RECHERCHES EXPÉRIMENTALES suit LES LÉSIONS PULMONAIRES CONSÉCUTIVES A IA SECTION DES NERFS PNEUMOGASTRIQUES, II. Boddaert, Docteur en Sciences naturelles, en Médecine, en Chirurgie et en l'art des Accouchements ; chargé du cours de Zoologie et conservateur du musée d’Anatomie comparée à l’Université de Gand. GAND, IMPRIMERIE ET LITHOGRAPHIE DE C. ANNOOT-BRAECKMAN. 1862. INTRODUCTION. When every member of our profession bas a sound knowledge of physiology, derived from his own cautious observation and not,as second and third hand, from books,medicine will take itsjust posi- tion and quackery its departure. Marshall-hall. La question dont nous abordons l’étude dans ce travail a été souvent discutée, très-différemment résolue. Il n’est pas sans intérêt de rechercher l’origine de cette divergence d’opinions. Elle nous semble résider dans des conditions spéciales au problème : en essayant de les poser avec netteté, nous aurons préparé par là même les éléments d’une bonne solution. Et d’abord, en raison de certaines nécessités anatomiques, les lésions pulmonaires consécutives à la simple section des pneumogastriques ne sauraient être rapportées à une seule cause: elles constituent un produit complexe, dû à 6 Faction de causes diverses. L’esprit humain ne se départit pas ici de sa marche ordinaire; placé en face d’un problème compliqué, il n’en sépare pas nettement d’abord les divers éléments, aussi ce n’est que dans ces derniers temps que les progrès de la science permirent d’appliquer au sujet qui nous occupe le précepte cartésien : « diviser chacune des difficultés en autant de parcelles qu’il se peut et qu’il est requis pour les mieux résoudre. » Cette simplification opérée, se présentait une difficulté nouvelle, inhérente cette fois à la nature môme du mode expérimental. On pourrait diviser les expériences physiologiques en deux catégories. Les premières étudient l’activité d’un organe placé dans ses conditions normales : au moyen de certains procédés, empruntés pour la plupart aux sciences physiques ou chimiques, elles rendent plus sensibles, elles traduisent avec plus d’exactitude les phénomènes qui se passent dans l’organisme sain, en prenant soin, nous le répétons, de ne provoquer aucun trouble fonctionnel, pre- mière condition nécessaire pour la réussite de l’expérience et la justesse des conclusions déduites. Telles sont les recherches de spirométrie, de sphygmographie, etc. Mais il est un autre ordre d’expériences que nous appelle- rions volontiers négatives, elles suspendent l’activité nor- male d’une partie de l'organisme, et essaient de déduire son rôle physiologique des phénomènes, pathologiques celte 7 lois, observés après l’opération. Dans la plupart des eas, l’interprétation des résultats ainsi obtenus n’est pas entourée de grandes difficultés; mais dans d’autres, l’expérimentateur a besoin, on le conçoit, de s’entourer de certaines précau- tions avant de formuler des conclusions relatives aux pro- priétés vitales de l’organe soumis à cette méthode d’investi- gation. — Outre ses effets immédiats, l’opération peut avoir déterminé des modifications fonctionnelles susceptibles de produire les altérations constatées; dans ce cas particulier, il faut déjà remonter plus haut dans la recherche de la cause. Il y a plus : des circonstances étrangères, des influen- ces extérieures dont l’action ne se faisait pas sentir avant la section ou l’ablation de l’organe, peuvent venir compli- quer l’expérience et entrer pour une part dans la production des phénomènes observés. Nous ne pouvons pas en citer d’exemple plus remarquable que les recherches bien connues de M. Snellen sur les suites de la paralysie du trijumeau!1). Le physiologiste hollandais démontra que les lésions ocu- laires survenant après la section , considérées longtemps comme un effet immédiat, dépendaient en grande partie du choc des corps étrangers, d’une cause traumatique agis- sant sur le globe de l’œil privé de la sensibilité générale. La section des filets pulmonaires du pneumogastrique (1) De invloed der zenuwen op de ontsleking proefondervindelijk geloelst. Utrecht, 18j7. 8 rentre dans cette catégorie d’expériences : elle occasionne des troubles graves de la respiration et de la circulation : avant de conclure à une influence directe, névro-paralytique, il convient, nous semble-t-il, d’examiner avec soin, si ces phénomènes d’ordre pathologique ne suffisent pas à l’expli- cation des lésions pulmonaires. Ces considérations nous tracent le plan que nous nous proposons de suivre. La section du nerf vague pratiquée à la région cervicale, produit des effets divers, en raison de la nature des filets nerveux dont elle supprime l’action. Nous nous efforcerons d’isoler ces effets et de préciser leur influence respective, en étudiant d’une manière spé- ciale les changements qu’éprouvent la respiration et la circulation. Nous essayerons d’expliquer les altérations anatomiques constatées dans les poumons, indépendamment de la paralysie du larynx, en tâchant d’arriver ainsi à une théorie pathogénique de l’affection pulmonaire : un résumé critique des principales opinions précédera cette discussion. L’importance de cet ordre de recherches, au point de vue pratique, ne saurait être contestée. Les expériences que nous avons nommées négatives déterminent, nous ne pouvons pas l’oublier, un véritable état pathologique, elles provoquent l’apparition de symptômes qui s’offrent parfois à notre observation au lit du malade, alors qu’un travail morbide ou une cause traumatique, remplaçant l’expérience 9 instituée, supprime comme elle l’activité physiologique d’un organe (1). Ainsi limitée, la médecine expérimentale, terme un peu ambitieux peut-être, nous semble appelée à rendre de grands services, à éclairer d’une vive lumière les parties les plus obscures de la médecine scientifique, l’étiologie et la pathogénie. Certes, nous sommes bien loin de la proposer comme méthode générale, nous n’entendons pas nous associer à ceux « qui transportent la clinique sur la table à vivisections. » Sans parler des différences entre l’organisme humain et les organismes animaux, diffé- rences qui doivent être bien profondes, si l’on réfléchit à la variabilité de réaction que présentent les individus de l’espèce humaine, nous connaissons trop peu les grands modificateurs étiologiques, et nous les connaîtrions davan- tage, que nous ne pourrions pas les reproduire à volonté, de manière à soumettre les organismes à leur influence. Le rôle de l’expérimentation appliquée à la médecine doit être plus modeste et se borner, pour le moment du moins, à la catégorie d’expériences que nous venons de mention- ner. Déjà des découvertes importantes ont été le fruit de recherches entreprises dans cette direction : et il est inutile de discuter quand les faits parlent assez haut. On voudra (1) Nous pouvons citer ici comme un exemple se rapportant directement à notre sujet, l’observation de M. le professeur Burggraeve : Cas remarquable de compression traumatique des nerfs vagues et grands sympathiques, suivie de mort par asphyxie pulmonaire. (Bulletin de VAcadémie de médecine de Belgique, T. XI. 1851-52). 