* k.*\ » « 7. « DISSERTATION E T [OBSERVATIONS SUR LE TÉTANOS, Publiées par le Cercle des Pkiladelphe$ au Cap-François^, fc».3S JF.A-if * 1 r j ■%*■ *•**«■■ ^ \. •* • # DISSERTATION E T *S^/l " OBSERVATIONS SUR LE TÉTANOS, Publiées par le Cercle des Philadelphes au Cap-Francois. La Médecine a pris nairTauce de 1'obfervauon : c'eft l'obfervation qui la conduit au degré de per- fection , & c'eft par le défaut d'ob- fervation qu'elle n'eft quelquefois qu'un verbiage vide de fens. Traité de t Expérience, par Zim- mermann, Liv. HI, chap. III, Chez Dufour de Rians, imprimeur breveté du Roi. M. D C C. L X X X V I. &VEC dPÏRQ£4TIQN %I PERMISSIQ&Î j V .% (NLk£) E T OBSERVATIONS SUR LE TÉTANOS, Publiées par le Cercle des Philadelph.es au Cap-François* § i E S fpafmes ck" les convulfions forment une dalle de maladies très-variées qui préfentent au Médecin les phénomènes les plus furprenants. Si on connoît quelquefois les caufes qui peuvent les produire, on ne fait pas la manière dont elles agirent, & fi l'on apperçoit quelques difpofitions qui favorifcnt ces maladies, ne fâchant pas ce qui forme en nous cette faculté qui nous fait agir ck: fentir, on ignore abfolument le méca- nifme qui les établit; & robfervation, infuffifante jufqu'à prélent, n'a pu nous fournir des fpécifi- ques qui puifient être employés dans tous les cas avec fuccès j ni donner une méthode que l'on puiffe fuivre avec précifion. Mais fi fart n'a que des reflources foibles & • fouvent infuffifantes dans le traitement des ma- ladies convulfives, il ne faut en aceufer que la nature; elle a fixé les bornes de notre intelligence cV de notre pénétration i toujours occupée à clian- A iij £ DiJJertation & Oèfervations ger les formes de tout ce qui exiftej par des moyens dont nous tentons inutilement d'arrêter les effets, elle ne nous a pas donné les fecrets de fes opérations, 6k elle ne nous a pas fait connoître •: toutes les voies qu'elle employé pour créer , pour- détruire ou pour conferver. Nous n'étendrons pas nos recherches fur tontes les efpèces de convullions. Cet ouvrage intéref- '!' fant, qui ne peut être que le fruit de l'obferva- tion 6k de l'expérience, exigeroit un travail auquel nous ne pouvons nous livrer. Nous nous borne- rons à parler des efpèces connues à Saint-Do-. mingue fous les noms de fpafme ou tétanos _, 6k de ce que l'on appelle mal de mâchoire chez les enfants ; efpèce de fpafine tonique qui préfente toujours les phénomènes de l'opifthotonos. L'on reconnoît trois efpèces de fpafme. Le tétanos proprement dit, dans lequel tous les mu£-_ çles font dans une contradion tonique., qui les fouftrait à l'empire de la volonté. Nous avons vu, dans ce cas, les mufcles contractés avec une telle violence qu'ils étoient durs, faillants, dou- loureux , 6k paroiflbient noués. La féconde efpèce çft l'opifthotonos ; c'eft la plus commune : les muf- cles poftérieurs de la tête-, du cou 6k du dos font dans une contradion tonique 6k douloureufe qui jette les corps en arrière. Dans la troifième efpèce où emprofthotonos j la contradion des mufcles antérieurs fait plier le corps en avant, fans qu'il puifle être redrefle : cette efpèce eft. la plus rare. M. Dehaeii parle d'après fon obfervation, celle de Vafalva 6k de Fernel, d'une quatrième efpèce qu'il appelle Plevrothonos (i). Le corps dans celle-ci eft courbé fur le côté par la contradion tonique (l) Rat. Méd. Pars X, cap. IV, Sur le Tétanos. y des mufcles. Nous croyons avoir vu quelquefois cette efpèce chez des malades attaqués de points pleurétiques ; mais alors elle n'étoit qu'un fymp- tôme d'irritation occafionnée par l'inflammation de la plèvre 6k des mufcles de la poitrine. Le fpafme attaque plus fouvent les hommes que les femmes. Celles-ci en font cependant attaquées quelquefois, principalement après leurs couches (i,...Les enfants y font très-expofés ., parce que, comme le dit Aretée (2), cela tient à leur conftitution ,. 6k qu'ils font dans un état convulfif perpétuel. Les jeunes gens 6k les hommes faits en font attaqués plus fréquemment que les vieil- lards ; ce qui eft contraire à ce qu'a dit Aretée (3), parce que l'intenlité de l'irritabilité de la fibre fuit les progreffions de l'âge, 6k que les vieillards font moins expofés aux caufes qui peuvent produire cette maladie. Les Nègres, par la même raifon, y font plus fujets que les Blancs : enfin le fpafme attaque auffi les animaux (4) ; il leur furvient dans les mêmes difpofitions, 6k il paroît produit chez eux par les mêmes caufes que chez l'homme. Aretée (5) , Pifon (6), Bontius (7), difent que le fpafme attaque promptement 6k avec violence. M- Chalmers (8), qui nous a donné une deferip- tion bien fatisfaifante de cette maladie , mais qui n'a peut-être pas fait afTez de cas des travaux de (1) V. Slaîpart. Vanderwiel. obf. (2) Aretée , de Te t. lib. I, cap. VI, 0) L. c. (4) V. Bajon, Mém. fur Cayenne.. (0 L. c. (6) V. Gui!/. Pifon, Hijlor. natur. £> med. L II, cap. IV, (7) Bont. de Med. indor. cap. H, de Spafmo. (8) Obferv. & ^echerch. méd. par une Soc. de Méd. de Londres. Ob. XIIe, p. 78 & fuiv. A m S DiJJertation & Ohfervations ceux qui l'avoient précédé, dit avec raifon que le fpafme vient fouvent par degré; il convient cependant, en fe rapprochant de Bontius qu'il dé- daigne , que le fpafme entreprend quelquefois la machine du malheureux malade en peu d'heures (i): ce qui eft bien prouve par l'obfervation de Bon- tius (2). Guillaume Pifon dit que le fpafme 6k toutes les maladies nerveufes font très-communes aux Indes (3). Bontius regarde le fpafme comme une maladie endémique des Indes (4). M. Chalmcrs dit que le fpafme eft endémique dans la Caroline feptentrionale, particulièrement chez les efclaves nègres. M. Bajon rapporte que cette maladie eft fi commune dans l'Amérique méridionale , qu'elle femble être propre à ces climats brûlants , 6k qu'elle eft d'autant plus fréquente 6k dangereufe que l'on approche de la ligne équinoxiale. M. Def- portes avoit écrit avant lui, en parlant du fpafme3 que li à Saint-Domingue on a l'avantage de ne pas connoître la rage , on a le malheur d'avoir une autre maladie qui n'eft guère moins terrible ()).. Suivant Aretée 3 le froid confidérablc peut pro- duire le fpafme. C'eft pourquoi l'hiver eft fi con- traire , enfuite le printemps 6k l'automne : l'été, fuivant lui, n'eft pas défavorable. M. Chalmers. prétend avec raifon que l'on voit ces maladies dans toutes les faifons, mais moins fréquemment en hiver que dans le printemps, l'automne 6k (1) L. c. (2) Bont. 1. c. ob. I". V. auflî Bajon , Mcm. fur Cavennej t. Ier, p. 14?. (5) L. c. de s.re Locis 6" aquis, p. 19* (4) L. Cit. (5) Hirt. des maladies de Saint-Domingue, t. II. Sur le Tétanos. 9 Tété _, où même ces maladies font encore plus communes , parce que les habitants travaillent dehors , 6k font expofés alternativement à l'ar- deur du Soleil 6k aux pluies confidérables qui vien- nent d'un moment à l'autre 6k changent la tem- pérature de l'air. Fernel a vu un opifthotonos qui eft revenu pîufieurs hivers de fuite (i). Nous vé- rifions tous les jours ce qui a été obfervé par Def- portes, que le fpafme eft plus commun dans les temps pluvieux que dans les temps fecs, 6k auffi dans feptembre 6k odobre , où le chaud 6k le frais fe fuccèdent plus fubitement. Le fpafme furvient également en été pendant les pluies d'orage, lorf- que l'alternative des vents de Nord-eft 6k de Sud font quelquefois varier la température de pîu- fieurs degrés dans un même inftanu Pifon a raifon lorfqu'il dit que les ouvriers, les pêcheurs, les boulangers, font principalement attaqués du fpafme -x les nègres fucriers, les arro- feurs, les chafifeurs , les tailleurs de haye., les couvreurs, les tonneliers, y font aufïî très-expofés. Celui qui a une blefTure, même légère; celui dont les organes fenfibles 6k moteurs ont reçu des irritations , des agacements 6k des commo- tions fortes (2) ; celui dont le fang eft animé par la chaleur du Soleil ou par celle de t'atmofphèrc ; les feorbutiques (3) , les véroles .(4); ceux qui ont la fièvre doivent être regardés comme dans, une difpofition au tétanos. Ces caufes difpofantes peu- (1) V. Fernel, de part. morb. & fimptomat. L. V, cap. III, motus fenfûfque fymptomata.. (2) Aretée. Tiflbt, J. c. p. 126 & fuiv.., p. 305, 388, 404, 4095 t. IV, p. 38. (3) Pifon, 1. c. 1, p. 61. (4) Rivière, ohf. V. X.. Teta, vener. R. med. I. c. obf. 4. Tiffot, traité des nerfs & de leurs mal. t. III, p. 277, p. 43*. 30 T)ifJertation & Obfervations vent être feules ou < o -.jointes : nous avons vu le fpafme flirvenir en hiver, dans un temps de Nord, à on jeune Nègre qui avoit une bleffure, 6k qui a rendu dans le cours de fa maladie une livre au moins de ver folitaire. Heifter , Skenchkius, Rivière ^ ont rapporté des obfervations de fpafme produit par les vers. M. de Sauvage cite une ob- lervation de Barere du même genre. Nous obier- vcrons que le fpafme produit par l'irritation feule des vers eft ordinairement du genre clonique, 6k q1 fi! a un caractère différent de celui qui paroît dé- pendre de la conftitution de l'air. Lorfque les caufes difpofantes exiftent , il ne faut que Ladion d'une caufe déterminante pour produire le fpafme. Hypocrate a dit que le froid produifoit les con- VnHtons 6k le tétanos (i); qu'il nuit aux os 6k aux parties nerveufes ( 2 ) ; qu'il condenfe la peau , fiifpend la fuppuration des ulcères ; qu'il produit le friflbn, les convulfions 6k le fpafme (3). Aretée penfoit que les caufes de ces maladies, font infinies, qu'elles peuvent être produites par la piqûre d'une membrane , des mufcles ou des nerfs, par l'avorteraient, par des contufions à la tête, 6k par un froid confidérable (4). (j). Gai- lien a auflî vu le froid produire l'apoplexie 6k toutes les efpèces de tétanos. Hypocrate 6k Boerhaave rapportent chacun une oblervation du fpafme produit par l'application, d'un cauftique fur des tendons, par le tiraillement. (0 L. Ve aphor. 19. (2) Aphor. 18, 0) A^hor. 20. (4) l: c. (0 V. Traité des nerfs & de leurs malad. par M.TifTôtj t III, p. Uj 34 & Tuiv. Sur le Tétanos- H de ces parties. Nous avons entendu dire que l'on avoit trouvé, dans le crâne 6k dans le cerveau des enfants morts du fpafme, des épingles, des épines. Quelques fages femmes ignorantes 6k crédules ou mal intentionnées avoient imaginé autrefois que les Négreffes luxoient les mâchoires inférieures pour faire périr leurs enfants 6k les fouftraire à l'efcla-* vage : (i) nous n'avons trouvé qu'une feule lois une contufion fur un pariétal avec échymofe dans la fubftance de l'os, chez un enfant qui étoit mort du fpafme ; mais fur mes représentations l'on fit grâce à la mère, que l'on vouîoit punir. Elle avoit peut-être laifle tomber fon enfant fans le vou- loir ; elle paroifloit très-affligée , 6k la punition qui on vouloit lui infliger pouvoit être une injuftice révoltante dans la pofition où elle étoiu. Les pré-^ fomptions font faciles à établir, mais il ne faut }uger que fur des preuves fournies par des faits bien obfervés, 6k jamais nos efclaves ne doivent être les vidimes de conjednres que leur légèreté ne rendque trop fouvent criminelles oudangereufes» Hyeron Mercurialis place entre les caufes ex- ternes des convulfions chez les enfants l'air hu- mide j les veilles, les frayeursj les bains; ce qui a fait dire à Michel Ephefius fur Avicene , qu'il ctoit d'ufage chez les anciens de ne pas nommer les enfants avant le huitième jour, parce qu'ils les lavoient en les nommant, comme le font les Chrétiens, ce qui les expofoit au fpafme. Afiftote dit que la boiffon de vin noir 6k fpiritueux produit les convulfions chez les enfants, foit que la nour- ; rice ou les enfants en boivent ; le lait épais ou pris en trop grande quantité, les pleurs, les veilles, les aliments d'une mauvaife qualité pour la nour- (i). V. Proj. d'inftr. demandé par le Min. de la Mar. à la Société roy. de Méd. p. ij. 11 EîJJenation & Obfervations i ricc peuvent occafionner cette maladie (i). Cette ; opinion ne diffère pas de celle de M. Chevalier, qnri creyoit non-feulement avec Defportes que le trop de feu que les nègre des font dans leurs cafés, 1& tuméey l'alternative du chaud 6k du froid peu- vent oeeafionner le fpafme ou mal de mâchoire ces enfants , mais que cette maladie pouvoit être produire auflî par les pallions de la mère, par lalivjs ci? l'cau-de-vie de canne 6k du piment. M. Chevalier préfume encore que la manière de lier le cordon ombilical peut eau fer le tétanos. hL Gauche croit que le tiraillement de cette partie ' &r le peu d'attention que l'on apporte à la foigner ; convenablement dans les premiers jours de la naif- fànce peuvent être caufe de cette maladie. Nous avons vu périr du fpafme à Léogane, fur l'habi- tation Mcrger, un enfant qui avoit éprouvé fur le cordon, qui étoit trop court, un tiraillement qcsi en avoit produit la rupture. Pifon, Bontius, Defportes, Chevalier, Chal- mer, Bertin ( 2 ), d'après Hypocrate , attribuent le fpafme à l'iinprcUion du froid , lorfque le corps eft échauffé ou couvert de fueur. Bontius a vu un foîdat attaqué du fpafme pour avoir, étant yvre , paifé la nuit couché fur la terre. M. Defportes a obfervé que le fpafme, qui atta- que les enfants, étoit plus rare dans les habita- tions ou les maifons font bâties fur des terrains élevés 6k fabîonneux.» que dans les habitations marécageufes. 1 M. Bajon croit que la caufe du tétanos , qui I paraît particulière aux pays chauds 6k fur-tout à Cayenne, réfide dans l'air, 6k que cet élément (i) lîieron-Mercurialis , de morb. puer. I. ut Cap. III, (z) Mém. f. 1. mal. de la Guadeloupe. 2* part. p. 5. Sur le Tétanos. tj ît dhargc d'un principe falin analogue fans êcmix 1 l'acide marin (i)* Nous croyons que l'air en Amérique a un mœèz de conftitution différent de celui d'Europe r, ai diffère peut-être dans le même pays d'mi^iea à un autre ; il n'eft peut-être pas le même dans tous les temps : cel% paroît prouvé par la diffé- rence des effets de l'air fur les corps animés i mais nous ne pouvons attribuer le tétanos au princçps falin que M. Bajon admet dans la conftitution êz l'air, jufqu'à ce que cela ait été bien prouvé îpar l'analyfe chimique de l'air, &■ par des obiervatusass fur l'impreflion des différentes efpëces d'air nat- turels ou artificiels fur les animaux dans les &&** férents états qui paroiffent difpofer au tétaaats. Ne voulant pas prendre des préfomptions plai- des connoiffances , 6k des conjectures pour «fcg j vérités ; nous appuyant des faits déjà cannas, & ! Fâchant, fur la foi des Auteurs 6k par nos obfe- ' Varions, que les variations de la température Differtation & obfervations malade. M. Sylveftre a employé la teinture thê- baïaue &r l'extrait d'opium avec fuccès, dans un fpafme produit par le déchirement d'une phalange » il a remarqué, quoiauc fa malade ne fut point accoutumée à prendre de l'opium, qu'elle ne feffentit cependant aucun mauvais effet de la. grande quantité dont elle ufa. Feu M. Dangerville , chirurgien major, praticien très-exercé, alfocié réfident du cercle, nous a dit avoir guéri avec l'opium, dans les hôpitaux du Cap, plufieurs malades attaqués du fpafme à la fuite des amputations qu'il leur avoit faites ; mais, il ne nous a donné aucune obtervation particu-- lière, 6k aucun détail fur fa méthode. M. Chalmers a employé l'opium à plus forte dote que Bontius ; l'un exercoit à la Caroline du Nord, 6k l'autre à Java ; or le climat 6k la confti- tution des hommes étant très-différents dans ces deux parties du monde, on doit s'arrêter à l'uni- formité du principe adopté par ces deux Médecins, attribuant la modification de la règle pour l'ad- miniftration de l'opium à la connoiffanee que ces deux habiles praticiens avoient du caradère conf- titutionnel des fujets qu'ils avoient à traiter. M. Home n'a vu qu'un feul exemple du tétanos; il avoit tenté inutilement tous les autres remèdes, & il n'y a eu que l'opium qui lui a réufli ; il veut qu'on l'adminiftre hardiment à de petits in- tervalles, lorfque la violence des douleurs paraît l'exiger fi). M. Lind dit qu'on peut donner l'opium à très- grandes dotes : il rapporte qu'il a donné un fcru- pule d'extrait thébaïque, en vingt-quatre heures, a un homme attaqué d'opiftotonos dans l'hôpital ; (i) Princip. de med. h. ni pars ii fecl. VI %. zzo\ Sur le Tétanos. 