EXTRAIT DU JOURNAL D'AGRICULTURE PRATIQUE ET DE JARDINAGE, N° de Mars 1849. EMPLOI DU SEL DANS LA CULTURE DES TERRES ET DANS L’ÉLÈVE DU BÉTAIL PAR ÉMILE BAUDEMENT La question du sel, telle qu’elle a été plu- sieurs fois posée devant nos Chambres législa- tives, telle qu’elle vient de se présenter devant l’Assemblée nationale, telle qu’elle se montrera sans doute encore à la tribune politique, est un problème complexe dont la solution implique, celle des problèmes élémentaires qu’il ren- ferme. Ces éléments sont nombreux; car, pour obtenir une réduction de l’impôt qui pèse sur le sel, ou pour arriver à un dégrèvement com- plet, publicistes et orateurs ont emprunté leurs arguments à l’économie domestique, à l’économie politique, à l’économie agricole, aux principes de moralité, d’équité, d’égalité entre les con- tribuables. La question en elle-même n’est-elle pas plus simple que ne l’a faite la discussion? et, pour faire valoir des considérations tirées de l’é- galité devant l’impôt et des besoins des clas- ses pauvres, était-il nécessaire d’appuyer la démonstration sur des arguments douteux ou de nulle force, d’appeler la science agricole à ce débat? Nous n’apprécierons pas la valeur de cette tactique; nous essaierons seulement de résumer, au point de vue exclusivement scien- tifique, la question de l’emploi du sel dans la culture des terres et dans l’élève des bestiaux, la dégageant ici de tout lien avec le point de vue économique, de toute connexion avec la physio- logie de l’homme. La science ne saurait prévaloir contre l’hu- manité et la justice ; mais il est de son de- voir, il est dans ses habitudes d’honnêteté de combattre le préjugé et le paradoxe toutes les fois qu’elle en a le moyen, fût-elle menacée de voir s’affaiblir ud moment sa popularité. La pré- occupation qu’a laissée derrière elle la récente décision législative est d’ailleurs une occurrence heureuse que nous voudrions pouvoir exploiter au profit de la vérité. Une autre circonstance opportune nous en- gage à dire quelques mots de cette question ; c’est la publication d’un petit volume dans lequel M. Becquerel a réuni les données principales de lajscience sur les effets des engrais inorganiques, et en particulier sur ceux du sel marin. Les partisans de l’emploi du sel en agriculture ont cité les conclusions de cet ouvrage comme étant favorables à leur opinion ; nous croyons qu’ils ont mal saisi les idées du savant académicien, et qu’ils se sont trop hâtés de revendiquer pour la pratique, des vues toutes théoriques, dont l’expression, pleine de mesure et de prudence, indique assez avec quelle sage réserve il faut en tirer des conséquences, surtout dans l’appli- cation. M. Becquerel s’est peu occupé de l’action du sel dans l’élève des bestiaux ; nous en parlerons après avoir examiné la valeur du sel comme engrais. Pour prendre une idée générale de l’influence exercée par le sel sur les plantes, deux ordres de considérations ont été suivis : on a examiné l’état de la végétation sur les terrains salés natu- rellement ; puis on a entrepris des expériences comparatives sur des terres privées de sel par la nature, mais dont une portion en recevait de la main de l’observateur, tandis que l’autre en restait dépourvue. Parmi les exemples naturels où l’on a voulu trouver le secret de l’influence du sel en agri- culture, on cite les marais salants de l’ouest de la France, exploités avec profit par des culti- vateurs, aussi bien que les bosses ou bossis, espaces libres situés entre les marais, et sur les- quels on jette la vase provenant du curage. Mais aucun phénomène spécial n’indique ici l’action fécondante du sel. Un terrain humide, renfermant comme celui-ci des débris de ma- tières animales et végétales, développera tou- jours une puissante végétation ; et toutes les fois qu’on remuera de la terre, qu’on aban- donnera un déblai à lui-même, on ne tardera pas à voir une herbe luxuriante le couvrir plu- sieurs années de suite, les racines des plantes trouvant, dans un sol bien divisé, un chemin facile pour aller puiser les aliments qu’y dépose l’action utile des agents extérieurs. C’est ce que nous montrent, par exemple, les bords des car- rières aux environs de Paris, tout aussi bien qu’on peut l’observer sur les bosses ou bossis dont nous venons de parler. Ce qui nous étonne dans cet exemple des marais salants, c’est de voir de belles récoltes s’y lever, malgré la quantité considérable de sel qu’on y signale ; car tout le monde avoue qu’une grande abondance de sel dans un ter- rain le frappe de stérilité. L’ameublissement du sol est sans doute ici la condition favo- rable qui neutralise l’excès du sel ; et s’il est un résultat qui doive surprendre, c’est de voir le sel, non pas profiter à la végétation, mais ne pas lui nuire. La culture des terres salées des Bouches-du- Rhône, en