10 bien nous accorder que les travaux de M. Cl. Bernard sur le diabète, de M. Flourens sur les fonctions du cervelet, de M. Brown-Séquard sur les fonctions de la moelle épi- nière, ont largement étendu l’horizon de nos connaissances médicales. Dans cet ordre d’études, l’expérimentation phy- siologique et l’observation clinique doivent se donner la main et se prêter un mutuel appui : l’expérimentation pré- \ cède en soulevant les questions, la clinique la suit et con- trôle souvent les résultats obtenus. La médecine de l’avenir s’engagera tous les jours davantage dans celle voie émi- nemment scientifique, et dans sa marche progressive, elle ne pourra manquer de resserrer encore les liens déjà si étroits qui unissent la physiologie à la pathologie. C’est animé de cet esprit que nous avons choisi ce sujet cl achevé le travail que nous soumettons aujourd’hui à l’ap- préciation de la Faculté. Gand, 10 Avril 186:2. La section du tronc du pneumogastrique à la région cervicale, pratiquée à l’endroit habituel, c’est-à-dire à la hauteur des pre- miers anneaux delà trachée, affecte à la fois trois appareils : l’appa- reil respiratoire, l’appareil circulatoire et l’appareil digestif avec ses annexes (L; nous ne négligeons pas les effets produits sur le cœur et sur la première partie du tube digestif, nous en donnerons plus tard la raison. Cette opération détruit l’action du plus grand nombre des filets cardiaques, assez variables dans leur ori- gine, celle des filets œsophagiens et des branches abdominales, celle des nerfs laryngés inférieurs ou récurrents et des nerfs pul- monaires postérieurs et antérieurs. Les changements introduits dans l’acte respiratoire doivent sur- tout fixer notre attention dans ce travail. La section du nerf vague exerce une influence sur le larynx d’abord, animé par les récurrents, sur les poumons ensuite, dont l’innervation dépend en grande partie des branches fournies par la dixième paire (2). Deux causes peuvent donc déterminer les lésions pulmonaires observées après l’opération : il importe à une étude rigoureuse de les isoler.. Nous nous proposons d’étudier séparément les effets de la section des récurrents d’abord, ceux de la section des rameaux pulmo- naires ensuite, en supprimant l’influence de la paralysie du larynx. (1) N ous n’avons pas à tenir compte des effets produits sur le larynx, considéré comme organe vocal, ou des modifications de la phonation. (2) On n’a pas déterminé jusqu’ici l’influence qu’exercent sur le poumon les branches du grand sympathique entrant dans la composition du plexus pulmonaire. 12 ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE DE LA PARALYSIE DES NERFS LARYNGÉS INFÉRIEURS. Des quatre nerfs qui se rendent au larynx, deux seulement, les nerfs laryngés inférieurs ou récurrents, se trouvent compris dans la section du pneumogastrique, pratiquée dans les conditions exposées plus haut; la sensibilité laryngienne persiste donc après l’opération. On admet généralement aujourd’hui que la section des récur- rents paralyse tous les muscles du larynx si l’on en excepte le crico- thyroïdien, tenseur des cordes vocales. A part cette restriction de médiocre importance, tout est donc paralysé dans cet organe : la contraction delà tunique musculaire du pharynx peut, il est vrai, rapprocher les cordes vocales, mais quand elle ne s’établit pas, les lèvres de la glotte, dépossédées de leur activité physiologique, sont livrées, comme des soupapes flottantes, à l'influence des agents physiques. Le courant d’air de l’inspiration les rapproche, celui de l’expiration les écarte, le contraire s’observe à l'état normal : ces faits sont connus, nous ne nous y arrêterons pas. Chez les animaux adultes, il n’en résulte, au point de vue de la mécanique respiratoire, que peu d’inconvénients. Comme l’espace compris en arrière de la glotte ligamenteuse, entre les apophyses antérieures des cartilages aryténoïdes, est assez étendu et limité par des parties résistantes et non dépressibles, la dilatation musculaire active pourra cesser d’intervenir à l’inspiration, sans qu’il s’en suive 13 un danger d’asphyxie. La respiration sera plus ou moins gênée sans doute et la production de l’effort sera rendue beaucoup plus dilïicile, le rapprochement des lèvres de la glotte étant une con- dition indispensable pour la fixation de la cage thoracique. Il en est tout autrement pour les jeunes animaux. Chez eux, la dilatation active de la glotte est nécessaire à chaque inspiration : les apophyses antérieures des cartilages aryténoïdes sont trop peu développées et ne limitent pas en arrière de la glotte vocale l’espace que nous avons signalé plus haut; d’ailleurs, les lèvres glottiques plus souples que chez les animaux adultes, se rapprochent sous la pression de l’atmosphère à chaque inspiration et ferment presque complètement l’orifice des voies respiratoires. Dans ces conditions, la mort ne tarde pas à survenir par asphyxie. Cet état fœtal persiste jusqu’à une époque de la vie assez difficile à préciser; elle varie d’après l’espèce d’abord, et dans une même espèce, d’après les individus, d’après le développement plus ou moins rapide des apophyses aryténoïdes antérieures. Dans les premiers jours qui suivent la naissance, on a observé des cas de mort presque subite, la vie s’éteignait au bout de quelques minutes, à la suite de la section des récurrents ou des pneumogastriques. Cette der- nière opération, chez les très-jeunes animaux, borne presque son influence à la paralysie du larynx, elle n’agit guères autrement que la section des laryngés inférieurs. On ne saurait pourtant ériger les faits exceptionnels cités plus haut en règle générale. Dans la plupart des cas, les chiens ne suc- combent qu’après une demi-heure, les chats plus promptement, les cochons d’Inde au bout d’une heure environ, les lapins peuvent vivre plus longtemps, de deux à trois heures. La durée de la vie augmente ensuite avec l’àge, cependant l’influence de l’état fœtal se fait encore sentir chez les chiens jusqu’à trois mois environ, chez les lapins jusqu’à six semaines et même deux mois, chez les 14 cochons d’Inde jusqu’à six mois environ : et certaines espèces animales, telles que les chats et les chevaux, peuvent, même à l’état adulte, périr par asphyxie à la suite de la paralysie du larynx. Après la section des deux pneumogastriques, les chats succombent le plus souvent en moins d’une heure, chez les chevaux, la suffo- cation s’établit très-rapidement, au bout d’une demi-heure au moins, de six heures au plus. Comme M. Bérard l’a fait remar- quer, chez ces animaux les lèvres de la glotte sont très-mobiles et poussées l’une vers l’autre, elles ne laissent presque pas de place pour le passage de l’air inspiré. La section des récurrents en paralysant le larynx, peut exer- cer une action médiate sur la respiration. L’inspiration est en général plus laborieuse, elle s’établit parle concours d’un plus grand nombre de muscles qu’à l’état ordinaire et normal, surtout dans les premiers jours qui suivent l’opération; l’expiration est facilitée au contraire. Quant au nombre des respirations dans un temps donné, il parait augmenter chez les chiens, diminuer au contraire