41 cfHaflar. Il eft probable que ce malade a guéri „ quoique M. Lind n'en parle pas. Une autre fois, continue M. Lind, on obierva que l'application de l'opium 6k du camphre aux pieds fit ceifer fur le champ le fpafme, qui revint dans toute fa force dè%, qu'on eût levé ce topique. On fit à différentes reprifes la même expérience ; elle eut toujours la même iffue, M. Thion de la Chaume, qui a rendu aux Médecins des Colonies le fervicc effentiel de traduire l'excellent ouvrage de M. Lindj dit que l'opium corrigé par l'union du camphre peut s'adminiftrer à beaucoup plus grande dote que lorfqu'il eft feul, 6k qu'il a donné fouvent cette combinaifon avec fucecs dans les affedions fpafmodiques les plus confidérables ; il eftime, lorfque le malade ne peut pas avaler, qu'il faut preferire l'opium en lavements, en y ajoutant de l'huile ou de la térébenthine diffoute dans des jaunes d'eeufs. M. J. Clephane a prefcrit une demi- once de teinture thébaïque dans un lavement purgatif. Nous avons procuré du foulagement à un malade avec un lavement dans lequel nous avions fait entrer l'opium, l'aifa-fçetida 6k l'huile. Perfonne, à ce que je crois, n'a donné de plus fortes dotes d'opium que le dodeur Archambault Glofter de faint-Jean d'Antigua. Il a fait prendre fans inconvénient 6k avec iiiccès, dans l'efpace de dix-tept jours, mille cinq cents grains d'opium, enfuite quatre-vingt-feize grains fur la fin de la maladie a un Nègre âgé de quarante ans, attaqué du tétanos, pour avoir paffé la nuit dans un endroit très-humide, après avoir été expofé tout le jour à l'ardeur du Soleil (1). M. Thion de la Chaume dit que l'opium ne (1) V. Journal de Phyfique, I. i. p. 174 & fuiv. 4* Dijfertation & Obfervations réunît qu'autant qu'on le donne en fortes do fes l mais qu'il arrive qu'on ne peut en tirer un aufli bon parti qu'on le defireroit, parce que les fonc- tions de i'eftomac 6k des inteftins en font dérangés au point qu'il devient impoflible d'en continuer l'ufage (i). C'eft fûrement pour prévenir ces in- convénients, que la Société royale de Médecine a paru adopter les cordiaux dans le traitement du lpafme, 6k qu'elle recommande de délayer l'opium clans du vin rouge. Il vaut mieux ne donner que des dotes modérées d'opium, que d'y joindre des cor- redifs irritants ; 6k certainement les cordiaux, le vin même ne produiroient jamais que de mauvais effets , à l'invafion 6k dans les progrès du fpafme. Nous croyons, d'après l'expérience, qu'on ne peut donner du vin que lorfque le fpafme a cédé j 6k que l'on doit abfolument bannir les cordiaux du traitement de cette maladie. On a déjà plufieurs obfervations, qui attellent que le mercure a été adminiftré en fridion avec fuccès dans le traitement du fpafme : il y en a quelques-unes qui prouvent que cette métnode a été infuffifante ; mais elle n'a encore montré au- cun danger. Nous n'avons pas eu l'avantage de lire les obfervations qui ont été fournies dans les effais de médecine 6k de littérature d'Edimbourg, par M. Monro : nous connoiffons celle qui a été donnée au Journal de médecine (i) par M. de Laroche, médecin à Genève. Rivière a raporté, d'après M. Aimar, une obtervation d'un fpafme clonique qui furvint après la guérifon d'une am- putation du bras, à la fuite d'une bleffure faite (0 Effai fur les maladies des Européens. T. ii. S. IV. (2) Journal de méd. &c. feptembre 1773. Sur le Tétanos. 45 j»at un boulet. Le malade avoit eu précédemment une gonorhée. M. Aimar foupconna que le virus vénérien pouvoit être la caufe du fpafme. On excita la falivation en adminiftrant les ffidions, & bientôt tous les fymptômes ceffèrent. M. de Sauvage, croyant avec Rivière que ce fpafme étoit l'effet du virus vénérien., en a fait une efpèce particulière, qu'il appelle Tétanos fyphillitique ; mais nous penfons avec M. de Laroche que cette opinion eft hafardée, que le fpafme pouvoit être l'effet de la bleffure, qu'il n'eft pas prouvé qu'il ait été produit par le virus vénérien, 6k que ce fait feul ne pourroit confirmer l'efpèce établie par Sauvage, s'il n'étoit démontré d'ailleurs que le virus vénérien pût occafionner des fymptômes nerveux, des fpafmes, des convulfions, des para- lifies, ckc. M. Vantage, alfocié du Cercle des Phyladelphes au Cap', a fourni plufieurs obfervations qui mon- trent l'avantage de l'adminiftration du mercure dans le tétanos. Nous avons nous-mêmes employé cette méthode avec fuccès. Il eft vrai que nous avons afïbcié l'opium au mercure, ainfi que l'a fait M. Vantage, 6k que l'on pourroit mettre en doute fi la guérifon du fpafme doit être attribuée à l'un plutôt qu'à l'autre remède. Cette objedion qui fe trouve dans le projet d'inftrudion de la Société royale de Médecine fur le tétanos, n'eft par ^ indifférente ; mais elle fe trouve déjà affoiblie par l'obtervation de M. de Laroche, qui prouve que l'opium donné à un grain, de deux heures en deux heures, ne produifoit qu'un léger affou- piffement, 6k que les fymptômes du fpafme n'ont cédé qu'à la falivation excitée par le mercure , 6k favorifée par l'adminiftration des bains tièdes. On ne doute pas de l'efficacité des purgatifs dans la 44 Dijfertation & Obfervations colique métallique, parce qu'on leur affocie îcfc huileux, 6k les anodins qui ont auflî leur utilité. On ne fe trompe pas, fans doute, lorfqu'on attri- bue à l'application d'une caufe des effets qui n'exiftoient pas avant qu'elle fût mite en adion. On eft donc autorifé à croire que le mercure a produit de bons effets dans le fpafme, puifque plufieurs obfervations atteftent que tes accidents de cette maladie ont diminué lorique la falivation s'eft établie, ou lorfque le mercure agifïànt fur les inteftins a produit un cours de ventre. D'ailleurs quelle qu'ait été la caufe du tétanos qu'éprouva M. de Bollon (i) il eft trop évident que cette ma- ladie a été guérie par l'adminiftration du mercure, pour que l'on puiffe douter de l'efficacité de CC remède dans le traitement du fpafme. Pourrons-nous jamais concevoir comment le mercure peut être utile dans le traitement du fpafme ? il feroit fans doute fatisfaifant de pou- voir réfoudre cette queftion : mais comme cela paraît impoflible, nous croyons qu'il eft bien plus intéreftant que les praticiens multiplient les expé- riences 6k les obfervations pour conftater les effets de ce minéral, 6k établir les règles les plus conve- nables pour fon adininiftration. Cependant comme il eft permis, fans négliger les faits, de donner quelque chofe au raifonnement, que cela peut %même être utile lorfque cela eft appuyé fur l'ob- fervation, nous préfenterons. quelques rapports fenfibles entre les effets du mercure 6k de l'opium fur les humeurs 6k fur ta fenfibilité. Ces deux fubftances paroiflènt d'une nature très- différente , mais elles calment toutes deux la douleur dans certains cas ; elles diffolvent ; elles. (i) V. f. obferv. rapp. par Rivière. Sur le Tétanos. 45 atténuent les humeurs, 6k agiffant l'une 6k l'autre .par un principe feptique d'une nature inconnue, elles difpofent à la cachexie> au feorbut, à la putréfadion ; 6k enfin s'il eft conftaté que le mer- cure peut être employé dans quelques cas où l'opium pourroit avoir de l'utilité, il elt également prouvé que ce dernier remède a été donné avan- tageufement contre des maladies dont le mercure) eft le fpécifique. Ne peut-on pas préfumer que c'eft un acre hétérogène qui produit le tétanos. Agit-il fur les nerfs, ou fur les mufcles immédiatement ? c'eft ce qui n'eft pas prouvé. Ce qu'il y a de vrai, c'eft que l'adion mufculairc paroît encore plus affedée dans cette maladie que l'adion nerveufe* Si la caufe matérielle du tétanos eft une humeur excrémentielle qu'il faut aflîmiler , ou dont il faut tempérer l'adion jufqu'à ce que la nature ait pu s'en débarraffer par une voie d'excrétion 3 on con- çoit aifément pourquoi les délayants, le mercure, f opium, les purgatifs enfuite peuvent être utiles dans le traitement du fpafme. Cette vue théorique eft fufceptible d'un plus grand développement ; mais nous ne voulons pas la fuivre, laiffant à ceux qui la goûteront le foin de l'approfondir. Il refte à rechercher fi le mercure peut être employé fans danger dans tous les cas 6k chez tous les fujets, fi on doit le donner feul dans le traitement du fpafme, ou fi on doit lui affocier 4'opium : enfin il faut établir quelle eft l'époque à laquelle il peut être utile , quelle eft la méthode que l'on doit fuivre pour l'adminiftrer, 6k quels iont les remèdes auxiliaires dont on peut fe fervir. Nous croyons qu'il ne peut être que très-avan- tageux de combiner l'opium avec le mercure, qu'il y aura plus de probabilités pour la réuffita 4*> Dijfertation & Obfervations du traitement, fi on peut l'appliquer à l'invanort du fpafme. Nous avons employé fur l'épine, 6k fur les extrémités inférieures, des dotes fortes de pomade de mercure. Nous avons fait répéter les rridions tous les jours, jufqu'à ce que la falivation ait paru. Nous avons alors employé les bains, les laxatifs, les gargarifmes adouciffants, les boilfons délayantes, fans négliger l'opium ; 6k nous attri- buons les fuccès que nous avons obtenus à l'ufage de ces différents moyens, adminiftrés conjointe- ment ou fucceflîvement dans un ordre convenable 6k fuivant les indications déduites des fymptômes de la maladie. En difant ce que nous avons fait, nous ne donnons pas notre pratique pour une méthode invariable. Nous n'avons peut-être pas encore un affez grand nombre de faits pour pouvoir établir des principes : cependant nous croyons que nos obfervations fourniffent, finon des preuves, du moins des probabilités qui permettent de tirer des indudions en faveur des règles que nous avons préfentées, 6k des moyens que nous avons em- ployés. Si chaque Médecin apporte autant d'appli- cation que nous à s'inftruire de ce que les Auteurs ont écrit fur le fpafme, 6k à rechercher ce qui peut être utile dans le traitement de cette terrible maladie,^ nous ne doutons pas que l'on ne perfec- tionne l'ébauche imparfaite que nous préfentons, & nous formons des vœux bien fincères pour que cela puiffe avoir lieu. 47 W ___ . ---'.----_ OBSERVATIONS SUR LE TÉTANOS* Recueillies par le Cercle des PuiladelPhe* Au Cap-François* Première Obfervation fur le Spafme ou Tétanos des nouveaux nés, maladie improprement appelée Mal de mâchoire ; par M. Gauche , habitant au, Port de Paix 3 adminijlrateur concejjionnaire des eaux minérale* du Port à Piment 3 ajfocié du Cercle* A. Mon arrivée dans la Colonie, j'entendis parler pour la première fois du mal de mâchoire, qui m'étoit fi peu connu que je demandai ce que c'étoit que cette maladie, 6k quels étoient fe* fymptômes : je n'eus pas lieu d'être fatisfait des réponfes que firent à ma queftion les habitants cjue j'interrogeai, 6k je fus révolté de celles que je reçus de plufieurs Chirurgiens exerçant avec fuccès ( pour leurs fortunes ) dans la plaine. Il n'y a aucunes fortes d'abfurdités anatomiques qu'ils* he m'aient débité à ce fujet. Les uns m'ont dit que la mâchoire étoit luxée par la méchanceté des. Accoucheufes, 6k que c'étoit ce qui empê- choit la bouche de s'ouvrir ; d'autres qu'ils avoient trouvé des épingles enfoncées dans le crâne, dans les oreilles, dans feftomac, dans l'anus, 6kc. J'ai lu les obfervations de MM. Barrère, Defportes, que j'ai trouvées plus fages, mais qui ne m'ont pas tiré de la perplexité où me jetoient l'exiftence continuelle du fléau 6k l'ignorance de la caufe. Chargé de la procuration de quelque* fucreries 48 Obfervatiofii où ce mal ernportoit prefqne tous les nouveauît nés, j'ai obfervé autant que j'ai pu tout ce qui pouvoit indiquer la caufe de cet accident ruineux. Ce n'a été qu'en 1780 que ie fuis parvenu à connoître l'origine du mal 6k fon remède. Alors mon époulè, qui me fecondoit dans mes recherches là-deifus, m'a dilra que jamais elle n'avoit vu de Négrillon attaqué du mal de mâchoire , que dans le temps où le cordon ombilical a coutume dé tomber ; 6k que s'il y avoit du maléfice de la part des Nègre tes, ce n'étoit que dans cette partie qu'il falloit s'appliquer à le trouver. Peu de jours après j'eus l'occaiion de voir la jufteffe de Cette remarque. On vint m'avertir qu'un enfant de fix jours avoit le mal de mâchoire : ma femme fut de fuite le vifiter, 6k trouva qu'on avoit levé la bande 6k la comprefte qui contenoient le cor- don ; elle me fit appeler, 6k je vis bien évidem- ment que le cordon, prefqne tout-à-fait defféché, ne s'étoit point détaché de lui-même, mais avoit été enlevé avec force, 6k il en reftoit des fibres adhérentes à l'ombilic, où il y avoit inflammation. Malgré tous nos foins le Négrillon périt dans les Vingt-quatre heures. Je châtiai févèrement la Né-* grefle qui avoit occafionné ce mal, 6k je défendis, Tous les peines les plus rigoureu fes, de vifiter le nombril des enfants naiîfants., à moins que je n'y ruffe prêtent ou mon époufe ; 6k depuis ce mo- ment ii n'eft arrivé aucun accident aux nouveau* nés fur mon habitation, où ce fléau régnoit aufîî i on n'en voit plus aucun exemple, 6k j'ai la fatif- fadion d'avoir arrêté les progrés d'un mal qui défoloit plufieurs habitants de ma connoiflànce, auxquels j'ai fait part de cette remarque. Précaution^ Sur le Tétanos. ^49 ■Précautions a prendre pour prévenir cette maladie. l\ ne s'agit que de s'affurer que le nombril .-.