DE LA CIRCULATION DANS LES INSECTES, PAR / M. EMILE BLANCHARD. 1848. 359 DE LA CIRCULATION DANS LES INSECTES ; Par M. ÉMI1E BLANCHARD (l), § 1. Jamais, plus quaujourd’hui, on ne voulut s’occuper de l’étude de l’organisation des animaux, à un point de vue plus général, à un point de vue plus élevé et plus philosophique. Jamais, de toutes parts, on ne sentit davantage la nécessité de pousser les recherches dans les organismes les plus délicats, avec toute la persévérance possible. Aussi depuis un petit nombre d’années, la science a en vérité changé de face, relativement aux animaux invertébrés. Nos connaissances, touchant l’appareil de la sensibilité, se sont déjà bien étendues. Avant peu, nous devons l’espérer, les idées des anatomistes pourront être fixées à l’égard de la disposition caractéristique du système nerveux dans les divers types de l’embranchement des Annelés, comme de celui des Mollusques. Les divisions zoo- logiques, en devenant mieux définies, mieux comprises; beaucoup de faits pouvant être généralisés avec une certitude entière; une grande simplification dans l’énoncé de leurs rapports et de leurs différences en sera certainement l’un des plus féconds résultats. 11 y a là une véritable satisfaction, comme un grand encou- ragement pour l’homme de science, qui scrute avec une longue patience les plus minutieux détails de l’organisation des animaux. Ses observations multipliées, étant rapprochées, et toujours soi- gneusement comparées, les caractères communs se montrent dans tout leur jour; les dissemblances se manifestent d’une ma- nière aussi claire. (1 ) Un extrait de ce Mémoire a été inséré dans les Comptes- rendus de iAca- démie des Sciences, t. XXIV, p. 870 (mai 1847). Il a été traduit en anglais (The Aimais and Magazine of nalural Historg, vol. XX, p. I 12 [septembre 1847]) et en allemand (Schleidens niul Froriep’s Notizen, LXVI, S. 342 [1847]). É. BuxiHAmi. — si r. la cumul.ation Les connaissances devenues ainsi plus profondes , plus minu- tieuses, n’ont pas augmenté les difficultés pour ceux qui viennent ensuite ; elles les ont au contraire beaucoup diminuées. La pos- sibilité de généraliser, c’est toujours la simplification. N’est-ce pas ainsi qu’une découverte conduit ordinairement à des résultats nombreux? car elle est l’origine, elle est le point de départ de beaucoup d’autres. Un nouveau cercle d’idées a été ouvert. Après l’appareil de la sensibilité, l'appareil circulatoire, si important, au point de vue physiologique, donne pour la zoolo- gie les faits les plus capables d’êire généralisés. Ce système organique a ses caractères propres dans chacune des grandes divisions du règne animal. Il contribue ainsi à un bien haut degré à mettre en évidence tout ce qu’un type zoolo- gique a de particulier, tout ce qu’il a d’analogie et d’affinité avec les autres types. Je ne tracerai pas ici pour les animaux invertébrés l’histoire entière de la science relative à cette grande question, mais d’une manière sommaire, je rappellerai les recherches qui ont porté les connaissances des naturalistes au point qu’elles ont atteint, au moment où nous écrivons. Ce sera indiquer les lacunes qui restent à combler. Comme presque toutes les grandes questions zoologiques, comme le plus grand nombre des faits qui ont été généralisés; c’est en France surtout que le phénomène de la circulation dans les animaux invertébrés a été vraiment étudié. La plupart des observations sur le système vasculaire et sur la manière dont s’effectue la circulation dans les diverses classes de l’embranche- ment des Mollusques et de l’embranchement des Anuelés sont sorties du Muséum d’histoire naturelle de Paris. § H. En 18*26, MM. Audouin et Milne Edwards (1), par leurs re- cherches sur l’anatomie et la physiologie des Crustacés, parve- (I) Recherches anatomiques et physiologiques sur la circulation dans les Crus- DANS I.ES INSECTES. 361 liaient à préciser le mode de circulation dans cette classe d’ani- maux. Depuis cette époque, déjà éloignée de nous de plus de vingt années, rien de nouveau n’a été ajouté sur ce sujet. Eri 1837, M. Milne Edwards faisait connaître avec détails la distribution des vaisseaux et la nature du mouvement circulatoire chez les Annélides (1 ), et jusqu’ici c’est encore le travail repré- sentant l’état actuel de la science sur cette grande fonction orga- nique, dans la classe des Annélides. En 18A2, le même zoologiste publiait les résultats de recher- ches semblables sur les Mollusques du groupe des Tuniciers (2). Dans ces dernières années, après diverses observations impor- tantes dues à M. Delle Chiaje, à M. de Quatrefages, à M. Sou- leyet,etc., M. Milne Edwards est conduit encore à porter ses in- vestigations sur les divers types de Mollusques Céphalopodes, Gastéropodes et Acéphales. Ce sont ses observations publiées récemment qui représentent aussi l'état actuel de nos connais- sances sur le trajet des vaisseaux et sur la distribution du fluide nourricier chez les Mollusques (3). A la même époque je dirigeais mon attention sur l’organisation des vers, et employant des procédés d’investigation nouveaux pour l’étude de ces animaux inférieurs, je parvenais à reconnaître la disposition du système vasculaire et la nature du mouvement du liquide sanguin, dans les diverses classes auxquelles on rattache l’ensemble de ces êtres (A). La circulation des Myriapodes et des Arachnides, du groupe des Scorpionides, a été aussi, jl y a peu d’années, l’objet de lacés, lues à l'Académie des Sciences, le I 5 janvier I 827, publiées dans les An- nales des Sciences naturelles, t. XI, p. 283 et 352 (1827). (1) Recherches pour servir à l’histoire de la circulation du sang dans les Anné- lides (Annales des Sciences naturelles, 2e série, t. X, p. 193 [ I 837 ] ). (2) Mémoire sur les Ascidies composées ( Mém. de l'Académie des Sciences , t. XVIII, p 217. 