assez généralement chez les lapins ; chez ces derniers, par suite de l’étroitesse de la glotte, chaque inspiration a une durée plus longue, le temps d’arrêt, la pause tend à disparaître entre chaque respiration; nous devons dire que nos expériences nous ont donné des résultats assez variables sous ce rapport. Enfin la pénétration des corps étrangers dans les voies respiratoires occasionne, chez certaines espèces animales, une dyspnée passa- gère et même quelques symptômes transitoires de suffocation. Nous sommes amenés à étudier maintenant un autre phéno- mène, plus important au point de vue qui nous occupe, et dépen- dant aussi delà paralysie de la glotte, l’entrée des substances étran- gères, parcelles alimentaires, mucus buccal et pharyngien, etc. dans l’appareil respiratoire. La.glotte se ferme au second temps de la déglutition. Il ne faut 15 pas s’exagérer l’importance de cette occlusion ; les expériences de M. Longet ont démontré que le déplacement du larynx en haut et en avant, le mouvement en sens inverse de la base de la langue et l’exquise sensibilité du vestibule sus-glottique, constituaient les principaux moyens de protection à l’entrée des voies aériennes. La fermeture de là glotte est comme une dernière précaution prise par la nature : son intervention se fait sentir surtout d’une manière efficace dans ces cas exceptionnels où des particules solides, des gouttelettes liquides, déjà engagées dans la partie supérieure du larynx, tendent à s’introduire plus avant dans la trachée. Les recherches du physiologiste que nous venons de citer l’ont amené à cette conclusion remarquable, « que les mouvements de la glotte qui accompagnent la déglutition sont soumis à d’autres agents musculaires que ceux qui meuvent le même orifice dans la production des phénomènes vocaux et respiratoires, » en d’autres termes, ils ne cessent pas de se produire après la paralysie des muscles intrinsèques du larynx ; la contraction des muscles palato-pharyngiens et des constricteurs inférieurs surtout, peut rapprocher les lames divergentes du cartilage thyroïde et par suite les lèvres de la glotte au second temps de la déglutition. Cet acte se trouve subordonné du reste à l’intégrité des laryngés supérieurs et à la persistance de la sensibilité de la muqueuse sus-glottique. Cette occlusion est-elle complète après la section des nerfs récurrents? Elle paraît l’ètre chez les chiens : chez les lapins, les lèvres de la glotte se rapprochent mais 11e s’appliquent pas immédiatement l’une contre l’autre pendant la déglutition. Dans l’espèce canine, selon la remarque de M. Longet, les mus- cles du pharynx sont plus imbriqués que chez l’homme ; outre les palato-pharyngiens et les constricteurs inférieurs du pharynx, les constricteurs moyens viennent encore s’insérer en partie ail bord postérieur du cartilage thyroïde. De plus, les aliments solides 16 déglutis sont réduits en parcelles beaucoup plus ténues, beaucoup moins cohérentes chez les lapins que chez les chiens, particularité évidemment favorable à la pénétration des matières nutritives dans les voies respiratoires. Nous aurons du reste l’occasion de revenir sur ce point dans le compte-rendu de nos expériences. Nous avons pu constater que, même chez les lapins, la section des récurrents, n’a pas pour effet constant le passage des corps étrangers dans le conduit aérien, cette complication se produit plus fréquemment sous l’influence de certaines circonstances; Scliilï avait déjà appelé l’attention sur l’une d’entre elles. Une interruption sou- daine de la déglutition se déclare quand l’animal est effrayé, la racine de la langue, le larynx et l’épiglotte sont subitement déplacés, une inspiration brusque survient et entraîne les corps étrangers à travers l’orifice respiratoire ; aussi une suffocation passagère, plus ou moins grave, se manifeste dans ces cir- constances. Cette observation est assez généralement exacte, mais nous attachons une plus grande importance sous ce rapport à la paralysie de l’œsophage. Dans nos premières expériences, nous n’avons pu constater à l’autopsie la pneumonie que détermine la présence de corps étrangers, dans la dernière, nous trouvâmes une violente inflammation du parenchyme pulmonaire et de nombreux débris d’aliments engagés dans les ramifications bron- chiques. Nous croyons devoir attribuer au mode opératoire cette différence dans les résultats obtenus. En effet, nous pratiquions d’abord la section des récurrents à la hauteur des premiers anneaux de la trachée; dans le dernier cas (Exp. V) nous les avons coupés à la partie tout à fait inférieure de la région cer- vicale, de manière à paralyser le plus grand nombre de filets œsophagiens possible à la suite de l’opération. Dans ces condi- tions, l’accumulation des matières ingérées au commencement 17 de l’œsophage paralysé et devenu inerte, tend à rendre la déglutition plus dilïicile et à favoriser le passage des aliments à travers la glotte incomplètement fermée. La même remarque est applicable à fortiori à la section des pneumogastriques, qui paralyse le tube œsophagien en totalité!1). Expériences. I et II. 5 Novembre 4861. — Deux cochons d’Inde, d’une même portée, âgés de cinq jours. 1° à 5 h. 55' de l’après-midi, section des deux pneumogastriques chez l’un d’entre eux qui paraissait plus vigoureux que l’autre. L’ani- mal est très agité après l’opération, il se déplace fréquemment en exécutant de petits sauts brusques, et projette la totalité du corps en avant à chaque inspiration. Le nombre des respirations a notablement diminué, par contre, elles sont plus énergiques et plus laborieuses. Vers cinq heures, l’animal commence à perdre un peu d’écume san- guinolente par les narines, quelques minutes après, il s’affaisse, tombe sur le côté et s’éteint par asphyxie à 5 b. 20'. 2° Section des récurrents seuls chez le second à 5 b. 50'. L’animal est plus calme que le précédent, il ne présente pas cette agitation continuelle. L’oppression semble très notable, les respirations sont faibles et incomplètes. 45 minutes environ après l’opération, il tombe sur le côté et meurt à 5 heures moins cinq minutes. Autopsies pratiquées immédiatement après la mort. N° 2. Cochon d’Inde privé de ses récurrents. Signes ordinaires de la mort par asphyxie. A l’ouverture de la cage thoracique, les poumons sont affaissés, le péricarde à nu dans le médiastin antérieur. Abstraction faite de quelques groupes assez rares de vésicules aérées formant une légère saillie à la surface pulmonaire, la plus grande partie du tissu du poumon, à partir (1) Ce qui précède était écrit, quand nons avons reçu communication d’un Mémoire de M. Chauveau « Sur le rôle du pneumogastrique dans la déglutition » présenté à l’Académie des Sciences, dans sa séance du 24 mars 1862. Nous repro- duisons plus loin les principales conclusions de ce travail, qui nous semble confir- mer l’opinion que nous venons d’émettre sur la paralysie de l’œsophage. 