«orrompu ou derféché ne fera vifité 6k levé que ,fous .les yeux du .propriétaire ou (aérant de l'ha- bitation , 6k de défendre aux Négreffes, fbit la mère ;foit l'accorrcheufe _> dé le vifiter auparavant fous aucun prétexte. On ne doit par conféquent donner le foin des nouveaux nés qu'à des lùjets dont on foit fur, puifqu'en changeant le linge des enfants , elles peuvent fecrettement lever la bande Se occafionner la maladie dont je parle. Ce changement de linge ne devroit fe faire qu'à certaines heures 6k fous les yeux du Gérant, qui ne vifitera le cordon ombilical que le fixième ou le feptième jour, parce que , quand même il ferait détaché plutôt de lui-même, il n'en peut réfulter aucun accident effentiel pour l'enfant, comme je l'obterve depuis quatre ans fur tous les Négrillons 3ue je vois naître. J'ai vu un petit Elanc mourir e cette maladie, 6k il en fut attaqué dès l'inftant que la Né greffe accoucheute eut levé la bande. J'ajouterai encore que je n'ai préfque. jamais vu cet accident arriver, quand on ne te fert pas dVfclaves pour accoucher 6k foigner les Négreffes. J'ai fait cette obtervation fur l'habitation de M. Souverbie, où je n'ai jamais vu mourir un Négrillon quand je pouvois avoir les fervices d'une Négrefle libre, qui étoit attachée à cette habitation pour en avoir reçu quelques bienfaits ; elle.accouchoit les Blanches, 6k les Négreffes en ville ; 6k il eft certain que j'amais aucun des enfantfs qu'elle a f oignes n'a été attaqué du tétanos, 6k cependant elle a fait les fondions d'accoucheufe au Port de Paix pendant environ vingt-cinq ans. $0 Obfervations Observations fur le Tétanos ou Spafmt par M. St Bris, maître en chirurgie, à l'Acul, affocié colonial du Cercle ides Philadelphes. Première,Obs eJlvation. Nous ne croyons pas qu'il foit en notre pouvoir d'expliquer pourquoi 6k comment une fueur fiip- primée produit le fpafme 6k des convullions. Il nous femble que les Auteurs te font copiés pour afligner une méthode curative dans le fpafme t qu'ils ont plus raifonné qu'obtervé, 6k que 1 ana- logie de cette maladie avec les autres maladies convulfives les a égarés dans le traitement , en leur faisant croire que les moyens les plus efficaces pour produire le relâchement qu'on délire étoient les anti-fpalmodiqncs de toute efpèce. Le Père de la médecine a établi en principe que le relâchement du ventre fuccédoit à la den- hté de la peau. Ne peut-on pas admettre,d'après cela, que l'humeur de la tranfpiration fe porte fur les nerfs des inteftins 3 6k que c'eft plus par fympatie que par une irritation locale ou ydio- patique, que les contradions des autres parties fe manifeftent ? S'il en eft ainfi, on ne fera pas étonné des fuccès confiants que nous avons ob- tenus dans le traitement du fpafme par l'admi- niftration des purgatifs, puifqu'il ne s'agit, pour faire ceifer les contradions convulfives qui carac- térifent le fpafme, que de déplacer 6k d'évacuer l'humeur hétérogène qui irrite les inteftins. Les praticiens qui ont été dans le cas de voir Cette maladie favent que la langue fe couvre du fept au huit, Si quelquefois avant, d'une croûte Sur le Tétanos. j% faune ck épaiffe, comme dans les fièvres humo^ raies. C'eft ce ligne qui m'a décidé en faveur des purgatifs, après avoir tenté inutilement., fur l'opi- nion d'autrui, cous les autres moyens uiités. Que l'on ne dite pas, par habitude ou par préjugés., que les remèdes irritants 6k incendiaires doivent augmenter les accidents d'une maladie d'irrita- tion. Je pus affurer, 6k mes obkr.ations le prouveront, que l'adminiftration des purgatifs eft fûre, 6k que les catartiques agiitent plus effica- cement que les minorants. Les purgatifs paroilfent attirer au dehors l'hu- meur excrémentielle retenue, 6k ils débarraffent tes inteftins des groffes matières, que l'on tente- roit inutilement d'évacuer par les lavements} qui font fans effet dans ce cas-là On voit après la première ou la lèconde médecine une diminution d'éréthifme : l'adion tonique eft moins grande : les mouvements convulfifs diminuent : la déglu- tition eft plus facile : la langue fe dépouille 6k devient rouge fur les bords, ce qui eft un figne favorable; 6k enfin tous les accidents oeflent, en continuant le même traitement par gradation. En 1781 une Nègre Se âgée d'environ trente ans, fur l'habitation de MM. * *, te préfenta à l'hôpital en me difant qu'elle avoit un mal de gorge. Comme il régnoit alors fur cette habita- tion des maux de gorge gangreneux , j'avoue que la prévention m'en impofa d'autant plus qu'en examinant la gorge je trouvai les glandes amyg- dales tuméfiées. J'adminiftrai un vomitif, comme je l'aVois déjà pratiqué avec fuccès dans les maux de gorge que j'avois traités. Cette malade fut bien évacuée : je lui preterivis tout ce qui pouvoit avoir du rapport à la maladie que je comptois traiter i mais quel fut mon étonnement d'apprendre le D i| 5*. Obfervations lendemain que la malade étoit dans un fpafme général ; fon corps étoit roide comme une barre. Cette maladie étant la première de cette elpèce que j'avois été à même de voir, je cherchai à en connokre la caufe. Je fis plufieurs queftions à là Négreflè, pour favoir d'elle ii quelques accidents n avoient pas donné lieu à fa maladie ; elle me répondit par un mouvement de tête que non. Sachant la peine qu'on a chez les Nègres de découvrir une caufe "de maladie , je preferivis dans cette circonftance deux bains par jour, dans lefquels on jetoit une ample décoction de plantes émol- lientes, une tiiànne faite avec de la fleur de fureau , des lavements laxatifs, 6k deux grains d'opium , que la malade prenoit à l'entrée de la nuit. Je lui fa fois faire, autant que cela te pouvoit, des frictions lèches, le tout dans l'intention de rétablir la tranfpiration 6k la fueur. Ce fut en vain que je mis tous ces moyens en ufage pendant une dizaine de jours : la maladie fut toujours au même période. Un de mes confrères, qui fe trouva prêtent à une de mes vifites, fut d'avis de faigner la malade, 6k m'aHira qu'il avoit vu de bons effets de la faignée dans des cas fcmblab'les. Ne foupçon nant pas que fon aifertion fût ha fardée., je me décidai bien vite, ne pouvant oppoter mon expérience, en préfiimant que la faignée ne pou- voit être nuifible. La malade fut faignée quatre fois par jour dans l'efpace de fept à huit heures. Il eft vrai qu'on tirait peu de fang à la fois : mais cela ne procura aucun bien, car, fix ou fept jours après, la maladie étoit au même degré , malgré la con- tinuité des remèdes dé/à preferits. La peau étoit toujours fèche : il n'y avoit que des fueurs par- tielles. Voyant enfin que les fecours employés jufqu'alors ne pouvoicnt vaincre une aufli terrible Sur le Tétanos. 55 ^maladie, je me déterminai à faire ufage dés pur- gatifs. Je preterivis", le dix-huitième jour de la maladie, un minoratif qui fut diviié en deux dotes, dans l'intention d'irriter le moins pénible. Ce purgatif évacua pa'uablcmcnt la malade , 6k ne parut pas d'ailleurs avoir produit un bien grand effet. Je crus néanmoins appercevoir, le foir, que l'éréthifme 6k la raideur écoient moins coni-dé- râbles, mais la malade îïétcit pas mieux le.len- demain. Trois jours après, ce premier purgatif, j'en donnai un fécond dont j'augmentai un peu la force. Les évacuations furent très-confidérabies, 6k cela parut avoir produit de bons effets. Mon espoir te ranima. Alors je crus ne devoir pas tarder, d'après l'effet falutaire de> deux premiers purgatifs, d'en adminiftrer un troifième qui fit le plus grand bien. La malade Rit en état de guérir : le même jour elle prit une foupe, ce qu'elle n'avoir encore pu faire : je lui recommandai l'exercice , 6k lui preferivîs quelques aliments folides. Au bouc de quelques jours il ne reftoit plus qu'un peu dengourdiifement qui fe diflîpa entièrement à l'aide d'un quatrième purgatif, lequel termina une maladie dont la durée a été de cinq temai- nes. En te livrant un peu aux réflexions que prétente l'hiftoire de cette maladie., ainfi qu'aux traitements qu'on a employés pour la combattre, il paroît que les premiers moyens qui ont été mis en ufage ont été de nul effet. Pendant trois temaines on s'eft fervi des bains, des tifannes, des calmants 6k des faignéesj fans que pendant l'efpace d'un temps auflî long on ait vu le moindre changement dans la maladie, tandis qu'un piemier purgatif a. déjà donné une lueur d'eipérance, qui s'eft fuc- • ccflîvement foutenue 6k fortifiée 'juiqû'a la qua-~ o fi; 54 Obfervations trième médecine qui a abfolument triomphé ct|| mal. Je ne prétends cependant pas blâmer l'ufage de tous ces remèdes : je les crois même utiles r mais j'aifure que les purgatifs font en général les feuls fpécifiques de la maladie dont il eft ici queftion. Trois exemples qui fuivent celui-ci te confirmeront. Seconde Observation. En 1785 une jeune Négreife âgée de onze an* fut portée à l'hôpital de la même habitation que la précédente, ayant un. fpafme général.. Je de- mandai fi quelques accidents n'ayoient pas donne lieu à la maladie. Je ne découvris abfolumenc rien. Je recommandai les bains, les lavements laxatifs, une infufion de fleur de fureau, 6k enfin un grain d'opium que te malade prenoit aux approches de la nuit. On continua ce traitement pendant l'efpace de dix-huit à vingt jours fans aucun avantage. Le fuccès obtenu par les purgatifs me détermina à y avoir recours. J'ordonnai une décoction de caffe, dans laquelle je fis di(foudre un gros 6k demi de tel d'epfum. Ce laxatif fit le Ï>lus grand effet, 6k la malade fe trouva foulagéc e même jour. Peu de temps après je la repurgeai avec une médecine ordinaire , qui augmenta ten- fiblement le bon état où elle étoit. Je palfai fucceflîvement, 6k à des diftancos plus ou moins éloignées, iufqu'à une cinquième médecine ^ qui la débarraffa totalement d'un mal qui avoit opi- niâtrement réfifté aux remèdes les mieux indiqués. Troisième Observation. t II y a fix mois qu'une de mes Négreffes âgée d'environ teize ans, 6k d'un tempérament très-Ieç, Sur le Tétanos. 5f fut faifie prefque tout à coup d'un refferremcnt a la gorge, des convulfions à la mâchoire, au cou Se au dos. Je fuivis exadement dans cette maladie le traitement que j'ai indiqué plus haut pendant environ trois temaines, fans que pour cela il y eût le moindre changement dans 1 état de la ma- lade. Je n'hélitai pas dans, cette conjoncture à adminiftrer les purgatifs La Negreilc fut purgée d'abord avec deux gras de {ènc _, deux gros de ici d'epfum- 6k deux onces de manne ; elle évacua prodigieutement, 6k fe trouva beaucoup mieux le lendemain. Irais jours après je réitérai le pur- gatif, auquel j'ajoutai dix grains de jalap en poudre fans ébulition Les telles furent fi fré- quentes , qu'elle ne eeffa d'évacuer q.ie le. foir y elle dormit fort bien cette nuit, 6k le trouva fl bien le matin , qu'elle prit des nourritures folides, 6k fut parfaitement guérie au bout de vingt-deux à vingt-quatre jours.. Quatrième Observation. Environ trois mois après j'eus occafion de voir fur l'habitation de M. * * une Négreife nourrice, qui ayant voulu au déclin du jour, étant en fueur, refpirer l'air frais, fortit de fa cate. A peine l'air f eut-il frappée, qu'elle fe fentit tout à coup prife d'un mal de gorge, la mâchoire ferrée, 6k tous les. mufcles du cou & du dos dans fa plus forte contraction ; elle éprauvoit très-fouvent des mou- vements convuîfifs qui lui faifoient Ibuffrir les douleurs les pins aiguës. Comme la Négreife étoit d'une forte conftitution , je me déterminai à la fai- gner, toujours dans les vues de relâcher Se de rétablir, s'il étoit poflîble , la tranfpiration; elle le fut quatre fois dans deux jours : je lui preterivis D iv J 6" - Obfervations les bains, une boifïbn analogue, des frictions" fèches 6k fouvent répétées ; Se le foir on lui donnoit, dans un lait d'amende, trente goûtes. anodines de fîdenham. Tous ces remèdes furent mis vainement en ufage pendant vingt jours, La malade n'éprouva au bout de ce- temps aucun. fouiagcmcnt : le vingt-unième je lui fis prendre- deux verres d'eau de carte, que j'avois fait aiguifer avec de ix gros de tel d'epfum. Trois ou quatre' jours après il ne parut aucun changement ; je paflai alors un purgatif un peu plus ftimulant, qui, produifit bientôt un léger relâchement : enfin je^ ào:i!iai trois autres purgatifs, dont je proportionai les diftances 6k la force relativement à celle de' la malade, 6k à la détention des folides, qui fe faifoit après l'efret de chaque purgatif. Au bout de^ cinq temaines, la Nègreife a été parfaitement guérie..' On obtervera aifément, d'après l'effet des pur- gatif; , que s'ils fon: le moyen qui a le mieiuc réufii dans le cas dont il s'agit, ce fuccès a été d'autant plus éclatant que le purgatif a eu plus de force. Je n'ai purgé ma Négreffe que deux fois, 6k avec affez de violence ; auflî ces deux méde- cines lui ont-elles fuffi, tandis qu'ayant débuté chez les autres par les doux laxatifs, j'ai été bien plus fouvent obligé de les réitérer que je ne l'aurais fait fi je les avois d'abord purgées comme l'a été cette Négreffe -■ auflî je confeille en pareil cas des purgatifs tels que le féné, les tels purgatifs, la rhubarbe 6k même quelquefois un peu de jalap. Seconde clajfe du Tétanos occafionné par des blejfures. Si j'ai été heureux dans le tétanos provenant d'un vice de l'air, j'ai été très-malheureux dans Sur le Tétanos. 5? le traitement de celui qui eft occafionnê par une caufe extérieure. Il eft vrai que je me fuis fervi- lement tenu à l'ufage des relâchants, fans ofer tenter les purgatifs qui peut-être, employés à propos, m'auraient auflî bien réuflî dans un cas comme dans l'autre. Combien ne feroit-il pas à defirer d'avoir fur cette maladie un plan de trai- tement déterminé pour tirer les malheureufes vidimes de l'état critique où elles fe trouvent. Combien d'habitants perdent-ils tous les jours des Nègres de prix, que nous ne pouvons leur con- terver faute d'une méthode convenable 6k fûre pour les traiter. Il me femble que le fujet eft trop intérenant pour ne pas occuper férieufement li Cercle des Philadelphes, 6k pour ne pas faire dans la fuite la matière d'un prix. L'émulation pourrait peut-être nous donner des lumières que nous n'avons pas encore : mais il ne faut pas perdre de vue que c'eft l'obtervation qui doit les fournir. J'ai eu oçcafion de traiter quatre Nègres attaqués d'un tétanos à la fuite de blelfures. J'ai employé les mêmes moyens que dans le tétanos produit par une fuppreflîon de tranfpiration, Sec. : j'ai feu- lement ajouté la chaleur du feu, comme un agent propre à la rétablir. Il y a environ fix mois que j'eus l'occafion de foigner le quatrième malade. J'avois alors entendu parler de l'obtervation pré- fentée au Cercle par M. Vantage, fur les fuccès de la falivation dans le traitement d'un tétanos fur- venu à une bleffure. Ne fâchant moi-même quel parti prendre, ayant déjà échoué trois fois, je crus ne rien hafarder en donnant des fridions au malade ; il fut froté le deuxième jour avec un gros d'onguent mcrcuriel. Je donnai une pareille fric- tion pendant cinq jours > craignant avec raif©a 5 S Obfervations n'avoir pas le temps d'introduire une aflez grande quantité de mercure, fi je laiffois des jours d'in- tervalle , comme il eit d'ulage : d'ailleurs mon intention étoit, à l'imitation de mon confrère, d'exciter une falivation; elle n'arriva pas,proba- blement parce qu'il furvint une diarrhée confidé- rablc qui ne ceifa point. La tête fe prit, 6k le malade mourut le teptième jour. Cinquième Observation. Dans le moment où j'écris ceci, un jeune Nègre ayant au pied un petit abcès récemment ouvert, reçut imprudemment un grain de pluie confidé- rable ; il fé plaignit le