Camargue, fournit un nouvel argument en faveur de l’explication que nous venons de donner. Là, comme dans les marais salants, le sol renferme une forte proportion de sel ; mais il ne peut être que faiblement ameubli. A l’état humide, le soc de la charrue enlève des mottes difficiles à briser ; pendant la sécheresse, la pré- sence du sel donne à la terre une dureté dont on ne triomphe qu’avec beaucoup de peine. Les récoltes y sont donc très chanceuses, et elles deviendraient tout à fait nulles, si le culti- vateur ne recouvrait la terre ensemencée avec les roseaux que fournissent les étangs voisins. Sous cet abri, les jeunes pousses trouvent une humidité suffisante et ne som point grillées avant d’avoir acquis la force de résister à l’action énergique du sel. Ces précautions indiquent assez la lutte de l’agriculteur contre une terre rebelle ; la beauté des produits est véritablement une conquête de l’art : si le sol est fertile, ce n’est point parce qu’ il contient du sel, mais bien malgré la présence du sel. Les inductions qu on a voulu tirer de la fécon- dité des Polders, en faveur de l’utile influence du sel, tombent d’ellesrmêmes quand on rétablit la vérité des faits. Ces terrains n’ont point été, comme on 1 a dit, enlevés à la mer au moyen de digues ; ils ont été successivement apportés par l’Escaut et ne renferment pas de sel. La cause de leur inépuisable richesse est leur na- I ture alluviale ; c’est celle de la fertilité de l’É- gypte et de la plupart des deltas. Nous copions le fait suivant dans le petit livre de M. Becquerel : « A Châteauneuf (Côtes-du-Nord), on avait semé, en 1792, du colza dans 100 hectares de terre ; une grande marée ayant brisé les digues, le terrain fut livré à la mer pendant quatre ans. Les digues réparées, et après que de fortes pluies eurent lavé le terrain , on le vit se cou- vrir du colza semé quatre années auparavant. Il vint à maturité, et l’on récolta 2600 hectol. de graines. Ce dernier fait prouve que les grai- nes avaient été préservées de toute altération pendant plusieurs années par l'eau salée, ayant une teneur de 3 p. 100 de sel. » Mais tous les botanistes savent que les grai- nes conservées sous l’eau, même quand elle est douce, gardent leurs propriétés pendant un temps en quelque sorte indéfini. Un fait tout semblable à celui que nous venons de citer s’est passé aux environs de Paris. Quant on eut desséché l’étang d’Ermenonville, il y a quelques années, on vit surgir une magnifique récolte de moutarde, plante très analogue au colza et qui appartient, comme celui-ci, à la famille des crucifères. Le terrain n’avait cependant pas été couvert par la mer. Nous nous contenterons de ces exemples; ce sont les plus saillants de ceux qu’on s’est plu à ci- ter comme offrant la démonstration faite par la nature elle-même de l’utilité du sel en agricul- ture. Si nous ne nous trompons, cette démon- stration naturelle laisse beaucoup à désirer. Les expériences directes ont-elles conduit à des résultats plus nets? Nous ne le pensons pas davantage. Le point de départ du plus grand nombre de ces expériences fut une foi aveugle dans l’excel- lence des terrains salés naturellement. Le dou- ble but que poursuivirent les vrais observateurs fut la découverte delà proportion dans laquelle les plantes exigent le sel, et du mode suivant lequel le sel agit sur les plantes. Ce point de dé- part exclusif conduisit ceux qui l’adoptèrent à une affirmation systématique : ils formulèrent leur intuition en dogme. Cette double décou- verte que se proposèrent les savants est encore à l’étude; jusqu’ici l’on n’a rencontré sur la route aucun résultat vraiment positif et fonda- mental. Le premier point, la recherche de la propor- tion de sel que demande telle ou telle plante, se ramène naturellement à ces termes: trouver la quantité de sel qu’il faut ajouter dans le sol à la quantité qu’il contient déjà, pour satisfaire les besoins de la plante. Mais la détermination de cette quantité complémentaire suppose résolues plusieurs questions préalables. On doit d’abord connaître la teneur en sel du terrain sur lequel on veut expérimenter, et l’analysechimiquepeut résoudre et résout facilement ce problème. Il faudrait, en outre, savoir quelle quantité nor- male de sel réclame l’espèce végétale que l’on doit soumettre à l’observation, et c’est là ce que nous ignorons encore. L’analyse nous donne bien la proportion du sel que contient tel vé- gétal, né sur un sol déterminé, renfermant des éléments spéciaux en nombre précis ; elle nous montre bien que les parties d’une même plante prennent quelquefois des quantités différentes de sel dans un même terrain ; mais personne ne nous a enseigné dans quelle mesure sont sa- tisfaites les exigences de la plante; personne n’a formulé la relation qui lie les quantités va- riables de sel contenues