18 de la racine, se présente à l’état suivant : la couleur est d’un rouge bru- nâtre à peu près uniforme, la surface unie, la consistance ferme, non élastique, le parenchyme ne crépite pas à la pression des doigts. A la coupe, couleur rouge-brun uniforme, sur laquelle se détache la teinte blanchâtre des bronches et des vaisseaux, surface de section lisse, unie, assez compacte, non crépitante, laissant suinter en petite quantité une sérosité sanguinolente non écumcuse ; les ramifications bronchi- ques contiennent un peu de liquide rosé, à peine aéré. Le tissu pulmonaire ainsi modifié descend au fond de l’eau; distendu par l’insufflation, il reprend ses propriétés normales. Les bords seulement des deux poumons sont assez uniformément aérés dans une étendue variable : en général, la transition s’établit brusquement, sur quelques points d’une manière graduelle, quelques lobules aérés ou imparfaitement atélectasiés se trouvant mêlés au tissu pulmonaire décrit plus haut. Les deux feuilletsde la plèvre sont lisses et n’ont pas perdu leur poli. Rien de spécial dans la trachée. Récurrents parfaitement coupés. — Pneumogastriques intacts. N° 1. Cochon d’Inde privé des pneumogastriques. Un peu de sérosité écumcuse dans la trachée et dans les bronches. Dans le quart de son étendue à peu près, à partir de la racine, le parenchyme pulmonaire est atélectasié et offre les caractères mention- nés plus haut. Le reste du tissu est aéré, quelques vésicules présentent même une légère dilatation emphysémateuse. Signes ordinaires de la mort par asphyxie. Pneumogastriques nettement coupés. III. 4 Octobre. — Lapin adulte, vigoureux. Libre dans le laboratoire et calme, 92 respirations, 210 pulsations ; fixé, 11G respirations, 228 pulsations(1). Vers 4 heures du soir, résection des deux récurrents dans l’étendue d’un centimètre et demi, à la hauteur des premiers anneaux de la trachée, sans hémorrhagie notable. (1) Nous comptons les respirations et les pulsations par minute, à moins d’indi- cation contraire. 19 L’animal est très-agité immédiatement après l’opération. Le bruit de piaulement se prononce au larynx : il devient plus rude et se rap- proche du bruit de scie, quand on excite l’animal ; il est alors percep- tible même à distance. Dix minutes après, l’agitation a diminué; 9G respirations, 230 pul- sations. La respiration, d’abdominale qu’elle était avant l’opération, a pris le type thoracique costo-inférieur, l’inspiration est plus haute, plus lente et plus difficile : l’expiration est courte et se fait assez facilement ; il n’y a pas de pause. L’animal ouvre largement les naseaux et la bouche à chaque inspiration. A 4 h. l’animal étant calme, 08 respirations. Le lendemain o, à 7 heures du malin, GG respirations. La dyspnée persiste, à un moindre degré pourtant. L’animal ne change guère de position : il tend le cou et ouvre largement les naseaux à chaque inspiration; la respiration conserve le type thoracique. Le G Octobre et jours suivants, on observe que le lapin a des respirations plus fréquentes et plus précipitées immédiatement après ses repas. Moyenne de 5 observations : Lapin à jeun, 84 respirations. Après le repas, 128. Chez un lapin absolument sain, n’ayant subi aucune opération, pris comme terme de comparaison, la différence entre le nombre des res- pirations à jeun et après le repas, n’est que G à 8 par minute. Cette particularité nous semble avoir une certaine importance. Elle explique peut-être pourquoi certains auteurs ont trouvé parfois une augmentation du nombre des respirations chez les lapins, après la section des laryngés inférieurs. Les jours suivants, même nombre de respirations à peu près (84 en moyenne). La dyspnée diminua graduellement et l’animal finit par présenter toutes les apparences de la santé; seulement, quand il était excité, le bruit caractéristique se reproduisait au larynx. H fut sacrifié le 3 Décembre, vers midi, par la section du bulbe rachidien. Autopsie à 2 heures de l’après-midi. Les poumons n'offrent pas de lésions bien prononcées. Légère congestion des lobes inférieurs D ) : quelques groupes de vésicules (1) Sans tenir compte delà différence d’attitude, nous décrirons, à l’exemple de la plupart des auteurs, les lésions observées, comme si la situation des parties était la même chez les animaux que chez l’homme. 20 emphysémateuses sur les bords, rares à la surface, l’emphysème est surtout prononcé à la partie supérieure du bord antérieur du second lobe droit. A la surface du poumon, quatre à cinq taches rougeâtres, peu étendues, de forme irrégulière, pour la plupart assez bien cir- conscrites, ne donnant pas de sensation spéciale au toucher, se trou- vant au même niveau que le reste du parenchyme pulmonaire. A la coupe, le tissu ne présente rien d’anormal, on trouve un peu de sérosité spumeuse dans les dernières ramifications bronchiques : pas de corps étrangers, pas de traces d’hépatisation. Plèvre saine. ha trachée présente à sa partie cervicale une injection violacée entre les anneaux cartilagineux (1) : les divisions bronchiques sont normales, la muqueuse n’est pas congestionnée. Les extrémités des récurrents ne se sont pas réunies : elles sont écartées de plus d’un centimètre. Pneumogastriques intacts. IV. 18 Octobre. — Lapin nulle, adulte, assez vigoureux. Il est agité à son entrée au laboratoire, 108 respirations, 230 pul- sations environ : fixé sur la table d’opérations, même nombre de pulsations, les respirations tombent à 72. A 5 heures 50' du soir, résection du pneumogastrique gauche dans l’étendue d’un centimètre et demi : le nerf fut trouvé sensible. La res- piration, d’abord un peu plus difficile, fut bientôt ramenée à son type normal; 72 respirations, 270 pulsations. Pas de différence dans les mouvements respiratoires des deux côtés de la poitrine. La section du grand sympathique gauche, pratiquée pour d’autres expériences, donna les résultats connus. Vers fi heures, résection du récurrent droit dans l’étendue de plus d’un centimètre, à la hauteur des premiers anneaux de la trachée. Bruit caractéristique au larynx. Animal agité : 70 respirations, 280 pulsations environ. Il ne paraît pas éprouver une grande gène respiratoire, le sang est rouge dans les (1) Cette injection de la trachée ne nous semble pas, comme à certains auteurs, dénoter toujours la pénétration de corps étrangers ; elle peut se borner à la région cervicale et dépendre de l’imbibition sanguine, consécutive à la section des récurrents, pendant laquelle des veinules voisines du conduit aérien sont assez souvent lésées. 21 carotides : quelques râles humides à l’auscultation des deux côtés de de la poitrine. 