lendemain d'une tenfion dans les parties fù.périeurcs, particulièrement au dos Se au cou. Craignant avec raifon q^e les dou- leurs ne fuffent les avant-coureurs d" foafmc, je confeillai de fuite un bain chaud, dans lequel le Nègre refta trois heures ; il prit un vomitif le len- demain avec cinq grains de tartre ftibié , qui fit vomir prodioîeufement le malade. Après l'adion du vomitif la fueur fe manifefta 6k Rit très-abon- dante. Je lailis cette occafion pour féconder les efforts de la nature. La tifanne fut faite avec une décodion de fleur de fureau, 6k le malade ufoit d'heure en heure d'une cuillerée de potion faite avec deux gros de thériaque, vingt cinq grains d'an- timoine diaphorétique, 6k quinze grains de pou- dre de vipère; le tout divifé dans une fuffifante quantité d'eau de fleur de fureau. La fueur fe fou- tint pendant une douzaine de jours, au bout defqucls je trouvai finftant de donner un purgatif, qui finit d'apporter le calme. Le malade Rit parfaite- ment guéri au bout de trois temaines. On ne fauroit trop accumuler les faits dans l'art Sur le Tétanos* 59 de guérir, particulièrement lorfqu'ils doivent con- courir à établir une méthode curative. C'eft d'a- près ces vues que j'ai cherché à raftembler tout ce ue j'ai obfervé de remarquable dans le traitement u tétanos caufé par une fuppreflîon fubite de la fueur, pour pouvoir enfuite en tirer les indudions qui doivent fervir à préconifer ou à proterire le traitement. Je crois avoir établi, iufqu'à un cer- tain point, que les praticiens de nos jours étoient encore dans ta plus grande indécifion fur le moyen le plus efficace de combattre une maladie auflî terrible que meurtrière, particulièrement dans les. Colonies, où elle ma paru très-commune , 6k où, par la même raifon, on devroit chercher les moyens les plus convenables pour la guérir. C'eft à l'expérience à trouver ces moyens ; elle feule peut nous donner le flambeau qui nous évitera les tâtonnements prefque toujours funeftes aux malades. * Sixième Observation. Le 1 odobre 178), un jeune Nègre âgé d'en* viron quinze ans me dit avoir fait une chute , Se s'être frappé rudement le côté gauche de la f>oitrine; il me parut rcfpirer avec peine : je vibrai a poitrine 6k n'apperçus aucune trace de gonfle- ment ni de contufion : ie me déterminai à te faigner : je preterivis quelques fomentations fpi- ritueufes fur la partie affectée. Deux jours après je revis le malade, 6k le trouvai dans une tenfion fpafmodique générale, qui étoit déjà à fon plus haut période. La mâchoire étoit très-terrée 3 car à peine permettoit-elle l'introdudion d'une cuil- ler qui fervoit à lui faire pafler quelques boiflbns; il étoit fréquemment tourmenté par des mouve- a 6o Obfervations ments convulfifs très-violents. Comme le malade n'étoit point commodément placé , on jugea '•* propos de le tranfportcr fur la grande place de l'habitation dont il dépendoit, de manière que je ne le revis que deux jours après je trouvai qu'on l'avoir placé entre deux grands feux qui donnaient une chaleur exceilive à la chambre , dont on avoit eu foin de fermer toutes les iiîues. Sa boulon confiftoit en une décodion des ruches de poux de bois; on lui pafloit-, quoiqu'avec peine, v.n peu de bouillon , Se on lui doimoit plufieurs lavements par jour : voilà à peu près le traitement qu'on avoit mis en ufage. Il aurait été bien difficile qu'avec des pareils •moyens, fur-tout avec une chaleur telle que celle qui regnoit dans la chambre de ce malade , on n'eût pas provoqué la fueur ; auflî m"aîïiira t-on que depuis deux jours il n'avoit ce.'fé de mouiller des chemifes. J'avotie que cette crite, aufli fou- tenue 6k auflî abondante , m'ébranla 6k me fit fuppoter que, quoiqu'elle parût uniquement excitée par l'art, elle pourroit peut-être bien opérer la cure radicale de la maladie : néanmoins incertain 6k très-prévenu en faveur des purgatifs, je les pro- pofai ; mais on ne voulut pas en faire ufage , croyant que leur effet étoit oppofé à la crite qui venoit de s'établir, 6k fur laquelle on fondoit, avec une efpèce de certitude, la guérifon du malade, d'après le témoignage d'une perfonne de l'art très-expérimentée. Trois femaines fe panèrent dans la vaine attente d'un relâchement : alors on ne balança plus à me charger du malade. Quoique la fueur fe foutînt, je n'héfitai pas à détruire ce qui l'avoit fi fort excitée, je veux dire les bra- fiers : je ne laiffai que le feu néceffàire pour que le malade n'éprouvât pas trop les effets du paf- Sur le Tétanos. 6i fige d'un air trop chaud à un air infiniment tempéré. J'examinai la langue, autant qu'il me fut poffible ; elle me parut couverte d'une ïaburc de deux lignes d'épais. Cette circonftance fut une double raifon qui me porta à accélérer les pur- gatifs : aufli en adminiftrai-je un le lendemain, compofé avec deux gros de féné, deux gros de tel d'epfum , vingt grains de rhubarbe ; 6k fur la fin de l'ébulition on ajouta une once de manne. Ce remède procura des évacuations confidérables, d'une très-mauvaife odeur. Je preterivis, pour le furlendemain, la même médecine ; elle procura un effet bien tenfible 6k bien avantageux. Le malade ^put fléchir une jambe ce jour-là. Deux jours après, )e réitérai le même remède. Le malade fut toujours de mieux en mieux, 6k guérit par- faitement au bout de trois ou quatre jours. Septième Observation. Le vingt-trois mars dernier une Négrite, âgée d'environ huit ans, fut amenée à l'hôpital ; fa mâchoire étoit ferrée ; la déglutition éteit difficile, fon cou 6k le dos étoient roides. N'ayant trouvé aucune plaie ni ulcère fur fon corps j je penfai que fà maladie provenoit d'une fuppreflion de tranfpiration. Je preterivis les bains tièdes, les lavements, une boiifon délayante. On continua ces remèdes pendant huit jours. L'enfant avoit fouvent des mouvements convulfifs, violents. J'or- donnai le neuvième jour un purgatif, qui pro- duifit un bon effet. Je preterivis le même remède deux jours après : la malade ne voulant pas lé prendre, je pris un ton menaçant pour la décider: à peine eut-elle le remède à la bouche qu'elle eut des convulfions fi violentes, pendant fix mi- 6i Obfervations nutesj que je crus qu'elle alloit fufFoquer ; elle fortit de cet état, mais elle ne parut pas plus docile. Je me décidai à difloudrc deux grains d'émétique dans quatre prifes de tifanne, qui fo- rent données à des diftances très-éloignées, pour ne pas exciter le vômiifement* Les ventre vida cinq fois des matières très fétides : cela procura un relâchement conlidèrable. Les mouvements convulhfs ccffèrent prefque entièrement, 6k tous les fymptômes furent moins graves. On me fit ob- lerverdeux tumeurs de la groifeur d'une moyenne orange, l'une formée par la dernière pièce du fternum 6k les cartilages des fauffes côtes : l'autre étoit fituée au deflbus de l'angle inférieur de l'omoplate, 6k defcendoit vers la partie latérale des côtes. Ces tumeurs paroiffoient formées par la contradion des mufcles qui avoient agi avec force fur des pièces olfeufes 6k cartilagineufes très-flexibles ; elles ont entièrement difparu dans la fuite. Trois jours après l'adminiftration de l'émétique, on en fit prendre une pareille dote de la même manière, ce qui produifit l'effet le plus avantageux* La malade commença à marcher : le lendemain elle prit des aliments folides : je lui donnai encore une dote d'émétique, qui termina la cure en vingt-quatre jours. Huitième Observation, Le dix juillet on me fit voir une jeune Nègre le âgée de douze à treize ans, attaquée du tétanos. Je trouvai dans plufieurs endroits du bas ventre cinq ulcères vermineuy. Je fis ôter les vers, 6k panfer 'es ulcères avec un «m^ent fnm-f-n f. je J>refcri\ h les remèdes généraux, qui furent négligés* Sur le Tétanos. £3 Je trouvai deux jours après cette Négreffe prête à fuffoquer entre deux feux dans une chambre bien clote. Je fis changer ce traitement abfurde 6k meurtrier. J'employai pendant queques jours les remèdes que j'avois d'abord indiqués. Je donnai enfuite un purgatif compofé d'un gros de féné, autant de tel d'epfum, 6k quinze grains de jalap. Je réitérai le même remède deux jours après. Les mouvements convulfifs ceffèrent. La malade a pris encore deux purgatifs ; elle a été rétablie en vingt jours. Observations fur le Tétanos par M. Vantange, maître en chirurgie au quartier Dauphin, ajfocié colonial du Cercle des Philadelphes. Première Observation. Le 19 décembre 1784, un Mulâtre au Haut du Cap me fit appeler pour voir un de {es Nègres. Je le trouvai fur fon lit ayant peu de fièvre, toute fa connoifTance, mais ne pouvant parler ni mou- voir les mâchoires, qui ne laiffoient entr'elles que le petit efpace qu'entretenoit un tampon de linge qu'on avoit eu la précaution d'y introduire; il avoit le cou roide 6k de fortes douleurs tout le long de l'épine du dos ; mais ce qui paroiflbit le fatiguer davantage étoit un tiraillement douloureux u'il reffentoit vers la région de l'eftomac On me it qu'il étoit dans cet état depuis la veille au matin ; que depuis fept ou huit jours un clou lui étoit entré dans le pied , mais qu'il étoit guéri : ©n me montra l'endroit ; je n'appercus d'abord l 64 Obfervations qu'une peau racornie fans plaie : je pefai légère- ment deffus ; le malade marqua de la douleur : cela me détermina à enlever avec le biftouri cette peau racornie., fous laquelle fe trouva un petit foyer de fuppuration que je vidai. Je le fis couvrir d'un large cataplafmc émollient : on frota enfuite l'épine 6k les mâchoires du malade avec une flanelle chaude, 6k quelques minutes après je fis faire fur ces mêmes parties une friction avec trois gros d'onguent mercuriel, dans la vue de procurer une falivation prompte ou quelqu'autre excrétion ca- pable de détourner l'humeur hèrérogène qui irri- toit les nerfs 6k qui tenoit les mufcles en con- tradion : on appliqua fur la région de l'eftomac des flanelles trempées dans la décodibn émol- liente : il prit dans la foirée deux lavements avec la même décodion. Il étoit trois heures après midi quand je quittai le malade : avant mon départ j'ordonnai qu'on fît à neuf heures du foir une fridion mercurielle pareille à la première , 6k qu'on lui fît prendre pendant la nuit deux pilules d'opium, chacune d'un demi-grain. Le lendemain, troifième jour de la maladie, vers les trois heures après midi je revis le malade : on me rapporta qu'il n'avoit point repolé la nuit précédente, quoiqu'on lui eût donné à trois heures d'intervalle les deux pilules d'opium que j'avois laiffées la veille. Qn n'avoit pas non plus oublié la féconde fridion : le malade avoit le pouls plus agité ; les mâchoires étoient toujours ferrées, 6k les douleurs de l'épine 6k de l'eftomac conti- nuoient. Comme la falivation ni aucune autre excrétion n'éteient encore établies, je me déter- minai à lui faire donner une troifième fridion mercurielle j les fomentations 6k cataplafmes furent renouvelles : Sur le Tétanos. £? renouvelles : je mis le malade à l'ufage des pilules de nitre 6k de camphré, afin de calmer un peu la chaleur 6k l'irritation que pouvoit bccafionner fur l'eftomac 6k les inteftins le mercure introduit dans les vai.feaux', malgré cette précaution il eut le foir des coliques intcftin.e qui furent ïùivies d'un flux de fang qui dura toute la nuit, pendant laquelle le malade alla au moins trente fois. Le lendemain matin, quatrième jour de fa ma- ladie , je le trouvai dans cet état inquiétant ; il avoit de la fièvre 6k beaucoup de mal à la gorge ; je lui fis ôter auflîtôt la chemife qui étoit encore chargée de mercure ; je le fis eifuyer avec un linge propre , 6k lui preterivis une poiflbn d'eau de ris 6k de racine de grande confoude ; on renou- vella les fomentations émollientes 3 Se le malade prit deux lavements de raquette, dans lcfquels on fit bouillir deux têtes de pavots concaifées : dans l'intervalle du matin au foir la falivation s'établit, la fièvre diminua, lès telles furent moins fré- quentes, 6k il n'y eut plus, ou au moins que fort peu de fang ; le cou parut moins roide , les mâ- choires moins ferrées : comme il n'avoit pas dormi pendant plufieurs jours, j'ordonnai pour la nuit une potion calmante , dans laquelle je fis entrer quinze gouttes anodines de fydenham ; elle pro- cura au malade un fommeil affez tranquille ; il n'alla cette nuit que trois fois à la. telle : le ma- tin , cinquième jour de fa maladie , il plïoit fon cou y ouvroit la bouche , 6k ce mieux fit qu'on ne m'envoya pas chercher ce jour là, Je le vis le fixième jour ; il étoit fans fièvre , il ouvrait facilement la bouche , femuoit aifémcn t fon cou , il ne relfentoit plus de douleurs à l'épine du dos , peu à la région de l'eftomac ; le fond de la bouche 6k la langue étoient phlogofès 3 E \ 66 Ônfêrvations mais comme la caufe en étoit connue, je raffurai ïe maître, 6k lui dis de le faire beaucoup garga- rifer avec l'oxicrat : la falivation étoit alors très-" abondante ; j'ordonnai pour vivres de la bouillie légère, 6k de temps à autre des lavements émoi* lients. Le dixième la phlogote des amigdales 6k la falivation étant diminuées, le bas-ventre n'étant plus fenfible , je purgeai le malade avec deux onces de manne 6k deux gras de tel dans une eau de cafte. Je l'ai vu deux fois depuis ce jour; il ne lui manque plus que de l'embonpoint 6k des forces. Seconde Observation. Le 19 odobre 178 c à trois heures du matin j je fus appelé chez M. Charrier, machoqiier au Vieux-Bourg près le Fort-Dauphin , pour y vifiter un Nègre que je trouvai couché ; fon pouls étoit petit 6k légèrement fébrile, mais il éprouvoit à chaque inftant des mouvements convulfifs dans les extrémités inférieures ; les fi-ipérieurcs étoient pliées 6k roides, les mâchoires terrées , l'épine auflî roide 6k un peu renverfée en arrière; il ne pouvoit parler, mais lorfqu'on promenoit la main tout le long de la colonne épinière, il manifef- toit de la douleur 6k fur-tout lorfqu'on en étoit fur les apophites épineufes des vertèbres cervi- cales; le ventre étoit tendu 6k un peu douloureux. D'après cet examen je ne doutai plus que ce ne fut l'efpèce de fpafme appelée opifthotonos; je m'informai alors fi le malade n'avoit point fait quelque chute, reçu quelque coup ou piqûre, couché fur l'humidité, avalé quelque poifon , 6kc xm me dit n'en avoir aucune connoilfance, mais Sur le Tétanos. '67 que la veille il avoit porté de fortes pièces de bois, 6k qu'une hernie qu'il avoit depuis long- temps étoit augmentée de volume; je l'examinai aufïîtôt 6k la trouvai de la groifeur d'une bouteille de pinte, mais elle étoit lans chaleur, fans dou- leur j lans dureté : le malade étoit fans naufées, fans vomiifiements ; de forte que je jugeai fon augmentation être plutôt l'effet que la caufe de la maladie ci-deffus. Comme je favois que dans cette maladie les mufcles du ventre font dans un état de contrac- tion qui gêne beaucoup les parties qu'ils contien- nent , je fis auflitôt appliquer des flanelles trem- pées dans une forte décoction émollicnte qu'on avoit foin de renouveller fouvent ; je fis dans les mêmes vues donner plufieurs lavements avec la même décodion ; je m'occupai