13) Comptes-rendus de t Académie des Sciences, t. XX, p. 261 et 750 (1845), et Annales des Sciences naturelles, 3e série, t. III, p. 257: t. VIII, p. 37. (4) Bulletin de la Société philomatique, p. 62 et 67 ( I 8 46 j ; Comptes-rendus de l'Académie des Sciences, t. XXIV, p. 601 (1847), et Annales des Sciences natu- relles, 3* série, t. Vif, p. 87; t. VIII, p. I 19 et 271. É. HLA1YCHARÜ. — SlII! I.A Cll’.Cl I.ATIOX recherches importantes dues à l’un des plus savants anatomistes de l’Angleterre, M. Newport (1). Le mémoire publié sur ce sujet est rempli de détails admirablement étudiés comme tout ce qui est étudié par M. Newport ; mais ce naturaliste n’ayant pu examiner que des animaux conservés dans l’alcool, il reste à véri- fier les faits sur la nature vivante. Ainsi, parmi les Mollusques, ce sont les Ptéropodes et les Bryozoaires qui réclament encore les investigations des anato- mistes et des physiologistes. Parmi les Annelés, ce sont les Arachnides (2;, et peut être les Insectes. J’ai rappelé ces travaux sur les animaux invertébrés, pour montrer comment j’ai été amené à entreprendre de nouvelles recherches sur le mode de circulation dans les Insectes. Après les observations nombreuses faites sur ce sujet par les plus habiles anatomistes en France, en Allemagne, en Angle- terre , la manière dont s’effectue cette fonction dans ce grand type zoologique semblait être connue. Les naturalistes étaient persuadés que nous possédions sur ce point la connaissance entière des faits généraux. Cependant une circonstance me frappait; comparant l’organi- sation si élevée des Insectes avec celle des autres Annelés et des Mollusques, je m’expliquais difficilement la dégradation si com- plète du système vasculaire qu’on admettait pour ces animaux. J’étais bien loin, sans doute, de m’attendre à rencontrer ce que j’ai observé ensuite. Gomma Malpighi l’avait supposé il y a deux siècles, comme Cuvier d’abord l’avait supposé aussi, je crus pouvoir soupçonner encore l’existence de vaisseaux qui au- raient échappé aux recherches des anatomistes. Choisissant alors les Insectes de la plus grande dimension, je les injectai par le vaisseau dorsal, espérant ainsi mettre en évi- (1) Philosophical Transactions of the royal Society of London , part. 1 . p. 2 4.5 (1843). (2) Récemment j'ai étudié l’appareil circulatoire chez les Arachnides üleuses ou Aranéides. J 'ai exposé les principaux résultats de mes observations a la So- ciété philomatique. — Voy. l'Institut, p. 25d (1848) DANS MiS I NSIiCTES. dence les ramifications les plus fines s’il en existait ; car cela m’a- vait déjà réussi complètement pour l’étude du système vasculaire chez les Vers. 11 fallut bientôt me convaincre que ma supposition n’était pas fondée. § 111 Avant de développer le résultat de mes observations sur la na- ture de la circulation chez les Insectes, je crois nécessaire d’in- diquer au moins les progrès que la science a faits successivement dans cette question. En mentionnant les diverses opinions émises tour à tour, mon point de départ se trouvera ainsi précisé, même pour les personnes qui n’auraient pas suivi les recherches anté- rieures. Je m'arrêterai peu sur les travaux de chaque observateur en particulier, un naturaliste belge, M. Verloren. ayant, dans un mémoire récent , indiqué avec soin les observations précé- dentes (1). Les opinions , touchant la circulation des Insectes, émises dans la science se réduisent à trois : celle de Cuvier ; celle qui a pris naissance dans les observations de Carus , qui a été confirmée ensuite et étendue par une foule de faits constatés par plusieurs anatomistes ; et enfin , celle de M. Léon Dufour se bornant à une entière négation de tout mouvement circulatoire, comme de toute trace de vaisseaux quelconques ; opinion à la vérité qui ne fut jamais partagée par d’autres. Swammerdam, Malpighi, Lyonet, n’avaient pas d'idée pré- cise sur le mode de circulation du fluide nourricier dans les In- sectes. Mais, avec beaucoup de raison, ils ont considéré le vais- seau dorsal comme un cœur, comme un centre de circulation. Ainsi que le fait justement remarquer M. Verloren, Swammerdam avait déjà des notions assez exactes sur la structure de cet organe. Cuvier, qui sut porter si heureusement son attention sur les faits les plus considérables en zoologie, devait s’attacher à l’étude des grandes fonctions physiologiques chez les Insectes. Il recher- (1) Mémoire en réponse à la question suivante : Éclairer par des observations nouvelles le phénomène de la circulation dans les Insectes, en recherchant si on peut le reconnaître dans les larves des différents ordres de ces animaux. — Aca- démie royale de Belgique.— Mémoires couronnés et Mémoires des Savants étran- gers, t. XIX (I 847). 364 É. RLAKCIIAKII, SUIS I. V GIltCULATION cha par la dissection les vaisseaux de ces Articulés (1). 11 n’en trouva point d’autres que le vaisseau dorsal. Ne sachant concilier l’existence d’une circulation véritable avec l’absence du système vasculaire, le célèbre auteur de Y Anatomie comparée crut que tout mouvement circulatoire disparaissait chez ces animaux. A l’appui de ce qu’il croyait être la réalité, il trouva une ex- plication ingénieuse, bien souvent répétée depuis (2). « Le fluide nourricier, disait-il, ne pouvant aller chercher l’air, >; c’est l’air qui vient le chercher pour se combiner avec lui. » Comme les trachées se ramifient dans le corps entier de l’ani- mal, l’air devait ici aller chercher le sang, de même que le sang va chercher l’air dans les animaux à respiration pulmonaire ou branchiale. Selon notre illustre anatomiste, le fluide nourricier n’avait aucun mouvement; suivant son expression, il était en repos. Néanmoins, Cuvier ne cessa de considérer le vaisseau dorsal comme un vestige de cœur. En 1827, les observations de Carus présentèrent la question relative au mode circulatoire des Insectes sous un jour tout nou- veau (3). Soumettant à l’examen microscopique des larves trans- parentes, comme le sont les larves d’Éphémères,d’Agrions, etc., le célèbre anatomiste de Leipzig distingua parfaitement un mou- vement du fluide nourricier, mouvement en général très rapide. 11 vit le sang, après avoir parcouru le vaisseau dorsal, d’arrière en avant s’épancher dans la tête, puis être ramené d’avant en arrière, en baignant toutes les parties du corps et suivant des courants et pour ainsi dire des canaux limités seulement par les organes. M. Carus vit aussi, de la manière la plus distincte , les mou- vements du vaisseau dorsal sous l’influence desquels s’effectuent la sortie et la rentrée du liquide nourricier. (1) Sur la nutrition dans les Insectes (Mém. de la Société d’hist. nat. de Pans, 1. 