d’vne grande pauureté afpirans d’eftre riches. Or nul ne peut nicr,& n’en faut douter,qu’il n'y ait des forciers : car cela fe preuue par authorité de plufieurs Doéteurs Sc expéditeurs tant vieux que modernes , lefquels tiennent pour chofe refoluë, qu’il y a des forciers & qui par moyens fubtils,diaboliques Sc incogneus, corrompent le corps, l’entendement, la vie, Sc la famé des hommes Sc autres créatures, comme animaux, arbres, herbes, l’air, la terre, & les eaux.D’auantage l’experience Sc la raifon nous contraignent le confeller : parce que lesloix ont eftably des peines contre telles maniérés de gens. Or on ne fait point de loy d’vne chofe qui iamais ne fut veuc, n’y cogneué,car les droits tiennent les cas Sc crimes qui ne furent Ja- mais veus ny apperceus pour chofes impolîîbles, Sc qui, ne font point du tout. Deuant la natiuité de lefus-Chnft, il s’èiieft trouué, &bien longtemps auparauant, tefmoin Moyfe , qui les a con- damnez par le commandement exprès de Dieu , en Éxod. chap. zi au Leuit. 19. Ochofias receut fentence de mort par le Prophète, pour auoir eu recours aux forciers Sc enchanteurs. Les Diables troublent l’entendement aux forciers par diuerfes Sc eftranges illufions , de forte qu’ils cuident auoir veu , ouy , dit Sc fait ce que le Diable leur reprefente en leur fantafie, Sc qu ils 'feront allez à cent lieues loing, voire mefme autres chofes qui font du tout impolîîbles, non feule- ment aux hommes, mais aulïi aux Diables; ce neantmoins ils ne feront bougez de leur liél , ou au- tre place. Mais le Diable puis qu’il a puilîance fur eux, leur imprime tellement en la fantafie les ima- ges des chofes qu’il leur reprefente, Sc qu’il leur veut faire accroire comme vrayes, qu’ils ne peu- Vient penfer autrement qu’il ne (bit ainfi, Sc. ne les ayem faites, Sc n’ayent veillé cependant qu’ils Tourquoy les hommes fe font forciers. Bodin tn fa république. Des Mon lires. 781 dormoient- Telle choie fc fait aux forciers pour leur infidélité 5c mefchanccté , 5c pource qu'ils fe lonc donnez au Diable , 5c ont renoncé à Dieu leur Créateur. Nous foraines enfeignez par l'Efcripuure fainde, qu'il y a des efprits bons 5c mauuais , les bons font appeliez Anges, 5c les mauuais Démons, ou Diables. Qu’il foit vray, la loy eft baillée, par le minidçre des Anges. D'auantage il eft eferit, Nos corps refiiifciteront au fon de la trompette à la voix de l'Archange. Chrid did que Dieu enuoyera fes Anges qui recueillirent les Eflcus des bouts du ciel. Il fe peut pareillement prouuer qu'il y a des efprits malins appeliez Diables. Qu'il foicainfi, en 1 hilloire de lob, le Diable fit defeendre le feu du ciel, tualebcdial.fufcita les vents,qui cfbran- lerenr les quatre coings delamaifon,& accablèrent les enfans de lob. Enl’hidoired'Achab,il y auoir vn eiprir de menfange en la boucheries faux Prophètes. Le Diable meit au cœur de ludas de trahir lefus-Chrill. Les Diables quidloient en grand nombre dedans le corps d'vn feul homme, s'appel- loient Légion , 5c obtindrent permiflîon de Dieu d'entrer és pourceaux , lefqucls ils précipitèrent en la mer. Il y a plufieurs autres teimoignages de la fainde Efcriture , qu’il y a des Anges 5c des Diables. Dés le commencement Dieu créa vne grande multitude d'Anges, pour citoyens du Ciel, qui font appeliez elprits diuins, ôc demeurent fans corps, 5c font melfagers 5c exécuteurs de la vo- lonté de Dieu leur Créateur , foit en Indice oii mifericordc, toutesfois ils s'eftudient au fai ut des hommes : au contraire des malings Anges, appeliez Démons ou Diables , qui de leur nature taf- chcnt toufiours à nuire au genre humain par machinations, faulfes illufions, tromperies, & men- fonges : 5c s'il leur elloir permis d'exercer leur cruauté à leur volonté 5c plaifir , véritablement en bref le genre humain feroit perdu ôc ruiné,mais ils ne le pcuuent faire qu’entant qu'il plaid à Dieu leur lafcher la main. Lefquels pour leur grand orgueil furent chaffez 5c dejettez hors de Paradis, 5c de la prefence de Dieu , dont les vns fonr en Pair, les autres en l'eau, qui apparoiflènt deffus, 5c aux dues, les autres fus la terre, les autres au profond d'icelle, 5c demeureront ainfi iufqùes à ce que Dieu vienne iuger le Monde : aucuns habitent aux maifons ruinées , 5c fc transforment en tout ce qui leur plaid. Ainfi qu'on void aux nuees fe former des figures de plufieurs 5c diuers animaux, 5c autres chofes diuerfes, à fçauoir Centaures,lerpens,rochers,chadeaux,hommes 5c femmes,oiféaux, poilfons, ôc autres chofes : ainfi les Démons fe forment toutfubit en ce qu’il leur plaid, & fouuent on les void transformer enbedes, comme ferpens, crapaux, chats-huants,huppes,corbeaux,boucs, afnes,chiens,chars,loups,toreaux,& autres : voire ils prennent des corps humains vifs ou morts,les manient, tourmentent Ôc empefehent leurs œuures naturelles : non feulement ils fe rranfmuent en hommes, mais auffi en Anges de lumière: iis font femblant d’edre contraints,& qu’on les tient at- tachez à des anneaux, mais vne telle contrainte ed volontaire & pleine de trahifon. Iceux Démons défirent 5c craignent, aiment & defdaignent 5 ils ont charge 5c office de Dieu pour exiger les peines des maléfices,& pechez des mefchans,comme il fepeut prouuer,que Dieu enuoya en Egypte exploit « par mauuais Anges : ils hurlent la nui£l,& font bruit comme s'ils edoient enchaifnez ; ils remuent bancs, tables, traicceaux,bercent les enfans,ioüent au tablier,fucillettent liures,comptent argent,6c les oit-on promener par la chambre,ouurent portes 5c feneffcres, jettent vaiffelle par terre, calTènc pots & verres, ôc font autre tintamarre : neammoins on ne void rien au matin hors de fa place, ny rien calfé , ny portes ou fenedres ouuertes. Ils ont plufieurs noms, comme Démons, cacodemons, incubes, fuccubes, coquemarcs, gobelins,lutins,mauuais Angcs,Sathan,Lucifer,pere de menfonge. Prince des tenebres, lcgion,&: vne infinité d'autres noms,qui fonr eferits au liurc dei'irapodure des Diables , félon les différences des maux qu'ils font, 5c és lieux où ils font le plus fouuent. Saiail Paul aux iîihr- i'.V* 14‘ lab.i.e, 1 .Rois 1,1, Iean• Ahtrc 9 54 l-1’ Nomb. n, l8' R0„fard en [es Hymnes. De ceux qui font pojfedez, des Démons qui parlent en diuerfes parties de leurs corps. Chap. XXVI. E v x qui font polfedez des Démons, parlent la langue tiree hors la bouche , par le ventre > Par les parties naturelles, & parlent diuers langages incognus. ils font trem- ». viÉst/fiik kler a teiTe> tonner, efclaircr, venter: defracinenr 5c arrachent les arbres, tant gros 5c forts foicnt-ils : ils font marcher vne montagne d’vn lieu en autre, foufleuenten Pair vn chafteau, 5c le remettent en fa place : fafeinent les yeux & les efbloüilîent, en forte qu'ils font voir fonuentee qui n’ed point.Ce que i'attefte auoir veufairea vn forcier,en laprefence du defunéb Roy Charles neufiefme , & autres grands Seigneurs. Paul Grillant eferir de Ion temps auoir veu à Rome brufler vne femme forcicrc qui faifoit parler vn chien. Ils font encores autres chofes que dirons cy-apres. Sathan pour enfeigner aux plus grands forciers la forccleric , entre- inclle les propos de la fainfte Efcriture, 5c des Sainds Dodcurs pour faire du poifon auec du miel, qui a toufioursefté & feraPaftucc de Sathan. Les forciers de Pharaon contrefaifoient les œuuresde Dieu. Lesadions de Sathan font fupernaturelles 5c incomprchenfibles, paffans Pefprit humain Sc n’en peut-on rendre raifon non plus que de l'aimant qui attire Je fer , 5c fait tourner 1 aiguille. Et ne fe faut opiniaftrer contre la vérité , quand on void les effeds, 5c qu on ne fçair la caule, ains pluftoft confeflèr la foiblelfe de noftre efprit, fans nousarrefter aux principes & raifons des choies naturelles, qui lont manques, lors que nous voulons examiner les adions des Démons enchan- teurs. Les malins efprits font les exécuteurs 5c bourreaux de la haute Indicé de Dieu , & ne font rien que par fa permiflîon. Parquoy il nous faut prier Dieu,qu'il ne permette point que loyons in- duits à mal par les tentations de Sathan,& qu’il nous donne la force d'y refiler. Dieu a menace par fa Loy , d'examiner les peuples qui louffriroient viure les forciers 5c enchanteurs. Cedpourquoy faind Auguftin auliurc de la Cité de Dieu dit, que toutes les fedes qui iamais ont efte,onc décerné peine contre les forciers, excepté les Epicuriens. Audi lehu fit jetter la Roync Icfabel , par les re- ndîtes de fon cbaftcàu parce qu'elle eftoit forciere , 5c après la fit manger aux chiens. Pmi Grillât. Leuit. t. ehap. xo. 782, Le vingt-cinquierme Liure, Comme les Démons habitent és carrières. ;Chap. xxvii. O Y 5 Lauater eferit que les Metailliers affirment que l’on void en certaines mines, des efprits veftus comme ceux qui befognenc aux mines , courent çà & là, 6c femblc qu’ils trauaillent,encores qu’ils ne bougent,aufli dient qu’ils ne font mal àperfonne, fi on ne fe mocque d’eux : ce quaduenant, ils ietteront quelque chofe contre le moc- queur,ou l'endommageront de quelque autre chofe. Audi n’aguere que i'eftois en iâ maifon du Duc d’Afcot, vn fien Gentil-homme nommé l’Heifter, homme d’honneur , 6c qui a Ja plus grande part de la charge de fa maifon, m’affeura qu’en certaines mines d’Allemagne ( joindt aufli que d’autres l’ont eferit,on oyoit des cris fort effranges , 6c efpouuentables, comme vne per- fonne qui parleroit dedans vn pot, trainant chaifncs aux pieds, touffant 6c foupirant, rantoft la-»- mentant comme vn homme que l’on gefne : autresfois vn bruit d’vn grand feu qui craquette, au- tresfois coups d'artilleries lafchées de bien loin, tabourins , clerons , trompettes, bruit de cha- riots 6c chenaux, cliquets de foiiets, cliquetis de harnois, picques , efpées, allebardes , 6c autres bruits, comme il fe fait aux grands combats : aufli vn bruit,comme lors qu’on veut baftir vne mai- fon , oyanr efbauchcr le bois, bruire le cordeau, tailler la pierre, faire les murailles 6c autres, ÔC cependant l’on ne void rien de tout cela. Ledit Lauater eferit, qu’en Dauans, pais des Grifons,il y a vne mine d’argent, en laquelle Pierre Briot,homme notable, 6c Conful de ce lieu-là a fait tra- uaillcr ces années paffces,& en a tiré de grandes richelfes.il y auoit en icelle vn efprit, lequel prin- cipalement leiour du Vendredy,& forment lors que les metailliers verfoienr ce qu’ils auoient tiré dedans des cuues,faifoit fonde l’empefché,chtingeant à fafantafie les métaux des cimes en autres. Ce Conful ne s’en foucioit pas autrement quand il vouloir defeendre à fa mine, fe fiant que cet cfprit ne luy poimoit faire aucun mal, fi ce n’eftoit par la volonté de Dieu. Or il aduint vn iour que cet efprit fit beaucoup plus de bruit que de couftume, tellement qu’vn metailler commença à l’injurier 6c luy commander d’aller au gibet 6c en fon enfer, auecmaudiftbns : lors cet efprit print ce metailler par latefterlaqnelle il luy tordit en telle forte, que le deuant eftoit droitement derrière, 6c n’en mourut pas toutesfois,mais vefquit longuement depuis,ayaîit le col tors,cogneu familière- ment de plufieurs qui viuent encore,& quelques années après mourut. Il eferit beaucoup d’autres chofes des efprits,que chacun peut lire en fon liure. LcdiélLoys Lauater au liure fufdit : dit auoir ony dire& affirmer à vn homme prudent 6c honorable,Baillif d’vnc Seigneurie depêdantede Str- rich,qu’vn iour d’Efté de grand matin,allant fe promener par les prez,accompagné de fon feruiteur, il veid vn homme qu’il cognoilfoic bien fc méfiant raefeharament auec vne iument,dequoy eftanc grandement eftonné,il retourna foudainement 6c vint frapper à la porte de celuy qu’il penfoit auoir veu. Or il trouuapour certain que l’autre n’auoit bougé de fon H6t : 6c fi ce Baillif n’eufl diligem- ment feeu la vérité, vn bon 6c honnefte perfonnage euft efté emprifonné 6c gefnpé. Il recite celle hiftoire, à fin que les luges foient bien aduifez en tel cas. Les démons ne veulent eftre mcc- quez. Bruit des de. mons aux mines. Le diable nom peut charmer les yeuxj’enten dement-, & les oreilles. Hiftoire, Vîjlon diabo- lique. Comme les Démons nous peuvent deceuoir. Chap. XXVIII. Artifice des diables & illujîons. BR iccux Démons peuuent en beaucoup de maniérés 6c façons tromper noftre ter- rienne Iourdelfe,àraifon de la fébrilité de leur effcnce, 6c malice de leur volontéscar ils obfcurdffcnt les yeux des hommes auec efpefies nuees,qui brouillent noftre efprit fantaftiquement,& nous trompent par impoftures fataniques, corrôpans noftre ima- gination par leurs bouffonneries &impietez.Ils fojit docteurs de mêfonge,racines de malice,& de toutes mefchâcetez à nous feduire & troper,& preuaricateurs de la verité:& pour le di- re en vu mot, ils ont vn incomparable artifice de tromperies, car ils fe tranfmuent en mille faços, 6c entaftent au corps des perfonnes viuaces mille choies eftranges,come vieux panneaux,des os,des ferremensjdes cIous,efpines,du fil, des chcuenx entortillez,des morceaux de bois,desferpens,& au- tres choies monftrueufes, Icfquelles ils font fouuentesfois fortir par le conduit de la matrice des femmesrce qui fe fait après auoir elblouy la veuë, 6c altéré noftre imagination,comme nous auons dit. Aucuns font nommez Incubes,& les autres Succubes.Incubes,font Demôs,qui fe trasforméc en guile d hommes, & ont copulation auec les femmes forcieres. Succubes,font Démons qui fe tranf- rauent en guife de femmes:& telle habitation ne fe faid pas feulement en dormant, mais aullî en veillant. Ce que les forcicrs 6c forcieres ontconfelfé 6c maintenu plufieurs fois,quand on les exe- cutoit à mort. S. Auguftin n’a pas du tout nié que les Diables transformez en forme d’homme ou de femme,puiflçnt exercer les œuures de Nature,& auoir affaire auec les homwes 6c femmes pour les allécher à luxure,trôper,& deceuoir,ceque les anciens n’ont point feulement expérimenté,mef- me de noftre temps cccy eft arriué en plufieurs prouinces, à diuerfes perlonnes, auec lefquelles les Diables ont eu affaire,transfigurez en homme 6c en femme. lacobus Ruepff en fes Hures, Decon- ceptu &gcncraùone homînisy tefmoigne que de fon temps vnc femme perdue eut affaire auec vn ef- prit malin la nuiél, ayant face d’homme, &quefubit le veutre luy enfla,& penfant eftre groffe,to- ba en vne fi eftrange maladie , que toutes fes entrailles tombèrent, fans que par aucun artifice de Médecin, ny de Chirurgien , elle peut eftre fecouruë. Il eft eferit le femblable d’vn feruiteur Bou- cherdequel cftantprofondemétplongé,en vaines cogitations dcluxure,fnt eftonné qu’il apperceut iubit deuant luy vn Diable en figure de belle féme,auçc lequel ayant eu affaire,fcs parties génitales cômencerent à s’enflâmcr,de façon qu’il luy fembloit auoir le feu ardant dedâs le corps,& raouruc miferablement. Or c’eft vne chofe abfnrde à Pierre de la Pallude , 6c Martin d’Arles, fouftenîr, qu’au giron de la femme les Diables laifient couler delà feméce d’vn homme mort,dont vn enfant Bnla cite de 15' liure. Chap. dtr- nierjiu,i {. Nijîoire, d'vn fuccuhe. Des Monftres, 7 8$ A petit eftre engendré,ce qui eft manifeftement faux : &c pour reprouucr celle vâitie opinion,ie diray (cillement que la femehee qui eft faide de fang &: efprit, laquelle eft apte pour la génération, tftant peu ou rien tranfportee, eft incontinent corrompue 8c alteree,& par confequent fa vertu du tout efteinte,parce que la chaleur 8c efprit du cœur 8c de tout le corps en eft abfente,(i bien qu'el- le n’eft plus temperee, ny en qualité, ny en quantité. Pour cefte raifon les Médecins qui ont iugé l'homme qui auroit la verge virile trop longue eftre fterile , à caufe que la femence eftant efcoulee par vn fi long chemin,eft ja refroidie auant qu'elle Toit receüe en la matrice. Audi quand l'homme fe dehoind de fa compagne trop fubit, ayant ierté fa femence,elle peut eftre alteree de l'air qui en- tre en la matrice,qui caufe qu'elle ne produit aucun fruid.Ainfi donc l’on petit cognoiftrecombien Albert le Scoliafte a lourdement failly3lequel a elcrit que fi la femence qui tombe en terre eftoit re- mife en la macrice3il feroit poffible qu'elle coceuroit.Autant en peut-on dire de la voiline d'Auer- rocs, laquelle ( comme il dit ) l'auoit a fleuré par ferment, qu’elle auoit conceu vn enfant de la fe- mence d’vn home qu’il auoit iettee dans vn bain,& s’eftant baignee en iccluy elle en deuint grolfe, Audi il ne nous faut nullement croire que les Démons, ou Diables, qui font de nature fpirituelle, puilient cognoiftre charnellement les femmes : car à l’execution de cet ade,la chair 8c le fang font requis,ce que les efprits n’ont pas. D’auantage, comme fcroit-il pofîibie que les efprit s qui n’ont point de corps,, puillènt eftre épris de l’amour des femraes,& qu’ils puiflent engendrer enicelles? 8c aufïl où il n’y a point de parties générantes 3 il n’y a aufn point de conionclion , 8c où il n’y a B viande, ne bruuage , il n’y a point de femence : auffi là où il n’a efté nece(faire auoir fucceflion 8c repeuplement3Ia nature n’a point baillé le defir d’engendrer. D*auantage,les Démons font immor- tels 8c eternels:qu’ont-ils donc necedité de cefte gencration3puis qu’ils n’ont affaire dcfuccelfeurs, d’autant qu’ils feront tondeurs? Encore n’eft-il en la puilfance de Sathan,ny à fes Anges,d’en créer de nouuelles , 8c fi ainfi eftoit, depuis que les Démons font créez qu’ils eulfent peu en engendrer d’autres, il y auroit bien de la diablerie lur les champs. Or quant à moy, ie croy que cefte preten- due cohabitation eft imaginaire, procédante d’vne impredîon illufoîre de Sarhan. Caufe de fier*lite* Grandement terie de U voifine MtrTOes‘ iuc 1 il n'eftpoft- e a Sat^an turcs. Exemple de plufieurs t IIufions diaboliques. Chaf. XXIX. T à fin qu’on ne penfe que l’artifice du Diable ne foit ancié,il a encores erté pratiqué de noftre temps, en fcmblables fortes, comme plufieurs ont veu,&: beaucoup d’hommes % 0(^es ont eferit el1 vne fort belle ieune fille à Confiance , laquelle auoit nom Magda— leine, feruante d’vn fort riche citoyen de ladite ville : cefle fille publioit par tout que le C Diable vne nuiél l’auoit engrolfee : ôc pour ce regard les Poreflars de la ville la firent mettre en prifon, pour entendre l’yfllic de cet enfantement. L’heure venue de fes couches,elle fentit des tren- chces Ôc douleurs accouflumees des femmes, qui veulent accoucher : ôc quand les matrones furent prefles de receuôir le fruit, & qu’elles peftfoienr que la matrice fe deuft ouurir, il commença à for- tir du corps d’icelle fille, des doux de fer, des petits tronçons de bois, de verre, des os,pierres, ôc cheueuxjdes eftoupes, ôc plufieurs autres chofes fantalliques ôc eflranges, lefquelles le Diable par fon artifice y auoir appliquées, pour deceuoir ôc embaboüiner le vulgaire populace,qui adiouftele- gerementfoy en preftigés & tromperies.Boifluau artirme,qu’il produiroit plufieurs autres hiftoires femblables , récitées non feulement des Philolophes, mais des Ecclefiaftiques : lefquels confeflent que les Diables par la permifhon de Dieu , ou pour punition de nos péchez , pcuuent ainfi abufer des hommes ôc des femmes : mais que de telle conionclion il fe puifle engendrer quelque créature humaine, cela n’eft pas feulement faux,mais contraire à noftre Religion,laquelle croit qu’il n’y eue ôneques homme engendré fans femence humaine, referué le Fils de Dieu. Mefmes, comme difoic Caflianus, quelle abfurdité,repugnance,&confufion feroit-ce en Nature,s’il eftoit licite au Diable de conceuoir d’hommes, ôc les femmes d’eux : combien depuis la création du monde iufques à pre- fenr,les Diables enflent produit des moftrespar tout le genre humain,iettans leur femence dans les matrices des belles,créas ainfi parles perturbatios de femence vne infinité de monftres ôc prodiges? Chofes eflrM- ges que le Diable faici accroire fer- tir du corps humain. De l'art Magique. C h a p. XXX. 'Avantage l’art Magique fe fait par le mefchant artifice des Diables.Or il y a de pbifieurs fortes de Magiciens : aucuns font venir à eux les Diables, ôc interrogent les morts> lefquels font nommez Nécromanciens : autres Cheiromanciens , parce qu’ils deuinent par certains lineamens qui font es mains : autres Hydromanciens,parce qu’ils deuinenc par l’eau:autres Geomancicns,parce qu’ils deuinent par la terreiautres Pyromanciens,qui deuinent par le feu : autres Acromanciens, ou augures,ou prognoftiqueurs de la difpofition future, parce qu’ils deuinent par l’air,fçauoir efl parle vol des oyfeaux,ou par tourmentes, orages, tempe- ffces & vents. Tous lefquels faux Prophètes, deuins, maléfiques,& enchanteurs, ne font que trom- per Ôc abufer les incrédules , qui vont au recours à eux qui fur tous autres font couftumicrement opprimez de perpétuelle pauureté& difette , parce que les Diables les engouffrent en vn abyfme d’obfcuritéjleat faifant accroire mêfonge eftre vérité, par illufions ôc fauifes promeffes interturbees ôc infenfees, qui eft vnc folie ôc infupportable bourbier d’erreur,& facétie. Il faut du tout fuir ces hommes,& les charter loin de ceux qui cognoiflènt ôc ayment la vraye ReHgion,comme fit ancien- nemét Moyfc par le comandement deDieu.Iean de Marconuille en fon Liure,du recueil mémorable d’aucus cas merueilleux aduenus de nos ans,efcrit d’vnedeuinerefle,forciere de Boulongne la Gralfc en Italie,laquelle après auoir long-téps exercé fon art diaboîique,toba en vne griefue maladie,dont elle fina Tes iours.Quoy voyât vn Magicien,qui ne l’auoit ianiais voulu quitter pour le profit qu il Nécroman- ciens, Cheiroman- ciens. Hydrotnan- ciens. Gecmdciens. Pyroman- ciens. Aëroman- ciens. Les Magi- ciens font toujours pauures (jjp mal'heu- reux. Bifoire mtr* ueiüeuje, Le vingt-cinquie/me Liure, 784 droit du viuant d’elle de fon art : il luy mit vn certain poifon venefique fous les aifelles, telle- ment que par la vertu de ce poiion, çlle fembloit eftre viuanre, 8c fe trouuoit aux compagnies, comme elle auoitaccouftumé , ne femblant en rien différer d’vne perfonne en vie , fors la couleur qui elloit excefflucment pâlie & blefme. Quelque temps après il fe trouua vn autre Magicien à Boulongne, auquel il prit fantafie d’aller voir celle femme pource qu’elle jàuoit grand bruit, à rai- fon de ion Art ; lequel effcant arriué à ce fpeélacle , comme les autres pour la voir ioüer, tout fiabic s’efcriafdifant : que faicles-vous icy, Meffleurs ? Celle femme que vous eftimez qfii face ces beaux foubre-fauts, 8c jeux de pafle pafle deuant vous,n’eft qu’vue puante «Scordecharongnb morte:& tout foudain elle tomba en terre morte, de forte que le preftige de Sathan, 8c l’abus de l’enchanteur fut manifefté à tous les afflllans. Langius en les Epiftres Medecinales , raconte d’vne femme polfedee d’vn mauuais efprit,laquelle après auoir elle affligée d’vne cruelle douleur d’eftomach,eftanr delaii- fec parles Médecins,fubitement vomit des doux fort longs 8c courbez, 8c des aiguilles d’airain em- paquetées auec de la cire , 8c des cheueux : 8c en la raefme Epiftre eferit, cpie en l’an mil cinq cens trente-neuf,au village nommé Tugueflag, vn certain Laboareur nommé VvlrichNenzeflcr , après auoir enduré vne cruelle douleur au flanc, luy ayant efté faiéle ouucrture d’vn raloir, Ibrtit vn clou d’airin : toutesfois fes douleurs s’augmentèrent de plus en plus , 8c d’impatience fe coupa la gorgc:«Ssayant efté ouuert on luy trouua dans l’eftomach vn morceau de bois,long 8C rond, quatre coufteanx d’acier,defquels aucuns efloient aigus,les autres dentelez en manière defeie, 8c enfemble deux ferremens afpres,lefquels furmontoient la longueur d’vne demie coirdee,auec vne grofle pelot- te de cheueux. Il cil vray-femblabîe que toutes ces chofes fe font faites par l’aftucc du diable qui deccuoit les afflllans par leur veuc.Encor depuis n’aguercs i’ay veu faire à vn impofleur 8c enchan— tcur,en la prefence du Roy Charles IX.«Se de Melfcigneurs les Marefchaux de Montmorêcy,dcRcts, 8c le Seigneur de Lanfac, «Se de Monfieur de Mazile, premier Médecin du Roy , 8c de Monfieur de fainél Pris, Valet de Chambre ordinaire du Roy, pluficurs autres chofes qui font impoffibles aux hommes de faire fans l’alluce du diable, qui déçoit noftre veuc,»?*: nous fait apparoiftre chofefauf- fe 8c fantaftique; & defaid ledit impofleur confeflà librement au Roy, que ce qu’il faifoit eftoir par l’afluce d’vn efprit lequel auoit encor temps de trois ans à eftre en fes hens,«Sr qu’il le tourmen- toit fort : 8c promit au Roy fon temps venu 8c accomply qu’il feroit homme de bien. Dieu luy en vueille donner la grâce : car il eft elerir. Tu n’endureras point viure la forciere. Le Roy Saiil fut cruellement puny, pour s’ellre addrelfé à la femme enchantercflè. Moyfc pareillement a commam* dé à fes Hebrieux , qu’ils initient toute peine d’exterminer d’autour d’eux les enchanteurs. Ép.islre 41. Chofis ejlra- £es trottUies 7 'homme mort par l'a- finie du dlahle, prefence du Roy, & de phfiettrs. ■ Ues Rou j.8. Deuteron. De certaines maladies effranges. Chai». X X XI. Exch.ïH.li.i, De abditis ve-rum eau fis Fer ntl. . R pour contenter l’efprit du Lifeur,del’impofture des de leurs efclaues ma- I giciens5ma^efiencbanteurs>& forciers,i’ay reeucilly ceshiftoiresdeFerncl,tclles 5 ÿ cju’il s’enfuit.Il y a des maladies lefquclles font enuoyees aux hommes par lapermif- don de Dieu, «Se ne peuuent eftre guarics par les reraedes ordinaires, lefquelles pour celle raifondbnt dites outre-palier le cours ordinaire des maladies, dont les hommes o l ac;a uitumé d’eftre tourmentez.Ce qui fe peut aifément prouuer par l’Efcriture fainéle mefinc, laquelle nous fait loy, que pour le péché de Dauid il furuint vne telle corruption d’air,quc la pelle trencha le filet de la vie à plus de foi Xante mille perfonnes.Nous liions auffl en la mçfme E Tenture, qu’Ezechiasfut tourmenté d’vne tres-griefue maladie. lob rcccut tant d’vlceresfur Ton corps,qu’il en elloit tout couucrtrcequi leur aduint par la pcrmilïîon de ce grand Dieu, lequel gouuerne à fon ■ vueiî ce monde inférieur,8c tout ce qui cil contenu en iceluy. Or tout ainfi que le diable, capital 8c iuré cnnemy de l’homme nous afflige fouuét(par la pcrmilïîon de Dieu routesfois)de grandes 8c di- uerles maladiesrainfiles forciers,trôpeurs&mcfchans,par rulès «Scfinefles diaboliques,tourmentent & abulenr vue infinité d?hômes:les vns inuoquent 8c adiuret iene fçay quels efprits par murmures, exorcifmcs,imprecations,ençhantemens& forcellericsdcs autres lient alentour du col,ou bien por- ter fur eu* par autre façô quelques efcritures,quelques charaderes,quelqucs aneaux,quelques ima- ges «5c autres teisfatrats: les autres vient de quelques chants harmonieux,& danfes.Quelquefois ils vient de certaines potiôs,ou plulloil poifons,fuffumigati6s,fenteiirs,fafcinations, 8c enchanrcmcns. Il s’en trouuc lefquels ayans bralfé l’image 8c reprefentatio de quclqu’vn abfent, latrâfpercent auec- ques certains inllrumens , & fc vantent d’affliger de telle maladie qu’il leur plaira , celuy dont ils tranfpercent la tranfpiration , encore qu’il foit bienelloigné d’eux, 8c difent que cela fe faid par la vertu des elloiles, & de certaines paroles qu’ils bourdonnent en perçant telle image,ou reprefen- tacion frire de cire.Il y a encore vue infinité de telles forfanteries,qui ont cllé inuentees par les for- fautes, pour affliger 8c tourmenter les hommes, mais il mefafche d’en parler dauantage. Il y en a qui vfent de tels fortileges, qui empefehent l’homme «Sc la femme de confommer le mariage , ce qu’on appelle vulgairement nouer l’efguilletrc. Il y en a qui empefehent que l’hômç ne rende fon vrine,cc qu’ils appellent cheuiller. Il y en a auffl qui rendent par leurs force!leries,les hommes Ci mal-habiles à facrifier à Madame Venus,que les panures femmes qui en ont bien affaire,penfêt qu’ils foient chaftrez,& plus que chaflrez.Telle canaille n’afflige pas feulement les homes deplufieurs& dincifcs fortes de maladies : mais aufïï pendars 8c forciers qu’ils font, lancent des diables dedâs les corps des hommes tk des femmes. Ceux qui font ainfi tourmentez des diables par les forcclleries de ces forfantes,ne différent en rien des fimples maniaques,finon qu’ils difent des chofes merueil- leufement grandcs.Ils racontent tout ce qui s’efl pafle parauant,encore qu’il fufl bien fort caché 8c jncogneiijfors qu’àbien peu degês.Ils defcouurcnt le fccret de ceux qui font prefens, les iniuriâs &c blafonnas fi viuemét,qu’ils feroiétplus que ladres s’ils nclefentoiécanais incônnêt qu’6 parle de la Les mala lies Ti'pllmifv'n dt Dieu. Probation eoriire les aîtheittes. Des Monftres. 7«î fainéte Efcriture, ils font tous efpouuantez,iîs tremblent, & font fort fafchez.; N’agtieres vn qui- dam par les grandes chaleurs de l’Efté, fe leua de nuiét pour boire , lequel ne trouuant aucune li- queur pour eftancher fa foif, prend vue pomme qu’il aduife : ôc incontinent qu’il euft mordu de- dans il luy fembla qu’on l’eftrangloit:& défia comme aiïîegé d’vn malin cfprit caché en cefte pom- me , il luy fembioic au milieu des tenebres voir vn grand chien fort noir qui le deuoroit : lequel eftant puis âpres guary, nous conta de fil en aiguille tout ce qui luy elloit ardue. Pluficurs Méde- cins luy ayans touché le pouls, ayans recogneu la chaleur extraordinaire qui eftoit enluy,auec vne ieicherellè & noirceur, iugerent qu’il auoic la fièvre, ôc d’autant qu’il ne repofoit aucunement, Ôc qu’il ne ceifbic de refver, le iugerent hors du feus. Il y a quelques années qu’vn ieune Gentil-hom- me par interuale de temps tomboit en certaine conuulfion, tantoft ayant le bras gauche feulement, tantoft le droit,tantoft vn feul doigt,tantoft vnecuilfe, tantoft toutes deux, tantoft l’efpine du dos, & tout le corps fi foudainement remué ôc tourmenté par cefte conuulfion, qu’à grande difficulté quatre valets le pouuoient tenir au liéL Or eft-il qu’il n’auoit aucunement le cerueau agité ny tourmenté,il auoit la parole librc,l’efprit nullement troublé,ôc tous les feus entiers,mefmes au plus fort de telle conuulfion. Il eftoit trauaillédenx fois par iour pour le moins de telle conuulfion: de laquelle forty il fe portoit bien , horfmis qu’il fe trouuoit fort las & rompu , à caufe du tourment qu’il auoit fouffert. Tout Médecin bien aduisé,euft peu iuger que c’eftoit vne vraye epi- lepfie, fi auec cela les feus Ôc l’efprit cullènt efté troublez. Tous les plus braues Médecins y eftans appeliez, iugerent que c’eftoit vne conuulfion de fort prés approchante à l’epilepfie , qui eftoit ex- ci tee d’vne vapeur maligne,enclofè dedans l’efpine du dos,d’où telle vapeur s’efpanchoit feulement aux nerfs,qui ont leur origine d’icelle efpine, fans en rien offencer le cerueau. Tel jugement ayant efté afiîs de la caufè de cefte maladic,il ne fur rien oublié de tout ceque commande l’Art,pour fou- lager ce panure malade : Mais en vain nous fifmes tous nos efforts, eftans plus de cent licués efloi- gnez de la caufe de telle maladie. Car le troifiefme mois fuiuant on defcouurit que c’eftoit vn dia- ble, qui eftoit autheur de ce mal, lequel fe déclara luy-mefme parlant par la bouche du malade,du Grec & du Latin àfoifon, encores que ledit malade ne feeuft rien en Grec. Il defcouuroit le fecrct de ceux qui eftoient prefens, ôc principalement des Médecins, fe mocquant d’eux , pourcc qu’auec grand danger il les auoit circonuenus, ôc qu’auecques des médecines inutiles ils auoient-prefque faiét mourir le malade.Toutes ôc quantes-fois que fon pere le venoit voirsinconrinenc que de foing il !’apperceuoit, il crioit, Faites-Ic retirer, empefehez qu’il n’entre,ou bien luy oftez la chainc qu’il a au col : car comme Cheualier qu’il eftoit, fuiuant la couftumedes Chcualiers François, il portoit le Collier de l’Ordre , au bout duquel eftoit l’Image de fainél Michel. Quand on liloit quelque chofc de la faincte Efcriture deuant luy, il fe herilfonnoit, fe foufieuoit, ou Soldat de mer , ce Monftre eft puiflant 6c fort au poflible, reprefentant quafi la forme d’vn homme arme, à caiife dequoy on luy a donné le nom de Gendarme, fa teftecft couuerte d'vn cuir fort dur 6c efpois, de forme prefque femblablc à l'habillement de tefte de nos Gendarmes , que l'on appelle cafque ou falade. Il a comme vn efeu ou bouclier pendu au col,attaché à degrof- fès veines, 6c des nerfs très-forts, qui s'eftendent de Ton col iufques fur les efpaules. Il eft de figure triangulaire, fort long 6c large à proportion, caué par dedans, 6c relcué en dehors , folide au refte, 6c fi dur qu'à grand' peine le peut - on percer d'vn coup de traiét : cet efeu luy couurc tout l'eftomach, ne plus ne moins qu'vn homme combat- tant fe couure de fon bouclier. Il a deux bras forts 6c ro- buftes, les mains biftulgues : c'cft à dire, diuifees en deux, tout de raefme que fi tous les doigts eftoient joinds en deux feulement, auec ce, il fe defend furieufemenr,6cfrap- pe fi fort cequ il attaint, que mal-aisément peut-il eftre pris : 6c encore eftant pris,il eft fi diffici- le a ruer, que 1 on eft contraint de 1 afiommer à coups de marteau 6c de maillets * depuis l'eftomaçh en bas il finit en poilîbn efcaillé auec vne feule queue. Des Mon (1res 789 Figure d’vn Monfire marin,, ayant la tetfed'vn Qurs}& les bras d’vn Singe, Hieronymus Cardanus enuoya ce Monftre icy à Gefnerus, lequel anoit la telle femblable à vn Ours, les bras &c mains qualî comme vn Singe,& le relie d’vn poilfon, & fut trouué en Macerie. En la mer Tyrrhene , près la ville de Caftrc, fut prins ce Monftre , ayant la forme d’vn Lyon, couuert d’efcailles , qui fut prefcnté à Marcel , pour lors Euefque , lequel après la mort du Pape Paul III. fucceda au Papat. Iceluy Lyon jcctoir vne voix femblable à celle d’vn homme,& auec grande admiration.fut amené en la Ville, & toft après mourut, ayant perdu Ton lieu naturel,com- me nous tcfmoighe Philippe Foreftus au lia.3. de fes Chroniques, duquel la figure eft telle. Philippe Foontim, Figure d>rvn Lyon marin couùert d’efcailles. L’an mil cinq cens vingt-trois, le troifiefme iouf de Nouembre, fut veu ce montre matin à Rome, de la grandeur d’vn enfant de cinq ou fix ans , ayant la partie fuperieure humaine iufques au nombril, horfmis les oreilles, êc l’inférieure femblable à vn poifibn. ffrnage d,rvn Monfire marin ayant figure humainei Le vingt-cinquième Liure, 79° Figure hideujè d'yn diable de mer. Gefnerus fait mention de ce Monftre marin, dont il auoit recouuré le portraiâ: d'vn Peintre qui l’auoit veu en Anuers au naturel, ayant la tefte fort hideufe, auec deux cornes &c longues oreilles, &to«t le refte du corps d’vn poiftbn,hors les bras qui approchoient du naturel, lequel fut pris en la mer Illyrique,fe jettant hors du riuage,tafchant à prendre vn petit enfant qui eftoit près d'iceluy, & eftant pourfuiuy de prés par les Mariniers qui l'auoient apperceu, fut blefsé de coups de pierres, & peu après vint mourir au bord de beau. ' Figure d'am Chenal de mer. Ce Monftre marin ayant la tefte & les crins, & le deuant d'vn Chenal, fut veu en la mer Ocea- ne : la figure duquel fut apportée à Rome au Pape, pour lors régnant. Gefnerus. Figure insu Veau marin. Ohm gms. Charles <>. Roy deFrace, Olaus Magmts dit auoir eu ce Mon Are marin d’vn Gentil - homme Anglois, & auoîr cfte' pris près le riuage de Bergue, là où ordinairement il habicoit. Et encores depuis peu on en fît prelent d’vn fembfable au Roy defunâ:, qu'il fit nourrir afîèz long temps à Fonrainc-bleau , lequel fbrtoic fouucnt hors de l’eau,puis s’y remettoic. Auffi eft-il amphibie : car il refpire & afpire lJair,dort fur terre,& y fait Tes petits, mais d’autant qu’il nefçauroit viure long temps hors de l’eau , & qu’il y prend fa nourriture » on le met au nombre des poifïbns, & de la plufpart des Nations eft nomme Des Monftres. 791 Veau marin. Rondelet lin. 1 G. de Pifcib. l’appelle Veau de la mer Oceanô, en diftinétion de ccluy de la mer Mediterannée, qui eft quelque peu dilfemblable de ceftuy-cy pour le regard de l'habitu- de du corps feulement : car au refte ils fe rapportent entièrement l’vn à l’autre» Les Grecs l'ont nommé né que te garde four mémoire, 796 Levingt-cinquiefme Liure, 'ToHYtraiB des Foiffom njolûns. lean de Lery en fon Hilloire de la terre du Brefil, chap.j. confirme cecy, ôc dit auoir veu lortir de la mer , ôc s’ellcuer en l’air de greffes troupes de poiflbns, ( tout ainlî que fur terre on void les aloliettes, ou ellourneaux) volans prefque aulïî haut hors l’eau qu’vne picque, Ôc quelquesfois prés de cent pas loin. Mais aulîi il effc fouuent aduenu que quelques-vns fe heurtans contre les mats de nos nauires, tombans dedans, nous les prenions à la main. Ce poiflbn eft de la forme d’vn haran, toutesfois vu peu plus long, ôc plus gros : il a des petits barbillons fous la gorge, & les ailles com- me vne chauue-fouris, ôc prefque auffi longues que tout le corps : ôc effc de fort bon goull, ôc fore fauoureux à manger. Il y a encore vne autre chofe, dit-il, que i’ay obfcruée, c’cll que ny dedans l’eau, ny hors de l’eau , ces panures poiflbns volans ne font iamais en repos : car ellans dedans la mer,les grands poiflbns les pourfuiuent pour les manger,& leur font vne continuelle guerre : ôc Ci pour euiter cela ils fe veulent fauuer en l’air, Ôc au vol,il y a certains oyféaux marins qui les pren- nent , ôc s’en repaiflènt. L'a» 1550. Entre Venife & Rauenne, vnelicuë au dcflusde Quioze ,enla mer des Vénitiens, fut pris vu poiflbn volant,terriblc & merueilleux à voir, de grandeur de quatre pieds ôc plus de largeur, d’vna pointe à Eautrc.de fes ailles , deux fois autant de grofleur d’vn bon pied en quarré. La telle elloit merueilleufement groflc,ayant deux yeux, i’vn delfus,l’autre deflbus,deux grandes orcilles,& deux bouches. Ton groin elloit fort charnu, verd en couleur, fes ailles clloient doubles, en fa gorge il y auoit cinq trous en façon de Larnproye : fa queue elloit longue d’vne aulne , en haut de laquelle clloient deux petites ailles. Il fut apporté tout vif en ladite ville de Quioze,ÔC prefenté aux Sei- gneurs d’icelle, comme chofe qui n'auoit iamais elle vcuc. Des Monftres 797 Figure d'njn autre poif on nuolant fort monHmeux. Il fe trouue en la Mer de fi «Arranges & diuèrfes fortes de coquilles, que l'on peut dire que Nature, chambrière du grand Dieu, fe jolie en la fa- brication d’icelles, dont ie t’ay fait pourtraire ces trois, qui font dignes de grande contemplation, & adrairatio, dans lefquelles il y a des poif-* fons , comme limaçons en leurs coquilles : lefquels Ari- ftoce , liu. 4. de l'hiftoire des Animaux,nomme Cancellus, eftans compagnons des poif- fons counerts de cocques, ÔC de teft dur,-& femblables aux langouftes naiiîànt à par foy. CoquiS.es e ffr ange s Rondelet en Ton liure de l’Hiftoire des poiflbns, dit, qu'en Languedoc ce poilîon le nomme Bernard l’Ermite: il a deux cornes longuettes, ôc menues,fous lefquelles il a Tes yeux,ne les pouuant reri' rer au dedans comme font les cancres , mais roulîours appareillant aduancés au de- hors : les pieds de deuât font fendus & fourchus, lefquels luy feruent à fe defendre, ôc à porter en fa bouche. Il en a deux autres courbez 6cpoin- tus, defquels il s’ayde a che- miner. La femelle fait des œufs,lefquels on voit pendus par derrière comme petites patcnoltres enfilces,contesfois enucloppecs, 6c hees par petites membranes. Elian au liu.y.ch.i 3.en efcrit ce qui s'enfuit.Câcellns naift tout nud,6c fans coquille, mais après quelque temps il en choi- lit de propres pour y faire fa demeure quand ilentrouue de vuides, comme celle du poupre, ou de quelque autre trouuee vuide , il s’y loge : 6c eftant deuenu plus grande, en forte qu’il n’y peur plus tenir (ou lors que nature l’incite à frayer) il en cherche vne plus grande où il demeure au large 6c à ion aife : forment il y a combat entr’eux pour y entrer , ôc le plus fort jette le plus foible, 6c \oujt de la place. Le mclme tefmoigne Pline, Iiu.9. rPourtraicls de diuerfes Coquilles, enfemble du pdiffon qui efi dedans icelles, dit Bernard l'Ermite. Le vingt-cinquiefme Liure, 798 Tourtraïoîs de deux Coquilles guides. Qq quille ? m Bernard ÏSrmïte e[î en emhufcade. VourtrcùSi de Bernard l'Ermite nud. Il y a vn autre petit poiftbn nommé Pinothere, de la forte d’vn Cancre , le- quel fe tient & vit toufiours auec la Fi- ne, qui eft cefte cfpece de grande co- quille, qu’on appelle Nacre,demeurant toufiours affis comme vn portier à l’ou- uerture d’icelle, la tenant entr’ouuerte iulques à ce qu’il y voyc entrer quel- que petit poiftbn , de ceux qu’ils peu- uent bien prendre , lequçl mordant le Nacre ferme fa coquille,puis tous deux grignottent Sc mangent leur proye en- femblcment. De U Lamie. Rondelet au troifiejfine Hure des poiftons , chapitre onze, eferit, que ce poiftbn fc trouue aucu- nesfois fi mcrueiUeùferaent grand, qu’à peine peut eftre trainé par deux chenaux fur yne charette. Il mange ( dit - il.) les autres paillons, & eft très - goulu , voire deuore les hommes entiers: ce qu’on a cogneu par expérience. Car à Nice &: à Marfeille on a autresfois pris des Lamies , dans l'eftomach defquclles on a trouué vn homme entier tout armé. Lay veu ( dit Rondelet ) vne La- mie en Xaintonge, qui auoit la gorge fi grande , qli’vn homme gros & gras aifément y fuft entre': tellement que fi auec vn bâillon on luy tient la bouche ouuerte, les chiens y entrent aifément pour manger cequJils trouuent dedans Peftomach. Qui en voudra foauoir d’auantage, life Rondelet, au liureallégué. Pareillement Corradus Gefiiérus en fcs.hiftoires des Animaux, fuillet ryi. ordre 10. confirme ce que Rondelet en a eferit : Sc dit d’auantage, s’eftre trouué des chiens tous entiers dans l’eftomach de ladite Lamie, ayant fait ouuerture d’icelle : & qu’elle a les dents aiguës, afpres Sc groftès. Rondelet dit auflî qu’elles font de figure trangulairej decoupees de deux coftez , comme vnefeie, difpcfées parfix rangs : le premier duquel fe monftre hors delà gueullc, Sc tendant vers Ce poiffon efl fee paf jtx Des Montres. 700 e deuant: celles du fécond font droides, celles du troifiefme , quatriefine, cinquiefrae, fixiefme ont courbées vers le dedans de la bouche pour la plufpart.Les Orfèvres garniflènt ces dents d’ar- genrfles appellans dents de ferpent. Les femmes les pendent au col des enfans, Ôc penfent quelles leur font grand bien quand les dents leurs fortent, aufli quelles les gardent d’auoir peur. l'ay fou- uenance d auoir veu à Lyon en la maifon d’vn riche Marchand vne tefte d'vn grand poiflbn,lequel auoit les dents femblables à ceftc defeription : & ne feeus fçauoir le nom de ce poiflbn. le croy à fn^(lue c eftoit la tefte d vne Lamie. l'auois propofé la faire voir audefund Roy Charles, qui c oit tort curieux de voiries chofcs ferieufes ôc monftrueufes:mais deux iours après que ie voulus a taire apporter, il me fut dit que le Marchand, fa femme, ôc deux de fes feruiteurs eftoient frap- pez de la pefte, qui fut caufe qu’il ne le veid point. La figure de la Lamie t'esi icy refrefintee, que ïay tiré du Hure de y ig) de Cefnerus. Pline chapitre trente,liure neuf de fonHiftoire naturelle nomme cepoiftbn Nautilm, ou Nau~ tiens : auquel eft grandement à confidercr, que pour venir au deflus de l’eau , fe met à l’enuers, re- montant peu à peu, pour efcouler l'eau qui feroit en fa coquille, à fin de fe rendre plus leger à na- uiger, comme s'il auoit efpuifé lafentine de Ton nauirc* Et eftant au deflus de l’eau , il recourbe en à mont deux de fes pieds, qui font joinds enfemble, auec vne pellicule fort mince pour luy Ter- nir de voile, fe feruant de fes bras, comme d'auirons , tenant toufiours fa queue au milieu , en lieu de timon : 8c va ainfi fur la mer, contrefaifant les fuftes ôc galleres. Que s'il fe fient auoir peur, il ferre Ton équipage , ôc remplit fa coquille d’eau en la plongeant, ôc ainfi s'en va au fonds. Pline. MerueiUtux artifice de foijfon. Defeription de la Balaîne. Nous abufims aucunement du mot de monftre pour plus grand enrichiflement de ce Traide* nous mettrons en ce rang la Balaine, & dirons dire le plus grand monftre poiflbn qui fe rrouuc en la mer , de longueur le plus forment de trente-fix couldées, de huid de largeur , l’ounerture de la bouche de dix - huid pieds, fans auoir aucunes dents * mais au lieu d'icelles, aux coftez des maf- choires a des lames , comme de corne noire, qui finiflent en poils femblables àfoye de pourceau, qui fqrtent hors de fa bouche, 8c luy renient de guide pour monftrer le chemin, à fin qu'elle ne fè heurte contre les rochers. Ses yeux font diftans Tvn de l'autre de quatre aulnes , ôc plus gros que la tefte d'vn homme ; 8c le mufeau court, ôc au milieu du front vn conduit, par lequel elle attire l’air , 8c ietre vne grande quantité d'eau , comme vue nuee , de laquelle elle peut remplir les ef- quifs, 8c autres petits vaifleaux, ôc les renuerfer en la mer. Quand elle eft faoule , elle brame ôc crie fi fort, qu’on la peut oüir d’vne lieiie Françoife; elle a deux grandes aides aux coftez,defquel- les elle nage, 8c cache fes petits quand ils ont peur, ôc au dos n’en a point : fa queue eft femblable Le vingt-cinqiefme Liure, 8oo à celle du Dauphin, & la remuant efmeut fi fort l’eau, quelle peut remplir vn efquif : elle eft cou- ueute de cuir noir,& dur. il eft certain par l'anatomie, qu'elle engendre Tes petits vifs, & qu'elle les al lai de, car le malle a des tefticulcs & membres génital,& la femelle vne matrice ôc mammeiles. Elle Ce prend en certain têps d'Hyucr en plufîeurs lieux,mefmement à la cofte de Bayonnc,prés vn petit village diftant de trois lieues ou enuiio de ladite ville, nome Bîarrisraufquels fus enuoyé par le commandement du Roy (qui eftoit pour lors à Bayonne ) pour traider Monfeigneur le Prince de la Roche fur-Yon, qui y demeura malade : où i'appris le moyen qu'ils vient pour ce faire, con- formément à ce que i'en auois défia leu au liureque moniteur Rondelet à elerit des PoilTons, qui eft tel ; Contre ledit village il y a vne montagnette, fus laquelle des long-temps a elle édifice vne Tour tout exprès pour y faire le guet, tant le iour que la nuid, pour defcouurir les Balaines qui palfent en ce lieu , ôc de là on les apperçoit venir tant par le grand bruit qu’elles font, que pour l'eau qu'elles fortent par vn conduit qu'elles ont au milieu du front : ôc l'apperceuans venir, ceux qui font au guet Tonnent vne cloche, au fonde laquelle promptement tous ceux du village accou- rent cquippez de tout ce qui leur eft neceflàire pour l'attraper. Iis ont plufieurs vaiileaux& nacel- les , dont en d'aucuns il y a des hommes feulement conftituez pour pefcher ceux qui pourroienc tomber en la mer : les autres dédiés pour combattre, ôc en chacun il y a dix hommes forts & puillans pour bien ramer ôc plufieurs autres dedans, aucc dards barbelez , qui iont marquez de leur marque pour les recôgnoiftrc , attachez à des cordes, & de toutes leurs forces lesiettent fus la Balai ne , ôc lors qu’ils apperçoiuent qu'elle eft bleftee, qui fe cognoit pour le fang qui en fort, ils lafchent les cordes de leurs dards, ôc la initient à fin de la lafler, ôc prendre plus facilement: ôc ainfi l'attirent au bord , dont ils Ce refiouïilènt ôc font godechere , ôc la partirent entre eux, cha- cun ayant fa porno félon le deuoir qu'il aura faiébee qui le cognoit par la quantité des dards'qu'ils auront ietré , «Se fe feront trouuez , demeurent dedans, & les cognoiftent à leur marque. Or les femelles font plus faciles à prendre que les malles, pource qu'elles font foigneufes de fauuer leurs petits, & s’amufent feulement à les cacher, ôc non à s’eichapper. La chair n’eft rien cftimée, mais la langue,pource qu’elle eft molle Ôc delicieufe,ils la fallent : lemblablement le lard, lequel ils diftribuent en beaucoup de Prouinces,qu'on mange en Carefmc auec des pois : ils gardent la grclle pour bruiler>& frotter leurs batteaux, laquelle eftant fondue, ne fe congèle iamais. Des lames'qui fortent de la bouche, on en fait des vertugales, bnfques pour les femmes , ôc manches de coufteau, de plufieurs autres chofes : Et quant aux os,ceux du pays en font des cloftures aux jardins : ôc des vertébrés ,des marches ôc Telles pour fe feoir en leurs maifons. l'en fis apporter vne que ie garde en ma maifou, comme vne chofe mouftrueufe. Figure Balaine prlfe 3 le detyart d'icelle. Des Monftres 8oi Figure d'aune autre espece de Bala'me. Vraye pourtraiélure de fvne des trois Balaines qui furent prifes le deuxiefme de luillet 1577. en la riuierc de l’Efcaut l’vne àFleffingues , l’autre à Saflinghe , & celle - cy àHaftinghe auDoël, enuiron cinq lieues d’Anuers : elle eftoic de couleur de bleu obfcur ; elle auoit fur la telle vne nar- rine par laquelle elle iettoit l'eau, elle auoit de longueur en tout cinquante - huiél pieds, & feize de hauteur. La queue* large de quatorze pieds, depuis l’œil iufques au deuant du muzeau , il y auoit feize pieds d’efpace. La mafehoire d’embas eftoic longue de lîx pieds, en chalque collé de la- quelle eftoient vingt - cinq dents. Mais en haut elle auoit autant de trous , dans lefquels lefdites dents d’embas fe pouuoyent ;cacher. Chofe monftrueufe, voir la mafehoire fuperieure defgarnie de dents , qui deuoient eftre oppreftees pour la rencontre des viandes aux dents inférieures , & en lieu d’icelles dents voir des trous inutiles. La plus grande de fes dents eftoit longue de lîx poulces: le tout fort merueilleux 8c efpouuentable à contempler pour la vaftitc, grandeur & grolfeur de tel animal. La figure eft icy reprefentee. Pline liu.32. chap.i. dit qu’il y a vn petit malautru poiftbn,grand feulement dedemy-picd,n6me d’aucuns Echeneis , d’autres Rémora, qui mérité bien eftre mis icy entre les chofes merueilleufes 8c monftrueufes,lequel retient 8c arrefte les vaifteaux de mer,tant grands foient-ils,lors qu’il s’attache obntrc,quelque effort que la mer ny les homes fçaehent faire au contraire, corne les flots 8c les va- gues,& le vent eftant en golfe des voiles,& fecodé des rames ou cables,& ancres quelques groftes 8c pefantes qu’elles fulTènt.Et de faiél,on dit qu’àla defaiéle d’A£liû,ville d’Albanie,ce poiffonarrefta la gallere capitainefte où eftoit M. Antonius,qui à force de rames alloit donant courage à fes gens de gallere en gallere:& pendant l’armee d’Augufte voyant ce defordre,inueftit fi brufquemcnt celle de M.Antonius,qu’il luy pallà fur le ventre.De mefme aduincà la gallere de l’Empereur Caligula. Ce Prince voyâr que fa gallere feule,entre toutes celles de l’armee n’auançoit point,& neâtmoins eftoit à cinq par bancs,entendit fubit lacaufe de l’arreft qu’elle faifoit,ce fut pourquoy il fit proprement ietter force plogeurs en mcr,pour chercher à l’êtour de celle gallere,cequi la faifoit arrefter,& trou- uerét ce petit poiflo attaché au rimonrlequel eftant apporté à Caligula,futfortfafché qu’vn fi petit poiftbneut le pouuoir de s’oppofer à l’effort de 400. efpalliers 8c galliots qui eftoient en fa gallere. Efcoutez ce grand 8c iâge Poëte le Seigneur du Barras , lequel dit de bonne grâce au cinquicfme iour de la fepmaine, ce qui s’enfuir. La Remore fichant fin debile mufeau Contre le moïtte hord du tempe fié vaijfeau, L'arreïte tout d‘vn coup au milieu d’vne fiote, Qui fuit le vueil du vent , & le vueit du pilote. Les refhes de la nef on lafihe tant quon peut, Aiais la nef pour cela charrnee ne s'efimeut, Non pim que fi la dent de mainte ancre fichee Vingt pieds dejfous Thetü la tenait accrochée, Non plus quvn chefine encor, qui des vents irrite f ui mille & mille fois les efforts defipitef-, Ferme, n'ayant pas moins pour fouffrir cefte guerre Des racines deffous, que des branches fur terre. Dy - nous, arrefte - nef, dy - nous , comment peux - tu Sans ficours t’oppofir d la ioînte vertu, Et des vents, & des mers, & des deux, & des gûfihes f Dy-nous en quel endroit, 0 Remore, tu caches L'ancre qui tout d’vn coup bride les momemens D'vn vaijfeau combatu de tous les elemens ? fD'ou tu prens cet engin , d'ou tu prens cefte force Qui trompe tout engin, qui tonte force force l Pline par- lant du Re- mura. Levingt-cinquiefmeLiure, 802 Or qui voudra fçauoir plufïcurs autres chofes monftrueufes des poiflbns > life ledit Pline, Ron~ A dclet , & Gcfner en leurs liures des poiftom. Figure d'aune Auftmche. Des Monfires volatilles. Chap. XXXV. HE t oyfeau eft dit Auftruche, ôc eft le plus grand de tous, tenant quafi du naturel des belles à quatre pieds , fort commun en Afrique, & en Ethiopie : il ne bouge de terre pour prendre l'air , neantmoins palTe vn chenal de virelïe, c’eft vn miracle de nature, que cet animal digéré indifféremment toutes chofès : fes œufs font de grandeur , iniques à en faire des vafes : fon pennage eft fort beau , comme chacun peut cognoiftre, & voir par ce pourtraiél. le ne veux lailler palier fous fîlence , de la rarité que i'ary veu touchant les os de l’Auftruche. Le feu Roy Charles en failoit nourrir trois au logis de Monlîeur le Marefchal de Rets j vne defquellcs eftant morte, me fut donnée, ôc en Es vne fcelettc. Le pourtraiél duquel ay voulu icy inferer auec fa defeription. A La telle eft vn peu plus groftè que celle de la grue , longue d'vn empant, depuis la fommité de la telle tirant au bec, ellant platte, ayant le bec fendu iufques environ le milieu de l'œil, ellanc iceluy aucunement rond en fon extrémité. , B Son col eft de longueur de trois pieds, compofé de dix-fept vertébrés, lefquelles ont de cha- cun collé vne apophyfc tranfuerfe tirant contre Bas , de longueur d’vn bon poulcc, excepté que la première ôc fécondé proche de la telle, n'en ont point, ôc font conjointes par ginglyme. C Son dos de longueur d'vn pied, eft compofé de fept vertébrés. D L'os Sacrum eft de longueur de deux pieds ou enuiron, au haut duquel y a vne apophyfc tranfuerfe, fous laquelle y a vn grand permis. E Puis trois autres moindres F G H Suiuant leiquels y a la boette où l'os de la cuifte s’infînuë. I Produifant de fa partie externe latérale vn os percé. K Quaft en fon commencement, puis eft vni : Apres lediél os fe fourche en deux , dont l'vn eft plus gros. L Et l’autre moindre. M Chacun de longueur de demy pied ôc quatre doigts , puis fe reünilfent, ayant entre le lieu où ils fe fourchent, ôc le lieu où ils fe reünîllent, vn permis large de quatre doigts. N Et plus long d’vn empant : puis ce qui relie de l’os eft de figure d'vne ferpe ou coufteau crochu, large de trois trauers de doigts, longue de fix poulces. O Puis en fon extrémité fe joint par fynchodrofe. P L'os de la queue à neuf ver- tébrés femblables à celles de l’homme : il y a deux os en la cuillè, dont le premier. L’os de la cuilfe eft de longueur d’vn grand pied : ôc gros comme ccluy d'vn cheual, ôc plus. R L'autre qui le fuit, eft d'vn pied& demy de longueur, ayant par haut vne petite focillc de la longueur de Des Monftres. 803 A l'os en efpointant vers le bas. S La jjambe où eft attaché le pied} eft de la longueur d'vn pied & demy,ayant en fon extrémité deux ongles, vn grand, & l'autre petit,à chaque ongle y a trois os*, T Huiéb coftes qui s’inferent à l’os du Sternon, dont aux trois du milieu de chaque cofté y a vne production oiTeufe, relTcmblant à vn croc. V L'os du Sternon eft d'vne piece de grandeur d'vn pied,reprefentant vne targe,auquel fe joint vn os qui cheuauche les trois premières coftes , qui tient le lieu des clauicules. X Le premier os de l'aille eft de longueur d'vn pied & demy. Y Au deftbus de luy y a deux autres os, reftemblans au Radius & Cubitus, au bout dcfquels font attachez fix os. Z Qui font l’extremité de faille. L'animal entier eft de longueur defept pieçls, & de fepe pieds & plus de haut, commençant au boc, & finiftànt aux pieds. Il y a plufieurs autres chofes remarquables que ie laiiLe pour briefueté. Theuet en fa Cofmographie, dit,qu’il a vénaux Terres Neufues vn oyfèau que les Saunages ap- pellent en leur jargon. Toucan , lequel eft fort monftrueux & difforme, en tant qu’il a le bec plus gros & plus long que tout le refte du corps. Il vit de poivre, comme nos Tourtes,MerIes,& Eftour- neaux font icy de graine de lierre, qui n’eft point moins chaude que le poivre. Vn Gentil-homme Prouençal en fît prefent d’vn au feu Roy Charles IX. ce qu’il ne peut faire vif : car en l’apportant » il mourut, tk ncantmoins le prefenta au Roy : lequel après auoir veu,il commanda à Monfeigneur le Marefchal de Rets de me le bailler, pour l’anatomifer & embaumer, afin de le mieux confcrucr: toutesfois bien toft après fe putréfia. Il eftoit de grolfeur & plumage femblable à vn Corbeau, refte que le bec eftoit plus grand que le refte du corps, de couleur jaunaftre, tranfparant, fort lcger& dentelé en manière de feie. le le gardç,comme vue chofe quafi monftrueufe. La figure duquel t’eft icy reprefeQtc'e. Lîu. il,' chap. ii. 804 Le vingt-cinquiefme Liure, l'oyfem nommé Toucan. Hierofme Cardan en Tes Liures de la Subtilité, dit, qu’aux Ides des Molucqtcs, on trouue fur la terre ou fur la mer , vn oyleau mort, appelle Adamicodiata, qui lignifie en langue Indique, oyfeau de Dieu , lequel on ne void point vif. Il habite en l’air haut, ion bec &c corps femblable à l’Arondelle, mais orne de diuerfes plumes : celles qui font fur fa telle font femblables à l’or pur , & celles de fa gorge à celles d’vn canard : fa quelie ôc ailles femblables à celles d’vn Panache. Il n’a aucun pied, ôc lî quelque lalîitude le prend, ou bien qu’il vueille dormir, il fe pend par fes plumes, lefquejles il en- tortille au rameau de quelque arbre. Iceluy vole d’vne merueillcufc viftelfe , &c n’ell nourry que de l’air & rofee. Le malle a vne cauité fur Ton dos, où la femelle couue fes petits, l’en ay veu vn en celle ville, que l’on donna au defunél Roy Charles IX. & aulïi i’en garde vn en mo»~cabinet, qu’on m'a donne par grande excellence. ' { nPourtmcî de l'oyfem de Paradà. Des Monftres 80^ Des Montres terrestres. C h a F ,. XXXV t HN d r e* Thcuet, tome premier liure quatre chap. onze dit qu’en fille de Zocote- re , on void vne befte qui s’appelle Hufpalin , grofiè comme vn marmot Ethiopien, fort monftrueufe , que les Ethiopiens tiennent en de grandes cages de ioncj ayant la peau rouge comme elcarlatte, quelque peu mouchetee, la telle ronde comme vne boule, les pieds ronds ôc plats fans ongles offenfifs , laquelle ne vit que de vent.Les Mores rallumaient, puis la mangent après luy auoir donné plufieurs coups de ballon , afin de rem- tire fa chair plus délicate 8c aifée à digerer. Figure d'vne heBe nommée Hujjtdin. Au Royaume de Camoca , d’Ahob , de Bcngà , 8c autres montagnes de Cangypu , Plimatiq, & Caragau qui font en l’Inde intérieure par de là le fleuue de Ganges j quelques cinq degrcz par de là le Tropique de Cancer, fe trouue la befte appellee des Germains Occidentaux* Giraffe : cet ani- mal différé peu de telle & oreilles, 8c de pieds fendus à nos Biches. Son col eft long d’enuiroîi Vue toile , 8c fubtil à merueille, & diffère pareillement de jambes, d’autant qu’il les a autant haut i eleuees que befte qui foit fous le Ciel. Sa queue eft ronde, qui ne pallè point les jarrets, fa peau belle au pofîible; Elle eft mouchetée en plufieurs endroits*, de taches tirant entre blanc & tanné, comme celle du Léopard, qui a donné argument à quelques Hiftoriographes Grecs de luy donner le nom de Chamadeopardalis* Ccfte befte eft fi fauuagc auant que d’eftre prife * que bien peu fou- irent fe laifîe voir, fe cachant par les bois $c deferts du pays , où autres beftes ne repaiftènt point. Et dés aufîi - toft qu’elle void vn homme, elle tafche à gagner au pied, mais finalement on la prend, parce qu’elle eft tardiueen fa courfe. Au refte prife qu’el|e eft, c’eft la befte la plus douce à gouuerner , qu’autre qui viue. Sur fa tefte apparoilfent deux petites cornes longues d’vn pied, ou enuiron, lesquelles font allez droiétes 8c enuironnes de poil tout autour : vne lance n’cft pbinc plus haute lors qu’elle leue la tefte en haut. Elle fe paift d’herbe, 8c vit aulïî de fueilles 8c branches d’arbres , 8c aime bien le pain , chofequ’attefte 8c figure André Thcuet, liure onze, chapitre 13* tome premier de fa Cofmographic* 8o6 Le vingt-cinquiefmeLiure, Figure du Giraffe. Luy-mefme, tom. i. chap.io. en fa Cofraographie, dit, que du temps qu’il eftoit fur la mer rouge, arriuerent certains Indiens de terre ferme , qui apportèrent vn Monftre de la grandeur & proportion d’vn Tygre, n’ayant point de queue , mais la face toute femblable à celle d’vn homme bien formé,fors que le nez eftoit fort camus, les mains de deuant comme d’vn homme,& les pieds de derrière relîèmblans à ceux d’vn Tygre , tout couuert de poil bazanne. Et quant à la telle, oreilles, col, ôc bouche, comme hommc,ayant les cheueux bien peu noirs & crefpelus, de mefmcs les Mores qu’on void en Afrique. C’eftoit la nouueauté que ces. Indiens apportoient pour faire voir , pour l’honneftetc & courtoifie de leur terre, & nommpient celle gentille belle laquelle ils tuent à coups de flefehes, puis la mangent. Des Montres Bo 7 Figure de la belle Tbanacïb. Le mefme Theuet en fa Cofmographie -, tora. 2. chap. 13. dit, qu’en Amérique fe trounc vne befte , nommée des Sauuages Haiit, fort difforme , & eft prefqne incroyable qu'il en foit de telle qui ne l’auroit veuë. Elle peut eftre de grandeur à vne groftè Guenon, ayant ton ventre aualé Sc fort proche de terre, quoy qu’elle foit debout : fa face & tefte font prefque femblables à celles d’vn enfant. Ce Haiit eftant pris, ierte de grands foufpirs, ne plus ne moins que feroit vn homme at- teint de quelque grande & excefïlue douleur. Elle eft de couleur grife , n’ayant que trois ongles à chacune patte, longs dequatre doigts , faits en forme d’arcftes d5vne carpe, auec lefquelles griffes qui font autant ou plus tranchantes que celles d’vn Lyon, ou autre befte cruelle, elle monte fur les arbres , où elle fait plus fa rcfidcnce qu’en terre. Elle a la queue longue feulement de trois doigts. Au reftèj c’eft vn cas eftrange que iamais homme ne fçauroitdire falloir veuc manger de chofe quelconque, quoy que les Sauuages en aycnt tenu long temps dedans leurs loges, pour voir ft elles mangeroient quelque chofe, & difbicnt les Sauuages que feulement elles viuoient du vent. 8o8 Le vingt-cinquielme Liure, Figure d'nme befie monBmeufe, laquelle ne Vit que de njent, dite H dût Figure d’yn animal fort monfrrueux naijjant en Afrique, Mais qui eft celuy qui ne s’efmerueillera grandement de contempler celle belle , ayant tant d’yeux, oreiles &r pieds, & chacun faire Ton office ? où peuuent ellre les inllrumens dediez à telles opérations ? Véritablement quant à moy i’y perds mon efprit, & ne fçaurois autre chofe dire, fors que nature s’y ell ioliee, pour faire adnjirer la grandeur de Tes œuures. Des Monftres. •809 Vourtraifâ d'.iour d’oétobre iyi8. Cefte Comete eftoit fi horrible & efpouuâtable,qu’elle engêdroit fi grâd terreur aü vulgaire, qu’il en mourut au- cuns de peur : les autres tombèrent malades. Cefte eftrange Comete dura vne heure &c vn quart, & commença à fe produire du cofté du Soleil Ieuant,puis tira vers le midy:elle apparoilîbit eftre de longueur cxceflîuc, & fi eftoit de couleur de fang : à la fommité d’icelle on voyoit la figure d’vn bras courbé,tenant vne grande efpee en la main,comme s’il euft voulu frapper. Au bout de la poin- te il y auoit trois eftoilles : mais celle qui eftoit droi&emcnt fur la pointe, eftoit plus claire & luy- fimte que les autres. Aux deux coftez des rayons de cefte Comete , il fe voyoit grand nombre dé haches, couteaux, cfpees coulourccs de fang, parmy lefquclles il y auoit grand nombre de faces humaines hideufes, auecle» barbes & cheueux heriflez,comme la voyez par cefte figure. En ce temps le Turc fit de très - grandes 8c langlantcs incurfions fur les Chreftiens. Et Charles de Bourbon prit Rome,dont l’hiftoire eft allez commune 8c eferite ailleurs. Bio Le vingt-cinquième Liure, Figure d'vne Cornette admirable veüe en l'air. lofephe 6c Eufebe eferinent qu’apres la Pafïion de Icfus-Chrift, la miferable deftrudion de la ville de Hierufalem fut fignifice par plufieurs lignes, 6c mef- me entre les autres, vne cfpouucntablc Comete en forme d'cfpee luifante en feu , laquelle apparut bien l'efpace d’vn an fur le temple : comme demonftrant que l'ire diuine fc vouloir vanger de la nation ludaïque, par feu, par fang, & par famine. Ce qui aduint,& y eut vnc fi calamiteufe famine, que les meres mangèrent leurs propres enfans : 6c pé- rirent en la Cité durant le fiege des Ro- mains plus de douze cens mille luifs, & en fut vendu plus de quatre vingts dix mille. La figure d'vne Comète tefi icy refrefentee. Les Cometes ne font iamais apparues fans produire quelque mauuais efFe<5l,& laifier vn finiftre cuenement. LePoëteClaudian, Oncejues an ciel Comete on n'a peu voir, Que quelque mal ne nom face apparoir. Les Aftronomes ont diuifé les corps celeftes en deux bandes : l'vne appellec eftoiles fixes 6c ar- reftees, que l'on voit bluetter ou eftincclcr au ciel, comme s'ils feufîènt feux ernbrafez. Les autres font errantes, appellees planettes , quinebluettent point,& font au nombre de fepr,ayant chacune Ton ciel,cercle rond,on eftage. Leurs noms font Saturne,Iupiter,Mars,Sol,Venus,Mercure,& Lune. Les eftoiles font Corps fpheriques apparans 6c luifàns,compofez de fimple 6c pure matière, comme le ciel, 6c nul n'en fçait le nombre , ny les noms, fors que Dieu. Or lefdites planettes font leurs cours par le Zodiaque (qui eft vn des principaux & le plus grand cercle du ciel, & la vraye route du Soleil) qui trauerfe ou enuironne biaifementleciel, la nuiéb 6c le iour, à fin que toutes les con- trées de la terre iouyftcnt alternariuement des quatre faifons de l'annee, par le moyen du Soleil qui fans celle monte &deualleefclairant 6c nourrilîànt enl'efpace d'vn an tout le rond de la terre. Il eft le chariot 6c fontaine de la lumière des corps celeftes, qui ne font que comme petits ruifteaux dont il eft la fource : parquoy eft nommé Roy des Eftoiles, & le plus grand de tous les corps celeftes. Il eft de trois cieux ou cftages au deftus de la Lune:il marche au milieu de fix planettes,fi elles s'ap- prochent de luy, pour n’empcfchcr fà route, elles fé retirent à l’efcart au plus haut de leurs epicycles: puis luy pâlie, elles deuallentau plus bas, pour l'accompagner 6c accofter comme les Princes font leur Roy.Et lors ayant fait leur deuoir s'arreftenr, 6c d'vnereucrence honreufe reculent en arriéré, defeendans au fond de leurs epicycles pour contempler, comme de loing,la face de leur Seigneur, Et quand il r’approche en reculant elles regaîgnent le haut de leurs epicycles pour aller au deuan$ de luy : de forte que le fenrans à quatre fignes-'prés,elles font fcmblant de l'attcndrc,puis luy ayans Diuljhn des corps celeftes en deux ban„ des. Sept Via- nettes. Que c'ejl que Zodiaque, Le Soleil, En quel e- qmpagemar- che le Soleil, Des Moindres. 8ir faid la bien venue marchent deuant lüy vn peu à l’efcart, pour ne donner empefehement à fa car- rière 3c courfc naturelle. Celle qui eft nommee Saturne* par l’eftimatipn des Aftronomcs, eft qua- tre vingts dix fois ou enuiron plus grofiè que toute la terre , de laquelle elle eft loing de plus de trente fix millions de lieues Françoifcs. La grandeur de celle nommee lupirer, eft eftimec nouante & fix fois plus grofiè que le diamettre de la terre , & en eft efioignee de plus de vingt-deux mil- lions de lieues. La planettc de Mars eft aufli grofiè que la terre, & eft efioignee d'icelle de trois millions cinquantequatre mille deux cens quatre lieues. La Lune lignifie mois, parce que tous les mois elle fe renouuelle : elle eft efioignee de la terre de odante mil deux cens treize lieues : elle eft plus dpelîè Sc obfcure que les autres eftoilcs attachées à fa Iphere qui la porte par certains mouue- mens, tours 3c retours eftans limitez, creée de Dieu pour remarquer aux hommes les temps 8c £al- lons , & befongnerpar fa lumière & mouucment es corps inférieurs. Le globe du Soleil eft prefque fept mille fois plus grand que la Lune. Ptolomee Sc autres Aftronomes ont trouué par inuentions géométriques qu’il eftoiteent foixance Ôc fixfois plus grâd que toute la terre : il viuifie tous les animaux, non feulement ceux qui font fur la terre, mais aufli ceux qui font au profond des eaux. Le Seigneur du Bartas l’appelle portillon continuel,fontainc de chaleur , fourcc declairté,vie de l’vniucrs,flambeau du monde,& ornement du ciel. D'auantage le Soleil fait fon tour du ciel au tour de la terre en vingt-quatre heures, 3c caufe les commoditcz 3c aggreables reuolutions du iour 3c de la nuid, pour le foulagement 3c contentement de l’homme 3c de tous animaux. Que le Ledeur confidere 3c adore icy l’admirable fagefle & puifiànce du Créateur, en la gran- deur, vitefle concinuelIe,incroyable rapidité, lueur 3c chaleur immenfe,coniondions &raouucmes contraires en vn fi noble corps que celùy du Soleil,qui en vneminutte d’heure faid plufieurs mil- liers de lieues , fans qu'on l’apperçoiue bouger, & n'en recognoit-on rien qu'apres qu'il eft fort auancc en fa courfe. Qui plus eft, la moindre eftoile eft dix-huid fois plus grande que toute la ter- re. Cecy foit" dit non Seulement pour vne grande fpeculation , mais à la loüange du Créateur , 3c pour humilier l’homme qui fait tant de bruit en la terre,qui n’eft rien qu’vn poind au regard de la machine celefte. Outre plus, il y a au ciel douze lignes,à fçauoir, Aries, Taurus, Gemini, Cancer, Leo,Yirgo,Libra,Scorpius,Sagittarius,Capricornus,Aquarius, Pifces, tous lefquels font difterens. : L'vfage d’iceux eft, que par leur coniondion anec le Soleil, ils augmentent ou diminuent la cha- leur d’iceluy , à ce que par telle variété de chaleur foient produises les quatre faifons de l'annee, , la vie 3c conferuation foit donnée à toutes chofcs. Les Cieux font vne quinte-eflènee des quatre clemens faids de rien , c’eft à dire, fans matière. Hola,ma plume arrefte-toy : car ic neveux ny ne puis entrer plus auant au cabinet facré de la diuineMaicfté de Dieu :qui en voudra fçauoir d’à- uancage , liièPtolomee, Pline , Ariftote , Milichius , Cardan , 3c autres Aftronomcs, 3c princi- palement le Seigneur de Bartas , 3c fon interprété, qui en ont très - dodemenr 3c diuinement , cfcric au 4.iour de lafepmaine,où l’on trouuera pour fe contenter: & confefiè en auoir retiré les chofcs cy-defius mentionnées , pourinftruire le icune Chirurgien à la contemplation des choies , celcftes. Et icy chanterons aucc ce grand Prophète diuin, Pfal. 1«h Saturne, Jupiter. Mars, La Lune> Glehé du Soleil, Èjfe&t & vertu* du Soleili viteffe dtt Soleil, Lei dm L'vfage dm douze figues du CUL ,< repourap- prendre L'A~ firommit. Les deux en chacun lieu La puffancé de Dieu ‘Racontent aux humaine Ce grand enteur ejpars Publie en toutes pans L'ouurage de fis mains. Ht au Plèaume viij. Et quand ie voydr contemple en courage Les deux, qui font de tes doigts haut omrage Efioiles, Lune, & Signes différent, Que tu as faids & ajjîs en leurs rangs: tsflorx ie dis à par moy, ainji comme T'ont ejhahy, tfr queji-ce que de thomme, D’auoir daigné de luy te Jouuenir* Et de vouloir en ton foin le tenirï D’auantage ic ne veux laifièr à efcrirc choies monftrueufes 3c admirables qui le font faides an Ciel : & premièrement Boiftuau eferiten Tes Hiftoires prodigieufes,qu’en Sugolie fituee fur les con- fins de Hongrie , il tomba vne pierre du ciel aucc vn horrible efclattemcnt, le feptiefme iour de Septembre l j 14. delà pefanreur de deux cens cinquante Hures, laquelle les Citoyens ont faid en- clauer en vne grofiè chaifne de fer, au milieu de leur temple,& fe monftre aucc grande merueille à ceux qui voyagent par leur Prouince, chofe mcrucillcufe que l’air ait peu fouftenir telle pefanteur. Pline eferit que durant les guerres des Cimbres,furent ouys dans l’air des Tons de trompettes 3c clai- rons,auec grands cliquetis d’armes. Aufli il dit d'auantage,que durant le Confulat des Matins, il apparut des armées au Ciel, dont les vncs venoient d’Orient les autres d’Occident, Sc fe combati- rent les vnes contre les aines longuement, & que celles d’Orient repoulîcrent celles d'Occidenr. Lamefme chofe a cfté veuc l'an 1535. en Lufalic vers vn bourg nommé luben/ur les deux heures après midy.D’auantage l’an ijyo.le ip.de luillct au pays de Saxe,non fort loin de la ville de Vvite- berg, fut veu en l'air vn grand Ccrf,enuirôné de deux grofiès armees,lefquelles faifoient vn grand bruit en fe combatant, ôc à l'inftant mefme le fang tomba fur la terre comme vne forte pluye : 3c le Soleil fe fendit en deux pièces, dont l’vne fembloit eftre tombes en terre. Aufli auant la prife de Vlinit 8iz Le vingt-cinquiefme Liure, Conftantinopîe, il apparat vne grande armee en Fair , aucc vne infinité de chiens 3c autres belles. Iulius Obfequcns dit, que l’an 45 8.en Italie , il pleut de la chair par gros 3c petits lopins , laquelle fut en partie deuoree par les oifeaux du ciel auât qu’elle tombait en terre,& le relie qui client à ter- rc,demeura long temps fans le corrompre,ny changer de couleur, ny d’odeur. Et qui pluseft, l’an tjSp.regnant Otcon Empereur troifiefrae de ce nom,pleut du ciel du froment. En Italie , l’an 180. il pleut du laiél 3c de l’huile en grande quantités les arbres fruidiers portèrent du froment. Ly- cofthenes raconte,quen Saxe il pleut des poilfons en grand nombre, & que du temps de Loys Era- pereur,il pleut trois iours & trois nuidls durant du fang:& que l’an 989.il tomba vers la ville de Ye- nife neige rouge comme fang : 3c que l’an 1565. en l’Euefché de Dole, il pleut du fang en grande quantité. Ce qui aduint la mefme année au mois de luin en Angleterre. Or non feulement le font des chofes monftrueufes en l’air,mais aulïi au Soleil 3c en la Lune.Lycofthenes efcrit,quc durant le flege de Magdebourg,du temps de l’Empereur Charles cinquiefme/ur les fept heures du matin, il apparut trois Soleils,defquels celuy du milieu eftoit fort clair, les autres deux tiroient fur le rouge 3c couleur de fang,& apparurent tout le iour : auffi fur la nuiél apparurent trois Lunes. Le mefme eftaduenuen Bauiere lyyq.Et fi au Ciel s’engendrent telles nouuelles,nous trouuerons laterre pro- duire d’autant ou plus admirables 3c dangereux cffecls. L’an y 42.tonte la terre trembla,& mefme le mont Ætna vomit force flammèches, dont la plus grande part des villes 3c villages, 3c biens de la Sicile furent embrafez. Chapitre XXXVIII. B r a h a m Ortelius au theatre de l’vniuers d’efcrir, qu’il y a en Siçilc vne monta- gne bradante nommée Æcna : decefte montagne ont cfcrit plufieurs Philofophes ôc Poètes : parce que continuellement elle iette feu & fumée, laquelle a plus de trente lieues d’Italie de hauteur,& plus de cent lieues de circuit par embas : comme Faxellus cfcrit, qui l’a tres-bicn regardee , & auec non moindre curiofité d’eferire. Par defilis celle continuelle flambe qui nes’efteintpoint,clle iette aucunesfois telle quantité de feu , que tout le pays circonuoifin en eft totalement galle ôc brudé. Mais combien de fois cela eft venu, nos pre- decedèurs ne l’ont pas couché par mémoire , néanmoins ce que les Autheurs en ont eferit, nous le raconterons icy briefuement, ôc félon le dire de Fazelle. L’an de la fondation de la ville de Rome 3 jo. celle montagne vomit tant de feu, que par les brafiers ôc charbons qui en forment, furent brudez plufieurs champs ôc villages, iyo. ans après aduint le femblable , 37. ans après cccy , elle dégorgea ôc ictta tant de cendres chaudes que les toiéls ôc couuertures des maifons de la ville de Catana, lîtuee au pied de celle montagne , de la pefanteur d’icelles furent ruinées. Elle feit femblablcment grand dommage du temps de l’Empereur Caligula : ôc puis après l’an 2J4. le premier iour de Feurier, l’an 169. elle abbatit par le feu continuel qui en fortoit, plufieurs rochers, ôc eau fa tel tremblement de terre que la grande Eglife de la ville de Catana en fut démolis ôc abbatuë:& l’Euefque auec les Preftres,& gens qui y elloient pour lors,furent aflbmmez Ôc froif- fez : l’an 1319. le premier iour de luillct ayant faieft nouuelle ouuerture, abbatit ôc ruina par fes flammes & tremblement de terre qui aduint plufieurs Eglifes ôc montagnes fituees àl’entourde ladite montagne : elle fit tarir plufieurs fontaines, ictta dans la mer plufieurs batteaux qui eflbiéc a terre, ôc au mefime inllant fe fendit encore en trois endroits de telle impetuofitéqu’elle renuerfa ôc ietta en l’air plufieurs rochers,voire auffi des forefts ôc vallees,iettant ôc vomiflànr tel feu par ces quatre conduisis infernaux , qu’il decouloit de Iadi6lemontagne,en bas,comme ruiftèaux bruyans, ruynant ôc abbatant tout ce qu’il rcncontroit, puluy faifoit refiftancertout le pais circonuoifin fut couuert de cendres for tan s hors decefdites gueules ardentes au fommetdè la motagne,& beaucoup de gens en furent eftouffez , de maniéré que lefdites cendres qui efloient d’odeur lulphuree furent tranfportees du vent qui fouffloit alors du Septentrion,iufqucs à l’iflede Malthc,qui eft diftante de 1éo.lieucs Italiques de celle montagne là. L’ari 1444.fi: demenoit derechef fort terriblement, en vomilfantfeux ôc cailloux. Apres ce temps-là elle ceffa entièrement de iettet feu ny fumee,telleméc qu’on l’eftimoit totalement efteinte,& ne deuoir plus bruflerrMais ce beau temps-là(par maniéré de dirc)eftoit bien toft pafte. Car lan 1556. le 11. de Mars elle recommença à vomir force flambes ar- dantcs,qui abbattirent tout ce qu’elles rencontrèrent en chemin. L’Eglife de S.Léon fituee dedans la foreft, tomba par le tremblement de la montagne , ôc incontinent après elle fut tellement em- brafee du feu, qu’il n’en relie plus rien, finon vn monceau de pierres bruflces.Tout cecy eftoit vne chofe bien horrible.Mais ce n’eftoit encore rien au pris de ce qui eft aduenu depuis en l'an mil cinq cens trente-fept, le premier iour de may. Premièrement, toute l’ifle de Sicile trembla douze iours durant : après il fut ouy vn horrible tonnerre , auec vn efclat bruyant, tour ainfi que les grofles artilleries, dont plufieurs maifons fe démentirent par route celle Ifle. Çecy dura enuiron l’efpace d’onze iours, après cela elle le fendit en plufieurs ôc diuers endroiéls : defquelles fentes ôc Gre- nades fortir telle quantité de flambes de feu , qui defeendirent de ladite montagne , qu’en l’ef- pace de quatre iours ruinèrent ôc m cirent en cendres tout ce qu’il y auoit à quinze lieues à la ronde,voire auffi plufieurs villages furent entièrement bruflez Ôc ruinez. Les habitans de Catana, ôc plufieurs autres abaudonnans leurs villes s’enfuirent aux champs. Vn peu de temps après Je trou qui eft au fommet de la montagne jetta trois iours confecutifs telle quantité de cendres, que non feulement celle montagne en fur , couuerte , mais qui plus eft, elle s’efpandit ôc fur chaf- fee du vent iufques aux extremitez de celle ifle, voire outre la mer iufques en Calabre. Certaines nauires voguans en la mer pour aller de Meffina à Venize, djftam de ceftc ifle de crois cens lieues "F aillas. Grande co- Itiiïion faite far le feu *vomy de la montagne Ætna, Tremhlemet de terre. Tranfiort des cendres du mont Ætna, iuf- qu'à Malthe. Tremblemet dg ttrrt. Des Montres. 