enfuite des mâ- choires 6k de la colonne épinière fur lefquelles on fit une fridion fèche avec une flanelle chaude, afin de faciliter l'introduction du mercure mis en pommade, dont j'appliquai un gros 6k demi tant fur les mafetères que fur les mufcles de la partie poftéricurc du cou : on en adminiftra une pa- reille quatre heures après, mais un peu plus bas que la première, 6k enfin trois autres à douze heures d'intervalle. Pendant tout ce temps , j'avois foin qu'on entretînt l'air de la chambre dans une température à peu près égale 6k un peu chaude. Comme le malade ne dormoit pas, je lui fis prendre dix goûtes anodines dans une décoc- tion de meliife du pays. Le troifième jour la fali- vation n'étoit point encore établie comme je le defirois, mais la tranfpiration 6k les telles aug- mentèrent , ce qui prouvoit un relâche marqué. Le quatre, le malade n'éprouvoit plus ces mou- vements convulfifs des extrémités inférieures ; les Eij 4$ Obfervations bras n'étoient pas auflî toides, le ventre uft £cil moins tendu , les mâchoires moins ferrées ; le foir il prit encore la potion anodine, dont nous avons parlé. Le cinquième jour je fis recommencer les frictions, toujours d'un gros 6k demi, de ponv- made ; il en reçut encore trois à vingt-quatre heures d'intervalle : peu à peu la raideur di- minua , le neuf il put s'aiieoir fur fon lit. Vers le vingtième jour, il commença à fe lever ï je le purgeai à cette époque, 6k le mis au lait pour toute nourriture. Cet aliment, qui contient des parties baltàmiqucs fi analogues a nos humeurs, a terminé cette maladie, 6k au bout de fîx temaines de ce régime le malade a été en état de repren- dre tes occupations. Troisième Observation» Le ii décembre 17&5 , far l'habitation de MM* le G ** 6k Compagnie, un Négrillon d'environ dix ans reeut fur le grand trocanter de la cuhîc droite un coup de pied de cheval qui le renverfa, fans cependant lui faire beaucoup de mal. Quel- ques compte'fes imbibées d'une liqueur vulnéraire 6k réoercuflîve fufiîrent pour difliper la douleur Se empêcher le gonflement 6k l'extravafàtion, de forte que le fécond jour il reprit {es occupations ordinaires. Huit jours après on m'écrivit que ce même petit Nè~re étoit attaqué du fpafme : je lui trouvai en effet les mâchoires ferrées, le cou Se le refte de l'épine raides^ les mufcles droits du bas- ventre très-tendus, 6k une tenfibilité extrême à là région de l'eftomac ; il éprouvoit de pus, de temps à autre, des mouvements convulfifs, pendant lefquels la raideur de toutes ces parties fembloit encore augmenter. Les mufcles des lèvres é oient aufli en contradion, le malade avoit un rire unique» Sur le Tétanos. 6$ Jbn pouls étoit petit 6k vite. Après m'être fait rendre compte de tout ce qui avoit précédé, 6k evoir viucé la cuiife qui avoit reçu ie coup, 6k fur laquelle je ne trouvai ni plaie, ni cicatrice, ni gonricmcnt, j'attribuai plutôt cette maladie à une tranlpiration iupprimée, qu'au léger accident qui avoit précédé. Je travaillai donc à la rappelery Se pour cet effet j'ordonnai auilîtôt une boiifon délayante 6k mucilagincufe, faite avec un demi- poulet 6k des lommités de guimauve : je fis don- ner des Lvemcnts émollicnts, 6k appliquer fur le bas-vencre des comprelfes trempées dans une décceiioii émoîlicnte. Après ces moyens généraux j'en vins aux frictions mc.rç irieiles fur les mufcles maféters 6k fur les apopl./tes épincutes des ver- tèbres du cou 6k du dos ; j'en fis donner lîx de chacune, deux gras d'onguent double , à quatre heures d'intervalle les unes des autres, 6k quatre de douze heures en douze heures. Le malade prit aufli pendant ce temps trente-fix goûtes ano* dines de ivdenham en trois fois, les lueurs commen- cèrent, à s'é ablir. le mercure porta auflî furies intef- tins , 6k pred-ilit une diarrhée fanguinokntc. Cet acedent m'effraya d'autant moins que je favois déjà vu arriver fans produire rien de fâcheux. A cette épo- que les mâchoires 6k l'épine furent moins roides, le bas- ventre moins dur; mais comme il étoit toujours tics-fenfiblc, je fis renouvciler les fomentations 6k les lavements émollicnts ; je fis mettre dans deux de ces derniers vingt-quatre gouttes de lau- danum de fydenham, qui calmèrent un peu les douleurs. Comme le malade commençoit à ouvrir les mâchoires 6k que le pouls s'afoi- bli mit, je lui fis donner pour nourriture une légère bouillie de maïs ; il étoit dans cet état lorfque je fie une maladie qui m'empêcha de le E iij 7(5 Obfervations voir pendant une vingtaine de jours. Au bout db ce temps je le trouvai couché 6k ayant une tim- panitc ; il avoit rendu pendant mon abtence plu- fieurs vers, ce qui m'engagea à lui faire prendre un mélange de femen-contra avec le mercure doux : je lui fis auflî prendre des lavements car- minatifs, 6k appliquer des cataplafmes aroma- tiques fur le bas-ventre. Ces moyens réunis pro- curèrent encore la fortie de quelques vers 6k la diminution de la timpanite. Le malade te trouvant un peu mieux, je le purgeai 6k le mis au lait qu'il prie pendant plus de deux mois ; fon embon- point revint un peu ; mais il ne pouvoit encore fe fervir de {es jambes, dans lefqueiles il avoit un cngourdilfement confidérablc. Ce n'eft qu'à force de fridions fèches, de fomentations 6k de douches, que le malade a pu marcher à l'aide de béquilles; de forte que depuis huit mois que la maladie a. commencé, ce Négrillon ne peut en- core marcher facilement fans bâton. Quatrième Observation. Dans le mois de février 1786, on m'appela fut- l'habitation de M. D.**, pour y voir une Négreffe d'environ douze ans : je la trouvai avec de la fièvre 6k une grande difficulté de refpirer ; elle avoit auflî les mâchoires, le cou 6k l'épine roides, le bras plié 6k les mains appuyées fur la région de l'eftomac, où clic difoit re'fentir de grandes douleurs. D'après cet examen je ne doutai plus que la malade ne fût attaquée de cette maladie convulfive, connue fous le nom de Tétanos. Je m'informai donc de ce qui avoit précédé , 6k des caufes qui avoient pu donner lieu à cette maladie, fi la malade n'avoit point tombé, reçu quelque Sur le Tétanos. yi coup ou piqûre, fi elle n'avoit point éprouvé de fuppreflion de tranfpiration en paifant d'un lieu chaud dans un air froid 6k humide : ceux qui l'entourroient me dirent qu'elle n'avoit éprouvé aucun de ces accidents. Comme l'expérience m'a- voit appris que les vers produifoient quelquefois cette maladie, je fis prendre à la malade plufieurs prifcs de poudre vermifuge, qui remplirent bien l'effet que je me propofois ; car quelques heures après elle rendit par la bouche fept à huit vers. Je fis prendre de nouveau la poudre vermifuge ; mais comme les accidents ne diminuoicnt point, je lui fis faire des cmbrocations fiir le bas-ventre, Se adminiftrer des frictions mercuriclles d'un gros 6k demi d'onguent double, 6k de quatre heures en quatre heures ; elle n'en eut pas pris cinq qu'il te déclara une diarrhée fanglante, parmi laquelle il fe trouva encore des vers. Je fufpcndis les frictions, 6k fis donner des lavements cmol- lients , dans le dernier defqucls je fis mettre quinze gouttes de laudanum de fydenham : la malade en prit aufli dix gouttes dans un demi-verre d'eau de poulet. Malgré tous ces moyens la fièvre conti- nua, les mufcles des mâchoires, du cou, du dos, reitèrent en contradion. Le lendemain ces acci- dents augmentèrent, le pouls devint petit 6k vîte t ta malade avoit des foubrclfauts dans les tendons ; fa peau étoit couverte d'une fueur gluante ; elle avaloit difficilement : enfin la tête s'embarraffa, 6k le troifième jour au matin elle mourut, en faifant de légers efforts pour rendre deux vers qu'on lui trouva à la bouche à finftant de fa mort. Des malades, auprès defquels j'avois été appelé m'em- pêchèrent d'en faire l'ouverture : j'en fos d'autant plus fâché que j'aurais fûrement encore trouvé. des vers dans l'eftomac, 6k que j'aurais pu E ht 7i Obfervations m'afîurer du ravage qu'ils avoient produit fur ce viteére, 6k fur le canal inteftinal. PREMIÈRE OBSERVATION Par M. A RTHAZ/D , médecin du Roi au Cap., Le 2.6 février 1780 j'ai été appelé fur l'habita- tion Premont à Léogane, pour feçourir un Nègre gui étoit attaqué d'un opifthotonos, pour avoit été mouillé par un grain de pluie dans la nuit. Ce Nègre avoit reçu le fouet il y avoit huit jours ; il avoit fur les fe fies deux ulcères fort larges. Le corps étoit jeté en arrière, les mufcles du cou étoient roides, les mâchoires étoient terr rées, les-yeux étoient étineelants, l'entendement étoit libre, le pouls étoit petit,. fréquent, inégal. Un Nègre empirique avoit commencé le trai- tement ; le malade étoit couché fur une planche auprès d'un grand feu ; on lui faifoit des embro- cations huileufes; on lui avoit mis une mufcade dans la bouche, 6k on lui donnoit une tifane faite avec une décodion de ruche de poux de bois (1), r Comme le Nègre empirique me parut intelli- gent, je le confervai pour fervir le malade. On plaça ce Nègre fur une paillaTe ; on lui appliqua un véficatoirc au dos 6k deux aux cuilfes ; on panfa les ulcères des fentes avec le fuppuratif ; on donna une potion avec le camphre, le mute, (1) C«rte ruche eft "ginlre c wne anti-fpafraodique & »ynorcnque, mais cda n'eft pas bi«n cooltaté. Sur le Tétanos. 73 l'efprit volatil de corne de cerf, le laudanum dans une décodion d'écorcc d oranger (1). Le malade prit une infufion d'écorce d'orange pour boiifon. On lui fit prendre, au troifième jour, un bain chaud dans lequel on avoit mis des plantes aro- matiques. Le ipafme n'exiftoit plus au neuvième jour. Ce malade a toujours eu quelques heures de fommeil ; il n'étoit pas conftipé, 6k les urines couloient aifément. Seconde Observation. Le 30 mars 1780 j'ai été appelé fur l'habita- tion Maifon-Seule à Léogane , pour fecourir une jeune Négreffe de quinze ans en travail de fon premier enfant ; je trouvai cette femme fans con- noiffance, avec un pouls petit, enfoncé, inégal, une rcfpiration agitée, fréquente , la bouche ecu- meufe. Le corps étoit jeté en arrière, 6k il étoit agité par des convulfions affreufes ; l'enfant pré- fentoit la tête 6k elle paroiToit déjà engagée dans l'excavation du baflîn; je faignai la mère, je termi- nai enfuite l'accouchement en allant chercher l'en- fant par les pieds; la mère eut encore quelques con- vulfions après qu'elle eût été délivrée, je lui don- nai une potion calmante dans laquelle entrait le laudanum, l'huile de fuccin ; elle s'eft bien réta- blie, 6k fon enfant, qui n'avoit d'abord donné au- cun ligne de vie, eft devenu bien vigoureux. (1) Cette pot'oji devoît être bien érh i flf nre; je crois qu'ei e ne devoir fon e-ffi-icit- qu'iu ' " rl>: i m & que j'«u- rois pu fupprimer les auxiliaires. NVmrLvo!-s *** r]r$ for- rn^'s compliquées fi nous voulons juger lkffiucnc des remèdes. 74 Obfervations Troisième Observation» Convulfions opijlkotonos fébriles. Mademoifelle B. * * à Léogane , âgée de fept ans , eut un accès de fièvre : on lui donna de l'eau de caffe. Le fécond jour la fièvre revint; on. donna au troifième jour une décodion de tama- rin 6k de tel d'epfum : cela procura des telles écu- meutes, avec des épreintcs 6k une fréquente envie d'uriner ( i.:. La fièvre parut à la même heure que la veille ; elle fut accompagnée de convulfions. Je trouvai cet enfant dans un opifthotonos par- fait : fon corps étoit arqué , tes extrémités étoient contournées 6k roides, les mâchoires étoient ter-» rées , avec un grincement de dents ; les yeux étoient renverfés Se fixes ; toute la face étoit d'un rouge bleu ; le pouls étoit petit, inégal; le cce.ir avoit une trémulation très-vîte, ta rcfpiration étoit courte, vîte , clangoreufe. Cet état afircux céda Se revint plufieurs fois, avec la même force, dans l'intervalle de quelques heures. Lorfque le calme revenoit, la rcfpiration étoit plus tranquille , les trémulations du cœur étoient moins vives, le pouls étoit plus développé 6k moins fréquent ; mais lorfque la gêne , la fréquence de la rcfpira- tion reparoiToient, les trémulations du cœur rc- commençoient, 6k le fpafme devenoit bientôt général. On mit cet enfant dans un bain chaud : on lui donna des lavements émollients ; on lui fit prendre de l'eau de poulet nitrée , 6k quelques (i) Parmi 1rs caufes des minx de ^ef i' fa'.'t romoter les remè'.cs violents, & il eft trifte d- pouvo'»- dire q »'a- prè l's paflî^ns c'eft oeut- être celle q ai en produit le plus. Y. Tiffot, l. c. p. 218 8c fuiv. Sur le Tétanos. 7? cuillerées d'une potion anti-fpafmodioue avec le camphre, la liqueur minérale d'Hoffman , l'eau de fleurs d'orange. Les trois premiers lavements ne produifirent aucun effet fcnlible ; le quatrième occafionna des borborygmes qui furent fuivis d'un vomiffement bilieux, 6k le ventre vida une bile poracée 6k grumeleufe. Le calme revint après cela 6k il fut conftant. La malade rendit une quantité prodîgieufc d'urine claire : la fièvre furvint dans la nuit avec beaucoup d'altération; il y eut encore quelques accès, mais qui ne furent accompagnés d'aucun accident. Gallien a obfervé que certains hommes font attaqués de convullions dans les fièvres, fans qu'elles aient été annoncées par aucun fymptome, 6k qu'elles difparoiifent fubitement lorfqu'il furvient un vomiffement bilieux, Hypocrate a dit, dans les Prénotions de cos, que les convullions qui fiirviennent à la fièvre ne font pas dangereufes lorfqu'elles fe terminent dans le même jour, 6k au contraire elles terminent la fièvre le même jour ou le lendemain , ou le troifième jour; mais qu'elles font dangereufes lorfqu'elles s'étendent au- delà du jour où elles ont commencé. Il eft plus avantageux , fuivant le même Auteur, de voir fuc- céder la fièvre aux convulfions, que les convulfions à la fièvre. Hypocrate dit dans fes pronoftics que les con- vulfions fiirviennent aux enfants li la fièvre eft aiguë*, s'ils font conftipés , s'ils ont des infomnics, * des frayeurs, s'ils crient, s'ils changent de couleur 6k s'ils parlent du vert au pâle 6k du livide au rouge. Ces accidents arrivent plus aifément aux petits enfants, jufqu'à l'âge de fept ans; les ado- lcfccnts 6k les hommes ne font pas fi ailcmcnt attaqués de convulfions dans les fièvres, à moins 7 6 Obfervations cju.'ils n'éprouvent les lymtômes fâcheux 6k violents de la phrénéne , ou lorique le fyftèinc nerveux a été irrité par des vers , ou par des purgatifs % ou des émétiques trop adifs ; ce qui a fait dire. a ilypocrate que les convulfions qui étoient l'effet de l'cIleborc étoient mortelles, aiuii que celles qrn furvenoient après Ls évacuations coniidérables.. Vanf; ieten rapporte \\ blervation d'un jeune homme qui a eu dans une fièvre aig^c des con-- vuLions affreufes jufqu'au vingt-unième jour, 6k qui a guéri (i;.. Quatrième Observation. Madcmoifellc D. ** à Léogane , enfant de fept ans, d'une conftitution délicate 6k feuiible, c^t une frayeur qui l'affeda vivement ; elle avoit de la fièvre depuis deux jours, ce que l'on attribuoit à fon déplacement , cV au vice du régime : on ramena en ville lç lendemain3 la fièvre lui prit en route 6k les convullions fu.rvinrcnt. Je trouvai cet enfant fans connoifiance, fon vifage étoit pâle, fes yeux étoient battus, cernés de noir 6k renverfés dans l'orbite ; le pouls étoit petit, inégal,, les mâchoires étoient ferrées ; on mit la malade dans un bain tiède , après lui avoir donné deux lavements êmollients ; on lui fit prendre quelques. cuillerées d'une potion anti-fipafmodique > de l'eau de poulet nitréc. Le ventre vida beaucoup, les. convulfions fe calmèrent ; la fièvre fe développa. ck te termina par une fueur abondante : on re- conduilît cet enfant fur une habitation à deux lieues delà ville. La nuit fut calme, il y eut un petit accès le jour fuivant, il fe termina par des (0 Vanfwict. 