1, 34 [1797 ], et Reil, Archiv fur die Physiologie, Bd. V; S. 10 2). ' (2) Leçons d1 Anatomie comparée, recueillies par MM. Duméril et Duvernov, I IV, p. 165 (1805). (3) Entdeckung eines einfachen , rom lier zen nus hescheulnigten PlUtlaufcs in . — SUIS LA CIKCl L AT ION § V. Conclusions à tirer des expériences. — J’ai étudié la circulation chez un assez grand nombre de types de la classe des Insectes, pour avoir acquis la certitude qu’il n’y a point de différence essentielle entre les divers représentants de cette grande division zoologique. Les faits que j’ai observés ne viennent pas infirmer les faits précédemment observés ; ils s’y ajoutent, et viennent seulement infirmer certaines interprétations généralement adop- tées. La manière dont s’effectue en réalité la circulation des Insectes peut paraître encore assez simple , quand on connaît, du reste, l’organisation de ces animaux. On savait, en effet, depuis long- temps quelle était la structure des trachées ; seulement aujour- d’hui , il est démontré que le fluide nourricier pénètre entre les deux membranes qui les constituent ; c’est là véritablement presque le seul fait capital à ajouler à ceux précédemment intro- duits dans la science. Mais, par suite de cette observation, il faut comprendre le phénomène de la circulation des Insectes d’une tout autre manière qu’on ne le comprenait ; il faut comprendre également la nutrition d’une tout autre manière qu’on ne la comprenait. Ce qui aurait dû peut-être surprendre d’après l’explication or- dinaire, d’après l’explication répandue dans tous les ouvrages d’anatomie cl de physiologie, c’était l’indépendance supposée exister en quelque sorte entre l’appareil respiratoire et l’appareil circulatoire. Les trachées , suivant l’opinion générale , ne devant se trouver au contact du liquide nourricier que par les courants traversant les lacunes comprises entre les organes. Néanmoins on ne s’arrêta pas à cette difficulté. Lu réalité, le sang va chercher l’air, exactement comme cela a lieu chez les animaux à respiration pulmonaire ou branchiale ; car c’est par suite de son mouvement régulier qu’il vient s’infil- trer entre les membranes trachéennes. A cet égard, il n’y a donc pas de différence physiologique avec ce qui existe ailleurs. Ailleurs, il est vrai, l’appareil respira- toire est localisé ; et ici, il est disséminé dans toutes les parties du corps : il est diffus. Ainsi, c’est la différence anatomique qui est frappante, et non pas la différence physiologique. Certes, chez des animaux dont l’activité est aussi grande que chez les Insectes , la combustion de l’oxygène doit être rapide, il était difficile de s’expliquer comment de larges courants sanguins pouvaient, dans leur rapide passage, prendre suffisamment l’oxygène de l’air contenu dans les trachées. La plupart de ces courants ont une épaisseur telle que la masse entière du sang ne saurait venir au contact des tubes respiratoires. Maintenant , au contraire, tout ce qui est relatif à la réoxygé- nation du sang s’explique parfaitement, et se comprend de soi- même. Le fluide nourricier pénétrant entre les deux membranes trachéennes, si rapprochées l'une de l’autre , se trouve divisé par couches d’une minceur extrême ; il n’est séparé de la colonne d’air que par une seule membrane. Mais n’est-ce pas plus encore sous le rapport de la nutrition que ces tubes respiratoires, dont nous connaissons la nature ac- tuellement, doivent arrêter notre attention? En portant de l’air dans leur intérieur, ils portent le sang dans leur périphérie. Ces trachées divisées et ramifiées à l’infini dans la profondeur de l’é- conomie conduisent ainsi le fluide nourricier à tous les organes , à tous les muscles, au moment même oii il vient de subir le con- DAX S J. CS UNS CCT us. 379 tact de l’air. C'est le sang nouvellement artérialisé, le sang propre à vivifier , à nourrir tous les organes , qui est porté au moyen de ces tubes si délicats et si nombreux. Les trachées, organes de respiration essentiellement, remplis- sent donc aussi le rôle dévolu aux artères chez les animaux ver- tébrés, comme chez la plupart des Mollusques, comme chez les Crustacés et les Aranéides, c’est-à-dire le rôle de vaisseaux nour- riciers. Le sang , chez les Insectes , est fourni de cette manière aux or- ganes dans un état de division extrême , puisqu’il y arrive par des vaisseaux de la plus grande ténuité. La nutrition et l’assimi- lation s’opèrent en réalité comme chez les animaux supérieurs. On en avait donc une idée bien fausse quand on supposait les organes baignés seulement par les courants de liquide san- guin. Sous le rapport physiologique, il se passe ici encore ce qui se passe chez les Vertébrés, chez les Mollusques, chez les Crus- tacés. Sous le rapport anatomique , au contraire , c’est quelque chose de tout particulier. 11 n’y a plus d’organes spéciaux ; il n’y a plus de vaisseaux nourriciers faisant exclusivement l’office de vaisseaux nourriciers ; il semble que ce soient ici des organes empruntés pour la circulation , tant les trachées ont paru être jusqu’ici sim- plement des organes respiratoires. Néanmoins, on peut aussi considérer ces tubes presque autant comme des vaisseaux san- guins que comme des vaisseaux aériens ; ils sont en effet l’un et l’autre ; ils sont peut-être aussi bien l’un que l’autre. 11 semble que le vaisseau sanguin a plutôt emprunté le trajet du tube aérifère en se formant autour de celui-ci. Remarquons toutefois que si la trachée était réduite à une seule membrane, elle ne pourrait supporter la pression déterminée par la sortie et l’entrée de l’air. Des anévrismes se produiraient de toutes parts, et ils ne tarderaient sans doute pas à se rompre. La présence de deux membranes, contenant entre elles un fil solide contourné en spirale, paraît d’une absolue nécessité pour constituer réellement ces tubes respiratoires • c’est cette considé- É. BLAKOIAItU. SUU l.A C1BCULATION ration surtout qui peut les faire regarder comme organe d’em- prunt pour le trajet du sang. L’espace inter-membranulaire des trachées, en rapport direct avec les lacunes, 11e reçoit le fluide nourricier que par cette voie. Doit-on, d’après cela, le regarder simplement comme une conti- nuation des lacunes? Assurément, peu importe, il n’y a aucune incertitude sur les faits; il 11’y a aucune incertitude possible aujourd’hui ni sur la disposition anatomique de ces parties, ni sur leür rôle