813 Italiques, furent entachées des cendres fufdites. Voicy ce que Fazellus efcrit en langue Latine de Tes hilloires tragiques, mais beaucoup plus au long. Il y a enuiron trois ans que les nouuelles vin- drenc à Anuers que ladite montagne auoic grandement endommagé le pays par Tes feux. En celle Iffe furent jadis plufieurs villes magnifiques,commc Syracufe,Agrigente,&: autres, pour le prefent Meffîne &Palerne y font les principales. Marc Paul Vénitien au 2. liure des pays Orientaux chap. 64. dit que la ville de Quinfay eft la plus grande ville du monde, & qu'elle a cent milles d’Italie de circuit, où il y a douze mille ponts de pierre, fous lefquels les vailTeaux & raaftefleueE peuuent palier. Elle ell en mer comme Venife. Il affirme y auoir fejourné : ce que i'ay recueilly de l'inter- prete de Salufte du Barras en Ton quatriefme iour de la Sepmaine,fueillet cent foixante-fix. Il aduint pareillement chofes admirables és eaux. Car on a veu fortir des abyfmes & gouffres de la mer,groffès flammes de feu au traucrs de l’cau,chofe fort monftrueufe,comme li grande quan- tité d'eau ne fuffbquoit le feu : en cela Dieu fe monftre incomprehenfible comme en toutes fcs oeuures. Lucio Maggio en fon difcours du tremblement de terre , dit qu'on a veu par vn tremble- ment de terre l'eau de la mer s'efchauffer de telle forte, qu'elle fit fondre toute la poix autour des nauires qui eftoient pour lors à la rade, iufques à voir les poiffbns nager fur l'eau quafi tous cuits, Sc moururent infinies perfonnes 3c belles par l’extreme chaleur. Pareillement on a veu en mer cal- me en vn moment les nauires abyfmer, à raifon quelles partent fur quelques abyfmes, où l'eau eft morte 3c impuilfante de fouftenir faix. Dauantage en la mer il y a des rochers de pierre d’aimant, que fi les nauires partent trop prés, à caufe du fer, elles font englouties 3c perdues au profond dç la mer. Somme il fe trouue d'eftranges & monftrueufes chofes en la mer, ce qui eft prouué par ce grand Prophète Dauid,qui diél: Quînfay. Flammes [orties des gouffres de mer, Pfeaume 104. En ce fie rner nauires vont errantes, Puis la Balainc horrible monftre & grand, T as formé qui bien a l’atje y noue , Et a fon gré par les ondes fe ioüe. Fin du vingt - cinqulefme Liure , traîÜant des Montres & prodiges. TABLE DES CHAPITRES du xxvj. Liure de la faculté des Medicamens Amples, enfemble de la compofition &C yfage d’iceux. SVe cefl Médicament y çÿ la différence entre médicament if aliment, Dimfion des medicamens félon leur matière fë}Jubfîance. Chap. ij Dimfton des medicamens fimples félon leurs qualitéz. & effets. C h. iij Diuifion de la fconde faculté des medicamens. Chap. iv De la troifefme faculté des medicamens. Chap. Y De la quatriefme faculté des medicamens. Chap. vj Des faueurs. Chap. vij De la façon de préparer les medicamens. Chap. viij Des medicamens repercufifs repouffans. Chap. ix Des medicamens attraSîifs ou attïrans. Chap. x Des medicamens refolutifs. • Chap. xj Des fippuratifs. Cha. xij Des medicamens emolliens ou remoüitifs. Cha. xiij Des deterfifs ou ?nondificatifs. Chap. xiv Des medicamens fanatiques, Chap. xv Des medicamens epulot'tques ou clcatrifatifs. Chap. xvj Des medicamens agglutinaitfs, Chap. xvij 814 Le vingt'dnquiefme Liure, Des medicamens cauBiques corrofifs. Chap. xviij Des medicamens anodyns. Chap. xix De la compofition des medicamens 3 de leur nyfage, Chap. xx Des poids, eÿ mefures ? dfc leurs figures, Chap. xxj Des clyBeres, Chap. xxij *2)fi fuppofitolres 5 ndùets ? pejfaires• Chap. xxiij Des &«/«. Chap. xxiv Uniment,. Chap. xxv onguents. Chap. xxvj Des ceroines çfi emplaBres. Chap.xxvij ‘Dw cataplafines & pultes. ” . ' Cha. xxviij cZ)£r fomentations. Chap. xxix embrocations, Chap. xxx rZ>£j epithemes, Chap. xxxj { ruptoires ou cautères potentiels. Chap.xxxij njeficatoires, Cha. xxxiij ‘Dfcf collyres, ' * . * Cha. xxxiv Des errhines. Chap.xxxv 2)1?/ apophlegmatifines 3 maBicatoires, Cha. xxxvj ‘jDtfi gargarifines, Cha.xxxvij rZ)£r dentifrices, Ch. xxxviij Des fiachets, Cha. xxxix fiujfumigations > parfums. Chap. xi Des inceffions >ou demy-baings, Chap. xlj Dtt eBuues. * . • Chap. xlij haings, Chap. xliij yW/. Chap. xliv D* /æ goutte- rofi. Chap. xlv Læ maniéré de noircir le poil, 1 Chap. xlvj Dépilatoires, Chap. xlvij 8it L E VINGT-SIXIESME LIVRE, TRAICTANT DE LA FACVLTH' ET VERT V DES MEDICAMENS SIMPLES, enfemble de la compofition & vfage d’iceux. ‘Tar Ambroisë Pare, de Laual au Maine , Concilier c>* premier Chirurgien du Roy. Préfacé. tdbéS®N x r ê les chofes que nous appelions falubres, 6c autres remedes concer- nans tant a ffiomme, que la guerilon des les medica- mens onc Prem^er beu : lelquels comme dit Salomon , Dieu a produid de la terre, 6c l'homme fage ne les mefprifera. Car certainement il n’y a ffkù rienclu* aPPa^c & ofte fi toft > de quafi comme auec miracles, les grandes ipaladies, que les médicaments. Pour autant, diloit Herophilus , qu’i- fffM Ceux deuëment appliquez, eftoient les mains de Dieu, comme auons did, cy - deuant. Aufli les Médecins premiers ont efté reputez 6c tenus comme diuins , à raifon de la cognoiflancc des vertus 6c facilitez des remedes «5c medicamens : laquelle en la mededne eft ineftimable 6c plus que neceflaire, tant en la précaution des maladies, qu’a la curation d'icelles : 6c comme dit Galien , il faut fçauoir les facultez des me- dicamens , auant qu’entreprendre la curation des maladies. Ecclef. 3 y. Galien, Que cefl que médicament, & la dijf&rence d'entre médicament & aliment\ Chapitre I. ■ E d i c A m e n î eft la chofe qui peut altérer Nature en vne qualité, on plofieurs, «5c n’eft point conuertie en fafubftance : au contraire d'aliment, lequeln'altere point ou peu nature , 6c fe conuertit en la fubftance de noftre corps. Toutosfois médica- ment & aliment font pris & vfurpez par comparaifon du corps, qui eft medica- menté ou alimenté, en forte qu'vn médicament peut eftre aliment à vn , 6c médica- ment à l’autre : comme par exemple , l’ellcbore eft aliment à la caille , 6c médicament aux hom- mes : auflî la ciguë eft alimenta l’eftourneau, poifon à l’oye, pareillement l’herbe appellee feruîe eft aliment à l'afne, 6c eft venin à toutes autres belles cheualines. Et ne fe faut efbahir fi ces cho- ies font aliment à telles belles : car il faut eftimer qu’elles font conuenables à leur nature. Ce qui peut aufli aduenir aux hommes par accouftumance 6c long vfage , defquels eft faide naturelle ha- bitude. Et de cecy les hiftoires anciennes font foy , efquelles nous lifons qu'aucuns ont efté nour- ris de venins, comme la fille qui fut enuoyee à Alexandre le grand, laquelle auoir efté nourrie de napel, 6c autres venins , 6c par longue pradiqueen auoit faid nature «5c habitude, de forte que Ton haleine eftoit poifon mortelle aux hommes. Parquoy hefe faut donner merueille , fi les medica- mens font aucunesfois conuertis en aliments : ce qu’on void aufll iournelleraent aux poulailles «Sc cocqs , lefquels mangent ferpens, crapaux «5c autres chofes venimeufes fans dommage : mefmes que laCicoigne «5c plulîcurs autres animaux s’en nourriflent , 6c leurs petits. Définition* Que c’e/i qu aliment* Hifioire. Diuifton des médicaments félon leur matkre & fubshnce. C h A p. II. HV x entrailles 6c veines de la terre, 6c es aby fines des’eaux, eîl cachee 6c cnfenelie la fuperbité des richefles de ce monde, comme or, argent, 6c autres minéraux, enfem- ble pluficnrs pierres precieufes accompagnées de diuerfes proprietez lingulieres. Aufli la fuperficie de la terre , eft rcueftuë d’vne infinité d'arbres, herbes , «Sc arbriflèaux ou ij y a vne confideration infinie à contempler leur grand nombre 6c variété en leurs racines , fueil~ les , fruids, fleurs, gommes, odeurs , faneurs, 6c couleurs, diuerfitéde leurs grandes vertus qu el- les ont : pareillement font produits fur icelleinnumerables animaux differans la plufpart entre'eux. A qnoy la bont'é de ce grand architede fe manifefte infiniement de les auoir données à l'homme, tant pour Ton contentement 6c plaifir,que pour le nourrir 6c medicaméter.Et par ainfi à bon droid Icsançieys ont dit tous les medicamens çftre piris des belles,des plates,de la tcrre,de l'eau & de l'air. Rîrhejfede de quelles, dhaments des befitu 816 Le vinst-cinquielme Liure, Des beftes,totaIes 8c entières,parties 8c excremens d’iceües. Des belles totales : car aucunes-fois on vfed’vnrenard,d’vn petit chié,herillbn,grenoiiilie,limaçon,vers de terre,cancre,& autres fortes de belles,. Des parties des belles que l'on prend, comme foyedeloup, foye de bouc, poulmondc renard,l'os du coeur de cerf,l'os coronal de l'homme,graifle,fang,chair, moelle, tefticules de callor dont il fe fait le caftoreum , 8c autres parties. Des excremens d’icelles, ou ellâns comme excre- mens, cornes, ongles, poil, plumes, cuir, fiel, vnnc,fiente,faliue,miel,œufs,cire,laiâ:slainc,rueur,&: autres femblables : fous lequel genre aufli fpecialement les excremens de certains animaux,comme les perles,lc iïiufc,lâciuette,l’eefipus,&: lambre,fpetma ceti,& autres. Des Plantes, foyent arbres,arbrifléaux, ou herbes entières, ou parties d’icelles. Entières, comme fouuent l’on vfe de cichoree,guimaulues,maulucs,plantain,& autres. Des parties des plantes, com- me racines,mouclle,bois,efcorce, iettons ,caule, fucîlle, fleurs, femences, fruidjfuCjOu ius, larme, gomme, mouce. De la terre,Iefquels font ou fortes 8c efpeces de terre,ou picrres,ou métaux.Les fortes 8c elpeccs de terre, bousarmenus,terra figillata,Gimolia, creta,argilla,&c. Les pierres : font pumex, pyrites, ou marchafita auri,argenti, acris,&c.marmor, magnes, gypfum, calx viua,lapis fpecularis, 8cc. Les métaux 8c matières metaliqucs:font or,argent,eftain,cuiurc,fer.,arcier,antimoniurn,cerufla,rulphur, cinnabdum, litargyro, auri, argenti, tuthia vulgaris, pompholix vera, ærugo, alumen, vitreolum vtrunque,falis genera,arfenicnm vtrunque,&c. De l’eau douce font prins médicaments , comme de l’eau de pîuye, fontaine,fleuue, auec tout ce qui naill en icelle,comme lendcula aquatica,acoru£ vulgaris, nymphæa, fifymbrium. De l’eau fa- lee font pris le felJ’alcyoniumjomnia coralla,omnes teftæ pifeium, vtolîa fæpiæ,fpongiæ. De l’eau mellee de douce 8c falee font pris l’herbe androfaces, qui entalfee & enracinée fur quelque pierre ou tell 8c coquille de poillbn,flotte fur l’eau douce es lieux où elle fe nielle auec la faIec,commc és cmboufcheurcS' du Nil, és ellangs de Frontignan 8c cap de Sete. De telle efpecc d’eau aulîî efl pris l’afphaltum , comme il fe void és ellangs de la mer morte en ludee , 8c en celle fontaine de Lan- guedoc à Beau-regard, que les habitans du lieu nomment en leur vulgaire Fons de la Pege. De l’air font pris la manne, laquelle pour ce rcfpeéb eft appellec par Galien, miel aérien,&: toute autre cfpece de rofee, qui peut dire en vfage médicinal tant pour le rcfpeél des vertus qu’elle re- çoit du foleil, duquel elle eft attirée, 8c de l’air, que des herbes 8c plantes fur lefquelles elle tom- be & s’affied. Pîantes, Terre, Eau. Vinifions des medicamens/impies félon leurs qualitez. & e/fefts, Chap. III. O v s cefdits medicamens Amples ont vne ou plufieurs des quatre facultez,lefquclles !||kJ nous déduirons à prelènt. y|l| Première faculté1 La première faculté , qui eft commune à toutes les autres,& quafi fondement prouc- nanr immédiatement des quatre premières qualitez des elemens,qui font. Chaleur, Froideur, Hu- midité , Siccité, eft ou fimple , ou compofee,félon ce qu’vnc ou deux de ces quatre premières qua« lirez excédent Ôc furpaflènt les autres en la température du médicament : comme tu peux voir par celle table. f D’cfchaufter, ! Refroidir, I Humeder, Simple Compofee de deux qualitez ioindes, comme rEfchauffer feicher, ! EfchaufFer huraeder , j Refroidir feicher, L Refroidir humeder. efchauffc, fubtilie, raréfie, digéré, fuppure , ouure les conduits. defiTeiche, enflamme, brufle, faiél mordication, dont s'enfuit moderee Ejfeîis de thaleur. Chaleur. fattradion , [ lubrification, ! confomption, j efcharre, L mortification. immodéré* moderee < "réfrigéré, condenle, .faiél obftruélîon. Froideur EJfeiîs de froideur. "congelé, ftupefie, .mortifie. immodérée 8c extrême-^ Des Monftres. Sl7 ‘Hurnede Lubrifie Addoucit .Glutine. • Moderce Humidité È]fetls dè humidité. w \ Faid obftrudion. ..Flatuûfité, principalement fi l’humidité eft flatueufe* LImmodefee Ôc exceflîue fDeftciché "Médiocre Exceflîue Raréfié * Atténue* "Faidfc ConftricHôn, Contradioii, L Fi fibres Ôc furfurations Sir rit A Zfefo dé ficcité. Les efFeéts d’icelles qualitcz, comme Galien efcrît au y. des Simples font diftingucz 5c mis pat ordre certain, que nous appelions degrez, à fin de les appliquer aux maladies , en certaine mefure ôc proportion, comme Galien dit au premier des alimens : car à maladie chaude au fécond conuiennent rcmedes froids en pareil degré. Et pourtant tous raedicamens fimples font. Chauds Froids Humide Secs 'commencement > 'milieu s la fin * f . T i «premier | fécond { I .quatriefme. au< 'du ’degrez, Lachaleur*} Gobfcure & infenfibîei Froideur f 3 fécond f, • n jmanifefte ôc apparente * Humidité y* U3troifiéme Ç e^le e ’pvehemenre, } Siccité. 3 Cquatriéme3 Ctrcs-immoderce & exceflîue. Comme pour exemple de chaleur diftirtgueé par lefdits degrcz;Feau tiedeeft tempefeercelle qui eft vn petit plus chaude eft au premier degré, fi elle a défia chaleur apparente,au 2. fi elle a chaleur vehemenie, au 3.degré : fi elle brufle, elle eft chaudeau 4.degré. Ainfi peut-on entendre de froi- deur, humidité, & ficcité. Donc nous déduirons les medicamens fimples félon leur degré de cha- leur, froideur, humidité, & ficcité. /impies chauds au degré & ordre, ‘Premier. Abfinthium Altæa Amigdala dulda Beta Braflica Chamæmelum Ladanum Semen lini Saccharnm Eruum Eue orobus Viiium riouum; car le vieil félon qu’il eft, de plus ou moins d’annecs, eft chaud au 2.ou 3»degre'. Second. Ammoniacum Apium Artemifia Chamepitis Crocus Fœnum græcum Ficus Maftichc Marrubium Mel Melifla iylyrrha Nuxmofcata. Pixarida, comme âuflî Pix liquida, qui a seblables FacUltcz,tînOil que cefte-là eft plus propre pour les cof ps& parties plus robuftes ; cefte-cy pour les délicates. S cilla Sal Saluia Thas Ancthum Sarcocollâ. Trotfiefme. Abrotonum,præfertim vftura, Agnus Anifum Afarum Ariftolochiâ Chamædrys Calamintha Cinnamomum Iris Iuniperi*s Hyftbpus Origanum Sagapenum Ruta hortenfis ' i < • ■ Opopanax , Galbanum Bryonia Ammi* Quatriefme* Allium Ccpa Euphorbiiim r, . Nafturtium Pyrcthrum -, Tithymali Chelidonum minus Anacardi Ruta fylueftrisjcome toutes plantes nature produit d’elle-mefmc, furpaifent en vi- gueur de meïines qnalitez ôc facultcz, celles qui en mefme efpece viennent par art, & main d’homme, Le X X VI Liure de la Faculté & 8i8 c JMedicamens/impies froids, an degré & ordre* Premier* Atriplex Cotonea Hordtfum Malua Pyra Pruna RoTa Viola. Second. Acacia Cucurbita Cucamis Mala granata acida : car les grenades quon ap- pelle douces ou vineufes, font temperces, comme celles qu'on appelle Dnlcoacida, quaft comme mellces de doux 5c acide,qu on appelle aigre-doux, font froides au premier degré. Plantago Poligonon Sumach Solanum hortenlc t car ccîuy qu qn appelle Somniferum, pource qu'il rend les hommes intentez , ftupides& endprmis, eft pxefque aufïi froid que le Papauer, de forte qu’on ne le peut prendre dans le corps Tans domma- ge , ains feulement doit eftrc appliqué par dehors. Troifiejhte* Hyofcyamus Scmperuiuum Mandragora Solanum mortiferumu Quatriefrne. Cicuta Opium Le Pauot de quelque efpece que ce Toit : cxccp' té celuy qu'on appelle Corniculatums zJdiedicamens frntples humides au degré & ordre. Second. Premier, Ammoniacum Laduca Cucurbita Cucumis Meloncs Portulaca. Bugloffiim Viola Malua Rapura eJMedicamem /impies & fies, an degré & ordre. Braffica Thus Çharaæmelura Sarcocolla Crocus Faba Fœnum græcum Hordæum. Premier. Troijîefme. Abrotonum vftum Abfinthium Acetum Aloé Cuminnm Galla Chelidonium mains Chamæpitys Myrtus Marrubium Milium Origanum Bryonia Sanguis draconis Sabina. Second. Artemifia Êalauftia Orobus Lens Mel Maftiche Sal A net hum Myrra Pix arida Plantago Nux mofehata. Quatriejme> Piper, Allium Nafturtium Sinapi Euphorbium, Ces qualitez Tufclîtes monftrent les effets & opérations tant ja dites, que plu/ieurs autres ( les- quelles ie dclaiflc à la Phyfiologie) par foy-mefme & de leur propre nature, laquelle iis retiennent toujours en leur vray effed : toutesfois elles ont autres opérations qui ne font pas de leur nature, ains font fai des par accident ; par ajnft nous les appelions accidentalcs. Ce qui fera manifeftépar les exemples fuyuans. La chaleur externe rafraifehit les parties intérieures par accident, pource qu'icelle ouure les pores, en forte'qifen Tuant, la chaleur ifTante auèc l'humeur, delaiftc, dciHtuë, & réfrigéré les par- ties internés : & à taufe de ce la concodion eft plus imbecille, & Tappetit moindre. IcelfemeTmc humede par accident en fondait & liquéfiant, «e qui auoit cfté congelé 5c arrefté par le froid : car ainfi on dit que Venus humede* Chaleur. Compofition des medicamens. 819 A Te froid femblablement, non de fa propre nature,mais accidentaîc * efchauffc ; ce qu’on void en hyuer par le froid extérieur, qui cloft les pores, ôc cmpefche l’exfpiratiô Ôc yfttië de la chaleur na- turelle, laquelle retenue ôc rcpoullèe au dedans fait bonne concoétion : qui eft caufe que l’appetic eft plus grand en Efté. Semblablement ceux qui manient la neige, fentent puis après vue chaleur tres-grande pour la mefrne railon. Iceluy froid auflî feiche par accident en répondant la niatiere humide tombant en vne partie. Il defteiche auflî par trop grande congélation ôc coin- prenîon de la matière humide, ainfi que nous voyons tous les iours , que par l’indeüe application des remedes repercuiîîfs en matière pituiteufe, craftc ôc vifqueufe, on endurcit l’humeur,& fait-on vn feirrhe. Siccite & humidité, à caufe que font qualitez plus pàfïîues, qu’aéliues t n’ont pas leurs opéra- tions fi manifeftes ôc apparentes que le chaud ôc froid, ains font comme matérielles au regard dïcelles. & t Sîcdté & humidité* Delà fécondé faculté des Medicamens-, C H A P. IV. econ<^e faculté des medicamens eft celle qui enfuit les effcéls des qualitez prenais- res 1 ôc eft 'Raréfier Attirer Ouurir Atténuer Adoucir, polir Detctger. 'Amollir , Taxer. "Condcnfèr Repoufler Fermer Incraftèr Exafperer Emboufcher ôc faire empîa™ ftique. De chaleur. De froideur ou i L Tendre, D'humidité. De faite Ainfi nous appelions médicament attraélif, qui a vertu d’atttirer : au contraire repercuflif, qui peut repoulîèr. Aulîi rarefaclif, qui ouure les pores : ôc au contraire condenfatif, qui les ferme; Pareillement detergeant, ce qui eft vifqueux : ôc emplaftique , faifant plus folide ce qiîi eft trop ftuxile. Et confequemment les autres remoliitifs , laxatifs, tenfifs , attenuans, ôc autres , defquels parierons plus amplement cy-apres, en les déclarant particulièrement aucc aucuns de iatroilîefme C faculté, de laquelle faut dire à prefent. De La troifiefme faculté des Medicamensh Chat. V* B|S|| A troifiefme faculté , eft pour la plufpart produire des cffeéls des qualitez premières mÆ fécondés : aucunesfois par complication de deux, aucnncsfois d'vne feule : fouucn- tesfois aufïi elle ne fuit ny la première ny lafeconde faculté, mais elle a vne propriété & qualité indicible, cogneiie par la feule expérience. j Les effeéls ôc opérations d’icelle faculté font. Incarner,glutiner, cicâtrifer,fedet douleurfe,mou-’ noir &: prouoquer. Ou arrefter vrines , laidl:, femence , menftrucs, fueurs , vomiflémens, ôc autres fèmblables opérations. Par complication de deux facultez prouiennent, Incarner par ficcité Ôc detcrfionjAgglutirrer,d- catricer, par ficcité ôc aftriélion : Prouoquer fucurs,vrines,menfttuës,femences,le laidt,par chaleur & tenuité. Faut entendre au contraire, pour icelles arrefter. D’vne feule qualité de la première Faculté prouient, feder douleur (que l’on dit proprement, ÔC félon la première efpece des anodyns,non de la fécondé,qui eft par euacuation de la matière dolo- rifique : ny de la troifiefme, qui eft par ftupefadlion du fentiment)fçauoir par chaleur immodérée. Prouoquer le fommeil par froideur fimple, ou froideur humide. Prouoquer vomiftèment ne tient le rang des effedls dcftufdits , ains eft à raifon d’vne propriété occulte, laquelle a efté mife ôc infufe de nature à l’agaric, ôc autres medicamens, qui peuuent inci- ter à vomir : Ôc pour ce faire font nez, comme tous les autres medicamens purgatifs, defquels di- rons promptement en la quatriefrae faculté* De la quatriefme faculté des Medicamens. C h A p. VI. quatriefme faculté différé des précédentes, à caufe qu'elle ne dépend d’icelles, ny 4||l n’a aucune qualité manifefte,ny élémentaire pour faire Ton aéliommais par vne pro- fts prieté ôc vertu occulte, monftre fqn effed en vne partie plus qu'en l’autre,ou purge Æ MSggfc vn humeur pluftoft que l’autre : ce qui fe cognoift feulement par expérience comme ja eft diét du médicament vomitif. Et pourtant les medicamens de celle quatridme faculté, ont les noms des parties que plus elles aident entre les autres. Cephaliques ou capitales, c'eft à dite, delà tefte : tels font betoine,marjolaine, faulgCj ftœchas, rofmarin. Pulmoniques, pAt& le regard des poulinons, comme reglifte , amandes douces, iris, tragacanth, enula campana ôc autres. Propriétés* 8io Le XXVI. Liure, de la Faculté & Cordiaux, pour le cœur , comme cinamome, efcorce de citron, fafran, bugloflè, coral, iuoyre. Se autres. Stomachiques, qui ont efgard au ventricule Seeftomach , font poyure, gingembre, noix muf- cadc, menthe, anis, maftic , Se autres. Hépatiques, qui aident le foye > font abfinthe, eupatoirc, ou agrimoine , fpica nardi, chi- chorium , fantal, &c. Spleniques, qui font leur opération à laratte, font thymus , flos geniftæ, ceterach, epithy- mus, cortex taraarifci, cortex radicum capparis. Ceux qui ont efgard aux reins ou les nephririques, font radices apij, afparagi, fceniculi, bruf- ci : feraina quatuor frigidamaiora, terebenthina, plantago, faxifraga , Sec. Arthritiques, qui regardent les iointures, font ceux-cy , chamæpitis, herba paralyfis, enula campana, calamenthum, hermodadyli, Sec. Entre ceux - cy pcuuent cftre racomptez les medicamens purgatifs, qui ne purgent pas les hu- meurs de noftre corps par leur chaleur , froideur , ficcité ou humidité : mais de tout leur tempé- rament , force Se vertu fpeciale ou occulte , iaçoit qu'ils ayent efté mis aüec ceux de la troifiefme faculté ;carils befongnent au corps humain, par propriété fpecifique. Se fouuent plus en vne par- tie qu'en l'autre : comme pour exemple , l'agaric tire plus le phlegme des iointures delà tefte , que des autres. La rhenbarbeeft plus propre à purger le foye Sereins qu’autres parties. Les hermoda- tes tirent principalement des iointures , Se ainfi des autres. La contemplation entière des purga- tifs ie delaiflè à ceux qui du tout s'exercent en icelle, pourtant qu'elle n'appartient à la Chirurgie. Or des medicamens fufdits aucuns ont vne faculté fimple, autres en ont plufieurs, autres en ont deux contraires, comme fenfiblement nous cognoiftbnspar les faueurs contraires , qui en gouftant fe manifeftent : ainfi qu’appert en la rheubarbe, laquelle en la fuperficie fe monftre amere Se chau- puis monftre à la fin vne aftridion de fa fubftancc terreftre Se craftè. Et pour raifon que par les faueurs les facilitez Se effeds des medicamens font certainement cogneus , cftans fimples Se at- tiédis , appliquez fur la langue, aftîn que le fens du gouft ( iuge defdites faueurs ) en puifte iuger, nous dirons à prefenr des faueurs. Medkamens tîe qu'a l'au. tre. Deux facul- tez, cotraires en vn mefme Simples & alim. Des Saueurs, C h A p. VIL A v e v r , félon Ariftote Se Theophrafte, ainfi que Galien le recite au premier liure des Simples, eft vnc concoéHon d'humidité en ficcité,fai 1er & ramollir vn médicament qui de confidence dure & folidc,* -ce qui fefaid, ou * Seul auec li- queur. vSurquoy on ’ peut com- *prendre la ' forme ■D'amollir. -Fondre., Difibudre. DelTcichct Quii n’cft autre chofc que confommer l’humidité, laquelle eft nuifiblc,domina-1 geablc Se fupcrfluc ,ce qui fc taiéfc , ou Au Soleil. Au feu. Ayant égard au mé- dicament. Ayfcz à prendre. Qui eft tempérer les medica- mens âpres qu’ils font greffe* ment pilez ? confîdcranc -Laid, ivinaigre, ‘huile, ■eau. ’Sur l’infufion on peut adioufter la nutrition , qui eft augmentation da médicament , l'a- breuant petit à pe- ,tit, en le remuant. Infufer La liqueur , car autres fc infufent en ' Vnc heure, deux heures, vn iour, plus > ou moins. Préparer le» mcdicaracn» n’cft autre chofc qu’ar- tifîcicllcmét les rendre propres à < mettre en vfage, ou és comjîofi- tions, a fin qu’ils foient eu plus Le “temps Auec mixtio ■Les mettre plus facilement en pouldrc cftant trop gluantes oa humides , les rendre pins fub- tilcs. Acquérir quelque qualité ignée, diminuer leur force,laquel- le cftant acre s’adoucit , com- me eferit Gai. lib. 4. des Sim- ples chap.?. les defguifcr en autre couleur. N’cft autre chofc que Sconfommer l’humi- jditéquicftcn iccux,- f ce qui fefaift , ou Ce qui 'fc faift" pour le* Brufler & ce ► ou - pour fans mixtio,. rN’eft autre chofc I que faire bouillir en | quelque liqueur vn l médicament , ou bien luy faire con > fommer quelque partie de fon humi dite , qui fc faiél ou .au ‘Feu ►■Augmenter leurs facultcz qui font foi- blés , cuifans auec eux ceux qui ont plus de faculté & vertu. Amoindrit kurs facultcz. Ofter vne mauuaifc qualité. Faire que plufieurs lîmples cuits enscblc de diuerfesfacultcz, fc produife vne cer- taine vertu. Donner telle confidence que .defirôs garder,& les côferucr longucmcr. Ayfcz à méfier. ce qui fc fait pour Cuire Soleil* 'Métaux Pierres Parties d’anim. Sucs dé- fichez. “Et pour les bien laucr , les faut mettre en poudre très déliée, à fin qu'en toute leur fubftancc l’eau puiffe pénétrer,& la chan- ger tant de fois qu'elle n’ayt .aucune qualité du médicament ■en lesquelles faut fondre, puis le» ietter en vn vaifleau plein d’eau, & les remuer : puis les lailfer repofer iufqu’à ce que tout le gras vienne au deflus : & le tcxteiet iufqu’à ce que l’eau ne retienna aucune qualité, .foie en -Qui eft vnc eipecc de purgation , & nettoye- ment, qui fc. faiél pour ofter quel- que iromon- dice és ch«- .fc*, ou Du tes Couleur- ► Odeur. Laucr -Refînes, . Gom - < 'mes, A- 4ungc, .Huiles. Saucuf. Salutai- res, mo Jes Comportions des Medicamens 823 Des medicamens repercufîîfs, ou repoujfans, C h a p. IX* D 1 c A M E rcPercu^îfsïou repouftans (ont froids, & de grortes parties. Sous ce iwSfâ & n°m rcPcrcu^s » nous entendons auiîî les aftringents &c roboratifs , pource qu’ils S v lemblent repoufier, empelchant la fluxion des humeurs combans 8c coulans en quelque T.ipartie. Or tels font-ils ou de foy , 8c de leur propre nature, ou par accident, & lan$ qualitez & eiFe&s propres. De ceux qui font rcperculîîfs de leur propre nature, les vns lont aqueux 8c humides (ans aucu- ne aftriéHon , pourtant font debiles : les autres terreftres 8c aftringents : defquels les vns font chauds , les autres froids, qui font forts, ôc proprement appeliez rcperculîîfs ; 8c d’iceux les vns Amples, les autres compofez. Medicamens repercufîîfs de leur propre nature aqueux ôc humides, repouflànt feulement d’vne • qualité'froidc,font Laéhica,pottuIaca,fonchus,lcnticula paluftris, vmbilicus veneris, cucumis, mç- ' loncs, cücurbita , fcmpcruiuUm vtrumque, aqua communis. On peut auiîî adioufter à ceux-cy, J Poma mandragoræ,folanum,hyofcyaraus & fucus papaueris : lefquels réfrigèrent grandement, 8c pourtant les faut ofter auanr que les parties où ils ont efté appliquez deuiennent liuides. Les terreftres aftringents froids , proprement appeliez Repellents ou reperculîîfs, font, Plan- tago, folia vitiura, capita rofarum, qucrcus,cupreftus,rubus,oxyacantha, thus, cauda equina. Fru&us forboriira,cornorum,mefpilorura,cydoniorum, myrtillorum, nucescuprelîî,nuces aliæ virides,gallæ,gîandes,furaach, ornnesfruétus immaturi. Omphacium,acctum,vinum aufterum,fuccus granatorumacidorum, acacia,fuccus berberis,fuc- eus cydoniorum, hypociftis. . \ Malicorium, cortex quercus,cytrini,balauftia. Farina hordei,fabarum,panici,auen*,railij,orobi,admixCa fuccis ad modutti pulfis. j Bolus armenusjfanguis draconis,cerufa,lithargyros,rerra figillata,cimolIia,crcta,argilla,magnes, pIumbum,cora!la,marcalîtæ omnes,antimonium,fpodium,pompholyx verax,oranis terræ fpecies,6c autres tels medicamens rcperculîîfs lîmples. Les compofez font, Oleura rofaceum , omphacinum , myrtillorum , papaueris , cydoniorum, nenupharis. Vnguentum rofatum, album Rhalîs,caphuratura, empîaftrura diachalciteos diftblutnm in aceto ôc oleo fofatOjdelîccariuum rubrum,populeura. Emplaftrum nigrum fiue*triapharmacum defcriptione<7aI.empIaftrum contra rupturam, de ce- rufa, pro matrice. Tous ces medicamens rcperculîîfs froids ont plus grande efficace, quand ils ont quelque tenui- , te de fubftance adiointe, foit par leur nature, foit par mixtion : Comme pour exemple, fouuent on ' adioufteaux autres rcperculîîfs de crafte fubftance , vinaigre, camphre , & autres de parties fubti- les,à fin de mieux pénétrer ôc feruir, comme de chariot, à porter la fubftance terreftre 8c aftringen- tc iufques au dedans. Les reperculîîfs terreftres aftringents chauds,font abfinthium,centaurium,gentîana,cupatorium> fabina, coriandrum, mentha, lauri folia. Graine de Paradis, cardamomum, calaraus, aromaticus, aloc, fpica, crocus, nux mofeata, cin- namomum , fuccinum, 8cc. Sal, alumen, vitriolum, fulphur, ôcc. Oleum abfinthij, maftichinum, nardinum, coftinum, cerotum ftomachicum Galenî,fantalînum, emplaftrum diachalciteos. Reperculîifs-par accident, font ligatures, comprcllcs, aftclles, cautères, faignees, ventoufes, fri- pions douloureufes es parties oppolîtes : 8c autres femblables remedes que proprement on appelle reuulfifs. L’vfage des reperculîîfs , eft pour repouffer l’humeur coulant d’vne partie à l’autre, ôc appaifer l’intemperature chaude : car fouuent par le flux des humeurs eft engendré douleur,fièvre, apofte- me, vlcere malin, gangrené, mortifications 8c autres accidens. Tels medicamens reperculîîfs,faut premièrement appliquer à la maladie,confiderant la tempera- } ture 8c complcxion du corps, & nature de la partie aftePce. Car toutes parties ne. peuuent pas fouftenir ôc endurer mefmes reperculîîfs , comme nerueufes, fpermatiques, & autres telles parties froides. loint qu’à d’aucunes en tout, il ne faut vfer de rcperculîîfs : comme aux emonétoircs du foye , du cœur , ôc du cerueau, afin de ne renuoyer la fluxion en vnc partie principale ôc première. Auiîî tous corps ne peuuent pas endurer mefmes repellents : car femmes, chaftrcz, ôc autres telles gens dclicatSjOU âgez ne fouffriront medicamens fi fort froids,que feront les corps robuftes,chauds ôc forts. Des maladies auiîî aucunes demandent reperculîîfs, autres non. Car cacochymie ôc pléni- tude ne requièrent tels medicamens , que l’euacuation vniuerfelle n’aye précédé* Pareillement matière veneneufe, crafle,acrc, ôc en multitude , ne demande rcpcrculïîft , comme bien le déclaré Moniteur Maiftre lacqucs Houlier , Dodteur en Medecine , en fon Liure de la matière de Chirur- gie : ny pareillement la matière qui eft accompagnée de grande 8c intolérable donleurmon plus que celle qui fluc par vne excrétion critique : car en tels cas au contraire , il faut vfer de medicamens atradlifs ôc parégoriques. Or les maladies qui demandent repcrculïîfsj, quelquesfois font grandes j parquoy en icellcs ne ferez rien de petits remedes, comme de laiPuc en grande inflammation , autres font petites , ou médiocres , efqueliesnefaut vfer de forts reperculîîfs : car s’il font trop forts , le cuir eft relîerré, Aqueux & humides flmplts. Plantes Fruits» lut. Efcortes & fleurs. Farines. Métaux, Huiles. Vnguents. Emplaflret» Herhtt, confortant & *romati* quel. Métaux. Huiles, Repercujftfi par accident» L'vfage. Confldera« tion, 824 Le vingt-fixiefme Liure, l’humeur congelé, la fluxion & inflammation accroic,de forte que bien fouuent la matière s'endur- cit en foirrhe, comme nous dirons cy-apres ielon Galicn. Des medicamens attraffifs, C h a p. X. Hefaitiatl. Edicament ateradif, ou attirant contraire au repouflànt, ou repereuffif, que K les Grecs appellent Heldiquc, eft de chaude Ôc tenue fubftance : par laquelle il attî- R re atl dehors & à la circonference,ce qui eft au dedans du corps bien profond ôc auât: r Sc ce, ou par vnc qualité manifefte, ou par vndon ôc propriété de nature, ou d’vne qualité accidentale ôc acrimonie. Medicamens actradifs de leur propre nature ôc qualité manifefte (ont Amples, ou compofez. Les Amples font Bryoma,aiiiam,ccpa,porrani,anftolochia,hcrmodadyli,cyclafnen,lilium,figii- tum Ibcacæ Mariæ,arum,aramm,afph6delus,gendana,pyrechrum. Ruca,fabiïu,calamcnmm,oiimes cithimalorum fpedes,vifcum,abrotonum, anagallis, vrtica, ra- nuncutus, ftruthio, & autres celles plantes acres. Ammoniacum, bdeiiium, galbanum, opopanax, lagapenum , cuphorbium ,afphaltum, ôcc. Calx viua, cinis è farce vini vel aceti, fuiphur, fal ammoniacus , ôc omnes falis fpecies, auri- pigraencum. Oieum vécus & mukorum annorum, Adeps leonis, vrfî, canis, anferis, viperæ : axungia porcî vcmftate acris, aut actricu rocarum. Les compofez font oleumdefpica,phylofophorum, de terebenthina, de croco,de feorpionibus, rutaccum,vuipiuum,laurinum,anethinum,de vitriolo. Vnguentum agdppæ ,aragon, feu auxiliare, mardatum, cnuîatum,theriaca, mithridatium. Emplaftrum de meliloco, diachyîon magnum, ôc paruum, oxycroceum, diuinum. Ceux qui attirent d’vn don de nature ôc familiarité de fubftance,font magnés,argencum viuum, pæoma,Luccinura,omnia alexipharmaca,c’eft àdirc,qui répugnent aux venins ; ôc theriaca mcdica- menta, ceftà dire, qui contrarient aux morfurcs des beftes : ôc omnia purgantiamedicamenta. Ceux qui attirent par qualité accidentale,attirent ou par putrefadion, on autrement. Par putrefadion attirent ftercus columbinum , caprinum, vacdnum , humanum,& omnes aliæ flercorum fpecies, fermentum, cafeus vêtus, ôcc. Ceux qui attirent par autres qualitcz, font, cucurbitulæ, fânguifugæ, fyringa,fridio afperior ôc dtirior, fadas, dolor, vincula aftridoria, cauteria.. Ces raedicaraens attradifs ne doiuent ny brufîcr, ny refoudre. Les trop acres , faut attremper d’huiie rofac, ou par mcdicaracns doux. Les debiles, faut renforcer d’huile laurin , chanx-viue, Ôc autres plus forts. Cefdits attradifs feruent à tirer le venin à la peau : ou s'il y a quelque chofe peftiferée ôc vi- cieufe au milieu du corps, ils la tirent ailleurs. Ils aident à maturcr les abfcés critiques. Ils rendent la vie aux parties cabides ôc eraaciées,& réchauffent celles qui font trop réfrigérées. Ils çfpuifent la lanie vineufe des mauuais viceres,& playes des nerfs.Ils efleuent ôc tirent dehors les efquilles d’os, doux, cfpines , fagertes. Ils euacucnc les reftes des phlegmons plus endurcis. Ils furuiennenr aux morfures, tant des beftes, que des hommes. Tkacîms. Herbes. Gommes. Métaux. Huiles fa Onguents. Rmpfaftres, AttraBifs par qualité occulte. Msraétift par faâim. Attractifs far qualitex, méfiés, i Des medicamens refolutifs. C H A P. XI. Différence des refolu tifs. ■ Edicament refolutif eft celuy qui par fa chaleur ôc renuiré de fubftanceouure les pores, atténué, diflipe,&: fait euaporer ôc exhaler par infenhble tran/piration les humeurs, ôc autres matières inutiles ôc fuperflues es parties où elles lont arreftées. D’iceluy y a deux efpeces : carl’vn eft rarefadif, l’aotre refolutif, que les Grecs ap- pellent Diaphoretique. Le rarefadif par chaleur médiocre, peu de ficcité & fubtüe fobftance , ouure ôc amollit la peau, & donne fortie à ce qui eftoit retenu : pourtant peut eftre die anodyn, car il excede bien peu le temperé. Le diaphoretique par chaleur plus grande que le rarefa- dîf,difïïpe infenfiblement ce qui eft arrefté & impayé en vnc partie : ôc aucunes-fois a plus gran- . de chaleur que l’attradif, félon le corps où il doit eftre appliqué : car aucunes-fois l’attradif ap- ‘ plique à vn corps dur pourra eftre refolutif : où s'il eftoit appliqué à vn autre,il attircroit de dedans au dehors. Les rarefadifs,que nous pouuons appeller refolutifs, debiles,font fîmples ou compofez. Les Amples font,bifmaluacumî;oto,panetana, adianthum, raercurialis,ebulus, valenana,rofma- xinus, faluia, thymus. Camorailla, melilotum, anethum. Farina hordei, tritici,feminis lini, foenugræd, nigcllæ, furfur. Adeps gallinæ, anferis, anatis, cuniculi, vitulinus. Metallica ferc omnia, nifi acria fine. Les compofez font, oleumcaraomillae, anethinum, liliorum, catellorum, lumbricorutn, Keiri, de virellis ouorum, tritici, amygdalarum dulcium. Vnguentum de althæa, emplaftrum diachylum, ircatum. Les diaphoretiquesou digeftifs, femblablement font fîmples, ou compofez. Les impies font,ariftolochia,enula campana, iris,ccpa, figillum Salmonis, figillumbeatæ Ma- riæ, bryonia, panis porcinus, dracunculus, acorus,afphodelus. Origanum, mentha, pulegium, fabina, ferpyilum, caîamenthum, hylîopus, vrtica, artemifîà, lausndula, chamaîpytis* Herbes. Rieurs. Semences fa farines (fi- celles. Métaux. Huiles. Onguents fa Emplaflres. Ratines. Herbes. Compofitions des Medicamens 825 > Anifiun, fœniculum, cuminum, piper, nux mofeata, coriandrum, baccæ lauri ôc iuniperi. Farina fabarum, lupinorum, arobi, milij , frumenti, furfur , mica panis. Acecum tepidum, oxycratum, vinum vêtus, aromaticum , mel, aqua vitæ, muria, Adeps tauri, equi, leonis, canis , hirci, butyrum, ôc alij adipes. Medulla cerui, cruris bouis, arietis , ôcc. Ammoniapum, galbanum, opopanax,fàgapenum,myrrha,bdeîlium,thus, terebenthina, pix ni- gra, ladanum, dirax, calamita, benioinum, &c. Stercus caprinum, columbinum, cininum, bubulum, 8c aliæ dercorum fpecies. Les refolutifs compofez font, oleum amygdalamm amararum, iuniperinum, laurinum, de feor- pionibus, irihum, codinum, nardinum, terebenthina, de croco, cannabinum, raphaninum , è cu- cumere agredi, vulpinum, rutaceum, philofophorum, de lateribus, de euphorbio , de tartaro, de pecroleo, de Kerua fiue ricinium. Vnguentum agrippæ,, martiatum, aragon, enulatum. Empladrum de Vigo fineadditione 8c cura additione, oxicroceum, diachalcîteos, diffolutumin oleo digerentead formam cerati. Les rarefaélifs conuicnnent à l’accroidément 8c vigueur d’vne tumeur fuperficielle,en lieu mol, 8c matière chaude 8c humide : aufli en vne matière venteufe. Les diaphoniques doiuenc edre ap- pliquez à l’accroi dément des tumeurs , en y adioudant quelque adringent, de peur que par trop digerer ils n’attirent 8c augmentent la fluxion. A la déclination defdites tumeurs,Ies faut appliquer fans mixtion aucune en vn corps qui a la peau dure, & quand l’humeur ed froid & cralfe, caché au profond du corps, où à peine les medicamens peuuent imprimer leurs vertus & effeéts, Toutesfois il faut auoir égard aux parties où l’on applique refolutifs. Car au foye,à la ratte,ventricule,& au- tres telles parties , ne faut appliquer refolutifs 8c relaxatifs , fans y adiouder quelque adringent, comme diodes aromatiques : en partie dupidc ôc peu fenfible , faut mettre diaphoniques plus forts : és autres plus fcnfibles, comme à l’œil & parties nerueufes , plus doux. Audi en matière froide &: cralfe, fautvfer premièrement de remedes incififs, atténuants, après des emolliens, pour- petit à petit venir aus diaphoniques : car autrement le plus fubtil fe refoudroit, 8c ce qui ed cras 8c efpais s’endurciroir. D’auantage , quand la partie ed tellement opprdfee de fluxion , qu’il y a danger de gangrené ôc mortification , il faut delaiflér les refolutifs , 8c venir à la fcarification, comme doctement l’efcrit monfieur Maidre lacqucs Hoüier , Doéleur en Medecine , en Ion ii- ure de la matière de Chirurgie, lequel il nous a laiffé au grand auancement 8c illudration du- dit art. Semences, Farines, 1m. Graiffes. Moelles. Gommes, Fientes. Huiles. Onguents. Fmplaftres, V'vfage. Neffaut ap- pliquer re~ felutifs aux parties ncblet fans astrin- gent. Ho Hier, Des Sttppuratifs. ChAp. XII. SEdicamemt Suppuratif ed celny qui par fa confidence empladique fermant les pores, 8c empefchant la tranfpiration, augmente la chaleur naturelle en fubdan- | ce ou quantité , & non en qualité : à raifon dequoy ladite chaleur fortifiée conuer- ! tic 8c tranfinuë le fang, 8c autres matières fuperflués, en bouc 8c fanie. Il ed de na~ ■ ture chaude 8c humide, femblable &c proportionnée à la température 8c chaleur na- turelle de la partie où il ed appliqué : de confidence etnpladiquc, à fin de retenir la chaleur natu- relle, de peur qu'elle ne s’exhale ou difïïpe. Ht par cede confidence empladique il ed différant des mediccamens emollients ou malaétîques , defquels cy-aprcs nous parlerons : car s’ils edoyent empiadiques, ils pourroyent fuppurer. Or il y a deux fortes de fuppuratifs ; Les vns fontfuppu- ratifs de leur propre nature , les autres par accident. Ceux qui fuppurent de leur propre nature, font fimples, ou compofez. Les fimples font, radix liliorum, cepa, allium , bifmalua , bnglofîurn, mainte omnes. Bifmaluæ , maluæ folia 8c femina, branca vrfina, fenecio , violæ, bugloffum , parietaria, cro- cus , caules. Ficus, 8c padulæ mundatæ , earumque decocdum. ( Farina tritici, farina volatilis, farina hordei excorticati, lolij, feminis lini & fœnngnfeci. Galbanum , aramoniacura , dyrax pinguis, ladanum , vifeum aucupatorium, thus* pix , cera, refina,colla. Adeps fuillus, vitulinus, vaccinus, caprinus, butyrum, vitellusoui,œfypus huraida. ■ Stercusfuillum. columbinum, caprinum, pueri. Les compofez font, Oleum liliorum, lumbricorum, de croco , ôcc. Vnguentum bafilicon. ,Empladrum diachylon commune, magnum, 8c de mucilaginibus. Les fuppuratifs par accident, font tous ceux qui ont vne confidente empladique, tomme bien forment l’on vûîd quclesmcdicamens repereuflifs, à raifon de leur fubdance crade, fuppurent, tel cd vnguentum de bolo , nutritum , 8c autres. Audi ceux qui par leur réfrigération ferment les pores , comme l’ozeille : laquelle edant appliquée ed fort fuppuratiue : car retenant la chaleur- naturelle au dedans , 8c aydant icelle à incifer les humeurs, fait promptement fnppuration. Bref tous medicamens chauds, ayans quelque humidité , s’ils font meflez auec des empiadiques, ils fuppurent : moyennant qu’ils ne foyent trop refolutifs 8c deterfifs. Nous vfonsdes fuppuratifs aux grands phlegmons, lefquels n’auons peu empefeher par repereuflifs , ny refoudre aufli aux grandes contufions 8c playes contufes. Que c'ejl que [ufpuratif. Nature des fuppuratifs, Différence des fuppura- tifs Racines, Herbes, Frui&t, Farines» Gemmes> Gratffes, Fientes. Huiles. Onguents, FmfïaftreSi Suppuratifs par accident. Vvfagt. 8i6 Le vingt-cinquiefme Liure, Des Medicamens emollients, ou remollit ifs. Chap. XIII Ghtec'efi que médicament remeUitif- Edicamekt remollitif, eft celuy qui par fa chaleur plus grande que celle pSq fi des fuppuratifs, au refte, fans aucune humidité, ou ficcité manifefte & apparente, M amollit les corps endurcis. Parquoy différé dufuppuratif : parce que lefuppuratif 1 eUt C^rC c^ Prem^er au l'econcl degré , ou plus, félon la température du corPs °ù 11 eft appliqué, agiffant plus par abondance de chaleur moderee, que par “J qualité & acrimonie d’icelle. L’eraollient au contraire eftant plus robufteen cha- leur,agite plus par qualité d’icelle : temperé au refte en humidité & ficçité ; jaçoit que nous auons aucuns remollitifs chauds au premier degré , & fecs au fécond &c troifîefme. Les médicaments emollients font fîmples,ou compofez , debiles ou forts. Les débiles font radix liliorum alborura , cucumcris agreftis, althæa. Folia maluæ,bifmaluæ, liliorum, anethi fummitates, viola, brancha vrfina,fcmen maluæ, bifi- maluæ, fini, fœnugræci, caricæ pingues, paffuiæ mundatæ. Pedum , capitum, inteftinorum veruecinorum decoétum* Adeps ex iunioribus & caftratis,domefticis fœminis animalibus. Adeps fuillus, vitulinus, hœ- dinusjcaprinus, bubulus, vulpinus, gallinaceus,anferinus,anatinus, olorinus, efficaces : Ex anguil- lis &pifcibus fluuiatilibus, debiles : ad omnia raediocris , humanus , butyrum , lana fuccida, cera pinguis, vitellus oui. Medulla ex oflîbus, ceruina, ouilla, caprina. Les compofez font oleum fimplex in quo coélæ fuerint herbæ moilientes,liliorum,chamæmeli- num, amygdalarum dulcium. Les forts emollients, acetum, adeps taurinus,vrffnus, ceruinus, leoninus, pardalinus, apri, equi feuum. Pinea, picea, abietina, terebenthina. Ammoniacum, bdellium, ftyrax, galbanum,Iadanum,propolis,opopanax,vnguentum de althæa. Emplaftrum diachylon commune & magnum, de mucilaginibus,ceroneum, oxycroceum, loan- nis de Vigo. Nous vfons des medicamens remollitifs aux tumeurs feirrheufes , qui fc font fouuenc és fins des mufcles, quelquesfois au milieu des mufcles,fouuétesfois és glandes,és vifceres,& lèvres ou bords des vlceres,d’vne matière craffe, froide ôc vifqueufe : comme font la pituite, & le fuc rne- lancholique. Mais les tumeurs faiétes de cet humeur font toufiours chancreufes : & pour cefte eaufe font rendues plus malignes par l’vfage des emollients. Au contraire, celles qui font faiéles de pituite, demandent feulement emollients. Toutesfois en l’vfage dcfdiéls emollients, faut auoir efgard à trois chofes. La première eft qu’il faut cognoiftre combien le vice eft grand,afin d’appli- quer remede fuffîfant : Secondement, faut diftinguer les natures des parties : Tierccment, faut colligcr artificieufement comme il faudra amollir : s’il faudra point adioufter quelque médicament qui deterge& incife auec les emollients : car aueuns feirrhes font incurables,comme celuy qui n’a point de fêntiment, & qui a caufé défia déperdition de poil en la partie ou il eft. II faut icy noter, que fi la partie eft grandement intemperée d’intemperature froide, & que la chaleur naturelle fuft languide, elle ne pourroit réduire les remedes de puiffance en effeét. Pour donc augmenter icelle chaleur, on pofera près vne eftuffe de fer, en laquelle fera mis vn carreau de fer ardant, puis fera clofe: Et par ce moyen la chaleur fera gardée longuement. Haches- Herbes. Semences és fruïfts. Parties des bettes. Greffes des h eft es, oy~ féaux dp f eiffons. Moüelles. ‘Emollients forts. Refînes & gommes. Vfage des mé- dicament remollitifs. A Monftre le corps de l’eftuffe, B Le carreau de fer C Le couuercle, CortiDofition des Medicamens. 827 Des deterfifs, ou mondificatifs* Chap. X 1111. Edicamènt deterfif, ou mohdificatif, eft celuy qui pat vne tenuité de fubftan» || £ ce accompagnée de ficcité., nettoye & purge vu vlccre de deux fortes d’excremens: - W ? defqucls l’vn eft gros 6c efpais, appellé Sordes, vulgairement dît boue : qui eft tiré E y du profond des viceres au dehors, par lesqualitez dudit mundificatif. L’autre eft fubtil 6c aqueux -, appellé des Grecs Ichor:lequel eft defièiché par la ficcité du mon- dificatif. Et pourtant dit Hippocrates, que tout vlccre doit eftre mundifié; Des medicamens mondificatifs, les vus font firriplcs, les autres compofez : les vns forts les autres debiles. Les fim- pies font, ou amers , ou doux, ou acides. Ceux qui ont faueur amere, font gentiana * àtiftolochia j iris, enula catttpana, fcilla, ferpen- raria. Centaurium minus, abfinthîum, matrubînm i perforata, abrotonüm, apium , chelidonium, tuta, hyfibpus, feabiofa, artemifia , eupatorium , aloc. Fumus terræ , hedera terreftris , ôc lixiuium fadum ex cineribuS horum , lupini, orobus t amy- gdala atnara, faba. Tercbenthina, myrrha , maftiche, fagàpenum, gàlbanufn i ammohiacum. Fella animalium , ftercùscaprinum, vrina bene coda. Squamraa æris, æsvftum, ærugo, feoria æris, anrimohium, calx , chalcitis, mify, fory, alumen. , Les doux, font viola, rofa , melilbtum, ficus pingues, dadyli, vuæ paflæ liquiritîa, aqua hordei, âquamulfa , vindmdulce, mcl, faccharum , ferum ladis, manna , thus , 6cc. Les acides font, omnes acetofæ fpecies , capreoli vitium , acetum , &c cætera acida. Les compofez font, fyrupus de abfinthio, de furaaria * de marrubio > de eupatorio,artemifia, âcetofus, lixiuium. Oleum de vitellis ouorum, olcum terebenthihâ; j oleum de tartaro. Vnguentum mundificatiuum de apio , apoftolorum , puluis mcrcurialîs , ôcc. Nous vfons des medicamens mundificatifs, pour en purgeant les viceres caucs, donner moyen à nature d'engendrer chair, ôc les remplir : mais en l'vfage fautauoir premièrement égard à tout le corps : car il eft fain, ou pléthorique , ou cacochyme. Secondement, de la partie la- quelle eft humide oufciche i plus ou moins » félon fa temparature, ôc fon lieu, de fentiment aigu, ou hébété : dauantage, aucunes - fois elle reçoit quelque vice eftrangé , comme câlins , fluxion chaude, douleur , quelque mauuais fuc ou pourriture, ou quelque autre mauuaife qualité. Finale- ment faut confiderer fi l'vlcere eft recent, Ôc puis n'agueresfaid, inueteré ôc vieil. Car félon là 2 diuerfité de telles confiderations fautdiuerfifier les remedes, tant en qualité qu'en quantité , au- gmentée ou diminuée. Car le doux ôc médiocre eft quclquesfois changé en acrci ôc plus defléi- chant. Aufli à vn vlcere trop fec ôc douloureux conuiennent medicamens liquides : à vn trop hu- mide faut appliquer pouldres ôc medicamens de confiftance feiche ; ôc fautainfi changer les reme- des debiles ou forts, fecs ou humides, durs ou mois , félon la difpofition des viceres. Définition, de deterfif. Au, Hure dei Viceres. jRacines, Merles. Sentences, Gommes. Lxeremens des belles. Métaux. Les mmdifi- catifs] doux* Les mundifi- catifs acides Vvfaged» modificatifs. Des medicamens far coliques* Chap. XV* ■ Edicamhnt farcotiqne , c'eft à dire, regeneratif de chair, eft ccluy qui par vne iîccice aide Nature à r’engendrer chair en vlcerecaue , ja bien net ôc mondifié : ce qui eft faifcabiofa,pimpinella, hypericon, feordium, plantago, rubia maior Sc minor, Sc corura fucci. Tcrcbenthina Iota Sc non Iota, refîna pini, gummi Arabicum, farcocolla, maftiche, colopho- nia, manna thuris, aloc, cortex eiufdem, olibanura, myrrha, Scc* Mel, vinum » fanguis draconis. Litargyros auri, fpodium, pompholyx, tuthia,plumbum vftum lotum, feoria ferrî. Sec. Les compofez font, oleum hypericonis, oleum ouorum, maftichinum, Sc cætera olea quæ baL fami nomine appellancur. Vnguentum aureum, emplaftrum de betonica, vulgo de ianua, cmplaftrum gracia Dei,empla- ftrum nigrum. . . Nous vfons des farcotiques quand l’vlcere eft ja mondifié, Sc fans douleur aucune,fans fluxion* fans phlegmon, fans callofité Sc intempérie. Enl’vfage defquels faut confiderer la température du corps, Sc de la partie afFcdée : car quelquesfois vnc partie non trop ièichc de fa nature, demande médicament fort farcotique , Sc plus defteichant qu’vu autre plus feichc , à raifon de quelque ac- cident : comme pour exemple, le balanus veut eftre plus deftèiché que le prépuce , ÿaçoit qu’il foie de température moins feiche, à raifon qu’il eft la voye de l’vrinc. Ainfi faut cognoiftre la nature des parties, Sc cognoiftre quand le médicament eft trop ou moins farcotique. Car le moins Sc trop farcotique laille l’vlcere fordide : l’vn, à caufe qu’il deftèiche peu ; l’autre à caufe de l’accrimonie qui irrite fluxion : ce qu’il faut diligemment entendre, à fin d’approprier le médicament tel qu’il conuient au corps Sc à la partie. 'Sarcotiqttes a' Gumtnl & corticey. Metaïllica. Sarcoeiques compofe£ halfcna Vnguenta* Hmplajlres, Vvfage des Des medicamensepulotiqucs ou cicatrifatifs. Chap. X V L Défini tien d'epulotique. SËdicament epulotique ou cicatrifatif, c’eft k dire qui engendre cuir*, eft celtiy. qui par fa ficcité & aftridion, fans mordication aucune, delîeiche, aftreint, & condenfe la chair en fubftance calleufe, approchant à la nature du cuir : & nous appelions cela cicatrice. Neantmoins cicatrifer vn vlcere , eft ouurage propre de nature, comme en- gendrer chair. Parquoy vn médicament eft appelle epulotique, à caufe qu1 il aide nature à produi- re vue peau femblable au cuir, en confommant les humiditez, condenfant Sc efpaiflîftànt la chair. Et pour cefte raifon , ildoit eftre plus deficcatif que le farcotique. D’iceluy on faid trois elpeccs. La première, eft du vray epulotique, quand il deftèiche Sc aftreint. La fécondé, du médicament acre Sc mordant, lequel pour confirmer Sc ofter la chair fuperfluë , eft appelle Epulotique , lequel applique en petite quantité, fait cicatrice, Sc principalement aux corps durs. La troificfme, eft du médicament qui deftèiche fans aftridion. Dcfquelles trois efpeces la matière s’enfuit. Ariftolochia longa Sc rotunda, gentiana, iris, centaurium mains, penraphyllon , fymphytum mains , chamædrys , betonica , cauda equina , cupatoriura, verbcnaca, plantaginis Sc fym- phyti folia. Gallæ , myrtibaccæ , glandes Sc carum calices , balauftia, cupreftî nuces. Malicorium, cortex quercus, cortex tamaricis,cortex ligni aloës,acacia, colophonia, farcocolla, Languis draco.nis, ladanum. Lithargyros auri Sc argenti, cerufa, plumbum vftum, alumen vftum, tuthia, fqnamAra æris, Sc ferri, &c eorum feoria, ærugo, fios æris,æs vftum Sc lotum, vitreolum vftum Sc lotum, fulphur vi- ,unm, chryfocolla,coralla, bolus armena, terra figillata, cineres oftreorumjlicifis, ofta vfta Sc ficoa- ta, caries lignorum. Vnguentum diapompholygos , vnguentum album Rhafis, deficcatiuum rubrura. Emplaftrum de cerufa, de betonica, diachalciceos, cmplaftrum nigrum. Nous vfons des epulo- tiques quand l’vlcere eft prefque plein, Sc quafi égal à la peau. Mais en l’vfage d’iceux, faut auoir égard au corps mol ou dur. Car les medicamens qui font catheretiqucs aux corps délicats Sc mol- lets, aux durs, font cicatrifatifs. Faut aufll fe donner garde que le corps ne foit pléthorique, ou ca- cochyme :car cela retarde la cicatrice. D’auantagc , faut aduifer que l’vlcerc preft à cicatrifer ne foit entretenu, ou du vice de quelque partie, comme du foye, de la ratte, des poulmons, ou autres; ou d’vne varice ; car tel vlcere ne fe pourra cicatrifer», fi les caufcs qui empefehent la cicatrice, ne font premièrement oftées. Finablement les bords calleux en vn vlcere, retardent la cicatrice, s’ils ne font amollis ou coupez. Il faut ofter ces empefehemens auanc qu’entreprendre faire cicatrice, Sc accommoder médicament deficcatif tel, qu’il ne face cicatrice cane, car il excederoit la raclure: ny trop haute , car il leroit trop peu deflcichant, ains égale: parquoy fera bien proportionné tant au corps qu’à la partie. Etpeces Je- pulotiques. Racine* Rieurs iEfcorcgs Métaux, Onguents. Emçlaftres. L’vfage des epuloti^ues. Des medicamens agglutinât if s. Chap. Xyil. Que c‘ejî que coUetique, Edicamint colletique , c’eftà dire, agglutinatif, tient le moyen entre les* W/ |l Farcoriqncs &c cicatrifatifs : car il eft moins deficcatif que le cicatrifatif, Sc deftèi- c^e l^US cllie Ie farcotique, à fçauoir iufques au 2. degré. Icéluy par fa ficcité & *ftri&ion «ns aucune deterfion , ioint Sc alfemble les parties diftantes Sc feparées, Sc aide en ce Nature : laquelle (comme auons dit) eft première , Sc quafi feule opé- ratrice , tant à régénérer chair Sc cuir, comme à glutiner. Compofition des Medicamens. 829 Les medicamens agglutinatifs, tant foibles que forts, font tels par foy,ou de leur propre natu- re , ou par accident. Les agglutinatifs de leur propre nature font, Plantaginis fpccics, coniolida v traque, bugla, mil- lefolium, verbena, pimpinclla, pilofella, caudaequina,femperuiuura, telephium,feu faba inuerfa, fanicula , attraétilis, foliaquercus, & dracunculi, lalix,ebulus, fambucus, pentaphyllon : cortex pini, cortex vlmi, cortex palmæ, cortex quercus. Aqua vitis , aquac folliculis vlmi, fuccus calaminthæ, vînum aufterum. Tcrcbenthina,myrrha, fanguis draconis, bolus armenus, terra ftgillata, omnia denique quæ fa- pore funt acerbo. Il y a d’autres glutînatifs ayans lien demedicamens , quiempefehent fluxion , 6c aftreignent la partie, comme future, ou couftures feiches, ligatures, repos de la partie, compreffes, 6c autres tels agglutinatifs par accident. Nous vfons des glutînatifs és playes recentement faites 6c fanglantes, 6c pour cefte caufe les Grecs les ont appeliez Enaimes. Or non feulement les agglutinatifs font appliquez és playes nouiielles , mais aufîi és vlceres malings 6c vieils, és fiftines 6c ftnuofitez ; à raifon qu’ils erapef- client lafluxion quife pourroirfaire és bords 6c lèvres de l’vlcere. En fvfage d’iceux faut conftde- rer fi la peau eft entière ou non. Car les playes font de difficile curation, qui ont foufterr perdition de la peau : au contraire celles qui ont la peau entière, reçoinent facile guarifon. Pareillement ne faut obmettre en fvfage particulier dcfdits glutinatifs, les conftdcrations du fexe, du corps mol ou dur, de l’vlcere vieil ou nouueau, grand ou petit : car félon icelles faut diftinguer 6c approprier les remedes. Dluifiv»* Herbes. Efcorces. lus. Gommes. Métaux. Glutînatifs, L’vfage des glutînatifs, CëfideraùoS, Des medicamens caustiques & corrofifs. C H a p. XV III Edicament pyrotiqne, c’eft à dire, cauftique & corroftf, eft celay qui par fa n ll^^ncc acre> mordante & terreftre vient à corroder fuperficiellement, qu fon- Il rc * uet-er & pourrir profondément : ou bru (1er & manger la peau & chair, 6c || pénétrer au dedans des corps durs & calleux. Et pourtant on fait trois différences de pyrotiques. Les vns font appeliez Catherctiqucs, c’eft à dire, corrofîfs, à cau- ~~" fe qu ils mangent 6c corrodent la chair furcroiliante fuperficiellement en vn vice* re , ou autre eminence du cuir , qui font les foibles & debiles pyrotiques. Les autres font Septi- ques, c’eft à dire, putrefa&ifs, autrement aufîî diéts veftccatifs, qui pourriffent la chair au dedans. 6c eflcuent le cuir en vefïîes : lefquels font plus forts que les premiers. Les tiers font Efcharoti- ques, c’eft à dire, faifans crouftes 6c efearre par leur qualité ardente, ignée 6c terreftre ; nous les nommons ruptoires, ou cautères potentiels , qui font les tres-forts. Toutes lesquelles différences ne font que du plus ou moins en chaleur. Car bien fouucnt il aduientque l’vn fait l'opération de l’autre : aucuncsfois à raifon de la complexion de la partie, quclquesfois pour la quantité & longue demeure du temps. Les Catherctiqucs ou corrofîfs font fpofigîa vfta,alumen vftum & non vftum, vitreolum vftum; calx mediocriter Iota, ærngo,chalcanthum, fquaramaæris, oleum de vitreolo, trochifci andronis» phafîonis, afphodclorum, vnguentum ægyptiacum , vnguentum apoftolorum, puluis mercurij, arfenicum fublimatum. Les feptiques ou veficatifs font, tadïx fcillæ , bryoniæ , ftgilli bearæ Mariæ, bulbofa, radix ra- nunculi, panis porcini, apium rifus, lac tithymaîorum , lac fici , euphorbium, anacardus, fînapi, cantharides, arfenicum fublimatum : lefquelles corrompent la température de la partie, 6c y atti- rent humiditez eftranges. Les efcharotiques oucauftiques font, calx viua , fæx vini cremata, 6c præcipuè aceti, ignis, ad quem referuntur omnia caureria aéhialia diéta, 6c potentialia, defquels parlerons cy-apres. Nous vfons des mcdicamcnscorrofîfs és corps délicats, 5c maladies qui ne font trop rebelles. Et partant d’autant qu’ils font moins acres 6c mordants, d’autant font-ils de plus grande opé- ration , à caufe qu’ils caufent moindre douleur. Des purrefaélifs 6c efcharotiques nous vfons és corps plus durs, ôc maladies plus grandes : comme es vlceres calleux, fiftuleux, putrilaginenx, hu- mides , 6c difficiles à guarir. Mais des efcharotiques particulièrement és chancres, charbons, he- morrhagies , 6c à plufteurs autres maladies. Toutesfois en fvfage d’iceux faut tenir bon régime, 6c maniéré de viure, aucc abftinencede vin, 6c auoir grande prudence à les appliquer : pour raifon des grands fymptomes 6c accidens qui s’en enfument : comme exrrcmes douleurs , fyncopes, dé- faillance de cœur , fièvre, inflammations exceflîucs , gangrené , mortification , 6c fouuent la mort. Il y a grandes commoditez du cautère , tant affuel que potentiel : comme de corrobo- rer la partie, la dcfleicher, corriger fon inremperature , obtunare 6c hebeter la venenofité & corruption, ôc autres plufteurs vtilitez lefquelles font deferites par Auicenne, Que c efî que pyrotique. Trois efpeces de meUica- mens faujli* ques% Cathereti- ques. Simples. Cempofe£ Septiques eu vcjiccatifs. Efrhatoti- que s. Vptge. Commodité. Le XXVI. Liure, de la Faculté & 8jo Bes Mediumcm anodyns. C H A p. XIX. Définition de douleur. V a n t que parlée des medicamcns anodyns, faut premièrement déclarer la nature XSm de douleur, à fin de mieux déduire les anodyns. Douleur doneques eft va fentiment trifte 8c fafcheax, faid ou par vne altération fubite , ou par folution de continuité: dont s’enfuit que trois chofes font requifès pour faire douleur. La première eft les caufes efficiences : qui font deux , altération fubite, 8c folution de continuité. Se- condement, que la partie ou ces caufes s’attachent foitfenfible. Tiercement, qu’il fe face appre- henfion de la dite altération ou folution de continuité. Autrement fi l’on n’apperçoit point les caufes de douleur, nonobftant la fenfîbilité de la partie, douleur nefe fera point. A cefte cauledit Hippocrates, dnobus doloribus, eundem locum Jimul cccupamihus, malor rnlmrtim ohfcurat, à raifon de i’apprehenfion deftournée du tout vers la plus grande douleur. L’altération fubite eft faido de chaleur, froidurc,ficcité,& humidité. De chaud & froid eft faite douleur tres-forte; de ficcité,me- diocrc : d’humidité prefque nulle,ou aflbupie : car l’humidité ne fait point tant douleur de fa qua- lké,que de Ton abondancc.La folution de continuité eft faide tant de Tes qualitez conioindcs aucc matière, que des caufes externes , comme contufion , incifion, & les autres. Douleur doneques eft fyrapcorne très-grand du fens de l’attouchement, qui accompagne prefque routes maladies , & bien forment nous contraint laiftér la propre cure d’icelles, pour eftre premièrement appaifé & al- légé : ce que nous faifons tant en o flanc & addouciftdnt ces caufes efficientes,que hébétant la fen- fibilité de la partie. Qu’il foit vray, fi les medicamens peuuent obuier aux caufes de douleur, ou ftupefiec le fendment du tad, ils feront appeliez anodyns, defquels nous faifons trois différences. Les vns font curatifs des maladies,anodyns généralement dids. Les autres, propres anodyns. Les tiers font ftupefadifs ou narcotiques. Les premiers font tous medicamcns contrarians aux caufes des maladies,& oftans toute altéra- tion : comme en intempérie chaude l’huile rofat,oxycrat , 8c antres femblables, fout anodyns, 8c oftent la caufe de douleur : en intempérie froide, huile taurin , huile nardin, huile de caftoreum; enfeiche intemperature, mixtion d’eau 8c d’huile, baing d’eau douce. Bref, tous medicamens qui curent les maladies,font anodyns, pdns largement : auffi tous medicamenspurgatifs,phlebotomieÿ fcarifications, cautères aduels 8c porenr{els,ventoufcs,clyfteres, 8c autresiquand en oftant la mul- titude 8c abondance des matières , allègent 8c anéanti fient la douleur. Les propres anodyns font de deux fortes : les vns font temperez, n’excedans en aucune qualité: les autres font chauds &c humides au premier dçgré, approchons fort des temperez. Les temperez font ceux qui n’ayans aucune qualité exceffiue , gardent la chaleur naturelle en fon entier fans la diminuer ny augmenter , appaifent douleurs, & conuiennent à toutes intercpe- ratures. D’iceux on en trouue bien petit nombre , comme des alimens temperez. Entre i ceux on prend huile firaple, huile d’amandes douces, moyeufs d’œufs, 8c les femblables. Les féconds anodyns, propres,chauds 8c humides au premier degré , corroborent la chaleur na- turelle, à fin qu’elle puifte mieux abbatre la caufe de douleur : rarefient,euacuent,cxtenüent, digè- rent, tant humeurs efpais 8c vifqueux, que les vaporeufes & froides , qui n’ont ilfué ny fortic, comme . ,t ,, , • •■( Flores chamæmeli, meliloti, aneti, crocus. Oleum chamæmelinum , anethinum, oleum lini, oleum ex fcm. altheæ , oletim lumbricorum, oleum ouorum ex tritico. ' ; Butyrum, lana fuccida,fuillus adeps , vitulinus,.gallinaceus, auferiilus, humanus, ex anguilla, quniculo, 8c aliis : lac muliebre 8c vaccinum. Mucilago feminis lini, fœnngræci, altheæ, maîuæ, aut earum decodio. Item dccodio liliornm, s' violariæ capitis,pedura &inteftinorum ariens & hcedh Les ftupefadifs ou narcotiques , improprement dits anodyns , font froids iufques au quatrième degré, par leur froidure extreme empefehent que l’efprit animal ne peut venir iufques à la partie; partant oftent le fentiment d’icelle, 8c par confequent l’apprehenfion qui fè pouruoit fairerfinable- ment viennent à endormir 8c ftupefiec la partie où ils font appliquez. Et font comme hyofcyamus, r* cicuta, folannm furiofum, mandragora, papauer, opium, philonium 8c les femblables. Ligatures extrêmes, 8c compreffions, oftent auffi le fentiment d’vne partie, comme quand il faut amputer vil membre : parquoy elles feront mifes au nombre des anodyns impropres. L’vfagc des premiers anodyns, eft manifefte en la curation de chacune maladie par fon contrai- re. Nous vfons des féconds en toute douleur qui fè peut ranger, à fin d’euiter fluxion , inflamma- tion, fièvres , 8c autres accidens. Mais où la douleur eft extreme 8c trop véhémente , qui ne veut obéir aux vrays anodyns , il faut venir aux narcotiques, puis qu’il n’y a autre remedemon pas feu- lement après auoir vfé des anodyns, mais auffi du commencement des douleurs trop grandes,quâd le mal ne permet vfer des anodyns. Toutcsfois il ne faut appliquer narcotiques fans y méfier du faffran, ou myrrhe, on caftoreum, autrement il feroit dangereux:comme auffi la continuelle appli- cation d’iceux eft perillcufe 8c dommageable. Car par icelle la.partiedeuientliuide j pour l’cxtin- dion de la chaleur naturelle : Sc confèqnemment fe tourne en mortification ou efthiomene. Or aux douleurs extrêmes de grandes inflammations, 8c phlegmons, & gangrenés, ne faut vfer ny des vrays anodyns,ny des ftupefadifs ; car ils ne pourront appaïfèr telle douleur : mais des premiers , à fça- uoir, de phlébotomie, purgation, 8c fcarification de la partie dolente, 8c que dolorfit medkïna dolo- rts : comme nous auons dit au traidé de Gangrené 8c Mortification. D’abondant, nous auons quelques medicamens purgatifs eftans appliquez par dehors, com- Liu.t.Aph. Douleur. Différence des anodyns. Fremiere, Deux fortes d’anodyns. frottes. Fleurs. Huiles. Graiffes. Mucilages & décoctions Troifiefme effece. Narcotiques, Vfae. Cmtkna Compofition des Medicamens. 831 me ceux que ActiusTetrab.i. ferm.j. chap. 3;. nous a laifTc par eferit, comme tu verras par ces exemples. Epithemata p&rgantîa. colocynrh.ieminis erucæ, rutæ fylucftns,elatenj,grani cnidij, lathyridum expurgata- rum, galbani, nitri rubri,ceræ,fingul. § iiij. opopanacis 3 ij. terebenthinæ 3 vj. terenda terito, 8c taurino felle paulatim irrigaco, donec apte imbibantur. Deinde circa vmbilicum opponito vfque ad pubem, 8c ventrem inferius ducet: fi verô fnndoftomachi appiicabis, vomitum excicabit. Alîud. elaterij 5 iij.colocynthidis, feammoniæ, fquammæ æris, radicis agreftis cucumeris, lathy- ridum an. 3 j. a«t pro lathyride tithymali faccum terito 8c cribrato , 8c cum oleo plurimumfalis habente,fubigito : magnam deinde pilam c lana confcdam, hoc medicamcnto iliitam, cuicunque parti volueris applicabis,vmbilico (inquam) aut lumbis. Compojitio oleî & vnguentl purgantis, taurini 3 j. grani cnidij viridts | iiij. fucci lupinorum viridium§ ij.euphor. 3 j. pulpae colocynt. tantundem, vulpini adipis rccen.3 ij.adipis viperæ j.fi.ftcrcoris mûris § iiij.fucci pæo- niæ, caftor.fingul.3 iiij.olei liguftrini 3 vj.oleiantiqui § j. fiat vnguentum vel oleum. Purgat abf- que moieftia, &præter cæreras vtilitates etiam mentis delirio confert j menfura veto quæ ad vfum aftumitur, maxima eft , cochlearia duo : nam quibufdam 8c vnum fufficit. Illinitur vmbilicus , 8c integra purgatio rubfequitur : quar fi plus æquo exuperauerit, fpongia vino tepido imbura 8c ex- prefta ventrem fouebis,& confeftim fiftetur. Hypoglottides,c’eft à dire,fublingualcs,que l’on tient en la bouche, comme fucilles devinette, rouelles de citron trempees en eau rofe 8c fucte, grenade ou orenge, berberis confit, ou autres fcmblables , qui ont puiflàncc de rafraifehir 8c humeder la langue Sc toute la bouche. De la, compofition des medicamens 3 & de leur vfxge. Chap. XX. *Vfques icy auons déclaré tant en général qu’en particulières facultez &efTeds des medicamens fimples : lefquels il faut cognoiftre auarrt qu’entreprendre les compo- fez ; Qu’il foie vray, vn Architecte & edificateur doit premier cognoiftre les ma- tières qui luy font necellàires à mafTbnncr&; dreffer fon ouurage. Ainfi vn Chirur- gien voulant compofer vn médicament à fa neccfîîté, doit entendre que c’cft que çompofition, 8c la nature des fimples qui entrent en fa çompofition. Laquelle auons voulu décla- rer auant que donner la manière de compofer lefdits medicamens. Çompofition donequeseft mixtion des medicamens diuers eneffeds & vertus ,faidepar!eMe- , decin. A cefte caufe les medicamens ayansplufieurs fubftances,comme la rheubarbe,ainfi que nous auons dit, l’aloc, la rofe, &:l’abfimhe, font dits fimples, au regard des compofez artificiellement: jaçoit qu’ils foient bien compofez par Pouurage de Nature. Ainfi pluficurs compofitions fontap- pellees fimples, comme oxymel fimplex, oxyfaccharum fimplex, & autres, pour la comparaifon des plus compofez. Nous vfons des medicamens compofez ,pour caufe que les fimples n’ont toufiours contrariété fuffifante en pareil degré aux maladies, ôc qu'il faut augmenter ou diminuer la force de l’vn ou de l’autre. Dauantage pour la complication des maladies,& des indications fommes contraimsmefler medicamens fimples : car la nature du corps ou de la partie fouuenc demande autres medfeamens, que les maladies. Quil foit vray , pour les indications contraires nous donnons medicamens com- pofez , qui feruent à tous les deux, en augmentant celuy qui cft de plus grande importance, & di- minuant l’autre. Quartemcnt la çompofition des medicamens a efté inuentee, afin de changer leur couleur, faueur ôc odeur. Les autres vfages 8c caufcs de la çompofition des medicamens fimples, ont efté bion dodement eferits par Monfieur Maiftrc lacques Syluius, en famethode dccompofer les medicamens auec l’eledion d’iceux : à cefte caufe lé pourras vcoir. ‘Des medicamens compofez- Des medicamens fimples cy-defTus eferits, les anciens ont fait diuerfes compofitions 8c remedes topiques 8c particuliers, communs tant au Médecin qu’au Chirurgien : defquels nous faut parler. Telles compofitions font, clyftcres,fi.ippofiroircs,noücts,pefraires, huiles, linimens, onguents,em- plaftres, ceroiiennes, pultes, cataplafmcs, fomentations,cmbrocations,epithemes, veficatoires,cau- teres ou ruptoires, collyres, errhines,fternutatoircs,raafticatoires,gargarilmes, dentifrices, fachets, fuffumigations 8c parfums, incefîîons 8c baings. La maniéré de les eferire 8c ordonner ie declare- ray particulièrement 8c le plus briefuement que faire fe pourra, commençant aux plus fimples,vni- uerfcls 8c plus neceftaires, après que i’auray déduit les valeurs , figures & poumaids desmefures 8c poids, defquels nous vfons communément à difpenfer 8c proportionner les medicamens les vns auec les autres. Gal.au t .des {impies. Gai. au 4. de garder fa, fanté. Vfage. Mefaé en fn Canons. Des poids & me fur es, & de leursfigures, Çhap. XXL ÊÛSfa O v t poids dépend d’vn commencement, & quafi efleuement : car tout ainfi que 'Spra les corps ont leur commencement des quatre corps fimp!cs,que.nous appelions Elc- mens, cfquels fe peuuent refondre : Ainfi tous poids font compofez d’vn grain, qui comme élément des autres poids ; aufquels ils font terminez. Ledit grain doit eftrc entendu d’orge, non trop fec ny humide, 8c chancy, ains bien nourry,& médio- crement gi*os:de tels dix grains cft fait vn obole,ou demy-fcrupulc;dcs deux oboles ou vingt grains. Comme H faut entendra le mot de Grain , en poids medî- tànaU Bji Le X X V L Liure, de la Faculté & vnTcrupule : puis de trois fcrupulcs, on foixanre grains eft compofée la dragrae ; de huid drach- A mes,l’once 5 tant que de douze onces nous faifons la Hure médicinale, qui eft prefque le plus haut poids duquel nous vfons communément ; &le peur refondre en drachmes , fcrupules, oboles, ôc finablement en grains, outre Icfquels ri eft poffible defeendre plus bas. Pour eferire ces poids,nou§. vfons de certaines lettres ôc figures qui s’enfuiuent.La Hure eft fignifiee par Ife.foncé par ceftc figu- re 3. comme la drachme en telle 5. aufîî le (crapule ainfi 3. l'obole eft efetit par fes premières letcresjobol: le grain femblablémenr par g. le manipule par m. le pugile par p. le nombre par ri." la moitié de chacun defdits poids eft figurée par fi.tarife après lefdits poids comme demie ifc.fi.de- mie 3 fi. ôc ainfi des autres. Telles font les figures des poids & mefures : mais en difpenfant medicamens nous vfons aucunesfois d'vn poids, 6c de l'autre non : parquoy faut entendre que les- herbes vertes ôc feiches font difpenfees par m. bup. les friches que l'on veut puluerifer , par 3. ou p. Les racines Les cfcorces Les femcnces Les fmids Les fleurs Les legumes, a | Ils. 5: S 1 P-m- 3- 0- ~P- S-5- par Tous antres medicamcns, tant fecs que liquides, font difpenfez 5c elcrits par jfe. °Loî. g, dcfqueis poids tous medicamcns bien difpenfez des anciens font feulement éferits. Ces chofes en- tendues, faut défaire les maniérés de difpenfer & ordonner medicamcns compofez : 5c pour ce faire coriiriiericerôhs aux clyfteres,commc les plus communs 5c plus neceftaircs. Des Clyfiercs. Chap, XXIII. Lyfterc> c’eft à dire, ablution ou fortement, eft vne iniedibn appropriée au fiege ôc à l,x iuteftins en première intention : car autrement font auflî faids & donnez des cly- SL «WfciQt fteres tant pour le ventricule, ratre, reins, veffie, amarry, mefentere, & autres parties voifinesjquemefme pour la refte,de laquelle fourrent par dyftereacre eft faille rcuul- fion de la matière en bas , comme il le pratique iournellement, Ôc non fans heu- reux fuccez , en l'apoplexie: de forte qu'il n'y a aucune partie qui ne rdfente quelque profit du dyftere , mais les vues plus ,les autres moins. Il y a plufieurs efpeces ou différences : car ou il eft remolîitif, on purgatif |, ou anodyn , ou aftringent, ou deterfif , ou farcotique , ou epuloti- qne, ou nutritif. Toutes lefquclles différences font compofecs ôc faites des parties des plantes, des parties des belles, ou desmedicamens compofez,ta»t refolutifs qu’autres , félon les intentions du cdrftpofant. Les parties des plantes font racines, femcnces, fueilles, fleurs, fruits, gemmes, jus, mucilages. Les parties des beftes fontiaunes ôc aubins d’œufs, miel, poulet, chappon, viel coq ve- nd îk prlipnré, la telle ôc pieds de mouton, laid clair, tripes, fuif de bouc,axunge : toutes lefqudles parties, tant de belles que de plantes, on fait cuire ôc bouillir, & en la decodion l'on mcfle ôc de- llrempe les mcdicaraens laxatifs, & autres tant fimples quecompofez. Quelquesfois fans mixtion de mcdicamens compofez font faits clyllcres feulement d'huile,comme d'huile de noix pour la co- lique ; de laid clair, de decodion de pieds , telle ôc tripes de mouton , potage de pois chiches , ôc d'orge. La quantité du clyllcre eft aucunesfois grande , autresfois plus petite, félon les températures Sc complexions, ôc félon les intentions. Aucuns penuent endurer grande quandtc,îcs autres moindre, aux enfans, debiles, femmes grolfes conuient moindre quantité. Aufîî où le ventre eft fort ferré ôc dur, en vne colique,dyfenterie,licnterie, Ôc autres alfedions du ventre inférieur, faut que la quan- tité du clyllcre foie plus petite. Au contraire,où l'on veut feulement efmouuoirle ventre, faut plus grande quantité : tourcsfois la quantité de la decodion communément eft d'vne Hure ôc demie, et vne Hure, ou tout au moins de trois quarrerons ; mais le plus fouuent nous la quantité au iugement de l'Apothicaire, difant feulement, quant, fuff. îl faut que le dyftere foit tiede, plus ou moins,félon que les patiens le peunent endurer,de peur que s'il eftoit froid, il n'offenfaft les inteftins ôc autres parties voifines, qui font ncrueufes ôc froi- des de leur naturel : ôc d'auancagc faut en faire l’injedion à peu ôc doucement, de peur que poulie d'impetuofiré , ôc tout à coup, il ne challe les flatuofitez ( qui ordinairement font contenues en la capacité des inteftins) en haut,& par ce moyen n'excite des trenchees intolérables. Pour donner le tout à entendre, faut à prefent venir à deferire les exemples de chacune différence desclyfteres. vrfinæ an.rh j.radicis althcæ ôc Hliorum alborum an. 3 j. paffnlarum ôc ficuum pinguium an:§ fi.fiat decodio ad tb j. in qua dilfolue cafîîæ, bntyri recentis n.§ j. violati 3 iij.fîat clyftcr. Les clyfteres laxatifs font faits de quatre fortes de medicamens, de la decodion de medicamens laxatifs, huiles & miel, ou autre qui ait vertu d’irriter. La decodion eft quelquesfois propre à tirer les humeurs que l’on veut purger , comme pour tirer les humeurs froids ôc vifqueux, elle fe fera ainfi. Saîuiæ,origani,abroto,ni,camomillæ ôc meliloti ah.m.fi.femînum anifi,fœnicuii, cumini aa. 3 iij.feminis carthami 3ij.fiatdecodio,in qua dilfolue diaphœnid ôc hieræ fimplicis ana 3 olci anetlri ôc chamæm.anaj j.fi.mcllis anthofoti ôc facchari uibri âna § j.fiat clyfter. §lue c'efi que clyjtere. Matière. La qualité. Clyftere re~ mollitîf Compofition des Medicamens. 8jj albi gener.ib j.bul.ad conrumpt.medieta. in qua dilf. fachar. rubri 3 i j. iterum pa- rum addendo vitell.ouor.num.ij.& fiat clyfter. Pour purger 5c tirer l’humeur colérique 5c bilieux, il fera faid en celle maniéré. remollientium, parietariæ, cicorij, endiuidiæ ana ni. fi. feminum quat. frigidornm maioruni ana 3 iij.hordci integri p.j.fiac decodio.In collatura diftblue calîlæ 5-olci violati &c mel- lis rofati ana 3 ij.fiat clyfter. Pont tirer «Se purger l'humeur melancholique. Ton fera tel clyftere. centaurij minoris, mercunalis anaman.j. polypodij quercini, follicùlorum fenæ ana g.iij.femiuis agni cafti,thytni,epithymi ana 3 ij.fiac decodio, in qua dilîblue confedionis ha- inech 3 fi.caffiæ recens extradæ 3 iij.olei violati [hpartium)des veines Mefaraiques font diftri- buces à la veine Porte, 5c au foye : 5c du foye à toutes les parties du corps, lefquelles aux grandes maladies,quand le patient ne peut prendre aliment par la bouche, demandent à eftre remplies de ce qui leur eft plus propre par quelque autre partie commode. Par expérience auffinous voyons, que gens malades eftans lons-tcmps fans manger, par l’vfage Clyflores cor- reéiifs d'in- tempsruturs. Aflr Ingens. Nutritifs. Vfage. Sfaueît fl on peut eftre noutry par clyfteres. G Allen* 834 LeXXVI. Liure, delà Faculté de tels dyfteres nutritifs ont elle aucunement foui âgez & fubftantez , à raifon que les parties affa- mées attirent promptement ce qui leur cft familier, lefucçantdcs veines,IcfqueUes eftans vuidees attirent du foye ôc des veines mefaraiques. Qu’eft-il befoin d'exemples plus clairs, veu qu'aucuns (comme on a veu)ont rejette les dyfteres par la bouche , voire les fuppolitoires ? Ce qui monftre bien que l’attradion n'eft pas ieulement faite des veines mefaraiques, mais auffi du ventricule, tk des autres parties. Telles trop curicules dilputes ie lailferay à prefent, pour déclarer le temps de prendre dyfteres, & l'vfage. L'on a accoutumé de prendre dyfteres à toutes heures deuant & après difncr , moyennant que ce foit loin du repas, de peur que ne foit faite attradion par le dyftere de la viande eftanfcncores à cuire en l’cftomach. Parquoy on les peut prendre à 6. 7. 8. 