1. ij. convul. fébiil. Sur le Tétanos. 77 Tueurs, la fièvre revînt le lendemain à la même heure; on m'envoya chercher; je trouvai beau- coup de chaleur, de mal de tête, de tenfion au ventre, le pouls é.oit petit, fréquent, inégal; la malade répugnoïc à toutes les bordons. On lui donna de l'eau légèrement nitrée , un bain 6k un lavement émollient : les convullions furvinrent dans le paroxifme de f accès ; elles parurent dé- terminées par les cris aigus d'un enfant ; elles furent violences 6k altéraient les traits de la ma- lade au point de la rendre méconnoiifabîe : le corps étoit arqué en arrière, les extrémités tendues 6k roides , les mâchoires ferrées , le vifage d'un bleu noir foncé, les yeux renveriés, un grince- ment de dents qui faifoit craindre leur rupture. La refpiration étoit fonore , clangoreufe , courte 6k fréquente ; le pouls étoit petit, inégal ; les urines étoient abondantes 6k claires : cet état affreux cédoit 6k revenoit d'inftant en inftant; les intervalles, qui étoient courts, marquoientun embarras Comateux , 6k le retour des convulfions étoit annoncé ' par l'embarras fonore 6k la fré- quence de la refpiration. Cela a perfifte depuis neuf heures du matin jufqu'à neuf heures du loir: la refpiration parut alors plus tranquille, le pouls fe dévelopa, la fièvre s'établit j mais la tête ne s'eft entièrement dégagée que le lendemain : la malade eut du délire pendant toute la nuit ; elle fe plaignoit 6k jetoit des cris très-plaintifs. J'avois employé avec le bain les lavements, les fomen- tations émoîîicntes, l'eau de poulet nitrée 6k une potion anti-fpafmodique. Je donnai dans la re- miflîon un minoratif dans une décoction de kina. Le ventre vida de la bile , l'accès fuivant re- tarda : en donna une décodion de kina dans l'intervalle du fix au fept: cet ace es retarda-auffi; ^8 * Obfervations Se ne prétenta aucun accident. On donna encore un minoratif après cet accès : on me dit que le huitième n'avoit pas paru. Il ne relia plus que de la foibleffe 6k du dégoût pour les aliments : on a fait continuer l'ufage du kina pendant quel- ques jours, 6k cet enfant s'eft rétabli. Cinquième Observation. Les pluies mêlées d'orage ont été fréquentes à Léogane dans le mois de feptembre 1781. La température de l'air a varié chaque jour du chaud au froid, Se fa conftitution a été humide. Le vent de Nord-eft s'eft élevé avec force le uatie feptembre ; il a continué à foufHer pen- ant toute la nuit : le lendemain le Ciel etoit couvert, il tomboit quelques petits grains ; le vent eft devenu violent après midi : il y a eu un oura- gan mêlé de pluies. La force des vents qui for- moient des tourbillons épouventables a déraciné les plus gros arbres, renverfé des maifons, 6k fait un tort confidérable au cultivateur. Une Négreffe de l'habitation Merger étoit accou- chée de deux enfants morts depuis vingt-lîx jours ; elle avoit eu un travail très-laborieux, 6k qui m'avoit donné beaucoup de peine. Tous les acci- dents de fon état paroiffoient diffipés , lorfqu'cîlc a été prife d'un fpafme violent pour s'être expofée imprudemment au mauvais temps de ce jour ; elle a éprouvé pendant quatre jours les fymptômes d'un opyfthotonos, 6k elle eft morte au cinquième. Je n'ai pu employer que les remèdes extérieurs 6k les lavements, caria déglution étoit impollibl?* C'eft le fpafme le plus aigu que j'aie vu chez les adultes. Vandervicl a vu une femme qui, pour être 3 Sur le Tétanos. *$} îbrtie le quatorzième jour de {es couches, fuc attaquée de paralyfie d'un côté des mufcles du vifage, 6k de mouvements fpafmodiques de i'autre* M. Murait a vu un accès de convulfions, pour avoir été à la telle dans un endroit frais le fixième jour des couches (i;. Sixième Observation. Le mois de juin 1781 à Léogane a été {ec Se chaud; il y a eu peu de pluie, quelques orages: les vents de Sud ont été fréquents; la terre à trem- blé le vingt-quatre, la pluie à tombé le vingt- cinq avec les vents du nord ; la température a va- rié quelquefois du chaud au frais, mais elle a été généralement chaude 6k pelante. ^ Nous avons vu dans ce mois des points plcu- rétiques, des rhumes, des ophtalmies , des efqui- nancies aptheufes. Une Négritte de quatre ans , fur l'habitation Merger , avoit des aphtes dans la bouche aux- quelles on n'avoit pas fait d'attention ; le fpafme furvint : je vis la malade au troifième jour. Le dix-tept juin le corps étoit arqué en arriére; tous les mufcles de la face étoient retirés, les mâchoires étoient très-ferrées, la déglutition fe faifoit avec affez de facilité ; il y avoit des con- tradions ^ convulfives , fréquentes ; le pouls étoit petit, fréquent : il n'y avoit pas de fommeil. La malade le plaignoit de l'eftomac 6k du dos; les urines étoient rares, 6k les fondions du ventre paroiffoient interrompues. Cet état a duré juf- qu au cinq : la fièvre eft furvenue avec délire; la (1) V. TitTot, 1. c. p. 14,-. Nous regmons bien de ne pas avoir la continuation de cet Ouvrage Avant & inftru&if. 8o Oojerv anons chaleur étoit vive, 6k tous les fymptômes étoient agravés. Il a paru au feptième une éruption mil- liaire fur tout le corps, mais fur-tout au front : le fpafme a gagné la poitrine ; la vîteffe du pouls a augmenté. La mort eft f irvenue au neuvième. On avoit appliqué un véiicatoirc aux bras : on a employé les fomentations émollientes, les la- vements , les gargarifmes deterfifs, l'eau de poulet nitrée, le camphre, le laudanum. Septième Observation. > Les vents de nord ont dominé à Léogane dans le mois d'octobre i il y a eu des pluies 6k quelques orages : la tcmpcratine a été alternativement chaude 6k froide, ce qui a produit des rhumes, des douleurs de côté , des douleurs articulaires , des fièvres intermittentes, des coliques, des flu- xions fur les oreilles. Le i odobre un petit Mulâtre au fixième jour de fa naiffance, fur l'habitation Merger , a éïé pris du tétanos : on s'en eft a">perçu parce qu'il ne pouvoit plus prendre le teim j'ai vu cet enfant le lendemain ; les mâchoires étoient ferrées , la tête étoit portée eh arrière par la contradion des mufcles, le ventre étoit tend i 6k la verge étoit en éredion. On a mis cet enfant dans un bain d'huile tiède : on lui avoit donné un lavement émollient, dans lequel j'avois jeté quelques goûtes de laudanum. Le malade a uriné , l'ércdion de la verge a ceffé, le ventre a été moins tendu : on l'a remis encore dans le bain d'huile ,-' il y eft refté une heure. On lui a pa^é une folution de manne dans une légère mfufion de rhubarbe. Le ventre a vidé des matières vertes , épai fes : on fa remis dans le bain d'huile pour la troifiè'-ne Sur le Tétanos. Si fois ; il criôit d'une manière lamentable ; il eft mort dans la nuit au commencement du troifième jour. Le ventre ni la poitrine ne m'ont préfenté rien de remarquable : les poulmons étoieiit engorgés, 6k le péricarde contenoit un peu de fcrofité. Les vaiffeaux de la tête étoient engorgés,- les pariétaux étoient échymof es ; mais comme le cuir chevelu 3 qui répondoit à ces parties, étoit dans l'état na- turel , j'ai regardé l'engorgement des pariétaux comme confécutif à celui du cerveau, 6k je n'ai pas voulu adopter l'idée injufte que le Mulâtre avoit fait une chute ou reçu quelque coup. Huitième Observation. , Pierre Gorac , matelot génois, a été apporté à l'hôpital de la Providence, le 24 mars 1783. Cet homme fentoit une douleur vive entre la dixième 6k la onzième vertèbre du dos. Cette douleur étoit de temps en temps plus aiguë 6k accompa- gnée d'une convulfion des mufcles du dos. La langue étoit blanche, sèche. Le pouls étoit petit., fréquent, inégal : tous les mufcles étoient dans un état de fpafme douloureux : la mâchoire inférieure étoit ferrée : la refpiration étoit inégale, 6k depuis quatre jours que la maladie avoit commencé, il n'y avoit pas eu de fommeil. Le ventre n'avoit pas vidé , 6k les urines avoient coulé en petite quantité 6k elles étoient très-rouges : le malade avoit paffé plufieurs nuits en plein air. Nous avons prefcrit une infufion légère de fleur de fureau , un lavement émollient 6k laxatif, des fomentations émollientes fur le ventre, 6k une potion avec une infufion de fafran, la teinture de caftor j l'efprit volatifde corne cerf 6c le lau* F ? t Obfervations daniim (i). Je promis une récompcnfe à l'Infir- mier fi le malade guériiloit. Le lendemain les con- vulfions étoient moins fréquentes 6k moins violen- tes : cependant la douleur du dos étoit la même, le malade ne pouvoit s'affeoir ; il tiroit fa langue avec peine, 6k lorlqu'il vouloit ouvrir les mâchoi- res, ou lorfque je lui touchois le pouls ou le ventre, il avoit une convulfion générale qui étoit très- douloureule 6k qui jetoit Ion corps en arrière : il y a eu un peu de fommeil le vingt-fix. Com- me la conftipation perfiftoit 6k que le ventre étoit tendu , j'ordonnai trois onces de manne dans une livre d'infufion de fleur de fureau : le ventre a vidé, mais le fpafme, les convulfions ont augmenté, 6k les traits du vifage étoient altérés par la contradion des mufcles , la déglu* tion étoit difficile 6k le malade rejetoit fa potion dé temps en temps ; il te plaignoit beaucoup de la région de la veffie, mais ii fut foulage par la fortie d'une grande quantité d'urine. Il dormit un peu après cela , 6k les contradions convulfives furent moins fréquentes. Le vingt-tept les muf- cles du ventre étoient toujours trés^tendus, ceux des extrémités 6k du dos étoient également roi- des : on a continué les mêmes remèdes, on a donné quelques cuillerées de bouillon, 6k on a fait fur le corps une embrocation avec l'huile , le caftoreum 6k le camphre. Le malade a rendu., le vingt-huit, beaucoup de matière verte très puante ck il a uriné deux fois. Cependant la refpiration étoit plus aifée , mais les mufcles de la face avoient des contradions convuttîves, les mâchoires étoient plus ferrées, la déglution étoit difficile. Le ma- (t) Cette formule étoit encore tiop furchargée 8c troj» éçhiufontc* Sûr le Tétanos- , S3 la'de fe plaigncit d'une douleur violente au côté gauche , 6k les extrémités avoient des contradions Convulfives : il y avoit des efforts pour rejeter les boilfons 6k le pouls étoit petit, fréquent, in égal. Il y a eu du mieux le foir ; le malade s'eft levé pour aller à la telle 3 la déglutition a été plus Facile , les mâchoires étoient moins ferrées : on voyoit la langue plus aifément, le ventre étoit moins tendu : cependant la nuit a été inquiète 6k agitée. J'ai ordonné le vingt-neuf un bain de vapeur: ©n plaçoit une chaudière d'eau bouillante fous le cadre du malade : on y jetoit de temps en temps de la nouvelle eau. Le malade a pris ce bain pendant au moins trois heures dans la journée : on a eu bien foin de 1 effuyer, de le changer, de le couvrir; après cela il a fait ufage d'une pou- dre diaphorétique, Compofée d'un demi-gros de camphre -, fix grains de kermès partagé en fix paquets dont on faifoit prendre un routes les deux heures (1). On a continué la potion anti-fpafmo- dique, la même boiffon, 6k on a donné deux lave- ments émollients. Les convulfions ont été moins fortes après le bain, le ventre a été moins tendu, la refpira- tion plus facile ; mais les extrémités étoient tou- jours roides 6k la langue étoit sèche. Il s'eft fait une éruption rouge exanthémateufe fur tout le corps. Le malade a fué; il reffentoit une dou- (1) Ce remède étoit non-feulement inutile, mais il pou- voit être dangereux. Nous l'avons employé chrz un Nègre qui avoit un opifthotonos produit par une bleffure & dé- terminé par le froid humide d'un Nord. Il rendit un pelorort confidérable de ténia : il parut foulage ; mais il eft mort au neuvième jour, quoique nous ayons adminiftré le mercure* le laudanum, les délayants & les laxatifs vermifuges, *4 Obfervations leur vive à l'épigaftre , 6k j'excitois une forte con> vulfion en touchant cette partie. La nuit du trente a été agitée. Le malade a refufé tes remèdes ce jour-là : tous les accidents ont augmenté. Le trente-un les mâchoires étoient plus ferrées, les convulfions plus violentes : il y avoit du délire : l'irritabilité étoit tellement lui- ceptible, que l'on excitoit les convulfions en tou- chant une partie quelconque. Le malade a rendu des urines rouges , fétides : on a adminiftré le bain, des lavements émollients 6k les remèdes internes comme on a pu. Le premier avril 1 état du malade étoit à peu près le même * cependant les convulfions étoient plus foibles, plus éloignées ; mais la contradion des mufcles des extrémités empêchoit qu'on pût les fléchir : la fueur a été abondante. Le malade revenu de fon indocilité prenoit tes remèdes autant qu'il le pouvoit. Le deux avril le fpafme étoit diminué , la déglutition étoit plus facile , le malade a pris du gruau Sc- ies autres remèdes. Le trois les accidents avoient augmenté, la douleur de l'épigaftre étoit forte, la langue étoit faburreufe , l'éruption cutanée com- mençoit à te flétrir, ce que j'attribuai au défaut de chaleur du bain de vapeur. Je recommandai plus d'attention à ce fujet, 6k de l'cxaditude dans l'adminiftration des autres remèdes. La fueur eft devenue abondante , l'éruption cutanée a reparu, les urines étoient rares. Le quatre le malade étoit mieux : il n'y avoit plus de douleur, mais j'excitois encore une con- vulfion en comprimant l'épigaftre : la nuit du cinq a été très-bonne, le malade a bien dormi, le ventre a vidé dans ce jour par l'effet d'un mino- ratif. Le fix le mieux perfiftoit : le malade s'eft levé le fept, 6k il a fait quelques pas; il a con- Sur le Tétanos. tj tinué fes remèdes jufqu'au douze : le fpafme â. cédé entièrement. Le malade a confervé long- temps une tenfibilité douloureufe dans l'épigaftre 6k dans le dos, mais il s'eft bien rétabli, 6k fa reconnoiffiance a doublé la récompenfe que j'avois promife à l'Infirmier. Je crois que l'on tirerait de très-grands avantages pour la confervation des malades, dans un hôpital militaire, fi les mé- decins pouvoient difpofer de quelques encoura- gements pour les infirmiers qui auraient mieux rempli leurs devoirs. On me pardonnera fans douté tette réflexion. Neuvième Observation, Tétanos Rhumatifmal. Yves Crété, matelot bordelais, d'un tempér- ramment fanguin, bilieux, eft entré à l'hôpital de la Providence le vingt-huit mars. Il y avoir quinze jours que cet homme reffentoit des dou- leurs dans les extrémités inférieures ; elles étoient devenues générales 6k elles étoient plus tourmen- tantes dans la niiit : les extrémités fupérieures étoient roides 6k doulourcutes. : la tête étoit dou- loureute : il y avoit de la roideur dans le cou 6k dans l'épine: le vifage étoit coloré : le pouls étefe plein , dur 6k fréquent. La caufe de cette maladie étoitle refroidiffement que le malade avoit éprouvé après avoir fait des efforts en nageant pour échapper à l'ennemi qui venoit relever le bâtiment fur le- quel il étoit, 6k que l'on avoit fait échouer. Je preterivis une forte faignée, des lavements émollicnts, un bain tiède 6k de l'oxicrat camphré* le ventre vida : il V eut un peu de foulagement i l& nuit fuivante fut agitée, mais le lendemain 16 Obfervations les douleurs étoient moins fortes ; il y avoit moins de roideur dans les extrémités., fur-tout du côté gauche : les mufcles du dos étoient plus contradés ; il y avoit de la chaleur 6k de la féchereffe à la peau. Le malade a pris un bain tiède, deux la- vements émollicnts; on lui adonné une infufion de fleurs de fureau , quatre paquets de poudre diaphorétique avec le camphre , le kermès 6k un julep le foir avec le laudanum. La nuit a été. plus tranquille : le malade fe plaignoit le lende- main d'une forte douleur dans le bras droit, les mâchoires étoient ferrées , la langue étoit limo7 neute Se blanche ; on a donné le matin deux verres de potion laxative avec la manne 6k la caffe- Le malade a été baigné à midi ; il a reçu un lave- ment émollient le foir 6k il a pris un julep : on a fait fur les parties douloureutes 6k roides une embrocation avec l'huile , le camphre 6k la tein- ture de caftor ; ces remèdes ont produit un très-bon effet : il y avoir le lendemain moins de roideur dans les mufcles; les mâchoires étoient moins bridées} le ventre a vidé beaucoup de matières bili.cufes, 6k il y a eu une évacuation abondante d'urines rouges. Les douleurs. 