TRAITÉ Ï)ES POISONS TIRÉS DES RÈGNES MINÉRAL, VÉGÉTAL ET ANIMAL, OU TOXICOLOGIE GÉNÉRALE, CONSIDÉRÉE SOUS LES RAPPORTS DE LA PHYSIOLOGIE, DE LA PATHOLOGIE ET DE LA MÉDECINE LÉGALEj Par M. P. ORFILA, Médecin par quartier de S. M. ; Membre correspondant de l'Institut 5 Membre de la Société médicale d'Émulation, de l'Université de Dublin, de Philadelphie, des Académies de Madrid, de Barcelonne, de Murcie, des Iles Baléares, de Livourne; Professeur de Chimie à l'Athénée royal; Profes- seur de Médecine légale, etc. SECONDE ÉDITION, REVUE, CORRIGÉE ET AUGMENTEE. Unicum j'ignum certum dati vcneoi est notitia botanica inventi veneni vegeUbili», et critérium chemicam dati veneni mineralU. Pukck , Toxicologia. TOME SECOND. -**- A PARIS, Chez CROCHARD, Libraire, rue de Sorbonne, n° 3. 1818. DE L'IMPRIMERIE DE FEUGUERAY, rue du Cloître Saint-Benoît, n° 4- 6)VB 2¥t>?*i 2^ >■•*••* %**^*^**,y»'^»--V*-V%.<^«M>»^<>»^».^»v>»^V»*« TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE VOLUME. CHAPITRE III, Classe me. Des Poisons dcres. Page i De VEllébore blanc. Ibid. Action de l'Ellébore blanc sur Véconomie animale, a Observations. 12 De VEllébore noir. i4 Action de la racine cV Ellébore noir sur Véconomie animale. Ibid. Observations. 22 De la Bryone. 29 Action de la racine de Bryone sur l'économie ani- male 3o Observations. 3i De VÉlatérium. 3 a Action de VÉlatérium sur Véconomie animale. Ibid. De la Coloquinte. 34 Action de la Coloquinte sur Véconomie animale. 35 Observations. 3o De la Gomme-gutte. 41 Action de la Gomme-gutte sur l'économie animale. & Du Garou. 4^ Action du Garou sur Véconomie animale. 4^ Du Ricin. 4*$ Action du fruit du Ricin sur V économie animale. 49 De VEuphorbe. 5x V) TABLE DES MATIÈRES. Action de l'Euphorbe sur Véconomie animale. Page 5 a De la Sabine. 56 Action des feuilles de Sabine sur Véconomie animale. 5j Du Rhus radicans et du Toxicodendron. 58 Action du Rhus radicans sur l'économie animale. 6o Observations. 62 De VAnémone pulsatille. 64 Action de V Anémone pulsatille sur Véconomie ani- male. Ibid. Observations. 66 De l'Aconit. 68 Action de V Aconit napel sur Véconomie animale. 6g Observations. 77 De la Chélidoine. 81 Action de la Chélidoine sur Véconomie animale. Ibid. De la Staphysaigre. 83 Action de la Staphysaigre sur Véconomie animale. Ibid. Du Narcisse des prés. 85 Action du Narcisse des prés sur Véconomie animale. 86 De Z'OEnant'he crocala. 88 Observations. Ibid. De la Gratiole. 01 Action de la Gratiole sur l'économie animale. 02 Observations. q! Du Jatropha curcas (pignon d'Inde). qn Action du Jatropha curcas sur Véconomie animale. Ibid. De la Seule qq Action de la S cille sur l'économie animale. 100 Du Sédum acre (joubarbe des toits). 102 Action du Sédum acre sur l'économie animale. io3 De la Renoncule des prés. Ibid. Action de la Renoncule des prés sur Véconomie ani- male, j qA Du Nitrate de Potasse. j 1A TABLE DES MATIERES. Vil Observations. _ pa„e IT Histoire chimique du Nitrate de Potasse. 126 Du Chlore (gaz muriatique oxigéné). 137 Action du Chlore gazeux sur Véconomie animale. 128 Action du Chlore liquide sur Véconomie animale. 13o Du Gaz acide nitreux. Ibid. Action du Gaz acide nitreux sur Véconomie ani- male, j 3 x Observations. Ibid. Du Gaz acide sulfureux. i33 Symptômes produits par les Poisons dcres. i34 Lésions ds tissu produites par les Poisons acres. i35 Action générale des Substances acres sur Vécono- mie animale. i37 Traitement de Vempoisonnement par les poisons dcres. 13a CHAPITRE IV. Classe ivc. Des Poisons narcoti- ques. 142 De VOpium. Ibid. Action de l'Opium sur Véconomie animale. i^5 Observations. i5o De la Morphine. i65 Action de la Morphine sur Véconomie animale. 167 Expérience faites avec la morphine. Ibid. Expériences faites avec les sels de morphine. 168 Expériences faites avec la morphine dissoute dans Vhuile d'olives. in3 Expériences faites avec la morphine dissoute dans V alcool. 175 E xpériences faites avec Vextrait aqueux d'opium privé de morphine. 176 Traitement de Vempoisonnement par la morphine. l'jn Conclusions. Ibid. De la Jusquiame noire. 179 YÎij TABLE DES MATIÈRES. Action de la Jusquiame sur Véconomie animale* Page 186 Observations. I°5 De VAcide hydro-cyanique (prussique). 191 Action de l'Acide hydro-cyanique sur l'économie ani- male. 19^ Expériences faites avec Vacide hydro-cyanique de Schéele. Ibid. Observations. 198 Expériences faites avec V acide hydro-cyanique pur. 199 Du Laurier-cerise. 200 . Action de VEau distillée'du Laurier-cerise sur Véco- nomie animale. Ibid. Observations. 206 De V.Huile de Laurier-cerise. 207 De l'Extrait aqueux de Laurier-cerise. 2.08 Action des Amandes amères sur Véconomie animale. Ib. De la Laitue vireuse. 212 Action de la Laitue vireuse sur Véconomie animale. Ib. Des Solanum. a 15 Du Gaz azote. 0.2.1 Action du Gaz azote sur l'économie animale. Ibid. Du Protoxide d'Azote (oxidule d'azote). 223 Symptômes produits par les poisons narcotiques. 224 Lésions de tissu développées par les Poisons narco- tiques. 2 2 5 Traitement de l'empoisonnement par les Narcotiques. 227 ï°. Du Vinaigre et des Acides végétaux. Ibid. a°. De Z'Infusum et du Decoctum de Café. 284 Decoctum de café. 23Q 3°. Du Chlore dissous dans Veau (acide muriatique oxigénê liquide). 23g 4°. Du Camphre. 2/j. 5°. De VEau et des Boissons mucilagineuses. 242 6°. De la Saignée. 9// TABLE DES MATIÈRES. ÎX CHAPITRE V, Classe y*. Des Poisons narcotico- dcres. Page 253 De la Belladona. Ibid. Action de la Belladona sur Véconomie animale. 254 Observations. a58 Du Datura stramonium. 26a Action du Datura stramonium sur Véconomie animale. Ib. Observations. 265 Du Tabac. 266 Action du Tabac sur Véconomie animale. 267 Observations. 274 De la Digitale pourprée. 276 Analyse de la Digitale pourprée. 277 Action de la Digitale pourprée sur Véconomie ani- male. 278 Observations. 289 Du Mouron des champs. 2g5 Action de l'Extrait de Mouron sur Véconomie ani- male. Ibid. De VAristoloche. 296 Action de l'Aristoloche clématite sur Véconomie ani- male. Ibid. De la grande Ciguë. 298 Action de la grande Ciguë sur Véconomie animale. 299 Observations. 3o5 De la Ciguë aquatique. 3og Action de la Ciguë aquatique sur Véconomie ani- male. 310 Observations. 3n De la petite Ciguë. 31S Action de la petite Ciguë sur l'économie animale. 3i4 Observations. Ibid. De la Rue. 3l5 Du Laurier rose. *11 X * TABLE DES MATIÈRES. Action du Lauiier rose suri économie animale. Page 318 Observations. 323 De VUpas tieuté. 3a4 Action de VUpas tieuté sur l'économie animale. Ibid. De la Noix vomique. 331 Analyse de la noix terni que. 33 a Action de la Noix vomique sur Véconomie animale. 333 Observations. 34 s De la Fève de Saint-Ignace. 343 Action de la Fève de Saint-Ignace sur Véconomie animale. 344 Observations. Ibici. Conclusions sur les effets des Strychnos. 3^5 De 7'Angustura pseudo-ferruginœa. 346 Action de V Angustura pseudo-ferruginœa sur l'éco- nomie animale. 348 Observation. 353 De VUpas antiar. 355 Action de VUpas antiar sur l'écononne animale. 356 Du Ticunas ou Poison américain. 358 Action du Ticunas sur Véconomie animale. 35g Du JFoorara. 361 Action du Woorara sur Véconomie animale. Ibid. Du Curare. 364 Expériences de M. Emmer sur les poisons améri- cains, 366 Du Camphre. 368 Propriétés physiques et chimiques du Camphre. Ibid. Action délétère du Camphre. Zno Observations. 3„- De la Coque du Levant. 3-q Des Champignons vénéneux. 385 De l'Agaric. jj^ Agarics à volva incomplète. 386 TABLE DES MATIÈRES. X) De la Fausse-Oronge. Page 386 Action de la Fausse-Oronge surV économie anim. Ibid. Observations. 387 Agarics à volva complète. 38q De VAgaric bulbeux. Ibid. De VAgaric printanier. Ibid. Action de V Oronge-ciguë sur Véconomie animale. 3qo Observations. 392 De VOronge-souris. 3y3 Action de V Oronge-sowis sur Véconomie ani- male. 3g4 Observations. Ibid. Agarics sans volva. 3q7 De l'Agaric meurtrier. Ibid. De l'Agaric derm 3g8 De l'Agaric caustique. Ibid. De l'Agaric styptique. Ibid. Histoire de quelques autres Champignons vénéneux. 399 De V Oronge croix de Malte. Ibid. De V OEil de corneille. 4 °° Observations. Ibid. De la Tête de Méduse. 4DI Du Blanc d'ivoire. 403 Du Laiteux pointu rougissant. Ibid. De VOEU de Volivier. 4°3 De V Entonnoir creux et vénéneux. 4°4 Du Grand-Moutardier. Ibid. Observations. Ibid. Indices qui doiventfaire suspecter les Champignons. 410 Action de l'Alcool sur Véconomie animale. 4[ r De l'Ether sulfurique. 41** Du Gaz acide carbonique. 4*9 Action du Gaz acide carbonique sur Véconomie animale. Ibid. XÎj TABLE DES M A T I È R E S. Des Gaz qui se dégagent pendant la combustion du charbon. Page 42 * Du Seigle ergoté. 424 Action du Seigle ergoté sur l'économie animale. ^iS Des effets des Plantes odorantes sur l'économie ani- male. 43l Symptômes produits par les Poisons narcotico-âcres. 434 Lésions de tissu développées par les poisons narcotico- âcres. 435 Action générale des Poisons narcotico-âcres sur Véco- nomie animale. Ibid. Traitement de V Empoisonnement par les poisons nar- cotico-âcres. 436 Procédé pour introduire de Vair dans les poumons. 445 CHAPITRE VI, Classe vie. Des Pûsons septiques ou putréfions. 449 Du Gaz acide hydro-sulfurique (hydrogène sulfuré). Ibid. Action du Gaz acide hydro-sulfurique sur Vécono- mie animale. 45° Observations. 454 Symptômes de l'empoisonnement par l'acide hydro- suif inique. 458 Traitement de V Asphyxie produite par le gaz acide hydro-sulfurique. 4^o Action de quelques matières putréfiées sur l'économie animale. ^61 Des Animaux venimeux. 4^4 Des Animaux venimeux dont la morsure ou la piqûre est accompagnée d'accidens plus ou moins graves. Ibid. Ds la Vipère. Ibid. Propriétés physiques et chimiques du Venin de la Vipère. 466 Action du Venin de la Vipère sur Véconomie ani- ir.i-.le. 4^2 TABLE DES MATIERES. xnj De la Vipère naja. Page 474 Observations. 478 De la Vipère élégante de Daudin. 48r Du Coluber graminœus de Shaw. 485 Du Gédi paragoodoo des Indiens. 487 Du Bungarum pamak des Indiens efSackeene du Bengal. 488 Observations. 4«9 Des Serpens à sonnettes. 49 e Observations. 49s Des Insectes. 499 Du Scorpion. Ibid. Des Araignées. 5oi De la Tarentule. Ibid. De l'Abeille et du Bourdon. 5oa De la Guêpe et du Frelon. 5o3 Des Animaux qui produisent des accidens graves lors- qu'ils sont introduits dans l'estomac. 5o5 Clupé caïlleux-tassart.. Ibid. Coracinus fuscus major. 5o6 Daurade ou Dofm. 507 Congre. Ibid. Scombre. 5o8 Des Moules. Ibid. Observations. Ibid. Des Animaux venimeux dont les liquides ont été dé- pravés par des maladies antécédentes. 518 Pustule maligne {bouton malin, puce maligne). Ibid. Symptômes de la Pustule maligne contagieuse. 521 De la Rage. 5 24 Observations. 5^6 Lésions de tissu observées après la mort des animaux enragés. 5oa Xiv TABLE UES MATIÏCRES. Traitement de Vempoisonnement par les vipères et les serpens. Page 533 Traitement de la morsure des vipères et des serpens. 544 Caustiques. Ibid. Suite du traitement extérieur. 546 Traitement intérieur. Ibid. Traitement de, la piqûre des insectes. 547 Traitement de l'empoisonnement par les poissons venimeux et par les moules. 55o Traitement interne. 554 Préparations des remèdes employés pour guérir la pustule maligne. 555 Digestif animé. Ibid. Collyre de Lanfranc. 556 Décoction résolutive. Ibid. Liniment camphré. Ibid. Décoction anti-putride. Ibid. Opiat. 557 Décoction de quinquina acidulée. Ibid. Traitement de la rage. Ibid. Précautions à prendre. 564 Traiterpent interne de la morsure des animaux en- ragés. 565 Formules des remèdes employés dans le traitement de la rage. Ibic1. Emplâtre vésicatoire. Ibid. Pommade vésicatoire. 566 Cérat adoucissant. Ibid. Poudre de Dower. Ibid. Traitement du bétail. 567 Onguent digestif térébenthine. Ibid. TABLE SES MATIÈRES. XV SECTION II. De l'Empoisonnement considéré a"une manière géné- rale- Page 568 CHAP. Ier. Des Moyens propres àconstaterV existence de l'empoisonnement. Ibid. Art. Ier. Des Maladies qui peuvent être confondues avec l'empoisonnement aigu. Ibid. Art. II. Des Moyens à l'aide desquels on peut par- venir à reconnaître la nature de la substance qui a occasionné l'empoisonnement. 580 Premier problême. 581 § Ier. Analyse chimique. Ibid. Poisons solides. »5 8 2 Matières solides inorganiques. 584 Examen des substances solubles. 586 Poisons liquides ou dissous. 5q5 Poisons gazeux. 5g8 § II. Des Indices que le médecin - légiste peut tirer des symptômes auxquels le malade est en proie. 5qq § III. Des Indices que le médecin-légiste peut tirer de l état des org ânes après la mort des individus empoisonnes. 602 Deuxième problème. 6i4 Art. II. Des Expériences sur les animaux vivans considérées comme moyens propres à constater l'exis- tence de Vempoisonnement. 617 Art. IV. Des Moyens propres à distinguer si le poi- son a été introduit dans la canal digestif pendant la v'e ou après la mort. 6r>.3 Expériences fiiiies avec le sublimé conosif. 624 Expériences faites avec l'acide ai'senieux {arsenic du commerce). 628 Expériences faites avec le vert-de-gris. 63 o XV) TABLE DES MATIERES. Expériences faites avec V acide sulfurique. Pag© 631 Expériences faites avec V acide nitrique. 633 Art. V. De l'Empoisonnement de plusieurs personnes à-lafois. 636 Art. VI. De l'Empoisonnement par suicide ou pat homicide. 63g CHAP. II. Art. Ier. De l'Empoisonnement lent. 64© Observations. 64l Art. II. Des Accidens consécutifs à Vempoisonnement aigu. 649 Observations. Ibid. SUPPLÉMENT. Iatropha curcas. 656 Action de l'huile et de VaciUe du pignon d'Inde sur Véconomie animale. Ibid. Du Jalap. 658 Expériences faites avec la résine de jalap. Ibid. De la Vauqueline. 665 Expériences faites avec Vhuile grasse de la noix vomique et de la Jève de Saint-Ignace. 666 Expériences faites avec les extraits de noix vo- mique et de fève de Saint-Ignace. 667 FIN »E LA TABLE DH TOME SECOND. TOXICOLOGIE GÉNÉRALE. CHAPITRE III. CLASSE IIP. Des Poisons acres. S12. v_/n a donné le nom de poisons dcres à ceux qui ont Une saveur plus ou moins caustique, et qui, appliqués sur la surface du corps, excitent une inflammation accompa- gnée souvent de phlyctènes, de la chute de Tépiderme, et qui se termine ordinairement par suppuration. Intro- duits dans l'estomac, ces poisons produisent des phéno- mènes locaux analogues à ceux dont nous avons déjà parlé à l'article des corrosifs, malgré l'opinion de plusieurs phy- siologistes qui ont prétendu établir des différences tirées des lésions que présentent les tissus après la mort. Cette vé- rité sera mise hors de doute lorsque nous nous occuperons des généralités relatives aux substances vénéneuses de cette classe, après avoir fait leur histoire particulière. De VEllébore blanc. 813. L'ellébore blanc ou varaire (vetatrum album), po- lygamie moncecie de L., famille des joncoïdes, paraît être le véritable ellébore des anciens. Caractères. Fleurs mâles : corolles à six pétales, quo 3 DES POISONS ACRE*. plusieurs botanistes regardent comme un polygone à six divisions égales, colorées : six étamines. II en est de même des fleurs hermaphrodites, qui ont de plus trois ovaires distincts, portant des styles courts, et se changeant en capsules oblongues, à deux valves à plusieurs gaines mem- braneuses disposées sur deux rangs ; la capsule s'ouvre dans chaque loge par une suture intérieure : tige haute d'un mètre, droite, simple et cylindrique, terminée par une panicule de fleurs d'un blanc verdâtre, et dont les corolles sont droites ou médiocrement ouvertes : feuilles fort grandes, ovales, lancéolées, sillonnées par des ner- vures nombreuses et parallèles : racine épaisse , charnue, fusiforme, jaunâtre en dehors, blanche en dedans, d'un goût âere, amer et désagréable : elle excite de l'ardeur dans; la gorge. Action de l'Ellébore blanc sur Véconomie animale. Expérience iTe. A une heure de l'après-midi, on a fait avaler à un petit chien 2 gros et demi de racine sèche par- faitement pulvérisée. Au bout de cinq minutes, l'animal a commencé à vomir, et un quart d'heure après l'ingestion de la substance vénéneuse, il avait déjà vomi six fois des matières mucoso-bilieuses d'une couleur jaunâtre. A deux heures un quart, il se plaignait, et faisait des inspirations excessivement profondes 5 sa bouche était remplie d'écume. A trois heures, il marchait avec difficulté; ses pas étaient chancelans, et en tout semblables à ceux des personnes ivres de vin. Le lendemain, à midi et demi, il n'avait plus de vertiges, et il pouvait marcher librement. Le jour sui- vant, à neuf heures, il a très-bien mangé, et depuis lors sa santé a été parfaitement rétablie. Expérience 11e. A une heure, on a détaché et percé d'un trou l'œsophage d'un chien assez fort, et on a intro- DE L'ELLEBORE BLANC 3 tîuit dans son estomac 2 gros de poudre de racine sèche d'ellébore blanc contenus dans un cornet de papier; on a lié l'œsophage. A deux heures, violens efforts pour vomir; une heure et demie après, abattement, plainte : cependant l'animal marchait librement. A huit heures du soir, il avait des vertiges très-forts : il est mort deux heures après. La membrane muqueuse de l'estomac était d'un rouge assez vif dans toute son étendue, sans aucune trace d'ulcération; celle qui tapisse le duodénum et le jéjunum était un peu rouge ; nulle altération sensible dans les autres organes. Wepfer dit avoir administré à un petit chien âgé de trois semaines un scrupule d'ellébore blanc mêlé à du lait : l'a- nimal le vomit aussitôt, eut des déjections alvines et quel- ques mouvemens convulsifs; une heure après, il paraissait mort. On l'ouvrit au bout d'une demi*heure : le cœur et le diaphragme se contractaient; l'intérieur de l'estomac était un peu rouge. (Wepfer, Cicutœ aquaticœ Historia et noxœ, pag. 219.) Expérience 111e. On administra à un chat un clystère préparé avec demi-once de teinture d'ellébore blanc, et on eut soin de boucher le rectum pendant six minutes pour empêcher l'expulsion de la liqueur : la respiration de- vint difficile, et, huit minutes après,, l'animal rendit une écume muqueuse; au bout de 20 minutes, il tomba sur le côté gauche; sa gueule était ouverte et remplie d'écume; sa langue sortait comme celle d'un chien qui a chaud; la respiration était fréquente et haletante ; vingt minutes après, elle devint plus rare et plus faible. Alors l'animal éprouva des tremblemens et des convulsions, qui durèrent une heure six minutes, et auxquels succédèrent Vemprosthoionos et la mort. La sensibilité fui très-\ive, et la pupille demeura contractée jusqu'à ce moment. On fit l'ouverture du cadavre immédiatement après la mort : le cœur, l'œsophage et les muscles se contractaient cncorelorsqu'onles irritait. On ob- 4 DES POISONS ACRES. servait le mouvement péristaltique des intestins ; cependant on ne pouvait pas déterminer la contraction des muscles en irritant les nerfs. L'estomac, les intestins grêles et la vési- cule du fiel étaient remplis de bile. Les vaisseaux?du cœur et du cerveau étaient gorgés de sang, qui se coagulait à l'air. {Schabel.) (i). Expérience ive. On injecta dans le rectum d'un jeune lapin i gros de teinture de veratrum album, qui com- mençait à moisir : il en rejeta aussitôt la moitié; peu de temps après, il devint triste, la respiration fut difficile, et il fit des efforts pour vomir; au bout de vingt-une mi- nutes , lassitude et respiration plaintive : il resta une heure dans cet état. Cinq heures après l'application de la tein- ture, les battemens du cœur étaient singulièrement ra- lentis : au lieu de deux cent cinquante par minute, on n'en observait que soixante-dix ; il ne faisait que trente inspi- rations par minute au lieu de quarante-huit; la tempé- rature de l'anus était de 24° -f- o th. R., tandis qu'elle était de 3i° au commencement de l'expérience. Alors, l'a- nimal reprit des forces et de la gailé; la respiration et les battemens du cœur devinrent plus accélérés ; la chaleur tarda plus long-temps à se rétablir. La même expérience, - répétée sur un autre lapin, fournit des résultats analogues. {Schabel.) Expérience ve. Un petit morceau de racine de veratrum album, enduit d'huile, fut introduit dans le rectum d'un chat : au bout d'un quart d'heure, respiration difficile, vomissement écumeux, déjections alvines abondantes. La racine fut rejetée; le rectum était enflammé et paraissait sortir. {Schabel.) ( 1 ) Dissertatio inauguralis de effectibus veneni radicum veratri albi et hellebori nigri. Auctor Andréas Schabel. Tubingaî. Mart. 1817. T>E l'fLLI*. BORE BLANC. 5 Expérience vic. A huit heures du matin, on a fait une in- eision à la partie interne de la cuisse d'un chien de moyenne taille, et on a saupoudré la plaie avec 20 grains d'ellébore blanc pulvérisé ; on a réuni les lambeaux par quelques points de suture, et l'animal a été muselé afin d'empêcher qu'il ne portât la langue sur la partie opérée. Six minutes après, il a vomi , s'est couché sur le ventre et a poussé quelques plaintes ; à huit heures trois quarts il avait déjà fait plus de quarante fois des efforts violens pour vomir, et il avait rejeté quelques matières mucoso-bilieuses ; il avait des vertiges tels qu'il lui était impossible de faire deux pas sans tomber : il conservait l'usage de ses sens et ne poussait aucune plainte; ses paupières étaient souvent agitées d'un mouvement comme convulsif. A neuf heures, il lui était impossible de se tenir debout; les battemens du cœur, forts, précipités, irréguliers, ne paraissaient point en rapport avec l'état de stupéfaction dans lequel l'animal était plongé ; il faisait souvent des mouvemens de déglu- tition. A neuf heures et demie, les paupières et les batte- mens du cœur étaient dans le même état ; les inspirations étaient profondes; il n'y avait point de mouvement con- vulsif, et l'animal était tellement abattu qu'on l'aurait cru mort. A dix heures, les pupilles commençaient à être di- latées. A une heure, son état n'était point changé : on l'a secoué; il a fait un léger mouvement et est retombé de suite; ses pupilles étaient très-dilatées, et le clignotement des paupières allait en augmentant. Il est mort à trois heures de l'après-midi. On l'a ouvert une heure après : il n'y avait dans le cœur qu'un léger mouvement d'oscillation $\e sang contenu dans les deux ventricules était fluide ; les pou- mons , gorgés de sang, un peu moins crépitans que dans l'état naturel, étaient tachetés de quelques plaques noires -y l'intérieur du rectum offrait plusieurs plaques rouges; la membrane 'muqueuse de l'estomac était*un peu enflammée' 6 DES POISONS ACRES. ainsi que la plaie. Des résultats analogues ont été obtenus avec deux autres animaux, excepté que, dans un cas, le canal digestif n'était le siège d'aucune altération. Expérience vne. On a répété la même expérience sur un chien très fort, en saupoudrant la plaie avec 10 grains de racine d'ellébore blanc finement pulvérisée : vingt minutes après, il a commencé à faire des efforts pour vomir, et il a vomi dix fois dans les vingt minutes qui ont suivi. Trois heures après, il souffrait beaucoup, et il avait des vertiges très-forts qui se sont calmés pendant la nuit. Le lende- main matin, il marchait assez bien ; il ne se plaignait plus. Le jour suivant, il a mangé un peu et s'est échappé. Expérience vme. M. Emmert appliqua 2 gros de tein- ture d'ellébore blanc sur le tissu cellulaire qui sépare les muscles abdominaux du péritoine d'un chat. Cinq mi- nutes après , l'animal ne pouvait plus marcher ; il se leva et retomba aussitôt ; la respiration devint fréquente et haletante ; il vomit à plusieurs reprises ; on pouvait dis- tinguer à l'œil les battemens du cœur. An bout d'un quart d'heure, il faisait quatre-vingt-dix inspirations par mi- nute, tandis que, cinq minutes après, on n'observait que quarante-huit inspirations. Les battemens du cœur devin- rent plus faibles et plus rares ; les pattes se roidirent; il y eut des convulsions ; la gueule était ouverte ; la respira- tion devint beaucoup plus difficile, et la mort eut lieu au bout de vingt-sept minutes. {Schabel, ouvrage cité. ) Expérience ixe. M. Emmert appliqua sur une plaie faite à la partie postérieure du cou d'un chat, un gros et demi de teinture d'ellébore blanc. Quatre minutes après, il se manifesta un violent vomissement de matières écu- meuses et muqueuses, qui continua pendant une demi- heure. A la dix-neuvième minute, la respiration se ra- lentit et ne s'accéléra que vers la trente-quatrième : alors elle était difficile ; l'animal haleta comme un chien qui a IJB l'ellëiiOKE BLAHC. f eouru ; il tourna autour de la chambre en chancelant ; enfin, il tomba et resta comme attaché sur la terre. Au bout de deux heures quarante minutes, la respiration devint plus rare; on ne comptait que quarante inspirations par mi- nute. Il eut des convulsions qui empêchèrent de compter les battemens du cœur. Au bout de cinq heures onze mi- nutes, on pouvait à peine les sentir; la pupille, contrac- tée , conservait encore de la sensibilité ; la respiration, beaucoup plus difficile, était réduite à dix-sept par minute. Huit heures après , l'animal était froid ; les mouvemens du pouls ne se faisaient plus sentir; la respiration était extrêmement rare : on introduisit alors un instrument de fer dans la moelle allongée, et on procéda à l'examen anatomique. Le thermomètre, placé dans la cavité du ven- tricule gauche du cœur, ne marquait que i8°. Les gros vaisseaux étaient gorgés de sang noir ; les poumons , remplis de sang, étaient lourds et parsemés de taches fau- ves ; l'estûmac et les intestins, contractés , contenaient de la bile et du mucus; les muscles se contractaient avec force dès qu'on les irritait. Le cerveau était sain. {Ibidem.) Expérience x6. Un petit morceau de bois , contenant 3 grains d'extrait d'ellébore blanc , fut appliqué sur un des muscles de la patte d'un chat, isolé des parties envi- ronnantes au moyen de la dissection et d'une carte. L'animalpérit au bout de 64 minutes, après avoir éprouvé des symptômes analogues à ceux dont nous avons parlé. Le cerveau était le siège d'un épanchement séreux très- abondant. {Ibidem.) Expérience xie. L'application du même poison sur le tendon d'Achille d'un chat ne détermina aucun sym- ptôme d'empoisonnement. Il en fut de même lorsque l'ex- trait fut appliqué sur le nerf tibial. {Ibidem.) Expérience xne. On frotta la peau de deux lapins , préalablement débarrassée de ses poils, avec un gros de 8 DES P0IS0IH» ALhfcj. poudre d'ellébore blru.c mêlé à de laxonge , ou ave* 2 gros d'extrait de la même racine. On n'observa qu'une légère rougeur à la peau. {Ibidem.) Expérience xme. La membrane pituitaire des narine* d'un chat fut frottée avec 3 grains d'extrait d'ellébore blanc ; on empêcha l'animal de se lécher ; au bout de huit minutes, il éternua avec force, vomit pendant deux heures, et mourut au bout de seize heures. {Ibidem.} Expérience xive. M. Emmert introduisit dans la cavité de la plèvre droite d'un lapin un gros de teinture d'ellé- bore blane ; la respiration devint difficile, et l'animal mourut au bout de quatre minutes. On l'ouvrit sur-le- champ : l'aorte était remplie de sang veineux qui se coagula par son exposition à l'air. Le poumon droit était d'un fauve obscur ; la vésicule du fiel était remplie de bile. Le mouvement péristaltique était encore vif; mais en irritant le nerf phrénique, on n'excitait aucune con- traction du diaphragme. Vingt-cinq minutes après la mort, le corps était roHe. {Ibidem.) Expérience xve. On ouvrit la plèvre d'un chien entre la cinquième et la sixième côte droite, et après y avoir in- troduit 2 grains d'extrait d'ellébore blanc, dissous dans un demi-gros d'eau, on rapprocha les bords de la plaie» Trois minutes après , l'animal vomit, à plusieurs reprises , des matières éeumeuses ; le corps était entièrement agité -y la respiration tantôt fréquente , tantôt rare. Au bout de quatorze minutes, la langue était livide et sortait de la gueule ; les pattes postérieures étaient paralysées ; le trem- blement continuait; il y eut des vomissemens bilieux pen- dant six minutes. Trente-huit minutes après, il eut un tournoiement semblable à celui qui a été observé par Arnemann sur les animaux auxquels on a enlevé une- grande partie du cerveau : il mourut au bout de qua- rante minutes. L'ouverture cadavérique fut faite immé- DE L'ELLÉBORE BLAHC. $ diatement après. Il n'y avait aucun signe d'irritabilité, si ce n'est un léger mouvement péristaltique. La vésicule du fiel, l'œsophage, l'estomac et les intestins grêles étaient remplis de bile ; les poumons offraient une couleur rosée \ la veine cave et les cavités droites du cœur étaient gorgées de sang coagulé. {Ibidem.) Expérience xvie. On introduisit dans la cavité du péri- toine d'un gros chat 2 grains d'extrait d'ellébore blanc, mêlés avec de la mie de pain et sous forme de pilules. On réunit les bords de la plaie : la mort eut lieu au bout d'une heure vingt-huit minutes, et fut précédée de vomis- semens violens, de convulsions , d'opisthotonos et d'une grande difficulté de respirer. Les lésions cadavériques. furent les mêmes que dans l'expérience précédente. On trouva les pilules entières, et seulement attaquées à leur surface. {Ibidem.) Expérience xvne. Après avoir coupé les deux cartilages supérieurs de la trachée d'un chat, on injecta 3 grains d'extrait d'ellébore blanc, dissous dans i5 gouttes d'eau. La majeure partie fut rejetée par les efforts delà toux; on nettoya la plaie et on réunit ses bords. La toux cessa, la respiration devint fréquente et pénible ; au bout de quatre minutes , l'animal vomit une écume muqueuse et rendit des excrémens. La difficulté de respirer et les efforts pour vomir continuèrent : l'animal tomba, la gueule ou- verte et la poitrine sifflante ; il eut pendant onze minutes des convulsions et l'emprosthotonos, et périt au bout de trente-cinq minutes. La trachée contenait un mucus écu- meux. Le poison avait été entièrement absorbé par les bron» ches du poumon gauche, dans lesquelles on pouvait facile- ment le distinguer à la vue et au goût, tandis qu on ne re- marquait rien de semblable dans le poumon droit. Tout le trajet des intestins était enflammé, les poumons excessive- ment épaissis et lourds, la vésicule du fiel remplie de bile. tO DES POISONS ACRES. Les autres organes n'avaient point été attaqués. (Ibidem.) Expérience xvni". Courtcn rapporte avoir vu mourir subitement un chien dans la veine jugulaire duquel il avait injecté 2 gros d'une décoction d'ellébore blanc. Viborg et Schéel présentent une série d'expériences dont les résultats sont semblables. Ils introduisirent dans la veine jugulaire d'un mauvais cheval 6 grains d'extrait gommeux d'ellébore blanc, dissous dans deux onces et demie d'eau. Au bout de trois minutes , le pouls était vif, fréquent et tendu ; la respiration difficile ; il chancelait et tombait ; alors la respiration et le pouls devinrent in- sensibles , et les muscles étaient flasques y l'animal s'éten- dit par terre et mourut. Plusieurs chevaux, plusieurs vaches dans la veine jugu- laire desquels on introduisit 25 à 3o gouttes d'une tein- ture (faite avec une partie de racine et 8 parties d'alcool) dissoute dans 2 onces et demie d'eau, présentèrent les symptômes suivans : Au bout de deux ou trois minutes, la respiration devint difficile, le pouls petit, vif, fré- quent ; les douleurs se firent sentir dans l'abdomen ; sept minutes après , vomissemens et déjections alvines ; mai» au bout d'une heure, toutes les douleurs avaient cessé. Expérience xixe. Désirant connaître quelle était la quantité de poison absorbée dans ces différentes expérien- ces , on introduisit entre les muscles et la peau de la cuisse d'un lapin, 10 grains d'extrait d'ellébore blanc parfaite- ment desséché. Au bout d'un quart d'heure, l'animal de- vint inquiet, et la respiration lente ; une heure après, il était triste, languissant et ne changeait plus de place. A cette époque, on retira le poison de la plaie, et après l'avoir fait sécher, on vit qu'il pesait 8 grains et demi. L'animal périt au bout de trois heures trente-cinq minu- tes. La plaie était salie par l'extrait et un peu enflammée. ( Schabel. ) DE L'ELLÉBORE BLANC. II Expérience xxe. A six heures du matin, on a fait prendre à un chien robuste le liquide obtenu en traitant une once d'ellébore blanc par l'eau bouillante : ce liquide avait été" filtré et rapproché. L'œsophage a été lié: cinq minutes après, l'animal a fait des efforts pour vomir. A sept heures, il commençait à éprouver de la faiblesse dans les extré- mités postérieures ; sa marche était vacillante. Ces sym- ptômes ont augmenté, et l'animal est mort à onze heures. On l'a ouvert le lendemain. L'estomac contenait une assez grande quantité de mucus épais ; il était peu enflammé. La membrane muqueuse du rectum était d'un rouge assea vif; les poumons offraient des taches livides, denses, peu crépitantes. Expériencexxie. A huit heures du soir, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d'un petit chien faible 3 gros de poudre de racine d'ellébore blanc, dont on avait parfaitement séparé les parties solubles, en le faisant bouil- lir à plusieurs reprises dans de l'eau. Quatre jours après, l'animal n'avait éprouvé que les symptômes inséparables de l'opération. Il est mort le sixième jour, et il a été im- possible de découvrir aucune altération cadavérique. Expérience xxne. La même expérience a été répétée sur un autre petit chien, avec trois gros de la même poudre que l'on n'avait pas fait bouillir assez de temps dans l'eau pour la priver de toutes les'parties solubles : l'animal est mort au bout de trente-six heures, et il n'a commencé à éprouver les symptômes de l'empoisonnement que dix heures après l'application de la substance vénéneuse. Expérience xxni*. Deux aiguilles enduites , l'une d un quart de grain d'extrait alcoolique d'ellébore blanc, l'autre d'un demi-grain d'extrait aqueux de la même plante, furent introduites dans un des muscles de la cuisse de deux mi- lans. L'animal soumis à l'action de l'extrait alcoolique, ,près avoir fait d'inutiles efforts pour vomir pendant qua- ïî DES POISONS ACRES. torze heures, vomit enfin, et eut des déjections alvines fréquentes. Le surlendemain, il était parfaitement rétabli. On lui appliqua de nouveau une aiguille enduite de trois quarts de grain du même extrait. Aussitôt après il eut des vomissemens répétés , et il mourut au bout d'une heure quinze minutes, au milieu des convulsions. L'animal soumis à l'influence de l'extrait aqueux n'é- prouva aucun symptôme d'empoisonnement, même lors- que la dose d'extrait fut portée à 2 grains. {Schabel.) Expérience xxive. Dans le dessein de constater si les astringens conseillés par un médecin danois s'opposaient aux effets délétères de l'ellébore blanc , on précipita 3 gros de teinture de la racine de cette plante, par un excès d'in- fusion aqueuse de noix de galle ; la liqueur surnageant le précipité fut administrée à un chat. Au bout de sept minutes , la respiration devint accélérée et difficile ; la langue était pendante et l'animal couché sur le côté. Dix minutes après , vomissemens , cris, convulsions , pouls intermittent, respiration irrégulière et raie, mort au bout de vingt-cinq minutes. Les poumons contenaient une très-grande quantité de matière liquide. {Ibidem.) OBSERVATIONS. i*. Ettmuller dît, dans la préface de son ouvrage de chirurgie, que cette racine, appliquée à l'abdomen , oc- casionne un vomissement violent (1). (1) L'expérience xne ( voy. p. 7 ) est en contradiction avec, ce fait. 11 est pourtant extrêmement probable que l'ohservation d'EttmuIler est exacte : en effet, la racine d'ellébore blanc ren- ferme un principe acre; elle rubéfie la peau, l'ulcère, et peut par conséquent être facilement absorbée : or dès le moment quel'absorptton a lieu, les symptômes d'empoisonnement doivent se manifester. DE L' E L L É B O R E B L A N C. I $ •j°. Schreder a observé le même phénomène dans un cas où cette racine fut employée sous la forme de suppositoire. 3°. Helmont rapporte qu'un prince royal périt au bout de trois heures pour avoir pris un scrupule de ce poison, qui détermina des convulsions. 4°. Administrée à cette même dose , la racine d'ellébore a occasionné des spasmes, la suffocation , la perte de la voix, et le froid de tout le corps. (Vicat, Histoire des Plantes vénéneuses de la Suisse, p. i65. Yverdon^ an- née 1776.) 5°. Un tailleur, sa femme, ses enfans et ses ouvriers man- gent de la soupe dans laquelle on avait mis de la racine d'el- lébore blanc en place de poivre. Bientôt après, ces individus sont saisis d'un froid général, et le corps se couvre d'une sueur glacée; leur faiblesse est extrême; ils sont presque insensibles, et leur pouls peut à peine être senti. Au bout de deux heures, l'aîné des enfans, qui n'avait pas quatre ans, commence à vomir copieusement, mais avec beau- coup d'efforts; les autres individus ne tardent pas à être dans le même cas. Vicat, appelé à ce moment, leur fait prendre une grande quantité d'eau tiède avec de l'huile, et peu de temps après il leur administre du thé de mauve miellé, ce qui leur procure du soulagement et le rétablis*» sèment complet. {Idem, p. 166.) 6°. Théophraste dit que les vignes dans lesquelles il croît de l'ellébore blanc donnent un vin qui fait uriner. 2°. Plusieurs auteurs assurent que la racine d'ellébore blanc, séchée, pulvérisée, et respirée parle nez dans l'in- tention d'exciter l'éternuement, a causé des fausses cou- ches, des pertes qu'il n'a pas été possible d'arrêter, des saignemens de nez, des suffocations et des morts subites. 1^ DES BOISONS ACRE* De VEllébore noir. 8i4- L'ellébore noir {helleborus niger) appartient à la polyaudrie polygynie de L. et à la famille des renoncula- cées de Jussieu. Caractères. Calice persistant, composé de cinq ou six folioles larges, arrondies, ouvertes, roses d'abord, deve- nant blanches en s'épanouissant, et ressemblant à des pé- tales : cinq nectaires ou plus appelés pétales par quelques botanistes, plus courts que le calice, en forme d'entonnoir ou de cornet, avec limbe irrégulier, oblique, comme la- bié : style en alênes un peu arquées en dehors : ovaires se transformant après leur fécondation en autant de capsules comprimées, ovales, oblongues, et offrant à leurs extré- mités deux carènes, l'une courte et plus arrondie, l'autre plus allongée et terminée en pointe; chaque capsule est une espèce de follicule souvrant d'un seul côté : semences rondesat, tachées à la suture opposée qui tient lieu du pla- centa : fleurs grandes, du diamètre de deux pouces, soli- taires ou placées deux à deux sur des hampes cylindriques, simples ou fourchues, naissant avec les feuilles : feuilles grandes, radicales, portées sur un pétiole au moins égal à la hampe, divisées au sommet en sept ou huit lobes dis- posés en pétales oblongs, dentées en scie , pointues , d'un vert brun et coriaces : racines composées d'une couche courte, épaisse, d'où partent plusieurs fibres noirâtres, souvent hérissées d'un duvet brun. Action de la racine d'Ellébore noir sur Véconomie animale. Expérience ire. On a fait avaler à un chien de moyenne taille et à jeun, 2 gros 48 grains de celle racine. Au bout DE L'ELLÉBORE NOIR. l5 d'un quart d'heure, il a eu une selle verdàtre; demi-heure après, il a vomi sans effort; ces vomissemens se sont renou- velés quatre fois dans l'espace d'une heure. Le lendemain, il a mangé avec appétit, et il était parfaitement rétabli. Expérience n*. A une heure, on a introduit 2 gros et demi de racine d'ellébore noir en poudre dans l'estomac d'un chien très-fort, dont l'œsophage avait été préalable- ment détaché et percé d'un trou ; on a pratiqué la ligature de ce conduit afin d'empêcher l'expulsion du poison* Deux heures après, l'animal faisait des efforts violens pour vomir. Le lendemain, à midi, il était abattu, souffrait beau- coup et continuait à faire des efforts de vomissement; il marchait librement et conservait l'usage de ses sens. A huit heures du soir, il avait des vertiges; sa marche était chan- celante ; il avait de temps en temps des mouvemens con- vulsifs. Il est mort dans la nuit. Autopsie cadavérique. L'estomac était distendu par une assez grande quantité de matière pultacée dans laquelle était suspendue une partie de la poudre ingérée ; la membrane muqueuse offrait quelques points d'un rouge foncé ; dans le reste de son étendue sa couleur ne pa- raissait pas altérée ; elle était ulcérée dans quelques en- droits; ces ulcères, longitudinaux et courts, se trouvaient principalement sur les plis qu'elle forme à l'intérieur du ventricule. La membrane musculeuse était rougeâtre; la tu- nique séreuse, d'une couleur rose dans toute son étendue, était recouverte de vaisseaux fortement injectés en brun noirâtre. L'intérieur du duodénum, du colon et du rectum était très-rouge ; les autres portions du canal intestinal ne paraissaient point altérées (1). (1) L'inflammation du rectum est constante lorsque les ani- maux qui ont pris de la racine d'ellébore noir ont survécu gu«l- *6 DES POISONS ACRES. . Expérience 111e. On introduisit dans l'anus d'un cor- beau 5 grains d'extrait d'ellébore noir dissous dans unô très-petite Jquantité d'eau. Deux minutes après, l'animal eut des déjections alvines tellement fréquentes et abon- dantes qu'il est à présumer que le poison fut presqu'entiè- rement expulsé. Néanmoins, la respiration se ralentit et devint difficile; l'animal vomit et mourut au bout de trente- trois minutes, au milieu de fréquentes coin ulsions. {Scha- bel , ouvrage cité. ) Expérience ive. On introduisit dans la cavité du péri- toine d'un sansonnet un grain d'extrait d'ellébore noir dis- sous dans 10 gouttes d'eau. L'animal périt au bout de cinq minutes. Un hochequeue, soumis à la même expé- rience avec un demi-grain de ce poison, ne vécut que vingt-deux minutes. {Ibidem.) Expérience ve. Cinq grains d'extrait d'ellébore noir furent introduits par l'épiglotte dans la trachée d'un cor- beau. La respiration devint difficile , et l'animal marchait avec peine. Au bout de la seconde minute, il reprit la gaîté , et parut n'avoir rien éprouvé jusqu'à la quatrième minute, où il tendit le cou et éternua avec force. Alors il tomba, ouvrit le bec , et expira au milieu des convul- sions. A l'ouverture du cadavre , on ne découvrit aucune trace du poison ni dans la trachée-artère, ni dans les bronches. Les poumons étaient infiltrés de sang veineux, et présentaient ça et là des plaques noirâtres. L'œsophage était rempli de mucus ; les autres organes ne paraissaient pas altérés. {Ibidem. ) qnes heures a son administration : Vicat a donc été induit en erreur en annonçant que ce poison enflammait les entrailles, excepté le seul rectum. {Histoire des Plantes vénéneuses de la Suisse, pag. 6g.) DE L'ELLÉBORE NOIR. jn Expérience vie. A deux heures de l'après-midi, on a saupoudré avec 2 gros de racine d'ellébore noir pulvérisée une plaie faite à la partie interne de la cuisse d'un fort chien. On a réuni les lambeaux par quelques points de su- ture. Au bout de six minutes , l'animal a vomi des matières liquides blanchâtres, et il n'a pas cessé de faire de vio- lons efforts de vomissement pendant la première heure qui s'est écoulée ; ces efforts étaient tantôt infructueux, tantôt Suivis de l'expulsion d'un peu de bile jaunâtre. A deux heures quarante-cinq minutes , il était en proie à des vertiges tels, qu'il lui était impossible de faire deux pas sans tomber; ses pattes de derrière, excessivement faibles, ne lui permettaient pas de se tenir un instant debout ; il poussait des cris plaintifs ; ses pupilles n'étaient pas plus dilatées que dans l'état naturel. Il est tombé ensuite dans un état d'insensibilité générale , et il est mort à quatre heures et demie. La membrane muqueuse de l'estomac et celle du rectum étaient un peu rouges ; les poumons of- fraient plusieurs portions d'une couleur rose, et d'autres qui étaient livides , noirâtres, gorgées de sérosité ; ils étaient assez crépitans ; la plaie était fort peu enflammée. Expérience vne. On a répété l'expérience sur un petit chien jeune , avec 6 grains de la même poudre. Il n'y avait aucun symptôme apparent au bout de huit heures. Le lendemain, vingt heures après l'opération, l'animal était couché sur le côté et dans un grand état d'abattement ; il était insensible aux impressions extérieures ; on pouvait le déplacer comme une masse inerte, et il lui était impos- sible de se tenir debout. Il est mort trois heures après. On n'a point trouvé de lésion sensible dans le canal di- gestif ni dans les poumons. Expérience vme. Après avoir ouvert l'abdomen d'un lapin, on pratiqua la ligature de l'aorte au-dessus de la division de l'artère iliaque. Alors on appliqua sur une plaie l8 DES POISONS ACR F S. faite à la cuisse un scrupule d'extrait d'elb'bore noir; on en réunit les lambeaux au moven d'un point de suture re- couvert d'emplâtre agglutinatif. Au bout de quelques mi- nutes, le sentiment et le mouvement volontaire des extré- mités postérieures avaient cessé, et quelques heures après , la chaleur animale était égale à celle de l'atmosphère. Six heures après, on frappa violemment la tête : dès-lois, la respiration cessa; il sortit de l'aorte divisée par la ljgatuie du sang veineux; le cœur battait cinquante fois en une minute et demie. (Schabel.) Expérience ixe. A sept heures du matin on a introduit dans l'estomac d'un gros chien le liquide obtenu en trai- tant une once d'ellébore noir par l'eau bouillante : ce li- quide avait été filtré et rapproché ; l'œsophage a été lié. Dix minutes après, l'animal a fait des efforts pour vomir ; il a eu une selle solide. A huit heures trois quarts, il éprou- vait des vertiges légers. A midi, les efforts de vomissement s'étaient souvent renouvelés ; l'animal ne se soutenait qu'a- vec la plus grande difficulté; il était presque insensible. Il est mort à trois heures. La membrane muqueuse de l'es- tomac était légèrement enflammée; l'intérieur du rectum offrait une couleur rouge-cerise; il n'y avait qu'une légère altération dans les autres parties du canal digestif; les pou» mons présentaient çà et là des plaques livides, denses et peu crépf tantes. Expérience xe. 8 onces d'une décoction faite avec du cidre et une once de racine d'ellébore noir e.i poudre lurent administrées à un chien très-robuste et de moyenne taille. Presque à l'instant même, l'action du poison fut manifeste. L'immobilité fut le premier symptôme , et on remarqua en même temps un ralentissement très- sensible dans la circulation ; les mouvemens du cœur devinrent très-rares : cet état dura à-peu-près une minute. Alors la circulation s'accéléra progressivement, et sur- DE L'ELLÉBORE HOIR. Iq passa même l'état naturel ; mais la mobilité ne semblait être rendue qu'aux extrémités. Le tronc avait conservé absolument la même position que dans le commence- ment de l'expérience, et il ressemblait assez à une masse inerte à laquelle étaient attachées des parties ani- mées. L'animal roidissait alternativement les pattes anté- rieures et les postérieures ; sa queue était aussi dans un mouvement presque continuel], et sa tête , après de longs" et vains efforts, parvint enfin à se porter en arrière contre le dos. Ces différentes attitudes dépeignaient assez les douleurs atroces auxquelles l'animal était en proie; mais elles démontraient aussi ses pénibles contorsions pour tâcher de vomir : il y parvint en effet, mais une seule fois , après laquelle il retomba dans un état d'im- mobilité absolue. La circulation devint par degrés moins rapide, et la mort survint presqu'immédiatement (vingt minutes après l'administration du poison). Ouverture du cadavre. Elle fut pratiquée à l'instant même. Tout le canal digestif était enflammé, depuis l'œsophage exclusivement jusqu'à l'extrémité du rectum. L'estomac était distendu et rempli d'une grande quantité d'un mélange d'os et de viande, et d'une partie du poi- son liquide non encore absorbé. Les plis de la membrane muqueuse de ce viscère étaient dans un état d'inflamma- tion très-intense, d'une couleur rouge - cramoisie bien manifeste , mais sans aucune trace de corrosion ; le duodénum présentait les mêmes caractères ; mais ce qui est assez singulier , l'extrémité pylorique de l'estomac offrait des traces d'une inflammation beaucoup moins vive que dans les deux organes précédens. Les intestins étaient très-enflammés; mais l'inflammation diminuait progressivement jusqu'au rectum. La vessie ne contenait point d'urine; sa membrane interne était considérablement épaissie et d'une couleur rouge. ao DES POISONS ACRES. La poitrine n'offrait rien de particulier ; cependant le ventricule droit du cœur contenait un peu de sang, et le poumon gauche était légèrement engorgé par ce fluide. ( M. Cavenlou, Journal universel, avril 1818, p. 127.) Expérience xie. A cinq heures du matin, on a saupoudré le tissu cellulaire de la cuisse d'un petit chien avec 2 gros de poudre de racine d'ellébore noir, épuisée par l'eau bouil- lante; on a réuni les lambeaux de la plaie par quelques points de suture. Trois jours après , l'animal n'avait offert d'autre phénomène que l'abattement qui accompagne con- stamment celte opération. Il est mort au cinquième jour. Le membre opéré était à peine enflammé, et il n'y avait au- cune lésion dans les organes intérieurs. Expériencexue. A deux heures et demie, on a introduit dans l'estomac d'un chien très-fort 4 gros d'extrait aqueux d'ellébore noir solide alcalin, préparé en faisant macérer à froid de la racine sèche d'ellébore noir dans de l'eau ai- guisée de sous-carbonate de potasse (cet extrait fait la base des pilules toniques de Bâcher) : on a lié l'œsophage. A huit heures et demie du soir, l'animal éprouvait quelques vertiges , sa marche était chancelante, et il se plaignait un peu. Il est mort le lendemain à neuf heures du matin. La membrane muqfgpuse de l'estomac était d'un rouge- cerise dans toute son «tendue ; il n'y avait point de lésion sensible dans les intestins. Les poumons , gorgés de sang dans quelques parties, étaient d'une couleur foncée, noi- râtre, et plus denses que dans l'état naturel. Les ventricules cérébraux ne contenaient aucun fluide ; les vaisseaux vei- neux qui parcourent la surface externe de cet organe étaient gorgés de sang noir; la pie-mère fortement injectée. Expérience xme. Désirant connaître si l'ellébore, noir est moins actif que le blanc, on prit deux chats de même force ; on enfonça dans les muscles de la cuisse de l'un 4'eux une aiguille contenant un tiers de grain d'extrait DE L'ELLÉBORE NOIR. 21 alcoolique d'ellébore blanc : il éprouva les douleurs et les symptômes ordinaires. Au bout de cinquante minutes, il ne respirait plus que cinq fois par minute. A sept heures, la température du ventre était de i6° ; celle du rectum de i8°. Le surlendemain on le trouva mort. On opéra de la même manière sur l'autre chat, en em- ployant un demi-grain d'extrait alcoolique d'ellébore noir : l'animal périt au bout de vingt-cinq minutes, au milieu des convulsions (Schabel.) (i). Expérience xive. Dans le dessein de constater si les as- tringens empêchaient les effets délétères de l'ellébore noir, on a dissous 4 scrupules d'extrait aqueux de cette plante dans 4 onces d'eau, que l'on a filtré et précipité par un excès de teinture de noix de galle : le précipité obtenu pesait 44 grains ; on en a appliqué six grains sur une plaie faite à la cuisse d'un chat, et on n'a observé aucun phénomène notable. Deux gros du liquide surnageant le précipité furent introduits dans l'œsophage : l'animal tomba aussitôt, et rejeta une grande quantité d'écume ; sa respiration devint profonde et lente. Au bout de sept minutes on administra un gros de teinture de noix de galle étendue d'une assez grande quantité d'eau: onze minutes après, l'animal vo- mit les alimens qu'il avait pris une heure auparavant; la respiration fut de plus en plus difficile ; le corps se re- (i) Cette expérience est loin de démontrer la supériorité ni même l'égalité d'action de l'ellébore noir : en effet, il a été employé à la dose d'un demi-grain, tandis que l'autre u'a été appliqué qu'à la dose d'un tiers de grain ; d'ailleurs, l'ellébore noir était récent et très-actif, tandis que, d'après M. Schabel, le blanc avait moins de force que d'r.utres échantillons plus frais. La résistance vicale offerte par ces deux animaux peut encore différer assez pour que l'on ne doive tenir aucun compte d'une expérience aussi peu concluante. 22 DES POISONS ACRES. froidit, devint flasque; le péristhotonos se manifesta, et la mort eut lieu au bout de dix-sept minutes. L'estomac était tout plissé ; il n'y avait point de changement dans les autres organes. (Schabel.) OB S ERVAT I ONS. i °. 3Iorgagnifait mention d'un individu qui prit une demi- drachme d'ellébore noir, et qui succomba huit heures après. Il éprouva des douleurs et fut pris de vomissemens. Tout le canal digestif était enflammé; l'inflammation était plus intense dans les gros intestins que dans les petits; plu- sieurs portions de ces derniers offraient alternativement un état de constrielion et de relâchement; il n'y avait point de gangrène ; quarante - deux heures après la mort, les membres étaient encore flexibles. 2°. Un domestique, dans une métairie près St.-Brieux, éprouve un malaise depuis deux ou trois mois. Plus inquiet sur l'avenir que gêné des douleurs présentes, il se décide à faire quatre lieues pour aller consulter Pierre Tanguy, dit le mouton , un de ces ignorans mal- heureusement trop répandus , qu'on appelle vulgairement guérit tout. Il en reçoit trois substances que l'on a re- connues être , l'une la racine du sceau de Salomon , l'au- tre les feuilles du lierre terrestre, et la troisième a paru être la racine de l'ellébore noir. Cet homme fait bouillir ces ingrédiens dans du cidre, jusqu'à réduction d'une pinte de liquide : il en boit un verre, et, par curiosité , son maître en avale une même dose. Trois quarts d'heure après, les symptômes d'empoisonnement commencèrent à se manifester d'une manière alarmante. Mais ces malheureux étaient loin de prévoir les funestes effets dont leur trop aveugle confiance allait les rendre victimes. En effet, l'un d'eux (le domestique), n'en- DE L'ELLÉBORE NOItt. 23 trevoyant sans doute dans les douleurs déchirantes qu'il ressentit qu'une crise salutaire propre à chasser la ma- ladie, crut devoir la seconder en prenant un deuxième verre du breuvage qu'il avait préparé. Mais, loin de se calmer, les accidens n'en devinrent que plus graves. Bientôt les vomissemens , suivis de délire, les contorsions les plus violentes, accompagnées d'un froid excessif que rien n'a pu diminuer ; la mort enfin , furent les tristes résultats de l'administration de ce prétendu spécifique. Il est à remarquer , dans cette circonstance, que la violence des symptômes et des accidens suivit une marche assez régulière, et qui coïncida parfaitement avec les quan- tités différentes de liquide prises séparément par les deux individus. Aussi le maître ne mourut-il que deux heures et demie après- en avoir pris un seul verre, tandis que le domestique, qui en avait pris le double, succomba trois quarts d'heure plus tôt. L'ouverture cadavérique fut faite seize heures après la mort des individus. Elle présenta les mêmes altérations dans les deux cas , mais d'une manière beaucoup plus marquée chez le domestique, qui avait pris une plus grande dose de liquide. Les poumons étaient gorgés de sang ; la membrane muqueuse de l'estomac se trouvait dans un état d'inflam- mation considérable, d'une couleur brune-noirâtre , et réduite à un état presque gangreneux; l'œsophage et, ce qui est assez remarquable , les intestins n'offraient rien de particulier. (Observation rapportée par M. Ferrary, phar- macien à Sl.-Brieux. Journal universel, avril 1818, p. 121.) MM. Caventou et Cloquet, chargés d'examiner cette observation , pensent que l'ellébore noir n'était pas l.i seule substance active de ce breuvage , et qu'il pourrait bien y avoir été ajouté quelqu'autre corps de nature métallique , également susceptible d'empoisonner. 24 «ES POISONS ACUES. 815. Dans la première édition de cet ouvrage, qui parut long-temps avant le Mémoire de M. Schabel, nous a\ions tiré des expériences qui nous étaient propres les conclu- sions suivantes : i°. Les racines pulvérisées d'elléboies noir et blanc, appli- quées sur le tissu cellulaire, sont rapidement absorbées, por- tées dans le torrent de la circulation, et déterminent des vo- missemens violens et diverses lésions du système nerveux auxquelles les animaux ne tardent pas à succomber, et qui paraissent analogues à celles que les narcotiques dévelop- pent; 2°. Leur effet local se borne à produire une inflamma- tion légère, incapable d'occasionner une mort prompte ; 3°. Elles agissent de la même manière lorsqu'on les in- troduit dans l'estomac; mais, dans ce cas, leurs effets sont plus tardifs et moins intenses ; 4°. H peut même arriver alors qu'elles ne fassent pas périr les animaux auxquels on a laissé la faculté de vomir : dans le cas contraire, la mort est constante à certaine dose; 5°. La racine d'ellébore blanc est plus active que celle d'ellébore noir; 6°. C'est dans la partie soluble dans l'eau que résident les propriétés vénéneuses de ces deux espèces de racine d'ellébore. 7°. L'extrait alcalin,, qui fait partie des pilules toniques de Bâcher, est aussi très- actif (i). 816. Les expériences récentes et nombreuses de M. Scha- bel l'ont conduit à admettre les résultats suivans : « i°. Les propriétés délétères des racines d'ellébore blanc et noir ont le plus grand rapport entr'elles. {Voy. la note de la page 21 de ce vol.) (1) L'eau distillée de la racine d'ellébore noir agit aussi sur ïe système nerveux. de l'ellébore noir. a5 » 2°. Elles paraissent résider principalement dans la sub- stance résineuse (i) , et ne sont point neuttalisées par l'infusion de noix de galle. Wiborg et Schéel ont attribué leurs propriétés éméliques à la partie résineuse , et leurs propriétés narcotiques à la matière gommeuse, résultats qui ne sont point d'accord avec les expériences de l'auteur. » 3°. Les racines d'ellébores blanc et noir agissent non- seulement sur les animaux, mais encore sur les végétaux. T • Leur action délétère s'exerce sur les mammifères , les oiseaux, les reptiles , les mollusques, les insectes , et pro- bablement sur tous les autres animaux. » 4°« Elles sont plus énergiques si on les introduit dans les vaisseaux sanguins-, ou si on les applique sur les membranes séreuses , ou sur les organes pourvus de vais- seaux sanguins : dans ce cas , elles sont absorbées et trans- portées, par le moyen delà circulation, des parties infec- tées dans les autres parties du corps , en sorte qu'elles n'exercent pas leur influence à l'aide du système ner- veux. Il n'y a qu'une très-faible déperdition du poison employé, c'est-à-dire, que la quantité absorbée pour pro- duire la mort est peu considérable. » 5°. Leur action est moins violente si elles sont intro- duites dans le c.ir.aî alimentaire, très-forte si elles sont appliquées sur cbs plaies saignantes, ou sur la membrane muqueuse ô.es voies aériennes, et nulle lorsqu'elles sont placées sur l'épiderme, les organes fibreux, ou sur les nerfs. » 6°. La mort qu'elles déterminent chez les animaux des classes supérieures arrive presque toujours par le même mécanisme ; l'intensité de leurs effets est en rap- (r) Suivant M. Schabel, la racine d'ellébore noir fournit 0,29 d'extrait alcoolique ou résineux, et o,58 d'extrait aqueux. La racine d'ellébore blanc déjà ancienne donna 0,40 d'extrait alcoolique ou résineux, et 0,5^ d'extrait aqueux. ig DES POISONS ACRES. port avec la quantité employée. Données à grande dose, elles men*. 1a; idtmcnt, ap es ;»\oii occasionné la dyspnée et des convulsions. La mai- lie et la durée de l'affection qu'elles pro luisent sont également subordonnées à la dose. » Le plus souvent la mort a lieu en une demi-heure ou une heure ; quelquefois elle n'arrive qu'au bout de plu- sieurs heures, tandis que, dans d'autres circonstances, quelques minutes suffisent pour la déterminer. » Peu de temps après avoir administré ces poisons aux animaux des classes supérieures , la respiration devient pénible et lente; les battemens du cceur.se ralentissent, et peu de minutes après l'envie de vomir se manifeste ; l'animal vomit des matières bilieuses et muqueuses ; il sa- live, et présente tous les phénomènes que l'on observe ordi- nairement dans les grandes douleurs de ventre. Il chancelle, vacille comme s'il avait des vertiges et s'affaiblit de plus en plus: on remarque un tremblement dans les muscles des extrémités postérieures d'abord, puis, et seulement dans certaines circonstances, dans ceux des pattes antérieures. Il arrive tantôt que la respiration et la circulation sont plus rares et plus ii régulières ; tantôt, au contraire, ces fonctions sont accélérées , et alors la respiration est douloureuse ; les animaux halètent comme les chiens qui ont très-chaud ; la langue est pendante; la faiblesse des muscles augmente à un tel point que la démarche devient impossible, et l'animal reste étendu par terre. A cette époque , les efforts pour vomir cessent le plus ordinairement; les convulsions se déclarent, augmentent de temps à autre, et ne tardent pas à être suivies de l'opisthotonos , de l'emprosthotonos et de la mort. » Dans certaines circonstances, la respiration et les mou- vemens du coeur deviennent plus rares ; ceux - ci sont inlermitlens , tandis que la respiration est pénible ; la chaleur intérieure et extérieure diminue , phénomène qui DK L'ELLÉBORE KOIIl. 2|J est de la plus haute importance pour les physiologistes. Plus tard, la sensibilité diminue , l'animal languit et reste couché , la respiration est rare et faible, et de temps à autre, on aperçoit quelques signes de vie qui s éteint par degrés. Quelquefois, surtout chez les oiseaux, ces poisons agissent comme purgatifs ; ils déterminent rarement l'éternuement; la pupille est resserrée ou dilatée. » Si, après l'empoisonnement, la santé se rétablit, ce qui, d'après Ledélius, peut arriver même chez les per- sonnes qui ont éprouvé des convulsions, la respiration, le pouls et la température du corps reviennent peu à peu à leur état naturel. » Chez les animaux qui n'ont pas été tués instantané- ment par ces poisons , on trouve les poumons lourds, gorgés de sang, recouverts d'une membrane dense et of- frant plusieurs taches brunes ; quelquefois ils sont emphy- sémateux ; la trachée-artère et ses grandes ramifications no paraissent point altérées. » Les vaisseaux biliaires et la vésicule du fiel sont rem- plis de bile ; on trouve encore une assez grande quantité de cette liqueur dans les intestins grêles. Le foie est sou- vent gorgé de sang ; la membrane muqueuse de l'esto- mac est d'une couleur rouge ; on observe quelquefois une rougeur analogue dans quelques parties des intestins. Je n'ai jamais pu confirmer le fait annoncé par M. Orfila , savoir, que l'ellébore noir enflamme l'intestin rectum : plusieurs expériences faites par M. Orfila lui-même sont en opposition avec ce qu'il avance (i). (■) Nous persistons à croire que l'ellébore noir détermine l'inflammation du rectum lorsqu'il est introduit dans l'esto- mac. Si M. Schabel n'a pas observé celte lésion, cela tient à ce que les animaux sur lesquels il a opéré sont morts quelques mi- nutes après l'ingestion du poison j tandis que, suivant nous, î8 DES POISONS ACRES. » On rencontre souvent dans les gros troncs veineux et dans les cavités droites du coeur, une grande quantité de sang noir ; il y en a aussi quelquefois dans le ven- tricule gauche. » Si on ouvre les animaux peu de temps après la mort, on voit que le sang est fluide et qu'il se coagule par son exposition à l'air. Les autres organes nous ont paru sains. » L'irritabilité des muscles volontaires et involontaires , et de ceux qui ont été touchés par ces poisons, est encore assez marquée. Les nerfs ont conservé assez de force pour transmettre les impressions qu'ils ont reçues. » Nous n'avons jamais remarqué que les corps des ani- maux soumis à l'influence des racines dont nous par- lons eussent une tendance plus marquée à la putréfaction. m II résulte de tout ce qui précède que les propriétés dé- létères des racines d'ellébores noir et blanc ont quelques rapports avec celles de Y hydro-chlorate de baryte et de IV- métique; que leur mode d'action diffère cependant, sur- tout de la dernière de ces substances, parce qu'elles agis- sent avec plus de promptitude, qu'elles produisent moins de déjections alvines, et qu'étant appliquées ailleurs que sur l'estomac, elles excitent plus vite et plus constam- ment le vomissement. En effet, d'après M. Emmert, aucune des substances vireuses ou médicamenteuses employées elle ne se développe que dans le cas où les animaux ont survécu quelques heures à son administration {Toxicologie, t. n, p. q ire édit.). Qu'il nous soit permis de relever encore M. Schabel lorsqu'il dit que nous sommes en contradiction avec nous-mêmes. Parmi les expériences rapportées dans noire article sur l'ellé- bore noir (ire édit.), la ne et la ve sont les seules qui aient été terminées par la mort après l'introduction de ce poison dans l'estomac : or, dans l'une et dans l'autre, l'intérieur du rectum était d'un rouge cerise. DE LA BRYONE. 2Q uisqu a ce jour ne détermine aussi promptement le vo- missement que les racines d'ellébore appliquées sur des plaies saignantes {Schabel) ». 817. L'ellébore fétide peut aussi déterminer la mort. On Ih dans le London-Chronicle, 1768, n° 1760, qu'un enfant périt pour avoir pris de la racine de cette plante dans de la pulpe de pomme. On a vu aussi, après son emploi, des individus perdre les cheveux, les ongles, et même l'épi- derme qui recouvre tout le corps. ( Oxford Magazine, pour le mois de mars 1779, pag. 99.) De la Bryone. 818. Le genre bryonia appartient à la famille des cucur- bitacées. ■ Caractères. Fleurs monoïques ou dioïques : calice court, monophylle, campanule, à cinq dents : corolle adhérente au calice. campanulée ou presqu'en rosette, dont le lymbe est à cinq divisions ovales et veineuses. Fleurs mâles : trois élamines, dont deux soudées ensemble par les filets. Fleurs femelles : un style à trois divisions : stigmates échancrés : ovaire inférieur, ovoïde, qui, lors de sa maturité, est une baie sphérique ou ovale, lisse en sa superficie, renfermant un petit nombre de graines. Bryonia dioica (couleuvrée, bryone blanche). Tiges longues d'environ deux mètres, grêles, grimpantes, can- nelées et un peu velues : feuilles; alternes, pétiolées, an- guleuses, palmées, cordiformes, hérissées de poils rudes au toucher, offrant à leur base une longue vrille roulée en spirale : racine fort grosse, fusiforme, marquée en de- hors par des cercles, charnue , succulente, rameuse, d'un blanc jaunâtre, d'un goût acre, amer et désagréable : fleurs petites, d'un blanc sale, et marquées de lignes verdàtres : baies rondes et d'un rouge vif dans leur maturité. Cette 3o DES POISONS ACRES. plante est commune dans les haies. l,t racine de bryone renferme un suc très-acre, amer, soluble, que l'on peut lui enlever en l'exprimant et en le traitant par l'eau : il reste alors une matière féculente, douce, nullement cor- rosive. Action de la racine de Biyone sur Véconomie animale. Expérience irf!. A six heures et demie du matin, on a appliqué 2 gros 48 grains de poudre fine de racine sèche de bryone sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d'un chien de moyenne taille. L'animal est mort au bout de soixante heures, sans avoir paru éprouver d'autre symptôme qu'une douleur assez vive. A l'ouverture du ca- davre, on n'a remarqué aucune lésion dans le canal diges- tif; les poumons étaient sains; le membre opéré offrait une inflammation assez étendue qui s'était terminée par suppuration. Expérience 11e. A dix heures du matin, on a introduit dans l'estomac d'un petit chien robuste une demi-once de racine sèche de bryone finement pulvérisée, et on a lié l'oesophage. A deux heures, l'animal ne paraissait pas in- commodé. Le lendemain matin, on l'a trouvé mort. Le sang qui remplissait les ventricules du coeur était coagulé; les poumons, peu crépitans, étaient d'une couleur rou- geâtre, et contenaient une assez grande quantité de sang; l'estomac, très-rouge à l'extérieur, renfermait presque toute la poudre ingérée5 la membrane muqueuse , d'un rouge vif, présentait çà et là des plaques noirâtres, nullement ulcérées; l'intérieur des gros intestins était très-enflammé- les autres parties du canal digestif étaient à peine ulcérées. Expérience 111e. On a répété la même expérience, à cinq heures du matin, avec 3 onces d'eau que l'on avait fait in- fuser , pendant deux heures, sur 4 gros de racine de bryone pulvérisée. A six heures du soir, l'animal n'avait éprouvé DE LA BRYONE." 3l d'autre symptôme qu'un grand état d'abattement; il cher- chait peu à se mouvoir; cependant il n'avait point de ver- tiges. Il est mort dans la nuit. On l'a ouvert le lendemain à neuf heures du matin : le cœur était distendu par une assez grande quantité de sang en partie coagulé , en partie fluide; les poumons, un peu rouges, contenaient du sang fluide ; la membrane muqueuse de l'estomac était d'un rouge cerise dans toute son étendue; il en était de même de celle qui tapisse l'intérieur du rectum. Les autres in- testins, excepté le commencement du duodénum, étaient presque dans l'état naturel. OBSERVATIONS. i°. «Je fus appelé dans le mois dernier pour porter secours à une femme en couche dont l'enfant était mort, et à qui un chirurgien de village avait ordonné, pour empêcher la sécrétion du lait, une tisane composée d'environ une once de racine de bryone pour un litre d'eau, et un lavement fait avec une décoction concentrée de la même racine. » A mon arrivée, quatre heures après qu'elle eut pris ce fatal remède, elle n'était déjà plus. L'inspection des ma- tières qu'elle avait rendues par le bas, dans lesquelles les bonnes femmes croyaient apercevoir des morceaux du délivre d'une couche antérieure, me fit reconnaître la membrane interne de l'intestin rectum. Il fut impossible de faire l'ouverture du cadavre. » (Fait communiqué par M. J. L. S. D. B. Gazette de Santé, 11 septembre 1816). 20. Plusieurs observateurs attestent que l'administration de la biyone a été suivie de vomissemens violens, accom- pagnés de défaillances, de vives douleurs, de déjections alvines séreuses abondantes, de soif, etc. 819. Ces faits nous portent à croire, i°. Que la racine de bryone agit sur l'homme comme suc les chiens ; 3l n ES POISONS A CRIS. 2°. Que ses effets pourraient dépendre de l'inflamma- tion qu'elle développe et de l'irritation sympathique du sys- tème nerveux, plutôt que de son absorption ; 3°. Que c'est spécialement dans la portion soluble dans l'eau que réside sa propriété délétère. De VÉlatérium. 820. Le momordica elaterium (concombre d'âne, con- combre sauvage) est une plante de la famille des cucurbi- tacées, rangée par Linnée dans la monoecie diandrie. Elle offre, sur le même pied, des fleurs unisexuelles composées d'une corolle monopétale, hypocratériforme, à tube cy- lindrique et à limbe partagé en cinq découpures lancéolées, ouvertes, avec une petite dent. Fleurs mâles : trois étami- nes, dont deux soudées par les filamens : les anthères sont réunies. Fleurs femelles : trois étamines avortées :un ovaire inférieur à trois lobes, hérissé, duquel s'élève un style qui s'épaissit insensiblement, et se termine en un stig- mate en tête. Le fruit est un baie ovale, peu charnue , co- riace, à peine de la grosseur du pouce, uniloculaire, cap- sulaire, hérissée de pointes molles, s'ouvrant avec élas- ticité et lançant les semences au loin. Celles-ci sont ovales, anguleuses, comprimées, munies d'une arille, et nagent dans une pulpe aqueuse. Les tiges sont couchées par terre, rampantes, très-branchues, épaisses, et chargées d'aspérités qui les rendent piquantes et rudes au toucher. Les feuilles sont pétiolées , cordiformes , oreillées à leur base, éparses • et leur pétiole surtout est très-hérissé de poils piquans. Cette plante croît dans les lieux stériles et pierreux. Action de VElatérium sur Véconomie animale. Expérience ire. A huit heures, on a introduit dans l'esto- mac d'un petit chien robuste 3 gros d'extrait d'élatéiium U E L E L A t'Ê R I U 3*. 33 solide dissous dans 5 gros d'eau , et on a lié l'œsophage. Dix minutes après, l'animal a eu des nausées et a fait des efforts pour vomir. A huit heures et demie , les envies de vomir se sont renouvelées, et il poussait des plaintes. A dix heures un quart, il était couché sur le côté, sans pouvoir rester debout un seul instant; sa sensibiliié élait tellement diminuée, qu'on pouvait le heurter, le déplacer sans qu'il donnât le moindre si^ne de sentiment. Sa respira- tion était profonde, accélérée, cl semblable à celle des indi- vidus qui sont atteints d'une inflamm ition du bas-ventre ; l'a- nimal faisait encore des efforts pour vomir. A deux heures, on l'a trouvé mort, et on en a fait l'ouverture. Le cœur ne se contractait plus ; il ne contenait que très-peu de sang noi- râtre ; les poumons, loses, étai nt moins crépitans que dans l'état naturel, légèrement compactes et peu gorgés de sang; l'estomac renfermait une cet laine quantité d'un ffuide brunâtre ; la membrane muqueuse, d'un rouge de feu dans toute son étendue , offrait çn et là des points noi- râtres sans ulcération ; le rectum , parsemé de taches d'un rouge cerise , élait évidemment enflammé ; il n'y avait point d'altération dans les autres intestins ; le cadavre n'était pas roide. Expérience 11e. A dix heures du matin , 3 gros d'extrait d'élatérium ont été injectés dans le tissu cellulaire de la cuisse d'un chien de moyenne taille. A deux heures , l'ani- mal n'offrait aucun phénomène sensible. Le lendemain malin, on l'a trouvé mort. Le canal digestif était sain, ex- cepté le rectum , dont l'intérieur présentait quelques ta- ches roses ; le membre opéré était infiltré , d'uu rouge livide, et très-enflammé. Expérience me. On a répété la même expérience, à cinq heures du matin, sur un chien fort et de grande taille. Le lendemain, à sept heures du matin , l'animal n'avait éprouvé que de l'abattement. 11 a expiré à trois 3 34 UES POISO» ACUtS. heures, et la mort a été précédée d'une insensibilité géné- rale. A l'ouverture du cadavre, on n'a pas découvert la moindre trace d'altération dans les tissus qui composent le canal digestif, excepté dans le rectum , qui offrait quel- ques taches r ouges ; le membre opéré était tuméfié et très- enflammé; la rougeur s'étendait depuis la partie inférieure de la patte jusqu'à la troisième côte steinale; il y avait beaucoup d'infiltration séroso - sanguinolente ; les pou- mons étaient sains. 821. Ces expériences nous portent à croire, i°. Que les premiers effets de l'élatérium dépendent de l'inflammation qu'il détermine autant que de son absorption ; 2°. Que:c'est à la lésion du syslème nerveux sympathî- quement affecté qu'il faut attribuer la mort qui est la suite de l'administration ou de l'application de cette substance; 3°. Qu'en outre il exerce une aclion spéciale sur le rectum. De la Coloquinte. 82a. La coloquinte est le fruit du cucumis colocynthis (monœcie syngénésie de L.), qui appartient à la famille des cucurbitacées , et qui croît dans les îles de l'Archipel. Ce fruit est de la grosseur d'une orange, d'une couleur blan- che jaunâtre, inodore, rond, sec, léger, spongieux et composé de feuillets membraneux ; il renferme un très- grand nombre de cellules dans lesquelles sont logées des semences planes, oblongues, douces et émulsives ; il est doué d'une saveur acrimonieuse, très-amère et très-nau- séabonde. BE LA COLOQUINTE. 35 Action de la Coloquinte sur l'économie animale. Expérience ire. A neuf heures du matin, on a détacha et percé d'un trou l'œsophage d'un chien de moyenne taille , et on a introduit dans son estomac 3 gros de colo- quinte réduite en poudre fine et contenue dans un cornet de papier : on a lié l'œsophage. A deux heures, l'animal avait eu une selle liquide, noirâtre; il se plaignait de temps en temps ; mais il n'avait ni vertiges ni convul- sions. A huit heures du soir, sa respiration élait un peu accélérée et gênée ; il ne conservait plus les f iculiés du sentiment ni du mouvement : on pouvait le déplacer comme une masse inerte , et il lui aurait été impossible de se tenir un instant debout. 11 était couché sur le côté; ses pattes, un peu allongées, sans contraction remarquable des muscles qui en font partie, n'étaient le siège d'aucun mouvement convulsif. Il est mort à minuit. Ouverture du cadavre. L'estomac offrait, à l'intérieur, une couleur rouge violette; il était distendu par une assez grande quantité d'alimens solides et par un liquide dans lequel était suspendue la poudre de coloquinte. La mem- brane muqueuse de ce viscère, fortement enflammée dans toute son étendue , était d'un rouge noiiàtre dans la portion correspondante au grand cul-de-sac, d'un rouge vif dans les autres parties ; celle qui tapisse le duodénum , le jéjunum, l'iléum, le cœcum et le premier quart du colon, était d'un rouge assez vif; il n'y avait aucune altération dans le restant du colon ; mais le rectum pré- sentait un très-grand nombre de plaques d'un rouge de feu. Expérience ne. A huit heures du malin on a fait avaleiv à un chien de niovenne taille une pomme de coloquinte, qu'il a vomie presqu'en entier une heure après. Le lende- main , à onze heures, on a détaché son œsophage, et 36 DES POISONS ACRES. on a introduit dans son estomac ciuq onces de vin bïanC que l'on avait fait infuser pendant six heures sur 2 gros et demi de coloquinte de Venise : on a lié l'œsophage. A une heure, l'animal n'avait fait aucun effort pour vo- mir. A six heures , il avait eu deux selles liquides, et il se plaignait assez vivement. Il est mort dans la nuit. Les poumons, l'estomac, le duodénum et les autres in- testins grêles n'offraient aucune altération remarquable ; la membrane muqueuse du rectum et des dernières por- tions du colon était d'un rouge pourpre foncé : la mem- brane musculeuse soujacente était également enflammée. Expérience 111e. On a versé 8 onces de vin blanc bouil- lant sur une demi-once de coloquinte de Venise coupée en petits fragmens. Au bout de trois jours on a décanté le liquide spiritueux, on l'a fait évaporer pour en chasser l'alcool, et on l'a introduit dans l'estomac d'un chien de moyenne taille, dont l'œsophage avait été préalablement détaché et incisé. Le lendemain, l'animal se plaignait, était abattu et avait eu deux selles abondantes. Il est mort vingt-deux heures après l'opération. La membrane mu- queuse de l'estomac était généralement d'un rouge assez vif, et offrait çà et là des portions d'un rouge foncé; celle qui tapisse le duodénum et le jéjunum présentait une altération analogue. L'iléon, le cœcum et les premières portions du colon étaient presque dans l'état naturel ; l'intérieur du rectum et de la portion inférieure du co- lon était le siège d'une inflammation très-intense ; on voyait plusieurs bandelettes saillantes, d'un rouge noirâtre, se détacher sur un fond rouge de feu. Les poumons paraissaient dans l'état naturel. Expérienceive. On a fait, à midi, une plaie à la partie interne de la cuisse d'un chien de moyenne taille ; on l'a saupoudrée avec 2 gros de coloquinte finement pulvéri- sée , et pn a réuni les lambeaux par quelques points de DE LA COLOQUINTE. 3j suture. Le lendemain, à quatre heures du matin, l'animal ne paraissait pas très-incommodé ; il ne poussait aucun cri plaintif, et il marchait librement. Il est mort dans la nuit. Ouverture du cadavre. La membrane muqueuse du rec- tum était évidemment altérée ; presque toute sa surface était tapissée de points d'une couleur rouge de sang ; les autres portions du canal digestif et les poumons n'offraient au- cune lésion apparente. Le membre opéré présentait une in- flammation assez étendue accompagnée d'une infiltration sanguine qui occupait principalement les parties .infé- rieures. Il n'y avait point d'escarre. Expérience ve. On a fait digérer dans l'eau, pendant huit jours , 2 onces de coloquinte finement pulvérisée ; on a évaporé le liquide jusqu'à consistance presque si- rupeuse, et on l'a introduit, à midi, dans l'estomac d'un chien de moyenne taille, dont l'œsophage avait été préa- lablement détaché et incisé. A midi et demi, l'animal a fait de violens efforts pour vomir. A quatre heures un quart, sa marche était chancelante, et il avait des vertiges tels , qu'il tombait après avoir fait deux ou trois pas. Il conservait cependant l'usage de ses sens et ne poussait au- cune plainte. A six heures, il ne donnait presque plus de signe de vie ; on pouvait le déplacer comme une masse inerte; il n'était pas agité de mouvemens couvulsifs. A huit heures et demie, il était dans le même état. Il est mort à onze heures du soir. Ouverture du cadavre. L'estomac contenait une portion du liquide ingéré , mêlé d'un fluide visqueux et noirâtre ; la membrane muqueuse, d'une couleur rouge foncée, offrait des stries d'un rouge noirâtre ; la membrane musculeuse était rouge-cerise ; les intestins grêles, le cœcum et le colon paraissaient peu altérés ; la membrane muqueuse du rectum était très-enflammée, et présentait des bandes longitudinales couleur de feu; les poumons, un peu 38 «ES POISONS ACRES. gorgés de sang noir, étaient cependant assez crépitans ; les vaisseaux veineux placés à la surface des lobes céré- braux étaient très-gorgés de sang noir , la pie-mère for- tement injectée; mais il n'y avait aucun fluide dans les ^ventricules de cet organe. Expérience vie. A midi, on a fait avaler à un petit chien à jeun 3 gros de coloquinte que l'on avait préalablement traitée par l'eau bouillante, jusqu'à ce que ce liquide fût incolore et insipide; on a lié l'œsophage. L'animal a fait des efforts pour vomir ; quatre heures après il a éprouvé des vertiges, et il est mort dans la nuit. L'estomac élait un peu enflammé à l'intérieur; le rectum offrait à peine une très- légère altération- OBS ERVATIO K S. i°. Une femme fut en proie à des coliques pendant trente ans, pour avoir pris de Vinfusion de pulpe de co- loquinte préparée avec de la bière. (Fovuwce r Fragmenta chirurg. et med., p. 66.) 2°. Un individu prit le decoctum de trois pommes de coloquinte ; il eut des déjections alvines abondantes et sanguinolentes , et il aurait succombé si on ne se fût hâté de lui administrer l'huile en lavement et par la bouche. (Tulpitj's, Obs., lib. iv, c. xxvi,pag. 218.) 3°. Dioscoride avait observé ( lib. iv, c. clxxviii ) que la coloquinte , introduite dans le rectum, déterminait un flux de sang. 4°. Lebret, chiffonnier, avala 3 onces de coloquinte dans l'espoir de se débarrasser d'une gonorrhée dont il était at- teint depuis plusieurs jours. Peu de temps après, il éprouva des douleurs aiguës dans l'épigastre , et il vomit abondam- ment. Au bout de deux heures , il eut des déjections alvines copieuses ; les membres abdominaux fléchirent, la vue s'obscurcit, et il n'entendait qu'avec difficulté; il se mani* festa un léger délire auquel succédèrent bientôt des verti- DE I.A COLOQUINTE. ÔQ ges. On lui fit boire beaucoup de lait, ce qui occasionna des vomissemens ; on appliqua dix sangsues au bas-ventre, et les symptômes se calmèrent par degrés. (Rapport fait par le malade. ) 5°. Un ouvrier serrurier, âgé de vingt-huit ans, sujet au flux hémorrhoïdal, se plaignait, depuis quelque temps, de douleurs dans l'estomac, de digestions pénibles et de plusieurs autres symptômes de dyspepsie. Un ouvrier allçf mand, son compagnon, lui promit de le guérir radicale- ment au moyen d'un remède de famille. Il prit, par ses conseils, deux verres d'une décoction amère, que j'ai su, par la suite, être de la coloquinte. Le remède produisit des selles fréquentes , accompagnées de coliques ; quelques heures après, le malade se plaignit d'une grande chaleur dans les entrailles , d'un sentiment desécheresse à la gorge, d'une soif inextinguible. Il me demanda le soir. On me cacha la vraie cause de la maladie ; je le trouvai avec un pouls petit, très-accéléré, la langue rouge, le ventre tendu, très-dou- loureux au toucher; la douleur était fixe et atroce près de l'ombilic; les selles étaient supprimées. Je lui ordonnai une saignée, des fomentations émollientes, des demî-lave- mens émolliens et du bouillon de poulet. La nuit fut très- mauvaise. Le lendemain malin, le ventre était plus ballonné et plus douloureux ; on ouvrit de nouveau la veine ; on plaça le malade dans un bain tiède ; six heures après, augmentar tion des douleurs, rétention d'urine avec rétraction dou- loureuse des testicules et priapisme; on couvrit le ventre de fomentations ; on appliqua douze sangsues à l'anus , et des ventouses scarifiées sur l'abdomen ; on ordonna l'émul- sion de gomme arabique et des lavemens émolliens nitrés. Le troisième jour au matin, la rétention d'urine cessa ; les autres symptômes continuèrent ; le pouls était petit et serré ; le hoquet survint, les extrémités se refroidirent, la tête et la poitrine se couvrirent de sueur grasse ; on ciaignit 4<> DES POISONS ACRES. la gangrène ; le soir, les douleurs cessèrent, le ventre était moins tendu, et semblait offrir quelques signes de fluctua- tion ; les assistans se félicitaient d'une amélioration sen- sible, et, comme je l'avais annoncé, le malade mourut pendant la nuit. Son épouse me fit l'aveu de l'imprudence qu'il avait commise. Ouverture du cadavre. Les viscères abdominaux of- fraient les plus grands désordres; l'abdomen était rempli d'un fluide blanchâtre, chargé de flocons de la même couleur; les intestins étaient rongés, parsemés de taches noires; 1<"> plupart étaient ou adhérens ou couverts de fausses membranes. La tunique interne de l'estomac était comme détachée et ulcérée. Le péritoine élait presque putréfié ; le foie, les reins et la vessie offraient des traces d'inflam- mation. (Observation inédite communiquée par le docteur Carron d'Annecy.) 6°. Je fus appelé, quinze jours après, pour voir une jeune blanchisseuse qui venait de prendre un demi-verre de décoction amère que lui avait ordonnée le même ou- vrier allemand ; elle ressentit bientôt de violentes douleurs dans le bas-ventre, me fit demander, et me montra le breu- vage. Je reconnus bientôt que c'était de la coloquinte. La cessation du remède, les bains, les boissons huileuses, mucilagineuses et l'opium , la guérirent bientôt. (M. Car- ron d'Annecy. ) j°. Un boulanger , atteint de fièvre quarte , de ca- chexie, etc., prit le remède; il souffrit beaucoup et fut guéri de la fièvre; cependant il resta faible, languissant, avec un teint plombé , et périt, au bout de six mois, d'une attaque de paralysie. ( M. Carron d'Annecy. ) 823. Ces données tendent à prouver: r°. Que les effets de la coloquinte dépendent principa-, lement de son action locale et de l'irritation sympathique qu'éprouve le système nerveux ; BE LA GOMM E-6 TJTTE. 41 2°. Qu'elle est cependant absorbée, portée dans le tor- rent de li ciiculation, et qu'elle agit aussi directement sur le système nerveux et sur le rectum ; 3°. Que l'activité de ce médicament réside à - la - fois dans la portion soluble dans l'eau et dans celle qui y est insoluble ; 4°. Qu'il paraît agir sur l'homme comme sur les chiens (i ). De la Gomme-gutte. 824. La gomme-gutte est une gomme-résine que l'on obtient dans les royaumes de Siam et de Ceylan, en prati- quant des incisions aux feuilles et aux jeunes pousses du stalagmitis gambogioides (polygamia monœcia, Willd). Le bois du gambogia gutta, L. (polyandrie monogynie) fournit aussi, par l'incision , ce produit sous la forme d'un suc qui ne tarde pas à se concréter. La gomme-gutte est solide , d'une couleur jaune foncée, tirant sur le rouge, devenant jaune clair lorsqu'on l'hu- mecte ou lorsqu'on là pulvérise, d'une cassure luisante , (1) On a dû remarquer dans les expériences relatives à la co- loquinte et à l'élatérium que lorsque ces poisons ont déterminé la mort après leur in troduction dans l'estomac, on trouve ce vis- cère et le rectum enflammés; tandis que la masse des intestins grêles est presque dans l'état naturel. Cette particularité a éga- lement lieu pour un très-grand nombre de substances véné- neuses : elle par.ùt dépendre de la rapidité avec laquelle une partie du poison traverse les intestins grêles, et du long séjour qu'il fait dans l'estomac et dans le rectum. On ne peut pas ad- mettre que ce soit toujours en vertu d'une action spéciale sur cet inlestin que l'inflammation se développe; car elle manque souvent lorsque la substance vénéneuse a déterminé la mort après avoir élé injectée dans le tissu cellulaire de la cuisse. 42 DES POISOUS ACRES. très-friable , opaque , inodore , insipide, à moins qu'on ne la laisse trop long-temps dans la bouche, car alors elle développe une saveur légèrement acre ; se dissolvant en partie dans l'eau et dans l'alcool auxquels elle communique une teinte jaune. L'alcool ainsi chargé fournit, par l'addi- tion de l'eau , un précipité jaune qui ne se dépose qu'avec la plus grande difficulté. La dissolution de potasse dissout en entier la gomme - gutte; cette dissolution n'est point troublée par l'eau ; mais elle est décomposée par les acides, qui en précipitent une matière d'un très-beau jaune , so- luble dans un excès d'acide. Action de la Gomme-gutte sur l'économie animale. Expérience ire. A dix heures du matin, on a fait avaler à un petit chien un gros de gomme-gutte finement pulvé- risée. Au bout d'une heure, il a vomi des matières ali- mentaires couleur de safran, mêlées d'une certaine quan- tité de la poudre ingérée. Dix minutes après , nouveau vomissement; l'animal était un peu abattu. Le lendemain , ri était parfaitement rétabli; il a mangé comme à l'ordi- naire, et il n'avait eu aucune évacuation alvine. Le jour suivant, on lui a fait avaler de nouveau 2 gros 48 gr. de gomme-gutte : au bout d'une heure, il a vomi trois foi* des matières jaunes, et, trois heures après , il a mangé avec assez d'appétit. Tiois jours après il était très-bien portant: on lui a détaché l'oesophage, on l'a percé d'un trou, et on a introduit dans l'estomac un gros et demi de gomme-gutte délayée dans deux onces d'eau. Il n'a pas tardé à faire des efforts pour vomir, et il a eu, au bout de huit heures , une selle jaunâtre assez abondante. Il est mort dans la nuit. La membrane muqueuse du rectum et de la moitié descen- dante du colon était d'une couleur rouge ; l'estomac les autres intestins et les poumons n'offraient pas d'altéra- tion sensible. DE 11 SOMME &ÏTTE. fô Expérience n*. A huit heures du matin, on a fait avaler à un petit chien robuste et à jeun un gros et demi de gomme-gutte finement pulvérisée; immédiatement après, on a détaché et lié l'œ-^ophage. Au bout de cinq heures, l'animal avait en plusieurs selles liquides d'une couleur jaune; il se plaignait , était abattu , et respirait avec diffi- culté; il n'y avait ni convulsion ni paralysie. Il est mort à six heures du soir. Ouverture du cadavre. L'estomac, injecté à l'extérieur, d'une couleur rougeâlre , offrait dans son intérieur une pe- tite quantité d'un fliide visqueux, brunâtre ; sa membrane muqueuse, généralement rouge, présentait, dans les plis voisins du pylore, une coultur rouge foncée ; le duodénum et le jéjunum étaient légèrement enflammés ; le rectum était enduit d'une légère couche de gomme-gutte, et par- semé d'un très-grand nombre de stries d'un rouge foncé. Les poumons, un peu livides, étaient moins crépitans que dans l'état naturel. Expérience 111e. A dix heures du matin , on a détaché et percé d'un trou l'oesophage d'un chien de moyenne taille, et on a introduit dans son estomac 4 gros de gomme-gutte finement pulvérisée, contenue dans un cornet de papier : l'oesophage a été lié. A deux heures, l'animal faisait de violens efforts pour vomir; mais il ne paraissait pas très- incommodé. A huit heures du soir, il ne poussait aucune plainte et conservait le libre usage de ses sens et de ses membres; la respnation s'exerçait presque comme dans l'état naturel. Le lendemain, à dix heures du matin, on l'a trouvé mort. L'estomac contenait environ quatre onces d'un fluide peu consistant, dans lequel était suspendue la majeure partie de la gomme-gutte ; la membrane muqueuse de ce viscère était recouverte d'une légère couche de cette gomme-n'sine que l'on n'a pu détacher qu'au moyen du scalpel : elle avait une couleur rouge de feu, et était par- 44 DES POISOKS ACRES. semée d'une multitude de points également colorés. On voyait dans l'intérieur du rectum quelques taches rou- geâtres. Les autres intestins , enduits d'une matière jaune filante, n'offraient aucune altération remarquable. Les poumons, d'un rouge foncé par plaques, étaient moins crépitans que dans l'état naturel, et gorgés de sang noir. Expérience ive. A dix heures du matin, on a saupoudré une plaie faite à la cuisse d'un chien de moyenne taille , avec 2 gros 48 grains de gomme-gutte finement pulvérisée, et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. A huit heures, l'animal n'avait eu aucune évacuation ; il mar- chait bien et ne se plaignait pas. Le lendemain matin on l'a trouvé mort. Le canal digestif était à-peu-près comme dans l'état naturel ; les poumons , peu crépitans, d'une couleur un peu livide, contenaient du sang noir. Le membre opéré était enflammé et infiltré ; l'inflammation et l'infiltration séreuse s'étendaient sur le côté jusqu'à la sixième côte ster- nale. Il y avait beaucoup de gomme-gutte à l'endroit de la plaie, et on n'a point observé d'escarre. Expérience vc. On a répété l'expérience précédente sur un chien de même taille. Le lendemain, à deux heures de l'après-midi (vingt-quatre heures après l'opération) , l'ani- mal marchait bien sans se plaindre, et n'avait aucun mou- vement convulsif. Il est mort dans la nuit. On n'a point trouvé d'altération dans le canal digestif; les matières fécales contenues dans les gros intestins étaient d'une couleur jau- nâtre. Le membre sur lequel la plaie avait été faite pré- sentait une infiltration séreuse très-considérable, et toutes les parties voisines étaient teintes en jaune par une légère couche de gomme-gutte. Il n'y avait point d'escarre. 825. Il résulte de ces expériences, i°. Que la gomme-gutte peut être introduite à assez forte dose dans l'estomac des chiens qui ont la faculté de vomir, sans donner lieu à des accidens graves ; Dtl CAR or. 45 2°. Que, dans le cas contraire, elle détermine une mort prompte qui ne paraît pas dépendre de son absorption, mais de l'action locale énergique qu'elle exerce, et de l'ir- ritation sympathique du système nerveux ; 3°. Qu'elle détruit rapidement la vie lorsqu'on l'appli- que sur le tissu cellulaire , et que ses effets sont analogues à ceux d'une brûlure étendue qui ne produirait point d'es- carre. Du Garou (daphne gnidium). 826. Cet arbrisseau appartient à l'octandrie monogynie de L. et à la famille des thymélées de Jussieu. On l'appelle aussi vulgairement sain-bois. Périgone (calice) en tube gonflé et resserré à l'ouver- ture, et qui semble tenir lieu de corolle dont les fleurs de cette plante manquent; blanchâtre ou rougeâtre, divisé en quatre lobes et couvert d'un duvet presque cotonneux, supporté par un pédoncule pubescent : huit étamines à filets courts, insérées et enfermées dans le tube du calice : un style court à stigmate en tête : un ovaire. Le fruit est une baie ovale ou sphérique, renfermant une pulpe succulente, sous laquelle se trouve une coque mince à une loge et à une seule graine : fleurs petites, en panicule peu étalé: tige de deux à trois pieds , divisée dès sa base en plusieurs rameaux effilés, abondamment garnis de feuilles lancéo- lées, linéaires, très-glabres, terminées par une pointe ai- ès-abattu sans se plain- dre ; il n'avait point eu de selle, et les organes des sens et du mouvement conservaient toutes leurs facultés ; les battemens du coeur étaient fréquens ei légèrement iniermittens. A six heures du soir, il était couché sur le côté, dans un grand état d'abattement, et ne pouvait se tenir sur ses pattes qu'avec la plus grande difficulté. Lorsqu'on essayait de le faire marcher, il retombait pour se coucher de nouveau sur le côté. Les battemens du coeur étaient peu sensibles et lents ; l'animal ne présentait aucun signe de convulsion ni de paralysie. Il est mort à onze heures du soir. Ouverture du cadavre. L'estomac était distendu et d'une couleur rouge livide à l'extérieur. En l'ouvrant on remar- quait qu'il contenait une assez grande quantité de sang vei- neux fluide , mêlé avec un liquide filant et noiiâtre dans lequel était suspendue une partie de la poudre ingérée. La membrane muqueuse de ce viscère était d'un rouge noirâtre dans plusieurs points , noire dans d'autres, et offrait çà et là un très-grand nombre de petits ulcères; la portion qui DU GAROU. 4^ avoisine le pylore était dure, comme tannée ; les tuniques musculeuses et séreuses, très-rouges, étaient séparées par une certaine quantité de sang noir foncé; l'épanchement de ce fluide était encore plus abondant entre la membrane muqueuse et la tunique soujacente. L'intérieur du duodé- num était enflammé, et la rougeur diminuait dans les autres intestins grêles à mesure qu'on s'éloignait de l'estomac. Le rectum était très-enflammé; sa membrane muqueuse offrait généralement une couleur rouge-cerise; les poumons, un peu durcis, étaient moins crépitans que dans l'état naturel. Expérience 11e. A deux heures on a fait une incision à la partie interne de la cuisse d'un petit chien; on a saupou- dré la plaie avec 2 gros de garou finement pulvérisé, et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture : l'ani- mal a poussé des cris aigus dans le même instant de l'ap- plication de l'écorce. Le surlendemain , à huit heures du matin, il n'avait offert aucun symptôme remarquable ; il était abattu et restait dans un coin du laboratoire ; cepen- dant il pouvait marcher assez librement. A dix heures , sa sensibilité était diminuée ; et à deux heures il se tenait couché sur le côté sans donner le moindre signe de senti- ment par l'agitation la plus violente ; ses inspirations étaient rares et profondes. Il est mort à quatre heures. Le Canal digestif n'offrait aucune trace d'altération ; l'inflammation, assez étendue dans le membre opéré, était accompagnée d'une infiltration sanguine abondante. Vicat dit que le garou a occasionné une diarrhée mor- telle. Les 'daphne mezereum, cneorum, etc., produisent à- peu-près les mêmes effets. Linnaeus rapporte qu'une demoi- selle , atteinte d'un fièvre intermittente, périt hémoptoïque pour avoir pris douze baies de daphne mezereum, qu'on lui avait administrées dans le dessein de la purger. {Flora tuecica, n°. 338.) 48 DES POISONS ACRES. Quelqu'un ayant fait prendre du bois gentil {daphn? mezereum) à un hvdropique, celui-ci fut tout-à-coup at- taqué d'un cours de ventre continuel et accompagné de douleurs insupportables; il eut en outre, pendant six se- maines , des vomissemens qui revenaient tous les jours avec une violence extrême, quoique, pendant tout ce temps» on ne cessât d'avoir recours aux meilleurs remèdes pour les calmer. ( Vicat , Histoire des plantes vénéneuses de la Suisse, p. i4o. ) 827. Les faits que nous venons d'exposer nous portent à croire, i°. Que l'écorce du garou n'est pas absorbée ; 20, Qu'elle détermine une inflammation locale très-éner-* gique, et une irritation sympathique du sytème nerveux , auxquelles on doit attribuer les phénomènes meurtriers qui suivent son administration : 301. Qu'elle paraît agir sur l'homme comme sur les chiens. Du Ricin. 828. Le ricin {ricinus communis ou palma-christi) est une plante originaire des Indes et de l'Afrique, de la mo- noecie monadelphie L., et de la famille des tithymaloïdes. Caractères. Fleurs unisexuelles, disposées en épis pani- culés et terminaux, les inférieures mâles, les supérieures femelles. Fleurs mâles: calice à cinq divisions profondes : étamines nombreuses : filets rameux, réunis en un faisceau à leur base. Fleurs femelles: calice découpé en trois seg- mens : ovaire presque sphérique, surmonté de trois styles fendus en deux et à stigmates simples. Fruit : capsule vei dâ- tre, couverte d'épines molles, à trois sillons, à trois valves et à trois loges monospermes : tige rougeâlre , rameuse, cylindrique, fistuleuse, lisse: feuilles palmées, à lobes pointus et dentés en scie, à pétioles glanduleux. Ut) RICIN. 4q Caractères des semences. Oblongues, aplaties, ovalai- res , obtuses à leurs extrémités : teste cassant, mince , lisse et moucheté de noir, d'une saveur très-àcre : amande blan- châtre, fade, huileuse. Action du fruit du Ricin sur l'économie animale. Expérience i,e. A huit heures du matin on a donné à un petit carlin as-ez robuste 3o grains du fruit du ricin, le plus divisé possible. Au bout de vingt minutes , il a vomi sans effort quelques matières blanches , filantes et liquides, dans lesquelles on remarquait le fruit avalé. A neuf heures, il a eu une selle en partie liquide , en partie solide, et il n'a plus éprouvé d'incommodité ; il a très-bien mangé dans le courant de la journée. Le lendemain, à midi, on a intro- duit dans son estomac un gros et demi du même fruit sus- pendu dans deux onces d'eau, et on a lié l'oesophage afin d'empêcher le vomissement. Une heure après, il n'avait fait aucun effort pour vomir, et ii n'avait point eu de déjec- tion alvine; il était abatlu. A quatre heures , il a eu une selle solide; il se plaignait beaucoup , et il est mort à six heures. Ouverture du cadavre. L'estomac contenait un peu de matière fluide dans laquelle nageaient des portions du fruit du ricin ; la membrane muqueuse de ce viscère qui tapisse le grand cul-de-sac était peu enflammée, mais facile à se détacher en lambeaux; le canal intestinal et les poumons n'otjfiaierrt aucune altération remarquable. Expérience 11e. A neuf heures du matin , on a introduit dans l'estomac d'un chien .2 gros du fruit du ricin , écrasé et enveloppé dans un cornet de papier : on a lié l'oesophage afin d'empêcher le vomissement. Au bout de trois heures^ l'animal a eu deux selles , et il avait déjà fait plusieurs fois des efforts infructueux pour vomir. A quatre heures du soir 4 5o DES POISONS ACRES. il était très-abattu , se plaignait ; mais il conservait le lib.- e exercice des sens et des membres. Il est mort dans la nuit. La membrane muqueuse de l'estomac n'était affectée que vers le pylore, où l'on remarquait une plaque circulaire d'un rouge écarlate, de la grandeur d'un écu de six francs , ulcérée dans plusieurs endroits : ces ulcères n'intéressaient pas les membranes soujacentes. L'intérieur du rectum pré- sentait çà et là des taches inflammatoires d'un rouge vif. Il n'y avait aucune altération sensible dans les autres organes. La même expérience a été répétée, à midi, sur un autre petit chien, avec 3 gros du fruit du ricin. Sept heures après, l'animal avait fait quelques efforts pour vomir, et il avait eu une déjection alvine. Le lendemain, à midi, il était ex- pirant, dans un état d'insensibilité complète, et ne pouvait plus se tenir sur ses pattes. Il est mort un quart d'heure après, sans avoir présenté d'autre phénomène que deux ou trois inspirations profondes et un écartement des pattes postérieures, qui étaient un peu roides. On l'a ouvert sur- le-champ. Le cœur ne battait plus ; il contenait du sang fluide et u'un rouge assez vif dans la cavité aortique. Les poumons étaient sains. L'estomac renfermait une assez grande quantité de matière jaunâtre, comme huileuse, mêlée de grumeaux également jaunes; la membrane mu- queuse était fort peu enflammée; l'intérieur du rectum of- frait çà et là des plaques d'un rouge vif. Il n'y avait point d'altération dans les autres parties du canal digestif. Expérience me. On a introduit dans l'estomac d'un chien de moyenne taille 3 gros de semences de ricin privées de leur enveloppe ligneuse : on a lié l'oesophage. Le lendemain, l'animal n'offrait aucun symptôme remarquable. Le jour suivant, à huit heures du matin, il avait des vertiges très- forts ; il lui était impossible de marcher sans tomber ; il ne se plaignait pas. A midi, il se tenait couché sur le côté , dans un grand état d'insensibilité ; ses inspirations étaient DU RICIN. 5l rares et profondes; les battemens du cœur comme dans l'état naturel. Il est mort à deux heures. La membrane muqueuse de l'estomac, peu rouge, offrait quelques petits ulcères dont le centre était noir ; le rectum, très rouge , était en- flammé dans sa partie interne. Les poumons, crépitans, contenaient du sang noir. Bergius rapporte qu'un homme robuste mâcha une se- mence de ricin qu'il avala ensuite, et qui détermina une sensation mordicante dans l'arrière-bouche. La nuit fut assez calme ; mais le lendemain matin il eut des vomisse- mens abondans, et pendant toute la journée il fit alterna- tivement des efforts pour vomir et pour aller à la selle , sans rejeter cependant beaucoup de matières. 82g. Ces faits tendent à prouver que les graines de ricin déterminent une irritation locale , et qu'elles agissent sur le système nerveux après avoir été absorbées. De VEuphorbe (euphorbia officinarum). 83o. Plante de la famille des tithymaloïdes de Jussieu , et de la dodécandr ie trigynie de L. : elle est cependant mo- noïque. Caractères du genre. Fleurs composées d'un calice (re- gardé par quelques botanistes comme un iuvolucre, et par d'autres comme une corolle) d'une seule pièce, en forme de cloche, persistant, à huit ou dix lobes, dont quatre à cinq intérieurs, droits , membraneux, quelquefois rapprochés par leur sommet, ovales pointus et d'une cou- leur herbacée; les quatre ou cinq autres, appelés pétales par Linnajus, sont'alternes avec les premiers, un peu co- lorés , étalés, charnus, ovales, ou en cœur, ou en crois- sant , ayant quelquefois des dents très-remarquables. Fleurs mâles : au nombre de huit ou quinze, ayant un périgone caché dans l'involucre, composé de lanières fines et laci- 5 2 DES POISONS ACRES. niées sur les côtés (regardées par Linnaîus comme des fila- mens stériles) ; elles n'ont chacune qu'une seule étamine, dont chaque filament est articulé dans le milieu. Fleur fe- melle : solitaire au centre du calice, manquant quelque- fois; elle paraît dépourvue de périgone : ovaire supérieur arrondi, trigone, pédicule, incliné ou pendant sur le côté de la fleur, surmonté de trois styles bifides, astigmates obtus. Le fruit est une capsule arrondie, lisse, ou velue, ou verruqueuse à l'extérieur, portée sur un pivot courbé en dehors, et formée de trois coques jointes ensemble, ren- fermant chacune une semence obronde. Les euphorbes sont tous lactescens. L euphorbe officinal a la tige nue, à plusieurs angles, et les épines géminées. Il découle de sa lige un suc laiteux qui se dessèche en petits morceaux friables qui portent le nom d'euphorbe, et avec lequel nous avons fait les deux expériences suivantes. L'euphorbe est en larmes irrégulières, souvent perforé; sa couleur est roussâtre à l'extérieur et blanchâtre à l'in- térieur; il n'a point d'odeur; sa cassure et vitreuse : ré- duit en poudre, il irrite les narines, lors même qu'il est à une grande distance. Action de l'Euphorbe sur l'économie animale. Expérience rre. A une heure on a détaché et percé d'un trou l'œsophage d'un chien très-fort; on a introduit dans son estomac une demi-once d'euphorbe finement pulvé- risé, contenu dans un cornet de papier. Un quart d'heure après, l'animal poussait des plaintes cruelles et faisait des efforts pour vomir. Le lendemain matin, à sept heures, il était abattu et continuait à souffrir. 11 est mort à trois heures de l'après-midi, sans avoir présenté d'autre phéno- mène remarquable qu'un grand état d'abattement et d'in- sensibilité. DE L'EUPHORBE. 53 Ouverture du cadavre. L'estomac était très-volumineux ; il paraissait d'un rouge noirâtre à l'extérieur. En l'ouvrant on voyait qu'il contenait une très - grande quantité d'un fluide rouge, sanguinolent, mêlé de poudre d'euphorbe. Les trois membranes qui composent ce viscère, et surtout la membrane muqueuse, étaient noires, ou du moins d'un rouge excessivement foncé; le duodénum, le jéjunum, l'i- léon, peu altérés, étaient recouverts d'une grande quan- tité d'un fluide brun qui se détachait facilement; le co- lon, et principalement le rectum, étaient le siège d'une altération remarquable ; la membrane muqueuse qui fait pnrtie du dernier de ces intestins, d'.une couleur rouge de feu dans sa moitié inférieure, présentait trois bandes lon- gitudinales de deux lignes de diamètre, saillantes, d'un rouge noirâtre, et séparées par quelques petits ulcères ; dans sa moitié supérieure elle était noire comme du char- bon , et offrait aussi quelques petits ulcères. Le colon, très-affecté , l'était cependant moins que le rectum. Les poumons ne paraissaient pas avoir été sensiblement al- lé i es. Expérience 11e. A huit heures du matin, on a fait une plaie à la partie interne de la cuisse d'un chien de moyenne taille; on l'a saupoudrée avec 2 gros d'euphorbe finement pulvérisé, et on a réuni les lambeaux de la plaie par quel- ques points de suture. Le lendemain, l'animal était un peu abattu, ne poussait aucun cri plaintif, et conservait l'u- sage de ses sens et de ses mouvemens. Il est mort à onze heures et demie du soir L'estomac, le canal intestinal et les poumons étaient sains. Le membre opéré était très-en- flammé; la rougeur et l'infiltration sanguine s'étendaient depuis l'extrémité inférieure des os de la jambe jusqu'à la cinquième côte sternale. Il n'y avait point d'escarre. Francis Dashwood dit ( Philosophical Transactions, p. 662, ann. 1760) que madame Willis prit par mégarde, T»4 DES POISONS ACRES. dix-huit jours après son accouchement, 2 onces de teinture d'euphorbe préparée avec 2 gros de camphre, 2 onces d'al- cool rectifié et 2 gros d'euphorbe. Immédiatement après , elle éprouva une violente suffocation , une douleur cui- sante et intolérable dans l'estomac. M. Willîs administra, quelques minutes après, une très-grande quantité d'eau i;ède qui occasionna des vomissemens abondans. La ma- lade se plaignait cependant d'une chaleur brûlante à l'es- tomac : alors on fit prendre alternativement de l'huile et fie l'eau : les vomissemens continuèrent d'avoir lieu. Quel- grande nervure : la supérieure longuement pétiolée : les » angles, lorsqu'il y en a, toujours en petit nombre , » toujours obtus , et ne se montrant qu'à la moitié et plus » souvent aux deux tiers de sa longueur. Fructification » dioïque , en épis axillaires : les épis .composés à la » base, simples au sommet, en même nombre que les » feuilles : l'axe commun flexueux , un peu velu, long » d'environ un pouce : fleurs pédonculées, solitaires; les 60 DES POISONS ACRES. » pédoncules alternes , perpendiculaires à l'axe, à peine » longs d'une ligne : calice à cinq feuilles, attaché à un » réceptacle charnu : les folioles presque ovales, glabres, » caduques , d'un vert blanchâtre, à peine longues d'une » demi-ligne.: corolles de cinq pétales attaches à un » réceptacle : pétales lancéolés, caducs , deux fois plus » longs que le calice , glabres , recourbés et repliés en » dehors, d'un vert blanc, quelquefois veiné de brun : » étamines au nombre de cinq , attachées au réceptacle , » moins longues que la corolle : filet aplati, plus large à )) sa base, rouge : anthères jaunes, presque ovales, creu- » sées par un sillon longitudinal : pislile à germe ovale, w très-velu; à style gros, court et glabre, à trois stig- » mates bruns, sessiles , dont l'un est toujours plus gros » que les autres : fruit à baie sèche , presque ronde , ve- » lue, sillonnée par sept à huit fossettes longitudinales, » ne contenant qu'une seule semence. Cette plante est » dioïque. » {Actes de la Société de Médecine de Bru- » xelles. ) Elle est extrêmement connue en Caroline. Action du Rhus radicans sur Véconomie animale. Expérience ire. On a fait avalera un petit chien 3 gros de poudre sèche de rhus radicans: l'animal n'a rien éprouvé. Expérience 11e. On a appliqué sur le tissu cellulaire du dos d'un petit chien 2 gros et demi d'extrait aqueux de rhus radicans. Trois jours après, l'animal n'avait offert aucun phénomène remarquable. Expérience 111e. A sept heures du matin, une demi-once du même extrait a été appliquée sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse. A dix heures , l'animal n'avait rien éprouvé; il en était de même à six heures du soir. Le lendemain , à dix heures du malin, il commençait à être DU RHUS RADICANS ET DU TOXICODENDRON. 6l un pou abattu. A dix heures et demie du soir, il était insen- sible et immobile; la respiration ne s'exerçait presque plus ; il lui élait impossible de se tenir debout. Un quart-d'heure après, il a fait deux ou trois inspirations profondes, et il est mort. On l'a ouvert le lendemain. Le canal digestif était vide et n'offrait aucune lésion; la blessure était légèrement enflammée, et le membre opéré présentait une infiltration séroso-sanguinnlente. Expérience ive. A huit heures'du matin, on a introduit d'ins l'estomac d'un chien de moyenne taille une demi-once d'extrait aqueux de rhus radicans, et on a lié l'œsophage. Le lendemain, à dix heures du soir, l'animal n'avait pas encore paru incommodé. Le jour suivant, à sept heures du matin , il commençait à être abattu : cependant il conservait le libre usage des sens et du mouvement, et ib-ne poussait aucune plainte. A dix heures, il avait des vertiges très- forts , et il tombait lorsqu'on le faisait marcher; sa tête était lourde ; ses pupilles un peu dilatées ; il voyait et il enten- dait assez bien ; la respiration était lente et peu gênée ; il n'y avait point de convulsions, et il ne poussait aucune plainte. A une heure, on l'a trouvé mort, et on en a fait l'ou- verture. Estomac contenant une assez grande quantité d'un fluide brunâtre et visqueux ; membrane muqueuse d'un rouge vif par plaques, évidemment enflammée; nulle alté- ration dans le canal intestinal ; sang des cavités du cœur d'un rouge foncé et fluide ; poumons rouges, très-crépitans, contenant un peu de sang. Expérience ve. On a injecté dans la veine jugulaire d'un chien très-fort un gros du même extrait dissous dans 3 gros d'eau. Une heure et demie après, l'animal avait vomi six fois des matières mucoso-bilieuses, et il avait eu une selle. Le lendemain, il se portait à merveille. 3o grains injectés dans la veine jugulaire d'un petit chien ont fourni des ré- sultats analogues. 62 DES POISONS ACRES. Expérience vie. On a répété la même expérience sur un petit chien , avec un gros 6 grains dissous dans 2 gros et demi d'eau. L'animal a haleté beaucoup et paraissait suiîo- qué. On l'a mis par terre, et il élait tellement insensible qu'on l'a cru mort. Il a expiré une minute apt es, au milieu d'un tremblement assez marqué des muscles de tout le corps. On l'a ouvert sur-le-champ. Le sang contenu dans le cœur était fluide, et d'un rouge foncé dans le ventricule .gauche ; poumons dans l'état naturel. OBSERVATIONS. i°. Le célèbre Fontana rapporte qu'ayant touché, à trois reprises différentes et à plusieurs jours d'intervalle, des feuilles de toxicodendron, il éprouva des symptômes fâ- cheux : quatre ou six jours après, les paupières , les extré- mités des oreilles, et en général toutes les parties du v isage se tuméfièrent et paraissaient remplies d'un fluide aqueux. Les intervalles qui séparent les doigts de la main devinrent rouges et se couvrirent de petites vésicules pleines d'une humeur transparente ;l'épiderme tomba par petites écailles, et il éprouva une cuisson terrible pendant quinze jours, et une démangeaison insupportable pendant quinze autres jours : le pouls était très-agité. MM. Gouan et Amoureux ont constaté ces mêmes effets vésicans sur la peau. Le lait de ces feuilles ne produisit aucun phénomène, appliqué sur le tissu cellulaire des lapins, des cochons d'Inde et des pigeons ; il en fut de même lorsqu'on le leur fit avaler ( 1 ). 20. M. Boullon, médecin d'Abbeville, s'inocula impuné- ment du suc de rhus toxicodendron. (Alibert Matière médicale, t. 1, p. 45o, 3e édit. ) (0 Traité sur le Venin de la Vipère, par Félix Fontana, tom. 11,-p. 160. Florence, 1781. DU RHUS RADICANS ET DU TOXICODENDRON. 63 3°. M. Van-Mons, qui a fait un travail intéressant sur cette plante , pense que ses effets malfaisans sont dus à un gaz qu'elle exhale pendant, la nuit, à l'ombre et dans un temps couvert, plutôt qu'à son suc laiteux. Ce gaz n'est autre chose, d'après lui, que de l'hydrogène carboné, te- nant en dissolution un miasme délétère hydro-carboné. Ses effets sur l'économie animale varient suivant la disposition des individus et les circonstances dans lesquelles ils sont placés: telle personne, par exemple, ne pourra pas passer à côté d'un toxicodendron sans en ressentir des effets plus ou moins désagréables ; telle autre , au contraire, pourra le manier impunément. M. Van-Mons, après avoir recueilli une certaine quantité de ce gaz sous un cylindre couvert d'un étui de carton noir , engagea son frère, qui était très- sensible aux effluves du rhus, à y plonger la main. Dans le même instant où l'immersion eut lieu, celui-ci éprouva une cuisson brûlante, suivie d'une inflammation, delà dureté de la partie et de l'enflure. La même expérience, répétée avec le gaz recueilli en plein midi, et dans un vase exposé au soleil, fut sans effet. {Actes de la Société de Médecine de Bruxelles. ) 835. Les divers faits que nous venons de rapporter ten- dent à prouver, i°. Que la partie la plus active du rhus radicans ou toxi- codendron est celle qui se dégage à l'état de gaz lorsqu'il ne reçoit pas les rayons directs du soleil ; 2°. Qu'elle agit comme les poisons acres; 3°. Que l'extrait aqueux, administré à l'intérieur ou ap- « pliqué sur le tissu cellulaire, détermine une irritation lo- cale, suivie d'une inflammation plus ou moins intense, et qu'il exerce une action stupéfiante sur le système nerveux après avoir été absorbé. 4°. Qu'il paraît agir de la même manière lorsqu'il a été injecté dans la veine jugulaire, t>4 DES POISONS ACRES. 836. Le rhus vernix produit des effets analogues à ceux qui viennent d'être exposés. De VAnémone pulsatille (Anémone pulsatilla , Teigne-" œuf, Coqueloui'de, Herbe-au-vent). 83^. Cette plante appartient à la famille des renoncula- cées de Jussieu, et à la polyandrie polygynie de L. Involucre caulinaire, profondément découpé en lanières velues ou étroites, placées à deux centimètres au-dessous de la fleur : «orolle de cinq à neuf pétales oblongs, droits, relevés , et un peu plus velus en dehors : un grand nombre d'étamines plus courtes que la corolle : capsules nombreu- ses, ramassées en tête , surmontées d'une queue plumeuse : tige sans feuilles (hampe), haute de deux pieds, cylin- drique, velue, portant à son sommet une fleur violette assez grande: feuilles radicales pétiolées, allongées,bipin- nées, velues et blanchâtres dans leur jeunesse, presque glabres dans un âge avancé, et à découpures fines et poin- tues. On la trouve sur les collines sèches et découvertes. Action de V Anémone pulsatille sur Véconomie animale. Expérience ire. A une heure, on a fait une plaie à la partie interne de la cuisse d'un fort chien ; on a appliqué sur le tissu cellulaire 2 gros et demi d'extrait aqueux d'ané- mone pulsatille, et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. Le lendemain, à huit heures du malin , l'animal n'avait rien éprouvé de remarquable. Le soir, il était faible , peu sensible , et se tenait couché sur le côté ; cependant il navait point de vertiges et il ne se plaignait pas. Il est mort le jour suivant, à cinq heures du matin. La membrane muqueuse de l'estomac était généralement rouge ; elle offrait çà et là des points d'un rouge très-vif; DE L'ANÉMONE PULSATILLE. 63 le rectum était un peu rouge; il n'y avait point d'altération sensible dans les poumons ; le membre opéré était très- enflammé. Expérience 11e. A huit heures du matin , on a recom- mencé l'expérience avec un chien de moyenne taille, et on n'a employé qu'un gros d'extrait ; six heures après, l'ani- mal ne paraissait point malade. Le lendemain , à neuf heures du matin, il a bu une assez grande quantité d'eau qu'il a rejetée aussitôt après ; il était abattu, mais il pouvait marcher. A onze heures , il était couché sur le côté et im- mobile 5 ses inspirations étaient rares et profondes. A une heure > il continuait à faire des efforts pour vomir; ses ex- trémités postérieures étaient tellement faibles qu'il lui était impossible de se tenir debout. Il est mort à quatre heures. On n'a pas pu découvrir la moindre altération cadavérique dans le canal digestif. La plaie élait très-enflammée. Expérience me. A huit heures du matin , on a introduit dans l'estomac d'un chien d'une grande taille 5 onces et demie de suc de feuilles fraîches d'anémone pulsatille (ce suc contenait 3 onces d'eaU que Ton avait été obligé d'em- ployer pour en faire l'extraction): on a lié l'œsophage. A neuf heures , l'animal a commencé à se plaindre ; il. a fait des efforts pour vomir, et il a eu une selle assez abondante. Une heure après, les efforts de vomissement et les plaintes continuaient comme auparavant. A une heure, il avait eu deux autres selles, et il était dans un état fâcheux: couché sur le côté, insensible et presque sans mouvement, il pou- vait être pincé et agité en tous sens sans donner le moindre signe de connaissance; les organes de la vision et de l'ouïe n'étaient plus impressionnables; les membres, dans un grand état de relâchement, n'étaient le siège d'aucun mou- vement convulsif; la respiration, accélérée, s'exerçait d'une manière pénible. On a essayé en vain de le relever; il est retombé sur-le-champ comme une masse inerte. Ces svm- «. 5 G6 DESTOISOSACRFS. ptômes ont augmenté d'intensité, et l'animal est mort à deux heures. On l'a ouvert dans le même instant. Le cœur s'est contracté pendant dix minutes ; alors on l'a incisé : le sang contenu dans les ventricules élait noirâtre et fluide. Les poumons offraient plus de densité que dans l'état natu- rel; ils étaient p'eu crépitans, et s'enfonçaient un peu dans l'eau, surtout lorsqu'on soumettait à celte épreuve les tran- ches les plus denses. L'estomac, distendu par une assez grande quantité d'alimens , renfermait un fluide visqueux, verdàtie; la membrane muqueuse qui entre dans sa com- position présentait une couleur rouge-cerise dans le tiers le plus voisin du pylore; dans le reste de son étendue, elle était d'un rouge plus foncé, et parsemée de plaques sail- lantes, presque noires, dans lesquelles on découvrait faci- lement du sang veineux extravasé ; la membrane muscu- leuse soujacente paraissait peu altérée ; le rectum , en- flammé, recouvert de taches rouges, contenait des excré- mens verdàtres ; le reste du canal intestinal était comme dans l'état naturel. Expérience vie. Nous avons souvent administré à des chiens depuis 4 jusqu'à 6 gros de poudre sèche d'anémone pulsatille : ces animaux n'ont paru éprouver aucune in- commodité. observations. i°. Helwing dit que le sirop de pulsatille a donné lieu à des accidens funestes. 2°. Bulliard rapporte qu'un vieillard atteint depuis long- temps d'un rhumatisme goutteux, appliqua sur son mollet la racine de cette plante broyée entre deux pierres, et se coucha après avoir bu une bonne bouteille de vin. 11 fut en proie à des souffrances cruelles pendant dix à douze Leui t s, et toute la jambe fut gangrenée. On fit des scarifica- tions et on appliqua des compresses d'eau-de-vie camphrée : DE L'ANÉMONE rULSATILLE. 67 ces moyens arrêtèrent les progrès du mal, et l'individu fut entièrement guéri deson rhumatisme. {Histoire des Plantes vénéneuses de la France, pag. -g.) 3rt. M. P., pharmacien, éprouva une grande déman- geaison aux yeux, des coliques et des vomissemens pour avoir pilé de l'anémone pulsatille desséchée : les délayans firent cesser tous les accidens. 838. Nous croyons pouvoir conclure de tout ce qui pré- cède, r°. Que l'anémone pulsatille détermine une inflamma- tion intense de parties avec lesquelles elle est en contact; 2°. Qu'elle est absorbée et portée dans le torrent de la circulation ; 3°. Qu'elle paraît agir en stupéfiant le système nerveux; 4°. Qu'elle exerce probablement aussi une action irri- tante sur les poumons et sur l'estomac ; 5°. Que ses propriétés délétères résident dans toutes les parties de la plante fraîche; 6°. Enfin que ses effets sont beaucoup moindres, et de- viennent même nuls lorsqu'elle a élé desséchée. Plusieurs autres espèces de ce genre sont vénéneuses. i°. Vicat a vu l'extrait d'anémone pratensis déterminer, à la dose de 2 gros, des rongemens dans l'estomac. Ber- gius rapporte, dans sa Matière médicale, pag. 4<-)°5 qu'un enfant eut les paupières rouges et tuméfiées avec obscur- cissement de la vue , pour avoir été exposé à la vapeur qui se dégageait lorsqu'on évaporait le suc de cette plante pour le transformer en extrait. 2°. La décoction d'anémone sylvestris, d'après Bulliard, a occasionné des convulsions horribles qui ont mis le ma- lade dans le plus grand danger, et qui n'ont cédé qu'à une forte dissolution de miel. 3°. Les animaux qui brouttent les jeunes pousses de Vanémone nemorosa (des bois) éprouvent de la faiblesse 68 DES POISONS ACRES, dans les jambes, un tremblement, des déjections sangtli* nolentes, et périssent en peu de jours. Les habitans du Kamtschatka se servent de cette plante pour empoisonner leurs flèches, dont les blessures sont presque toujours mor- telles. 4°. H est probable que les anémones palmata, narcis- sijlora et ranonculoïdes sont également vénéneuses. De l'Aconit, 83g. Caractères du genre. L'aconit, rangé par Linné dans la polyandrie polygynie, et par Jussieu dans les re-« nonculacées, offre un calice à cinq folioles, dont la supé* rieure est concave et ressemble à un casque : les pétales sont nombreux, très - petits, en forme d'écaillés : les deux su- périeurs, appelés nectaires par Linné, sont allongés, ca* chés sous le casque, munis d'un long onglet, coudés à l'ex- trémité, de sorte que leur limbe est réfléchi et a la forme d'une lèvre, et que leur extrémité est épaisse, obtuse, en forme de crosse : les capsules sont le plus souvent au nom- bre de trois, oblonguesj droites, pointues. Aconitum napellus (napel). Tige droite, simple, ferme, feuilléc, haute de six décimètres, se terminant par un épi un peu dense, dont les fleurs sont d'un bleu violet, assez grandes, serrées, solitaires sur leur pédoncule : feuilles pé- tiolées, palmées, multifîdes, à découpures linéaires, d'un vert noirâtre, luisantes : pédieelles pubescens : le casque des fleurs est convexe et d'une longueur double de sa hau- teur : les deux pétales cachés sous le casque ont la sommité obtuse, tendant très-légèrement à se rouler en dehors. Il croît dans les lieux couverts et humides des montagnes. Toutes les parties de l'aconit à l'état frais, mâchées, dé- terminent un sentiment d'ardeur et des douleurs dans 1* touche et dans le gosier. D E L*A C O N I T. 6£ Action de l'Aconit napel sur Véconomie animale. Expérience ire. A midi, on a fait avaler à un petit chien* robuste 3 gros d'extrait aqueux d'aconit acheté chez un pharmacien ; un quart d'heure après , l'animal était un peu assoupi, fermait les yeux, baissait la tête, puis tout-à-coup Se dressait et faisait un mouvement analogue à celui qu'exé-. culent les personnes qui se réveillent après s'être endor- mies debout ou sur une chaise. Pendant cette secousse il «tait menacé d'une chute sur le derrière; les battemens du cœur étaient réguliers et un peu accélérés. Le lendemain il éprouvait quelques vertiges. Il est mort le jour suivant. Lecerveaun'offrait aucunealtération. Les poumons, denses, brunâtres, étaient gorgés de sang et moins crépitans que dans l'état naturel. Le canal digestif élait sain. Expérience 11e. On a introduit dans l'estomac d'un petit chien une demi-once d'extrait aqueux d'aconit acheté chez un autre pharmacien et dissous dans une once d'eau : on a lié l'œsophage. Quatre-jours après, l'animal ne paraissait pas encore sous l'influence du poison. Il est mort le sixième jour sans avoir offert d'autre symptôme que l'abattement inséparable de l'opération. L'ouverture du cadavre n'a fait voir aucune altération dans les organes intérieurs. Expérience 111e. On a appliqué sur le tissu cellulaire du dos d'un petit carlin assez fort un gros du même ex- trait. Le lendemain, l'animal était assoupi, marchait assez bien, mais paraissait peu porté au mouvement; les batte- mens du cœur étaient accélérés ; il a refusé les alinr ns ; il n'avait ni vertiges ni convulsions. Il a expiré dans la nuit du jour suivant. Les poumons étaient un peu gorgés de sang, moins crépitans qu'ils ne le sont ordinairement; le cerveau et l'estomac n'offraient aucune altération. Expérience ivc. A midi, on a répété la même expérience JO DES POISONS ACRE5. avec 2 gros du même poison que l'on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d'un petit carlin. Lue demi- heure après, l'animal n'avait éprouvé aucun symptôme remarquable; il en était de même à six heures du soir. Le lendemain, à une heure, il était dans un grand état d'in- sensibilité : couché sur le côté, on pouvait l'agiter en tous seus comme une masse inerte; il ne pouvail plus se sou- tenir; les pattes antérieures étaient un peu écartées, et il les allongeait de temps en temps comme s'il eût voulu les roidir; mais ce mouvement était lent et faible; les pu- pilles n'étaient que peu dilatées ; les organes des sens jouissaient presque de toutes leurs facultés, et l'animal ne poussait aucune plainte; la respiration et la circulation s'exerçaient avec, lenteur. Il est mort dans la nuit : on l'a ouvert le jour suivant. Le membre opéré élait livide à l'ex- térieur; en incisant la peau un voyait une inflammation très-étendue et une infiltration séroso-sanguinolente; il y avait aussi plusieurs taches formées par du sang noir extra- vasé. L'estomac était sain; le rectum offrait quelques ta- ches rougeâtres ; il n'y avait point d'altération dans le reste du canal intestinal. Les poumons, d'une couleur rouge assez foncée, contenaient un peu de sang»noir et étaient assez crépitans. Expérience ve. On a injecté dans la veine jugulaire d'un petit chien 36 grains du même extrait dissous dans une demi-once d'eau. L'animal a uriné sur-le-champ ; il a eu de légers vertiges, et il a fait des efforts infructueux pour vomir; les vertiges ont été en augmentant, au point que , cinq minutes après l'injection, il est tombé sur les pattes postérieures, plus faibles que les antérieures. On l'a re- levé; il était assoupi, et fléchissait de temps en temps ses extrémités postérieures. Six minutes après il a eu une selle. Le lendemain, il a mangé et ne paraissait pas très-malade. Le jour suivant, les vertiges se sont manifestés de nou- DE L'ACONIT. 7/r veau; il s'est couché sur le côté, était peu sensible, et il a expiré au bout de vingt-six heures. On n'a trouvé aucune lésion remarquable après la mort. Expérience vie. On a injecté dans la veine jugulaire d un pelit chien robuste 36 grains du même extrait dis- sous dans 2 gros d'eau. L'animal a poussé des cris sur-le- champ ; peu de temps après il a été profondément assou- pi ; les organes des sens sont devenus insensibles ; il n'a pas eu de convulsions. Quatre minutes après, il a fait un dernier effort pour respirer, et il est mort. On l'a ouvert dans le même instant. Le cœur se contractait avec assez de force; le sang contenu dans le ventricule gauche était fluide et d'un rouge vif; celui que renfermait la cavité droite était coagulé et noirâtre. Les poumons étaient ro- ses et crépitans. Expérience vne. On a appliqué sur le tissu cellulaire du dos d'un petit chien un gros 6 grains d'extrait alcooli- que d'aconit : l'animal est mort trente heures après, et il avait éprouvé des vertiges. L'ouverture du cadavre n'a éclairé en aucune manière sur la cause de la mort. Expérience virie. On a injecté dans la veine jugulaire d'un petit chien 18 grains d'extrait alcoolique d'aconit suspendus dans un gros et demi d'eau. Au bout de cinq minutes, l'animal était assoupi ; un quart d'heure après, sa marche était chancelante. Le lendemain il était abitlu et refusait les alimens. 11 est mort le sixième jour. Les or- ganes intérieurs ne paraissaient pas altérés. 84o. Ces expériences ont été faites avec l'extrait d'aconit qui se vend dans quelques pharmacies, et que l'on prépare le plus souvent en faisant une forte décoction de la plante , et en évaporant le produit à une température assez élevée. 11 était aisé de prévoir que l'extrait ainsi préparé ne devait pas être aussi actif que celui qui aurait été obtenu en exprimant le suc de la plante fraîche et en l'évaporant au 52 DES POISONS ACRES, bain-marie : en effet, il existe un certain nombre do substances végétales qui se volatilisent à la température de l'eau bouill nte ; d'antres sont décomposées; et il n est pas douteux que la couleur noire de la majeure partie des extraits que l'on trouve dans le commerce ne dé- pende de la décomposition d'un ou de plusieurs des principes qui faisaient partie du végétal. Ces considéra- tions nous ont engagé à entreprendre de nouvelles expé- riences dans le dessein de comparer les propriétés délétères de ces deux espèces d'extrait d'aconit. Nous avons étendu ces recherches aux principales préparations de ce genre employées en médecine, et nous pouvons affirmer, i°crue certains extraits préparés en exprimant les sucs des plantes fraîches , et 4i- H résulte des faits que nous venons d'exposer, i°. Que le suc des feuilles d'aconit introduit dans l'es- tomac, dans le rectum, ou injecté dans le tissu cellu- laire des chiens, détermine des accidens graves suivis d'une mort prompte ; 2.0. Qu'il en est de même de la racine de cette plante, dout les effets paraissent encore plus marqués que ceux du suc des feuilles ; 3°. Que l'extrait aqueux d'aconit préparé en exprimant! le suc de la plante fr.ihhe, jouit à-peu-près des mêmes propriétés vénéneuses que le suc , taudis qu'il est incom- parablement moins actif lorsqu'il a été obtenu par dé- coction ; 4°. Que l'extrait résineux est plus énergique que l'ex- trait aqueux ; 5°. Que ces diverses préparations sont absorbées, trans- portées dans le torrent de la circulation; qu'elles agis- sent spécialement sur le système nerveux, et particuliè- (1) Mathiolus, in Dioscoricl., éd. C. Bauch., pag. 768. f» Aloerti, Jurisprudentia meaicat toui. yi, pag. 724, obserY. de Roclder. 0*0 DES POISONS ACRES. rement sur le cerveau , où elles déterminent une espèce d'aliénation mentale ; 6°. Qu'elles exercert en outre une irritation locale capable de développer une inflammation plus ou moins intense ; 70. Qu'elles paraissent agir sur l'homme comme sur les chiens. h'aconitum cammarum, cape de moine, est doué d'une saveur plus acre que le précédent, et jouit de pro- priétés vénéneuses très-énergiques. i°. Mathiole rapporte qu'un criminel condamné à mort mangea de la racine de cette plante. Il éprouva une saveur de poivre un peu fort, et au bout de deux heures il fut saisi de vertiges et de commotions de cer- veau tellement violentes qu'il croyait avoir la tête pleine d'eau bouillante ; il se déclara une enflure générale de tout le corps ; le visage devint livide ; les yeux étaient hors des orbites ; enfin le malheureux mourut au milieu des convulsions les plus horribles. 2°. On trouve dans le Sepulchretum de Bonet, et dans les Mémoires de l'Académie de Suède des faits analogues au précédent. Autrefois on empoisonnait les flèches avec le suc de cette plante. h'aconitum anthora paraît aussi être vénéneux. Hoff- mann dit qu'il bouleverse l'estomac et détermine une chaleur brûlante accompagnée de soif et d'angoisse autour du cœur. Solier, Lobel et Prevot ont vu cette racine dé- terminer des vomissemens et des déjections alvines. Com- ment peut-il donc se faire que des auteurs anciens aient annoncé que cette racine élait l'antidote des autres espèces d'aconit ? h'aconitum lycoclonum f tue-loup). La racine de cette plante, mêlée avec de la salade, occasionna beaucoup de malaise à plusieurs convives. D'autres personnes éprou- DE LA CHÉLIDOINE. 8l vèrent des vertiges , de l'ardeur et de l'enflure dans la langue pour avoir mâché d^s fleurs de celte espèce d'a- conit ( Bachinus , 1. c. , p. 653). De la Chélidoine. 842. La chélidoine {chelidonium majus) appartient à la polyandrie monogynie de L., et à la famille des papavé- racées de Jussieu. Caractères. Calice caduc , à deux folioles ovales, con- caves : corolle de quatre pétales presque ronds , ouverts , et d'un jaune doré ; les étamines sont nombreuses, avec des filets dégagés les uns des autres et égaux en longueur. Le fruit est une silique cylindrique, simple, biloculaire, noueuse, renfermant plusieurs graines. Ses tiges sont cy- lindriques , rameuses et légèrement velues ; ses feuilles sont ailées, grandes, molles, incisées, d'un vert tendre en dessus et d'une couleur glauque en dessous : des ais- selles de ces feuilles il sort des pédoncules nus et en om- belle qui portent quatre, cinq, jusqu'à neuf fleurs , dont chacune a son pédoncule et sa stipule. La racine est d'utt brun rougeâtre lorsqu'elle est récente , et noire quand elle est desséchée. Quelle que soit la partie de la chéli- doine à laquelle on fasse une incision, il s'en écoule un suc jaunâtre, amer, caustique, d'une odeur désagréable, dont on se sert pour détruire les verrues et les cors des pieds. Elle croît par-tout, dans les haies, les fentes des vieux murs et les masures, surtout à l'ombre. Action de la Chélidoine sur l'économie animale. Expérience ire. On a introduit dans l'estomac d'un petit chien faible 3 gros d'extrait aqueux de chélidoine, et on a lié l'œsophage. Au bout de six minutes, l'animal a fait iu . 6 82 DES POISONS ACRES. des efforts violens pour vomir. Quatre heures après, il était couché sur le côté ; il faisait des inspirations profondes ; la sensibilité et la mobilité étaient tellement diminuées que les organes de l'ouïe et de la vue n'étaient plus im- pressionnables, et qu'il lui était impossible de se tenir debout. Il est mort peu de temps après. L'estomac conte- nait une petite quantité d'un fluide excessivement vis- queux .et brunâtre ; la membrane muqueuse était d'un rouge vif dans toute son étendue, et d'un rouge noirâtre dans ses replis ; le canal intestinal n'était pas altéré ; les poumons , d'une couleur rougeâtre, étaient crépitans et ne paraissaient pas affectés. Expérience 11e. A trois heures , on a pratiqué une inci- sion à la partie interne de la cuisse d'un petit chien, et on a appliqué sur la plaie un gros et demi d'extrait aqueux de chélidoine dissous dans une petite quantité d'eau. A cinq heures, l'animal n'éprouvait aucun phénomène re- marquable. Le lendemain, à neuf heures du matin, on l'a trouvé mort. Le canal digestif n'offrait aucune lésion sensible ; la plaie était enflammée, et les poumons un peu livides. Expérience 111e. A sept heures du marin, on a répété l'expérience avec 2 gros du même extrait sur un chien de moyenne taille. A quatre heures , l'animal n'avait éprouvé aucun phénomène remarquable. A dix heures du soir, il élait peu sensible, se tenait couché sur le côté , et ne pouvait plus exercer aucun mouvement. Il est mort dans la nuit. Le canal digestif n'offrait point d'altération ; les poumons étaient livides, gorgés de sang et peu crépi- tans ; le membre opéré était tuméfié, infiltré et très- » enflammé. Expérience ive. On a introduit dans l'estomac d'un chien de moyenne taille 4 onces de suc de chélidoine préparé avec les feuilles : on a lié l'œsophage. L'animal a DE LA CHÉLIDOINE. 83 fait des efforts pour vomir, s'est plaint, et est devenu in- sensible. Il est mort dix heures après. La membrane muqueuse de l'estomac était enflammée ; les poumons offraient çà et là des plaques livides, un peu gorgées de sang. 843. Il résulte des faits qui précèdent, i°. Que la chélidoine et son extrait déterminent des accidens graves suivis de la mort; 20. Que leurs effets délétères paraissent dépendre de l'irritation locale qu'ils exercent, autant que de leur ab- sorption et de leur action sur le système nerveux ; 3°. Qu'elle paraît aussi agir sur les poumons. De la Staphysaigre. 