physiolo- gique ; c’est seulement une affaire de dénomination, et alors, en- core une fois, peu importe. Les espaces inter-membranulaires des trachées reçoivent le sang des lacunes, qui, elles-mêmes, le reçoivent du vaisseau dorsal ; ils sont donc véritablement la continuation des lacunes. Cependant, comme, en général, on désigne sous ce nom les es- paces , les méats, compris entre les organes, espaces le plus ordi- nairement sans limites nettes , il faut bien reconnaître ici quelque chose d’infiniment plus parfait , les espaces inter-membranulaires étant limités comme de véritables vaisseaux. Les trachées nous donnent en réalité l’image de vaisseaux aéri- fères renfermés dans des vaisseaux sanguins. Il n’y a pas de veines proprement dites chez les Insectes. Comme chez les Mollusques et les Crustacés , le sang , conduit à tous les organes, paraît se perdre de nouveau dans le système lacunaire. C’est seulement par endosmose que le sang dans lequel est baigné l’intestin s’enrichit des produits de la digestion. Les canaux régnant sous la paroi supérieure de l’abdo- men , et ramenant le sang jusqu’aux orifices auriculo-ventri culaires du vaisseau dorsal, ont été décrits seulement par M. Newport. Cet anatomiste, examinant par transparence, avait vu ces canaux efférents si bien délimités, qu’il était porté à ad- mettre l’existence de parois. L’injection devait conduire naturellement à mettre en évidence la nature de ces canaux. Comme je l’ai constaté en détachant avec tout le soin possible la paroi abdominale supérieure d’insectes injectés, ils sont for- 1)\NS LES INSECTES. niés presque exclusivement de tissu cellulaire fixé au tégument même ; ils ne présentent par conséquent rien de net. Dans cer- taines espèces. j’ai distingué, j’ai isolé aussi des commencements de parois , mais toujours fort incomplètes. En un mot, ces conduits efférents méritent tout à fait d’être ap- pelés des canaux et non des vaisseaux. Il est presque inutile d’a- jouter qu’ils sont toujours en nombre égal des deux côtés du corps à celui des orifices auriculo-ventriculaires du vaisseau dorsal. Le vaisseau dorsal doit contenir surtout du sang veineux , du sang qui a servi à la nutrition. Ceci paraît évident, d’après la disposition anatomique des organes servant à la circulation chez les Insectes. Du reste , le lluide nourricier s’artérialisant par son passage dans la périphérie des tubes trachéens, il est tout simple que le centre de la circulation renferme du sang, ayant besoin de ce passage pour être rendu propre à la nutrition. Les canaux efférents, à la vérité, plongeant jusqu’à la base des organes respiratoires, il se pourrait qu’ils reprissent une certaine quantité du sang qui vient de subir le contact de l’air; il y aurait alors mélange. Ainsi, d’après les faits constatés sur un nombre immense d’in- sectes de tous les ordres, je dois définir de cette manière géné- rale la circulation dans ce type zoologique. Chez tous les Insectes, il existe un vaisseau d.orsal, centre de la circulation, ayant une portion cardiaque et une portion aortique. La portion cardiaque divisée en compartiments ou chambres, dont le nombre est variable suivant les types; ces chambres pourvues d’orifices latéraux pour la rentrée du sang ; la portion aortique destinée à porter le fluide nourricier vers la partie antérieure du corps. Le sang, parvenu ainsi dans la tête, se répand dans tous les espaces inter-organiques; en même temps, il est déversé dans les lacunes situées près l’origine des tubes respiratoires , et pénètre alors entre les membranes trachéennes, maintenues béantes à leur base, au moyen d’un fil spiral. Le fluide nourricier, porté de cette manière à tous les organes entre les deux tuniques constituant les tubes respiratoires, n’est séparé fc. BI.IMJIHRI». — SDH 1,A CmClil.ATION de la colonne d’air que par une seule membrane ; il subit la réoxygénation pendant son trajet même. Les trachées deviennent ainsi dans leur périphérie de véritables vaisseaux nourriciers. Le sang, retombant ensuite dans les espaces i nt erfîbri I laires, et de là dans les grandes lacunes, est ramené au vaisseau dorsal par des canaux efférents formés de tissu cellulaire, mais privés de parois membraneuses. DANS LES INSECTES. 383 § vi. De l’appareil circulatoire dans les divers types de ta classe des Jnsectes en particulier. — Après ce qui a été exposé précédem- ment , les détails que nous avons à signaler maintenant sont d’un médiocre intérêt. Déjà, j’ai fait remarquer combien sont minimes les différences qui existent d’un type à l’autre. Je n’ai à signaler que de légères modifications dans la forme ou la texture du vaisseau dorsal, dans le nombre de ses cloisons, la nature de ses points d’attache, et dans le nombre des faisceaux trachéens, dans leurs principales divisions, dans leur nature en- tièrement tubuleuse ou en partie vésiculeuse. Sous ce dernier rapport, des différences se manifestent d’un groupe'à l’autre, d’une famille à l’autre ; mais ce sont de ces légères diiférences sans importance au point de vue physiolo- gique , paraissant aussi fournir des caractères de bien peu de valeur au point de vue zoologique. Néanmoins, pour appuyer les faits généraux relatifs à la cir- culation des Insectes , par des faits de détails ayant tout le carac- tère de la précision, je crois devoir donner une description de l’ensemble des organes servant à cette fonction , dans un type au moins de chacun des principaux ordres de la classe des Insectes. Les figures que nous avons publiées récemment dans la nouvelle édition du Règne animal de Cuvier en faciliteront beaucoup l’in- telligence. § VII. Dans les Coléoptères (exemple principal : Dyticus margina- lis Lin.). — Chez tous les Insectes de cet ordre , le vaisseau dor- sal se présente à peu près avec les mêmes caractères. La portion cardiaque est beaucoup plus large que la portion aortique. Ses É. Kl.t\ b. DA.NS LES INSECTES. 387 au-dessous l’on trouve des bandelettes musculaires longitudinales d’une assez grande largeur (1). L’aorte est d’une grande ténuité ; elle passe sous les ganglions cérébroïdes en s’élargissant d’une manière très notable (2). En avant de ces centres nerveux, elle fournit quelques branches ; l’une d’elles s’étend presque jusqu’à l’origine des antennes , les autres sont dirigées en avant. Les lacunes sont assez resserrées chez la Sauterelle ; les or- ganes , déjà entourés de tissu adipeux et d’une grande quantité de tissu cellulaire , ne laissant entre eux que des espaces fort cir- conscrits. Chez ces Orthoptères, le système trachéen acquiert un déve- loppement considérable. Les tubes respiratoires ne sont pas vési- culeux ; mais ils sont extrêmement larges. 