9. heures du matin auant difncr , ou 4. y. 6. après. L'vfage des dyfteres eft allez manifefte par la cognoi fiance de la matière qui entre en iceux: joind que tous ont vn commun vfage,qui cft d'aider l’expulfîon des fuperfluitez contenues es in— teftins : & fuccefîîucment des autres parties. Dauantage quand l’âge ou la vertu du malade(comme aduient aux enfans & gens débiles tk malades ) n’eft fuffifante à porter médecine, lors Tommes con- traints d’vfer de dyfteres , à caufe qu’ils ne débilitent point tant les forces que les médecines. Pour cefte caufe aucuns ont couftume de prendre dyfteres de deux iours l’vn, cncores qu'ils foienr ciu3-nd nature cft pareiTètife à ietter les excrcmens. A gens malades ils font ordonnez plus forment pour toufiours tenir le ventre lafehe. L’vfage dcfdits dyfteres a cfté inuenté des Cicoi- gnes, lefquelles de leur propre mouuement naturel jettent de l’eau de la mer ( qui pour fa falfitude a vertu d’irriter tk euacuer}en leur fiege pour s'aliéner, ainfi que recite Galien en fon introdndoi- re de Mcdecine. La maniéré de prendre dyfteres eft telle : lors que le patient le reçoit, qu'il ayt la bouche ouuerte , à caufe que tous les mufcles qui aydent à l’expulfion font lafehez , qu'il n'ayt rien qui luy comprime le ventre , & qu'il foit fitué en figure courbe pour le receuoir plus à l’aife, eftant couché fur le cofté droid. Car par telle fîtuation le dyftere receu pénétrant iufques au haut des inteftins, quafi comme d'vn rauage, lauepîus facilement tout le ventre : où au contraire le pa- tient eftant finie fur le cofté gauche,il aduient que le dyftere eft contraiutjde demeurer au Rcdnm, ou au Côlon : pource qu'iccux par telle affiette font preftez de la mafle & pefanteur des autres in- teftins fupericurs. Apres qu’il a receu, il doit demeurer quelque temps fur fon dos, puis fe tour- ner de cofté tk d’autre, ou fur la douleur, s’il luy cft pofîible. Or il fe trouuc certaines femmes , qui pour nulles chofes ne voudraient prendre vn dyftere de la main d'vn homme, pour vne vergongne & honte qu’elles ont de femonftrer; à cefte caufe i’ay fait pourtraire cet inftrument, duquel elles fe pourront ayder à receuoir vn dyftere, le mettant par deuant ( ayant vn peu les feftès leuées) la cannule dans le fiege marquée B. puis verfera la liqueur dedans la bocte marquée A. Le couuerclc marqué D. Temps. Vfage, ïnuentien du clyfiere. Figure d>rvn instrument propre pour fe donner foy-mefme vn clyfiere Compofition des medicamens. siS Lsfutre Syringue pour huilier clyHere aux hommes, Des Suppofitoires noüets , & Chap. XXIII. Vppofitoire eft vne manière de tente (ayant le temps pafte eu figure de gland,dont en* core pour le jourd’huy elle retient le nom deglans) qui Te met au fiege , afin d'irriter le mufeie Sphindlcr à l’expulfion des excremens contenus es inteftins. Ceux que l'on Prelènt n’ont figure de gland,mais pluftoft de pellaires : car on les faicl ronds & longs en forme de chandelle de cire, d’où vient que le vulgaire de Languedoc les appelle Candelettes.Ils fontdoux,ou mediocres,ou forts.Les doux & médiocres font faits des pou- dres laxatiues,comme de hierre,fel,5c miel. Les forts font compofez des poudres de feâmonec, eu- phorbe, colocynthc,5c femblables, auecmkl, ou jus d’herbes acres, ou fiel de belles. Quelquesfois ils font faits de fanon,fouirent auffi des troncs de poree,ou de fa racine, aucunesfois d’vn lardon. Pour compofer vn fuppofitoirc faut mettte pour vne once de miel, vne dragme de fei, ou de pouldre irritant ôc lafehant, comme il efl facile à cognoiftre par les exemples. 2£. Mellis coéli 5 j. hieræ picræ fie falis commuais an. 5 fi. fiat fuppofitorium longum quat. digitor. lis co&i j.puluerîs colocynthidos 9 fi.falis gemmæ 9 j.fiat fuppofitorium. Nous vlbns des fuppofitoires, quand le patient pour fon imbécillité ne peut pas endurer clyfte- res, comme es fièvres ardentes, ou quand les malades ne veulent prendre clyftere , aufli quand on ne rend point le clyftere qu'on a pris : finalement es affrétions froides de la telle, qui endorment les malades , nous vfons communément de fuppofitoires forts fie aigus , afin d’exciter la vertu ex- pultrice du mufcle Sphinéler,cftant aftbupie par telles maladies : ou bien quand la maladie de fon naturel eft telle, qu’elle eft euidemment olfcnfee par l'vfage des clyfteres, comme en l'Entcrocele, en laquelle fi le boyau eft remply de clyftere, il preflè dauantage le péritoine, fie de fa grauité tom- be plus aifément par la partie relaxce ou dcfchiiee, dans le ferotum. Les Noüets, que l'on appelle en Latin Noduli^ont raefme vfage que les fuppofitoires, & fouuen* tesfois font prins pour fuppleer le defaut,tant des fuppofitoires, que des clyfteres, quand on eft en lieu où l’on n'en peut pas fournir. Et pourtant les Noüets font faits des medicamens que l’on peut par tout facilement rrouuer : fçauoir eft , de jaunes d’œufs mêliez aucc vn peu de fel & de beurre, aucunesfois fiel fie miel, fie le tout lié en vn linge médiocrement délié , à lagrolfeur d'vne auelai- ne, laiftànt du fil de quelque longueur au bout, afin que quand on les mettra dans le fiege , ils fe paillent retirer quand on voudra. Vous le poüuez ordonner en celle maniéré. vnius oui,cui adde falis modicum,fcIlis veruecis fie mellis an.5 fi.butyri 3 iij.mifce, fiant noduli filo appenfi. Les temps propres à prendre tant fuppofitoires que noüets, eft le matin auant difner,comme des clyfteres : car à telles heures Nature a couftumc de rejetter les excremens. Si on eft contraint d’en vfer après difner, que ce foit pour le moins quatre heures après le repas. ) Pellàire eft plus gros que fuppofttoire, 5c eft approprié à la matrice, lequel eft fait de cotton ou foye, ou linge fie laine peignee, en laquelle on a mis quelque médicament pour mettre au col de la matrice : lequel eft faifib ou pour les vlceres du col de la matrice, ou pour prouoquer ou arrefter les menftrucs , ou pour la fuffocation de la matrice , fie purger les excremens d’icclle. Parquoy ils font faits de gommes , ius, femences , herbes, racines., appropriées aux intentions que nous voulons , fie incorporées en confidence emplaftique fie folidc , pour les mettre en figure d’vn doigt dedans la matrice : mais on a couftume de les lier au bout, comme appert par les exemples. an.3 j.fabinæ,feminîs nigellæ, artemifiæ an.5 ij.radicis cllcbori nigri 3 j.croci 9 j.cum fucco mercurialis 5c mclle fiat peftarium filo alligatum coxæ. iij.aluminis,rofar.rubr.nuc.cuprefti an.3 ij*ladani,hypociftidos,fumach myrtyll.an.3 iij.fiat peftarium cum fucco arnoglolfæ, fie cotone. A l’exemple de ceux-cy)on pourra faire d’autres pelfaircs pour amollir,aftreindre, mondifier,in- carnet, cicatrifer les vlceres du col de la matrice, lefqucls faut prendre au foir quand on fe couche fie les faut garder fix ou fept heures. Or les pellaires fe font non feulement des poudres des medi- caraens receücs 5c abbreuees de quelque fuc, comme portent les exemples cy-dcftus mentionnez mais aufll de fimples poudres receuës en vn fachet de linge rare, délié fie farcy d’vn peu de cottoi Suppofitcirt WMt'ocre. Vfage. . NoüetSt I Des Psjfuî- l resh J Pejfaîre pre- nocpuant les mois. 1J Pejfaire pour arrefler lit i_ mois. - Vf*ge, 8;6 Le X X VI. Liure, de la Faculté V'our\a fuTo \ZVimdeU matrice. pour le faire enfler 6c bouffer eniufte groflèur. De telle forme de peflaire nous pourrons commo- dément vfer contre la chatte 6c précipice de l’amarry. L’exemple proposé par Moniteur Rondelet enTon liure des Medicamens internes , eft tel. 1JL. Benjoini, ftyrac. garyoph.an. 5. j. gallæ mofeate 5. fi. mofchi g. vj. fiat puluis exceptus bombace , imponatur in vterum. Des Huiles. Chap. XXIIII. Vile proprement dite, eft celle qui eft tirée des olines meures , ou non meures: F ||Opî w mals elle eft prinfe pour toute liqueur fluxile, aérée, de M rîîPxTn 4 laquelle on faict trois cfpeccs. La première , eft des huiles fai&es par expreffion, % tant des fmi&s que des femences broyées 6c calices, afin d’en faire fortir par expref- fion ce qui eft oléagineux. Aucuncsfois fans feu : comme huiles d’amandes tant douces qu’amercs : huile de noix tant petites que grandes : huile de kerua , ou palma Chrifti : les- quelles aufli fe peuuent tirer auec feu. Aucuncsfois feulement aucc feu : comme huile de lin , de laurier , de nauette i de channeuy , 6c autres telles Semences. La maniéré de les faire trouueràs an troifiefme de Me Sué, où il parle des huiles. La Seconde efpece, eft des huiles compofées des medicamens Simples auec l’huile, afin d’impri- mer 6c laifter en l’huile la vertu des medicamens , 6c fe faios intentions , iniques à la conforaption dudit vin 6c eau : ce qui Se cognoiftra,fi vue goutte de telle huile jettee dans le feu ne crépité point 6c ne pétillé auec bruit. Or telle confomption Se faiét, à celle fin que l’huile Se paillé mieux ôc plus long temps garder Sans crainte de corruption , de laquelle Semble bailler occa- sion l’eftrânge matière d’eau ou de vin meSlée auec icelle. Quelquesfois oitfait tremper 6c macérer les fruits , Semences, 6c autres ingrediens , par quelque efpacc de temps auant que les faire cuire. Et la codion Se doit faire en double vaiSTeau , afin qu’elles ne retiennent vne qualité du feu , que nous appelions Empyreume. Ainfi Sont faictes oleum coftinum, rutaceum, de croco,cydoniorum, myrtiüorum, maftichinum,de euphorbio, vulpinum,de Scorpionibus, 6c autres telles huiles cuites auec le feu. La Seconde maniéré Se fait par macération ; quand on met tremper par quelque efpace de temps les medicamens Simples en huile : quelquesfois Sur les cendres chaudes: quelquesfois en fiente de cheiial, ou au Soleil, afin que par cefte chaleur modérée l’huile puifle retenir la vertu des medicamens macerez. La troifiefme manière eft faite par inSolation , quand en Efté l'on lailTè au Soleil fleurs des herbes miSes tremper en l’huile, afin que ladite huile eftâr efchaufFée de la chaleur amiable du Soleil,puifte prendre les facultez 6c effeds deSdides fleurs : 6c de ce nombre Sont,huiles de roSes, de camomille, d’aneth,de lis, de nymphæa, de violes, 6c autres IcSquellcs pourras voir en McSuc, afin d’apprendre leur compofitioh 6c vertu , comme des autres cy - delEus. : La troifieSme eSpece appartient aux alchymiftes, laquelle eft faite par refolution en diuerSes ma- niérés,& a vertus 6c effeds inerueilleux : quand par chaleur,Soit du Soleil,Soit du feu,Soit de putre- fadioiijvne liqueur huileuSe eft tirée. Or l’extradion de ladite liqueur eft faite en deux maniérés, l’vne per afcenfurti,l’autre per defeenfura,ainfi qu’ils appellent.Per afeenfum font faites huiles auec alembic , 6c recep toi ré , cSchauffez ou en cendres, ou arene , ou limature de fer , afin de faire monter en haut la vapeur 6c exhalation des medicamens contenus au dedans, laquelle par réfrigé- ration du Sommet de la chapelle 6c alembic delcend au receptoire : 6c telle liqueur eft la partie la plus tenue 6c Subtile qui Soie eldits medicamens : ce qu’ils appellent refolution en Seselcmens, Ôc extradion de l’humidité Subftantifiquc de la matière. Ainfi eft fait oleum philofophorum , qui eft défait au troifiefme Liure de l’Antidotaire de Me Sué': auftî oleum Sulphuris, qui eft de tres-grande efficace 6c vertu,6c prefque toutes les nobles 6c bonnes compofitions,qui vulgairement ont le nom de Baume. Aucuncsfois eft faite telle Sublimation à la vapeur de l’eau,qu’ils appellent balneum Ma- riæ. Per deScenfum , Sont faides huiles, quand la liqueur ne monte en la chapelle, ains defeend en vne cornue,en la maniéré que s’enfuit. Il faut emplir vn vaiflèau de terre bien plombé, qui ait le col eftroir,de rail lettres menues du bois, ou autres medicamens gras, duquel nous voulons auoir huile, 6c les bien difpofèr audit vaiflèau par ordre : puis appliquer au col d’iceluy vne lamine de fer,ayant plufieurs trous 6c permis, 6c la luter au col tant dudit vaiflèau , que d’vn autre vaiflèau de verre, qui doit receuoir ladite huile ,lequel faut mettre en terre: puis faut cfchauffèr l’efpace de deux heures ou plus, le v ai (Seau defllts, contenant les medicamens que l’on veut diftiller, ôc par ainfi di- stillera huile dedans le vaiflèau enterré ; telle diftiliation,comme auons dit,eft faire per defeenfum, c’eft à dire, par defeente contraire à la precedente. Plus ample doéhine de telles fortes de diftiller tu trouueràs en Philippe Vlftade en Ton liure du Ciel des Philofophes, 6c au premier liure de la matière de Chirurgie, chapitre des Refolntions. Audi MeSué la défait, parlant de l’huile de ge- névre : ainfi fe peut tirer l’huile du bois de genévre , de garac, du frefne, du bois de rofmarin, ÔC plufieurs autres, de vertus 6c effeéts merueilleux en la curation des maladies. Semblablement , eft tirée par refolution , huile d’œufs , de froment, 6c de moùftardc s toutesfois elles fe peuuent tirer ” par expreffion, corne la première efpece. Il y a vne autre façon d’extraire telles huiles per defeen- ,* fum,quand on met le vaiffeau contenant medicamens, decliue 6c panché en lieu frais, comme en la cauç : ainfi eft tirée huile de myrrhe, huile de tartre, 6rdc vitriol. Or faut noter, qu’en l’excraélion delà quinte-eflènee des vegetables, c’eft à dire, qui ont faculté de croiftre ou de diminuer.comme font les herbes, l’humidité fubftantifique eft tirée la première, mais des minéraux eft tirée la der- nière, laquelle eft pure 6c nette, Semblable à l’huile. Il y a d’autre fubftance excrementeufe qui fe Première ef- , peu. - Seconde ef- pece. Troifiefme ef tece. Per afeen- fum. Per defeen- um• Autre façon de tirer l’hui- le per defeen- fum. Compofition des Medicàmens. 837 A tire, mais elle n’a tels effeds qnc la fubftantiAque, laquelle furpaile toutes autres’ facilitez de me- dicamcns bien fouuent, outre toute opinion commune. Nous vfons des huiles, afin que la vertu pénétré au profond, ou afin que l'huile paille addou- cir la fubftancedes chofes que l’on meile auec ladite huile. Toutesfois faut entendre , que quand on fait huiles froides compolees auec huile commune , il faut prendre de l’huile ompkacin , c’eft à dire , tiréed’oliucs vertes , 8c non meures , commel’huile rolac. Audi quand on veut faire huiles chaudes , comme huiles des Philofophes , ou benediéla , il faut prendre de l’huile douce 6c bien meure, ou vieille , ou d’infuAon de rofmarin , & fcmblables. Des Linimens. Chap. X X V. Inimfnt eft compofition externe, moyenne entre huile ôc onguent : ayant plus I de confiffance que l’huile , pource qu’en fa compofition outre l'huile, il reçoit | beurre, axunge, ôc chofes femblables : lefquelles eftans réfrigérées, acquièrent Jff ôc retiennent quelque confiffance , qui eft caufe que pour efchauffer, meurir & ap- paifer douleur, le linimenteft plus propre que les huiles feules , pource qu'il s'at- tache mieux , ôc à plus de prife fur la partie , & ne s’cfcoule fî aifément, ôc moins que l’onguent: lequel eft ainfi appelle , à caufe qu’il knit & addoucit les parties rudes ôc exafperées ,ôc appaife les douleurs. Les dpeces de linimens font prifes de leurs effecls ; car aucuns font refrigerans, autres cfchauffahs, aucuns humectans, quelques-vns maruratifs,& ainh des autres, félon les indications des maladies. La matière Ôc ingrediens deslinimens font huile, axunge , luif, beurre : ou ce qui a confiftance d'huile , comme ftyrax liquide, térébenthine , mucilages de fœnugrec ôc guinuuues, moelle, laine fnccide, Séautres. Quelquesfois on y adioufte quelques poudres de racines, femen- ces , fleurs , elcorces,minéraux , Ôc autres, mais en petite quantité, afin que le Uniment retienne touliours fa confiftance liquide : aufîî on y meflebien peu de cire, pour relier vn périr, Ôc retenir les huiles ou axunges. On en peut faire des antres medicamens tant fîmples que compofez , décla- rez cy - déliant, félon l’exigence ôc ncceflité , ôc complication des maladies. Les exemples don- neront tout à cognoiftre. Olei amygdalarum amararum , liliorumah. 3. j. axungiæanatis Ôc gallinæ ah. 3. fi. buryri fine fale3 j. mucüaginis feminis altheæ ,ôc fœnugræci ,extraclæ in aqua hyiopi ah.3. fi. addendo pulucris croci ôc ireos ah. 9. j. fiat linimenturn, Olei amygdalarum dulcium ij. axungiæ humanæ fi.raucilaginis feminis maluæ extra- das in aqua parietariæ fi. fiat linimenturn addito croco. Ainfi pourras faire autres linimens à cet exemple, plus ou moins forts ou débiles, des re- mèdes ja deferits. Les linirriens fe peauent appliquer à routes les parties du corps, tant pour efchauffer, réfrigérer humecter & ddfeicher, que pour digerer, raaturer, amollir, appaifer douleurs à caufequ’ils adhè- rent dauantage, ôc ne coulent pas fi toft que les huiles. Toutesfois en la compofition des linimens, faut confîderer la partie ou l’on les veut appliquer : car fi la partie a quelque conduit , méat ou fî- nuofîté, comme l'oreille, il faut que le Uniment foit plus liquide, ôc ait plus grande quantité d'hnL le. S'il faut qu’il adhéré fur la partie où il eft appliqué , faut y mettre plus de grailles ou axunges, ôc autres chofes qui ont confiftance. Aucuns veulent mettre différence entre les linimens Si on- guens : à caufe qu'aux linimens ne faut mettre cire comme aux onguens, lefqueJs certainement s'a- bufent ; car il y a des onguens où il n'y entre point de cire, comme entre les autres l’Egyptiac, «on plus que tous ceux qui font préparez pour les gangrenés ôc vlceres putrides, pource qu’a tel- les maladies, toutes chofes grades, comme huile, graille , refîne, cire font fort contraires : en lieu defquelles entre en l’egyptiac le miel ôc verd de gris, tant pour donner confiftance à l'onguenr, que pour le rendre deterfif. Que c'efl qné Uniment* EjfeceSi Linlment efi chauffant ,at* tenu.mt, fp digérant. Humettant Cr remollitif Vf âge. Différence entre onguent Uniment, Des Onguents, Chap. X X V I. HE s onguens ont plus de confiftance & font plus fermes que les linimens, ôc de pins grands effeéts i ainfi nommez, à caufe que les parties où Ton les applique , font oimftes ôc engrailfées. Les différences d’iceux font prifes en partie de leurs effets, à caufe qu'ils efchaufrent, réfrigèrent, ddfcichent, humedent, mondifiçnt , confor- tent les parties , confuraent la chair , faifar.s cicatrices, & autres choies femblables en partie de leurs couleurs, &c des noms des inuentenrs , comme album Rhafis , deficcatiuum ru- brum : en partie auflî du nombre des fimplcs defquels ils font faits, comme vnguçntüm tetraphar- macum, que communément on nome balilicum,6c tripharraaeum,que l’on dit nutritum : Ôc deplu- iîcurs autres tels accidens,font faites les différences defdits onguens, comme le plus fouuent ils re- tiennent le nom du principal (impie qui encre.en la c6po.finon d'iceuxrainfi nous difons vnguenrû dclithargyro,deminio,diapôplioligos,& les autres femblables. ils font faits d'herbes,racines,iemê- ces,fruits des parties des bcftcs,des metalliqües,& quelques corps rerrcftres.Les jus ôc antres humi- ditez,font confirmées en cuifant, comme aux huilesdes herbes & parties d’icclles font puluerifees, fî elles font fciches,tout ainfi que les métalliques ôc. corps tcrreftrescïi elles font vertes,elles for cnit- tes,exprimées, & puis leur jus confommé en decohlion. Les gommes Ôc refînes aucunesfois font puiUerifees,autresfois font dilfonltes ôc fondues,ou par, feu,ou par quelque liqueur cbnwenable.La cire fc fond auec l’huile fur le feu.Or pour compofer ongens,on a accouftume garder telle propor- tionique.pourvneoncedepouldre,on,y mette deux onces de cire, & hyiél onces d’huile:coutestois Différence des onguents ta matière des onguent. 838 Le XXVI. Liure, de la Faculté & puis que la cire n’cft mile aux onguents que pour leur donner confiftancc, il vaut mieux laiftcr la A quantité de cire au iugement de celuy qui les fait : ioint qu’il faut auffi moins y adioufter de cire en Eftéqu’en Hyuer : à caufeque la chaleur del'Efté deftcichant d'auantage la compofition totale de l'onguent, luy donne plus de confiftancc- Telle eft la rcigle des communs praticiens pour or- donner «es onguens, laquelle entendras mieux par exemple. If, Olei rolati 5-iüj* pilorum Uporis, boli armeni, terræ figillatæ ah.5.]. balauftiorum , & gal- larum ah.5.h. tritis quæ terenda,& fimul mixtis, addita ccra quod fufficic, fiat vnguentum. Ainh promptement à ta neceflité pourras compofer onguens à cct exemple : mais fouuent on en fait d’autre façon : car il y a trois maniérés de compofer onguens : la première, eft celle qui eft fai- te fans feu, en piftant feulement au mortier : ainh eft fait vnguentum nutritum. La féconde, quand auec feu nous fondons en l'huile la cire, ou autre telle graifte :puis quand tout eft fondu , nous méfions les pouldres en mefme proportion que celle cy - deftus. En ceftc façon l'on compofe vn- guentum aüreum, bafilicon, diapompholigos, dehccatiuum rubrum , 6c enulatum. La troifiefmc manière eft de pifter axunges auec les herbes, puis les cuire enfemblc 6c les couler , car la colaturc eft onguent. Et pour facile intelligence, ie te donneray la defeription des fufdits onguents , de la maniéré de les faire. Jf. Lithargyri auri triti & loti ft.fi. olei rofati tb. j. aceti rofati 6c fiat vnguentum. Vous prendrez premièrement voftre litharge, 6c la mettrez en vn mortier , y adiouftant vn peu _ d'huile , afin qu'elle s’efpaiffiftc, la remuant aaec vn pilon, puis adioufterez autant de vinaigre, en remuant iufques à ce qu'ils fe foient incorporez enfemble : 6c continuerez à jetter tantoft vn peu de voftre huile, puis du vinaigre, iufques à ce que l'onguent foit rendu en bonne forme 6c confi- ftance. Er fi tu véux faire de cet onguent l'emplaftrum nigrum , tu feras confommcr petit à petit tout ton vinaigre , 6c lors l’emplaftre viendra noire 6c luifante. yL. Ceræ citfinæ g.vj.olci boni ib.ij.tereb.|.ij.refinæ,coIophoniæ ana. 5.j,fi. olibani, raaftichcs ana 3,). croci 3.). fiat vnguentum. En premier lieu,ferez fondre voftre cire,auec vnc grade portiô de l'huile,puis vous adioufterez la refine 6c colophone rompue par petits morceaux : 6c eftans fondués,oftcrez le tout du feu, 6c ad- ioufterez voftre térébenthine : cela eftant à demy refroidy,mettrez l'oliban & maftic pulucrifez,& fur la fin le fafran diffout ou deftrempé auec le refte de voftre huile. Le ectrapharmacum eft âinfi appellé,parce qu'il eft compofe de quatre fimples,fçauoir dre, refi- ne,poix,& fuif de taureau,egalement mcflez 6c fondus. 3£.Refinæ,picisnigræ,ccræ ah.ij.fi.olei veteris oliuarum matur.ft.j.fi.aut ft.j.Sidurius iddïc vis , fiat vnguentum,aucuns l’appellent bafilicurn. Faites fondre auec l'huile la cire coupee par petits rnorceaux,puîs adioufterez la refine 6c poix:& le tout eftant fondu aurez vofte vnguent. 'Hf.Old rofati §.ix. ceræalbæ 5-iij. fucci folani hortenfis §.iiij. ceruffæ lotæ 5. j. pompholigos, q plumbi vfti 6c loti, olibani pari ah.3.fi.fiat vnguentum. v En l’huile fera fondue la cire à petit feu, puis eftant oftec du feu, adioufterez vos fufdits ingrc- diens, 6c les broyerez longtemps en vn mortier de marbre, verfant petit à petit du fuc ; 6c ce qui ne fera incorporé, vous le feparerez. fîgillarac ah.^.ij,lithargyri aurî,ccmfTæ 3.fi. cc- » ræ 3.ij.fi.old rofati & violarum vnguentum. Vous ferez fondre la cire auec l’huile , 6c eftans refrodis vous méfierez vos pouldres,. remuant auec vne fpatule de bois,adiouftant fur la fin le camphre diftbuc auec vn peu d’huile rofat , ou eatt de rofes. campanæ codex cum aceto,& piftatæ vt dccet, tb.fi.axung.porci, olei comrnu- nis ana §.j. fi. argent! viui extindi, 6c terebenthinæ lotæ ana j. falis communis puluerifati 3. ij, incorporcntur vt decet. Vous prendrez vos racines cuites , 6c paffées par l'eftamine , îefqucllcs ferez cuire auec voftré axunge à petit feu, en remuant toufiours , puis foudain jetterez voftre Tel, 6c l'huile & cire,le tout meflez enfemble : cela fait,fera oftee du feu la compofîtion : à laquelle eftant froide , adioufterez le vif-argent efteint auec vn peu d'axunge 6c terebenthine. Of. Olei rofati 3-ix.cerufæ albæ albæ 3>ij. confice fie. La cerufe fera bien puluenfée,fus laquelle jetterez l'huile 6c la cire, que vous meflerce: enfemble s chaudement, puis longuement battrez le tout enfèrable,iufques à ce que le mélangé vous en fem- ble bien parfaifte. altheæ,ft.j.feminis communis ft.ij.cerse ft.fi, tcrebenth.galb.gumrai hederæ ana .colophoniæ 6c ref.ana J iij* Les racines, 6c les morceaux de fcille, 6c les femences de lin,feront miles en infufion chacun à part, en cinq liures d'eau l’çfpace de trois iours , puis on les fera bouillir iufques à laconfomption chacun de trois onces : cela fait,on en tirera les mucilages,que l'on fera cuire auec huile,adiouftanc la cire taillée en petits motccauxipuis l’oftant du feu mettrez legalbanum diftbult en vinaigre mofle auec la terebenthine,enfemble la gomme de lierre , colophone & refine, réduits çnpouldre:ou bien ferez fondre voftre colophone 6c refîne,auec la cire 6c huile,qui feront mieux. Ocul.populi arb.ft.j.fi. folio.papauer.nig.mandrag.folior.rubiæ , hyofcya. vermïc. laéhicæ, femperiiiui,folior.violar.cimbalaris,folior.nominati cortali,nafcentis in figul.& mûris ah.^.fi.Cor- das & Fernelius, itémq; Nicolaus dozent les fimples iufques à trois onces chacun, adipis failli rc« centis expertis falis lib.ij.vini boni lib.j.fiat vng. Les fueilles des violes 6c œillets de peuple feront priées en vn mortier de marbre auec les axun- Onguent re- percuflîffa arrefiant flux de fan g, Troii manie - res de cempo- fer onguents. Vnguentum nutritum. Vnguentum titre um. Vnguentum tetraphar- macurn. Vnguentum diapompho lygos. Vnguentum deficcatiuHm rubrmm. Vnguentum enulatum. Vnguentum albit Rhafis. Vnguentum de althea. Vnguentum populeonis. Compofuion des medicamens. 839 ges, puis feront miles en vn pot, 6c laiftées, l’efpace de deux ou trois mois,attendant que les autres herbes foient en leur vigueur, lefquelles eftans cueillies, feront hachées & pillées comme les fuf- ditcs,puis indicés enfemble , 6c fera le tout mis en vu lieu tiède l'clpacc de huiél iours , adiouftanc vne liure de vinaigre fort : cela fait on fera le tout cuire iufques à la confomption de l’humidité, qui fe cognoiftra lors que bon en jettera vn peu delïus le feu, 6c s'il fait bruit, c’eft ligne qu'il y a encore quelque humidité : laquelle eftant confommée , ledit onguent fera pallé par vn gros linge, en exprimant bien fort le marc des fixfditcs herbes. 2£.Terebenchinæ, ceræ albæ,refinæ ana 3. xiiij. opopanacis 6c floris æris (feu viridisæris : car flos æris ne fe prend pas icy proprement pour ces petits grains,qui comme fcintilles faillent de l'ai- rain , lors que les marclchaux l'abbreuuent d’eau pour le rafraifehir : mais il fe prend pour le verd de gris, qui eft fort propre contre les vlceres marins, contre lefqucls tout cet onguent ell préparé) ah.J.ij.ammoniaci 3. xiiij. ariftolochiæ longæ, thuris mafe. ah. 3. vj. myrrhæ 6c galbani ah. 5-iij. bdellij J.vj.lithargyri, 3. ix. olei Ü3.ij.fîat vnguentum. La litharge doit dire nourrie auec l'efpace de y.heures, en après cuitte à petit feu iufques en forme de miel, en remuant, afin qu'elle ne fe brufle : à laquelle eftant hors du feu,ad- ioullerez la cire fondue auec le relie de l'huile,enfemble la refine : puis le tout eftant refroidi,mct- trez les gommes diftoultes en vinaigre,& cuittcs,incorporées auec la terebenthinejou bien les ad- ioufterez en pouldre: cela fai cl les d'ariftoloche, myrrhe 6c encens feront incorporées : 6c par ainfi aurez voftre onguent, yadiciuftant fus la fin,floris æris, bien fubtilement puluerifé. Encore que par cy-deuant la defeription de l'Egyptiac foit mile , ie n'ay voulu faillir la mettre en ce lieu. j/.. Floris æris,aluminisrochæ,meilis communis acetiaccerrimi 3-v.falis communis 3. j. vitrioli Romani j-fi.fublimati pulucrif. g.ij. bulliant omnia fimul,&: fiat vnguentum vt artis dl, l’ay adiouftéle lublimé pour luy donner plus de force , lequel tu pourras diminuer ou ofter fi bon re femble. Corticum medianorum caftanearum,corticum medianornm arboris glandium,& glandium, mj rtillorum,caudæ equinæ, corticum fabarum,acinorum vuarum,forborum ficcorum immaturo- rum,mefpillorum iramaturorum, radicum chelidoniæ, foliorum pmnorum fylueftrium fi. aquæ plantaginis ib. viij.ceræ nouæ 3-viij.fi.olei myrtillorum tb.ij.fi. En après te faut efpandre dru 6c menu la pouldre des chofes qui s'enfuiuent. Rf. Pulueris corticis mediani caftanearum, corticis mediani glandium,corticum medianorum arboris glandium, id eft quercus, gallarura ah. 3. j.cineris olîium cruris bouis,myrtillorum,acino- rum vuarum, forborum ficcorum ah.3.fi. trochifcorum de carabe 3.!). fiat vnguentum. Premièrement vous ferez vne decodion en l'eau de plantain , des Amples concaflez qui s’enfui- uent, comme cortex medianus arboris qnercinæ , acini vuarum, radix chelidoniæ, mcfpilla, forba, caudea quina, femen myrtillorum,prunifylueftris folia,conices fabarum,cortices mediani glandiû, caftanearum cortices 6c gallædefquels Amples eftans bien cuits, feront laiftez en infufion l'efpace de deux heures , 6c ladite decodion fera paffée, 6c feparée en neuf portions : 6c auec vne des fufdites portions la cire eftant fondue auec l’huile de myrtils, fera lauée, en continuant celle ablution fepe fois : cela faid, 6c l'ayant bien egoutée, de forte qu’il ne relie aucune gourte de la decodion, auec la cire 6c l'huile, la ferez fondre, adiouftant les poudres qui s'enfuiuent, comme offium cruris bo- uis, corticum mediorum arboris quercinæ, 6c mediorum corticum,glandium, corticum mediorum caftanearum , gallarum , forborum mefpillorum , feminum myrtillorum, acinorum vuarum , 6c las la fin trochifcos de carabe : 6c par ainfi aurez voftre onguent fait,félon l'art. Olei abfinthij,maftichis, de fpicaôc rofaci abfinthij,rofar.maioranæ, raenthæ ah. 3-j. garyophyllorum, cinnamomi, maftichis , galangæah. 3, j. puluerifentur puluerilanda, & cum fuftîcienti quantitate ceræ fiat vnguentum molle, de quo vngatur ftomachus calidè per horam ante paftum , continuando. Nous vfons des onguens, afin qu’ils demeurent 6c s’arreftent en la fuperficie,fans couler, 6c aufîî afin qu'ils ne pénétrent trop au dedans : pour celle raifon ils font moyens encre les linimens 6c em- plaftres : 6c bien forment nous prenons onguens pour linimens , v faut indifféremment de l’vn 6c de l'autre. Onguent deHedrus eferit par Galicn, propre auxmorfures des belles enragées, 6c à toutes mor- fures, foie d’hommes ou autres animaux, aulîi aux ragadies du fondement : on en faid pareillement des peffaires rcmollitifs. Ru Ceræ albæ tb. ij. cerufæ, licargyri aurei ah. tb.j.mytrhæ, 6c medullæ cerui ah. 3.ij. thur. 3.]. olei ib. fi. La maniéré de le faire eft telle : il faut cuire la litharge auec l’huile iufques à bonnecon- fillancc : cela fait il faut ietter la cire &: certifie, 6c les mouuoir : 6c lors qu'ils feront vnis, 6c n'ad- hcrcronc point aux doigts, oftez-les du feu , 6c y mettez la mcüelle,puis quand ils feront refroidis on y adioullera le myrrhe, 6c le thus , fubtilement puluerifez , 6c fera gardé tel onguent pour en vfer aux difpofitions fufdites. Autre médicament de Galien , propre aux raorfures des chiens enragez , 6c aux piqueures des nerfs 6c tendons, il prohibe que telles playes ne fe peuuent glutiner ny cicatrifer. Il fe fait ainfi: Prenez vne liure de poix grallc, trois onces d’opopanax, cuits en fort vinaigre, huile de lis, axun- ge de porc fort vieille, 6c foit fait onguent. Il did que l’huile demouftardc eft fi acre, que la met- tant fur les playes'rccentement fermées, elles a vertu les faire ouurir, Sc partant elle eft bonne auf- dices playes faictes des belles eftranges, ôc aux pondions des nerfs 6c tendons. Vnguentum apoftolorwn. Vnguentum comitijft. Vnguentum gro ftomacho. Vf âge d'on* gueus. Liu.x.de la comp. des medicamens en général. la comp. des médicament eu général. Le XXVI. Dure , de la Faculté & 840 Des Ceroüennes & Emplaftres Chap. X X V11. Affinité de Ceroüenne, & empUflre. Es Ceroiiennes 5c Emplaftres ont fi grande affinité en leur compofition, que fouuen- « tesfois on cfciit l’vn pour l'autre , tour ainfi que les linimens & onguens , lefquels M on confond quelqucsfois l’vn auec l’autre : àcefte caufe nous diftinguerons bien peu M les Ceroiiennes des emplaftres : car la différence eft bien petite. Ceroüenne eft vue Jk • compofition plus dure & folide que les onguens, 5c plus molle que les emplaftres, laquelle a Ton nom de la cire qu’elle y reçoit, pour donner confiftance 5c arrefter l'huile* Les dif- férences font prifes aucunesfois des parties où elles font appliquées, comme ceratum ftomachi- cum : autresfois de leurs effeéVs, comme ceratum refrigerans Galcni : fouuentcsfois des fim jjles, defquels ils font compofez,comme ceratum fantalinum,èc ainfi des autres. La propre matière des Ceroiiennes eft la cire neuf ne , 5c les huiles accommodées aux parties 5c maladies : de forte que linimens & onguens ne différent aucunement de ceroiiennes,s’ils reçoiuent de la cire en leur com- pofition : comme vnguentum rofaceum, s’il reçoit de la cire,fera appelle ceroüenne,non onguent. Les ceroiiennes qui font compofez de racines % gommes , 5c métaux, font pluftoft appeliez em? plaftrcs que ceroiiennes, comme le ceroüenne pour la hergne , communément appelle Emplafirum contra, rupturam. D’auantagc, fouuentcsfois s’il y a douleur ou inflammation en vnc partie, nous faifons ceroiiennes des cnplaftres liquéfiez en huile, de peur que la fiibftance trop fol’,de , dure 5c pefante del’emplaftre ne blelfe la partie dolente par fagranitc,& n’augmente l'inflammation , em- pefchant la perfpiration d’icclle par fa folidité. Et pourtant delaiffans la,maniéré decorapofer leidits ceroiicnnes,dirons des emplaftres. Emplaftre eft,vue compofition faite de toutes fortes de medica- mens,principalement gras 5c fecs,affemblez 5c amaflèz en vn corps efpais 5c vifqucux,dur & folide, adhérant aux doigts. Les différences des emplaftres font autant manifeftes que celles des onguents. Qu’il foit vray,elles font prifes bien fourrent d’vn principal médicament qui entre en la compofi- tionjcomme diachy!on,de mcliloto,de baccis lauri,diachalcitcos fine palmcum,dc betonica fine de lanua. Aucunesfois de leurs effeéls, comme diuiniim , gratia Dei, apoftolicum, contra rupturam. Quelquefois auffi de lacouléur,comme emplaftrum nigrum, grifeum, & autres telles différences, lelquelles cognoiftras à leur nom commun 5c vulgaire. La matière des emplaftres eft prinfc des parties des plantes , des métalliques, 5c corps rerreftres principalement, 5c des parties des belles : defquels les vus laiffcnt feulement leurs vertus , comme le vin,vinaigre,eau,&: tous ius liquides des herbes : les autres feruent principalement pour donner confiftance ferme auxemplaftres,comme la litharge(laquelle,félon Galien,eft la principale matière à faire emplaftres) lacire,l’huile,& les refînes. Les autres font rnis aux emplaftres , non feulement: pour feruir de matière,mais auffi pour donner leurs vertus 5c effeds, comme les gommes,quelques métalliques,parties des belles 5c refines, comme la. terebenthine pour digerer , mondifier & dtlfei- chcr. Or des emplaftres aucuns font faids fans codion,les antres aueccodion. Ceux qui font faits fans feu, incontinent font ddfcichez, 5c ne font aucunement vifqueux. Ils font faits de farine 5c poudre, méfiées Sc incorporées auec ius, ou autre chofe humide. Tels emplaftres doiucnt pluftoft eftre appeliez onguents durs,ou cataplafmes,qu’cmplaftres. Qu’ainfifoit ,pardecodion font faits les vrais emplaftres, laquelle eft aux vns plus longue , aux autres plus briefue , félon que les in- grediens la peuucnt endurer de leur nature fiibftance : parquoy il eft fort vtile cognoiftre ceux qui portent grande decodion ou petite. Donc la méthode 5c moyen défaire les emplaftres , c’eft que les racines, bois , Cueilles, tiges , fleurs, Lmences feichcs .5c pulnerifccs , fijnt .miles prefque toutes les dernières, lors que l’emplaftre eft quafi cuite, ou quelle eft ja hors du féu , ou autre- ment leur vertu s’euaporeroir. Toutesfois fi quelques vnes de ces chofcs entrent en la compofition lors qu’elles font fraifehes 5c encores verdes, on il les faudra faire cuire en quelque liqueur, puis les p a fier 5c méfier auecques le refte : ou bien fi elles ont du fnc, on le tire après les auoir pilées: &fc fert-on de fuc pour cuire les autres chofcs , & les fait-on du tout confommcr,n’y laiflant rien que fa vertu 5c faculté , comme Ion peut voir en l’cmplaftre de ianua, ou betonica , ou gratia Dei : ce qu’on obfcrue auffi és mucilages : vray eft qu’à caufe de leur vifeofite , ils ne fe confom- ment pas tant que les flics. Quant au miel & huile,il en demeure encore beaucoup,encore que l'em- plaftrc foit parfait. Et quant auxfucs folidcs 5c endurcis,comme l’alocs, l’hypociftis, l’acacia , 5c autres femblables, fi qnelqa’vn entre en la compofition de l’emplaftre, 5c s’il eft encores recent Sc frais, il le faudra feulement dilfoudre 5c détremper en quelque liqueur propre à noftre intention; lequel neantmoinsîl faudra faire confommer à force de cuire , auant que le mefler en la compo- fition ,ou bien faire cuire toute la compofition , iufques à la confomption de l’humidité des focs. Les gommesjcomme galbanum , opopanax, fagapenum, ammoniacum , 5c autres, fe doiucnr dii- ioudre en vinaigre,eau de vie, ou autre liqueur: puis doinent cftrc coulées, 5c cuites iufques à la confomption defditcs liqueurs, emplaftique , 5c feront mifes aux emplaftres ja du tout cuittes. Et eft à noter,que pour bien aùoir la quantité Ôc poids des gommes, il les faut pre- mièrement dilfoudre & couler,& les faire cuire , à caufe des petits éclats de bois,& autres ordures . qui fe trounent le plus fouuent. Dauantagc, le Chirurgien doit anoir égard en quelle liqueur il les fait dilfoudre : car le vinaigre fait de bon vin fort 5c puilfant, eft fte trop plus grande vertu, pour fubdlicr 5c pénétrer,que celuy qui eft fait de petit vin,bmfc, rude 5c afpre. Les autres gommes qui font plus feichcs,font mifes en poudre,& méfiées à la fin des emplaftres: les métalliques, comme æs vftum,chalcitis,magnés, bolus aïmenia ,ralphur,anripigmentum :5c les autres qui fe peuucnt puIueriler,doiuent eftrc mis à la fin,fi d’auanture on ne veut obtondre 5c refréner leur trop grande force par longue decodtion. Ainfi eft fait des refincs, de lapoix,de la téré- benthine. Ceroüenne. Différences. Compofition, ErnpUfîre. Différences, Compofition, Aux Hures de la compo- fit ion des me. dicamtns en particulier. MethMè de liert faire les etnp/aflres. Moyen 'de faire entrer les gommes feirhas és implantes. Compofition des medicattiens. 841 bènthîne,laquelle doit dire mile après la cire,fans ferait aucune co6lion,on bien petite: les grail- les (ont radiées fur le feu. La iitarge auec l’huile doit dire cuitceà conliftance, fi l'on veut que l’emplaftre ddFeiche fans mordication. La cerufe pourra bien endurer tant longue décodions mais elle ne rendra l’emplaftre blanc: tout ne plus ne moins que la litharge d'argent ne donne tant belle couleur aux emplaftres que la litharge d’oiiFinalemenc tel ordre tu garderas en la déco- dion des emplallres.La litharge fera cuittc à conliftance, les ius ou mucilages ia confuracz , puis on y adioufterales grailIesiCn après les refines feiches,les gommes, ladre,la terebenthine , Sc à la fin les poudres. La parfaite coélion des emplaftres eft cognuë par la conliftance crafte,dure,gluti- neufe ôc adhérante* Ce qui eft euidenr,quand en prenant quelque portion de reraplaftrejicelle re- Si froidiCjfoit pat l’air ou eau froide, ou marbre, elle ne vient à adhérer aux doigts. D'auàntage, l'e quand tout eft bien melîé, & la pafte de l’emplaftre eft bonne ôc bien amaftec, difficile à rompre & & mettre en morceaux* La quantité des medicamens que l’on veut radier pour faire eraplaftre ne fepeut deferire , àins dl eftimée par vneconiedure artificieufe , ayant égard aux medicamens qui donnent conliftance Sc glutinolité : puis à la codion parfaite on cognoift 11 l'emplaftre eft trop mol ou trop dur. La cire n'entre point aux emplaftres efquels il y a du ladanum: car il fert de cire.D’auantage,fi la com- pofition d’vn eraplaftre reçoit quelques medicamens emplaftiques,Ia cire fera diminuée ; au con- traire, fi les autres font tous liquides,l’on augmentera la cire en telle quâtitc,qu’elle puilfe donner conliftance emplaftiqne.Le temps aulïï ôc l’air varient la quantité de la cire, 3c pourtant fera bon lailferla quantité de la cire au ingement de l*operateut,efcriuant feulcmêt,ceræ quantum fufticïr. Des onguents,on peut faire emplaftres,en y adiouftant ou cire,ou rdirtes feiches , ou autre chofe dure 3c folide. Aucuns veulent,que pour vnc poignee des medicamens grolfcment puluerifez,on y mette vnc once,ou onceôc demie d’huile,ou autre liqueur : mais de cccy ne s'en peut donner pre-1- cepte certâin,ains toutgift en l’examen & confideration des emplaftres jacompofez des Anciens, efquels fc faut diligemment exercer,pour bien entendre la maniéré d’ordonner emplaftres. A celle raifon nous deferirons les plus communs* Olei chamæmeli,anethiidefpica,liIiorum aii. §.ij.olei de croco porcihælfe. J.pinguedinis vitulinæ tb.fi.euphorbij 5.v.titrais 5.x.olei laurini j.j.fi.ranas viucnres n.vj.pingue- dinis viperæ lotorum in vino |.iij.fi.fucci ebuli,enulæ m dos,matricariæ afi.m.ij.vini odoriferi tfe.ij.lithargyri auri tb.j.tercbenthinæ claræ §.ij. ftyracis li- quida: îj.j.fi.argéd viui extin£li,fiat emplaftrtim.Pour chacune liure d’ingrcdiens,on y met de d vif-argent, ôc fouuent l'on le multiplie pour eftre ladite eraplaftre de plus grand efteéh Les vers ar. doiuent eftre lauez auec eau de fontaine,puis auec vn peu de vin , à fin de leur oiler toute la terre qu'ils pourroient auoir : cftans ainfi lauez,on les fera tremper au vin qui entre en celle compofitiô, ôc les grenouilles toutes viues feront adiouftees ; ôc le toutboiiilly enfcmblejiufques à ia confom- ptiô de la tierce partie,puis fera mife l’herbe appellee matricaria,incifee,aulli le fchcênanthe cotas, ôc le ftœchàs, & derechef 011 fera cuire le tout iufquesà la confomption d’vne liure. Telle déco- ction fera cuitce à perfeélion,& qu’elle foit claire, puis fera laiftee refroidir,puis coulee ôc gardee, attendant que la litharge aye ellé nourrie l'efpace de xij.heures auec huile de camomille,aneth-.de lis,defafran,enfemblc les axunges de porc,de veau j ôc de vipere(en lieu de l'axunge de vipere, on prendra de l’axunge humaine)laquelle litharge ayant cfté nourrie,fc*acuitte bien lentement : puis ofterez le tout du feu,& adioufterez vn quarteron de la fufdite dcco6lion:en après fera mife furie fcu,à fin que l'humidité en foit confommee, ôc continuerez iufques à ce qu'ayez mis toute la de- codiort : & notez qu’vne partie de l'huile d’afpic fera gardee pour mettre à la fin de ladite deco- Clion , à fin que l’emplaftre aye meilleure odeur. Cela fait,lots adioufterez luccos ebuli ôc enula campanæ,faifant le tout cuire iufques à leur confomption, puis (l'ayant ofté hors du fcu)adioufte- rezle thus,emphorbium,& de la racine blanche tant qu’il en ferabefoin, puis mettrez l’argent -vil efteintauee là terebenthine,& huile d’amandflR ameres,& le ftyrax,l'huile lauiin ôc defpica,en re- muant tout iufqües ï ce qu'il foit froid : puis en ferez magdaleons. Le vif-argent fêta incorporé, cfteinc,corame dit eft,auec I’emplaftre,fur le marbre auec les mains. Annotation au icune Chirur- gienjqüe tous les onguents aufquels entre du vif-argent,on le doit efteindre auec vn peu d'axun- ge ou huile vifqueufc.commc de lin,oü terebenthine,puis après l'incorporer auec le médicament, cftant prcfque du tout refroidy,autrement il s'euaporeroit en fumee,ou fe reuniroit en corps com- me deuant qu’il fuft efteint s laquelle chofe eft bien à noter principalement comme à rcmplaftre de de Vigo,& autres. i àloës, ftyrac* liquidæ albæ îb.fi. tereb.J.vj. c medulhe cruris vàccæ,adipisanfcus an.5.j.œfypi,vel axung. gall.fi ix. olei nard, quantum f, fatis ad magdaleoncs forraandos,exprclïionis fcillæ §.j.fi.olibani |.fi.fcpi vitulini l’œfypns,fe- sT pum,adeps & medulla, auec la cire feront fondus enfemblc: & eftant le tout refroidy,adioufterez l’ammoniac diflout en vne demie once d’vne decoélion faite de fœnugrcc ôc de camomille , Ôc eh vne once ôc demie defuc de fciilc, faifant confommer l’humidité : puis mettrez le ftyrax &c tere- benthine,& remuant toulioUrs,Iors adioufterez le bdeliium,origan,maftic,aloës, mis en poudre.-Ie tout cftant bien incorporé auec huile de nardinum en formerez magdaleons. tereben.lib.fi. refiriæ lib.j.ceræalbæ fol. verb.bet.pimpin. an.m.j.Les herbeâ e verdes ôc principalement leurs fommitez,feront hachees & broyees en vn mortier de marbre,puis feront cuittesenbonvin rouge & odoriférant,iufques à la confomption de la tierce partie , ôc en 1 la colature adioufterez voftrc cire taillee en petits morceaux pour la faire fondre : 3c l’humidité confommee, mettrez la refine,& letouc eftant réfrigéré , adioufterez le maftic bien puluerifé,Ie malaxant entre vos mains pour le mieux incorporer, rtm que mplafira ■/.« Irf P> * npt afïrüth V:go cum 'ntirio. ofe de vif- gtfWf, Autres font cuire l'eu- phorbe uuec la decoBion. iratu cefy- ex Pkild'- ÎO, mplaflruni * gratta >ei. 842 Le XXVL Liure, de la Faculté Emplaftrum de ianua, ftt'* de betonica. béton.plancag.apij an.lib.j.ceræ,pids rcfinæ,rcrebcnt.anJib.fi.fiat emplaft. Les fucs fe- ront mis auec la cire pour la liquéfier 8c fondre, lefquels feront confommez iufques à la confom- ption de trois parties, puis adiouftercz la refine, poix, lefquels eftans fondus , feront palfez tous chauds : adiouftant puis après la térébenthine,après en feront faits raagdaleons. ty:.eroci,picis communis (ou pluftoft naualis, laquelle à la vérité fembleplus propre en ce cas, de tant que tel onguent eft préparé pour amollir , difcuter, 8c euoquer la douleur des iointures) coloph.ceræ ah.§.i).terebenth.galb.aramo.thuris,myrrhæ, maftic.an. 5.v.fi.Vous ferez lentement fondre la cire, adiouftant la poix 8c colophone, puis mettrez vos gommes dilfoutes comme il ap- meflees auec la térébenthine, &letouteftant ofté du feu, mettrez le thus 8c la myrrhe fvn après rautre,& fus la fin le fafran bien puluerifé , puis en formerez magdaleons auec huile de vers. - ' olei communis lib.ij.cerufæ fubtiliftJib.j.Si tu veux faire ton emplaftre plus blanche,ne faut mettre que ferez cuire voftre emplaftre petit à tout enfemble, eu remuant iufques à ce qu’il aye confiftance d’emplaftre. litbârg.tritfaceti fortiflîrai an.lib.fi.olei antiqui lib.j.fiatemplaftrum.La litharge fera?nour- rie auec l’huile l'efpaCe de neuf heures,la faifant cuire à petit feu,iufques à ce qu’il foit cfpais,puis adiouftercz voftre vinaigre petit à petit, vous donnant de garde qu'il ne februfle , & ferez tout bouillir,iufques à la confomption d’iceluy vinaigre. Icelleemplaftre eft dite triapharmacum,àrai- fon qu’elle eft compofee de trois fimples, veteris lib.iij.axnngiæ veteris fine fale lib.ij. lithargyri triti lib/iij. vitrioli iv. L’huile 8c la litharge feront mifes enfemble,à fin de la nourrir, l’cfpacc de douze heures , puis fera cuitte ayant quelque confiftanye , adiouftant l’axunge,& faut toufiours remuer auec vne fpatulcde pal- me,ou en lieu d’icelle,aucc vne racine de canne ou bafton de faux,8c eftaiit cuitte à perfection , ÔC oftee du feu,adioufteuez voftre vitriol bien puluerifé. ifc.picis naualis,aloës Jithargyri,ceræ,colophoniæ,galbani,ammoniaci quer- cini J vj.gypfi vfti,vtriufque ariftolochiæ an 5.vj.terebenthinæ ris vermium terreftrium,gallarurn,vciiufque confolidæ, boli Armeniæ an. iv. fanguinis humani lib. j.fiat emplaftrum : lequel fi vous voulez faire de bonne confiftance, adiouftercz olei myrtillo- rum,vel maftiches, lib.fi.finon que tel âpres fa compofition fera d’vne mauuaife parte. Le moyen de bien faire ccr emplaftre eft tel.Prenez vne peau entière d’vn belierjaquelle coupperez en petits morceaux , 8c fera cuitte en cent liures d’eau 8c vinaigre , iufques à ce qu’elle foit rendue comme vne colle ou gelee .* en laquelle diftoudrez vifeus quercinqm, adiouftant la cire, caillee en petites pièces, enfemble la poix rompue en petits morceaux : & fi voulez adioufter de l’huile, le ferez: puis adiouftercz le galbannm,ammoniac dillout en vinaigre: puismeflez auecques la térébenthi- ne: en après feront incorporez la litharge,gypfumje bolj’ariftoloche, &la confouldejes vers,8c le fang,& fus la fin la myrrhe,le thus, colophone,& l’aloësf, fans faire aucune interpofition de re- muer : puis à fin que le tout foit mieux incorporé, on battra long temps l’emplaftre en yn mortier auec vu pilon chaud. , ) - lini,radicum altheæ,fœnugræci &mediani cortîcis vlmi liliacei, camomelini,anethini an.§.j.fi.ammoniaci,opopanacis,fagapeni,an.5.fi.croci 5.1'j.ceræ nouæ lib.j, emplaftrum. * Fernel ne dofe la cire que iulques à vingt dragmes, voulant au reftcla dofe des autres ingre- diens, eftre femblable à celle qui eft icy ordonnée. Les mucilages 8c la cire coupee en petits mor- ceauxjferont mifes auec les huiles , 8c feront confommees , en remuant auec vne fpatule de bois: puis feront adiouftees les gommes diftbutes,& meflees auec la térébenthine, puis après mettiez le fafran bien puluerifé. rofati,myrt.vnguenti J.ij.fepi caftrati, fepivaccini an. pingued.porcinæ mini] iij. terebent. iv. ceræ quant, fatis, fi opus fucrit, fiac emplaftrum velceratum molle. La litharge,cerufe,& minium,chacun à parc,feront réduites en poudre fur le marbre, les arrou- fant d’vn peu d’eau rofe , à fin que le plus fubtil nes’euapore : puis feront incorporez auec l’huile refit, rnyrtil, les mettant fus le petit feu , iufques à ce qu’ils ayent acquis la confiftance de miel. Cela fait adiouftercz les axunges , & la ferez cuire iufques à ce qu'elle deuienne noire : lors fubit mettrez le fepum caftracum 8c vaccinum,lefquels eftans fondus,ofterez le tout du feu, adiouftant l’vngucntum popu!eonis,& s’il y a befoin de cire,en adiouftercz,puis formerez vos magdaleons. puri & pulucrifati irinfaneth.charoæmelini viij. mucilaginis ferni- nis linijfœnugræci & radicis altheæ, 8c ficunm pinguiura 8c vuarum pa(Iarum,fucci ireos,& fcilîæ* œfypi , ichthyocollæ an. 5. xi), fi. terebenth. iij. refinæ pini, ceræ flauæ an. ij. fiat empla- ftrum. La litharge doit eftre nourrie auec l’huile,auant que la mettre fur le feu,puis eftre cuitte à petit feu, iufqnes à ce qu’elle deuienne efpdîè: après faut mettre petit à petit les mucilages iufques à la confomption, aptes les ius de Teille 8c iris foient mcflez auec ledit emplaftre1, auflî le mucilage de ichthyocolla : 8c iceux eftans confumez , faut faire fondre la cire 8c la refinc , 8c hors du feu foie mifela terçbenthine,& œfypus. L’vfagedes emplaftres , eft à fin que pins de temps ils puiftent demeurer fur les parties où ils font appliquez , 8c que leur venu ne repuiflefi tort exhaler: ioint que l’on les peut garder long- temps. Emplaftrum exycroceum. Emplaftrum de cerufa. Emplaftrum Triapharma- cum on ni- grum. Emplaftrum palmeum, ft- ue diachalcî- te&s. Emplaflrum contra ru- pturam. Emplaftrum de mucagtni htu. Emplaftrum de ml cio. Dîachylon tnagnum. Vfage des emplaftres. Des catœ Compofition des Medicamens. 84 3 Des cataplafmes & pultes\ C h A P. XXVIII. Es Cataplafmes ont grande fimilitude auec les emplaftres,dits improprement, à caufe clu’ils peuuent eftre eftendus fur linges ou eftoupes , Sc adhérer aux parties comme M emplaftres. Ils font faits de racines, fueilles, fruicls, fleurs , fcmences des herbes , ius d’icelles,huileSiaxunges,moüelles,farines, refines rdefquels les vus font cuits, les au- tres cruds.Ccux qui font cuits,font faits defdites herbes cuittes à pourriture,puis paf- fccs parvnfalTcr, en y adiouftant de l’huile ou axunge; Les crudsfont faits des herbes pilees,ou ius d’icellcs meflces auec huile,farine,& autres poudres accommodées ou à la maladie,ou à la par- tie,félon l’intention du compoficeur.La quantité des medicamens ingrediens n’eft point determi- nee, ains eft laiffee au iugement Sc eftimation des fimples que l’on veut mefler en vne confiftance molle Sc efpefie , laquelle doit eftre vifqucüfe , fi nous voulons maturer ; Sc au contraire , fi nous voulons digerer :1a chofe feramanifefte des exemples,lefquels nous mettrons,apres auoir defcric leufvfage. Nous vfons des cataplafmes en la curation des maladies ppur appaifer douleur j cuire Sc dige- rer tumeurs contre nature,refoudre ventofitez.lls doiuent eftre chauds modérément,&de parties fubtiles,à fin que médiocrement ils attirent. L’vfage d’iceux eft fufpecft Sc dangereux , où le corps n’eft pas purgé,à caufe qu’ils attirent à la partie ja aflfcétee : aufli ne faut vfer d’iceux,quand la ma- tière que l’on veut digerer eft greffe Sc cerrcftre : car ils refoudroient le fubtil, Sc laiftéroicht Je gros ; finon,ch cas queiefdits cataplafmes fufient meflez des chofes non feulement difeutientes, maisaufiî refoluantes. panis lib.fi.decoquatur in laétc pingui,cui adde olei camomille gallî- næ J.j.fiat cataplafma. , radicis altheæ J.iij.foliorum mâluæ,fenecioniS an.m.j.feminis fini, fœnitgræci an.5.ij.ficus pingues num.vj.decoquamur in aqua, Sc per fetaceum tranfmittântur , addendo olei liliorum j. farinæ hordei pofcinæ caraplafma. fabarum Sc orobi an £.ij. pulueris camomillæ & meliloti an. 5. iij; olei irini &amy- gdalarum amatarum rucæ 5.fi.fiat caraplafma. Les pultes ne différent des cataplafmes,finon à raifon qu’elles font faites des farines cuittes en huile Sc eau,ou miel,ou beurre,ou axunge.L’on fait pultes pour la maturation des tumeurs contre nature,de farine d’orge,ou de froment,& de laiéf ferré , principalement aux affeélions des parties internes,ou pour deffeichcr & aftreindre,& lors font faites de farine de riz, ou de lentilles,ou d’o- robus,auec vinaigre: ou pour mondifier , &en tel cas font faites de miel, farine de feues, de lu- pins,en y adiouftant de l’huile vieille , ou autre huile chaude , les ferez refoliuiues. Dauantage* l’on fait pultes pour appaifer douleur , & lors font faites de laict : Les exemples feront le tout manifefte. tritici pànis puriffimi g.iij.depoquantur in îa$:e,&: fiat pulcicula. farinæ hordei & ij.farinæ orobi 3. iij. decoquantur in hydromclitc,addendo 1 lis quart. 1.olei amygdal.maturarum puhicula. Nous vfons des pultes an comm en cernée des maladies,aux douleurs & maturations des tumeurs conti*e nature, eftans tant és parties internes.qu’externes. Quelquesfois nous vfons d’icclles pont tueriSc occire les vers ; Sc telles font faites de farine de lupins , cuitte en vinaigre Sc en fiel de bœuf,& dccoéliond’abfinthe,& généralement de toutes chofes amcrcs. Matière des c'ataflafirfm. Vfai ; Cetîaplafmt anodyn. Mattiraîif.\ Refolutif, La hiaîlcn, différencej vfage des fuites. Tulle mat ti- rai lue. Des fomentations* C h A p. XXIX. ■ Omêntation eft vne euaporatîon ou eftuuement, faire principalement polir amol- lir,relaxer &: appaifer douleur,des medicatnens rclaxans,emolIiens, &anodyns, à fin que par fa chaleur elle puifie incontinent échauffer, digerer , Sc maturer. Icelle eft féiche,ou humide. La feiche ne différé point des fachets : dcfquels nous dirons cy- apres, partant icy nous n’en dirons rien,mais feulement traitterons de l’hümidc, la- quelle eft faire de mefme matière que l’embrocation,fçauoir eft,d’herbes,racines, fcmences, fleurs emoIliemesjreIaxantes,& digérantes, cuittes en eau Sc vin : 6c différé feulement de laditeembro- cationiquant à la maniéré d’appliquer.Les racines de guimauucs,mauues,de lis. Les femences de mauues,guimauues,perfil,ache,dc lin,fœnugrec. Les fleurs de camomille & melilot, figues , les- quelles choies font mifesentelle quantité qu’il conuienr,& font cuittes en eau, vin, oulexiue, en plus grande quantité ou moyenne, félon que la partie Sc maladie requiert , aucunesfois iufqucs à îaeonfomption de la moitié, quelqucsfois iufquesà la troffiefme partie,ce qüe cognoiftras par les exemples. Ri. Radicisbifmaîuæ & liliorum cumini an, 3.iij flor.camom. meliloti Sc anethi an. p. i. fummitatum origani m. fi. decoquant. in requis partibus aquæ & vini, aut ij. partibus aqnæ Sc vna vini,aut in lixiuib cmeris farmentorum, ad tertiæ partis confumptionem, Sc fiat fotus. A cet exemple pourras eferire autres fomentations a autre vfagc/clon taneceflîté. Or nous vfons des fomentations auant qu’vfer de cataplafmes ou onguents , à fin d’ounrir les porcs,relaxer les parties,Sc fubtilicr l’humeur, de forte que la voye foit préparée aux autres remè- des. Elles font faites en toutes parties du corps:Mais ne faut vfer d’icelles finon après la purgation du corps,de peur qu’elles n’attirent dauantage d'humeur Sc fang à foy,qu’elles ne puiffent digerer. Définit tek, Fcwentatieti emollieriie refoluante. Vfrge* 844 Le XXVI. Liure, dê la FacultéSc L’application 3c maniéré d’vfer dcfdites fomentation* eft telle. Aucunesfois l’on trempe d’vne eiponge femelle (car telle eft plus lice 3c douce pour fon égalité que l’efponge raafle) en ladite de- codion chaude,ou feutres, ou linge, puis eft efpreinte & appliquée iufques à ce qu’elle eft refroi- die, 3c derechef eft trempee, 3c fouuentesfois appliquée. Aucunesfois l’on emplit à demy de la fo- mentation chaude vne veflie(laquelle principalement eft appliquée aux coftez) ou vne bouteille, à fin que la chaleur foie gardee plus longuement en la partie :auec telle caution toutesfois,que telle bouteille,foit d’airain ou de terre,foit enueloppee de quelque chofe molle 3c douce , comme laine furge cardee,ou autre femblablc matière, de forte que ledit vaitTcaUjny de fâ granité,ny de fon ar- penté n’offenfe la partie dolente,comme admonnefte Hippocrates au i.De diata înacutü. Hippocr. Des Embrocations. Chap. XXX. D finît io v félon les Grecs,ou irrigation,félon les Latins,eft vn arroufement,quand la fimilitude delà pluye , l'on lailfe diftiller quelque decodion fur quelque % partie,principalement auxaffedions de la tefte, enniron la future corpnale,tant pource ©UéssSPque par les ouuertures manifeftes de telle future , la vertu du médicament eft portée plus aifément au dedans : qu’auflî pource que le crâne enuiron ce quartier eft plus mince qu’en aucun autre endroit. La decodion conuenable à faire embrocation, eft faite de racines, fueilles, fleurs, femcnces, fruids, 3c autres femblables medicamens choifis félon nos intentions , lefquels font cuits en liure 3c demie,ou en deux Hures d’eau de de vin, iufques à la confomption de la moi- tié, ou de la tierce partie. Aucunesfois on fait embrocations de lexiue 3c faumures delfeichantcs pour les maladies froides du cerneau : fouuentesfois aufli elles font faites d’huile feule , ou de vi- naigre auec huile,fi c’eft pour la tefte : vn exemple feul fuftira pour t’en donner la cognoi(Tance. ■fc.foliorum plantaginis 3c folani an.m.j. feminum portulacæ&cucurbitæan. 5. ij. rnyrtillorum 5. j.florumnymphææ 3c rofaruman. p. fi. fiat decodio ad ib. j. ex qua irrigetur pars inflammata. Pour repercuter aufli pourra eftre faire embrocation d’huile rofatauçc vinaigre. Nous vfons des embrocacions,à fin que la partie la plus fubtile puilfe pénétrer auec l’air qui eft attiré par les artè- res : au moyen dequoy la partie eft euentilee, 3c aucunement rafrefehie , qui eft caufe que telles embrocations ont plus de lieu aux maladies froides que chaudes. La maniéré d’en vfer eft, quand ou pour la crainte de flux de fang,ou pour vn os rompu, nous ne voulons défaire la ligature , ains efpreignons de haut vn linge , ou du cotton trempé en decodion , ou huile conuenable à noftre propos, fur la ligature : car le coup eft rôpu par les bandes. Aucunesfois nous imbibons le linge ou cotton, 3c en touchant la partie nous faifons embrocation.1 Toutesfois pour en parlera la vérité, telle chofe mérité pluftoft le nom de Fomentation humide,que d’Embrocation: comme l’etymo- gie du mot Grec lemonftre euidemment. Emir c ûon repertuffiue. Ga,Uen AU c Hures des Simples. i. 1 H ■ 1 1 ■■■ni'-—1 Des Epithemes, Chap. XXXI. Définition, P1 theme eft vne compofition appropriée feulement aux parties nobles des deux ventres inférieurs,femblable à fomentation , de peu différente d’Embrocation. Les Praticiens HiS l’appellent Humedation ou Irrigation , laquelle eft faite des eaux , ou ius 3c poudres appropriées au foye,au cœur,& au thorax, aufqucls on adioufte du vin plus ou moins3 félon que l’affedion froide ou chaude le requiert.Car lors qu’il faut efchauffer,on adioufte dauan- tage de vin,comme en lafyncope prouenante de quelque grumeau de fang , de corruption de fper- me,de venin froid pris par la bouche : le contraire fe doit pratiquer és heures ; Aucunesfois de la maluoifie, aucunesfois du vinaigre.Les herbes 3c autres fimples,conuenables aux par- ties internes , ont tfté deferitsau chapitre de laqnatriefme faculté des -medicamens : onvfe tou- tesfois le plus fouirent des poudres eleduaires compofez , comme deleduarinm triafantali pour le foye 3 diamargariti pour le cœur. En la compohtion des epithemes 3 les pradiciens vfent de telle proportion,pour vne liure de ius 3c eaiix3ils mettent vne once, ou vne once 3c demie de poudres, y adiouftant quelquesfois du vinaigre iufques à demie once ; 3c de la maluoifie ou du vin iufques à vne once : ce quecognoiftras par vn exemple fuyuant. aquæ rofarum,bugloftæ &borraginis an.g.iiij.fucci feabiofæ 5.1 j.pulueris eleduarij,diamar- J gariti frigid.g.ij.corticis citri ficci J.j.corallijtafuræ eboris an. 5.fi. feminis citri ôc card. benedidi an J.ij.fi.croci & mofchi an.g.v.addendo vini albi epithema pro corde. Nous vfons d’iceux3tant pour le foye que pour le cœur,& tout le thorax és fiéures hediques ar* dentes, ( efquclles fiéures hediques & ardentes 3 plus opportunément font appofez les epithemes fur le thcrax,& région des poulmons3que fur le cœur: car les poulmonsainfiréfrigérez 3 efchanf- fent moins l’air attiré : Ôc faut que tels epithemes foient compofez de chofcs humides 3c froides, pour paricelles contcmpcrer l’ardeur de la fiéure, qui delfeiche par trop lecorps)à fin de .réfrigérer ou efchauffer,ou conforter lefdites parties. Aucunesfois nous en vfons pour garder & préferuer le cœur des exhalations vcneneufes.cfleuecs de quelque partic3comme gangrènes, fphaceles,& mor- tifications.La maniéré d’appliquer tels epithemes , eft de tremper & mouiller fouirent linge délié, ou cotton,ou fantal, principalement quand c’eft pour le cœur, 3c Fepithemcr affez chaud, & en cftuoer les parties.Tcls rcmedes,comme tous les autres topiques,ne font appliquez, finon après les chofes vniuerfelles faides. Tpithetne peur le cœur. Vfage. Compofition des Medicamens. Des Ruptoires, ou cautères potentiels. Chap. XXXII ■ Vptoire eft vn cautere potentiel, lequel par fa vertu cauftfqàe brufte ôc fait efcharre. On les applique pour faire ouuerture à quelque partie, comme pour faire yacuation , deriuation , reuulfion , ôc attraélion des humeurs. D’auantagc, feruent aux piqueurcs , ôc morfures des belles venimeufes , Ôc aux apofternes veneriques, ôc bubons , ôc charbons peftilentiels, s’il n y a grande inflammmadon, parce quei’ouuerturefaidepar iccux eft beaucoup à louer (ainfi que i’ay eferit au traidé de la Pelle) d’autant qu’ils obtondrent Ôc attirent le venin du profond à la fuperfide, Ôc donnent ample ilfuë à la matière conioinderlemblablcment font fort propres aux apofternes pituiteufes ôc phlegmatiques, pource que par. leur chaleur ils aident à cuire l’humeur froid ôc crud , mal-aile à fuppurer , & aux autres apofternes où il y a crainte de flux de fang : à couper les veines variqueutes, 6c pareillement à confommer chairs fuperflucs ôc pourries , trouuées dedans les loupes , ôc faire cheoir les bords calleux des vlceres , ôc autres choies quiferoient longues à reciter. Or les matières defdirs cautè- res,font calx viua,cendre de chefne,de grauelee, tithymaU pommeIée,de figuier, de tronc de choux de febues , de farinent de vigne , ôc autres femblables : pareillement des fels , comme ammo- niac , alhali, axungia vitri, nigra, fal nitrum vitriol Romain , ôc autres femblables. Et de toutes ces chofes on fait vn fel qui fera fort corrofif, félon la quantité Ôc qualité des chofes dont iis fe- U ront compofées , lequel par fa chaleur eft cauftique , faifant efcharre & croufte, comme vn fer ou charbon ardant, ôc partant fait ouuerture en conforamant ôc erodant le cuir, ôc la chair où on les applique. Prenez chaux viue trois liures,laquelle fera efteinte en vn feau dclcxiuede Barbier : & après que ladite lexiue léra raffife, on la coulera, ôc dedans icelle on mettra fein de verre, ôc cendre de gra- uelée, de chacun deux Hures , fel nitre, ôc fel ammoniac, de chacun quatre onces : lefdites chofes le doiuent puluerifer grolferacnt, puis il les faut faire vn peu bouillir, ôc les laifter infufer par l’c- pace d’vn iour Ôc d’vnc nuid, en les remuant par plusieurs fois : puis faut palfer lefdites chofes pat- dedans vne groftè toile en double, à fin que nulle chofe terreftre y foit adiouftée, ôc eftant ce capi- tel clair, comme pure eau,fera pofé en vn vaiftèau de cuiure,comme vn baffin à Barbier. Puis on le fera bouillir promptement, ôc auecgrande flamme, en le remuant toufiours, pour garder que le fel n’adhere contre le baflim : <5e lors que ledit capitel fera confommé à moitié, il y faut ietter du vi- treol en poudre deux onces (afin que les efcharres tombent pluftoft)& laifter le baffin fur le feu iuf- ques’ à ce que toute l’humidité foit prefqueconfommée, alors faut tailler la terreftrité (îu fel qui le fait du capitel, ôc en former les cautères gros ôc petits, longs, ronds, quarrez , ôc de telle figure que voudras, auec quelque infiniment de fer chaud ôc non froid , comme d’vne fpatule ou autre femblable, ôc les faut toufiours tenir fur le feu , iufques à ce que l’humidité foit prefque confom- C mée : puis mettras lefdits trochifques ou cautères dedans vne fiole de verre , ôc fera bien eftoupée, en forte que nul air n’y puilfe entrer, puis en vferas à ta commodité. Prenez vn fagot de tronc de féucs auec les colles, ôc deux fagots de tronc de choux, quatre ia- uelles de farment de vigne , ôc en faites cendres, lefquellcs mettrez en vn feau d’eau de riuiere, ôc taillerez infufer par l’efpaced’vn iour ôc vne nuid, les remuant fouuenf.puis après adioufterez bo- ue chaux viue deux liures, fein de verre demie liure,cendre de grauclée deux liures , fel nitre quatre onces : le tout fera mis en poudre,& les laifferez encore infufer deux ou trois iours, en les remuant parpluficurs fois : puis on palferale capitel par vne toile en doubles , ou en vnechauffe d’hippo- cras, tant que le capitel foit fort clair, ôc le ferez confumer fur le feu, comme il a efté did , ôc fur- la fin que verrez l’humidité prefque confommce, vous adioufterez deux ou trois onces de vitreol & le tiendrez toufiours fur le feu, iufques à ce que peu d’humidité appareille, puis formerez tels cautères de telle grolfeur ôc figure que voudrez, comme il a efté dit cy-dellus. Et noterez derechef qu'en les cuifant, vous empefeherez auec vne fpatule que le capitel n’adherebontre le baffin, ôc le garderez , comme a efté did. Prenez de la cendre de vieil bois de chefne noueux en bonne quantité, non pQiirry, ôc en faites lexiue , laquelle ferez derechef repayer par autres cendres dudit bois, à fin de rendre ladite lexiue D plus forte, & fera-on cela par trois ou quatre fois ; puis en icelle on fera cfteindre chaux viue, ôc de ces deux chofes fera fait capitel,duquel on fera bons cauteres,car celle cendre eft chaude au qua- tricfme degré : ôc pareillement les pierres dont on fait la chaux, par leur cuillbn font ignifiées ôc chaudes auffi au quatriefme degré. le diray plus que i’ay faid des cautères de la feule cendre de bois de chefne, voire qui operoient promptement ôc vigoureufemenr. Prenez demy-boilfeau de cendres communes, ôc les calcinez toutes feiches iufques à ce qu’elles deuiennent blanches , ôc de ce en foit fait capitel pour cautères, lefquels trouuerez eftre bons. Et pour fçauoir fi le capitel ou lexiue eft allez force, faut qu’vn œuf nagedelîus. Prenez des cendres faites de troncs de fèves iij. liures, chaux viue, cendre grauelee, cendres de bois de chefne fort cnittes an. tb. ij. Puis lefdites chofes feront raifes en vn feau de lexiue faite de cendres de chefne, ôc les remuer fort : puis les laifter infufer l’cfpace de deux iours. Apres on les fe- ra pafter par quelque vaiftèau propre, lequel fera percé au fonds en plufieurs endroits, y ayant mis quelque bouchon de paille : à fin que le capitel puilfe mieux palier, ôc fe rendre plus*clair. Et faut le rcpalfer par trois-ou quatre fois, à fin qu'il prenne la qualité des ingrediens : ôc faut de ne- ceffité qu’il foit bien clair, ôc qu’il n’y relie aucune terreftrité. Apres le faut mettre en vn baffin de cuiurc , ôc le faire tant boliillir fur le feu qu'il demeure efpais , ôc fubit qu’il commencera à s’ef- peffir,faut augmenter le feu fous ledit baffin ; Ôc la matière eftant allez congelée, on formera Définition Vvfage def cautères, La matière des cauterei Exemple de faire eame- tes pot en* tiels. Autres cautères. Autre* Preuue d'vft capitel. Autre. Autre* 846 Le XXVI. Liure, de la Faculté les cautères comme Ion voudta,puîs feront gardez comme dcffùs>pour en vfer à la neceflitc. Ces iours paflez ie me fuis trouué auec vn Philofophc, grand extradeur de quinte-eflènec : où nous tombafmes en propos lur les cautères potentiels, lequel me dit en fçauoir des plus exccllens que iamais furent,& que leur opération fe faifoit en peudetcmps>fans douleur,ou bien peu, auffi que leurs efearres eftoient mollaftes & humides,& qu’il ne failloit, pour les faire tomber , y faire aucunes fcarifications. Alors ie le priay bien affedueufement m’en vouloir donner la defeription, à quoy il me rcfpond qu’il ne le pouuoit faire : parce que c’cftoit l’vn de Tes plus grands fecrets,mais qu’il m’en donneroit quand i’en aurois affaire : fubit le prie m’en donner vn , ce qu’il feift , lequel toft après i’appliquay fur le bras de l’vn de mes feruiteurs pour en faire preuue , ie protefte d Dieu, qu’il ne fut qu’enuiron demie heure qu’il nefift vn vlcere à y mettre le doigt, ôc profond iufqu’à l’oSj& n’eftqit ledit cautère que de la grofleur d’vn pois,lequel laiflà Ton eicharre molle ôc humide, comme ledit extradeur m’auoit did. Quand ie cogneu par expérience tel effed, fubit m’en retour- ne trouuer le maiftre quintcfîèncieux,& le priay derechef, quoy qu’il me couftaft , m’en donner la defeription defdits cauteres,enfemble la manière de les faire : dequoy il merefufa tout à plat,& de tant que ic me monftrois affedionné à auoir fon fecrcr, de tant plus il faifoit le renebery , en fin ie luy dy que ie luy donnerois du velours pour faire vne paire de chauffes. Quoy ouy il accorda ma prierre,à la charge que iamais ne le dirois à perfbnne,& auflî que ne feferirois en mon lime, me re- prochant que i’eftois trop libéral de communiquer mon fçauoir, à quoy ie luy refpons:quc fi nos deuancicrs eufîcnt fait cela, nous fçaurions peu de chofes. Ces propos finis ic luy fis bailler le ve- me donna la defeription Ôc la maniéré de faire fes cautères,à la charge que ie ne le dirois à perfonne,ny pareillement l’efcrirois : ce que ie luy promis de parole, Ôc non de volonté, parce que tel fecrct ne doit eftre enfeucly en la terre, pour l’excellence defdits cautères, qui eft qu’ils opèrent fans douleur, pourueu que la partie fur laquelleon les veut appliquer foit exempte d’inflammation ou douleur,& laiftentleurefchare allez molle ôc humide,principalement appliquez aux corps raol- lafîesjCommc femmes ôc enfans, ce qu’aucuns des autres ne font,au moins que i'ay peu encore def- couurir,& n’a efté faute de diligence,m’enqueftant foigneufement de tous les Chirurgiens de cefte ville, Icfqucls fe vantent chacun pour foy auoir la pierre philofophale des cautères , mais pas-vn d’eux ne m’a voulu tant fauorifer que de me départir cefte pierre philofophique , difant que leurs peres ôc frères la leur auoient laiflèe, comme vn héritage paternel : ioint aufîî que fi ie fçauois ce grand fccret,ie ne faudrois de ledeferire en mon Hure, ôc partant feroientfruftrez de leur chers & bien-airaez cautères : mais ie fçay queie leur feray lai fier prife ,& qu’ils viendront à mefpri- fer leur grand fccret, lors qu’ils auront cogneu par expérience l’excellence de ceux du Philo- fophe. Or il nous faut à prefent deferire les ingrediens, ôc la maniéré de former le.fdits cautè- res, à fin que tous les Chirurgiens, non feulement de Paris, mais de toute l’Europe, puifîènt fecourir les malades qui en auront befoin. A iceux ie donneray le nomade cautères de velours, àraifon qu’ils ne font douleur, principalement quand ils feront appliquez fur les partiesexem- tes d’inflammation ôc douleur, comme i’ay dit, ôc aufli que ic les ay recouurez par du velours. Prenez cendre de gofleaux de fèves, en lieu defquelles Ion prendra les troncs , cendre de bois de chefne bien cuitte , de chacun trois liures , eau de riuire fix quartes , vne Hure de cendre gra- uelce, quatre onces d’alum de glace en poudre, que Ion mettra en vn chaudron , puis Ion re- muera le tout cnfemble : cela faid , on y mettra vne pierre de chaux viue , de la pefanteur de quatre Hures , ôc y cftant efteinte, faut derechef brouiller ôc méfier tout par pluficurs fois , & laifier lefdites chofes per l’efpace de deux iours, en remuant forment, à fin de faire le capitel (on lexiue ) plus forte. Cela fait , ferez le tout vn peu bouillir , à fin que par l’ébullition la qualité ignée demeure au capitel, puis coulerez le tout au trauers d’vne girofle nappe ou charier , ôc cefte coîaturelafaut ietter fur lefdites cendres deux ou trois fois, à fin que ledit capitel en prenne la ver- tu ignée , puis on le fera boitiller dedans vn bafiîn de Barbier, ou en vn vaifleaude terre plombé,à grand feu faid de charbon , iufqnes à ce que le tout foit réduit en matière terrefte , ou ici. Or voi- cy le fecrct Ôc moyen de bien faire tous cautères potentiels : Ceft qu’il ne faut tenir ledit Tel tant fur le feu , que fon humidité foit du tout tarie , de peur de confommer du tout l’humidité : par- tant on l’oftera de defilis le feu ayant encore quelque certaine humidité , puis feront formez cau- tères , gros, petits, ronds, longs , félon la volonté de celuy qui les formera : puis fubit après fe- ront mis en vne ou plufieurs fioles de terre renforcée,bien bouchées & eftoupées,de peur que l’air ne les reduife en eau : ôc feront lefdits cautères gardez en lieu chaud ôc fec,& non humide , de peur qu’ils ne fe fondent ôc reduifenten eau, pour en vfer quand il fera befoin. Et fi quelqu’vn me vou- loir obieder n’auoir tenu promefle audit extradeur,que ne le dirois à perfonne,ny que les eferirois: le luy refpons,que puisqu’il me les duoit vendus, qu’ils eftoient miens : ôc partant ie penfe ne luy auoir fait tort. Au contraire,luy ôc moy auons fait chofe que feruira au public. Icy i’ay bien voulu deferire la maniéré de faire la poudre de Mercure, qui pour fon excellence s efté d’aucuns nommée poudre Angélique, laquelle fais en cefte maniéré. Cautères de ayans acrimonie : entre lefquels il faut choiftr ceux principalement qui n auront aucune faneur* J ny gouft mal-plaifant,afin que plus loguement 6c fans defdain ils puiftent eftre tenus en la bouche. Toutesfois bn en fait des medicamens acerbes * comme de frnidt de berberis , raifins, noyaux de prunes ou ccrifes : lefquels eftans tournez quelque temps en la bouche , «Se comme mafchez , ne tirent guère moindre quantité de pituite que les medicamens acres. Ce qui femhJe aduenir piu- ftoft,à raifort du mouuement 6c agitation qui eft faideenla bouche, que d’vne qualité manifefte. La quantité defdits communément d'vne demie once,iufques à vue once , ou vne once 6c demie.Ce que cognoiftras par les exemples fumantes. ty. Pyrethri,ftaphifagriæ an.3.j.ft.maftiches|.ft.puluerifentur & inuojuantüt faccuîo pro mafti- catorio. iu. 2inziberis,finapian.3.j,euphorbij B.ij.piperis 3.(Ü.excipiantur meilc,6c fiant paftilli projna- . fticatorio. ig. Hyftbpi,thymi,orîgani,faIiiiæ an.p.j.decoquantur in aqua pro collutione oris. J.ij, maftiches cipiantur,fiant paftilli pro mafticatorio. Nous vfons des mafticatoires es maladies vieilles du cerueau , obfufcation de la vcue,furditezj 1 puftules qui font à la telle & à là face. Aucunesfois aulïi pour deriuer les excremens qui coulent par le nez,principalement quand il y a quelque vlcerc en iceluy, comme au contraire ils font fort nuifibles à ceux qui ont vlceres en la bouche ou au goder, 6c à ceux qui ont les poulmons fujets à vlccres, inflammations 6c fluxions. Car en tel cas les errhines font plus vtilcs pour deriuer la ma- tière par le nez :d autant que combien que l’humeur pituiteux attiré du cerueau par la force du ma- fticatoire,foic purgé 6c mis hors en crachant, toutesfois on trace 6c apprend-on vn chemin à l’hu- meur,lequel aifément il ne peut delaifièr ny oublier par après : de forte que mefme en dormant,fui- uant fon cours ordinaire,il vient à tomber 6c fiuer fur telles parties, ou naturellement,ou par ac- cident imbecilles.Le temps commode pour en vfer eft le matin,quand le corps eft purgé des autres - excremens. Apres auoir vfé des mafticatoires, faut lauer fa bouche d’eau tiede, ou de ptilane , ou quelque autre liqueur,afin d’ofter la mauuaife faueur qui peut eftre de relie du mafticatoire. Définition, La matleri des nrnjiicA~ îeiret, Mafiicatoîre, Autres, Vfuge. temps», Des Gargarifmes. Chap. XXXVIL SArgarîfme eft vne liqueur appropriée au lancinent de la bouche 6c de toutes les par- ties d’icelîe, tant pour empefeher fluxion & inflammation , que pour curer vlceres de la bonche,ôc appaifer doulears.Lcs gargarifmes font compofez en deux manières: La première eft, quand on fait cuire racines, fneilles , fleurs , fruids, 6c femenccs feruans à noftre intention.La decodion eft faide en eau feule , ou eau 6c vin blanc, ou en gros vin rouge 6c ftypnqüe , du en ptifane, ou laid clair , ou decodion pedorale : le tout félon la diuerfité de noftre intention , qui eft ou de repoulfer , rafraifehir , 6c empefeher l’in- flammation , comme en mal de dents , qui fe fait : ou de digerer , comme en mal de dents, qui eft ja fait : ou de mondifier * comme «n vlceres de bouche : ou de feicher 6c aftrcindre, comme quand il eft queftion de fermer iceux vlceres ia parauant mondifiez. L’autre maniéré de compofer gargarifmes eft fans decodion , quand nous faifons gargarifmes , ou auec les eaux diftillces feulement, ou meflees auec fyrops* ou auec mucilage, ou aueç du laid de vache , ou laid clair de chéure , bien palTe 6e coule. Aucunesfois on méfié , tant auec la decodion , que les eaux 6c mucilages, miel rofat oxymel (impie , dianucup , diamoron , hiera picra , oxyfacchàra, fyrop de rofes feiches , fyrop acetenx , & autres fyrops félon nos intentions fuldircs : alnm, ba- lauftes, myrrhe ,thas, gingembre, poynre, canelle, rofes feiches, & autres. lufques là mefme, que qnelquesfois en la decodion des gargarifmes , nous y faifons entrer medicamens propres à attirer les humeurs du cerueau,comme le pyrethre, le carthamc,la racine deturbith, 6c autres, propres à tirer la pituite, moyennant qu’ils n’ayent aucune amertume en foy : qui eft caufe que ny l’agaric, ny la colocynthe,n’ont lieu en ccfte-compofitioo.La quantité de la'totale liqueur d’vn gargarilme. Définition, Deux fortes degargarifi- mes. : Matériaux, Vamertume n efi propre engarsarif- me. 850 Le X X VI. Liure, de la.Facuké Sc doit eftre comme de demie , iufques à vne Hure i on y met des fyrops,ou autre telle compofition, iniques à deux onces. Les pouldres font mifesen bien petite quantité,comme iufques à trois drach. mes : d’alum on y met iufques à fix drachmes : les mucilages faits de deux drachmes des femences mucilagineufes.Les exemples feront le tout aftez clair ôc facile. Gargarifrne afrrîngem & repercujfif. Bi.Plantaginis,polygpni5oxalidis ah. m. j, rofarum rubrarum p.fl.hordei p.j.fiat decodio ad viij.in qua diffolue fyrupi myrtillornm 3.vj.dianucum gargarifma. meliloti,anethi ah. p. j. rofarum rubrarum p. ft. paftularum mundatarum & fi- cuum ah.panaiij.decoqimntur in æquis partibus vinialbi ôc aquæ ad fe- rainis lini &fœnugrœci gargarifma. Gargarïfme amdyn. Gargarifrne Jtâtmdificatif* Vfagt. plantaginis,aqnæ Iiguftri& abfinthij ij. meliis rofatî colati 3. vj. fyrupi tofarum ficcarum ôc de abfinthio ah.5.vj.fiat gargarifma. Nou,s vfons desgargarifmcs au matin ôc à jeun,aprcs les purgations vniuerfellcs,tant pour de- terger,rcfroidir,repercuter,attirer,que pour appaifer douleurs, Ôc autres intentions. Aucunesfois on les prend tous froids, principalement quand il fe fait quelque diftillation d’humeur acre ôc fubtil : autresfois on les fait tiédir, félon les indications que nous auons tant des maladies que du temps. Des Dentifrices. Chap. XXXVIII. Entifrices font medicamens compofez,feruâs aux dents,dont ils retiennent le nom* Pour es nettoyer & bl mchir ; ils font faits en plufieurs maniérés.Les vns font fecs* WÊSlnÊr cs aucres humides.Quât aux fecs,les vns font eii façô d’opiate,îes autres en poudres feiches groflement puluerifecs. Les humides font faits par diftillation. La matière des deux premiers eft faire des medicamens detergeans ôc ddfeichans , comme co- ralla,cornu cerui,os fepiæ,alumen,cryftallus, pumex, fal nitrum, myrrha, thus, balauftiæ, glandes, omnes teftæ pifciurn ; lefqucls aucunesfois on brufle : ôc après font mis en poudre, fouuentesfois font puluerifez fans vftion(comme l’os fepiæ,pource qu’eftant bruflé il exhale vue odeur fetide& mal-piaifante)en y adiouftant quelques medicamens aromatiques pour d«nner odeur aux autres, comme cinamomum, doux de girofle, noixmufeade , ôc autres femblables, l’on faid dentifrices fecs. Si telles poudres font incorporées ou auec quelque fyrop,ou oxymel fcilliticium , on quel- q que mucilage de gomme Arabique ôc de tragacantha,l’on fera opiates feruantes à dentifrices» lef- quelles aucunesfois font figurées en pyramides longues d’vn doigt, rondes ou quarrees, pointues au boutj&feichesjpour feruir de dentifrices.Audi fouuentesfois l’6 fait cuire racines emollientes auec du fe!, ou de l’alum , Ôc après feicher au four pour dentifrices : Les humides font faits des herbes defleichantes mifesen alembic , pour diftiller auec aucuns des medicamens fccsôe aftrin- gens cy-deflus defcrits.Les exemples donneront à cognoiftre la quantité des medicaraèns feruans à dentifrices, fpongiæ,pumicis,& cornu cerui vfti an. g.ij. coralli rubri & cryftalli an.g.j. aluminis ôc falis vfti ah.3 j.fl.cinnamomi ÔC caryophyllorum,rofarum njbrarum pulucratarum ah. £. ij. fias puluis pro dentifricio. Autre. fepiæ 3. fl.maftic.coralli rubri vfti âh.j.ij.cornu cerui vfti 3. j.fl.alunainis carbo» nisjrorifmarini ah.g.j.cinnamomi 3 ij.fiat puluis. Autrc,ï(i.