844* La staphysaigre {delphinium staphysagria) ap- partient à la polyandrie trigynie de L., et à la famille des renonculacées de Jussieu. . Semence triangulaire et même quadrangulaire, cour- bée , chagrinée, de couleur brunâtre : teste cassant, mince, d'une saveur acre et amère : amande blanche, fade : albu- men corné : embryon droit supérieur; radicule inférieure. Action de la Staphysaigre sur Véconomie animale. Expérience ire. On a introduit dans l'estomac d'un petit chien robuste une once de^staphysaigre réduite en poudre fine , et on a lié l'œsophage. Deux jours après , l'animal était abattu et n'avait éprouvé ni vertiges ni con- vulsions. Il est mort cinquante-quatre heures après l'o- pération. La membrane muqueuse de l'estomac offrait une couleur rouge cramoisie dans le tiers de son étendue voisin du pylore; les autres portions étaient un peu moins rouges; il n'y avait aucune altération sensible dans les autres organes. 84 DES POISONS ACRES. Un autre animal soumis à la même expérience a fourni des résultats analogues, excepté qu'il est mort au bout de quatorze heures. Hilltfeld a fait prendre à des chiens Vinfusum de sta- physaigre : ces animaux sont morts après avoir eu des vomissemens, des déjections involontaires , un tremble- ment général et une grande faiblesse. Expérience rie. On a saupoudré une plaie faite à la partie interne de la cuisse d'un chien avec 2 gros de cette même poudre, et on a réuni les lambeaux par quelques. points de suture. L'animal n'avait offert aucun symptôme remarquable soixante-douze heures après l'opération. 11 est mort dans la nuit du troisième jour. Les poumons et le canal digestif étaient sains; le membre opéré ren- fermait à la surface delà plaie une assez grande quantité de la poudre employée ; il offrait une couleur verdâtre ; l'in- flammation, peu intense, s'était terminée par suppuration. Expérience 111e. On a répété la même expérience , à sept heures du soir, avec 2 gros de staphysaigre légère- ment humectée. Le lendemain, l'animal était un peu abattu. Le jour suivant, à six heures du malin , il éprou- vait des vertiges tels qu'il ne pouvait pas marcher sans tomber ; il ne poussait aucun cri plaintif, et conservait le libre usage des sens. Il est mort à midi. Le canal di- gestif n'offrait aucune altération ; les poumons étaient rougeâtres, plus denses que dans l'état naturel; le mem- bre opéré était gonflé, infiltré et très-enflammé; l'in- flammation s'étendait jusqu'à la quatrième côte sternale. Il n'y avait point d'escarre. 845. Ces faits nous portent à croire, i°. Que la staphysaigre n'est pas absorbée, et que ses propriétés délétères dépendent de l'irritation locale qu'elle détermine, et de la lésion sympathique du système ner- veux ; DE LA STAPHYSAIGRE. 85 2°. Que c'est la partie soluble dans l'eau qui est la plus active : aussi les effets locaux sont-ils plus intenses lorsqu'on l'humecte avant de l'appliquer sur le tissu cellu- laire (i). Du Narcisse des prés. 846. Le narcisse des prés ( narcissus pseudonarcissus ) appartient à l'hexandrie monogynie de L. , et à la famille des narcisses de Jussieu. Caractères. Calice coloré en jaune pâle, de six pièces* égales, que plusieurs botanistes appellent corolle : nectaire campanule, d'un jaune plus foncé, de la longueur des pé- tales, plissé en haut, crénelé, divisé en six parties au som- met , et renfermant six étamines : scape comprimée, de huit à dix pouces, indivise, entourant toujours la base de la fleur, qui est grande, terminale et penchée : feuilles au nombre de deux ou trois, planes, obtuses, moins longues que la tige, unjg»eu glauques. Cette plante se trouve dans les bois et les prés. (1) Nous omettons souvent de faire connaître l'état du cer- veau chez les animaux qui ont succombé après avoir pris une substance vénéneuse quelconque; nous avons cependant exa- miné cet organe dans presque toutes les ouvertures cadavériques que nous avons faites j mais il nous a rarement présenté des lé- sions notables. Combien de fois n'avons-nous pas vu des ani- maux périr à la suite d'une lésion directe du système nerveux, sans que l'on ait pu découvrir, après la mort, le moindre chan- gement dans la couleur, la structure et la consistance de l'en- céphale ! Ce fait qui, d'ailleurs, se trouve d'accord avec ce que l'on observe chez une multitude de malades qui succombent à des affections nerveuses, nous dispense de parler de cet organe, à moins qu'il ne soit le siège d'une lésion évidente. 86 DES POISONS ACRES. Action du Narcisse des prés sur Véconomie animale. Expérience ire. A neuf heures et demie, on a intro- duit dans l'estomac d'un jeune chien de moyenne taille 4 gros d'extrait aqueux de narcisse des prés, et on a lié l'œsophage. Au bout d'une heure, l'animal a fait des efforts pour vomir. A midi, il a eu une selle dans laquelle il y avait une assez grande quantité de matières solides. Qua- rante minutes après, il a fait de nouveau des efforts de vo- missement. A huit heures du soir, il était un peu agité, il poussait des cris plaintifs, et il éprouvait quelques légers vertiges ; sa respiration n'était point gênée. Il est mort dans la nuit. Le lobe gauche des poumons offrait, vers son bord inférieur, une tache violette, contenant du sang vei- neux, et large comme un écu de six livres; les autres por- tions de ce viscère étaient saines (i). L'estomac contenait une petite quantité d'un fluide muqueux brunâtre, que l'on pouvait facilement détacher; la membraifè muqueuse pré- sentait plusieurs taches irrégulières et assez étendues, d'une couleur rouge - cerise, sans ulcération apparente ; le duo- dénum était un peu enflammé; la membrane muqueuse qui tapisse les parties les plus inférieures du rectum était un peu rouge. Les ventricules du cerveau ne contenaient point de sérosité; les vaisseaux veineux qui rampent à la surface externe de cet organe étaient gorgés de sang noir. Expérience 11e. A deux heures, on a appliqué un gros d'extrait aqueux de narcisse des prés sur une plaie faite à là partie interne de la cuisse d'un petit chien. L'animal est mort dans la nuit sans qu'on ait pu l'observer. La (i) Ces taches doivent être con idéréessouvent comme des ecchymoses développées dans l'organe pulmonaire, à la suite d'un effort violent qui peut avoir déterminé la rupture de quel- ques petits vaisseaux. DU NARCISSE DES PRÉS. 87 membrane muqueuse de l'estomac était remplie de petites taches dune couleur rouge-cerise; la plaie n'était pas très- enflammée ; les autres organes n'offraient pas d'altération marquée. Expérience nie. A neuf heures du matin , on a pratiqué à la partie interne de la cuisse d'un petit chien un gros et demi du même extrait, et on a réuni les lambeaux de la plaie par quelques points de suture. A quatre heures, l'a- nimal n'avait éprouvé aucun symptôme remarquable. Il est mort dans la nuit. Les poumons contehaient un peu de sang noir; la membrane muqueuse de l'estomac et celle du rec- tum offraient des zones d'un rouge vif; le membre, peu enflammé, était cependant le siège d'une infiltration san- guine assez marquée. Expérience ive. À onze heures du soir, on a répété la même expérience, avec 48 grains du même poison, sur un chien robuste et de moyenne taille. L'animal a vomi au bout de trois quarts d'heure. Le surlendemain il se portait assez bien et s'est échappé. Expérience ve. Désirant connaître quels étaient les sym- ptômes développés par l'extrait de narcisse des prés appli- qué à l'extérieur, on a recommencé, à minuit, l'expérience sur un chien fort, et l'on a employé un gros d'extrait. L'a- nimal a vomi six fois pendant la nuit; il a poussé quel- ques cris plaintifs. A cinq heures du matin, il était cou- ché sur le côté, dans un état de grande insensibilité; ses membres, flasques, n'étaient le siège d'aucun mouvement convulsif; la respiration était profonde et un peu gênée. Il est mort une heure après. La plaie était peu enflammée. La membrane muqueuse de l'estomac offrait quelques stries rougeâtres ; le canal intestinal n'était le siège d'aucune al- tération. Les poumons étaient grisâtres à l'extérieur, rou- geâtres à l'intérieur, et contenaient un fluide séreux assez abondant. Le cœur était rempli de sang coagulé, 88 DES" POISONS ACRES. 847. U résulte des expériences précédentes, i°. Que l'extrait du narcisse des prés détermine une irri- tation locale peu intense ; 20. Qu'il ne tarde pas à être absorbé et à développer des symptômes graves suivis d'une mort prompte; 3°. Qu'il est émétique; 4°. Qu'il paraît agir sur le système nerveux en détrui- sant la sensibilité, et sur la membrane muqueuse de l'es- tomac; que son action est plus énergique lorsqu'on l'ap- plique sur le tissu cellulaire. De VOEnanthe crocata. 848. Cette plante appartient à la famille des ombelli- fères de Jussieu, et à la pentandrie digynie de L. Caractères. Ombelle grande, ayant quelquefois vingt- cinq, trente rayons évasés, longs : ombellule à fleurs pres- que sessiles : involucre à cinq-six folioles un peu allongées : involucelles à six-huit fleurs blanches : calice à cinq dents fines, persistantes : corolle à cinq pétales courbés en cœur, plus grands au bord de la circonférence (radiés). Fruit oblong, strié, surmonté par les dents du éalice et les styles : racines à tubérosités sessiles : tige de deux pieds, grosse, striée , dressée, rameuse, glabre, d'un vert sale, pleine d'un suc jaune : feuillesbipinnées, à folioles cunéiformes, incitées, trifides, glabres , semblables à celles du persil. Cette plante se trouve dans les fossés et dans les marais. OBSERVATIONS. i°. Le 10 nvri1 1677 , un bourgeois de La Haye mangea, avec un de ses amis, d^ ; racines d'œnanlhe. Peu après ils sentirent, l'ir et l'autre un grand feu au gosier et à l'esto- mac, qui fut suivi d'aliénation d'esprit, de vertige, de car- DE L'OENANTHE CROCATA. $9 dialgie, d'envie de dormir et de flux de ventre. L'un eut des convulsions violentes, l'autre saigna du nez; celui qui en avait mangé le plus mourut au bout de deux heures , l'autre au bout de trois (i). 20. Trois prisonniers français se promenant à Pembroke, cueillirent et mangèrent par mégarde une petite quantité d'œnanthe avec du pain et du beurre. L'un d'eux ne tarda pas à éprouver des convulsions violentes : on le saigna, et il mourut peu de temps après. Les deux autres dînèrent et furent aussitôt attaqués de convulsions : l'un périt, l'autre fut guéri parla saignée et par un vomitif qu'il eut la plus grande peine à avaler. Plusieurs camarades qui avaient aussi mangé de cette plante furent émélisés et rétablis : aucun d'eux n'éprouva de symptômes comateux (2). 3°. Watson rapporte qu'un homme avala parmégardeune cuillerée pleine de suc àœnantïw crocata préparé avec une seule racine. Environ une heure et demie après, il éprouva des convulsions et un spasme tels dans les muscles de la mâchoire, qu'il était impossible de séparer l'os maxillaire inférieur du supérieur. Il mourut trois heures et demie après l'ingestion de la substance vénéneuse. (Philosophical Transactions, a furtheraccount, pag. 856, ann. 1758.) 4°. Allen, dans un ouvrage intitulé Synopsis Medicinœ, fait mention de l'empoisonnement de quatre individus par cette plante. 5°. M. Charles fut appelé pour soigner toute une famille qui avait mangé des racines d'œnanthe. Des bouffées de cha- leur acre se portant à la tête, une ardeur mordicante à la région épigastrique, et de petites taches rosacées, de figure (1) Vanpfrwiel, Observationum pariorum, etc., tom, 1, pag. 182. Leidœ, 1727. (2) Transactions philosophiques. Londres, année 1746, pag. 227 ; Extract of AI. Howells Letter. Ç)0 DES POISONS ACRES. irrégulière, s'élargissant successivement, tels étaient les phénomènes produits par le poison. Ces taches, qui n'ex- cédaient pas le niveau de la peau, s'étaient manifestées d'a- bord à la face, puis sur la poitrine et sur les bras ; le père ,~eu[ avait l'abdomen tendu comme un ballon. On admi- nistra les mucilagioeux, le lait et les huileux (i). 6°. « Le i5 messidor an 10, on apporta à l'hospice prin- cipal de la marine à Brest, les cadavres de trois soldats de la 82e demi-brigade. Ces malheureux Belges , trompés par la ressemblance de la racine de Vœnanthe crocata avec une dont ils usent dans leurs pays, en mangèrent en grande quantité. Sa saveur douceâtre flattait leur palais et con- tribua à les maintenir dans leur erreur. Us ne tardèrent pas à éprouver un malaise général, des nausées, des vertiges et des vomissemens. Les convulsions les plus violentes se succédèrent avec tant de rapidité qu'ils succombèrent en moins d'une heure et ava*nt tout secours. » Autopsie cadavérique. Rien de particulier à l'habitude du corps. Un des cadavres fut conservé pendant quatre jours, et, à cette époque, on ne remarquait aucun signe de putréfaction ; le cerveau et ses membranes étaient sains, les poumons distendus, leurs vaisseaux pleins d'un sang noir et dissous. Dans les bronches, la trachée-arlère et la bouche, se trouvait'un liquide mousseux et blanchâtre. Les poumons d'un des cadavres présentaient à leur surface externe quelques pétéchies ; les cavités des deux systèmes circulatoires vides, le cœur sain ; l'estomac resserré et phlogosé à son cul-de-sac et à sa petite courbure, ses parois épaissies; la membrane muqueuse d'un brun foncé et bai- gnée d'une quantité considérable de mucus ; les intestins ballonnés et leurs vaisseaux injectés; les systèmes à sang rouge et à sang noir gorgés d'un fluide de même nature, i)\naa!es cliniques de Montpellier, n°. i5j. DE L'OENANTHE CROCATA. 1)1 dissous et noirâtre : les désordres étaient absolument les mêmes chez les trois individus (i). 11 est parfaitement constaté que la plante dont nous venons de faire l'histoire est Vœnanthe cicutœ facie de Lobel { Voy. Lobel's Adversaria, publié en 1672), et Wepfer s'est trompé en la confondant avec la ciguë, comme il l'a fait dans son ouvrage, pag. i5 : Historia Cicutœ aquaticœ. 849. Ces observations prouvent que Vœnanthe crocata exerce une irritation locale énergique, et qu'elle agit fortement sur le système nerveux. Vacher rapporte que dix-sept soldats mangèrent de la racine d'œnanthe fistulosa : trois d'entre eux périrent; les autres furent sauvés par l'émétique ( Act. helvet., vol. iv.) On lit dans le Journal de Médecine , t. x. ann. 1758 , que trente-six militaires furent empoisonnés par la même racine : l'un d'eux mourut; les aulres furent rétablis par les émétiques. De la Gratiole. 85o. La gratiole {gratiola officinalis) appartient à la famille des scrophulaires , et à la dyandrie monogynie. Caractères. Calice à cinq divisions égales, muni de deux bractées à sa base; corolle monopétale, tubuleuse, d'un blanc jaunâtre , irrégulière , ayant son limbe partagé en quatre découpures, la supérieure échancrée, les trois autres égales: deux étamines fertiles, deux filamens stériles, et le rudiment d'un cinquième dans le fond de la corolle : ovaire supérieur conique, chargé d'un style en alêne, à stigmate de deux lames. Le fruit est une capsule ovoïde, pointue, biloculaire, bivalve, contenant des semences petites et nombreuses : tige haute de trois décimètres , (r) Duval, Dissertation inaugurale déjà citée, 1.1. p. 25. Cj2 DES POISONS ACRES. droite, cylindrique, garni»' de feuilles dans toute sa lon- gueur, et ordinairement simple : feudles opposées , sessi- les, ovales , lancéolées, dentées vers leur sommet, lisses, glabres, et marquées de trois nervures longitudinales : fleurs axillaires, solitaires , pcdonculées. On la trouve dans les marais, sur le bord des étangs, dans les lieux humides des bois. Action de la Gratiole sur Véconomie animale. Expérience ire. A dix heures un quart, on a introduit dans l'estomac d'un petit chien robuste 3 gros et demi d'extrait aqueux de gratiole, et on a lié l'œsophage. A huit heures du soir , l'animal n'avait offert aucun phéno- mène remarquable. Le lendemain, à dix heures du ma- lin , il poussait des cris plaintifs ; il était couché sur le côté, et il a expiré une heure après: sa respiration n'a- vait pas élé gênée. La membrane muqueuse de l'estomac offrait , dans toute son étendue, une couleur rouge- cerise ; elle était noire par-tout où elle forme les plis que l'on remarque dans l'intérieur de ce viscère ; il était aisé de se convaincre que cette dernière altération tenait à une certaine quantité de sang noir extravasé dans l'inter- valle qui la sépare de la tunique musculeuse soujacente : celle-ci était presque dans l'état naturel; l'intérieur du rectum était évidemment enflammé ; tout le reste du canal digestif était un peu rouge. Les poumons ne paraissaient pas affectés. Il n'y avait point de sérosité dans les ventri- cules du cerveau ; les vaisseaux cérébraux veineux exté- rieurs étaient gorgés de sang noir ; la pie-mère" était in- jectée et d'un rouge vermeil. Expérience 11e. On a répété cette expérience avec 3 gros de la même substance vénéneuse. L'animal est mort douze heures après, dans la nuit. La membrane mu- DE LA GRATIOLE. p3 queuse de l'estomac était d'un rouge vif dans presque toute son étendue ; les intestins et les poumons ne parais- saient pas altérés. Expérience me. A midi, on a pratiqué une incision à la partie interne de la cuisse d un chien de moyenne taille ; on a appliqué sur la plaie 3 gros d'extrait aqueux de gratiole, et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. Une demi-heure après, l'animal n'avait rien éprouvé; il en était de même à six heures du soir. Le lendemain, à une heure , on l'a trouvé mort. Le cadavre était encore chaud ; la blessure étail assez enflammée. Le membre sur lequel on avait opéré offrait, dans toute son étendue, une infiltration séro-o-sanguinoleute. L'estomac n'était que très-légèrement rouge, et contenait des alimens. Il n'y avait aucune altération dans le canal intestinal. Les poumons paraissaient sains. Expérience ive. On a répété la même expérience à dix heures et demie du soir. Le lendemain matin, à six heu- res , l'animal ne paraissait éprouver encore aucune in- commodité. A dix heures, il a vomi, et il cherchait à mordre lorsqu'on le secouait. A une heure, il se tenait couché sur le côté, dans un léger état d'abattement. Lors- qu'on le mettait sur ses pattes, i! ne changeait pas de position : cependant il conservait le libre usage des sens et du mouvement; il ne poussait aucune plainte. A trois heures et demie, il étail expirant : couché sur le côté, il ne pouvait plus se mouvoir ; on le déplaçait sans qu'il opposât la moindre résistance : cependant il conservait un peu de sensibilité , car il poussait alors de petits cris et roidissait un peu les pattes ; il voyait à peine , en sorte qu'il fallait approcher les objets de très-près pour qu'il cherchât à en éloigner la tête ; sa respiration était très- lente; on ne pouvait plus sentir les battemens du cœur; il u y avait aucun mouvement convulsif. Dix minutes ■f [)4 DES POISONS ACRES. après, il expira. On l'ouvrit sur-le-champ. Le c<»ur ne battait que très-faiblement, et il cessa de se mouvoir une minute après. Le sang était fluide et d'un rouge assez vif dans les cavités aortiques ; les poumons dans l'état naturel ; l'estomac sain et vide ; le rectum offrait çà et là quelques taches rougeâtres. La plaie était très-enflam- mée , sans escarre ; le membre opéré et tout le côté du corps qui y correspondait étaient infiltrés. Expérience ve. On a injecté dans la veine jugulaire d'un chien robuste et de moyenne taille 20 grains du même extrait dissous dans 5 gros d'eau distillée. Au bout de six minutes, l'animal a commencé à faire des efforts pour vomir, qu'il a renouvelés souvent pendant un quart d'heure. Vingt-huit minutes après l'injection, il a eu deux selles; le lendemain, il ne paraissait pas malade. Expérience vie. On injecta dans la veine jugulaire d'un autre chien robuste et de moyenne taille 28 grains de la même substance vénéneuse dissoute dans 4 gros d'eau. Une heure après, l'animal eut une selle; il éprouva quelques vertiges , devint comme insensible , se coucha , et expira deux heures après l'injection. Il fut impossible de découvrir la moindre trace d'altération dans les tissus qui composent le canal digestif. Buchner, Blair, Boerhàave , etc. , ont vu plusieurs fois des accidens graves développés par cette plante. OBSERVATIONS. i°. Une jeune personne de dix-neuf'ans, scrophuleuse prenait chaque jour, depuis plusieurs mois , avec un succès marqué , une poudre composée d'un demi-gros de feuilles de gratiole et de 2 grains de celle de digitale pourprée. Les accidens allaient en diminuant, lorsqu'on proposa à la malade d'ajouter à ces remèdes des lave- DELAGRATIOLE. Çp mens faits avec la décoction d'une forte poignée de gra- tiole. Le premier lavement fit rendre une grande quantité de glaires épaisses , condensées et très-larges ; le second produisit, de plus, des démangeaisons insupportables aux parties; le troisième fit rendre des matières semblables à des ratissures de boyaux, et augmenta surtout le pru- rit ; on n'en continua pas moins, et on donna le jour suivant un quatrième lavement qui occasionna de vives tranchées et des évacuations abondantes , suivies de palpi- tations , et enfin de la plus hideuse nymphomanie, avec tout le délire qui accompagne ce misérable état. Le calme ne fut ramené qu'après trois semaines de saignées, de bains, de boissons abondantes, enfin d'un régime doux et rafraîchissant, secondé par l'application d'un vésica- toire au-dessus de chaque genou , et dont l'effet était soutenu par des corrections et des menaces continuelles. Cette jeune personne, revenue à elle-même, conserva un tel chagrin de ce qu'elle avait éprouvé , que, trois mois après, elle se jeta dans un puits et y perdit la vie. 20. Une jeune femme éprouva de semblables acci- dens pour avoir pris ainsi, durant trois jours , un lave- ment de décoction de gratiole ordonnée par un herboriste, dans la vue de guérir de prétendues obstructions. L'inten- sité des symptômes obligea de renfermer la malade à Charenton , d'où elle ne sortit bien guérie qu'au bout de deux mois, 3°. Une troisième dame, affectée depuis plusieurs mois d'une fièvre quotidienne, ayant aussi pris, par le conseil d'un herboriste, deux lavemens avec la décoction d'une forte poignée de gratiole, fut effectivement guérie de la fièvre ; mais elle tomba dans un état permanent de nym- phomanie qui , après l'avoir rendue un objet de haine pour son mari, l'a réduit à se séparer d'elle. 4°. Une demoiselle de vingt-quatre ans était depuis long- gb DES POISONS ACRES. temps affectée d'une pesanteur fort incommode à la région des reins. On l'assura qu'elle guérirait avec la décoction d'une forte poignée de gratiole prise en lavement , et qu'un seul lavement suffirait si elle pouvait le garder seu- lement un quart d'heure. Elle parvint à le garder une demi-heure, après quoi elle eut des évacuations abon- dantes , des vomissemens, une syncope, et, enfin, tous les accidens et les excès de la nymphomanie, qui obli- gèrent, le quatrième jour, d'enfermer la malade. Elle fut néanmoins assez promptement guérie ; mais la pesan- teur des reins reparut avec la même violence qu'aupara- vant. M. le docteur Bouvier, rapporteur de ces faits, remar- que que les femmes qui ont fait le sujet de ses observa- tions avaient les veines grosses, le pouls fort, des mens- trues chaudes, souvent propres à excorier les parties natu- relles , uue disposition habituelle aux flueurs blanches, aux affections hystériques et à la constipation ; qu'elles avaient la peau lisse, garnie de poils très-noirs. (Gazette de santé du ier août 1816.) 5°. Une femme de cinquante-huit ans, affectée de dar- tres depuis la cessation de ses évacuations périodiques, prit, par le conseil d'un herboriste, des l.ivemens avec une forte décoction d'un mélange de feuilles sèches de gratiole et d'a*arum ou cabaret : les accidens , qui, depuis le premier lavement, avaient toujours été en augmentant, furent à leur comble au quatrième; à la fureur utérine se joignit une constriclion spasmodique du gosier, avec hydrophobie et convulsions générales. Ces symptômes persistèrent avec une égale intensité pendant deux jours, et la malade mourut malgré l'emploi de tous les caïmans et des narcotiques qu'on put mettre en usage. {Ibidem.) 851. Nous croyons pouvoir conclure des faits qui pré- cèdent 3 DU JATROPHA CURCAS. Q« 1°. Que l'extrait de gratiole détermine une irritai run locale très-vive; 2°. Qu'il ne parait pas être absorbé , et que ses effets dépendent de la lésion sympathique du système nerveux ; 3°. Qu'il est beaucoup plus actif lorsqu'on l'injecte dans les veines. Du Jatropha curcas ( pignon d'Inde ). 852. Cette plante appartient à la famille des tithyma- loïdes de J. , et à la monœcie monadelphie de L. Caractères du fruit. Il est ovale, d'abord vert, puis jaune, enfin noirâtre, à-peu-près de la forme et de la gros- seur d'une jeune noix, et renfermé sous une écorce épaisse, coriace, ridée, glabre ; trois coques blanchâtres , bival- ves, monospermes. Les semences sont ovales, oblongues, convexes en dehors , obscurément anguleuses du côté in- terne , presque cylindriques et entourées de deux tuniques propres dont l'extérieure est crustacée, fragile et noirâtre. La seule pression de l'amande entre les doigts en fait exsuder une matière huileuse. Cette plante croit dans les parties chaudes de l'Amérique. Action du Jatropha curcas sur Véconomie animale. Expérience ire. A huit heures du matin , on a introduit dans l'estomac d'un carlin robuste et de moyenne taille r> gros de cette semence privée de l'enveloppe ligneuse et réduite en pâte : on a lié l'œsophage. A neuf heures moins un quart, l'animal a commencé à faire des efforts pour vomir. A neuf heures , il a poussé quelques cris plaintifs. A dix heures , il ne pouvait plus marcher ; il se tenait couché sur le côté, dans un état de grande insensibilité. 11 est mort une heure après. On l'a ouvert u. 1 f)8 DES POISONS ACRES à deux heures. Tout le canal digestif était rouge h 1 exté- rieur ; la membrane muqueuse de l'estomac était d uu rouge cerise foncé dans toute son étendue ; l'intérieur du rectum était d'un rouge de feu. Les poumons étaient cré- pitans et d'une couleur rougeâtre. Les ventricules du cœur contenaient du sang noir fluide. Expérience 11e. A huit heures du matin, on a répété cette expérience avec un gros de la même pâte. L'ani- mal n'a éprouvé, dans la journée, que des envies de vo- mir. A dix heures du soir, il était insensible , ne pouvait plus se tenir debout, et faisait des inspirations profondes. Il est mort dans la nuit. Le canal digestif était très-en- flammé à l'intérieur et à l'extérieur ; les tuniques qui composent les gros intestins offraient, dans toute leur épaisseur, une couleur qui paraissait noire ; en les isolant les unes des autres, on voyait que cette couleur était d'un rouge excessivement foncé; il n'y avait point d'escarre. Les poumons présentaient plusieurs plaques livides , denses et gorgées de sang. Expérience 111e. Un autre animal, qui avait pris un gros et demi de la même pâte , est mort au bout de dix heures, et on a observé les mêmes symptômes et les mêmes phé- nomènes cadavériques. Expérience ive. A huit heures du matin , on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d'un carlin un gros de la même pâte , mêlé avec 2 gros d'eau. L'animal n'a éprouvé aucun phénomène sensible dans la journée. Le lendemain, à midi , il était couché sur le côté; sa respi- ration était difficile et profonde ; on l'a mis sur ses pattes et il est tombé comme une masse inerte ; ses membres, loin d'offrir de la roideur, étaient très-relàchés ; les or- ganes des sens n'exerçaient plus leurs fonctions. II est mort deux heures après. Le canal digestif était sain. Les poumons offraient des plaques livides, denses, gorgées DE LA SCILLE. gf) de sang; le membre opéré étail très-enflammé; la rougeur s'élendait jusqu'à la cinquième côte sternale. Il n'y avait point d'escarre. 853. Il résulte de ces faits, i°. Que la semence du jatropha curcas jouit de proprié- tés vénéneuses très-énergiques ; 2°. Qu'elle ne paraît pas être absorbée ; et que ses effets meurtriers dépendent de l'inflammation intense qu'elle déve- loppe, et de son action sympathique sur le système nerveux, y 3°. Qu'elle agit plus fortement lorsqu'on l'introduit dans l'estomac, que dans le cas où elle est appliquée sur le tissu cellulaire. La racine fraîche ou le suc du jatropha manihot déter- mine l'enflure du corps, des nausées, des vomissemens, des douleurs d'estomac, des évacuations, le ténesme, des vertiges, des douleurs de tête, l'obscurcissement de la vue , le froid des extrémités , des défaillances , l'aboli- tion des forces vitales, et la mort. ( Piso, Hist. Nat. , 1. in , c. 17.) Des phénomènes analogues sont produits par les se- mences du jatropha multifida. De la Scille (seilla maritima). 854« La scille appartient à la famille des liliacées de J., et à l'hexandrie monogynie de L. Caractères de l'oignon de scille. Gros bulbe composé de plusieurs tuniques épaisses , charnues, blanches ou rougeâtres selon les variétés , souvent de la grosseur d'une tête d'enfant, glabres , oval^ j' visqueuses , garnies en dessous d'un grand nombre de-fibres charnues. Cet oignon a une saveur acre et amère qui s'attache à la langue et se fait long-temps sentir ; il répand une odeur subtile , fort acre et pénétrante comme celle du raifort. Cette plante est très-commune sur les côtes de Barbarie. ^ IOO DES POI S O NS AC!\ i: à- Action de la Scille sur l'économie animale. Expérience ire. A neuf heures du malin , on a introduit dans l'estomac d'un petit chieu robuste 2 onces et demie d'oignon de scille entière, en partie à l'état de pulpe , en partie à l'état liquide : on a lié l'œsophage. Vingt minutes après , l'animal a fait de violens efforts pour vomir , qu'il a renouvelés souvent pendant la demi-heure suivante, et il a poussé des plaintes. A dix heures et demie, on l'a trouvé mort. On l'a ouvert à onze heures : le cœur ne se contractait plus ,• il était rempli de sang noirâtre et coagulé. Les poumons étaient roses et crépitans. Le canal digestif n'était le siège d'aucune altération sensible. Expérience 11e. A huit heures du matin, on a recom- mencé la même expérience sur un petit chien. Cinquante minutes après , l'animal a commencé à faire des efforts pour vomir, et il les a continués pendant dix minutes : alors les battemens du cœur sont devenus fréquens , ré- guliers et assez forts; les inspirations profondes et un peu accélérées , les pupilles très - peu dilatées et le visage étonné. L'animal n'éprouvait point de vertiges; il n'était agité d'aucun mouvement convulsif, et il cherchait à mordre lorsqu'on le menaçait. A neuf heures vingt mi- nutes , la respiration était beaucoup plus accélérée et la- borieuse ; les organes des sens et du mouvement exer- çaient librement leurs fonctions. Un quart d'heure après, il s'est couché sur le ventre, et il avait une légère tendance à l'assoupissement ; il s'est écoulé de sa bouche un peu de sé- rosité sanguinolente. A neuf heures quarante-huit minutes, on l'a secoué ; il a cherché de nouveau â mordre , s'est levé et a parcouru le laboratoire; mais sa démarche était un peu lente : il s'est couché de nouveau, et a offert un léger tremblement convulsif des pattes antérieures qui n'a duré 0E LA SCILLE. 101 que quelques instans. A dix heures, la respiration était beaucoup moins accélérée, et rien n'aurait pu faire soup- çonner que l'animal fût prêt à succomber. Tout-à-coup il a poussé des cris plaintifs, s'est relevé; la respiration s'est accélérée de nouveau, et il est tombé sur le côté; la tête était renversée sur le dos, et les membres très-agités et très- roidcs. Une minute après, les cris ont cessé, les membres se sont relâchés, et il n'a vécu que trois minutes, pendant lesquelles on a remarqué de légers mouvemens convulsifs dans diverses parties du corps, h'ouverture du cadavre a été faite sur-le-champ. Le cœur était distendu et ne se con- tractait que lorsqu'on le touchait avec la pointe du scalpel; le sang cju'il contenait était fluide; celui que renfermait les cavités aortiques offrait une couleur rouge, un peu moins vive qu'elle n'est ordinairement. Les poumons étaient roses et presque comme dans l'état naturel. Le canal digestif ne présentait aucune altération. Expérience iiic. A sept heures du soir, on a fait une in- cision à la partie interne de la cuisse d'un chien de moyenne taille , et on a introduit dans la plaie 2 gros de poudre de scille : on a réuni les lambeaux de la plaie. Quelques mi- nutes après, l'animal a poussé des cris plaintifs. Le lende- main, à six heures du matin , on l'a trouvé mort. Le ca- davre était froid et roide, la plaie très-peu enflammée. Les poumons étaient livides, gorgés de sang et peu crépitans. Le canal digeslif n'offrait point d'altération. Expérience ive. A huit heures du matin, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d'un chien de moyenne taille, assez robuste, 36 grains de poudre de scille mêlés avec un gros d'eau. A onze heures, l'animal ne paraissait (prouver aucune incommodité; il en était de même à quatre heures. A minuit, il a en un accès en tout semblable à relui que nous avons décrit dans Y expérience 11e, et il est mort. Le m.:mbre opé; t était, très - enflammé; il n'y avais 101 DES POISONS ACRES. point de lésion remarquable dans les organes intérieurs. Plenck fait mention d'un enfant qui eut des convulsions pour avoir pris de la scille. 855. Nous croyons pouvoir conclure des faits qui pré- cèdent, i°. Que les effets meurtriers de la scille dépendent prin- cipalement de son absorption et de l'action qu'elle exerce sur le système nerveux ; 2°. Que les poumons ne présentent point de lésion orga- nique, et que l'accélération de la respiration parait tenir à l'influence nerveuse; 3°. Que cependant elle détermine une irritation locale d'autant plus énergique que la mort tarde plus à survenir; 4°. Qu'elle excite le plus souvent des nausées et des vo- missemens. Du Sédum acre (joubarbe des toits). 856. Cette plante appartient à la décandrie penlagynie de L., et à la famille des joubarbes de J. Caractères. Calice à cinq folioles ovales : corolle de cinq pétales jaunes et lancéolés : cinq écailles nectarifères à la base du germe : cinq capsules. Tiges basses, redressées, un peu flexueuses, tendres et couvertes de feuilles dans toute leur longueur. Ses feuilles sont presque ovales, cour- Us , peu épaisses, mais charnues, pointues et triangulaires, sessiles, d'un vert jaunâtre, qui rougit en vieillissant, grasses au toucher, naissant autour de la tige en manière de spi- rales composées de cinq feuilles, de manière que la cin- quième naît immédiatement au-dessus de la première, et que la tige, qu'elles couvrent entièrement, parait cylin- drique : deux à quatre fleurs sessiles sur les bifurcations de la tige. DU SÉDUM ACRE. io3 Action du Sédum acre sur Véconomie animale. Expérience ire. A huit heures du matin, on a introduit dans l'estomac d'un carlin assez robuste 4 onces et demie de suc de cette plante, et on a lié l'œsophage. L'animal a fait des efforts pour vomir au bout d'une demi-heure. Le soir, il était abattu et conservait le libre usage des sens et du mouvement. Il est mort dans la nuit. Ouverture du cadavre. La membrane muqueuse de l'es- tomac élait d'une couleur rouge de feu dans la moitié qui avoisine le pylore; le canal intestinal paraissait sain. Les poumons, d'une couleur rougeâtre, étaient un peu plus denses que dans l'état naturel. Expérience 11e. On a recommencé la même expérience à six heures du soir. Le lendemain, à midi, l'animal était insensible et couché sur le côté : on pouvait l'agiter en tous sens comme une masse inerte; les pattes offraient de lé- gers mouvemens convulsifs; les organes de la vue et de l'ouïe ne jouissaient d'aucune sensibilité. Il est mort à trois heures. Les phénomènes cadavériques ont été les mêmes que dans l'expérience précédente. Nous croyons pouvoir conclure que le suc de joubarbe des toits détermine une irritation locale assez intense, et que la mort dépend de la lésion consécutive du système nerveux. De la Renoncule des prés ( ranunculus acris ). 807. Cette plante appartient à la famille des renoncu- larées de Jussieu, et à la polyandrie polygynie de L. Caractères. Calice à cinq folioles ovales , larges , ob- tuses, glabres, colorées et caduques : corolle à cinq pétales luisans, ovales,élargis et arrondis à leur sommet, dont les 104 DES POISONS ACRES. onglets sont munis à leur base d'une fossette glanduleuse ou d'une petite membrane courte : un grand nombre d'é- lamines dont les filamens sont plus courts que la corolle. Les fruits sont glabres, comprimés, de couleur brune, ovales, aigris, terminés par le style persistant, recourbé, et. qui conserve assez long-temps sa couleur jaune : ra- < ines fibreuses, presque fasciculéis , d'où s'élèvent quel- ques tiges droites, hautes de huit à dix pouces et plus , tistuleuses, à peine velues, point striées, médiocrement rimeuses. Les feuilles radicales sonl pétiolées, quelquefois maculées, divisées en trois ou cinq lobes principaux, sous- divisés en plusieurs autres bien moins profonds, ovales ou linéaires, incisés et dentés à leur sommet, presque glabres, supportés par des pétioles lisses , sans stries, comprimés. Les feuilles supérieures sont moins composées, digiiécs ou divisées en cinq ou trois lanières étroites, entières, sessiles. On rencontre cette plante par-tenu dans les prés, les pâtu- rages et les champs. Action de la Renoncule des prés sur l'économie animale. Expérience ire. On a introduit dans l'estomac d'un petit chien robuste 5 onces de suc de cette renoncule , préparé en triturant les feuilles avec 2 onces d'eau. L'œ- sophage a été lié. Une heure après, l'animal a fait des efforts pour vomir, et s'est plaint. Il est mort au bout de douze heures , et il n'avait présenté d'autre phénomène qu'un grand état d'abattement et d'insensibilité. La mem- brane muqueuse de l'estomac offrait çà et là des plaques d'un rouge vif ; les autres portions du canal digestif étaient dans l'état naturel. Les poumons contenaient beau- <-oii|> de sang ffuide , et présentaient plusieurs taches uviles d'un tissu dense. Expciichcc h';. A hu;i heureô du malin , ou a appli'^d DES RENONCULES DES PRÉS. Io5 sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d'un chien robuste 2 gros d'extrait aqueux de la même plante préparé par décoction. Dans la journée, l'animal n'a éprouvé que de l'abattement. Il est mort à dix heures du soir. Le membre opéré était tuméfié, infiltré et très- enflammé ; l'inflammation s'étendait jusqu'aux muscles ou bas - ventre. Le cœur renfermait du sang coagulé. Les poumons étaient rougeâtres , gorgés de sang. Le canal digestif n'était le siège d'aucune altération sensi- ble. Cette espèce de renoncule, appliquée sur les tempes, a causé des douleurs , une chaleur insupportable et l'éva- nouissement; appliquée sur les jointures, elle les a roidies : presque toujours elle a produit des ulcères et d'autres svmptômes fâcheux. Ranunculus sceleratus. Plenck rapporte que le suc de cette plante , administré à un chien , occasionna de l'anxiété , des v omissemens, des contorsions et une grande inquiétude ; ces symptômes furent suivis d'une mort prompte. L'intérieur de l'estomac était rouge et corrodé dans quelques points ; le pylore était tuméfié et d'un rouge livide. On a vu des mendians appliquer cette plante sur une partie de leur corps, afin d'exciter la commisération par les ulcères et les douleurs qu'elle détermine. Krapf a fait sur lui-même et sur les chiens des expé- riences pour s'assurer des effets de cette espèce de re- noncule : i°. il éprouva des douleurs très-vives et des mouvemens convulsifs dans l'intérieur du bas-ventre, pour avoir avalé une seule fleur qu'il avait bien broyée; 2°. deux gouttes du suc exprimé de cette plante occasion- nèrent , outre les symptômes énoncés, une douleur brû- lante et convulsive dans toute la longueur de l'œsophage; j°. dans une autre expérience, il mâcha les feuilles les lo6 DES P01S0K5 ACRES. plus épaisses et les plus succulentes de cette espèce de renoncule : sa bouche se remplit de salive ; la langue s'en- flamma , s'écorcha ; ses mamelons étaient élevés , d'un rouge vif ; elle était crevassée au bout; il ne distinguait plus les saveurs ; ses dents, agacées , éprouvaient de temps en temps des tiraillemens; les gencives étaient fort rouges , et saignaient au plus léger attouchement (i). Ranunculus flammula. Murray dit qu'une femme eut le bras gangrené pour avoir appliqué de cette plante près du carpe : le ravage était tel que les tendons et l'os étaient à découvert. {App. medicaminum , volume in, page 87.) On sait que des troupeaux entiers ont péri pour avoir brouté , au printemps , de l'herbe où cette plante était commune. Les ranunculus bulbosus, ficaria, thora, arvensis , alpestris, polyanthemos, illyricus, gramineus, asiati- cus , aquatilis, platanifolius , breynius et sardous sont également vénéneux. 858. Nous croyons pouvoir conclure des faits qui pré- cèdent, i°. Que ces diverses espèces de renoncules et leurs ex- traits produisent une inflammation vive des tissus sur lesquels on les applique ; 20. Que la mort qu'elles déterminent est le résulat de leur action sympathique sur le système nerveux ; 3°. Qu'elles ne nous paraissent pas être absorbées. 85û. Il existe encore un assez grand nombre de poisons végétaux appartenant à cette classe, que nous allons exa- miner succinctement : on les emploie rarement en mé- (1) Krapf, Expérimenta de ranunculosœ nonmdlorum venenata cfiialkat.e, horunujue externo et interno_ usu. Vladob, 176$. J DE QUELQUES AUTRES POISONS VÉGÉTAUX. IO7 decine, et leurs effets sont analogues à ceux dont nous venons de faire l'histoire en détail. 1 °. Rhododendron chrysanthum. Le decoctum de cette plante a une saveur amère , brûlante; il est émétique , drastique, et enflamme les tissus sur lesquels il est appli- qué. Le rhododendron ferrugineum , d'après Welsch, est également vénéneux. Cet auteur parle d'un repas qui devint funeste aux convives pour y avoir mangé d'un lièvre qui s'était nourri de ses feuilles. 2°. Fritillaria imperialis (couronne impériale). Plu- sieurs auteurs affirment que cette plante est excessivement acre. Nous avons fait prendre souvent à des chiens Je bulbe contus : ces animaux n'ont péri qu'au bout de trente-six, quarante-huit, soixante heures , et il nous a été impossible de découvrir la moindre trace de rougeur ni d'inflammation dans le canal digestif. Ces expériences ont été faites dans le mois de juin. 3°. Pedicularis palustris { des marais ). Gleditsch et Gunner ont observé que cette plante nuit aux bœufs et aux moutons. Elle a une saveur acre, brûlante. \°. Cyclamen europœum. Boerhaave a rangé ce végé- tal parmi les poisons acres, parce qu'il purge avec beau- coup de violence à la dose d'une drachme, et qu'il excite des vomissemens. L'onguent qu'on en prépare détermine aussi les mêmes évacuations lorsqu'il est appliqué au- tour du nombril ; sa saveur est acre. Bulliard dit que la racine de cette plante occasionne souvent des sueur» froides accompagnées de tintemens d'oreille , de tour- noicmens et de mouvemens convulsifs ; le malade rend le sang par le vomissement et par les selles ; il est en proie à une super-purgation qui est suivie de la mort. ( Ouvrage cité , p. io5.) 5°. Plumbago europœa. Sauvages dit nue les ouvriers qui emploient le decoctum de ce végét:d pour obtenir une lo8 DES POISONS ACPE5. teinture jaune, sont tourmentés d'une vive céphalalgie s'ils travaillent plus de six heures. {Nosologie, t. i, p. 842.) Sa saveur est acre, presque caustique. 6°. Semences de cévadille. Elles ont une saveur /e re, très-amère, et enflamment les tissus avec lesquels on les n.et en contact. 70. Colchicum autumnale. La semence de cette plante est délétère, et plusieurs enfans ont péri pour en avoir mangé. Les effets du bulbe orr de la racine ne sont pas toujours les ivumiivs. Cratochwillen a avalé une demi-once sans ressentir ^ être chose qu'une légère amertume. Stork a mangé un bulbe • Trier, et il n'en a pas éprouvé la moindre incommodité. L'illustre Hallern*. trouvé ni saveur ni âcretéà ces bulbes cueillis en automne. D'une autre part, des observateurs dignes de foi attestent qu'ayant été administrés à des ani- ni.'iux, ils ont déterminé des nausées, des vomissemens, des tranchées, des déjections alvines, l'inflammation de l'estomac, des intestins, et la mort. Nous avons souvent fait prendre à des chiens, dans le mois de juin , deux ou trois de ces bulbes contus , et nous n'avons jamais lemarqué des effets sensibles : ce qui nous porte à croire que le climat et la saison influent beaucoup sur leurs propriétés délétères. Voici des faits récens qui établissent leur nocuité : A. M. Everard Home versa sur 2 livres de racine fraîche de colchique, 24 onces de vin de Sherry moyennement chaud; au bout de six jours , il décanta la liqueur et la distilla pour en séparer l'alcool ; 3o gouttes du résidu (dans lequel se trouvaient les principes du colchique qui avaient été dissous par le vin) furent délayées dans un gros d'eau et injectées dans la veine jugulaire d'un chien de moyenne taille, dont le pouls battait, avant l'expérience, cent quarante fois par minute. 4u bout ne cinq minutes, l'animal offrit un tremblement dans ies muscles ; il eut des DE QUELQUES AUTRES POISONS VÉGÉTAUX. îOÇf nausées , mais il ne vomit point ; le pouls était désordonné. Quatorze minutes après le commencement de l'expérience, le pouls battait cent quatre-vingts fois par minute , et il était très intermittent. Au bout de quatre heures , il n'y avait plus que cent pulsations de force naturelle , mais avec des intermittences fréquentes. Sept heures après l'ex- périence , l'animal était parfaitement rétabli ; il avait re- couvré son appétit; le pouls battait cent quarante fois par minute, et ses mouvemens étaient réguliers. Trois jours après , on fit avaler à ce chien 60 gouttes de la même liqueur : au bout de deux heures il était lan- guissant ; les pulsations , au nombre de cent quarante par minute, étaient faibles. Quatre heures et demie après le commencement de l'expérience , la langueur était pres- que dissipée et le pouls paraissait dans l'état naturel. Au bout de onze heures , le rétablissement était complet. B. Cent soixante gouttes de la même liqueur furent injectées dans la veine jugulaire d'un chien, qui perdit sur-le-champ la faculté de se mouvoir: la respiration se ralentit et le pouls devint imperceptible. Dix minutes après , on comptait quatre-vingt-quatre pulsations ; les inspirations , au nombre de quarante par minute, étaient comme dans l'état naturel. Vingt minutes après le com- mencement de l'expérience, il n'y avait plus que soixante pulsations et trente inspirations par minute; les pattes postérieures offraient un tremblement marqué. Au bout d'une heure, le pouls était irrégulier et battait cent quinze fois par minute; l'animal pouvait se tenir debout, mais le tremblement avait augmenté; il n'était plus possible de compter les inspirations. Une heure et demie après , le tremblement avait cessé, et le pouls était dans le même état; l'animal fit des efforts infructueux pour vomir pen- dant dix minutes ; il était languissant et offrait cinquante- quatre inspirations par minute. Au bout de deux heures, IIO DES PO I SOIN S ACRES. le pouls était très-faible et battait cent cinquante fois par minute ; l'animal avait eu des vomissemens de mucus san- guinolent et deux selles liquides. Au bout de trois heures, il avait eu un nouveau vomissement, el une nouvelle selle; le pouls étail tellement faible qu'on ne pouvait plus déter- miner le nombre des pulsations. Quatre heures après , l'a- nimal était dans un état de langueur extrême ; il vomit en- core du mucus sanguinolent, et il mourut cinq heures après le commencement de l'expérience. Ouverture du cadavre. L'estomac contenait du mucus teint de sang ; la membrane interne était enflammée; l'in- flammation était générale dans l'intérieur du duodénum ; la membrane muqueuse du jéjunum et de l'iléon était moins rouge; le colon paraissait plus enflammé que l'iléon. C. M. Everard Home prit, le 23 décembre i8i5, à dix heures du matin , 60 gouttes d'eau médicinale de Husson, pour se débarrasser d'un violent accès de goutte qui rendait la cheville du pied très - douloureuse (1) ; il ressentait un froid tellement intense qu'il lui était im- possible de réchauffer ses mains y lors même qu'elles étaient enveloppées de couvertures. Au bout de deux heures, il avait déjà chaud et soif. Trois heures après l'ingestion du médicament, la douleur était singulière- ment diminuée , surtout lorsque le membre était en repos. Au bout de sept heures, la cheville était très-douloureuse tant que le pied était par terre ; mais la douleur dispa- raissait aussitôt que le membre était placé dans une posi- tion horizontale. Le malade eut une nausée ; le pouls était intermittent et battait soixante fois par minute , tandis qu'il donnait quatre-vingts pulsations avant l'expérience. Dix heures après , il n'y avait plus de nausées ; le malade (1) L'eau médicinale de Husson paraît devoir ses propriétés anti-goutteuses au colchique qu'elle renferme. DE QUELQUES AUTRES POISONS VÉGÉTAUX. III était languissant, et le pouls battait soixante-dix fois ; l'appétit était bon ; la nuit fut calme. Le lendemain, on comptait quatre-vingts pulsations , et le rétablissement élait complet. M. Everard Home conclut de ces faits que le colchique n'agit sur l'estomac et sur les intestins qu'après avoir été absorbé et porté dans le torrent de la circulation. ( Experiments and observations on the ejfects of the Colchicum autumnale, by Sir Everard Home. Philosophi- cal Transactions. Read Mardi 21 , 1816.^ D. Un homme âgé de cinquante-six ans, d'unefaibie consti- tution, en proie à des douleurs rhumatismales chroniques, avala par mégarde une once et demie de teinture vineuse de colchique, qui nedéterminad'abordaucun accident fâcheux. Au bout d'une demi-heure, il éprouva des douleurs aiguës à l'estomac, et des nausées suivies Je vomissemens et de déjec- tions alvines souvent involontaires. Ces symptômes conti- nuèrent pendant la nuit et une grande partie du jour sui- vant : alors les évîicuations alvines cessèrent ; mais les nau- sées persistèrent; les selles ne furent point sanguinolentes. Le lendemain du jour de l'accident, le malade était dévoré par une soif ardente qui dura jusqu'au moment de la mort ; les douleurs de l'estomac et des intestins étaient excessive- ment aiguës : on employa les fomentations émollientes. Vers le sgir, le malade paraissait presque épuisé; il avait le délire; on sentait à peine les battemens des artères. Ce- pendant la mort n'eut lieu que dans la matinée du troisième jour. A l'ouverture du cadavre^ on ne découvrit aucune trace d'inflammation dans les intestins; l'estomac seul était rouge. {Journal d'Edimbourg, avril 1818.) 8°. Convolvulus scammonea (scammonée). Plusieurs auteurs affirment que le suc concret de celte racine est vé- néneux. Nous en avons souvent administré 4 gros à des chiens auxquels nous avons lié l'œsophage, et nous n'avons 112 DFS POIsu^* Acnta. observé que des déjections alvines. Les animaux sont morts au bout de six ou sept jours , et l'on a trouvé dans leur estomac quelques pelits ulcères. Or, nous avons démontré, pag. 33 du t. Ier, en parlant de l'opération de l'œsophage, qu'il n'est point rare de voir cette opération déterminer cette lésion cadavérique. 9°. Cerbera aliovaï. On assure que le noyau du fruit de cette plante est très-délétère. Le bois , jeté dans un étang, stupéfie les poissons. Le fruit du cerbera manghas est d'une saveur acre et amère . il est émétique. io°. Cynanchum erectum. Plenck rapporte que 36 grains des feuilles de cette plante, administrés à un (bien , occasionnèrent des vomissemens violens , un tremble- ment, des convulsions et la mort. Le cynanchum vimiale fournit un suc laiteux très-caustique. n°. Lobelia syphilitica. Cette plante a une saveur acre ; elle est émétique et purgative. Le lobelia longiflora jouit encore de propriétés plus énergiques : nous l'appelons en Espagne rabienta cavallos , parce qu'il tue les che- vaux. Jacquin dit qu'il détermine une inflammation brû- lante des yeux lorsqu'on les touche avec son suc. ( Histor. americ. stirp. , p. 220.) 120. Les apocynum androsœmifolium , cannabinum , venetum, oflrent un suc laiteux doué d'une saveur acre qui enflamme et ulcère la peau. i3°. Asclepias gigantea, Bauchin dit que le suc de cette plante , pris à la dose d'un gros et demi, a déter- miné des symptômes très - graves et une hémorrhagie mortelle. Nous avons administré souvent à des chiens de Vasclepias vincetoxicum (dompte -venin ) : ces animaux sont morts au bout d'un jour ou deux , et leur estomac s'est trouvé enflammé. i4°- Hydrocotile vulgaris. Cette plante est douée d'une saveur acre, et paraît être nuisible. de Quelques autres poisons végétaux. ii3 15°. Les clématites vitalba , flammula, recta et inte- grifolia sont acres et caustiques ; appliquées sur la peau , elles déterminent de la rougeur , des pustules el des ex- coriations ; introduites dans l'estomac , elles occasionnent une inflammation qui fait périr les animaux. i6°. JJastinaca saliva annosa. On a vu la racine de cette plante déterminer le délire, des vertiges , une grande ardeur dans l'estomac, dans la bouche, dans les yeux, et le gonflement des lèvres. (Murray, ouvrage cité, vol. i , p. 285.) 170. Les sœlanthus quadragonus, forskalii et glandu- losus sont très acres et passent pour être vénéneux. i8°. Le suc du phytolacca decandraadulte est acre, et a déterminé de violentes évacuations par haut et par bas. 190. Crolon tiglium, Les semences de cette plante ont une saveur acre, nauséeuse et brûlante; elles pmgent à la dose d'un grain. Plenck dit que l'huile exprimée de leurs noyaux est très-acerbe. Donnés en substance, les fruits du croton tiglium, même à des doses très - légères , n'ont jamais produit l'effet qu'on en attendait, sans enflammer fortement l'es- tomac et les intestins. Dix à vingt de ces fruits , concas- sés et administrés dans du miel, ont quelquefois suffi pour faire périr les chevaux de moyenne taille, après leur avoir occasionné une diarrhée très-forte. Les prin- cipaux symptômes qui ont été remarqués sont : des coliques violentes, la perte de l'appétit, la gêne de la respiration, beaucoup d'écume à la bouche, le grince- ment des dents, la petitesse et la concentration du pouls, surtout lorsque l'animal approchait de sa fin. ( Gazette de Santé du ier avril 1816.) 200. Les arum tnaculatum , dracunculus , draconiium, colocasia, esculentum, virginicum, arborescens et sp- guinum sont également acres. Stork, H aller, Stehelinus 1 l4 DES POISONS ACRES. parlent des effets fâcheux produits par Vinfusum des feuilles d'arum maculatum. Nous avons administré à des chiens la racine de celle plante fraîche : ils sont moits au bout de vingt-quatre à trente-six heures, sans autre sym- ptôme que de l'abattement , et le canal digestif s'est trouvé un peu enflammé. Bulliard rapporte le fait suivant : « Trois enfans de bûcheron mangèrent les feuilles de cette plante ; il leur prit des convulsions horribles. On tarda trop à leur apporter du secours; il fut impossible de rien faire avaler aux deux plus jeunes ; on les saigna sans succès ; on leur donna des lavemens qui ne produi- suirent aucun effet ; ils périrent, l'un au bout de douze jours , l'autre au bout de seize. L'autre enfant pouvait encore avaler, quoique avec beaucoup de peine, parce que sa langue était tellement tuméfiée qu'elle remplissait toute la capacité de sa bouche ; mais la déglutition de- vint libre quand il fut saigné. On lui fit boire du lait, de l'eau tiède , et surtout beaucoup d'huile d'olives. Il lui survint une diarrhée qui le sauva. Il fut assez bien rétabli en peu de temps ; mais il a toujours conservé une très-grande maigreur . » {Histoire des Plantes vénéneuses de la France , p. 84- ) 2i°. Calla palustris. La racine de cette plante a une saveur brûlante. Du Nitrate de Potasse. 86o. Le nitrate de potasse, rangé par M. Fodéré dans la classe des poisons acres, est un sel dont les proprié- tés vénéneuses ont fixé depuis long-temps l'attention des médecins judicieux. Quelques observations rapportées dans les ouvrages de matière médicale et de médecine lé- gale tendaient à prouver que l'ingestion de cette substance DU KIT RATE DE P O T A 9 a Ë. I I 5 pouvait devenir funeste : les expériences que nous avons tentées sur les animaux ne laissent aucun doute à cet égard, et il est aisé de démontrer qu'à la dose de 2 gros , ce sel détermine des accidens graves , suivis presque toujours de la mort, s'il n'est pas expulsé par le vomissement. Expérience ire. On a fait avaler à un chien robuste 5 gros et demi de nitre pur et en poudre fine. Au bout de cinq minutes, il a vomi deux,fois des matières alimen- taires mêlées d'un liquide muqueux et filant ; le lende- main il a refusé les alimens. Le jour suivant, à huit heure* du matin, il a bien mangé, et il n'éprouvait aucun sym- ptôme remarquable. A trois heures, on a introduit dans son estomac une once et demie de nitre pur dissous dans 4 onces et demie d'eau distillée, et on a lié l'œsophage. Deux minutes après, l'animal a fait des efforts pour vomir qui se sont renouvelés plusieurs fois dans l'espace des dix premières minutes. A trois heures et demie, il offrait des ver tiges ; à quatre heures, il était couché sur le côté, et avait de légers mouvemens convulsifs dans l'extrémité antérieure droite ; ses pupilles étaient dilatées, sa respiration lente et profonde ; les battemens du cœur faibles et peu fréquens ; la sensibilité et la mobilité étaient tellement diminuées, qu'il était impossible à l'animal de se soutenir un instant sur ses pattes ; cet état a augmenté, et il est mort à quatre heures et demie. On l'a ouvert sur-le-champ. Le sang contenu dans le cœur était fluide, et d'un rouge vif dans le ventricule aortique. Les poumons paraissaient être comme dans l'état naturel. L'estomac, livide à l'extérieur, était distendu par un fluide limpide ; la membrane muqueuse offrait dans toute son étendue une couleur rouge noirâtre; elle était parsemée de vaisseaux fortement gorgés de sang noir; la tunique musculeuse était d'un rouge vif; l'in- flammation s'étendait jusqu'à l'iléon. Expérience ne. A onze heures , on a introduit dans l'es- Il6 DES POISONS ACRES. tomac d'un petit chien robuste 2 gros de nitre pur réduit en poudre fine, et on a lié l'œsophage. Au bout de cinq minutes , l'animal a commencé à faire des efforts pour vomir v qui ont duré pendant une demi-heure. A midi, il poussait des cris plaintifs. A une heure, il avait des vertiges. A deux heures et demie , les douleurs auxquelles il était en proie paraissaient cruelles ; il élait couché sur le ventre, ses pattes postérieures très-écartées , les antérieures flé- chies ; il ne pouvait plus se tenir un instant debout, et lorsqu'il cherchait à changer de position, il faisait un saut et retombait comme une masse inerte ; la faiblesse des extrémités postérieures augmentait de plus en plus ; il ne donnait aucun signe de sensibilité lorsqu'on le pin- çait; les organes des sens jouissaient de toute leur inté- grité ; les paupières et lès extrémités antérieures étaient agitées de temps en temps par de légers mouvemens con- vulsifs ; les inspirations étaient rares et profondes. Il est mort à trois heures dix minutes. L'estomac contenait une assez grande quantité d'un fluide épais, filant ; la mem- brane muqueuse offrait, dans toute son étendue , une couleur rouge pourpre parsemée, dans quelques endroits, de points noirs; la tunique soujacente était d'un rouge vif; les autres portions du canal digestif et les poumons ne paraissaient pas altérés. Expérience 111e. On a répété cette expérience avec un gros de nitre pur : l'animal est mort au bout de vingt-neuf heures , après avoir offert des symptômes analogues à ceux des expériences précédentes. A l'ouverture du ca- davre, on a trouvé que la membrane muqueuse de l'es- tomac était enflammée. Expérience ive. On a fait une plaie sur le dos d'un chien robuste et de moyenne taille ; on l'a saupoudrée avec 2 gros de nitre en poudre auxquels on a ajouté une once et demie d'eau chargée de ce sel ; on a réuni les DU NITRATE DE POTASSE. II7 lambeaux par quelques points de suture. Au bout de trois jours, l'animal ne paraissait pas affecté. On a sau- poudré une plaie faite à la partie interne de la cuisse d'un autre petit chien avec 2 gros de nitre pur dissous dans 4 gros d'eau à 4o°. Au bout de cinq jours, l'animal man- geait avec beaucoup d'appétit, et n'avait éprouvé d'autre incommodité que celle qui tenait à la blessure. On a pratiqué une incision près de l'articulation fémoro-tibiale d'un petit chien maigre ; on a introduit dans la plaie 3 gros de nitre humectés avec un gros d'eau. Cinq jours après , l'animal a mangé avec beaucoup d'appétit ; mais la plaie était très - considérable ; elle avait été gangrenée et s'étendait jusqu'à la région ombilicale. On a négligé de donner des soins à cet animal, et il est mort huit jours après l'opération. L'estomac n'offrait aucune altération sensible; il en était de même des autres organes (1^. OBSERVATIONS. i°. Un homme atteint d'une fièvre périodique prit par mégarde une once et demie de nitrate de potasse. Peu de temps après, les angoisses les plus fortes avec froid interne se manifestèrent à l'estomac. Il survint ensuite des défaillances, des syncopes ; et en moins de dix heures le malade expira. ( Comparetti.} (r) Dans une autre expérience, l'animal est mort deux jourf après l'application de 3 gros de nitre sur une plaie faite à la partie interne de la cuisse; et à l'ouverture du cadavre, on a trouvé deux petits ulcères dans l'estomac ; plusieurs points de la membrane muqueuse étaient noirs, scarifiés, et il y avait du sang extravasé dans son propre tissu; mais nous n'attachons pas beaucoup d'importance à ce fait, parce qu'il est uuique, et que nous ne pouvons pas affirmer que l'animal n'ait pas avalé quelque autre substance vénéneuse. 1X8 DES POISONS ACRES. 2°. « Il y a six ans que feu MM. Froissard et Martin me prièrent d'assister à l'ouverture du cadavre d'une domes- tique que l'on soupçonnait de s'être empoisonnée volon- tairement. Ce qui appuyait cette opinion , c'est que de- puis deux ou trois mois elle était devenue triste, rê- veuse , à la suite d'obstructions dans le bas - ventre et de la suppression de ses règles. Cette fille, âgée de trente- six ans, était robuste, d'un tempérament bilieux et tièc- irrilable ; elle avait fait usage de différens remèdes popu- laires infusés tantôt dans du vin, tantôt dans de l'eau de-vie. Deux jours avant sa mort, elle avait pris une once et demie d'une substance saline qu'elle ne pouvait désigner que par le nom de sel: ce purgatif, pris en deux verres et à la dis- tance d'une demi-heure, lui procura, par le vomissement et par les selles, des évacuations très - abondantes de bile dégénérée , et lui fit éprouver de violentes douleurs d'en- trailles Le médecin appelé pour calmer ces vives irrita- tions, produit d'une superpurgation , ordonna des décoc- tions rari' ilagineuses en boissons et en lavemens ; il fut même obligé, par l'intensité des douleurs, de donner de l'opium tant en substance qu'en teinture. Ces secours furent sans effet : la malade sentait un feu dévorant qu'elle rapportait à la poitrine et à l'estomac ; ses extré- mités étaient froides; son pouls était presque nul ; enfin elle expira soixante heures après avoir pris le sel. » L'ouverture du cadavre fut faite deux heures après la mort. » Le ventricule était rouge, parsemé de taches noirâtres de la largeur d'une lentille ; vers le bas-fond de l'estomac, une de ces taches était de la grandeur d'un liard ; dans son centre il y avait un petit trou qui perçait le viscère ; le canal intestinal était intérieurement rougeâtre ; le foie était obstrué, et la matrice dans la plus parfaite vacuité. y ISqus apprîmes que cette fille devant se purger , uno DU NITRATE DE POTASSE. IIQ de ses amies lui avait acheté, chez un droguiste , une once et demie de sel de nitre (nitrate de potasse ) (i). » 3°. M. Laflize rapporte le fait suivant : Une dame qu'il venait de traiter d'une rougeur érysipélateuse à la jambe, prit par son ordre, pour se purger, le 27 avril 1787, à six heures du matin, une once de nitrate de potasse tel qu'il sort de la salpêtrière , dissous dans un verre d'eau , avec addition de deux onces de sirop de pommes ( ce sel avait été vendu par un droguiste à la place du sel de Sedlitz, sulfate de magnésie, qui avait été pres- crit) : la malade éprouva , un quart d'heure après, les symptômes suivans : cardialgie , nausées , vomissemens pénibles , évacuations par le bas , ensuite convulsions qui rendaient la bouche contournée ; syncope, pouls très-faible, extrémités froides, successivement pouls nul, voix éteinte, feu dévorant dans l'estomac , douleurs cruelles dans le ventre que rien ne put calmer ,• pressentiment d'une fin prochaine, respiration laborieuse ; mort à neuf heures du matin, trois heures après la fatale boisson. A l'ouverture du cadavre on trouva ce qui suit : es- tomac fortement distendu par un liquide; la membrane externe de ce viscère était d'un rouge foncé; on y remar- quait quelques taches brunes ; sa tunique veloutée était en- flammée outre mesure, et se trouvait détachée dans plu- sieurs endroits ; l'humeur sanguinolente qui s'éiait écou- lée des vaisseaux déchirés avait coloré en rouge le liquide contenu, qui équivalait à la mesure d'une pinte. Cette inflammation gangreneuse commençait à l'orifice car- diaque et finissait au pylore; le reste du corps était dans l'état naturel. On- s'assura que la cause de la mort était entière- ( 1 ) Journal de Médecine, de Chirurgie et de Pharmacie „ tom lxxui, ann. 1787, observation de M. Souville. Î20 DES POISONS ACRES. ment due à l'action hypersthénique du nitre, par l'examen de ce sel qu'on envoya chercher immédiatement chez le même droguiste, et par l'analyse chimique du liquide contenu dans l'estomac , lequel produisit, par l'évapora- tion des cristaux de véritable nitrate de potasse. 4°. La femme d'un épicier d'Edimbourg, enceinte de deux mois, avala, par méprise, une poignée de sel de niire : aussitôt douleurs vives à l'estomac, nausées et vo- missemens de quelques gorgées qui avaient le goût du nitre. Au bout d'un demi-quart d'heuie tout le corps était enflé.On administra, dix minutes après,deripécacuanhaet une solution chargée de sel de Glauber. La femme avorta au bout d'une demi - heure , et rendit par les selles une giande quantité de sang mêlé à des débris de la membrane muqueuse des inieslins ; la gorge était excoriée, ce qui ne permettait pas à la malade d'avaler rien de piquant. Cinq jours après, les douleurs générales et les diveis sym- ptômes nerveux commencèrent à céder à l'emploi du lait, des mucila^ineux et de l'opium. M. Alexandre , qui a rapporté celte observation, ne dit pas si la malade fut entièrement rétablie. ( Ancien Journal de Médecine , t. lxxi. ) (\). M. Butler rapporte le fait suivant : 5°. Madame E., femme d'un quartier-maître, avala par (i) M. Tourtelle, médecin h Besançon, doute que le nitre soit un poison capable de donner la mort. Suivant lui, le nitre n'agit qu'à la manière des autres sels neutres. A forte dose il occasionne cependant quelques accidens, tels qu'une sensation douloureuse à l'estomac, des vertiges, le froid des extrémités et quelquefois de tout le corps, des défaillances, etc. Un homme affecté d'une hydropisie ascite prenait, depuis trois semaines, des tisanesapéritives avec le nitre à la dose d'un gros par pinte. Comme i 1 s'impatientait de ne pas guérir et qu'il DU NITRATE DE POTASSE. I2t méprise, le 17 mars 1815 , deux onces de nitre pour une once de sel d'Epsora. Le jour précédent elle avait acheté un quart de livre de nilre et deux onces de sel d'Epsom; elle piaça les deux paquets sur sa cheminée à côté l'un de l'autre, en rentrant chez elle. Se sentant mal disposée le lendemain malin, elle resta au lit, et voulut que son mari mêlât la moitié d'un des pa- quets placés sur la cheminée dans un peu d'eau chaude, et lui donnât celte dissolution. Elle la prit en effet, croyant avaler environ une once de sel d'Epsom. Mais au lieu du paquet contenant le sel d'Epsom, le mari avait pris celui qui renfermait le nilre, et en avait fait fondre la moitié dans un verre d'eau à - peu - près , et quoiqu'il éprouvât quelque difficulté à dissoudre les cristaux, il ne conçut aucun soupçon. Bientôt après que la solution eut été avalée, les vomisse- mens survinrent. D'abord les matières contenues dans l'es- tomac furent rejetées , et ensuite les efforts n'amenèrent que du sang pur. Nous pouvons supposer que le nitre a avait entendu préconiser le nitre dans sa maladie, il en prit un jour deux onces environ dans deux verres d'eau. A la vérité il fut un peu tourmenté de coliques de ventre; mais il fut tota- lement guéri par d'abondantes évacuations par les selles et par les urines. Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'il n'éprouva aucun des accidens de l'empoisonnement, quoique son estomac fût si sensible qu'il ne pouvait pas garder une cuillerée de vin scillitique le plus faible. M. Tour telle attribue les accidens décrits par M. Lnflize aux transports de l'humeur arthritique sur l'estomac de la ma- lade qui fait le sujet de l'autre observation de M. Lafiizc. {Journal de Médecine, Chirurgie et Pharmacie, t. lxxiii, réflexions par Tour telle} pag. 22 et suiv.) 122 DES POISONS ACRES. eu son plus entier effet, puisqu'il a été pris le matin avant déjeûner, moment où l'estomac est généralement vide. Le vomissement de sang ayant répandu l'alarme, je fus demandé par un voisin intelligent, et l'on n'allendit pas mon arrivée pour faire des questions sur la substance qui avait été avalée pour du sel d'Epsom. Quand je vis la malade, le vomissement continuait de- puis près d'une heure, et j'observai qu'une grande quantité de sang fluide et coagulé, d'une couleur purpurine, avait été rejetée. Ayant acquis la certitude que la substance prise était du nitre, il devint évident pour moi que quoique la nature ait pourvu l'estomac humain d'une couche de mucus pour défendre ses parois de l'acrimonie ordinaire de nos ali- mens, ce mucus n'était pas assez abondant pour prévenir l'action corrosive d'une forte dose de nitre. Je remarquai aussi que quelques cristaux non dissous avaient été avalés par la malade. Je fis donner sur le-champ une grande tasse d'eau tiède, et j'ordonnai que la même quantité fût administrée après chaque vomissement pendant que je faisais préparer, dans le moins de délai possible, une demi -pinte d'un mucilage très-épais de gomme arabique dans lequel je fis ajouter un peu de laudanum. Durant mon absence, environ deux pintes d'eau tiède furent administrées à la malade, et presque toujours rejetées avec une certaine quantité de sang purpurin. Je donnai la moitié de la mixture mucilagineuse (4 onces), qui resta dans l'estomac vingt minutes; mais quand on donna quelques gouttes d'eau de gruau épaisse, le tout fut vomi aussitôt, mêlé avec un peu de sang coagulé. Je voulus qu'elle prît une livre de gruau épais, qu'elle vomit immédiatement avec un peu plus de sang fluide. Je DU NITRATE DE POTASSE. 12^ donnai alors le reste de la mixture mucilagineuse, qui de même fut expulsée. Une décoction épaisse de graine de lin fut rejetée, comme les boissons précédentes, en peu de minutes. Cependant je continuai de faire prendre alternativement à la malade du gruau épais et du thé mêlé à de la graine de lin, aussi long-temps que son estomac réjeta du sang ; car, tant que ce symptôme persista, je jugeai bien que la corrosion poursuivait sa marche. La malade à la fin tomba presque en défaillance. Son pouls devint fort et fréquent, une sueur chaude , comme visqueuse, et accompagnée de frisson, se manifesta. La malade demanda un court repos. Je donnai une autre dose de mucilage de gomme arabi- que avec du laudanum; les accidens se calmèrent pendant quelque temps; mais dès qu'ils reparurent, je renouvelai la portion de gruau épais et de thé mêlé à de la graine de lin. Les vomissemens continuèrent depuis huit heures du matin jusqu'à midi, et pendant ce temps, la malade dut boire et vomir environ huit pintes de liquide. Je jugeai alors prudent d'en suspendre l'usage, car les forces s'épui- saient , et le nitre était probablement tout-à-fait dissous. Depuis midi jusqu'à six heures du soir, la malade ne prit rien ; mais alors elle vomit jusqu'à neuf heures du sang grumeleux, en partie fluide et en partie coagulé. Un peu de gruau lui fut donné, puis elle resta sans rien prendre jusqu'à neuf heures du matin, mais sans vomir ni dormir. Le iS mars au matin, la malade paraît violemment tour- mentée de douleurs d'estomac, qui ne sont pas continuelles^ mais spasmodiques. Deux clystères avaient été adminitrés pendant la nuit, et un Je matin : du gruau, du sel et de l'huile de ricin les composaient. Trois évacuations avaient eu lieu, la dernière avec perte de sang. Je fis prendre alors 124 DES POISONS ACRE S. du thé suffisamment chaud avec du lait : celle boisson ne fut point vomie; j'ordonnai dans la journée l'administra- tion d'une petite quantité de gruau. A sept heures du soir, le gruau et le thé n'avaient pas été vomis; les douleurs d'es- tomac étaient périodiques et brûlantes; il y avait eu deux selles, toutes deux mêlées de sang; la malade avait peu uriné; tout vomissement avait cessé. J'ordonnai toujours le gruau à doses petites mais répétées; la prescription sui- vante fut faite pour la nuit : Teinture d'opium, 4° çouttes. Mucilage d'acacia. Le 19 mars, la malade était mieux ; les douleurs sont par intervalles très-intenses, et diffuses sur tout l'abdomen. Thé et gruau ad libitum. Le 20, il n'y avait aucune modification remarquable. Le 24, l'abdomen est toujours douloureux; pendant plusieurs jours de suite, de petits caillots de sang sont ob- servés dans les selles ; mais , à l'exception de la faiblesse, il n'y a pas de symptômes graves, et quoiqu'enceinte depuis deux mois, cette dame ne fit point de fausse couche. Le ier avril je fus de nouveau appelé pour voir madame C. ; on avait observé depuis quelques jours des tressaille- mens et des mouvemens involontaires. Lorsqu'elle s'as- seyait sur une chaise, on la voyait tout-à-coup sauter brus- quement; ses muscles agissaient contre sa volonté, et elle exécutait sans cesse des mouvemens qu'elle voulait, mais qu'elle ne pouvait pas empêcher. Si des personnes de l'art l'avaient vue dans cet état, elles l'eussent sans doute re- gardée comme affectée de la maladie connue sous le nom de danse de Saint-Guy : en effet, elle en avait tous les symptômes, tels qu'ils sont décrits dans la Nosologie de Cullen. Cette dernière partie de l'histoire de la maladie de ma- DU NITRATE DE POTASSE. 123 dame C. me semble surtout devoir intéresser les physiolo- gistes et les nosologistes : on peut se demander si le irouble nerveux n'était qu'un accident symptomatique de l'irrita- tion des viscères, ou si les particules irritantes du nitre, introduites dans le sang, allaient exciter les nerfs en ciicil- lant avec celui-ci, et produire ainsi les mouvemens invo- lontaires des muscles. La sécrétion de l'urine ne fut ja- mais notablement augmentée. Dix jours environ s'étaient écoulés depuis le moment où le nitre fut pris jusqu'à l'ap- parition des symptômes nerveux, qui durèrent à-peu-près deux mois. Tant que cette affection persista, le pouls resta petit et marqua quatre-vingt-dix battemens par minute; le bnis et la jambe gauche étaient spécialement attaqués ; le caractère de la malade, naturellement doux, était devenu éminem- ment irascible. Lorsque son estomac était vide, son état semblait em- pirer, et elle ressemait alors une douleur constante dans la région de l'épine. Le quinquina ne fut pris qu'en doses divisées, mêlé avec du lait. Les symptômes spasmodiques atleignirent un de- gré effrayant ; ils se calmèrent graduellement; mais la ma- lade n'obtint le complet rétablissement de ses forces qu'a- près son accouchement. Le 3 octobre i8i5, je l'accouchai d'un enfant mâle : le travail de l'enfantement fut plus long qu'à l'ordinaire, sans doute à cause de la faiblesse. Le 29 octobre 1817, je l'ac- couchai d'un autre enfant : l'un et l'autre sont vivans et bien portans. Remarques de M. Butler. Plusieurs raisons m'engagent à rendre public le cas que je viens de rapporter. i°. Pour montrer la quantité de nitre que peut sup- porter l'estomac humain jaiis que la mort en soit la suite, lorsqu'on met en usage le traitement que j'ai employé. t?6 DES POISONS ACRES. et pour faire ressortir quelques-uns des effets de cette sub- stance. 2°. Pour éclairer en quelque manière l'histoire d'une autre affection dont la nature réelle n'est que peu con- nue, parce que nous sommes peu instruits dans la physio- logie du système nerveux. 3°. Pour démontrer que les plus violens vomitifs ne dé- terminent pas constamment l'avortement. Je ne pense pas que l'on ait encore rapporté de cas où un malade ait pris une si grande quantité de nitre, et en soit revenu. {Nouveau Journal de Médecine, de Chirurgie et Pharmacie. Février 1818.) 861. Ces faits nous permettent de conclure, i°. Que le nitrate de potasse, introduit dans l'estomac des chiens et de l'homme, agit à la manière des poisons acres ou corrosifs ; 2°. Qu'il peut déterminer la mort lorsqu'il n'est pas vomi et qu'il a été avalé à la dose de 2 ou 3 gros ; 3°. Qu'il paraît agir immédiatement sur le tissu muqueux du canal digestif, et par suite sur le système nerveux et à la manière des stupéfians ; 4°. Qu'il n'est pas absorbé lorsqu'on l'applique sur le tissu cellulaife, et par conséquent qu'il se borne, dans ce cas, à produire des effets locaux ; 5°. Que nous ne pouvons pas admettre l'opinion de M. Tourtelle, médecin à Besançon , qui croit que cette substance agit comme les autres sels neutres. ( Voyez la note de la page 120.) Histoire chimique du Nitrate de Potasse. 861. Le nitrate de potasse est un sel d'une couleur blan- che et d'une saveur fraîche et piquante. Il cristallise en longs prismes à six pans, demi-transparens et terminés par nu C H LOUE. 127 des sommets dièdres. Ses cristaux s'accolent souvent de ma- nière à former des cannelures. 863. H se dissout dans quatre fois son poids d'eau à i5 degrés; l'eau bouillante en dissout quatre fois son poids. 864- Mis sur les charbons ardens, il les fait brûler vive- ment. ( Voy. § 556.) 865. L'acide sulfurique concentré, versé sur ce sel pul- vérisé, le décompose à la température ordinaire, et en dé- gage des vapeurs d'acide nitrique blanches et peu abon- dantes. 866. L'hydro - chlorate de platine occasionne, dans la solution concentrée de nitrate de potasse, un précipité jaune serin {% 63g). 867. La chaux en poudre ne produit aucun phénomène sensible par son mélange avec ce sel. 868. Les hydro-sulfates ne le précipitent pas. Du Chlore (gaz muriatique oxigéné). 869. Ce gaz, regardé aujourd'hui comme une substance simple par les chimistes les plus célèbres , est appelé chlore à raison de sa couleur jaune-verdàtre. Il a une saveur dé- sagréable, et une odeur tellement suffocante, qu'il est im- possible de le respirer, même lorsqu'il est mêlé à l'air, sans éprouver un sentiment de strangulation et un resserrement dans la poitrine. Sa pesanteur spécifique est de 2,470. Loin de rougir Vinfusum de tournesol, comme les acides, il le détruit en le jaunissant. 870. Exposé à l'action du calorique, le chlore gazeux n'éprouve aucune altération lorsqu'il a été préalablement desséché ; si on introduit dans un flacon plein d'eau un mélange fait avec parties égales de chlore et d'hydrogène gazeux, et qu'on l'enflamme à l'aide d'une bougie allumée, il y a sur-le-champ détonnation et formation de gaz acide 128 DES POISON S ACRES. hydio-chlorique (murialique) qui parait sous la forme de vapeurs blanches. 871. Le phosphore solide, l'arsenic, l'étain et l'anti- moine pulvérisés se combinent rapidement, et à la tem- pérature ordinaire , avec le chlore lorsqu'on les plonge dans un flacon rempli de ce gaz. On obtient constamment des chlorures solides, et il y a dégagement de calorique et de lumière : ce dernier phénomène est dû au passage du chlore de l'état de gaz à l'état solide. 872. Le chlore se dissout dans l'eau et forme le chlore liquide. Mêlé avec le gaz acide hydro-sulfurique (hydrogène sulfuré ), il le décompose, s'empare de son hydrogène pour passer à l'état d'acide hydro-chlorique, et le soufre est mis à nu. Action du Chlore gazeux sur Véconomie animale. Nysten, qui a publié en 1811 un très-beau travail sur l'injection des gaz dans les veines, les artères , la plè- vre, etc., a fait des expériences sur le chlore que nous avons répétées et qui nous ont paru très-exactes. Expérience ile. On a injecté dix à douze centimètres cubes de chlore gazeux, à la température de 90 R., dans la veine jugulaire d'un chien de moyenne taille. Les effets de cette injection ont été bornés à quelques plaintes. Au bout de cinq minutes, nouvelle injection de quinze à vingt cen- timètres cubes du même gaz : au bout d'une minute, l'a- nimal a poussé des plaintes, des cris de souffrance; la resr piration est devenue difficile et rare, et il est mort trois minutes après Ja dernière injection. A l'ouverture du corps, qui fut faite quatre minutes après la mort, on trouva le sang entièrement liquide et semblable au sang veineux dans l'oreillette et le ventricule pulmonaires, qui ne contenaient ni gaz ni caillots. D V C H L O R E. I 2g Expérience n*. A huit heures quarante-cinq minutes, on a injecté dans la plèvre droite d'un c'iien du poids de six kilogrammes, soixante centimètres cubes de chlore ga- zeux, à la température de i3° R. Immédiatement après, agitation violente, éjection d'urine; l'animal tombe sur le rôté, se roidit un instant et crie comme dans une extrême souffrance. Peu de temps après, il marche; mais il conti- nue à se plaindre. A midi, il ne se plaignait plus; il élait le plus souvent couché. A quatre heures quinze minutes, tremblement des membres; nulle plainte. Le lendemain, il était triste et restait couché. Le troisième jour, on le fît périr. Les deux plèvres étaient recouvertes de fausses mem- branes, et contenaient chacune environ cent grammes de sérosité rougeâtre : par le refroidissement il s'est formé dans le cœur des concrétions d'apparence gélatineuse, comme celles qu'on observe à la suite des maladies inflamma- toires , et qui sont très - analogues à la couenne pleuré- tique. On sait, par un très-grand nombre d'expériences, que les animaux ne tardent pas à périr lorsqu'on les plonge dans le chlore gazeux. Nysten dit à «et égard : « Ce gaz n'est pas absorbé quand on le respire pur ; il ne paraît agir qu'en ir- ritant localement les bronches, et son action est si éner- gique, que l'animal meurt avant de pouvoir être asphyxié par le sang noir. Ce qui prouve encore qu'il n'agit qu'en irritant, c'est que, quand on le respire étendu dans l'air et en trop petite quantité pour porter atteinte à la vie des pou- mons , il borne son action à déterminer une toux plus ou moins vive, et quelquefois, comme l'a remarqué Fourcroy, une phlegmasie de la membrane muqueuse des bronches». (Recherches de Physiologie et de Chimie, pag. i44j ann. 1811). ii- 9 iSo DES POISONS ACRES. Action du Chlore liquide sur Véconomie animale. Expérience ire. A neuf heures, on a introduit dans l'es- tomac d'un petit chien robuste 5 onces de dissolution de chlore moyennement concentrée, et on a lié l'oesophage. Dix minutes après, l'animal a commencé à faire des efforts violens pour vomir. A midi, il était très-abattu et se plai- gnait considérablement. 11 est mort dans la nuit. La mem- brane muqueuse de l'estomac était d'un rouge noir dans toute son étendue; les autres organes paraissaient sains. Expérience 11e. On a répété la même expérience avec 2 onces de la dissolution précédente que l'on a préalable- ment affaiblie avec 4 onces d'eau. L'animal est mort dans l'abattement quatre jours après l'ingestion de la substance vénéneuse. La membrane muqueuse de l'estomac, peu rouge, offrait vers le grand cul-de-sac quelques petits ulcères bor- dés d'une aréole jaune; l'intérieur du duodénum et d'une partie du jéjunum était tapissé d'une couche jaune assez épaisse, provenant sans doute de la décomposition de la bile par l'acide hydro - chlerique formé aux dépens du chlore et de l'hydrogène des tissus organiques. Expérience me. L'eau de javel, dans laquelle entre le chlore, a exercé sur les animaux une action semblable à celle que nous venons de rapporter. 873. Ces faits prouvent que le chlore liquide agit d'une manière analogue à celle des acides minéraux dont nous avons déjà parlé § 547. Du Gaz acide nitreux. 874. Le gaz acide nitreux est d'une couleur jaune oran- gée; il a une odeur forte très-désagréable ; sa saveur est acre et caustique ; il rougit Vinfusum de tournesol, se. DU «AZ ACIDE NITREtîX. ï3t dissout rapidement'dans l'eau, et attaque le mercure. Son action sur les métaux et sur les substances organisées est, en général, plus vive que celle qu'exerce l'acide nitrique. Ces caractères sont suffisans pour distinguer ce gaz de tout autre produit naturel ou artificiel. Action du Gaz acide nitreux sur Véconomie animale. OBSERVATIONS. t°. Un homme de quarante - cinq ans environ, d'une constitution assez forte, mais sujet à une oppression ha- bituelle , faisait ', depuis plusieurs années , le commerce dxeau-forte. Au mois de mai 1804 , la chaleur étant con- sidérable et le thermomètre étant monté jusqu'à 260, il fut réveillé un jour, à quatre heures du matin , par les hurlemens d'un gros chien de garde qu'il avait enfermé dans son magasin. Il y descend aussitôt, accompagné d'un voisin, ouvre la porte, et est frappé à l'instant de l'odeur du gaz acide nitreux qui se fait sentir (1). Le chien sort avec précipitation, ayant les pattes brûlées , court au premier ruisseau pour s'y désaltérer ; joue avec quelques autres chiens sur la place voisine, et revient deux heures après périr à la porte de son maître, en vomissant des matières épaisses et de diverses couleurs. Celui-ci néan- moins pénètre dans son magasin pour en ouvrir les fenê- (1) M. Desgranges, auteur de cette observation, et loue ceux qui l'ont copié, ont attribué cet empoisonnement au gaz nitreux ; mais il suffit de se rappeler que ce gaz ne peut pas rester un instant en contact avec l'air atmosphérique sans lui enlever de i'oxigène et le transformer en gaz acide nitreux, pour être convaincu que c'est le gaz acide qui a produit les ac- cidens rapportés dans celle observation. î3a »ES POISONS ACRES. très ; mais à peine y est-il resté cinq minutes que , me- nacé de suffoquer, il est obligé d'en sortir ; il y rentre cependant un peu après , et en retire la caisse qui conte- nait ses cantines brisées. Vers six heures, il va prendre du lait dans un café , puis il boit une demi-bouteille de vin ; et ayant fait une course dans la ville, il rentre chez lui avant huit heures, se plaignant d'une grande faiblesse, d'une chaleur sèche et acre au gosier, d'une irritation dans l'estomac et la poitrine, et d'un sentiment de con- striction à l'épigastre; sa gêne habituelle de respirer n'a- vait pas augmenté proportionnellement. On lui conseilla de boire abondamment du lait. Son médecin , qui arriva peu après, approuva cette boisson , et prescrivit en outre des fomentations sur leVlhtre et de la moutarde aux bras. Ces deux moyens parurent être très-fatigans pour le ma- lade et augmenter ses angoisses ; il continua seulement le lait, et vers une4ieure après midi il dit qu'il souffrait moins. Il eut alors spontanément une selle jaunâtre, et deux autres encore dans l'espace d'une heure , toutes d'une couleur citrine ; l'urine était rare, et, sur le soir, le malade fut tourmenté d'envies fréquentes et vaines d'uri- ner. A quatre heures, il commença à expectorer une ma- tière jaunâtre et qui ranima l'espérance ; il reprit l'usage du lait, qu'il avait discontinué depuis quelques heures, et il le fit alterner avec de l'orgeat ; il eut ensuite un peu de toux, quelques nausées et un léger vomissement. On lui donna des lavemens qu'il rendait sur-le-champ, et qui cependant étaient teints en jaune. A neuf heures du soir , la figure du malade devint bleuâtre, la poitrine s'embar- rassa , il y eut un peu de râlement, on entendit quelques hoquets, de grandes douleurs se faisaient sentir à la ré- gion du diaphragme ; il y eut aussi quelques mouvemens convulsifs et un léger délire. Vers le matin, l'anxiété aug- menta, les angoisses devinrent inexprimables; cependant DU GAZ AClOE S U L F t R E L'X. l33 le malade but encore du lait à cinq et à six heures, ayant toute sa connaissance. A sept heures , il n'existait plus. Peu après la mort son ventre se gonfla et s'étendit d'une manière fort remarquable; son visage devint pourpre, ses lèvres noires , et il s'écoula quelques gouttes de sang par le nez et par la bouche. L'ouverture du corps n'a pas été faite (i). M. Nysten, qui a fait un grand nombre d'expériences sur le gaz nitreux, s'est convaincu qu'il déterminait la mort en très-peu de temps, et qu'il brunissait le sang. Le gaz acide nitreux dont nous faisons l'histoire, et rpii est composé de gaz nitreux -f- d'oxigène, nous parait agir, i°èn irritant fortement les bronches et les petits vais- seaux pulmonaires; 2° en faisanWubir au sang une alté- ration analogue à celle du gaz nitreux. 875. L'acide nitreux liquide exerce sur nos tissus la même action que celle dont nous av$bs,parlé à l'article Acide nitrique ( eau-tfbrte ), § 566. Du Gaz acide sulfureux. 876. Le gaz acide sulfureux se dégage constamment lorsque le soufre brûle à l'air libre ou dans le gaz oxi- gène; on le reconnaît aux propriétés suivantes : i° il est incolore ; 20 il a une odeur piquante qui est la même que celle du soufre qui brûle ; 3° il rougit la teinture de tournesol, qu'il change ensuite en jaune paille; 4° il est très-soluble dans l'eau. 877. D'après M. Halle, il fait périr les cabrais qui le respirent en moins d'une minute et un quart. Ses effets dépendent de l'irritation qu'il exerce sur les poumons. 878. Après avoir exposé en détail les phénomènes pro- (i) Dictionnaire des Sciences médicales, tom. 11, p. 388. »34 DKJ POISONS ACRE*. duits par chacun des poisons de cette classe, nous allons indiquer d'une manière générale les symptômes et les lé- sions de tissu auxquels ils donnent lieu : par ce moyen nous pourrons établir des données générales sur leur mode d'action et sur lé traitement qu'il faudra employer pour combattre leurs effets. Symptômes produits par les Poisons dcres. 879. Peu de temps après l'administration de ces poi- sons, on éprouve une saveur acre, piquante, plus ou moins amère , une chaleur brûlante et beaucoup de sé- cheresse dans la langue et dans toutes les autres parties de la bouche , une construction plus ou moins douloureuse dans la gorge. Bientôt après on ressent des douleurs ai- guës dans l'estomac et dans les entrailles , qui ne tardent pas à être suivies de nausées et d'évacuations abondantes par haut et par bas. Ces évacuations ont quelquefois lieu sans effort; mais le plus souvent elles sont excessivement pénibles, et les animaux s'efforcent à les provoquer lors même que leur canal digestif a été entièrement vidé. Le pouls et les battemens du coeur sont forts , fréquent et assez réguliers ; la respiration est un peu accélérée , et on n'aperçoit aucun changement notable dans, la manière dont s'exécutent les sensations et les mouvemens. Quel- ques heures après, on observe des phénomènes qui an- noncent une lésion du système nerveux. Presque tou- jours les animaux sont tourmentés par des vertiges ; leur marche devient chancelante, leurs pupilles sont dilatées, ils tombent dans un état de grande insensibilité, la respi- ration et la circulation se ralentissent, et ils expirent sans. pousser la moindre plainte. Quelquefois ils, éprouvent des convulsions plus ou moins violentes, leurs membre» se roidissent, ils poussent des cris plaintifs et périssent.. GÉNÉRALITÉS. l35 Lésions de tissu produites par les Poisons acres. 880. Lorsque les substances vénéneuses de cette classe ont été introduites dans l'estomac à assez forte dose pour faire périr les animaux , on découvre après la mort des altérations plus ou moins profondes^ .dont l'intensité dé- pend, en général, de la nature du poison ingéré, et de l'époque à laquelle les animaux ont succombé. i°. Les diverses parties de la bouche, l'œsophage, l'es- tomac et le canal intestinal sont enflammés ; tantôt la mem- brane muqueuse seule offre, dans toute son étendue , une couleur rouge de feu ; tantôt cette couleur est d'un rouge cerise ou d'un rouge noir : alors il n'est point rare de voir les tuniques musculeuses et séreuses participer à cette inflammation, et l'on découvre une quantité plus ou moins considérable de taches noires semblables à des es- carres, ou de zones longitudinales d'un rouge foncé, qui dépendent de l'extravasation du sang noir entre les tuni- ques ou dans le chorion de la membrane muqueuse. Quel- quefois on trouve de petits ulcères près du pylore ; mais le plus souvent l'inflammation se borne à l'ai ri ère-bouche, à l'estomac et aux gros intestins : phénomène qui parait tenir à ce que le poison a été plus long-temps eu contact avec ces parties qu'avec les autres. 11 est aisé d'apercevoir que les lésions dont nous venons de parler ont le plus grand rapport avec celles qui sont développées par les poisons corrosifs ( tom. 1 ). En effet, nous n'hésitons pas à avancer qu'il y a identité parfaite entre les altérations du canal digestif produites par les poisons de ces deux classes lorsqu'ils sont introduits dans l'estomac. 2°. Les poumons présentent assez ordinairement des lésions plus ou moins profondes ; leur couleur est quel- quefois violette; mais, en général, elle est d'un rouge plus foncé que dans l'état naturel; leur tissu est plus serré, l36 l)tS POISONS ACRES. dense, gorgé de sang, et moins ciépitant, du moins dans quelques-unes de leurs parties ; il n'est point rare d'y rencontrer une sérosilé sanguinolente. Ces phénomènes peuvent tenir aux efforts répétés et infructueux de vomis- sement : nous pensons cependant qu'ils sont souvent le résultat d'une action spéciale de la substance vénéneuse sur les poumons : l'ellébore nous paraît être principale- ment dans ce cas. 3°. Les ventricules et les oreillettes du cœur sont plus ou moins distendus par du sang différemment coloré, sui- vant l'époque à laquelle on ouvre les cadavres. Dans une multitude de circonstances, ce fluide se trouve coagulé une ou deux heures après la mort, et presque constam- ment il est dans cet état au bout de quinze ou dix-huit heures. Ce fait d'analomie pathologique, dont nous garan- tissons l'exactitude , est loin de confirmer l'opinion des auteurs qui ont avancé que, dans l'empoisonnement par les substances végétales, le sang restait fluide pendant long- temps : à la vérité, ils ont principalement voulu parler des substances narcotiques ; mais nous verrons , en faisant l'histoire de ces poisons, que leur assertion est tout-à- fait dénuée de fondement. 4°. Le cerveau et les méninges n'offrent point de lésion notable dans l'empoisonnement par les substances acres ; néanmoins on remarque quelquefois un engorgement des vaisseaux veineux qui rampent à la surface externe de ce viscère. 5°. Les autres organes ne nous ont paru éprouver aucune altération sensible de la paît des substances vénéneuses de celte classe. 881. Appliqués sur la surface cutanée ou le tissu cellu- laire, ces poisons produisent des phénomènes locaux que nous avons déjà exposés page ire de ce volume; et lorsque la mort arrive, on découvre à l'intérieur les lésions précé- GÉNÉRALITÉS. l3j demnient énumérécs, excepté que le canal digestif est rare- ment affecté. 882. Il résulte des considérations établies jusqu'à présent, i° que, dans un cas d'empoisonnement, le médecin-légiste sera souvent fort embarrassé pour déterminer, d'après la simple lésion des organes intérieurs, si le poison ingéré appartient à la classe des acres ou à celle des corrosifs ; 2° que, dans le cas où l'analyse chimique aura prouvé que l'empoisonnement n'a pas été produit par un des poisons corrosifs , et que tout porte à croire qu'il appartient à la classe des acres, il sera impossible de décider, par le seul examen des lésions cadavériques, quel est le poison qui les a déterminées, ces lésions étant à-peu-près les mêmes ; 3° enfin que l'on pourra, en ayant égard aux symptômes et surtout aux inflammations intenses développées par les substances acres , ne point confondre l'empoisonnement qu'elles causent avec celui qui est produit par les narco- tiques , et même par les narcotico-âcres : en effet ces derniers n'enflamment pas les tissus ou du moins ne dé- veloppent qu'une inflammation légère. Action générale des Substances acres sur Véconomie animale. 883. Il paraît naturel de s'élever à des considérations générales sur le mode d'action des poisons renfermés dans une classe, lorsqu'on a fait leur histoire particulière dans des monographies, et que l'on a décrit les lésions et les symptômes généraux auxquels ils donnent lieu. Il est évi- dent qu'il n'y a aucun inconvénient à suivre cette marche lorsque les individus qui composent la classe réunissent un très-grand nombre de caractères communs, et que leur ac* tion physiologique est à peu-près identique. Les générale tés sont même alors indispensables, par la facilité qu'elles l38 DES POISONS ACRES. offrent à faire retenir une multitude de faits important. Mais la classe dont nous nous occupons se trouve-t-elie dans ce cas ? Nous ne le croyons pas. Combien de substances n'y voil-on pas réunies qui exercent évidemment un mode d'action différent! Quel rapport y a-t-il, par exemple, entre l'ellébore, le garou et l'iatropha curcas? Ces deux dernières substances n'agissent - elles pas en déterminant une vive inflammation, tandis que la première, rapidement absorbée, porte une atteinte funeste au système nerveux, et ne produit qu'une inflammation légère ? Si nous avons réuni dans le même cadre des objets aussi disparates, c'est parce qu'ils se trouvent dans la claisificalion proposée par Vicat, adoptée par Fodéré, et que nous avons senti l'ex- trême difficulté qu'offrirait un nouvel arrangemenlfondé sur le mode d'action des poisons ; et ce n'est que lorsque nous aurons multiplié les expériences daus divers climais de l'Europe, que nous hasarderons de proposer un essai de classification. Ces considérations nous dispensent de don- ner à cet article toute l'étendue qu'il pourrait comporter : nous nous bornerons aux propositions suivantes: i°. La majeure partie des poisons acres détermine une vive irritationdocale suivie de l'inflammation plus ou moins intense des parties sur lesquelles ils ont été appliqués, et la mort a lieu par l'irritation sympathique du système ner- veux, sans que le poison ait été aborbé; presque toujours les animaux meurent dans l'abattement et dans un état d'insensibilité générale. Dans ces cas, les phénomènes de l'empoisonnement se développent plus rapidement lors- que le poison est introduit dans l'estomac que lorsqu'il est jrppiiqué sur le tissu cellulaire. Le garou, l'iatropha cur- cas, etc., paraissent agir ainsi. 2°. Quelquefois , après avoir enflammé les tissus, la substance vénéneuse est lentement absorbée, portée dans le torrent de la circulation ; et ses effets dépendent et d,ô GÉNÉRALITÉS. I 3g l'action directe qu'elle exerce sur le système nerveux, et de l'irritation sympathique de ce même système. Dans cer- taines circonstances, les poisons ainsi absorbés agissent sur le rectum : telles sont la coloquinte et la sabine ; quelques- uns affectent aussi les poumons. 3°. Il existe un certain nombre de poisons acres qui sont rapidement absorbés, transportés dans le torrent de la cir- culation , et qui déterminent peu de temps après des vo- missemens répétés, des vertiges, et la plus parfaite stupé- faction : les racines d'ellébore noir et blanc sont dans ce cas ; la mort arrive plus promptement quand ces poisons sont appliqués sur le tissu cellulaire que lorsqu'on les in- troduit dans l'estomac. Ce phénomène dépendrait-il de la digestion de l'ellébore dans ce viscère et de sa décomposi- tion , ou plutôt de ce que l'absorption veineuse serait plus active lorsqu'on a fait une plaie à la cuisse, et que par conséquent on a incisé quelques petites veines ?..... Quoi qu'il en soit, ces poisons produisent une légère inflamma- tion , et exercent une action sur les poumons. 4°. Enfin quelques-unes des substances vénéneuses de cette classe sont rapidement absorbées, et donnent lieu à des vertiges, des convulsions violentes, des plaintes, etc., phénomènes qui paraissent tenir à-la-fois de l'excitation et de la stupéfaction, et qui dépendent d'une action im- médiate sur le système nerveux. Elles déterminent en outre l'inflammation des tissus avec lesquels elles sont en con- tact : l'aconit est dans ce cas. Traitement de Vempoisonnement par les poisons acres. 884- Existe-t-il quelque antidote des poisons acres ? En admettant qu'un contre-poison est une substance ca- pable de décomposer le poison dans l'estomac, et de for- mer un nouveau composé qui soit sani aciion sur l'éca- I/fo 1)F5 POISONS ACRES. nomie animale, nous pouvons affirmer que nous ne con- naissons aucun corps qui jouisse de celte propriété par rapport aux poisons acres. Ces poisons appartiennent, pour la plupart, au règne végétal : or, l'analyse des végé- taux est trop peu avancée pour que nous puissions déter- miner exactement quelle est la nature intime du principe vénéneux qu'ils renferment, et par conséquent quel doit être le réactif capable de les décomposer. Il serait absurde , dans l'état aciuel delà science, de vouloir parvenir à la Solution d'un'pareil problème par la théorie; il n'y au- rait guère que le tâtonnement et le hasard qui pour- raient nous conduire, à Paide d'une multitude d'expé- riences, à faire une découverte de ce genre. Espérons que la chimie moderne, en perfectionnant l'analyse végétale, nous fournira des moyens propres à éclaircir ce sujet ira- portant. 885. Mais s'il n'existe pas de contre-poison d^s substances vénéneuses acres, il est une foule de médîcamens qui, ad- ministrés convenablement, peuvent calmer, diminuer, et même faire disparaître les symptômes de l'empoisonne- ment. Quelle est donc la conduite que doii tenir le méde- cin appelé pour une maladie de ce genre ? 886. Si le poison avalé est du nombre de ceux qui agis- sent en déterminant une vive inflammation à laquelle suc- cède une affection sympathique du système nerveux (et presque tous les poisons de cette classe sont dans ce cas)r il faudra employer le traitement anti-phlogîstique, aprèa avoir favorisé le vomissement à l'aide d'abondantes bois sons mucilagineuses tièdes, et même au moyen de l'eau froide. On évitera avec beaucoup de soin d'administrer des émétiques, du vinaigre et toutes les autres substances qui pourraient augmenter l'irritation des parties déjà affec- tées , comme nous l'avons observé dans une multitude d'ex- périences faites sur ce sujet. Dans le cas où les vomisse- GÉNÉRALITÉS. l4l mens seraient très - violons , on administrerait quelques gouttes de laudanum liquide de Sydenham ; enfin on se conformera entièrement aux données que nous avons éta- blies précédemment en parlant des poisons corrosifs. (Foy. articles Sublimé corrosif ei Arsenic, tom. i.) 887. Si le poison est du nombre de ceux qui sont rapide- ment absorbés et qui portent leur action principale sur le svstème nerveux, on fera attention au mode de lésion de ce système. Ainsi, par exemple, l'empoisonnement produit par les racines d'ellébore, qui déterminent une-stupéfaction très- inarqnée, sera combattu par l'infusion de café et le cam- phre à petites doses souvent réitérées; et si ces médicamens étaient rejetés peu de temps après leur ingestion, on les emploirait en lavemens et eu frictions : on n'oubliera pas cependant que ces poisons développent aussi une inflam- maiion qu'il faudra combattre par les boissons adoucis- santes. Enfin, dans les empoisonnemens de ce genre, on n'aura recoins aux émétiques que dans le cas excessivement rare où la substance vénéneuse n'aurait point provoqué de vomissemens abondans. 888. Si, au lieu d'être stupéfié, le système nerveux est dans un grand état d'excitation, ce qui arrive très-rare- ment avec les poisons de cette clase, il faut avoir recours aux opiacés et aux divers médicamens qui peuvent dimi- nuer cette excitation. 889. On peut donc réduire aux préceptes suivans tout ce qui a rapport au traitement qui nous occupe : i°. favoriser le vomissement par des boissons mucilagineuses abondantes, à moins que le poison ne provoque naturellement des éva- cuations suffisantes; 20. apprécier la nature des phéno- mènes secondaires développés, et les combattre par des moyens appropriés qui varieront suivant le genre de la lé- sion.,... l4* DES POlSOIfS NARCOTIQUES. CHAPITRE IV. CLASSE IVe. Des Poisons narcotiques. 890. On donne le nom de poisons narcotiques à ceux qui, étant rapidement absorbés, déterminent la stupeur, l'assoupissement, la paralysie ou l'apoplexie, et des mou- vemens .convulsifs. De V Opium. 891. L'opium est un suc gommo-résineux retiré par in- cision de la tête du pavot blanc ou pavot des jardins (pa- paver somniferum), et concrète. Il est pesant, compacte, homogène, pliant, d'un brun rougeâtre au dehors, légère- ment luisant, opaque, plastique, un peu susceptible d'ad- hérer aux doigts; sa cassure offre une teinte verdâtre ou noirâtre ; son odeur est fortement virulente et nauséabonde ; sa saveur acre, amère et chaude. Il s'enflamme lorsqu'on l'approche d'une bougie allumée, et il brûle avec une vive clarté : son odeur alors n'est point narcotique. Il se dissout en partie dans l'eau, quelle que soit la température; l'eau chaude le ramollit et le réduit en une pâte molle, en sorte qu'on peut le débarrasser des matières qui lui sont étran- gères en le passant avec expression. Le vinaigre, le suc de citron, le vin et l'alcool peuvent également opérer la dis- solution d'une partie, de l'opium. D'après les travaux de M. Sertuerner et de M. Ptobiquef, l'opium contient, i°. une substance alcaline nouvelle à laquelle M. Sertuerner a donné le nom de morphine; 20. un acide nouveau que ce chimiste a appelé acide méconique, et qui, suivant lui, existe dans l'opium à l'état de méconate de morphine; 3°. un autre acide découvert par M. Robi- quet, et qui n'a pas encore reçu de nom 5 4°« une matière !)E L'OPIUM. l4^ Hanche, cristalline, décrite pour la première fois par M. Derosne. sous le nom de sel d'opium; 5°. du caout- chouc; 6°. du mucilage; 70. de la fécule; 8°. de la résine; *)°. de l'huile fixe; io°. une matière végéto - animale; 11°. des débris de fibres végétales, et quelquefois un peu de sable et des petits cailloux. Action de l'Opium sur Véconomie animale. Expérience ire. A huit heures du matin , on a fait prendre à un petit chien robuste 3 gros d'opium brut. A dix heures, l'animal n'éprouvait aucun phénomène sensible. A midi et demi, ses extrémités postérieures étaient très-faibles et pa- ralysées ; il se tenait couché sur le ventre; les muscles du tronc et de la face étaient le siège de mouvemens convul- sifs violons, en sorte que l'animal faisait des grimaces, et était déplacé à chaque instant, quoiqu'il s'appuyât avec force sur ses quatre pattes. Sa physionomie portait l'em- preinte de la stupeur; les pupilles n'étaient pas plus dila- tées que dans l'état naturel ; les organes de la vision et de l'odorat exerçaient librement leurs fonctions; l'animal na poussait aucune plainte, mais il paraissait très-abattu; les battemens du cœur étaient lents et faibles. A six heures du soir, les secousses convulsives étaient plus fortes et plus fréquentes ; le train de derrière était complètement para- lysé. Il est mort dans la nuit. On l'a ouvert le lendemain, et on a remarqué que la tête était légèrement renversée sur le dos, les pattes roidcs et éloignées les unes des autres. L'estomac contenait la presque totalité de l'opium, que l'on pouvait reconnaître à son odeur; la membrane mu- queuse de ce viscère élait enduite d'une légère couche blan« châtre facile à détacher, et n'offrait aucune trace d'inflam- mation; les poumons présentaient plusieurs plaques livides gorgées de sang, peu crépitantes. l44 DES POISONS NARCOTIQUE S. Cette expérience, répétée sur d'autres chiens, avec l'o- pium brut ou avec l'extrait aqueux, a fourni des résultats analogues. Quelquefois cependant les animaux ont vomi le poison après en avoir éprouvé des effets plus ou moins marqués, et quelques-uns d'entre eux out été rétablis sans qu'on leur ait donné le moindre secours. Expérience 11e. A huit heures et demie du matin , on a introduit 2 gros d'exlrait aqueux d'opium dans l'estomac d'un petit chien affaibli par une expérience faite quelques jours auparavant, et on a lié l'oesophage. Vingt minutes après, les extrémités postérieures commençaient à faiblir, et l'animal poussait des cris plaintifs. A onze heures, il était en proie à des mouvemens convulsifs assez violens ; il offrait un tremblement dans la tête et une grande ten- dance à l'assoupissement : cependant il voyait et il enten- dait bien. A trois heures , ses extrémités postérieures étaient complètement paralysées; l'animal faisait de temps à autre de légers sauts semblables aux secousses qu'imprime aux grenouilles le fluide, dégagé de l'appareil voltaïque. À six heures, il était couché sur le côté et dans un grand état de faiblesse. Il est mort à huit heures. On l'a ouvert le len- demain. Le canal digestif n'offrait aucune altération ; le sang contenu dans les ventricules du cœur était noir et coagulé ; les poumons présentaient des taches livides dont le tissu était dense et gorgé de sang. Cette expérience, répétée plusieurs fois sur d'autres chiens, a fourni des résultats analogues. Lorsque la dose d^extrait ingéré a été de 3 à 4 gros, les animaux sont morts deux ou trois heures après avoir pris le poison. En gé- néral, les battemens du cœur sont devenus plus forts et plus fréquens. Il en est cependant quelques-uns chez lesquels la circulation a été ralentie. Expérience 111e. A sept heures quarante minutes, on a injecté dans le tissu cellulaire de la cuisse d'un petit chien DE L'OPIUM. l45 un gros d'extrait aqueux d'opium dissous dans 2 gros et demi d'eau; on a réuni les lambeaux de la plaie par quel- ques points de suture, et on s'est assuré que les battemen3 du cœur étaient au nombre de quatre-vingt-dix pr.r minute. Cinq minutes après., l'animal commençait à se plaindre ; ses extrémités postérieures étaient faibles et comme para- lysées ; le cœur offrait cent vingt pulsations par minute. Au bout de quatre minutes , la paralysie des membres postérieurs était complète, la circulation plus accélérée , et les contractions du cœur plus fortes qu'auparavant. A huit heures cinq minutes, l'animal était en proie à d<.! violens mouvemens convulsifs ; il se tenait couché sur le ventre, les extrémités postérieures écartées et allongées, les antérieures cramponnées sur le sol, et la tête renversée en arrière ; le cœur battait cent quarante fois par minute. Ces phénomènes n'ont duré que quelques instans; mais on pouvait les déterminer à volonté par une légère se- cousse imprimée à l'animal. A huit heures treize minutes, les membres étaient roides et dans un grand état de débat- tement; la tête , lourde, offrait un tremblement très-re- marquable; les muscles delà mâchoire inférieure étaient agité? de mouvemens convulsifs; les plaintes persistaient, et il n'y avait aucun ralentissement dans la circulation. Ces symptômes ont augmenté, et l'animal est mort à huit heures vingt - cinq minutes : il avait conservé le libre usage des organes de la vision et de l'ouïe. On l'a ouvert sur-le-champ :1e cadavre n'offrait aucune roideur ; le cœur se contractait ; il était un peu flas- que ; le sang contenu dans le ventricule gauche était fluide et d'un rcuge peu vif. Les poumons, d'une cou- leur rose, étaient un peu moins crépitans que dans l'état naturel. Expérience ive. A sept heures et demie, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d'un chien fort et de l46 DES POISONS NARCOTIQUES. moyenne taille un demi-gros d'extrait aqueux d'opium mêlé à un gros d'eau. Sept minutes après , l'animal était couché sur le côté et avait une tendance marquée vers l'assoupissement ; le pouls battait quatre-vingt-dix fois par minute. A sept heures trois quarts , les extrémités pos- térieures étaient faibles; l'animal était comme endormi, et se réveillait de temps en temps en sursaut ; il offrait quelques mouvemens convulsifs. A huit heures, la para- lysie du train postérieur était complète. Vingt minutes après, le cœur battait cent trente fois par minute; les con- tractions étaient fortes, inégales et intermittentes ; le tronc et la tète étaient le siège de convulsions violentes qui avaient lieu par secousses , et que l'on pouvait renouveler à volonté en touchant l'animal : alors il roidissait la tête et la renversait sur le dos ; ses extrémités antérieures étaient cramponnées sur le sol ; il ne poussait aucune plainte. A huit heures quarante-trois minutes , les batte- mens du cœur étaient au nombre de cent cinquante par minute. A neuf heures un quart, l'agitation était augmen- tée , principalement dans les pattes antérieures , que l'ani- mal débattait par intervalles et avec force. A onze heures et demie, la tête était tremblante , les secousses assez vives pour que tout le corps fût soulevé. Ces symptômes ont augmenté progressivement, et l'animal est mort à une heure moins cinq minutes. On l'a ouvert le lendemain : les poumons étaient livides, gorgés de sang, denses et un peu crépitans; le sang contenu dans les ventricules du cœur était coagulé. Le canal digestif n'offrait aucune alté- ration. La plaie était peu enflammée. Expérience vc. A dix heures et demie du matin , on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d'un petit chien cinquante grains d'extrait aqueux d'opium, et on a réuni les lambeaux de la plaie par quelques points de suture. L'animal n'a pas tardé à éprouver les symptômes DE L*OPIUM. l47 décrits dans les expériences précédentes , et il est mort deux heures et demie après (i). Expérience xie. A une heure moins un quart, on a ré- pété la même expérience avec un gros d extrait de pavots noirs. A deux heures, l'animal poussait des cris plaintifs ; ses extrémités postérieures commençaient à fléchir ; les pupilles étaient un peu dilatées, et il y avait une légère tendance à l'assoupissement ; la respiration n'était ni la- borieuse ni accélérée ; les contractions du cœur, ralenties, étaient au nombre de cinquante-six par minute ; la bouche était remplie de bave. Six minutes après , il a vomi, à deux reprises différentes, une assez grande quantité de matières liquides. A deux heures et demie, l'assoupissement avait augmenté et l'animal continuait à se plaindre. A quatre heures, les battemens du cœur n'étaient pas plus accélérés. A six heures et demie , il marchait assez bien : il est mort cependant dans la nuit. La plaie était légèrement infiltrée de sang noirâtre ; elle était peu enflammée. La membrane muqueuse de l'estomfc était tapissée d'un mucus filant, épais, d'une couleur grisâtre. Les lobes inférieurs des pou- mons, gorgés d'un peu de sang , étaient rougeàtres. Le sang contenu dans les ventricules du cœur était noir et coagulé ; et il n'y avait que quatre ou cinq heures que l'a- nimal était mort. Expérience vne- On a injecté dans l'anus d'un petit chien un gros d'extrait aqueux d'opium dissous dans une once d'eau : la liqueur a été rejetée presque immédiate- ment après ; cependant, au bout de deux minutes , l'ani- mal a vomi deux fois , et il avait de la tendance à l'assou- (i ) 11 est essentiel de remarquer que 2 gros du même extrait, introduits dans l'estomac, ne font périr les chiens qu'au bout de dix, douze, dix - huit du vingt - quatre heures, lors même qu'on a empêché le vomissement en liant l'œsophage. l48 DES POISONS NARCOTIQUES. pissement. Cinq minutes après, il avait de la peine a se sou- tenir sur les pattes de derrière, et paraissait plongé dans un profond sommeil. Le cœur n'offrait que cinquante-cinq pulsations par minute ; mais ses contractions étaient fortes et un peu irrégulières. Une demi-heure après l'injection , les muscles de la face , du cou et de la mâchoire infé- rieure étaient agités de légers mouvemens convulsifs ; les pattes postérieures étaient de temps à autre le siège de secousses assez violentes ; les pupilles étaient moyenne- ment dilatées ; l'animal était peu sensible -y cependant lors- qu'on l'agitait brusquement il cherchait à se relever en s'appuyant sur les pattes de devant, et retombait aussitôt. Ces symptômes ont duré pendant quelques heures, puis se sont dissipés insensiblement, en sorte qu'au bout de deux jours , et sans l'aide d'aucun secours , l'animal était parfaitement rétabli. Lu même expérience, répétée sur d'autres chiens , a donné les mêmes résultats. Assez souvent cependant le poison est rejelé quelques instans après, et les animaux n'éprouvent que des vomissemens et une légère paralysie des extrémités postérieures ; ceci a surtout lieu lorsqu'on substitue à l'extrait aqueux d'opium une décoction de capsules de pavot. Quarin avait déjà observé qu'un seul grain d'opium ou vingt gouttes de laudanum de Sydenham, donné dans un lavement, avait produit un malaise remarquable et un commencement de paralysie des membres abdominaux. {Animadversiones practicœ, p. 234-) Cotunni, dans son ouvrage de Ischiade nervosa, § 43 t dit qu'il croit que l'opium injecté en lavement peut avoir plus .d'efficacité que de toutes les autres manières. Cette opinion est aujourd'hui partagée par un très-giand nombre de praticiens éclairés. Expérience vme. On a injecté dans la veine jugulaire DE L'OPIUM. l49 d'un gros chien 8 grains d'extrait aqueux d'opium dissous dans 3 gros d'eau. Sur-le-champ l'animal est tombé sur le côté et paraissait endormi ; ses extrémités postérieures étaient paralysées, et il lui était impossible de se tenir de- bout ; les battemens du cœur n'étaient pas plus fréquens qu'avant l'injection. Vingt minutes après , leur ralentisse- ment était très-marqué ; l'animal ne poussait aucun cri plaintif, et lorsqu'on le secouait il se réveillait et retom- bait dans l'assoupissement quelques instans apurés? "Le jour suivant, il marchait assez librement et n'était presque plus assoupi. Il a constamment refusé les alimens, et il est mort huit jours après l'injection , sans avoir éprouvé d'autre symptôme que de l'abattement et une légère tendance à l'assoupissement. On l'a ouvert cinq heures après sa mort : le cœur était flasque et contenait du sang fluide et noirâtre. Les poumons, d'une couleur généralement rose, offraient dans chaque lobe huit ou neuf taches noires, au moins de la grosseur d'une lentille, d'une demi-ligne d'épaisseur, formées par une substance dense , semblable au tissu du foie , et nullement crépitante ; les autres portions des pou- mons contenaient de l'air. On voyait dans le lobe inférieur du poumon gauche une plaque d'environ deux pouces de long et un demi-pouce de large, d'une couleur livide, et qui, étant incisée , laissait écouler une assez grande quan- tité de sérosité roussâtre. La portion supérieure de la pie- mère correspondant aux extrémités antérieure et posté- rieure du lobe droit était fortement injectée en rouge dans une étendue circulaire dont le diamètre était d'environ quatre lignes : elle paraissait noire. Le ventricule droit contenait un peu de sérosité roussâtre , et les vaisseaux qui le parcourent intérieurement étaient d'un rouge vif et assez fortement injectés. Il n'y avait point de lésion dans l'hémisphère gauche. La même expérience, répétée sur un autre chien robuste l5o DES POISONS NARCOTIQUES. avec 5 grains d'extrait, a fourni des résultats un peu diffé- rons. Immédiatement après l'injection , la tête a été por- tât; en avant, les membres sont devenus roides; enfin l'as- soupissement, les convulsions et la paralysie des extré- mités postérieures n'ont pas tardé à se manifester. Le len- demain , l'animal paraissait tranquille et conservait une tendance marquée à l'assoupissement ; il a refusé les ali- mens , et il est mort cinq jours après. Le cerveau n'offrait aucune lésion apparente; les poumons étaient à-peu-près comme dans l'expérience précédente. Dans d'autres circonstances , nous avons vu des chiens se rétablir parfaitement et sans aucun secours, après avoir éprouvé des symptômes analogues à ceux dont nous ve- nons de parler, qui avaient été déterminés par l'injec- tion de 3 ou 4 grains d'extrait aqueux dans la veine jugu- laire. OBSERVATIONS. i°. Une demoiselle de vingt-deux ans s'empoisonna avec l'opium : voici les symptômes que l'on observa : immobi- lité et insensibilité parfaites, figure pâle , cadavéreuse ; pupilles insensibles à la lumière , mâchoire inférieure pendante et très-mobile , muscles des membres et du tronc dans le relâchement, déglutition nulle , respiration le plus souvent peu apparente , quelquefois un peu bruyante ; pouls un peu fréquent , moins de chaleur à la peau que dans l'état naturel. La respiration de l'ammoniaque , les frictions stimulantes , les vésicans , les anti-spasmodiques à l'intérieur, les lavemens stimulans furent employés sans succès. La malade vomit quelques matières liquides et noirâtres ; elle ne reprit connaissance que pour retomber un instant après dans l'assoupissement, et mourut envi- ron dix-sept heures après avoir pris l'opium. On ne fît pas l'ouverture du cadavre. ( Bibliothèque médicale , ami. 1806, août; observ. de M. Vermandois.) DE L'OPIUM. l5î 2°. Une dame , après plusieurs accès de mélancolie pour lesquels on lui avait administré vainement plusieurs remèdes anti-spasmodiques, avala un matin un gros d'o- pium brut. Aussitôt propension à l'état comateux, somno- lence, pouls d'abord petit, presque insensible, ensuite large, plein et lent; respiration pénible, stertoreuse , quelquefois interceptée, etc. Lorsqu'on imprimait de fortes secousses à la malade, on la retirait pour quelques minutes de sa léthargie , et on obtenait alors des rensei- gnemens sur la manière dont elle avait procédé1 à son empoisonnement ; mais bientôt on l'entendait se plaindre de ce qu'on l'avait réveillée, souhaiter une mort prompte, etc. ; elle tournait vers les assistans des yeu* ouverts, languissans et abattus. On eut beau lui administrer le tartre stibié, les boissons acidulées, lui faire des ustions aux deux jambes avec l'eau bouillante, la panser avec une pommade irritante de cantbarides , etc., elle expira vers les onze heures du soir. ( Nouveaux Elémens de Thérapeutique de M. Alibert, t. n, p. 61 , 3e édition j observ. de M. Leroux.) 3°. Une ancienne religieuse âgée de soixante-quatre ans était affectée d'une gangrène sénile dans deux doigts de chaque main , survenue à la suite d'engelures. Cette ma- lade rapportait que la sensibilité de ses doigts était telle- ment liée à celle de l'estomac , que lorsqu'elle endurait la faim, elle perdait la faculté de s'en servir comme or- gane du toucher. Elle souffrait cruellement, et l'opium seul lui procurait les douceurs du sommeil. On ne sait à quelle heure de la nuit elle prit un julep calmant qu'on lui avait confié la veille pour son usage; mais an point du jour elle traversa une des salles de l'hôpital Saint- Louis pour satisfaire quelques besoins. A peine fut-elle de retour dans son lit qu'elle tomba dans un assoupisse- ment profond; la respiration s'intercepta t le visage pâlit j l5a DES POMONS NARCOTIQUES. le pouls était rare, les paupières abaissées , les yeux im- mobiles , les pupilles resserrées ; il y avait distorsion de la bouche , une sorte de râlement analogue à celui qui précède la mort. Le soir, mêmes symptômes ; il y avait seulement une variation dans le pouls, tantôt plein et libre, tantôt petit et fréquent ; les artères temporales battaient avec une sorte de frémissement. Je fis adminis- trer deux lavemens avec la crème de tartre , parce que la déglutition était impossible. La malade passa la nuit dans le même état et ne mourut que le lendemain à cinq heures du matin. A l'ouverture nous trouvâmes une concrétion fibreuse, filamenteuse et dense dans le ventri- cule droit, et jetant une branche de trois ou quatre pou- ces dans chaque artère pulmonaire. La liqueur opiacée était encore dans l'estomac. ( Idem, p. 60. ) 4°. Le 6 novembre dernier, M. Astley Cooper m'infor- ma , sur les quatre heures de l'après-midi, qu'il venait de voir un jeune homme d'environ dix-huit ans qui , sur les dix heures du matin, avait pris environ 6 onces de lauda- num qui étaient restées dans son estomac, et avaient amené des symptômes qui paraissaient menacer d'une mort pro- chaine. M. Cooper, qui ne le vit que cinq heures après l'accident, m'avertit qu'il lui avait fait prendre, à trois heures et domie, une dissolution d'un gros et demi de vitriol blanc ou sulfate de zinc , lequel avait produit quel- ques nausées , et lui avait fait vomir environ une once et demie de fluide qui exhalait une forte odeur d'opium. L'état léthargique avait graduellement augmenté ; il était aussi tombé dans une insensibilité complète , et on avait appliqué des sinapismes sans aucun effet remarquable. iVL Cooper m'ayant invité à voir ce jeune homme pour prendre quelques moyens ultérieurs que les circonstances pourraient suggérer, je m'y transportai à quatre heures et quelques minutes. Je trouvai le malade sur le parquet, DE L'OPIUM. l53 posé sur ses genoux, ayant le corps penché en avant et soutenu par deux de ses amis qui, comme je l'appris quelques instans après, étaient dans l'intention de le re- mettre dans son lit et de l'abandonUer, n'espérant plus aucun succès des remèdes qu'on pourrait employer. Sa tête était penchée sur sa poitrine, ses yeux fermés , sa fi- gure pâle , sa respiration lente et sonore comme dans l'é- tat apoplectique; ses mains étaient froides, et le pouls marquait quatre-vingt-dix à quatre-vingt-seize pulsations par minute , mais d'une manière faible et irrégulière ; tous ses muscles étaient dans un état extrême de relâche- ment , et la chair de ses bras notamment était d'une mol- lesse extrême au toucher et sans élasticité. Le vitriol bleu ou sulfate de cuivre fut le premier re- mède qui me vint à l'esprit pour produire le vomissement : environ un demi-gros de cette substance fut promptement dissous dans l'eau, et le malade étant brusquement relevé et fortement ébranlé, il ouvrit les yeux, et parut disposé à vouloir offrir quelque résistance aux tentatives qu'il nous voyait faire. ]Nous continuâmes cependant à verser dans sa gorge environ la moitié de la quantité de vitriol de cuivre, dose équivalente à i5 grains , qu'il avala avec une difficulté telle qu'on pouvait croire qu'il était au moment de rendre le dernier soupir. Immédiatement après , sa con- tenance, qui avait été pendant un instant animée, devint encore plus effrayante. Il y avait à peine une minute qu'il avait avalé la dose entière qu'il rejeta subitement, par en haut, une grande quantité d'un fluide brunâtre qui exhalait une forte odeur de laudanum , ce qui fut immédiatement suivi de deux vomissemens analogues, dont la totalité put être évaluée à environ deux pintes. On lui fit avaler de l'eau chaude, et on le transporta brusquement dans une autre chambre dans l'intention de s'opposer à l'état d'engour- d'ssement dans lequel il était. Ses membres, qui, aupre- l54 DES POISONS NARCOTIQUES. micr abord , étaient entièrement privés de mouvement, revinrent un peu à leur état de contraction ; car il com- mença à se soutenir sur les jambes par le secours des per- sonnes qui l'environnaient. Il continua cependant à avoir les yeux fermés, à moins qu'il ne fût éveillé par un ap- pel brusque et soudain ; les pupilles étaient dilatées, la respiration apoplectique. Je recommandai fortement à ses amis, qui heureusement étaient très-actifs et très-in- telligens , de le faire tenir le plus possible sur les jambes , et de le promener sans cesse autour de la chambre. Quand je vins le voir, sur les neuf heures du soir, je le trouvai assez bien remis pour faire cet exercice avec i'aide d'un de ses amis. Sa contenance paraissait plus naturelle ; mais il ne répondait encore que par monqsyllabes quand il était pressé par des questions, et cela comme un homme dans un état d'ivresse extrême. Il avait vomi une ou deux fois dans l'après-midi , et me donna à entendre qu'il éprouvait un sentiment de froid dans le creux de l'esto- mac , une chaleur remarquable à la surface du corps , et un froid marqué aux extrémités. Malgré l'état d'amélio- ration que nous pûmes observer, le sommeil était toujours profond; il ronflait fortement, même lorsqu'on le prome- nait dans la chambre ; et lorsqu'on l'éveillait subitement, il ouvrait les yeux et retombait aussitôt dans son assoupis- sement. M. Cooper vint aussi le voir dans la soirée, et nous nous accordâmes l'un et l'autre pour recommander qu'on le gardât continuellement dans le même état d'activité forcé pendant Ta nuit, et qu'on lui fit prendre des doses répétées d'assa-fœtida avec l'alcali volatil, le camphre, et même le musc si les autres stimulans ne paraissaient pas suffisamment actifs. 11 fut de plus convenu qu'on applique- rait un vésicatoire sur la tête et des sinapismes aux pieds r et qu'on lui présenterait souvent du café et du thé, de même que du jus de citron , dont il avait pris de petites DE L'OPIUM. l55 doses pendant la soirée avec un très-grand avantage. Nous recommandâmes aussi de ne pas le laisser, dans le cou- rant de la nuit, plus d'une demi-heure sans le tirer de son assoupissement, afin de pouvoir lui faire prendre quelques médicamens ou quelques boissons nourrissantes. En le voyant le lendemain matin, 7 novembre, j'ap- pris qu'à minuit il avait été tellement mieux , que ses amis avaient pensé qu'il était inutile d'appliquer le vési- catoire : une petite quantité de julep camphré avec l'assa- foetida étaient les seuls médicamens qu'il avait pris ; mais il avait très-fréquemment fait usage du thé, du café et du jus de citron qu'il prenait avec le plus grand plaisir. On l'avait aussi empêché de dormir , le gardant sans cesse dans une constante agitation jusqu'à six heures du matin, heure à laquelle on le fit aile* à son lit. Je le vis le malin entre neuf et dix heures : je le trou- vai toujours endormi ; mais en approchant de lui il s'é- veilla subitement d'un air troublé d'abord ; mais revenant bientôt à lui, il dit (et cela est exact) qu'il croyait avoir dormi trois ou quatre heures. Il se plaignait d'une sen- sation douloureuse dans la gorge , comme si elle eût été excoriée : il observa de plus qu'un lavement qui lui avait été donné était sorti peu à peu avec des matières, sans qu'il ait pu le sentir ou qu'il ait été capable de l'empêcher. Le jour suivant, 8 novembre , il fut en état de se pro- mener hors de la maison ; son appétit n'était pas encore revenu, sans avoir cependant d'aversion pour les alimens; il se plaignait toujours de douleurs dans la gorge, et de plus à la base de la langue, douleurs qui paraissaient mani- festement être l'effet des médicamens caustiques qui lui avaient été administrés. Il n'avait eu aucune évacuation depuis sa maladie, que celle produite par le lavement qu'on lui avait donné ; il était toujours pâle et abattu, se plaignant d'une sensation incommode au creux de l'esto- ï56 DES POISONS NARCOTIQUES. mac, n'allant cependant point jusqu'à la douleur : j'or- donnai une dose de rhubarbe et de calomélas. Peu de temps après il fut parfaitement rétabli. ( Transactions médico- chirurgicales, trad. de l'anglais, t. i, pag. S9 ; observ. de M. Marcet. ) 6°. De jeunes Cophtes, dit Réaumur, qui buvaient quelquefois ensemble , voulant rabattre la vanité d'un d'entre eux qui se piquait d'être le plus fort buveur de tous , s'avisèrent de dissoudre, sans qu'il le sût , une drachme d'opium dans un verre de vin qu'il but ; ils pré- tendaient p^r là l'endormir plus tôt et le faire paraître vaincu en peu de temps. Quelques heures après avoir pris cette boisson, le jeune homme fut en délire, ex- travagua, et tomba ensuite dans un profond assoupisse- ment. Le lendemain, ses camarades, quil'allèrent visiter pour jouir de leur fausse victoire, furent fort surpris de le trouver sans pouls, livide, la bouche fermée, en un mot, mourant. On envoya chercher un prêtre qui était aussi mé- decin , et qui tourmenta le malade par les remèdes les plus violens, car il mourut bientôt, après quinze heures de maladie. Le cadavre était couvert de tumeurs livides aux bras et aux cuisses, en forme de loupes grosses comme la tête d'un enfant de quatre mois (sang épanché par le relâchement des vaisseaux et du tissu cutané), et d'où sortit une odeur insupportable qui attira tous les chats du voisinage, empressés de sauter sur le corps et de Je lécher avec une grande avidité (1). 70. Lassus rapporte qu'une femme succomba après avoir pris 36 grains d'opium. A l'ouverture du cadavre, on trouva l'estomac enflammé sans érosion ; les vaisseaux (1) Académie des Sciences, vol. xxxvui, ann. i^55. de l'opium. i5j cérébraux étaient gorgés. (Mémoires de VInstitut, Scien- ces physiques et mathématiques, t. n , p. 107. ) 8°. Un malade fut endormi et mourut pour avoir pris un lavement dans lequel on avait fait entrer 4 grains d'opium (r). Dans une autre circonstance, on a vu un emplâtre opiacé appliqué aux tempes rendre furieux et déterminer des spasmes dans la bouche (2). 892. M. Nysten a publié en 1808 un travail fort intéres- sant sur l'opium, que nous allons extraire. Cet extrait ren- ferme les conclusions des faits qui précèdent, et d'un très- grand nombre d'expériences faites par ce physiologiste. i°. L'extrait aqueux obtenu avec de l'eau froide, et qui n'a subi qu'une évaporation , est plus actif que les autres produits de l'opium , sans en excepter les extraits gommeux de Cornet, de Î3auméet de Rousseau, préparcs par des évaporations réitérées , par longue digestion, ou par fermentation. 20. La matière résineuse peu soluble produit les mêmes effets que l'extrait aqueux, mais à une dose beaucoup plus forte, et elle n'enflamme pas la membrane muqueuse de l'estomac. Si quelquefois cette membrane a été trouvée phlogosée à la suite des empoisonnemens par l'opium, cette phlogose était due aux liqueurs spiritueuses dans lesquelles l'opium avait été pris, ou à quelque autre sub- stance irritante administrée comme antidote (3). (1) Gaubius, de Meth. concin. form. Lugd.-Bat., 1762, pag. 420. (2) Monro, in Essais and Observ. phys., and lit., vol. m, pag 297. (3) Vicat dit : « L'extrait résineux d'opium a fort peu d'ac- tivité, car 1 5 grains n'ont point fait de mol à un chien , et Cha- "ras en a avalé 6 grains sans éprouver aulre chose que de la gaîté. ( Ouvrage cilé, pag 220, année 17 j6.) l58 DES POISONS NARCOTIQUES. 3°. Le sel essentiel cristallisabte , appelé impropre- ment principe narcotique, est encore moins actif que la résine. M. Nysten en a pris quatre grains , et n'a éprouve qu'une légère disposition au sommeil. 4°. La pellicule qui se sépare pendant l'évaporation de l'extrait est moins énergique encore que le sel essentiel. 5°. L'eau distillée d'opium, fortement saturée de prin- cipe aromatique, peut déterminer l'ivresse et le sommeil lorsqu'elle a été prise à forte dose. M. Nysten en a avalé deux onces sans aucun effet sensible (i). . 6°. Il suffit d'injecter 3 ou 4 grains d'extrait aqueux d'opium dans la carotide d'un chien pour le tuer dans l'espace de quelques minutes. 7°. Il en faut une dose un peu plus forte pour pro- duire le même effet lorsqu'on l'injecte dans la veine cru- rale ou dans la veine jugulaire; la même chose arrive à-peu-près lorsque l'injection a été faite dans la plèvre ou dans le péritoine. 8°. Les effets de l'opium sont beaucoup moins prompts et moins énergiques quand il est injecté dans le tissu cellulaire (2). (1) Nous avons injecté dans la veine jugulaire d'un petit chien 2 onces de ce liquide : l'animal n'a pas paru incommodé. Nous avons introduit dans l'estomac d'«n autre chien 5 onces du même liquide obtenu par la distillation de 6 onces d'eau sur 2 onces d'opium : l'œsophage a été lié. Dix heures après, on n'avait remarqué aucun phénomène sensible. Le lende- main, l'animal était couché sur le côté, dans un état de grande insensibilité; les pupilles étaient dilatées, les membres relâ- chés; il faisait des efforts de vomissement, et il est mort une heure après. (2) Nouscroyonsdevoir ajouter « «.Qu'ils le sont encore beau- coup moins lorsque l'opium est introduit dans l'estomac; ce qui DE l'opium. i5g 9°. Ils ont également lieu lorsque l'extrait aqueux est injecté dans la vessie ; mais il en faudrait une grande quantité pour déterminer la mort. io°. L'application de l'opium sur Je cerveau n'est pas mortelle , quoique ce soit en agissant spécialement sur cet organe que l'opium, introduit à l'intérieur, donne lieu à des symptômes dangereux. 11°. L'opium ne détruit pas la contractilité des muscles avec lesquels il a été mis en contact, et les symptômes d'empoisonnement qui se manifestent dans ce cas dépen- dent de son absorption et de son action sur le cerveau. Un cœur plongé dans une dissolution d'opium continue à s'y contracter pendant très-long-temps. 120. L'analogie que l'on a cru rencontrer entre les ef- fets de l'opium et ceux du vin est inexacte : l'opium , soit à petite dose, soit à forte dose, porte constamment atteinte aux propriétés vitales , et c'est même de cette ma- nière qu'il devient un puissant calmant; le vin, au con- traire, ranime toujours ces propriétés ; et lors même qu'il produit un effet débilitant, c'est parce qu'elles ont été portées à un trop haut degré d'énergie qu'elles tombent dans l'affaissement. i3°. Ce n'est pas en agissant sur les extrémités ner- veuses de l'estomac que ce poison détermine la mort, ainsi que l'avait cru TVith ; car les animaux auxquels on tient probablement, i°. à ce qu'il est en partie digéré et trans- formé en une substance moins nuisible; 2°. à ce que l'absorp- tion veineuse est moins active, b. Les effets de l'opium sont, en général, plus marqués lorsqu'on l'injecte en lavement, que dans le cas où il est introduit dans l'estomac, à moins que le lavement ne soit subitement rejeté. Quoi qu'il en soit, l'injec- tion de ce médicament dans l'anus est constamment suivie de vomissemens prompts et répétés ». l60 DES POISONS NARCOTIQUES. a pratiqué la section de la paire vague des deux côtés meurent au bout de deux ou trois heures, et après avoir éprouvé l'ivresse, la somnolence et les convulsions dont nous avons fait mention. {Bulletin de la Société philo- matique, mai 1808, 1.1, p. i4-3-) 8g3. On a dû remarquer dans les propositions précé- dentes que M. Nysten se borne à dire, en parlant de la cause immédiate de la mort produite par l'opium, que ce médicament est absorbé ; qu'il agit sur le cerveau,, et qu'il porte constamment atteinte aux propriétés vitales. Mais quel est ce mode de lésion ? l'opium agit-il en stu- péfiant cet organe, ou bien commence-t-il par l'exciter pour déterminer ensuite la stupéfaction ? En d'autres termes , ce médicament doit-il être rangé parmi les nar- cotiques , ou parmi Xe§ excitans du système nerveux ? Celte question, agitée depuis long-temps par des physiolo- gistes d'un très - grand mérite, est loin d'avoir éé ré- solue d'une manière satisfaisante ; c'est assez indiquer combien elle offre de difficultés : aussi ne prétendons- nous pas, en cherchant à l'éclaircir, l'approfondir entiè- rement. i°. Balthasar-Louis Tralles , dans un traité intitulé Usus epii salubris et noxius in morborum medela (in-4°, ann. 1754 ) •> est le premier qui ait regardé l'opium comme un stimulant. Brown a partagé depuis cette opinion qu'il a consacrée par ces mots : opium me hercle non sedat. En- fin, plusieurs médecins pensent encore aujourd'hui que ce médicament est un cxciiant; il accroît, disent-ils, les mouvemens du cœur, et par conséquent la circulation de- vient plus rapide , les artères baltent avec plus de force, le pouls est dur et plein. D'ailleurs, les Turcs, qui pren- nent l'opium pur et sous forme d'extrait, trouvent dans son usage l'oubli de leurs maux ; mille images délicieu- ses, mille visions agréables se présentent à leur imagina- de L*orir:,ïi 161 tion ; ils se livrent à des actions folles, extravagantes ; de bruyans éclats de rire, des propos insensés les signalent; ils ont plus de penchant aux plaisirs de Vénus; toutes leurs passions, tous leurs désirs sont exaltés ; une ardeur belliqueuse anime leur esprit; ils sont prêts à braver im- pitoyablement la mort, précieuse ressource que savent mettre en œuvre les officiers des armées turques ; souvent même ils s'abandonnent à de violens accès de fureur ; ils tuent, égorgent ceux qui leur font résistance. Cet état dure quelques heures : alors l'abattement, la langueur succèdent; ils deviennent froids , mornes, tristes, stupi- des, et ont du penchant au sommeil. Ecoutons l'illustre voyageur Chardin , lorsqu'il rend compte des effets d'une boisson préparée avec la coque et la graine de pavots. « 11 y a, dit-il, la décoction de la coque et de la graine de pavots qu'on nomme coquetiar, dont il y a des ca- barets dans toutes les villes comme de café. C'est un grand divertissement de se trouver parmi ceux qui en pren- nent dans ces cabarets, de les bien observer avant qu'ils aient pris la dose, avant qu'elle opère, et lorsqu'elle opère. Quand ils entrent au cabaret ils sont mornes, dé- faits et languissans ; peu après qu'ils ont pris deux ou trois tasses de ce breuvage, ils sont hargneux et comme enragés ; tout leur déplaît ; ils rebutent tout et s'entre- querellent; mais, dans la suite de l'opération, ils font la paix, et chacun s'abandonnant à sa passion dominante, l'amoureux de naturel conte des douceurs à son idole ; un autre , demi-endormi, rit sous cape ; un autre fait le ro- domont ; un autre fait des contes ridicules ; en un mot, on croirait alors se trouver dans un vrai hôpital de fous. Une espèce d'assoupissement et de stupidité suit cette gaîté inégale et désordonnée ; mais les Persans , bien loin de la traiter comme elle le mérite, l'appellent une ex- tase , et soutiennent qu'il y a quelque chose de surnatu- n. Il 162 DES POISONS NARCOTIQIES. rel et de divin en cet état-là. Dès que l'effet de la décoc- tion diminue, chacun sort et se retire chez soi. » 20. D'une autre part, des savans recommandables, à la tête desquels nous placerons M. le professeur Barbier, d Amiens , pensent que tous les phénomènes produits par l'opium sont le résultat d'une influence essentiellement débilitante. Cet observateur dit : « Par suite de cette ac- tiou débilitante, les capillaires cutanés tombent dans le relâchement et l'atonie , et perderrt leur force contractive et impulsive \ ce qui fait que ces vaisseaux se trouvent engorgés par un sang stagnant qui entrave dans son cours celui qui est lancé par le cœur, et qui est ainsi forcé de s'accumuler dans les artères. C'est aussi à la même cause, c'est-à-dire, au séjour du sang dans les capillaires, qu'il faut rapporter la tuméfaction de la face et des yeux , la coloration de la peau, l'augmentation de la température que l'on observe après l'ingestion de l'opium. Toutes les personnes qui meurent empoisonnées par l'opium sont dans un état d'érection très-prononcé : c'est un phéno- mène qu'on observe surtout chez les Turcs tués pendant un combat. C'est encore ici une érection purement pas- sive , où les propriétés vitales n'entrent pour rien , où une cause physique agit seule. Si l'opium égaie et rend plus courageux les Orientaux , c'est parce qu'ils vivent sous un climat différent; qu'ils ont d'autres usages, d'au- tres mœurs; qu'ils usent par habitude de cette substance; enfin , que le plus souvent ils ne prennent pas l'opium pur , mais une préparation dans laquelle les ingrédiens stimulans équilibrent au moins les stupéfians. » (Barbier , Pharmacologie générale, pag. 490, année 1810.) 