11 y a ici un fait assez curieux à noter ; en général, lorsqu’on vient à ouvrir des Saute- relles vivantes, leurs trachées, au lieu de paraître arrondies, comme cela se voit dans les autres types, sont aplaties, dépri- mées; elles renferment une petite quantité d’air. C’est seulement quand ces Insectes prennent leur vol pour un voyage d’une cer- taine durée que les organes respiratoires se remplissent. Nous trouvons chez la Sauterelle verte (3) un faisceau trachéen prothoracique, moins volumineux que les tubes abdominaux. Il fournit antérieurement une branche principale, une branche cé- phalique , émettant en avant, dès son origine, trois rameaux, qui se distribuent aux muscles du thorax et de la tête. La branche cé- phalique remontant se divise en deux branches : l’une, plus grosse, qui passe au dessus de l’œsophage , rejoint celle du côté opposé, au-dessus du cerveau, et forme une sorte d’arcade, d’où nais- sent de nombreuses ramifications; l’autre, plus mince, qui passe sous l’œsophage et les centres nerveux cérébroïdes, en donnant des rameaux aux glandes salivaires (ft). Le faisceau trachéen du f\ ) PI. -1, fig. 5—c. (2) PI. \, fig. 3—/. (3) PI. 1, fig. I et 2—a. (4) PI. 1, fig. 2—g. É. Ki.,ixnmt». — sim j.a ciucui.ation prothorax émet en arrière une branche, rejoignant le faisceau métathoracique , et fournit sur son trajet des branches aux or- ganes du vol et aux muscles du thorax. Les faisceaux trachéens de l’abdomen sont au nombre de huit ; ils présentent à leur base deux tubes principaux qui remontent de chaque côté, et viennent s’unir à un tube longitudinal partant de l’extrémité des troncs du premier faisceau trachéen abdomi- nal , et s’étendant jusqu’à l’extrémité du corps (1). C’est princi- palement de ces tubes longitudinaux que naissent toutes les petites ramifications distribuées au tissu cellulaire de la portion supé- rieure de l’abdomen, et au vaisseau dorsal lui-même. En outre, le premier et le dernier faisceau donnent des branches qui se rami- fient sur le ventricule chvlifique, et remontent sur le gésier et le jabot (2). Les troisième, quatrième et cinquième fais- ceaux donnent des branches à la partie grêle du ventricule chylifique. Les quatre derniers en fournissent de très rameuses soit aux testicules, soit aux ovaires (3) et aux parties accessoires, comme la poche copulatrice , la glande sérifique (à). Le dernier faisceau donne aussi des branches qui remontent sur l’intestin (5). En outre, tous les faisceaux trachéens, qui sont unis à leur base par un tube d’un médiocre volume, mais plusdilaté vers son milieu qu’à ses extrémités , émettent encore une branche volumineuse ; cette branche, passant sous les viscères, s’anastomose avec des tubes trachéens longitudinaux. Ces derniers, au nombre de quatre, régnent des deux côtés de 1a. chaîne ganglionnaire entre les bandelettes qui la maintiennent dans toute la longueur de l’abdo- men. Ce sont ces larges tubes (G) qui fournissent les ramifications les plus déliées aux ganglions et aux bandelettes musculaires. Nous devons remarquer dans le système trachéen de la Saute- relle verte, combien les anastomoses sont multipliées en compa- (1 ) PI. \, fig. '1. (2) PI. 1, fig. 2—e, (I, c. (3) PI. 1, fig. 2—-h. (4) Fig. 2—/, k. (5) Fig. 2—r (6) PI. I, fig. 2. DANS LES INSECTES. raison de ce qui se voit ailleurs; de là , ces tubes longitudinaux, assez rares chez les autres Insectes et, au contraire, très multi- pliés dans ce type. Les canaux efférents sont simplement creusés ici dans la masse du tissu cellulaire, qui occupe toute la portion supérieure de l’ab- domen. Le sang présente une couleur d’un jaune verdâtre assez pâle. 11 y a peu d’insectes où le lluide nourricier soit chargé d’une aussi grande quantité de corpuscules que la Sauterelle ; ils ont ici une forme un peu ovoïde , et leur bords assez réguliers. Les dif- férences de forme qu’ils présentent entre eux sont fort légères. Chez les Acridiens, le système trachéen ressemble à celui de la Sauterelle ; mais les tubes respiratoires sont plus dilatés en- core. § IX. Dans l’ordre des Névroptères (exemple principal : Æshna forcipata Fab.) (1). — Chez les Névroptères en général, chez les Libelluliens en particulier, le vaisseau dorsal est d’une grande ténuité. Dans la portion cardiaque, on distingue à peine les cloisons ; car ici elles ne sont pas indiquées par des rétrécisse- ments sensibles. J’en ai compté sept cependant chez Y Æshna for- cipata. La portion aortique devient plus grêle encore. Le faisceau prothoracique fournit en avant plusieurs branches qui se distribuent dans la tête, et, en arrière, un tube rejoignant les faisceaux abdominaux, tout en donnant sur son trajet des branches aux ailes, et de beaucoup plus nombreuses aux muscles. Sur leur trajet, ces tubes respiratoires présentent des dilatations très sensibles. Les faisceaux de l’abdomen sont presque sem- blables les uns aux autres ; on en compte sept. A leur origine, c’est-à-dire à la partie inférieure de l’abdomen, ils sont unis les uns aux autres par un tube longitudinal ; c’est de ce tube que naissent les fines ramifications dévolues au système ner- veux. En outre , de l’origine de ces faisceaux partent encore deux branches principales, l’une, latérale, s’anastomosant avec un tube trachéen longitudinal; l’autre, remontant, pour s’anastomoser (1) PI. 2. 390 aussi avec un tube longitudinal qui règne de chaque côté de l’in- testin , et se réunit à celui du côté opposé à la base de l’abdomen, en formant une sorte d’arcade au-dessus du canal alimentaire. De ce point naissent plusieurs trachées vésiculeuses ; mais leur volume n’est pas très considérable. Toutes les ramifications, qui se distribuent au tube digestif et aux organes de la génération , partent des trachées longitudinales régnant près de l’intestin ; on remarque aussi quelques petites vésicules assez éloignées les unes des autres. Les canaux efférents sont ici très difficiles à mettre à nu ; le tissu cellulaire, au milieu duquel ils sont creusés, ayant fort peu d’épaisseur. É. IBLANCHAKU. — SUR L\. CIRCULATION § X. Dans les Hyménoptères (exemple principal : l’Abeille, J pis mellifica Lin.) (1). — L’Abeille devait être signalée ici non seu- lement comme l’un des représentants de l’ordre des Hyméno- ptères , mais aussi comme l’un des types principaux de la classe entière des Insectes. 