dans le sol et les quan- tités variables de sel absorbées par la plante, suivant les constitutions multi pies des terrains ; relation physiologique qui reste soumise, sans doute, à l’action complexe des agents extérieurs, mais qui demeure, pour une grande partie, sous l’influence mystérieuse de la vie. Cette question de quantité, qui touche de si près à celle de la nécessité du sel pour la végé- tation, n’a reçu qu’une solution, en quelque sorte négative, qui peut se traduire de cette manière : en grande proportion, le sel devient pour la terre une cause de stérilité, si l’on ne combat son action ; et c’est, en effet, à cette con- séquence que nous ont conduits les exemples que nous avons discutés plus haut ; c’est ce que n’ignoraient pas les Anciens quand ils semaient le sel sur la terre de leurs ennemis vaincus. A petite dose, le sel ne favorise la végétation qu’autant que le sol est entretenu dans un état d’humidité convenable et qu’il reçoit des engrais suffisants. Or, ce maximum, que ne doit jamais dépasser le sel sous peine de devenir dangereux, est bien vite atteint : 7 p. 100 de sel dans la composition de l’eau qui servait aux arrosages, dans un grand établissement d’horticulture à Londres, ont suffi pour empoisonner plusieurs milliers de plantes fortes et vigoureuses. M. Decaisne fait observer, à ce propos, que depuis longtemps les jardiniers hollandais ont constaté la funeste influence de l’eau saumâtre sur la végétation. « Quiconque, ajoute ce savant, a visité le jardin botanique d’Amsterdam a pu remarquer, devant l’établis- sement, des bateaux d’une forme particulière et remplis d’eau douce amenée d’Utrecht pour le service journalier des arrosements. » M. de Gasparin pense que les terres ne doivent pas renfermer au delà de 2 p. 100 de sel. Suivant M. Becquerel, si la terre est sèche ou suscepti- ble de le devenir, 1 p. 100 de sel est une quan- tité trop considérable. Rapprocher ainsi de zéro la limite du maximum du sel, et n’admettre son utilité, à cette petite dose même, qu’à la condi- tion que son action sera complétée par celle de l’humidité et des engrais, n’est-ce pas prouver, sous une forme qui ne manque pas d’originalité, que tout terrain convenablement amendé, ar- rosé et pourvu d’engrais, se trouvera dans d’ex- cellentes conditions de fertilité, ne possédât-il ou n’eût-il point reçu de sel? Un fait connu de tout le monde, mais sur le- quel l’attention n’a pas été fixée, complète cette démonstration. Parmi les plantes pour lesquelles on considère le sel commeun aliment indispensa- ble, on aime surtout à citer les Chénopodées, qui croissent au voisinage de la mer et des sources sa- lées. Cependant, les Chénopodées prospèrent dans toutes les écoles de botanique, où la terre ne reçoit pas de sel, mais où elle est abondamment fumée. La Betterave, plante marine de cette fa- mille des Chénopodées, vient parfaitement et donne de magnifiques produits dans les terrains que l’on ne sale pas, mais qui reçoivent des en- grais suffisants. La présence du sel ajoute-t-elle aux heureux effets de l’eau et des matières organiques? C’est ce qui n’a point encore été démontré; c’est ce qui ne saurait l’être avant qu’on ait dégagé du problème l’action particulière de chaque élé- ment des engrais, de l'eau , de l’air atmosphé- rique , du terrain sur lequel on opère, des cir- constances locales ou accidentelles , aussi bien que des plantes en culture, et, qu’ainsi isolée, l’influence spéciale du sel puisse être aperçue et appréciée. Jusqu’à'présent nous ne voyons, nous ne pouvons voir, dans l’addition exigée de l’eau et des engrais, que la nécessité de combattre une influence qui pourrait être nuisible. L’avan- tage propre du sel est encore à prouver. Une er- reur commune consiste à croire que le sel appelle et garde l’humidité dans le sol ; les expériences que nous résumons ici prouvent que l’humidité doit préexister, si l’on veut obtenir quelque ef- fet du sel. Quant à la seconde partie du problème, au mode d’action du sel, on a émis tant d’opinions que la science est aujourd’hui en méfiance et réclame de nouvelles observations. Influences chimiques du sel sur le sol, influences chimiques sur les tissus des végétaux, influences physiologi- ques sur leurs fonctions, la plupart desphénomè- nes modificateurs qui se passentdans les milieux où vit la plante, ou dans la plante elle-même, ont été attribués au sel. L’énumération en serait curieuse, mais trop longue pour cette rapide revue. Contre cette toute-puissance du sel, les chimistes et les physiologistes sont mis en garde par l’enthousiasme même d’amis trop ardents qui veulent trop prouver. Acôté des services importants attribués au sel, on lui en a aussi reconnu de secondaires. M. Bec- querel dit que le sel détruit dans les prairies les joncs et probablement d’autres plantes