3°. Mayer, professeur à Francfort sur l'Oder, dans un travail intitulé : Considérations sur les effets de l'o- pium , a envisagé l'action de cette substance sous un point de vue un peu différent, h A la dose d'un quart de DE L'OPIUM. l63 grain ou d'un demi-grain , dit-il, l'opium cesse d'être excitant , et peut aussi s'employer comme un calmant direct et immédiat«dans les hypersthéuies , par exemple, pour calmer les érections dans la blennorrhagie. Le même médicament exerce une stimulation spécifique sur les nerfs et sur le système de la circulation dont il relève l'é- nergie, tandis qu'il produit l'atonie des muscle-,, et en- trave ou suspend les fonctions des organes digestifs. Il suit de là que c'est à tort que l'on a voulu attribuer le calme produit par l'opium à un exeitement antérieur qui n'a lieu que lorsqu'il a été administré à haute dose , et qu'ainsi l'on ne peut comparer son effet à celui de la fatigue et d'un excès de nourriture, qui n'amènent le calme que par une faiblesse indirecte. » 8g\. Telles sont les principales opinions émises jus- qu'à ce jour sur les effets immédiats de l'opium. Nous pensons qu'elles peuvent être combattues avec succès à l'aide des expériences que nous avons faites, et qui nous portent à établir les faits suivans. A. L'opium , employ é à forte dose, ne doit être rangé ni parmi les narcotiques ni parmi les excitans ; il exerce un mode d'action particulier qui ne saurait être désigné exactement par aucune des dénominations actuellement en usage dans la matière médicale. En effet, tous les animaux soumis à l'influence d'une assez forie dose de ce poison sont plongés , peu de temps aprè:., dans un état d'assoupissement marqué ; leur tête devient lourde, ils éprouvent des vertiges , leurs extré- mités postérieures faiblissent et ne tardent pas à être en- tièrement paralysées ( phénomènes qui annoncent une action stupéfiante directe). Vingt-cinq, trente ou quarante minutes après, le pouls est plein , fort, souvent accéléré ; des mouvemens convulsifs ont lien ; ces mouvemens, faibles d'abord, deviennent bientôt tellement intenses, l64 DES POISONS NARCOTIQUES. que les animaux sont subitement relevés du sol, leur tête est fortement renversée sur le dos, leurs extrémités se roidissent par intervalles et son(f agitées, ils poussent souvent des cris plaintifs ( phénomènes qui annoncent une action stimulante ). Cette excitation dure jusqu'au moment de la mort, qui arrive au bout de deux, trois ou quatre heures, et pendant tout le temps qu'elle a lieu, les sym- ptômes de stupéfaction, primitivement développés, per- sistent. Les animaux , loin d'être profondément endormis , peuvent être tirés de leur état d'assoupissement par un bruit léger, par le moindre contact, ou lorsqu'on approche de leurs yeux un objet quelconque ; souvent même, lors- qu'on les secoue , ils se roidissent fortement, presque comme s'ils eussent pris de la noix vomique (i). Qu'il y a loin de ces phénomènes à ceux que produisent l'ellébore et le camphre! La première de ces substances, que nous regardons comme essentiellement stupéfiante, plonge les animaux , peu de temps après son application , dans un état d'assoupissement parfait; la sensibilité et la motilité paraissent détruites , au point qu'on croirait la vie éteinte trois ou quatre heures avant que la mort n'arrive, si les phénomènes de la respiration ne nous éclairaient sur le véritable état des choses ( Voy. p. 2 et 3 de ce vol., article Ellébore). Le camphre, au contraire, détermine une excita- tion marquée du cerveau dès que son application a eu lieu ; l'inquiétude, l'agitation , les mouvemens convulsifs , les contorsions et les grimaces les plus horribles dans la (1) Les expériences dont nous parlons ont été faites en in- jectant 56 ou 4o grains d'extrait aqueux d'opium dans le lissu cellulaire. Nous croyons que cette manière d'opérer est la plus propre a éclairer sur le mode d'action des poisons qui sont ab- sorbés, et qui pourraient subir quelque décomposition de la part des organes digestifs. DE LA MORPHINE. l65 face, tels sont les phénomènes primitifs qu'il développe, auxquels succèdent, quelque temps après, des symptô- mes de relâchement et d'atonie que l'on peut considérer comme étant la suite d'une excitation prolongée; d'ailleurs, dans l'empoisonnement par cette substance , les animaux ont des intervalles lucides, et ils ne périssent ordinaire- ment qu'à la fin du troisième ou du quatrième accès. B. L'opium , employé à petite dose, paraît borner son action au développement des symptômes que nous avons dit se déclarer d'abord, ceux qui annoncent la stupéfac- tion ; quelquefois cependant il produit une excitation très-intense, effet qui dépend de Vidiosyncrasie. C. Nous n'admettons pas qu'il y ait identité d'action entre l'opium et les liqueurs spiritueuses employées à forte dose. 8g5. Après avoir fait connaître les travaux et les opinions des principaux physiologistes qui ont écrit sur l'opium, nous croyons devoir examiner les effets de la substance alca- line que M. Sertuerner vient d'y découvrir, et à laquelle il a donné le nom de morphine. De la Morphine. 896. La morphine pure {morphium) est. solide, incolore, inodore, plus pesante que l'eau, et susceptible de cristal- liser en parallclipipèdes. Chauffée en vaisseaux clos, elle se décompose et fournit, entr'autres produits, du sous- carbonate d'ammoniaque, comme les matières animales. Elle est presqu'insoluble dans l'eau. L'alcool et l'éther la dissolventfacilementà chaud, et la laissent déposer en grande partie à mesure qu'ils se refroidissent ; ces dissolutions jouissent de propriétés alcalines : en efïet, elles rougissent le papier de curcuma, verdissent le sirop de violette, et ramènent au bleu le papier de tourcesol rougi par les acides; l66 DES POISONS H A RCOTIQl ES. leur saveur est amère. La morphine peut d'ailleurs se com- biner avec tous les acides, les neutralisera la manière des alcalis, et donner naissance à des sels cristallisables. Ce principe immédiat des végétaux n'a été trouvé jus- qu'à présent que dans l'opium; il y existe, suivant M Ser- tuerner, combiné avec un acide nouveau auquel il a donné le nom d'acide méconique, et par conséquent à l'état de méconate. M. Robiquet, dans un mémoire récemnienl im- primé, sur l'opium , a cherché à vérifier cette assertion. Il résulte de son travail, i°. qu'indépendamment de l'acide méconique, l'opium renferme un autre acide nouveau ; 2°. que l'on ne sait pas encore si la morphine se trouve, dans l'opium, combinée avec ces deux acides, ou avec l'un d'eux seulement; 3°. que le sel cristallisable de l'opium, découvert par M. Derosne il y a environ quatorze ans, n'est pas du méconate de morphine, comme M. Sertuerner l'a annoncé; 4°- que la morphine et le sel de Derosne existent conjointement dans l'opium, et peuvent être sé- parés par l'éther, qui dissout le sel de Derosne sans tou- cher à la combinaison de morphine et d'acide (r). (r) On obtient la morphine, d'après M. Robiquet, en faisant bouillir, pendant un quart d'heure, une infusion concentrée d'o-mim avec un peu de magnésie; il se forme un précipité grisâtre, qui paraît composé de morphine, de sous-mécona!e , et de matière colorante; on le lave sur un filtre, et on le fait bouillir avec de l'alcool concentré, qui dissout la morphine, et la laisse précipiter presqu'en totalité par le refroidissement ; on dissout de nouveau la morphine dans l'alcool concentré pour l'obtenir à l'état de pureté. DE LA MORPHINE. 167 Action de la Morphine sur Véconomie animale. Expériences faites avec la Morphine. Expérience ire. On fit avaler à un petit chien dont l'es- tomac était vide, 12 grains de morphine suspendue dans demi-once d'eau : l'animal n'éprouva aucun des symptô- mes qui caractérisent l'empoisonnement par l'opium, et ne vomit point. La même dose d'extrait aqueux d'opium, donnée de la même manière à un chien à-peu-près d'égale force et à jeun, détermina la paralysie des extrémités pos- térieures au bout de vingt minutes, et peu de temps après, l'assoupissement. Le lendemain, l'animal allait beaucoup mieux, et tendait vers le rétablissement. Expérience 11e. On fit avaler 5 grains de morphine à un petit chien dont l'estomac contenait des alimens; il vomit dix minutes après, et n'éprouva aucun des symptômes que nous avons dit caractériser l'empoisonnement par l'o- pium. Expérience 111e. On appliqua sur le tissu cellulaire de la cuisse d'un chien robuste et de moyenne taille, 6 grains de morphine suspendue dans une petite quantité d'eau: l'animal vomit huit minutes après; il semblait avoir une légère propension au sommeil ; la marche était chan- celante, mais il ne paraissait que très-peu incommodé : le lendemain, il était parfaitement libre. Voyant, par ces expériences, que la morphine, à raison de son peu de solubilité dans Veau, n'exerçait presqu'au- cune action sur l'économie animale, on la transforma en •el, en la faisant dissoudre dans quelques acides. l68 T5ES POISONS NARCOTIQUES. Expériences faites avec les sels de Morphine. Expérience ivp. A onze heures trois quarts, on intro- duisit dans l'estomac d'un petit chien 6 grains de mor- phine dissoute dans un gros d'acide acétique étendu du double de son poids d'eau : au bout de ving-cinq minutes, les extrémités postérieures paraissaient un peu faibles: à une heure et demie , la faiblesse était plus prononcée : ce- pendant l'animal marchait avec assez de facilité ; à six heures du soir, il avait une légère tendance au sommeil et ne poussait aucun cri plaintif; la respiration ne parais- sait pas gênée. Le lendemain, la démarche était plus libre , et le rétablissement pouvait être regardé comme complet. Expérience ve. La même expérience, répétée sur un chien plus faible que le précédent, offrit les résultais su<- vans : deux heures après l'injection de l'acétate de mor- phine, les pattes postérieures étaient paralysées; l'animal ne pouvait plus marcher et paraissait endormi : cepen- dant le moindre bruit l'excitait à faire de vains efforts pour se relever; il retombait et paraissait, de nouveau plongé dans l'assoupissement; les pupilles étaient dilatées, le pouls lent et la respiration peu gênée. Huit heures après l'injection du poison, il poussait quelques cris plaintifs et paraissait plus agité. Le lendemain, les extrémités posté- rieures ne conservaient qu'un peu de faiblesse dont l'in- tensité fut en diminuant, en sorte que l'animal n'était plus sous l'influence du poison le jour suivant. Expérience vie. Désirant comparer l'intensité d'action de l'acétate de morphine à celle de l'extrait aqueux d'o- pium, on fît prendre à un petit chien 6 grains de cet extrait dissous dans demi-once d'acide acétique très-faible : l'animal éprouva les mêmes symptômes que celui qui fait DE LA MORPHINE. 169 le sujet de l'expérience quatrième; l'intensité de la maladie parut être exactement la même. Expérience vne. A onzeheures du matin, on injecta dans le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d'un petit chien 6 grains de morphine dissoute dans un gros de vinaigre : au bout de huit minutes, l'animal se coucha ; sa respiration était laborieuse, et les muscles paraissaient dans un grand état de relâchement; cinq minutes après, les extrémités postérieures commencèrent à faiblir, on entendait quelques cris plaintifs, quoique, par son alti- tude extérieure, l'animal semblât être profondément en- dormi; Je moindre choc ou le plus léger bruit suffisaient pour le réveiller et l'exciter à marcher; ses mouvemens étaient chancelans comme s'il eût été ivre de vin ; ses paltes postérieures étaient traînées. A une heure et demie, on observait, outre ces symptômes, de légers tremble- mens de tète, la dilatation des pupilles, la contractilité de l'iris et un ralentissement notable dans les mouvemens du coeur; il n'y avait eu ni nausées, ni vomissemens, ni selles. A sept heures, la sensibilité était tellement exaltée, que, par la simple agitation de l'air, on forçait l'animal à exécuter des mouvemens brusques et irréguliers qu'il sem- blait faire pour échapper au danger doht il se croyait me- nacé; il faisait quelques pas en traînant les extrémités postérieures; mais bientôt après il était obligé de s'ar- rêter. Le lendemain, tous les symptômes avaient disparu, excepté la faiblesse des membres postérieurs, qui ne re- trouvèrent leur énergie que deux jours'après , époque à la- quelle le rétablissement pouvait être regardé comme com- plet. Dans une autre expérience de ce genre , les mêmes symptômes se succédèrent dans l'ordre déjà indiqué; mais l'assoupissement et l'insensibilité furent tellement pro- noncés que l'animal était dans un état de mort apparente : I7O DES POISONS NARCOTIQUES. cependant il ne fut pas moins rétabli quarante-huit heures après l'injection du poison. Expérience vine. On répéta la même expérience sur un petit chien très-faible, avec 12 grains de morphine dissoute dans l'aci 1 e acétique : au bout de trois minutes, vertiges, et tous les autres symptômes d'empoisonne- ment par l'opium. Six heures après, fortes secousses con- vulsives , cris plaintifs , paralysie des extrémités posté- rieures. Le lendemain matin , les mouvemens convulsifs étaient moins intenses, et la maladie tendait vers la gué- rison, qui ne fut complète que vers la fin du cinquième jour. Expérience ixe. 12 grains d'extrait aqueux d'opium , dissous dans de 1 acide acétique très - faible, furent in- jectés à onze heures dans le tissu cellulaire de la p.-nie interne de la cuisse d'un petit chien robuste : au bout d'un quart d'heure, vomissement, paralysie des extrémités pos- térieures; une heure après, cris plaintifs, inspirations pro- fondes; à trois heures, agitations, plaintes presque conti- nuelles, légers mouvemens convulsifs. Le lendemain matin, diminution des symptômes énumérés, vertiges assez forts; le soir tendance au rétablissement, qui fut complet vers la fin du troisième jour. Dans une autre expérience de ce genre, faite avec 6 grains d'extrait aqueux, les pattes postérieures furent paralysées un quart d'heure après l'injection; au bout de trois heure' , l'animal était en proie à des secousses convulsives ase<-z fortes. Le lendemain, ces symptômes avaient diminué, ' S NARCOTIQUE*. vertiges. L'intensité de ces symptômes fut en augmentant jusqu'à la fin de la journée. Le lendemain, le rétablissement était presque complet. expérience xvie. A deux heures de l'après-midi, on fit avaler à un chien jeune et de grande stature, 12 grains de morphine dissoute dans une once d'huile : six minutes après, l'animal ne pouvait plus se tenir debout; il était couché sur le dos, et dant un état de mort apparente; sa respiration élait profonde et laborieuse, ses pupilles très-dilatées. Il mourut le lendemain à six heures du matin, et il ne fut pas observé pendant la nuit. Ouverture du cadavre. Le canal digestif n'était le siège d'aucune altération. Les cavités du coeur étaient distendues par du sang noir. Les poumons offraient çà et là quelques plaques livides, et contenaient une sérosité roussâtre. La substance du cerveau et les méninges paraissaient dans l'é- tat naturel ; les vaisseaux veineux qui se distribuent à ces organes étaient un peu injectés. Expérience xvne. On appliqua sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d'un chien très-fort, 12 grains de morphine dissoute dans une once d'huile : quelques mi- nutes après, l'animal était sous l'influence du poison et présentait les mêmes symptômes que le précédent; il mou- rut au bout de deux heures. Il fut impossible de découvrir la moindre lésion dans les principaux organes. Expérience xviue. On injecta dans la veine jugulaire d'un petit chien, un grain de morphine dissoute dans un gros d'huile : au bout de cinq minutes, le train postérieur était paralysé; l'animal tomba dans un grand état d'assou- pissement et mourut une heure après, sans avoir éprouvé de mouvemens couvulsifs. Dans une autre expérience de ce genre, faite avec 2 grains de morphine, la mort eut lieu immédiatement après que l'injection fut faite. A l'ouver- ture du cadavre on ne découvrit aucune lésion notable. DE LA MORPHINE. I j5 Ces résultats nous semblent prouver que l'huile neu- tralise beaucoup moins les propriétés vénéneuses de la morphine que l'acide acétique, et à plus forte raison que les acides sulfurique et hydro-chlorique. Expériences faites avec la Nlorphine dissoute dans V alcool. La quantité de morphine que l'alcool concentré peut dis- soudre,! la température ordinaire, est tellement petite, qu'il était facile de prévoir qu'une pareille dissolution étendue d'une irès-grande quantité d'eau, ne devait presque pas con- tenir de morphine. Or, il étail indispensable ,pour connaître les effets de cet alcali sur les chiens, d'employer une dissolu- tion alcoolique excessivement faible. En effet, les animaux dont nous parlons n'étant pas habitués à l'usage des liqueurs spiritueuses, sont tellement impressionnables, qu'ils ne tardent pas à être enivrés par l'alcool étendu même de dix fois son volume d'eau : aussi avons-nous remarqué dans nos expériences qu'une dissolution de morphine dans l'al- cool concentré ou affaibli donne lieu aux mêmes sym- ptômes, ^t détermine la mort dans le même espace de temps que la même quantité d'alcooi au même degré de concen- tration et dépourvue de morphine; ensorte que nous avons conclu qu'il est impossible d'étudier l'action qu'exerce la morphine sur les chiens lorsqu'on l'administre dans ce véhicule. Nous pourrions encore étayer cette assertion des expériences récentes de M. Ridolphi, qui dit avoir tué des chiens avec trois grains de morphine dissous dans l'alcool, et qui n'hésite pas à conclure que c'est la morphine qui a déterminé la mort; mais il est aisé de se convaincre que la conclusion tirée par M. Ridolphi n'est pas exacte : la mort a été occasionnée par l'alcool, ou du moins l'expérience prouve que la quantité de ce véhicule nécessaire pour dis- I76 «ES POISONS N AR CO T IQf ES. soudre trois grains de morphine, ne tarde pas à tuer les chiens. {Lettre déjà citée). Nous ne doutons pas cependant qu'il n'en soit diffé- remment chez l'homme, qui peut supporter une assez grande quantité de boissons spiritueuses sans éprouver d'incommodité notable. Voici un fait à l'appui de cette as- sertion. M. Sertuerner prit, dans l'espace de trois quarts d'heure, un grain et demi de morphine dissoute dans un gros d'al- cool, et étendue de plusieurs onces d'eau distillée; une rou- geur générale qu'on pouvait même apercevoir dans les yeux, couvrit bientôt sa figure et principalement les joues, et les forces vitales semblaient être exaltées. II avait une légère tendance au sommeil, des vertiges; ces symptômes devinreut plus intenses ; après la dernière dose de mor- phine, il ressentit une vive douleur dans l'estomac , un en- gorgement général ; il était près de s'évanouir. Il avala 5 ou 6 onces de vinaigre assez fort ;~il eut des vomissemens qui furent suivis d'un calme sensible, et sa santé ne fut pas altérée. {Dissertation inaugurale de M. Levacher de Bois- ville (1). Expériences faites avec l'Extrait aaueux d'opium privé de morphine. Expérience xix°. 18 grains d'extrait aqueux d'opiumpiivé de morphine et dissous dans de l'eau acétique, ont été tour- à-tour injectés dans l'estomac et dans le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse de plusieurs chiens petits et faibles; ces animaux n'ont éprouvé que de légers sym- (1) Mon élève, M. Levacher de Boisviile, a répété avec moi la plupart des expériences qui font le sujet de ce Mémoire, et les a consignées dans sa Dissertai ion inaugurale. DE LA MORPHINE. f]1) Jitômes d'empoisonnement, qui n'ont pas tardé plu» d'une heure à se dissiper ; résultat qui prouve jusqu'à l'évidence que la morphine est le principe actif de l'extrait dont nous parlons. On concevra facilement pourquoi les animaux sou- mis à son influence ont éprouvé quelques symptômes d'em- poisonnement, en faisant attention que la morphine n'est jamais complètement précipitée lorsqu'on traite l'extrait aqueux d'opium par la magnésie ou par l'ammoniaque. Traitement de l'empoisonnement par la Morphine. Plusieurs expériences, dont nous nous bornerons à énoncer les résultats, nous ont démontré que les chiens empoisonnés par la morphine doivent être traités de la même manière que ceux qui sont sous l'influence de l'o- pium. On doit d'abord expulser le poison à l'aide d'éméti* ques et de purgatifs, et administrer ensuite des boissons acidulées, une forte infusion de café, etc. (Voy. Trai* tentent de l'empoisonnement par les narcotiques.) La sai- gnée à la veine jugulaire doit être comptée'parmi les moyens les plus propres à combattre les effets produits par le poi- son dont il s'agit. Conclusions. i°. La morphine seule peut être introduite dans l'estoc mac des chiens les plus faibles à la dose de douze grains i sans donner lieu à aucun phénomène sensible ; tandis qu'une pareille dose d'extrait aqueux d'opium d- termine un em- poisonnement violent suivi quelquefois de la mort : cette nullité d'action de la morphine dépend de son peu de so- lubilité et de la difficulté avec laquelle elle est attaquée par les sucs de l'estomac. 2°. Les sels de morphine solubles dans l'eau, tels que l'acétate, le sulfate, l'hydro-chlorate, donnent exactement lieu aux mêmes symptômes que l'extrait aqueux d'opium, II. 12 1-8 DES POISONS NARCOTIQUES. ce qui tend à faire croire que les effets de ce médicament doivent être attribués à un sel de morphine, qui est probablement le méconate, dont l'existence, annoncée par M. Sertuerner, a été confirmée par les expériences ré- centes de M. Robiquet. Ce résultat important conduit na- turellement à rechercher la morphine dans les plantes in- digènes, et à la séparer pour la transformer en sel, et pour substituer celui-ci à l'extrait aqueux. 3". La morphine dissoute dans l'acide acétique exerce cependant sur l'économie animale une action plus intense que la même dose d'extrait aqueux d'opium, phénomène qui tient à ce que l'extrait n'est pas entièrement formé de morphine. {Voy. pag. 166.) 4°. L'extrait aqueux d'opium dont on a séparé la mor- phine peut être administré à forte dose, sans déterminer les svmptômes de l'empoisonnement, et s'il conserve quel- quefois une légère action, cela tient à ce que la séparation de la morphine n'a pas été complète. 5°. Six grains de morphine dissoute dans l'huile d'olives paraissent agir avec autant d'intensité que douze grains d'extrait aqueux d'opium, ce qui prouve que l'huile neu- tralise beaucoup moins les propriétés vénéneuses de la morphine que les acides. Ce fait est remarquable, en ce qu'il donne les moyens de doubler en quelque sorte les propriétés médicamenteuses de l'extrait aqueux d'opium, résultat auquel on n'était pas encore parvenu. 6°. La morphine, comme toutes les substances qui agis- sent après avoir été absorbées , exerce une action plus in- tense lorsqu'elle est injectée dans les veines, que dans le cas où elle est appliquée sur le tissu cellulaire, ou intro- duite dans le canal digestif. 7°. L'empoisonnement déterminé par la morphine ne diffère en rien de celui que produit l'opium, et doit être traité de la même manière. On doit s'attacher d'abord à DE LA JUSQUIAME NOIRE. IJC4 r-xpuLer le poison par les émétiques , pour administrer ensuite les acides végétaux convenablement allaiblis, l'in- lusiou de café, etc. Ces moyens, aidés quelquefois de la saignée à la veine jugulaire ou au bras, réussissent presque constamment, comme nous le prouverons plus tard. 8°. L'alcuol affaibli au point de n'exercer aucune action sur les chiens, dissout une si petite quantité de morphine, qu'il a été impossible de déterminer le moindre effet en 1 administrant aux animaux qui ont été l'objet de nos expériences. Il est cependant probable que la dissolution aleooliquede morphine pourra être employée avec succès chez l'homme, qui, étant habitué aux liqueurs spiritueuses, peut prendre une assez forte dose d'alcool faible sans éprouver la moindre incommodité. (Extrait d'un Mémoire et d'une note sur la morphine par M. P. Orfila. Voy. Nou- veau Journal de Médecine, Chirurgie et Pharmacie, janvier 1818; et Annales de Chimie et de Physique, cahier de juillet 1817.) De la Jusquiame noire { hyosciamus niger). 897. Cette plante appartient à la famille des solanées de J., ei à la penlandrie monogvnie de L. Caractères. Calice en lubc , à cinq lobes : corolle mo- nopéîale, en tube, à cinq lobes inégaux, peu ouverts, d'un jaune pâle vers ses bords , d'un pourpre noirâtre dans son milieu: cinq étamines : un style : fleurs presque sessiles , disposées sur les rameaux en longs épis : cap- sule oblongue, obtuse, ventrue à sa base, un peu com- primée, creusée d'un sillon sur chaque eôlé, et s'ouvrant horizontalement vers le sommet; les capsules qui succè- dent aux fleurs sont toutes tournées du même côté sur chaque épi : embryon de la graine demi-circulaire , placé sur le bord du périsperme. Tige haute de cinq décimètres , épaisse, cylindrique, rameuse et couverte d'un duvet l8o DES POISONS NARCOTIQUES. épais. Feuilles alternes, molles, cotonneuses, fort am- ples , siuuées et découpées profondément en leur bord. Cette plante croit sur le boid de» chemins et a une odeur désagréable. Action de la Jusquiame sur Véconomie animale. Expérience ire. On a fait avaler à un petit chien 2 gros de feuilles sèches de jusquiame parfaitement pulvérisée : l'animal n'a paru éprouver aucune incommodité. Ona donné à un autre chien 3 onces de racine fraîche de jusquiame noire coupée en petites rondelles et cueillie au mois d'a- vril : on a lié l'oesophage. Quarante heures après, l'ani- mal n'avait éprouvé d'autre phénomène que de l'abatte- ment ; il en était de même trois jours après l'opération. Expérience 11e. Le même jour ( 22 avril ), on a fait prendre à un autre chien 8 onces de suc provenant de 3 livres de racine fraîche de jusquiame noire cueillie au mois d'avril, que l'on avait pilée avec a onces d'eau et une once de la racine contuse : on a lié l'oesophage. Trois. heures après , l'animal était un peu assoupi. Au bout de deux heures, ses extrémités postérieures étaient faibles et fléchissaient facilement ; les pupilles étaient dilatées , et l'assoupissement un peu plus marqué : du reste , l'animal n'éprouvait ni vertiges ni convulsions; il conservait le li-, bre usage des sens et du mouvement. Le lendemain matin, ces symptômes paraissaient moindres ; mais il était légè- rement abattu : cet état a continué toute la journée , et il est mort dans la nuit. Ouverture du cadavre le lendemain. Nulle altération dans le canal digestif. L'estomac contenait une grande portion de la racine ingérée; les poumons offraient cà et là des plaques livides , plus denses que dans l'état naturel, peu crépitantes , gorgées de sang fluide et d'un liquide comme séreux. DE LA JUSQUIAME NOIRE. l8l Expérience me. Le 22 avril, on a pilé environ 6 livres de feuilles et de tiges de jusquiame noire fraîche, et on a donné les 12 onces :o DE LA JUSQUIAME NOIRE. 183 heures et demie, décubitus sur le côté , plaintes continuel^ les. A midi , état de grande insensibilité , faiblesse des extrémités postérieures , légers mouvemens convulsifs. Mort à une heure. Ouverture du cadavre. Les poumons étaient livides, denses et gorgés de saug; il n'y avait aucune altération dans le canal digestif ni dans le membre opéré. Expérience xc. On a fait une plaie au dos d'un chien caniche très-fort ; on a mis en contact avec le tissu cellu- laire 4 gros d'extrait résineux de jusquiame acheté chez un pharmacien : on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. Deux heures après , l'animal, qui n'avait offert aucun phénomène remarquable, commençait à ppiou- ver des vertiges. Dix minutes après, sa marche était assez chancelante pour qu'il ne pûi faire deux pas sans tomber; ses extrémités postérieures étaient très-faibles, et il con- servait l'usage de ses sens ; il était à-peu-près dans le même état une heure après. Le lendemain matin, il parais- sait rétabli ; cependant il refusait les alimens. Quatre fours après l'opération , il se tenait couché sur le « ôté , avait de nouveau quelques vertiges , et ne voulait prendre aucun aliment. Il est mort dans la nuit. Ouverture du cadavre, hes ventricules du cerveau ne contenaient aucun liquide; les vaisseaux veineux de la face externe de cet organe étaient gorgés et distendus; les poumons , généralement d'un rouge foncé, offraient quel- ques taches noirâtres; ils étaient un peu moins crépitans que dans l'état ordinaire ; la plaie était peu enflammée. Expérience xi". On a répété cette expérience sur \\\\ petit chien , et on n'a employé du même extrait, achet;- chez un autre pharmacien , que 2 gros et un quart, que l'on a appliqués sur le tissu cellulaire de b* cuisse. L'a- nimal est mort au bout de sept jours , sans avoir offert d'autre symptôme que de l'abattement et de l'inappéiencc. f 84 DES POISONS NARCOTIQUES. On n'a point trouvé de lésion à l'ouverture du cadavre; Expérience xne. A huit heures du matin, on a injecté dans la veine jugulaire d'un petit carlin fort 28 grains d'extrait aqueux de jusquiame acheté chez un pharmacien et dissous dans 4 gros d'eau. Toul-à-coup l'animal a éprouvé de légers vertiges ; il a marché en chancelant pendant quatre ou cinq minutes , puis s'est arrêté ; ses extrémités postérieures sont devenues de plus en plus fai- bles ; il était assoupi ; cependant il conservait l'usage de ses sens. Vingt minutes après , voyant qu'il élait à-peu- près dans le même état, on a injecté dans l'autre veine jugulaire 10 grains du même poison dissous dans un gros d'eau. Sur-le-champ l'animal a paru complètement endor- mi : ses extrémités postérieures étaient beaucoup plus fai- bles ; il s'est couché sur le ventre , les quatre pattes écar- tées , la tête un peu relevée et inclinée du côté gauche, sans aucun mouvement convulsif; on l'a secoué et remis debout; il s'est réveillé, est resté pendant quelques secon- des , puis a repris sa première altitude. Le lendemain , il allait assez bien , et il a mangé un peu. Le jour suivant, il a été de nouveau pris de vertiges , et il est mort dans la nuit, environ soixante-huit heures après l'injection. Les poumons étaient un peu rouges , parsemés de quel- ques petites taches noirâtres. Le cerveau n'offrait rien de remarquable. Expérience xine. On a injecté dans la veine jugulaire d'un petit chien 48 grains du même extrait dissous,dans 6 gros d'eau. L'injection était à peine terminée , que l'animal a été assoupi; il a eu quelques légers mouvemens convulsifs des extrémités , et il est mort. On n'a point fait l'ouverture du cadavre, Expérience xive. On a injecté dans la veine jugulaire d'un petit chien 18 grains d'extrait résineux de jusquiame suspendus dans 2 gros d'eau. Au bout de dix mimuessj, DE LA JUSQUIAME NOIRE. l85 l'animal a fait des efforts pour vomir et a rejeté des ma- tières filantes mêlées de bile. Vingt minutes après l'in- jection , ses extrémités postérieures faiblissaient, sa tête ét;iit pesante , et il était assoupi sans éprouver aucun ver- tige. Un quart d'heure après, l'assoupissement était plus marqué; cependant on pouvait le réveiller facilement en faisant du bruit. Le lendemain, il a'iait à merveille. On a injecté dans l'autre veine jugulaire 4^ grains du même extrait suspendu dans une demi-once d'eau. Sur-le-chimp l'animal a écarté et roidi les pattes de derrière ; la tète s'est renversée sur le dos ; il y iivait un tremblement mar- qué des muscles du tronc. Il est mort trois minutes après. On l'a ouvert sur-le-champ : le cœur ne battait plus. Le sang des deux ventricules était tout coagulé ; celui que renfermait la cavité aortique était rouge vermeil. Les pou- mons étaient roses et peu gorgés de sang. Le canal diges- tif n'était le siège d'aucune altération sensible. OBSERVATIONS. i°. Baudouin et Laudet mangèrent le 12, à neuf heures du matin, de jeunes pousses de jusquiame noire cuites dans de l'huile d'olives. Bientôt la terre parut fuir sous leurs pas; leur aspect devint stupide , leur langue se para- lysa , et leurs membres s'engourdirent. M. Choquet, mé- decin de l'hôpital de Puerto-Royal, près de Cadix, fut ap- pelé le même jour à deux heures de l'après-midi , et il les trouva ayant les yeux hagards , la pupille très-dilatée , le regard fixe et hébété , la respiration difficile, le pouls petit et intermittent; il y avait en outre aphonie, trismus , ris sardonique , perte de sentiment, déterminations vi- cieuses des fonctions de l'intellect qui , jointes à de la somnolence, rendaient ces malades typhomanes ; les ex- trémités étaient froides , les membres abdominaux para- 186 DES POISONS NARCOTIQUES. lvsés, les membres thoraciques agités par des mouvemens convulsifs : à tous ces symptômes alarmans se joignait encore la carphologie. M. Choquet, après avoir vaincu le resserrement des mâchoires , fil prendre à chacun des malades la moitié d'une solution de 10 grains de tartrate de potasse antimo- nié dans 2 livres d'eau. Laudet vomit une assez grande quantité de liquide dans lequel il fut facile de distinguer les parties d'une plante altérée par la coction. On conti- nua l'usage de l'eau émétisée , et on administra des lave- mens purgaifs , ce qui détermina, chez Laudet, des vo- missemens et d'abondantes évacuations alvines. L'état de manie avec délire, mais sans fureur, dans lequel se trou- vait Baudouin le rendait peu docile ; il prit beaucoup moins de solution émétique : aussi n'eut-il que de légères évacuations. On fit succéder à ces moyens l'administration du vinaigre de vin à grande dose, des frictions sèches su* toute l'habitude du corps , et particulièrement sur le bas- ventre. A dix heures du soir, Laudet éprouvait déjà un mieux sensible : son délire avait cessé, la difficulté de res- pirer élait moindre, il était éveillé , il avait recouvré une partie de sa chaleur naturelle , le sentiment et la parole ; les autres symptômes n'avaient éprouvé qu'un peu de di- minution. La pnralvsie de Baudouin et sa somnolence avaient aussi un peu diminué; mais il semblait que les autres svm >tômes s'étaienl exaspérés, et sa folie étant ex- trême, il était assez difficile à contenir. M. Chocpiet fit continuer l'usage du vinaigre, les lavemens purgatifs et les frictions pendant la nuit du 12 au i3. Le i3, à sept heures du matin, Laudet se servait avec facilité de ses membres ; il avait le pouls parfaitement développé et le ventre libre: il jouissait de toutes ses facultés intellectuelles; il ressentait seulement un peu de céphalalgie sus-orbitai'e, résultat de la mauvaise disposition de ses organes digestifs i / DE LA JUSQUIAME NOIRE. 187 une diète sévère et l'usage d'une limonade végétale en triomphèrent, bientôt. Baudouin, qui avait cherché à s'en- fuir pendant la nuit, avait été arrêté par la garde de l'hô- pital ; et comme il se le rappelait confusément, son délire portait essentiellement sur l'assassinat, la désertion, les baïonnettes et le conseil de guerre ; il avait le pouls très- accéléré, mais plus régulier et moins serré que pendant la journée du 12. Il conservait le regard fixe, l'air hagard , cl le ventre était extrêmement dur et tendu. Attribuant la durée de ces accidens à ce crue le malade n'avait eu que de très-légères évacuations , on lui administra 60 grains de poudre purgative sous forme de bol : ce drastique, joint à la continuation des lavemens purgatifs, détermina plusieurs selles. Vers midi, le pouls s'était considérable- ment élevé ; la respiration était devenue grande, et une sueur abondante, qui fut aussitôt suivie du relâchement du ventre, vint terminer celte utile sécrétion; enfin, à quatre heures du soir , Baudouin était presque au^si bien que son camarade ; il avait également recouvré l'usage de ses facultés, la parole, le sentiment et le-mouvement. Deux jours de régime et l'usage d'une limonade végétale ont suffi ensuite pour mettre ces deux militaires en état d'aller reprendre leur service (1). 20. M. le docteur Picard dit : « Un clystère ordonné à une dame atteinte d'un ulcère à la matrice, avec la décoc- tion de jusquiame noire , produisit, en très-peu de tenips les svmptômes suivans : face extrêmement rouge, embarras de la langue, état d'engourdissement et perte du mouve- ment du bras droit, de la jambe et de la cuisse du même côté; somnolence , respiration précipitée, beaucoup de dif- ficulté dans les fonctions de l'entendement; enfin presque (1) Observation par M.Choquel, docteur en médecine , Journal de Ltronr. et Cors if art, au il iéi5 , pag. 555. l88 DES POISONS NARCOTIQUES. tous les symptômes qui caractérisent une allaque d'apo- plexie , excepté le stertor et la distorsion de la bouche. Ces symptômes furent combattus avec l'oxicrat, et la malade fut parfaitement rétablie » (i). 3°. Wepfer rapporte que plusieurs religieux firent col- lation avec des racines de chicorée sauvage parmi lesquelles on avait mêlé, par mégarde, deux racines de jusquiame. Quelques heures après avoir été couchés, les uns éprou- vèrent des vertiges , les autres une ardeur à la langue, aux lèvres et au gosier ; il y en eut qui ressentirent des dou- leurs vives à la région iliaque et à toutes les articulations : les facultés intellectuelles et l'organe de la vue furent per- vertis chez quelques-uns ; ils ne pouvaient plus lire correc- tement cl sans ajouter des mots; ils se livrèrent à des actions folles, ridicules. Celui qui en avait mangé le plus, et qui auparavant voyait très-bien, ne distingua plus les objets qu'à l'aide de lunettes. Us furent guéris par l'eau distillée de genièvre (2). 4°. Un homme et sa femme , trompés par la douceur des racines de jusquiame noire, en mangèrent. Ils éprou- vèrent d'abord de la difficulté à avaler, puis ils devinrent phrénétiques et stupides. Ces symptômes se dissipèrent d'eux-mêmes. Lindern a vu une pareille imprudence suivie de gestes extravagans, de délire , de sommeil avec ronfle- ment , et enfin de la mort. (Vicat, ouvrage cité, p. 200.^ 5°. Boerhaave éprouva un tremblement et de l'ivresse pour avoir préparé un emplâtre dans lequel entrait la jusquiame. 6°. Potovillat dit que neuf individus prirent du bouil- (1) Fodéré, Traité de médecine-légale déjà cité, tom. iv, pag. 25 , 2e. édit. (2) Wepfer, Cicutœ aaualicœ Historia etnoxœ, p. ajoy ann. 1679. DE LA JUSQUIAME NOIRE. 189 Ion dans lequel on avait fait cuire des racines de jusquiame noire en place de panais, Quelques-uns d'entre eux perdi- rent la parole, et tous furent agités de mouvemens convul- sifs ; ils éprouvèrent de la distorsion dans la bouche et dans les membres , le rire sardonique et une fureur hor- rible. Lorsqu'ils furent rétablis par les moyens appro- priés , ils voyaient les objets doubles dans les premiers mo- mens, puis ils leur paraissaient d'une couleur écarlate {1). 70. Grunwald a vu le decoctum des feuilles de cette plante, administré en lavement, donner lieu à un délire furieux (2). Plusieurs praticiens ont remarqué des symptô- mes d'empoisonnement après l'administration d'un lave- ment préparé avec l'extrait de cette plante. 898. Il résulte des faits précédemment exposés, 1 °. Que le suc et le decoctum de racine de jusquiame noire en pleine végétation déterminent des accidens gra- ves lorsqu'on les introduit dans l'estomac ; mais que leurs effets sont moindres si on les emploie au commencement du printemps ; 20. Que le suc des feuilles est moins actif ; 3°. Que l'extrait aqueux préparé en faisant évaporer au bain-marie le suc de la plante fraîche en pleine végéta- tion , jouit à-peu-près des mêmes propriétés vénéneuses que le suc, tandis qu'il est incomparablement moins actif lorsqu'il a été obtenu par décoction de la plante peu dé- veloppée ou trop desséchée, ce qui explique pourquoi certains extraits de jusquiame que Von trouve dans le commerce ne sont doués d'aucune 'vertu ; 4°. Que ces préparations * agissent à-peu-près de la même manière, soit lorsqu'on les applique sur le tissu (1) Philosophical Transactions, vol. xn, p. 44°^ (•2) Grukwald, Ephérnèr. des Cur. de la Nat.t an 9 app.,p. 179. 190 DES POISONS N ARCO'l IQV ES. cellulaire , soit lorsqu'on les introduit dans l'estomac i soit enfin lorsqu'on les injecte dans les veines : dans ce dernier cas , il en faut une très-petite quantité pour pro- duire la mort ; 5°. Qu'elles sont absorbées , portées dans le torrent de la circulation , et qu'elles exercent une action remar- quable sur le système nerveux , que l'on peut comparera une aliénation mentale, à laquelle succède une stupéfac- tion marquée ; 6°. Qu'elles ne déterminent point l'inflammation des tissus de l'estomac ; 70. Enfin, qu'elles paraissent agir sur l'homme comme sur les chiens. 899. La jusquiame blanche (hyosciamus albus) est aussi très-vénéneuse. OBSERVATIONS." i°. Prise à la dose de iS grains, elle a occasionné l'as- soupissement, des convulsions , des soubresauts des ten- dons , et a rendu insensible ; dans un autre cas, son usage a détruit la faculté d'avaler, a aliéné l'esprit et éteint la voix : symptômes qui, à la vérité, n'ont pas été de durée {1). 20. Le fait suivant a été communiqué à M. Fodéré, professeur de l'Ecole de Médecine de Strasbourg, par M. le docteur Picard. « Dans le mois d'avril 1792 , on porta par mégarde, à bord delà corvette française la Sardine, une grande quan- tité de jusquiame que les matelots avaient cueillie dans une des îles Sapienzi en Morée, où se trouvait le bâtiment. On en mit une partie dans la chaudière des matelots, et (1) Hamiltox, Essais and Observations, p. 24^. DE LACIDE HYDRO-CYANIQUE. IÇj! le reste dans celle de quelques maîtres de l'équipage. A quatre heures tout le monde dîna. On ne tarda pas à éprouver des vertiges, des vomissemens , des convulsions, des coliques et des selles copieuses qui, frappant tout l'équipage, déterminèrent à tirer le canon et à faire tous les signaux d'usage pour rappeler les embarcations. M. Pi- card arriva à bord, et aperçut le deuxième canonnier Ri- bergue faisant mille grimaces et des contorsions très-ana- logues à la danse de Saint-Guy. Il se fît apporter la plante dont on s'était servi, et reconnut la jusquiame blanche. Il soutînt les évacuations par haut et par bas, et il usa ensuite de boissons vinaigrées. Ceux qui n'éprou- vèrent pas d'évacuations furent quelque temps dans un état maladif, et eurent une convalescence très-longue; les autres ne lardèrent pas à se rétablir. Il fallut cepen- dant joindre les anti-spasmodiques les plus puissans aux remèdes évacuans pour que Ribergue recouvrât entière- ment la santé. » (Médecine légale déjà citée, tom. iv, pag. 23.) 900. Jusquiame dorée {hyosciamus aureus). M. de Voile mont a fait prendre le decoctum de cette racine à des chiens. « 11 leur survient, dit-il , uu tremblement et une faiblesse dans les jambes ; les vieux chiens sont cinq à six jours sans vouloir boire ni manger, et meurent ensuite. Les jeunes , au contraire , boivent excessivement, ne mangent presque rien , et, au bout de huit à dix jours , sont bien portans. » Les hyosciamus physaloides et scopolia sont également vénéneux. De l'Acide hydro-cyanique (prussique). 901. L'acide hydro-ryanique, le plus concentré que l'on ail obtenu jusqu'à ce jour, est un liquide incolore, trans- 19^ DES POISONS NARCOTIQUES, parent et d'une odeur très-forte, analogue à celle des fleurs de pêcher ou d'amandes amères; sa saveur, d'abord fraî- che , devient acre , irritante et excite la toux. Sa pesan- teur spécifique à y° est de 0,70683 ; il rougit à peine la teinture de tournesol ,• exposé à l'action du calorique, il bout à 26°,5; il peut se congeler à i5° au-dessous de o ; la cristallisation de cet acide concentré peut même avoir lieu lorsqu'on en verse quelques gouttes sur du papier : dans ce cas , il se volatilise en partie, absorbe du calori- que à la portion non volatilisée, qui par là se trouve con- gelée (1). Il s'enflamme à l'air par l'approche d'un corps en combustion ; il est peu soluble dans l'eau ; il est facile- ment dissous par l'alcool ; il précipite le nitrate d'argent en blanc. Uni à la potasse et au fer oxidé, il fournit un sel double de couleur citrine* qui se dissout dans l'eau, et dont la dissolution précipite en bleu plus ou moins foncé les sels de fer au second et au troisième degré d'oxidation , en cramoisi un peu brunâtre les sels de cuivre au maxi- mum , en couleur de sang les sels d'urane , et en vert pomme ceux de nickel. (i;Pluieursde ces propriétés n'avaient pas été constatées par l'illustre chimiste Sclèele, auteur de fa découverte de cet acide. On les trouvera exposées dans un très - beau mémoire de M. Gar-T.nssac, qui, le premier, est parvenu à priver l'a- cide hydro - cyanique d'une très-grande quantité d'eau avec laquelle il était uni lorsqu'on le préparait par le procédé de Schéele. (Voy. Annales de Chimie, lom. lxxvh, pag. 128.) de l'acide hydro-cyanique. ig3 Action de l'Acide hydro-cyanique sur l'économie animale. Expériences faites avec l'acide hydro - cyaniaue de Schèele (r). Expérience ire. On fit avaler à une petite chienne deux gouttes d'acide hydro-cyanique : aussitôt après, la respira- tion devint accélérée, sa marche fut chancelante, elle tomba, urina abondamment, et vomit deux fois : peu de temps après, elle fut rétablie. On lui en fit prendre 8 gouttes cinq heures après , et l'animal ne tarda pas à éprouver les symptômes suivans : toux, salivation , respiration accé- lérée, chancelante; faiblesse des extrémités postérieures, cris plaintifs, évacuation alvine , chute, opisthotonos, di- latation de la pupille, roideur tétanique, et en moins de cinq minutes paralysie des pattes postérieures d'abord, puis des antérieures; insensibilité générale, excepté dans la queue, qui était agitée de temps en temps; pouls accé- léré, depuis soixante-douze jusqu'à cent cinquante pulsa- tions ; grande mobilité des yeux et des paupières , enfin assoupissement. Quinze minutes après , l'animal se re- leva , urina , eut un opisthotonos, et fut rétabli en une demi-heure. Le lendemain , on lui fît avaler de nouveau 16 gouttes du même poison. A l'instant, respiration ac- célérée, cris très-forts , convulsions, opisthotonos , puis emprosthotonos ; pattes thoraciques placées sur la tête, tétanos général, pupilles dilatées , oreilles froides , urine abondante, paralysie générale, langue pendante, yeux fixes, paupières mobiles. Cinq ou six minutes après , res- piration difficile , trismus , soubresauts. Au bout d'une demi-heure, il se releva et parut souffrir du bas-ventre ; (i) Cet acide contenait beaucoup d'eau. 194 DES POISONS NARCOTIQUES. il était effrayé au moindre bruit, cherchait l'obscurité et tremblait. Une heure après il mangea avec voracité. Expérience 11e. Lorsqu'on administre 3o ou 4° gouttes d'acide hydro-cyanique à des chiens ou à des chats, ils poussent des cris plus ou moins forts , sont agités de mou- vemens convulsifs, et périssent six, douze ou quinze mi- nutes après l'ingestion de la substance vénéneuse. A l'ou- verture des cadavres on ne trouve aucune lésion du canal digestif; le ventricule droit du coeur se contracte encore au bout de vingt ou vingt-cinq minutes, tandis que le gauche n'exerce plus aucun mouvement ; les veines conte- nues dans le thorax et dans l'abdomen , le foie, les reins , l'oreillette el le ventricule droits du coeur sont gorgés de sang; tout le système artériel est vide; les poumçns sont plus ou moins tachés ; le cerveau paraît dans l'état naturel ; quelquefois il est un peu plus mou , et les vaisseaux de sa base un peu plus gorgés ; les muscles sont pâles et irritables pendant quelque temps par le galvanisme. Expérience ine. 27 gouttes de cet acide , injectées dans l'anus d'un petit chat, occasionnèrent quelques vomisse- mens et des convulsions : ce dernier symptôme fut plus intense lorsqu'on injecta 27 gouttes du même poison dans l'abdomen ; les vomissemens et les convulsions furent aussi déterminés par son injection dans la capsule syno- viale du genou et dans le vagin. Expérience ive. L'acide bydro-cyanique , mis en contact avec la dure-mère ou avec les nerfs du bras , ne développa aucun symptôme fâcheux ; il en fut de même de l'articula- tion tarsienne d'un chat fortement liée au-dessus du ge- nou , et plongée pendant quelque temps dans cet acide. Expérience ve. 20 goultes d'acide hydro-cyanique, intro- duites dans l'estomac d'un lapin , le firent périr en trois minutes. Ces animaux meurent encore plus promptement lorsqu'on injecte quelques gouttes du même poison dans la de l'acide hydro-cyanique. 195 veine jugulaire. Après la mort, le cœur et les oreillettes étaient insensibles aux acides concentrés et aux piqûres • les muscles de la poitrine tremblaient lorsqu'on ~v?. cou- pait; l'estomac répandait l'odeur d'acide hydro-eyannue* les intestins conservaient leur mouvement péristaltique • le sang élait fluide. Expérienceyie. Les moineaux périssent en une, deux quatre ou cinq minutes , et au milieu de convulsions plus ou moins fortes , lorsqu'on leur injecte une goutte de cet acide dans le bec, ou qu'on l'introduit dans l'-uius. Il suffit même de tenir l'animal un moment sur le goulot de la bouteille qui contient l'acide (1). Un canard fut tué promptement avec i5 gouttes (2). Expérience vne. Les grenouilles meurent une ou deux heures après avoir avalé i5, 18 ou 20 gouttes d'acide hydro-cyanique: quelque temps après l'ingestion de ce poi- son, elles perdent insensiblement leurs forces, ferment les yeux , baissent la tête sur le carreau. Peu de temps avant la mort, elles se gonflent, étendent et remuent leurs phalanges, contractent les extrémités postérieures et de- viennent insensibles. A l'ouverture du cadavre, on trouve beaucoup de sérosité rougeâtre dans l'abdomen, une assez grande quantité d'un fluide blanc, visqueux dans la bou- che et dans l'estomac, un peu d'air dans les poumons ; le cœur bat encore pendant plus de deux heures, et se con- tracte , en le piquant, pendant plus de quatre, malgré l'ap- plication réitérée d'acide hydro-cyanique sur lui. Les cou- (1) Schrader, Journal allemand, par MM. Yellen et Tromsdorjf, deuxième extrait, xxie vol., premier cahier, première lettre. (2) Coullon, D. M. P., Dissertation inaugurale sur l'acide prussique, 20 août 1808. Cette ihèse renferme un très-grand nombre de faits inléressans. I96 DES POISONS NARCOTIQUES. tractions de cet organe cessent tout-à-fait au bout d'une demi- heure, lorsqu'on le sépare du tronc et qu'on le plonge, a trois reprises différentes, dans l'acide hydro-cyanique (Coul- lon). Ce fait s'accorde avec les expériences du célèbre Fontana {1), dans lesquelles le cœur de plusieurs gre- nouilles cessa de se contracter lorsqu'on laissa tomber sur lui quelques gouttes de laurier-cerise. Ces animaux périssent encore lorsqu'on applique l'acide hydro-cyanique sur les yeux, ou qu'on l'injecte dans l'a- nus ou dans l'abdomen. Expérience vme. On fit avaler à une carpe 24 gouttes d'acide hydro-cyanique : la sensibilité s'éteignit insensible- ment, et l'animal mourut au bout d'une heure. La bouche resta ouverte : le cœur se contractait immédiatement après la mort ; mais les oreillettes ne donnaient aucun signe de mouvement. Unbarbeau, placé dans de l'eau contenant quel- ques gouttes d'acide hydro-cyanique, mourut en une heure et demie : il s'était agité beaucoup dans l'eau (Coullon). Expérience ixe. Les limaçons, les hélices aquatiques et les limaces périssent par leur contact avec l'acide hydro- cyanique ; mais la mort arrive plus tard que chez d'autres animaux. Les sangsues, les lombrics.terrestres, les crabes , les écrevisses, les cloportes, les scolopendres, les arai- gnées, les poux, les puces, les mouches , les punaises de lit et des bois , les frelons, les abeilles, les guêpes, les fourmis, les grillons, les sauterelles, les vibrions, per- dent également la vie au bout d'un temps variable lors- qu'on les met en contact avec cette substance vénéneuse, et offrent des symptômes plus ou moins analogues à ceux dont nous avons parlé (Coullon}. Expérience xe. M. le professeur Emmert, qui avait déjà publié en i8o5 une excellente dissertation sur les ef- (1) Traité du Poison de la vipère. DE L'ACIDE HYDRO-CYANIQUE. I97 fets de l'acide hydro-cyanique, dit qu'un corbeau périt quel- ques secondes après qu'on lui eut injecté un demi-gros de cet acide dans la trachée-artère ; il offrit tous les phé- nomènes de l'opisthotonos (i). Expérience xie. Le même physiologiste injecta dans la veine jugulaire d'un cheval de l'acide hydro-cyanique tiède, et il remarqua que, peu dexminutes après , la respiration était plus fréquente; il y avait des mouvemens convulsifs dans tous les muscles du corps, et la pupille se dilatait. L'animal mourut vingt-une minutes après l'injection. Le sang que l'on tira de l'animal après avoir fait l'injection se coagulait sans produire de couenne, tandis que celui que l'on avait retiré avant l'opération était couenneux ; il y avait des bulles d'air dans le cœur. Expérience xne. M. Robert a exposé successivement des oiseaux, des lapins , des chats et des chiens à l'ouver- ture d'un matras de deux litres de capacité , contenant de l'air mêlé de gaz acide hydro-cyanique : tous ces animaux sont morts au bout de deux, quatre, six, huit ou dix secondes, en ouvrant la gueule et en rendant une grande quantité de salive. Un chien très-fort soumis à une de ces expériences offrit, après la mort, les résultats suivans: cer- veau sain , exhalant l'odeur d'acide hydro-cyanique; langue molle , bleuâtre et hors de la gueule; mucosités sangui- nolentes dans les ventricules du larynx; membrane mu- queuse de la trachée-artère parsemée de stries rougeâtres ; son système capillaire était injecté; poumons d'un rouge vif; cavités aortiques du cœur remplies de sang d'un rouge foncé; il en était de même de celui que l'aorte et ses prin- cipales divisions contenaient; le sang veineux avait l'aspect ( 1 ) Dis sert a'io itianguralis medica, de venenatis acidibo- mssiciin animalia effectibus, par C.-F. Emmert. Tubingaîj manii r8o5, pag. 12. .^8 DES POISONS NARCOTIQUES. d'un liquide dans lequel on aurait fait dissoudre du foie ; les poumons , le cœur et le sang exhalaient l'odeur d'acide hydro-cyanique; il en était de même du foie et de la chair musculaire : nulle altération dans les organes de l'abdomen. Expérience xme. M. Robert a fait aussi avaler à des chiens et à des chats de l'acide hydro-cyanique dissous dans l'eau et dans l'alcool, et il a obtenu des résultats ana- logues à ceux dont nous avons parlé dans les expériences précédentes (i). OBSERVATIONS. i°. M. Coullon dit, p. 89 : « J'ai avalé successivement 20 , 3o, 4<>, 5o , 60, 80 et 86 gouties d'acide prussique dans autant d'eau ; je trouvai cette liqueur d'une amer- tume insupportable. Je n'éprouvai rien aux premières doses; ce ne fut qu'aux dernières que j'observai ce qui suit : après les avoir prises , j'eus à l'instant, pendant quelques minutes, une sécrétion de salive plus abondante, et deux ou trois petites nausées ; mon pouls , qui, avant ce temps, ne donnait que cinquante-sept à cinquante- huit pulsations par minute, en marqua très-sensiblement 5 au bout de dix minutes, soixante-dix-sept et soixante- dix-huil; mais dans une heure et demie il revint à son premier type. Je sentis, pendant quelques minutes, une pesanteur de tête et une légère céphalalgie qui semblait siéger sous le cuir chevelu du sinciput. Pendant plus de six heures, j'éprouvai une anxiété précordiale assez mar- quée, alternant avec une légère douleur pulsative dans cette partie , sans que la pression la rendit plus sen- sible. » 2°. Mon ami M. Fueler m'a communiqué le fait sui- vant , qui, depuis, a été inséré dans les Annales de Chimie (1) Annales de Chimie du mois d'oclobre 1814. DE L'ACIUE HYDRO-CYANIQUE. 19g du mois d'octobre i8i4- « M. B., professeur de chimie, oublie sur une table un flacon qui renfermait de l'alcool chargé d'aoide hydro-cyanique ; la domestique, séduite par l'odeur agréable du liquide, en avale un petit verre. Au bout de deux minutes , elle tombe morte comme si elle eût été frappée d'apoplexie. On ne fit pas l'ouver- ture du cadavre. » Expériences faites avec V acide hydro-cyanique pur. Cet acide, préparé pour la première fois par M. Gay- Lussac, est formé d'hydrogène et de cyanogène (i); il est de tous les poisons connus celui qui agit avec le plus d'é- nergie. Expérience ire. L'extrémité d'un petit tube de verre trempée légèrement dans un flacon contenant quelques gouttes d'acide hydro-cyanique pur, fut transportée immé- diatement dans la gueule d'un chien vigoureux. A peine le tube avait-il touché la langue que l'animal fit deux ou trois grandes inspirations précipitées, et tomba roide mort. Il fut impossible de trouver dans ses organes musculaires locomoteurs aucune trace d'irritabilité. (Magendie, An- nales de Chimie et de Physique, décembre 1817.) Expérience 11e. Quelques atomes d'acide hydro-cyani- que furent appliqués sur l'œil d'un chien. On observa des effets semblables et aussi meurtriers. {Idem.) Expérience 111e. On injecta dans la veine jugulaire d'un chien une goutte d'acide hydro-cyanique étendu de 4 gout- tes d'alcool. L'animal mourut sur-le-champ, comme s'il eût été frappé d'un boulet ou de la foudre. ( Idem.) (1) Le cyanogène est un ga on a répété l'expérience avec le même nombre d'amandes partagées chacune en deux portions, et on a lié l'œsophage. Qualre heures après, l'animal n'avaitrien éprouvé. Il n'est mort qu'à la fin du quatrième jour, et dans un grand état d'abattement. On n'a point ouvert le cadavre. Expérience ve. On a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d'un chien de moyenne taille six amandes amères grossièrement pulvérisées. Trente heures après, 1 animal n'offrait aucun symptôme remarquable, et il n'est mort qu'à la fin du quatrième jour. 903. Tout porte à croire que les feuilles de pêcher, les fruits à noyau, les pépins de pommes et les divers corps contenant de l'acide hydro-cyanique , exercent sur l'éco- nomie animale une action délétère plus ou moins intense. 904. Il résulte de ces faits, i°. Que l'acide hydro-cyanique deSchéeleest nuisible aux différentes classes d'animaux, plus à ceux qui ont le sang chaud qu'aux autres; les insectes cependant meurent en se rapprochant des animaux à sang chaud par la promptitude avec laquelle ils sont souvent saisis ; mais s'en éloignent par l'ordre inverse dans lequel les parties meurent ; 20. Qu'il produit la mort avec d'autant plus de rapidité que la circulation est plus active, et que les organes de la respiration ont plus d'étendue; 3°. Qu'il est plus pernicieux aux jeunes animaux qu'aux autres ; DES AMANUES AMÈRES. 211 4°. Qu'il exerce son action quel que soit le tissu avec lequel on le met en contact, les nerfs et la dure - mère exceptés ; 5°. Que l'intensité de cette action varie selon la partie sur laquelle il a été appliqué ; ainsi, par exemple, il est très - délétère injecté dans la veine jugulaire ou dans la trachée-artère {Emmert); il l'est moins injecté dans le thorax; moins encore s'il est introduit dans l'estomac ou dans le rectum; son action est plus faible encore si on l'applique sur des blessures, et la mort arrive plus tôt dans le cas où la blessure a été faite aux membres antérieurs {Emmert); 6°. Que si la dose n'est pas assez forte pour procurer la mort, l'animal revient très-promptement à la vie, surtout si le poison a été mis en contact avec l'œil ou avec l'esto- mac; 7°. Que ses effets dépendent de son absorption et de son transport dans le torrent de la circulation ; 8°. Que son action est ralentie, mais non suspendue. lorsqu'on le met en contact avec une partie qui ne com- munique plus avec le cerveau ou avec la moelle épinière ; 9°. Qu'il paraît agir sur l'homme comme sur les aVii- maux à sang chaud ; io°. Qu'il détruit l'irritabilité, et qu'il doit être rangé parmi les narcotiques; 11°. Qu'il ne produit aucune lésion inflammatoire sus- ceptible d'être constatée après la mort; cependant que le système veineux paraît engorgé, tandis que l'artériel est vide, les pupilles souvent dilatées, les poumons tachés : altérations communes à un très-grand nombre de poisons stupéfians. go5. Il est évident que l'eau distillée et l'huile de laurier- cerise, ainsi que les amandes amères, exercent un mode d'action analogue à celui de l'acide hydro-cyanique. 212 DES POISONS NARCOTIQUES. L'extrait aqueux de laurier-cerise n'est point vénéneux ou ne l'est que très-peu; ce qui dépend sans doute de ce que l'acide hydro-cyanique s'est volatilisé lorsqu'on a fait évaporer le liquide jusqu'à consistance d'extrait. De la Laitue vireuse (lactuca virosa). 906. Cette plante appartient à la syngénésie polygamie égale de L., à la famille des demi-flosculeuses de Tourne-, fort, et à l'ordre des chicoracées de Jussieu. Caractères. Fleurs composées, jaunâtres, disposées en petitts grappes peu garnies : calice commun (involucre), oblong, imbriqué et formé d'écaillés droites et allongées, pointues, inégales, membraneuses sur les bords : demi- fleurons hermaphrodites, ayant des languettes dentées qui se recouvrent circulai renient : réceptacle glabre, ponctué : semences oblongues, comprimées et couronnées chacune par une aigrette pédicellée, capillaire, molle et fugace: tige droite, blanchâtre, hérissée d'épines éparses, et gar- nie , vers sa partie supérieure, de rameaux alternes et grêles : feuilles inférieures oblongues, ovales, amplexi- caules, oreillées à leur base, inégalement dentées, et épi- neuses en leur côte supérieure; les supérieures sont sagit- tées et entières, ayant seulement quelques dents presque épineuses à leurs oreillettes. Toutes les parties de cette plante contiennent un suc laiteux, visqueux, amer et d'une mauvaise odeur. On la trouve dans les champs et les haies et sur le bord des murs. Action de la Laitue vireuse sur Véconomie animale. Expérience ire. On a fait avaler à un chien robuste en- viron une livre et demie de feuilles fraîches de laitue vi- reuse : l'animal n'a pas paru incommodé. DE LA LAITUE VIREUSE. 2lS Expérience 11e. On a appliqué sur le lissu cellulaire du dos d'un chien 2 gros d'extrait aqueux de laitue vireuse acheté chez un pharmacien. Cinq jours après, l'animal avait des vertiges tels qu'il lui était impossible de se tenir débout : il avait constamment refusé les alimens, mais il n'avait éprouvé aucun symptôme remarquable. Il est mort le même jour. On n'a point trouvé d'altération sensible dans les organes intérieurs. Expérience 111e. On a répété la même expérience sur un petit chien. Au bout de deux jours, l'animal, qui n'avait été que légèrement assoupi, a eu des vertiges légers , et il est mort soixante-dix heures aptes l'opération. Les ventri- cules du cerveau ne contenaient point de liquide; les vais- seaux veineux extérieurs de cet organe étaient distendus et injectés en noir. Les poumons offraient quelques pla- ques d'un rouge brun; leur ti*su était un peu plus dense que dans l'état naturel. Expérience ive. A sept heures et demie du matin, on a fait la même expérience sur un gros chien robuste avec 2 gros d'extrait de laitue vireuse préparé en évaporant au bain-marie le suc de la plante fraîche. L'animal n'a rien éprouvé dans la journée. A neuf heures et demie du soir, il se plaiguait un peu. A onze heures , il commençait à avoir des vertiges. Le lendemain matin , à sept heures, on l'a trouvé mort. Il a été ouvert sur-le-champ. Les pattes étaient allongées, très-écartées, et dans un état de roideur marqué. Le sang contenu dans les ventricules du cœur était noir et coagulé. Les poumons et le canal digestif n'offraient point d'altération sensible. Le membre opéré était à peine enflammé. Expérience ve. A huit heures du matin, on a introduit dans l'estomac d'un petit chien 3 gros du même extrait dis- sous dans 1 onces d'eau, et on a lié l'œsophage. Le lende- main , à midi, on n'avait observé aucun phénomène re- 5l4 DES POISONS NARCOTIQUES. marquable. L'animal est mort le jour suivant, à six heures du malin. L'ouverture du cadavre n'a éclairé en aucune manière sur la cause de la mort. Expérience vre. On a injecté dans la veine jugulaire d'un chien de moyenne taille 36 grains du même extrait achelé chez un pharmacien, et dissous dans 4 gros d'eau. Au bout de deux minutes, l'animal a vomi quelques alimens à moitié digérés ; il a parcouru rapidement le laboratoire, puis s est arrêté; sa tête était pesante; il paraissait un peu assoupi, et ses extrémités postérieures commençaient à faiblir. Sept minutes après l'injection, il a eu des vertiges; sa marche était chancelante; et, au bout de deux minutes , il est tombé sur ses pattes de derrière ; quelques instans après , il s'est couché sur le côté; il voyait, il entendait bien ; sa respiration était un peu gênée et accélérée. Il est resté six minutes dans cet état: alors on l'a secoué; il a fait sept ou huit pas sans chanceler, et il est retombé; la tête s'est ren- versée sui le dos, ses pattes ont été agitées de légers mou- vemens convulsifs; il a poussé quelques cris plaintifs, a fait d'infructueux efforts de vomissement, et a expiré au bout de trois minutes. On l'a ouvert sur-le-champ. Le sang contenu dans le cœur était fluide, sans altération dans sa couleur. Les poumons, crépitans , roses , ne contenaient qu'une petite quantité de sang. Expérience vne. On a injecté dans la veine jugulaire d'un petit chien robuste 48 grains du même extrait dissous dans 3 gros d'eau. Sur-le-champ l'animal a été assoupi, a rendu quelques excrémens jaunâtres, est tombé sur le côté, et a expiré trois minutes après sans offrir le moindre mou- vement convulsif. L'ouverture du cadavre a été faite dans le même instant. Le cœur ne battait plus ; le sang contenu dans le ventricule gauche était rouge et fluide; presque tout celui que renfermait la cavité droite était coagulé et noir. Les poumons, roses, crépitans, surnageaient l'eau. DES SOLANUM. »l5 On lit dans Vicat : « La laitue vireuse enivre ceux qui en mangent ou qui respirent la vapeur qui s'en élève lors- qu'on la fait cuire. En un mot, on en peut retirer un opium aussi actif que celui que fournit le pavot ». (Ouvrage cité, pag. 209.) Il est aisé de voir que l'assertion de cet auteur est inexacte, en comparant le peu d'activité de l'extrait de cette plante avec les propriétés énergiques de l'opium , et surtout de son extrait. 907. Les faits que nous venons de rapporter nous por- tent à croire , i°. Que l'extrait de laitue vireuse, préparé en évapo- rant le suc de la plante à une douce chaleur , est plus actif que celui qui a été préparé par décoction ; 20. Qu'il est absorbé et porté dans le torrent de la cir- culation, et que son action est plus intense et plus rapide lorsqu'il est injecté dans la veine jugulaire que dans le cas où il est appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse : ce der- nier mode d'application est suivi d'effets plus marqués que lors de l'injection de l'extrait dans l'estomac ; 3°. Qu'il agit sur le système nerveux à la manière des narcotiques. Des Solanum. 908. Les expériences faites par M. Dunal prouvent évi- demment que le solanum dulcamara peut être administré à forte dose sans inconvénient. Il a fait prendre à des chiens jusqu'à 4 onces de son extrait aqueux .sans qu'ils aient éprouvé le moindre accident II en a été de même d'un de ces animaux à qui on administra 180 baies mûres de sola- num dulcamara. Un coq, qui en avala 5o, ne parut point incommodé. Désirant connaître l'influence de l'état de ma- turité de ses fruits, on fit prendre â un chien 100 baies de douce-amère avant leur maturité : elles ne développèrent aucun symptôme. M. Fages, docteur de Montpellier, a Dl6 DES POISONS NARCOTIQTES. employé l'extrait aqueux de douce-amère,à très-forte dose, sur un homme atteint de dartres. Au quarante-septième jour du traitement, le malade prenait par jour, en une seule dose, 10 gros d'extrait aqueux de douce-amère. Dans une autre circonstance, ce médicament fut porté impu- nément à la dose de 32 gros, que l'on divisait en deux prises (i). La morelle (solanum nigrum) a aussi fixé l'attention de M. Dunal-, il a fait prendre à des cochons de mer, à des chiens et à des coqs, depuis 3o jusqu'à ioo baies de sola- num nigrum et de solanum villosum, sans qu'ils aient paru éprouver la moindre incommodité. Il a mangé lui-même, à plusieurs reprises, une assez grande quantité de ces baies sans aucun inconvénient. M. Dunal pense, d'après ces faits, que les histoires d'empoisonnement par les morelles. con- signées dans les ouvrages de Gmelin, de M. Alibert, et dans les Ephémérides des Curieux de la nature, appartien- nent plutôt aux fruits de Yatropa belladona, qui était ran- gée parmi les solanum par les botanistes antérieurs à Tour- nefort. Il est évident que l'observation rapportée par Wep- fer (de Solano fuiioso, pag. 222, livre cité) appartient également à la belladona. 909. Nous avons fait quelques expériences dans le des- sein de déterminer quelle était l'action de l'extrait aqueux de morelle préparé en faisant évaporer au bctin-marie le suc de la plante fraîche. Expérience iTe. A sept heures du matin, on a introduit dans l'eslomac d'un petit chien très-fort 7 gros et demi de cet extrait dissous dans 3 onces et demie d'eau , et on a lié l'œsophage. A quatre heures, l'animal ne paraissait avoir éprouvé aucune incommodité. Le lendemain , à huit heures (1) Histoire naturelle, médicale et économique des Solanum, par M. Dunal, 1815, pag. 70, 75 et cg. I)E5 SOLANUM. 2iy du matin, il était légèrement abattu ; à cinq heures du soir, il ne présentait aucun phénomène remarquable. Le jour suivant, à six heures du matin, il était insensible et immo- bile. Il a expiré un quart d'heure après. On l'a ouvert à sept heures et demie. Les membres étaient flasques. Le cœur ne contenait point de sang. Les poumons offraient çà et là des piaques d'un rouge foncé, moins crépitantes que les autres parties, qui étaient d'une couleur rose. Il n'y avait au- cune altération dans le canal digestif. Expérience 11e. On a recommencé la même expérience avec six gros d'extrait sur un petit chien. L'animal est mort au bout de quarante - huit heures, et a offert les mêmes symptômes et les mêmes lésions cadavériques. Expérience me. A huit heures du matin, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d'un petit carlin, 2 gros du même extrait dissous dans un gros et demi d'eau. L'a- nimal est mort quarante-six heures après, et il n'avait pré- senté aucun phénomène remarquable pendant les quarante premières heures ; alors il est tombé dans un état de grande insensibilité. A l'ouverture du cadavre, on a observé un léger engorgement dans les poumons; les autres organes étaient sains ; la plaie était très-peu enflammée. 910. Ces faits nous portent à croire, i°. Que l'extrait de morelle est peu vénéneux; 20. Qu'il est lentement absorbé, et qu'il détruit la sensi- bilité et la mobilité. M. Dunal a cependant remarqué que le suc des sola- rium mgrum, villosum, nodiflorum, miniatum, appliqué sur les yeux, occasionnait une légère dilatation de la pu- puille, et rendait l'organe insensible à l'impression d'une vive lumière (pag. 88). Ces effets ont duré pendant deux, trois, quatre ou cinq heures, et ils ont été constamment moindres que ceux que l'on obtient en frictionnant ces mêmes parties avec le suc de belladona. SI 8 DES POISONS NARCOTIQUES. Solanum fuscatum (melangena fructu rotundo, cum spinis violaceis de Tournefort). On a fait avaler à un chien la pulpe et les graines de i5 baies de cette espèce : la res- piration n'a point tardé à être difficile; les muscles de l'ab- domen se contractaient et se relâchaient avec intensité; les lèvres étaient tremblotantes, la bouche écumeuse ; l'animal faisait des efforts infructueux de vomissement; la chaleur du corps était très-augmentée, et il se jetait tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Une heure et demie après, il était plus calme et avait vomi une grande quantité du poison : il ne tarda pasà êire parfaitement rétabli (Dunal, p. 104.) (i). Taxasbaccata{\î.) On a émis des opinions diverses sur les propriétés de cette plante. Rai, BerMey, Mat- thiole , Bauchin, Jules-César, etc., affirment qu'elle est vénéneuse. Lobel, C amer arlus, H aller, Bulliard, etc., pensent différemment. « J'ai avalé plusieurs fois i dit Bul- liard, des baies d'if, à l'exemple des enfans, qui donnent à ce fruit le nom de morviaux; je me suis tenu long-tlemps, et dans les grandes chaleurs , dans des lieux plantés d'ifs nouvellement taillés ; je n'en ai jamais éprouvé la moindre incommodité. » (Ouvrage cité, page 157. ) M. Grognier, professeur à l'Ecole royale vétérinaire (1) Le beau Mémoire de M. Dunal est terminé par le para- graphe suivant : u Les faits que nous avons rapportés sont en opposition avec l'opinion générale, qui est que tous les sola- num sont des poisons. Les causes de cette opinion sont, i°. qu'on a quelquefois confondu des plantes très-différenies, en attri- buant aux unes les propriétés des autres; 20. qu'on n'a pas con- sidéré que les propriétés des plantes devaient être examinées d'organe à organe; 5°. qu'on a cru, sans examen, aux pré- ceptes trop génçraux de Linnée : Plantée quce génère conve~ m'une etiam virtuce conveniunt; quce ordinè nalnrali coati-. nentur etiam virtute propriùs accedunt. » DES SOLANUM. 2ig de Lyon , a fait des expériences que nous croyons devoir rapporter. « ^ ers le commencement de l'automne de 1816, on prit 240 grammes de fruits d'if ( taxus baccata) dont on avait ôié les pépins ; on les fit bouillir dans un litre d'eau jusqu'à réduction de moitié; la décoction fut donnée à un ehien barbet qui était à jeun : sa santé n'éprouva au- cune altération. » Huit hectogrammes de pépins d'if, mêlés à une quan- tité double d'avoine, ont été présentés à un cheval égale- ment à jeun; il les a mangés avec difficulté, et il n'a donné aucun signe d'empoisonnement. » Le suc extrait des feuilles de ce végétal a été donné à la dose de 5o grammes, et ensuite d'un hectogramme, à un chien barbet de moyenne taille , âgé d'environ quatre ans , et il n'a déterminé d'autres effets que le vomis- sement. Un autre chien plus petit a succombé après avoir pris 4o grammes de la même substance. » Quatre hectogrammes de feuilles fraîches d'if ont été mis en décoction dans un litre et demi d'eau jusqu'à réduction de moitié. Les deux tiers du liquide obtenu ont été donnés à un chien de moyenne taille, le restant a un pelit chien : l'un et l'autre ont eu les pattes et la gueule liée pour empêcher le vomissement. Aucun signe d'empoisonnement ne s'est manifesté. Le lendemain, on a augmenté d'un hectogramme la dose de l'if ; on l'a traité et administré de la même manière : les résultats n'ont pas été différeus. Nous nous sommes assurés que les poules ne recherchaient pas les fruits d'if, comme on l'a prétendu.» ( Gazette de Santé, ier novembre 1817.) INous avons injecté dans la veine jugulaire d'un gros chien robuste 4© grains d'extrait aqueux préparé avec les feuilles de cette plante et dissous dans une demi-once d'eau. Deux minutes après, l'animal a éprouvé des vertiges ; sa 220 DES POISONS NARCOTIQUES. tête paraissait lourde; ses extrémités postérieures com- mençaient à fléchir. Cinq minutes après, il élait assoupi et sur le point de tomber lorsqu'il a été réveillé subite- ment. Ces symptômes ont diminué, et le lendemain l'ani- mal paraissait rétabli. On a recommencé la même expé- rience sur un chien de moyenne taille, moins fort que le précédent. Il a éprouvé des svmptômes analogues et il est mort dans la nuit : on n'a pu découvrir aucune alté- ration cadavérique. Nous croyons, d'après ces différens résultats, que l'if doit être rangé parmi les narcotiques, et que les opinions diverses des auteurs à ce sujet dépendent de ce que l'on a examiné des ifs de divers kges et exposés dans des lieux différens. Il paraît d'ailleurs que toutes les parties de cette plante ne sont pas vénéneuses. Actœa spicata. Linnœus dit que les baies de cette plante ont excité un délire furieux suivi de la mort. Colden rapporte que l'ingestion de ces fruits et d'une teinture préparée avec la racine de cette plante, a été suivie de beaucoup de malaise et de sueurs froides, sans qu'il y ait eu cependant d'autres accidens (i). Le Mon- nier affirme que son extrait a tué des poules. Nous avons souvent fait prendre à des chiens de 4 à 6 onces de de- coctum d'actœa spicata cueilli dans le mois de mai, et nous n'avons observé aucun phénomène sensible. Physalis somnifera. Plenck range la racine de cette plante parmi les narcotiques, et il dit qu'elle a moins de propriétés délétères que l'opium. Azalea pontica. Gmelin rapporte que le miel recueilli dans les fleurs de celte plante occasionna à dix mille sol- dats grecs des vomissemens, la dysenterie, de l'ivresse, et ils devinrent furieux. (i) Colden, Act. Upsal, ann. l'-fô, pag. i32. DES POISONS NARCOTIQUES. 221 Ervum ervilia ( ers ). Binninger a remarqué que le pain dans lequel entrait la semence de cette plante avait tellement affaibli les membres abdominaux des individus qui en avaient mangé, qu'ils étaient obligés de s'appuyer sur deux crosses lorsqu'ils marchaient (i). Valisneri a vu des paralysies incurables causées par cette nourriture(2). Les chevaux et les poules éprouvent des phénomènes ana- logues de la part de cette semence. Lathyrus cicera. Les semences de cette légumineuse jouissent à-peu-près des mêmes propriétés vénéneuses que celles de l'ers, d'après Divernoi. Plenck range aussi le peganum harmela parmi les nar- cotiques. Paris quadrifolia. On croit que cette plante occasionne le vomissement et des spasmes. Gesner en avala un gros dans du vin et du vinaigre ; il eut des sueurs copieuses , et il éprouva de la sécheresse dans le gosier. (Gesnerus, i epist. med., fol. 53. ) Le safran est regardé par quelques médecins comme un poison narcotique. Nous avons fait des expériences qui prouvent qu'il n'est point délétère pour les chiens, ou du moins qu'il ne l'est qu'à un degré très-faible : i°. On a introduit dans l'estomac d'un petit chien 3 gros de safran que l'on avait fait infuser dans une once d'eau pendant douze heures ; Vinfusum a aussi été ingéré, et on a lié l'œsophage. Cinq jours après , l'animal n'avait éprouvé aucun symptôme remarquable ; il était un peu abattu. Il est mort le jour suivant, et il a été impossible de découvrir la moindre altération cadavérique. 20. On a appliqué sur le tissu cellujaire de la partie interne de la cuisse d'un petit chien faible, un gros de safran mêlé (1) Observ. et Curât, med., cent, v, obs. lxx, pag. 571. (->.) Galera di Minerva, lom, iv, pag- 220. 222 DES POISONS îi AlieOTÎQl'tî. avec 2 gros d'eau. L'animal est mort à la fin du quatrième jour, et il n'avait présenté d'autre phénomène que de l'abattement. L'ouverture du cadavre n'a point éclairé sur la cause de la mort. Du Gaz azote. 911. Le gaz azcte est incolore, inodore, transparent; il éteint les corps en combustion ; sa pesanteur spécifique est de 0,96613 ; il ne rougit point Vinfusum de tourne- sol ; il est insoluble dans l'eau et ne trouble point l'eau de chaux. Action du Gaz azote sur l'économie animale. Expérience ire. Les cabiais, plongés dans ce gaz , sont asphyxiés au bout de cinq minutes. Ils périssent en trois minutes et demie si on commence par vider l'air qui se trouve dans leurs poumons, comme l'a prouvé feu M. Nys- ten. Au moment de l'immersion dans une atmosphère d'azote pur ou presque pur , l'animal éprouve de la gêne dans la respiration, qui devient grande, élevée et plus rapide que de coutume; il s'affaiblit progressivement, mais sans aucune lésion des fonctions nerveuses (M. Du- puytren). Après la mort, le système artériel se trouve rempli de sang noir. Cette asphyxie n'a lieu que par défaut d'oxigène, puisqu'on rappelle facilement à la vie les jeunes animaux en les exposant à l'air. Expérience 11e. M. Nysten a injecté dans la veine jugu- laire de plusieurs chiens depuis. 20 jusqu'à i5o centimè- tres cubes de gaz azote, et il a observé les symptômes suivans : cris douloureux, roideur convulsive des mem- bres et du tronc, agitation , pouls rare et à peine sen- sible, respiratiqn ralentie, et la mort. Il conclut de ces expériences que le gaz azote , injecté dans le sys- tème nerveux, exerce une action sédative sur la force DU PROTOXIDE D'AZOTE. 223 vitale du cœur, action qui est indépendante d'une autre entièrement mécanique qu'il a sur ce même organe. Expérience ine. Le même physiologiste a injecté dans la plèvre d'un chien i5o centimètres cubes de ce gaz, .qui a été absorbé et n'a produit aucun effet nuisible. M. Dupuytren a prouvé que ce gaz est une des causes du plomb ou asphyxie des fosses d'aisance. Du Protoxide d'Azote (oxidule d'azote). 912. Ce gaz est invisible et inodore; il a une saveur douceâtre; sa pesanteur spécifique est de i,52o4- H est soluble dans l'eau. Lorsqu'on le met en contact avec une bougie qui présente quelques points en ignition, celle- ci se rallume et brûle avec éclat : dans ce cas le gaz est décomposé et l'azote est mis à nu. 9i3. Les effets de ce gaz sur l'économie animale n'ont pas été les mêmes chez les différens individus qui l'ont respiré. M. H. Davy éprouva d'abord des vertiges, des picotemens à l'estomac ; vers la fin de l'expérience la force musculaire augmenta., et il se déclara une sorle de délire gai qui finit par des éclats de rire. M. Proust ressentit seu- lement des étourdisse mens et un malaise inexprimable. Les essais tentés à Toulouse par une société d'amateurs confirment les résultats obtenus par M. Davy j cependant quelques personnes, loin d'éprouver de la gaîté, ressenti- rent une grande dilatation , accompagnée de chaleur de poitrine; leurs veines se gonflèrent, le pouls devint accé- léré , les objets paraissaient tourner autour d'eux. M. Psaff, en rendant compte des expériences faites récemment à Kiel, dit : « Une des personnes qui ont respiré ce gaz a été enivrée très-vite et mise dans une extase très-extraor- dinaire et très-agréable». Nous nous sommes soumis aussi à une épreuve de ce genre ; le protoxide .d'azote sur le- quel nous opérions était parfaitement pur, et nous avons 224 DES POISONS NARCOTIQUES. été bientôt obligés de suspendre l'expérience : des verti - ges, un malaise inexprimable, une vive chaleur dans la poitrine : tels sont les symptômes que nous avons éprou- vés , et qui ont amené une syncope qui a duré six minutes. M. Nysten a conclu d'une multitude d'expériences faites en injectant ce gaz dans les veines, i° qu'il se dissout avec la plus grande promptitude dans le sang veineux des ani- maux où il est injecté ; 2° qu'injecté par quantité de 3o à 4« centimètres cubes, il ne donne lieu d'abord à aucun effet primitif notable; mais que si on multiplie les in- jections, surtout si on augmente les doses, il finit par produire sur le système nerveux des phénomènes ana- logues à ceux qu'il détermine lorsqu'on le respire en grande quantité, et que ces phénomènes peuvent être suivis de la mort, qui commence alors par le cerveau; 3° que^ malgré la solubilité du gaz oxidule d'azote, si on en injecte à-la-fois une très-grande quantité, par exemple, 200 à 3oo centimètres cubes, il détermine sur-le-champ la distension du cœur pulmonaire et la mort, qui, dans ce cas, commence par le cœur; 4° qu'injecté en quantité considérable, mais insuffisante pour produire des phéno- mènes nerveux mortels, et avec les précautions nécessaires pour ne pas donner lieu à la distension du cœur, il peut occasionner du chancellement dans la marche ; mais que cet effet cesse promptement, et qu'il n'est suivi d'au- cun accident consécutif grave; .5° qu'il n'occasionne au- cun changement apparent dans le sang artériel. (Ouvrage cité, page 77.) mptômes produits par les poisons narcotiques. 914. Les symptômes développés par les poisons de cette classe sont à-peu-près les mêmes, soit que la substance vénéneuse ait çté appliquée sur le tissu cellulaire, soit qu'elle ait été introduite dans l'estomac ou injectée dans Sy DES POISONS NARCOTIQUES. 22& les veines, caractères qui les distinguent de la majeure- partie de ceux dont nous avons parlé dans les trois classes précédentes. 915. Ces symptômes peuvent être réduits aux suivans ; stupeur, engourdissement, pesanteur de tête, envies de dormir, légères d'abord, puis insurmontables; vertiges, sorte d'ivresse, délire furieux ou gai, quelquefois dou- leur; mouvemens convulsifs légers ou forts dans toutes les parties du corps ; paralysie des extrémités postérieures, dilatation de la pupille, sensibilité diminuée des organes des sens, état comme apoplectique , pouls fréquent ou rare, plein et fort, principalement dans la première pé- riode de Ja maladie ; respiration presque comme dans l'état naturel, quelquefois cependant un peu accélérée; nau- sées, vomissement, surtout lorsque le poison a été appli- qué sur le tissu cellulaire ou qu'il a été injecté en lave- ment ; les symptômes nerveux acquièrent plus d'intensité, et les animaux succombent. La mort est très - prompte dans le cas où le poison a été injecté dans les veines ; elle l'est moins lorsqu'il a été appliqué sur le tissu cellulaire; enfin elle arrive plus tard lorsqu'il a été introduit dans l'estomac. Lésions de tissu développées par les Poisons narcotiques. i°. On ne découvre aucune altération cadavérique dans le canal digestif des individus qui ont avalé une des sub- stances vénéneuses de cette classe ; et si l'on trouve dans les auteurs des faits contraires à cette assertion, cela dé- pend de ce que l'on a administré des substances irritantes capables de produire une inflammation. 2°. Appliquées sur le tissu cellulaire ou sur le derme, elles produisent une légère irritation analogue à celle qu'occasionnerait tout autre, corps étranger. - £2.6 DES POlSOUS NARCOT1QLES. 3Q. Les poumons oflrent souvent des lésions semblables à celles dont nous avons parlé en faisant l'histoire des sub- stances acres (p. i35 de ce vol.) , et il est assez remarquable que plusieurs des animaux atteints de celte lésion organique n'éprouvent, pendant la vie, aucun phénomène morbide qui puisse la faire soupçonner : la respiration n'est ni accélérée ni gênée. Ce fait nous paraît devoir être i ap- proché d'un autre que l'on observe quelquefois chea l'homme , savoir, qu'il y a des pneumonies chroniques et même aiguës sans toux, ni expectoration , ni fièvre j les malades ne se plaignent même pas de respirer avec beau- coup de difficulté {i). 4°. Le sang contenu dans les ventricules du cœur et dans les veines est souvent coagulé peu de temps après la mort ; assertion qui est entièrement opposée à ce qu'ont avancé plusieurs médecin s-légistes. 5°. Le cerveau et les méninges offrent souvent des en- gorgemens dans les vaisseaux veineux qui rampent à leur surface ou qui se distribuent dans leur tissu. Les lésions des autre» organes nous ont paru inappréciables. (i) Le diagnostic de ces maladies ne saurait être établi d'une manière .-tire sans le concours des deux signes suivant : i°. im- possibilité de faire des inspirations profondes; 2<\son mat de la poitrine I-olés, ces signes seraient de peu de valeur; combinés, ils suffisent pour prononcer sur l'existence de l'affection. Com- bien de fois n'avons-nous pas vu notre ami et notre maître M. le docteur Récamier, dont les connaissances médicales sont si vastes, reconnaître par ce moyen des affections des poumoaa qui avaient échappé à la sagacité d'autres praticiens l TRAITEMENT. 227 Traitement de l'empoisonnement par les Narcotiques. 916. Les médicamens proposés jusqu'à ée jour comme antidotes des poisons narcotiques sont : i° le vinaigre et les acides végétaux; 20 Vinfusum et le decoctum de café, 3° la dissolution de chlore dans l'eau (acide murialique ©xigéué liquida) ; 4° le camphre; 5° l'eau et les boissons émollientes; 6° la saignée. Nous allons rapporter les ex- périences que nous avons faites pour con taier l'efficacité de ces moyens , principalement dans l'empoisonnement par l'opium Nous parlerons ensuite de la marche que le médecin doit suivre dans un cas de cette nature. i°. Du Vinaigre et des Acides végétaux* 917. Doit-on, dans l'état actuel des sciences médica- les , s'obstiner à admettre un fait qui n'est pas appuyé anr des expériences rigoureuses , par cela seul que quel- ques hommes célèbres l'ont avancé, et qu'il a été géné- ralement adopté ? Quels que soient les égards dus aux savans illustres qui s'occupent avec succès et saus relâche du perfectionnement des connaissances humaines, nous pensons qu'il est important de ne pas embrasser leurs opinions lorsqu'elles sont l'expression de faits inexacts , et qu'elles tendent à ralentir plutôt qu'à accélérer les pro- grès des sciences médicales. Aussi n'hésitons-nous pas à nous élever contre une doctrine professée encore de nos jours par les plus grands maîtres de l'art, savoir, que te vinaigre et les acides végétaux sont des contre-poi- sons de l'opium. En effet, le vinaigre et les autres acides végétaux ne pourraient être des antidots de l'opium qu'au- tant qu'ils le décomposeraient rapidement dans l'estomac, et le transformeraient en une substance dont les effets 228 DES POISONS N \ C ((> I I Q L L S- ne seraient pas nuisibles sur l'économie animale ; or, nous pouvons affirmer, d'après un très-grand nombre de faits recueillis avec soin, que ces acides aggravent les symptômes de l'empoisonnement par l'opium toutes les fois qu'ils ne sont pas vomis. Voici les preuves de cette proposition. Expérience ire. On a fait prendre à un jeune chat 3 gros de vinaigre contenant de l'opium en solution et mêlés avec 6 gros d'eau. Dix minutes après , l'animal élait assoupi. Au bout de dix autres minutes, il était insensible ei couché sur le côté ; ses muscles offraient des mouve- mens convulsifs continuels , et tellement violens , que toutes les parties de l'animal étaient dans une agitation extrême : ces secousses persistaienT encore trois heures après ; mais l'animal jouissait d'une légère sensibilité. Il esl mort cinq heures et demie après l'injection du liquide. On l'a ouvert le lendemain. Les muscles étaient rigides et contractés. Le cœur contenait une assez grande quan- tité de sang coagulé. Expérience ne. On a mêlé 2 gros d'opium brut con- cassé avec une once et demie de vinaigre distillé ; qua- rante-huit heures après, cet acide avait dissous une assez grande partie du poison ; il était d'une couleur rouge. On ft ajouté 2 onces d'eau, et on a introduit le mélange dans l'estomac d'un chien gros et robuste : 1 œsophage a été lié. L'animal est mort cinq heures après ; il avait offert les symptômes suivans : assoupissement, paralysie du train postérieur, tremblement de lêle, et secousses convulsives. On l'a ouvert le lendemain. La membrane muqueuse de l'estoniac se détachait facilement, mais elle n'était pas enflammée. Les poumons étaient livides , gorgés de sang. Expérience me. Désirant connaître si les effets délétères observés dans l'expérience précédente dépendaient de la portion d'opium dissoute par le vinaigre ou du marc, on TRAITEMENT. 22}} a donné à un autre animal robuste le liquide acétique ob- tenu en mettant 2 gros d'opium brut en contact, pendant quarante-huit heures , avec une once et demie de vinaigre : ce liquide a été filtré et étendu dans 2 onces d'eau. Vingt-cinq minutes après , l'animal élait sous l'influence du poison, et il est mort au bout de cinq heures. Le canal digestif n'offrait aucune trace d'inflammation. Expérience iv*. A neuf heures du matin, on a intro- duit dans l'estomac d'un petit chien robuste 2 gros d'ex- trait aqueux d'opium parfaitement mêlés avec 2 onces de vinaigre distillé et 3 onces d'eau : on a lié l'œsophage. Dix minutes après, l'animal a fait des efforts pour vo- mir. A neuf heures et demie, il était assoupi. A neuf heures cinquante minutes, les pattes postérieures étaient très- faibles , et l'animal ne pouvait marcher sans les fléchir considérablement. On a détaché la ligature de l'œsophage, et on a introduit de nouveau dans l'estomac 2 onces de vinaigre mêlés avec 4 onces d'eau. A dix heures un quart, il ne pouvait plus lever les pattes de derrière, marchait difficilement en les traînant, et offrait des mouvemens convulsifs. A onze heures , ces mouvemens étaient très- violens, et avaient lieu par secousses analogues à celles qu'offrent les grenouilles exposées à l'action de la pile voltaïque; ses membres étaient roides , étendus, et dans un grand état de débattement. On lui a fait prendre de nouveau une once de vinaigre mêlé avec 2 onces d'eau. Il a fait des contorsions horribles , s'est débattu , et a expiré un quart d'heure après. La membrane muqueuse de l'estomac était légèrement enflammée. Expérience ve. A midi, on a détaché et percé d'un trou l'œsophage d'un gros chien robuste ; on a introduit dans son estomac un cornet de papier contenant 2 gros d'opium brut aussi divisé que possible. Vingt minules après, on lui a fait prendre 3 onces de vinaigre mêlés à une égal* i3o DES POISONS NARCOTIQUES. quintité d'eau , et on a lié l'œsophage. A deux heures , l'animal ne paraissait pas sous l'influence du poison. On a détaché la ligature, et on a introduit de nouveau dans l'estomac 8 onces de vinaigre et 4 onces d'eau. A cinq heures, il était couché sur le ventre, et ne pouvait pas se tenir un instant debout; son corps , agité par des mouve- mens convulsifs violens , faisait des sauts en tous sens ; ses extrémités , roides et écartées, se débattaient presque continuellement. Ces symptômes ont continué jusqu'à huit heures, et l'animal est mort. On Ta ouvert le lendemain. L'estomac contenait une très-grande quantité de vinaigre et un p- u d'opium ; sa membrane muqueuse, d'un rouge noir, se det ichait facilement et était ulcérée dans plusieurs points; la tu:;ique soujacente, d'une couleur foncée, é>ait pais-mée de stries noirâtres. Les poumons étaient gorgés de sang fluide. 918 rVmr peu q-re l'on compare les effets que produi- sent l'opiui» et son extrait administrés seuls, à ceux qu'ils occasionnent lorsqu'ils sont associés au vinaigre, on sera. forcé de conclure , i° que, dans le premier cas , les phé- nomènes de l'empoisonnement tardent plus à se manifes- ter ; 20 qu'ils sont, en général, beaucoup moins violens ; 3° que la mort arrive constamment plus tard ; 4° qu'ils ne sont presque jamais suivis de l'inflammation de l'es- tomac, tandis que le vinaigre la détermine toujours lors- qu'il est un peu concentré. 919. Il est donc évident que l'emploi de cet acide sera suivi des accidens les plus graves si les am'maux auxquels on l'administre n'ont pas vomi le poison qui avait été in- troduit dans l'estomac. Il n'en est pas de même lorsque la substance vénéneuse a été expulsée par le vomisse- ment : dans ce cas, l'eau vinaigrée et le5 autres acides végétaux jouissent de la propriété de diminuer les symptô~ W£& de; tempoiiojmemeixt 4 e.t même de les faire cesser TRAITEMENT. a3f entièrement. Voici des expériences à l'appui de cette pro- position importante. Expérience ire. A huit heures du matin, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d'un chien de moyenne taille 33 grains d'extrait aqueux d'opium dissous dans un gros et demi d'eau. A huit heures et demie , l'animal était assoupi et en proie à des convulsions violentes ; ses extrémités postérieures étaient presque complètement pa- ralysées. On a introduit dans son estomac , à l'aide d'une sonde de gomme élastique et d'une seringue, 6 onces d'eau vinaigrée. Cinq minutes après , les convulsions n'étaient pas diminuées. A onze heures , il élait à-peu-près dans le même état. On a injecté de nouveau dans son estomac 4 onces d'eau vinaigrée. A midi et demi, l'animal parais- sait mieux, il commençait à pouvoir se soutenir sur ses extrémités postérieures. On lui a donné 5 onces d'eau vinaigrée; à deux heures et demie, il n'avait plus de mouvement convulsif, et il pouvait se tenir debout. On lui a administré de nouveau 4 onces d'eau vinaigrée ; à cinq heures moins un quart, l'animal était sensiblement mieux (4 onces d'eau vinaigrée); à sept heures du soir, il marchait librement. On lui a fait prendre une nouvelle dose du même liquide; à dix heures et demie, il n'éprouvait aucun vertige et paraissait presque rétabli (4 once i d'eau vinai- grée). Le lendemain matin, à sept heures, il était couché sur le côté , et avait une légère propension au sommeil. On lui a donné 6 onces d'eau vinaigrée, et les effets de l'opium ont cessé complètement. Le jour suivant, il a pris des alimens , et il se portait à merveille dix jours- après. On s'était assuré, par des expériences multipliées, que 20 grains du même extrait, placés dans le tissu cellu- laire , occasionnaient constamment la mort des animaux de même taille en six, douze, quinze ou dix-huit heures. Expérience u*". A sept heures et demie du matin, on,a '•?fl DES POISONS NARCOTIQUES. introduit dans l'estomac d'un petit chien 8 onces d'eau vinaigrée; on a lié l'œsophage. Immédiatement après, on a injecté dans le tissu cellulaire de la cuisse 3o grains d'extrait aqueux d'opium dissous dans 2 gros d'eau. A huit heures moins cinq minutes , les extrémités posté- rieures étaient un peu faibles ; l'animal élait assoupi et poussait de légères plaiutes. A neuf heures, on a détaché 1 » ligature de l'œsophage, et on a injecté dans l'estomac 4 onces d'eau vinaigrée. A onze heures , les symptômes de l'empoisonnement n'étaient pas plus intenses. ( -i onces d'eau vinaigrée.) A une heure , la faiblesse des extrémités persistait; l'animal ne pouvait pas se tenir long-temps de- bout ; cependant il pouvait marcher. A deux heures dix minutes , sa démarche élait plus facile. ( 2 onces d'eau vinaigrée.) À six heures, il allait sensiblement mieux. On lui a fait prendre une nouvelle dose de médicament ; mais comme on a cessé de le soigner, il est mort à quatre heures du matin. 920. Il est certain que, dans cette expérience , l'eau vi- naigrée a empêché les symptômes de l'empoisonnement d'être porlés au degré où ils l'auraient été si elle n'eût pas été administrée; il n'est pas non plus douteux qu'on n'eut fini par le- faire disparaître entièrement si l'animal n'eût pt> été aussi faible, et surtout si l'on avait conti- nué à lui administrer ce médicament pen ant la nuit. Noms pourrions rapporter un très-grand nombre de faits analogues qui prouvent que, lorsque l'eau vinaigrée est employée à plusieurs r prises dans bs premières vingt- quatre heures de l'ein'oisonnem rit, les ^yinplôuv s dimi- nuent d'intensité , quelque graves qu'ils aient été d'abord. N-uis prouverons plus tard que les bons effets de cette boisson ne dépendent pas de l'eau qu'elle contient. Expérience m1'. A huit heures moins E* POISONS NARCOTIQCES. demi-heure, l'animal a été en proie à un accès convulsif horrible déterminé par le camphre, et il a expiré un quart d'heure après. Dans d'autres expériences , on a varié les doses de ces deux substances , et on a remarqué que la mort avait con- stamment lieu lorsqu'elles étaient administrées à assez forte dose, et que les phénomènes qui la précédaient dépen- daient tantôt du camphre, tantôt de l'opium, suivant que l'un ou l'autre de ces poisons était en grand excès par rap- port à l'autre. 924. Ces faits suffisent pour affirmer que le camphre ne décompose point l'opium et ne iVmpêche pas d'agir comme poison, et par conséquent qu'il n'est pas son antidote. Nous verrons cependant, à la fin de cet article, que le médecin peut employer avec succès de petites doses de ce médicament pour combattre les symptômes développés par une grande quantité d'opium. 5°. De VEau et des Boissons mucilagineuses. 925. Nous avons établi que l'eau acidulée avec les acides végétaux pouvait être d'une grande utilité dans l'empoi- sonnement par les narcotiques , et spécialement par l'o- pium. Ne pourrait-on pas imaginer que les bons effets de cette boisson dépendent de la grande quantité d'eau qui entre dans sa composition ?Le désir de résoudre cette ques- tion nous à engagés à faire des expériences dont les résul- tats devaient d'autant plus exciter notre curiosité, que M. Porta, médecin italien, a annoncé positivement, dans un des cahiers du Journal de M. Leroux, qu'au moyen de l'eau Jroide administrée en boisson et en lavement, et ap- pliquée en fomentation sur le bas-ventre, il a obtenu la guerison d'une dame que l'on avait empoisonnée parmé- garde avec le decoctum de 3 onces d'opium. TRAITEMENT; ^43 Expérience irc. A huit heures, on a introduit dans l'e.* tourne d'un chien de moyenne taille un gros et demi d'ex- trait aqueux d'opium dissous dans 8 onces d'eau à la tem- pérature ordinaire : on a lié l'œsophage. A huit heures et demie, l'animal commençait à être sous l'influence du poi- son. {6 onces d'eau.) A neuf heures, les symptômes de l'em- poisonnement étaient beaucoup plus intenses. On a admi- nistré de nouveau la même quantité d'ëau. Il est mort à dix heures. Il est certain que la même quantité d'extrait dis- sous dans une ou 2 onces d'eau n'aurait déterminé la mort qu'au bout de dix, douze, dix-huit heures. (Voy. p. 143 et suiv.) Expérience 11e. A sept heures trois quarts, on a intro- duit dans l'estomac d'un petit chien faible. à l'aide d'une sonde de gomme élastique, 8 onces d'eau à la température ordinaire. Immédiatement après, on a injecté dans le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse 33 grains d'ex- trait aqueux d'opium dissous dans un gros et demi d'eau. L'animal a vomi au bout de cinq minutes ; aussitôt après, on a injecté dans l'estomac 6 onces d'eau à la température ordinaire. A neuf heures, les symptômes étaient alarmans : on a fait une nouvelle injection du même liquide. Il a ex-» pire à neuf heures et demie. Expérience 111e. Le lendemain, à la même heure, on a recommencé l'expérience sur un chien robuste et de moyenne taille, avec la même dose d'extrait aqueux d'o^ pium. A midi et demi, on avait déjà introduit dans l'esto- mac 3o onces d'eau que l'on avait divisées en cinq parties: l'animal n'en était pas moins sous l'influence du poison. Les symptômes, loin de diminuer, avaient acquis de l'in- tensité , et il a expiré à trois heures, au milieu des convul- sions les plus horribles. Expérience ive. On a substitué à l'eau ordinaire de l'eau liquide à zéro, et on en a administré en boisson et en lave- 244 nES POISONS NARCOTIQUES. ment : l'animal est mort dès la seconde prise, cinq quarts d'heure après l'application extérieure de 33 grains d'extrait aqueux. Cet animal était petit et robuste. Expérience ve. On a obtenu les mêmes résultats en em- ployant les décoctions mricilagineuses au lieu d'eau ordi- naire. 926. Ces expériences prouvent évidemment, i°. Que les bons effets des boissons acidulées ne dé- pendent pas de l'eau qu'elles renferment ; 20. Que ce liquide, ingéré dans l'estomac avec l'opium, facilite son absorption en le dissolvant, et par conséquent qu'il faut éviter d'en faire avaler beaucoup aux malades empoisonnés avec cette substance (1). 6°. De la Saignée. 927. La saignée a été préconisée par des médecins cé- lèbres pour guérir la maladie produite par l'opium. Tissot dit : « S'il arrivait que, par imprudence , par méprise, par ignorance ou par mauvais dessein , on eût pris trop d'opium ou de quelqu'autre préparation dans laquelle il (1) La faculté qu'a l'eau de dissoudre rapidement l'extrait aqueux d'opium contenu dans l'estomac, nous permet de ré- pondre à une observation qui pourrait nous être faite; savoir : Si les expériences tentées en introduisant le vinaigre dit commerce dans l'estomac des chiens qui ont pris de l'extrait d'opium hâte la mort, en est-il de même lorsqu'on admi- nistre simplement de l'eau vinaigrée (vinaigre très-étendu) et que le poison n'a pas été expulsé par le vomissement? Nous pensons, d'après un très-grand nombre de faits, qu'il est encore dangereux d'employer l'eau vinaigrée; car cette bois- son acidulée dissout mieux l'opium que ne le ferait l'eau seule et par conséquent l'absorption est plus énergique. TRAITEMENT. 2/{5 entre , comme thériaque , mithridat, diascordium, lau- danum liquide, etc. , il faudrait sur-le-champ faire une saignée , traiter le malade tout comme s'il avait une apo- plexie sanguine , faire respirer" beaucoup de vinaigre , et faire boire beaucoup de'vinaigre dans de l'eau. » (Avis au Peuple, t. u , § 535 , p. 23o, 7e édit. ) Plusieurs praticiens ont remarqué que l'opium agissait avec moins d'énergie lorsqu'il était administré à des personnes qui avaient perdu une grande quantité de sang. Ces considé- rations nous ont engagés à faire les expériences suivantes. Expérience ire. A huit heures trois quarts, on a appli- ! que sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d'un chien robuste et de moyenne taille 33 grains d'extrait aqueux d'opium dissous dans un gros et demi d'eau. Une demi-heure après, l'animal était sous l'influence du poi- son : on a ouvert une des veines des extrémités postérieu- res, et on en a tiré 3 onces de sang. A dix heures et demie, l'animal était sensiblement mieux : on lui a fait une nou- velle saignée. Un quart d'heure après, il marchait libre- ment dans le laboratoire. A une heure, on l'a saigné de nouveau. Le lendemain, il paraissait rétabli. Expérience 11e. A huit heures trois quarts , on a re- commencé l'expérience sur un chien fort. A neuf heures un quart, il était assoupi, et les extrémités postérieures ' paraissaient complètement paralysées : on a ouvert une des veines de l'extrémité postérieure , et on en a tiré 2 onces de sang. Vingt minutes après , mouvemens con- vulsifs. A dix heures , on l'a saigné de nouveau ; mais il a été impossible de faire sortir plus d'une once de sang. A onze heures et demie, l'animal était dans un état fâ- cheux ; on a cherché inutilement à le saigner, et il a ex- piré à une heure. Expérience 111e. La saignée des extrémités antérieures et postérieures a été pratiquée sur quatre autres animaux, 24$ nE5 POISONS NARCOTIQUES. ernpoisonnés par la même dose d'extrait aqueux d'opium que l'on avait appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse. Deux d'entre eux sont morts à-peu- près comme s'ils n'eussent pas été saignés. Les deux autres vivaient encore deux jours après-, et ne présentaient pres- que plus de symptômes d'empoisonnement. Ils sont morts le troisième jour, probablement parce qu'ils ontété négligés. Expérience ive. A sept heures du matin , on a ouvert la veine jugulaire droite d'un petit chien robuste , et on en a tiré i4 onces de sang. Immédiatement après, on appliqué sur le tissu cellulaire de l'extrémité postérieure 33 grains d'extrait aqueux d'opium, dissous dans 2 gros d'eau. A huit heures un quart, l'animal était sous l'in- fluence du poison ; mais les symptômes n'étaient pas aussi intenses que chez un autre animal beaucoup plus fort qui n'avait pas été saigné, et auquel la même dose d'extrait avait été appliquée à huit heures moins dix minutes. A neuf heures, secousses convulsives comparables aux mou- vemens qu'imprime aux grenouilles le fluide électrique dégagé de la pile de Volta. Cependant cet animal pou- vait se soutenir quelque temps debout, tandis que, chez l'autre, les extrémités postérieures étaient entièrement paralysées. A neuf heures et demie, on a tiré de nouveau 3 onces de sang de la veine jugulaire. A onze heures, décubitus sur le côté , impossibilité de se tenir debout, tremblement continuel. (Nouvelle saignée de 2 onces.) Immédiatement après, respiration lente, laborieuse; les autres symptômes ont acquis plus d'intensité , et l'animal est mort à midi et demi. Il est évident que cet animal a vécu au moins autant que s'il n'eût pas été saigné. Expérience ve. A sept heures du matin, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de l'extrémité postérieure d'un petit chien fort, 3o grains d'extrait aqueux d'opium dissous dans 2 gros d'eau. Une demi-heure après, TRAITEMENT. Jt^J l'animal était sous l'influence du poison : on a tiré 4 on- ces de sang de la veine jugulaire. A six heures du soir, on avait répété la même saignée cinq fois. A neuf heures, il allait bien. Le lendemain matin, on lui a administré deux bouillons , et il a été entièrement rétabli. Expérience vie. A huit heures , on a recommencé la même expérience sur un chien de moyenne taille. Une demi-heure après, il était sous l'influence du poison : on a pratiqué une saignée de 4 onces à la jugulaire. A neuf heures moins un quart, mouvemens convulsifs. A dix heures et demie, les symptômes paraissaient un peu dimi nues. ( Nouvelle saignée de 3 onces. ) A midi, mieux mar- qué. A deux heures, même état. L'animal a cessé d'être soigné , et il est mort à cinq heures. Dans deux autres circonstances, les chiens soumis à rette épreuve sont morts à-peu-près à l'époque à laquelle ils l'auraient été s'ils n'eussent pas été saignés (i). Le fait suivant, qui nous a été communiqué par notre élève M. Price, médecin de Philadelphie, vient à l'appui des expériences qui précèdent. «Etant attaché , en 1810, au dispensaire général de Philadelphie , je fus appelé pour voir une vieille femme qui était plongée dans un état de stupeur profonde ; sa respiration était stertoreuse et l'ha- leine avait une odeur opiacée; enfin, on observait tous les symptômes qui indiquent une congestion cérébrale. Je la secouai fortement pour la réveiller; mais aussitôt après, elle retombait et paraissait profondément endor- mie. On ne put me donner aucun renseignement sur la cause de cette affection ; mais je soupçonnai qu'elle avait (i) Ces expériences ont été répétées sous nos yeux par le docteur Rousseau, notre ami et notre élève, qui en a fait le sujet d'une dissertation inaugurale soutenue à la faculté de Mé- decine de Paris, dans le mois d'août 1815. »4^ DES POISONS NARCOTIQUES. été produite par le laudanum , soit par l'odeur que la malade exhalait par la bouche, soit parce que je trouvai auprès du lit une fiole vide dans laquelle il était aisé de voir qn'il y avait eu du laudanum. J'administrai 12 grains de tartre stibié en dissolution concentrée, et j'irritai le gosier avec les barbes d'une plume. Voyant , au bout d'une demi-heure , qu'il n'y avait aucune évacuation , je me décidai à faire prendre 20 grains de sulfate de zinc ; quelque temps après , le vomissement n'ayant pas eu lieu, et le pouls étant très-fort et très-fréquent, je crus devoir pratiquer une saignée : aussitôt que le sang coula , la malade vomit, et les symptômes d'empoisonnement dimi^ nuèrent. J'ordonnai les boissons acidulés , et le lende- main il ne restait que de la fatigue et de la confusion dans les idées. La malade m'avoua qu'elle avait avalé, deux heures avant mon arrivée, une once de laudanum dans le dessein de se suicider. » 928. Il résulte de ces considérations, i°. Que la saignée n'a jamais aggravé les symptômes de l'empoisonnement par l'opium , ni accéléré le moment de la mort ; 20. Qu'elle a paru utile dans quelques circonstances, et même qu'elle a suffi pour rétablir des animaux qui au- raient péri si on ne l'eût pas pratiquée ; 3°. Qu'elle nous semble devoir être faite chez les indi- , vidus pléthoriques et robustes soumis à l'influence de l'opium ; 4°. Enfin, qu'il est préférable d'ouvrir la jugulaire à toute autre veine. M. Yeatman s'est élevé dans ces derniers temps contre l'emploi de la saignée dans l'empoisonnement par l'o- pium. Voici les faits qui lui paraissent prouver les dan- gers d'une pareille pratique. i°. M. Myers ayant avalé 3 £ros d'opium, fut en proie à tous les symptômes de TRAITEMENT. q/q l'empoisonnement par cette substance : on lui fit avaler 2 gros de sulfate de zinc dissous dans l'eau; on lui chatouilla la gorge avec une plume, ce qui le fit un peu vomir; une cuillerée de moutarde, délayée dans de l'eau ' tiède, et aiguisée de vinaigre, procura des vomissemens abondans. Le pouls se releva, la chaleur revint, le malade put se tenir debout et même marcher dans sa chambre avec un aide. Quelques heures après, il parlait très-rai- sonnablement, et ne se plaignait que d'un léger mal de tête, d'étourdissemens et de faiblesse. On lui prescrivit une potion purgative, l'usage des acides acétique et ci- trique , et du fort café. Au bout de quelques heures, M. Yeatman retourna le voir; mais il le trouva mourant. Un prétendu médecin, qui l'était venu visiter, lui avait tiré i4 onces de sang de l'artère temporale : il expira peu après^ dans une syncope. 2°. Un homme est reçu dans un hôpital pour une maladie peu importante. ILtombe, quelques jours après, dans un état voisin de l'apoplexie, que l'on prend pour cette maladie ; on lui fait, en consé- quence, une saignée de 16 onces à la jugulaire : il s'éva- nouit et meurt immédiatement après , sans aucun re- tour à lui-même. On sut ensuite que cet homme avait pris une trop forte dose de laudanum. ( Gazette de Santé, du 21 avril 1816. ) Ces deux observations ne nous paraissent pas suffisantes pour prouver les dangers de l'a saignée dans l'empoisonne- ment par l'opium. En effet, dans la première, la saignée a été pratiquée long-temps après l'empoisonnement, au moment où le malade pouvait être regardé comme étant presque rétabli,et dans un grand état defaiblesse. L'individu qui fait le sujet de la secorlde observation, et qui suc- comba après avoir été saigné, ne saurait être cité comme pouvant annuler les expériences qui démontrent l'efficacité de la saignée dans l'empoisonnement par l'opium; car un 25o DES TOISONS NARCOTIQUES. seul fait de cette nature, lors même qu'il est bien con- staté, est loin de détruire les résultats fournis par un très-grand nombre d'expériences positives : d'ailleurs, l'observation rapportée page 247 prouve évidemment que le malade qui en fait le sujet, et qui avait également été empoisonné par le laudanum, ne dut son salut qu'à la saignée. 929. L'examen détaillé que nous venons de faire de la valeur de chacun des moyens proposés pour combattre l'empoisonnement qui nous occupe, nous permet de tra- cer la marche que doit suivre le médecin appelé pour un cas de ce genre. 1 °. Il favorisera l'expulsion de Vopium par le vomis- sement , en faisant avaler des émétiques forts , capables de réveiller la contractilité de l'estomac : tels sont le tar- trate de potasse antimonié, à la dose de 5 ou 6 grains ; le sulfate de zinc, à la dose de i5 à 18 grains, ou le sulfate de cuivre , à la dose de 3 ou 4 grains : ce dernier sel, administré à plus forte dose , pourrait occasionner la mort en déterminant l'inflammation de quelques portions du canal digestif, comme nous l'avons observé dans plu- sieurs expériences faites à ce sujet. Si ces moyens étaient insuffisans pour provoquer le vomissement, et que l'on eût la certitude que l'individu a pris une forte dose d'o- pium, ne pourrait-on pas injecter dans les veines un ou 2 grains d'émétique dissous dans une ou 2 onces d'eau ? Ce moyen déterminerait probablement le vomissement et l'expulsion de l'opium, qui, sans cela, serait absorbé et deviendrait funeste. 20. On évitera de faire dissoudre ces émétiques dans une grande quantité d'eau, ou de remplir l'estomac de liquides mucilagineux , acides , et même aqueux , dans le dessein de faire rejeter Vopiunr. En effet, ces fluides ne déterminent pas toujours le vomissement, et ils ont TRAITEMENT. ^5f le grand inconvénient de dissoudre le poison et d'en faciliter l'absorption. 3°. On pratiquera une saignée à la jugulaire immédia- tement après Vexpulsion de la substance vénéneuse, si l'individu est fort et pléthorique ; on la répétera suivant le tempérament du malade. 4°. Alors on administrera alternativement de Veau acidulée avec du vinaigre, du citron ou de l'acide tarta- rique , et une forte infusion de café chaud ; on donnera ces boissons à petite dose que l'on renouvellera souvent, par exemple , de dix en dix minutes. Nous sommes con- vaincus qu'il serait dangereux d'administrer les acidulés avant l'expulsion du poison. 5°. On pourra employer, de douze en douze heures, des kyemens de camphre. On aura soin de bassiner le lit du malade, et on lui brossera rudement les bras et les jambes. 6°. S'il y avait déjà long-temps que l'individu eût pris l'opium, et que l'on soupçonnât qu'il se trouve dans les gros intestins, on aurait recours aux lavemens purgatifs. 93o. Les préceptes que nous venons d'établir diffèrent de ceux que l'on trouve dans Bulliard et dans quelques autres ouvrages , où l'on a fait mention de la manière de guérir l'empoisonnement par l'opium ; cependant nous avons la certitude que les moyens que nous proposons sont salutaires ; nous les avons souvent mis en usage chez des animaux empoisonnés avec une dose d'opium tellement forte, qu'ils auraient dû succomber au bout de deux ou trois heures, et nous avons réussi à les guérir. A la vérité, nos expériences ont été faites sur des chiens , et l'on pourrait nous objecter que les résultats pourraient être différens chez l'homme. Cette objection nous paraît peu fondée ; car l'opium est absorbé et détermine les mêmes effets sur l'homme que sur les chiens : donc les moyens propres 202 DES POISONS NARCOTIQUES. à les combattre ne peuvent point différer. D'ailleurs, nous nous sommes convaincus, comme nous l'avons déjà prouvé (§ 18 ), qu'on a singulièrement exagéré la diffé- rence qu'il doit y avoir entre ces deux espèces d'animaux par rapport au mode d'action que les substances vénéneuses exercent. 931. L'empoisonnement par la jusquiame, la morelle, et les autres poisons narcotiques de cette classe, excepté l'acide hydro-cyanique, doit être combattu comme nous venons de le dire en parlant de l'opium. 932. Acide hydro-cyanique. M. Coullon, qui a fait des recherches sur les médicamens proposés pour guérir l'em- poisonnement par cet acide , s'est assuré, i° que l'huile d'olives ne s'oppose pas aux effets développés par l'acide hydro-cyanique; 20 qu'il en est de même du lait ; 3° que l'ammoniaque est d'un faible secours dans cet empoisonne- ment ; 4° ciue ta même chose a lieu pour la thériaque ; 5° enfin que le chlore (acide rauriatique oxigéné) est un faible moyen. M. le professeur Emmert, dont les connaissances mé- dicales sont si étendues , a fait de nombreuses recher- ches sur les antidotes de cet acide et il a bien voulu nous communiquer les résultats de ses travaux, qu'il n'a pas encore publiés. « Je n'ai pu découvrir encore , dit - il, aucun antidote de l'acide prussique. La po- tasse caustique ne s'oppose en aucune manière à ses ef- fets ni à ceux de l'eau de laurier-cerise ou des amandes amères , phénomène d'autant plus extraordinaire que ces deux derniers liquides perdent leurs propriétés véné- neuses lorsqu'ils sont traités par le muriate de fer et la potasse : or, il y a du fer dans la potasse caustique. Fon- tana avait déjà observé que la pierre à cautère ( potasse à la chaux), combinée avec l'huile de laurier-cerise , n'empêchait pas celle-ci d'agir, soit qu'on l'administrât DES POISONS NARCOTICO-ACRES. 253 à l'intérieur, soit qu'elle fût appliquée extérieurement. Parmi tous les médicamens que j'ai employés, Vhuile de térébenthine paraît être celui qui agit le plus puissamment pour combattre les effets de ces poisons. Les mêmes con- sidérations peuvent être appliquées à l'huile et à Vécorce du prunus padus, dont l'action sur l'économie animale est la même que celle de l'acide prussique. m g33. Il résulte de ces faits , que le médecin appelé pour un empoisonnement de ce genre se hâtera d'administrer un émélique fort, après quoi il fera usage de l'huile de térébenthine et de tous les excitans capables de réveiller la sensibilité et la contractilité. CHAPITRE IV. CLASSE Ve. Des Poisons narcotico-acres. 934. On a donné le nom de poisons narcotico-âcres à ceux qui sont doués d'une saveur acre et nauséabonde, et qui agissent à-la-fois comme narcotiques et rubéfians. Nous ferons voir plus tard combien la dénomination de narcotico-âcre convient peu à la majeure partie des sub- stances vénéneuses de cette classe; car, i° leurs, effets narcotiques sont presque toujours le résultat d'une vive excitation qu'ils ont déterminée d'abord ; 20 quelques-uns d'entre eux ne produisent aucune rubéfaction sur les lis- sus sur lesquels ils sont appliqués. De la Belladona. 935. h'atropa belladona est une plante de la famille des solanées, rangée par Linnée dans la pentandrie mo- nogynie. Calice monophylle, en cloche, persistant, à demi-divisé 254 nFS POISONS NARCOTICO-ACRES. en cinq découpures pointues : corolle campanulacée, deux fois plus longue que le calice, monopétale, d'un rouge sale ou ferrugineux, à limbe ventru et partagé en cinq lobes presque inégaux : cinq étamines, dont les filamens sont filiformes : un style un peu incliné, terminé par un stigmate en tête : un ovaire supérieur, ovoïde, qui, lors de la maturité, se présente sous la forme d'une baie presque ronde, entourée à sa base par le calice, d'une couleur noire, et divisé intérieurement en deux loges, chaque loge renfermant plusieurs semences ovales ou réniformes, atta- chées à un placenta charnu, ou simplement nichées dans la pulpe; les placentas adhèrent à la cloison par le moyen d'une lame membraneuse ; l'embryon des graines est pres- que circulaire, situé vers le milieu du périsperme : fleurs axillaires, portées sur de courts pédoncules : tige haute de six à neuf décimètres, velue et très-rameuse : feuilles ovales , très-entières, souvent géminées et d'inégale gran- deur. Cette plante croît dans les grands fossés et sur le bord des bois montueux. Action de la Belladona sur Véconomie animale. Expérience ire. On a fait avaler à un petit chien 3o baies mûres de belladona. : l'animal n'a rien éprouvé. Expérience ire. A huit heures du matin , on a introduit dans l'estomac d'un chien robuste et de moyenne taille une demi-once d'extrait aqueux de belladona, préparé en fai- sant évaporer au bain-marie le suc frais de la plante et dissous dans une once et demie d'eau : on a lié l'oesophage. A huit heures et demie , efforts de vomissement, agitation marquée. A neuf heures cinq minutes, nouveaux efforts de vomissemens, cris plaintifs , commencement de faiblesse des extrémités postérieures. A dix heures et demie, cris aigus continuels, extrémités postérieures plus faibles. Ces DE LA BELLADONA. 253 aymptômes ont augmenté d'intensité, et l'animal est mort à midi moins un quart. On l'a ouvert le lendemain. Le lobe inférieur du poumon droit était dense, d'une couleur livide et peu crépitant; les autres offraient la teinte rose qui leur est naturelle. Le cœur contenait du sang coa- gulé. La membrane muqueuse de l'estomac était d'une cou- leur rouge dans toute son étendue, mais elle n'était pas très-enflammée. Expérience 111e. On introduisit dans l'estomac d'un jeune chat 20 grains d'extrait aqueux de belladona dissous dans deux onces d'eau. Peu de temps après, l'animal rejeta par le vomissement environ le tiers du liquide ingéré. Au bout de trente-cinq minutes, sa marche était chancelante. Un quart d'heure après, il ne pouvait plus faire un pas sans tomber; les pupilles étaient dilatées; il se coucha sur le côté, et lorsqu'on le faisait marcher il paraissait complètement ivre; mais il conservait de la sensibilité. Cinq heures après l'ingestion du poison, il était parfaite- ment rétabli. (Expérience communiquée par M. Brodie. ) Expérience ive. A une heure et demie, on a fait avaler à un carlin robuste 4 gros du même extrait dissous dans 5 gros d'eau distillée et préparé chez un pharmacien : on a lié l'oesophage. A trois heures, l'animal n'avait offert aucun symptôme remarquable. A six heures , il poussait des cris plaintifs presque continuels; il était inquiet; sa dé- marche était lente; mais il n'éprouvait point de vertiges. Le lendemain matin, à dix heures, ses pupilles étaient excessivement dilatées ; il continuait à se plaindre , et res- tait tranquille, à moins qu'on ne le forçât à marcher; alors il faisait quelques pas sans vaciller ; la tête paraissait lourde et était inclinée sur la poitrine. A six heures du soir, il était assoupi, chancelait beaucoup en marchant, et ressemblait aux individus ivres de vin ; il se plai- gnait. Il est mort le même jour à neuf heures du soir. 25S DES POISONS NARCOTICO-ACRES. La membrane muqueuse de l'estomac était à peine rouge; mais elle offrait, à-peu-près dans le centre, quatre petits ulcères; le canal intestinal élait sain. Il y avait, au bord des lobes inférieurs des poumons , plusieurs taches noirâtres. Les ventricules du cerveau ne contenaient point de sérosité; les vaisseaux veineux qui se distribuent à la surface externe de ce viscère étaient gorgés de sang ; la pie- mère était un peu injectée. Expérience ve. A huit heures du matin , on a fait une plaie à la partie interne de la cuisse d'un chien de moyenne taille ; on a mis en contact avec le tissu cellulaire 2 gros de cet extrait préparé chez le même pharmacien ; on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. Au bout de douze minutes , les pupilles étaient déjà très-dilatées ; l'animal paraissait un peu agité, et tournait continuellement en décrivant un petit cercle assez régulier ; les battemens du coeur étaient très-fréquens. A neuf heures , sa tête était lourde •- il y avait tendance à l'assoupissement ; les pattes postérieures paraissaient un peu plus faibles; les autres symptômes persistaient: il en était de même à deux heures. A huit heures du soir, il ne paraissait pas plus malade. Le lendemain matin on la trouvé mort. La blessure était assez enflammée, sans escarre; le membre opéré était très-in- filtré, le canal digestif sain. L'estomac contenait des alimens à moitié digérés (l'animal n'avait pas vomi). Les ventricules du cœur renfermaient un peu de sang en partie fluide, en partie coagulé. Les poumons, d'un rouge foncé, offraient çà et là des taches noirâtres ; leur tissu était un peu gorgé de sang noir ; cependant il était assez crépitant. Expérience vie. On a recommencé la même expérience à six heures du soir, et l'on a employé 2 gros du même extrait légèrement humecté : l'animal est mort dans la nuit. Le jour suivant, à cinq heures du matin , on a sou- mis à la même expérience un petit chien robuste , et l'on b E LA R L L L A ï) ù N A. a5 J ô employé 2 gros de cet extrait dissous dans un gros d'eau distillée. Vingt minutes après, l'animal a paru souffrir; il allait çà et là en poussant des plaintes continuelles; les battemens du cœur étaient réguHers, forts et fréquens ; ses pupilles étaient dilatées. A six heures et demie, il continuait à se plaindre et à s'agiter; sa tête paraissait lourde. A neuf heures, il était très-mal ; ses extrémités postérieures faiblissaient, il avait de la peine à se sou- tenir, sa démarche était vacillante, les cris étaient plus aigus , la dilatation des pupilles portée à Un point ex- trême, la respiration gênée et un peu accélérée , les batte- mens du cœur comme auparavant ; les sens étaient moins impressionnables. Il est mort à onze heures. On l'a ou- vert à midi. Les patles étaient allongées et roides. Le cœur contenait dans ses cavités des caillots de sang noirâtre (l'animal était encore assez chaud). Les poumons parais- saient un peu moins crépitans que dans l'état naturel. Il n'y avait dans les ventricules du cerveau qu'un atome de sérosité ; les vaisseaux de cet organe étaient légère- ment injectés. Le canal digestif paraissait sain. L'infiltra- tion du membre opéré était très-marquée, et il y avait eu beaucoup de sang extravasè et coagulé. Expérience vu1'. On a injecté dans la veine jugulaire d'un petit chien 3o grains du même extrait aqueux dis- sous dans six gros d'eau. Trois minutes après, l'animal commençait à avoir une tendance à l'assoupissement. Au bout de deux minutes , il a vomi quelques matières glai- reuses , et il éprouvait de légers vertiges; ses extrémités postérieures étaient faibles, la pupille droite très-dila- tée. Il était parfaitement rétabli six heures après l'in- jection. D'autres chiens sont morts lorsqu'on a injecté dans la veine jugulaire 4o ou 45 grains d'extrait aqueux de bel- ladona. 258 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. Expérience vin0. Nous avons répété les expériences précédentes avec les mêmes quantités d'extrait de bella- dona acheté chez d'autres pharmaciens, et nous avons obtenu des effets peu marqués , ce qui dépend sans doute de la manière dont les extraits ont été préparés. OBSERVATIONS. i°. Un enfant de quatre ans, d'une constitution faible, mais d'ailleurs bien portant, mangea le 27 octobre, à onze heures, une assez grande quantité de baies de bel- ladona. 11 fut pris aussitôt d'inappétence, de nausées, de vomissemens, d'ivresse, d'un léger délire , et d'une soif inextinguible. Le médecin qu'on appela jugea qu'il y avait empoisonnement. Il était cinq heures du soir lorsqu'il vit l'enfant pour la première fois, et déjà l'on observait la tuméfaction et la rougeur delà face et des lèvres, l'écarle- ment des paupières , la dilatation de la pupille , l'insen- sibilité des yeux, l'état convulsif de la mâchoire et des muscles de la face et des extrémités, le délire, etc., etc. ; le pouls était très-faible, la respiration irrégulière. Le méde- cin ordonna un demi-gros d'ipécacnanha pt do «.icre en poudre, mêlés et divisés en onze prises : on en donnait une toutes les demi-heures. Il se déclara des vomissemens qui entraînèrent, en plusieurs portions, quatre baies de bel- ladona et beaucoup de suc gastrique coloré par le suc de la plante. A onze heures du soir, le docteur Munniks fut appelé avec son père et le professeur Fellingue. Le malade avait pris, outrel'ipécacuanha, une tisane composée avec le miel, l'eau et le vinaigre ; il était très-assoupi, quoique agité par des mouvemens convulsifs ; on voyait quelques taches livides sur l'habitude du corps ; les sueurs étaient copieuses. L'enfant vomit encore en leur présence et ren- dit une baie de belladona. On fit envelopper les jambes et les pieds avec des cataplasmes composés avec de la «E LA BELLADONA. 25g farine de seigle et du vinaigre, et l'on prescrivit une mixture composée d'eau, de vinaigre, d'oximel simple et d'esprit de nitre dulciûé , à prendre par demi-once toules les heures. Le 28 octobre, augmentation des mouvemens convulsifs, de la rougeur de la face et des sueurs ; la pupille reste dilatée , et il y a en outre rigidité dans l'épine du dos, tuméfaction de l'abdomen très-sensible au tact, constipa- lion , pouls petit. On prescrivit une potion purgative avec les tamarins , le séné et l'oximel simple. Le soir, on donna un lavement huileux; la constipation cessa, et tous les symptômes parurent moindres. Le 29 au matin , le mieux se soutenait : on continua la mixture avec le vinaigre et l'oximel. Dans l'après-midi, le délire revint avec la tuméfaction de l'abdomen et la constipation; il se dé- clara aussi des aphtes : on réitéra la potion purgative. Le soir, il y eut de la fièvre, de l'agitation avec assoupisse- ment ; le malade se plaignit en outre de douleurs de dents : on réitéra la potion avec le vinaigre et l'oximel; le calme se rétablit au point que, le 3o, la constipation avait cessé, que l'appétit était revenu, et qu'enfin le malade entra eu » >nvalescence. Du 3r octobre au 4 novembre, gnérison parfaite par la continuation des mêmes moyens (1). 20.Des enfans mangèrent, dans un jardin, du fruit de belladona. Bientôtaprès ils eurent une fièvre ardente, avec des convulsions et des battemens de coeur très-forts ; ils perdirent connaissance, et leur esprit fut complètement aliéné. Un d'entre eux, âgé de quatre ans, mourut le lendemain : l'estomac renfermait des grains de belladona écrasés et des pépins ; il offrait trois plaies; le coeur était livide , et le péricarde sans sérosité (2). (1) Journal général de Médecine, tom. xxiv, pag. 224. (2) Histoire ils l'Académie des*Sciences, apnée 1703, artiebî Botanique. 2ÔÔ DES POISONS NARCOTICO-ACRES. 3°. Voici les symptômes éprouvés par plus de cent cinquante militaires empoisonnés avec les baies de bella- dona qu'ils cueillirent à Pirna près de Dresde. «Dilata- tion et immobilité de la pupille, insensibilité presque absolue de l'œil à la présence des corps extérieurs, ou du moins vision confuse; injection de la conjonctive par un sang bleuâtre ; proéminence de l'œil, qui s'est montré chez plusieurs comme hébété, et chez d'autres ardent et furieux; sécheresse des lèvres, de la langue, du palais et de la gorge; déglutition difficile ou même impossible; nausées non suivies de vomissement; sentiment de fai- blesse, lipothymie, syncope, dilliculté ou impossibilité de se tenir debout, flexion fréquente du tronc en avant, mouvement continuel des mains et des doigts, délire gai avec sourire niais, aphonie, ou sous confus poussés pé- niblement; probablement besoins faux d'aller à la selle; rétablissement insensible de la santé et de la raison_, sans souvenir de l'état précédent. (Journal de Sédillot, dé- cembre i8i3, pag. 364, observ. de M. E. Gaidtier de Claubry. ) 4°. Wepfer rapporte l'observation d'un enfant de dix ans , qui éprouva des symptômes analogues à ceux qui font le sujet des observations précédentes , après avoir mangé des baies de belladona. (Ouvrage cité, p. 227.) 5°. Un enfant mange quatre baies mûres de belladona ; un autre en mange six. Une heure après, l'un et l'autre font des extravagances qui étonnent la mère ; leurs pupilles se dilatent, leur regard n'est plus le même; ils éprouvent un délire gai accompagné de fièvre. Le médecin appelé les trouve dans un état de grande agitation, parlant à tort et à travers, courant, sautant, riant sardoniquement, le visage pourpre et le pouls précipité. 11 administre à chacun d eux un demi-grain de tartre émétique et un gios de sel de Glauber dans 4 ou 5 pnees d'eau; ils évacuent abon- DE LA BELLADONA. 2f3l damment pendant sept ou huit heures, et les accidens disparaissent (t). 6°. Mappi dit que le vin de belladona occasionna une gangrène universelle qui fut suivie de la mort- ( Plant. alsat., p. 36. ) 936. Les faits précédemment exposés nous permettent de conclure, i^ .^ Que la belladona et son extrait jouissent de pro- priétés vénéneuses très-énergiques; 2°. Qu'ils exercent une action locale peu intense,- mais qu'ils sont absorbés, portés dans le torrent de la circula- tion , et qu'ils agissent sur le système nerveux, et parti- culièrement sur le cerveau ; 3°. Qu'ils déterminent des symptômes communs à quel- ques autres poisons , qui sont insuffisans pour caractériser cet empoisonnement, malgré ce qui a été avancé par plu- sieurs auteurs; 4°. Que les extraits du commerce varient singulière- ment par rapport à leur énergie, suivant la manière dont ils ont été préparés , et que les plus actifs sont ceux qui ont été obtenus en faisant évaporer, à une très-douce cha- leur, le suc de la plante fraîche ; 5°. Que leur action est beaucoup plus intense lors- qu'ils ont été injectés dans les veines que lorsqu'ils ont été appliqués sur le tissu cellulaire, et, à plus forte rai- son , que dans le.cas où ils ont été introduits dans l'es- tomac ; 6°. Que ces préparations paraissent agir sur l'homme comme sur les chiens. (i) Gazette de Santé, 11 thermidor an i3, p. 3o8. 262 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. Du Datura stramonium. 937. Le datura stramonium est une plante de la famille des solanées, rangée par Linnaeus dans la pentandrie rao- nogynie. Calice grand, tubuleux, ventru, à cinq angles et à cinq divisions, persistant à sa base : corolle fort grande, mo- ïiopctale , en forme d'entonnoir, d'une couleur blanche OU violette, à tube insensiblement dilaté, plus long que le calice, à limbe à cinq plis et à cinq dents acuminées : cinq étamines : un style à stigmate épais et à deux lames : ovaire supérieur, arrondi, creusé de quatre sillons; le fruit est une capsule à quatre valves, arrondie, hérissée de pointes courbes , droites et épaisses ; quadriloculaire in- ferieurement, biloculaire supérieurement, et confinant un très-grand nombre de semences réniformes dont l'em- bryon est presque circulaire et placé dans le milieu du périsperme : tige haute de neuf à douze décimètres, ronde, creuse et très-brauchue : feuilles pétiolées, glabres, larges, anguleuses et pointues. Cette plante aime les terrains gras et humides ; on la trouve sur le bord des chemins et dans les lieux cultivés. Action du Datura Stramonium sur Véconomie animale. Expérience ire. A neuf heures et demie du matin , on a introduit dans l'estomac d'un carlin robuste et de moyenne taille , une demi-once d'extrait aquemc de datura stra- monium préparé chez un pharmacien et dissous dans 6 gros d'eau distillée : on a lié l'œsophage. Au bout de six mi- nutes , l'animal a fait des efforts pour vomir et a été très- agité; il courait dans le laboratoire, et cherchait à s'évader en poussant des cris plaintifs. Une heure après, il s'était DU DATURA STRAMONIUM. 