11 importait d’autant plus de l’étudier sous le rapport de la circulation , que son appareil trachéen offre un développement très remarquable. L’Abeille étant d’une assez petite dimension , son vaisseau dorsal est grêle ; aussi n’est-il pas facile de l’injecter directement ; mais on y réussit en poussant le liquide coloré dans les lacunes,, d’où il revient en partie dans le vaisseau dorsal en passant par les canaux efférents. Ce vaisseau dorsal est fixé au tégument par des ailes fibreuses d’une très grande minceur. Sa portion cardiaque présente seulement quatre cloisons ou cinq chambres. 11 en est de même chez les Bourdons, comme M. Newport l’a déjà con- staté. Sa portion aortique, extrêmement grêle, passe sous les ganglions cérébroïdes pour se diviser à son extrémité (2). (t)pl 3- fis- 1 (S) PI. 3, fig. ?.. 391 Les lacunes sont assez vastes chez l’Abeille, au moins dans l’abdomen, que l’appareil digestif remplit incomplètement. Les trachées prennent un développement chez les Abeilles, qu’on ne retrouve dans aucune autre famille d’insectes. Le faisceau prothoracique fournit en avant des troncs qui pé- nètrent dans la tête : l’un , en passant au-dessus des ganglions cérébroïdes ; l’autre, en passant dessous pour distribuer ses ra- meaux aux diverses pièces de la bouche. Le faisceau thoracique fournit encore les branches des ailes et celles des muscles, et d’une partie du système nerveux. Dans la tête et sur les côtés du thorax particulièrement, plusieurs trachées sont vésiculeuses, mais leur grosseur est très minime. Les trachées abdominales forment cinq faisceaux de chaque côté (1); mais elles présentent latéralement des vésicules d’une ampleur énorme se confondant les unes avec les autres. La première vésicule est toutefois la plus considérable, car, de chaque côté , elle occupe au moins le tiers de la cavité abdomi- nale. Des trachées tubuleuses se distribuent néanmoins sur l’in- testin dans les muscles abdominaux, et sur,le système nerveux. Les figures donnent, du reste, une idée plus nette de ces faisceaux et de leurs divisions que les descriptions les plus détaillées. L’Abeille était peut-être l’insecte le plus favorable pour suivre le mouvement circulatoire dans les trachées vésiculeuses, à cause de leur développement. En les soumettant au microscope soit in- jectées, soit même sans injection, on voit de la manière la plus nette que les deux tuniques n’étant plus séparées l’une de l’autre, comme dans les trachées tubuleuses, par un fil spiral, se sont rap- prochées l’une de l’autre; mais le sang continuant à s’infiltrer, se pratique des canaux dirigés en tous sens, et anastomosés entre eux sur tous les points (2). Ces canaux étant d’une extrême petitesse, et tous très rapprochés les uns des autres , on ne les distingue pas à lavue simple ou à l’aide de la loupe seulement, même quand ils sont injectés. La trachée paraît colorée uniformément. Il faut DAMS 1ÆS INSECTES. (1) M. Newport les a figurées d’après le Bourdon (Bombus terrestris), Philo- sophical Transact., 1834, et Cyclopœdia of Ànat. nncl Phys., vol II, p. 986. (2) PI, 3, fig. 3 É. Il LA MUA KU. — sur. LA CIKCULATIOIN un grossissement assez considérable pour bien voir ces réseaux. Les canaux efférents, qui ramènent le sang dans le vaisseau dorsal, sont simplement des rigoles limitées par un peu de tissu cellulaire appliqué contre la paroi supérieure de l’abdomen. Dans les autres Hyménoptères , nous n’avons pas reconnu de particularités assez importantes pour être mentionnées. En géné- ral , ces Insectes ont de grosses trachées vésiculeuses; mais leur dimension est presque toujours moindre que chez l’Abeille ; sou- vent le nombre des chambres de la portion cardiaque du vaisseau dorsal s’élève à six ou sept. Le sang est toujours à peu près incolore. Les globules sont extrêmement petits chez l’Abeille, et d’une forme presque ar- rondie. § XI. Dans les Lépidoptères (exemple principal : le Sericaria Mori Lin., Ver à Soie). — Les modifications du vaisseau dorsal sont moindres ici peut-être que dans tous les autres ordres. Entre tous les Lépidoptères que j’ai examinés, je n’ai pas trouvé de différences sensibles. Le centre de la circulation, chez le Bombyx du Mûrier, est maintenu au milieu d’une masse de tissu cellulaire et d’un nombre très considérable de trachées. 11 adhère peu à la paroi supérieure de l’abdomen ; aussi‘celle-ci peut être détachée en prenant certaines précautions, sans que l’on ait à craindre de rompre le vaisseau. Les fibres musculaires qui l’at- tachent aux téguments sont assez lâches et peu résistantes ; on en compte quelques unes seulement pour chacune des chambres. Ces dernières se dessinent médiocrement ; les rétrécissements qui les séparent les unes des autres étant peu prononcés. Cependant, quand elles sont bien remplies par l’injection, elles se dilatent légèrement vers le centre , et deviennent alors plus distinctes. Toute la portion cardiaque a une largeur assez considérable ; elle est d’au moins 1 millimètre. Les parois sont assez résistantes ; on peut les ouvrir, et y faire pénétrer l’extrémité d’un instrument à injection sans grand danger de les déchirer. Les chambres, ou cloisons du vaisseau dorsal, sont au nombre de huit dans le Bombyx du Mûrier ; nous n’en avons retrouvé ni plus ni moins dans les autres Lépidoptères. La portion aortique devient très grêle ; mais ses parois, beau- coup plus minces que celles de la portion cardiaque , ont encore une très grande résistance. Cette aorte s’élargit, et se termine presque aussitôt, après avoir passé sous les ganglions céré- broïdes. Les tubes trachéens sont en nombre fort considérable chez les Lépidoptères. De chacun des huit stigmates abdominaux nais- sent des faisceaux très serrés de ces tubes respiratoires. La plu- part remontent sur les parties latérales, se recourbent à la partie supérieure de l’abdomen, en distribuant une quantité énorme de filets au tube intestinal, aux