Üflis fepiæ,aluminis ôc falis vfti ah.3.j.cryftalli,glandium,myrrh,æ,thuris ah.Bdj. cor- ticis granatorum,macis, cinnamomi ah.9.j.fiat puluis,qui excipiatur mucagfhe gummî tragacan- rhæ,& formentur pyramides longæ.ficcandæ pro dentifricio. ty. Radicis maluæ iunioris &bifmalua: ah.3. ij. coquantur in aqua falfa aut aluminofa , deinds ficcentur in furno pro dentifricio. Dentifrice humide bien expérimenté. Salis draconis rofarum D ientur inalembico vitreopro dentifricio. Les Dentifrices fernent à polir les dents,mondifier, nettoyer, ôc conformer. Aucunesfois on en vie aux réfrigérations ôc douleurs d’icelles , fouuentesfois auffi es vices de la bouche ôc genciues corrodees.Le temps de les appliquer eft le matin,ou deuant ôc après le repas.Les anciens fans arti- fice faifoient des dentifrices de bois de lentifque pour affermir les dents tremblantes : ce qui fe pratique encores Journellement en Languedoc,où tel bois eft fréquent, ôc dont on en apporte en Cqur pour les Seigneurs. A mcfme efFeét pourroit feruir le myrrhe ôc tout autre bois attringent: noftre vulgaire fe fert en ceftc intention des çaules de fenouil, ôc fans raifon,vcu qu’en telle plan- te n’y a aucune aftriélion.Parquoy ne peut eftre choifiefinon pour l’odeur agréable qui eft en elle, ôc peur bien Amplement fe curer les dents. T’ouï are pour blanchir les dents. Compofition des Medicamens. 851 Des Sachets. Chap» XXXIX. SAchet eft vne compofition de tnedicamens fecs & puluerifez mis en vn petit fac* dont il retient le nom : ôc femble telle compofition eftre feulement vne fomenta- tion aride ôc feiche comme auons dit au chapitre des fomentations. Les différences des fachcts ne font prifesquedes parties aufquelles ils font appliquez. Ceux qui s'appliquent à la tefte doiuent eftre faits en maniéré de bonnet ou coiffe. Les fachets pour l’cftornach doiuent auoir la figure d'vnecornemufe. Pour la tarte ils font faits en forme de . langue de bœuf: & ainfi font appropriez au foye,au cœur,à la poidrine, félon les figures des par- ties.La matière des fachets le plus forment eft prife des femences entières fricaifees en vnepaëfle, ou mifes.cn pouldre: quelquesfois on y adioufteracines,flcurs, fruicb,efcürces,pouldres cordia- les,& autres medicamens fecs,& qui fe peuuent mettre en pouldre,conuenables aux affedions des parties où nous les voulons appliquer. La quantité des pouldres n'eft pas limitée, ny certaine en tous fachets : quelquesfois elle eft plus grande,quelquesfois plus petite félon les parties efquelles nous voulons mettre fachets. Icelledoit eftre obfcruee aux Authcuts qui ont ordonné fachets: efquels ic la trouue de trois onces, iufques à fix onces & demie. Aucunesfois l’on ordonne herbes feiches ôc fleurs par manipules ou pugiles ; & là gift la confideration de la bonne Ôc deuë quantité des pouidres.Le refte ie delaifle à plus eufieufe inquifition : venons aux exemples. Sachet pour conforter fiefomach. fy. Rofarum rubrarum p.j.maftichis j.fi.coralli ru'bri J.iij.féminis anifi ôc fceniculi cis mofeatæ J.j.fummitatum abfinthij ôc menthæ an.m.j. tritis omnibus fiat facculus intetbaftatus pro ventricule» Sachets es affrétions froides du cerueàu. ty. Furfuris maed p.j.milij §.j.falis 3.ij.rofarum rubrarum, florum rorifmarini, ftœchados, ca- ryophyllorum betonicæ ôc faluiæ an.m.fi.tritis omnibus fiat cucuphaincerfuta ôc calcfada fumo thuris&: fandaraeæ exutorum,capiti apponatur» Sachet pour le cœun fy. Florum bolmginis,bugIo{Tæ.& violamra an.pdj.corticis çitri fieçi,macis, ligni aloe’s , rafuræ eboris an.3.j.oflîs de corde cerui,croci an.9.ij.foliorum meliflæ m. fi. pulueris diambræ 3.fi. con- tritis omnibus fiat facculus è ferico pro corde, irrorandus aqua feabiofæ. Nous vfons des fachets à conforter tant les parties nobles, le cerueau, le cœur, ôc le foye, que le ventricule,la ratteja poidrine,& parties du ventre inférieur. Souuentesfois aufli. nous en vfons pourdifeuter Sc diffiper les ventoficez,comme les coliques ôc pleurefies, qu'on appelle baftardes, à flatu.Iceox faut couldre en prefles interbaftatoircs des pouldres eftans cfpanchees fur du cotcon* afin qu'elles ne panchent plus en vn endroit qu a l’autre.Aucunesfois nousarrofons lefdirs fachcts de vin, ou des eaux diftillees : autresfbis non de la lubftance , mais de la fimple vapeur de vin , ou eau diftillee ôc verfee fut vne paëfle de fer , toute rouge de feu : autres-fois nous les cfchauffons auec parfum,ou les fricalfons en la poëfle.Les fachets du cœur,doiuent eftre faits de foye cramoific ou fandal : pource (difent-ils)que telles matières font tcinëtes en efcarlatte ; de laquelle la graine nommée alkermés , refioüic le cœur : les autres de linge bien délié 5 aucunesfois l’on les fait de taffetas comme les bonnets» Définition-. Différences!, Figure dei fachets. Dox.es* Vfagh Des Suffamigatïons dr Parfums: Chap. X Lé HArfurri eft vné euaporation desmedicamens humides,viTqueux aucunement,& gras. Il y a deux maniérés de parfums & fumigations : les vus font fecs,les autres humides : les fecs font faits en deux fortes î les vns font faits en trochifques,les autres en pilules. La matière d'iceux doit eftre grade ôc vifqueufe , afin qu'en bruflant elle puifle rendre fu- mce,comme ladanum,rnyrrha,rnaftiche,pix,cera,refinà,terebimhina,caftoriLiiT), ftyrax, thus,oîiba- num,& les autres gommes,lefquelles on peut mcfler auec pouldres conuenables à nos intentions: cart-j'es feruent de matière à incorporer lefdites pouldres en trochifques ou pillules.Aucuns vfenc feulement des pouldres, fans y adioufter autre matière cralfe : mais le parfum d’icelles n’eft tant long ny de tel effcét que quand elles font meflees auec gommes , par le moyen defquelles, outre cela,les ingrediens font bien mieux incorporez l’vn auec l’autre. Les pouldres peüuent eftré mifes es parfums d’vne demie once,iufques àvne once, plus ou moins : toutesfois la quantité du touteft delaüfeeau iugernentdu compofant. Parfum deffeichant & confortant le cerneau. Sandracæ,maftiches & rofarum an.3.j.benjoini,galangæ,an.3dij.terebenthinaexcipiantur,&: fiant trochifci,quibus incenfis fuffumigantur tegumenta capitis. Autres pour dureffes des nerfs. tfL. Marcaflitæ , ftyracis an. lefquelles on fait efteindre en vinaigre, vin, eau de vie, 8c autre telle liqueur,afin que foit leuce vapeur & fumee humide.Nous vfons de tels parfums aux af- fections fcirrheufes,quand nous voulons cftcindrc,penetrer,incifer,deflèicher,& refoudre.La ma- niéré de l'ordonner eft telle. Laterem vnura fatis craffum aut marcaffitem ponderis ib. j. incandefcat fuper carbones ignitos,deindeextinguatur in aceto acerrimo,cffundendo intérim paucam aquam vitæ,fiat fuffu- migatio pro parte laborante. Les parfums faits de decodion d’herbes 8c autres medieâmens, font peu differens des fomenta- tions humides : car quant à la compofition,n'y a aucune différence, mais l'application des fomen- tations humides,n’eft telle que des fumigations : parquoy me concentcray de bailler feulement vn exemple d’vne fumigation humide. Abfinthij, faluiæ, rutæ , origani fi.p. y radicisbryonîæ ôc afari fi. ferainis finapi & cu- mini an. 3. ij. decoquantur in duabus partibus aquæ , 8c vna vini albi pro fuffumigio auris cum emboto. Il y a de telles fuffumigations humides vniuerfelles 8c pour tout le corps , que nous appelions eftuues feichesjdefquelles nous parlerons cy-apres. fsrfumt hu- mide*. S»fumiga- tion pour l'o- rtille. Des infcpons oh demi-baings, Chap. X LI. Définition, *Nfeflîon,oufemicupium , n'eft autre chofe qu’vn demy-baing des parties du ventre inférieur,ainfi appellé,à caufe qu'il faut que le patient foit affis fur la decodion des herbes Jnfeffion eft peu différente de fomentation humide,car clic eft faite de mef- me matière, fçauoir de la decodion d'herbes , racines , fcmcnces , fruids : mais la quantité de la decodion eft plus grande és infeffions, qu’aux fomentations : tou- tesfois nous ne déformons icelle quantité» ains la laifferons au ingement de l’opera- teur,difant foulcmenr,pro femicupio, ou pro infeffu : neautmoins il y faut mettre grande quantité d'herbes ôc racines que l'on veut cuire, comme iufques à 6. ou 7. manipules, Vn exemple foui te monftrera le tour. ty. Maluæ&bifmalua: cum toto an.m.j.fi.betonicæ,faxifragiæ, parietarîæan. m.j.femînumme- Ionis,milij folis,alkekcngi an.J.iij.cicerum rubronun p.ij.radicisapij, graminis, fœniculi, eryngij in fufficienti quantitate aquæ pro infeftii. Nous vfons desinfeflions és affedions des reins , de la vcflîe ôc de fon col,dc la matrice 8c de Ton col,du fiege& ventre inférieur, quand le patient pour fon imbécillité ne peut endurer le bain, qui luy pourroit faire trop grande refolution d'efprits.La maniéré d’en vfer eft telle : Faut remplir des fachcts de la refidence de la decodion,& faire affeoir le patient fur lefdits fachcts : mais faut ce temps pendant couurit la teftede peur qu'elle ne foit remplie de fumees 8c vapeurs.Aucuncsfois l'on fait affeoir le patient en la decodion iufques au nombril,que nous appelions Semicupu m,ou demi-bain,à raifon que toutes les parties baffes font baignées & eftuuees.Refte maintenant elerire des bains tant naturels qu'artificiels, afin que Fvfage &c artifice d’iceux foie entendu comme des autres cy-deffus. Irtfejfion pour vne ajfeftion des reins. D*s Bains, Chap. X L 11. "Dtjlmtton, Es bains ne font autre chofe que fomentations vniuerfelles de tout le corps, feruans tant à WMt gal(*er la lancé d’iccluy (comme Galien monftreau liure De fanitate tuenda) qu'à la curation de la plus part des maladiesrremcdes fort communs & familiers aux Médecins anciens,tant Grecs que Latins,fur tous les autres remedes topiques & cxternesrcaroutre leur vfage 8c profit(qui eft d'e- uacuer les excremens,&autres humeurs pourris arreftezà la peau,d'appaifer douleurs,laftîtudcs,&: corriger toutes intcperaturcs du corpsjen la curation des heures & en la plus part des autres ma- i ladies,font le dernier refuge , de grande ayde& effeds merueilleux. OutFe-ce ils font deledablcs aux hommes : parquoy d'iceux la cognoiffance eft fort vtile& neceftaire.L'on fait deux différen- ces de bains : les vns font naturels, les autres artificiels. Les naturels font ceux qui de leur propre nature forcent tels faire ayde ou artifice externe , ôc ont quelque qualité medicamenteufc. Car l'eau qui de Ion naturel doit eftre fans qualité apparente, fi d'auanture elle paftè par les miniè- res des corps métalliques , ou présd'icelles , promptement elle reçoit imprcfïîon des qualitez 8c effeds dcfdics métalliques. A ccftc caufe toute telle eau . ainfi aue Galien dit au crémier liure Qal.au liu.x. d* fan.tuend. Vtilîtet. Vijfertncet, Cal. au lin. det alimms. Compofition des Meciicamens. 8« De fanîtate tuenda> a vnc vertu commune qui eft de defteicher ; mais particulièrement l’vne efchauf- fe grandement R deftèiche : l'autre defleiche , aftreint R réfrigéré. Lefdites eaux font chaudes, riedes ou bouillantes , félon qu'elles paftènt prés ou loing des matières allumées fous terre , def- quelies retiennent Rempruntent la vertu ,à caufe qu'elles padéntpar les minières pleines de feu, R faifans leurs cours par icelles, acquièrent chaleur aéhiellc fans.autre artifice : laquelle eft de grande admiration, d'où fe concree telle chaleur fous la terre , où manifefte feu n’apparoift : anffi qui l'allume, qui l'entretient R nourrit par H longtemps fans s’efteindrç. Aucuns Philofophes voulans donner raifon naturelle, difent que le feu s'allume fous terre par les rayons du Soleil ; les autres difène que c'eft parla pénétration des foudres : autres que c'eft que l’air vehemenrement efmeu , comme dehors du caillou eft tiré le feu par attrition. Mais outre ces raifons humaines, la caulc principale doit eftre référée à la grande prouidence du grand Architeélcur faéfeur de toutes chofes, qui a voulu manifefte'r fa puiftànce, voire iufqucs aux entrailles de la terre. laçoit qu'aucuns veulent que telles eaux foientefehauffées par le moyen du foulplire, qui entre les corps métalliques retient plus la nature du feu , comme àufli on luy attribue la caufe du feu perpétuel, qui des tout temps fort de la montagne de Sicile nommé Ætna, ainlî qu'au on s parlé cÿ-deuànt, R fé- lon que deferiuent les Poètes R Hiftoriens. A cefte caufe les eaux tartans ainlî chaudes retien- nent , principalement la vertu du foulphre. Les autres reprefentent la qualité de l'alüm ou du fel nitre, ou de bitumen, ou chakanthum. Et telles eaux tant chaudes que froides font cogneués par faneur, odeur, couleur, R le limon qui adhère aux canaux : auffi par feparation artificielle des par- ties terreftres deldites eaux d'ancc les fubtiles : Comme en faifant bouillir Peau dudit baing , com- me fi tu voulois faire cautères, laquelle eftant confommée tu cognoiftras par lefdites parties ter- reftres qui demeureront, la nature du baing. Comme s’il eft fulphuré, lefdites parties têrreftres feu- tiront le foulphre ; s'il eft alumineux , auront le gouft d’alum , R ainlî confequernment des aiurcsl D’auantage, par leseffeéts R aydes qu'elles donnent aux maladies, lefquelles déclarerons particu- lièrement, comraençans aux fulphurécs. Les eaux fulphurées efchaulfent grandement, deftèichent, refoluent, ouurent,attirenr du dedans au dehors ; elles nettoyent la peau de galles, gratelles, R dartres : font profitâtes au prurit, aux vl- ceres, defluxions des articles R gouttes : elles remédient au mal delà colique, de la rarte endurcie: inutiles au refte pourboire, à caufe de leur mauuaife odeur R faueur , R nuifantes au foye. Les alumineufes, quant à leur faueur, ont vne grande ftypticitéRaftriéHon, partant deftèichent gran- dement.Leur chaleur n’eft tant manifeftertoutesfois quand on enboit,el!es lafchentfort le ventre: ce qui fembleaduenir à raifon d’vne nitrofité R chaleur. Elles détergent R repriment les fluxions, R les roenftrucs fuperflues des femmes : conuiennent aux douleurs des dents, aux vlceres corrofifs & apqftemes cachées R latentes, tant des genciues que d’autre partie de la bouche. Les ialées, R , nitreules font manifeftes de leur faueur : elles efchaulfent, deftèichent, aftreignent, detergent, re- ‘ foluent, extenuent, refiftent à la putçefaéfion , oftent les ecchymofes , elles profitent aux gratelles vlcereufcs, R vlceres malins : R toutes tumeurs laxes : telle eft l’eau de la mer. Lesbitumineufes, efchauffent continuellement,refoluent,R par longue efpace de temps emolliflcnt les nerfs:elles font toutesfois diuerfes R variables, félon les efpeces R diuerfitez de bitumen , qui impriment leurs qualitez efdites eaux. Les eaux qui retiennent la qualité de l'airain ou cuiure, efchauftent, deftèi- chenr, dctergem,refoluent,incifent R aftreignent : elles aident grandement contre les vlceres cor- rofifs, fiftules, durelfes des paupières, des yeux R corrodent les carnofirez tant du nez que du fiege Les ferrecs refrigerenr,deftèichent,R grandement aftreignent,à cefte caufe font profitables aux apo- ftemes, durtez R tumeurs de la ratte, débilité deftomach,ventricule,flux d’vrinc,flux demcnftruçs, intempéries chaudes du foye, Rdes reins : telles font aucunes de Luqucs en Italie. Les plombées réfrigèrent, deftèichent R retiennent toutes les autres qualitez du plomb. Telles font celles qui paftènt par les canaux du plomb. Ainlî faut iuger des eaux gypfeufes,ou ayans la nature de la craye, lefquelles ont les mefmcs effeéts que les corps par où elles paftènt. Les lufdites eaux chaudes ay- dent grandement contre les maladies froides R humides, paralyfie , fpafmes, rigueurs des nerfs, tremblement, palpitations, goûtes froides, inflations des membres,hydropifies,iaunifte procédant d’humeur vifqueux,doulcurs de coftez,coliques, douleurs nephritiques, à la fterilité des femmes, à la fuppreffion des mois d’icclles, à la fuffocation de la matrice, aux laffitudes fpontanecs, aux defe- ' dations du cuir, dartres,morphces,galles,gratelles, à la lepre, R autres maladies prouenantes d'ob- ftruétion faiéle d’humeur vifqueux R froid, à raifon qu'elles prouoquent fucurs : mais icelîes faut euiter és natures cholériques, R és intemperatures chaudes du foye : car elles pourraient caufèr ca- chexie R hydropifie, par la mauuaife complcxion acquifc au foye , pour l'vfagc defdites eaux. Les froides font fort conuenables aux intemperatures chaudes tant de tout le corps que des parties d’i- ‘ celuy : R fontpluftoft prinfes au dedans, qu'appliquees au dehors. Elles confortent grandement R roborent les parties internes relaxées : comme la vertu retentrice du ventricule, des inteftins, des reins, de la veffie,R des autres parties du ventre inférieur. Et pourtant elles corrigent les cxcèffiues chaleurs du foye, le remettant à fa naturelle température, R grandement le corroborent ; elles ar- reftent flux de ventre, dyfentcries , flux des menftrucs, flux d'vrine, gonorrhccs, fneurs immodé- rées, flux defang, Rguariftènt beaucoup d'autres maladies caufces pas imbécillité des parties dudit ventre inférieur.Entre lefquels ceux du Licge,R deSpa,R de Plombierc,pris par dehors R par de- dans , ont mefmc effeéb, faifant d'vnc mefme main plufienrs offices fans rien gafter : veu que ces eaux font tellement potables,que ceux du pays en vfept ordinairement en leurs potagcs,R breuua- ges fans mal en receuoir. On fait des baings artificiels à l’imitation des naturels,pour fuppleer le défaut d’iccux, en y met- tant pouldrc des deftufditsminéraux , comme foulphre, alum,fçl nitre,bitumen. Aucunesfois on Recherche de la raifon des eaux chau- des. . Raifon du feu d’Ætna, f i >tî, Baing s fut- ph lirez. Alumineux, Nitreux. Bitumineux. Cuiureux, Ferrez., Plombez, Gypfeux. Vfage des baing s, chauds. Vf âge des froides. Baing r arti- ficiels. 854 Le XX VI. Liure,de la Facultés fait chauffer fer, cuyure , or, argent, iufqucs à rongeur, ôc les fait-on cfteindre plu lieurs fois en eau commune ou de pluye, pour en donner à boire aux patiens. Et telles eaux retiennent fouuent la vertu du métal qui a efté efteint en icelles, comme l’on void par les effedls > tant es dyfenteries qu’es autres excrétions immodérées des humeurs bons ôc fuperflus aux corps humains, quand elles débilitent nature. Outre ceux-cy , il y a d’autres fortes de baings artificiels , dcfquels les vns font faits d’eau fimplc feulement fans autre mixtion : les autres font faits auec decoâfion de quelques medicamcns. Les baings d’eau fimple , doiuent eftrc tiedes & médiocrement chauds* Car l’eau eftant ainfi tiede,hume&e,relafchc,amollit les parties folides trop fâches, dures ôc tendues, ouurc les pores par vue chaleur accidentale, digère, refoult les excremens tant fuligineux qu’au- tres acres Ôc mordants,arreftez entre cuir ôc chaitxAuflî eü fort commode aux coinbuftions impri- mées fur le corps ôc vifage par inflations, c’eft adiré, trop grandes ardeurs du Soleil, &c aux lafîi- tudes , par le moyen defquclles les parties fimilaires font delîèichées. Dauantage, foit que nous fo- yons efchauffez, ou réfrigérez,ou deffeichez, ou qu’ayons naufée, ou quelque autre intempérie, & que le corps demande quelque euaenation, nous trouuons manifeftement grand fçcours aux baings d’eau tiede, ôc peuuent feruir defridtions, ou d’exercice. Car ils apportent au corps médiocrité du tempérament : ils augmentent la chaleur ôc la vertu, ôc auec fueurs viennent à dilcuter ventohtez. Partant font conuenablcs aux fientes hedliques , & à la déclination de toutes les fiéures : ioindt qu’outre les commoditez fufdites ils prouoquent le repos & dormir,ainfi que dit Galien.Mais pour autant que l’eau feule ne peut longuement adhérer au corps,on y mefle de l’huile d’oliuc pour la fai- re demeurer plus longuement. Et ieeux bains font grandement louez pour ceux qui font de tem- pérature chaude ôc feiche:auffi font profitables aux inflammations despoulmos,&: aux pleurctiques, parce qu’ils appaifent la douleur, ôc aident à fnppurer ôc ietter les crachats , pourueu qu’ils foient faits après les chofes vniuerfelles : pource que s’ils eftoient pris auant la purgation & faignée , ils feroientfort dangereux, à raifon qu’ils pourroienteaufer fluxion fur les parties affligées. Le baing, dit Galien, eft adminiflré fans danger aux maladies, quand la matière eft cuite ôc digerée : ils font vtiles aux fiéures ardantes caufées decbolere, parce qu’ils réfrigèrent & humcdtent, & auffi qu’ils euacuent portion delà cholere.Pour tels effeds font choifics les eaux de pluye : puis celles de riuic, re non liraoneufe, en après celles de bonnes fontainesde’dernier rang tiennent les eaux de pâluds ôc. eftangs : car il faut que l’eau pour le baing ,que nous appelions aquæ dulcis , foit legere, ôc de fub- ftance tenue ôc fubtilc. Les baings d’eau trop chaude ou froide n’ont pas tel vfage, mais pluftoft apportent vneincommodité:car ils ferrent & ferment les pores du corps, ôc par confequcnt retien- nent les excremens & autres humeurs à la peau. Les autres baings artificiels font faits de mefme matière que les fomentations humides:parquoy aucuns d’iceux font relaxatifsftes autres fedatifsdes douleurs : les autres mondificatifs ôc deterfifs ; les autres prouoquent ou arreftent les menftrucs des femmes , ôc ainfi des autres. Les rclaxatifs font faits de la decodidion ôc permixtion des medica- mens remollitifs, ôc refolutifs défaits par cy deuant, mis en grande quantité. On y adioufte aucu- nes fois du vin , quelquefois de l’huile , quelquefois du beurre frais, du laid ; d’iceux nous vfbns aux fnppreffions d’vrine,& douleurs nephritiques, ôc conrradions de nerfs, ôc habitudes des corps hediques. Car par medicamens relafchans, l’aridité du cuir eft corrigée : ôc par les humedans, qui peuuent pénétrer ôc enuoyer leur humidité gradé ôc aërec,iufques au dedans du corps ja raréfié ôc ouuert par la tiedeur du baing , arro.ufée ôc nourrie , comme d’vn gras ôc fertile limon. Les ano- dyns , qui allèguent ou diminuent douleurs, font faits de medicamens anodyns ôc temperez, auf- quels on adioufte quelqucsfois des medicamens rclaxans, autresfois des forts refolutifs, ôc les fait- on cuire en eau ôc vin, principalement és douleurs de coliques prouenans de pituite vitrée, ou des ventofitez greffes enclofes au ventre. Nous vfons de tels baings pour les douleurs du ventre infé- rieur, des reins, de la matrice , Ôc de l’inteftinum colon. Toutesfois ne faut que le malade fue en iceux, mais feulement qu’il y nage quelque elpace de temps, iniques à ce qu’il fente fa douleur allé- gée , de peur de profterner dauantage la vertu ja affaiblie par douleur. Les deterfifs font faits des medicamens mondificatifs ôc deifeichans. Quelquesfois nous vfons des remollitifs meflez auec lé- gers deterfifs, où il y a quelque dureté à la peau, ou que les crouftes & efcailles de la galle , ôc au- tre vice du cuir, font dures cxceffiuement, pour venir par après aux forts deterfifs ôc deficcatifs. Ils font fort requis és aifeélions du cuir,gallcs, gratelles, prurit,morphées, ôc autres telles defedations du cuir;apres lefquels,pour troifieffne baing, faut faire decodlion de chofes deiTeichantes,& aftrin- gentes legerement, pour corroborer la peau ôc habitude du corps, à ce qu’elle ne foit déformais fi prompte ôc ouuerteà receuoir nouuelles fluxions,& que le mal ne retourne comme auparauant.On faitaucunesfois d’autres baings compofez Ôc meflez enfemble des deffufdirs, félon les indications compliquées. Les bains appropriez aux femmes, font faits des medicamens appropriez à la matri- ce, félon les intentions, comme de prouoquer ou arrefter les mois d’icellcs. Vue feule defeription d’vn , feruira pour toute defeription de baing. 1JL. rad. liliorum albornm & bifmaluæ an. tb, ij. maluæ, parietariæ, viol.an.m.vj.femin.îini, fœ- . nugræci ôc bifmaluæ an. tfe.j. flor. chamemæli, melilod ôc anethi an.p, vj.fiat decodlio in fufficienri aquæ quantitare , cui permifeeto olei liliorum ôc lini,an. Ib.ij. vini albiib.vj. fiat balneum, in quo ’ diutius natet æger. ’ Les baings tant naturels qu’artificiels,font remedes fort loiiables ôc fains,s’ils font prins en temps ; deu,& quantité ôc qualité conuenable, comme tous autres remedes j mais s’ils ne gardent telles i regles,ils nuifent grandement.Car ils exciter horreurs,frilfons ôc douleurs,denfité de iapeau,debi- lirent les faculcez denoftre corps,&apportent plufieuxs autres domages.Parquoy faut auoir efgard aux confédérations cy-après efcnces. Premièrement auant qu’entrer au baing, faut qu'il n’y ait aucune partie principale debile telles parties debiles attirent & reçoiuenc promptement Baings d'eau fimple. Cal. au li. 3. de Sanit. tuend, Gal.au liu. 10. de la Mdth, Gai U- de la cemp.des me- die. particu- liers. Vfage des baings artifi- ciels. Matière. Médiocrité de baing. Baing rela- xant & ano- dyn. Cal.au li 10 de la Metht fa au li.^.de de cauf. pulf Gal.ii.de la Met h. Compofition des medicamens. 8ïï les humeurs fondus 8c liquéfiez par le baing, veu que les voyes font ouucrtes. Secondement, faut qu’il n’y ait abondance 8c multitude d’humeurs cruds aux premières veines ; car cels humeurs par le baing feroient difperfez par tout le corps* Parquoy il eft fort bon que les purgations vniuerfrl- les , 8c vacuations defdits humeurs, précédent auant qu’enfrer au baing. Et non feulement telles purgations vniuerfelles font necelfaires auant le baing , mais aufli les excrétions , tant dcl’vrine, que d’autres excremens.' Apres relies purgations, tant vniuerfelles que particulières , faut que la vertu 8c force du patient foit fiifiStfante , tant pour entrer 8c demeurer au baing, que pour fe tenir lans manger , 8c à ieum 1 iercement, faut que tel baing loir adminiftré fans friflon, à caufe qu’il pourroit caufcr vne fièvre. Le temps commode pour fe mettre au baing eft aprW le Soleil leué, à ieun ; où fix ou fept heu- res après le repas,fi d’auâturc on veut vler deux fois le iour des baings-.Car fi la viade eftoit encore aux premières veines, ou au ventricule, elle feroit attirée auant la parfaide codion : à rai fon de la chaleur du baing, qui efchaufleroit tontes les parties du corps, dont elles feroient plus promptes à attirer l’aliment encores crud. Aucuns effilent la partie de l’année commode pour lefdits baings, le Printemps 8c fin de l’efté : autres vn iour bcau& clair, ny froid, ny venteux,ny pluuieux. Ainfi ladifpofition 8c vertu du corps,& les temps confiderez, faut entrer bien chaudement au baing, dans lequel ne faut boire ny manger pour les caiifcs ja dites : fi d’auanture,pour le regard des forccs,I’on ne prend vn peu de pain,ou quelques ralfins, ou quelque orange, ou grenade pour la foif. Le temps d’y demeurer ne fe peut dire , ny eferire. Aucuns toutesfois veulent qu’il foit d’vnc demie heure iniques à vne heure : mais ne fe faut fier à cela , ains auoir efgard à la vertu. Car il ne faut que le patient demeure au baing iniques à fextreme débilité 8c foiblefle : à raifon qu’es baings eft fai- te grande relolution des efprits 8c de l’humeur fubftantifique. Au fortir du bain faut cftre diligem- ment counert, & fe mettre au 1 ict pour y fuer, 8c euacuer par Tueurs quelques excremens attirez à la pc.1u par la chaleur du baing. Apres la tueur diligemment nettoyée, faut faire ou friétions légè- res, ou déambulations : puis le nourrir de viandes de bon lue , de facile digeftion 8c diftribution: car la vertu conco&rice du ventricule a efté alfoiblie par le baing. La quantité defdites viandes fera modérée , quand clic ne fera pelanteur à l’eftomac. Finablement après les baings faut euicer la compagnie des femmes : car le coït, outre l’imbécillité acquife du baing, abbat grandement les forces 8c veftus tant de tout le corps , que principalement des parties nerueufes. Ceux qui fe bai- gnent pour durclle, ou'rctrecillement de nerfss ou pour appaifer les douleurs d’iceux, doiuent frot- ter 8c entourer les parties malades de la fange du baing : car par ce moyen la vertu du baing eft confcruée plus longuement en la partie, 8c reçoit-on plus grand profit en fe frottant 8c induilanc la partie d’icelle fange, que fi on vfoit du fcul bain. Ces reigles icy diligemment obferuées, 8c gar- dées , baings eft d’vn cftcét diuin 8c merueilleux , comme il a efté prédit : 8c non feu- lement telles reigles font à garder en vfant des baings, mais anlïi en prenant les eftuues, desquelles nous parlerons , pour l’aftinité 8c vfage commun qu’elles ont auec les baings : ioinébaulli que les anciens vfoient des eftuues feiches & baings l’vn après l’autre , & le tout auoit le nom de Baing, comme il eft facile à coguoiftee par les liures de la Méthode de Galien. Temps. Les rt&e* ** fort'ir à* Des Ejluues. C h a p. X L I I I. E s Ethnies font friches, ou humides. Les friches font faites aucc vne enapora- :*on a,*r c^ & fcc : qui en cfrhauffant tout le corps ouure les pores d’iccluy , & cfmeut fueurs. On peut exciter & faire telle euapoçation d'air chaud tk fcc en plu- heurs maniérés : communément 8c publiquement eft faicle, tant en celle ville, qu’en autre lieu où font e fin nés publiques, auec vn fourneau voufté , fous lequel on fait grand feu , afin que ledit fourneau eftant cfrhauffe, paille faire telle euaporation. Toutesfois cha- cun en peut faire particulièrement auec telle indnftrie 8c artifice. On peut mettre en vue cuuc des pierres de grais , rouges &c ardentes, entre lefquellcs fera alîîs nud le patient bien couucrt, 8c l’exhalation feiche défaits grais eftant ainfi cnclofc en ladite cuue,efrhauftera & efmouuera fueurs: toutesfois de peur que les grais ne bruflent la cime, les faut pofer fur tuillcs ou lames de fer. Et dauantage, faudra auoir diligemment efgard au patient, 8c l’entreuoir de fois à autre : car il eft ad- uenu quelqnesfois , qu’icenx par nonchalance des alïiftans ou garde, eilans délaiIfez feuls, venans fubitement a s’efuanoüir par trop grande dillipation des efprits, caufée.par la chaleur de l’eftuue, 8c rombans fur les pierres ardentes, ont elle retirez demy-morts & brûliez. Aucuns prennent telles eftuues fciches en vn four, après qu’on a tire hors le pain : mais elles font fort incommodes , à caufc que le malade n’y peut pas demeurer à fon aife. Les eftuues humides font faites auec vue va- peur ou fumée chaude &: humide : telle vapeqr fe fait par decodion des racines, fueilles , fleurs & femenoes des herbes , Icfqueiies on fait bouillir aucc eau ou vin, ou tous les deux enfcmble, en vue marmite bien clofr 8c lutee, 8c l’ébullition & vapeur de telle decodion eft conduite par tuyaux & canaux de fer blanc, lefquels s’inferent en vne cuue ayant deux fonds, dont le fécond eft troué 8c percé en plufîcurs endroits, afin que ladide vapeur ait fortie de toutes parts, 8c puifte efchauflcr 8c ouurir les porcs du corps pour fuer. La cime fera bien garnie de couuertures par délias : le pa- tient anfïi ayant la telle couuertc, & hors de la cuuc, s’alfcrra fur vne petite fellc dans ladite cuue, 8c fuera à fa volonté , aucc telle chaleur qu’il luy plaira. Car la chaleur eft modérée par le bénéfi- ce d’vn trou eftant au haut des tuyaux , lequel on deftoupe lors que la chaleur eft trop grande, au- trement non : telle vapeur eft fort plaifanteàfentir, 8c dpnne plaifir en friant, comme tu peux voir par cefte figure. Différence:, Maniéré, de faire efiuMs, Nota. Efluues hu- mides. 856 Le XXVI Liure de la faculté & Figure d,rvne Cuue à double fonds auec fes tuyaux fç) marmite, propre pour- receuoir les efiuues humides. Si l’on n’a tels tnyanx,on peut faire telles eftnues humides,ainfi qu’il s’enfuit.Faut faire cuire herbes en vn chauderott, puis les mettras aux pieds du patient, en la cuue, eftaur bien couucrte par delfus ; 3c pour exciter vapeur humide,faut mettre pierres de grais ardentes dans lechauderon : car elle bouillira en la decodion , 3c excitera grandes vapeurs humides qui cfnaouueronc Tueurs. Des firds pour decorer & embellir la face des femmes, ChAP. X L 1111. B Telles femmes qui fc fardent pour leur plaifîr 8c delices, ic ne leur voudrois donner aucun aide: mais bien à celles qui font honneftes, fuyans les marques de vieilleffe «Sc ; de turpitude,defirans eniter l’indignation de leurs maris : 8c àicelles ces moyens qui s’en fui tient s’addreflent, pour pallier leurs rides 8c couleur mauuaife. Or la couleur du vifage dcmonflrre la bonne température ou mauuaife , 8c la domination des hu- meurs : car chacun humeur donne fa teinture au cuir, & principalement à ccluy de la face. Car h la cholerc domine, la couleur fera jaunaftre 8c citrine ; fi le phlegme, blaffarde : fi la melancholie, plombinc, ou liuide : «3c fi le fang , la couleur fera vermeille. Il y a autres chofes qui donnent la couleur au cuir, 8c luy changent fa couleur naturelle : telles font les chofes extérieures > comme le Soleil , le froid , luxure, tri ft elle, peur, veilles, ieufnes,douleur , longues maladies , i’vfage de maimaifcs viandes 8c bruuagcs,comme vinaigre 8c mauuaifes eaux : au contraire, les bonnes vian- des 8c le bon vin aydenc à faire bonne couleur, àraifon qu’elles engendrent bon fuc. Si telles tur- pitudes prouenoient par les humeurs pechans en quantité 8c qualité , faut purger 8c baigner. Et Ci tel vice prenoit fa fource de quelque intemperatùre des parties principales, il foudroie première- ment icelles roborer ; ce qui le fera par l’aduis du dode Médecin. Maintenant nous viendrons aux remedes particuliers : qui ont faculté de pallier les rides, 8c blanchir Iç cuir. Premièrement on lo- uera la face en eau diftillée des fleurs de lis, ou féues, ou nénuphar , ou laid de vaches-pareille- raenr on lauera la face en eau diftillée des fleurs de lis, ou féues, ou nénuphar,ou laid de vache pa- reillement diftillée bien auec eau d’orge ou d’amydon, de riz , delayez en eau tiede ; 8c la face en cftant lauécfera delfeichée, puisoinde des ongens que dirons çy - après : car tels lauemens déter- gent «Sepréparent la face à receuoir l’adion d’iceux onguens , comme fait la lexiue alumineufeau poil, lors que l’on le veut noircir. Apres auoir detergé & préparé la face on vfera des remedes qui s'enfument, lefquels ont faculté d’embellir, de tendre le cuir , 8c effacer les rides : comme, 'ÙJL. gummi tragacanthæ j. diftemp. in vafe vitreo cum ib. ij. aquœ communis. Icel- le gomme fe fondra, & l’eau demeurera blanche. ip. lithàrgyri auri 8c falis communis ah fi. accti, aquæ plantaginis, ij.ca- phuræ 5. fi. Faut faire tremper la litharge 8c cerufe en vinaigre l’cfpace de trois ou quatre heures à part, 8c le fel 8c camphre en l’eau que prendrez , puis les faut diftiller le tout à part par le filtre : 8c après eftrc diftiliez, à raefure que vous en vferez , les méfier. . \ 8p. lad. vaccin, tb. ij. autant. 8c limon, ah. n. iiij. facchar. albiff. 8c alum. roch. ah. 5* j. diftil- lentur omnia fimul. L’on mettra les citrons 8c oranges par petites pièces, puis feront infufées dedans le laid, 8c ad- iouftant voftre fuccte «5c alum , le tout f era diftillé in balneo Mariæ. Cefte eau eft excellente pour tenir le teint net 8c frais, & embellir la face : lors qu’on fe couche on mettra linges qui en feront imbus fus la face. Üîp. au com- mencement du lin. des humeurs. Lentement de face prépara- Ùf. Lait de la ici de vache. Compofition des Medicamens. 857 l Autre eau fort excellente pour rendre le feint clair & beau. Faites diftiller limaçons de vigne,6c ius de limons, fleurs de bouillon blanc,de chacun quantité egale , puis y foit adioufté autant d’eau , contenue dedans les bourfettes de l’orme , 5c en foit vfé comme auons dit. 'If*, micæ panis alb.tfe.iiij.flor.fab.rofar.alb.florum nenüpdiliorkôc ireos àn.tb.ij.laéhvacc.lib.vj* &ua,n.viij. aced ope. lib.j. diftillentur omnia fimul in alembico vitreo, 5c fiat aqua. D’icclle on fié peut lauer les mains 5c la face. Autre en forme de Uniment, de tartar. mucag. cecufæ in oléo borâcis* falis geramæ ah.j.j, fiat linimcntum. Toile ciréejpour cont regarder le teint. Celle toile cirée eft fort propre pour porter la nuiét fur le vifage * en mode de mafque : Prenez cire blanche grenée quatre onces , graifle de cheureau fondue’, 1 uif de bouc , & terebenthine dé Vende vne once , nature de Balaine deux onces * camphre Vue drachme t faites fondre le tout en- lemble , 5c y trempes la toile : laquelle lifterez par après , 5c la garderez foignfcufemcnt pour fai-* re maiques. Pour rendre le cuir de Ufacê tendu & délié, er pour le blanchir. caponem vnum,5c cafeura ex laéle caprino recentcr confe&umjlimon.ndiijioua n.vj.cerufæ lotæ inaqua florum fabatum tfe.iiij.fiat omnium infufio per vigintiquatuor horas,poftea diftillentur in alembico vitreo. De la moiielle d’os de mouton fe fait vn fard fort excellent, lequel adoucit la face 5c la rend fort claire. La façon de l’extraire, eft de prendre les os qui auront efté feparez de leur chair par ébulli- tion : puis iceux conciliez, les faire longuement cuire dans de l’eau : lefquels eftans bien bouillis, fera le tout tiré du feu 5c refroidy,5c au deft'us de la decoélion amalferez de la graille qui nage , 5c d’icelle vous en frotterez le vilage au foir, 5c le lendemain le lauerez de la fufdite eau. Autre. Prenez cire blanche deux onces,huile d’amandes douces quatre onces,grail!è recenre des reins de chevreau deux onces, pouldre de ccrufe de Vcnifelauée en eau rofe j ou blanc d'amidon* autant qu’il en faut pour les incorporer en maniéré d’onguent, duquel oignez la face au foir : 5c le lendemain la lauerez auec eau coulée de Ton de froment, puis l’eftuyerez d’vn linge blanc 5c délié. Autre. Prenez l’eau qui fe trouue és follicules d’orme , radiée auec laiét d’anefle, ou toute feule* eft finguliere pour tenir la face polie 5c luifante , 5c faut s’en lauer au foir , 5c puis fe lauer d’eau claire. Autre. If,.falis ccrufæ g ij.vnguent.citrini vel fpermat.ceti §.jtmalaxehtur fimul,8c fiat linimcn- tum, addendo olei ouorum 5.1'j. La maniéré de faire le fel de cerufe,c’eft qu’il faut prendre delà cerufe bien puluerifcej& la met- tre auec vinaigre diftillé (tellement que pour Hure y foit mis quatre Hures de vinaigre)y lailfant le tout infufer l’efpace de quatre ou cinq iours , puis fera diftillé par filtre, laquelle diftillation fera mife fus le feiijcn vn vailfeau de terre plombé, 5c tarie iufques à ce qu’elle fe rende en fel, comme quand l’on fait des cautetes. ■ Autres Prenez fiente de petits Iezards,os defeiche , tartre devin blahcjiacîure de corne de Cerf, Farine de riz , ah.faites-en pouldre, faites-la tremper en eau faite 5c diftillée d’amandes douces, de imacc des vignes, 5c de fleurs de nénuphar : Ce fait, adiouftez le poids d’autant de miel blanc, 5c lerechef incorporez le tout en vn mortier de marbre, 5c gardez cefte mixtion en vn vaifleau de /erre ou d’argent , 5c vous en frotterez le foir le vifage,5c verrez chofe merucilleufc pour les rou- teurs du vifage. Nota, qu’il faut tailler vn litage trempé en ladite eau fus le vifage,y ayant mis l’onguent. DjC. fubliniati argent! viui extindi in faliua 5-ij. margaritarum non perforar.j.j.caphuræ J.j. fl. incorporentur fimul in mortario marmoreo cum piftillo ligneo, per très horas ducantur 5c fri— centur , reducanturqüe in tcnuiflîmtim puluerem : deinde hic puluis abluatur aqua myrti 5c defic- cetut fernetitrque ad vfum , adde foliorum auri 5c argent!, numéro x.Quand tu voudras vfer de cefte pouldre,mets dans ta main tant foit peu d’huile de lentifque ou d’amandes douces,auquel dif- fout aufll bien peu de la pouldre fufdite, 6c incorpore les deux enfemble, de laquelle faut s’en oin- dre le vifage lors que l’on fe va coucher: niais premièrement fefaut lauer la face des eauxfufdites* auflî pareillement le lendemain au matin* Apres âuoir deferit la manière de nettoyer 5c eftendrele cuir, aufîî pareillement de le blanchir, tefteàluy bailler la couleur rouge 5c vermeille au milieu des loués & des lèvres : car le blanc 5c le rouge eftans ainfi meftez enfemble, font la couleur viue 5c naturelle : 5c pour ce faire on dilfou- dra ralure de brefil 5c orcanerc en eau alumineufe,de laquelle on fe frottera la pomete des ioucs 5c les lèvres, la lailfant fcicher : ou bien on vfera du rouge d’Efpagne, ou l'on fc frottera lefdites par- ties de peau de mouton teinte en rouge : pareillement la frieftion faite auec la main rougit, à caufe quelle y attire le fang 5c efprit. » Autre. Prenez eau alumineufe,én laquelle aurez fait tremper plufieuts fois vriè pièce de tôurhc-foi rouge,5c en frotterez les ioués 5c les lèvres,voire tout le vifage,s’il eftoit blafard,ou trop blanc. Autre. Prenez vne once d’alum de roche, faites-le bouillir en vne Hure d’eau claire, 5c quand il era fondu,tirez le vaifleau d’auprès le feu,5c lelailfez refroidir : icttez vne once de vermillon fub- ftilemenr puluerifé fur le marbre,faites-le bouillir iufques à la conforàption de la moitié ,coulcz-la 8c la gardez en vne fiole de verre, 5c en frottez les ïoücs,5c lèvres. Autre eau. Autre* Autre excil~ lent. Blanc & rouge font 14 couleur belldi 858 LeX XVI. Liure, de la Faculté & Autre en onguent. Prenez vne pinte d’eau devie bien redifiee , vne once de brefil, dix doux de girofle , autant de grains de Paradis, cinq grains decucube : puluerifez tout cela, & les faites infufer en l’eau de vie, fUr les cendres chaudes , en vn vaifleau bien couuert, de peur que l’eau ne s’exhale , ôc en frottez le vifage ôc les lèvres. Pour blanchir le 'vifage trop couloré & rouge. Prenez ius de limon , blancs d’œufs de chacun égale partie , vn peu de foulphre vif puluerifé, battez-les allez longuement enfemble, puis les mettez dedans vne caflble fur le feu , les remuant auec vn ballon de bois, iufques à ce qu’ils acquièrent vne confillance de beurre , puis oftcz-lcs hors de dellus le feu , ôc gardez celle meflange pour vous en frotter le vifage au foir, après l’auoir laué de fon, ou de mie de pain blanc. De la Goûte rofe. C h a p. X L V. Définition, Aintenant nous parlerons dVne rongeur eftrange , qui fe fait au nez ôc aux É' M i°ücs , ôc quelquesfois par tout le vilage auec tumeur , & quelquesfois fans tumeur: ||\m1 aucunes fois auec puftules & crouftes , qui fe fait pour certaines humeurs Talées Ôc Ê&À Û acluftcs La goûte-rofe cft plus grande en Hyuer qu’en £fté,parce que le froid cloft les Dores, ôc partant la matière ne Te peut euacuer : mais eft tenue fous le cuir, qui fait qu elle requiert vne acrimonie ôc mordacité,faifantefleuer des boutons ôc crouftes,rcndant la cou- leur du vifage plombine. Celle maladie eft difficile, ôc fouuent impoflible à curer. Cure générale. Pour la cure generale,il faut que le malade euite le vin , s’il n’eft bien trempé, ôc généralement toutes chofes qui efchauffent le fang,& qui font vaporeufes , aufîî toute chaleur ôc froideur ex— ceffiue : pareillement que le malade aye le ventre lafche , foit par art, ou par nature. Il fera faigné de la veine bafilique,puis de celle du front, Ôc de celle du nez : ôc feront femblablement appliquées fangfuës en plufieurs lieux de la face,aufîi ventoufes auec fcarification fus les efpaules. Cure particulière. Si le mal eft inueteré,on commencera la cure par chofes eraollientes,puis on vfera des onguents qui s’enfuiuent, lefquels feront changez à la diferetion du Médecin prefent, les diuerfifiant félon c]ue le mal fera petit ou grand. citri quantumfufficit ad infpiflandum prædidlum fuccum, argen- ti viui cum axung. porci, ôc cura 3. fi. fulphur. viui, incorporentur fimul , ôc fiat vn- guentum. 2£.boracis camph. 5. j.& cum melle ôc fucco cepæ fiant rrochifci. Quand on en voudra vfer feront deftrempez en eau rofe ou de plantain, ôc en fera appliqué dellus le lieu auec linge délié,& taillez ddfiis la nuiél, les renouuelant fouuent. Autrc.^.vng.citrini,recent. viui cum modico olei femin. cucur.& fuc. limon, fiat vng. quo illinatur faciès hora forani : le lendemain fera lauée la face auec eau rofe, blanchie auqcdu fon. Autre. Faut faire boüiller du vinaigre bien fort,auec du fon ôc eau rofe,& en fera appliqué com- me délias : ledit vinaigre efteint la rougeur. Autre. 1JL. cerufæ ôc lirharg. auri,fulph. viui puluerif. an. fi. ponanturin phialacum aceto ôc aqua rofat. D’icellecompofition en faut appliquer auec linges,& les y lai (Fer toute la nniél puis fe- ront pliez, & fera lauée la face auec eau de Ton : d’iceluy remede on vfera fefpace d’vn mois, plus ou moins. .... Aun e. tanr.tb.j.bntyri recent.lfe.fi.fiat diftill. vtatur. Faut noter que ladite eau eft trou- ble ôc puante au commencement : mais quelques iours après vient claire , ôc perd fa puanteur. Autre. Faites bouillir du fon en vinaigre ôc eau de nénuphar , ôc diftbudrez du foulphre ôc vil peu de camphre,& de ce en tremperez linges qui feront mis fus le vifage au foir. Pour dejfeicher les pufiules ou faphirs. « ouorum num.ij.aquæ plantaginis ôc lapathiacuti an. fi. lublimat.9.j. inçorp. in mort, marmor. Pour les lentilles. Touchez les lieux auec eau forte. Autre. Faites tremper vn ou plufieurs œufs en fort vinaigre iniques à ce qu’ils foient mois , in- corporez auec femence puluerifée en forme d’onguent, ôc en frottez les lentilles, tant que la peau s’eleue. ' axungiæ porci decies in aceto lotæ iiij. argenti viui j. alnm. fulphur. viui an. 5. j. piftentur omnia diu in mortario plumbeo , ôc fiat vnguentum. L’argent-vif ne fe doit mettre qu’à la fin. 1^.radie, lapathi acuti ôc afphod.an. coquant.in aceto fcillîtico, poftca piftentur ôc pafien- tur,addendo auripigmenti J.ij.fulphur.viui 3.x. incorporentur, &fiat vng. duquel en fera mis fur les puftules pour les delîeicher. < 'If. rad. lilior. fub cinerib. coél. 3.iij.piftis Sc paflatis addebutyri rccent. ôc auxung. porci lo- tæ in aceto an. j. fulphur. viui j.iij. camph. B.ij.fucci limon, quant. fufF. malax. fimul, & fiat vnguentum. 2£.ladl.virg tb.fi.alum.^.fi.fulphur.viui j.j.fucc.limo. J.vj. fal.comm. fi. diftillentur omnia in alemb.vitrco. Et d’icelle eau on vfera comme dellus. Prognofîic. Fon & expe rlmente. Antre. Autre. Autre. Autre. Compofidon des Medicamens. 859 fucci lapat. acuti,plantag.& afphodelo.ân.g. j.fi.olei vitell.ouor.J.j. tereb. Venetæ.|.fi. fucci limonum j.iij.aluminis combufti 5.j.argent.viui extinéli g.j.olci liliorum §. fi. piftentur omnia in morrario plumbeo, addendo fub finem argent, viu.ne raortario adhæreat. Autre. Prenez eau de nénuphar , deplantain,demoreIle,de chacun deux onces, vinaigre fort vn® once 5c demie, efteignez dedans cinq ou fix coquilles d’œufs toutes rouges venans du feu, 5c les y lailîez tremper 5c ramollir, comme à fc rédiger en poudre,puis coulez le tout,5c verfez dedans vne bouteille de verre , en laquelle tremperez vn petit noüet plein d’vue dragrae 5c demie de foulphre vif fubtilcment puluerifé. Autre. Prenez foulphre vnc once, cerufe lauée deux dragmes, os de feiche,camphre de chacune vne dragme , ius de limons de chacun demie liure,ius d’oignons deux onces, triturez fubtilcment, 5c incorporez auec les ius , oingnez-en la face ou foir allant auliél, 5c au matin lauez-la auec dé- coction de fon. Et au cas que les pullules ou boutons ne voululfent ceder aux remedes, il faut ap- pliquer des veficatoires ,non faits de cancharidcs,à fin d’attirer du profond le fang adulte &bruflé, qui caufe lefdites pullules. Autre bien apprenne. viui ignis expert.J.ij.fi.zinziberis optimi j.piperis nigri j.ij.fiat puluis fübtiîiillî" nnis,& incorporetur cum §diij. pomraacei optimi. Faut oindre la partie rouge 5c boutons le foir, 5c le lendemain matin lauer ledit onguent auec de l’eau qui aura cité tiede dans la bouche. Tour ofter les faphirs du vifage. Prenez fuc d’oignon, pilé auec fel ou autrement pilé auec moyeux d’œufs. Tour amortir les dartres. Fueilles d’ellebore pilées auec vinaigre,ou laid de figuier tout feul,ou laid de tithymafou mou- ftarde dillbute auec vinaigre fort, auec vn peu de foulphre. Autre. Prenez coupe-rofe,foulphre 5c alum,de chacun viré les faites tremper en fort vinaigre,puis foient palfées par vn linge,& en foit appliqué delfus. Autre. Prenez vn œuf,& le faites tremper en fort vinaigre, auec foulphre vif mis en poudre, puis partez, 5c en vfez comme delfus. Si les herbes ou dartres font au vifage , l’eau de fublimé eft exceliente,aulîî l’alum incorporé auec blanc d’œuf,& vn peu de ius de citron,aufll fait l'aloés deftrempé auec oxyrael fcillitic. Or il faut icy noter,qu’à caufe que les fudits remedcs font aucunement corrofifs, rendans le cuir afpre 5c fcabre,pour l’adoucir 5c polir,on vfera de ce Uniment. Of. tecebenthrnæ Venetæ , tam diu lotæ vt acrimoniam nullam habeat , bucyri falis expert, an, 5.fi. olei vitell.ouor. axung. porci in aqua rofar. lot. 5. fi, ceræ parum,vt inde fiat linimcntum ad vfnan. On peur aurtî vfer des autres remedes cy-dertus mentionnez,qui ont pareille vertu; Four affermir les dents ,& les tenir nettes & blanches nos Dames delà fourvfent. Prenez eau commune 5c eau rofe, de chacune quatre onces ,. deux drachmes d’alum de roche, cuid 5c fubtilcment puluerifé,canelleentierre demie drachme, mettez l’alum 5c la pouldre dedans vne phioie de verre auec les eaux,puis expofez la phîole fur les cendres chaudes, faides le bouillir iufques à la confomption de la tierce partie des eaux ; eftanc refroidic,frottez~en vos dents au ma- tin auec vn linge net; Tour affermir les dents qui lâchent & branlent. Faut vfer de toutes chofcs qui aftreignent, foit en gargarifme ou opiate. La decoétion de ber- beris, fumach,balaurtes,alum,vin de grenades, merté auec eau rofe , 5c verjus,eft fingulier remede pour referrer 5c affermir les genciues. Autre La manière de faire noircir le foiL Chap. XL YL L faut premièrement îauer la telle ou la barbe de lexiueen laquelle on mettra vn E® feKW peu d’alum de roche,à caufe qu’icellc lexiue préparé le poil à mieux reccuoir la tein- tj® rure j, confumant la graille qui peut cftre aux cheueux ou barbe. Les remedcs partie culicrs pour noircir le poil doiuent eftre aromatiques & cephaliques , 5c vn peu fty- ZÉ&iMÊkÊJii ptiques, à fin que par leur aromaticité ils corroborent la vertu animale, 5c que par leur ftypticité ils aftreignent ; auffi doiuent eftre de fubtile rubftanccpour pénétrer iufques à la racine du poil. Il faut prendre vnc pierre de chaux-viue pefant vne linre 5c demie, 5c la mettre dedans vne ter- rine,auec allez grande quantité d’eau : 5c quand ladite chaux fera defteinte, il la faut remuer auec vn bafton,& palier ladite chaux Sc ean par vn falîet dedans vn autre vailfeau; 5c quand la chaux fe- ra raffife,il faut ietter toute l’eau,& y en remettre de frefchc autant 5c plus qu’à la defteindre, 5c la remuer comme à la première fois : 5c faut laitier, feicher ladite chaux,tant qu’on la puilte mettre en poudre; & prendre de ladite chaux cinq quatterons,& la mettre en poudre,& demie liure dehthar- ge fubtilcment puluerifée : &le tout palfer enfemblepar vnfalfet. Pour en faire parte allez liquide, faut prendre vne poignée de fange franche ,1a concalîer 5c mettre dedans vn pot de terre,auec vne pinte d’eau , 5c la faire confirmer iufques à la tierce partie, 5c palfer par vn linàe : 5c de ladite de- coélion ferez voftre pafte, de laquelle vous frotterez le lieu que voudrez noircir , ôc lairrez ladite parte l’efpace de quatre ou cinq heures : après lauerez le lieu auec de l’eau tîede en laquelle on aura mis du Ton. fuiphur. vitrioli, gallar.calcis viuæjlith.an.J.ij* feoriæ ferri g.rt.puluerifentur omnia fubciL 5c cum aqua commun! incorporentur , vt inde fiat malfa ; de laquelle on frottera les cheueux 860 Le XXVI. Liure, de la Faculté & s'en allant coucher, puis on mettra vne compre(fe defius auec vne coéffe , 5c le matin feront def- uelloppez de ladite pafte. cakis lotæ §.j. litarg.vtriufque fi. 8c cum decofto gallarum,cort. nucum, fiat mafia , ad- dendo oleicamom. 5. ij. 'If, g.j.fi.calc» viuæ j. diffbl. omniacurri vrina hominis donec acquirat confiftentiam vnguenti,de quo vngantur capilli. ’dJL. calcis lotie §.iiij. litharg.vtriufque an.5.ij.cum decoélo (àluiæ 8c cortic. granat. fiat pafta ad formam pultis fatis liquidæ : de laquelle on fe frottera les cheueux ou barbe s’en allant coucher, 5c le lendemain fe lauera de vin 5c eau» La chaux fe doit lauer en cefte forte : Vous prendrez vne liure de chaux , que vous ietterez en cinq ou (Ix pintes d’eau commune, laquelle y demeurera l’efpace de vingt-quatre heures , puis ofterez voftre eau par inclination,en adiouftant d’autre eau : 8c pour la troifiefme fois en lieu d'eau commune, mettrez delà decoétion de fauge 5c galles , qui y demeurera l’efpace de vingt-quatre heures, puis fera oftéepar inclination, 8c par ainfi aurez voftre chaux lauée. Autre. Autre, ■Autre, Moyen de lu- tter lu chaux. Autre remede fmguller. Le jus de l’efcorce de noix vertes,comme Ton peut cognoiftre par les mains de ceux qui cernent les noix nouuelles , qui en font noircies pertinacitcment, Ce qui aduient d'vne aftriélion conioin- te,auec vne tenuité de fub.ftance ; laquelle faiét que fon aftridlion defeende au profond , 5c fe dif- fufe de toutes parts, 8c l'aftriétion empefche que fa teinture ne fe puilfe effacer qu'à grande peine, auec drogues tant foient elles abftcrgentes. Autre de meYueîfleux effeB. Prenez de la chaux viue, la laifièz efteindre toute feule en lieu humide, 5c d’icelle prendrez trois onces , plomb brufléfans eftre laué, mis en pouldre deux onces , litharged’or puluerifeequatre onces, le tout fera mis dedans vn mortier de plomb, 5c auec eâu fera faiét comme vne pultc : 5c de ce en feras frotter les cheueux , puis mettre vn bonnet ou coiffe qui fera lailfé lanniét > & au ma- tin fe faut frotter la tefteauee linges chauds , & cefte matière tombera toute en pouldre. 3-£.plumbi vfti j.gall.non figill. ferretæ Hifpan. an.3. ij. vitr. Rom. jffai. aram.aloésan. 5.fi.fiat pulu. fubtil. Lefdites poudres feront trempées par trois iours naturels dans de bon vinaigre , après il faut le tout dirtii* 1er par l’alambic,«5c de l’eau en vfer comme il appartient. Pour faire les cheueux blonds» flor. genift. ftœcad. cardarao. an. j. lupin, conquafiæafuræ buxi, cort.citri,radie, gentian* 5c berber. an.|.j,fi. cum aqua nitri, fiat lenta decoétio , de laquelle on lauera fes cheueux par plu- fieurs iours. Autre, Pfüothra, ou Dépilatoires pour faire choir le poil. Chapitre XLV IL Moyen d'en t)fer. Ecip. cale. viu. ii j. auripig. La chaux fera efteinte en eau commune, pui: on adiouftera l'orpiment en pouldre, auec quelque chofe odoriférante. La manière d’en vfer eft, que l'on ne doit tenir fus la partie, (mon que l'efpace de bien peu de temps , autrement il brufleroit : 5c auffi deuant que l'appliquer , faut fomente] |a partie d’eau chaude, 5c faut que ledit Dépilatoire (bit appliqué chaudement , 8i eipais comme bouillie i on cognoiftra l’cffed en frottant la partie legerement auec eau chau- de, & le poil tombera : & s'il auoit efcorché la partie, on vfera de l’onguent rofat, ou autre femblable. Autre. cale. viuæ,auripigm. citr. argent, ah.îj.fi.terantur 5c incorporel!- lur cum aqua communi,5c bulliant fimul.Or le (igné de parfaiéte cuillon eft,que Ion mette vne plu- me d’oye,5c elle fera fubit defplumée. Autre. Prenez chaux viue 5c orpiment autant d’vn que d’autre,foit le tout puluerifé 5c mis en vn noliet, lequel fera trempe en eau,5c de celuy on frottera la partie , puis pafianc le doigt par defius, le poil tombera. - y Alutre maniéré. Prenez vne liure de chaux viue, 5c demie liure d'orpin iaune , mettez îe tout en poudre fubti- lement, 5c quand vous en voudrez vfer, en prendrez telle quantité que voudrez : 5c auec de l'eau en ferez pafte molalîc, laquelle mettrez fur la partie que voudrez depiler, 5c pour fçauoir quand 1 aeftion dudit Dépilatoire ferafaiéle, vousiauerez la partie auec vn peu d'eau tiede , & verrez que le poil tombera. le ne puis encore pafier que ne deferiue certaines eaux pour lauer les mains 8c vifage, voire tout le corps, 5c pour faire fentir bon les linges 8c autre chofes. Eau de lauande. ftor.lauand. Ife.iiij. aquæ rof. 5c vini albi an.îb.ij. aquæ vîuæ f.üij. mifceantur omnîa fimul, 8c fiat diftillario in balneo Mariæ. On le peut faire (ans diftiller,mettant infuler des fleurs delà la- Uandeen vne fiole de verre au Soleil auec eau pure, ou au bain Marie , en y adiouftant vnpcu d’huile d’alpic , ou vu peu demufe. Compofition des Medicameiis. 861 * _ Eaux de doux de girofles, six cary0ph‘ 5 ij- aquæ rsfarum Ife ij. macetent. fpatio Xxiiij. hor. & diftilL inbalneoMa- , Eau de fenteur. mcntll‘ maioi-; hyiropi faliiia:, rorif. lauand. an.m.iji rad.ireos ij.caryoph.cinn.nuc.mofa an,D . Iimo.num.inj.macerentur omnia inaqua rofar.xxiiij.hor.omnia diftillcntur in balneo Ma- fia;', addendo mofci 9 ijk Eïn du vmgt-fixiefme Liait De U faculté & compofition des Medicamens* — ' I ■ TABLE DES CHAPITRES du vingt-feptiefme Liure, des Di filiation s. ceP *lue Distillation, combien de fortes ou maniérés il y a de difiiller• chaP- i Læ matière çfi forme des fourneaux. Chap. ij Dej y aijfeaux pour difiiller. Chap. iij Quelles cbofes doiuent efîre confiderees es distillations, Chap. iv c En quels <-vaiffeaux faut difhÜer les eaux, Chap. v Comme il faut préparer les matières deuant qu'en difiiller les eaux, Chap. vj La maniéré de difiiller les eaux, Chap. vij La maniéré de difiiller te au de njie 5 appellee l'effrit de nSm, Chap. viij La maniéré de rectifier les eaux. Chap. IX La maniéré de difiiller par filtre. Chap. x La maniéré de difiiller les huiles 5 çfi par combien de maniérés elles font extraites, Chap. xj La maniéré de tirer les huiles des végétaux par diflillation. Chap* xij zAutre maniéré de tirer tejfence & effrit de tous aromates, tant herbes, fe~ mences 5 fui fis 5 auffi delà rheubarbe 3 agaric, turbith, hermodafîe> & autres purgatifs. Chap. xiij La maniéré de tirer thuile des gommes 5 larmes y ou liqueurs effejfes, çfi refines, çfi D mefmes de certains boù. Chap. xiv La maniéré de tirer les huiles des gommes plus folides > comme myrrhe, mafîic, ftfi autres. Chap. xV La maniéré de faire l'huile de rvitriol, Chap* xvj 862 L E VINGT-SEPTIESME livre, TRAITTANT DES DISTILLATIONS. Tar Ambroise Pare/, de Laual au Maine ? Confeïller & premier Chirurgien du Roy. jVnc çcfl que Distillation > & combien de ferles ou maniérés il y a de dijiiller. g Chapitre Premier. R maintenant il nous relie encore fomraairement traiter des mcdicamens pyrotiques 5c chymiques , c’ell à dire, extraits par diftiliation de quinte- eficnctj en laquelle il y a vne vertu fingulicre, 5c quafi diuine : qui a telle— W I I a m-ent rauy 1£S efprits des hommes , que bien peu de chofcs fc trouucnt iwlMRP Ms ayans quelques effeds 5c fingularitez en foy;,que l’on ne foufmetre à la diftiliation. Diftiller,c’eft vu art & moyen par lequel la liqueur ou humi- dite d’aucunes chofes par la vertu 5c force du feu , ou de chaleur fcmblable (comme les matières le requièrent) eft extraide &: tirée,cftant première- ment lubrifiée en vapeur, puis referree & efpeffie par froideur. Aucuns ap- pellent cet art fublimer , qui ne lignifie autre chofe que feparer le pur de l’impur , les parties plus fubeiles & deliees d’auec lesplus corpulentes, efpcdes ôc excrementcufes , mefmement faire que les matières defquelles la fübftance eft groffiere, foient rendues plus pures , nettes & finceres : ou bien que les parties rerreftres, allez mal vnies & conjointes, ou autreme»t par trop confufes, &; efpan- ducs par toute la fübftance de leurs corps, foient referrees, mieux vnies 5c amaftees enfemble , de façon que feparees par chaleur, chacune demeure à part au fond de l’alcmbic & vaifteau. Ou bien diftiliation cft vne extradion ou effufion d’humeur , découlante goutte à goutte par alembic, ou autre tel vaifteau : laquelle moyennant quelque codion qui fe fait par la vertu de chaleur, fcparc plufieurs fubftances les vnes d’auec les autres, 5>c réduit quelques-vnes d’icelîcs feparees 5: dlcuces en vne certaine forme 5c vertu, qui par après ferr 5c profite beaucoup à plufieurs affedions 5c ma- ladies. Aucunes matières demandent chaleur de feu clair, autres de charbon , ou du Soleil, ou des cendres, ou arènes, ou limeures de fer pulucrifees , les autres veulent chaleur de fien de chenal, ou d’eau bouillante , ou la vapeur d’icclle feulement. On remarque quatre degrez de chaleur au feu duquel on diftille , dont le premier eft tiede , comme vne eau à demy chaude, où la vapeur d’vue eau bouillante ; le fécond eft vn peu plus chaud, toutésfois on y peut fouffrir la main fans offenfe, comme eft la chaleur de la cendre : le tiers cft encore plus chaud , tellement qu’il peut offenfer griefuemenr fi on y tient la main longuement,çommeeft la chaleur des arenes :1e quart eft fi véhé- ment, que Ion n’y peut endurer la main fans brufter, comme cft la chaleur d’cfcaille ou limaturede fer. Le premier degré eft conuenable pour diftiller les matières fubtilcs & humides, corne les fleurs. Le fccond,pbur les Libelles 5c feichcs,ainfi que les chofes odorantes 5c aromatiques,côme canelle, gimgcmbre,cloux de girofles. Le tiers pour diftiller les matières de fübftance efpaiftc 5c pleines de fuc, comme font plufieurs racines 5c gommes. Le quart pour la diftiliation des métaux 8c miné- raux, comme i’alum, le vitriol,l’ambrefte gagates,& femblables. Pareillement on peut diftiller fans chalcur,comme nous voyons es chofes qui font diftillees en forme de colatures,à fçauoir,quand la plus pitre partie eft extraide 5c feparcc de la partie plus limoneufc 5c terreftre, comme Ion faid du laid virginal, 5c autres chofes qui fc font par le moyen du feutre ou chaufte d’hippocras, ou piece de drap en forme de languette, ou fablon,ou devaifteaux faits de bois de lierre. Quclquesfoisauftl on diftiledes matières par froideur &: humidité, ainfi que fefait l’huile de tartre,myrrhe 5c vitriol, lors qu’elles font mifes en lieu froid ôc humide fur le marbre. Que c’etl que diftiller. Sublimer , que c efl. Différence de feux. Degrex. de chaleur. Vfagts des fufdits de • Sre\; T) filiation fans chaleur. De la matière & forme des Fourneaux, C h a pt IL Es matières & formes des Fourneaux font diuerfes ; car les vns font faiéls de bri- Mi ques & rerrc grade, autres de terre grade feule : ies meilleurs font faiéls de terrç 1|| WSL Sralfe auec c’mcnt & blanc d’œuf, & beurre : toutésfois fi ru veux foudainement Æ L diftiller,tu en peux faire vu de briques rnifes les vues fur les autres, proprement ac- commodees. La meilleure Se plus commode forme des fourneaux entre tous, eft celle qui ed ronde par tout, à raifon que le feu porte en haut va par tout en plus égale mefure : ce qui! ne Feroit pas s'il cftoit d’autre figure, comme quatre ou triangulaire, à caufç que la feparation Différences de four- neaux. Le fourneau rond ejt le meilleur, Des Diftillations. 863 des angles difioindroit la force du feu fe feparant çà 6c là. Ils feront de telle grandeur qui fera re- quife félon le vaifleau qu'on y voudra appeler, &: feront efpais plus ou moins que tu aduiferas eftre ncceflaire.Tels fourneaux doiuent auoir deux fonds,l’vn en bas, pour receuoir les cendres du char- bon, ou d'autres telles matières de feu : l'autre plus haut, qui tienne les charbons allumez , 6c fait en façon de gril, ou bien feparé par plufieurs petits trous, à fin que les cendres s’efcoulenc au fond d embas plus facilement, 6c qu’elles ne (ufloquent le feu qui elehaufté l’alembic : autres ont trois fonds, comme au four de reuerberation , fçauoir l’vn pour receuoir la cendre , l'autre pour mettre le charbon , le tiers pour mettre la matière à calciner ou à diftiller, lequel doit eftre eouuert d’vne couuerture à demy-ronde , pour reuerberer la chaleur ou la flamme fur la matière à calciner ou à diftiller, félon que la matière le requiert. Le fond d'embas peut auoir vne ou plufieurs gueules, à fin d’ofter les cendes qui y feront tombées : &: quant à ccluy d'enhaut, il en doit auoir vne feule,de grandeur médiocre pour mettre le charbon ou bois dedans , 6c en haut deux ou trois petits trous, pour donner air 6c éuenter le feu , lors que tu voudras l'augmenter : l’vne &J'autre gueule feront garnies de leur bouchon ou porte. Or en défaut de fourneau ou de matière pour ce faire,tu peux accommoder ton vaifleau, ou bien ton chaudcron ou jatte fus vn trepié, comme il te fera monftré cy-apres en la diftillation du baing Marie. rt,fi 7 * Des vaijfeaux pur disHlkr. C H A p. III. BE s vaifleaux propres aux diftillations , font faits de diuerfe matière & forme-: car les vns font de plomb , d’eftaih , d’airain de terre plombée , & non plombée, de grais , lefquds font fort bons, de verre , d’or d’argent. Quant aux vaifleaux de plomb, ils font du tout à rcprouuer, principalement li les liqueurs .tirées par iceux fe doiuent prendre par la bouche, à caufe de la falfitude , 6c autres maléfiques qua- îitez du plomb : confideré mefinement que Galien condamne 6c reprouue l’eau conduite par canaux de plomb, pource qu’elle efmeut flux de ventre, à caufe de fa nature qui eft de fubftance de mercu- re. Dauantage nous voyons ordinairement eaux diftillées par le plomb, eftre le plus forment aucc acre 6c vehemente vapeur, qui fe fait, à raifon qu’iceluy fel eft diftout de la voufte del'alcmbic, le- quel gafte las eaux , les rendant blanches 6c efpefles comme laict. Et quant à ceux d'airain &; cui- ure, ils rendent les eaux airugineufes, 6c encores plus nuifantes que ceux de plomb. Ceux d’pr 6c d'argent font moins nui fans, ainfi en appareil font-ils plus difficiles, à calife du couft qui en pfte le gouft. Parquoy faut mettre diligence que les vaifleaux diftillatoires foientou de terre plombée, ou de verre, ou de grais, nommé terre de Beauuais, pluftoft que de plomb ou d'aucun métal 5 toutes- fois ceux de verre font les meilleurs j en fécond lieu ceux de terre plombée , ou vitrée , ou de grais: après , ceux M'eftain : 6c ceux de verre ne do firent eftre de fugere. Quant à la forme 6c figure des vaifleaux, ils font de plufieurs façons , les vns font de figurfe ronde 6c oblongue, les autres tortus, autres d’autre figure, comme ils te font reprefentez aux liure des Aîchymiftes : du nombreinfiny defquels ie t’en donneray le pourtraid des plus ncceflaireA 6c declareray leur vfage en leur pro- pre lieu. Différence des 'baif- féaux. Réprobation des vaif- feaux de plomb & de cuyure. Matière dés vaijfeaUXi Quelles ch0fis doiuent dire etnfiderées es diHilfations. C H a p. IV — '*■ j:l i *V tt Près auoir monftré que c’eft que diftillation , faut cognofftre quelles chqfes font requifes en icelle. Donc il faut premièrement choifir vn lieuconuenable pour raet- tre lefourneàu, à fin qu’il nefafle tort à la maîfon, ny aufli que rien ne puifl'e tomber furies vaifleaux. Lors qu'on diftillera quelque matière qui Toit de qualité maligne & veneneufe \ durant la diftillation on ne doit approcher que le moins qu'on pourra. Si onfaiél diftillation en vaifleaux de verre, il les faut choilir bien cuits,(ans bulles,non fifllirez,égaux de toutes parts. Le feu ne doit eftre violent du commencement, tant pour la fauuegarde des vaif- feaux qui fe pourroient cafter, reçeiians la chaleur trop iubitc , tant àufll que les matières reçoiuent la chaleur tout doucement. Ne faut mettre'dans le vaifleau trop grande quantité de matière, autrement elle pourroit regorger 6c fort if hors. Les matières chaudes , pour eftre de plus grande efficace , requièrent bien d'eftre diftiTlees par deux ou trois fois , en les reiettant fus autre matière, ou bien les rectifier à part, comme font gommes , cire, axunges, huiles d'os , d’ambres, iamme & iayct, 6c à chacune diftillation faut diminuer la chaleur d’vn demy degré,& ainfi confcquemmcnr, attendu qu'il n'eft requis fi grande chaleur, parce que la matière eftant fnbtiliée de plus en plus par chacune diftillation , ne mérité fi grande chaleur à la fin qu'au commencement, qu'elle eft plus groftèôc plus efpdfe : mais quant aux chofes aromatiques,comme girofle, candie & femblables*&: aufli ce qui eft extraiét de la fauIge,rofmarin,thym,& fémblables,ne fe doiuent rectifier,parce qu’el- les fortent toutes pures. En routes diftillations faut diligement feparer & mettre à part le phlegnae, c'eft à dire, l'humeur plus aqueux, 6c pour ce faire faut aduifer ioigneufement à la matière que l'on diftille : car au commencement le phlegrae fort du vinaigre quand on le diftille, 6c au contraire en l'eau de vie lephlcgme fort ledernier, encore qu'elle foirdi Aillée plufieurs fois. Si on veut que les eaux ayent l’odeur ou faueur, ou autre qualité de quelque çhofe, comme de canelle,de camphfc,de mufe,ou autres telles matières odorantes, fera bon de mettre la matière odorante,comme mufe, ca- ndie ou iemblable, dedans &aucc la fubftance que vous voudres diftillcr, à fin que par ces matières i'eau diftilîante en retienne l'odeur, ou autre qualité. Les liqueurs diftillées au feu de cendre ou du Jabîc , acquièrent ordinairement quelque empryreume, 6c pource eft tres-expedient de les mettre au Soleil, la fiole bien bouchée, & parfois l’ouurir. à fin de faire exhaler telle odeur, 6c confommer Lien camo'cle Médiocrité dk fetii il cmutent prendre in- dication dsi chofes nue L'on diftille 864 Le vingt-fèptiefme Liare, Deux points remarqua- hles en toute diftillation, lephîegme fi peu qu’il qu’il en feroit refté. Or combien qu’en toute diftillation pluficurs chofes foient requifes 8c ncceflaires,toutcs-fois faut auoir égard principalement à ces deux cy, lelquclles fc propofent tous bons ouuriers 8c artiftes en cet art. L’vne eft la maniéré qu’on veut traider 8c mettre en œuure , à fçauoir qu’elle elle eft , àquoy de fon naturel elle eft propre pour endurer ou agirjl’autre que l’on choififte les fourneaux 8c vailîeaux côuenables,tanr en leur matière que figure. Et Ci l’ouurier veut confidercr ces deux poinds, il ne faut douter que fon œuure ne foit bien con- duite: car tous corps ne font faids 8c formez de toute forte de matière, 8c les artifans ne peuuent indifféremment faire d’vn feul bois tout ouurage.Ainfi en ceft art ne faut-il efperer de pouuoir ex- traire par diftillation huile ou eau,de quelque matière que ce foit:mais il faut fçauoir fi elle eft telle qu’on en puiftè efperer huile ou autre chofe femblable:puis choifir 8c chercher les inftrumens pour l’œiiurc que Ion defire. Car fi Ion diftille quelque matière qui foit deftituce de la liqueur ou hu- meur que nous cherchons, que fera-ce autre chofe, finon que vouloir extraire de l’huile d’vn mur? Attendu que tous corps font mixtionnez des quatre Elemens , 8c qu’entre iceux les vns partici- pent plus de l’air, les autres plus de l’eau, autres plus du feu, autres plus de la terre. Ce confideré, il fera facile, moyennant la force du feu, extraire l’eau des matières plus aqueufes , comme l’huile de celles qui font plus acrecs 8c ignees. D’abondant eft à confiderer, quelquesfois l'eau vient la première : puis l’huile en donnant feu plus afpre, comme de toutes les herbes froides, bois 8c ra- cines : 8c des chaudes, l’huile vient la première auec l’eau. De quels corps l'huile vient la pre- mière. Bn quels vaijfeaux faut diïîilkr les eaux. Chap. V. Que c'efi que Cucurbite & Chapiteau, BOut diftiller toutes fortes d’eaux , deux vaifteaux font principalement neceftaîres, qu’on nomme en vnmot, Alembic : l’vn d’iceux eft appelle Cucurbite, ou vai fléau contenant : l’autre eft dit Chapiteau ou chape, auquel font amaflees les vapeurs con- uerties en eau , pource qu’il reprefente quelque certaine forme 8c figure de chef ou de tefte, au regard du deflqus qui eft plus grand, large Ôc long. En ce vaifleau il y a vn canal en forme de bec d’oyfeau , par lequel l’eau diftille goutte à goutte en yne fiole, ou autre vaiftèau, comme tu peux voir par ce portraid. Fourneau de bain Marie 3 auec les alemhics récif iens. A Monftre la cuue de cuyure, laquelle eft: pleine d’eau. B Le couuerde de ladite cuue percee en deux endroids pour paflèr le vailjêau, C Le canal de cuyure attaché à la cuue 9 auquel eft contenu le feu pour cfchauffer l’eau. D Lalembic auec fon chapiteau. E le récipient dans lequel diftille l’eau- Des DifHllations.1 865 lAutre maniéré de bain Marie* lequel neÜ ft portatif A Le vailleau où eft contenue l’eau. B Les alembics difpofcz en l’eau. Or à fin que ton alembïc ne vacille de cofte ôc d’autre , & qu’il ne nage eftant deltiÿvùides pareillement aulfi craignant qu’il ne Te rompe eftant immédiatement contre la cuue, ie t’ay bien voulu bailler vne manière fort commode pour y obuier. A Monflre le vailleau ou alembic de verre. B La platine de plomb, fus laquelle cft pofé le vailleau ou alembic» C Les cordelettes qui tiennent le vailleau à la platine» D L’anneau auquel font attachées les cordelettes. Pareillement tu peux diftiller par la vapeur de l’eaujce que tu feras commodément par tel four- neau, & vailleau qui te font icy reprefentez. 866 Levingt-l€ptiefmeLiure, Fourneau auec fon rvaijfeau pour dijîdler à la vapeur de h au. A Monftre le chapiteau ou chape de tonalerabic. B Monftre l’alembic fitué dans vn vailfeau de cuyvre à ce propre 8c accommode. C C Monftre le vailfeau de cuyvre troué 8c percé en plufieurs endroits, à fin de receuoir la fumee 8c vapeur de l’eau : iceluy vailfeau contiendra l’alembic, lequel eftant pofé , fera enuironne de feieure d’ais , à fin qu’il reçoiue mieux la va- peur : pareillement y fera mis de ladite feieure de bois au fond , de crainte que l’alembic ne rompe,cftant immédiatement contre le vailfeau dç cuyure. D Monftre le vailfeau d’airain, contenait l’eau* pofé dans leforneau. H Le forneau auquel eft pofé le vailfeau. F Monftre vn entonnoir, lequel fert à remettre l’eau félon qu’elle s’eft exhalee en vapeur, G Le récipient. Excellence des eaux di- fiillées au baing Marie dejfus cetes qui fe difi il- lent au feu violent, Quand à la vertu des eaux diftillées, il eft tout certain que celles qui font extrai&es in balneo Mariæ , c’eft à dire,en double vailfeau de verre en eau bouillante , ou fur la vapeur d’icclle , ions fans comparaifon meilleures & plus excellentes ; d’autant qu’elles retiennent exactement, non feu- lement l’odeur , mais aufii la faueur 8c couleur lucide , acidité , afperiré , aufterité , douceur* amertume , 8c autres qualitez de leurs plantes fans fentir tant foit peu la fumée. Ce qui fe fait* parce que le baing d’eau bouillante par fon humidité , retient, garde 8c conferue les parties plus fubtiles des plantes : par ce moyen empefehant qu’elles ne fe rdoluent 8c exhalent* comme.il Ce fait de celles qui font diftillées par le feu violent de bois , 8c de charbon : lefquelles reprcfentenc toujours au goufter quelque nitrofité 8c acrimonie de faueur , de fumée , 8c vn empyreurae ou ignité d’aduftion , & femblablement acquièrent vne mauuaife qualité des vailfeaux où elles iont diftillces,&: principalement de p!omb,qui fouuent porte dommage aux parties pedorales, comme à l’eftomach , au foye, 8c autres parties intérieures. Qu’il foit vray, on peut facilement cognoiftre qu’elles ne font de tel efter,& ne retiennent leurs qualitez,comme celles qui font diftillées au baing Marie.çCar celles qui font diftillées des plantes acres, poignantes 8c ameres,nefe tellement de l’a- mertume 8c acrimonie de leurs plantes , mais pluftoft d’vne douceur aucunement fade ; ce qu’on cognoift apertement en l’eau d’aluine diftillée en vailfeau de plomb, qui eft douce , 8c non amere, comme fa plante. Dont pour le dire en vn mot, les herbes diftillées au baing Marie font de plus grande vertu,& plus gracieufes au goufter, & plus plaifantes àodorer 8c à voir que celles qui font diftillées par alembics de plomb,d’eftain,ou de cuyvre, d’airain,de terre, parce que du vailleau de verre ne peuuent acquérir nulle mauuaife qualité. Les eaux font diftillées non feulement d’vne feule plante, mais aulïî de plufieurs meflées enfemble, 8c telles eaux font appellées eaux compo- fées,à raifon de la mixtion de plufieurs plantes 8c matières. Et de ces eaux les vues lont alimentcu- fes,les autres purgatiucs,les autres odoriferantes,lcs autres lcruent aux fards 8c ornemens du corps, lefquelles feront cy-apres déclarées. Différence des eaux. Comme il faut préparer les matières deuant qu'en distiller les eaux. Chapitre VI. ■ L Faut que les matières qu’on veut diftiller (oient préparées anant que les mettre aux alembics : 8c telle préparation n’eft autre choie que les incifer , piler, 8c ma- cérer : c’eft à dire , tremper en quelque liqueur , pour rendre les matières plus promptes 8c facilles d’eftre diftillées : & aulîi pour en tirer plus de fuc , & pour bien garder leur odeur 8c vertu : vray eft que celle préparation n’eft necelfaire à toutes matières : car aucunes n’ont befoin d’eftre infufes 8c trempées , mais au contraire def- feichécs auantque d’eftre diftillée s, comme la faulge , thym, rofmarin , 8c femblables à rai- fou de leur trop grande humidité : les antres fe contentent d’eftre arroufées de quelque liqueur. Or en celle préparation faut obfcruer deux chofes , à fçauoir , le temps de l’infulîon , 8c la liqueur dans laquelle les matières font infufées. Le temps de l’infulîon doit cftre me- furé félon la diuerfité des matières : car celles qui font dures 8c folides, oufeiches, ou en- tières,méritent plus longue irifufion,que les tendres ourecentes, ou pilées,dont adnient que les ra- cines 8c les femences demandent plus long temps'' d’infufion , les fleurs 8c fucilles moindre , 8c ainfi confequemmenc de telles autres matières. Les liqueurs aufquclles le fait l’infufion doiucnt Il nefl pas îoufiours ne. cejjaire de ce faire. Des DiMations. 