20 minutes après la section des récurrents, le lapin étant calme, on compte, à deux reprises différentes, 60 respirations par minute. L’animal se remit très-promptement des suites de l’opération ; pen- dant tout le temps qu’il fut en observation, il ne présenta aucun phé- nomène spécial. Le 15 Décembre, le larynx fut mis à découvert, la membrane thyro- hyoïdienne ayant été divisée et l’épiglotte attirée en avant à l’aide d’un crochet. Le jeu des cordes vocales ne s’était pas rétabli. L’animal est tué par la section du nœud vital et ouvert immédiate- ment après. Autopsie. Les bords du poumon gauche sont emphysémateux dans une étendue assez notable. Quelques ilôts d’emphysème à la surface du tissu pul- monaire. Le poumon droit est le siège d’un emphysème plus prononcé, il est plus congestionné, surtout à sa partie inférieure. Dans le lobe supé- rieur et dans le second lobe surtout se détachent quelques groupes de vésicules atélectasiées irrégulièrement distribués, et un petit nombre de taches rougeâtres, très-superficielles, peu étendues : le tout disparaît par une insufflation modérée. A part ces légères altérations, le tissu pulmonaire est normal tant à la surface qu’à l’intérieur ; malgré un examen très-attentif, on ne parvient pas à constater la présence de corps étrangers ou de noyaux d’hépatisation. La tradhée présente une injection violette entre les anneaux cartila- gineux surtout dans son tiers supérieur, distribuée par plaques sur quelques points, et diminuant ensuite graduellement pour disparaître un peu au-dessus de l’origine des bronches. Plèvre saine. OEsopliage vide. Cœur normal, médiocrement distendu. Les deux bouts du pneumogastrique réunis par une cicatrice fibreuse, dans laquelle l’examen microscopique ne permet pas de constater des fibres nerveuses de nouvelle formation : les extrémités du récurrent droit isolées. V. 17 Décembre. — Lapine de 4 à 5 mois. Libre: 116 respirations irrégulières, 250pulsations, dans deux obser- vations; fixée sur la table à vivisections : 72 respirations 220 pulsations. A 6 heures du soir, section des deux récurrents à la partie infé- 22 ricure de la région cervicale : on exerce une traction sur l’extrémité infé- rieure du nerf, de manière à le couper le plus bas possible, pour sup- primer ainsi l’action d’un grand nombre de filets œsophagiens. Résection des deux laryngés inférieurs dans l’étendue de plus de deux centimètres. Immédiatement après, le bruit de scie se prononce au larynx pendant l’inspiration; bruit plus faible, de soupape soulevée, à l’expiration. Respiration assez peu gênée : 72 respirations dans 5 observations, 192 pulsations, immédiatement après l’opération. 15 minutes après, 80 respirations, se succédant sans temps d’arrêt. Le lendemain 18, à 3 heures de l’après midi, 88 respirations, inspi- ration accompagnée du bruit caractéristique perceptible à distance, augmentant et devenant plus rauque quand l’animal est troublé pen- dant ses repas. Le nombre des respirations augmenta légèrement les jours suivants. Le 25, 96 respirations, l’animal parait malade et refuse de manger. Le 27,108 respirations, 250 pulsations à peu près : cette augmentation doit être attribuée au travail inflammatoire qui commence dans les pou- mons, comme la percussion et l’auscultation permettent de le constater. Le 28, à onze heures du matin, 76 respirations très-pénibles, 216 pulsations : râles à grosses bulles des deux côtés de la poitrine. L’ani- mal ouvre largement la bouche et les naseaux à chaque inspiration, il refuse toute nourriture. Le 29, à 11 h. 15', il paraît mourant, l’hématose s’opère avec une difficulté extrême, les muqueuses de la bouche et du nez ont une teinte d’un bleu pâle : la tête se relève, la bouche et les naseaux s’ouvrent largement à chaque inspiration. 70 respirations, 96 à 100 pulsations, faibles, irrégulières; gros râles dans la trachée perceptibles à distance. Ail h. 45', le nombre des respirations était descendu à 28 ; à midi moins 5 minutes, on n’en comptait plus que 20 par minute. L’animal meurt à midi : il avait vécu douze jours environ, depuis l’opération. Autopsie à 4 heures du soir. L’affaissement des poumons est à peu près nul à l’ouverture de la cage thoracique. On peut évaluer au dixième tout au plus de la masse totale du paren- chyme pulmonaire les parties présentant plus ou moins leurs pro- priétés normales. Elles sont irrégulièrement distribuées dans le lobe supérieur gauche et dans le lobe supérieur et le second lobe droit. Deux altérations principales se partagent le reste du tissu pulmo- 23 naire. L’emphysème occupe le tiers externe et une partie de la surface postérieure du lobe supérieur droit, les deux tiers inférieurs du lobe inférieur et la partie inférieure du lobule accessoire du même côté ; dans le poumon gauche, la moitié inférieure du second lobe. Cet emphysème est assez généralement vésiculaire ; sur quelques points, les vésicules distendues se sont déchirées et à la suite de cette rupture, l’air a pénétré dans le tissu cellulaire intervésiculaire : la plèvre est soulevée à la suite de cette infiltration. Cette complication se fait remarquer à peu près uniformément partout, tant dans les lobes inférieurs que dans le lobe supérieur droit. Au milieu du tissu pulmonaire emphy- sémateux, en bas surtout, on observe des taches arrondies d’un rouge violacé, d’un volume variable, ne dépassant pas celui d’une forte tête d’épingle; celles qui ont le plus d’étendue ont un point central plus foncé, dur et résistant. A part quelques parties atélectasiées assez rares sur les bords, le reste du tissu pulmonaire altéré est le siège d’un gonflement considérable. Il a un aspect granité : le fond, d’un rouge grisâtre, est parsemé de taches nombreuses, la plupart d’un jaune saie, quelques unes avec une teinte de gris,très-irrégulières,d’une étendue variable, les plus grandes étant manifestement formées par la réunion de plus petites d’abord disséminées : elles font une saillie plus ou moins pro- noncée ? au dessus du niveau du parenchyme à teinte rougeâtre et rendent ainsi la surface du poumon très-inégale. La consistance de ce tissu est variable : quelques parties sont assez dures et fermes, la plupart sont moins résistantes, dépressibles et gardent l’impression du doigt, elles sont friables, s’écrasent facilement à la pression et se déchirent sans difficulté ; quelques lobules cependant opposent une certaine résistance. L’intérieur du poumon présente aussi une surface marbrée de jaune et de rouge, parsemée assez généralement de granulations peu distinctes; dans quelques endroits, elle est à peu près lisse : la déchi- rure en est très inégale. Les parties granulées laissent écouler à la pression une sanie grisâtre très-peu abondante, les parties lisses un liquide d’un jaune sale. Une petite quantité de sang épaissi sort des vaisseaux divisés ; par contre, un pus très-épais mélangé de débris ali- mentaires verdâtres remplit les conduits aériens. Des fragments de tissus végétaux d’une teinte verdâtre sont engagés dans la plupart des ramifications bronchiques, d’autant plus avant que leur volume est moindre; ils sont entourés le plus souvent d’un infarctus hémoptoïque. 