maré- cageuses. Nous remarquerons que, s’il est cer- taines espèces de joncs qui n’aiment point les terrains salés, il en est d’autres, au contraire, voisines des premières, qui s’y développent par- faitement bien et s’y plaisent. Le même écrivain pense que le blé récolté dans un terrain salé contient une quantité de sel qui suffirait pro- bablement pour le préserver d’altération dans les lieux humides, ainsi que pendant la germi- nation. Quant au blé qui n’est pas salé, on pour- rait remplacer le chaulage par une immersion dans l’eau salée, et on le soustrairait probable- ment ainsi aux maladies qui l’affectent quand il est en terre. Nous n’insisterons pas sur ce que ces allégations ont de problématique -, l’expres- sion de doute que nous venons de souligner plu- sieurs fois nous dispense de toute discussion. Nous ne voulions constater que les faits scien- tifiques , et voilà que la science elle-même nous conduit à ces assertions vagues qui servent or- dinairement d’origine aux préjugés populaires. Ajoutez maintenant quelques conséquences exa- gérées; accumulez sans choix des documents sans autorité ; mêlez un peu de merveilleux à votre récit, et voilà le sel considéré comme un eDgrais incomparable, comme le seul engrais, celui qui peut les remplacer tous, comme un préservatif contre la putréfaction et les mala- dies, un stimulant pour la germination, un cor- rectif de l’insuffisaDce du sol. La simple vérité n’admet point de telles hyperboles. Sans rien préjuger de l’avenir, nous pouvons donc résumer l'étal actuel de la question dans les trois propositions suivantes, dont nos lec- teurs tireront eux-mêmes les conséquences : Pour n’être pas dangereux, le sel doit être employé en petite quantité ; Cette petite quantité de sel doit être accom- pagnée d’une quantité suffisante d’eau et d’en- grais ; Sans addition de sel, un terrain est fertile pourvu qu’il reçoive cette quantité suffisante d’eau et d’engrais. Si la nature étudiée sans prévention, si la science interrogée sans illusion ne nous démon- trent pas que le sel est indispensable à la vie des plantes, la pratique agricole de nos voisins ne prouve pas davantage que les cultivateurs aient une grande confiance dans ses effets. En Angleterre, en Belgique, la terre ne reçoit pas un atome de sel de la main de l’homme , bien que la taxe ait été supprimée dans le premier de ces pays, et qu’on puisse , dans le second , obtenir en franchise le sel qu’on destine à la culture. Et cependant la Belgique est relative- ment plus avancée que la France en agriculture, et la terre rapporte près de trois fois autant en Angleterre qu’en France ! Tout le bruit qui s’est fait en Angleterre autour de cette question du sel, par des raillions de brochures et de li- vres, n’a pu surprendre le bon sens des agricul- teurs, ni les tirer de leurs sages habitudes. In- terrogez les marchands de sel de ce pays ; ils vous diront que la quantité presque nulle qu’ils vendent en plus, depuis le dégrèvement, est employée par l’iDdustrie soudière , mais que le cultivateur préfère aller acheter du salpêtre , suivant ainsi une autre voie que celle dans la- quelle on espérait l’engager.Tout avait été pour- tant préparé pour le séduire. Plusieurs de nos amis se sont mis à l'affût de ces petites brochu- res dont nous parlions tout à l’heure : ils les ont vues toutes sortir du magasin des marchands de sel. Aujourd’hui que nos agriculteurs français peuvent obtenir du sel à discrétion, dégrevé de tout impôt, qu’arrivera-t-il? Ou bien,à l’exem- pie de dos voisins, ils n’en achèteront pas ; ou bien,croyant à l’efficacité surnaturelle de ceten - grais,d’autant plus que la nou velle mesure adop- tée par le pouvoir semble d’accord avec le pré- jugé, ils en achèteront. Mais arrivés devant leur champ les mains pleines de sel, comment l’ad- ministreront-ils à la terre? Par quelles indica- tions précises éclairera-t-on leur ignorance? Qui leur dira la quantité de sel à donner au sol suivant sa nature, suivant la nature du sous- sol et son état hygroscopique ordinaire? Qui le dosera pour l’empêcher d’agir d’une manière destructive sur les racines? Qui mesurera l’incli- naison du terrain pour savoir si l'eDgrais res- tera, ou s’il ne sera pas emporté par les premiè- res pluies? Qui déterminera à quel état il doit être employé? Le donneront-ils à la terre avant l’ensemencement, en même temps, ou après? Le présenteront-ils à la plante quand elle vient de sortir de terre, ou à une époque plus avancée de sa croissance, et à quelle époque?.. Dans cette incertitude ils s’abstiendront, ou bien ils cour- ront risque de nuire à leur culture. Le mieux qui puisse arriver, c’est que la terre ne souffre pas decet essai; maisen tout cas ilsauront grevé leur exploitation d’une dépense nouvelle que devra plus tard leur rembourser le consomma- teur. Puisque le