2Ô3 déjà efforcé douze ou quinze fois à vomir; ses extrémités postérieures faiblissaient un peu, mais il conservait encore la faculté de marcher librement; sa respiration était accé- lérée par intervalles ; les battemens du cœur étaient forts et fréquens , et il continuait à se plaindre. A dix heures trois quarts, il élait un peu assoupi ; la faiblesse des pattes postérieures augmentait, et il conservait l'usage des sens. A onze heures, les extrémités postérieures ont fléchi, il est tombé sur le côté ; mais il s'est relevé aussitôt ; sa marche était déjà un peu vacillante. A quatre heures et demie, continuation des plaintes, vertiges excessivement marqués. Il est mort dans la nuit. Ouverture du cadavre, L'estomac contenait environ 6 onces d'un fluide sanguinolent; la membrane muqueuse, d'un rouge vif dans toute son étendue, offrait sur les plis qu'elle forme près du pylore un très-grand nombre de bandes noires , longitudinales, larges d'environ une ligne, et qui n'étaient autre chose que du sang extravasé entre cette tunique et la membrane soujacente ; celle-ci était d'un rouge cerise dans les endroits correspondais à ces bandes ; le rectum, sans altération , était tapissé d'une matière noire, filante. Les poumons, d'un rouge foncé dans plusieurs parties, étaient gorgés de sang noir, fluide. Les ventricules du cerveau ne contenaient point de liquide ; les vaisseaux veineux extérieurs de cet organe étaient in- jectés et distendus. Expérience 11e. A huit heures du matin , on a pratiqtié une incision à la partie interne de la cuiss« d'im petit chien robuste; on a mis en contact avec le tissu cellulaire 2 gros d'extrait aqueux de datura stramonium presque solide , et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. A cinq heures du soir, l'animal n'avait offert aucun phénomène remarquable. Le lendemain matin, on l'a trouvé mort. La blessure était peu enflammée. Les 264 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. poumons présentaient des taches d'un rouge livide, gor- gées de spng noir liquide. Les ventricules du cœur ren- fermaient aussi du sang fluide et noir. Le canal digestif était sain. Le cadavre était roide, contracté et très-froid. Expérience mc. On a répété la même expérience à six heures du soir, et l'on a employé 2 gros d'extrait légèrement humectés : l'animal est mort dans la nuit. Le jour suivant, à cinq heures du malin, on a soumis à la même expé- rience un petit carlin assez robuste. Les 2 gros d'extrait étaient récemment préparés et délayés dans un gros et demi d'eau distillée. Une demi-heure après l'opération, l'animal a poussé des cris plaintifs , il s'est agité et a par- couru plusieurs fois le laboratoire ; ses pupilles étaient dilatées. A six heures et demie, il était dans le même état: Jes battemens du cœur étaient forts , fréquens et assez: réguliers ; il conservait le libre usage des sens et du mouvement. A neuf heures, il poussait encore des cris aigus : ses extrémités postérieures étaient très-faibles : aussi sa démarche était-elle lente et très=incertaine ; sa tête , lourde, était inclinée et touchait presque le sol ; la dila- tation des pupilles était portée aussi loin que possible; cependant i! voyait et entendait bien ; les battemens du eccur continuaient à être forts ei fréquens. Un quart d'heure après , les verîiges avaient augmenté et les cris persistaient ; l'anîm-I n'avait point évacué. Il est mort à onze heures trois quans. On l'a ouvert à midi dix minutes. Les mem- bres étaient 11 xibles. Le cœur contenait un très-grand nombre de caillots noirâtres (le cadavre était cependant très-chaud). Les poumons n'offraient point d'altération sen- sible. Il en était de même du canal digestif. Les ventricu- les du cerveau étaient vides , et il n'y avait point d'en- gorgement dans les vaisseaux de cet organe. Le membre opéré était un peu enflammé. Expérience ive. On a injecté dans la veine jugulaire DU DATURA STRAMONIUM. u65 d'un chien très-fort i5 grains du même extrait dissous dans 4-gros d'eau. Au bout de deux heufes, l'animal a poussé quelques plaintes et a vomi deux fois des matières bilieuses. Il s'est échappé dans la nuit, et on l'a vu vi- vant, deux jours après, sur les toits des maisons voisines; du laboratoire. Expérience ve. On a répété la même expérience sur un petit chien robuste avec 3o grains d'extrait. Dans le même instant, l'animal a roidi ses pattes, a poussé des cris plaintifs ; sa tête s'est renversée sur le dos , et il est tombé sans connaissance. Il est mort au bout de quatre minutes. On l'a ouvert sur-le-champ. Les ventricules du cœur ne se contractaient plus; les oreillettes offraient des battemens très-distincts; le sang contenu dans ces organes était fluide; celui que renfermait la cavité aortique était d un rouge vermeil. Les poumons n'étaient que légèrement recroquevillés. OBSERVATIONS. i°. Swaine rapporte que le decoctum préparé avee trois capsules de stramonium et du lait détermina la pa- ralysie de tout le corps, et le malade devint furieux ; il resta dans cet état pendant sept heures , puis il revint et dormit tranquillement pendant la nuit. (Swaine , Es- says and Observât, physiol. and litter., vol. n, p. 247. ) 20. Un homme ayant bu de la décoction du fruit, de- vint triste, perdit la voix; son pouls disparut, ses membres se paralysèrent, après quoi il entra en fureur. Un autre ayant bu du lait cuit avec le même fruit, éprouva des ver- tiges, devint insensible, tint des propos insensés, eut un pouls d'abord petit et vite , ensuite à peine sensible ; ses jambes se paralysèrent, et il finit par être furieux. (Vicat, ouvrage cité, p. 248. ) 3°. En rassemblant tout ce qui a été écrit sur les effets 266 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. de cette plante sur l'homme par H aller, Krause , Storck , Sprœgel, Pleltwe et Triller, on peut dire qu'elle a oc- casionné l'ivresse, le délire^ la perte des sens, l'assou- pissement, une sorte de rage et de fureur, uue perte de mémoire, tantôt passagère, tantôt continuelle; des con- vulsions , la paralysie des membres , des sueurs froides , une soif excessive , et des tremblemens. Hallcr a fait l'ouverture du cadavre d'une femme qui avait pris la graine de cette plante croyant prendre celle de nielle. La substance corticale du cerveau était pleine de sang: il y avait des grumeaux durs dans les cavités du crâne. Les datura metela , tatula et ferox sont aussi vénéneux. Gmelin dit que de la bière empoisonnée par les semences du datura ferox a donné lieu à un délire qui a duré pen- dant vingt-quatre heures. 938. Les conclusions que nous pouvons tirer de ces expériences sont entièrement analogues à celles que nous avons exposées à la fin de l'article sur la belladona, plante qui appartient également à la famille des solanées : le datura parait cependant exciter plus fortement le cer- veau , et déterminer une action générale plus intense. Du Tabac. çfiç). Le tabac ( nicotiana tabacum ) est une plante de la famille des solanées , rangée par Linnœus dans la pen- tandrie monogynie. Caractères. Calice d'une seule pièce, en godet, dé- coupé en cinq segmens aigus et légèrement velu : co- rolle monopétale, en entonnoir, d'une couleur rose pur- purine ou ferrugineuse, à tube deux fois plus long que le calice, à limbe plane, ouvert en godet, et à cinq divi- sions égales, courtes et pointues : cinq étamines rappro- chées du stigmate avant la fécondation, formant comme DU TABAC. 2ÔT Une espèce de couronne , mais qui s'éloigne lorsque cet organe a été fécondé : capsule ovoïde, conique, creusée de quatre stries, à deux loges; s'ouvrant au sommet en quatre parties, et contenant un grand nombre de se- mences très-fines : l'embryon des graines est courbé, placé dans l'axe du périsperme : fleurs en panicule à l'ex- trémité des rameaux : tige de quatre à cinq pieds, cylin- drique, forte, grosse comme le pouce, légèrement velue ct^pleine de moelle : feuilles grandes, ovales, lancéolées, sessiles, et même prolongées sur la tige de l'un et l'autre côté de leur insertion; leur sommet est aigu, leurs bords légèrement ondes , leur surface velue et à nervures très- apparenlcs , leur couleur un peu jaunâtre ou d'un vert pâle. La racine est fibreuse, rameuse, blanche et d'un goût fort acre. Action du Tabac sur l'économie animale. Expérience irc. A huit heures du matin, on a intro- duit dans l'estomac d'un chien robuste et de moyenne taille, 5 gros et demi de tabac râpé, et on a lié l'œso- phage ; quelques minutes après , l'animal a fait des efforts pour vomir. A deux heures un quart, il marchait avec beaucoup de lenteur, éprouvait de légers vertiges et of- frait un tremblement continuel dans les extrémités posté- rieures ; les organes des sens paraissaient jouir de toutes leurs facultés; la respiration était un peu accélérée. A quatre heures dix minutes, il était couché sur le côté et ne pouvait plus se soutenir sur ses pattes; cependant il faisait de temps à autre des efforts infructueux pour se relever ; sa tête était lourde et offrait un tremblement continuel ; sa physionomie portait l'empreinte de la stu- peur ; les muscles des vertèbres cervicales étaient agités de légers mouvemens convulsifs ; les membres étaient ft68 DES POISONS 5ARCOTICO-ACREV flasques ; les organes des sons paraissaient moins impres- sionnables que dans l'état naturel. La respiration était excessivement profonde , gênée et accélérée ; les baite- mens du cœur étaient fréquens et un peu forts. Il est mort à cinq heures : on l'a ouvert le lendemain. Les poumons étaient livides dans toute leur étendue ; leur tissu était plus dense que dans l'état naturel, et ils s'en- fonçaient un peu dans l'eau. Le cœur renfermait quelques caillots de sang noir. L'estomac contenait une grande partie du tabac ingéré ; il n'offrait que quelques points rougeâlres ; le reste du canal digestif était sain. Le ca- davre était fiasque. Expérience 11e. A deux heures, on a introduit dans l'estomac d'un chien de moyenne taille une once de tabac râpé, et on a die l'œsophage. Quelques minutes après, l'animal a fait des efforts pour vomir. A quatre heures, il n'éprouvait aucun symptôme remarquable; il est mort dans la nuit. La membrane muqueuse de l'estomac était d'un rouge vif dans toute son étendue ; les autres portions du canal digestif paraissaient saines. Les poumons étaient livides, gorgés de sang, beaucoup plus denses que dans l'état naturel, et offraient un très-grand nombre de taches noires. La majeure partie du tabac se trouvait dans l'estomac. Expérience ine. A huit heures un quart, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d'un chien de moyenne taille , 2 gros de tabac râpé et 2 gros d'eau. Dix minutes après , l'anirrial a vomi. A huit heures et demie, il faisait des efforts infructueux de vomis- sement, et il commençait à éprouver de très-légers verti- ges; ses extrémités postérieures offraient un tremblement assez marqué ; sa physionomie paraissait étonnée. A neuf heures moins un quart, le tremblement était devenu géné- ral , le train postérieur était un peu faible , la démarche très vacillante. Cinq minutes après , l'animal s'est couclié D U ï A B A C 269 sur le ventre; ses extrémités postérieures étaient relevées, les antérieures fléchies , et il cherchait à se redresser en faisant des mouvemens en tous sens et en frappant le sol avec la tête ; il continuait à trembler. Quelques instans après, il s'est couché sur le côté, et il était dans un grand état de relâchement. A neuf heures vingt minutes, ses membres étaient agités par intervalles de mouvemens convulsifs assez forts ; les organes des sens étaient impres- sionnables comme avant l'expérience; la respiration n'était point gênée. Il est mort à neuf heures quarante minutes. Expérience ive. A deux heures, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d'un carlin robuste, 16 grains de tabac râpé et 2 gros d'eau. Dix mi- nutes après, l'animal a vomi deux fois. A six heures , il commençait à éprouver de légers vertiges et un tremble- ment dans les extrémités postérieures ; il est mort dans la nuit. Les poumons étaient d'une couleur rouge foncée et présentaient çà et là des taches livides ; leur tissu était un peu plus dense que dans l'état naturel. Il n'y avait aucune altération dans le canal digestif. Le membre sur lequel on avait opéré était peu eu flammé. Expérience ve. Désirant connaître si la partie active du tabac râpé réside dans la portion solubie dans l'eau ou dans celle qui y est insoluble, on a recommencé l'expé- rience précédente avec 4 gros de celte poudre que l'on avait traitée à huit reprises différentes par une grande quantité d'eau bouillante, afin de l'épuiser complètement. Avant de réunir les lambeaux de la plaie par la suture , on y a intro- duit 4 gros d'eau. Quarante-huit heures après , l'animal "n'avait éprouvé aucun symptôme remarquable ; il est mort à la fin du troisième jour ; on ne lui avait point donné d'alimens, et il élait faible. Expérience vie. On a fait bouillir pendant une heure uife once de feuilles sèches dé tabac avec 6 onces d'eau; o^O DES POISONS N AR CO Tl CO-ACRES. le liquide a été filtré et réduit à trois once-, et demie au moyen de l'évaporation ; on l'a introduit dans l'estomac d'un chien robuste de moyenne taille , et on a lié l'œso- phage. Trois minutes après , l'animal a fait des efforts pour vomir, qu'il a renouvelés plusieurs fois pendant la première heure ; il a expiré trois heures après l'ingestion du liquide dans l'estomac , et il avait éprouvé les sym- ptômes rapportés dans l'expérience troisième. On l'a ou- vert le lendemain. L'estomac élait légèrement enflammé ; le canal intestinal ne paraissait pas altéré. Les poumons offraient un très-grand nombre de plaques d'une couleur livide et très-larges ; leur tissu était plus dense que dans l'état naturel et gorgé de sang. Expérience vne. h'infusum de tabac, préparé avec 5 onces d'eau et une demi-once de feuilles sèches, n'a déterminé aucun accident chez un chien robuste et de moyenne taille. Expérience vme. M. Brodie injecta dans l'intestin rec- tum de plusieurs chiens et d'un chat, depuis une jus- qu'à 4 onces d'une forte infusion de tabac : ces animaux de- vinrent insensibles, immobiles , et périrent tons en moins de dix minutes; les battemens du cœur n'étaient plus sensibles une minute avant la mort; l'un d'eux seulement vomit. On ouvrit les cadavres immédiatement après la mort : le cœur était très - distendu et ne se contractait plus; dans un cas seulement, après avoir incisé le péri- carde, les oreillettes et les ventricules, irrités par l'ins- trument , commencèrent à se contracter avec force, et la circulation put être prolongée pendant une demi-heure au moyen de l'insufflation de l'air dans les poumons. Expérience ixe. Huit onces de decoctum de tabac ont été administrées sous forme de lavement à un chien fort : ce decoctum avait été préparé en faisant bouillir une once de tabac à fumer dans 9 onces d'eau. Trois minutes après, DU TABAC. 2r f l'animal a rejeté le liquide et a vomi. Pendant la première demi-heure, il n'a point cessé de faire des efforts violens et infructueux pour vomir ; du reste il n'a éprouvé au- cune autre incommodité. Le lendemain , sa santé parais- sait rétablie. Il est certain que cet animal aurait succombé s'il eût gardé le lavement plus long-temps. Expérience xe. M. Brodie appliqua sur la langue d'un jeune chat une goutte d'huile empyreumatique de tabac(i). Sur-le-champ tous les muscles éprouvèrent des convulsions violentes et la respiration fut accélérée. Cinq minutes après , l'animal devint insensible, se coucha sur Je côté, et offrit de temps en temps de légers mouvemens con- vulsifs. Un quart d'heure après , il paraissait rétabli. On recommença l'expérience, et l'animal mourut au bout de deux minutes. On ouvrit sur-le-champ le thorax : le cœur se contractait régulièrement et avec force ; le sang était d'une couleur foncée. On introduisit un tube dans la trachée-artère , afin d'insuffler de l'air dans les pou- mons : les contractions du cœur furent plus fortes et plus fréquentes, et ne diminuèrent point pendaut six minutes que l'insufflation fut continuée ; la langue et le cerveau n'offraient aucune altération. Expérience xie. On injecta dans l'intestin rectum d'un chien une goutte de la môme huile tenue en suspension à la faveur d'un mucilage dans une once et demie d'eau. Deux minutes après , l'animal devint faible et fit de vains efforts pour vomir. Vingt-cinq minutes après, il parais- sait rétabli. On renouvela l'injection : il éprouva sur-le- champ les symptômes rapportés dans l'expérience Xe, et mourut au bout de deux minutes et demie. (1) Cette huile avait été obtenue en distillant les feuilles de tabac à la température d'environ 8o° R., et en la séparant de l'eau sur laquelle elle se trouve après la distillation. %^1 DES POISONS N ARCOTICO-ACR ES. Notre ami M. Macartney , savant professeur à l'Ecolfl de Dublin , a bien voulu nous communiquer , pendant son séjour à Paris , les expériences suivantes , qu'il fit il y a quelque temps. Expérience xne. On enleva la partie supérieure du crâne et une portion des membranes du cerveau d'un lapin. Lorsque le sang cessa de couler , on appliqua sur la surface de l'encéphale quelques gouttes d'huile empy- reumatique de tabac. Demi-heure après , l'animal n'av,.it éprouvé aucun symptôme remarquable ; alors on le fit périr en mettant sur la langue deux gouttes de la même huile. Expérience xme. On introduisit dans les hémisphères du cerveau d'un autre lapin, environ un demi-scrupule de ce poison, qui n'avait produit aucun effet trente mi- nutes après. L'animal fut tué sur-le-champ par l'applica- tion de trois gouttes de la même huile sur la langue. Dans d'autres expériences, les animaux éprouvèrent des convulsions et moururent en peu de temps lorsque l'huile fut portée jusqu'au pont de \arole ; mais ces acci- dens dépendaient d'un effet mécanique, car ils avaient également lieu lorsqu'on introduisait seul l'instrument à l'aide duquel l'huile empyreumatique avait été portée d'abord. Expérience xive. Le nerf sciatique d'un lapin fut isolé des parties environnantes , et touché à plusieurs reprises avec ce poison; il n'en résulta aucun accident. Dans une autre expérience , ce nerf fut isolé, coupé transversale- ment, et chacune des extrémités plongée dans un petit vase de plomb contenant une certaine quantité de cette huile empyreumatique. Une heure après, l'animal n'avait éprouvé aucune incommodité , tandis qu'il fut tué sur- le-champ par l'application d'une ou deux gouttes du poi- son sur la langue. Les mêmes résultats furent obtenus avec l'huile essen- I3U TABAC 2^3 tîelle d'amandes amères. M. Macartney fit ces expériences à l'appui d'un très-grand nombre d'autres qu'il se pro- pose de publier, et qui prouvent que la sensibilité des nerfs réside dans les extrémités des branches , et que le cerveau , qui est l'organe de la perception , ne jouit, dans l'état habituel de santé, d'aucune sensibilité. Expérience xve. A midi, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d'un petit chien un gros d'extrait aqueux de nicotiana rustica. Six mi- nutes après , l'animal a poussé des plaintes et a vomi des matières jaunâtres. A midi vingt minutes , nouveau vo- missement , continuation des plaintes. Au bout de deux minutes, efforts infructueux pour vomir. A une heure, les battemens du cœur étaient aussi accélérés qu'avant l'application du poison. Le lendemain, à trois heures de l'après-midi, il a refusé les alimens ; tous ses muscles étaient affectés d'un léger tremblement ; il était un peu abattu. Il est mort dans la nuit. La membrane muqueuse de l'estomac était de couleur à-peu-près naturelle ; mais elle offrait, près du pylore, deux taches noires de la gros- seur d'une forte tête d'épingle , dont le centre était ulcéré ; les poumons présentaient plusieurs taches livides conte- nant , dans leur intérieur, du sang noirâtre. Expérience xvre. On a répété la même expérience avec un gros 6 grains du même extrait. Au bout de quinze minutes, l'animal a vomi plusieurs fois, et il s'est plaint. Trente-six minutes après l'application de la substance vénéneuse, il a éprouvé des vertiges très-considérables ; il a été plongé dans un état d'insensibilité générale, et il est mort dix-huit heures après l'opération. Il a été im- possible de découvrir la moindre trace d'altération dans» le canal digestif, les poumons et le cerveau. n. 18 2^4 UE9 P0IS0WÔ NARCOTICO-ACRr. 9. OB S ERVAT I ONS. iQ. Une femme appliqua sur la tête de trois de ses' enfans qui avaient la teigne, un liniment préparé avec de la poudre de tabac et du beurre : peu après ils éprou- vèrent des vertiges, des vomissemens violens et des dé- faillances ; ils eurent des sueurs copieuses. Pendant vingt- quatre heures ils marchèrent comme s'ils eussent été ivres. ( Ephémér. dés Cur. de la Nat., dec. u , an 4> P- 4^0 2°. Le decoctum des feuilles appliqué sur des parties affectées de la gale, occasionna des vomissemens violens et des convulsions. ( Vanuermond, Recueil périodique, t. vu, p. 67.) 3°. On lit dans les Ephémérides des Curieux de la Nature, -qu'un individu tomba dans un état de somno- lence et mourut apoplectique pour avoir pris par le nez une trop grande quantité de poudre de tabac. 4°. Le célèbre Santeuil éprouva des vomissemens et des douleurs atroces au milieu desquels il expira, pour avoir bu un verre de vin dans lequel on avait mis du tabac d'Espagne. 94o. Les faits que nous venons d'exposer nous portent à croire , 1*. Que les feuilles de tabac, entières ou réduites en poudre, telles qu'on les emploie journellement dans ie commerce , sont douées de propriétés vénéneuses éner- giques ; 20. Que leur partie active paraît résider dans la portion soluble dans l'eau , qui est absorbée et portée dans le tor- rent de la circulation ; 3°. Que leurs effets délétères paraissent dépendre d'une action spéciale sur le système nerveux, et qu'elles détermi- nent presque constamment un tremblement général, qui s'observe rarement lorsqu'on emploie d'autres poisons -t DU TABAC. 2^5 4°- Que leur action est beaucoup plus énergique lors- qu'on injecte la portion soluble dans l'anus, que lorsqu'on l'applique sur le tissu cellulaire, et à plus forte raison que dans le cas où on l'introduit dans l'estomac ; 5". Qu'indépendamment des phénomènes dont nous venons de parler, elles exercent une action locale capable de produire une inflammation plus ou moins intense; 6°. Qu'elles paraissent agir sur l'homme comme sur les chiens ; 7°. Que Y huile empyreumatique n'agit pas directement sur le cerveau ni sur le tronc des nerfs, mais qu'elle porte son action sur le système nerveux d'une manière qu'il n'est pas encore facile de déterminer ; 8°. Que l'extrait de nicotiana rustica agit de la même manière que le tabac, mais qu'il est moins actif. M. Brodie avait été tenté d'admettre que l'infusion de tabac, injectée dans le rectum, agissait d'abord sur le cœur : cependant l'expérience suivante l'a fait renoncer à cette opinion. Après avoir enlevé la tête à un chien, il entretint la respiration par l'insufflation , et il introduisit dans l'es- tomac et dans les intestins 9 onces d'infusion de tabac. Au moment de l'injection , le corps de l'animal resta im- mobile sur la table, et Je cœur battait régulièrement cent fois par minute. Dix minutes après, le pouls donnait cent quarante pulsations ; le mouvement péristaltique des intestins était augmenté , et les muscles volontaires de toutes les parties du corps offraient des mouvemens spas- modiques très-foris ; les articulations des extrémités étaient alternativement fléchies et étendues; les muscles de l'épine, de l'abdomen et de la queue étaient tantôt relâchés, tantôt contractés , de manière que le corps tournait sur l'un et sur l'autre côté. L'aorte abdominale fut comprimée pen- dant plus d'une minute, en sorte que la circulation fut 276 des poisons narcotico- a cres. arrêtée dans les membres inférieurs, ce qui n'occasionna aucune diminution dans les contractions musculaires. Une demi-heure après l'injection de Vinfusum, on cessa l'in- sufflation ; le cœur continua à transmettre du sang d'une couleur foncée, et les contraclions musculaires diminuè- rent d'intensité et de fréquence. On pratiqua une ligature aux vaisseaux qui sont à la base du cœur, afin de suspendre la circulation ; cependant les contractions musculaires con- tinuèrent, quoique moins fortes et moins fréquentes qu'au- paravant ; enfin elles cessèrent après quelques minutes. Si les contractions des muscles volontaires, dit M. Bro- die, dépendaient de l'action du sang mêlé avec l'infusion de tabac, il est raisonnable de supposer qu'elles auraient dû diminuer par la compression de l'aorte, et que sa ligature aurait dû les faire cesser. M. Brodie pense en conséquence que l'infusion de tabac agit sur le cœur au moyen du système nerveux. De la Digitale pourprée. 941. La digitale pourprée (digitalis purpurea, h.) est une plante de la famille des personnées deTournefort, de la didynamie angiospermie de Linnée, et que Jussieu a rangée dans les scrophulaires. Description. Calice persistant, profondément découpé en cinq segmens parfois inégaux ; les folioles calicinales sont ovales , aiguës : corolle monopétale, à tube renflé, ouvert, rétréci à sa base : limbe court, portant quatre divi- sions obtuses, inégales ; la supérieure souvent échancrée ; les parois inférieures du ventre parsemées de taches rouges, œilletées, et de poils grêles et soyeux : quatre étamines , dont deux plus courtes : style simple ou bifurqué : une capsule ovoïde, séparée en deux loges par une, double cloison, contenant dans chaque loge des semences nom- DE LA DIGITALE POURPRÉE. 277 breuses , petites, anguleuses , attachées à un placenta py- ramidal : tige de deux à trois pieds, s'élevant parfois jusqu'à six , droite ou légèrement inclinée . ordinairement simple, velue, garnie de fleurs purpurines qui pendent en cloche d'un seul côté, disposées en un long épi termi- nal , et auxquelles succèdent des capsules ovoïdes , poin- tues, à raies, renfermant une infinité de petites semences j cette tige est creuse, cylindrique et d'un vert rougeâtre : feuilles alternes , pétiolées ou rétrécies à leur base, ovalai- res , pointues , dentées en scie ou plutôt festonnées, ru- gueuses, d'un vert foncé en-dessus, blanchâtres et lanu- gineuses en-dessous, très-analogues à celles du bouillon blanc , mais moins cotonneuses : racine brunâtre, fusi- forme, jetant çà et là de nombreux rameaux. La digitale pourprée est une plante bisannuelle qui se trouve sur les montagnes, le long des haies , dans les bois élevés, et dans les terrains arides et sablonneux : aussi les environs de Paris en sont-ils abondamment pourvus. Bo- dart dit qu'elle semble affectionner d'une manière spéciale le département de la Mayenne. Analyse de la Digitale pourprée. 942. Six gros de poudre de feuilles de digitale pour- prée bien desséchée ont fourni à M. Bidault de Villiers, i°. 2 gros 60 grains d'extrait aqueux ; 2°. 12 grains d'ex- trait spiritueux ; 3°. précipité particulier, 8 grains, et 2 gros 60 grains de poudre inerte qui a donné, par l'action des réactifs, 6 grains de carbonate de chaux, 2 grains d'oxide rouge de fer, 3 grains de sable quartzeux, 2 grains de phosphate de chaux, un grain de sulfate de potasse, des traces de sulfate, d'hydro-chlor a te de chaux et d'alcali carbonate, un grain de charbon (1). (r) Essais sur les Propriétés médicales de la digitale pour- 178 DES POISONS N ARCOTICO-ACRES. Action de la Digitale pourprée sur Véconomie animale. 943. Les propriétés délétères de la digitale et de la plu- part de ses préparations sont mises hors de doute par des expériences faites sur les animaux et par de nombreuses observations médicales. On voit dans la dissertation de Schiemann (de Digitali purpured, Goltingae, 1786,) que des chiens sont morts pour avoir pris de l'extrait ou de l'infusion de feuilles de digitale : des inquiétudes, de la tristesse, la petitesse et la lenteur du pouls , des déjections involontaires et des convulsions, tels sont les principaux symptômes auxquels ces animaux furent en proie avant d'expirer. 944* Sur quels organes la digitale exerce-t-elle son ac- tion meurtrière ? Expérience irc. On a fait avaler à un fort chien un gros et demi de poudre de digitale. Le lendemain, l'animal n'avait éprouvé aucun phénomène remarquable. Expérience 11e. A onze heures , on a introduit dans l'es- tomac d'un chien fort et de moyenne taille 6 gros de la même poudre, et on a lié l'œsophage. Au bout de deux heures, l'animal a fait des efforts pour vomir; sa bouche était écumeuse. A trois heures, il éprouvait des vertiges, poussait des cris plaintifs, se couchait sur le côté, roi- dissait ses pattes , et renversait un peu la tête en arrière. A sixheures, il pouvait encore marcher; mais il chancelait comme les personnes ivres de vin ; les battemens du cœur étaient comme avant l'opération. Ces symptômes ont aug- menté d'intensité ; l'animal s'est plaint, et a expiré dans la nuit. L'estomac contenait presque toute la poudre in- gérée ; la membrane muqueuse était parsemée, dans pres- proe, par le docteur Bidault de Villiers, 3e édition, page 61. Paris, 1812. 4JE LA DIGITALE POUEPRÊE. 27g que toute son étendue, de taches d'un rouge vif,évidem- nrent inflammatoires ; le rectum offrait une altération ana- logue, mais à un degré moindre. Expérience n\e. A une heure, on a pratiqué une in- cision à la partie interne de la cuisse d'un petit chien; on a saupoudré la plaie avec 3 gros de poudre de digi- tale , et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. A deux heures, l'animal n'avait rien éprouvé. A quatre heures il avait vomi, et sa bouche était pleine d'écume. A neuf heures et demie du soir, il a éprouvé des vertiges considérables, et il est mort une heure après. L'ouverture du cadavre, faite le lendemain , n'a fait voir aucune lésion remarquable. Expérience ive. A dix heures et demie du soir, on a introduit dans l'estomac d'un carlin robuste et à jeun 2 gros d'extrait aqueux de digitale, et on a lié l'œsophage.>Le lendemain, à six heures du matin, l'animal paraissait abattu; sa démarche était libre; il n'éprouvait point dé vertiges; le cœur offrait de cent vingt à cent vingt-cinq pulsations par minute ; ces pulsations étaient fortes, égales et nullement intermittentes. A dix heures, l'abattement était augmenté, les battemens du cœur persistaient à être aussi fréquens. A une 'heure, légers vertiges, difficulté à rester long-temps debout, accablement manifeste , même état de la circulation. On le trouva mort deux heures après. On en fit l'ouverture lorsque tous les organes étaient en- core chauds : le cœur ne battait plus ; il renfermait du sang fluide et d'un rouge foncé. Les poumons, crépilans, étaient d'une couleur rougeâtre et contenaient un peu de sang. L'estomac renfermait une assez grande*quantité d'un fluide brunâtre , visqueux; la membrane muqueuse était d'un rouge vif dans presque toute son étendue , et prin- cipalement près du duodénum ; l'intérieur du rectum offrait quelques taches rouges. 280 DES POISONS ïï A RCOTICO-ACRFS. Expérience ve. A une heure, on a introduit dans l'es- tomac d'un petit chien robuste a gros d'extrait aqueux de digitale pourprée dissous dans 3 gros d'eau , et on a lié l'œsophage. Au bout de vingt minutes , l'animal a fait des efforts pour vomir , et il a eu des déjections alvines assez abondantes ; les battemens du cœur, loin d'être plus lents qu'avant l'injection delà substance vénéneuse, étaient un peu plus fréquens et nullement intermittcns. A deux heures et demie, il a eu de nouvelles déjections alvines colorées en brun par l'extrait. Seize minutes après, nou- velle selle liquide, violens efforts de vomissement , batte- mens du cœur réguliers et aussi fréquens. A trois heures , nouveaux efforts pour vomir, une selle liquide ; les mou- vemens sont libres. A huit heures, il n'y avait pas de changement dans les contractions du cœur; la démarche de l'animal était sûre; il avait eu plusieurs fois des en- vies de vomir. A deux heures du matin, il a poussé quelques cris plaintifs, et l'on croit qu'il n'a pas tardé à mourir. Ouverture du cadavre. L'estomac élait distendu par des gaz; il contenait un peu de matière liquide verdâtre; il n'y avait aucune lésion dans le canal digestif. Les poumons étaient presque dans l'état naturel. Les ventricules du cer- veau ne contenaient point de sérosité; les vaisseaux exté- rieurs de cet organe n'étaient point gorgés. Expérience vic. A onze heures, on a fait une plaie sur le dos d'un petit chien, et on a mis en contact avec le tissu cellulaire un gros du même extrait : on a réuni les lambeauxpar quelques points de suture. Trois quarts d'heure après l'animal a vomi. A midi quarante minutes , il ne pa- raissait pas malade; les battemens du cœur étaient un peu plus accélérés qu'avant l'application du poison ; ils étaient inégaux , intermittcns. A une heure dix minutes, ils étaient ntoiusforts et presque insensibles. Un quart d'heure après, DE LA DIGITALE POURPRÉE. 281 l'animal se tenait bien sur ses quatre pattes, marchait libre- ment , et il aurait été impossible de prévoir l'attaque qui suivit immédiatement. Tout-à-coup il éprouve des vertiges considérables, il pousse des cris plaintifs, marche avec rapidité latéralement et de droite à gauche, tombe lors- qu'il est arrivé près du mur du laboratoire, agite ses pattes d'une manièie convulsive, renverse la tête sur le dos, et continue à se plaindre dans cet état pendant deux minutes ; alors survient un état de relâchement et d'insen- sibilité qui dure quatre minutes , après lesquelles l'animal expire. La mort fut précédée d'un tremblement général de tous les muscles. Ouverture du cadavre faite sur-le-champ. Le cœur ne battait plus; le sang contenu dans les ventricules était fluide 01 d'un rouge un peu foncé dans la cavité aor- tique. Les poumons, peu denses , étaient crépitans, roses. Il n'y avait point d'altération dans le canal digestif. Expérience vne. On a répété la même expérience avec 2 gros d'extrait aqueux de digitale dissous "dans 2 gros d'eau : l'animal n'avait rien éprouvé au bout d'une heure et un quart. Il a expiré quatre heures après l'opération , et il avait offert les mêmes symptômes que celui qui fait le sujet de l'expérience v re. L'ouverture du cadavre a été faite quarante minutes après. Le cœur conservait encore beaucoup de chaleur, ne battait plus, et renfermait une assez grande quantité de sang fluide. Il n'y avait aucune altération dans le canal digestif. Plusieurs autres animaux de la même espèce ont été soumis à des expériences de ce genre, et nous avons con- stamment observé les symptômes et les phénomènes cadavé- riques que nous avons rapportés dans les deux expériences précédentes. Expérience vme. On a injecté dans la veine jugulaire d'un chien très-fort un gros d'extrait aqueux de digitale 282 DES POISONS N ARCOTI CO - ACRE». pourprée dissons dans une demi-once d'eau. Deux mi- nutes après, les battemens du cœur étaient diminués de dix par minute. Au bout de deux minutes, l'animal a commencé à faire des efforts violens pour vomir, et il les a continués pendant trois minutes. Sept minutes après l'injection, il avait l'air étonné, conservait le libre usage de ses sens, éprouvait de légers vcitiges, et marchait la tète basse ; les pulsations étaient plus accélérées qu'avant l'opération. Une minute après, il est tombé sur le côté en commençant par faire la culbute en arrière ; la tête s'est renversée sur le dos^ les extrémités ont été agitées de quelques mouvemens convulsifs , et les organes des sens sont devenus insensibles. A cet état, qui a duré deux minutes, a succédé une diminution considérable dans la violence des symptômes , et il ne subsistait plus qu'un trem- blement général des muscles du tronc. Il a expiré au bout de trois minutes. On l'a ouvert sur-le-champ. Le cœur ne contenait que du sang fluide , d'un rouge vermeil dans le ventricule gauche, et noirâtre dans le ventriculedioit. Les poumons étaient sains. Expérience ixe. On a injecté dans la veine jugulaire d'un petit chien un demi-gros du même extrait dissous dans une demi-once d'eau. Le lendemain, l'animal n'a- vait rien éprouvé de remarquable; il a cependant refusé les alimens. Cinq jours après l'opération, il marchait bien; il n'avait point eu de vertiges; mais il n'avait voulu prendre aucun aliment. Il est mort dans la nuit du jour suivant. Il n'y avait aucune lésion sensible dans le cerveau ; les vaisseaux cérébraux contenaient à peine du sang. Les lobes du poumon droit, d'une couleur violacée et d'un tissu dense, comme hépatisé , étaient gorgés de sang noir; le poumon gauche offrait çà et là des taches analogues , par leur couleur et par leur texture , à celles que nous avions remarquées sur la partie droite de cet organe. L'estomac DE LA DIGITALE POURPRÉE. 283 était tapissé de bile jaune ; les membranes du canal digestif ne présentaient aucune altération. /: xpérience xe. A deux heures 20 winutes , on a intro- duit dans l'estomac d'un petit chien 2 gros d'extrait rési- neux préparé en traitant la poudre de digitale pourprée par l'alcool, et on a lié l'œsophage. A deux heures trente-huit minutes , l'animai a eu des nausées et a fait des efforts pour vomir ; le battemens du cœur, irréguliers, inégaux, étaient plus lents et plus intermittens qu'avant l'opération. Six mi- nutes après , il continuait à faire des efforts de vomisse- ment ; le cœur ne battait plus que cinquante-quatre fois par minuit:, tandis qu'il y avait quatre-vingt-dix pulsations avant l'ingestion delà substance vénéneuse. A trois heures vingt minutes, nouveaux efforts de vomissement ; nul chan- gement dans les battemens du cœur. A cinq heures, l'ani- mal marchait librement; il n'y avait point d'accélération dans le pouls ; les envies de vomir persistaient toujours. On nous a rapporté qu'il était mort à sept heures et demie du même jour. L'ouverture du cadavre, faite le lendemain , n'a rien fait voir dans les poumons ni dans le canal di- gestif. Expérience xic. A dix heures quarante minutes , on a recommencé la même expérience sur un petit chien ro- buste, dont le cœur offrait de quatre-vingt-dix à quatre- vingt-quatorze pulsations par minute. A une heure et demie, lacirculation était évidemment troublée ; les batte- mens du cœur , aussi fréquent qu'avant l'opération, étaient inégaux, tantôt forts, tantôt faibles, et ils offraient des intermittences très-marquées. A deux heures un quart, l'animal était couché sur le côté et conservait l'usage de ses sens ; cependant il éprouvait de légers vertiges , et il ne pouvait marcher sans chanceler; sa respiration n'élait pas gênée ; il n'y avait aucun changement dans les batte- mens du cœur. A trois heures un quart, on l'a mis sur 2#4 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. ses paltes : sur-le-champ il a fléchi les postérieures , a baissé la tête presque jusqu'au sol, l'a redressée aussitôt après , et a chercrfca marcher eu avant en suivant une ligne droite. A peine avait-il fait deux pas , qu'il a fléchi les extrémités antérieures et est tombé sur le ventre. Ces mouvemens alternatifs dans les paltes postérieures, dans les antérieures et dans la tête se sont renouvelés trois fois de suite. Enfin, à trois heures dix-sept minutes , l'animal a expiré dans un état de grande insensibilité et d'immo- bilité. On l'a ouvert sur-le-champ. Les membres n'offraient aucune roideur; les pupilles étaient excessivement dilatées; le cœur ne battait plus ; le sang contenu dans le ventri- cule gauche était d'un rouge vif et fluide; le ventricule droit était presque vide; les gros vaisseaux du thorax, lésés en ouvrant cette cavité, ont permis au sang de s'é- pancher , et on a trouvé , au côté droit des vertèbres dor- sales , un gros caillot noirâtre et très-chaud, hes poumons étaient crépitans, et ne contenaient qu'une petite quantité de sang. Expérience xne. On a fait une plaie sur le dos d'un petit cliien; on a mis en contact avec le tissu cellulaire 2 gros d'extrait résineux de digitale, et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. Au bout de vingt minutes, l'animal a vomi des matières alimentaires, et il a fait plu- sieurs fois des efforts pendant les cinq minutes qui ont suivi; il n'y avait aucun changement dans les battemens du cœur. Quarante-trois minutes après l'application du poison, les pupilles étaient très-dilatées et la marche un peu chancelante ; il a eu une selle liquide très-abondante. Quatre minutes après , les vertiges s'étaient tellement ac- crus , qu'il a fléchi ses pattes de derrière , est tombé subite- ment sur le côté, a poussé quelques cris légers, et. paraissait mort. Dans cet état, il a rejeté une petite quantité d'urine ; il offrait un tremblement général des muscles de l'abdo- DE LA DIGITALE POURPRÉE. 285 men et quelques soubresauts des tendons de l'extrémité antérieure droite; les organes des sens n'exerçaient plus leurs fonctions. Il a expiré deux minutes après. On l'a ouvert sur-le-champ. Le cœur ne battait plus; le sang contenu dans le ventricule gauche était fluide et d'un rouge vif; celui du ventricule droit était tout coagulé et noir. Les poumons,, d'une couleur rose, paraissaient être dans l'état naturel. Le canal digestif n'offrait aucune alté- ration. Expérience xme. A deux heures et demie, on a répété la même expérience sur un carlin de moyenne taille. A trois heures vingt minutes, vomissement de matières alimen- taires ; point de ralentissement dans la circulation. Deux minutes après, nouveaux vomissemens suivis d'efforts in- fructueux et souvent réitérés. A trois heures et demie, diminution de quinze pulsations par minute dans les mou- vemens du cœur; inégalité, intermittence marquées. Dix minutes après, accélération dans la circulation ; pulsa- tions plus fréquentes qu'avant l'application du poison ; respiration un peu gênée. Trois quarts d'heure après, vertiges, chute, et autres symptômes analogues à ceux de l'expérience précédente. Mort à quatre heures vingt-sept minutes. Ouverture du cadavre faite sur-le-champ : cœur ne se contractant plus ; .sang contenu dans Je ventricule droit entièrement coagulé. Expérience xive. A onze heures, on a mis en contact avec le tissu cellulaire du dos d'un petit chien robuste un gros du même extrait, et on a réuni les lambeaux de la plaie par quelques points de suture. A midi un quart il a vomi f et il est mort à midi et demi, sans qu'on ait pu l'observer. On l'a ouvert dix minuies après. Il n'y avait plus de mouvement dans le cœur; le sang renfermé dans le ventricule droit, en partie fluide, offrait quelques cail- ?8o DES POISONS NARCOTICO-ACRES. lots assez volumineux et noirâtres; celui du ventricule gauche était fluide et d'un rouge un peu moins vif qu'il ne l'est ordinairement. Les poumons étaient roses , peu crépitans. Expérience xve. On a injecté dans la veine jugulaire d'un petit chien i8 grains d'extrait résineux de digitale suspendus dans une demi-once d'eau. Sur-le-champ l'ani- mal a éprouvé des vertiges ; il a fait quelques pas , est tombé, s'estrelevé, eta continuéà marcher en chancelant. Une minute après l'injection, les battemens du cœur étaient un peu ralentis; mais, quelques instans après, ils sont devenus aussi fréquens qu'avant l'opération. Au bout de cinq minutes , ils conservaient leur fréquence, et la dé- marche était plus chancelante. Deux minutes après, on ne sentait plus de pulsation ; l'animal est tombé sur le côté, la tête s'est renversée sur le dos, et il a éprouvé des mouvemens convulsifs dans les pattes. Cet état a duré pendant quatre minutes , après lesquelles l'animal a poussé quelques cris plaintifs ; tous ses muscles tremblo- taient , et il a expiré. On l'a ouvert dans le même instant. Le cœur ne battait plus; le sang des deux ventricules était fluide; celui que contenait la cavité aortique était rouge. Les poumons , crépitans , étaient ridés et ne renfermaient presque pas de sang ; la langue et les gencives étaient pâles. Expérience xvie. On a injecté dans la veine jugulaire d'un petit chien 10 grains du même extrait suspendus dans 3 gros et demi d'eau. Quatre minutes après, l'ani- mal a vomi, a eu une selle liquide, a éprouvé des vertiges qui sont devenus de plus en plus forts , au point que deux minutes après il est tombé sur le côté, a poussé quelques cris plaintifs, et a écarté ses pattes en les agitant d'une manière convulsive ; sa bouche était béante et sa tête ren- versée sur le dos. Il a expiré huit minutes après l'in- DE LA DIGIT'ALE POURPRÉE. 287 jeclion. On n'avait remarqué aucun changement dans les battemens du cœur. L'ouverture du cadavre a été faite sur- le-champ. Le cœur ne se contractait plus ,• le sang était fluide, et d'un rouge un peu foncé dans le ventricule gau- che. Les poumons ne présentaient pas d'altération sensible. Expérience xvue. A huit heures et demie , on a intro- duit dans l'estomac d'un petit chien une once de teinture de digitale pourprée préparée avec de l'eau-de-vie à 24° et de la poudre de celte plante : on a lié l'œsophage. Au bout de cinq minutes , l'animal élait dans un état de stupeur remarquable," il avait des vertiges , et ne pouvait faire deux pas sans tomber; les battemens du cœur n'étaient pas ra- lentis. A neuf heures, il se tenait couché sur le côté ; il se plaignait de temps en temps ; la stupeur avait augmenté; les battemens du cœur étaient fréquens , irréguliers, iné- gaux; ses inspirations étaient rares, mais excessivement profondes ; les yeux peu sensibles à la lumière, les pu- pilles un peu dilatées, et il n'avait eu aucune envie de vomir. A une heure et demie, tremblement convulsif des muscles des extrémités , même état de stupeur , impos- sibilité de se tenir debout, plaintes par intervalles, batte- mens du cœur fréquens. A dix heures du Soir, même état. Il est mort le lendemain à quatre heures du matin. La membrane muqueuse de l'estomac offrait plusieurs plaques d'un rouge foncé; près du pylore, on voyait quelques bandes longiludinales d'un rouge noirâtre, dont la couleur dépendait d'une certaine quantité de sang extravasé entre celte membrane et la tunique soujacente : celle-ci n'offrait point d'altération ; le duodénum présentait une lésion ana- logue à celle de l'estomac ; il y avait vers la fin du colon , dans l'espace de quatre travers de doigt et à sa partie in- terne, une rougeur très-intense qui s'étendait jusqu'à la membrane musculeuse soujacente ; le reste du canal intes- tinal paraissait peu altéré. 288 DES POISONS NArtCOTICO-ACRES. Expérience x\uie. On a versé 6 onces d'eau de-vie à 2^9 sur 10 gros de poudre de digitale pourprée. Au bout de quatre jours de digestion , on a filtré et on a fait évaporer le liquide en ajoutant de l'eau à mesure que l'alcool se ré- duisait en vapeur. A dix heures, on a introduit dans l'es- tomac d'un pelit chien 4 onces du liquide résultant, qui était complètement débarrassé de la partie spiritueuse : on a lié l'œsophage. Douze minutes après , l'animal a fait des efforts pour vomir; sa démarche commençait à être vacil- lante ; les battemens du cœur étaient comme avant l'opé- ration , les paupières pesantes comme lorsqu'on est un peu assoupi. A trois heures, la stupéfaction était portée un peu plus loin. Il est mort dans la nuit. La membrane muqueuse de l'estomac offrait, dans les deux tiers qui avoisinent le pylore, quelques petites taches d'un rouge assez vif, séparées par des intervalles non altérés. Les pou- mons et le canal intestinal ne présentaient pas de lésion sensible (r). M. Brodie, pendant notre séjour à Londres , a bien voulu nous communiquer le fait suivant, qui a le plus grand rap- i port avec ceux que nous venons de faire connaître. Il injecta dans l'estomac d'un jeune chien une demi-once de teinture de digitale dont l'alcool avait été préalablement évaporé, comme il a été indiqué dans l'expérience précé- dente. Une demi-heure après , voyant que cette dose élait sans action , il introduisit de nouveau dans l'estomac 2 gros de la même liqueur. Au bout de dix minutes, le pouls était tombé de cent cinquante à cent vingt pulsations par minute , et l'animal éprouvait un tremblement analogue à celui que l'on remarque dans l'accès des fièvres inter- (1) Il est évident que la plupart des symptômes et des lé- sions mentionnés dans l'expérience xvne tenaient à l'eau-de- yie dans laquelle la digitale était dissoute [Voy. article Alcool). b E LA DIGITALE POURPRÉE. 289 rmttentes. Ce frisson dura pendant vingt minutes, après lesquelles le pouls donna de nouveau cent cinquante pul- sations par minute. Bientôt après, il vomit beaucoup et eut des déjections alvines qui se renouvelèrent plusieurs fois pendant les deux heures qui suivirent l'ingestion du poison. Le lendemain, l'animal était parfaitement ré- tabli. OBSERVATIONS. i°. M. Bidault de Villiers dit : « J'ai mâché une forte pincée de poudre de feuilles de digitale que j'avais des- séchées moi-même avec soin et que je conservais depuis} quelque temps. Elle m'a d'abord offert une saveur nau- séabonde et herbacée; ensuite je l'ai trouvée fortement amère , et cette amertume m'a fait rendre une assez grande quantité de salive, dont l'excrétion a persisté quelque temps après que j'ai eu rejeté cette poudre que j'avais triturée sans mélange dans ma bouche. Ce n'est que lorsque la sensation d'amertume a été totalement dissipée, que j'ai cru m'apercevoir d'un sentiment léger d'àcreté dans le gosier. Elle m'a causé aussi une espèce d'envie de vo- mir, ou plutôt un faible soulèvement de cœur, et delà sécheresse dans la bouche» (i). 20. Un individu faible et atteint d'anasarque et d'hy- drothorax avala par mégarde quatre ou cinq fois autant de digitale qu'on lui en avait ordonné. Il eut des nausées qui augmentèrent si fort le lendemain matin, qu'il re- jetait un peu de bile toutes les cinq ou dix minutes , après avoir fait les plus violens efforts pour vomir. Le docteur Beddoès , rapporteur de ce fait, effrayé de ce qu'il avait déjà vu mourir un homme très-robuste qui avait pris la même infusion , fit administrer 3 grains d'opium en deux (t) Ouvrage déjà cité, p. 45* 390 DES POISONS NARCOTI CO- ACRES, doses , à une heure d'intervalle l'une de l'autre , après les- quelles il ordonna toutes les heures i5 gouttes de teinture thébaïque dans du vin de Porto, à prendre jusqu'à ce qu'il s'endormît. Le lendemain matin , les vomissemens étaient moins fréquens ; ils ne se manifestaient que de demi-heure en demi-heure , et quelquefois au bout d'une heure ; le malade dormait entre chaque accès , et se réveillait toujours avec des nausées. On prescrivit 60 gouttes de teinture d'opium en lavement, 24 grains de poudre d'ipé- cacuanha composée à prendre en trois doses et sous la forme pilulaire, enfin de l'extrait de ciguè dans les inter- valles de deux heures qui devaient séparer chaque do e. Le soir, on donna de nouveau un lavement. Il transpira abondamment pendant la nuit, et s'éveilla toujours avec des nausées ; les vomissemens , moins fréquens, étaient quelquefois accompagnés de hoquets. Le jour suivant, il ne vomit plus de bile, et il paraissait être sous l'in- fluence de l'opium. Le lendemain il but de l'eau panée sans inconvénient, et il n'eut point de malaise; l'appétit revint, et il buvait presqu'une demi-bouteille de vin par jour. On lui administra pendant huit jours du quinquina en substance avec des aromatiques ; le gonflement des pieds, cjui s'élait déclaré depuis quelques jours, surtout vers le soir, disparut, et l'individu fut parfaitement ré- tabli (t). 3°. Un homme de cinquante-cinq ans, atteint d'asthme humide, prit, au lieu d'un grain de feuilles de digitale en poudre , qui lui avait éîé ordonné , un gros environ de ce médicament. Une heure après, il mangea une soupe ; mais il la vomit aussitôt. Les vomissemens continuèrent • il s'y joignit des vertiges, des éblouissemens; le malade ne pouvait ui se tenir debout, ni distinguer les objets. (1) Th. Beddoès, Médical facts and Observations, vol v. DE LA DIGITALE POURPRÉE. 2QI Une infusion ethérée de fleurs de mélisse lui fut prescrite • mais il n'en prit que peu. Durant toutecelte journée les ef- forts de vomissement se renouvelèrent, et lui firent rendre assez abondamment des matières muqueuses et bilieuses • ils furent violons , accompagnés de beaucoup de malaise et de douleurs abdominales,quediminua l'administrationdedeux lavemens émolliens. Ils persistèrent encore la nuit et le jour suivant ; le malade était très-abattu, avait le pouls lent et peu régulier; il pritdu lait coupéet une potion laudanisée. Le jour suivant, il n'y eut qu'un seul vomissement; lemalade se plai- gnait toujours du ventre ; son pouls était lent, mais assez régulier; il rendit des crachats épais et blanchâtres : on ajouta de l'eau de cannelle dans la potion. L'infusion aro- matique fut continuée; on donna du bouillon et du vin. Le quatrième jour, même état de faiblesse, mais pas de vomissrment; expectoration très-abondante. Le cinquième jour , le pouls élait encore lent, les douleurs en partie calmées ; l'asthme était sensiblement amélioré. La faiblesse et la lenteur du pouls persévérèrent les deux jours sui- vans ; mais le huitième, celte dernière diminua, et elle disparut complètement le neuvième. A cette époque, la vision était encore confuse ; le feu paraissait de couleur bleue au malade, etc. ; ce ne fut que vers le quatorzième jour que ces phénomènes disparurent, et que l'appétit commença à renaître. Enfin, vers le vingt-unième jour, le temps étant devenu très-humide, la toux et la dyspnée, qui avaient éprouvé une grande diminution par l'effet de l'accident, reprirent de l'activité. (Observation de M. Bi- dault de Yilliers, Journal de Médecine, Chirurgie et Pharmacie, novembre 1817.) 4°. M. Sanders, auteur d'un excellent traité sur la di- gitale, dit: «En santé, chaque petite dose de digitale augmente la force et la fréquence du pouls, produit même la fièvre inflammatoire si on l'augmente ou si on errçon- ÙQ2 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. tinue l'usage. En maladie, les effets primitifs sont égale- ment les mêmes ; mais on observe de plus son influence sur l'affection , sur l'état contre nature; elle vivifie, pour ainsi dire, les surfaces ulcérées , saignantes , blafardes ; facilite l'absorption des fluides épanchés ou prévient leur épanchement, fortifie les mouvemens volontaires, active la digestion, augmente les évacuations par la peau et les organes urinaires, rend le pouls insensiblement fébrile, l'élève de soixante-dix à quatre-vingt-dix pulsations en peu de temps , même de c'eut vingt à cent trente ou de cent trente à cent cinquante , si le médecin ne sait pas s'ar- rêter ; enfin la digitale donne au moral ce caractère par- ticulier qui tient au retour des forces. Voilà les bons effets. Mais l'abus, l'imprudence dans son emploi entraînent le dérangement des fonctions de l'estomac , les vomissemens , les vertiges, l'insomnie, la chaleur, des battemens violens des vaisseaux de la tète, des douleurs dans différentes par- ties du corps, etc. Quoiqu'on renonce à la digitale, les symptômes fébriles n'en continuent pas moins pendant quatre ou cinq jours avec la même intensité. En général cependant, au bout de vingt-quatre heures, et souvent plus tôt, le pouls tombe de cent vingt à cent dix et à cent pulsations irrégulières. Quant à leur force et à leur fré- quence , il baisse encore davantage; il y a tristesse, nausées, oppression précordiale, vomissemens qui ne soulagent pas le malade, salivation , diarrhée , sécrétion abondante d'une urine limpide, moiteur gluante de la peau , sueur même abondante, figure pâle, expression du désespoir. Encore deux, trois ou quatre heures, et les symptômes violens diminuent; le pouls, loin de s'élever immédiatement après le calme, descend au contraire en peu de jours jus- qu'à cinquante , quarante , trente pulsations , et même plus bas. Ce développement des forces du système sanguin, et la diminution conséculive, varient selon la quantité du DE LA DIGITALE POURPRÉE. 293 remède, la susceptibilité de l'individu, le tempérament plus ou moins disposé à la fièvre inflammatoire , selon que le malade est actuellement affecté d'une inflammation locale, que des parties saines ou ulcérées tendent à une suppuration louable : alors l'action de la digitale et celle de la maladie se compliquent ; elles ont plus de vio- lence» (i). 945. Les faits qui précèdent nous permettent de con- clure , i°. Que la poudre de digitale, ses extraits aqueux et résineux, et sa teinture doivent être regardés comme des poisons énergiques à une certaine dose; 20. Que l'extrait résineux est doué de propriétés véné- neuses plus actives que l'extrait aqueux, et que la poudre est moins forte que ce dernier; 3°. Que l'action des extraits est vive et rapide lorsqu'on les injecte dans la veine jugulaire ; qu'elle l'est moins quand on les applique sur le tissu cellulaire, et beaucoup moins encore lorsqu'on les introduit dans l'estomac et qu!on empêche le vomissement; 4°. Que toutes ces préparations commencent par agir comme émétiques; 5°. Que leurs effets sur les organes de la circulation va- rient suivant la nature et la disposition des individus : tantôt on ne peut observer aucun changement dans la manière dont cette fonction s'opère ; tantôt les battemens du cœur sont ralentis ; assez souvent ils sont accélérés, forts, iné- gaux, intermittens ; (1) An Inquiry concerning Digitalis or fox glove Edirn- burg, 1808, ou Essais sur la Digitale pourprée, par San- ders, traduit par F.-G. Murât. Paris, 1812, p. 61. Les faits consignés dans cet opuscule sont d'autant plus précieux qu'ils ont été recueillis chez l'homme. 294 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. 6°. Que l'extrait résineux paraît agir spécialement sur le cœur ou sur le sang, puisque ce fluide se trouve constam- ment coagulé immédiatement après la mort, lorsque l'ex- trait a été appliqué sur le tissu cellulaire ou introduit dans l'estomac; 70. Qu'indépendamment de ces phénomènes, la digitale et ses préparations agissent sur le cerveau après avoir été absorbées, et produisent une sorte de stupéfaction instan- tanée qui ne tarde pas à être suivie de la mort; 8°. Que la poudre de ce végétal détermine une irritation locale capable de développer une inflammation assez in- tense ; 9°. Que toutes les observations s'accordent pour faire croire que la digitale agit sur l'homme comme sur les chiens (i). (i) Nous prévoyons une objection qui pourra nous êlre faite par plusieurs praticiens ; savoir, que la digitale ralentit les mouveme?is du cœur chez l'homme. Nous ne pouvons pas ad- mettre cette assertion dans toute son étendue. En effet, i". nous avons pris tous les jours, pendant un mois, depuis 4 jusqu'à 20 grains de ce végétal réduit en poudre; nous n'avons jamais observé la moindre diminution dans les battemens du cœur, ce qui se trouve parfaitement d'accord avec un nombre infini d'ob- servations rapportées par M. Sanders. 2°. Combien de fois n'a- t-on p3s vu dans les hôpitaux l'administration de celle pondre ou de sa teinture augmenter la fièvre, déterminer une grande chaleur dans la poitrine et un crachement de sang! Ainsi nous pensons que ce végétal est loin de pouvoir être rangé parmi ceux qui diminuent constamment les mouvemens du cœur, et cet objet nous paraît digne de fixer de nouveau l'attention des praticiens. DU MOURON DES CHAMPS. 2g5 Du Mouron des champs (anagallis arvensis). Action de l'Extrait de Mouron sur Véconomie animale. Expérience ire. A huit heures du matin , on a introduit dans l'estomac d'un chien robuste et de moyenne taille 3 gros d'extrait de mouron préparé en faisant évaporer au bain-marie le suc de la plante fraîche, et dissous dans une once et demie d'eau. A midi et demi, l'animal a eu une selle. A six heures du soir, il était abattu. A onze heures, la sensibilité paraissait diminuée. Le lendemain matin, à six heures, il était couché sur le côté et paraissait mort; on pouvait le déplacer comme une masse inerte. Il a expiré une demi-heure après. La membrane muqueuse de l'es- tomac était légèrement enflammée ; l'intérieur du rectum était d'un rouge vif. Les ventricules du cœur étaient dis- tendus par du sang noir coagulé. Les poumons offraient plusieurs taches livides; leur tissu était plus dense que dans l'état naturel. Expérience 11e. A huit heures du matin, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d'un petit chien robuste 2 gros du même extrait mêlés à une égale quantité d'eau. L'animal a offert les mêmes sym- ptômes que celui qui fait l'objet de l'expérience précédente, et il est mort à sept heures du soir. Le canal digestif était sain. Le membre sur lequel on avait opéré offrait une lé- gère inflammation. Les poumons et le cœur étaient comme dans l'expérience précédente. M. Grognier a fait prendre à des chevaux d'assez fortes doses du decoctum de cette plante, et il a presque cons- tamment observé un tremblement des muscles du train postérieur, de ceux de la gorge, et un flux abondant d'u- £96 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. rine. Après la mort, la membrane muqueuse de l'estomac s'est trouvée enflammée (i). De VAristoloche (aristolochia clematitis). 946. Cette plante, rangée par Linnée dans la gynandrie hexandrie, appartient à la famille des aristoloches de Jus- sieu. Périgone (calice) tubuleux, irrégulier, ventru à sa base, élargi à son orifice, et dont le bord est prolongé en forme de languette d'un côté : ovaire inférieur ovale, oblong, anguleux, surmonté d'un style très-court que termine un stigmate concave, à six divisions, sous lequel on voit six anthères presque sessiles, faisant corps avec le pistil. Le fruit est une capsule ovale , à six angles, à six loges, s'ou- vrant par la base, et renfermant un grand nombre de se- mences aplaties : fleurs d'un jaune pâle, pédonculées et ramassées trois à cinq ensemble dans les aisselles des feuilles : tige haute de quatre ou six pieds, assez forte, simple , feuillée et anguleuse : feuilles alternes , pétiolées, en cœur, glabres , offrant à leur surface inférieure plusieurs ner- vures ramifiées et réticulées. Cette plante a une saveur acre et amère ; elle croît sur les bords des rivières, dans les lieux argileux et dans les décombres. Action de VAristoloche clématite sur Véconomie animale. Expérience ire. A sept heures du matin, on a introduit dans l'estomac d'un petit carlin robuste 5 gros de racine fraîche d'aristoloche concassée, et on a lié l'œsophage. Le lendemain soir, l'animal n'avait paru éprouver qu'un lé- (i) Compte rendu des travaux de la Société de Médecine de Lyon, année 1810, pag. 17. DE L'ARISTOLOCHE. 297 ger abattement. Le jour*suivant, à six heures du matin, il avait des vertiges et ne pouvait marcher sans tomber après avoir fait quelques pas; il s'efforçait à vomir, et il a eu une selle solide. Un quart d'heure après, il était couché sur le côté, peu sensible aux impressions extérieures ; ses pattes, allongées, écartées les unes des autres, roides, étaient par intervalles dans un état d'agitation ; la tête s'est renversée un peu sur le dos. A dix heures et demie, ces symptômes persistaient, la respiration était profonde. Il est mort à une heure. On n'a découvert aucune altération cadavérique, excepté dans le rectum, qui offrait quelques taches roses. Expérience 11e. A huit heures du matin, on a recommencé la même expérience sur un chien à-peu-près de la même taille : oh n'a observé aucun phénomène particulier dans le courant de la journée. Le lendemain, à sept heures du matin, l'animal offrait de temps en temps de légers mou- vemens convulsifs dans les oreilles; ses extrémités posté- rieures étaient très-faibles; il avait beaucoup de peine à se tenir un instant debout; la tête paraissait lourde; les inspi- rations étaient profondes. 11 est mort trois heures après. L'estomac, contenait une grande partie de la poudre ingérée; ses tuniques n'étaient point altérées; on voyait çà et là, drtns les gros intestins, quelques taches livides. Les pou- mons, d'une belle couleur rose, étaient un peu moins cré- pitans que dans l'état naturel. Expérience 111e. On a fait bouillir 10 onces d'eau avec sept onces de racine d'aristoloche clématite coupée en frag- mem. Le liquide a été réduit à 7 onces; alors on l'a intro- duit dans l'estomac d'un chien robuste et de peiite taille , et on a lié l'œsophage. Une heure après , l'animal a fait des efforts de vomissement qu'il a renouvelés souvent pendant les quatre heures qui ont suivi; il a poussé des cris plain- tifs , et il esl tombé dans l'abattement. Le lendemain, à sept 29* BES P0T90N3 N ÀRC0T T C O- AC R ES. heures du matin (vingt-quatre heures après l'opération), l'aha tement avait augmenté; l'animal était couché sur le ver■■■i- : cependant il conservait le libre usage des sens et du mouv- rient. Le jour suivant, à huit heures du matin , on l'a trouvé mort. On en a fait l'ouveiture. Le cadavre était encore chaud ; le sang contenu dans le cœur était brunâtre et en partie coagulé. L'estomac et le rectum étaient peu enflai) mé.---..Lcs autres organes paraissaient sains. Le suc deda racine d'aristolochia anguicida, administré aux serpens à la dose de quelques gouttes, occasionne des vertiges, et les fait périr dans des convulsions. (Murrav, Apparatus medicaminum, tom. i, pag. 5i6. Gottingœ, ann, 1793.) 947- Il résulte de ces faits , i°. Que l'aristoloche clématite exerce une action stupé- fiante sur le système nerveux ; 20. Qu'elle produit une légère inflammation des tissus sur lesquels on l'applique. De la grande Ciguë (conium maculatum, L., ou cicuta major de Lamk ). 948. Cette plante appartient à la famille des ombellifères de Jussieu, et à la pentandrie digynie de Linnée. Caractères. Fleurs blanches, formant des ombelles très- ouvertes et nombreuses : iuvolucre ou collerette générale à trois ou cinq folioles réfléchies et membraneuses vers leurs bases : involucelle ou collerette partielle à trois fo- lioles disposées du côté extérieur de l'ombelle, et ne dé- bordant point les rayons. Chaque fleur offre cinq pétales en cœur, inégaux, disposés en rose et penchés en dedans ; un petit calice entier; cinq étamines; un ovaire inférieur portant deux styles minces, plus longs que les pétales et ' persistans : fruit ovale, globuleux; chaque côte esl bossue, DE LA Çr R A N D E C I G U E. 299 relevée de côtes tuberculeuses, dont trois dorsales et deux latérales : tige cylindrique, haute de trois à cinq pieds , épaisse, fistuleuse , rameuse, feuillée , et chargée intérieu- rement de taches d'un pourpre brun ou noirâtre : feuilles grandes, un peu molles, trois fois ailées, dont les folioles sont lancéolées, dentées, pointues , un peu luisantes, et d'un vert noirâtre : racine fusiforme, large d'un pied, grosse comme le doigt, jaunâtre en dehors, blanchâtre à l'inté- rieur, d'une odeur forie et d'une saveur douceâtre. Cette plante, frottée entrejes doigts, répand une odeur fétide; on la trouve sur le bord des haies et dans les terrains un peu humides. Action de la grande Ciguë sur Véconomie animale. Expérience ire. On a fait avaler à un petit chien robuste un gros et demi de poudre de ciguë. Quatre heures après, l'animal a eu une selle. Le lendemain , il se portait à mer- veille. Expérience 11e. On a introduit dans l'estomac d'un petit chien une demi-once de la même poudre, et on a lié l'œ- sophage. L'animal est mort au commencement du sixième jour, sans avoir éprouvé de symptôme remarquable. A l'ou- verture du cadavre , on a trouvé les organes sans altéraiion marquée. Nul doute que cet animal n'ait succombé à l'opé- ration. Cette expérience a été répétée à midi sur un chien de moyenne taille, avec une once delà même poudre. Sept heures après , l'animal ne paraissait pas malade. Le lende- main, à midi, il marchait librement et ne poussait aucune plainte. Il ne paraissait pas plus mal le jour suivant, à une heure.Le lendemain, i! pouvait marcher librement; mais il commençait à se plaindre, et se tenait ordinairement cou- ché sur le côté; les pupilles ii'éiaie::t pas olus dilatées que 3oO DES POISONS NARCOTICO-ACRES. dans l'état naturel ; les inspirations étaient profondes et rares; il voyait et il entendait bien. Il est mort dans la nuit. On l'a ouvert le lendemain, à sept heures du matin. Le sang contenu dans le cœur était encore fluide. Les poumons étaient sains. L'estomac renfermait presque toute la poudre ingérée; on n'observait aucune trace d'inflammation dans le canal digestif, excepté dans l'intérieur du rectum, qui présentait quelques taches rougeâlres. Expérience me. On a fait prendre le 22 avril, à une heure, une once et demie de racine fraîche de conium ma- « culalum à un petit chien: on a lié l'œsophage. Quarante-huit heures après, il n'avait rien éprouvé. Le lendemain 23, on a introduit dans l'estomac d'un carlin une once de cette même racine contuse et 8 onces de suc provenant de trois livres de racine parfaitement pilée avec 2 onces d'eau : l'œsophage a été lié. Vingt-quatre heures après, l'animal n'avait offert aucun symptôme remarquable. Le 25 avril, à midi, ces deux animaux étaient seulement un peu abat- tus. Expérience ive. Le même jour, on a trituré environ quatre livres de feuilles et de tiges de grande ciguë fraîche, et on ,a donné à un petit chien robuste les 14 onces de suc qu'elles ont fourni : l'œsophage a été lié. Un quart d'heure après, l'animal a fait des efforts pour vomir; il a éprouvé des vertiges et un léger tremblement des extrémités posté- rieures. Trois heures après on l'a trouvé mort. On l'a ou- vert le lendemain. Presque tout le suc était encore dans l'estomac; la membrane muqueuse de ce viscère était d'un rouge vif dans toute son étendue; les autres parties du canal digestif paraissaient sajnes. Les poumons étaient gorgés de sang encore liquide; ils offraient çà et là des plaques li- vides, denses, peu crépitantes. Le sang contenu dans les ventricules du cœur était en partie fluide, en partie coagulé. Expérience ve. Le 3i mai, à sept heures du matin , on DE LA GRA1N0E CIG U E. 3oi a introduit dans l'estomac d'un jeune chien de moyenne taille environ 8 onces de suc provenant de 2 livres de feuilles de grande ciguë, et on a lié l'œsophage. Dix minutes après, l'animal a fait des efforts pour vomir. A dix heures, il a poussé quelques cris plaintifs; les muscles des extrémités offraient de temps à autre de légères contractions ; sa démar- che était assez libre. A midi et demi, on l'a trouvé mort. On l'a ouvert sur-le-champ. Le cadavre était encore chaud ; le sang Contenu dans le ventricule droit du cœur élait noir et entière- ment coagulé ; celui de l'autre ventricule était fluide et d'une couleur foncée. Les poumons étaient comme dans l'expé- rience précédente. L'estomac renfermait presque tout le suc ingéré ; ses tuniques ne paraissaient pas altérées; l'intérieur du rectum, recouvert par une portion du suc, offrait plu- sieurs taches rougeâtres. Expérience vie. On a fait avaler à un petit chien 2 gros d'extrait aqueux de grande ciguë acheté chez un pharma- cien. Le lendemain, l'animal se portait à merveille, et n'a- vait rien éprouvé. Expérience vne. La même expérience a été répétée, à sept heures du malin, sur un petit chien faible, avec une once du même extrait dissous dans 3 onces d'eau : l'œso- phage a été lié. Dix minutes après, l'animal a fait des efforts pour vomir, qu'il a renouvelés cinq fois dans les douze minutes suivantes. A huit heures, il a eu une selle solide : du reste, il n'a rien éprouvé dans la journée. Le lendemain , à dix heures du matin, il était un peu affaissé : cependant il conservait la faculté d'entendre et de marcher. Il est mort à cinq heures du soir, c'est-à-dire, trente-quatre heures après l'ingestion de l'extrait. On la ouvert le len- demain. Le cœur renfermait du sang noir et coagulé. Les poumons offraient plusieurs taches livides. L'intérieur de l'estomae et du rectum était légèrement enflammé. Expérience vme. Afin que l'on puisse mieux juger la 302 DES POISONS N A R C O T I C 0 - A C V. E S. différence qui existe entre cet extrait et celui d'une autre pharmacie, nous allons rapporter le fait suivant. A huit heures du matin, on a introduit dans l'estomac d'un petit chien très-robuste 7 gros et demi d'extrait aqueux de ciguë préparé dans une autre pharmacie et dissous dans 3 onces d'eau : l'œsophnge a é:é lié. Au bout de cinq minutes, l'a- nimal eut une selle solide. A huit heures dix minutes, il fit des efforts pour vomir, qu'il renouvela douze minutes rprès. A huit heures vingt-cinq minutes, il éprouvait déjà des vertiges marqués; sa tête était très-lourde; il eut une nouvelle selle liquide A huit heures et demie, il tomba lout-à-coup sur le côté, et il paraissait mort; les organes, des sens et du mouvement n'exerçaient plus leurs fonctions ; l'animal pouvait être déplacé comme une masse inerte, et il lui élait impossible de se soutenir un instant debout; de temps à autre cependant, il offrait des mouvemens convul- sifs dans la mâchoire inférieure; la respiration s'exécutait d'une manière presque insensible. A huit heures trente-six minutes, les mouvemens des mâchoires étaient diminués, et ils avaient complètement cessé cinq minutes après : l'ani- mal mourut dans le même instant, c'est-à-dire quarante-une minutes après l'ingestion de l'extrait. On l'ouvrit sur-le- champ. Le cœur se contractait avec force; le sang contenu dans le ventricule gauche était fluide et d'un rouge vif. Les poumons offraient la couleur rose qui leur est naturelle. Il n'y avait aucune altération dans le canal digestif. Expérience ixe. On a appliqué sur le tissu cellulaire du dos d'un petit chien un gros 4o grains d'extrait de ciguë acheté chez le même pharmacien qui avait fourni celui dont on se servit dans l'expérience vie. Sept jours après, l'animal n'avait offert aucun symptôme remarquable ; il avait constamment mangé avec appétit. Expérience xe. A sept heures du matin , on a fait une in- cision à la partie interne de la cuisse d'un petit chieu ro- DE LA GRANDE CIGUË. 3o3 buste ; on a introduit dans la plaie 3 gros du même extrait, et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. Le surlendemain , à midi, l'animal ne paraissait avoir éprouvé aucune incommodité. Il est mort cinq jours après l'opération , et il n'a offert aucun symplôme remarquable. Nulle altération dans le canal digestif. Poumons livides, offrant des taches multipliées, noirâtres et gorgées de sang- Plaie un peu enflammée ; peu ou point d'infiltration dans le membre. Expérience xie. A huit heures un quart, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de l'extrémité postérieure d'un petit chien robuste uu gros 60 grains d'extrait aqueux de ciguë préparé en évaporant au bain- marie le suc de la plante fraîche, et mêlés avec 2 gros d'eau. L'animal n'a pas tardé à éprouver les symptômes rapportés clans l'expérience vnie. A neuf heures et demie, il était couché sur le côté ; la respiration s'exerçait lentement; les muscles des extrémités étaient agités de légers mouvemens convulsifs; ils offraient un tremblement général. L'animal est mort, au bout de cinq minutes, c'est-à-dire, une heure vingt minutes après l'application de l'extrait sur le tissu cellulaire. On l'a ouvert le lendemain. Le membre sur le- quel on avait opéré était peu enflammé.Le canal digestif ne présentait aucune altération". Le sang contenu dans les ventricules du cœur était en partie fluide, en partie coa- gulé. Les poumons offraient plusieurs plaques livides; leur tissu était dense , gorgé de sang, peu crépitant. Expérience xnc. On a injecté dans la veine jugulaire d'un petit cliien robuste 28 grains d'extrait aqueux de ciguë dissous dans 4 gros d'eau, et semblable a celui des expé- riences vic, ixc et xe. Sur-le-champ, l'animal a éprouvé des vertiges considérables; il est tombé sur le côté ; ses extrémilés ont été agitées de mouvemens convulsifs ; les organes des sens sont devenus insensibles, et la tête s'est 3^4 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. renversée sur le dos. Il est mort au bout de deux minute^. On l'a ouvert un instant après. Le sang contenu dans le cœur était fluide, et d'un rouge peu vif dans le ventricule gauche. Les poumons étaient un peu ridés et moins crépi- tans que dans l'état naturel. Un autre animal, placé clans les mêmes circonstances, a fourni des résultats analogues (i). Expérience xmc. On a injecté dans la veine jugulaire d'un petit chien 12 grains du même extrait dissous dans 2 gros d'eau. Quatre minutes après, l'animal paraissait un peu assoupi ; sa respiration était accélérée, et il ne cher- chait pas à marcher. Ces symptômes se sont dissipés, et le lendemain l'animal était parfaitement rétabli. Expérience xive. On a appliqué sur le tissu cellulaire du dos d'un petit chien 2 gros d'extrait résineux de grande ciguë préparé avec la poudre sèche. Six jours après, l'ani- mal n'avait rien éprouvé et paraissait se bien porter. Expérience xve. La même expérience, répétée sur un autre chien, avec cette différence que la plaie avait été pratiquée à la partie interne de la cuisse, offrit le même résultat. Trois jours après, l'animal était bien portant et s'échappa. Expérience xvie. Deux gros du même extrait furent ap- pliqués sur le tissu cellulaire du dos d'un petit chien. Six jours après, l'animal, qui avait constamment refusé les ali- mens, expira dans l'abattement, sans avoir éprouvé de ver- tiges. A l'ouverture du cadavre, on ne put découvrir aucune lésion. Expérience x^ne. On a injecté dans la veine jugulaire (1) Trente-deux grains du même extrait, injectés dans la veine jugulaire d'un chien très -fort, n'ont occasionné aucun symptôme. Deux jeurs après, on en a injecté autant dans la veine de l'autre côlé : l'animal n'a rien éprouvé. DE LA GRANDE CI G U Ê. 3o5 rTun polit chien robuste 12 grains d'extrait résineux de ciguë suspendus dans 2 gros et demi d'eau. Sur-le-champ , l'animal a poussé des cris plaintifs ; il a eu des vertiges considérables, est tombé sur le côté; la tête s'est forte- ment renversée sur le dos; les pattes, roides et écartées les unes des autres, ont été agitées d'une manière convul- sive. Ces symptômes ont duré près de trois minutes : alors insensibilité des organes des sens, dilatation des pupilles, calme général, état comateux très-marqué, tremblement de toutes les parties du corps. Il est mort six minutes après l'injection. On l'a ouvert sur-le-champ. Le cœur était tremblotant, le sang renfermé dans le ventricule gauche d'un rouge vermeil et en partie coagulé, le ventricule droit presque vide. Les poumons étaient comme dans l'état naturel. OBSERVATIONS. i°. « Etant en garnison à Torrequeulada en Espagne, je- fus appelé, à sept heures du soir, le 2 mars 1812, pour aller voir un grenadier qu'on disait mourant. Je trouvai le malade profondément assoupi, sans connaissance, respirant avec une difficulté extrême, et couché par terre sur un peu de paille dans une petite chambre étroite, basse, bien fer- mée et remplie de monde et de fumée. Son pouls était petit, dur, et ralenti jusqu'à trente battemens par minute; les extrémités étaient froides, la facq bleuâtre, regorgeant de sang comme celle d'un homme étranglé. Le malade fut placé à l'air frais. On m'apprît qu'il avait mangé, avec plusieurs de ses camarades , une soupe dane laquelle on avait mis de la ciguë, et depuis le souper, tous étaient comme ivres et sentaient des maux de tête et de gorge ; que ce grenadier, qui, pour l'ordinaire, avait bon appétit, en avait mangé une plus grande quantité que les autres, eC qu'immédiatement après avoir soupe il s'était déshabillé ? ir. a à huit heures du matin , on a introduit dans l'estomac d'un jeune chien de moyenne taille 6 onces de suc obtenu en triturant deux livres de feuilles de rue fraîche avec une once d'eau,* on a lié l'œsophage. L'animal a eu une selle dans la journée. Le lendemain il n'éprouvait aucun symptôme remarquable. 11 est mort dans la nuit. La membrane muqueuse de l'estomac était légèrement enflammée ; les autres portions du canal di- gestif étaient saines; les poumons n'offraient aucune alté- raiion. 3l6 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. Expérience 11e. On a introduit dans l'estomac d'un petit chien environ huit onces d'eau distillée de rue préparée avec la plante sèche ; on a lié l'œsophage. L'animal n'a éprouvé d'autre symptôme que l'abattement, et il est mort cinq jours après l'opération. On n'a pas fait l'ouverture du cadavre» Expérience in°. Environ 8 onces d'eau distillée de rue préparée avec une grande quantité de plante fraîche, ont été introduites dans l'estomac d'un petit chien : l'animal n'a éprouvé aucun accident. Six jours après , il est mort abattu, probablement des suites de la ligature de l'œso- phage. Expérience ive. On a injecté dans la veine jugulaire d'un petit chien maigre 12 gros d'eau distillée de rue pré- parée avec la plante fraîche. Le lendemain matin, l'animal n'avait présenté aucun symptôme remarquable. Alors on a découvert la veine jugulaire de l'autre côté, et on y a in- jecté 3 gros du même liquide mêlés avec 18 grains d'huile essentielle provenant de la distillation au bain-marie d'en- viron 8 livres de plante fraîche. Deux minutes après l'injec- tion, l'animal a vomi des matières jaunâtres et a éprouvé des vertiges ; il chancelait comme les individus ivres de vin. Au bout de vingt minutes, ses extrémités postérieures paraissaient un peu faibles. Six heures après , tous les sym- ptômes étaientdiminués, et le lendemain soir, l'animal était parfaitement rétabli. Expérience ve. On a injecté dans l'estomac d'un petit chien assez robuste 3 gros et demi d'extrait aqueux de rue préparé avec la plante sèche ; on a lié l'œsophage. L'animal est mort à la fin du quatrième jour, et il n'avait offert d'autre symptôme que l'abattement inséparable de l'opération. La membrane muqueuse de l'estomac présentait deux ulcères de la grandeur de petites lentilles ; il y avait cà et là, près du pylore, des portions noirâtres formées par du sang noi? extravasé. DU LAURIER ROSE. 31J Bulliard dit : « A une dose un peu trop forte, la rue cause une grande agitation, de la fièvre accompagnée de bâillemens , d'une sécheresse considérable à la bouche, et d'un grand mal de gorge. Si on la manie long-temps la peau s'enflamme et les mains enflent.» (Ouvrage cité, pag. i5o.) y53. 11 résulte de ces faits, i°. Que la rue exerce une irritation locale capable de déterminer une inflammation plus ou moins vive qui, en général, nous a paru peu intense; 2°. Que son huile essentielle, introduite dansles veines, agit comme les narcotiques, et qu'il est probable qu'elle exerce le même mode d'action lorsqu'on l'introduit dans l'estomac ; mais qu'elle est peu énergique. Du Laurier rose { nerium oleander). 954. Cet arbrisseau appartient à la pentandrie mono- gynie de Linnée, et à la famille des apocynées de Jussieu. Calice persistant, très-petit, à cinq divisions, linéaires et aiguës : corolle monopétale, en entonnoir; son tube se dilate insensiblement ; son limbe est grand, ouvert et dé- coupé profondément en cinq divisions obtuses et obliques, garnies à leur base intérieure d'appendices pétaloïdes, co- lorés , dentés, découpés en deux ou plusieurs lobes, saillans hors du tube et formant une couronne frangée : cinq éta- mines insérées au tube , dont les anthères sont droites , rapprochées, terminées par un filet coloré ou des houpes soyeuses roulées en spirale les unes sur les autres : un style simple, à peine visible; son stigmate tronqué, porté sur un rebord annulaire : ovaire supérieur et oblong ; Je fruit est composé de deux follicules coniques terminés en pointe, dans lesquels se trouvent des semences aigrettées, qui se recouvrent les unes et les autres comme les écailles de 3lft DES VOliOîiS ^AnCOTICO-ACRES. poisson : fleurs terminales et en bouquets lâches, roses ou blanches. Arbrisseau de huit à dix pieds , dont la tige est droite, l'écoreevpourpi e, verte ou grisâtre ; les rameaux longs, grêles et redressés : feuilles à courts pétioles, opposées, souvent ternées, lancéolées, un peu étroites (elles ont près de quatre pouces de longueur sur neuf lignes de largeur au milieu), entières , pointues , glabres, roides, d'un vert foncé, et chargées d'une forte nervure en-dessous. La racine est ligneuse et jaunâtre; elle pousse plusieurs tiges droites et lisses. Toute la plante a une saveur amère très-àcre. Action du Laurier rose sur Véconomie animale. Expérience ire. A une heure et demie, on a pratiqué une incision sur le dos d'un gros chien; on a appliqué sur le tissu cellulaire un gros 5o grains d'extrait aqueux de laurier rose humecté avec quelques goûtes d'eau. Au bout de dix minutes, l'animal a vomi trois fois des matières fluides , jaunâtres. Trois minutes après, il a eu deux selles el a vomi de nouveau. Ces vomissemens se sont renouvelés plusieurs fois pendant les six minutes qui ont suivi : alors plaintes légères , vertiges , accélération dans les battemens du cœur, faiblesse des extrémités postérieures, tête penchée en avant comme si elle était difficile à soutenir* légères contractions convulsives de la patte antérieure droite. Une minute après, l'animal s'est laissé tomber sans effort sur le côté \ sa tête s'est renversée en arrière, et il est devenu in- sensible à la lumière et au bruit; ses pupilles étaient très- dilatées ; l'extrémité antérieure droite offrait de temps en temps quelques légers mouvemens convulsifs. Il est mort dans cet état huit minutes après. On l'a ouvert sur-le- champ : le cœur ne battait plus ; il y avait daus le ventricule gauche une petite quantité de sang d'une couleur rouge foncée, en partie coagulé ; celui qui était renfermé dan» DU LAURIER ROSE. 3lQ l'autre ventricule était on partie fluide, en partie coagulé ; les poumons, d'une couleur rose, étaient un peu moins crépitans que dans l'état ordinaire ; les ventricules du cer- veau ne contenaient point de sérosité ; les vaisseaux exté- rieurs de cet organe offraient une couleur livide, et étaient distendus par une assez grande quantité de sang veineux. H n'y avait aucune altération dans le canal digestif ni dans le membre opéré. Expérience ne. A une heure un quart, on a recommencé l'expérience avec 48 grains du même extrait. Au bout de huit minutes, l'animal a vomi des matières alimentaires mêlées de bile. Deux minutes après, il a vomi de nouveau; il a eu deux selles liquides et il a éprouvé de légers vertiges. Vingt-six minutes après l'opération , il a fait de violens et infructueux efforts pour vomir ; sa marche était chancelante, ses extrémités postérieures faibles , et il est tombé sur le côté en renversant fortement la tête sur le tronc et en ar- rière; les muscles de la mâchoire inférieure, agités par des mouvemens convulsifs , rapprochaient et éloignaient alter- nativement cet os du maxillaire supérieur; les extrémités antérieures droites offraient un tremblement continuel, et les pattes postérieures de légères secousses convulsives; les organes des sens étaient insensibles aux impressions exté- rieures. Cet état a duré huit minutes, et l'animal est mort. On l'a ouvert sur-le-champ : le sang contenu dans les ca- vités du cœur était fluide , et d'un rouge un peu foncé dans le ventricule gauche. Les poumons et l'estomac n'offraient aucune altération. Expérience 111e. A midi, on a introduit dans l'estomac d'un petit chien robuste et à jeun 2 gros d'extrait aqueux de laurier rose dissous dans 2 gros et demi d'eau distillée , et on a lié l'œsophage. Douze minutes après , l'animal a et: des nausées, a fait des efforts pour vomir, et a éprouvé de légers vertiges; h s,battemens du cœur n'étaient pas plus 32« DES POISONS NARCOTICO-ACRES. fréquens qu'avant l'opération. A midi seize minutes, flï stupéfaction avait tellement augmenté, qu'il paraissait mort : on l'a relevé et il est tombé de suite sur le côté comme une masse inerte; il était insensible à toutes les impressions extérieures. Trois minutes après , il a renversé un peu la tête sur le dos; les pattes antérieures , principa- lement la droite , ont été agitées de légers mouvemens con- vulsifs, et il a expiré vingt-deux minutes après l'ingestion de la substance vénéneuse. On l'a ouvert sur-le-champ : le cœur ne se contractait plus ; le sang qu'il contenait était fluide et d'un rouge peu foncé dans le ventricule gauche. Les poumons, un peu moins crépitans que dans l'état or- dinaire , étaient roses et très-peu gorgés de sang. L'estomac renfermaitune certaine quantité du poison employé ; le canal digestif n'offrait aucune altération sensible. Expérience iv°. On a injecté dans la veine jugulaire d'un petit chien 2.4 grains d'extrait aqueux de laurier rose dissous dans 4 gros d'eau. Sur-le-champ l'animal a éprouvé des verliges très-marqués, et il lui était impossible de mar- cher. Au bout d'une minute, il a vomi des matières liquides , d'une couleur jaunâtre, et il offrait un tremble- ment continuel dans le train postérieur ; il était couché sur le côté, les pattes écartées et allongées, et la tête un peu renversée en arrière ; il poussait quelques cris plaintifs ; ses pupilles étaient excessivement dilatées, ses yeux sail- lans , et il ne pouvait entendre ni voir; de temps en temps il faisait des mouvemens avec la tête comme s'il eût cherché à se relever; mais il re^mbait aussitôt. Ces symptômes ont duré sept minutes , et il a expiré un instant après, dans un état de grande insensibilité et d'immobilité. Ou l'a ouvert sur-le-champ :1e cœur ne se contractait plus, et ne conte- nait que du sang fluide; celui qui occupe le ventricule gauche était d'un rouge noirâtre. Les poumons ne parais- saient point altérés. Dr LAURIER ROSE. 32| Expérience ve. On a injecté dans la veine jugulaire d'un petit cliien robuste 36 grains du même exlrait dissous dans 4 gros d'eau. Sur-le-champ les muscles des extrémités ont été violemment contractés , les pattes écartées, et la tête s'est renversée en arrière. Trois minutes après , la roideur a cessé, la tête penchait un peu sur le thorax, et l'animal paraissait complètement stupéfié. Il a vécu cinq minutes • dans cet état, et la mort a été précédée d'un tremblement général de tous les muscles. On l'a ouvert sur-le-champ : le cœur était immobile ; le sang, d'une couleur rouge dans le ventricule gauche, était fluide dans l'une et l'autre cavité de cet organe : on remarquait cependant dans le ventricule droit quelques légers caillots noirâtres et comme filamen- teux. Les poumons, crépitans, roses, offraient plusieurs points noirâtres. Expérience vie. On a injecté dans la veine jugulaire d'un chien très-fort un gros de la même substance vénéneuse dissoute dans 5 gros d'eau. Sur-le-champ l'animal a poussé des cris aigus, s'est agité considérablement, a éprouvé des vertiges, et est tombé sur le côté : alors il a roidi et agité fortement ses pattes ; la tête s'est renversée en arrière et il a cessé de se plaindre. Cet état a duré deux minutes, après lesquelles il est devenu immobile et comme insensible: il a fait deux inspirations profondes, et il est mort quatre minutes après l'injection. On l'a ouvert sur-le-champ : le cœur ne se contractait plus; le sang, assez abondant etfluide dans les deux ventricules, était d'un rouge foncé dans 1- partie aortique. Les poumons étaient roses, et lt'' un peu plus dur que dans l'état naturel ; les vaisseaV monaires vides. 4 . :^ Expérience vne. A huit heures du matin, on a intrc < i; dans l'estomac d'un chien robuste io onces d'eau distitî, de laurier rose préparée avec j6 onces de la poudre de t, végétal : on a lié l'œsophage. Le lendemain , à cinq hetirei II. 21 ^ 32 i DES POISONS NARCOTICO-AenES. du soir , l'animal n'avait offert aucun phénomène re- marquable. Le jour suivant, à six heures du soir , il éprouvait des vertiges. Le lendemain matin , à dix heures, t il était couché sur le côté, dans un état de grande insen- | sibilité, et il offrait quelques légers mouvemens convul- ) sifs : il est mort trois heures après. Les ventricules du :i cerveau contenaient une petite quantité de sérosité rous- sâtre ; les vaisseaux veineux qui se distribuent à la surface externe de cet organe étaient distendus par du sang noir. Les poumons, crépitans, étaient un peu plus rouges que dans l'état naturel. Expérience vin*. On a injecté dans la veine jugulaire d'un petit chien robuste 6 gros de la môme eau distillée de laurier rose. Le lendemain, l'animal se portait à mer- veille ; il n'avait éprouvé aucun symptôme remarquable ; on lui a donné des alimens. Le jour suivant, on a intro- /' r ?-.-~fa- ^P'1 dans son estomac 10 onces du même liquide, et on a i> l g4 lié l'œsophage ; il est mort au bout de cinquante heures, - i^' i;i i^.; aaprès avoir eu des vertiges et quelques mouvemens con- fjvnlsiis. .}y 4 ,";^ La même expérience, répétée sur un autre animal, a ^ -.■*'•.; ' fourni des résultats analogues. |, -V" % Expérience ixe. A midi , on a pratiqué une incision à C la .partie interne de la cuisse d'un petit chien ; on a sau- 'J poudré la plaie avec 4 gros de poudre de laurier rose V ' que l'on a légèrement humectée , et on a réuni les lam- ..-" b>aux par quelques points de suture. Vingt minutes après, l'aimmîOa vomi des matières bilieuses très-jaunes : ces vomisscjnens se sont renouvelés au bout de quatre minutes. A une heure et demie il a été en proie aux symptômes ralppatés dans l'expérience nte, page 319 , et il est mort d'Hcminutes après. L'ouverture du cadavre n'a fait voir, Irf&endemain, aucune lésion sensible. ^Expérience xe. A onze heures ^ on a introduit danj DU LAURIER ROSE. 323 l'estomac d'un petit chien très-robuste 4 gros de la même poudre, et on a lié l'œsophage. A midi et demi, l'animal faisait des efforts pour vomir ; sa démarche était libre et il conservait l'usage de ses sens. A une heure trois quarts , il a éprouvé des vertiges et les autres symptômes qui ont suivi l'administration de l'extrait ( Voyez expér. précé- dentes ), et il est mort vingt minutes après. On l'a ou- veit à trois heures: le sang contenu dans les ventricules du cœur était fluide. Les poumons étaient roses et crépitans. L'estomac contenait presque toute la poudre ingérée, re- connaissable à ses propriétés physiques. Il n'y avait au- cune altération dans le canal digestif. OBSERVATIONS. v i°. Libautius dit qu'un individu mourut pour s'être renfermé dans une chambre à coucher où il y avait des fleurs de cette plante. Une autre personne, qui mangea un rôti pour lequel on s'était servi d'une broche faite avec le bois de cet arbuste, éprouva beaucoup d'agitation, devint folle, eut une syncope et mourut. (Libautius, Comment, de Venenis ; Schenkius , de Venenis.) 2°. M. Grognier a administré 3, gros de poudre de lau- rier rose à une ânesse très-faible. L'animal a paru très- excité. Un cheval vigoureux qui avait pris le même poison est tombé dans l'abattement ; il a été assoupi et a expiré quatre-vingts minutes après. ( Mémoire lu à la Société de Médecine de Lyon en 1810.) Les moutons périssent en très-peu de temps lorsqu'ils avalent de l'eau dans laquelle on a fait macérer les feuilles de laurier rose. 955. Il résulte des faits qui précèdent, i°. Que l'extrait aqueux de cette plante, appliqué sur le tissu cellulaire ou introduit dans l'estomac, est un poison très actif, et qu'il agit encore avec beaucoup plus 3a4 KES POISONS » A« COT 1 CO-AC RE». de rapidité et d'énergie lorsqu'il est injecté dans les veines; 2°. Que la poudre jouit aussi de propriétés vénéneuses , mais à un degré inférieur ; 3°. Que l'eau distillée est encore moins active que la poudre ; que ces diverses préparations sont absorbées et agissent sur le système nerveux , et spécialement sur le cerveau, à la manière des stupéfians ; 4°. Qu'elles déterminent presque constamment le vo- missement ; 5°. Qu'indépendamment de ces phénomènes , elles exer- cent une légère irritation locale. De VUpas tieuté. 956. L'upas tieuté, rapporté de Java par M. Leschenault, n'est autre chose que le suc extractif d'un végétal sar- menteux de la famille ou du genre des strychnos { petit groupe rangé par M. de Jussieu à côté des apocynées ). Le mot upas signifie poison végétal, et les naturels du Java en emploient deux espèces pour rendre mortelles lea blessures de leurs flèches : la première est Yupas tieuté, qui est produite par une liane ; la seconde se nomme upas antiar, et est produite par un grand arbre. Ces deux espèces ont été confondues à toi t par des écrivains sous les noms de boa ou de bohon upas. Action de V Upas tieuté sur l'économie animale. Expérience ire (i). Lorsqu'on couvre d'upas tieuté des morceaux de bois du volume et de la forme d'un tuyau déplume ordinaire, qu'on laisse dessécher l'extrait à leur surface, et qu'on les enfonce dans les muscles de la cuisse d'un chien, on remarque qu'au bout de deux ou trois (i) Notre ami le docteur Magendie, qui a déjà enrichi la physiologie de plusieurs travaux importons, a lu, en 1809, un très-beau mémoire à l'institut, dans lequel il a parlé, h DE L'tiPAS TIEUTÉ. 325 minutes, l'animal éprouve un mnlaise général et cherche les coins de l'appartement ; presque aussitôt après, tous les muscles du corps se contractent, la colonne vertébrale se redresse et les pattes antérieures quittent un moment le sol. Cette contraction n'est qu'instantanée ; l'animal est calme pendant quelques secondes ; alors une nouvelle contraction générale a lieu ; elle est plus marquée que la première et se prolonge davantage ; le redressement de la colonne vertébrale est plus sensible , la respiration ac- célérée , les accidens cessent subitement, la respiration se ralentit et l'animal paraît comme étonné. A ce calme, qui ne dure guère qu'une minute , succède de nouveau une forte contraction générale ; les pattes antérieures , roi- des et rapprochées, se dirigent en arrière, la respiration est très-accélérée, la colonne vertébrale redressée, et la tête fortement portée en haut et renversée sur Je cou. Le thorax n'étant plus soutenu, l'animal, menacé d'une chute, marche rapidement sur ses extrémités postérieures, pendant qu'une contraction plus intense se manifeste; les muscles de l'épine soulèvent la poitrine et la tête , les pattes postérieures deviennent roides et immobiles ; l'ani- mal tombe d'abord sur la mâchoire inférieure et bientôt sur le côté. Alors il présente un tétanos complet avec immobilité du thorax et cessation de la respiration ; la langue et les gencives, d'une couleur violette, ne tardent pas à annoncer l'asphyxie. Cet état continue environ une minute, puis le tétanos disparaît subitement et l'asphyxie peu à peu , à mesure que la respiration se rétablit. Pen- preraier, des effets de cette substance sur l'économie animale. Les expérience'-, qui en font l'objet ont été faites par lui et par M. Delille, botaniste distingué et membre de l'Institut .d'E- gypte : nous les avons répétées depuis, et nous les avons trou- vées fort exactes. 326 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. dant ces accès, l'animal conserve l'usage de ses sens et du cerveau; ce n'est que lorsque l'asphyxie est portée au plus haut point "que l'action de ces organes commence à s'affaiblir. Au bout d'une minute, nouvelle contraction générale, tellement intense que le plancher éprouve un tremblement marqué. Cette secousse peut être comparée à celle qui a lieu lorsqu'on dirige un courant galvanique sur la moelle épinière d'un animal récemment tué ; elle est accompagnée d'asphyxie , et un peu avant de dispa- raître , on remarque des mouvemens convulsifs dans la face. Le contact d'une partie quelconque du corps déter- mine facilement cette roideur tétanique générale ; l'ani- mal meurt cinq, six, sept ou huit minutes après le pre- mier accès. L'état des organes intérieurs prouve qu'il a succombé à une asphyxie , l'examen de la blessure fait voir que la substance vénéneuse s'est introduite dans les muscles, et toutes les parties avec lesquelles elle a été en contact sont colorées en jaune brunâtre. Les chevaux et les lapins donnent les mêmes résultats, si ce n'est que les attaques tétaniques sont plus nombreuses chez ceux qui sont vigoureux et adultes. Expérience 11e. On a amputé la cuisse droite d'un chien en laissant les traces de la veine et de l'artère crurales près du bassin ; on a détaché ces vaisseaux de toutes les parties environnantes qui ont été coupées ; les vaisseaux incisés ont été liés , le fémur a été scié, en sorte que la circula- tion ne se faisait dans la cuisse que par une veine et une artère ; on a placé des linges et de la sciure de bois entre les surfaces coupées, afin de les empêcher de communi- quer. On a enfoncé dans le membre isolé, près du jarret, une pointe de bois garnie de 3 grains d'upas ; l'animal a eu un accès de tétanos au bout de dix minutes ; cet areès s'est renouvelé, et il est mort quinze minutes après l'invasion des accidens. • / DE l'upAS TIEUTÉ. 327 Expérience 111e. Une petite quantité d'upas fut dissoute dans l'eau et injectée dans le péritoine d'un chien. Vingt secondes après l'injection, l'animal offrit tous les symptô- mes que nous venons d'exposer, et il expira à la, fin de la troisième attaque. Expérience ive. 4° gouttes d'upas dissous dans l'eau, injectées dans la plèvre d'un cheval bai hors d'âge, occa- sionnèrent presque sur-le-champ le tétanos et l'asphyxie, et l'animal mourut dès la deuxième attaque. Expérience ve. Une anse d'intestin grêle fut tirée hors de l'abdomen ; on plaça deux ligatures à huit cen imètres de distance l'une de l'autre, et on fit une petite ouverture à l'intestin, près de l'une des deux ligatures ; alors on injecta dans sa cavité 8 gouttes d'upas étendues de 2 gram- mes d'eau ; on fit une troisième ligature pour empêcher que la dissolution ne s'échappât, et on réduisit l'intestin ; les bords de la plaie faite aux parois abdominales furent réunis par un point de suture. Les attaques ne commen- cèrent qu'au bout de six minutes, el l'animal ne succomba qu'à la quinzième. Injecté dans le gros intestin , la vessie, le vagin , l'upas produisit toujours la mort avec les signes d'une absorp- tion lente et faible. Expérience vie. On a fait la même opération sur un autre chien ,. de manière à ne conserver qu'une seule veine , et qu'un seul rameau artériel se rendant des bran- ches mésentériques à l'anse d'intestin isolée; tous les autres vaisseaux distribuant le sang et recevant le. chyme , les filets nerveux et la portion du mésentère correspondante à la même anse d'intestin , ont été liés , d'une part, vers la courbure de l'anse, et de l'autre près du centre du mésentère, et tout ce qui était compris entre les ligatures a été coupé. On a injecté 5 gouttes d'upas et 2 gros d'eau par une petite ouverture faite à l'anse de l'intestin ; on a 328 »ES POISONS NARCOTICO-Acr, E». pratiqué une ligature au-dessus de l'ouverture pour em- pêcher l'éjection du liquide. Il n'y a point eu de contact du poison avec Je péritoine; l'intestin a été replacé, et la suture pratiquée aux parois de l'abdomen. Onze minutes après, l'accès de tétanos s'est déclaré, et l'animal est mort. Expérience vire. Après avoir incisé les parois abdomi- nales, on tira au dehors l'extrémité droite de l'estomac ; on plaça une ligature à un centimètre à gauche du pylore, et on fit, près de la ligature, une légère incision à l'esto- mac : alors on injecta dans ce viscère environ 2 grains d'upas dissous dans l'eau. Une seconde ligature s'opposa à 1 issue du liquide injecté, et la plaie extérieure fut réunie par un point de suture. L'accès tétanique ne se manifesta qu'au bout d'une heure (r). Expérience vme. On injecta dans la veine jugulaire d'un cheval vigoureux 8 gouttes de la dissolution dupas; sur-le-champ l'animal fut en proie à un accès de tétanos qui le fit périr en moins de trois minutes. 12 gouttes dit même poison furent injectées dans l'artère crurale d'un chien ; les effets sur la moelle de l'épine ne furent sen- sibles que sept minutes après l'injection. Expérience ixe. On injecta dans l'artère carotide un peu d'upas; dans le même instant les fonctions intellec- tuelles furent perverties ; la tête se plaça entre les pattes antérieures ; l'animal se roulait en boule. Ces effets ne tardèrent pas à se calmer ; et l'animal fut alors en proie à tous les symptômes qui résultent de l'action de l'upas sur la nioellë épinière. Expérience xc. On introduisit de l'upas dans la cuisse d'un chien adulte et vigoureux, et on coupa la moelle f 1) En faisant l'ouverture des cadavres des animaux qui font b- sujet de toutes ces expériences, on n'a jamais pu découvrir la moindre irritation locale. DE L'UPAS TIEUTÉ. 32$ de l'épine entre l'occipital et la première vertèbre cervi- cale, dans le moment où l'animal éprouvait une forte contraction tétanique. Non - seulement l'accès ne cessa point, mais il se manifesta quatre nouvelles attaques dans les quinze minutes qui suivirent (i). Expérience xic. On a coupé la moelle épinière derrière l'occipital ; on a injecté, dans la plèvre du côté gauche, 8 gouttes d'upas mêlées à 4 grammes d'eau. Les accidens se sont manifestés avec la même intensité et avec la même promptitude que si la section n'eût pas été faite : ils ont continué aussi long-temps que la circulation s'est effec- tuée. Expérience xne. 8 gouttes d'upas étendues d'eau ont été injectées dans la plèvre d'un chien fort; dans le même instant une tige de baleine a été enfoncée dans toute la longueur du canal vertébral : toute la moelle épinière a suivi la baleine lorsqu'on l'a retirée du canal des ver- tèbres. Dix minutes après la destruction de la moelle , la circulation était encore très-sensible, et il ne s'était mani- festé aucune contraction. Expérience xme. La même quantité d'upas fut injectée dans le péritoine d'rfn chien ; aussitôt que le tétanos se déclara, on enfonça la tige de baleine dans le canal ver- tébral , en commençant par la première vertèbre du cou, le tétanos cessa dans les pattes antérieures lorsque la ba- leine parvint à la région dorsale ; il continuait, au con- traire , dam les extrémités postérieures , qui cessèrent de (i ) Il est bien constaté que la circulation s'observe encore pendant quinze, vingt, vingt-cinq minutes chez les animaux auxquels on pratique la section de la moelle, pourvu qu'ils soient jeunes et vigoureux : elle cesse, au contraire, presqu'à l'instant s'ils sont affaiblis par l'âge, le défaut de nourriture ou toute autre cause. 33o DES POISONS KÀRCOTICO-ACRES. se contracter quand la tige arriva à l'extrémité caudale d« canal vertébral. Expérience xive. On a injecté 8 gouttes d'upas étendu d'eau dans la portion cervicale du canal vertébral ; immé- diatement après, il s'est manifesté dans les pattes anté- rieures une roideur qui a persisté plus de six minutes avec des rcdoublemens très-forts; les pattes postérieures sont restées flexibles et comme dans l'état naturel ; vers la fin de la sixième minute, elles ont participé à la roideur générale; à la dixième minute, les extrémités antérieures n'étaient plus roides : les postérieures l'étaient encore, mais elles se relâchèrent bientôt. Expérience xve. On a énervé un chien barbet très-vigou- reux; ensuite on a coupé transversalement le canal ver- tébral et la moelle épinière vers la région lombaire ; 6 gout- tes d'upas ont été injectées dans la partie du canal qui répond aux lombes et au bassin. Sur-le-champ les mem- bres postérieurs ont manifesté de la roideur et ont pré- senté pendant dix minutes les effets de l'upas : ce n'est qu'à la onzième minute que l'on a aperçu quelques faibles contractions dans les membres antérieurs. Expérience xvie. On a porté l'upas sur la portion lom- baire de la moelle : les membres postérieurs seuls ont éprouvé le tétanos. Quelques minutes après , le poison a été porté sur la région cervicale du canal, et dans le même instant les membres pectoraux sont entrés en contraction. Expérience xvne. On a détaché la partie supérieure du nerf scialique dans l'étendue d'un pouce environ ; on l'a soulevée avec une plaque de plomb passée en-dessous ; on a versé quelques gouttes d'upas sur le nerf, puis on l'a ouvert longitudinalement, et on a insinué les gouttes dans son tissu. Il ne s'est manifesté d'autre accident que celui de la douleur dans le nerf blessé , et la guérison s'est opérée ensuite» DE LA NOIX VOMIQUE. 33l De la Noix vomique. Ç)5y. La noix vomique est la graine du strychnos nux vomica, que Linnée range dans la pentandrie monogynie, et qui se trouve à la suite de la famille des apocynées de Jussieu. L'arbre qui produit ces graines croît à Ceylan, à la côte de Coromandel et au Malabar ; il acquiert une très-grande hauteur , et sa circonférence est quelquefois d'environ douze pieds (i). Il affecte les terrains sablonneux. La noix vomique est ronde, large d'environ un pouce, aplatie, épaisse de deux ou trois lignes. Il y a vers le centre de ses deux faces une espèce d'ombilic. Des soies d'une couleur cendrée, ou fauve, ou cornée, ou noi- râtre, très-courtes, très-serrées, et fixées obliquement sur une pellicule très-mince et amère qui enveloppe le péri- sperme , recouvrent toute la surface de cette semence. La disposition de ces soies est telle qu'elles sont toutes dirigées du centre à la circonférence, où celles d'une (i) Fleurs en corymbe, peu nombreuses, petites, répan- dant une odeur désagréable : calice à cinq divisions caduques : corolle en tube, limbe ouvert, cinq divisions, d'une couleur verdâtre : quatre ou cinq étamines, dont les filets sont d'un , -vert pâle et les anthères d'une forme oblongue : style unique, qui s'élève au-dessus des étamines el porte un stigmate peu épais : baie unique ou multiple, ronde, sans duvet, d'abord d'une couleur verte, puis d'un jaune doré, et de la grosseur d'une orange, à une seule loge contenant la graine : racines épaisses, arriéres, et recouvertes d'une écorce jaunâtre : écorce d'une couleur cendrée, noirâtre et noueuse, qui rougit ensuite, et est d'une saveur amère : feuilles larges et entières, opposées» implantées obliquement ; leur disque , aplati, oblong , plus large au milieu, offre cinq nervures et une couleur d'un vert plus sombre à sa face inférieure. 332 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. des deux faces semblent s'entre-croiser avec celles de l'autre. Sur la circonférence de la graine , on remarque un point un peu plus saillant : c'est celui où doit sortir la plantule. Le périsperme est d'un jaune brun ou d'un blanc tirant sur le vert, et dur; il présente dans son inté- rieur, quand on l'ouvre, une grande cavité qui doit servir à loger l'embryon pendant son premier développement. Les parois de celte cavité se touchent, et sont par-tout de l'épaisseur d'environ une ligne. Le strychnos colubrina fournit aussi la voix vomique. Analyse de la noix vomique. M. Chevreul s'occupa, en 1808, de l'analyse de la noix vomique, et la trouva formée des substances suivantes : Malate acidulé de chaux , gomme, matière végéto-ani- male, matière amère, huile fixe, matière colorante jaune, et probablement amidon, qu'on n'a pu extraire directe- ment à cause de son état de dessiccation ; sels terreux et alcalins, les poils ligneux, et la cire, qui paraît préserver le périsperme de l'humidité. L'analyse de cette graine vient d'être répétée tout ré- cemment par MM. Pelletier et Caventou; les résultats qu'ils ont obtenus n'étant pas encore publiés, nous nous borne- rons à transcrire les détails que M. Pelletier a bien voulu nous communiquer. La noix vomique et la fève de Saint-Ignace renferment une substance particulière alcaline très-vénéneuse, que les auteurs proposent d'appeler Vauqueline, en honneur du res- pectable et célèbre Vauquelin (1). Voici quelles sont ses (1) M. Vauquelin esl. le premier qui ait parlé d'une substance végétale ayant lespropriétés alcalines. }\ sépara eette substance du daphne alpina. Depuis celte époque, l'existence de La DE LA NOIX VOMIQUE. 333 propriétés. Elle est blanche, d'une amertume insuppor- table, cris: ;line , se présentant sous la forme de lames quadrangulaires ou de prismes à quatre pans terminés par une pyramide à quatre faces un peu surbaissée ; elle est très-peu soluble dans l'eau, très-soluble dans Talcool, et formée d'oxigène, d'hydrogène, et de carbone, comme la plupart des substances végétales. Elle est surtout remar- quable par ses propriétés alcalines , comme la morphine , dont cependant elle diffère essentiellement; elle rétablit la couleur bleue du tournesol rougie par un acide, forme avec les acides eux-mêmes des sels neutres solubles dans l'eau et plus ou moins facilement cristallisables. Traitée par l'acide nitrique affaibli, elle donne lieu à un nitrate; mais l'acide nitrique concentré réagit sur ses élémens et la décompose. La dissolution est alors d'un rouge de sang, passe au jaune et donne de l'acide oxalique. L'acétate est entièrement so- luble; le sulfate l'est moins et cristallise en lames rhom- boïdales. Cette matière agit sur l'économie animale comme l'ex- trait de noix vomique, mais avec beaucoup plus d'éner- gie. ( Voyez Expériences rne, ive et suivantes, pag. 336.) Action de la Noix vomique sur l'économie animale. Expérience ire. On a fait avaler à un chien de moyenne taille un peu moins d'un demi-gros de noix vomique mêlée à du miel. Trois quarts d'heure après, l'animal a eu des mouvemens convulsifs dans les membres postérieurs, qui étaient écartés l'un de l'autre et "portés en avant, en sorte que le chien reposait sur les talons. Tout-à-coup morphine dans l'opium a été mise hors de doute par les travaux de M. Sertuerner; enfin le nouvel alcali retiré de la noix vomi- que et de îa fdve de Saint-Ignace forme un nouveau genre dans «etle classe. 334 DES POISONS NARCOTICO-ACRE». il s'est levé, a roidi fortement ses membres, et les a écartés ; il a fait quelques bonds tout d'une pièce, le cou et le rachis dans une roideur tétanique , et courbés en arrière, la queue ramenée sous le ventre ; il est retombé ensuite sur les pattes en touchant la terre seulement avec l'extrémité des doigts. Peu de temps après, chute sur le côté, tremblemens, queue redressée, enfin relâchement de tous les muscles. L'animal a eu une seconde attaque qui a débulé par des mouvemens convulsifs de la face , la mobilité des paupières, tandis que les yeux, immo- biles par la contraction tétanique de leurs muscles, fai- saient saillie hors des orbites. Bientôt après, roideur téta- nique générale. On pouvait le soulever tout d'une pièce ; tremblement général : la langue sortait de la bouche ; elle élait violette, ainsi que les lèvres; la respiration suspen- due par la contraction tétanique des muscles du thorax ; relâchement général. Dans les attaques qui ont précédé la mort, la respiration s'est exercée pendant le paroxysme, et alors la langue et les lèvres ont repris leur couleur naturelle. Il a expiré à la quinzième attaque, vingt-huit minutes après l'invasion des accidens, et il a toujours con- servé l'usage de ses sens. On pouvait augmenter l'inten- sité des symptômes et même déterminer les attaques par le toucher, la menace ou le bruit; mais ce moven n'ex- citait pas les mouvemens convulsifs de la face. Quelques ihstans avant la mort, la respiration est devenue un peu bruyante, comme si 1 animal eût eu le râle. Ouverture du cadavre. Il n'y avait aucune trace d'in- flammation dans le canal digestif, ni dans l'appareil res- piratoire, ni dans le cerveau; les sinus cérébraux parais- saient un peu plus gorgés que dans l'état naturel ; presque toute la noix vomique était contenue dans l'estomac ; le coeur renfermait du sang noirâtre et un peu coagulé, sur- tout dans l'oreillette droite. DELA NOIX VOMIQUE. 335 Cette expérience , répétée avec un demi-gros sur un autre chien, a fourni des résultats analogues , si ce n'est que l'animal, qui était plus faible , n'a élé affecté qu'une heure après l'ingestion de la noix vomique , et qu'il a vécu une heure à dater du moment de l'invasion : en général aussi les symptômes ont été plus prononcés. Un autre petit chien, qui a avalé 12 grains de noix vo- mique en morceaux, a éprouvé des accidens analogues aux précédens, une demi-heure après l'ingestion, et il est mort au bout de vingt-cinq minutes. Bonet a décrit avec détail des expériences faites sur des jeunes chiens, dont les résultats ont beaucoup de rapport avec ceux que nous venons d'exposer. ( Theo- phili Boneti Sepulchretum, tome m, page ^g'j. Lug- duni, 1700.) Expérience 11e. On a fait prendre à une grenouille de moyenne taille environ 3 grains de noix vomique râpée et mêlée à du miel. Un quart d'heure après , la respiration a été accélérée et le ventre gonflé ; le tronc s'est redressé pendant que les yeux s'enfonçaient; les pattes étaient dans l'état naturel, et l'animal faisait entendre un léger bruit. Il est resté tranquille pendant quelques minutes, puis il a eu trois autres accès séparés par un même intervalle de repos, et marqués par les mêmes phénomènes, mais plus prononcés. Cinquième accès. Mouvemens convulsifs et roideur considérable des membres et du tronc ; on pou- vait tourner l'animal tout d'une pièce. La durée du mou- vement de flexion était très-courte relativement à celui d'extension : le toucher , l'agitation, l'ébranlement du sol déterminaient ces effets. Il a élé impossible de s'assurer de l'état de la vue , à cause .des mouvemens continuels des paupières. La roideur a diminué d'intensité ; l'action des membres thoraciques s'est éteinte lorsque les doigts exerçaient encore des mouvemens. 336 DBS POISONS NARCOTICO-ACRKi. Ouverture du cadavre. La bouche et l'œsophage étaient remplis de mucosités épaisses ; la majeure partie des bols ingérés était arrêtée à l'orifice oesophagien de l'estomac ; il y en avait aussi une petite quantité dans ce viscère ; les portions de l'œsophage et de l'estomac sur lesquelles le poison était appliqué offraient une couleur rouge ; la membrane qui enveloppe le cervelet et la première partie de la moelle de l'épine présentait des vaisseaux veineux Un peu plus engorgés que dans l'état naturel (i). Expérience me. M. Lésant, pharmacien à Nantes, a fait prendre à des chiens et à des chats de différente force de l'extrait aqueux de noix vomique, depuis la dose d'un grain jusqu'à 4; les animaux ont constamment péri en moins de dix minutes lorsque le poison leur a été admi- nistré en solution aqueuse , et au bout de trois ou quatre heures seulement lorsqu'ils l'ont pris sous forme pilulaire et enveloppé dans de la viande. Un chien très-fort, après avoir pris 4 grains de cet extrait dans de la viande , et après avoir éprouvé des convulsions horribles pendant une heure, put être rappelé à la vie. On lui fit prendre une grande quantité d'huile et de vinaigre. M. Lésant, qui a bien voulu nous communiquer cette note, pense que l'a- nimal n'a pas dû son rétablissement à ces liquides. CO Ces expériences ont été faites par M. le docteur Des- portes. (Voy. Dissertation inaugurale, soutenue à la Faculté de Médecine de Paris, l'an 1808.) Elles se trouvent d'accord avec celles que MM. Magendie et Delille ont faites depuis sur lemêmesujet, et que nous avons répétées avec le plusgrandsoin. Wepfer, dans son ouvrage sur la ciguë aquatique, rend compte, page i34 et suivanles, des résultats qu'il a obtenus en faisant prendre la noix vomique à'des chiens et à des chats; il com- pare les >v niptômesà des attaques d'épilepsie, et il affirme qu'il y a suspension de la vision, de l'ouïe et du lact. DE LA NOIX VOMIQUE. 33? Expérience ive. On a injecté dans la plèvre d'un chien 12 grains d'extrait aqueux de noix vomique. Au bout d'une minute , l'animal a eu un accès de tétanos ; la sec- tion de la moelle épinière au-dessous de l'occipital n'a pas fait cesser les attaques ; il en a encore eu deux avant de mourir. Expérience ve. 6 grains du même extrait séché à l'ex- trémité d'un petit morceau de bois aigu , ont été enfoncés dans les muscles de la cuisse d'un chien. Le tétanos s'est déclaré au bout d'une demi-heure ; l'animal a eu plus de vingt accès , et est mort quarante minutes après l'opé- ration (i). Expérience vie. On a enduit un petit morceau de bois avec un grain et demi d'extrait résineux de noix vomique, et on a piqué la cuisse d'un chien; le tétanos s'est déclaré au bout de sept minutes, et l'animal est mort cinq minutes après l'accès. Expérience vne. Un autre chien et des lapins blessés avec le même poison, sont morts très-promptement de té- tanos et d'asphyxie. Expérience vnte. On a injecté dans la plèvre d'un jeune chien une once d'une-décoction préparée avec iogros de noix vomique et 24 onces d'eau réduite à environ 8 onces : l'injection était à peine terminée que tous les symptômes décrits ci-dessus se sont manifestés, et l'animal est mort en moins d'une minute. La plèvre n'offrait aucune trace d'in- flammation. Expérience ixc. 2 onces de la même décoction ont été (1) MM. Magendie et Delille , à qui nous avons emprunté ces faits, ainsi qu^les deux suivans, ont remarqué que l'ex- trait aqueux de noix vomique n'était pas nuisible lorsqu'on l'introduisait à l'état liquide dans des blessures, et qu'il n'a- gissait que lorsqu'on le foulait enlre les muscles. 11. 22 338 DBS POISONS NARCOTICO-ACRES. injectées dans le péritoine d'un chien de moyenne taille. Au bout d'une minute , invasion des accidens ; l'animal a eu deux accès moins violens que celui de l'expérience pré- cédente, et il est mort une minute après. Le péritoine et les autres organes étaient sains. Expérience xe. On a injecté dans la veine jugulaire d'un gros chien un peu plus d'une demi-once de la même dé- coction. Quelques inslans après, l'animal a eu des mou- vemens convulsifs, et, par intervalles, une rigidité sem- blable à celle du tétanos; l'artère crurale était fort tendue, ses battemens très-lçnts. L'animal n'a pas tardé à mourir. Il n'y avait pas d'altération dans les vaisseaux. Expérience xie. On a injecté dans le tissu cellulaire du dos d'un, gros chien à-peu-près trois onces du même liquide. Au bout de cinq minutes, l'animal a commencé à écarter les membres postérieurs l'un de l'autre ; leurs mouvemens sont devenus roides et difficiles, la queue a été ramenée sous le ventre; il avait l'air inquiet. Peu de temps après , inva- sion de la rigidité semblable à celle du tétanos, accom- pagnée des symptômes nerveux précédemment exposés. Il est mort à la Vm du second accès. Le tissu cellu- laire, infiltré par le liquide injecté, n'a offert aucune rougeur. expérience xne. On fit prendre à un petit chien un bol fait avec de la mie pain et 2 grains du principe amer de la noix vomique uni à un peu d'huile et de sucre. Au bout de sept minutes, l'animal contracte tous les muscles exté- rieurs , fait un saut en avant que l'on peut comparer à la détenle d'un ressort, et tombe sur le côté, la tête fortement renversée en arrière, la queue relevée , les pattes étendues- la respiration est suspendue, et par conséquent la langue et les lèvres sont colorées en violet ; tremblement général • les organes des sens exercent leurs fonctions; émission d'urine. A cet état a succédé un relâchement de peu de LE LA NOIX VOMIQUE. 339 durée pendant lequel la poitrine s'est un peu élevée et abaissée. Bientôt après , invasion du second et dernier accè's avec les mêmes accidens, mais plus faibles. Vers la fin de cet accès il y a eu quelques mouvemens convulsifs des lèvres et un relâchement général ; l'animai a fait une ou deux inspirations profondes et est mort. Les deux accès n'ont duré qu'une minute. Ouverture du cadavre. La langue et les lèvres légère- ment teintes en violet; point de lésion dans le canal di- gestif; la vessie remplie d'urine; les cavités gauches du cœur, les deux veines caves et les jugulaires fortement gorgées de sang noir. Expérience xme. 18 grains du même principe amer fu- rent dissous dans une demi-once d'eau et injectés dans la vessie d'un chien de moyenne taille; une ligature fut appliquée au pénis pour empêcher la sortie du liquide; 10 minutes après, l'animal fut en proie à un accès té- tanique très-fort. Cet accès se renouvela plusieurs fois, et l'animal expira vingt minutes après l'injection. Le cer- veau, le prolongement rachidien et les membranes qui les enveloppent étaient sains ; la vessie et le canal digestif n'of- fraient aucune altération; les bassinets des reins'n'étaient pas enflammés ; les cavités du cœur et les veines caves étaient gorgées de sang. Expérience xive. On fit avaler à un petit chien 2 grains d'huile de noix vomique (obtenue par l'alcool) enve- loppés dans de la mie de pain. Au bout de deux heures et un quart, il y eut écartement des jambes et roideur des mouvemens par intervalles ; trois heures après, on le trouva mort. Il n'y avait aucune altération dans les or- ganes. Expérience xve. On donna trois noix vomiques à une chèvre d'un an ; une partie fut broyée par l'animal, ce qui excita beaucoup de salivation ; il eut souvent envie d'uriner 34<> DES POISONS NARCOTICO-ACRES. et plusieurs bâillemens convulsifs. Le lendemain, l'animal étant rétabli, on lui fît prendre 6 gros de la même noix et il ne survint aucun accident. 11 mangea depuis , à plusieurs reprises , des boulettes préparées avec ce poison et n'en fut point incommodé. On le tua quatre jours après la première ingestion, et on trouva dans l'estomac quelques morceaux de noix vomique intacts. Expérience xvie. M. DespQrtes donne les détails suivans sur l'action de la noix vomique sur une poule : « Du 4 au 22 mai, on fit prendre, tous les jours, à une poule noire, d'un an, bien portante , et dont la crête et les caron- cules étaient vivement colorées en rouge, delà noix vomique en petits morceaux. On commença par un grain, et on ajouta successivement chaque jour, à la dose de la veille , les quantités suivantes : i°. les quatre premiers jours, un grain; 2°. les quatre jours suivans, 4 grains; 3°. les quatre jours qui vinrent ensuite , la quantité de 8 grains ; 4°. pen- dant les quatre autres jours , celle de r 2 grains ; 5°. enfin, 16 grains dans les quatre derniers. Au reste, voici les jours , et les quantités correspondantes : 4? 5, 6, 7, 8, c), 10, 11, 12, i3, 14, i5, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, mai; 1, 2,3, 4, 8, 12, 16, 20,28, 36, 44, 52,64, 76, 88, 100, 116, i32, 148, 164 grains. Ainsi elle a pris en tout 1114 grains de noix vomique en substance , c'est- à-dire , quatre-vingt-douze fois la dose nécessaire pour tuer un chien. On lui a toujours soigneusement donné à manger. *» Maintenant tels sont les effets produits : du A au 16 mai, nul changement apparent dans son état; du 16 au 18, diminution de l'appétit ; la poule frappe avec son bec deux ou trois fois à côté du grain avant de parvenir à le saisir ; excrémens d'un vert foncé. Le 19, elle ne mange plus ; rouge de la crête moins vif. Le 20 et le 21 , mêmes symptômes; de plus diminution et lenteur des mouvemens DE LA NOIX VOMIQUE. 341 roideur des membres. Le 22, soif vive, mouvemens très- dilîiciles, roideur légère des membres, impossibilité de se tenir sur les pattes , sorte d'assoupissement, dont on la tire facilement et pendant lequel les plumes sont un peu héris- sées ; diarrhée ; on sent le jabot fort distendu par la sub- stance qu'on a fait prendre. Le 23 , mêmes symptômes, mais plus marqués. Ce jour-là , prévoyant que l'extrême distension du jabot ne me permettrait pas de donner le len- demain une dose nouvelle, et d'ailleurs étant pressé par le temps , je me décidai, environ trois heures après qu'elle eut avalé les 164 grains de noix vomique, à lui faire prendre un peu moins d'une demi-once d'eau tenant en dissolution environ 4 grains du principe amer uni au sucre et à un peu d'huile. A peine une minute s'était écoulée , que la poule, qui était accouvée, s'est levée tout-à-coup les ailes éten- dues , la queue faisant la roue, toutes les plumes hérissées, les pattes dans une forte distension, les ongles seuls tou- chant au sol, les yeux fixes, le bec ouvert ; elle tombe presque aussitôt sur le dos : tremblement général, les ailes pliées et serrées contre le corps, mouvemens continuels d'extension et de flexion des jambes, le cou ramené sur le dos avec une roideur tétanique, les paupières s'ouvrant et se fermant alternativement, ce qui était assez fréquent pour que je n'aie pu m'assurer si elle voyait ; trois cris , mais faibles; le bec tantôt ouvert, tantôt fermé; la respi- ration d'abord suspendue, avec coloration livide de la crêle et des caroncules ; enfin, relâchement général et fort court avec une respiration précipitée; retour des convulsions avec une respiration toujours précipitée ; décroissemens successifs de ces accidens ; la mort quelques minutes après l'invasion. » Examen du cadavre. Le cerveau, la trachée, les pou- mons , le cœur et les vaisseaux n'ont rien offert de par- ticulier , ainsi que l'œsophage. Le jabot élait très-distendu 34^ DES P0V«0NS NARCOTICO-ACRFS. et rempli de morceaux de noix nullement altérés, de quelques grains de blé et d'un peu de liquide; toute cette masse avait une odeur d'aigre. L'estomac membra- neux et le gésier contenaient des morceaux de noix vo- mique fortement altérés, les autres ne commençant qu'à l'être par l'action digeslive de ces organes. L'intestin con- tenait une matière chymeuse, les deux cœcum et le colon une matière verdàlre. La membrane muqueuse de toutes ces parties n'ofïi ai', ;dnsi que celle de Yoviduclus, aucune tra< e d'inflammation. ÏNulle altéraiion dans la couleur de la bile. Il y av.rit un peu d'amaigrissement. » On sépara soigneusement tout l'appareil digestif du corps, el on donna ce dernier à un jeune chien épagneul de quatre mois, qui n'a pas paru en être malade; il con- serva , au contraire, toute sa gaité et le eesir de jouer. Le troisième jour au soir , une personne lui jeta \es intestins , et il mourut dans la nuit. On l'ouvrit le lendemain , et on trouva dans l'estomac toutes ces parties presque entières. Il paraît qu'il les avait avalées sans presque h s déchirer : on trouva quelques fragmens de noix. Etat de vacuité du reste du tube alimentaire du chien, excepté dans sa der- nière portion)). OBSERVATIONS. i°. Hoffmann rapporte qu'une jeune fille de dix ans, atteinte dYine fièvre quarte opiniâtre, prit en deux fois i5 grains de noix vomique. Elle mourut promptement après avoir éprouvé des anxiétés extrêmes et avoir fait des efforts de vomissement. ( Med. System., tom. iv, cap. vin.) Koiie élève ^Ï.Bell, jeune médecin anglais, nous a af- firmé qu'un accident analogue avait eu lieu récemment en Angleterre. 2°. Un individu avala le matin un scrupule de noix DE LA FÈVE DE 6 A I N T-1 G N A CE. 343 vomique pulvérisée, et but ensuite quelques verres d'eau froide pour diminuer l'amertume occasionnée par cette substance. Une demi-heure après, il paraissait ivre; ses membres , et principalement les genoux , étaient roides et tendus ; sa démarche était chancelante, et il craignait à chaque instant de tomber. Il prit des alimens, et les accidens dis- parurent sans qu'il y eût eu ni vomissemens ni selles. ( VeckosArift for Lakare.) Le même auteur rapporte qu'une femme eut des mou- vemens convulsifs et une cardialgie de longue durée , après avoir pris de la noix vomique. 3°. L'administration de cette graine et de la racine de gentiane à une femme affectée d'une fièvre intermit- tente, fut suivie de convulsions dangereuses, de froid, et de stupeur de presque toutes les parties. (Scutter, Diss., § 11.) De la Fève de Saint-Ignace. 958. Cette graine paraît appartenir encore au genre strychnos, du moins l'arbre qui produit les fruits qui la contiennent offre dans les fleurs et les feuilles les mêmes parties et la même disposition que le strychnos aux vo- rrdca. Quelques botanistes font un genre à part qu'ils nomment ignatia, et dont l'espèce amara fournirait la fève dont nous nous occupons. Quoi qu'il en soit, celte graine est irrégulière, plus ou moins anguleuse, dure, cernée et très-amère. MM. Pelletier et Caventou viennent de découvrir dans cette graine la substance alcaline qui fait partie de la noix vomique, et dont nous avons parlé page 332. 344 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. Action de la Fève de Saint-Ignace sur l'économie animale. Expérience ire. On a fait avaler à un chien de moyenne taille un demi-gros de fève de Saint-Ignace râpée et mêlée à du beurre. Au bout de cinq minutes, il a commencé à haleter. Quinze minutes après, il s'est redressé de temps en temps d'une manière convulsive. Il y avait à peine une demi-heure que le poison avait été ingéré, que l'animal s'est porté rapidement en avant, et est tombé dans une attaque de tétanos , d'abord sur le poitrail, puis sur le côté ; les membres et le cou étaient tendus, la bouche violette ; il conservait l'exercice de ses facultés intellec- tuelles; il y eut émission d'urine; enfin il eut dix atta- ques , dont plusieurs avaient été provoquées par le bruit ou l'attouchement, et il mourut asphyxié au bout de vingt minutes. Un autre chien, qui n'avait pris que 10 grains de ce poison , périt à la quatrième attaque , trois heures après son ingestion. Six grains de cette graine ont suffi pour faire périr un chien en une demi-heure : cet animal avait bu de l'eau après avoir avalé le poison. Expérience \\e. L'extrait de fève de Saint-Ignace, in- jecté dans les veines, dans la plèvre , dans le péritoine , ou appliqué à l'extérieur, agit comme l'upas ou comme l'extrait de noix vomique. OBSERVATIONS. Camelli rapporte, dans les Transactions philosophiques de Londres, tom. xxi, pag. 88, ann. 1699, qu'un homme dyspeptique, atteint de vomissemens et de diarrhée, prit ACTION DES STRYCHNOS. 34^ un scrupule de fève de Saint-Ignace qui lui occasionna des démangeaisons et des pincemens convulsifs terribles ,• il ne pouvait pas se tenir debout ; ses mâchoires étaient serrées; les muscles de la face exécutaient des mouvemens comparables, jusqu'à un certain point, à ceux que l'on fait en riant. 959. Nous ne faisons pas mention du strychnos potato- rum, ni d'une autre espèce de strychnos connue sous le nom de pomme de Vontac, parce que le suc et les graines de ces plantes n'ont pas de propriétés vénéneuses , d'après les expériences de MM. Magendie et Deliïle. (Dissertation inaugurale de M. Deliïle, soutenue à la Faculté de Médecine de Paris, le 6 juillet 18o3. ) Conclusions sur les effets des Strychnos. i°. L'upas tieuté , la noix vomique et la fève de Saint- Ignace sont des poisons énergiques pour un très-grand nombre d'animaux et pour l'homme. 2°. Ils doivent être regardés comme des excitans de la moelle épinière, sur laquelle ils portent leur action en déterminant le tétanos, l'immobilité du thorax, et par conséquent l'asphyxie, à laquelle les animaux suc- combent. 3°. Quelle que soit la surface du corps avec laquelle ils aient été mis en contact d'une manière convenable, ils sont absorbés , portés dans le torrent de la circulation, et l'ab- sorption paraît s'opérer par l'intermède des veines , comme M. Magendie l'a observé le premier. (Voyez son beau Mémoire sur l'Absorption. ) 4°. Leur action est très-prompte lorsqu'on les injecte dans la plèvre , le péritoine ou la veine jugulaire; elle l'est moins lorsqu'on les applique à l'extérieur ou lorsqu'on les injecte dans les artères éloignées du cœur; leurs effetstar- 346 DES POISONS N ARC OTICO- ACR ES. dent encore plus à se manifester lorsqu'on les applique sur les surfaces muqueuses. 5°. Leur action est nulle dans le cas où l'on enlève la moelle épinière à l'aide d'une tige de baleine. 6°. Les extraits aqueux de noix vomique et de fève de Saint-Ignace sont plus énergiques cpre les poudres de ces graines; mais ils le sont moins que leurs extraits rési- neux, et que la substance alcaline contenue dansées graines. 7°. Aucun de ces poisons ne pMbduit l'inflammation des tissus sur lesquels on l'applique. De /'Angustura pseudo-ferruginœa. 960. On trouve abondamment, dans le commerce, une écorce particulière que les droguistes désignent sous le nom d'angusturefine, et qui en diffère essentiellement. Nous pensons qu'il est d'autant plus important de faire connaître ses caractères , qu'elle doit être rangée parmi les poisons les plus énergiques du règne végétal, tandis que l'angusture vraie peut être prise à forie dose sans incon- vénient. M. Planche, pharmacien et chimiste distingué de cette capitale, qui a fait un très-beau travail sur l'histoire naturelle de ces écorces, a présenté à MM. de Jussieu et Bonpland Y'espèce dont il s'agit ici, et ils ont déclaré qu'ils ignoraient à quel végétal elle pouvait appartenir (1). Le sa- vant voyageur M. de Humboldt, qui a bien voulu nous com- rnuniquer quelques particularités sur les poisons de l'Amé- rique, nous a dit qu'il necroyaitpasque l'écorce deV angus- tura pseudo-ferrugincea apparlîntà un arbre du même genre que l'anguslure vraie , qu'il a appelée bonplandia tri- foliata. (1) Notice chimique sur les angustures du commerce, lue à la Société de Médecine de Paris, le 2 juin 1807, par L.- A. Planche. / de l'angusturf. 3J7 Caractères de Vécorce. Les écorces de cette espèce sonl, en général, roulées sur elles-mêmes, de couleur grise-jau- nâtre'à l'intérieur. Quelques-unes onl 1'épiderme parsemé d'excroissances blanchâtres; d'autres sont enduites d'une matière qui a l'apparence de la rouille de fer et qui en pos- sède quelques propriétés; d'autres écorces sont plus ou moins lisses, quelquefois très-rugueuses et parsemées de taches de couleurs variées : ces dernières sont, en général, plus épaisses et plus volumineuses que les autres , et quoi- qu'elles diffèrent en apparence , elles jouissent des mêmes propriétés chimiques; elles sont seulement un peu moins ferrugineuses. La poudre de cette fausse angusture est d'une couleur grise, semblable à celle de l'ipéeacuanha , et d'une odeur analogue à cette racine. Elle est tellement amère , que beaucoup de personnes ne peuvent pas la déguster sans éprouver de nausées. 961. Si l'on fait macérer cette poudre avec l'eau dans les mêmes proportions et pendant le même temps que l'angus- ture vraie , on en obtient une liqueur qui, étant filtrée , a une couleur jaune paille que le contact de l'air n'altère pas sensiblement, d'une odeur fade, d'une amertume compa- rable à celle del'écorcepulvérisée, précipitant en gris-noir foncé par le sulfate de fer, et formant, avec le ni treie d'ar- gent, un précipité blanc , lequel, au bout de cinq ou six mi- nutes, passe au noir en totalité. Le sulfate de cuivre y forme un précipité moins coloré et moins abondant qu'avec l'angus- ture vraie ; elle n'est point troublée par la solution de colle. 962. L'eau aiguisée d'acide hydro-chlorique (muria- tîque), et agitée avec la poudre de cette fausse angusture , prend une belle couleur d'un vert clair, si on y verse un hydro-cyanate (prussiate) alcalin , et, peu de temps après, il se dépose du bleu de Prusse. Il est bon de remarquer qu'on obtient à l'instant même du très-beau bleu de Prusse si l'on traite par l'acide hydro-chlorique (muriatique) la 348 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. poussière jaune qui recouvre l'écorce ; ce qui prouve évi- demment que cette matière est de nature ferrugineuse : ce singulier phénomène ne s'observe pas avec la véritable écorce d'angusture. 963. La décoction d'angusture ferrugineuse est plus co- lorée que son eau de macération; transparente tant qu'elle est chaude, elle se trouble par le refroidissement, à la ma- nière des quinquinas. Les sefs métalliques précédemment cités agissent de la même» manière, à quelques nuances près , qui sont inappréciables, sur l'eau de macération et sur la décoction de la fausse angusture ferrugineuse. (Planche , page 7.) Action de /'Angustura pseudo-ferruginaea sur l'économie animale. Expérience irC. On a fait avaler à un chien de moyenne taille 8 grains d'écorce d'angustura ferruginœa réduîte en poudre fine. Au bout de sept minutes, les muscles des extrémités étaient affectés de mouvemens convulsifs; les yeux, hagards , répandaient beaucoup de larmes ; l'animal marchait vers les coins du laboratoire , en rapprochant les pattes-les unes des autres; il haletait continuellement. Douze minutes après l'ingestion du poison,l'agitation avait augmenté; la tête se redressait de temps en temps sur la colonne vertébrale ; il a fléchi les pattes postérieures ; la tête et le tronc se sont renversés en arrière; il a fait douze ou quinze pas en avant, et dans un état d'égarement tel qu'il a été frapper avec sa face un tonneau , et il est tombé de suile sur le côté : alors ses yeux étaient saillans et im- mobiles, la conjonctive rouge, tous les muscles du tronc et des extrémités fortement contractés , les oreilles renver- sées en arrière , les organes des sens insensibles aux impres- sions extérieures; les muscles de la face n'étaient agités de l'angusture. 