24 A l’intérieur du poumon, dans le second lobe surtout, se trouvent un petit nombre d’abcès à cavité irrégulière, sans membrane spéciale délimitante, entourés d’une couche de tissu pulmonaire à l’état d’hé- patisation grise, et renfermant un pus crémeux, mélangé à des débris végétaux : ils se trouvent surtout dans le second lobe droit. Le tissu pulmonaire ainsi modifié est en rapport par des prolon- gements irréguliers avec la partie du poumon affectée d’emphysème, la ligne de démarcation est en général très-nette. A la coupe, les parties emphysémateuses présentent quelques taches foncées, comme celles que nous avons signalées à leur surface, mais en petit nombre : les divisions bronchiques qui traversent le parenchyme distendu sont remplies d’un liquide purulent, amené évidemment par voie mécanique. Les parties hépatisées présentent l’aspect suivant au microscope. Les vésicules pulmonaires ont assez bien conservé leur forme normale, quelques unes apparaissent comme déprimées par une exsudation parenchymateuse interstitielle : leurs parois sont distinctes, les tra- bécules élastiques ne paraissent guère avoir éprouvé de changements. Elles sont remplies d’agrégats de globules purulents, réunis par une masse amorphe, fibrineuse, plus ou moins abondante, dont la quan- tité fait varier la consistance du tissu ; cette gangue fibrineuse semble parsemée de petites granulations graisseuses. Les cellules du pus se pré- sentent avec leurs caractères habituels ; on trouve parfois encore au mi- lieu d’elles les cellules mères, plus ou moins volumineuses, contenant de trois i\ six globules purulents; dans quelques endroits, la substance intermédiaire qui réunissait les globules purulents a disparu, et les cellules purulentes apparaissent en nombre beaucoup plus considérable (infiltration purulente). Les cellules de l’épithélium des vésicules ont notablement augmenté de volume; leur noyau s’est agrandi. Les débris végétaux engagés dans les ramifications tronchiques sont entourés le plus souvent par une grande quantité de cellules purulentes réunies par une matière intercellulaire plus ou moins liquide ; au mi- lieu de ces globules purulents, flottent des spiricules de trachées végé- tales, quelques rares cellules épithéliales et des fragments de trabécules élastiques : leur présence permet de supposer une destruction partielle du parenchyme. On constate de plus, avec plus ou moins de netteté d’après les progrès du travail pathologique, des globules sanguins déformés autour des fragments alimentaires. La plèvre, le feuillet viscéral surtout, a perdu son poli : on remarque quelques fausses membranes, minces, peu étendues et assez peu adhé- 25 rentes à la surface du poumon gauelie et sur la plèvre diaphragma- tique du même côté. Liquide légèrement trouble dans les deux cavités pleurales, plus abondant à gauche qu’à droite. La muqueuse des divisions bronchiques est ramollie et injectée. La trachée est fortement injectée entre les cerceaux cartilagineux : elle renferme un liquide d’un jaune verdâtre mélangé à des débris végétaux, peu abondant à la région cervicale, augmentant en quantité dans la par- tie thoracique; l’examen au microscope y fait constater la présence de nombreuses cellules purulentes et de globules sanguins déformés. La muqueuse laryngienne est le siège d’une injection violette, très notable. Le cœur droit est gonflé et rempli d’un sang noir et épais, le cœur gauche ne contient qu’une petite quantité de sang. L’œsophage est distendu par des aliments, à la région cervicale ; il est à peu près vide dans sa portion thoracique. Récurrents coupés et non réunis. Pneumogastriques absolument intacts. RÉSUMÉ ANATOMO-PATHOLOGIQUE. Dans les deux premières expériences, le rétrécissement de la glotte, en rendant l’inspiration plus difficile, a déterminé graduelle- ment l’affaissement des vésicules pulmonaires. La description que nous avons donnée de cette variété d’atélectasie la rapproche sen- siblement de celle observée chez les enfants à la mamelle. Elle était moins étendue à l’autopsie du cochon d’Inde désigné sous le N° 1 qu’à celle du cochon d’Inde privé de ses récurrents : il faut en rechercher la cause dans la différence du type des respirations, énergiques quoique rares dans le premier cas, faibles et incom- plètes dans le second. Les altérations observées dans les expé- riences III et IV se réduisent à l’emphysème, à une congestion légère et à quelques vésicules affaissées. Enfin, l’expérience V nous offre un très bel exemple de pneumonie à ses divers stades, et d’emphysème étendu, produit par la grande diminution de la sur- face respiratoire. 26 Nous avons choisi exclusivement les lapins pour sujets de nos expériences. Chez les chiens en effet, la paralysie des laryngés inférieurs n’occasionne point de pneumonie en raison de la parti- cularité physiologique citée plus haut, l’occlusion de la glotte par la contraction des muscles pharyngiens s’opère encore d’une ma- nière assez complète pour prévenir l’entrée des aliments dans les voies respiratoires. De plus, les expériences de M. Chauveau vien- nent de démontrer que les nerfs centrifuges et centripètes de l’œso- phage sont tous fournis par le pharyngien et le laryngé externe. M. Schiff pratiqua la section des récurrents sur quatre chiens plus ou moins âgés et les tua au bout de trois semaines : leurs poumons étaient absolument à l’état normal. Il en observa un autre pendant plusieurs semaines après la opération, lui donna souvent des vomitifs ; il ne constata aucun symptôme se rapportant à la pénétration des substances étrangères dans le con- duit aérien et ne trouva aucun changement dans le parenchyme pulmonaire. Les internes de l’hôpital Beaujon, importunés par les aboiements d’un chien du voisinage, lui coupèrent les deux récurrents; au bout de deux ans l’animal présentait toutes les apparences de la santé. Des motifs analogues nous ont fait prati- quer la même opération sur un chien jeune, soumis à d’autres expériences : (26 Mars 1862 : avant la section, 28 respirations, 116 pulsations : après la section, 44 respirations, 150 pulsations). L’animal a été malade pendant quelques jours, mais au moment où nous écrivons (9 Avril) il paraît complètement remis des suites de l’opération par rapport à son état général (*). (1) Ce chien, dont l’état de santé habituel paraissait très-satisfaisant, est mort par accident le 26 Mai, probablement pour avoir mangé les débris d’un cochon d’Inde, empoisonné par une forte dose de sulfate de strychnine. La voix n’avait pas reparu depuis l’opération. L’autopsie ne put être faite que le lendemain 27, vers midi ; l’animal avait été tout le temps couché sur le côté droit. La congestion cadavérique était très pro- noncée de ce côté, le poumon gauche était le siège d’une légère hyperémie : un peu 27 ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE DE LA PARALYSIE DES BRANCHES PULMONAIRES, CARDIAQUES ET OESOPHAGIENNES DU NERF PNEUMOGASTRIQUE. La section des pneumogastriques prive la trachée de la sen- sibilité et de la motilité (0. Ces effets ne sont pas d’une bien grande importance : le premier favorise la pénétration des sub- stances étrangères dans les voies aériennes ; du moment que leur contact n’est plus perçu, elles ne sauraient provoquer les mouvements de toux nécessaires à leur expulsion. Les suites de la perte de la motilité peuvent être négligées ; les libres muscu- laires lisses n’occupent que la partie postérieure et membraneuse de la tra.chée, en se prolongeant très-peu sur les extrémités des anneaux cartilagineux ; elles ne sauraient donc produire par leur contraction une diminution bien notable du calibre du tuyau aérien, les cerceaux de la trachée ne tarderaient pas y mettre obstacle. Ces considérations sont applicables aux bronches et aux gros- ses ramilications bronchiques. Mais nous devons examiner à part l’état des divisions bronchiques d’un moindre volume après la d’écume dans les conduits aériens. Emphysème assez prononcé au sommet des deux poumons et le long du bord antérieur droit: pas de traces d’inflammation ou de pénétration de corps étrangers : une insufflation modérée distend les deux poumons en totalité. Trachée et bronches saines, muqueuse non injectée. Les récurrents, excisés dans l’étendue de près de deux centimètres, s’étaient cependant réunis par une cicatrice fibreuse ; dans celle du côté gauche, quelques fibres nerveuses apparaissaient sous le microscope. (1) Les récurrents fournissent des rameaux à la trachée, cependant nous avons préféré ne pas scinder les considérations d’ensemble qui vont suivre. 