6k la. contradion des muf- cles étoient plus fortes du côté droit. Le jour fui- vant il y avoit un gonflement au poignet 6k fur l'articulation du pied de ce côté ; on a fait une embrocation avec le fa von alkalifé. On a conti- nué les autres remèdes. Cette enflure a duré deux jours, après lcfqucls le malade a été guéri d'une maladie qui étoit violente 6k fort douloureufe. Sur le Tétanos. $7 Dixième Observation. Sur une difformité du Cordon ombilical & fur un Spafme. Le mois de juillet de 1781 à Léogane a été très-orageux : les vents de Nord-eft ont dominé, 6k la température de l'air a été alternativement chaude 6k fraîche. Les fièvres ont été communes, les ophtalmies, les efquinancies aphteufes , les rhumes, les dou- leurs de côté, les coliques, les diarrhées. Le vingt-trois de ce mois une Négreffe de l'ha- bitation Merger eft accouchée d'un enfant mâle : j'ai été appelé pour fecourir cette femme , qui étoit d'une conftitution foible ; la tête de fon en- fant étoit dehors 6k dans une pofition naturelle : la fortie de l'enfant fut un peu difficultucufe., mais j'en trouvai la. caufe dans la rupture du cor- don qui étoit gros, infiltré 3 Se qui n'avoit pas un demi-pied de longueur. Je fus obligé de ranimer l'enfant par infuffîa- rion, en. le baffinant avec un peu de vin tiède; la mère fut bientôt délivrée, 6k je vis que la rup- ture du rordon s'étoit faite au niveau du placenta. On m'avertit au huitième jour que l'enfant ne tetoit plus depuis la veille ; ii avaloit encore avec allez d'aifance ; il cherchoit à faifir le foin avec avidité ; il eft mort au neuvième. Je n'ai rien trouvé d'extraordinaire à fon ouverture. Cet en- fant avoit bien vidé fon méçonium : l'ombilic étoit guéri. J'ai cependant cru que le tiraillement qui s'étoit fait fur cette parti', 6k qui avoit. dé- cote le placenta , avoit porté une irritation qui avoit difpofé au fpafme , 6k que ^-ttc maladie E 8 Obfervations avoit été déterminée par le faififfement du frais, pendant la nuit, ou en baignant cet enfant. Onzième Observation. Un jeune homme avoit été bleffé légèrement à la main par la baguette d'un piftolet. La plaie étoit prefque guérie lorfqu'il a été prendre un bain de mer qui a déterminé un opifthotonos. J'ai été appelé le zj mars 1786, pour voir ce malade qui étoit attaqué du fpafme depuis onze jours : la dé- glutition ne pouvoit te faire : les boiffons que l'on mettoit dans la bouche avec beaucoup de peine, parce que les mâchoires étoient ferrées, fortoient en partie par le nez. La douleur de l'épigaftre 6k du dos étoit confidérable : il n'y avoit pas de fommeil, le ventre ne faifoit pas tes fondions, la région de la veffie étoit douloureufe, le vifaee étoit pâle , les mufcles de la face étoient dans une contradion qui défigurait la phyfionomie : le malade partent avec peine y il avoit des con- tradions convulfives , fréquentes, fur-tout lorf- qu'on le touchoit ou lorfqu'il étoit affedé par quelque bruit, par le fon même de la parole : les mufcles du ventre 6k du dos étoient contrades avec force, la tête 6k le corps étoient jetés en arrière : le malade pouvoit s'affeoir 6k il paroifi- foit moins fbuffrir dans cette pofition: l'entende- ment étoit libre, 6k le malheureux malade, que la frayeur avoit faifi , demandoit du fecours d'une manière touchante. La fièvre eft furvenue au trei- zième jour : il y a eu du délire, des agitations dans )a nuit. Le malade a repris fa connoiffance, mais il étoit plus foible ; fon corps étoit couvert d'une fueur vifqueufo : la nuit fuivante a été encore plus mauvaife que la précédente. Le malade eft mort à la fin du quatorzième jour. Sur le Tétanos. &> La plaie qui étoit très-petite paroiflbit belle 6k fuppuroit encore lorfque j'ai vu le malade; fon Chirurgien avoit appliqué deffus un emplâtre fup- puratif, 6k avoit ordonné une boiffon légèrement diaphorétique : je preterivis des lavements emol- lients 6k anodins, des fomentations émollientes. Cela n'a produit aucun effet fenfible : j'étois bien tenté d'adminiftrer quelques ffidions mcrcuricllcs^ mais les fymptômes me parurent fi graves 6k le danger fi confidérable, que je n'ofai pas faire une* tentative qui aurait peut-être été cenfuréc. Douzième Observation. La température en mars 1786 a été bien va- riable. Le 13 j'ai été appelé chez le fieur Léonar, pour voir un Nègre attaqué d'un opif- thotonos depuis neuf à dix jours. Ce malade étoit d'une conftitution fèche 6k nerveufe. Le fpafme occupoit principalement le ventre, le dos, le cou 6k les mufcles de la face. La douleur de l'épigaftre 6k des lombes étoit vive ; les contrac- tions convulfives, fréquentes ; les urines étoient rares ; le ventre conftipé, la peau douce, humide; le pouls petit, inégal, convulfif; la déglutition étoit gênée 6k le malade parloit difficilement : il n'y avoit pas de fommeil. J'ordonnai un bain tiède , des lavements émol- licnts , de l'eau de poulet, une potion anti-fpaf- modique dans laquelle entrait le laudanum , 6k le foir une fridion depuis la nuque jufqu'au fa- crum , avec une demi-once de pommade de mer- cure au double. On a continué les mêmes remèdes pendant quatre jours, à l'exception du bain : on f avoit remplacé par des fomentations émollientes : on donnoit une fridion le matin 6k une le foir: £- Obfervations la falivation s'eft annoncée au cinquième jour * elle a été abondante, 6k a duré plufieurs jours. Lorfqu'eiie a été bien établie , j'ai fait prendre «n bain tiède pour nettoyer le corps du malade ; on lui donnoit tous les foirs deux grains d'opium. Je n'ai plus donné que la moitié de cette dote lorfque les accidents du fpafme ont paru calmés Se les fondions rétablies. Les fondions du ventre ont été régulières depuis l'établiifement de la fa- livation : les urines ont coulé plus librement : il y a eu du fommeil : les fymptômes du fpafme ont cédé peu à peu. J'ai ceffé mes vifites à ce malade le 11 avril ; il a confervé encore pendant quelque temps de la foibleffe dans les reins 6k un peu de douleur à l'épigaftre. Je crois bien que la petite quantité d'opium cyic j'ai donnée à ce Nègre a été utile pour calmer l'irritation des mufcles , mais je ne doute pas que le mercure n'ait été l'agent principal de fa gueri- fbn. Je n'ai adrniniftré que deux laxatifs vers la fin du traitement. Treizième Observation. Un Nèpe à M. Ferct, négociant au Cap, avoit été frappé fur les lombes par l'écoute d'une voile d'un canot, en remontant la rivière du Haut du Cap : ce Nègre avant fon départ te plaignoit déjtà d'une douleur de dos , Se il avoit demandé du fuif à fon maître pour fe frotter ; il a continué fon voyage ; il s'eft fait débarquer le 16 août. Il reffentoit de la roideur dans tout le corps, 6k un ferrement dans les mâchoires : on m'a appelé le 17 : on avoit déjà faigné le malade, 6k je le trouvai dans un bain chaud ; il eut une fueur con- fidérable en fortant du bain : le fang qu'on lui avoit tiré me parut atténué.. Sur le Tétanos. 91 Ce Nègre étoit dans la force de l'âge, d'une belle conftitution ; fa peau étoit noire , douce; fon pouls étoit fréquent 6k inégal; il le plaignoit d'une douleur à l'épigaftre 6k au dos ; il remuoit la lan- gue difficilement ; il avaloit avec peine : les urines ne fortoient pas, les mufcles du ventre étoient tendus, ceux du dos Se du cou étoient contradés, ce qui jetoit le corps en arrière. Je fis placer le malade fur un cadre ; on le couvrit avec un drap Se une couverture de laine ; on lui donna plufieurs lavements émollients qu'il n'a pas rendus ; on lui a fait prendre une eau de poulet légère, altérée avec quelques plantes émol- lientes 6k adouciffantes : on devoit donner d'heure en heure une cuillerée d'une potion faite avec une infufion. de fleur de tilleuil, le laudanum 6k Je firop de fleur d'orange ; mais le malade n'a pris que très-peu de ce remède : on devoit lui adminiftre? le. premier jour une fridion fur toute l'épine 6k fur les extrémités inférieures, avec demi- once d'une pommade de mercure au double, fur quatre onces de laquelle j'avois fait ajouter du camphre , de l'huile de fuccin 6k de la teinture de caftor. J'avois prefcrit des fomentations émol- lientes fur le ventre j elles n'ont pas été appli- quées. On a continué les fridions matin 6k f'ok fur les mêmes parties , 6k quoiqu'elles aient été données affez irrégulièrement , la falivation s'eft annoncée par le gonflement des gencives, réchauf- fement de la bouche au quatrième jour. Les acci- dents du fpafme avoient augmenté jufques-là : il eft furvenu, dans la nuit du cinq, un flux de ven- tre bilieux Se fanguinolent. Les fymptômes du fpafme étoient au plus haut période , les con- tradions convulfives du dos étoient fréquentes. Le moindre bruit, le plus léger attouchement les 5>i Obfervations excitoit : la déglutation étoit très-difficile 6k les, mâchpircs fort terrées. La douleur de l'épigaftre étoit confidérablc, ainfi que celle de la gorge. On a donné alternativement avec l'eau de poulet de l'eau d'orge , le (îrop de capilaire. On a mundé les gencives 6k la bouche avec une décodion d'o- range de bois 6k le miel: on a fait prendre deux lavements émollients, 6k on a donné un grain d'extrait d'opium toutes les deux heures : la nuit a été plus tranquille fans qu'il y ait eu de fom- meil. Le ventre a vidé encore deux fois 6k les urines ont coulé allez abondamment, les mâchoires étoient un peu moins ferrées, le ventre étoit très- tendu, les mouvements cloniques étoient fréquents, la douleur de la gorge 6k de l'épigaftre confidé- rablc , 6k la déglutition difficile : la peau étoit douce, humide 6k le pouls affez développé, mais quelquefois inégal. J'ai ordonné un laxatif avec la caffe 6k la manne: le malade a pris un bain à midi, 6k le foir on lui a donné quatre grains d'extrait d'opium 6k un lavement avec la décoc- tion de camomille, un demi-gros d'affi fa^tida , deux onces d'huile de lin 6k quatre grains d'opium; on a appliqué fur fépigaftre un liniment avec cire blanche troisonces,huiled'amende doueequatre onces j afîà fœtida demi-gros , camphre un feru- pule, opium demi-gros. La nuit fuivante a été lus tranquille, il y a eu du fommeil, il y avoit eaucoup moins de roideur dans les extrémités inférieures, les mouvements cloniques étoient encore fréquents, 6k les autres fymptômes étoient à peu près les mêmes. Cependant les évacuations du ventre te foutenoient, 6k les urines qui étoient rouges 6k troubles couloient aifément. Le deux feptembre il y a eu du fommeil, les mouve- ments cloniques étoient moins fréquents, le ma- Sur le Tétanos. 9| lade buvoit beaucoup ; il étoit même altéré depuis deux jours : la déglutition étoit plus ailée ; il a λris dans la journée quatre pilules d'opium 6k trois e foir. Le trois il y a eu du fommeil, la peau étoit bonne , le pouls étoit réglé , les fymptômes du fpafme avoient diminué encore. Le malade a pu s'affeoir ; il a mangé un peu de foupe : il y avoit quelques aphtes dans la bouche qui ont verte un peu de fang, la falivation continuoit, le malade fe plaignoit toujours de la gorge 6k de l'épigaftre. J'ai fait mettre fur la gorge un em- plâtre avec le linimcnt anti-fpafmodique décrit ci-deffus. Le quatre le malade étoit dans le même état ; il a mangé de la foupe , Se il a pris fix grains d'opium dans la journée. Le cinq la déglutition étoit plus difficile : la douleur de l'épigaftre , la tenfion du ventre , la douleur de la gorge étoient plus fortes : les fondions du ventre fe faifoient bien , les fpafmes étoient plus fréquents, le temps étoit pluvieux , la tempe-1 rature étoit fraîche, les vents de Nord-eft 6k de Sud foufHoient alternativement. On avoit donné la veille un bain au malade fans ma participation ; on l'avoit fait frotter avec le baume de fucrier 6k le jaune d'oeuf, ce qui formoit une efpèce de ver- nis qui empêchoit la tranfpiration. Je fris obligé de menacer de celfier mes vilites : on me promit tout ce qUe je voulus, 6k je continuai. Je pres- crivis un bain tiède, notre lavement anodin : le malade me dit qu'il lui avoit* fait beaucoup de bien. On appliqua fur l'épigaftre 6k fur la gorge le Uniment anodin , on continua les mêmes boif- fons, 6k on fit prendre le foir trois pilules d'opium. La nuit du cinq a été tranquille, la falivation étoit plus aifée 6k plus abondante, le malade ièntoit du foulagement ; il prit le dix quatre grains 94 . Obfervations d'opium, 6k il a continué à être mieux le fept 6k le huit; on lui a paffé dans ce jour une folu- tion de cafte 6k de manne qui l'a bien évacué; on lui a donné du bouillon d'herbe 6k trois grains d'opium le foir. Le neuf les fymtômes du fpaf- me étoient calmés, la falivation continuoit, le malade fe plaignoit encore de la gorge 6k des aphtes de la bouche ; il a pris tous les jours, le foir, trois grains d'opium jufqu'au treize; il étoit en bon état; il commençoit à fe lever ck avoit demandé un peu de pain pour la première fois; il n'avoit plus que rarement de petits mouvements cloniques dans le dos: la falivation avoit dimi- nué , la gorge n'étoit plus douloureufe , les fonc- tions fe failbient bien. Je lui ai ordonné un minoratif dans ce jour : on lui a fait boire du bouillon d'herbes; il a eu plufieurs évacuations: on lui a ^ fait prendre deux grains d'opium le foir ; il n'a repofé que le matin : la nuit avoit été pluvieufe ; il y avoit eu de l'orage. Le malade étoit