3^9 d aucun mouvement convulsif, et la respiration ne s'exer- çait plus. Cette attaque a duré cinq minutes; mais les or- ganes des sens n'ont conservé leur insensibilité que pendant la première minute, car, au milieu et vers la fin de l'accès 1 approche d'un bâton suffisait pour augmenter l'état de roi- deur et tous les autres symptômes. A la fin de cette attaque, l'animal a cherché à se relever; la bouche était très-ouverte et la respiration très-haletante. Dix minutes après, nouvel accès qui a duré quatre mi nutes. Enfin i 1 a expiré cinq quarts d'heure après l'introduction de la substance vénéneuse dans l'estomac, à la suite d'une troisième attaque. On l'a ouvert vingt minutes après. Le cœur ne battait plus; le sang con- tenu dans ses cavités élait noirâtre , en partie fluide et en partie coagulé. Les poumons, gorgés de sang de la même couleur, étaient un peu moins crépitans que dans l'état naturel. L'estomac contenait beaucoup d'alimens, car il n'y avait point eu de vomissement; le canal digestif était sain. Expérience 11e. A huit heures trois quarts, on a fait avaler à un chien de moyenne taille 3 grains et demi de la même poudre. Un quart d'heure après, on lui a fait boire une grande quantité d'eau. A neuf heures six minutes, l'animal éprouvait un tremblement dans les pattes : on l'a touché, et sur-le-champ il a eu une attaque tétanique qui n'a duré qu'une minute; il s'est relevé, et ne paraissait pas malade. A neuf heures onze minutes, on l'a heurté de nouveau : il est tombé sur-le-champ dans un état de roideur remarquable, qui n'a cessé qu'au bout de deux minutes; il a fait de nouveau des efforts pour se relever, et s'est pro- mené rapidement dans le laboratoire ; il s'est arrêté tout- à-coup en appuyant fortement les pattes sur le sol : alors il avait le tronc excessivement arqué, et la tète touchait la terre. A une heure, il n'avait pas eu de nouvel accès, et paraissait ne plus être sous l'influence du poison. On lui a fait prendre 6 grains de la même poudre. Cinq minutes OJO DFS POISONS NARCOTICO-ACRES. après, il a eu une attaque qui a duré deux minutes , et il esl mort. Dans les différons accès auxquels cet animal a été en proie, la queue a été recourbée tantôt en bas , tantôt en haut. On l'a ouvert sur-le-champ. Le sang contenu dans les ventricules du cœur était noir et fluide. Les poumons étaient fort peu altérés. L'estomac renfermait la poudre d'angusture disséminée dans quelques alimens ; il n'y avait aucune lésion dans le canal digestif. Expérience me. On a saupoudré une plaie faite à la partie interne de la cuisse d'un gros chien avec 9 grains de la même poudre. Le surlendemain, l'animal n'ayant rien éprouvé , ou a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse de l'autre côté 36 grains du même poison. Au bout de sept heures , l'animal a commencé à en ressentir les effets ; il a eu une attaque tétanique semblable à celle que nous venons de décrire dans l'expérience i,e. Cette attaque a duré dix minutes, et il a expiré. Ouverture du cadavre faîte le lendemain. Les organes intérieurs n'effraient aucune altération; la première plaie étaitr'ouge, infiltrée, sans apparence d'escarre. Expérience iv°. On a fait avaler à un petit chien rebuste 2 grains et demi d'extrait aqueux d'angusturaferruginœa, qui n'ont rien produit au bout d'une heure ; alors on lui en a fait prendre 6 grains. Quelques instans après , l'animal a éprouvé un tremblement général , et s'est assis sur les paltes de derrière; son corps est devenu arqué; il est tombé sur le côté; ses muscles étaient excessivement roides; il n'y avait poii t d'agitation dans les pattes ; les pupilles étaient dilatées , les organes des sens insensibles aux impressions extérieures, et les pr.upiercs dans un élat de grande mobi- lité. Vers la fin de l'accès , qui a duré deux minutes et demie, il a.recouvré l'usage de ses sens; il .'•'est relevé et s'est promené dans le laboratoire. Quatre minutes après, on a cherché à l'effrayer : sur-le-champ il est retombé ; la ue l'angusture. 35i tête s'est renversée sur le dos , la respiration a été suspendue. Au bout d'une minute, il a ouvert la bouche et a haleté considérablement. Il a eu une troisième attaque deux mi- nutes après, pendant laquelle les organes des sens parais- saient insensibles. La fin de cet accès a été marquée par des inspirations profondes el par des mouvemens convulsifs des muscles de la face. Il est mort trois minutes après. On l'a ouvert sur-le-champ. Les cavités du cœur ne se contrac- taient plus ; le sang qu'elles contenaient était noir et fluide ; les poumons, peu crépitans, offraient un peu plus de den- sité dans leur tissu ; le canal digestif était sain. Expérience vc. On a mis en contact avec le tissu cellu- laire d'un petit chien t\ grains du même extrait. Au bout de 20 minutes , l'animal a éprouvé un tremblement géné- ral ; sa marche est devenue incertaine, ses yeux hagards, el trois minutes après il a été en proi,j à un violent accès, il en a éprouvé quatre pendant les trois heures qu'il a vécu. On ne l'a point ouvert. Expérience vre. 36 grains du même extrait ont été appli- qués sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d'un petit chien. Cinq minutes après, tremblement des pattes postérieures , et au bout d'une minute , attaque très- forte dans laquelle les extrémités étaientagitées et roides; les muscles de la face, des paupières et des mâchoires convulsés ; le corps n'était pas très-arqué, les organes des sens étaient libres, les pupilles un peu dilatées, la respiration presque suspendue. Cet accès a duré près de cinq minutes; les mem- bres se sont relâchés ; l'animal a fait trois inspirations pro- fondes , et est mort onze minutes après l'opération. On l'a ouvert sur-le-champ. Le cœur ne battait plus: le sang était fluide et noir dans toutes les cavités de cet organe. Les pou- mons, un peu plus denses qu'à l'ordinaire, étaient gorgé* de sang noirâtre. Expérience Yiie. On a injecté dans la veine jugulaire 352 DES POISONS N A R C O T 1 C O - A C R ES. d'un chien 3 grains et demi d'extrait aqueux d'angusture dissous dans une demi-once d'eau. L'animal a éprouvé sur-le-champ les symptômes ci-dessus indiqués, et il a expiré cinq minutes après l'injection. On l'a ouvert dans le même instant, et on a trouvé que le cœur était dis- tendu par une très-grande quantité de sang coagulé. Expérience vme. A sept heures du matin , on a fait avaler à un carlin robuste un grain et demi de la matière jaune amère séparée de cette espèce d'angusture. Cinq minutes après , l'animal a éprouvé tous les symptômes qui caractérisent les accès dont nous avons parlé , et il est mort au bout de quinze minutes , à la fin de la deuxième attaque. Cette matière amère avait été préparée par M. Plan- che, qui avait employé le procédé suivant: « On a épuisé, par plusieurs macérations successives dans l'alcool à 38°, de l'écorce d'angusture ferrugineuse. La liqueur, filtrée, a été distillée dans une cornue de verre ; on a retiré , par la distillation, les sept huitièmes d'alcool pur. Le résidu , desséché au bain-marie, a été traité par de l'eau distillée bouillante : c'est la portion dissoute par ce liquide , et rapprochée en consistance d'extrait, qui constitue la matière jaune amèi'e. Pour bien observer sa couleur, il faut l'étendre en lames minces. Cette matière est très-soluble dans l'eau froide; elle est d'une amertume épouvantable ; il est possible qu'elle ne soit autre chose qu'une combinaison du principe amer avec la matière jaune, car on peut séparer, en fort petite quantité, à la vérité, au moyen de l'éther sulfurique, un peu de matière jaune sans amertume sensible, mais seulement styptique. Au surplus , le principe amer dans cet extrait s'y trouve le plus rapproché possible. » fcfi l'angnsture. 353 OBSERVATION. ft J'étais atteint, il y a plusieurs années, d'une fièvre tierce des plus rebelles. Fatigué du peu de succès que j'avais obtenu du quinquina, je résolus de tenter l'emploi de l'écorce d'angusture : à cet effet, j'en fis préparer une forte infusion vineuse. Aussitôt que j'eus reçu le médica- ment, je voulus seulement le déguster, et j'en avalai à peine les trois quarts d'un petit verre à liqueur. L'amer- tume de cette boisson était insupportable , et occasionna presque aussitôt des soulèvemens d'estomac qui finirent par être douloureux , sans cependant déterminer de vomis- sement. Quelques minutes après, j'éprouvai des symptômes de congestion vers le cerveau, des éblouissemens, un tin- tement dans les oreilles ; ma vue s'obscurcit ; il me devint impossible de fléchir les membres inférieurs , et toute ten- tative à cet égard excitaii les douleurs les plus vives ; les membres supérieurs restèrent libres; mais il survint un véritable ttïsmus qui m'ôta l'usage de la parole. J'avais, dans une armoire , un flacon contenant un mélange à parties égales d'éther acétique et de laudanum liquide : je parvins, quoique avec peine, à le demander par signes aux personnes qui m'entouraient, et dès qu'on me l'eut donné , j'en versai dans le creux de ma main une quan- tité que je ne puis déterminer, et parvins à l'avaler par succion. J'éprouvai, peu de temps après, un soulagement notable; mes mâchoires se desserrèrent, et une seconde dose du mélange, ainsi qu'une tasse d'infusion de camo- mille achevèrent de dissiper les accidens qui, en tout, peuvent avoir cUiré deux heures. Seulement il me resta une lassitude extrême, en même temps qu'un appétit très-vif que je satisfis avec plaisir et sans inconvénient. il est probable que cet empoisonnement et ses conse- il, zl 35i DES î>0IS0NS NARCOTICO-ACRES. quences eussent été beaucoup plus graves si la dose d'an- gusture eût été plus considérable. M. le docteur Schweig- ger, maintenant professeur et directeur du jardin bota- nique à l'université de Kœnigsberg , a élé témoin d'une partie de ces faits. ( Observation rapportée par le docteur Marc, Journal de Pharmacie, tom. n, p. 507, ann. 1816.) 064. Les faits qui précèdent nous permettent de con- clure , i°. Que la poudre d'angustura pseudo-ferruginœa et ses diverses préparations agissent comme la noix vomique et les autres strychnos (1) ; 20. Que la matière jaune amère paraît être la partie la plus active. M. le professeur Emmert, dont les connaissances médi- cales sont si étendues, a bien voulu nous communiquer les résultats d'un travail important qu'il a fait à Berne, sur l'écorce d'une espèce d'angusture à laquelle Bambach a donné le premier, en 1804, le nom. d'angustura virosa. Cette écorce paraît être la même que celle dont nous venons de faire l'histoire. Voici les principaux résultats obtenus par M. Emmert: (1) Il y a plusieurs praticiens qui pensent que la noix vomi- que, l'upas, la fève de Saint-Ignace et la fausse angusture agis- sent sur le cerveau aussi-bien que sur la moelle épinière. Ils citent à l'appui de leur opinion des cas où l'administration de la noix vomique a été. suivie de délire et de la perte des facultés intellectuelles. On se rappelle que nous avons déjà dit que telle élait l'opinion de Wepfer. Nqus avons souvent remarqué que les animaux soumis à l'action de l'une ou de l'autre de ces quatre substances perdaient l'usage des sens; mais ce n'était qu'un effet momentané, et toujours lorsque l'accès était très-violent. En conséquence, nous crevons que leur principale action a lieu sur la colonne vertébrale. ijè l'upas antiar. 355 t°. Vangustura virosa est un poison violent pour l'homme, les mammifères en général, les oiseaux, les poissons et les reptiles, lorsqu'elle est appliquée sur les membranes muqueuses, les blessures, la plèvre, le péritoine, et sur toutes les parties qui contiennent beaucoup de vaisseaux sanguins; elle est, au contraire, inerte ou peu active quand on la met en contact avec les nerfs, les tendons ou l'épiderme non lésé. 20. On peut faire cesser complè- tement les effets de ce poison lorsqu'on empêche la cir- culation dans la partie sur laquelle il a été appliqué ; les phénomènes de l'empoisonnement se manifestent, au con- traire , lors même que l'on a coupé les nerfs du membre sur lequel il a été placé. 3°. Le vinaigre, l'huile de térébenthine et le café me s'opposent pas aux effets de Van- gustura ; le café les accélère plutôt ; l'huile de térében- thine semble les diminuer un peu. 4°. Après la mort, les muscles involontaires conservent encore leur irritabilité, lorsque les muscles volontaires'n'en donnent plus aucun signe. 5°. «Un enfantmourut après avoir pris, par mégarde , le decoctum de celte écorce; il conserva l'usage des facul- tés intellectuelles, et il priait avec instance qu'on ne le touchât pas , car il éprouvait des crampes terribles après chaque attouchement; il eut une transpiration abondante, mais ne vomit pas. » (Lettre de M. Emmert, du mois de janvier i8i5.) De VUpas antiar. g65. L'antiar est un arbre d'un genre nouveau, et l'upas qu'il fournit est le suc qui découle de l'arbre. Ce suc est laiteux, amer et un peu jaune. Il ne fait point de mal en touchant légèrement la langue ou en tombant sur la peau. Introduit dans les blessures, il fait périr d'un genre de mort très-douloureux les hommes et les animaux. Il sert aux Indiens à la guerre. MM. Magendie et Dçlille ont lu, 356 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. le 28 août 1809, un mémoire à l'Institut, dans lequel il* exposent les effets de ce poison subtil. Nous allons rap- porter les expériences qu'ils ont faites et que nous avons répétées. Action de VUpas antiar sur Véconomie animale. Expérience i,e. Lorsqu'on verse 6 ou 8 gouttes de suc liquide d antiar dans une incision faite avec un scalpel à la cuisse d'un chien ou d'un chat, près de l'aîne, ou que l'on y introduit un petit morceau de bois enduit d'un grain et même d'un demi-grain d'antiar desséché, l'animal ne pa- raît pas souffrir pendant huit ou dix minutes : alors il vo- mit, à deux ou trois reprises différentes , des matières jau- nâtres, comme bilieuses; il a quelquefois plusieurs selles; il change peu de place, se couche et se relève de temps en temps; les vomissemens, qui avaient cessé, recommencent cinq ou six minutes après; la respiration est bruyante et s'interrompt par des hoquets et par des sanglots ; les mus- cles de l'abdomen et du thorax se contractent; une écume jaune et visqueuse recouvre le bord des mâchoires; tout- à-coup l'animal jette plusieurs cris, sa tête se renverse, il tombe sur le côté, roidit les membres, les agite d'une manière irrégulière ; les muscles de la face sont tiraillés ; l'animal fait des sauts irréguliers et heurte quelquefois les objets cjui l'environnent ; la respiration se fait par secousses; il se produit une sorte de râle qui cesse prcsqu'aussilôt avec la vie. En ouvrant les cadavres immédiatement après la mort, on voit que le cœur contient du sang artériel ver- meil; il n'y a aucune lésion dans le cerveau; la blessure conserve la couleur et l'amertume du poison. Expérience 11e. Lorsqu'on fait avaler à des chiens 4 grains d'antiar, on remarque que ces animaux commencent à vo- mir au bout d'une heure ; les vomissemens durent pendant TJE L'UPAS ANTIAR. 357 trois ou quatre heures, avec de longs intervalles de repos ; il y a plusieurs déjections alvines, et la mort arrive au bout de huit, dix ou douze heures. Expérience 111e. On peut verser sur le nerf sciatîque, isolé des parties environnantes, plus de 20 gouttes d'antiar pendant une heure sans que l'animal éprouve le moindre accident. Expérience ive. Si l'on injecte ce suc dans la veine jugu- laire des chiens et des chevaux, ces animaux succombent peu de minutes après, et les symptômes qui précèdent la mort sont les mêmes que ceux dont nous avons parlé (expérience irc). La mort tarde un peu plus à arriver si l'in- jection de l'antiar a été faite dans la plèvre ou dans une des veines du mésentère ; mais on remarque toujours des vo- missemens , des purgations, des cris et des convulsions. Expérience ve. Lorsqu'on injecte dans une des carotides d'un chien quelques gouttes d'antiar étendues d'eau, l'ani- mal crie dans le même instant; il n'éprouve point de vo- missement; sa tête se contourne, l'occiput se renverse sur le plancher, le col et le tronc sont courbés en S, les pattes se roidissent et sont agitées par intervalles. La mort a lieu en moins de cinq minutes. L'injection de l'antiar dans la pulpe cérébrale produit les mêmes effets que l'injection dans la carotide. 966. Il résulte de ces faits, i°. Que l'antiar est très-vénéneux lorsqu'il est injecté dans la carotide, la pulpe cérébrale ou la veine jugulaire ; qu'il l'est moins lorsqu'il est injecté dans la plèvre, moins encore quand il est appliqué sur le tissu cellulaire, et beau- coup moins lorsqu'il est introduit dans l'estomac ; 20. Qu'il est absorbé, porté dans le torrent delà circu- lation , et qu'il agit sur le cerveau et sur la moelle épi- nière ; ce qui est prouvé par la perte de l'usage des sens , par les cris aigus, par le renversement ou la torsion qu'é- 358 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. prouve la tète, et par le tiraillement des muscles de la face; 3°. Qu'il agit aussi comme émétique. M. Brodie pense que l'upas antiar agit sur le cœur, qu il rend insensible à l'action du sang. Il fonde cette assertion sur ce que, peu de temps après l'application de l'upas , les contractions du cœur sont irrégulières, intermittentes, puis deviennent faibles, et cessent immédiatement après la mort : alors cet organe se trouve distendu par une grande quan- tité de sang. (Philosophical Transactions, page 196, ann. 1811.) M. Emmert a fait aussi les mêmes observations sur l'é- tat du cœur des-animaux empoisonnés par l'antiar. Du Ticunas ou Poison américain. 967. De La Condamine nous apprend, dans la relation abrégée d'un voyage fait dan* l'intérieur de l'Amérique méridionale, « que le ticunas est un extrait, fait parle moyen du feu , des sucs de diverses plantos, et particu- lièrement de certaines lianes. On assure qu'il entre plus de trente sorte d'herbes ou de racines dans ce venin. Les Indiens le composent toujours de la même manière, et suivent à la lettre le procédé qu'ils ont reçu de leurs an- cêtres, aussi scrupuleusement que les pharmaciens, parmi nous, procèdent à la composition solennelle de la théria- que (1). » 968. Ce poison se dissout très-bien dans l'eau, dans les acides minéraux et végétaux; il ne fait point d'effervqs- cence avec les acides ni avec les alcalis ; il ne change le suc de raves ni en rouge ni en vert ; il se dessèche sans se cre- vasser. (1) Mémoires de l'Académie des Sciences, ann. 1745, p. 4go« OU TICUNAS. 3% Action du Ticunas sur Véconomie animale. 969. Il résulte des expériences faites par Fontana sur ce poison; i°. Que son odeur à sec est entièrement innocente; 20. Qu'il en est de même des vapeurs qu'il répand lors- qu'on le met sur des charbons ardens, soit qu'on les flaire, soit qu'on les respire, et qu'il est par conséquent faux, comme l'a annoncé La Condamine, que des femmes con- damnées à mort aient été tuées par ces vapeurs ; 3°. Qu'il n'exerce aucune action lorsqu'on l'applique sur les yeux ; 4°. Qu'il est vénéneux quand il est pris intérieurement; mais qu'il en faut une quantité sensible pour tuer même un petit animal ; 5°. Qu'étant appliqué sur la/peau à peine égratignée, il peut donner la mort, quoique non pas toujours ni dans toutes les circonstances ; les animaux plus gros résistent plus facilement à l'action de ce poison; et lorsque les ani- maux même les plus faibles n'en meurent pas, ils se trou- vent en peu de temps aussi sains qu'auparavant ; ^ 6°. Qu'il faut environ un centième de grain de ticunas pour tuer un petit animal, et qu'il est nécessaire que le poison se dissolve pour qu'il donne la mort ou pour qu'il occasionne quelque dérangement sensible dans l'économie animale; 70. Que les blessures empoisonnées des muscles sont plus meurtrières que celles de la peau, des oreilles etdes crêtes des poules ; 8°. Que les flèches enduites de ticunas desséché sont plus dangereuses et plus meurtrières que le poison dissous dans l'eau el simplement appliqué sur la partie blessée ; 90. Que le poison des flèches est plus actif si on les 36o DES POISONS N ARCOTICO-ACRES. trempe auparavant dans l'eau chaude; leur activité croît en- core si on les trempe dans le ticunas bouilli dans l'eau à con- sistance de julep. Les symptômes que ce poison produit le plus ordinairement sont des convulsions, des faiblesses, la perte totale des forces et du mouvement, la diminution ou l'abolition du sentiment; souvent on observe que l'ani- mal, qui éiait d'abord très-vif, se trouve un moment après privé de mouvement et de sentiment, et sur le point de mourir. S'il ne meurt pas, en peu de minutes, il se trouve aussi bien qu'auparavant, et ne parait avoir souffert aucun mal, quoiqu'il soit resté dans un état de léthargie, quel- quefois pendant plusieurs heures, sans donner de signe de vie certain ou manifeste. io°. Qu'il faut un temps déterminé pour que le poison américain se communique à l'animal ; que ce temps est beaucoup plus considérable que celui qu'exige le venin de la vipère (voyez Venin de la vipère) pour se communi- quer; que les effets du poison américain sur les animaux sont plus vagues et plus variés; et enfin qu'on peut guérir de l'un el de l'autre en coupant les parties , quand on peut les emporter sans danger de mort, pourvu que l'amputation soit faite à temps ; ii°. Qu'il tue dans l'instant lorsqu'il est introduit dans la veine jugulaire; mais cju'il ne coagule pas le sang comme le fait le venin de la vipère. 120. Qu'il ne produit aucun changement sensible sur l'économie de l'animal vivant lorsqu'il est appliqué sur les nerfs entiers, coupés ou blessés, pourvu qu'ils aient été isolés des muscles et des autres parties environnantes ; i3°. Que les muscles des animaux tués par ce poison sont plus pâles qu'auparavant ; que les vaisseaux veineux situés auprès du cœur sont plus gonflés, et le sang un peu plus obscur; que le cœur, les oreillettes et les viscères du bas-ventre ne présentent aucune altération; que les poumons DU WOORARA. 36l offrent de grandes taches livides; et que, dan3 quelques circonstances , ils paraissent putréfiés ; i4°- Qu'il attaque le principe de l'irritabilité des mus- cles , quoiqu'il ne touche pas à l'irritabilité du cœur ; 15°. Qu'il n'est point vénéneux pour les couleuvres et les vipères. {Traité sur le Venin de la Vipère, par Fontana, tom. n, pag. 83- 124. Florence, 1781.) Du Woorara. 970 Le woorara est un poison avec lequel les Indiens de la Guyane arment les pointes de leurs flèches : il ne paraît pas différer beaucoup du ticunas. D'après Bancroftj il appartiendrait à une espèce de liane. Action du Woorara sur Véconomie animale. Expérience ire. On appliqua sur une plaie faite au côté d'un ddns l'estomac d'uiipoiitchicn très-faible 3gros de camphre dissous dans 4 onces d'huile, et on a lié l'œsophage. A une heure et demie, l'animal a eu une attaque convulsive qui a duré cinq minutes. A midi et demi, nouvelle attaque. A deux heures un quart, mouvemens convulsifs continu» dans les diverses parties du corps, et principalement dans les muscles des mâchoires ; bouche presque constamment ouverte. A cinq heures, même état; l'animal n'avait pas cessé un instant de tenir la bouche ouverte, comme s'il eût cherché à introduire une plus grande quantité d'air. A six heures, il était expirant : il est mort une heure après. On l'a ouvert le lendemain : l'estomac contenait environ a onces d'un fluide brunâtre et filant ; la membrane mu- queuse , enflammée, offrait plusieurs bandes longitudi- nales d'un rouge vif, et d'autres circulaires , d'un rouge noirâtre ; il n'y avait point d'ulcération. Le cerveau n'était le siège d'aucune altération remarquable. On a obtenu un résultat analogue en donnant à un autre chien 2 gros de camphre dissous dans 3 onces d'hr'le. Expérience ive. Lorsqu'on injecte dans la veine jugu- laire d'un chien 15 ou 20 grains de camphre dissous dans 3 ou 4 gros d'huile d'olives, on remarque que l'injection est à peine terminée que l'animal éprouve déjà tous les phénomènes que nous venons de décrire dans les expé- riences précédentes, et il meurt dans l'espace de quatre. six, huit minutes , suivant sa force. Expérience vc. A deux heures, on a injecté dans la veine jugulaire d'un petit chien très-robuste, 6 grains de camphre dissous dans 3 gros d'huile d'olives. A sixheures du soirr l'animal, qui n'avait encore rien éprouvé, avait des ver- tiges ; ses extrémités postérieures étaient faibles, sa respi- ration un peu gênée, les battemens du cœur comme avant l'opération. Il est mort le lendemain à quatre heures du, matin. Le canal digestif paraissait sain ; les poumon^ contenaient de l'air et étaient infiltrés de sérosité,. àj \ des r o t s n k s rJArc^ïico^r.sr'. Expérience vte. On a appliqué sur le tissu cellulaire du dos d'un cbien robuste 6 gros de campbre dissous dans 1 » [lus petite quantité d'huile possible. Cinq jours après, l'animal n'avait rien éprouvé et mangeait avec appétit. Expérience vne. La même expérience a été répétée sur un chien de movenne taille avec la même dose de camphre et d'huile, que l'on a mise en contact avec le tissu celi lulairc de la partie interne de la cuis.°e. Au bout de dix b pures, l'animal n'avait éprouvé aucun phénomène sensible. Vingt-quatre heures après l'application, il était sous l'in- fluence du poison et dans un état d'agitation ; les membres offraient des mouvemens convulsifs ; il est mort deux jours r.près. La cuisse opérée n'offrait aucune altération marquée ; la vessie était remplie d'urine; les autres organes parais-* saient sains. Cette expérience, répétée, a offert les mêmes résultats. Expérience vuir. On a détaché et percé d'un trou l'œso- phage d'un petit chien assez robuste; on a introduit dans son estomac une demi-once de camphre divisé en plusieurs fragmens, que Ton a enveloppés-dans un cornet de papier ; l'œsophage a été lié afin d'empêcher le vomissement. L'animal on mort deux jours après, sans avoir été agité ee mouvemens convulsifs , et sans avoir poussé la moindre- plainte; il avait seulement été plongé dans un grand état d'abattement. A l'ouverture du cadavre , on a remarqué que l'estomac contenait quelques morceaux de camphre nageant dans un fluide noirâtre, filant, qui tapissait l'in- térieur de ce viscère; la membrane muqueuse, de couleur naturelle * offrait, près du pylore , quatre ulcères longU tedinaux, recouverts par une matière noire que l'on pou- vait détacher facilement. Les bords de ces ulcères étaient relevés et assez saillans. D'autres chiens sur lesquels cette expérience a été répé^ tée , et auxquels on n'a fait prendre que 3 gros de campbre UU CAMÏBKB, 3~0 eii fragmens, ont offert les mêmes phénomènes , excepté que la mort n'est arrivée quelquefois qu'à la fin du qua- trième ou du sixième jour. Expérienceixe. Une demi-once de camphre en fragmens, et-dont moitié environ se trouvait plus divisée, fut intro- duite dans l'estomac d'un gros chien, auquel on lia l'œso- phage. Quatre heures après l'opération , l'animal éprouva tous les symptômes nerveux que nous avons décrits dans- l'expérience ire, avec cette différence que l'attaque, quoique violente, paraissait se terminer à chaque instant, et qu'elle se renouvelait aussitôt. Sa durée fut de six minutes. Depuis cet accès, le chien fut plongé dans un abattement extrême, et il ne succomba que six jours après. On en fit l'ouver- ture, et on remarqua que la face interne de l'estomac était parsemée d'ulcères. Expérience xe. On a voulu savoir quelle était l'action du camphre artificiel préparé selon la méthode de Kind, en faisant passer un courant de gaz acide hydro-chlorique à travers I huile de térébenthine. Pour cela , on a fait prendre à un chien robuste une demi-once de cette substance dis- soute dans une once et demie d'buile d'olives : elle n'a produit sur l'animal aucun des effets du camphre. Le chien était abattu, et il n'est mort que le septième jour. Ouverture du cadavre. On a remarqué près du pylore plusieurs ulcères de figure ovalaire , mais dont l'aspect différait entièrement de celui qu'offrait, dans l'expérience ivc, la lésion produite par le camphre na- turel. gj5. On peut conclure de tout ce qui précède, i°. Que lorsqu'on introduit dans l'estomac d'un chien^ 3 ou 4 gros de camphre divisé par une huile, le camphre ne tarde pas à être absorbé, porté dans le torrent de la cir- culation , et qu'il agit en excitant énergiquemenl le cerveau *l tout le système nerveux * et en produisant la mort., ça* 876 DES POISONS NARCOTICO-ACRES, très-peu de temps, au milieu des convulsions les plus horribles. 20. Que lorsqu'il est directement mêlé au sang, au moyen de son injection dans les veines, il produit les mêmes phénomènes, mais d'une manière beaucoup plus rapide. 3°. Qu'il détermine les mêmes accidens , mais d'une manière beaucoup plus lente , lorsqu'il est appliqué sur la tissu cellulaire delà partie interne de la cuisse (1). 4°. Que, dans presque tous les cas, les animaux suc- combent à l'asphyxie qui est la suite de la cessation de la respiration, ou du moins de la gêne ayee laquelle cette fonction s'exerce pendant les violentes secousses convul- sives. 5°. Que l'analogie qui existe entre l'action du camphre et celle des diverses espèces de strychnos décrites par MM. Magendie, Deliïle et Desportes, n'est pas assez grande pour que nous considérions leurs effets comme identiques, les strychnos affectant spécialement la moelle épinière, tandis que le camphre agit sur tout le système- nerveux, et principalement sur le cerveau. 6t;. Que le campbre en fiagmens n'est point digéré, et qu'il exerce une action locale capable de produire l'ulcé- ration de la membrane muqueuse de l'estomac, et par conséquent la mort. (1) En pratiquant des frictions à la partie interne de la cuisse avec de l'huile camphrée* on observe, chez l'homme , une ac- tion directe sur l^s reins et sur la vessie. 11 y a quelques années, plusieurs praticiens de Brest employèrent ce moyen avec succès pour modérer l'irritation produite sur le dernier de ces organes par des vésicatoires. M. Chresiien rapporte aussi une observa- tion de ce genre. II est à présumer que le campbre est absorbé dans ces circonstances. nr camphie. 3 7 ni 7°. Que si le camphre en fragmens produit des effets nerveux, cela tient à une division plus grande de quel* ques-unes de ses parties. 8°. Enfin que le camphre artificiel à la dose d'une demi- once , lors même qu'il a été divisé par une huile, ne donne» lieu à aucune lésion du système nerveux, et borne son ac- tion à produire quelques petits ulcères dans la membrane muqueuse de l'estomac. 97C). Pour terminer l'histoire des propriétés délétères dit camphre, nous allons rapporter quelques observations qui tendent à prouver que cette substance agit sur l'homme comme sur les chiens, OBSERVATIONS. i°. M......, d'une complexion plutôt maigre que grasse, ayant la peau blanche et colorée en rouge sur les joues, d'une constitution rarement altérée parles maladies, mais sujet à de légères affections nerveuses, avait depuis quel- ques jours une constriction du sphincter de l'anus qui lui causait par intervalles de vives douleurs. Pendant cet espace de temps, il eut recours à des lavemens mucilagineux, mais sans en éprouver aucun soulagement. On lui prescrivit d'a- jouter au lavement un demi-gros de camphre : il n'en prît que 18 grains: la douleur fut entièrement suspendue pen- dant environ une heure. Le lendemain on lui administra un demi-gros de camphre en lavement ; quelques minutes après, il sentit un goût de camphre à la gorge;au bout d'un quart d'heure, n'ayant pas rendu le lavement, il éprouva un sentiment d'inquiétude et de malaise général. Comme cet état pénible allait en augmentant, il sauta en bas de son lit, çt il fut surpris de se trouver plus léger que de coutume; il lui semblait qu'il tenait à peine à la terre et qu'il l'effleu- rait pour ainsi dire en marchant. Il descendit pour chercher du secours ; sa marche était incertaine et chancelante ; il se !"'^'"ï DES POISONS J'A'COTICO-ACBEJ. promenai: en gesticulant et en demandant avec instance un verre de viu. Sa face était pâle, ses yeux hagards, s< s trait-. altérés; il éprouvait un froid léc^r dans toute l'étendue de la peau, avec un sentiment d'engourdissement au cuir che- velu , mais surtout à la nuque ; la peau était fraîche et humide dans quelques parties, le pouls faible et serré ; il lui semblait qu'il avait une disposition à la défaillance; ?on esprit était particulièrement affecte; c'était un état de vive inquiétude, et cependant il ne se croyait pas en danger. Il était 8°. du muriate <îe potasse; 90. du phosphate calcaire; io°. un peu de fer et de silice. (Analyse chimique de la Coque du Levant, Paris, 1812, ) 978. Les effets délétères produits par cette semence sur les poissons, les oiseaux de Paradis, les chèvres et les 38o n e s rotsofis m^cotico- »cnr..*. vaches sauvages, les crocodiles , etc., ont engagé quelque» médecins à faire des expériences sur les animaux vivans, dans le dessein de reconnaître son mode d'action. M. Goupil, médecin à Nemours, a communiqué à la So-» ciété de Médecine quelques faits intéressans sur ce sujet. Yoici les conclusions qu'il a cru pouvoir tirer de son travail : , i°. La coque du Levant est non-seulement un poison pour les poissons , mais aussi pour différens quadrupèdes carnivores , et très-probablement pour l'homme. 2°. Ce poison peut être rangé dans la classe des poisons végétaux irritans. 3°, L'enveloppe ligneuse de la coque du Levant n'a qu'une propriété émétique, même chez les poissons, et à telle dose qu'elle soit administrée. 4°. C'est dans l'espèce d'amande renfermée dans cette enveloppe que réside la partie vénéneuse. 5°. La partie vénéneuse de cette substance n'est pas sen- siblement altérée par les su,cs digestifs et l'action vitale des organes de la digestion. 6°. Elle passe, au contraire, dans le système absorbant avec toutes ses propriétés; la chair des poissons qui en ont mangé irrite l'estomac et les entrailles des animaux auxquels on la donne, à-peu-près comme la coque du Levant elle- même. 7°. Tous les poissons qui en ont mangé ne meurent pas dans un temps égal. Gardons , meuniers , brèmes, perches, tanches , barbeaux , tel est à-peu-près l'ordre dan5 lequel ces poissons paraissent résister : le gardon est tué le plus facilement ; le barbeau est le dernier à mourir. De tous les poissons , le barbeau est celui dont la chair produit le plus souvent des accidens chez les animaux qui la mangent, probablement par la raison que ce poisson mettant un temps plus long à mourir, le poison est plus. » E LA COQUE V V L E V A M ï. Cio I long-temps soumis à l'aciion des sucs digestifs, et il s'en trouve une grande quantité d'absorbée. (Bulletin delà So- ciété de l'Ecole de Médecine , novembre 1807.) M. Boullay, dans sa dissertation sur la coque du Levant, dit qu'un grain depicrotoxine, mêlé a v.n gramme de mie de pain, a suffi pour faire mourir une forte grenouille à laquelle on l'a fait avaler; tandis que l'huile concrète, la substance végélo-animale , la partie colorante et l'eau dis- tillée sur cciie semence n'ont produit aucun mauvais effet sur les mêmes animaux auxquels il en fit prendre des quan- tités beaucoup plus considérables. M. Boullay a conclu de ces expériences quelapicrotoxine est la seule matière L laquelle la coque du Levant doit sa propriété délétère. En comparant les effets de la picrotoxine à ceux de la coque du Levant, nous avons cherché à déterminer le mode d'action de ess deux substances. Expérience ire. Lorsqu'on fait avaler à des chiens ro- bustes 3 ou 4 gros de coque du Levant pulvérisée autant que possible, et qu'on lie l'œsophage immédiatement après l'ingestion de la substance vénéneuse, on remarque que ces animaux ne tardent pas à faire des efforts répétés pour vomir. Au bout de vingt, vingt-cinq, trente minutes, leur marche et leur attitude sont cbancelanles; leurs yeux deviennent saillans et hagards; leurs muscles sont agités d'un tremble- ment d'abord léger , mais qui augmente par degrés; bientôt après , leurs traits son.! altérés par des mouvemens convulsifs des diverses parties musculaires de la face; des contorsions et des grimaces horribles annoncent une attaque nerveuse générale; tout-à-coup ils fout quelques pas en arrière, roi- dissent les pattes antérieures, s'arrêirnt, et ce n'est qu'ayee peine qu'ils évitent de tomber en se reposant sur les extré- mités postérieures. Leur tête ne tarde pas à éprouver une violente secousse, comparable à celle qui résulterait d'un* 682 UËS FOISO>S N ARC0X1C0-* C RES. forie décharge électrique sur les gi jt.oc.i' ;3 ; quelquefois ces ccnr.notions sont assez vives peur que cette p:.:ûe soit renversée sur le tronc, et pour produire une culbute en arrière , dans laquelle la tète frappe d'abord le sol avec ^éhémence, et le corps roule en ions sens. Ces effets cessent pendant une ou deux minutes; les animaux se lèvent, es- saient défaire quelques pas eu avant ; mais ils sont bientôt attaaués de nouveau ; l'in'.ensilé et la fréquence de ces accès augmentant de plus en plus, on ne tarde pas à apercevoir les convulsions les plus effrayantes : couchés ordinairement sur le côlé, ils agitent leurs pattes avec une force et une rapidité extrêmes ; la tête et la queue sont plus ou moins renversées sur la partie postérieure de la colonne verté- brale ; les organes des sens n'exercent plus leurs fonctions i et on peut déplacer ces animaux , les heurter, crier autour d'eux sans qu'ils donnent le moindre signe de connais- sance ; leur bouche devient écumeuse, la langue et les gen- cives sont plus ou moins livides, la conjonctive injectée , leur respiration accélérée et laborieuse; quelquefois , dans cette contraction générale, ils ont une émission involontaire d'urine et d'excrémens. Cet état dure deux ou trois minute^ ; les animaux paraissent calmes pendant quelques instans , et ne tardent pas à retomber dans un nouvel accès ; enfin ils finissent par succomber après une ou deux attaques. Ordi- nairement la mort a lieu une demi-heure ou une heure après l'ingestion du poison. A l'ouverture de leur corps , on ne remarquejœucune lésion dans l'étendue du canal digestif; le venlricule*gaucbe du cœur renferme un sang d'un rouge brun, et les pou- mons sont peu crépitans , d'un tissu plus serré qu'à l'or- dinaire , et d'une couleur foncée par plaques. Expérience 11e. Si au lieu de lier l'œsophage après avoir introduit la coque du Levant dans leur estomac , on leur laisse la faculté de vomir ? ils la rejettent presque en entier , »E LA COQUE Dtt LEVANT. ^ïi et échappent quelquefois a la mort, quoiqu'ils aient éprouvé assez souvent deux ou trois attaques semblables à celle dont nous venons de parler. Expérience me. On a appliqué sur le tissu cellulaire dt la parlie interne de la cuisse d'un petit chien un gros 46 grains de coque du Levant finement pulvérisée et mêlée avec une once d'eau. Au bout de dix minutes , l'animal a eu une attaque convulsive analogue à celle dont nous avons parlé (expérience iie), et il est mort quarante minute* après l'application de la substance vénéneuse. On l'a ouvert sur-le-champ. Le cœur ne se contractait plus ; il conte- nait du sang fluide et notaire ; les poumons paraissaient ridés et gorgés ; les autres organes n'offraient aucune alté- ration. Expérience ive. Lorsqu'on se borne à écraser gros iè- rement le fruit du menispermum cocculus, et qu'on en introduit 4 ou 5 gros dans l'estomac des chiens de petite taille , on n'observe aucun des symptômes nerveux que nous avons fait connaître, lors même que l'on a pratiaué la ligature de l'œsophage pour s'opposer au vomissement: dans ce dernier cas seulement, les animaux ne succombent qu'après avoir été plongés dans un grand état d'abatte- ment pendant quatre, cinq, six ou huit jours. À l'ou- verture du cadavre, on retrouve dans l'estomac tous les fragmens de la coque, et les tissus n'offrent aucune àhé- ration. Expérience ve. On a fait manger à un petit carlin très- robuste 12 grains de picrotoxine non purifiée. Au bout d'une demi-heure, l'animal, qui n'avait encore rien éprouvé, a vomi une petite quantité de matière jaune liquide, et il a été en proie à une attaque des plus violentes. Les muscles de la face ont d'abord élé agités de légers mouvemens -convulsifs qui bientôl sont devenus très-intenses, en sorte que l'animal faisait d^s grimaces horribles; sa marche était 58.* DES TOISONS N A RC O T 1 C 0 - \ C R ES. chancelante et toujours en arrière; les paltes antérieures, fortement appuyées sur le sol, l'empêchaient de tomber lorsqu'il venait à s'arrêter. Cet état a duré trois minutes ; «lors il est tombé sur le côté ; les convulsions sont devenu*-s générales et cruelles; la tête et la queue, fortement rcnvcr- fiées sur la partie postérieure de la colonne vertébrale, formaient un arc avec le tronc ; les paltes antérieures exer- çaient des mouvemens fréquens et analogues à ceux qu'exé- cutent ordinairement les chiens qui nagent. Les yeux, rouges et saillans, étaient momentanément fermés par l'agitation des paupières ; l'animal ne donnait t-:ucun signe de sensibilité à l'approche des corps propres à l'exciter ; la langue , d'une couleur livide, plongeait dans une grande quantité d'écume blanche, très-épaisse. L'attaque a duré douze minutes , et s'est terminée par un trismus qui avait été précédé du craquement des mâchoires. Pendant les huit minutes qui ont suivi eet accès , l'animal n'a offert d'autres phénomènes qu'un état d'insensibilité générale et une gène extrême de la respiration. Il a succombé cinquante-trois minutes après l'ingestion de la substance vénéneuse. L'ou- verture du cadavre n'a offert aucune lésion du canal di- gestif. Expérience vie. On a fait manger à un autre chien très- fort 4 grains et demi de picrotoxine parfaitement pure. Au bout d'un quart d'heure , l'animal a vomi une petite quan- tité de matière jaunâtre et liquide; les vomissemens se sont renouvelés cinq fois dans l'espace d'une heure , sans qu'il soit survenu aucun accident nerveux. Le lendemain , l'ani- mal était bien portant. Expérience vne. On a injecté dans la veine jugulaire d'un petit chien assez robuste un grain et demi de picro- toxine pure, dissoute dans une demi-once d'eau. Au bout d'une minute, l'animal a éprouvé de légers mouvemens convulsifs dans la face ; les yeux étaient hagards , et il est DES CHAMPIGNONS VÉNÉNEUX. 3l85 aussitôt tombé sur le côté : alors l'attaque est devenue gé- nérale , excessivement forte, et en tout semblable à celle que nous avons décrite dans l'expérience ve; elle n'a cessé qu'au bout de huit minutes, après quoi l'animal est resté tranquille, et il a expiré vingt minutes après l'ingestion. A l'ouverture du cadavre, on a vu que le sang du ventri- cule gauche était d'un rouge brun ; les poumons ridés, peu crépitans, et d'une couleur foncée par plaques. Les mêmes phénomènes ont eu lieu en injectant dans la veine jugulaire un gros d'eau-mère de picrotoxine. 979. Il résulte de ces expériences, 1 °. Que la coque du Levant pulvérisée est un poison énergique pour les chiens; 20, Qu'elle agit, comme le camphre , sur le système ner- veux, et principalement sur le cerveau; 3°. Qu'on ne doit pas la considérer comme un poison acre , irritant, ainsi que l'avait cru M. Goupil; 4°. Que la partie active de ce poison est la picro- toxine ; 5?. Que lorsqu'on l'introduit peu divisée, elle borne ses effets à produire des nausées et quelques vomisse- mens ; 6°. Enfin que le vomissement paraît être le meilleur moyen de s'opposer aux accidens qu'elle développe lors- qu'elle est encore dans l'estomac. DES CHAMPIGNONS VÉNÉNEUX. De VAgaric. Caractères du genre. Chapeau ordinairement pédoncule, doublé en dessous ; feuillets qui ne sont presque jamais anastomosés les uns avec les autres, et entre lesquels se trou- vent les gongyles. 11. a5 386 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. Agarics à volva incomplète. De la Fausse- Oronge (agaricus muscarius L.-, agaricus pseudo aurantiacus de Bulliard'). Son chapeau atteint quatorze à dix-huit centimètres de diamètre ; il est d'abord convexe, et ensuite presque hori- zontal , d'une belle couleur écarlate, plus foncée au centre, un peu rayé vers le bord, et taché de peaux blanches qui sont des débris de la volva ; cette volva ne le recouvre pas entièrement à sa naissance, et forme quelques écailles le long du pédicule ; celui-ci est épais à sa base, puis cylin- drique , plein, blanc , long de huit à douze centimètres ; les lames sont blanches , inégales , recouvertes, dans leur jeu- nesse , d'une membrane qui se rabat sur le pédicule et forme son collier. Action de la Fausse-Oronge sur Véconomie animale. Expérience. On fit prendre à un chien de moyenne taille trois de ces champignons mêlés avec de la pâtée. Trois heures après , l'animal, qui n'avait point été incommodé, éprouva des tremblemens et de la faiblesse dans les extré- mités. Cet état dura environ quatre heures , pendant les- quelles il se plaignait parfois ; enfin il tomba dans la stu- peur; sa respiration était lente et profonde , et il poussait de temps en temps des cris plaintifs ; tantôt il se roulait par terre ; tantôt il tournait comme autour de lui et avec des frissonnemens subits qui ressemblaient à des secousses électriques. Cet état dura huit à neuf heures sans que l'ani- mal eût la moindre évacuation. On lui fit avaler du vinaigre, qui, loin de diminuer les symptômes, les aggrava. Onze ou douze heures après l'apparition des premiers accidens, on DES CHAMPIGNONS VÉNÉNEUX. 38^ lui donna 3 grains de tartrate de potasse antimonié dans deux cuillerées d'eau, ce qui ne !e fit point évacuer. Au bout de deux heures, on lui administra un peu d'huile d'olives, et il vomit, cinq heures après, une partie des champignons; il vomit de nouveau des morceaux de cham- pignons mêlés de mucus blanchâtre, et il fut complètement guéri en peu de jours, au moyen d'une certaiue quantité de lait. OBSERVATIONS. i°.M. Paulet, qui fit cette expérience, rapporte plusieurs cas d'empoisonnement par la fausse-oronge. Les malades éprouvèrent des nausées , des vomissemens, des défail- lances , des anxiétés, un état de stupeur et d'anéantisse- ment , et un sentiment d'astriction à la gorge. Ils n'eurent ni coliques ni douleurs vives. On leur administra plu- sieurs grains d'émétique et de l'eau chaude ; ils évacuèrent par haut et par bas, rendirent les champignons avec des matières sanguinolentes , et furent lentement rétablis par les adoucissans : quelques-uns éprouvèrent des douleurs - abdominales , et furenf traités par les fomentations émol- lientes et par les opiacés. 2°. Plusieurs soldats français mangèrent, à deux lieues de Polosck en Russie, des champignons que l'on croit être des fausses-oronges; quatre d'entre eux, fortement constii tués, se crurent à l'abri des accidens, parce que la plupart de leurs camarades étaient déjà en proie à des accidens plus ou moins graves; ils refusèrent constamment de prendre l'émétique. Le soir, les symptômes suivans se manifes- tèrent : anxiété, suffocation, soif ardente, tranchées exces- sivement intenses, pouls petit et irrégulier, sueurs froides générales, altération de la physienomîe, teinte violacée du bout et des ailes du nez ainsi que des lèvres, tremble- ment général, météorisme de l'abdomen, déjeclions de 388 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. matières fécales très-fétides. Ces accidens augmentèrent d'intensité ; on les porta à l'hôpital. Le froid et la couleur livide des extrémités, un délire mortel el les douleurs les plus vives les accompagnèrent jusqu'au dernier moment : l'un succomba quelques heures après son entrée à l'hô- pital; les trois autres eurent le même sort et périrent dans la nuit. Ouverture du cadavre. Le premier présenta les phéno- mènes suivans : évacuation de matières écumeuses noirâtres, verdàtres ; abdomen méléorisé ; l'estomac et les intestins étaient distendus par des gaz très-fetides ; leur surface in- terne offrait des marques d'inllammation et des points gangreneux ; dans plusieurs endroits , la membrane mu- queuse de l'intestin grêle était détruite ; l'estomac conte- nait un peu de liquide noirâtre. Le deuxième était a-peu- près dans le même état, à celte différence près, que l'in- térieur de l'estomac offrait une sorte de congestion inflam- matoire près l'orifice pylorique; le foie était prodigieuse- ment gonflé , la vésicule du fiel remplie d'une bile épaisse et foncée en couleur. Le troisième^et le quatrième présen- taient les mêmes altérations que le premier, mais bien plus marquées; on apercevait de larges taches gangreneuses tant dans l'estomac que dans les intestins, où la putréfaction paraissait déjà fort avancée. » (Disseï talion inaugurale de M. Vadrot. Paris, 1814, p- 26.) 3°. Losel rapporte que six hommes moururent après avoirmangé de cet agaric. (Flora pruss., pag. 88, ann. 1703.) 4°. Les habitans du Kamtschaika préparent, avec Y aga- ricus muscarius et Yepilobium angustifolium , une boisson très-enivrante qui excite qu lquefois des délires mortels , accompagnés de désespoir. Les domestiques qui boivent l'urine des individus enivrés se ressentent aussi des effets de ce champignon funeste. (Kraschemijnckow, Histoire naturelle du Kamtschatka , p. 200. ) DES CHAMPIGNONS VÉNÉNEUX. 389 Agaric à volva complète. De VAgaric bulbeux (Agaricus bulbosus de Bulliard). Il s'élève jusqu'à quinze ou dix-huit centimètres; dans sa jeunesse, il esl entièrement recouvert par une volva qui se fend, persiste à la base du pédicule, et laisse souvent des plaques adhérentes au chapeau ; le pédicule est cylin- drique , renflé à sa base, souvent courbé dans sa vieillesse ; le chapeau est plus ou moins convexe, mais ne devient jamais concave ; les lames sont nombreuses, inégales, blanches , et n'atteignent qu'à deux millimètres du pédi- cule ; elles sont recouvertes, dans leur jeunesse, d'une membrane qui se détache du bord du chapeau et reste adhérente au haut du pédicule, sous forme de collier entier et rabattu. La plante entière est d'un blanc jaunâtre sale , et devient brune en vieillissant; son chapeau est quelque- fois visqueux. Dà l'Agaric printanier { Agaricus bulbosus vernus de Bulliard). Nota. Ce champignon et le précédent répondent à quelques variétés de Voronge-ciguë décrite par Paulet. Caractères. Dans sa jeunesse, il est entièrement recou- vert par sa volva, qui se fend à son sommet et laisse sortir le champignon ; le pédicule est cylindrique, épais et garni de sa voha a sa base, plein, long de cinq à sept centimètres. Le chapeau est d'abord convexe, puis concave, à cause que les bords se relèvent en vieillissant. Les lames sont iné- gales et recouvertes, dans leur jeunesse, d'une membrane qui s'éiend du pédicule au bord du chapeau ; cette men> 390 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. brane se détache et reste au haut du pédicule sous forme de collet entier. Cette plante est blanche, quelquefois un peu jaunâtre au sommet. Action de V Oronge-ciguë sur Véconomie animale. Expérience ire- On fit avaler à un fort cliien de la pâtée contenant 3 gros d'oronge-ciguë verte divisée. Au bout de cinq heures, l'animal mangea comme à l'ordinaire, et n'avait éprouvé aucune incommodité. Dix heures après l'ingestion , il fil des efforts pour vomir ; ses extrémités faiblirent ; il se coucha , s'assoupit, et mourut bientôt dans des mouvemens convulsifs. L'estomac et le canal intesti- nal étaient tapissés d'un mucus épais et jaunâtre; les rides de l'estomac et l'intérieur du duodénum offraient quelques taches livides ; la vésicule du fiel était verte. Expérience 11e. On administra à un chien deux des champignons de Yoronge-ciguë jaunâtie hachés et mêlés avec de la pâtée. Au bout de onze heures, l'animal, qui n'a< ait offert aucun phénomène remarquable, vomit. Quel- ques heures après, il rendit des excrémens blancs et trembla. Il ne i n la pas à se coucher et à éprouver des mouvemens convnl ifs : cet état dura plusieurs heures, et fut accom- pagné du hoquet : des douleurs poignantes , de temps à autre , fusaient frissonner l'animal ; enfin , tous les svm- ptômes de l'apoplexie se déclarèrent , et il continuait à avoir, p;;r intervalles , des mouvemens convulsifs. On lui fit prendre lu vinaigre à plusieurs reprises, ce qui le ré- veillait un peu; mais il retombait bientôt après. Il expira trente hem es après l'introduction du poison. Le canal dig'stif ne renfermait aucun atome de champignon; l'in- térieur de IV-to'.nac était tacheté de points rougeâtres • les membranes muqueuse et musculeuse des intestins éla'ent détruites ; il ne restait que la tunique séreuse, qui offrait DES CHAMPIGNONS VÉNÉNEUX. 3f)t dans toute son étendue, des taches d'un rouge livide, que l'on pouvait apercevoir à l'extérieur. Expérience 111e. Une demi-once de suc d'oronge-ciguë jaunâtre, éiendu d'un peu d'eau, fut donnée à un gros chien. Il fît presque aussitôt de violens efforts pour vomir, et il en rendit une partie. Il éprouva un véritable choiera et des convulsions avec un abattement de forces considé- rable , et il mourut vingt-quatre heures après l'ingestion de la substance vénéneuse. L'intérieur de l'estomac offrit aussi quelques points rouges. Expérience ive. On fit prendre à plusieurs chiens le li- quide provenant de la distillation du même suc. Ils n'é- prouvèrent aucun symptôme ; mais le résidu de la distilla- tion, administré, même à petite dose, fit périr tous les chiens qui en avalèrent : la mort n'eut lieu que vingt- quatre heures après l'ingestion , et elle fut précédée des symptômes ci-dessus décrits. Les animaux n'éprouvèrent aucun accident pendant les dix premières heures. La tu- nique interne de l'estomac élait parsemée de petits points rouges ; tout le canal digestif était tapissé d'une matière épaisse, visqueuse et jaunâtre. Expérience ve. L'extrait aqueux de cette plante produi- sit la mort en moins de vingt-quatre heures. Il en fut de même d'un morceau de ces champignons que l'on avait fait dessécher au four. L'eau dans laquelle avaient macéré , pendant plusieurs heures, quelques-uns de ces champi- gnons , administrée à un chien , lui occasionna un dévoie- inent sanguinolent et de vives douleurs. L'animal cepen- dant fut rétabli. D'autres animaux périrent après avoir avalé les portions de champignon ainsi traitées par l'eau. Expérience vic. L'ingestion dans l'estomac d'une once et demie d'alcool, que l'on avait fait digérer pendant plu- sieurs heures sur un de ces champignons bien desséché au four , cl dont le poids élait de t\o grains , occasionna la 3(32 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. mort. Le résidu ne jouissait plus de propriétés vénéneuses, puisqu'il fut administré à plusieurs animaux sans incon- vénient. ( Paulet , Traité des Champignons. ) OBSERVATIONS. i°. Guibert, sa femme, sa fille, deux garçons étran- gers et une domestique mangent à dîner de Y oronge-ciguë jaunâtre préparée avec une étuvée de carpe. A trois heures après minuit, madame Guibert, qui n'avait mangé que de ce plat,, est réveillée par un rêve effrayant et par des nausées ; elle vomit sans douleur une partie du dîner, et elle est plongée dans un assoupissement que les efforts de vomissement seuls font cesser. On lui donne l'émétique; elle évacue et se^trouve soulagée. Elle fut parfaitement rétablie environ trois semaines après. Un des garçons et la fille, qui ne furent pas émétisés , moururent après avoir éprouvé les mêmes accidens; l'autre garçon et la domestique, secourus à temps, furent réta- blis au bout de trois semaines. Guibert éprouva naturellement un véritable choiera morbus accompagné de crampes très-douloureuses, sur- tout aux pieds, avec rétraction des membres. Il fut sauvé. Aucun de ces individus n'éprouva de fièvre : tous, excepté Guibert, furent plongés dans un état de stupeur continuelle. 20. Des symptômes analogues se manifestèrent chez deux individus de Surène et deux autres de Melun , qui man- gèrent le même champignon. Trois d'entre eux, qui ne furent point secourus , périrent. La Gazette de Santé du 18 juillet 1777 fait mention d'un empoisonnement de cinq personnes par Voronge - ciruë jaunâtre. 3°. Benoît, sa femme et leur enfant mangent, à six heu- res du soir, de Voronge-ciguë blanche cueillie et apprêtée le même jour. Le lendemain , nausées, anxiétés, défaillant DES CHAMPIGNONS VÉNÉNEUX. 3g3 ces fréquentes; le père el l'enfant vomissent abondamment après avoir pris une forte dose d'émétique, du lait et de la thériaque. L'enfant meurt le deuxième jour ; le père expire quelques instans après. Peu de temps avant la mort, il était dans un état d'anxiété et de stupeur remarquables, le ventre tendu, les extrémités froides , le pouls petit et intermittent ; il avait des défaillances fréquentes, et il était de couleur livide. La mère , qui n'avait point pris d'émé- tique parce qu'elle était atteinte d'une hémorrhagie utérine, avait cependant déjà beaucoup vomi au deuxième jour ; elle était faible, pâle, et dans un grand état d'anxiété; son pouls , peu fébrile, était faible. On lui prescrivil une médecine ordinaire aromatisée avec l'eau de fleurs d'oran- ger. Trois heures après, elle avait évacué des champignons entiers et d'autres qui étaient comme dissous dans des mucosités jaunâtres ; elle allait mieux. On lui fit prendre un lait d'amandes douces avec quelques gouttes d'éther sulfurique, et de l'eau de fleurs d'oranger, ce qui la calma beaucoup. Le surlendemain, elle fut encore purgée , et avec succès ; l'hémorrhagie , qui s'était arrêtée , revint, et la malade éprouvait de temps en temps de l'oppression et des faiblesses. On lui administra des restaurans et d'aulres anti-spasmodiques ; mais elle ne se rétablit qu'avec peine, et, cinq ou six mois après, elle était encore très-pâle et avait des maux de lête et d'estomac. Elle succomba à une autre maladie qu'elle eut long-temps après. De V Oronge-souris (Agaricus conicus de Picco). 980. Ce champignon a été décrit ainsi par Micheli: Fungus è volva erumpens, pileolo leviter fastigiato, de- super murini coloris, inferne ex albo rufescenie , pedi- culo albo cylindrico. Champignon élancé, déforme conique, de couleur gris 3g4 DES POISONS NARCOTICO-ACRE S. de souris et comme satiné en-dessus , avec des feuillets blanchâtres et une tige blanche, un peu tortueuse, qui s'élève à la hauteur de quatre à cinq pouces , portant un chapiteau qui peut en avoir un et demi d'étendue, et dont la substance intérieure étant coupée, semble résul- ter de petits grains gris quî, à quelque distance, la font paraître de couleur cendrée. Ses feuillets , entre-mêlés de petites portions de feuillets , sont d'un blanc lavé d'une légère teinte jaune. La tige , d'un blanc sale , est pleine d'une substance très-blanche, et porte à sa base les dé- bris d'une enveloppe mince qui couvrait le champignon. Action de V Oronge-souris sur Véconomie animale. O BSERVATIONS. i°. Une femme de Stupinis , son mari, trois garçons et une fille mangent, le 6 octobre, à leur dîner, deux livres de ce champignon cuit avec du beurre. Vers deux heures après minuit, un des enfans, âgé de sept ans, se plaint de douleurs aiguës dans le bas-ventre : on lui administre de la thériaque. La mère, qui avait beaucoup mangé du ragoût, éprouve, un moment après , une forte cardialgie , de la suffocation , et fait de violens efforts pour vomir. Il en est de même de l'enfant aîné. Le père se trouve éga- lement attaqué avant le jour ; le second fils sur les neuf heures, et la fille, qui en avait mangé très-peu , ne com-> mence à se plaindre que vers le soir. Le 7 octobre, l'enfant, âgé de sept ans , était comme stupide , souffrait beaucoup du ventre , et ne pouvait prendre que de l'eau fraîche ; l'abdomen se méléorisé ■ l'enfant pousse par intervalles des cris plaintifs , aigus quoique plongé dans un état léthargique. Vers le midi il éprouve dès mouvemens convulsifs ; les extrémités se DES CHAMPIGNONS VÉNÉNEUX. 3q5 roidissent, le pouls devient très-petit, et il meurt attaqué d'un spasme cynique. Son corps fut couvert détaches vio- lettes. L'estomac et les intestins étaient distendus par un gaz fétide, corrodés dans leur surface interne ; on voyait près du pylore des taches livides ; le colon contenait des vers vivans, et un reste de champignons mêlé à un fluide jaunâtre ; le foie était très-volumineux , pâle et sans con- sistance. La mère, qui se plaignait d'anxiété suffocante, de cardialgie avec vomissement de matières verdàtres et san- guinolentes , devint jaune par tout le corps et ne pouvait pas respirer. Le bas-ventre était dans une constriction spasmodique , le nombril enfoncé ; la plus légère com- pression augmentait la rétraction des jambes. Elle ne prit que de la thériaque, et mourut dix-huit heures après l'in- vasion du mal, dans une léthargie profonde et des sueurs froides. Il sortit des narines un sang ichoreux et de l'é- cume par la bouche ; les viscères de l'abdomen offraient des altérations analogues à celles du sujet précédent. L'enfant de dix ans, qui n'avait mangé que beaucoup de raisin dans la journée, était stupide le soir ; il éprouva les accidens ci-dessus mentionnés , et mourut dans les convulsions. Le fuie était tiès-volumineux. A l'ouverture de l'estomac , il s'exhala une odeur tellement infecte, qu'on renonça à l'examen des autres viscères. La fille eut des défaillances , des vomissemens et des douleurs tensives à l'estomac ; elle refusa de prendre un vomitif; le pouls devint fréquent, petit et il régulier ; le hoquet se déclara par intervalles ; il y avait cardialgie forte et brûlante , anxiété , un sentiment d'étranglement et une soif extrême. On la saigna : le sang était noir et livide , et elle parut soulagée. Elle ne tarda pas cependant à éprou- ver de la suffocation et de la difficulté d'avaler; elle eut du délire et un épistaxis. On lui fit prendre de la manne, qui 396 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. procura d*s évacuations. Le troisième jour, elle expira dans un é.at léthargique et au milieu d'allreuses angois- ses , de frissons, de sueurs froides, de convulsions et du délire. On reconnut les mômes altérations de tissu que chez la mère et l'enfant de s< pi ans ; la vésicule du fiel élait complè:cnien! vide, et la partie du foie voisine de l'esto- mac molle et livide, tandis qu'elle était blanche supérieu- rement et antérieurement. L'aîné des enfans éprouva des coliques nerveuses avec rétraction des jambes , de la cardialgie, des vomissemens fréquens , des palpitations de cœur et un sentiment d'é- tranglement. L'émétique, administré à deux reprises, pro- cura des évacuations abondantes. On lui donna ensuite une décoction blanche , et d'heure en heure on lui fit prendre dix gouttes de liqueur minérale d'Hoffmann dans 2 onces d'eau thériacale, ce qui parut le soulager un peu: cependant les coliques revenaient de temps en temps ; il éprouvait de la céphalalgie, une sorte de pesanUur d'es- tomac, du délire et des anxiétés qui l'obligeaient de chan- ger souvent de place ; la fièvre se déclara ; les yeux étaient enflammés. On le saigna , et il fut soulagé. La saignée fut répétée le soir , et on administra un lavement : ces moyens firent cesser des tranchées dont il se plaignait, et la fièvre fut moins forte. Le lendemain , la langue élait chargée : on lui ordonna 3 onces de manne qui procurèrent des éva- cuations salutaires. Il était faible, avait une tension dou- loureuse à l'estomac, eut quelques crachats teints de sang, et des aigreurs que la magnésie dissipa. On diminua suc- cessivement la dose de liqueur d'Hoffmann , et l'enfant fut rétabli. Le père, âgé de soixante ans, évacué par l'émétique, eut une dysenterie copieuse qui ne cessa qu'au troisième jour. 11 resta près de cinq jours sans parler, les yeux fixes et larmoyans . le pouls petit, tardif et languîssant. Il DES CHAMPIGNONS VÉNÉNEUX. 3gj se rétablit peu à peu; il digérait facilement, et avait sou- vent des é\acuations sanguinolentes : il en était de même de son fils aîné. L'un el l'autre furent traités par le quin- quina et par le sirop balsamique. Un an après, ils se res- sentaient encore des maux qu'ils avaient soufferts. (Mé- moires de la Société royale de Médecine, ann. 1780 et 1781; observation de M.Picco, p. 355.) Agarics sans volva. A feuillels inégaux; pédicule central; suc laiteux, ordi- nairement blanc, quelquefois jaune ou rouge. De VAgaric meurtrier (Agaricus necator de Bulliard, vulgairement appelé Mo r ton). Il est d'un rouge tirant sur le jaune; sa ehair est ferme; dès qu'on l'entame, il en sort une liqueur laiteuse, acre et caustique ; le pédicule est cylindrique, plein , nu , épais, long de huit à dix centimètres au plus : son chapeau est d'abord concave, puis plane, puis concave dans le centre; souvent il grandit plus d'un côté que de l'autre ; quelque- fois il est marqué de zones concentriques ; il ne dépasse pas sept à huit centimètres de diamètre ; sa surface est cou- verte de peluehures plus foncées qui lui donnent un aspect velu et disparaissent avec l'âge; les feuillets sont inégaux; le petit nombre de ceux qui sont entiers forme un bour- relet à leur insertion au pédicule. 11 croît dans les bois à la fin de l'été. Bulliard dit qu'il ne faut qu'une très-petite quantité de ce champignon pour produire les plus funestes acci- dens. On croit que le suc donne des coliques terribles. 398 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. De VAgaric acre (Agaricus acris de Bulliard). Il est blanc, à l'exception des feuillets, qui, selon leur âge, sont quelquefois jaunâtres ou rougeâtres ; le pédi- cule est nu, plein, cylindrique, charnu, long de deux à trois centimètres, et presque aussi épais; le chapeau, d'abord convexe et irrégulicr , devient ensuite plane, puis concave, avec les bords sinueux et onduleux ; ce chapeau est charnu, large de huit à dix centimètres environ ; il n'offre aucune trace de zones concentriques; les feuillets sont nom- breux, inégaux, souvent bifurques, un peu décurrens" sur le pédoncule. De l'Agaric caustique (Agaricus pyrogalus de Bulliard). Son pédicule est cylindrique, nu, plein, d'une couleur jaune livide et terreuse, long de trois à quatre centimètres, épais de huit à dix millimètres ; son chapeau est d'abord convexe, puis presque plane, un peu déprimé au centre , de la même couleur que le pédoncule, souvent marqué de zones concentriques noirâtres ; il atteint seize centimètres de diamètre; ses feuillets sont nombreux, un peu rougeâtres, inégaux, adhérens un peu au pédicule. Toute la plante émel, lorsqu'on la blesse, une liqueur laiteuse, douce dans sa jeunesse, et qui devient ensuite acre et caustique. De l'Agaric styptique (Agaricus stypticus de Bulliard). Sa couleur générale est celle de la cannelle plus ou moins foncée; sa chair est mollasse et se déchire difficilement ; sa superficie est sèche; le pédicule est nu, plein, continu avec le chapeau, un peu comprimé, et va en s'épanouissant à son sommet; il est long de dix à quinze millimètres ; le DES CHAMPIGNONS VÉNÉNEUX. 3gg chapeau hémisphérique , avec les deux extrémités un peu prolongées et arrondies, et les bords roulés en dessous ; son giand diamètre est de trois centimètres au plus; les feuil- lets sont étroits, tous entiers , susceptibles d'être détachés de la ehair, et remarquables par la manière dont ils se terminent tous à une ligne circulaire qu'aucun d'eux ne dé- passe. Paulet dit que cet agaric , donné aux animaux, les in- commode beaucoup et les purge, mais ne les tue pas. Les Agarics poivré et laiteux ( agaricus piperalus et agaricus lactifluus) sont également vénéneux. Histoire de quelques autres Champignons vénéneux. De V Oronge croix de Malte. « Petit champignon bulbeux, à bourse, à tige droite et colletée , qui s'élève à la hauteur de trois ou quatre pouces de couleur de chair pâle, à-peu-près comme celle de veau, et dont le chapiteau est découpé en cinq à six portions égales, représentant en quelque sorte une croix de Malte. Sa sub- stance ressemble plutôt à celle d'une véritable chair ani- male qu'à la pulpe d'un champignon , n'étant recouverte d'aucune peau, comme sont presque toutes les autres. Cette substance est fraîche, un peu humide, de la même couleur en dehors qu'en dedans , a un parfum de champignon ou de mousseron extrêmement exailé. Le centre du chapiteau est marqué par un bouton arrondi, un peu relevé et régu- lièrement circonscrit ; ses lobes ont environ deux lignes d'épaisseur; ses feuillets, presque tous de longueur égale, et de la même couleur que celle du dessus du chapiteau , s'insèrent circulaîrement et en rayonnant à une espèce de bourrelet sans toucher à la tige. Cette tige, d'abord pleine d'une substance moelleuse, finit par se vider en grande 4oO DES TOISONS NARCOTICO-ACRES. partie et devient fistuleuse. Le collet et la bourse sont d'un beau blanc ». (Paulet , tom. u, p. 3i6.) M. Paulet mangea environ la moitié d'un de ces cham- pignons ; il ne tarda pas à éprouver une grande faiblesse et à perdre connaissance. Demi-heure après, on lui ad- ministra beaucoup de vinaigre et il reprit l'usage de ses sens : il avala de l'émétique sur-le-champ et il vomit le champignon; cependant il eut pendant plusieurs jours du dévoiement, des faiblesses d'estomac et des coliques assez vives. De VOEU de corneille (Fungus mioimus lotus niger umbilicatus de Vaillant). a Chair blanche, un peu teinte de la couleur du dehors; ses feuillets sont d'un noir de jayet dont ils ont le luisant, pressés et tendres , d'environ deux lignes de hauteur, ayant dans leurs intervalles de petites portions de feuillets placés du côté des bords du chapiteau, et se réunissant autour de la tige sans y adhérer. Cette tige est droite, cylindrique, fistuleure par l'épuisement de sa moelle, et d'environ trois lignes de diamètre. Se trouve dans le IXivernois ». (Pau- let, tome n, page 196.) OBSERVATIONS. « Un jeune vigneron n'ayant que son pain avec un peu de beurre pour son goûter, s'avisa de faire cuire ce cham- pignon avec ce beurre, et le mangea. Quelques heures après il se plaignit d'un gonflement d'estomac et d'une douleur d'entrailles des plus vives. On lui donna une ample bois- son d'eau tiède avec des lavemens émolliens qui ne le sou- lagèrent pas. Au milieu de la nuit il fut trouvé la.bouche fermée, les yeux étincelans, un regard affreux, et dans un »ES CHAMPIGNONS VÉNÉNEUX. 401 état de spasme et d'immobilité s^mb'ab'e à une catalepsie. On le saigna du pied et on lui fil prendre 6 gouttes de iilium de Paracelse, ce qui le fit revenir un peu; mais il fut très- mal toute la nuit. Le lendemain il fut abondamment évacué par bas à l'aide d'une forte dose de tartre stibié uni au tar- ira te de potasse (sel végétal); mais à trois heures après midi il cracha le sang à pleine bouche, et vomit un ins- tant après un morceau de champignon noir et tel qu'il avait été pris. A cinq heures il en rendit un autre. Les ac- cidens se calmèrent; cependant le malade éprouva une lièvre qui parai sait être putride et qui dura quatorze jours ». (Lettre de M. Vai'nier à M. Paulet. Ouvrage cité, p. 197 , lom. 11.) De la Tête de Méduse (Amanita fasciculosa pileis rufo fuseil de Dillen). II croît en touffe au pied des chênes, quelquefois au nombre d'une trentaine réunis par leur base, d'abord de couleur d'un jaune sale, ensuite d'un roux plus clair. Il s'élève à la hauteur de quatre à six pouces, et porte des cha- pitaux qui n'ont pas plus d'un pouce et demi d'élenduc. Ces têtes ou chapitaux , d'abord empreints comme de croûtes brunes, surtout au centre, ont leurs feuillets cou- verts en naissant d'un voile blanc, épais, ferme, qui leur donne une forme globuleuse, et qui se déchire ensuite pour se convertir en collet : ces têtes fin:ssent par prendre la forme d'un chapeau. Les feuillets, d'abord aussi blancs que le voile, sont entremêlés de petites portions de feuillets et adhèrent fortement sur la tige, où ils se terminent par des nervures fines en se confondant avec sa substance, et finis- sent par prendre une légère teinte rousse, ainsi que le voile. Lestig^s, un peu renflées du bas, sont cylindriques et de quatre à cinq lignes de diamètre, teintes de la couleur dit n, . 2(1 N 4oï ©ES TOISONS N AR C OT1CO-ACRES. dessus du chapiteauet pleines d'une substance filandreuse », (Paulet, p. 3o4,tomen.) A six heures du soir, on a fait prendre à un chien du moyenne taille une certaine quantité de ce champignon : l'animal s'est plaint toute la nuit, et il est mort douze heures après l'ingestion de la substance vénéneuse. L'œso- phage était tapissé d'un mucus blanc et glaireux, l'estomac ridé, phlogosé; il en était de même du canal intestinal, dont les membranes, épaissies d'une demi-bgne environ, étaient pleines d'une liqueur brune de même couleur que celle des ehampi gnons. Du Blanc d'ivoire. « Petit champignon d'un blanc luisant et comme d'i- voire , à surface sèche, très-agréable à la vue, qu'on trouve en automne, surtout dans le parc de Saint-Maur. Ses feuil- lets, de longueur inégale et bien rayonnes, finissent pour la plupart comme par des nervures implantées sur la tige. Cette tige, qui est pleine, et qui peut avoir deux pouces de hauteur sur trois lignes de diamètre, n'est ni droite ni cy- lindrique; elle est un peu aplatie et sillonnée du haut. Le chapiteau se creuse au milieu , et ses bords sont languetés agréablement ». (Paulet, p. i53,t. n.) Un de ces champignons, administré à un chien, a dé- terminé au bout de trois heures des évacuations abondantes par haut et par bas ; l'animal a refusé les alimens et a paru souffrir considérablement. Du Laiteux pointu rougissant { Fungus parvus piperatu» lacteum succum fundens de Micheli). Chapiteau dont le centre est élevé en pointe aiguë. Cette pointe s'efface enfin pour faire place à une cavité «u qui arrive, en général, à tous les champignons acres et DES CHAMPIGNONS VÉNÉNEUX. 4o3 laiteux. Celui-ci est blanc ; mais sa chair, qui est d'abord blanche, rougit par le contact de l'air, ainsi que le suc qu'il répand quand on le coupe , et qui, de blanc qu'il est, de- vient bientôt d'un beau rouge carmin : ce suc est acre et brûlant. Ses feuillets, qui sont blancs et taillés en biseau , sont de longueur inégale. Sa lige, qui est une continuité delà substance du chapiteau, est cylindrique et pleine d'une substance moelleuse. M. Pico ayant donné de ce champignon haché avec de la viande à un chien, l'animal périt de gangrène au bout de douze heures. De VOEU de l'olivier (Fungus perniciosus intense aureus dé Micheli). Il croît en touffe au pied de l'olivier. La couleur du dessus de son chapiteau est d'un jaune foncé et devient oli- vâtre; ses feuillets sont d'un jaune sale ou foncé. Toute la plante prend à-peu-près la forme d'un fouet, et a comme des lobes en forme d'oreille. La couleur de sa substance par- ticipe de la couleur jaune qui domine ; sa chair n'est pas ferme et cassante, mais un peu molle; sa surface est sèche, douce au toucher et comme veloutée; ses feuillets sont hauts, un peu écartés les uns des autres et de longueur iné- gale. Elle n'a point d'odeur ni de saveur désagréables. Un dessinateur et sa mère ayant mangé à Florence de ce champignon fricassé, éprouvèrent deux heures après de vives coliques et furent très-mal. On les traita avec succès par de l'huile et de la thériaque. h'oreille du chêne vert paraît aussi devoir être considérée comme suspecte. 4o4 DEI POISONS NARCOTICO-ACRES. De l'Entonnoir creux et vénéneux (Fungus infundibulum referens albus du Buxbaum). Les animaux qui mangent ce champignon sont incom- modés d'une manière sensible; ils ne tardent pas à le re- jeter par le vomissement, et sont très-abattus. Du Grand-Moutardier. On a fait prendre à un chîen un de ces champignons : deux heures après, l'animal l'a rejeté par le vomissement. Une autre espèce de ce genre, que l'on désigne sous le nom de térébenthine, a produit les mêmes phénomènes sur un autre chien. 981. Nous allons maintenant rapporter des observations d'empoisonnement occasionné par l'ingestion d'un mé- lange de deux ou trois espèces de champignons vénéneux. OBSERVATIONS! i°. « Un cultivateur va le dimanche se promener dans Un bois voisin de sa demeure, accompagné de sa femme, enceinte de près de trois mois et de ses trois enfans âgés, l'un de cinq ans et demi, l'autre de quatre, le troisième de deux ans ; ils aperçoivent des champignons de différentes espèces; ils les cueillent sans choix , et de retour au logis, on les apprête et on les mange. Dès la nuit suivante, la femme ressent des malaises et une douleur gravative à la région épigastrique; tous, pendant la journée du lundi, éprou-r vèrent un sentiment de suffocation et de cardialgie, et des nausées fréquentes qui, chez le père , furent ce même jour 6uivies de vomissement. Le mardi, symptômes plus graves, nouveaux accidens, nausées continuelles, vomissementd« BTES Cî-I A ^ï P IG2SOÏY 5 V É T* fi ?ï E U X. 4^5 matières bilieuses, respiration plus gênée, douleurs dans toute la capacité abdominale, mais plus sensibles à l'épi— gastre ; tértesme, difficulté d'uriner. Deux des enfans pé- rissent ce même soir, et le troisième le lendemain. Du mer- credi au vendredi soir, le mal ne cesse de s'aggraver chez le père et la mère : douleurs insupportables à l'estomac, vers les hypochondres, les lombes et la région de la vessie; mé- téorisme du bas-ventre, difficulté plus grandcd'uriner, té- nesme plus douloureux, déjections glaireuses, sanguino- lentes , par haut et par bas ; céphalalgie , langue sèche, soiC inextinguible, angoisses, mouvemens convulsifs des extré- mités ; chez le père, hémorrhagie nasale. Le vendredi soir, gonflement œdémateux des articula- tions des pieds et des mains chez la femme seulement ; chez îe mari, frissons précurseurs de la gangrène des intestins. Le samedi, épiphénomènes suivans : chez le mari, gerçures, aphtes, phlogose à la langue et dans l'arrière-bouche , ho- quet , syncopes, dépression et intermittence du pouls, dé- lire, suppression de l'excrétion alvine et de l'urine, froid glacial des extrémités, sueur froide universelle, mort. Le samedi, chez la femme, déjà aussi mouvemens convulsifs des extrémités. Des boissons adoucissantes et antispasmo- diques abondantes et une potion huileuse et calmante lui font rendre , dès la journée même, plusieurs morceaux in- formes de champignons. Le soir, le vomissement est moins fréquent, l'urine commence à couler, une selle gluante et fétide a lieu , les mouvemens convulsifs des extrémités. cessent dans îe cours de la nuit. Le dimanche au matin, les. coliques sont moins fortes, le météorisme est diminué. Quatre jours après, les accidens ont presque cessé ; il reste une grande débilité, de l'enflure aux extrémités inférieures. seulement, tremblement de toutes les extrémités , douleur fixe au-dessus de l'orbite droite. La convalescence a été longue; cependant, trois mois après, la femme av»ait repria. l'-O'o DES POISONS NARCOTICO-ACRES. de l'embonpoint, et sentait très-distinctement les mouve- mens de son enfant » (i). 2°. La femme d'un médecin goûta par distraction un morceau de champignon sec ; elle le mâcha, le rejeta aus- sitôt et rinça sa bouche. Une demi-heure après, elle éprouva des malaises, des frissons, des nausées, des envies de vomir, des efforts inutiles de vomissement, et une sensation très- douloureuse à l'estomac. Quelque temps après, vomisse- mens continuels, pâleur, sueurs froides, yeux presque mou- rans, pouls extrêmement abattu et petit. (Journalgénéral de Médecine, tom. xxvi, page 265.) 3°. M. Dufour, médecin à Montargis, cueillit dans 1* forêt voisine des champigons frais et sains , connus sous les noms vulgaires de cèpe, de columelle et d'oronge; ils furent dépouillés de leur peau et de leur pied, coupés par tranches et cuits dans leur jus avec du beurre et des fines- herbes, sous un four de campagne : on les servit au repas. La domestique, âgée de vingt ans , qui en avait mangé le plus, ne larda pas à se plaindre d'étourdissemens, de ver- liges et d'un léger soulèvement d'estomac ; sa face était rouge et enflammée , l'oeil saillant et vif, le pouls large, ondulant et plein. La fille aînée de M. Dufour, âgée de douze ans, éprouva les mêmes accidens sans nausées. Un petit enfant de dix-huit mois, qui n'avait mangé que du pain trempé de jus, dormit tranquillement pendant seize heures contre son ordinaire, et ne présenta pas d'autre phé- nomène remarquable. L'autre enfant, âgé de onze ans , se plaignit plus tard d'étourdissement et d'ivresse : les parens ne ressentaient aucune incommodité, quoiqu'ils eussent mangé du même mets. M. Dufour, administra et fit prendre à tous les malades de l'émétique en lavage, et il chercha à exciter sympathiquement les évacuations en faisant vomir (i) Journal général de Médecine, tom. xxv, pag. a^\. DES CHAM riG !ÏO NS VÉNÉNEUX. 4°7 tous les individus dans un vaste seau de faïence. On fit usage ensuite d'une potion anti-spasmodique fortement éthérée, et la guérison fut complète le soir. Il paraît que ces acci- dens étaient dus à deux fausses oronges que l'on avait con- fondues avec la vraie, et que l'on avait fait entrer dans la composition du mets (i). 4°. Le même médecin fut prié de visiter un enfant de neuf à dix ans, malade depuis quatre jours, que l'on avait rapporté mourant de la forêt de Montargis , et que l'on croyait empoisonné par des champignons. Voici quel était son état : pâleur de la mort, sueur gluante et froide comme la glace ; œil entrouvert, ne laissant voir que la cornée opaque ; la pupille immobile et insensible à l'éclat de la lumière ; roideur de tout le corps., ou plutôt tétanos uni- versel droit ; les muscles abdominaux dans toute leur toni- cité spasmodique ;le ventre aplati et dur comme une planche j trismus ou spasme invincible des mâchoires ; le pouls était perdu , les mouvemens du cœur à peine perceptibles : on aurait cru l'enfant mort si les extrémités et le thorax n'eussent été agités de quelques mouvemens convulsifs. M. Dufour cassa deux dents incisives d'un coup de ciseau , et admi- nistra , au moyen d'une petite cuiller d'étain pliée en gout- tière, un mélange fait avec parties égales d'éther sulfurique et de sirop de fleurs d'oranger j le corps fut enveloppé de feuilles de tanaisie, de morelle, de douce-amère et de jus- quiame ; on fit des frictions sur le ventre avec un mélange d'huile de camomille, de camphre, d'alcool et d'ammo- niaque. Ou chercha tous les moyens possibles de réchauffer le malade. La déglutition, d'abord difficile, ne tarda pas à avoir lieu librement; l'enfant ouvrit les yeux, puisla bouche» et fut rétabli dans le cours de quelques heures, et après avoir avalé une once d ether et autant de sirop. On ne tarda paa (i). Gazette de Sanle du %\ août 18,12* 4ûS DESffOISONS JAIICOTICO-ACHE3. à se convaincre qu'il y avait parmi les champignons du boii Yamanita viridis de Persoon , Vhypophyllum virosum de Paulet, Voronge-ciguë, et plusieurs autres espèces véné- ncus' s (i). 5°. Lemonnier fit l'ouverture du corps d'une jeune per- sonne empoisonnée par des champignons. Il trouva la por^ lion de l'estomac coutiguë au pvlore enflammée, le duodé-^ n m gorré de iang, sa membrane interne était légèrement t.ichée, et pi ésentait çà et là de petites excoriations ; sa partie inférieure ciaii rénécie. (Alibert, ouvrage cité, tom. i , page 462, 3e' édit. ) 98'». Après avoir ainsi exposé les faits qui concernent l'empoisonnimen; par les différentes espèces de champi- gnons, nous pouvons donner une description générale des symptômes auxquels ils donnent le pins souvent lieu. On a fait à ce sniet un excellent 1; pport à la Société de Méde-» cine de Bordeaux. « Les dm leni « d'estomac, dit la commission de la corn-» pagnie. les tranchées , les nausées , les évacuations par haut et par bas sont les premiers symptôm< s dont les malades sont ai teints. Bientôt la chaleur des entrailles , les langueurs, les douleurs d<-vier;m nt presque continues et atroces; les crampes, les convulsions , tantôt générales tantôt partielles % une soif inextinguible .«<'ensuivent ; le pouls est petit, dur, serré» très-fréquent Lorsque les accidens,après avoir duré un certain temps, ne diminuent pas par l'effet des secours ad- ministrés, les ver'iges, un délire sourd, l'assoupissement s'emparent :!e qu^quossujets, et ne sont interrompus que par les douleurs er les convulsions. Chez d'autres, il n'y a point d'assoupi.sèment; les douleurs et les convulsions épuisent les forces; les défaillances et les sueurs froides ont lieu ; la mort vient terminer cette série de souffrances % (t) Gazelle de Santé, ier pov. 181a. UES CHAMnONONS VÉNÉNEUX. 4o» •près avoir été prévue et annoncée par le malade lui-même, qui n'a pas perdu un seul instant l'usage des sens. » Les champignons vénéneux ne manifestent leur per- nicieuse action qu'un certain temps après qu'ils ont été mangés; ce n'est, le plus souvent, que cinq ou sept heures -après. Il s'en écoule quelquefois douze ou seize, plus ra- rement vingt-quatre, sans qu'on éprouve aucun sym- ptôme. Les altérations graves de presque tous les viscères prouvent que ce venin, ayant acquis toute son énergie par le moyen de la digestion, se répand dans toute l'éco- nomie animale, y excite l'irritation la plus violente, et une inflammation qui dégénère promptement en gan- grène; ce qui a lieu surtout avec plus d'intensité dans les voies digestives qui ont reçu immédiatement le poison et qui en conservent les restes dissous pendant plus long- temps (i)». 983. En rassemblant les phénomènes cadavériques des divers cas d'empoisonnement par les champignons , on peut les réduire aux suivans : « Taches violettes très-éten- dues et nombreuses sur les tégumens, ventre très-volu- mineux, conjonctive comme injectée, pupille contractée, estomac et intestins phlogosés et parsemés de taches gan- greneuses, sphacèledans quelques portions de ce viscère, contractions très-fortes de l'estomac et des intestins, au point que, dans ceux-ci, les membranes épaissies avaient entièrement oblitéré le canal ; œsophage phlogosé et gan- grené dans l'un des sujets; dans un autre, iléuminvaginé de haut en bas, dans l'étendue de trois pouces : un seul individu avait les intestins gorgés de matières fécales. On n'a trouvé dans aucun des vestiges de champignons : ils avaient été complètement digérés ou évacués. Les poumons étaient enflammés et gorgés d'un sang noir ; le même en-* (t) Rapport du 26 juin 1800. 4 f O DES POISONS N A P. COTICO-ACRES. gorgemeut avait lieu dans presque toutes les veines des viscères abdominaux, dans le foie, dans la rate, dans le mésentère ; taches d'inflammation et taches gangreneuses sur les membranes du cerveau, dans ses ventricules, sur la plèvre, les poumons, le diaphragme, le mésentère, la vessie, la matrice, et même sur le fœtus d'une femme en- ceinte : le sang était très-fluide chez cette femme; il était presque coagulé dans d'autres individus ; la flexibilité ex- trême des membres n'a pas été constante (i) ». 984. Les faits qui précèdent nous permettent de conclure que les champignons agissent de différente manière, suivant l'espèce à laquelle ils appartiennent. Zeviani dit, dans une dissertation sur les champignons vénéneux : Il solo veleno deifunghi contiene in se la ma- lizia di tutti, e vari moltiplici effetti produce secondo che è in maggior copia ingollato , ed in maggior copia dentra le vene s'intrude. 1 Indices qui doiventfaire suspecter les Champignons. 985. Tous ceux qui croissent dans des lieux humides et marécageux, à l'ombre, c'est-à-dire dans les forêts épais- ses , où l'influence des rayons solaires n'a presque point d'accès , doivent être rejetés comme de très-mauvaise qua- lité : la substance de ces champignons estplus molle, moins serrée, plus poreuse, et contient beaucoup d'humidité. Ils ont généralement un aspect hideux, et présentent une sur- face humide plus ou moins sale. Paulet observe que l'exis- tence d'une couche glaireuse qui recouvre la surface de certaines espèces n'est point un indice de qualité suspecte -r mais alors on ne doit les regarder comme bons que quand ils réunissent à cet état toutes les qualités de ceux qui sont (1) Rapport cité, pag. ioi n e l'a l c o o l. 4 il comestibles; car tous les champignons à surface humide, qui sont lourds ou qui changent de couleur lorsqu'on le* coupe, ou dont l'odeur vireuse est forte, ou qui ont une couleur éclatante, ou bien plusieurs très-dislinctes, surtout s'ils sortent d'une enveloppe et s'ils se trouvent à l'ombre, doivent être rejetés comme de mauvaise qualité. Il en est de même de ceux que les insectes ont mordus et qu'ils ont en- suite abandonnés. On doit aussi regarder comme pernicieux les champignons à tiges bulbeuses et molles, ou qui ont des fragmens de peau collés à leur surface. Il faut aussi rejeter tous ceux qui croissent rapidement et qui se cor- rompent très-vite. On a cru pendant long-temps que les champignons desséchés perdaient leurs qualités délétères : ce fait, qui peut être vrai pour quelques-unes des espèces énumérées, ne l'est pas pour toutes, car l'agaric poivré con- serve son âcreté : d'ailleurs, nous avons vu que l'épouse d'un médecin fut empoisonnée pour avoir mangé un mor- ceau de champignon sec. Action de VAlcool sur Véconomie animale. Expérience irê. On introduisit dans l'estomac d'un chat 2 drachmes d'alcool. Immédiatement après, l'animal s'agita avec violence, puisse coucha sur le côté dans un état de grande insensibilité et d'immobilité ; la respiration devint laborieuse et stertoreuse , et les battemens du cœur furent accélérés. Cet état dura huit minutes : alors la respiration s'exécuta^lus facilement; l'animal se releva et put mar- cher. Expérience 11e. On injecta une once et demie du même liquide dans l'estomac d'un très-gros lapin. Les mêmes symptômes se déclarèrent et ne se dissipèrent qu'au bout de quarante minutes. Expérience 111e. La même expérience fut répétée sur ua «»'* I1î;S VOi-SC NS N 'i ; C. O TICO - A CR E S. lapin beaucoup plus jeune avec 7 drachmes du même li- quide. Au bout de deux minutes, l'animal étail évidemment sous l'influence du poison, et trois minutes après il se coucha sur le côté dans un état de gFande insensibilité et d'immobilité; les pupilles étaient très-dilatées; de temps à autre les membre > étaient agités de légers mouvemens con- vulsifs ; la respiration s'exerçait d'une manière pénible, et cessa entièrement une heurs quinze minutes après ringes-< tion de l'alcool. Au bout de deux minutes, l'animal pa- raissait mort. On ouvrit le thorax, et 031 vit que le cœur Se contractait avec assez de force et de fréquence, et qu'il contenait du sang d'une couleur foncée. On introduisit un tube dans la trachée-artère , et on insuffla de l'air : par ce. moyen on pouvait conserver aux battemens du cœur leur type naturel, comme chez un animal auquel on a en^ levé la tête., Expérience iv8. On injecta dans l'estomac d'un lapin aonces du même liquide. L'injection était à peine terminée,. que l'animal devint insensible. On remarqua en outre les. symptômes dont nous avons parlé dans l'expérience précé- dente, et la mort eut lieu vingt-sept minutes après l'intro- duction de la substance vénéneuse ; en examinant le thorax, on vit que le cœur se contractait. (Brodie , Philos. Trans.y ann. r8ri, pag. 178, ire. part.) Expérience ve. A huit heures.et demie du matin, nous avons introduit dans l'estomac d'un petit chien robuste 6 gros d'alcool à 4o° '• l'œsophage a été lié. Immédiatement après, l'animal a paru agité ; il a parcouru le laboratoire en. différens.sens, et n'a pas cessé de marcher librement pen- dant dix minutes; il avait un air égaré. A huit heures trois, quarts, il a commencé à éprouver des vertiges. A neuf heures dix minutes , il svest couché sur le côté et ne pou- vait plus se tenir debout. Jusqu'à ce moment, il avait marché en différens sens et était tombé nlusieurs fois , mais,. DE LALCOOI. ^l3 "était relevé aussitôt; ses extrémités n'avaient point été paralysées. A neuf heures vingt-cinq minutes, il a poussé des cris plaintifs et a fait des efforts infructueux pour lever la tête ; les membres étaient flasques , la pupille resserrée • il voyait et entendait bien ; ses muscles n'étaient agités par aucun mouvement convulsif. Dix minutes après, les plaintes étaient aiguës. A neuf heures quarante minutes, il a cherché à se mettre sur les paltes ; mais il est retombé aussitôt en frappant le sol avec sa tête; quelques instans après, il a fait de nouveaux efforts , s'est relevé, a marché pendant quelques secondes, et est retombé en poussant des cris ai- gus. A onze heures, il était couché sur le côlé et continuait à souffrir ; point de mouvement convulsif. Il est mort à onze heures et demie. On l'a ouvert à deux heures. Le sang contenu dans le cœur était noir et coagulé; les poumons n'offraienî aucune altération ; la membrane muqueuse de l'estomac était d'une couleur rouge-cerise dans toute son étendue, et offrait un très-grand nombre de bandes longitudinales d'un rouge noirâtre, formées par du sang exuavasé entre les deux- tuniques. Expérience vie. Lorsqu'on injecte dans le tissu cellulaire de la cuisse d'un chien de moyenne taille 8 à 10 gros d'al- cool à 4o°, on remarque que l'animal est agité; pendant trente ou quarante minutes, il marche en tous sens avec un air égaré, et n'éprouve point de Vertiges; alors les extrémités postérieures deviennent faibles ; sa démarche commence à être chancelante; il vomit, à deux ou trois reprises différentes, des matières bilieuses jaunâtres. Quinze ou vingt minutes après, les vertiges sont plus intenses ; l'ani- mal marche comme un furieux, tombe , se relève et con-> tinue à parcourir le laboratoire. Bientôt après il éprouve beaucoup de difficulté à se mettre sur les r aies; il les agite comme s'il nageait. Ces efforts ne tardent pas à être vains : alors il se couche sur le côté, dans un état de grande insen- fll4 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. eibilité ; les membres sont flasques et n'offrent aucun mou- vement convulsif; l'animal ne se plaint pas, à moins qu'on ne le secoue; les inspirations sont profondes, la pupille est comme dans l'état naturel. Ces symptômes persistent pen- dant deux ou trois heures , et l'animal succombe. En l'ou- vrant immédiatement après, on ne découvre point de lésion dans la blessure ; l'alcool se trouve complètement absorbé ; le cœur et les veines du membre opéré renferment du sang Hoir coagulé ; on n'observe plus la moindre contraction dans ces organes ; les poumons et le canal digestif n'offrent au- cune altération. Si la quantité d'alcool appliquée sur le tissu cellulaire est moindre, les animaux éprouvent les symptômes d'excitation dont nous avons parlé ; ils sont en proie à de légers vertiges, et ils ne tardent pas à se rétablir. Expérience vne. Nous avons prouvé, à l'article Can- tharides (tome Ier), que l'alcool détermine une mort subite lorsqu'il est injecté dans la veine jugulaire, et quil agit principalement en coagulant le sang. 986. Rapprochons de ces faits les phénomènes que pro- duisent les liqueurs alcooliques chez l'homme lorsqu'elles sont prises à assez grande dose pour déterminer l'ivresse. M. Garnier, notre élève, qui a soutenu une excellente dis- sertation inaugurale sur cet objet, distingue dans l'ivresse trois degrés différens. Le premier degré s'annonce par la rougeur du visage ; les yeux s'animent, le front se déride, la figure s'épanouit et respiré une aimable gaîté; l'esprit est plus libre , plus vif; les idées sont plus faciles ; les soucis disparaissent ; les bons mots, les doux épanchemens del'amitié , de tendres aveux les remplacent; on parle beaucoup ; on est indiscret; les propos sont un peu diffus, et déjà l'on commence à bégayer. Le second degré de l'ivresse est caractérisé par une joie BE L'ALCOOL. 4x^ bruyante, turbulente, par des éclats de rire immodérés, des discours insensés , des chants obcènes , des actions bru- tales , en rapport avec l'idiosyncrasie des individus ; par une démarche vacillante, incertaine, analogue à celle des en- fans; par des pleurs stériles, le trouble des sens, la vue double, des yeux hagards, sombres, et des tintemens d'o- reille ; la langue, embarrassée, articule avec peine les sons ; il y a quelquefois écume à la bouche ; le jugement devient faux , la raison disparaît; rien ne règle plus nos penchans et nos appétits grossiers ; quelquefois un délire furieux suc- cède ; le pouls est plus développé, le battement des artères carotides plus sensibles ; la face est rouge, vultueuse; les veines du cou sont gonflées, la respiration précipitée; l'haleine est vineuse; il y a des rapports aigres, des en- vies de vomir, des vertiges , des chutes imminentes , puis complètes ; la somnolence et l'état de vertige croissent ; la face devient pâle, cadavéreuse ; les traits sont affaissés ; des vomissemens abondans de matières aigres , quelque- fois l'excrétion involontaire de l'urine et des matières fécales se manifestent, ainsi qu'une céphalalgie violente j la perte totale des sens ; enfin un sommeil profond qui dure plusieurs heures, et pendant lequel la transpiration est très-abondante et amène la terminaison de cet état pé- nible. Les fonctions reviennent peu à peu à leur état pri- mitif; la tête est encore douloureuse et pesante ; la langue est chargée, la bouche pâteuse; il y a soif, et il reste du. dégoût pour les alimens et des lassitudes dans tout le corps. Le troisième degré de l'ivresse et un état vraiment apo- plectique : on observe l'abolition des sens, de l'entende- ment; la face est livide ou pâle, la respiration stertoreuse; l'individu ne peut plus se soutenir ; la bouche est écumeuse, le coma se déclare , et le sentiment est plus ou moins com- plètement perdu. Cet état peut durer pendant trois ou quatre 4t6 DBS POISONS NARCOTICO-ACRES. jours, et se terminer par la inert. Morgagni fait mention d'un homme dans l'âge mûr qui resta ivre avec aphonie pendant trois jours , el mourut le quatrième sans éprouver de convulsions (i). 987. Les fails qui précèdent nous permettent de con- clure , i°. Que l'aie0 .1 exerce sur les chiens , les chats et les lapins la même ai lion que sur l'homme; 2°. Qu'il agit avec nr.-ins d'énergie lorsqu'il est injecté dans le tissu cellulaire que dans le cas où il est introduit dans l'estomac; mais qu'il est encore beaucoup plus actif quand on l'injecte dons la veine jugulaire; 3°. Qu'il commence par déiiminer une vive excita- tion du cerveau, à laquelle succèdent le coma et l'insen- sibilité; 4°. Que ses premiers effets sont le résultat de l'action qu'il exerce sur les extrémités nerveuses, et qui se pro- page jusqu'au cerveau : il est cependant absorbé par la suite ; 5°. Qu'il n'y a point identité, comme on l'a prétendu ^ entre son action et celle de l'opium. En effet, A. l'o- pium agit après avoir été absorbé • aussi est-il beaucoup plus actif lorsqu'on l'injecte dans le tissu cellulaire de la cuisse que quand il est introduit dans l'estomac, parce que, dans lepremier cas, l'absorption est plus énergique; l'alcool, au contraire , agissant sur les extrémités nerveuses , doit dé- terminer des phénomènes plus rapides et plus intenses dans l'estomac que lorsqu'il est appliqué sur la cuisse. B. L'al- cool occasionne constamment sur l'homme et 'sur les chiens une excitation dont la durée varie, et qui est suivie d'un état comateux et d'une grande insensibilité; l'opium, au contraire, commence par donner lieu à un assoupissement (1) Liber 1, épis t. anat. med. xix, ail. 55. BE L'ALCOOL. 4l7 toujours accompagné de la paralysie des extrémités posté- rieures , et qui est bientôt suivi des phénomènes convulsifs les plus horribles, en sorte que les animaux finissent par être dans un véritable état d'excitation. C. L'opium n'en- flamme pas les tissus de l'estomac ; l'alcool, au contraire, y produit une vive pldogose. On pourra se convaincre de la différence qui existe entre ces deux poisons en injectant, dans le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse de deux chiens à-peu-près de même force, 33 ou 36 grains d'extrait aqueux d'opium dis- sous dans 2 ou 3 gros d'eau, et 10 ou 12 gros d'alcool à 4o° : ces doses détermineront la mort à-peu-près au bout de quatre ou cinq heures. 988. M. Brodie pense aussi que l'alcool n'est pas ab- sorbé, et qu'il agit sympathiquement sur le cerveau par le moyen des nerfs de l'estomac. Voici les faits sur les- quels il appuie cette assertion : 1 °. Les animaux qui succom- bent après avoir pris de l'alcool offrent une inflammation marquée de l'estomac ; cependant le cerveau ne s'est ja- mais trouvé enflammé. 20. Les effets développés par cette liqueur sont si instantanés , qu'il parait impossible que l'absorption ait eu le temps de s'effectuer. 3°. Une personne ivre se rétablit souvent par le vomissement. 4°- Lorsqu'on introduit dans l'estomac de l'alcool uni à la teinture de rhu- barbe , et que l'on examine l'urine après la mort, on n'y découvre pas la teinture ; tandis que lorsque celle-ci est absorbée et transportée dans le torrent de la circulation, on peut la retrouver dans l'urine en y ajoutant un peu de po- tasse, comme l'ont prouvé MM. Home et Brande. M. Brodie compare l'action qu'exerce l'alcool sur le cer- veau à celle qui est le résultat de la commotion ou de la pression de cet organe. En effet, ces moyeus mécaniques déterminent la perte du mouvement, l'insensibilité et la dilatation des pupilles ; la respiration devient pénible ut 11. 27 4 ï8 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. stertoreuse, cesse, et lindividu meurt. (Mémoire cité, page 182.) De l'Ether sulfurique. Expérience ire. A huit heures du matin , on a introduit dans l'estomac d'un petit chien robuste une demi-once d'é- ther sulfurique, et on a lié l'œso pliage. Deux minutes après, l'animal a fait des efforts pour vomir, qu'il a renouvelés quelques inslans après. Au bout de cinq minutes , il a éprouvé des vertiges qui n'ont pas tardé à devenir très-in- tenses. A huit heures dix minutes, il ne pouvait plus se tenir debout ; tous ses muscles semblaient avoir perdu leur coutractilité ; il n'offrait aucun mouvement convulsif, et les organes des sens jouissaient de toutes leurs facultés; de temps à autre, il appuyait la tête sur Je sol et faisait des efforts infructueux pour se relever; la respiration était gênée et accélérée. A huit heures seize minutes, il a poussé des cris plaintifs , et a cherché de nouveau à vomir. Quel- ques instans après, il a cessé de se plaindre, et il est tombé dans un état de grande insensibilité; ses membres étaient très- flasques. A buit heures quarante-cinq minutes, il s'est plaint de nouveau et paraissait beaucoup moins assoupi ; il s'est contourné en différens sens pour se relever, et ce n'est qu'au bout de cinq minutes qu'il y est parvenu ; ses extré- mités postérieures n'étaient point paralysées , mais il était tourmenté de vertiges qui rendaient sa démarche chance- lante; la respiration continuait à être gênée et accélérée. A neuf heures, il est tombé de nouveau, et il a étéplongé dans un élat de grande insensibilité. Il est mort à onze heures. On l'a ouvert à midi et demi. L'estomac contenait une petite quantité d'un fluide v isqueux, brunâtre ; sa membrane muqueuse offrait, dans toute son étendue, une couleur rouge-noirâtre ; elle était fortement enflammée; les autres tuniques de ce viscère étaient d'un rouge vif; la m'em- TiV GAZ ACIDE CARBONlQTE. 4'9 brane interne du duodénum était un peu enflammée; le reste du canal digestif étail sain ; le cœur renfermait du sang noir en partie fluide, en partie coagulé ; les poumons étaient gorgés de sang fluide. Expérience nc. A huit heures du matin, on a injecté dans le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d'un petit chien faible 3 gios et demi d'élher sulfurique. A neuf heures, l'animal n'avait présenté aucun phénomène remarquable. A huit heures du >oir, il a poussé des cris plaintifs, qu'il a souvent renouvelés pendant la nuit; sa démarcbe était chancelante. Le lendemain , il était un p^u abattu. Cet état a continué jusqu'à la fin du qua- trième jour, où il a expiré. Du Gaz acide carbonique. 989. Le gaz acide carbonique est invisible, doué d'une saveur légèrement aigrelette et d'une odeur piquante; sa pesanteur spécifique est de 1,51.96.; il éteint les corps en combustion , rougit Vinfusum de tournesol, se dissout, dans l'eau , et précipite en blanc les eaux de chaux, de baryte et destiontiane. II se trouve dans l'atmospbère et dans cer- taines grottes des pays volcaniques; il se dégage des fours à chaux et des cuves en fermentation. Action du Gaz acide carbonique sur Véconomie animale. 990. Les expériences faites par M. Halle prouvent que les animaux sont asphyxiés par ce gaz en deux mi- nutes. « Dans le mois d'avril 1806, une famille de sept individus fut asphyxiée à Marseille , hors la barrière Saint-\ ictor, par- la vapeur d'un four à chaux qu'on faisait brûler clandesti- nement dans la cour de la maison, vapeur qui s'était intro- 4^0 SES POISONS NARCOTICO-ACR ES. duite par la porte et les fenêtres. De ces sept individus, cinq périrent et deux furent sauvés : tous cherchèrent à fuir la mort en désertant la maison ; et comme c'était pendant la nuit que l'accident était arrivé, on en trouva sur l'escalier et sur le seuil de la porte , une lampe à la main , dans l'alti- tude de fuir ; mais le gaz délétère leur en avait ôté la force et les moyens ». (Fodéré , Médecine légale, t. iv, p. 3^. ) Le même auteur dit avoir vu des eaux chargées de gaz acide carbonique déterminer des vertiges et l'obscurcissement de la vue. Les altérations cadavériques produites par ce gaz sont les mêmes que celles que développe le gaz oxide de carbone, excepté que le sang est moins noir. Feu M. Nysten a prouvé , i°. qu'il peut être injecté en assez grande quantité dans le système veineux sans arrêter la circulation ; qu'il n'agit pas primitivement sur le cerveau, et que lorsqu'on en injecte beaucoup plus que le sang ne peut en dissoudre, il détermine la distension de cet or- gane et la mort; 2°. que lorsqu'il est injecté avec précau- tion, il n'occasionne qu'une faiblesse musculaire qui cesse au bout de quelques jours; 3°. qu'il peut être injectéàplus forte dose sans déterminer aucune lésion pulmonaire ; 4°. qu'il brunit le sang artériel, mais moins que ne le fait le gaz oxide de carbone ; 5°. qu'il peut être injecté en pe- tite quantité dans l'artère carotide sans déterminer aucun symptôme notable ; qu'injecté en plus grande quantité, il détermine l'apoplexie, qui paraît entièrement due à la dis- tension outre mesure du système capillaire de la pulpe céré- brale ; 6°. qu'il ne doit pas être regardé comme délétère par lui-même. DU GAZ OXIOE IJE CARBONE. 4*ft Des Gaz qui se dégagent pendant la combustion du charbon. 991. On peut considérer ces gaz comme formés de gaa oxide de carbone, de gaz acide carbonique, et d'un peu de gaz hydrogène carboné. Caractères du gaz oxide de carbone. Il est invisible, transparent, élastique , insipide, sans action sur Vinfusum de tournesol, et plus léger que l'air ; sa pesanteur spécifique est de 0,96783. Lorsqu'on approche une bougie allumée de l'ouverture d'une cloche remplie de ce gaz et exposée à l'air atmosphérique, il en absorbe l'oxigène, brûle avec une flamme bleue, et se change en gaz acide carbonique : aussi l'eau de chaux, versée dans la cloche après la combus- tion, est-elle troublée, et il se précipite du carbonate de chaux. Mêlé à parties égales de chlore gazeux et exposé au soleil, il se transforme en un produit gazeux découvert par M. John Davy, dont la pesanteur spécifique est de d,3894, et qui rougit fortement Vinfusum de tournesol. Le gaz oxide de carbone n'est pas sensiblement soluble dans l'eau. Il est formé de 43 parties de carbone et de 5y parties d'oxigène. 992. Il résulte des expériences faites par M. Nysten sur les chiens, i°. que le gaz oxide de carbone produit par son action mécanique, lorsqu'on l'injecte dans 1»système vei- neux , beaucoup plus de trouble, toutes choses égales, dans la circulation et la respiration que l'acide carbonique ; que les douleurs qu'il occasionne semblent disproportionnées à celles que déterminerait un corps dont l'actionne dépen- drait que de son état gazeux, tel que l'air atmosphérique : ce qui porte à croire qu'il a une influence particulière sur le système nerveux; 20. qu'il agit spécialement, quand on* le respire , eu portant obstacle aux phénomènes chimi- 4a a DE S POISONS NARCOTICO-ACRES. ques de la respiration, et qu'il ne doit pr.s être regardé comme délétère par lui-même; 3°. qu'il brunit beaucoup lesangarléiie'; j". qu'après la cessation des accidriis qui résultent de son n< '.ion méraniijue, il laisse dans les fonc- tions de la vie animale un trouble qui parait dangereux, mais qui se d ssipe promptenn ni; 5°. qu'il peut être injecté à assez forie dose sans occasionner aucune lésion pulmo- naire. Les expériences de M. Nysten sur le gaz hydrogène car- boné prouvent, i°. que lorsqu'il est injecté dans les veines en quantité suffisante pour distendre le cœur, il produit la mort d'une manière purement mécanique ; 2°. qu'il ne détermine aucune lérion pulmonaire; 3°. qu'il brunit un peu le sang artériel ; 4°- q»ie lorsqu'il est respiré, il oc- casionne la mort en empêchant les phénomènes chimi- ques de la respiration, et par conséquent qu'il n'est point délétère par lui-même. 9Ç>3; Après avoir examiné isolément les gaz qui se dé- gagent pendant la combustion du charbon, nous pouvons faire connaître les principaux phénomènes observés chez les individus asphyxiés par la vapeur de ce corps. Les symptômes généraux de cet empoisonnement sont une grande pesanteur de tête, des tintemens d'oreilles intolé- rables , le trouble de la vue, une grande propension au sommeil, la diminution des forces et la chute ; quelquefois un plaisir inexprimable qui porte à rester exposé à l'intluenee de la vapeur meurtrière (i) ; d'autres fois de violentes dou- leurs de tête , une grande gêne dans la respiration , qui (i) M. Eavre dit, dans une brochure intitulée: Instructions jr/r les moyens à employer pour rappeler à la vie les per- sonnes asphyxiées, imprimé à Bruxelles en 1806: « M. Ter- rade a vu e.n homme qui avait été asphyxié par la vopeur du *harbon < u laquelanl des boule-il les dans sa cave, et qu'il a DE L'ASPHYXIE PAR LE CHARBON. 423 devient stertoreuse; de violentes palpitations de coeur, qui sont bientôt suivies de la suspension de la respiration de la circulation , des mouvemens volontaires et des fonctions des organes des sens, d'un coma profond, et de l'état de mort apparente , dans lequel les membres sont quelquefois flexi- bles, d'autres fois roides et contournés; la chaleur est la même qu'avant l'accident, et se conserve long-temps dans cet état ; la face est quelquefois rougeet livide, les vaisseaux sanguins sont très-gonflés ; d'autres fois elleest pâle et très- plombée ; quelquefois aussi les sphincters se trouvent relâ- chés , d'où résulte la sortie involontaire des excrémens et de l'urine. Le tempérament de l'individu asphyxié influe beaucoup sur le développement de tel ou de tel autre sym- ptôme. 994- Les cadavres des individus qui ont succombé à cet empoisonnement conservent long-temps la chaleur ; les lè- vres sont vermeilles et les membres très-flexibles ; les vais- seaux veineux, principalement ceux du poumon et du cerveau, sont gorgés de sang fluide noir et très-coulant; le système artériel est presque vide ; le visage est gonflé et plus rouge qu'à l'ordinaire ; le reste du corps est aussi un peu tuméfié, et présente souvent des taches violettes ; les yeux sont vifs et luisans ; les membranes sont rougeâtres, et of- frent quelquefois de petites ecchymoses; les poumons sont comme emphysémateux, les muscles ramollis, l'estomac et les intestins rougeâtres , la langue tuméfiée ; l'épiglotte est toujours relevée. * rappelé à là vie. Cet individu lui a assuré qu'il avait senti ses forces diminuer par gradation; que le plaisir qu'il a éprouvé l'avait en quelque façon forcé de rester exposé à l'action des gaz délétères résullans de la combustion du charbon, et qu'enfin il s'était endormi ». Page 11. ^24 IjËS POISONS NARCOTICO-ACRES. Du Seigle ergoté (Secale cornutum). 995. Les épis de certaines graminées offrent quelquefois une production végétale en forme d'éperou ou de corne qui porte le nom d'ergot, et que l'on voit le plus commu- nément sur le seigle. « L'ergot, dit M. Tessier, est un grain ordinairement courbe et allongé; il déborde de beaucoup la bâle qui lui tient lieu de calice. Ses deux extrémités, moins épaisses que la partie moyenne, sont tantôt obtuses, tantôt poin- tues. Rarement il est arrondi dans toute sa longueur; le plus souvent on y remarque trois angles mousses et des lignes longitudinales qui se portent d'un bout à l'autre. On aperçoit dans plusieurs grains d'ergot de polîtes cavités qu'on croirait formées par des piqûres d'insectes. La cou- leur de l'ergot n'est point noire, mais violette, avec diffé- rens degrés d'intensité. On remarque sur la plupart des grains dont il s'agit quelques traces blanchâtres à l'une des extrémités : c'est par où l'ergot était adhérent à la baie, L'écorce violette de ces grains recouvre une substance d'un blanc terne et d'une consistance ferme, dont elle ne se sé- pare pas même après une longue ébullilion. Les graius er- gotes se rompent facilement, et se cassent net en faisant un petit bruit comme une amande sèche. Dans l'état de grain, l'ergot n'a une odeur désagréable que quand il est frais et réuni en quantité ; mais s'il esf réduit en poudre, cette odeur est plus sensible et plus développée : il imprime alors sur la langue une saveur légèrement mordicante et tirant sur celle du blé corrompu. L'ergot ne saurait êtr» confondu ni avec le charbon ni avec la carie ». M. Tessier pense que celte maladie du seigle dépend de la maigreur, de l'humidité dn sol, et probablement de l'influence des pluies abondantes. (Mémoire sur les Observations f aile* BTT SEIGLE ERGOTE. faS* en Sologne par M. l'essier, en 1777.) Rêad croit que* l'ergot provient de ce que le grain de seigle a été piqué ± dès les premiers momens de son développement, par un papillon qui y a déposé une liqueur capable d'exciter une fermentation (1). Le pain contenant du seigle ergoté offre des taches ou des points de couleur violette; sa pâte a même quelquefois uau teinte de la même couleur. Action du Seigle ergoté sur l'économie animale. 996. On a remarqué que plusieurs individus qui avaient mangé une petite quantité de seigle ergoté éprouvaient des symptômes nerv eux, tandis que ceux qui en avaient fait usage pendant long-temps, ou qui en avaient mangé beau- coup à-la-fois, étaient en proie à une affection gangre- neuse. On a donné à ces deux maladies les noms d'er^o- lisme convulsif et d'ergotisme gangreneux. Ergotisme convulsif. Il est généralement reconnu que l'usage du seigle ergoté a donné lieu à des épidémies qui ont dévasté quelques cantons de la Silésie, de la Prusse, delà Bohême, de la Hesse, de la Lusace, de la Saxe et de la Suède. Plusieurs auteurs recommandables ayant donné la description des symptômes les plus généralement observés dans ces épidémies, nous allons extraire ce qu'il importe d'en connaître. J.-A. Srinc, qui a décrit les effets que pro- duisit ce poison, en 1736, dans le pays de Wartemberg en Bohême, dit : « La maladie commence par une sensa- tion incommode aux pieds, une sorte de titillation ou de fourmillement; bientôt il se déclare une vive cardialgie j les mains et la tête ne tardent pas à être affectées. Les doigts sont eu outre saisis d'une contraction tellement forte, que (i) Réad, Traité du Seigle ergoté, in-12, Strasbourg^ 177s. 4^6 DES P01S0KS NARCOTICO-ACRF. 5. l'homme le plus robuste peut à peine la maîtriser, et que les articulations paraissent comme luxées. Les malades poussent des cris_aigus, et sont dévorés par un feu qui leur brûle les pieds et les mains. Après les douleurs, la tête est lourde, le malade éprouve des vertiges, et les yeux se cou- vrent d'un nuage épais, au point que quelques individus deviennent aveugles ou voient les objets doubles; les fa- cultés intellectuelles sont perverties ; la manie, la mélan- colie ou le coma se déclarent, les vertiges augmentent et les malades paraissent ivres. Le mal est accompagné d'o- pisthotonos ; la bouche contient une écume presque san- guinolente, ou jaune, ou verdâlre ; la langue est souvent déchirée par la violence des convulsions ; elle se tuméfie quelquefois au point d'intercepter la voix et de donner lieu à une sécrétion abondante de salive. Presque tous ceux qUi ont éprouvé des accidens épileptiques succombent; ceux qui, après le fourmillement des membres, devien- nent froids et roides, ont beaucoup moins de distension dans les mains et les pieds. Ces symptômes sont suivis de faim canine, et il est rare que les malades aient de l'aver- sion pour les alimens. Sur cinq cents individus atteints de cette maladie, un seul eut des bubons au cou, lesquels rendirent un pus jaune, et il fut en proie à des douleurs atroces et brûlantes. Un autre eut les pieds couverts de ta- ches semblables aux piqûres de puces, qui ne se dissipè- rent qu'au bout de huit semaines. La face de plusieurs d'entr'eux fut couverte de cette éruption. Le pouls était comme dans l'état de «anté. La roideur des membres suc- céda aux spasmes. Cette maladie durait deux, quatre, huit, quelquefois même douze semaines, avec des inter- valles de repos. Sur cinq cents personnes, trois cents en- fans périrent, i> (Saty. medicor. Siles. specim. m.) Ergotisme gangreneux. Lorsque le seigle ergoté a été pris eu grande quantité, ou qu'on en a fait usage pendant DU SEIGLE ERGOTÉ. 4^7 long-temps, la maladie débute par une douleur très-vive avec chaleur intolérable aux orteils. La douleur monte, s'empare du pied, et gagne la jambe. Le pied devient bientôt froid, pâle, puis livide. Le froid s'empare de la jambe, qui est très-douloureuse, et le pied est devenu insensible. Les douleurs sont plus vives la nuit que le jour; il y a de là soif, mais l'appétit se soutient, et le malade fait réguliè- rement ses fonctions. Il ne peut se mouvoir ni se soutenir sur ses pieds. Bientôt il paraît des taches violettes , des am- poules ; la gangrène se montre avec toute son horreur, et monte jusqu'au genou. La jambe se détache de son arti- culation , et laisse voir une plaie vermeille qui se ferme avec facilité, à moins que le malade, mal nourri, habitant un lieu froid et humide, couché dans un lit infecté de matières gangreneuses, ne pompe de nouveau des miasmes putrides. {Eeitre de M. François au rédacteur de la Ga- zette de Santé, année 1816.) Salerne donna à un petit cochon mâle déjà coupé, de l'orge dans lequel il y avait un tiers d'ergot. Au bout de quinze jours , les jambes de l'animal devinrent rouges, ren- dirent une humeur verdàtre et fétide; le dessous du ventre et le dos étaient d'une couleur noire; les excrétions étaient comme dans l'état naturel. On continua cette nourriture pendant quinze autres jours : alors on lui donna du son pur bouilli et chaud. L'animal parut d'abord un peu mieux; mais il ne tarda pas à se plaindre; il se soutenait avec peine, et mourut en conservant son appétit. Le mésentère, le jé- junum et l'iléum étaient enflammés; le bord tranchant du foie présentait deux taches livides; il y avait sous la gorge et aux jambes quelques boutons noirs et entr'ouverts qui rendaient une humeur roussâtre; il n'y avait point de gan- grène aux pieds. D'autres expériences faîtes par le même auteur, par Réad et par Tessier, ont oifert des résultats analogues : les animaux sont morts avec des signes de gan- 4^8 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. grène dans la queue, les oreilles, les pieds, etc., et on a trouvé des taches gangreneuses au foie et aux intestins. L'homme a aussi été atteint de cette affection. Plusieurs Auteurs ont donné des détails sur des épidémies gangre- neuses qui reconnaissaient pour cause le seigle ergoté, et on a constamment observé les mêmes symptômes que ceux que nous avons dit avoir été remarqués chez les animaux. Ivraie (lolium temulentum). i°. Seeger fit prendre à un ehien 3 onces de bouillie faite avec la farine d'ivraie et de l'eau. Cinq heures après, l'animal eut des tremblemens très- violens qui durèrent trois heures ; il ne pouvait plus mar- cher ; ses yeux étaient fixes, sa respiration gênée. Neuf heures après l'ingestion du liquide, il était profondément assoupi et insensible : cependant le lendemain il fut ré- tabli. D'autres animaux soumis à la même expérience ont éprouvé des vomissemens violens , des convulsions ; la sueur et l'urine ont été augmentées. aQ. Deux paysans, leurs femmes et une autre vieille femme mangèrent ensemble cinq livres de pain d'avoine mêlée d'ivraie. Deux heures après, ils se plaignirent tous d'une pesanteur de tête accompagnée d'une douleur qui paraissait fixée principalement au front. Ils eurent des ver- tiges et un tintement d'oreilles tel qu'ils croyaient en- tendre un bruit continuel de tambour et de timbales ; la langue offrait un tremblement très-fort; ils ne pouvaient ni avaler ni prononcer un mot entier; la respiration était gênée, l'estomac douloureux. Ils rejetèrent un peu d'eau claire après avoir fait plusieurs fois des efforts inutiles pour vomir. Us nvavaient point d'appétit. Ils avaient fré- quemment de fortes envies d'uriner, sans cependant res- sentir de douleur marquée ou d'autre incommodité; tout leur corps était tremblant, couvert de sueur froide et acca- blé de lassitude. Ils tombèrent, quelques heures après > dans un état d'assoupissement. (Seeger, Dissert, latine UU MANCENILLIER. 4''9 eur l'Ivraie, Tubingœ, 1710). Suivant cet auteur, un des signes les plus certains de l'empoisonnement par l'ivraie est le tremblement général de tout le corps. Froment. Il arrive quelquefois que la partie farineuse du froment se convertit en une poussière noire qui donne au pain de mauvaises qualités. M. Fodéré dit avoir vu , en 1808, des coliques et des diarrhées qui dépendaient de cette cause. Les grains rouilles peuvent aussi donner lieu à des incommodités. Hippomane mancinella (Mancenillier). i°. Un soldat du Piémont, fait prisonnier au siège de Belgrade, fut con- duit esclave en Turquie. Il aperçut un jour par terre en se promenant du côté de la mer, plusieurs fruits qu'il prit pour des pommes d'apis ; il en mangea environ deux dou- zaines , retourna chez lui après en avoir rempli ses poches, et continua toujours à en manger. Une heure après, son ventre se tuméfia considérablement, et il ressentit une ar- deur extrême dans les intestins. Il ne pouvait plus sa tenir debout. Ces symptômes furent en augmentant. Les lèvres étaient ulcérées par le suc laiteux du fruit, et il avait des sueurs froides. On lui fit prendre abondamment une ^décoction aqueuse de feuilles d'un ricinus (avettana pur- gatrix) : il vomit et fut purgé pendant quatre heures. Cea symptômes fâcheux diminuèrent peu à peu. On lui admi- nistra du riz, et il fut calmé aU point que, vingt-quatre heures après, il ne souffrait plus, et le volume du ventre était singulièrement diminué (1). 20. Le même auteur ajoute que les sauvages empoison- nent leurs flèches avec le suc du mancenillier, qui rend leurs blessures mortelles; que la pluie qui lave les feuilles et les branches fait lever des ampoules comme l'huile bouil* (1) Philosophical Transactions singular observât., etc., hv Peyssonnel, ann. 1758, p. 772. 4^0 DES POISONS N ARCOT ICO-ACR K $. lante; que l'ombre de l'arbre fait gonfler ceux qui s'y re- posent (ce fait et contesté par Jacquin). Il dit qu'une femme enceinte fin as>t/. folle pour manger trois de ces fruits, qui lui firent très-peu de mal; cota fut regardé comme un miracle et une preuve des etiets surprenant de l'imagination sur es Ici urnes < ncelnles. 3°. Les missionnaires qui ont écrit sur l'histoire natu- relle de l'Amérique disent que la vapeur maligne qui s'exhale du iv.r.nrenillier lorsqu'on le co'jpe fait périr les ouvriers qui veulent le travailler. M. Castera fut témoin qu'un nègre eut les mains et le visage enflés et brûlés pour en avoir fendu unepelite branche. ^Fodéré , tom. iv, pag. 38.) Mercurialis perennis (mercuriale des montagnes). Cette plante est nuisible aux moutons et à l'homme. Eile a occa- sionné chez plusieurs personnes qui en avaient mangé des vomissemens violens, une diarrhée excessive, une chaleur brûlante à la tête, un sommeil profond, et des convul- sions qui, dans un cas, ont été suivies de près de la mort. (Vicat , ouvrage cité, p?ge 215. ) iîans Sloane dit qu'elle a une malignité narcotique et funeste. Boni are pense qu'elle produit des effets analogues à ceux du palma-cliristi^ Cluerophyllum s) Ivestre (cerfeuil sauvage). On dit que la racine de cette plante, cueillie en hiver, a occasionné le délire , un assoupissement très-profond, de l'engour- dissement, de l'étranglement, qui n'ont cependant pas été suivis de la mort. On assure aussi que les semences et la racine du chœropliyllum bulbosum ont excité des ver- tiges et des douleurs de tète. Plenck dit qu'il en a mangé souvent sans aucun inconvénient. (Ouvrage cité, p. 126. ) Le chœrophylium temulentum paraît aussi déterminer l'i- vresse. Sium latifolium. Beyersteh assure que la racine de cette plante, cueillie au mois d'août, a occasionné des délires n E S PLANTES O O O » A N T E S.. / V t furieux à des enfans et à des bestiaux. Quelques-uns d'entre eux sont même morts. Elle ne paraît pas nuisible lors- qu'on la mange avant le milieu de l'été. Les feuilles ne sont point malfaisantes, d'après Gmelin. Coriaria myriifelia. Sauvages rapporte qu'un enfant de dix ans et un laboureur de quarante ans périrent au mi- lieu des convulsions les plus horribles une demi-heure après avoir mangé des baies de cette plante. (Histoire de VAca- démie royale des Sciences, 1739, p. 473.) Des effets des Plantes odorantes sur l'économie animale. 997. Parmi les plantes dont nous avons parlé jusqu'ici, il en est un très - grand nombre dont les fleurs répan- dent une odeur qui paraît dépendre de la volatilisation d'une huile essentielle qui a occasionné souvent des acci- dens funestes. Nous ne croyons pas devoir regarder cette odeur comme un poison absolu, c'est-à-dire comme ca- pable d'empoisonner tous les individus placés dans toutes les circonsiances possibles , mais seulement comme un poison relatif, dont les effets dépendent de la plus ou moins grande eusceptibilité nerveuse et de l'idiosyncrasie. Combien de personnes ne voit-on pas qui couchent impu- nément dans des chambres étroites et fermées où il y a plu- sieurs pots remplis de fleurs odorantes, tandis que d'autres ne pourraient pas y rester quelques minutes sans éprouver des symptômes pius ou moins fâcheux ! Nous allons rap- porter succinctement les principaux accidens occasionnés par l'émanation de ces plantes odoriférantes. i°. Madame K*"*, âgée de quarante-six ans, d'une forte consliiution, ne peut se trouver dans aucun lieu où l'on prépare une décoction de graine de lin sans éprouver, quelques instans après , une tuméfaction considérable à la face, suivie de la perte des facultés intellectuelles et de 43s WF.S »OISOSS N ARCOTI CO-lCRE S. syncope. Nous avons été témoins de ce fait surprenant, et nous l'avons vu se renouveler chez cette dame par l'admi- nistration de lavemens préparés avec la même graine. La tuméfaction du visage ne se dissipe qu'au bout de vingt- quatre heures. 2°. Feu M. Vincent, célèbre peintre de cette capitale, ne pouvait rester dans un appartement où se trouvent des roses sans être promptement attaqué de céphalalgie violente sui- vie de syncope. Marrigues s'exprime ainsi dans le Journal de Physique (année 1780): « J'ai connu un chirurgien qui ne pouvait flairer les roses sans éprouver dans le mo- ment un étouffemcnt singulier, qui se dissipait aussitôt que les roses étaient écartées de lui; et une demoiselle qui perdait la voix lorsqu'on lui mettait sous le nez un bouquet ,de fleurs odorantes ». Ledelius parle d'un marchand à qui l'odeur des roses causait une ophthalmie (1). 3°. M. Valtain rapporte qu'un officier éprouva des con- vulsions et perdit connaissance pour avoir laissé dans sa chambre une certaine quantité de fleurs d'oeillet qu'il ai- mait beaucoup. On fit aussitôt enlever la corbeille rem- plie de ces fleurs, on ouvrit les fenêtres. Au bout d'une demi-heure, les convulsions cessèrent, elle malade reprit l'usage de la parole. Depuis cette époque, J'oflicier ne put jamais, pendant douze ans, sentir l'odeur d'oeillet sans tom- ber en syncope (2). 4°. Valmont de Bomare dit que les parties subtiles et odorantes de la bétoine fleurie sont si vives, que l'on assure que les jardiniers qui arrachent cette plante de- viennent ivres et chancelans comme s'ils avaient bu du vin (3). (1) Ephem. Nat. Car., dec. u, an 2, ohs. xc. {p) Prix de l'Académie, Hygiène chirurgicale, pag. 26. (3) Dictionnaire d'Histoire naturelle. DES PLANTES ÔnORANTKS. 433 5°. Boyle affirme que lorsqu'on se repose à l'ombre d'un noyer ou d'un sureau, on ne tarde pas à s'endormir, et on éprouve une céphalalgie intense (1). 6°. Mademoiselle J. D., âgée de vingt-quatre ans, était assise à sa croisée et se plaignait d'un violent mal de tête. Tout-à-coup ses muscles extenseurs se contractèrent, elle devint roide, et tomba à la renverse en jetant un cri. On lui prodigua des secours qui la firent revenir bientôt. M. Bar- thélémy , auteur de cette observation , ayant appris que depuis quelque temps la malade renfermait dans sa chambre des roses, des lis, des œillets, des chèvrefeuilles, la fit renoncer à cet usage , et elle ne se trouva plus incommo- dée : seulement une fois encore elle éprouva de légères crispations pour avoir gardé à sa ceinture un bouquet de chèvrefeuille ; mais l'éloignemeut du bouquet les fit dis- paraître de suite. (Dissertation inaugurale soutenue à Paris en 1812, n° i58.) 8°. Sennert et Boyle ont vu des effets purgatifs produits par l'odeur que répandent l'ellébore noir et la coloquinte que l'on pile (2). L'ellébore blanc a occasionné desvomis- mens à ceux qui l'arrachent (3). 90 L'empereur Henri IV, un prince de Savoie, le pape Clément VII et quelques autres personnages ont été em- poisonnés, au rapport de rkistoire, par des gants parfu- més, ou par des vapeurs qui s'exhalaient de certaines torches (4). 998. Nous pourrions encore rapporter un très-grand nombre d'observations analogues aux précédentes; il nous suffira de dire qu'en général on a remarqué les symptômes (1) Boïxe, De Nat. determ. efftuv., m-^°i pag. 58. {1) Encycloped., l. c, pag. 402. (5) Amcenitates academicœ, p. pag. 200. (4) Ambroise Paré, liv xxz, chap. x. 434 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. suivans: engourdissemens, palpitations, syncope, convul- sions , céphalalgie, aphonie, plusieurs autres névroses , enfin 1. sphyxie. Symptômes produits par les Poisons narcotico-âcres. 999. La majeure partie des substances vénéneuses de cette classe détermine une série de symptômes remarqua- bles qui sont les mêmes soit qu'elles aient été introduites dans les voies digestives, soit qu'on les ait appliquées sur le tissu cellulaire, ou qu'on les ait injectées dans les veines. Ce caractère, que nous trouvons rarement dans les poi- sons des trois premières classes, existe , comme nous l'a- vons déjà dit, pour ceux delà quatrième, (ployez § 9i4«) 1000. Ces symptômes peuvent être réduits aux suivans : agitation, douleur, cris aigus, quelquefois stupeur, in- sensibilité, mouvemens convulsifs des muscles de la face, des mâchoires et des extrémités; tête souvent renversée sur le dos, vertiges, chute , quelquefois roideur extrême des membres, accompagnée d'une contraction générale des muscles du thorax, qui détermine l'immobilité de ses pa- rois ; yeux rouges, saillans, hors des orbites, insensibles aux impressions extérieures; pupilles souvent dilatées; or- gane de l'ouïe peu ou point impressionnable ; bouche écu- meuse; langue et gencives livides; nausées, vomissemens, déjections alvines; pouls fort, fréquent, régulier ou petit, lent et irrégulicr ; enfin la mort, qui est très-promple dans le cas où le poison a élé injecté dans les veines; elle arrive plus tard lorsqu'il a élé appliqué sur le tissu cellulaire, et plus encore, en général, quand il a été introduit dans l'estomac. Nous sommes loin de prétendre que tous ces symptômes soient déterminés par. la même substance vé- néneuse; nous disons seulement qu'on peut les observer en administrant différens poisons de cette classe. GÉNÉRALITÉS. 43; Lésions de tissu développées par les poisons narcotico acres. i°. Plusieurs.de ces poisons exercent une irritation lo- cale capable d'exciter une vive inflammation, qui peut se terminer quelquefois par la gangrène. Il y en a dont l'action locale est beaucoup moins vive; enfin quelques-uns restent long-temps en contact avec les tissus organiques sans pro- duire la moindre rubéfaction. 2°. Les poumons, le sang, le cerveau, les méninges et les autres organes offrent, en général, les altérations dont nous avons parlé à l'article Narcotiques { tome n, page 226). Action générale des Poisons narcotico-acres sur Véconomie animale. iooi. i°. Quelques-uns de ces poisons sont rapidement absorbés , portés dans le torrent de la circulation, et agis- sent en excitant la moelle épinière; les animaux qui en ressentent les effets jouissent à-peu-près de toutes leurs fa- cultés intellectuelles ; mais la contraction des muscles est telle que le thorax devient immobile, l'asphyxie se mani- feste , et détermine la mort sans que l'on découvre la moindre trace de rougeur dans le canal digestif: l'npas tieuté, la fève de Saint-Ignace, la noix vomique, Vanguslura pseudo- ferruginœa sont dans ce cas. Il est aisé de sentir combien est vicieuse la dénomination de poisons narcotico-âcres sous laquelle ces substances sont désignées. 20. Il y en a d'autres qui sont également absorbés, et qui déterminent une vive excitation du cerveau et de tout le système nerveux, à laquelle succède le narcotisme ; alors il y a perte des facultés intellectuelles, et les animaux succombent à l'asphyxie, déterminée aussi par l'iaimobi- 436 DES POISONS N ARCOT1CO-ACRES. lité du thorax. Il est rare que l'on découvre une inflamma- tion dans les tissus du canal digestif: le camphre, la coque du Levant, la picrotoxine et l'upas antiar sont dans ce cas. Certes, la dénomination de narcotico-âcres ne convient pas plus à ces poisons qu'aux précédens. 3°. Quelques-unes des substances vénéneuses de cette classe sont absorbées, agissent sur le cerveau ou sur quel- ques autres parties du système nerveux, et déterminent des phénomènes d'excitalion et de narcotisme auxquels les ani- maux succombent. Elles produisent en outre une irritation locale plus.ou moins intense, qui ne doit pas être regardée comme la principale cause de la mort : la belladona, le tabac , le datura stramonium, les diverses espèces de ciguë, etc., sont dans ce cas. 4°. Enfin il parait qu'un petit nombre de ces poisons détruit instantanément la vie en agissant sur les extrémités nerveuses: du moins il est difficile de concevoir que l'ab- sorption ait pu se faire en si peu de temps : tels sont l'huile d'amandes amères, l'huile empyreumatique de tabac, l'al- cool , etc. Traitement de l'empoisonnement par les poisons narcotico-âcres. 1002. Les nombreuses expériences que nous avons faites jusqu'à présent pour découvrir un antidote aux divers poi- sons de cette classe ont été infructueuses, et nous croyons pouvoir affirmer que, dans Vétat actuel de la science, on ne connaît aucune substance qui ait la faculté de' les décomposer, et de les transformer en un corps incapable d'exercer une action nuisible lorsqu'ils ne sont pas vomis. Aussi sommes-nous réduits à exposer les moyens propres à diminuer ou à faire disparaître les accidens auxquels ils ont donné lieu. TRAITEMENT. 4^7 ioo3. Les effets produits par la belladona, le datura stramonium , le tabac, la digitale pourprée, le mouron des champs, Yaristolochia clematitis, les différentes espèces de ciguë, le laurier-rose et la rue, nous semblent devoir être combattus d'après les préceptes suivans : i°. Si le poison a été avalé depuis peu de temps, et qu'il n'ait pas occasionné des vomissemens abondans, on admi- nistrera un évacuant composé de 2, ou 3 grains de tartrate de potasse antimonié, et de 20 ou 24 grains d'ipécacuanha , dissous dans une petite quantité d'eau ; par ce moyen on en favorisera promptement l'expulsion , et l'on ne craindra pas de hâter son absorption , vu que la quantité de liquide dans lequel l'émétique a été dissous n'est pas considérable. On pourra aider l'effet du vomitif en titillant le gosier avec les barbes d'une plume. 20. S'il y a déjà quelque temps que le poison a été avalé , et qu'il soit permis de soupçonner qu'il se trouve dans le canal intestinal, on fera prendre un éméto - cathartique composé de 2 ou 3 grains d'émétique et d'une once ou d'une once et demie de sulfate de soude (sel de Glauber). On donnera aussi des lavemens purgatifs. 3°. Si 7 à l'aide de ces moyens, on parvient à faire rejeter la substance vénéneuse, et que le malade offre les sym- ptômes d'une congestion cérébrale, on n'hésitera pas à pra- tiquer une saignée, qui sera faite de préférence à la veine jugulaire, et qu'on renouvellera suivant le tempérament de l'individu et l'avantage qu'elle aura procuré. Ce moyea ne nous a jamais paru nuisible, et souvent nous en avons retiré de bons effets. On devrait également y avoir recours dans le cas où l'administration des évacuans n'aurait été sui- vie d'aucun effet, et qu'il y aurait congestion cérébrale. 4°. On fera ensuite usage des boissons acidulées, et prin- cipalement de l'eau vinaigrée, que l'on donnera à petites doses souvent renouveléesv Ce médicament nous a paru 438 DES POISONS N ARCO TICO-i CRES. surtout utile lorsqu'il était affaibli et administré immédia- tement après l'expulsion de la substance vénéneuse. En ef- fet, s'il était un peu concentré, il ajouterait à l'irritation que déterminent tous ces poisons, et augmenterait l'inflam- mation des tissus du canal digestif. C'est probablement par la même raison qu'il nous a semblé peu efficace vingt , vingt-cinq ou trente heures après l'empoisonnement, lors- que déjà les phénomènes inllammatoires s'étaient mani- festés. Nous sommes convaincus que l'emploi des boissons acidulées est, en général, nuisible avant l'expulsion du poi- son . r° parce qu'elles ne favorisent pas le vomissement; 2° parce qu'elles dissolvent les parties actives et facilitent leur absorption. {Voyez les détails des expériences faites avec l'opium, § 917.) 5°. Si, à l'aide de ces médicamens. on était parvenu A faire cesser les svmptômes nerveux, il faudrait s'occuper sans délai de combatire l'inflammation , qui est presque toujours la suite de l'administration de ces substances vé- néneuses. A cet effet, on remplacerait les boissons acidu- lées par des infusions ou des décoctions adoucissantes, comme l'infusion de fleurs de mauve, de violette, ou l'eau de gomme ; l'application de quelques sangsues sm l'abdo- men pourrait aussi être utile. Il est rare que les substances vénéneuses dont nous par- Ions aient été appliquées à l'extérieur. Si cela arrivait, il faudrait suivre les mêmes préceptes , à l'administration des évaeuans près; on devrait en outre pratiquer une ligature au-dessus de la partie empoisonnée et cautériser la plaie, afin de s'opposer à l'absorption du poison et à son trans- port dans le torrent de la circulation. 1004. h'upas tieuté, la noix vomique, l^fève de Saint- Ignace, Yanguslura pseudo-ferruginœa, le ticunas, le woo- rara , l'upas antiar, le camphre et la coque du Levant, produisant des effets différens de ceux que développent les TRAITEMENT. 