sel sans eau ni engrais ne sau- rait être utile, de l’aveu même de ses partisans ; puisqu’au contraire l’eau et les engrais don- nent d’excellents résultats sans sel, pourquoi ne pas chercher, avant tout, les moyens de four- nir abondamment à la terre de l’humidité et des matières organiques? Étudions les procédés d’ir- rigation et provoquons une loi plus complète sur la matière; sillonnons le pays de routes nom- breuses qui permettent l’accès facile des terres et diminuent les frais de transport ; cherchons à multiplier les engrais organiques, et soyons plus industrieux à les recueillir et à les em- ployer : l’agriculture s’améliorera, même sans l’intervention du sel. C’est à ce dernier conseil que nous nous ar- rêtons, en le fortifiant d’un calcul simple et concluant. Dans les Flandres, on fume la terre avec les matières fécales extraites des fosses d’aisances. La population de ces provinces est de 6 à 700,000 âmes, et la consommation indivi- duelle en sel, de 6 kilogr. par au, ce qui donne environ 4 millions de kilogr. de sel pour la con- sommation annuelle du pays. En exagérant tou- tes les quantités employées pour le travail de l’assimilation dans l’économie humaine, toutes les pertes par la transpiratiou et les autres voies, il doit nécessairement rester encore une grande proportion de sel dans l’engrais quand on le verse sur le sol, puisque, si les sels volatils peuvent disparaître, il n’en peut être de même des sels fixes. Admettons néanmoins que l’en- grais ne garde plus que le quart du sel con- sommé : c’est encore 1 million de kilogr. de sel que recevrait la terre des Flandres, c’est-a- dire plus qu’il n’en faudrait pour saler toutes les terres de la Belgique. Si donc le sel était utile, l’engrais le porterait avec lui ; c’est ce que nous aurions pu dire déjà à propos des Bettera- ves. Quelle que soit l’expérience que nous in- terrogions, quelle que soit la forme de raison- nement que nous adoptions, la conclusion n’est donc jamais favorable au sel, elle l’est toujours à l’engrais. Nous ne le répéterons jamais assez. L’illusion que nous venons de combattre sur les propriétés merveilleuses du sel en agricul- ture, s’est produite avec la même exagération à propos de l’emploi du sel dans l’élève des bes- tiaux. Non-seulement on a prétendu que le sel peut être utile dans la ration d’entretien des animaux, mais on lui a attribué toutes sortes de mérites et vertus. Tout à l’heure le sel était, en agriculture, l’amendement souverain, la cause nécessaire de la fertilité ; il est ici la condition de la vie des bestiaux, le moyen indispensable d’augmenter leur puissance assimilatrice, de purifier leur sang, de décupler leurs forces. Il procure plus d’énergie au bœuf de travail, plus de vigueur au cheval, une fécondité et une ar- deur plus grandes aux taureaux et aux béliers. 11 donne comparativement de plus beaux ani- maux ; il les engraisse mieux et dans un temps plus court; il produit plus de viande, plus de laine, plus de lait, et partant plusd’écus. Il est en même temps le préservatif hygiénique le plus efficace et la panacée universelle : il prévient ou guérit le charbon, la météorisation, la pleuro- pneumonie chez les bêtes à cornes, la pourri- ture chez les bêtes ovines, le gamer et le pisser du sang, les maladies de poitrine, les affections vertigineuses, la morve et le farcin des che- vaux, la ladrerie des porcs. 11 combat les mala- dies régnantes, empêche l’invasion des épizoo- ties, donne un plus bel aspect aux animaux, un poil plus lisse, indice d’une bonne santé. Nous craindrions vraiment de paraître charger le tableau si nous continuions cette énumération, bien que nous ayons scrupuleusement copié nos phrases dans les documents recueillis par les partisans absolus du sel. 11 est vrai que les assertions vagues de tel écrivain, qui s’est fait l’écho des préjugés de son pays, sont combattues par les expériences posi- tives de l’agriculteur éclairé. Il est vrai que le résultat obtenu par tel vétériuaire ne peut pas être attribué à l’action du sel plutôt qu’aux autres moyens par lui employés, et que son confrère est arrivé, sans l’emploi du sel, à la guérison d’une même maladie. Il est vrai qu’au témoignage de Tessier, ancien inspecteur géné- ral des bergeries nationales, le grand troupeau de mérinos de Rambouillet s’est toujours très bien porté, quoiqu’il n’ait fait aucun usage du sel. Il est vrai que M. Boussingauit n’a pu, mal- gré l’emploi du sel, garantir ses étables de l’épi - zootie qui a régné en 1847 sur les bords du Rhin. Il est vrai que M. Daurier, dans un tra- vail des plus recommandables par i’eutente et, comme dit M. Gay-Lussac, par la probité des expériences, affirme qu’il a eu son troupeau atteint de pourriture malgré l’emploi du sel et une nourriture sèche donnée à l’étable , et qu’il a vu en Lorraine périr