867  rdpohdte à la qualité des màtierès qu'on veut diftiller , comme les matières chaudes doîuent cftré infufées en liqueurs chaudes, 8c les froides en liqueurs froides. Pareillement les matières qui ont peu de fuc,commela flulge , becoine, abfinthe ,8c autres femblables,ou qui font odorantes, corn- me tputes fortes d'efpiceries : toutes fortes d'herbes, ou efcorcc de bois odorant,comme la cand- ie ,, veulent eftre infufees en vin, à fin d'en extaire leur fuc, 8c garder aux odorantes leur odeur,qui fe peut facilement euaporer par l'adion du feu , à raifon de leur fubftance tenue. Et lors que Ion veut que quelque eau retienne mieux la vertu de la matière dont elle eft diftillée,on la doit infufer 8c dilliller eh fon fuc,ou en autre qui ait pareille vertu. Quelles tieres doiucV eftre infufées en vin. Not& La manière de diftiller les eaux* G h a p. VIL A N T clue donner le moyen de diftiller les eaux, il m'a femblé bon d’eferire com- bien il y a, de fortes d'eaux , 6c de leurs diuerfes vertus. Les vnes donc font medica- menteûfes, comme l'eaü rofe, deplantain,d'ozeillc , faulge 6c autres : les autres font alimenteufes, comme les reftaurans : les autres font mcdicamentcnfes 6c alimcnteu- SiiJîfes, comme les reftaurans alimenteux, aufquels on met des chofes medicaraenteu- fes. Autres font purgatiues, comme l'eau ou liqueur de rheubarbe , fi elle eftoit recente ou verte. Autres font faides pour embellir la face 6c les mains. Autres font odorifiques, comme ceilesjqui font tirées des aromates, pour lauer les mains &c le corps* Eau de rofè. Pour diftiller vnebone cali de rofe, il faut faire infufetoli tremper les rofes en eau de rofe diftil- lée , ou bien en fuc tiré d'icellcs , 6c ee par l'efpace de deux ou trois iours, ton vaificaueftant bien bouché 6c hué, puis les mettre en ton alembic de verre couuert de Ton chapiteau bien luté 6c ac- commodé de Ton récipient,& le mettre au vaifleau de baing Marie,comme ie t'ay deferit cy-defius. Ëau aliment en fi ou refiauratiue. Lés éaux alimenteufes 6c reftauratiues, ne font autre chofes que reftaürans,dcfqùels ie t’ay bien voulu donner le vray moyen de les diftillicr. Prenez chair de veau , mouton, chcureau, chapon* poulets,poules grafles,perdcis,phaifans , en telle quantité qu'il te femblera bon , hachées bien me- nu : 6c pour diminuer la chaleur qu'ils acquièrent, on mettra vne poignée d’orge mundé, vne poi- gnée de rofes ronges feiches,ou recentes, qui premièrement auront trempé en ius de grenades , ci* trous,& eau rofe,& quelque peu de canelle. Si Ion veut faire le reftaurant médicamenteux,on y ad- iouftera chofes contrariantes à la maladie , comme pouldres cordiales, fçauoir eleftuàire diamar- craritumfrigidum , de gemmîs,aromaticum rofarum,conferue de bugloife,bourroche,racines,her- bes femences , 6c autres femblables. Et fi c’eftoit pour bailler à vn peftiferé, on y adiouftera du theriaque ou methridat ,6c autres alcxiteres. Il faut difpofcr les chofes par petits lids ( dit ordi- nairement ftratum fuper ftratum) 6c l'alemhic de verre , 6c les faire diftiller au baing Marie,ou fur cendres,ou arenes chaudes, comme tu peux voir par ce porttaid : réitérant l'eau par plusieurs fois delfus, 6c lé lai fiant infufen Différence des eaux. Eau de rhtÜP- barbe. Vortraïffi du baing Marie 5 lequel peut fermr à diftiller par cendres. A Detnonftre le fourneau de terre j auquel t'eft mon* ftré la gueule pour tirer les cendres. B Monftre vn autre fourneau, lequel eft fait de cuy- ure, 6c palfe tout au trauers de la cime faide dé cuyure pour efchaufFer l'eau où cendre contenue dedans. G La cuue où eft contenue l’eâu , cendres,ou fable. D Les alcmbics difpofez dans ladide eau* fable, ois cendre, auec le bec de leur recipienti On peut faire d'autres reftaurans plus fubitement & à moins de frais, ny tant de peine. ïi faut bien battre les chairs,puis les hacher à petits morceaux,& les faut enfiler de fil double ou fîflelle, 011 infeél ,1aquantité félon la grandeur du vailléau, auquel tu veux faire la dillillation : cmply de iufques à la tierce partie, puis le faut counrir de fa chape à long bec, 5c ainfi fais-le difliller au bain Marie: fi tu veux auoir l’eau de vie excel- lente-,la faut redifier d©ux ou trois fois,voireiufques à fept. Et faut obleruer que pour la première dillillation fera allez de tirer la quatriefine partie, à fçauoir , de douze pintes trois ou quatre,pour la feconde,la moitié , qui feroit deux pintes , pour la tierce, autre raoitié,qui fera vne pinte,&: plusrtellement que plus de fois fera dilliléc,moins y en aura,& aufîi mieux vaudra. le ferois d’aduis que la première dillilallation fuft au feu des cendres, 5c les autres au baing Marie. Or les moyens par lefqucls on cognoill l’eau de vie ellre allez dillellée font, qu’ellant pofée en vne cuil- lier 5c allumée,elle fe confommé du tout,ne laiflant aucune marque d’humidité au fond de la cuil- lier: aulfi li on trempe vn linge en ladite eau , eftant allumé , brufle fans ofFenccr le drapeau : pa- reillemét fi vne goutte d’huile eft iettée en ladite eau,elle va au fond, comme fi quelque peu d’icel- le eft efpanduë fur la main, fe confommé &c pénétré bien toft. Les vertus de l’eau de vie font infi- nies,elle aydeaux epilepfies,&apoplexies,gencralement à toutes maladies froides : ellefede la dou- leur des dcnts,elle eft vtile aux pondions,és playes des nerfs,aux défaillances de cœur 5c fyncopes, gangrenés 5c pourritures, mixtionnée auec autres medicamens , afin de les faire penetrer au pro- fond des parties. Entre la diflilation du vin 5c vinaigre, il y a différence , parce que le vin eft de fubftsnce vapo~ reufe 5c aérée, 5c la meilleure vertu qui eft en iceluy,gift en la première dillillation , c’eft à dire, k l’eau qui eft diftillce la première, qui eft la vertu aérée 5c ignée : tellement que ce qui relie 5c de- meure au vaiftéau,eft froid 5c fcc, dénaturé de vinaigre. Au contraire l’eau première du vinaigre eft infipide,& n’eft que phlegme, comme auons dit,parce qu’en la corruption 5c altération du vin, il fe faid feparation delà vertu aérée & ignée en s’aigrillânt, 5c n’y demeure que le phlegme qui faid la corruption du vinaigre, lequel prédominant eft contraind de fortir le premier. Par- quoy pour auoir bon vinaigre par dillillation après l’auoir mis en pareille quantité qu’auons dit du vin , pour faire l’eau de vie , dedans l’alembic, faut lailîer, diftiller le phlegme ou l’aquofité, 5c le mettre à parc : puis quand on fèntira au goûter que l’acetofité ou efprit viendra , le feu fera continué iufques à ce qu’il s’efpaiflifie en forme de miel,& lors cefTercz;autrement aurez par l’adu- ftion vne grande puanteur. Or les yailîcaux pour difliller tant Peau de vie que le vinaigreront diuers, à fçauoir, l’alembic, ou retortc,poiée dans les cendres ou arenes. On les peut pareillement diftiller dedans vn chaudron, ou pot de cuyvre,d’airain,faid en forme de marmite,appellé velîie vulgairement,cofiucrt d’vn cou- uercle, duquel fort vn canal droit courbé en angle droit, qui parte par dedans vn muy plein d’eau fraif«he,lequcl te fera portraid lors qu’on donnera la maniéré de diftiller huile de végétaux , c’eft: à dire, des herbes 5c plantes. Frémis de bonne eau de •vie. Différend de la difiillatio du vin & 'vinaigre. Différente des vnif- féaux. La manière de rectifier les eaux diflillees. Chap. IX. Première mmieie. O v R redificr les eaux qui ont efté diftillces au baing Marie , il les conuient mettre au Soleil en vn vailfcau de verre bien boufché 5c à demy plein, mettant le vailléau |l £|||É|| iufques à la tierce partie dans le fable : à fin qu’eftant efchauffc par le Soleil, le yyiêlËS phlegme foit entièrement confommé , & le laifièr l’cfpace de douze ou quinze iours. Des Diftillations’ 869 A PIus 011 moins- 11 y a vne autre maniéré plus commode, c’cft derechef les diftiller au baing Ma- Stmd* lie à petit feu : ou bien pour mieux faire, les mettre en vue retortc ou cornue auec fon récipient r allife fur des boulles de ctyftal,& mettre le tout au Soleil.ou bienl'a(leoir,«n défaut de cr y liai, fus vn mortier de fer, ou boulles de fer, comme tu peux voir par ces portraits. Corme auec le récipient ajfife fis des boulles de cryftal, pour diftiller au Soleil. A Monftre la cornuë. B Le récipient. C Les boulles de cryftah neutre cornue auec le récipient aflife en Vn mortier de marbre y ou de fet\ pour pareillement disîiller au Soleil. A Monftre la rctorte* B Le mortier de marbre, ou de fer» C Le récipient* La manière de diîüller par filtre. Chap. X. Ej L faut auoir trois îattes ou bailîns , ou autres vaiftèaux faits de telle matière qu’il 5 fera requis, félon la liqueur que voudrez diftillen Iceux feront tellement fituez,que 1 Tvn foit plus haut que les deux âutres,& le fécond que le dernier. Le plus haut con- ! tiendra le lus quon voudra diftiller, & le bas ou dernier reccura la diftillation. Et dedans les deux premiers vaiftèaux trempera vne on plufienrs pièces de drap ou de feultre aftez longue, qui fera large par vn bout, ôc poinftuc de l'autre : le cofté large trempera dans le jus ou liqueur, & le poin&u pendra dehors , par lequel la liqueur plus fubtile montera & diftillcra goutte à goutte au vailtèau dJembas, en forte que le plus limoneux & impur demeurera au premier & fécond vaifleau. Si l'on veut plufieurs fois ôc en mefme temps diftiller vne mefme liqueur, l’on pourra difpofer plufieurs vaiftèaux en forme d’efcalier ou d’efchellettc : & en chacun de ceux qui feront les plus hauts, mettre la piecede feultre de la façon qu'auons dit, en forte que le dernier vaifteau loit celuy qui referuera toutes les diftillationSé En lieu de lifiere de drap , on peut vfer de cotton , ou de laine fifçe, dix ou douze filets enfcmble liez par vn bout * lequel trempera dans le premier vajjGTeau. Vingt-feptiefme Liure, 870 'Tourtraiffi des nuaijfemx pour diHïüer par filtre, Au lieu de celle diftillation, les Apo- thicaires vient de manche de draps faite en poinéle, qu’on appelle chauffe d’hip- pocras. Or telle diftillation n’a elle cx- cogitéc, fmon que pour purifier , dépu- rer , Si clarifier toutes eaux & ius, de au- tres compoficions qui font en eau : de- quoy le laidl, vulgairement dit virginal» te Ternira d’exemple , lequel le purifie en celle forte par le filtre. Prenez litharge d’or bien puluerîfécf. iij. faites - les infufer en vj. onces de bon vinaigre par l’efpace de trois hcures,dans vn vailfeau à part, 8c dedans vn autre Laici virgi- nal* vaifleau mettez auflî infufer fel commun en eau de plantain, morelle, eau rofe, ou commune, fai- tes diftiller par fître chacun à part : 8c après qu’ils feront diftillez , meflez-les enfemble, 8c alors aurez le laid virginal, blanc comme laid, qui eft propre pour la goutte rofe, comme ay deferit en mon Antidotaire. La manière de distiller les huiles par combien de marner es elles font ex irai fie s. Chapitre XI. Huiles pttf exprejfion- L y a trois maniérés d’extraire les huiles. La première eft par expreflioti, comme eft celle qu’on tire des oliucs, noix, fernences, fruids, & autres : ou bien par ébullition, conqualfant la matière, 8c la faifant bouillir en eau,&: au deflus viendra huile qui na- J|h gc> comme de la graine de furcan, hicbles, baies de laurier , 8c autres. La fécondé eft par infufion , comme celle qu’on fait auec huiles , mettant dedans tremper quelques parties des plantes, ou des animaux. La troiflefmc eft par diftillation , comme celle qu’on fait par force de feu , foiten montant, ou defeendant, ou par rencontre. La première maniéré eft cogneuë d’vn chacun, 8c fe fait ainfi : comme pour extraire l’huile d’amendes, les faut piler fans peler, 8c les réduire en pains, qui feront enueloppez en vn fac fait de poil de chenal, ou toile neufue, premiè- rement trempée en eau ou vin blanc , puis on les met en la prefle : 8c par tel moyen on en extraid l’huile, ce qu’on peut pareillement faire de pignolas, noifettes de noix d’Inde, mufeade & noyaux de pefche, 8c pareillement de fcmences de courges, de concombres , piftachcs, & généralement de toutes autres fernences huileufes. L’huile laurin fe fait des fruids des lauriers meurs 8c recenrcment cueillis, lefquels on pile en vn mortier, 8c les fait - on bouillir en eau in dnplici vafe : puis on les. prefle en vne prefle, comme les amendes , ou bien on les tire par ébullition , comme auons dit. L’huile d’œuf fe fait auec jaune d’œufs , qu’on à fait durcir à force de bouillir , au nombre que tu voudras,après cftrc bien durs~on les émincé entre les mains dedans vnepacfle,& les fait-on fricaf- lér à feu médiocre, tes remuant ronfleurs auec vne cuillier iufques à ce qu’ils deuiennent roux ou tanez, 8c qu’on en voye fortir l’huile, puis fubic les faut mettre en vn lac de toile ou eftamine fait de poil de chenal 8c les prefler à la prefle comme on fait l'huile d’amendes.Celles qui le font par in- fufion fe pratiquent en toile forte. Vous prendrez de bonne huile , en laquelle mettrez tremper ou infufer vos herbes Replantes, ou bien quelques animaux ou parties d’iceux , 8c ce par l’efpace de quelque tempsrlefquels après auoir faille leur vertu 8c faculté pour y eftre trempez longuement, on les fait bouillir, puis on les coule 8c prefle , 6c fi dedans l’huile demeure quelque humeur , on la fait confommer,la faifant boüillinaucuns adiouftent des gommes en cefdites huiles, lors qu’on les veut compofer, defquelles encore qu’en noftre Antidotaire en ait efté cfcric, toutesfois ic donneray la copie de cefte - cy. Huile d’Hyperkon. Prenez fleurs d’hypcricon îb. fi. Icfquelles mettrez en vne bouteille auec fleurs de centaine q. f. gomme clemni 5.ij.huile commune deux liurcs,mettez tout en la bouteille au Soleil le long de i’E- fté, lors que le foleil eft en fa plus grande force, fi voulez adioufter vn peu d’eau de vie, elle feroit finguliere , dans laquelle pourrez diflbuldre du benjoin. L’huile de maftic eft faite de douze onces, d’huile rofat,maftic trois onces , bon vin huid onces, puis on faid cuire le tour enfemblc iufques à ce que le vinfoitconfommé ; en après on paflé l’huile, 8c eft referuée en vn vaifleau. pvr infufion. Far distilla- tion. Nulle laurin. Nulle d'œufs, * La maniéré de tirer les huiles des végétaux par distillation. Chap. XII. SR e s e tontes les herbes qui portent leurs fleurs 8c fernences en moucher,ont leurs fernences compofées de fubftance chaude,fubulc,acrée,& partant il faut qu’ils tiennent quelque choie de la fubftance oleagineufe ou huileufe : car prefque toute huile eft com- pofée de mefmes parties. Or d’autant que l'huile qui fe trouue es fimplœ eft de deux fortes; ainfi feront-elles tirées par deux manières : car l’vnc eft groitè, terreftre, vifqueufe, 8c en- tièrement meilée auec le corps duquel on laveur tirer , comme celles defquelles auons parlé cy- tteflus, qui font tirées par expreffion, eftans ioindçs infeparablcment auec leur fubftance>nc pou- Deux fortes de fubftance tlseufr. Des DiftillatiônS. 871 itaift monter pour leur confiftance groflfe &; vifqueufc. ïl y a vne autre forte d'huile qui eft de na- ture fubtile &c ae'rée , laquelle on peut aifément feparer du corps aüecques lequel elle eft ioindre, parce qu'elle monte facilement pat diftillation , & n’eft mal-ailée à feparer d’auec le corps qui la contient, & de telle nature font toutes les huiles des aromates ou lenteurs, comme l'huile de ge- névre,anis,fenoüiI, doux de girofle, mufcade,canelle, !k leurs femblablcsraufll des cfpiceries,com- me poiure, gingembre, &c autres : le moyen de les extraire eft tel. Il faut piler & conquafler feule- ment ta matière, «5c la mettre infufer en eau commune, &: pour vne Hure de matière, dix d3cali dans i vn vaifleau de cuyure ayant vne chappc, auec fon refrigerion pleine d'eau froide, laquelle chappe fera eftamée ou argentée par dedans, & iceluy vaifleau fera pofé fur vn fourneau ayant du feu def- fous, fans fable ny cendres, quand l’eau qui eft au refrigerion fêta chaude, il faudra la changer, y en remettre de la froide, afin de congeler les cfprits,& empefeher qu'ils nes’euaporent:& au bout du nez de l'alembic tu poferas vn récipient à long col, comme materas j & feras feu iufques à ce qu’il bouille, en le continuant. Tu peux aufll diftiller en autre maniéré, à fçauoir, ta matière pré- parée &c infufée comme delfus , & mife dans vn vaifleau de Cuyure, ayant vn alcmbic au delfus, au bec duquel alembic feraaccommodé vn tuyau d'eftain ou de fer blanc bien kité , auecques le lut de fapiencc ; lequel tuyau paflera au trauers d’vn muy d’eau froide, afin qu'en diflillant la liqueur, qui fortira auctqueS l’huile,fe refroidiflé, au bout duquel fera misvn récipient, puis allumerez deflbus vn petit fcü au commencement, «5c l’augmentant iufques à ce qu’il bouille, cornue dit eft : & fe faut donner garde de faire trop grand feu , craignant que la matière ne regorge : lors verrez auec- ques l'eau diftiller au commencement voftre huile : car elle vient la première, & non fur la fin , &; lors ne dirtillant plus, edferez de faire du fcu,Ôc cognsiftrez aiféraent qu'il ne diftille plus d'huile, tant parla veue que par le gouft &c laueur de ce que faites diftiller : après feparez voftre huile qui fe- ra auecques l’eau diftillée le plus fubtilement qu’il fera pollible , comme auecques vn deftîer dont les femmes coufent, attaché à vn petit bafton. Et faut icy noter qu’il y a des huiles qui üagent delfus l’eau, les autres vont au fond,comme l'huile d’anis nage delfus îéau : mais l’huile de cànelle, macis, Sc girofles,va au fond,ain(î que l'experience monftre : D’auantage l’eau d’anis & de canelle qui eft diftillee auecques l'huile eft blaucheaftre , de laquelle blancheur quelque peu fe conuertit auecques le temps en huile. Les eaux doiucnt cftre fcparees,car elles font plus excellentes que cel- les qui font diftillees in balneo Marias , comme auons dict cy-delfus, & principalement celles qui viennent au commencement auecques l’huile. Il faut icy noter que les huiles ont vne mefmc vertu, que les Amples, defquels on les tire, voire beaucoup plus grande. Car toute la vertu qui eftoit en vne Hure, eftenclofeen quelque peu de drachmes : comme pour exemple,la vertu qui eftoit en vne Hure de doux de girofle, eft contenue en deux onces pour le plus : de canelle,à vne drachme & de- mie, ou deux.Or à fin d’en tirer en plus grande quantité & à moins de frais, ôc fans crainte de rom- pre les vailfeaux de verre, ieferois d’aduis d’vfer de celuy decuiurc,fans crainte que l'huile àcquie- > re quelque raauuaifc qualité du vaifleau : ce qui pourroit eftre au vaifleau : ioiitd auflî qu'il doit cftre bien eftamé ou argenté : duquel ie t'ay voulu bailler leportraid auec fon fourneau. Préparation (Us mat 1er eu. Huiles qUi vot au fonds de l'eau* Videtur con- trarium fiL 3 qui portent des grains comme de lierre,ou petits rainns noirs quand ils font bien meurs. Les fueilles font fem- blablcs au Citronnier, quelque peu aiguës &poignantcs. Les Indiens font fort curieux à recueillir celle graine, lors qu'elle eft venue en fa maturité. Si en remplirent de bien fort grands magazins. Il y a telle année qu’il aborde en l’ifle de la petite laue plus de deux cens vaifleaux pour fc charger de Poyure, & d’autres efpiccries. On en vfe aux antidotes & Il prouoque l’vrine, digcre,attirc,refoult, donne fccours aux raorfures de ferpents. Il eft bon pour l’eftomach refroidy, donné tant par dedans, qu'appliqué par dehors, & aydeà faire ladigeftion, Redonne appétit mis en faulces. Il le faut choifir qui (bit noir, pefant, &c non fleftry. L’arbre qui porte le Poyure blanc, Si celuy qui porte le noir, font Ci peu differens, que ceux du pais ne les peuucnt remarquer, linon que lors qu’ils portent leurs fruids : comme l'on void des vignes blanches Sc noires. Theu’f en fa Cvfmogr, J‘ Le Vigneron eogmifi bien le ftp l’vn d'auecl'aurre feins ral/ins, (i ie ne me trompe. Figure de l'arbre qui porte le Poyure. Theuet en fa Cofmogr. L'arbre qui porte la Candie croift aux montagnes des Indes , Ôc eft prefquc femblable à noftre Laurier. Le Roy en fait couper par certains mois de J'annee certains ietrons & feions, ÔC en faid leucr Tefcorce, qui eft ce que nous appelions Candie, laquelle eft vendue à fa taxe aux eftrangers. n’dlant permis à autre faire couper ce bois. Galien dit la Candie eftre de fubtiles parties , chaude au tiers degré, ayant quelque legereaftridion,au moyen dequoy elle incife 3c dillbult les fuperflni- tez du corps, & fortifie les membres. Elle eft fort propre à dmouuoir les mois aux femmes, arre- fiez par trop grande abondance 3c dpoilfeur d’excremens , de forte qu'ils ne s’éuacucnt fuflifim- ment. Elle fert à faire bonne bouche, 3c aromatifer les médecines, & faire hyppocras , & donner Souft aux au^es* On fait de la Candie vue eau excellente , laquelle eft founeraine contre routes les rodadies froides, défaillance de cœur, prdéruant de la pefte, & contrariant aux venins. Sa de- /cription eft telle. Prenez vne liure de la meilleure Candie que la pourrez choiftt * & l’ayant vu Gai Uu. des fimples. Manl fa le 1 U.de Dhf. (onde. Des Diftillations* 873 A peu concaftèe, îa jetterez dans vn vaiftèau de verre, aüec quatre liütes de bonne eau rofe, & démië uirede bon vin blanc, le tout ferez infufer par l'cfpace de vingt-quatre heures, le mouuant fou* uant puis mettrez a diftiller au baing Marie, félon l'arc, les vaiftèaux & (copient bien lûtes en* ipnble, a fin que l'efpnt ne rcfpire. r Figure de l'arbre qui porte U Canetle. maniéré pour tirer teffence & ejfrit de tous aromates, tant herbes & fiuitts : aufi de là rheuharbe, agaric, turbith, hermodatte, à4 autres purgatifs* CriAPlTÜË XI IL H'Essence Sc efprit de tels fimples, font extraits eh céfte forte : Prenez (aulge, rheubarbe, candie, ou autre matière, & la hachez menu, ou bien là concaftez : cela faid, feront mis en vn materas ou bouteille de verre, ayant le col bien haut,& verfez deftus eau de vie, ou efprit de vin bien redifié, en telle quantité qu'il couure la ma- tière mife au vaifteaü, delà hauteur d’vn doigt ou deux : puis cftoüpcz le vaiftèau diligemment, qu’il ne puifle auoir aucun air , & le laiftez huid iours tremper tout feul au baing Marie bien lent : lors voftre eau de vie attire à foy l’cfprit qui eft implanté à la matière, dont vous faides extradions le transforme en foy : ce que cognoiftrez quand elle fera bien colorée, ayant tire la teinture de la matière trempée. Ces huiét iours expirez , verfez voftre efprit de vin en vu autre vaifteaü, auquel y aura autre matière âinft préparée , à fin quül ne tire pareillement la quali- té : & réitérez cecy par trois ou quatre fois,iufques à ce que voftre eau de vie aye parfaidemenc pris la couleur & teinture de voftre iiigrediant. Or fi le finiple duquel voulez extraire l'eflènee eftoit de grand prix, comme bois d'aloés , oü rheubarbe , il ne fe faudroit contenter de verfer vne fois de l'eau de vie fus iceluy, mais deux ou trois fois , iufquês à ce que l'eflènee fuft du tout tirée: ce que cognoiftrez, lors que la matière fera du tout infipide & perdu entièrement fon gouft : cela fait tant qu'il fera befoin, mettrez toutes les eau& dans vn alembic couucrt de fon chapiteau, bien luté, mis & pofé au baing Marie, à fin de faire euaporer voftre eau de vie, qui doit eftre fcignenfe- ment gardée pour vne autrefois, m fond demeurera voftre efprit ou eftènee * laquelle 11 voulez Le vaijjeàd doit eftre bieû bouché; Le vinstdepticfme Liure. 874 auoir en confiftance de miel, la mettrez en vn vaifleau de terre plombé fur les cendres chàudes, faifant euaporer le plus fubtil, ou bien dans l’alembic : & par tel moyen aurez à la parfin vne fub- fiance ou eflcnce tres-excellente ôc precieufe de lachofe extraide, ôc en alfez bonne quantité, auec laquelle, mefme en petite quantité, ferez plus grande opération, qu’auec vn grand morceau de ra- cine ou herbe : comme auec vn fcrupule de l’effence de rheubarbe, agaric,turbith,ferez plus d’opé- ration, qu’auec deux ou trois drachmes. Moyeu de tendre l’ef- fence en con- fiance de miel. La maniéré de tirer l'huile des gommes, larmes, ou liqueurs ejpejfes, & refines, & mejme de certains bois, C h a p. XIV. ■ O v T e s les huiles de gômmes & bois oléagineux , enfemble l’huile des métaux,' font tieées par vn vaifleau appelle Retorte, &des François Cornemufe,àla femblan- ce duquel infiniment eft faide la retorte. Quant à la matière dont elle doit eftre faidc, il eft meilleur qu’elle foit de verre, de pierre, puis de terre plombée Ôc ver- niffée: quant à la grandeur, il do;t eftre félon la matière ôc quantité d’huile qu’il te femblera bon extraire : toutesfois nous le prenons ordinairement de telle grandeur, que fa capaci- té intérieure puiflè tenir douze Hures d’eau, ayant aufli vn col de pied & deray , ou d’vn pied pour le moins. Le vaifleau receuant le plus forment eft vne fiole de verre, ou bien vne autre retorte,dans laquelle foit accommodé ÔC inféré le col de la retorte contenante. Icelle doit eftre pofée en vne jat- te ou terrine pleine de cendre ou fable , laquelle doit eftre mife ôc accommodée fus le fourneau, comme tu peux voir par ce pourtraid. Caution félon la grandeur du •vaifiem. Entre les gommes, les vues font liquides, les au- tres folides, ôc d’icelles aucunes plus folides que les autresdes folides donnent plus de peine à diftiller que les liquides , à raifon qu’elles ne fe liquéfient fi toft, Ôc nobeïflènt pareillement au feu , ôc pource fouuen- tesfois fe bruflent deuant que fe diftouîdre, ôc pourdfe aucuns adiouftent pour liure de gomme folide 3 deux ou trois onces d’huile de terebenthine, de la plus clai- re ôc liquide : à ràifon qu’elle eft très - pure ôc nette. Quant aux liquides,elles (ont fafcheufes aufli à diftil- ler , à raifon que fouucnt elles s’enflent de telle façon, qu’elles regorgent dans le receuant, telles qu’on les a mifes à la retorte , principalement fi du commence- ment on y donne feu grand ôc violent ; ôc pour ob- uier à tel inconuenient, aucuns adiouftent en la Re- torte du fable. Huile de refine , & terehenthlne Prenez térébenthine deux ou trois Hures, laquelle mettrez en voftre rctorte de verre allez gran- de, tellement que les trois parties foient vuides, y adiouftant pour liure de térébenthine trois ou quatre onces de fable : cela faid, vous poferez voftre Retorte dans vue jatte ou terrine , pleine de cendres falfées ôc bien accommodées fus voftre fourneau, au col de laquelle adioufterez vn receuât bien luté , puis ferez feu au commencement bien leger : car ces liqueurs çfchauftees , facilement s’efî euent ôc enflent, puis augmenterez voftre feu petit à petit, donnant garde que la matière ne bouille trop à coup. Au commencement diftillera vue eau claire acetcnfe , à laquelle ordinaire- ment le concree vne hypoftafe , puis fortira vue huile fort claire approchant d’iceluy phlegme , ôc lors augmenterez vn peu voftre feu , à fin de faire monter la troifiefme liqueur , qui eft vne huile de couleur d’or claire ôc fubtile : ôc derechef donnerez feu de chaffe , auec feu de flambe, pour ti- rer vne huile rouge & vermeille de couleur de ruby, alfez efpaiflé, ôc par ce moyen tirerez de la té- rébenthine ces quatre liqueurs: vous pourrez changer à chafquefois vn récipient, mais il eft plus expédient les laiflfer enfemble , à fin de les diftiller vne autre fois. D'vne liure de terebenthine, fera toufiours tiré dix ou douze onces d'huile : elle eft finguliere pour la paralyfie , conuulfion, picqueure de nerfs , &■ pour les playes des parties nerueufes. Prenez vne liure de cire, laquelle ferez fondre,& la verferez en voftre Retorte de verre accom- modée au feu de fablon, ou de cendre, comme auons did de la terebenthine , ôc d’icellü fera faid diftillation, augmentant le feu petit à petit : il ne fort ordinairement qu’vne feule huile, & vn peu de phlegme, toutesfois vne partie d’icclle fe congele comme beurre, ôc pource derechef doit eftre diftilléc ôc redifiée, d'vne liure de cire fe peut tirer fix ou huid onces d’huile , laquelle eft recommandée fur toutes autres chofes, pour les contufions ôc douleurs froides. Huile de cire. Des Diftillations. 873 La marne y e de tiret l'huile des Gommes plu* fiolides, comme myrrhe, mafiic, autres Chapitré XV* V c v n s tirent ces huiles par le feu de cendre, ou de fable* cortlme auons did des précédentes , y adiouftant pour liure de gomme deux ou trois onces d’huile de cere- benthinc, de deux d’eau de vie, de laiflent macerer de tremper Tefpace de huid ou dix ioUrS aU Marie» ou bien au ventre de cheual,c’cft à dire, au fumier,Tefpace d’vn mo{Sj puis la diftillenten la Rctorte. Or le vray moyen de faire Thuile de myrrhe eft telle : Prenez myrrhe puluerifee, laquelle ferez diftiller par les œufs les faifant durcir , de au lieu de iaune les remplir de myrrhe, lefquels feront mis fur vnédaye à efgouter, en vne cane froide & humide, de au defibus on mettra vn plat ou baflîn de terre verniffée ; la myrrhe fe dilfoudra en eau huileufe, laquelle fera après mife en vn matelas de verre , auèc autant d’eau de vie, bien redifiée au fumier, Tefpace de deux ou trois mois, le matelas eftant bien boufché ; cela fait fera tirée du- dit fumier de verfée par inclination en vn alembic : car au fond dudit matelas demeurera vn marc allez efpais : puis Talembic fera mis au baing Marie pour faire éuaporer Teau de vie de le phlegme* &au fond demeurera ton huile belle de claire, laquelle tu pourras colorer d’vn peu d’orcanete : de fi tu luy veux donner quelque odeur, tu y adioüfteras vne goutte ou deux d’huile de faulge, nelle,ou girofle, félon ta diferetion. Flutte je myrrhei De/criptlon d’vn É anime, défait par Vefal en fa Chirurgie; terebint. opt. îb. 3. olei laur. 5. iiij. galb. 5.iij. gummi elem. iiij. fi. thuris, myrrhæ, gutn- mf hederæ, centaureæ maior. ligni alocs an, 5. iij. galang. caryoph. confol. maior. cinam. nucis mofe. zedoariæ, zinzib. didamni alb. ah. olei verm. terreft. aquæ vitæ tfe. vj; La manié- ré de faire le baulrae eft telle. Tous les ingrediens feront concalfez ôc hachez pour les infufer en l'eau de vie l'efpace de trois iours, puis on en fera diftillation en la Retortc , comme des fufdites huiles de térébenthine ôc cire, dont en fera tiré trois.liqueurs : la première fera aqueufe ôc claire: la féconde de couleur d’or tres-fubtile : ôc la tierce reprefenrant la couleur du rubi, qui eft le vray baulme. La première liqueur eft flngulierecontre l'imbecillitc de l'eftomach prouenantde matière froide , à raifon qu'elle conforarae ôc incifc les phlegmes , ôc diffipeîes ventofitez : la fécondé eft fouueraine pour agglutiner les playes récentes, ôc picqueures des nerfs,eontre la paraly fle ; la troi- fiefrae furpalfe les deux autres pour furuenir à telles infirmitez. Autre de Fallope. If. rereb. claræ tfe. ij. olei de feminc lini îfe. ji refinæ pini thuris, myrrhæ, aîoës, maft.far— coc. ah.5.iij. macis, ligni aloës ah.j5.ij. croci h. mettez tout en vne Retorte de verre fur les cen- dres, ôc le faites diftiller ; au commencement fortira vne eau claire, puis vne huile rougeaftrencel- 1c eft fouueraine pour les playes.Ie te veux aduertir que par tel moyen tu peux diftiller toutes axun- ges ôc grailles, parties d’animaux, enfemble tous bois, efcorces,femences, pourueu quel- les foient auparauant bien macerces , defquelles toutefois on tirera d'eau en plus grande quantité que d'huile : tu peux pareillement extraire l'huile de gagates. Ayant ce pourtraid de l’Encens , de Thcuet, comrheil le defcrit eh fa Cofinographie , ie n’ay Voulu faillir à le reprefentcr, de d'en dente en bref ce qu’il en dit, comme l’ayant veu. L’encens, dit-il, eft vn atbre qui croift en Arabie , qui refièmble aux pins, tenant vne liqueur qui s’endurcit puis après, de fe forme en petits grains de couleur blancheaftre de tranfparens, gras au dedans, s’al- lumans quand on les iette au feu. On le fophiftique auec refine de pin , qui eft caufc que nous ne fanons tel qu’il le défait, ce qu’on peut cognoiftrc : car la refine ny antre gomme ne s’allume au feu i ny ne fient fi bon comme fait l’encens. Les Arabes incifent ces arbres, pour en mieux faire diftiller la liqueur, dont ils font grand profit. Il remplit les vlcercs profonds, agglutine les playes profondes , de pour ce eft mis aux baulmes comme principal ingrédient : appliqué feul en poudre, arrefte le fang qui fine des playes. Matthiole dit, qu’il eft fingulicr méfié auec cimoléc, de huile fofat, aux inflammations des matnmellcs des femmes nouuellemenc accouchées,; Thfüet eh [A Cofmogr.■ 874 Vingt-lèptielme Liure, La figure de l arbre qui forte l'encens. La maniéré de faire l’huile de Vitriol. Prenez Vitriol dix Iiures,& les mettez bien puînerifçes en vn pot de terre,lequel fera enuironné de charbons ardés,à fin de le faire calciner,ce que cognoiftrez lors qu'il deuiédra rougerlequel pot dlant demeuré 5,011 6. heures, & refroidy, fera cafte, & ledit Vitriol derechef mis en pouldre, peut dire encorcs calciné vnefois,& réitéré iufques à ce qu'il foit bien calciné;ce que cognoiftrez lors qu'il fera parfaiélemét rouge.Cela faiél,fera fubtilement puluerisé,puis mis en la Retorte de terre, cômc celle en laquelle on tire l'eau fort, adiouftant pour liure du Vitriol calciné, vn quarteron de ciment de mille : en aptes voftre Retorte, accommodée de fon Récipient, fera mife au fourneau de réucrberatiôjfaifant toufiours feu de flâbe,&: ce par l'efpace de deux fois 24.heures,plus ou moins, félon que voftre diftillation durera ; laquelle cognoiftrez eftre parfaicle lorsque voftre Récipient viendra clair,n'cftant plus remply d'efpritsxar tant que la diftillation durera,il fera toufiours plein corne de fumée blanche.Or ie te veux aduerdr de deux chofes touchant ton Recipient:c'eft en pre- mier lieu qu'il doit eftre fort grand, à fin qu’il nefe rompe, à raifon de l'abondance des efprits qui ibimentcsfois y affluent : en fécond lieu il fera accommodé dans vue cuue pleine d’eau froide pour le tenir fraifchcmét, à fin qu’il ne foit par trop efchauffé,qui feroit caufe de le rôpre.Et pour ample cognoiftànce de cc,ie t’ay bien voulu donner le pourtraiél du fourneau, cnfemblo des vailfeaux. Signe de Vi- triol bien calciné. Signe de di- fiiiïatîon par- faifte. Tourne au de reuerheration, accommodé de fà Retorte çfi Red fient. "Ladite huile eft d'admira - ble operatio, pim grande que Veau forte. A Monftre le fourneau. B La Rerorre. C Le Récipient. D La cuue où eft contenue Teau. Des DiiHllations. 875 Èegtfire de toutes fortes de medlcamens & inftrumens feruans a la guArlfhn des maladies. IL relie cncores à déclarer la lource de tous medicamens, donc vfent les Médecins & Chirnr- gienfcpour curer & parier toutes maladies qui aduiennent aux hommes, defquels aufîi quelques- fois le feruenc pour alimens medicamencaux. Les medicamens, tant ceux de celle garenne que tous autres, font pris des belles, des plantes, fer comme leur elcaille,roüillenre, 8c autres. De l'eau on vje femhlahlement. par tout fe voyent reme- ttes. De fontaines, eftangs, riuieres, de la mer, du Ciel, & de leurs fanges & boues : & d’icclles font pris les coraux blancs & rouges, perles, & vne infinité d’autres chofes, que Nature, chambrière du grand Architede,a produites pour la curation des maladies, en telle forte, que quelque part qu on fçache ietter l’œil fur la terre, ou aux entrailles d’icelle, on trouucra grande abondance & multitu- de de remedes. De tous lefquels fimplcs le choix 8c efle£Hon(comme auffi de plufieurs autres cho- fes,,) fc prend ou de la fubftance, ou de la quantité, ou de la qualité, ou de l’adion, ou du lieu,ou du temps , ou de l’odeur, ou de la faueur, ou de la fituation , ou de la forme , ou figure, ou du poids. Toutes ces chofes font amplement déclarées par le menu au Liurc de la Pharmacopée de lacquts Syluius, dcfquels on fait plufieurs compositions, comme Collyres apozemes caput-purges juleps lohoc fyrops dentifrices pouldres apophlcgmatifines tablettes gargarifmes opiates pillules conferucs bolus condits potus confedions. D’où fe prend le choix des fmplet. ■sJMedkamens alîmenteux, comme Reftaurans pommé coulis corme preffis biere gelee ceruoife orge mondé vinaigre panade verjus amandé huile blanc-manger eau ferree maflepains eau panée ptifane eau lucrec potus diuinus hippocras d’eau , & autres manières de breu- hippocras aage. vin peré Des Diftiîlations. L 877 Tktîi des Ekfiuaîm, Penides fards Vomitoircs epithemes fternutatoires fomentations fudatoires pications clyfteres dépilatoires peftàires veficatoires fuppofitoires cautères potentiels parfums v înfufions trochifques repereuffifs frontaux refolutifs coeffes attra&ifs e feu fions fuppuratffs bains rcmollitifs demi-bains mondificatifs mucilages incarnatifs oxyrhel cicatrifatifs ioxycrat digeftifs oxyrrhodinum putrefaélifs hydrclæum. corrofifs hydromeh agglutinatifs carminatifs Pareillement anodyns emplaftres facs pour agiter l’ait onguents fontaines artificielles Knimens eaux 8c huiles diftiilces, 8c autres chofes titëëé cerats par quintc-ellénce, en plufieurs ôc diuerfes laiél virginal façons. A fçaüoir, les eaux & huiles quinte-efïentiellés des herbes chaudes, feiches, Sc aromatiques fe tirent par alembic de cuyure , lequel a vn tefrigeratoire au delfiis, en adiouftant dix fois autant d’eau comme pefent les herbes, & faut qu’elles foient feiches pour eftre meilleures., Les fleurs fe tirent au Soleil en vn vaiflèau de rencontre en bain Marie* ou par fumier,ou par le marc des raiiîns eftant hors du preflbki Tous Tels après leur calcination, fc doiuent diftiller par filtre dçux ou trois fois pour les mieux purifier, 8c les rendre aptes à faite huiles. Les autres diftillations aux canes 8c lieux froids 8c humides, fur le marbre, ou dans vne chauffe d’hippocras , comme fc fait l’huile de tartre, Ôc de tous autres fels, 8c de tous fiels, 8c autres chofes femblables, ou qui font de nature d’alum. Les os des animaux fe doiuent diftiller par defeenfoire, ou par rencontre. Tous bois, racines, cfcorces, coquilles de mer, ou graines, comme de froument, de gencft, pois, feues, 8c autres qui ne fe peuuent tirer par expreflion, fe diftiilenc par dêfcenfoire, ou par rencon- tre, au four de reuerberatioh. Les minéraux eftans calcinez , 8c réduits en nature de fel, fe doiuont dillbudre 8c diftillcr pal’ filtre : puis euaporer iufques à ce qu’ils foientiecs 8c rcfoults en vinaigre diftillé , pilis derechef euaporez & fcichez : lelquds aptes facilement fc diftillent en la caue fur lemarbre,ou en la chauffe d’hyppocras, ou en vne cornue de Verre, pofee fur vn fourneau, auquel y aura du fable faifant feu par deft'ous, augmentant peu à peu iufques à ce que l’humidité aqueufe foit confumee, puis faut changer de récipient 8c le luter à la cornue, faifant feu par dcffiis 8c par défions, & par ainfi fortira l’huile, laquelle fera fort rouge. Ainfi fe diftillent tous métaux moyens, minéraux, atramens, alums, 8c Tels. i Les remedes faits des minéraux font de plus grande force 8c efficace que ceux des végétaux 8C . animaux. Les gommes 8c axunges, Sc généralement toutes refînes, fe diftillent par cornue ou alembic de verre, auec leurs recipiens pofez fur vn fourneau, auquel y ait vne terrine* auec cendres chauffées, augmentant le feu peu à peu, félon l’exigence des matières. Les vaijfeaux fyuans aux diftillations font, Alembic cornue refrigeratoires cuenne fublimatoires recipiens reuerberatoires aîudel dcfcenfoires materas calcinatoires vaiffeaux de rencontre pellicans terrines à fikrct gemini ou circulatoires marbres pour diftillcr en lieu humide fours fecrers des Philofophes fourneaux auecques creuzets, pour faire redu~ œufs des Philofophes. ftion des métaux calcinez. 878 Le vingt - (èptiefme Liure, Il relit encore s a déclarer la dtuerfité des insirumens , dent nous auons faitt cy-dejfus mention, four la guarifon des maladies, de{quels les noms s'enfuient. Bec de corbin / * bec de grue v bec de cygne bec de perroquet tirc-fons fpeculum oris fpeculum nafi fpeculum matricis foceolles canons doubles canons pour donner clyfteres auec chaudes ôc fyringues cleuatoires dilatatoircs lenticulaires tenailles incifiues tenailles non incifiues aiguilles à feton , ôc autres, tant droites que courbées tentes cannulees ôc non cannulecs crochets araignes poulcier vretere receptoire de l’vrinc burins pincettes maillets de plomb cizeaux de plufieurs fortes rugines feies trépanés perforatiues trépanes exfoliatiues, ôc autres rafoirs lancettes bilhfrics •flanjmcttes cautères actuels de plufieurs ôc diuerfes façons ôc figures yeux langues bras iambes artificielles b ray ers efpaulettes dcfchaü Hoirs pou Hoirs dauiers policans à tirer Ôc rompre les dents entonnoirs biberons à tirer le laid des mammellcs algaries pied de griffon tire-baie fondes droites ôc courbées > elofes ôc ou- uertes conducteurs curettes canettes tenons pitons forets ventoufes cornets compas efpatules droites & renuerfecs* cimes cuuettcs cuucaux chaires à demy -j bains auec tout l#ir equi- gagc marmites trépieds tuyaux ligatures bandes bandelettes bandeaux bourlets couffins couffincts charpy eltoupes cotton comprelles altelles quefies torches ou Tenons archets maniuclle mouffle tables chenilles tréteaux courge piliers, & généralement tous autres engins de machines , qui feruent aux fraCturcs de lu- xations des os, nommés des Anciens, glof- focomcs. Plufieurs portraiCts, tant de l’Anatomie que des chofes monftrucufcs. Or pour conclufion , nous douons bien auec grande admiration , louer ôc remercier ce grand Architecte & FaCteiu* de toutes choies , de nous auoir defcouuert vne lî grande multitude de remedes ôc moyens, qui feruent à la curation & palliation des maladies, aufquelles l’homme cil fujet. Le temps d'Hippocrates deuant G allen. lpI>OCRATE s nafiquit en la Cité de Cos, quatre cens cinquante - cinq ans auant ra I l’incarnation dclrs vs-Christ, & fut fils d’Heraclite, 6c de Praxitéc fia femme || B venant du cofté paternel de la race d’Æficulapc, 6c du code maternel de celle d’Hcr- Galien nafiquit en Afic en la ville de quarante ans après l’adueneraent de I e s v s- Christ, 6c fut fils de Nicon, Geouiettrc $c Architede. Aphorifmes 879 N m’a rapporté qu’Hippocrates, Médecin , natif de la Cité de Cos , if lu de la race d’Æfcu- ; lape* fait la mcdecine fort heureulemcnt» & auec grand honneur. Donnc-iuy donc tant d’or * qu’il voudra,& tout ce dont il aura befoin,& nous l’enuoyc ; l’alleurant que ie le feray égal aux plus grands de Perfe, Et s’il y a encor quelque autrebraue homme en l’Europe , rens-ie amy de la mailon Royale, n’cfpargnant pour ce faire or ny argent. Car ce n’eft pas choie facile de trou- uer gens de bon confeil. Aye foin de ta faute. Art axer xes grand Roy des Roy s, a Rfy flânes Gonuerneur d'Hellefpont. Ceffe lettre fut efcriie par Art.sx r, xes Roy des Verfasfa H y* jiants , Gcu- uer rieur d‘Relieront i four lu y i cm. mander de prier Hiff.de venir en ja Cour four fecourir ceux de Perre,qUi ef oient ajfi- g't' de peflt. Lettre d'Hy- fanes, Ges- teermur elleff ont, a Hippocrâ- tes,Médecin. Retponfe d'Hipp. audit H y liants. E grand Roy Artaxcrxcs a affaire detoy, & m’a eferit & commandé comme à Ton Goutter- fcjfëfdiï neur Par deçà > de tc donner or ôc argent tant que tu auras befoin, &• pour le faire court, tout ce que tu voudras,&qu’on t’enuoye de bref par deuers luy ,t’alleuralit qu’il te mettra au rang des plus grands de tous les Perfans.Parquoy vien-moy trouuer incontinét.Aye foin de ta lamé. Hy flânes, Gonuerneur d’Hellejpopt, a Hippocrates ijju d’tÆjculape, Salut. Hippocrates , Aiedecïn , a Hy flânes , Gonuerneur d’Hellejpont. Salut & toye. Ovr relpondre à tes lettres , que tu dis dire de la part du Roy , refcry-luy , ik le pluftoft tllie fa'rc k pourra,que i’ay des viurcs> des veftemens, & des mai Tons à fufÊfance,&: de tour ’ ‘ ce qui cft nccdlaire à la vie. l)auâtage qu'il ne m’eft pas licite d’vfer des richelles des Pcrfas* ny de fecourir &: deliurer de maladies les barbares,qui lot ennemis des Grecs. Aye loin de ta faute. La fgtire de ce grand Hippocrates. Tel fut d’Hippocrates le port Ie ifâge : De quel fçauoir il fut ? de quelle nation, Comme d fe comporta en fa projefton , Les Hures qutl a faits en donnent tefmoignage. Ce nefl rien que de 'voir d'Hippocrates Himagj, il faut njoir fes efrit s, Je s lire & contempler 3 Conférer auec ceux qui en peuuent parler 3 A fin de les entendre 3 & les mettre en njfage Aphorifmes d’Hippocrates, 880 APHORISMES D’HIPP OCRATES, appartenans à la Chirurgie. en vn mot, qui ‘autant fignipe Jgue décret ou extraicl, ou fentence choijie. E v x qui ont dans le corps de la bouc croupie. MiOu entre cuir & chair quelque abondance d’eau, aW/f S’ils ont caLltcr^ez > OLl taillez au coufteau. Et defehargez à coup : ils en perdent la vie. Ceux qui ont mal aux yeux treuuent allégement, Par boire du vin pur, par bain, ou par faignee. Par fomentation deuement ordonnée , Ou après auoir beu quelque médicament. 38. 6. Il eft beaucoup meilleur de ne mettre la main A cés chancres cachez, qu’vfer de Chirurgie : Car ceux qui font penfez , en meurent tout ioudain : Ceux qui ne le font point, font plus long-temps en vie. JL 6- La goûte qui les pieds engourdit 8c eftonne, Se meut le plus {buttent au Printemps & Automne» 29. 6. Jamais la goûte es pieds les chaftrez ne molefte, Ny faute de cheueux au denant de la telle. 49*,6' De la goûte des pieds le feu qui brufle 8c ard * Dedans quarante iours s’efteint pour le plus tard. 66% y. C’eft ligne de grand mal lî en vne blellcurc , Qui eft grande 8c maligne , on ne voit point d’enfleure. 67. 5. La"Ttîrheur qui eft molle, cil fort bonne 8c louable : Mais celle qui eft dure , eft mauuaife 8c damnablc. iy. 6. Quand PEryfipelas Centre dedans le corps. Tout va mal : 8c tout bien, quand if rellbrt dehors. 19. 7. Quand PEryfipelas vient autour de Pos nu, E: defcouuert de chair, pour fufpetft eft tenu. 20. 7. A PEryfipelas s’il furuient pourriture. Ou fuppuration , c’efh vn marinais augure. 21. 6. Si à gens furieux des varices furuiennent, Ou flux de fang par bas, à raifon ils reuiennent. i». 7- Si à Pvlcere aduient flux de fang copieux, Pour la force du poulx, cela eft dangereux. 16. 2. Il vaut mieux que la fièvre après le fpafme aduienne, Que le fpafme à Paccez de la fie'vre furuienne. 4. 6. Les vlceres polis autour de la bordure. Sont à cicatrifer de mauuaife nature. 18. 6 Quand le foye eft nauré, le cœur ou la veflic. L’entre-deux trauerfant, Pcftomach, le cerueau, Voire tant feulement quelque menu boyau. Si le coup eft profond, c’eft pour perdre la vie. 4L Aux vlceres qui ont vn an ou d’auantage , If os neceftài rement fe pourrit 8c dechet : 27. 6. Aphprifmes d’Hippocrates. 881 La cicatrice aulïï qui par delllis fe fait Se creufe, comme l’os , par faute de remplage. a. 7- Si r 'os eftant galle la chair qui le voi/ine Prend la couleur de plomb , c’eft vn très - mauuais ficrnes. / I4' ?' L’homme en telle frappe , qui du niai qui le poind , Eft eftourdy 3 ou refue, il eft en mauuais poind. 24* 7* Quand le tell iufqu’au vuidc eft coupé viuement. Le navré deuient fol 6c hors d’entendement. ' 47- 2* Quant l’abfcés fe meurit, la heure 6c la douleur Aduiennent bien pluftoft 3 que quand il eft jameun ï8. 5. *Le froid eftennemy des nerfs, des dents, des os. De la moüellepallanc par l’cfpine du dos, Ainfi que du cerneau : mais le chaud , au contraire j Pour fa tiede douceur, leur eft fort falutaire. 4 6. 2. Si en vn mefme temps 3 deux douleurs viennent poindre En diuers lieux, la grand’ fait oublier la moindre. , 77* 7- Quand la chair iufqu’à l’os eft galléc 6c pourrie. Incontinent après l’os corrompu s’elcrie. yo. 6. Coâc. L’vlcere eftant plombé , 6c fec , ou pâlie - vert, Eft vn ligne de mort bien clair 6c defcouuert. ly. 6. Quand vn os eft coupe, la iouë, vn cartilage. Le prepuce , ou vn nerf, plus necroift dauantage 3 En forte que ce fait : ny ce qui eft dilioinc Comme il eftoit deuant ne le réunit point. 24. 6. Aph. & 51.3. Coac. Si vn menu boyau eft coupé bienauanc. Il ne reprend iamais comme il eftoit deuant. yo. 7. Aph. Ceux à qui lecerueau fe galle, en trois iours meurent i Mais s’ils palfcnt trois iours, fains 5c faunes demeurent* Autrement. Quand la conuullîon vient deblelleure 6c playe, C’eft de la mort venant Panant - coureufe vraye. 20. y. Le froid mord en pinçant les places vlcereules, Et garde de purer les playes douloureutès. Il endurcit la peau, il fait des reniions Des nerfs, roidilTcmens , 6c des conuullîons , MeurtrilTeurcs, frilîons, 6c des rigueurs fiévreules* yo8. Coac. Si en la temple onîfait d’vn mufcle fedion, A la part oppofée aduient conuullîon. 44. 7. Ceux aulquels on incife en la poidrine creulè. Oh brulle vne apoftume, 6c la bouc qui fort Eft blanche, ils font fauuez : mais lî elle eft faigneulè * Limonneufe, 6c puante , ils font frappez à mort. Galien comment, fur l’Aphorif. 25?. / liure 2. des Aphorif. *Pour vn mal déploré fois toujiours de ferment *Jje n ordonner ny faire aucun médicament. Celf. chap. 10. liure 2. Il vaut mieux ejfayer vn remede incertain, Que ne vouloir prester au patient la main. Aphorifmes d’Hippocrates. 882 Galion au i. comment, de li.d'Hipp. du l'officine de Médecin dit, que ledit Hip. a efcrit aucune s foie fi obfeurement, que pour l'in- terpréter il requérait pluftoft vne diuination quvne feien- ce. fie grand Hippocrates doit fin nom fit gloires ttA Claude Gahen , icy reprefenté : Car fans luy fies eficrits 5 pour leur ohficurité, CDerneuroient incogneus 3 (fi rien fufi plus mémoire. CANONS ET REIGLES Chirurgiques de FAutheur. 1 Ce n'eft aune choie pratique Sinon Peftedt de Théorique. 2 La parole ne guarit point, Mais le remede mis à poindt. 3 Vn remede expérimenté Vaut mieux qu'vnnouueau inuenté. 4 La playe ouurant vn grand vaifle'au. Le navré conduit au tombeau. 5 Où il y a contuiîon. Procure fuppuration. 6 Selon qu'on void la maladie, Il faut que Pon y remedie. 7 S'il tombe quelque os du palais. Danger y a d'eftre punais. 8 Le flux de faiig vient par chaleur, Et eft repoufle par froideur. ï> La picqueure des nerfs defire Subtil médicament qui tire. 10 Au mal de pied , ou jambe , ou euifle Le lid eft falubre & propice. / 11 Toutes médecines mordantes Aux vlceres ne font nuifautes. 12 Pour bien luxations curer. Tenir faut, poufler &c tirer. La gangrené qui eft ja grande. Rien que le couteau ne demande, H Le monftre eft vue créature. Contre les reigles de nature. Réglés Chirurgiques, 883 15 La playe en la poiélrine faiéle. De fanie eft pleine &c infcéle. 16 De toute belle venimeufè La piqueure eft fort dangereufc. 17 Quand Aufter vente , la partie Qui eft navrée, eft toft pourrie. 18 Le navré doit faire abftincncc. S’il veut auoir prompte allégeance. 19 Le mal ne peut dire curé, Si le corps n’cft bien tempéré. 20 L’vlcere rond ne reçoit cure, S’il ne prend vne autre figure. 11 En l’vlcere Eryfipelas On doit dire purgé par bas. 22 Pleurer aux enfans eft propice , Car cela leur fert d’exercice. z3 A chacun nuit la defplaifancc. Fors qu’à ceux qui ont grade pance. z4 Oyfiueté met en langueur Noftre naturelle chaleur. ZF Science fans expérience N’apporte pas grande aftèurance. 26 j L’vlcere qui eft cacoëthe, Vn fort médicament fouhaite. 17 L’ouurier qui veut braue paroiftre , Il doit bien fou fujet cognoiftre. 28 L’oftîce du bon Médecin , Eft de guarir la maladie: Que s’il ne vient à celle fin, Au moins faut-il qu’il la pallie. 29 Celuy qui pour apoir , & non pas pour fçauoir Se fait Chirurgien, manquera de pouuoir. 3° Celuy qui braue veut faire la Chirurgie, Il faut qu’il loir habile, accort, induftrieux* Et non pas feulement qu’aux liures il fe fie , Soient François ou Latins, ou Grecs, ou He* brieux. 31 Celuy qui a bien leu, & pour cela penfc dire Ï3raue Chirurgien, fans auoir affilié Aux opérations,& Icéluredu maillre. Se trompe tout content,& n’eft qu’vn effronté. 32. Le bain refont, incife, & retranche l’humeur* Puis après doucement prouoque la fueür. 33 La froide maladie aux vieils eft fort rebelle, Aux ieynes elle n’eft fi longue, ny cruelle, 34 Ceux qui font par labeur bienfouuent agitez* Sont exempts de plufieurs fortes d’infirmitez. 3 5 L’homme humide eft nourry de bien peu d’ali- mens, Neantmoins plus qu’vn autre il vuxdc d’cxa'e- mens. Il faut toufiours donner au malade efperance. Encore que de mort y ait grande apparence. 37 Quoy que la maladie aye pris vn long traitSt-, Du malade ne fois efloigné ny diftrait. 38 Changer de Médecins & de Chirurgiens , Soutient n’apporte rien que peine aux patiens. 39 La chaude maladie eft beaucoup plus mortelle Que la froide, à raifon du feu qui eft en elle. # 4° On eftime la boüc es vlceres louable , Qui blanchit, 8c qui eft ynie, & bien égalé. Celfe eferit que la Medecine eft art conicélurel, & la raifon de la couieélurer eft telle, que quand elle aura forment refpondu, quelquesfois nous abufe, pour la diuerfitédes corps. Cecy dl confir- mé par Galien liu.3. de la Méthode, chap.3. Galien au 1. Commentaire du liure d’Hippocratcs, de l’Officine du Médecin, dit, qu’aupara- uant qu’il euft eferit, il y en auoit qni auoient eferit plus de trois cens ans douant luy,en partie en parchemin , & en'partie en efcorce de ciller. 884 LE VINGT - HVICTIE S M E LIVRE, TRAICTANT DES RAPPORTS, ET DV MOYEN d’embaumer les corps morts. *Tar Ambroise Pare > de Laual au 'kiame > Confeïîler 0* premier Chirurgien du Roy. Chapitre premier. agsk * L reftc à prêtent à inftruire le ieunc Chirurgien à bien faire rapport eiî lufticc lors qu'il y fera appelle, Toit pour la mort des blcltez , ou impoten- ce, ou deprauation de fadion de quelque partie. En ce il doit eftre caut, c* * , ingénieux à faire Ton prognoftic, à caufe que l’euenemcnc des maladies efl le plus fouuent difficile, ainfî que nous a 1 ai II e par eferit Hip- pocraces au commencement de Tes Aphorifmcs , à raifon principalement l’incertitude du fubied, fur lequel fart du Chirurgien eft employé. Mefme le premier 5c principal poind eft , qu'il ait vne bonne ame, ayant la crainte de Dieu deuant Tes yeux , ne rapportant les playes grandes peti- tes , ny les petites grandes, par faneur ou autrement : parce que les lùrifconlultes iugent le plus fouuent félon qu'on leur rapporte. Les anciens nous ont laifîe par eferit , que les playes eftoîent didçs grandes en trois maniérés. La première, pour la grandeur de la diuifion, comme vn coup de coutelas, ou autre infirmaient qui aura coupe la moitié d’vnbras, ou vne jambe : ou quelque coup d’efpée , 5c d’autres lemblables ar- mes , donné au trauers du corps. La fécondé, pour la principauté de la partie qui doit eftre eftimée pour l'adion : comme vne petite playe faide d’vn poinçon ou autre infiniment qui fera pointu 5c délié, pénétrant en la lubflance-du quelque partie noble , comme cerueau , cœur , foye , ou autre partie qui leur faceferuice neceftàire : comme l'œfophague,poulmon,& veille, &c. Latroifiefme, pour lamauuaife morigeration & cacochymie de tout le corps , ou imbécillité d'iccluy,comme fi la playe eft faite à vne vieille perfonne,où les forces 5c vertus font grandement diminuces.Pareille- ment le Chirurgien fc gardera d'eftre trompé 5c deceu par la fonde en cherchant , ne trouuant la profondeur de la playe : à caufe qu’il n’aura fitué le bleffé en mefme fituation qu'il eftoit quand il fut bleffé : ou que le coup fera entré de ligne droide , 5c qu'il fera retourné à dextreou à fene- llre, ou de haut en bas,ou de bas en haut, de façon que Je Chirurgien eflimera la playe petite , êc fera rapport que la playe bien toft fe pourra guarir , neantmoins le bleffé mourra en brefs iours. A ceflc caufe il ne doit affeoir fon jugement aux premiers iours 5 mais doit attendre que le neufief- me foir paffé,qui eft vn terme où le plus fouuent les accidens fe monftrent plus grands ou plus pe- tits,félon la nature des corps ôc des parties blcffées,& de l'air ambiens extrêmement froid ou chaud, ou ayant acquis venenofité. En général, les lignes par lefquels on peut aifément iuger des maladies, fi elles font grandes ou petites,briefues ou longues,raorteîIes ou legeres,font quatre : car ils font pris & tirez,ou de l’elfen- ce 8c nature de la maladie , ou des caufes d'icellc, ou de fes effeds, ou de la fîmilitude, proportion 8c comparaifon d’icelles maladies au temps qui court. Exemple des lignes tirez de l’efTence de la maladie. Si l’on propofe vne playe recente, qui n’ait autre eflence 5c mal que de fimple folution de continuité en vn mufeulç , incontinent prononcerons icelle eftre fans danger , 5c de peu de durée. Mais fi la folution de continuité a complication d'vlcere , comme fi elle eft fanieufe , 5c de plus de trois iours, nous prononcerons icelle eftre de difficile 5c de plus longue curation. Exemple des lignes tirez des caufes de lamaladiercomme fi la playe a elle faidc en la telle d'vn infirmaient aigu, pointu , ôc pefant, fçauoir, d'vn maillet : fi le coup eft venu de haut de grande force, 5c de droid fil, nous prononcerons la playe eftre dangereufe , voire mortelle , fi les autres lignes y conten— tent. Exemple des effeds : comme fi le patient tombé 5c terraffé du coup , a eu vomilfement de cholere, efbloüiffement aux yeux, flux de fang par le nez ôc oreilles , aliénation d’efprit 5c de mémoire , aucc ftupiditédetous fentimens , nous prononcerons iceluy eftre en danger cuident de fa vie. Exemple de la fîmilitude , proportion 5c comparaifon de la maladie au temps qui court; Conditions requifes à vn Chirurgien pour rappor- ter. Nota. Quatre indi- cations d'ok font tirez, tou* Jîgnes en maladie. Des Rapports. 885 t Comme au temps de la bataille de S.Denys, 5c fiege de Rouen,pour l’indifpofition 5c maligqitc de l’air, ou pour la cacochymie des corps , 5c perturbation des humeurs , prefque toutes les playes eftoient mortelles ; 5c principalement celles qui eftoient faites d’harquebuze. Parquoy pous pou- mons lors(eu égard au temps qui couroit ) prononcer tel homme bldfé,eftre en péril de mort. Âinfi voyons-nous en certaines années les rougeolles 5c vcrolles des petits enfans eftre peftilentcs 5c mor- celles,5c conjointes auec vomiftemensjou dyfenccries furieufes : parquoy en tel cas nous pourrons iuger,5c de l’euenement de la maladie , 5c du moyen de l’euenement. Or les fignes des parties vul- nerées font ceux qui s'enfument. Lesfignes que le cerneau efi offenfe, & le crâne fraiïurè,font plufieurs. Si le malade tombe du coup en tcrre,s’il demeure quelque temps fans parler,ouyrne voir, ayant perdu cognoiftancc 5c raifon, s’il a rendu Tes excremens inuolontairemenc, s’il luy fembls que tout tourne c’en-deflus dellbus , s’il a ictté fang parle nez , bouche 5coreilles , s’il a vomy de la cholere : ce font fignes qui nous donnent à entendre par raifon, que le crâne eft rompu : mais par les feus icefuy mefme fe cognoift eftre rompu, quand en preflant les doigts deffiis , on fent au taét l’os eftre efleué oivenfoncé outre le naturel. Pareillement fe cognoift au fens de la veuë , lors qu’il eft dénué, 5c qu’on frappe défias auecques vne fonde de fer , 5c qu’il Tonne cafle, comme fi l’on frappoic fur vn pot de terre fellé 5c rompu ; voila les fignes qui demonftrent le cerneau eftre offen- fé, 5c le crâne fraéfuré. On peut prognoftiquer 5c rapporter la mort du bleflé , lors qu’il a du tout perdu fa raifon 5c mémoire, ou s’il deuient du tout muet, ayant les yeux tenebreux,5c fe veut iet- ter hors du lié!, ne fe pouuant au refte nullement monuoinayant la fièvre continuera langue noir® 5c feiche , 5c les lèvres de la playe arides,neiettent aucune chofe,ou bien peu, 5c mefme fi elle eft de couleur blafarde,comme d’vn chair lalée, ou qu’il ait apoplexie,frenefie,fpafme,paralyfie, retenant fon vrine, 5c autres excremens, ou les laide couler inuolontairement. Si tels fignes appareillent fais ton rapport que bien toft le malade mourra. - ue rer»j>u. Les pignei mortels. Les Jigne s que la trachée artere, & l’œfophague font coupe7. Cela fe cognoill au fens de la venc,auffi le blelfé perd la parolle,& ne peut plus boire ny man- ger , parce que chacune partie coupée fe retire, l’vne en haut, l’autre en bas, de toit après la mort s’enfuit. C’eft que par la playe on voici forcir de l’air,auec vn fifflement , 5c le malade a peine àrefpircr» principalement , quand il y a grand quantité de fang tombé fur le diaphragme,lequel il iette par la bouche en crachant : la fièvre furuient, ôc puanteur d’haleine , à caufc que le fang fe pourrit, 5c conuercit en vne fanie fetide , 5c le malade ne peut demeurer couché que fur le dos , 5c a fouuenc volonté de vomir , 5c s'il refehappe , le plus fouuent fa playe dégénérer en fiftule, ôc meurt tabids 5c fec. Les fignes du poulmon vulnen. C’eft qu’il fort par la playe vn fang fpumeux,aucc toux 5c grande difficulté de refpirer, 5c dou- leur aux codez. Les fignes que le cœur efi blejje. C’eft qu’il fort par la playe grande quantité de fang , auec vn tremblement vniuerfel de tout le corps,le poux languide 5c fort petit,!a couleur pallc,fueur froide,auecques fyncope, 5c les extremi- tez fort froides,5c toft la mort s’enfuit. Lesfignes du diaphragme. C’eft: que le malade fent vne grande pefanteur au lieu vulneré,5c a perturbation deraifon, 5c vne tres-grande difficulté d’halener,toux,5c douleurs aiguës,5c les flancs fc retirent contre-mont : fi tels fignes appareillent, fay rapport de mort hardiment. , Lesjîgnes que la veine cane & grande artere font vulnenes. C’eft que le malade meurt promptement, à caufc de la fubite 5c grande vacuation qui fe fai61 du fang 5c efprit qui renaplilïènc le ventre inférieur ou thorax, faifant ccflèr l’aétion des poulinons ôc du cœur. Les fgnes que la moelle de l'efiine du dos efi hlefiee. ' C’eft que le malade fubit tombe en paralyfic,ou conuülfion, 5c le fentiment 5c mouuement des parties inférieures fe perd, 5c les excremens , comme la matière fecale, 5c vrine, font icttez inuo- lontaircment, ou du tout retenus. Lesfignes que le foye efi vulnen. C’eft qu’il fort grande quantité de fang par la playe, 5c le blcfte fent vne douleur poignante , qui s'eftend iufques à la cartilage fcutiforme,5c le fang découlant dedans le ventre fouuent fe pourrit, 5c caufc de pernicieux accidcns,5c le plus fouuent la mort. Lesfignes que l’efiomach efi vulnen. C’eft que le manger 5c boire fortent par la playe, 5c vomit fouuent pure cholere 5c fang, il fur- uient fueurs 5c refroidilfemens des extremitez,5c la mort toft après aduienu Lesfignes que la râtelle efi vulnerée. C’cft qu’il fort par la playe vn gros fang noir,5c le malade eft grandement altéré,5c a douleur au cofté feneftre : 5c fi le fang découlé dedans le ventre, fouuent fe pourrit, 6c fi il iette l’v- rinc fanglante, 6c quelqucsfois mefme par la playe. Les fgnes que la femme a fon amaYry vulnere, C'eft que le fang fort par Tes parties honteufès , 6c a prefque femblables accidens que ceux qui ont la veffic vulnerée. Les fgne s que les nerfs font piquez. > on a demy-coupe f C’eft que le malade fent vue douleur vehemente au lieu bleile , 6c auffi que promptement luy furuient inflammation, fluxion, fièvre, apofteme, 6c conuulfion, 6c qnelquesfois auffi gangrené 6c mortification delà partie \ dont furuient lamort, fi le malade n'eft bien 6c promptement fecourü, comme i’ay eferit cy-deuant parlant des playes des nerfs. Apres auoir baillé les fignes pour cognoiftre les parties de noftre corps vulnerées, à fin d'en fai- re rapport en luftice : pour plus grande 6c facile intelligence m'a femblé bon te donner le formu- laire de ces quatre Rapports : dont le premier fera de rapporter de neceffiré de la mort du blefle; lelecond fera douteux de la mort ou de la vie : le troifiefme du mehain, c'eft à dire, de l'impoten- ce d'vne partie bleflee : le quart, de plufieurs parties blelfées cnfemble. Selon lefquels formulaires tu en pourras faire d’autres , ainfi que cognoiftras par les fignes cy-deftus eferits , telles ou telles parties du corps dire vulnerées. Exemple d’vn rapport de ne cejfte' concluant d la mort. le A. P. ce iourd’hüy par l'ordonnance de Mdfeigneurs de la Cour de Parlemcnr,me fuis trans- porté en la maifon de tel, rue S. Gçrmain, à l'enfeigne de S.Lequel i'ay trouué gifant au liél,ayant vne playe à la telle, partie fendlre, fituée fur l'os temporal, auec fraélure 6c embarreure d’aucunes parties dudit os, les deux membranes ellans rompues,font enfoncées en la fubllance du cerneau. Au moyen dequoy ledit tel a perdu toute cognoifiance de raifon , auecques vne conuulfion , le poulx fort petit, 6c fueur froide :au relie , tant dégonflé , qu’il ne boit ny mange. A caufe dequoy certifie que bien toll mourra, tefraoing mon feing manuel cy mis le, 6cc. Exemple d'vn rapport douteux de la mort. le tel, 5cc. par le commandement de Moniteur le Lieutenant Criminel,fuis allé en la maifon de N. lequel i'ay veu gifant au liél, ayant trouué fur fon corps vne playe faiéle d'vn infiniment tren- chant, fituée au milieu de la ouille dextre,de grandeur de trois doigts ouenuiron, pénétrante tout outre , auecques incifion de veines 6c arteres : à raifon dequoy efl furuenu vn bien grand flux de fang/qui luy a prollerné 6c abbatu les forces. Au moyen dequoy tombe fouuent en défaillance de cœur , 6c toute la cuiftè efl grandement tuméfiée 6C liuide, dont plufieurs pernicieux accidens s’en pourroient enfuiure :parquoy ie dy que ledit tel efl en grand danger de mort. Et touteecertifie ellre vray, tcfmoing mon feing manuel cymis le, 6cc. Exemple dvn rapport de mehain ou impotence, le tel, 6cc. par le commandement de Monficur le Procureur du Roy , me fuis tranfporté en la maifon de Monfieur, 6cc. ruë S. Pierre aux Bœufs,pour vifiter vn tel, 6cc. fur lequel i'ay trouué vne playe à laiointure du jarret dextre, de grandeur de quatre doigts ouenuiron, auecques incifion des cordes ou tendons qui plient la jambe, cnfemble incifion de veines, arteres , 6C nerfs. Au moyen dequoy effc ledit tel en danger de mort, pour les accidens qui en telles playes viennent le plus fou- tient, comme extrerae douleur, fièvre, inflammation , apofteme, conuulfion, gangrené, 6c autres. Parquoy a ledit tel befoin tenir bon régime, 6c eftre bien 6c deuëmenr penfé 6c rnedicamenté : 6c où il efchappera de la mort, à iaraais demeurera impotent de la partie. Ht tout ce certifie eftre vray, tefmoin mon feing manuel cy mis le iour, 6cc. mil, 6cc. Exemple d’vn rapport d’vn homme blefle de plufieurs coups, & en diuerfes parties du corps. Nous foubs-fignez Chirurgiens, ce iourd'huy vingt 6c vniefrae,6cc. par le commandement de Meffeigneurs de la Cour de Parlement, fommes allez au logis de tel, rue S. Denys , à l’enfeigne de Sainéle Catherine, pour vifiter vn nommé, 6cc. Gentilhomme des ordonnances du Roy, fur lequel auons trouué cinq playes. La première fituée à la tefte, au milieu de l'os coronal,de grandeur de trois doigts ou enuiron , pénétrante iufquesàla fécondé table , dont luy auons tiré trois efquilles dudit os. Item vne autre playe au trauers de laioüe,partie dextre, comprenait depuis l’oreille iuf- ques au milieu du nez : à caufe de ce a efté neceflaire luy faire quatre poinéls d'aiguille. Item, vne autre playe au milieu du ventre, de grandeur de deux doigts, ou enuiron, pénétrant en la capacité d'iceluy : fortant par ladite playe vne partie de l’omentum , de grofieur de demy-efteuf, qu'auons trouuée liuide , 6c toute deftituée de chaleur naturelle : parquoy a efté befoin lier & coupper ce qui eftoit forty dehors. Item, vne autre playe fituée fur le métacarpe de la main feneftre,de gran- deur de quatre doigts ou enuiron, auecques incifion de veines, arteres,nerfs 8c tendons, 6c portion des os. Au moyen dequoy , ledit tel demeurera après la guarifon , mehaigné de la main , 6c a be- foin de tenir bon régime, garder la chambre, 6c eftre bien 6c deuement penfé 6c rnedicamenté : 6c difons qu’il n’eft hors du danger de la mort. Et tout ce certifions eftre vray, tefmoings nos feings manuels cy mis le iour, 6cc. Autre rapport d’vn corps mort ,faitt en laprefnce de Aiefleurs le Lieutenant Criminel, & Procureur du Roy , au Chaflelet de Paris , & du Cornmijfaire Bafin. Rapporte par nous foubs-fignez,que ce iourd’huy en la prescce de Meilleurs le Lieutenat Crimi- nel , 6c Pr%curei|bdu Roy au Chaflelet de Paris, nous auons veu 6c vifité le corps mort de noble Des Rapports. 887 homme,Sec. fur lequel auons trouué vne playe faiéle d’dloc, près lamammelle feneflre, longue St large de deux doigts ou enuiron , trauerfant le corps départ en part, pafiant tout au trauers du cœur. Plus vne grande playe faiéle d’cfloc fur la iointure de l'efpaule du bras feneflre , longue de quatre doigts ou enuiron, large de trois, profonde iufques à ladite iointure,auec indfion des nerfs Sc ligamens, veines Se arteres dudit lieu. Plus vne grande playe faiéle auffi d'efloc fous l'ai {Telle fe- neflre, longue Se large de quatre doigts ou enuiron, profonde iufques au dedans Sc creux de ladite ailîelle,auec indfion des veines,arteres,& nerfs- Plus deux autres playes faiéles auffi d’efloc,fituees enja poiélrinc, vn peu plus bas qu'en la mammelle feneflre, longues Se larges d’vn ponlce ou enui- ron,& profondes iufques en la capacité du thorax. Plus vne autre grande playe faite d’efloc,fituee prés la mammelle dextre,longue Se large de quatre à cinq doigts, profonde feulement iufques aux cofles. Plus vue autre petite playe près ladite mammelle dexrre , pénétrant auffi fur les colles» Plus vne autre playe faite de taille fur le coulde dextre, grande de trois doigts ou enuiron , Sc large de deux , profonde iufqu’aux nerfs Se ligamens de la iointure dudit coulde. Plus vne autre playe faiéle pareillement d’efloc au flanc dextre , longue Se large d’vn poulce ou enuiron , Se peu profonde. Plus vne autre playe faire auffi d’efloc à la main dextre,ou doigt nommé Medicus,auec indfion totale de Pos de la première iointure , pénétrant le métacarpe. Pour raifon de toutes lef- quelles playes, certifions mort fubite luy dire aduenuë. Fai6l,fous nos feings manuels, le Diman- che y.Aoufl ry Sy.Ambroife Paré, lean Cointerer, Se lean Charbonneh Chapitre IL SA mortelle de l’efpine du dos dlant comme vn ruifieau coulant du ccrueau,dl faite pour la dillribution des nerfs qui doiuent donner fentiment Se mounement à tou- tes les parties fituecs au défions de la telle : & lors que ladite moüelle dl bldfee , fur ulennent plufieurs Se pernicieux accidens, Se félon iceux le Chirurgien fera fon rapport. A fçauoir,fi les bras & mains du malade font llupides, Se paralytiques,fans pouuoir remuer,& auffi qu’en les piquant ou ferrant le malade ne fente rien,c'dl figne que les nerfs qui fortent de la y.