organes de la génération , et au vais- seau dorsal lui-même. Les trachées thoraciques rejoignant celles de l’abdomen donnent quelques troncs puissants aux ailes, et, en avant, une branche très forte qui se ramifie dans la tête. Chez les Lépidoptères, les trachées deviennent rarement vési- culeuses ; on en remarque néanmoins, dans plusieurs espèces , de petites situées à la base de l’abdomen : ce sont les Sphinx, chez lesquels on observe plus particulièrement cette disposition. Les canaux efférents sont moins faciles à suivre chez les Lépi- doptères que chez beaucoup d’autres Insectes; cependant, dans les individus bien injectés, on distingue nettement encore les ri- goles creusées dans le tissu cellulaire qui occupe la portion supé- rieure de l’abdomen. Dans les larves, ou Chenilles , le vaisseau dorsal, en général, est plus grêle, etses chambres sont plus allongées. Par le progrès de l’âge , il s’opère nécessairement un raccourcissement de cette partie, comme cela se voit pour le système nerveux. Je n’ai pas besoin de rappeler combien certaines Chenilles sont favorables pour l’examen des mouvements du centre circulatoire. La transparence de leur peau permet souvent d’en distinguer et pour ainsi dire d’en mesurer d’une manière exacte les contrac- tions et les dilatations. Comme les fibres, qui l’attachent au tégu- ment, sont peu résistantes, on parvient même à l’isoler sous l’eau, et l’on voit ainsi pendant quelques temps encore ce cœur à DAINS LUS 1 AS UCT liS. 393 nu exécuter ses mouvements par suite de la sortie et de la rentrée du sang. Les tubes trachéens des Chenilles sont moins considérables que ceux des adultes. Par la comparaison , il est facile de voir combien ces tubes s’accroissent par les progrès de l’âge. Chez le Ver à soie, ou la Chenille du Bombyx du Mûrier (1), chaque faisceau trachéen est composé de cinq ou six branches qui s’épanouissent sur le canal intestinal, et de sept ou huit autres branches se ramifiant dans les muscles, et sur les ganglions et les cordons nerveux. Le faisceau trachéen du prothorax émet deux branches princi- pales , qui se divisent dans la portion supérieure de la tête, et quelques autres passant au-dessous de l’œsophage. É. icLAXcinun. — sur la circulation § xii. Dans les Hémiptères (exemple principal : Pentatoma gnsea Lin.) (2). — Chez ces Articulés, le vaisseau dorsal se présente avec des caractères particuliers. 11 n’adhère pas au tégument supérieur de l’abdomen ; aussi n’éprouve-t-on jamais aucune dif- ficulté à le mettre à découvert, à l’isoler même complètement. 11 est fort grêle, avec des cloisons très peu sensibles dans sa portion cardiaque ; mais celle-ci a des parois d’une nature particulière. En dessus et en dessous, il existe une membrane très mince ; et latéralement, il existe une paroi d’une très grande épaisseur. Au premier abord , le vaisseau dorsal des Hémiptères paraît formé de deux cordons (A) ; mais sa nature se dessine de la manière la plus nette quand on vient à l’injecter , ce qui s’exécute chez les Hémiptères avec moins de peine que chez beaucoup d’autres espèces. La portion aortique (A), au contraire, a des parois mem- braneuses de la même épaisseur dans sa périphérie. (1) Règne animal, nouvelle édition (Insectes), pl. 130, fig. 5. (2) Pl. 4, fig. 1. (3) Pl. 4, fig. 2. (4) pi. 4, fig. r. Les lacunes sont assez vastes chez le Pentatome, particulière- ment à la base de l’abdomen. Le système trachéen présente des parties vésiculeuses consi- dérables chez beaucoup d’Hémiptères, et principalement dans ceux de la tribu des Scutellériens. Le Pentatoma grisea, pris ici comme principal exemple, est l’un des plus favorables pour l’observation des trachées vé icu- leuses. Le faisceau prothoracique fournit en avant un tronc céphalique volumineux qui se divise en deux branches, l’une se ramifiant dans la partie supérieure de la tête ; l’autre dans la partie infé- rieure , en passant sous les nerfs optiques. Dès sa naissance, le tronc principal envoie aussi deux branches, qui émettent des ra- meaux au jabot et aux glandes salivaires. En arrière , le faisceau prothoracique donne un tube, qui vient rejoindre le premier faisceau abdominal. Ce tube respiratoire, qui présente sur son trajet au moins quatre vésicules , fournit les branches alaires , les branches crurales, et les branches qui se ramifient dans les muscles et sur le système nerveux. Les faisceaux trachéens de l’abdomen sont au nombre de six. Le premier présente une vésicule d’un développement considé- rable. occupant de chaque côté toute la base de l'abdomen. De petites branches , naissant directement de la vésicule, se distri- buent au canal intestinal ; et d’autres branches plus considé- rables se ramifient dans la partie inférieure du corps. Le deuxième faisceau fournit une trachée volumineuse , s’ana- stomosant presque dès son origine avec une branche de la grande vésicule. Cette trachée, qui est toujours plus ou moins ondulée, descend vers l’extrémité du corps en passant au-dessus des rami- fications du canal intestinal, et fournissant des rameaux au jabot, au ventricule chylifique, surtout au tissu cellulaire occupant la partie supérieure de l’abdomen, et enfin au vaisseau dorsal lui-même. Le troisième faisceau envoie surtout ses branches à la partie inférieure de l’abdomen. Le quatrième sa compose de deux branches principales , l’une DANS LES INSECTES. distribuant ses rameaux au ventricule chylifique, et la seconde aux muscles abdominaux et au système nerveux. Le cinquième faisceau a une branche principale qui se partage aussi autour du ventricule chylifique et dans les muscles abdomi- naux , et envoie , en outre , une division latérale s’étendant jus- qu’à l’extrémité du corps. Sur son trajet, cette division présente quelques petites vésicules-, et envoie des rameaux aux vaisseaux biliaires, et surtout au rectum. Le sixième faisceau fournit une branche principale, qui s’anastomose avec la grande trachée longitudinale du faisceau précédent. A sa base , il existe deux petites vésicules. A l’origine des troisième , quatrième et cinquième faisceaux, on remarque une vésicule plus volumineuse. L’injection pénètre presque par- tout entre les deux membranes de ces trachées vésiculeuses ; c’est seulement dans les plus grosses, venant à se rapprocher plus intimement par intervalles, qu’on