un grand nombre de bêtes bovines et ovines, bien que le sel ait été employé. Il est vrai que le même observateur, aidé d’un expert très habile, n’a pu constater la moindre différence entre la laine des moutons soumis au régime du sel et celle des moutons privés de sel. Il est vrai que l’illustre Mathieu de Dombasle, homme de très grand sens et sa- vant agronome, dont l’opinion ne saurait être suspectée, puisqu’il regardait l’impôt sur le sel comme le plus onéreux des impôts indirects, a écrit qu’il n’avait jamais remarqué, ni dans sa pratique, ni dans les observations qu’il avait été à portée de faire, aucun fait qui puisse justifier la haute utilité que beaucoup de personnes at- tribuent à l’usage de donner du sel au bétail. Il est vrai que la qualité de la viande des animaux nourris dans les prés salés, celle du lait des vaches du Jura ou de la Suisse, peut tout aussi bien être expliquée par l’influence d’un four- rage de choix, d’une race d’élite, de soins bien entendus, de circonstances météorologiques heu- reuses. Il est vrai enfin que le brillant, le moel- leux du poil, résultent tout aussi bien de l’in- fluence d’autres agents que de l’action du sel, et que les animaux, par exemple, qu’on empoi - sonne lentement par le plomb présentent ces effets à un haut degré, sans qu’on puisse en in- duire raisonnablement qu’ils jouissent d’une santé parfaite. Tous ces faits, tous ces raisonne- ments ne persuadent pas les incrédules volon- taires; ils vous laissent observer et conclure, et n’en continuent pas moins de regarder leur bloc de sel comme la pierre philosophale de l’agriculture. Insistons néanmoins sur deux points princi- paux : l’emploi du sel dans l’alimentation du bétail, et son application à l’engraissement. Nous venons de voir avec quelle autorité Mathieu de Dombasle a contesté l’absolue né- cessité du sel pour l’entretien des bestiaux. Dans plusieurs séries d’expériences directement entreprises à ce point de vue, M. Boussingauit est arrivé à la même conclusion. L’habileté de l’observateur, ses connaissances étendues en chimie et en physiologie, sa longue pratique agricole, sont des garanties d’exactitude et de vérité depuis longtemps acceptées par tous, cul- tivateurs et savants. Cherchant d’abord si le sel influe sur la puis- sance assimilatrice des animaux, M. Boussin- gault a trouvé que cette influence est nulle; que le sel ajouté à la ration ne diminue ni n’aug- mente les facultés nutritives des aliments, et que, pour des quantités égales de fourrage con- sommées, cette nullité d’action se traduit par une invariable similitude du poids vivaut des animaux.Donne t on du fourrage à discrétion : le même expérimentateur montre que le sel n’augmente point l’appétit des animaux, et que la même quantité de fourrage procure une aug- mentation égale de poids dans l’accroissement des animaux, avec ou sans le concours du sel. Cependant le sel contient un élément, la soude, qui se trouve dans tous les fluides du corps, et que les aliments doivent par consé- quent fournir aux animaux pour satisfaire aux conditions physiologiques de la vie. L’ana- lyse des fourrages a montré à M. Boussingault que la ration moyenne individuelle en contient une certaine quantité ; or cette quantité est suf- fisante, puisque, dans toutes les expériences, les animaux auxquels on n’avait pas administré de sel se sont aussi bien portés et ont autant ■augmenté de poids que ceux qui en avaient reçu, et que, d’ailleurs, l’économie se débarrasse toujours de ce qui est superflu. Jusqu’à ce que des faits nouveaux, affirmés par des autorités compétentes, soient venus contredire ces faits, nous serons en droit de croire que le sel sur- ajouté à la ration est de nul effet dans la nutri- tion du bétail. La quantité de sel que demande l’économie animale lui est fournie par les plantes; les ani- maux, à leur tour, rendent aux plantes, sous forme d’engrais, le sel que celles-ci peuvent ré- clamer ; et c’est de la sorte que paraît s'établir, pour le sel, cet équilibre dont la statique orga- nique nous fournit d’autres exemples. Les expériences de M. Daurier, faites sur une grande échelle, avec les mêmes garanties de savoir et de vérité, confirment de tout point les résultats obtenus par Mathieu de Dombasle et M. Boussingault, et sont à leur tour appuyées par les résultats identiques auxquels sont arri- vés d’autres observateurs. La conséquence de toutes ces expériences comparatives, faites sur des animaux semblables, dans le même lieu, dans le même moment, avec la même nourri- ture, dans des conditious absolument identi- ques, est celle ci : l’éleveur ne retirera aucun avantage de l’emploi du sel dans l’alimentation du bétail ; l’engraissement à l’étable ne se fera ni mieux, ni plus vite, parce que le sel ne déter- mine ni une plus grande consommation de four- rage, ni