é.y.vertebre du col font offenfez. Semblablement quand tels accidens fe rrou- uent aux cuilfes , iambes, Se aux pieds, auec refroidifièment, Se que le malade lailfe fortir fes ex- cremens inuolontairement fans les fentir , ou qu'ils foient retenus du tout : cela monllre , que les nerfs qui fortent des nerfs des vertébrés des lumbes, Se os factum , font offenfez , Se que tous ces accidens prouiennent à caufe que la faculté animale ne peut reluire par les nerfs, dont s’enfuit re- folution, & par confequent difficulté de fentir Se mouuoir aux parties, où,ils font diftribuez : qui fait que le mufcle de la vclTic Se fiege ne font plus leur aélion naturelle, qui eft d’ouurir Se fermer. Et tels figues apparoifiènt, fais ton rapport que bien toft le malade mourra, Se principalement s'il a difficulté de refpirer. Rapport d’vft coup orbe qui aura. rZpu & enfoncé les vertébrés de l'efpîne , eu fait playe en la mo'ùiUe de l'efpine. Htppoc. u pro. ‘Rapport d'une femme grojfe ayant efîe hlejfee au ventre. le tel, par le commandement de Monfieur le grand Prcuofl de l’Hoflel, me fuis tranfporté en la rue Sain6t Honoré, en la maifon de Monfieur M.où i’ay trouué vne DamoifcUc nommée Margue- rire,gifante au lié!,ayant vne grande fiévre,conuulfion,& flux de fang par fa nature : à raifon d'vne playe qu'elle a receué au ventre inférieur, fituee trois doigts au défions du nombril, partie dexrre. laquelle pénétré en la capacité d'iceluy, ayant bleflé Se percé fa matrice, au moyen dequoy eft ac- couchée douant fou terme prefix, d'vn enfant malle, mort, bien formé de tous fies membres, lequel enfant a auffi reccu leconp àla telle, pénétrant iufqucs à la propre fubftance du cerneau. Et pour ce ladiéle Damoifelle en bref mourra, ce que tout certifie dire vray , tefmoing mon feing manuel cy-mis, Sec. l’ay bien voulu mettre ce Rapport, à fin d’inflruire le ieune Chirurgien à faire rap- port à Meilleurs de la lullice en tel cas, fi l’enfant eft formé de tous fies membres, ou non , à fin qu'ils donnent tel iugement qu'ils verront dire necefiairc : pource que la punition doit dire plus grande ayant faiél auorter vne femme , l’enfant dlant bien formé , à raifon que l’ame y dl infufe, que s’il n'dloit encore accomply de tous fes membres : car lors l’ame n'dl encore entree au corps. Ce que i’ay monllré cy-deuant parlant de l’Ame, de l’opinion de Moyfe & de S. Augnilin , difant que fi queîqu’vn frappe ou poufiè vne femme enceinte , Se qu'elle en auorte, fi l’enfant dl ja for- mé, qu'il en perde la vie, mais s'il n'dl encore formé, qu’il Toit condamné à amende pécuniaire. Exode 11. S.Aug.io» Exemple de rapport d'un enfant eftant eftouffè. Il y a grande apparence que le petit enfant mort aura efté eftouffè par fa nourrice , qui fe fera en- dormie fur luy en l’aIlai6bxnt,ou autrement par maliceffi ledit enfant fe portoit bien, Sc ne fe plai- gnoit de rien au précédent, s’il a la bouche &nez pleins d’efeume : s’il a le refte de la face non pâlie Sc blaffarde , mais violette, Sc comme de couleur de pourpre : fi ouuert, eft trouué auoir les poulinons pleins comme d’air efeumeux. Exemple d’vn rapport d’vn corps mort par tonnerre & fouldre. Il peur çfcheoir qu'on foie en doute fivn corps troudémort par la campagne, ou feul en vne maifon,efl mort de fouldre ou autrement. Parquoy eftant appelle parluftice pour en faire rapport, concluras par ces lignes qu'il dl mon de fouldre. C’efl que tout corps frappe Se mort de fouldre fent vne odeur fafcheufe &: fulphurce, qui faiél que les oyfeaux Se chiens n'enofent approcher, en- core moins goufler,la partie frappee de fondre fouuent demeure enticre fans apparence de playe, Se neantmoins les os fetrouuent comminuez &brifez dedans : que s'il aduient qu'il y ayt playe appa- 888 Vingt-huidiefmeLiure^ Liu.t.ch.j\. rente,fubit qu’on la touchera,on la fendra lanscomparaifon plus froide que le refte du corps,com- me dit Pline : pource que fubit la fubftance fpiritueufe touchée , eft dilîipée par le vent tres-fubtil 8c violenr,que la fouldre chafiè 8c poufte roufiours deuant foy : aufiî la fouldre lailfe toufiours cer- taine marque de brulleure , pource que nulle fouldre n’eft fans feu, foit en brufiant ou en noircif- faut. Or comme ainfi foit que tons animaux frappez de fouldre tombent de l’autre cofté, le feui homme ne meurt point du coup , s’il ne tombe fur la partie frappée de fouldre, ou s’il n’eft tour- né par force du cofté dont la fouldre vient. L’homme qui en veillant eft frappé de fouldre,demeu- re les yeux fermez : au contraire ils luy demeurent ouuerts s’il eft foudroyé en dormant,comme dit Pline. Philippes de Confines a lailïe par eferit, que les corps frappez de fouldre ne font poinc fubieôts à corruption comme les autres : 8c que partant les anciens n’auoycnt de couftume les brufler ny enterrer. Car ainfi que le ici garde de corruption les corps qui fdtat falez : ainfi le foul- phre que la fouldre charge 8c porte quant 8c foy , entretient long-temps les corps en leur eftre fans pourriture , pour la chaleur ignée 8c feicherefiè toute contraire à la pourriture. Pline au Uu mefme. * Tour faire rapport infaillible. Qu’vn corps Toit mort de pefte, c’eft qu’on trouue vne grande mollefie en tout le corps, à caufe d’vne putrefaélion indicible,laquelle durant la vie rendoit le corps fort lafche & mollalfe, 8c après la mort elle s’augmente encore dauantage, comme eftant venue à fa perfection. Aufli tels corps fe rendent pourris 8c puants fubitement.D’auantage, à plufieurs après la mort apparoiflent bubons, charbons,& pourpre,qui eftoient cachez dedans le corps ; à raifon que la chaleur putredineufe,qui s’engendre par la poumturc,poufie 8c iette hors de la peau les excrcmens,defquels font faits les bu- bons, charbons,& pourpres. Plus on void la couleur du nez,des oreilles,& des ongles,plus noire, 8c mefmement tout le corps, qu’elle n’a accoutumé d'eftreaux morts d’autres maladies. Semblable- ment le vifage eft fort hideux à regarder, 8c à bien grande peine le peut-on recognoiftre , 8c qu’eu peu de temps le corps fe corrompt 8c pourrift,accompagné d’vne puanteur cadauereufe, 8c princi- palement en temps chaud. Si telles chofes fe montrent, fais ton rapport que le malade eft mort de pefte. Autre rapport d'vn trome mort & hlejfè,ou mye,oupendu,aprèsfa mort. Semblablement le Chirurgien peut eftre appellé pour faire rapport d’vn corps mort, ayant des playes pénétrantes dans le corps , 8c autres non,pour fçauoir s’il les a receuës eftant vif ou après la mort. Donc fi les playes luy ont efté faites pendant qu’il viuoit,elles feront trouuécs rouges & fan- guinolenres , & les lèvres d’icclles tuméfiées 8c plombines. Au contraire , fi on les luy a données après la mort, elles ne feront rouges,fanglanrcs , ny tuméfiées, ny liuides. Parce que le corps eftant mort,nature celle toutes Tes oeuures, 8c n’enuoye plus de fang ny efprits aux lieux vulnerez : 8c par- tant le Chirurgien fera fou rapport, que les playes auront efté données pendant la vie , ou après la mort, félon les figues qu’il trouuera. Pareillement fi le Chirurgien eft appellé pour faire rap- port d’vn corps mort pendu , fçauoir s’il a efté pendu vif ou mort. S’il a efté pendu vif, le veftige du cordeau à la circonférence du col fera trouué rouge , liuicle ôc noiraftre , & le cuir d’autour amoncelé, repliéridé , pour la compreflfion qu’aura faict la corde : 8c quelquesfoislechef de la. trachée artere rompu 8c lacéré, 8c la fécondé vertebre du col hors de fa place. Semblablement les bras 8c iambes feront trouuées liuides 8c toute la face: à raifon que tous les efprits tout à coup ont efté fuffoquez : Aufiî pareillement il fera tonué de labaue en la bouche, 8c de la morue y fiant du nez , là enuoyée tant par expreflîon du poulmonefchauffé 8c fuffoqué,qnepar la commotion con- uulfiue du cerneau , de mefme qu’en l’epilepfie. Au contraire , fi le perfonnage a efté pendu eftant mort, on ne trouuera les chofes telles , car la veftige du cordeau ne fera rouge ne liuide, mais de couleur des autres parties du corps,à caufe qu’apres la morr,la chaleur ny efprits,ne fang ne courent plus aux autres parties blefiees ; pareillement latefte 8c le thorax font trouuez pleins de fang. Da- uautage,fi le Chirurgien eft: appellé pour faire rapport d’vn corps mort tiré hors de l’eau,pour fça- uoir s’il a efté noyé vif ou ietté en l’eau mort.Les lignes qu’il aura efté ictté vif,font qu’on trouuera l’eftomach 8c le ventre remplis d’eau,& fort du nez quelqueexcremcnt morueux, 8c par la bouche clcumeux .chap. n.Volarerran au liu.23.dans Egüatius,queIouinian Empereur fehaftant pour aller à Rome, en temps d'hyuer,fe Tentant las & trauaillé du chemin , s'arrefta pour loger en vne petite bourgade,nommée Dadaftanes, qui eft entre Galatie & Byrhynie , où il coucha en vne chambre nouuellement baftie ôc enduite de chaux , où Ion auoit fait brufler force charbon pour feicher ladite chambre, fut fur la minuiét eftoufé de la vapeur dudit charbon , le huiétiefinc mois de fou Empire,qui eftoit le trentième de Ton âge,& le 20. iour d'Aouft. Mais icy ne nous faut tant foncier de la preuuedcs anciens , attendu que de recente mémoire en la mailon de lean de Be- gine, maiftre Orfèvre à Paris,demeurant fous la tournée du pont au change, moururent trois de fes feruiteurs , pour auoir fait du feu de charbon en vne petite chambre où il n’y auoir point de cheminée: & qui en voudroit faire recherche, on trouueroit grand nombre de telles hiftoires. Quant aux caufcs, celles-cy furent mifes en auant : Aucuns eftimerent tel accident fe faire feule-* ment pat la vapeur du charbon allumé , laquelle enclofe en vn lieu non ventilé , donne à celuy ) qui la reçoit tels ou prefque fcmblables accidens, comme fait la vapeur du vin nouncau, Ra- ncir douleur de telle & vertiginofitez. Car ces deux vapeurs ont puilfancc de bien toft remplir l'origine des nerfs , ôc faire grandes conuulfions,parce qu'elles font chaudes, ôc defubftance elpef- le. Et partant Hippocr. parlant des accidens qui prouiennent delà vapeur du vin, a hardiment prononcé ces mots,5i ebrlm cjuifpiarn de repente obmututrit, conuulfm montur,niJîfebre corrlpiatur, aut nîji vocern recuperettunc cum crapulzfohmntur. Si quelqu'vn ayant fort beu,iufques à s’eftre enyuré, perd la parole à coup, ôc foudainement : fi la fièvre ne luy forment, ou s’il ne recouure la parole à l'heure qu'il peut & doit auoir cuué , dormy & digéré Ton vin,il meurt par conuulfion. Autant, en peut-on dire de la vapeur du charbon occupant lecerucaude ces deux malades , lefquels foudaine- ment faits muetsfimmobiles ôc infenfibles comme yuronges , fuflènt morts, fi par,remedes chauds mis en fyringues par la bouche,&: le nez,on n’euft atténué l’cfpclîcur de la vapeur , ôc excité la fa- culté expultrice pour ietter hors ce qui luy nuifoit. Et combien qu’il femble de prime-face,que par l'infpiration de la vapeur maligne le poulmon fort bielle plus que toutes autres parties, toutesfois que le plus grand mal qui en aduient aux poulinons en ce cas-cy , venoic principalement pour la connexion ôc mutuelle amitié ôc accord qu'il a auec le cerneau , lequel eftoit grandement offenfe: car ces deux malades tout fobit furent faiéls muets, priuez de feus & de mouuement , chofe qui aduient au malade,quand la première origine des nerfs cft occupée de quelque matière cftrange que çe foit,& non pas quand les poulinons font otfenlez.Et tout ainfi que les apopleâûques ne meurent Remedes con& trarians aux accident qui prouiennent de la vapeur du charbon ardent* Huile de wt* the tirée par ejfence fingu- liere en tel accidsnt. Hijleire dt l’Empereur lotsinian. Hlffoire fera- blable adue~ nue à Paris. Les remedes contrariant à tels accident doiuent e/lre fetnblables à ceux du char- ben. 890 Des Rapports fînon que par faute de refpirer, combien que le poulmon en foy ne Toit offenfé : ainfî de cefte ladie ces deux malades fufl'cnt morts faute de refpirer , non pour vice du poulmon, mais pour le .cerueau &: nerfs bleftez, qui donnent à tout le corps mouuemcnt & fentiment, & principalement aux inftrumens de la refpiration. Les autres eftimoient que telle chofe pouuoit aduenir , non du vice ducerueau, mais par défaut del’clpric vital,lequel n’eftantplus porté du cœur au cerueau , à caufe des conduits du poulmon bonfehez , ne pouuoit plus fournir de matière à l’efprit animal, Parquoy, difoient-ils , ces ieuncs hommes mouroient fuffoquez par faute de refpiration , fans la- quelle la vie eft nulle:car outre ce qu’en tel cas le cœur ne fe pouuoit defeharger des excrcmens fu- ligineux, le poulmon reftant bouché de cefte crafte 5c efpaiffe fumée de charbon , finfpiration ne fefaifoient bonnement, de tant qu’elle fe fait d’air arabiens : qui pour faire ce qui eft requis, fça- noir eft temperer l’ardeur du cœur, doit auoir quatre conditions : la première, qu’il foit attiré er» compétente quandtéfta fécondé,qu’il foie frais de qualité;latiercc,qu’il foit de confîftance tenue 5c fubtile : la quarte, qu’il foit de fubftance douce & bénigne. Or toutes ces quatre condition defail- loient pour lors à l’air , qui eftoic attiré par ces deux ieunes hommes : car premièrement il n’eftois en quantité compétente, de tant qu’en cefte petite eftude, il peu qu’il y en auoir, eftoit deuoré par le feu de charbon allumé, comme celuy d’vne ventoufe par la chandelle flamboyanterfecondemenc il n’eftoit frais de fa qualité,ains efçhauffé, & comme ignifié par l’ardeur du feu alluméniercemenr* il n’eftoit de confîftance tenue , ains craftè & efpefte, efpeiïipar la meflangc & permixtion des va- peurs grofficres du charbon. Car telle eft la nature de l’air , & de tous autres corps tenus de leur nature d’eftreaifcmeht altérez , 5c receuoir promptement la forme de tous corps qui les abordent» Quartement, il n’eftoit de fubftance douce 5c benigne: ains maligne , à caufe que le charbon eft fait de bois allumé en vne fofle en terre, 5c eftouffé, eftant efteint en fa fumée mefme , comme en- tendent ceux qui ont hanté les charbonnières. Or coutesfois pour conclure quelque chofe fus ces opinions qui fcmblent aucunement différentes, tous deux auoient raifons patinantes de fe main- tenir en leur aduis. Car moins il eft tout euident que les conduits qui font communs des parties peélorales au cerneau, eftoient boufehez delà crafïîtie &efpelfeur de telle vapeur charbon- nière, dont aduenoit que les vues & les autres parties eftoient mal-affectées : comme ainfî foit que telles parties , ny autres quelconques de noftre corps, ne puiffent demeurer en leur intégrité fans l’aide de l’autre, pour la grande colligance 5c intelligence qu’a tout le corps en foy , & en fes par- ties. Parquoy les ancres carotides & ventricules du cerueau, & bronchie du poulmon eftant ainfî eftoupées, & feutrée au cerneau eftoit deniée à l’efprit vital,& l’ifluë à l’efprit animafdont s’enfui- uic le défaut de toutes les facultez neccffaires à la vie. les apoplefti- Rapport des Filles , syelles font vierges ou non. Or quant à faire rapport fî vue fille cft pucelle ou non, cela eft fort difHciIe;rontes fois les matro- nes tiennent pour chofe afteurée, qu’elles le peuuenc cognoiftre, parce qu’elles diftnt tronuer vne ruption d’vnc taye>qui fe rompt au premier combat vcnerique.Mais i’ay icy deuant môftré au liure de la Génération, chap.yo.que de vingt mille femmes on ne trouue cefte taye. Partant nos matro- nes ne doiuent eftre creucs pour leur imperitie : la prenne gift en l’expcrience, & à la grandeur ou anguftie du col de la |raatrice , mais elles y peuuenr eftre bien deceuës & trompées. Car fé- lon la grandeur du corps, & de l’aage de la fille , l’oUuerture fera plus grande ou plus petite ; parce qu’vue grande fille doit auoir fon ouuerture plus grande qu’vne petite. Car toutes les parties de noftrc corps fe doiuent rapporter les vnes aux autres : vne aagée de quinze ans l’aura plus grande que celle de douze. loubert eferit qu’a la ville de Leftoure en Gafcogne , vne fille enfanta a neuf ans, & eft encore viuante, nommée lanne du Perie, qui fut mariée à Videau Bêché, en fon viuans Receueur des amendes pour le Roy de Nauarre audit lieu, qui cft argument qu’aucunes filles font plus aptes à auoir la compagnie de l’homme à neuf ans,qu’autres à quinze,à raifon qu’elles ont leur ouuerture plus ample. Aufîi celle qui aura mis quelquesfois fon doigt bien profondément au col de la matrice pour quelque prurit qu’elle y auroir,ou y auroit mis quelque peflaire ou nodulus, à cau- fe de la rétention de fes mois,ou autre difpofîtion,&: que par ce moyen fon ouuerture luy fuft trou- uée plus grande , feroit-elle pour cela moins pucelle ? nenny : parce qu’il n’y aura différence entre y auoir mis vn peftaire, ou le doigt, ou autre chofe de la grofleur de la verge virile , qui puifle remarquer ce s différences : parquoy il me femblc qu’on ne peut à la vérité iuger du pucelage d’vne fille. D’auancage,les matrones ny Chirurgiens ne peuuent iuger vne fille n’eftre pucelle, à laquelle on trooucra auoir du laiét aux mammelles : Car Hippocrates dit qu’vne femelle fans eftre greffe, ou auoir enfante, peut auoir du laiét, fî fa purgation naturelle eftempefchée. Sur le commentaire de cet Aphorifme Galien dit, pourceqne les glandules des mammelles eftans exangnes, conuertil- fent le fang menftruel qui y regorge, en humeur femblable à elles en couleur par leur vertu la&i- fîancc. Semblablement Ariftote dit, que Ion void à quelques hommes du laiét aux mammelles qu’on peut fuccer & efpandre. Cardan dit auoir veu à Ycnifevn nommé Antoine Bufte , aagé de trenteans, lequel auoitdu laiét en fes mammelles affez fuftîfarament pour nourrir vn enfant , 5c ne couloir pas feulement, mais le faifoit rayer, ainftqne fait vne nourrice de fes mammelles. Ces chofes confîderées, il me femblc qu’on ne peut véritablement iuger du pucelage d’vne fille : partant les Magiftrats y doiuent bien aduifer , & plus encores les Médecins & Chirurgiens à ce députez» dont s’il y a faute, le tout en eft plus fur eux qui en ont mal rapporté, qu’aux luges qui en donnent fcntencc. De vingt mille fetnmes il ne s en tronue vne en auoir, & i elle y eft,eüe eft contre rut- Jlphor. jÿ. Uur. $. Lin. 4. hi- ftoire des antiïiauXy chap. 10. Lin, 11 .de fubtUitate, Hifaire* Rapport de l’impuîjfance tant de l'homme que de la femme. Souuent il fe fait procez pour feparer les mariages, parce que la femme tient que fon mary Des Rapports. 891 eft impuilTant, ne failant pas la befongne de la maifon : l'homme dit qu'il ne tient à luy, & que Cl femme n'eft pas alfez percée, en forte qu'il ne peut entrer au cabinet priué,& partant le défaut ne procédé pas de fon impuilîance. Là deffus les luges ordonnent vifîtation eftre faite tant de fvncque de l’autre des parties, par Médecins, Chirurgiens,Matrones,Preftres de l'Officialité. Apres auoir vcu& diligemment vifité leurs parties dediées à génération, ôc fi on leur trouué defcétuofiré en leurs dimenfions : à fçauoir, en largeur longueur,gr'oflcur: profondité, Ôc fituation : Ôc fi on trouué lefdites parties en leur im- tegrité,le rapport en fera fait à meilleurs de la luftice, lefquels pour eftre mieux afleurez,ordonnent derechef que lefdits mariez coucheront enfemble en la prefence defdits Médecins, 8c autres cy- dellus nommez , pour fçauoir s'ils pourront accomplir le ieu de Venus. Or il me femblc que telle efpreuue n'eft bien affeurée, ôc que ledit ieu ne fe peut pas accomplir en la prefence de tant de gens que Ion craint, ôc auec vne femme que l’on n'aime point. loint que telle aélion ne dépend ny de noftre efprit , ny denoftre corps , ny de volonté : de forte que les parties deftinées à telle aélion, n'obeiftènt à noftre volonté comme les autres membres. Car quelque alleurance que tout homme fe puiflè promettre, fi confelfera-il qu'il n’eft en fa puiflance de fe faire paroiftre capable du maria- ge en la prefençc de tant de compagnie, &, comme i’ay dit, auec vne femme que Ion n’aime point, pour le différent qu’ils ont enfemble : veu pareillement que telles aétions requièrent d'elles-mefmes vne alleurance ôc vn fecrer, 8c vne amitié entre l’homme ôc la femme. Parquoy cela dépend de la confidence de la femme pluftoft que de la probation ducongrez, pour les raiforts alléguées. Exemple d’vn rapport d’vn lepreux confirmé1 Nous Chirurgiens iurcz<àParis, par l'ordonnance de Mônfieiit le Procureur du Roy de Chafte- îet donnée le 28. iour d’Aouft mil cinq cens quatre vingt ôc trois, par laquelle auons efté nommez pour faire rapport, fçauoir fi G. P.eft lépreux. Partant l’auons examiné comme s'enfuir. Première- ment auons trouué la couleur de fon vilage couperolée,blafarde&liuide,&pleine de faphirsiaufli auons tiré ôc arraché de fes cheueux,& du poil de fa barbe 8c fourcils,& auons veu qu’à la racine du poil eftoit attaché quelque petite portion de chair. Es iourcils, & derrière les oreilles, auons trou- ué des petits tubercules glanduleux , le front ridé ; fon regard fixe 8c immobile, fes yeux rouges, eftincellans, les narines larges par dehors, ôc eftroides par dedans,quafi boufehées auec petites vl- ccres croufteufesja langue enflée 8cnoire & au deffus 8c au deflbus auons trouué petits grains,com~ me on void aux pourceaux ladres, les genciucs corrodées, 8c les dents defeharnées, 8c fon haleine fort puante, ayant la voixenroüée,parlantdu nez. Auffi l'anons veunud, 8c auons trouué tout fon cuir crefpy 3c inégal, comme celuy d’vnc oye maigre plumée, 8c en certains lieux plufieurs dartres* D'auantage, nous l'anons piqué affez profondément d'vne aiguille au tendon du talonffans l'auoir à peine fenty. Par ces figues tant vniuoquesqu'equiuoqucs,difons que ledit G.P.eft ladre confirmé. Parquoy fera bon qu'il foit feparé de la compagnie des fains,d'autant que ce mal eft contagieux. Le tout certifions eftre vray,tefmoings nos feings manuels cy mis le fixiefmeMay mil cinq cens-qua*- tre-vingts 8c trois. Autre rapport d’vn Joupçonné eftre lépreux* Nous foubs-fîgnez Chirurgiens iurez à Paris, par le commandement de nos Seigneurs de la Cour de parlement, certifions auoir veu 8c vifité diligemment, par routes les parties du corps mai- ftre lacques, $ec. pour faire rapport fur la difpofition 8c faute de fon corps : fçauoir principalement s'il y a en luy aucun foupçon, figue tant vniuoque qu’equiuoque , de la maladie appellee vulgaire- ment Ladrerie, lequel auons trouué en couleur de tout le corps, groflèur, charadere, 8c adions, pur 8c net de ladite maladie. Fait fous nos feings le vingt-quatriefme Aouft mil cinq cens odam- te trois. De la façon d’embaumer les corps morts. X’A y bien voulu adioufter à cct Oeuure ce petit enfeigncment d’enbautner les corps morts, pour le icune Chirurgien , à fin qu'il fuft accomply de tout ce qui eft à faire enuitoil le corps humain , tant vif que mort» Car bien à peine s'eft-il trouüé nation , tant barbare fuft - elle , qui n'ait eu foing d'embaumer les corps morts , non pas mefrnc les Scythes, qui femblent en barbarie auoir furpaflé le refte des hommes. Car iceux , comme raconte Hérodote liure quatriefme de Ton Hiftoire , n’enterrent point le corps de leur Roy , que premièrement ils ne l'ayent mis en cire, après auoir curé le ventre ôc nettoyé , puis remply de cyprès concalfé, d'encens, de graine de perfil, ôc d'anis, Ôc en après recoufu. De cefte mefme cho- fe les Ethiopiens fe font monftrez curieux, faifans leurs fepulturcs de verre , en cefte forte : Apres qu'ils auoient vuidé ôc defcharné les corps de leurs amis defunds : ils les accouftroient ôc liçoient de plaftre, fur lequel ils iettoient après vne peinture qui approchoit le vif tant qu'il leur eftoit poffi- ble. Et ce faiét , ils enfermoient le corps ainfi peint ôc plaftré dans vne colomne de verre creux, le corps ainfi enchalfé, paroifloit autrauers le verre, fans rendre mauuaife odeur, Ôc ians defagreer aucunement, encores qu'on n'y cogneuft qu'vne peinture morte. Les plus proches parens le gardoient chez eux l’efpacc d’vn an , en luy faifant offrandes & facrificcs , ôc au bout de 1 an le tranfportoient & alloient planter és enuirons delà ville, comme efcrit Hérodote Hure troifiefme. Mais ce foin ôc curiofité eft entré plus auant dans le cœur des Egyptiens,que d aucune autre nation. Dont ils ont mérité grande loiiange s’eftans monftrez tant affedionnez a la mémoire de Ictus peres , que pour la conferuation d’icelle , ils eftoient couftumiers ■d’embaumer les corps entieis Toute nation a ejléfoi- gneufe de la fepulture des morts. Les Ethio- piens fai foi et leurs fepnltn ' tes de verrffi 892 Le moyen d’embaumer d’iceuxen vaiftèaux de verre, diaphanes & tranfparans , & les mettre en lieu le plus honorable ôc «minent de leurs maifons, pour en auoir la mémoire toufiours reprefenteedeuant les yeux : ôc leur fcruxr d'aiguillon ôc ftimule domeftique, pour enfuinrc ôc imiter les bonnes parties & vertus d'i- ccux, à fin de ne dégénérer, forligner de leurs naturels & bonne inclination. Et d’auantage , fer- uoient iceux corps ainû embaumez , de fouuerains gaiges ôc affairante de leur foy , fi bien que s'il eftoit aduenu, qu'aucun Egyptien euft affaire de quelque grofte fomme d’argent, il ne failloit point de la trouuer à emprunter vers fies voifins fur le gaige d'vn corps de l'vn de fes ayeulx : fe tenans tous afteurez les créditeurs , que moyennant tel gaige le débiteur manqueroit pluftoft de vie que de foy , tant ils auoient à cœur de tirer tel gaige. Et fi la fortune faifoit, & le malheur fuft fi grand , qu’aucun s oubliait de tant en fies necefîitez, que de ne vouloir, ou fçauoir trouuer moyen de retirer Ton gage, il tomboit en tel deshonneur tk infamie, qu'il n'euft pas cfté bon à manger aux chicnsj&ne fie fuft ofémonftrer en public: car on luy faifoit la huée , comme l’on faiét à vn loup, ou chien enragé,& de liberté tomboit en ignominieufe feruitude , comme ayant dcfaduoiié &c re- noncé fa race ôc origine. Ce qui eft tefinoigné par Claude Paradin en la Préfacé du Hure qu'il a faiét des alliances généalogiques des Rois ôc Princes de Gaule. D'auantage comme eferit Hérodo- te, iceux Egyptiens recognoiftans cefte vie cftrc de peu de durée, au regard de celle que nous auons à viure après la feparation du corps d'auec l’ame,eftoient fort negligensà baftir maifons pour eux loger -y mais au refte fi magnifiques à édifier Pyramides, defquelles ils fe vouloient feruir pour leurs fepulchres,quc pour lebaftiment d’vne qui fut entreprife par Cheopés l’vn de leurs Rois, trauail- loient cent mil hommes l'efpace de chacun trois mois par le temps de vingt ans : laquelle auoit de profondeur cinq ftades,& eftant de forme qu'arrée,auoit en chacun front huiét cens pieds de large ôc autant de haut, eftant chacune pierre le plus ordinairement de trente perds fort bien ouurée, comme raconte Hérodote liu.i.Or deuant qu'enfermer les corps dans ces tant fuperbes fepulchres, ils les portaient auec pompe magnifique vers les faleurs ôc embaumeurs, qui eftoient offices bien fiilariez du peuple. Ils l'cmbaumoicnt de drogues aromatiques , puis ils confinent les inci fions, ôc refermoient le tout : cela fait,ils falloient trdbien le corps,& couuroient le falloir iufques à foixan- te ôc dix ioursdcfquels reuolus, ils retournoient prendre le corps,Iequel laué ôc nettoyé,le lioient de bandes faites d'vn drap de foye , collées auec certaine gomme : alors les parens reprenoient le corps,& luy faifoient faire vn cftuy de bois moullé en effigie d'homme,dans lequel ils Feftuyoient; ôc voila comment ils embaumoient les riches. De cefte mefmc curiofité nos François efmcus ôc incitez,font pour la plufpart embaumer les corps des Rois & grands Seigneurs;Cc que Chreftien- nementjComme toute autre chofe, ils ont euidemment tiré tant du nouueau que du vieil Teftamét ôc façon ancienne de faire desluifs: car il eft dit au nouueau Teftamcnt,que lofieph acheta vn lin- ceul, ôc que Nicoderae apporta vne mixtion de myrrhe ôc d'alocs, iufiqu'au poids enuiron de cent liures, de laquelle , auec autres odeurs aromatiques, ils embaumèrent ôc cnfeuelirent le corps de Iefus-Chrift(comme la couftume des luifs eftoit d'enfeuelir leurs morts embaumez,qui eftoit ligne de cefte incorruption qu’ils efperoient en la refurreélion des morts(ce que mcfme depuis eux vou- lurent faire les Maries. Ce qu'ils auoient appris de leurs pères anciens. Car lofeph au vieil Tefta- ment commanda à fies Médecins d’embaumer fon perc. Or pour bien embaumer vn corps, premièrement il faut vuider tous les entrailles ôc vifceres,re- feruantlecœur particulièrement,à fin de l'embaumer ôc mettre à part, ainfi qu’il fera aduifé par les amis du deffunét : il faudra pareillement vuider le cerneau, après auoir coupé le crâne, ainfi qu'on fait es diftèérions ôc anatomies. Ce fait, il faut faire des incifions profondes ôc longues és dos,felîès,cuiftès,iambes,& principalement à l’endroit des grandes veines ôc ancres, à fin d'en faire forcit le fang qui le corromproit, ôc pareillement auffi d'y plonger des pouldres : cela fait, il faut exa&ement lauer tout le corps auec vne cfpongc imbue d'eau de vie, Ôc fort vinaigre, dans lequel auront boiiilly abfinthe,aloé , pommes de coloquintes , ôc fiel commun ôc alum : en après faudra remplir lefdires incifions „ ôc toutes les ouuertures, Ôc les trois ventres , de chofes qui s'enfuiuenc allez groilement puluerifées. pul. rofar. carao. melil. balfami,menthæ,aneth.faluiæ, lauand.ro- iif.maior.thymi,abfinth.cyperi, calam.aromat.gent. ireos, Flor.affæ odoratæ,caryophyl.nuc.mofc. cinamo.ftyrac.calam.benjoin,myrrhæ,aIoës,fondai. omnium.En après les incifions feront coufuës: puis faut oindre tour le corps de térébenthine liquéfiée auec huile de camomille ôc de rofe , y ad- iouftant, fi bon femble , huiles aromatiques, tirées par quinte-eftence, puis au refte fera en tout iaupouldré auec portion des pouldres demis diéles : en fin fera enucloppé d'vn linceul, ôc après de toile cirée,ôc pour fin de tout l'appareil, fera mis en vn cercueil de plomb bien ioint& fondé, rem- ply de bonnes herbes aromatiques feiches. Et fi le Chirurgien eftoit en quclquedieu où il ne peuft rccouurer lesfufdites pouldres , comme en quelque place affiegée , il fe contentera des fumantes. calcisext. ciner. communis aut querc. Au refte le corps eftant en tout ôc par tout laué de vinai- grera de lexiueen lieu de vinaigre, telles chofes confernéront lecorps vnebonne efpace de temps, pourueu que ncfoit en temps de grande chaleur, ôc qu'il ne foit fitué en lieu chaud ôc humide : ce que i’ay fait quelqucsfois. Qui eft caiife qu'à prefentlcs Roys , Princes , ôc grands Seigneurs n'eftans bien embaumez ôc vuidez,& lauez d’eau de vie Ôc de vinaigre,& faupoudrçz de chofes grandement aromatiques,neat- moins tout cela , en cinq ou fix iours , plus ou moins, Tentent fi mal qu'on ne peut endurer eftre au lieu où ils font, ôc eft-on contraint les enfermer en plomb ? Cela aduient, parce qu’ils ne fonr longuement gardez en faumureauec kfdites chofes aromatiques , comme anciennement on fai- foic , ôf auffi par la grande multitude de gens qui entrent pour les voir, ôc le grand nombre de torches ôc luminaires eftans iour ôc nuiét, cela efchauftc fi fort l’air , que le corps n’ayant efte imbu de choies qui gardent la pourriture, cela fait qu'en peu de iours fe corrompent ôc pourriffenr. S. leun io. 39- Gtntf. jo.t Les corps morts. 893 6c de leur pourriture s’elleue vne vapeur puante & cadaaereufe , qui oftenfe grandement ceux qui la lentenr. Parquay ma façon de bien & deuement embaumer 6c garder les corps morts fort long temps , c’ell qu’après les auoir vuidez comme delfus , il les conuienc pofer en vn vailfeau de bois bien ioint, remply de fort vinaigre , auquel on aura fait bouillir Tel 6c herbes aromatiques, 6c ameres, comraealuine , rue , aloës , cojoqaintcs : puis adiouftereau de vie deux ou trois quartes, & Jailîcr tremper les corps en celle mifture l’efpace de vingt jours après les faut mettre debout, & tailler en lieu fec 6c non humide : le vinaigre , garde de pourriture , dJautant qu’il eft froid 6c fcc, qui font deux chofes répugnantes à putrefaélion : ce que l’experience monftre. Car en iceluy en garde les herbes , fleurs , fruiéls , 6c autres chofes , fans qu’elles fe pourriflènt. le protefte auoir vn corps , lequel me fut donné par le Lieutenamt Criminel, après auoir efté exécuté il y a vingt- cinq ans 6c plus, que i’anatomifay , 6c leuay prefque tous les mufcles du corps de la partie dextre (afin que lors que ic veux faire quelque incifiôn, voyant les parties de recente mémoire,‘que ie fois en mes oeuures )la partie feneftre lailïee en fon entier : toutesfois afin de le mieux conferuer , ie le piquay d’vn poinçon en plufieurs endroits , afin que la liqueur pénétrait au pro- fond des mufcles , 6c autres parties : 6c void-on encore entiers les poulmons, cœur, diaphragme, eftomach , râtelle , reins, 6c femblableipcnt le poil de la barbe , de la telle, 6c d’autres parties, voire les ongles lefquels i’ay apperceus euidemment croiftre , après les auoir par diuerfes fois ron- gnez. Par ces miracles en la nature ( tels ofé - ie les appcller , puis que les corps priuez de leur ame Ôc fubftancc, qui eft le fang, pouftent encore leurs excrcmens, à fçauoir le poil 6c les ongles ) ayant finy mon œuure , i’ay eu aulfiefgard à l’ordre tenu en la po.urfuite d’iceluy. Car ayant déclaré ce qui elloic necelfairepour laconfcruation de ce corps eftant en vie, & pour te remettre en vigueur, y ayant quelque altération : c’eftoit bien raifon aulfi que la fin de ce Difcours fuft du corps mort, Sc des moyens de le conferuer en fon entier fans pourriture, 6c fans y employer des frais fi exorbi- tans quefaifoient jadis les Roys ( par trop fcrupuleux) d’Egypte, qui employent toutes les dro- gues aromatiques que l’Orient produit, pour embaumer leurs corps, 6c drelfoicnt des baftiraens admirables , pour leur feruir de fepulture. / p0;i & on. sles croifent FIN DES OEVVRES DE M. AMBR01SE PARE' Conseiller, O* premier Chirurgien du Roy. Labor improbus omuia vincit. 894 APOLOGIE ET TRAICTE CONTENANT LES VOYAGES FAICTS EN DIVERS LIEVX. IPar Ambroise Pare, i Laual au Maine > Confeiller & premier Chirurgien du Roy, Dequoy l'ad- uerfaire ac- eufe l‘Au- theur. Les paroles de l’adtter- faire. ■ Eritablement ie n'eufle mis la main à la plume pour eferire de tel- le matière , n’cuft elle que quelqu'vn m'a taxé de injurié impudemment, de mefprifé par haine de aftedion particulière,plus que de bon zele qu'il deuoit auoir au public , de ma maniéré de lier les veines & ateeres, efcriuant ce qui s'enfuit. Male igitur & nimium arroganter jnconfuit us & temerarius quidam vafo- rum vjlionern poft mortui membn refeiïionem , k vetenbus omnibus plurimùm com- mtndatam , & femper prohatam , damnare aufus efî : nouurn quendatn deligandi vafa modum , contra veteres ernnes medicos fine ratione , experïentia , & iudtcio, docere cupiens , nec ànimaduertit maiora rnultb pericula ,ex ipfa va forum deligatione ( quam acu partem fa- nant profunde transfgendo adminijlrari vult ) immimre , quam ex ipfa vfiione. Nam fi acu mrmfam ali- quant partem, vel neruum ipfum pupugerit, dum ita noua & inufitato modo , venam abfurde conutur con- jhingere , noua inflammatw necefario confequetur, k qua, conuulfo , & a conuulfione cita mors, jQuorum fymptomatum metu , Galenus non ante tranfuerfa vulnera fuere audebat ( quod tamen minus erat péricu- lofum ) quam mufculorum aponeurofes denudajfet. AJdde qubdforcipes, quibus posf feiïionem iterum car- netn dilacerat, c 'urn retraÜa verfus origïnem vafa fe po[fe extraherefomniat :non minorera adferant dolorem, quam igmta ferramenta admota. Qjibdfi quis tune laniatum expert us ineolumis euaferit ,is Deo optirno maximo , cuius beneficentia , crudclitate tfia & carnificina libérants ejî, maximas gratias habere , & femper ageredebet. Qui eft à dire. Mal doneques & trop arrogammeht, indiferettement de témérairement vn certain perfonnage a voulu condamner de blafraer la Bru fleure des vaifleaux , après l'amputa- tion d'vn membre corrompu & pourry,fort loliée & recommandée des Anciens, de toufiours ap- prouuée ; nous voulant & délirant monftrcr de enfeigner fans raifort, fans iugement de expérience, vne nouuelle maniéré de lier les vaifleaux, contre l'opinion de tous les anciens Médecins : ne s'eflant pas donné de garde ny aduifé , qu'il furuient beaucoup plus grands périls de accidens de celte nouuelle façon de lier les vaifleaux ( laquelle il veut eftre faite d’vne aiguille perçant profon- dément la partie faine ) que de la brufleure de vliion defdits vaifleaux. Car lî par l’aiguille ou pique quelque partie nerueufe , voire mcfme le nerf, quand il veut par ce moyen nouueau & inu- flté , lourdement contraindre la veine en la liant, neccflairementil s'enfuiura vne nouuelle inflam- mation , de l'inflammation laconuulflon , de la conuulfion la mort, pour crainte dclquels acci- dens , Galien n’a iamais ofé coudre les playes tranfuerfalcs ( ce que toutesfois efloit moins dan- gereux ) deuant que defcouurir lesaponurofes des mufcles. loind que les pincettes auec lefquel- les, après lafedion , derechef il defehire la chair, pendant qu'il penfe pouuoir tirer dehors les vaifleaux qui le font retirez vers leur origine , n'apportent moins de douleur que les fers ardans. Ht fi quelqu'vn ayant expérimenté celle façon nouuelle de cruauté,en a efté guary , celuy-Ià doit rendre grâces à Dieu a tout iamais, par la bonté duquel il eft refehappé de telle cruauté , fenrant plus fou bourreau que Chirurgien méthodique. O quels beaux mots ' pour vn homme ancien qui fe die fage,& dodeur. Il ne fe fouinent pas que fa barbe blanche l'admonnelle de ne dire aucune chofe indigne de fon aage, de qu il doit defpodiller de chafler hors de foy toute enuie de rancune conceuë contre fon voifin. Or maintenant ie luy veux prouuer par authorité, raifon Ôe expérience que lefdites veines de arteresfedoiuent lier. Kefponfe de Vaut heur. Authoritec., Au liu.des fi/lules du fiege- Au chap.}. liu.j. Liu.jif.fueil, A,.traiAé 3. doA, i.r.j. Au li.yc. 4. de fa matière de Chirurgie. Playes c, 11. Quant aux authoritez,ie viendra y à celle de ce grand perfonnage Hipp.lequel veut & comman- de guarir les fiftules du liège par ligature , tant pour abfumer la callofité que pour euiter l'hcmor- r h agio. Galien en fa méthode parlant du flux defang faicft par caufe externe, duquel voicy les paroles C'cfl (dit-il) le plus leur de lier la racine du vaiffcau,laquelle i'entens élire celle qui eftplus ou dufoye,ou du cœur. Auiccnne commande de lier la'veine de l‘artere après l’auoir defcouucrte vers Ton origine. Guy de Cauliac parlant de la playe des veines de arteres,enioint au Chirurgien de faire la liga- ture du vaiflèau. Moniteur Holier parlant du flux du fang, commande exprdîement de lier les vai (féaux. Calmethee au chap.dcs Playes des veines de ancres* traidc vn tres-feur moyen d’arrdler le flux Apologie & voyages. 895 de fang par ligature du vaUiéaiî. Celfe duquel ledit Médecin a la plus grand part rapfodié fon Liure , recommande expreffé- ment de lier les vai fléaux "àu Alix de iang, furuenant aux playeS, comme remede tres-facile 8c plus feur. Vefalius en fa Chirurgie , veut que l’on lie les vaiftéaux au flux de fang. lean de Vigo traidaiK de l’hemorrhagie aux playes rccentes, commande de lier la veine 8c l’artere. Tagaut traidant les moyens d’arrefter vn flux de fang, commande de pinfer la veine (Su l’artere auec vnbec de Corbin ou de perroquet, puis la lier aucc vn fil allez fort. Pierre de Argillata de Boulongne, difeourant du flux de fang, 8c de la maniéré de l’arrefter, don- ne vn quatriefme moyen expreflément qui fe fait par ligature du vaifléan. loanncs Andréas à Cruce, Vénitien, fait mention d’vne méthode d’arrefter le flux de fang par ligature du vaifïéau. D’Alechamp commande de lier les veines 8c artères. Or voila, mon petit bon-homme, des authoritez qui vous commandent lier les vaiireauk.Quant aux raifons ie les veux débattre. L’hemorrhagic n’eft pas tant à craindre(dites-vous)à la feclion de l’epiploon, à celle des varices, 8c incifion des arteres temporales, qu’apres l’amputation d’vn membre.Or vous-mefmes comman- dez, qu’en coupant les varices, l’on arrefte le flux de lang par ligature du vai fléau. Le mefme vous commandez, parlant de la future auec l’amputation 8c feélion delà cocffe altérée de l’air ambientj voicy vos paroles : Apres cela* il faut aduifer à la cocffe,car s’il y en a quelque partie gaftée,pour- rie,corrompuc,ternie,& noiraftre ; premièrement l’ayant lice, de peur du flux de fang ; 8c le refte. Vous ne dites pas , après l’auoir cauterifée , mais à dire vray , vous auiez les yeux fermez , 8c tous les fens hebetez, lors que vous auez voulu mefdirc d’vne fi feure méthode, & que ce n’eft que par ire 8c mauuaife volonté. Car il n’y a rien qui aye plus de puiflance de chaflér la raifon de fon fie- ge, que la cholere 8c l’ire : ioint que comme l’on vieux à brufler la partie amputée, le plus fouuent quand l’efearre vient à cheoir il furuient vn nouueau flux de fang, comme i’ay appèreeu plufienrs fois,n’ayant encore efté infpiré de Dieu , d’vn fi feur moyen lors que i’vfois du feu. Que 11 vous n’auez trouué ou entendu celle méthode aux Hures des Anciens , vous ne la deuez ainfi fouler aux pieds, 8c parler finiftrement d’vn qui toute fa vie a préféré le profit du public, au ffcn particulier. N’eft-il pas plus que raifônable de fe fonder au dire d’Hippocrares,de l’authorké duquel vous vous feruez,qui eft tclîe:que ce que le medicamét neguarit point,le fer le fait>& ce que le fer n’amende poinefle feu rexterraine?C’eft vne chofe qui ne lent point fon Chreftien,dc brufler tout du premier coup fans s’arrerter aux plus doux remèdes, comme vous-mefraes cfcriuez, parlant des conditions requifes au Chirurgien pour bien guarir, lequel paflage vous empruntez d’ailleurs : car ce qui fe peut fairedoucement fans feu eft bien plus recommandable qu’autrement. N’eft-ce pas vnc chofe que toute l’EfchoIe tient comme vn axiome, qu’il faut toufiours commencer aux plus aifez reine- des ?•& s’ils ne font fuftilàns,l’on viendra aux extremes, fumant la doélrine d’Hippocrates. Galicn recommande rant au lieu preallcguc, de traiéler les malades toft> feurement, 8c auec le moins de douleur que faire fe pourra* Au liu.t£. du 5. //«- Au l-lits. Au liu. I, t'raÜ. i .<•. Àu ch. lit du t Un. Au traittê A.chap. x x, liu. 1. Au liu. I. ft&.i.c.lS. pag. y Sur lé 88 c.du liu, de Paul. Au liu.z.c. de l'angealo- gie fueil.i-j'6k Au liu. I. chap.de lu future. Au chap. dé Bru fleure Ih tfueill. 166*. Au liu. I. fueil. y Gai. au liu.4.de la Met.qflp ati liu. de Arte, Htp. Aph. 6. liu. 1. AU liu. de Arte partià. Venons maintenant a la raifort. Or eft-il qu’on ne fçaiiroit appliquer les fers ardans , qu’auec vnc extrême Sc vehemente douleur en vnc partie fenfible exempte de gangrené, qui feroic caufe d’vne conuulfion , fièvre, voire fou- lient de mort. Et dauanrage feroient après les panures patiens long temps fans eftre guaris, à raifon que par l’a&ion du feu il fe fait efcharre, qui fe faiél de la chair fnjette, laquelle ellant tombée , il faut que nature régénéré vne autre chair nouuellc, au lieu de celle qui aura cfté bruflée : îoint que l’os demeure nud 8c defcouuert, 8c par ce moyen y relie le plus fouuent va vlccre incurable. Enco- re y a il vn autre accident : c’eft que fouuent fefcharre tombée, la chair n’eftant bien régénérée, le fang en fort autant ou plus qu’auparauant ; tk quand on les aura liez , la ligature ne tombera que premièrement la chair ne les aye rccouucrts. Ce qui eftprouué par Galicn, difant que les inedica- mens efcharotiques quf engendrent crouftes, toutesfois 8c quantes qu’ils tombent, défaillent la partie plus nue* que fa naturelle habitude ne requiert. Car la génération de croulle prouient des parties fujettes , & qui font fituées alentour, demy-brufiées * par maniéré de dire. Parquoy d’au- tant que la partie eft bruflée, d*autant perd-elle fa chaleur naturelle. Or dites-vous, quand il eft ne- cellàircd’vfer de medicamcns efcharotiques,ou deferremens ardans, c'eft quand le Eux de fang eft concitépârerofion, ou quelque gangrené ou putrefaélion. Or cft-il ainll qu’aux-playes récentes il n’y a nulle gangrené ny putrefadion : Ergo j les cautères n’y doiucnt eftre appliquez. Et lors que les Anciens ont commandé de mettre les fers ardans en la bouche des vaiileauXjcen’a feulement cfté pour arrefter le fang, mais principalement pour corriger la malignité ou pourriture gangrc- wcufc qui pourroit gafter les parties Voifines. Et faut icy noter que fi ieuflé cogneu tels accidens venir, qu’auez déclaré en voftre Liure , pour tirer 8c lier les vaiftéaux , iamais ie n’eu lie cfte trom- pé deux fois, & n’eufte voulu lai (1er à la pofterité par mes eferits, telle maniéré d’arrefter le flux de fang : mais iel’ay eferit après l’anoir veu faire , 8c fait plufîeürs fois auec heureux fucces. Voila ce qui peut aduenir de voftre confeil inconfîderé , 8c fans examiner 8c s’arrefter fur la facilite de lier lefdits vaifléaux. Car voicy voftre but & propofition , Lier les vaiffeaux après l’amputation eft 'vn remede nouueân, dites-vous : donc il n’en faut vfer : c’eft mal argumenté pour vn Dodeur. Quant à ce qu’il faut ( dites-vous ) vfer du feu aptes les amputations dc$ membres, pour con- fommer 8c tarir la putrefadion qui eft commune aux gangrenés ôc mortifications : cela à la vente n’a point de lieu , d’aijxam que la pradique eft d'amputer coufiours la partie au dcfîus de ce qui eft Deqmy eft fait l'e/cha- ri. An y,de ÏA Met ho. Paroles de l'aduerfairi. Ptopofiùoh de l'aduet- faire. Apologie, 896 mortifié 6c corrompu , comme eferit 6c commande Celfe, de faire l’amputation fur ce qui eft fain, pluftoft que de laifler quelque chofe du corrompu, le vous demanderois fort volontiers , fi lors qu’vue veine eft coupée à trauers', 6c qu’elle s’eft retirée fort auant vers fon principe , vous ne fe- riez point de confidence de brufler , iufques à ce qu’euflîez trouué l’orifice de la veine ou artere, & s’il n’eft pas plus facile auec vn feul bec de Corbin de pincer & tirer le vaifléau & le lier î En quoy vous monftrez aperrement voftre ignorance , & qu’auez voftre ame faifie d’vne grande animofité & cholere. Nous voyons pratiquer tous les iours auec heureux fuccés, ladite ligature du vaifléau après l’amputation d’vnc partie, ce que ie veux maintenant vérifier par expériences &C hiftoires , de ceux à qui ladite ligature a efté faite, &c perfonnes viuantes. Aulîu,').ch. z6.&an 33. Au chap. de la coupeure lui' x* Expérience. Le feîziefme iour de luin mil cinq cens quatre vingts & deux en la prefence de Maiftre lean Lie- baud , Dodeurenla Faculté de Médecine de Paris, Claude Viard , Chirurgien iuré, Maiftre Ma- thurin Huron , Chirurgien de Moniteur de Souuray , & moy , lean Charbonnel, Maiftre Barbier, Chirurgien à Paris, bien entendu à la Théorique «3c pratique de Chirurgie, a fort dextrement am- puté la jambe feneftre à vne femme, trauailiée il y auoit plus de trois ans d’vne extreme douleur, à caufe d’vne grande carie qui eftoit aux os Aftragal, Ciboïde , grand Sc petit Focile , & par toutes les parties nerueufes, d’où elle fentoir des douleurs intolérables iour <3c nuiét. Elle s’appelle Marie d’Hoftel, âgée de vingt-huiél ans, ou enuiron, femme de Pierre Herué, Efcuycr de cuifine de Ma- dame la Duchelfe d’Vzez, demeurant rue des Verbois, par delà S.Martin des champs, à l’enfeignc du Chef S. lean, à laquelle ledit Charbonnel coupa ladite jambe à quatre grands doigts au delfous du genoüil, tk après qu’il eut incifé la chair, ôchbié l’os , il pinça auec le bec de Corbin la veine, puis l’artere,puis les lia : dont ie protefteà Dieu(comme la compagnie qui y eftoit le pourra tefmoi- gner ) qu’en toute l’opération qui futfoudainement faite, il n’y eut pas vne palette de fang perdue* ôccommanday audit Charbonnel d’en laifler couler dauantage, fuiuant le precepte d’Hippocrates, qu’il eft bon en toute playe ôc lors qu’il oftafon mouchoir le fang iailliflbit d’vne grande impetuofité : fubit liay la veine vers fa racine, par ce moyen fut eftan- ché , Ôc guarir, grâces à Dieu. Et fi on euft fuiuy voftre maniéré d'eftancher le fang par les cautè- res, ielaille à penfer s’il fuftguary,iecroy qu’il fuft mort entre les mains de l’Operateur.Si ie vou- loi s reciter tous cenxaufquels on a lié les vaifleaux pour arrefterle fang, lefquels ont efté guarts, ien’aurois de long temps fait, ôc me femblc que voila allez d’hiftoircs alléguées pour vous faire croire , que l’on eftanche feurement le fang des veines ôc arteres , fans appliquer les cautères aélucls. Autre cpsT*- tion. Ce luy - la qui combat contre l’expcrience N’eft digne du difeours d’vne haute fdence. Du Barras. Or, mon petit Maillre, quant à ce que me reprochez que ie n’ay pas eferit en mes qeuures toutes les opérations de Chirurgie que les Anciens efcriuent,i’en ferois bieamarry : Car IHe l'auoisfair, à bon droit me pourriez appeller Carnifex. le les ay laiflees, pource qu'elles font trop cruelles , ôc ay voulu enfuiure les Modernes qui ont modéré telle cruauté:cc que toutesfois auez fuiui pas à pas corne il appert par les opérations cy eferkes, extraites de voftre Liure, qu auez retirées çà ôc là de ’ certains Autheurs anciens,telles qui s’enfuiuent:& lefqucJles vous n’auez iamais pradliqué ny veu. , Premiere opération. Aux inueterées fluxions des yeux, & aux migraines Paul Æginete, comme auffi Albucalîs, corn- J mandent de faire l’arteriotomic,duqucl Æginete voicy les paroles : Il faut marquer les arteres qui \ font derrière les oreilles : puis les couper en trenchant iufques à l’os , ôc faire vne grande incifion ; de deux doigts : ce que veut aulîî Aëce que l’incifion foit faite en trauers , coupant ou incifint la longueur de deux grands doigts, iufques à ce que l’on aye trouué l’artere , comme vous comman- dez faire en voftre Liure ; mais moy me tenant auec Galien qui commande de penfer les malades 1 toft, feurement, Ôc auec moins de douleur que faire fe pourra , i’enfeigne au ieune Chirurgien le moyen de remedier à tels maux , en ouurant les arteres derrière les oreilles ôc celles des temples auec vne feule incifion , comme à vne faignée, ôc non à faire vne grande incifion , ôc tailler delà ; befongne pour vn long temps. 4_ * Hu.x.ch.A. Liu.^.e.9. l’kypoipatif- me Un. 1. Liu.14.ch. detmtr de U ‘6 iiltre'je mssœuurt. Seconde opération. LîuA.ch.j. Liu.x.ch.\. Aux fluxions qui de long temps fefont fur les yeux, Paul Æginete ôc Albucafis commandent de faire vne incifion qu'ils appellent Peri/chytifmos, ou Augiologie des Grecs, ôc voicy les paroles de Paul. En celle opération premièrement on rafela tefte,puis fe donnant garde de toucher aux muf- cles temporaux, on faitvne incifion tranfuerfe, commençant àlatcmple feneftre , Ôc finillant à la dextre. Ce que vous auez mis en voftre liure mot pour mot, fans en rien defguifer, qui monftre apertement que vous elles vn vray plagiaire, comme l’on pourra voir au chapitre que vous appel- iez Taille couronnée, qui fe fait en demy-rondau deflbus de la future coronaled’vne temple à l’au- tre , iufques à l'os. Or ie n’enfeigne pas vn tel genre de remede f cruel : ains inftruis l’Operateur par raifon, authorité, ôc preuues notables, du feur moyen de remedier à telles aflédions , fans bourrelet ainfi les hommes. Au llu. i.ch, ch.du péri- fcythifme. Au ch. du 9 Mure de me s œu* urei. En la curation de l’Empyeme Paul Æginete, Albucrafis ôc Celfus , commandent dupliquer les vns ï 3. les autres ‘1 y. cautères , pour donner ifluë au pus contenu dans le thorax , comme ledit Celfus lieu preallcgué, l'ordonne pour les afthmatiques , qui eft vne choie (fauf l'honneur d eux) hors de toute raifon , puis que le but du Chirurgien eft de donner ifluë à la bolie illec conte- nue , il n’cft queftion d’autre choie que de faire ouucrture , pour euacuer la matière en la partie plus décliné. l'a y monftré feurement au ieune Chirurgien le moyen de ce faire , fans tourmenter les patiens pour néant. ’Troîjïefme. L^’6x * uu.x.ch.i. 898 Apologie. Cu'td. de Cauliac traiB. 1. doct. l.ch.l, Liu. 7.ch. 10. Liu. 6. ch. 46. ch-47.Uu. t. Au liu. I. ch. 19- & 30. & aujjt au lîu.i. ch. 31. Liu.6.chap, 47. & 48. Au liu. 5. chap. 1. De internis tnorbis. Liu.l.ch.î 3. Llu.$.feli,i. chap. 89. Liu.6.ch. 5 0, au 3.liure au eh. il. liu,7. Aux mammeUps trop grofies,'Paul Æginete de Albucrafis commandent de faire vne incifion en croix, ofter toute la graille, puis ioindre la playepar future : Tomme c’eft efcorcher vn homme tout en vie,ce queie n’ay iamais pradiqué, ny confeillé de faire au ieune Chirurgien. 6) uatrlefrne. Albucrafis de Paul Æginete, veulent cauterifer le foye de ratte auec fers ardans, ce que les mo* dernes n’ont iamais pratiqué, comme auffi la raifon y répugné apertement. Cincjuiefrne. Sixlejrne. En la paraccntefe qui fe fait en latroifiefme cfpeced’Hydropifie appellée Afcitcs, Celfus Aurc* lianus cômande de faire plufieurs ouuerturcs au ventre. Albucrafis applique neuf cautères aduels7 à fçauoir quatre à l’entour du nombril, vn fur l’eftomach, vn fur la ratte, vn fur le foye,deux der- rière le dos près les vertebres , l’vn d’iceux près la poidrine , le dernier près l’eftomach. Acce eft auffi en rnefme volonté d’ouurir le ventre auec plufieurs cautères. Paul Æginete commande d’ap- pliquer cinq cautères aduels pour faire ladite paracentefe. Mais abhorrant vne telle maniéré de brufler, de laquelle vous parlez fort par tout voftre troifiefme Hure, ie monftre vne autre maniéré de pratiquer, laquelle fe fait en faifant vne fimple ouuerture audit ventre, comme l’on pourra voir à mes œuures, auec heureux fuccés. le ne monftre point en mes œuures la maniéré de brufler aux ieunes hommes,que les anciens ont appellé Infibulare, car cela ne fe pratique point, combien que Celfe Pefcriue. Septiefme. Au ch. 1 j. liu.7, Liu A.ch. 76. Liu.i.chq 1. Sur la fent. 49.de la 1. je cl, du liu, des Art. A la feiatique prouenant de caufe interne , entant que les mufeofitez defpîaccnt fos de leur lieu Paul commande de brufler fur ledit article iufques à l’osrDiofcoride commande de mcfmc.Ce que ie ne trouué expédiant, prenant indication des parties fu jedes:car là où l’on veut brufler,c’eft à l’en- droit des quatre mufcles gemeaux, au défions defquels parte le gros nerf defeendant de l’os Sacrum lequel eftant bruflé, ie vous lai fie à penfer ce qui en aduiendroit, comme remarque Galicn, expref- fément parlant de l’vftion qu’il faut faire en l’Humcrus. • HuîEHejrne, Sent. ii. & 13. de la 5, feff. fur le lîu.des Ar, ticles. Ch.iS.duij. Hure En la luxation des vertebres faite en dehors, Hippo. commande que Ton attache droit l’homme fur vnc efchelle, les bras de jambes liez de garrotezrpuis-apfes auoir monte î’efchclle au haut d’vne tour,ou d'vn fefte de lamaifon, auec vn gros chable en vue poulie, qu’on lai Ile tomber à plomb fut' lepaué dur de ferme le patient : cequ’Hippo.dit qu’on faifoit de Ton temps.*Or ie ne monftre pas vue telle maniéré de doncr l’eftrapadeaux hommes, mais ie monftre au Chirurgien en mes œnines, la maniéré de les réduire feurement, de fans grande douleur. D’auantage ie ferois marry de fuinre le dire dudit Hipp. au 3.Hure Demorhis> lequel commande qu’à la maladie dire Voluulus, faut faire enfler le ventre auec vn foufflet, mettant le canon dans l’intcftin droit, puis y fouffler iufques à ce • que le ventre foit bien tendu,par après bailler vn clyftere emcllient,& eftouper le cul d’vne efpon- ge. Telle pracliquc ne fe fait point auiourd’huy, partant ne vous efmerucillez fi ie n’en ay voulu parler. Et ne vous eftant pas contenté de rapfodier les opérations des autheurs fufdits, en auez auffi pris plufieurs en mes œuures, comme chacun peut cognoiftre ; qui monftre apertement qu’il n’y a rien de voftre inuention en voftre Guide de Chirurgiens. le l’ai fie à partvne autre infinité d’opérations inutiles que vous cottez dans voftre linre , fans fçauoir quelles beftes font, pour ne les auoir iamais veu pratiquer ; mais pource que vous auez trouué cela eferit és Hures des anciens, vous l’auez mis en voftre linre. D’auantage vous dites que vous me monftrerez ma leçon aux operatioos de Chirurgie , il me fcmble que ne fçauriez : parce que ie ne l’ay pas apprife feulement en mon eftude 3 de pour auoir oüy par plufieurs de diuerfes années les leçons des Dodeurs en Medecine : mais comme i’ay eferic cy-deuant en l’Epiftre au Ledcur, i’ay fait refidace à l’Hoftel-Dieu de Paris par l’efpace de trois ans où i’ay eu le moyen de voir &, apprendre beaucoup d’œuures de Chirurgie,fur vne infinité de ma- lades, enfemblc l’anatomie, fur vne grande quantité de corps morts , ainfi que fouuent i’en ay fait preu ne tres-fuffifante publiquement aux Efcholes de Médecine de Paris. Mon bon-heur m’a fait voir encore plus outre. Car eftant appellé au feruicc des Rois de France(quatre defquels i’ay ferui) ie me fuis trouué en compagnie, aux batailles, efcarmouchcs, afiauts,&: fieges de villes de forteref- fes,comme auflîi’ay efté enclos és villes auec les affiegez, ayant charge de traider les blcfiez. D’a— uantage, i’ay demeuré longues années en cefte grande de fameufe ville de Paris, où grâces à Dieu, i’ay toufiours vefeu en tres-bonne réputation entre tous , de n’ay tenu le dernier rang entre ceux de mon eftat, veu qu’il ne s’eft trouué cure tant grande & difficile fuft-eîle , ou ma main de mon confeiî n’ayent efté requis , ainfi que ie fais voir par ce mien œuure. Or oferez-vous ( ces chofcs choies entendues ) dire que m’apprendrez à exécuter les œuures de Chirurgie , attendu que n’a- uez iamais parti de voftre eftude ? Les opérations d’icelle font quatre en général (comme bien auons déclaré cy-deuant) où vous n’en faites que trois, à fçauoit,ioindre le feparé,feparer le conti- nu, de ofter le fupcrflu,& la quatriefme que ie fais, autant neceftfaire que d’induftrieufe inuention, eft d’adioufter ce qui défaut, comme i’ay monftré cy-delfus. Auffi vous voulez que le Chirurgien ne face que les trois opérations fufdites,fans s’entremettre d’ordonner vn fimplecaraplafme, difanc que c’eft ce qui vous eft venu à voftre part delà Medecine : de que les anciens (au difeours qu’auez fait au Ledeur) ontdiuifé la fuitte du Médecin en trois bandes,à fçauoir Viuandiers, Apothicai- res,& Chirurgiens.Mais ie vous deraanderois volontiers qui eft celuy qui en a fait le partage,& °ù Et Voyages. 899 " aacün en feroit fait, qui font ceux qui Ce font contentez de leur part, fans quelque entreprife fur i autre ? Car Hipp.Galicn,Actius,Auicenne,bref tous les Médecins,tant Grecs, Latins, qu’Arabcs, n’ont iamais traitté de l’vn, qu’ils n’ayent traitté de l’autre, pour la grande affinité & liaifoh qu’il y a entre les deux,& fcroit bien difficile en faire autrement.Or quand vous voulez mettre fi bas la Chirurgie,vous contredites à vous mefmes. Car en l’epiftre liminaire que vous auez dediee à de- funél Monfieur de Martigues , vous dites que la Chirurgie eft la plus noble partie de la Médecine* tant à rai Ton de fon origine , antiquité , nccefïité, que certitude en Tes allions : car elle opéré luce aperta, comme eferit dodement Celfe au commencement du 7. liu. Partant il eft à croire que n’a- uez iamais forti de voftre eftude, que pourenfeigner la théorique (fi l’auez peu faire.) Les opéra- tions de Chirurgie s’apprennent à l’oeil Sc au toucher.le diuay que vous reficmblez à vn icune gar- çon bas Breton,bien fefiu Ôc matériel , qui demanda congé à fon pere de venir à Paris pour pren- dre France. Eftant ardue , l’organifte de Noftre Dame le trouua à la porte du Palais,qui le print pour fouiller aux orgues , ou il fut trois ans. Il veit qu’il parloir aucunement François, il s’en re- tourne vers fon pere,&luydit qu’il parloir bonne France,& dauantage qu’il fçauoit bien ioüer des orgues.Le p»re le receutjbien ioyeux dequoy il efloir en fi peu de temps fi fçauant : il s’en alla vers 1 Chganifte de leur grande Eglife,& le pria de permettre à fon fils déjouer des orgues, afin de fça- uoir ii fon fils eftoit bon maiftre, ainfi qu’il difoic : ce que le maiftre organifte accorda volontiers* Eftant entié aux orgues , il feiette de plein faut aux foufflets : le maiftre Organifte Iny dit qu’il joüaft , & que luy fouffleroit : Alors ce bon maiftre refpond qu’il joüaft luy-mefme des orgues s’il v mloir,car quant à luy il ne pouuoic jouer que des foufflets. le croy aufli, mon petit maiftre, que vous ne fçauez autre chofe que caqueter en vue chaire : mais moy ieioüeray fur le clauier,& feray refonner les orgues : c’cft à dire,que ie feray les opérations de Chirurgie,ce que nefçauricz nulle- ment faire,pour n’auoir bougé de voftre eftude,& des cfcholes, comme i’ay dir. Mais ainfi comme cy-denant i’ay eferit en l’epiftre au Lecteur,que le laboureur à beau parler des faifons,difconrir de la façon de cultiuerla terre , déduire quelles femences forte propres à chacun terroir ; tout cela n’cft rien s’il ne met la main aux outils, & n’accouple Tes bœufs ,& ne les lie à la charrue'. Aufli ce n’cft pas grande chofe fi nfe fçauez la pradique : Car vu homme feroir bien la Chirurgie , encore qu’il n’euft point de langue , comme a fort bien noté Cornélius Celfus au linre 1. quand il dir, A4 or b os non eloquentia Je d nmedlis curari : qua fi quis clin guis, vfii dlfcretus hene norlt,hunc alignant 0 ma- iorem A/Leàlcum fat arum, quarn fifine vfii lïnguamfaam excoluerit. C’eft à dire : les maladies cftre gua- riesnon par éloquence , mais par les remedes bien Sc denement appliquez : lefquels fi quelqu’vn fage Sc diferer, n’ayant point mefme de langue,cognoift bien par bon vfage,celuy-là à l’adnenir fera plus grand Médecin, que fi fans vfage il ornoit bien fa langue. Ce que vous-mefincs confdfez en voftredit Hure par vn quatrain qui eft tel : Ce nejt pas tout en Chirurgie ’ De jargonner : mais le plus veau Eft que les bandes on manie , Le feu, les las, & le cijèau* Ariftote Hure premier de la Metaphyfiqne, chapitre premier , dit l’experieiicè dire prefquc fem- blable à la fcience,&: par icelle l’art Sc la feicnce àuoir efté inuentees. Et de fait nous voyons ceux qui font expérimentez paruenir pluftoftà ce qu’ils prétendent-, qne ceux qui ont la rai fon fans l’experience , à caufe qu’icelle expenence eft vue cognoiffance des chofes fingulieres & particuliè- res,& la fcience au contraire vne cognoiffance des chofes vniuerfelles.Or ce qui eft particulier , eft plus fanablc que ce qui eft vniüerlel.Partant ceux qui ont I’expcrience,font plus fages Sc plus cfti- raez que ceux qui en ont défaut ; d’autant qu’ils fçauent ce qu’ils font.Dauantage ie dis que icien- ce fans expérience,n’apporte pas grande affcurance. Alciat Docteur Milanois fe glorifioit vniour que fa gloire eftoit plus grande & illuftreque cel- le des ConfeilIers,Preffdens,&: Maiftres des Requeftcs ; parce qu’il difoit les faire , & que c eftoit par la fcience Sc Tes enfeignemens qu’ils venoient tels : mais il luy fut refpondu par vn Confeilier, qu’il rcffembloit à la queux qui rendoit le couteau aiguifé Sc preft à couper, ne le pointant faire elic-mefme: Sc luy allégua des vers d’Horace,que — Fungebamr vice cotis, acutum y Reddere qmferrum valet, exors ipfa fecandi. Or voila,mon petit tnaiftre, ma refponfe à vos calomnies : Sc vous prie,fi auez 1 ame bonne, de vouloir (pour le public)reuoir Sc corriger voftre Hure le pluftoft que vous pourrez , pour ne tenir les icunes Chirurgiens en cet erreur par la ledure d’iceluy , ou vous lesenfcignez d vfer des fers ardans après l’amputation des membres pour cftancher le fang , attendu qu il y a vn autre moyen non ff cruel , Sc plus feur & aifé : ioind que fi auiourd’huy après vn allant de ville où plufieurs fol- dats ont eu bras de jambes rompues &c emportées de coups d’artilleries,ou de coutelas,ou d’autres machines,pour cftancher le fang, vous falloir vfer de fers ardans, il faudroit pour ce faire vne forge Sc beaucoup de charbon pour les chauffer , & aufli que les foldats vous auroient en tede horreur pour ccftc cruauté,qu’ils vousaflbmmeroient comme vn veau, ainfi que iadis fut 1 vn des premiers Chirurgiens de Rome:Ce qu’on trouueraeferit cy-defius au chap.3. de l’introdudion de Chirur- gie Hure i.Or de peur que les fedateurs de vos eferits ne tombent en tel inconuenient * ie les prie fuiure la méthode cy-defius dite, laquelle ay monftree eftre yïaye&c certaine,&: approuuee par au- thorité,raifon,&expérience* » . * , Belle fttniltA tude. Apologie, 900 Le voyage de Thurin. i y 3 6. DAuantage k veux icy monftrer aux Lecteurs les lieux 5c places où i’ay peu apprendre la Chi- rurgie,pour toufiours mieux inftruire leieune Chirurgien. Ec premièrement,en Tan mil cinq cens trente fix,le grand Roy François enuoya vne grande armee à Thurin,pour reprendre les vil- les 5c chafteaux qu’auoit pris le Marquis du Guaft, Lieutenant gênerai de l'Empereur : où Mon- iteur le Conneftable , lors grand Maiftre , eftoit Lieutenant général de l'armee , 5c Monfieur de Monte-Jan Colonnel général des gens de pied,duqucl lors i’eftois Chirurgien. Vne grande partie de l’armee arriuee au pas de Suze, tronuafmcs les ennemis qui tenoient le paftàge, & auoient fait certains forts 5c trenchees , de façon que pour les faire dcbufquer & quitter la place , il conuinc cobattrcjoù il y esiit plufieurs îaez 5c bleftcz,tant d’vne part que d’autre : mais les ennemis furent contraints fe retirer 5c gagner le chafteau , qui fut en partie par le Capitaine le Rat, qui grimpa auec plufieurs foldats de fa compagnie fur vne petite montagnette, là où ils tiroient à plomb fur les ennemis,il receut vn coupd’arquebufe à la chenille du pied dexrre,où tout lubit tomba en ter- re : 5c alors dit,A celte heure le Rat eft pris.le le penfay,& Dieu le guarit. Nous entrafmes à foule en la ville,& pallions par fus les morts,& quelques-vns ne l’eftans encore, les oyons crier lous les pieds de nos chenaux,qui mefaifoienr grande compallîon en mon cœur.Et véritablement ie me re- pency d’eftre party de Paris,pour voir li piteux fpeélacle. Eftant en la ville, i’entray en vne ellable pour cuider loger mô chenal 5c celuy de mon hôme,là où ie trouuay quatre foldats mons,& trois cftoienc appuyez contre la muraille, leur face entièrement desfiguree, 5c ne voyoienr, n’oyoienr, ny ne partaient, 5c leurs habillemens flamboyoienc encore de la poudre à canon qui les auoient brûliez.Les regardant en pitié, il furuint vn vieil foldat qui me demanda s’il y aucit moyen de les pouuoir guarir,ie disquenon , fubit il s’approcha d'eux 5c leur coupa la gorge doucement 5c fans cholcre.Voyant celte grande cruauté,ie luy dis qu’il eftoit vn tnàuuais homme. Il me fit refponce, qu’il prioit Dieu,que lors qu’il feroit'accoultré de telle façon,qu’il fe trouuaft quelqu’vn qui luy en filt autant,à fin de ne languir miferablemenr. Et pour venir fur nos brifees , les ennemis furent foinmce, de fe rendre,ce qu’ils firent,& forcirent feulement la vie fauuc , le ballon blanc au poing: dont la plus grande partie s’en alla gaigner le chafteau de Viilanc, où il y auoit enuiron deux cens Efpagnols. Monfieur le Conneftable ne le voulut laifter en arriéré, à fin de rendre le chemin libre. Ce chafteau eft allîs fur vne petite montagne , qui donnoit grande afteurance à ceux de dedans, qu’on ne pourroit afteoir l’artillerie pour les battre , 5c furent fommez de fe rendre, ou qu’on les mertroic en pièces : Ce qu’ils refuferent tout à plat, faifant refponfe qu’ils eftoiét autant bons & fi- dèles feruitenrs de l’Empereur, que pouuoit cftre Menfieurle Conneftable du Roy fon maiftre. Leur refponfe entendue, on feit de nuiél monter deux gros canons à force de bras, auec cordages par les Suiftes 5c Lanfquenets : où le mal-heur voulut qu’eftans les deux canons allis , vn ca- nonnier mit par inaduertance le feu dedans vn fac plein de poudre à canon , dont il fut bruflé, enfemble dix ou douze foldats, &c en outre la flamme de la poudre fut caiife de defcouurir l’ar- tillcrie , qui feit que toute la nniél ceux du chafteau tirèrent plulîeurs coups d’arquebufes à l’endroit où ils auoient peu defcouurir les deux canons, dont tuèrent 5c blefterent quelque nom- bre de nos gens. Le lendemain de grand matin on fit batterie, qui en peu d’heure fit breche. Eftant faiéle , demandèrent à parlementer auec nous : mais ce fut trop tard pour eux : Car ce- pendant nos gens de pied François , les voyans cftonnez , montèrent à la breche , 5c les mirent tons en pièces, excepté vne fort belle ieune 5c gaillarde Piemontoife , qu’vn grand Seigneur voulut auoir pour luy tenir compagnie de nuiél , de peur du loup garou. Le Capitaine 5c En- feigne furent pris en vie , mais bien toft après pendus 5c eftranglez fur les créneaux de la porte de la ville , à fin de donner exemple 5c crainte aux foldats Impériaux , de n’eftre fi téméraires 5c fi fols, de vouloir tenir telles places contre vne fi grande armee. Or tous les fufdits foldats du cha- fteau, voyans venir nos gens d’vne très grande furie, feirent tout deuoir de fe défendre , tuè- rent Sc blefterent vn grand nombre de nos foldats à coups de piques, d’harquebufes, 5c de pierres: où les Chirurgiens curent beaucoup de befongne taillée. Ori’eftois en ce temps-là bien doux de fel,ie n’auois encores veu traiéler les playes faites pat harquebufes, pour le premier appareil. Il eft vray que i’auois leu en Ican de Vigo,liure premier des playes en général, chapitre huiélicme , que les playes faites par ballons à feu participent de venenofiré, à eau le delapouldre , 5c pour leur cu- ration commande les cauterifer auec huile de fambuc toute bouillante , en laquelle foit niellé vn peu de theriaque : 5c pour ne faillir parauaiat qu’vfer de ladite huile,fçaehant que telle chofe pour- roit apporter au malade extreme douleur,ie voulus fçauoir premièrement que d’en appliqucr,com- me les autres Chirurgiens faifoient pour le premier appareil, qui eftoit d’appliquer ladite huile la plus bouillante qu’il eftoit pollible dedans les playes , auec tentes & fêtons : tellement que ie pris la hardiclfede faire comme eux.En fin mon huile me manqua, 5c fus contraint d’appliquer en fon lieu vn digeftiF Fait de jaune d’œuf,huile rofat , 5c térébenthine. Lanuidlie ne peu s bien dormir à mon aile , craignant par faute d’auoir cauterifé , de trouuerles bleftèz où i’auois fai 11 y à mettre de ladite huile morts empoifonnez, qui me fit leuerde grand matin pour les vifiter, où outre mon efperance trouuay ceuxaufquels i’auois mis le médicament digeftif, fentir peu de donleur.& leurs playes fans inflammation ny tumeur, ayant allez bien repoféla nuicl : les autres où l’on auoir ap- plique ladite huile bouillante, les trouuay febricitans,auec grande douleur 5c tumeur aux enuii os de leurs playes.Adonc ie medeliberay de ne harnais plus brufter ainfi cruellement les panures bief- fez d’harqnebufades. Eftant à 1 burin trouuay vn Chirurgien, qui auoit lebruit par deftùs tous de bien traicler les playes faites par harquebufes,en la grâce duquel trouuay façon de m’infinuer pour auoirla reccpte qu’il appclloit fon baume , donc il traiéloxc les playes d’harquebufes, 5c me feic Retraite des ennemis. Hijîcire, Braue refyo- fe de foldats. Punition exemplaire. Confeil dé de Vigo. Expérience ' rend l'homme hardy. Heureux [hcc «s. Et Voyages. 901 fai re la cour deux ans auant que pouuoir tirer fa recepte.En hn auec dons 8c pirefens me la donna, qui eftoit faire bouillir dans de l’huile de lys,des petits chiens nouuellement naiz , 8c des vers de terre préparez , auec de la térébenthine de Venife. Alors ie fus bien ioyeux,& mon cœur artbuuy d’auoir entendu fou remcde,qui fe rapportoir au mien que i’auois trouué par cas fortuit. Voila co- rne l’appris à traider les playes faites par harquebufes , non pas paries Hures. Mondit feigneur le Marefchal de Monte-jan demeura Lieutenant général pour le Roy en Piémont,ayant dix ou dou- ze raille hommes en garnifon par les villes 8c chafteaux,lefquels febattoient fouuent à coups d'ef- pee3& d'aunes baftôs,& mefmes à coups d'arquebufes,& s’il y auoit quatre bleffez i’en auois touf~ iours les trois,& s il eftoit queftion de couper vn bras ou vne jâbe,ou trepaner,ou réduire vne fra-* dure ou dihocation , i en venois bien à bout. Mondit feigneur le Marefchal m'enuoyoit tantofl: d'vn cofté,tantoft de l'autre , pour penfer les Soldats hgnalez qui s'eftoient battus tant aux autres villes qu’à I hurin, de forte que i’eftois touhours par les champs de cofté 8c d'autre. Monheur le Marefchal enuoya quérir à Milan vn Médecin qui n’auoit pas moins de réputation que defund Monheur le Grand,pour bien faire la Medecinc,pour le traider d'vn flux hépatique , dont à la hn en mourut. Ce Médecin fut quelque temps à Thurin pour le traider 8c eftoit fouuent appelle pour vihter les bleffez, où touhours m’y trouuoit, 8c confultois auec luy,& quelques autres Chi- rurgiens,& lors qu'auions refolu de faire quelque œuure ferjeufe de la Chirurgie,c'eftoit Ambroife Paré qui y raettoit la main,là où ie lefaifois promptemét 8c dextrement 8c d'vne grande alfeurâce, de forte que ledit Médecin m’admiroit, me voyant h adextre aux opérations de Chirurgie , veu le bas aage que i’auois.Vn iour deuifant auec mondit Seigneur le Marefchal,luy dit: S'ignorât h haï va Chirargico giouane di anni, ma egli e vecchio di fapere e di efperieaùa , gnardalo bene3 perche egli ti far a fenùcîo er honore. C'eft à dire,Tu as vn ieunc Chirurgien d'aage,raais il cft vieil de fçauoir 8c expérience,garde-Ie bien : car il te feraferuice& honneur.Mais le bon homme ne fçauoit pâs que i’auois demeuré trois ans à l’Hoftel Dieu de Paris pour y traider les malades. En hn Monheur le Marefchal mourut de Ton flux hépatique.Eftam mort, le Roy enuoya Moniteur le Marefchal d’Annebaut pour eftrc en fa place,lequel me feift cet honneur de me faire prier de demeurer auec luy, 8c qu’il me traideroit autant bien ou mieux que Monheur le Marefchal de Monte-jan.Ce que ie ne voulois point, pour le regret que i’auois d’auoir perdu mon Maiftre qui m'aymoit intimement , &moyluy pareille- ment. Ainh m’en reuins à Paris, Reeepte aume 3 uebufes, Tefrnoignâgé de la dexte* rite de l'An• theur. Mort du Ma* refchal de Monte-]nrit Voyage de Marelle, & de bajje Bretagne. 1543. ÎE m'en allay au camp de Marolle auec defund Moniteur de Rohan , où le Roy François eftoit en perfonne,& eftois Chirurgien de la compagnie dudic heur de Rohan. Or le Roy fut aduerti par Monheur d’Eftampes , gouuerneur de Bretagne , que les Anglois auoient fait voile pour de- feendreen la baffe Bretagne : 8c le prioit de vouloir enuoyer pour fecours Meilleurs de Rohan9 8c deLaual , attendu que c'eftoienc les Seigneurs dupais , & que parleur faneur ceux du pais pourroienr repouffer l’enneray, Sc garder qu'il ne print terre. Ayant reccti cet aduertilfement , fa Mujefté depefcha lefdits Seigneurs pour aller en diligence au fecours de leur patrie , & leur fut donné à chacun autant de pouuoir comme au Gouuerneur , de façon qu'ils eftoient tous trois Lieutenans du Roy.. Ils prindrent volontiers celle charge, 8c partirent promptement en porte, 8c me menèrent auec eux iufques à Landreneau, là où nous trouuafmes tout le monde en armes, le toxin Tonnant de toutes parcs , voire à cinq ou hx lieues autour des havres, à fçauoir, Breft, Conquet , Crozon, le Fou, Doulac , Laudanec , chacun bien munis d'artillerie , comme canons, doubles canons, baftardes , moufquets, pafte-volans, pièces de campagne, couleurines, ferpenti- nés, bahliqnes , facres ,faulcons , fauconneaux, fluftes, orgues, harquebufes à croc. Somme que toutes les aduenuës eftoient bien munies de toutes fortes 8c façons d'artilleries , 8c pluheurs fol- dats , tant Bretons que François, pour empefeher que les Anglois ne ftftenc leur defeente, ainh qu'ils auoient délibéré au partir d'Angleterre. L’armee de l’ennemy vint iufques à la portée du canon , 8c lors qu’on'les appcrceut voulant aborder en terre , on les faliia à coups de canon, 8c defcouurirent nos gens de guerre, enfemble noftre artillerie. Ils voltigèrent fur la mer, où i'e- ftois bien ioyeux de voir leurs vailfeaux faifans voile , qui eftoient en bon nombre 8c en bon or- fembloit que ce fuft vue foreft qui marchaft fur la mer.le veis aulfi vne chofe dot ic fus bien efmerueillé,qui eftoit que les balles de bien greffes pieces,faifoiêt de grands bonds,8c trottoiet fur l’eau corne elles font fur la terre.Or pour le faire court,nos Anglois ne nous feirent point de mal 8c s'érctournerêt en Angleterre Tains 8c nous laifsâs enpaixrnous demeurafmes en ce pays-là en garnisô,iufques à ce que nous fufmes bié affeurez que leur armee eftoit r6pue.Cc pédant les gêf- d'armes s'exerçoiét founent à courir la'bague,autrefois côbattoieat àl'efpee d’armes,en forte qu'il y en auoit tonhours quelqu'vn qui auoit quelque chinfreneau, 8c touhours auois quelque chofe à m'exercer.Monheur d'Eftampes pour donner pafte-téps 8c plaihr àmcfdits Seigneurs de Rohan 8c de Laual,& autres Gentils-hommes, faifoit venir aux feftes grande quantité de filles villageoifes pour chanter des chanfons en bas Breton,où leur harmonie eftoit de coater corne grenoiiillcs,lors qu'elles (ont en amour.Dauâtage leur faifoit dâcer le triori de Bretagne,& n’eftoit fans bié remuer les pieds 8c felTes.ll les faifoit moult bo oiiir 8c voir. Autresfois faifoit venir les luitteurs des villes ôc villages,où il y auoit prix:1e ieu n'eftoit point acheué qu'il n'y euft quelqu’vn qui euft vn bras ou jambe rompue,ou l’efpaule,ou hanche démife. Il y eut vn petit bas Breton bien quadrature, fallu 8c matériel,qui tint long berlan , 8c par Ton aftuce 8c force en jetta cinq ou hx par terre. Il furuint vn grand Datiuo magifter d’efchole > qu’on difoiteftre l’vn des meilleurs luitteurs de Les Anglois fe retirent. Dances des filles vtlla- Le pet;t ton exçellwt lutteur. 901 Apologie, toute la Bretagne ; il entre en lice , ayant ofté fa longue jaquette, en chauffe 8c en pourpoint, & eftant près le petit homme,il fcmbloitque s’il euft cfté attaché à fa ceindture il n’enft pas laiffé de courir.Toutesfois quand ils fe prindrent collet à collet,ils furent long teps fans rien faire,& pen- foit-on qu'ils demeureroient efgaux en force 8c aftuce : mais le petit fellu fe ictta en furfaut 8c d'emblce fous ce grand Datiuo , le chargea fur fon efpaule , 8c le jetta en terre fur les reins tout eftendu comme vne grenouille, 8c alors tout le monde commença à bien rire de la force 8c aftuce du petit feffu. Ce grand Datiuo eut grand defpit d’auoir efté ainfi jetté par terre par vn fi petit hommet; il fe releua tout en cholere,& voulut auoir fa reuanche. Ils fe prindrent derechef collet à collet, 8c furent encore vn bien long temps à leurs prifes ne fe pouuans mettre par terre : en fia ce grand homme fe lailfa tomber fur le petit, 8c tombant meit fon coulde au creux de l'eftoraaeh, 8c luy creua le cœur,& le tua tout mort. Et fçaehant luy auoir donné le coup de la more, reprint fa longue jacquctte,& s'en alla la queue entre les jambes,& s'eclipfa , voyant que le cœur ne reue- noit point au petit hommc,pour vin,vinaigre,ny autre chofc qu’on luy prefentaft. le m'approchay de luy,taftay le poulx qui ne battoir nullement, alors dis qu’il eftoit more. Adonc les Bretons qui aftiftoientà la luicte , dirent tout haut en leur baragouyn , Andraze menraquet enes rac vnhloa Jo abeudeux henelepe barzangourernon enel ma moa engoufinm^ceft à dire,Cela n’eft pas du jeu. Et qucl- qu’vn dit que ce graqd Datiuo eftoit couftumier de cefaire,& qu’il n'y auoit qu'vn an qu'il auoit fait le femblable à vne luitte.Ie voulus faire ouuerture du corps mort, pour fçauoir qui auoit cfté ! caufe de cefte mort fubite : ie trouuay beaucoup de fang efpandu au thorax & au ventre inférieur, 8c m’efforçay de cognoiftre quelque ouuerture du lieu d’où pouuoit eftte forty telle quantité de fang,ce que ie ne fceu,pour quelque diligence que ie feeu faire. Or ie croy que Diape- dejîrti ou Anafiomofin^ccft à dire,par l'ouuerture des bouches des vaifteaux, ou parleurs porofitez. Le pauure petit luitteur fut enterré.le prins congé deMeflieursde Rohan,de Laual,& d’Eftampcs. Monfieur de Rohan me feit prefent de cinquante doubles ducats, 8c d’vne haquenee, Sc Monfieur de Laual d’vn courtaut pour mon homme , 8c Monfieur d'Eftampes d’vn diamant de valeur de trente efeus : 8c ie m’enreuins en ma maifon à Paris. Le petit Bre- ton oçcis. Ouuerture faiiïe du fon corps par l'Amheur. Voyage de Parpignan. 1543. QVeîque temps âpres Monficur de Rohan me mena en porte auec luy au camp de Parpîgnan: eftant là les ennemis feirent vne fortie,&: vindrent encloüer trois pièces de noftre artillerie, là où ils furent répondez iufques près la porte de la ville.Ce qui ne fut fans qu'il y euft beaucoup de tuez 8c blertcz, entre les autres monfieur de Briftàc (qui lors eftoit grand maiftre de 1 artillerie) qui receut vn coup d’arquebuze à l'efpaule. S'en retournant à fa tente tous lesbleffcz le fuiuirenr, efperans cftre penfez des Chirurgiens qui le deuoient penfer. Eftant arriué à fa tente , Sc pofé fur fon liél, la balle fut cherchée par trois ou quatre Chirurgiens les plus experts de l’armee , lefquels ne la peurent trouuer, &: difoient eftrc entree dedans le corps. En fin il m'appclla, pour fçauoir fi ie pourroiseftre plus habile qu'eux,pource qu’il en Piémont. Incontinent ie le feis leuer de deffus fon Iicl,& luy dis qu'il fe mift en mefme fituation qu'il eftoit lors qu'il fut blef- fé. Ce qu’il feit, &: print vn iauelot entre fes mains, tout ainfi qu'alors il auoit vne picquc pour combattre. le pofay la main autour de fa playe , & trouuay la balle en la chair, faifant vne petite tumeur fous l'Omoplate : l'ayant trouuee, ie leur monftray l'endroit où elle eftoit,& fut tiree par M.Nicole Lauernaut, Chirurgien de monfieur le Dauphin, qui eftoit Lieutenant du Roy en celle armee : toutesfois l'honneur m'en demeura pour l'auoir trouuee. le veis vne chofc de grande remarque : c'eft qu’vn foldat donna en maprefence vn coup de halebarde fur la telle de l’vn de fes compagnons, pénétrant iufques à la cauité du ventricule fené- llre du cerneau,fans qu'il tombai! en terre. Ceftuy qu'il frappa, difoit qu’il auoit entendu l’auoir pippé au dcz, 8c auoit tiré dé luy vne grande fomme d’argent, & eftoit couftumier de pipper. On m’appclla pour le penfer : ce queie feis, comme par acquit,fçaehant que bien tort il deuoit mourir. L'ayant penfé, il s'en retourna tout feul en fa loge, où il y auoit pour le moins deux cens pas de di- ftance : ie dis à vn de fes compagnons qu'il enuoyaft quérir vn Preftre pour difpofer des affaires de ion ame : il luy en bailla vn qui l'accompagna iufques au dernier foufpir. Le lendemain 1e malade m'enuoya quérir par fa gougue habillée en garçon pour le penfer : ce que ie ne voulus , craignant j qu il ne mouruft entre mes mains.Et pour m’en défairefte luy dis qu'il ne falloir leuer fon appareil que le troifiefme iour,d'autant qu'il mourroit, fans plus y toucher. Le troifiefmc iour il me vint trouuer tout chancelantren ma rente,accompagné de fagarfe,& me pria afteélueufcmenr delepen- fer:&: me monftra vne bourfe où il y pouuoit auoir cent ou fix vingts pièces d’or , 8c qu'il me con- tenteroit à ma volonré.Pour tout cela neantmoins ie ne laifibis de différer à leuer fon appareil,crai- gnant qu'il ne mouruft fur l’heure. Certains Gentils-hommes me prièrent de l’aller pcnfcr:ce que ie feis à leur requefte,mais en le penfant, il mourut entre mes mains en conuulfion. Or ce Preftre l'accompagna iufques à la mort,qui fefaifitde la bourfe,de peur qu'vn autre ne la print,difanr qu'il en diroir des Meftes pour fa pauure ame.Dananrage, il s'empara de fes hardes, & de tout lerefte. l’ay recité cefte hiftoire comme chofe monftrueufe , que le foldat ayant reeen ce grand coup ne tomba en terrc,& ratiocina iufques à la mort.Toft après le camp fut rompu pour pluficurs caufes: î'vne,que nous fufmes aduertis qu’il eftoit entré quatre compagnies d’Efpagnols dans Parpignan: i'autre,que la perte començoit fort à noftre camp : 8c nous fut dit par gens du pays,qu’en bref il fe ferait vn grand desbordement de la mer, qui nous pourroittous noyer : 8c le prefage qu'ils en auoient, eftoit vn bien grand vent marin , qui s'eftena de forte qu'il ne demeura vne feule ren- te qui ne fuft rompue 8c renuerfee par tcrre,quelque diligence Sc force qu’on y peut mettre: & les Addreffe de V Authsur, Hlftoite, Et Voyages. 903 A cuifines cftans toutes defcouuertes,le vent elleuoit les pouffieres 3c fables qui faloient &faulpou- droient nos viandes, de façon qu’on n’en pouuoit manger,& nous les falloir faire cuire en pots 3c autres vaifteaux couuerts. Or nous ne decampafmes point de fi bonne heure,qu’il n’y euft beaucoup de charrettes 8c char- tiers,mulets 3c muletiers , fubmergez en la mer, auec grande perte de bagage. Le camp rompu, ie m’en reuins à Paris. Voyage de Landrejy, i j 44. LE Roy François leuavne grande armee pour enui&uailler Landrcfy. De l’autre cofté , l’Em- pereur n’auoit pas moins de gens, voire beaucoup plus : à fçauoir, dix-huiét mille Allemans, dix mille Eipagnols,fix mille Wallons,dix mille Anglois, 3c de treixe à quatorze mille cheuaux, le veis les deux années proches les vncs des autres à la portée du canon , 3c penfoit-on qu’ils ne le partiroient iamais fans donner bataille. Il y eut quelques fols gentils-hommes qui fe voulu- rent approcher au camp de l’ennemy ; il leur fut tiré des coups de paflé-volans, aucuns demeurè- rent lur la place,autres eurent les bras & jambes emportez.Le Roy ayant fait ce qu’il defiroit, qui eftoit auoir renuidluaillé Landrefy , fe retira auec fon armee à Guife , qui fut le lendemain de la Touftain6ls,rail cinq cens quarante-quatre,& de ià,ie m’en reuins à Paris. Voyage de Boulogne. 