4°9 poisons précédens, exigent, pour être combattus, des moyens particuliers. MM. Magendie et Deliïle ont prouvé que le sel marin (muriatc de soude, chlorure de sodium), dont se servent les Indiens qui ont été blessés par l'upas, n'était pas le contre-poison de cette substance vénéneuse, soit qu'elle ait été introduite dans l'estomac , soit qu'on l'ait appliquée à l'extérieur. Les moyens qui leur ont le mieux réussi pour annuler ses effets, ainsi que ceux de la noix vomique et de la fève de Saint-Ignace , consistent à faire rejeter le poison le plus promptement possible, à l'aide des émétiques et du chatouillement du gosier, et à s'opposer ensuite à l'asphyxie, qui est la principale cause de la mort, en pratiquant la trachéotomie et en insufflant de l'air dans les poumons. La mort a été retardée «liez plusieurs animaux soumis à ce mode de traitement, et elle n'a eu lieu que lors- qu'on a cessé l'insufflation de l'air. Dans les cas où ces poisons ont été appliqués sur des blessures faites aux mem- bres , ils les ont empêchés de devenir mortelles, en retirant aussitôt l'instrument qui a pénétré, en cautérisant la plaie jusqu'au fond, et en pratiquant une ligature au-dessus de l'endroit blessé. L'efficacité de ces préceptes est confirmée par un fait généralement connu, savoir, qu'une hémor- rhagiedans le membre opéré empêche l'empoisonnement, parce qu'elle s'oppose au mélange du sang avec la sub- stance délétère. Nous avons reconnu l'utilité de ces moyens dans les expériences que nous avons tentées sur Yangus- tura, le. camphre et la coque du Levant. Un émétique, administré quinze ou vingt minutes après l'ingestion de ces poisons, a procuré des évacuations abondantes ; les attaques ont élé moins fortes qu'à l'ordinaire, et il a suffi de prolonger l'insufflation pendant une heure ou une heure et demie pour empêcher les animaux de mourir. Dans quelques circonstances , nous n'avons fait usage du vomitif qu'à la fin de la première ou de la seconde attaque, et il 44° DES TOISONS NARCOTICO-ACRES. nous a fallu prolonger l'insufflation pendant trois ou quatre heures pour obtenir les mêmes résultats. Quelquefois môme les animaux seraient morts sans l'emploi d'une potion et de lavemens purgatif s. Il est à remarquer que l'eau éthérée et l'huile de térébenthine nous ont paru exercer une influence salutaire pour rétablir entièrement la santé des animaux empoisonnés par l'une ou l'autre de ces substances véné- neuses. Nous ne pouvons quitter ce sujet sans faire sentir l'importance que l'on doit attacher à l'insufflation de l'air dans les poumons : ce moyen exige beaucoup de patience de la part du médecin ; car il n'est efficace que lorsqu'il est employé pendant plusieurs heures. Nous garantissons avoir sauvé par ce moyen quatorze animaux sur vîngt ; et il n'est point douteux qu'ils auraient succombé asphyxiés si on ne l'eut pas mis en usage. Champignons. Nous avons tenté les expériences sui- vantes pour constater la valeur du vinaigre , du sel commun, del'éther, de l'émétique et de l'alcali volatil dans l'empoi- sonnement par les champignons. Le vinaigre, i °. Cet acide végétal a la faculté de dissoudre la partie active de la fausse-oronge et de l'oronge-ciguë jau- nâtre, en sorte que l'on peut avaler impunément l'un ou l'autre de ces champignons coupés par morceaux et épuisés par cetacide; mais la liqueur est excessivement vénéneuse. Ce résultat est conforme à ceux qu'avait obtenus M. Paulet. 2°. Ces champignons , introduits dans l'estomac avec du vinaigre, et à une dose capable de produire la mort, la dé- terminent plus tôt qu'ils ne le feraient si le vinaigre n'eût pas été administré, pourvu que le poison n'ait pas été vomi ; ce qui dépend sans doute de la faculté qu'a l'acide de dis- soudre les parties vénéneuses dont l'absorption doit être plus facile. 3°, L'eau vinaigrée nous a paru utile dans cet empoisonnement, lorsque le champignon vénéneux a été expulsé par les évaeuans» TRAITEMENT. 441 Le sel commun (muriatede soude) dissous dans l'eau jouit, comme le vinaigre, de la propriété de dissoudre les parties actives de ces champignons, et offre par conséquent les mêmes avantages et les mêmes inconvéniens que cet acide végétal. h'éther sulfurique, dont on a fait un usage si fréquent dans ces derniers temps pour combattre l'empoisonnement qui nous occupe, n'est pas sans danger lorsqu'il est admi- nistré avant l'expulsion de ces champignons , car il a aussi la faculté de se charger du principe vénéneux, comme l'avait déjà observé M. Paulet ; mais il nous a paru d'une très-grande utilité après l'emploi des évaeuans. En effet, nous avons rétabli la santé de plusieurs chiens qui avaient pris une assez forte dose de fausse-oronge pour périr, en leur faisant avaler alternativement, après avoir évacué le poison, de l'étheret de l'eau éthérée, ou de la liqueur minérale anodine d'Hoff- mann. \Jémétique et les èméto-calhartiques nous semblent de- devoir jouer le principal rôle dans le traitement qui nous occupe ; car la mort a presque toujours lieu lorsque ces champignons ne sont pas évacués. M. Paulet a prouvé que l'alcali volatil (ammoniaque), est plutôt nuisible que salutaire, et que l'huile, la théria- que , le beurre et le lait ne sont d'aucune utilité dans cette espèce d'empoisonnement. ( Traité des Champignons, par M. Paulet, tom. n, ann. 1793. Paris.) ioo5. Après avoir parlé en particulier de chacun des moyens proposés pour guérir la maladie produite par les champignons vénéneux , nous devons établir les préceptes d'après lesquels l'homme de l'art pourra combattre avec succès les accidens qu'ils développent. i°. Il favorisera l'évacuation du poison à l'aide de l'émétique, et mieux encore des éméto~catharliques, des potions, etdes lavemens purgatifs. En effet, assez souvent les purgatifs doivent êtro 442 DES POISONS NARCOTICO-ACRES. préférés aux émétiques, parce que l'action de ces champi- gnons est lente et ne se manifeste que dix ou douze heures après leur ingestion, c'est-à-dire quand ils se trouvent déjà dans le canal intestinal. Ainsi on fera avaler au malade 3 ou 4 grains de tartrate de potasse antimonié unis à 24 grains d'ipécacuanha et à 6 ou 8 gros de sulfate de soude dissous dans l'eau; on administrera en outre une potion faite avec de l'huile de ricin et le sirop de fleurs de pêcher, et on fera prendre des lavemens préparés avec la casse, le séné et du sulfate de magnésie. Lorsque les champignons auront été évacués , on emploiera quelques cuillerées d'une potion fortement éthérée; et on aura recours aux mucilagineux si le malade se plaint de douleurs et d'irritation dans le bas- ventrè. Il arrive quelquefois, dans cette espèce d'empoison- nement, que le tartrate de potasse antimonié seul ne dé- termine aucune évacuation. «Feu madame la princesse de Conti, dit M. Paulet, lors d'un voyage de la cour à Fon- tainebleau , en automne , ayant aperçu dans la forêt plu- sieurs champignons vénéneux, les fit cueillir, les prenant pour des oronges , et obligea son cuisinier de les servir à dîner, malgré tout ce qu'on put lui dire. Elle avait à sa table, entr'autres personnes, M. l'évêque de Langres, et en mangea plus que tout le monde. Deux heures après le dîner, elle éprouva des envies de vomir avec des défail- lances et des anxiétés , resta quelque temps sans connais- sance et dans un état de stupeur et d'anéantissement qui fît craindre pour sa vie. 27 grains de tartre émétique donnés dans la journée n'avaient enoore produit aucun effet, lors- que le suc de raifort, et surtout un lavement préparé avec une forte décoction de tabac , procurèrent une évacuation complète par haut et par bas (1), qui lui fit rendre des champignons tels qu'elle les avait pris. Elle rendit le sang (1) Nous avons prouvé que la décoction de tabac, injectée TRAITEMENT. 44 ^ par les selles , et on craignit un moment un état inflamma- toire dans les entrailles, à raison de l'irritation excessive que les remèdes avaient produite. Elle fut très-long temps à se remettre, et le lait contribua beaucoup à son réta- blissement». 2°. Il serait imprudent d'administrer des pur- gatifs irri^ans si l'inflammation du bas ventre avait déjà fait des progrès rapides : ainsi , s'il y avait beaucoup de fièvre joinie à une tension douloureuse de l'abdomen, à la car- dialgie, à la sécheresse de la langue, accompagnée d'une soif extrême et de chaleur brûlante à la peau, dans la bouche et dans la gorge , il faudrait avoir recours à la saignée et aux autres moyens anti-phlogistiques. Forestus parle d'une jeune personne qui avait été empoisonnée par les champi- ( gnons , et qui guérit au moyen de la saignée pratiquée au sixième jour de la maladie. 3°. Lorsque tous ces symptômes seront dissipés , on emploiera les foitifians, tels que le vin blanc, le quinquina, etc. Alcool et autres liqueurs spiritueuses. L'ivresse qui n'a pas été portée très-loin se guérit d'elle-même au bout dfe sept à huit heures. Dans le cas où elle persisterait plus long- temps, et que l'individu serait plongé dans un coma pro- fond , il faudrait avoir recours à l'émétique, et ensuite aux boissons acidulées. La saignée pourrait être pratiquée si le malade était jeune, robuste, et d'un tempérament sanguin bien prononcé. On emploierait aussi les lavemens îrritans, et les lotions de vinaigre sur toute la surface du corps. Asphyxie par la vapeur du charbon et par le gaz acide carbonique. i°. On commencera par exposer la personne asphyxiée au grand air, sans craindre le froid, qui ne peut jamais lui être contraire; on la déshabillera et on la cou- dans le rectum des chiens, déterminait constamment des vo- missemens. 444 »ES POISONS NATICOTICO-ÀCRES. chera sur le dos, la tête et la poitrine un peu plus éle- vées que le reste du corps, pour faciliter la respiration. 2°. On se gardera bien de placer l'asphyxié dans un lit chaud, et de lui donner des fumigations de tabac par le fondement. 3°. On lui administrera du vinaigre affaibli avec trois par- ties d'eau ou de l'eau contenant du jus de citron, et en même temps on fera sur tout le corps, et principalement sur le visage et la poitrine, des aspersions d'eau vinaigrée froide; on frottera le corps avec des linges trempés dans la même liqueur, dans de l'eau-de-vie camphrée, l'eau de Cologne, ou tout autre liquide spiritueux. Au bout de trois ou quatre minutes on essuiera les parties mouillées avec des serviettes chaudes, et deux ou trois minutes après, on recommencera les aspersions et les frictions avec l'eau vinaigrée froide. Ces moyens doivent être employés avec persévérance. 4°. On irritera la plante des pieds , la paume des mains et ^out le trajet de l'épine du dos, avec une forte brosse de crin. 5°. On administrera un lavement d'eau froide mêlée avec un tiers de vinaigre; quelques minutes après, on en donnera un aulre préparé avec l'eau froide, 2 ou 3 onces de sel de cuisine, et une once de sel d'Epsom ( sulfate de magnésie). 6°. On promènera sous le nez des allumettes bien sou- frées que l'on allumera, afin d'irriter l'intérieur de cet organe, ou bien on fera flairer de l'alcali volatil (1) ou de l'eau de la reine de Hongrie : on pourra encore irriter le nez en remuant doucement dans les narines un petit rou- leau de papier ou la barbe d'une plume. (r) On se gardera bien de laisser pendant long-temps sous le nez le flacon contenant de l'alcali volatil concentré. {Voy. p. Soi, tom. ier.) TRAITEMENT. 44^ 7°. On insufflera de l'air dans les poumons à l'aide du procédé que nous allons décrire. 8°. Si, malgré l'emploi de ces moyens, l'asphyxîé con- tinue à être plongé dans un grand état d'assoupissement, qu'il conserve de la chaleur, que le visage soit rouge, les lèvres gonflées et les yeux saillans , on le saignera au pied , et mieux encore à la jugulaire. Ce moyen est préférable à l'émétique, dont on a quelquefois fait usage en pareil cas, et qui a été plutôt nuisible qu'utile. 9°. Lorsque l'asphyxié sera entièrement rappelé à la vie, on le couchera dans un lit chaud, placé dans un appar- tement dont les fenêtres soient ouvertes, et on aura soin d'écarter les personnes inutiles. Alors on lui fera prendre quelques cuillerées d'un vin généreux, tel que celui de Malaga, d'Alicante, de Rota, de Madère, de Xérez; ou bien on lui donnera du vin chaud sucré, ou quelques cuillerées d'une potion anti-spasmodique. io°. L'émétique ne peut être administré que dans le ca* où la personne asphyxiée, après avoir repris connaissance, éprouve des envies de vomir, une pesanteur d'estomac, etc.; et encore vaut il infiniment mieux alors avoir recours aux lavemens purgatifs et irritans préparés avec le sel commun et le sulfate de magnésie (sel d'Epsom). ii°. Il faut administrer les secours dont nous venons de parler avec la plus grande promptitude, et les conti- nuer pendant long-temps, lors même que l'individu pa- raît mort. On a été quelquefois obligé d'attendre cinq ou six heures avant de tirer les malades de l'état de mort appa- rente dans lequel ils étaient plongés. Il faut surtout insister sur l'insufflation de l'air dans les poumons. Procédé pour introduire de l'air dans les poumons. 1006. La nécessité dans laquelle on se trouve souvent d'insuffler de l'air dans les poumons pour faire cesser l'as- 446 DES POISONS NARCOTICO-ACRKS. phyxie, a fait imaginer plusieurs moyens propres à remplir cet objet : nous allons les faire connaître, en commençant par ceux qui méritent la préférence. i°. Après avoir déprimé la base de la langue avec le doigt indicateur de la main gauche, on introduit dans le larynx la plus petite extrémité du tube laryngien imaginé par le professeur Chaussier (i), et on a soin d'appuyer lé- gèrement pour placer sur l'ouverture du larynx la tranche de peau de buffle ou d'agaric; on place dans sa bouche l'autre extrémité , et on aspire les mucosités qui peuvent être contenues dans les bronches; alors on adapte à cette extrémité un petit soufflet ou une vessie remplie d'air, et même la bouche; on insuffle de l'air petit à petit, par sac- cades, et de manière à imiter la respiration ; en même temps on fait des frictions sur le ventre et sur la poitrine avec un morceau d'étoffe de laine. 2°. A défaut de cet instrument, on peut insuffler de l'air dans les poumons en introduisant le tuyau d'un soufflet dans une des narines, et en soufflant pendant que l'on tient l'autre narine fermée. Il vaudrait encore mieux, si on pou- vait disposer d'une sonde, pousser une de ses extrémités (i) Le tube laryngien est conique; il a sept à huit pouces de long, et ressemble assez à une sonde; il rst enargentouen eni- vre : sa grosse extrémité est assez élargie pour recevoir le bout d'un soufflet ou d'une vessie, ou pour être mise dans la bou- che; la petite extrémité, celle qui doit entrer dans le larynx, est aplatie et offre deux trous allongés. A un pouce trois lignes environ de celle extrémité, cet instrument présente une cour- bure arrondie où se trouve placée transversalement une ron- delle que l'on a percée de plusieurs trous qui servent à fixer une lame d'agaric ou un petit morceau de peau de buffle : par ce moyen, l'ouverture du larynx se trouve exactement fermée et l'air insufflé doit nécessairement dilater le poumon. TRAITEMENT. 447 jusqu'au larynx, en l'introduisant par une des narines, et adapter le soufflet à l'autre extrémité. 3°. Enfin s'il est impossible de pratiquer l'insufflation par les procédés que nous venons de décrire, ou applique sa bouche sur celle du malade et on souffle. 4°. On évite de faire, comme on l'a conseillé, des inci- sions à la trachée-artère, car l'expérience prouve que l'air dirigé par ce moyen sort par l'ouverture du larynx sans avoir dilaté les poumons. Fleurs odorantes. On commencera par éloigner les fleurs qui entourent le malade; ensuite on traitera la maladie qu'elles auront fait naître. L'asphyxie sera combattue par les moyens que nous venons d'indiquer; les céphalalgies, les syncopes, les névralgies exigeront l'emploi des toniques et des anti-spasmodiques. Seigle ergoté. Si la maladie est légère, qu'il n'y ait qu'un peu de fièvre, de l'embarras dans la tête et quelques mou- vemens convulsifs, on donnera 4 ou 5 cuillerées d'une po- tion anti-spasinodique, et on fera boire de l'eau vinaigrée ou de l'eau dans laquelle on aura exprimé du jus de citron. Si les douleurs, l'engourdissement et le froid qui leur succèdent annoncent l'approche de la gangrène sèche, on cherchera à la prévenir. On placera le malade dans un appartement sec et chaud, et dans un lit bien propre, dont on renouvellera fréquemment les couvertures. Plusieurs médecins ont recommandé de faire prendre l'émétique lorsque la bouche est amère, la langue char- gée, et les envies de vomir fréquentes. L'expérience prouve pourtant que ce médicament augmente l'irritation , et peut occasionner une diarrhée qui est toujours à craindre. Ce- pendant, comme on est quelquefois obligé d'administrer un vomitif pour faire cesser les symptômes dont nous par- lons, on doit avoir recours à l'ipécacuanha : alors on verse, sur un gros d'ipécacuanha, trois verres d'eau bouillante; 448 DES fOtSONS NARCOTICO-ACRESi dix minutes après , on passe la liqueur. Si le premier verre détermine des vomissemens abondans, on ne donne point les autres. On favorise l'effet de ce vomitif par l'eau tiède. Dans le cas où le malade se plaindrait d'engourdisse- ment et de froid aux membres, on lui ferait prendre des bains de jambes avec une décoction de plantes aromatiques * telles que la lavande, le romarin, la sauge, animée avec du vinaigre; au sortir du bain, on frotterait le pied et la jambe avec la main ou avec de la laine; on les couvrirait de compresses trempées dans l'infusion de fleurs de su- reau ou d'oranger, à laquelle on ajouterait 15 ou 20 gouttes d'alcali volatil par verre. Ces compresses peuvent égale- ment être trempées dans la lessive de cendres ou dans la décoction suivante, dont on administre trois verres par jour au malade. On fait bouillir pendant demi-heure 4 onces de quinquina concassé dans un litre d'eau; au bout de ce temps, on ajoute demi-once de sel ammoniac et deux pin- cées de fleurs de camomille ; on laisse refroidir et on passe. On peut encore donner avec succès une tisane d'infusion d'arnica ou de serpentaire de Virginie , édulcorée avec du sirop de vinaigre ou de l'oximel. Si l'engourdissement et le froid persistent, on met de larges vésicatoires sur les endroits voisins des membres engourdis; enfin si rien ne peut empêcher le développe- ment de la gangrène, on applique plusieurs fois par jour sur les membres la fomentation suivante. On fait bouillir dans un litre d'eau 4 onces d'alun calciné, 3 onces de vi- triol romain, une once de sel de cuisine; on réduit la li- queur jusqu'à moitié. Si la gangrène est tellement pronon- cée qu'il faille couper le membre, on attend que la nature ait établi une ligne de démarcation entre le vif et le mort, qui indique l'eudroit où l'opération doit être faite. L'amputation ne doit être pratiquée que dans le cas où la gangrène s'est arrêtée au milieu d'un membre, qu'elle al DU GAZ ACIDE H YDRO-SULF URIQBE. ^C) mutilé d'une manière irrégulière, en sorte que la partie saine deviendrait après la guérison un obstacle au mouve- ment; ou bien, lorsque les parties gangrenées ne se sépa- rent pas assez promptement, se pourrissent et infectent le malade. CHAPITRE VI. CLASSE VIe. Des Poisons septiques ou putréfians. 1007. On a donné le nom de poisons septiques k ceux qui déterminent une faiblesse générale, la dissolution des hu- meurs et des syncopes, et qui n'altèrent point en général les facultés intellectuelles. Du Gaz acide hydro-sulfurique (hydrogène sulfuré). 1008. Caractères. Ce gaz est incolore, transparent, doué d'une odeur excessivement fétide, analogue à celle des œufs pourris; il rougit Vinfusum de tournesol; lorsqu'on l'en- flamme à l'air, il brûle avec une flamme bleuâtre, et dé- pose sur les parois internes de la cloche qui le contenait » une certaine quantité de soufre d'une couleur jaune- mêlé au chlore (gaz muriatîque oxigéné) il se décompose sur- le-champ, cède son hydrogène, qui se transforme en acide hydro-chlorique, et le soufre est mis à nu; il est soluble dans l'eau, et précipite en jaune clair l'acide arsénieux en noir les sels de cuivre, de plomb et de bismuth. Ces divers précipités sont des sulfures d'arsenic, de cuivre de plomb et de bismuth ; d'où il résulte que l'hydrogène de l'acide hydro-sulfurique se porte sur l'oxigène de ces oxides métalliques pour former de l'eau; tandis que le soufre et le métal résultans se combinent et donnent naissance à un sulfure insoluble. Ces propriétés sont plus que suffisantes pour distinguer le gaz acide hydro-sulfurique de tous les autres corps. ". 29 45o DES POISONS SEPTIQUES. Action du Gaz acide hydro-sulfurique sur Véconomie animale. 1009. On sait depuis long-temps que les animaux pé- rissent peu de secondes après qu'on les a plongés dans le gaz acide hydro-sulfurique, que l'on regarde par cela même comme un des corps les plus délétères. M. Chaussier a fait à cet égard une série d'expériences curieuses qu'il a insérées dans un beau mémoire publié en 1802 (1) ; M. Nysten a entrepris depuis de nouvelles recherches fort intéressantes sur ce même objet, que l'on doit regarder comme le com- plément du travail de M. Chaussier (2). INous avons soi- gneusement répété les expériences de ces deux physiolo- gistes , et nous les avons trouvées fort exactes : c'est donc d'après leurs écrits que nous allons rédiger cet extrait. Expérience ire. Un animal quelconque périt dans l'es- pace de quelques secondes si on le plonge dans une atmo- sphère de gaz acide hydro-sulfurique; il tarde un peu plus à mourir lorsque ce gaz est mêlé à une très-grande quantité d'air atmosphérique. D'après MM. ThenardetDupuytren, il suffit que l'air en contienne 73^ pour tuer un oîseau en très-peu de temps; celui qui en contient ^ donne la mort à un chien de moyenne taille, et un cheval finit par suc- comber dans un air où on en a ajouté ^. Après la mort, on observe que les cavités nasales et bronchiques sont ta- pissées d'une mucosité visqueuse, brunâtre ; le sang est épais et noir ; les poumons, le foie ,1a rate, les reins, le cer- veau , et en général tous les organes qui reçoivent beaucoup de vaisseaux sanguins, ont une teinte brunâtre ou noirâtre ; les muscles ne jouissent presque plus de leur contractilité (1) Journal de SédUlot, octobre 1802, pag. 19. (2) Ouvrage cité, pag. 126. nu GAZ ACIDE HYOno-SCLFURlQUE. fôl el sont également noirâtres ; la consistance est diminuée dans toute.«. les parties molles, qui se déchirent facilement, répandent une odeur-fétide, et passent prompicmeutà la pu- tréfaction. Expérience ne. On injecta dans la veine jugulaire d'un carlin dont le poub battait cent deux fois par minute , dix centimètres cubes de gaz acide hydro-sulfurique. Quelques secondes après, l'animal p >■< ai très-agilé et poussa des cris aigus ; mais il ne tarda pas à se calmer : le pouls était irès- faible et ne battait que soixante-huit fois par minute. Huit minutes après l'injection, l'animal avait repris des forces, et le pouls battait soixante-dix-huit fois par minute. Alors on fit une nouvelle injection de vingt centimètres cubes de gaz : immédiatement après, cris, mouvemens convul- sifs, renversement du torse en arrière, insensibilité du pouls, mort. On ouvrit le cadavre dans le même instant : le sys- tème sanguin ne contenait point de gaz ; le cœur était gorgé de sang noir; les poumons offraient une belle cou- leur rose. Expérience 111e. A neuf heures cinquante-deux mi- nutes, dix centimètres cubes de gaz ont été injectés dans la veine jugulaire d'un chien de moyenne taille dont le pouls battait cent six fois par minute. Aussitôt après , l'a- nimal a été agité, a fait quelques grandes inspirations ; son pouls ne battait que quatre-vingts fois par minute. A neuf heures cinquante-cinq minutes, la respiration élait naturelle el l'animal calme. On a injecté de nouveau la même dose de gaz : la respiration a été haute et très-fréquente ; il y a eu des mouvemens convulsifs; le pouls battait soixante-douze fois par minute : ces symptômes n'ont point tardé à se cal- mer. A dix heures deux minutes, nouvelle injection de la même quantité de gaz : sur-le-champ l'animal s'est agité, a poussé des cris ; les membres se sont allongés , la respi- ration était suspendue, et il paraissait mort. Au bout de 4§2 DES POISONS SEPTIQUES. quelques minutes, la respiration s'est rétablie; elle était d'abord grande et rare. A dix heures sept minutes, elle s'exerçait comme dans l'état naturel. L'animal a été dé- taché ; il est resté couché sur le côté, dans une grande prostration ; ses membres étaient très-flasques et son pouls battait soixante-dix fois par minute. Trois minutes après, il paraissait moins accablé; il s'appuyait sur les extré- mités antérieures ; sa tête chancelait par intervalles ; il a pu marcher quelques momens après; mais sa progres- sion était vacillante. A dix heures cinquante-cinq minutes, il était debout et paraissait stupéfié sans donner le moindre signe de souffrance ; le pouls était faible et battait quatre- vingt-dix fois par minute. Le lendemain il était rétabli. Une des artères crurales a été ouverte, et il en est sorti du sang vermeil. (Nysten.) Expérience ive. On a injecté dans la plèvre droite d'un chien de moyenne taille quarante centimètres cubes de gaz acide hydro-sulfurique. Dans le même instant, le tronc s'est renversé en arrière, les membres sont devenus roides ; il y a eu éjection d'urine et de matières fécales, et l'animal esl mort. On l'a ouvert peu de temps après : la plèvre sur laquelle on avait opéré était d'une couleur verdàtre ; le cœur, qui ne fut ouvert qu'au bout de vingt-quatre heures, contenait du sang noir coagulé, sans concrétion d'appa- rence gélatineuse. Il n'y avait point de gaz dans le système sanguin. Expérience ve. La même expérience , répétée sur un autre chienavec vingtcentimètres cubes de gaz, ofTritd'abord des phénomènes analogues. Au bout d'une minute, il n'y avait plus de mouvement respiratoire ; les muscles locomo- teurs étaient agités de légers mouvemens convulsifs ; le pouls était fréquent et fort, mais devint bientôt insensible. A cet état succéda un relâchement général. Deux ou trois mi- nutes après , l'animal fait une inspiration profonde, le BU GAZ ACIDE HYDRO-SULFURIQUE. 4^3 pouls redevient sensible et la respiration se rétablit ; mais la vie animale parut éteinte pendant un quart d'heure ; il ne pouvait pas faire deux pas sans chanceler et tomber. Demi-heure après l'injection, les fonctions cérébrales ne présentaient plus aucun signe de lésion grave; l'animal offrait un tremblement général et de l'écume à la gueule. Une heure cinq minutes après l'injection, sa démarche était encore chancelante. Le lendemain, il était entièrement ré- tabli. Expérience vie. Lorsqu'on injecte dans le tissu cellu- laire sous-cutané des lapins et des grenouilles du gaz acide hydro-sulfurique ou de l'eau hydro-sulfurique, la mort ar- rive au bout de quelques secondes. Les chiens périssent aussi en très-peu de temps, au milieu des convulsions et après avoir poussé des cris aigus. Les organes intérieurs n'offrent point de lésion remarquable ; mais les vaisseaux disséminés dans la portion du tissu cellulaire dans laquelle l'injection a été faite, sont gorgés d'un sang noir visqueux, ou d'une teinte verdàtre ; les muscles les plus superficiels participent à cette teinte. 1 Expérience vnc. Les lapins, les canards et les jeunes cabiais périssent en quelques minutes lorsqu'on plonge tout leur corps, excepté la tête , dans des vessies contenant du gaz acidehydro-sulfurique. Un lapin a succombé quoique la cuisse seule plongeât dans la vessie. La mort est plus prompte lorsqu'on déplume ces animaux. En ouvrant leurs cadavres, on a trouvé les vaisseaux sous-cutanés remplis d'un sang brunâtre, visqueux, le tissu cellulaire mollasse, la peau se déchirant avec facilité ; mais les autres parties conservaient leur couleur et leur consistance naturelles. Un chien a été soumis à une expérience de ce genre, en n'exposant à l'action du gaz qu'une patte de derrière que- l'on avait tondue. L'animal n'avait rien éprouvé au bout d'une heure ; ce qui dépend sans doute de ce que l'ab- 4^4 ©ES POISONS SEPTIQUES. sorption est nulle ou extrêmement faible à la surface du derme de ces animaux. Expérience vme. Injectés dans les gros intestins des lapins et des chevaux, le gaz acide hydro-sulfurique et l'eau hydro-sulfurique font périr ces animaux en moins d'une minute, et on trouve les vaisseaux abdominaux remplis de sang noir, épais ; le gros intestin d'une couleur brunâtre, le foie, la rate elles reins plus foncés que dans l'état na- turel ; il n'y a aucune altération dans les viscères du thorax et de la tête. On observe des effets.analogues lorsque ces poisons ont été injectés dans l'estomac. Après la mort, le sang est fluide et d'une couleur brune foncée dans les ar- tères ; la membrane muqueuse de l'estomac est molle , se déchire avec la plus grande facilité, et offre une couleur noirâtre. Les autres viscères paraissent sains. OBSERVATIONS. i°. MM. Dupuytren et Thenard ont prouvé que l'as- phyxie des fosses d'aisance, sur laquelle M. If allé a fait un très-beau travail en 1784, dépend quelquefois du gaz acide hydro-sulfurique ou de l'hydro-sulfate d'ammoniaque. Voici les résultats des observations recueillies sur l'homme par M. Dupuytren : Quelquefois les individus sont forte- ment asphyxiés et la mort arrive en très-peu de temps • mais dans d'autres circonstances, les symptômes de l'as- phyxie sont moins intenses ; alors on peut transporter les malades dans l'atmosphère ; et on remarque qu'après avoir resté quelque temps dans un état de mort apparente, ils font de grandes inspirations; peu à peu la respiration se rétablit et persiste à être laborieuse; les mouvemens du cœur deviennent sensibles ; cependant le pouls esl faible et petit, les appareils digestifs et locomoteurs ont perdu de leur con- tractilité , les fonctions cérébrales sont suspendues, et si le DU GAZ ACIDE HYDRO-SULFURIQUE. 4^5 malade recouvre la santé, il tarde beaucoup à reprendre des forces. 2°. Trois ma çons réparaient une fosse d'aisance vide depuis quinze jours, et se disposaient à vider l'eau qui, filtrant des terres voisines, avait déjà un pied de hauteur. A peine l'un d'eux avait-il ôté quelques-unes des pierres qui affermissent le sol, que l'eau vint en plus grande ahondance, et laissa dégager des émanations d'une grande fétidité qui le suffo- quèrent et le firent tomber dans le bourbier, où il se débattit pendant quelque temps avant de perdre connais- sance. Son camarade vient et le tire de l'eau; mais frappé lui-même, il ne tarde pas à tomber. Le père de l'un d'eux apprenant que son fils est en danger, vole vers lui, et déjà il était parvenu à le tirer de l'eau, ainsi que son ca- marade , lorsqu'il éprouve des étourdissemens qui l'obli- gent à les abandonner, et ils tombent tous dans le cloa- que. On ne tarda pas à venir à leur secours, et on les trans- porta à l'Hôtel-Dieu, à neuf heures du matin. Le premier qui arriva était le plus faible des deux jeunes- gens; il était tombé le premier dans la fosse, et il en fut retiré le dernier. Il était âgé de vingt-un ans et assez bien constitué. Voici quel était son état : il était privé de con- naissance, de sentiment et de mouvement; le corps était froid, les lèvres violettes, la face livide; une écume san- glante s'échappait de la bouche; les yeux étaient ternes, sans éclat, la pupille dilatée et immobile; le pouls était petit et fréquent, les battemens du cœur désordonnés et tumul- tueux, la respiration courte, difficile et comme convulsive; les membres étaient dans le relâchement. Le malade, confié aux soins de M. Récamier, fut mis sur un lit, et exposé à l'air; on lui fit respirer du chlore gazeux (gaz muriatîque oxigéné ), qui détermina une excitation momentanée. On ouvrit une des veines brachiales, qui ne donna point de sang ; on se décida à ouvrir l'autre, et on eu obtint envi- 456 DES POISONS SEPTIQUES. ron trois palettes. Les battemens du cœur devinrent plus réguliers, le pouls se développa un peu, la respiration pa- rut moins pénible; mais la peau était toujours froide et la face livide. On fit des frictions sur le tronc et sur les extré- mités, et on administra plusieurs cuillerées d'une potion éthérée. Il n'y avait plus d'écume à la bouche ; la prostra- tion était moins marquée; de temps à autre, le malade poussait quelques plaintes ; bientôt après l'agitation la plus violente se manifesta et dura environ deux heures : on se décida à le mettre dans un bain froid, et on lui fit quelques allusions. L'immersion dans l'eau parut d'abord accroître le désordre ; la respiration fut très - pénible et les mouvemens plus violens; la face pâlit, la saignée se rouvrit et laissa couler une très-grande quantité de sang. Le malade tomba dans l'abattement et fut transporté dans son lit : il était froid, immobile, le pouls misérable, et la respiration haletante. On parvint à le ranimer au bout de quelques heures, en lui faisant des frictions sèches et en chauffant les draps du lit : alors le pouls se releva , la peau devint chaude et se couvrit d'une légère moiteur; les yeux s'entr ouvrirent : cependant la respiration était tou- jours courte et pénible. A quatre heures, le pouls parais- sait calme et régulier; la peau était humide et chaude. Le soir, on appliqua des sinapismes aux pieds, qui détermi- nèrent une vive stimulation : la nuit fut assez tranquille , et la connaissance revint vers trois heures du matin ; dès-lors tous les symptômes diminuèrent, et le rétablissement fut complet vers le troisième jour. Le père de ce malade, âgé de soixante ans, d'une forte constitution, avait été beaucoup moins affecté ; il avait pris sur-le-champ une potion à l'aide de laquelle il avait rendu l'eau qu'il avait avalée : il conservait l'usage de ses sens ; tout son corps était agité de mouvemens spasmodi- ques; les muscles du thorax en particulier étaient le siège DU GAZ ACIDE HYDRO-SULFURIQUE. 4^7 de contractions qui laissaient apercevoir chaque faisceau de leurs fibres ; les mâchoires offraient de temps à autre quel- ques mouvemens convulsifs; la peau était froide, la respi- ration libre, mais irrégulière ; le pouls très-embarrassé; il n'y avait point d'écume à la bouche ; le malade avait sou- vent des envies de vomir. Au bout de deux heures, le spasme avait cessé; le pouls était régulier, les nausées per- sistaient. M. Petit ordonna vingt-quatre grains d'ipéca- cuanha, de la limonade sulfurique et un lavement, qui amenèrent le calme, et le malade fut en état de sortir le lendemain. Le troisième malade était âgé de dix-neuf ans, d'un tempé- rament bilioso-sanguin très-prononcé ; il avait le cou court, la poitrine large, et les muscles bien développés. Voici quel était son état lorsque nous l'observâmes à son entrée à l'Hôtel-Dieu : il était dans une agitation extrême; tous ses muscles offraient des contractions violentes de peu de durée, mais qui étaient remplacées par des mouvemens spasmodiques avec courbure du tronc en arrière. Il pa- raissait éprouver des douleurs aiguës, et poussait des cris semblables aux mugissemens d'un taureau. La face était moins pâle que chez le premier malade ; la pupille était dilatée et immobile, et la bouche remplie d'écume blan- che ; la respiration était convulsive; les mouvemens du cœur désordonnés et la peau froide. On lui fit respirer du chlore (gaz muriatîque oxigéné), ce qui parut le saisir vi- vement. On pratiqua une saignée au bras, et on eut beau- coup de peine à arrêter le sang. Les mouvemens et les vo- ciférations du malade étaient tels qu'il fallut l'attacher. Une heure après, on le mit dans un bain froid : chaque allusion le rendait comme stupide : du reste, l'effet du bain fut le même que chez le premier malade ; le calme qui en résulta fut de peu de durée ; les cris et les contor- sions recommencèrent ; la respiration était laborieuse et 458 DES POISONS SEPTIQUES. entrecoupée; le pouls filiforme, et d'une rapidité qui ne permetlait pas de compter les pulsations. Une heure après, tout le corps devint b.ûlant, quoique couvert de sueur; la face pâlit, l'agitation diminua par degrés, et le malade ex- pira au bout de deux heures, sans avoir recouvré l'usage des sens. h'ouverture du cadavre fut faite quarante heures après la mort : le temps était orageux. La tête et le tronc parais- saient déjà putréfiés; la p«'au était bleuâtre, soulevée par des gaz; le sang contenu dans les cavités splanchniques était noir et fluide. Le cerveau était verdàtre et peu consistant. Les bronches offraient une couleur d'autant plus rouge que l'on se rapprochait davantage de leurs dernières divi- sions. La partie postérieure des poumons était gorgée de sang noir; mais, en général, cet organe était crépitant. L'es- tomac présentait des traces d'une irritation récente, et plu- sieurs marques d'une irritation plus ancienne. Le canal intestinal était verdàtre. Le foie, d'une couleur noire tirant sur le vert, était gorgé de sang Tous les viscères exhalaient une odeur de poisson pourri. La membrane interne de quelques gros vaisseaux était d'un rouge assez vif. Plu- sieurs des personnes qui assistèrent à cette ouverture éprouvèrent des lassitudes, de la stupeur, un état de som- nolence, et des coliques plus ou moins violentes. (Nou- veau Journal de Médecine, Chirurgie, Pharmacie, etc., tom. Ier, avril 1818.) Symptômes de l'empoisonnement par Vacide hydro- sulfurique. Lorsque la maladie est légère, l'individu éprouve du malaise, des envies de vomir, des mouvemens convulsifs de toutes les parties du corps, et principalement des mus- cles de la poiuine et des mâchoires; la peau est froide, la DU GAZ ACIDE HYDRO-SULFURIQUE. 4^9 respiration libre mais irrégulière; le pouls est très-embar- rassé. Si la maladie est plus grave, l'asphyxié est privé de connaissance, de sentiment et de mouvement; le corps est froid, les lèvres et la face violettes; uue écume sanglante s'échappe de la bouche; les yeux sont fermés , sans éclat, la pupille dilatée et immobile, le pouls petit et fréquent, les battemens du cœur désordonnés et tumultueux; la res- piration est courte, difficile et comme convulsive; les mem- bres sont dans le relâchement. A cet état succède quelque- fois une agitation plus ou moins vive. Lorsque la maladie est encore plus grave, les muscles offrent des contractions violentes de peu de durée, mais qui sont remplacées par des mouvemens convulsifs avec courbure du tronc en arrière. Le malade paraît éprouver des douleurs aiguës, et pousse des cris semblables aux mugisremens d'un taureau ; la peau, la respiration , les battemens du cœur, la face, les lèvres, la bouche el la pu- pille sont comme nous l'avons dit page 457. 1010. Les faits cjui précèdent nous portent à conclure , i°. Que le gaz acide hydro-sulfurique et l'eau hydro- sulfurique sont des poisons énergiques pour toii6 les ani- maux; que le gaz est très-actif lorsqu'il est respiré, qu'il l'est moins lorsqu'on l'introduit dans la plèvre ou dans la Veine jugulaire; qu'il l'est encore moins quand il est in- jerté dans le tissu cellulaire, dans l'estomac ou dans les intestins; enfin que son action est moins rapide lorsqu'on l'applique sur la surface de la peau, et, comme feu M. Nys- ten l'a observé dans ce cas, son action est d'autant plus énergique que les animaux sont d'un plus petit volume; en sorte que l'homme peut sans inconvénient se soumettre à l'usage des bains sulfureux, dans lesquels ce gaz se dé- gage, pourvu qu'il n'y reste pas trop long-temps, et que le gaz n'entre pas dan* les poumons. 46û DES POISONS SEPTIQUES. 2°. Qu'il est entièrement absorbé sans éprouver la moin- dre décomposition; que, porté dans le torrent de la circu- lation, il détermine une faiblesse générale, une altération prolongée dans la texture des organes, et principalement dans le système nerveux, et probablement dans la composi- tion du sang. 3°. Que cependant il peut être injecté à petite dose dans le système veineux des animaux sans déterminer de sym- ptôme funeste ; 4®. Qu'il ne tue pas en opérant la distension du cœur pulmonaire, puisqu'il est très-soluble dans le sang ; 5°. Qu'il paraît agir sur l'homme comme sur les ani- maux. Traitement de l'Asphyxie produite par le gaz acide hydro - su Ifu rique. i°. L'exposition du malade au grand air, les aspersions avec l'eau vinaigrée froide, les frictions avec une forte brosse de crin : tels sont les premiers secours à donner aux personnes asphyxiées dans les fosses d'aisance. En parlant de l'asphyxie par la vapeur du charbon, nous avons détaillé comment ces secours devaient être admi- nistrés. 2°. Si l'on peut se procurer du chlore (gaz muriatîque oxigéné ), on promènera sous le nez le flacon qui le contient; mais on ne le laissera pas long-temps, crainte d'ir- riter les poumons. Ce moyen paraît utile surtout lorsqu'on peut y avoii recours promptement. 3°. Si, comme il arrive souvent, le malade a avalé de l'eau contenue dans la fosse, on se hâtera de le faire vo- mir en lui donnant un verre d'huile, ou mieux encore s grains d'émétique ou 24 grains d'ipécacuanha. 4°. Dans le cas où ces moyens seraient insufiîsans et les DES MATIÈRES PUTRÉFIÉES. ^6l battemens du cœur désordonnés ou tumultueux, on prati- querait une saignée au bras, et on laisserait couler une quantité de sang proportionnelle à la force de l'individu. On n'hésiterait pas à le saigner de nouveau quelque temps après , si l'on était persuadé que la première saignée avait produit un effet favorable. 5°. On chercherait à calmer les désordres nerveux, les spasmes . les convulsions , par les bains froids, et par l'u- sage de quelques cuillerées d'une potion anti-spasmodique. Après l'emploi du bain , on placerait le malade dans un lit chaud, et on continuerait à faire des frictions sur l'épine du dos. 6°. Enfin on appliquerait des sinapismes et des vésica- toires aux pieds si, malgré l'usage de ces moyens, l'in- dividu était encore privé de connaissance, de sentiment et de mouvement. Action de quelques matières putréfiées sur Véconomie animale. ; Expérience ire. A huit heures du matin, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d'un chien robuste et de moyenne taille, demi-once de sang de chien pourri. L'animal n'a éprouvé aucun symptôme re- marquable dans le courant de la journée» Le lendemain, à cinq heures du matin, il a vomi après avoir fait plusieurs fois des efforts infructueux ; il était abattu et couché sur le côté; il faisait de temps à autre des inspirations profondes. On l'a relevé; il a marché sans chanceler, mais lentement, et n'a pas tardé à se coucher de nouveau ; l'abattement a été en augmentant, et il est mort à dix heures et demie. On l'a ouvert trois heures après : le membre sur lequel on avait opéré, et tout le côté correspondant jusqu'à la troi- sième côte sternale, étaient très - enflammés et d'un rouge 462 DES POISONS SEPTTQUES. livîde; le canal digestif paraissait sain; les poumons con- tenaient une assez grande quantité de sang noir, fluide; il y avait dans les ventricules du cœur quelques caillots noirâtres. Expérience 11e. La même expérience a été répétée sur un autre chien moins fort, qui est mort dix-huit heures après l'application du sang , et qui a offert les mêmes résultats à l'ouverture du cadavre. Expérience 111e. On a injecté dans le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse de deux gros chiens environ 6 gros de bile de bœuf pourrie. Au bout de quinze heures ces animaux ont fait des efforts de vomissement et ont re- jeté des matières alimentaires ; ils ont poussé des cris plain- tifs et sont tombés dans l'abattement. Six heures après , on les a trouvés morts. Il a été impossible de découvrir la moindre altération dans les organes intérieurs ; tout le côté correspondant au membre sur lequel on avait opéré était en suppuration et d'une couleur rouge clair, tandis que l'autre côté était sain. Expérience ive. Deux chiens ont été opérés de la même manière, et on leur a appliqué sur le tissu cellulaire environ une once d'une portion d'estomac complètement pourri, mais n'ayant subi qu'un ramollissement. Ils n'ont éprouvé aucun accident; l'appétit n'a point été perdu, et la plaie a été guérie au bout de quelques jours. Expérience vc. On a substitué à ces matières une portion d'encéphale tellement pourrie qu'elle était sous la forme de bouillie épaisse. L'animal, qui était robuste , est mort dans l'abattement dix-huit heures après. L'inflammation de la plaie était peu étendue, mais la suppuration était assez abondante. M. le professeur Fodéré range avec raison les alimens corrompus parmi les poisons. «Les vomissemens , dit-il, les renvois punais et la syncope qui se manifestent aussitôt DES MATIÈRES PUTRÉFIÉES. 4^3 que nous avons ces horribles mets dans l'estomac, nous avertissent très-vite des dangers que nous courons et des remèdes qu'il convient d'y apporter.» Il rapporte, en outre, qu'au siège de Mantoue, plusieurs des personnes qui furent obligées de se noun ir de chair de cheval à demi- pourrie eurent la gangrène sèche des extrémités, et le scorbut. ion. Les faits qui précédent ne nous paraissent pas assez nombreux pour affirmer si les divers accidens et la mort occasionnés par les matières putréfiées dépendent de l'irritation locale qu'elles déterminent, ou de leur trans- port dans le torrent de la circulation. Noire dessein est de faire sur ce objet un ouvrage dans lequel nous nous pro- posons d'examiner, i°. quelle est Valtération chimique quéprouvent les fluides animaux après la mort des indi- vidus ; 2°. leur action sur Véconomie animale ou le génie de maladies locales et générales auxquelles ils donnent lieu lorsqu'ils ont été putréfiés ; 3°. les décompositions que les fluides animaux subissent dans certaines maladies du vivant de l'individu (décompositions cjui nous paraissent incontestables, malgré l'opinion des médecins solidistes ), et les affections qu'ils développent par leur contact avec les tissus animés. 464 DES POISONS SEPTIQUES. DES ANIMAUX VENIMEUX. 1012. On donne le nom d'animaux venimeux i°. à ceux qui renferment un réservoir à venin et dont la morsure, même légère, fait naître des symptômes graves suivis quel- quefois de la mort ; 2°. à ceux dans lesquels on n'a point découvert ce réservoir, et qui occasionnent les accidens les plus terribles après qu'on les a mangés ; 3°. à ceux dont les liquides ont été tellement pervertis par des maladies antécé- dentes , que leur contact détermine des effets aussi funestes. On a aussi qualifié du nom de venimeux des animaux, dans l'état de santé, qui ne contiennent aucun réservoir à venin, et dont la piqûre occasionne les symptômes que déterminerait un corps aigu quelconque. Nous allons nous entretenir successivement de ces différentes sec- tions. Des Animaux 'venimeux dont la morsure ou la piqûre est accompagnée d'accidens plus ou moins graves (i). De la Vipère ( Vipera berus, coluber berus, anguis cinerea, macula dorsi fusca , longitudinali, dentata, Lin- nœus ). ioi3. Le genre vipère1, tel qu'il a été adopté par La- treille et Daudin , comprend tous les serpens dont la tête est triangulaire, aplatie,, large postérieurement, terminée en forme de museau, à bords saillans, et qui ont des cro- chets à venin. (i) Ces animaux pourraient êlre sous-divisés en deux sec- DES VIP i n E s. 4C-"» Caractères spécifiques. Sa longueur est, pour l'ordi- naire, de deux pieds, quelquefois, mais rarement, de vingt-huit à trente pouces; sa grosseur est d'environ un pouce ; sa couleur varie du gris cendré ou verdàtre au gris le plus foncé; elle est toujours plus intense sur le dos que sur les flancs, où elle est constamment parsemée de taches brunes symétriquement'espacées. Elle offre sur le dos une bande noire dentelée en zig-zag, qui s'étend de- puis la nuque jusqu'à l'extrémité de la queue : cette bande est quelquefois interrompue; mais le plus souvent elle est continue ou entière. Le ventre et le dessous de la queue sont garnis de plaques transversales, d'une couleur d'a- cier poli; le nombre de ces plaques est ordinairement de cent quarante-six sous le ventre, où elles sont simples; et de trente-neuf sous la queue, où elles s&tt plus petites et doubles, ou disposées sur deux rangs. La tète de la vipère est plus large postérieurement, plus plate et moins longue que celle des couleuvres; le bout du museau est comme tronqué, et forme un rebord caillant, retroussé comme le boutoir des cochons, recouvert d'écaillés plus larges que celle du dos, tachetées de blanc et de noir. Sur le sommet de la tête, on voit deux lignes noires qui vont en s'écar- tant d'avant en arrière , de manière à représenter la lettre V : ces lignes sont séparées par une tache brune en forme de fer de lance. La queue, plus courte que celle des couleu- vres, est un peu obtuse, et plus grosse dans les mâles que chez les femelles. Les yeux sont vifs, étincelans; son re- lions, i°. ceux qui laucent un liquide venimeux contenu dans un réservoir quelconque, comme les vipères, les crotales ; 2°. ceux qui sont dépourvus de ce liquide , et qui n'agissent que mécaniquement. L'analomie comparée ne nous a pas encore éclairés assez sur cet objet pour que nous fassions usage de cette division. 4b6 DES POISONS SEPTIQUE5. gard est audacieux, surtout lorsqu'elle est irritée. Sa lan- gue est grise et bifurquée, et lorsqu'elle est animée, elle l'agite avec impétuosité, en sorte qu'elle paraît comme un dard enflammé. Ces caractères sont plus que suffisans pour distinguer la vipère des couleuvres et de l'orvet. Les principales variétés de la vipère commune sont : i°. celle dont la bande en zig-zag est formée de taches ai- rondies sur le dos et de taches transversales sur la queue ; a°. la vipère commune roussâtre, ayant le cou très-mince et la tête bigarrée; 3°. la vipère commune, avec une tache blanche entourée d'un trait arqué brun sur l'occiput ; 4°. celle qui offre sur le sommet de la tête une tache di- visée en plusieurs parties ; 5°. la vipère - aspic, dont la bande anguleuse et noire du dos est souvent interrom- pue par la cou^ur brune ou rousse du fond, avec les taches des flancs plus marquées. La vipère commune ne se trouve qu'en Europe. On la rencontre en Italie, en Espagne, en Allemagne, dans les environs de Paris et de Fontainebleau, etc. io i4' La vipère renferme le venin dans une vésicule si- tuée aux deux côtés de la tête, au - dessous du muscle de la mâchoire supérieure; celle-ci présente deux dents mo- biles, très-aiguës vers la pointe, cannelées suivant leur longueur. Lorsque l'animal veut mordre, il presse la vési- cule au moyen du muscle; le venin sort, arrive à la base de la dent, traverse la gaîne qui l'enveloppe, et entre dans sa cavité par un trou qui se trouve à cette base : alors il coule le long de la rainure des dents, et sort par le trou qui est près de leur pointe pour pénétrer dans la blessure. Propriétés physiques et chimiques du Venin de la Vipère. ioi5. Il n'est ni acide ni alcalin, car il ne rougit point la teinture de tournesol, et il ne verdit point le sirop de vio- DES VIPÈRES. 4^5 lette. Il n'est ni acre ni brûlant ; il ne produit sur la lan- gue qu'une sensation analogue à celle de la graisse fraî- che des animaux ; il a une légère odeur semblable à celle de la graisse de vipère, mais beaucoup moins nauséabonde; il ne fait pas effervescence avec les acides; mis dans l'eau, il en occupe le fond; si on le mêle à ce liquide, il le trou- ble et le blanchit légèrement» Il ne brûle pas lorsqu'on l'expose à la flamme d'une chandelle ou sur des charbons ardens. Lorsqu'il est frais, il est un peu visqueux ; et lors- qu'il est desséché, il s'attache comme de la poix. Il paraît être de nature gommeuse. Action du Venin de la Vipère sur Véconomie animale* 1016. Le célèbre Fontana, qui a fait près de six mille expériences sur la morsure et le venin de la vipère, a cru pouvoir établir les faits suivans : i°. Le venin delà vipère n'est pas un poison pour tous les animaux ; les sangsues ne périssent pas , lors même qu'on l'introduit dans leurs blessures; la même chose a lieu pour les limaces, Y escargot,Y aspic, la couleuvre et les orvets; les anguilles, la vipère elle-même, les petits lézards, et tous les animaux à sang chaud en meurent; la mort n'arrive que très-difficilement chez la tortue, quelle que soit la partie qui ait été mordue. 20. Le venin de la vipère n'est constamment mortel que pour de très-petits animaux; il est d'autant plus dangereux pour les gros, que la vipère a une plus grande quantité de venin en réserve; qu'elle mord plus souvent et en plus d'endroits différens, et probablement que le temps est plus chaud. Un centième de grain de venin introduit dans un muscle suffit pour tuer un moineau. Il en faut six fois. davantage pour faire périr un pigeon ; et en ayant égard à la grandeur et au poids, Fontana calcule qu'il en faudi ait 468 UES POISONS SEPTIQUES. environ trois grains pour tuer un homme, et douze pour faire mourir un bœuf. Or, comme une vipère n'offre dans ses vésicules qu'environ det.x grains de venin , qu elle n e- puisc même qu'après plusieuis morsures, il résulte que l'homme peut recevoir la morsure de cinq à six vipères sans en mourir (i). 3°. Le venin de deux vipères, injecté dans la veine ju- gulaire de plusieurs gros lapins, détermine la mort en moins de deux minutes, au milieu de cris et de fortes convulsions. Le sang des ventricules du cœur est coagulé. Fontana ajoute encore que les intestins, le ventricule, le mésen- tère el les muscles du bas-ventre sont enflammés. 4°. Le venin delà vipère, appliqué par morsure, produit les symptômes suivans : sentiment de douleur aiguë dans la partie blessée, qui se répand dans tout le membre et même jusqu'aux organes internes , avec tuméfaction, et rougeur qui passe ensuite au livide et gagne peu à peu les parties voisines; syncopes considérables, pouls fréquent, petit, concentré, irrégulier; dilliculté de respirer, sueurs froides et abondantes, trouble de la vision et des facultés intellectuelles, soulèvement d'estomac, vomissemens bi- lieux et convulsifs , suivis presque toujours d'une jaunisse (i) M. Bosc rapporte un fait curieux dont il a été témoin pendant son séjour en Amérique. « Deux chevaux furent mor- dus dans une enceinte, le même jour, par une vipère noire, l'un à la jambe de derrière et l'autre à Ja langue : ce dernier mourut, en moins d'une heure, et l'autre en fut quitte pour une enflure de quelques jours et une faiblesse de quelques semaines. La perte du premier fut causée par une vive inflammation, qui avait fermé la gîolte et causé l'asphyxie. La morsure de la vi- père ne serait-elie pas beaucoup plus dangereuse et même mor- telle lorsque les parties mordues sont peu éloignées du cœur ? » [Diccionn. d'Hist. nat., article Vipère.) DES VIPÈRES. 4^9 universelle; quelquefois douleurs dans la région ombili- cale. Le sang qui s'écoule d'abord par la plaie e>t souvent noirâtre; quelque temps après il en sort de la sanie, et la gangrène se déclare lorsque la maladie doit se terminer par la mort. Les climats, les saisons, le tempérament, etc., influent singulièrement sur Ja nature et la marche plus ou moins rapide des symptômes occasionnés pa* la morsure de ces animaux. Les accidens sont beaucoup plus à re- douter dans l'Amérique méridionale, et pendant l'été, qu'en Europe, comme M. Bosc l'a observé. Chez les personnes faibles, timides, dont l'estomac est plein , les symptômes se manifestent avec beaucoup plus de rapidité et sont plus graves que chez les individus robustes et difficiles à ef- frayer. 5°. Le venin de la vipère, appliqué sur la peau légère- ment écorchée des chapons d'Inde et des lapins, n'est pas mortel. 6°. 11 ne produit qu'une légère maladie de la peau chez les cochons d'Inde, et une maladie un peu plus grave chez les lapins. 70. Celte maladie est circonscrite dans la partie de la peau qui a été touchée par le venin. 8°. Lorsque la vipère mord, dans toute son étendue, la peau de ces animaux, ils périssent en peu de temps. 90. Le venin paraît ne pas être mortel s'il ne pénètre que dans le tissu cellulaire. io°. Il est tout-à-fait innocent s'il est simplement appli- qué sur les fibres musculaires. 110. Les animaux mordus ou blessés par une dent ve- nimeuse de vipère, à la poitrine, au ventre, aux intes- tins et au foie, périssent en un espace de temps plus ou moins court. 120. On observe le contraire si le venin est appliqué gur les oreilles, le péricràne, le périoste, la dure-mère, 4j0 DES POISONS SEPTIQUES. le cerveau, la moelle des os, la cornée transparente, la langue, les lèvres, le palais et l'estomac; il arrive même assez souvent que plusieurs animaux soumis à ces expé-* riences n'offrent aucun phénomène sensible. i3°. Le venin de la vipère, appliqué sur les nerfs, ne produit aucun effet, el il n'accélère point la mort de l'ani- mal; il est aussi innocent pour les nerfs que Peau pure ou la simple gomme arabique, i4°. Il ne produit aucun changement sensible sur les parties qui viennent d'être détachées d'un animal, et qui, par conséquent, palpitent encore. i5°. L'action de ce venin n'est pas instantanée; il faut un certain temps avant que les effets deviennent sensibles soit dans la partie mordue, soit dans les autres organes: ee temps varie dans les divers animaux selon leur consti- tution, leur grosseur, etc. D'après Fontana, on peut l'é- valuer, pour un certain nombre d'animaux, de quinze à vingt secondes. i6°. Les accidens quMl développe dépendent de son ab-* sorption, de son transport dans le torrent de la circulation, et de l'action qu'il exerce suf le sang, qu'il coagule en partie, et sur l'irritabilité nerveuse, qu'il détruit en por-» tant dans les fluides un principe de putréfaction. 170. Il conserve encore son énergie dans une tête de vi-» père qui a été coupée depuis long-temps, ou simplement lorsqu'on l'a laissé dans la cavité de la dent qui a été séparée de l'alvéole. Des animaux sont morts pour avoir été piqués par la dent seule. Desséché depuis plusieurs mois dans un endroit découvert, il perd sa propriété, et ne laisse aucune impression sur la langue. 18P. Les animaux meurent plus promptement s'ils sont mordus un égal nombre de fois dans deux parties, que s'ils ne le sont que dans une seule. 19°. La partie qui a reçu seule autant de morsures qu« »ES VIPERES. 47* les autres ensemble est sujette à une maladie externe beau- coup plus considérable. 1017. Nous pouvons ajouter à ces observations les résul- tats des travaux de M. Paulet et du professeur Mangili- Le premier de ces auteurs établit, dans un mémoire qui a pour titre : Observations sur la Vipère de Fontainebleau , pu- bliées en 18o5, que la morsure de ce reptile, qui est égale- ment le vipera berus, peut devenir mortelle pour l'homme, malgré l'assertion de Fontana. i°. Le venin qu'elle renferme , inoculé par une plaie ou par la piqûre qu'elle fait, est, en général, mortel peur les hommes et pour les animaux, principalement pour ceux qui sont faibles et susceptibles de s'effrayer facilement. Un enfant âgé de sept ans et demi fut mordu au-dessous de la malléole interne du pied droit, et mourut dix-sept heures après. Un autre enfant de deux ans expira trois jours après avoir été mordu à la joue. Un cheval, affaibli par des ma- ladies précédentes, périt également d'une morsure à la joue, au bout de dix-huit heures. 20. Les symptômes les plus ordinaires de l'action de ce venin sont : une tumeur ferme d'abord et pâle, ensuite rougeâtre, prenant un caractère gangreneux, et faisant des progrès plus ou moins rapides du côté du cœur; cette tu- meur est bientôt suivie de syncope, de vomissemens, de mouvemens convulsifs et de la mort : l'intensiié de ces symptômes est en raison inverse de la grandeur de l'animal piqué, ©u de l'éloignement de la plaie au cœur, et de la lenteur des pulsations des artères. Voici une observation de morsure par cette vipère. Laurino, grenadier de la garde impériale, est vivement mordu à la deuxième phalange du doigt index de la main gauche. Il éprouve à l'instant une douleur excessivement vive; la partie mordue s'enfle presque immédiatement après. On fait une forte ligature au haut de la premier 4;1 *> KS ROIS ON S SEPT IQ TES. phalange, près de son articulation avec le métacarpe. La partie inférieure se tuméfie considérablement. M. Paulet, qui voit ce grenadier une heure après, trouve la peau du doièt mordu dans un état de tension extrême, et plus pâle que celle des environs. Il fait huit ou dix scarifications sur toute l'étendue du doigt tuméfié. Le malade, qui n'a- vait éprouvé ni syncopes, ni vomissemens, ni d'aulres douleurs que celle cpi'avait produite la morsure, eut une fai- blessesemblable à celle qu'aurait pu causeï une forte saignée. La partiedéliée fut dégorgée entièrement. On lui Gt prendre un gros de thériaque dans un verre de vin , et la partie fut pansée avec des compresses d'eau-de-vie camphrée. On lui administra Vinfusum de fleurs de tilleul. Le lendemain, la partie mordue était en bon état; mais quelqu'un y fit appliquer de l'alcali volatil, qui détermina une vive dou- leur et une tuméfaction qui se communiqua de la main jus- qu'au haut du bras : on revint aux compresses imbibées d'eau-de-vie camphrée; la sueur ne tarda pas à s'établir, et le malade fut entièrement guéri au bout de dix-sept jours. 1018. Le professeur Mangili a entrepris dans ces der- niers temps une série d'expériences pour déterminer , i° si le venin de la vipère, introduit dans l'estomac, pouvait occasionner la mort comme Fontana l'avait avancé ; ?°. s'il ne jouissait plus de propriétés vénéneuses après avoir été desséché et conservé pendant neuf mois, ainsi que l'avait annoncé ce même auteur. Il résulte de ses travaux que l'une et l'autre de ces assertions sot.* erronées, comme on peut le juger parles faits suivans ; i°. On fit avaler à un petit merle le venin fluide de trois vipères; un autre prit le venin de quatre de ces animaux- on introduisit dans l'estomac d'un troisième le venin de cinq vipères , et dans celui d'un quatrième, le venin de six de ces animaux. Ils parurent d'abord plongés pendant quel- que temps dans un élat de stupeur et d'inertie; mais une DES VIPÈRES. 4?3 heure s'était à peine écoulée qu'ils se montrèrent, comme auparavant, vivaces et pleins d'appétit. 2°. Un des assislans avala tout le venin qui put être extrait de quatre grosses vipères, et n'en fut nullement affecté. 3°. Un corbeau , qui élait à jeun depuis douze heures , prit sans aucun inconvénient le venin de seize vipères. 4°. Quatre petits morceaux de mie de pain trempés dans le venin lancé par sept grosses vipères , furent donnés à un pigeon , qui d'abord parut abattu, mais qui redevint bien- tôt tout ausri bien portant qu'auparavant. 5°. Un autre pigeon avala, avec les précautions con- venables , tout le venin que purent fournir dix vipères très - grosses, sans offrir la moindre trace d'empoisonne- ment. 6°. Quelques jours après , on introduisit dans une des pattes de deux pigeons, un petit fragment de venin bien sec, recueilli et conservé depuis quatorze mois dans un petit vase de verre bien fermé. L'un et l'autre donnèrent bientôt des signes manifestes d'empoisonnement, et succombèrent au bout de deux heures environ. 7°. Du venin conservé avec soin pendant dîx-huitmois, pendant vingt-deux mois , et même pendantvingt-six mois, fut introduit dans la patte de plusieurs pigeons , et tous moururent empoisonnés au bout d'une demi-heure ou d'une heure. (Giornale di Fisica, Chimie a, etc., vol. ix, pag. 4^8; et Annales de Chimie et de Physique , Fé- vrier, 1817.) 4?4 DES POISONS SEPTIQUE*. De la Vipère naja (Coluber naja de Linnée, Ghinta nagoa. des Indiens, Cobra de Capello) (i). Expérience ire. Dans le mois de juin 1787 , un chien fut mordu à la partie interne de la cuisse par le corhboo nagoo (variété de cette espèce de serpent). L'animal poussa aussitôt des cris très-plaintifs; il se coucha deux ou trois minutes après , et continua à se plaindre et à aboyer. Au bout de vingt minutes, il se leva ; mais il se soutenait avec la plus grande difficulté et ne pouvait pas marcher; son organisation paraissait profondément atteinte : il ne tarda pas à se coucher de nouveau, fut agité, quelques instans après, de mouvemens convulsifs, et mourut vingt-sept mi- nutes et demie après avoir été mordu. Expérience 11e. Dans le mois de juillet de la même an- née, un gros chîen robuste fut mordu à la partie interne de la cuisse par une autre variété de la vipère naja. Deux minutes après, la cuisse était tirée en haut, symptôme qui prouve, en général, que l'animal est sous l'influence du poi- son. Il continua cependant à marcher pendant une heure en s'appuyant sur ses trois autres membres, sans mani- fester d'autre symptôme : alors il s'étendit par terre, parut très-inquiet, eut une selle, mais ne poussa point de cris. Peu de temps après, il fut agité de mouvemens convulsifs violens à la tête et à la gorge ; ses extrémités postérieures se paralysèrent, et il faisait des efforts infructueux pour se relever. Cet état dura jusqu'au moment de la mort, qui eut lieu deux heures après la morsure. (1) Tout ce que nous allons dire de ce serpent et des quatre qui suivent, est extrait de l'admirable ouvrage de liussel inti- tulé : An acconnt ofindian Serpents collected on the coasS of Coromandel, by Patrick Russel. London, 1796, 2 vol» iu*fol. BES VIPÈRES. * 47^ Expérience 111e. Immédiatement après on fit mordre par le même reptile, et à-peu*près sur le même point , une chienne noire. Voyant qu'elle n'offrait aucun symptôme remarquable au bout d'une heure et demie, on la fit mordre sur l'autre cuisse par un cobra qui n'avait point mordu de- puis plusieurs jours. La piqûre fut faite avec fureur : no- nobstant cela aucun symptôme ne s'était manifesté deux heures après. Pendant l'heure qui suivit, l'animal fut en proie à tous les accidens précédemment rapportés ; il mou- rut cinq heures après la seconde morsure. Expérience ive. Le 20 juillet de la même année , un gros chien robuste fut mordu au même endroit par le scinta nagoo, variété de la vipère naja. Bientôt après, il fut sous l'influence du venin, et au bout d'une demi-heure, il était assez mal. Les symptômes acquirent plus d'intensité pen- dant la deuxième heure ; la respiration était laborieuse, sur- tout lorsqu'il était couché sur le côté. Tout-à-coup il se leva et poussa des cris horribles ; il offrait un tremblement général. Peu de temps après, il tomba dans la stupeur. Cet état dura environ une heure. Quatre heures après la morsure, il paraissait rétabli. Expérience ve. Le même reptile, après avoir mordu un autre chien, piqua un poulet à la cuisse, que l'onavait préa- lablement frottée avec de l'huile. Au bout d'un quart d'heure, l'animal commença à être abattu, et ne se mouvait qu'avec difficulté. Ces symptômes augmentèrent, et il expira une heure vingt minutes après la morsure. Il n'eut point de con- vulsions. Un autre poulet fut mordu sans que l'on eût appliqué de l'huile. Voyant, au bout de quatre heures, qu'il n'of- frait aucun symptôme remarquable, on le fit mordre une seconde fois. 11 survécut deux heures à la blessure, et mourut aussi sans convulsions. On ne tarda pas à se con- vaincre, par plusieurs autres expériences , que l'application l\~(S I)E§ POISONS SEPTIQUES. de l'huile sur la partie mordue n'empêchait pas les effets du venin. Expérience vic. Dans le mois de novembre , un gros chien fut mordu à la cuisse par le maie nagoo , variété de la vipère naja. L'animal éprouva les symptômes décrits ci- dessus, et expira cinquante-six minutes après. Un cliien très-fort, mordu à deux reprises par le même reptile, se coucha sur le côlé, éprouva un tremblement dans les muscles de la cuisse, et fut parfaitement rétabli au bout de huit heures. La morsure de Yarege nagoo, autre variété de cette es- pèce , développa les mêmes symptômes sur un chien ro- buste, qui périt trois heures après. Expérience vnc. Un chien très-fort fut morduà la cuisse par un cobra de Capello, qui avait perdu les deux dents les plus longues. Immédiatement après, l'animal se plaignit beaucoup ; cependant la cuisse n'était pas tirée en haut, et il n'y avait aucun symptôme apparent un quart d'heure après. Dans ce moment il s'échappa, fît une longue course, et on ne put l'amener qu'au bout d'une heure et demie: il était très-fatigué et très-échauffé : il refusa de l'eau un quart d'heure après; mais il mangea du pain trempé dans ce li- quide. Au bout de quinze minutes , il vomit, aboya , et parut inquiet. Les vomissemens se renouvelèrent au bout de dix minutes, et l'animal devint furieux ; il se déballait pour s'échapper, cherchait à briser îe poteau auquel il était attaché, et aboyait continuellement. U se coucha après le second vomissement, et paraissait éprouver une grande agi- tation dans le ventre et dans l'estomac ; les muscles de la face étaient agités de mouvemens convulsifs ; ses extrémités n'étaient point paralysées, et il pouvait marcher. Vers la fin de la troisième heure, il était tellement furieux, qu'il fallut lui lier les pattes. Depuis ce moment, l'agitation et les hurlemens diminuèrent; mais les mouvemens convul- sifs augmentèrent dans la face. Cet état dura à-peu-près UES VIPÈRES. 4" 7 une heure, et il expira; La partie mordue était presque noire dans l'étendue d'environ un écu de trois livres. Celte expérience offre deux phénomènes remarquables* savoir: la non apparition des symptômes locaux avant la course, et le retard dans l'apparition de ces symptômes qui ne se manifestèrent que deux heures après la morsure. Expérience vme. Plusieurs poulels furent mordus par le cobra de Capello. On mit de l'huile de vitriol ( acide suliurique ) sur la blessure : ils périrent beaucoup plus vite que ceux qui avaient élé mordus en même temps, et sur la blessure desquels on n'avait point appliqué ce caus- tique. Expérience ixe. Un cochon fut mordu à la partie in- terne de la cuisse par un cobra de Capello que l'on tenait enfermé depuis six semaines, et auquel on n'avait donné que du lait tous les sept jours. 11 n'y eut point d'effet sen- sible pendant les dix premières minutes : alors l'animal se coucha et parut affecté; il ne poussait aucune plainte. Dix minutes après, sa respiration élait laborieuse, et il se te- nait couché sur le côté. Il resta dans cette position pendant un quart d'heure : alors il fut saisi de convulsions, et il ex- pira environ une heure après avoir été mordu. Expérience xc'. Un cobra de Capello, connu à Ganîam sous le nom de satanag, mordit une aulre variété de cobra qui ne parut ressentir aucun effet de cette morsure : à la vérité, on n'apercevait point la marque des dents. Le coodum nagoo fît une morsure au ventre d'un autre reptile connu sous le nom de coultiab. La blessure saigna, et il n'y eut pas d'autre phénomène apparent. Le tarlutta, mordu immédiatement après par le même reptile, au même endroit, périt au bout de deux heures. , Expérience xi''. Plusieurs poulets et plusieurs pigeons furent mordus impunément par le cobra de Capello, au- quel on avait enlevé les dents; mais lorsqu'on se procura 47^ DE5 POISONS SFPTIQÙESj le poison de ce reptile, et qu'on l'appliqua sur ces même* poulets, soit par incision, soit par piqûre, ils périrent après avoir éprouvé tous les symptômes de l'empoisonne- ment. Expérience xne. On fit une incision à la partie interne de la cuisse d'un chien ; on introduisit dans la plaie , à l'aide du tranchant d'un scalpel et d'un peu de charpie j une cer- taine quantité du venin du cobra de Capello: l'animal fut assujetti de manière à ne pas pouvoir lécher la plaie. Il ne parut pas en ressentir d'effet marqué; mais comme il perdit beaucoup de sang par la blessure, on pouvait présumer que l'expérience n'avait pas été bien faite. Expérience xme. On fit plusieurs plaies à la partie in- terne de la cuisse d'un fort chien, et on appliqua sur cha- cune d'elles du venin frais du comboo nagoo, variété de cette espèce ; l'autre cuisse fut piquée à plusieurs reprises par des épingles envenimées avec le même poison. Ces pi- qûres étaient profondes et pénétraient les muscles. Il ne se développa aucun symptôme. La même expérience fut répétée avec ce venin épaissi à l'air. Elle fournit des,résultats analogues. Expérience xive. On appliqua plusieurs fois du même venin sur la cuisse de quelques poulets, soit en pratiquant des incisions , soit en les piquant. Il n'en résulta aucun symptôme fâcheux, tandis que ces animaux périrent en peu de minutes lorsqu'on les fit mordre parle serpent. Un pi- geon périt sept heures après avoir été piqué aux muscles de la cuisse par une lancette envenimée. OBSERVATIONS. i°. Dans le mois de janvier 1788, une femme du Ma- labar fut mordue au bas de la jambe par un cobra de Ca- pello. M. Duffin la vit dix heures après. Elle avait perdu DES VIPÈRES. 4 79 la faculté de voir et de sentir; la déglutition était telle- ment difficile, qu'il aurait été impossible d'introduire la moindre chose dans l'estomac; il n'y avait point de spasme dans les autres parties du corps; mais depuis l'accident,tous les systèmes avaient été plongés dans un état de torpeur qui allait en augmentant. On parvint à lui faire avaler avec peine une pilule de Tanjore {voyez, pour la composition de ces pilules, article Traitement) ; on agrandit la plaie, et on y appliqua de l'onguent mercuriel. Trois heures après, on administra une seconde pilule qui, comme la pre- mière, ne produisît aucun effet; enfin on en donna une troisième quelques heures après, qui détermina des éva- cuations alvines et une légère moiteur à la peau. Dix-huit heures après la morsure, la malade recouvra le sentiment et la faculté de voir et d'avaler. Pendant les trois jours qui l suivirent, on donna une pilule tous les matins, qui oc- casionna des nausées et augmenta la transpiration. La ma- lade resta faible pendant huit ou dix jours , et se rétablit ensuite. 20. Un Indien fut mordu à la cheville du pied par un gros cobra de Capello. Au bout d'un quart d'heure , ses mâchoires étaient serrées l'une contre l'autre, et il parais- sait mort; la partie mordue offrait quatre piqûres très- larges sur lesquelles on appliqua de l'eau de Luce. Aus- sitôt l'individu donna des signes de sensibilité et tira le membre en haut. On fit chauffer deux bouteilles de vin de Madère qu'on le força à avaler en séparant les mâchoires et en introduisant un entonnoir dans la bouche. Presque tout le liquide était dans l'estomac. Une demi-heure après, on continua à appliquer extérieurement de Veau de Luce pendant trois heures. L'individu était tellement insensible qu'on l'aurait cru mort s'il n'eût pas respiré de temps en lemps. Cet état dura quarante heures, après lesquelles il parut recouvrer le sentiment. Ce ne fut que douze heures 480 UES POISONS SEPTIQ1-ES. après qu'il commença à parler, et il resta quelques jours faible et langoureux. Le vin de Madère parait avoir élé ici , comme dans beaucoup d'autres circonstances analogues, un remède héroïque, à moins qu'on n'attribue la guérison de la maladie à l'eau de Luce (Eussel). 3°. Au commencement du mois de juin 1788, après le coucher du soleil, un homme de quarante ans fut mordu à la partie charnue qui se trouve entre le pouce et l'index par un cobra de Capello. Il éprouva sur-le-champ une vive douleur aiguë dans la partie mordue , qui s'étendit bientôt jusqu'au haut du bras; il eut des nausées, mais ne vomit pas. En moins d'une heure, la main et le poignet furent considérablement enflés, l'épaule du même côté était dou- loureuse, la tête pesante, et il avait beaucoup de tendance à l'assoupissement, en sorte qu'il passa plusieurs heures sans pouvoir juger son état; mais on apprit que tantôt il était très-inquiet sans se plaindre, tantôt il souffrait et re- tombait dans l'assoupissement. Les symptômes augmen- tèrent d'intensité vers minuit; il eut des mouvemens con- vulsifVà la gorge; sa respiration devint pénible; il ne pou- vait plus parler ni voir, quoique ses yeux fussent ouverts. On avait appliqué sur le bras un cataplasme composé de plusieurs herbes, et donné intérieurement un antidote se- cret. A deux heures du matin il allait beaucoup mieux ; il avait recouvré l'usage des sens ; son bras était excessive- ment tuméfié. Dans le courant de la journée, les symptômes avaient singulièrement diminué. On lui fit prendre quel- ques doses de quinquina : le dos et la paume de la main ainsi que le poignet furent gangrenés ; les tendons étaient à nu, et il en résulta un large ulcère qui fut guéri par les remèdes ordinaires. Le malade avait recouvré la santé dix jours après; mais il ne put se servir de la main qu'au bout de plusieurs mois. i) y. s vipères* 481 De la Vipère élégante de Daudin (Coluber russelianus, Katuka rekula poda des Indiens). Expérience irc. Le 17 octobre 1787, un poulet fut mordu à l'aile parce reptile. Il eut sur-le-champ des convul- sions , et il expira trente-huit secondes après. L'ouverture du cadavre ne fit voir aucune altération. Expérience 11e, Immédialement après , on fit mordre parle même animal la cuisse d'un chien robuste. Cinq mi- nutes s'étaient à peine écoulées qu'il parut stupéfié ; le membre élait tiré en haut, et il le remuait souvent comme s'il eût été douloureux. Il resta cependant debout, et man. gea du pain qu'on lui offrit; il eut une selle. Dix mi- nutes après la morsure , la cuisse commença à se paralyser, et elle n'exerçait plus de mouvemens cinq minutes après; l'animal se coucha , poussa des cris horribles , lécha souvent sa blessure, et fil par intervalles de vains efforts pour se relever. Au bout de quatre minutes , il recommença à aboyer et se plaignit souvent; la respiration devint pénible, et les mâchoires étaient fortement serrées l'une contre l'autre : il éprouva alors alternativement les symptômes de l'agonie et de la stupeur, et mourut vingt-six minutes après l'opération. Ouverture du cadavre. Il s'écoula du sang de la bouche et du nez. Les parties voisines de i'eudroitmordu étaient très-enflammées. Expérience m''. La partie interne delà cuisse antérieure d'un lapin fut dépouillée de la peau et mordue par le même reptile (qui avait déjà mordu quatre autres animaux). Sur- le-champ la cuisse fut tirée en haut; cependant l'animal chercha à marcher. Trente-cinq minutes après, il eut des convulsions, perdit la faculté de se tenir debout, et fut af- fecté , par intervalles, d'un tremblement universel. Il mou- rut une heure après la morsure. 11. 3ï 4S2 DES POISONS SEPX1QIES. Le même reptile mordit le même jour, pour la sixième fois, un poulet, qui périt au bout de six minutes. Expérience ive. Le i3 mars 1788, un gros chien fut mordu par un rehula poda qui était enfermé depuis douze jours sans manger. Une des dents toucha accidentellement le scrotum et en tira du sang ; l'autre fut légèrement ap- pliquée sur la cuisse. Il ne se manifesta aucun symptôme pendant la première heure : alors le scrotum et " les parties génitales se tuméfièrent considérablement ; mais la cuisse n'était pas tirée en haut. Durant la troisième heure , l'a- nimal fut plongé dans un état comateux; il ne pouvait pas se tenir sur les pattes , et le membre blessé était paralysé. Les symptômes acquirent de l'intensité; l'animal était cou- ché r dans un état de grande insensibilité; sa respiration était pénible; mais il ne poussait aucun cri. Huit heures après, il respirait avec la plus grande difficulté. Cet état de langueur dura encore deux heures , après lesquelles il mourut sans convulsions. Les parties blessées étaient con- sidérablement enflées. Expérience ve. Un cheval fut mordu sur les parties la- térales du nez par un katuka rekula. La morsure du côté droit était plus profonde que celle du côté gauche. Au bout d'un quart d'heure la partie droite était légèrement tuméfiée et décolorée ; il s'écoulait des narines une grande quantité de matière fluide. Dix minutes après, la face et la gorge étaient très-enflées. On offrit du foin à l'animal, qui le rejeta par l'impossibilité dans laquelle il était de mâcher et d'avaler. Quarante minutes après la morsure , la lèvre inférieure fut agitée de mouvemens convulsifs qui durèrent jusqu'à la nuit; les yeux étaient chassieux, et le nez continuait à fournir une grande quantité d'humeur. Pendant la deuxième heure , le cheval parut plus affecté ; la tuméfaction augmentait, principalement à la gorge et à la lèvre inférieure ; il refusa les alimens ; mais la respiratiou iii-'s vi père-S. tà$ n'était pas aussi pénible qu'elle aurait semblé devoir l'être par la suppression de l'écoulement qui avait eu lieu parles narines. L'enflure augmenta pendant la nuit. Lelendemain matin, l'animal était dans le même état, sans pouvoir boire ni manger. On appliqua des émolliens qui diminuèrent là tuméfaction, et il put manger le soir. Le troisième jour, le mieux se soutenait, et il était parfaitement rétabli deux jours après; Expérience vie. On fit une incision à la partie interne de la cuisse d'un chien qui avait été impunément mordu, deux heures auparavant , par le katuka rekula poda. On introduisit dans la blessure de la charpie imbibée du ve- nin du même reptile. L'animal n'éprouva aucun phéno- mène remarquable ; la plaie était parfaitement guérie quel- ques jours après : le venin du serpent conservait cepen- dant sa force, puisqu'il détermina i dans Tespace d'une minute et un quart, la mort d'un poulet qu'il avait mordu immédiatement après que l'incision fut faite sur la cuisse du chien. Expérience vne. On introduisit dans les muscles des deux cuisses d'un chien robuste un crochet cannelé j imitant la dent du serpent, et contenant une gouite et demie du venin de deux individus de l'espèce katuka re- kula poda. Le chien parut perdre l'usage des membres; il fut abattu, se plaignit et se coucha : -les environs des bles- sures se tuméfièrent; mais le leudemain il était rétabli. Expérience vme. On appliqua près de l'aîne d'un chien faible de la charpie imbibée du venin d'un de ces reptiles; L'opération fut faite comme lorsqu'on pratique celle du séton. Peu de temps après, les membres furent légèrement affectés ; mais l'animal était parfaitement rétabli au bout de quelques heures. On répéta l'expérience en délayant le venin dans* un peu de rum : les effets furent les mêmes. 4^4 D^s POISONS «EPTIQEES. Expérience r\e. Le poison de ce reptile fut mis en contact avec les cuisses, le cou et la poitrine de plusieurs piulels, tantôt en faisant une incision , tantôt en les pi- quant -, tantôt en appliquant de la charpie imbibée de venin. On en mit aussi en contact avec la poitrine et 1rs cuisses de plusieurs pigeons : aucun de ces animaux n'é- prouva de symptômes fâcheux; mais les poulets périrent quelquefois lorsqu'on piqua à deux ou trois reprises , avec un crochet cannelé contenant du venin frais, les diffé- rentes parties charnues des muscles pectoraux. On s'as- sura , par des expériences réitérées, que la diversité dc«* effets de ce venin ne dépendait point de l'épaississement qu'il éprouvait au contact de l'air. L'auteur de ces expér n'ences avait cru, pendant quelque temps, qu'il ne s'était développé aucun symptôme chez quelques-uns de ces ani- maux , parce qu'ils avaient perdu du sang , et que le poi- son pouvait avoir été expulsé; mais d'autres données le firent renoncer à cette opinion ; eu sotte qu'il ne cherche pas à expliquer la cause de la différence des résultats qu'il a obtenus. Expérience xc. On piqua à plusieurs reprises , avec une lancette imprégnée du même venin, les muscles biceps de plusieurs poulets. Us périrent au bout de trois ou quatre minutes. 1018. Il résulte de ces expériences , i°. Que le venin du katuka rekula poda , qui est ex- cessivement dangereux pour les chiens lorsqu'il est appli- qué par morsure , ne l'est presque pas dans le cas où on l'introduit par une incision ; 2°. Que les poulets et les pigeons, qui meurent cons- tamment après la morsure d'un de ces serpens , survivent quelquefois à l'insertion de leur venin dans une incision , et n'en ressentent même que de très-légers effets ; mais qu'ils peuvent aussi périra la suite de cette application DES VIPÈRES. 4^5 artificielle , sans qu'on puisse, jusqu'à présent, assigner la cause de celte différence. Du Coluber graminœus de Shaw (Rodroo pam des Indiens). Expérience ire. Le i4 octobre 1788, on fit mordre par ce reptile la cuisse d'un poulet : sur-le-champ elle fut tirée en haut et l'animal eut une relie. Deux minutes après il se coucha : on le mit sur les pattes, et il ne put pas se soutenir. Cinq minutes après la morsure, il fut agité de mouvemens qui devinrent très-forts, principalement dans la tête et dans le cou, et auxquels succédèrent, au bout de deux minutes, tous les symptômes de la stupeur. La mort eut lieu huit minutes après le commencement de l'opération. On disséqua la peau qui recouvrait la partie mordue , el on remarqua une ligne noire d'environ un pouce de long qui s'étendait vers l'aine, et qui, ayant été incisée, fournit du sang noirâtre. Expérience ne. Le même jour, un cochon fut mordu à la patte antérieure par ce reptile : les poils n'avaient point été enlevés. Sept minutes après, l'animal était sensible- ment abattu, et il tomba dans la stupeur un quart d'heure après la morsure. Cet état dura jusqu'à la fin de la deuxième heure; l'animal ne pouvait point se relour, et il pous- sait des cris plaintifs lorsqu'on le mettait debout. Les symptômes parurent augmenter pendant la troisième heure; il se plaignait de temps à autre, et ne tardail pas à re- tomber dans la stupeur. Ces accidens commencèrent à di- minuer deux heures après , et l'animal chercha à mar- cher. Il était parfaitement rétabli sept heures après la mor- sure. Expérience me. Un autre poulet fut mordu par le même reptile une demi-heure après la morsure du cochon. Il eut 486 DES TOISONS SEPTÏÇL'ES. de légères convulsions , et mourut au bout de trente-trois minutes. Expérience iyc. Le 20 octobre , on fit mordre un chien à la cuisse par le même reptile. Seize minutes après, il eut un tremblement de tète et des extrémités antérieures, On le mit debout, et il fit quelques pas sans chanceler, Cinq minutes après , le tremblement augmenta, el la cuisse était contractée. Cinquante-cinq minutes après la morsure, le tremblement était général, et l'animal étendait le cou; sa bouche était tournée en haut, et exécutait des mouve- mens de bâillement comme s'il eût fait des efforts pour respirer; mais il ne poussait aucun cri plaintif, Pendant la deuxième heure, il fut couché sur le côlé, dans un état de torpeur; mais il tordait ses membres par inter- valles , et il avait de temps à autre des soubresauts des tendons. Ces symptômes diminuèrent après la troisième heure, et il ne tarda pas à être rétabli. Deux jours après, prî le fit mordre de nouveau aux deux cuisses par le même reptile, qui avait mordu, dans l'intervalle, trois poulets. L'animal éprouva les mêmes symptômes , et fut rétabli au bout de trois heures. On imagina que le venin avait dû perdre de sa force après tant de morsures. Pour s'en as- surer, on fit mordre un poulet, qui ne périt pas, quoiqu'il eût été pendant deux heures sous l'influence du poison. 1019. Ces fj£ts tendraient à prouver que le venin de ce reptile n'est pas aussi délélère que ceux du cobra de Ca- pello. et du katuka rekula poda, 1020, Il existe encore un très-grand nombre d'espèces du même genre vipera, qui sont vénéneuses : nous allons en faire l'énumération. La %npèra chersea de Linnée (sesping de Suède), Elle habite les contrées septentrionales de l'Europe, Linnée rapporte qu'une femme fut mordue par ce reptile , et périt en très-peu de temps. (Amçenit. acad., vol, yi, pag,-21 .p) DES VIPÈRES. 4*>7 La vipère de Rédi ; la vipère noire ( coluber prœster de Linnée ) ; la vipère Cléopâtre ( haje ) , ammodyte, scythe, céraste ; la vipère occellée de Latreille et Daudin • la vi- père lébétine , fer-de-lance, à tête triangulaire, hébraïque, atropos, dipsas , severa, stolata , coralline , atroce (que les Portugais appellent cobra de Capello ) ; la vipère blanche (nivea) , brasilienne , lobéris tigrée, lactée et haemachate. Du Gédi paragoodoo des Indiens (Boa de Russel). Expérience ire. Dans le mois d'août 1788,. un gros chien robuste fut mordu à la cuisse, près de l'aîne , par un de ces serpens, qui y fut tenu pendant plus de vingt se- condes : mais la peau seule paraissait avoir été entamée; il n'y avait à l'endroit de la blessure qu'un peu de sang et un peu de venin. Le cliien poussa des cris au moment de la blessure, mais il marcha librement un instant après. Au bout de dix minutes, il urina ; le membre blessé était un peu tiré en haut; cependant l'animal pouvait se tenir sur ses paltes. Cinq minutes après , il se coucha et aboya ; le mouvement de la cuisse était sensiblement affaibli, quoi- que l'animal pût encore se tenir debout. Vingt-cinq mi- nutes après la piqûre, les extrémités postérieures étaient paralysées. Dans le courant de la deuxième heure, la ma- ladie fit des progrès ; l'animal vomit plus d'une fois, devint plus engourdi, se coucha sur le côté et haleta. Il mourut à la fin de la deuxième heure, et il n'eut presque pas de convulsions. La partie mordue fut examinée quatre heures après : elle élait à peine tuméfiée et décolorée ; ce qui ne s'observe guère dans la morsure des autres reptiles veni- meux. Expérience 11e. Un poulet fut mordu à l'aile par ce serpent. Peu de temps après, il tomba dans la stupeur; 488 DES TOISONS SEP TIQUES. cependant il pouvait marcher et rester debout. Au bout de dix minutes, il lui était impossible de se soutenir. Cinq minutes s'étaient à peine écoulées qu'il se coucha et parais- sait endormi. Pendant quelques minutes , il fit, à plusieurs reprises , de vains efforts pour se relever en portant la tôle tantôt d'un côté, tantôt d'un autre. Peu de temps après , il eut de légères convulsions, et expira demi-heure après avoir élé piqué. La partie blessée n'était pas décolorée ; mais la crête et les côtés de la bouche étaient d'un rouge foncé ; le bec et quelques-uns des doigts offraient une couleur livide. Expérience me. Une petite chienne fut mordue à l'aine par ce reptile. Au bout d'un quart d'heure, on n'avait ob- servé qu'une légère faiblesse dans les membres. Cinquante minutes après, l'animal se coucha sur le côté et parais- sait plus mal; ses extrémités postérieures , principalement celle qui avaît été mordue, étaient paralysées. Une heure après la piqûre , il vomit, eut des convulsions pendant dix minutes et expira. Du Bungarum pamak des Indiens et. Sackeene du Bengal (Boa de Ilussel). Expérience. On fît mordre un poulet par ce reptile. L'animal ne tarda pas à se coucher, eut deux selles, et ne pouvait plus se tenir debout; îl fit des efforts infruc- tueux pour se relever pendant les dix premières minutes , et éprouva un tremblement de tète. Cinq minutes après y il semblait être sur le point d'expirer ; les convulsions ne tardèrent pas à se déclarer, et il mourut vingl-six minutes après la morsure. Il est probable que cet animal serait mort plus tôt si le serpent qui le mordit eût été en pleine. vigueur. DES VIPÈRES. 4^9 OBSERVATIONS. JRussel rapporte encore des observations dans lesquelles" des individus sont morts à la suite de morsures de serpens dont îl n'indique pas le nom. i°. Un homme de cinquante ans fut mordu par un de ces animaux au petit orteil du pied droit. Il ne ressentit d abord qu'une douleur analogue à celle qu'aurait déter- minée une grosse fourmi , et il fut se coucher. Dix-huit heures après, on le trouva presque roide , et il dit que la mort lui paraissait inévitable ; il ne souffrait guère, mais il était stupéfié; il perdit la faculté de voir, et il expira deux heures après. 20. Le même serpent mordit à-peu-près en même temps la partie interne du poignet gauche d'un soldat. Celui-ci éprouva peu de douleur , mais tomba dans l'assoupisse- ment et fut s'endormir. On le réveilla dix-huit heures après; il avait un obscurcissement dans la vue, et on lui conseilla de marcher. En examinant le poignet trois heures après, on aperçut deux petites piqûres à la distance d'un huitième de pouce l'une de l'autre. Deux heures après, il n'y voyait plus , ne pouvait pas se tenir debout, et se plaignait principalement de ce qu'on l'empêchait de dormir. Il fut se coucher , et périt une heure et demie après , sans avoir eu de convulsions. Les cadavres de ces deux indivi- dus commencèrent à se putréfier quatre heures après la mort. Les Indiens appellent ndnnaig paum le serpent qui a produit ces accidens. 3°. Un jeune domestique, intimidé par une circon- stance antécédente, fut mordu par un serpent. Il se plaignit vivement, et fut dans l'impossibilité de rendre raison, quelques instans après , de ce qui lui était arrivé : il expira au bout de dix minutes. 49° DES TOISONS SE r TIQUE S. Voici les conclusions tirées par l'illustre voyageur Pais* sel des faits qui précèdent . i°. Les divers reptiles mentionnés sont tous venimeux, mais à des degrés différens. 2°. Les symptômes qu'ils développent chez les différens animaux sont à-peu-près semblables , paraissent à-peu-près dans le même ordre , mais avec plus ou moins de rapidité : en général, leur invasion a lieu depuis la troisième jusqu'à la dixième minute; rarement elle larde plus d'une demi- heure. 3°. Lorsque le reptile est pris depuis peu, sa morsure est plus délétère que dans le cas où on l'a gardé long- temps ; cependant il ne perd pas entièrement ses qualités vénéneuses, lors même qu'on l'a tenu enfermé sans lui donner de la nourriture. Dans ce cas , s'il n'a plus la force de tuer les quadrupèdes un.peu robuste»', il conserve la faculté de faire périr les poulets, les pigeons, etc., à la vérité, avec moins d'énergie que s'il était récemment pris. 4°. Lorsqu'on fait faire plusieurs morsures au même reptile dans la même journée, la première est la plus délé- tère , toutes choses égales d'ailleurs. 5°. Le poison de ces reptiles ne tue pas toujours les ani- maux ; il y en a même qui se rétablissent après avoir été en proie à des symptômes funestes. En général, le danger qu'ils courent est en raison de l'intensité et de la prompte manifestation de ces symptômes. 6°. Le moment où la mort arrive varie considérablement, Les chiens ne périssent jamais aussi promptement que les oiseaux : cette différence ne paraît pas dépendre de la grosseur des animaux. 7°. Il est beaucoup moins sûr de développer les sym- ptômes d'empoisonnement en appliquant le venin sur une partie incisée , qu'en la faisant mordre par le serpent ; mai*. DES SERPENS A SONNETTES, 49l dans le cas où ils se manifestent, ils sont identiques, et aussi funestes pour les petits animaux. Des Serpens à sonnettes, 102t. Ces serpens forment un genre connu sous le nom de crotalus, dans lequel on a rangé huit espèces , savoir : le crotalus boiquira , le crotale à queue noire , le crotalus durissus, le crotale à losange, le crotalus di'yinas, le cro-> taie sans taches , le crotale camard et le crotale millet. Caractères du genre. La mâchoire supérieure offre un et quelquefois deux énormes crochets, ou dents plus fortes, longues souvent de six lignes et plus, creuses dans la plus giande partie de leur longueur, et renfermées dans Une 6orte de poche ou gaîne membraneuse, d'où elles sortent lorsque l'animal les redresse. C'est là , sous la peau qui recouvre les mâchoires, que sont placées les vésicules du poison. II s'insinue dans le crochet, et sort par une fente longitudinale qu'on voit en dedans , un peu au-dessous do la pointe. Plaques ou bandes transversales dessous le corps et dessous la queue, qui est terminée par une ou plusieurs pièces creuses, mobiles, d'une consistance écaillcuse et sonore. {Bosc. ) On sait combien l'histoire des serpens à sonnettes abonde en récits fabuleux que nous ne croyons pas devoir rap^ peler à nos lecteurs : notre objet n'est point de reproduire ici tout ce qui a été écrit de merveilleux sur l'instinct, les moeurs , et les autres particularités concernant ces rep^ tiles; ces détails sont du ressort de l'histoire naturelle et de la physiologie : nous nous bornerons donc à prouver que la morsure de ces serpens est extrêmement dangereuse, et nous ferons connaître les principaux accidens-qu'elle détermine. 49* DE8 POISONS SEPTIQUE3. OBSERVATION. Thomas Soper, âgé de vingt-six ans, d'une faible cons- titution , fut mordu le 17 octobre, à deux heures et demie , deux fois de suite, à la première phalange du pouce , et deux fois sur le côté de la seconde jointure de l'index, par un serpent à sonnettes de quatre à cinq pieds de long. On lui administra , peu de temps après , une dose de jalap , et on fit appliquer quelques drogues sur les blessures; la main se tuméfia , et le malade, effrayé , entra à l'hôpital Saint-Georges à trois heures. Le poignet de sa chemise avait été défait, et l'enflure s'étendait jusqu'à la moitié de l'avant-bras ; la peau du dos de la main était très-tendue et très douloureuse. A quatre heures, la tuméfaction avait gagné jusqu'au coude , et à quatre heures et demie, la moi- tié du bras était déjà enflée ; la douleur s'étendait jusqu'à l'aisselle. M. Brodie , qui visita d'abord le malade , trouva que la peau était froide ; le pouls battait cent fois par minute ; les réponses étaient incohérentes, et il avait des envies de vomir. On lui administra \o gouttes d'ammo- niaque liquide pure, et 3o gouttes d'éther sulfurique dans une once d'une mixture camphrée ; le malade vomit aus- sitôt cette potion. On appliqua sur les blessures de l'am- moniaque pure , et sur le bras et l'avant-bras des com- presses imbibées avec de l'alcool camphré. A cinq heures , il prit ti gros d'esprit d'ammoniaque composé , 00 goultcs d'éther et une once et demie de mixture camphrée : cette potion ne fut point vomie. A six heures, le pouls était plus fort ; il était très-faible à sept heures et demie ( 3o gouttes d'éther et la même quantité d'ammoniaque dans de Veau). Cette dose fut renouvelée à huit heures et demie. A neuf heures, il sentait qu'il était très-abattu; la peau était froide , le pouls, faible, ne battait que quatre-vingts fois DES S E R P T. V S A S O N N E T T fî S. 49'' par minute. On donna de nouveau jusqu'à 5o goulles des mêmes médicamens, et on les renouvela. A dix heures un quart, la douleur du bras était très-aiguë, le pouls plus fort; mais le malade tombait en défaillance tous les quarts d'heure. Dans cet état, le pouls devenait imperceptible; mais dans les intervalles son esprit n'était pas extrêmement abattu. Il eut deux selles dans la soirée. 'AI. Everard Hotife le vit pour la première fois à onze heures et demie. La main , le poignet, l'avant-bras , le bras , l'épaule et l'ais- selle étaient excessivement tuméfiés ; le bras était presuue froid , et il était impossible d'apercevoir les pulsations dans aucune de ces parties, sans excepter même celles de l'artère axillaire : les blessures du pouce étaient peu ap- parentes; celles de l'index étaient très- visibles ; la peau était très-froide. On chercha à le tranquilliser sur son état, et il dit qu'il espérait re rétablir. Le i 8 , à une heure du matin , il parla d'une manière confuse; ren pouls battait cent fois par minute; h s défaillants étaient fréquentes. Ou administrait le même médicament toutes les heures. A huit heures du matin, son pouls était très-faible et basait cent trente-deux fois par minute ; l'enflure n'avait point gagné le cou; nids il y avait une plénitude Je long du côlé ; le sang était extravasé sous la peau jusqu'à la région lombaire , ce qui donnait au côté droit du dos une cordeur bigarrée ; la toialité du bras et de la main était froide et douloureuse par la pression ; la peau était très- tendue ; il y avait des ampoules à la partie interne du bras , au-dessous de l'aisselle el près du coude ; au-dessus de chaque ampoule , la peau offrait une tache rouge de la grandeur d'un écu de six francs ; elle avait généralement repris sa chaleur; le malade était très-faible et abattu; ses lèvres tremblaient, et les défaillances se reproduisaient à- peu-près comme dans la soirée précédente. La dernière dose du médicament avait été vomie; mais il gardait du j DES POISONS SfePTÎQTJES. viir chaud qu'on lui avait donné à midi. 11 eut des mouvé-* mens convulsifs dans les membres; la peau de tout le bras paraissait livide, analogue à celle des cadavres qui com- mencent à se putréfier; il y avait de la fluctuation au- dessous de la peau de la partie externe du poignet et de l'avant-bras , ce qui détermina à faire une piqûre avec la lancette ; il s*écoula une petite quantité d'un fluide séreux. On continua les mêmes médicamens jusqu'à onze heures du soir ; mais voyant qu'ils étaient souvent vomis , on or- donna 2 grains d'opium toutes les quatre heures. Le pouls était à peine perceptible au poignet ; les défaillances n'é- taient pas moins fréquentes ; les ampoules et les taches avaient augmenté de volume* 19 octobre. A neuf heures du matin, son pouls était à, peine sensible , les extrémités froides , les ampoules plus grandes, et le volume du bras était diminué. Il était as- soupi , ce qui dépendait probablement de l'opium. Il n'a- vait pris pendant la nuit qUe de l'eau-de-vie. A trois heures de l'après-midi, il était plus abattu ; il parlait tout bas ; les ampoules étaient encore plus grandes , les défaillances moins fréquentes ; le volume du bras était diminué, et il avait recouvré le sentiment dans les doigts. A onze heures du soir , son pouls battait cent trente fois par minute et était petit. On suspendit l'opium et on le fit évacuer au moyen d'un lavement. On ordonna en outre pour boisson une mixture camphrée , de l'eau-de-vie et du vin. 20 octobre. Il avait été assoupi par intervalles pendant la nuit; ses facultés intellectuelles étaient dans un meil- leur état et ses extrémités plus chaudes. A neuf heures, il déjeûna avec du café; quelque temps après, il mangea du poisson qu'il vomit. Alors il ne prit par intervalles que de i'eau-de-vieetdu café à la dose d'une demi-once à-la-fois parce qu'il les rejetait lorsqu'on lui en faisait prendre davantage. 49 DES SERPENS A SONNETTES. /{()5 21 octobre. Il dormit de temps à autre pendant la nuit; mais il eut du délire; son pouls battait cent vingt fois par minute; son estomac ne pouvait supporter que l'eau-de- vie et la gelée. Le volume du bras était sensiblement dimi- nué; mais la peau était extrêmement tendue. 22 octobre. Il avait dormi presque toute la nuit; son pouls battait quatre-vingt-dix-huit fois par minute. Il mangea du veau à dîner et prit de l'eau-de-vie; son pouÎ3 devint fort et plein le soir : on substitua du vin à l'eau-de- vie. Le côlé droit du dos élait enflammé et douloureux vers la région lombaire , et il avait une couleur bigarrée à raison du sang extra vase sous la peau. 23 octobre. Le pouls continuait à être plein et le bras très-douloureux, quoique son volume fût diminué : les ampoules avaient crevé , et la peau fut pansée avec de l'on- guent blanc; on procura des évacuations à l'aide d'une boisson. Il prit du veau et du porter à dîner ; on suspendit le vin, Le soir, on lui ordonna une préparation saline avec du vin antimonié. Le lendemain, il n'y avait point de changement. 25 octobre. La fréquence du pouls étail augmentée : on le fit évacuer. 2.6 octobre. Le bras était plus enflé el plus enflammé. 27 octobre. Cet état inflammatoire avait augmenté; la langue était chargée et le pouls très-fréquent. Il essaya de se lever; mais il ne put y parvenir, à cause du poids du bras et de la douleur. On appliqua sur le bras de l'esprit- de-vin et de l'acétate d'ammoniaque. 28 octobre. L'escarre avait commencé à se séparer de la partie interne du bras au-dessous de l'aisselle , et le dé- voiement avait déjà lieu. On lui ordonna une mixture calcaire et du laudanum. Il eut du frisson pendant la nuit. 29 octobre. Le dévoiement avait diminué; son pouls 4f)6 DES POISONS SËPTIQTJES. était faible et battait cent fois par minute. Il s'était formé un large abcès à la partie externe du coude; on l'ouvrit, et il s'en écoula une chopine d'une matière d'un rouge brun, dans laquelle flottaient des escarres de tissu cellu- laire. La partie inférieure du bras devint plus petite, mais la supérieure continuait à être tendue : on appliqua un cataplasme sur la plaie. La partie inférieure du bras et de l'avant-bras fut rouverte avec des bandelettes circulaires de cérat. On lui ordonna le quinquina, et on lui permit l'usage du vin et du porter. 3o octobre. La rougeur et la tuméfaction de la partie supérieure du bras étaient diminuées; le pouls battait cent fois par minute. Le malade avait été évacué de nouveau. On suspendit le quinquina; on lui fit prendre la mixture calcaire, le laudanum et un lavement opiacé. 3i octobre. Le pouls battait cent vingt fois par minute ; la suppuration de l'abcès avait diminué ; le malade conti- nuait à évacuer, et il eut du frisson la nuit ier novembre. Le pouls battait cent vingt fois par mi- nute; la voix était faible; il n'avait point d'appétit, et il avait du délire de temps à aulre. L'ulcère était très-étendu. Il but deux pintes de porter dans le courant de la journée. 2 novembre. Son pouls élait très-faible, son visage abattu, sa langue brune ; l'ulcération avait de deux à trois pouces d'étendue ; la peau voisine de l'aisselle était gan- grenée; il vomissait tout excepté le porter. Le délire avait continué pendant la nuit. Il mourut le 4 novembre, à quatre heures el demie de l'après midi. On fit l'ouverture du cadavre seize heures après. Il n'y avait aucune lésion apparente à l'extérieur, excepté dans le bras mordu; la peau était blanche et les muscles contractés. Les blessures faites à la base du pouce étaient cicatrisées ; mais la piqûre du poignet était encore ouverte ; la peau était gangrenée dans une grande partie DES SERPeN3 A SONNETTES. 497 uu bras et de l'avant-bras ; elle était encore adhérente aux inuscles fléchisseurs de l'avant-bras au moyen d'une por- tion de tissu cellulaire d'une couleur foncée. Dans les autres parties du bras, de l'avant-bras, de l'aisselle, elle était séparée des muscles par un liquide d'une couleur foncée, d'une odeur fétide, dans lequel nageaient des es- carres formées par le tissu cellulaire ; les muscles étaient comme dans l'état naturel, excepté près de l'abcès ; les pou- mons ne paraissaient pas aliérés ; la surface du péricarde correspondante au sternum était sèche; il y avait dans la cavité formée par cette membrane une demi-once d'un fluide séreux mêlé à quelques bulles d'air; le sang con- tenu dans les ventricules du cœur était coagulé; la portion cardiaque de l'estomac était un peu distendue par un fluide; celle qui correspond au pylore'était très-fcontrac- tée ; les vaisseaux de la membrane muqueuse de ce viscère étaient très-dilatés par du sang. Les intestins n'offraient aucune altération; la vésicule du fiel renfermait beaucoup de bile qui ne paraissait pas altérée. Les vaisseaux lactés et le conduit thoracique étaient vides et dans l'état naturel ; les vaisseaux de la pie-mère et du cerveau étaient gorgés de sang ; les ventricules de cet organe contenaient plus de sé- rosité que dans l'état naturel; il y avait aussi un épanche- ment dans les cellules qui réunissent la pie-mère à l'a- rachnoïde. Cette altération du cerveau et de ses membranes se rencontre souvent dans les maladies aiguës dont l'issue a été funeste (i). M. Everard Home , qui a rassemblé plusieurs faits re- latifs aux morsures des divers serpens venimeux , pense i° que lorsque le venin est très-actif, l'irritation locale (i) Philosophical Transact. for the year, 1810, part i, pag. 75. Read, december 21, 1809, by Everard Home, Esq. II. 32 49^ DES POISONS SEPTIQUES. est tellement subite et violente, et ses effets sur l'économie animale tellement intenses, que les animaux meurent en très-peu de temps : alors on ne trouve d'altération que dans les parties mordues ; le tissu cellulaire est entièrement détruit et les muscles très-enflammés ; 20 que lorsque le venin est moins intense, son action n'est pas toujours fu- neste ; cependant il y a un léger délire, et beaucoup de douleur dans la partie mordue. Environ une demi -heure après , il se déclare une enflure qui dépend de l'effusion de la sérosité dans le tissu cellulaire, qui augmente avec plus ou moins de rapidité pendant environ douze heures , et qui s'étend dans le voisinage des parties affectées ; le sang cesse de couler dans les plus petits vaisseaux des par- ties tuméfiées ; la peau qui les recouvre se refroidit ; l'ac- tion du coeur est tellement faible, que le pouls est à peine sensible ; l'estomac tellement irritable, qu'il ne peut pres- que rien garder. Environ soixante heures après , ces sym- ptômes ont acquis plus d'intensité; l'inflammation et la suppuration se manifestent dans les parties lésées ; et quand l'abcès est très-considérable, le malade expire. Lorsque la morsure a été faite au doigt, cette partie.se gangrène quelquefois de suite. Si la mort a lieu dans une de ces circonstances, les vaisseaux absorbans et leurs glandes n'éprouvent point de changemens analogues à ceux que les virus déterminent, et il n'y a d'altération que dans les parties qui ont quelque rapport avec l'abcès. En général, les symptômes qui se développent dans ces cas marchent plus rapidement que ceux qui dépendent d'un virus. Cette considération, jointe à la gravité des accidens qui ont lieu d'abord chez les personnes qui se rétablissent après avoir été mordues , a fait croire que leur guérison devait être attribuée aux médicamens employés : c'est ainsi par exemple, que l'eau de Luce est regardée dans les Indes orientales comme un spécifique contre la morsure du cobra DU SCORPION. 499 de Capello. 3° Que cette opinion ne paraît avoir aucun fondement, car la mort arrive toutes les fois que le poi- son est très-actif, et toutes les fois qu'il détermine une lésion locale très-étendue ; tandis que le rétablissement a lieu dans toutes les blessures légères. Les effets du venin sur la constitution sont tellement instantanés , et l'irrita- bilité de l'estomac tellement grande, que l'on ne peut ad- ministrer des médicamens que jusqu'à ce qu'ils se soient pleinement développés, et alors il y a peu de chances de succès (i). Des Insectes. Du Scorpion. , 996. La piqûre du scorpion produit sur l'homme des accidens qui varient en raison de la grosseur de l'animal et du climat auquel il appartient : en général, elle est beau- coup plus dangereuse dans les pays méridionaux que dans les autres. i°. Bontius dit que le grand scorpion des Indes jette dans la démence qeux qui en sont piqués. 20. Mallet de la Brossière a vu à Tunis deux personnes qui, ayant été piquées par un gros scorpion , éprouvèrent des symptômes graves qui ne cédèrent qu'à l'emploi de l'alcali volatil. (Société royale de Médecine, tom. 11, pag. 315.) 3°. Un homme adulte, de Montpellier, fut piqué par un scorpion au bas de la cuisse gauche. Il fut d'abord moins sensible à cette piqûre qu'à celle d'une abeille. Le lendemain , il éprouva une grande tension avec sensibilité jusqu'au milieu de la cuisse, accompagnée d'une rougeur (1) Philosophical Transactions for the year 1810, by Everard Home, part. 1, pag. 75. 5û0 DES POISONS SEPTIQUES. éiysipélateuse. Le lieu de la piqûre élait d'un rouge plus foncé, lirant sur le noir, de quatre à cinq lignes de dia- mètre , et sans forme régulière. Il n'y eut point effusion de sang; les svmptômes persistèrent six à sept jours et se dissipèrent d'eux-mêmes, sans qu'on eût recours à d'autre application qu'à celle de la salive. La tache brune persista environ quinze jours. ( JYotice des Insectes de la France réputés venimeux, par Amoreux , 1789, p. 199.) 4°. Le célèbre Maupertuis, qui a fait un très - grand nombre d'expériences sur cet objet, a prouvé que la pi- qûre des scorpions du Languedoc peut être mortelle , mais que cela anive très-rarement. Parmi un très-grandnombre * de chiens , de poulets piqués par ces insectes , il ne mourut qu'un seul chien qui avait reçu sous le ventre trois ou quatre coups de l'aiguillon d'un scorpion irrité.*Il devint très-enflé une heure après avoir été piqué ; il chancela , rendit tout ce qu'il avait dans les premières voies, tomba en convulsion , mordit la terre, se traîna sur ses pattes , et expira au bout de cinq heures. (Académie des Sciences, année 17.^.) 5°. Matthiole dit que les scorpions sont venimeux dans l'Etrurie, qu'ils le sont moins dans le reste de l'Italie , et point du tout dans la terre de Trente. M. Amoreux, qui a fait un très-beau travail sur les insectes venimeux, après avoir rassemblé diverses obser- vations de piqûre par les scorpions , croit que l'on peut réduire aux symptômes suivans ceux qu'ils occasionnent le plus souvent : une marque rouge qui s'egrandit un peu et noircît légèrement vers le milieu , et qui est ordinai- rement suivie de douleurs , d'inflammation plus ou moins considérable , d'enflure et quelquefois de pustules ; quel- ques personnes éprouvent de la fièvre, des frissons et de l'engourdissement : on a aussi remarqué Je vomissement, le hoquet, des douleurs par tout le corps et le tremblement. DES ARAIGNÉES. 5oi Des Araignées. 997. Si l'on devait ajouter foi aux écrits de Turne.r, Lister , Scaligcr, Flacourt , Brogiani et autres, les arai- gnées seraient placées parmi les animaux les plus veni- meux ; d'un autre côté, Hoffmann, Bon, Robert, Boyle, etc., prétendent qu'elles n'ont rien de nuisible et qu'on peut les avaler impunément. M. Amoreux assure que la pi- qûre des grosses araignées de France est peu apparente ; qu'il se forme autour de la partie piquée une enflure de couleur livide , quelquefois avec phlyctènes, qui semble annoncer un venin septique ; il pense que les autres sym- ptômes graves décrits par les auteurs sont infiniment exa- gérés. De la Tarentule. 998. Cet insecte a été l'objet d'une multitude de récits fabuleux, enfantés par l'ignorance et la superstition. Ce- pendant des auteurs estimables , parmi lesquels nous ci- terons Baglivi, ont écrit longuement sur les effets qu'il produit. On trouve, dans quelques-uns d'eux, que la morsure delà tarentule peut donner une fièvre lente dont on ne guérit qu'en dansant au-delà de ses forces, au son d'un tambour ou d'un autre instrument sonore : aussi a-t-on vu des malheureux tout chamarés de fleurs et de rubans comme des victimes, parcourir les places dans la plus forte chaleur du jour, danser nu-tête , la face tournée du côté du soleil, jusqu'à ce que la perle totale de leurs forces les plongeât dans un assoupissement profond : alors leurs païens les portaient sur un grabat, et la musique continuait encore long-temps après qu'ils avaient cessé de l'entendre. D'autres auteurs prétendent avoir vu tous les symptômes de la fièvre ataxique se développer après la morsure de cet insecte. 502 DES POISONS SE PTtQlF.5. 3M. Serrao , premier médecin du roi de Naples, a dé- trompé le public trop long-temps abusé par les prestiges du merveilleux. Un homme se laissa mordre par la taren- tule , en présence du comte polonais de Borch : il n'en résulta qu'un peu de tuméfaction dans la main et dans les doigts, et une démangeaison assez forte (Amoreux). M. Pulli assure que le tarenlisme est fréquemment une maladie simulée : tel est le fait de cette femme fanatisée par un ecclésiastique superstitieux, et qu'on ne parvint à guérir qu'à force de menaces et de mauvais traitemens. (Alibert, Elémens de Thérapeutique, t. n , pag. 5o6 , 3e édit. ) Êpiphane Ferdinand avouait en 1621 que, depuis vingt ans qu'il exerçait la médecine à Naples, il n'avait vu mou- rir personne de la piqûre de la tarentule ; mais il soutenait que le tarentisme n'était pas une maladie feinte. L'opinion des médecins éclairés est que la piqûre de la tarentule ne produit aucun phénomène extraordinaire, et que ses effets sont plutôt locaux que généraux. Cepen- dant il serait à souhaiter qu'on fit un travail suivi à cet égard. De VAbeille et du Bourdon. 990. Tout le monde connaît les dangers de la piqûre de certaines abeilles. Voici quelques faits qui peuvent ser- vir à faire connaître les symptômes auxquels elle donne lieu : i°. Un villageois d'environ trente ans est piqué par une abeille un peu au-dessus du sourcil ; il tombe aussitôt par terre et meurt quelques instans après. Sa face était enflam- mée , et il eut après la mort une hémorrhagie fort abon- dante par le nez (1). (1) Observation de M. Desbret, Journal de Médecine> août 1765, pag, i55. «E LA GUÊPE ET DU FRELON. 5o3 2°. Zacutus a vu la piqûre d'une abeille être suivie de la gangrène de la partie. 3°. M. Amoreux dit : « Une piqûre d'abeille n'est rien dans le fond ; mais si ces insectes assaillissent en troupe un homme ou un animal, ils peuvent le charger de plaies et le faire périr , tant par la quantité de venin qu'ils intro- duisent dans son corps , qu'en le dilacérant (i). » 4°. Swammerdam et Ludowic goûtèrent un peu du li quide venimeux contenu dans la vésicule de l'abeille, et ils éprouvèrent sur la peau et sur la langue la même sensa- tion qu'avec l'eau forte ( acide nitrique ). En général, la piqûre de l'abeille est suivie d'une vive douleur et d'une tuméfaction érysipélateuse, fort dure dans son milieu , qui blanchit et persiste autant que l'ai- guillon reste dans la plaie. Bourdon. M. Amoreux dit que cet insecte est quelque- fois plus à craindre que l'abeille. En 1679, plusieurs indi- vidus furent pîqués en Pologne par de gros bourdons , et il se manifesta chez eux une tumeur inflammatoire qui faisait des progrès rapides, et qu'on ne pouvait arrêter qu'en faisant des scarifications profondes. De la Guêpe et du Frelon. 1000. La piqûre des guêpes peut aussi devenir funeste. i°. Un jardinier de Nancy ayant porté à sa bouche une pomme dans laquelle une guêpe était logée , il en fut pi- qué au palais, près du voile, ce qui lui causa une inflam- mation subite et un gonflement douloureux qui, ayant in- tercepté l'usage de la respiration , fit périr ce pauvre mal- heureux dans l'espace de quelques heures (2). (1) Ouvrage cité, pag. 248. (2) Gazette de Santé, n°. 45, pag. i85} ann. 177G, 5c>4 DES POISONS SEPTIQirS. 2°. Lanzonus parle d'une femme qui fut piquée à la joue par une guêpe, et qui eut un ulcère pendant trois mois (i). 3°. Un agronome anglais , dit M. Chaumeton, a eu la satisfaction de sauver la vie à un de ses amis piqué à l'œso- phage par une guêpe qu'il n'avait pas vue dans un verre de bière. Il lui fit «avalera plusieurs reprises du sel com- mun (hydro-chlorate de soude) délayé dans le moins d'eau possible, de manière à former une espèce de bouillie : les symptômes alarmans qui s'étaient manifestés à l'instant de la piqûre se calmèrent presque tout-à-coup , et cédèrent comme par enchantement (2) 4°. M. Amoreux croit que la piqûre des guêpes et des frelons ne diffère pas essentiellement de celle des abeilles et des bourdons. Celles des guêpes, dit-il , sont plus cui- santes, et celles des frelons terribles. Elles sont plus ou moins mauvaises, selon la partie affectée, selon que le ve- nin est plus ou moins abondant, selon que les insectes sont en fureur ou animés par la chaleur de la saison et du climat, lorsqu'enfin ils se sont reposés sur des plantes vé- néneuses , sur des cadavres d'animaux morts de maladies pestilentielles, et pendant des constitutions contagieuses. ( Ouvrage cîté, p. 25o. ) 5°. L'illustre Réaumur, dans un très-beau mémoire sur les guêpes (Académie des Sciences, année 1719) , assure « que quand on se laisse piquer paisiblement, jamais l'ai- guillon ne demeure dans la plaie. Il est flexible; il ne perce pas un trou bien droit; la plaie est courbe ou en zig-zag. Si on oblige la mouche à se retirer brusquement, les frottemens sont assez forts pour retenir l'aiguillon, qui est en quelque sorte accroché ; ils l'arrachent : au lieu que (1) Observation 188, tom. u, oper. (■2) Dictionnaire des Sciences méuica'cs, article Abeille. DUCLT'PÊCAlLLEUX. 5o5 si l'on ne presse pas la mouche, elle le dégage peu à peu. Les piqûres des- guêpes-frelons sont plus sensibles que celles des guêpes plus petites. »* 1001. Nous pourrions encore parler d'autres insectes dont la piqûre occasionne des accidens analogues à ceux que nous venons de décrire; mais nous nous bornerons à en faire rénumération : le cousin, le taon , la mouche à scie , lichneumon , la tique, les oestres, la scolopen- dre , etc., etc. Des Animaux qui produisent des accidens graves lorsqu'ils sont introduits dans l'estomac. 1002. Cette section comprend spécialement certaines es- pèces de poissons et les moules. On trouve dans le journal d'Edimbourg un mémoire du docteur Chi.sholm sur le ve- nin des poissons, dont nous allons extraire les principaux résultats (i). Clupé cailleux-tassart. (Clupœa thryssa de L., Yellow bild des Anglais ). ioo3. Un nègre des États du Grand-Mogol mangea de ce poisson : à peine l'eut-il avalé qu'il éprouva des convul- sions horribles et mourut une demi-heure après. L'oeso- phage et l'estomac étaient très-enflammés. Dans le cas où l'action de ce poisson esl moins violente, il détermine une démangeaison par tout le corps , des co- liques terribles , une contraction et une chaleur poignante à l'œsophage , des nausées , une grande chaleur à la peau , (i) Edinbwg Médical and Surgical Journal, i octo- ber 1808, lom. iv. 5o6 DES POISONS SEPTIQUES. l'accélération du pouls, des vertiges, la perte de la vue , des sueurs froides, l'insensibilité et la mort. L'action de ce poisson est tellement rapide que l'on a souvent vu a Saint-Eustache des individus qui expiraient pendant qu'ils en mangeaient encore. Il paraît cependant que sa qualité vénéneuse dépend beaucoup du climat , puisqu'on le mange impunément à Puerto-Rico. Coracinus f usais major (Gray snapper des Anglais). 1004. Ce poisson affecte principalement les intestins, et occasionne un cholera-morbus accompagné de douleurs ef- froyables ; il produit aussi une démangeaison à la surface du corps , dont il détermine quelquefois , mais très-rare- ment , la dénudation, et l'épiderme tombe comme dans quelques espèces de lèpre. Ses effets durent très-long- temps , et il en résulte une maladie chronique caractérisée par la faiblesse et la paralysie des membres abdominaux, l'obscurcissement de la vue et la dureté de l'ouïe. Plusieurs individus mangèrent de ce poisson en 1786, et éprouvèrent les symptômes ci-dessus mentionnés ; un d'entre eux offrit des phénomènes remarquables. Cet homme avait, depuis deux ans , un ulc*ère à la jambe qui avait résisté à tous les moyens curatifs que l'on avait mis en usage : au moment où il mangea le poisson dont nous fa:- sons l'histoire, on élait décidé à pratiquer l'amputation du membre j opération que l'on jugeait indispensable pour la conservation de l'individu. Peu d'instans après avoir avalé ce poisson , il éprouva les symptômes dont nous avons parlé ; mais, au bout de deux jours, la suppuration fut plus abondante , le pus plus épais et d'une meilleure couleur; toute la surface de la peau se couvrit de taches qui creusaient et desquelles s'écoulait abondamment une substance d'une couleur blanche, épaisse et comme ctfil- I1E LA DAURADE. 507 lée. Cette sécrétion ne cessa qu'au bout de six semaines ; alors l'ulcère marcha vers la guérison , et l'individu fut entièrement rétabli quelques semaines après, sans que l'on eût employé d'autres moyens. Le Sparus pargos de Forster (Porgèe des Anglais) produit des effets analogues à ceux du coracinus ; mais ils sont beaucoup moindres dans les Indes occidentales. Daurade ou Dofin ( Coryphœna caeruleo varie splendeDS , cauda bifurca ; Coryphœna hyppurus de Lacépède, Dolphin des Anglais ). ioo5. M. Chisholm dit que ce poisson détermina chez un individu de l'île de Grenade un violent mal de tête, des nausées , une éruption de taches larges, d'une couleur vermeille , une démangeaison insupportable, et un res- serrement de la poitrine : ces symptômes cédèrent à un simple traitement. Congre (Murœna major subolivacea, Conger-eel des Anglais. ) 1006. Dans le mois d'avril 1791, plusieurs individus de l'île de Grenade mangèrent ce poisson. La nuit suivante , ils éprouvèrent des tranchées, le cholera-morbus, une sensation particulière dans les membres abdominaux, que l'on pourrait désigner sous le 'nom de tiraillemens convul- sifs. Un enfant qui en avait aussi mangé éprouva des dé- faillances. Les nègres souffrirent plus que les blancs : ils éprouvèrent tous un goût cuivreux et une sensation dans l'oesophage , comme s'il eût été excorié. Ces symptômes persistèrent pendant quinze jours chez les nègres , et se terminèrent par la paralysie des extrémités inférieures. Un de ces individus eut une paralysie générale de tout un côté. 5û8 DES POISONS SEPTIQUES. Chez l'enfant, il se manifesta une éruption très-étendue dans le cuir chevelu, qui répandait une odeur fort désa- gréable. Ils furent tous rétablis après avoir souffert pen- dant plusieurs mois. Scombre (Scomber maximus , King fish des Anglais). 1007. ^e poisson, principalement la variété désignée sous le nom de bastar king fish , a déterminé quelquefois le cholera-morbus et une éruption de couleur rouge. Des Moules. 1008. Il esl parfaitement constaté que plusieurs indivi- dus ont éprouvé des accidens gravés après avoir mangé des moules : ces accidens ont quelquefois été suivis de la mort. Cette vérité sera mise hors de doute par les faits suivans. J OBSERVATIONS. i°. Mademoiselle ***, âgée de seize ans , fort bien cons- tituée , ne se trouvant point alors à une époque critique, mangea cinq à six moules que l'on venait de faire cuire, et qui n'étaient pas encore apprêtées. Elle éprouva, im- médiatement après, un étoufïement très-violent qui allait en augmentant : la face se gonfla, tout le corps se couvrit de plaques blanchâtres très-volumineuses et très-saillantes ; la malade éprouva des angoisses, transpira un peu, eut un larmoiement pénible. On lui administra quelques tasses d'eau sucrée, et quelque temps après on lui fit prendre par cuillerées 2 gros d'éîher dans 2 onces d'eau de menthe. Les premières doses de ce mélange étaient à peine avalées que les pustules s'affaissèrent et les autres accidens dispa- rurent. Quelques tasses d'une infusion de feuilles d'oran- ger firent cesser aisément la fatigue et l'agitation qui avaient DES MOULES. 50Q été la suite de cette indisposition. Un léger rhume dont cette demoiselle était affectée avant cet accident, s'est trouvé entièrement dissipé. Le père de cette jeune personne n'éprouva aucune incommodité après avoir mangé une grande quantité de ces moules. M. de Montègre , à qui nous avons emprunté celte ob- servation, annonce qu'un événement semblable a eu lieu récemment dans son voisinage (i). 2°. Le docteur Charlet rapporte le fait suivant: « Ma- dame G., âgée de quarante ans, d'un tempérament san- guin lymphatique, jouissait d'une parfaite santé. Elle mangea des moules à son dinei. Deux heures après, étant au spectacle , elle prit quelques portions d'orange , et éprouva aussitôt des frissons irréguliers , une douleur à l'épigastre, avec oppression et difficulté de respirer, in- quiétudes générales ; la face devint rouge et gonflée ; l'é- louffement fut en augmentant, au point que la malade ne pouvait se coucher à son retour chez elle. A ces symptômes se joignirent des démangeaisons très-vives et un" enchiffrè- nement subit et intense. M. Charlet prescrivit des sina- pismes aux jambes et une fumigation tiède dans laquelle on mit, à plusieurs reprises, 3 gros d'éther sulfurique, dont on dirigea les vapeurs dans la bouche et dans les fosses nasales au moyen d'un entonnoir. Bientôt la face pâlit, et les autres accidens se calmèrent. Au bout d'un quart d'heure, la malade s'endormit , et ne ressentit qu'un peu de fatigue les deux jours suivans. ( Gazette de Santé du 21 mars i8i3. ) On pouna encore voir, dans le cahier du i r avril i8i3 du même journal, deux exemples de cet empoisonnement, dont un a été guéri par M. Demangeon, et l'autre par un pharmacien. (i) Gazette de Santé, ier mars 1812, pag. 5i. 5lO DES POISONS SEPTIQUES. 3°. « Le 18 septembre dernier , madame * * * , âgée de trente ans, d'une santé délicate , mais alors bien portante, mangea à son dîner, avec d'autres alimens, environ dix moules, faisant partie d'un plat de ce coquillage accom- modé à la sauce de poulet. Environ une heure après le repas, elle éprouva une gêne de la respiration, léger mal de tête , éternuemens fréquens, expectoration , et excré- tion abondante du mucus des narines , et en apparence tous les symptômes d'un violent rhume qui aurait marché avec une rapidité extrême. Bientôt tous les symptômes croissant, la poitrine se remplit, et la respiration devint stertoreuse : alors les paupières supérieures seules com- mencent à se tuméfier, une démangeaison très-vive se fait ressentir par tout le corps, et il se manifeste sur quelques parties, et notamment aux épaules, une éruption vésicu- leuse semblable à celle que produit la piqûre des orties. La gêne de la respiration n'en allait pas moins en augmen- tant , et la tuméfaction des paupières supérieures croissait à vue d'oeil. Au bout de dix minutes, l'éruption disparaît, et des spasmes convulsifs s'emparent de la poitrine, au point de rendre la suffocation imminente. Il est remarquable que l'empêchement de la respiration avait surtout lieu dans le mouvement d'expiration, qui se faisait convulsive- ment et avec des douleurs atroces. Les angoisses , toujours croissantes, étaient telles une heure après l'invasion des accidens, que la malade, près d'expirer, s'accrochait avec violence à tout ce qui l'entourait pour chercher quelques secours. M. le docteur Dulong administra une très-forte dose d'éther. A l'instant même tous les symptômes se cal- mèrent comme par enchantement; la tuméfaction des pau- pières supérieures, qui avait persisté, alla en augmentant jusqu'au soir, au point d'empêcher la vision. Les paupières inférieures ne se tuméfièrent que le lendemain, et trois DES MOULES. 5ll ou quatre jours après, la malade n'offrait qu'un état no- table d'amaigrissement (t). » Il n'y a eu ni vomissement ni indigestion chez la per- sonne qui fait le sujet de cette observation; elle n'était point à l'époque de ses évacuations menstruelles. 4°. M. Je professeur Fodéré dit, dans son ouvrage sur la Médecine légale, avoir fait l'ouverture du cadavre d'un homme qui mourut deux jours après r avoir mangé des moules, el qui avait éprouvé des nausées, des vomisse- mens et le ténesme ; son pouls avait été petit, seiré et pré- cipité; l'estomac et les intestins étaent légèrement phlo- gosés; il y avait aussi plusieurs lésions dans d'autres or- ganes ; mais elles dépendaient de maladies antécédentes (2). 5°. Deux enfans, l'un âgé de neuf ans , l'autre de qua- torze, mangèrent, le ier juillet 1814, des moules cor- rompues. Le jour suivant, ils vomirent. Le lendemain , ils éprouvèrent beaucoup de difficulté à respirer , des tran- chées , une soif intense ; l'abdomen et la face se tumé- fièrent; la peau se couvrit d'une éruption comme urti- caire , accompagnée d'une démangeaison insupportable ; ils continuaient à vomir des matières fluides, d'un vert obscur. Le plus jeune d'entre eux eut du délire, et fut plongé dans un état comateux ; des contorsions convulsives se manifestèrent dans tout le corps , et durèrent jusqu'au jour suivant, qu'il expira. Le 4 juillet, l'aîné offrait des symptômes fâcheux : son visage était d'un pâle cendré, les pupilles très-dilatées , la respiration difficile ; il avait une soif inextinguible, des nausées et des tranchées ; les extrémités étaient froides, le pouls fréquent et petit; il y avait des soubresauts des tendons. On administra vaine- ment des évaeuans : il périt quelques heures après. Il n'y (1) Gazette de Santé, ier octobre 1812. (2; Tom. iv, pag. 85. Ôt2 DES POISONS SEPT1QUES. avait presque point eu de déjections alvines chez ces deux individus (i). 6°. Le capitaine Vancouver, dans son voyage à la côte d'Amérique, dit avoir vu un de ses matelots périr dans un. état d'assoupissement après avoir mangé des moules* Deux autres individus de l'équipage, qui avaient mangé du même mels , se rétablirent après plusieurs jours , à l'aide d'une grande quantité d'eau chaude, qui excita le vomissement (2). 1009. Quelle est la cause des accidens produits par les moules et par les autres poissons venimeux ? On a émis plusieurs opinions à ce sujet. i°. On a prétendu qu'ils dépendaient d'une altération morbide de ces mollusques , et, dans ce cas , on a fait ré- sider le venin tantôt dans toutes les parties de l'animal, tantôt dans un de ses organes. M. Burrows , dans son ex- cellent mémoire sur les poissons venimeux (ouvrage cité), a rassemblé une multitude de faits curieux qui attestent, d'après les autorités de Quieros, Forster, Thomas, Clarhc, Chisholm, Quarrier, etc., qu'on a mangé, sans aucun inconvénient, certains poissons frais qui ne paraissaient pas malades ; mais que le lendemain ces mêmes poissons étaient très-vénéneux, quoiqu'ils eussent été salés. Il peusc en conséquence que leurs effets délétères doivent être at- tribués à une altération particulière des fluides sécrétés et des fonctions de ces animaux; altération qui les dispose singulièrement à une prompte putréfaction. Leur venin , ajoute-t-il, est plus actif après l'anéantissement des forces vitales. Il combat d'ailleurs avec succès l'opinion de ceux qui font résider le venin dans une seule partie de l'animal, (1) An account oftxvo cases of 'deathfrom eatingmussels^ by George man Burrows. London , 181 5. (2) Va>colver's^ Voyage of discovery, vol. n, pag. 286. DÉS M OV LE S. 5l3 comme la peau , l'estomac, le canal intestinal, la vésicule du Gel et le foie. 2°. On a cru que les propriétés vénéneuses de ces mol- lusques et des poissons venimeux tenaient essentiellement aux substances dont ils se nourrissaient. Ainsi on a tour-à- tour accusé la pomme du mancenillier ( hippomane man- cinella ), des plantes marines narcotiques, telles que la corallina opuntia, des crabes, de petites étoiles marines , le frai que ces animaux renferment à certaines époques, la couperose verte (sulfate de fer), les préparations de cuivre, celles de baryte, etc., etc. Jamçs Clarke, Chis- liolm, Beunie ont principalement soutenu ces opinions* M. Burrows dit avec raison que les premières de ces hy- pothèses sont dénuées de fondement; qu'il n'y a aucun fait à leur appui ; et il se borne en conséquence à exa- miner la valeur de celles qui font résider les propriétés délétères dans une substance minérale. i°. Le sulfate de fer, dit-il, est trop peu nuisible pour qu'on puisse le re- garder comme la cause des accidens développés par ces ani- maux. 20. Quant aux préparations cuivreuses, comment concevoir leur intraduction dans le corps de ces mollus- ques ? sans doute après leur dissolution dans l'eau. Or, les analyses de l'eau de la mer, faites dans différens lieux, n'y ont jamais démontré un atome de ce mêlai. D'ailleurs, ces animaux ne seraient-ils pas tués après l'ingestion d'une préparation cuivreuse (i).° Et combien de fois n'a-t-on pas* vu du poisson péché dans l'Océan produire les mêmes accidens que celui qui avait été péché dans des eaux basses^ (i) On est loin d'entendre que les animaux qui s'attachent au cuivre qui recouvre extérieurement les vaisseaux, et qui conlient du vert-de-gris, ne soient nuisibles par la quantité de poison qui est appliqué à leur surface. 5l4 JPES POISONS SEPTIQTJE9. près de la terre, où l'on ne pouvait point découvrir un atome de cuivre ! 3°. On a aussi pensé que les effets des moules dépen- daient d'une disposition particulière de l'estomac (idiosyn- crasie ) : telle a été l'opinion de plusieurs savans recom- mandables. Notre ami le docteur Edwards, médecin d'un talent très-distingué, possède sur cet objet un certain nombre d'observations remarquables qu'il a bien voulu nous com- muniquer, et qui nous paraissent devoir fixer notre atten- tion. A. Un individu qui jouissait d'ailleurs d'une bonne santé, et qui avait eu des indigestions chaque fois qu'il avait mangé des goujons , mangea d'un pâté dans lequel il y avait des boulettes faites principalement de chair de goujon : il les trouva excellentes sans savoir ce qu'il avait mangé ; mais deux ou trois heures après, il éprouva du malaise à l'estomac, des nausées suivies de vomissemens , et quelques autres accidens. La constance des effets nui- sibles de cet aliment l'obligea d'v renoncer. Cette aversion particulière de l'estomac sans que le goût y participe, peut naître inopinément pour un aliment dont on a constam- ment fait usage auparavant sans aucune espèce d'inconvé- nient. B. Madame S. avait toujours mangé de la truite sans avoir été incommodée; rien n'avait sensiblement affecté sa santé, lorsqu'elle fut atteinte d'une forte indigestion suivie de vomissement, après avoir mangé de ce pois- son à dîner. Elle ne pouvait l'attribuer qu'à l'état acci- dentel de son estomac, qui ne pouvait ce jour-là sup- porter un aliment aussi sain; mais depuis cette époque, la plus petite quantité a constamment suffi pour produire une indigestion accompagnée de nausées et de vomissement. Ne songeant pas à l'affinité qu'il y a entre ce poisson et le DES MOULES. 5l5 Saumon, elle croyait pouvoir en manger comme aupara- vant ; mais elle en éprouva les mêmes effets que de la truite. C. Un jeune homme qui s'était un peu affaibli par la débauche, soupçonnant que sa mère, qui était veuve, avait le projet de se remarier, en élait vivement affecté. Un jour qu'il dînait avec la personne qui était devenue secrètement son beau-père , et qui était l'objet de sa b.ùue, il éprouve une forte émotion pendant tout le temps du repas. Il avait mangé des moules qui, dans d'autres occasions, ne lui avaient jamais fait de mal, mais qui , dans cette circon- stance, lui occasionnèrent du malaise à l'estomac, et quel- que temps après il eut une forte attaque d'une affection nerveuse qui présentait l'apparence de l'épilepsie : il roi- dissait ses membres, se tordait les bras ; sa bouche équmait et ses yeux étaient fixes. Cet état dura pendant plusieurs heures ; il se renouvela huit ou dix fois dans l'espace de quelques semaines , sans cependant s'étendre plus loin ni avoir aucune suite fâcheuse. D. Parmi les personnes qui ont été incommodées pour avoir mangé des moules, plusieurs l'ont été à différentes reprises; tantôt elles ont pris cet aliment avec impunité, tantôt elles ont souffert beaucoup pour en avoir fait usage: ce qui correspond parfaitement aux effets que produisent quelquefois d'autres alimens. M. Edwards a connu des in- dividus qui aimaient tant les moules qu'ils ne voulaient pas y renoncer, quoiqu'ils en eussent été souvent incom- modés : ce n'est qu'un mauvais quart d'heure à passer, di- saient-ils. Il y en avait un qui passait pour avoir eu trois ou quatre maladies de ce genre , et qui ne s'y exposait pas moins, comptant toujours sur les occasions où il en man- geait sans inconvénient. E. Une dame ne saurait guère manger une seule moule sans présenter les symptômes qu'on qualifie d'empoisonné- 5lG DES POISONS SEPTIQt!E«. ment. Une autre a une disposition habituelle de l'estomac qui répugne absolument à l'oseille et aux petites rav es, dis- position que partage sa fille ; et les moules ne leur sont pas contraires. Une aulre dame ne peut manger des fraises sans éprouver une violente indigestion. Il en est de même d'une de ses soeurs lorsqu'elle mange des harengs. Enfin, une autre soeur ne peut pas manger des moules sans qu'elles ne lui causentles sj^mptômes de gonflement, et d'éruptions cutanées qui en résultent souvent. « Si, jusqu'à ce jour, dit M. Edwards, il a été impos- sible de prouver que les moules contiennent un venin nui- sible à tons les individus en général, et que, d'une autre part, ces alimens ne produisent que des effets communs à plusieurs fruits et à des poissons, il est plus rationnel de les faire dépendre d'une disposition particulière de l'esto- mac; disposition qui peut se développer tout-à-coup, per- sister, ou cesser au bout de quelque temps. » 4°- Suivant M. Lamoureux, naturaliste distingué et cor- respondant de l'Institut, les qualités délétères des moules pourraient peut-être dépendre d'une écume jaunâtre, d'une matière que l'on appelle crasse et qui se trouve dans la mer. En attendant que cette opinion soit appuyée d'expé- riences directes qui la mettent à l'abri de toute objection nous croyons devoir transcrire les détails que ce savant na- turaliste a bien voulu nous communiquer. (c J'ignore entièrement, dit-il, à quelle cause l'on doit attribuer la qualité délétère que les moules acquièrent à certaines époques de l'année. Dans l'été, sur les côtes du Calvados, on prévient les baigneurs de ne point se mettre dans l'eau quand la mer monte, parce que, d'après les ma- rins, la crasse qu'elle apporte donne la gale. Cette gale se borne à une éruption urticaire plus où moins forte suivant l'organisation et l'état des individus. » Cette crasse de la mer se présente-sous la forme d'une DES MOULES. 