voit comme des canaux, du reste très irréguliers, et s’élargissant avec la plus grande facilité. Les conduits efférents se voient dans la couche de tissu cellu- laire , qui occupe toute la partie supérieure de l’abdomen, et dans laquelle se trouve engagé le vaisseau dorsal. Les modifications dans la distribution des trachées des Hémi- ptères ne sont pas très considérables. Dans les Nèpes cependant, une branche longitudinale , avec laquelle viennent s’anastomoser les branches de tous les faisceaux de l’abdomen, règne de chaque côté du vaisseau dorsal, à peu près comme cela se voit dans la Sauterelle. Le sang des Hémiptères est en général coloré, il est ordinaire- ment rougeâtre, ou au moins d’une nuance orangée. On sait que les trachées ont aussi cette coloration. É. BLUCIIAItl). — SUR LA CIRCULATION § XIII. Dans les Diptères (exemple principaux : la Mouche de Viande, Musca vomitoria Linn. (1) ; et le Taon des Bœufs, Tabanus bovi- nus Linn.). —Chez lesMuscides, le vaisseau dorsal ressemble (I) PI. 5, fig. I. DANS LES INSECTES. assez à celui des Hyménoptères; il est lixé dans l’abdomen par des ailes peu résistantes. La portion cardiaque présente quatre chambres ; mais dans d’autres Diptères, ce nombre paraît être moindre. La portion aortique est très grêle. Les trachées sont en partie vésiculeuses. Le faisceau prothoracique distribue ses bran- ches à la tête , aux ailes, aux muscles thoraciques, à la partie an- térieure du canal digestif, à peu près comme chez la plupart des autres Insectes. Notre figure indique, du reste, avec la plus grande précision le trajet et les divisions de tous ces rameaux. Les trachées abdominales forment quatre faisceaux distribués au vais- seau dorsal, au tube digestif, aux organes de la génération. Le premier faisceau présente une trachée vésiculeuse, unie à celle du côté opposé par une arcade passant au-dessus du tube digestif. Dans les Taons, les trachées prennent un développement plus grand encore que chez les Muscides ; on remarque des trachées vésiculeuses à la base de tous les faisceaux de l’abdomen. Rien ne peut donner une meilleure idée de la multiplicité des ramifica- tions trachéennes que les yeux des Taons. Tous ces tubes se des- sinent de la manière la plus nette, quand ils sont bien remplis par l’injection. Nous nous sommes attaché dans notre figure à les représenter avec la plus grande exactitude (1). § XIV. Les différences observées dans le vaisseau dorsal des Insectes appartenant aux divers ordres se réduisent donc à fort peu de chose : ce sont des différences de largeur ou d'épaisseur très insi- gnifiantes ; des différences très légères, aussi dans la nature des brides musculaires, qui maintiennent fixé, à la paroi dorsale de l’abdomen, le centre circulatoire. Les Hémiptères toutefois pré- sentent, à cet égard, quelques particularités curieuses ; leur vais- seau dorsal n’est attaché que par l’extrémité postérieure , et ses parois ont une texture qu’on ne retrouve pas ailleurs; du reste , ceci n’entraîne aucune modification, dans la manière dont s’effec- tue le mouvement circulatoire. Les parties lacuneuses ne varient (I) PI. 5, fig. 4. 398 lï. M1.ANI4'3BA15ED. — SDK LA CIRCULATION jamais que par leur étendue plus ou moins grande. Les trachées diffèrent à quelques égards dans leur forme et dans la multipli- cité de leurs rameaux ; mais ces différences ont encore très peu d’importance. En résumé, chez tous les Insectes, la circulation s’effectue exactement de la même manière, et, à l’aide des mêmes organes, offrant toujours la même disposition générale. EXPLICATION DES PLANCHES. PLANCHE 1. Organisation des Orthoptères (la grande Sauterelle verte f Locus ta viridissima Lin. J ). Fig. 1. Individu dont le vaisseau dorsal et l’espace intermembranulaire des tra- chées ont été injectés au moyen d’un liquide coloré. L’animal a été ouvert par la portion dorsale, et tous les organes ont été laissés dans leur position natu- relle. Fig. 2. Individu semblable au premier, chez lequel on a rejeté le canal intestinal et les ovaires sur les côtés, pour montrer les parties sous-intestinales et prin- cipalement le système nerveux.— a, antennes et nerfs antennaires.— b, yeux et nerfs optiques. — c. l’œsophage et le jabot. — d, les ganglions gastriques sur le gésier. — e, l’estomac ou ventricule chylifique. — f, l’intestin.—g, la glande salivaire de droite, rejetée sur le côté. — h, un des ovaires, avec les tubes trachéens qui s'y distribuent — ?, la poche copulatrice.— k, la glande destinée à la sécrétion du vernis des œufs. Fig. 3. Terminaison antérieure du vaisseau dorsal, et portion antérieure du sys- tème nerveux. Fig. 4. Portion ouverte du vaisseau dorsal. — a, l'une des chambres. — b, sa valvule. Fig. 5. Portion abdominale du vaisseau dorsal. — a, le vaisseau — b, les ailes ou muscles latéraux qui le fixent de chaque côté. — c, les muscles longitudi- naux qui le maintiennent attaché à la paroi supérieure de l’abdomen FLANCHE 2. Organisation des Névroptères [Æshna for ripa ta Fabr.). Fig. I. Individu injecté, chez lequel tous les organes sont demeurés dans leur position naturelle. Plates 1-5 missing DANS LES INSECTES. Fig. 2. Individu semblable au précédent, chez lequel le canal intestinal et les or- ganes de la génération ont été enlevés. Fig. 3 et 4. Portion antérieure du système nerveux. PLANCHE 3. Organisation des Hyménoptères (l’Abeille [Apismcllifica Lin.]). Fig. 1. Individu neutre injecté, chez lequel tous les organes sont demeurés dans leur position naturelle. Fig. 2. Vaisseau dorsal isolé. Fig. 3. Portion d’une trachée vésiculeuse très grossie. Fig. 4. Système nerveux. Fig. 5. Appareil digestif. PLANCHE k. Organisation des Hémiptères ( Pentatoma grisea Lin ). Fig. I. Individu injecté, chez lequel tous les organes sont demeurés dans leur position naturelle. Fig. 2. Système nerveux. Fig. 3. Vaisseau dorsal. —a, portion aortique. — b, portion cardiaque. Fig. 4. Poche sécrétant un liquide sortant entre les anneaux thoraciques. Fig. 3. Organes génitaux femelles. PLANCHE 5. (La Mouche de la viande [Musca vomitoria Lin. ]). Fig. 1. Individu injecté, chez lequel tous les organes sont demeurés en place. Fig. 2. Système nerveux. Fig. 3. Appareil digestif. Fig. 4. Portion de l’œil d’un Taon (Tabanus bovinus Lin.), pour montrer les tra- chées qui s’v distribuent.