1 f 4/. PHu de temps aptes nous allafmes à Boulogne , où les Anglois voyans noftre armee, quittèrent les forts qu’ils auoient, àfçauoir,Monlatnberr,le petit Paradis,Monplaifir,le fort de Ghaftillon, le Porter, le fort Dandelot. Vn iour allant par le camp pour penfer mes bleftez, les ennemis qui eftoient en la Tour d’ordre, tirèrent vne picce d’artillerie , penfans tuer des hommes d’armes qui eftoient arreftez pour deuifer enfemblc. Aduint que la balle pafta fort près de î’vn d'iceux , qui le renuerfapar terre,& penfoit-on que ladite balle luy euft touché : ce qu’elle ne feit nullement,mais feulement le vent de ladite balle au milieu de fa ta(fette,qui feit telle force, que toute la partie ex- térieure de lacuifte deuint liuide & noire, &ne fe pouuoit fouftenir qu’à bien grand’ peine. le Is penlay,& luy feis plufieurs fcarifications pour euacuer le fang meurtry qu’auoit faicl le vent de la-, dite balle,6c des bonds qu’elle feit fur terre , tua quatre foldats demeurans tous morts en la place, le n’eftois pas loing de ce coup, de façon que i’en fenty aucunement l’air agité , fans me faire au- cun mal,que d’vne peur qui me feit bailler la tefte allez bas, mais la balle eftoit ja bien loing. Les foldats fe mocquerent de moy d’auoir peur d’vnc balle qui eftoit ia paftec. Mon petit maiftre,ie croy que fi vous euffiez efté là , que ie n’eufte eu la peur tout feul, 3c qu’en euffiez eu voftrc part. Quediray plus?Monfieur le Duc de Guife, François de Lorraine , fut bielle deuant Boulogne d’vn coup de lance , qui au delfus de l’œil dextre, déclinant vers le nez , entra 3c pafta outre de l’autre part, entre la nucque 3c l’oreille d’vne fi grande violence , que le fer de la lance , auec portion du bois fut rompu,& demeura dedans,en forte qu’il ne peut eftretiré hors qu’à grand force , mefmes auec des tenailles de marefchal. Toutesfois nohobftant cefte grande violence , qui ne fut fans fra- bhire d’os,nerfs,veines 3c arteres,& autres parties,mondiél feigneur, par la grâce de Dieu futgua- ry.Ledit feigneur alloit toufiours guerroyer à face defcouucrte ; voila pourquoy la lance pafta ou- tre de l’autre part. Bleffeure de Mon fit »r de Guife. Voyage d’Allemagne, 1 y y 1 IEm’en allay ait voyage d’Allemagne l'an ipfa. auec monfieur de Rohan Capitaine de yo. hommes d’armes ,|où i’eftois Chirurgien de fa Compagnie, ce que i’ay dit cy-deftus. En ce voyage monfieur le Conncftable eftoit General de l’armee : monfieur de Chaftillon , depuis Admirai , eftoit chef 3c Colonnel de l’infanterie, ayant quatre regimens de Lanfquenetsfous la conduite des Capitaines, de Recrod,& Ringraue,ayans chacun deux regimens , chafque régiment ► eftoit de dix enfcignes,& chacune enfeigne,dc cinq cens hommes. Et outre ceux-cy eftoit le Capi- taine Chartel, lequel conduifoit les trouppes que les Princes Proteftans auoient enuoyees au Roy. Cefte infanterie eftoit fort belle, accdpagnee de quinze cens homes d’armes, auec la fuitte chacu de deux Archers, qui pouuoient faire quatre mil cinqcês chcuaux,& outre deux mille chenaux lé- autant d’harquebufiers à cheual.defquels eftoit General monfieur d’Aumalle, fans le grand nombre de noblefte qui y eftoit venue" pour fon plaifir. D’abondant le Roy eftoit accompagne de deux cens gentils-hommes de famaifon, aufquels commandoit lefieur de Boify, 3c l'autre le ficur de Canappe , 3c pareillement de plufieurs Princes. A fa fuitte y auoit encores pour luy feruir d e- feorte les gardes Françoifes 3c Efcoftbifcs , 3c Suifles, montans à fix cens hommes de pied : & les compagnies de monfieur le Dauphin,meilleurs de Guife, d’Aumalle,& du marefchal S.André, qui montoientàquatre cens lances, qui eftoit vne chofc merueilleufe devoirvne fi belle compagnie,& en cet équipage le Roy entra dans Toul 3c Mets.le ne veux laifler à dire , qu’il fut ordonne que les compagnies de meffieurs de Comte de Sancerre, de larnac (qui eftoient chacune de cin- quante hommes d’armes) chemineroient fur les allies du camp ; 3c Dieu fçait comme nous auions difette de viures : & protefte à Dieu , que par trois diuerfes fois ie cuiday mourir de faim , 3c n e-> ftoit faute d’argent,car i’en auois aftèz, 3c ne pouuions auoir viures que par force , à rai fon que les payfans les rctiroient dedans les villes & chafteaux. Vndes feruiteurs du Capitaine enieigne Hifioire. Apologie, 904 de la compagnie de monfieur de Rohan,alla auec d'autres pour cuider entrer en vne Egllfc, ou les payfans s'eftoient retirez, penfant trouuer des viures par amour ou par force:mais entre les autres ceftuy-là fut bien battu , 3c s’en reuint auec fept coups d’efpee à la tefte : le moindre penetroit la fécondé table du crâne,& en auoit quatre autres fur le bras,& vn fur l'efpaule droicle, qui coupoit plus de la moitié de l’omoplate ou paleron. Il fut rapporté au logis de fon maiftre , lequel le voyant ainfi nauré,& qu'aufll deuoit-on partir le lendemain dés la poinéte du iour, 3c n’eftimanc pas qu’il dent iamaisguarir,feift cauer vne foftfe, 3c le vouloit faire ietter dedans , difant qu'aufll- bien les payfans le malfacreroient 3c tuerôicnt.Meu de pitié, ie luy dis qu'il pourroit encores gua- rir s'il eftoit bien penfé : plufieurs Gentils-hommes de la compagnie le prièrent de le faire mener auec le bagage,puis que i’auoiscelle volonté de le pcnfencc qu’il accorda,& après que ie l'eu ha- billé,fut mis en vne charrette fur vn liél,bien couuert 3c bien accommodé,qu’vn chcual traifnoit. le luy feis office de Médecin, d'Apothicaire , de Chirurgien,& de Cuifinier :ie lepenfay iufques à la fin de la cure, & Dieu le guarit:fi bien que tous ceux de ces trois compagnies admiroient celle cure.Les hommes d’armes de la compagmie de monfieur de Rohan,la première monftre qui fe feift, me donnèrent chacun vn efcu,& les archers demy efeu. charité de lAutheur. Voyage de Danuilliers. 1552. Hijîoire, AV retour du camp d'Allemagne, le Roy Henry aflîegea Danuilliers , ceux du dedans ne fe vouloient rendre.lls furent bien battus : & lapouldre nous manqua,cependant tiroiem touf- iours fur nos gens. Il y eut vn coup de coulcnrine qui palfa au trauers de la tente de monfieur de Rohan, qui donna contre la jambe d'vn gentil-homme qui eftoit à fa fuitte , qu'il ihe fallut para- chcuer de couper,qui fut fans appliquer les fers ardans. Le Roy manda quérir de la pouldre à Sedan : eftant arriuee , on commença la batterie plus grande qu'anparauanr, de façon qu'on feit breche. Meilleurs de Guife & le Conncftable eftans à la chambre du Roy , luy dirent, conclurent que le lendemain il falloir donner l'affaut , & eftoienc alfeurcz qu'on entreroit dedans: & falloir tenir celafecret, de peur que l'ennem’y n'en fuft ad- uerty , & promirent chacun de n’en parler à perfonne. Or il y auoit vn valet de chambre du Roy, qui s’eftant couché fous Ton liél de camp pour dormir , entendit qu'on auoit refolu donner le lendemain l'affaut. Subit le renela à vn certain Capitaine, & luy dit, que pour certain le len- demain on donneroit l’afTaut, & i'auoit entendu du Roy , & pria ledit Capitaine de n’en parler à perfonne ; cexpi’il promit, mais fa promelfene tint pas, 8c de ce pas s'en alla le déclarer à vu Capitaine,& ce Capitaine à vn autre Capitaine, 3c des Capitaines à quelques-vns de leurs foldats* difans toufiours,N'en dites mot.Cela fut li bien celé,que le lendemain du grand matin , on voyoic la plus grand' part des foldats, auec leurs rondaches & leurs chauffes couppees au genoüil , pour mieux monter à labreche.Le Roy fut aduerry de ce bruit quicouroit parmy ce camp,qu'on deuoit donner l'affaut : dont il fut fort efmerueillé, attendu qu'ils n'eftoient que trois en cét aduis, qui auoient promis l’vn à l’autre n'en parler à perfonne. Le Roy enuoya quérir monfieur deGuife,pour fçauoir s’il n'auoit parlé de cet affaut : illuyiura & affirma qu’il ne I’auoit déclaré à perfonne. Autant en dit monfieur le Conneftable , lequel dit au Roy qu’il falloir expreffément fçauoir qui auoit déclaré le confeil feçrer, attendu qu’ils n’eftoient que trois. Inquifîtion fut faite de Capitaine en Capitaine, en fin on trouuala vérité : car l’vn difoit , ç'a eftétel qui mel'adit:vn autre autant : tant que l'on vint au premier, qui déclara l’auoir appris du valet de chambre du Roy,nommé Guyard,natif de Blois, fils d’vn Barbier du deffunél Roy François. Le Roy l’enuoya quérir en fa tente, en la prefence de monfieur de Guife , & de monfieur le Cortneftable, pour en- tendre de luy d’où il renoit, 3c qui luy auoir dit qu'on deuoit donner cet affaut. Le Roy luy dit , que s'il ne difoit la vérité, qu’il le feroit pendre. Alors il déclara qu'il s’eftoitmis fous fou bel penfant dormir : l'ayant entendu I’auoit dit à vn Capitaine qui eftoit de fes amis > à fin qu'il fç préparai! auec fes foldats, d’aller des premiers à l’affaut. Alors le Roy cognutla vérité, & luy dit que jamais ne s'en feruiroit, & qu’il auoit mérité le pendre , 8c queiaraais plus il ne fetrou- uaftàlaCour. Mon valet de chambre s’en allaauecce bonnet de nniél, & couchoit auec vn Chirurgien ordinaire du Roy , nommé maiftreLouys de la Cofte fainél André ; la nliiél fe don- na fix coups de couftcau, 3c fe coupa la gorge , fans que ledit Chirurgien s'en apperceuft iufques au matin,qu'il trouuafon li£lenfanglanté,&: le corps mort auprès de luy. Dont il fut fort efraer- ucillé de veoir ce fpeétacle à fon refueil, 3c eut peur qu’on dit qu'il fut caufe de ce meurtre. Mais fubit fut defehargé, cognoiffant la caufe , qui fut par defefpoir, d’auoir perdu la bonne amitié que luy portoit le Roy. Ledit Guyard fut enterré. Et ceux de Danuilliers , lors qu'ils veirent la breche raifonnable pour entrer dedans, 3c les foldats préparez à l'affaut, fe rendirent à la di- fcrction du Roy. Les chefs furent prifonniers, 3c les foldats renuoyez fans armes. Le camp rompu, ie m'en retournay à Paris auec mon gentil-homme, auquel auois coupé la jambe: ie le penfay,& Dieu le guarit.Ic lerenuoyay en fa maifon,gaillard,auec vne jambe de bois,& fe conten- toir,dilant qu’il en eftoit quitte à bon marché,de n’auoir efté miferablement bruftépour luy eftan- cher le fang,comme efcriuez en voftrc Iiurc,mon petit maiftre. Autre hifto'.* te. *§}ue c'eji de reueler lefe» eret des Frin- Ps après, leRoy Henry feit leuer vne armee de trente mille hommes, pour aller egaft à l’entour deHedin. Le Roy deNauarre, qu’on appelloit pour lors monfieur de Vendofme, eftoit chef del'armec,& Lieutenant du Roy.Eftam à Sainél Denys en France,attendant Et Voyages, 905 les copagnîes palfoienr,il mertuoya quérir à Paris pour aller parler à luyreftant là» meprîa(fa prière m’eftoit commandement) de le vouloir fui lire à ce voyage : & voulant faire mes ezeufes , difanc que ma femme eftoitau liâ: malade, il me feit refponfc,qu’il y auoit des Médecins à Paris pour la Uai6ter,& qu’ il lai (Toit bien la fienne,qui eftoit d’auflfi bonne maifon que la mienne , me promet- tant qu’il me traitteroit bien: & ddlors feit commandement que ie fulfe couché en Ton cftat. Voyant celle grande affection qu il auoit de me mener apec luy,ie nel’ofay réfuter. le lallay treu- uer au Chafteau 1e Comte, trois ou quatre lieues près de Hcdihflà où il y auoit des foldats Impé- riaux en garnifon,auec nombre de payfans d'alentour. Il les feit fommer de fe rendre : & ils firent refponfc-qu’il ne les auroic iamais que par pieccs,& qu’il feift du pis qu’il pourroir,&: eux feroient du mieux à te defendre.Ils fe fioient en leurs fofiez qui cftoient pleins d’eau : & en deux heures, auec grand nombre de fafeines, & certains tonneaux,on feit chemin pour palier les gens de pied, quand il faudroit aller à l’allant ,■& furent battus de cinq canons , & feit-on brefche aucunement fuffifante pour y entrer,où ceux de dedans receurent l’afiaut bien viuement, & ne fut fans tuer &c blell'er grand nombre de nos gens de coups d’harquebuzes,de piques, &de pierres. En fin quand ils fe veirent forcez, ils meirent le feu en leurs poudres & munitions, qui fut caufe de brufler beaucoup de nos gens, & d’enrr’eux femblablem.ent , & furent prefque tous mis au fil de l’efpee. Toutesfois de nos foldats en auoient prins vingt ou trente, efperans en auoir ran- çon. Cela fut iceu & arrefté parle Confcil, qu’il feroit crié à Ion de trompe parmy le camp, que tous foldats qui auoient des Èfpagnols prifonniersieuflent à les tuer, fur peine d’eftre pendus Sc eftranglez. Ce qui fut fait de fang froid. De là nous nous en allafmes brufler plufieurs villa- ges,dont les granges efloient toutes pleines de grain, à mon très-grand regret. Nous nous en al- lafmes iufques à Tournahan, où il y auoit vne bien groflè tour, où les ennemis fe retiroient, mais il n’y fut trouué perfonne : tout fut pillé, tk feit-on fauter la tour par vne mine , auec la poudre à canon , qui la renuerfa c’en-delfus-deflous. Apres cela,le camp fe rompt, & m’en rctonrnay à Paris. le ne veux encores oublier à eferire, que le lendemain que Chafteau le Comte fut pris, moniteur de Vendofmeeuuoyavn gentil-hommefignalé deuers le Roy , pour luy faire rapport de tout ce qui s’eftoic pafle , & entre autres propos,dit au Roy, que i’auois grandement fai<5t mon deuoir à penfer les blelfez , & que ie luy auois monftré dix-huiél balles que i’auois tirees des corps des blelfez : & qu’il y en bien dauantage que ie n’auois pas peu trouucr ny ti- rer,’& îüy dit plus de bien de moy, qu’il n’y en auoit la moitié. Alorsle Roy dit , qu’il vouloir que ie fulfe à fon feruice,& commanda à monfieur de Goguier, Ton premier Médecin , qu’il euft à m’ef- crire,qu’il me retenoit à fon fcruice pour l’vn de fes Chirurgiens ordinaires,&: que iel’allalfe trou- uer à Rheims dedans dix ou douze iours. Ce que ie feis, 1 à où il me feit cet honneur de me com- mander que i’eulfeà demeurer auprès de luy,& qu’il me feroit du bien. Alors ie le remerciay bien humblement de l’honneur qu’il luy plaifoit me faire de m’appeller à fon teruice. Hiflùhe de gens rez. Prînfè da Chafieu lé Comté, Voyage de zJWets. I y y i » L’Empereur ayant allîegé Mets aucc plusdefix vingts mil hommes , 5c au plus fort de l’hyuetj comme chacun iç^aic de reccnte mémoire : 5c y auoit en la ville de cinq à lix mille hommes, 6c entre autres fc-pt grinces : à fçaudir,moniteur le Duc de Guife , Lieutenant du Roy , meilleurs d’Anguyen, de Coudé,de Montpenfier,de la Roche fur Yon , moniteur de Nemours, 5c plulîeurs autres gentils-hommes , auec vn nombre de vieux Capitaines & gens de guerre, lefquels fai- foient fouuent des faillies fur les ennemis (comme nous dirons cy-apres) ce qui nefcfaiToit- fans qu’il en demeurai! beaucoup tant d’vne part que d’autre. Nos gens bldlez mouroient quali tous , &pcnfoit-on que les drogues dont ils eftoient penfez * empoifonhees. Qui fut caufeque moniteur de Guife , 5c melîîeürs les Princes, feirent tant qu’ils mandèrent au Roy, que s’il cftoit poffible, on m’enuoyaft vers eux auec des drogues, 5c qu’ils croyoient que les leurs fulfent empoifonnees , veu que de leurs bleilez peu réchapoient. le croy qu’il li’y auoit aucune poifon,mais les grands coups de coutelas, 5c d’harquebuzes , 5c l’extreme froid en eftoient caufe. Le Roy feit eferire à moniteur le Marefchal de Sainét André , qui eftoit Ton Lieutenant à Ver- dun , qu’il trouuaft moyen de me faire entrer à Mets par quelque façon que ce feuft. Le feigneur Marefchal de Sainét André, 5c moniteur le Marefchal de Vieille-ville > gaigncrenrvn Capitaine Italien , lequel leur promit m’y faire entrer, ce qu’il feit ; &pource , eut quinze cens efeus. Le Roy ayant entendu la promeffe qu’auoit fait le Capitaine Italien , m’enuoya quérir , 5c me com- manda de prendre de fon Apothicaire, nommé Daigue , tant& telles drogues que ie verrois eftre neccffaires pour les blelfez affiegez ; ce que ie feis , tant qu’vn chenal de polie en pouuoit porter. Le Roy me donna charge de parler à Moniteur de Guife , 5c aux Princes 5c Capitaines qui eftoient à Mets. Eftant arriué à Verdun , quelques ioitrs aptes moniteur le Marefchal defainél André me feit bailler des cheuaux pour moy 5c pour mon homme, 5c pour le Capitaine Italien , lequel par- loit fort bon Alleman, Efpagnol, 5c Vvalon, auec fa langue maternelle. Quc\nd nous fufriies à huiét ou dix lieues prés dcMets,nous n’allions plus que de nuid:& eftant prés au camp,ie veis à plus d’vne lieue 5c demie,des feux allumez autour de la ville , fi qu’il ferabloit qpafique toute la terre ardoit, 5c m'eftoit aduis que nous ne pourrions iamais palier au trauers de cés feux fans eftre defcouuerts, 5c par conlequent eftre pendus 5c eftranglez,ou mis en pièces,on payer greffe rançon. Pour vray dire , i’eufte bien 5c volontiers voulu eftre encores à Paris pour le danger eminent que ie preuoyois. Dieu conduit fi bien noftre affaire , que nous entrafmcs en la ville à minuiét, auec vn certain lignai , que le Capitaine auoit auec vn autre Capitaine de la compagnie de monfieuî de Guife : lequel feigneur i’allay trouuer en fon liét, qui me receut de bonne grâce, eftant bien Les noms dis Primes qui efloîent au fîege de MetSi Nota, Commîjfio dé l'Autheufi 906 Apologie, ioycux de ma venue. leluy fcis ma légation de tout ce que le Roy m’auoit commandéjuy dire. le luy dis que i’auois vne petite lettre à luy bailler,& que le lendemain ie ne ferois faute la luy don- ner.Cela fait,commanda qu'on me donnaft logis, ôc que ie fuffe bien ttaiété , ôc me dit que ic ne faillite le lendemain me trouuer fur labreche, où ie trouueroistous les Princes Ôc Seigneurs , ôc plufîeurs Capitainesxe que ie feis,&me receurcnt auecvnc grade ioye,me faifans cet honneur de m’embrafler, &me dire que i’eftois le bien-venu:adiouftans qu'ils n’auoienc plus de peur de mou- rir, s’il aduenoit qu’ils fulTent blelfez. Monfieur le Prince de la Roche fur Y on fut le premier qui me feftoya, ôc s’enquit de moy ce qu’on difoit à la Cour,de la ville de Mets. le luy dis tout ce que ie voulus.Puis fubitme pria d’aller voir l’vn defes gentils-hommes,nommé monfiçur de Magnane3 à prefent Cheualier de l’Ordre du Roy, ôc Lieutenant des gardes de fa Majefté,lequel eut la jam- be rompue d’vn éclat de canon.le le trouuay au lift,fa jambe ployee ôc courbee , fans aucun appa- reil deiïùs , parce qu’vn gentil-homme luy promettoit guarifon , en ayant Ton nom ôc fa ceinture-, auec certaines paro!es:& le panure gentil-homme pleuroit, ôc crioit de douleur qu’il fentoit, ne dormant ne iour ne nuid, il y auoit quatre iours ; alors ie me mocquay fort de cefte impofture, ôc faulfe promdre.Promptemcnt ieracouftray ôc habillay fi dcxtremcnc fa jambe, qu’il fut fans dou- leur,& dormit toute la nuid : ôc depuis fut,graces à Dieu,guary;& eft encores à prefent viuant..fai- fant feruicc au Roy.Ledit Seigneur de la Roche fur Yon m’enuoya vn tonneau de vin, plus gros qu’vnepipe d’Anjou,en mon logis,& me feit dire, que lors qu’il feroic beu,il en enuoyerok d’au- tre.C’eftoit à qui me traiteroir,me faifant tous bonne chere.Cela fair,monfieur de Guifeme bailla vne lifte de certains Capitaines ôc Seigneurs, ôc me commanda de leur dire ce que le Roy m’auoic donné en charge:ce que ie feis:quieftoit faire Tes recommandations, & vn remerciement du deuoir qu’ils auoient fait,& faifoient à la garde de fa ville de Mets,& qu’il le recognoiftroit. le fus plus de huid iours pour acquitter ma charge, parce qu’ils eftoient pluficurs. Premièrement à tous les Princes ôc autres,comme le Duc Horace,le Comte de Martigues, & fon frere monfieur de Bauge, les Seigneurs de Montmorency ôc Danuille,à prefent Marefchal de France , monfieur de la Chap- pelle aux Vrfins,Bonniuet,Caronge,auiourd’huy gouucrncur de Roiien , le Vidafme de Chartres, le Comte de Lude , monfieur de Biron , à prefent Marefchal de France , monfieur de Randan, la RochefoucaultjBordaille, d’Eftrez le ieune,monficurdefaind Ican enDauphiné , Ôc plufieurs au- tres qui feroient trop longs à reciter : ôc mefmes à plufieurs Capitaines qui auoient tous bien fais leur deuoir, à la defenfede leurs vies & de la ville, le demanday puis après à monfieur de Guifc, qu’il luy plaifoit que ie feifte des drogues que i’auois apportées : il me dit que ie les deparrifle aux Chirurgiens ôc Apothicaires,& principalement aux pauures foldats bleftcz, qui eftoient en grand nombre à l’hoftel-Dien : ce que ie feis: ôc puis affleurer que ne pouuois allez tant faire que d’aller voir les bldflez, qui m’enuoyoient quérir pour les vifiter ôc penfer.Tous les Seigneurs affiegez me prièrent de folliciter bié foigneufement fur tous les autres,monfieur de Picnne,qui auoit eftéblefl- fé fur la breche,d’vn éclat de pierre d’vn coup de canon,à la temple,auec fradure ôc enfonceure de l’os.On me dit que fubit auoir receu le coup, tomba en terre comme mort, ôc ietta le fang par la bouche,parle nez,& par les oreilles,auec grands vomifflemens, ôc fut quatorze iours fans pouuoir parler ny ratiocincnauffi luy furuindrent les trefflaillemens approchans de fpafme,&eur tout le vi~ fage enflé & fort liuidc.il fut trépané à coftédu mufcle temporal,fur l’os coronal.Iele penfay auec autres Chirurgiens, ôc Dieu le guarit,& auiourd’huy eft encore viuant, Dieu raercy. L’Empereur fai foi: faire la batterie de quarante doubles canons, où la pouldre n’eftoit efpargnee iour ny nuiéL Subit que monfieur de Guife veid l’artillerie affile & braquee pour faire breche , il fit abbatre les maifons les plus proches pour remparer, ôc les poultres ôc foliues eftoient arrengees bout à bout, ôc entre deux des fafcines,de la terre,des licts ôc balles de laine: puis on remettoit encore par def- fus autres poultres ôc foliues,comme defflous. Or beaucoup de bois des maifons des faux-bourgs qui auoient eftémifes par terre,(de peur quel’ennemy ne fe logeaft au couuerr, ôc qu’ils ne s’aidafl- fent du boisjfcruit bien à remparer la breche.Tont le monde eftoir empcfché à porter la terre pour la remparer iour ôc nui&. Meilleurs les Princes, Seigneurs ôc Capitaines, Lieutenans , Enfcigncs, porroient tous la hotte,pour donner exemple aux foldats & citoyens à faire le fcmblable : cequ’ils faifoient, voire iufques aux dames ôc damoifelles , ôc ceux qui n’auoientdes hottes s’aidoient de chaudrons,panniei Sjfacs,linceuls,& tout ce qu’ils pouuoient pour porter la terre : en forte que l’é- nemy n’auoir point fi toft abbatu la muraille , qu’il ne trouuaft derrière vn rempart plus fort. La muraille cftant tombee,nos foldats crioyent à ceux de dehors, Au regnard;an regnard,au regnard, ôc fe difoienc mille injures les vns aux autres.Monfieur de Guife fît defenfe fur peine de la vie, que nul n’euft à parler à ceux de dehors,de peur qu’il n’yeuft quelque traiftre qui leur dônaft aduertifl- fernent de ce qu’on faifoic dedans laville.La defenfe faite, ils attachcrét des chats viuanrs au bout de leurs piques,& les mettoient fur la muraille,&: crioient auec les chats Miaur, miaut. Yeritablc- ment les Impériaux auoient grand defpit d’auoir efté fi long temps à faire breche auec grande def- penfe,qui eftoit large de quatre vingts pas,pour entrer cinquante hommes de front,où trouuerenc vn répart pins fort que la muraille.Ils fe iettoient fur les pauures chats,& les tiroiem à coups d’har-. qnebuzes comme l’on fait au papegaulr. Nos gens faifoient forment des forties, par le commande- ment de monfieur de GLiife.Yn iour deuant il y auoit prdFe à fe faire enrooller, entre ceux qui de- noient fortir,&principalement la îeune nobldfle,menez par Capitaines expérimentez,de maniéré que c’eftoit leur faire vne grande faneur de permettre de fortir Ôc courir fus Fcnnemy , & fortoient toufiours en nombre de cent ou de fix vingts bien armez , auec rondaches , coutelas , barque- bufes, & piftoles, piques, permifancs , ôc halebardes , lefquels alloient iufques aux trenchees les réueiiler en furfaut.Làoù l’alarme fe donnoit en tout leur camp,& leurs tabourins fonnoienr,plan, plan,ta, ti, ta, ta, ta, ti, ta, tou, touf, touf. Pareillement leurs trompettes ôc clairons ronfloient ôc Hifiotre, Bleffettre de monfieur de Vienne. Monfieur de Vienne trepcs- né & guesry. Les Princes portent les hotte. Breche. Et Voyages* 907 fonn oient boutte-felîe,boutte-felle,boutte-relleimonce à cheuafimonte à cheuaî, monte à cheual, boucte-fclleimonte à cauafià caual.Ec tous leurs foldacs crioyent à l’arme,à l’arme,à l’annc,aux ar- mes,aux armes,aux armes, àl’arme,aux armes,à l'arme,aux armes,à l’arme,comme Ton fait la hueé après les loups : ôc tous diuers langages,félon les nations,& les voyoit-on fortir de leurs tentes,& petites loges , drus comme fourmillons, lors qu’on dcfcouure leurs fourmillieres , pour fecourir leurs compagnons qu’on égolilloit comme moutons. La cauallerie pareillement venoit de toutes parts au grand gallop,patati,patata,patati,patata,pata,ta,pata,ta,pata, ta,& leur tardoit,bien qu’ils ne fullent à la meflee,où les coups fe dcpartoient,pouren donner ôc enreceuoir. Et quand les no- (1res fe voyoient forcez,ils reuenoient en la ville touhours en combattant, &ceux qui couroient apres,eftoient repouflez à coups d’artillerie > qu’on auoit chargée de cailloux , ôc gros carreaux de fer de figure quarree & triangle.Et nos foldats qui choient fur ladite muraille , faifoient vne efeo- peterie,& pleuuoir leurs balles fur eux comme grcfle, pour les renuoyer coucher , où plufieurs de- meuroient en la place du combat : ôc nos gensauffi nes’en reuenoient tous leur peau entiere,& en. demeuroient touhours quelques vns pour ladi(me,lefqucls choient ioyeux de mourir au licSt d’ho- neur.Et là où il y auoit vn cheual blefle3il ehoit efcorché,& mange parles foldats : c’ehoic en lieu de bœuf ôc de lard.Et pour penfer nos blelfez.c’eftoit à moy à courir.Quelques iours après on fai- foit autres forties,qui fafchoient fort les ennemis » pource qu’on les laillbit peu dormir à feurctéi Monfieur de Guife fit vn hratageme , oii rufe hratagente de guerre : c’eft qu’il enuoya vn payfan qui n’elloit pas trop habile homme, aueedeux paires de lettres, vers le Roy , auquel il donna dix efcus,(Sc promelfe que le Roy luy en donneroit cent,pourueu qu’il luy baillafl fes lettres. En l’vne il luy raandoic que l’ennemy ne faifoit nul feinblant de fe retirer , ôc à toutes forces faifoit vné grande brefche : qu’il efperoit la bien garder,iufques à y employer fa vie, & celle de tous ceux qui choient dedans : Ôc que fi l’ennemy euh auffi bien affis fon artillerie en vn certain lieu qu’il nom- moit,à grand’ difficulté l’euh-on peu garder qu’il n’euh entré dedans,attenduquec’ehoit le lieu le plus foible de route la ville,mais bien toh il efperoit de le bien remparer, en forte qu’on n’y pour- roi c entrer.L’vne de ces lettres luy fut coufué en la doublcure de fon pourpoint,& luy fut dit qu’il le donnah bien garde de le dire à perfonne ; ôc luy en fut donnée vne autre,là où raondic feigneur de Guife mandoic au Roy , que luy ôc tous les affiegez efperoient de bien garder la ville, & autre choie que ie laide icyàdire. Il fit fortir ce payfan la nuiéfc ,& incontinent après il fut pris par vu corps de garde,& mené au Duc d’Albe,pour prendre langue de ce qu’on faifoit en la ville ; ôc luy fut demandé s’il auoit des lettres : il dit que ouy , ôc leur en bailla vne : ôc layant veuc, luy fut de- mandé par ferment s’il n’en auoit point d’autre , dit que non : lors fut foiiiilé , &luy fut trouuce celle"qu’il auoit coufué à fon pourpoint,& le panure meffager fut pendu ôc ehranglé. Lefdites lettres furent communiquées à l’Empereur, lequel fît appeller fon Confeil, là où il fut rcfolu , puifque on n’auoit peu rien faire à la première breche,que promptement l’artillerie feroit menee à l’endroit qu’on ehimoit le plus foible , là où ils firent grands efforts à refaire vne autre brechc,& fapperenc ôc minèrent la muraille, ôc tafehoient à furprédre la Tour d’Enfer,neantmoins ils n’oferent venir à l’afiaut.Le Duc d’Albe remonhra à l’Empereur, que tous les iours les foldats mouroient, voire au nombre de plus de deux cens, & qu’il y auoit auffi peu d’efperancc d’entrer çn la ville,veu le temps ôc le grand nombre de gens de guerre qui y choient. L’Empereur demanda quelles gens c’ehoient qui fe mouroient,Ôc fi c’ehoient gcntils-hommes, & hommes de remarque. Luy fut fait refponfe,que c’ehoient tous panures foldats. Alors dit qu’il n’y anoit point de danger qu’ils mouruffent , les comparant aux chenilles, fauterclles, ôc hannetons , qui mangent les bour- geons & autres biens delà terre,& que s’ils choient gens de bien,ils ne feroient en fon camp pour fîx hures par mois,& partant qu’il n’y auoit nul danger qu’ils mouruffent. Dauantage , difoit qu’il hepartiroit iamais de deuant la ville qu’il ne la par force ou par famine, quand il deuroic perdre toure fon àrmee : à caufe du grand nombre de Princes qui y ehoient enfermez, aucc la plus grand’ parc de la nobleflc de France , defquels il efperoit retirer au quadruple de fa defpence , ôc iroit encore vne fois à Paris pour vifiter les Parifiens,& fe faire Roy de tout le Royaume de France. Monfieur de Guife, auec les Princes, Capitaines, ôc foldats , ôc généralement tous les citoyens de la ville, ayans entendu l’intention de l’Empereur qui ehoit de nous cous exterminer , aduiferentl tout ce qu’ils auoient à faire : & depuis ne fut permis aux foldats & citoyens, ôc mefmes aux Princes ôc feigneurs de manger maree fraiche ny venaifon : pareillement aucunes perdris , bec- cahes , alouettes , francolins, pluuiers, & autres gibiers , de peur qu’ils enflent acquis quelque air pehilct,qui nous euh peu donner vne côcagion:rtlais auroienc à fe cotenter de l’amonitiô,à fçauoic du bifeuie,boeufs, vaches falees, lards, ceruelas1, jambons de Mayence : femblablemenc poillons, comme molucs,merIus,faulmons,aloufcs,tonnine,baleine, ailchois, fardines,harencs. Auffi pois, feues, riz,ails, oignons, pruneaux, formages, beurre, huile, ôc fel, poyure, gingembre , manigueti ôc autres efpiceries pour mettre en nos pahifieries î principalement des cheuaux , qui fans cela auroient vn tres-mauuais gouft. Plufieurs citoyens ayans des iardins en la ville, y auoient en- terré groffes raues, nauecs, carottes, ôc porreaux, qu’ils gârdoient bien ôc chèrement, pour l’ex- trerae necefficé de la faim. Or toutes ces munitions choient dihribuecs par poids , rnefure,& iuhice, félon la qualité des perfonnes , parce que nous ne fçauions pas combien de temps le fiege dureroic.Car ayant entendu de la bouche de l’Empereur, qu’il ne partiroit iamais de deuant Mets* qu’il ne l’euh prife parforcc ou par famine ; les viures furent retranchez, en forte que ce qu’ori dihribuoit à trois foldats , ehoit baillé pour quatre : ôc defenfe à eux de vendre le rehe qui pou- uoit demeurer de leur repas , mais permis le donner à leurs goujats. Et fe leuoient toufiours de table auec appétit, de peur qu’ils fichent fubjeéls à prendre medecine. Et auparauant nous ren- dre à la mercy des ennemis,auions délibéré de manger les afnes, mulets, eheuaux, chiens, chats. Lettre s cotziS muniyuees a l'Empereur& a [en confeïl. Remonjlrance du Duc d'Al~ be à l’Empe» reur. Rffponfe d& l'Empereurî 908 Apologie, Grande refo- lHt ion des af- ftegez, à Mess. ôc rats,voire nos bottes ôc collets,& autres cuirs qu’on eut peu amollir ôc fricafler. Généralement . tous les affiegez délibérèrent de valeureuferaent le defendre, auec toutes machines de guerre : à fçauoir, de braquer & charger l’artillerie (à la pantiere de la breche) de boulets, cailloux, clouds de charrette, carreaux, & chaifnes defer. Audi toutes efpeces ôc différences d’artifices de feu* comme boettes, banques , grenades,pots,lances, torches,ôc fufees,cercles entourez de chaufles- trappes, fagots bruflans. D’abondant eau bouillante, & plomb fondu , ôc pouldre de chaux viue, pour leur creuer les yeux. Aufli auoit-on refolu de percer les maifons de coflé Sc d’autre, pour y loger des harquebuziers pour les battre en flanc , Sc les hafter d’aller, ou les faire du tout demeu- rer. Pareillement on eull donné commiflîon aux femmes de dépauerles rues, ôcleur ietter par les fcncflres des miches de Saind Eftienne, bufehes ? tables, tréteaux, bancs , Sc efcabelles , qui leur eulfenr effondré laceruelle. Dauantage,il y auoit vn peu plus auantvn gros corps de garde rem- paré de charrettes Sc paliflades,tonnes, tonneaux , Sc bariques remplis de terre,pour feruir de ga- bions, entrelardez de fauconneaux Sc faucons,pièces de campagne,harquebuzes à croq,& harque- buzes Sc pifto!es,ôc artifices de feu, qui leur eullent rompu jambes ôc cuifles,de façon qu’il euflenc efté battus en telle, en flanc, ôc en queue : Sc où ils eulfent forcé ce corps de garde, il y en eue eu d’autres aux carres des rues , de cent pas en cent pas , qui eulfent efté autant roannais garçons, ou plus que les premiers : Sc n’euft efté fans faire beaucoup de femmes vefues , Sc orfelins. Et G. la fortune euft tant voulu contre nous, qu’ils eulfent fendu Sc rompu nos corps de gardes* il y eue eu encore fept gros hors Sc bataillons ordonnez en quarré ôc en triangle pour combattre tous enfemble, accompagnez chacun d’vn Prince , pour leur donner hardielle de mieux combattre iuf- ques au dernier foufpir, ôc mourir tous enfemble. Dauantage , ils eftoient tous rcfolus, que cha- cun porteroit leurs threfors,bagues,ôc ioyanx,ôc leurs meubles les meilleurs ôc plus riches,ôc plus beaux, pour les brufler en la grande place , ôc les mettre en cendres , de peur que les ennemis ne s’en preualulfenr,ôc en filfent trophée. Pareillement il y auoit gens qui eulfent eu charge de met- tre le feu,ôc brufler toutes les munitions,enfembIe d’effondrer aux caues tous les vaifleaux à vin: autres de mettre le feu en chacune maifon.pour brufler nos ennemis , ôc nous enfemble. Les Ci- toyens l’auoient ainfi tous accordé,pluftoft que de voir le coufteau fanglant fur leur gorge,Ôc leurs femmes ôc filles violces,ôc prendre à force par les Efpagnols, cruels ôc inhumains.Or nous auions certains prifonniers que monficur de Guife renuoyalur leur foy , aufquels l’on auoit fait tacite- ment conceuoir noftre dernicre volonté Sc dcfefpoirflefquels eftans arriuez en leur camp,ne diffé- rent de la publier : qui fut caufe de réfréner la grande impetuofité ôc volonté des foldats, de plus vouloir entrer dans la ville pour nous couper la gorge, ôc s’enrichir de noftre pillage.L’Empereur ayant entendu celle délibération de ce grand guerrier monfieur de Guife , mit de l’eau en fon vin, ' ôc réfréna fa grande cholere, difant qu’il ne pourroit entrer dans la ville, fans faire vne bien gran- de boucherie ôc carnage, Sc efpandre beaucoup defang, tant des defendans que des aflaillans, ôc fulfent morts enfemble, ôc à la fin n’euft feeù auoir autre chofe que des cendres. Et qu’apres on eut peu dirc,que c’euftefté vne pareille deftruôlion, que celle de la ville de lerufalem , faite iadis par Titus ôc Yefpafian. L’Empereur donc ayant entendu noftre derniere refolution , ôc voyant le peu qu’il auoit auancé par fa batterie , fappes Ôc mines, ôc la grand’pelle qui eftoit en tout fon camp , ôc l’indifpofition du temps, ôc la neceflité de viures ôc d’argent, Sc que fes foldats fe def- bandoient, ôc par grandes trouppes s’en alloient : conclud en fin fc retirer , accompagné de la ca- uallerie de fon auanc-garde;aiiec la plus grande part de fon artillerie, ôc de la bataille. Le Marquis de Brandebourg fut le dernier qui deflogea , fouftenu de quelques bandes d’Efpagnols, de Boë- miens,Ôc fes compagnies d’Allemans, ôc y demeura après vne iournec ôc demie,au grand regret de monfieur de Guife,lequel fit forcir de la ville quatre pièces d’artillerie , qu’il fit tirer fur luy à tort Ôc à trauers, pour le hafter d’aller : ce qu’il fit bien toll, auec toutes fes troupes. Eftant à vn quart de lieue de Mets, fut épris d’vne frayeur , craignant que noftre cauallerie ne luy donnaft fur la queue : qui fut caufe qu’il fit mettre le feu en fes pouldres de munition , ôc lailfer quelques pièces d’artillerie,ÔC beaucoup de bagage qu’il ne feeue faire mener,ponree quel’auant-garde ôc la batail- le,Ôc les gros canons auoient rompu ôc effondré les chemins.Noftre gendarmerie vouloir à toutes forces fortir de la ville pour luy aller donner en queue : mais monfieur de Guife ne le voulut Ja- mais permettre : ains au contraire,leur dit qu’on leur deuoit pluftoft applanir les chemins, Ôc leur faire des ponts d’or ôc d’argent pour les lailfer aller, relfemblantau bon pafteur ôc berger , qui ne veut perdre vne feule de fes ouailles. Voila comme nos chers ôc bien-aimez Impériaux s’en allè- rent de deuant Mets,qui fut le lendemain de Noël,au grand contentement des affiegez,ôc loüange des Princes,Seigneurs,Capitaines ôc foldats, qui auoient enduré les trauaux de ce fiege l’cfpace de deux mois.Toutesfois ils ne s’en allèrent pas tous,il s’en fallut plus de vingt mil qui cftoiêt morts, tant par l’artillerie ôc coups de main , que de la pefte , du froid , & de la faim ( ôc de defpit Ôc grand’ rage qu’ils ne pouuoient entrer en la ville pour nous couper la gorge , ôeen auoir le pilla- ge) ôc aufli moururent grand nombre de leurs chcuaux , defquels ils auoient mangé la plus grand.” part,en lieu de bœuf ôc de lard. On alk où ils auoient campé, où l’on trouua plufieurs corps morts non encore enterrez, ôc la terre toute labouree , comme l’on void le cemeciere Sainôl Innocent, durant quelque grande mortalité.En leurs tentes,pauillons, ôc loges, y auoient laifle pareillement plufieurs malades : aufli boulets , armes , charrettes ,chariots , Sc autres bagages , auec vn grand nombre de pains de munition , gaftez ôc pourris par les neiges Sc pluyes : encore les foldats n’en auoient pas que par mefure ôc compas. Etfemblablcment taillèrent grande prouifion de bois, du refte des maifons qu’ils auoient démolies ôcabbatuës des villages à deux ôc à trois lieues d’alen- tout.Pareiflement plufieurs autres maifons de plaifance, appartenans aux Citoyens,accompagnées de iurdins ôc beaux vergers,remplis de diuers arbres fruidliers.Auffi fans cela ils fuflent tous tranfis Le foldat ne •vu alaguer- re que pour Upill'ge. Monfleur de Gutfereffem- Pajîetir Et Voyages. 909 ôc morts du froid, Ôc euftent efté contraints de îeuer pluftoft le fiege. Mondit feignent de Gui le fît enterrer les morts,&: traiéter leurs malades. Pareillement les ennemis laifterencen l'Abbaye de S.Arnoul beaucoup de leurs foldats bleftêz, qu'ils n'eurent moyen de faire emmener. Mondit fei- gneur de Guife leur enuoya à tous viuresà fuftifance,& me commanda,& aux autres Chirurgiens» de les aller penfer ôc medicamcnter : ce que nous faifions de bonne volonté , ôc croy qu'ils n’euf- fent fait lefemblable entiers les noftres (parce que l'Efpagnoleft tres-cruel,perfide ôc inhumain,& partant ennemy de toutes nations.)Ce qui fe preuue par Lopez Efpagnol }ôc Benzo Milanois, ôc autres qui ont elerit l'hiftoire de l'Amerique ôc Inde Occidentale , lefquels ont efté contraints confeffer,que la cruauté,auarice,blafpheraes ôc mefchanccté des Efpagnols, ont du tout aliéné les panures Indiens de la religion queleldits Efpagnols difoient tenir; Et tous efcriuent qu’ils valent moins que les Indiens idolâtres,par le cruel traitement fait aufdits Indiens. Et quelques iours après enuoya vn trompette à Thionuille vers les ennemis, qu'ils euftent à renuoyer quérir leurs bldlez en bonne feureté : ce qu'ils firent auec charettes ôc chariots , mais non u®^ance- Monfieur de Guife leur fit bailler charettes Ôc chartiers pour les aider à conduire audit i hionuille. Noldits chartiers cftans de retour, nous rapportèrent que les chemins eftoient tous panez de corps morts,& n'en ramenèrent iarnais la moitié, car ils mouroient en leurs charet- tes : ôc les Efpagnols les voyans eftre aux traits de la mort, auparauant qu'ils euftent ietté le der- nier loufpir,Iesiettoicnt hors leurs charettes,ôc les enfeueliftbient en la boue & fange,difant qu'ils n auoient nulle comraiffion de remener les morts. D'abondant nofdits chartiers difoient auoir trouué par les chemins beaucoup de charettes embourbées, chargées de bagages , qu'ils n’ofoient renuoyer querir,craignans que ceux de Mets ne leur couruftent fus. le veux encore retourner à la caufe de leur mortalité,qui eftoic principalement de la faim , p>efte, ôc du froid :car la neige eftoit fur la terre plus de hauteur de deux pieds, ôc eftoient logez en des cauernes fous terre , couuertes d’vn peu de chaume feulement, Neantmoins chacun foidac auoit fon lit de camp , & vne cou- uerture toute femee d'eftoiles luyfanrês ôc brillances, plus claires que fin or : trous les iours auoient draps blancs, & logez à i'enfeigne de la Lune , Ôc faifoient bonne chere quand ils auoient dequoy : ôc payoienefi bien leur hofte dés le foir , que le matin ils s'en alloienc quittes , fecoüant les oreilles.Et ne leur falloir nul peigne pour deftacher ledditet ôc la plume de contre leurs barbes ôc cheueuxit crouuoiéc toufiours nappe blanche,perdans de bons repas par faute de viandes. Auffi la plus grande parc n'auoic bottes ny bottines, pantoufles, chauffes , ny fouliers : ôc plufieurs aimoienc mieux n’en anoir point que d'en auoir , pource qu'ils eftoient toufiours en la fange iuf- ques à my-iambes, ôc à caufe qu’ils alloienc nuds pieds, nous les appellions les Apoftres de l’Empereur. Apres que le camp fut entièrement rompu, ie diftribuay mes malades entre les mains des Chirurgiens de la ville , pour les paracheuer de penfer : puis ieprins congé de monfieur de Guife,t m’en reuins deuers le Roy , qui me receut auec bon vifage , lequel me demanda com- me i'auois peu entrer en la ville de Mets. le luy racontay entièrement tout ce quei’auois faiét. Il me fit donner deux cens efeus , ôc cent que i’auois eu au partir ; ôc me dit qu’il ne me laiftèroit iarnais pauure. Alors ie le remcrciay tres-humblemcnt, du bien Ôc de l’honneur qu'il luy plaifoic me faire; I.a caufe de la mortalité des Impé- riaux, Les Apeftres de i'Emps- retir, Voyage de Hediri. ijj 3 i L'Empereur Charles fit affieger la ville de Theroücnne, où monfieur le Duc de Sauoye eftoit général de toute l’armee. Elle fut prife d'aflaut, où il y eut de nos gens grand nombre de tuez, ôc de prifonhiers. Le Roy voulant preuoir que l’cnnemy ne vint auffi affieger la ville ôc chaftean de Hedin,enuoya Meffieurs le Duc de Bouillon,le Duc Horace,le Marquis de Villars , vn nombre de Capitaines,& enuiron dixhui&cens foldats,&pendant le fiege deTheroüenne,lefdits feigneurs firent fortifier ledit chafteau de Hedin , de façon qu'il fembloit eftre imprenable. Le Roy m'en- noya vers lefdits feigneurs pour les fecourir de mon art, fi d'auenture ils en auoient affaire. Or toftaprès la prife de Theroüenne » nous fufraes affiegez de l'armee. Il y auoit vne viue ôc claire fontaine à la portée de noftte canon, où il y auoit enuiron quatre vingts on cent goujats & putains de nos ennemis, qui eftoient autour pour puiferde l'eau. ï'eftois furvn rampait regardant affeoir le camp ; ôc voyant cefte multitude de faineahts autour de ladite fontaine , ie priay monfieur du Pont,Gommiftaire de l'artillerie,de faire tirer vn coup de canon à cefte canaille : il m'en fit grand refus , me remdnftrant que toute cefte maniéré de gens ne vaudroit point la pouldre qu'on y de- pendroit. Derechef ie le priay de braquer le canon,luy difant, que plus de morts moins d'enne- mis , ce qu’il fit par mapriere ; & de ce coup en furent tuez quinze ou feize , ôc beaucoup de blef- fez. Nos foldats firent faillies fur les ennemis , où il y en eut beaucoup de ruez & bidfcz de coups d'hàrqucbufes & de main, tant d'vnc part que d'autre : & nos foldats faifoient fouirent des faillies fur les ennemis, auparauaht que leurs tranchées fuftcnc faidftes, là où i'eus beaucoup de bcftmgnetaillee: de façon que ien’aüois repos ny iour,ny nuid,à penfer lesblelfez. Et diray cecy en paffanr,que nous en auioris mis beaucoup en vhegrofle tour , couchez fur vn peu de paille : Ôc leurs oreillers eftoieiît de pierres: leurs couuertures eftoient leurs manteaux , à ceux qui eii auoient. Lors que la batterie fefaifoic, autant de coups que leurs canons tiroient, les malades difoient fentir douleurs en leurs ptayes,corne fi on leur euft donné des coups de bafton : l'vn crioic la tefte , l'autre le bras , ôc ainfi des autres parties , & à plufieurs leurs playes reflaignoient , voire en plus grande abondance, qu'à l'heure qu'ils furent bleftcz , ôc lors c'eftoit à moy à courir pour les eftancher. Mon petit maiftre , fi vous euffiez efté là»vous euffieS efté bien empefchc auec vos 910 Apologie, fers ardans.il vous euft fallu beaucoup de charbon pour les rougir,&: croy qu’on vous cull affbm- me comme vn veau pour celle cruauté.Or par celle rcmpelle diabolique de l’ecbo de celle machi- ne canonique, 5c grande & vehemenrc agitation de la collilion de l’air , rctentiffànt aux playes de ces bleflez,plulieurs mouroienc : 5c d’autres , parce qu’ils ne pouuoienc repofer , àcaufe des cla- meurs & cris qu’ils faifoienc iour & nuid,& aulîi faute de bons alimens,& alitres traitternens nc- ceflaires aux bldîèz.Or,mon petit maillre3lî vous eulïiez elle là, vous enfliez bien peu leur donner de la gelcc,rellaurans,coulis,preffis,panade, orge-mondé,amandes,blanc-manger,pruneaux,railms de damas , & autres viandes propres aux malades : vollre ordonnance eull elle feulement accom- plie en papier,mais à l’effed ils n’enflent fceu autre chofeauoir, que de la chair de vieilles vaches empreintes , qui furent prifes autour deHedin pour nollremunition, falees & dcmy-cuittes : en forte que qui la vouloir mangcr,il la falloir tirer à force de dents,comme font les oifeaux de proye leur viande. le ne veux laifler leurs linges dont ilselloient penfez , qui elloient feulement rela- uez tous les iours, & feichez au feu , partant endurcis comme parchemin* le lailfe à penfer com- me leurs playes fe deuoient bien porter. Il y auoit quatre greffes putains de haute graille , à qui fut donnée la charge de blanchir le linge,qui s’en acqnittoienr à coups de ballon , 5c auffi qu’elles n’auoienc l’eau à commandement,ny moins le fauon.Voila comme les paumes malades mouroienc par faute d’aliracns, 5c autres chofes neceflaircs. Yn iour nos ennemis feignirent de nous donner vn allant général, pour attirer nos foldats fur la brcchc , à fin de rccognoilire nollre contenance: tout le monde y courut : nous auions fait grande prouilîon d'artifice de feu , pour défendre la brèche. Vn prellre de moniteur le Duc de Bouillon print vne grenade , penlant la ietter fur les ennemis,& y meit le feu plufloft qu’il ne deuoit : elle fe creua,& le feu fe mit en nos artifice s, qui elloiéc en vne maisô prés la breche,qui nous fut vn merueilleux defa(lre,pource qu’il brulla beau- coup de panures foldatsnnefmes fe print en la mai Ton,& enflions efté tous brûliez,n’eull elle le le- cours qu’on feit pour l’elleindre. il n’y auoit qu’vn feul puits là où il y cull de l’eau , en nollre challeau, qui fut prefque tout tary,& eu lieu d’eau,on prit de la biere pour l'efteindre. Puis après cufmes grande diferte d’eau : & pour boire le relie qui demeura, il la nous falloir palier au traners des fermettes.Or l’ennemy voyant celle foudre 5c tempelle de ces artifices, qui ictterent vne mer- ucilleufe flambe & tintamarre , cftimoient que nous enflions mis le feu exprès pour la defenfe de nollre breche, pour les brufler,& que nous en auions bien d’autres.Cela leur fir prendre autre opi- nion de nous auoir par autre voye que par allant; ils firent des mines, & fapperent la plus grande partie de nos murailles : tellement que cela elloit pour renuerfer entièrement nollre chaftean c’en-dcflus deflems : &lors qgeles fappes furent acheuees de fairc,& que leur artillerie tiroir, tour nollre challeau branfloit lous nous,comrae vn tremblement deterrc,qui nous eftonnafort.Dauan- tage , ils auoient braqué cinq pièces d’artillerie, qu’ils auoient affifes fus vne petite colline , pour nous donner à dos,lors que fuffions allez pour la defenfe dclabreche. Le Duc Horace eut vu coup de canon à vne efpaule , qui luy emporta le bras d’vn collé , Sc le corps del’aucre,fans que iamais fceull dire vne feule parole. Celle mort-là nous fut vn grand défa- ille,pour le rang qu’il tenoit en celle place. Semblablement monlieur de Martigues eut vn coup de boulet qui luy percales poulinons : ie le penfay,comme ic diray cy-apres,Alors nous demandafmes à fut enuoyé vn trom- perie vers le Prince de Piedraont, pour fçauoir quelle cornpofition il luy plailoit nous faire. Sa refponfe fur,que tous chefs,comme Gentils-horames, Capitaines,Lieutenans, Enfeignes,feroienc pris à rançon,&les foldats fortiroient fans armes : & que s'ils refufoient ce beau 5c honnelle partys le lendemain nous dénions dire afleurez qu’on nous auroit par alfaut ou autrement- Le confiai fut tenu,où iefus appelle, pour fçauoir II ie voulois ligner comme plulieurs Capitaines, Gentils- hommcs,& autres,que la place fuit rendue. le lis refponfe, qu’elle n’elloit pas tenable, 5c que ie le lîgncrois démon propre fang, pour le peu d’efperanee que i’auois que l’on peull relifter aux for- ces des ennemis, 5c auflî pour le grand delîr d’ellre hors de cet enfer 5c grand tourment : car ie ne dormoisne nuiél ne iour,pour la grande quâtité des bleflez,qui pouuoient dire en nôbre de deux cens.Les morts rendojenc vne grade putrefa6liô,eftans entaflez les vns fur les autres corne fagots, n’dlans point contiens de terre,à caufe que nous n’en auions pas.Et fi i’êtrois en vn logis il y auoit des foldats qui m'attendoient à la porte lors que i’en fortirois pour en penfer d’autresx’dloità qui m’auroit, 5c me portaient comme vn corps fainél, ne touchant du pied en terre,malgré les vns des autres,& ne pouuois facisfaire à ce grand nombre de bldfez : ioinél que ie n’anois ce qui m’dloit needfaire pour les medicamenter. Car il ne fuflit au Chirurgien faire Ton deuoir enuers les mala- des,mais il faut que le malade face le lien ; & les aflîllans,&: les chofes extérieures,tcfmoîn Hippo- crates, Aphorifme premier. Or ayant entendu la refolution de la reddition de nollre place,ic co- gnai que nollre affaire n’alloit pas bicn:& de peur d’dlrecogneu, ie donnay vn faye de velours,vu pourpoint de fatin,vn manteau d’vn fin drap, paré de velours,à vn foîdat qui me donna vn mefchât pourpoint tout defehiré & déchiqueté d’vfure, & vn collet de cuir bien examiné, ôc vn médiane chappeau,& vn petit manteanrie batbouïllay le coller de ma chemile , auec de l’eau, où i'auois de- llrempé vn peu de fuyc-Pareillcment i’vfay mes chaufles auec vne pierre,à l’endroit des genoüils,& au délias des talions,comme li elles eulfent long temps elle portées : i'en fis autant à mes louliers, de façon qu’on m’euft pluftoft prins pour vn ramonneur decheminee, que pour vn Chirurgien de Roy.Ie m’en allay en cell equippage vers monlieur de Martign.es : où ie le priay, qu’il fill en forte que ie demeurafle auprès de luy pour le penfer, ce qu’il m’accorda bien volontairement : & auoic auffi grande enuie que ie demeurafle auprès de luy , que moy-mcfme. Toll après les Coinmif- faires qui auoient charge d’eflire les prifonniers, entrèrent dedans le Challeau, le dixfeptîcf- me iour deluillct j mil cinq cens cinquante trois: où ils firent prendre Meilleurs le Duc Bouillon, La mort du Duc Horace. Monfieur de Marti guet hlefjé. Aphorifi. d'Hippqcr. Et Voyages. 911 le Marquis deViîiars , de Roye, le Baron de Culan , Monfieur du pont, Commiflàire de Parcille- rie , & de Martignes, ôc moy anec luy ( par la prière qu’il leur en fit ) ôc tous les Gentils- hommes qu’ils peinent recognoiftrc pouuoir payer quelque rançon , ôc la plus grande part des foldats ÔC Chefs des Compagnies, ayans des prifonniers tant ôc tels qu’ils voulurent. Apres les foldats Efpagnols entrèrent par la brefche , fans aucune refiftance : les noftres efti- moient qu’ils tiendroient leur foy Ôc composition , qu’ils auroient la vie lamie : ils entrèrent de- dans,d’vue grande furie pour tout tuer, piller de laccager : ils en retindrent quelqucs-vns efperans en auoir rançon, leur lièrent les coüillons auecleurs cordes d’harquebufes , qui elloient jettées par deflus vue pique , que deux tenoient fur leurs cfpaules, puis tiroieut ladite corde par vne grande violence ôc derilion , comme s’ils enflent voulu faire Tonner vne cloche, leur difant qu’il falloir qu’ils fe miflènr à rançon,& dire de quelles maifons ils eftoieht,& s’ils voyoycnt n’en auoir aucun profit,les faifoiet mourir cruellement entre leurs mains : ou toft après leurs parties génitales tom- boient en gangrené ôc en totale mortification. Et les tuèrent tous à coups de dagues, de leur cou- poient la gorge. Voila leur grande cruauté & perfidie : s’y fie qui voudra. Or pour retournera mon propos > eftant mené du Chafteau en la ville auec Monfieur de Martignes , il y eut vn Gentil- homme de Monfieur de Sauoye, qui me demanda fi la playe de Monfieut de Martignes fc pourroit guarir : ie luy dis que non , de qu’elle eftoit incurable. Promptement s’en alla le dire à Monfieur le Duc de Sauoye. Or ie penfois bien qu’il ennoyeroit des Médecins ôc Chirurgiens, pour vifiter de penfer mondit fieur de Martignes : cependant ie fis vn difeours en mon ame , fi ie deuoitf faire le niaiz, & ne me donner à cognoiftre eftre Chirurgien , de peur qu’ils ne me renflent, pour pen- fer leurs bleflez, & qu’en fin ie Tulle cogneu eftre Chirurgien du Roy, ôc qu’ils ne me fiftént payer vnegrollè rançon. D’autre cofté, ie craignois que fi ie ne me monftrois eftre Chirurgien, de auoir bien pense le feigneur de Martignes,qu’ils ne mecoupaflent la gorge:tellement que ie prins refolu- tion, de leur faire paroiftre qu’il ne mouroit pas , par défaut d’auoir efté bien penfé ôc fecouru. 'Toft après voicy arriuer plufieurs Gentils-hommes , accompagnez d’vn Médecin de Chirurgien de l’Empereur,& ceux dudit feigneur de Sauoye,auec fix autres Chirurgiens fuiuans l’armée, pour voir la bleflure dudit feigneur de Martignes , ôc fçauoir de moy comme ie l’auois penfé de medica- menré. Le Médecin de l’Empereur me dit, que i’euife à déclarer l’effence de la playe , ôc comme ie i’auois traiélée. Or toute l’affiftance auoit l’oreille fort attendue, à fçauoir fi la playe eftoit mor- telle ou non. le commence à leur difcourir,que Monfieur de Martigues regardant par delfus la mu- raille,pour recognoiftre ceux qui la lappoient,receut vn coup d’harquebufe au trauers du corps,où tout fubit ie fus appcllé pour le penfer : ie vis qu’il jettoit ie fang par la bouche , de par Tes playes. Dauantage,il auoit vne grande difficulté de refpirer,& expirer;& jettoit le verit parlefdites playes, auec vn fifflement, en forte qu’il euft peu efteindre vne chandelle , ôc difoit auoir vne tres-grande douleur poignâte,à l’entrée de la bale.i’eftirae de croy que ce pouuoicnt eftre quelques efquilles qui piquoiént les poulmons,lors qu’ils faifoient leur fiftolé Ôc diaftolé. le luy mis le doigt dedans, où ie trounay que l’entrée de la baie auoit rompu la quatricfmecofteen f©n milieu,de des efquilles que Jaditebaîe auoit poulfécs au dedans,& la fortie ftuoit fcmblàblement rôpu la cinquiefme cofte,auec des efquilles qui auoient efté chaffées du dedans au dehors.l'en ti'ray quelques-vues, ôc no toutes,à caufe qu’elles cftoient trop profondes ôc rjdherdntes.Ic misa chacune playe vne tente,ayant la tefte alfez grofte, attachée par vn fikt, de pair qué par l’infpiration, ne fuftent attirées en la capaci- té du thorax : ce qu’on a cogncu par expérience , au détriment des pauurcs blellèz. Car eftans tombées dedans , on ne les peut retirer* qiii cft caufe qu’elles engendren/ivne pourriture , com- me chofc eftrange à nature. Lefdites tentes furent ointes d’vn médicament, fait de iaune d’œuf, ôc térébenthine de Vcnife , auec vn peu d’huile rofat. Mon intention y mettant lefdites tentes, eftoit d’arrefter le fang, ôc pour garder que l’air extérieur n’entraft dans la poitrine, qui euft peu refroi- dir 1 es poulmons,& par confequent le cœur. Lefdites tentes y cftoient miles auffi , afin de donner i'fluë au fang rclpandu dedâs le thorax. le mis furies playes vne grande emplaftre de diachalciteos, en laquelle i’auois fait fondre de l’huile rofat ôc vinaigre, afin d’euitet l’inflammation : puis après ie mis de grandes comprelies, trempées dedans de l’oxycrat, ôc le banday non pas fort, afin qu’il refpiraft à fon aife. Cela fait, ie luy tiray cinq palettes de fang delà veine.bafilique du bras droit, > afin de faire reuulfion du fang.qui decouloit de les playes dans le thorax,ayant premièrement prins indication des parties bleflées,& principalement des vertus, confiderant fa icunelfe, ôc fon tempé- rament fangnin. Toft après alla à fes affaires, ôc par Tes vrines ôc Telles jetta grande quantité de fang. Et quant à la douleur qu’il difoit fentir à l’entrée de la baie, comme s'il euft efté piqué d’vn poinçon,céla fefaifoir,à caufe que les poulmons,par leurs mouuemens, battoient contre lescfquil- ies de la cofte rompue. Or les ponlmons font couuerts d’vne tunique venant de la membrane pieu retique, eftant tiffué des nerfs de la fixiefme coniugaifon du cerneau,qui eftoit caule de la douleur qu’il fentoit. Pareil- lement auoit vne grande difficulté de refpircr ôc expiret,qui prouenoit du fangcfpandu en la capa- cité du thorax,ôc fur le diaphragme,principal infiniment de la refpiration,& de la dilacération des mnfclcs, qui font entre chacune cofte , qui aydent auffi à faire la refpiration ôc expiration, ôc pa- reillement à caufe que les poulmons cftoient vulnerez ôc rompus , ôc dilaccrez par la baie , qui a fait,qu’il a toufiours craché vn fang noir ôc pourry en ronflant. La fièvre le print toft après qu’il fut bleffé, auec défaillance de cœur. Ladite fièvre me fembloit pronenir des vapeurs pmredincufes efleuées du fang, qui cft hors de fes vaiffeaux, qui a découlé ôc découlera encore. La playe du poulmoneft agrandie, Ôc agrandira ,parce qu’il eft en perpétuel monuement, Toit en dormant, ou en veillant, ôc fe dilace,&r coraprime,pour attirer l air au cœur, ôc jetterles vapeurs fuligineufes dehors. Par la chaleur eftrange eft faite inflammation : puis la p ... . cruauté des Eipagnolsi. LapUyt du pottlmo» 912 Apologie» vertu expulfiuc s’efforçant à jétter par la toux ce qui luy nuit : Car le pouîmon ne fe peut purger qu’eh toulfant, & en coudant la playe fe dilate toujours , & agrandit dauantage : dont le fang en fort en grande abondance, lequel fang cft attiré du cœur par la veine anereufe, pour leur donner nourriture,& du cœur de la veine caue. Son manger eftoit de forge mondé,des pruneaux auec du fuccre, autresfois de la panade : Ton boire eftoit de la ptifane. Il ne fe peut tenir couché que fur le dos : qui demonftrc auoir grande quantité de fang efpandu en la capacité du thorax,& s’efpanchant au long de iTpine , ne comprime tant les poulinons > comme il fait eftant couché fur les co- lles , ou afïïs. Que diray-ie plus ? c’cft que inondit feignent de Martigues , depuis qu’il fut blefié iamais n’a feeu repofer vne leule heurc,& a toufiours jetté Tes Telles & vrincs fanguinolentes. Ces chofes con- fideréés,Melîîeurs,on ne peut faire autre prognoftic,fihon qu’il mourra en buiefs iours,qui eft auec mon grand regret. Ayant acheué mon difeours , ie le penfay comme i’auois accouftumé. Ayant defcôuuert Tes playes, les Médecins & Chirurgiens*& autres afîiftans prefens, cogneurent la vérité de ce que ie leur auois die. Lefdits Médecins ayans touché le pouls, & cogneu Tes forces quafi proflernées & abbatucs, conclurent auec moy,qu’en peu de iours il mourfoit. Et de ce pas s’en allèrent tous vers mondit feigneur de Sauoye, où ils dirent que ledit feignent de Martigues mourroit en bref temps. Il leur fit refponfe, que pofîîble s’il eurt cfté bien penfé , il en eurt peu refehapper. Alors tous d’vnc voix dirent,qu’il auoit efté tres-bien penfé,& folicité de tour ce qu’il appartenoit, pour la guarifon de fes playes,Sc nepouuoit dire mieux 5 6c qu’il eftoit impofïïble de le pouuoir guarir , & que la playe eftoit mortelle de necelîité. Alors Monfieur de Sauoye tnonftra eftre fort defplaifant, & pleura , &lcur demanda derechef, fi pour certain ils le tenoient tous pour déploré, ils refpondirent que oüy. Là fe prefanta vn inv pofleur Efpagnol , qui promit fur fa vie, qu’il le guariroit, & s’il failloit à le guarir, qu’on le mift en cent pièces, mais qu’il ne vouloir auoir nuls Médecins , ny Chirurgiens , ny Apothicaires auec luy : &c fur l’heure ledit feigneur de Sauoye dit aux Médecins & Chirurgiens , qu’ils n’allaf- fent aucunement voir ledit feigneur çleMartigues. Aulïi m’enuoya vn Gentil-homme défendre lur peine de la vie , de ne toucher aucunement à Monfieur de Martigues : ce que ie luy promis faire, Dequoy iefus fort ioyeux, voyant qu’il ne mourroit pas entre mes mains : & commanda à cet im- portent,de pénfer ledit feigneur de Martigues, & qu’il n’yauroit autres Médecins ny Chirurgiens que luy. Il arrîuabien-tort après vers ledit feigneur de Martigues, ôc luy dits Frogmjlic de mon. Grande terne. rite d'vn im- fo/ieur tjpa~ gnol. Deftnfe faite k l'Autheur. Ht foire d'Vn impofteur Espagnol, Senor Cauallero , elft nor Duque de Sahoya me ha mnndado , que vinlejfe a curar vofira herida. yd os iuro a Dios , que antes deocho dias yd os haga juhïr a canallo con la lanfa , en puno cori tal que no ayo que yo qu os toque. Comereisy bebereü todas cornidcu que fueren devofirogufio , y yo hare la dicta por v. m. y défi oJ os de veis afifeguirar fohye de mi. yo he Janado muchos que tenian majores heridas que là vofira. C'et à dire , Seigneur Cheualier, Monteur le Duc de Sauoye m'a commande de te venir pen- fcr de ta bielfure. le te iure Dieu , que deuant hui<5fc iours ie te feray monter à cheual, la lance au poing,pourüeu qu'il n'y ait que raoy qui te touche. Tu mangeras 6c boiras toutes viandes qui fe- ront à ton goutte Feray diette pour toy,8c de ce tu te dois alleurer fur ma prometé. l'en ay guary plulîeurs , qui auoient de plus grandes playes que la tienne. Ht les Seigneurs luy rebondirent. Dieu vous en donne la grâce. Il demanda vue chemife dudit feignent deMartigues, 6c la mit en petits pofa en croix,marmotant 6e barbotant certaines paroles fur les playes : 6c l’ayanthabillé, luy permit man- ger & boire tout ce qu'il voudroit,luy difant qu’il ferbit diette pour luy : ce qu'il failbir, ne man- geant que fix pruneaux, 6c lix morceaux de pain pour repas, ne beuuant que de la biere. Ncanc- moins deux iours après ledit feigneur de Martigues mourut : 6c mon Efpagnol 1e voyant en ago- nie s'eclipfa, 6c gaigna le haut/ans dire à Dieu à perfonne:6c croy que s'il eut efté aterappé, il eut été pendu 6c étranglé,pour lafaulfe promellc qu'il auoit faite àMonfeigneurle Duc de Sauoye,6c à plu Heurs autres Gentils-horames. Il mourut fur les dix heures du matin : 6c fur l’apres-difnée , ledit feigneur de Sauoye renuoya des Médecins 6c Chirurgiens,6c Ton Apothicaire, aucc quantité de drogues pour l’embaumer. Ils viendrent accompagnez deplufieurs Gentils-horames 6c Capitaines de l'armée. Le Chirurgien de l'Empereur s'approcha de moy , 6c me pria bien atfeélueufemcnt d’en faire l’ouuerture : ce que ie refufay , luy remontrant que ie ne meritois pas de porter Ton eftj-iy après luy : il me pria derechef que ie le Elle pour l’amour de luy, 6c qu'il l’auroit fort agréable. le voulu encore d’auantage m’exeufer 3 que puis qu’il n'auoit celle volonté de l'embaumer , qu’ii donnaft celle chargé à vn autre Chirurgien de la compagnie II me fît encor rcfponle qu’il vbuloit que ce fut moy , 6c où ie ne le voudrois faire, que ie m'en pourrois bien repentir. Cognoii- fant celle Tienne affeélion , decrainte qu'il ne me fiffc quelque defplailîr , prins le rafoir , 6c le prefantay à tous en particulier , leur remontrant que ie n etois bien tilé à faire telle opéra- tion ; ce qu’ils refuferent tous. Le corps pofé fur vne table, véritablement ie me propofay de leur montrer que i’etois Anato- mite leur déclarant beaucoup de choies, qui lcroient icy trop longues à reciter, le commançay à dire à toute la compagnie,que i'auois tenu pour alleuré que la baie auoit rompu deux cotes,6c a- uoir pâte au trauers des poulmons, 6c qu’on trouueroit laplàyefort agrandie, parce qu’ils font en perpétuel mouuement,foitcn dormanr,ou en veillant, 6c parce mouucment,la playe fc dilacerc da- uantage : Aufli qu'il y auoit grande quantité de fang rçfpandu en la poitrine 3 £c fur le diaphragme: Et voyages. 913 ôc des efquilles des coftes fra&urées , que rentrée de la baie auoitpoufTées en dadans, ôc la fortie les auoit pouflées en dehors. Or véritablement tout ce que leur auois dit, fut trouué en ce corps mort. L’vn des Médecins me demanda par où pouuoit palier le fang, pour eftre jette par les vrines, chant contenu au thorax. le luy fis refponfe , qu’il auoit vn conduit manifefte : c’cft que la veine Azygosa yanc nourri toutes les coftes, Ton refte defeend fous le diaphragme,& du cofté gauche , fe conioint auec la veine cmulgente,qui eft la voye, par laquelle la matière de la pleurcfie , ôc la boue des empyemes , Ce vuident manifeftemcntparles vrines , ôc par lefiege : comme on void pareille- ment le laid pur des mammelles des femmes nouuellement accouchées, defeendre par les veines mammillaircs , ôc eftre vacué enbas par le col de la matrice , fans fe nieller auec le fang : & telle chofe fe fait ( comme par vn miracle de Nature} par fa vertu expulfiue, ôc fequeftrice. Ce qui Ce void par expérience, de deux vailîèaux de verre appeliez Monte-vins, que l’vn foit rcmply d’eau, ôc l’autre de vin clairet , ôc foient pofez l’vn fur l’autre , à fçauoir ccluy qui fera rcmply d’eau , fur l’autre remply de vin , on void à l’œil le vin monter au haut du vailïèau au trauers de l’eau, ôc l’eau defeendre au trauers du vin, ôc aller au font du vailïèau, fans mélangé des deux. Et fi telle chofe fe fait ainfi extérieurement & apertement,au fens de noftre veuc,par chofes inanimées, il faut croire de mefrae en noftre entendement, que Nature peut faire palier la boue, Ôc le fang, ayant cfté hors de fes vaifteauxjvoire au trauers des os, fans qu’ils foient mellez auec le bon fang. Noftre difeours finy,i’embaume le corps, ôc fut pofé en vn cercueil. Apres cela le Chirurgien de l’Empereur me tira à part, ôc me dit que fi ic voulois demeurer auec luy, qu’il me traideroit bien, ôc qu’il m’habilleroit tout à neuf : auffi qu’il me feroit aller à chenal. le le remerciay bien fort, de l’honneur qu’il me fai foit, ôc luy dis que ie n’auois aucune enuie de faire feruice aux eftrangers ôc ennemis de ma partie : alors il me dit que i’eftois vn fol, ÔC que s’il eftoit prifonnier comme moy, qu’il feruiroit vn diable , pour eftre mis en liberté. En fin ie luy dis tout à plat, que ie ne voulois point demeurer auec luy. Le Médecin de l’Empereur s’en retourna vers ledit feigneur de Sauoye, où il déclara la mort dudit feigneur de Martigues , ôc luy dit qu’il eftoit impollîble à tous les hommes qui font au monde de le pouuoir guarir : ôc luy confirma encore , que i’auois fait tout ce qui eftoit ne- ceflfairede faire , &le pria de me retirer à fon feruice , &luy dit plus de bien de moy, qu’il n’y en auoit. Ayant efté perfiiadé me prendre à fon feruice, il donna la charge à l’vn de fes Maiftres d’Hoftef nommé Monfieur du Bouchet,me dire que fi ie voulois demeurer à fon feruice, qu’il me traiéteroi: bien : ie luy fis refponfe , que ie le remerciois bien humblement, ôc que i’auois délibéré de ne de- meurer auec nul eftranger.Cefte mienne refponfe entendue par le Duc de Sauoye,il fe choiera aucu- dit qu il me falloir enuoyer aux galleres. Monfieur de Vaudeuille, Gouuerneur de Grauelinc, ôc Colonel de dix fept Eofignes de gens de I pied,le pria de me donner à luy , pour le penfer d’vn vieil vlcere qu’il auoit à vne jambe, il y auoit fix ou fept ans. Monfieur de Sauoye luy dit,pour ce que ie valois, qu’il en eftoit contant : ôc que fi ie luy mettois le feu à la jambe , que ce feroit bien fait. Il luy rdpondit que s’il en appcrceuoit quelque chofe , qu’il me feroit couper la gorge. Bien toft âpres, ledit feigneur de Vaudeuille m’enuoya quérir par quatre hellabardiers Alemans de fa garde , lefquels m’eftonneient bien fort , ne fçaehant où ils me mennoient : ils ne partaient non plus François que moy Alemand. Eftant arriuéàfon logis, il me dit que i’eftoisle bien venu, ôc que i’eftois à luy, ôc que fi toft que ie l’aurois guari de cet vlcere, qu’il auoit à vne jambe qu’il me donneroit mon congé fans prendre aucune rançon de moy. le luy dis que ie n’auois nul moyen de payer aucun rançon. Lors il fit appeller fon Médecin 6c Chirurgien ordinaire pour me monftrer fa jambe vlcerée. L’ayant veuc ôc confiderée,nous retirafmes à part en vne chambre , où ie commençay à leur dire, que ledit vlcere eftoit annuel, n’eftant fimplemais compliqué * à fçauoir de figure ronde Ôc o'ftra- queufe , ayant les bords durs & calleux,caue ôc fordide , accompagné d’vne grolîc veine variqueu- fe, qui perpétuellement l’abreuoit. D’abondant, d’vne grolfe tumeur & intemperature phleg- moneufc,& douloreufeen toute la jambe , en vn corps de température fort cholérique : comme ie poil de fa barbe,& fon vifage le demonftroit. La méthode de le guarir(fi guarir Ce pouuoit)eft qu’il . falloir commencer aux chofes vniuerfelles, à fçauoir à la purgation, ôc à la faignée,& à fa maniéré ) de viurc : qu’il n’vfaft nullement de vin , ny de viandes falées, ôc de haut gouft , Ôc généralement de celles qui efchauffent le fang. Apres, qu’il falloir commencer la cure, en faifant plufieurs feari- fications autour de l’vlcere: & couper totalement les bords calleux, ôc donner vne figure longue ou triangle. Car la ronde ne fe peut que difficilement guarir , comme les Anciens ont lailfé par efcrit,ce qu’on void par experience.Cela fait il falloir mondifièr la fordide,& chair pourrie de l’vl- cere, qui fe feroit auec de l’onguent egyptiac , Ôc par delfus vne comprelfe trempée en lus de plan- tain ôc de morelle Ôc oxycrat, ôc falloir bander fa jambe, commençant au pied, ôc finilfant au ge- noliil, ôc n’oublier à mettre vne petite comprefte fur la veine variqueufe, à fin qu’il ne fluaft rien de fuperflu aufdits vlccres. Dauantage qu’il fe tint à repos fur le lift,ce qui eft commandé par Hippo- cratcs,qui dit que ceux qui ont mal aux jambes ne fe doinent tenir de bour,ny afîîs , mais couchez. Et après ces chofes faites,& vl’lcerebic mondifié,on luy appliqueroit delfus vne lamide de plomb, frottée ôc blanchie de vif-argent.Voila les moyens,par lefquels ledit feigneur deVaudeuille pourra guarir de fon vlcere. Tout cela trouucrent-ils bon. Lors ie Médecin me lailfa auec le Chi- rurgien , s’en alla vers le feigneur de Vaudeuille , luy dire, qu’il s’aflcuraft que ie le pourrois guarir, ôc luv dit tout ce qu’auois délibéré de faire pour laguarifon de fon vlcere , dont il fut fort Gal\ *e ‘uip \?*i0, ch af tlis. rurg{ef? * Braue rc(hBnA fe. Opinion dé V Autheur dé l'vlcere du feigneu. de Vatidtuiüé. Apologie, 914 joyeux. Il me fit appeller, 5c me demanda fi i'auois opinion que Ton vlcere fe peuft guarir : ie luy dis qu.oüy, pourueu qu’il fuft obeyftant à faire ce qu'il falloir : il me fit promdfe, qu'il feroit en- tièrement tout ce que ie voudrois luy faire ordôner,5cque fi toft que ion vlcere feroit guary,qu'il me donneroit liberté de m'en retourner,fans payer aucune rançon. Alors ie le fuppliay venir à vne meilleure compofition auec moy ,5c luy remontrant que le temps me feroit trop long pour eftre en liberté, iufques à ce qu’il fuft entièrement guary , 5c que dedans quinze iours i'efperois faire que fou vlcere feroit diminuée de plus de moitié , ôc feroit fans douleur , 5c que fon. Chirurgien 5c Médecin peracheueroient facilement de guarir ce qui en refteroit : il s’accorda, 5c dés lors ie pris vn peu de papier pour prendre la grandeur de fon vlcere, que ieluy baillay , 5c en retins autant par deuers moy. le le priay qu’il me tint promefte lors qu'il cognoiftroit befongne faite. Il me jura foy de Gentil-homme , qu'il le feroit : adonc ie me deliberay de le bien penfer , félon la méthode de Gai. qui fut qu'apres auoir ofté les chofes eftranges de l’vlcere, 5c qu'il ne refteroit que reple- tionde chair,iene le penferois plus qu’vne fois le iour : & trouuoic cela bien eftrange: 5c pareille- lement fon Médecin, qui eftoit bien doux de Tel, lequel me vouloir perfuader auec le malade, de le penfer deux ou trois fois le iour. le les priay qu’ils me laiftaftent faire, 5c que ce que i'en faifois n’eftoit pour allonger la cure,au contraire, pour l’aduancer, pour le defir que i’auois d'eftre en li- berté : 5c qu'il regardât en Gai. au4.liu.de la compofition des medic.felon fes genres.Qui dit,que fi vn médicament ne feiourne long temps fur la partie,il ne profite fi bien corne lors qu'il y eft laite long temps : chofe qu’aucuns Médecins ont ignoré,5c ont penfé, qu'il eft mieux de remuer les em- plâtres. Et cefte mauuaife coutume eft tant inueterée 5c enracinée, que les malades mefmes accu- lent fouuent les Chirurgiens de négligence, qu'ils ne changent plus forment les emplâtres : mais ils font deceus. Car comme auez entendu 5c leu en plufieurs lieux de mes oeuurcs, les qualitez de tous corps qui s'entre-touchent, agiftent l'vnc contre l'autre: 5c tous deux pacifient quelque cho- fe,fuft l’vnc d’icclles beaucoup plus forte que fautre:au moyen dequoy lefdites qualitez s'vnifient, familiarifent auec le temps , combien quelles foient de beaucoup différentes : de maniéré que la qualité du médicament s'vnit, 5c quelquesfois deuient femblable à celle du corps,qui eft chofe fort vtile. Parquoy dit-on beaucoup louer celuy qui premier a inuenté de n'vfer fi fouuent de nouuel- les emplâtres,d'autant qu’on a cogneu par expérience cefte inuention eftre bonne. Dauantage, dit qu'on fait encore grande faute, d’habiller fouuent les vlceres, les dfuyant bien fort : car on ofte non feulement l’excrement inutile, qui eft la boue ou fanie des vlceres, mais auiÜ la matière dont eft faite la chair. Parquoy pour les raifons lufdites, il n'eft befoin de fi fouuent penfer les vlceres. Ledit Seigneur de Vaudeuillc voulut entendre, fi ce que i'alleguois de Galien eftoit vray , 5C commanda audit Médecin d’y regarder,5c qu'il le vouloir fçauoir : il fefit apporter le Liure fur la table, où mon dire fut trouué véritable, 5c lors ledit Médecin demeura fort honteux, 5c moy bien ioyeux. Tellement que lediéb Seigneur de Vaudeuillc ne defira plus d'eftre penfé qu’vne fois le iour; de façon que dedans les quinze iours fon vlcere eftoit prefquetout cicatrifé. La compofition entre nous faite,ic commençay à me refiouyr. Il me faifoit manger 5c boire à fa table,lors qu'il n'y auoit point de plus gens de bien que luy 5c moy. Il me fit donner vne grande efcharpe rouge : qu'il me commanda de porter. le puis dire que i'en eftois autant ioyeux, comme vn chien à qui on baille vn tribar , de peur qu'il n’aille aux vignes manger les raifins.Le Médecin 5c Chirurgien me menoient parmy le camp,pour vifiter leurs blefïez: où ieprenois garde que faifoient nos ennemis : ie recogneu qu'ils n'auoient plus de greffes pièces de batterie, mais feulement vingt - cinq ou trente de campagne. Monfieur de Vaudeuillc tenoit Monficur de Baugé prifonnier, frere de Monfieur de Martigues qui mourut à Hedin. Ledit feigneur de Baugé eftoit prifonnier au Chafteau de la Motte au bois, appartenant à l'Empereur, lequel auoit efté pris à Theroüenne , par deuxfoldats Efpagnols. Or le- dit feigneur de Vaudeuillc l’ayant enuifagé, concluoit deuoir eftre quelque Gentil-homme de bon- ne maifon:5c pour s'en aflèurer dauantage il le fit defchaulfer, 5c voyant fes chauffes 5c pieds nets, auec la petite chaulfette bien blanche 5c deliée , cela le confirma dauantage en fon opinion, 5c que c'eftoit vn homme qui pourroit payer quelque bonne rançon. Il demanda aufdîts foldats, que s'ils voulaient trente efeus de leur prifonnier, qu'il les baillerait prefentement : ce qu’ils accordèrent volontiers , parce qu’ils n'auoient pas moyen de le garder, 5c moins de le nourrir : ioint qu'ils ne fçauoient fa valeur ': partant liurerent leur prifonnier entre les mains dudit fieur de Vaudeuillc: lequel fubit par quatre foldats de fa garde l'enuoya audit Chafteau de la Motte au bois , auec au- tres prifonniers, Gentils-hommes des noftres. Le feigneur de Baugé ne fe vouloir defcouurir qu'il eftoit, 5c endura beaucoup, eftant au pain 5c à l'eau, couchoit fur vn peu de paille. Ledit feigneur de Vaudcuille , après la prife de Hedin, enuoya vers ledit feigneur de Baugé, 5c autres prifonniers, comme la place de Hedin auoit efté prife, 5c la lifte de ceux qui auoient efté tuez, 5c entre les autres Monfieur de Martigues : 5c lors que ledit feigneur de Baugé entendit fonner à fes oreilles , que fon frere Monfieur de Martigues eftoit mort, il commença à s’eferier, pleurer 5c lamenter. Scs Gar- des luy demandoient pourquoy il faifoit tant 5c de fi piteufes lamentations : il leur déclara que c’e- ftoit pour l'amour de Monfieur de Martigues fon frere. Ayant entendu cela, le Capitaine du Cha- fteau, depefcha foudain vn homme, pour annoncer à Monfieur de Vaudeuillc, qu'il auoit vn bon prifonnier : lequel ayant receu cefte bonne nouuelle, s’en refioiiir grandement, 5c le lendemain m’enuoya auec quatre foldats 5c fon Médecin, au Chafteau de la Motte au bois, pour fçauoir fi fon prifonnier luy vouloir donner quinze mil efeus de rançon , ôc qu’il le renuoyeroir libre en fa rçiaifon, 5c que pour le prefent il ne demandoic qu’vne refponfe de deux Marchands d'Anuers qu’il Gai. au 4. II. de la compof. des medic. Fourquoy il ne faut fou- uent remuer des emplâ- tres . Monfieur de Bauge pri- fonnier, ven du trente «feus. Et Voyages. 915 nommeroit. Ledit de Vaudeuile me perfuadoit, que ie fille accorder cela à Ton prifonnier. Voila ponrquoy il m’enuoya au Chafteau de la Motte au bois , 6c commanda au Capitaine du Chafteau de le bien traiéter,& mettre en vne chambre tapilTée ; auffi qu'on renforçai!: fa garde, Ôc dés lors on kiy fit bonne chere à fes defpens. La refponce dudit feigneur de Baugé, fut, que de fe mettre à rançon il ne pouuoit, 6c que cela dependoit de Monfieur d’Eftampes Ton oncle, 6c deMadamoifellede Breffure fa tante,& qu'il n’a- uoit nul moyen de payer telle rançon. le retournay auec mes gardes vers ledit feigneur de Vaude- Ui ic, 6c luy fis la reiponfe de fondit prifonnier ; lequel me dir, que poffible ne fortiroit-il à fi bon marché* Ce qui fut vray : car il fut découuerr. Et aulfi-toft la Roync de Hongrie, & monfieur le Duc de Sauoye , mandèrent audit feigneur deVaudeuille que ce morceau eftoit vn peu trop gros pour Iuy,& qu'il euft à leur enuoyer (ce qu'il fit)& qu'il auoit allez d'autres prifonniers fans ceftuy- là. Il hit mis à quarante mil efeus de rançon fans les autres defpens. Al en retournant vers le fieur deVaudeuille , ie paflay par fainét Orner, où ie veis leurs grolTès pièces de batterie , dont la plufparc eftoient efucncées 6c rompues. le rcpaftay pareillement par I heroiienne , où ie ne veis plus pierre fus pierre , fors vn vertige de la grande Eglife. Car l'Empereur fit faire commandement aux villageois, à cinq ou fix lieiics d'alentour, qu'ils euftenC à vuider 6c tranfporter les pierres, en forte qu'à prefent on y charie par deftus la vilîe,comme l'on fait auffi à Hedin , fans nulle apparence de chafteau 6c forterdfe. Voila le malheur qu'apportent les guerres. Et pour retourner à mon propos, tort après mondit,feigneur de Vaudeuille fe porta bien de font vlcere, 6c peu s'en falloir qu'il ne fuft entièrement guary , qui fut caiifc qu'il me donna congé , 6C me ht conduire auec pafté-porc, par vn trompette, iufques à Abbeuille: là où ie pris la porte , 6c m’en allay trouuer le Roy Henry mon maiftre à Aufimon, qui me receut auec allc'grefte 6c de bon- ne grâce. Il enuoya quérir Meilleurs de Guifè,le Conneftable,& d’Eftrez,pour entendre de moy ce qui s’e- ftoit pafté à noftre prife de Hedin , 8c leur en fis fidele rapport : 6c les affeuray que i'auois veu les greffes pièces de batterie qu'ils auoient menées à S.Omer.Dont le Roy fut ioyeux,parce qu’il crai-- gnoit que l'ennemy ne vinft plus auant en France. Il me fit donner deux cens efeus pour me reti- rer en ma maifbn : 6c moy fort ioyeux d'eftre en liberté, 6c hors de ce grand tourment 6c bruit de tonnerre de la diabolique artillerie, & loing des foldats, blafphemareurs 6c renieurs de Dieu. le ne veux icy laifterà dire,qu'apres la prife de Hedin, le Roy fut aduerty que ie n'auois efté tué, &quc i’eftois prifonqier, fi que fa Majcfté fit eferire à ma femme, par Monfieur du Goguier Ton premier Médecin, qu’elle ne fuft point en peine de moy, quei'eftois fain 6c fauf Dieu mercy,& qu'il paye-* roic ma rançon. * ' Bataille de S. Quentin. 