5l 7 écume jaunâtre j mince, et couvre quelquefois une étendue considérable, principalement lorsque le temps est beau et que le calme règne sur l'horizon. Si la mer est houleuse, cette écume, au lieu de s'apercevoir à deux ou trois cents pas du bord de l'eau, couvre la dernière vague qui vient mourir sur le rivage, et se dépose sur les corps que cette vague laisse à découvert en se retirant, pour revenir une ou plusieurs secondes après en s'avançant un peu plus sur la côte. » L'expérience a prouvé : i°. que l'éruption urticaire est produite par cette écume jaunâtre ; 2°. que les liqueurs al- cooliques, telles que l'éther, l'alcool et les eaux de vie, les guérissent presqu'instantanément ; 3°. que les moules que l'on pêche au large, que celles que la mer ne découvre qu'à l'époque des grandes marées, que celles qui ne restent à découvert que quelques instans , enfin que celles qui se trouvent sur les rochers exposés à des courans plus ou moins forts ne sont jamais malfaisantes. D'après ces faits ne se- rait-il pas possible que cette matière , cette écume jau- nâtre fût la cause des qualités malfaisantes des moules qui, restant long-temps exposées à l'action de l'air, de la lumière et de la chaleur, se dessèchent, souffrent, et reçoivent avec avidité la première eau que la marée leur apporte. Cette eau, produite par la première vague, est couverte de l'écume jaunâtre; l'animal la reçoit dans sa coquille, la garde, et lorsque le pêcheur arrache la moule du rocher, elle s'y trouve encore. L'individu qui s'en nourri t doit éprouver dans l'estomac une irritation analogue à celle que cette écume produit sur la peau, et que l'on peut guérir par les mêmes moyens. » Si l'eau est agitée par des courans, ou si la lame se brise contre des rochers, la moule reste fermée jusqu'à ce que l'épaisseur de la couche d'eau diminue ou détruise le mouvement des vagues. Aussi ne trouve-t-on des moules 5l8 DES POISONS SEPTIQtTES. malfaisantes que sur les côtes doucement inclinées et où les vagues s'étendent lentement sur la plage sans se briser et se réduire en écume. » J'ignore encore quelle est la nature de cette matière écumeuse, de cette crasse de la mer. Je l'étudierai l'été prochain avec le microscope. Je ne serais pas étonné de la trouver composée de petites méduses analogues à celles qui • rendent la mer phosphorique à certaines époques de l'an- née, et dont la quantité peut difficilement s'imaginer ». (Lettre de M. Lamoureux,du 5 janvier 1818). Des Animaux 'venimeux dont les liquides ont été dépravés par des maladies antécédentes. io36. On sait depuis long-temps que les chevaux, les boeufs, les moutons, les chiens et même l'homme, con- tractent , dans certaines circonstances, des maladies dans lesquelles la salive, le sang et d'autres humeurs sont al- térés, et capables d'occasionner, par leur contact avec des animaux vivans, des affections funestes, suivies quelque- fois de la mort : de ce nombre sont les pustules, les ulcères malins , la gangrène, la rage , etc. Pustule maligne {bouton malin, puce maligne). 1037. MM. Énaux et Chaussier ont rassemblé un très- grand nombre de faits qui prouvent que celte maladie a pour cause un virus septique développé chez des animaux malades et transmis à l'homme. Ils les ont consignés dans un très-bel ouvrage imprimé à Dijon en i?85, et quia pour titre : Méthode de traiter les morsures des animaux enragés. i°. Un berger saigna un de ses moutons qui venait de mourir subitement; il l'emporta sur ses épaules; mais le DE LA PUSTULE MALIGNE. 5lQ sang pénétra sa chemise et frotta sur les reins. Deux jours après, il se développa dans cet endroit une pustule ma- ligne. 2°. Une personne fut atteinte d'une pustule maligne au doigt après avoir préparé un lièvre. D'autres individus eu ont été affectés soit pour avoir introduit la main dans le fondement d'une vache attaquée du feu, soit pour avoir écorché des loups morts, soit enfin pour avoir porté des médicamens dans le gosier d'un boeuf malade (Énaux et Chaussier). 3°. Une femme porta ses doigts sur sa joue après avoir touché la sérosité acre qui s'exhalait d'une pustule dont son mari était atteint. Au bout de deux heures, elle eut une tumeur à la joue qui fit des progrès rapides ( Tho- massin). 4°. Toute espèce d'insecte , en suçant le sang d'un ani- mal mort dans un état charbonneux , peut transmeltre ainsi le virus à l'homme (i). 5°. MM. Énaux et Chaussier font mention d'un homme qui reçut une goutte de pus sur la lèvre inférieure, en ou- vrant un abcès à un de ses bœufs, et qui se contenta d'es- suyer légèrement la partie. Le soir même, il y survint un gonflement, de la douleur, de la dureté; enfin il se mani- festa un ulcère malin, à bords calleux renversés, qui ne fut guéri que par une opération. (i) La pustule maligne n'est pas toujours contagieuse : M. Bayle l'a vue -réguer épidémiquement dans deux villages, Vcrnet et Coulonbroux (département des Basses-Alpes), et les individus qui en étaient affectés ne la communiquaient point à ceux avec lesquels ils coucbaienl : il n'y avait point eu d'épi- z.ootie ; aucun animal n'était mort du charbon, et on n'avait fait usage d'aucune viande suspecte. ( Di-iserîalion inaugurale soutenue à Paris en 1800.) 520 DES POISONS SEPTIQUTS. 6°. Un garçon chargé de dépouiller un bœuf que l'on avait tué dans une auberge du Gàtinais, parce qu'il élait malade, porta le couteau dans sa bouche. Bientôt après sa langue se tuméfia; il éprouva un serrement de poitrine ; son corps se couvrit de pustules, et il mourut le quatrième jour d'une gangrène générale. L'aubergiste, qui fut piqué au milieu de la main par un os de ce même animal, souf- frit beaucoup; la gangrène s'empara du bras , et il expira le septième jour. La servante reçut sur la joue droite quel- ques gouttes de sang du même bœuf, qui déterminèrent une inflammation suivie de gangrène (Duhamel). 70. Une femme introduisit des médicamens dans le go- sier d'un bœuf, et appliqua sur-le-champ sa main mouil- lée de bave sur le sein d'une jeune fille, qui se plaignit , au bout de quelques heures, d'une démangeaison cuisante au sein. Il se manifesta un frisson , un saisissement général, une fièvre intense, et des phlyctènes, qui conduisirent la jeune personne au tombeau en très-peu de jours (Enaux et Chaussier, d'après Chaignebrun). 8°. Un homme ayant naturellement le visage couvert de boutons, fit l'ouverture d'un bœuf mort du charbon , et porta les mains teintes de sang sur sa. figure. Il se dé- clara bientôt un érysipèle charbonneux, qui fut suivi de frissons, de maux de cœur, de la svneope et de la mort ( Chabert). 9°. Les piqûres faites avec la pointe d'un scalpel sur les jeunes-gens qui se livrent aux dissections, et qui sont d'une constitution faible, déterminent quelquefois des ac- cidens graves, tels que l'engorgement des glandes de Pais- selle , un gonflement œdémateux, la fièvre putride, et la mort. io38. Ces observations, et un très-grand nombre d'autres que nous pourrions rapporter, prouvent cpre les individus les plus exposés à contacter celte maladie sont les hou- DE LA PUSTULE MALIGNE. 521 chers , les tanneurs, les fermiers , les vétérinaires, les ber- gers, et en général les ouvriers qui manient les laines et les peaux des animaux morts de quelque maladie suspecte. Symptômes de la Pustule maligne contagieuse. Variété proéminente. Voici la description qui en a été donnée par MM. Enaux et Chaussier. Première période. Démangeaison incommode, mais lé- gère , sans rougeur, ni chaleur, ni tension à la peau ; pi- cotement vif, mais passager ; peu à peu l'épiderme se dé- tache et forme une vésicule séreuse , qui d'abord n'excède pas la grosseur d'un grain de millet, mais qui croît peu à peu et devient brunâtre; la démangeaison revient de temps en temps , le malade gratte, et rompt la vésicule qui re- couvre le foyer du mal ; il s'échappe une ou deux gouttes d'une sérosité roussâtre ; la démangeaison cesse pendant quelques heures. Deuxième période. Formation d'une petite tumeur mo- bile, dure, circonscrite, aplatie, ayant ordinairement la forme et le volume d'une petite lentille : la couleur de la peau n'est point encore altérée ; seulement, dans le centre et sous la vésicule première , elle est ordinairement ci- tronnée, livide et grenue; les démangeaisons deviennent plus vives et plus fréquentes ; il s'y joint un sentiment de chaleur, d'érosion et de cuisson : alors le tissu de la peau s'engorge, sa surface paraît tendue et luisante ; le corps muqueux se gonfle , et forme autour du point central une sorte d'aréole ou cercle plus ou moins large et saillant, tantôt pâle, tantôt rougeâtre ou livide, tantôt orangé ou nuancé de différentes couleurs, avec de petites phlyclènes isolées d'abord, mais qui se réunissent par la suite, et sont pleines d'une sérosité roussâtre. Le tubercule central qui forme la tumeur primitive change de couleur ; il devient: \ 5l2 DES POISONS SEP TIQUE S. brunâtre, très-dur et insensible : c'est un point gangreneux qui prend tout-â-coup un nouvel accroissement. Troisième période. Le mal ne se borne pas à l'épaisseur de la peau; mais il pénètre peu à peu dans le tissu cellu- laire : le centre de la tumeur devient plus dur, plus pro- fond et entièrement noir; l'escarre s'étend peu à peu ; l'a- réole vésiculaire, qui toujours la borde, annonce et pré- cède les progrès de la mortification. Cette aréole s'avance, s'élargit par degrés; quelquefois elle s élève et forme au- tour du noyau primitif une sorte de bourrelet qui le fait paraître enfoncé, et qui forme une seconde tumeur com- pacte, mais moins dure et encore sensible. Il survient en même temps un gonflement considérable qui s'étend sou- vent fort au loin, qui n'est ni inflammatoire ni œdéma- teux, mais qui tient du météorisme et de l'érysipèle : c'est une sorte d'enflure élastique et rénitente , qui fait éprou- ver un sentiment d'étranglement et de stupeur dans la par- tie : la gangrène fait en même temps des progrès dans le tissu cellulaire. Si le traitement est méthodique et que le sujet soit fort et robuste, cette troisième période dure quatre à cinq jours. D'abord le mal s'arrête , l'enflure perd peu à peu cet état de tension et d'emphysème qui caractérisait l'éréthisme et l'irritation; l'aréole vésiculaire prend une couleur plus animée ; on y reconnaît le caractère de l'in- flammation vraie; le malade y sent une chaleur douce, des pulsations réitérées; la gangrène se borne en donnant lieu , après la chute de l'escarre, à une suppuration abondante. Mais dans les sujets faibles, cacochymes, la maladie fait des progrès rapides, et l'infection devient générale. Quatrième période. Après avoir attaqué successivement le corps muqueux, la peau et le tissu cellulaire, l'altéra- tion devient générale , le pouls se concentre, il est plus ou moins fréquent et inégal; la peau esl sèche, la langue aride et brunâtre: la chaleur paraît modérée, et cependant îe ma- DE LA PUSTULE MALIGNE. 523 lade sent un feu intérieur qui le dévore ; souvent il de- mande à boire, rien ne calme sa soif; il est toujours dans un état d'accablement ; il éprouve des faiblesses, des car- dialgies, des anxiétés continuelles; quelquefois il se plaint de douleurs aiguës ; d'autres fois la respiration est courte et entrecoupée; l'urine est rare, épaisse etbriquetée; ra- rement on voit survenir des diarrhées, des sueurs colliqua- tives , des hémorrhagies. Si le mal parvient à son dernier terme, le malade tombe dans un délire obscur, tous les ac- cidens locaux augmentent d'intensité; l'enflure devient énorme, et il périt dans un état gangreneux, en répandant l'odeur la plus fétide. (Ouvrage cité , p. 184-192.) Variété déprimée, décrite par M. Davy la Chevrie. Elle commence par une démangeaison assez forte qui dure plu- sieurs jours. Le deuxième jour , il se forme un point noir semblable à la morsure de la puce. Dès le lendemain, phlyc- tènes circonscrites et régulières , douleur, chaleur et senti- ment d'engourdissement dans la partie du membre située au-dessous de l'éruption; faiblesse, nausées, pouls con- centré. Les phlyctènes se rompent, il en sort une sérosité roussâtre. On voit dessous une portion de peau qui est noire, comme charbonnée, et qui adhère peu aux parties soujacentes ; il y a peu de gonflement : cependant il existe quelquefois. Le cinquième jour , angoisse et lipothymies fréquemment répétées. Le sixième, délire taciturne, tu- méfaction locale, état gangreneux très-prononcé; enfin la mort arrive. Cette variété est plus dangereuse que la proé- minente (1). (1) Dissertation inaugurale de M. Davy la Chevrie, soute- nue à Paris le 7 janvier 1807, p. 12. 524 DES POISONS SEPTIQUES. De la Rage. jo3cl L'opinion la plus généralement admise aujour- d'hui est que le rage est une maladie nerveuse terrible qui peut se développer spontanément chez l'homme et chez les animaux, mais qui peut aussi être communiquée pat la morsure d'un animal enragé dont la salive est très-de- provée. C'est principalement sous ce dernier rapport qu'elle mérite d'occuper une place dans cet ouvrage. Dans ces der- niers temps, M. Girard {de Lyon) a cherché à prouver que la rage n'était jamais communiquée, que la salive n'était pas la cause des phénomènes qui la caractérisent, mais qu'ils dépendaient d'une irritation locale. Nous ne croyons pas devoir admettre cette hypothèse, parce qu'elle n'est ap- puyée d'aucun fait décisif; en conséquence nous conti- nuerons'à regarder cette maladie comme susceptible d'être transmise par inoculation. Rage spontanée. Les chevaux, les mulets, les ânes, les bœufs, les cochons, et plus souvent encore les renards, les loups, les chats et les chiens, deviennent enragés sans avoir été mordus ; l'homme est aussi dans ce cas, quoique rare- ment : enfin on assure avoir vu des coqs et des canards af- fectés spontanément de cette cruelle maladie , qu'ils ont transmise à d'autres animaux. Les ruminans ne paraissent pas pouvoir contracter la rage autrement que par inocula- lion. Sauvages parle, dans sa Nosologie, d'une jeune fille qui devint enragée et périt au bout de trois jours, pour avoir été vivement pressée par un jeune homme au moment où elle avait ses règles. On lit dans Félix Plater l'histoire d'une demoiselle qui mourut enragée à la suite d'un grand effroi qu'elle éprouva en se voyant abandonnée la nuit par ses compagnes, lorsqu'elle élait occupée à laver du linge sous un pont. Doppert rapporte , dans les Annales de Breshui) que plusieurs enfans furent attaqués de la ra^o DE LA 1TAGE. 525 sans avoir été mordus par aucun animal enragé. On fait mention, dans les Transactions philosophiques de Londres, d'un homme qui, sortant du jeu désespéré d'avoir tout perdu, se mordit au poignet et mourut de rage. Combien d'autres observations de ce genre ne pourrions-nous pas rapporter en consultant les mémoires de Trècourt, Sa- lius Diversus, Lecat, Kœhler, Lavirotte, Laurent, etc., consignés dans différens recueils périodiques ! Causes de la rage spontanée. En général, cette mala- die est plus fréquente dans les étés brûlans et les hivers rigoureux , lorsque les animaux ne trouvent plus 'de li- quides pour se désaltérer (i). La mauvaise nourriture, la faim, les fatigues extrêmes aux ardeurs du soleil, la pré- sence des vers dans l'estomac, les passions vives, la frayeur, le chagrin, la colère, le désespoir, et plusieurs maladies antécédentes, sont regardés comme causes déterminantes. Nous sommes loin de croire que tous les animaux soumis à l'influence de ces causes deviennent enragés ; l'expérience dé- ment formellement cette assertion. Troîs chiens ont été ren- fermés dans une des salles de l'école vétérinaire d'Alfort : l'un deux a été nourri avec des viandes salées ; on ne lui a donné aucune boisson, et il a vécu quarante-un jours ; un autre n'a pris que de l'eau, et il est mort trente-trois jours après ; enfin le troisième est resté vingt-cinq jours sans boire ni manger, et il a expiré. Aucun de ces animaux n'a éprouvé les symptômes de la rage (2). .______________________________1__:_________________ (1) Il paraît cependant qu'elle est plus commune dans les pays froids que dans les pays chauds. Volney dit, dans ses Voyages, qu'elle est inconnue en Egypte et dans la Syrie; il en est de même au cap de Bonne-Espérance, d'après Barrow. ( Voyez son voyage dans l'intérieur de l'Afrique.) (2) Dissertation sur la rage, par M. Bleynier, soutenue à Paris le 18 mars 1815. 52Ô DBS POISONS SEPTIQUES. Les symptômes de la rage spontanée ne diffèrent pas es- sentiellement de ceux dont nous parlerons bientôt en fai- sant l'histoire de la rage communiquée. Ils se développent cependant aussitôt que la cause existe, tandis que, dans l'autre variété, ils tardent un ou deux mois, et même plus, à se déclarer. Rage communiquée. La rage est ordinairement commu- niquée par la morsure d'un animal qui en est affecté. Elle peut cependant se déclarer par la simple action de lécher 5 ou par l'application de la salive sur les lèvres, sur des plaies, des ulcères, ou des parties revêtues de membranes mu- queuses. Nous pourrions rapporter un très-grand nombre d'observations à l'appui de cette proposition : nous nous bornerons à faire connaître les suivantes. OBSERVATIONS. i°. Surlu, âgé de vingt-quatre ans, fut mordu le 10 mai 1813, sur le boulevard de la Salpêtrière, par un chien en- ragé qui , pendant deux jours, fit dans Paris tant de ra- vages , que plus de soixante personnes en furent mordues : quinze d'entre elles au moins furent cautérisées à l'Hôtel- Dieu avec le fer chauffé à blanc; trois s'y trouvaient en- core aitendant la cicatrisation de leurs plaies, au moment où Surlu y fut conduit. Le malheureux dont nous parlons avait reçu trois petites blessures au talon droit, que M. Mu- rat , chirurgien adjoint de la Salpêtrière , cautérisa avec le beurre d'antimoine une heure après l'accident. Surlu, ras- suré par celte opération des dangers que sans elle il aurait eu à courir, vaqua sans inquiétude à ses travaux ordinaires, se livra même à tous les excès dedébauche pendant un mois, temps après lequel la cicatrisation de ses plaies fut ache- vée. Tout-à-coup ce jeune homme perd sa gaîté naturelle; tous ses mouvemens sont brusques, rapides ; il s'assied, se DE LA RAGE. 5*7 relève précipitamment et sans aucun motif; il pleure quel- quefois et témoigne à ses parens la crainte qu'il a de de- venir enragé. Le lendemain, il a de la répugnance pour les boissons , et s'il en porte à sa bouche elles sont subite- ment rejetées. Le troisième jour de l'invasion , tous les symptômes de la rage se déclarent ; ce n'est plus qu'en tremblant que ses parens cherchent à le tranquilliser : ils profitent d'un moment de calme pour le faire monter en voiture et le conduire dans un hôpital. Ce malade, en sor- tant de la maison paternelle, a la douleur d'entendre dire que sa mort est inévitable : cette idée lefait frémir etle rend à toutes ses fureurs. Il arrive à l'Hôtel-Dieu le 18 juin i8i3 , à la fin du troisième jour de l'invasion de la ma- ladie. L'agitation de ce malheureux, que l'on calmait ce- pendant par des questions qui pouvaient l'intéresser, la vi- vacité de ses regards, jointe à l'inquiétude qui régnait dans toute sa personne , l'écume qui sortait de sa bouche et qu'il crachait sans cesse, le sentiment de constriction, de dou- leur à l'arrière-gorge, et l'horreur qu'il avait pour les li- quides , furent les symptômes auxquels on reconnut la ra§e- M. le professeur Dupuytren, convaincu de l'impossibi- lité d'entraver la marche de cette maladie par la morsure de la vipère, par les préparations d'oxides métalliques,par la saignée, les bains, etc. ; convaincu également de l'inef- ficacité de l'opium en lavemens, fût-il même donné à une dose effrayante, ne pouvant l'administrer par haut à cause de l'horreur des liquides, résolut de l'introduire immédiate- ment dans le système veineux. En conséquence"il fit faire une solution d'extrait gommeux d'opium dans de l'eau dis- tillée, en chargea la seringued'Anel, et, après les précau- tions d'usage, injecta dans la veine saphène à-peu-près deux grains d'extrait d'opium muqueux. Le malade, un instant après, parut plus calme; ce qui suggéra à M. Dupuytren f.7.8 DES POISONS SEPT1QI i:S« l'idée de doubler la dose de l'injection vers les huit heures du soir: il choisit alors la veine céphalique , et introduisit dans la circulation quatre grains d'opium. Ce malade resta pendant trois heures dans le calme le plus parfait; mais à celle époque il s'agite et change fréquemment de position ; il se dresse, s'agenouille sur son lit, en explore les envi- rons avec une étonnante rapidité; tantôt il pousse des cris horribles, tantôt il gémit de la maladie cruelle à laquelle il est en proie ; sans cesse il regrette de n'avoir pu faire ses derniers adieux à sa famille, surtout à son père. Alors il ne fut plus possible d'occuper son imagination : il passa le reste de la nuit dans une agitation extrême. Le lendemain, quatrième jour de l'invasion de la maladie, M. Dupuytren, fut le voir sur les cinq heures du matin , et le trouva dans un tel abattement, qu'il pensa qu'il ne devait pas exister encore deux heures. La religieuse même, croyant qu'il était mort, l'avait couvert de son drap. Cependant, vers les huit heures, ce malade revient à lui-même, et s'occupe encore de son père. Bientôt il s'agite, crache continuellement, recommande qu'on ferme les croisées, qu'on ne dirige pas sur lui de courant d'air et qu'on n'agite pas les rideaux de de son lit. On maîtrise son imagination par des questions qui l'intéressent ; il y répond très-bien, et quelquefois même avec gaîté. Il permet qu'on renouvelle les injections, sous la condition qu'on ira chercher son père. On promet de faire ce qu'il désire, et une once d'eau distillée, tenant en solution 6à8 grains d'extrait muqueux d'opium, est in-? troduite dans la circulation. On abandonne le malade à lui-même*. Une demi-heure après, M. Dupuytren retourne le voir, et le trouve dans l'état où il l'avait déjà vu la veille et le jour même , la bouche entr'ouverte et remplie d'une salive écumeuse, les yeux fixes, la tête portée légèrement en arrière, sans aucun mouvement tétanique; la respiration courte, le pouls à peine sensible ; enfin il expire quelques instans après. DE LA RAGE. 52C) Le 19 juin i8i3, pendant l'espace de temps qui s'écoula feutre la dernière injection et la mort de ce malade, MM. Ma- gendie et Breschet prirent de la salive, la transportèrent à vingt pas du lit du malade à l'aide d'un morceau de linge, et en inoculèrent à deux chiens bien portans. L'un d'eux devint enragé le 27 juillet, et en mordit deux autres dont l'un était en pleine rage le 26 août (1). 2°. Cœlius Aurelianus dit qu'une couturière devint en- ragée pour avoir raccommodé un vêtement qui avait été dé- chiré par un animal enragé. Elle avait passé le fil à sa bouche et pressé avec ses dents les coutures. (1) Dissertation sur la rage, par M. Charles Busnout, soutenue à la Faculté de Médecine de Paris, le 12 fé- vrier 1814. M. Girard, qui n'admet pas l'existence de la rage commu- niquée, a fait les objections suivantes : i°. En supposant que le chien qui a mordu Surlu fût enragé, le venin aurait dû être détruit par la cautérisation des trois petites plaies faites au ta- lon. 2°. Les accidens développés par le venin rabieux se font sentir d'abord à la partie mordue : or, Surlu ne parait y avoir éprouvé aucun symptôme remarquable , puisqu'il n'en est pa9 fait mention dans l'observation. 5°. Les symptômes auxquels cet individu a été en proie ne peuvent être d'aucune valeur pour établir qu'il élait enragé, car ils sont communs à plu- sieurs affeclions nerveuses internes ou externes. \°. Comment affirmer que les chiens auxcpiels MM. Magendie et Brescheb ont inoculé de la salive de Surlu étaient enragés, puisqu'on ne fait point connaître tout ce qui est relatif àces chiens depuis l'instant de leur morsure jusqu'à la fin de ces expériences, et qu'on ne s'éclaire point de l'autopsie cadavérique? Il est aisé de sentir combien ces objections sont loin de prou- ver que la rage n'a pas élé communiquée à l'individu qui fait le sujet de cette observation et aux animaux auxquels on ino- cula de la salive. n. H Ô3o DES POISONS SEPTIQLES. 3°. Palmarius rapporte qu'un paysan enragé appela ses enfans , les embrassa et leur communiqua la rage , dont ils périrent le septième jour. Le même auteur assure avoir vu des boeufs , des chevaux el des moutons contracter la rage pour avoir mangé de la litière sur laquelle étaient morts des cochons enragés. 4°. MM. Énaux et Chaussier ont vu un homme attaqué de cette maladie pour avoir reçu sur la lèvre de la bave d'un chien enragé. / Symptômes de la rage communiquée. MM. Énaux et Chaussier ont décrit avec le plus grand soin les symptômes de cette maladie horrible, que plusieurs auteurs ont copiés depuis sans indiquer la source. «Comme la plaie est le foyer du venin , c'est toujours par elle que commencent les acci- dens. Si elle est fermée, la cicatrice devient rouge, bleuâtre, se tend, se rouvre quelquefois, et laisse suinter une séro- sité roussâtre; si elle est encore ouverte, les bords se ren- versent, les chairs se gonflent, prennent une couleur plus rouge qu'elles ne devraient l'avoir, et suintent un pus sé- reux et roussâtre; le sommeil est inquiet, agité, troublé par des soubresauts et des rêves affreux; le malade est ac- cablé, pesant, plongé dans une mélancolie profonde dont il ne connaît pas la cause et dont rien ne peut le distraire ; de temps en temps il éprouve une chaleur, un frémisse- ment qui de la plaie s'étend, monte, gagne tout le corps, et semble se terminer à la poitrine et à la gorge; souvent le pouls est petit, dur et serré. Cet état est le premier de- gré de la maladie et dure quatre à cinq jours. Dans le deuxième, tous les accidens augmentent, le pouls devient fréquent et indique une fièvre irrégulière et nerveuse qui détruit le principe de la vie; le malade éprouve un resser- rement douloureux à la poitrine, à la gorge; la respiration devient difficile, entrecoupée par des sanglots involon- taires et des soupirs profonds : de temps en temps il sur- DÉ LA K AGE. 53 T Vient des convulsions que la cause la plus légère entretient et renouvelle; tantôt la raison s'égare, le malade devient furieux, méconnaît ceux qui l'environnent et cherche à les mordre (i); tout l'agace et l'irrite; les couleurs vives, l'é- clat de la lumière, des sons aigus, quelquefois même la simple agitation de l'air, renouvellent ses fureurs; dévoré par Une chaleur interne, tourmenté par une soif considérable, il n'ose boire; l'aspect de l'eau, son idée même le font fris- sonner; l'œil est hagard, fixe, brillant et paraît enflammé; la voix est rauque, la bouche pleine d'une salive écu- ineuse et gluante; tout annonce la fureur et caractérise la rage. Tantôt, conservant son jugement, doux et paisible, plongé dans une mélancolie profonde, il connaît son mal- heur, prévoit ses accès, en avertit ses amis; mais presque toujours l'aspect de l'eau lui cause une secrète horreur que la raison ne peut surmonter (circonstance qui a fait donner à cette maladie le nom d'hydrophobie, c'est-à-dire, horreur de l'eau). Des angoisses, des vomissemens aggravent ces maux;lepouls devient inégal, intermittent ; une sueur froide se répand sur tout le corps, et la mort vient terminer cette Scène d'horreur. Cet état dure au plus trois ou quatre jours.>i ( Méthode de traiter les morsures des animaux venimeux * page 28.) Cette maladie se déclare, en général , avant le neu- vième jour chez les boeufs et les chiens, quelquefois plus tard : chez l'homme, l'invasion n'a lieu qu'au bout de trente ou quarante jours, quoiqu'il y ait des exem- ples d'une invasion plus prompte, et d'autres dans les- (I) Ce signe est loin d'exister toujours chez les hommes at- teints de la rage : nous avons vu huit individus enragés chez lesquels il manquait. M. Dupuytren pense qu'il est dans la na- ture et l'essence du chien, et non dans celle de l'homme, Je mordre. 53a DES POISONS SEPTIQTES. quels les accidens ne se sont manifestés qu'après plu- sieurs mois. Lésions de tissu observées après la mort des animaux enragés. io4o. On est étonné en lisant les auteurs qui ont traité de la rage, des variétés qu'ont offertes les cadavres des animaux qui ont succombé à cette maladie. Tantôt on n'a décou- vert aucune lésion sensible : nous avons vu quatre cas de ce genre, et M. le professeur Dupuytren rend compte, dans ses leçons, de dix ouvertures dont les résultats ont été analogues. Tantôt la membrane muqueuse d'une ou de plusieurs parties du canal digestif s'est trouvée enflam- mée et même gangrenée. MM. Dupuytren, Magendie et Bieschet, qui ont fait des expériences sur les chiens enragés, ont souvent ob- servé, après leur mort, une inflammation dans la tunique interne de l'estomac. Quelquefois on a rencontré dans les intestins une assez grande quantité de vers pour faire penser à quelques auteurs qu'ils étaient la cause de la rage, et par conséquent que celle - ci n'était pas une maladie particu- lière. Dans d'autres circonstances, les membranes du cer- veau et de la moelle épinière se sont trouvées phlogosées, le cerveau desséché avec ou sans épanchement. On a vu aussi les poumons adhérer à leurs enveloppes, gorgés de sang noir, épais, ou arides et desséchés, le cœur pâle et vide de sang. Ce court exposé suffit pour faire sentir combien cette partie de la science présente de vague et d'incertitude. TRAITEMENT. 533 Traitement de Vempoisonnement par les vipères et les serpens. Examen des médicamens considérés comme spécifiques. On a beaucoup exagéré le nombre des médicamens crue l'on a cru pouvoir regarder comme spécifiques de la morsure des serpens venimeux. Parmi ceux qui ont été proposés comme tels, il en est quelques-uns qui mé- ritent de fixer notre attention, soit parce qu'ils parais- sent jouer un rôle important dans le traitement qui nous occupe, soit parce qu'ils ont élé vantés par des savans d'un mérite distingué. Quoi de plus merveilleux, par exemple, que le succès que les nègres ont obtenu depuis long-temps du guaco, plante qui croît dans plusieurs con- trées de l'Amérique, et dont les Indiens se servent pour se défendre contre la morsure des nombreux serpens qui in- festent leur pays, au point de le rendre inhabitable. Voici à ce sujet quelques particularités qui ne seront point lues sans intérêt. i °. Du guaco. MM. de Humboldt et Bonpland ont donné les premiers une bonne description de cette plante. {Plantes équinoxiales, tom. n, pag. 8j ■> tab. io5), sous le nom de mikania guaco. Le guaco croît naturellement dans les plaines très-rondes de la vallée du Rio de la Magdalena, du Rio Cauca, du Choco, de Barbacoas (royaume de Nouvelle-Grenade).Ces voyageurs l'ont cependant vu aussi dans la région tempérée, à Tuffagafuga, à ()4o toises de hauteur, où le thermo- mètre centigrade se soutient de 17 à 220. Entre les tropi- ques, on peut cultiver le guaco à des hauteurs de i4oo toises, où la température baisse la nuit jusqu'à 5°. centigrades. On a souvent confondu à tort, dans des ouvrages récens, le mikania guaco avec Vayapana du Brésil (eupatoriunt ayapana de Yentenat, Jardin de la Malmaison, pag. 3). 534 r>FS poisons SEPTIQIFS. Don Pedro Fer min de Vargas, magistrat du village de Zipaquira, fit un voyage à Mariquita , en l'an 1788, pour s'assurer des effets surprenans du guaco contre la morsure des serpens de l'Amérique. La relation qu'il fit â ce sujet fut imprimée dans un de nos journaux, dont nous allons extraire les principaux résultats (r). Le 29 mai au soir, on fit apporter par un nègre un ser- pent venimeux appelé dans le pays taya-equiz. Le lende- main , Vargas, persuadé par l'assurance avec laquelle le nègre racontait les effets du guaco pour empêcher les ser- pens venimeux de mordre, désira se soumettre lui-même à l'expérience. Il prit une ou deux cuillerées du suc de cette plante : on lui pratiqua six incisions, une à chaque pied entre les doigts, une autre entre l'index et le pouce de chaque main, enfin deux sur les parties latérales de la poitrine ; il se fit inoculer un peu de ce suc dans les bles- sures, comme cela se fait avec le vaccin : à mesure qu'il sortait du sang de ces incisions, on y faisait tomber quel- ques gouttes du même suc et on frottait la plaie avec la feuille de guaco. Alors il prit entre ses mains, et à trois reprises différentes, le serpent venimeux, qui parut un peu inquiet, mais qui ne donna aucune apparence d'avoir en- vie de mordre. Plusieurs personnes qui avaient été té-» moins de ce fait voulurent aussi se soumettre à l'expé- rience , et les résultats furent les mêmes , excepté chez Don Francisco Matiz, qui fut mordu à la main droite, parce que le reptile se trouva irrité en raison des mouve- mens forcés qu'on lui faisait exécuter. Les spectateurs étaient tous dans la consternation, lorsque le nègre essuya le sang qui s'écoulait % frotta la partie mordue avec les feuilles du guaco} et affirma qu'il n'arriverait rien de fà- (1) Semanario de Agriculturay Artes dirigido alos pav* focos, lom. IV, pag. 397. Madridy 1798, TRAITEMENT. 535 cheux. En effet, Matiz déjeuna comme à l'ordinaire.et put vaquer à ses afïVires. Les nègres sont dans l'habitude, après l'inoculation dont nous venons de parler, de continuer l'usage de cette plante tous les mois pendant trois ou quatre jours, afin deneeourir aucun risqucenprenantlesrepiiles venimeux. Vargas pense que cette pratique est inutile , et qu'il suffit de se frotter les,. mains avec la feuille de ce végétal un peu avant de saisir les animaux ; car il croit que l'odeur désagréable qu'il exhale suffit pour tourmenter et assoupir ces reptiles. Nous sommes redevables à l'amitié dont M. de Humboldt nous honore de quelques particularités sur ce sujet. «J'ai observé, dil ce savant célèbre, qu'en liant un serpent très-venimeux {co- luber corallinus de L. ) sur une table , et qu'en approchant du serpent une perche , il ne détourne la lêle que lorsque l'extrémité de la perche est trempée dans le suc du guaco. Cette expérience me fait croire que l'inoculation du guaco donne une odeur à la peau, el que le serpent craint de mordre à cause de celte modification particulière de la perspiration cutanée. Je doute qu'il suffise, pour ne pas être mordu, de porter avec soi des feuilles de guaco. Les indigènes nous ont assurés qu'il fallait être inoculé. Lors- que la morsure est faite , on place des feuilles de guaco mâchées et mêlées à de la salive sur la plaie, et on prend en même temps le suc de la plante intérieurement. A Tuf- fagafuga , un cheval dont le pied était entièrement enflé par la morsure d'un serpent, refusa d'abord de manger du guaco, qui a une saveur amère et une odeur désagréable; bientôt, comme si l'animal eût eu la conscience qu'il allait guérir, il en mangea avec appétit. La jambe ne larda pas. à désenfler». Il serait à souhaiter que le gouvernement espagnol nom- mât une commission composée de quelques membres éclai- rés , qui s'occupât de multiplier et de varier les expériences 536 DES POISON S «SEPTIQ TES. propres à fixer nos idées sur un des résultats les plus extraor- dinaires que l'on ait jamais obtenus. 2°. h'arsénite dépotasse etYacide arsénieux ont été aussi employés ave le plus grand succès contre la morsure des serpens venimeux. On lit dans le deuxième volume des Transactions médico-chirurgicales de Londres plusieurs observations à l'appui de ce fait. A.Jacob Course, soldat au régiment d'Yorck, fut mordu à la main gauche par un serpent que l'on jugea être le colu- ber carinatus de L. Le doigt du milieu était tellement dé- chiré, qu'il parut nécessaire de l'amputer sur-le-champ dans sa jonction avec l'os du métacarpe. Dix minutes après la blessure, cet homme était dans la stupeur et l'insensibi- lité. La main, le bras et la partie de la poitrine correspon- dans au côté blessé étaient très-enflés, de couleur pourpre, noire et livide; il vomissait et .semblait avoir pris une forte dose de poison; le pouls était vif et dur : il s'aperçut à peine de l'opération. La blessure ayant élé pansée, le malade mis au lit, on ordonna un lavement purgatif et la potion sui-i vante : Liqueur arsenicale.....deux gros (r). Teinture d'opium...... dix gouttes. Eau de menthe poivrée, une once et demie. On ajoutait à cette potion une demi-once de jus de li- mon , et on la faisait avaler durant l'effervescence légère que ce mélange produisit. L'estomac ne la rejeta point, et elle fut répétée à chaque demi-heure pendant quatre heures successives. Cependant les parties souffrantes étaient fréquemment fomentées et frottées avec le liniment sui- vant ; (i) Cette liqueur est de Varsènile de potasse : deux gros renferment un grain d'arsenic et autant de potasse; le reste est d; avancés en âge. On évite l'odeur désagréable que répandent ces pilules en les enveloppant dans un pain à chanter. » ( Gazette de Santé ) 21 juin 1817 , ou Journal de Phy- sique et de Chimie, par Brugnatelli, tom. 9). Ces observations nous paraissent propres à fixer l'atten- tion des praticiens et des physiologistes, et s'il est vrai qu'elles ne soient pas assez concluantes pour mettre l'effi- cacité du chlore dans l'hydrophobie hors de doute, elles doivent néanmoins engager les expérimentateurs à faire de nouvelles recherches. io52. On assure avoir guéri plusieurs personnes enra- gées en leur donnant de la racine de plantain d'eau {alisma plantago) lavée, séchée à l'ombre, et mêlée avec du pain et du beurre. 1 °. Un chasseur fut mordu par un chien de chasse. On fit l'opération ordinaire pour empêcher la propagation du venin ; la plaie se guérit et on n'eut plus d'inquiétude sur les suites de cet accident. Mais au bout de quelques se- maines, tous les symptômes de l'hydrophobie se manifes- tèrent , et l'on fut obligé d'attacher le chasseur avec beau- coup de précaution. On lui donna deux doses de racine d'alisma plantago (plantain d'eau) lavées, séchées à l'ombre, et mêlées avec du pain et du beurre. Le chasseur éprouva de la faiblesse, mais il n'eut plus d'accès de délire ni d'hy- drophobie. Au bout de quelques jours, il se trouva parfai- tement guéri, et il a encore Vécu dix-huit ans sans éprouver ir. «*6 562 DES POISONS SEPTIQEES. la moindre rechute. M. le conseiller Levvshin, qui a fait connaître cette observation, ajoute que depuis vingt-cinq ans que l'on fait usage de ce remède en Russie, son efficacité ne s'est jamais démentie , et le gouvernement de Tula fournit un grand nombre d'exemples de celte cure (Gazette de Santé, h octobre 1817.) 20. Deux vaches atteintes de la rage furent traitées avec cette plante : l'une d'elles périt; l'autre, qui avait mangé beaucoup plus de plantain , fut entièrement rétablie. Ces faits, quelque surprenans qu'ils paraissent, peuvent être exacts : l'expérience seule peut nous éclairer ; mais en at- tendant , nous croyons devoir conseiller de donner aux per- sonnes affectées de la rage , immédiatement après les avoir cautérisées, deux prises, à deux heures d'intervalle, de 20 à 24 grains de la racine de cette plante : à cette dose le remède est sans danger, et peut-être serait-il de quelque utilité. 1 o53. Il résulte des observations qui précèdent que, dan9 l'état actuel de la sdience, on ne connaît aucun «nédica- ment qui puisse constamment guérir la rage déclarée , et qu'il est, par conséquent, indispensable de cautériser la morsure avec un fer rouge, afin d'éviter son développe- ment. Voici maintenant la conduite que l'on doit tenir dans un cas de ce genre. i°. Ou cherchera à secourir la personne mordue immé- diatement après l'accident. 20. On déshabillera le malade, et on mettra ses vêlemens dans l'eau, pour prévenir la contagion , dans le cas où ils auraient louché la bave. 3°. Si la morsure est récente, ou la laissera saigner, et on la pressera dans tous les sens pour faciliter l'écoulement du sang : alors on la lavera avec de l'eau ,, et mieux encore avec de l'eau tiède dans laquelle on aura fait fondre du sel ou du savon. Si la morsure est petite et profonde, on l'agrandira à l'aide d'un bistouri el TRAITEMENT* 563 on la pressera : cette opération deviendra inutile si l'épi- derme seul a été enlevé. Il faut faire attention que souvent les blessures paraissent superficielles, quoi; ue le venin ait pénétré profondément. 4°« On lavera la plaie; za choisira un linge un peu rude afin de l'irriter et d'en exoriaier le sang ; il serait même Utile, pour remplir ce but, d'y appli- quer une ventouse. 5°. On cautérisera les blessures et même les écorchures avec l'un ou l'autre des caustiques indiqués pages 544 et 545 : cependant on préférera le fer rouge-bh ne, le beurre d'antimoine ou l'huile de vitriol. La cautérisation doit être exacte et profonde : si elle est légère, elle ne suffit pas pour prévenir la rage : on n'a rien à craindre de trop cauté- riser. Si les blessures sont nombreuses, il faut les cautériser successivement, en laissant un jour d'intervalle, et en conv mençant par celles de la tête et du visage. 6°. Six ou sept heures après avoir cautérisé, on applique sur l'escarre un large vésicatoire dont la composition est indiquée page 565 ; on le laisse pendant douze heures, puis on enlève et on coupe l'épiderme avec la pointe des ciseaux ; on panse deux fois par jour avec une feuille de poirée sur laquelle on a mis du beurre ou ducérat adoucissant. (Voy. p. 566). rj°. Lors- que l'escarre tombe ^ ce qui a lieu du cinquième au hui- tième jour, on cherche à cicatriser la plaie, si toutefois l'on aperçoit que la cautérisation ait été plus profonde que là plaie faite par la dent de l'animal : si le contraire a lieu, on doit cautériser de nouveau, et lorsque la seconde esj carre est tombée, on entretient la suppuration pendant qua- rante ou cinquante jours : à cet effet, on met dans la plaie Un pois , une fève, ou, ce qui est préférable, un morceau déracine d'iris,d'aristoloche, de gentiane, et on la pansa avec la pommade vésicatoire* 564 X)tS POISONS SEPTIQCES. Précautions à prendre. io54« Si la blessure est à lu tête, on doit raser tous les cheveux afin d'apercevoir et de cautériser les diverses par- ties mordues. Si Je gonflement et l'inflammation de la tête succédaient à la cautérisation , il faudrait faire usage de fo- mentations émollientes et résolutives, et panser la plaie comme si elle était simple. ,, La morsure des lèvres, des joues et des paupières doit être profondément brûlée , et on doit y entretenir long- temps la suppuration. La cautérisation des paupières dé- ni ande quelques précautions : on doit les soulever pour les éloigner de l'oeil, et brûler les bords de la morsure à l'aide d'un petit pinceau trempé dans un caustique. Si la bave de l'animal enragé avait touché le globe de l'œil, il faudrait y passer légèrement le pinceau imbibé de caus- tique; il n'y aurait d'autre inconvénient que celui de donner lieu à une légère inflammation et à un larmoiement plus ou moins considérable : dans ce cas, on laverait l'œil avec de l'eau dans laquelle on aurait fait bouillir de la graine de lin, de la racine de guimauve ou de la gomme, et à la- quelle on ajouterait quelques gouttes de laudanum liquide de Sydenham. Si la plaie était dans la bouche, on ferait la- ver celle-ci avec de l'eau et du vinaigre, puis on cautérise- rait la morsure avec le fer rouge: les caustiques liquides auraient l'inconvénient de se mêler avec la salive et d'é- tendre leur action sur des parties saines plus ou moins im- portantes. Lorsque la morsure est voisine d'une artère, et, dans ce cas, on voit un battement plus ou moins considérable, ou on le sent en appuyant l'extrémité du doigt sur la plaie , on se borne à toucher légèrement toute sa surface avec un pinceau imbibé de beurre d'antimoine : par ce moyen on TRAITE M EN T. 565 évite d'entamer l'artère, et par conséquent on ne craint pas l'hémorrhagie qui , sans cette précaution , aurait lieu à la chute de l'escarre. Il y aurait du danger à cautériser la morsure comme nous venons de le dire, si l'artère, au lieu d'être recouverte de quelques portions de muscle ou de tissu cellulaire, était à nu : alors on devrait se contenter de mettre sur la plaie une petite quantité de poudre de can- tharides ou de quelque onguent acre. Si la morsure est ancienne, que la plaie soit déjà cica- trisée, et que l'on ait la certitude que l'animal est enragé, il faut ouvrir la plaie sans délai, à l'aide d'un bistouri, la brûler et la faire suppurer. ( Enaux et Chaussier, ) Traitement interne de la morsure des animaux enragés. Pendant les premiers jours, on favorise la transpiration à l'aide de la boisson indiquée page 546, en parlant de la vipère; ce n'est que dans la cas où la plaie est très-en- flammée et douloureuse qu'on remplace cette boisson par une décoction de-guimauve , de graine de lin, ou par la poudre de Dowef. {Voy. p. 566) On saigne le malade si le pouls est dur et plein. L'émétique et les purgatifs sont admi- nistrés si l'estomac est chargé , la langue recouverte d'une couche jaune et la bouche pâteuse. On prescrit des alimens doux, faciles à digérer et un exercice modéré. Le régime est plus sévère si le malade a de la fièvre. Formules des remèdes employés dans le traitement de la rage. Emplâtre vésicatoire. Ou fait fondre à un feu doux : Cire jaune.. . Térébenthine Huile d'olives 4 onces. 6 gros. i ouce 2 grosi. 566 DES POISONS SE PTIQUES. On retire la masse du feu, et lorsqu'elle commence à se refroidir, on y ajoute, Cantharides parfaitement pulvérisées, 5 onces. Mastic......................... 2 gros. Cet emplâtre peut être remplacé par les suivans : i**on mêle 3 gros de cantharides avec une once d'emplâtre dia- chylum ; 2° on incorpore 6 gros de cantharides réduites en poudre fine dans une pâte épaisse, préparée avec de la mie de pain et du vinaigre très-fort : on l'étend sur un mor- ceau de linge. Pommade vésicatoire. On mêle : Cantharides finement pulvérisées............ \ gros. Cérat, basilicum, ou quelqu'autre onguent gras, i once. Cérat adoucissant. On fait fondre à un feu doux : Cire blanche..................... i once. Huile d'olives,.................... 2 onces. Blanc de baleine.................. 2 onces. Poudre de Dower. On réduit en poudre fine : Ipécacuanha.................± gros. Extrait d'opium..............i- gros. Sulfate de potasse............. i gros et demi. On mêle intimement, ^Tous les soirs on en donne depuis douze jusqu'à vin^t- quatre grains dans du miel. TRAITEMENT. 56-] Traitement du bétail. Les bœufs, les veaux, les moutons , les chevaux, mordus par un animal enragé , éprouvent a-peu-près les mêmes symptômes que l'homme, mais avec beaucoup plus de ra- pidité. Si la morsure a été faite à la queue ou à l'oreille, il faut couper ces parties et cautériser la plaie saignante avec le fer rouge; ensuite on pansera avec le digestif térébenthine. (Voy. ci-après.) Lorsque les morsures ont été faites dans un endroit qui ne peut pas être enlevé, on coupe le poil, on lave les bles- sures , on les agrandit avec un bistouri, on les cautérise profondément, et on les panse avec le même onguent digestif térébenthine; on anime de temps en temps les plaies avec la poudre de cantharides ou avec la pierre à cautère, et on ne les laisse fermer qu'au bout de quelques semaines. L'animal doit être séparé des autres, et la personne qui le panse ne doit pas oublier de laver ses mains avec de l'eau contenant du savon et du vinaigre. Il faut également avoir soin de ne pas le dépouiller dans le cas où il mourrait en- ragé, de crainte de gagner la maladie. Onguent digestif térébenthine. On mêle : Térébenthine.................... 2 onces. Huile d'olives.................... 2 onces. Deux jaunes d'oeuf. Et ce n'est qu'autant que l'on veut activer la suppuration que l'on ajoute un demi-gros de pierre à cautère pulvérisée (potasse à la chaux). 56$ de l'empoisonnement SECTION IL De l'Empoisonnement considère d'une manière générale. CHAPITRE Ier. Des Moyens propres à constater l'existence de l'empoisonnement. ARTICLE Ier. Des Maladies qui peuvent être confondues avec Vempoisonnement aigu. io55. EjN faisant l'histoire des différens poisons, nous avons remarqué qu'ils jouissaient tous d'un caractère com- mun , celui de déterminer un appareil de symptômes plus ou moins graves, peu de temps après leur ingestion dans l'estomac ou leur application sur des suifaces dénudées ; tantôt les accidens suivent de très-près l'introduction du breuvage délétère, tantôt quelques heures s'écoulent avant que ses effets ne puissent être bien constatés. Or, comme jl y a un très-grand nombre de maladies spontanées dont l'invasion et les symptômes simulent l'empoisonnement, et se développent assez souvent quelques heures après le repas , il suit de là que l'ignorance , l'intérêt ou le crime peuvent, dans quelques circonstances , confondre ou cher- cher à faire confondre l'une ou l'autre de ces affections spontanées avec le véritable empoisonnement, et compro- mettre la sûreté el même l'existence des personnes les plus respectables. Eh! combien de fois n avons-nous pas été considéré d'une manière générale. 56g témoins , encore de nos jours, de procès de ce genre tout- à-fait scandaleux, où l'on voit des hommes portant le litre de docteur dresser avec la plus grande ineptie des rap- ports exlravagans , dans lesquels ils accusent de sang froid l'innocence la plus pure , et la traînent vers l'échafaud! Il suffit à ces hommes , soi-disant médecins , pour prononcer sur l'existence d'un empoisonnement, et même sur la na- ture particulière du poison , d'apprendre , n'importe par quel vil malveillant, qu'un individu est mort subitement, cju'il a éprouvé des vomissemens ou des déjections sangui- nolentes, des coliques, etc., et qu'à l'ouverture du ca- davre on trouve des lésions dans les différens organes. Ignorant complètement les faits nombreux relatifs aux al- térations profondes de plusieurs tissus que l'on découvre fréquemment après la mort subite d'individus qui suc- combent à des maladies spontanées, ils affirment sans res- pect pour les noms des Morgagni, Hunter, Boerhaave , Van-Swieten, Bonet , Lieutaud, Chaussier, etc. Com- bien la conduite des médecins sages et instruits est diffé- rente ! Eclairés par une nombreuse série d'observations et par la lecture des grands maîtres de l'art, ils examinent attentivement les phénomènes de la maladie qui est l'objet de leurs recherches ; ils en comparent la marche et la na- ture à toutes celles qui se développent spontanément dans telle ou telle autre saison ; ils ont égard à l'âge des indivi- dus, à leur constitution, au climat qu'ils habitent, aux afïections auxquelles ils sont'sujets, aux passions qui les agitent souvent. Ils joignent à ces perquisitions scrupu- leuses 1'inspeclion régulière de tous les organes ; ils dé- crivent avec précision les altérations de leur forme, de leur couleur, de leur texture; ils recueillent les matières qui sont contenues dans le canal digestif, étudient avec sein leurs propriétés physiques, déterminent leur nature en faisant de nombreuses opérations chimiques, et par- 5^o »e l'empoisonnement rle.'-nûjnt ainsi, appuyés par r anatomie pathologique, la physiologie et la chimie, à des conclusions rigoureuses, propres à mettre la vérité dans tout son jour, et seules capables de servir de base au jugement que les magistrats doivent prononcer. io56. Ces considérations suffisent pour faire sentir l'in- térêt au'offre l'article dont nous allons nous occuper: aussi chercherons-nous à l'approfondir autant qu'il sera en notre pouvoir. 1057. Les maladies spontanées que l'on peut confondre avec l'empoisonnement aigu sont : l'indigestion, le cho- lera-morbus, le vomissement noir et la diarrhée noire , la fièvre maligne, etc. Indigestion, ou maladies qui se déclarent peu de temps après avoir mangé ou bu des substances qui ne sont pas généralement regardées comme vénéneuses. Il arrive sou- vent que des individus fort bien portans éprouvent, quel- ques heures après le repas, une irritation dans l'esto- mac et dans les intestins grêles, des coliques , des nau- sées, des vomissemens de matières de couleur différente, quelquefois verdârre, et des constrictions spasmodiques : ces phénomènes se remarquent surtout chez les per- sonnes faibles et qui sont sujettes à des douleurs d'es- tomac. Schenkius, Zacchias, M. Fodéré et plusieurs au- teurs , ont observé des symptômes graves produits par une indigestion ; mais voici un fait qui paraît devoir être rap- porté ici, el dont M. le professeur Chaussier a donné les détails dans une consultation médico-légale en faveur de Dominique François , accusé d'être l'auteur d'un empoi- sonnement. ( Voy. pag. 60.) « Parvenu à l'âge de soixante- seize ans, le célèbre Darcet, père du savant chimiste du même nom, conservait toutes ses facultés et jouissait d'une bonne santé ; seulement depuis quelque temps il éprouvait parfois, mais rarement, des douleurs passagères à l'esto- CONSIDÉRÉ D'UNE MANIERE GÉNÉRALE. 5jl mac. Le 11 février 1801, il alla dîner chez un de ses amis, M. B... ; il y passa, suivant sa coutume, une parlie de la soirée, et y fut même plus gai qu'à l'ordinaire. Rentré chez lui sur les onze heures du soir, il se coucha et dormit tranquillement ; mais sur les quatre heures du matin, il éprouve tout-à-coup une douleur violente à l'estomac , qui persiste avec plus ou moins d'intensité. Malgré l'usage des différens moyens que l'on emploie, le malade est couché sur le côté, courbé en devant, les membres plies et rap- prochés du tronc; son teint est pâle, l'oeil aballu, jaunâtre ; le pouls fréquent} serré; la soif excessive , les extrémités froides, les hypochondres tendus ; il y a une évacuation alvine abondante et très-fétide, qui paraît lé soulager un instant ; enfin , dans un effort d'expectoration , la gorge se remplit d'une sérosité visqueuse, brunâtre , dont une par- tie coule de la bouche, et il meurt vingt heures après l'in- vasion de la douleur. A l'ouverture du corps, on trouva dans l'abdomen une certaine quantité de liquide épanché, qui provenait évi- demment des potions que le malade avait prises , et l'on aperçut à l'estomac, près de sa grande courbure , un trou arrondi, de la grandeur d'une lentille, environné de quel- ques autres plus petits. En examinant l'intérieur de ce viscère , on vit à l'endroit de la perforation que les mem- branes qui forment les parois de l'estomac étaient détruites dans une étendue d'environ deux centimètres, de sorte qu'il ne restait plus que la membrane qui forme la tu- nique extérieure de l'organe. On trouva aussi, un peu plus loin , une semblable érosion des membranes intérieures, et l'une et l'autre de ces érosions étaient circonscrites par un petit bourrelet blanchâtre , arrondi et légèrement saillant ». M. Alexandre Gérard dit qu'un jeune homme de vingt- huit à trente ans, «mi n'avait pris le matin qu'un verre de 5^2 DE L'EMPOISONNEMENT vin et d'eau et quelques onces de pain , éprouva tout-a- coup, sur les quatre heures du soir , une douleur si vive à la région de l'estomac qu'il fut obligé de s'arrêter en se courbant le corps et se serrant le ventre avec ses bras. Tous les médicamens furent inutiles; le malade mourut douze heures après l'invasion de la douleur , et à l'ouver- ture de l'abdomen on trouva , à la petite courbure de l'es- tomac , à un pouce environ du pylore, un trou du dia- mètre d'une ligne et demie, arrondi comme s'il eût élé fait avec un emporte-pièce ; et ce trou, qui était environné d'un cercle rouge de la largeur d'un quart de ligne tout au plus, avait laissé passer dans l'abdomen les différens li- quides que l'on avait donnés au malade. (Mémoire sur les Perforations spontanées de Vestomac, par M. Alexandre Gérard, i8o3. ) M. Gastellier rapporte le fait suivant : Mademoiselle de Verteron, pensionnaire au couvent des dames Domini- caines de Montargis, après avoir passé la soirée (du 27 juillet 1775) fort gaiment dans les jardins, et y avoir même chanté jusqu'à onze heures, se retira avec ses com- pagnes pour aller se coucher; elle dormit d'un bon som- meil jusqu'à trois heures du matin , qu'elle fut éveillée par des douleurs d'estomac des plus aiguës ; douleurs si violentes, qu'elle réveilla toute la maison. On lui admi- nistra sans succès plusieurs médicamens caïmans. A sept heures du matin, M. Castellier vit la malade, s'assura qu'elle n'avait pas pris de substance vénéneuse, et annonça sa mort prochaine : elle succomba en effet à dix heures. Ouverture du cadavre. Après avoir fait la section des îégumens des muscles abdominaux et du péritoine, qui n'étaient nullement altérés , on vit des grains de groseilles rouges épars çà et là sur les viscères du bas-ventre, et même quelques-uns avec leurs grappes entières , ce qui annonça quelques perforations, soit à l'es>lomac, soit au CONSIDÉRÉ UUNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 5;3 tube intestinal. L'estomac était plein, et offrait dans U partie moyenne et antérieure de sa grande courbure deux perforations de forme orbiculaire , au-dessus desquelles on trouva tous les alimens du souper de la veille sans êlie altérés ; il n'y avait aucun débri de pièces emportées, seu- lement les bords étaient amincis et livides : chacune de ces ouvertures aurait pu livrer passage à une balle de plomb. L'épiploon , le diaphragme et tous les organes ad- jacens , étaient dans l'état naturel. On ne découvrit aucune trace de poison. (Journal de Médecine, de Chirurgie et de Pharmacie, par M. Leroux, tome xxxm, page 24 , 1815. ) io58. Nous pourrions encore faire connaître un très- grand nombre de cas de la même nature : nous nous bor- • nerons à dire qu'il est bien constaté, par les observations de Bonet, Moigagni, Lieutaud, TV. Hunter, Lecat , Chaussier, etc., que ces escarres et perforations peuvent se former tout-à-coup et produire la mort en peu d'heures, et qu'elles peuvent ne dépendre que d'une cause interne (1). 1059. Nous avons souvent confirmé un fait annoncé par Hunter, et qui a quelque rapport avec l'objet de cet article ; savoir, que les animaux que l'on fait mourir de faim offrent, après leur mort, un plus ou moins grand nombre de petits ulcères dans l'estomac. (1) Plusieurs praiiciens pensent que dans ces sortes d'affec- tions la bile est décomposée et acquiert des propriétés causti- ques. Sans nous déclarer en faveur de cette opinion, nous pou- vons attester avoir fait plusieurs fois l'analyse chimique de la bile contenue dans la vésicule des individus morts à la suite de fièvres bilieuses graves, que quelques médecins ont appelées dans ces derniers temps fièvres entero-mésentériques; nous avons constamment reconnu que ce fluide contenait une plus grande quantité de résine que dans Tétat naturel, et que celle-ci 5^4 !jr' ^'empoisonnement Le cholera-morbus. 11 arrive quelquefois que des pcr-» sonnes d'un tempérament bilieux éprouvent toul-à-coup nue série d'accidens plus ou moins graves qui peuvent se terminer par la mort, et qui caractérisent la maladie dont il s'agit ici : ces accidens sont des vomissemens presque continuels de nature différente, en général bilieuse, d'une couleur verte, bleUe ou lie de vin ; des douleurs abdomi- nales atroces qui ont particulièrement leur siège dans rhvpochondre droit ou dans la région épigastrique , accom- pagnées souvent d'une rétraction de l'abdomen ; des dé- jections alvines également bilieuses et abondantes ; des éructations acides , le hoquet continuel, des convulsions ,_ des vertiges, du délire, des crampes dans les membres , et particulièrement dans le trajet des tendons ; les traits de la face se décomposent, et il y a prostration générale des * forces; le pouls, petit, accéléré, est quelquefois imper- ceptible ; la transpiration est supprimée ou il y a des sueurs avait une saveur acre, piquante et très-ebaude; et il semble difficile d'admettre qu'un pareil fluide ait pu se trouver en contact avec nos organes sans les enflammer ou les corroder i aussi ne sotutaes-nous pas éloignés de le faire entrer pour beau- coup comme cause des ulcérations et des autres lésions qui ac- compagnent souvent ces maladies. JVLo-z.~ani r apporte qu'un enfant mourut d'une fièvre tierce qui, après l'avoir exténué, le conduisit à la mort au milieu de terribles convulsions. Son estomac renfermait beaucoup de bile verte qui teignait le scalpel en couleur violetle. La pointe d'un scalpel, trempée dans celte liqueur, se trouva tellement envenimée que deux pigeons, blessés avec cet instrument ^ éprouvèrent de violentes convulsions, et périrent presque in* stantanément.. On mêla ensuite celle bile avec du pain, et on en donna à un coq, qui mourut aussi promptement que les pigeons, avec les mêmes symptôme: et un tremblement uni- versel. CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 5;5 froides; la chaleur interne est brûlante et les extrémités froides; l'urine est trouble et rare. Après la mort, on a remarqué que la vésicule du fiel et le canal cholédoque sont distendus; quelquefois cependant ils sont entièrement vides ; le duodénum et le pylore souvent gangrenés ; les vaisseaux veineux de l'estomac dans un état de turgescence ; ce viscère et le foie sont enflammés dans quelques cir- constances ; mais jamais l'inflammation ou la gangrène ne s'observent dans toule l'étendue du canal digestif; les voies aériennes ne sont jamais phlogosées. Le cholera-morbus dont nous parlons ici, celui qui at- taque subitement l'individu, qui n'a par conséquent point de signe précurseur notable, peut être provoqué par l'in- gestion de boissons aigres et froides lorsque le corps est en sueur ; par le passage subit du froid au chaud, ou du chaud au froid; par un violent accès de colère; par la suppression du flux menstruel; par la répercussion des maladies cutanées ; par des vers et par une grande quan- tité d'alimens de digestion dTflicile. En général , il ne se manifeste que dans les mois les plus chauds ; cependant on en a observé un très-petit nombre dans des hivers froids. La marche est en général rapide; souvent la maladie se termine au bout de quelques heures : cependant on l'a vue durer plusieurs jours. La terminaison a lieu par un retour prompt à la santé ou par la gangrène intestinale et la mort. Du vomissement noir et de la diarrhée noire. Nous ne chercherons pas à décider si dans.le vomissement noir l'es- tomac est le seul organe affecté , tandis que dans la diarrhée noire ce serait le canal intestinal. Il nous paraît aussi com- plètement inutile pour notre objet d'établir des différences entre ce que l'on appelle aujourd'hui hémalémèse, hé- morrhagie intestinale, mélœna; il nous suffit de savoir que 5~Ô ue l'empoisonnement dans quelques circonstances on observe des vomissement noirs , et quelques autres symptômes que l'on serait tenté de confondre avec l'empoisonnement. Voici comment flip- pocrate décrit cette affection (i) : « On rend d'abord à chaque instant, et par régurgita- tion, des liquides en assez grande quantité, bilieux ou hiuqueux , ou semblables à de la salive, puis avec eux viennent les alimens, qui sont très-dréquemment vomis : enfin les matières rejetées deviennent brunes, sanguino- lentes, semblables à de la lie, à du vin trouble ou déjà fortement aigri. Lorsque ces évacuations sont noires , et qu'elles paraissent contenir du sang , leur odeur est fétide ; elles brûlent le phaiynx , agacent les dents et font effer- vescence quand elles touchent la terre. On éprouve un malaise après le vomissement, quelquefois même avant qu'il ait lieu (2); dans certains cas, le malade se sent un peu soulagé après avoir vomi ; cependant l'eslomac ne peut rester vide ni rempli. Dans l'état de vacuité, ce sont des borborygmes et des rappoflfc aigres ; après l'introduction des alimens, c'est un sentiment de pesanieur dans les or- ganes de la digestion , une douleur lancinante dans la poitrine, le dos et le côté. Plus cette maladie avance, plus elle devient grave : le corps maigrit, la conjonctive prend une teinte verdàtre; la peau se colore d'un jaune pâle, devient molle et flasque : il se déclare enfin des frissons légers el une petite fièvre, des douleurs de tête 1 l'affaiblissement de la vue, des pesanteurs dans les jambes; la peau est livide, et le dépérissement fait toujours des progrès. Malgré l'emploi des moyens convenables, cette (1) Hipp. , de M'or bis, lib. ji , in fine. {ï) Les faiblesses, les lipothymies et les angoisses sont des «vmplôrues qui annoncent le pins constamment des vomisse- mens. CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE 5'j'J affection est mortelle et amène bientôt la perte des ma- lades. » <* M. Portai, qui a publié, dans les Mémoires de la So- ciété médicale d'Emulation , des observations sur le ine- lœna , en rapporte deux exemples occasionnés par de vives affections de l'âme ; il fait également mention d'un autre qui fut la suile de l'impression de la goutte sur les organes dans lesquels la veine porte distribue ses rameaux, etc., etc. On voit, d'après ce que nous venons de dire , que celle affection ne saurait être confondue qu'avec l'empoisonne- ment produit par les poisons corrosifs et acres (les autres ne déterminant presque jamais des vomissemens sanguino- lens) : or, lorsque les poisons corrosifs donnent lieu à des vomissemens on à des déjections sanguinolentes, le sang rendu est d'une belle couleur rouge, taudis qu'ici il est noir ; outre cela , les poisons corrosifs développent le .plus souvent une vive inflammation dans la bouche, l'oesonhage, l'estomac et le reste du canal intestinal; tandis que, dans la maladie noire, le canal digestif n'est point affecté géné- ralement : on n'observe qu'une excoriation, une pblogose ou une escarre dans l'une ou l'autre partie du tube ali- mentaire. En général, on voit qu'en exprimant la mem- brane muqueuse de l'estomae des individus qui ont suc- combé à celte affection _, on fait suinter une madère noi- râtre semblable à celle qui est rendue par le vomissement; circonstance qui ne se rencontre point dans les empoi- sonnemens par les poisons corrosifs ou acres. D'ailleurs , la maladie noire est souvent occasionnée par le squirrhe de l'estomac ou d'une autre partie des viscères contenus dans l'abdomen. Nous pourrions encore parler de certains vomissemens bilieux , muqueux , etc. , que l'on observe quelquefois chez les femmes hystériques , dans certains cas de pince- ment d'intestin, et dans quelques autres circonstances : n. 37 £78 DE LCMPOISONNFMET ces vomissemens sont accompagnés d'autres symptômes plus ou moins graves, dont l'ensemble pourrait être con- fondu avec l'empoisonnement, si l'on n'avait pas égard z'.ux circonstances antécédentes, au commémoratif, elc. Nous nous bornons à énoncer ce fait pour fixer l'attention des médecins-légistes. Fièvre maligne { ataxique ). Pour peu que l'on réflé- < bisse à la manière dont plusieurs poisons agissent sur le système nerveux, on sera convaincu que leurs effets si- mulent quelquefois ceux qui caractérisent la fièvre ma- ligne , et par conséquent qu'il faut être bien circonspect, si l'on n'a pas découvert le poison , à ne point confondre ces deux affections. Ce cas est d'autant plus épineux , que l'ouverture des cadavres , loin de l'éclaircir , peut, dans certaines circonstances, augmenter l'incertitude de l'ex- pert. 1060. Après avoir indiqué les principales maladies que l'on peut confondre avec l'empoisonnement, nous croyons dev oir rapporter les préceptes que le médecin-légiste doit avoir présens pour tâcher d'éviter des méprises qui pour- raient devenir funestes. i°. Il fera attention à la saison de l'année et aux mala- dies qui régnent; car le cholera-morbus , par exemple, règne ordinairement clans les mois d'été qui s'approchent de l'automne et dans l'automne même : également il y a telle constitution médicale où les coliques et les vomisse- mens sont comme épidémiques. 20. Il étudiera bien les habitudes et la vie antérieure du sujet ; il s'informera surtout s'il était valétudinaire, ou s'il avait éprouvé quelque maladie mal jugée, ou s'il n'avait point quelque vice caché (ce qui arrive fréquemment ), étant moins présumable qu'un homme qui jouit d'ailleurs d'une santé parfaite soit tout-à-coup attaqué de symptômes violens par cause interne , ou du moins qu'il en pé- CONSIDÈRE D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 5~Q risse ; la nature seule, ou aidée par l'art, prenant ordinai- rement le dessus quand le sujet est sain et robuste. 3°. Il observera si la maladie est avec ou sans fièvre, parce qu'if est rare que les accidens occasionnés par cause interne en soient exempts, au lieu que cela est très-com- mun dans les empoisonnemens, du moins dans les pre- miers temps de leur action (i). io6r. Si les maladies dont nous venons de parler of- frent des rapports nombreux avec celles que produirez certains poisons, il n'en est pas de même d'une foule d'autres que des malveillans ont cherché à faire confondre avec l'empoisonnement, et qui sont principalement les polypes , les anévrysmes , les abcès intérieurs, les conges- tions sanguines dans l'un des principaux viscères, l'angine de poitrine, les hémorrhagies internes, la rupture de cer- tains organes, etc. Il arrive quelquefois, dans ces affections, que la mort a lieu subitement. L'expert appelé pour pro- noncer sur la véritable cause d'un accident de cette nature * prouvera facilement qu'il ne dépend pas de l'action d'un < poison , i° parce que la mort n'est jamais précédée *des symptômes auxquels donnent lieu les substances véné- neuses; 2° parce qu'en faisant l'ouverture du crfdavre, il rencontrera des lésions graves déterminées par les ma- ladies que nous venons d'énumérer, Jésioiis qui ne sont jamais le résultat de l'ingestion d'un poison. A la vérité, on ne découvrirait aucune altération particulière dans le cas où la mort subite serait occasionnée par une vive pas- sion , telle qu'un excès de douleur ou un excès de plaisir ; mais , dans ce cas, le commémoratif et l'absence des sym- ptômes qui caractérisent l'empoisonnement seraient suffi- sans pour éclairer le médecin-légiste. (r) Fodéré, Ouvrage cité, tom. ir, pag. 297. 58o de l'empoisonnement ARTICLE IL Des Moyens à l'aide desquels on peut parvenir à recon- naître la nature de la substance qui a occasionné V empoisonnement. 106?. En examinant chacun des poisons en particulier, nous nous sommes attachés à faire connaître leurs pro- priétés physiques et chimiques , afin que l'expert fût à même de les distinguer l'un de l'autre. Les progrès que la chimie minérale a faits depuis trente ans nous ont permis de tracer l'histoire médico-légale des poisons mi- néraux avec un degré d'exactitude que l'on chercherait en vain dans ceux du règne organique : cette partie de la science chimique est encore à son berceau , malgré les ,tra\aux importans des chimistes modernes. La majeure partie des substances végétales ne sauraient être distinguées les unes des anives que par les caractères physiques dont elles jouissent : soumises à J'analyse, elles ont fourni pres- que constamment des produits analogues ; en sorte que, dans l'état actuel de la science, il faut renoncer à établir entre elles des différences par le moyen des réactifs. C'est d'après ces considérations cpie, dans l'histoire particulière des poisons végétaux , nous nous sommes bornés à décrire les caractères botaniques des plantes et ceux des produits vénéneux qu'elles fournissent. Mais s'il était utile d'indiquer dans chaque monogra- phie dont nous avons parlé les caractères distinctifs de chaque poison, il est bien plus important d'exposer les préceptes qui doivent servir de guide au médecin-légiste appelé pour un cas d'empoisonnement. En effet, il peut arriver souvent qu'il n'ait aucun renseignement sur la nature de la substance délétère, soit parce que le malade CONSIDÉRÉ D'UNE MANIERE GÉNÉRALE. 581 n'est pas en état de lui rendre compte, soit parce que les assistans ignorent complètement les circonstances de l'em- poisonnement : l'homme de l'art ne s'exposerait-il pas à perdre le fruit de ses recherches, si, dans l'examen des matières suspectes, il ne suivait pas une marche métho- dique, surtout étant obligé de choisir parmi un si grand nombre de substances vénéneuses ? Comment, par exem- ple , pourrait-il porter un jugement exact s'il élait obligé de procéder par dos tâtonnemens multipliés à l'analyse d'une très-petite quantité de la matière suspecte ? Des ex- périences tentées à contre-sens ne lui feraient-elles pas commettre des erreurs graves , ou du moins ne le laisse- raient-elles pas dans un état de perplexité propre à porter atteinte à sa réputation et à laisser la question irrésolue? Ces considérations nous engagent à donner à cet article toute l'étendue qu'il nous parait mériter. PREMIER PROBLÈME. Déterminer la nature de la substance vénéneuse avec laquelle on s'est empoisonné, lorsqu'elle n'a pas été avalée en entier et qu'on peut s'en procurer les restes. io63. La résolution de ce problème peut être opérée à l'aide de trois ordres de moyens différens : i° ceux qui sont du ressort de la chimie et qui constituent l'analyse; a° ceux qui appartiennent à la pathologie et qui ont pour objet les symptômes ; 3° ceux qui sont du domaine de l'a- natomie pathologique , et qui peuvent faire connaître l'état sain ou malade des organes. § Ier. Analyse chimique. ioô4« Parmi le grand nombre de poisons dont nous de- vons nous occuper, il en est qui peuvent se présenter à l'état solide, d'autres à l'état liquide; enfin quelques-uns sont à l'état gazeux. 5vS^ de l'emvoisonnfment POISOXS SOLIDES. io65. On commencera par examiner si le poison appar- tient au règne inorganique ou au règne organique : à cet effet, on en mettra une très-petite quantité sur une plaque de fer chauffée jusqu'au rouge obscur : tous ceux apparte- nant au règne organique seront décomposés, répandront une fumée dont l'odeur sera analogue à celle du caramel , du vinaigre, ou à celle de la corne qui brûle, et laisseront, en général, un résidu charbonneux plus ou moins abon- dant ; quelques-uns d'entre eux, composés à-la-fois de substances végétales et minérales, tels que les acétates de plomb et de cuivre, l'émétique, donneront aussi, pour résultat de cette opération, les métaux ou les oxides qui entrent dans leur composition. Les poisons inorganiques, mis sur une plaque de fer chauffée jusqu'au rouge obscur, offriront des phénomènes variables : les uns se volatilise- ront , répandront une fumée piquante dont l'odeur ne sera jamais analogue à celles dont nous venons de par- ler; les autres se boursouffleront; enfin la majeure partie d'entre eux n'éprouvera aucune altération, et, dans au- cune circonstance , ils ne laisseront un résidu charbon- neux. Si l'on a déterminé que le poison solide appartient au règne organique , on cherchera à décider, par ses proprié- tés physiques, si sa nature est végétale ou animale. On peut dire, d'une manière générale, que les matières qui ré- pandent une odeur de caramel lorsqu'on les décompose par le feu sont des matières végétales , mais on ne peut pas affirmer que celles qui, placées dans les mêmes cir- constances, exhalent une odeur infecte de corne, soient des matières animales ; car on trouve dans le règne végé- tal un certain nombre de substances que l'on pourrait ap- peler animalisées, qui contiennent une grande quantité CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 583 d'azote , et qui donnent une odeur analogue en se décom- i posant. * 1066. Si la substance organique sur laquelle on a fait ce premier essai a répandu une odeur de caramel, et qu'elle soit sous la forme de poudre ou de cristaux d'une couleur blanche ou bleuâtre, on recherchera si c'est de l'émétique , de l'acide oxalique, de l'acide tartarique , de l'acétate de plomb, de l'acétate de cuivre ou du vert-de- gris : ce sont, parmi les substances végétales vénéneuses que l'on peut bien distinguer par les réactifs , celles qui se trouvent le plus communément dans le commerce. A cet effet, on en fera dissoudre une petite quantité dans de l'eau distillée , et on versera de l'acide sulfurique dans la dissolution. Cet acide précipite-* Cet acide fie précipite pas L'émétique, ]/acide oxalique, L'acétate de plomb. L'acide tartarique , Les dissolutions d'acétate de cuivre et de vert-de-gris. 1067. Si l'acide sulfurique y a fait naître un précipité, on versera dans une autre portion de la dissolution un hydro-sulfate soluble (hydro-sulfure) : l'émétique pré- cipitera en orangé rougeâtre -j- ; l'acétate de plomb en noir-f-(t/). Dans le cas où l'acide sulfurique ne fournirait aucun précipité, on verserait dans le liquide quelques gouttes (1) Nous employons le signe -f- pour désigner que le poison est reconnu, et par conséquent que nous ne le ferons plus en- Ire.v dau> le tableau. En supposant donc qu'on ait obtenu un précipité noir par l'hydro - sulfate , ce qui indique un sel' plomb, il faudrait alors employer le reste de ia. dissolution à 584 «E l'empoisonnement d'ammoniaque, qui précipiterait la dissolution de cuivre et lui donnerait une teinte bleue -f- ; tandis qu'elle ne pro- duirait rien de semblable dans les dissolutions des acides oxalique et tartarique. L'acide oxalique serait distingué de l'acide tartarique par les caractères suivans : i°. Il laisse très-peu de charbon quand on l'expose sur une plaque métallique d'un rouge obscur : l'acide tarta- rique en laisse au contraire beaucoup. a0. L'acide oxalique décompose la dissolution de sulfate de chaux, qu'il précipite en blanc ; l'acide tartarique ne trouble point ce sel. Matières solides inorganiques. 1068. Lorsqu'on sera parvenu par ce moyen à conclure que la matière solide appartient art règne inorganique, on en prendra une certaine quantité, et on la fera dissoudre dans de l'eau distillée que l'on fera bouillir pendant un quart d'heure , si la dissolution ne s'est pas opérée à froid. La portion que l'on fera dissoudre sera toujours propor- tionnelle à la quantité dont on pourra disposer; mais , en général, on agira sur la moitié ; car c'est avec la dissolution que l'on obtient des caractères propres à reconnaître le poison. Il est inutile de faire sentir que la quantité d'eau distillée varie rarssi suivant la dose de matière sur laquelle on 0|_-ère, sa solubilité, etc.; mais, en général, on em- ploiera" le moins possible de ce liquide afin d'avoir des dissolutions plus concentrées. confirmer, au moyen des réactifs indiqués à l'article plomb {voy. tom. ier j, que c'est effectivement un sel de ce métal : le médecin-légiste serait blemable et pourrait être induit en er- reur s'il négligeait de faire ces essais ultérieurs. CONSIDÉRÉ D'UNE MANIERE GÉNÉRALE. 585 Suhstafices solubles dans Veau en totalité ou en partie. i. Sublimé corrosif. ] 2. Acide arsénieux (oxide blanc d'arsenic). 3. Arsenites de potasse et de soude. (\. Arséniate.de potasse. 5. Hydro-chlorate d'antimoine. 6. Sulfate, hydro-chlorate et nitrate de cuivre. 7. Hydro-chlorate d'étaiu. 8. Sulfale de zinc. 9. Nitrate d'argent cristallisé et pierre infernale. 10. Hydro-chlorate d'or. 11. Nitra«e de bismuth. 12. Potasse,sous-carbonate de potasse. i5. Soude, sous-carbonate de soude. i4- Sous - carbonate d'ammo- oiaque. i5. Baryte, hydro-chlorate et nitrate de baryte. 16. Chaux. 17. Nilrate de plomb. 18. Nitrate de potasse. 19. Sulfate de fer. 20. Hydro-chlorate d'ammo- niaque. 21. Sulfure de potasse (1). Substances insolubles. 1. Précipité rouge, ou oxide de mercure. 2. Oxide noir de mercure. 5. Turbith minéral, ou sous- deuto-sulfale de mercure. 4- Cinnabre. 5. Sulfures rouge et jaune d'arsenic. 6. Peroxide d'antimoine. 7. Kermès, soufre doré. 8. Peroxide tl'étain. 9. Oxide de zinc. 10. Sous - nitrate de bismuth (blanc de fard). 11. Carbonate de baryte. 12. Carbonate de plomb. i3. Iode. (1) Parmi les substances solubles dans l'eau distillée, ii n'y 586 DE L'r.MPOISONNEMrNT Examen des substances solubles. T069. Après avoir déterminé que la substance est so- ■ ■.-. totalité ou en partie, on filtrera le liquide avec so;.t, et on l'éliquettera pour ne pas le confondre avec les autres : nous le désignerons sous le nom de liquide A. On en mettra une petite quantité dans un verre à expé- riences, et on y versera quelques gouttes d'bydro-sulfate de potasse, de soude ou d'ammoniaque (hydro-sulfure ) : ce réactif formera des précipités dans quelques-unes de ces dissolutions. Dissolutions qui précipitent par les hydro- sulfates. Sublimé corrosif,.... en noir. Hydro-chlorate d'anli-f en orangé ou moine...........I en rouge. Sels solubles de cuivre, en noir. !en noir , ou en chocolat, ou en jaune. fen blanc jau- Sulfale de zinc......-J nâtre ou en I brun foncé. Dissolutions quinepr c- cipitent pas par les hydro-sulfates. Acide arsénieux. Arset iles de potasse et de soude. • Arséniates de poiasse et de soude. Potcsse, sous-carbonate de poiasse. Soude, sous - carbonate de soude. Sous - carbonate d'am- moniaque. a que Phydro-chlorate d'antimoine , une variété de l'hydro- c-M orale d'étain et le nitrate de bismuth qui ne soient pas so- lubles en totalité; les autres s'y dissolvent très-bien, à moins qu'elles ne soient très-impures. A la vérité, l'acide arsénieux y est peu soluble, et exige une plus grande quantité de liquide que les autres, et une ébullition plus long-temps prolongée. Il est inutile de faire remarquer que nous n'avons mis dans ce tableau que les substances vénéneuses solides les plus com- munes. CONSinÉRÉ d'une manière générale. Dissolutions qui précipitent par les hydro-sulfates. Nitraled'argentetpier-ren brun noi- re infernale.......\ râtre. Hydro-chlorate d'or.. îench^colat 1 foncé. Nitrate de bismuth. . , Nitrate de plomb.'... Sulfate de fer....... {en/erl l râlre. en noir. en noir. t noi- Dissolutïons quinepr ê- cipitent pas par les hydro-sulfates. Baryte, hydro-chlorate et nitrate de baryte. Chaux. Nitrate de potasse. Hydro - chlorate d'am- moniaque. Sulfure de potasse. 1070. Ayant reconnu que la dissolution précipite par les hydro-sulfates, on étiquettera le précipité et on no- tera sa couleur : alors on versera dans un autre verre une nouvelle quantité du liquide A (§ 1069) , et on y ajou- tera de la potasse caustique à l'alcool, dissoute dans l'eau distillée. Dissolutions qui précipitent Dissolutions qui donnent , en, blanc par la potasse avec la potasse, des pré- caustique, cipitès colorés, ou qui ne précipitent pas à la tempé- rature ordinaire Hydro-chlorate d'antimoine. Hydro-chlorate d'étain. Sulfate de zinc. Nitrate de bismuth. Nitrate de plomb. Sublimé corrosif, en jaune 6erin. -f- Sels de cuivre, en bleu, -f- Nitrale d'argent, en brun fon- cé, -f- Jlydro -chlorate d'or : point de précipité à froid, -f> Sulfate de fer, en vert ou en rouge. -|- 071. Parmi les dissolutions qui ont précipité en blanc 588 de l'empoisonnement par la potasse à l'alcool, il en est une qui peut être dé- composée par l'acide muriatîque (hydro-chlorique) : on versera donc dans un autre verre un peu de la dissolu- tion A ( § 1069) , et on y ajoutera une petite quantité de cet acide. Dissolutions qui précipitent Dissolutions qui ne prècipi- par l'acide hydro-chJo'i- tentpas. que {muriatiquè). Nitrate de plomb, -f- Hydro-chlorate d'antimoine. Hydro-chlorate d'élain. Sulfate de zinc. Nitrate de bismuth. 1072. Les dissolutions qui ne précipitent pas par l'acide hydro-chloriqu seront traitées par l'eau distillée : à cet effet on prendra un autre verre contenant un peu du li- quide A (§ 1069 ) , et on y ajoutera une assez grande quan- tité d'eau distillée. Dissolutions qui précipitent Dissolutions qui ne s'altèrent en blanc par Veau distil- pas. lèe, ou qui deviennent lai' teuses. Hydro-chlorate d'antimoine.-f- Hydro-chlorate d'élain. Nitrate de bismuth.-j- Sulfale de zinc. 10^3. Parmi les dissolutions qui ont précipité, celle qui avait déjà fourni par les hydro-sulfates (§ 1069) un précipité noir est le sel de bismuth -\-; celle qui avait pré- cipité en orangé rougeâtre est l'hydro-chlorate d'anti- moine -f-. 1074» Si la dissolution n'a pas été altérée par l'eau, on en séparera l'oxide par la potasse ; on le lavera et on le fera bouillir avec de l'acide nitrique : si l'oxide se dissout CONSIOÉRE D CNE MANIERE GÉNÉRALE. 589 dans cet acide, on conclura qu'il n'appartenait pas à un Sel d'étain -f- ; s'il s'y dissout, tout portera à croire qu'il faisait partie d'un sel de zinc + : pour s'en convaincre, on examinera le poison comme il a été dit tome i, art. Sulfate de zinc. 1075. Si nous remontons maintenant aux dissolutions qui n'ont point fourni de précipité avec les hydro-sulfates ( § io^9 ) , nous voyons qu'il y en a qui verdissent le sirop de violette : ce que l'on constatera en prenant une nouvelle quantité du liquide A. Dissolutions qui verdissent Dissolutions qui ne verdis- le sirop de violette. sent pas le sirop de violette. Acide arsénieux. Arsenites de poiasse et de sou- de. Poiasse, sous-carbonate de po- tasse. Soude, sous-carbonate de sou- de. Sous-carbonate d'ammoniaque. Baryte. Chaux. Arséniale de potasse (sel neu- tre arsenical de Macquer). Hydro-chlorate et nitrate de baryte. Nitrate de potasse. Hydro-chlorate d'ammonia- que (1). 1076. Parmi les dissolutions qui ont verdi le sirop de violette, il y a le sous-carbonate d'ammoniaque que l'on peut éliminer sur-le-champ, parce qu'il répand une odeur piquante d'alcali volatil : les autres seront séparées en deux sections par le solutum de sous-carbonate de potasse , qui en précipite deux. (1) Nous omettons de parler du sulfure de potasse dissous, parce qu'on le reconnaît facilement à l'odeur d'œufs pourris qu'il dégage. 6go DE L EMPOISONNEMENT Dissolutions qui précipitent Dissolutions qui ne prècipi-»- par le sous-carbonate de tent pas par ce réactif. potasse. Baryte. Acide arsénieux. Chaux. Arsenites de potasse et de soude. Poiasse, sous-carbonate. Soude, sous-carbonate. 1077. Si la dissolution a précipité par le sous-carbonate de potasse, on prendra une nouvelle quantité du liquide Aj et on y versera de l'acide sulfurique. 'La baryte sera précipitée -}-. La chaux ne le sera pas -f-. 1078. Si le sous-carbonate de potasse n'y a fait naître aucun précipité , on versera dans une nouvelle quantité du liquide de l'acide hydro-sulfurique (eau hydro-sulfurée) j qui précipitera seulement l'acide arsénieux. Dissolutions qui précipitent Dissolutions qui ne prècipi- par l'acide hydro-suifuri- ten l p as par l'acide hydro- que. sulfurique. Acide arsénieux, en jaune, -f- Arsenites de potasse et de sou- de. Poiasse, sous-carbonate. Soude, sous-carbonate. 1079. Les liqueurs qui n'ont point précipité par l'acide hydro-sulfurique seront traitées par cet acide et par quel- ques gouttes d'acide nitrique ou hydro-chlorique. Les ar- senites de potasse et de soude seuls fourniront un préci- pité jaune par ces réactifs -f-. Quant à la potasse et à la soude, on les distinguera à l'aide de l'hydro- chlorate de platine, qui précipitera en jaune serin la poiasse et le sous- C0NSI0ÉRÉ d'une manière cénérale. 591 carbonate de polasse-f-, et qui ne précipitera ni la soude ni le sous-carbonate de soude-f-. 1080. En supposant que la dissolution n'ait pas ferdi le sirop de violette (§ 1075), on la traitera par le sous- cal bonate d'ammoniaque. Ce réactif précipite Ce réactif ne précipite pas Les sels solubles de baryle -f-. Le nilrale de potasse. L'hydro-chlorate d'ammonia- que. L'arseniate de potasse. 1081. Pour distinguer le nitrate de potasse de l'hydro- chlorate d'ammoniaque , on ajoutera de la chaux vive en poudre : le premier de ces sels ne subira aucune altéra- tion -L- ; l'hydro-ehlorate d'ammoniaque sera décomposé , et il se dégagera de l'ammoniaque , facile à reconnaître à son odeur -{-. L'arseniate de potasse sera facilement» reconnu par le précipité rouge brique qu'il fournira lorsqu'on le mêlera avec le nitrate d'argent -f-. 1082. Supposons maintenant que la substance vénéneuse n'ait pas été dissoute dans l'eau distillée (§1068), on aura égard à sa couleur. Substances vénéneuses soli- des , insolubles, d une cou- leur blanche. Substances vénéneuses soli* des, insolubles, colorées. Peroxide d'antimoine. Peroxide d'élain. Oxide de zinc. Sous-nitrate de bismuth. Précipité rouge, ou oxide rou- ge de mercure. Oxide noir de mercure. Turbith minéral jaune, 592 ue l'empoisonnement Substances vénéneuses soli- Substances vénéneuses soli- des , insolubles, d'une cou- des, insolubles, colorées. leur blanche. Carbonate de baryte. Sulfures d'arsenic jaune ou Carbonate de plomb (1). rouge. Kermès, rouge-brun. Soufre doré. Cinnabre. Iode. io83. Si la substance est blanche, on en mettra une por- tion en contact avec l'acide nitrique pur , qui en dissoudra un certain nombre. Substances solubles dans l'acide Substances insolubles dans nitrique pur. l'acide nitrique pur. Oxide de zinc........jsans effer- Peroxide d'élain. Sous-nitrate de bismuth,! vescence. Peroxide d'antimoine. Carbona e de baryte. . . 1 avec effer- Carbonate de plomb.. . J vesceuce. 1084. Si la dissolution dans l'acide nitrique s'est opérée sans effervescence, on y versera de l'eau distillée : celle de nitrate de bismuth précipitera en blanc -f- ; celle de nitrate de zinc ne subira aucune altération.-f-Dans le cas où elle aurait eu lieu avec effervescence, on l'étendrait d'eau distillée et on y verserait de l'acide hydro-chlorique pur : celle de plomb précipiterait en blanc -f- ; celle de ba- rvte resterait transparente-p-. D'ailleuft, nous le répétons , _-----------.------------------------«-------------- (1) Lorsque ces substances sont pures, elles ont constamment une couleur blanche : il pourrait cependant se faire qu'elles fussent un peu colorées par quelques oxides mêlailiques; mais ce ne sérail jamais au point de pouvoir les confondre avec celles que nous appelons colories, donl la coulear est très-mar- quée. CONSIDÉRÉ n'uNE MANIERE GÉNÉRALE. 5g3 les préceptes que nous donnons ne sont que des indica- tions ; il faudrait nécessairement constater si ces différens liquides jouissent des autres propriétés dont nous avons parlé en faisant leur histoire chimique. (Voyez tome Ier.) io85. Si la substance solide d'une couleur blanche était insoluble dans l'acide nitrique, on la ferait dissoudre dans l'acide hydro-chlorique (muriatîque) : le peroxided'étain. fournirait un hydro-chlorate qui ne précipiterait pas par l'eau distillée , tandis que la dissolution du peroxide d'an- timoine donnerait par ce liquide un précipité blanc très- abondant-f-. 1086. Supposons maintenant que la substance véné- neuse solide insoluble dans l'eau soit colorée (§ 1082) , on verra si elle est colorée en rouge. Substances rouges. Substances autrement colo- rées. Oxide rouge de mercure. Oxide noir de mercure. Cinnabre. Turbith minéral jaune. Sulfure rouge d'arsenic. Sulfure jaune d'arsenic. Kermès rouge-brun. Soufre doré. . ' Iode. 1087. Parmi ces substances rouges, il en est deux qui ne se dissolvent pas dans l'acide hydro-chlorique ( muria- tîque). Substances rouges solubles Substances rouges insolubles dans l'acide hydro-chlori- dans cet acide. que. Oxide rouge de mercure. Cinnabre. Kermès rouge-brun. Sulfure rouge d'arsenic. 1088. L'oxide rouge de mercure s'y dissout en totalité à f-oid et rapidement ; la dissolution n'est pas décomposée 38 &94 I,E l'empoisonnement par l'eau distillée -j-- Le kermès , au contraire, ne se dis- sout rapidement qu'en partie ; il dégage l'odeur d'oeufs pourris , et la dissolution précipite par l'eau en blanc ou en jaune orangé, suivant la manière dont elle a été faite -f-. (Voyez § 279.) S'il s'agissait de distinguer le cinnabre du sulfure rouge d'arsenic, ou les deux autres poudres rouges, on ferait chauffer, dans un petit tube de verre, la poudre sèche avec de la potasse caustique solide; le cinnabre donnerait des globules mercuriels -f-, et le sul- fure d'arsenic de l'arsenie métallique -f-. 1089. Si la substance n'était pas colorée en rouge (§ 1086), et qu'elle le fût en /zoir, on aurait de forts soupçons pour croire que c'est de l'oxide noir de mercure; alors on s'en assurerait par l'acide hydro-chlorique ( mu- riatîque), qui ne la dissoudrait pas, mais se combinerait avec elle et la transformerait en calomiélas d'une couleur blanchâtre ( muriate de mercure au minimum, proto-chlo- rure de mercure ). Mais si elle était colorée en jaune ou en jaune orangé, elle pourrait être du turbilh, du soufre doré ou du sulfure jaune d'arsenic (orpiment) ; alors, en la faisant chauffer jusqu'au rouge dans un petit tube de verre pendant quelques minutes, le turbith donnerait du mercure métallique -\- ; les autres ne seraient pas décom- posées ; mais , en les traitant par l'acide hydro-chlorique ( muriatîque ) , le sulfure d'arsenic resterait sans se dis- soudre , tandis qu'on formerait avec le soufre doré de l'hydro-chlorate d'antimoine soluble et précipitable par F eau. Quant à l'iode, dont la couleur est bleuâtre, on le reconnaîtrait à son odeur, et surtout à la propriété qu'il a de se volatiliser lorsqu'on le met sur un fer chaud, et de répandre une très-belle vapeur violette-j-. CONSIDÉRÉ d'une MANIÈRE GÉNÉRALE. 595 POISONS LIQUIDES OU DISSOUS. 1090. Ici, comme pour les poisons solides, la pre- mière chose à faire est de décider si le poison liquide ap- partient au règne inorganique ou au règne organique. Parmi les poisons du règne organique , il n'y a guère que les substances végétales dont nous devions nous occuper. Or, ces substances sont en général colorées , tandis que la majeure partie des poisons liquides inorganiques ont une couleur blanche : elles sont souvent odorantes ; les autres sont presque toujours inodores; leur saveur est acre, amère ou astringente : les poisons inorganiques ont une saveur salée, acide ou styptique. Abandonnés à eux- mêmes , les poisons liquides végétaux se décomposent, se moisissent, et répandent une odeur infecte; les autres ne subissent aucune altéraiion : enfin, lorsqu'on fait évaporer les liquides végétaux, ils fournissent un produit solide qui se décompose sur une plaque métallique chauffée jus- qu'au rouge obscur, comme nous l'avons dit § io65et 1066; caractère qui ne permet pas de les confondre avec ceux du règne inorganique. Le nombre des poisons du règne inorganique qui peu- vent se présenter à l'état liquide est très-considérable. En effet, il existe, indépendamment de ceux que nous avons dit être solubles dans l'eau, plusieurs acides et quelques autres corps qui sont ordinairement à l'état liquide ; ce- pendant la solution de cette partie du problême n'offre point de difficulté, lorsqu'on se rappelle les détails dans lesquels nous venons d'entrer. On commencera par en verser deux ou trois gouttes dans un verre à expériences, pour déterminer si le poison rougit fortement la teinture de tournesol et précipite par l'ammoniaque. 5q6 de l'empoisonnement Poisons liquides rougissant Poisons liquides ne rougis- constamment ou dètrni- santpas Vinfusum de tour- sant la teinture de tourne- nesol, ou le rougissant la- sol, et ne précipitant pas gèrement; mais, dans ce par l'ammoniaque. cas, précipitant par l'am- moniaque. Acide sulfurique. Sublimé corrosif. sulfureux. Acide arsénieux. nitrique. Hydro-chlorate d'antimoine. nitreux. Sels solubles de cuivre. hydro-chlorique (muria- Hydro-chlorate d'élain. tique). Sulfate de zinc. phosphorique. Nitrate d'argent. Huorique. Hydro-chlorate d'or. Chlore (gaz muriatîque oxi- Nitrate de bismuth. préné). Potasse, soude, sous - carbo- Acide hydro-sulfurique (hy- nate de ces bases. diogène sulfuré) (i). Sous - carbonate d'ammonia- que. Baryte, sels solubles de baryte. Chaux. Sels solubles de plomb. Nitrate de potasse. Sulfate de fer. Hydro-sulfate sulfuré de po- tasse. 1091. Nous ne devons nous occuper que des poisons liquides qui rougissent ou décolorent Vinjusum de tour- nesol et qui ne précipitent pas par l'ammoniaque ; car les autres sont absolument les mêmes que ceux que nous avons déjà étudiés § 1068. Trois de ces poisons peuvent (1) Nous ne parlons pas de l'ammoniaque, parce qu'on la re- connaît très-aisément à l'odeur. CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 597 être facilement éliminés , parce qu'ils répandent une odeur généralement connue, savoir , l'acide sulfureux, dont l'odeur est la même que celle du soufre qui brûle -f- ; l'a- cide hydro-sulfurique ( hydrogène sulfuré ) , qui dégage une odeur infecte d'oeufs pourris -f- ; enfln le chlore , dont l'odeur est suffocante, et qui, loin de rougir Vinfusum de tournesol, le détruit et le colore en jaune -f-. Quant aux autres , on les traitera par l'eau de chaux. Ceux qui précipitent par Veau Ceux qui ne précipitent pas de chaux. par ce réactif. Acide phosphorique , qui ne Acide sulfurique. corrode pas le verre, -f- nitrique. Acide fluorique, qui corrode nitreux. tellement le verre, que l'on hydro-chlorique (mu- est obligé de le conserver viatique). dansdes vases métalliques.-f- 1092. Parmi les poisons liquides qui ne précipitent pas par l'eau de chaux, il y en a qui sont rapidement décom- posés par le cuivre métallique. Ceux qui sont rapidement dé- Ceux qui ne le sont pas à composés par le cuivre à froid. froid. Acide nitrique. + Acide sulfuriqne. nitreux. -f- hydro-chlorique. Il y a effervescence et dégagement de vapeurs jaunes orangées. 1093. H est inutile, pour la médecine légale, de cher- cher à distinguer l'acide nitreux de l'acide nitrique. L'acide sulfurique ne pourra pas être confondu avec l'acide hydro- chlorique , car il précipite abondamment en blanc l'eau 598 DE L'EMPOISONNEMENT de baryte la moins concentrée possible -f-, tandis que l'acide hydro-chlorique 'n'y fait naître aucun précipité quand elle est étendue -f-, POISONS GAZEUX. 1094. Si l'on était obligé de déterminer la nature d'un poison gazeux qui a produit des effets funestes , on procé- derait d'après les préceptes suivans, en supposant, ce qui n'est pas invraisemblable, que le gaz délétère est un des sui- vans : chlore ( gaz muriatîque oxigéné ) , gaz acide nitreux , ammoniaque , acide hydro-sulfurique (hydrogène sulfuré), acide sulfureux, protoxide d'azote , azote, acide carbo- nique , oxide de carbone. 1095. On examinerait s'il est coloré ou non. Gaz colorés. Gaz incolores. Chlore, en jaune verdâlre. — Tous les autres ci-dessus dési-' Gaz acide nitreux, en jaune gucs- orangé, -j- 1096. Alors on aurait égard à l'odeur. Gaz ayant une odeur très- Gaz inodores ou peu odo- forte. rans. Ammoniaque , odeur d'alcali Protoxide d'azote. volatil, -j- Azote. Acide hydro-sulfurique, odeur Acide carbonique. d'oeufs pourris, -f- Oxide de carbone. Acide sulfureux, odeur de sou- fre qui brûie. -f- 1097. Pour les gaz inodores ou peu odorans, on en remplirait une cloche, et on y plongerait une bougie al- lumée. coNsinÉRÉ d'une manière générale. 599 Le protoxide d'azote la ferait brûler avec beaucoup d'é- nergie -f-. L'azote l'éteindrait et ne précipiterait pas l'eau de chaux -f-. Le gaz acide carbonique l'éteindrait également, mais précipiterait l'eau de chaux en blanc -f. Le gaz oxide de carbone s'enflammerait, brûlerait avec une flamme blanche bleuâtre, et le résidu de la combus- tion précipiterait l'eau de chaux -f-, § IL Des Indices que le médecin-légiste peut tirer des symptômes auxquels le malade est en proie. 1098. Nous avons souvent combattu, dans le courant de cet ouvrage , l'opinion des médecins qui pensent que l'on peut reconnaître, par l'examen des symptômes , la na- ture du poison qui a élé ingéré : les faits qui nous ont servi à réfuter cette assertion sont tellement nombreux et tellement frappans, qu'il nous semble inutile de nous ape- santir davantage sur ce sujet. Cependant nous ne préten- dons pas qu'il soit inutile de faire un examen attentif de ces symptômes : au contraire, nous sommes parfaitement convaincus qu'ils peuvent, dans quelques eireonstances aider à déterminer à quelle classe appartient le poison dont on cherche à connaître la nature. Il est évident que si les six classes de poisons que nous avons adoptées étaient bien faites, c'est-à-dire, si elles offraient des caractères propres à les faire distinguer constamment l'une de l'autre, et si chacune d'elles renfermait des substances dont l'ac- tion sur l'économie animale fût à-peu-près la même ; il est évident, disons-nous, qu'alors on pourrait, à l'aide des symptômes , rapporter un poison à la elasse à laquelle il appartient; mais ces conditions manquent dans plusieurs circonstances, ce qui prouve que la classification est loir* 600 DE L'EMPOISONNEMENT d'être parfaite. En attendant que cette partie de la science ait fait les progrès que l'on est en droit d'attendre des sa- vans qui la cultivent, nous allons exposer quelques consi- dérations qui nous paraissent assez importantes. Phénomènes qui peuvent faire soupçonner que le poison ingéré appartient à la classe des dcres ou des corrosifs. En général, ces poisons ont une saveur acre, chaude, brûlante ; ils déterminent une constriction dans la gorge , et une sécheresse extraordinaire dans l.i bouche et dans l'oesophage; ils occasionnent des vomissemens violens de matières différentes mêlées quelquefois de sang : des dou- leurs abdominales, principalement dans la région épigas- trique; des déjections alvines. Ces symptômes ne tardent pas à être suivis de ceux qui caractérisent l'inflammation des membranes muqueuse et séreuse de l'estomac et des intestins. Pour l'ordinaire, ces poisons ne déterminent ni des vertiges, ni la paralysie des membres abdominaux, à moins qu'ils n'aient été employés à forte dose ou que l'individu ne soit très-susceptible ; et, lorsque ces sym- ptômes se déclarent, ce n'est jamais au commencement de la maladie. En général, le malade conserve l'usage de ses facultés intellectuelles pendant les premières périodes; mais peu de temps avant la mort, il tombe dans un état de grande insensibilité et d'immobilité, et il esl agile de mouvemens convulsifs (i). Phénomènes qui peuvent f ah e soupçonner que le poison ingéré appartient à la classe des narcotiques. Les poisons (i) La quantité du poison avalé influe singulièrement sur In nature et sur l'intensité des symptômes. Ainsi, par exemple, trois animaux qui auront pris des doses différentes de sublimé corrosif offriront, avant de périr, des symptômes qui seront loin d'être les mêmes; en sorte que nous serions très-embar- rassés de donner quelque chose de précis à cet égard. CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 6oi de cette classe n'ont point une saveur caustique; leur ac- tion sur la bouche el sur l'œsophage est différente de celle dont nous venons de parler; ils ne déterminent pas de douleurs peu de temps après leur ingestion ; ils occasion- nent rarement des vomissemens, et lorsque ceux-ci se manifestent, ils sont moins opiniâtres que ceux qui sont produits par les poisons corrosifs ou acres ; les déjections alvines sont aussi plus rares : mais ils donnent souvent Heu, peu de temps après leur ingestion , à des vertiges et à la paralysie Ues membres abdominaux ; i! y a beaucoup de propension au sommeil, à la stupeur, au coma ; les facultés intellectuelles sont penerties, les pupilles dila- tées : en général, les membres sont agités de légers mou- vemens convulsifs; quelquefois cependant ces mouvemens sont forts, principalement vers la fin de la maladie : alors il y a douleur aiguë. Phénomènes qui peuvent faire soupçonner que le poi- son ingéré appartient à la classe des narcotico-deres. Dans cette classe, il y a quelques substances cjui offrent à-peu- près les mêmes symptômes que les poisons narcotiques, excepté qu'ils ont élé précédés d'une légère excitation ; mais il y en a un très-grand nombre, comme le cam-' phre, la coque du Levant, la noix vomique, les di- verses espèces de strychnos , YangusLura pseudo-ferrugî- nea, qui sont doués d'une saveur amère insupportable, qui ne déterminent presque jamais le vomissement, et qui, peu de temps après leur ingestion , donnent lieu à des mouvemens convulsifs horribles : les membres deviennent excessivement roides; ils sont agités en tous sens; 1 indi- vidu tombe, sa respiration est suspendue par.l'immobi- lité du thorax, les yeux sont saillans, hors des orbites: la langue , les gencives et la bouche offrent tous les signes de l'asphyxie. Ces phénomènes durent deux , trois, cinq minutes , et alors l'individu paraît être comme dans l'état 602 DE L'EMPOISONNEMENT naturel ; il peut marcher pendant quelque temps , jusqu à ce qu'il soit sous l'influence d'un nouvel accès. Cette cir- constance ne se rencontre jamais dans l'empoisonnement par les poisons narcotiques. En effet, les substances de cette classe ne déterminent point d'accès ; les symptômes persistent jusqu'à la mort. § III. Des Indices que le médecin-légiste peut tirer de l'état des organes après la mort des individus empoi- sonnés. 109g. Avant de faire connaître les altérations de tissu déterminées par les poisons des différentes classes , nous allons exposer les préceptes qui doivent servir de guide pour faire l'ouverture des corps. Ces préceptes sont extraits des savantes leçons du professeur Chaussier. On commen- cera par ouvrir le thorax. Ouverture du thorax et du cou. On fait une incision longitudinale, qui s'étend depuis la partie supérieure du sternum jusqu'à la base du carlilage xiphoïde; puis on en fait deux autres , l'une supérieure transversale, qui suit la direction de la clavicule , et se termine près son extrémité acromienne; l'autre inférieure, qui,.de la base de l'ap- pendice abdominale du sternum , suit le contour cartila- gineux des côtes, et se termine près l'extrémité saillante de la quatrième côte asternale (fausse). On détache toutes les parlies charnues quî sont appliquées sur la face anté- rieure du thorax ; on renverse les lambeaux sur les côtés , et on scie les côtes et le sternum en dirigeant l'instrument de bas en haut et dans la direction d'une ligne qui s'éten- drait obliquement depuis l'extrémité de la quatrième fausse côte (asternale) jusqu'à la partie supérieure du sternum, un peu au-dessous des clavicules , en ayant soin de ne point enfoncer la scie trop profondément afin de ne point CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 6û3 entamer quelques grosses veines. On coupe successive- ment toutes les côtes, à l'exception de la première et des deux dernières ; on soulève le sternum , on le renverse du haut en bas sur l'abdomen , et on le fait assujettir dans cette situation. On examine la plèvre et les poumons ; on soulève ceux-ci en introduisant la main dans la cavité du thorax, dont on a préalablement couvert les bords de la coupe par les plis d'une serviette, afin de ne point s'ex- corier les doigts ; on considère avec soin l'œsophage et l'aorte, enveloppés par la portion dorsale du médiastin ; enfin le péricarde, le cœur, les oreillettes , les ventricules, les gros vaisseaux et le sang. On ouvre ces différens or- ganes , et on remarque quelquefois qu'ils sont plus ou moins rouges dans leur intérieur et même à l'extérieur , phénomène que l'on obseive spécialement dans quelques espèces de morts subites, et dans toutes les affections dans lesquelles le sang reste fluide : il dépend essentiellement du genre de mort et d'une altération particulière du sang , ou de ce que l'ouverture du corps n'a été faite que long- temps après la mort, et il ne doit point être regardé comme un résultat et une preuve de l'inflammation. S'il y a dans le thorax du sang ou tout autre fluide épan- ché , on le recueille avec une éponge fine , et on l'exprime dans un vase. Dans les recherches de ce genre, il faut éviter d'attri- buer la couleur brunâtre qu'offrent certaines parties du poumon à une lésion déterminée par un corps étranger quelconque : elle dépend évidemment de la situation dans laquelle le sujet est mort, et surtout de celle dans la- quelle il était lorsqu'il s'est complètement refroidi. En effet, comme le sang s'arrête dans les vaisseaux de la por- tion des poumons correspondante à la partie sur laquelle le cadavre est couché, la couleur de cette partie doit être plus brune. 6o4 we l'empoisonnement Ouverture de la bouche, du larynx et de la trachée* artère. On assujettit la tète de manière à ce que la partie antérieure du cou soit bien tendue et allongée; on fait, dans la direction de la ligne médiane , une incision lon- gitudinale qui divise l'épaisseur de la lèvre inférieure et s'étende jusqu'au sommet du sternum; on en fait une autre qui suive le contour de la base de l'os maxillaire, puis on détache la peau et le muscle peaucier (sous-cutané) jusqu'à ce que l'on soit parvenu aux parties latérales du cou ; on scie l'os maxillaire sur la ligne médiane , et on coupe toutes les parties qui adhèrent à sa face interne; on abaisse la langue et les parties adjacentes, et on par- vient à l'isthme du gosier. On coupe de chaque côté les piliers du septum slapbylin ; on découvre toute l'étendue du pharynx ; on prolonge l'incision en bas et sur les rôtés, et on trouve facilement l'œsophage, que l'on peut suivre sur le corps des vertèbres du dos, vu que le thorax a été préalablement ouvert. Pour examiner le canal aérien , il faut d'abord séparer la thyroïde, nettoyer avec une éponge le sang qui serait répandu sur la trachée-artère, et faire, de bas en haut, une incision longitudinale que l'on prolonge jusqu'à l'os hyoïde , en divisant le larynx. Si l'on veut examiner les bronches, on enlève la portion restante du sternum, les veines sou- jacentes, et pour cela on coupe de chaque côté, avec un trait de scie, une portion de la clavicule et de la première côte. Ouverture de l'abdomen. On prolonge de chaque côté l'incision qui avait été terminée près l'extrémité de la qua- trième fausse côte ; on la dirige à la crête de l'ilium ; de là on la continue^ en la contournant un peu au-dessus des aines, jusqu'à la branche sus-pubienne; on soulève forte- ment le segment sternal du thorax ; on coupe les portions du diaphragme qui y sont implantées , et l'épaisseur des CONSIDÉRÉ D'UNE MANIERE GÉNÉRALE. 6o5 muscles de l'abdomen , ainsi que le cordon ombilical du foie : alors on renverse ce grand lambeau sur les cuisses ; on pratique au bord intérieur du diaphragme une incision de soixanteà quatre-vingts millimètres, que l'on dirige obli- quement à gauche. On relève le bord costal du foie pour apercevoir sa face concave, la vésicule et une partie de l'es- tomac; avec la main on déprime et on porte à droite ce viscère , afin d'apercevoir une partie de la rate ; ou soulève l'épiploon gastro-colique, et on l'incise pour voir le pan- créas et la face postérieure de l'estomac ; on le renverse du côté du thorax, et on examine le canal intestinal et le mé- sentère ; on incise longitudinalement ce dernier pour dé- terminer l'état des vaisseaux situés sur le corps des vertèbres lombaires; enfin on examine les capsules surrénales, les reins, les uretères, la vessie et les organes génitaux internes et externes : alors on détache le canal digestif, comme nous l'avons dit § 82. Si les parois de l'estomac ou de l'intestin ont été perfo- rées, il faut absorber, avec une éponge que l'on exprime dans un vase, les fluides contenus dans l'abdomen. On fait ensuite des ligatures au-dessous et au-dessus des perfora- tions, puis on enlève toute la masse intestinale. Ces recherches terminées , on remet dans leur situation première toutes les parties du cadavre; on fait coudre à grands points toutes les incisions; on lave le corps, on l'es- suie , et on l'enveloppe dans un grand drap sur lequel le commissaire doit apposer son sceau. Il ne faut jamais rem- plir la cavité splanehnique avec du son, des cendres ou de la chaux ; on ne doit emporter avec soi aucune pièce du cadavre, à moins que cela ne soit d'une nécessité indis- pensable pour faire des recherches ultérieures ; et, dans ce cas, on ne doit la confier à personne, et on doit la déposer dans un pot bien bouché, après l'avoir enveloppée dans un linge. Les substances vénéneuses doivent être partagées en 6oG DE l'lmpoisonnement deux parties : l'une est conservée dans l'alcool pur, l'autre sert à faire des expériences convenables pour en déterminer la nature. Ces expériences doivent être faites en présence du commissaire délégué pour cet objet, qui doit renfermer les pièces d'examen , et y mellre un scellé dans le cas où il serait nécessaire de poursuivre les recherches. Il faudra vé- rifier l'intégrité du scellé avant de continuer les expériences commencées (i). noo, Si maintenant nous jetons un coup-d'œil sur les lésions de tissu que produisent les divers poisons , nous verrons qu'il n'est pas toujours facile d'établir d'après elles des caractères constans pour déterminer la classe à laquelle ils appartiennent. Lésions de tissu produites par les poisons corrosifs ou acres. En général, ces substances vénéneuses excitent une inflammation qui s'étend depuis la bouche jusqu'au duo- dénum, mais qui est plus marquée dans l'estomac ; assez souvent l'intestin rectum se trouve aussi enflammé, tandis que les autres portions du canal intestinal sont dans l'état naturel. Dans d'autres circonstances, l'inflammation se dé- veloppe dans toute l'étendue du tube digestif: celle inflam- mation varie par rapport à son intensité : tantôt les tissus (t) Il arrive quelquefois qu'il faut ouvrir le crâne pour re- connaître l'état du cerveau , du cervelet et des méninges. Dans ce cas, après avoir rasé les cheveux et levé le péricrâne,on enlève la calotte du cerveau. Pour cela, on applique quatre couronnes de trépan placées deux en avant, l'une à droite, l'autre à gauche, sur le bord de l'os frontal qui s'articule avec le pariélal ; deux en arrière, près l'angle mastoïdien de l'os pariétal; ensuite on scie le crâne en suivant une ligne qui, du milieu de l'os frontal et un peu au-dessus des bosses surcilières, s'étende circulairement autour du cran , en passant sur l'os occipital, un peu au-dessous des arcades supérieures, I CONSIDÉRÉ d'vNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 6o<] sont d'un rouge clair, sans aucune trace d'ulcération ; tantôt d'un rouge cerise ou d'un rouge foncé , avec des plaques longitudinales ou transversales d'une couleur noirâtre, for- mées par du sang extravasé; tantôt il y a des ulcérations, des escarres. Mais il est arrivé dans quelques circonstances que les poisons de cette classe ont occasionné la mort après avoir été avalés, sans déterminer la moindre lésion : tel est le cas de cette jeune fille dont parle Etmuller, qui périt après avoir pris de l'arsenic. Nous avons souvent observé le même phénomène en donnant à des animaux de très- fortes doses de sublimé corrosif ou d'arsenic qui ont dé- truit la vie en très-peu de temps (i). M. Marc rapporte que , dans un cas d'empoisonnement par l'arsenic, au lieu de trouver l'état d'érosion des membranes de l'estomac , on les trouva épaissies. Qnoi qu'il en soit, il faudra tou- jours , dans l'examen des lésions des tissus du canal diges- tif, suivre le précepte donné par Baillou, qui consiste à examiner scrupuleusement ces tissus en les plaçant entre l'œil et la lumière : en effet, par ce moyen, on a découvert quel- quefois de petits trous qui avaient échappé à la simple ins- pection de l'organe. Nous avons confondu sous un même titre les lésions produites par les poisons corrosifs et celles qui sont le ré- sultat de l'action des substances acres , parce que nous sommes persuadés qu'il est impossible de les distinguer. Nous regardons comme nuls les caractères distinctifs qui ont été donnés par les médecins-légistes , savoir : i° la sé- (i) Nous omettons à dessein de parler des lésions des autres organes, parce que nous sommes persuadés qu'elles sont sou- vent les mêmes que celles qui sont développées par les poisons des autres classes; peut-être pourrait-on en excepter les pou- mons, qui paraissent être plus particulièrement affectés par les poisons narcotiques. 6o8 ; de l'empoisonnement paration du velouté de l'estomac (membrane muqueuse) de la membrane musculeuse, qui, d'après eux, a lieu lors- qu'on a avalé un poison corrosif, et qui n'existe pas quand on a pris un poison acre. En effet-, quelques poisons de l'une et de l'autre de ces deux classes produisent cette al- tération, et souvent elle n'est déterminée ni par les uns ni par les autres ; 2° la facilité avec laquelle l'inflamma- tion développée par les poisons corrosifs s'étend aux or- ganes voisins et à la peau, tandis que ce phénomène n'existe pas avec lessubstanc.es acres. 11 est évident que lorsque ces dernières seront très-énergiques, elles devront occasionner les mêmes lésions, qui, du reste, manquent souvent, même avec les corrosifs. Lésions de tissu produites par les poisons astringens. Ces poisons, qui comprennent spécialement les prépara- tions de plomb, produisent les mêmes lésions que les acres lorsqu'ils sont ingérés en grande quantité. ( Voyez § 880. ) Si l'empoisonnement a eu lieu par émanation saturnine, alors on découvre un rétrécissement dans le diamètre des intestins. Lésions de tissu produites par les poisons narcotiques. Nous n'avons jamais observé la moindre trace d'inflam- mation dans le tube digestif des animaux empoisonnés par les substances vénéneuses que nous avons rangées dans la classe des narcotiques : quelques auteurs prétendent cepen- dant le contraire; toujours est il vrai que ce cas est exces- sivement rare, et, dans quelques circonstances, l'inflam- mation peut tenir aux liquides irritans que l'on a administrés pour faire vomir ou pour s'opposer aux effets du narcotique. Mais si le canal digestif n'est le siège d'aucune inflamma- tion, les poumons offrent presque constammentdes taches li- vides et même noires; leur tissu est plus dense et moins cré- pitant. INous sommes loin pourtant de donner ce caractère comme suffisant pour distinguer les poisons narcotiques; * CONSIDÉRÉ i/eNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 6og car il se retrouve souvent dans l'empoisonnement par les nareolico-àcres, et même dans l'empoisonnement par les substances corrosives et acres. Ferons-nous mention , comme certains médecins-lé- gistes, de l'altération delà face, de l'état des yeux, qui sont entr ouverts, de la distension extraordinaire de l'es- . tomac et des intestins, etc. ; caractères qui ont été indiqués comme pouvant servir à distinguer l'empoisonnement par les narcotiques ? Ces signes sont communs à un très-grand nombre de poisons des autres classes , et par conséquent sont plutôt propres à induire en erreur qu'à éclairer. Nous sommes aussi loin d'admettre que les cadavres des individus qui sont morts par les effets d'un narcotique se pourrissent constamment en ti ès-peu de temps ; que leurs membres soient flexibles et le sang fluide. Combien de fois n'avons-nous pas remarqué, en ouvrant de ces cadavres vingt-quatre, trente-six heures après la mort, que la putréfaction n'était pas plus avancée qu'à l'ordinaire ; que les membres étaient aussi roides que chez ceux quî avaient été empoisonnés par des substances d'une autre classe; enfin que le sang était coagulé ! Comment pourront se former, dans ce cas, les plaques rouges livides, violettes qui viennent à la surface de la peau, que l'on a aussi données à tort comme carac- tère de cet empoisonnement, et dont on attribuait la for- mation à la prompte putréfaction et à la grande fluidité du sang qui s'extravasait et suintait par les pores ? Lésions de tissu produites par les poisons narcotico- âcres. Les poisons de celte classe peuvent être divisés en deux sections par rapport à l'état dans lequel se trouve le canal digestif après la mort : les uns déterminent une in- flammation accompagnée quelquefois d'ulcération : tels sont la belladona, le stramonium, les diverses espèces de ciguë, l'alcool, etc.; les autres ne l'enflamment pas : de ce nombre sont la noix vomique, les diverses espèces d'upas, la fève de n. 39 610 de l'empoisonnement Saint-Ignace, etc. Cette considération peut être d'une grande utilité pour distinguer les poisons de cette classe des nar- cotiques , surtout lorsqu'on y joint les indices tirés des symptômes. En effet, supposons qu'après l'ingestion d'une substance vénéneuse il se manifeste des signes d'excitation suivis de vertiges , de la paralysie des membres abdomi- naux, etc., et qu'après la mort on trouve le canal digestif enflammé, il est à présumer que le poison ingéré appartient aux narcotico-âcres, parce que les narcotiques ne pro- duisent point l'inflammation de ce canal. Le poison appar- tiendra encore aux narcotico-âcres si les animaux ont été fortement excités, agités de mouvemens convulsifs violens avec les symptômes de l'asphyxie; qu'il y ait eu des inter- valles lucides , après lesquels il s'est déclaré un nouvel accès (i) ; enfin que l'on ne découvre aueune inflammation dans le canal digestif. Guidés par ces observations, nous avons souvent déterminé, chez les animaux, à laquelle de ces deux classes le poison appartenait. Cependant il y a des faits qui prouvent que dans cette classe, comme dans celle des corrosifs, les signes tirés des lésions cadavériques sont su- jets à induire en erreur : ainsi, par exemple, on sait que les feuilles de laurîerroseenflamment les tissusdel'estomac lors- qu'elles y séjournent quelques heures. Cependant Morgagni rapporte une observation dans laquelle le suc de ces feuilles détermina la mort, et le canal digestif ne se trouva point en- flammé, o. Une pauvre femme âgée de soixante ans, ennuyée de la vie, et qui avait déjà voulu se noyer, avala une assez grande quantité de suc de feuilles de laurier rose dans du vin. Trois heures après, elle eut des vomissemens violens, des syncopes, et perdit la parole; les lèvres étaient noires, le (i) Il peut cependant arriver que les animaux succombent à la fin du premier accès, lorsque la dose du poison avalé est très-çonsidérable. CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE 6ll pouls petit, faible, tendu; enfin elle mourut à la neuvième heure. Le cadavre était violet par-derrière, depuis la tête jusqu'aux pieds; la partie antérieure était dans l'état na- turel ; il n'y avait point de météorisme; le ventre et la poi- trine conservaient un peu de chaleur, quoiqu'il se fût déjà écoulé dix-sept heures depuis la mort : les vaisseaux san- guins de l'estomac, des intestins et de l'épiploon étaient très-distendus; l'estomac contenait une certaine quantité d'un liquide verdàtre ; ses membranes paraissaient saines ; la face postérieure du poumon droit était rouge et adhé- rente; le poumon gauche était flétri; tous les autres vis- cères étaient dans l'état naturel » (i). 1101. Il résulte de tout ce que nous venons de dire re- lativement aux lésions de tissu, i°. Que les poisons corrosifs, les acres, les astringens , et une partie des narcotico-âcres, déterminent presque tou- jours l'inflammation dans une ou plusieurs parties du canal digestif, lorsqu'ils ont été avalés à asse*z forte dose ; qu'il ■ n'en est pas de même des narcotiques et d'une partie des narcotico-âcrea -, 2°. Qu'il est cependant parfaitement prouvé que, dans certaines circonstances, quelques-uns des poisons corrosifs et des acres ont donné la mort sans laisser la moindre trace d'altération dans le canal digestif; 3°. Que le médecin-légiste appelé pour un cas d'empoi- sonnement ne peut pas nier son existence par cela seul que ce canal n'offre aucune altération, l'empoisonnement ayant pu être produit par les narcotiques, certains narcotico- âcres , etc.; 4°. Que dans le cas où, après la mort prompte d'un in- dividu atteint tout-à-coup de symptômes graves , le canal (i) Morgagni. de Sedibus et Causis Morborum, épis t. us, n° 12. 612 vu l'empoisonnement digestif se trouverait enflammé, corrodé, ulcéré, etc., on pourrait soupçonner l'introduction d'un poison, mais non pas l'affirmer, puisque nous avons dit que plusieurs ma- ladies spontanées graves pouvaient simuler l'empoisonne- ment pendant la vie , et que les cadavres offraient après la mort des lésions analogues à celles que déterminent les poi- sons corrosifs ; 5°. Qu'en général, les lésions des poumons, du cer- veau, du cœur et des autres organes, peuvent être pro- duites par un trop grand nombre de causes pour que l'on puisse les faire servir comme preuves de l'empoisonne- ment. 6°. Que le médecin-légiste ne peut affirmer qu'il y a eu empoisonnement qu'autant qu'il a prouvé l'existence de la substance vénéneuse d'une manière irrévocable, par l'ana- lyse chimique ou par les propriétés physiques; rj°. Que dans le cas où il soupçonnerait que le poison était en trop petite quantité pour pouvoir être découvert; qu'il y aurait des lésions graves dans le canal digestif, et que tous les renseignemens tendraient à faire croire qu'il y a eu empoisonnement, il devrait se borner à dire au ma- gistrat qu'il y a des probabilités en faveur de l'empoisonne- ment, mais qu'il ne peut pas prouver son existence (i). (i) Il importe beaucoup, dans l'examen des lésions du canal digestif, de ne point confondre la couleur rouge ou violette (jui appartient à l'inflammation avec celle qui dépend quelque- fois d'une boisson particulière ou de toute autre cause. Voici une observation propre à jeler du jour sur ce sujet. « Un particulier de Chàlons-sur-Marne, qui entrait en con- valescence après une maladie qu'd venait d'éprouver, prit un léger purgatif à la suite duquel il mourut subitement. On le crut empoisonné pai l'effet d'un quiproquo de l'apothicaire, et, poui i'tu assurer, on lit l'ouveriure du cadavre.On trouva, CONSIDÉRÉ «'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 6l3 v 1102. Nous venons d'examiner tout ce qui a rapport aux lésions des cadavres d'individus empoisonnés; nous avons supposé que leur ouverture a été faite quelques heui es après la mort; mais il peut arriver que l'on soit obligé d'y procéder quinze, vingt, trente , quarante jours après leur enterrement. Dans ce cas, ils peuvent être putréfiés, et offrir des taches violettes, noires , ou quelques autres altérations que l'on n'aurait pas découvertes si l'ouverture avait été faite peu de temps après la mort. Dans des circonstances de ce genre, l'expert ne saurait être assez circonspect, et il ne devrait prononcer qu'après avoir eu égard à l'état sain ou corrompu du cadavre, à la saison, aux variations de tem- pérature, etc., elc. en effet, l'œsophage et l'estomac rouges et comme livides en certains endroits, c'est-à-dire dam un état apparent de gan- grène. On s'en tint d'abord là , et l'individu fut regardé comme évidemment empoisonné. Cependant M. Varnier, médecin de Chàlons, qui n'était pas le médecin qui avait soigné le malade durant sa maladie, connaissant l'exactitude et la prudence du pharmacien qui avait préparé la purgalion , fit des réflexions ultérieures , et parvint à prouver que la mort, n'était que l'effet de la maladie , et que la convalescence apparente n'était qu'un répit insidieux. Mais il fallait rendre raison de l'état de l'oeso- phage et de l'estomac; et ayant appris que le défunt usait habi- tuellement d'une forte infusion de coquelicots , il lui vint dans l'idée que la couleur extraordinaire de ces organes pourrait bien dépendre de celle infusion : pour s'en assurer, il fit avaler à un chien, pendant quelque temps, une pareille infusion; en- suite,, l'ayant ouvert, il trouva que les mêmes parties de cet animal avaient pris la même couleur qu'on avait observée dans le mort dont il s'agit, et cette couleur rou^e-violetle étail si solide qu'elle résista à beaucoup de lotions répétées. '^Fodéiié , Médecine légale.) 6i4 de l'empoisonnement DEUXIÈME PROBLÊME. Déterminer la nature de la substance vénéneuse ave& laquelle on s'est empoisonné, lorsqu'elle n'a pas été avalée en entier, et quelle est mêlée avec du thé, du vin, ou quelques autres substances alimentaires. no3. Si l'on découvre au fond du breuvage une ma- tière pulvérulente ou cristalline, on décantera le liquide afin de le séparer, et on fera sur la portion solide tous les essais dont nous avons parlé dans le § 1068. En effet, il pourrait arriver qu'un poison eût été dissous à chaud dans une boisson , et qu'il se déposât par refroidissement, ou qu'il n'eût pas été entièrement dissous à froid. 1104. Dans le cas où ce dépôt ne serait point vénéneux, on examinerait une portion du liquide par les réactifs, comme nous l'avons dit en parlant des poisons dissous , § 1090 ; et si, après avoir fait les essais convenables, on obte- nait des précipités propres à le faire reconnaître 7 on conclu- rait qu'il y a eu empoisonnement. Mais si les réactifs fournis- saient des précipités différens de ceux qui ont été indiqués dans la résolution du problême précédent, il serait imprudent de conclure que le liquide n'est point vénéneux. En effet, combien de fois n'avons-nous pas démontré que, parleur mélange avec les substances alimentaires, les poisons per- dent la faculté de donner avec les réactifs des précipités semblables à ceux qu'ils offrent lorsqu'ils sont purs ! Avant de tirer aucune conclusion, il faudrait introduire ce breuvage dans une cornue à laquelle on adapterait un récipient, chauffer lentement cette cornue jusqu'à ce que le liquide fut réduit à moitié, déterminer la nature de la por- tion volatilisée (1), et examiner si, après le refroidisse- (r) On conçoit, en effet, qu'il y a un certain nombre de CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 6l3 ment, il ne se formerait pas un dépôt pulvérulent ou cristallin, que l'on analyserait comme il a été dit. Si la liqueur restait transparente, il faudrait la mettre dans une capsule et la faire évaporer jusqu'à consistance presque si- rupeuse , afin d'obtenir, sous la forme de poudre ou de cristaux, le poison solide qui pouvait se trouver en disso- lution : alors on l'examinerait comme nous l'avons fait dans le premier problême. Si, malgré ces diverses opérations , il était impossible de l'obtenir sous cet état, il serait permis de croire ou qu'il a été décomposé et transformé en une espèce de magma, ou qu'il est de nature végétale (i). Alors on ferait évaporer jusqu'à siccité, et on calcinerait, dans un petit tube de verre ( voyez fig. i ), une partie du produit avec de la potasse pure et du charbon. Si l'on obtenait des globules de mercure, on conclurait que le poison était mercuriel : il serait arsenical si, au lieu de globules, il se volatilisait des lames brillantes comme de l'acier, jouissant de toutes les propriétés de l'arsenic métal- lique. Dans le cas où cette calcination n'éclairerait pas sur la nature du poison, on la recommencerait en plaçant le mélange dans un petit creuset que l'on chaufferait jusqu'au rouge pendant quelque temps. Par ce moyen on pourrait obtenir au fond du creuset une substance métallique bril- lante dont on déterminerait la nature par le procédé que nous allons indiquer, après avoir fait l'énumération des poisons qui doivent passer dans le récipient : tels sont l'ammo- niaque et le sous-carbonate d'ammoniaque, les acides nitrique , hydro-chlorique (muriatique) et sulfureux. (i) En effet, presque tous les poisons minéraux dont nous avons fait mention dans cet ouvrage sont des sels solides qui, ayant été dissous dans un liquide quelconque, doivent passer à l'état solide par l'évaporalion, à moins qu'ils n'aient été décom- posés par la substance alimentaire. fll6 DE l'fMPOISONNEMENT métaux qui, le plus ordinairement, peuvent être l'objet de ces recherches. Ces métaux sont, outre l'arsenic et le mer- cure, qui sont déjà censés éliminés, l'antimoine, le cuivre, l'étain , le bismuth, le zinc, l'argent, l'or, le plomb. On traiterait la substance métallique par l'acide nitrique pur que l'on ferait chauffer; cinq de ces métaux seraient dis- sous par l'acide : le cuivre, le zinc, le bismuth , l'argent et le plomb; deux se transformeraient en oxides blancs : l'é- tain et l'antimoine ; l'or ne subirait aucune altération mar- quée. Nitrates formés par le métal Oxides formés par le métal et l'acide nitrique. et l'oxigène de l'acide ni- trique. Nitrate de cuivre bleu. -J- Peroxide d'antimoine. Nitrate de zinc.....\ Peroxide d'élain. Nitrate d'argent.. tv. .il- .1 ( blancs. JNitrate de hi ismuth,f lomb.. .J Nitrate de pi On distinguerait facilement les nitrates incolores entre eux : en effet, celui de bismuth est le seul qui précipite abon- damment en blanc par l'eau distillée -f-; il n'y a que celui de plomb qui précipite en blanc par l'acide sulfurique très-ajfaibli -f-; celui d'argent donne , par l'eau de chaux, la potasse ou la soude , un précipité brun, olivâtre -p-, tan- dis que celui de zinc précipite en blanc par tous ces al- calis, -f- Quant aux deux oxides d'étain et d'antimoine, on les ferait dissoudre dans l'acide hydro-chlorique (muria- tique), et on traiterait les dissolutions par l'eau distillée et par les hydro-sulfates; l'eau précipiterait en blanc l'hy- dro-chlorate d'antimoine -f-, et ne troublerait point celui d'étain; les hydro-sulfates donneraient un précipité orangé rougeâtre avec le sel d'antimoine, et jaune avec le sel d'étain. uo5. U est évident que l'on pourrait, dans la résolution consioéré d'une manière générale. 617 de ce problême, tirer, des symptômes et des lésions cada- vériques , les mêmes conclusions que celles dont nous avons déjà parlé dans le problème précédent.. 1106. La même marche devrait être suivie dans le cas où le poison aurait été avalé en entier, et que l'on ne pounait agir que sur la matière des vomissemens ou sur celles qui se trouvent dans le canal digestif après la mort. On devrait pourtant, dans ce dernier cas, faire l'analyse des tissus eux-mêmes, si toutes les recherches sur les ali- mens fluides et solides avaient été infructueuses pour dé- couvrir le poison. ARTICLE III. Des Expériences sur les animaux vivans , considérées comme moyen propre à constater l'existence de l'em- poisonnement. 1107. On pense généralement que , parmi les différens moyens employés pour constater l'existence de l'empoison- nement, celui qui consiste à faire avaler à des chiens le li- quide trouvé dans l'estomac des individus que l'on croit morts empoisonnés, mérite la préférence sur tous les autres. Si l'animal succombe, dit-on, ou qu'il éprouve des sym- ptômes graves, c'est une preuve qu'il y a eu empoisonne- ment; tandis qu'il n'a pas eu lieu s'il ne se manifeste chez lui aucun accident. Cette opinion existe depuis un temps immémorial ; elle a été soutenue par des hommes peu versés en chimie, qui ont évité, sous des prétextes frivoles, de compromettre leur réputation en cherchant à analyser les liquides; elle a encore trouvé des partisans parmi les mé- decins éclairés qui ont senti l'impossibilité dans laquelle on était de pouvoir déterminer la nature des poisons végé- taux , et qui ont conseillé, par conséquent, d'essayer si les 618 de l'empoisonnement matières contenues dans l'estomac d'un individu que l'on croyait mort empoisonné, pourraient occasionner une mort prompte à des animaux bien portans. D'un autre cote, quelques médecins-légistes se sont élevés contre de pareilles expériences, comme pouvant induire les magistrats en er- reur, et leur faire commettre dans le jugement des fautes énormes. En effet, ont-ils dit, en supposant que ces expé- riences aient été bien faites, ne peut-il pas arriver qu'un individu soit atteint d'une de ces maladies spontanées dans lesquelles les fluides animaux s'altèrent, contractent une âcreté remarquable, deviennent vénéneux, et causent né- cessairement la mort des chiens auxquels on les fait avaler ? 3Ne serait-il pas absurde, dans ce cas , de prononcer que l'individu avait été empoisonné ? Mais combien de fois , ajoutent-ils, les conclusions tirées de ces sortes d'essais ont été fautives, parce que les expériences avaient été mal faites ! On a forcé des animaux à avaler des fluides nulle- ment délétères : cependant ces animaux ont expiré quel- ques minutes après, parce que la liqueur avait reflue par le larynx jusqu'aux poumons. Dans d'autres circonstances, des mouvemens extraordinaires simulant les convulsions et une agitation extrême ont suivi de près l'ingestion de ce breuvage, phénomènes que l'on a attribués à une substance vénéneuse, tandis qu'ils dépendaient souvent des efforts que l'on avait faits pour contenir les animaux, de la colère dans laquelle ils étaient entrés ^ ou d'une susceptibilité par- ticulière. Ces considérations nous ont engagés à entre- prendre quelques expériences sur ce sujet, dans le dessein de déterminer la valeur d'un essai aussi généralement accré- dité. Voici les résultats de notre travail. i°. Dans le cas où la matière suspecte dont l'expert peut disposer aura été analysée d'une manière convenable , on devra introduire la portion restante dans l'estomac d'un petit cliien robuste et à jeun ; mais on se gardera de la considéré d'une manière générale. 619 lui faire avaler ou de la mettre dans ses alimens, comme cela a été pratiqué jusqu'à présent. En effet, non-seulement on courrait le risque, en suivant ce procédé, d'en perdre la majeure partie, parce que l'animal la rejetterait, mais les ali- mens avec lesquels on la mêlerait pourraient exercer sur elle une action chimique, la décomposer au point de changer entièrement sa nature. D'ailleurs, il arriverait au moins six fois sur dix qu'une portion refluerait par le larynx jusqu'aux poumons, et l'animal périrait asphyxié. 20. Le meilleur moyen que l'on puisse mettre en usage consiste à détacher l'oesophage, à le percer d'un petit trou , à introduire un entonnoir de verre dans l'ouverture, et à faire tomber le liquide dans l'estomac : cela étant fait, on lie l'oesophage au-dessous de la fente. Il serait imprudent de préférer à ce moyen l'emploi de la sonde de gomme élas- tique adaptée à une seringue , car plusieurs animaux mordent la sonde, la percent de trous, et le liquide s'écoule alors hors de la bouche ; d'ailleurs , les seringues d'étain pourraient décomposer certains fluides vénéneux. 3°. Si la matière suspecte, au lieu d'être fluide, avait une forme molle ou solide, et qu'il fût impossible de la faire entrer dans l'estomae à l'aide de l'entonnoir, on com- mencerait par l'exprimer pour en obtenir la partie liquide , que l'on introduirait comme nous venons de le dire, et on mettrait la portion solide dans un petit cornet de papier fin que l'on pousserait jusqu'à l'estomac par une ouverture faite à l'oesophage : alors on pratiquerait la ligature de ce conduit. Cette manière d'opérer présente des avantages im- menses. En effet, ce n'est qu'en la mettant en usage que l'on peut empêcher les vomissemens ; et combien n'y a-t-il pas de substances vénéneuses dont l'estomac se débarrasserait aussitôt après leur ingestion , qui, étant ainsi retenues, peuvent développer les symptômes de l'empoisonnement et même produire la mort ! 6 20 DE L'EMPOISONNEMENT Mais, observera-l-on, l'opération de l'oesophage détruit constamment la vie, et produit assez souvent des altérations dans les tissus (voy. pag. 33 du tom. icr); comment donc reconnaître si la mort est le résultat de l'ingestion de la sub- stance suspecte plutôt que de l'opération ? Cette objection n'a aucun fondement ; car, ou la matière suspecte est en assez grande quantité pour faire périr les animaux, ou elle n'est pas assez abondante. Dans Je premier cas, la mort aura lieu pendant les premières quarante-huit heures, et elle sera précédée de symptômes plus ou moins graves, phéno- mènes que l'on n'observe jamais après la simple ligature de l'oesophage (i). Si la matière n'est pas assez abondante pour déterminer la mort, l'expérience ne sera pas plus concluante qu'elle ne l'aurait été si l'oesophage n'eût pas été lié. En effet, supposons le cas le plus défavorable pour notre opi- nion , celui dans lequel cette matière développerait des sym- ptômes variables qui se dissiperaient au bout de deux ou trois jours : ces symptômes, dira-t-on, seraient attribués au poison si l'oesophage n'avait pas été lié, tandis que, dans le cas contraire, on serait tenté de croire qu'ils dépendaient de l'opération. A cela nous répondions que cette opération ne déterminant pas elle-même, pendant les premières qua- rante-huit heures ,• d'autre symptôme qu'un léger abatte- ment, on devrait attribuer à la substance vénéneuse tous (i) Il n'y aurait que les symptômes développés par les poi- sons corrosifs que l'on pourrait confondre quelquefois avec l'abattement que produit l'opération de l'œsophage ; mais l'ou- verture du cadavre éclairerait : car, dans le cas où le poison corrosif déterminerait la mort pendant les premières quarante- huit heures, il donnerait lieu à une inflammation très-étendue des membranes de l'eslomac (à moins que la mort ne fût très- prompte), lésion que ne saurait produire la simple ligature de l'œsophage. considéké d'une manière générale. 621 les autres phénomènes morbides qui se manifesteraient. D'ailleurs, l'expert ne serait-il pas blâmable de prononcer sur l'existence d'un poison, parce que l'animal auquel ou a fait prendre la matière suspecte a paru incommodé pen- dant deux ou trois jours ? Ces sortes d'expériences ne doivent être considérées comme valables qu'autant qu'elles four- nissent un résultat tranché, c'est-à-dire une maladie aigué suivie d'une mort prompte; ou quand elles ne déterminent aucun accident marqué, et que, d'ailleurs, elles sont d'ac- cord avec les résultais obtenus par l'analyse chimique lors- que la substance vénéneuse appartient au règne minéral. Dans les cas douteux, l'expert doit toujours chercher à être favorable à l'accusé. 4°. Si la matière suspecte occasionnait la mort de l'a- nimal , il faudrait, avant de conclure qu'il y a eu empoi- sonnement, s'assurer que l'individu dans le canal digestif duquel elle a été trouvée , n'a point succombé à une de ces affections spontanées dont nous avons parlé ; car il pourrait arriver, dans ce cas, que les fluides animaux, et particulièrement la bile, eussent contracté des qualités dé- létères capables de produire tous les symptômes de l'empoi- sonnement. 