une plusgrandeaugmentation de poids. Quelquefois, au début de l’expérience et en raison de circonstances particulières, l’animal paraît gagner ; mais bientôt le progrès s’arrête et la compensation s’établit, comme le montrent les observations de M. Dailly. A moins de préférer l’expérimentation vul- gaire, empirique , non comparée, c’est-à-dire l’affirmation sans preuve, aux recherches et aux essais comparatifs des praticiens éclairés et consciencieux; à moins de se soumettre à la puis- sance aveugle d’un sophisme ou de fermer les yeux et de dire comme maître Jacques : Je le crois... parce que je le crois; il faut bien re- connaître que voilà des autorités compétentes et des faits décisifs à opposer aux préjugés po- pulaires. A la vérité, nos contradicteurs enthousiastes ne pèsent guère la valeur de leursarguments; ils en ont emprunté même aux proverbes vulgaires, qui trahissent l’ignorance des nations tout aussi souvent au moins que leur sagesse : ils ont re- mis en honneur et cherché à justifier l’exagéra- tion de l’axiome allemand : Une livre de sel fait dix livres de graisse. L’impitoyable auto- rité de l’expérience n’impose guère, on le voit, aux maîtres Jacques de l’agriculture : Ils croient... parce que le fait est absurde. C’est là méconnaître bien naïvement la classe nombreuse deséleveurset des nourrisseurs,gens sagaces et positifs, qui n’auraient certes point laissé échapper une si belle occasion de profit. Même sous le dernier régime de la taxe, chaque kilogramme de sel, valant 40 centimes, aurait produit dix kilogr. de viande d’une valeur d’en- viron 8 fr., qui auraient procuré, pour les deux engraissements du bétail que l’on fait ordinai- rement par année, un bénéfice de 400 p. 100. Ce calcul est trop simple, d’un avantage trop ma- tériellement saisissable, pour croire que les in- téressés aient laissé inexplorée une source si fé- conde de revenus. Mais l’industrie est comme la science: elle attend encore qu’on lui démon- tre que le sel rend en viande kilogramme pour kilogramme seulement. Aux yeux de certains écrivains, hommes d’es- prit avant tout, la science paraît avoir em- brouillé, comme à plaisir, cette simple question de l’utilité du sel pour les bestiaux, et c’est pitié de la voir s’engager ainsi et s’embarrasser dans un dédale d’arguments qu’elle-même a semés sur sa route. Suivant eux, une observation in- telligente de la nature aurait sans peine résolu le problème, si les savants pouvaient lire dans ce grand livre de la nature qu’ils tiennent inu- tilement ouvert devant eux.—Quevoyons-nous, disent-ils, quand nous abandonnons les ani- maux à leur instinct? Ne se précipitent-ils pas avec avidité sur le sel? Ils aiment et recher- chent le sel; donc le sel leur est nécessaire. En prenant la nature pour guide, nous ne courons point risque d’errer. Cette appétence générale des animaux pour le sel est un fait incontestable ; mais elle se tra- hit avec la même ardeur pour d’autres sub- stances, telles que le salpêtre, le sucre, les bois- sons acidulées, etc. Indique-t-elle une nécessité physiologique? Les expériences que nous avons sommairement passées en revue nous prouvent le contraire; la nature elle-même, qu’on nous reproche de ne savoir point interroger, confirme les conséquences de l’observation. Les animaux de nos forêts, les chevreuils, les sangliers , les lièvres, vivent, se développent, jouissent d’une bonne santé et acquièrent de l’embonpoint sans l’intervention du sel,et l’on ne peut pas prétendre qu’ils entreprennent de longues pérégrinations pour chercher des sources salées, quand celles-ci sont en dehors des limites de leur cantonne- ment. D’ailleurs, nous le répétons, si l’organi- sation exige une certaine quantité de chlorure de sodium, la nature en a placé dans les plantes, dans les terres, dans les eaux naturelles ; hors de ces proportions le sel contente le goût, il ne satisfait pas un besoin. S’ensuit-il qu’il faille retrancher absolument le sel aux bestiaux? En aucune façon ; pas plus que nous ne conseillerons de priver l’homme de l’usage du sel, du café, du thé, du tabac, du sucre, du vin, des liqueurs, bien qu’il y ait des peuples qui vivent parfaitement bien sans faire usage de ces substances, et qu’elles ne soient vraiment utiles à l’homme que parce qu’elles lui plaisent. Nous croyons même qu’il y aurait quelque inconvénient à sevrer de suite complètement de sel les animaux de nos étables. C’est ici que l’habitude est devenue une seconde nature. En effet, parmi les moyens employés par l’homme pour réduire les animaux en domesti- cité, l’un des plus puissants est de flatter leur goût, en leur procurant des aliments que la na- ture ne leur fournit pasou ne leur fournit qu’avec mesure. L’homme excite ainsi en eux une recon- naissance proportionnée à leur appétence, il développe même d’une manière