28 section de la paire vague. La sensibilité que les phénomènes pathologiques permettent de leur attribuer doit être assez obtuse, probablement que dans l’arbre aérien, elle diminue graduellement du larynx aux vésicules pulmonaires; quoi qu'il en soit, sous ce rapport il n’y a pas de différence à établir, la suppression de la sensibilité produit les mêmes effets que ceux décrits plus haut. Mais la perte de la contractilité entraîne des conséquences plus graves. Les cartilages des bronches diminuent graduellement de volume, elles constituent des lamelles de plus en plus petites, réparties sur tout le pourtour des canaux aériens et finissent par disparaître dans les dernières ramifications bronchiques ; comme leurs parois sont exclusivement membraneuses, rien ne s’oppose donc à leur rétrécissement sous l’influence de la contraction de la couche musculaire qui les entoure. De l’aveu de tous les auteurs, ces fibres contractiles existent jusqu’aux lobules pul- monaires; d’après MM. Molcschott, Ludwig et Longet, elles entre- raient dans la composition des vésicules pulmonaires elles-mêmes. La contractilité de ces fibres dépend-elle du pneumogastrique ? cette question peut être considérée comme résolue dans le sens de l’affirmative, après les expériences de Longet et celles plus récentes de KnautO), malgré les doutes de Donders et les résul- tats négatifs des recherches de Wintrieh. A l’état normal, quand ces fibres se contractent, elles diminuent évidemment le calibre des divisions bronchiques, et par l’intermédiaire du tissu conjonctif qui unit intimement toutes les parties du poumon, elles amoindrissent le volume de cet organe, en exerçant une espèce de traction uniforme sur les parties environnantes. Du reste, le rôle des muscles de Reisseisen dans le mécanisme de la respiration est assez imparfaitement connu. On peut dire d’une (1) De vitali, quœ dicitur, pulmonum contractililate, nervis vagis irritalis. Diss. inaug. Dorpati, 1859. 29 manière générale que leur contraction doit tendre à faciliter l’expiration : d’après quelques auteurs, se fondant sur des con- sidérations théoriques, elle favoriserait la diffusion des gaz à l’intérieur du parenchyme pulmonaire, en outre, de concert avec le mouvement ciliaire et la force expiratrice elle aide positivement à l’expulsion des matières sécrétées dans les voies respiratoires : autant d’effets qui ne s’observent plus après la section des pneu- mogastriques. Ce n’est pas que nous croyions qu’à la suite de la paralysie des bronches, la rétention de la sécrétion muqueuse normale, puisse faire périr l’animal par asphyxie : la quantité de mucosité produite n’est pas assez considérable, mais il se forme après l’opération un épanchement séreux dans les voies aérien- nes, épanchement dont l’évacuation ne pourra plus s’opérer. En résumé, à la suite de la paralysie des muscles bronchiques, les dernières ramifications des voies aériennes, en perdant leur acti- vité propre, se trouveront immobilisées à l’état de dilatation. Nous avons examiné jusqu’ici d’une manière isolée les effets, locaux pour ainsi dire, de la section de la paire vague sur les diverses parties constituantes de l’appareil respiratoire. Nous passons maintenant à un sujet plus important, l’étude des trou- bles de la fonction respiratoire. Après la section des pneumogastriques, les animaux semblent en proie à une grande anxiété, ils éprouvent au plus haut degré cette sensation particulière que les Allemands ont désignée du nom significatif de lufthunger. Il est difficile de comprendre, en assis- tant aux suites de cette opération, comment certains auteurs ont pu soutenir que ce besoin était aboli et que la respiration conti- nuait seulement par un effet de l’habitude. Assez souvent, des symptômes passagers d’asphyxie se manifestent, avec plus de gravité quand l’animal est en digestion : le système veineux se congestionne, les jugulaires se gonflent dans la plaie du cou, la 30 moindre hémorrhagie veineuse devient difficile à arrêter, les muqueuses de la bouche et du nez prennent une teinte bleuâtre, le sang a une couleur noirâtre dans les carotides. Immédiatement après l’opération, les animaux se livrent parfois à des mouvements violents et désordonnés ; fixés encore sur la table à vivisections, ils projettent la tète de tous côtés, soulèvent le tronc avec force et exécutent une suite de respirations très-rapides et comme convul- sives. Mais dans la plupart des cas, ils ne sont pas en proie à une aussi grande agitation : redevenus libres, ils ne quittent guère l’endroit où on les a déposés ; immobiles et comme étrangers à toute impression extérieure, ils semblent concentrer toute leur activité musculaire dans l’acte de la respiration. Elle se fait péni- blement : le cou se tend, la tète reste élevée ou bien se relève brusquement à chaque inspiration, les naseaux et la bouche s’ouvrent largement, l’ensemble des muscles inspirateurs entre en action, quelquefois un tremblement convulsif occupe une grande partie du système musculaire de l’animal ; il se manifestait dans deux de nos expériences jusque dans les muscles de la cuisse, durait pendant tout le temps de l’inspiration et cessait au moment ou l’expiration s’opérait par un relâchement brusque des forces inspi- ratrices, pour recommencer au début d’une respiration nouvelle. Au bout d’un temps variable, les symptômes les plus inquiétants perdent de leur intensité, chez les chiens surtout : la respiration quoique très-lente, semble moins gênée, l’animal se couche et paraît se remettre des suites de l’opération, jusqu’à ce que les changements anatomiques qu’éprouvent les poumons développent de nouveau la dyspnée et l’augmentent graduellement jusqu’à la mort. Dans certains cas, cette terminaison fatale se déclare presque subitement et s’accompagne de mouvements convulsifs et comme tétaniques, d’autres fois les animaux épuisés succombent après 31 une longue agonie. L’opération est constamment mortelle : on ne cite que deux ou trois exceptions. A l’état adulte, les lapins sur- vivent d’un à deux jours, les chiens de h à 5 jours, ils vont quel- quefois jusqu’au 12e jour et par exception, jusqu’à la fin du pre- mier mois (Sédillot) ou môme jusqu’à 7 semaines (Lowinsohn) (*). Un des effets les plus remarquables de la section de la dixième paire, c’est la diminution du nombre des respirations. On peut établir ee fait en règle générale : dans des cas tout à fait excep- tionnels et que nous n’avons pas rencontrés, des auteurs n’ont