5°. Dans le cas où l'animal n'éprouverait aucun sym- ptôme remarquable de la part de la matière suspecte, on ne seiaitpas endroit de conclure, d'après cette seule ex- périence, que l'empoisonnement n'a pas eu lieu. En effet, une multitude de causes peuvent faire que les liquides con- tenus dans le canal digestif d'un individu qui a véritable- ment succombé à l'action d'un poison ne soient pas véné- neux. i°. La substance vénéneuse peut avoir été décom- posée dans l'estomac par les alimens , les boissons, ou par les tissus animaux. Ainsi, par exemple, 12 grains de su- blimé corrosif sont avalés par un homme bien portant; il éprouve les symptômes de l'empoisonnement, et il meurt : 622 DE L'EMPOISONNEMENT on fait l'ouverture du cadavre vingt-quatre, trente-six ou quarante-huit heures après. On fait avaler à un chien les matières contenues dans le canal digestif, et il n'en est point incommodé. Nous avons observé ce phénomène un très- grand nombre de fois. On aurait le plus grand tort de con- clure que l'individu n'avait pas été empoisonné. Il est évi- dent que, dans ce cas, le sublimé a été décomposé par les alimens et même par les membranes de l'estomac, transformé en une matière insoluble qui n'exerce aucune action nui- sible sur l'économie animale. La même chose aurait lieu si le vert-de-gris avait été pris avant ou après l'ingestion de l'al- bumine et de quelques autres matières animales; nous pour- rions en dire autant del'hydro-chlorate d'étain et de quelques autres poisons. 2°. La substance vénéneuse peut avoir été prise à assez forte dose, ensuite rendue par le vomissement, et déterminer cependant la mort : le canal digestif ren- ferme, dans ce cas , des mucosités, de la bile qui ne con- tiennent pas un atome du poison ingéré , et qui , par con- séquent , ne détermineront aucun accident lorsqu'on les fera avaler à des chiens. 3°. Il peut arriver que la substance vénéneuse soit du nombre de celles qui sont facilement ab- sorbées ; que l'individu en ait pris une assez grande quan- tité pour périr ; mais qu'il n'en reste que très-peu dans le canal digestif: alors le résultat négatif obtenu sur les chiens seraitplulôtpropreà induire en erreur qu'à éclairer; en sorte que nous pensons que les expériences de ce genre, consi- dérées d'une manière isolée , n'ont de valeur qu'autant qu'elles offrent un résultat positif, c'est-à-dire la mort • mais, nous le répétons , elles ne doivent être regardées même étant bien faites , que comme un moyen secondaire propre à corroborer les inductions tirées de l'analyse chi- mique , des symptômes et des lésions cadavériques. CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 6ît3 ARTICLE IV. Des moyens propres à distinguer si le poison a été intrch duit dans le canal digestif pendant la vie ou après la mort. 1108. Parmi les crimes commis jusqu'à ce jour, il n'en est aucun qui inspire autant d'horreur que celui qui con- siste à introduire dans le rectum d'un cadavre une substance vénéneuse quelconque, dans le dessein d'accuser un homme innocent d'avoir élé l'auteur de l'empoisonnement, et com- promettre ainsi son honneur et son existence. Rien ne peut égaler une atrocité pareille , et nous étions loin de croire qu'elle eût été commise jusqu'au moment où nous avons pu nous procurer diverses procédures de la cour criminelle de Stockholm, dans lesquelles il £st fait mention d'un cas de ce genre» La médecine légale embrasse peu de ques- tions d'une aussi haute importance. Que l'on suppose un individu attaqué tout-à-coup d'une maladie grave, spontanée, qui succombe au bout de quel- ques heures, et dans le rectum duquel on injecte, peu d'instans après la mort, une dissolution corrosive. Le bruit se répand qu'il a été empoisonné, et les magistrats nom- ment un expert pour vérifier le fait. Celui-ci procède à l'ou- verture du corps, reconnaît l'existence du poison au moyen de l'analyse chimique , et découvre une inflammation plus ou moins viv^ des tissus sur lesquels la substance véné- neuse a été appliquée. S'il ne réfléchit pas que le poison a pu être introduit dans le rectum après la mort, et qu'il ignore les moyens de constater ce fait, il prononce que l'individu a péri empoisonné , et sacrifie une victime inno- cente à la vengeance d'un vil assassin ! Il nous a donc paru essentiel d'entreprendre un travail 6<4 nE l'empoisonnement à cet égard , afin de pouvoir établir des caractères propres à distinguer si le poison a été introduit dans le CAnal di- gestif avant ou après la mort. Nos expériences ont été faites sur les cadavres des hommes et des chiens ; nous les avons multipliées et variées : tantôt la substance vénéneuse a été introduite immédiatement après la mort, tantôt une demi- heure , une heure, deux heures, vingt-quatre heures après, afin de pouvoir établir l'altération que les tissus éprouvent dans ces différentes circonstances. Nous avons cru utile de borner nos essais aux matières corrosives, les narcotiques, les narcotico-âcres ne déterminant point, de lésion locale après la mort, ou n'en produisant qu'une très-légère, ana- logue à celles des premières. Expériences faites avec le Sublimé corrosif. Expérience ire. Urnjp'os chien caniche a été pendu à huit heures trois quarts du matin; cinq minutes après, on a introduit dans le rectum un gros de sublimé corrosif sous la forme de poudre et de petits fragmens. On a fait l'ou- verture du cadavre le lendemain à deux heures de l'après- midi. Les gros intestins ne contenaient point de matières fécales ; mais le rectum offrait une altération remarquable depuis l'anus jusqu'à quatre travers de doigt au-dessus ; il était extérieurement d'une belle couleur blanche ; la tuni- que séreuse était opaque , épaisse , dure , et semblable, jusqu'à un certain point, à une aponévrose; les vaisseaux du méso-rectum étaient légèrement injectés en rouge noirâtre; la membrane musculeuse étail blanche comme de la neige. On voyait surla tunique muqueuse correspondanteà la por- tion lésée la majeure partie du sublimé corrosif employé ; cette tunique était rugueuse, comme granuleuse, un peu durcie , et présentait plusieurs plis d'un rose clair, imitant, par leur disposition , des ramifications veineuses; ces plis CONSIDÉRÉ DVNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 6:>5 élid en t sépa r es par des porti ons d'une couleur blanche d'albâ- tre : en étendant sur la main cette membrane interne, on pou- vaitfairedisparaitrelesrugosiu'set la rendre lisse. Immédia- tement au-dessus de ces quatre travers de doigt, les intes- tins offraient leur couleur naturelle , et les membranes étaient minces et molles au toucher , en sorte qu'il y avait une ligne de démarcation parfaitement tranchée entre les parties sur lesquelles le sublimé avait été appliqué et celles qui n avaientpas été en contact avec lui. On mit dans l'eau les portions d?intestin attaquées par le sublimé , et vingt jours après il ne s'était manifesté aucun signe de putré- faction. On les soumit à l'analyse chimique après les avoir fait bouillir long-temps dans l'eau, et on en retira du mer- cure métallique, preuve que la préparation mercurielle avait été décomposée, transformée en proto*chlorure de mercure , qui s'élait intimement combiné avec la matière animale. (Voyez tom. i , § 8?., pag. 111.) Expérience 11e. A neuf heures du malin, on introduisit dans l'intestin rectum d'un chien bien portant 48 grains de sublimé corrosif sous la forme de poudre et de frag- mens. Au bout de trois minutes , l'animal poussa des plaintes , et rejeta quelques matières fécales teintes de sang. Un quart d'heure après , il poussa des cris plaintifs et parut agité. Le lendemain on recommença l'expérience , et on introduisit la même dose de poison : l'animal succomba au bout de dix heures. On en fit l'ouverture le jour sui- vant. Les intestins étaient enflammés dans l'étendue de dix- liuit pouces, en commençant par l'anus, Loin d'offrir la couleur blanche et l'épaisseur dont nous avons parlé, la membrane séreuse était rouge, très-injectée et miuce; ou ne retrouvait plus de sublimé corrosif dans l'intérieur des intestins (( il avait été probablement rejeté par les selles); la membrane muqueuse paraissait d'un gris noirâtre dans les deux travers de doigt qui sont immédiatement au-dessus n. 4Q 626 DE L'EMPOISONNEMENT de l'anus ; cependant , en la détachant et en la plaçant entre l'œil et la lumière, on voyait qu'elle était d'un rouge excessivement foncé. La portion qui était immédiatement placée au-dessus, et qui s'étendait jusqu'à la hauteur de huit à neuf pouces , élait aussi d'un rouge très-intense , et se détachait facilement par le frottement; la rougeur dimi- nuait ensuite d'intensité, et n'était plus sensible à la hau- teur de vingt à vingt-deux pouces ; mais cette diminution s'opérait d'une manière graduée, et n'offrait point, comme dans l'expérience précédente, une ligne de démarcation tranchée entre les parties saines et les parties lésées. La membrane musculeuse était d'un rouge vif dans toute l'é- tendue des portions affectées. Il est aisé de voir que , dans cette expérience, l'altération organique ne s'était point bornée là où le poison avait été appliqué, mais qu'elle s'é- tait étendue beaucoup plus loin. Expérience 111e. Un gros chien caniche a élé pendu à midi. Trois quarts d'heure après, on a introduit dans le rec- tum trois onces d'une dissolution concentrée de sublimé corrosif. On en a fait l'ouverture le lendemain à deux heures de l'après - midi. Presque tous les gros intestins avaient été en contact avec la dissolution ; leurs tissus étaient blancs et épaissis; la membrane muqueuse présen- tait pluieurs bandes en zigzag, d'une belle nuance rose, qui contrastait avec la couleur blanche des autres portions. Immédiatement au-dessus de la partie avec laquelle le poison avait été en contact, l'intestin était dans l'état na- turel , en sorte qu'il y avait une ligne de démarcation parfaitement tranchée, phénomène qui n'existe jamais lorsque cette substance vénéneuse a été introduite pendant la vie. Expérience ivç. Un petit chien a été pendu à midi. Une heure et demie après, on a introduit dans le rectum un gros de sublimé corrosif réduit en poudre fine. L'ouverture CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 627 du cadavre n'a été faite qu'au bout de quatre jours. L'al- tération cadavérique s'étendait seulement jusqu'à trois tra- vers de doigt au-dessus de l'anus; les membranes muscu- leuse et séreuse étaient d'un blanc d'albâtre, épaisses et durcies ; la tunique muqueuse offrait des franges roses, comme dans l'expérience ire, qui étaient séparées par des portions recouvertes de sublimé corrosif et de proto- chlorure de mercure d'une couleur grisâtre. Il y avait encore ici une ligne de démarcation excessivement tran- chée entre les portions sur lesquelles le sublimé avait élé appliqué et celles qui n'avaient pas été en contact avec lui. Expérience ve. Un petit chien fut pendu à midi. Le lendemain, à onze heures, on introduisit dans le rectum un gros de sublimé corrosif réduit en poudre fine, et on fit l'ouverture du cadavre le jour suivant, à midi, c'est- à-dire, vingt-cinq heures après l'introduction de la sub- stance vénéneuse. Il n'y avait d'altération sensible que dans les quatre travers de doigt au-dessus de l'anus; les membranes musculeuse et séreuse étaient blanches comme la neige, épaisses et dures; il y avait au-dessus de la lu- nique interne une couche grisâtre mêlée de points blancs, et formée par du muriate de mercure au minimum (proto- chlorure de mercure) et par du sublimé corrosif : cette couche grisâtre était tellement adhérente à la membrane muqueuse , qu'il était impossible de détacher l'une sans l'autre. Du reste, cette membrane offrait la même couleur grise, et ne présentait aucune zone rose ni d'un rouge clair. Expérience vie. La même expérience, répétée trois fois sur des cadavres humains, a fourni des résultats analo- gues. Nul doute que si l'injection eût été faite quelques minutes après la mort, et même une heure après, lorsque la vie n'était pas encore délruite clans les petits vaisseaux GjS 1>e l'empoisonnement sanguins du rectum, nous n'eussions déterminé les zones rougeâtres qui, dans cette circonstance, se sont constam- ment manifestées sur les cadavres des chiens. Nous n a- vons point songé à faire ces expériences sur les cadavres humains, parce que nous sommes convaincus qu'il pour- rait y avoir du danger si par hasard l'individu n'était pas encore mort. Expériences faites avec l'Acide arsénieux (arsenic du commerce. ) Expérience ire. Un petit chien robuste a été pendu à dix heures du matin. Cinq minutes après, on a introduit dans le rectum un gros d'acide arsénieux sous la forme de pou- dre et de fragmens. On l'a ouvert le lendemain à midi. Il y avait une altération cadavérique marquée dans les quatre travers de doigt qui sont immédiatement au-dessus de l'a- nus , c'est-à-dire sur toutes les parties où le poison avait été appliqué ; la membrane muqueuse était d'un rouge assez vif; la portion correspondante à l'endroit où la tu- nique séreuse se replie pour se porter sur la vessie, of- frait une lâché d'un rouge noirâtre , large comme une pièce de vingt sous, formée par du sang veineux extravasé; toutes les autres parties lésées étaient recouvertes d'acide arsénieux; les autres tuniques paraissaient dans l'état na- turel , et il était impossible de découvrir la moindre alté- ration dans les portions d'intestin placées immédiatement au-Jessus de celle sur laquelle la substance vénéneuse avait été appliquée, en sorte qu'/Z y avait une ligne de démar- cation excessivement tranchée. Expérience>ne. A neuf heures du matin, on introduisît dans le rectum d'un chien bien poitant 48 grains d'acide arsénieux, sous la forme de poudre et de fragmens • six minutes après, l'animal fit une selle solide peu abon- CONSIDÉRÉ D'UNE MANIERE GÉNÉRALE. C>2() dante, dans laquelle se trouvaient presque tous les frag- mens du poison. Deux jours après, on recommença l'ex- périence, avec cette différence que l'acide arsénieux était parfaitement pulvérisé. L'animal perdit l'appétit, tomba dans l'abattement, et mourut dix jours après la première expérience. Le pourtour de l'anus était excorié , les té- gumens détachés, en sorte qu'il y avait une plaie assez étendue. La membrane muqueuse du rectum offrait dans les deux travers de doigt placés immédiatement au-dessus de l'anus, une couleur grise-verdàtre intérieurement. La surface correspondante à la tunique musculeuse était rouge. Au-dessus de cette portion , cette membrane était d'un rouge vif dans l'étendue de six ou sept pouces, et la rou- geur diminuait à mesure qu'on approchait des intestins grêles, en sorte qu'il n'y avait pas, comme dans l'expé- rience précédente , une ligne de démarcation tranchée. Les tuniques musculeuse et séreuse du rectum offraient une couleur rouge dans les parties voisines de l'anus. Expérience 111e. Un chien de moyenne taille a été pendu à midi; le lendemain, à une heure de l'après-midi, on a introduit dans le rectum un gros d'acide arsénieux ré- duit en poudre fine, et on en a fait l'ouverture le jour sui- vant, vingt-cinq heures-après l'introduction de la substance vénéneuse. La membrane muqueuse correspondante aux deux travers de doigt placés au - dessus de l'anus offrait deux taches rouges, comme des pièces de vingt sous, sur lesquelles étaient placé l'acide arsénieux. Les autres tuni- ques étaient dans l'état naturel ; le reste du canal digestif ne présentait aucune altération, en sorte qu'il y vivait une ligne de démarcation excessivement tranchée entre les par- ties affectées et celles sur lesquelles le poison n'avait pas été appliqué. Expérience ive. Cette expérience, répétée trois fois sur des cadavres humains, a oiïert des résultais analogues. 63o de l'empoisonnement Expériences faites avec le Vert-de-gris. Expérience ire. Un petit chien a été pendu à midi; im- médiatement après, on a introduit dans le rectum environ un gros de vert-de-gris pulvérisé, et on a fait l'ouverture du cadavre quarante-huit heures après. Le canal intestinal offrait son aspect ordinaire, excepté dans les deux der- niers travers de doigt placés immédiatement au-dessus de l'anus; l'intérieur de cette portion du rectum contenait tout le poison employé; les tuniques qui le composent étaient un peu épaissies et d'une couleur bleue verdàtre , en sorte que le vert-de-gris paraissait s'être intimement combiné avec les membranes. // n'y avait aucune trace d'inflammation ni d'ulcération. Expérience 11e. A neuf heures du matin, on a introduit dans le rectum d'un carlin bien portant 4$ grains de ven- de-gris pulvérisé; deux jours après on lui en a remis 28 grains. L'animal est tombé dans l'abattement et a ex- piré à la fin du huitième jour. Ouverture du cadavre. L'estomac offrait, près du pylore, deux taches noirâtres for-. mées par du sang extravasé dans le chorion de la mem- brane muqueuse; la moitié inférieure du colon et le com- mencement du rectum présentaient plusieurs plaques rou- ges de la grandeur de petits pois ; le reste du canal digeslif était sain, excepté la fin du rectum ; on voyait un peu au- dessus de l'anus deux ulcères larges comme des pièces de dix sous, à bords épais, relevés, séparés entr'eux par une multitude d'autres petits ulcères. Les parties de cette por- tion d'intestiu non ulcérées étaient chamarrées de ta- ches d'un vert bleuâtre foncé, et d'autres d'une couleur rouge. Expérience 111e. Un chien caniche a été pendu à midi ; une heure et demie après, on a introduit dans le rectum un CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 631 gros de vert-de-gris pulvérisé ; on a fait l'ouverture du ca- davre le lendemain à deux heures : il n'y avait que la partie inférieure du rectum, où le vert-de-gris avait été appliqué, dont les tuniques fussent teintes en bleu verdàtre par le poison; on ne découvrait pas la moidre trace de rougeur; le reste était dans l'état naturel. Expérience ive. On a introduit du vert-de-gris dans le rectum de deux cadavres humains , vingt - quatre heures après la mort; on en a fait l'ouverture trente-six heures après, et on a observé les mêmes phénomènes que dans l'expérience précédente. Expériences faites avec l'Acide sulfurique. Expérience ire. Un petit chien a été pendu à midi ; cinq minutes après, on a injecté dans le rectum environ 6 gros d'acide sulfurique concentré à 66°. Louverture du cadavre a été faite le lendemain à deux heures. La surface extérieure des gros intestins, depuis l'anus jusqu'à douze travers de doigt au-dessus, était épaissie, d'une couleur blanche, et parsemée d'une multitude de vaisseaux injectés en noir et durs, comme si le sang eût été décomposé par l'acide sul- furique. La membrane muqueuse correspondante à toute cette portion était jaunâtre, et se détachait facilement sous la forme de flocons lorsqu'on la frottait légèrement avec le scalpel; la tunique musculeuse était blanche ; il n'y avait aucune trace de rougeur $ l'acide sulfurique n'avait point noirci et charbonné les tissus avec lesquels il avait été mis en contact immédiat. On voyait, près de l'anus, quelques matières fécales que l'acide avait attaquées; la portion des intestins placée au-dessus de la partie altérée était saine et comme dans l'état naturel. Expérience 11e. La même quantité d'acide sulfurique' concentré fut injectée dans le rectum d'un gros chier* 63a de l'empoisonnemnt très-bien portant; il ne tarda pas à éprouver des douleurs cruelles et périt pendant la nuit. Ouverture du cadavre. L'intestin rectum et la moitié inférieure du colon étaient tellement amincis par la destruction de leurs tuniques mu- queuse et musculeuse, qu'au moindre contact ils se dé- chiraient et ne pouvaient être séparés que par fragmens. Ces lambeaux, d'une couleur grise cendrée, étaient par- semés à l'extérieur d'une multitude de petits vaisseaux injectés en noir et durcis; on voyait sur leur surface interne des matières fécales altérées, que l'on pouvait enlever facilement. Alors on trouvait un enduit épais, brun-grisâtre, reste des deux tuniques muqueuse et mus- culeuse qui avaient été gangrenées : cet enduit pouvait être séparé à l'aide d'un couteau. La moitié supérieure du co- lon offrait à l'intérieur une couche jajwie floconneuse, pro- duite probablement parla matière jaune de la bile qui avait été mise à nu par l'acide sulfurique; la membrane muscu- leuse correspondante à cette portion paraissait grise par sa face muqueuse, et d'un rouge foncé par la face séreuse; elle était aussi parsemée de vaisseaux injectés en noir; en- fin la tunique séreuse élait d'une couleur cendrée; le cœ- cum et l'iléum offraient une altération analogue, mais moins intense; les autres portions du canal digestif étaient saines. Expérience me. Un gros chien caniche a été pendu ; vingt-quatre heures après, on a introduit dans le rectum environ 6 gros d'acide sulfurique concentré, qui a porté son action principale sur des matières fécales qui se trou- vaient en assez grande quantité : aussi celles-ci étaient-elles noires, tandis que les tissus n'étaient que légèrement gri- sâtres. considéré d'une MANIÈRE GÉNÉRALE. 635 Expériences faites avec lAcide nitrique. Expérience ire. A midi , on a introduit dans le rectum d'un chien bien portant 5 gros d'acide nitrique du com- merce ( eau forte ) : immédiatement après , l'animal s'est agité , le ventre s'est tuméfié, et il souffrait considérable- ment. Il a expiré huit heures après. L'ouverture du cadavre a été faite le lendemain matin : la moitié inférieure du rec- tum offrait intérieurement plusieurs points rouges placés sur un fond jaune ; la membrane musculeuse était d'une couleur cramoisie, etla tunique séreuse d'un très-beau jaune. La moitié supérieure de cet intestin était d'un rouge foncé et présentait quelques points ulcérés ; la portion du colon placée immédiatement au-dessus du rectum était dans l'état naturel dans l'étendue d'environ trois pouces ; le reste du canal intestinal jusqu'au pylore était d'une couleur rouge foncée intérieurement, et on y voyait plusieurs plaques noi- râtres formées par du sang noir extravasé. Expérience nc. Un petit carlin a été pendu à midi ; six minutes après, on a introduit dans le rectum 5 gros d'acide nitrique du commerce, et on a fait l'ouverture du cadavre le lendemain à onze heures. Lerectum, et environ la qua- trième partie du colon présentaient l'aspect d'un tuyau solide, d'une belle nuance jaune, excepté près de l'anus, où sa cou- leur était blanche. En le fendant, on voyait que la membrane muqueuse correspondante à cette portion avait été détruite et transformée en flocons d'un jaune serin , que l'on pouvait détacher avec la plus grande facilité ;les deux autres tuni- ques étaient jaunes , excepté dans la partie la plus voisine de l'anus ; immédiatement au-dessus de ce tuyau, le colon, moins altéré , offrait intérieurement, dans l'étendue d'envi- ron deux pouces , une espèce de cylindre jaunàire formé par la membrane muqueuse , et assez épaissi pour que loi* 634 de l'empoisonnement pût le détacher et l'enlever tout d'une pièce. La portion de cet intestin voisine du cœcum était aussi un peu jaune : du reste , il n'y avait aucune trace de rougeur ni d'inflamma- tion dans le canal digestif. Expérience uxe. M. Tartra introduisit 2 onces d'acide ni' trique du commerce dans un estomac vide , isolé du cada- vre , et continu à l'œsophage et au duodénum ; il le laissa séjourner pendant douze heures, et il vit qu'il se dégageait beaucoup de gaz. Le grand cul-de-sac et la longue cour- bure de l'estomac offrirent dans le même instant des taches très-larges, qui d'abord parurent blanches à l'extérieur de l'organe, devinrent bientôt jaunes , et s'étendirent au bout de quelques heures , en sorte que les parois de 1 estomac avaient l'aspect graisseux, jaunâtre à l'intérieur comme à l'extérieur. Dans une autre expérience, l'acide séjourna pen- dant quatre jours dans le ventricule, et l'altération fut portée très-loin. Ce viscère' s'en allait en pièces au moindre con- tact ; il aurait pu être réduit aisément en une espèce de pâte grasse sous les doigts, et d'un très-beau jaune. Expéiience ive. Ces expériences offrirent des résultats analogues lorsque l'acide fut introduit dans l'estomac fai- sant encore partie intégrante du cadavre : cependant toutes les parties voisines de l'estomac étaient secondairement atteintes dans le cas où l'acide était en assez grande quantité, ou qu'il séjournait long-temps dans ce viscère. Expérience ve. Avant d'introduire l'acide nitrique , M. Tartra injecta dans l'estomac divers liquides , tels que l'eau , le vin , l'eau-de-vie, du lait, du bouillon : dans ces- cas , l'action du caustique affaibli fut beaucoup moins in- tense; quelquefois la membrane muqueuse parut peu affec- tée ; le plus souvent elle avait une teipte jaune , semblait légèrement épaissie , onctueuse sous les doigts , et se sépa- rait aisément des membranes plus extérieures. Il est évi- dent que l'altération des tissus devait aussi être moindre- considéré d'une manière générale. 635 lorsque l'estomac contenait des alimens solides sur lesquels l'acide nitrique exerçait son action. i iog. Il résulte des faits qui viennent d'être exposés, i°. Que le sublimé corrosif, l'acide arsénieux, le vert- de-gris et les acides sulfurique et nitrique, introduits dans le rectum quelques minutes après la mort des animaux, donnent lieu à des altérations de tissu qui simulent, jus- qu'à un certain point, celles qui se développent par Fin- gestion de ces mêmes substances pendant la vie. 2°. Qu'il est cependant facile de les distinguer cons- tamment aux caractères suivans : A. Dans le cas où le poi- son a été introduit après la mort, on le retrouve en assez grande quantité à peu de distance de l'anus , à moins qu'il n'ait été employé sous la forme de dissolution; tandis qu'il est peu abondant s'il a été introduit pendant la vie, vu que la majeure partie a été expulsée par les selles qu'il dé- termine. B. L'altération des tissus ne s'étend jamais qu'un peu au-delà de la partie sur laquelle le poison a été appli- qué après la mort, en sorte qu'il y a une ligne de démar- cation excessivement tranchée entre les portions affec- tées et celles qui ne l'ont pas été, phénomène qui ne se rencontre jamais dans l'autre cas. En effet, ces poisons agissent sur le vivant en déterminant une forte irrita- tion à laquelle succède une inflammation d'une intensité variable, mais qui s'étend toujours bien au-delà de l'en* droit où ils ont été appliqués, et qui décroît insensi- blement à mesure que l'on s'éloigne du point le plus en- flammé, en sorte qu'il n'y a jamais une ligne de dé- marcation parfaitement tracée. C. La rougeur, l'inflam-r mation, l'ulcération et les autres lésions sont portées infi- niment plus loin lorsque le poison a été introduit pen^ dant la vie, que dans le cas où il a été appliqué après la mort ; ainsi si, à l'examen du cadavre, on trouvait le rec-r tum ou l'estomac recouvert d'une assez grande quantité 636 de l'empoisonnement d'un de ces poisons, et que la lésion fût peu marquée, il y aurait de très-fortes raisons pour croire qu'il a été appli- qué après la mort. 3°. Que parmi ces poisons il en est quelques-uns qui déterminent des lésions tellement caractéristiques lors- qu'on les applique après la mort, qu'il est impossible de se méprendre : tels sont le sublimé corrosif et l'acide ni- trique. 4°. Que lorsqu'on les introduit dans le canal digestif vingt - quatre heures après le décès de l'individu, ils ne développent plus de rougeur ni d'inflammation, parce que la vie est entièrement détruite dans les capillaires, et par conséquent qu'il n'est plus permis de confondre ces cas avec le véritable empoisonnement. 5°. Enfin qu'ils peuvent encore développer des phéno- mènes inflammatoires lorsqu'ils sont appliqués une ou deux heures après la mort; mais qu'il suffit des considéra- tions que nous venons d'établir pour porter à cet égard un jugement exact. Nous omettons à dessein de parler des expériences de Savary relatives à l'application des caustiques sur la peau pendant la vie et après la mort, les résultats de ce tra- vail ne nous paraissant pas d'une application directe au sujet dont nous nous occupons. ARTICLE V. De T Empoisonnement de plusieurs personnes à-la-fois. 11 io. Les exemples d'empoisonnement de plusieurs per- sonnes à-la-fois ne sont point rares, et ils semblent, au premier abord, n'offrir aucun intérêt pour le médecin-lé- giste. En effet, si dans un repas où il y a plusieurs con- vives ou sert un met empoisonné par mégarde ou par consiuéré d'une manière générale. 637 malveillance, et que quelque temps après tous éprouvent des accidens analogues , suffisans pour caractériser l'em- poisonnement, l'expert doit agir là d'après les principes que nous avons établis jusqu'à présent. Mais il n'en est; pas de même si quelques-uns des convives sont seulement atteints, tandis que les autres ne ressentent aucune in- commodité; si les uns n'éprouvent que des accidens lé- gers lorsque d'autres périssent ou sont en proie à des sym- ptômes alarmans, etc. Il est évident que cette disparité d'effets, là où il semblerait n'y avoir qu'une même cause, doit compliquer ce cas de médecine légale, puisqu'il s'agit de rendre raison d'une multitude de contradictions appa- rentes qui se présentent. Avant d'exposer les préceptes qui doivent s- rvir de guide à l'expert dans ces cas épineux , nous allons rapporter une observation du célèbre Morga- gni, propre à éclairer ce sujet. « Dans le mois de mai 1711, quatre personnes, savoir : un prêtre, deux femmes, dont l'une était belle-sœur du prêtre, et un autre individu, tous bien porlans et en voyage , s'arrêtèrent à une auberge pour dîner. S'étant re- mis en route après le repas, bientôt le prêtre se sentit si mal au ventre qu'on fut obligé de le descendre de cheval. Malgré des déjections abondantes de haut et de bas, les douleurs augmentèrent d'un instant à l'autre, et il fallut ramener le malade à Césenne, lieu où l'on avait dîné, et où le prêtre arriva à demi-mort. Un médecin qu'on envoya chercher, croyant n'avoir affaire qu'à une colique ordi- naire, employa beaucoup de fomentations, de lavemens, de potions purgatives , anodines, etc. Quoiqu'il vît que l'une des femmes avait aussi de fortes évacuations avec des douleurs et des faiblesses, et que l'autre individu se plaignait de douleurs et d'un poids à l'estomac, il ne soup- çonna jamais qu'il y eût du poison, parce que l'autre femme n'avait aucun mal, et que l'hôte assurait avec imprécations, 638 de l'empoisonnement qu'il n'y avait rien eu de dangereux dans ses mets ; mais les évacuations sauvèrent les malades, et ayant un peu diminué le lendemain au matin, elles leur permirent de se faire transportera la proximité de Morgagni, qu ils ap- pelèrent aussitôt. Ce grand médecin s'élant informé s'il y avait eu dans le repas quelque plat dont la femme qui se portait bien n'avait pas mangé, apprit que oui, et que c'était un grand plat de riz qui avait été servi le premier, d'où il conclut que c'était ce plat qui avait été empoisonné. La difficulté était que le prêtre, qui en avait le moins mangé, et qui avait été très-s^bre en tout, était précisé- ment celui qui avait le plus tôt et le plus souffert; que la femme qui en avait mangé plus que le prêtre avait été moins malade que lui, et que l'autre individu, qui en avait mangé plus que tous les autres, était celui qui était le moins incommodé. N'y avait-il pas du fromage râpé sur ce riz ? demanda Morgagni. 'Oui, répondit-on ; et le prêtre, qui était dégoûté, ne mangea presque que du fromage. Dans ce cas, dit Morgagni, vous comprenez déjà qu'il y avait de l'arsenic parmi ce fromage, que probablement oiî avait préparé pour tuer les rats , et que n'ayant pas été mis suffisamment à l'écart, quelqu'un l'a pris pour servir sur votre riz pendant le temps que vous pressiez l'hôte de hâter îe moment de votre dîner. Ces conjectures se trouvèrent vérifiées par l'aveu de l'hôte , qui, ayant appris que les ma- lades étaient hors de danger, ne craignit plus de con- fesser que telle avait été la cause de ce malheureux acci- dent. Morgagni fut seulement étonné que l'on n'eût trouvé aucun mauvais goût dans ce fromage; et il parvint à guérir heureusement ces trois malades par l'usage du lait du petit-lait et de l'huile d'amandes douces ; mais il survint au prêtre divers symptômes dont il est inutile de parler ici (i). il) FonÉRÉ , ouvrage cité, lom. iv, p. 2.12. CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 63g 1111. L'expert ne saurait porter un jugement exact dans des circonslaces de ce genre , s'il n'avait pas égard, i°. à l'état dans lequel se trouvait l'estomac des différentes per- sonnes empoisonnées : en effet, celles qui auraient pris beaucoup d'alimens ou de boissons ressentiraient, en gé- néral, des accidens moins graves que les autres; i°. à la nature des mets et des boissons, ainsi qu'à la quantité que chaque individu en a mangée ou bue; 3°. à l'existence ou à l'absence des vomissemens et des déjections alvines. Il est évident qu'il peut arriver que des personnes aient mangé une assez grande quantité d'un met empoisonné sans qu'il se manifeste des symptômes graves, par cela même que le met était abondant, et qu'il a déterminé facilement des évacuations copieuses au moyen desquelles le poisbn aura été expulsé. ARTICLE VI. De VEmpoisonnement par suicide ou par homicide. n 12. On conçoit aisément que l'analyse chimique et les inductions tirées des symptômes et des lésions de tissus sont insuffisantes pour résoudre cette question difficile : on ne peut donc cherchera l'éclairer qu'à l'aide de circon- stances morales. «On examinera attentivement, dit le pro- fesseur Fodéré, » i°. Si le sujet avait été affecté, depuis quelque temps, d'un délire mélancolique; s'il a fait des pertes; si ses es- pérances ont été trompées; s*il a essuyé quelque chagrin cuisant; » 2°. Si aucune des personnes avec lesquelles il vivait, ou qu'il fréquentait, ou avec lesquelles il avait un rapport quelconque, n'avait intérêt à ce qu'il cessât de vivre ; » 3°. La saison de l'année pourra aussi être considérée ; car j'ai observé, et sans pouvoir trop en donner la raison, C40 de l'empoisonnement que les suicides étaient plus fréquens dans les temps des solstices et des équinoxes ; m 4°. Si le malade, au lieu de se plaindre, reste tran- quille, cherche la solitude, et refuse le secours des mé- decins et des remèdes ; :» 5°. Un écrit quelconque, comme le font ordinaire- ment ceux qui se suicident, avant de commencer, pour exprimer leurs derniers sentimens ou leur dernière vo- lonté, est une des preuves les plus certaines qu'ils sont seuls coupables de leur destruction. Des restes de poison trouvés dans leurs poches ou dans l'appartement, sont un indice très - équivoque, et qui peut appartenir autant à l'homicide qu'au suicide. CHAPITRE IL ARTICLE Ier. De l Empoisonnement lent. n i3. Il arrive quelquefois que des individus avalent pendant plusieurs jours une petite quantité de poison in- capable d'occasionner une mort prompte, mais qui déter- mine des accidens plus ou moins graves qui peuvent à la longue avoir les suites les plus funestes; la réunion des accidens produits par une pareille cause constitue Y em- poisonnement lent, qu'il ne faut pas confondre avec l'em- poisonnement consécutif. En effet, celui-ci est occasionné par l'ingestion en une seule fois d'une certaine quantité de poison, qui produit d'abord tous les symptômes de l'empoisonnement aigu, auxquels l'individu résiste, mais qui sont suivis d'une multitude de phénomènes consécutifs dont la durée varie considérablement. Nous n'admettons pas que l'on connaisse des poisons coNsmÉnÉ u'cîjè manière «énébale. 6^1 lents à l'aide desquels on peut occasionner la mort à une époque déterminée. Cette assertion, enfantée par l'igno- rance et soutenue par des préjugés absurdes, est tout-à-fait contraire aux lois de la nature organique. Comment, en eflet, déterminer à priori la résistance que les forces vitales opposeront à la cause qui toul à les délruire, circonstance sans laquelle il n'est pas possible de fixer l'époque à la- quelle les accidens se développent et où ils .seroni suivis de la mort? Ne pourrions-nous pas saisir cette occasion pour combattre avec succès une des opinions les pins gé* néralement reçues parmi un très-grand nombre de méde- cins, et qui se rapproche de celle dont nous nous occu- pons, savoir: que dans plusieurs espèces de maladies il y a des jours déterminés et constans où l'individu est beau- coup plus affecté? Il suffit de réfléchir à la diversité des causes qui peuvent développer ces maladies, à leur inten- sité variable, au degré différent de réaction, etc., pour être convaincu que de deux individus ayant la même af- fection , l'un pourra offrir des symptômes graves Je jour correspondant à celui où l'autre sera dans un état beau- coup plus satisfaisant. Voici des fajts qui peuvent servir à éclairer l'histoire de Y empoisonnement lent. observations. i°. Un matelot âgé de vingt-six ans, d'une assez bonne constitution, mais affaibli-par de longs et fréquens voyagea sur mer, fut reçu à l'hôpital de Land... le 5 fructidor an 7, pour une maladie syphilitique dont il élait infecté, pour la première fois, depuis trois mois. Le premier symptôme de la maladie avait été une gonorrhée, qu'une injection d'eau-de-vie étendue d'eau dans le canal de l'urètre avait supprimée au bout de huit ou dix jours. De nouveaux sym- "• 4r 642 DE L'EMPOISONNEMENT ptômes n'ayant pas immédiatement succédé à celui qui ve- nait de disparaître, le malade se crut parfaitement guéri, et peu de jours après, il partit avec le bâtiment sur le- quel il était embarqué. Il m'a dit que le jour même du départ de son bâtiment, il avait ressenti aux aînés des douleurs d'abord peu vives? que ces douleurs augmen- tant chaque jour d'intensité, il avait senti une petite tu- meur de chaque côté ; que ne doutant pas que ce ne fussent des poulains (ce sont ses expressions), îl avait été con- sulter le chirurgien-major, qui lui avait fait appliquer sur chaque aîné un cataplasme fait avec de la farine de graine de lin ; qu'en outre il lui avait dit de venir tous les jours boire au poste un verre de tisane qui lui laissait dans la bouche un fort mauvais goût. J'ai su depuis que c'était une solution de sublimé corrosif. Les bubons ayant continué de grossir pendant plusieurs Jours, se ramollirent enfin à leur sommet, et une incision faite à chaque détermina la sortie d'une très-petite quan- tité de pus épais et sanguinolent. Le malade continua tou- jours sa prétendue tisane, s'observant fort peu sur le ré- gime, quoiqu'on lui défendît expressément de boire de l'eau-de-vie et du vin, et qu'on lui eût fa^retrancher en conséquence les rations de l'un et de l'autre. Les bubons furent pansés avec un plumasseau couvert d'un mélange de pommade mcrcurielle et de cérat, et par - dessus un cataplasme fait avec de la farine de graine de lin. Débarrassé des douleurs vives qu'il avait ressenties pen- dant quelques jours, cet homme reprit ses pénibles occu- pations : dès-lors il fallut lui faire rendre les rations de vin et d'eau-de-vie qu'on n'était plus en droit de lui re- fuser : il se mit tout-à-fait au régime des gens de mer; et négligeant le pansement de ses bubons, buvant rarement de la tisane qui lui était prescrite, il oublia presque en- CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 643 lièrement sa maladie. La campagne fut longue; beaucoup de raisons contribuèrent à la rendre pénible et fatigante. Cet homme, tourmenté par son état, forcé de se livrer à des travaux excessifs , manquant de bohs alimens, de linge, ayant presque continuellement sur le corps des hardes mouillées, obligé de passer d'une atmosphère chaude et humide à une autre continuellement refroidie par des vents plus ou moins violens; cet homme, dis-je, ne tarda pas à ressentir les premières atteintes d'une maladie si funeste pour ies gens de mer, et dont on cherche si peu à les pré- server : je veux parler du scorbut. Un sentiment de faiblesse, des douleurs dans les mem- bres, des lassitudes, des prostrations, de l'inaptitude au travail, du dégoût pour ses occupations ordinaires, le gonflement des jambes , des hémorrhagies fréquentes des gencives, le mauvais état de la bouche, la difficulté crois- sante qu'il éprouvait à mâcher du biscuit; tous ces sym- ptômes réunis lui annoncèrent une maladie qu'il avait ap- pris à connaître, en ayant été plusieurs fois atteint. C'était une complication pour la première : il crut de- voir remettre le traitement de l'une et de l'autre à des temps plus heureux. Il acheva donc la campagne dans ce fâcheux état. Le bâtiment sur lequel il était entra à Brest ; peu de jours après, il fut envoyé à l'hôpital de Land.... C'est là que, pour la première fois, j'eus occasion de l'observer. Il me dit n'avoir jamais été malade avant sa première campagne, qui fut de cinq mois, dont trois passés à la mer et deux au Cap Français. Le bâtiment sur lequel il était embarqué ayant relâché à Rochefort, au mois de sep- tembre , il fut à l'hôpital pour se faire traiter d'un commen- cement de scorbut. Là il fut atteint de la maladie endémi- que à ce pays . cju'il garda pendant quatre mois. Il quitta liochefort, convalescent, passa au port de Brest, auquel il 544 1)E l'^îpo,so3'kemeîst était attaché, et fit plusieurs voyages dont il revint toujours assez bien portant, sauf un peu de scorbut qu'un traite- ment de quelques jours à terre suffisait pour faire dispa- raître. Voici, autant que j'ai pu le recueillir, le tableau de son état au moment où il fut soumis à mon observation. Cet homme, grand , brun , semblait offrir les restes d'une bonne constitution, mais que beaucoup de causes avaient contribué à détériorer : il avait le teint pâle , plombé, les yeux ternes, enfoncés dans les orbites, les pommettes saillantes, la peau du visage tirée, les lèvres grosses, d'un rouge pâle, les gencives détachées, noi- râtres, desquelles suintait un liquide sanguinolent; l'état de maigreur élait extrême, les jambes légèrement gonflées. Le malade avait à Faîne, du côté droit, une tumeur ul- cérée de laquelle découlait une très-petite quantité de ma- tière purulente. Le bubon du côté gauche était cicatrisé; mais il restait encore un engorgement asez considérable dans les glandes de ce côté. 11 ressentait des douleurs dans les membres.. Cet homme fut mis d'abord à un traitement anti - scor- butique ; une nourriture végétale, de fréquentes insola- tions, un air pur, l'usage de quelques médicamens anti- scorbutiques amenèrent bientôt dans son état un change- ment marqué. Au bout de six semaines de ce traitement il avait repris de l'embonpoint, le gonflement des jambes était absolument dissipé, la bouche en meilleur état, la peau revenue à sa couleur naturelle, les douleurs diminuées; ses forces augmentant tous les jours, semblaient annoncer une prompte convalescence; mais les bubons restant tou- jours dans îe même état, le chirurgien au soin duquel élait confié ce malade crut devoir le soumettre au trai- tement anti - vénérien ; en conséquence , il lui fit admi- nistrer des solutions de sublimé corrosif, à la dose d'un* CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 645 cuillerée, de liqueur de Van - Swiéten, dans un verre e l'empoisonnement cent trente-sixième jour de son entrée à l'hôpital. La puan- teur excessive du cadavre nous empêcha d'en faire l'ouver- ture (t). u°. Nous avons rapporté, tome i, page 231 (3°), une ob- servation dans laquelle de petites doses d'acide arsénieux fu- rent administrées à plusieurs reprises. 3°. « Agé de trente ans, né avec un tempérament san- guin et bilieux, et marié depuis un an , je jouissais d'une santé vigoureuse, malgré les excès de ma jeunesse, lorsque je fus appelé à Paris pour y occuper une place importante. » Pendant un an que durèrent mes fonctions, je fus abreuvé d'amertume et de chagrins , et par suite ma santé fut sensiblement altérée. » Rentré dans mes foyers, je crus être attaqué d'une maladie du foie ; tous les malins ma langue était très-sèche el même crevassée ; mon sommeil était pénible ; et lors- que , immédiatement après mon lever, je prenais un verre d'eau , j'éprouvais quelquefois des rapports pleins de bile. Je pensai qu'un vomitif était nécessaire, et je m'y préparai par le petit-lait, la tisane et la diète. » Quatre grains d'émétique ne produisirent aucun effet : il en fut de même de six grains que j'envoyai chercher immédiatement, en faisant demander au marchand s'il était certain de la bonté de son émétique ; j'ajoutai de suite quatre autres grains, et ces quatorze grains, pris en douze petits verres d'eau (moins de deux bouteilles) et en moins de deux heures de temps, ne produisirent qu'un faible vomissement; avec une légère teinture de bile. » Dans l'après-midi, je fis environ trois selles de bile pure, et j'éprouvai pendant-une d'elles une colique assez vive dans l'hypochondregauche; un léger ténésme se mani- festa avec suintement à l'anus. (i) Lavort, Dissertation citée, p. 38, CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 6^ » Le soir, je mangeai un poisson au bleu, je dormis d'un sommeil profond et tranquille, et le lendemain, à mon ré- veil , je trouvai ma langue et ma bouche dans un si bon état, que je me mis à la diète toute la journée, afin de prendre le lendemain une nouvelle dose d'émétique jusqu'à vomis- sement complet. » En effet, dès le lendemain matin , je pris huit grains d'émétique dans six petits verres d'eau , c'est-à-dire moina d'une bouteille , en une heure de temps , et ce vomitif ne produisit aucun effet. Alors j'invitai mon épouse à m'en procurer vingt grains pour doubler la dose de Favant- veille; mais elle fut épouvantée démon projet, et m'empê- cha de prendre une plus grande quantité d'émétique. Je pris le parti de boire coup sur coup dix grandes tasses d'eau tiède, et cependant je ne pus vomir. Enfin, à l'aide de mes doigts plongés dans mon gosier, je paivins à rendre une très-faible partie de l'eau que je venais de prendre. » Alors je renonçai au projet de me faire vomir; l'eau que j'avais prise coula par les urines , et je fis vers le sôtv deux ou trois selles de bile pure ; je mangeai avec plaisir et appétit un poisson au bleu avant de me coucher, je dormis d'un sommeil profond et paisible pendant toute la nuit, et le lendemain, ma bouche et ma langue, au lieu d'être sèches et crevassées , se trouvèrent fraîches et en bon état. » Cependant, ce jour même mon ténesme augmenta, et lorsque je fus à la selle, je m'aperçus que les déjections étaient couvertes de glaires et parsemées de bile en grumeaux, dont quelques morceaux , sans mélange d'autres matières , étaient de la grosseur d'une lentille. » Ma déjection entièrement terminée, j'ai rendu, sans douleur et sans le plus léger mélange, la quantité d'une pe- tite assiettée de matière absolument semblable à du suif fon- du qui commence à se figer ; et pareil accident s'est renfeu- 64*> de l'empoiso:v>ement vêlé chaque fois que je suis allé à la selle , pendant huit a dix jours. » Malgré l'exercice violent que j'étais dans l'habitude de prendre, j'étais fort gras ; mais à l'expiration de ces huit à dix jours , j'étais tombé dans un état de maigreur excessif ; la peau de mon ventre semblait collée sur mes rems, et mon ténesme, quiseul me faisait souffrir, donnaitlieu à un écou- lement continuel , et «ne me permettait que très-difficile- ment de marcher ou de rester debout. » Un médecin me conseilla les apéritifs : j'en fis usage pendant plusieurs mois , et ma santé ne s'améliora pas. » Je n'avais point de dévoiement, mais les déjections n'étaient plus aussi bien qu'auparavant; elles étaient tou- jours plus ou moins enduites de glaires, et le ténesme, ainsi que l'écoulement blanchâtre par l'anus , augmentaient au lieu de diminuer, e'c » (r). 4°. Nous avons déjà rapporté une observation d'empoi- sonnement par le plomb qui peut très-bion rentrer dans cet article. {Voy. tom. icr, Observations d'empoisonnement par le plomb. ) n i4- Nous avons tenté quelques expériences sur les chiens, dans le dessein de déterminer Faction des petites doses de poison souvent réitérées ; mais on conçoit com- bien ce travail doit être pénible , fastidieux et difficile • aussi n'avons-nous pas obtenu des résultats aussi satisbiisans que nous l'aurions désiré. Nous avons cependant observé que la maladie produite par le poison donné à petite dose offrait la plus grande analogie avec celle qui suivait l'ingestion d'une plus grandequanli té; il en a été de même des lésions des tissus. Si le médecin-légiste était donc appelé pour prononcer sur une question aussi épineuse , il devrait avoir égard à une multitude de circonstances physiques et morales qui (i^ Mémoire de M. Magendie sur l'Éraélique, p. a8. CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 649 pourraient l'éclairer. Ainsi, par exemple , il examinerait si la maladie qui fait l'objet de ses recherches ne dépend pas de la mauvaise constitution de l'individu plutôt que de Fac- tion lente d'une substance vénéneuse; si elle ne tient pas à une affection organique héréditaire ou autre ; aux maladies régnantes, épidémiques ou endémiques ; à l'habitude incon- sidérée de prendre des médicamens , et spécialement des purgatifs ; à l'abus de la saignée. à un exercice violent ou à toute autre erreur de régime, à la violence des passions , à l'état valétudinaire, hypochondriaque, mélancolique de certains individus , etc. ARTICLE IL Des Accidens consécutifs à l'empoisonnement aigu. 1115. Il arrive souvent que des individus empoisonnés par une substance vénéneuse énergique éprouvent les ac- cidens les plus graves, qui ne sont cependant pas suivis d'une mort prompte. L'état de ces malades s'améliore pen- dant quelques jours ; mais il ne tarde pas à se déclarer des symptômes fâcheux qui se prolongent pendant un temps plus ou moins long, et qui,, pour l'ordinaire, se termi- nent d'une manière funeste. Nous allons rapporter quel- ques observations sur cet objet. OBSERVATIONS. i°. Marie Ladan, âgée de cinquante-trois ans, but environ une cuillerée d'eau-forte , croyant boire de l'eau ordinaire. Elle ne tarda pas à en rejeter la plus grande par- tie. Aussitôt hoquet, rapports abondans , nausées , vomis- semens répétés. Une demi-heure après , on lui fit une sai- gnée du bras , et ou lui administra de l'eau de gomme, du 65o de l'empoisonnement lait. Les premiers accidens se calmèrent par degrés ; mais la constipation excessivement opiniâtre dont elle était tour» mentée dès les premiers jours resta la même. Au bout de dix jours de traitement et de décroissement assez marqué des symptômes , cette malade mangea, pour la première fois, un peu de vermicel, et le vomit aussitôt. Depuis son accident, elle salivait beaucoup , avait une haleine d'une fétidité incroyable; mais elle ne rendait, dans les matières de ses vomissemens , aucune portion membraneuse : seule- ment elle croyait sentir, dans le fond de sa gorge, la pré- sence d'un corps étranger qui la fatiguait sans cesse, gê- nait la déglutition *et la respiration , altérait la parole , etc. Le vingtième jour de son empoisonnement, après avoir fait beaucoup d'efforts, elle rendit, par l'anus, un long' paquet membraneux d'urie seule pièce , replié etioulé sur lui-même, qui représentait la forme de l'œsophage et de l'estomac avec toutes leurs dimensions, et qui n'était autre chose que la membrane interne de ces organes qui avait été soulevée et décollée dans tous ses points â-la-fois ; elle avait une ou deux lignes d'épaisseur et une couleur brune très-marquée. Les portions correspondantes au grand et petit cul-de-sac de l'estomac étaient amincies et percées de plusieurs trous. Dès ce moment, la sensibilité du canal di- gestif devint excessive; les vomissemens furent plus ré- pétés , et il était impossible de lui faire garder des ali- mens : le lait, qui avait servi de nourriture pendant quinze jours, était vomi sous la forme de caillots. Quelques jours après, la malade allait mieux et mangeait de la soupe, des œufs et des brioches, et ne les vomissait qu'assez rarement. Son embonpoint était singulièrement diminué; mais elle conservait beaucoup de fraîcheur et pouvait marcher un peu : des tiraillemens d'estomac, une constipation des plus opiniâtres el une espèce de malaise continuel s'opposaient sans cesse à son rétablissement. Ces accidens augmentèrent- CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 651 la salivation excessivement abondante qui la tourmentait depuis son accident augmentait tous les jours; tout ce qulelle prenait était vomi; les facultés intellectuelles étaient dans leur état naturel ; la membrane des lèvres et de l'in- térieur de la bouche, saine en apparence , s'enlevait au moindre contact; la malade s'épuisait en vains efforts pour vomir. Enfin , deux mois après l'accident, elle eut un étour- dissement et mourut. Ouverture du cadavre. Les orifices cardiaque et pylo- rique étaient sensiblement rétrécis ; la surface interne de l'oesophage et de l'estomac , très-lisse et polie , tachetée et nuancée en rouge plus ou moins vif, n'avait nullement 1 aspect ordinaire ; ce dernier organe était singulièrement diminué de volume. Le canal intestinal ne parut pas beau- coup rétréci, et tous les organes abdominaux présentèrent â-peu-près leur état ordinaire. M. Tarira, à qui nous avons emprunté cette observa- tion , dit que, dans des cas de cette nature, les accidens développés d'abord par l'acide nitrique décroissent insen- siblement ; mais que les malades conservent une grande disposition au vomissement. Au bout de quelque temps , la membrane interne du canal digestif est frappée de mort et rejetée en entier ou par portions sous la forme.de lam- beaux comme pourris ou boursoulflés. Lorsque la mort tarde à arriver, les malades tombent dans le marasme, parce que la digestion ne peut plus s'effectuer; ils sont tour- mentés d'une envie pressante d'aller à la garde-robe sans pouvoir évacuer; et il se passe quelquefois trois mois sans qu'ils rendent, en une ou deux fois , que de très-petites masses de matières fécales , moulées en forme de pilules de quelques grains ; la maigreur devient excessive, la phy- sionomie rebutante ; ils crachotent à chaque instant, vo- missent sans cesse des escarres ou des portions membra- neuses putréfiées, d'une odeur infecte , résultats de l'es- 65?. de l'empoisonnement foliation de l'œsophage et de l'estomac, dont elles ont quel- quefois la forme. Dans quelques circonstances, ces ma- tières sont entraînées par les selles, a La peau devient sè- che , écailleuse , presque morte , et inerte comme dans la vieillesse. Les facultés physiques sont éteintes ; les facultés morales sont quelquefois singulièrement dégénérées : il n'en reste, s'il est permis déparier ainsi , que le simulacre. Les ravages qui, dans l'ordre naturel, devraient être le résultat progressif de beaucoup d'années , sont celui de quelques mois : tout, dans ces sujets , offre l'image d'une décrépi- tude accidentelle et prématurée. L'individu existe encore ; mais il n'est séparé que par un intervalle, pour ainsi dire imperceptible, de la mort, qui anticipe tous les jours, et s'approprie en détail une portion du domaine de la vie (r) ». Après la mort de ces individus , on trouve le canal di- gestif réduit à une petitesse extrême: il pourrait être con- tenu dans le creux de la main. Les intestins ont le calibre du petit doigt : quelquefois ils égalent à peine la giosseur du tuyau d'une grosse plume à écrire. Leurs parois sont très-épaisses ; leur cavité, nulle ou presque nulle , ne con- tient qu'un peu de mucosité. Dans quelques circonstances, l'estomac adhère au diaphragme, au foie ou à la rate. Quel- quefois ces adhérences sont simples ; mais , Je plus sou- vent , les parois de ce viscère ont été désorganisées et ex- foliées : alors l'organe qui se trouve en contact avec l'es- tomac , et adhère avec lui dans cette partie entièrement brûlée , lui sert de paroi, ou plutôt c'est sa membrane extérieure qui est collée contre cette lacune ou espèce de trou ; elle s'épaissit un peu , mais reste pourtant assez trans- parente pour que l'on puisse voir la couleur du tissu du viscère qu'elle recouvre. L'ouverture du pylore est telle- (i) Tartra, ouvrage cité , pog. ifiçj. C0NSI0ÉRÉ D'iNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 653 ment rétrécie , qu'il est quelquefois impossible d'y intro- duire un stylet. On voit à la face interne de l'estomac, dans le grand cul-de-sac , près du pylore et de l'orifice car- diaque , dans l'œsophage , Farrière-bouche et le pharynx , des plaques lisses et vermeilles ou des cicatrices produites par la régénération de la membrane muqueuse. 20. Adam Péleur, âgé de quarante-jux ans , était oc- cupé , depuis vingt-huit ans, à enduire la porcelaine de blanc de plomb. Il ressentit la première colique métalli- que en 1790 : il en fut traité et guéri à la Charité. Cinq mois après , il en eut une autre ; et depuis , tous les ans il en lut atteint. En 1802, il éprouva des douleurs qui aug- mentèrent graduellement. Il avait remarqué, depuis six semaines , que ses bras étaient plus pesans et plus faibles ; c'est aussi depuis ce temps que les coliques avaient dimi- nué considérablement. Ce phénomène arriva en vingt- quatre heures : le malade dit que, depuis ce temps, la colique lui était tombée dans les bras. Il en Ira à la Cha- rité le 17 ventôse an xi ( i8o3 ), et il offrait l'état suivant : Air de v ieillesse , lenteur remarquable dans les réponses, céphalalgie légère, frisson passager , point de vomisse- ment. Il éprouvait fort peu de coliques; le ventre était un peu déprimé ; il n'avait pas de constipaiiun ; le pouls était plutôt rare que fréquent; les bras étaient encore un peu mobiles ; les muscles extenseurs des mains paralysés, ainsi que ceux des doigts. Son sommeil était assez bon ; il se promenait quelque temps pendant le jour. Le 18 , il eut une attaque d'épilepsie (elle avait déjà eu lieu depuis son entrée à Fhospice); il perdait connais- sance , avait des convulsions, écumait un peu ; la langue était jaunâtre, un peu sèche et point amère. ( Tisane su- dorifique , lavement purgatif des peintres, et anodin ; ihériaque. ) Le 19, point d'attaque, même état. ( Eau de cassa 654 de l'empoisonnement avec des grains et deux onces de sel de Glauber, tisane sudorifîque, lavement anodin , julep. ) Le 20, douleur dans les bras et les jambes. Jusqu'au i3 germinal, ce malade s'est soutenu dans une alternative de santé, étant en général assez bien pour son état, mais se trouvant mieux certains jours que d'autres. Le mouvement revenait lentement; les coliques étaient sourdes et légères. Son traitement a consisté, pendant tout ce temps , en tisanes sudorifiques, rendues quelquefois laxatives, lavemens anodins, potions anti-spasmodiques , extrait de genièvre, thériaque , etc. Il fut aussi purgé plusieurs fois. Le 27 , il avait eu un accès épileptique. Le 14 germinal, stupeur , mouvemens convulsifs sur la face , toux sans expectoration , pouls faible, petit et fré- quent ; nuit pénible , rêvasseries légères. ( Petit-lait avec des tamarins, infusion de chicorée et de bourrache, bols de camphre et de nitre. ) Le i5, prostration des forces, supination, soubresauts des tendons , œil éteint, pulvérulent ; peau sale, ter- reuse, imprégnée d'une chaleur sèche et acre. (Mêmepres- cription.') Le 16, prostration extrême, convulsion des muscles de la face , soubresauts continuels des tendons , tremblote- ment universel , presque pas de connaissance. ( Eau de casse ; du reste, même prescription. ) Le 17 , même état; mais débilité encore plus grande. Il mourut à trois heures du soir. • Ouverture du cadavre. Maigreur notable, peau terreuse, yeux pulvérulens. Les méninges étaient dans l'état naturel- le cerveau était fort sain ; les ventricules contenaient à peine une petite quantité de sérosité ; le cœur, quoique vide de caillots, était dans l'état ordinaire; les poumons, libres de toute adhérence, étaient un peu inégaux en volume ; le gauche était plus petit et sain , le on frotta de nou- veau ces parties , et on fit une nouvelle application ; il en fut de même le lendemain : l'animal n'avait pas encore mangé ni rendu de déjections. Le 5 mai, il avait eu une selle liquide et jaune. On mit un troisième emplâtre : cette application fut suivie d'une déjection nlvine accompagnée d'épreintes. Le 6 mai, il y avait eu deux selles mêlées de matières glaireuses ; à neuf heures , il y en eut une nou- velle , accompagnée de ténesme. Plusieurs autres évacua- tions eurent lieu dans la journée , mais elles furent li- quides et sanguinolentes. L'animal élait triste et abattu ; mais il semblait se ranimer par l'usage du lait. Deux jouis après , les déjections n'étaient plus sanguinolentes, elles 664 s r: P P L É M E N T. et; ient consistantes ; l'appétit revint et le rétablissement ne tarda pas ;< être complet. J xpérience vmc. Un gros de résine de jalap finement pulvérisée fut appliqué sur le tissu cellulaire du dos d'un chien : on ne remarqua d'autre efîet que celui que l'on observe dans les plaies simples, entretenues par un corps étranger. Expérience ixe. IVeuf grains de résine de jalap dissoute dans du jaune d'œuf, furent injectés Je 3 mai dans la veine jugulaire gauche d'un jeune chien. Le lendemain, l'ani- mal n'avait offert aucun phénomène notable : il était rétaWi quelques jours après. Expérience xe. On recommença la même expérience le 5 mai , sur un carlin assez fort. Le lendemain, il mangea avec appétit. Quelque temps après , on fit une nouvelle injection dans la veine crurale droîte : elle fut suivie de convulsions; mais les jours suivans, le rétablissement fut progressif; l'appétit revint, les déjections furent constam- ment dures. Expérience xie. Yingt-quatre grains de résine dissoute dans du jaune d'œuf furent injectés dans la veine jugu- laire d'un troisième chien , qui ne donna d'abord aucun signe d'incommodité. Les deux jours suivans , il rendit des excrémens mous et décolorés ; il perdit l'appétit , mais il ne tarda pas à se rétablir. L'auteur de cette dissertation a cru devoir tirer de ces expériences les conclusions suivantes ; i°. Larésinede jalap est une substance acre et irritante ; 2°. En contact avec les membranes muqueuses , elle produit une excitation générale , et provoque des sécré- tions abondantes de la part de ces membranes et de l'ap- pareil de la sécrétion biliaire.' D'autres fois, elle occa- sionne les symptômes d'une inflammation locale, et le plus souvent alors les suites en sont funestes. DU JALAP. C65 3°. En contact avec le péritoine , la résine de jalap, convenablement dissoute, agit d'abord comme diurétique ; la péritonite , qui est la suite de cette injection , est ac- compagnée d'une diarrhée abondante, puis de dysenterie, et d'une entérite qui se termine par gangrène. Les fonc- tions du foie participent évidemment à la perturbation générale. Injeclée dans la plèvre , la résine de jalap borne ses effets aux symptômes de l'inflammation locale. 4°- Les frictions de résine de jalap combinée avec la graisse, et ses applications réitérées à forte dose sur la peau de la région-hypogaslrique , ont produit la diarrhée et la dysenterie. 5°. Appliquée sur le tissu cellulaire sous-cutané de la région lombaire , cette résine se borne à produire une in- flammation locale. 6°. L'injection de la résine de jalap dans les veines à assez forte dose ne produit aucun effet remarquable au bout de dix jours. De la Vauqueline. (Page 332 de ce volume.) i°. Un demi-»grain de vauqueline, soufflé dans la gueule d'un lapin, le tua en cinq minutes : les convulsions com- mencèrent au bout de deux minutes. 2°. Un demi-grain de la même substance, introduit dans une légère incision faite au dos d'un lapin , le tua dans l'es- pace de trois minutes et demie :les convulsions eurent lieu au bout d'une minute. 3°. On satura un atome d'acide nitrique par de la vau- queline; la quantité d'alcali employé pouvait être évaluée à trois quarts de grain; la dissolution nitrique avait un goût sucré d'abord, mais légèrement âpre et amer un ins- tant après. On l'administra à un lapin, qui mourut dans l'espace de quatre minutes. 6C6 SUPPLÉMENT. 4°. Désirant comparer les effets de cet alcali à ceux que produit la morphine, on fit avaler un grain de celte der- nière substance à un lapin, qui ne parut pas incommodé. 5°. On voulut également étudier comparativement les propriétés délétères de la vauqueline et de la picroloxine (partie active de la coque du Levant); on administra un grain de celte dernière substance à un autre lapin; l'a- nimal ne tarda pas à être sous l'influence du poison; huit minutes après, les extrémités postérieur es étaient paralysées. Au bout d'un quart d'heure il se manifesta des convulsions différentes de celles que détermine la vauqueline. La mort n'eut lieu que trente-huit minutes après l'introduction de la picrotoxine dans l'estomac. Il est à remarquer que cet animal ne fit entendre aucun cri, tandis que le contraire avait lieu toutes les fois que l'on administrait la vauqueline ou les substances qui en contenaient. MM. Pelletier et Caventou, à qui nous avons emprunté ces détails, n'ont pas jugé à propos de décrire exactement les divers symptômes et les lésions cadavériques produits par la vauqueline, ces symptômes et ces lésions ayant le plus grand rapport avec ceux que déterminent la noix vo- mique et la fève de Saint-Ignace, et qui sont généralement connus. Expériences faites avec l'huile grasse de la noix vomique et de la fève de Saint-Ignace. MM. Pelletier et Caventou ont prouvé que, par l'action directe de Félher bouillant sur ces deux graines, on retire une matière huileuse grasse dont ils ont fait connaître l'ac- tion sur l'économie animale. Expérience ire. On administra à un chat deux grains d'huile grasse extraite de la fèvede Sainte-Ignace , et délayée dans un peu d'eau à l'aide de la gomme arabique : trois D,E LA VAUQUELINE. 66^ minutes après, l'animal fut en proie à des attaqués de té- tanos qui durèrent une minute, après lesquelles il mou- rut. Expérience 11e. La même dose d'huile retirée de la noix vomique fut délayée dans l'eau et dans de la gomme, et donnée à un chat : on observa les mêmes symptômes : l'a- nimal poussa des cris aigus , et mourut au bout de dix mi- nutes. Expérience 111e. On fit avaler à un cochon d'Inde deux grains de l'huile de fève de Saint-Ignace : l'animal n'of- frit aucun symptôme remarquable ; il en fut de même lors- qu'on lui administra la même dose d'huile séparée de la noix vomique. Expéiience ive. Des lapins soumis à l'action de cette huile périrent en très-peu de temps, et offrirent des résul- tats semblables à ceux qui ont été décrits dans les expé- riences iT0 et iic. Désirant connaître si les effets de cette huile étaient dus à la vauqueline, on la traita, à plusieurs reprises et à froid, par de l'éther rectifié, qui ne tarda pas à séparer une ma- tière blanche, cristalline, que l'on reconnut être cet alcali. L'huile, ainsi débarrassée de la vauqueline, n'agissait plus sur les mêmes animaux, même à des doses triples et qua- druples. Expériences faites avec les extraits de noix vomique et de fève de Saint-Ignace. Expérience ire. A deux heures et demie, on fit prendre à un cochon d'Inde huit grains d'extrait de fève de Saint- Ignace , obtenu directement par l'action de l'alcool à 38 degrés : cet extrait contenait l'huile grasse et Fextractif. Quinze minutes après, légères attaques de tétanos, qui de- venaient plus intenses lorsqu'on touchait l'animal ; elles 668 SUPPLÉMENT. durèrent deux minutes et diminuèrent progressivement, de manière qu'au bout d'une heure l'animal était comme avant l'expérience. Cette expérience, répétée avec un autre animal de la même espèce, fournit des résultais analogues. Expérience 11e. A une heure et demie, on fit avaler à un cochon d'Inde quatre grains d'extrait de noix vomique obtenu directement par l'alcool. Au bout d'un quart d'heure, l'animal eut une attaque de tétanos; mais il était parfaitement rétabli une heure après. Expérience 111e. Vers le soir de la même journée, on donna au cochon d'Inde qui fit le sujet de l'expérience précédente , huit grains d'extrait de noix vomique. Un quart d'heure après il eut un accès de tétanos très - fort ; il fit des sauts très-élevés, et tomba d'abord sur le dos, puis sur le côté; il resta dans cette position toujours en proie à des attaques tétaniques , et ne mourut qu'une heure et demie après. Expérience ive. On fit avaler au cochon d'Inde qui avait servi à faire l'expérience ire, seize grains d'extrait de fève de Saint-Ignace : dix minutes après, l'animal eut des con- vulsions terribles ; il faisait des sauts brusques et très-élevés ; il mourut au bout de trois minutes. Ces expériences ont conduit MM. Pelletier et Caventou à admettre que l'extrait de noix vomique, et celui de la fève de Saint-Ignace, agissent de la même manière; mais que celui-ci est plus actif que l'autre sous le même poids. Ils remarquent aussi qu'il a fallu une dose prodigieuse de ces poisons.pour faire périr les cochons d'Inde : en effet, cette même dose suffit pour tuer les chiens, les chats, les la- pins , et les hommes les plus robustes. FIN. TABLE GÉNÉRALE DES MATIERES PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE. Le chiffre romain indique le volume, et le chiffre arabe la page. A. A b i il le. — Effets Je sa piqûre sur l'économie animale, II, 5o2. —Traitement propre à combattre ces effets, II, 54g. Absorption. — Considérations propres à la faire admettre ou à la rejeter, I , 17. Acétate de cuivre.—Propriétés chimiques, I, 3o3 et 338. —Son action sur l'économie animale , I , 358- Acétate de plomb. — Propriétés chimiques, I,(»n. — Effets produits par l'acétate de plomb injecté dans les veines , 1 , (J24. — Accidens développés par ce même sel introduit dans l'estomac, I, 626. — Observations d'empoisonnement par ce se) chez l'homme , 1, 631.— Lésions de tissu développées par l'acétate de plomb , 1,645. — Moyens ds distinguer l'acétate de plomb dans un cas d'empoisonnement, lorsqu'on peut se procurer les restes du poison, I, 645. —Procède pour découvrir le même sel lorsqu'on ne peut agir que sur la matière des vomissemens ou sur celles que l'on trouve dans le canal digestif après la mort de l'individu , 1,64c). — Traitement propre à combattre les effets qu'il produit, I , 65,. — Inconvénient qu'il y a à se servir pour cet objet du foie de soufre , I, ibid. Acide acéteux. Voy. Vinaigre. Acide acétique Voy. Vinaigre. Acide arsenical. Voy. Acide arsenique. Acide arsénieux.— "Propriétés chimiques , I, i55. — Action de l'acide arsénieux sur l'économie animale, I, i65.—Expé- riences physiologiques de M. Jœger sur cet objet , I, 160. — Travail de M. Brodie relatif aux elfels de ce poison sur l'éco- nomie animale,!, 171. — Expériences de M. Campbell sur le même sujet , 1, 174- — Idem de M. Smith , I, 175. — Expériences qui nous sont propres, 1, 176. —■ Observations 6^0 TACLE ULS .MATÎÈKËai d'empoisonnement par cet acide chez l'homme, I, 177. -" Symptômes produits par l'acide arsénieux, I, 186. —Con- clusions sur le mode d'action de l'acide arsénieux , 1, 188.—■ Lésions de tissu attribuées spécialement à l'acide arsénieux , 15 ,$<).—Moyens de distinguer l'acide arsénieux dans un cas d'empoisonnement, lorsqu'on peut se procurer les restes du poison r I, 193.—Procédé pour découvrir le même acide lorsqu'on ne peut agir que sur la matière1 des vomissemens, I ? 1q5.__ Movensde constater l'empoisonnement lorsqu'on ne peut pas agir sur la matière des vomissemens , I, 197. — Procédé pour découvrir ce poison quand l'individu est mort, I, tqr.— Méthode de Uahnemann , I, 198.— Pro- cédé de Rose , I, 198. — Procédé de Roloff, I, 200. — Pro- cédé de Fischer, I, 200. — Procédé de Rapp, I, 201. —=■ Méthode pour découvrir l'acide arsénieux après la mort d'un individu empoisonné par cette substance , I, 206. — Trai- tement de l'empoisonnement par l'acide arsénieux, 1, 210.— Enamen des diverses substances proposées comme antidotes de ce poison , I, 210. — lu efficacité du charbon , I, 218.—- Son emploi contre la morsure des reptiles venimeux , II, 536. —Son action sur les tissus morts; expériences propres à la faire connaître , II, 628. Acide arsénique. — Ses propriétés chimiques , I, 2.36. — Son action sur l'économie animale , I , 172 et 258. Aride azotique. \ oy. Acide nitrique. Acide carbonique.— Ses propriétés physiques et chimiques.— Son action sur l'économie animale , II, 4'9 — Traitement de l'empoisonnement qu'il produit, II, 44^* Acides concentrés , 1, 4 ' 1 • Acide du bleu de Prusse. Voy. Acide hydro-cyanique. Acide fluorique. Voy. Acide hydro-phlorupie. Acide hydro-chlorique. — Ses propriétés chimiques, I, l'fuj. —So<; action sur l'économie animale, I , 472- — Ob- servation d'empoisonnement par cet acide chez l'homme, I, 4t5.— Symptômes de cet empoisonnement, I, 4n4- __ Lctions de tiiiu produites par l'acide nydro-chîorique, I 4"5. — Moyens de le rcconnaî're dans les divers cas d'em- poisonnement, 1, 4?5. —- Traitement de son empoisonne- ment, I, 47°» Acide kydro-cyar.iqtie. —Ses propriétés physiques et chimi- ques, II, 19: • — Avion de cet acide sur IVconomie animale II, io3. — Expé-iences faites avec l'acide l;ydro-cyanique de Sci.éelc, II , 193. — Travail de M. Coullon sur cet objet, II, 195. — Idem de M. E.ai.uvt 196. — Idem de M. Ru- PAU ORDRE ALPHABÉTIQUE. 671 hert, 197. — Observations d'empoisonnement par cet acide chez l'inumne, II, 198.— Expériences faites avec l'acide hydro-cyanique pur, Il , 199. — Traitement de l'empoi- sonnement par l'acide hydro-cyanique, II, 25i. Acide hydro-phtorique.—Ses propriétés physiques et chimiques j son action sur l'économie animale, I, \ïS5. Acide hydro-sulfurique. — Ses propriétés physiques et chi- miques , il, 449- ^ori action sur l'économie animale. Expé- riences propies à la faire connaître , II, 45o. — Observa- tions d'empoisonnement par cet acide chez l'homme, II, 45j. — Traitement de l'asphyxie produite par cet acide, II, 46o. Acide marin. Voy. Acide hydro-chlorique. Acide muriatîque. Voy. Acide hydro-chlorique. Acide muriatîque oxigéné. Voy. Chlore. Acide nitreux blanc. Voy. Acide nitrique. Acide nitreux déphlogistiqué. Voy. Acide nitrique. Acide nitreux. — Ses propriétés physiques et chimiques, I, 4Sa. Acide nitrique. — Ses propriétés physiques et chimiques, I, 436. — Action de l'acide nitrique sur l'économie animale , I, 4^9 — Expériences de M. Tarira propres à faire connaître l'action de cet acide sur les tissus morts, I, 44o. — Observations d'empoisonnement par cet acide chez l'homme , I, 442- — Symptômes de l'empoison- nement par l'acide nihique, I, 455. —Lésions de livsu produites par cet acide , 1, 458. — Moyens de distinguer l'a- cide nitrique lorsqu'on peut se procurer les restes du poison, I, 460. —Procédé pour y parvenir lorsqu'on ne peut"agir que sur la matière des vomissemens, I, 461. — Moyens de le découvrir lorsque l'individu est mort, ou de constater l'empoisonnement dans le cas où il est impossible de se pro- curer la matière des vomissemens , l'individu vivant encore , I, 465. —Traitement de l'empoisonnement par l'acide ni- trique, I, 464- — Expériences qui nous sont propres sur la valeur des divers antidotes de cet acide, I, 46> — Obser- vations recueillies chez l'homme, et qui prouvent "efficacité* de la magnésie dans cet empoisonnement, I, 465. — Son action sur les tissus morts. Expériences propres à la faire con- naître , II , 655. Acide de l'oseille. Voy. Acide oxalique. Acide oxalin. Voy. Acide oxalique. Acide oxalique. — Ses propriétés physiques et chimiques, I, 479. — Action de l'acide oxalique sur l'économie animale, 672 T\BLî nrs MATÙRÏi Expériences et observations propres à la faire connaître, I,48o. Aciderphosphatinue. — Ses propriétés physiques et chimiques, 1, 484. Acide prussique. Voy. Acide hydro-cyanique. Acide sarc/.arin. Vov. Acide oxalique. Acide du sel marin. Voy. Acide hydro-chlorique. Acide du .soufre. Voyez Acides sulfurique et sulfureux. Acide spathique. Yoy. Acide carbonique. Acide sulfureux. — Ses propriétés physiques et chimiques , MSÏ- .. . " . Acide sulfurique. — Ses propriétés physiques et chimiques , I , [\\i Son action sur l'économie animale. Expériences qui nous sont propres, I, 4'6. — Observations d'empoisonne- ment chez l'homme par cet acide, I, 420.—Symptômes pro- duits par cet acide, 1,428. — Lésions de tissu déterminées par l'acide sulfurique , I, 429- — Moyens de découvrir sa présence, soi! loi^qu'il est pur, soit lorsqu'il a élé mêlé avec du vin , les liquides de l'estomac, etc , I , 45o. Traitement de l'empoisonnement qu'il détermine , I, 43?.. — Expériences qui nous sont propres pour constater les effets de la magné- sie , considérée comme antidote de cet acide , 1, 452. — Son action sur les tissus morts. Expériences propres à la faire connaî re, II, 65 1. Acide tarlaretix. Voy. Acide ta italique. Acide taitt.rique. — Ses propriétés physiques et chimiques, 1,485- Acide du t'irtre. "\ ey. Acide tartarique. Acide vilroh'inie. Voy. Acide sulfurique. Aconitum unthora. — Son action sur l'économie animale , U,8o. Aconitum cammarum.— Son action sur l'économie animale, Il, 80. Aconitum lycoclonum. —Son action sur l'économie animale ll,8o. Aconitum napellus. — Ses caractères botaniques, II, 68.— Son action sur l'économie animale — Expériences propres à la faire connaître, 11, '19. — Différences que présentent les extraits d'aconit, suivant leur mode de préparation , II. 72.— Observations d'empoisonnement par le napel citez l'homme, II , 77. — Traitement de l'empoisonnement par l'aconit Actœa spicata. — Action dde ère des baies et de l'extrait de cette p'anle , il, 220. t»ATl OKBttË ALPHABÉTIQUE. 67$ action gêné raie des pohm^àcre^u-réc >nomieanimaie,II, Ô-. Action générale des poisons corrosifs sur l'économie animale , J, 604 Action générale des poisons narco!ico-âci es sur l'économie ani- male , II, 4^5. Action de quel pjes matières putréfiées sur l'économie ani- male, II, 462. Agaric. -— Caractères du genre, II , 385. Agarics à volva in- complète. Caractères botaniques , II, 586. — Agaricus ?mis- carkts. Voy. Fausse oronge. Agarics à volva complète. __ Agaricus bulbosus de Bulliard ; ses caractères botaniques, II, 58g.—Agaric printanier (Agaricus bulbosus vernus <\e Bul- liard); ses caractères botaniques , II, 38g, — Agarics sans volva. — Agaric meurtrier ^Agaricus necator de BuMiar I ) ; ses caractères botaniques el son action sur l'économie animale , II, 597. — Agaric acre; ses caractères botaniques, II, 5t;8.__ Agai ic caustique (Agaricuspyrogalus deBulliardjj ses (' ure- tères botaniques , II, 398. — Agaric styptique ; ses caractères botaniques et son action sur l'économie animale , II, 598.— Agarics poivré et laiteux, II , 5yr). — Symptômes et t'raiîe- ment de l'empoisonnement par les agarics. Voy. Champi- gnons , II, 408. Aicaest de Respour. Voy. Oxide de zinc. Alcali marin. Voy. Soude. Alcali minéral caus.ique. Voy. Soude caustique. Alcali volatil. Voy. Ammoniaque. Alcalis caustiques ou carbonates, 1, 486. Alcool. — Son action sur l'économie animale, II, 4 11. —« Traitement de l'empoisonnement qu'il déienuine, II , 4^5. AHisma plantago.—Son emploi contre la morsure des animaux enragés , II, 55r. Amandes amères. — Expériences qui prouvent qu'elles sont vénéneuses, II, 208. Amanitafasciculosa pileis rufo fuscis de Dillen.Voy. Tête de Méduse. iues et chimique», inimale. Obser- vations d'empni.>onnenjent chez l'homme, I , 5oi. — Sym- ptômes de cet empoisonnement , I, 5o5. — Lésions de tissu déterminées par cet alcali , 1, 5o6. — Moyen.? de découvrir sa présence, I, 5o6. —Traitement de l'empoisonnement par l'ammoniaque liquide, I, 5o6.— Emploi de ce corps contre il. 43 Méduse. Ammoniaque liquide.— Ses propriétés physiques et chimi J ^ ^97.— Action de l'ammoniaque sur l'économie anii Expériences propres à la faire connaître , I, ,,99. — O -. -. tl___« ,1'^,^.,/s,' n»»^.*,/inf ^ho7 l iiAiimiP £ir\ t i 6j4 TABLE DES MATIÈRES la morsure ou la piqûre des animaux venimeux, II, 54&- Anémone des bois (nemorosa). — Son action sur l'économie animale, II, 67. Anémone des champs Çsylvestris).— Son action sur l'écono- mie animale, II, 67. , • . Anémone des prés (pralensis). — Son action sur l'économie animale , 11, 67. Anémone pulsatille. Ses caractères botaniques , II, 64. — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître, II, 64- —Observations d'empoisonnement chez l'homme par cette plante, II, 66.— Conclusions, II, 67.— Traitement de l'empoisonnement qu'elle détermine,II, 140. Angusture (fausse). — Caractères de l'écorce , II, 34". — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître, II, 548. — Observation d'empoisonnement chez l'homme par cette écorce, II, 555.—Traitement de l'empoi- soneinent qu'elle détermine, II, 438.—Action de la matière jaune amère que l'on en sépare au moyen de l'alcool, II, 552. Animaux enragés. — Rage sponfanée, ÏI, 524-— Causes Je la rage spontanée, II, 525. —Rage communiquée , II , 526. — Observations qui prouvent que cette maladie peut se communi(|uer . II, 526. —Symptômes de la rage com- muniquée, II, 55o. — Lésions de tissu observées après la mort des animaux enragés , H , 532. — Traitement de ia rage Piécauions à prendre lorsqu'on cautérise les blessures, II, 564- — Observations qui tendent à prouver l'efficacité du chlore dans cette maladie, II , 55g. — Plantain d'eau regardé par quelques personnes comme spécifique contre cette morsure, II, 56i. Traitement interne de la morsure des animaux enragés , II, 565. Animaux venimeux. — Leur division en trois sections, II, 464. Antiar. Voy. Upas antiar. Antimoine diophorétique lavé.-Ses propriétés chimiques. I, 288. Antimoine diaphorétique non lavé, ibid. Antimoine métallique. — Ses propriétés physiques et chi- miques. I, 25?.. m Apccynum androseenifolium , cannabinum , venetum. __ Leurs effets sur l'économie animale, II, un. Araignée.— Effets de sa piqûre, II, 5o 1.—Traitement, I!, 5^. Ai cane corallin. Voy. Oxide rouge de mercure. Aristoloche. — Ses caractères botaniques. — Action de l'aris- toloche clématite sur l'économie animale. __ Expériences \ ropres à la faire connaître, II , 20,6. » Arsèniales. — Leurs propriétés chimiques, I, 258. r PAU OTlt) RE ALPHABÉTIQUE.. 6;5 arsenic. —Ses propriétés physiques et chimiques , I, i5i. — Son action sur l'économie animale, I i52. Arsenic blanc Voyez Acide arsénieux. Arsenites. — Leurs propriétés chimiques e' physiques, I, 235. Arum arhorescens , colocasia, dracontium , dracunculus , es- culenlum,maculalum , stguinum , virginicum. —Leur ac- tion sur l'économie animale , II, 115. Asclepias giganlca et vincetoxicum. — Leurs effits sur l'éco- nomie animale , II, 112. Asph-) xie par la vapeur du charbon. — Symptômes produits par ce corps, II, 422.—Traitement de ce te asphvxie, II, 4^3. Asphyxie par la vapeur des cuves de raisin , de vin ou d'au- tres liquides en fermentât'on , ibid* Asphvxie par la vapeur des fours à chaux , ibid. Asphyxie des fosses d'aisance. Voy. Acide hvdro-sulfurique. Avantages du plantain d'eau dans la rage , II, 561. Azalea pontica —Son action sur l'économie animale , II , 220. Azote. -—Ses propriétés physiques et chimiques. —Son action sur l'économie animale, il, 222. B. Bains de Barege artificiels. — Observation d'empoisonnement chez l'homme par le sulfure de poiasse qui sert à préparer ces bains, I , 56o. Barote. Voy. Baryte. Baryte. — Ses propriétés physiques et chimiques, T, 5i0i — Son action sur l'économie animale. —Expériences qui tendent à la faire connaître , 1, 518. — Traitement , ibid. Belladone. — Ses caractères botaniques , II, u55. —Son ac- tion sur l'économie animale. —Expériences propres à la faire connaître, II, 254» — Observations d'empoisonnement par la belladona chez l'homme, II, 258. —Conclusions sur son mode d'action,II, 261. — Traitement, II, 457. Beurre d'antimoine. — Son emploi comme caustique contre la morsure ou la piqûre des animaux venimeux, II , 545. Beurre d'élain. Voy Hydro-chlorule d'étain. Bezoardminéral.\ • y Oxide d'antimoine par l'acide nitrique. Bismuth. — Ses propriétés physiques et chimiques, I, 401. Blanc de fard. Voy. Nitrate (sous-) de bismuth. Blanc d'ivoire (champignon ) , il ,,4°?- Blanc de plomb. Voy. Carbonate de plomb. Bleu de composition employé en teinture. — Observation d'empoisonnement chez l'homme par cette liqueur, I, 425. 6j6 TABLE DES MATIÈRES — Expérience propre à faire connaître les lésions de tissa qu'il détermine, I, 429. —Moyens de le distinguer, I, 4^1' Boa de Russel. Voy. Bungarum. Bois gentil \oy. Garou. Bourdon. — Effet de sa piqûre , II, 5o5. — Traitement qui lui convient, II, 549. Bouton malin. Voy. Pustule maligne. Bryone. —Ses caractères botaniques, II, 29.—Son action sur l'économie animale. — Expériences propres à la faire con- naître , II , 5o. — Observations d'empoisonnement chez l'homme par sa racine, II, 5i. —Traitement de cet em- poisonnement , II, i4o. Bryone blanche. Voy. Bryone. Bungarum pamak des Indiens. — Expériences et observations propres à faire connaître les effets de ce serpent, II , 488. — Traitement, II, 55o. . c- Camphre. — Son histoire naturelle, II, 368. — Ses propriétés physiques et chimiques, II, 56g. — Son action sur l'économie animale. — Expériences qui tendentà la démontrer, II, 570. — Observations d'empoisonnement chez l'homme par cette substance, II , 577. — Conclusions sur son mode d'action , II, 3^"5. — Traitement de l'empoisonnement qu'il déter- mine, 11,459. —Considérations sur son emploi comme contre-poison de l'opium, II , 241. Cantharides ,1, 565. Cape de moine. Voy. Aconitum cammarum. Caractères des cantharides. Voy. Cantharides. Caractères des préparations de baryte, I , 5io et suiv. Caractères des préparations de plomb, 1, 611. Caractères du Joie de soufre , I , 5fc 1. Caractères du nitrate d'argent. I, 378. Caractères du nitre , Il, 1 26. Caractères du sel ammoniac, I , 507. Carbonate d'ammoniaque. — Ses propriétés physiques et chi- miques , I , 4(>8. — 8011 action sur l'économie animale. __ Expériences propres à la faire connaître, I, 5oo. -—Trai- tement de l'empoisonnement qu'il détermine, I, 5o6. Carbonate de baryte. — Ses propriétés chimiques , 1, 5i2.__ • Son action sur l'économie animale. Expéiiences qui ten- dait à la déterminer, I, 519. — Traitement, I, 522. Carbonate de cuivre vert. — Ses propriétés physiques et chimi- ques , 1, 298. — Son action sur l'économie animale , I, 2Qçt PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE. 677 Carbonate de plomb. —Ses propriétés chimiques , I, 617. Caustiques. — Leur emploi contre la morsure des animaux enragés et venimeux , Il, 544- Cerberaahovai. —Son action sur l'économie animale, II, 112. Céruse. Voy. Carbonate de plomb. Cèruse d'antimoine. V*>y. Oxide d'antimoine. CéVadille (semence de ). — Ses effets sur l'économie animale, II, 108. Champignons vénéneux, II , 585. —Caractères botaniques et . desciipiion des elfets produits par plusieurs espèces de cham- pignons, II , 58j-|°4' — Observations d'empoisonnement chez l'homme par diverses sortes'de champignons , II, 4°4- — SymptômeSgénéraux de l'emprisonnement par les cham- pignons , II , 408. — Lésions cadavériques produites par ces poisons, II, 4^9.— Indices qui doivent faire suspecter les champignons, II, r\ 16. — Traitenfent de l'empoisonnement qu'i's produisent, II, 44°- Charbon malin. Voy. Pustule maligne. Chaux d'arsenic Voy. Acide arsénieux. Chaux vive. — Ses propriétés physiques et chimiques , 1, 524- — Son action sur l'économie animale, I, 5?.6. — Sym- ptômes et lésions de tissu développés par la chaux vive, ibid. — Moyens de distinguer cet empoisonnement, 1, 527. — Traitement, ibid. Chélidoine. —Ses caractères botaniques, II , 81 — Son ac- tion sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître , II , 81. — Traitement de cet empoisonnement, II, i4o. Chœrophyllum sylvestre. — Ses elfets sur l'économie animale, II, 45o. Chinta nagoo des Indiens. Voy. Vipère naja. Chiens enragés , Il , 525. Chlore. — Ses propriétés physiques el chimiques, II, 127.— Son action sur l'économie animale. Expériences propres à ht faire connaître, II, 128. — Action du chlore liquide sur l'économie animale, II, i5o. —Son emploi dans la rage , II, 55g. Choiera morbus. —, On peut confondre celte maladie avec l'empoisonnement aigu. — Sa desciipiion , Il, 574-^ Ciguë aquatique. — Ses caractères botaniques, II, 509. — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à. la faire connaître , II , 3 1 o. —Observations d'empoison- nement chez l'homme par cette substance ,11, 3i i. — Trai- tement, II, 45;- 678 TABLE DES MATIÈRES Ciguë (grande). —Ses caractères botaniques, II, 298. —Son actrou sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître , II, 299. — Différence des extraits de ci^uë suivait leu- mode de préparation, II, ^01 et suiv. — Ob- servations d'empoisonnement chez J'hoiutne , II , 3o5. — Conclusions sur l'action qu'elle exerce, II , 5o8. —Traite- ment , II, 4^7- Ciguë (petite). — Sea caractères botaniques. — Ceux qui peu- vent s^ivir à la distinguer du persil , II, 5r3. — Son action sur l'économie animale. Expériences et .observations pro- pres à la faire conm vre, II, 514- — Traitement, II, fi'5']. Ciguë cireuse. \ oy. Ciguë aquatique. Cinnabre. — Ses propriétés physiques et chimiques. — Expé- riences oropres à faire connaître ses effets , I , i5>. Classification des poisons. — Moti s qui nous ont fait adopter celie qui a élé proposée par1 Vicat, I, 4- —Difficultés de faire une borne classification ,1,5. Clématite vitalba , flammula , recta cl inlegrifolia —Leurs effets sur l'économie animale , Il, 115. — Traitement, 11, i4o. Chipé càilleux tassart. — Effets vénéneux de ce poisson , II , 5o5 —Traitement , II, 55o. Cobra de capeUo. Voy. T ipère naja. Colchique —Observations d'empoisonnement chez l'homme par celte substance, II, 108.—Traitement, II, r4o. Colique des peintres — Causes des accidens produits par les émanations saturnines, I, 62r. —Symptômes de la colique des peintres, I, 640. — Observations propres à Taire con- iv.î re la marche de celte maladie , I , 6;>6. — Impossibilité de découvrir aucur e préparation de plomb en analysant les liquides ou les solides des malades atteints de celte colique , I, 647. — Traitement de la colique des peintres , 1, 654- Colique de plomb. Voy. Colique des peintres. Coloquinte. — Description d- ses caractères , II , 5i. — Son actron sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître , II, 55. — Observa ions d'empoisonnement chez l'homme par cette substance , II, 58. __Traitement u, 140 ' Coluber berus. Voy. Vipère. Coluber graminœus de Shaw. — Expériences propres à faire connaître ses effets meurtriers, II, 485. — Traitement II 5 »3. Coincer naja. Voy. Vipère naja. Cohiherrusselianus. Voy. Vipère élégante de Daudin. PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE. 679 Conclusions relatives aux lésions de tissu, considérées comme moyen propre à établir l'existence de l'empoisonnement, ll,6n. Concombre d!âne Voy. Concombre sauvage. Concombre sauvage. — Ses caractères botaniques, II, 52. — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître , II, J2.—Traitement de l'empoison- nement qu'il détermine , Il, i4o. Congru. — Observations qui prouvent que ce poisson a produit quelquefois des effets funestes, II, 507. Contrepoison. — On doil donner ce nom. à des substances qui peuvent décomposer les poisons et les dépouiller de leurs propriétés délétères, 1,24- Contre-poisons des acides concentrés , I , 452. Contre-poisons des alcalis concentrés , I, 495. Contre-poisons des sels d'antimoine I, 2^6. Contre-poisons des sels d'argent, I , 588. Contre poisons des sels détail , I, 559- Contre-poisons du sublimé corrosif' et des préparations mer- curielles, I , 11 5. Contre-poisons du vert-de-gris el des préparations de cuivre , I , 528. Convolvulus scammonea. — Action du suc de celle plante sur l'économie animale , II, iii. Coque du Levant. —Caractères et analyse de ce fruit, II, 579. — Expériences de M. Goupil pour constater son mode d'action, II, 58o. — Expériences qui nous sont propres, sur le même sujet, Il, 581. — Conclusions , II, 585. — Traitement, If , 4^9- Coquelourde. Voy. Anémone pulsatille. Coracinusfuscus major.—Effets délétères de ce poisson, II, 5o6. Cotiaria myrtifolia. — Ses propriétés délétères , II, /pi. Coryphœus cœiuleû varie splendens. Voy. Dauphin. Colon philosophique. Voy. Oxide de zinc. Couieuvrée Voy. Bryone. Couperose blancle. Voy. Sulfate de zinc. Couperose bleue. Voy. Sulfate de cuivre. Couronne impériale'. —Ses effets sur l'économie animale , II, 107. Cousin , II , 5o5. Cristaux de lune. Voy. Nitrate d'argent. Cristaux de Vénus. Voy. Acétate de cuivre. Crocus mcLailorum. Vy. Oxide d'antimoine plus, pu moins sulfuré. 680 TABLE DES MATIÈRES Crolon tiglium---So<. action sur l'économie animale, II, i i:>. Cuivre. — Ses propn'élés | hysique.s et chimiques, I, 292. Faits qui j'ioi.venl l'inroc. ilé du cuivre nielallhiue , 1, 29^. Cuivre ammoniacal ( oxide de). — Ses propriétés physiques et chimiques, I , 5.'j5. Curare. — Hi ioi-e naturelle de ce poison , II, 564- Cyclamen europaum. — Ses effets sur l'économie animale, II, 107. Cynanchum ereclum , vimiale. — Leurs effets sur l'économie animale, II, 112. D. Datum ferox, metela, tatula. —Leurs effets sur l'éeonomie animale, U , 266. Datura stramonium. — Ses caractères botaniques , U, 262- — Son action sur l'économie animale. E-xpéiiences propres à la faire connaître, II, 262. — Observation? d'empoisonnement chez l'homme par celle plante, II, 265. —Conclusions sur son mode d'action , II , 266. -— T aitement , II, 4^7» Dauphin Daurade — Effets délétères déterminés par ce pois- son , II, 507. Deuto- chlorure de mercure. Voyez Sublimé corrosif. JDeutoxide d'antimoine, 1 , 288. Deuloxidr d'arsenic. Voyez Acide arsénieux. JJeuioxide d'Alain , I, 562. Deuto.xide de mercure. — Propriétés physiques et chimiques , 1, 1 59. — Son action , 1, 1 4o. Deuloxide de plomb, I, 6t4- Digitale pourprée.— Ses caractères botaniques , II, 276. — Anal.se chimique , I! , 277 — Action de Ja diplule pour- prée et ne ses extraits sur l'économie animale. Expériences propres à la iaire cou» aî're, II , 2-8. — Observations d'em- poisonnemeri; par celle plante chez l'homme , Il , 28c). — Conclusions sur s< n mode d'action , II, 2o5. —Traitement de l'empoisonnement qu'elle détermine , 11, 4^7. E. JLau céleste. Voyez Sulfate de cuivre ammoniacal. JF.au distillée de laurier-cerise. — Ses effets sur l'économie ani- male. Expériences propres à la faire connaître, II, 200. — Obseïvarions d'empoisonnement chez l'homme par ce li- quide, II, 206.— Traitement, II, 2Î2. PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE. 681 Eau de javelle. — Ses effets sur l'économie animale, II, i5o. Eau-jorle. \ oyez Acide nitrique. Eau seconde. Voyez Acide nitrique. J>chvre. Voyez ( hélîdoine. ■Eialérium. Voyez Concombre sauvage. Ellébore blanc —Ses caractères botaniques, II, ire. — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître , II, 2.— Observations d'empoisonnement chez l'homme par cette plante, II, 12. — Conclusions sur ses effets, II , 24. — Résultats du travail de M. Schabel sur cet objet , ibid. — Traitement de l'empoisonnement déterminé par l'ellébore blanc, II, 141. ellébore noir. — Se< caractères botaniques. — Son action sur 1 économie animale. Expériences propres à la faire connaître, •II, 1 4- — Observation' d'empoisonnement chez l'homme, II, 2?.. — Conclusions sur ses effets , II, 24. — Résultats du travail de M. Sclnbelsur cet objet, ib.—Traitement, II, 141. Email en poudre. Yay Verre. Emanations de plomb. — Maladies qu'elles produisent. Voyez Colique des peintres. Emanations des égouls. Voy. Acide hydro-sulfurique. /émanations des fleurs.—• Leurs effc;s sur l'économie animale. Observations propres à les faire connaître , II , 431: —Trai- tement , 447- Emanalions des fosses d'aisance. Voy. Acide hydro-suifu- rique. Emet me. — Ses propriétés physiques et chimiques, I , 28g.— Son action sur l'économie animale , 1, 290. — Traitement, ibid. Emétique. — Sa composition ; ses propriétés physiques et chi- miques,!, 2.54. — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître , I , 259 —Obser- vations d'empoisonnement chez l'homme , 1, 263. — Sym- ptômes généraux de cet empoisonnement, I, 270.»— Lé- sions de tissu déterminées par ce sel , I, 270. — Moyens de le reconnaître lorsqu'il n'a pas été avalé en entier, I, 272.— Procédé pour le découvrir lorsqu'il fait partie de la matière des vomissemens, I, 275. — M >yens d'en démontrer la pré- ■ sence lorsque l'individu est mort, 1 , 275, — Traitement de l'empoisonnement qu'il détermine, I, 276. Emploi rlu clilore dans la rage, II, 55c). Empoisonnement considéré d'une manière générale , II, 568, Empoisonnement aigu : ses accidens consécutifs , II, 649. Empoisonnement de plusieurs personnes à-la-fois, II, 630. 682 TABLE DES MATIÈRES Empoisonnement lent, II, 64o. — Observation d'empoison- nement par le sublimé corrosif, II, t>4 ' • — Observation d'empoisonnement par l'acide ar.-eMeux , II, 646. — Idem d'empoisonnement par l'éiuélique, II, 646. — Idem d em- poisonnement par le plomb, II, 648. Empoisonnement par suicide ou par homicide, II, 63cj. Entonnoir creux el vénéneux. — Elfets de ce champignon sur l'économie animale , II, 4°4' • Epurge. — Son action sur l'économie animale. Expériences qui servent'à la faire connaître , II, 54- Ergot. — Carac ères qui le distinguent du charbon et de la carie. II, 424* « Ergolisme convulsif — Description des effets observés dans cet e maladie, 11, 425. —Traitement, 11 , 447• Ergolisme gangreneux. — Symptômes de cette maladie , Il , 426. — Expériences propres à éclairer sur celle maladie , II, 426. — Traitement , II , 44~- Ers. — Ses propriétés vénéneuses , II, 221. Esprit de nilre. Voyez Acide nitrique. Esprit de sel fumant. \ ayez Acide hydro-chlorique. Esprit de soufre. Y ovcz Acide sulfurique. Esprit-de-vin. \ ovez Alcool. . Elain. — Ses propriétés physiques et chimiques , I, 547*--- Son innocuité , 1, 548. Elain corné. Voyez Hydro-chlorate d'élain. Eder sulfurique. —Son action sur l'économie animale. Expé- riences propres à la faire connaître , II, 4 '8. Ethiops minéral. —Vovez Sulfure de mercure noir. Euphorbe. —Caractères botaniques du genre , II , 5i* — Pro- priétés physiques de l'euphorbe officinal, II, 52. — Sou action sur l'économie animale. Expériences et observations propres à la faire connaître , II, 62. —Traitement, II, 1 {o. Euphorbia antiquorum, amjgdaloides, canariensis, characias, II, 55 et 56. Euphorbia cyparissias. — Ses effets sur l'économie animale, 11,55. Euphorbia esula, exigua, helioscopia, hiberna, mauritanica, nerifolia , palustris , peplus , plaliphyllos, sjlvalica , dru- calli, verrucosa , 11, 55 et 56. Expériences faites sur les animaux vivans, dans le dessein d'é- clairer l'histoire de l'empoisonnement chez l'homme , I, 29. Expériences sur les animaux\ivans, considérées comme moyeu propre à constater l'existence de l'empoisonnement, 11,617. Extrait aqueux d'opium privé de morphine. — Différences PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE. 683 qu'il présente, sous le rapport de ses effets, avec l'extrait aqueux ordinaire, II , 176. Extrait d'opium. V. Opium. Extrait de laurier-cerise. — Expériences propres à faire con- > naître ses effets , II , 208. Extraits. — Différences qu'i's présentent suivant qu'ils ont été prépaies avec le suc des plantes fraîches évaporé au bain- marie , ou avec la dé<.vcîi n de la piatito sèche , évaporée à la fempé.-aiuie de l'ébullition, II .71. Foy. aussi les articles Action sur l'économie animale de la ciguë, de la jusquiame, de la morelle, etc. Fausse^oronge. — Caractères botaniques de ce champignon, il, ùo^t. — Sm aclHn sur l'économie animale. Expé- rience propre à la fore connaître, II, 556. —Observations d empoisonnement chez l'homme parce champignon, II, ^q- rr TT ,, J 10'» 007. — 1 rancment, II. 44°- Falsification des v'us parVocide sufurique. — Moyens de la distinguer; ils sont les mêmes que ceux que l'on emploie pour .-Pconn-.'ïfre le vinaigre frelaté par cet acide, 1 , 4I4-_ Falsification yar l'acide nitr'qne , I, jfio — Falsification par l'acide hydro-chlorique. I, 4;5.— Falsification par les préparations antimoniales, I, 28 {. — Fnlsification.par les préparations arsenicales, I, 162. — Falsifications par les préparations d'alun, I, 6^6—Falsifiée don par les pré- parations cuivreuses, I, 525.— F'a'sificat-'on par les pré- parations de mercure, I, 102. — Fal»ifisalio'ispar les pré- parations de plomb el par la litha:g\% I, 645. Fer rouge.—Son emploi dans la morsure des animaux en- ragés et venimeux, lï, 5i4- . Fève de Saint-Ignace. — Son histoire naturelle et son analyse chimique, II, 5q3. — S0.0 action sur l'économie animale. Expériences proores à la faire connaître, II, 544 et 666.— Observations d'empoisonnement chez l'homme, II, 544 — Traitement, II, 458. Fièvre maligne. — On peut la confondre quelquefois avec l'empoison-iement aigu. II, 5^8. Fleurs odorantes. Voyez Emanations des fleurs. Fleurs argentines de régule d'antimoine. Voyez Oxide d'an- timoine. Fleurs d'étain. Y oxrz OviU d'éliin. Fleurs de zinc. Voyez Qxide de zinc. 684 TABLE DES MATIÈRES Foie d'antimoine. Voyez Oxide d'antimoine plus ou moins sulfuré. Foie de soufre. Voyez Hydro-sul; aie sulfuré de poiasse. Formules et remèdes employés dans le Irailement de la pustule maligne , II, 555. Formules et remèdes employés dans le traitement de la rage, II, 565. 7T _ Frelon.— Kffets de sa jnqûre, N, 5o5. —Traitement, II, 55o. Friti'laria impcrialis. Voyez Couronne impériale: Froment — Mauvaises qualités qu'il donne quelquefois au pain, II, 429* G. Garou. — Ses caractères botaniques, H, 45. — Caractères de J'écorce , ibid. — Action du garou sur l'économie animale. Expériences qui servent à la faire connaître, II, 46.— Traitement, II , i4o. Gaz acide carbonique. Voyez Acide carbonique. Gaz acide hydro-sulfurique. Voyez Acide hydro-sulfurique. Gaz acide nitreux. —Ses propriétés physiques et chimiques, II5 i5o. — Son action sur l'économie animale , II, i5i. Gaz acide sulfureux, !l, 155. Gaz azote. Voyez Azote. Gaz hydrogène sulfuré. Voyez Gaz acide hydro-sulfurique. Gaz méphitique. Voyez Gaz acide carbonique. Gedi paragoodoo. — Expériences propres à faire connaître les effets de ce serpent sur l'économie animale, II, 487-—Trai- tement, II, 555. . Gomme-gutte.— Son histoire naturelle.—Ses propriétés phy- siques et chimiques, II, 41- — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître, II, 42. — Traitement, II, i4°- Grand moutardier. — Effets délé'ères de ce champignon , II , Grande ciguë. Voyez Ciguë (grande). Gratiole. — Ses caractères bolaniques, II, 91. — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître , II, 92. — Observations d'empoisonnement chez l'homme par cette plante, II ,.94. — Traitement, II, 140. Guaco. — Son hisloiie naturelle, II, 555. — Effets miraculeux du suc de celle plante contre la morsure des animaux veni- meux , II, 554- Guêpe.—Effets de sa piqûre, II, 5o3.—Traitement, II, 55o. PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE. 685 H. Herbe aux poux. Voy. Staphysaigre. Hippomane mancinella. Voy. Mancenillier. Huile de laurier-cerise. —Expériences propres à faire connaî- tre son action , II , aor-. —Traitement, II , 252. Huile empyreumatique de tabac. — Expériences de MM. Bro- die et Macartney , qui prouvent combien son action est dé- létère , II, 27 i. Huile de tartre par défaillance. Voy. Sous-carbonate de po- tasse. Huile de vitriol. Voy. Acide sulfurique. Huile de pignon d'Inde. — Son action sur l'économie animale, II, 656. Hydro-chlorate d'ammoniaque. — Ses propriétés physiques et chimiques , J , 5o7. — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître , 1, 5o8. — Conclu- sion , 1, 5oq. Hydro-chlorate d'antimoine. — Ses propriétés chimiques, I , 282. — Observation qui prouve ses effets délétères , 1, 285. — Traitement de l'empoisonnement qu'il détermine,!, 276. Hydro-chlorate de baryte. ■—■ Ses propriétés physiques et chi- miques, I , 5i2. — Son action sur l'économie animale. Ex- périences propres à la faire connaître, I , 5»4- — Observa- tion d'empoisonnement, chez l'homme par ce sel, I, 520.—■ Moyens de constater sa présence dans un cas d'empoisonne- ment, I, 520. — Traitement. — Expériences qui prouvent que les sulfates solubles doivent être considérés comme ses antidotes , 1, 522. Hydro chlorate de cuivre. — Ses propriétés physiques et chi- miques, I, 344-—Son action sur l'économieanimale, 1,545. Hydro-chlorate d'élain.— Propriétés physiques et chimique» de ce sel , tel qu'on le trouve dans le commerce, I, 548. — Idem lorsqu'il est pur, I, 55i . —Action de l'hydro- chlorate d'étain sur l'économie animale. Expériences pro- pres à la faire connaître, I, 552. — Observation d'em- poisonné, nent chez l'homme, I, 556. — Symptômes de cet empoisonnement, I, 557. — Lésions de tissu déter- minées par ce sel, I, 558. — Moyens de constater son existence dans un cas d'empoisonnement , 1 , 558. — Trai- tement. —Expériences qui prouvent que le lait est son contre- poison , I, 55g. 686 TABLE DES MATIERES Hydro-chlorate de mercure. Voyez Sublimé corrosif. Hydro-chlorate d'or. — Ses propi iélés physiques e( chimiques > I, 591.—Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître, 1, 3r){ — Symplôme» et lésions de tissu développés par Phydio-chlorate d'or, I, 097. Moyen de constater son exislence dan- un cas d'einpoisonne- ment , I, 597 —Traitement, I, "98. Hydrocotîle vuigaris, II ,112. Hydrogène su/furé.Yoy z Acide hydt o-sulfurique. Hydro-sulfate sulfure de pelasse. — Expé. iences qui prouvent que, loin de pouvoir ê'e regardé comme l'antidote des dis- solutions métalliques, ce sel doit être rangé parmi les poisons corrosifs énergiques * I, 557 et 562.— Observation d'em- poisonnement chè? .l'homme par ce corps , I, 56o. — Ses propriétés physiques et chimiques , II, 565. I. If —Expériences propres à faire connaître ses effets sur l'éco- nomie animale, II, 218. Indices qui doivent faire suspecter les champignons, Il, 4'°- Indices que le médecin-légiste peut tirer de l'état des organes après la mort des individus empoisonnés, II, 602. Indigestion. —On peut la confondreavec l'empoisonnement, 11,570. Iode. —Ses propriétés physiques et chimiques, I, 549- —Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître , I, 55 1. — Observation d'empoisonnement chez l'homme , 1, 555. Ivraie. — Ses effets sur l'économie animale , II, 428. Ivresse. Voyez Alcool. J. Jalap. — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faira connaître, II, 658. Jatropha curcas — Caractères de son fruit, II, 97.__ Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître, II, 97 et 656. — Conclusion, II, 09.__ Traitement, II, 1 {o. Joli bois. Voyez Garou. Joubarbe des toits. — Ses caractères botaniques, II, 102.__ Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître ,11, io5. — Traitement, II, 140. PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE. 687 Jusquiame blanche. — Observations qui prouvent qu'elle est vénéneuse, II, 190. —Traitement, II, 252. Jusquiame dorée. — Ses effets sur l'économie animale , II, IQI' Jusquiame noire. — Ses caractères Botaniques , II, 179, — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître, II, 190.— Différence de l'extrait de jus- quiame suivant son mode de préparation , II, 182.__Ob- servations d'empoisonnement par la jusquiame chezl'hom-ne, II, i85.—Conclusions sur le mode d'action de cette plante, II, 189.—Traitement de l'empoisonnement qu'elle déter- mine, II, a52. K. Katuka rekula poda. — Effets de la morsure de ce serpent sur l'économie animale, II, 481. —Traitement, II, 555. Kermès minéral. — Ses propriétés physiques et chimiques, I, 279. —Son action sur l'économie animale, 1, 2^2. L. Laine philosophique. Voyez Oxide de zinc. Laiteux pointu rougissant — Caractères botaniques de ce champignon , II, 402. — Ses effets sur l'économie animale , II, 4°5.—Traitement, II, 44°- Lailue vireuse. — Ses caractères botaniques, II, 212. ■— Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître, II, 212. — Conclusions, II, 2i5. — Traite- ment de l'empoisonnement qu'elle détermine , II, 227. Lalyrus cicera.—Son action sur l'économie animale, II, 22r. Laurier-cerise. — Ses caractères botaniques, II, 200. — Action de son eau distillée sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître, II, 200. — Observations d'em- poisonnementehez l'homme par ce liquide, U , 206.— Effets de l'huile de laurier-cerise, II, 207. — Action de son extrait aqueux, II, 208 et 2 : 2. —Traitement de l'empoisonnement déterminé par cette plante , II, 252. Laurier rose.—Ses caractères botaniques, II, 517.—Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire con- naître, II, 5i8.—Observations d'empoisonnement chez l'homme par celte plante, 11, 523. — Conclusions, ibid. —T rarement de l'empoisonnement qu'il détermine, II, 437. Lésions de tissu produites par les poisons acres, II, 155 et606. 638 TABLE DES MATIÈRES Lésions de tissu produites par les poisons astringens , I, 645, et II, 608. Lésions de tissu produites par les poisons corrosifs, I.600, et II, 606. Lésions dehssu produiles^Sar les poisons narcotiques, II, 22,5 et 608. Lésions de tissu développées par les poisons narcotico-âcres, II> 455 et 609. Ligature de l'œsophage.—Expériences propres à mettre dans tout son jour la nécessité de la pratiquer, I, r>3. Liqueur fumante de Libavius. Voyez Hydro-chlorate d'élain. Litharge, I, 614- Lobelia syphililica. — Son action sur l'économie animale, II, 112. M. Maladies qui peuvent être confondues avec l'empoisonnement aigu, II, 568. 1 Mancenillier.—Observations propres à faire connaître ses effets sur l'économie animale, II, j29- Massicot. Voy. Oxide de plomb. Matiez e perlée de Kerkringius. Voyez Oxide d'antimoine. Matières putréfiées. — Leur action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître, II, 462 Mercure. — Ses propriétés physiques el chimiques, I, 43. — Son action sur l'économie animale, I, 142. Mercuriale.— Ses effets sur l'économie animale, II, 45o. Minium, I, 614- Morelle.— Action de celte plante et de son extrait sur Téco- nomie animale. Expériences propres a la faire connaîlre II, 216. — Traitement, II, 252. Morphine. — Ses propriétés physiques et chimiques, H, \T Expé'iences faites avec la morphine, II , 167. — Expériences faites avec les sels de morphine, II, 168.— Expériences faites avec la morphine dissoute'dans l'huile d'olives , II i73 — Expériences faites avec la morphine dis- soute dans 1 alcool, II, i75.— Expéaences faites avec l'extrait aqueux» d'opium privé de morphine, H, ,h6. —Traite- ment de l'empoisonnement par la morphine, II, 227 — Conclusions sur le rao 'e d'action de la morphine II 177. Tdorsures des animaux enragés. Voyez Kage ' Morsures des serpens venimeux, U , AQ'% Morsures de la vipère. Voyez Vipère Morviaux. Voyez //. PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE. 689 Mouches, II, 5o5. Mouches cantharides. Voyez Cantharides. Moules. — Observations propres à faire connaître leurs effets funestes sur l'homme, II, 5o8. — Opinion de M. Burrows sur la cause des accidens qu'elles déterminent, II, 5i2.__On fait voir qu'ils ne tiennent pas aux substances dont ce« mol- lusques se nourrissent, II, 5i5.— Opinion de M. Edwards, qui fait dépendre leurs effets d'une disposition particulière de l'estomac, II, 514. —Observations de M. Lamoureux sur le même objet, II, 516. — Traitement de l'empoison- nement déterminé par les moules , II, 55o. Moxa.— Son emploi dans la morsure des animaux enragés et venimeux, II, 545. Moyens propres à constater l'existence de l'empoisonnement, II, 568. Moyens qui doivent être mis en usage lorsqu'on se propose d'étudier une substance vénéneuse, I, i5. Moyens à l'aide desquels on peut parvenir à reconnaître la na- ture de la substance quia occasionné l'empoisonnement, II, 58o. — Premier problème. —Analyse chimique des poisons solides, II, 582. — Poisons solides inorganiques, II, 584- — Poisons solubles dans l'eau, 11,586. — Poisons liquides ou dissous, II, 595.—Poisons gazeux, II, 598. Moyens propres à distinguer si le poison a élé introduit dans le canal digestif pendant la vie ou après la mort, II, 623. Murœna major. Voyez Congre. Muriated'ammoniaque.Yoy. Hydro-chlorate d'ammoniaque. Muriate d'antimoine. Voyez Hydro-chlorate d'antimoine. Muriate de baryte. Voyez Hydro-chlorate de baryte. Muriate de cuivre. Voyez Hydro-chlorate de cuivre. Muriate d'étain. Voyez Hydro-chlorate d'étain. Muriate de mercure au maximum. Voyez Sublimé corrosif. Muriate d'or. Voyez Hydro-chlorate d'or. Muriate suroxigéné de mercure. Voyez Sublimé corrosif. N. Narcisse des prés. —£es caractères botaniques, II, 85. — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître, If, 86. — Conclusions, II, 88. — Traite- ment de l'empoisonnement qu'il produit, II, 140, Neige d'antimoine. Voyez Oxide d'antimoine. Nihil album. Voyez Oxide de zinc. U 69O TABLE DES MATIÈRES Nitrate d'argent. — Ses propriétés physiques et chimiques , I, 378. — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître, I,58i.— Observations d'em- poisonnement par ce sel chez l'homme , I, 386.—Symptômes de cet empoisonnement, ibid. — Lésions de tissu produites par*ce sel , 1, 387. — Moyens de distinguer l'empoisonne- ment qu'il détermine, 1, 387. —Traitement. — On établit que le sel commun est le meilleur contre-poison de cette substance, I, 588. Nitrate de bismuth.— Ses propriétés physiques et chimiques , I,4o2.—Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître, I, 4o4- —Symptômes et lésions de'tissu produits par ce sel, I, 409. — Moyens d'établir l'existence de cet empoisonnement, I, 409-—Traitement qui lui convient, 1, l\i 1. Nitrate de cuivre. — Ses propriétés physiques et chimiques, I , 345. Nitrate de mercure , 1, 142. Nitrate de potasse. — Son action sur l'économie animale. Expériences qui servent à la constater, II, il5 —Observa- tions d'empoisonnement par ce sel chez l'homme , 11, 117* «— Histoire chimique du nitrate de potasse , II, 1 26. — Con- clusions sur le mode d'action de ce sel, II, 126. — Traite- ment de l'empoisonnement qu'il détermine, II, i4o. Nitre. Voyez Nitrate de poiasse. Nilre de cuivre. Voyez Nitrate de cuivre. Nilre mercuriel. Voyez Nitrate de mercure. Noix des Barbades. Voyez Iatropha curcas. Noix vomique. — Son histoire naturelle, II, 55i. — Son ana- lyse chimique, 11, 332. — Son action sur l'économie animale, H, 555. — Expériences de M. Desporles, II, 335 et 54o. —Expérience de M. Lésant, II, 556. — Travail de MM. Magendie et Deliïle sur le même objet , 557.—Expé- riences récentes de MM. Pelletier et Caventou, II, 668.— Observations d'empoisonnement par ce sel chez l'homme, 11,542. — Conclusions sur ses effets, II, 545.— Traitement de l'empoisonnement qu'elle détermine, II, 458. O. OEil de'corneille. — Ses caractères botaniques, II, Aoo. — Observations d'empoisonnement chez l'homme par ce cham- pignon , ibid. — Traitement, II, 440, OEil de l'olivier.-—Ses caractères botaniques, II, 4o5.__Son PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE. 6ûl action sur l'économie animale, II, ibid. — Traitement, II, 440. OEnanthe crocata. — Ses caractères botaniques, II, 88.—Son action sur l'économie animale. —Observations d'empoison- nement chez l'homme, II, 89. —Traitement, II, 140. Onguent gris , I, i.jc>. Onguent napolitain. Voyez Onguent gris. Opium.—Ses caractères physiques et chimiques , II, -.42.— Résultat des travaux analytiques de MM. Sertueruer, Ro- biquet et Derosne, II, ibid.—Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître, II, 145. — Observations d'empoisonnement chez l'homme, II, i5o. Conclusions tirées des expériences physiologiques faites sur cet objet par M. Nysten, II, ^7.—Opinion des médecins qui ont regardé l'opium comme un stimulant, II, 160.— Opinion de M. Barbier, qui le considère comme une substance essentrellementdébilitante, II, 162. —Opinion deM.Mayer. II, 162.—Considérationsqui nous ont fait penser que l'opium exerce un mode d'action sui generis, et qu'il ne doit être rangé ni parmi les narcotiques ni parmi les excitans, II, i65. ■—Traitement de l'empoisonnement par l'opium.— Action du vinaigre avant et après le vomissement, II, 227.—Action des acides tartarique et citrique, II, 253. — Effets de l'infu- sum de café considère comme moyen propre à combattre cel empoisonnement, II, 254. — Effets du decoctum de café, II, 256.—Action du chlore, II, 258. — Effets du camphre, II, 241. — Action de l'eau et des boissons mucilagineuses , II, 242. —Effets de la saignée , II, 244. — Conclusions sur la marche qui doit ê're suivie dans le traitement de cet em- poisonnement , Il, 2ÔO. Or.-—Ses propriétés physiques et chimiques, I, 390 Oreille du chêne vert. — Champignon , 11, 4o5. Oronge (fausse). Voyez Fausse oronge. Oronge ciguë. — Expériences propres à faire connaître son action sur l'économie animale, II, 590. — Obse'rvations ^d'empoisonnement chez l'homme par ce champignon, II, 592. — Traitement, II, 44°- Oronge croix de Malle. — Caractères botaniques de ce cham- pignon , II, 59g. — Son action sur l'économie animale , II, 4oo. Oronge souris.—Observationsd'empoisonnement chez l'homme par ce champignon, II, 3q4. — Traitement, II, 44°- Orpiment natif. — Observations et expériences qui prouvent qu'il est vénéneux, I, 240'. 6Q2. TABLE DES MATIÈRES Orpiment artificiel. Voyez Sulfure d'arsenic jaune , 1, 2,Zg. Ouverture des cadavres. — Manière d'y procéder, II, 602. Oxide d'antimoine. — Ses propriétés chimiques, I, 277.— Son action sur l'économie animale , I, 278. Oxide d'antimoine blanc sublimé. Voyez Oxide d'antimoine. Oxide d'antimoine hydro-sulfure brun. Voyez Kermès. Oxide d'antimoine hydro-sulfurè rouge. Voyez Kermès. Oxide d'antimoine hydro-sulfuré jaune. Voyez Soufre doré. Oxide blanc d'arsenic. Voyez Acide arsénieux. Oxide noir d'arsenic. — Ses propriétés chimiques, 1, 243. — Expériences propres à faire connaître son action sur l'éco- nomie animale , I, ibid. Oxide de bismuth. — Ses propriétés chimiques , T, 4oi. Oxide de cuivre. — Ses propriétés chimiques , I , 298. — Son action sur l'économie animale , I, 299. Oxide de cuivre ammoniacal. — Ses propriétés chimiques , 1,345. Oxide d'étain. — Son action sur l'économie animale , I, 362. Oxide noir de mercure , I , 44- Oxide rouge de mercure. — Ses propriétés chimiques , 1, 44 et 13g. Oxide rouge de plomb. — Ses propriétés chimiques , 1, 61 .\. Oxide de zinc. — Ses propriétés chimiques et son action sur l'économie animale , I , 576. Oxi-muriate de mercure. Voyez Sublimé corrosif. P. Palma christi. Voyez Ricin. Palme de christ. Voyez Ricin. Pastinaca sativa, H, 115. Pâte de Rousselol. — Sa composition , 1, 2.46. — Expériences propres à faire connaître son action sur l'économie animale I, 2^7- — Observations d'empoisonnement chez l'homme par cette substance, I, 248. — Traitement de cet empoi- sonnement, I,2io. Pâte du frère Cosme. Voyez Pâte de Rousselol. Pedicularis palustris , II, 107. Petite ciguë. Voyez Ciguë (petite). Phosphore. — Ses propriétés physiques el chimiques, I, 528. — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître, I, 55i.— Conclusions, I, 554.__ Symptômes et lésions de tissu produits par le phosphore, PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE. 6j)3 1, 557. — Procédé pour le découvrir dans un cas d'empoi- sonnement, ibid. _ Traitement de l'empoisonnement qu'il détermine , 1, 538. l Picrotoxine. — Expériences qui prouvent que la coque du Levant lui doit ses propriétés vénéneuses , II 383 Pierre à cautère. Voyez Poiasse à la chaux. ' Pierre infernale. — Ses propriétés physiques et chimiques, ùQo. — bon action sur l'économie animale. Voyez Nitrate a argent. J Pignon d'Inde. Voyez Jatropha curcas. Plantes odorantes. Voyez Émanations des/leurs. *ijf>mb — Ses propriétés physiques et chimiques , 1, 608. f lumbago europœa. — Son action sur l'économie animale , _ II, 107. — Traitement , II , 140. Poisons acres végétaux ,11 1. Poisons américains. — Expériences de M. Emmer sur l'action de ces poisons, II, 366. Poisons animaux, Il, 464. Poisons corrosifs ,l,\i. Poisons irritans, 1, 41. Poisons minéraux , I , 41. Poisons narcotiques, H, 142. Poisons narcotico-âcres , II, a53. Poisons putréfions , II, 449. Poisons septiques^ Il , 44g. Poisons stupéfiant. Voyez Poisons narcotiques. Poisons végétaux, I, 1. Poissons venimeux, II, 5o5. Pompholix. Y oyez Oxide de zinc. Potasse à l'alcool. — Ses propriétés physiques et chimiques , Potasse à la chaux. — Sa composition , I, 487. — Son ac- tion sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître , I , 489. — Symptômes de l'empoisonnement produit par ce corps , I, 49^. —'- liésions de tissu produites par la potasse , 1 , 494- — Procédé pour la découvrir dans un cas d'empoisonnement , 1, 494* — Traitement, I 495. Potasse carbonalée. Voyez Sous-carbonate de potasse. Potasse silicée. Voyez Potasse à la chaux. Poudre d'Algaroth. — Ses propriétés physiques et chimiques, I, 282. — Son action sur l'économie animale , I, 2Ô3. Poudre des Chatlreux. Voyez Kermès. Poudre aux mouches. — Ses propriétés physiques et chimi- ques , 1, 244* — Son action sur l'économie animale, I, 244- 6g \ TABLE DES MATIÈRES P récautions à prendre dans la cautérisation des morsures dei animaux enragés , II , 564» Précipité per se. Voyez Oxide rouge de mercure. Précipité rouge. Voyez Oxide rouge de mercure. Procédé pour introduire de l'air dans les poumons, II, 4^ »• Protoxide d'azote. — Ses propriétés physiques el "chimiques, Il , 225. — Son action sur l'économie animale , ibid. Protoxide de baryum. Voyez Baryte. Protoxide de plomb. Voyez Liiharge. Puce maligne. Voyez Pustule maligne. Pustule maligne. — Observations qui prouvent que cette ma- ladie a pour cause un virus septique, H , 5i8. — Symptômes de la pustule maligne contagieuse. Variété proéminente, II,52i.— Variété déprimée, II, 523.— Traitement de cette maladie , II, 55i. R. s - Rage. — Elle peut être communiquée, II, 52-4. —■ Rage spontanée , ibid. — Causes de la rage spontanée, II, 525.— Rage communiquée. Observations propics à démontrer la possibilité de celle communication , II, 526. — Symptômes de la rage communiquée, II, 53o. — Lésions de tissu ob- servées après la mort des animaux enragés, H , 552. — Traitement de la rage , II, 557- — Emploi de la saignée, ibid. — Effets de l'opium , II, 55g, — Emploi du gal- vanisme, II, 55g. — Effets du laurier - cerise, ibid.— Observations qui tendent à prouver que le chlore peut être utile dans cette affection , II, 55gr~'— Prétendus avantages de la racine de plantain d'eau, II , 561. — Marche à suivre dans le traitement de celle maladie , II, 562. — Précautions à prendre dans la cautérisation des morsures, Iï , 564- — Formules des remèdes employés dans ce traitement, II, 565. Réalgar artificiel. — On prouve qu'il est vénéneux lorsqu'il est appliqué sur le tissu cellulaire, 1, 242. Rexpèdes contre la rage. Voyez Rage. Renoncule des prés. — Ses caractères botaniques, II, io3. — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître, II, 104. — Conclusions, II, 106. — Traitement , II , 140. Renoncule flammula , II , 106. Renoncule scélérate. — Son action sur l'économie animale II , io5. — Traitement, II , 140. Réveil-malin. Voyez Euphorbia cyparissias , II 55. PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE. 6^5 Rhododendron chrysanthum et ferrugineum. — Leurs effets sur l'économie animale, II, 107. —Traitement, II, 140. Rhus radicans. — Ses carectères botaniques , II, 58. — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître, II, 60. — Observations d'empoisonnemenLchez l'homme par celte plante,II, 62. •—Conclusions, II, œ>.— Traitement, II, 140. Rhus toxicodendron. Voyez Rhus radicans. Rhus vernix, II , 64. Ricin. — Caractères botaniques de la plante , II, 48. — Ca- ractères de la graine , II, 4g- — Action du fruit sur l'éco- nomie animale. Expériences propres à la faire connaître , II, 4g. — Observalion d'jempoisonnement par celte graine, ll,5r. — Traitement, Il, 140. Rodroopam des Indiens. Voyez Colubergraminœus de Shaw. Rouille de cuivre. Voyez Oxide de cuivre. Rue. — Son action sur l'économie animale. Expériences pro- pres à la faire connaître , II, 5r5. — Traitement., II, 437. S. Sabine.—Ses caractères botaniques, II, 56.—Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire con- naître , II, 58. — Traitement, II, 140. Sœlanthus quadragonus, II, 115. Sain-bois. Voyez Garou. Salpêtre. Voyez Nitre. Savons cuivreux , 1, 546. Scammonée , II, 111. Scille.—Caractères de l'oignon de cette plante, II, 99.— Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître , II, 100. — Traitement, II, 14l - Scombre.—Effets de ce poisson sur l'économie animale, II, 5o8. Scorpion. — Observations propres à faire connaître les effets de sa piqûre, II, 499' —Symptômes de cet empoisonne- ment , II, 5oo. — Traitement, II , 547. » Sedum acre. — Ses caractères botaniques, II, 102. — Son action sur l'économie animale, II, io3.— Traitement, II, i4o. Seigle ergoté. 11, 4^4* — Son action sur l'économie animale, II, 425. — Traitement, II , 44?- Sel arsenical de soude. Voyez Arsèniate de soude". 696 TABLE DES MATIERES. 5e/ d'étain. Voyez Hydro-chlorate d'élain. Sel de Jupiter. Voyez Hydro-chlorate d'étain. Sel de Saturne. Voyez Acétate de plomb. Sel de nilre. Voyez Nitrate de potasse. Sel dfyr. V oyez Hydro-chlorate d'or. Sel de tartre. Voyez Sous-carbonate dépotasse. Sel marin barotique. Voyez Hydro-chlorate de baryte. Sel marin cuivreux. Voyez Hydro-chlorate de cuivre. Sel neutre arsenical de Macquer. Voyez Arséniate de poiasse. Sel régalin. Voyez Hydro-chlorate d'or. Septiques. Yoyez Poisons sepliques. Serpens à sonnettes. — Caractères du genre , II , 4gi- Vb- servalious d'empoisonnement chez l'homme par ces serpens, II, 492- — Traitement de leur morsure , Il, 533. Sium latifolium. — Ses effets sur l'économie animale, II, 43°- Solanum. — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à faire connaître les effets des différentes espèces , II, 2i5. — Traitement, II, 252. Soude carbonalée.—Ses propriétés chimiques et ses effets, I, 496. Soude caustique , I , 496- Soufre doré d'antimoine , 1, 281. Sous-carbonate de potasse. — Ses propriétés physiques et chimiques, I, 488. — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître , I, 49°* — Obser- vations d'empoisonnement chez l'homme par ce sel, I, 4gi. — Symptômes produits par le sous-carbonate de po* tasse, I, 4g3. — Lésions de tissu, I, 4g4« — Moyens de constater sa présence dans un cas d'empoisonnement, 1 , 4g4- — Traitement, I, 49^ Sous-carbonate de cuivre. Voyez Carbonate de cuivre. Sous-hydro-chlorale d'antimoine. Voyez Poudre d!Algaroth. Sous-hydro-sulfate d'antimoine. Voyez Kermès. Sous-muriale d'antimoine. Voyez Poudre d'Algaroth. Sous-nitrate de bismuth. — Ses propriétés physiques et chi- miques , 1, 404' —" Son action sur l'économie animale. Ex- périences propres à la faire connaître , I , 4o6. — Sym- ptômes et lésions de tissu , 1, 409. — Moyens de le recon- naître , 1, 409. —Traitement, l, 4 ' 1. Sous-sulfate de mercure. Voyez Turbilh minéral. Spath pesant. Voyez Baryte. Staphysaigre. —Caractères de sa semence. Son action sur l'é- conomie animale. Expériences propres à la faire conuaître, II, 85. — Traitement, II, i4o. Strychnos. — Conclusions sur leurs effets, II, 345. PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE. 697 Sublimé corrosif. — Sa synonymie; ses propriétés physiques et chimiques , 1, 48. — Son action sur l'économie animale. Effets d'une petite dose de ce corps, I, 73. —Effets d'une plus forte dose, I, 74. —-Expériences physiologiques de M. Brodie , 1, 75. — Opinion de M. Lavort, qui pense que le sublimé n'est pas absorbé, 1, 78. —Travail physiologique de M. Campbell sur cet objet, 1, 80. — Expériences de M. Smith, I, 80. — Expériences qui nous sont propres sur 1 action du sublimé ,1, 81. — Observations d'empoisonne- ment chez l'homme par ce corps, 1, 84. — Symptômes de I empoisonnement par le sublimé, l , g5. — Conclusions sur son mode d'action , I, g6. — Réfutation des observations de Dehorne sur ce sujet, I, 96. — Lésions de tissu attri- buées au sublimé corrosif, I , g7. -7- Moyens de reconnaître 1 empoisonnement qu'il détermine, lorsque l'individu est vivant et que l'on peut se procurer les restes du poison , I, 101. Procédé pour le découvrir lorsqu'on doit agir sur la matière des vomissemens, 1, 104. —'Manière de procéder dans le cas où tout le poison a été avalé et que l'on ne peut pas agir sur la matière des vomissemens , 1, 10g. — Procédé pour le découvrir lorsque l'individu est mort,I, 110.— Traitement de l'empoisonnement qu'il détermine, I, 112. — Examen des contre-poisons du sublimé corrosif proposés parNavier,I, n5. — Leur insuffisance , I, n5. — Ineffi- cacité de l'acide hydro-sulfurique, du sucre et du quinquina, 1, 116.—Inutilité du mercure métallique, I, 118. — Avan- tages de l'albumine. Expériences propres à les faire con- naître, I, u g. — Conclusions tirées des expériences faites avec l'albumine , I, 123. — Inefficacité du charbon consi- déré dans ces derniers temps comme contre-poison du su- blimé, I, 124. — Marche à suivie dans le traitement de l'empoisonnement par le sublimé corrosif, I, i3i. —Expé- riences propres à faire connaître l'action du sublimé corrosif sur les tissus morts , II, 624. Sucre de Saturne. Voyez Sel de Saturne. Sulfate de cuivre. — Ses propriétés physiques et chimiques, I, SSg. — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître, I, 34o.— Conclusions , 1, 342. — Inefficacité du moyen proposé par quelques auteurs pour distinguer ce sel , 1, 342. Sulfate de cuivre ammoniacal. — Ses propriétés physiques et chimiques, I, 543. Sulfate de fer. — Ses propriétés physiques et chimiques , 1, 539. — Son action sur l'économie animale, 1, 53g. 698 TABLE DES MATIÈRES Sulfate de mercure jaune. Voyez Turbith minéral. Sulfate de zinc. — Ses propriétés physiques et chimiques , I, 365. — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître , 1, 367. — Observations d'em- poisonnement chez l'homme par ce sel, I, 371. — Sym- ptômes généraux, I, 574* —Lésions de tissu produites par ce sel. Moyens de constater sa présence dans un cas d'em- poisonnement , 1, 375. —■ Traitement, ibid. Sulfure d'arsenic jaune. Voy. Orpiment. Sulfure d'arsenic rouge. Voy. Réalgar. Sulfure de mercure. Voy. Cinnabre. Sulfure de mercure noir, 1, 43. Sulfure de potasse. Voy. Hydro-sulfate sulfuré de potasse. T. Tabac. — Ses caractères botaniques , II, 266. — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître , II, 267. — Observations d'empoisonnement chez l'homme par le tabac, II , 274. — Conclusions, ibid. — Effets de l'huile de labac, II, 271. —Traitement de cet empoisonnement, II, 437- Taon. — Effets de sa piqûre , II, 5o5. Tarentule. —Observations propres à faire connaître ses effets sur l'économie animale, II, 5oi. — Traitement de sa pi- qûre, II, 547- Tartrate de poiasse antimonié. Voy. Emétique. Tartre émétique. Voy. Emétique. Tanre stibié. Voy. Emétique. Tœigne œuf. Voy. Anémone. Terre pesante. Voy. Barjte. Terre pesante aérée. Voy. Carbonate de baryte. Tête de Méduse. — Caractères botaniques de ce champignon , II, 4-Oi. —Ses effets sur l'économie animale , II, 4.02. Ticunas. —Composition et propriétés chimiques de ce poison, Il , 558. — Son action sur l'économie animale, II, 55g. Toxicodendron. Voy. Rhus radicans. Traitement de la pustule maligne , 11^55». — Emploi des scarifications et des caustiques , ibid. — Traitement in- terne, II, 5i>4- Préparation des remèdes employés pour guérir la pustule maligne ; — digestif animé; — collyre de Lanfranc ; —décoction résolutive; —liniment camphré — décoction anti-p*utride; — opiat; —décoction de quin- quina acidulée , II, 555-557- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE. 699 Traitement de la rage. — Examen des moyens regardés comme spécifiques , tels que la saignée , l'opium , le galvanisme , l'eau distillée de laurier-cerise, le chlore et le plantain d'eau, II, 557-56i.—Marche qui doit être suivie pour guérir la rage, II, 562. — Précautions à prendre dans la cautérisation des plaies , II, 564. — Traitement interne de la rage , II, 565. Formules des remèdes employés dans le traitement de la rage. — Emplâtre vésicatoire ; — pommade vésicatoire; — cérat adoucissant ; — poudre de Dower, II, 565. Traitement de l'empoisonnement parles acides concentrés. Voy. Acide sulfurique , 1, 452. les alcalis concentrés. Voy. Potasse , I , 49^. les animaux enragés. Voy. Traitement de la rage. les antimoniaux. Voy. Émétique, I, 276. les arsenicaux. Voy. Acide arsénieux, I, 210. la belladona. Voy. Belladona. les champignons, II, 44o- le charbon malin. Voy. Traitement de la pustule ma- ligne. la ciguë. Voy. Ciguë. ■ le datura stramonium. Voy. datura. l'eau forte. Voy. acide nitrique. l'émétique, I, 278. l'huile de vitriol. Voy. Acide sulfurique, I, 4^2. les moules , II, 55o. les poisons acres , II, i5g. les poisons irritans végétaux , II, i5g. les poisons mercuriels. Voy. Sublimé corrosif, I , 112. les poisons narcotiques , Il , 227.— Action du vinaigre, des acides végétaux , du café , du chlore, du cam- phre, de l'eau , de la saignée dans cet empoisonne- ment , II, 227-250. — Marche à suivre dans ce trai- tement, II, 25o. les poisons narcotico-âcres , II, 4^6 •—Indication de dif- férens moyens , suivant que le poison appartient à l'un ou l'autre des groupes que nous avons cru devoir ad- mettre , II, 457~449- les poisons putréfians. Voy. Fipère , poissons venimeux, pustule maligne et rage. les poisons septiques. Voy. Poisons putréfians. les poissons vénéneux , II, 55o. le scorpion, II, 547. le seigle ergoté, II, 4^7- les serpens à sonnettes, II, 555-547- 700 TABLE DES MATIÈRES le sublimé corrosif, I, nj.—Marche à suivre, I, i3i. la vapeur du charbon , II, 44^- la vapeur méphitique ou des fosses d'aisance, II, 460. le vert-de-gris. Voy. Vert-de-gris , I, 528. la vipère. Voy. Vipère, II, 535-547- Traitement du bétail, II, 567. Tue-loup. Voy. Aconit. Turbith minéral. — Ses propriétés physiques et chimiques , I, i4o. U. XJpas antiar. — Son histoire naturelle, II, 355. — Son ac- tion sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaîtie, II , 356. — Conclusions, II, 357. — Traite- ment , II, 438. XJpas tieuté. — Son histoire naturelle, II, 524. — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire con- naître , II, 324- — Conclusions sur son mode d'action , II, 345. — Traitement, Il , 438. V. Vapeurs antimoniales. ■■— Leur action sur l'économie ani- male , 1,288. Vapeurs arsenicales. — Leurs effets sur l'économie animale , I, 246. Vapeurs mercurielles. — Observations propres à faire con- naître leurs dangereux effets, I, 142. Vapeurs du charbon Voy. Acide carbonique. Vapeurs des cuves de raisin. Voy. Acide carbonique. Vapeurs des fours à chaux. Voy. Acide carbonique. Vapeurs des liquides en fermentation. Voy. Acide carbo- nique. Vapeurs du vin. Voy. Acide carbonique. Vapeurs méphitiques. Voy. Acide hydm-sulfurique. Vauqueline. — Ses propriétés physiques et chimiques, II, 532. — Son action sur l'économie animale. — Expériences de MM. Pelletier et Caventou sur cet objet, II, 665. Venin. Voy. Animaux venimeux. Verre d'antimoine. — Sa composition , 1, 278. — Ses pro- priétés physiques et chimiques. — Son action sur l'économie animale , I, ibid. — Traitement, 1, 276. Verdet. Voy. Acétate de cuivre. PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE. 7OI Verdet cristallisé. Voy. Acétate de cuivre. Verre en poudre, 1, 542. — Faits qui tendent à prouver l'in- nocuité du verre , I , 545. — Accidens occasionnés par le verre introduit dans le canal digestif, 1, 546. —Propriétés physiques du verre, l, 548. — Traitement, 1, 546. Vermillon* Voy. Cinnabre. Vert-de-gris.— Sa composition, ses propriétés physiques et chi- miques, I, 3o2.— Son action sur l'économie^ animale. Expériences propres à la faire connaître , I, 507.—Obser- vations d'empoisonnement chez l'homme par cette substance, ï,5i 1. — Symptômes développés par le vert de-gris, 1,5 rg. — Conclusions sur son mode d'action , I, 32o. — Lésions de tissu produites par ce poison , I, 32o.— M >yens de le recon- naître lorsque l'individu est vivant, et que l'on peut agir sur les restes du poison, I, 32i. — Procédé pour le découvrir quand il a été avalé en entier, et que l'on peut agir sur la matière des vomissemens , 1, 324. — Moyens propres à con- stater son existence quand l'individu est mort, 1,327.—Trai- tement de l'empoisonnement qu'il détermine.—Recherches du contre-poison du vert-de-gris,I, 328.—Inutilité et mau- vais effets des sulfures et des alcalis, 1, 528.—Insuffisance de la noix de galle , 1, 32g. — Le sucre , qui avait élé regardé comme le meilleur contre-poison, ne l'est pas, et doit être simplement considéré comme une substance adoucissante, 1, 32g.—Expériences qui mettent cette vérité hors de doute, I , 551 - 535.— L'albumine est le meilleur contre-poison du vert - de- gris. Expériences propres à démontrer cette assertion , 1, 555. —Efficacité de l'hydro-cyanate de potasse et de fer ( prussiate de potasse) pour décomposer le vert-de- gris dans l'estomac , 1, 556. — Marche à suivre dans le trai- tement de l'empoisonnement par le vert-de-gris , I, 556.— Action du vert-de-gris sur les tissus morts, et moyens de distinguer si ce poison a été appliqué sur ces tissus pendant la vie ou après la mort, U , 65o. Vert-de-gris artificiel. Voyez Vert-de-gris. Vert-de-gris naturel. Y oyez Carbonate de cuivre, I, 298. Vigne blanche. Voyez Clématite. Vin adouci par le plomb. — Ses propriétés physiques et chi- miques.—Moyens propres à reconnaître cette fraude, I, 618. Vin antimonié.— Ses propriétés physiques et chimiuues, I, 284-—Son action sur l'économie animale , 1, 288.—Obser- vations propres à la faire connaître , I, 286. Vin émétique. Voyez Vin antimonié. Vins frelatés. Y oyez Falsification des vins. 702 TABLE DES MATIÈRES Vins frelatés par l'alun. Voyez Falsification des vins. Vins frelatés par Vantimoine , ibid. Vins frelatés par l'arsenic , ibid. Vins frelatés parle cuivre, ibid. Vin liihargyré. Y oyez Vin adouci par le plomb. Vinaigre. — IMoyens de reconnaître s'il est frelaté. Voy. Fal- sifications des vins. — Son action sur l'opium. — Expé- riences propres à fixer l'opinion des médecins sur les avan- tages de cet acide dans l'empoisonnement par les narcoti- ques, II, 227. Vipère commune —Caractères spécifiques de ce reptile, II, 465. — Ses principales variétés , II, 466. — Propriétés phy- siques et chimiques du venin de la vipère, II, 486. — Son action sur l'économie animale.— Résultats des travaux de Fontana sur cet objet, II, 467. — Observation de M. Bosc , II, 468. — Faits observés par M. Paulet, relatifs à la vipère dite de Fontainebleau, qui est la vipère commune f II, 47 1. — Expériences plus récentes du professeur Mangili, II, 472. Traitement de l'empoisonnement par la vipère, II, 533. — Examen de quelques médicamens considérés comme spéci- fiques. — Histoire du guaco, II, 555-556. — Effets de l'arsenite de potasse et de l'acide arsénieux. — Observations et expériences qui tendent à prouver que ces préparations arsenicales sont très-uliles dans la morsure de la vipère , II, 556-54o.— Ammoniaque et eau de. Luce , II, 540. — Effets des caustiques dans celte morsure. Expériences de Roussel propres à les faire connaître, II, 54ï •—Marche à suivre dans le traitement de la morsure des vipères, II, 544. — Emploi des moyens extérieurs, II, 544-546. — Emploi des médi- camens qui doivent être administrés à l'intérieur, II, 5/[6. Vipère élégante de Daudin.—Expériences propres'à faire connaître son action sur l'économie animale, II, 481.__ Conclusions, II, 48L — Traitement, Il , 555-547. Vipère naja. —Expériences propres à faire connaître ses effets délétères, II, 474. —Observations d'empoisonnement chez l'homme, II, 478.—Traitement, II, 555-547. Vitriol blanc. Voyez Sulfate de zinc. Vitriol bleu. Voyez Sulfate de cuivre. Vitriol de Goslar. Voyez Sulfate de zinc. Vitriol de zinc. Voyez Sulfate de zinc. Vitriol vert. Voyez Sulfate de fer. ffAR ORDRE ALPHABÉTIQUE. ^o3 w. Woorara,—Histoire naturelle de ce poison, II, 56i. — Son action sur l'économie animale. Expériences propres à la faire connaître, II, 56i. — Conclusions, Il, 363. — Traite- ment , II, 458. z. Zinc. — Ses propriétés physiques et chimiques ,1, 562.—Son action sur l'économie animale, I, 563. FIN DE LA TABLE ALPHABÉTIQUE. r NLM023251939