1 ) 57* Apres la Entaille de Sainét Quentin le Roy m'enuoya à la Fere en Tarpenôis vêts monfieur le Marefchal de Bourdillon, pour me faire donner paftè-port parle Duc de Sauoye, pour aller penler monfieur le Conneftable , qui auoit efté grandement bielle d'vn coup de piftollet au dos , dont il cuida mourir, 6c eftoit demeuré prifonnier entre les mains des ennemis. Mais iairais ic Duc de Sauoye ne voulut confentir que Ballade vers ledit feigneur le Conneftable, difant qu'il ne demeureroit fans Chirurgien , 6c qu’il fe doutoit bien que l'on ne m'y enuoyoic pas feulement pour le penfer , mais auffi pour luy bailler quelque aduértîlïèment, &c qu'il fça- uoit que ie fçauois bien faire autre chofc que la Chirurgie , & qu'il me cognoidbit pourauoir efté Ton prifonnier à Hcdin. Monfieur le Marefchal de Bourdillon aduertit le Roy du refus qu'a- noit fait le Duc de Sauoye. Au moyen dequoy fa Majeftéefcriuit audit Seigneur de Bourdillon, que li madame la Conneftable enuoyoit quelqu'vn de fa maifbn qui fuft habile homme , que ie luy baillaftè vne lettre , & que verballement i'eulTè auffi à luy dire de bouche ce que le Roy 6c monfieur le Cardinal de Lorraine m'auoient donné charge. Deuxiours après il arriua vn valet de chambre dudit fieur le Conneftable , qui luy portoit des chemifes 6c autres linges , auquel mondic feigneur le Marefchal fit donner pafte-port pour aller vers ledit feigneur Conneftable. le fus fore ioyeux, &c luy baillay ma lettre , 6c luy fis fa leçon de ce que deuoit faire Ton maiftre eftant prifbn- nier.Ie penfois eftant defehargé de ma legation,m'en retourner vers le Roy. Mais ledit feigneur de Bourdillon me pria de demeurer à la Fere auec luy , pour penfer vn bien grand nombre de blellez qui s'y eftoient retirez après la bataille, 6c qu'il referiroitau Roy lacaufe de ma demeure : ce que ie fis. Les playes des bîeftèz eftoient grandement puantes 6c pleines de vers, auec gangrené 6c pour- riture, tellement qu'il me fallut ioiier des couteaux,pour amputer ce qui eftoit gafté, 6c ne fut fans couper bras 6c iambes , 6c auffi en trépaner plufieurs. Or on ne trouuoit aucuns medicamensa la Fere, parce que les Chirurgiens de noftre camp auoient tout emporté. le defcouuray que le cha- riot de l'Artillerie eftoit demeuré à la Fere , 6c n'y auoit-on encore touché. le dis audit feigneur le Marefchal , qu'il me feift deliurer vne partie des drogues qui eftoient dadans : ce qu'il fit, ôc m’en fut donnée la moitié feulement pour vne fois, & cinq ou fix iours après il me fallut pren- dre tout le refte , encore n’y en auoit-il pas à moitié pour penfer le grand nombre de blcflez : 6c pour corriger 6c arrefter la pourriture , 6c tuer les vers qui eftoient en leurs playes, ie les lauois d'Egyptiac diftbulten vin 6c eau de vie , & leur faifois tout ce que ie pouuois : mais nonobftant toutes mes diligences, il en mourut beaucoup. Il le trouua à la Fere des Gentils-hommes qui auoient charge de trouuer le corps mort de monfieur de Bois-Dauphin l'aifné , qui auoit efté tué en la bataille : ils me prièrent les vouloir accompagner au camp pour le choifir, s’il eftoit poffible, entre les morts : ce qui eftoit iropoffible. Le coneflahlt hlejfé au dois Apologie, 916 attendu que les corps dloient tous enfondrez par pourriture, 8c deuifagez. Nous vifines plus de demie lieue autour de nous, la terre toute couuerte de corps morts, 8c n'y demeuiaimes gueres, pour la grande puanteur cadauereufe, qui s'dleuoit des corps, tant des hom- mes que des chenaux : 8c croy que nous fuîmes caiife de faire elleuer de ces corps vne h gran- de quantité de greffes moufches , qui s’dloient procréées de l'humidité des corps morts 8c de la chaleur du Soleil, ayant le cul verd 8c blcu,qu eftans en l’air elles faifoient ombre au Soleil. On les oyoit bourdonnera grand merueille, & croy quec’eftoit allez pour caufer la pelle au lieu où elles s'aflîrent.fMon petit Maillre,ie voudrois qu'euflîez ellé là comme moy,pour difcerner des odeurs, & pour aulïi en faire rapport à ceux qui n'y ont effcé. ) Or m'ennuyant fort en ce pays-là , ie pria/ monheur le Marefchal de me donner congé de m'en aller, 8c auois peur de demeurer malade pour le trop grand trauail 8c puanteur des bldîez,qui mouroient quafi tous , quelque diligence qu'on y peût faire. Il ht venir des Chirurgiens pour paracheuer à traider les bleftcz, & m’cnallay auec fa bonne grâce. Il efcriuit vne lettre au Roy, de la diligence que i'auois faite entiers les panures blef- fez. Puis ie m'en reuins à Paris,où ie trouuay encore beaucoup de Gentils-hommes qui auoient efter bidlcz, 8c s'y dloient retirez après la bataille. jVoyage du camp d’Amiens. ï yy8. Jtufede l'Auteur, LE Roy m’ennoya à Dourlan, 5c me fit conduire par le Capitaine Gouaft,auec cinquante hom- mes d’armes, de peur que ie fude pris des ennemis ; 5c voyant que par chemin eftions rouf- iours en allarmes , ie feis defeendre mon homme , 5c le feis eftre maiftre pour ce coup là. Carie raontay fur Ton chenal qui portoitma malle , 5c alloit bien du pied s’il euftfallu gaigner le haut , 5c pris fon manteau 5c chapeau , 5c luy baillay ma monteure , qui eftoit vne belle 5c petite haquenée. Mon homme eftanc deftus, on l’euft pris pour mon maiftre , 5c moy pour monficur fon valet. Ceux de Dourlan nous voyans de loin, penfoient que fuffions ennemis, &c nous tirèrent des coups de canon. Le Capitaine Gouaft, mon conducteur, leur feit figue auec fon chappeau, que n’eftions ennemis : tellement qu’ils edferent de tirer, 5c entrafmes à Dourlan auec vne grand’ ioye.Ceux de Dourlan auoient fait vne fortie fur l’ennemy cinq ou fix iours auparauanr, lefqucls tuerent 5c bldferent plufieurs de nos Capitaines 5c bons foldats , 5c entre les autres le Capitaines. Aubin , vaillant comme l’efpéc, que moniteur de Guife aimoit fort, 5c pour le- quel principalemêt le Roy m’enuoyoit-là,lequel eftanc en accez de fièvre quarte,voulut fortir pour commandera la plus grande partie de fa compagnie. Vn Efpagnol voyant qu’il coinmandoir, ap- pcrceut eftre vn Capitaine,5c luy tira vn coup d’harquebufe tout au trauers du col.Mon Capitaine S. Aubin penfoic de ce coup eftre mort,6c de la peur,ie protefte à Dieu qu’il perdit fa fièvre quarte, 5c en fut du tout deliurè. le le penfay auec Antoine Portail Chirurgien ordinaire du Roy, 6c plu- fieurs autres foldars,les vns mouroienr,les autres rechappoient, quittes pour vn bras, ou vneiam- be, ou perte d’vn œil, 5c ceux-là difoit-on eftre quittes à bon marché : efchappe qui peut. Lors que les ennemis eurent rompu leur camp , ie m’en retournay à Paris. Icy ie me tais de mon petit Maiftre, qui eftoic plus aife en fa maifon, que moy à la guerre. Voyage du Havre de Grâce, i ENcores ic ne veux lai (1er à parler du camp du Havre de Grâce. Lors qu’on falloir les appro- ches pour aifeo-ir l’artillerie, les Anglois qui eftoient dedans, tuerentquelques-vns de nos fol- dats,5c plulîeurs pionniers qui gabionnoicnt, lefquels(lors qu’on les voyoit eftre tant bleflcz qu’il n’y auoit nulle efpcrancede garifon)leurs compagnons les defpoüilloient,5c les mettoient encores viuans dedans les gabions", 5c leur feruoient d’autant de rcmplage. Les Anglois voyans qu’ils ne pourraient fouftenir vn allant, par ce qu’ils eftoient fort atteints de maladies, & principalement de la pefte , fe rendirent bagues faunes. Le Roy leur fit bailler des vaiftèaux pour s’en retourner en Angleterre, bien ioyenx d’eftre hors de ce lieu infedc de pefte. Il en mourut la plus grand’part &C porteret la pefte en depuis n’en ontefté exempts. Le Capitaine Sarlabous,maiftre de camp,y fut laide en garnifon, auec fixenfeignes de gens de pied,Iefquels n’auoient nulle peur de la pefte : 5c furent bien ioyenx d'y entrer,efperans y faire bonne chcre. Mon petit Maiftre, d vous y eu fiiez elle, vous eulîiez fait comme eux. Voyage de Rouen. iy Ci, OR quant à la prile de Rouen , ils feirent mourir beaucoup des noftres deuant l’alfaur, & à l'affaut le lendemain mefme qu’entrahnes en la ville, i'entrepanay huid ou neuf qui auoient dlé bldîez à la brefche , de coups de pierre. Il y auoit vn air h malin, que pluheurs mouroient, voire de bien petites bleffeutes , de façon qu’aucuns eftimoient qu’ils auoient empoifonné leurs baies. Ceux du dedans diloient le femblable de nous ; car encore qu'ils fullènt bien traidez de leurs necdïitez dedans la ville, il ne laiflbient point de mourir comme ceux du dehors. Le Roy de Nauarre fut bldfé quelques iours deuant l'allant d'vn coup de boulet à l'efpaule. le le vihtay, 8c ayday à le penferauec vn hen Chirurgien nommé maiftre Gilbert , vn des premiers de Mont- pelier, 8c autres. On ne peut trouuer la baie, ielacherchay bien exadement : i'apperceu par con- iedure qu'elle dloit entrée par la telle de l'os du haut du bras, 8c quelle auoit coulé en la cauité dudit os , qui faifoit qu'on ne la pouuoit pas trouuer. La plus grand'part la difoient dire en- trée 8c perdue dedans le corps. Monheur le Prince de la Roche-fur-Yon , qui aymoit intime- Ulftoîre àe la blejjettre du Roy de Nauarre. Et Voyages. 917 ment le Roy de Nauarre, me tira à part, 8c s’enquift fi le coup eftoit mortel : ie luy dis que oüy* parce que toutes les playes faites aux grandes ioinclurcs j 8c principalement les playes contufesj eftoient mortelles, félon tous les aucheurs qui en ont eferit. Il s’enquit des autres ce qui leur en fembloit, 8c principalement audit Gilbert : qui luy dit auoir grande efperancc que le Roy fon Mainte guariroit, 8c fut ledit Prince bien ioyeux. Quatre iours après , le Roy 8c la Royne Merc, Monfieur le Cardinal de Bourbon ion frere , Monfieur le prince de la Roche-fur-Yon, Monfieur de Guife, 8c autres grands perfonnages , après que nous eu fin es penfé le Roy de Nauarre , voulu- rent faire faire vne confultation en leurs prefences s où il y auoit plufieurs Médecins 8c Chirur- giens. Chacun en dit ce qui luy en fembloit, 8c n’y eut pas vn d’iceux qui n’euflent bonne efpe- rance (difoient-ils) que le Roy guariroit, 8c moy perfiftoistoufioursau contraire. Monfeigneur le Prince de la Roche-iur-Yon, qui m’aymoit,me retira à part, 8c me dit que i’eftois feul contre l’o- pinion de tous lesautrcs,& me prioit de n’eftre opiniaftre cotre tant degês de bien. le luy refponds, que lors que ie cognoiftrois bons lignes de guarifon,ie changerois mon aduis. Plufieurs confulta- rions furent faites, où iamais ie nechangeay de parole, & prognoftic tel que ie l’auois faitaupre- i mier appareil, 8c difois toufiours que le bras tomberoit en gangrène : ce qu’il fit, quelque grande diligence qu’on y peut mettre,& rendit l’efprit à Dieu le 18. iour de fa bleftèure, Monfieur le Prin- ce de la Roche-fur-Yon ayant entendu la mort dudit Roy, enuoya vers moy fon Chirurgien 8c Médecin nommé le Févre, à prefent Médecin ordinaire du Roy, 8c de la Royne Mere, me dire qu’il voulo|t auoir la baie, 8c qu’on la cherchaft à quelque endroit que ce fuft. Alors ie fus ioyeux 3 8c leur dis que i’eftois bien afteuré la trouuer bien toft. Ce que ie feis en leurs prefences, 8c de plu- fieurs Gentils,-hommes.Elle eftoit tout au beau milieu de la cauitc de l’os du haut du bras.Mondic feigneur le Prince l’ayant, la monftraau Roy,& à la Royne, qui tous dirent que mon prognoftic s’eftoit trouué véritable. Le corps fut mis repofer au Chaftcau Gaillard , 8c ie m’en retournay à Paris, où ie trouuay plufieurs malades qui auoient efté bleftez à la breche de Rouen, 8c principa- lement des Italiens, lefquels me deliroient fort pour les penfer : ce que ie feis volontiers. Il y en eut plufieurs qui guarirent, les autres moururent. le croy, mon petit maiftre , quefuftes appelle pour en penfer quclques-vns, pour le grand nombre qu’il y auoit, Confultatîûù pour le Rey de N «narre.. Mort du Rcy de NamrrCo Voyage de la bataille d'e Dreux, ïjùi. LE lendemain après la bataille donnée à Dreux j le Roy me commanda d’aller penfer Monfieur le Comte d’Eu, qui auoit efté bielle d’vn coup de piftoler à la cuilTe dcxtre,pres la iointure de la hanche, 8c auoit fracafte 8c brifé l’os femoris en plufieurs efclats,dont pluüeurs accidens luy fur- uindrenr, puis la mort, qui fut à mon très-grand regret. Le lendemain que iefusarriué , ie vou- lus aller au camp , où s’eftoit donnée la bataille pour voir les corps morts , ie veis à vne grande lieue d’alentour la terre toute couuerte : on auoiteneftimede vingt-cinq mille hommes,ou plus: tout cela fut depefché en moins de deux heures. le voudrois mon petit Maiftre, pour l’amour que ievous porte,qu’y enfliez efté pour le raconter à vosefeoliers 8c à vos enfans.Cependat que ie fus à Dreux,ie vifitay 8c penfay grad nôbre de Gêtils-homes,& panures foldats,& entre les autres beau- cou p de Capitaines S ni lies. Ten penfois quatorze eftans en vne feule chambre, tous bleftèz de coups de piftolets , 8c d’autres inftrumens à feu diaboliques -, 8c n’en mourut pas vn des quator- ze. Monfieur le Comte d’Eu eftant mort, ie ne feis grand fejour à Dreux. Il vint des Chirurgiens de Paris , qui faifoient bien leur deuoir vers les bldfcz, comme Pigray, Cointeret, Hubert, 8c au- tres , 8c ie m’en retournay à Paris où ie tfouuay beaucoup de Gentils - hommes blelîèz qui s’y eftoient retirez après ladite bataille , pour eftrc penfez de leurs bleffeures, où ne fus fans en Voir plufieurs» Mort du Comte. d’Efé- Voyage de la bataille de M.ont contour. 1565). PEndant la bataille de Montcontour , lePvoy Charles eftoit au Pleflîs lez Tours, où il entendit l’auoir gaignée. Il fe retira grand nombre de Genrils-homraes, & foldats, en la ville & faux- bourgs de Tours , bleft'ez, pour fe faire penfer & medicamenter. Où le Roy 8c la Royne Mere ( me commandèrent faire mon deuoir auec les autres Chirurgiens , qui lors eftoient en quartier, comme Pigray, du Bois, Portail, 8c vn nommé Siret, Chirurgien de Tours, homme bien entendu en la Chirurgfe,eftant alors Chirurgien de Monfeigneur frere du Roy:& pour la multitude des na- vrez, n’eftions gueres à repos,ny les Médecins pareillemét.Monfieur le Côte de Mansfeld,Gouuer- neur de la Duché de Luxembourg,Cheualicr de l’ordre du Roy d’Efpagne, fut grandement blefîe à la bataille , au bras feneftred’vn coup de piftollet,qui luy 'rompit grande partie de la iointure du coulde , 8c s’eftoit retiré à Bourgueil près Tours. Eftant là , il enuoya vn Gentjl-hornme vers le Roy, le fupplier bien affeélueufcment luy vouloir enuoyer l’vn de Tes Chirurgiens pour le iecota- rir de fa blelîiire. Le Confeil fut tenu quel Chirurgien feroit qu’on y ennoyeroit, Monfieur le Marefchal de Montmorency dit au Roy & à la Royne , qu’il feroit bon de luy enuoyer Ton pre- mier Chirurgien, 8c leur rcmonftra que ledit feignent de Mansfeld auoit efté vnc grande partie caufe du gain de la bataille. Le Roy dit tout à plat, qu’il ne vouloir que i’y ail a (Te , 8c vouloir que iedemeurafte près de luy. Adonc la Royne Merc luy dit que ie ne ferois qu’aller 8c venir, 8c falloir auoir efgardque c’eftoit vn feigneur eftrangcr qui eftoit venu de la part du Roy d’Efpa- gne , pour fon ’fecours. Et fur ce il me permit y aller , pourueu que ie rcninlîe bien toft. Apres cefte refolution il m’enuoya quérir, & pareillement la Royne Mere , 8c me coiHmanderenc d’aller trouuer ledit feigneur Comte de Mansfeld, la part où il feroit, pour luy feruir on tout ce Monfisuy li Comte de Mansfeld bief• . 918 Apologie, que pourris faire pour la guarifon de fa bleffcurc. Le l’allay trouuer accompagné d’vne lettre de leurs Majeftez. L’ayant veue , il me receut de bonne volonté , 5c deflors donna congé à trois ou quatre Chirurgiens qui le penloient : qui fut à mon très-grand regret, par ce que fa blefléure me fembloit eftre incurable. Or audit Bourgueil s’eftoient retirez plufieurs Gentils-hommes qui auoient cfté blefléz à ladite bataille, fçaehans que Monfieür de Guifey eftoit, qui auoit efté aufiî fort bleffé d’vn coup de piftolet au trauers d’vne Jambe, bien affeurez qu’il auroit de bons Chirur- giens pour le penfer, 5c aufiî qu’eftant débonnaire 5c fort libéral, il les alfifteroit d’vne grande par- tie de leurs neceflîtez. Ce que véritablement il faifoit volontiers, tant pour leur manger & boire, qu’autres necefiîtez : Sc de ma part ie les loiilageois Sc aidois en mon art, autant qu’il m’eftoit pof- fible : les vns mouroient, autres guarififoient, félon leurs bleffeures. Le Comte Ringraue mourut, qui auoit vn coup à l’efpaule femblable à celuy qu’eut le Roy de Nauarre deuant Rouen. Mon- fieur de Baffompierre, Colonnel de douze cens cheuaux, fut femblablement bleffé de pareil coup, 5c endroit, que celuy de Monfieür le Comte de Mansfeld que ie penfay , Sc Dieu le guarit. DicU. benift fi bien mon œuure , que dans trois fepmaines ie les remenay à Paris, où fallut faire encore quelques incifions au bras dudit Comte de Mansfeld, pour extraire les os qui éftoient grandement fracaflez, rompus Sc carieux, il guarit par la grâce de Dieu, Sc me fit vn honnefte prefent, de forte que ie me contentay bien fort de luy , Sc luy de moy, comme il m’a faitparoiftre depuis. Il efcriuit vne lettre à' Monfieür le Duc d’Afcot comme il eftoit guari de fa blefléure , ôc aufiî Monfieür de Baffompierre de la fienne, 5c plufieurs autres que i’auois penfez après la bataille de Montcontour, Sc luy confcilloit de fupplier le Roy de France mon bon Maiftrc y me permettre d’aller voir Mon- fieur le Marquis d’Auret fon frere. Comte Rin- Monfieür de Jiajfompierre hlejfé. Voyage de Flandres MOnfieurle Duc d’Afcot ne feit faute d’enuoyer vn Gentil-homme Vers le Roy , accompagne d’vne lettre , pour le fupplier humblement, luy faire tant de bien Sc d’honneur, que de per- mettre 5c commandera Ton premier Chirurgien venir voir Monfieür le Marquis d’Auret Ton frerev qui auoit receu vn coup d’harquebufe près le genoüil, auec fracture d’os : il y auoit enuiron fépt mois, que les Médecins Sc Chirurgiens de par delà cftoient bien empclchez à (a guarifon. Le Roy m’enuoya quérir , 5c me commanda d’aller voir ledit feigneur d’Auret, Sc le fécourir en tout ce que ie pourrois pour la guarifon de fa bleffure. le luy dis que i’y employerofs tout le peu de fçauonr qu’il auroitpleu à Dieu me donner. le m’en allay donc conduit par deux Gentils hommes , au Chaftcau d’Auret, qui eft à vne lieue Sc demie de Monts en Hainaut, où eftoit ledit Marquis. Su- bit que ie fus arriué , ie le vifitay : Sc luy dis, que le Roy m’auoit commandé de le venir voir, Sc penier de fa blefléure. Il me dit qu’il eftoit bien ioyeux de ma venue , 5c eftoit grandement tenu au Roy , de luy auoir fait tant d’honneur de m’auoir enuoyé vers luy. le letrouuay auec vne greffe fièvre , les yeux fort enfoncez auec vnvifage moribonde Sc jaunaftre, la langue Riche 5c aride , Sc tout le corps fort émacié & maigre , la parole baffe comme d’vn homme fort près de la mort : puis trouuay la cuilfe fort enflée , apoftumée , 5c vlcerée , jettant vne fanie verdoyante , 5c fort fétide, le le fonday auec vne fonde d’argent. Par icelle trouuay vne cauité près l’aine, Unifiant au milieu de la cuifié , 5c d’autres autour du genoüil, fanieufes & cuniculeufes : aufiî certaines efquilles d’os, les vnes feparées , les autres non. La Jambe eftoit fort tuméfiée 5c imbue d’vn humeur pituiteux, froid ôc humide & flatuleiit ( de forte que la chaleur naturelle eftoit en chemin d’eftre fuffoquée 5c cfteinte ) 5c ladite jambe courbée 5c retirée vers les fefifes : le croupion vlceré de la grandeur de la palme de la main ; 5c diloity fentir vne extreme cuifeur 5c douleur, 5c femblablement £jux reins, de façon qu’il ne pouuoit aucunement repofer iour ny nuiét, &n’auoitnuI appétit de manger, mais de boire aflfez. Il me fut dit que forment tomboit en défaillance de cœur, 5c quelquesfois comme en epilepfie ; 5c auoit (buttent volonté de vomir, auec vn tremblement tel, qu’il ne pouuoit porter les mains à là bouche. Voyant 5c confiderant tous ces grands accidcns, 5c les vertus grandement ab- batucs, véritablement i’euvn regret d’eftre allé vers luy, parce qu’il me fembloit qu’il y auoit peu d’apparence qu’il peuft refehapper. Toutesfois pour luy donner courage Sc bonne elpe- rancc, ie luy dis que bien toft le mettrois debout, par la grâce de Dieu , 5c l’aide de fes Médecins 5c Chirurgiens. L’ayant veu ie m’en allay promener en vn Jardin , où ie priay Dieu , qu’il me feift celle grâce , qu’il guarift , 5c qu’il benift nos mains, &les medicamens , à combattre tant de mala- dies compliquées. le difeouru en mon elprit les moyens qu’il me falloir tenir pour ce faire. On m appella pour difnef : i’entray à la cuifine, là oùie veis tirer d’vne grande marmite demy mouton, vn quartier de veau , trois greffes pièces de bœuf, 5c deux volailles, 5c vn bien gros lopin de lard, auec force bonnes herbes : alors ie dis en moy-mefme , que ce boiiillon de marmite eftoit fuccu- lent, 5c de bonne nourriture. Apres le difner , tous les Médecins Sc Chirurgiens afiemblez , nous entrafmes en conférence , en la prefence de Monfieür le Duc d’Afcot, 5c quelques Gentils-hom- mes qui l’accompagnoient. le commençay à dire aux Chirurgiens, que ie m’efmerueillois gran- dement comme ils n’auoienr fait des ouuertures à la cuifie de Monfieür le Marquis , qui eftoit toute apoftumée , Sc que la boue qui en fortoit, eftoit grandement fetide & puante , qui demem- ftroit y eftre de long temps croupie , 5c que i’audis trouué auec la fonde , carie d’os, 5c des efquilles qui eftoient Ja feparées. Ils me feirent relponfe , que iamais ne l’auoit voulu con- Icnrir , 5c meime qu’il y auoit près de deux mois qu’on n’auoit peu gaigner à mettre des draps blancs en fon lié! , & mefme n’olbit-on qu’a peine toucher à la couuerture , tant il fentoic des douleurs. Lors ie dis que pour le guarir , il falloir toucher autre chofe que la cou - uerture du liét. Chacun dift ce qu’il luy fembloit de la maladie dudit Seigneur , 5c Refyonfe des Chirurgiens. Et voyages. 919 i pouf conclusion , le tcnoient tous déploré. le leur dis qu’il y auoic encor quelque efperance, pour U ieuneflé, 8c que Dieu 8c Nature font quelquesfois des choies qui femblent aux Médecins & Chi- rurgiens eftre irapoflîbles. Ma confultation fut que tous ces accidens eftoient venus par le coup du boulet donne par la ioin&ure du genouil, qui auoit rompu les ligamens, tendons, 8c aponeuiofes des mufcles , qui lient ladite ioindlure , enlemble l’os femoris : auiîi nerfs, veines, 8c arreres, dont s en eftoit enfuiui douleur, inflammation, apofteme , & vlcere, 8c qu’il falloir commencer la cure par la maladie, qui eftoit cauie de tous les iufdits accidens. qu’il auoit, à fçauoir faire des ouuortures pour donner ifltie a la finie retenue entre les ipaciolitez des mufcles, 8c en leur fubftance (fembla- blement aux os)Iaquelle caufoit vne grande corruption en toute la cuifl'e,dont les vapeurs en eftoiec efleuees 8c portées au cœur, qui cauloient fyncope Sc la fièvre , 8c de la fièvre vn feu vniuerfel en tout le corps, 8c par confequent deprauation de l’œconomie. Pareillement que lefdites vapeurs choient communiquées au cerueau, qui caufoient l’epilepiîe 8c tremblement, &: à i’eftomach nau- fée, 8c 1 engardoit faire les funétions, qui font principalement de digerer & cuire les viandes, 8c es conuertir en chyle : leiquelles n’eftans pas bien cuittes , il s’engendre des cruditez 8c obftru- Ctions , qui font que les parties ne font nourries , 8c par confequent le corps deflèiche 8c maigrift, 8c pource auflî qu’il ne faiioit nul exercice. Et quant à l’œdeme de fa jambe , cela eftoit prouenu à cauie du défaut de l’aliment, 8c de la chaleur naturelle arreftée en toute la cuiiTe , 8c auiîi faute qu elle ne fe pouuoit mouuoir. Car toute partie qui n’a ion mouuement, demeure languide & atro- pniee : par ce que la chaleur 8c efprits n’y font point enuoyez ny attirez, dont enfuit mortifleation: 8c que pour refociller 8c engraiiTer le corps, il falloir faire des frièfions vniuerfelles auec des linges chauds , en haut, en bas, à dextre, à feneftre, 8c en rond, afin d’attirer le fang 8c efprits du dedans au dehors, 8c refoudre quelques vapeurs fuligineufes detenues entre cuir 8c chair ; partant les par- ties ieront puis après nourries 8c refaites (comme i’ay dit cy-deuant au Hure io. traitant des playes d harquebufes ) 8c les falloir laifler lors qu’on verroit au cuir chaleur 8c rougeur, de peur de refou- dre ce qu’on aurait attiré, 8c par confequent le rendre encore plus maigre. Or quant à l’vlcere qu’il auoit iur le cropion, qu’il eftoit venu pour auoir efté trop long temps couché deiflis, fans fe remuer: qui a efté caufe que les eiprits n’ont peu reluire. Au moyen dequoyfe ieroit fait inflammation , de 1 inflammation , apofteme , puis vlcere , voire auec déperdition de fubftance de la chair fujette, auec vne tres-grande douleur, à caufe des nerfs qui fe difleminent en cefte partie. Qu’il falloir pa- reillement faire tant qu’on le meit en vn autre lidt bien mol, 8c luy bailler chemife 8c draps blancs: autrement toutes les chofes qu’on luy pourroit faire , ne luy feruiroient de rien, à caufe que ces ex- cremens 8c vapeurs de lafanie retenue de ft long temps en fon lid, font attirées par le fyftoxé 8c dia- ftolé des arteres , qui font difl'eminées par le cuir, 8c font que les efprits s’altcrent, 8c acquièrent vne mauuaife diathefe ou qualité 8c corruption : ce qui fe voit de quelqu’vn qui couchera en vn liét là où vn verolé aura couché 8c fué , lequel prendra la verole parles vapeurs putrides qui feront im- bues 8c demeurées aux draps 8c couuertures. Or quant à ce qu’il ne pouuoit nullement dormir, 8c eftoit quaft en atrophie , c’eftoit à raifon qu’il mangeoit peu , 8c ne faifoit fon exercice , 8c qu’il eftoit vexé de grandes douleurs. Car il n’y a rien qui abbarte 8c profterne plus les vertus , que la douleur. La caufe qu’il auoit la langue aride 8c feiche , qui eftoit la vehemence de la chaleur de la fièvre , par les vapeurs qui montent de tout le corps à la bouche. Car comme on dit en commun prouerbe, quand on chauffe bien vn four, la gueule s’en reflent. Ayant difeouru des caufes &: acci- dens, ie dis qu’il falloit les guarir par leurs contraires, 8çpremièrement appaifer les douleurs, faifant des ouuertures à la cuiffe pour euacuer la boue retende, ne l’euacuant tout à coup, de peur que par la grande euacuation fubite , fe feift vne refolution d’efprits, qui pourroit grandement débiliter le patient, 8c abbreger fes iours. Secondement, auoir égard à la grande tumeur, 8c froideur de la jam- be, craignant qu’elle ne tombaft en gangrené , & qu’il luy falloit appliquer vne chaleur aétuelle, parce que la potentielle ne pourroit réduire l’intempcrie de potentia ad aüurn. A cefte caufe , qu’il falloit y appliquer autour des briques chaudes, fur leiquelles on jetreroit vne decoétion faite d’her- bes neruales cuites en vin 8c vinaigre, puis enueloppées en quelque feruiette, & aux pieds vne bou- teille de terre remplie de ladite decodion , bouchée & enueloppée en quelques linges. Atifli qu’il luy falloit faire des fomentations fur la cuiflé & toute la jambe , d’vne decodion faite de faulge, romarin, thym, lauande, fleurs de camomille 8c melilot, rôles rouges cuittes en vin blanc,& lexiue faite de chefne, 8c vn peu de vinaigre,8c demie poignée de fel. Celle decodion a vertu de fubtilier, attenuer,incifer,refoudre,tarir 8c feicher,l’humeur gros 8c vifqucux. Lefdites fomentations fe feront longuement, afin que la refolution foit plus grande : car eftant ainfi faites longuement, on refout plus qu’on n’attire, à caufe qu’on liquéfié l’humeur contenu en la partie, on raréfié le fuir,&la chair des mufcles. Tiercement qu’il falloit appliquer fur l’vlcere du croupion vne grande empiaftre faire de longueur deficcatif rouge , & l’onguent comitiflæ, parties égales incorporées enfemble, à fin de luy appaifer fa douleur, 8c delfeicher l’vlcere ; auflî luy faire vn bourrelet de duuet, qui portafble croupion en l’air, fans eftre appuyé defl'us. Quartement, pour rafraifchir la chaleur des reins, on appliqueroit defllis de l’onguent réfrigérant de Galien recentement faid , 8c par defl'us des fueillcs de nénuphar recentes. Puis vne feruiette trempée en oxycrat, efpreinte 8c renouuellee fouuent. Et pour la corroboration du cœur, on appliqueroit defl'us vn médicament réfrigérant fait d huile de né- nuphar , 8c l’onguent rolat, 8c vn peu de faffran, diflous en vinaigre rofat 8c theriaque, eftendus fur vne pièce d’efcarlatte. Pour le fyncope qui procedoit de la débilitation des forces naturelles, faifant auflî troubler le cerueau , falloit vfer de bons alimens fucculcns, comme œufs mollets, raifins de damas confits en vin 8c fucre,auflî panade faide du bouillon de la grande marmiçe(cle laquelle! ay parlé cy-deuant) auec blancs de chapon , ailes de perdrix hachées bien menu, 8£ autres viandes ro- fties, faciles à digerer, comme veau, chevreau, pigeonneaux, perdreaux,griues,&: autres fembiablcs. C en fuit ut ion de F Au- theur. Pourquoy vne partie doutent atro- phiée. Pourquey ne pouuoit dor- mir. Lu chaleur potentielle nefioit fuffi- fante de ré- duire l'inte- perature de.» puiffance en ef’ci. Fomentatiot. Bottillon dtj La marmites. 920 Apologie, La faulfe feroit , verjus d’ozeille, grenades aigres ; 6c qu’il en pourroit pareillement man- A ger de bouillis auec bonnes herbes comme ozeilleflaiétue, pourpié, cichoree,buglofe,foucy, 6c au- tres femblables. Lanuiét il pourroit vfer d’orge mundé, auec ius d’ozeille 6c nénuphar de chacun deux onces, auec quatre ou cinq grains d’opium, 6c des quatre femences froides concaflèes de cha- cune demie once,qui eft vn remede alimenteux 6c medicamenteux,qui le prouoquera à dormir.Que fon pain feroit de meteil,& ne feroit trop raffis ny tcndre.Et pour fa grade douleur de tefte il fau- dra couper fes cheueux,6c la froter d’oxyrrhodinum,vn peu tiede,6c y laiflèr vn linge double trêpé dedans. On luy fera pareillement vn frontail d’huile rofat,6c nenuphar,6c de pauot,6c vn peu d’o- pium,6c vinaigre rofat,aiiec vn peu de caphre,6c rcnouuellé par fois. Dauantage on luy fera fentir au nez fleur de iufquiame,& nénuphar broyez auec vinaigre,& eau rofe,auec vn peu de câphre,en- ueloppez enfemble en vn mouchoir,lequel fera tenu longuement contre le nez, à fin que l’odeur fe puifle communiquer au cerueau, 6c feront ces chofes continuées feulement iufques à ce que la gra- de inflammation 6c douleur foient palfees , de peur de réfrigérer par trop le cerueau. D’abondant on fera pleuuoir par artifice, en faifant découler de l’eau de quelque haut lieu dans vn chauderon, 6c qu’elle faflè tel bruit que le malade le puifle entendre : par ces moyens luy fera prouoqué le dormir. Et quant à la retraéHon de fa|iambe, qu’il y auoit efperance la redreflèr, lors qu’on au- roit fait vacuation du pus , 6c autres humeurs contenues à la cuiflè, qui par leur extenfion ( faide par repletion)ont attiré la iambe,laquelle fe pourroit redreflèr, en luy frottant premièrement route j la jointure du genoiiil,auec vnguétum de althea, ôc huile de lys,6c vn peu d’eau de vie:6c par deflus de la laine noire auec fon fuc. Pareillement en mettant fous le jarret vn oreiller de plume,ployé en double, 6c peu à peu on luy fera eftendre la iambe. Lequel mien difeours fut bien appprouué des Médecins 6c Chirurgiens. La confultâtionacheuec,nous enallafmes vers lcraalade,6c luy feis trois ouuertures à fa cuiflè, defquelles fortit vne grande quantité de boiie 6c fanie , 6c dés l’heure ie luy tiray quelque petite cfquille d os , 6c ne loulu lailïer fortir trop grande abondance de ladite fanie, de peur de trop débiliter fes forces. Deux ou trois heures après ie luy feis faire vn lid près le fien où il y auoit de beaux draps blancs, puis vn homme fort le pofa dedans, 8c fut joyeux d’auoir efté tiré hors de fonlid fale 6c puant. Toft après il demanda à dormir,ce qu’il feift près de quatre heu- ' res : où tout le monde de la maifon commença à fe refioüir , 6c principalement monfieur le Duc 1 d’Afcot fon frere. Les iours fuiuans ie luy faifois des iniedions au profond 6c cauitez des vlceres, * faites d’Egyptiac diflbut tantoft en eau de vie,6c autresfois en vin. l’appliquois pour mondifier Ce feicher les chairs fpongieufes 6c mollaflès de comprdfes , au fond des finuofitez , tentes de plomb cannulees, afin de toufiours donner yfliic à la fanie, 6c par deflus vne grande emplaftre de diachal- citeos, diflbut en vin. Pareillement ie le bandois fi dextrement,qu’il n’auoit nulle douleur; laquelle fedee,la fièvre commença fort à fe diminuer. Alors ie luy feis boire du vin,trempé médiocrement d’eau , fçaehant qu’il reftaure 6c vinifie les vertus. Et toutes les chofes que nous arreftafmes en la confaltation furent accomplies félon le temps 6c ordre : 6c fes douleurs,la fièvre ceflèc,il commen- ça toufiours à fe mieux porter,6c donna congé à deux de fes Chirurgiens, 6c à vn de fes Médecins; de façon que nous n’eftions plus que trois auec luy. Or i’y demeuray enuiron deux mois, 6c ne fut fans voir plufieurs malades, tant riches que panures, qui venoient à moy de trois 6c quatre lieues . à l’entour. Il faifoit bailler à manger 6c à boire aux neceflîteux : tous lefquels il me recommandoir, 6c prioit qu’en faneur de luy, ie les fecouruflè.Ie protefte queie n’en rcfufay vn feul,6c leur faifois à tous ce qu’il m’eftoic poflîblc,dont il eftoit ioyeux. Lors que ie veis qu’il commcnçoit à fe bien ' porter , ie luy dis qu’il failloit auoir des violes 5c violons, 6c quelque farceur pour le refioüir: ce qu’il feift. En vn mois nous fifines en forte qu’il fc pouuoit tenir en vne chaire, 6c fe faifoit porter Se promener en fon iardin,6c à la porte de fon chafteau pour veoirpaflèrle monde. Les villageois de deux ou trois lieues d’autour , Içachans qu’on le pouuoit veoir , venoient aux feftes chanter 66 danfer,mafles 6c femelles,pefle-mefle,en refioüiflance de fa bonne conualefcencc,eftans tous ioyeux de le voir, 6c n’eftoit fans bien rire 6c bien boire. Il leur faifoit toufiours donner vne barique de biere,6c beuuoict tous à tirelarigot à fa fanté. Et les citoyens de Monts en Hainaut,6c autres Gen- tils-hommes voifins le venoient voir,par vne admiration, comme vn homme fortant du tombeau: 6c dés lors qu’il commença à fe porter bien,if ne fur plus fans compagnie; 6c comme l’vn fortoit, l’autre y entroit pour le vifiter, fa table eftoit toufiours bien couuerte. Il eftoit grandement aimé de laNobleflè, 6c du commun peuple,tant pour fa libéralité qu’à caufc de fa beauté 8c honnefteté, ayant le regard doux, 8c la parole gracieufe, en forte que ceux qui l’auoienr enuifagé eftoient con- trains de l’aymer. Les principaux de la ville de Monts vindrent vn Samedy, pour le fupplier que i’allaflè à Monts, où ils auoient bonne volonté de feftoyer, 6c me faire bonne chere pour l’amour de luy. Il leur dit qu’il me prieroit d’y aller : ce qu’il feift. Mais ie luy feis refponfe que ce n’eftoic pas à moy à qui il falloir faire tant d’honneur , ioint anflî qu’ils ne me fçauroient donner meil- leures viandes que les fiennes. Et derechef me pria bien aflèdueufement d’y aller , 6c que ie fille cela pour l’amour de luy: ce que luyaccorday. Le lendemain donc ils me vindrent quérir auec deux chariots : 6c eftans arriuez à Monts , trouuafmes le difner preft, 6c des principaux de la ville auec leurs femmes , qui m’ateendoient auec bonne deuotion. Nous nous mifmes à table , 6c me mirent au haut bout, 6c beuuoient tons à moy, 6c à la fanté de monfieur le Marquis d’Auret,difant qù’il eftoit bien-heureux 6c eux pareillement, de m’auoir recouuré pour le mettre fus, 6c cogneu, en ceftc compagnie qu’il eftoit grandement honoré 6c ayme. Apres le difner ils me ramenèrent au chafteau d’Auret, où monfieur le Marquis m’attendoit en grande deuotion , pour luy raconter ce que nous auions faid en noftre banquet : ie luy dis, que toute la compagnie auoit box plufieurs fois à fa fanté. En fix fepmaines il commença à fe fouftenir vn peu fur des potences: ôc à fe bien fort engraiflèr, 6c prendre vne viue 6c naturelle couleur. Or il luy print volonté d’aller à Beaumont, Le malade dormit toft après auoir efté posé eu draps blancs. Libéralité dy charité du Marquis. Et Voyages. 921 qui eft la demeure de Moniteur le Duc d’Afcot, 8c Ce Feift porter en vne chaire à bras par huiéî hommes de relais. Et les pàyfans des villages par où nous pâlTions,fçachans que c’cftoit moniteur le Marquis, fe batcoient à qui le porteroit,& nous contraignoientde boire : mais ce n’eltoir que de la brere, 8c crôy que s’ils enflent eu du vin, voyrede l’hipo'cras,ils nous en enflent donné de bonne volonté, tant ils fe monltroient ioyeux de veoir ledit Marquis, &prioient tous Dieu pour ïuy. Eftant arriué à Beaumont tout le peuple vint au deuant de noits,luy faire la teuercnce, 8c prioient Dieu qu’il le benilt, 8c le tin 11 en bonne faute. Nous entîxifmes au chafteau où il y auoit plus de cinquante Gencils-hommes, que moniteur le Duc d’Afcot auoit mandez pour venir faire bonne chere auec Moniteur fon frere : & fut trois iours entiers fa table counerte. Apres difner les Gen- tîls-hommes couroient la bague* fe bartoient à l’efpee d’armes , Sc Ce refiomffoient grandement de voir moniteur d’Auret : palce qu’ils auoient entendu que iamais il ne pourroit partir du Hél 8c guarir de fa blellèure : i’eftois à table touftours au haut bout, là où tout le monde beuuoit carous à < Ïuy & à moy penfans m’enyurer,ce qu’ils ne fçeurcnr ; car ie ne beuuois que comme i’altois àccou- ; ftumé. Quelques iours après nous en retournafmes,& pris congé de madame la Duchellè d’Afcor, 1 laquelle tira vn diamant de fon doigt, qu’elle me donna en recognoi(lance d’auoir bien penfé fon frété, & eftoit le diamant de la valeur déplus de cinquante efeus. Moniteur d’Aurer fe portoit touf- iours de mieux en mieux , 8c cheminoit tout feul autour de fon iardin fur des potences. le Ïuy de- manday congé par diuerfes fois , pour m’en renénir à Paris , Ïuy rcmonftranr que fon Médecin 3c Chirurgien feroientbien ce qui reftoit à faire à fa bldleuré. Et pour commencer toufionrs à m’ef- loigncr de Ïuy , ie le priay qu’il me permift d’aller voir la ville d’Anuers, ce qu’il m’accorda bien volontiers, 8c commanda à fon Mairtre d’hoftel m’y conduire, accompagné de deux pages. Nous pallafmes par Malignes 6c Bruxelle , là où les principaux de la ville prièrent ledit Maiftre d’hoflel, qu’au repader il leur lift entendre, 6c qu’ils auoient volonté de m’y feftoyer , comme auoient faiéb ceux de Monts. le les remcrciay bien humblement, leur difaht que ce n’efloit à moy à qui appar- tenoit tel honneur. le fus deux iours 6c demy pour vifîter la ville d’Anuers, où aucuns marchands cognoidàns le Maiftre d’hoftél, le prièrent leur faire ceft honneur que de nous donner à difner ou ibuper , c’eftoit à qui nous auroit , 8c choient tous fort ioyeux d’entendre la bonne difpofition de moniteur d’Auret, me fâifant plus d’honneür queie ne demandois. En fin nous reuinfmcs trouuer moniteur le Marquis, faifant bonne chere : 8c cinq ou lix iours après ié ïuy demànday congé : qu’il m’accorda auec grand regret ( ce difoit-il ) & me donna vn prefent honnefte , Sc de grande valeur* 6c me fit reconduire par fondit Maiftre d’hollcl, auec deux pages , iufqiies en ma maifon ï Paris. le me fuis laide dire, que les Efpagnols ont depuis ruiné 8c demoly fon chafteau d’Auret, facca- gé, pillé, 8c bruflé toutes les maifons 8c villages à Ïuy appartenans, à caufe qu’il n’a voulu eftre de leur mefehant party, en leurs allallihats 8c ntyne du Pays bas. C On t'ufc'hoît faire enyurer ï Autheur,en demonflrance ïuy attoir fait bonne cher*. Voyage de Bourges„ Jftié LE Roy auec fon camp ne demeura gnercs à Bourges , que ceux de dedans né fe rendilfent, 8C fortifient leurs bagues faunes.le ne îçache rien digne de mémoire,fors vn garçon de cuifme de la bouche du Roy,lequel s’eftant approché des murailles de la villc,auparauât que l’on euft fait la compofition,cria à haute voix,Huguenot,huguenot, tire-là,tire-là.Ayant le bras leue,6c la main eftendue, vn foldat luy perça la main tout outre d’vn bouler. Ayant receu ce coup,il me vint trou- uer pour le penfer. Moniteur le Conneftable voyant ce garçon ayant fa main toute fanglante, 8c tourefploré, luy demanda qui l’auoit bielle. Alors il y eut vn Gentil-homme, qui ayant veu don- ner le coup,diél que cela luy elloit bien employé,parce qu’il crioit. Huguenot,frappc-la,donne-la. Alors ledit feigneur Conneftable dit que cet Huguenot eftoit bon harqnebuzier,5c auoit l aine bon- ne , parce qu’il eftoit vray-femblable, que s’il euft voulu tirer à la telle, il euft encores faiél plus ai- sément qu’a la main. le penfay ledit cuifinier, qui fut malade. Il guarir, mais auec impotence ds la main : 8c depuis fes compagnons l’appellerent Huguenot : il eft encor viuanti Bataille de Sain fi Denys. i;67. E’11 T quant à !a bataille S. Dtnys, il y en eut plufieurs de tuez tant d vne part que d antre. Les Inoftres bledez Ce retirèrent à Paris pour Te faire penfer , cnfemble les prilonniers qu on auoit pris, dont i'en penfay vhe grande partie. Le Roy me feift commander ( par la pricre de madame la Conneftable) d’aller en fa maifon pour penfer moniteur le Conneftable, qui eut vn coup de piftole au milieu de Pcfpinc du dos : dont tout fubit perdit le fentiment, 8c mouuement des 8c jambes, 8c Tes excrcmens retenus , ne pouuant ietter Pvrine , ny rien par le fiege, à rai Ton que l’cfpinet médullaire,de laquelle nailîent les nerfs ( pour bailler fentiment 8c mouuement aux par- ties inférieures ) fut brifée, rompue , & dilaceree par la vehemence de la baie. Il perdit parei le- ment l’entendement & ratiocination ,8c en peu de iours il mourut; Les Chirurgiens de Paiis furent long-temps empefehez pour traidtcr les fufdits blelïèz. le croy,mon petitMaiftre,que vous en veilles quclques-vns. le fupplie ce grand Dieu des victoires, que jamais ne foyons employez en tel malencontre & dclaftrc* 922 Apolog ie, Voyage de Bayonne. 15^4- SR îe dis encore dauantage, que i'ay faiét le voyage auec le Roy àBayonne, où nous auons efté deux ans 8c plus à circuit prefque tout ce Royaume : où en plufieurs vil- les 8c villages , i’ay efté appelle en confultatiôn de diuerfes maladies, auec defunét monfieur Chapellain premier Médecin du Roy , 8c monfieur Caftellan , premier de la Royne mere , hommes d’honneur , 8c tres-fçauans en la Medecine 8c Chirurgie. ■ Failant ce voyage, ie me fuis toujours enquis aux Chirurgiens > s’ils auoient remarqué quelque choie rare en leurs pratiques, à fin d'apprendre quelque choie de nouueau ; cftant à Bayonne , il aduint deux chofes de remarque pour les icunes Chirurgiens. La première, c'eft que ic pençay vn Gentil-homme Efpagnol, lequel auoit vne apofteme grande & énorme à la gorge. Il vint pour le faire toucher au deflund Roy Charles, des efcroüclles. le feis ouuerture de Ton apofteme, où il le trouua grande quantité de vers tous grouillans , gros comme la pointe d’vn fuzeau,ayans la tefte noire, 8c auoit grande quantité de chair pourrie. Dauantage,il auoit fous la langue vne apofteme nommee RanuU, qui l'empefehoit de proférer Tes mots, 8c de mafeher & aualler fes viandes. Il me pria à jointes mains la luy ouurir , s'il fe pouuoit faire fans péril de fa perfonne ; ce que ie feis promptement, 8c trouuay fous ma lancette vn corps folide , qui eftoient cinq pierres femblables à celles qu’on tire de la veflîe. La plus grofté pouuoit eftre. d’vne petite amende , & les autres com- me petites fèves longuettes, qui eftoient en nombre de cinq. En cefte apofteme eftoit contenu vn humeur glaireux de couleur jaunaftre, en quantité qui ne pouuoit entrer en quatrecuilliers d’ar- gent. Iecle lai fia y entre Iss mains d’vn Chirurgien de la ville , pour parachcuer d'eftre guary. Monfieur de Fontaine, Cheualier de l'Ordre du Roy , eut vne grande fièvre continue , peftilente, accompagnée de plufieurs charbons en diuerfes parties du corps , lequel fut deux iours fans ceftèr de faigner du nez , & ne le pouuoit-on eftancher : 8c par iceluy flux la fièvre celîa , auec vne tres- grande Tueur , & toft après les charbons fuppurerent : 8c fut par moy penfé , 8c par la grâce de Dieu guary. l’ay publié cefte Apologie, à fin que chacun cognoifte de quel pied i'ay marché toufiours : Sc ne penfe qu'il y ayt homme fi chatouilleux , qui ne prenne en bonne part ce que i'ay dit, puis que mon difeours eft véritable, 8c que l'effed monftre la chofel à l'œil, la raifon m'eftant garand con- tre toutes calomnies. Citnofné & diligence de l’Autheur. Hiiïoire. Autre hl- fioire. Fin de l'Apologie & Voyages. 923 LE TRENTIESME LIVRE, TRAICTANT DES FIEVRES EN GENERAL ET EN PARTICULIER. ''Par Ambroise Pare7, de Lan al au Marne , Confeiller & premier Chirurgien du Roy, Trouué dans les manufcripts de J’Autocar , & adioufté en cette nouuelle Edition. PREFACE A V LE CTEVR. My Lectevr, l’auois bien preueu que le Traidé des fièvres dont i’auois autresfois fait voir quelque efchantillon, donneroit occafion à plu— fieurs de reprendre & blafmer mon deflein ; en ce que ie tafchoisd’inftrui- re es Chirurgiens en vne maladie qui n’eft point de leur gibier,qui ne cou- cbe en aucune façon l’objed de la Chirurgie, qui eft hors l’eftenduë d’icel- IPlxlvil le>& qui appartient proprement au Médecin. On fçait allez ce qui eft ar— Lir ce » &ns cîue *e m’eftende d’auantage, ou à refpondre à leurs raifons, ou à m’exeufer de mon dcllèin. l’ay troimé bonne lacenfure de l’efichole de Médecine de Paris, comme eftant celle qui nourrit ôc cfleue les plus beaux elprits qui foient en la Medecine,qui diftribuc la pure & lavraye dodrine d’Hippocra- re & de Galicn, &c pour mon particulier, qui m’a enfeignè &c donné ce peu de fçauoit que ie defirc communiquer aux autres. Mais ie n’ay pcû jamais goufter la réprimandé de quelques vns, qui pour auoir plus d’enuie à ma réputation, que de bonne volonté de feruir au public, m’ont chargé de calomnie, acculé de plagiaire , ôc fans ouyr mes raifons, & prendre en bonne parc mes delleins condamné d’ignorance & de témérité. Pour la première, ie ne luis point fi amateur de moy-mef- me & il cfclaue de mes perfedions queie ne confeftc ignorer beaucoup de chofes en la Medecine, que pour beaucoup de difticultez ie n’aye pris Paduis de quelques Médecins plus fçauans que ie ne fuis , que ie ne me lois feruy de leur conleil & de leur labeur , &c que ie n’aye profité beaucoup en leur conférence tk communication. Mais pour la témérité, ie leur prie de croire que ie n’en luis non plus coulpable,qu’eux ne le croyenc eftre en la cenfure qu’ils font de mes intentions. Car pour dire la vérité , ce n'eft ny l’ambition de paroiftre dode ,ny l’enuie que i’ay de ietter de la poulliere aux yeux des Médecins que i’ay entrepris ce difeours des Fièvres. C’a efté feulement ledefir de profiter an public , de déraciner beaucoup d’abus qui fe font gliflez dans la pradique des Chirur- giens qui (ont hors des grandes villes, & de rendre vniuerfellemenc le Chirurgien plus propre ôc plus inftruit de feruir & foulager les Médecins prefens, & d’aduertir les abfens plus loigneulèmenc & exadement des accidens qui arriuent aüx malades. Car il eft tres-alfeuré que le Chirurgien ayant quelque legere & fuperficielle cognoilfancc des fièvres peut plus commodément que nefçau- roient faire les gardes &aiîîftans des malades, aduertir le Médecin de l’efpece de la fiévrc,& des ac- cidens qui peuucnt furuenir. Mefme en l’abfcence du Medecin,& en cas de necelîîté prelfantc & vr- gentefll peut donner quelque allégement, empefeher les inflammations des parties nobles,&c de- ftourner par quelque remede fait à propos ôc tiré par l’indication des effeds & des cauies des fiè- vres , les fymptomes qui iettent bien forment les malades dans le péril de la mort. Et véritablement les fièvres eftans des accidens qui accompagnent ordinairement ou le plus forment les dilpofitions contre nature que la Chirurgie entreprend de guérir, comme font les tumeurs,les playesfles vlceres, les fradurcs ôc les luxations,voire mefme que les fièvres entretiennent lefdires maladies ôc les 6m- pefchcnt de guérir, & que pareillement le plus (ouuent lefdites fièvres ne furuiennent que par la douleur & autres accidens des fufdites maladies qui entretiennent les fièvres tandis qu'elles fiibfi- ftent. On peut par là rccognoiftrc que la cognoilfancc des fièvres ôc de leurs caufes eft très - necel- faircau Chirurgien. îe demanderois volontiers à ceux qui blafment fi opiniafteement mon deflein Louange de l'e[choie de Médecine d« Paris. L'dutheur s" eft feruy dti confeil de quelques Me, dectns. Deffein de l'Autheur eü ce difaurt En cas de rit- c effet le Chi- rurgien p‘ué agir fans le Médecin. Maladies qui appartiennes an C hirur- gien. La neccffité de cet Oeta- ure. 924 Préfacé au Ledeur que deuiendra vn Chirurgien lequel fera appelle à vn malade febricitant qui aura elle bielle à la telle, & qu’il trouuera en de grands vomillèments & en vn faignement de nez ? Comment co- gnoiftra - il que ledit vomilfemcnt & faignement de nez viennent de la fièvre & non de la playe, s’il ignore tout à fait la nature de la fièvre, &c qu’il ne fçache que ces accidens peuucnt aufïi bien venir de la fièvre que de la bleffeure ? Il ne fçauroit iamais s’éclaircir de ce fie difficulté fans celle cognoilîànce , Sc ne pourra enalfeurance traider la playe &cn faire fon prognoftic fans celle lu- mière. C’efl ce qui m’a induit à reuoir de nouueau mon premier traidé des fiévres,& à l’accommo- der à la capacité des Chirurgiens. le ne prètens pas par iceluy de les rendre capables d’entrepren- dre leur curation ; Elle doit ellre entièrement refermée aux Médecins nos Maiflres : mais ie déliré faire en forte qu’vn Chirurgien ne foit point furprins pour les accidents qu’elles apportent,& qu’il puilfe ellre capable de feruir le Médecin qui ne peut dire prefent à la curation. Et de fait,que l’on remarquera que ie ne donne icy aucuns préceptes ny enfeignemens du pouls ou battement des ar- tères, des lignes & indications qui font prifes des vîmes & des cxcremens du ventre, des vomillc- mens, rigueurs, frilïbns, tremblemens, & autres chapgemens qui accompagnent les fièvres,fans la cognoifiance defquels il cil impolfible de les guérir feurement,promptement ôc doucement. Mais ie laiffè cela aux Medecins,me referuant fimplement à traider ce qui eft de la Nature, Différence, Signes, Curation, & Mitigation des fymptomes des fiévres,ce que i’ellendray vn peu plus au long que ie n’ay fait par cy-deuant,ma briefqetè ayant die caufe que les Nouices en la Chirurgie n’ont peu reccuoir le profit de mon Oeuure tel qu’ils fe propofoienr. Or afin que nous gardions quelque méthode en ce difeours , qui olle l’obfcurité & la difficulté du fujet que nous traidons, nous le diuiferons en deux parties : Dont la première parlera de la Nature, différence , caufes, lignes , &c curation des fièvres, tant en général qu’en particulier : L’autre donnera quelques aduis fur les fymptomes & accidens d’icelles, tant afin d’adoucir leur fafcherie & importunité, que pour en foulager le malade qui fc trouue quelquesfois plus incommodé des fymptomes que des fièvres mef- mes. Mais deuant que palier outre , ie veux que l’on voyc tout mon ddfein racourcy dans la fi- gure (muante pour feruir non feulement d’indice à tout l’ouurage, mais aulfi pour ayder la mémoi- re & le iugement de ceux qui voudront lire mon difeours. La cure des fièvres ap- partient au Médecin. Ce qui eft traicié en cet Oeuure. Dluifion de eet Ouure. TABLE Or INDICE DE TOVT CE DISCOVKS des Fièvres. Définition, chap. i. Caufes. chap.2. Signes, chap. 3. Curation en général. chap. 4. Moyens pour les guérir, chap. y. En général touchant leur< La première parle. Ce difeonrs des fièvres a deux parties En particulier| Des différences, chap.6. La fécondé parle des fymptomes des fièvres. Voy le fécond Difeours. 925 PREMIERE PARTIE DES FIEVRES EN GENERAL ET particulier* La Définition de Fièvre* Chapitre L ’ E s t. chofe très-affleuree qu’entre tontes lés maladies les fleures font lès ■ plus communes 8c les plus fafcheufès. Il n’y a fi petit mal pont peu de J temps qu’il dure, qui rie foie accompagné de la fièvre 3 Sc fi nous voulons W cr°fi’e à quelques-vns i perfonne ne meurt fans fièvre, non pas mefine ceux ( qui meurent de mort Elle eft quelquefois fi naturelle qu’elle ac- 1 compagne quelques-vns toute leur vie, comme l’on dit qu’il ardue aux lyons ; les autres vne fois tous les ans,5cce,au iour de leur naillànce,comme J on raconte d’vn certain Poète nommé Ancipiter, 5c d’vn autre appel lè lean l’Architedei C’eft vn maltres-importun, pource que par iceluy toutes les parties de noftre corps extérieures & intérieures font affligées, d’où s’enfuit lefion 5c deprauation de toutes les opérations. Outre que par la vehemence d’iceluy les efprits qui font communs inftru- ments de toutes nos adions font manifeftement offenfez , oü en leur qualité pour eftre trop ef- chauffez 5c fubtilifez , ou en leur quantité pour eftre promptement difïïpez par l’ardeur de la fié- urc, ou en leur fubftancepoureftrecorrompuspar l’infedion des vapeurs pourries qui Portent des humeurs que font les fièvres pufridesi En forte que c’eft vn mal très-pernicieux , veu mefme qu’il a fon fiege en la partie la plus noble que nous ayons , qui eft le cœur. le diray toutesfois que com- tne la nature n’a point dominé à la vipere de venin qu’il ne luy ait donné pareillement fon antidote, aufîi que la fièvre n’a point tant eu d’incommodité qu’elle n’âyceu aufîî àuec foy quelque fruid 5c quelque douceur. Car nous ûbferuons âpres Hippocrate ôc Galien, qu’il eft quelquesfois à fou- haitter d’auoir la fièvre, qu'elle guérit de plufieuts maladies, qu’elle vient pat voye de crife 5c de foulagenient, 5c qu’elle ofte des incommoditez que peut eftre Fart de Médecine ne pourroit defra- ciner. Mais certes ce bien icyeft fi rare 5c fi peu ordinaire, que quand il àrriue il donne mefme de l’apprellenfion , 5c feroit - dn volontiers des facrifices comme anciennement à Rome à la fièvre, afin qu’elle n’euft point à venir, ou à s’en retourner promptement. Or en quelque façon que la fièvre arriue, fa cognoifFance eft très - neceffaire $ c’eft ponrquoy housdeuons trauailler diligemment en cet eftude, 5c nous efforcer à fon efclàirdftement, afin que le ieune Chirurgien en tire profit. Nous avions dit que cette dodrinc a deux parties, i’vne qui ex- plique l’eftcnce 5c la nature de la fièvre, 5c l’autre qui regarde les accidens. La première eft dou- ble , générale 5c particulière. Pour la générale, elle confiftc à expliquer la définition de la fièvre, , fes caufes , fes fignes, 5c fa curation. Pour la particulière, elle fera,expliquée cy - après. C’eft vne maxime des Philolophes , que les chofes générales 5c vniuerfelles vont toufiours deuant les parti- culières , 5c que la cognoifFance de celle-cy dépend immédiatement de celle - là : ne plus ne moins que les mdiuidus dépendent des efpeces ,6c celles-cy des genres. C’eft pourquoy il eft très à pro- pos pour efclàirdr ce Traidé , de commencer au général des fièvres , 5c voir auant que paffer ou- tre qu'elle eft fa définition. le neveux point icy rechercher cnrieuferrient les noms de la fièvre Grecs fie Latins, veu qu’ils ferucncfort peu à l’intelligence de la fièvre ,5c point du tout à l’inftrudion du Chirurgien. le me contenteray d’apporter fa définition, ou defcriptîon la plus propre 5c exade que i’ay peu tirer des meilleurs Autheurs; La fièvre donc n’eft autre chofe qu’vue intempérie chaude 5c fdche , excîtee 5c enfiammee au cœur, 5c du cœur communiquée à tout le corps par les veines 5c arteres. En cette définition le mot d’intemperie eft mis pour le genre , afin que nous conceuions que la fièvre eftant vne intempérie, par confequcnt que c’eft vne maladie des parties fimilaireS,5c nô point des organi- ques ; outre aufïï que par ce mot d'intemperîe on diftingue la fièvre des maladies qui font appcllees communes , pour eftre propres des parties fimilaires & organiques. Pour la première différence, nous avions dit que c’eft vne intempérie chaude & feichè, afin de diftingvver la fièvre des autres in- temperacures, foit fimplcs, foit compofces, qui ont leur nature diuerfe de celle de la fièvre. le fçay La fièvre maî fafcheux & ordinaire. Fièvres nst* tureües perlé. di que s, La fièvre ofi* fert ce toutes les parties dfi corps» Là fièvre fert de crife quelquefois. On a fa cri fil h la fièvre. Diuifion de la première partie de ce difeours. Le général va deuant le particH* lier. Définition Ai la fièvre. Explication de cette défi* ni tien. 1 La fièvre efi intempérie, quelle. 926 Première Partie, que quc‘lques-yns ent la fièvre'} eft feùkment chaude, 8?“non fit- che o.ni.iez,ïbr cjpelqucs'pâllages d’Hipp. &dc Galienjaial entendus; Mais il n’y a point d’appa- rencc Je des vroire,veu que ces.deux grands perfonnages'ont eferit le c6traire,&qu’il eft impoffiblû qu’vne notable chaleur, te]le que a on voit! aux fièvres , fait fans fçjchçreftc. L’autre différence c(l comprfle,eii,éGs mots, Exfiffèfimffiœètfijptiï p.ij domie à ent&ndrequ,é| eft le-fiege, le lieu de la fièvre. Il eft tres-certain que l’idee ou efpecedu mal confifte en la partie aflèélce , & en la dif- polition qui eft contre nature. : mars cAft la partie affècïce principalement qui 'fait dilimguer les ffiajadi|s les vues des autres. Plar exemple, par'ôu penfo'fis - no.us quelaPhrcnefie , la Pieurefiè ,Sc POphthalmié foient dïftirfguees les-vnes des autres Ÿ Ce n’eft pas par l’inflammation ’f caT t ouf es ces trois fbnt inflammations i. mai,s par la la Phrenefie eft-vnc ..inflammation des membranes.dp cerneau, la Iff'êurcfié eft àufti inflammation de la membrane qui enuelopeI,es coftes: & l’Ophthalmie' pareillement eft vne inflammation / mais de la membrane de î’ceil, qui s’appelle conjoncliue.La fièvre dô|c eft vne inteiftiperferchaUde Sc feiché, mais qui n’eft pas refferree Sc attachée à vne feule partie, ainsqui eftexcirèe*premièrement aucœur, & de là communiquée atout le refie du corps. Par où nous apprenons premicremeüt3que Ja fleure n’eft pas vne maladie particuliè- re, & propre d’vne feule partie ,générale & vnmerfelle à tout le corps , & en fécond lieu , qu’elle ne poiirroit eftre communiquée à tout le corps, fi elle n’eftoitallumée en vne partie noble & princi- pale, comme eft le cœur, q u î a'v né~l ÿ m patîiîc STcom m uni cation mamTcfte auec tout le corps,tant par les ancres naiffent de luy ,nqu£ paï les 'veines qui tiryftbnx eiiuoyees du foye. Voila ce qu’on peut briefuement dire pour l’expIiVatibn & intelligence de la définition de la fièvre, n’eftant point befoin de s’amufer à vue quantité de queftions que l’on fait fur ce fujed:, lefquelles font bonnes pour l’efcholc , mais ne feruent de rieh en la pratique. Le fîgne de la fièvre eft le cœur, La partie di- ftingue les maladies. La fièvre eft maladie gé- nérale. ■- <111.1 Des Ctmjesgénérales delà Fîefyi'e. Ch A ÿ. ï L Quatre è'èn- ré s J'kè-aufes. Les maladie- fs Qnt“h‘oirtt dé caufe fi féale. Lu caufé eè' ficiente de la fièvre. Cette caufe a 5- chefs. Le mouue- ment caufe de la fièvre. I e n q u cTo n ajr a'cco u Humé de mettre quatre genres de eau fis lors qu’il eft queftion |y d’eXanuner l’cfféiicedes-chofes : fi éft - ce" qu’en l’expofition des maladies, on pkrae-c â foiifiours la eau Ce formelle èc la finale , d'autant qu’elles feruéht de peu de cognoi fiance'. On Te contente donc déparier delefficiente, & de la. matérielle. Pour l'efficiente, c’eft celle qui a prefque tout poiuioir, &: par kquelle';Phitemperie chaude & friche, qui eft le genre de la fièvre, eft en'gendrfee. Or on peut dire généralement que tout ce qüi augmente k chaleur de noftre corps, iufques à ce poiiicl qu’elle puifleémpefcher les opérations d’iceluy, eft la caufe efficiente delà fiévre.Galich au Hure premier dés différences dés fièvres,chapitre tuoifieme,rappor- te cette eau le à cinq chefs principaux ', au mouUerHent, à la pourriture,a. la rétention & fitppreffiondes ex~ cremens, a l’attouchement & v affinage d’vne chaleur externe & cftrangerc, au mejlange de quelque fubftance chaude parmy la noftre intérieure, Parle mouuement, on entend céluy qui eft vfolcnt ( exçdîîf, tant de feffrit, que du corps. Celuy du corps eft ou aSHfvolohkîrc & prou'enant dé nous, comme luiter, courir , ioüenà la paulme : oupafftf,Sc qui nous eft donné par vne caufé externe, comme pour auoir efté en carrelle,ou auoir picqué vn cheual fafrhçüx & violent. Celuy de l’effrit eft Poing;, vehemente apprehenfion, fafcherie , courroux , & autrés’fetiiblables paflîorrs'del’ame,' lors qu’elles nous tiennenr fort (oüitcnt, & fort longtemps. Makilné faut pas icy s’àbufér, &c penfer que le feul mouuement excite la fièvre ; car nous voyons par expérience , que le repos qui eft: fon contraire, apporte fouuent la fièvre : car ceux qui auoient de conftirme de s’exercer y s’ils Vien- nent à s’adonner à l’oifiuetè, par accident tombent en fièvre , tant parce que les excremenS qu’ils fouloient diffiper par l’exercice retenu dans le corps fe pourriffans âifèftient , l’cfchauffént outre mefurei qu’aulli poureequé leur chaleur naturellefe fait contre nature, pdirtr n’eftre plus efuëntee par l’exercice modéré, ainfi qu’elle fouloit auparavant. La fécondé canfe efficiente des fièvres, eft la pourriture ouputrefahllon, qui n’eft autre chofe qu’vne corruption canfce par vne chaleur effrange & externe en vne humeur enfermé & no efucntè, comme nous voy o nV 'fou u en t aduenir aux phleg- mons & eryfipeles , aufquels par confequent les fièvres font anncxeés'& conjointes.' Cette caufe » eft propre des fièvres putrides, c’eft pourquoy nous remettons en ce lieu là à en parler plus particu- lièrement & amplement. La troifiefme eft la rétention 6c Juppreffiton des excrernens, qui ont de c'ouftu- j me d’eftré vuidez & pouffez hors de nos corps, non feulément par vne euacuation manifefte Sc fcnfible à la véuë, comme font les mois des femmes, & les hemorrhoïdes des hommes ; mais auflî par vne euacuation qui ne fevoid point, & que nous appelions infenlible tranfpiration qui fe fait par les pores du cuir : Car tel exerçaient principalement s’il eft acre & fuligineux, comme des hom- mes bilieux', rcrénu & entaffèdans le corps , ne pouûant expirer pour la denfitè du cuir , ou pour la conftipation des pores d’iceluy , excite promptement des fièvres, oirephemeres, ou putrides. Laquatrîcfme é(l l’attouchement èc vol finage d’vne chaleur externe, comme du feu, des medicamens cauftiques , des rayons du Soleil ,d’vn corps febricitanr aliec lequel nous auons couché , & princi-, paiement s’il eft d’vn tempérament picrocholeou atrabilaire. La cinquiefrae caufe des fièvres , eft la prife ou mejlange de quelque fubftance chaude patmy la noftre inférieure , foir qu’icclle fubftance chaude foit medicamenteufe , foir qu’elle fpit alîmenrenfe. Ainfi voyons - nous fonnent qu’vne médecine dé (camonee , onde rheubarbe, donne la fièvre à celuy principalement qui a le foye chaud. Le fcmbkble fait i’vfagé du miel & du fucre ès corps des ieunes hommes , d’autant qu’en icenx les chofe s douces s’enflamment aifèment, & fe tournent en bile : ce que plus euidem- inent font lesefpices,& toutes autres chofes aromatiques , ameres, acres , ou Talées ; comme auffi les vins qui font forts &■ puiffans. Voila les cinq caufc-s efficientes des fièvres, qui ont -.'ivà 1 ■ fev."- : -r * ■ , ir ■ 2 - cfté Jjoiftuetè caufe la fiè- vre: - ' Pourriture caufe de la fièvre. Troifiefme caufèfds la fièvre. Ça 4. cau fe de la fièvre. Lfl, î.c'mfi., , du Traidè des Fièvres. 927 des fièvres, qui ont eftè très dodement expliquées & traidecs par Galien, & du depuis confirmées par tous les Médecins qui l'ont fuiuy. Refte à parler des caufes matérielles,^quelles confifte la na- ture de la fièvre,& fur lefquclles elle eft placée 6c fondée, comme en fon propre fujed. Ces cau- fes icy font de trois fortes, comme eftant rapportées à noftre corps qui eftbafty 6c conftituè de trois dîner les fubftances , de la fpmtmufe ou aéree , de la liquide ou humoralle 6c de la fillde. Car l'intem- perie chaude 6c leiche qui fait la fievre , venant à s'attacher à i’vne de ces trois fubftances , fait vne fievre différente & conforme a la nature de la fubftance,qui reçoit cette intemperie, à laquelle elle ferc comme de matière & de propre fujed. Par exemple , fi l'întemperie s'attache à la fub- ftance jpirituelle ou a'eree, il s'engendre vne fièvre vrayment jpirituelle , c’eft à dire qui eft pro- pre des efprits de noftre corps , 6c qui pour ne durer qu’vu iour naturel eft appellee Ephémère' ou Diaïre. Si le feu s’enflamme en la fubftance humoralle , la fièvre fera vrayment humoralle, com- me ayant pour matière 6c fujed les humeurs du corps. Que fi la chaleur s'allume en la fubftance folide du corps , il fe fera vne fièvre heStique, ainfi nommee pource qu’elle eft fiable «Sc difficile à' guérir, comme les chofes qui ont pris leurs habitudes. C’eft pourquoy nous concluons, que com- me il y a cinq caufes efficientes des fièvres cy-deffus fpecifiees, aufli y a-il trois caufes matérielles; à fçauoir les efprits, les humeurs, 6c les parties folides de noftre corps. La caufè matérielle des fièvres efi triple. Caufe mate« rie lie de la fièvre Ephe* mere. Caufes des fièvres hu- moraües. Caufe de la fièvre heUi* que Des Signes de fièvres en général, C h A p. 11 L S c ° R E C111C recpgnoiflàncc «des fièvres appartienne au feul Médecin , & qu'il n'y aic rien 115 difficile en la medecine que le traîné des fignes , fi eft-ce que ie ne lai fiera y pas d’en parler vn petit mot en partant:& tafcheray d'en dire quelque cho- M vulgairement 6c groflîetement, que le Chirurgien pourra s'en informer mcdio- crcmcnt & en tant qu'il en a befoin , pour le foulagement des malades qui fe trou- lieront prefiez en l'abfence du Médecin. Or le figue n’eftant rien qu'vne marque euidente 6c manifefte , qui nous conduit en la cognoifiance d’vne choie obfeure «Sc cachee j il eft à croire qu'en la recherche des Jignes nous deuons trouuer quelque chofe qui Toit plus euidente 6c plus manifefte que la fièvre > autrement nous ne pourrions pas bien nous inftruire en fa co- gnoifiance. Donnons donc quelques marques qui foient plus ailees à defcouurir que la fièvre, &c qui nous puifiènt donner certitude les ayant apperceu'ès en quelque corps , que la fièvre y efi: par necefiîtè. Mais deuant que ce faire, il faut fe refouuenir qu'il y a deux fortes de fignes, les vus appeliez Diagnostiques,qui feruent à rccognoiftre la fièvre prefente ; les autres Prognojtiques,qui ‘ déclarent l'euenement de la fièvre , quelle elle doit eftre, mortelle ou falutaire , longue ou briefue , «Sc quand «Sc comment elle doit & fe peut terminer. Quant aux Diagnostiques, il y en à de certains, propres & infcparablçs : il y en a d'autres qui font trompeurs, douteux , equiuoques& moins af-‘ feurez. A ceux-cy nous ne deuons pas beaucoup nous arrefter j fi fait bien aux autres qui ne trom- pent gueres le iugement du Médecin, docte & expérimenté. Quand ie dis qu'il y a en la fièvre 6c aux maladies des fignes Diagnofliques, certains, aliéniez , propres «Sc inséparables, ie n'entens pas dire que chafque maladie ait vn tel figne qui Toit feul , ainfi que l'on dit en Philofophie , que le rire eft vn figne feul , propre 6c afieurè de l'homme ; mais ie veux dire que toute maladie a vn amas de quatre ou cinq fignes, plus ou moins > qui fe rencontrant enfemblc Valent vn figne pro- pre , tel qu'on l'appelle en Philofophie. Par exemple, fi ie vois vn malade qui ait vne douleur poignante au coftè, difficulté de refpirer , aucc la toux ôc la fièvre, ie puis dire en afléurance qu'il a 1e figne propre «Sc infeparable de la Pleurejîe ; 6c par confequent qu'il en eft malade. De mefme eft-il de la fièvre, laquelle n'a pas vn feul figne pour fa cognoifiance, mais plusieurs qui coucou- rans enfemble nous la font afléurèment rccognoiftre. Le premier de fes fignes , c'eft la chaleur.; car comme enfeigne Galien au premier Commentaire qu'il a fait fur le fixiefme liure des Epide-. raies article z8. file gouft eft l'indice des faneurs, de mefme la chaleur receuc par le toucher- eft indice 6c figne de la fièvre puis que la fièvre n’eft qu'vne chaleur.Or cette chaleur n’eft pas fim- ple3natnrelle «Sc douce, mais acre, piquante, «Sc furpaffant la au reftediftufe & eftenduë par tout le corps, fi ce n'eft qu'elle foit empefehee de s'cfpandre par tout. Ce qui arriue en trois \ maniérés. Premièrement au commencement des accez de fièvres qui ont dès friftbns j par le reflus & concours du fang& des efprits aux parties intérieures j car en ce faifant les parties extérieures demeurent comme princes de chaleur. Secondement ès fièvres que l'on appelle Epiâ- tes , efqiielles à caufe de la multitude des humeurs crues amalîees dans le corps, les parties qui ont les humeurs plus fubtiles 6c tenues s’efehauffent cependant que celles qui font les plus " grofficres demeurent froides & fans chaleur* Tiercemcnt ès fièvres nommées Lypiriet, efquellcs quelque partie noble intérieure eftant affiegee de quelque inflammation ou eryfipele, il arriue que le fang 6c les efprits font attirez des parties externes aux internes , comme par vne ventou- fe , en forte que la partie intérieure affedee brufle, tandis que celles de dehors demeurent fims chaleur. Mais quoy que ce foit, là chaleur furpaffant l’ordinaire , foit quelle foit efpandue par tout le corps , foit qu'elle foit attachée à quelques parties principales , eft vn des fignes de la fièvre. le dis vn des fignes j car il y a des fièvres qui ont, comme enfeigne Hippocratc aux Epidémies, vac chaleur qui paroift douce au toucher , 6c c'eft pourquoy Galien a adiouftè d'autres fignes pour la cognoifiance de la fièvre , c'eft à fçauoir le poux, les vrines, la foif, 6c les veilles. Pour le poux il eft toufiours fréquent en la fièvre , 6c plus la fièvre eft grande , 6c plus le poux eft vifte 6c fréquent. Mais pour fçauoir ce que c'eft qu’vu poux fréquent , il faudroit prendre ce difeours de plus loing, ce qui n'eft point neceffaire icy , ayant deffein d'inftruire feule- ment le Chirurgien , qui n’a que voir en ce Traidè. Non plus qu’en celuy des vrines , quifernent Explication du figne. Diuifion des fignes. Signes Dîa* gnofiics. Qu efi-ce qu'vn figui ajfeurè en medecine. Le premier figne de la fièvre. La chaleur quelle efi elle en la fièvre* Pourquoy la chaleur ne s'elpand peu par tout le corps ès fièvres. Fièvre Epia, Je. Fièvre Ly- pirtt. Diuerfes fortes de chaleur et fièvres. Autres fignét de la fièvre, Poulx febri- bridtant. Le poulx Première Partie 928 quelquesfoisà la recognoiflànce de la fièvre ; mais fi peu feurcment, que les Médecins les plus ex- périmentez font contraints de confelfer que c’eft vn ligne trcs-fallacieux. Toutesfois fi auec vne chaleur acre, vn poux fréquent, on apperçoit des vrines, crues, ou grandement teintes de bile, on peut comme en afièurance prononcer qu’il y a de la fièvre. Et encore bien dauantage , fi auec les lignes fufdits le malade eft trauaillè de quelquefôif extraordinaire, 6c àeveilles dcficiglecs 6c non accouftumees, 6c dont on ne fçauroit enrejetter la caufe fur quelque chofeeuidente 6c manifefte. Voila les cinq lignes, comme propres 6c infeparables de la fièvre, du premier defquels,Galien parle au Commentaire cité du fixiefme des Epidémies, du fécond 6c troifiefme, au Hure fécond à Glau— con, au premier liure des Prefages des poux, chapitre premier,6c au troifiefme des Crifes chapitre troifiefme, du quatriefrae 6c çinquicfme au Commentaire 3. du troifiefme des Epidémies arr. 34, le viens aux lignes VrognofHques, qui font ceux qui font plus paroiftre le iugement 6c l’expericn- ce du Médecin. Car par iceux non fculemèt il fe cofirme ès remedes qu’il faut faire au maladennais auffi il s’acquiert vne telle authoritè fur luy , 6c prend vn crédit fi grand , que quoy qu’il puifle propofer, il y trouuele malade tres-obei fiant. Mais ces lignes icy eftans en très-grand nombre, &C de tres-difficile intelligence à ceux qui ne font confommez en l’art de Medecine,ils m’obligent de les palier fous filence,6c d’aduertir le Chirurgien de n’entreprendre iamais le prognoftic des fièvres, eftant chofe au de là de fa capacité 6c de fon art. Qu’il en laifle la charge au prudent Médecin, n’e- ftant pas petite louange à vn homme de fçauoir fe taire en temps 6c lieu. ï*t vn»es nentaucli- rurgien. Soir & veil- h‘S cinq fanes’ d» la fièvre, Signespro- gnofliqu.es e apevre. Lep-rognoflic regarde le 1 De la Curation des Fièvres en général. C h a p, IV. Diuerfes for- tes de reme- des pour la fièvre. S|é* L n’y a maladie plus commune que la fièvre ; mais il n’y en a point de plus difficile à guérir. Anciennement autant qu’il y auoit de Médecins, autant y auoit-il de forte de remedes pour la rraièler. Prodicus 6c Erodiçus auoient leur façon , Herophilus 6c Erafiftratus la leur, Afclepiades vue autre , Themifon vne autre : bref autant de telles autant d’opinions. Et en ce liecle icy où nousfommes, nous voyons que les Alchymiftes tiennent vnc autre forme de traiéler les fièvres , que ne font pas les Médecins qui fument la do&rine de Galien , lequel a elle celuy lequel a plus dignement 6c diligemment recher- ché les remedes propres 6c elîentiels à la fièvre, & a fi bien parlé de tontes les indications, qu’il nous aoftè les difficultez où ont accoutumé de nous précipiter les diuerfes opinions 6c iugemens des Autheurs. Nous auons dit au chapitre 3. 6c 11. de nollre Introduction à la Chirurgie,qu’il y auoit des In- dications,, neceffiaires au Chirurgien méthodique 6c rationel, qui veut entreprendre la guérifon de quelque maladie : là i’ay difeouru amplement de la nature des Indications, combien de fortes il y en auoit, d’où elles eftoient prifes 6c puifees, 6c que par icellcs feules on dillinguoit le Chirurgien qui trauaille par méthode 6c raifon,d’auec celuy qui trauaille par hazard 6c à l’aduanture, tels que font les Empiriques, Charlatans , 6c autres Impoftenrs. Cela mis 6c pofè pour fondement, nous difons que pour guérir la fièvre par raifon , puifquc c’eft vne maladie, que le Chirurgien le doit faire par les Indications prifes des chofcs naturelles, non naturelles, 6c contre nature. Lcfquelles cho- fes toutesfois , afin de les racourcir fe peuucnt 6c fe doiuent rapporter à trois Indications princi- pales, fçauoir à celle qui eft prife de la maladie, à celle qui eft puifee de fa caufe, 6c à celle qui eft prife des forces du malade. Par la première nous apprenons que la fièvre ainfi que lès autres mala- dies fedoit guérir par fon contraire, eftant vn axiome tres-certain en la doClrine d’Hippocrate Ôc de Galien , que tout contraire fe guérit par fon contraire. Or eft-il que nous auons eferit cy- deffiis que la fièvre elloit vne intempérie chaude 6c fciche , par confequent il faut pour guérir la fièvre vfer de remedes rafraifehiflans 6c humcèlans. Donc la première Indication nous ap- prend , que le Chirurgien qui voudra entreprendre à guérir la fièvre, généralement parlant, ne doit fe feruir que des remedes qui rafraichilfent 6c qui humeèlent , eftant impoffible d’ofter lachaleur que par les chofes rafraifchiftantes,6c de corriger la fcicherelle que par celles qui mouil- lent 6c hume&cnt. Pour la féconde Indication , elle eft prife des caufes du mal, lequel ne peut dire gnery fi ce n’eft en retranchant fa caufe , eftant très - véritable l'axiome des Philofophes, que i’cfteèl celle , fa caufe eftant oftec. Il faut toutesfois icy obferuer qu’il y a des fièvres telle qu’eft l’ephemere 6c diaire,qui perfiftent encore que leurs caufes foientoftecs;8cc’eft pourquoy ce- fte Indication n’a lieu qu’aux fièvres, qui ont leurs caufes prefentes, 6c qui font en mouuemenr, qui fomentent 6c entretiennent le inal par leur prefencc 6c par leur adlion , 6c qui donnent commencement , progrez 6c entretien par leur effedl reel 6c aèluel anfdites fièvres. Lors que telles caufes fe prefentent, alors le Chirurgien par cette féconde Indication doit recourir à leur retranchement, afin decoupper le mal en fa racine : veu que ce feroit vn abus delc vouloir oftec tandis qu’on laifferoit en force 8c en vigueur le principe 6c l’agent de fa génération. Partant tou- tesfois & quantes qu’il y aura vnc caufe prefente , il faut commencer la curation de la fièvre par Je retranchement de cette caufe , quoy faifant on oftera tout enfemble 6c la caufe de la fièvre, 6c la fièvre rnelme, fans autre plus grand appareil. Que s’il n’y a point de caufe prefente en la fievre , comme il arriue à l’ephemere caufcc par l’ardeur du Soleil, laquelle perfifte hors la pre- fencc d'içeluy , alors il ne faut point s’amufer à cette Indication , mais il faudra feulement com- batte par remedes rafraifehiflans 6c humeèlans l’intemperie chaude 6c feiche de la fièvre. Mais s il arriue qu’en partie la-fièvre fort faite, en partie qu’elle fè face , c’eft à dire que fi la caufe de la fièvre n’y eft plus, mais qu’vne autre pareille caufe vienne à entretenir la mefme fièvre, ii faut premièrement ofter cette derniers caufe , 6c puis il faudra combattre la fièvre faite Indications. L’Indication distingue le , dogmatique de l’Empiri- que. Indications d’où prifes. Première Indication. Seconde Indi- cation, La caufe des fièvres quel- que 5 fois eji prefente, au- tres fois non. €[u eft- ce qu'il faut faire la caufe eftant pre- fente. Du Trai£lé des Fièvres. 929 de la première caufe abfente par le voye de la première Indicadon,ie veux dire par les remedes qui rahaichilîènt ôc humeèlent. Paflbns à la troifiefme Indication , laquelle fe prend des forces du ma- ladejicellen citant rien que le delfcin qu'a le Chirurgien de maintenir la vertu du febricitant, ôc luy donner la force de refifter au mal iufques à la fin,par le moyen de la bonne nourriture.Par celte Indication on ordonne vn régime de viure contraire à la fièvre , ôc à fes tarifes , mais qui efl: conforme ôc proportionne au tempérament, à l’aage , ôc à la couftume du febricitant j ôc forment nous failons tel eflat de celte Indication, que nous taillons là les deux autres pour embrafler cetre- cy ; Car comme nous auons dit ailleurs, le plus fourient nous lailîons la propre cure ôc principale de la fièvre, qui efl: le retranchement delà caufe,pour fùyure celte Indication , ôc nous employer à la conleruation de la force & vertu du febricitant. Par exemple, au commencement des accez de la fievre , en prenant Indication de la maladie ; il n'y a rien fi contraire que le manger, veu qu’il augmente la matière de la fièvre j toutesfois s’il aduenoit que les forces du malade fulfent fi débi- les , que le malade ne peut refifter à l’effort de l'acccz j alors prenant Indication des forces, Ôc noil d autre chofe,il faudroit nourrir lemalade & luy donner à manger, encore bien que la matière de la fièvre s’en deuft augmenter. Deuant que finir ce chapite j il faut obferuer deux chofesj la première, que les deux premières Indications quelquesfois s'accordent enfemble,quelqnesfois elles font contraires entr'elles : fi bien que 1 Indication qui olle la caufe de la fièvre , augmente l’intemperie de la fièvre. Au premier cas la chofe eft bien aifee , car il ne faut rien faire que rafraifehir ôc humeèter * comme il arriuc aux fievres bilieufes j car eu cfgard à l’intemperie de la fièvre qui eft chaude ôc feiche,il faut rafraifehir ôc humeèler , eu pareillement cfgard à la caufe matérielle de la fièvre , qui eft la bile aulîî chaude & feiche,il ne faut faire autre chofe que rafraifehir & humeéter» Mais lors que deux Indications ne s’accordent pas, comme es fièvreà pituiteufes ôc mclancholiqucs, alors il faut prendre Indication de la chofe qui prefie le plus , Ôc qui apporte plus de peine , ou de péril au ma- lade,ne négligeant pas tout à fait ncantraoins l'autre indication. En vn mot,il faut s’adreftèr pre- mièrement ôc principalement au plus necefiaire ôc plus vrgent,& puis après à ce qui prelfe le moins. X autre chofe a obferuer efl:, pour la fécondé Indication j que nous auons dit eftre prife du retran- chement de la caufe. Or ce retranchement ne fe peut faire par vn feul remede , mais par dîners moyens , à caufe qu’il n'eft: pas queflion d’vne feule caufe en la fièvre, mais de plufieurs, comme nous auons donné à entendre cy-deflusv Par exemple l’efioupement des pores ôc conduits du cuir,& \zJuppreffion del’