pas trouvé de modification notable sous ce rapport pendant la période consécutive à la paralysie des pneumogastriques. Le ralen- tissement des mouvements respiratoires varie dans une même espèce, d’après l’àge et la force du sujet et le temps écoulé depuis l’opération : nous avons dû renoncer à proposer une moyenne tirée d’un grand nombre d’observations, ces diverses données n’étant pas toujours fournies par les expérimentateurs. On peut dire d’une manière approximative, que le chiffre des respirations diminue de moitié. Le nombre des respirations parait être en raison inverse de la dyspnée; le rapport direct, qui se vérifie si souvent à l’état patho- logique, se trouve donc détruit. Presque toujours, une grande diminution constitue une des suites immédiates de l’opération : dans quelques cas, elle est tçès-peu sensible ; l’animal exécute une suite de mouvements respiratoires très accélérés, quand il est encore attaché à la table d’opérations ; la respiration ne se ralentit que lorsqu’il est mis en liberté. Elle devient ensuite graduellement plus fréquente et tend à un maximum, n’égalant jamais pourtant le chiffre de respirations observé dans un même temps avant l’expérience. Ce maximum survient assez rapidement pour les (1) Expérimenta de nervi vagi in respirationem vi et effectu. (Thèse de Dorpat, 1858.) 32 vieux animaux, il se fait attendre plus longtemps chez les adultes et plus encore chez les sujets jeunes. Le nombre des respirations diminue ensuite de nouveau jusqu’à la mort, et chez les lapins, dans la dernière heure, il baisse d’une manière très rapide. En étudiant de plus près ce phénomène, on ne tarde pas à se con- vaincre qu’il y a ici deux circonstances à distinguer. Et d’abord, la pause est rendue plus longue, l’intervalle entre chaque respiration est augmenté, comme si les nerfs qui après la section du pneumo- gastrique tiennent encore sous leur dépendance l’acte réllexe de la respiration répondaient avec plus de lenteur et de difficulté à l’impression de l’agent excitateur. Les chiens surtout présentent ce phénomène à un degré remarquable. De plus, l’état du larynx exerce une influence sur la durée de l’inspiration; comme il est rétréci, il oppose un obstacle au passage de l’air attiré dans la poitrine. La trachéotomie en supprimant cette cause aura donc pour résultat d’augmenter le nombre des respirations, chacune d’elle demandant moins de temps pour s’accomplir. On peut du reste instituer la contre-épreuve et anni- hiler les effets de la trachéotomie, en provoquant un rétrécisse- ment artificiel de la trachée. L’inspiration est plus lente, plus énergique et plus profonde ; un plus grand nombre de muscles y prennent part et ceux qui s’y trouvaient déjà employés augmentent leur action, comme si l’excitation avait dû gagner en énergie pour impressionner d’autres nerfs que la paire vague. Chez les lapins par exemple, la respira- tion à l’état ordinaire est presque exclusivement abdominale, elle devient après l’opération très manifestement thoracique, en grande partie costo-inférieure. Chez les chiens, la paroi abdominale se soulève et les côtés exécutent lentement leur mouvement ascen- sionnel, chez eux surtout on peut voir combien les mouvements respiratoires ont gagné en amplitude. L’expiration au contraire est 33 courte et brusque : elle n’est pas constituée pourtant par un simple affaissement, mais déterminée en partie par la contraction des mus- cles abdominaux; elle s’accompagne assez souvent chez le chien d’un bruit plaintif ressemblant à un soupir. La trachéotomie a des effets divers d’après l’àge. Elle exerce la plus grande influence sur les très jeunes animaux, en prévenant l’asphyxie rapide, consécutive à la paralysie du larynx; en dehors de letat fœtal, elle rend, nous l’avons vu plus haut, les respirations plus fréquentes. Enfin, chez les jeunes animaux soumis à cette opération, le maximum du nombre des respirations suit presque immédiatement la section des pneumogastriques pour diminuer ensuite d’une manière graduelle et presque constante jusqu’à la mort. Les effets de la trachéotomie sont beaucoup moins pronon- cés chez les individus adultes. Après la section du conduit aérien et même après l'introduction d’une canule et l’occlusion hermétique du larynx, l’activité respi- ratoire des muscles de la face continue à s’exercer, bien que désormais inutile. La trachéotomie nous a semblé généralement prolonger la durée de la vie chez les lapins mis en expérience. Nous avons dit plus haut que les inspirations sont plus larges, plus amples à la suite de la paralysie de la dixième paire, qu’elles déterminent une dilatation du thorax plus grande qu’à letat normal. La quantité d’air introduite dans les poumons par ces inspirations énergiques sera donc augmentée : nous appelons l’attention sur ce résultat, mentionné pour la première fois par M. Cl. Bernard et confirmé par nos expériences. En adaptant à la trachée de l’animal un tube qui se rend sous une éprouvette gra- duée, on peut mesurer au moyen de cette espèce de spiromètre, d’une manière absolue ou seulement proportionnelle, le volume d’air appelé dans le thorax à chaque inspiration après la section 34 des pneumogastriques. La différence est souvent très-notable, elle peut s’élever au double et au-delà. Cette augmentation de la quan - tité d’air inspiré ne suit pas toujours immédiatement l’opération, chez les lapins du moins ; elle devient surtout manifeste après un certain temps, quand les respirations sont devenues plus rares, et la dyspnée est plus intense (Exp. VIII). Nous nous proposons du reste de revenir dans la partie expérimentale de ce travail sur les diverses considérations que nous venons de présenter. La question du chimisme de la respiration, de l’influence de la paralysie des nerfs vagues sur l’absorption et l’exhalation pulmo- naires a été traitée d’une manière remarquable parM. Valentin!1). Nous ne pouvons que renvoyer à son ouvrage, en nous bornant à citer ici ses conclusions les plus importantes ; il a opéré sur des lapins. La valeur correspondante de l’animal sain étant prise pour unité, on aura : APRÈS LA SECTION DES DEUX PNEUMOGASTRIQUES. AVEC UNE FISTULE SANS FISTULE TRACHÉALE. TRACHÉALE. Moyenne des respirations Rapport en volume de l’acide carbonique exhalé 0,57 0,29 1,42 supposé — 1 à l’oxygène absorbé 1,35 Rapport en poids . . Rapport en poids de l’oxygène absorbé sup- 1,43 3,83 1 3,89 posé = 1 à l’excédant d’azote (et pertes). r. ... , t , ■ (d’acide carbonique exhalé. Quantité absolue expri-l d, absorbé. . . 0.95 1,59 U, 85 1,26 mecengrammespourK jï|xcédant Etude physiologique de la paralysie des nerfs laryngés inférieurs. ... 12 Expériences 17 Résumé anatomo-pathologique 2'> Etude physiologique de la paralysie des branches pulmonaires cardiaques et œsophagiennes du nerf pneumogastrique 27 Expériences 40 Résumé anatomo-pathologique (i(î Effets de la section d’un seul pneumogastrique chez les mammifères, des deux pneumogastriques chez les oiseaux 6!) Expériences 71 Exposé critique des principales théories 8.“ Théorie proposée ou mode de production des lésions pulmonaires par les troubles fonctionnels 9& Résumé et conclusions 113