plus accablé le lendemain, les mufcles du ventre étoient plus tendus ; il a bien fait {es fonc- tions malgré cela : je lui ai prefcrit trois grains d'opium le foir; il a bien dormi dans la nuit du feize. Je l'ai trouvé levé ; il ne lui reftoit que de la foibleffe : ce Nègre s'eft bien rétabli. Quatorzième Observation; Spafme ïntejlinaL Nous avons été appelés le 19 odobre 1784 chez M. Lafauchcrie, négociant au Cap^ pour voir une jeune Négreffe qui avoit fouffert dans la ftuit d'une colique violente, accompagnée de vo- miffements 6k de convulfions ; elle étoit fans con- Sur le Tétanos. yf tf oiffancC : la peau étoit f oide, le. pouls à peine fenfible , ck les mouvements du cœur précipités Se rémittents. Tout le corps étoit couvert d'une fueur froide , les yeux étoient renveriés, la ref- piration étoit fréquente. Cette malade étoit délicate ; elle te plaignoit fouvent de maux d'eitomac ; elle avoir mangé la veille un calalou , 6k elle avoit été mouillée. L'état convulfif a continué jufqu'au lendemain: il s'eft développé une chaleur acre : il y a eu des vomiffements d'une bile brune : le ventre a vidé des matières brunes : il eft foni du fang par la vulve : la malade eft morte quelque temps après. Nous avons trouvé une invagination dans îe jéjunium , de la longueur de quatre pouces. La chaleur du ventre étoit ardente, 6k il y avoit un léger engorgement inflammatoire. Il y avoit dans la matrice un fœtus qui avoit fix temaines. Le placenta adhéroit fortement à la matrice : ce vifeère, ainfi que les trompes 6k les •vaires, étoient d'un brun noir. Quinzième Observation. Le 2.4 décembre ij%6 nous avons été appelés pour voir une Négreffe libre , enceinte de fix mois de fon premier enfant, 6k elle avoit eu de la fièvre depuis plufieurs jours ; elle étoit dans un état comateux ; elle avoit des convulfions fréquen- tes : les dents étoient terrées : la bouche étoit écu- xneufe ; la refpiration fréquente, ftertoreufe : les yeux étoient renverfés. M. Roulin , chirurgien du Roi, nous avoit pré- cédés chez la malade ; elle avoit déjà été vue par M. Becht, médecin breveté du Roi au Cap pour les accouchements. Comme la déglutition étoit $6 Obfervations împofîible., on n'avoit pu exécuter l'ordonnance de M. Bechr, qui avoit prefcrit deux gros dé liqueur d'Hoffman 6k un demi-gros d'ypecacuana. M. Roulin a fait une faignée du bras. L'orifice de la matrice nous ayant paru affedé d'un fpaf- me confidérable , 6k le ventre annonçant une chaleur inflammatoire , nous avons confeillé les bains, les lavements émollients, 6k nous avons prié M. Roulin de réitérer la faignée : ces fecours ont été inutiles. La malade eft morte le lende- main. M. Roulin a tiré , par l'opération céfarienne ; un enfant qui paroiflbit être mort depuis plufieurs heures. Il a trouvé les inteftins grêles remplis dé vers ftrongles. Il y avoit dans l'iléum deux vol- vulus à trais pouces de diftance. Seizième Observation; Spafme intejlinal. Une Négreffe nourrice , d'une conftitution ro- bufte, vint à l'hôpital de l'habitation de Long- pré à Léogane, le 11 odobre 1780 ; elle fe plai- gnoit d'une colique violente qui la forçoit de fe courber. L'air étoit chaud 6k humide ; les orages étoient fréquents; les eaux étoient troubles, féléniteufes. Il y avoit, chez les Nègres principalement., beau- coup de coliques 6k des diarrhées qui avoient été traitées avec fuccès par les tifannes adouciffantes 3 les lavements muqueux 6k quelques laxatifs. Je preterivis une tifanne avec le ris., les bour- geons de gombo. On donna des lavements avec la décodion de raquette ; on fit prendre quelques cuillerées de potion huileufe avec le laudanum. Ori Sur U 'tétanos. yy t)ù appliqua fur le ventre des fomentations émol- lientes'. Les douleurs augmentèrent ; elles furent accompagnées de fueurs froides, d'anxiétés avec un pouls petit, concentré 6k fréquent. Dans la journée du 2.7 odobre il y eut par les telles une hémorragie d'un fang noir Se fétide^ La malade prenoit du petit lait, des eaux de poulet amandées, des lavements émollients. Les vomiffements fur- vinrent. Le ventre vidoit des matières purulentes, fanguinolentes 6k fétides : on fentoit dans cette; partie une. tumeur qui s'étendoit de l'hypogaftre a l'hypocondre gauche. Les forces diminuoient, la maigreur augmentoit, la tumeur devenoit plus faiilante, les vomiffements devinrent plus fréquents, les déjections étoient faigneufes: la malade mourut. Je trouvai dans le ventre une quantité confi- dérable d'un pus blanc qui encroutoit tous les vifcères i il y avoit un épanchértient féreux. Le jéjunium Se l'iléum étoient rouges 6k avoient un diamètre extraordinaire. La partie de l'iléum , qui Obfervations Dix-Septième Observation* Spafme intejlinal. Le fieur L.**, aubergifte à I éoganc avoit une gonorhée depuis douze ans. Une perfonne de l'art voulut le guérir, 6k lui fit prendre pendant qua- rante jours une tifanne fudorifique 6V purgative > avec des injections aftringentes. Ce malade eut une indigeftion de crabes 3 ce qui lui donna des "coliques vives avec de la fièvre. La fièvre céda vingt-quatre heures après fon évafion , mais les 'coliques fubfiftèrcnt. Le malade prit un vomitif : on lui donna enfuite une médecine. Il n'y eut que des évacuations crues. La colique augmenta : les vomiffements furvinrent : on jugea qu'il y avoit un votvulus. Le R. P. Pafteur, fuperieur de la Charité à Léogane, fut appelé ; il fit des faignées abondantes ; il ordonna des bains, une boiîîbn avec le camphre ck le nitre, 6k une légère décoc- tion de tamarin. Les vomiffements continuèrent avec la colique. Le hoquet furvint. Le malade fut attaqué du carus. Le pouls étoit fort, affez égal ; la peau humide, la chaleur douce : les yeux étoient fermés : le teint étoit animé. Le malade étoit couché fur le dos, fans mouvement, 6k n'ayant qu'un fentiment obfcur. La refpiration étoit affez égalé: les mâchoires étoient terrées: il y avoit un grincement de dents : le hoquet continuoit : il n'y avoit plus de déglutition, 6k l'eftomac rejetoit quelquefois des matières excré- mentitielles. Cet homme étoit à peu près dans cet état lorfque le R. P. Pafteur me fit appeler le 17 juin 1782. Le ventre n'étoic pas méiéoriié : cependant Sur le Tétanos. ja fe ccecum étoit un peu diftend > , 6k en anpuyanc au cote droit entre Ihypocondre 6k l'omoilic, le malade éprouvoit une douleur obfcure, ce qut fhe fit juger que t étranglement étoit dans le jé- junium. J'ordonnai un lavement avec affa fœtida demi- gros, autant de laudanum liquide, miel deux onces dans une décodion de camomille. On donna ce lavement à une heure d'intervalle : on fit fur le ventre une embrocation d'huile chaude, 6k on appliqua des flanelles trempées dans une décodion de camomille. Quelques heures après que le malade eut pris les lavements, nous trouvâmes fon pouls plus élevé ; il etoit couvert de fiieur : il n'y avoit plus. de hoquet. Nous prctenvlmes dans la mut plufieurs lavements avec une décoction de pourpier, le. miel 6k l'huile. Le ventre a vidé beaucoup dans la nuit : il y a eu un peu de fommeil tranquille Le pouls étoit moins élevé le 18 au marin ; le teint étoit moins animé ; la relpirarion étoit égale ; la peau étoit douce 6k humide-: la déglutition te faifoit avec peine ; il y avoit encore-' quelques grincements de dents ; le fcntiment étoit moins obtus. Le malade remuoit quelquefois fes mains, fins détermination; il n'avoit pas encore de ce.nnoiffance. Le ventre a vidé beaucoup de matières brunes, putrides 6k des vents. On a fait prendre au malade une eau de poulet amandee, 6k on a continué les lave- ments 6k les fomentations. Le pouls , la refpiration parurent bien réglés le foir. La peau étoit 'humide : il n'y avoit plus de grincements de dents La déglutition étoit moins difficile , le ventre étoit moins tenfible 6k moins tendu. Le malade ouvroit quelquefois les G ij 100 Obfervations . yeux, fur-tout lorfqu'on lui parloir bien haut* on lui donna quelques çueillerées d'eau fiicrée* avec un peu de vin. La nuit fut tranquille ; le ventre vida encore des matières maronées. Le lendemain le malade entendoit un peu ; il paroiifoit commencer à dif* cerner les objets ; il avoit des mouvements vo- lontaires : il lui échappoit quelques plaintes ; il portoit la main fur une des tempes 3 où il avoie une contufion par une chute qu'il avoit faite de, fon lit. Nous lui avons donné une folution de. manne en lavage. On a continué les mêmes re- mèdes. Le ventre a vidé des matières bilieufes. & maronées. Voulant ranimer l'adion vitale 6k exciter 1$ fenfibilité, nous avons appliqué à chaque bras un véficatoire, qui a produit un très-bon effet. L£ nuit a été tranquille. Le \o le malade avoit de la connoiffance ; il fe plaignoit de fon ventre 6k de fes bras ; fon teint n'étoit phis animé : la langue àvoit dans le centre un limon jaune : les gencives étoient doulourcu fes Se engorgées ; ce qui nous. fit préfumer que le malade avoit pris du mercure. Nous avons prefcrit un régime humedant vé- gétal. Le malade a pris dans la fuite des bouillons de tortue ; fa gonorhée n'a pas reparu, 6k il s'çijfc bien rétabli de cette maladie défefpçrée. Sur le Tétanos. iot OBSERVATION SUR LE TÉTANOS Par AI. Roulin, chirurgien aide- major de la viïte du Cap, affociê du Cercle. Le 2.0 du mois de mai 1785" je fus appelé par Madame Defource fur l'habitation Jacque- main, au Limbe, pour voir une négritte nom- mée Dorine, âgée de onze ans ; elle avoit été jetée à la renverfé par une Nègre(ïè ; elle étoit tombée fur une pierre qui lui avoit fait contu* fion à la partie fupérieure des vertèbres lombaires .* la trouvant très-oppreffée, je lui fis fur le champ une faignée du bras i on frotta avec du tafia Se du favori fur la partie malade ; on lui donna pou* boiffon une légère tifanne vulnéraire. Le lendemain je trouvai la malade avec la fièvre, la refpiration étoit gênée, tout le corpt étoit roide^ Je réitérai la faignée du bras, je fis mettre la malade dans un bain tiède, 6k fortanc du bain je la fis frotter fur toute l'épine du dos Se la poitrine avec de l'huile dans laquelle j'avois fait bouillir une poignée de ravets. On lui donna une cuillerée de cette même huile toutes les heures; fa tifanne étoit de l'eau d orge avec vingt gouttes de liqueur minérale d'Hoffman par bouteille : le ventre étoit refferré, les urines étoient fort ronges. Le 2.2, ta malade étoit plus mal, la mâchoire inférieure étoit plus gênée, le ventre météorifé. J'ai continué les mêmes tifannes * on a donné des lavements emotlients , qui ne procuroient que des évacuations crues : il y avoit de la fièvre, les uri- nes étoient très-enflammées, ta peau étoit humide. Le 1} la malade étoit dans le même état, h icu Obfervations mâchoire étoit toujours ferrée, la déglutition étoit difficile ; il y avoit des mouvements con- vulfifs lorsqu'elle vouloit fe faire : je continuai les mêmes remèdes, on lui donna un peu de bouil- lon : la tranfpiration s'eft fupprimee. Du vingt-quatre au vingt-iix , même état 6k même traitement; les urines paifoient affez bien, mais elles étoient très-enflammées. Le 27 la malade étoit dans le même état, le corps étoit toujours roide , la mâchoire inférieure toujours gênée, la déglutition étoit difficile. Je lui donnai fix grains de poudre anti-fpafmodique toutes les quatre heures, f 1 ) 6k je continuai l'eau d'orge avec les gouttes minérales d'Hoffman 6k les frictions huileufes. La malade a été dans le même état jufqu'au trente ; le ventre a vidé tant par l'effet des lave- ments que par les huileux. Le trente-un même état, la tranfpiration s'eft rétablie : il y avoit peu de fièvre. Le premier juin elle étoit à peu près dans le même état, ayant plus de facilité pour avaler; elle a pris une crème de riz au bouillon. Le deux la mâchoire étoit moins gênée , la tenfion du bas^ventre avoit diminué. Du trois au huit la mâchoire s'eft relâchée de plus en plus; il n'y avoit plus de mouvements convulfifs en avalant les aliments qu'elle prenoit. Du huit au quinze les extrémités inférieures font devenues plus flexibles 6k ont pris leur état naturel : le cou étoit moins roide , le ventre étoit affez libre 6k les urines paffoient bien. ( ) P-enrz pierrrs d'écrevittes d? rivièr? dix g-ains ; Tel volatil de furcîn huir grains; camphre & c.ftoreum de cha- que t ois g" ri* s ; lauihnum un g-ain. Formula "^faite àc U Bucièie mcuicale de M. Lieutaud, t. I, p. 661. Sur le Tétanos. 163 Du quinze au vingt l'état de relâchement des f>arties s'eft foutenu : le vingt-un j'ai purgé la ma-» ade avec un minoratif qui l'a bien évacuée ; elle a commencé à prendre des aliments, 6k j'ai ftip- primé la poudre anti-fpafmodique ainfi que les huileux. Le vingt-fix je l'ai repurgée ; elle a été de mieux en mieux jufqu'au dix juillet où elle a laiffé le régime. Je n'ai pas été anffi heureux dans le traitement de plufieurs tétanos que j'ai traités depuis. Le trente-un mars 1786" on porta à l'hôpital de M. Artau, entrepreneur du Roi, un Nègre nom- mé Lindor ; il étoit attaqué d'un opifthotonos avec la fièvre très-forte, le pouls convulfif ; il fie plai- gnoit dune douleur confidérable depuis l'extrémité des doitgs de la main gauche jufqu'à la partie fupérieure du bras, fon cou étoit roide, la mâ- choire inférieure terrée ; il ne pouvoit avaler au- cune boiffon , 6k lorfqu'on lui en préfentoit il tomboit en convulfion : je m'informai de la caufe de cette maladie, on me dit que le nègre s'étoit écrafé la première phalange du doigt index de la main gauche depuis fix à fept jours. Je fis une faignée du bras fur le champ, 6k fis mettre le malade dans un bain tiède : on frotta les parties douloureufes avec un liniment huileux, dans lequel je fis joindre lathériaque 6k le camphre. Le lendemain les accidents étoient les mêmes; j'ai vifité la plaie ; j'y ai fait des ^Tarifications qui n'ont rendu que quelques gouttes de fang très-noir : la douleur étoit très-vive dans toute l'étendue du bras. J'ai réitéré la faignée, ainfi que les autres remèdes : cela a été inutile , le malade eft mort le deux avril dans les convulfions les plus horriblçs. *k ■ i r- i • •■ i r • ny- 'i é EXTRAIT de la délibération prife pa* le Cercle des Philadelphes, à la féanc* du 25 feptembre 1786» Le Cercle, après avoir entendu la lecture de la. Differtation 6k des Obfervations fur le Tétanos, qui lui ont été préfentées par M. Arthaud fon président, a arrêté qu'il en feroit adrejfé copie à MM. les Admi~ nifirateurs, cV qu'ils feroXent priés d'en ordonner l'imt freffion, afin de pouvoir répandre plus faeïlemeni cet ouvrage & le faire pajfer au fyïinifire de la Mariné & à la Société royale de Médecine > dont les vues doivent être fécondées par toutes les petfonnes de Vart^ mais principalement par les Médecins & par les Ckh* rurgiens des Colonies. Signé Prévost, feçrétairi» AVIS. M. Prévoft ayant quitté fa place de Secrétaire du Cercle i tn traofpojtant fon domicile au Fort-Dauphin, a été rem- placé par M. Arthaud. M. Baré de Saint-Venant, membre delà Chambre d'Agriculture, a été nommé Préfident, & M. Baudry-Deflofières, avocat» a été élu pour la place dt Yice-Prifidcût pour l'année 1787,