artificielle des besoins nouveaux que lui seul pourra désormais satisfaire. C’est dans ce but que les anciens ont dû d’abord employer le sel comme moyen de captation, trouvant ainsi le double avantage de contenter le goût des animaux qu’ils voulaient soumettre et de le contenter à bon marché. C’est ainsi qu’on en use encore en Amérique, au rap- port de M. Roulin, pour attirer les grands trou- peaux vers les lieux où l’on veut les visiter. Cette pratique, rationnelle à l’origine, est ce- pendant le point de départ de l’engouement ir- réfléchi et des préjugés populaires ; les éleveurs ignorants ont donné du sel aux bestiaux parce que leurs devanciers en donnaient, sans s’ex- pliquer son action, plutôt morale, pour ainsi dire, que physiologique. Aujourd’hui la con - quête est faite, la confiance est obtenue, la fa- miliarité établie ; l’homme peut faire sentir son autorité. S’il persévère dans une tradition plus douce, qu’il comprenne au moins son rôle. Par l’emploi du sel, il n’obtiendra pas de plus beaux produits, mais il pourra imposer à ses animaux des habitudes nouvelles, les rappeler à la doci- lité, les provoquer à la stabulation, en un mot il se montrera bon maître en même temps que maî- tre intelligent; mais le bétail n’est pas exigeant et ne lui imposera pas de conditions onéreuses. C’est principalement pour engager les ani- maux à accepter des fourrages avariés et de mauvaise qualité qu’on a mis à profit leur appé- tence du sel. Mais ici il ne faut pas s’abuser sur son importance : l’illusion pourrait être funeste. Que le pauvre habitant de certains points de la France trouve ainsi le moyen de faire consommer par sa vache ou sa chèvre les feuilles qu’il a entassées pour l’hiver, cela est possible. Il n’a point la prétention d’élever ses bêtes pour le commerce, à grand’peine les entretient-il dans leur maigreur ; mais, telles quelles, elles lui fournissent un peu de travail et lai donnent du lait pour sa famille. Cela lui suffit; cela ne peut suffire à l’éleveur. L’éleveur prévoit-il bien, en effet, l’in- fluence fâcheuse qu’une telle alimentation peut exercer? Sait-il si l’avarie des fourrages n’est pas la source des maladies qui affec- tent si souvent les bestiaux? Consentira t-il, même avec addition de sel, à leur donner du pain moisi qui a causé tant d’accidents bien constatés? Quand bien même il parviendrait, dans un moment d’absolue nécessité, à faire manger au bétail des herbages dont il ne peut mesurer l’action funeste, la prudence, l’intérêt bien entendu de son industrie, doivent ne lui faire envisager ce résultat que comme un pis- aller, un expédient. On ne peut engraisser le bétail qu’avec des fourrages de bonne qualité : c’est un axiome d’agriculture. Aussi nous paraît-il que l’agriculture ne doit point placer ses espérances et la condition de ses progrès dans une extension de l’emploi du sel ; elle n’a rien à en attendre ni pour la terre, ni pour le bétail ; elle pourrait, au contraire, former des vœux plus légitimes et plus sages. Avant tout qu’exige la terre pour être fertile? Nous l’avons vu : de l’eau et des engrais. Que demande le bétail pour jouir d’une bonne santé et engraisser ? Nous venons de le dire : des fourrages de bonne qualité. Une humidité suffi- sante, des engrais abondants, d’excellents her- bages, voilà les conditions d’une culture fé- conde, d’un élève productif ; c’est à les obtenir que doivent tendre tous les désirs des agricul- teurs. Elles paraissent tellement naturelles et de bon sens qu’il nous semble maintenant su- perflu d’en avoir poursuivi la déduction logique. Or, nous possédons aujourd’hui le secret de réaliser ces conditions d’améliorations : c’est de développer la culture en prairies. Avec des prairies nous aurons des fourrages ; les four- rages nous permettront d’engraisser des bes- tiaux ; le bétail nous fournira des engrais pour féconder nos champs. Des champs plus fertiles produiront des céréales en plus grande abon- dance ; l’élève plus facile des bestiaux donnera la viande à meilleur marché. Le producteur et le consommateur trouveront ensemble et bien- être et profit. Ajoutons que nous parerons ainsi aux misères des années stériles. Nous avons, en effet, deux moyens de créer pour l’avenir des greniers d’abondance. Ou bien nous pouvons élever à grands frais de vastes bâtiments dans lesquels nous entassons le blé, pour qu’il s’altère sous l’influence destructive des agents extérieurs, et devienne la nourriture des charançons. Ou bien nous pouvons cultiver en prairies, afin que la terre, rendue plus féconde par l’utile action des engrais, nous fournisse encore une alimentation suffisante dans les années moins heureuses, la chair de nos troupeaux devant être pour nous une ressource abondante dans les temps rares de stérilité complète. Imprimerie d’E. DüVERGER,rue de Verneuil, n° 4.